Descriptions des arts et métiers
-
-
- p.n.n. - vue 1/56
-
-
-
- c
- ♦
- D U
- . Par M. DE LA LANDE.
- M. D C C. L X I 11.
- r
- L
- Page de titre n.n. - vue 2/56
-
-
-
- T "t
- * ' P
- , •/
- BlB CNAM
- RESERVE
- p.n.n. - vue 3/56
-
-
-
- ART
- D U
- CHAMOISEUR
- Par M. de la Lande.
- T je travail des Peaux & des Cuirs de différens Animaux, renferme piufieurs Arts que nous entreprenons de décrire. Le Chamoifeur, le Mégiffier, le Tanneur, le Corroyeur & le Hongrieur; ils font tous néceflfaires aux befoins de la vie ; ifs font Pobjet d’un commerce précieux ; ils renferment des détails de pratique fufceptibles de perfection, & des procédés qui ne furent jamais éclairés des lumières de la Phyfique ; nous les regardons en conféquence comme une partie eflentielle des Arts, que l’Académie a entrepris d’examiner & de décrire. L’ufage des peaux femble être auffi ancien parmi les hommes, que la coutume de s’habiller : Fecit Dominus Deus Adœ & uxori ejus tunicas pelikeas , & induit eos, dit la Genèfe, chap. 3. v. 21. On retrouve le même ufage dans tous les tenîs, & chez toutes les Nations : les Sauvages mêmes ne lailfent pas de travailler les peaux avec beaucoup d’adreflfe.
- Si la plus utile de toutes les préparations de peaux , eft celle qui fournit la partie la plus elfentielle de nos habillemens, c’eft l’Art du Chamoifeur qui doit avoir la préférence ; les peaux qu’il fournit font les plus chaudes^ les plus douces, les plus moëlleufes, & il en peut tirer de tous les Animaux.
- 1. Le Chamois, proprement dit, en latin Rupicapra* eft un animal quadrupède & ruminant, prefque femblable à une Chevre, dont la peau efl: extrêmement fouple, chaude & belle > lorfqu’elle a été paflee en huile ; & comme le nombre des véritables Chamois eft trop petit pour les ufages du commerce, on eft en ufage de travailler toutes fortes de peaux en forme de Chamois avec la chaux, l’huile, le foulage & la fermentation : on appelle Chamoiseurl'Ou-* vrier qui les prépare.
- L’animal appellé Chamois, fe trouve fréquemment dans les montagnes de la Art du Chamoiseur. A
- p.1 - vue 4/56
-
-
-
- * ART DU CHAMOIS EU R.
- Suiffe, dans les Pyrénées Sc dans les Alpes ; Tes cornes font noires & légèrement cannelées, recourbées parle haut; il a deux ouvertures derrière les cornes, huit dents incifives à la mâchoire inférieure, les'pieds fourchus & creux par-deffous ; on en trouve une defcription détaillée, donnée parM, Duverney, dans les anciens Mémoires de l’Académie, Tome III.
- 2. Les peaux de Boucs & de Moutonsfe paflent en chamois, & en portent le nom dans le commerce ordinaire ; on a vû dans l’Art du Parcheminier, la maniéré de mettre en chaux , de peler & de travailler de riviere ; & nous entrerons encore, à ce fujet, dans de nouveaux détails, lorfqu’il fera queftion de l’Art dki Mégiffier : le Chamoifeur fait beaucoup moins d’ufage de la chaux.
- 3. Les peaux de Mouton qui ont été rincées de chaux,, après avoir été quelque tems dans le plein, peuvent appartenir au Mégiffier pour être paffées en blanc , ou au Chamoifeur pour être paffées en huile. On verra dans l’Art du Mégiffier le travail du confit, de l’alun & de la pâte , qui donnent la blancheur à des peaux de mégie. Nous allons voir comment l’huile, le foulon, l'échauffe, le dégraifïàge, donnent aux peaux de Chamois, la force, la fou-pleffe, le moëlleux, qui en font les caraétères diftinétifs &les principaux avantages. Le Mégiffier tire d’une peau toute fon huile naturelle, & n’y lubftitue prefque rien : auffi les peaux de mégie font féches , & faciles à déchirer. Le Chamoifeur au contraire, va fubftituer à cette graiffe naturelle qui étoit trop compaéte, trop dure, trop fujette à la putréfaction, trop gommeufe & trop diffoluble dans l’eau , une huile douce qui pénétrera le tiffu de la peau jufques dans l’intérieur, qui l’adoucira en s’y uniffant d’une maniéré plus intime, en s’y diftribuant d’une maniéré plus uniforme [que la graifie naturelle , & la garantira des changemens que l’humidité & la pluie caufent à une peau naturelle,
- La plupart des Chamoifeurs achètent des Tanneurs ou des Mégiffiers les cuirs, c’eff à-dire , les peaux déjà pelées & prêtes à travailler de riviere, parce que les Mégiffiers font en poffeffion du commerce des laines, comme nous l’avons dit en parlant du Parcheminier, qui eftuneefpece de Mégiffier.
- 4. Quand on paffe en chamois des peaux de Mouton & des peaux de Chevre, on ne les met pas indiftinélement & pêle-mêle dans un même habillage, parce que le Mouton s’échauffe difficilement dans le foulon, au lieu que la Chevre étant échauffée beaucoup plutôt, feroit altérée avant que les peaux de Mouton fuffent au point néceffaire ; les Chevres pourroient même fe brûler, pour peu qu’on les laiffât repofer dans le moulin, ou qu’elles reftaffent en pile au fortir du moulin, comme on le verra Art. 29.
- y. Les peaux de Mouton dont le fert le Chamoifeur, s’achètent à Paris chez le Mégiffier; il n’eft pas permis aux Chamoifeurs de les tirer de la Boucherie; les Mégiffiers, après en avoir tiré la laine, les iaiffent quelques jours dans un
- p.2 - vue 5/56
-
-
-
- ART DU CHAM0 1SEUR. , 3
- mort-plein, pour les confèrver jufqu’à ce qu’ils en aient une quantité fiiffifante.
- Le Chamoifèur en recevant les peaux du Mégiflier, les jette dans un autre plein-mort pendant huit jours , plus ou moins félon qu’on efl preffé ; ce plein-mort commence à dilpofer les peaux, & les prépare à l’aétion d’un plein-neuf.
- <5.0n a vu dans l’Art du Parcheminier Sc l’on verra dans celui du Mégiflier, la maniéré de faire un plein-neuf ; celui du C'hamoifeur n’en différé pas : on y laiffe les peaux quinze jours, un mois, quelquefois deux mois, fuivant que les peaux paroiflènt plus ou moins attendries , ou que la faifon contribue à accélérer le travail; mais pendant cet intervalle on lève tous les deux jours , & quand les peaux ont été en retraite pendant le même-tems, on les recouche dans le plein.
- Les peaux de Moutons n’exigent qu’un mois de plein ; les Boucs y font ju£ qu’à deux mois, Sc quelquefois davantage.s
- Les Boucs Sc les Chevres quife travaillent chez les Chamoifeurs, s’achètent à poil ; car le Mégiflîer n’y a aucun droit. On les tire d’Orléans Sc de plufieurs autres Provinces, parce qu’il y a peu de Chevres aux environs de Paris. Comme elles font féches , on efl obligé de les jetter dans un cuvier plein d’eau , pour les faire revenir pendant quelques jours, & les ramollir ; on les retale enfuite fur le chevalet, avec un couteau concave qui ne coupe point, mais qui travaille Sc abat le nerf, ajfouplit Sc prépare la peau : on en peut rétaler deux cents dans un jour.
- Les peaux qui font retalées, fe jettent encore dans l’eau pour y demeurer l’efpace de deux jours ; elles achèvent de s’y ramollir, & deviennent comme des peaux fraîches ; alors on les jette dans un mort-plein , pour faire tomber le poil ; il ne faut pas quinze jours , même dans un plein dont l’aélivité efl: tout-à-fait épuifée ; il en faudroit bien moins, fi on les jettoit dans un plein un peu plus adif : mais un plein-neuf faifiroit trop les peaux ; il faut les difpofer par des pleins-morts.
- <?. Les peaux de Boucs Sc de Chevres fe pelent enfuite avec le couteau ordinaire qui ne coupe prefque pas, mais qui ne fait qu’enlever le poil, ainfi que nous avons appris à débourrer les Veaux dans l’Art du Parcheminier: on peut peler deux cents peaux de Chevres dans un jour. '
- La bourre de Chevre Sc de Bouc, fe vend de io à 15 livres le cent, quand elle a été bien lavée dans des paniers, &féchée au foleil. On l’employoit autrefois en filature , pour faire des tapifferies communes ; mais le poil de Chevre, fi employé dans le commerce, fe tire du Levant.
- Après que les peaux ont été pelées, on les met dans un plein-neuf ; c’eft celui où elles doivent plamer, c’eft-à-dire, s’attendrir Sc fe dégraiffer pour pouvoir être paffées en huile.
- io. M. Denis, Direéteur de la ManufaélureRoyale de Corbeil, m’a dit avoir
- p.3 - vue 6/56
-
-
-
- 4 ART DU CH A MO 1S EU R.
- fait avec M. Guimard , Infpeéleur Général des Cuirs en 1745 * des expériences qui tendoient à fe paffer de la chaux pour le Chamois, comme pour les cuirs forts , en employant des baffemens, c’eft-à-dire, des eaux aigres faites avec la farine d’orge. Ces eaux aigres produifoient en effet la même fermentation, le me-me gonflement dans les peaux, & en bien moins de tems que l’eau de chaux ; cependant ils ont cru reconnoître que les peaux qyii en réfultoient ne deve-noient pas auflî moëlleufes que celles qui ont pafle dans la chaux ; peut-être parce que la gomme naturelle & la graille féche dont le tiflii de la peau eft abreuvé ne s’en détache pas aflëz promptement pour pouvoir quitter dans les baffemens, ou que ces parties ont befoin de l’aétion corrofive de la chaux.
- Les baffemens qui furent employés dans ces expériences étoient abfolumenc les mêmes que ceux qui fervent dans la Tannerie pour les cuirs forts, & que nous décrirons amplement lorfqu’il fera queflion de l’Art du Tanneur. Il nous fuffira de dire ici que pour un cuir de bœuf qui pefe 100 livres à la raye, c’eft-à-dire, au fortir de la boucherie, on emploie 20 livres de farine d’orge, & que la fermentation dure quinze jours ou trois femaines fuivant la faifon; il faut relever les cuirs tous les jours pendant quelques heures pour pouvoir aider la fermentation par le contaél de l’air; au relie, ceux qui voudroient répéter ces expériences qui mériteroient d’être lui vies même pour le Chamois, auront recours à l’Art du Tanneur, que nous publierons inceffamment.
- Pour éviter les frais de l’orge qui vont au moins à quinze ou vingt fols par cuir, M. Guimard employa auflî des marrons d’Inde pour faire fes baflèmens, Sc ils réuflirent paffablement ; en général, toutes les lubflances végétales étant fu-Jettes à s’aigrir & à fermenter plus ou moins vite, comme nous le dirons en parlant du Confit ( 15 ), elles peuvent être propres à faire des baffemens.
