Descriptions des arts et métiers
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- Far M. Fougeroux de B o n daror*
- M.DCC. L X 11.
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- AVERTISSEMENT.
- L’ACADÉMIE m'a remis des obfervations SC des détails de M. de Réaumiir fur VArt que je donne aujourd'hui : ils étoieni dejlinés àfervir de matériaux à ce laborieux Phyficien , pour exécuter le même travail que je me fuis propofè de remplir.
- Je trie fuis fervi d'une Planche gravée en 1708 , à laquelle j'ai été obligé de faire quelques changements SC des additions. J'ai ajouté une fécondé Planche pour faciliter l'intelligence du manuel de cet Art.
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- ART
- DE TRAVAILLER
- LES CUIRS DORÉS
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- OU ARGENTÉS.
- Par M. Fovgeroux de B o n d'aroy.
- T j a Flandre, la Hollande & l’Angleterre paflent pour avoir fourni les premières Tentures 'de cuir doré ou argenté que F on ait vues à Paris. Quelques-uns en attribuoient la première invention aux Elpagnols ; mais on ne fait fur quel fondement ? puifqu'aujourd'hui on ne voit point en France de ces fortes de tapilferies qui foient (orties de leurs Manufactures , & qu'elles’ font peu connues chez eux.
- Les tentures de cuir doré qui nous viennent de Flandre , fe fabriquent prefque toutes à Lille , à Bruxelles, à Anvers & à Malines. Celles de cette derniere ville font les plus recherchées de toutes. On en travaille à Venife de très-belles que nous cherchons à imiter; quelques manufactures s'étoient aufïi établies à Lyon , 8c avoient eu du fiiccès.
- Ce n'eft que depuis environ deux fiecles , que ce commerce s'eft répan-du dans Paris. Nous le devons à quelques Ouvriers fortis de Flandre qui vinrent travailler dans cette Capitale, & s'y formèrent des fuccelfeurs. Mais, foit préjugé 8c goût de la Nation pour tout ce qui vient de loin, on pré-féroit toujours les tentures forties de Hollande ou de Flandre ^ quoique celles de nos Manufactures fulfent aufll belles & auffi bonnes.
- Quoique les nôtres pulfent .aller de pair avec celles de Hollande & de Flandre, elles ne pouvoient être vendues , à moins qu'on ne les fît palfer comme ayant été faites dans l'une de ces deux Provinces , 8c elles écoient fouvent livrées fous ce nom par nos Manufacturiers. Il faut avouer cependant que nos tentures n’ont jamais pu égaler en perfection certains cuirs dorés venus Cuirs. A
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- art de travailler
- d’Angleterre, ainfi que ceux de Venife. Nous fournies forcés d’accorder la préférence à ces deux derniers qui l’emportent fur les nôtres par l’éclat, la beauté des deffeins & leur durée. Peut-être ne manquoit-il à nos Ouvriers , pour les imiter parfaitement, que de nous connoître plus confiants dans nos goûts, de voir détruits cet amour & cette préférence pour tout ce qui vient de l’Etranger, enfin d’être plus favorifés dans leur commerce.
- Les tentures de cuir doré étoient autrefois très-recherchées. La commodité de ne point être endommagées autant que celles d’étoffes ou de laine, par l’humidité (1 ) & les infeétes ; de perdre très-peu de'leur éclat avec le temps ; de ne point prendre de poufiiere , ou de biffer la liberté de l’ôter aifément en les lavant avec une éponge; enfin de fe moins pretér à la multiplication des punaifes qui défolent l’été cette capitale, & qui trouvent dans les autres tapifferies des retraites & des nids commodes pour y dépofer leurs œufs ; tous ces avantages formoient autant de raifons pour engager à les rechercher, ’& leur donnoient place dans les appartements des Grands, dont ces tapifferies faifoient fouvent l’ornement. Mais aujourd’hui un autre goût & la mode qui commande & l’emporte meme fur les avantages & les commodités de la vie, les ont fait prefque oublier, & les ont reléguées dans les anti-chambres de quelques maifons de campagne, ou 1 on en trouve quelquefois des premières faites , qui font encore prefqu’auffi belles quelles étoient dans le temps que l’on commençoit à Paris de les fabriquer (1 ).
- C’eft aujourd’hui que cet Art eft moins en vogue, que nous croyons à propos d’en donner au public la defcription. C’eft répondre aux intentions de l’Académie, de ne rien laiffer perdre de ce qui peut être utile aux Arts, ou le devenir par la fuite. Savons-nous fi nous ne fommes pas prêts a rappelle!- les anciennes modes, n’en pouvant plus changer ? Cet Art pourroit être du nombre de ceux qui reprendront faveur. Au moins jugera -1 - on avec nous que quelques procédés employés dans celui-ci meritoient d etre décrits , & pourroient avoir leur application dans quelques autres Arts, ou fervir à les perfeétionner.
- Les tentures de cuirs font faites de plufieurs peaux de veau, de chevre ou de mouton, qui lemblent dorées, qui font argentees, relevees en bofïès & coufues enfemble. Celles que l’on deftine à ces fortes d’ouvrages, ont reçu le premier apprêt des Tanneurs ou des Peauflîers ; les Peintres.Doreurs en cuir les achètent d’eux. Nous ne parlerons pas de cette première préparation des cuirs : elle tient à un Art particulier que l’Academie fe propolè de donner
- (l) Entre plufieurs faits de cette nature, nous choifirons celui-ci que nous donnerons pour preuve de ce que nous avançons. Une tenture de cuirs dorés en place depuis 60 ans , ayant été expofée pendant du temps au château d’Arifat, à une humidité afifez grande pour endommager & pourrir tous les autres meubles, eft reftée ,
- ainfi qu’un tapis de Turquie, aufli belle que fî elle fortoit des mains de l’Ouvrier. Cette tenture eft encore aujourd’hui chez M. l’ancien Lieutenant-Général de Caftres.
- (2 ) On connoît plufieurs tentures de cuirs dorés de ioo & 130 ans, qui font encore très-, raî ches & très-belles.
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- avec le temps. Nous dirons feulement que ces peaux ont été paffées e/i bafane ; qu'elles ont féjourné dans le tan ; mais que celles-ci qui doivent être travaillées en cuir doré, exigeroient de là part des Tanneurs des foins qu'ils leur refufent depuis long-temps, de forte que les Peintres attachés à faire de beaux ouvrages, fe plaignent fouvent des peaux qu'ils achètent, 8c rejettent fur le peu d'attention des Tanneurs les défauts que l'on voit dans les tapifferies, auxquels ils ne font pas maîtres de remédier, 8c dont il faudroit uniquement rendre les Tanneurs refponfiïbles.
- Le prix des peaux efl fort fujet à varier. Autrefois la douzaine de peaux ne valoit que quatre livres. Elle a coûté depuis y , 6,8, & jufqu'à 18 liv* mais le prix commun qui efl de 10, 12 à iy liv. en établit déjà un allez confidérable à ce qui forme le fond de ces fortes de tapiiferies.
- On n'emploie communément à Paris que les peaux de mouton* Celles de veau 8c de chevre feroient cependant meilleures. Nous prouverons par la foite que les tapiiferies que l'on en formeroit, feroient plus belles 8c plus durables ; mais comme elles feroient plus cheres , c'eft une raifon d'exclufion pour l'Ouvrier qui ne travaille qu'à tirer le plus de profit qu'il lui efl pofîible ; ce dont nous ne pouvons pas lui faire de reproche, puifqué nous ne voudrions pas lui payer le forplus de cette dépenfe (1 ).
- On verra par la defcription de cet Art que nous allons donner, que pour fabriquer ces efpeces de tentures, les Ouvriers emploient des cuirs qui en font le prix , 8c plufieurs autres matières coûteufes ; que leur Fabrique exige des outils 8c uflenfiles ; enfin qu'elles occupent plufieurs Ouvriers qui y emploient un temps affez confidérable. Ces frais d'une Manufacture doivent être payés par la vente des tapiiferies qui s'y fabriquent ; mais aujourd'hui que l'on ne fe réglé plus fur la durée d'une marchandifo ‘pour en faire cas, & que l'on préféré celle qui peut être livrée à un prix modique , l’on a donné, comme nous l'avons dit, l'exclufion à ces tapiiferies, quoique fouvent fort belles & de longue durée, pour s'attacher à des étoffes qui n’ont pas les mêmes avantages ; 8c maintenant on ne connoît plus à Paris que deux ou trois Maîtres qui s'occupent au travail de ces fortes de tapiiferies.
- Nous pouvons citer au nombre de ceux-ci le fieur Delfolfe, Peintre, qui efl célébré dans ce genre , chez qui nous avons vu travailler , & qui nous a paru defirer fe prêter à tous les moyens qui pourroient tendre à perfectionner fon art : mais malheureufement ce qui conduit à la perfeétion d'un ouvrage, entraîne prefque toujours beaucoup de temps & de dépenfe ; 8c quand on ne veut payer ni la beauté ni la durée, il faut ne s'attacher qu'à rendre le travail plus expéditif, fans chercher ce qui conduiroit l'art à fa perfeétion.
- ( 1 ) Les peaux de chevres font plus cheres, parce qu’on les referve pour les palier en chamois ; elles approchent le plus de la qualité des peaux de cet animal.
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- Notis avons dit que les Ouvriers employés à ce s fortes d’ouvrages, étoiene de la Communauté des Peintres. On auroit pu croire qu’ils étoient du reffort des Maîtres Tapiiliers. Ce qui paroît plus fingulier, c’eft que ce font aufli les Peintres qui travaillent ces fortes de tapifferies que l’on fabrique avec des tontines de drap ou d’étoffe , auxquelles on fait prendre différents deffeins, que l’on vend à un prix modique , qui leur a donné la vogue, & qyi ont fait tomber en partie les tapifferies de cuir dont nous parlons.
- Il faut aux Peintres qui font travailler à ces fortes de tentures , des outils que nous ferons connoître à mefure que nous en aurons befoin, en donnant la defcription de ce travail. Il convient encore qu’ils aient un loge^ ment couvert affez fpacieux, & un jardin ou une cour affez grande pour mettre fécher les tapifferies ou les peaux qui doivent fervir à les former, à mefure quelles ont reçu une nouvell ^préparation. •
- §. I. Travail des Cuirsforés ou argentes.
- Les peaux font feches lorfque l’Ouvrier les acheté. Elles ne font pas alors auftî flexibles, auflî maniables qu’il eft néceffaire. Avant de les mettre en oeuvre , on commence par les ramollir. On les jette dans un tonneau ou dans une cuve pleine d’eau : on les y laiffe tremper quelques heures, 8c on les y remue plufieurs fois & à différents temps avec un bâton , ( PI.
- i ,fig. i )•
- On les retire enfuite ; & pour les rendre encore plus douces, on les corroie , pour ainfi dire , mais d’une façon fort groflîere. Un Ouvrier (fg. 2. ) prend une peau par un coin : il la frappe fur une pierre plufieurs fois, & répété cette même manœuvre, en prenant fucceflïvement la peau par chacun de fes quatre coins. Il en fait autant à toutes celles qui ont trempé dans la cuve. Cette préparation qui s’exécute très-promptement & très-facilement, s’appelle battre les peaux ; quand elle eft achevée, l’Ouvrier détire fes peaux. Détirer les cuirs , c’eft rendre les furfaces des peaux les plus unies qu’il eft poflîble. Pour cela il y a dans l’endroit ou l’Ouvrier détire, une grande pierre placée fur une table. Il étend (fg. 3 ) une peau for cette pierre ; &, pour effacer tous fes plis , toutes fes rides , il fe fert d’un outil auquel on ne donne d’autre nom que celui de fer à détirer. C’eft une elpe-ce de couperet X ( PL. //) formé d’une lame de fer , large de y à 6 pou-' ces, & haute de 3 ou 4. Cette lame entre dans un morceau de bois équarri & arrondi fur fa furface fopérieure qui lui fert de manche. La lame eft retenue dans le manche par plufieurs clous qui le traverfent : elle eft un peu convexe dans fa partie inférieure. L’Ouvrier tient de fes deux mains le fer à détirer : il lepreffe & l’appuie for le cuir en tenant la lame dans une pofition inclinée. On ne cherche pas à rendre la lame tranchante : l’Ouvrier ne fo pro-pofe pas de couper la peau avec cet outil ; il ne veut que Vétendre.
- C’eft
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- C’eft le profit du Maître , & il a grand foin que l’Ouvrier y réponde * d’étendre beaucoup la peau ou de la bien détirer. Le cuir ainfi détiré acquerra plus de fiirface 8c par conféquent fera un plus grand morceau de tapifferie. A mefure qu’une peau ell arrangée, on la pofe fur celles qui le font déjà/ On en met ainfi plufieurs dont on forme de petits tas A ( PL / ), jufqu’à ce que l’on veuille achever de les préparer. (
- Quand on regarde une tenture de cuir doré ou argenté en place 9 on s’apperçoit, fans y prêter beaucoup d’attention^ quelle eft compofée de plufieurs morceaux de grandeur égale , de figure quarrée, ou plutôt un peu oblongue. Chacun des carreaux (1 ) eft fait d’une peau large ordinairement de 23 pouces fixr 16. Ces dimenfions ne font cependant pas toujours les mêmes. Les carreaux ont quelquefois 28 à 30 pouces fur 24. On en fabrique qui ont l’aune ; mais ils font formés de plufieurs peaux collées*
- Pour donner une forme régulière aux peaux , il efl: queftion de couper ért ligne droite les côtés des peaux détirées , & l’on fe fert pour cela d’une réglé ou d’une équerre ; ou on applique fur la peau une planche ou un chaffis ( 2,2, PL II ) de la même grandeur de la planche m graver (1,1) dont nous verrons l’ufàge ; ou enfin on place le carreau fur une table fur laquelle les dimenfions de la planche gravée font marquées On a des planches gravées qui portent différentes dimenfions , 8c autant qu’on le peut, la peau que l’on choifit, n’eft pas plus grande que la planche : fouvent même il fe trouve des échancrures qui rentrent en dedans des dimenfions requifes. Si en dreffimt les bords de la peau, on en retranchoit tout ce qui les empêche de former des lignes droites, on la diminueroit trop. On fe contente feulement (PL II>fig. 4 ) de la tailler, autant qu’il eft poffible , de la grandeur de la planche gravée.
- Il ne s’agit plus ,enfuite que de garnir avec des pièces les endroits qui ne fè rencontrent pas dans l’alignement. La peau fe trouve auffi quelquefois défeétueufe ; en d’autres endroits elle eft trouée, & exige des pièces. Pour réparer ces défauts , avant d’appliquer ces pièces, on diminue la moitié de l’épaiffeur de la peau , ou l’on taille en bizeau le contour des endroits fur lef-quels les pièces doivent être pofées. En terme d’Ouvrier, on efcarne la peau (2 ) : on efcarne auffi le bord des pièces. Ces opérations n’exigent pas une grande adreffe de la part de l’Ouvrier. Il eft debout ( PL //, fig, 6 ) devant une table fur laquelle il y a une pierre B , dont la furface fu-périeure eft quarrée & unie. Sur cette pierre , il met la peau qu’il efcarne ; &, pour la diminuer d’épaifleur, il fe fert d’un vrai couteau C forttran-
- (1 ) Les Ouvriers nomment toujours ainfi la peau ou le cuir deftiné à être argeuté & travaillé en tenture.
- Cuirs*
- (2 ) Il ne faut pas entendre par ce terme enlever la chair ; il s’écriroit différemment : mais plutôt abattre la carne. Voyez VExpl. des Termest
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- chant, appelle Couteau à efcarner. Ce couteau eft formé d’une lame longue de neuf pouces, & qui a 4 pouces dans fa partie la plus large. Cette lame eft emmanchée dans un rouleau de bois qui rend le couteau aifé à manier. La lame eft un peu convexe vers la pointe. L’Ouvrier efcarne la peau du côté où elle portoit fur la chair de l’animal : au contraire il diminue l’épaiffeur des bords de la piece du côté de la fleur, c’eft-à-dire , du côté où le poil étoit attaché, parce que la piece doit être placée en deflous de la peau du côté qui ne fera pas apparent. On fe propofe, comme on le fent bien, en taillant les bords en bizeau , foit des pièces, foit des endroits fur lefquels elles doivent être appliquées, de faire enforte que la partie racommodée foit auflî mince que les autres, & que l’on ne voie point d’éminence qui la falfe diftinguer.
