Descriptions des arts et métiers
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- DU CORDONNIER,
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- AVANT-PROPOS.
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- LES chauffures deftinées à garantir ïe pied du choc ôü de là preflion det corps durs qui peuvent l’offenfer, ne font parvenus aü point de perfection où elles font préfentement, que par degrés Sc à mefure qu oh a effayé plufieurs matières & préparations qui ont été trouvées fuccefo fivement meilleures & plus convenables que celles qui avôient précédé t l’attention la plus effentielle confiftoit à placer fous la plante du pied un corps folide & réfiftant ; ceux qui réuffirent le mieux, étoient fécorce de bois, le cuir & même la corde, on en formoit la femelle qu’on ajuftoit en fuivant le contour de la plante du pied qui pofoit immédiatement deffus»
- Comme le premier homme, fes defcendans & les plus anciens peuples de la terre commencèrent par habiter les pays chauds & vivoient dans des contrées fableufes & feches, ils fe trouvèrent contents de garantir, fur-tout, la plante du pied. Plufieurs Auteurs dont les écrits font parvenus jufqu’à nous, nous ont donné quelques connoiffances de lâ chauffure de ces diverfes Nations, fur-tout, des Perfes, Egyptiens, Grecs-, Romains ? Efpagnols • ils nous en ont décrit les variétés fous les différents noms qu on leur donnoit, Sc les ont accompagnés de quelques figures ; on en trouvera ici une defcription fuccinte dans le premier Chapitre général, & leurs figures gravées dans la première Planche.
- La plus grande partie de ces formes ne fubfifte plus, Sc on ne les rencontre que dans les Médailles, les Statues Sc les anciens Tableaux ; quelques-unes fe réalifent encore dans nos fpeélacles ,lorfqu*on y repréfente des hiftoires de l'antiquité; Sc nous avons vû plufieurs Ordres Religieux des pays chauds, venir dans le nôtre avec ces chauffures légères > ou le pied eft prefque à découvert, être obligés de les abandonner en-fuite à caufe du froid & de fhumidité qui régnent dans nos climats tempérés*
- A fégard des matières, on doit regarder le cuir Sc le bois comme fondamentales; la corde de Ipart eft encore dun grand ufage, fur-tout en Efpagne chez les Montagnards ou Miquelets , Sc parmi les Ber--gers ; ils en font les femelles de leurs fpargattes ou fpardilles ; c eft ainfî Cordonnier. . a
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- iv AVANT-PROPOS.
- qu’ils nomment cette efpece de foulier dont ils fe fervent très - utilement pour avoir le pied ferme fur les rochers dont leurs montagnes font remplies.
- Tous les peuples connus qui le chauffent, emploient principalement le bois & le cuir, & à peu-près de la même façon, c’eft-à-dire, qu’ils s’en enveloppent entièrement le pied ; les chauffures totalement de bois creufé, qu’on nomme Sabots, fervent aux payfans & au bas peuple à caufe de leur bon marché; il eft vrai que le pied y eft à l’abri du froid & de l’humidité ; mais en même temps il fe trouve dans une elpece de prifon qui gêne beaucoup lès mouvements, au lieu que le cuir obéit à toutes fes inflexions ; cet inconvénient a donné l’origine aux galoches, dans lefquelles on profite des avantages réciproques du bois & du cuir ; la femelle eft de bois , & clouant autour un morceau de cuir, on lui fait prendre le contour du deflus du pied.
- En luppolànt que l’immobilité du fabot a donné l’idée de la galoche ; celle - ci ne réuflilfoit encore qu’en partie, attendu que le deflus étoit feul lufceptible de fe prêter aux mouvements du pied, pendant que la femelle reftoit inflexible; on fongea donc à faire la femelle de la même matière que le deflus; ce qui fut exécuté, & réuflit parfaitement , & le loulier tel qu’il eft à prélènt, eft la plus parfaite de toutes les chauffures, il fuit exactement le contour du pied, & la flexibilité du cuir fe prête à tous fes mouvements : cependant il n’eft pas fans inconvénient ; car il ne réfifte pas à l’humidité comme le fabot, & par confé-quent ne tient pas le pied fl chaudement.
- Charles IX. en 1573 •, mit les Cordonniers en corps de Communauté, fous le titre de Maîtres Cordonniers Sueurs, & leur donna des ftatuts qui furent enfuite confirmés par Henri IV, puis en 1614, par Louis XIII, & enfin par Louis XIV, en 1699. Le terme Sueurs lignifie qu’ils ont droit de mettre leurs cuirs au fuif. Dans leurs ftatuts fous Louis XIII, il eft dit qu’ils pourront faire collets de tous cuirs loyaux & marchands, qui feront couliis à deux chefs, & les enrichir de telle étoffe qu’il plaira à ceux qui les leur commandent.
- Le nom de Soulier paroît venir de ce que cette chauffure approche davantage le pied du fol de la terre que les précédentes.
- A l’égard de l’étymologie du nom de Cordonnier, nous ne hazar-
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- AVANT- PRO P O S> v
- derons pas de donner férieufement la nôtre; les étymologies en général * font fouvent fi forcées, & d'ailleurs fi peu intéreffantes, quon petit en faire grâce au public; ainfi que ce nom foit dérivé, félon Ménage, de ce que les premiers Faifeurs de fouliers fe fervirent de cuirs pré* parés à Cordoue , (a) ou félon d'autres, de ce qu'ils faifoient des fouliers de cordes, ou qu’ils y attachoient des cordons; tout cela eft auflî in* certain qu’indifférent : il n'en eft pas de même, quand des fouliers trop juftes ou mal tournés, font venir des cors douloureux aux differents endroits du pied , qu’ils gênent. Les premiers ouvriers en ce genre en donnoient fans doute fréquemment faute d’expérience, d’où vient qu’il eft très-naturel, qu’on les ait appellés alors des Cordonniers > St que le nom fubfifte encore, puifque le mal ne ceffe pas ; cette étymologie prife dans la chofe même, paraîtra fans doute préférable à toutes les autres.
- Quoique l’Art du Cordonnier embraffe généralement toute efpece de chauffure de cüir , & que chaque Maître foit en droit de l'exercer en entier; cependant il fe rencontre dans le détail, des différences St des incompatibilités, telles que le même homme, fe trouvant fréquemment obligé de changer de méthodes, de matières, & de procédés, ne pourroit, que très- difficilement, fe perfectionner dans chacune des branches de fon Art: par exemple > les fouliers d’hommes exigent des matières graffes, réfîneufès, des encres, &c. dont on ne peut s’empêcher d’avoir les mains faites: ceux de femmes au contraire, demandent une grande propreté, étant garnis d’étoffes de foie, de velours, de cuir blanc » &c. Les bottes enfin, doivent non feulement être confi* truites avec le cuir le plus fort & le plus rude à travailler ; mais demandent encore des procédés tout différents des deux premiers, fans compter la chaleur du feu, & les matières noires, graffes & faisantes , dont l’ouvrier eft obligé de faire un ufage fréquent : tout ceci cenfidéré , a déterminé le Corps des Cordonniers, à prendre chacun fuivant fon attrait, la partie du métier qui lui convenoit; delà font émanées trois branches delà même profeftion ; les Cordonniers pour hommes, ceux pour femmes, & les Cordonniers-Bottiers. On ne dira
- (a) La Communauté des Cordonniers qui préparaient une efpece de marroquîn , qu’on nommais Cordouan , après que le cuir avoit été tanné, eft réunie à celle des Corroyeurs.
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- vj AFANT-PROPOS.
- rien ici de quelques-uns, qui ne font que les fouliers d'enfants {a), puifquils fuivent en petit, la même manœuvre des fouliers d’hommes.
- On va commencer par l'explication fommaire des chauflures antiques, enfuitele Cordonnierpour hommes,le Cordonnier pour femmes, & le Cordonnier-Bottier.
- (a) Les fouliers d’enfants du premier âge , fe font de tripe blanche, autrement velours de laine.
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- ART
- DU CORDONNIER,
- CONTENANT LE CORDONNIER POUR HOMME,
- le Cordonnier pour Femme & le Cordonnier Bottier.
- CHAPITRE PREMIER-
- Chaujjîires Antiques.
- A vant d’entrer dans ie détail des fouliers qui s’exécutent maintenant, il a para allez curieux de commencer cet Art par une notion fuccinéle des matières & des formes que les Anciens employoient dans leurs chaulfures ; on y a joint des delfeins pris dans les monuments antiques, au moyen desquels on fera fuffilàmment inftruit.
- i , Chaulfures des Indes. Il a été un temps où les anciens Indiens fe couvraient tout le tour du pied d'un morceau d'écorce d’arbres qu'ils attachoient fiir le cou-de pied, Calceus de cortice.
- 2222 , Chaulfure des Grecs, qui palfa enluite chez les Romains, d’abord aux femmes , enfuite aux hommes; la femelle étoit de cuir ou de bois; elle fut très-variée & ornée ; on la nommoit Solea.
- 7, Efpece de Pantouffle qui n’enveloppoit que le bout du pied ; dans cet endroit on faifoit quelques entailles ; c’étoit une chaulfure de chambre, on l’ornoit ôc même de diamans à chaque découpure : on la nommoit Sandalium, Crepida. Les Capucins ont auffi appellé leurs galoches ( en latin Gallica) , des* Sandales, à caufe qu’ils portoient l'elpece de Solea 2* > dont la femelle étoit de bois qu'on appelloit aulîî Sandalium.
- Nota. On verra dans l’Art du Tailleur, que cette elpece de chaulfure de chambre a été renouvellée du tems de François I, avec la différence que tout le delfus du pied étoit couvert.
- Cordonnier. A
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- Ire.
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- 2 ART DU CORDONNIER.
- 3 , Patins. Semelles de fer, dont les Belges ou habitants des Paysbas fe fervoient pour gliffer fur la glace ; i’ufage des Patins fubfifte encore dans ces contrées , on les nommoît Calopodia.
- 5 , Ancienne chauifure des Grecs 8c des Egyptiens qui paffa chez les Romains parmi le peuple 8c les payfans, & même dans les armées ; elle étoit conftruite de gros cuirs , fe relevoit en pointe par le bout du pied 8c mon-toit à mi-jambe. Les femmes Romaines les adoptèrent 8c les rendirent magnifiques ; elle fe nommoit Pero. Cette forme de chauifure pointue 8c rele-; vée par le bout, fubfifte encore dans le Levant, aux Indes, à la Chine , 8cc. ou en Bottines ou en fimples Pantoufles , qu’on nomme P abouches ou Babouches.
- 6, Ancienne chauflîire très-mince qui montoît jufqu’à mi-jambe, que mettoient les Comédiens, Farceurs & Bateleurs, pendant leurs exercices : le nom étoit Soccus} en François Brodequin.
- 4 , Chauifure des Aéleurs tragiques, lorfqu’ils repréfentoient les aétions des grands hommes ; les femelles étoient de bois, 8c s’attachoient fur le coude-pied avec un large ruban ; il s’en faifoit en bois plein , & d’autres en arcades , comme on le voit dans la figure. Ils prenoient la chofe à la lettre ; car ceux qui faifoient les rôles de Héros chaulfoient le Cothurne, en latin Cothurnus , pour paroître fur la fcêne plus grands que les autres hommes.
- 8 , Chauifure des foldats Romains qui tient beaucoup du Solea N°. 2.; leurs femelles étoient lardées de clous de fer, & la vanité des Romains les a quelquefois garnies de clous d’argent 8c même d’or. Cette chauifure fe nom-
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- moit Caliga,
- 9, Chauifure ancienne des Rois 8c des Empereurs : on doit préfumer que le rézeau qui leur entouroit le pied & le bas de la' jambe étoit des étoffes les plus précieufes 8c fbuvent parfemées de diamants. Cette chauflùre fe nommoit Çompaga.
- 10, Ancienne chauifure des Pâtres & des Montagnards d’Elpagne, qui s’eft toujours confervée dans ce Royaume , & y fubfifte encore : on la nomme Calceus Sparteus 8c en François Spargatte ou Spàrdille ,* la femelle en eft entièrement de corde faite d’un gramen ou chiendent tout-à-fait femblable au joncïVoyez à la vignette de cette ire. Planche A, Cette herbe eft originaire de Syrie d’où tranlportée en Elpagne, elle s’y eft multipliée confidérablement. On la trouve en abondance dans les fables&fur les collines, au Royaume de Grenade, à Carthagene : la plus belle eft au Royaume de Valence ; elle vient d’elle-même fans être cultivée ; elle s’élève de 3 pieds : fes feuilles qui font alternes le long des tiges à fleurs font étroites, ont une coudée de long , & font rondes comme celles du petit jonc , 8c creufes ; elle fleurit l’été ; fes fleurs femblabies à celles du chiendent, forment une tête ou pannicule allon-
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- ART DU CORDONNIER. 3
- gée , comme Celle des rofeaux ; il leur luccede des graines longues comme au chiendent ; elle eft vivace & forme des touffes julqu’à deux pieds d’é-pais. On la traite comme le lin , c’eft-à-dire, qu’on la fait rouir dans l’eau J on la lailfe fécher, on la bat & on en fait de la corde, avec laquelle ort conftruit la femelle des Spardilles, dont on vient de parler*
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- CHAPITR E SECOND
- Le Cordonnier pour Homme.
- AVERTISSEMENT.
- .Ai pre’s avoir parlé, dans le premier Chapitre, des chaulïùres anciennes $ il s’agit maintenant de décrire l’Art du Cordonnier, c’eft-à-dire, celles qui fe fabriquent actuellement, 3c de commencer par celui du Cordoamer d’hoim me j comme étant le plus compliqué;
- On va divifer ce Traité en articles généraux & en articles particuliers i leâ articles généraux font nommés ainfi, parce que ce qui y eft contenu eft dom* mun à toutes les branches de Cordonniers qui vont fuivre; 3c les particuliers regardent principalement le Cordonnier d’hommes*
- PREMIER ARTICLE GENERAL*
- Des Injiruments & Outils.
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- Injiruments & leurs ujages.
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- Un Tablier qui delcend jufquà mi-jambe , monte fur la poitrine , 3c s’attache fur les reins*
- 2 , Un Ecojfret ; le Cordonnier nomme aînfî toute planche ou table fur laquelle il taille les pièces néceffaires au foulier, fuivant les modèles en papier qui lui fervent de patrons,
- l, Un Tirepied, c’eft une laniere de Cuir de Hongrie > dont les deux bouts font coufus, l’un à l’autre ou bien fe joignent par une boucle* Le Cordonnier paffe quand il en a beloin cette laniere ou courroie fous le pied gauche en guife d’étrier, la fait monter au-deffus du genou pour y arrêter 3c maintenir les formes ou les cuirs fur lefquels il travaille.
- 5 y Une Manicle, morceau de cuir de veau pris à la tête, large d'énvirofi deux pouces \ 3c affez long pour entourer la paume 8c le deffus de la main gauche, laiffant les doigts libres : on coud enfemble les deux bouts fur fà
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- Planche
- III.
- Planche
- II.
- Planche I LL
- Planche
- II.
- 4 J RT DU CORDONNIER.
- largeur, Sc on fait un trou pour palTer le pouce : cette Manicle fe met pour garantir là main gauche, lorfqu’on ferre avec force les points de couture.
- 4, Une BuiJJe creufe ; c’eft un morceau quarré long , de bois de chêne, dans lequel on creufe en cuiilere un ou plufieurs ovales de* différentes grandeurs , fuivant l’ufage qu’on en veut faire ; c’eft fur ce creux que le Cordonnier pofe fa femelle pour l’enfoncer dans fon milieu, ce qu’il fait à coups du manche de fon marteau, afin qu’elle fe releve tout autour en forme de gondole.
- ci, Soies de Sanglier ; les Cordonniers s’en fervent au-lieu d’aiguilles ; pour faire leurs coutures lacées.'
- 24 , Forme brifée pour élargir les fouliers trop étroits. f ; '
- 25, La Clef de la forme brifée , vue des deux fens.
- 22 , Le Chauffe-pied ; il fert "à amener le quartier du foulier furie talon quand on le chauffe ; il eft de cuir de veau paffé en poil.
- 19 & 20 , le Compas pour prendre la mefure de la longueur du pied ; on le fait de buis.
- 27, Forfne de bois de'hêtre pour homme.
- 28 , Idem pour femme.
- C’eft fur la forme que le foulier fè conftruit.
- 6} Un Cailkbotin : c’eft une efpéce de panier fait en étrécifîant par en haut ; il s’en fait de deux façons : l’une eft d’arrondir une planche fur laquelle on cloue la forme d’un vieux chapeau, au haut de laquelle on fait un trou en rond ; l’autre qui eft repréfenté ici eft fait avec de la natte de paille : le Caillebotin fert à mettre dedans les pelotons de fil gros ou autre , de peur qu’ils ne roulent fur la place quand on en tire des aiguillées.
- Un Baquet ovale de 5 pouces de haut ; on y fait tremper les femelles afin de les rendre fouples pour les travailler.
- Un Billot de bois ou de grès pour battre le cuir des femelles afin de le raffermir & corroyer.
- Outils & leurs ufages.
- Outils de fer.
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- 9 , Une paire de gros Cizeaux, ayant une lame large par le bout ; on la tient toujours en-deffus lorfqu’on coupe.
- 10 , Un Marteau de Cordonnier.
- 12 , Une Pince à mâchoires dentées, dont on fe fert pour tirer, allonger le cuir, &c.
- 13 , Une paire de Tenailles , dont une des jambes fe termine par un bouton.
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- ART DU CORDONNIER> j
- ij1 jUn Carrelet dé Cordonnier , elpece d'aiguille en fer de lance , avec laquelle on fait les coutures à fiirjet.
- 16, Une Alêne à joindre ; c’efl: la plus petite : on s'en lert pour faire les coutures des quartiers.
- 17, Une Alêne à femelle ; elle fert à faire les coutures des femelles.
- 18, Une Alêne à talons ; elle fert aux coutures des talons.
- a, Un Tranchet à bûcher, c’eft-à~dire, à tailler les talons de bois pouf homme : il doit avoir, étant neuf, vers 17 à 18 pouces de long, afin que le manche appuyant fous le coude alfure la main de l’ouvrier ; fon profil fait voir fa courbure.
- b, Un Tranchet à bûcher les talons de femme ; celui-ci eft plus étroit. c 3 Un Tranchet à drelfer les bords des femelles fur leurs épailfeurs.
- d, Une Gouge à creufer>les talons de bois, c’efl: une efpece de tranchet courbe par le haut; fon profil fait voir fa courbure.
- f9 Une Broche à cheviller les talons de bois ; c’eft-à-dire > à faire les trous dans lefquels on met les chevilles.
