Descriptions des arts et métiers
-
-
- p.n.n. - vue 1/40
-
-
-
- L’ART
- »
- DE FAIRE DIFFÉRENTES SORTES
- DE COLL
- Par M. Duhamel du Monceau, de l’Académie Royale des Sciences.
- M. D C C.
- L X X I.
- Page de titre n.n. - vue 2/40
-
-
-
- \
- r
- 3
- C
- -.te
- 'F
- Tf
- f
- }
- !
- i
- '! :
- U
- I
- :'f.
- h
- :)4*S
- .V
- /
- bibcnam
- RESERVE
- \
- 9
- *
- F
- \
- * 'v^vV'-'
- • > . '• •../ . r ..
- /
- p.n.n. - vue 3/40
-
-
-
- L A R T
- DE FAIRE DIFFÉRENTES SORTES
- DE COLLES.
- Par M. Duhamel du M O N CEA U , de U Académie Royale des Sciences. *
- 1”Vn général on appelle Colle des fobftances tenaces & gluantes qui fervent à unir piufieurs chofes enfemble, ou à donner de la fermeté à certains tilîus. U y en a de molles , qui peuvent être employées en cet état ; d’autres font féches , ou plus ou moins épaiffes ; mais elles doivent être capables de s’attendrir , & de fe fondre dans des liqueurs. Comme dans cet état elles font plus ou moins gluantes ou vifqueufes, on peut en étendre des couches minces for différents corps auxquels elles adhérent ; quand elles fo font defféchées,’ la colle prend de la dureté, & elle unit fi bien les uns aux autres les corps qui en ont été enduits , quils fe romproient plutôt que de fe féparer.
- Suivant cette définition, on pourroit comprendre dans les Colles piufieurs elpeces de Maftics qu’on emploie à chaud ou à froid. Cependant nous n’en parlerons point préfentement, parce qu’on aura occafion d’en traiter dans la defcription de différents Arts qui mettront en état de mieux faire comprendre leurs avantages 9 ainfi nous nous bornerons à parler des fobftances qui font connues fous la dénomination de Colle ; elles différent des Maftics en ce quelles font, lorfqu’on les emploie , liquides & coulantes , enforte quelles ne forment point d’épaiflèur ; au lieu que les Maftics font aftèz épais pour remplir des creux, former des reliefs , &c.
- Comme piufieurs fobftances peuvent produire le même effet, on diftingue
- * M. Benoît qui a une très-belle & très-grande Fabrique de Colle-forte, avantageufement lîtuée dans les Bordes , à Corbeil , & qui y fait de très-belle Colle , tant à la maniéré d’Angleterre, que de Flandre , fachant que je me
- Collesf
- propofois d’inférer cet Art à la fuite de ceux que publie l’Académie, s’eftfait un plaifir de me faire voir fa Fabrique, & de me procurer tous les éclaircilfements que je pouvois déûrer.
- A
- p.1 - vue 4/40
-
-
-
- 2 ART DE FAIRE LES COLLES.
- différentes efpeces de Colles, telles que la Colle de farine , celle de poiflon, celle qu’on nomme de Gant , enfin celle à laquelle on a donné plus particuliérement le nom de Colle-forte, à caufc de la grande ténacité.
- Celle-ci exigeant des préparations particulières, fe fait dans des Manufactures. C’eft pourquoi nous allons en parler en premier lieu , & fort en détail. Nous dirons enfuite quelque chofe des autres elpeces de colles.
- ARTICLE PREMIER.
- De la Colle forte*
- La Colle-forte eft une diflblution dans l’eau des parties membraneufes , cartilagineulés & tendineufes qu’on tire des animaux. On defleche enfoite ce qui a été fondu pour en faire des tablettes qui fe confervent fi long-temps qu’on veut fans fe corrompre , & dont le tranfport eft plus aifé que fi ces fobftances étoient fimplement en forme de gelée.
- Les gelées de corne de cerf, celle de pieds de veau qu’on prépare dans les cuifines Sc les offices , feroient de la colle-forte fi on les deflechoit ; & les tablettes qu’on deftine pour en faire des bouillons, ne font autre chofe qu’une colle-forte qu’on a chargée de jus , de fucs, Sc d’extraits de différentes viandes. Cette forte de colle qui eft fort chere, feroit cependant moins bonne que celle où il n’entre que les parties qui font véritablement pro-i près à fe fondre en gelée. Toutes les autres fubftances , telles que les focs & les extraits de viande, qui étant mêlés avec la diflblution des parties membraneufes & tendineufes , rendent les tablettes propres à faire de bons bouillons, ne feroient qu’altérer la colle qu’on deftine à être employée dans différents Arts. Les parties charnues & fanguinolentes fe corrompent ; les grailles , la finovie, qui fe trouvent dans les articulations, ne doivent point entrer dans la compofition de la colle. Les feules parties capables de fe fondre en gelée font véritablement i’effence de la colle : les autres lui font étrangères , & ne peuvent que la rendre moins bonne.
- Comme pour faire ulàge de la Colle-forte, il faut la diflbudre & l’étendre dans de l’eau, plufieurs Artifàns & Manufacturiers font eux-mêmes leur colle ; mais ils ne fe donnent pas la peine de la deffécher & de la réduire en tablettes ; ils s’en fervent auflî tôt qu’ils l’ont réduite à la confiftance d’une gelée plus ou moins épaifle, foivant l’ufàge qu’ils en veulent faire. Les Papetiers, les Drapiers, & les Peintres en détrempe achettent des rognures de peaux ou de parchemin qu’ils font bouillir dans l’eau, & quand en en mettant quelques gouttes fe refroidir for une afliette, elle fe fige en gelée un peu épaifle, ils l’emploient en cet état, & s’épargnent ainfi la peine que fe donnent ceux qui font la
- p.2 - vue 5/40
-
-
-
- Article I. De la Colle-forte* 3
- Colle-forte pour la deffécher Sc la réduire en tablettes ; mais il faut être en état de faire promptement ufàge de ces gelées, fans cela elles fe corromproient bien-tôt. C’eft ce qui engage à deffécher la colle dans les manufactures , parce que quand elle eft réduite en tablettes, elle fe conferve tant qu’on veut fans s altérer ;& d ailleurs elle eft beaucoup plus aifée à tranfporter.
- Les Peintres, les Papetiers, les Drapiers,& les autres Artifans qui font eux-mêmes leur colle, trouveraient fou vent de favantage à acheter la colle en tablettes ; car communément les colles-fortes font plus exemptes des fùbftances étrangères qui altèrent les parties collantes que celles que font plufieurs Artifans pour leurs ufàges propres. Il y a cependant des raifbns d'économie ou de convenance qui les engagent à faire eux-mêmes leurs colles.
- Quelques-uns prétendent que la colle en tablettes efl: trop forte, Sc qu’il leur en faut une moins parfaite. C’eft peut-être une prévention ; car on eft maître d’affoiblir la colle tant qu’on veut en l’étendant dans beaucoup d’eau : quoi qu’il en foit, on peut confulter ce qui a été dit de ces différentes colles dans les Arts du Papetier, du Drapier, Sec ; & en faveur de ceux qui n’ont pas ces Arts, nous en dirons quelque choie dans la fuite.
- Plufieurs fùbftances animales font propres à faire de la Colle-forte. Les rognures des peaux Sc des cuirs, les pieds , la peau des têtes & des queues de plufieurs animaux, les os mêmes, fi l’on fe fervoit de la marmite de Papin pour les difloudre , pourraient fournir de la colle.
- Je n’ai pas pouffé bien loin les expériences fur ce point. Cependant je fuis parvenu à faire avec des os une colle qui à la vérité étoit fort noire, mais qui me paroiffoit très-forte, & je crois qu’elle aurait été meilleure fi j’avois commencé par ôter la moëlle Sc la graiffe , Sc par enlever, au moyen d’un acide, la fubftance terreufe des os, pour ne difloudre que la cartilagineufe ; mais il y a apparence que ces préparations emporteraient tout le profit.
- Entre les fùbftances que je viens d’indiquer, les unes font de meilleure colle que d’autres. En^ général les cuirs tannés ne fournifiènt point de colle ; les cuirs dits de Hongrie ou de Bourrelier paffés à l’alun & au fuif en donnent peu, Sc de médiocre qualité. Il faut pour en obtenir , leur donner des préparations particulières.
- Les cuirs neufs donnent plus de colle , & de meilleure qualité que ceux qui ont été defîechés par un long fervice. Ces fùbftances , après un long travail, ne rendent que peu de colle ; j’en ai fait l’épreuve dans une marmite de fer fondu, dont le couvercle de même métal fermoir exactement, pour que la fumée fe réverbérant fur le cuir, fît en quelque forte l’effet de la machine de Papin ; mais je n’ai point du tout obtenu de colle.
- Les rognures de chamois paffées à l’huile ne valent abfolument rien; f Les poils ne fe fondent point en colle ; le fàng, la graiffe, la chair ne peuvent qu’altérer la bonté de la colle, ou au moins occafionner beaucoup
- 1
- p.3 - vue 6/40
-
-
-
- 4 ART DE FAIRE LES COLLES.
- de déchet. C’eft pourquoi ceux qui achettent des matières pour faire de la colle, doivent exiger qu’elles foient bien dégraiiTées & nettes, ou compter fur un déchet confîdérable quon ne peut éviter.
- Les rognures & les ratures de parchemin & de vélin qu’on achette chez les Par-cheminiers 8c lesCribliers , font de bonne colle ; mais elle reviendroit fort cher aux fabriquants ; & il en e^ de même des rognures de peaux qu’on achette des Gantiers 8c des Mégiiîiers, des Peauflîers 8c des Fourreurs. Les peaux de lièvres, de lapins 8c de caftor, qui ont été épilées par les Chapeliers, toutes ces fobftan-ces feroient allez bonnes pour faire de la Colle-forte ; mais elles font en grande partie employées par les Peintres en détrempe , les Drapiers pour coller leurs chaînes , les Papetiers , &c.
- Les faifeurs de Colle-forte ont coutume d’employer des fubftances plus com -munes , telles que les rognures de cuirs de bœufs, de veaux, de moutons, de cheval, &c, qu’on appelle oreillons ; 8c plus ces animaux font vieux & maigres , plus la colle eft forte. ^
- Toutes les parties tendineufes & aponévrotiques qu’on nomme nerfs , font de bonne colle. Les pieds, les queues de ces animaux peuvent fournir de la colle ; mais ces fubftances occafionnent beaucoup de déchet, à caufo des poils , des graifles & de la finovie qui s’y trouvent abondamment. Il faut les deflbler , les dégraifler , les défofler ; 8c malgré cela, fi l’on n’employoit que des pieds , la colle ne foroit pas très-forte, à caufo de la quantité de finovie qui eft dans ces parties.