- Pour efcarner les pièces, on fe fèrt ordinairement d*un couteau un peu plus grand que celui dont nous venons de donner les dimenlions ; & on le nomme Couteau aux pièces. Sa lame C a dix pouces de long, & deux pouces dans fà partie la plus large. ,
- On ne colloit autrefois les pièces que lorfque la peau étoit prefque feche ; & cela parce qu’on fe fer voit de colle de farine qui n’auroit pas pris fur la peau humide. A préfent on les colle fur le champ : aufli emploie-t-on une colle fur laquelle l’humidité a moins de prifè. Elle eft compofée de bonne colle de parchemin : on la fait bouillir jufqu’à ce qu’elle ait pris affez de confiftance, & que les rognures de parchemin qu’on emploie foient diffoutes. On juge quelle eft parvenue à ce degré en en retirant une goutte qu’on laifîe figer. Quand la colle eft bien préparée , on s’en fert pour coller les pièces.
- La façon de les retenir à l’aide de la colle eft trop aifée à imaginer pour exiger un plus ample détail. Il nous fuffira de dire qu’on fait fon poflîble pour les coller proprement, & pour que le lieu où on les met foit uni, & ne forme point de rides.
- Les pièces étant collées, il s’agit enfuite d’argenter les peaux. Car, foit qu’on les deftine à former des tentures de cuir argenté ou de cuir doré, il faut toujours commencer par les argenter.
- La préparation des cuirs dorés ne différé des autres qu’en ce qu’on leur met un vernis qui donne à l’argent une couleur approchante de celle de l’or. Nous décrirons ce vernis & la façon de l’appliquer , quand nous aurons donné les préparations communes aux tapifleries argentées ou dorées.
- II. Comment on argente les Carreaux.
- Pour retenir les feuilles d’argent qui doivent argenter les carreaux , l’Ouvrier enduit le cuir d’une colle ; & cette préparation fe nomme Encollage. La colle équivaut ici au mordant des Doreurs : celle dont on fe ferc
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- pour encoller les peaux, eft celle dont nous avons donné la préparation en parlant des moyens employés pour mettre des pièces aux peaux percées. Elle efl: feulement plus épaiflè , & on lui donne ici la confiftance d’une gelée , en la lailîànt plus de temps fur le feu.
- Pour encoller une peau ou un carreau , il faut un morceau de colle dé la grofleur d’une noix. L’Ouvrier ne l’étend pas tout à la fois ; il le coupé en deux. Avec une partie de cette colle, il frotte toute la peau fort grof-fièrement. Enfuite il applique la paume de la main fur la furface de la peau fur laquelle il a étendu la colle ; &, en la frottant > il oblige cette colle à fe répandre fur la peau plus également & plus uniment. L’Ouvrier prétend que la chaleur de la main contribue autant que le mouvement qu’il lui donne , à faire fondre la colle & à la rendre prefque liquide. Quelque temps après il étend fur la même furface du carreau & d’une fémblable maniéré l’autre partie de la colle. On regarde comme néceiîàire de laifler un intervalle de temps entre la première & la fécondé mife de colle, pour que la première couche ait le temps de durcir , de prendre de la confiftance avant d’appliquer la fécondé. Quand l’ouvrage efl: en train, l’intervalle qui refte entre le temps où l’on applique la fécondé couche , & celui où l’on a employé la première, efl: deftiné à encoller un fécond carreau : ainfi le carreau qui efl: encollé en partie , refte pendant le temps qu’on achevé d’en encoller un autre ; après quoi on encolle le premier entièrement* Si on mettoit toute la colle à la fois, quoique cette couche foit aflfez mince > elle feroit encore trop épaiffe pour fécher promptement : elle fe diflbudroit, & , pour parler en terme d’Ouvrier, la feuille d’argent que l’on doit appliquer deflfus, s’y noyer oit ou s’enfonceroit trop. Une partie delà colle s’é-leveroit auffi fur la furface de l’argent, en paflfant par les intervalles qui font entre les feuilles ; ce qui n’eft plus à craindre lorfque la moitié de la colle â pris de la confiftance.
- On choifit toujours le côté de la peau où étoit le poil, ou le côté de la fleur, pour appliquer delîiis la colle & les feuilles d’argent ; c’eft le côte qui doit devenir apparent. Ce n’eft pas fans raifon qu’on lui donne la pré-^ férence. La peau eft fur cette furface beaucoup plus unie , & d’un tiflu plus ferré que fur l’autre.
- Ce carreau étant encollé pour la fécondé fois, il ne refte plus qu’à y pofer les feuilles d'argent. L’Ouvrier qui argente ( PL //, Jlg. 7 ), eft devant une grande table fur laquelle il étend deux peaux. Il les prend dans le temps qu’elles font encore humides. Sur la même table , à la droite de l’Ouvrier, eft un grand livre de papier gris rempli de feuilles d’argent (*).
- (1 ) Le livre rempli de feuilles d’argent s’achète chez les Batteurs d’or. Les Ouvriers en cuir leur commandent des livrets qui contiennent 5 00 feuil-
- vriers achètent fouvent l’argent au gros, & ils préfèrent les feuilles les plus minces : le gros coûte environ vingt-cinq fols : il faut ordinairement depuis
- les. Elles coûtent 10 à 12 1. le millier. Chaque quarante jufqu’à cinquante feuilles pour produire feuille porte 3 pouces 5 lignes en quarré. Ces Ou- i ce poids.
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- L’Ouvrier met le livre D fur une planche L qui porte à une de fes extrémités une cheville affez longue pour qu’étant appuyée fur cette cheville , elle prenne la pente qu’offrent ordinairement les pupitres. Ils nomment cette planche VAgiau, Le livre étant placé fur cette efpece de pupitre, il en tire les feuilles d’argent qu’il contient pour les appliquer fur la peau, comme nous allons le décrire.
- Il prend une à une les feuilles d’argent renfermées dans le livre D avec une pince E formée par deux petites tringles de bois retenues enfemble par une de leurs extrémités , & collées fur une petite piece de bois taillée en triangle , deftinée feulement à éloigner l’une de l’autre les deux autres extrémités des deux tringles, & leur faire fervir de reffort en appuyant defîits avec les doigts pour leur faire fàifir la feuille d’argent. Cette*pince , ainfî que les moyens de s’en fervir & de manier les feuilles d’argent, font employés par les Batteurs d’or, comme on pourra le voir dans la defcription de cet Art. De ce côté de la réunion des tringles qui forment la pince , elle porte une efpece de houppe E ou de pinceau de figure affez irrégulière, faite de poil de fouine ou de renard , ou de tout autre poil fin. L’Ouvrier fe fert de cette pince pour faifir la feuille d’argent. Chaque feuillet du livre contient fix feuilles. Il en prend une dans le livre, Se la pofe fur un morceau de carton plus grand que la feuille d’argent, Se dé figuré à peu près quarrée, à laquelle on n’a donné d’autre façon que d’avoir abattu deux angles d’un de fes côtés , de celui qui doitfe placer dans la main de l’Ouvrier. Cette feuille de carton fe nomme Palette. Il prend la palette F de la main gauche ; & quand la feuille d’argent eft une fois placée fur la palette, l’Ouvrier la fait tomber fur la peau en l’étendant le plus qu’il peut, Se faifant enforte de mettre fes côtés parallèlement à ceux du carreau. S’il arrive cependant qu’une partie de la feuille fe chiffonne ou s’étende mal, il la redreffe, la leve quelquefois avec fa pince , la remet en place, & la frotte légèrement avec l’efpece de pinceau qui eft au bout de la pince. Mais pour l’ordinaire, l’Ouvrier fait feulement tomber la feuille toute étendue fur la furface de la peau , fans la toucher ou la preffer, fi ce n’eft dans le temps où nous en allons parier. Auprès de cette feuille, il en couche une nouvelle dans le même rang. Ce rang étant rempli, il en met un nouveau, Se continue ainfi d’en ajouter jufqu’à ce que la furface du carreau foit entièrement cachée par les feuilles. Cet ouvrage fe fait très-aifément & affez promptement, parce que l’on applique les feuilles coupées quarrément fur une furface plane qui eft aufîi reélangle.
- Pour faire cet ouvrage, celui qui argente, doit fe mettre dans un endroit à l’abri d’un vent paflant; car il ne faut qu’un fouffle pour enlever les feuilles minces d’argent, les chiffonner & les gâter, au point d’exiger beaucoup de temps pour les redreffer, ou de les perdre entièrement, L’Ouvrier a une
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- ^ LES CUIRS DORÉS.
- certaine adreffe pour les rétablir quand une partie de la feuille fe releve, ou quand elle fe chiffonne. Il fouffle un peu fur la feuille chiffonnée , ou bien il abaiffe la main , Sc contraint la feuille , par le vent quelle occafionne, à reprendre la forme plane, Sc à s’appliquer comme auparavant fur le feuillet du livre. ' N
- Le carreau ou la peau étant donc couverte de feuilles d’argent, l’Ouvrier prend une queue de renard G , dont il fait un tampon H, Sc fe fert de ce tampon pour étoupper les feuilles : ce qu’il fait en les preflànt , Sc leur donnant plufîeurs petits coups : il les oblige ainfi à prendre fur la colle 9 Sc à s’appliquer exactement fur les efpaces qu’elles recouvrent.
- Il frotte enliiite légèrement, avec la même queue de renard, le carreau de tous cotés, fins le frapper. Ce frottement fe fait à deffein d’enlever l’argent qui n’eft pas collé, Sc qui eft de trop. Il en relie toujours de petites parties au bord des feuilles qui fe trouvent dans ce cas. Une feuille recouvre fouvent fi voifine ; Sc tout ce qui croife fur d’autres feuilles, ne trouvant point de colle qui l’arrête, eft enlevé par le frottement delà queue de renard. Ces parties ainfi détachées, ne deviennent pas abfolument inutiles : plufieurs fervent à remplir les vuides qui fe trouvent entre d’autres feuilles. Cette efpece de pinceau en paffint fur tout le carreau, porte les feuilles qui fe détachent fur d’autres endroits où la colle les retient. Le furplus qui ne fefviroit à rien , eft pouffé par l’Ouvrier vers un des bouts de la table où l’on a ajufté une efpece de poche ou de fie de toile , dont l’ouverture eft tournée vers le delfus de la table , ou feulement fur un linge qui eft deftiné à les recevoir.
- Dans une des chambres où l’on travaille , il y a plufieurs cordes attachées aux deux murs oppofés ; on met les carreaux fécher fur ces cordes après qu’ils ont été argentés. Lafurface argentée eft placée en delfus de la corde, afin que celle-là foit plus expofée à l’air : les cordes font affèz élevées pour que les peaux n’embarraffent pas les Ouvriers qui paflent deffous. Pour les placer fur les cordes , on, fe fert d’un uftenfile M ( PL II, ) qu’ils appellent Croix ; il eft compofé d’un long bâton à l’un des bouts duquel eft engagée une traverfe horizontale plus longue que ne l’eft une peau. La peau argentée fe met (PL I, fig. j ) fur la traverfe. On l’éleve facilement fur la corde , Sc on l’y met pour fécher. On y lailfe les carreaux plus ou moins de temps, félon que l’air eft plus ou moins fec, Sc plus ou moins chaud. En été, il fuffit qu’ils y relient quatre à cinq heures : ceux qui ont été argentés le foir, y paflent la nuit ; & ceux qui ont été argentés le matin , en font retirés après midi : en hiver, ils y demeurent plus long-temps.
- On n’attend pas néanmoins à les en ôter qu’ils foient entièrement fecs : pour achever de les faire fécher, on les porte dans quelques jardins, où on les expofe au grand air & à la chaleur du foleil ; mais auparavant on attache Cuirs. C
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- chaque carreau fur une ou deux planches jointes enfemble, & on Ty retient bien étendue avec plufieurs clous. Cette précaution fert à les empêcher de revenir fur elles-mêmes jOu, en termes d’Ouvrier , de fe racornir en léchant. Leur furface qui eft argentée , eft en deffous ; c’eft celle qui eft appliquée fur la planche. La feule raifon qui engage à mettre la furface argentée en deifous , eft pour empêcher les ordures qui pourroient tomber fur la colle qui n’eft pas encore feche, de s’y arrêter & de nuire à l’opération de les brunir, dont nous allons parler. C’eft encore de la chaleur & de la fécherefle de l’air, que dépend le temps qu’on doit laiffer ces peaux clouées. L’habitude apprend à choifir un certain degré ouïes peaux confervent une molleffe fans être humide. En été , ce terme arrive au bout de quelques heures. Les peaux font alors en état d’être brunies.
- Il eft ici queftion , comme chez tous les Doreurs , de donner un œil plus brillant à l’argent, de le polir. Le brunijjoir dont le fervent les Ouvriers, eft un caillou / ( PL IL) dont la figure varie , & qui eft monté différemment fuivant là forme. Tout caillou fera propre à cet ufage , pourvu qu’il fe trouve avoir une furface unie. Souvent là forme eft cylindrique ; un de les bouts eft terminé par une furface unie & circulaire d’un pouce Sc demi de diamètre ou environ. Cette furface circulaire eft employée à brunir ; aufli doit-elle être extrêmement polie. Les Ouvriers appellent le bruniffoir un Brunis : nous lui conferverûns cependant le nom de Brunijjoir.
- Ce caillou eft enchâffé au milieu d’un morceau de bois K d'un pied de long; l’une & l’autre partie de ce morceau de bois fert de manche au bru-niffoir : l’Ouvrier (jg. 8 ) prend de l’une & l’autre main le bruniffoir par chacune de fes extrémités qui font un peu arrondies ; car , comme nous l’avons fait entendre , on a laiffé feulement au morceau de bois plus d’ép ai file ur vers Ion milieu qu’ailleurs, afin de pouvoir y percer le trou un peu profond dans lequel le caillou doit être enchâffé d’une maniéré fiable.
- Tout l’art que demande la façon de brunir l’argent, fe réduit à frotter fortement le caillou fur les feuilles qu’on a collées ; & c’eft afin d’avoir plus de force , que l’Ouvrier tient le bruniffoir de fes deux mains. Son intention doit confifter à appuyer davantage & plus long-temps fur les endroits qui fémblent ternes, Sc généralement à les brunir tous.
- L’Ouvrier, pour travailler commodément, a ici comme quand il efi-carne, une pierre R placée fur une table de hauteur ordinaire. Il ôte la peau argentée de deffus la planche où nous avons dit qu’il l’avoit clouée pour l’y laiffer fécher & l’empêcher de fe racornir. Il la met fur la pierre, l’étend deffus ; & fe tenant debout devant la table, il paffe avec force & plufieurs fois le bruniffoir fur chaque partie de la peau, Sc lui donne ce brillant que l’on recherche.
- Il nous a paru que les Bruniffeurs s’épargneroient beaucoup de peine >
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- LES CUIRS DORES.
- Sc qu’ils travailleroient avec plus de fuccès, s’ils vouloient faire ùfage d’un reflort tel que l’emploient ceux qui poliflent les glaces , ou ceux qui fabriquent les cartes Sc qui les liflent. Ce reflort ne confifte ( comme on fait) qu’en un bâton & ( PL II) courbe Sc fort, dont une extrémité eft attachée au plancher, Sc dont l’autre porte le brunifloir. L’Ouvrier feroit appuyer le brunifloir avec force fur la peau, & la prefTeroit plus vivement que ne le peut faire celui qui brunit les feuilles d’argent, en ne fe fervant que des moyens que nous venons de décrire, & qui le fatiguent beaucoup. Il ne lui refteroit d’autre peine, en employant la nouvelle façon que nous indiquons, que celle de faire glifler le brunifloir : le bâton qui forme un reflort, le déchargeroit de celle de l’appuyer fur la peau.
- Nous avons fait part de cette idée à un Artifte entendu , qui n’a pas paru la rejetter entièrement. Mais il nous a repréfenté qu’il étoit néceflaire d’appuyer plus en des endroits qu’en d’autres , Sc que la main, fans aucun fecours, paroifloit plus propre à fatisfaire les vues Sc l’intention de l’Ouvrier*
- Il prétend encore qu’il n’y a point de peaux où il ne fe trouve quelque petit gravier entre la feuille d’argent Sc la peau , ce qui eft aflez aifé à concevoir ; car le mordant ( qui eft la colle dont nous avons parlé ) avant de prendre un certain degré de confiftance * ( telle précaution qu’on ait pu prendre pour l’en garantir, ) retient pendant ce temps toutes les ordures qui volent Sc tombent deflus. L’Ouvrier qui brunit, n’appuiant pas de toute fa force, fent ces petits graviers, Sc les retire avant qu’ils aient rayé l’ouvrage. Si l’on fe fervoit du relfort, l’Ouvrier, fui van t l’Artifte à qui nous communiquions ce petit changement, ne s’appercevroit pas auflî bien de ces graviers ; il ne les verroit que par le tort qu’ils auroient fait, c’eft-à-dire, lorfque la piece feroit gâtée fans remede. Nous laiflons aux Maîtres, Sc aux eflàis qu’ils en pourroient faire, à juger fi, en faifimt changer de place au carreau fous cette elpece de reflort, il ne feroit pas aifé de répondre à tout ce qu’on exige du brunifloir ordinaire , Sc fi ce dernier moyen n’épar-gneroit pas beaucoup de peine Sc de fatigue aux Ouvriers.