- On a fait auflî du Chamois qui n’avoit paffé ni dans la chaux ni dans les baf* femens , mais feulement dans une eau de fel & d’alun, comme les cuirs de Hongrie : mais les peaux ne prenoient point de corps ; elles étoient trop plates, trop refferrées par la ftypricité de l’alun.
- 11. Les peaux de moutons, de veaux & de chevres, après avoir été travaillées de riviere, font en état d’être effleurées. On fait du Chamois effleuré, & du Chamois à fleur; ce dernier n’acquiert jamais la foupleffe, l’épaiflèur, le coto-neux de celui qui eft effleuré ; il eft beaucoup plus long-tems dans le moulin & à l’échauffe : mais il éft plus fort, & on le demande pour certains ufàges, à caufe de fa durée. Il n’y a gueres que le veau & le mouton qu’on puifle travailler ainfî ; les boucs, les chevres, les chamois, les daims ne fçauroient conferver la fleur ; elle eft trop âcre, trop dure, trop caffante, & difficile à nourrir d’huile ; mais quand ces peaux font effleurées, le côté de la fleur eft le plus cotoneux, le plus beau; & c’eft celui qui fe porte au-dehors dans un habillement, au lieu
- p.4 - vue 7/56
-
-
-
- 1
- ART DU CH A MO 1 S E U R.
- que le mouton fe porte du côté de chair*
- On fait à Grenoble & à Orléans des veaux à fleur; mais on ne prend guerés que les peaux qui font défeétueufes, & qui ne peuvent pas fervir dans la Tannerie*
- On effleure une peau avec un couteau concave > dont le milieu lie coupe prefque pas, & dont les extrémités feulement font tranchantes; les extrémités tranchantes fervent à couper, quand il eft néceffaire, les parties les plus dures de l’épiderme ou de la fleur ; quand elle eft à moitié détachée par le tranchant, la partie moufle du couteau achevé de l’enlever, ou plutôt de l’arracher, en ap* puyant de force le couteau fur la peau du haut en bas ; lorfque les peaux font creufes, ( 81 ) Sc qu’il eft à craindre d’en arracher des lambeaux par cette opéi ration, on rafe la peau, c’eft-à-dire, qu’on coupe l’épiderme au lieu de l’arracher; elle cotonne moins * Sc elle eft moins douce après le travail, que fi elle eût été rafée.
- On donne un fol de chaque peau de mouton à celui qui effleure, Sc dix-huit deniers d’une peau de bouc ou de chevre; on peut en effleurer trois ou quatre douzaines par jour.
- 12. Après avoir effleuré les peaux, on les met dans l’eau, c’eft-à-dire, dans un bacquet où elles trempent quelque tems ; on les foule dans ce bacquet aveé des pilons qui font formés chacun d’une petite maflè de bois Sc d’un manche dé quatre pieds* de long,comme nous l’avons repréfenté en u, Planche 1, On les tord pour en exprimer l’eau: mais cette opération eft bientôt faite ; on en tordroit cinq à fix cents par jour. Si les peaux font bien travaillées de riviere, l’eau en fortira claire Sc limpide , Sc c’eft ainfi qu’elle doit être : fi deux ou trois façons de fleur Sc de chair ne fuffifoient pas pour les bien nettoyer Sc affouplir, on en donneroit encore davantage.
- 13. Les Chamoifeurs qui font aufli Mégiffiers-blanchers réfervent pour la blancherie les peaux qui fouffriroient trop par l’effleurage ; en effet, le travail du Mégiflier eft beaucoup moins dur, & fatigue bien moins les peaux que celui du Chamoifeur. Il y a même fouvent dans les peaux qu’on effleure des parties où l’on eft obligé de laiflfer la fleur, parce que la peau y eft creufe, & qu’il ne ref* teroit qu’une demi-épaiflfeur tropfoible pour réfifter au moulin; c’eft ainfi que fouvent dans le ramaillage,on réfervela culée Sc les colets pour foutenir la peau*
- Cette opération eft très-utile pour les peaux qu’on fe propofe de mettre en couleur; car les peaux effleurées fe teignent plus aifément.
- 14. L’effleurage, c’eft-à-dire, l’épiderme qu’on enleve de deflùsla peau en effleurant, fert à faire de la colle qui eft très-recherchée Sc très-bonne; on lave
- . & l’on fait fécher au foleîl cet effleurage, & on le vend treize, quinze ou dix* fept livres le cent, fuivantle tems*
- Après avoir effleuré, on écharne encore les peaux fi cela eft néceffairé > & Art nu Chamoiseur* B
- p.5 - vue 8/56
-
-
-
- 6 ART DU C H A MO 1 S E U R.
- que le travail de riviere n’ait pas emporté tout ce qu’il y a de charnu Si d’inutile lùr le côté oppofé de la fleur.
- D U CONFIT.
- \
- i j. Les peaux qui ont été vingt-quatre heures dans l’eau, & qui font bien fou. lées 8c ramollies, fe mettent en Confît, c'eft-à-dire, dans un bacquet d’eau où l’on met un peu de fon pour s’aigrir & faire fermenter la peau.
- Le Confît eft beaucoup moins néceflàire au Chamois qu'à la Mégie, c’eft-à-dire, aux peaux blanches; le Chamois paffera un ou deux jours dans le Confît, tandis que les peaux en Mégie de la même qualité y feront quinze jours ou trois femaines ; le Confit ne fert au Chamois qu’à préparer le travail du moulin ; la peau déjà un peu attendrie, recevra plus aifément l'huile qui doit s'y introduire 8c la pénétrer ; mais fi l'on a un tems chaud & une eau douce mucilagineufe qui abatte beaucoup les peaux, c’eft-à-dire, qui les travaille 8c les pénétré facilement y on peut fe paffer totalement du Confît, & le moulin peut y fîippléer.Ainfî il y a des peaux qu’on fe contente, en été, de paffer dans l’eau de fon, & qu’on en retire tout de fuite : on jette quelques poignées de fon dans un bacquet d’eau; , on y met une cinquantaine de peaux ; on jette encore un peu de fon par-delfus ; on les remue, on les retourne, on les manie dans cette eau de fon pendant deux à trois minutes, 8c on les retire pour faire place à d’autres. Quand toutes les peaux qu’on veut habiller ont été paffées dans le fon, on les tord pour en exprimer l’eau, & on les porte au moulin ; les particules de fon qui reftent attachées à la peau, quoiqu’en petite quantité ne laifferont pas de 1’abattre> c’eft-à-dire , d’aider à la fermentation lorfque ce fon viendra à s’aigrir, Sc que les peaux au fortir du moulin fe repoferont avec leur fon.
- i ô.Les peaux qui fortent du Confît doivent être lavé es, & tordues avec la bille, avant d’être portées au moulin pour y être foulées; parce qu’il fuffit qu’elles aient de l’humidité & de la foupleffe pour fe prêter àl’aétion des maillets.
- Pour tordre les peaux, on en met quatre fur une perche en forme de traverfe foutenue à la hauteur de cinq pieds par deux montants verticaux ; on range ces quatre peaux de la maniéré fùivante : la première pend du côté de l’Ouvrier, n’ayant fur la perche que quelques pouces de la longueur de la peau, ou ce qui eft néceflàire pour l’y foutenir ; la fécondé pend du côté oppofé, & ne recouvre qu’une partie de la première ; les deux autres font placées fur les deux premières , l’une d’un côté, l'autre de l’autre ; toutes quatre font d’abord étendues fur toute leur largeur, mais on replie enfuite les bords fur le milieu de chaque côté pour pouvoir faifîr le tout avec plus de facilité.
- La bille dont on fe fert pour tordre les peaux, eft un inftrument de fer com-pofé de deux branches en équerre 8c d’un demi-cercle de trois \ quatre pouces de
- p.6 - vue 9/56
-
-
-
- ART DU Cil A MO 1 S E U R, f
- diamètre, dont le plan eft perpendiculaire à celui des deux branches ; les branches ont l’une un pied Sc demi, & l’autre deux pieds ; le demi-cercle qui a trois ou quatre pouces de diamètre, eft placé à l’endroit où fe joignent les deux bran^ ches , Sc le tout enfemble forme comme une efpece de manivelle pour aider paélion de celui qui tord une peau : on voit la bille en X, Planche l, de en G Vaélion de celui qui tord les peaux.
- 17. Pour fe fervir de la bille, on la prend de la main droite , & l’on applique une de fes branches verticalement fur un des côtés de l’aflemblage des quatre peaux, la partie concave de la bille embrafle alors les peaux qui font en avant* Sc l’Ouvrier prend de la main gauche la branche de la bille avec l’extrémité des deux peaux qui pendent vers lui ; avec l’autre main, il fait tourner la fécondé branche de la bille par-deflous les deux autres peaux > il les ramene ainfi autour des deux que la bille avoit déjà prifes , Sc faififlant auiïï de la main gauche les extrémités de ces deux dernieres peaux; il continue avec la main droite de faire tourner la bille fur les quatre peaux ; ce frottement en exprime l’eau qu’elles contenoient en abondance. Quand la bille a fait dix ou douze tours , on la dégage, Sc l’on recommence à tordre une fécondé fois en reprenant la peau de la maniéré que nous l’avons dit ; les plis étant changés dans la fécondé opération, Sc les peaux un peu plus balles, la partie qui étoit auparavant fur la perche, fe trouve tordue à fon tour, & l’eau eft mieux exprimée dans le total de la peau*
- DU MOULIN.
- 18. Il y a des Chamoifeurs qui font palfer les peaux dans le moulin pendant deux heures au fortir du Confît, avant que de les mettre en huile , Sc qui leur donnent enfuite un vent blanc d’un quart-d’heure ; mais ce travail n’étant pas le plus elfentiel, nous ne parlerons du Moulin qu’après avoir indiqué le travail de celui qui donne l’huile.
- Le Confit ayant un peu attendri les peaux, & le moulin les ayant aflouplieS* elles peuvent recevoir la première huile ; on jette fur la table une foulée qui eft de douze douzaines de mouton ; on les prend toutes féparément, on les fecoue, Sc les étendant l’une fur l’autre fur la table, on trempe les doigts dans l’huile , Sc on les fecoue fur la peau en différents endroits, de maniéré qu’il y ait allez d’huile pour humeéler légèrement toute la fiirface de la peau; on la diftribue avec la paume de la main que l’on palfe fur toute la furface de la peau, Sc on plie la peau dans fà largeur à quatre doubles, en lui laiflànt toute fa longueur* C’eft fur la fleur qu’il faut donner l’huile, autant qu’il eft poflîble ; car comme la fleur eft plus fufceptible d’être fùrprife par le vent, il eft plus effentiel de tenir la fleur tranquille par le moyen de l’huile qui garantit la furface. La table qui fert à mettre en huile doit avoir un rebord pour empêcher que l’huile ne coule & ne fe perde*
- p.7 - vue 10/56
-
-
-
- 8
- ART DU CHAMOISEUR.