- «
- Les pieds de bœufs, autrefois eftimés , font maintenant regardés comme une des mauvaifes matières qu’on puifte employer, & cela depuis que les Bouchers ont foin d’en ôter une partie tendineufe , qu’on nomme petit nerf, ou nerf de jarret, qu’ils vendent au compte , 8c aftèz cher pour faire cette efpece de filafle qui fort à nerver les panneaux des voitures, ou à faire des foûpentes. Quand ces pieds font ainfi dépouillés de cette partie tendineufe, ils ne fourniftent qu’une fobftance glaireufo qui n’eft pas propre à faire de bonne colle ; 8c fi l’on s’en fort, c’eft à caufe de leur bon marché. Ces fubftances tendineufes qu’on achette pour faire de la colle , font donc eftimées à proportion de leur propreté , c’eft-à-dire, que celles qui font fraîches, bien nettes, fins poulïiere, fans poil, fans graille & fans chair, doivent être choifies par préférence. Ce n’eft pas qu’on ne puifte les décharger de ces matières inutiles ou nuifibles ; mais le fabriquant éprouve beaucoup de déchet & de main-d’œuvre, parce que , comme je l’ai dit, les parties graifleufos , charnues, fànguinolen-tes, 8c les malpropretés, font des fubftances hétérogènes qui s’en vont au lavage, à la trempe, ou bien elles fo détachent dans la chaudière, où elles forment, foie un marc qui fo précipite au fond , ou une écume qui fo porte à la fuperfi-cie, fuivant leur poids. Ainfi il faut employer du temps 8c de la main-d’œuvre pour décharger les matières utiles de ces fubftances nuifibles, principalement
- du
- p.4 - vue 7/40
-
-
-
- Article I. De la Colle-fortL y
- du fàng qui eft très-fufceptible de corruption. Ordinairement quand on achette les matières propres à faire la colle, elles font dépouillées des crins 8c poils qui les couyroient, attendu que ces poils fe vendent à part ; mais quand 'il en refte aux pieds ou aux queues, on ne cherche pas dans les Manufactures de colle à en faire ufàge. On met ces matières dans une eau de chaux un peu forte> pour les dépiler avant de les employer à faire de la colle : cependant le poil qui relie ne caufe point de dommage , 8c fe trouve dans le marc fans s’être dif-fous. Si l’on veut s’en débarrafîer , c’eft pour qu’ils ne remploient pas inu. tilement la chaudière , qu’ils ne retiennent point de faletés, & qu’ils n’emportent pas de la colle en s’en imbibant.
- J’ai vu employer chez M. Benoît des peaux de lièvre, de lapin, 8c de caftor* dépilées par les Chapeliers , pour faire de belle colle façon d’Angleterre.
- A l’égard des cuirs de Hongrie qui ont été pâlies à l’alun & imbibés de fuif, qu’on appelle cuirs de Bourrelier , ils exigent, comme je l’ai dit, des préparations particulières. Il faut les tenir plus long-temps dans l’eau de chaux pour en ôter le fùif 8c les fels ; alors ils fourniflent d’allez bonne colle , mais rouile & en petite quantité :*ainfi pour en tirer quelque profit, il faut les acheter à bon marché , fur-tout quand ils font vieux & delféchés.
- Si l’on failbit de la colle entièrement avec des oreilles ou des nerfs de beuf, elle feroit très-bonne. C’ell pour cela que quand les Tanneurs ont voulu faire de la colle, comme ils faifoient tomber en rognure toutes les parties des peaux qui n’étoient pas propres à faire de bon cuir, ils faifoient d’excellente colle. Mais comme ces matières font trop cheres pour être mifes dans le commerce, les fabriquants pour faire une bonne colle marchande , mêlent enfemble des fubftances de différentes qualités. Ils prennent, par exemple , iboo livres de rognure de peaux de veaux 8c de moutons, & 500 livres d’oreillons de bœuf : le tout étant bien conditionné, doit fournir y à 600 livres de colle. Je ne donne ceci que comme un exemple ; car il eft à propos de varier les mélanges, fuivant la qualité de la colle qu’on fe propofè de faire, 8c le prix des différentes fubllances , dont quelques-unes font plus abondantes dans une Province que dans une autre.
- On met tremper féparément chaque matière dans des cuveaux A , PL I & II , remplis d’eau ; vingt-quatre heures fuffifènt pour les peaux fraîches ; il faut plus de temps pour celles qui font feches , & encore beaucoup ' plus pour les vieux cuirs. On les remue de temps en temps B, PL I, avec la fourche C, P/.//, ou la pelle D. Quand ils font bien pénétrés d’eau, on les retire des cuveaux avec cette fourche , ou un crochet E, 8c on en charge des civières grillées F, PL I & II, qui doivent être plus étroites par le fond que par le haut. Dans les grandes Fabriques, on les fait grandes & fortes comme à la Planche I. Dans les petites Fabriques, on les tient légères comme à la Planche II. Ces civières font faites avec des barreaux ou paumelles qui font re-CoLLES. B
- p.5 - vue 8/40
-
-
-
- 6 ART DE FAIRE LES COLLES.
- çues dans un fore bâtis de charronnage ou de menuiferie. On laiffo les cuirs un peu s'égoutter dans les civières , enfoite on les lave à la rivière , comme nous allons l'expliquer 3 bien entendu quand la Fabrique eft, comme celle de Corbeil, établie au bord d'une riviere ; mais beaucoup font privées de cet avantage , qui néanmoins efl: très-important pour faire de belle colle.
- On établit fur les bords de la riviere des cages à jour Ci, G a & G 3, PL IL Elles font formées par des barreaux ou paumelles qui entrent dans des trous qu'on a pratiqués à un fort chaffis de charpente. Cette cage efl afTemblée au bas d'un cadre ou chaffis e 9 & ce cadre qui doit former une bafoule , efl affomblé au moyen de deux crochets ff9 qui embraffont la piece horizontale qui forme la traverfe d'en bas du bâtis de charpente. Ce chaffis repréfonte au bord de la riviere, comme le chambranle d'une porte qui foroit de charpente , ainfi qu'on le voit dans le lointain de la Planche I, où les cages dont nous parlons font dans deux fituations.
- Quand le cadre efl vertical, comme G I Sc G 2 9 PL II9 la cage dans laquelle on met les morceaux de cuirs 9 trempe dans l’eau de la riviere, comme on le voit en G 1. Alors on les remue & on les agite dans l'eau avec le bouloir H, PL I & II9 ou un barateau I9 PL II9 forte de rateau à grandes dents. On voit au lointain de la Planche I un homme qui remue les cuirs dans la cage dont nous parlons.
- De temps en temps , on abaiffe la queue de la bafoule pour faire fortir la cage de l'eau 9 comme on le voit en G 3 , PL IL Les morceaux de cuirs fortent de l’eau, ils s’égouttent, & l’eau fale en fort. Quand cette eau s’eft égouttée , on replonge la cage 9 comme on le voit en G 1 & G 2 , PL II; on remue encore dans l'eau les cuirs , & on répété cette manœuvre jufqu'à ce que les cuirs foient nettoyés, & que l'eau en forte claire. Cette manœuvre fe voit encore à la Planche î dans le lointain.
- Comme on lave féparément les différentes efpeces de cuirs, on porte for-tout attention aux oreilles qui conforvent ordinairement les faletés plus que les autres ‘ matières ; on finit par mettre la cage , comme le repréfonte G 3 , on en tire les morceaux de cuir avec le barateau I, PL II, & la fourche C ; on les met dans la civière F 9 PL 1 & II9 8c on les porte dans des cuveaux cerclés de fer A 9 dont il y a bon nombre dans les Fabriques. On les y laiffo vingt-quatre heures , & fi l'on s’apperçoit qu’ils foient encore fales , on les lave une fécondé fois, ainfi qu'on l'avoit fait la première. Comme il faut beaucoup d'eau pour remplir les cuveaux 9 on l’éleve avec des pompes K 9 PL I, Sc on la conduit au moyen de dalots L dans les différents cuveaux.
- Ordinairement on met les cuirs tremper dans une eau de chaux aflez foi-ble. Il y a cela d'avantageux, qu'on peut les y laiffor long-temps fo bien pénétrer d'eau ; car ils ne fo gâtent jamais tant qu'ils font dans l'eau de chaux, y reftafo font-ils deux mois. On rafraîchit feulement l'eau des cuves tous les quinze
- p.6 - vue 9/40
-
-
-
- Article I. De la Colle-forte. j
- jours avec un foau ou deux de nouvelle eau de chaux, & on retourne de temps en ’ temps les cuirs qui font en trempe.
- Par cette trempe , on difTont les .parties charnues & fànguinolentes , on fait avec les graiffes une efpece de fàvon , & on convertit les peaux prefque en parchemin.
- Quand on a des matières qui ont du poil, on les met après le lavage dans une eau de chaux plus forte, ce qui brûle ou détache les poils , en même-temps que la chaux dans laquelle on laiffe les matières en trempe , confomme en partie , comme nous venons de le dire, le fàng, la graille & la chair qui nepour-roient qu’altérer la qualité de la colle. Sur quoi je ferai remarquer que fi on couvre une peau du côté de la chair avec une pâte où il entre de la chaux, la peau étant feche devient bien-tôt comme du parchemin, 8c on fait que le parchemin efl très-propre à faire de la colle.
- Il a été dit que pour tirer parti des peaux qui ont été paflees à l’alun 8c au fuif , il faut les tenir plus long-temps que les autres dans une eau de chaux un peu forte, & les laver avec plus de foin, pour emporter les fels & la
- A l’égard des matières qui contiennent de la graiffe, du fàng, de la fi-novie , des parties charnues, & du poil, on les met dans une forte eau dm chaux. On les retire de cette eau étant toutes blanches de chaux , 8c on les conferve à fec dans des folles M, PL I ; comme elles ne s’altèrent point en cet état, on fait ce travail l’hiver , & on les garde en tas N fous des hangars jufqu’au printemps, qui eft la fàifon où on doit les employer : alors on les met tremper dans des cuveaux pleins d’eau claire ; trois ou quatre hommes les y braffent avec des efpeces de bouloirs H; on les lave à la rivière , & elles font en état d’être mifes dans la chaudière.
- Après avoir ainfi bien imbibé les peaux , & après les avoir foigneufement lavées , on les met pour la derniere fois dans la civière F , mettant en-femble toutes les différentes efpeces de matières dans la proportion qu’on juge convenable, & on les porte aux cages G pour leur donner un dernier lavage. Quelques-uns les palîent enfuite fous une prelîe P, PL I & II, pour ôter une partie de l’eau dont elles fe font imbibées , qui empêcheroit que la colle ne fût fuffifamment épailfe.
- Quelques-uns mettent des pierres au fond de la chaudière de cuivre dans laquelle on doit fondre la colle, pour empêcher que les matières ne s’v attachent & ne brûlent. Il eft mieux de mettre au fond de la chaudière une grille 1 de bois dont les barreaux ont deux pouces en quarré , & cette grille eft entourée d’un cercle de fer qui empêche qu’ils ne fe défaffemblent. On remplit jufqu’au deffus des bords une chaudière de cuivre qui eft montée fur un fourneau de maçonnerie Q , PL IL
- Ici la pratique n’eft pas la même dans les différentes Fabriques ; les uns
- p.7 - vue 10/40
-
-
-
- 8 ART DE FAIRE LES COLLES.
