Descriptions des arts et métiers
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- Par M. de Saint-A u jb i n , DeJJinateur du Roi.
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- 1 NT RO DU CT 10 N.
- C Eferoit Une partie d’hiftoire longue 8c curieufe, que celle des progrès & des variations du Luxe chez les différentes Nations ; il fuffit, je penfe , pour l’objet préfent, de rechercher l’origine de la Broderie : les Livres Saints. & l’HiL* toire me la préfèntent plus ancienne que la Peinture, avec laquelle elle a plufieurs rapports. Il paroîtque ceft en Afie,ou la Broderie a pris naiflànce. Attaius* Roi de Pergame, fut un des premiers qui ajouta l’or aux étoffes.
- La Broderie s eft long-temps app^llpe Au nom des Phrygiens’, apparemment parce quils excelloient dans cet Art.
- Les Grecs l’ont beaucoup cultivée ; quelques-unes de leurs Loix fomptuaires en font foi (a).
- Des Grecs, la Broderie, comme les autres Arts, eft paffée aux Romains (i>)9 8c des Romains elle nous eft parvenue.
- Cet Art a fans doute reçu de grands fecours de la Sculpture pour les formes , & de la Peinture pour la dégradation des couleurs.
- Chez les premiers Romains, la Broderie confiftoit en des bandes d’étoffe découpée , dont on chamarroit la bordure des habits ( c) ; enfùite vint l’imitation de la feuille d’Acanthe , dont on forma des rinceaux ; puis petit à petit on a cher, ché à imiter tous les objets que prélentent l’Art & la Nature.
- Cet Art par là magnificence & par fon prix , fut long-temps réfervé pour les Temples 9 les Rois & les Pontifes : on en enrichiffoit la bordure des man-
- (a) Diodore de Sicile, nous dit que Zaleu-que, Légiflateur des Locriens, ne permit la Broderie qu’aux femmes qui vouloient faire commerce de leurs charmes.
- (b) Denys d’Halicarnaffe citeTarquin l’ancien , comme le premier qui parut dans Rome vêtu d une Robbe brodée d’or.
- , r(c).J-es premières Broderies chez les Romains, n étoient que des bandes d’étoffe , découpées &
- B RODEUR.
- cordonnées , dont on chamarroit les habits ; les plus modefles n’en mettoieftt qu’une bande, d’autres deux i trois, quatre & jufqu’à fept dont ces habits prenoient leurs noms, toujours tirés de la Langue Grecque ; Molores, Diloras, Trilores, fe-tralorts , Pentalores, Exlores, Eptalores.Sous Constantin toutes les Robbes étoient Eptalores, c’dî-à-dire à fept bandes, comme les falbalas de nos Dames.
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- s ART DU BRODEUR.
- teaux de Byflùs, & de cette précieufe Pourpre dont il ne nous refte guere que la defcription.
- Envain les Loix fcmptuaires dans différentes circonftances, en défendirent-elles fufàge ; le luxe & l’induftrie Tant toujours étendue & fait reparoître fous mille formes différentes ( a ).
- Définition de la Broderie. $
- Broder eft fart d’ajouter à lafùrface d’une étoffe déjà fabriquée & finie, la repréfentation de tel objet qu’on le defire, à plat ou de relief ; en or, argent ou nuances.
- Il n’eft guere de Nations qui ne brodent avec les différentes matières que produit leur climat.
- Les Chinois ( b ) patients & laborieux, brodent en foie plate , foie torfe, & l’écorce d’arbre filée, d’une régularité qui n’a point d’égale ; les différents fens dont ils conduifent leur foie , l’extrême propreté & le foin avec lequel ils travaillent, confervent tout le luifànt & la fraîcheur de leurs nuances. Ils liferent feuvent leur Broderie d’un papier doré & filé fur foie, qu’eux feuls lavent faire. Il n’y a point de pays où l’on travaille fi proprement, fi abondamment , ni à fi bon marché. Je ne fais fi l’on peut placer au rang de leur Broderie des bouquets, vafes & figures de cordonnets, artiftement collés près les uns des autres , en toutes nuances fur du papier très - fin $ mais j’ai 1 expérience qu’on en peut tirer un bon parti, en rabattant ou attachant ces fujets lùr étoffe avec une foie très-fine, après avoir arraché le fuperflu du papier. Ces fleurs, dont les nuances font très-vives, font fur-tout propres à orner des Ecrans, Tapifferies ou petits meubles ; en Robes, les cordonnets font fujets à le décoller au brouillard & à tout air humide.
- Les Chinois nous envoient encore des fleurs de mouffeline en relief, gau-dronnées au fer, très-bien colorées, qu’on emploie avec le même fuccès que les fleurs d’Italie pour les Jupes de Cour.
- Les Indiens excellent à broder avec le coton filé, fur moulïeline ; ils emploient fur gaze , des joncs, cuiraffes d’infeéles, ongles & griffes d’animaux , des noyaux & fruits fecs, & fer-tout des plumes d’oifeaux : ils entremêlent les couleurs fans harmonie comme fans goût ; ce n’eft qu’une efpece de mofàïque bizarre, qui n’annonce aucune intention, & ne repréfente aucun objet.
- Quelques femmes du Canada brodent avec leurs cheveux & autres poils d’animaux ; elles repréfentent affez bien les ramifications des Agates herborifées
- (a ) En France, la Broderie fuccede aux fourrures fous Philippe le-Bel. Loi de 131 y , qui défend la Broderie, excepté pour les Princes du San? Royal. Henri II. permet feulement les bordures d’habits brodées en foie.
- Louis XIII. & Louis XIV, ont rendu nombre d’Edits pour arrêter le luxe , & nommément la Broderie.
- I (b) Voyei le Pere du Halde.
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- Définition de la Broderie. 3
- Sc de plusieurs plantes : elles infinuent dans leurs ouvrages des peaux de Serpents coupées par lanières, des morceaux de fourrure patiemment raccordés. Si leur Broderie n eft pas fi éclatante que celle des Chinois, elle n’eft pas moins induftrieufe.
- Les filles Negres du Sénégal, avant de fe marier, fe font broder la peau de différentes figures de fleurs Sc d'animaux de toutes couleurs (æ).
- Les Géorgiennes Sc les femmes Turques, réuffifîent merveilleufement à broder fur la gaze la plus légère, fur le crêpe Sc fur les étoffes les plus déliées : elles emploient l'or filé avec une délicateffe prefque inconcevable ; elles repré-fentent les objets les plus mignons fur maroquin , fans altérer les formes ni écorcher l'or le plus fin , par un procédé qui nous eft abfblument inconnu. Elles ornent quelquefois leurs Broderies de pièces de monnoies des différentes Nations? Sc les Voyageurs inftruits ont fou vent trouvé dans leurs vieilles nippes, des médailles précieufes Sc intéreflàntes ( b ).
- Les Saxonnes imitent affez bien les deflins des plus belles dentelles ; leur Bro* derie en fil plat fur mouffeline, eft la plus délicate Sc la plus correéle que nous connoiflions dans ce genre.
- Les Broderies de Venife & de Milan , ont long-temps été célébrés par leur nuance Sc leur propreté ; leur excefllve cherté en a plufieurs fois fait défendre l’ufàge(c).
- Les Allemands ( Sc fur-tout à Vienne ) font à préfent les fouis qui le difpu-tent à la France , pour la légéreté Sc finteliigence du coloris.
- Depuis environ deux ans, les Fabriquants d’étoffes de Lyon, enrichiflent leurs belles nuances de compartiments de paillettes Sc paillons, qu’ils font broder dans leurs Fabriques ; ils marient avec beaucoup d’intelligence les chefs-d’œu-* vres de la navette à ceux de l’aiguille : ils viennent de faire des étoffes à fix cens francs l’aune pour habits d’homme ; Sc l’on n’eft plus effrayé de ce prix exceffif,
- Prefque toutes les matières peuvent être employées en Broderie ; l’or, les fourrures, les perles, le burgos, la marcaflite taillée, les pierres précieufes, le diamant même : l’induftrie & la vanité des hommes met toute la Nature à contribution ; mais ces chofes, toutes précieufes qu’elles font, n’ont d’agrément quautant quelles font bien mifes en place: diftribuées avec goût, leur effet augmente : de la cadence dans les formes, de juftes oppofitions du grand au petit, du fort au foible, du doux au coloré, for-tout des vuides Sc des repos ; en un mot une imitation choifie de la Nature, Sc les principes généraux à tous les Arts.
- rf %?ye%Bornant, article Pierre â fard,Sc M. (c) Voye% le Commiffaire Lamarre, au Traité de Buffon, Tome 5 , page 131. de la Police.
- (b) Voyeç le Di&ionnaire du Commerce, art.
- Compagnie de Gênes.
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- 4 ART DU BRODEUR.
- Je ne ferois pas Deffinateur, que je foutiendrqis ( & il ne me feroit pas difficile de le prouver ) , que le Deffin eft la bafe & le fondement de la Broderie. Il détermine les formes & la belle diftribution ; il donne de fbarmonie , réglé les proportions , ajoute un nouveau mérite à l’ouvrage, par l’économie des différentes matières, & i’oppolition ou le mélange des différents procédés.
- Il faut donc que le Deffinateur joigne à fon talent, la connoiflance des détails 8c des difficultés de la Broderie, pour fe conformer aux poffibilités de l’exécution ; comme il feroit à defirer que les Ouvriers euflènt au moins les premiers éléments du Deffin, pour ne pas corrompre les formes & les emmanchements , ainfi qu’il arrive trop fréquemment. Je le répété , le Deffin eft famé de
- la Broderie, & c eft par le Deffin que pèchent les ouvrages de la plupart des
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- Nations dont je viens de parler.
- Nous autres François, qui portons l’attention la plus réfléchie fur ce quï a quelque rapport au luxe, il eft étonnant le parti que nous tirons des découvertes faites par les autres Nations, en les variant, les améliorant & les adaptant de la maniéré la plus agréable à de nouveaux ufàges : il fuffit pour s’en convaincre , de voir les chefs-d’œuvres que renferme le Garde-meuble du Roi, 8c le concours des Etrangers pour avoir de nos Broderies, féduits apparemment par la nouveauté des matières, la variété des deffins 8c la beauté de l’exécution ; ils préfèrent dans les occasions de magnificence, nos productions à l’éclat ou la délicateflè des leurs*
- Etat des Brodeurs a Paris.
- L e Corps des Brodeurs, qui n étoit d’abord qu’une Confrairie fous l’invoca-tion de Saint-Clair, fut réuni en Communauté en l’an 1272 , par Etienne Boileau , Prévôt de Paris, fous les nôms deBrodeurs , Découpeurs , Egratigneurs -ChafubUers. Leurs Statuts ont varié fuivant -les modes 8c les circonftances ; les derniers font de l’an 171p. Une particularité de ces Statuts eft, qu’il n’eft permis aux Brodeurs de fe faire aider que par des fils ou filles dê Maîtres. Cette réglé imaginée pour qu’ils fuflent tous employés de préférence , n’empêche plus qu’on ne fe ferve très-fouvent d’ouvriers fans qualités, ou de ceux qui logent dans les lieux privilégiés ; alors les Entrepreneurs font obligés d’aller eux-mêmes retirer leur ouvrage quand il eft fini, autrement les Jurés pourroient le fàifir en route. Il eft encore défendu d’employer dans un même morceau de Broderie, partie d’or ou d’argent fin, & partie d’or ou d’argent faux , il faut tout un ou tout autre. Plufieurs autres bons Réglements n’empêchent pas que de temps en temps il ne fe glifle quelque fraude qu’on n’a pas fu prévoir.
- U y a en outre huit Privilèges de Brodeurs, indépendants de la Communauté , & feulement du reffort de la Prévôté de l’Hôtel, avec titre de Brodeurs
- du Roi fuivant la Cour; plus, deux Brodeurs du Roi, en charges particulières,
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- Préparation pour Broder. f
- pour les Ouvrages de la Couronne. Ces Brodeurs du Roi ont droit, quand leurs entreprifès font très - preflees, de faire enlever par des Hoquetons les Ouvriers qui leur conviennent chez les Maîtres.
- Préparation pour Broder.
- Q u a n d un Brodeur eft appelle pour broder un meuble quelconque , il fè fait donner les mefures ou patrons de ce qu’on projette, par l’Architeéle, le Ta-piiîîer, le Sellier, Sec ; il fait faire fes deflîns au fimple trait ou coloriés, lui-vant les cas. Quand ces deflîns ont été agréés, il les calque (a) au papier huilé ( b ), double ce papier d’un autre qu’on nomme grand-raijïn, & les fait piquer enfemble. Si c eft un habit d’homme quil ait à broder, après avoir fait choifiràcelui qui l’emploie, un bout de deflîn coloré, quon appelle Bord, il fait faire la taille, la fait piquer en plein ou par retraites. Quand le deflîn eft tout piqué, même les lignes qui tracent les largeurs ou contours extérieurs des patrons , on le pofe fur l’étoffe qu’on veut broder, en oblèrvant de bien faire rencontrer l’un fur l’autre les angles du deflîn Se ceux de l’étoffe ; puis avec une poncette, on frotte toute la lurface du deflîn aux endroits où il eft piqué, fins lui donner de fecoufles , pour que la plus fine poufliere en palfint au travers des trous piqués, trace le deflîn fiir l’étoffe. Il faut obfèrver de bien fixer le deflîn avant de poncer, avec plufieurs épingles ou des poids un peu lourds, pour l’empêcher de vaciller, autrement les objets pourraient être poncés doubles i il faudrait les effacer en broflànt légèrement avec une vergette , ou battre par l’en-vers avec une baguette , au rifque de ternir l’étoffe.
- Quand le deflîn eft fuffifimment poncé, on enleve bien légèrement le papier , pour recommencer la même opération fur d’autres morceaux d’étoffe fi le cas l’exige ; puis avec une plume de dinde ou de corbeau , ou même un pinceau
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- trempé dans de l’encre , du bleu d’Inde, ou du blanc de cérufè préparé , on re-paffe fur tous les traits de la ponçure le plus exaélement qu’il eft poflible ; il faut que tous les traits foient bien lifibles fins être gras : la correétion de l’ouvrage dépend en partie de cette opération. Il faut bien prendre garde de ne rien oublier : la ponçure fait fouvent illufion ; fi elle étoit un peu brouillée ou trop chargée de charbon, il faudrait fbuffler légèrement deflus à mefure qu’on défi fine, pour en chafler le fuperflu : ce procédé s’appelle ordonner. Quand le morceau d étoffe eft entièrement ordonné, il faut le b rafler, ou palier deflus une mie de pain raflîs bien émiettée, pour emporter le refte de la ponçure qui ternirait l’étoffe ou les foies en travaillant.
- Si 1 étoffe eft d’or en lame , de quelques couleurs qui fatiguent trop la vue > ou bariolée de nuances brunes Se claires, on pourra poncer & ordonner le
- |î\%ez à la fin le Vocabulaire, pour ce mot & pour tous les autres qui font propres à cet Art.
- w iilpece de papier de Serpente prépare.
- Brodeur.
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- 6 ART DU BRODEUR.
- deffin fur du papier ferpente verd, quon fixera fur l’étoffe par de petits points de foie perdus dans les fleurs ; quand on travaille, ces points fe trouvent cachés & recouverts par la Broderie : ce qui relie de papier fans ouvrage fe trouve à peu-près découpé par le coup d’aiguille, & s’enleve facilement. Ce procédé garantit les étoffes délicates de la chaleur des mains 8c de la poufliere qui vole dans l’attelier.
- On peut encore, quand ce font des étoffes riches en lames, 8c par confé-quent difficiles à recevoir l’encre, les poncer & les delïiner par l’envers, en faifant le trait plus nourri ; il perce allez au travers de l’étoffe pour conduire le Brodeur, & l'on évite les éclabouflures qui arrivent trop fouvent quand il faut gratter la lame de l’étoffe pour la deflîner.
- Il efb allez d’ufàge d’ordonner les fonds clairs en encre ou en bleu ; cependant lorfqu’on veut broder en blanc fur blanc, fur-tout fur fàtin, il efl bien plus propre d’ordonner en blanc, ony voit allez, & quelques traits qui relient autour des fleurs quand elles font brodées , n’apportent aucun dommage à l’ouvrage. ,
- U y a des morceaux qu’il efl indifférent d’ordonner fur la table avant de les tendre, comme Robes de femme, Tapis, & en général toute étoffe qui relie quarrée ; mais les chofes contournées, comme Houfles, (yoye^ PL 7, fig. 2 , ) Habits d’homme, Ornements d’Eglife, &c, il efl: plus sur de les tendre fur le métier après en avoir pris la taille & avant de les ordonner. Pour defliner les gazes, canevas, marly ôc autres étoffes claires, il fiiffît de les pofer fur le deffin fans le piquer ; les traits paroiffent au trayers, & l’on peut facilement les tracer à la plume ou au pinceau.
- Avant de tendre l’étoffe, il efl: utile d’en border les parties qui n’ont point de lifiere, avec un bon ruban de fil bien coufii, ce qui s’appelle galonner ; ce ruban ou galon fert à réfîfler à l’effort des ficelles qui doivent bander l’étoffe. Quelques Brodeurs fè contentent d’un point noué d’un pouce d’ouverture en bonne ficelle , ce qui s’appelle treliffer ; d’autres enfin ne mettent rien quand ils ont affez de marge pour placer leurs ficelles fans rifquer d’endommager l’étoffe, ou quelle rompe en bandant le métier.
- Tente du Métier.
- Ce neft pas une chofe à négliger que la tente d’un Métier; il faut ou une grande habitude ou une grande attention pour conferver quarrément l’étoffe dans fon droit fil ; les Maîtres laiffent trop fouvent cette befogne à leurs Appren^ tifs ; leur peu de foin ou leur mal-adrefle en coufant l’étoffe à la coutifîe trop lâche ou trop ferrée, ou les deux côtés inégaux, dégauchit l’étoffe ou l’alonge inégalement, ce qui ne fe peut guere réparer quand la Broderie efl: faite , qu’en lui donnant une eftrapade qui la gâte & la corrompt.
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- Tente du Métier> 7
- Pour bien tendre un Métier, il faut premièrement pofèr les deux Enfubles, PL 1 ,fig* 19 bien parallèlement d’un bout fur la Chanlatte, PL 2 , dd> & de l’autre bout fur un Tréteau a, même Planche, en obfervant que les clous qui attachent la fàngle à l’enfiible, foient tournés vers celui, qui va coudre à l’en-fùble qui eft la plus près de lui, & cependant en regard avec l’autre enfuble , de façon que la fàngle recouvre les clous & garantiffe l’étoffe, fi l’on a befoin de la rouler autour de l’enfiible après quelle aura été coufue. ( Les Brodeurs roulent toujours l’enfiible en deflus de l’étoffe, & les Tapiffiers au contraire). Enfuite on attache avec deux épingles les deux extrémités d’une même lifiere de l’étoffe qu’on veut tendre, aux deux extrémités de la fàngle ou coutilîe d’une enfuble ; puis on coud avec de gros fil en deux bien ciré , la fàngle & l’etoffe, en menant l’étoffe ferme de la main qui ne coud pas : il faut arrêter fà couture aux deux extrémités par trois ou quatre points bien lâches ; ils romproient en bandant le Métier, s’ils ne l’étoient pas. Quand la première longueur fera coufue & les épingles ôtées, il faut arrêter de même les deux extrémités de la fécondé lifiere aux deux extrémités de la fàngle de la fécondé enfuble, & commencer à coudre par le bout pareil à celui par où l’on a commencé ; c’eft là l’inftant de bien faire attention que les mortaifes des deux enfubles étant bien parallèles, le droit fil de l’étoffe foit bien vis-à-vis l’un de l’autre, & à une diftance bien égale de la mortaifè.
- Enfuite, fi l’étoffe a plus de largeur que la double étendue des bras de celles qui doivent broder, ôc qu elle foit deffinée , on la roule de part Sc d’autre autour des enfubles, jufqu’à ce qu’il ne refie entr’elles que la double étendue de la main bien écartée, ce qui fe nomme empan. Il faut mettre entre les roules de l’étoffe, du papier fin, des linges élimés ou du coton ; c’eft même ce qui convient le mieux fi le fond eft de velours, ou s’il y a de la Broderie de faite ; car il arrive de rouler & dérouler plufieurs fois le métier dans le cours de l’ouvrage , foit pour en parcourir l’étendue , foit pour le ferrer quand on en fufpend la fin, foit enfin pour en montrer l’effet aux perfonnes qui ont commandé l’ouvrage , ou y ajouter quelques ornements. On infinue enfuite une latte, fig. 4 , PL 1, dans chaque mortaifè parallèle, qu’on éloigne d’abord l’une de l’autre le plus qu’il eft poffible, & qu’on fixe ainfi éloignées, avec quatre clous ,fig. 14, PL 1 , que l’on fiche dans les trous de la latte les plus voifins de l’enfiible ; on peut même s’aider , pour bander l’étoffe, du fecours des clous à tendre, 13 , mais modérément; enfuite on enfile dans une très-grofle aiguille une pelotte de ficelle , dont on fait paffer un bout deux fois de fuite à un pouce de diftance dans le galon ou le treliflàge qui borde l’étoffe vis-à-vis des lattes e e <>fig. ir. On amene enfuite cette ficelle embraffer la latte ; on retourne faire deux points pareils, embraffer la latte, & ainfi de même jufqu’à ce qu on ait parcouru toute la largeur de l’étoffe ; on arrête enfuite le bout de ficelle * on c°upe Ç pour le féparer de la pelotte ) dans un trou de la latte, voifin
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- 8 ART DU BRODEUR.