- A mefure que la peau a reçu Ton huile, l'Ouvrier la jette fur fon poignet gau** che ; lorfqu'il y en a trois ou quatre,la fuivante s'étend fur le poignet,de maniéré à embraffer à couvrir la main avec les quatre peaux qui y font déjà ; alors l'Ou-vrier prenant de la main droite le bas de cette derniere peau,il lerameneen avant & par-deiTus la main,& avec lui les extrémités des quatre autres ; il retire alors là main gauche de dedans les peaux , & il fait entrer à la place les extrémités bien tordues de toutes ces peaux ; cela forme une pelote de la forme & de la grofleur d’une veflle ordinaire ; on la jette dans la pile du moulin pour y être foulée, & ainfi de foite, jufqu'à ce que la coupe du moulin, c'eft-à-dire , la pile ou l'auge , foit remplie. U en faut ordinairement douze douzaines pour former une foulée» Il y a d'autres endroits où la coupe eft de vingt douzaines*
- Les peaux ainfi mifes en huile, fe portent au Moulin pour y être foulées & afo fouplies pendant l'efpace de deux heures plus ou moins ; nous allons donner la Defcription du Moulin qui fert aux Chamoifeurs.
- Defcription du Moulin.
- ip. LAPte<rfeII.repréfenteleMoulinvudeprofil, c'eft un bâtis de onze pieds de haut for fix pieds de large & fix pieds & demi de profondeur, for lequel efl fixée une pièce de bois C, Fig. i & 2 , creufée pour recevoir les peaux , on l'appelle laCoupe. Elle a deux pieds de hauteur for deux pieds & demi de large , Sç cinq pieds de profondeur. La maffe ou le marteau A qui frappe dans la coupe, a un manche de huit pieds de long fofpendu en B au haut du bâtis ; il efl: éloigné de la perpendiculaire par les mentonets garnis de rouleaux, qui font fixés for un arbre tournant D. Cet arbre porte une lanterne de dix-neuf fufeaux, qui efl mue par un hériffon E ; & celui-ci efl fixé à l'extrémité d'un autre arbre de ren« voi, dont nous parlerons bientôt. On monte à ce Moulin par un efcalier I, pour deflervir la coupe C. v
- io. Derrière le Moulin, efl un petit treuil F, for lequel s'enveloppe une corde qui paffant for une poulie H qui efl au haut du bâtis, fe termine par une boucle pour venir prendre un crochet G, attaché à la tête du pilon : par le moyen de ce crochet & du treuil, on éleve les maillets, & on les met hors de prife, foit quand on veut arrêter le Moulin entier, foit quand il s’agit de fervit une des quatre coupes, tandis que les trois autres continuent d’être foulées.
- a 1. Les Figures 3 & 4 de la Planche II, repréfentent le Moulin vu de face & par derrière ; on y remarque les mentonets G de l'arbre qui fait mouvoir les pilons HH, & les cordes II qui fervent à les arrêter ; la lanterne F qui efl portée for l'arbre des cames a dix-neuf fufeaux ; elle efl conduite par l'hériffon F qui a trente-fix dents ; l'arbre de renvoi qui porte l'hérifTon F, efl garni à l'autre extrémité d'une lanterne C> de vingt-deux fufeaux; cette lanterne a deux pieds
- quatre
- p.8 - vue 11/56
-
-
-
- ART DU CH A MO 1S EU R. 9
- quatre pouces de diamètre, elle conduit un rouet B de fept pieds de diamètre Sc de quarante-huit affichons, élevé au-deffiis du fol d’environ cinq pieds. A ce rouet, Ton applique deux leviers^, d’environ quinze pieds, auxquels font attelés deux chevaux, par le moyen des paloneaux LL ; ces deux chevaux tournent fur une circonférence KK, Planche III. de quatre-vingt-dix pieds, qu’ils décrivent communément deux fois par minute,quelquefois un peu plus vite, du moins lorfqu’on les anime ; l’arbre des cames fait environ quatre tours & demi pour chaque tour des chevaux, & comme il y a deux mentonets fous chaque maillet, chacun donne quinze ou dix-huit coups par minute.
- 22. On doit avoir foin de vifiter quelquefois les piles, de peur que des éclats de bois détachés par le frottement oupari’ulîire des piles ou des marteaux, n’endommagent les peaux. Par la même raifon, on ne doit jamais lailfer battre à vuide les marteaux dans les piles, ni laifler agir un marteau tout feul; car il frapperoit contre le bois de la pile, s’il n’étoit accompagné d’un fécond qui lui > renvoie les peaux aufïï-tôt que fon coup eft donné ; c’eft cette alternative qui donne le mouvement néceflaire aux pelotes pour une bonne foule.
- 23. Les peaux demeurent fous les pilons l’efpace d’une heure Sc demie, deux heures, trois heures, fuivant qu’elles font plus ou moins faciles à pénétrer par l’huile, plus ou moins abattues & difpofées parla chaleur de l’air,par la fermentation du Confit, & par la nature gralfe ou maigre de la peau. Les Chamoifeurs qui n’ont pas de moulin chez eux, payent ordinairement quatre livres tournois pour une coupe de vingt douzaines.
- 24. Après le travail du moulin, il faut jortk les peaux, leur donner un vent ou un évent ; pour cela, on les étend toutes dans un pré fur des cordes à hauteur d’appui ; on les y lai (Te un quart-d’heure, une demi-heure, luivant les te ms ou le befoin de chaque peau,on ne les quitte point de vue ; onJe promenejurles cordes ; on obferve les peaux avec foin, tant qu’elles font étendues ; on va de l’une à l’autre les manier, les trier, examiner fi elles ont aflez de vent, & les retirer à mefure • il eft aufli elfentiel de leur donner du vent, qu’il eft dangereux de leur en donner trop ; le grand air enleve une partie de i’huile, & fait pénétrer le refte : mais fi on en laifloit trop évaporer, les peaux deviendroient très-difficiles à travailler : il y en a qui font intérieurement & naturellement graffes ; elles pafleroient la journée fur les cordes fans fe gâter : il y en a à qui il ne faut qu’un quart-d’heure. Lorfqu’ une peau eft prife du vent, c’eft-à-dire, que l’huile l’a quittée, & que l’humidité de l’eau s’y eft defféchée, la peau devient dure ; l’huile a beaucoup de peine à la pénétrer ; elle a befoin d’être foulée long-tems, & remile plufieurs fois en pelote pour pouvoir revenir à fon premier état.
- 25. On a foin, dans la conftruétion d’un moulin, de le ménager un grenier ou
- une efpece de foûpente fort élevée, mais fort près du moulin, où l’on jette les Art du Chamoiseur. C '
- p.9 - vue 12/56
-
-
-
- *ô ART DU C HA MO 1SÉU R. v
- "peaux qui fortent du moulin, en attendant qu’on les mette à l’échauffe; je dis qu’il doit être fort élevé pour empêcher que les rats ne puiffent y aborder : car ilsferoient dans Cès peaux huilées un dégât eonfidérable fi on les laiffoit par terre ou dans des greniers peu fréquentés.
- - 26. Après avoir laiffé les peaux fur les cordes affez long-tems, pour que l’huile ait agi fur leur tiflu & les ait périétrées,on les remet dans la pile dumoulin pour y être encore foulées une heure ou deux, Sc on les reporte fur les cordes : on donne ai’nfi deux ou trois vents fur une huile,- fi cela eft néceffaire, comme fi
- 1
- les peaux font naturellement grafles ; au contraire ,- fi elles font feches & difficiles à pénétrer, ôn donnera deux huiles fur un vent, c’eft-à-dir e, qu’après qu’elles ont été mifes en huile' & foulées l on les remet tout de fuite en huile fans les mettre au vent ; car comme le vent fait évaporer une partie de l’huile qui eft à la furfacé de la peau, s’il n’y eh a pas affez pour que cette évaporation devienne néceffaire, on ne les met point fur lès cordes.
- 2j. On donne aihfi jufqu’à 5,6,7, ou 8 vents à des peaux, Sc chaque fois on les remet aii foulon > fl cela eft néceffaire ; mais il arrive fouvent qu’on donne deux ou trois vehüs fur ühe huile, & quelquefois auflî deux huiles fur un vent ; ofeft ici qu’il faut toute l’expérience d’un Moulinier intelligent ; dans les peaux qui 11e font encore qùe peu avancées, on connoît au taél fi elles ont affez d’huile ou allez de vent ; dans celles qui font plus avancées ou qui font fur leur fin, on a recours à l’odorat ; il y a une certaine odeur de moutarde, qui prend la place de l’odeur de chair, & à laquelle on reconnoît que les peaux ont pris de l’huile fuffifamment. Les peaux qui font fortes, ont befoin d’avoir plus de vents & plus de foules ; on en donne jufqu’à douze à des peaux de cerfs ; les derniers vents font ceux qui exigent plus de précaution ; la peau fe vitre aifément, c’eft-à-dire, qu’il s’y forme des clairs, produits par la crifpation & la rétraélion de cértaih's plans de fibres qui fe contraélent plus que les autres, à caufe de l’impreffioh de l’air.
- 28. Lés cinq ou fix vents dont nous avons parlé, font mêlés de trois ou quatre huiles quelquefois davantage, fuivant le befoin des peaux ; à la pénultième c^eft-à-dire, à la quatrième huile, fi l’on n’en veut donner que cinq, la peau demande à fe repofer dans l’huile , pour avoir le tems de s’en pénétrer & de s’unir, pendant une femaine au moins , plus long-tems fi on le peut ; il faut qu’elle mange fon huile fur le repos, alors elle fe gonfle & fe nourrit, par un petit commencement‘de fermentation ; mais il faut bien fe garder alors de faire dés piles ôü d’entafferles peaux les unes fur les autres : elles s’échaufferoient en peu de tems, & d’autant plus promptement qu’elles font encore vertes, c’eft-à-dire, qu’elles contiennent encore une partie de la fubftance animale, qui eft toujours fort difpofée à la fermentation.
- p.10 - vue 13/56
-
-
-
- ART DU CH A MO I S E U R. ïï
- âp.tdn vent qui ne demande-quelquefois qu’une demi-heure ou une heure quand. U fait beau., peut exiger en hyver une journée entière ; quelquefois même*cela ne fiiffit pas, alors on laifle repofer l’ouvrage ; mais il faut prendre garde que ce ne foie pas en piles ou en tas, parce qu’il pourroit s’échauffer & (q gâter malgré la faifon.
- jo. Quand' il pleut, & qu’on nd^trouve pas d’intervalle de beau tems pour étendre les peaux dans le jardin, on les étend dans un grenier : mais alors elles féchent plus difficilement ; il peut arriver même qu’il s’en pourriffe, &. il vaut mieux laiffer repofer l’ouvrage en pareille circonftance : c’eft ce qui fait qu’en plufieurs endroits, on ne travaille point le Chamois en hyver.