- prétendent que l’eau que les matières ont prife dans la trempe efi: plus que foffilànte, & quil ne Faut pas y en ajouter. D’autres y en ajoutent, mais en plus grande ou en moindre quantité, {uivant la qualité des matières, & penfent qu’il en Faut plus à celles qui font dures & féches, qu’à celles (jui, étant Fraîches & tendres , fe font très-gonflées & chargées de beaucoup d’eau à la trempe. Je fois Fâché de ne pouvoir rien dire de plus précis for ce point ; car je crois qu’il efl: de l’intérêt du Fabriquant d’employer aflez précifé-ment la quantité d’eau qui convient, d’autant que fi l’on y en mettoit trop, il Faudroit continuer Fort long-temps le Feu pour épaiflir la colle.^En ce cas, on confommeroit du bois, & la colle en feroit plus brune ; fi on y en mettoit trop peu, la colle foroit Faite avant que toutes les parties fuflent Fondues : une portion des fibres propres à Faire de la colle refteroit donc dans le marc, & ce feroit une perte pour le Maître de la Fabrique. Cependant il m’a paru qu’un à peu-près fuffit,& qu’avec un peu d’ufàge on y atteindra aifément, pourvu qu’on foit prévenu qu’il faut ajouter moins d’eau aux matières qui en prennent beaucoup à la trempe , & qui fo gonflent confidértblement, qu’à celles qui font dures & féches. Pour connoître s’il étoit important d’employer beaucoup d’eau, j’ai pris de belles rognures de gant ; je les ai mis tremper vingt-quatre heures dans de l’eau claire ; après les avoir laifle un peu égoutter, je les ai mifos dans une marmite de fer fondu, qui a voit un couvercle aufli de fer fondu, & qui fermoit aflez exactement ; ayant mis deflous d’abord un petit feu , puis un plus fort , mes rognures fe fondirent prefqu’entiérement , & me fournirent une colle qui s’épaiflit Sc fe deflecha promptement. Je fis enfuite bouillir de l’eau ; j’y jettai de pareilles peaux féches, elles s’y fondirent ; mais j’eus bien de la peine à les épaiffir allez pour faire de la colle en tablettes. Je reviens à ce qui fe pratique dans les Fabriques.
- On allume fous la chaudière d’abord un petit feu pour fondre les matières peu-à-peu & fans les brûler. On augmente ce feu par degré , jufqu’à faire bouillir la colle , & àmefore que la colle fe fait, les uns diminuent le feu , prétendant qu’il faut laiflèr la colle fe faire fans la remuer : d’autres , quand une partie des peaux efl: fondue , braflent & remuent vigoureufe-ment les matières avec le palon H ; ce qu’ils répètent de temps en temps julqu’à ce que la colle foit faite , ce qu’on reconnoît en en rempliflànt une coque d’œuf ; elle efl: bonne à tirer, fi , lorlqu’elle efi: refroidie , elle forme une gelée aflez épaiflfe. Quand une partie efl: fondue, il faut diminuer le feu jufqu’à ne faire bouillir ce qui s’eft fondu qu’à très-petit bouillon , évitant de faire trop de feu ; car il vaut mieux aller lentement, que de rien précipiter. Cette opération dure ordinairement 12, 14 ou ijf heures: lorfqu’une partie des marchandifes efl: fondue , il s’élève quelquefois à la foperficie de la liqueur une écume qui contient du feng cuit ; quelques-uns l’ôtent avec des écumoires ; mais on peut s’en dilpenfer : ces ‘impuretés fe fëpareront dans la
- cuve
- p.8 - vue 11/40
-
-
-
- Article I. De la Colle-forte• p
- cuve ou dans les boîtes. On entretient un petit feu fous la chaudière pour que la colle ne fafïè que frémir, & on remue de temps en temps les matières avec une pelle qui a un manche de bois, pour que les matières légères qui fe portent à la lurface plongent dans la colle fondue & fe fondent elles-mêmes , & auflî afin que celles qui tombent au fond ne fe brûlent point.
- Je crois que dans les efpaces de temps où Ton ne brafle point la colle, il feroit avantageux de couvrir la chaudière d’un couvercle de paille trefle avec de l’ofier , qu’on éleveroit au moyen d’une corde paflee dans une poulie, lorfqü’on voudrait braffer la colle ; par ce moyen on retiendrait la fumée, cette vapeur chaude & humide étant très-propre à précipiter la fonte des matières. •
- L’endroit où l’on cuit la colle efl un petit bâtiment R, PL 1, fermé, dans lequel font montées les chaudières femblables à celles Q , PL II ; & auprès de chaque chaudière, il y a un cuveau de bois, cerclé de fer S , PL II. Quand en mettant un peu de colle fondue fur une aflîette ou dans une coque d’œuf, on apperçoit qu’en fe refroidiiîànt elle prend la confiftance requife , on juge qu’il efl: temps de vuider la chaudière. Pour cela on établit fur la cuve une cage longue & quarrée, qui occupe tout le diamètre de la cuve. Cette cage fe nomme Civiere, parce qu’elle efl formée barreaux comme la civiere F. On met dans le fond de cette civiere de la paille longue ; il feroit encore mieux d’y mettre une toile de crin. Il faut que le cuveau foit tout près de la chaudière , non-feulement pour tranfporter plus aifément les matières dans la civiere j mais encore pour que la chaleur du fourneau empêche la colle de fè refroidir , 3c quelle refte coulante.
- Quand donc les matières qui doivent fournir la colle font fondues , & que la colle efl cuite , après avoir laifle le plus gros marc fe précipiter, on vuide la chaudière avec une grande cuiller de cuivre rouge T, qu’on nomme CaJJin ; on met ce qu’on en tire dans la civiere qui efl établie fur le cuveau. Cette opération doit fe faire promptement, & lorfque la colle efl fort chaude, pour que la liqueur foit plus coulante. Comme il efl important d’e'ntretenir la colle chaude, non-feulement pour qu’elle s’égoutte bien du marc, mais encore pour qu’elle fe dépure par précipitation lorfqu’elle efl dans la cuve, on a foin que la chaudière & la cuve foient dans un petit endroit exactement fermé,' qui par ce moyen efl entretenu chaud parle feu du fourneau ; mais encore on couvre la civiere Sc la cuve avec une toile en plufieurs doubles, afin de prévenir le refroidifïèment.
- Pour ne rien perdre de ce qui peut fournir de la colle , on laifle long-temps le marc , qu’ils nomment le fumier, dans la civiere, pour qu’il s’égoutte.
- Communément on met le marc qu’on tire de la civiere fe deflecher à l’air, & quand il efl bien fec, on s’en fert pour entretenir le feu fous la chau-Colles« C
- p.9 - vue 12/40
-
-
-
- 10 ART DE FAIRE LES COLLES.
- diere, ce qui produit une économie fur le bois, quun fabriquant m’a dit
- Miller à plus de 1000 livres par an.
- Il eft bon que la liqueur refte quelque temps dans le cuveau pour fe dépurer par précipitation, en donnant le temps aux fubftances étrangères de fe précipiter au fond ; pour cela on doit fermer les portes & les fenêtres de l’atteiier où font les chaudières & les cuveaux, afin que le refroidiffementfe faffe lentement & que la colle s’entretienne liquide, fans quoi les impuretés ne fe précipiteroient pas. On laiffe ordinairement la colle fe dépurer ainfi par précipitation pendant trois ou quatre heures ; fi en tenant le cuveau dans un lieu bien chaud, au moyen d’un poêle, on ne tiroit la colle qu’au bout de fix, huit ou dix heures, elle en feroit plus belle; car la meilleure dépuration eft celle qui fe fait lentement.
- Quand on juge que la colle s’eft fuffifamment dépurée , on la tire encore chaude de la cuve, on la porte promptement & on la verfe dans des auges ou des boîtes de bois V , FL II & III, quon a auparavant bien mouillées, & au fond defquelles il doit toujours refter de l’eau , principalement pour que les planches ne fe retirent pas , 8c que les boîtes foient étanches, afin que la colle qu’on y mettra ne fe perde pas ; mais on doit les égoutter avant que de mettre la colle dedans.
- Dans cette opération , quelques-uns paflènt la colle par des tamis de crin , auxquels on donne ordinairement une forme ovale, parce quelle eft plus commode pour remplir les boîtes qui font longues & étroites ; mais cette opération n’eft pas fans inconvénient, & le mieux eft de clarifier la colle par précipitation , comme nous l’avons dit.
- Les boîtes S font de bois de chêne ou de fapin bien alfemblé ; elles ont fept pouces de hauteur, neuf de largeur, & environ trois pieds de longueur. Elles doivent être d’un pouce plus larges par le haut que parle bas.
- On verfe donc dans ces boîtes la colle fondue, clarifiée par précipitation. Le cuveau S , PL II, eft percé à differentes hauteurs, où l’on ajoute des robinets de bois. Le plus bas eft à un pouce 8c demi du fond , 8c le plus élevé eft à trois pouces & demi du fond. La liqueur qui vient par le robinet le plus élevé, fournit la plus belle colle ; & fi on veut l’avoir très-belle , il ne faut pas tirer tout ce qui peut venir par ce robinet, parce qu’à la fin , il viendroit un peu de graiflè, qui nageant fur la colle , lui donnerait un œil délàgréable. Cependant on tire la liqueur par les différents robinets tant quelle vient claire ; celle qui coule par le dernier robinet, pour n’être pas claire, n’en eft pas moins bonne. D’ailleurs quand il fe précipite du marc au fond des boîtes, on l’ôte lorfqu’on la coupe par feuillets. Le lurplus qui eft précipité au fond de la cuve contenant beaucoup de colle , on le met avec les matières neuves dans la chaudière.
- Malgré le foin qu’on a pris de dépurer la colle fondue, on trouve prefque
- p.10 - vue 13/40
-
-
-
- Article I- De la Colle-forte. 1x
- toujours un peu de graiffe figée à la furface de la colle qu’on a mile dans les boîtes , & au fond un peu de marc; mais on retranche ces matières en partie lorfqu’on coupe la colle en tablettes.
- On laifle la colle environ vingt-quatre heures le refroidir & s’épaiflir dans les boîtes où on l’a mife au fortir du cuveau9 les tenant fous un hangard AA f PL I & III, à couvert de la pluie & du foleil ; à mefure qu’elle perd de. Ion humidité, elle diminue de volume ; & quand elle a pris affez de fermeté pour être tirée des boîtes , elle a environ quatre pouces d’épaifleur. Alors on travaille à la tirer de ces boîtes pour la couper par tablettes , ainfi que nous allons l’expliquer.