- du clou c ou d)fig. i r , P/. i ; puis on reprend lune après l’autre chaque boucle de ficelle qui embrafle la latte , en tirant à foi d’une main, & foulageant l’étoffe de l’autre, ce qui doit raccourcir chaque boucle , bander l’étoffe & la ficelle. ( Il ne faut pas ferrer ce premier côté aufîl fort qu’on le pourroit ). On arrête le dernier bout de ficelle dans un trou de la latte, voifin de l’enluble ; cette maniéré d’arrêter doit fo faire {ans noeuds ni autour des clous, mais en em-bralîànt la partie extérieure de la latte avec la ficelle , après l’avoir fichée dans un trou , puis tortillant cinq ou fix fois le bout de ficelle autour du brin qui eft bandé , & ramenant le bout lâche à foi, comme c ou d,fig,. n, PL r.
- On va faire exactement la même opération à l’autre latte; on peut, cette fois-là , bander les ficelles tant qu’on veut ; enfiiite avec les clous à tendre qu’on fiche fucceflîvement dans les trous les plus voifins de la mortaifo, en amenant vers foi la tête de chaque grand clou , & en appuyant la partie inférieure contre l’enfiible ; on parvient, par un effort de levier, à bander l’étoffe fur là largeur à peu-près comme un tambour ; il faut proportionner l’effort à la délicateffe de l’étoffe. Des gens mal-adroits ont quelquefois crevé leur étoffe en voulant trop la tendre. Quand on la juge affez tendue, on fobftitue un petit clou à l’un des grands ; on maintient de l’autre la réfiftance de l’enfuble ; le petit clou en place -on en va faire autant à l’autre bout, & le Métier eft tendu. Il faut bien fe garder de s’aider du genouil pour pouffer la latte en bandant le Métier, comme il eft re-préfonté dans la Vignette, fig. I , PL 2, on s’expofè à s’eftropier, fi le clou à tendre vient à s’échapper de la latte y ce qui eft plufieurs fois arrivé aux Brodeurs : la routine femporte fouvent for le danger.
- Quand les enfiibles font fort longues ou trop minces, & que l’on tend beaucoup l’étoffe, elles fe cambrent en dedans & rendent l’étoffe lâche par le milieu ; on la retend par le fecours d’un garrot à vis ou à levier > qui redrelfo 8c contient les enfobles. Voye^ PL I,fig. 8 , p & i r.
- Quand l’étoffe eft échancrée ou contournée, ou quelle eft molle, comme draps légers, étoffes tricotées, &c, il faut d’abord tendre le Métier en toile cholette, ferpilliere ou canevas, bien quarrément & peu bandée, puis appliquer l’étoffe bien étalée & fixée d’abord avec plufieurs épingles, puis coufoe à petits points dans tout fon pourtour ; enfuite on retourne le métier pour couper par l’envers & remployer vers les bords tout ce qui fe pourroit trouver fous la Broderie. On voit bien que cette toile ou canevas ne fort qu’à remplir les échancrures & conferver le Métier quarré & bien également tendu. Quand l’étoffe eft foible ou point tranlparente, on peut laiffer la toile tout en plein, cela fou-tient le point du Brodeur, & donne plus de confiftance à l’ouvrage.
- 11 faut couvrir toute l’étoffe, même l’envers de ce qui eft roulé autour de l’enluble, avec des papiers, des linges ou de la forge, excepté la place où chaque Ouvrière travaille, encore faut-il quelle ait fous fa main un petit papier mobile , pour garantir l’étoffe du contaéï de la main. Plufieurs perfonnes peuvent
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- De la dijlributiôn dès Etoffes, p
- travailler enfemble au même Métier, à proportion quil eft plus ou moins long , toutes les gaucheres du côté d’un enfuble, la main gauche deflus & l’autre deiîbus , & toutes les droitières de l’autre côté, la main droite deflus & l’autre deflous, pour avoir les unes & les autres le jour en dedans la main ; plufieurs Ouvriers ne peuvent pas changer la fituation de leur main en changeant de côté, & cela eft fort incommode. Dans les cas preffés, il fe place des Ouvriers le long de la latte, en mettant un tréteau fous chaque enfuble. Si l’on a oublié quelques bagatelles dans le milieu du Métier , ou que ce loit de la dorure dure & embarraflànte 9 un Ouvrier fe tient à terre fous le Métier 9 pour tirer & pouffer l’aiguille à Ion camarade qui travaille en deflus.
- Il faut que les chaifes des Ouvriers foient proportionnées à leur grandeur ; les Ouvrières ne fe fourniflent que d’aiguilles, dés & cifeaux. Les Entrepreneurs fourniflent les broches c, bobines d, pâtés e 9 talignons h9 PL i, le feu & l’eau, & toutes les matières qu’ils veulent qu’on emploie. C’eft un des métiers où les femmes gagnent les meilleures journées : on leur donne ordinairement vingt-cinq fols par jour, ou quatre francs pour l’enlploi d’une once de pafle ; cela augmente à proportion qu’il y a plus abondamment d’ouvrage ou que les matières font plus fines ou plus délicates. Les hommes font payés davantage , à proportion de leur talent ou de leur habileté. La journée doit commencer à fix heures du matin & finir à huit heures du loir ; la veillée par-delà, le paye double.
- Dijlributiôn des Etoffes,
- Si ce qu’on veut broder eft en dorure, le Maître diftribue aux Ouvriers plu* fieurs broches s9s, PL i, chargées, les unes de ligneul ? d’autres de fil de Bretagne , d’or, de cordon, de trait, Scc ; il leur donne encore du fil de Bretagne blanc ou jaune, en écheveaux coupés par un bout & nattés ; une pelote de cire ou de la bougie , des pâtés, un bouriquet g, PL i, des morceaux de feutre ou .de ferge d’Aumale : tout cela trotte far le métier pour le fervice des Ouvriers.
- Si la Broderie doit le faire en pafle, le Maître diftribue ou des bobines chargées d’or à pafler, ou de cordon, ou plus communément en torches r 9 PL r. Le Maître ploie chaque once d’or en un écheveau de la longueur que doit avoir chaque aiguillée ; il donne un coup de cilèau à chaque bout de cet écheveau , puis effile avec les doigts la lame d’or qui recouvre la foie, de la longueur de deux pouces à chaque extrémité des aiguillées ; il cafle cette effilure & la met au déchet, ce qui donne néceflàirement un gros de déchet par once. La partie de 1 aiguillée qui refte en loie découverte d’or, fert d’un bout à être enfî-lee & arrêtée vers la tête de l’aiguille, & de l’autre bout à faire le nœud ou les points perdus dans l’étoffe en commençant à travailler. Si dans le cours de Lai— guillee, elle s écorche en paflànt au travers de l’étoffe, il faut défiler fon aiguille, couper la partie écorchée ; la mettre au bouriquet, & renfiler le bout d’or qui Brodeur, C
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- io ART DU BRODEUR.
- refte, pour achever de l’employer. Le Maître enveloppe enfoite chaque écheveau
- dans un papier ou parchemin roulé, qu’on nomme torche , voye£ fig. r, P/, i,
- plus court que les aiguillées, afin qu’on puiftè les tirer à mefore qu’on en a
- befoin.
- Si l’on doit broder en foie ou laine, le Maître délivre aux Ouvriers les foies convenables dévidées fur des bobines ; aflèz ordinairement ces bobines font enfilées en chapelet, comme fig. x, PL i.
- Si le Maître donne à travailler en ville, il doit pefer toutes les étoffes & les matières qu’il donne à employer , en charger bien exactement un petit livre que chaque Ouvrier rapportera toutes les fois qu’il viendra chercher des différentes matières & quand il rendra fon morceau fini, pour fervir de contrôle à là fidélité. Toutes ces précautions ne font de la peine qu’aux coquins.
- Des differentes maniérés de Broder.
- O n brode en ronde-bofîe, en bas-relief, en or nué, en pafîe, en pafîe-épar-gné , en guipure , en Broderie de rapport, en couchure, en gaufrure, en fariné , en paillettes, en taillure, en jais, en foie, en chenille, en laine, en ta-pilferie, en chaînette, en Broderie de Marfeille, en noeuds & en blanc. Nous allons expliquer féparément toutes ces différentes maniérés de broder , dont plufieurs fe trouvent fouvent réunies dans un même morceau d’ouvrage.
- Comment on Brode en ronde-bofie.
- O n brode des figures & animaux de ronde-boffè, grandes comme nature j c eft un ouvrage fort rare & de la plus grande magnificence, qui demande beaucoup d’intelligence & de talent. Pour réuffir, il faut d’abord faire modeler le fujet par un habile Sculpteur , puis le copier par parties détachées avec des morceaux de drap blanc, neufs, appliqués les uns for les autres fuivant les différentes faillies du modèle ; ce drap qui a dû être d’abord bien imbibé d’eau pour lui donner plus de foupleffe à être modelé, prendra à l’aide de l’ébauchoir ou menne-lourd, {yoye\fig,ffy PL i,) & de plufieurs points de foie, toutes les formes qu’on voudra lui donner. On recouvre enfuite toutes les fuperficies de morceaux de cartes à jouer, bien imbibés de colle claire ; il faut que chaque mufcle ou chaque pli foit un peu outré ; les fils d’or qui doivent recouvrir , engorgent toujours un peu les formes. On recouvre enfuite chaque partie ,"de morceaux de taffetas blanc ou jaune bien collés & bien étalés dans tous les creux & les recoins de chaque piece : quand tout eft bien fec, on deffine for ce taffetas le détail des parties & le fens de les coucher ; puis avec de la foie bien cirée, on coud les fils d’or ou de trait les uns bien près des autres, en fuivant le fens des mufcles ou des draperies, & donnant aux points de foie une marche régu-
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- Maniéré de Broder en ronde-bojfe. 11
- iiere & alterne dans leur rencontre : chaque point de foie quon ferre beaucoup en travaillant, fe trouve caché par les fils d’or qui les avoifinent, 8c donnent à l’or la forme d’un travail d’ofier. Cet ouvrage s’appelle du relief fatiné.
- Quelquefois, au lieu de faire l’enlevure en drap , on modèle en carton les parties de l’objet qu’on veut exécuter ; on applique ces parties fur de petits métiers tendus de toile forte ; on couvre les fuperficies de ce carton avec des morceaux de taffetas collés ; on coupe la toile fous le creux de chaque morceau qu’on veut broder ; puis quand tout eft bien fec, on coud les fils d’or de la même maniéré que nous l’avons indiqué plus haut. Quand chaque partie eft dorée & liferée, s’il en eft befoin , le Brodeur colle l’envers de fon ouvrage avec de la gomme pour en arrêter les points de foie. Quand ces morceaux font bien fecs , il en découpe les bords & les rejoint les uns aux autres fuivant fon modèle, avec des points de foie perdus, ou des fils d’or couchés de façon qu’ils cachent les raccords : il doit préférer de fe raccorder dans les endroits où les parties fe croi-fent ou fe recouvrent. On conçoit aifémerit qu’une tête, un bras, un fruit, ne peuvent fe broder qu’en deux parties au moins, & fbuvent en cinq ou fix. S’il y a dans le fujet quelques parties {aillantes & qui doivent badiner, comme plumes de cafques , branches de fleurs, graines ou piftils, le Brodeur les fait en lame, frifùre ou paillettes, & les foutient par des fils de fer cachés dans l’intérieur de chaque piece. On ne peut donner que les moyens généraux pour les différents cas ; c’eft à l’Ouvrier induftrieux à chercher les méthodes les plus sûres 8c les plus agréables, fuivant que fon deflin & les circonftances l’exigent. Les Caryatides de quinze pieds de haut qui font à Verfàilles dans l’appartement du Roi, & les ornements qui couronnent fon Trône, font des modèles & des chef-d’œuvres au-deflûs des détails que j’en pourrois faire.
- De la Broderie en bas-relief
- Pour broder en bas-relief des tableaux, rinceaux d’ornement, mafcarons,, fruits ou fleurs, comme le caparaçon ou la houffe de la Planche 7, le Brodeur , après avoir defliné fur un petit métier les différentes parties de fon objet, détachées les unes des autres comme Planche 2, commence par exprimer les plus grandes faillies, fig. 3,3,3 9 PL 2, avec de gros fils écrus & cirés, qu’il conduit avec une broche, & qu’il coud les uns fur les autres à plufieurs re-prifes, fuivant le plus ou le moins de relief qu’il veut donner à fes fleurs ; en-fuite il recouvre ces premiers ligneuls en fens contraire, d’une furface de fils de Bretagne bien cirés & paffés à l’aiguille ou couchés à points de foie. Voye£ j%*4 9 4 > 4 9 P b. 2. Il aflùjétit à mefiire qu’il travaille, fes fils 8c les modèles avec le menne-lourd, pour exprimer toutes les feintes , revers, nervures 8c ondulations. Quand chaque objet a toutes fes rondeurs 8c formes différentes bien fen-
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- li ART DU BRODÈU R.
- fibles 8c même un peu outrées, ( ce qui eft l’ouvrage des plus intelligents Ouvriers , 8c fouvent d’après un modèle en cire ou en plâtre ) , les Brodeufes couvrent le tout en fens contraire aux derniers fils , avec de l’or en broche coufu à petits points alternes, d’une foie bien cirée , (voye£ PL 2, fig. 5 , y , ^, J ,)les points fe trouvent perdus dans les fils, on ne voit pius que l’or faifànt l’ofier. On calfe beaucoup d’aiguilles dans cette opération, à caufe de la fréquente rencontre des fils qui font l’enlevure & de leur dureté. Les graines 6 , nervures de feuilles 6, 8c revers 6, fe font allez communément de clinquant guipé , ou d’or trait, pour varier les effets. Si quelque objet qui a de l’épailfeur, fe termine en vive arête par le bord, on cache l’épailfeur des fils par un cordonnet de foie coufu, qu’on appelle faveur ou vernis ; puis on lifere avec la milanefe ou le cordon coufii dans le retors, pour exprimer plus purement les formes que les différents travaux avoient confondus, fig, 7,7,7,7. Il faut bien fe garder de liferer tout ce qui fait horifbn , comme dos de revers, horifons de fruits , rondeur de plis d’étoffe, &c; ceft une faute très-commune aux Ouvriers qui manquent de goût. La lifiere doit être faite par les meilleurs Ouvriers. Quand plu-fieurs objets fe jouent, ou doivent dominer les uns fur les autres, on les rend plus fenfibles en les brodant d’abord féparément comme fig. 7, 7,7,7; on les rapporte enfuite les uns fur les autres, comme fig. 8,8, 8, 8; 8c chaque bout de cordon 0 >fig* 7 > qui a liferé ces parties, & qu’on a lailîe trop long en apparence 9 on le pâlie au travers de l’étoffe en raccordant ; quelques points perdus & cachés fuffifent pour fixer ces différents fleurons : on peut augmenter le relief des grandes parties , en coufant à la place quelles doivent occuper, un ou plufieurs morceaux de chapeau plus étroits que la Broderie, qui doit les re-< couvrir : c’eff ce qu’on appelle emboutir. Voye^fig. 2 , b e.
- Quand on a exécuté les différents lu jets d’un grand morceau, compofés chacun de plufieurs petites parties, on les découpe, on les rapporte fur leur vrai fond, fuivant que le deffin qu’on y a tracé l’exige, comme le Caparaçon de la Planche 7. Les queues & choies mignones, fè brodent fur le fond même : on le nétoie,, ôn le met en taille, on le colle, & l’ouvrage eft fini.
- De la Broderie en Or nue.
- Pour faire un tableau en or nué, comme PL 3 ,fig* 1, il faut d’abord que le fujet foit deflîné de traits un peu gros, & par une main habile, fur un taffetas doublé d’une toile un peu forte. Le Brodeur commence par couvrir toute la furface de fon tableau avec des brins de gros or lancés & arrêtés feulement aux deux extrémités, comme B ,fig. 1 : quelques Brodeurs effiment qu’il vaut mieux faire les carnations de rapport, & par conféquent éviter de lancer l’or fous ces parties ; mais la première méthode eft plus générale & plus magnifique. Les brins d or fe touchent, 8c l’Ouvrier n’apperçoit les contours qu’à chaque
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- De la Brddene en or nui* ij
- fois qu’il fiche fon aiguille pour recouvrir l’or en embrafTant deux brins à la fois , fifivant les nuances d’un modèle peint qu’il doit avoir devant lui ; les points de foie fe touchent de tous les côtés dans les endroits (ombres , & cachent abfolu-ment l’or. Pour les demi-teintes , on laide voir l’or de l’épaiffeur d’une foie entre chaque point, & ainfi en dégradant les nuances, & laiilànt appercevoir plus d’or à proportion qu’on veut augmenter les lumières, jufqu’à ce qu’enfir* l’or ne (oit plus arrêté que de loin en loin par des foies très-fines & très-claires , comme c 9 fig. i. Les carnations fe font toutes en foie plate du fens contraire à l’or, à points fatinés très-fins, comme D yfig. I, ce qui s’appelle point de bouture. Les cheveux & la barbe fe brodent en tournant, auffi à points fendus du fens que les boucles ou les ondulations l’indiquent. Il n’y a point d’ouvrage ou il faille un afîortiment aufli complet de nuances de toutes les couleurs ; le Brodeur doit toujours avoir une vingtaine d’aiguilles enfilées, pour moins s’impatienter , & ne pas perdre l’idée des dégradations de ton qu’il veut donner à fbn objet : l’or nué eft fans doute l’ouvrage le plus long , & celui où il faut réunir le plus de patience à l’intelligence la mieux foutenue.
- On ne voit plus guere de cette précieufe Broderie, que fur les orfrois des anciens ornements d’Egüfe ; la dépenfe en eft confidérable, & les Ouvriers en ont à peu de chofes près, perdu l’habitude & le talent.
- L’or nué bâtard eft moitié moins couvert de fils d’or ; les intervalles font faits en foies nuées avant de lancer les fils d’or ; on recouvre ces fils par le même procédé de l’autre or nué , en fe raccordant aux nuances des intervalles , ce qui donne à peu-près le même effet, quoique moitié moins riche 8c moins brillant. Il eft ridicule de liferer ou border les moulures d’architeélure, quand il s’en trouve dans ces tableaux, ou les bords des vêtements, avec de gros cordons d’or ; c eft abfolument fortir du genre. Plufieurs Brodeurs de l’autre fiecle font tombés dans ce défaut par une magnificence mal entendue. C’eft à peu-près comme quelques Peintres Allemands, qui, pour mieux repréfenter la lumière d’une lampe % l’ont fait en relief dans leurs tableaux.
- De la Broderie en Ptijjé.
- P o u r la Broderie en PafTé, comme P/. 4, fig. 3 , & P/.p , fig. 1, il faut que chaque objet n’ait tout au plus que fix lignes de largeur , afin que chaque point n’ait pas trop d’étendue & foit folide ; fi l’objet a plus de largeur, comme le galon de la fig. 3, on le divife en plufieurs parties c9c9c9c98c on le refend de maniéré qu’on puiffe y revenir à plufieurs fois pour l’exécuter en totalité.
- Pour que le paffé foit folide, chaque point doit embraffer en deflùs comme en deffous toute la largeur de la partie qu’on brode ; il faut prendre chaque moulure un peu de biais pour leur conferver mieux leur forme, ferrer & rapprocher imperceptiblement chaque point dans l’intérieur de$ contours, & les écartant Brodeur* D
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- i4 ART DU B, RODEUR.
- auffi imperceptiblement à l’extérieur du contour parallèle , de maniéré que les points tournent petit à petit en décrivant les courbes, & relient cependant toujours à peu-près de la même longueur. Voyej dd, fig. 3. Pour les ornements d’Egiife à deux endroits *, & les chofes qui ne doivent point être doublées , l’Ouvrier, avec un peu d’attention & fans faire de nœud, lait cacher le premier 8c le dernier point qui arrête fon aiguillée , comme e, fig. 3 ; il y en a même qui n’arrêtent jamais autrement ; ils évitent les paflàges d’une fleur à l’autre , & font leur parte avec aflez d’adrefle pour qu’on puifle fe fervir indif-tinélement d’un ou de l’autre côté de ces vêtements ; tels font les habits de drap rouge d’un côté 8c bleu de l’autre , qui nous viennent d’Angleterre , 8c qu’on brode de cette maniéré : c’efl: ce qu’on appelle pajfié à deux endroits. On a même trouvé l’art d’orner un des côtés de cette Broderie avec des paillettes & de la frifure, fins que les points paroiflent de l’autre côté ; ce qui fe fait en fichant fon aiguille en biais & la repartant de même , fans embrafler aucun fil d’or du parte j le point fe trouve caché deflbus. Quelques Ouvriers dreffent leur métier tout debout pour pouvoir regarder à l’envets 8c à l’endroit, en travaillant ces petits agréments. Pour les queues de fleurs , petites palmes 8c deflous de compartiments , comme la partie du galon uniforme de MM. les Lieutenants Généraux , f9f9 fig. 3 , PL 4, & a, a, a, PL 8, fig. r , il fe fait un parte très-étroit, dont le point eft plus alongé que l’autre parte ; il faut les mêmes égards quand on a des courbes à décrire ; ce parte s’appelle en barbiches : il eft moins brillant que l’autre 9 8c fait une variété fouvent néceflàire.
- On a long-temps brodé les fonds de galons & autres parties lourdes en cordon parte , ce qui faifoit très-bien jouer les différents objets, & mettoit des repos , comme PL 8, fig. 1 & 2 ; mais aujourd’hui on veut tout brillant, & le cordon eft relégué aux Frangers.
- Quand on a du parte à faire fur velours ou fur quelqu’étoffe brochée, il eft aflez d’ufage de faire découper le deflin en vélin, ou tout au moins en papier , qu’on bâtit à petits points fur l’étoffe , pour foutenir le parte , lui donner de l’égalité 8c l’empêcher de s’enterrer ; on conçoit aifément que cela dépenfè un peu plus d’or.
- Le bâton de Maréchal de France eft revêtu de velours bleu, brodé en pafle de trente-fix fleurs de lys dor ; il a dix-huit pouces de long. Le nom de chaque Maréchal, avec la date de fa promotion, eft gravé fur la virole d’or qui termine le bâton.