- Ceux qui font preflfés Sc qui travaillent en hyver, font quelquefois obligés d'employer l’étuve, mais feulement pour finir les peaux, quand elles font hors d’eau y c’eft-à-dire, que l’humidité les a abandonnées, & que l’huile a déjà pris le deffiis, & s’eft établie dans l’intérieur des peaux ; fi elles étoienttrop vertes , elles ne pourraient pas foutenir l'étuve : elles fe racorniroient, & ne pour-roient plus reprendre leur première foupleffe. Ces étuves confiftent en un endroit bien clos, qui n’ait qu’une petite iffue pour la fumée, dans lequel on allume un feu léger avec du petit bois ou du charbon, pendant l’efpace de deux heures, les peaux étant fufpendues deux à deux à des clous. L’échauffe eft repréfentée en D, dans la Flanche 111 y Fig. ip & i r.
- L’étuve ne vaut pas un petit air de vent ; le travail en eft plus long & moins sûr ; on n’y a recours que dans un cas preflant, lorlqu’il pleut & qu’on ne peut étendre les peaux en plein air, du moins pour fuppléer au vent ; car elle s’emploie toujours après le travail du moulin , comme on le verra, Art. 33.
- 31. Nous avons dit que pour jetter les peaux dans les piles, on en fait des pelotes, en les raffemblant quatre à quatre ; ces pelotes ne fe défont point, fi ce n’eft vers la fin de l’opération, & alors elles font communément affez foulées ; cependant il arrive que des peaux fe trouvent furprifes par le vent, qu’elles ont trop d’eau, & font difficiles à pénétrer par l’huile, on eft obligé de refaire les pelotes ; au contraire, quand les peaux font en foibkjfe, c’eft-à-dire, que fur la fin de l’habillage elles font hors d’eau, &. commencent à gonfler, par le moyen de l’huile, ces peaux fe collent l’une à l’autre, & les pelotes ne fe défont point.
- 3 2. Les peaux debouc & de mouton, ne prennent guer.es qu’une livre d’huile, par douzaine , à chaque fois qu’on les met en huile ; & pour le total , on obferve qu’il entre tout au plus huit à neuf livres d’huile dans une douzaine de peaux de moutons de la forte de Paris, & douze livres pour les peaux de boucs: celles-ci., lorfqu’elles font paffées & bien feches, pefent de dix à quinze livres la douzaine.
- p.11 - vue 14/56
-
-
-
- ïï ART DU CHAMOISEU R.
- On emploie également les huiles de Mojue, de Baleine, de Sardine , de Hareng, deMarfouin, qui coûtent 5*0 à 55 livres le quintal; avant la guerre, on les avoit pour dix écus ; l'huile de Sardine paffe pour être la plus maline, la plus vive, celle qui nourrit le plus une peau : mais auffi elle donne plus de peine dans le dégraiflage ; l'huile de Baleine eft celle qui avance le moins, & s'unit le plus difficilement à la peau. Il y afcufïï des huiles qui encraffent plus que d'autres ; mais le plus grand défaut de l'huile pour les Chamoifeurs , efl: d'être mêlée avec de l'huile de grains ; les huiles végétales brûlent, durcilfent, fechent les peaux , & les rendent plus difficiles à dégraiflfer ; les huiles animales font plus douces, plus onélueules. Les Corroyeurs même trouvent que l'huile de poiffon, fi elle n'étoit pas recuite & mêlée avec une leffive, comme nous le dirons en parlant du dégras, feroit trop vive, trop feche, pour les cuirs gras dont ils fe fervent : il en feroit de même du fuif frais qui brûle le cuir , diiênt les Ouvriers ; tandis que le fuif recuit efl: beaucoup meilleur, parce que les parties animales y font plus concentrées, & plus débarraffées de la partie aqueufe.
- Mettre les Peaïux en chaleur ou en échauffe.
- , \
- 33. Lorsqüe les peaux à l’aide du vent & du foulon, font pénétrées d'huile autant qu'elles peuvent l'être , il s'agit de les mettre en chaleur, c'eft-à-dire, en fermentation , pour dilater davantage le tiffu de la peau, pour la faire enfler, pour unir & incorporer l'huile dans fes fibres* Nous avons expofé, à l'occafion du Confit, le principe & l'effet de la fermentation ; cette chaleur qui s’excite naturellement dans lesfubftances végétales & animales, eft un mouvement des parties infenfibles qui s'agitent en tout fens, fe divifent, fe mêlent, fe pénétrent & fe'Combinent mutuellement. C'efl: ce qui fait l'union intime de la peau avec l'huile ; c'efl: la nourriture de la peau ; c'eft-là véritablement qu'une peau efl: paflee en huile : jufqu'ici l'huile efl: appliquée fur les fibres de la peau ; mais elle ne lui eft pas unie, Les peaux, avant d'être mifes en chaleur, ne paroiffent encore que comme de la tripe un peu huilée, dont le dégraiflage enleveroit toute l'huile , fi on les mettoit alors dans la leffive.
- 34. L’échauffe eft une petite chambre étroite & fermée de tous côtés, dans laquelle on met les peaux en pile les unes fur les autres, pour y fubir une fermentation qui les échauffe, les dilate, les amollit & fait pénétrer l'huile dans leur fubftance : on la voit repréfentée dans la Planche III, Fig. 10 & ir.
- On eft fouvent obligé d'allumer du feu dans l'échauffe, pour préparer les
- peaux à recevoir la chaleur de la fermentation : mais c’efl: avec du petit bois,
- des mottes, quelquefois même avec de la paille ; car ilfiiffit de leur donner un
- commencement de chaleur , pour qu'elles ne foient pas fi long-tems dans
- l’échauffe :
- p.12 - vue 15/56
-
-
-
- ART DU CHAMOIS EU R,
- l,échauffè:& ce feu artificiel eft inutile en été, ou lorfque les peaux font déjà fort attendries.
- L’étuve dont on fe fert à la Manufacturé de faint Hippolyte, à fix pieds de haut,^& onze pieds en long & en large ; plufieurs perches tendues horifontale-ment & à quelques pouces du plafond , portent des clous à crochet où fon attache d’abord les peaux : le milieu de l’étuve eft libre. C’eft-là qu’on allume un petit feu de la hauteur d’un pied, avec autant de largeur; au-deflu$ eft un petit foupirail d’environ fix pouces en tout fens, qui fert à diminuer la chaleur, quand on craint quelle ne furprenne les peaux; il y aàufli, furie côté, une fenêtre d’environ fix pouces, fermée par un carreau de vitre qui gliife dans une coulifle, pour que l’Ouvrier puiflè refpirer de tems-emtems. Lorlqu’on a des peaux qui font déjà anciennes , & qu’on veut les mettre en chaleur, on leur donne une huile, & on les fait fouler un peu : cela remet en mouvement l’ancienne huile, & difpofe le tout à la fermentation.
- On voit à la Planche 111, Fig. io. le plan de l’étuve ; & dans la Fig. ti , lâ perfpeélive de l’intérieur de cette petite chambre ; le feu qu’on y allume eft: repréfenté en D ; E E, marquent les perches garnies de crochets, auxquels oit fufpend les peaux, pour qu’elles commencent à s’échauffer. F, eft le foupirail qui répond au-delfus de la flamme, pour lui donner iflue. G, repréfente dans les deux Figures les peaux mifes en tas ou en échauffe , pour fermenter & contraéler une chaleur fuflifànte.
- 3 j. L’échauffe eft abfolument néceflaire au Chamois ; c’eft elle qui fait là peau, qui lui donne du corps & de la nourriture, qui dilate les fibres, qui enfle & raccourcit la peau, qui la rend douce & cotonèüfè , qui unit & incor^-pore avec elle les parties huileufes ; fans cette fermentation, le dégraiflage dont nous parlerons bien-tôt, emporteroit tellement l’huile que le Foulon y à fait entrer, que la peau reviendroit prefque en tripe, c’èft-à-dire, dans le premier état où elle étoit au fortir de la chaux ; l’huile n’y eft encore unie qu’accï-dentellement, & c’eft par la fermentation que les deux fubftances s’uniront d’une maniéré inféparable. Les peaux fermentent quelquefois aufîf tôt qu’elles font en échauffe ; il y en a qui y demeurent plufieurs heures, fans qu’il foit néceflàîre de les remuer ; lorfque la chaleur eft aflez grande, pouf qu’on ait peine à y tenir la main, on remue les peaux, on en fait de nouveaux tas, on lès renverfe en fens contraire en les prenant par poignée : on fait quelquefois de la forte fept à huit remuages.
- 36. Quand l’huile a jetté fort feu, & qu’à force de remuer lès peaux on â
- abattu cette fermentation, il n’y a plus rien à craindre ; les peaux ne fçauroient
- s échauffer davantage ; on peut les garder aufîl long-tems qu’îl eft néceflaire,
- les étendre ou les mettre en tas ; elles ne peuvent plus fe gâter : elles gagnent Art du Chamoiseur. D
- p.13 - vue 16/56
-
-
-
- i4 A RT DU C HA MO ISEU R.
- plutôt à être gardées. La peau ne demande qu’à fe repofer dans l'huile ; les Fabriquants qui ne font pas abfolument prefles de la rentrée de leurs fonds, attendent les tems de foires ou de vente pour dégrailfer leurs peaux, & jufques-là ils les gardent en huile.
- Il eft elfentiel pour les peaux que Ton met en échauffe, d'avoir été bien travaillées de riviere, bien rincées & bien tordues ; s'il y reftoit de l'eau, & qu’elles euflent été mal paflees, la fermentation feroit trop dure, trop féche, trop brûlante : les peaux le noirciroient & fe durciroient dans l'échauffe.
- Remailler ou enlever tarriere-fleur.
- 37. Les peaux de boucs, de cerfs & de chevres, après avoir été foulées, ont befoin d'être remaillées fur le chevalet, avec le fer à écharner ; dans cette opération, il s’agit d’enlever le relie de la fleur ou de l'épiderme , que la première opération a laifle ; la fleur ou l'épiderme de ces fortes d’animaux a beaucoup d’épailfeur ; les racines du poil pénétrent fort avant, & forment un tilfu dur & fec qui ne prend point la nourriture, qui fe roidit comme une corne, rend la peau caftante, & lui ôte la douceur & le cotoneux qu'elle doit avoir pour l’ufage.
- 38. Le couteau dont on fe fert pour remailler eft concave ; il ne coupe pref* que pas ; il arrache plutôt qu'il ne tranche la forface ou l'épiderme de la peau; on le promene avec force, & prefque perpendiculairement du haut en bas, en le couchant feulement un peu lorfqu'il eft arrivé au bas de la peau , pour mieux emporter l'huile & le remaillage qui ont été enlevés de la peau ; cette huile qui forme avec l’épiderme, appellée remaillage, une pâte aflez épaifle fe jette au bas du chevalet, d’ou on la retire avec foin pour la mettre dans un bacquet ; lorfqu'enfuite on fait bouillir le dégras , comme nous le dirons ci-après (51)y on y jette ce remaillage; peu-à-peu il fo délaie, fe cuit & s'épure avec le relie.