- g, Une Broche à cheviller les talons de cuir. J
- m y Un Releve-gravure ; c’efl: une efpéce de couteau très-court, dont la lame eft arrondie en haut Sc émouflee , afin qu'elle ne coupe point.
- Une Gravure en terme de Cordonnier , eft un trait ou entaillé qu’on forme en enfonçant , de biais, la pointe du tranchet effleurant le cuir, pouf diriger les coutures qu’on fera enfuite, foit à la femelle , aux talons, &c. Or comme le fond de ce trait de biais fe trouve recouvert par le cuir extérieur, on le découvre en coulant à plomb tout le long de cette gravure la lame du releve-gravure, afin de placer la couture fur ce fond.
- n La Lame à décrafler : c’efl: une lame de couteau pointue en feuiiie de làuge, émoulfée & ne coupant point ; on la pafle entre chaque point des coutures blanches pour en enlever le fuperflu de la cire qui eftrefté dans les intervalles.
- e9 LeFufil; c'eft une petite barre d'acier qu*on pafle furies outils de fer après qu’ils ont été aiguifés, pour leur donner le fil & les faire couper doux t En Angleterre les Cordonniers fe fervent, au lieu de fufil, d’un morceau de la racine du lierre qui monte aux arbres '.Utile eft futoribus adcultellos lœvigandos cum ad eorum acuendo afperiores fafli Jïmt. Ray, Synopfts.
- ly Clouds à monter, c’eft-à-dire, avec lefquels on attache les empeignes & les quartiers à la forme , & qu’on ôte à mefure que les coutures fe font.
- i y Clouds à brocher , c’eft-à-dire , à attacher les femelles à la forme; ceux-ci font à double tête, pour pouvoir plusaifément les faifir avec la pince , à mefure qu’on les ôte.
- Clou à talon ; c’efl: un allez grand clou à triple tête , deftiné à pafler à Cordonnier. B
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- 6 ART DU CORDONNIER.
- travers , un trou qui eft percé au milieu de tout talon de bois pour homme ; afin que ce clou qu’on cogne enfuite dans la forme, retienne le talon dans la place où il doit refter.
- h, Une HauflTe de fer, efpece d’anneau, dont le vuide eft en proportion du clou à talon ; on enfile ce clou dans là haufle avant de le cogner; elle l’empêche d’entrer trop avant.
- Une Râpe moyenne.
- Une Lime moyenne.
- Outils de bois.
- p, Un Machinoir : c’eft un outil de buis; fon ufage eft d’unir les coutures de la trépointe & de ranger les points noirs ; c’eft ainfi qu’on nomme les coutures qu’on fait avec le fil-gros.
- q , Un Poufle-cambrure, outil de buis qui fert à faire plier le cuir des femelles au fond de la cambrure.
- 13 La Bifaigue à bouts, polit les bouts de talon.
- /,La Bilàigue à côtes, polit les bords des femelles.
- r, La Bifaigue à efcarpins, polit de même les bords des femelles des efcarpins. ' .
- o, L’Aftic : on en fait de bois ; mais les meilleurs font d’os de mulet : c’eft un poliffbir pour la furface des femelles*
- u y La Guinche , outil de bois blanc qui ne fert qu’aux fouliers de femme ; fon ufage eft d’unir Sc de polir le cuir qui couvre les talons.
- os y La Planche à redrefler ; elle eft de bois blanc ; elle fert lorfqu’on redrelfe les femelles, à l’oppofer à la pointe du tranchet, de peur qu’en palïànt il n’entame l’empeigne.
- y y Le Coin de bois qu’on met fous les hauffès au cou-de-pied.
- SECOND ARTICLE GE’NE’RAE
- Des matières employées par les Cordonniers.
- Cuirs & leurs ujages.
- Le Cuir eft en général la matière dont on fe fert pour faire les fouliers, bottes , bottines, &c. quand on en emploie d’autres, c’eft de pure fantaifie, ou pour des raifons particulières ; ce fera donc l’énumération de toutes les efpeces de Cuir qui font à l’ufage des Cordonniers, qui fera le premier objet de cet Article.
- Le cuir de veau; le marroquin noir, rouge, jaune; le cuir de chevre; le cuir noir de veau de Suilfe ; le daim ; le caftor, s’emploient pour les empeignes & quartiers : le marroquin rouge s’emploie auffi à couvrir les talons
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- ART DU CORDONNIER. ;
- de boïs j ainfi que le veau noir : le veau retourné imite le marroquin; mais il if eft ni fi beau ni fi bon : le meilleur veau noir eft celui de Paris : quant au marroquin, on le tire de Rouen & de Marfeille ;le meilleur vient du Levant.
- Le cuir blanc de mouton ou bazanne blanche fert à faire les empeignes & quartiers des fouliers de femmes , c’eft-à-dire , la doublure des étoffes qu'on applique par-defïus.
- La bazane noire fert uniquement aux pièces des fouliers d'homme, onia tire de Picardie.
- Le chagrin rouge, fert quand on veut, à couvrir les talons de bois ; mais il eft d'un mauvais ufé, parce qu'étant une matière trop feche ,il fe coupe le long des coutures blanches, dont les points font toujours coufus près à près; le meilleur nous vient de Turquie.
- Le cuir de vache fert à faire les premières femelles des fouliers & efcarpins ; U fait aufîi les fécondés femelles des fouliers de femmes ; celui de Nemours eft le meilleur.
- Le çuir de bœuf en blanc, c’eft-à-dire, paffé fimpiement à l'huile, fert à faire les tiges, les genouillères, &c. des bottes fortes.
- Le cuir fort qui eft le cuir de bœuf préparé à la chaux & à l'orge, fert à faire les fécondés femelles des fouliers d'homme ; on le tire de Saint-Germain-en« Laye , de Sedan,deNamur, de Liege ; le meilleur vient d'Irlande. •
- Fils.
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- Les Cordonniers emploient trois fortes de fils, lavoir :
- Le fil gros; ce fil doit être fait avec le meilleur chanvre peu retord; la maniéré de le filer demande de l'habitude; c'eft pourquoi il y a des femmes qui ne s'occupent qu'à filer pour les Cordonniers ; il s'emploie en plufieurs doubles à faire les groffes coutures des fouliers qu’on appelle les coutures noires.
- Le fil de Bretagne brun ou noir s’emploie pour faire les fimples coutures à fur jet.
- Le fil de Cologne blanc, eft celui avec lequel fe font les coutures blanches; il s'emploie en plufieurs doubles: il fe fabrique à Morlaix en Balle-Bretagne.
- Cires et Encre.
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- Le Cordonnier fe fert de plufieurs efpeces de cires.,
- La cire qui fert à poiffer le fil gros fe fait ainfi : on prend de la réfine qu'on fait fondre pour y ajouter fur une livre gros comme une noix de fuif; quand le tout eft mêlé & refroidi, on en forme une pelotte fblide, on la coule tout le long de l'aiguillée de fil gros pour la poiffer.
- Na. Il faut faire refondre cette compofition pour y ajouter du fuif fuivant la faifon ; car l'hiver elle feroit trop feche.
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- La Cire blanche avec laquelle on cire le fil blanc de Cologne pour les coutures blanches, fe compofe ainfi : fur 2 onces de cire blanche il faut f once de ' blanc de cérufe ; coupez la cire par petits morceaux fur un morceau de cuir blanc, la cérufe ayant été mife en poudre, faupoudrez-la lur la cire * enfermez le tout dans le morceau de cuir; & frappez fur ce nouet avec le marteau ; au bout de 3 ou quatre minutes vous aurez une pâte blanche , dont vous ferez une pelotte qui fervira à cirer le fil blanc. ‘
- La Cire jaune , autrement Cire vierge, fert fans aucune préparation à plonger de tems en tems les alênes dedans pour les rendre plus gliflàntes quand on perce le cuir.
- La Cire de Bottier fe fait avec arcançon 2 livres, cire jaune une livre , noir de fumée à volonté, faire fondre le tout enfemble. Cette cire fert aux Bottiers pour pénétrer le cuir des bottes fortes, & les rendre dures comme du bois : on inftruira au Chapitre du Bottier ci-après comment il procédé à cette opération.
- Na. Le Cordonnier fe fert auffi de cette cire, dont en la faifant il retranche l’arcançon pour certains gros fouliers dont le bas peuple & les payfans font ufage. #
- L’encre qui fert à noircir les talons de cuir, les bouts de talons , les côtés des femelles , &c. eft compofé d’empois bleu 8c de noir de fumée, qu’on bat bien enfemble pour mêler le noir de fumée, après quoi on ajoute de l’encre ordinaire.
- TROISIEME ARTICLE GE’NE’RAL.
- Des Coutures.
- Il fe fait de trois fortes de coutures, fuivant que la conftrudlion du foulier le requiert.
- Les coutures noires ou coutures lacées avec fil-gros poifle & foies de fan-glier ; les coutures blanches lacées comme les premières, mais dont les points font près à près; elles fe font avec foies de fanglier & fil de Cologne ciré ; les coutures fimples qui fe font à furjet avec fil de Bretagne enfilé dans le carrelet.
- Na. Qu’outre ces trois fortes de coutures on fe fert encore d’un point particulier, nomme le point à ï Angloife\ mais comme il ne s’emploie que dans une feule occafîon aux talons des fouliers de femmes , c’eft à ce Chapitre qu’on en fera la defeription.
- Préparation des aiguillées pour les coutures lacées.
- Planche
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- Les coutures noires lacées fe font avec fil-gros , & foies de lànglier , a a a > &c. les foies de cochon ne font pas fi bonnes, étant trop molles] Ces coutures
- font
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- font les plus, effentielles attendu qu'elles conflituent la folidité du foulief* Les aiguillées pour les faire, fe préparent comme il fuit*
- Prenez au peloton de fil gros autant de longueur de fil qu’il vous en faut félon la couture que vous allez faire : redoublez alfez de brins pour former une aiguillée de la grolfeur dont vous avez befoin ; mais avant chaque redoublé^ ,jnent il s'agit de rompre le fil afin que tous les brins fe trouvent féparés l'un de l'autre; pour cet effet afin de faire un autre brin, commencez par détordre le filfiir votre genou avec la paume de la main, puis tirez & arrachez , il fe fera des effilogeures; continuez toujours ainfi à chaque bout de l'aiguillée, toutes ces effilogeures des bouts fe trouveront naturellement inégales , les unes plus longues, les autres plus courtes, ce qui formera une pointe allongée, & votre aiguillée fera terminée par deux pointes de fil, une à chaque bout : tordez alors toutes ces pointes en travers fur votre genou , pouffant en avant le plat de la main, & tout de fuite poiffez avec la réfine, vous aurez une pointe allongée & fine, compofée d'effilogeures.
- Prenez enfuite une foie de fànglier a> féparez-la en deux brins b b paf fonbout mince jufques un peu au-delà du milieu de fa longueur, puis avançant la pointe de votre aiguillée entre les deux fufdites féparations & même un peu au-delà de l'endroit où elles finiflent ; repliez ce furplus ^ fur le haut des deux brins où ils fe réuniffent ; tordez le bout de l'aiguillée avec le brin e delà foie , & tout de fuite l'autre brin, obfervant d'engager préfentement la pointe d de l'aiguillée dans celui-ci, obfervant encore de ne le pas tordre jufqu'aü bout, à un travers de doigt près f. Cela étant fait , prenez l’alêne à joindre avec laquelle vous percerez un trou au travers de l'aiguillée eng, au-deffous & tout auprès du bout de Coief refié en l'air ; retirez l'alêne, & prenant l'autre extrémité de la foîe qui en efl le gros bout* vous l'abaifferez pour l'amener au troug, que l'alêne vient de faire ; vous le ferez palier au travers, & le tirerez en haut jufqu'à ce que vous l'ayez ramené tout droit comme il étoit auparavant: on recommence, quand on veut, cette derniere opération une fécondé fois,faifant un fécond trou avec l'alêne au-deffous du premier, la jonélion en efl; plus folide: on fait la même chofe à l'autre bout de la même aiguillée ; car chaque bout doit être terminé par une foie*
- La figure Cde la 3e. planche cottée des lettres qu'on vient d’expliquer, montre quatre temps fucceffifs pour attacher la foie à l'aiguillée.
- •Le ir. fait voir l'aiguillée c entre les deux féparations b b de la foie.
- Le 2e. efl une des féparations tordue & le bout pointu d de l'aiguillée recourbé fur l'autre féparation.
- Le 3e. efl la'fécondé féparation tordue à l'aiguillée, excepté le bout f refié en l'air.
- Le 4e. fait voir le trou fait en g par l'alêne. Le bout de la foie qu'on vient
- Cordonnier. C
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- ro ART DU CORDONNIER.
- de faire pafler au travers, eft prêt à être tiré en haut pour ferrer Panneau qu'il
- a formé en paflànt.
- On vient de voir que les deux bouts de l'aiguillée ont été tordus fur le genou, puis poifles 8c enfuite attachés aux foies; il s'agit maintenant de donner à tout le relie de l'aiguillée un tors un peu lâche ; car il faut éviter de la tordre trop ; on en vient à bout par le moyen fuivant fig. D.
- Prenez l'aiguillée vers l'un des bouts ; recourbez ce bout ; formez-en une boucle A, que vous ferrerez entre le pouce 8c l'index de la main gauche, laiffant pendre le furplus B avec fa foie; prenez l'aiguillée de la main droite, il s’agit de la tourner autour du pouce de la main gauche jufqu’à fon autre bout ; ce qui ne fe fait pas fans réglé , fur-tout au commencement ; car d'abord, & pour le premier tour, vous conduirez votre fil paffant fous le pouce par derrière la boucle^, delà par-deffusle bout de l'index, puis fur le pouce, de-là allant toujours paflez encore fous le pouce, remontez par derrière la boucle ; mais ne prenez plus l'index , revenez fur le pouce, continuez le troi-Cerne tour, 8c tous les autres de la même façon ; mais après celui-ci dégagez l'index de la petite boucle dans laquelle le premier de tous les tours l'avoit enfermé ; continuez donc à entourer le pouce 8c à l'emmaillotter, pour ainfi-dire, jufqu'à ce que vous foyez arrivé vers l'autre bout de l'aiguillée ; alors défaites la boucle^ en la tirant en avant, le bout B fuivra ; continuez de tirer, tous les tours fe dérouleront, & afin qu’ils ne viennent pas tous enfemble, on appuyé un peu le pouce emmaillotté contre l'index ; on recommence cette manœuvre trois fois de fuite, après quoi l'aiguillée fe trouve torfe au degré convenable.
- N3. Piufieurs ont maintenant l'habitude de tordre les aiguillées fur le genou, en pouflant le plat de la main en avant, à piufieurs reprifes fur l’ai—
- Les aiguillées blanches fe préparent exactement en tout comme les noires dont on vient de parier, excepté qu'on ne les tord pas fur le pouce comme les précédentes, mais Amplement fur le genou.
- Les coutures Amples ou àfurjet ne fe préparent autrement, qu’en enfilant dans le carrelet du fil de Bretagne.
- Lacer & faire le Nœud, fig. B.
- Le Cordonnier en général lace la plus grande partie de fes coutures, elles fe font lorfqu'il doit attacher ou accoller deux morceaux de cuir bord à bord, & les joindre folidement enfemble, ou bien en perçant tout-à-fait les deux cuirs, ou (comme ils difent) en effleurant le cuir, c'efl-à-dire,en entrant dans fon épaiffeur fans le percer d'outre en outre. Ces coutures s'exécutent de la maniéré qu’on va décrire.
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- pour commencer, approchez l’un de l’autre les deux cuirs que vôt?s voulez coudre enfemble, percez-les d’un feul coup d’alêne r, i, retirez l’alêne * paiTez au travers de Ton trou la foie d’un des bouts de l’aiguillée que vous cirerez jufqu’à la moitié, & pour vous enaffurer vous élèverez en Pair les deux moitiés, 8c vous approcherez les deux foies Pune de l’autre ; il y a des cas où nouant tout de fuite les deux moitiés ainfi égalifées par un nœud fi mole , on fait defcendre ce nœud jufqu’aux cuirs. Dans d’autres ce nœud ne fe fait point, mais foit qu’il fe faffe ou non, reprenez votre alêne , 8c à deux ou trois ou quatre, &c. lignes du premier trou, félon que vous voulez , vos points plus ou moins longs ; percez un fécond trou 2,2, paffez dedans la foie 4,4, que vous tenez de la main gauche, elle fortira à droite, paflez en même-temps celle que vous tenez de la main droite 3,3, dans ce même trou , elle fortira à gauche, prenez avec la main droite la foie qui fort à droite, & avec la main gauche celle qui fort à gauche, tirez4es toutes deux en étendant les bras horizontalement, & faites que la foie & le fil que vous tirez à droite paifent au travers de Panneau j’, qui fe forme à droite 8c qui y fera le point quand il fera ferré; quant à l’autre foie 8c fil que vous tirez avec la main gauche , il n’y a aucune précaution à prendre , finon que lorfque le point eft prêt à fe ferrer, vous tirez avec plus de force le fil que la main gauche mene, que celui de la main droite; voilà pourquoi la manicle fe met toujours à la main gauche pour la garantir d’être coupée par le fil dans les efforts continuels qu’on fait pour ferrer chaque point ; continuez comme il vient d’être dit, jufqu’au bout de la couture, que vous terminerez par un nœud qui fe fait toujours à
- Pour faire ce nœud, quand vous êtes arrivé au point de terminer la couture , faites paffer la foie gauche 6, d’abord par-deftous Panneau en 7, enfuite par-deflùs en 8 ,puis encore par-deftous en 9 ; tirez, & quand tout eft ferré le nœud eft fait ôc la couture foiidement terminée.
- QUATRIEME ARTICLE GE’NE’RAL.
- Comment on prend la Mefure du pied.
- Pour avoir la mefure du pied il faut commencer par en prendre la longueur au moyen du compas de Cordonnier , enfuite pour avoir la hauteur* du cou-de-pied ,& la largeur du gros du pied, ou plutôt le tour de ces deux parties, on ne fe fert que de bandes de papier ou de cuir , auxquelles on fait des marques.
- Le Compas de Cordonnier 19 & 20, eft d’une ftruéture particulière ; il eft de buis , 8c compofé de quatre réglés en couliffes Pune dans l'autre, forr mantun quarré long, ces réglés font difpofées de façon > que la fupérieure
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- i2 ART DU CORDONNIER.