- Quoiqu’on ait mouillé les boîtes, la colle y adhéré ; ainfi pour la détacher du bois, on prend de grands couteaux à deux tranchants X, PL II, qu’on trempe dans de l’eau,& on enpaffe la lame entre la colle & les planches des boîtes, ayant foin de mouiller fbuvent cette lame. On parvient ainfi à la pafièr tout autour de la colle qui s’eft figée & qui tient aux parois des boîtes.
- Quand on a fait le tour des boîtes avec le couteau, on coupe avec le même couteau la colle qui efl dans les boîtes, en cinq morceaux ou parallélipipe-des qui ont à peu-près lèpt pouces de longueur , neuf de largeur, & environ quatre d’épaifleur. Pour couper plus régulièrement ces morceaux, on pôle fur la colle un petit chaffîs qu on nomme moule ou calibre Y, PL II, dont la grande longueur doit être égale à la largeur de la boîte. La largeur du moule doit être telle quelle divifela longueur de la boîte en parties égales fans fractions. Ayant pofé ce moule fur la colle qui efl: raffermie , on conduit le couteau le long d’un des côtés ; mais il s’agit d’enlever de la boîte ces pa-rallélipipedes de colle. On le fait avec une palette de bois qui a un manche. Le corps de cette palette efl: précifément de la largeur des boîtes, & comme elles font plus étroites par le fond que par le haut, la palette efl: auffi plus étroite à fon extrémité que du côté du manche ; en un -mot, on fait enforte quelle joigne exactement l’intérieur des boîtes. On mouille cette palette, & on la fourre entre les morceaux qu’on veut enlever, l’in-troduifant dans les fentes que le couteau a faites; on commence donc par mettre la palette dans la fente qui fépare le premier parallélipipede du fécond, & la faifant gliffer fous la colle, on i’enleve fur cette palette. C’efl: ce morceau de colle qui efl: le plus difficile à enlever ; cependant il ne faut jamais commencer par les morceaux des bouts ; on y réufiîroit rarement ; mais un du milieu étant une fois enlevé , les autres fe détachent aifément, parce qu’on peut incliner la palette pour la faire gliflèrlbus les autres morceaux. Les Ouvriers très-accoutumés à ce travail, blâment cette pratique ; parce que, comme il faut un point d’appui pour enlever la palette, on endommage le parallélipipede voifin de celui qu’on enleve : ils fe paffent donc de cette palette , Sc ayant verfé un peu d’eau fur la colle avant que de la détacher avec le couteau , ils ont l’adreffe de
- p.11 - vue 14/40
-
-
-
- ia ART DE FAIRE LES COLLES.
- tirer ces morceaux de colle des boites avec les mains.
- Il eft important pour tirer facilement les parallélipipedes des boites, que la colle ne foit ni trop molle, ni trop feche ; fi elle étoit trop molle, les morceaux fe briferoient ; fi elle étoit trop ferme , la colle feroit fi adhérente à la boîte qu’on ne pourroit 1’en féparer , & on auroit peine à la couper en tablettes , comme nous le dirons dans un inftant.
- Quand un morceau de colle eft enlevé , on le porte fur la palette même 8c on le fait glilTer fur une planche Z, PI. I, qui a environ un pouce d’é-paiffeur, & à un des bouts de laquelle il s’en éleve une autre perpendiculairement ; celle-ci fert d’adofïbir, c’eft-à-dire , qu’une des faces du parallé-lipipede de colle eft pofée fiir la planche horizontale, & un de fes côtés s’appuye fur la planche verticale ; alors l’Ouvrier &, PL III fe plaçant du côté de la planche verticale, & tenant des deux mains l’efpece de fcie$, VL II, dont la monture a, au lieu d’une corde, un gros fil de fer e d tendu par un écrou ; de plus, au lieu d’un feuillet tranchant, il y a. une lame mince de cuivre a a , qui fiiffit pour couper la colle : en plaçant cet inftru-ment dans une pofitîon horizontale, l’Ouvrier qui le tient des deux mains, le tire à lui, & coupe le parallélipipede par tranches horizontales, auxquelles il donne l’épaifleur qu’elles doivent avoir. Ordinairement on retranche une lame mince de xleflus , 8c une de defîous, celle-ci étant fouvent chargée de quelques faletés qui ne fe font pas précipitées dans la cuve , & celle de deflus ayant quelques gouttes de graiffe figée qui donne un vilain coup d’œil à la colle.
- L’habitude des Ouvriers fait qu’ils coupent leurs tablettes de colle très-réguliérement, étant conduits par le fimple coup d’œil. D’ailleurs comme la colle fe vend à la livre, la précifion dans l’étendue & l’épaiffeur des tablettes eft allez indifférente ; feulement les Fabriquants efîàyent de ne les pas faire fort épaifîes, parce que plus elles font minces, plus la colle paroît tranfparente. A l’égard des feuillets qu’on a levés deflus & defîous les parallélipipedes , on les remet dans la chaudière avec d’autres marchandifes.
- Quand les feuilles font ainfi coupées , on les porte à la fécherie A A, qui eft un hangar ou halle couverte par-defîus , mais dont les côtés ne font garnis que de rideaux qu’on ferme dans le befoin , laifîant le plus qu’il eft pofîible, un libre jpaflâge à l’air qui deffeche très-promptement la colle fans l’altérer.
- Sous cette halle font des poteaux B B, PI. 111 , qui portent de longues chevilles, fur lefquelles on pofe des chafîîs de menuiferie , où font cloués des filets C C, PL II & III, femblables à ceux des Pêcheurs. C’eft for ces filets qu’on pofe les feuilles de colle , pour les faire fécher , comme le fait l’Ouvrier D D, PL 111 : on les arrange tout près les unes des autres pour ménager la place ; mais on a foin quelles ne fe touchent pas.
- On
- p.12 - vue 15/40
-
-
-
- Article I» De la Colle-forte. 13
- On ne ferme les rideaux de la fécherie que quand il pleut, ou quand le foleil peut donner fur la colle. Il eft fenfible que s’il pieu voit fur ces tablettes de colle qui font prelqu’en gelée , elles fe déformeroient ; mais le fo-leil eft autant à craindre : car fi un rayon de fbleil chaud donnoit defîus, y à 6 minutes fofliroient pour la faire fondre & tomber par gouttes.
- Quelquefois dix jours fùfîifent pour fécher la colle, & d’autresfois il en faut plus de quinze. Quand on met la colle fur les filets, elle eft aftez ferme pour ne point paffer au travers des mailles ; mais elle eft aftez tendre pour que les fils s’impriment fur leur fuperficie, ce qui fait les lozanges qu’on ap-perçoit fur les tablettes de colle EE9 PL II : il faut avoir l’attention de les détacher de temps en temps des filets pour les retourner , fans quoi ils s’y attacheroient de façon qu’on feroit obligé de déchirer les filets pour avoir les feuilles de colle. Si cependant cet accident arrivoit, on parvien-droit à enlever la colle fans déchirer les filets , en la mouillant un peu par-deftous avec une éponge imbibée d’eau.
- Quand la colle eft à demi feche , on perce les feuilles à un de leurs bouts , pour pouvoir y pafler une ficelle , qui fort à les pendre dans les magafins, comme on le voit en R F, PL I. Lorfque les tablettes de colle font prefque feches , on peut leur donner un coup d’œil féduifant , en les mouillant un peu , Sc les frottant avec un linge neuf. Cette opération leur donne le poli & la tranfparence qui fait eftimer la colle d’Angleterre.
- Le tonnerre fait tourner la colle, non pas quand elle eft dans la chaudière , mais quand elle repofe dans la cuve , ou lorfqu’elle eft dans les auges. Au féchoir, le tonnerre n’y fait plus rien ; elle ne craint alors que la pluie & le foleil. Cependant fi elle étoit furprifo par la gelée , avant qu’elle fût feche , elle feroit gélatineufe, & auroit perdu fà tranfpaçence , & quoique fà qualité ne fût point altérée, elle ne feroit plus de vente, il faudroit la refondre ; ainfi quand il furvient de la gelée, lorfque la colle fur les filets eft encore tendre , il faut porter les feuilles dans un endroit où la gelée ne pénétré point. On fe prefle donc de porter à la cave ou dans un cellier celles qui ne font pas feches , ainfi que les boîtes où l’on a mis la colle fe refroidir. A l’égard des cuveaux , comme ils font à côté des chaudières dans un lieu petit & fermé , il faudroit qu’il fît un froid bien violent pour que la colle y fût endommagée par la gelée ; mais on peut dire en général que les temps de grandes chaleurs & de gelée , ne font point favorables pour faire la colle. Les feuilles de colle fe confervent aifément en magafin , & même on eftime davantage la colle qui eft anciennement faite, parce qu’étant plus feche, elle porte plus de profit ; mais les Marchands eflàyent de la tenir dans un lieu qui ne foit ni fort fec ni humide.
- Dans un lieu chaud & fec, elle perdroit de fon poids, & il en rélulte-roit un déchet qui leur feroit préjudiciable. Si elle étoit dans un lieu humide, Colles. D
- p.13 - vue 16/40
-
-
-
- 14 ART DE FAIRE LES COLLES;
- elle s afloupliroit, & les Acquéreurs refuferoient de la prendre ; car cell où
- fe porte principalement l’attention des détailleurs, qui lavent bien quils éprou-
- veroient une perte considérable s’ils achetaient une colle qui ne feroit pas
- lèche.
- U y en a qui veulent que la colle loit un peu rouge , d’autres eftiment celle qui eft blonde ; mais tous veulent quelle n’ait point de taches ob-fcures ; elle ne doit point avoir d’odeur. Les cafîùres doivent être brillantes, comme G c’étoit un morceau de glace. A l’ulèr , il ne doit point s’amafler de marc au fond du valè où on la fait fondre , Sc comme cela arrive quelquefois, parce qu’on la brûle, des Ouvriers attentifs font fondre leur colle au bain Marie; mais la meilleure épreuve eft de mettre un morceau de colle tremper dans l’eau pendant trois ou quatre jours. Il doit le gonfler beaucoup , mais ne fè pas difloudre , & fe deffécher enlùite , fans avoir perdu de fon poids; ce qui fait connoître quelle ne contient point de finovie ni de jus de viande , & qu’ainfi elle eft entièrement une lùbftance géla-tineufè.
- Les Menuifiers font grand ulàge de la colle-forte ; les Selliers s’en fervent pour nerver les panneaux des voitures. Les Marqueteurs & les Ebéniftes choifïflent avec grand foin la meilleure colle & la plus forte. Quelques-uns prétendent qu’ils la rendent plus adhérente au bois, en frottant les parties qu’ils veulent coller avec de l’ail. On peut voir dans l’Art du Faéleur d’Or-gues la façon de fondre promptement la colle fans l’altérer.
- ARTICLE IL
- De la Colle dite de Flandre.