- On croit que dans quelques Manufactures étrangères , on fait pafler les peaux argentées entre deux cylindres ; & il y a tout lieu de penfer que cette opération fait prendre aux feuilles d’argent un brillant plus recherché.
- Plus la furface de la peau eft unie , ferme & ferrée, plus l’argent devient brillant après avoir été bruni. C’eft une des raifons qui fait préférer, pour former ces efpeces de tentures, les peaux de veau Sc de chevre, à celles de mouton que l’on emploie communément à Paris.
- Les Ouvriers ne pourroient-ils pas fe fervir, comme les Doreurs fur bois, ceux qui font les cadres, les bordures, &c, d’une compofition équivalente à cette efpece de peinture ou d’aflïette , que ces derniers mettent fur le bois avant de le dorer} pour donner de l’épaifleur aux reliefs, Sc foutenir
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- l’or & l'argent qu'ils appliquent deflus ? Les Ouvriers en cuir ne font pas effayé. Sans doute il faudroit en chercher une différente de celle qu'emploient les Doreurs fur bois ; mais je crois qu'un fimple enduit ou un mordant plus épais, tel que celui que je propofe, pourroit contribuer à la perfeélion de cet Art, 8c que ce feroit une chofe à tenter. Il faudroit qu'il fût affez flexible pour qu'en imprimant la peau ( comme nous le dirons dans la fuite) il ne fe rompît pas en différents endroits. La peau ainfi chargée d'une nouvelle épaiffeur, prendroit mieux la forme que l'on voudroit lui donner. Il ne feroit peut-être pas impoflîble de trouver quelque compofition qui fervi-roit encore à augmenter le brillant de l'argent.
- On pourroit aufil rendre ces efpeces de tapifleries plus belles 8c plus durables , en fe fervant de feuilles d'argent plus épaiffes que celles que l'on a coutume d'employer. Ces feuilles deviendroient plus ailées à bien brunir : mais au contraire , les Maîtres ne les trouvent jamais affez minces pour leur
- Pour avoir des tentures de cuir argenté , il ne s'agit plus que d'imprimer les carreaux après qu'ils ont été brunis , c'eft-à-dire, qu'il faut les pofer fur une planche de bois gravée en creux 8c en relief, & en faifant paffer le tout fous une preffe , communiquer au cuir le deflein exécuté fur cette planche. Mais fi l'on veut faire des tapifferies de cuir doré, il faut leur donner encore auparavant une façon qui eft une des plus jolies de cet Art. Elle doit prêter à l'argent une couleur affez fernblabié à celle de l'or pour s'y méprendre. C'eft aufli ce que les Ouvriers appellent dorer.
- Comme on imprime prefque de la même maniéré les cuirs argentés & les cuirs dorés , nous différerons à parler de l'impreflion que l'on donne aux uns 8c aux autres, jufqu'à ce que nous ayons 'vu comment on dore.
- Nous avons déjà averti que c'eft avec une efpece de vernis,que l'on donne à l’argent une couleur approchante de celle de l’or. On pourroit fans doute* pour faire des cuirs dorés , fe fervir de feuilles d'or au lieu de celles d'argent auxquelles on donne une couleur ; mais pour lors ces tentures feroient d'un prix trop confidérable (1 ). D’ailleurs, celles qui font faites avec des feuilles d'argent colorées , reffemblent fi parfaitement à l'or , qu'il faut une attention particulière pour reconnoître qu'elles n'en ont que la couleur; Une grande partie des Maîtres font un fecret de cette efpece de vernis deftiné à colorer les feuilles d'argent, & chacun prétend avoir un vernis particulier. La compofition en eft néanmoins affez fimple ; & s'il y a des difficultés à le former, elles ne peuvent fe rencontrer que dans lacuiffon.
- (1 ) Chaque feuille d’or fin a deux pouces ôc demi ou trois pouces quatre lignes en quarré. Un millier de feuilles d’or minces comme celles d’argent, coûteroit ,8o à ioo livres, & on n’en
- pourroit dorer tout au plus que huit carreaux. On voit que ces efpeces de tapiiferies deviendroient d’un prix trop confidérable,
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- Nous allons décrire les moyens de le préparer -, Sc les drogues dont il efl: compofé ( 1 ).
- §. III. Compojition du Vernis avec lequel les Ouvriers dorent les feuilles d'argent appliquées fur les Peaux.
- » Prenez 4 liv. Sc demie d'arcanfon ou colophane , une pareille quantité » de réfine ordinaire , deux livres Sc demie de fàndaraque Sc deux livres » d'aloës : mêlez ces quatre drogues enfemble, après avoir eoncaffé celles » qui font en gros morceaux ; Sc mettez les dans un pot de terre for un « bon feu de charbon ».
- Il eft plus à propos que ce feu foit de charbon , parce qu'alors il fait peu de flamme, Sc qu'il efl: dangereux qu'elle n'entre dans- le vaiffeau , elle allumeroit aifément les drogues quil contient, qui font très-combuftiblesi Pour prévenir cet accident Sc quelques autres dont nous parlerons dans la fuite > le vaiffeau doit être choiü affez grand pour que toutes ces drogues & celles que nous dirons tout à l'heure qu'il y faut ajouter, n'en remplit fent pas plus de la moitié. Il efl: bon encore qu'il foit évafé par fon ouverture , ou qu'il ait un rebord Vqui jette la flamme en dehors. Ce font de légères précautions qu'il efl: toujours bon de prendre. Plufieurs cependant les négligent, & font leur vernis fur du feu de bois. Il faut encore redoubler pour lors d'attention pour que le feu n'y prenne pas.
- » Faites fondre toutes les drogues dans cette efpece de marmite, &remuez-n les avec une fpatule , afin qu'elles fe mêlent, & qu'elles ne s'attachent » point au fond. Lorfqu'elles feront bien fondues, verfez fept pintes d'huile » de lin dans le même vaiffeau ; Sc avec la fpatule, mêlez-la avec les dro-» gués. Faites cuire le tout en remuant de temps en temps, pour empêcher, » autant qu'on le peut, une efpece de marc qui fo forme, Sc qui ne fe mêle » point avec l'huile, de s'attacher au fond du vaiffeau. Quand votre vernis » efl: cuit, paffez-le à travers un linge ou une chauffe ».
- Une pareille quantité de vernis refte , fui van t les Ouvriers, pour l'ordinaire 7 à 8 heures fur le feu avant d'être cuite : mais ce temps ne fàuroit être regardé comme une réglé précife. La cuiffon efl: plutôt finie lorfqu'on fait un grand feu. Une réglé plus fïire dont fe fervent les Ouvriers employés à faire le vernis, efl: de prendre quelques gouttes de cette liqueur avec la fpatule, Sc de les pofer fur une feuille d'argent étendue fur du cuir ; ou bien ils prennent de ce vernis avec une cuiller d'argent, & appliquant le bout du doigt fur cette liqueur, l'Ouvrier examine fi elle efl: cuite, comme on s'affure de la cuiffon d'un fîrop ; fi elle file en fe refroidiffant, ou fi en re-
- ( 1 ) J’ai trouvé cette recette dans les papiers de M. de Réaumur : elle m’a été d’autant plus utile qu’il ne me reftoit qu’à la voir confirmée par l’aveu des Maîtres qui ne pouvoient plus m’en
- Cuirs,
- faire myftere. On peut y ajouter d’autant plus de confiance, que , l’ayant pratiquée , j’en ai obtenu un très-beau vernis , comme on le verra par la fuite,
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- tirant doucement fon doigt, elle poiffe & le retient un peu , ceft une marque qu’elle eft à fon degré , qui eft affez celui ou elle parvient à la confiftance d’un firop un peu épais.
- Le vernis prend pour lors une couleur brune ; &, ce qui eft fingulier, c’eft qu’étendu fur l’argent,, il devient tranlparent & offre un œil d’or. Si la couleur ne paroît pas affez foncée, on y remédie en mêlant de nouveau un peu d’aloës qui fournit au vernis cette couleur; mais il faut prendre garde de n’en pas mettre un gros morceau à la fois dans le vaiffeau. Il pourroit faire élever la liqueur au-deflus de fes bords. Lorfque l’on en ajoute, il eft bon de le jetter avec précaution, comme nous allons l’expliquer pour mettre les dernieres drogues. Si la couleur du vernis paroiffoit au contraire trop foncée, on l’éclaircir oit en y mêlant du làndaraque, qui n’eft deftiné qu’à donner ce qu’on appelle du corps à la couleur.
- En une heure & demie de cuiffon , j’ai fait d’aufti beau vernis que celui que nous venons de décrire , en ne prenant qu’un demi-feptier d’huile, dans lequel j’ai fait fondre de la belle réfine & de l’aloes, les doies diminuées dans la même proportion que l’huile.
- Mon vernis étoit très-beau , & il ne s’eft prefque point formé de marc au fond du vafe , parce que j’ai employé feulement une très-belle rejîne en laK mes , qui m’étoit venue du Canada, & que l’aloes avoit été choifi avec la même attention.
- Le vernis étant prefque cuit, pour l’amener à fa perfeétion , il faut encore y ajouter du dejjïcatif, c’eft-à-dire, quelques drogues qui, fans altérer fa couleur , le rendent plus prompt à fécher. Celui qu’on emploie ordinairement, confifte à y mêler pour fept pintes d’huile, une demi-once de la plus belle litharge, & autant de minium ou plomb'rouge. On les mêle groft* fièrement enfemble.* Il faut encore ne les jetter dans le vaiffeau que par petite quantité ; & pour cela on fe fert d’une cuiller, pour ne les pofer dans le vernis qu’à différentes reprifes. On retire la cuiller pour un inftant, afin de laiffer faire aux drogues une petite ébullition. Si on ne les y mettoit pas avec cette précaution, on courroit rifque de faire élever le vernis au-deffus des bords du vafe, Sc d’y mettre le feu. Malgré tous les foins & les attentions que nous indiquons ici, quelquefois ( plus fouvent quand on les néglige ) cet accident arrive. Pour lors il faut jetter promptement jdes torchons mouillés fur le vaiffeau pour éteindre la flamme. On remue pendant du temps toutes les drogues avec la fpatule ; & lorfque les trois dernieres paroiffent incorporées avec le vernis , on les retire de deflus le feu.
- Il ne refte plus, pour finir entièrement le vernis , qu’à le paffer au travers d’un gros linge ou par une chaufle pour le feparer d’une elpece de marc dont nous avons parlé , qui refte en partie attaché au fond & au bord du vafe, & dont le refte nage en divers morceaux parmi le vernis.
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- LES CUIRS DORÉS. i;
- On paffe le vernis au fortir de deffus le fourneau. Je n’aurois pas be-foin de recommander d’agir avec précaution pour ne fe point brûler , fi je ne favois par expérience qu’il ne faut qu’un accident , comme une ouverture au linge, pour n’en pas être à l’abri. Ceux qui fe fervent de chauffe , doivent en avoir plufieurs à côté d’eux, pour en fubftituer une autre à celle qui viendroit à manquer ; & l’on doit faire grande attention qu’il n’en tombe pas fur les mains , fur le vifige 8c fur les jambes ; ces parties fen-fibles en feroient vivement endommagées. Le vernis ainfi préparé , fe garde aufli long-temps que l’on veut fans s’altérer.
- Avant de donner l’ufige que l’on fait de ce vernis & la façon de l’appliquer fur les feuilles d’argent qui recouvrent les peaux que l’on veut dorer > on me permettra encore quelques réflexions fur cette efpece de couleur , & fur les différentes parties qui entrent dans fa compofition.
- On a fans doute déjà remarqué que la Angularité de ce procédé confifie en ce que l’on fe fert d’une fimpie liqueur brune pour produire avec le fecours des feuilles d’argent brunies fur lefquelles on l’applique , une couleur femblable à celle de l’or; Sc que le problème confifte à dorer, fans employer aucune partie de ce métal précieux que l’on cherche à imiter.
- Les feuilles d’argent ( ou quelques autres matières polies Sc luifimtes ) font donc aufli néceffaires pour dorer les cuirs , que le vernis même que l’on applique deffus : car la couleur feule dont nous venons de donner la préparation , étendue fur la peau ou fur du bois, les coloreroit , mais ne leur donneroit pas la couleur propre à l’or. Il faut donc que la blancheur & le brillant des feuilles d’argent polies percent à travers la couleur du vernis ; que par leur réunion elles produifent une troifîeme couleur éclatante ; & qu’enfin cette derniere emprunte celle de l’or.
- Comme le vernis Sc le métal poli fur lequel on l’applique, concourent à produire cette belle couleur que l’on remarque fur les cuirs dorés , il doit fe rencontrer des circonftances plus ou moins favorables à Ja réufiïte de ce que l’on attend de la réunion de ces deux matières. Un vernis plus ou moins parfait, plus ou moins tranfparent, plus ou moins coloré , une couche de ce vernis mife fur les cuirs à une trop grande ou trop petite épaiffeur , des feuilles plus ou moins blanches , bien ou mal brunies , doivent aufli donner une couleur plus ou moins belle.
- Ces remarques faites par les Ouvriers doivent fins doute lés conduire à mettre de la perfeétion dans leurs ouvrages. Ce font les feuls guides que nous puiflîons leur donner. Des réglés feroient inutiles ici, puifque di-verfes circonftances pourroient les faire varier. On devine aifément, par exemple , quek l’épaiffeur de la couche du vernis que l’on met fur les feuilles d’argent, doit changer, fuivant le plus ou moins de confiftance qu’on lui a donné dans la cuiffon ; mais que l’attention de l’Ouvrier doit
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- toujours confifter à ne pas intercepter le brillant que doivent donner les feuilles d’argent.
- Paffons maintenant à l’examen des différentes drogues qui compofent le vernis qu’emploient les Ouvriers.
- D’après le procédé que j’ai fuivi pour former mon vernis , on peut être convaincu de la facilité qu’il y auroit à Amplifier la première recette que nous avons donnée.
- x°, On pourroit ne point mettre , ou mettre beaucoup moins de réfine commune , 8c l’or n’en feroit que plus beau, fi on le rempiaçoit par du fim-daraque, en y ajoutant l’aloës qui feul produit la couleur dorée : mais la réfine ordinaire eft de toutes ces drogues celle qui coûte moins ; 8c lorf-quelle eft choifie bien claire 8c bien tranfparente , elle ne gâte rien , & augmente beaucoup le volume du vernis.
- Les Maîtres, pour augmenter encore la quantité , & d’une façon qui ne fait ( à ce qu’ils croient ) que rendre la couleur plus belle , ramaffent les couleurs qui reftent dans leurs godets, foit de blanc ou de rouge , ( 8c dont nous verrons dans un moment l’ufage ), & ils les jettent dans le vaiffeau du vernis. Le rouge dont ils fe fervent , eft quelquefois de la gomme-laque.
- Les Ouvriers prétendent qu’on pourroit faire entrer diverfes autres drogues beaucoup plus cheres, 8c qui donneroient auffi plus d’éclat & de tranlparence au vernis d’or;, que la laque ordinaire , le carmin 8c plufieurs autres beaux rouges pourroient y être mis avec fficcès. De belles gommes y font un bon effet : elles le rendent plus propre à fécher promptement * fans être expofé à l’air ni au foleil. Auffi lorfqu’on veut peindre fur des tapifferies qui reftent en argent , des branchages d’or ou quelques autres figures, comme cela fe fait fouvent dans la chambre , on mêle de la gomme & de la gomme-gutte avec le vernis d!or ; le vernis en devien, tfuivant les Ouvriers, plus beau, 8c feche plus vite. On met chauffer fur un réchaut environ un demi-feptier de vernis T or \ 8c quand ce vernis commence à bouillir, on verfe dedans une once de gomme-gutte détrempée avec l’huile de térébenthine , 8c on retire le tout de deffus le feu, un inftant après avoir mêlé la gomme avec la cou:
- , leur d’or.