- & l'inférieure peuvent allonger le compas en glilfant fur les deux autres au moyen d'un petit manche II, qu'on tire à foi ; de ces réglés coulantes , il n’y en a qu’une qui ait des divifions : ce compas eft terminé à un bout par une branche III, immobile , d’équerre à la réglé coulante qui a été divifée & numérotée par de petits clous de cuivre, vis-à-vis cette branche immobile en eft une mobile IV, qu’on peut faire couler d’un bout à l’autre du compas fur la face numérotée: cette face ou réglé eft marquée de 26 traits ou diviftons de 3 en 3 lignes, lorfqu’on la tire tant quelle peut l’être, amenant en même temps à foi la branche mobile , le compas a alors toute fa longueur ^ qui eft de 11 pouces & demi entre les deux branches, & il eft dans l’état où il doit être pour prendre la mefure de quelque pied que ce foit : dans cet état en comptant à commencer par le bout où eft la branche immobile III, jufqu’à la 12e. diviflon *, on arrive à celle que les Cordonniers nomment la petite pointure ; cette expreC-fion lignifie que la longueur du pied des enfants, jufqu’à 11 ou 12 ans, ne pâlie que très-rarement cette divillon : quand le pied eft plus long ,il entre dans la grande pointure qui va jufqu’au bout.
- Maintenant pour prendre la mefure, commencez par allonger votre compas, puis mettant un genou en terre, paffez-le fous le milieu de la plante du pied , appuyez la branche immobile derrière le talon , puis faifànt avancer la branche mobile jufqu’au bout du pied, remarquez la divillon fur laquelle elle s’arrête.
- Si vous devez faire un foulier ordinaire, reculez de 3 divifions que vous ajouterez à la mefure ; fi c’eft un efcarpin n’en ajoutez que 2, &une feulement fi on veut un foulier très-jufte.
- A l’égard delà hauteur du cou-de-pied & de la largeur du gros du pied, pre-nez-en la mefure avec une bande de papier avec laquelle vous entourerez le pied à ces deux endroits, faifant avec vos cizeaux de petites entailles pour marquer la mefure de chacune de ces parties; il ne vous relie plus alors que de commander au formier une forme fuivant votre mefure.
- CINQUIEME ARTICLE GE’NE’RAL.
- Les ChauJJures.
- He foulier en général çftçompofé; i°. de deux quartiers, qui joints en-femble entourent le talon, 8ç fe terminent par deux oreilles qui fe nouent ou fe bouclent fur le cou-de-pied ; 20. d’une empeigne qui enveloppe tout le delfus & les côtés du pied ; 30. de deux femelles appliquées l’une contre l’autre, fur lefquelles pofe la plante du pied ; 40. d’un talon de bois ou de cuir , plus ou moins élevé, jfa conftruétion & l’alfemblage de toutes ces parties çft à peu-près la même pour homme , femme & enfant.
- Lorfque
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- Lorfque les femelles font d'une épaifleur convenable , & que tout le refte du foulier eft folidement étoffé, il eft ce qui s’appelle , un foulier ordinaire ; niais fi l’étoffe en général efl: mince Sc légère, particuliérement celle des femelles, il change de nom Sc fe nomme un efcarpin : fi on fait l’efcarpin à l'envers Sc qu'on le retourne enfùite du bon côté, il s’appelle un efcarpin retourné’.
- On a imaginé depuis quelque temps une efpece d’efcarpin encore plus léger qui n’a qu’une femelle ; on le chauffe avant de mettre les bottes fortes, afin que quand on les ôte, le pied ne fe trouve pas à nud avec des bas feulement ; on le nomme pour cette raifon , ejcarpin de bottes.
- Le foulier ordinaire efl une chauflure folide qui empêche que le pied foit affeélé des corps durs fur lefquels on marche, L’efcarpin rendant le pied moins appefanti, convient mieux pour courir, danfer, ou faire quelqu autre exercice vif Sc prompt.
- On a encore imaginé une efpece de chauflure pour conferver les fouliers dans les fàiftms humides Sc froides, Sc qui en même temps tient le pied plus chaudement : cette chauflure efl proprement un double foulier imparfait : qui n’a ni quartiers ni oreilles; on met fon foulier dans celui-ci, auquel on a donné le nom de claques : il s’en fait pour hommes Sc pour femmes.
- Les mules ou pantoufles qui fervent de chauflure dans la mai fon Sc en déshabillé n’ont que les femelles, l’empeigne Sc le talon ; elles manquent ab-. folument de quartiers, d’oreilles Sc de pièces ; fi on ajoute des quartiers , elles perdent leur nom de pantoufles, & doivent,être appellées des Jabots.
- On fait encore d’autres efpeces de fouliers : gros fouliers cirés, avec clous ou fans clous; galoches à femelles de bois; chauffons pour la paume, pour tirer des armes, Sec.
- Toutes les efpeces de fouliers dont on vient de parler, fervent à couvrir le pied Sc donnent la facilité de marcher plus sûrement; mais quand il s’agit de monter a cheval, ou bien de paflfer dans des bois ou dans l’eau ; il efl encore néceffaire d’avoir les jambes & quelquefois les genoux à l’abri des accidents extérieurs; c’eft pourquoi on a conftruit des bottes de plus d’une efpece, bottes fortes, bottes molles, bottines & guêtres de cuir.
- Parle terme de bottes, on entend une boîte de cuir, contiguë à un foulier, qui renferment le pied Sc la jambe, Sc au haut de laquelle on joint, fuivant l’occurrence, un rond de cuir qui garantit le genou ; Sc par celui de bottines y une chauflure de cuir qui n a point de foulier, Sc n’eft faite que pour entourer la jambe.
- Cordonnier•
- D
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- ART DU CORDO NN1ER.
- Planche
- IL
- Planche
- III.
- PREMIER ARTICLE PARTICULIER.
- . Le travail du Cordonnier pour homme.
- Le Soulier ordinaire.
- Apres s'être mis au fait des inftruétions générales contenues dans les Articles précédents * il s'agit maintenant d’en venir à la pratique; pour cet effet on va commencer le travail du Cordonnier, pour la conftruélion du foulier ordinaire d'homme ; d'abord à talon de bois, enfuite à talon de cuir.
- Quand vous aurez pris la mefure du pied que vous devez chauffer, & ayant reçu la forme que vous avez commandée, mettez votre tablier & vous affeyez ; car à ce métier on ne fçauroit travailler qu'étant affis ; prenez l'écoffret 2, FL II, fur vos genoux ; vous vous ferez muni, comme tout Cordonniei: doit l'être de patrons de papier , taillés en forme d'empeigne & de quartiers; pofez-les fur l'écoffret ; prenez enfuite les morceaux de veau noir que vous avez deflinés à fervir d’empeignes & de quartiers ; pofez-les à l'envers fur votre écoffret, c'efl-à-dire, que lafleur (c'efl ainfi que s'appelle le côté du cuir d'où fortoit le poil de ranimai 8c que le Tanneur a noirci) que la fleur, dis-je,foit en deffous &la chair en deffus; appliquez vos patrons de papier fur cet envers, 8c fui-vez-les en coupant le cuir, foit de l'empeigne A A, foit des quartiers CC, 8c des oreilles B B, avec la pointe du tranchet, ou bien avec un couteau à main, pareil à celui dont fe fervent les Bourreliers 8c les Selliers ; cet infiniment eft marqué a dans la Vignette.
- On doit couper un peu plus large cette première fois, parce que tout de fuite on tire les cuirs avec la pince pour leur procurer toute leur extenfion, la pince ayant fait fon office, remettez les patrons de papier, que vous fuivrez exactement cette fécondé fois en coupant le cuir fuperflu de l'empeigne 8c de tous les retours des quartiers, excepté de leur côté circulaire C C, où vous laifferez du cuir au-delà du modèle pour rafraîchir les oreilles B B, lorf* qu’il en fera queflion par la fuite.
- Cela étant fait, préparez, c'efl-à-dire, taillez les différents morceaux de cuir qui entrent dans la compofkion du foulier , fçavoir, les paillettes DD, les ailettes FF, la trépointe EE , 8c le paffe-talon N,jig. 2 , file talon doit être de bois ; car aux talons de cuir il n'y a point de paffe-tâlon.
- Les paillettes font deux petits morceaux de cuir de veau coupés en ligne droite , par un côté, arrondis & amincis du refie par le tranchet; leur place efl fous l’empeigne à la pointe des entailles a a de l’empeigne pour les fortifier.
- Les aîlettes font deux lanières de cuir de veau coupées en ligne droite par
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- - J RT DU CORDONNIER. îf
- uti côté, arrondies en lame de couteau 8c amincies de l’autre côté avec le tran-
- chet, elles font deftinées à doubler 8c à fortifier le bas des côtés de l’em-
- ♦
- peigne, * ' " ' '*’
- La trépointe eft une laniere de cuir de vache d’un demi-pouce de large 8c allez longue pour faire le tour du foulier, le long de la première femelle 8c finir de chaque côté à l’endroit oùJe talon commence.
- < Le pafle-talon qui ne fert qu'aux talonx de bois, eft un morceau de veau noir affez long pour couvrir tout le talon de bois. .
- Pour revenir à la conftruétion, lorfque l’empeigne 8c les quartiers font taillés far les patrons, comme il a été dit ci-deffus, rapportez un des quartiers fur l’empeigne A A, pofez-le dans la fituation où vous le voyez dans i’eftampe, fendez l’empeigne en liiivant le biais qui fait le bas de l’oreille jufqu’en a, coupez enfuite en ligne droite jufqu’au bout de la fente, vous aurez une entaille d’environ un demi-pouce de profondeur, qui fe trouvera à un pouce & demi d’un des côtés de l’empeigne ; ôtez le quartier, pliez l’empeigne en deux, le triangle coup^ s’appliquera fur l’autre côté,& y fer vira de modelé pour en couper un pareil ; la portion du cuir de l’empeigne qui fe trouvera entre les deux triangles, deviendra l’extrémité du delfus du cou-de-pied bb,8c ce fera à fon bord que fera coufue la piece G quand le foulier fera achevé; maintenant l’écoffret ne vous fert plus de rien.
- Faites une aiguillée de fil-gros de l’épaiiTeur d’une très-petite ficelle , chauffez le tire-pied fous le pied gauche , & la manicle à la main gauche ; puis prenez la forme à joindre Planche 1I, N°. 17, au bout de laquelle eft piquée une pointe de fer 3 r , qu’on nomme le petit clou ; pofez cette forme fur le genou gauche , fon bout du pied tourné vers vous, fixez-la en cet endroit en la ferrant avec le tire-pied que vous paffez par-deftus ; il s’agit à pré-fent de vous fervir du haut de cette forme où eft le petit clou, pour joindre enfemble par l’envers du cuir, les deux quartiers avec une couture noire ; pour cet effet, approchez l’un contre l’autre les bords CC, PL IÏL de chaque quartier, à droite & à gauche du haut de la forme en-deçà du petit clou ; paffez le tire-pied par-deffus pour les contenir ; prenez l’alêne à joindre, percez les deux bords fufdits vers leurs extrémités proche du petit clou, l’alêne ôtée, paffez dans fon trou la foie gauche de l’aiguillée que vous venez de faire; tirez l’aiguillée jufqu’à la moitié , égalifezl’autre à celle-ci,comme
- U-
- il a été dit ci-deffus au titre Lacer & faire le nœud; nouez-les enfemble, 8c faites defeendre ce nœud fous la pointe du petit clou en dehors, ce nœud égalifera les cuirs, continuez de coudre en laçant, cette couture fe trouvera derrière le talon de l’homme ; quelques-uns la fuppriment en taillant les deux quartiers d’unfeul morceau ; prenez enfuite l’empeigne L,PL 11 Lfig. 4^pour la coudre à l’envers aux quartiers, quand vous ferez aux deux tiers du retour 3 ,
- *
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- La première femelle.
- 16 ART DU CORDONNIER.
- du bas de l'oreille jufqu'à un demi-pouce près, finiffez votre couture lacée , paffez ce demi-pouce par-defîous l'empeigne, 3c vous l'y couferez "d'une fimple couture à furjet avec le carrelet & du fil de Bretagne ciré, de façon que vos points forment un petit ovale apparent 3 , quon nomme la rofette.
- Cela fait, prenez les deux paillettes D D , aminciffez-les par les bords, appliquez à l’envers du cuir leur côté qui eft en.ligne droite contre la pointe de chaque échancrure a a de l'empeigne, coufez - les en effleurant le cuir, c'eft-à-dire , fans le percer d'une fimple couture avec le .carrelet & le fil de Bretagne. *
- Prenez enfuite les ailettes F F, aminciffez-en le bord le plus droit & le bout le plus large, vous appliquerez ce bout F 2, jufqu'au-delà de la couture du quartier, & le refie de l'ailette le long du bas de l'empeigne, qu'elle en fiiive tout le contour 00 jufqu à un bon pouce près du bout; coufez cette ailette en effleurant le cuir de l'empeigne, d'une fimple couture avec le carrelet 8c fil de Bretagne, commençant par le bout large appliqué fur le quartier en K, continuez le long du quartier aminci qui eft celui d'en haut, quand vous arrivez à la paillette percez-la d'outre en outre, coufez aufîi tout le haut de f ailette jufqu'aubout pointu ; le bord de l'ailette 0 0, ne doit point être coufu, mais taillé de façon qu'il fuive le contour du bas de l'empeigne fans y être attaché.
- Retournez le tout ; la fleur qui'eft le côté du poil 3c où le cuir eft noirci, fera en dehors, les paillettes &les ailettes en dedans ; on peut mener jufqu ici les deux fouliers enfemble.
- Le tout ainfi retourné, prenez la forme qui a été faite pour le pied que vous
- devez chauffer , & mettez deffus en place ce commencement de foulier , puis
- tirez avec la pince le bas de l'empeigne tout autour, de pouce en pouce, afin
- delà bien tendre fur cette forme;arrêtez chaque endroit que vous tirerez avec
- un clou à monter, pour couper enfuite avec les cizeaux, le cuir qui dépaflera
- le bas de la forme, afin de lui donner un contour égal : retirez enfuite les clous,
- ‘ *
- 3c ôtez de defliis la forme.
- Il s’agit enfuite d'afficher la première femelle S,fig. r, c'eft-à-dire, de l'arrêter & la tailler fur la forme. Cette première femelle eft toujours de cuir de vache; on l'aura mis précédemment tremper dans le baquet, & on l'aura en-fuite laiffé reflùyer au degré convenable pour quelle foit fouple 3c maniable quand on veut l'employer ; prenez-la donc en cet état, & pour la corroyer , c'eft-à-dire, la rendre plus ferme & plus ferrée fur elle-même, vous la battrez avec le marteau fur le billot ou fur un grès ; ces femelles fe vendent taillées grofliérement, & ordinairement plus longues & plus larges qu'il ne faut ; appliquez la forme, & l'y faites tenir par quatre clous à femelle, un vers le bout, l'autre au milieu 3c deux au talon, l'un à droite, l'autre à gauche
- fur
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- ART DU CORDONNIER. rf
- fur la même ligne ; enfoncez àuflî une petite cheville de bois à tout au bôiit, alors taillez 8c unifiez avec le tranchet à redrefler le tour de cette femellë> en fuivant le contour du bas de la forme , coupant le cuir qui dépàffe , depuis le bout jufqu à la cambrure , c’eft-à-dire, jufqu’à l’endroit où le talon doic commencer. Les Cordonniers nomment la cambrure, l’efpace qui fé trouve depuis l’endroit où la femelle celle de toucher à terre, jufqu’à celui où le talon commence ; quand vous ferez donc vis-à-vis de l'extrémité de là cambrure de chaque côté , vous entamerez dans la femelle une retraite b b 4 dé deux à trois lignes à angle droit, d’où vous continuerez à couper en arrondit» Tant d’une retraite à l’autre ; cette derniere coupe fera l’endroit où fera pofé le talon; parez enfuite cette femelle en bifeau jufqu’au bois de la forme; terminez ce bifeau aux deux retraites ci-delfus ; laiflez le lieu du talon fans y toucher.
- Pofez leshaulfes à la forme ; on nomme hauffes , PL 2, 29 , plufieurs mor^ ceaux de veau noir, qu’on taille en forme de petites empeignes , de grandeurs inégales, on en couvre le milieu du deffîis de la femelle, depuis le coude-pied jufques vers le bout ; on n’en place ordinairement que deux, la plus petite, la première , & la plus grande par delfus; on cloue une.pointe à leur milieu, 8c pour les alfujettir en place on les bride au moyen de plufieurs tours d’un fil fimple dont on les entoure en forme de ligature à volonté ; ces hauffes font faites pour donner ce qu’on appelle de l'entrée au foulier, c’eft* à-dire, afin qu’on puilfe le chauffer plus facilement.
- Remettez pour la fécondé fois l’empeigne & les quartiers fur la forme par delfus les hauffes , arrêtez les bords du bas de l’empeigne & le bas des quartiers, de diftance en diftance, avec des clous à monter , tirant à mefure avec la pince comme la première fois, excepté où le talon commence à tourner; enfoncez le coin PL 11, y 8c 29 , entre les hauffes & la forme fur le cou-de-pied , fi vous le jugez néceffaire pour donner encore plus d'aifance à l'entrée du foulier; croifez les oreilles fur l'empeigne, arrêtez-les avec une pointe ; bridez le bout de l’empeigne, c’eft-à-dire, prenez un bout d’aiguillée defil-gros avec fa foie ; faites-y un nœud; piquez avec l’alêne à joindre le bas de l’empeigne environ à trois pouces en-deçà du bout du foulier ; paflez le fil 8c le faites couler en allant au bout au-deflus des clous qui fervent à la tendre ; piquez près du bout ; paflez le fil ; tournez-le le long du bout ; piquez de l'autre côté près du bout, &c. & finiflez ce bâtis vis-à-vis d’où vous l’avez commencé ; faites-y un nœud 8c coupez le refte de l’aiguillée.
- Prenez la trépointe E E, parez-la, c’eft-à-dire, aminciflez avec le tranchet le côté que vous deftinez à couler le long de la femelle ; faites une aiguillée <le fil-gros & foie un peu moins groffe que delà ficelle à tabac ; commencez une couture lacée par une des retraites que vous avez précédemment Cordonnier E
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- 18 ART DU CORDONNIER.
- faites à la femelle ; faites vos points lacés longs de quatre lignes , prenant dans la couture les bords amincis de la femelle, ceux de l'empeigne St ceux de la trépointe amincis m, fig. 2; cette couture tournera tout le foulier, & doit fe terminer par un nœud à la retraite de l'autre côté ; ôtez à mefure les clous à monter qui retiennent l'empeigne.
- Le Talon de Bois.