- Le chevalet qui fert à remailler, exige plus d’attention que le chevalet à effleurer ; il doit être plus uni & plus lifte, de peur que le couteau n'arrache les éminences que feroit la peau fur les inégalités du chevalet ; Il l'on fe fert du même chevalet pour effleurer & pour remailler, il faut avoir foin de le vifiter & de l’unir avec le couteau en commençant un remaillage.
- 39. On regarde le remaillage, comme une des opérations difficiles de la Chamoiferie ; car il arrive fouvent, que l'on apperçoit du gras en certains endroits fur une peau déjà palfée, & cela vient du défaut du Remailleur ; aufli dans les Manufactures où il y a beaucoup de monde, chaque Ouvrier marque les peaux qu’il a remaillées, pour les faire reconnoître & fe rendre relponfa-ble des défauts qu’il pourroit y avoir commis : cet ufage ne vient que de la difficulté du remaillage.
- r
- p.14 - vue 17/56
-
-
-
- ART DU C H A MOÏSE Ü R. i5
- 40. Les chevres de montagne font plus difficiles à remailler que les autres ; elles font plus vives, ceft-à-dire, plus difficiles à attendrir dans réchauffe; l’épiderme y eft plus adhérent* Par la même raifon, toute autre peau qui n'a pas été affez travaillée dans le moulin, ou qui n'a pas affez fermenté dans 1 échauffé, donne de la peine au Remailleur : il faut que les peaux aillent bien, pour en remailler deux douzaines par jour.
- DEGRAISSER LES PEAUX.
- ^i.On a ôté à une peau fa graille naturelle, qui pouvoit la corrompre en tournant à la putréfaéiion ; on y a fubftitué de l’huile, qui a rendu le tiJfïu plus fouple & plus doux, & qui a aidé à la fermentation dont on avoit beloin ; il s’agit aéluellement d’enlever le fuperflu de cette huile artificielle, qui rendroit une peau mal-propre dans i’ufage.
- LaChymie nous apprend, que les fëls alkalis combinés avec les matières huileufes, forment des fùbftances favoneufès qui fe diffolvent dans l’eau : le fàvon dont on fe fert tous les jours , n' eft fait qu’avec de la graiffe & des cendres communes.
- Le même moyen fert à dégraiffer le Chamois ; on fait une lefïîve avec des cendres communes , fur lefqueiles on verfe de l’eau ; cette eau diffout <& emporte avec elle les fels contenus dans la cendre ; on trempe les peaux dans cetteleffive ; on les tord pour en exprimer la leflive unie avec l’huile, c’eft-à-dire, i’elpece de favon qu’on a formé ; & 011 les lave enffiite pour diffoudre 8c enlever encore mieux cette matière fàvoneufe, qui eft inutile à la peau.
- 42. Dans les Provinces, on ne dégraiffe qu’avec de la cendre ordinaire ; le meilleur bois & celui qui n’a point été floté ni délavé, donne la meilleure , cendre ; on en emploie fix à fept boiffeaux, pour vingt-cinq douzaines de peaux de mouton (*) ; on met ces cendres dans un cuvier, fur des fagots 8c de la paille couverte d’un drap ; on verfe de l’eau deffus : fi l’on fait la leffive à froid, on eft obligé de faire repafler l’eau plufieurs fois fiir les cendres • fi c’eft avec de l’eau chaude, on n’a pas befbin de couler plufieurs fois.
- Si l’on n’a que des boucs ou des chevres à paffer, on n’a pas befbin de faire la leffive fi forte, parce que le remaillage, qui précédé le dégraiffage, décharge beaucoup d’huile.
- 43. A Paris, on emploie de la potaffe au lieu des cendres communes ; nous tn parierons plus bas, il fuffit de dire ici que c’eft un fel âcre «que l’on reçoit du Nord par la Hollande ; vingt-cinq livres de potafle fondues dans l’eau, fîiffi-fent pour dégraifler vingt-cinq douzaines de peaux de mouton.
- (*) Le Boifleau de Paris eft une mefure de Blé, qui pefe 20 livres ; il a 10 pouces de diamètre, fur $ pouces 2 lignes i de hauteur.
- p.15 - vue 18/56
-
-
-
- A RT DU CHAMOIS EU R.
- On emploie auffi quelquefois les cendres graveiées ; on verra plus bas que tfeft suffi un fel âcre extrait par le moyen du feu de la lie-de-vin, qui fournit une grande quantité d’alkali fixe, de même nature que celui du tartre ; Ton en fait un ufage fréquent dans les Arts, & fur-tout dans laTeinture : il faut une livre de cendres graveiées, pour une douzaine de peaux de bouc.
- 44. Pour avoir la première huile, qu’on appelle auffi le molo, on tord à gras* c’eft-à-dire, qu’on ne fe fert pas d’abord de la leffive, mais du lavage, qui eft un dégras, tiré auparavant d’un autre dégraiffage : le molo fe mêle enfuite avec le dégras, quand il eft cuit.
- Pour exprimer cette première huile, on fe fert de la bille de bois, qui n’eft qu’un morceau de bois ou un petit bâton cambré, c’eft-à-dire , un peu courbé par le moyen du feu, on l’appelle auffi torfoir.
- 45*. Pour dégraiffer, il faut faire chauffer la leffive de maniéré à pouvoir y tenir la main fans douleur : fi elle eft trop chaude, on y met de l’eau fraîche ; car autrement elle brûleroit l’ouvrage.
- Les peaux que l’on veut dégraiffer, foit qu’elles forterit du moulin, foit qu’elles aient été gardées, fe jettent dans la leffive pour y tremper l’efpace d’une heure plus ou moins, & on les remue à force de bras. Les premières qu’on retire de la leffive , font auffi celles qui y féjournent le moins ; mais comme la leffive fe refroidit peu-à-peu pendant l’opération, on ne craint pas que les peaux qui font dans le fond , foient brûlées ; il arrive même fouyent quelles font plus difficiles à dégraiffer que les autres, fi le refroidiffement a été trop confidérable.
- On retire trois à quatre peaux de cette leffive, pour les dégraifîer & les tordre avec la bille ; ce travail eft exactement femblablè à celui que nous avons décrit, Art. i<5. en parlant des peaux qui fortoient du Confit, & que l’ontordoit, avec la bille, pour en exprimer l’eau avant de les porter au moulin.
- 46. On trempe & on tord les peaux, deux, trois & jufqu à quatre fois,fouvent même davantage; quand l’Ouvrier ne tord que quatre fois, il n’a pas coutume de fe plaindre ; l’eau qu’on exprime la derniere fois, contient très-peu d’huile ; on l’appelle le lavage, & l’on appelle molo la première huile qui s’exprime d’une peau, avant qu’on l’ait trempée dans la leffive , & lorfqu’on la trempe feulement dans le lavage, Art. 44.
- 47. Un dégraiffage eft ordinairement de vingt-cinq douzaines : c’eft la journée de trois Ouvriers ; on partage le total en deux ou trois parties, c’eft-à-dire , qu’on met tremper huit douzaines de peaux , que l’on tord à mefure qu’on les tire de la leffive ,* & quand elles font dégraiffées, on en met huit autres douzaines à tremper.
- p.16 - vue 19/56
-
-
-
- ART DU C H A MO 1S EU R, if
- tés peaux de boucs n’exigent pas une leffive fi forte que lès moutofts, pàrèê que le remaillage décharge beaucoup d’huile, au lieu que les moutons n’étant pas remaillés, & contenant encore toute l’huile qu’ils ont prife , il faut plus d’alkali pour l’emporter : les Chamoifeurs font la leffive de la même maniéré pour les boucs & pour les moutons ; mais ils y mettent plus d’eau quand il s’agit des boucs.
- qS.Lorfqu’unè peau eft trop pèu'avancée dans le moulin, quand elle retient trop l’huile, quand la leffive eft trop froide, quand les cendres font d’une mau-vaife qualité , le dégraiffage devient fort difficile ; certains Ouvriers s’imaginent que la leffive eft tournée;ils l’attribuent à un coup de tonnerre, à la préfence d’une femme, ou à quelque autre caufe auffi vaine, dont nous ne parlerions point*
- Vs
- fi ce n’étoit pour en faire obferver le ridicule. La leffive que l’on fait à froid dans certains pays, éft füjette à s’affoiblir & àfe gâter , parce qu’elle exige trop de tems pour fe faire : mais la leffive chaude n’eft pas fiijette à fe corrompre* parce qu’on l’emploie fur le champ.
- Quand des Marchands infidèles mêlent des huiles végétales, telles qüè l’huile d’olive, de noix, de navette ou autres fèmences pareilles, ces huiles végétales n’étant pas également mifcibles avec les alkalis , le dégraiflàge devient fort difficile ; on croit que la peau eft dégraiffée, & il arrive enfuite que la chaleur la fait reparoître, & que les peaux pouffent de la graiffe, fui vaut le
- A
- langage des Marchands»
- Un dégraiffage de vingt-cinq douzaines de moutons, demande environ vingt livres de cendres gravelées , ou bien vingt-quatre livres de potaffe, ou enfin quarante livres de foude.
- 49. Les cendres gravelées fe tirent de la lie-de-vin brûlée ; on en fait dans prefque tous les vignobles, principalement dans la Champagne & l’Orléanois; elles fe diffolvent difficilement dans l’eau ; il faut les caffer, les remuer ; & le fédimènt qu’elles laiffent, peut former une fécondé leffive en y verfimt de l’eau, & même encore une troifieme : les cendres gravelées coûtent de 22 à 36 livres le cent, fuivant que les vins ont été plus ou moins abondants.
- La potaffe eft un alkali tiré des cendres du bois ; on en fait dans l’Allemagne, & fur-tout dans le Nord ; elle fe diflout entièrement dans l’eau fans laiffer aucun fédimènt, & fans augmenter fenfiblement le volume de l’eau, ce qui prouve l’union la plus intime & la plus parfaite compénétration ; elle eft plus amie de la peau ; elle réuffit mieux que la foude & les cendrés gravelées ; elle coûte de à 40 livres le cent : il y a de la potaffe blanche, qui vaut jufqu’à 60 livres, & qui eft plus forte ; mais elle eft moins bonne que la potaffe rouge ou brune, qui eft la plus ufitée.
- La foude eft un fel alkali tiré d’une plante de même nom : nous la tirôns Art du Chamoiseür. E
- p.17 - vue 20/56
-
-
-
- i'8 ART DU C H A MO 1 S E U R.
- d’Ëfpâgne, & fur-tout d’Alicante ;elle coûte i j à 20 livres le cent ; elle doit être bien tirée à clair > fans quoi le fédiment terreux qu’elle laifle au fond du Vafe gâterait la peau*
- Voici une expérience que lehafard fit Faire à M. Rigaud, & qui prouve combien la mauvaife qualité des huiles peut faire tort au Chamois, & combien certaines huiles ont de peine à s’unir avec la peau.