- (J et te Colle ne diffère point de la groflè Colle-forte pour la façon de la faire ; mais comme elle ne fert qu’aux Peintres en détrempe, aux Fabriquants de Draps, & à d’autres ulàges qui n exigent point une colle très-forte , & que fon principal mérite eft d’être blonde & tranlparente, on ne la fait point comme la grofle colle, dite d!Angleterre , avec des nerfs, des oreilles & des rognures de peaux d’animaux âgés , même celles de lièvre, de lapin, & de caftor 3 qui la rendroient rouge, mais avec des rognures de peaux de mouton, des peaux d’agneau, ou d’autres jeunes animaux. C’eftle cas où l’on peut employer des pieds de veau & de mouton, qui fourniflènt une gelée tendre ; ceux de bêtes maigres font les meilleurs : une partie de rognures de parchemin ne peut qu’être avantageufe pour fe procurer une belle colle. Il faut que ces matières aient été lavées avec foin. On fera bien de tenir la colle fe dépurer plus long-temps dans le cuveau. Mais ce qui contribue beau*
- p.14 - vue 17/40
-
-
-
- Article IL De la Colle dite de Flandre. if
- coup à la faire paroître tran/parente , eft de faire les feuilles fort minces. Elles n’ont gueres qu’une ligne d’épaifleur au milieu ; leur largeur ordinaire eft de deux pouces, la longueur de 6 à 7.
- Pour les couper à cette petite épaifteur , quand on a tiré d’une boîte un parallélipipede de cette colle , on le pofe fiir un de fes côtés étroit dans une cage ou dentier G G 9 PL I & II, entre deux rangées de fil d’archal qu’on tient plus ou moins gros, luivant qu’on veut que les tablettes ayent plus ou moins d’épaiflèur , & on coupe les feuilles avec l’inftru-ment H H 9 PL II, qui reflemble à une fcie qui a un feuillet fort mince , & fans dents, avec lequel on coupe les tablettes à une très-petite épaif feur, ce qui contribue à les faire paroître tranfparentes, 8c d’une couleur ambrée , à caufe des matières qu’on a employées pour faire la colle.
- Cette colle n eft pas à beaucoup près auffi bonne que la grolîe Colle dite d*Angleterre pour les Menuifiers , les Ebéniftes, les Marqueteurs ; mais elle eft préférable pour plufieurs Arts, & particuliérement pour les Peintres. Une colle trop forte feroit fùjette à tomber par écailles ; d’ailleurs la colle de Flandre altéré moins la vivacité des couleurs. Cependant pour le blanc, on donne encore la préférence à la colle de gant, que les Peintres font eux-mêmes.
- ARTICLE III.
- De la Colle à Bouche.
- L a Colle à bouche eft celle dont les Defîmateurs fe fervent pour "ajouter enfemble, & fort proprement, plufieurs feuilles de papier , quand ils n’en ont pas d’aflez grandes pour leurs defleins. On l’appelle Colle à bouche , parce, que lorfqu’on veut en faire ufàge , au lieu de la faire fondre comme la colle ordinaire, on en met un bout dans la bouche, où on lalaifte quelque temps jufqu’à ce quelle s’attendrifle au point quelle fe mêle avec un peu de làli-ve , & rend celle-ci fort gluante. Avant que d’enfeigner comment il faut s’en fervir, je vais décrire la maniéré de la faire.
- La Colle à bouche n’eft autre chofe que la Colle-forte ordinaire, que l’on aromatife , pour lui ôter le goût délàgréable & rebutant qu’elle auroit naturellement , & que l’on réduit en petits pains ou tablettes , pour s’en fervir plus commodément. On peut la faire avec toute elpece de colle-forte, même avec celle de gant, dont nous parlerons dans la Elite ; mais il eft mieux de fe fervir pour cela de celle d’Angleterre, parce qu’elle eft la plus ferme.
- On en prendra, par exemple, 4 onces ; on la caftera en petits morceaux \
- p.15 - vue 18/40
-
-
-
- ïS ART DE FAIRE LES COLLES. l'ordinaire: on la fera tremper pendant deux ou trois jours dans une fuffi-fante quantité d'eau froide , dans un pot de terre vernifTê : enfùite on jettera toute l'eau fùperflue, enforte qu’il n'en relie point du tout , & on la fera fondre fur un petit feu. Lorfqu'elle fera bien liquide, on y mettra deux onces de lucre ordinaire, qu'on mêlera bien avec la colle à rnelùre qu'il fe fondra ; il y en a qui y ajoutent un peu de jus de citron , qui paroît y être allez inutile.
- On aura un marbre d'environ ï j* pouces en quarré , ou une planche de bois de pareille grandeur à peu-près ; on y fera un rebord aux quatre côtés, avec de la cire ou une petite bougie, on frottera toute la furface de ce moule avec un petit linge bien imbibé de bonne huile d'olive, enforte que le moule en (bit bien mouillé ; Sc l'ayant pofé de niveau, on verfera par-delïus toute la colle , fans lui donner le temps de cuire davantage. On la laiflèra quatre ou cinq jours ou plus fur ce moule , pour quelle puifle prendre allez de confiftance à pouvoir en être enlevée fins fe déchirer. Elle aura alors environ trois lignes d'épailfeur.
- On ôtera lorfqu'il en fera temps , cette grande plaque de colle : on l'étendra fur une ferviette pliée en quatre , étendue fur une table ; on couvrira la colle d'une autre ferviette également pliée en quatre : on chargera le tout avec une planche ou le même moule. Ces linges ôtent d'abord toute l’huile qui pourroit encore être adhérente à la colle , Sc fur-tout ils en afpirent l'humidité. Quelques heures après, on fera bien fécher au feu la ferviette de deflus, on la mettra fur la table , Sc la colle par-deflus : on fera fécher également l'autre ferviette , qu on mettra par-dedus la colle : on chargera le tout comme la première fois. On continuera à faire cette même opération trois ou quatre fois par jour pendant quinze jours : enfin jufqu'à ce que la colle foie devenue allez ferme pour la mettre fur fon champ fans prefque fléchir ; mais il ne faut pas encore qu'elle foit cafîànte.
- Il faut remarquer qu'on peut donner à cette colle l'épailîeur qu'on fou-haite , en la chargeant plus ou moins ; fi on la charge beaucoup, elle de** vient plus mince , parce qu'on l'empêche de fe retirer fur elle-même ; fi on la charge peu, elle devient plus épailïe, par la raifon contraire; mais il faut la charger , pour qu'elle ne fe coffine point, & quelle refte droite & bien plane. Si on la laifloit fécher à l’air fans la gêner du tout , elle fécheroit bien plus promptement ; mais les pains qu'on en feroit feroient fort tortueux , & ne feroient pas commodes pour l'ufage. Il eft bon qu'ils aient une ligne d'épaifleur, fur 8 à p lignes de largeur, & environ 3 pouces de longueur.
- Avant que la colle foit allez feche pour être cafîante, on la coupera à cette mefure avec des cifeaux, à la fùfdite mefiire ; enfuite on arrangera tous ces pains l'un auprès de l’autre , fans qu'ils fe touchent , en les remettant entre les linges^ qu'on fera fécher de temps en temps, Sc qu'on chargera. On répétera cette
- opération
- p.16 - vue 19/40
-
-
-
- Article III. De la Colle a Bouche. 17
- opération jufqu’à ce que la colle foit parfaitement feche Sc caflfante.
- Ufage de la Colle a Bouche.
- >
- On commencera par couper bien droit & nettement le bord des deux feuilles de papier qu’on veut ajouter enfemble ; ce qui fe fera aifément, au moyen d’une réglé & de la pointe d’un couteau ou d’un canif. On mettra ces deux* bords l’un fur l’autre, enforte qu’ils fe croifent d’environ une ligne, ou deux. Si le papier efl: bien fort Sc bien grand , on arrêtera ces deux feuilles, en mettant une réglé fur chacune , qu’on chargera de quelque poids à chaque bout : on fera attention que les bords de ces feuilles fe croifent également dans toute la longueur de la couture. Pour cela, on marquera à chaque bout un point avec un compas. On coupera avec un canif , Sc le long d’une réglé, quelques bandes d’autre papier, & on en pofera une fur la feuille inférieure le long du bord de la feuille fupérieure.
- Le tout étant prêt, on prendra un pain de colle à bouche : on amincira le bout en tranchant, foit avec un couteau ou une lime groffiere ; on mettra ce bout dans la bouche ; on le retiendra avec les dents, pour qu’il ne gliffe Sc qu’il ne s’échappe pas ; Sc lorfqu’après l’avoir ainfi gardé dans la bouche pendant 3 ou 4 minutes, on fentira que la fàlive qui touche la colle efl: devenue gluante Sc épaiffe , on prendra ce pain, Sc on le paffera deflous le bord de la feuille fupérieure de papier, en promenant cette colle de gauche à droite , Sc de droite à gauche , de la longueur d’environ un pouce & demi. Cette opération doit fe faire affez promptement, fiir-tout en été. On commence au milieu de la couture : auffi-tôt qu’on a mis ainfi la colle , on ôte la bande de papier, on en met une autre par-deffus la couture , Sc avec un lifloir , ou un couteau d’ivoire ou de bois, on frotte fortement fur cette bande de papier. Alors il y aura une partie d’un pouce & demi de longueur vers le milieu de la couture qui fera collé. On fera la même opération à un bout de la couture, à l’extrémité des feuilles de papier ; enfuite à l’autre extrémité oppofee ; puis au milieu de l’entre-deux , puis à l’autre ; ainfi alternativement jufqu’à ce que toute la couture foit achevée de coller. Plufieurs, pour éviter les plis, commencent par un bout, & finiffent par l’autre.
- Il y a plufieurs obfervations à faire : l0. pour opérer commodément, on pofera fur la table une des deux feuilles de papier, tellement difpofée , que lô bord coupé à la réglé foit oppofé à foi, & le bord de l’autre feuille tourné devant foi, étant pofé par-deflus la première feuille. 20. La couture fera plus propre fi la face de la feuille fur laquelle on aura appliqué le canif , lorlqu’on en a coupé le bord , efl: pofiée en-deflous, c’eft-à-dire, touchant la table, & la feuille fupérieure pofée dans la même fituation où elle a été coupée , enforte qu’on mette la colle du côté oppofé à l’opération de la coupe. La raifon en eft Colles, E
- p.17 - vue 20/40
-
-
-
- 18 ART DE FAIRE LES COLLES.