- Si le talon doit être de bois, (les talons d’homme fe font de bois de Hêtre,) lorfque vous ferez arrivé à la retraite de l’autre côté, coufez tout de fuite le paflè-talon N, fig. 2 , à l'envers du cuir tout autour du bas des quartiers, le prenant par fon bord d’en bas avec le bas des quartiers ; ce bord deviendra celui du haut du talon de bois quand par la fuite le pa-ffle* talon fera retourné; c'eft pourquoi en le coufant, on le couche fur les quartiers, la fleur en dedans.
- Mettez de côté la forme avec tout ce que vous venez de faire ,• & prenant le talon de bois H , 2, qui eft brut, c'eft-à-dire, taillé grofïiérement, St toujours plus ample qu'il ne faut * afin qu'on puiffe en retrancher pour le réduire à la proportion & à la figure qu’il doit avoir pour être bien fait ; fongez donc à la lui donner, ce qui s’appelle bûcher le talon ; pour cet effet , prenez le tranchef à bûcher avec lequel voüs l’ébaucherez en coupant le fuperflu , l'arrondiffant par derrière , St le réduifant à la grolfeur & à la hauteur requife; puis prenant iagouge, vous l’évuiderez St enfoncerez en-deffus fur fon plat ; cet endroit fe nomme alors la boîte du talon 1,2, où il eft vè de profil, vous lé creuferez aufli pârdevant fur fon épailfeur St un peu par-; delfous.
- Quand tout cela eft fait 8c que le talon a pris la forme que vous défirez; pofez-le en place ; & comme tous les talons pour homme fè vendent percés par le milieu d’un trou qui les traverfe I * fervez-vous de ce trou fait exprès , pour y faire entrer le clou à talon, que vous aurez précédemment enfilé dans fa petite haufle de fer ; cognez ce clou qui percera la première femelle St entrera dans la forme.
- Comme il n’arrive prefque jamais que le deffus évuidé, autrement la boîte d'un talon de bois foit buchée affez jufte pour s’appliquer exactement fous le talon de la première femelle, & que d’ailleurs ’ il eft bon de fortifier le pli de la cambrure , c’eft-à-dire , l’angle que fait le talon de bois, avec le haut de la cambrure ; prenez un morceau de cuir de vache Nn 9 que vous taillerez un peu en pointe par un bout, aminciffez ce bout le long du bord, faites-le entrer par le pli de la cambrure , entre la boîte du talon St la première femelle jufqu’à ce que vous rencontriez le clou à talon qui l'arrêtera ; ce cuir âinfi placé fe nomme le cambrillon ; il débordera dans la cam-
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- brure; s'il fe trouvoit encore que le cambriilon n’eût pas rempli tout le vuide, vous y poufferiez une ou deux petites écliffes de bois qui ne doivent pas déborder ; quelques coups de marteau donnés enfuice fur le clou à talon ferreront le tout.
- Mouillez le tour extérieur du talon avec de l’empois blanc, renverfez le paffe-taion par-deffus, il couvrira le bois ; 8c le noir , autrement la fleur du cuir fe trouvera en dehors ; tirez avec la pince le bas du paffe-taion , tout autour du bas du talon pour le bien tendre, 8c arrêtez fous le talon ce qui en dépaffera r , fig. 3 , avec des clous à monter ; coupez net avec le tranchet à redrefler le cuir du paffe-taion le long des côtés qui regardent la femelle à une demi-ligne près du talon de bois ; paflez enfuite le releve-gravure tout autour du haut du paffe-taion, à l'endroit où il eft coufu aux quartiers, ce qui y fait paroître une petite rainure ou enfoncement.
- Il s’agit maintenant d’afficher la fécondé femelle; celles-ci font toujours La fécond© de cuir fort pour les fouliers d'homme ; on les vend groffiérement taillées,
- 8c toujours coupées quarrément ou à peu-près par l*un des bouts : cette femelle mlfc en état d'être employée, c’eft-à-dire , ayant fuffifamment trempé dans le baquet pour avoir acquis de la foupleiïë ; commencez par la battre fur le billot, puis l'ayant pofée au-deffus de l’enfoncement de la buiflè creufe, pouffez-la dans fa cavité à petits coups du manche du marteau, jufqu'à ce quelle ait pris à peu-près la forme d’une gondole; ce fera dans cet état que vous l'appliquerez liir la première femelle , à laquelle vous la ferez tenir par trois clous à monter, un vers le bout 8c deux en travers le large du pied, & toujours la petite cheville de bois au bout: cette femelle doit être affez longue , pour qu'après qu'on lui aura fait faire une boffe ou élévation au fond de la cambrure, vis-à-vis du cambriilon, & qu'elle aura été pliée le long du devant du talon , elle en dépaffe encore la hauteur de près d’un pouce 5 elle doit être en même temps affez large pour en excéder les côtés de près de deux lignes.
- Quand vous aurez fait prendre à cette femelle, le pli dont on vient de parler , maintenez-le en place avec deux pointes, côte-à-côte, que vous ferez entrer vers le milieu du devant du talon : à l'égard de la boffe ou élévation que vous lui avez fait faire au fond de la cambrure, il s’agit de l’appiatir ; pour cet effet, paffez le tire-pied fur cette boffe, 8c à petits coups de la panne du marteau, renfoncez-la fur elle-même, jufqu'à ce qu'elle foit venue au niveau du refte de la femelle : cette opération fe fait pour contraindre cette partie à s’enfoncer de plus en plus dans le pli de la cambrure , formé par le talon ; terminez-la en rapant 8c limant les petites cicatrices que la panne du marteau vient de faire, afin de les effacer,
- Fendez par trois coupures égales jufqu’au talon, le furplus pp,fig. 3 ,
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- du cuir de cette fécondé femelle que vous avez laiffé dépaffer d’envirort un pouce le devant du talon , comme il vient d’être dit ; ces trois coupures vous donneront quatre portions de cuir ; paflez un bout d’aiguillée de fil-gros au travers de la première , puis prenez tout de fuite, en forme de bâtis, tout le tour du bord fuperflu du paffe-talon en dehors des clous à monter, que vous y avez ci-devant pofés, lorfque vous l’avez collé & tendu; vous finirez ce bâtis de l’autre côté , c’eft-à-dire , à la portion de cuir qui eft à l’extrémité oppofée : quant aux deux autres portions du milieu, entamez-les c’un petit trait en-deflus, vis-à-vis le bas du bois du talon, pour pouvoir, après avoir aminci leurs bouts, les plier 8c coucher fur le delîbus du talon 8c y fixer chacun à demeure avec un petit clou d’épingle.
- Prenez le poufle-cambrure , pofez-le à l’endroit du pli de la cambrure, & frappant deffus, enfoncez ce pli tant que vous pourrez.
- Voici le réfumé de toute cette opération. Vous avez d’abord fait faire une boffe à la femelle au fond de la cambrure , vous l’avez en même temps fait plier le long du devant du talon , & vous l’y avez arrête avec deux pointes; revenant enfuite à la boffe , vous l’avez applatie; cet applatiflement a poulie la femelle dans l’angle , ou pli du fond de la cambrure ; Sc enfin, le pouffe-cambrure a achevé de l’enfoncer dans ce pli autant qu’il a été poffible.
- Prenez le tranchet à redrelfer, avec lequel vous taillerez tous les bords de la femelle jufqu’au talon; coupez-les en bifeau vers l’empeigne,en fuivant exactement tout le tour du pied de la forme; enfuite avec la pointe du même tranchet que vous pancherez comme une plume à écrire, vous tracerez en effleurant le cuir 8c biaifant dans fon épailTeur une rainure uuuu» qui fe nomme me gravure fous la femelle, d’une demi-ligne de profondeur dif tante du bord de trois lignes, vous la terminerez au talon de chaque côté; .prenez tout de fuite le releve-gravure que vous coulerez , le tenant debout tout le long du fond de cette gravure pour la faire ouvrir, afin d’y placer au fond les points de la couture lacée que vous allez y faire ; pour cet effet ayez une aiguillée de fil-gros, de la groffeur d’une ficelle à tabac, percez près du talon avec l’alêne à femelle , d’abord dans la gravure, puis dans la trépointe; coufez à grands points & finiffez au côté oppofé.
- Revenant au talon, rabattez & refferrez fur eux-mêmes, à petits coups de la panne du marteau, les deux extrémités du cuir de la femelle que vous avez précédemment laiffé excéder un peu le long des côtes du talon de bois, uniffez-les avec le tranchet à redreiïer, après quoi vous les pare rez en les liflant avec la bifaigue à côte; vous procéderez enfuite à la couture blanche , qui coulera le long de chaque côté du talon ; cette couture blanche fe fait ainfi : faites une aiguillée , compofée de dix ou douze fils de Cologne, enfilée dans une foie à chaque bout, retordez , puis cirez cette
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- aiguillée avec de la cire blanche ; puis coufez en laçant les points près à près; vous commencerez à percer avec l’alêne le bord de la femelle près du pli de la cambrure Sc le bord de côté du paffe-talon ; continuez jufqu’au bas de chaque côté.
- On garnit le defîous du talon de bois avec deux cuirs l’un fur l’autre* qu’on nomme bouts de talons ; le premier qui s’applique immédiatement fur le bois eft de cuir de vache ; celui qui le recouvre eft de cuir fort à forge ; coupez d’abord ces cuirs à vue d’œil fur le contour du delïous du talon ; ôtez le clou à talon & la hauflfe; mettez les cuirs en place, percez-les en refrappant le clou à talon vis-à-vis de fon trou, & le renfoncez à coups de marteau ; alors arrêtez vos cuirs à demeure avec trois pointes, une de chaque côté , la troifieme vers la rondeur du talon ; puis avec le tranchet taillez une fécondé fois jufte fur le contour du talon ; raclez avec du verre le tour du dernier cuir en-ddlous ; palfez fur ce tour raclé labifaigue à bouts r ce qui lui donnera un œil poli qui le diftinguera du refte ; faites de petites chevilles de bois de Luit à neuf lignes de long, Sc larges d’environ deux lignes par le gros bout; puis prenant la broche à talons de bois, en~ foncez-la de deux en deux lignes au milieu du bord que vous venez de Mer, perçant les deux cuirs & entrant dans le bois du talon; mettez vos petites chevilles dans tous ces trous Sc les y enfoncez à petits coups ; rafez avec le tranchet celles qui débordent.
- Redreilez la femelle que vous avez ci-devant coupée en bifeau vers la forme pour faire la couture }fig. 3 u uu u, c’eft-à-dire*, coupez avec le tranchet àredreffer, ce bifeau, pour rendre maintenant Yépaiffeur de la femelle quai! d équerre , en approchant Sc rafànt tout auprès la couture expliquée ci-devant , que vous avez précédemment faite pour joindre cette femelle à Y empeigne ; & de peur d’entamer en faifant ccu.c uperaww» % je cujr l’empeigne avec la pointe du tranchet, oppofez-lui, a mefure que vv-vjq avancerez , le bout plat de la planche à redreffer ; encrez tout le tour que vous venez de couper afin qu’il refte noir : l’encre étant feche, lilfez avec la bi-faigue à côtes ; cirez avec cire blanche ; frottez avec un morceau de bafane, & enfuite avec un chiffon d’étoffe.
- Retournez au talon ; vous commencerez par paffer la lame à décraffer entre les points de la couture blanche précédemment faite , qui borde les côtes du talon, afin d’en faire fortir le fuperflu de la cire blanche qui auroit pu y refter ; tirez enfinte le clou à talon qui ne fèrt plus de rien.
- Il eft temps maintenant de déformer, c’eft-à-dire, d’ôter le foulier de deffus fa forme ; pour cet effet, tirez dehors le coin de deffus le cou-de-pied que vous aviez engagé fous les hauffes, puis vous ferez entrer la lame du releve-gravure entre les quartiers ÔC le talon de la forme, pouffez-le tou-ÇoRDONNIER. ?
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- Planche
- IV.
- ART DU CORDONNIER. jours en bas, jufqu’à ce que les quartiers foient entièrement dégagés; alors en tirant le fbulier par le bout vous lui ferez quitter la forme.
- Il faut toujours avoir parmi fes uftenfiles une vieille forme 30, PI. II, préparée comme il fuit ; on cloue fur le côté gauche du gros du pied de cette forme vers fa partie inférieure, une plaque de fer, au milieu de laquelle s’élève une vis qui va en diminuant comme un tire-fond : à deux ou trois pouces de cette vis, vers le milieu du pied, eft un clou ou une grofle pointe * qui excede le bois ; prenez cette forme ainfi ajuftée, que les Cordonniers nomment le Cabriolet ; videz ce tire-fond ou vis, dans le trou du talon , à la place où étoitle clou à talon, l’ayant précédemment pofée fur votre genou où elle fe trouve renverfée, la pointe du pied en avant, & après avoir pafle le tire-pied deflîis âc enfuite au-delà du clou vers vous, afin qu’il ne puifie pas gliffer contre la vis : dans cette fituation préparez-vous à coudre ce qu’on appelle la boîte ; la boîte eft coufue lorfqu’on a rapproché par une couture blanche le haut du pafle-talon & le bas des quartiers ; cette couture fe fait avec fil de Cologne Sc à points ferrés; on la commence en perçant d’abord la fécondé femelle au coin du pli de la cambrure, puis le cuir du pafle-talon & le bas du quartier, le traverfant en dedans afin qu’en ferrant les points, le pafle-talon fe joigne aux quartiers ; le fécond point ne percera plus que le cuir ,du haut du pafle-talon & le bas du quartier ; continuez toujours ainfi , vous finirez au pli de la cambrure de l’autre côté, avec un nœud , puis avec la lame à décrafler nettoyez le fuperflu de la cire.
- RafraîchilTez les oreilles & le haut de l’empeigne, c’eft-à-dire, égalifez avec les cifeaux les deux oreilles en leur donnant le tour, & les réduifanù à la largeur qu’elles doivent avoir; coupez auffi le haut de l’empeigne en allant de l’une à l’autre oreille.
- Mouillez la fem^’ie jufqu'au talon avec empois blanc, & tout de fuite pâtre* JC coulez à plufieurs reprifes le côté de i aftic fur toute fa furface, le tenant à deux mains ; cette façon ne fert qu’à luftrer le deflous de la femelle : çoufez en effleurant le cuir avec le carrelet & fil de Bretagne, une paillette longue en dedans des oreilles, aux endroits où la boucle doit percer; finiflez par coudre de la même maniéré à furjet, la pièce G, PI. 111, au haut de l’empeigne ; cette piece dont la forme a varié, eft à préfent un quarré long de bafane noire de veau , qu’on double ordinairement de cuir blanc de mouton, en l’y collant avec de l’empois blanc; on la borde enfuite avec un ruban ou un galon noir.
- Le Talon de Cuir.
- Si au lieu de talons de bois, on les veut entièrement de cuir, le travail
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- Sc la manoeuvre en font très-différents : voici comment on y procédé,
- Pofez la première femelle comme aux précédents ; mais lorfque vous la taillerez , pour quelle foive le contour de la forme , les retraites ou entailles b b PL III yfig. i, que vous y ferez à l'endroit où doit commencer le talon de cuir, doivent être moins profondes, c’eft-à-dire y plus courtes que pour le talon de bois ci-devant, afin de rendre la femelle plus large à l'endroit du talon.
- Avant de remettre l'empeigne & les quartiers fur la forme, fortifiez les bas des quartiers en dedans par une petite piece de cuir mince, la coufant en cet endroit en effleurant le cuir avec le carrelet ; cette petite doublure fervira à rendre plus folide la couture ci-après de la trépointe de derrière.
- La trépointe de derrière eftune piece particulière aux talons de cuir; c’eft une laniere de cuir noir, d'environ un pouce de large , vous la coulerez tout autour du bas des quartiers par dehors , le noir en dehors, l'envers du côté des quartiers Sc couché de0hs : cette couture le lace à grands points avec foies & fil-gros ; coulez enfuite la vraie trépointe comme aux précédents, renverfez la trépointe de derrière a, PL IV, fig. i; ce fera alors l’envers du cuir qui paroîtra au dehors ; tendez-ia, a 2 y fur le talon de la première femelle par un bâtis d» d'un côté à l’autre avec un fimple fil-gros âc le carrelet.
- Pofez votre fécondé femelle comme aux précédents, coufez-la de même ; mais comme elle ne fe vend jamais affez longue pour aller jufqu'au bout du talon , on y liipplée en ajoutant premièrement le couche-point b ,2 , Sc en-* fuite plufieurs morceaux de cuir fort c c, nommés allonges , pour remplir le défaut de cette femelle. ' >
- Na. Qu’il pourroit paroitre fingulier qu'en taillant un cuir de bœuf on épargne l’étoffe fur la longueur des fécondés femelles ; mais outre qu’en les faifant plus courtes on en tire une plus grande quantité, il eft indifférent que ce qui fera caché fous le talon, foit d’une feulé piece , ou de plufieurs. Le couche-point b 2, eft un morceau de cuir de vache , que l’on taille en forme de bout de talon, mais plus étroit par les côtés ; on l'amincit un peu vers fon extrémité quarrée, puis on le fend affez avant pour pouvoir en écarter les côtés : pofez-le de façon qu’il couvre le renverfement de la trépointe de derrière, & que fon extrémité quarrée s'engage entre la première femelle & le bout de la fécondé £, fig. 1; ajoutez les allonges****; clouez-les à demeure avec des pointes qui percent le couche-point, la première femelle, & entrent dans le bois de la forme ; vous couferez enfoite tout cet affemblage en perçant la trépointe de derrière près du quartier, puis le couche-point, les allonges Sc la femelle dans tout le tour du talon jufqu’à la couture de la trépointe de devant de chaque côté.
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- Faîtes enfuite un ou deux bouts de talons de cuir fort , battez-les fur le billot, percez-les par le milieu avec le clou à talon, que vous enfoncerez enfuite dans fon trou jufqu’à la tête , comme aux talons de bois ; mais avant qu’il le foie tout-à-fait, prenez un morceau de cuir fort e, que vous aurez arrondi d’un côté Sc aminci du côté oppofé : les Cordonniers nomment ce cuir ainfi préparé lechiquet; faites-le entrer par fon mince & par derrière entre les allonges Sc vos bouts de talon ; il rendra le talon un peu plus élevé par derrière, comme cela doit être ; achevez d’enfoncer le clou.
- Faites fur le dernier bout de talon une gravure plus éloignée des bords que celle que vous avez du faire à la femelle ; relevez-la de même avec le releve-gravure , puis faites une couture lacée à points longs , perçant d’abord avec l’alêne à talons au- deflbus delà trépointe de derrière, puis le couche-point, les allonges, le chiquet Sc les bouts de talon , Sc fortant dans ladite gravure.