- 2°, J’ai eflayé de fubftituer de la gomme-gutte à l’aloës. Cette derniere m’a paru fe difloudre moins bien dans l’huile , & fe mêler moins parfaitement avec la réfine. Le vernis que j’en ai obtenu,n’étoit pas fi tranlparent ni fi beau; il étoit jaune fans être doré. Mais peut-être la réuffite de cette expérience dépendoit-elle de quelques attentions qui ne fe feroient préfentées qu’en la réitérant plufieurs fois. D’ailleurs , fi, en fubftituant la gomme-gutte à l’aloës, l’ouvrage ne gagne pas en beauté, il eft inutile de travailler à employer la première gomme, parce que le prix de la gomme-gutte eft plus confidérable que celui de l’aloës. )
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- Le fiiccin auquel on donne le nom d’ambre , mêlé avec le même vernis , y. fait encorel très-bien > lorfqu’on veut y mettre toute la perfeétion que les Maîtres cherchent rarement. En général, les réfines les plus belles ne peuvent que faire de très-beau vernis ; mais je^croirois qu'on nuit à fa qualité en y ajoutant des couleurs ou d’autres drogues qui ne fe foudroient pas dans l’huile/ 8c par conféquent, ou formeroient des grumeaux , ou de-yiendroient inutiles en reliant avec le marc du vernis... .0
- Il y a des Maîtres qui font leur vernis en très-grande quantité. Ils croient qu’il en devient plus beau, & qu’ils font moins fujets'à le manquer. Pour lors ils fe fervent-d’une grande marmite de cuivre qui peut contenir cent ou cent cinquante livres de’ matière ; & elle refte un jour_& demi ou deux jours fur le feu. Us font obligés de conduire leur opération avec la plus grande attention. Suivant eux, un bâton qui donneroit de la fumée , 8c que l’on met-troit proche de la marmite de l’autre côté du feu , allumeroit les vapeurs qui s’éleveroient de delfus le vernis, 8c les enflammer oit. Quand cet accident arrive, ils prennent un couvercle de bois dont ils couvrent la marmite , 8c ils mettent par defliis des torchons mouillés qui étouffent le feu.
- Plufieurs Maîtres ont encore une attention dont nous n’avons point parlé, 8c qui ne peut que concourir à la perfeélion du vernis. Tandis que les matières , réfines , &c , fondent, d’un autre côté l’on eft occupé à dégraij-Jer l’huile dont on doit fe fervir pour faire le vernis. Cette opération fe réduit à jetter dans l’huile des morceaux de pain, des oignons , de l’ail, 8c à lui faire faire un bouillon. Ils retirent enfuite le pain & l’oignon , quand ils ont pris une couleur noire ;8c ils fe fervent de cette huile pour jetter dans les différentes matières fondues qui doivent former leur vernis. Ils préten-v dent que le vernis fait avec cette huile , feche plus promptement, 8c qu’il devient plus beau. Cette précaution eft aufiî employée avec fuccès par la plupart des Doreurs , pour dégraiffer les huiles dont ils fe fervent pour former leur mordant.
- Le vernis que l’on a laiffé trop de temps fur le feu, & qui y eft devenu trop épais , ne peut redevenir liquide qu’avec le fecours de l’effence de térébenthine ; 8c nous avons averti que c’étoit un mauvais moyen, parce que ce dernier vernis s’écailloit aifément.
- Nous cherchons prefque toujours dans la fabrique des Arts, à rendre ce que nous voyons s’exécuter naturellement fous nos yeux. Imitateurs de la nature > nous la copions quand nous fommes affez heureux pour avoir fàifi fes moyens. Ici c’efl: le procédé fuivi dans l’Art des cuirs dorés, qui a conduit à reconnoî-tre ceux de la nature. M. de Réaumur qui l’étudioit avec profit, étant instruit de la compofition du vernis des cuirs dorés, a employé fes connoiS fànces à expliquer ( par une application ingénieufe ) d’où dépendoit la couleur dorée qui fe voit fur la dépouille de quelques chryfalides, & celle que Cuirs, E
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- jg art de travailler
- Ton remarque fur l'écaille de certains poiflons, &c. Ces animaux doivent, fuivant M. de Réaumur, ' la richeffe ou plûtôt la beauté de leurs habillements à une couleur analogue aux vernis de nos cuirs, & à une fécondé matière luifante qui équivaut aux feuilles d'argent des cuirs. Il faut fans doute que ces deux matières foient juftement compenfées fur les écailles de certains poiflons , 8c principalement de ceux connus depuis quelque temps fous le nom de PoiJJons dorés de la Chine , qui offrent les plus belles couleurs & la dorure la plus éclatante,; il feroit à fouhaiter que nos Ouvriers, dans la Fabrique des cuirs dorés /‘puflènt approcher de la beauté'de ce vernis.
- Maintenant que l'on eft inftruit de ce qui colore fi bien les cuirs dorés, d’après ce que dit M. de Réaumur, & fes obfervations fur la belle couleur d’or que prennent certaines chryfàlides, ne pourroit-on pas croire qu’il feroit poflible de trouver une matière ou même une liqueur qui équivalût à ce que produifent les feuilles d’argent dans l’opération de dorer les cuirs ? Un amalgame de mercure , des vernis ou de fimples gommes ne pourroient-elles pas remplacer cette première matière coûteufe? Nous ne diffîmulons pas que pour que la matière que l’on y fuppléeroit, fût auffi bonne que les feuilles d’argent dont on fe fert, il faudroit des conditions difficiles à efpérer. L’expérience, feule guide dans les arts , pourroit indiquer fi ces changements feroient avantageux : & comme nous croyons que dans la defcription que nous en donnons, nous ne pouvons être trop réfervés à les indiquer, à moins que nous n’ayons des preuves réitérées 8c confiantes d’une perfection nouvelle, ou d’une épargne fur la matière & fur le temps à l’employer. Comme d’ailleurs le public ne jouiroit jamais de la defcription d’un Art, s’il exigeoit de nous de ne la donner qu’avec les perfections qu’il pourroit acquérir, nous laifi-fons à d’autres perfonnes, 8c fur-tout aux Ouvriers à fuivre des tentatives que nous ne faifons qu’indiquer. C’eft à eux à juger fi, en fubftituant une autre matière aux feuilles d’argent, leurs cuirs en feroient auffi beaux, auffi bons ; 8c s’ils pourroient les donner à meilleur compte.
- Voyons les moyens qu’emploient les Ouvriers pour appliquer fur les cuirs le vernis dont nous venons de donner la compofition.
- §. IV. Comment on dore les Cuirs.
- Les Ouvriers appellent Or le vernis ou la couleur dont nous venons de parler ; & la façon de l’étendre fur les feuilles d’argent, Pofer U or ou Dorer.
- Pour pofer l’or fur les cuirs , on choifit des jours fereins où il y a apparence qu’on jouira d’un .beau foleil; on ne dore gueres l’hiver, ni par un temps couvert. On porte les carreaux brunis dans un jardin que les Ouvriers appellent YAttelier du Dorage. C’eft dans ce même jardin, où l’on a fait fe-cher les peaux avant de les brunir. C’eft auffi fur ces mêmes tables ou
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- planches où elles étoient attachées alors, qu'on les cloue , avec cette feule différence que, dans cette opération, la furface argentée eft mife en deffus. Dix-huit ou vingt peaux différentes étant ainfi attachées fur des tables, deux ou trois ordinairement fur chaque tablé, on pofe toutes ces tables fur des tréteaux arrangés parallèlement entr'eux, de façon que toutes les tables ou toutes les peaux foient placées les unes au bout des autres.
- - Tout étant ainfi difpofé > l’Ouvrier qui a la direétion de ce travail, avant d'appliquer le vernis, pafïè deffus le carreau un blanc d’œuf, 8c l'y laiffe fécher. Quelques Ouvriers fe difpenfent de cette opération , 8c croient qu'elle nuit à laiblidité de l'ouvtage : d’autres la regardent comme utile. Selon ces derniers, le blanc d’œuf recouvre les trous qui fe trouvent fou-vent aux feuilles d’argent : il bouche les pores de la peau, 8c empêche le vernis de s’imbiber. Il s'écailleroit fi l’on mettoit une couche trop épaiffe.
- Quand on emploie des feuilles d’argent un peu épaiffes, on n'a point à craindre que le vernis s'imbibe dans le cuir ; mais celles dont on fe fert communément font fouvent fi minces , quelles font percées d'une infinité d’ouvertures.
- Le blanc d'œuf étant bien fec, l'Ouvrier qui dore, met devant lui fur la table le pot à l'or ou le pot au vernis. Cet or a àpeu-près laconfiftance d'un firop un peu épais. Il trempe les quatre doigts d'une main dans la liqueur, 8c s'en fert comme d'un pinceau pour appliquer le vernis fur la peau. Il les tient un peu écartés les uns des autres, 8c - appuie leur extrémité près d’un des bords de la peau. Il fait décrire à chaque doigt une efpece d’é1 qui refte peinte par l'or. U trempe enfuite de nouveau fes doigts dans le vernis , 8c décrit encore quatre autres lignes. Il continue cette manœuvre jufqu'à ce que le carreau foit rempli de lignes placées à peu-près à égale diftance les unes des autres.
- Si, pour appliquer l’or , l’Ouvrier préféré fes doigts à tout autre ufl;enfile ; c’eft qu’outre l’avantage d’avoir fon pinceau toujours avec lui, il trouve que par ce moyen il pofe l’or plus uniformément (1 ). Il faut que les peaux foient * également dorées ; celles qui le feroient davantage, feroient un mauvais effet. Employées en tentures , elles effaceroient l’éclat de celles qui le feroient moins ; & le deifein offriroit différentes nuances dé-fàgréables.
- Après que l’or a été ainfi appliqué fur plufieurs peaux, le même Ouvrier ou plufieurs autres qui travaillent avec lui, l’étendent fur ces peaux, C’eft ce qu ils nomment emplâtrer. Ils ne fe fervent encore que de leurs mains, pour emplâtrer. Chacun de ces Ouvriers ( PL I, fig. n ) tient fa main étendue fur le deffus d’un carreau ; 8c la promenant fur toute fà furface ,
- (* ) Le pinceau réuiîiroit fans doute auffi bien; la commodité ou l’habitude leur font préférer les doigts ; la chaleur du Soleil fuflit pour faire fondre le vernis.
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- il étend également le vernis qui formoit auparavant différentes lignes
- courbes.
- Le vernis ayant été diftribué auflî également qu’il eft poflible far la fur-face de plufieurs peaux ; des Ouvriers s’occupent à battre celles qui ont été emplâtrées les premières. Ainfi on laide environ un demi-quart d’heure d’intervalle entre l’une & l’autre de ces deux opérations: Dans la première, l’Ouvrier ne frottoit qu’avec une main la furface du carreau ; dans cette dernière , il frappe avec lés deux mains affez fortement en leur donnant de petits coups redoublés ( jîg. 12 ). z-
- Les Ouvriers fe propofent d’obliger par-là le vernis à s’étendre plus également fur toute la fiirface du carreau , & de lui faire prendre, pour ainfi dire, corps avec les feuilles d’argent. Comme il étoit fluide, lorfqu’on a emplâtre* il a coulé dans les endroits les plus creux en plus grande quantité qu’ailleurs. L’inégalité des tables, ^celle des peaux ont formé quantité d’endroits plus profonds , & qui fe font par conféquent remplis de plus de liqueur que les autres. Les coups qu’on leur a donnés, ont obligé le vernis de les abandonner. L’Ouvrier a donc dû avoir attention de frapper, fur-tout dans les endroits où la liqueur s’efl trouvée en plus grande quantité. Il a frappé auflï fur les autres endroits. Enfin fes yeux ont dû fervir de guide à fes mains.
- Auffi-tôt que les peaux ont été battues avec foin , on les arrange pour les faire fécher. Si l’on n’avoit pas befoin de tréteaux pour dorer de nouvelles feuilles, on pourroit les laiffer ainfi arrangées jufqu’à ce qu’elles fuffent fe-ches : mais pour ne pas perdre de temps, on les retire de deffus les tréteaux , 8c on appuie chacune de ces planches où les peaux £ font clouées, le long d’un mur, expofées au foleil; tandis que le vernis de celles-ci feche, on remet des tables fur les tréteaux garnis de nouveaux carreaux, & les mêmes Ouvriers s’occupent à les dorer de la même façon qu’on a agi fur les précédents.
- Selon que la chaleur du foleil efl: plus ou moins forte, & que le vernis efl bien fait, les peaux fechent plus ou moins promptement. Dans les beaux jours, elles font feches au bout de quelques heures.Les Ouvriers croient que le vernis prend un œil plus brillant, quand il feche promptement. Ils reconnoiffent aifément ce point, en appliquant le doigt fur le vernis. Il efl fec fi le vernis ne colle point, & s’il ne colore point le doigt qui le touche : fi le contraire arrive , il faut encore laiffer le vernis quelque temps expofé au foleil pour fécher.
- Cette couche de vernis étant feche, on remet les mêmes carreaux comme ci-devant lur les tréteaux pour leur donner une fécondé couche précilement delà même maniéré quon a appliqué la premiere.Lorlqu’on amis cette fécondé couche , on l’expofe encore au foleil pour la faire fécher. Il faut pour lors avoir attention d’examiner quelles font les peaux les moins colorées, pour leur donner une couche de vernis plus épaiffe qu’aux autres, ainfi qu’aux endroits
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- de certaines peaux qui font moins dorés , Sc qui font refiés prefque blancs.
- Malgré les foins qu’on a pris de battre également une peau, il fo trouve fouvent des endroits qui offrent de pareils défauts. Ils font plus communs aux peaux qui font graffes, Sc qui n’ont pas été bien préparées parles Tanneurs. La raifon en fera aifée à concevoir quand on fe rappellera qu’il entre de l’huile dans le vernis ; qu’elle fe fépare des autres drogues qui fervent à le former ; Sc qu’elle s’infinue alors plus aifément dans les peaux , fur-tout dans les endroits où la peau a été moins dégrailfée. Pour peu qu’elle trouve de paflàge entre les différentes feuilles d’argent * elle pénétré l’intérieur de la peau , & les feuilles d’argent refient pour lors prefque blanches ou très-peu colorées.
- Cet inconvénient arriveroit moins fréquemment, fl, comme nous l’avons dit, les Maîtres fe donnoient la peine de faire cuire davantage leur vernis; Sc s’ils lui donnoient plus de confiflance qu’ils ne le font. Etant plus épais , il fécheroit plus vite, Sc ne trouveroit pas autant de facilité à pénétrer dans la peau. ' ’ ^ ^
- - On conçoit à préfent pourquoi les cuirs qui fechent promptement, ont plus d’éclat, Sc font plus parfaits que d’autres à qui il faut plus de temps pour fécher. L’huile ne peut pas s’introduire dans la peau quand le vernis fo feche tout à coup.
- C’eft ici le lieu de parler d’une efpece de tenture en cuir doré , qui efl le fruit d’un autre travail que les Ouvriers nomment Cavée. Ce travail regarde les cuirs fur lefquels on doit voir, dans certains endroits, l’or produit par le vernis , & ou dans d’autres l’argent doit refier apparent. Pour former ces efpeces de tentures , on fait paffer les peaux argentées fous la preffe (1 ), & l’on choifitj pour leur donner l’impreffion, des planches dont le deffein efl gravé peu profondément. On les imprime , comme nous le décrirons dans un moment, ou bien l’on fe contente de calquer ou ejlamper deffus un deffein. On enduit le tout de vernis ; mais auffi-tôt qu’il efl appliqué, que la peau efl emplâtrée * l’Ouvrier ( PL I ,fig- 13 ) regarde les endroits qui doivent refier en argent, Sc fpulevant la partie où l’argent doit paroître, il paffe fon couteau deffus pour enlever le plus qu’il peut du vernis. Il donna enfuite fon carreau à un autre Ouvrier (Jîg. 14 ) qui s’occupe encoreà enlever avec un linge dans ces mêmes endroits , ce qui pourroit être refié de vernis. Il en demeure cependant toujours affez pour donner une couleur jaune à l’argent qui le ternit un peu ; mais ce vernis qui lui refie, fert beaucoup à le conferver, Sc ne lui fait aucun tort pour le coup d’œil.
- Pour les tentures ordinaires, l’or ou la couleur dont nous parlons bien .préparée & étendue fur les feuilles d’argent avec les précautions que nous
- (x ) Il faut fe rappeller que les différents def-feins que l’on voit fur les cuirs dorés & argentés , y ont été appliqués par une planche de bois gra-
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- vée que Ton fait paffer avec le cuir fous une preffe. Nous en décrirons le procédé dans la fuite a en parlant de rimprefhon des carreaux.
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- venons de détailler, fuffit & paroît d’une grande beauté, pourvu que les drogues ayent été choifies avec foin, & qu’il foit appliqué fur un argent bien bruni. Car plus l'argent eft bruni, & plus le vernis a un éclat approchant de l'or ; c’eft ce qui nous a fait dire qu'il feroit à fouhaiter que les Ouvriers employaffent des feuilles d'argent plus épaiifes que celles dont ils fe fervent communément : leurs ouvrages en feroient beaucoup plus beaux. Les cuirs de Venife palfent pour mériter la préférence fur les nôtres par la beauté de leur or.
- Ce n’eft pas fur l'argent feul, qu’on peut employer ce vernis : on pourroit fefervir encore de feuilles d'étain bien battues : dans la nouveauté ces tapiffe-ries font un affez bel effet. On a voulu fubftituer, il y a quelques années, ces feuilles à celles d’argent : ces tentures de cuirs ainfi recouverts d'étain font moins belles ; elles durent moins, & font plus difficiles à travailler ( 1 ).