- Du Pafé épargne.
- Le parte épargné fe fait avec de l’or beaucoup plus fin, en fichant l’aiguille en deflous, tout à côté du trou par où elle vient de pafler ; l’or n’embrafle que
- * On brode enfetnble une moire cramoifie 3c une moire blanche ou verte , enles appliquait l’une fur l’autre, cela donne deux Chapes ou Chafubles, avec les frais d’une feule Broderie.
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- De la Broderie en Guipure. ïy
- la furface extérieure de l’objet qu’il brode; il faut de même quà 1 autre paffé , prendre chaque moulure en biais, & tourner les courbes & rouleaux avec la même attention* Ce procédé dépenfe plus de moitié moins d’or, auffi eft-il moins cher & moins folide que l’autre paffé : on n en fait guere que des jarretières ou des facs à ouvrage.
- La plus grande difficulté de l’un & l’autre pafle y eft de bien conferver les formes, &*que les points qui expriment les contours courbes , ne faffent point la fcie ou dent de chien. Les Dames qui brodent prefque toutes pour leur plaifir , & qui réuffiffent affez bien par les autres procédés, échouent quand elles entreprennent de broder en paffé : les nuances & les paillettes leur conviennent mieux.
- De la Broderie en Guipure.
- Pour broder en guipure, voye[ PL 4 9fig* i ? il faut premièrement poncer & deffiner fur le vélin, le coupon K de l’objet qu’on veut exécuter ; quand ce coupon doit être répété plufieurs fois, on attache l’un fur l’autre quatre ou cinq morceaux de vélin, avec de petits tenons de la même matière, qu’on pâlie de part en part. On fait ainlî cinq ou fix petits livrets pour un habit d’homme , fins compter les pattes, foupattes, coins & colets ; ce livret étant pofé fur une table de tilleul, on découpe tous les contours & refentes avec un fer tranchant uu, PL i, en lailîànt de temps en temps de petites brides pour contenir les objets dans leurs éloignements refpeétifs, voy, PL, 4, quand on les placera fur l’étoffe. Quand tout le deffin eft découpé & évuidé, on arrache les tenons, <$c cela donne nécef fairement 4 ou 5 coupons bien exaélement pareils. Quand on en a le nombre fuf-fifant ( ce que la taille indique ) , en obfervant que les objets tournés à droite , ne peuvent guere fèrvir pour les objets tournés à gauche en retournant le vélin , à caufe d’une petite rondeur que le fer lui donne fur les bords en le découpant. Si ce vélin eft deftiné pour Broderie en or, il a fallu le peindre en fàfran, & le laifïer bien fécher avant de le découper : il y a du vélin de plufieurs épaiffeurs. Un bon Découpeur fe contente ordinairement de ce talent ; il faut qu’il fâche un peu deffiner.
- Quand le Brodeur a tous fes coupons prêts, il ponce le deffin général fut l’étoffe , en deffine feulement les retraites ou points de rencontre de fes coupons de vélin ; il deffine auffi les queues, graines , fleurs , & tout ce qui ne doit pas être exécuté en vélin ; enfùite place fes coupons ffir la ponçure, {uivant que le deffin le lui indique, voye^ PL 4, Jig, I, a, m, & il les fixera avec des points de foie fine , m , m. Il ne collera pas fbn vélin , comme font quelques mauvais Ouvriers ; l’humidité le déformeroit & le feroit racourcir. Quand tout fera bâti & arrêté, il coupera toutes les brides avec des cifeaux , & les fuppri-mera. Les Ouvrières recouvrent enfiiite ce vélin en travers, d’un ou de deux brins dor, n, n, roulé fur une broche quelles conduifent alternativement de
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- \6 A R T D U B R O D E U R.
- droite à gauche du vélin, en fixant For à chaque retour avec un point de foie cirée, le plus près du vélin qu'il eft pofîible, {ans pourtant le gêner ; de façon que répaiffeur du vélin & les retours de for, cachent abfolument le point de foie. Si la partie que l'on guipe eft trop large pour être faite d’un feul point, & ^qu’elle loit divifée en pluiieurs refentes comme o , o ,1’Ouvriere conduit fon or point à point fur toute la largeur de l’objet, en exprimant chaque refente par le point de foie qui coud l’or ; puis elle ramene la broche en fens contraire, les points très-enfoncés & très-près de ceux de la rangée précédente, & aïnfi jufqu’à ce que l’objet {bit couvert d’or d’un bout à l’autre. On lifere la greffe guipure en cordon ou en milanefe, pour deffiner & exprimer davantage les contours, fur-tout quand plufieurs compartiments fe jouent les uns fur les autres, ce qui ne fe fait cependant que pour les gros ouvrages , comme équipages , ornements d’E-glife , Scc. On fait de la guipure fans vélin 5 for fil ou fur ligneul ; quand on veut faire des morceaux détachés & badinants, on les guipe fur des lames de plomb, pour empêcher que l’humidité ne les racorniffe, fi elles doivent être expofées à l’air. On guipe en frilure & bouillon à points enfilés & employés l’un après l’autre du même {ens du pafle , comme g, g, g , fig. J , PL 4 , ce qui donne plus de relief que le pafle, fait variété, & eft auflî lolide. Quelquefois on guipe les tiges , petits tronçons d’arbre, & moulures de compartiments, de quatre ou cinq points de frilùre , puis quatreou cinq points de bouillon alternativement , le {ombre de la frilure & le luilànt du bouillon font un mélange agréable : il faut pourtant être fobrc de ce procédé. Voye{ fig* J*
- On guipe en trait ôc clinquant : cette derniere guipure différé dans fon arrangement , en ce que les brins d’or filé & la frifure , doivent être bien exactement rangés à côté les uns des autres fans jamais fe croifer ni fe recouvrir ; le clinquant, en le guipant, doit à chaque retour recouvrir le tiers ou même la moitié de fa lame. Voy e^ PL 3 y fig* 4 9 une des grandes flammes qui font le plein du manteau de l’Ordre du Saint Elprit. On lifere quelquefois cette guipure de milanefe ou de cordon. Le clinquant ne s’emploie guere à d’autres ufe-ges ; il faut des deflins aflortis à ce procédé, la lame étant fujette à fe cafler quand elle a trop de portée, ou quelle tourne trop court. Les graines, revers de feuilles & petites moulures faites en clinquant, comme s 9s 9 PL 4 9fig. r , font valoir le refte de l’ouvrage, & lui donnent du mouvement & de la légéreté.
- De la Broderie en Rapport.
- Tout ce qui fe brode par parties détachées for de petits métiers , pour être enfuite raflemblé ,1’un fur l’autre, & prendre plus ou moins d’élévation, s’appelle du rapport ; mais on entend communément par Broderie de rapport, les bordures d’habits d’homme, compartiments de jupes, brandebourgs & autres morceaux que les Brodeurs tiennent en magafin, prêts à être appliqués for tel
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- De la Broderie en Rapport. 17
- fond quon voudra. On commence, après que le deflïn eft ordonné fur taffetas , toile ou papier jaune, par profiler tous les contours extérieurs avec une chaînette d’or, nommée pratique, &coufue à petits points de foie, comme byb9b9 PL 4, fig. y ; enfiiite s’il y a quelques fleurs ou compartiments quon veuille traiter légèrement, on applique des bandes de réfèau fait au boifleau, comme g,g, que Ton fixe par des points de foie dans les fleurs qui le bordent , Sc qui cacheront & recouvriront ces points quand elles feront brodées. Quelque fois les Ouvriers font eux-mêmes leur réfèau fur la place même, par des points lancés & recroifés, qui n entrent dans l’étoffe qu’aux endroits qui doivent être recouverts de Broderie , comme d9 d; ce procédé eft bien plus long, mais auflt il eft plus délicat & plus exaét. Enfiiite on brode le paffé fi le deffin l’exige ; on applique les fleurs de paillonsp 9p9p9 on les guipe avec la frifùre ou le bouillon , en laifîànt toujours déborder un peu de la pratique q, q ; on fait les feuilles h, h, en paillettes comptées ; les tiges iyi9 en frifure guipée, toujours en laiflànt déborder à peu-près la moitié de la pratique. Quand le morceau eft tout brodé, bien nétoyé, collé, féché, on le découpe avec des cifèaux pour ôter tout le fond qui paroît, même celui qui eft fous le réfèau, à moins qu’on n’ait mis fous ce réfeau en commençant à travailler, un ruban d’argent ou de nuances : on peut même ajouter ce ruban après que la Broderie eft découpée : Quand elle eft ainfi dégagée de tout fon fond, on la pefè pour en fàvoir au jufte la valeur ; puis on la bâtit communément fur du papier bleu, pour la ferrer en attendant qu’on la vende. Cette Broderie fe vend depuis 18 jufqu à 36 livres v l’once, fùivant le prix des matières dont elle eft compofée. La pratique dont l’Ouvrier a d’abord profilé Ion ouvrage, fèrt à ficher le point fans gâter la Broderie , quand on veut l’appliquer fur telle ou telle étoffe. Les Lyonnois, au lieu d’une pratique, ne lifèrent leur Broderie en rapport, que d’un frifé en deux , ce qui eft moins folide. Il fe fait des Broderies de rapport en guipure , latine , clinquant ou nuances, même en chaînette, tant on a trouvé commode de pouvoir avoir en vingt-quatre heures , ce qui ne peut fè broder qu’en un mois. Les Broderies de rapport ont encore l’avantage de pouvoir être tranfportées fùcce£ fivement fur des fonds différents.
- f ?
- De la Broderie en Couchure.
- La couchure fe fait avec de gros or filé, roulé fur une broche, un, deux, Sd jufqu à trois brins enfembie, qu’on coud à plat les uns bien à côté des autres, d’un même point de foie , (voye^ Pl.$>jig. I,/,/). On en met à côté les unes des autres autant de rangées qu’il en faut pour couvrir têile ou telle fur-face , comme les fleurs a, e, ou la moulure f9 f La plus grande difficulté de la couchure, eft de rendre les retours des rangées d’or imperceptibles comme u yUyUy fila fécondé rangée d’or eft plus longue que la première, & ainfi des Brodeur* E
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- 18 ART DU BRODEUR.
- autres. Pour exécuter en couchure un objet qui s’alonge en s'élargifïànt, il faut échapper un feul des trois brins d'or qui font fur la broche ; on l'arrête de quelques points de foie vers le retour, & Ton conferve ainfi le coulant du contour u y u y que les trois brins corromproient. Comme les points de foie de la couchure" paroiflent.beaucoup , on lui donne le nom de la figure que ces points expriment par leur rencontre ; ainfi on dit couchure de deux points ayay en chevron b y b , en écaille y en lof ange, en ferpenteau, &c. On peut varier à l'infini ces rencontres de points dont je donne ici les figures les plus en ufàge. Quelquefois la couchure fo fait à contre-fons de plufieurs points de fil comme A, /z, pour lui donner quelques ondulations & varier les luifants de l'or ; d'autres fois on recouvre les points de foizfyfy avec de la frifore, ce qui s'appelle couchure à la barre. Quelque foin que l'on prenne en faifànt la couchure, les formes & contours font toujours corrompus ; on leur rend leur pureté en les liferant d'un frifé en deux, comme r, ty conduit à la broche & coufu de petits points de foie/On peut divifer la trop grande largeur d'un galon ou compartiment avec du clinquant plifle coufu de foie comme g, g, ou des mofaïques de clinquant plat de différentes formes, ornées de points de frifiire, comme/, 1. Les queues fe font ordinairement en or frifé & couché.1 Quelquefois on ajoute for les retours de la couchure des ombres en foie ; comme la fleur u, u, ce qui fort en même temps à cacher les retours, & faire jouer les différents objets. D'autres fois on repréfente en foie plate une ombre portée for le fond de deux ou trois lignes de largeur, ce qui fait un fort bon effet for le gros-de-Tours & for le velours : cette ombre portée doit être de même couleur que le fond. En général, la couchure eft la plus commune & la moins folide des Broderies ; elle fo dégauchit & s'altere facilement : on n en fait guere que les petits ouvrages pour les Foires.
- L’or frifé ne peut être que couché, il s'écorcheroit en pafïànt au travers de l’étoffé.
- On fait en couchure de deux brins, des fonds entiers de grands ronds tournés en fpirale , commefig. 2, en les commençant chacun par leur centre. Ces ronds en fe mêlant les uns dans les autres, reçoivent différents rayons de lumière dont le mélange eft fort agréable, for-tout s’ils fervent de fond à de grands courants de gros objets brodés en nuances, On fait de pareils fonds en jais blancs ou jaunes.
- De la Broderie en Gaufrure.
- Pour broder en gaufrure, il faut, après que l'objet eft deflïné fur l'étoffé, lancer tout en travers de cet objet, de gros fils bien cirés, à deux lignes les uns des autres, cortttne a, a, fig. 2 , PL 3. On arrête ces fils bien droits & bien parallèles de diftance en diftance , avec de petits points de foie cirée, comme a y a9 de maniéré que les fils ne puiffent plus être dérangés ; enfuite*en commençant par une extrémité de l'objet, commet,bf on recouvre ces fils en fens con-
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- De la Broderie en Gaufrure. i()
- traire, avec de l’or en deux brins roulé fur une broche, qu’on coud ferme de deux en deux brins de fil, d’un bout à l’autre de l’objet, comme c, c ; on revient enfuite, & l’on fait quatre rangées en fuivant le même calcul, ce qui donne à chaque rencontre quatre points de foie parallèles ; enfuite on continue quatre rangées d’or en rétrogradant d’un fil, chaque point de foie de chaque rangée, toujours d’un bout à l’autre , comme dy d ; puis on reprend le premier calcul de quatre rangées, toujours alternativement, jufqu’à ce que la furface qu’on fe propofe foit abfolument couverte d’or , ce qui imite affez bien Tôlier. Les points de foie doivent fe trouver cachés par le relief du fil ; il faut, comme à la couchure, lâcher & coudre un brin d’or de la longueur d’un point aux retours , quand la forme arrondie de l’objet s’alonge en s’élargit fant, comme e, e. En général, il faut, pour tout l’or que Ton coud fur les étoffes, tant en gaufrure, couchure, guipure, que fatiné , bien tirer la broche, & mener l’or ferme à chaque point avant de tirer tout-à-fait le point en deflous; il faut encore avoir grand foin que les brins d’or ne fe croifont jamais & foient toujours rangés bien à plat les uns auprès des autres , fi ce n’eft aux extrémités où cela efl: indifférent. On lailfe ordinairement palier hors l’objet en commençant , huit à dix lignes du fil d’or ; on en laifîe autant en coupant for pour fé-parer la broche quand on finit comme fi, fi On pâlie enfuite ces bouts d’or au travers de l’étoffe avec le focours d’une aiguille à palfer les bouts, ou même avec celle qu’on tient. Pour rendre à la gaufrure £es formes & cacher les retours , on la lifere d’une milanefe ou d’un cordon g, g, qui fe coud, non pas en Tembralîànt par le point de foie, comme pour la milanefe ; mais en fichant l’aiguille dans le retors du cordon , & donnant un petjt tour de broche en dehors , puis en dedans la main, ce qui cache abfolument le point. Cette lifiere doit un peu mordre fur la gaufrure. Quand les morceaux gaufrés doivent être découpés & rapportés ailleurs, on les profile de fîx ou huit brins de foie brune coufue à très -petits points : c’efî de ce travail que font faites les fleurs de lys des tapis de la Couronne. U eft plus folide que brillant.
- De la Broderie en Satiné.
- L e fatiné reffemble à la gaufrure dans fà marche ; il en différé en ce qu’on change la révolution des points à chaque retour ; que fouvent on fàtine l’or en un feul brin, & que les fils de Tenievure font très-près les uns des autres, & fouvent d’épaiffeur différente ; pour les têtes, les gros fruits ou les grands rinceaux , le Brodeur femble oublier quelques points de foie fur les grandes faillies , pour les laiffer lilfes, & augmenter le luifant de for en qçt endroit. Tous les détails du fatiné font à l’article du Bas-relief,
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- De la Broderie en 'Paillettes,
- Pour broder en paillettes, comme PL 4, fig. 3 8c fig- 6, il faut en avoir près de foi de différentes grandeurs , par petits tas, for un ou deux pâtés , comme PL 1, fig. e, ainfi que du bouillon & de la frifore ; l’Ouvrier enfile une très-fine aiguille de foie cirée (la couleur n’y fait rien ) ; après avoir arrêté un premier point dans l’étoffe, il enfile dans cette aiguille un grain de frifore, puis une paillette, qui! fait couler le long de fon aiguillée jufques for l’étoffe ; il fiche fon aiguille dans l’étoffe, la tire de l’autre main, & la ramene tout de fuite en delfos, à la diftance d’une demi-paillette ; il en enfile une fécondé, puis un grain de frifore qu’il fait couler comme la première fois: il fiche fon aiguille dans le trou de la première paillette, retire l’aiguille en deflbus, ce qui fait recouvrir la moitié de cette première paillette par la moitié de la fécondé. Le fécond point de frifore doit paroître fe rejoindre au premier, & ne faire qu’une ligne ; on l’aidé quelquefois avec la pointe des cifeaux, ou celle d’une groflé épingle ; le Brodeur ramene fon aiguille en deflus, enfile une paillette & un grain de frifore, & continue ainfi tant que l’objet l’exige, en changeant de grandeurs de paillettes, foivant les places & la forme de l’objet qu’il exécute, comme a, fig. 6, & finiflànt toujours comme il a commencé , par un point de frifore pour arrêter la derniere paillette ; ce qui fe fait en frifore peut fe faire en bouillon, cela efl: arbitraire. Les grains de frifore ou de bouillon doivent être coupés un peu plus longs que l’efpace qui efl: entre les deux paillettes, afin qu’en ferrant le point, ils ne paroiflènt faire qu’un feul fil d’or qui attache & barre les paillettes. On varie l’arrangement de ces points de frifore, comme on en peut voir quelque exemple, PL ^9 fig- 3, 4 & 5. Quelques perfonnes attachent d’abord leurs paillettes avec de la foie, puis la recouvrent de frifore ; cette double opération alfore beaucoup l’ouvrage, 8c le rend plus folide. Excepté la derniere paillette de chaque rangée , on ne voit dans tout le cours de l’ouvrage que la moitié de chaque paillette ; elles fe trouvent arrangées comme des écus quand on les compte. Les perfonnes qui vifent à l’économie , efpacent un peu plus chaque paillette en travaillant, ce qui devient confidérable for la quantité ; mais l’ouvrage efl: moins folide, & les formes moins exaéles : cette différence va quelquefois à plufieurs onces entre deux Ouvriers qui brodent chacun un morceau pareil.
- On brode en paillettes à deux endroits, c’eft-à*dire, que cette façon de broder n’a pas d’envers, & qu’il y a des paillettes deflbus comme deflus l’étoffe, four opérer, il faut que le métier foit debout entre les jambes de la perfonne qui travaille ; elle a deux aiguilles enfilées : quand la première aiguille que fiche la main droite, a pafle par le trou d’une paillette que préfente la main gauche, l’étoffe entre deux, la main gauche fiche fon aiguille dans le trou de la paillette
- qui
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- De la Broderie en Paillettes. 21
- qui eft de fon côté , & tout de fuite dans le trou d'une paillette que préfente la main droite, l'étoffe entre deux ; alors on tire les deux aiguillées en même temps, Ôc le point de frifore de chaque côté fe met à fa place comme à l'autre procédé ; on continue ainfi tant que le fujet l'exige : cette Broderie eft fort longue & très-rare.
- Quelquefois après avoir coulu les paillettes en foie, on recouvre cette foie de trois ou quatre brins de trait, comme fig. 6 , PL J , ce qui lailïè bien mieux briller les paillettes. D'autres fois on les attache avec de la foie rouge ou verte, pour'leur donner une teinte d'avanturine ; on en recouvre quelques-unes de points de foie courts & longs. Ces variations donnent moyen de faire jouer les objets qui s’avoifinent, quoique d'une même matière.
- On emploie des paillettes comptées fur de l'enlevure, pourvu que les formes foient Amples.
- On vient tout nouvellement de faire des paillettes colorées une à une, & de la frifore de couleur.
- On emploie aulïi les paillettes féparément pour former des graines de fruits ou des agréments dans les mofaïques ; on en feme des fonds entiers, puis on les attache chacune de deux points d’or en croix.
- Depuis qu'on a imaginé de colorier & vernir des lames d’argent, les Brodeurs en font des bouquets & des guirlandes, imitant en quelques fortes les pierres précieufes ; ils ont même depuis peu de temps, trouvé l'art de nuer & dégrader le ton de ces lames, en les recouvrant plus ou moins avec des points de foie de nuances afforties. Voye^ fig. n , PL 5.
- En ij^6 ,ona imaginé des paillettes d'acier noir-d'eau, & des paillettes de verre noir, pour les Broderies de deuil ; il ne fe pafle guere d'années qu’on n'invente quelques petites nouveautés que la mode adopte & réforme tour-à-tour.
- On appelle paillettes percées, celles qui le font de plusieurs trous ; on en varie les formes à l'infini. Celles qui font le plus en ufàge, font deffînées PL 3 ,fig,S tftgtk , i ,p ,q,r, 8t l’on en trouve de toutes prêtes chez
- plufieurs Tireurs d'or. Celles de la figure 9, & autres à volonté, doivent être découpées foivantle delîin qu'on en fournit. On voitfig. 8 , bis9 &fig'9, bis9 la maniéré de les attacher avec la frifure ou le bouillon.
- De la Broderie en Taillure.
- Nous avons dit dans l'Introduélion que la Broderie en taillure étoit la première & la plus ancienne des Broderies : en voici les procédés.