- Faites neuf ou dix chevilles à talon/, de neuf lignes de long , mais bien plus groflès que pour les talons de bois, Sc taillées en fer de lance ; faites avec la broche à talons de cuir, des trous de demi-pouce en demi-pouce, entre le bord du talon & la gravure , comme aulîl fur le devant ; enfoncez-y les chevilles à coups de marteau.
- Na. Que l’on peut coudre jufqu à trois bouts de talon ; mais s’il en failoit un quatrième , on feroit obligé après avoir coufù les trois premiers, d’ôter le clou à talon, le percer au milieu du quatrième., le renfoncer, Sc enfuite cheviller ; ainfi ce dernier ne tiendroit que par les chevilles.
- On finit le talon en frappant à petits coups de la panne du marteau fur l’épailTeur de tous les cuirs qui le compofent, les faifant ferrer fur eux-mêmes , ce qui s’appelle coucher fur le point ; puis on ne fonge plus qu*à polir avec le verre , la lime, la râpe, encrer, parer, liflèr avec les bifaigues; & le foulier eft achevé.
- On n’a rien dit ici du pâton , petit cuir dont on double le bout de l’empeigne en dedans pour la foulever au-deflùs des doigts du pied, parce qu’il eft à préfent de peu d’ufage pour les fouliers ordinaires, attendu que fi on eft quelques jours fans mettre le foulier le pâton fe feche, fe racornit, fe décolle, & le bout du pied en eft offenfé ; fon grand ufage eft pour les bottes, fur-tout les bottes fortes qui ne fçauroient s’enpaffer ; mais on riy eft point fujet à l’inconvénient dont on vient de parler, parce qu’on y emploie un cuir bien plus fort Sc épais, qui ne fçauroit fléchir. Voyez le Cha- . pitre du Cordonnier-Bottier, où on le trouvera .expliqué.
- On fait quelquefois des, fouliers à talons de cuir, qu’on recouvre enfuite de cuir ; on les appelle fouliers en Cabriolet ; on leur fait un pafle-talon comme pour lé talon de.bois; on forme un talon de cuir à part; .la façon de faire
- ce talon
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- ce talon eft expliquée au Chapitre du Bottier ci-après ; on le pôle & on le conduit enfuite comme fi c’étoit un talon de bois.
- On fait encore de gros fouliers cirés pour le peuple ; d'autres garnis de clous , enfoncés dans les femelles ; des fouliers à femelles de bois , &c. Tout ceci fera en partie le fujet du quatrième Chapitre*
- Remarques fur les formes de fouliers.
- Da ns les formes ordinaires , les renflements & les rétrécifïements dii contour de la plante du pied font égaux à droit Sc à gauche, de façon que le deflous de la femelle de bois repréfente une figure régulière ; cela n'eft cependant pas dans la nature, où le deflous du vrai pied eft inégal dans fà circonférence, & par conféquent doit pofor irrégulièrement fur terre : car le bord de la plante en dehors va du petit doigt au talon quafi en ligne droite, c’eft- à-dire, un peu convexe ; & le côté de dedans , fait depuis l'or-* teil un renflement puis un étranglement, qui va joindre le talon. Voyez PL IV, jig. y : on peuc appeller ce côté le fort du pied, fur lequel on appuyé davantage que fur l’autre côté ; cela étant, ce fort rejette néceflàirement en dehors la femelle régulière du fbulier ordinaire; c’eft pourquoi on eft communément dans la néceflité, pour peu qu’on foit marcheur , de changer tous les jours fes fouliers de pied, afin de faire revenir en leurs places les femelles que le pied avoit pouflees en dehors la veille , moyennant quoi, on leur rend perpétuellement leur régularité ; ce mouvement journalier doit les corrompre & les ufer plutôt ; & le pied qui, pour ainfi dire, les remet toujours en forme > a un office , qui quand les fouliers font neufs, ne laide pas de le gêner*
- Ces confidérations ont déterminé une perfonne à mouler fes deux pieds, il a enfuite coule du plâtre dans les moules, ainfi il en a eu la forme exacte •qu’il a fait copier en bois par un Formier-Talonier ; il a donné ces deux formes à fon Cordonnier , qui les fuit avec précifion, d'où il réfuite que quoique cette perfonne foit grand chaffeur, & quil marche fouvent depuis le matin jufqu’au foir, il ne change point fes fouliers de pied, & le fouliet neuf ne le gêne ni ne le bleffe jamais ; il eft vrai que le deflous de fes femelles ne fatisfait pas la vue par leurs biaifements ; Voyez fig. 6 : mais l’empeigne & les quartiers prennent aufli bien le moule de fon pied que tout autre foulier, quelque bien fait qu’il puiflfe être.
- Au refte une pratique à peu-près femblable eft en ufage chez les Cordonniers pour les pieds défectueux. On fait enfoncer le pied dans de la glaife amolie ; il s’y moule, & fur ce modèle le Formier travaille pour le Cordonnier.
- Cordonnier.
- G
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- ART DU CORDONNIER,
- DEUXIEME ARTICLE PARTICULIER.
- 2.6
- UEfcarpm retourné & non retourné ; VEfcarpin de hottes ; la Claque dé homme ; la Pantoufle ou Mule, le Sabot.
- L'E SCARPIN RETOURNÉ.
- Il fe fait à talons de bois ou de cuir.
- Taillez Fempeigne & les quartiers comme à Fordinaire.
- L’efcarpin retourné eft un foulier très-léger ; on le commence à l’envers , & lorfqu' on Fa conduit à un certain point, on le retourne comme un gant, ce qui va être expliqué & détaillé.
- Commencez par travailler la fécondé femelle fur la forme , attendu que c'eft elle qui pofera à terre, elle eft toujours de cuir de vache : faites tenir cette femelle à quatre pointes comme pour le foulier ordinaire PL III, Jîg. i ; faites une raie avec le releve-gravure à deux lignes des bords autour de la femelle , puis à quatre lignes de cette raie une petite gravure avec le tran-chet, qui fiiive le même contour; percez avec Falêne à femelle en effleurant le cuir de la raie dans la gravure fans coudre ; vous efpacerez les trous à deux lignes Fun de Fautre.
- Montez & affichez fur la forme, Fempeigne & les quartiers, comme à tFordinaire; mais à Fenvers, le noir en dedans : coufez enfuite Fempeigne à la femelle, pafîant par les trous qui communiquent de la raie à la gravure dont on vient de parler.
- Déformez , c’eft-à-dire, ôtez le foulier de deffus la forme; coufez à points fîmples, au bout de la femelle du côté du talon, un morceau de cuir, ap~ pellé la tirette A ,fig. A A, qui aidera à remettre Fefcarpin fur la forme quand il aura été retourné.
- Retournez Fefcarpin en en faifant entrer le bout en dedans, en même* temps que vous contre-tirerez Fempeigne & la femelle pardefïus avec force.
- I/efcarpin retourné, remettez-le fur la forme ; St pour y réchauffer les quartiers, paffez entre-eux & le talon de la forme un cuir ou chauffe-pied très-court , qui prend alors le nom de releve-quartiers B, parce qu'en le tirant en haut il amene les quartiers avec lui ; cela fait, vous travaillerez cette fécondé femelle en la mouillant 8c la frottant avec la panne du marteau, la battant enfuite avec le marteau, puis la frottant avec Faftic , ôtez de d effus la forme.
- Il s'agit maintenant d’afficher la première femelle en dedans de Fefcarpin; pour cet effet, ayant-, comme il vient d’être dit, ôté Fefcarpin dè deflus la forme, vous appliquerez cette première femelle toute feule fous la forme, & l’y ayant arrêtée à quatre clous comme à l’ordinaire, vous la parerez en la mouillant avec empois blanc; pofez enfuite le cambrillon en fon lieu; &
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- comme alors il ne tient à rien* arrêtez-le à deux clous vers fon bout large au talon»
- Renfermez votre efcarpin pardeflus cette première femelle , vous fervant* pour vous donner prife , de la tirette A , laquelle ( comme il eft dit ci» deftus) vous avez attachée à la fécondé femelle * afin de ïamener fur celle-ci que vous venez d’arrêter à la forme : coufez enfiiite à grands points lacés , le talon de cette première femelle* au bord du bas des quartiers; ôtez la tirette 1 Sc couchez l’endroit où elle tenoit, qui fait partie du talon de la fécondé femelle , fur la première femelle au talon.
- Si le talon de l’efcarpin doit être de cuir , pofez les alonges Sc procédez du relie comme aux talons de cuir du feulier ordinaire; à l égard des talons de bois, fiiivez de même la manœuvre des fouliers ordinaires fous la première femelle.
- Quand on veut que les talons des efcarpins foient à double couture blanche , il faut qu’ils foient de cuir ; la double couture ne peut s’exécuter aux talons de bois : pour y parvenir , faites deux gravures fous le dernier bout de talon, l’une à deux lignes du bord, l’autre à deux lignes de la première ; coufez enfuite, palfant l’alêne derrière les grands points de la première femelle fortant à la gravure du dedans ; puis pour fécondé couture, percez l’alêne au-defibus de la première couture fufdite, Sc fortez à la gravure du dehors , autrement la plus proche des bords ; cette fécondé couture tient la place des chevilles qu’on auroit mifes fi le talon n’étoit qu’à fimple couture ; car elle ne prend que les cuirs du talon. \
- L’E SCARPIN NON RETOURNE’.
- L’Escarpin proprement dit, n’eft autre chofe qu’un foulier très-léger; il fe travaille comme un foulier ordinaire, excepté qu’on n’y met point de tré-pointe Sc qu’il eft à double couture à la femelle Sc au talon, fi, comme on Vient de dire, il eft de cuir, Sc qu’on y délire une fécondé couture : on met auffi des talons de bois à cette efpece d’efcarpin.
- Pour faire les deux coutures de la femelle , on trace deux gravures fur la fécondé femelle ; la première couture percera la gravure d’en dedans Sc au-deftus de la première femelle comme à l’ordinaire ; mais la fécondé couture qui ne peut fe faire qu’après avoir retiré la forme, s’exécutera comme il fuit.
- Percez à la gravure la plus proche du bord de la femelle, puis en dedans du foulier , en commençant cette couture vers la cambrure ; alors l’ouverture du foulier vous permettra de voir les trous que l’alêne fait au dedans du fou-lier & d'y diriger vos foies; mais à mefure que vous avancez, l’empeigne vous cache votre befogne, Sc vous ne pouvez plus appercevoir les trous d’a-
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- lêne ; vous feriez par conféquent obligé d’abandonner votre couturé fans l’expédient fùivant.
- Lorfqu après avoir tiré la foie I, fig. B B , qui perce de dehors en dedans, vous ne pouvez plus appercevoir le trou de l’alêne pour le point fuivant, ni par conféquent y piquer votre foie II, pour la faire fortir dehors en III; continuez à tirer cette foie I, allez loin pour avoir une longueur de fil ; percez avec l’alêne* un trou au travers de ce fil I; palfez dans le trou la foie II; pliez-la enfuite & la couchez le long du fil I; faites rétrograder la foie 8c fil I, jufqu’à ce que cette foie II, que le fil I amene avec lui, forte en 111; auffi-tôt quelle eft dehors, faififfez-la en la dégageant de fon trou * 8c celfez de tirer le fil 1 ; la foie Ireliera en dedans; allez la reprendre ; tirez les deux foies, 8c votre point fe fera en III*, continuez cette manœuvre de point en point autour du foulier, jufqu’à ce que vous puilîiez revoir votre befogne de l’autre côté.
- Pour tout le refie, vous procéderez comme au foulier ordinaire.
- L’Escarpin de Bottes.
- Cet efcarpin a été imaginé pour accompagner les bottes fortes , on le chauffe avant de les mettre ; il fert non-feulement à tenir le pied plus chaudement; mais encore il eft d’une grande commodité , parce qu’on peut, en fe débottant, marcher tout de fuite avec cette chauffure, au lieu de fe trouver pieds nuds avec les bas feulement.
- Il fe travaille comme i’efcarpin retourné ; il n’a qu’une femelle de vache d’un bout à l’autre fans allonges , fans talon; d’abord à l’envers & enfuite retourné : on en fait avec des oreilles pour les boucler, d’autres s’attachent avec des cordons; on coud quand on veut, un petit morceau de cuir aux quartiers, pour foutenir le frottement de l’entrée dans la botte.
- Les Claques pour Homme.
- On appelle Claques un double foulier imparfait, dans lequel onfait entrer le vrai foulier ; la claque le conferve & tient le pied chaudement.
- Comme la claque doit être jufte au foulier, il vaut mieux la travailler fur le foulier même ; c’efl pourquoi on commence par le remettre fur fà forme.
- La claque fe conflruit entièrement de cuir; il ne fçauroit jamais y entrer de bois.
- Le foulier ayant été renformé, faites tenir la première femelle de la claque à trois clous au travers de la fécondé femelle du foulier : fi le talon du foulier eft bas, coupez cette femelle tout net au fond de fà cambrure ; s’il eft haut, relevez-la le long du devant du talon, après quoi vous afficherez
- l’empeigne
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- fiempeigné par-deflus celle du foulier; cette empeigne eft toute Ample ^ fans piece ni quartiers ; pofez & coufez la trépointe , renverfez-la Sc l'arrêtez par delfous cette première femelle tout du long par un bâtis de fil
- Pofez la fécondé femelle à l'ordinaire ; coupez-la net au fond de la cambrure comme la première, fi le talon eft bas ; ou relevez-la , s'il eft haut.
- Tournez autour du talon du foulier, le paffe-talon de la claque a ifig. 4 ; ce paffe-talon plus ou moins haut, fuivant le talon du foulier, doit être d'un cuir de vache affez fort; coufez-le à l’empeigne par-dehors avec une ro-fiette Ci de chaque côté vers la cambrure : le talon du foulier doit s'emboîter dans ce paffe-talon jufqu'au-deffous des quartiers.
- , Pofez fous ce paffe-talon deux bouts de talon b, taillez-les de façon qu'ils dépaffentun peu les femelles, foit coupées, foit relevées; ces bouts de talon fe coufent d'abord au paffe-talon; la couture perçant dans une gravure que vous aurez faite fous le fécond bout de talon, puis dans les deux femelles le long de la cambrure, fi elles font relevées, finon elle fe fera de dehors en dedans , au travers des deux femelles.
- Si le foulier eft à talons de bois, on releve chaque femelle de la claque le long de la cambrure du talon après les avoir amincis, puis on fait la couture fufdite.
- Quand on veut chauffer les claques, on fait entrer dedans , le pied chauffé de fon foulier; Sc comme elles doivent y être bien juftes, on frappe*le bout de la claque contre quelque corps réfiftant, jufqu'à ce qu'on fente que le talon du foulier foit entré dans le paffe-talon de la claque.
- Les Mules ou Sabots, et Pantoufles.
- Il fe conftruit des chauffures de chambre de. deux efpeces, l’une qu'on nomme Mules ou Sabots , l’autre qui s’appelle Pantoufle ; la différence du fabot à la pantoufle eft que le fabot a des quartiers, Sc que la pantoufle n'en a point. Les hommes ne fe fervent de ces chauffures qu'en deshabillé , ils les quittent quand ils veulent fortir, Sc prennent des fouliers.
- ? -La Mule * ou Sabot eft un foulier imparfait, qui n’a ni oreilles ni piece, &
- ,dont le bord de l'empeigne fe double ordinairement d'un petit galon, ou fie reborde fut iui-même. ;
- • .- Le fabot par eonféquent, fe fabrique du refte, comme le foulier; mais en étoffe plus,legeré, fquvent en maroquin rouge. .
- : * -rOn tailleries quartiers en pente jufques vers le bas de l'empeigne a ïjîg. 3 , ,d£;chaqu£(çôté;f où on les y coud par une rofette ,.-r,-
- *La Mule du Pape eft ordinairement un Sabot, couvert de velours ou de quelque belle étoffe, furl empeigne duquel elt brodée une Croix d’or.
- Cordonnier. H
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- Ces fabots font faits pour que celui qui les porte en releve les quartiers fur fes talons ; il aura le pied plus ferme 8c le talon plus chaudement qu’avec les Amples pantoufles dont on va parler.
- , La pantoufle fert aux mêmes ufages que le fabot ; mais elle eft encore moins compofée ; car elle n a ni piece ni quartiers , de maniéré que le talon eft toujours à découvert ; elle fe fait d’ailleurs comme le foulier à talon de bois ou de cuir : quand on met un talon de bois, après avoir travaillé le talon comme à l’ordinaire , vous en couvrirez le deffus que les Cordonniers nomment la planche, d’un morceau de cuir de veau, qu’ils appellent la rondeur b , fig. 2 y parce qu’on la taille en fuivant le rond du talon , qui doit fe terminer en quarré un peu au-delà des bords de l’empeigne en-dedans a. Collez cette rondeur que vous appliquerez fur la planche , la fleur en dehors : puis vous y couferez un paffe-talon, que vous retournerez enfiiite fur le talon de bois comme à l’ordinaire; enfuite pour plus de folidité, vous ferez une grofle couture qui ira le long du pli de la cambrure , perçant les deux femelles 8c la rondeur vers fon extrémité quarrée , pour la contenir en fa place.
- Quant au talon de cuir, après avoir affiché la première femelle comme à l’ordinaire , vous ôterez les clous qui tiennent le talon de cette femelle à la forme, afin de glifler entre-deux la rondeur que vous aurez taillée de façon qu’elle dépaflfe d’un pouce tout autour ; vous afficherez enfuite le faux* quartier , qui fe nomme ainfî, parce que dans la fuite il doit être coupé ; affichez la trépointe de derrière ; coufez-la au faux-quartier, 8c prenez la rondeur dans cette couture; coupez enfuite le faux-quartier & la rondeur à l’uni,' renverfez la trépointe de derrière, 8c faites du refte comme aux talons de cuir des {bouliers ci-devant.
- CHAPITRE TROISIEME-
- Le Cordonnier pour Femme.
- Il fè trouve plufleurs différences effentielles entre les fouliers de femmes 8c ceux d’hommes > i°. les femmes n’ont ni les empeignes ni les quartiers taillés comme ceux des hommes ; 2°. le cou-de-pied eft plus élevé ; 30. leur fécondé femelle eft toujours de cuir de vache; 40. l’empeigne 8c les quartiers fe font de cuir blanc de mouton > fur lequel on colle une étoffe qui en fait le deffus ; 50. leür talon qui eft toujours de bois d’aune, & jamais de cuir, eft fort haut, 8c d’une forme toute différente de celui des hommes;
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- Le Soulier de Femme*
- Taillez rempeigneF& les quartiers G,P/. IV, fur des patrons de papier Pianck comme à l'ordinaire, c'eft-à-dire, fur récoffret ; bûchez le talon C, & le réduifez aux proportions ordinaires D.