- Les Ouvriers tromperoient encore en couvrant leurs peaux avec du cuivre battu en feuilles ; 8c il y auroit pour eux plus de profit.
- On a fait à Paris des tapifferies avec le cuivre battu ; elles étoient au moins auffi belles que les autres. L'or ou le vernis prend beaucoup d'éclat fur ces feuilles, lorfqu elles ont été bien brunies ; la couleur du cuivre approchant plus de celle de l'or, il n’eft pas nécellaire d’y mettre une suffi grande quantité de vernis que fur l’argent. Il eft fâcheux que cette beauté ne foit pas d'une longue durée. Ces tapifferies noirciflènt très-vîte, ou fe chargent de verd-de-gris , & verdiffent en très-peu de temps dans les endroits humides, de forte qu’au bout de deux ou trois années , fouvent plutôt, elles font entièrement paffées. L’appât du gain engageoit autrefois les Ouvriers à fe fervir de ces feuilles, fur-tout dans les carreaux ou bandes qui font deftinées à border les tapifferies, foit par en haut, foit par en bas. Aujourd'hui les Ouvriers ne s'en fervent plus , ou ils ne font pas de fi bonne foi ; ils ne l'avouent plus (1 ).
- On m’a dit que quelques Ouvriers avoient cherché un alliage avec le cuivre, qui fût moins fujet à fe charger de verd-de-gris, pour en couvrir leurs cuirs. On lait que le fimilor & le tombac verdiffent moins promptement : mais je ne crois pas que ces métaux puiffent fe réduire en feuilles minces suffi aifément que le cuivre non allié.
- U y a quelques Provinces où l'on fabrique des cuirs garnis de feuilles de cuivre ; mais leur ulage n’eft point deftiné à former des tentures. Ces peaux fervent à faire des couvertures de meubles, des houffes ou ornements
- (1 ) Les feuilles d’étain coûtent cinq à fix liv. le millier.
- (2 ) Les feuilles de cuivre que l’on nomme d’or faux ou or d’Allemagne , valent 2 liv. io fols ou 2. liv. 5 fols le millier. L’étain 8c le cuivre battus s’achètent chez les Batteurs d’or 8c chez les Marchands de couleur. Ils les tirent d’Alle-
- magne. La main d’oeuvre à Paris deviendroit trop chere pour engager ces Ouvriers à y réduire en feuilles ces métaux.
- 3 On ne connoît qu’un Batteur d’or à Paris qui réduife en feuilles le fimilor : il en fabrique de pâle 8c de rouge qu’il vend io liv. le millier,
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- d’attelage de mulets: on les vend comme faites avec le cuivre , Sc on les donne à meilleur compte. ♦
- Comme c’efl; l'humidité qui altéré la couleur du cuivre , ne pourroit-on pas l’en défendre en partie en couchant quelque vernis particulier fur la peau en deflous l Le vernis à couleur d’or les défend déjà d’un côté. On fait que les feuilles de cuivre étant toujours expofées à l’humidité du côté qui touche le cuir, elle le pénétré, Sc arrive facilement aux feuilles de cuivre. Le vernis léger que nous propofons de mettre fur l’envers des peaux, peut-être remédieroit à cet inconvénient ; Sc ce moyen ne feroit pas cher, fi, pour vernis, on n’employoit qu’une colle femblable à celle qu’on étend fur les cuirs qui demeurent argentés.
- Quoique l’ufàge du cuivre ne fbit pas bon , nous devons pourtant dire que lorfqu’on s’en fert, au lieu d’argent , pour couvrir les peaux, elles doivent être feches avant d’appliquer la colle qui doit retenir les feuilles, fans quoi le cuivre deviendroit bientôt noir.
- Pour continuer à expliquer les procédés de cet Art, nous allons dire maintenant comment on donne aux peaux toutes les figures de relief qui paroilfent fur les cuirs dorés, ou , ce qui revient au même, comment on imprime les carreaux. On ne fait ce dernier travail, que quand la couleur d’or eft un peu feche ; il faut qu’en la touchant, elle ne prenne plus aux doigts : elle efl: ordinairement en cet état le lendemain qu’elle a été pofée ; mais en hiver , cela va fouvent à plufieurs jours. Nous avons déjà dit qu’on mettoit les cuirs fous une prelfe , en appliquant le carreau fur une planche déjà gravée ; mais nous allons décrire la prelfe Sc les moyens de s’en fervir.
- V. De la PreJJe SC des Planches à imprimer les Carreaux.
- La preflè dont fè fervent les Ouvriers en cuirs dorés, efl; la même qu’emploient plufieurs autres Ouvriers, & particuliérement ceux qui impriment en taille-douce (*) ; Sc nous renverrions aujourd’hui, pour en prendre une connoiflànce parfaite, à la defcription de cet Art, fi cette prelfe n’étoit pas gravée fur la Planche II que nous a remis l’Académie, Sc dont nous avons voulu profiter. C’efl: ce qui nous engage à dire deux mots de fa conftruélion , avant d’en faire connoître l’ufage.
- Un chaflis de bois (P/. //) fait la bafe ou le pied de la prelfe. Il a environ quatre pieds Sc demi de longueur , Sc trois pieds Sc demi de largeur. Les quatre pièces a, b , c, d, qui le compofent, ont quatre à cinq pouces d’équarriflàge. Elles pofènt à plat fur le terrein. Deux montants ou jumelles g h, font emmortaifés dans chacune des longues pièces du chaflis. La hauteur de ces montants efl: d’environ fix pieds : ils ont cinq pouces
- Ç) Voyez la maniéré de graver à l’eau forte par Abraham Botte.
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- d’équarriflàge. Les deux montants qui font alfemblés dans la même pièce , ne font éloignés l’un de l’autre que de fept à huit pouces. Les extrémités fiipérieures de ces quatre montants font terminées par des tenons qui entrent dans les mortaifes d’une piece de bois qui fait le delfus de la preife ik.
- Cette preife a deux traverfes courtes & fortes u, 19 alfemblées dans les deux montants qui font d’un même côté. Au delfous de la fécondé traverfe r, oe en voit une autre m qui porte entre les deux jumelles d’un côté , Sc contre les deux autres jumelles de l’autre côté de la preife. Cette traverfe efl; pofee fuivant la largeur de la preife , Sc eft deftinée à prelfer fur le rouleau fupérieur que nous allons décrire. Elle ferre ce rouleau par le moyen d’une vis qui pafle dans un écrou r placé entre les traverfes t Sc u : la vis appuie fuivant qu’on la tourne plus ou moins fur la traverfe mobile m. Aujourd’hui l’on a fupprimé tout cet attirail ; Sc nous verrons dans un moment ce qu’on y a fubftitué.
- Un rouleau de bois n efl: placé horizontalement fur la traverfe m , qui efl: la plus baffe, & entre par fes deux extrémités dans une autre traverfe qui réunit en cet endroit les deux jumelles g h, h g: au-delfous du plancher pp, il y a encore un autre rouleau u. C’eft pour porter ces rouleaux , qu’eft conftruite toute la charpente que nous avons décrite. Ils ont environ fix pouces de diamètre* Le fécond rouleau o dont nous parlons, efl: donc pofe fous le précédent. U lui efl: égal en longueur ; mais il efl ordinairement plus gros. Ces deux rouleaux ne fe touchent pas : ils font féparés l’un de Tautre par une elpece de deflus de table , ou un alfemblage de planches alfez minces p p ( PL //).
- Cette table ou ce plancher efl aufll large , mais plus long que le chalfs qui fert de bafib ou de pied à la preife. Il pofe immédiatement fur le rouleau inférieur u. Quand la preife n’agit point, pour le foutenir, on fe fert d’un bâton, dont un des bouts efl fiché en terre, & l’autre foutient ce plancher. C’eft une efpece de pied que l’on retire quand on veut.
- Cette planche ou ce plancher efl donc porté par le rouleau inférieur. Sur ce plancher > on pofe une petite piece de bois Y ( PL I ) longue Sc large environ de 7 à 8 pouces. Son épailfeur efl de 3 à 4 pouces ; ils la nomment Galoche. Cette derniere piece fe met à l’extrémité du plancher, & efl deftinée à l’arrêter quand il a palfé prefqu’entiérement fur les rouleaux, afin qu’il n’en forte pas tout-à-fait, Sc qu’on n’ait pas autant de peine qu’on en a eu la première fois à arranger la machine. Il efl nécellàire que le premier rouleau preife le rouleau inférieur : ce qui peut s’exécuter de trois manières différentes.
- Anciennement onfe fervoit de coins que l’on faifoit entrer entre les deux
- , traverfes
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- traverfes t, m3 (PL II). Depuis on a employé une vis q que Ton faifoic porter plus ou moins fur la traverle mobile m. On avoit difpofé au milieu du fommier un écrou r taillé dans fon épailfeur. La vis qui traverfoit cet écrou , venoit rencontrer le milieu de la traverfe m , & l'obligeoit ainfi à monter ou à defcendre , & à appuyer plus ou moins fur le rouleau fupérieur. C'eft ainfi qu'étoient conftruites , vers le commencement de cefiecle , les prelfes dont fe fervoient les Ouvriers en cuirs dorés. Un coup d'œil fur la Planche II que nous a remis l'Académie, & dont nous avons fait ufiige, aidera à faire concevoir ce que nous décrivons ici. Nous avons fuppléé aux changements que la prelfe a éprouvés depuis ce temps par quelques détails que nous avons ajoutés au bas de la Planche I.
- Aujourd'hui au lieu de coins ou de cette vis, on fe fert de feuilles de carton qui mifes en plus ou moins de quantité, prelfent fur les rouleaux , & les obligent de ferrer davantage ce qui doit paifer entr'eux. Voici comment cette prelfe eft devenue moins compofée.
- Au lieu des deux jumelles dont nous avons parlé, placées de chaque côté de la prelfe ; dans les nouvelles, il n'y en a qu'une de chaque côté r (PLI') de la prelfe. Chaque jumelle eft formée par une planche épailfe arrêtée par , des tenons chevillés dans le bâti ou pied delà prelfe.
- Chacune de ces planches eft ouverte un demi-pied au-delfous de l'endroit où porte &doit être arrêté le rouleau inférieur, & un demi-pied au-deffus du rouleau fupérieur. Cet efpace doit contenir des feuilles de carton 2 , un couffinet 3 , & le premier rouleau dont les tenons portent fous le couflî-net dont nous parlons , qui appuie delfus. Il doit relier allez d’efpace pour placer le plancher , & ce qui doit paifer entre les "rouleaux. Enfuite on pofe les tenons du rouleau inférieur, d'autres feuilles de carton que l'on place encore en delfous y & le fécond couillnet 4 du rouleau infé-
- rieur.
- Les feuilles de carton rendent la preflîon plus douce , plus moèlleufe en terme d’Ouvrier, «Scies prelfes font beaucoup plus aile es à conduire depuis ce changement.
- ç, Pour faciliter l’entrée du plancher & de la planche foiis le rouleau , l’on ajoute encore une galoche .figurée en coin £ (PL /).
- Imaginons donc le rouleau lùpérieur contre l'inférieur, & que le plancher delà prelfe avance beaucoup plus d'un côté que de l’autre. Voici comment on fait ulàge de là prelfe. On prend une planche de bois i,r ( PL II) de la grandeur des carreaux que fon veut imprimer & graver avec le delfein qu'il a plu au Maître d'y repréfenter. On la place fur le plancher de la preflè , de façon qu’un de fes bords touche la piece de bois figurée en coin que nous avons nommée galoche.'La furface gravée de la Planche eft en delfus. On étend^fur la planche , une couverture de laine pliée en 3 ou 4 doubles ;
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- 8c on la fait pafTer encore entre le rouleau fupérieur & la galoche Y {Pi I) qui eft pofée.fousle rouleau. Ce n’eft qu’après que Ton a ainfi accommodé la couverture la première fois qu’on arrange la preffe , que Ton fait defcen-dre le rouleau fupérieur, foit avec des coins , foit avec une vis , foit, comme actuellement on le fait plus communément, avec les feuilles de carton dont nous venons de parler.
- Tout étant ainfi difpofé, on releve la couverture fur le rouleau fupérieur, afin de pouvoir découvrir tout le defilis de la planche gravée. On prend pour lors une peau dorée ( nous parlerons après des argentées ). On la mouille légèrement fur fon envers avec une éponge. On recommence cette opération une fécondé fois quand la première ne l’a pas affez attendrie. Il eft quef tion ici, en humeélant la peau, de la rendre flexible. On ne mouille point l’autre furface, parce qu'on a attention de n’imprimer la peau que quand le vernis eft fec, 8ç lorfquil ne colle plus.
- Lorfqu’on a étendu la peau, 8c appuyé le côté doré fur la planche gravée qu rejette fur elle la couverture de laine que l’on avoit repliée fur le rouleau. Quatre hommes fàififfent pour lors les extrémités des leviers de deux moulinets 5,5*,5,S ( Pi II ) qui font aux deux extrémités du rouleau fupérieur. Deux hommes montent fur l’un & fur l’autre levier de ces deux moulinets pour agir avec toute la pefànteur de leur corps , tandis que deux autres hommes placés encore fur chacun des deux moulinets, & de l’autre côté, en relevent les bras pour agir de concert tous les quatre , & faire tourner le rouleau. Comme le tout eft extrêmement preffé fous le rouleau, en tournant il fait avancer la couverture; la couverture entraîne la galoche, & avec la galoche fuit néceffdrement le plancher qui porte la planche gravée, & par conféquent le cuir qui a été appliqué deffus ; ce qui s’exécute d’autant plus aifément, que le rouleau inférieur étant mobile, a la liberté de tourner auflî fur lui-même. Lorfque la planche gravée paroît prefque entièrement paflfée, on glifle avec la main la feçonde galoche quarrée Y ( que l’on a toujours à portée, }.afin quelle arrête le plancher, & qu'on n’ait pas encore la peine de l’arranger, comme nous l’avons dit ci-defliis.
- La planche étant fortie d’entre les rouleaux, on releve la couverture, & l’on voit le carreau qui commence à être imprimé: il ne Peft pourtant encore que fort imparfaitement ; il n’a pas encore été affez preffé fur les endroits creux de la planche pour s’y être enfoncé autant qu’il eft nécef* faire. Pour rendre l’ïmpreflion plus parfaite , ;il faut encore prendre du fable fec & fin, & l’étendre de l’épaiffeur d’environ un doigt fur toute la fur-face de la peam QftaJ’attention d’en mettre un peu davantage aux endroits qui doivent devenir les plus creux. Plus on en mettra, 8c mieux la peau fera imprimée ; mais auflî les Ouvriers auront plus de peine à la faire pafTer entre les rouleaux. Lçs Maîtres doivent fe trouver à l'impreffion dés: çuirs, dans
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- la crainte que les Ouvriers, pour s’épargner de la peine , ne mettent pas tout le fable néceflàire.
- On recouvre comme auparavant le carreau avec la couverture ; & en tournant, comme nous l'avons décrit, les leviers des moulinets, on l'oblige à grande force de paffer fous les rouleaux.
- Pour l'ordinaire, la peau eft alors affez bien imprimée ,-fi on a mis la quantité de fable qui convient, ce qu'on reconnoît en frappant fur les en-' droits profonds par le fon que rend le coup : s'ils raifonnent creux, c'eft une preuve que la peau, fuivant leur expreffion , n a pas encore été imprimée a fond. On remet pour lors de nouveau fable, Sc en plus grande quantité ; Sc on fait paffer le carreau une troifieme fois fous la preffe , comme on l'a fait les deux premières.
- ~ On ne doit pas cependant négliger de les faire paffer plutôt trois fois que deux : les carreaux en feroient mieux gravés ; les reliefs en deviendroient plus apparents; & tous les ornements taillés au fond des creux de la gravure qui contribuent à la beauté du deffein , fe trouveroient pour lors fur les peaux.
- Il ne refie plus qu'à continuer d'imprimer toutes les peaux de la même maniéré, en les mouillant, comme nous Favons décrit, à l’envers avec une éponge, & en les faifant paffer fous la prefîe, comme nous venons de le voir.