- Soit qu’on la faffe en étoffe d’or, de foie ou de laine, on ponce d'abord fans ordre & le plus rapproché qu'il eft poflible (fur l'étoffe qu’on veut découper), les fleurs ou compartiments dont on a befoin , comme^. 11, PL 5 ; on les deflîne avec toutes leurs nervures ; on découpe enfuite toutes ces pièces avec des cifeaux, en les laiflant de trois ou quatre lignes plus longues aux endroits Brodeur. F
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- m ART DÜBRODË U R.
- qui doivent être recouverts par d’autres. On les numérote par l'envers de numéros pareils à ceux qui doivent être fur chaque partie du poncif , 8c qui fer-viront à les reconnoître quand elles feront découpées & quon voudra les mettre en place. Cette première opération s’appelle faire Vépargne. Si l’étoffe à tailler efl: trop mince, on lui donne de la confiftance en collant du papier à l’envers avant de la deffiner ; cela empêche les pièces découpées de s’effiler.
- Si l’étoffe qu’on veut découper eft précieufe, ou qu’on ait beaucoup de morceaux pareils, voici une autre maniéré de préparer l’épargne. On pique deux papiers enfemble du deffin qu’on veut exécuter ; on découpe un de ces deffins en autant de petites parties que le deffin le permet ; on réunit toutes ces parties fans ordre & le plus rapprochées quil efl poffible, fur un papier blanc de la largeur de l’étoffe à découper : on trace tous ces contours en crayon bien exaéle-ment ; on les pique, 8c l’épargne efl: faite.
- On ponce enfuite le deffin général fiir l’étoffe qu’on veut broder ; on deffine légèrement 8c un peu en dedans, les principaux contours ; on deffine encore les queues, graines, &c, qui ne font point de taillure , comme K , K, fig* ïi ; puis on enduit de colle ou d’empois l’envers de chaque morceau de taillure, fùrtout les bords ; on place chaque morceau fur les contours tracés fur l’étoffe fuivant les numéros du poncif ; ôn l’étale & on l’appuie bien proprement au travers d’un papier bien fec , ayant attention que les emmanchements des compartiments interrompus r, r, r, r, fe fui vent bien, 8c ne paroiffent point caffés.
- Quand tout efl: bien fec, les Ouvriers profilent tous les contours extérieurs, en mordant un peu les points dans la taillure ; puis ils liferent tous les contours nervures, revers, &c, avec du cordon ou de la milanefe, comme /, / ; quelquefois on exprime les ombres par de longs points de foie ou de laine, comme m yTîi y ce qui s’appelle harpe ou hachebaché. Quelquefois on enleve le dellbus des feuilles ou compartiments , avec des morceaux de drap ou de ferge, ce qui s’appelle emboutir. Les caparaçons , tapis d’étalage , couvertures de chariots, fe font ordinairement en laine , de ce genre de Broderie. Les figures de bannières pour la campagne, fe font en fatin , & pour les carroffes 8c meubles riches, la taillure fe fait de glacé ou de tiffu d’or : on y mêle quelquefois des feuilles ou des moulures de guipure ou de fatiné, 8c de petits enjolivements en paillettes.
- Il fe fait auffi de la taillure en peaux d’agneau d’Aftracan, ou hermines teintes, puis rebordées & ornées de chenille ou de paillettes : cette invention n’efl pas ancienne , & peut encore fe perfectionner.
- Comme il feroit prefqu’impoffible d’exécuter en fabrique des étoffes brochées , fuivant les différentes formes des pentes, chantournés, impériales, & autres parties d’un meuble complet, on y fùpplée en découpant les fleurs & feuilles de ces étoffes , pour en former , en les réunifiant fur un fond uni, les bordures & encadrements Convenables, fuivant les contours donnés par le Ta-piffier. Il a d’abord fallu faire un deffin, où ces fleurs 8c les queues qui doivent
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- De la Broderie en jais. 23
- les emmancher, fuflent tracées ; on bâtit à petits points tout autour , chaque fleur,‘ fuivant la place que le deflïn indique ; on la profile de foie aflortiffante au fond ou à là nuance ; on brode à points , les queues , feuilles Sc autres liaifonS néceflàires : on colle l’envers, & l’ouvrage eft fait. Il y a beaucoup d apprêt à cette forte de taillure. Il y auroit beaucoup d’économie à faire brocher par la Fabrique, toutes les fleurs & feuilles pareilles, fur une même ligne Sc le plus rapprochées pofîible.
- De la Broderie en Jais.
- La Broderie en jais fe fait en enfilant chaque grain de jais , oü dfone foie bien cirée , ou d’un laiton très-fin, qu’on emploie enfiiite comme la foie paffée , fur la fuperficie des objets, voye^ PL 9fig. 14, a9 a , en choififlànt les grains plus ou moins longs, fuivant la largeur de l’objet b, b. Il faut que le deflîn foit compofé exprès pour ce genre de travail, qui ne peut guere exprimer les chofes groupées ou fuyantes : comme le tuyau du jais eft ordinairement fort étroit, quand on le coud avec de la foie , au lieu d aiguille , on pafle la foie dans la boucle que forme un crin ployé en deux ; cela coule plus librement; il eft vrai qu’il faut faire le trou dans l’étoffe avec une aiguille, chaque fois qu’on veut employer un grain. Il eft à propos que le point de foie foit un rien plus long que le grain de jais , autrement, ou le jais cafferoit, ou il couperoit la foie qui le coud. On lifere ordinairement le jais avec de la chenille, pour garantir les mains de ceux qui en veulent dans leurs habits ; cette matière égratigne facilement : elle eft en général d’un mauvais ufage pour les hardes.
- On couvre des fonds entiers de jais jaune ou blanc, coufo en plufieurs Ipirales qui fe confondent les unes dans les autres, Sc qui imitent aflez bien l’or Sc l’argent : les fleurs & fruits brodés en chenille reflortent très-bien for ces fortes de fonds.
- On entremêle quelquefois les fleurs brodées en jais, de paillettes de verre, margueritains, & petits grains de différentes formes, comme c9 c, c >fig* 14. Le meilleur jais vient de Milan ; il faut qu’il foit court, bien égal de grofleur & coupé bien net : à Paris, ce font les Émailleurs qui le font Sc qui le vendent.
- De la Broderie en Nuances.
- La Broderie nuée, foit en foie, en laine ou chenille, exige beaucoup de goût & d’intelligence ; non-feulement elle exprime la forme des objets, comme celle d’or ou d’argent ; il faut encore qu’elle peigne leur couleur Sc leur dégradation : l’Art de fondre les nuances pour faire fentir la lumière ou la rondeur, n’eft pas un art facile. Combien de gens s’applaudiffent de leur ouvrage , qui n’en ont pas les premiers éléments ? Non-feulement les points doivent fe courber foivant les nervures ou les artérioles des feuilles, pour en exprimer le mouvement. Voye^ PL 3 ,jîg. 7, a , a, a. Il faut encore placer les teintes à propos , éviter les épaiffeurs ; elles ôtent la grâce Sc la légéreté de l’ouvrage ; il faut
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- encore, & fur-tout pour les fleurs, éviter la multiplicité des nuances ; lesOu-vriers médiocres croyent n’en jamais mettre aflez ; ils n’ofent à propos fauter une ou deux nuances pour heurter les effets : il faut, tant qu'on le peut, faire de grands points dans les grandes parties , la multiplicité des petits points ôte le luftre de la foie ; il eft encore à propos d’éviter de toucher la foie en travaillant , encore moins paflèr le dez deflus ; que toutes les fleurs d’une même efpece ne foient pas toutes du même ton, comme il arrive trop fbuvent, la Nature en préfente de claires & de brunes , il faut l’imiter, c’eft une maîtrefle sûre.
- On brode en foie des tableaux d’hiftoire de toutes grandeurs, des payfàges, & quelquefois même des portraits (a) ; mais ce font des chef-d’œuvres très-rares , & ceux qui les ont faits ont toujours eu la docilité de fe laiffer conduire par d’habiles Peintres. La foie plate & la trême d’Alais, font les matières préférables pour ce genre d’ouvrage ; on l’emploie à points fendus & rentrants les uns dans les autres , foit en fidvant le fens des mufcles , foit tout d’un fens, cela eft arbitraire. Il ne faut point d’enlevure fous la Broderie en foie nuée ; cela eft d’auffi mauvais goût que les lumières en relief dont quelques Allemands ont cru embellir leurs tableaux. Comme la foie plate eft fort groflè quand on Tachette, on la refend facilement avec les doigts par aiguillées aufli fines qu’on le defire.
- Les fleurs & compartiments pour meubles ou vêtements, fe brodent ordinairement avec la foie de Grenade, fur-tout fi c’eft en paffé. Quoique les ombres ne foient dans la Nature qu’une privation de lumière qui préfente les nuances des objets plus fbmbres & plus éteints, il eft d’ufàge de les exprimer, ( fur-tout pour les fleurs brodées ) , par des teintes de plus en plus vives; on n’ofe pas ( même pour les chofes qui font fenfées plus éloignées de l’œil), hafàr-der les demi-teintes ni ces couleurs fàles & équivoques qui donneroient tant de fraîcheur aux fleurs dominantes, & les rendroient plus vives & plus fàillantes : l’habitude fait qu’on n’eft point choqué de ces contre-fens, qui démentent chaque jour les meilleurs tableaux. Depuis quelque temps on préféré à la foie de Grenade , un cordonnet fin Sc égal, dont le grain eft plus agréable ; nous devons cet exemple aux Chinois , chez qui plufieurs Curieux ont fait broder des habits de la plus grande régularité. Les Marchands en tiennent des aflortiments.
- Un autre procédé beaucoup plus expéditif, c’eft de lancer une ou plufieurs nuances d’un bout à l’autre de chaque objet , en les fondant Tune dans l’autre; & quand la furface eft toute couverte de foies > on la croifè d’autres foies fines aflorties aux premières nuances > & lancées à la diftance de deux ou trois lignes les unes des autres, comme la rofe >fig. 6, PL 3 , ou la feuille de vigne yfig. 4 , PL 7 ; puis on arrête ces dernieres foies de petits points imperceptibles, ce qui
- (a) On peut voir un beau portrait de Louis XIV , au Garde-meuble du Roi ; les tableaux de quelques ornements d’Eglife , & fur-tout les tableaux brodés du Trône du Roi, à Verfailles, repréfentant les Titans foudroyés, & Jupiter con-
- fié aux Corybantes. M. Rivet, habile Brodeur, qui vient de finir ces morceaux d’après les tableaux de le Brun, a bien voulu m’aider de fes lumières pour différents articles de ce Mémoire.
- s’appelle
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- De la Broderie en Chenille. 2 y
- s’appelle radier, comme le préfente la figure. Ce procédé eft bon pour les grandes parties , Sc les ouvrages qui ne doivent être vus que de loin. La foie en eft fort luifànte : les queues & nervures fe font à points fendus à 1 ordinaire.
- Quelques Communautés Religieufes brodent fur de gros papier, des corbeilles & bouquets de fleurs en foie plate , nués à deux endroits ; la levée de point ou jonéfion d’une feuille à l’autre, fe trouve à-peu-près coupée par le coup d’aiguille répété à côté l’un de l’autre, ce qui nuit à la folidité , & fait que malgré la propreté du travail, ce genre de Broderie n’a guere d’autre ufàge que d’être mis fous verre 'ou dans des livres.
- De la Broderie en Chenille.
- Il y a deux maniérés de broder en chenille , l’une en la coulant for l’étoffe avec une foie cirée de la même couleur ; les points fo trouvent cachés par les poils de la chenille , quand on a foin de faire le point un peu de biais, du fens que la chenille eft torfe. Cette chenille a d’abord été roulée fur une broche qui fort à la mener ferme en la coulant, & la garantit de la froiflhre de la main ; on coupe la chenille, quand la nuance ou l’objet font finis, à un pouce de diftancè du dernier point, & ce bout qui déborde, on le pafle au travers de l’étoffe tout auprès du dernier point de foie, avec une aiguille à pafferles bouts. Voy. Pl.^fig. y.
- On peut nuer les grands objets par ce procédé, en failànt les rangées plus ou moins longues, & les continuant de la nuance foivante, félon que les ombres de l’objet l’exigent. Il eft rare de coucher la chenille deux brins à la fois ; cela peut pourtant arriver pour de grands compartiments d’une feule couleur.
- L’autre maniéré de broder en chenille , eft de l’enfiler par aiguillées courtes dans une aiguille à longue tête, & la paffer au travers de l’étoffe, foit en paffé foit en la nuant à points courts & longs comme on fait en foie pour fondre les teintes ; on ne doit pas employer la chenille double comme on fait la foie ; ce procédé fond mieux les nuances, il fait plus velouté que la chenille couchéei La broderie en chenille à l’aiguille, confomme un peu plus de marchandife, tant à caufe des pafiàges qu’on fiait à l’envers de l’étoffe, que parce que la chenille eft fojette à s’écorcher, fi l’Ouvrier n’a pas l’attention de la foulager en tirant fon point.
- Si la chenille s’écorche en travaillant, il faut arrêter le dernier point, défiler fon aiguille, couper ce qui eft écorché, & renfiler le refte s’il en vaut la peine. On ne doit pas faire de nœud au commencement de l’aiguillée, mais l’arrêter de deux ou trois petits points perdus, comme le paffé d’or, voye^ PL 4, fîg. 3 ,
- b. Il ne faut pas non plus matelafler l’ouvrage en mettant les points trop près les uns des autres, mais feulement laiffer aflez peu d’efpace pour qu’on n’apper-çoive pas le fond de l’étoffe entre chaque point.
- Quelques perfonnes emploient la chenille en chaînette au crochet, & elle fait un bon effet. Il s’en fait de trois grofleurs différentes : on font bien que la plus fine Brodeur. G
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- fe nue mieux, efl plus longue à travailler, & plus chere en elle-même : en général , la Broderie en chenille n’eft pas d’un excellent ufage; elle fe flétrit fa- -cilement, prend & conferve la poulliere.
- De la Broderie en Laine.
- , O n brode en laine fine d’Angleterre à points fendus & en pâlie, comme on fait en foie ; il n’y a de différence que dans la maniéré d’enfiler Ion aiguille : il faut ployer le bout de l’aiguillée en deux, & faire entrer la boucle que forme cette laine dans le trou de l’aiguille ; il feroit très-difficile d’en venir à bout autrement à caufe du refîort des poils dont la laine efl: formée. On brode en laine fine les armes de bandoulières, fopports de blafon, ornemens d’Eglife, robes de femmes, &c. On s’en fert encore en chaînette ; cette matière a l’avantage de donner des couleurs plus vives & de plus de réfiftance que la foie. Il y en a de toutes les nuances.
- Pour les équipages d’armées , 8c autres gros ouvrages , on fe fort de greffe laine, ainfi que pour faire des cordons à liférer la taillure de laine; ces équipages font moins lourds, prennent moins d’eau, 8c font d’un meilleur ufage que les caparaçons en tapifferie. L’expérience l’a prouvé.
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- De la Broderie en Tapijjerie.
- QuoiQUEla Broderie en tapifferie ne foit pas du reflort des Brodeurs, j’ai cru devoir donner une idée des procédés de ce travail.
- On brode en tapifferie gros & petit point des meubles de toute efpece ; le deffein étant tracé à l’encre fur du canevas gros à volonté, on le fait retracer par de petits points de filofelle fur tous les contours, pour indiquer les différentes nuances. Uoy. Pl. 3 ,fig. 2. Les fils du canevas fervent à régler les points de foie ou de laine avec lefquels on brode. Le gros point fe fait en embraffànt quarrément deux fils du canévas, maille à maille, comme fig. 9, a, a, tout le long de l’objet, ou du fond qu’on brode ; puis on reprend la même marche en fens contraire, comme £, ce qui recroifo chaque* point & bouche abfolu-ment les trous du canevas ; on font bien qu’il faut proportionner la groffeur de la laine à la groffeur du canevas. On plaque d’une ou deux couleurs pour imiter le damas, comme fig. 10, ou l’on nue en toutes nuances en fe réglant par les fils.
- Le petit point fe prend d’angle en angle du canevas, voye[ fig. 8 ; puis revenant en fens contraire auflî d’angle en angle pour recouvrir : il donne à peu-près le même effet, avec cette différence , que le petit point exprime mieux les formes. Le gros point fo fait fur du canevas fin, & le petit point fur de gros canevas. Ce travail a dans fon méchanifme quelque rapport avec la mofaïque. Quelques Marchands tiennent en magafin des fauteuils 8c fophas, dont les nuan-
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- De la Broderie en Chaînette S au Tambour. tj
- ces font faites, il ne refte que les fonds à faire pour amufer les perfonnes qui ne veulent pas fe donner beaucoup de peine. On brode beaucoup en tapiflerie dans les Communautés Religieufes : c’eft un travail facile.
- Quelquefois avant de broder, on applique le canevas tout deflmé fur un fond d’or ou de foie ; quand les fleurs ou fruits font brodés en la maniéré fufdite, & en embraflant à chaque point l’étolfe qui eft deflous, on coupe la lifiere du canevas , puis on tire adroitement les fils l’un après l’autre , julqu’à ce qu’il n’en refte pas un feul ; l’étoffe qui étoit deflous 8c qui fe trouve à découvert, devient le vrai fond de l’ouvrage ; le canevas n’a fervi qu’à régler le point.
- Le marly rend le même fer vice , & eft bien plus commode ; il fuffit de le découper autour des objets quand la Broderie eft faite, & rien ne paroît. Comme la laine a des couleurs plus vives & qui fe confervent mieux que celles de la foie, on fait volontiers les nuances brunes en laine , 8c les claires en foie.
- De la Broderie en Chaînette & au Tambour.
- La Broderie en chaînette dont beaucoup de Dames s’occupent, s’eft longtemps faite ou fur le doigt ou fur un métier ordinaire avec une aiguille à coudre. La ville de Vendôme étoit renommée pour ce genre de travail. Depuis à-peu-près dix ans qu’on nous a apporté de Chine un procédé auffi correél 8c fix fois plus expéditif, on a abandonné l’autre maniéré d’opérer.
- Quand l’étoffe a été tendue fur un cercle d’éclifle appellé Tambour, voye[ PL I , fig. 7 & 8 , & arrêtée avec la {angle bouclée qui l’entoure by b , la per-fonne qui veut broder prend l’outil, fig, 12 , dont la pointe a forme un crochet ou hameçon imperceptible ; la vis b arrête l’aiguille dans un manche c de buis ou d’ivoire. La Brodeufe après s’être affife, avoir pris fur fes genoux le métier ou tambour, & tourné devant elle la furface extérieure de fon tambour, qui eft mobile , ou fur des vis c , c, ou fpr un genouil dy fiche la pointe de fon outil dans l’étoffe à l’endroit que le deflin lui indique ; elle acroche avec l’hameçon de fon outil, une première boucle d’or ou de foie que lui préfente la main de deflous ; elle rame ne cette boucle en deflus avec l’outil 3c l’autre main, en appuyant un peu le dos de l’outil pour ouvrir le trou de l’étoffe ; elle fiche enfuite fon aiguille une ligne plus loin fur le trait deffîné, {ans la jfortir de prêmiere boucle ; accroche le brin d’or que lui préfente la main de deflous, le ramene en deflus, le fort de la première boucle en contenant l’or un peu ferme avec la main de deflous, & ainfi de fuite ; l’habitude fait le refte. Pour arrêter un dernier point, ou former la pointe d’une feuille , on laifle le dernier point en l’air ; on en fort l’outil à vuide, & une ligne plus loin on ramene l’or de deflous ; on lui fait etnbrafler le point qui reftoit en l’air, on tire doucement en deflous, 8c tout eft arrêté. L’or qu’on emploie doit être fouple 8c fin ; il faut de 1 expérience pour ne le pas écorcher.
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- Quand la chaînette eft faite d’or ou d’argent, on la fait cylindrer pour lui donner plus de luilànt ; l’or en s’écralànt fous le cylindre devient une efpece de lame brillante : mais l’étoffe y perd quelque choie de fà fraîcheur. On lifere au tambour de petits damas, des toiles peintes, des linons brochés.
- De la Broderie du Blafon.
- Les émaux du Blafon fè brodent ordinairement en cordonnet, couché du même fens que l’on exprime leur couleur fur les deffins & gravures ; c’eft-à-dire , que l’azur ou bleu fe couche en travers de l’éculîon parallèlement, comme y , VL 7 ; gueule ou rouge, fe couche perpendiculairement, comme fig. 6 ; finople ou verd, fe couche en biais de gauche à droite de l’éculîon , comme fig. 7 ; pourpre ou cramoifi, fe couche de droit à gauche, comme fig. 8 ; fable ou noir fe lance à volonté, rabattu en petits carreaux, comme fig. ç : ces rayures font confacr ées par les principes du Blafon. Les métaux qui font ou or ou argent, fe repréfentent par le jaune ou le blanc , pour les ouvrages communs, couché à volonté. Dans les Blafons précieux , on emploie l’or ou l’argent couché ou là-* tiné ; quelquefois même on exprime le champ d’or ou autres pièces qui compo-fent le Blafon, par des paillons découpés à volonté ; fi ce font de très - petits objets, on peut les faire en frifiire ou bouillon : rarement trouve-t-on métal fur métal, ou émail fur émail ; cela n’eft cependant pas fans exemple. Il faut être exaét à fuivre les émaux ou couleurs annoncées par les cachets ou deffins y plufieurs familles portant les mêmes pièces, variées feulement par les couleurs.
- Il feroit à délirer que tout Brodeur eût au moins les premiers éléments du Blafon.
- Il eft alfez cPufàge de féparer les quartiers qui compofent le Blalon, ainfi que les lurtouts, par une formation ou profil noir. Les couronnes, cartouches, fup-ports, Scc, doivent être brodés de rapport, afin de pouvoir être emboutis à volonté ; les coliers d’Ordres & leurs croix , demandent de l’exaélitude & de la délicateffè : on peut les faire valoir par des formations de loies alîorties aux objets.