- que le tranchant du canif en coupant le bord du papier , lui forme un petit chanfrein 8c une petite bavochure imperceptible au-defîous, que Ton rend utile pour que la couture foit moins apparente & plus propre , en la faifant remonter du côté où Ton met la colle. 30. La raifon pour laquelle on met une bande de papier le long du bord de la feuille fupérieure, efl: afin que lorfqu’on met le pain de colle entre les deux feuilles , elle empêche que la feuille inférieure ne fe tache ; ce qu’on ne pourroit éviter , fi on ne couvroit pas par cette bande le bord de la feuille de deflous. 40. Il faut prendre garde de ne pas trop enfoncer le pain de colle entre les deux feuilles, pour n’en pas tacher le deflous. Il y en a qui , pour cela, mettent une bande de papier au-defïbus , de toute la longueur de la couture; ce qui efl: mieux. 50. Il faut avoir foin , auffi-tôt qu’on a collé un morceau , de remuer un peu les deux feuilles de papier , parce qu’il arrive quelquefois que fi l’on enfonce un peu trop le pain de colle entre les deux bords des deux feuilles, elles fe collent fur la table , ou fur la bande de papier du deflous. 6°. Il y a des Deffinateurs affez adroits, pour ôter aux deux bords des feuilles de papier qu’ils doivent coller enfemble , la moitié de leur épaifîeur ; ils donnent à cet effet, a deux lignes du bord déjà coupé, un coup de canif le long d’une réglé , & ils ne l’enfoncent que jufqu’à la moitié de l’épaiffeur, enfiiite ils détachent en deux dans i’épaifleur, une petite bande de papier. Ils forment par-là comme une feuillure. Lorfqu’ils ont fait la même opération au bord de l’autre feuille , ils mettent & collent l’une fur l’autre ces deux feuillures. Par ce moyen la couture efl: bien plus propre, & ne le trouve pas plus épaifîe que le rèfte du papier. Mais on ne peut faire cette opération que fur du fort papier. 70. On n’efl obligé d’aiguifer le bout d’un pain de colle à bouche que la première fois qu’on s’en fert, le tranchant s’entretient toujours. 8°. Auffi-tôt qu’on a*collé un endroit entre les feuilles, on remet la colle dans la bouche, où elle fe prépare en attendant , pour coller Tendroit fùivant. On n’efl: obligé de la garder pendant quelques minutes dans la bouche , que lorfqu’on commence à coller ; enfuite elle efl: toujours en train, fans qu’il foit nécefîàire d’attendre. 9°. Il faut changer plufieurs fois les bandes de papier , à mefure quelles fe tachent ou s’humeétent , pour coller plus proprement. io°. On obfervera de ne pas mettre de lafàlive à la colle lorfqu’on l’ôte delà bouche, on faliroit par-là la couture.
- J’ai fait plufieurs fois de la Colle à Bouche avec de la Colle de Flandre, & favois décrit ici mon prc* cédé ; mais ayant trouvé celui de Dom Bedos plus parfait , fai cm devoir lui donner la préférence.
- p.18 - vue 21/40
-
-
-
- Article IV. De la Colle de Pieds de Veau.
- 19
- "l'Jf 111...... ........' ........—....... .. .........*'
- ARTICLE IV.
- Colle de Pieds de Veau.
- No u $ avons dit qu’on pouvoir comprendre les pieds de veau dans la colle dite de Flandre ; mais en ce cas on ne les emploie pas feuls : on les mêle avec d’autres matières, qui donnent à cette colle plus de confiftance qu’elle n’en auroit fi on employait les pieds feuls. Mais dans les cas où l’on a befcin d’une colle claire & tranfparente , 8c lorfqu il n eft pas important qu’elle ait beaucoup de force, on en peut faire avec feulement des pieds de veau, Pour cela on emporte le poil à l’eau bouillante , comme on le fait à un cochon de lait ; on détache enfuite les os, la graille, & la finovie qui eft fous une apparence glaireufe. Gn fait bouillir le relie dans de l’eau , on écume tout ce qui fe porte à la fiiperficie ; & quand le bouillon refroidi prend la confiftance d’une gelée épailfe, on paflè la colle par un linge , & on la lailfe fe refroidir lentement , pour la dégraifler le plus qu’il eft polfible. Quand enfuite on veut l’employer , on la fait chauffer, ayant attention .de la tirer à clair, afin de ne pas mêler avec la bonne colle, un peu de fédiment qui s’eft précipité au fond. Cette Colle eft tranlparente; mais elle n’a pas beaucoup de force, & on en fait peu d’ulàge, parce que les pieds de veau étant employés dans les aliments, fourniroient une colle trop chere.
- ARTICLE V.
- De la Colle de Gara âC de Parchemin.
- T j a Colle de gant eft encore un diminutif de la Colle-forte , & elle n’a pas à beaucoup près autant de force ; elle en a cependant plus que celle de pieds de veau, 8c elle eft faite avec des matières qui coûtent beaucoup moins. C’eft pourquoi les Peintres en détrempe , qui n’ont pas beloin d’une colle très-forte, en font un grand ufage, & pour le blanc ils la préfèrent à celle de Flandre. Voici comme on la fait : on prend une livre & demie de rognures de peaux blanches de gant , qu’on achette chez les Gantiers & Peauffiers ; on évite qu’il y ait du chamois. On fait bouillir douze pintes d’eau ; quand elle eft bien bouillante, on met dedans les rognures de peaux, & remuant de temps en temps avec un bâton, on continue de faire bouillir l’eau jufqu’à la réduétion de la moitié ; alors on pâlie la liqueur toute chaude par un linge , dans un pot de terre neuf ou propre.
- Comme les Peintres en impreffion qui font ufage de cette colle , ont
- p.19 - vue 22/40
-
-
-
- 2.0
- ART DE FAIRE LES COLLES.
- befoin qu’elle foit tantôt plus & tantôt moins forte, ils en mettent refroidir fur une afliette ; s’ils la trouvent trop forte, ils y ajoutent de l’eau bouillante ; s’ils la trouvent trop foible , ils en font évaporer une partie , ou y ajoutent des rognures. Ordinairement ils font encore bouillir le marc dans d’autre eau , pour obtenir une colle très-foible qu’ils emploient aux plafonds, ou qu’ils fortifient , en y ajoutant un peu de nouvelles rognures.
- La Colle de parchemin qui fe fait avec des rognures ou ratures de parchemin , ou de vélin , fe fait comme celle de gant ; elle eft plus forte , mais pas tout à fait auffi blanche.
- Les Doreurs en or bruni font grand ulage de cette colle , & de celle de gant.
- La Colle qu emploient les Drapiers pour leur chaîne , & les Papetiers, efl: à-peu-près du même genre.
- Les Papetiers pourroient fe fervir de colle de Flandre ; mais pour l’ordinaire ils font eux-mêmes leur colle. Pour cela, ils mettent les rognures de peaux dans* une cage de fer qui efl fufpendue au milieu d’une chaudière remplie d’eau bouillante : je dis bouillante* car pour toutes les colles qu’on fait avec des rognures de peau , il efl bien mieux de les mettre dans l’eau bouillante que dans de l’eau froide*’qu’on ferôit enfidte bouillir. La meilleure maniéré de connoître fi la colle* efl au degré de force qu’on défire , efl de coller quelques feuilles de papier , de les faire fécher , Sc enfuite d’appliquer la langue deflus ; fi la fàlive ne pénétré pas le papier, la colle efl au degré de force qui convient ; alors on y ajoute de l’alun de Rome, & on la paffe d’abord au travers d’un tamis de crin, puis par un drap.
- Les Drapiers qui n’ont pas non plus befoin décollé très-forte * la font avec des peaux d’agneaux, de lapins ou de lievres.
- Quand on emploie la colle fans la faire fécher en tablette, elle efl fujette, comme nous l’avons dit, à fe gâter, lorfque le temps efl difpofé à l’orage. On préviendra cet accident, fi dans les temps critiques on la met fur le feu pour la faire un peu cuire , ayant foin d’emporter une écume qui fe porte à la fuperfîcie.
- ARTICLE VL De la Colle de PoiJJon.
- On tire cette Colle de Mofcovie ; mais les Auteurs ne font point d’accord fur l’efpece de poiflon qui la fournit : prefque tous penfent que les Mofco-vites prennent la peau , les nageoires, les parties nerveufes & mucilagineufcs de différentes efpeces de poilfons ; quelques-uns difent feulement que celui
- flui
- p.20 - vue 23/40
-
-
-
- Article VI. De la Colle de Poiffon. 21
- qui la fournit n’a point d’arrêté, Sc qu’après avoir fait bouillir, à petit feu , les parties que nous venons de nommer jufqu’à confiftance de gelée, on l’étend à l’épaiffeur d’une feuille de papier pour en faire des pains ou des cordons , tels qu’on les voit dans le commerce.
- Je crois qu’on peut faire une Colle par le procédé que je viens de décrire; car on fait une colle très-foible en faiîant bouillir dans de l’eau des peaux d’Anguilles ; j’en ai même fait avec des peaux Sc des nageoires de poifîbn : on auroit pu l’employer comme celle de parchemin,fi on en avoitfait ufàge lorfqu’elle étoit en gelée. Je luis encore parvenu à la réduire en tablette ; mais elle étoit trçs-brune , Sc fort difficile à diiîbudre dans l’eau : peut-être qu’avec des précautions que je n’ai pas prifes , on pourroit la faire moins défeélueufe ; car on dit qu’on trouve en Angleterre Sc en Hollande une Colle de poifîbn , à la vérité peu parfaite , qu’on vend en petits livrets. Je n’en ai point vu ; mais je puis afîu-rer que la belle Colle de poifîbn, eft tout-à-fait différente de ce qu’on voit dans les Auteurs qui ont efîàyé de nous dire d’où elle provient.
- Comme je voyois beaucoup d’incertitude fur la façon de faire la belle Colle de poiffon qu’on nous apporte de Rufîîe , je priai M. Muller, alors Secrétaire de l’Académie Impériale de Péterfbourg Sc Correîpondant de l’Académie des Sciences de Paris , de vouloir bien me procurer un Mémoire exaél fur la façon de faire la Colle de poifîbn qui nous vient de Ruffie. Ce zélé Sc habile Correîpondant ayant bien voulu répondre à mes invitations , je me trouve en état de jetter un jour confidérable fur un objet qui eft également intérefîant pour les Arts Sc l’Hiftoire Naturelle.
- Plufieurs poiiTons fourniffent de la colle ; mais UEfliirgeon , & le poiffon qu’on nomme Sterled, donnent la plus belle. Après celle-ci vient la colle d’un poifîbn nommé Sevrjouga , & en dernier lieu le Bélouga ; & quoique celle de ce dernier poiffon îbit la plus commune , on la îophiftique en la mêlant avec celle de plufieurs autres poifîbns plus communs, Sc qui n’en fourniffent pas d’auffi bonne.
- Toutes ces Colles de poifîbn font contenues dans la vefîîè qui eft remplie d’air : cependant on en trouve une mafîe confidérable qui eft adhérente à l’arrête du dos : car la plupart des poifîbns, où îè trouve cette fubftance, font à arrête : cependant l’Efturgeon qui en fournit de belle , eft mis au nombre des poifîbns cartilagineux.
- La collé eft donc placée le long du dos, Sc attachée à une partie cartila-gineufe qui eft propre au poiffon dit Acipenfer.