- Prenez le morceau de cuir que vous deftinez à fervir de pafle-talon, en* veloppez dedans votre talon de bois à volonté, excepté à fa cambrure, coupez à vue d'œil ce qui dépaffera trop , après quoi fi vous étendez ce cuir à plat , vous verrez un morceau en triangle, dont le haut fera arrondi; ce morceau eft le pafle-taion ébauché.
- Les paife-talons des femmes font prefque tous de peau blanche de mou« ton, prife chez le Mégiflîer & enfuite colorée par le Cordonnier; quelques-uns les préparent eux-mêmes ; mais comme cette manœuvre ne lailfe pas d'être dangereufe, la plupart la iaifîent volontiers exécuter à des-particuliers qui s'y adonnent & les portent vendre chez les Peaufliers, ou les Cordonniers les achètent : la préparation confifte.à racler d'abord tout le heru delà peau du côté de la chair, attendu que c'eft ce côté qui doit recevoir la couleur ; on compofe un cirage avec de la cire la plus blanche, en la faifant fondre & y ajoutant, quand elle eft en fufion , de la cérufe plus ou moins & les autres couleurs qu'on veut, le tout broyé à l'eau; fi c’eft du blanc, la cérufe eft toute feule ; pour le verd, c'eft du verd-de-gris ; le jaune, de l'orpin,
- &c. on mêle auffi plufieurs couleurs enfemble pour faire diverfes nuances ; le noir fe fait avec la poudre du charbon de bois blanc : le tout fe mêle à chaud ; lorfqu'enfui te il s'agit de peindre les pafle-taions, on en met fur la peau la quantité fuffifante, puis avec un fer à repafler chaud, on fond la compofition & on l'étend également par-tout ; le danger de cette manœuvre eft la vapeur de la cérufe & des autres poifons qu'on emploie, comme le verd-de-gris, l'orpin , 3cc. Quelques femmes veulent des paffe-talons de maroquin ; mais c'eft un mauvais ufé, ainfi que le chagrin.
- Pofez fur le deflus du talon de bois qu'on nomme la planche E, la partie de la première femelle que vous voulez former en talon, arrêtez-la avec un clou au milieu de ladite planche, 8c coupez-la avec le tranchet autour du rond du talon, afin qu'elle en fuive jufte le tour jufqu'àfa cambrure ; portez ce talon de la femelle ainfi affiché fous la forme en fon lieu ; arrêtez-y toute la femelle avec quatre clous comme à l'ordinaire ; faites tenir fur le bouodu pied de la forme un petit pâton H, l'arrêtant par quelques pointes; plufieurs ne mettent plus de pâton à caufe des inconvénients de cette pièce, détaillés à la fin du premier Article particulier.
- Pofez enfuite l'empeigne de peau de mouton fur la forme : vous enduirez le petit pâton (s'il y en a un ) d'empois blanc, vous en ôterez les pointes
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- qui le tiennent à la forme en le couvrant du bout de l'empeigne; l'empeigne arrêtée , vous collerez par-de (fis deux ailettes i, une de chaque côté, amincies par le haut. L'étoffe, quelle qu’elle foit, dont tout ceci doit faire la doublure , aura été précédemment taillée fur l’empeigne que vous allez enduire de colle, en pofànt cette étoffe qui s’y collera ; clouez le tout enfuite fur la femelle comme aux louliers ordinaires ; collez de même l’étoffe fur chaque quartier G & les affemblez ; la couture faite, pofez-la bien au milieu du talon de la forme ; amenez les quartiers le long de/fes côtés L, & les clouez à mefure par en bas, arrêtez leur retour K en haut vers le cou-de-pied < avec une pointe ; bâtiffez une bride au bout du pied, comme aux fouiiers d’homme.
- Coufez la trépointe blanche, la rendoublant à mefure d’un tiers, & perçant au travers du rendoublement; coufez à grands points & à fleur de forme, c’eft-à-direque votre couture prenne moins en-deffous que celle du foulier d’homme.
- Reprenez le paffe-talon M, que vous avez ci-devant taillé grolfiérement Se plus ample qu’il ne doit être, mouillez-le un peu pour le rendre fouple, préfentez-le pour la fécondé fois autour du talon de bois, Se l’appliquez autour. Etant mouillé, il s’y joindra exactement ; aux extrémités qui dépafle-ront la cambrure, faites-lui deux entailles n n8c une o derrière, vis-à-vis le milieu du defîbus du talon, cette derniere moins profonde ; ces fentes fe font pour avoir de la prife quand on viendra par la fuite à mettre le talon de bois en fa place.
- Maintenant prenez le paffe-talon tout feul, coufez-le à l’envers du cuir à la femelle & aux quartiers, commençant votre couture au défaut de la trépointe; lacez à points longs, jufqu’au tournant du talon, où vous quitterez rÂngkSfe*" * %on ordinaire de coudre , pour vous fervir du point à l’Angloife, tant que vous travaillerez fur le rond du talon ; ce point qui a fa manœuvre particulière , fe fait ici afin que lorfque le talon de bois fera en place le pafîe-talon retourné par-deffus puiffe fuivre le rond du talon , fans faire aucun pli fur le bois.
- Na. Que quelques Cordonniers parviennent à obtenir le même effet fans changer le point ordinaire; mais comme plufieurs autres mettent celui-ci en pratique, il efl: bon de l’expliquer ici.
- „ Etant donc arrivé au tournant du talon, & votre dernier point ordinaire
- , IIî, étant'fait, percez^en avant avec l’alêne, mais à diftance un peu moindre>
- afin que tant que vous coudrez en rond, les points loient un peu plus courts, percez, dis-je,le paffe-talon Mm, PL III,fig. A, par l’envers en A,8c dirigez l’alêne de maniéré que fans fortir du trou qu’elle vient de faire, elle fafle par fa pointe une marque B, vis-à-vis dudit trou; l’alêne ôtée , paffez la
- foie
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- foie 8c fil en entier par ce trou * vis-à-vis de la marque B en-dedâns fur la femelle , à trois ou quatre lignes de ladite marque , le paffe-talon entre deux en c ; percez avec falêne en effleurant le cuir de la femelle , & quelle ref-forte à la marque B; palfez les deux foies croifées dans cette conduite , 8c la point prêt à ferrer , repiquez l'alêne dans le premier trou A fait au paffe-talon pour le rouvrir , puis vous y ferez paifer la foie D , 8c vous ferrerez tout-à-fait * obfervant de repouifer toujours avec falêne * le point vers le rond du talon * pour f empêcher de finir trop en dedans ; continuez cette manœuvre de point en point le long de la rondeur du talon, jufqu'à ce que vous puiffiez reprendre le point ordinaire pour, finir la couture de f autre côté, vis-à-vis d’où vous l’avez commencée.
- Cette couture du paffe-talon terminée, retournez-le, puis prenant le talon de bois vous le frotterez avec empois blanc partout, excepté à la cambrure , mouillez auffi fa planche ; la planche d’un talon de bois eft , comme il eft dit ci-devant, le delfus qui doit porter fous la première femelle, enfoncez-ie à force dans le paffe-talon V M , PL IV, où le talon K K paroît comme enfermé dans le paffe-talon ; lors donc qu’il eft arrivé en fa place, vous tirerez avec la pince les côtés du paffe-talon pour le bien étendre par-tout, vous finirez par en couper tout le cuir qui dépaffe le talon aux côtés & à fa pointe*
- Le paffe-talon ainfi collé fiir fon talon, frottez-le par-tout avec la guinche u, PL II, pour le polir & le luftrer, on fe fert auffi de la dent de loup Z PL II ; la guinche ne fert qu'aux talons des femmes , elle efface toutes les rides qui fe feroient faites fur le paffe-talon ,8c le rend lille & brillant comme s'il avoit été vernis, & c'efi: apparemment de cette derniere cérémonie qu’efl: dérivé le diftum : Cette femme ejl bien aguinchée ; terme populaire, qui lignifie qu elle eft proprement mife, & fur-tout bien chauffée.
- Vous briderez enfuitele talon avec une laniere de cuir N PL IV, vous arrêterez cette laniere avec une pointe vers le bas de chaque quartier ; cette bride fous laquelle vous aurez eu la propreté de mettre du papier, fert à tenir le talon ferme en fa place pendant que la colle feche*
- Pofez la fécondé femelle ( celle-ci eft toujours de cuir de vache) ,l’envers en dehors; vous fuivrez dans toutes fes circonftances le même procédé du foulier d’homme, excepté que vous ne redrefferez ni ne noircirez le bizeaü de fes bords.
- Affichez les bouts de talon que vous arrêterez avec des pointes.
- Il ne s’agit plus que de faire la couture blanche, qui commence à f endroit ou finit le talon, fait tout le tour du foulier, prenant d’abord la trépointe 8c la fécondé femelle , puis le retour de ladite femelle avec le paffe-talon , lé long de la cambrure, & en remontant de l'autre côté les mêmes chofes, 8c finit où elle a commencé ; enfin encrez les bouts de talon & les cuirs des Cordonnier. I
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- femelles à la cambrure fous les coutures blanches ; on ne noircit point les bords des femelles autour du pied, comme il vient d'être dit.
- Otez la*bride du talon; déformez ; coufez les oreilles au bout des quar-< tiers y, fig. O ; & terminez p^r border avec un ruban ou du galon le tour des quartiers, les oreilles 8c le haut de l'empeigne.
- On fait des efcarpins retournés aux femmes comme aux hommes, & en fuivant les mêmes principes, des fabots, des mules, &c.
- La Claque de Femme.
- Les claques de femmes font deflinées aux mêmes ufàges que celles d'hommes j il faut par conféquent qu'elles foient faites fur le foulier même : c'eft pourquoi on le remet en forme, & il devient la forme fur laquelle on confinait la claque.
- Commencez par couvrir l'empeigne du vrai foulier d’une hauflè, met-tez-en une autre un peu plus épaiffe autour de fon talon, & une troifiéme par-defîous à la cambrure ; affichez la première femelle de la claque, la tenant plus étroite que la femelle du foulier; faites-lui fuivre le contour de la cambrure jufqu'au bout du talon; aminciiTez - la beaucoup au retour du talon; arrêtez-la à trois clous, deux à la cambrure , un au bout du talon montez l’empeigne b à l'ordinaire ; pofez à l'envers le renfort c fur le bout du talon où vous le coudrez à la femelle: il doit être de cuir de vache , que vous aurez mouillé pour le rendre plus foupie ; coufez de même la trépointe 8c les joues a à l'envers.
- Prenez un morceau de liège fuffifant,pour que quand il fera taillé , il puilfe remplir tout le vuide de la cambrure jufqu'au niveau du talon du foulier, & du gros du pied; pour rendre ce liège plus foupie 8c plus aifé à bûcher, il faut l’échauffer en le flambant avec un peu de paille ; vous le collerez avec de la poix à la première femelle, & vous le bûcherez en fuivant le contour évuidé qu’il doit avoir; renverfez les joues a, 8c la trépointe par-deffus la première femelle & le liège ; paffez un fil fimple d'un côté à l'autre ' pour les arrêter en place.
- Affichez la fécondé femelle à plat d'un bout à l'autre, commençant au bout du pied, finiffant au bout du talon, puis vous poferez un bout de talon que vous coudrez, prenant dans la couture ce bout de talon , la fécondé femelle 8c le renfort c\ déformez, c'eft-à-dire , ôtez le vrai foulier , & finiffez par coudre la joue a fur le renfort en e.
- Les claques s'attachent fur le cou-de-pied fuivant la volonté, ou avec des boucles, en y ajoutant des oreilles, ou avec des rubans.
- Quelques femmes fe contentent de couvrir feulement le bout du pied avec
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- une petite pantoufle, qu'elles nomment des chauffons ; ces chauffons fe mettent fort aifément, garantifïènt l'étoffe de l'empeigne 8c tiennent le pied chaudement.
- CHAPITRE QUATRIEME-
- Differentes efpeces de Chauffures. La Forme biffée
- & le Chauffe-pied.
- Ce n’eft que le peuple, fur-tout les gens de peine, qui le fervent de gros fouliers cirés , de fouliers garnis dé clous, foit cirés ou non , & de galoches à femelles & talons de bois ; on va donner la conftruélion de ces trois efpeces de fouliers, ainfi que des chauffons ; c'efl: ainfi qu'on nomme une efpece ^ de foulier, dont on verra la deftination.
- Gros Souliers cir e’s.
- Les fouliers cirés , tant pour homme que pour femme, font toujours à talons de cuir.
- L'empeigne 8c les quartiers font de vache ou d’une groffe 8c épaiffe peau de veau, paffée Amplement en huile fans être noircie ; quand ils font taillés, on commence par cirer le côté de la chair qui fera en dehors, c'eft-à-dire, ale noircir avec un cirage , compofé de fuif de mouton, peu de cire, & un peu plus de noir de fumées faites chauffer le tout & l'étendez fur le cuir avec le gipon que vous aurez trempé dans le cirage chaud. Le Gipon n'efl: autre leGîpoii. chofe qu'une portion des bords d'un vieux chapeau, qu'on coupe en ligne droite paffant tout contre la forme, on le roule fur fa largeur & on le lie par le milieu, on le trempe du côté plat dans le cirage chaud 8c on le paffe fur le cuir pour étendre le noir qu'il apporte avec lui.
- Affichez, coufez, &c. comme à un foulier ordinaire à talons de cuir; ainfi la feule différence efl que l'on conllruit ceux - ci de cuir épais & groflier , & que c'eft l'envers qu'on noircit pour faire toute la garniture du defïiis.
- Souliers garnis de clous*
- Les fouliers qu'on garnit de clous aux femelles font pour la plupart, de gros fouliers cirés; cette opération fe fait ainfi, on enfonce à coups de marteau plufieurs rangs de clous par dehors au travers des femelles 8c autour du deffous du talon de cuir ; ces clous ont la tête plate & large, 8c la pointe affez courte; mais comme il ne fe peutgueres que plufieurs ne tra-
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- verfent les femelles d'outre en outre ; il s'agit de river leurs pointes en dedans, de peur qu'elles n’offenfent lé pied ; pour y parvenir, on taille des platines de fer , de façon qu'en les enfonçant en dedans du foulier, elles fe trouvent au-deffiis des pointes dépaffantes ; on remet enfuite la forme & on frappe les clous dont les pointes ne pouvant percer la platine appuyée par la forme , font contraintes de s'applatir & de fe river*
- Galoches.
- Les galoches font des chaulliires qui tiennent du fabot 8c du foulier : le peuple dans quelques provinces, s'en fert communément; les ouvriers qui s'adonnent à cette efpece de chauffure, font des efpeces de Sabotiers, qu'on nomme Galochiers ; ils bûchent dans un même morceau de bois la femelle & le talon ; ils laiffent au pourtour un rebord, dans lequel ils font une rainure ou couliffe , dans laquelle ils font entrer le bas de l'empeigne & des quartiers ; ils mettent par-deffus une laniere de cuir, 8c ils attachent le tout avec des pointes.
- Chaussons.
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- Ce que les Maîtres d'Armes 8c les Maîtres Paumiers nomment des Chauffons , font des fouiiers faits entièrement, femelle & tout, d’étoffes moëlleufes, qui fe prêtent à tous les mouvements du pied fins aucune réfiftance, comme buffle, veau, chamois, &c. on n'y met point de talons ; & pour les empêcher de gliffer dans ces exercices violents, on fait au milieu de la femelle une groffe couture apparente, tournée en fer à cheval, & une autre toute droite au milieu de celle-là : on a parlé de ces chauffons dans l'Art du Pau-mier, & on y a joint dans une des planches la difpofition des coutures dont on vient de parler.
- La Forme briffée & le Chauffe-pied,
- Les formes brifées imitent les formes entières, on en fait pour hommes & pour femmes ; elles font toutes de bois de hêtre, & compofées de trois pièces, fçavoir, deux côtés féparés & une clef; c es deux côtés rapprochés l'un de l'autre 8c accollés , repréfentent une forme ordinaire qu'on âuroit fciée en deux par le milieu de fa longueur, Voyez PL II, fig, 24 <£r 25 ; dans le milieu du côté plat de chaque moitié , on a creufé une couliffe a a d'un bout à l'autre ; la clef 25*, 25*, efl: plus longue de trois pouces ou environ, que les deux demi-formes, & taillée en fer de lance, ayant quatre arrêtes, dont deux b évafées 8c deux aiguës c.
- Les formes brifées ont été imaginées pour élargir un foulier trop étroit : pour cet effet, on en joint 8c accolie les deux moitiés, on les pouffe dans
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- cette fituation jufqu’au fond du foulier , alors les deux coulifles a a fe rencontrant l’une vis-à-vis de l’autre, forment une conduite pour la clef , qu’on y fait entrer à coups de maillet , ou par fa plus grande largeur b , fi on veut donner de l’entrée 9 c’eft-à~dire, élargir le cou-de-pied , ou bien fi c’étoit le bout du pied , on lapréfontera par fon côté étroit c, C’efl: ce qu’on appelle mettre le foulier en forme; quand on juge que la clef eft fuffifamment enfoncée pour faire fon effet, on la lailfe dans le foulier plus ou moins de temps, 8c jufqu’à ce que l’on juge que le cuir de l’empeigne a pris l’extenfion né-ceflàire. '
- Le chauffe-pied n eft en ufage que pour les hommes ; les femmes ne s’en fervent point.
- Parmi les hommes il s’en trouve quelques-uns qui ne fe trouvent bien chauffés que lorfque leurs fouliers font fi juftes au pied, qu’ils n’y puiflent entrer qu’à force ; de façon qu’il ne foit pas poffible au Cordonnier , avec les deux mains feules, de chauffer les deux quartiers fur le talon ; c’eft alors qu’il faut avoir recours au chaufle-pied.
- Le chauffe-pied PI. 22, eft une laniere de cuir de veau , paffé en
- poil, d’un pied au plus de long; elle eft taillée en élargiffant, depuis un pouce jufqu’à deux pouces & demi, où elle eft coupée quarrément.
- Pour fe fervir du chauffe-pied, on le met en place avant de chauflèr le foulier, c’eft-à-dire , que l’on couche fon bout large à plat, le poil en dehors fur la planche du talon, depuis l’endroit où commence l’empeigne jufqu’aux quartiers; on ploie les quartiers par-deffus & on le couche enfuite furies quartiers en dehors; alors on chaude le foulier quand le Cordonnier l’a fait entrer autant qu’il a pu, en frappant avec le côté de fa main fur le fond de la cambrure , il ne s’agit plus que de relever les quartiers fur le talon ; c’eft alors que le propriétaire de cette prifon ambulante , que le peuple appelle la prifon de Saint Crépin, étant dans une fituation plus, ferme, que fon Cordonnier faifit des deux mains la partie du chauffe-pied reftée en dehors, & la tire avec force jufqu’à ce que ce geôlier fe déployant, oblige les quartiers à le fuivre & les amene en leur place.