- Les yeux des animaux qui fervent de lupport aux Blafons , le font louvent avep un gros grain de jais noir, rond ou ovale, percé & rattaché de quelques points de foie, ce qui exprime très-bien la prunelle.
- Le cri des Armes, les devifes & légendes fe brodent communément lur des banderolles de laine ou d’argent couché ; les lettres fe font en foie ou laine noire paffée. Pour bien exprimer les angles & les déliés de chaque lettre, il eft à propos d’en tracer d’abord les contours par des foyes lancées d’un bout à l’autre de chaque jambage : puis recouvrir ces jambages & les foyes qui les tracent ( fans - les déranger ) en paffé pris un peu de biais. Je foppofo que l’Orthographe a bien été obfervée par celui qui a fait le delfein.
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- De la Broderie en Fourrure. De la Broderie en Fourrure.
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- Depuis qu’on a réufli à teindre l'hermine en toutes couleurs, les Brodeurs efi ont fait des compartiments & des fleurs découpées, colées & ornées de graine & lifiere de paillettes ; on y mêle de la peau d'agneau d'Aftracan, for laquelle on brode des compartiments de paillettes. Quand on ne veut qu'imiter la fourrure on lance le compartiment qu'on projette, en foie plate, aflbrtie à la peau qu'on veut imiter ; puis on fait les poils à claire-voie , en fens contraire à la foie, avec de la chenille aufli aflbrtie. Ces nouveautés ont affez le caraétere de l'hiver, & réufliflent très-bien. Il fe fait aufli des Broderies en plumes de geai & de perdrix , râchées de foies aflorties, & bordées de paillettes ; on fait encore des compartiments d’ailes de mouches cantharides & autres foarabées colorés, rabattus de fils d'or , & mille autres inventions qui éclofent de temps en temps.
- De la Broderie de Marjeille.
- L a Broderie de Marfoille fe fait en piquant de petits points de fil blanc, tous les contours des compartiments ou fleurs deffinées en blanc for de la batifte ou moufleline doublée d'une autre toile plus forte & tendue for un métier ordinaire. Quand tous les objets font ainfi piqués, on retourne le métier, puis avec un poinçon ou la tête d'une grofle épingle ,on infinue plus ou moins de coton filé entre les deux étoffes, par un petit trou fait à l'envers de chaque fleür, pour leur donner du relief. Quand on a ainfi rembouré tous les objets , en prenant bien garde de crever la batifte ou moufleline , on retourne le métier, puis on feme tous les fonds du deflin de nœuds de fil, faits à l'aiguille l'un après l'autre & très-preffés, ce qui produit un fond fablé & les fleurs lifles aflèz agréables , for-tout pour des meubles de bains.
- Les couvre-pieds & vêtements piqués, fe font un peu différemment ; après qu’on a tendu for un métier l'étoffe qui doit fervir de doublure, on la couvre en plein d'une légère couche de coton cardé ; on recouvre le tout de la belle étoffe que l’on fixe bien étendue , par des points ou des épingles tout autour ; on trace légèrement avec de la craie, les écailles, carreaux ou molàïques que l'on veut repréfenter ; puis on pique tous les contours de petits points de foie ou de fil aflorti à l'étoffe. Les Tapifliers fe font arrogés le droit de broder des lits foivant ce procédé , ce qui a donné matière à quelques procès.
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- De la Broderie en Nœuds.
- O n brode des robes, des meubles, en coulant à petits points les nœuds que font les Dames en s'amufant avec leur navette, voye^ PI. j1 >fig. io. Il n'eft pas befoin, comme à la Broderie en chenille, de paffer les bouts chaque fois qu on Brodeur. H
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- 3o ART DU BRODEUR.
- eft obligé de couper, ilfuffit d’arrêter le dernier nœud de deux points de foie : il y a peu d'ouvrages auflifolides. Quand les objets font un peu gros, on peut les nuer comme avec la foie ; on recouvre quelquefois par de gros 8c grands points de foie , pour exprimer des mafles de lumière , ou des formations d’ombre, tout cela dépend du goût. Il y a des nœuds de différentes grofleurs ; il s’en fait en laine, en fil, en foie ; ceux à deux côtés , PL y ,, fig. I y , font très-propres à li-forer les grands compartiments.
- De la Broderie en Blanc.
- On brode for moufifeline en coton, fil plat, ou fil de Maline, à points piqués, en chaînette, ou en une infinité de petits jours, ou mofaïques, imitant les, points de dentelle ; ce qui fe fait par différentes combinaifons des fils de la mouffeline qu’on reflerre les uns près des autres avec des points de fil très-fin comptés régulièrement. Si cette Broderie eft deftinée à faire des manchettes, on y fabrique une dent, ou en points noués, ou en petits œillets : quelquefois on brode deux mouffelines enfemble, foit en brodant les contours du deflein qu’on met deftous, d’un cordonnet qu’on coud à petits points 8c qui embraffe les deux mouffelines ; foit en liférant les objets d’un point noué ou d’une chaînette ; puis on découpe l’une de ces deux mouffelines, autour des fleurs 8c des feuillages. On ne defline point la Broderie de moufleline for l’étoffe ; mais on bâtit à petits points la moufo feline for le deflein, qui doit être en papier ou parchemin jaune ou verd.
- % On peut avoir chez foi nombre d’Ouvrieres de cette efpece fans craindre les Jurés-Brodeurs,
- Tout ce qu’on brode en or fe peut exécuter en argent ; la différence eft à peu-près du tiers pour le prix des matières, le prix de la main-d’œuvre eft le même : tout l’or que l’on emploie en Broderie n’eft que de l’argent doré : le Mémoire du Tireur d’or eft utile à confolter ; il a beaucoup de rapport avec celui-ci.
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- Les odeurs fortes noirciflènt facilement la Broderie, for-tout celle qui eft faite en argent ; on la nétoie avec de la mie de pain raffis, qu’on fait chauffer dans un poêlon bien net ; on répand cette mie toute chaude for la Broderie, on la frotte avec la paume de la main, on l’étend de façon qu’il y en ait par-tout for l’ouvrage , on couvre le tout de plufieurs linges ; quand tout eft refroidi, on retourne le métier, on le bat par l’envers avec une baguette ; on vergette la Broderie , puis on colle avec de la gomme ou de l’empois bien étalé for l’envers de la Broderie.
- On la nétoie encore avec du talc calciné & tamifé très-fin, ou de l’os de foche pulvérifé. Quelques perfonnes ont l’art de rendre à l’or noirci 8c très-pafle, là couleur & fon éclat, fans altérer le fond de la Broderie ; mais c’eft un fecret de pere en fils, dont une famille à Paris fait dépendre fa fobfiftance.
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- Maniéré de nétoyer la Broderie. 3 r
- On fend encore à l’or blanchi fa couleur pour quelques inftants, en Texpofint à la fumée de plumes ou cheveux brûlés.
- Il y a quelques autres procédés dérivés de ceux-ci, qu’on peut étendre à Tin-fini, fiiivant les matériaux qu’on emploie, & le génie de ceux qui opèrent : j’ai tâché d’indiquer dans ce Mémoire, ceux qui font les plus familiers.
- Pour montrer la variété des goûts dans Tefpace d’environ un fiécle, j’ai joint à la fin de ce Mémoire, plulleurs deffeins exécutés à vingt ou trente ans les uns des autres, pour des Bordures d’habits d’hommes.
- Fin de VArt du Brodeur.
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- EXPLICATION
- DE QUELQUES TERMES
- PROPRES A L'ART DU BRODEUR.
- ^jguilles ; il en faut de plufieurs fortes :
- Aiguille de trois pouces de long, groffe à proportion, propre à enfiler la ficelle.
- Aiguilles moyennes pour l’enlevure en fil.
- Aiguilles à foie ôt à cul rond.
- Aiguilles de la plus grande fineffe pour employer la frifure.
- Aiguilles à chenille , d’un bon pouce de long, la tête fort ouverte.
- Aiguille fans pointe pour la tapifferie fur canevas.
- On achette ces différentes Aiguilles à la 'Coupe ôt à Y Y grec , rue Saint-Honoré.
- Aiguille a passer les bouts ; c’eft une groffe Aiguille enfilée deux fois d’un même fil ou cordonnet, formant une boucle dans laquelle le Brodeur fait paffer chaque bout d’or ou de chenille qu’il veut faire paffer au travers de l’étoffe pour l’arrêter. Voye% F/.
- 3 >fig' S
- Aiguille a chaînette pour broder au Tambour, doit être très-polie , la pointe ou hameçon bien dégagé : il y a beaucoup de choix ; les meilleures fe prennent chez les Couteliers.
- Les Brodeufes caffent beaucoup d’aiguilles. On donne pour les aiguilles quand on veut hâter les Ouvriers, ou qu’on va les voir travailler. Les bons Ouvriers enfilent leur aiguille à tâtons en deffous le métier.
- Aiguillée , bout d’or ou de foie proportionné à l’étendue du bras de celui qui l’emploie ; quand on l’a enfilée, il faut larder deux ou trois fois la foie avec la pointe de l’aiguille, Ôt la faire paffer tout au travers pour former vers la tête une boucle imperceptible qui l’empêche de fe défiler : en commençant à travailler , il faut arrêter le bout de l’aiguillée dans l’étoffe, par deux ou trois petits points perdus ; cela eft plus propre que de faire un nœud. On en fait de même en fini (Tant l’aiguillée avant de la couper en deffous ; ce qui refte dans l’aiguille, fe met au Bouriquet.
- Argent. L’argent de Lyon eft d’un meilleur ufage pour paffer que l’argent de Paris : on le vend ?6 livres le marc.
- Battre. Il eft à propos de battre le métier avec une baguette avant de travailler, pour faire tomber ce qui pourroit refter de ponçure ; il faut encore le battre bien fort
- fur l’envers de la Broderie quand elle eft: faite, pour faire fortir toutes les ordures ôc mie de pain qui ont fervi à la nétoyer.
- Battu , trait d’or très-fin, paffé au cylindre ôc rendu en lame polie.
- Bille , partie de la châpe qui fert à réunir les deux devants, ôc les fixer fur les épaules de celui qui la porte avec le fecours de deux agraffes. Voye^PL 6 yfig. 4 , a.
- Blanc a dessiner. Il faut broyer le blanc de cérufe avec de l’eau ; puis quand il eft bien fin , y mettre un peu de gomme d’Arabie , un fiel de carpe ou un peu d’eau-de-vie, pour le rendre coulant ; il en faut faire un bon pot a la fois , le blanc devient meilleur en vieilliffant : il faut le remuer fouvent avec un petit bâton. On l’emploie indiftin&ement au pinceau ou à la plume.
- Bleu d’Inde , fe prépare de même, ôc fert auffi pour ordonner fur les fonds.
- Bobines , petit cylindre de bois blanc percé, fur lequel on dévide l’or ou la foie ; il y en a de différentes longueurs ôc grof feurs. Les Tireurs d’or vendent For à paffer Ôc le cordon fur des bobines par onces réparées ; la tare de la bobine ôc la groffeur de l’or font marquées fur la patte de chaque bobine. Voye£ PI. l, d, d.
- Dans les grands atteliers, 011 enfile les bobines de foie en chapelets de différentes nuances, de peur quelles ne s’égarent, comme PL 1 ,fig. u.
- Bords , coupons de deffin, d’environ dix pouces , lavé ôc marqué des différentes matières qui doivent l’exécuter ; il faut en avoir fouvent de nouveaux, pour donner à choifir aux Seigneurs, qui ne veulent presque jamais du deffin qui a été exécuté pour un autre. Voye^ PL ^yfig. 1 , 3 $T
- Boucles , fe font en enfilant un point de frifure ou bouillon dans une aiguillée déjà arrêtée dans l’étoffe ; puis fichant fon aiguille tout à côté du trou par où elle a paffé, en tirant la foie en deffous, le grain de frifure forme un petit arcade qu’on nomme boucle, Voyez PL 5 yfig. 8 , bis f. On en entoure fouvent les grandes paillettes, Ôc quelquefois des compartiments entiers.
- Bouillon , petite lame qui a été roulée en tire-bourre fur une longue aiguille, ôc qui forme un tuyau d’environ 12 pouces. On le
- coupe
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- propres h (Art du Brodeur*
- coupe pâr grains de deüx ou trois lignes de long , pour l’employer , ainfi que la frifure, en l’enfilant de foie.
- Bouriquet y petite boîte de carton qui court fur le métier, dans laquelle les Ouvriers amaffent les bouts d’or écorché > les nœuds , les paillettes mal faites , & tout ce qui doit aller au déchet.
- Boutique. On nomme ainfi le lieu où travaillent les Ouvriers , quoique ce foit allez ordinairement une chambre haute. Il doit y avoir au haut de chaque mur y de longues , fiches de fer bien fcélées y commepl. 2 yfig. 5> y pour accrocher les métiers quand ils em-barraffent ou quand ils féchent.
- Bouts : mot qui fert à exprimer les différentes groffeurs de l’or de Paris ; ainfi deux bouts, trois bouts y quatre bouts, défignent le nombre de foies fur lefquelles l’or eft filé. La groffeur de l’or de Lyon fe défigne par une S marquée fur la patte des bobines y ainfi £,-f ,4 , b^oye^dydy Pl. 1.
- Branche , fe dit de la frifure ôc du bouillon y dans l’état qu’on l’achete avant de la couper par petits grains. Il faut tirer chaque branche de frifure fur fa longueur, pour que la fpirale en foit un peu moins ferrée ; fi on l’alongeoit trop, chaque tour d’or laifferoit voir la foie qui l’enfile, ce qui eft contraire aux Ordonnances. On coupe avec des ci-feaux cinq ou fix branches de frifure en même temps.
- Broche, eft un outil de buis, voye^ pi. ii r y ayant fix pouces de long, avec une patte triangulaire pour l’empêcher de rouler quand on s’en fert ; c’eft fur la partie évuidée delà broche qu’on dévide l’or a coucher ou la chenille ; on en paffe les bouts dans la fente x, en travaillant ; on ne touche que la broche ôc jamais l’or, de peur de le flétrir; on le déparie du bec ou de la fente, à mefure qu’on l’emploie ; on en déroule quelques tours , on les repafle dans la fente , ce qui le contient ôc fert à le mener ferme en travaillant.
- Brochette , pi. 1, fig. n , outil qui fert à tenir une bobine d’or ou de foie qu’on veut furvuider fur une autre à l’aide du rouet. pl.
- 3 ,fig-3-
- Brodeur ou Bordeur , Ouvrier qui emploie l’or ou la foie fur une étoffe déjà fabriquée : la Communauté des Brodeurs eft fous l’invocation de Saint Clair. On nomme Grenouilles , les fauffes Ouvrières, à caufe que gagnant moins que les Maîtres, elles ne boivent que de l’eau.
- Brodoir , petit métier qui fert à fabriquer un petit galon fur l’épaiffeur de deux étoffes brodées féparément, puis réunies. Cet outil appartient aux Bourfiers; on envoie au Bro-doir , chez eux, les parements d’habits d’homme , mitres , ôcc.
- Bruslé. On brûle le. déchet ôc les vieilles
- Brodeur.
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- Broderies pour en extraire la foie & les corps étrangers. Si les Orfèvres n’ont pas eux-mêmes brûlé l’or filé, ils ne l’achetent que comme de l’argent, n’en pouvant faire la différence qu’au creufet; ils paient l’once d’or fept livres, ôc l’once d’argent fix livres cinq fols.
- Calle , petite cheville de bois qu’on fait quelquefois entrer à force dans la mortaife extérieure du métier, pour contenir les lattes quarrément, quand elles font beaucoup plus étroites que les mortaifes.
- Calquer , fe fait en deflinant fur du papier huilé, tous les traits d’un dellin qui eft deffous, Ôc qu’on voit au travers. On calque fur le papier verni avec une pointe. On calque encore un deffln à pointe ou à milieu , quand après avoir defliné une moitié un peu ferme, on ploie le papier en deux, ôc qu’on gratte par l’envers avec l’ongle ou quelques corps durs Ôc polis, ce qui répété l’objet tout entier.
- Canetille. On nomme ainfi dans la fo-ciété, la frifure ôc le bouillon.
- La canetille eft aufli un gros trait d’or ondulé ou bouclé, puis applati au cylindre, dont on borde quelques fleurons ôc des Croix d’Ordres. Les Boutonniers en emploient plus que les Brodeurs.
- Canevas , c'eft une toile dont les fils plus ou moins gros font toujours à une ligne de diftance les uns des autres en tous fens : il s’en fait de différentes largeurs. Il faut liffer le canevas avant de le deffiner. Le canevas fert pour la tapifferie de gros ôc petit point#' On s’en fert aufTipour remplir les vuides des morceaux échancrés quand on veut les tendre fur le métier.
- Cerceaux : ce font des anneaux de trait de cinq ou fix lignes de diamètre, écrafés ôc polis comme le clinquant : on ne s’en fert que dans les ouvrages communs.
- Chanlatte : c’eft une piece de bois de cinq à fix pouces d’épaiffeur Ôc de toute la largeur de la Boutique , que l’on a attachée ou fcéiée le long du mur des fenêtres , à la même hauteur des tréteaux, Ôc qui en tient lieu pour porter un des bouts des enfubles# f^oye^pl. û , fig, dydyàzh, Vignette.
- Chapelet , bobines chargées d’une nuance fuivie ôc enfilée pour les trouver plus facilement. Voye^pl. 1 y fig. u.
- Chasubliers. Des Brodeurs ont embraffé cette branche de commerce, qui n’a guere de rapport à leur Art : ils taillent, doublent ôc montent les ornements d’Eglife. j’ai cru qu’il fuffiroit de la Planche 6, pour donner une idée de l’économie avec laquelle on taillé les ornements d’Églife.
- Chenille. Le paquet de chenille de quatre brins, chacun de quatre aunes, pefe ordinairement un gros trois quarts i en couleurs ordinaires, comme gris, jaune, verd ,bleu,
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- Explication de quelques Termes
- on le vend vingt fols ; en rouge & cramoifi, vingt-cinq fols» Ce font les Rubaniers qui font ôc vendent la chenille. Il faut, pour être bonne, qu’elle foit bien fournie de poils ôc coupée bien également : on en fait de plufieurs groffeurs ; celle filée fur fil eft moins chere ôc moins bonne. On emploie la chenille ou paffée à l’aiguille, ou coufue fur l’étoffe , ou en chaînette au crochet.
- Clinquant. C’eft un gros trait d’or paffé plufieurs fois au cylindre luifant ôc poli. Les Tireurs d’or en tiennent de plufieurs largeurs ôc épaiffeurs ; ils en ont aufli de pliffé. Le clinquant s’emploie ou coufu à plat avec de la foie , ou recouvert de bouillon, ou guipé fuivant le goût.
- Clous a tendre : ce font deux chevilles de fer, de dix à douze pouces de longueur , qui fervent à bander l’étoffe en chaf-fant la latte de la mortaife jufqu’à ce que le métier foit affez tendu.
- Clous : il en faut quatre d’environ trois pouces de long ; ils fervent à contenir les en-îubles dans le plus grand éloignement poffi-ble , quand le clou à tendre a fait fon office.
- Coller. Quand la Broderie eft finie , mife en taille, nétoyée, battue ôc broffée, on la colle avec de l’empois blanc, de la gomme d’Arabie, ôc même de la colle de Gand pour le gros ouvrage; on l’étale beaucoup par l’envers en frottant avec la paulme de la main. Cette opération rend à l’étoffe fa fermeté, Ôc fert à arrêter les bouts d’or ou de foie qui font en deffous. Comme fouvent la Broderie fe fait au poids, les Ouvriers chargent l’envers de beaucoup de gomme pour en impofer ; fi la Broderie eft degroffe enle-vure, on fe fert de colle de Flandre. Il faut bien laiffer fécherla colle avant de détendre îe métier, autrement l’étoffe fe griperoit, ôc feroit des grimaces. Si l’on eft fort preffé, on peut avoir recours à quelques réchauds de feu pour faire fécher plus vite, en prenant garde de les approcher trop près de l’étoffe.
- Cordon. Les Tireurs d’or en tiennent de tout fait en deux brins d’or , qu’on paffe à l’aiguille comme le paffé ; cette matière étant plus terne que le filé , convient pour faire des fonds de compartiments ou revers de fleurs.
- Les Tordeurs font des cordons de trois, fix, dix, ôc feize brins d’or tord au rouet pour liférer les compartiments. L’or rebours eft deftiné à faire les cordons. J’ai dû dire quelque part qu’on n’embraffe pas le cordon avec la foie qui le coud; mais on la fiche dans le retors , ôc le point fe trouve caché.
- Cordonnets. Les Marchands de foie en botte tiennent des cordonnets de toutes couleurs pour la chaînette ôc la Broderie imitant les Indes. Le bon cordonnet doit être de trême d’Alais, bien égal ôc point bouraffeux:
- on le vend quatre livres fonce.
- Couchure : on nomme ainfi for coufu à plat en deux ou trois brins à côté les uns des autres , qu’on conduit avec une broche. La rencontre des points de foie qui coufent l’or, forme à volonté des lofanges, écailles, chevrons, dont la couchure emprunte fes différents noms.
- Coupon : c’eft l’étendue d’un bout de deffin ordinairement de fept à huit pouces, qui fe raccorde par fes extrémités, ôc que fon répété autant de fois qu’on en a befoin pour faire une bordure,
- Coutisse : c’eft une fangle de trois pouces de large, que fon ploie en double fur fà largeur, & dont on cloue les deux lifieres enfemble le long de chaque enfuble, entre les deux mortaifes parallèles ; voye£ pL i , fig, i, a, a : c’eft à la coutiffe que fon coud l’étoffe en commençant à tendre; voye^fig, 6, b y b. Quand les coutiffes font ufées ou arrachées , on rifque de mai tendre fon métier. Le Maître doit les renouveller.