- L'Ouvrier doit bien examiner, avant de retirer fon carreau de deffus la planche gravée, s'il a bien pris tous les traits fins du deffein ; car une fois retiré de deffus la planché, s'il s'apperçoit que fonr carreau n'a pas été affez , imprimé , il lui feroit impoffibie de le remettre fous la preffe dans la même pofition où il étoit auparavant, Sc la peau refierait mal imprimée ou perdue. - 5 • 1 '
- Pour répandre ce fable fur le cuir, il faut employer beaucoup de temps. Un feul Ouvrier peut fe charger de cet ouvrage ; & pour lors les trois autres occupés à la preffe, refient oififs ; & le gain de prefque tous les Ar-tifles confiftant fouvent à ménager la main-d'œuvre , &à épargner fe tembs, il fe trouve ici bien diminué. ' * -
- • Autrefois l'on conduifoit ce travail en bien moins de temps. Au lieu de .répandre du fable fur les carreaux la fécondé fois qu'on les met en preffe, on avoit des efpeces de contre-moules ou des contr ejlampes fur lefquelles on yoyoit en creux les reliefs qu'offroit le deffein de la planche gravée. On plaçait cette contreflampe en. deffus du cuir : elle le contraignoit à s'appliquer, immédiatement fur la planche, &réuffiflbit mieux que le fable qu'ori applique ordinairement deffus. On fe fervoit, pour former les contr'eflampeS d’une efpece de maflic compofé de colle Sc de papier prefque réduit en bouillie. On appliquait de pâte fur la planche gravée, & on luifaifoit
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- prendre en creux la forme du deflein qui y étoit repréfenté ; mais il * falloir avoir autant de contr’eftampes que de planches gravées. D’ailleurs les con-tr’eftampes ne duroient pas long-temps ; elles fe rompoient , & il fal-loit toujours recommencer.
- On m’a cependant alluré qu’à Avignon, ou l’on Fabrique beaucoup de cuirs dorés, on fefèrvoit, pour les imprimer , de contr’eftampes ou contre-moules ainli formés, qu’ils ne lailfoient pas de durer, & qu’on n’y emploie point , comme à Paris, le fable : peut-être ne fe fait-on pas une affaire , comme ici, de former de nouveaux contre-moules, quand il s’en trouve de caftes.
- Un Artifte induftrieux & attaché à perfectionner fbn ouvrage, fentant l’utilité de ces contre-moules, avoit cherché un maftic nouveau qui pût mieux réuflîr. Il en avoit formé de maftic , de cire, de poix rélîne , Scc, qui ont tous eu les mêmes défauts que les premiers. Jamais le maftic, de telle matière qu’il l’eût compofé , n’a pu réfifter à la deuxieme ou à la troifieme prefle fans fe cafter. Aujourd’hui que le débit de ces tentures n’eft pas confidérable, on a abandonné les contre-moules qui auroient pû devenir d’autant meilleurs, qu’avec leur fecours les Ouvriers ne pouvoient pas faire l’Ouvrage à demi; Sc à Paris, on s’en tient, comme nous l’avons dit , au fable qui exige un long-temps & beaucoup d’attention, fi l’on veut faire un ouvrage parfait.
- Si ces efpeces de tentures reprenoient de la vogue, il ne feroit cependant pas, je crois, impoffible de trouver un meilleur maftic que celui qu’on a tenté pour en former des contr’eftampes, ou de travailler en bois un fécond moule qui offriroit en creux le même deflein qui feroit en relief fur la planche gravée; mais l’on ne s’avifera d’exécuter ce que nous propofons ici, que quand on aura un débit prompt &afliiré de ces fortes de tapifferies. Ce fécond moule feroit coûteux par la difficulté qui fè rencontre toujours de rendre en creux un delTein conforme à un autre en relief, quand on vou-droit graver cette contr’eftampe, & la former en bois. Mais ne pourroit-on pas les faire de fonte ou de métal coulé ï
- Ce feroit encore ici le lieu de parler de la conftruélion des planches gra-7 vées; les Peintres qui travaillent les cuirs dorés, conftruifimt ordinairement eux-mêmes leurs planches, & les gravant fur différents defleins qu’ils ont. imaginés. Mais ceci demanderoit des détails qui tiennent plutôt à l’Art du Graveur en bois , & qui mériteroient une defeription particulière. Nous di* rons feulement qu’il s’agit, pour graver ces planches, d’enlever certaines parties du bois pour former des reliefs au deflein. Les creux du bois font def* tinés à recevoir le cuir qui, retourné, deviendra en relief;* & on exprime ainfi fur ce cuir du côté ou il doit être vifible , le même deflein que l’on voit gravé en creux fur la planche de bois. Les parties de la planche auxquelles on ne touche point, forment les fonds. Nous
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- Nous devons cependant dire que la perfeélion des cuirs dorés dépend en grande partie de Tattention & des foins qu’on apporte à graver la planche, 8c du choix du deifein. Les Anglois, .à en juger par les différents cuirs fortis de leurs Manufactures, que nous .avons examinés, excellent dans cette partie.
- Nous, verrons que les cuirsfait dorés , foit argentés, dont nous avons donné la fabrique , font couverts fouvent en grande partie par des couleurs différentes. Il conviendroit que les parties de ces cuirs deftinées à être colorées , fuffent très-fàillantes, 8c par conféquent que les fonds qui refleroient en or ou en argent, fuffent peu éminents , quoique travaillés. Au contraire les cuirs deftinés à relier Amplement en or & en argent qu’on appelle caves >' 8c fur lefquels on n’ajoute aucune couleur, ne doivent pas être imprimés profondément; il ne faut pas que le deffein de la planche foit rendu en boffe fort apparente ; aufîî ces elpeces de planches font-elles les plus difficiles à former, parce qu’elles exigent fur toute l’étendue de la planche, un travail plus fini 8c plus délicat. Les Anglois, par la gravure de leurs planches , imitent les galons en or 8c en argent. Ils y ajoutent des deffeins en écailles qui offrent des nuances différentes ; nous pouvons dire que la perfeélion de leurs planches fait en général le principal mérite de leurs cuirs, & avouer qu’il s’en faut de beaucoup que nous l’atteignions.
- , Pour graver ces planches i,r ( PL //, ) on choifit des parties de poirier ou de cormier, fur lefquellesil ne fe rencontre, autant que faire fe peut , ni défauts, ni nœuds. On a encore l’attention de n’employer le bois que quand il a fait fon effet, afin qu’il ne fe fende pas. On affemble ces différentes parties de bois à queue cTaronde. On les rabotte, on les unit, & on les réduit toutes à un pouce ou un pouce & demi d’épaiffeur.
- Enfuite le Peintre trace ou calque fon deffein fur la planche de bois ; 8c il ne s’agit plus pour lors que d’enlever dans certaines parties du bois les endroits qui doivent former les reliefs fur le cuir. Il fe fert pour cela de différents outils , comme cizeaux, petites gouges , becs dane, burins , canifs , 8cc , en proportionnant la force & la grandeur defes outils à l’épaiifeur du bois qu’il veut enlever.
- Comme dans ces endroits ou l’on veut faire paroître davantage le deffein fur le cuir , on efl obligé de faire à la planche des excavations plus profondes , 8c que pour lors ces creux ont quelquefois jufqu’à 4 à y lignes, il efl à appréhender que la vive-arrête qui les termine, & qui forme le bord de ces excavations , ne coupe le cuir : conféquemment l’Ouvrier doit faire en-forte quelle ne fe termine pas par des angles trop aigus ; & l’Art confifle à adoucir ces creux, de façon que l’on n ote rien à la netteté & à la préci-fion du deffein. I
- Un Maître bien fourni doit avoir une grande quantité de ces planches Cuirs, H
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- avec differents defleins pour contenter les goûts. Il les met pour les con-ferver dans un lieu humide , afin que la fecherefle ne les fafle point fendre. Malgré cette attention , fouvent une planche rompt * & pour lors il faut la rejoindre le plus promptement & avec le plus de foin qu'il eft poflîble.
- La prefle eft un des outils qui coûte le plus aux Maîtres Peintres en cuir doré, quoiqu'elle ne paroifle pas très-compofée. Le bâti , les montants , jumelles & rouleaux qui entrent dans fa conftruélion , font aflez difficiles à former. Les rouleaux fe fendent & fe caflent très-fouvent. Ils font ordinairement faits de poirier ou de cormier , & tournés. Quand il arrive qu'un rouleau fe fend, pour continuer à s'en fervir, on l'entortille d'une corde. Il n'en devient que meilleur. Il frotte même avec plus de force fur la couverture & fur la planche qu'il doit entraîner. On établit, autant qu'il eft poflible, la prefle dans un lieu fouterrein : les bois ÿ font moins fujets à fe fendre , & la prefle graiflee s'y conduit mieux.
- Un des grands avantages des peaux de veau fur celles de mouton, c’eft qu'elles confervent beaucoup mieux les figures de relief qu'elles ont reçu fur la gravure de la planche, la peau étant plus épaifle & plus forte. C'eft auffi la feule raifbn qui pouvoit faire donner la préférence aux tapifleries de Hollande 8c de Flandre ; car on les y fait la plûpart de veau. Mais ilauroit été aifé d'engager nos Ouvriers à compofer celles de France des mêmes peaux.
- Jufqu'ici nous n'avons parié que de la maniéré dont on imprime les cuirs dorés, parce que dans l'eflfentiel, les cuirs argentés s'impriment de la même façon ; mais ces derniers demandent quelques attentions particulières, 8c quelques préparations que nous avons promis d'indiquer.
- §. VI. Des Cuirs argentés. .
- Les peaux ayant été garnies de feuilles d'argent, comme nous l'avons détaillé, 8c bien brunies, au lieu de les couvrir de la couleur d'or dont on fe fert pour les cuirs deftinés à former des tapifleries de cuirs dorés on enduit Amplement les feuilles d'argent d'une colle de parchemin. C'eft la même colle dont nous avons déjà parlé. L'Ouvrier la fait fondre, & trempe dedans une éponge qu'il paflfe légèrement fur la peau. Elle tient ici lieu d'un pinceau. On mouille légèrement l'envers de la peau argentée, & on la fait pafler fous la prefle, comme nous l'avons indiqué pour les cuirs dorés.
- Au lieu de mettre cet enduit de colle avant de faire pafler les peaux argentées fous la prefle, on pourroit réferver cette opération à exécuter, quand les cuirs feroient imprimés ; & pour lors il feroit facile de lui fubftituer un vrai vernis qui réuffiroit certainement très-bien, fi on avoit eu l'attention
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- de le choifir beau. Un vernis de la Chine ou de Martin donneroit beaucoup d’éclat à ces tapifferies ; mais auffi feroit-il plus cher que la colle * qui ne réulîit pas mal. Elle empêche l’argent de fe noircir, Sc prévient en partie Thumidité Sc la poufliere qui s’y attacheroient. Le Vernis donneroit toujours une couleur à l’argent, mais qui ne le gâteroit pas.
- Plufieurs Maîtres, au lieu de la colle de parchemin dont nous parlons, & ne voulant pas employer un vernis qui augmenteroit trop le prix de leurs tapifferies, paffent fur les cuirs dorés & fur les cuirs argentés, quand ils ont été imprimés , une couche peu épaiffe de belle colle de poifton ou d’un blanc-d’œuf. Le brillant dure plus long-temps quand on a employé de bonne colle de poiflon.
- Les tapifferies de cuir argenté font moins d’ulàge que celles de cuir doré. Cependant on voit que les dernieres exigent plus d’apprêts. On a donné la préférence aux tapifferies de cuir doré , parce que ( égalité de foins dans leur Fabrique ) celles de cuirs dorés font de plus de durée que les cuirs argentés. Ces dernieres tentures noirciffent à l’odeur , ou quelquefois rou-giffent , Sc fouvent le paffent plus promptement.
- 11 y a des tapifferies , ou plus fréquemment des bordures de tapifferies que l’on n’imprime point fur la planche de bois. Au lieu des ornements en relief que les autres reçoivent avec la preffe, on donne aüffi à celles-ci des ornements en relief en les cifelant. Le travail en eft beaucoup plus long, mais n’en eft pas plus difficile. Des Ouvriers le fervent de divers poinçons ou cifelets qu’ils appellent fimplement Fers , 5, 6, 7,5, 6, 7 ( PL /). Ce font comme tous les cifelets , des morceaux de fer. Ceux-ci ont 7 à 8 pouces de long, Sc font de groffeur arbitraire. Sur une de leurs extrémités font gravées diverfes figures telles qu’il a plu au Maître de les faire repréfenter. Ce font des fleurs, rofettes ou autres ornements 8, 9, 10, n. La maniéré de fe fer-vir de ces outils, ne demande des Ouvriers ni un grand art ni une grande application. Il ne faut que pofer l’extrémité gravée du fer fur la peau , Sc donner un coup de maillet 12 , fur fon autre extrémité, pour graver la figure qui eft au bout du fer. On répété cette manœuvre en différentes parties du cuir, en fe fervant du même fer ou de différents pour former des deffeins variés. On emploie encore les fers pour ajouter quelque deffein à une partie du fond qui fans cela paroîtroit trop nud; mais l’on feroit trop de temps à ci-feler ainfi de grandes pièces de tapifferies. Ceci ne doit pas nous retenir plus long-temps , d’autant que l’on ne cifele gueres que certaines tentures qui doivent refter en argent, & que leur ufàge eft peu commun aujourd’hui.
- Enfin , les cuirs , foit dorés, foit argentés, ayant été cifelés ou gravés , il ne refte plus qu’à les peindre. Avant d’appliquer la peinture, on pafle un linge fec Sc blanc fur chaque peau pour enlever la craffè ou la graille qui pourroient y être demeurées ; après quoi on met d’abord la couleur qui doit
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- être la dominante, ou celle qui fait le fond delà tapilTerie ; cèfl> à-dire , qu on peint de cette couleur tous les endroits qui font reftés creux après fimpreffion. Tantôt ces fonds font blancs , tantôt bruns, d’autres fois verds, ou bleus. Enfin on les diverfifie, autant qu on peut, pour fatisfaire les différents goûts. Le fond étant peint, il refte encore à mettre bien des couleurs différentes. On colore de verd les endroits ou Ton veut faire oaroître des feuilles ; de rouge , de bleu , ceux où Ton veut faire voir des fleurs ou des fruits ; en un mot on applique des couleurs différentes dans les endroits où Ton croit qu elles feront un bon effet. La maniéré de les placer dépend & du goût & de l’adreffe des Ouvriers ; mais Ton ne s’étudia pas fouvent à en former de beaux tableaux ou des mignatures.
- J’ai cependant vu des tentures de cuirs dorés où Ton avoit ménagé des cartouches qui étoient peints avec la plus grande correétion & la plus grande beauté. Généralement les grands deffeins réufliffent mieux en tentures : les petits papillottent, & n offrent rien d’agréable. Mais comme dans ces efpeces de tapifferies on tend fouvent plutôt à l’effet par la vivacité des couleurs que par la vérité du deffein & fa compofition , les Maîtres, pour l’ordinaire, n’emploient pas à cet ouvrage des Peintres fort habiles; & ce travail fe réduit prefque toujours à une ejfpece $ enluminure.
- Les différentes couleurs dont on orne, comme nous le voyons , les cuirs dorés ou argentés, cachent plus de la moitié de l’argent qu’on a collé fur les peaux, & cet argent paroît devenir tout-à-fait inutile , puifqu’il eft caché dans les creux ou les reliefs, fuivant que le Peintre colore les uns ou les autres. Cependant c’efl: une matière quifemble au premier coup d’œil mériter d’être ménagée. C’eft auflî ce qui peut faire penfer qu’il efl déjà venu dans l’idée de ceux qui travaillent ces fortes de tapifferies, de n’employer que la quantité de feuilles qui feroit abfolument néceffaire , 8c d’épargner celle qui pourroit être recouverte par la couleur.
- Le premier moyen, & celui qui paroît le plus aifé à exécuter, pour ne point mettre de feuilles d’argent aux endroits qui feront couverts par la couleur , feroit de frotter de craie ou de quelque liq ueur colorée tout ce qui fe trouve en relief for la planche, & d’étendre for cette planche, la peau qu’on veut imprimer dans la fuite en appliquant for la peau avec force la furface de la planche qu’on a colorée. Elle y marquer oit légèrement les endroits fur lefquels on ne doit pas appliquer de feuilles.
- Cette nouvelle opération demanderoit du temps. J’ai de la peine cependant à croire que les Ouvriers n’en gagnaffent point à l’exécuter. Ils auroient bien moins de place fur la peau à remplir & à garnir de feuilles d’argent ; par conféquent moins de temps employé pour ïOuvrier-Argenteur, Mais ce que j’imagine aifément, c’eft qu’en ménageant la partie d’argent qui fera recouverte de couleur, les tapifferies ainfi travaillées , ne feront plus ni fî belles, ni d'auflî longue durée, U
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- Il eft certain que la feuille chargent bien brunie ; releve l’éclat 8c la vivacité des couleurs que l’on applique deffus. Il n’eft pas douteux en outre que ces tapiflèries, dont une partie feroit recouverte de feuilles d’argent, & l’autre Amplement enduite d’une couleur, ne feroient pas d’auffi longue durée que celles qui feroient entièrement couvertes de feuilles de'métal qui donnent du foutien à la tapifferie , 8c confervent le cuir. Ce font fàn/: doute ces avantages &le peu de temps qu’on épargneroit, qui ont empê-chéles Ouvriers de faifir un petit gain que leur offriroit une moindre confond mation de feuilles d’argent. ' ~ ' * o.