- Des veaux à fleur avoient reçu en premier & en fécond, une huile de très-bonne qualité ; la troifieme & la quatrième furent données en mauvaife huile de poiffon, & ils furent achevés avec de bonne huile ; on remailla les peaux, & elles ne bronchoient pas fous le couteau : elles ne donnèrent aucune marque ‘de mauvais apprêt ; dans les deux premiers tordages, elles fè maintinrent encote ; fur la fin elles tombèrent en tripe : elles fe déchiroient comme des :peaux brûlées, M, Rigaud fufpendit l’opération, & prit le refte de ces peaux pour faire une autre épreuve ; il les fit tordre à gras immédiatement après le remaillage, remettre au foulon avec des peaux vertes, c’eft-à-dire, qui ne faifoient que commencer ; elles y reçurent les mêmes façons ; elles fe trouvèrent enfuite d’un très-bon apprêt ; le tordage à gras avoit exprimé du cœur de la peau la mauvaife huile, ou cette huile Jurge, c’eft-à-dire, celle qui ne glapit pas la peau : on appelle huileglape > celle qui eft la plus grade, la meilleure, la plus tenace dans la peau , & qui s’exprime difficilement ; l’huile Jurge au contraire, eft celle qui s’en exprime difficilement, qui a peu d’affinité avec la peau, & ne peut s’unir intimement avec elle.
- 50. L’huile qui a été retirée par le Chamoifeur au moyen de la lefllve dont nous avons parlé, forme ce qu’on appelle Dégras: on le ramaflè avec foin ; on le fait bouillir pour évaporer la partie aqueufe de la leflive, & on le vend aux Corroyeurs pour mettre en huile les cuirs de vaches ou de veaux, auxquels on veut donner de la foupleffe.
- L’huile qu’emploie le Chamoifeur, rend la même quantité de dégras, c’eft-à-dire , un poids égal, 8c le dégras vaut un quart de plus que l’huile elle-même ; le Chamoifeur acheté fon huile quarante-huit ou cinquante livres le quintal, 8c vend le dégras plus de foixante livres, fur-tout depuis la guerre de 1756, qui en rendant l’huile plus rare, a étendu l’ufàge du dégras.
- Les Chamoifeurs, fur-tout ceux des Provinces, jettoient autrefois ce dégras comme une matière inutile ; il n’y a pas cinquante ans que les Corroyeurs ont appris à s’en fervir, & ils s’en trouvent très-bien, le dégras nourrit mieux que l’huile, & donne plus de douceur au cuir ; il eft vrai que c’eft une matière fa-vonneufè, comme nous l’avons faip remarquer, mais dans laquelle l’huile domine ; enforte que l’eau ne peut pas la diffoudre & l’emporter, ce qui feroit un très-grand inconvénient pour l’ufage du cuir que l’on met en dégras.
- p.18 - vue 21/56
-
-
-
- ART DU CH A MOI S EUR.
- y r. On Te fert, pour faire cuire le dégras , d’une chaudière de cuivre en forme de timbale, qui a quatre pieds & demi de large , fur trois pieds de profondeur ; elle eft loutenue en trois points de la circonférence par de gros boulons de fer qui paffent au travers de la maçonnerie : on met le bois & le feu delïbus cette chaudière par une porte qui donne au-dehors de l’Attelier.
- Au-deifus de la chaudière eft une poulie qui fert à faire defcendre un pot ou elpece de marmite de terre jufqu’aufond de la chaudière ; les ordures , les parties étrangères que le remaillage a laiflees dans le dégras étant promenées pat le mouvement de l'ébullition 8c rejettées vers le milieu de la chaudière , elles fe précipitent peu à peu dans cette marmite de terre, que l’on retire de tems à autres pour la vuider.
- y2. Le cuifage du dégras dure vingt-quatre heures, pendant lelquelles il faut entretenir fous la chaudière un feu continuel ; cette cuilïbn fait évaporer ordinairement les deux tiers de la chaudière, parce que l’eau de la leffîve efl: à peu- , près double de la quantité d’huile qui fort des peaux par le dégraiilàge ; mais lorfque le dégraiilàge a été difficile, 8c qu’il a fallu tremper plufieurs fois , il entre plus de leffive , 8c la chaudière du dégras diminue de plus des deux tiers.
- Malgré cette longue cuiflbn , l’eau n’eft pas encore toute évaporée, quand on retire le dégras de dedans la chaudière ; mais elle en eft aflez féparée, pour pouvoir s’écouler enfiiite naturellement quand le dégras fe refroidit, & qu’on le tranfvafe après l’avoir fait repofer.
- Qn retire ordinairement deux cents ou deux cents vingt livres de dégras, pour quatre cents livres d’huile qu’pn aura employées ; mais il faut faire entrer en compte au moins cinquante fagots, qui font néceflàires pour la cuilïbn, & qui coûtent deux fols 8c demi chacun aux environs de Paris.
- Les Corroyeurs fe plaignent beaucoup, lorfque le dégras retient encore de l’eau , parce que les parties aqueufes entrent facilement dans le cuir , & alors l’huile demeure à la furface. .
- 53. Le débouilli de l’huile qui a fervi à faire le Chamois, répand une odeur défagréable & pénétrante ; cette huile infeétée par les parties animales de la peau, pourroit être dangereufe pour la fanté ; cette confidération obligea placeurs Habitans dg Beauvais, d’afligner lesMégiffiers & Chamoifeurs devant les Juges de Police, pour voir ordonner qu’ils feroi ent tenus de faire cette opération hors de la Ville. Les Juges ordonnèrent, avant faire droit, un avis de Médecins ; & les Chamoifeurs appellerent de cette Ordonnance au Parlement.
- L affaire étoit indécife, lorfque la Ville de Beauvais s’étant trouvée attaquée d une efpece de maladie épidémique, qui donna lieu à plufieurs autres Ordonnances de Police , telles que le nettoiement des rues, l’enlèvement des
- p.19 - vue 22/56
-
-
-
- ào ART DU C H A MO IS E Ü R.
- boues fur le revers des canaux, la défenfe d’élever des pigeons & des lapins > &c. dans le deffein de diminuer les caufes de la corruption de l’air ; alors on fe pourvut au Confeil, expofant qu’il conviendroit du moins, ‘par prôvifion, & en attendant la décifion du procès , d’ordonner que les Chamoifeurs fetoient tenus dé faire hors de la Ville, le débouilli de l’huile qui auroit fervi à faire le Chamois. M. Boyer, Médecin du Roi, & de la Généralité de Paris , fut requis . de donner fon avis ; il ellima convenable de défendre cette opération dans la Ville, & d’ordonner qu’on la feroit au-deffous de la Ville le long de la riviere ; /d’autant plus que cette opération, en quelque façon étrangère à la Chamoi-.ferie, n’avoit pour objet que de tirer un profit de l’huile qui avoit fervi à imbiber les peaux ; fur quoi il intervint le 9 Juillet 1750, un Arrêt du Confeil, qui ..portoit défenfes de faire dans ïintérieur de la Ville le débouilli de îhuile, à peine de 500 livres d'amende pour la première fois contre les contrevenans , & de plus grande peine en cas de récidive ; le tout pendant ïefpace de fix mois provifoirement, fans préjudice au droit des Parties, & de l’inftance pendante pour raifon de ce au Parlement de Paris. p y4. Après avoir dégraiffé les peaux, on les fecoue fortement, & on les met à l’étendage pour y fécher ; quand elles font feches, on les ramaffe.
- On peut les ramaffer dès le lendemain , fi c’eft en été : en hyver, il n’y a (point de terme ; il faut quelquefois jufqu’à trois femaines & davantage : car on ne doit point les ramafler qu'elles ne foient parfaitement feches, à moins qu’on ne veuille achever de les faire fécher dans l’étuve, lorfqu’on efl: preffé d’oü-vrage, comme on l’a vu, Art. 30.
- Il y a des Provinces où l’on donne une couleur jaune au Chamois, en mêlant dans le lavage de l’Ocre, qui efl: une terre jaune ufitée dans la peinture ; mais il efl: évident que cette fubftance terreufe rend la peau plus dure, lui ôte le moelleux qui en fait le mérite.
- yy. Lorfqu’une peau efl: bien dégraiffée & bien féchée , elle fe trouve un peu dure & racornie ; il ne s’agit plus que de la paffer fur le paliflbn pour Y ouvrir, c’eft-à-dire , remédier à cette crifpation & à ce racorniffement quelle reçoit, en fe mouillant & fe féchant enfizité.
- Il fufSt d’ouvrir d’un côté, & il efl: indifférent lequel on choififfe : les uns ouvrent de chair, les autres ouvrent de fleur ; on donne un long & un large ; on paffe légèrement les endroits clairs ou foibles ; on infîfte davantage fizr les parties les plus épailfes ou les plus racornies : on peut ouvrir vingt douzaines de peaux par jour.
- , y6. Quand les peaux font dures, & qu’on a lieu de craindre que le peffon ne les coupe ou ne les caffe, on commence parles adoucir en les paflànt dans la herfe ; c’efl: une efpece de boucle de fer fixée à un pilier inébranlable, à la
- hauteur de cinq pieds, fillonnée comme une colomne torfe, dont les filets
- fervent,
- p.20 - vue 23/56
-
-
-
- ART DU CÊAMOISÊUR.
- fervent, par leur frottement, à labourer, à étendre, à aflouplir la peau , pour la préparer au,travail du peflon ; on voit la herfe dans la Planche L marquée de deux étoiles; elle eft placée for un des montants du paroir : pour Amplifier, il vaut encore mieux la placer féparément, fur un pilier qui ait plus de fiabilité que les montants du paroir. C’eft fiiMout pour les peaux teintes 8c chez les' Peauflîers, que Ton fe fert de la herfe à la place du peiïon.
- Il y a des peaux qui ont été mal foulées dans le moulin,qui font encore dures, 8c qu’on eft obligé de fouler fur une claie, à la maniéré des Corroyeurs.
- ^7. Après avoir ouvert les peaux fur le palifton, 8c leur avoir rendu par là leur étendue & leur foupleflè naturelle, il faut les parer à la lunette, c’eft-à* dire, leur donner le luftre, l’égalité , l’uniformité, qui en fait l’agrément. Pour cela, on fe fert du paroir, qui n’eft autre chofe qu’une perche tendufc hori-fontalement à cinq pieds de hauteur , & foutenue par deux montants : on en voit la Figure en K & en M, au bas de la Planche L
- On étend la peau fur le paroir, 8c pour Py faire tenir, on met par-deflus deux crochets de bois chargés chacun d’un poids, tel qu’une pierre qui peut pefer huit à dix livres.
- Quelquefois pour fuppléer aux Crochets, on fe fert d’une corde tendue horifontalement le long de la traverfe du paroir & au-deflous ; on tend là peau for cette corde ; on la releve en la repaflant par-deifous & par derrière le paroir; on la ramene en avant & par-deflus; alors, la corde étant ferrée dans la peau, applique cette peau fur la traverfe du paroir, & la peau eft retenue par un double frottement qui tient lieu des crochets & des poids ; car la corde étant paflee dans la duplicature de la peau, un dés bouts de la peau ferré entre • la corde & la traverfe du paroir, la principale partie de la peau pendante en avant, contribue à appliquer encore plus la corde fur la traverfe, & d’autant plus fortement que le Pareur tirera davantage.