- Crochet , outil pour broder au tambour, voye^pL i} fig, 12 , compofé d’une aiguille a, dont la pointe fe termine en un très-petit hameçon. Cette aiguille eft arrêtée par une vis b, dans un manche c, de buis ou d’ivoire. Ce manche eft creux, fon couvercle d eft à vis, Ôc peut contenir plufieurs aiguilles, pour en changer fuivant les différents fonds, ou quand on les caffe.
- Cul-de-poule , lame épaiffe ôc reployée en zigzag, dont les Boutonniers font plus d’ufage que les Brodeurs. Les Allemands en emploient beaucoup dans lehrs ouvrages.
- Découpeurs Brodeurs, font ceux qui découpent avec un fer les compartiments de vélin ou de papier qu’on met fous la guipure ôc quelquefois foui le paffé. Ils travaillent fur une table de tilleul pour foulager la pointe de leur fer ; ils le tiennent à pleine main, Ôc parcourent fucceffivement tous les traits tracés fur le vélin, en appuyant à chaque coup de fer fur le manche avec la paume de la main droite ; le doigt index de la main gauche fuit de près la pointe du fer, pour contenir le vélin qui releveroit chaque fois qu’on releve l’outil. Le Découpeur doit favoir un peu deffiner pour conferver les formes en traçant fon deffin fur le vélin ; il doit éviter de faire des hoches à chaque coup de fer, ôc conferver purs tous les contours.
- Quand tout le deffin eft évuidé, il tire avec une pince les brides qui lioient plufieurs vélins enfemble ; car j’oubliois de dire qu’il en découpe quatre ou cinq en même temps. Les rognures fervent à faire de la colle.
- Le Brodeur découpeur, découpe auffi des lames d’or ou d’argent liées plufieurs enfemble avec des brides, de telle forme qu’on l’exige ; il a fallu qu’il couvrît la première lame d’un papier fin fur lequel il a tracé fon
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- propres a £ Art du B rôdeur,
- épargne. Les rognures vont au déchet, ôc font confidérables : elles renchériffent beaucoup ces fortes de paillons.
- Il les perce enfuite tout autour avec un poinçon Ôc un petit marteau, pour quon puiffe les coudre. Les paillons vernis fe découpent de même.
- Ils découpent auffi des lames de bois, de carton ôc d’étain, pour garnir les ouies des guittares Ôc tympanons.
- Dégauchir. Quand le métier eft mal tendu , qu’il tombe ou qu’il reçoit quelque coup Confidérable , la Broderie, ôc fur-tout la couchure, fe relâche ôc le dérange, ce qu’on nomme dégauchir. On prévient ces accidents en calant les lattes, ou les attachant au milieu du tréteau avec une corde.
- Dessin marqué. Pour les bordures d’habits d’homme ôc autres, dont le même coupon fe répété plufieurs fois , l’Entrepreneur marque fur un coupon piqué, les matières différentes dont il veut que chaque fujet foit traité, afin que les parties qui fe brodent dans différentes maifons, fe trouvent conformes quand on les réunit. Les lignes de ces matières font de convention ; affez communément un o lignifie paillettes , un x le paffé ; les points : : le cordon ; la frifure s’exprime par des hachures en biais ; le bouillon fe marque en crayon rouge, ôc ainfi des autres matières. On donne un pareil Coupon dans chaque atelier. Il eft bon de veiller de temps en temps à ce qu’on s’entende bien.
- Détendre. Il ne faut détendre le métier que quand la colle eft bien féche. On commence par ôter le gareau , s’il y en a un ; on tire les ficelles qu’on dévide tout de fuite fur les doigts écartés en écheveau, pour s’en fervir une autre fois; à l’aide des clous à tendre, on ôte les quatre petits clouds , on retire les cales ôc les lattes des mortaifes ; puis avec des cifeaux on coupe les fils qui coufoient l’étoffe à la coutiffe ; on découd le galon, on épluche tous les points : toutes ces opérations doivent fe faire avec des mouvements doux, en prenant garde de chiffonner l’étoffe ; enfuite on la ploie en mettant des linges ou du papier fin dedans, pour la ferrer ou pour la livrer.
- Si c’eft de la Broderie de rapport, on découpe par l’envers avec des cifeaux, tout ce qui n’eft pas compris fous la Broderie, puis on la paffe à la balance pour favoir à combien elle revient.
- Dez. Le dez fert à pouffer l’aiguille dans l’étoffe, ôc garantit les doigts de l’Ouvrier ; il en faut néceffairement deux pour travailler a l’enlevure : il en faut de piqués à gros ôc petits trous, fuivant la grofieur des aiguilles dont on fe fert. On fait des dez d’or, d’argent, de cuivre Ôc d’ivoire ; ceux de cuivre font d’un ufage plus commun.
- Il faut bien fe garder de Mer les fleurs de
- foie avec le dez ; cette opération que font à chaque point les Ouvriers médiocres, ternit la foie ôc lui ôte fon luftre*
- Diligent , machine pour mettre égale* mentôc promptement plufieurs brins d’or fur une broche fans le manier, voyez pL i i ; il fufïit de tourner la manivelle a, apres avoir ferré la broche b , entre le pignon c , Ôc un petit vérouil d, jufqu a ce que la broche foit pleine ; on coupe avec des cifeaux le fil d’or qui tient aux bobines ; on lâche le vérouil, puis on paffe les bouts d’or de la broche dans une fente qui eft vers la tête x, fig, r, ôc l’or eft mis plus promptement ôc plus ferme. Cette machine, que plufieurs Brodeurs ont adoptée dans les temps où la couchure étoit beaucoup d’ufage , a été inventée en 1733 , par M. de Saint-Aubin, mon pere.
- Doigtier , c’eft un petit aneau de cuir ou de fer-blanc, qu’on met fur la fécondé phalange du petit doigt pour le garantir d’être écorché en tirant le point.
- Il y a un autre doigrier dont on arme l’index de la main droite, pour conduire la grande aiguille en brodant au tambour ; ce doigtier a une petite hoche dans fa partie fu-périeure, fur laquelle repofe l’aiguille en travaillant.
- Dorure. On appelle dorure , la Broderie enlevée, foit d’or, foit d’argent. Ce terme n’eft guere d’ufage qu’entre les gens du métier.
- Doux, Poncer fur le doux, c’eft frotter la poncette fur le côté du defîin par où le perçoireft entré en piquant: les erreurs qu’on fait en fe trompant de côté, font fouvent de conféquence pour les chofes qui font regard, comme devants d’habit, houffes, bordures, ôc c. Il faut poncer un côté fur le doux, ôc l’autre fur le rude , en retournant le defîin ; il faut, avant de poncer pour la fécondé fois, fecouer ou effuyer le defîin pour qu’il ne poêle point l’étoffe.
- Effiler* Il faut effiler les aiguillées d*or avant de les enfiler, environ de la longueur d’un pouce à chaque bout, pour pouvoir larder ôc arrêter l’or à la tête de l’âiguille, ôt l’arrêter dans l’étoffe en commençant à travailler. Cet effilage donne néceffairement un gros par once de déchet.
- Egratigneurs Brodeurs. Il a été de mode ( ôc l’ufage ôc le talent en font à peu-près perdus ) qu’après avoir tracé fur latin avec une pointe un fujet quelconque, le Brodeur égratignoit l’étoffe avec un fer à découper, fuivant les contours tracés. Cette efpece de gravure, qui loin d’ajouter à la furface de l’étoffe, l’altéroit beaucoup, étoit du reffort des Brodeurs : ils découpoient auffi les boucles du velours bouclé , fuivant les deffins qu’on leur demandoit: cette mode a fait place à d’autres.
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- Explication de quelques Termes
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- Emboutir, e’eft élever des fleurs ou compartiments de Broderie avec des morceaux de drap ou de feutre, quon coud fur l'étoffe avant d’y rapporter les morceaux de Broderie qui ont été faits féparément. On en coud quelquefois plufieurs les uns fur les autres , en en diminuant la grandeur pour varier le relief de la Broderie. Les blafons de couvertures de chariots, font fouvent emboutis de crin ou de laine.
- Emporte-piece , outil deferlongde quatre pouces, ôc gros de fix à huit lignes, terminé à un bout par une petite hotte évuidée Ôc tranchante en fon extrémité, de forme ou d’ovale, ou d’étoile ou de rofette, voye^ pi.
- 1 > fig* i > * > *• Pour s’en fervir, on pofe la lame d’or ou d’argent fur une table de plomb, puis avee un maillet /, dont on frappe fur le haut de l’emporte-piece en le tenant bien perpendiculaire ; on taille d’un feul coup des paillettes de la forme de l’outil : elles fortent à mefure par le haut de la petite hotte k y k, k.
- Enfiler. Comme chaque aiguillée de foie ou de laine , forme à fon extrémité une petite houppe ou plufieurs filets imperceptibles Ôc de différentes longueurs, voyez p'k 1 , fig. s y on a quelquefois bien de la peine à les faire entrer tous enfemble dans la tête de l’aiguille ; pour y réuflir , ou il faut mouiller le etit bout de Faiguillée pour en réunir les rins, ou il faut en former une boucle x, qu’on rend aiguë , foit en la pinçant avec les dents, foit en paffant ferme l’aiguille dans cette boucle , comme fl on vouloit la cou-er en fon extrémité x ; puis on enfile cette oucle dans la tête de l’aiguille, puis on paffe l’aiguille & Faiguillée dans cette boucle pour arrêter.
- Enlevure , fe fait quelquefois fur du carton modelé, ôc plus communément fur du fil : les bons Enleveurs font plus chers que ceux qui couchent For. On enleve le deffous de la couchure par quelques points de gros fil de différents fens Ôc de loin en loin , ou fous les extrémités des compartiments, en chevrons, barres, écailles, pour donner quelque ondulation de lumière à l’or couché.
- Ensubles ou Ensouples : ce font deux morceaux de cœur de chêne d’égale dimen-fion ôc longs à volonté , équarris ou arrondis de quatre à cinq pouces de diamètre ; à fix pouces de chaque bout, doit être une mortaife de part en part fur les quatre faces, voyez fig. 2,pi. 1. Cette partie du métier ou enfuble,doit être plus renflée que le refte; e’eft dans une de ces mortaifes a, a, a, a, fig- , que doit entrer la latte b ,b , b ,1. Depuis cette mortaife jufqu’à fa parallèle, doit être une fangle ou coutiffe clouée de petits clous très près les uns des autres ôc très-enfoncés : e’eft à cette coutiffe qu’on coud l’étoffe, en commençant à tendre le métier. Les Bro-
- deurs ont par paires des enfubles de différentes longueurs. Quoique les enfubles de fer foient peu en ufage, elles font d’une bien plus grande commodité, tant à caufe de leur plus grande réfiftance, que parce qu’étant plus mignones, les Ouvriers les embraffent mieux, ôc peuvent atteindre plus avant au milieu de l’étoffe. t'oyezpl. 1 ,fig. \ o, une enfuble de fer revêtue de groffe toile pour y pouvoir coudre la fangle, &fig* 11, les vis de fbr tenant lieu de lattes. J’ai eu à moi un métier de cette façon, ôc malgré fa pefanteur je le trouvois plus commode.
- Epargne. Faire l’épargne, e’eft defïiner fans ordre ôc le plus rapproché qu’il eft poflible , fur du vélin, du papier ou de l’étoffe, les objets qu’on doit découper enfuite , pour les placer fuivant le deflin général : on rapproche ainfi les objets pour économifer la. matière ; ainfi la figure 11 de la Planche y, eft l’épargne de la figure 12 , même Planche.
- Etoffes. Les Ouvriers nomment ainfi les différentes matières que leur diftribuent les Entrepreneurs.
- Faveurs , Vernis, Avanturines, font plufieurs brins d’or ôc de foie tors enfemble au rouet, dont les Brodeurs cachent les épaif-feurs de l’enlevure en vive-arête ; ils couchent ces matières à points de foie ; quelquefois ils en font des fonds de compartiments ôc des troncs d’arbres.
- Fers, outils pour découper le vélin ou les lames; voyez pk 1, fig. t, t. Les Brodeurs en ont de différentes longueurs : ce font des lames bien trempées , montées dans des manches de bois ; quand elles font neuves , le Découpeur les garnit de bandes de peau , crainte de fe couper en travaillant ; il îuffit que la pointe de la lame foit découverte de trois à quatre lignes.
- Ficelles. On achevé de tendre le métier avec des ficelles qu’on paffe deux fois dans chaque boucle du treliffage, comme fig. <T,pl. 1 ; puis autour des lattes alternativement. La ficelle en pelotte eft moins commode que le fil d’emballage en trois. Les ficelles s’alongent ôc fe relâchent pendant le cours de l’ouvrage : il faut les tirer plufieurs fois.
- Fond. On appelle fond, l’étoffe fur laquelle on brode, ôc celle fur laquelle on applique les morceaux de rapport: on dit, ordonner les fonds , délivrer les fonds.
- Frison , trait bouclé Ôc appiati au cylindre , dont on orne quelquefois la Broderie : il eft peu d’ufage en ce pays-ci.
- Frisure , eft un trait d’or mat, roulé en tire-bourre fur une grande aiguille, formant un tuyau que les Brodeurs coupent par petits bouts de deux ou trois lignes ; pour les employer, il faut les enfiler de foie grains à grains comme le bouillon. La frifure eft un peu plus folide. Il s’en fabrique de plufieurs
- grofleurs
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- grofleùrs : on en fait des graines de fleurs en boucles ôc en poires ; on la guipe pour faire des nervures ôc de petits oflers fort agréables.
- Galoner , c’eft border les parties des étoffes qui n’ont point de lifiere ôc qui font taillées jufte , pour les empêcher de s’effiler & pour réfifter à l’effort des ficelles. On prend pour galoner de bon ruban de fil à trois ou quatre fous faune : il peut fervir plufieurs fois.
- Garde-main : c’eft un papier ou un parchemin percé d’un trou grand comme un écu, pour ne laiffer rien à découvert , que la place où l’Ouvrier travaille : peu de Bro-deufes veulent s’en fervir.
- G a r E a u : c’eft un outil compofé de deux bandes de fer de fix à huit lignes d’é-paiffeur, chacune moins longue que la largeur du métier qu’on veut redreffer > voye% pL 1 ,fig. 4 y. Ces deux bandes font percées de trous fur une partie de leur longueur, pour pouvoir les alonger ou racourcir en changeant de place l’écrou a qui leur fert d’axe : elles font terminées à leurs extrémités par deux pattes courbes b 9 b, qui doivent embrafferl’enfuble quand le gareau fera bandé comme dd,fig. 6. On ajufte ces deux bandes de deux ou trois pouces plus longues que la largeur du métier ; puis par un effort de lévier qu’on fait faire à ces deux bandes , après avoir pofé les pattes contre les deux enfubles, on rapproche ces bandes parallèles ; on les fixe avec une boucle de fer coulante , comme e 9 fig, 6, ce qui néceffaire-ment doit redreffer les enfubles qui cam-broient en dedans, ôc fait tendre le fond dans fon milieu. Il eft à propos, avant de bander le gareau, de mettre entre fa patte Ôc l’enfuble, un papier ployé en plufieurs doubles , fur-tout s’il y a de l’étoffe roulée.
- Il y a un autre gareau ,fig> 4 , compofé de deux tringles qui engrainent à vis l’une dans fautre, Ôc qu’on fait alonger en tournant avec une main de fer ou un clou, qu’on fourre fuc-ceffivement dans les trous pratiqués fur les quatre faces d’un noyau adhérent à la tringle viffée : ce gareau eft fimple ôc d’un fort bon ufage.
- Gauchere , Brodeufe habituée à avoir la main gauche fur le métier, pour avoir le jour en dedans la main, comme pi, 2 ,fig*
- i.
- Les droitières fe placent vis-à-vis de l’autre côté du métier. Il feroit à défirer que les Brodeufes s’accoutumaffent à broder indifféremment des deux mains.
- Guipure : forte de Broderie qui fe fait àvec de l’or fin fur vélin ou fur fil, les brins d or bien liffes Ôc bien rangés à côté les uns des autres, ôc coufus de foie aux deux côtés du vélin. On guipe en clinquant fur fil, les objets les plus délicats ; on guipe en frifure Ôc bouillon a points enfilés l’un après l’autre, comme/?/. 4,y%. 7. Tous ces procédés laif-
- Brodeur*
- fent tout l’or en deffus, on ne voit à l’envers que,les points de foie qui l’attachent.
- Hachebaché , fe dit des longs points dé foie que les Ouvriers font fur la taillure, pour exprimer quelques plis ou quelques ombres : on dit indiftinélement harpé ou ha-chebachê.
- Jais , verre fondu Ôc filé en petits tubes de toutes couleurs. Les Emailleurs le vendent 4 livres l’once tout coupé par petits bouts de deux ou trois lignes. Pour l’employer en Broderie, on l’enfile de laiton ou de foie bien cirée pour le coudre fur l’étoffe-.
- Le jais de Milan eft plus égal de groffeur Ôc mieux coupé.
- Jaseron , très- gros bouillon qu’on emploie fans le couper, pour faire de riches nervures, ou les filets de différentes bordures.
- Jonc , gros trait d’or tourné en fpirale > dont on borde les blafons ôc croix d’Ordres : il s’en fait de différentes groffeurs.
- Lames , font des feuilles d’or ou d’argent battu ôc poli, de trois à quatre pouces quar-rés , qu’on découpe avec le fer ou l’emporte-piece de la forme qu’on veut, pour les employer enfuite en Broderie. L’ufage des lames eft nouveau.
- On nomme auffi lame, les clinquants dè différentes largeurs.
- On emploie depuis quelque temps, des lames d’argent vernies de différentes couleurs ; comme le brillant eft fort à la mode9 elles font très-recherchées, quoique fort peu folides : on les nomme communément paillons. On les vend vingt-huit Ôc jufqu’à trentë livres l’once toutes découpées.
- Lancé : on dit que les points ne font que lancés , quand ils font trop longs.
- Lancée. On fait de la Broderie lancée eri foie tout en travers de l’objet, de telle largeur qu’il foit, d’une ou plufieurs nuances , puis rabattues en fens contraire par des foies très-fines. Voye^pl, 3 9fig. 6 9 Sx.pl, 7, fig.. 4;,
- Lattes , voye^ pL 1 9fig, 3 , bandes de chêne de fix lignes d’épaiffeur, de trois pouces de large , Ôc longues à volonté : elles doivent être percées fur toute leur longueur, de trous rangés fur deux lignes alternes. Là latte fert à tendre le métier en rinfmuant dans la mortaife de l’enfuble, ôc la fixant avec deux clous les plus diftants qu’il eft poffi-ble, comme fig. 6 ; il en faut deux pour chaque métier. Quand les lattes font trop minces , ôc qu’on tend beaucoup le métier, elles font fujettes à fe cambrer ou à caffer ; on remédie au premier cas en les arrêtant au tréteau avlec une corde; ôc pour le fécond cas, on a des lattes plus épaiffes vers le milieu comme ,fig. 3 , bis, fur-tout pour les grands ouvrages. Quand on n’a pas de lattes auffi longues que tout le développement de l’étoffe , on peut alonger celles que l’on a avec
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- 5 8 Explication
- d’autres petites du même diamètre, en arrêtant l’une fur l’autre vers la moitié de leur longueur, avec des clous fichés 'dans les trous qui fe rencontrent , Ôc quelques liens de ficelle, comme f 9f9fig> 6-.
- Ligneul : ce font plufieurs fils écrus , cirés ôc dévidés fur une broche , qu’on coud à petits points de foie pour faire la première carcaffe de l’enlevure ; on en coud plufieurs les uns fur les autres, fuivant qu’on veut donner à l’objet plus ou moins de relief.
- Menne-lourd. On appelle ainfi de petits ébauchoirs de buis ou d’ivoire de différentes formes , comme f9 f, pL i , dont les Brodeurs fe fervent pour modeler leurs fils à mefure qu’ils les emploient en Broderie.
- Métier. On appelle métier, le chaffis auquel on attache l’étoffe avant de la broder, de telle grandeur qu’il foit. PL i , fig. 6, repréfente le métier tout monté, compofé de deux enfubles , g g, g g, deux lattes c, c, quatre clous a 9 a , a,a, les ficelles A, ^, ôc le gareau d d. Les Tourneurs vendent d’autres petits métiers tenant à des pieds mobiles , ou pour broder fur les genoux ; on ne s’en fert guere que pour des ouvrages d’amufe-ment. Ils en font de peints & vernis , armés de crochets ôc refforts à vis, dorés d’or moulu.
- Milanese : c’eft un cordon compofé de deux cordons de foie tors en fens contraire, enfuite réunis, tors ôc recouverts à volonté, plus ou moins riche, d’un ou de deux brins d’or ou de battu , que le Tordeur fait courir deffus, pendant qu’un petit garçon fait tourner la roue qui tord la milanefe.
- Les Tordeurs travaillent dans de longues allées aux environs de la porte Saint-Denis. La milanefe fert à liférer la Broderie, quand on ne veut pas employer le cordon qui eft quatre fois plus cher. Il s’en fait de différentes formes ôc groffeurs : fon nom dit affez fon origine.
- Nœuds. On en diftingue de trois efpeces ; i°. les nœuds de fil ou de foie, que les Dames font en s’amufant avec la navette; ces nœuds fuccefïivement arrangés très-près les uns des autres, forment une efpece de cordonnet agréable, qu’on coud avec de la foie fur la furface de l’étoffe. On les dévide par pe-lottes, Ôc on lès emploie à la broche.
- 2°. Les nœuds qu’on fait au bout de l’aiguillée, pour f arrêter en deffous de l’étoffe. Les Brodeufes délicates évitent de faire des nœuds en travaillant ; elles arrêtent leur aiguillée par deux ou trois petits points perdus dans les fleurs.