- Le devant du ventre eft rempli d’œufs ou caviar : quand on a emporté les œufs, on détache la veffie, & enîùite la vefiga, ou la fubftance qui fournit la colle ; elle eft fi adhérente au dos, qu’on a peine à l’en détacher : la partie de la veffie qui tient à cette fubftance eft blanche, celle qui touche aux œufs eft noirâtre.
- Colles. F
- p.21 - vue 24/40
-
-
-
- 22
- ART DE FAIRE LES COLLES.
- La veflîe à air n’eft pas divifée en deux , comme dans d’autres poiflons ; elle la forme d un cône , dont la baie eft du côté de la tête du poiflbn, 8c la pointe vers la queue. Après avoir retiré du poiflbn cette veflîe , on la met dans l’eau pour la nettoyer du fang dont elle efl fouvent fouillée ; fi elle eft nette , il n’eft pas befoin de la laver.
- On ouvre avec un couteau la veflîe fuivant là longueur, 8c on eflaye de fépa-rer de la colle la peau extérieure qui eft brune. A l’égard de la membrane inférieure , elle eft fi fine & fi blanche qu’il eft bien difficile de l’enlever.
- On enveloppe enftute la colle dans une toile ; on la manie & on la pétrit avec les doigts, jufqu’à ce qu’elle devienne molle comme une pâte , dont on forme de petites mafles plattes , comme des gâteaux, qu’on perce dans le milieu pour les enfiler dans une corde, afin de les faire fécher.
- On peut s’épargner la peine de la pétrir : pour cela on entafle au foie il les morceaux de colle , 8c on les couvre d’une toile humide ; la chaleur du foleil l’amollit au point qu’on peut les rouler avec les mains fur une planche, pour en faire des cylindres dont on joint les deux bouts enfomble , ce qui forme des anneaux dans lefquels on paflê une corde, pour les faire fécher dans un endroit médiocrement chaud, mais à l’ombre ; carie foleil feroit bourfoufler la colle,.
- Ceux qui font de la colle pour la vendre , évitent de la trop delTéchër, afin de lui conferver plus de poids ; cependant quand elle n’eft pas bien fe-che, elle s’altere , 8c elle eft fùjette à être mangée par les mittes.
- On voit que la belle colle eft toute faite dans le poiflbn , qu’il ne s’agit que de la monder des membranes qui l’enveloppent, du fang qui la fid.it, & en-fuite la faire fécher pour quelle ne fe gâte pas. Cependant on fait en Ruflîe une colle de poiflbn cuite, qui , quand elle eft bonne , reflemble à de l’ambre jaune : elle vient de Gouriefgorodox, petite ville fituée fiir le Yaix, On n’en fait pas un objet de commerce ; cependant là dureté fait qu’elle n’eft fhjette à aucune corruption : voici comme on la prépare.
- On lie fortement l’ouverture lupérieure , ou le large bout de la veflîe, avec un fil à coudre ; l’autre bout n’a pas befoin d’être lié , étant naturellement fermé. On cuit les veflîes jufqu’à ce que la colle qui eft dedans devienne tout-à-fait liquide. Les uns font couler cette colle liquide dans des moules de bois ou de pierre, auxquels on donne différentes figures ; d’autres laiflent la colle fo refroidir dans les veflîes même, 8c ils ôtent enfuite les membranes qui l’enveloppent.
- - Cette colle eft nommée en Allemagne , Colle cl bouche , parce que l’ayant attendrie dans la bouche, on peut s’en fervir pour coller enfemble des feuilles de papier.
- J’ai vu chez M. de Juflîeu une de ces veflîes tirée de l’Efturgeon qui lui avoit été apporté de Bengale par M. Anquetil.j elle avoit io à n pouces de
- p.22 - vue 25/40
-
-
-
- Article VI. De la Colle de Foijfon. 23
- longueur , au moins 3 de largeur , & plus d’un demi-pouce d’épaiffeur.
- Nous avons mangé à Paris un Scheid frais, qui avoir été pêché dans le Danube; il avoir au dos une malle de colle qui étoit tranfparente, délicate 8c bonne à manger. M. de Regemorte, ancien premier Commis de la Guerre, me l’avoir envoyé de Stralbourg, où on l’avoit apporté dans de l’eau , en le nour-riffimt de poiiîon.
- On peut auffi en retirer de la Morue , comme je l’expliquerai en parlant de la pêche de ce poiiîon.
- La Colle de poillbn , pour être bien conditionnée , doit être blanche, claire , demi-tranfparente , feche, & fans odeur.
- Pour la diffoudre, on la réduit en petits morceaux , en la battant avec un marteau , & la coupant enfuite avec des cifeaux. En cet état, on peut la fondre dans l’eau en la tenant à une chaleur douce , & la remuant de temps en temps : elle fe dilîout plus promptement dans du vin, & encore mieux dans de l’eau-de-vie ; ce qui eft bien différent de la Colle-forte , qui ne fe diC fout point du tout dans l’efprit-de-vin. Les Ebéniftes & les Eventailliftes s’en fervent pour attacher de petites parties délicates ; mais elle eft trop chere pour l’employer à de gros ouvrages.
- Lorfqu’eiie étoit moins chere , on s’en fervoit pour coller & clarifier le vin ; une demi-once de cette colle dilîbute dans deux pintes d’eau , fuffit pour clarifier deux demi-queues ou un tonneau de vin , mefure d’Orléans.
- On fait avec la Colle de poillbn de petites Images dé différentes cou-* leurs, qui ont au milieu un petit cartouche en or faux, fur lequel il y a différents fujets imprimés. On tire ces Images d’Allemagne, & les Commit-fionnaires alîùrent quelles leur font envoyées de Hambourg & de Nuremberg. J’ignore comment on les fait ; on trouve feulement dans le Diélionnaire Economique, au mot Images quelques procédés, pour donner à cette colle différentes couleurs. *
- On fe fert encore de la colle de poillbn pour luflrer des étoffes de foie , & principalement des rubans. Les Ouvriers en gaze en font auffi un grand ufàge.
- Voici comme l’on fait en Angleterre des taffetas noirs enduits de Colle de poillbn, pour mettre fur les coupures & les petites plaies. On tend fur un petit chaffis un morceau de taffetas. noir , clair , & on paffe deffus avec une brolle fine plufiéurs couches de Colle de poiiîon qu’on a fait fondre dans de l’eau-de-vie , comme je le dirai ci-après. Pour la derniere couche, afin que ces taffetas ayent une odeur agréable, on mêle avec la colle un peu de baume du Commandeur. Il ne faut mettre les couches que quand celles qui ont été appliquées les premières font bien feches.
- Ces petites emplâtres s’attachent difficilement à la peau ; il ne faut pas les humeéler du côté de la colle , mais du côté du taffetas. On efl: quelque-
- * Voyez la Note qui eft au bas de la page fuivante.
- p.23 - vue 26/40
-
-
-
- a4 ART DE FAIRE LES COLLES.
- fois obligé, quand la plaie faigne, de les aflùjettir fur la blefture avec une bandelette de linge ; mais quand elles font attachées, elles tiennent jufqu'à ce que le taffetas foit ufé : on peut même fe laver les mains fans que les emplâtres fè détachent.
- Il faut pour faire cette Colle 2, onces de colle de poifîbn, réduites comme il a été dit en petits morceaux, les mettre infufer avec 8 onces d'eau dans un lieu chaud, remuant fréquemment , & finir par faire bouillir la liqueur : on y ajoute une chopine de bonne eau-de-vie : à mefiire que la liqueur bout, on l'écume ; & enfin on la paflb par un linge.
- Dans d'anciens Difpenfaires, 011 recommande la Colle de poifîbn pour former des emplâtres : pour la difîoudre , ils difent qu'il faut la battre, la lailfer amollir dans du vinaigre , & la faire bouillir , après y avoir ajouté de l'eau commune , un peu de chaux éteinte , & l'employer le plus chaud qu'il fera poffible.
- Maintenant la Colle de poiffon entre dans le diachylon ; je ne fâche pas qu'on en fafle d'autre ufage en Médecine.
- On lit dans les Secrets de Lérnery , in-12. Tome IV, page 1x4 , que pour tirer une empreinte de médaille avec de la colle de poifîbn , il faut prendre une médaille, de quelque métal que ce foit, plomb ou étain, fondue fur une médaille d'or ou d’argent, la frotter d'huile , puis l'efîuyer avec un linge, enforte qu'elle foit feulement un peu grade ; faire tremper de la colle de poifîbn dans un pot vernifîe , ou de verre , pendant trois jours , puis la faire bouillir jufqu'à ce qu'elle ait à-peu-près la confiftance de la colle qu'on emploie pour coller du bois : alors il faut la pafîèr par un linge ; enfuite on fait autour de la médaille qu'on a frottée d'huile , un rebord de terre grade, épais d'environ un doigt : on remplit le godet de colle de poifîbn chaude ; on la garantit de la poufliere en la couvrant d'une feuille de papier : quand la colle eft bien feche, on la détache peu-à-peu de la médaille , dont elle conferve l'empreinte. J'ai exécuté ce procédé qui m'a aflez bien réufîi ; mais pour que le relief de la médaille de colle paroifîe, il eft bon de la mettre fur un fond coloré. *
- * Je viens de dire qu’en fuivant le procédé de Lémery , je fuis parvenu à tirer des empreintes de Médailles, mais que je n’avois pu apprendre comment on fait en Allemagne ces petites images qu’on donne pour récompenfe aux enfants. Faute d’avoir pu me procurer quelque chofe de plus précis, je vais mettre ici une Note que j’ai tirée du grand Vocabulaire François, Tome iq,. au mot Image.
- On fait des Images ou Médailles avec la colle de poiiTon. Pour cet effet, prenez de la colle de poifîbn bien nette & bien claire; brifez-la avec un marteau ; îavez-la d’abord en eau claire 8c fraîche ; enfuite en eau tiede ; ayez un pot neuf; mettez-îa dans ce pot ; faites-î’y tremper dans de l’eau pendant la nuit ; faites-l’y enfuite bouillir doucement une heure , jufqu’à ce qu’elle prenne du corps;elle en aura fuffîfamment îî elle fait la
- goutte fur l’ongTe. Cela fait , ayez vos moules prêts ; ferrez-les à Pentour avec une corde ou avec du coton , qui ferve à retenir la colle ; frot-tez-les de miel; verfez deffus la colle, jufqu’à ce que tout le moule en foit couvert ; expofez-îe au foleil, la colle s’égaîifera 8c fe féchera ; quand elle fera féche , l’image fe détachera du creux d’ell e-même, fera mince comme le papier, ou de l’épaiffeur d’une médaille, félon la quantité de colle dont on aura couvert le moule. Les traits les plus déliés feront rendus, 8c l’image fera luf* trée. Si on la veut colorée, on teint l’eau dans laquelle on fait bouillir la colle , foit avec le bois de Bréfil , de Fernambotic , foit avec la graine d’Avignon, le bois d’Inde, 8cc. Il faut que l’eau n’ait qu’une teinte légère, 8c que la colle ne foit pas trop épaiiTe ; l’image en viendra d’autant plus belle.