- 58. Le bouc doit être paré des deux côtés, mais légèrement, 8c feulement pour le luftre : le mouton ne fo pare que de chair; car la fleur s’écorcheroit, fl l’on y paffoit la lunette.
- On peut parer huit douzaines par jour, fi les peaux font bonnes.
- On pare à la lunette le mouton & le veau de chair feulement ; car le remaillage difpenfe de parer du côté de fleur : la chevre 8c le bouc n’ont befoin que d’un coup de lunette de fleur feulement pour la propreté ; & fl l’on vouloit, on pourroit s’en pafler.
- 59. Après avoir ouvert 8c paré, il faut encore redrefler fur le peflbn, donner
- un long & un large, pour effacer les plis que la lunette a pu laifler à la peau,
- pour la rendre droite 8c en coucher le poil ou la frife. C’eft alors qu’on étend
- lus peaux fur un tonneau en piles de vingt douzaines chacune ; on fépare les Art du Chamoiseur. F
- p.21 - vue 24/56
-
-
-
- n ART DU CH A MO 1S EU R.
- .grandes, les fécondés, les petites ; on les met enfuite en douzaines, parce que Pulàge ordinaire du commerce eft de vendre le Chamois par douzaine ; ordinairement on met à chaque douzaine, d’abord deux grandes peaux, enfuite deux fécondés, quatre petites au milieu, enfuite deux fécondés , & on recouvre le tout de deux grandes peaux : c’eft ainfi quon faitpaffer le médiocre avec le beau.
- On repaffe enfin fur le peflon, pour donner un coup d’œil à la peau , lorf* qu’on veut la vendre. Dans l’ufage du Chamois, on met en dehors la fleur des boucs & des cerfs, au lieu que pour les peaux de mouton, c’eft la chair qui fait l'endroit de l’ouvrage, & la partie la plus belle de la peau.
- TRAVAIL DES BUFFLES,
- 60. La Guinée ou le Buffle eft un cuir de bœuf ou de vache pafle en huile, fuivant la méthode des Chamoifeurs ; enforte qu’il ait la force & la foupleffe néceffaire pour équiper la Cavalerie, & pour d’autres ufages fem-blables.
- Le grand Colbert ayant trouvé que cette forte de fabrication manquoit à la France, y attira M. la Haye de Hollande 8c enfuite M. Jabac de Cologne, qui fit à Corbeil un établifïement confidérable, & dont le privilège exclufif a fubfifté long*-tems, après lui, entre les mains de Madame Fremin, de Madame Montois & de M. Taffln, qui étoit Propriétaire du privilège 8c de la Maifon de Corbeil. Cette Manufacture avoit encore , il n’y a pas long-tems, la principale part au commerce des buffles ; cependant, on en fait depuis quelques années à Paris, à Etampes , à Pont-Sainte-Maixence 8c ailleurs : le Propriétaire de la Manufacture de Corbeil ayant été obligé, par une des claufes de fon privilège , de former des éleves qui feroient pris dans l’Hôpital des Enfans Bleus.
- 61. hznomàeBuffle eft venu d’un animal qui fertaulabourage.il eft commun en Afie, 8c même en Italie ; il eft plus grand que le bœuf ; fa peau eft beaucoup plus dure ; fes cornes font noires, fortes 8c contournées : on croit que c’eft le Bubalus des Anciens.
- Quoiqu’on ne travaille que fort rarement des peaux de vrai buffle, parce quelles font trop dures 8c trop difficiles à avoir, on donne cependant toujours ce nom aux grandes peaux de bœuf ou de vache, dont on fait les gros ceinturons 8c les baudriers ; c’eft pour nous une branche de commerce au Levant 8c en Afrique ; ce qui lui a fait donner le nom de Guinée.
- 62. D ans le tems que la Manufacture de Corbeil fournifloit de buffles toute la Cavalerie de France, & en exportoit même chez l’étranger, on mettoit dans les moulins fix cents buffles par femaine* Mais les Propriétaires de cette Manufacture ayant été obligés de faire des Eleves , & leur privilège ayant été
- p.22 - vue 25/56
-
-
-
- ART DU CH A MO 1S EU R. n
- rêftraint peu-à-peu & fuccefïivement, il s’eft formé des Manufactures de buffles en divers endroits du Royaume.
- Nous avons dit {17) à roccaflon du moulin des Chamoifeurs , que la' conduite du moulin eft la partie efTentielle & difficile du Chamois ; le Mouli-nier eft celui fur lequel roule toute la fortune du Propriétaire : il faut du talent pour remplir avec fuccès cette importante commifîlon ; & il en eft peu qui ne faffent des pertes. La Manufacture de Corbeil fe fouvient encore d’unMouli-' nier habile, nommé Guichenon ; il étoit de Bourg en Brefle, & de la famille du célèbre Hiftoriographe de France & de Savoye , dont il eft parlé dans le Dictionnaire de Bayle, article Guichènon ; il a conduit feul, pendant plufieurs années, la partie efTentielle de cette grande Manufacture ; il avoît pour cela un talent naturel, mais extraordinaire ; & depuis quelques années qu’il eft mort, ce bel établiflement n'a prefque fait que décheoir.
- £3. Le buffle exige les mêmes travaux que le mouton pafTé en Chamois; mais les opérations font plus longues, & les dépenfes plus confidérables. Le buffle exige, par exemple, deux > trois & quatre mois de plein ; il a befoin d’êtrè foulé trois ou quatre fois plus long-tems ; il lui faut cinq à fix huiles, & au moins trois quarts-d’heure d’évent à chaque huile ; enforte qu’un buffle prend environ dix à douze livres d'huile.
- Au refte, les variétés font fi grandes dans ces fortes de travaux, que fouvent un buffle qui fera d’une bonne qualité, fera auffi-tôt foulé qu’un mouton, dont le tiftu fe trouvera trop ferré, & le nerf trop dur.
- Pour conduire & entretenir un moulin de fix piles, tel qu’étoit celui de Corbeil, qui peut fournir aifément trois cents buffles par femaine, quand le plamage va bien , il faut une douzaine d’Ouvriers ; car on fe met trois ou quatre enfemble , pour conduire une partie.
- £4. Les cuirs de bœuf qui doivent être paffés en Chamois, au fordr de la Boucherie, doivent être jettés dans l’eau pour fe laver.
- On les met enfuite dans un plein-mort pour vingt-quatre heures, afin de les préparer à i’a&ion d’une chaux plus forte ; cette précaution eft néceflaire, & fi Ton n’avoit pas de plein-mort, on gâterok exprès un plein-neuf, en y jettant de l’eau corrompue par des peaux qui y auroient trempé.
- Après les avoir laiffé égouter au fortir de ce plein-mort, on les jette dans un plein un peu plus fort, pour faire tomber le poil ; celui-ci exige environ quinze jours ; & pendant cet efpace de tems > on les releve & on les abat quatre fois.
- On pele les cuirs avec le couteau de riviere , qui eft un couteau concave qui ne coupe prefque pas, ou dont on ôteroit le fil tout exprès, fi Ton n’avoit que bons coûteux à effleurer : c’eft à peu-près la même chofe que la maniéré
- p.23 - vue 26/56
-
-
-
- •*4 ART DU CH A MO 1S EU R.
- de débourrer les veaux, donc nous avons parlé dans l’Art du Parcheminier.
- Les cuirs étant pelés fe jettent dans un plein de relavage , c’efl-à-diré, un plein déjà fort affoibli, qui ne fert qu’à les rincer ; ils y relient vingt-quatre heures ; & de-là, ils palfent dans un plein un peu plus fort ; puis dans un plus fort encore ; & enfin dans un plein neuf : le tout pendant fix femaines ; on ïeleve & on rabat les cuirs dans le plein tous les deux jours, quelquefois même tous les jours.
- <5y. Un muid de chaux à Paris, ell de quarante-huit pieds cubes, qu’on appelle aulfi quarante-huit minots, & fe divife en douze feptiers ; c’efl la charge d’une voiture à trois chevaux; elle coûte de 4J à 52 livres le muid; un muid de chaux peut faire trois pleins neufs de cinquante cuirs chacun ; il fert même quatre ou cinq fois comme plein neuf ; car pendant l’efpace de quinze jours, il a encore affez de force ; on doit obferver de lailfer repofer & bouillir la chaux pendant deux jours, & de bien bouler, c’eft-à-dire , remuer avec le bouloir avant d’y mettre les cuirs. Voyez ÎArt du Parcheminier.
- Les pleins s’ufent & perdent de leur force, même en ne faifant rien , parce que l’eau dilïout, lave & émoufle les parties aétives de la chaux ; il efl néceffaire de relever fouvent les cuirs de dedans le plein ; plus on la grouille, difent les Ouvriers, plus la peau avance ; en hyver elle plame dans le plein ; en été elle plame deflus, c’efl-à-dife, qu’en été la chaleur de l’air agit davantage quand le cuit ell en tetraite > que lorfqu’il ell dans le plein.
- En hyver, l’opération des pleins ell plus difficile & plus longue ; il faut jufqu’à quatre mois de plein, au lieu que deux mois & demi fuffifent en été : on peut finir totalement un buffle en trois mois dans la belle faifon ; il en faut cinq en hy ver.
- Les buffles ne fe travaillent point de riviere : au fortir de la chaux, on les rince, on les écharne, on les effleure, & tout de fuite on les met au moulin làns les tordre. Quelquefois avant de les mettre au moulin, on les étend pour une heure ou deux, pour les reflûyer un peu ; après le premier foulage , on leur donne un vent blanc ; mais comme le vent refferre la peau, & que l’huile auroit peine à pénétrer, on remet le cuir dans le foulon avant de lui donner la première huile.
- 66. Pour effleurer les buffles,on s’y prend tout de même que pour le mouton, Art. xi. avec la différence qu’on ne peut guères effleurer que dix buffles par jour; encore faut-il qu’ils foient bien plamés.
- Aux extrémités du buffle, vers les pâtes de devant, la tête Sc les flancs, la fleur efl tenace, ne peut s’enlever avec le couteau d’effleurage; on enleve la fleur de la tête avec le couteau à revers, qui efl droit & tranchant, mais dont le
- fil efl rabattu, ( nous en parlerons dans l’Art du Tanneur ) ; la fleur des autres
- extrémités
- p.24 - vue 27/56
-
-
-
- ART DU CH A MO 1 S EU K. àf
- extrémités ne s’enleve qu’au remaillage ; alors elle eït devenue plus Toupie, plut facile à enlever.
- Les gros cuirs fe paffent de confit ; le Foulon y fupplée Sc les abat fuffifàrh-ment> fans qu’on craigne qu elles ne s’y gâtent, comme cela arrive aux menues
- peaux.