- Lorfque les carreaux font peints, 8c que les couleurs font feches, la'der-: niere façon qu’il leur faut donner, eft, comme nous l’avons.dit j dedes cou^ dre les uns avec les autres avec de bon fil ; ce qui mérite peu d’être expliqué ici en détail. ~ r •*
- Avant de les coudre enfemble, ou fouvent avant dé' les peindre , on re« tranche tout autour de la peau ce qui déborde le contour marqué par la planche qui a fervi à les imprimer, & qui eft aifé à’ appercevoir. On coupe le furpius du cuir avec un cifeau 3 ( PL //) ; ce que l’on retranche n’eft pas perdu ; on le vend aux Faifeurs de foufflets ou à d’autres Ouvriers qui en ornent leurs ouvrages.
- Lorfqu’on regarde une tenture de cuir doré , on reconnoît aifément tous les carreaux qui ont fervi à la former. Les Ouvriers qui les coufent , ne pourroient-ils pas prendre plus de précautions pour'joindre ces différentes peaux ? II eft certain qu’il feroit aifé de les coudre plus proprement, & d’ab* battre cette couture de façon quelle fût moins apparente? Mais ne feroit-il pas poffible encore de trouver quelqu’autre expédient qui pût équivaloir à cette couture, & réunir enfemble tous les carreaux? Ne pourroit-on pas, par exemple, en coller plufieurs enfemble ? Ce font des perfections que l’on pourroit tenter de donner encore aux tapifferies dont nous décrivons ici la fabrique.
- Avant de terminer ce qui concerne [cet Art, il nous refte à dire quelque chofe, fur la préparation des principales couleurs dont fe fervent les Peintres. Elles font broyées à l’huile, 8c fouvent on les détrempe avec l’huile ou l’effence de térébenthine , pour les rendre plus liquides, avant de les mettre dans les petits godets N, N> N, dans le deffein de s’en fervir. Les Ouvriers prétendent que l’effence de térébenthine les rend plus brillantes , mais qu’alors elles font moins durables que délayées Amplement à l’huile. Les premières fechent plus promptement; mais elles confervent de l’odeur plus de temps, & font fujettes à s’écailler.
- Pour que l’huile feche plus promptement, on a eu la précaution de la faire cuire avec ce qu’on appelle des dejjicadfs. On emploie ordinairement la terre Nombre 8c le minium. On met cedefficatif dans un petit fac, qu’on Cuirs. I
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- fulpend dans le vafè ou cuit l'huile , afin d’épargner la peine de la pafïèr lorfqu elle fera cuite. On la retire enfuite * & on fe fert de cette huile pour broyer les couleurs dont nous allons dire un mot.
- En parlant de la compofition du vernis , nous avons déjà cité un premier moyen dont fe fervent les Ouvriers pour rendre leur huile plus prompte à fécher ; ce qu'ils appellent dégraiffer Vhuile.
- . Pour peindre les tapifferies qui relient en argent , quelquefois on forme une autre couleur qui n’eli compofée que d'huile mêlée avec un peu de blanc de cérufe ; ce qui lui donne une couleur de gris-de-perle. On nomme pour cela cette elpece de vernis , Vernis au blanc.. On fe fert de ce même vernis pour délayer les autres couleurs dont on peint ces cuirs.
- Nous ne ferons pas ici l’énumération de toutes les couleurs qu’emploient les Ouvriers en cuirs dorés : elle feroit totalement inutile. Le Peintre doit former ici une elpece de tableau, & il emploie les mêmes couleurs dont le fervent ordinairement ces Artiftes.
- Pour le verd, on broie du verd-de-gris avec de l’huile cuite. Si c’eft pour colorer l’argent, on fe fert, pour délayer la couleur , de vernis au blanc.
- Pour le rouge, on emploie de la laque. Souvent les Peintres le fervent, pour peindre les cuirs dorés, de craie teinte avec des tontes d’écarlate 5 on la broie avec l’huile cuite,; & pour les cuirs argentés, on fe fert toujours de vernis au blanc, & on emploie de la même maniéré toutes les autres couleurs.
- Lorfqu’il fe trouve des défauts fur les tapifferies de cuir argenté , parce qu’une partie d’une feuille s’eft enlevée, on répare ces défauts, en mettant dans ces endroits avec un pinceau de targent en coquille. Si ces défauts le rencontrent fur une tapifferie de cuir 'doré , on y met de même de l’argent en coquille qu’on laiffe lécher ; & l’on palfe par-delfus une couche de vernis d’or que l’on a mêlé auparavant avec un peu de gomme-gutte & de l’elfence de térébenthine.
- Dans une des chambres où l’on travaille, ou dans une autre qui lèrt de magafin C (P/./), on expofe le long des murs les échantillons des différents deffeins que poffede le Maître- Ouvrier, afin que le Particulier puifle choifir fuivant fon goût, & commander la tenture avec les deffeins & les couleurs qui conviennent à fes autres emmeublements ou à fa fantaifie.
- Nous devons dire que l’ulàge des cuirs dorés & argentés , n’efl: pas borné aux tentures. On les emploie encore pour en former des écrans, des paravents , tapis , canapés , fauteils, devant-d’autels, banieres, guidons de confrairies, &c. On efl: ordinairement plus difficile fur le choix & la beauté de ces cuirs quand ils font deftinés à ces derniers emplois.
- Je crois n’avoir rien omis d’intéreflànt lur la Fabrique des cuirs dorés
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- ou argentés. Nous avons dit que ces tentures fe confervent mieux dans des appartements un peu humides , que dans ceux qui font trop fecs , & qui feroient expofés à un foleil vif, parce qu'elles s'y écaillent moins. Quand ces tapifferies au bout de quelque temps fe font noircies , & ont été gâtées par la pQuffiere, le moyen le plus fimple pour les en débarraffer , efl: de faire paffer dçffus , fans les détendre , une éponge mouillée qui enieve tout ce qui les terniffoit, & qui donne au cuir une certaine moileffe né-çeflaife pour là çonfervation.
- Il eft encore poffible de redonner un air neuf aux vieilles tentures, en leur mettant de nouvelles couleurs. Souvent il fuffit, pour réparer l’éclat quelles ont perdu, de les enduire de colle, ou de paffer deilus une couche d’effence de térébenthine : ou, fi l’on craint l'odeur de cette huile, on peut fe fervir de gomme-arabique fondue dans l’eau qui produit le même œil brillant ; QU enfin employer le blanc - d’œuf, comme nous l’avons déjà indiqué. Mais ces derniers moyens feroient inutiles pour raccommoder une tapifferie, dont la peinture fe feroit enlevée par écailles. Il faudroit peindre celle-là de nouveau. Cet accident arrive plus fouvent aux tapifferies qui font expofées à une grande chaleur & au foleil. On le préviendroit, fi ceux à qui elles appartiennent, vouloient prendre le loin de les faire laver de temps à autre, avec une éponge trempée dans l’eau ou l’huile ; l’huile ou l’eau fimple leur donne une moileffe qui contribue beaucoup , comme nous l’avons dit, a leur çonfervation.
- Pendant l’impreffion do cet art, j’ai appris qu'a Avignon on fe fert de contre-moules pour imprimer les cuirs : iis font formés avec un carton épais fur lequel eft diipofé en relief <5çen creux le deffein repréfenté fur la planche gravée ijj I ( PL IL ) Voyez ce que nous avons dit des contre-moules, page 28.
- Pour former ce deffein fur le carton , on étend deffus une pâte compofee de rognures de peau de gand, que l'on a amolli, en les laiflànt tremper quelque temps dans l’eau. On en met une épaiffeur fuffifante fur la feuille de carton , pour que tous les reliefs s'y trouvent formés. On applique defîus cette pâte une feuille de papier qui s'y colle d'elle-même ; & on fait paffer le cartpn ainfi préparé Si difpqfé, fur la planche gravée, entre les rouleaux de la preffe. Le carton en fort avec la contr'eftampe du deffein repréfenté fur la planche gravée : la pâte en fe féchant fe retire , & laifle un efpace pour le cuir , que l'on mettra par la fuite entre le moule & le contre-moule , quand on voudra l'imprimer*
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- ART DE T RA VAILLE R
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- EXPLICATION DES FIGURES-
- PLANCHE I, Vignette I.
- T jA figure première repréfente un Ouvrier qui amollit les peaux : il les retourne 8c les remue dans un baquet ou cuve remplie d’eau, ou il les laifle tremper pendant quelque temps.
- Figé 2. Ouvrier qui corroyé les peaux : il les frappe fur une pierre en tenant la peau fuccefîîvement par chacun de fes côtés.
- A , Tas de peaux qui ont été battues, & que l’on approche de l’Ouvrier (Jîg* 3 ).
- Fig. 3. Ouvrier occupé à détirer les peaux & à les étendre, pour leur donner le plus de fixrface qu’il eft poffible.
- Fig. 4. La peau ayant été détirée , on la taille en fe réglant fur un chaf* fis de la grandeur de la planche qui doit fervir à l’imprimer.
- Fig. y. Ouvrier occupé à étendre les peaux qui ont été encollées, & garnies de feuilles d’argent. On étend ces peaux fur des cordes pour les faire fécher.
- Vignette IL
- La fécondé Vignette repréfente l’attelier du dorage.
- Fig. 10. Ouvrier qui vernit: il recouvre les feuilles d’argent de vernis appellé or par les Ouvriers. Ce vernis leur donne une couleur qui imite affez parfaitement celle de l’or.
- Fig. 11. Ouvrier qui étend le vernis que celui de la figure 10 a appliqué fur le cuir , en traçant avec fa main plufieurs lignes courbes à quelques di£ tances les unes des autres. ' "
- Fig. 12. Ouvrier qui frappe à petits coups lur le vernis, pour qu’il s’imbibe mieux avec les feuilles d’argent.
- Fig. 13. Quand on veut faire des tapifferies, moitié dorées, moitié argentées , lorfque la piece argentée a été imprimée peu profondément, on l’enduit totalement enfiiite de vernis : après quoi on enleve ce vernis dans les parties qui doivent relier en argent. L’Ouvrier Fig. 13 , eft occupé à cette opération , pour laquelle il fe fert d’un petit couteau.]
- Fig. 14» Ouvrier qui nettoie avec un linge les endroits d’où il a enlevé le vernis , afin que l’argent paroilfe fans altération.
- B , Planches fur lefquelles font cloués des cuirs verniffés, & que l’on expofe au foleil, afin qu’ils fechent plus promptement.
- Bas de la Planche.
- Figure 1. Comme on a perfectionné la preflfe à imprimer les cuirs, on a
- fubftitué
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- LÈS CUIRS DORÉS.
- n
- fubftitué à la place des deux jumelles qui forment les côtés de la preffe que l’on voit dans la Vignette de la Planche II, le montant qui eft ici repré-fenté.
- r Fig. 2 , 3,4. Dans l’ouverture que Ton apperçoit dans la partie moyenne du montant r, on met les deux couffinets 3,4, & on y ajoute plufîeurs feuilles de carton 2 pour rendre la preffion plus moëlleufe. Voyez l’expli-cation que nous avons donnée de cette preffe, Sc des changements quelle a éprouvés. f
- Fig. Y> Z. Deux efpeces de galoches néceffaires pour le fervice de la preffe.
- Fig. y, 6,-7,7> S, y. Cifelets ou fers de différentes figures, fervant à imprimer des deffeins fur les parties des cuirs qu'on ne juge pas être allez garnies.
- Fig. 12. Mailloche pour frapper fur les fers que Ton emploie pour imprimer le deffein qui eft gravé fur la partie la plus large des cifelets.
- Fig. 8, 9, 10, 11, font voir la partie la plus large des fers ou cifelets^ Cette partie eft ici repréfentée en grand pour donner une idée des deffeins qui y font gravés.
- PLANCHE II, Vignette.
- Figure 6. Ouvrier occupé à efcarner les peaux à F endroit où il doit placer une piece.
- Fig. 7. O uvrier-Argenteur qui place les feuilles d’argent fur un cuir encollé. O11 voit à fa droite le livre qui renferme les feuilles d’argent placé fur le pupitre qu’on nomme FAgiau. Le même Ouvrier tient de là main gauche une palette de carton dont il fe fert pour tranlporter les feuilles d’argent, & les pofèr fur le cuir.
- Fig. 8. Ouvrier occupé à brunir le cuir argenté ; il tient avec fes deiix mains le bruniffoir que l’on nomme Brunis.
- Fig. 9. Ouvrier occupé à peindre quelques parties de ces cuirs, foit feuilles , fruits , oifeaux , &c.
- Fig. iy. Preffe fervant à imprimer les cuirs : on Fa repréfentée telle qu’elle étoit conftruite autrefois : les changements que l’on y a faits de-* puis , font indiqués dans le difcours , & l’on en peut voir le, détail dans les figures gravées au bas de la Planche I.
- h
- Bas de la Planche II.
- A , Couteau à efcarner les pièces que l’on applique aux cuirs»’
- B , Pierre fur laquelle on efcarne les cuirs.
- C, Couteau à efcarner les peaux aux endroits où l’on doit placer des pièces, lorfqu’elles fe trouvent percées ou défeétueufes.
- Cuirs. K
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- 38 ART DE TRAVAILLER
- , JD y Livre ou livret rempli de feuilles d'argent.
- Ey Pince de bois dont on fe fert pour faifir les feuilles d’argent, & pour les faire appliquer Sc prendre fur la colle dont les cuirs font enduits , en paffant par deffus l’extrémité E de cette pince , à laquelle eft attachée une houppe de poil.
- F\ Palette de carton fur laquelle l’Ouvrier-Argenteur pofe chaque feuille d’argent, qu’il fait couler enfuite de deifus cette palette , lorfqu’il veut l'appliquer fur les cuirs. ‘
- G, Queue de renard ou de fouine 9 fervant à étouper les cuirs après qu’ils ont été argentés , &à enlever les parties des feuilles d’argent qui y lorfqu’elles fe recouvrent, ne peuvent être arrêtées par la colle.
- H9 La même queue roulée en forme de tampon.
- IK 9 Bruniffoir que les Ouvriers nomment Brunis.
- K K , Pièce de bois vue en deifus & en deffous : elle fert de monture au caillou I qui eft arrondi & poli , & que l’on emploie pour brunir les cuirs argentés.
- L, Agiau ou pupitre fur lequel l’Ouvrier-Argent eur pofe le livre qui renferme les feuilles d’argent.
- M y Croix. Inftrument fervant à porter les cuirs & à les étendre fur les cordes pour les y faire fécher.
- N y N y Godets qui contiennent différentes couleurs.1
- O y Pinceau pour étendre & placer les couleurs. *
- P y Molette pour broyer les couleurs.
- Q y Pincelier ou boîte aux pinceaux.
- R y Pierre à broyer les couleurs : on fe fert auffi d’une pareille pierre pour brunir les cuirs argentés avant de les dorer.
- S y Pot à la colle.
- T y T y Vafes où l’on tient l’effence de térébenthine.
- V9 Pot au vernis ou à l’or. f
- X y Couteau fervant à détirer Sc à étendre les peaux pour leur donner le plus de fuperficie qu’il eft poffible. ,)
- Y y Compas. x
- Z Z & y Reffort fembiable à celui dont on fe fert pour polir les glaces, pour liffer les cartes à jouer > & que nous croyons plus avantageux à employer que le bruniffoir I K.
- iyi y Planche de bois gravée 9 qui fert à imprimer les deffeins fur les cuirs.
- 2y*i y Chafîls de la grandeur de la planche gravée i;r. Il fert à couper; les cuirs de grandeur > avant de les argenter.
- 3 y Cifeaux pour couper les cuirs. .
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- LES CUIRS DORÉS.
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- EXPLICATION
- Des Termes propres à VArt de travailler les Cuirs dorés ou argentés.
- A
- A G i a u. Efpece de pupitre fur lequel l’Ouvrier-Argenteur place le livre qui contient les feuilles d’argent.
- Aloes. C’eft le fuc épaifli d’une plante portant le même nom, qui croît en Egypte. On le çliftingue en deux efpeces, Aloès hépatique Ôc Aloès cabalin. Le premier eft le plus net ; il a la couleur du foie : c’eft celui-là que l’on emploie pour donner la couleur d’or au vernis des cuirs : on doit choifir le plus brun , comme le meilleur. L’aloës cabalin eft ainfi appelle , parce que les Maréchaux en font ufage dans leurs remedes : il eft mêlé d’impuretés.
- Ambre. Les Peintres en cuirs dorés nomment ainfi le Succin ou Karabé. C’eft un bitume dilfoluble dans l’huile , Ôt qui ne peut qüe bien faire dans la compofition de leur vernis ou or.
- Arcanson ou Colophone. Réfine formée du réfidu de la diftiilation de la térébenthine ; on l’emploie dans la compofition du vernis ou or.