- 3°. Les nœuds qu’on met par ornement dans le cœur des fleurs ou aiflelles des plantes * pour exprimer les graines, font plus faciles à faire qu’à décrire. Voici à peu-près comme on s’y prend :
- L’aiguillée étant arrêtée dans l’étoffe, on
- des Termes
- lui fait former uhe grahde boucle fur l’étoffé en tournant la main ; on paffe l’aiguille dans cette boucle, on la fiche tout auprès du premier point ; Ôc pendant que la main de deffous tire l’aiguille, celle de deffus tient la boucle , & la fait couler à mefure quelle diminue, jufqu’à la partie de l’aiguillée qui touche immédiatement à la furface de l’étoffe , ce qui doit former un nœud. Pour qu’il foit plus fenfible , il a fallu enfiler plufieurs brins de foie d’une ou de plufieurs couleurs dans la même aiguille ; on recommence autant de fois que le fujet l’exige ; quelquefois même on fait des fonds entiers fablés de nœuds.
- Or. Tout l’or qu’on emploie en Broderie n’étant que de l’argent doré , il y a beaucoup de degrés de dorure , qui augmentent ou diminuent le prix ôc la folidité.
- Prix en 1769,
- L’or double furdoré, . . 96 liv. le marc*
- L’or furdoré >.........88
- L’or à paffer, ...... 82
- L’or pâle ou veiné.... 72
- L’or verd, rouge ôc bleu, 82
- L’or frifé............. 80
- L’or cordon ....... 84
- L’or de Lyon, ..... 72
- L’or de Milan, . . . . . 68 L’or rebours ...........7$
- Tous les détails de ces matières appartiennent à l’Art du Tireur d’or.
- Pour faire les gros cordons , il faut prendre de l’or filé à gauche qu’on appelle rebours , pour que le trait ne caffe point en le tordant à droite.
- L’or de Milan n’a fa lame dorée que du côté apparent, ce qui le rend plus pâle.
- L’or de Lyon eft d’un titre à dix livres par marc au-deffous de l’or de Paris.
- L’Or trait , eft un trait fin d’argent doré, qui n’eft filé fur aucune foie : il caffe aifé-ment.
- Or faux , c’eft du cuivre filé ôc doré plus ou moins : par les Ordonnances, il ne doit être filé que fur fil ; il y a quelques cas où l’on déroge à l’Ordonnance. Le prix en varie depuis 10 jufqu’à 24 livres le marc, On fait en faux les mêmes matières qu’en fin.
- Ordonner , c’eft deffiner fur le fond en repaffant avec une plume & de l’encre fur toutes les traces de la ponçure. On ordonne fur les fonds bruns avec du blanc de cérufe , du maflico ôc autres couleurs claires Ôc bien broyées. Il faut battre l’étoffe Ôc la broffer quand elle eft ordonnée, pour nétoyer les reftes de la ponçure.
- Orfroi. Les bandes Ôc le chaperon d’une chappe, les bandes d’une tunique, la croix d’une chafuble, les bandes riches d’un parement d’autel, s’appellent orfroi ; on les fait très-
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- propres à £ Art du Brodeur.
- fouvent d’une étoffe plus riche que le relie fait des perçoirs très-commodes avec le mande l’ornement. Foyei pl. 6 , fig. i , 2,3 ,
- 4, la diftribution des orfrois brodés.
- Paillettes : ce font de petits anneaux d’or applatis au marteau poli, au centre def-queis il relie un petit trou propre à paffer l’aiguille pour les coudre.
- Il y a des paillettes de différentes grandeurs ; elles ont chacune leur nom qui fert à les diftinguer. Foye^pl. 5 ,fig. 7.
- 1. La très-grande, 2. la ronde, 3. la comptée, 4. la quatrième , y. la troifieme, 6. la balzac, 7. la grande femence, S. la fe-mence,<?. ôc 10. la quarantaine; après cela on a les paillettes qui fe font à Femporte-piece , en ovalef^ cœur g, amandes h , lo-îange i, quarré /, treffle m, rofette n, étoile
- che des outils à broder au tambour.
- Piquer. Il faut piquer régulièrement à petits trous très-près les uns des autres, tous les contours, nervures, graines dudeffm, même les traits qui en annoncent les angles ôc retraites , en contenant le papier tout près du perçoit avec le doigt de ia main gauche* Ce papier doit être pofé fur une ferge où une table garnie de drap. On pique fouvent quatre ou cinq papiers enfemble ; ces percés fervent à faire les deffms marqués qu'on donne dans les différents atteliers. Ce fopt ordinairement les enfants ou apprentifs qui piquent les deffms : il ne faut que de la patience ôc de la routine.
- Pinces , outil d’acier qui fert à tirer Fai-
- o , ronde p , belle vue q ôc r de la fig. 8. On guille en faifant Fenlevure épaiffe & dure.
- vend les paillettes ordinaires de quatre-vingt dix à quatre-vingt-douze livres le marc, ôc les autres à proportion. Il fe fait auffi des paillettes coloriées une à une , qui fe vendent jufqu’à cent quatre-vingt livres le marc.
- Il fe fait aufïi des paillettes d’acier, noir d’eau, pour les Broderies de deuil. Les Emailleurs tiennent aulïi des paillettes de verre noir fondu ôc percé à l’outil, mais trop épaiffes pour être employées en paillettes comptées comme les autres : tous ces menus ornements fe varient à l’infini.
- Poncette , petit fac de groffe toile , contenant de la chaux vive bien pulvérifée , quand on veut poncer en blanc fur des fonds bruns. Sur les étoffes blanches ou de couleur claire, on fe fert de poncette de charbon de bois blanc, râpé ôc bien tamifé. Quelques-uns font leur poncette avec de là lie de vin bien brûlée : je Feilime la meilleure.
- On ponce encore les petits morceaux avec un tampon de feutre roulé Ôc trempé de temps en temps dans la pOnçure qu’on a dans un vafe plat. Ce procédé eft plus pro-
- Paileons , morceaux de lames d’argent pre, mais moins expéditif, vernis de différentes couleurs ; il y a des Point , on nomme ainfi la partie d’or ou Ouvriers qui ne les colorent que quand ils de foie qui relie fur la furface de l’étoffe , font brodés en place. On les attache , ou en chaque fois qu’on tire l’aiguillée en deffous; guipant de la frifure dans les trous qui les ainfi on dit, point court,point long,point bordent, comme pL j , fig. <? , bis, ou par alterne,point fatinè, point fendu., c’ell cédé petits points de bouillon de l’un à l’autre lui dans lequel rentre le fécond point;point trou , ou en les recouvrant à claire-voie, de pajfè , ceft celui qui embraffe en deflus foie de la même couleur, lancée en travers comme en deffous la largeur de l’objet ; point commefig. 1 3 , ce qui les nue ôc fait un bon perdu, c’eff celui qui fert à arrêter Faiguillée effet. On peut mettre des coups d’ombre en commençant Ôc en finiffant de l’employer, en formation fur le fond. Pour ce dernier On appelle encore points perdus, ceux qui procédé, il ne faut pas que les paillons foient réunifient plufieurs pièces de rapport enfem-percés par les bords. ble , parce qu’ils ne doivent point paroître.
- Pasté : c’eff un morceau de chapeau taillé “ ~ '
- en rond, de trois ou quatre pouces de diamètre , quelquefois divifé par d’autres petites bandes de chapeau , comme pl. 1 , fig. e. C’eff fur ce pâté que les Ouvriers mettent par petits tas, les différentes paillettes , frifure ôc bouillon, dont ils ont befoin pour travailler ; c’eff en quelque façon la palette du Brodeur. Les pâtés font fujets à être renverfés, fi l’aiguillée les accroche, ou fi le métier reçoit quelques fecouffes violentes. Il fe fait des ouvrages fi recherchés , qu’il faut plufieurs pâtés à un feul Ouvrier.
- Perçoir , petit bâton de canne ou de bou
- Point , fe dit aufli du rapport qu’ont entre eux les petits points de foie dont on coud For couché, ôc qui forment par leur rencontre le point fariné , point de chevron , point de lofange ou d’écaille, ou point de 2 ^ 3,4, S ou 6 à côté les uns des autres ; ce qu’il ne faut pas confondre quand on fait travailler plufieurs morceaux pareils dans différents atteliers*
- Point, fe dit encore du grain de frifure que l’Ouvrier a fur fon pâté, ôc qu’il emploie un à un en l’enfilant : ainfi on dit hacheba-* chure de deux, trois ou quatre points. Pratique, eft une chaînette d’or de fix
- leau , dans lequel eft emmanchée une aiguille ou neuf brins , fabriquée au boiffeau, que bien pointue ; on s’en fert à piquer les deff Fon coud par fa moitié intérieure fur les confins. 11 faut tenir le perçoir très-perpendicu- tours extérieurs de la Broderie de rapport, laine en piquant, pour que la ponçure puiffe avant ou après l’avoir faite. Foy.pl. $,fig. paffer librement au travers du papier.'On b, b, La pratique fert à recevoir le point
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- ‘40 'Explication des Termes
- 'd’aiguille qui coud la Broderie quand elle eft faite , fur tel fond que Ton veut ; elle cache Tépaiffeur du fond fur lequel on â brodé le rapport, ôc garantit l’ouvrage du coup de cifeau qui la découpe ; allez ordiqairement velle engage un peu les formes Ôcles contours.
- Racher , c’eft affurer & finir une Broderie lancée ou cordonnets collés , par de petits points fymraétriquement arrangés.
- •Rapport. Il fe fait des Broderies en rapport brodées fur toile, taffetas ou papier, que les Brodeurs tiennent en magafin prêtes à être appliquées fur tel fond qu’on voudra. Ordinairement ce font des bordures d’habits d’homme, qui fe vendent depuis dix-huit jufqu’à trente livres l’once , fuivant les ef-peces de paillettes qui l’enrichiffent.
- Rapport , eft aufii la maniéré de broder fur toile par parties détachées, les feuilles, fleurs ou galons d’un compartiment , ou les différentes parties d’un trophée* qu’on réunit enfuite les unes fur les autres après les avoir découpées chacune féparément ; ce procédé donne un relief plus net Ôc plus diftin&à chaque objet * Ôc coûte moins de peines à l’Ouvrier.
- Rehaussé * fe dit quand on exprime les lumières ou les clairs d’un fruit ou d’une draperie brodée, par des points d’or ou d’argent mis après coup. La rehauffure fait en vieilliffant l’effet contraire de ce à quoi on !’a deftiné : elle noircit Ôc fait tache.
- Retraité * ce font des croix piquées fur les angles du deflin poncif, qui indiquent les points de renfeignement du deffin à l’é-tofïe, ou du deffin à lui-même. La retraite fert suffi de guide quand on eft obligé de poncer .plufieurs fois le même deffin à côté l’un de l’autre : une feuille, une graine , fervent de retraite.
- Il fe fait des tailles d’habits ou de meubles par retraite, c’efl>à-dire , qu’on ne deffine fur la taille, que les retraites du coupon, & les parties alongées ou raccourcies dans les endroits qui tournent ; le coupon ponce le refie fur l’étoffe.
- On ne fauroit être trop fcrupuleux fur l’exaôte rencontre des retraites.
- Rezeau. On en emploie de différentes ri-cheffes, poùr fervir de fond à des compartiments ; quelquefois on l’achete tout fabriqué au boiffeau par les Ouvriers de Saint-Denis * ou de Villiers-le-Bel; celui que les Brodeurs font à l’aiguille eft beaucoup meilleur ôc plus correêl. On s’en fert beaucoup pour les grands habits de Cour ; on en fait des mantilles : on brode deflus en foie ou en paillettes ; on en recouvre quelquefois les paillons : on en emploie dans les bordures d’habits d’homme, commepl 4 9fig y.
- Rouet a main : c’eft une machine de fer dont les Brodeurs fe fervent pour faire des bouts de miianefe ou de cordon , pour échan-
- tillonner, ou dans des momens preffés. ]Toy; pl, 1 , fig. 7*
- Rouet. Il faut au Maître Brodeur un rouet pour tracaner ôc dévider les foies , ôc les mettre en bobines. On trouve ces rouets tout faits chez les Tourneurs. Voye^pl 3 ,
- fig 5-
- Roule , Rouler. On roule l’étoffe autour de l’enfuble, plus ou moins de tours fuivant fa largeur , pour que les Ouvrières piaffent atteindre, fans trop fe gêner, jufqu’au milieu de l’étoffe tendue ; c’eft même par le milieu du métier qu’il faut commencer les morceaux riches Ôc la Broderie en chenille, pour ne la pas froiffer : on déroule à mefure que l’ouvrage avance. Chaque tour d’enfuble s’appelle un roule, le demi-tour, un demi-roule , êcc.
- S, marque que l’on voit fur les bobines d’or de Lyon , ôc qui indique la groffeur de l’or. Voyez l’article Bouts.
- Satiner , c’eft coudre un ou deux brins d’or à côté les uns des autres fur enlevure, de maniéré qu’on ne voie point les points de foie.
- On fatine en foie les plumes, cheveux, crinières ; ôc dans les tableaux nués , ces chofes fe brodent en fuivant le fens des ondulations.
- Soies. On emploie en Broderie de toutes fortes de foies.
- La foie de Grenade de toutes couleurs ; le prix en varie, fuivant le plus ou le moins d’abondance : la livre de foie eft de quinze onzes.
- La trême d’Alais ou trême de Perfe, pour les belles fleurs.
- L’organfin Meffine noir pour le deuil ; c’eft une foie fine ôc torfe.
- La foie plate que les Ouvriers refendent avec les doigts en brins auffi fins qu’ils le dé* firent. On s’en fert pour broderies tableaux.
- Le capiton , pour les fonds d’ouvrages communs, ôc la tapifferie.
- Sorbec : c’eft une foie de couleur quelconque , fur laquelle le Tordeur a fait courir un trait d’or battu. Il faut coudre le forbec ; il cafferoit en le paffant dans l’étoffe.
- Supports , animaux ôc figures brodés en laine ou en foie, pour les armes de caparaçons ôc couvertures de mulets ôc chariots d’armée. Quelques Brodeurs tiennent en magafin des fupports tout brodés en rapport de différentes grandeurs.
- Taille. Prendre la taille, c’eft pofer un devant d’habit, une houffe, ( le morceau qu’on veut broder, ) fur un papier blanc de la même grandeur, ôc piquer avec un perçoit tous les contours qui font tracés fur l’étoffe , ou quelle indique par fa coupe. Faire la taille, c’eft répéter le coupon du deffin choifi ôc piqué, en le ponçant ôc le deffinant fuivant les contours ; l’art eft d’alonger ou raccourcir les parties du coupon fans le corrompre
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- propres a l'Art du Brodeur*
- rompre, fuivant qu’il fe trouve plus ou moins gêné dans les parties tournantes. Les Brodeurs font communément faire leurs tailles, par les Deffinateurs ; ils les piquent, & elles leur fervent à poncer également les deux devants d’un habit, les deux côtés d’une houlfe, plufieurs pentes ou morceaux pareils, en retournant le deflin ou poncif quand il en eft befoin ; ce qui s’explique ainli : poncer fur le doux SC fur le rude.
- La taille fert aulïi à juger fi l’étoffe ne s’eft pas étendue ou alongée en tendant le métier ou en brodant ; on préfente la taille fur l’étoffe , ôc l’on voit fi les contours fe rencontrent bien jufte les uns fur les autres ; s’il y a quelque différence, il faut bander les lattes ou lâcher les ficelles jufqu’à ce que les contours foient bien pareils. Cette opération s’appelle mettre en taille : il faut la faire avant de coller l’ouvrage.
- Tambour, eft une efpece de métier à pied ou à mettre fur les genoux ; il ne fert guere que pour broder en chaînette. Il y en a de plufieurs formes. Foye£ pL i , fig. 8 #9-
- Tatignon : meuble de cuivre ou de fer blanc, dans lequel l’Ouvrier a fa chandelle. Chaque Ouvrier a fes mouchettes dans fon tatignon pofé fur le métier, bien garni de papier. Quelques-uns y ajoutent un garde-vue.
- Teste : ce font des paillettes très-minces ôc un peu embouties par le Fabriquant.
- Torche : Écheveau d’or ou de foie coupé par aiguillées, Ôc renfermé dans un papier ou parchemin roulé, un peu moins long que les aiguillées, ôt relié d’un petit cordon. Foy. pL i y fig. p. On tire les aiguillées une à une avec la pointe de l’aiguille à mefure qu’on en a befoin.
- Tournettes : ce font deux cylindres d’o-fier à claire-voie , mobiles fur un arbre perpendiculaire , dont l’un eft fixé dans un banc, ôt l’autre dans une couliffe mobile, qu’on fixe à la diftance convenable à l’étendue de l’écheveau de foie qu’on veut dévider, avec une vis de bois qui engraine dans le banc. VoyezpL 2 y B y de la Vignette.
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- Les tournettes portent la foie, ôt en facilitent le dévidage par leur mouvement.
- Tracaner , c’eft furvuider l’or ou la foie d’une bobine fur une autre à l’aide d’un rouet Ôt de la brochette.
- Trait s fil d’or ou d’argent rond ôt très-fin , fans foie deflous ; on l’emploie plus sûrement couché que paffé : fa fineffe le rend facile à caffer. Ne pourroit-on pas, pour les ouvrages précieux en filer d’or pur ?
- Trelisser , c’eft faire de larges points noués avec de la ficelle > le long des deux extrémités qui regardent les lattes^ Ces points noués > qu’on appelle trelijjage, fervent à recevoir les ficelles qui doivent tendre le métier. Ce procédé fupplée au galon dont on pourroit border l’étoffe pour là confer-ver ; il eft plus expéditif. Voye^pl. i yfig. 6 > i i i L
- % Tréteau, efpece debanc de trois pieds de haut, dont la tablette peut avoir cinq pouces de large. C’eft fur cette tablette que re-pofent les bouts de l’enfuble oppofés à la chanlatte. Foye£ pL 2 y fig c,c, La tablette doit être percée de quelques trous vers fes extrémités, pour recevoir au befoin une cheville de fer qui fert à arrêter le métier, ôc empêcher que les Brodeufes ne le pouffent à terre en s’appuyant contre.
- Velin , peau de veau préparée par un Par-cheminier ; on la découpe avec un fer, après Pavoir teinte en fafran ôc l’avoir defliné : ces découpures donnent un petit relief à la Broderie en guipure, quelquefois même au paffé; La peau de vélin coûte 24 à 30 fols : oti peut au befoin lui fubftituer le parchemin fort ; mais il eft moins convenable. Les rognures fervent à faire de la colle.
- Vernis : c’eft un cordonnet d’or ôc de foie couleur maron, qu’on couche à petits points fur l’épaiffeur des morceaux d’enlevure. Pour les Broderies communes , on fe contente de noircir fes épaiffeurs avec un pinceau trempé dans l’encre.
- On emploie d’autre Vernis en toutes couleurs; c’eft un fil d’or fur lequel le Tof-deur fait courir une foie fine, pour imites l’aventurine : on peut le paffer à l’aiguille.
- Fin de ïExplication des Termes.
- Brodeur*
- L
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- EXPLICATION DES PLANCHES.
- PLANCHE PREMIERE.
- I
- Elle reprêjente les Outils dit Brodeur.
- Figure a, Perçoir de canne ou de bouleau.
- Figure b9 Perçoir à manche à vis, de bois ou d’ivoire.
- Figure c9 Poncettes noires ou blanches : elles font faites de même.
- Figure ddd9 Bobines de différentes formes ; la troifieme fait voir fur l’extérieur de la patte , la marque du poids de la bobine , & celle de la groflèur de l’or.
- Figure e 9 Pâté chargé de petits tas de différentes paillettes & de friture.
- Figure ff9 Menne-lourd ou ébauchoir de buis ou d’ivoire.
- Figure g, Bouriquet de carton qui refte lur le métier, & dans lequel les Ouvriers amaflènt les bouts d’or écorché , les paillettes mal faites 9 & tout ce qui n eft bon qu’au déchet. Ce déchet appartient au Maître.
- Figure h 9 Tatignon de cuivre qui porte la lumière de l’Ouvrier.
- Figure ii i i 9 Emportes-pieces d’acier, tranchantes par le bas , de différentes formes, fervant à tailler les paillettes dans un morceau de lame ; ces paillettes fbrtent d’elles-mêmes par le haut de la petite hotte k k h 9 à melure que l’on frappe fur la tête de l’outil avec un maillet pour en fabriquer d’autres. Plu* fleurs Brodeurs font leurs paillettes eux-mêmes.
- Figure /, Maillet de buis pour frapper fur l’emporte-piece quand on veut faire des paillettes.
- Figure m9 petit Marteau de fer pour frapper fur le poinçon qui fait les trous des grandes paillettes & paillons.
- Figure n9 Brochette de fer, emmanchée de bois, enfilant une Bobine prête à être dévidée.
- Figure o y Hirondelle de carte, flir laquelle on dévide la foie plate Sc les nœuds.
- Figure p p, Dés piqués de trous de différentes grofleurs.
- Figure i, Diligent compofé d’une tablette q 9 fur laquelle eft élevé un chaf fis r 9 r, r ; ce chaflîs porte trois brochettes de fer, s 9 s 9 s 9 dans lefquelles on enfile les bobines chargées d’or qu’on veut mettre en broche. Ces brochettes font contenues par un petit tourniquet ttt 9 qui bouche le trou par où elles ont forti pour enfiler les bobines.
- Sur le devant de la tablette q , eft élevée à gauche, une roue de fer engre* nant dans un pignon c 9 le tout porté par un chaflîs de fer fixé fur la tablette avec deux vis.
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- Explication des Planches. 4^
- A droite de la tablette q, eft un petit montant de bois u, traverfé d’un vérouil de bois , garni d’une pointe de fer parallèle à l’axe du pignon : c’eft entre ce vérouil & le pignon , qu’on ferre la broche b , far laquelle on veut dévider l’or. Un autre petit vérouil oblique , placé dans l’épaifïeur du montant u, en le pouflànt un peu, contient le premier & l’empêche de reculer , quand on tourne la manivelle a, pour mettre l’or en broche. La tablette q eft bordée d’une petite tringle de bois pour contenir les cifeaux & le déchet.