- ARTICLE
- p.24 - vue 27/40
-
-
-
- Article VIL De la Colle de Farine.
- ARTICLE VIL *
- De la Colle de Farine.
- On fait de bonne Colle avec de la farine de froment: cependant on prétend quelle eft plus forte quand on emploie de la farine de feigle, & qu’elle feroit
- encore meilleure, fi on fe fervoit de farine de bled noir ou farrazin.
- \
- Quand on prend de la pâte de farine de froment un peu ferme, & qu on la prefle continuellement entre les mains, fous un petit filet d’eau, en en rapprochant toutes les parties pour que la motte ne le fépare pas , il en fort par ce lavage beaucoup d’eau blanche , & il refte dans les mains une mafle duéïile & extenfible , qui reflemble à une peau de gant mouillée ; car elle s’étend fans le rompre quand on en tire une partie entre les doigts : il paroît que par cette opération on fouftrait de la pâte la fine fleur de farine ; 8c je ferois dilpofé à foupçonn?r que ce qui refte dans les mains après le lavage de la pâte , eft formé par la portion du grain, que les Boulangers appellent le Gruau , qui fe brife difficilement, 8c qui après la première moutu-. re refte par grains, comme du riz battu , d’autant que ce gruau eft un peu tranlparent. Je foupçonne donc que c’eft ce gruau qui fournit la partie extenfible qui refte dans les mains quand on lave de la pâte, que c’eft cette partie qui fert principalement à donner de la ténacité à la colle de farine ; fuivant cette idée la fine fleur qui s’en va en lavant la pâte, feroit peu propre, étant feule, à faire de bonne colle. Pour donner quelque vraifemblance à cette conjecture , je ferai remarquer, io, qu’on ne peut pas faire de bonne colle avec la folle farine que les Meuniers ramafient dans leurs moulins avec un plumeau , & cette folle farine eft une fine fleur, Qu’on fait de bonne colle avec l’amidon qu’on retire en bonne partie du gruau. 30. Que la partie extenfible qu’on retire de la pâte lavée, devient très-dure quand elle eft feche : cependant j’avoue que je n’ai pas pu diiïoudre parfaitement dans de l’eau tiede la fubftance extenfible dont il eft queftion.
- Quoi qu’il en foit, pour faire de bonne Colle de farine , il faut commencer par former dans un chauderon une elpece de pâte molle , en mêlant peu-à-peu la farine avec de l’eau chaude , & la remuant continuellement avec une cuiller de bois, comme fi l’on vouloit faire de la bouillie : lorfqu’elle en a la confiftance, on met le chauderon fur le feu , & on ajoute de l’eau à-peu* près autant qu’il y a de bouillie. Il faut , quand elle commence à fumer , remuer continuellement avec la cuiller de bois, & ajouter peu-à-peu de l’eau à mefiire que la colle s’épaiflit, parce qu’il faut quelle foit bien cuite : & on ajoute plus d’eau qu’il ne s’en évapore, afin que la colle foit liquide. Quand on peut remployer encore chaude, elle s’étend beaucoup mieux que quand elle eft Colles* G
- p.25 - vue 28/40
-
-
-
- *6 ART DE FAIRE LES COLLES.
- refroidie ; mais au moyen d’une petite préparation, les Cartiers qui ont be-foin de bonne colle, parviennent à l’étendre très-bien , lors même quelle eft froide : voici quelle eft leur pratique.
- Sur 40 parties d’eau on met 4 parties de belle farine , bien blutée , & une partie & demie d’amidon ; le tout en mefure & non en poids.
- On délaye féparément & à la main, la farine & l’amidon avec de l’eau tiede, de forte qu’on en forme une bouillie claire. On tranfporte ces bouillies ' dans une chaudière où l’eau commence à bouillir ; & on brafle fortement ces deux bouillies avec un trognon de balai, pour qu’elles fe mêlent bien enfemble ; ^ puis on entretient la chaudière au petit bouillon pendant 5 à 6 heures juf-qu’à ce que la colle ait pris une odeur de bouillie bien cuite ,& qu’en pref-fànt l’une contre l’autre les mains qu’on en a frottées, on ait quelque peine à les féparer. Lorfqu’elle eft dans cet état , on la verfe dans des baquets II, PL I, & à mefure qu’elle fe refroidit on la remue avec une fpatule H ; enfin quand elle eft refroidie, on la met peu-à-peu dans un tamis de crin ; & en la tournant avec un gros pinceau de poil de fanglier on la fait pafler à travers le tamis. Cette opération la rend molle, & en état d’être employée, quoique froide.
- Les pains à cacheter les lettres font de vraie colle de farine , qui n’a point * fermenté , qu’on fait fécher entre deux plaques de fer.
- La Colle de pur amidon eft plus forte que celle de farine; mais auffi elle eft plus chere. Les Cartiers parviennent, au moyen du mélange de ces deux fùbftances , à faire une bonne Colle qui leur coûte moins. J’ai fait pour de petits ouvrages de bonne colle avec de l’amidon & de l’eau légèrement chargée de gomme Arabique.
- On peut auffi augmenter la force de la Colle , en la faifànt avec de l’amidon & de l’eau , dans laquelle on aura diflous un peu de colle de poiflon.
- C’eft à-peu-près ainfi que les Chapeliers font la Colle qu’ils nomment leur apprêt. Ils mettent avec 14 livres d’eau 2 livres de gomme qu’on nomme de Paris , une demi-livre de gomme Arabique, deux livres de belle Colle-forte , & une chopine de fiel de bœuf.
- La gomme Arabique feule, fondue dans de Feau, forme une liqueur qui colle très-proprement, & qui eft très-aifée à préparer : l’eflentiel eft qu’il n’y ait pas trop d’eau, il faut quelle file entre les doigts ; fon défaut quand elle eft feule , eft d’être caftante. On en trouve chez les Marchands de blanche & de rouge ; celle-ci qui eft à meilleur marché , colle auffi bien que la blanche , mais pas auffi proprement, & fouvent il fe dépofe un marc inutile. La blanche fert aux Peintres en miniature à donner de la ténacité à leurs couleurs, fans altérer leur vivacité.
- La gomme Adragante dont les Apothicaires fe fervent pour faire leurs trochifques entre auffi dans quelques compofitions propres à coller.
- F I N.
- p.26 - vue 29/40
-
-
-
- t
- extrait des registres
- DE L’ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES.
- Du 6 Février ijjl.
- 27
- Mess ieurs Macquer & Cadet, qui avoient été nommés pour examiner la Defcription de 1?Art de faire la Colle , par M. Duhamel , en ayant fait leur rapport, l'Académie a jugé cet Ouvrage digne de l'impreflion ; en foi de quoi j'ai figné le préfènt Certificat. A Paris, le 9 Février 1771.
- GRANDJEAN DE FOUCHY, Secrétaire perpétuel de 1!Académie Royale des Sciences*
- )
- Colles*
- H
- p.27 - vue 30/40
-
-
-
- V
- '" " •’ t* '
- ‘3
- r ' ~J X "- —
- ::.i*2ü2nrr:' -
- rv • r g - f .
- vs il ;i i.
- < .
- T '• ,••. JT
- » — S. * i — v> 1/ -2.
- U L .w.i.
- )'
- 4
- Vi j." '-or:*?’ :*•
- ;\v.7 7. a) xS\
- • VVVr' •-. ~
- r ri'3C::*!rr^'Al.I fc/rJSîsan 7v.\
- ro f -.n'KAHüv? .i va ' «• r.71 7-J> w a a. v : :• a :77a : 7 7:: 7W ,7wCÎ
- J ir eL ^xig’b 1 j.v.vtO va :*?:( fi H;
- vvv ->.-.«•
- 1 «. ^ ». t/ïij
- 1^1 : a7:c-7 ^ei < 7
- ~T-r-t ^ - - >"«• >-- '••f' ’ ‘ — *•
- t X iL- „ U *i • ,‘i. . <• » ix
- -i :rvw C; V; jcî/T'cXioï ru-
- J A . *•. O i — - v
- r* ~ r a r~
- ô vjL > » x . . i. \J .;.
- .&
- \ > ; 'v; , •• • - -. i - '. - . : '‘;i '
- *' *' 'fs ' '* «r»' * M * *\ \ ^ - * ‘ \ rs
- va va ..7 7;.'..;.^^ vm-w.: ;
- , ' • ,'• -V '..r fy : '«•'. •
- •:.-./V ..-A5’ WA '
- ' 7.'- r~‘ , V V • -:V*
- V
- V,.:vv-
- -'•4 %
- 7v •
- ‘'WW V
- H
- ; ’ . '*. *»»
- -,tv ”
- -':***- ,
- s'
- •».
- .. ,v.
- i. .'< -
- r/
- T.<r'-": " 15 - r ' ' '
- v. ' , V ^ ,
- :t • V A ’ •'
- :* .:;*.V
- ù;?- •
- • .-
- * > •
- ' V
- !
- .... .'..i*»
- Û-
- ’X
- -r# .
- À
- «
- t
- 1
- F
- i
- p.n.n. - vue 31/40
-
-
-
- V&pj'iné et (ri'avé pav JV R euisomiette
- pl.1 - vue 32/40
-
-
-
- I
- mt- *** '/. /
- A
- t
- ,?!
- *
- •:
- a
- 2
- p.n.n. - vue 33/40
-
-
-
- PI. IL
- Colle forte .
- C!1* Haiursard Scuf
- pl.2 - vue 34/40
-
-
-
- j
- 3
- 1
- '*?:-
- r
- l
- ï ' : ” '"T '
- l'f
- ï -Ç-- '
- 4- ^
- <
- \
- : !
- 4 ‘5
- 5 . . ':i
- /*
- '•<
- ••••. r"
- S
- *" • ï
- ,t >, . a-
- y
- i
- i
- p.n.n. - vue 35/40
-
-
-
- pl.3 - vue 36/40
-
-
-
- /
- r.
- •> v
- 4
- ' i
- »
- ï
- c'
- ' S.
- 'i
- -l
- V
- s.
- .Tir/ •:
- :.»} *
- ,-r.
- »
- *
- *
- p.n.n. - vue 37/40
-
-
-
- .< :
- v „ , - \ •
- ' \
- /
- t
- 4
- r
- >r
- ' i ,
- r*N \ k ~ ” . -
- - • . “ .v -
- < - !
- S'-
- I
- / .
- 9
- #
- \
- r
- r"
- p.n.n. - vue 38/40
-
-
-
- V
- r
- *
- V
- 0
- l
- />
- I
- I
- x
- P
- V
- I
- p.n.n. - vue 39/40
-
-
-
- r-.
- 9
- X,
- &
- V " t
- V
- V '
- i
- *
- %
- ».
- /<£* .
- I
- /
- p.n.n. - vue 40/40
-
-