- CHAPITRE CINQUIEME-
- Le Cordonnier - Bottier.
- Le Cordonnier-Bottier fe charge non-feulement de garantir les pieds des accidents du dehors , mais encore les jambes & les genoux ; fon métier eft pénible & fort ; car il travaille fur le cuir le plus épais, & quoique les outils
- dont il fe fert foient les mêmes que ceux des autres Cordonniers, ils font Cordonnier. K
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- 3g JRT DU CORDONN IF R.
- ici augmentés en proportion ; les alênes font plus grolfes ; les aiguillées plus épaiffes,&c. On ne recommencera donc point la lifte qui eft au commencement de cet Ouvrage , ni le détail contenu dans les quatre premiers Articles généraux.
- On peut divifer les bottes en deux efpeces générales, bottes fortes 8c bottes molles. Toute botte eft compofée d’unfoulier, ou plutôt d’une pantoufle , à laquelle on ajoute une tige deftinée à renfermer la jambe, & fou-vent d’une genouillère ou d’un bonnet, dans lefquels le genou eft caché ; les bottes fortes ont toujours l’une ou l’autre : on fupprime quelquefois la genouillère aux bottes molles, comme on verra à l’endroit de leur defcription; la tige de la botte forte eft dure, folide, & ne plie jamais ; celle de la botte molle eft fouple 8c pliante.
- De toutes les bottes 8c bottines , celles qui exigent plus de façons 8c demandent un plus grand travail, ce font la botte forte 8c la bottine à tringle.
- La Botte forte.
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- La mefure fe prend pour la longueur du pied avec le compas de Cordonnier , comme pour tout autre foulier ; Voyez le quatrième Article général A l’égard des autres dimenfions du pied 8c de la jambe, on fe fert de bandes de papier ou de parchemin, avec lefquelles on prend le gros du pied, le cou-de-pied, du bout du talon fur le cou-de-pied; pour la jambe, le contour du mollet, la longueur de la jambe au-deffous du genou 8c la hauteur pour placer les tirants de la botte.
- Etant muni de votre mefure, prenez un morceau de cuir de bœuf tanné, fans autre apprêt, ce qu’on nomme en blanc, que vous aurez taillé dans l’épais du cuir d’une feule piece fur un patron de carton ^ fur lequel eft évui-dée l’échancrure, à laquelle fera coufue par la fuite, l’avant-pied æ, PL V.fig. r. C’eft ainfi que le Bottier nomme ce que les autres Cordonniers appellent tempeigne : ce fera de ce morceau que la tige fera conftruite, le grain en dedans , la chair en dehors ; vous formerez cette tige b en joignant les deux côtés par une couture lacée noire , qui fera le milieu du devant c ; vous ferez en-fuite à l'oppofé de celle-ci, une couture pareille ; mais en effleurant le cuir, laquelle marquera le milieu d du derrière de la tige ; celle-ci fe nomme la couture de parade ; coufez aufîî en dedans 8c au bas en effleurant le cuir, un petit contre-fort de cuir de bœuf, pris dans le mince de la peau ; la ligne pointue e, marque l’efpace qu’il doit occuper depuis le talon de chaque
- A . f
- cote.
- On appelle Contrefort en général, un fécond cuir appliqué & coufu au premier, foit par dehors ou en dedans de la botte ; celui-ci doit prendre
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- art du cordonnier, 39
- le tour du talon de la tige, finir à l’avant-pied de chaque côté , & monter plus ou moins au-defliis de la hauteur du porte-éperon h, c'eft-à-dire, de fix à huit pouces.
- Cela fait, prenez l'avant-pied, que vous aurez fuiffé à chaud avec du fuif fondu; vous en coudrez le haut à l'échancrure de la tige, la chair fuiffée en dehors.
- La forme des fouliers de bottes fortes différé de celle du foulier ordinaire, premièrement, en ce que le cou-de-pied eft plus bas & arrondi par-deffus, afin que l'ouvrier ait plus d'aifimce pour la tirer dehors quand fon foulier fera achevé; mais on fupplée à cet applattiffement par des hauffes de cuir de gros veau, jufqu'à cinq ou fix plus ou moins ; ces hauffes font graduées, les plus longues deffous : fecondement, le bout du pied de la forme eft affez épais ; on le taille actuellement en quarré, mais les quarres arrondies; autrefois il étoit tout-à-fait quarré.
- Faites entrer la forme, garnie de fes hauffes, par-deffous l'avant-pied, fon talon contre le talon de la tige auquel vous l'arrêterez au moyen d'un ou deux clous qui perceront de dehors en dedans; ces clous ferviront à maintenir la forme en place 8c d'équerre avec la tige ; alors pointez les côtés de l’avant-pied au bas de la forme jufque vers le milieu de l'efpace; retournez le bout de l'avant-pied pour pofer le pâton.
- Le pâton eft un morceau de cuir de veau aux fouliers ordinaires ; mais ici c'eft du cuir de vache, qu’on a bien trempé pour le rendre très-fouple ; on l’amincit aux extrémités, & en l’étendant fur le bout du pied de la forme, on lui en fait prendre le contour: lorfqu'il eft pofé & arrêté , on l'enduit extérieurement de pâte : c'eft ainfi que les Cordonniers nomment une colle, pareille à celle des Vitriers, faite de farine & d'eau, mais bien plus épaiffe.
- Rabattez l'avant-pied par-delfus le pâton, 8c continuez à le pointer tout autour ; taillez le porte-éperon h, qui eft compofé de deux bandes de cuir de bœuf, d’environ un pouce de large, fur quatre à cinq pouces de long, vous l’amincirez par un bout.
- Continuez à travailler le foulier comme un foulier ordinaire, & quand vous ferez à la trépointe de derrière, vous engagerez le bout aminci du porte-éperon entre elle &la femelle , & vous le couferez en montant le long du talon de la botte jufqu'à un pouce près de l’autre bout, afin que ce bout puiffefe renverfer en dehors pour foutenir la molette de l'éperon qui s’appuiera delfus.
- Les talons des bottes fortes font toujours de cuir, 8c hauts; on peut cependant les faire de bois; mais il eft très-rare qu'on s’en avife.'Ces talons de cuir fe conftruifent à part avec des bouts de toutes fortes de cuir, de
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- 40 ART DU CORDONNIER.
- bazane, &c. que Ton colle l’un fur l'autre avec de la pâte, Sc qu’on taille enfuite > quand on veut s’en fervir, avec le tranchet, leur donnant la forme d'un talon.
- On prend donc ce talon tout prêt, on le fait tenir fous le talon de la forme avec le clou à talon , ou on le travaille du relie comme le talon de cuir ordinaire ; on y ajoute les deux bouts de talon, que l'on fait tenir avec de grolfes chevilles de bois.
- Quand le foulier eft achevé , il s'agit d'ôter la forme qui ne peut plus fortir qu’en paflant par-dedans la tige; pour en venir à bout, on va d'abord chercher avec la main , le coin, s’il y en a un ; enfuite on faifit les haulfes avec la pince ; la bride de fil qui les entoure fe calTe aifément, & on les amene les unes après les autres; alors la forme ayant du jeu, on a un crochet enfilé dans une corde redoublée, on conduit ce crochet avec la main, pour le paffer dans le trou qui eft au côté de toutes les formes ; on renverfe à moitié, la botte qu’on tient en l’air, on met fon pied dans la corde, & en tirant la botte en haut, le crochet amene la forme dehors.
- La botte étant dans l’état qu’on vient de dire, on fonge à y faire entrer l’em-bouchoir ; mais précédemment, pour cafter Sc applatir en dedans les bouts des chevilles qui pourroient dépaffer au talon, on fe fert d’un infiniment de fer, qu’on appelle un boulon *, dont on frappe fur le talon en dedans par fon bout évafé, jufqu’à ce qu on fente que tout eft à l’uni.
- L’embouchoir  A,fig. 2, eft une efpece de forme brifêe, de deux pieds Sc demi de long, deftinée à roidir contre la tige, afin de lui donner la rondeur qu’elle doit avoir; le devant eft rond en dehors, Sc un peu cambré en avant par le bas ; le derrière eft rond de même, mais tout droit. La clef B B, qui eft la piece du milieu, eft plate avec deux languettes, une de chaque côté, qui coulent dans deux rênures creufées le long des côtés intérieurs des deux pièces qu’on vient de décrire , qui font plates en dedans. Pour placer l’embouchoir, on commence par faire entrer le devant Sc le derrière jusqu’au talon ; puis ayant pofé la clef entre deux, on achevé de la faire entrer à grands coups de marteau ; c’eft pourquoi elle eft ferrée au bout, fur lequel on frappe; l’embouchoir doit être allez long pour dépafîer la tige d’un bon pied ou plus, on en verra la raifon ci-après : C, eft un anneau formé d’une laniere de cuir, qu’on glifte le long de l’embouchoir pour le tenir enfemble lorfqu’on ne s’en fert pas.
- Ayant une paire de bottes fur la même mefure Sc dans le même état, c’eft-à-dire, chacune avec fon embouchoir, &les tiges ci-devant mouillées, étant feches, on prend une grofle râpe à bois que l’on paffe fur toute la tige pour ôter le bourru du cuir qui fe leve du côté de la chair ; après quoi on procédé au cirage.
- Le lieu
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- ART DU CORDONNIER. 41
- Le lieu du cirage doit être une chambre à cheminée, pavée ou carrelée} vers le haut de la cheminée en dehors, fera attachée une chaîne de fer qui pendra jufqu’à dix pouces de terre ou environ.'
- Pour vous préparer à cirer , mettez fur une table à gauche à côté de vous, un réchaud ou fourneau allumé, fur lequel vous poferez la marmite, qui contient la matière dont voici la recette.
- Une livre de cire jaune , deux livres d’arcançon, qui efl: la réfine du pin, St du noir de fumée à volonté.
- Vous vous munirez auffi d’un gipon, c’efl: le nom d’un gros tapon, formé par un alfemblage de chiffons de toile liée enfemble, & vous aurez à droite à côté de vous par terre, de la paille déliée; attachez entre la tige St iefoulier de la botte, un morceau de cuir, que vous ferez tenir avec quelques pointes, de peur que la cire que vous allez mettre n’offenfe l’avant-pied qui ne doit point être ciré comme la tige ; mais qu’on noircira enfuite par un autre pro-cédé , qui fera expliqué ci-après ; vous cacherez auffi avec un petit morceau de cuir le haut du porte-éperon , à l’endroit où il n'eft point coufu à la tige.
- Après toutes ces précautions, prenez la broche à cirer, qui efl: une broche de fer, de trois pouces de long , à manche rond de bois ; vous la paflerez d’abord dans un anneau rond qui termine la chaîne ; puis dans le trou du talon de la botte , jufqu’à ce qu’elle y tienne fermement; puis vousafleyantà l’autre bout, vous prendrez l’embouchoir à deux mains, St vous le tiendrez hori-fontalement. , __ / .
- Commencez votre opération par allumer un peu de paille , que vous porterez fous la tige pour la flamber, c’eft-à-dire , pour brûler le relie du héru du cuir que la râpe n’a pû ci-devant enlever ; trempez enfuite le gipon dans le cirage bouillant, dont vous enduirez toute la tige ; puis tournant & retoür? nant perpétuellement l’embouchoir dans vos mains fur le feu de paille continuel , afin qwe cette chaleur fafle pénétrer le cirage*, vous en mettrez fiicceffi-vement fix couches pendant une heure entière , prenant bien garde que faute d’arrofer à temps, la tige ne fe brûle; ainfi il faut ^employer deux heures de temps pour cirer une paire de bottes. La tige cirée, on lalailfe refroidir.*
- L E C O NTRE-FO RT.
- I
- On nomme contre-fort, une fécondé tige qu’on ajoute par-deflus la première qu’elle doit entourer, depuis le haut de l’avant-pied jufqu’à environ deux
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- pouces près du haut de la première ; on ne met gueres ce contre-fort qu’aux bottes de courriers ou de poftillons, à eau fe des dangers qu’ils courent, montant le plus fouvent des chevaux fatigués, ou avec de mauvaifesjambes.
- La tige étant encore en blanc, l’embouchoir dedans St prêt à cirer, elle Cordonnier. L
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- fert de patron pour prendre l'étendue du contre-fort, dont vous aurez précédemment mouillé le cuir jufqu’à ce qu'il foit bien humeété & maniable ; le contre-fort ne s'ajoute qu'après que la botte , pour laquelle il eft fait , a eu un demi-cirage; quand elle fera refroidie vous poferez votre contre-fort, ïy jfig. 3, que vous attacherez à la tige par quatre coutures traverfantesf une devant,une derrière 8c une de chaque côté; remettez au cirage, qui pénétrant le contre-fort, achevé de cirer le tout, 8c forme un corps contigu 8c très-folide.
- La Genouillère: le Bonnet.
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- On attache au haut de la tige de toute botte forte, une genouillère/",/zg. i9 ou un bonnet H, fig, 3 ; la différence de la genouillère au bonnet eft, que la genouillère cache le jarret, & que le bonnet le laiffe à découvert, s’abaif-{ànt parles côtés & coulant le long du haut de la tige par-derriere.
- Les genouillères des bottes de chaffe font les plus amples 8c celles qui exigent le plus de façon ; elles fe font de bœuf, noirci par le Tanneur, fe cirent légèrement à chaud, & fe pofent le noir en-dehors; le cirage de ces genouillères eft de la cire blanche ou jaune, mêlée avec du noir de fumée. Cette genouillère fe taille en deux pièces fur des patrons ; le morceau y eft le plus étroit ; le morceau x, qui doit en faire le dehors eft large 8c ample ; on entaille le bas de celui-ci de quatre échancrures a, en pointe & près l'une de l'autre , on n'en fait qu'une b à l'autre morceau.
- Percez avec une forte alêne un rang de trous tout autour de la tige, à un demi-pouce près du haut ; le reftepeut s'exécuter de deux maniérés : la première eft de commencer par fermer entièrement la genouillère, en aflemblant par des coutures les deux pièces ; elle reffenible alors au haut d'un entonnoir ; vous en humeélerez enfuite le bas , afin de faire prêter le cuir 8c toutes les entailles , pour pouvoir les rapprocher 8c les prendre dans la couture de jonélion que vous ferez, paffant par les trous que vous avez précédemment faits à la tige, comme il vient d'être dit ; on coud les deux tirants chemin faifant ,* après quoi vous poufferez toute la genouillère en bas afin de lui faire déborder la tige tout autour en-dehors ; puis preftànt fort avec le point fermé dans ce repli, à l'endroit des entailles qui doivent fe trouver en-dehors du jarret , vous l'évaferez davantage que partout ailleurs ; enfuite refferrant tout autour par dehors avec les tenailles, vous applatirez le tout comme il convient, lui donnant la forme qu'on voit en F, fig. i. L'autre maniéré qui fe nomme à la miché, eft de faire une des deux coutures qui joignent les deux pièces de la genouillère, de la coudre à l'envers à la tige ; de la retourner enfuite 8c de la fermer par la fécondé couture.
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- ART DU CORDONNIER. 43
- Les bottes qu’on nomme demi-cha][e, reffemblent aux précédentes , excepté que le côté de la genouillère en-dedans de la cuiffe eft échancré, & par confé* quent plus bas que le côté extérieur.
- Le bonnet H ,fig. 3 , fe taille tout d’une pièce , fliivant fon patron ; on n’y fait point d'entailles; ainfî le redoublement tourne également par-tout autour de la tige.
- La Garniture.
- La garniture de toute botte forte eft un morceau de cuir de bœuf, pris dans le mince du cuir; on le coupe ou quarrément P, ou en lui donnant quelques contours Q pour la rendre plus agréable à la vue ; fa place eft fur le cou-de-pied , elle doit y pofer en partie fur la tige & en partie lur l'avant-pied ; elle foutient de chaque côté les branches de l’éperon qui va s'appuyer fur le porte-éperon; on orne toute garniture de coutures en effleurant le cuir, les unes qui fuivent fes contours, d’autres traverfantes en ondes, en feftons, ou autres deffeins ; pour cet effet, on fe fert de la buijfe O , qui eft un morceau de bois arrondi par-deffus, plat en-deflbus; on met le plat le long de lacuiffe jufqu’au genou; on l'y tient par le moyen du tire-pied, qu’on paffe par-deflîis: le bombement que fait le cuir de la garniture, pofé fur cette buffle , donne de l’ai-fance pour lacer les coutures.
- Quand la tige de la botte a été cirée & eft bien refroidie , elle eft pleine d’élévations, caufées par la cire bouillante , dont elle a été enduite Sc pénétrée ; pour les ôter, vous prendrez un vieux tranchet, & avec là lame qui vous fèrvira de grattoir, vous effacerez toutes ces hauteurs, enfuite vous la frotterez avec un morceau de cire à froid, que vous étendrez bien égale avec une brofferude, une bifaigue, &c« & vous achèverez de polir & de luftrer avec le creux de la main.
- Jufqu’à préfent Tavant-pied eft encore de fa couleur primitive, c'eft-à-dire, rouffâtre; il doit être noir & poli comme la tige; pour cet effet, commencez par étendre defliis du fuif, que vous flamberez tout de fuite avec un peu de paille allumée , ce qui fera fur le champ pénétrer le fuif, & tout chaudement vous le frotterez de votre encre & il fera noirci.
- Quant à la genouillère, on la cire légèrement au feu ; puis on la polit comme la tige avec cire & noir de fumée, qu’on étend d'abord avec une bifaigue, &c.
- CouJJinet : Forme Irifée : Etoile & Bâton.
- On ajoute après coup, communément aux bottes fortes en-dedans de la genouillère, un couffin g, de peau de mouton blanc, rembourré de crin à
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- l’épaifleur d'un pouce ; on l’arrête en effleurant le cuir de quelques points en haut feulement, & on le place vis-à-vis du côté intérieur du genou, pour le tenir plus mollement.
- Quand le foulier de la botte n’eft pas alfez large, ou qu’il s’efl: rétréci faute d’avoir eu foin de le remplir de foin , ou d’autre chofe qui l’empêche de fe rétrécir en féchant après avoir été mouillé ; quand , dis-je, ces inconvénients arrivent, on fe fert d’une forme brifée faite exprès ; on commence par placer avec la main, les deux côtés de la forme dans le foulier; fa clef m, efl taillée au bout d’une efpece de bâton courbé naturellement 9 comme la clef d’une forme brifée ordinaire l’eft du côté deftiné à élargir les côtés de l’empeigne ; on fait entrer cette clef, & quand on font quelle efl: à fa place, on frappe à coups de maillet, fur fa queue qui dépalfe la botte, tant qu’on juge que c’efl: aflèz.