- Figure q , Torche de parchemin contenant l’or à paffer.
- Figure r, la Broche chargée d’un refte d’or en deux brins, dont les bouts doivent toujours être palfés dans la fente de la tête xy en travaillant.
- Figure s , Aiguille préfëntant la boucle pointue x , qu’il a fallu faire pour réuffir à enfiler de la laine.
- Figure 11, Fers à découper ; l’un des deux eft garni de bandes de peau vers le bas de là lame , pour empêcher l’Ouvrier de fe couper.
- Figure u, Chapelet de plufieurs bobines chargées de foie , enfilées ainfi de peur qu’elles ne s’égarent.
- Figure 2 y Enluble de bois garnie de là fangle : il en faut deux pour chaque métier.
- Figure 3 , Latte de chêne, lèrvant de traverfe aux enfubles ; il en faut deux : les trous i , i, i, i, fervent à recevoir les clous qui arrêtent les enlubles.
- Fig ure 3 y bis y autre Latte épaifle pour les gros ouvrages.
- Fig ure 4 y Gareau de fer à levier y pour bander le milieu du métier.
- Figure 4 y autre Gareau de fer à vis.
- Fig ure 6 y Métier tout tendu *y ggy les enlubles \b b b yles lattes ; ddy le gareau en place ; a a y les clous ; i i i, le treliffage ; h h y les ficelles ; k y l’étoffe repré-fentant le deffin d’un léger lez de jupe , prêt à être brodé.
- Figure 7 , Rouet à main , compofé d’une double croix de fer o o o o y formant un chafîis à la roue k ; Sc aux quatre pignons dans lefquels elle engrene , l’axe de ces pignons préfente un crochet r rr: c’eft à ces crochets qu’on attache les foies qu’on veut tordre ; l’autre bout des foies eft attaché à un clou ou anneau, dans quelque coin de la Boutique. Le Brodeur tient de la main gauche le manche de Ion rouet ; de la droite, il fait tourner la manivelle & la roue, les pignons & la foie attachés à leur axe. Quand il juge que fes foies font affez torfes , il les détache & les réunit à un feul crochet ; puis tournant à rebours, il fait un cordon gros à volonté. S’il veut le faire très-gros, il multiplie le nombre des foies de chaque crochet.
- Le Brodeur ne fe fert de cette machine que pour des échantillons ou chofes preifées : il y a des Tordeurs en titre pour tous les cordons & milanefes.
- Figure 8 , Tambour à pied , garni de fon taffetas a , fervant d’enveloppe à 1 excédent de l’étoffe b.c9 petit Cylindre creux, contenant la bobine d’or, d Genou il de cuivre pour tourner le tambour à volonté. <?, Tige verticale qui s’em-
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- 44 x Explication des Planches;
- boîte dans le pied du métier, & s eleye à volonté à l’aide de la vig 9 petite
- Boîte pour ferrer l’or & les cifeaux.
- Figure 9, autre Tambour à mettre fur les genoux. Il efl: compofé d’une édifie a a , fur laquelle on étend l’étoffe que l’on tend avec la ceinture & la boucle b b. L’écliife efl: arrêtée par deux vis à deux jambes verticales, qui n’empêchent point fà mobilité. Aux deux bouts de la tablette d, font deux boîtes à codifies pour ferrer l’or, l’outil & les cifoaux ; & fer la tablette eft un petit axe e, pour porter la bobine d’or quand on travaille. Ces deux tambours fervent à faire la chaînette au crochet.
- Figure 10, Enfeble de fer garnie de fa fàngle : il en faut deux pour chaque métier.
- Figure n, Tringle de ferviffée, tenant lieu de latte pour le métier de fer. On fait entrer les bouts de cette tringle dans le trou des enfebles ; puis on en fait agir le pas de vis à l’aide de la petite clef h.
- Figure 12 y Outil pour broder au tambour, a, l’Aiguille terminée en hame* çon, arrêtée par la vis b 9 dans le manche c, de bois, d’or ou d’ivoire. Ce manche efl: creux ? & peut fervir d’étui pour contenir plufieurs aiguilles.
- Figure 13. Clou à tendre : il en faut deux.
- Figure 14. Clou ou cheville pour fixer les enfubles dans l’écart que leur a donné le clou à tendre : il en faut quatre.
- Hanche IL
- L a vignette A, repréfente la Boutique ou Attelier d'un Brodeur.
- Figure 1, un Brodeur finiflànt de bander le Métier avec le clou à tendre ; il tient dans fa main droite le petit clou qu’il doit febftituer au grand, quand le métier fera affez bandé. J’ai dit qu’il faifoit mal de pouffer la latte avec fon genouiL
- Figure B, les Tournettes pour dévider la foie.
- Figure c, le Tréteau qui porte le métier d’un bout.
- Figure dd9 la Chanlatte qui porte l’autre bout du métier.
- Figure e, Métier qui finit d’être tendu, & fur lequel efl: tracé un derrière de chafuble.
- Figurey1, Métier accroché au mur en attendant qu’on le defline.
- Figure g, autre Métier fur lequel efl: tendue une vefte appliquée fer canevas.
- Figure h, Métier où travaillent une Droitiere l9Sc une Gauchere i, une main deflùs & l’autre deflbus.
- Figure m, le Gareau qui bande le métier par le milieu.
- Figure n , Maniéré dont font placés les clous à tendre, maillets, emporte-' pièces, &c, dans les boucles d’un cuir cloué au mur.
- Figure 0, Panier plein de bobines vuides, prêtes à recevoir la foie.
- Figure 2, Fleuron deffiné fer l’étoffe, prêt à recevoir les pièces de rapport expliquées à côté. a9 a9 d, les Traits d’encre qui deffinent le fleuron, b, pre-
- mier©
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- Explication des Planches: 4 f
- miere Emboutiffure de chapeau, coufoe de points de foie, c, autre Emboutit fure plus petite , pour augmenter le relief. Figures 3,3 > 3 , 3 > les parties du Fleuron deffinées féparément ; les traits perpendiculaires montrent les premiers fils de l’enlevure. N
- Figure 4,4,4,4, montrent les mêmes parties du Fleuron, avec les féconds fils qui recouvrent les premiers en travers.
- Figure 5 j 5 9 5 9 5 5 les mêmes parties du Fleuron dont tous les fils (ont couverts d’or fatiné , en fens contraire aux derniers fils. Les graines a, a, font fàti-nées en or trait.
- Figure 6 9 6,6, 6, les mêmes parties du Fleuronliferées de cordon, dont les bouts o9o9o9o9 font reftés plus longs, pour être paflfés dans l'étoffe quand on les rapportera Tune fur l’autre.
- Les revers a , a, a 9 a, féparés , brodés en clinquant guipé ; h 9 b, b, b 9 les mêmes revers mis en place 9jig. 7. On colle ces différentes parties, on les découpe , puis on les rapporte comme à la figure 8, en commençant par c, puis d, puis e , puis f
- Si ce Fleuron eft deftiné à faire partie d’un deflin plus confidérable, on le colle, on le découpe , puis on le fixe par quelques points perdus, dans la place qui lui eft deftinée.
- Planche III.
- Figure ï , repréfente une partie de tableau d’or nue, A, partie du tableau qui n’eft que deflînée au trait. B, partie du tableau où les fils d’or ne font que lancés. C, partie du tableau dont les fils d’or font recouverts plus ou moins de points de foie d’un même fens, pour exprimer les nuances & les ombres.1 D, partie d’une figure qui eft fàtinée en foie nuée tout d’un fens & fans ot deffous ; l’autre moitié n’eft que tracée.
- Les cheveux fe font en foie fuivant les différents fens que les boucles indiquent.
- Fig ure 2 , Fleur de lys commencée à être gaufrée avec les progrès des différents travaux, a , a , a, les fils lancés à deux lignes les uns des autres, après que la fleur de lys a été deflînée. b, b 9 l’or coufil de deux en deux fils, c 9c 9 les points plus courts, pour décrire exaélement la forme, g9 g9 le cordon qui lifere la fleur de lys quand elle eft tout-à-fait gaufrée. f9f9 le bout du cordon qu’on paffe au travers de l’étoffe en commençant & en finiflant.
- Figure 3 , repréfente le rouet à dévider & à tracaner la foie: tout le monde en connoît l’ufàge.
- Figure 4 , Flamme du manteau de l’Ordre du Saint-Efprit, avec la marche du clinquant dont on la guipe.
- Figure y , maniéré dont le bout de cordon eft pris dans la boucle de l’ai-< guille à pafler les bouts, quand on veut le faire paflèr en dellbus. Brodeur. , ^wbcînaîT^v M
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- 46 Explication des Flanches.
- Figure 6, repréfente une rofe en broderie lancée tout d’un fens, de plu-fieurs nuances, & cariotée ou rabattue de foies fines. Les points qui font indiqués fur la rencontre de chaque carreau e, e , e, marquent ceux qu’on doit faire pour aflurer & fixer ces carreaux.
- Figure 7, repréfente une rofe nuée à points, 8c le fens de tourner les points de foie a, a, pour donner du mouvement & de la grâce à chaque feuille.
- Figure 8 , repréfente de gros canevas , & la marche du petit point en tapif* ferie , d’angle en angle des fils du canevas, & fe recouvrant de même.
- Figure 9 , canevas fin fîir lequel eft repréfenté 9 a , a , la première njarche du gros point en tapiflèrie. b, b, repréfente la fécondé marche, le point croife & recouvre le premier, le nourrit & cache abfolument les fils & les jours du canevas.
- Figure io, autre morceau de canevas fur lequel eft à-peu-près repréfentée une partie de compartiment plaquée en deux nuances de gros point.
- Figure il, préfente un morceau de canevas, fur .lequel on a fait tracer le deffin avec du filozelle, pour indiquer les nuances.
- e
- Planche IV.
- Figure i, repréfente une bordure d’habit brodé, partie en cou chu re & partie en guipure, avec les ornements qui*ÿ font propres, a, a , le trait du deffin. b, b9 Feuilles couchées en chevron, c, Couchure de deux points, d, d, Paillettes attachées d’une croix d’or. e9 e, Rond couché en tournant, g, g, Clinquant plif fe , dont la moulure eft ornée, h, A, Fils placés d’efpace en efpace pour varier l’effet de la couchure qui doit les recouvrir. i9 i9 i9 i, les queues des fleurs qui fe font ordinairement en frife couché, k, k, le raccord du coupon de Broderie. /, /, Mofàïque de clinquant plat & de boucles de frifhre. ru , m, repréfente le vélin coufu à petits points pour être recouvert en guipure. n9n> n, repréfente la guipure qui recouvre le vélin ; & la maniéré de la conduire avec la broche Q. o, o, o, repréfentent les refentes du vélin, & les points de foie qui attachent for dans ces refentes, quand l’objet eft trop large pour être fait d’un feul point. p9p, Graines de fleurs faites d’un point de bouillon & dune boucle de frifure. q, q, fond dun galon en couchure, orné de quelques paillettes. r9r9 Paillettes nommées Belle-vue, attachées par un bout de deux points de frifure ; la queue de frifé attache l’autre bout, s 9 s , revers de clinquant guipés. t, t, le frifé dont on lifere la couchure pour lui rendre fa forme, u, u , u, montre les ombres & les formations de foie dont on peut orner la couchure.
- Figure 3 , repréfente la bordure des habits de MM. les Lieutenants Généraux, &les différentes maniérés de l’exécuter. a9a9 Maniéré dont le deffin eft tracé en blanc fur le drap bleu, b 9b, Maniéré d’arrêter le premier point d’or en commençant à travailler, c, c, c, Sens dont on prend le pafîe un peu en biais de chaque moulure, & écartant infenfi’blement chaque point pour tourner en d9 d9
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- Explication des Planches. 47
- fans faire la foie ou dent de chien. fff9 le deflous du ruban exprimé par un paffé très-étroit quon appelle barbiche, g, g, les moulures dentelées qui fe font quelquefois en frifure guipée, & le milieu du ruban h , h , h , en paillettes comptées.
- Figure $ , repréfente une bordure d'habit en rapport, a , a, le trait du deflîn. b, b, la pratique qui borde tous les contours extérieurs, d, d, les premiers fils du rézeau à l'aiguille, e, e , les féconds fils du rézeau à l'aiguille. f9f9 les points fur la rencontre de chaque fil ou carreau du rézeau. g9gf le rézeau au boiffeau, qu'on acoufu tout autour fous les fleurs avant de faire les paillettes, h , A, repréfente des feuilles de laurier, brodées en paillettes comptées ; la nervure i, i, en frifure guipée ; les rofes q , q, en paillons attachés de frifure.
- Quand tout eft brodé , on ne voit plus que la moitié n, n, n, de la pratique ; ce qui fuffit pour recevoir le point d'aiguille qui coudra cette Broderie fur l’habit.
- Figure 6, Maniéré d'enfiler la paillette & la frifure, pour broder en paillettes comptées.
- Figure 7 , Bois exprimé par trois points de frifure 8c trois points de bouillon guipés alternativement.
- Figure 8, la pratique.
- Planche V.
- Figure l, repréfente le clinquant pliffé.
- Figure 2, le cordon à liferer les compartiments : on en fait de plufieurs groflfeurs. '
- Figure 2, bis, repréfente la milanefe : on en varie la grofleur.
- Figure 2 , A y repréfente un gros cordon de foie couvert d'un battu, & recouvert à claire-voie de deux autres petites milanefes.
- Figure 3 , Paillettes comptées, attachées chacune d'un grain de frifure for* mant un feul trait.
- Figure 4, Paillettes comptées, attachées alternativement d'un & de deux points de frifure.
- Figure $ , Paillettes comptées, armées de barbes de frifure en épi, ce qui s appelle paillettes griffées,
- Figure 6, Paillettes comptées, coufues de foie, & recouvertes de trois brins d'or trait.
- Figure 7, repréfente les différentes paillettes à compter, i, La très-grande. 2, La ronde. 3 , La comptée. 4, La quatrième. La balzac. 6, La troifieme. 7, La grande femence. 8, La femence. 9 8c 10, La quarantaine. *
- Figure 8 ,/, ovale ; g, cœur ; h, amande ; i, lofange ; l, quarré ; m , trefle J n, rofette ; o , étoile ; p, ronde ; q, r, belle-vue de deux grandeurs.
- Figure9, Paillons percés, 8c la maniéré de les border en frifure guipée.
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- 48 Explication des Planches.
- Figure ro, Nœuds que font les Dames eh s’amufant.
- Figure 11, Epargne des morceaux qui compofènt la Figure 12.
- Figure 13, Branche de feuilles, de paillons, recouvertes de (oie de differentes nuances plus ou moins ferrées.
- Figure 14, a , a, Jais coufu de différentes longueurs, formant une aigrette ; le nœud c, c, en margueritains & autres petits grains.
- Fig ure 15 , Nœuds à deux côtés, faits à la navette.
- Planche VL
- Figure I, repréfente deux lez de fatin de deux aunes chaque, lefquels étant affemblés, fuffifent pour faire toutes les parties d’une chafuble, école, manipule 8c bourfo, ainfi qu’elles font tracées.
- Figure 2 , une demi-aune de fatin pour le voile de calice. <2, la maniéré de placer la croix, b > b % le galon qui fait l’encadrement.
- Figure 3 , Plan d’une tunique, & la proportion des orfrois. a, le devant ; b , le derrière ; c, c, les manches ; d, trou pour paffer la tête; e, e9 e, les galons f9 les orfrois de Broderie.
- Figure 4, Plan d’une chape. les lez aflemblés, & le fens de les met-
- tre ; g 5 g > ^es orfr°is ; h, le chaperon ; i, frange ; a, la bille ; 13l, les galons.
- Figure $ , Mitre d’Evêque, à laquelle eft attaché le fanon m. Le fanon /z, vu dans là forme exaéle. La mitre fe fait ordinairement de glacé ou tifîii d’or & d’argent , brodé plus ou moins riche dans le goût du deffin.
- Planche VIL
- Figure 1, repréfente un caparaçon en petit, qui a été exécuté en dorure pour le Roi de Portugal, ainfi qu’on peut en juger par le blafon. Les ombres annoncent à-peu-près les reliefs & élévations qu’on peut donner aux différentes parties qui compofènt tout l’enfemble. Ces différentes parties ont été d’abord brodées féparément, puis réunies comme nous l’avons dit ailleurs. Les hachures du blafon en indiquent les couleurs.
- Figure 2 , repréfente la moitié d’une houlfe de cheval, brodée dans le dernier goût en dorure 8c paillettes. Les lignes ponéluées a, a, montrent ce qu’il a fallu remplir en toile pour tendre le métier, ainfi que nous l’avons dit ailleurs.
- Figure, 3, repréfente les pinces d’acier dont on fe fert pour tirer l’aiguille , quand on travaille à de l’enlevure très-épaiiîe & fort dure.
- Figure 4, Feuille de vigne en foies lancées, & rabattues de différents fens.
- 4*.
- Planche
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- Explication des Planches.
- Planche VIII.
- La Figure premiers repréfente le deflin d’habit de Brevet. Pour diftin-guer fes principaux Courtifàns , Louis XIV avoit inventé en 1664 > des ca^~ ques bleues brodées fur ce deflin en or & argent. La permiflion de les porter étoit une grande grâce pour des hommes que la vanité mene ; on les deman-doit comme le Collier de l’Ordre. Cet empreflement a diminué ; mais quoique la forme des habits ait changé , ce deflin fait encore jouir des mêmes privilèges. a ya y a , Fleurs brodées en barbiches d’or, b yb yb, Broderie en pafle d’or. c y c yc, Feuilles en pafle d’argent, d yd yd, Fond en pafle de cordon.
- La Figure 1, repréfente une bordure d’habit brodée en 1717, avec des enjolivements de frifure & bouillon, a yay a yay Feuillages brodés en pafle d’or. byb yby Fond de cordon, c, c, c, Petits agréments de poires & de boucles en frifure Sc bouillon : obfèrvez qu’il n’y a pas encore de paillettes dans ces habits, les plus magnifiques du temps ; elles n’étoient pas encore inventées.
- Planche IX.
- La Figure 1, repréfente une bordure d’habit faite en 1744, pour le premier Mariage de Monfieur le Dauphin : elle eft toute en pafle ; on y voit feulement quelques paillettes a yaya, entourées de boucles.
- Figure 2 , Autre bordure d’habit exécutée pour le fécond Mariage de Monfieur le Dauphin, en 1747. Tout y eft en paillettes comptées, a, ay a, & en graines de lin yb y b y b y que peu de temps après on a nommées Belle-vue , à caufe quelles fervoient au deflin d’uniforme, pour les entrées de Belle-vue.
- Figure 3, Bordure brodée en chaînette d’argent, en 1768.
- Planche X.
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- L a Figure première repréfente une bordure d’habit brodé fiir fond d’or, en I77° 9 Pour le Dauphin, a, a, Fleurs préparées par quelques points de fil pour donner du relief aux paillettes & paillons, b y le rézeau fait par-deflus un paillon rouge. cy c, Rofettes entourées de frifure. dy dy dy Elles de paillons rouges. e y e, ey Fond de frifure guipée. f>f> autres Fleurs de paillons fans rézeau défi-fus. g,gig> des diamants attachés par leur chaton, pour exprimer des graines de fleurs. hy h yhy autres paillons recouverts en foie. On auroit pu choifir un deflin plus ingénieux.
- La fécondé Figure repréfènte une autre bordure d’habît, aufli pour le Mariage de M. le Dauphin. ayayay montre les points de fil pour donner un peu d élévation aux paillons. by b, b, les paillons d’or ornés de petites graines de frifure. c , c, c , les autres parties du deflin exécutées en pailfettes comptées. Brodeur, N
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- j* o Explication des Planches.
- dydydydy Fleurs d'Opales, montées exprès fuivant le defini, & attachées par leur chaton. Toute cette Broderie , faite fur un fond glacé ‘bleu & argent, a parfaitement réuffi.
- La Figure 3 repréfènte une autre bordure d'habit, exécutée pour le Mariage de M. le Dauphin. afa, a, paillons bleus, attachés par les bords avec quelques points de foie, b, b, les mêmes paillons recouverts de rézeau d'argent. c 9 cy Cj le rézeau orné de fleurettes en petits paillons lilas, & les queues en frifure guipée, dyd >d9 bordure de marcaflite, montée à charnière & coulue fur l’étoffe, e y e y deflous du ruban en paillons bleus, recouverts, à-plomb en foie brune. Le fond de l'habit argent glacé de lilas.
- Fin de l'Explication des Planches.
- Extrait des Regiftres de VAcadémie Royale des Sciences.
- Du 26 Juillet 1769.
- mE!S, eu r s Duhamel ôt Jeaurat, qui avoient été nommés pour examiner la Defcripî tion de?An du Brodeur,préfentée àfAcadémie par M. de Saint-Aubin , en ayant fait leux rapport, l’Académie a jugé que tout ce qui concerne cet Art, paroifïoit expliqué d’autant plus clairement dans cet Ouvrage 5 qu’il étoit accompagné de belles Figures que M. de Saint-Aubin a deffiné lui-même ; qull avoit répondu à l’invitation que l’Académie a faite à ceux qui connoiffent un Art à fond, de coopérer avec elle pour l’Hiftoire des Arts, dont elle s’occupe ; & que la Defcription que M. de Saint - Aubin avoit donnée de l’Art du Brodeur, étoit digne de fon adoption, Ën foi de quoi j’ai figné le préfent Certificat. A Paris, le 2 Août*7ép.
- ~ GRAND JE AN DE FOUCHY,
- Secrétaire perpétuel de l’Académie Royale des Sciences,
- DE L’IMÎ RIMERIE DE L. F, DELATOUR. 1770.
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