- Argent battu. Lames d’argent qui ont été réduites en feuilles très-minces par les Batteurs dor.
- Argent faux. Etain réduit en feuilles aufti minces que celles d’argent : les Batteurs d’or ont plus de peine à réduire l’étain en feuilles minces que l’argent.
- Argent en coquille. Cet argent eft formé avec des rognures de feuilles d’argent , ou avec des feuilles d’argent réduites en poudre fine, Ôc broyées fur un marbre. On met une petite quantité de cette poudre dans le fond d’une coquille , où on la fixe avec du miel ; lorfqu’on veut l’employer , on la délaie avec un peu d’eau gommée. Les Ouvriers n’emploient cet argent fur les cuirs que pour garnir certaines parties où l’argent en feuilles n’auroit pas pris.
- Assiette. On appelle ainfi la couleur en détrempe que les Doreurs fur bois emploient avant d’appliquer ou afleoir l’or : cette aftiette eft compofée ordinairement de bol d’Arménie 9 de fanguine, de mine de plomb, ôc d’un peu de luif. Quelques-uns y mettent du favon ôc de l’huile d’olive ; d’autres du biftre, de l’antimoine , du beurre , Ôcc. On broie ces drogues enfemble; on les détrempe enfuite dans de la colle chaude de parchemin pour appliquer cette efpece de couleur, t°, fur une couche de blanc ; 2° > fur une autre de
- jaune > qu’il faut mettre fur les bois avant de les dorer : on pofe jufqu’à trois couches de cette afliette, ôc on fe fert d’une brofle douce pour coucher cette afliette : quand elle eft feche , on fe fert d’une autre brofle plus rude pour frotter l’ouvrage, ôc enlever les petits grains qui formeroient des afpérités, ôc pour faciliter par-là le brunis que l’on doit donner à l’or. Nous n’entrerons pas dans un plus grand détail fur la compofition de Paillette qui appartient à l’Art du Doreur fur bois. Si on jugeoit à propos d’ajouter une afliette pour faire valoir les reliefs des cuirs dorés, il feroit néceflaire d’en trouver une toute différente ; car elles ne pourroient fe reflembler que par l’objet auquel on la deftineroit, ôc qui doit être le même dans l’une Ôc l’autre opération de ces deux Arts.
- Asseoir l’or : terme qui fignifie Pofer P or fur une première matière qui lui fert de fou-tien ,ôc qui contribue à lui donner de l’éclat*
- Attelier du dorage. C’eft une cour ou jardin que les Peintres deftinent pour cette opération , ôc où ils établiftent les tables fur lefquelles doivent être étendus les cuirs argentés qu’ils veulent dorer.
- Autour. Ecorce qui entre dans la compofition du carmin : elle nous vient du Levant.
- B
- Basane. Peau de mouton à laquelle les Tanneurs donnent une préparation particulière , ôc que l’on emploie à faire des tapif-feries de cuir doré.
- Battre les peaux. Aêlion de les frapper fur une pierre pour les amollir, les adoucir, ôc en quelque façon les corroyer.
- Bistre. Suie de cheminée recuite, pul-vérifée ôc paffée au tamis : on en fait de petits pains que l’on délaie avec de l’eau gommée » lorfqu’on veut s’en fervir en peinture.
- Bol d’Armenie. Efpece de terre ou bol qui vient d’Arménie. Sa couleur rire fur le rouge pâle : il eft defiicatif ; qualité propre à tous les bols.
- Brunir : c’eft donner à l’or, à l’argent, ôcc. une couleur, un poli plus brillant que ces métaux ne l’ont naturellement.
- Brunis ou Brunijfoir. Inftrument dont fe fervent les Ouvriers pour brunir les feuilles d’argent.appliquées fur les cuirs.
- Brunis s’entend aufli de cette couleur brillante que prend l’or ou l’argent lorfqu’ils ont été parfaitement polis.
- Brunissoir. Voyez Brunis.
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- art de travailler
- c
- Calquer. A&ion d’appliquer un deflein que l’on veut copier avec exactitude. On enduit l’envers du deflein que l’on veut copier avec une poufîlere colorante, & l’on pafle fur chacun des traits du deflein une pointe arrondie qui les tranfporte fur la toile ou la planche ou le cuir auquel il efl: appliqué* Quand on veut conferver le deflein original , on place deflfous une feuille mobile chargée de pouflïere colorante ou de crayon.
- Carmin . Couleur qui donne un beau rouge: les préparations de cette couleur & les matières qui entrent dans fa compofitionjla rendent d’un prix confidérable : c’efl la fécule d’un mélange de cochenille, de chouan & d’autour. On y ajoute fouvent le rocou. Il faut que le carmin foit bien pulvérifé.
- Carne: c’efl: l’angle formé parla rencontre de deux furfaces : les bords d’un cube forment ce qu’on appelle une Carne.
- Carreau. Les Ouvriers donnent ce nom a un cuir coupé de la grandeur de la planche de bois gravée qui doit fervir à y imprimer un deflein.
- Caver : c’efl imprimer un cuir ou certaines parties d’un cuir avec des cifelets ou fers.
- Chamois. Efpece de chevre fauvage des Pyrénées ôc des Alpes, dont on pafle la peau pour en faire divers ouvrages d’ufage. On a donné le nom de l’animal même à une préparation particulière que l’on donne à fa peau. On emploie maintenant beaucoup de peaux de chevres communes pour les palier en chamois.
- Chausse. Piece d’étamine redoublée & taillée en cône, qui fert à palier & à filtrer certaines matières qui l’exigent.
- Chouan. Petit grain du Levant d’un verd jaunâtre,qui entre dans lacompofition du carmin.
- Chrysalide. Seconde métamorphofe de la chenille : la chryfalide devient enfuite papillon.
- Ciselets. Fers qui portent fur une de leurs extrémités, différentes figures gravées fervant à imprimer aux cuirs certains ornements pour remplir les vuides lorfqu’il s’en trouve.
- Cochenille. Infeéte , ou plutôt Galle-infefte des Indes Occidentales, qui s’attache à certains arbres dont il tire fa nourriture : on le ramafle avec foin,& on l’envoye en Europe où on le fait entrer dans le carmin.
- Colle. Colle de poiflon : cette colle qui efl très-forte fe fait avec les parties de certains poiflon s : elle vient de Hollande. Cette colle efl plus claire , plus nette que toute autre colle forte.
- Colophone ou Colophane. Voy. Arcanfon.
- Contr’estampe. Voyez Contre-moule.
- Contre-moule, ou Contreftampe. On appelle ainfi un fécond moule gravé en creux fur les mêmes defleins gravés en relief fur
- la première planche de bois qui fert à imprimer les carreaux ou cuirs. Les Ouvriers de Paris n’en font plus ufage, à caufe de la difficulté qu’ils éprouvoie'nt de faire rencontrer jufte ces deux planches.
- Corps. Donner du corps à une couleur, c’efl ajouter certaines fubftances qui fervent à lui donner de la confiftance , à la rendre plus épaiffe, fans altérer cette couleur.
- Corroyer. C’efl attendrir, adoucir les cuirs, ôc les rendre plus fouples ôt plus maniables.
- Coucher l’or. Voyez AJfeoîr ïor.
- Couperet, Efpece de couteau en ufage dans les cuifines pour hacher les viandes.
- Couteau a escarner , c’eft-à-dire, à diminuer de l’épaiffeur de la peau aux endroits où l’on veut mettre des pièces.
- Couteau aux pièces. Il fert à diminuer de l’épaiffeur des pièces que l’on applique au défaut des cuirs.
- Croix. Uftenfile dont on fe fert pour po-fer les peaux fur des cordes où elles doivent fécher.
- Cuivre ou Or faux. Feuilles de cuivre très-minces , travaillées par les Batteurs
- Dégraisser l’huile. Par cette opération, on enleve à l’huile les parties trop grades ou étrangères qui l’empêchent de lécher promptement.
- Dessicatif. Les Peintres nomment ainfi toutes matières qui fe mêlent avec leurs couleurs pour produire une prompte déification: toute matière qui peut attirer & imbiber les liqueurs, peut être employée à cet ufage.
- Détirer les peaux : c’eflaionger leur fur-face , les étendre.
- Dominant. Couleur dominante efl celle qui efl employée principalement dans un tableau qui donne le ton aux autres couleurs.
- Dorer. Pour dorer les cuirs, on les recouvre de feuilles d’argent bruni, fur lef-quelles on pafle un vernis qui leur donne une couleur très-approchante de celle de l’or.
- E
- Emflatrer. Terme qui exprime la maniéré d’étendre le vernis fur les peaux pour leur faire prendre la couleur de l’or.
- Encollage. Aélion d’étendre la colle fur les peaux avant de les argenter.
- Encoller : c’efl paffer une ou deux couches de colle de parchemin fur les peaux, avant d’y appliquer les feuilles d’argent.
- Enluminure. Efpece de peinture qui con-fifte à placer des couleurs fur différentes parties d’un deflein déjà fait, & dont les traits doivent toujours refter apparents.
- Escarner ; c’efl ôter une partie de l’épaif-
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- LES CUIRS DORÉS.
- feur d’une peau aux endroits où l’on veut placer une piece que l’on efcarne pareillement* afin qu’il ne refte point d’épaiffeur apparente dans les endroits réparés.
- Estamper : c’eft tranfporter un deffein , en le piquant * ôc paffant par-deffus une poudre qui indique la polition de fes différents traits.
- Etain battu * ou argent faux. C’eft de l’étain réduit en feuilles très-minces par les Batteurs d’or, ôc que les Doreurs emploient comme les feuilles d’argent.
- Etendre une peau : c’eft l’affujettir dans toute fon étendue * ôc l’attacher fur des planches * afin d’empêcher qu’elle fe retire en féchant, ou , comme difent les Ouvriers , qu’elle fe racormjfe*
- E t o u p e r : c’eft ôter avec la queue de fouine, les bords des feuilles d’argent qui ne font pas-retenus par l’encollage: l’Ouvrier appuie en même temps fur toute l’étendue des feuilles, pour les faire prendre fur la colle.
- F
- Fer a détirer. Efpece de couperet qui ne fert aux Ouvriers en cuirs dorés,qu’à étendre leurs peaux , & les détirer pour leur donner plus de furface.
- Fers. Voyez Cifelets.
- Fleur* Les Tanneurs ôc les Ouvriers en cuirs dorés appellent Fleur, le côté du cuir où étoit attaché le poil. Comme le grain de la peau eft plus fin fur cette furface , c’eft celle-là qu’on laiffe apparente.
- G
- Galoches. Efpece de coins qui font partie de la preffe à imprimer les cuirs.
- Godets. Petits vafes dans lefquels on met les couleurs dont on fe fert pour peindre les cuirs*
- Gomme. Subftance végétale qui fe diffout dans l’eau ; c’eft le caraêtere propre aux gommes.
- Gomme-gutte. Suc épaifïi qui découle d’une plante commune dans la Cochinchine, ôc qui fe fond dans l’eau.
- Gomme-laque. Gomme ou efpece de réfine que certaines fourmis dépofent ; elle vient des Indes.
- Grumeaux. Parties étrangères ou qui ne fe font pas fondues dans une liqueur deftinée à être répandue uniment fur une furface.
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- * *
- 4r
- effentielle que l’on obtient par la diftillation de la térébenthine-réfine.
- I
- Imprimer à fond : c’eft faire paffer le cuir affez de fois fous une planche gravée, pour qu’il en ait faifi les plus petits, détails.
- L
- Laque. Voyez Gomme-laque.
- Laque-dës-Peintres. Cette laque eft ordinairement compofée d’os pulvérifés ôc de craie colorée > avec de la cochenille ou avec une Ieflive faite de tontures d’écarlate que l’on jette par deffus des fubftances abforban-tes.
- Litharge. Efpece de chaux de plomb produite par la calcination ; elle tire furie rouge: on l’emploie dans les teintures ou dans les couleurs , comme defticative : c’eft un poifon très-violent.
- M .
- Mine-de-plomb. Pierre minérale qui contient du plomb ; c’eft avec cette pierre qu’on fait les crayons dont fe fervent les Deifina-teurs.
- Minium. Chaux dé plomb quidevfent par la calcination d’un très-beau rouge ; elle ne prend cette couleur qu’en y employant certaines précautions ôc à un très-grand feu.
- Moelleux. On dit qu’une peau eft moël-leufe quand elle eft douce, ôc quelle fe manié bien. On dit encore dans1 un fens différent, que la preffe eft moëlleufe, quand elle n’agit point par reffaut, ÔC qu’elle preffe par-tout également.
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- Noyer. Lorfque l’Ouvrier chargé déTen-collage , a mis affez de colle fur un cuir , pour qu’elle déborde les feuilles d’argent qu’on y a appliquées, ôc qu’elle recouvre ces feuilles , on dit quelles syy noyent.
- O
- Or. On appelle ainfi le vernis dont on fe fert pour donner aux feuilles d’argent appliquées fur les cuirs, une couleur approchante de celle de l’or.
- Or-battu : c’eft de l’or réduit en feuilles très-minces par les Batteurs d’or.
- Or faux. Cuivre réduit en feuilles par les Batteurs d’or* Voyez Cuivre.
- P,
- Palette. Piece de carton dont l’Ouvrier-
- Huile de lin. Cette huile fe tire par ex->reflion de la graine de lin.
- . Huile ouEjfence de térébenthine, C’eftThuile
- Cuirs.
- Argenteur fe fert pour tranfporter les feuille?
- l
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- ART DE TRAVAILLER LES CUIRS DORES.
- d’argent fur les cuirs , à l’endroit où il veut les placer.
- Papilloter. On dit qu’un deffein papillo-te, quand il n’offre que de petites parties fans goût.
- Pincellier. Boîte aux Pinceaux.
- Peintres en cuirs dore's. On nomme ainfi les Peintres qui ne s’adonnent qu’à cette Fabrique.
- Planche à graver , à imprimer : c’eft une planche en bois gravée ôc deftinée à donner aux cuirs des reliefs, Ôc à former fur leur furface différents deffeins.
- Plancher. Piece de la preffe à imprimer. Voyez l’explication des Figures.
- Plomb-rouge. Voyez Minium.
- Presse à imprimer. Preffe dont on fe fert pour imprimer fur les cuirs les deffeins gra-yés fur des planches de bois.
- Q
- Queue d*aronde : c’eft un affemblage de menuiferie.
- R
- Racornir. Lorfque la peau fe retire fur elle-même, qu’elle s’épaiflit en fe féchant , on dit qu’elle eft racornie.
- Ramollir. Ou ramollit les peaux en les mouillant,pour les rendre plus douces ôc plus maniables.
- Résine. Subftance végétale qui s’enflamme aifément ; elle eft diffoluble dans l’efprit-de-yin ôc dans les huiles.
- Résine en larme. C’eft la réfine qui coule naturellement de l’arbre ou de la plante qui la produit ; elle £ft pure ôc fans aucun mélange.
- Rocou. Graine d’un arbre qui porte le même nom. Elle nous vient des Ifles Antilles ; on l’emploie en Peinture ; parce qu’elle fournit un beau rouge.
- S
- Sanûaraque. Réfine provenant d’une ef-pece de Génévrier.
- Sandragon. Gomme qui découle de différents arbres qui croiffent aux Ifles Canaries.
- Succin. Voyez Ambre.
- T,
- Tanneurs. Ouvriers qui paffent les cuirs ôc qui leur donnent différentes préparations.
- Tan. Ecorce du chêne qui, après avoir été réduite en poudre, eft employée pour tan-ner les cuirs.
- Terre d’ombre. Efpece de bol qui vient d’Egypte. Ce bol, lorfqu’ôn le fait brûler, prend une couleur rougeâtre ; il contient beaucoup de parties fulfureufes.
- Tontisses. Ce font les tontes de draps ou d’autres étoffes auxquelles on donne telle couleur que l’on veut. On les applique fur des toiles ou elles font retenues avec une efpece de colle dans certaines parties qui forment des deffeins. On en forme des tapifferies qui portent le nom de Tontines,
- V
- Vernis ou Or. Couleur dont fe fervent les Ouvriers pour donner aux feuilles d’argent celle qui approche de l’or : c’eft un vrai vernis.
- Vernis au blanc. Ce- vernis eft compofé d’huile, dans laquelle on fait délayer du blanc de cérufe. Les Ouvriers l’emploient pour donner de l’éclat aux feuilles d’argent, Ôc il n’en affoiblit pas la blancheur.
- Vive-arrete. Angle aigu formé par deux furfaces ; chaque fuperficie d’un cube eft terminé par autant de vives-arrêtes quil a de cotés.
- Fin de üArt des Cuirs dorés,
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- De l’Imprimerie de H. L. GUERIN &L, F. DELATOUR, 1762,
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- Cuiras Dore'<?• Pl.L-
- De*?irine et Grave par Patte 1762
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