- La grâce d’une genouillère de bottes de chafle, efl: d’être bien arrondie & renflée par le côté extérieur; c’efl: pourquoi, & de peur qu’elle ne s’ap-platifle, les perfonnes curieufes de leurs bottes , ont ce qui s’appelle une étoile ; ce font deux tringles de bois en croix, attachées au centre par un clou, qui les traverfe ; chaque extrémité de cette étoile efl: armée. d’une petite pointe de fer, on la porte horifontalement vers le milieu de la genouillère, les pointes la maintiennent en place, & on ne l’ôte que lorfqu’on veut mettre fes bottes. , '
- On maintient encore le foulier de la botte de crainte que l’empeigne ne s’af-faiffe , par un bout de bâton rond, qui, portant en-dedans au bout du foulier, s’appuye à l’autre bout fur le derrière de la tige.
- Na. Il s’efl: fait une efpece de bottes, nommées demi-fortes, légères, à baleine \ mais il y a du temps qu’on ne s’en fert plus : cette botte avoit l’air d’être forte, & cependant elle étoit molle, & deux baleines ou même deux tringles de bois, placées Tune à droite fautre à gauche , le long de la tige dans deux fourreaux de cuir , qu’on y coufoit, empêchoient le cuir de fe plifler : cette tige étoit de vache noire : les Brigadiers des Gardes du Corps s’en fer-voient, parce qu’elle étoit bien plus légère que la vraie botte forte, & en fauvoit l’apparence* M. Soude’ Maître Bottier-Privilégié , rue de la Barillerie, vis-à-vis du Palais, qui m’a beaucoup aidé dans fon Art, m’en a montré une paire, qu il a dans fa boutique depuis trente ans.
- La Bottine forte à tringle oü à boucles.
- Toute bottine eft une tige de cuir, fans foulier, qui enveloppe la jambe; il s’en conftruit de fortes & de molles : on place celle-ci à la fuite de la botte forte, attendu que la tige en efl dure & folide ; qu’on y ajoute une
- genouillère ;
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- ART DU CORDONNIER. 4|
- genouillère, qu’elle a Ton embouchoir particulier * & qu’on la cire au feu ; elle fe fait de cuir de bœuf, pris dans le foible de la peau.
- On la taille d’un feul morceau fur un patron échancré , comme à la botte forte^ p°ur recevoir un avant-pied, qui n’efl: ici autre chofe qu’un morceau de cuir qui ne fait que remplir le vuide de cette échancrure, & ne va pas
- au-delà.
- On mouille fort cette tige, afin de la rendre, molle & obéiflante , & c eft alors qu’on y coud l’avant-pied III, jig, 4.
- La tige ainfi préparée, accoliez le derrière & le devant de l’embouchoir IV, IV> fans y mettre la clef y ; les différences de cet embouchoir avec celui de la botte forte font , que celui-ci n’efl: ni fi gros ni fi long ; qu’à la pièce de derrière , le mol et, le rétreciflement du bas de la jambe, & le talon font marqués , & qu’il dépafle le devant de cinq à fix pouces.
- Emmaillottez , pour ainfi dire, cet embouchoir avec la tige V, jig. 4 , la chair en-dehors, vous en redoublerez un bord fur l’autre ; bâtiffez ce redoublement du haut en bas, avec quatre ou cinq points fimples, d’une grôfle & forte aiguillée ; ferrez fort les points avec la pince, après quoi vous ferez entrer la clef à force , le tout pour que le cuir mouillé prenne bien le moule de l’embouchoir ; clouez enfuite le redoublement à l’embouchoir avec des pointes de trois en trois pouces; arrachez le bâtis, & la tige eft prête à être cirée au feu, quand elle fera feche comme celle d’une botte forte ,mais moins à proportion de fon épaifleur. .
- Cette tige n’a de couture, que celle de fon avant-pied, & celle qui la joint à fa genouillère; le redoublement'de la piece de devant qui doit fe trouver toujours le long du côté extérieur de la jambe, s’entoure du haut en bas d’une bande de cuir de veau noir VIII, qu’on arrête dehors & dedans, par une couture traversante ; on fait entrer dans cette efpece de couliiïe une petite tringle de fer platte terminée en pointé émouffée ; cette pointe doit dé-paffer & fortir au bas de fa coulifle d’un pouce; pour recevoir cette pointe, on fait entrer au bas de la piece de derrière une petite plaque de fer percée de deux trous, que les Bottiers nomment un piton VI ; cette petite plaque refté en-dehors, où elle eft faillante Sc d’équerre avec la bottine ; elle a une queue terminée par un rond de fer plat, placé comme une tête de clou; on fait entrer la queue par une fente qu’on fait exprès, & on recouvre en-dedans le rond de ferparune petite paillette de cuir, fous laquelle on l’enferme, on cache la couture de l’avant-pied par une petite garniture que l’on y coud ; on met un éperon au talon & une boucle au haut de la tige : la genouillère fe taille comme la tige, c’eft-à-dire, d’une feule piece ; on fait, ayant de la coudre à la tige, la même manœuvre qu’à la botte de chafle, c’eft-à-dire , qu’on perce des trous avec l’alêne tout autour du haut, pour recevoir la couture ; on la Cordonnier. M
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- coud à l’envers, le côté de la genouillère qu’on iaiflè ouvert vis-à-vis de celui de la tige , puis on la retourne , on y fait trois boutonnières ou fentes ; on y coud trois tirants IX y qui paffent l’un dans Tautre, & au-deflus un bouton de cuir roulé.
- Na. On fait auffi * mais très-rarement, de ces bottines fans tringle , au lieu de laquelle on coud cinq boucles qui ferment la tige du haut en bas.
- On polit le tout comme la botte forte. Voyez ci-devant.
- Pour mettre cette bottine on Touvre en deux du haut en bas; pour la pla^ cer fur la jambe , on fait entrer la pointe de la petite tringle dans fon piton à l’un ou à l’autre des deux trous, ftiivant qu'on la veut plus ou moins ferrée d’en-bas ; on boucle le haut de la tige, & on ferme la genouillère en paffant les tirants, dont le plus haut fe boutonne au bouton de cuir.
- La Botte molle. (
- Il s'en faut bien que la botte molle foit auffi sure pour la confervation de la jambe que la botte forte; cependant elle eft d’un ufage bien plus commun, parce quelle eft beaucoup plus légère & moins gênante ; c’eft pourquoi elle convient au voyageur, à fes journées ; au tireur, aux troupes légères qui combattent à pied & à cheval, comme Moufquetaires, Dragons , Hullàrds ; aux Voituriers , aux Pêcheurs, aux Académiftes, &c. par la facilité qu’elle donne de marcher fans fe fatiguer.
- La tige qui eft de veau noir, fe taille fur des patrons d’une feule piece ; on la ferme par derrière d’un bout à l’autre, d’une couture lacée Jig. J : on donne différents contours, pour la grâce , à l’échancrure du devant, qui doit recevoir Pavant-pied, attendu que cet endroit refte à découvert ; car on n’y met point de garniture : Voyez q y jig. 7 : on fortifie le talon de la tige par un petit contre-fort en dedans en effleurant le cuir; on coud l’avant-pied & on fabrique le foulier à l’ordinaire: ( voyez Botte forte.') On met le porte-éperon j ,jig. 5? qui n’eft que d’un feul cuir ; on attache à la tige en dehors , au-deflus du porte-éperon, un petit cuir taillé en lofange , qu’on nomme la doublure S y jig. 6, afin que le frottement du fer de l’éperon ne l’endommage pas.
- On ôte la forme aifément avec la main , attendu que la tige eft ployante; la genouillère fe marque quand on veut ; car elle n’eft autre chofe que le haut de la tige , à laquelle en la defcendant par dehors au-deffous du bas des tirants, on fait faire le bourrelet ou rendoublement ; quand on la laiffe toute étendue , jig. 5 , elle embraffe le bas de la cuiffe.
- On coud en dedans, en effleurant le cuir , deux tirants de ruban de fil ou de cuir, un de chaque côté à la hauteur du deffous de la jarretière : ils fervent à amener la botte fur la jambe , & fi on veut mettre une jarretière fur le genou.
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- ART DÜ CORDONNIER. 47
- pour que la botte refte tendue, on ajoute un troifieme tirant devant ou derrière * Sc on la pafle dans les trois tirants; on ne met, à toutes ces bottes molles* qu’une fimple courroye r, fig, 5 > au lieu de garniture pour tenir l'éperon en {'a place*
- Il fe fait de deux fortes de bottes molles, dont la différence ne confifte quë dans la pofition du cuir; on les diftingue en bottes molles à laFrançoife & bottes molles à F Angloife, aux premières qui font les ordinaires, le cuir fe travaille la fleur en-dehors ; aux fécondés ou à l'Angloife la fleur eft en-dedans, Sc la chair en-dehors ; mais la fleur eft en blanc, c'eft-à-dire , fans être noircie , Sc le Bottier cire & noircit le dehors : on commence pour cet effet pat fuiffer à chaud le côté de la chair, on le flambe tout de fuite à petit feu puis on F encre & on finit par le cirer avec fuif & noir de fumée, qu'on polit Sc luftre à l'ordinaire.
- Les bottes à la HuffardejÇg, 7, n’ont point de genouillère, ceft-à-dire * qu’elles ne couvrent que le devant du genou, d’où elles font échancrées dé divers defleins Sc contours en defcendant au mollet Sc rebordées de cuir.
- Quelques perfonnes curieu/es de maintenir leurs bottes molles bien, tert^ dues dans le temps qu'ils ne s'en fervent pas , leur font faire un embouchoir à charnière : voyez laJig. 8 ; le devant a un pied de bois#, à charnière lâche b; quand on place l'emboucboir & que ce pied rencontre le dedans du foulier il fe redrelfe, coule jufqu’au bout, & lui fert de forme*
- La Bottine molle, ou Guêtre de cuir•
- La Bottine molle, qu’on nomme aiifll Guêtre de cuir, à caufe dé fa reflem-blance avec la guêtre ordinaire de toile , eft la plus légère de toutes les chauf-fures de cuir qui entourent la jambe; le mérite de celle-ci eft d'en Faivre la forme , comme feroit un bas de foie.
- Elle fe fait de veau noir, la fleur ou grain en-dehors ; on pourroit la conftruire de deux pièces ; mais il eft plus ordinaire de la compofer de trois: on la taille fur des patrons, le côté de dedans a a ,jig. 9 , fait une piece , le retour du mollet en dehors b b la fécondé, & le devant c c la troifieme : c'eft au morceau £ qui fait le retour du mollet que l'on coud le long de fon bord antérieur , neuf ou dix tirants, l'un au-defîiis de l’autre ; on couvre les coutures de ces tirants par dedans d'un ruban de fil du haut en bas : on fait au bord du morceau de devante, autant de fentes ff, qu’il y a de tirants à l'autre piece , & on coud au haut un bouton d\ ce morceau ou piece de devant s'échancre en bas pour recevoir un avant-pied de bottine : le refte n'eft plus que deux coutures pour alfembler les trois pièces ; on ajoute l'étrier g qui palfe fousla cambrure du foulier.
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- ART DU CORDONNIER.
- explication
- - .-Y
- DES PLANCHES ET VIGNETTES.
- PLANCHE PREMIERE. N
- La Vignette repréfente l’eipece de jonc nommé fpart Â, avec lequel on fait en Eipagne les fouliers de corde , que nous nommons Jpardilles ; on voit les Pirenées &les Miquelets ou Montagnards, qui grimpent & defcendent le long des rochers fans gliifer à caufe de leurs fpardilles.
- 1, Chauifure des anciens Indiens, d’écorce d’arbre.
- 2222, Chauifure des Anciens, nommée Sole a.
- 3 , Anciennes chauifures des pays du nord* que nous nommons Patins,
- Calopodia.
- 4, Chauifure de théâtre, nommée Çothurni. y, Ancienne chauflure des Egyptiens, Grecs, Scc.Pero.
- 6, Brodequins des anciens Farceurs,Soccus.
- 7, Anciennes chauifures, Sandalum* >
- 8, Anciennes chauifures des foldats Romains, Caliga.
- 9, Anciennes chauiiiires des Rois & Empereurs, Compaga.
- 110, Anciennes chauifures desEipagnols, Calcetis Sparteus.
- PLANCHE IL
- a, Grand tranchet à bûcher pour homme, vû fur fbn plat, & vû de profil, pour en mieux diftinguer la courbure.
- b, Tranchet à bûcher pour femmes, même courbure.
- c, Tranchet à redreiier, même courbure. (
- d, Gouge à creufer les talons de bois, vue fur fon plat & yûe de profil.
- e, Fufil de fer pour ôter le morfil aux outils. ' .
- f, Broche à cheviller les talons de bois. g , Broche à cheviller les talons de cuir. in, Releve-gravure.
- n, Lame à décraifer les coutures blanches.
- 10, Marteau de Cordonnier.
- h, Hauife de fer qu on met fous la tête du clou à talon, i , Clou à talon, ft, Clou à brocher.
- /, Clou à monter.
- 13 , Tenailles,
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- ART DU CORDONNIER.
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- 12 , Pinces, j8 , Alêne à talons.
- 16, Alêne à joindre. i«7, Alêne à femelle.
- x , Carrelet de Cordonnier, va de deux côtés. lly Tire-pied. y , Manicle.
- 9, Cizeaux.
- o, L’Aftic, d'os de Mulet , vu de deux côtés. f9 Bifaigue à côtés.
- t y Bifaigue à bouts , vue de deux côtés. r y Bifaigue à efcarpins, vûe de deux côtés. z y Dent de loup. u, Guinche vûe de deux côtés. y y Coin.
- q, Pouffe-cambrure, vu de deux côtés. p y Machinoir.
- x, Planche à redreffer, vûe de deux côtés.
- 2 , Ecoffret.
- 4, Buiffe creufe.
- 6, Caillebotin.
- 29 y Forme vûe de face, garnie de fes haulfes 8c de fon coin.
- 27 y F orme d’hommes ; 31, le petit Clou.
- 28 , Forme de femmes.
- 24,24, Formes brifées, vûes de différentes façons. 2 f , 2$ , leurs clefs idem.
- 22, Chaulfe-pied.
- >
- 30, Forme en cabriolet.
- PLANCHE TROISIEME.
- La Vignette repréfente les trois branches des Cordonniers.
- A, eft un Cordonnier pour homme, faifant une couture lacée ; a, eft la figure d’un couteau à main.
- B, repréfente un Cordonnier pour femme ; il regarde un talon qu’il vient de lifïer avec la guinche qu’il tient à la main.
- C , eft un Cordonnier-Bottier, qui ciré au feu, Une tige de botte forte.
- 19 & 20 , Le Compas de Cordonnier ; 19 , vû par le côté 8c fermé ; 20, vû par-deflus & ouvert.
- a a a ciy Les différents temps pour joindre l’aiguillée de fil gros à la foie de fanglier.
- Cordonnier. N
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- JO ART DU CORDONNIER,
- a, Un paquet de foie de fanglier.
- Une main, fur le pouce de laquelle eft une aiguillée pour la retôrdre.
- Fig. B , les différents points des coutures lacées.
- Fig. A, Le point à i’Angloife pour le talon du foulier de feflirfièfc.
- AA} Empeigne.
- BBy Oreilles.
- CC, Quartiers.
- D Dp Paillettes.
- FF, Ailettes.
- EE, Trépointe. ;
- G, Piece. " \
- H, Talon d’homme brut, vû par-deffiis ; H 2,vû par le côté.
- I, Talon bûché, vu par-deffus ; I 2. , vû par le côté.
- Fig. 4, Le cuir de l’Empeigne 8c des Quartiers affemblés,
- Fig. 2 ? Le foulier mis fur fa forme. -
- Fig. 3, Le foulier avec le talon de bois.
- Fig. 1 > La première femelle affichée au foulier.
- . N n p le Cambrillon.
- PLANCHE QUATRIEME.
- Fig. 1 p Soulier à talon de cuir. f, Cheville de bois pour les talons de cuir.
- 11, repréfententles pièces du talon de cuir, fcavoir^, a 2, la trépointede derrière; b , b 2> le couche-point ;c c , les allonges de la fécondé femelle; <?, le chiquet.
- Fig. A A; A p la. tirette de l’efcarpin retourné.
- Bp Le releve-quartier de l’efcarpin retourné.
- Fig. B B plpllp lll,le point caché de l’efcarpin non retourné.
- C, Talon de bois de femmebrut.
- D, Talon de femme bûché ; F, le même vu de profil.
- F, Empeigne de femme. *
- G, Quartier de femme.
- Lp Empeigne & quartier de femme fur la forme.
- M, Paffe-talon de femme ébauché.
- Np Bride de cuir du talon de femme.
- O, Soulier de femme achevé.
- P, Claque de femme.
- Q, Pied de femme chauffé.
- R 9 Pied d’homme chauffé.
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- ART DU CORDONNIER. 5
- Fig. 4 y Claque d’homme.
- Fig. 3 ? Sabot d’homme.
- Fig. 2 , Pantouffle d'homme.
- Fig. d , Figure de la femelle du foulier dont il efl: parlé dans la remarque page 2$.
- Fig. 5 y Plante du pied > même remarque.
- PLANCHE CINQUIEME.
- Fig. 2 , A A, Embouchoir de botte forte ; B fa clef.
- IVy IV y Embouchoir de bottine à tringle ou à cinq boucles; j'.lacleÊ m y Glef de forme brifée de botte forte.
- Fig. 8 y Embouchoir brifé de bottes molles.
- Q, Garniture de botte forte. •
- P , Autre façon de garniture de bottes fortes.
- O y Buiffie fur laquelle le travaillent les coutures des garnitures.
- Fig. 1 ? Botte forte de chaffe à genouillère.
- Fig. 3 y Botte forte à contrefort 8c à bonnet.
- * Boulon pour caffier les pointes des chevilles dû talon dans la botte. g » Couffin de genouillère.
- x y 3 Les deux pièces de la genouillère de chaffie.
- Fig. 4 3 La bottine forte fur fon embouchoir y 8c la même achevée Fig. 5 3 Botte molle.
- Fig. 6 y La même abaiffiée formant une genouillère.
- Fig. 7 * Botte molle à la huffarde.
- Fig. p , Bottine molle, autrement guêtre de cuir.
- FIN DE PE X? Lie AT I O N DES P L A NC H Es ET Kl GUETTES.
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