- La maniéré de donner l’huilè au buffle ne différé pas de celle qu’on a vue > Art. 18. On fe fert ici d’un balai dë bouleau, que l’on trempe dans l’huile, Sc que l’on fecoue fur le cuir étendu.
- Chaque cuir prend environ fix livrés d’huile , eh cinq ou ÏIx reprîfes ; plus l’huile eft bonne, moins elle dépenfe : nous avons vu les qualités qu’elle doit avoir (32) ; on préféré pour le buffle la plus âcre > celle qui, en approchant les yeux, y paroît la plus piquante.
- On donne pour l’ordinaire deux vents fur une huile, c’eft-à-dire, que le$ cuirs vont au moulin Sc à l’étendage deux fois à chaque huile qu’on leur donne l ils font à l’étendage deux, trois Sc quatre heures, fuivant le tems & le befoin, Sc trois, cinq, fept heures même dans le moulin ; plus ils approchent de leur fin, plus on les laiffe long-tenis dans le moulin. Les buffles craignent, aüffi-bien que le Chamois ordinaire, d’être brûlés par le foleil * ou furpris par le grand air*
- Quand les buffles ont reçu une partie de leur vent, oh reploie les ventres l’un fur l’autre pour les empêcher de fur-fécher, parce que les ventres étant plus minces Sc plus tendres feroient plutôt furpris*
- Moulin four les Buffles*
- 6y. Nous avons donné ci-deflîis, Ârt. 19. la defcription du Moulin d’uii Chamoifeur ordinaire ; celui qui fert pour le buffle, n’en différé que par des dimenfions plus fortes : cependant, comme celui qu’on emploie depuis long-tems àCorbeil, Sc dont la bonté efl éprouvée , efl; un des plus beaux qu’il y ait, nous allons en donner ici une courte defcription.
- La Planche IF, contient le profil, l’élévation & le plan du Moulin ; on voit dans la Figure i 1, là largeur feulement qui a fept pieds quatre pouces dans-œuvré éntre les deux montants, Sc neuf pieds quatre pouces eh comptant l’épàiiîeur des montants de la cage. La hauteur du bâtis efl de treize pieds , depuis le fol jufqu’au point G. Les pilons font fufpendus en G , par le moyen d’un coin dé bois qui traverfe le manche, & s’appuie fur deux efpeces de plate-formes de bois ; comme le mouvement de cés pilons ne fe fait pas avec uhé grande vîteffe, on ne met pas un plus grand art dans leur fufpenfion.
- On voit en B la coupe verticale d’une des piles, dont la culaffe efl creufee
- dans un fort madrier de chêne, capable de réfifter à la chute des marteaux : cet Art du Cham$iseur> G
- p.25 - vue 28/56
-
-
-
- ad A RT DU CH A MOI S EU R.
- arbre dès piles a deux pieds d’équarriiTage ; pour former le refte de la pile ou de la coupe , on ajufte des planches a, de trois pieds & demi, qui font de niveau avec le fond de la coupe , & qui en font le prolongement ; mais cette partie n’ayant à foutenir que le poids des cuirs, fans recevoirTeffort des pilons, n’a pas befoin d’une bien grande force.
- Les pilons font fixés chacun à l’extrémité d’un manche, qui a fopt pieds quatre pouces de long, depuis la fulpenfîon G, jufqu à l’entrée dans la tête du pilon; cette tête a dix-huit pouces d’épaiflèur, quatorze pouces de largeur, & fopt pieds huit pouces de longueur,; le manche qui pafîe au travers de la tête du marteau, s’y prolonge encore de dix-huit pouces pour former la queue du marteau, qui eft élevée par les mentonets de l’arbre tournante, qui ont vingt-un pouces de faillie. Les queues des marteaux, font fortifiées par des coins qui entrent de force dans la tête du marteau , & ils font garnis à leur extrémité par des femelles de bois, qui ont encore trois pouces de faillie.
- 68. La partie intérieure des marteaux, eft dentée de bas en haut, comme par échelons, pour faifir les buffles par-deffous, & les faire fans ceffe tourner dans la pile : par-là, toutes les parties du cuir font foulées à leur tour. Ces dents ont huit, fix & cinq pouces de largeur, quatre & demi ou cinq pouces de profondeur, & font taillées en queue d’arondei c’eft-à-dire , un peu rentrées vers la tête du maillet, pour laifîr mieux la peau ; la première dent eft éloignée du manche de quatorze pouces, & la derniere dent en eft éloignée de trois pieds & demi. Les piles ont deux pieds cinq pouces de large, deux pieds de hauteur, trois pieds & demi de longueur par en bas; elles contiennent chacune quinze peaux : il y a un pouce de jeu à chaque côté, entre le maillet & la pile.
- Les pilons pefent environ fept cents livres ; car, fuivant les dimenfions ci-deflus, il y a bien douze pieds cubes de bois de chêne ; & le bois de chêne pefe au moins foixante livres le pied cube, ce qui fait fept cents vingt livres.
- On voit en D une roue de cinq pieds de diamètre , fur laquelle paffe une corde fans fin-, qui la fait tourner à volonté. Sur l’arbre de cette roue, s’enveloppe une corde E, terminée par une boucle pour faifir parle crochet/, la tête du pilon : cette corde Efert à deux marteaux. Quand on veut élever le pilon pour le mettre hors de prife, une fécondé corde F, fixée par fon extrémité fupérieure vis-à-vis de chaque marteau, prend un fécond crochet de la tête du pilon, & le retient fufpendu, de maniéré que le refte du moulin puifle marcher fans empêcher de fervir une des coupes. Chaque roue, comme celle qui eft repré-fentée en P, Fig. n ér n, fert pour deux piles, & fon arbre a environ huit pieds de long, pour s’étendre à quatre pilons.
- Lorfque les pilons font en repos, la tête eft dans une fituation horifontale, appuyée contre le fond des piles ; mais les manches des pilons font éloignés par
- p.26 - vue 29/56
-
-
-
- ART DU CH A MO 1S EU R. tx7
- en bas de deux pieds & demi de la perpendiculaire, abailTée du point de füfpen-' /ion , à Tendroit ou ils entrent dans la tête des pilons ; c’eft-à-dire, qu'ils font avec la verticale un angle de vingt degrés : mais iorfqu’iis font élevés par les mentonets de l’arbre tournant, prêts à échapper & à retomber dans la coupe , ils font éloignés de cinq pieds de la perpendiculaire, & font un angle de quarante-trois degrés avec la ligne d’à-plomb, puifque le rayon du cercle qu’ils décrivent a fept pieds quatre pouces de longueur.
- 6p. L'élévation du moulin qui eft dans la F/g. 12 , fait voir fur fa longueur f arbre HH, dont la longueur totale eft de trente-huit pieds ; il eft foutenu non-feulement par fes extrémités, mais encore vers fon milieu, par un poallier qu’on a foin de dégraifllr tous les quinze jours, qui empêche farbre de plier. Cet arbre a deux pieds de diamètre, & porte vingt-quatre mentonets de vingt ou vingt-un pouces chacun, pour lever les queues des marteaux ; ces mentonets font difpofés en Ipirale autour de l’arbre, de maniéré qu’il n’y en ait jamais que deux qui lèvent à la fois, & que l’un commence àfe charger un peu avant que l’autre échappe. Le premier maillet marche avec le fixieme, le fécond avec le feptieme, &c. Par ce moyen, chaque tour de la roue fait lever les douze maillets, quoique l’arbre ne foit jamais chargé que de deux maillets à la fois, & la charge efl: toujours divifée for deux points de l’arbre fort éloignés Tun de l’autre.
- 70. La grande roue à aubes repréfentée eü I, a dix-huit pieds de diamètre, fçavoir, deux pieds fix pouces pour le quarré où elle eft enarbrée, lix pieds pour les rayons, fix pouces pour l’épaifleur de fa circonférence, & quinze pouces pour les aubes ; elle tourne dans une courfiere, où l’on oblige toute l’eau de paffer quand on a befoin ; à côté de la roue, eft une féparation O ,* de l’autre côté une fécondé courfiere, qu’on ouvre pour la décharge des eaux, lorfqu’on veut arrêter le moulin : elle a environ trois pieds de large.
- La largeur totale du bâtis du moulin, eft de vingt-quatre pieds, y compris celle des trois efoaliers MM, qu’on pourrait peut-être fopprimer, fi l’on étoit gêné par l’elpace. La hauteur totale de la charpente, eft d’environ dix-huit pieds, en comptant jufqu’au petit moulinet, qui fert à élever les marteaux pour les réparer, & les fortir de leur fufpenfion.
- 71. On avoit fait à Corbeil un autre moulin, dont les marteaux defoen-doient verticalement dans les piles : ce moulin fouloit mieux & plus vite ; mais les peaux n’y étoient pas retournées & aflujetties en place, comme dans le boulin que nous venons de décrire ; il falloit garder à vûe ces moulins perpendiculaires , pour faire rentrer les peaux dans la pile à mefore que les pilons les chafloient dehors : cet inconvénient a fait revenir le Direéteur à la première
- conftruéHon.
- p.27 - vue 30/56
-
-
-
- n§ A RT D V C H A MÛ IS E U R.
- Il efl dangereux d’avoir des foulons crop forts, fur-tout pour la même peâül car cela fait échauffer la peau en tripe ; 8c quand elle a été ainfi échauffée, elle celle toujours mrveufe, c’efl-à-dire, dure > & ne fe paffe point à froid ; alors on fait aller le moulin plus lentement, 8c Ton y laiffe les peaux moins long-tems.
- 72. Après que les buffles ont eu la nourriture fuffifante, on les porte à l’étuve > où Ton allume un petit feu , comme nous l’avons dit en parlant des petites peaux ( 34) : niais on ne ies met point en pile; ils poutroient s’y attendrir trop, fans qu’on eût le tems d’y apporter remede ; ils palfent chaleur fur les perches, 8c il fuffit pour cela qu’ils foient une journée dans l’étuve*
- Il y a des tems froids & pluvieux, où l’on efl obligé de donner deux ou .trois étuves pour finir les buffles, fuppléer au vent & à l’étendage } 8c leur faire prendre la nourriture parle moyen de cette chaleur artificielle.
- Quelquefois, au fortir de l’étuve , on efl encore obligé de leur donner url coup de pilon pour les finir > & faire pénétrer l’huile encore mieux : 8c on les remet dans les coupes*
- Pour remailler, il faut faire tremper la peâu dans des lavages gras, c’efl-à-dire, dans la portion de lefflve qui refie dans lebacquet où l’on a fait tremper les peaux pour les dégraiffer (45) 5 elles y trempent un ou deux jours, 8c pour-roient y refier huit jours fans inconvénient ; fans cette précaution, les peaux retirées 8c rétrécies par l’échauffe, auroient peine à fe prêter au couteau du remaillage ; on ne fçauroit remailler fans cette précaution.
- <73. La maniéré de dégraiffer le buffle, efl un peu différente de celle dont nous avons parlé, Art. 45 , pour les peaux de mouton & de bouc; on ne fçauroit tordre le buffle avec une bille ou un torfoir ; on y emploie une prefle dont nous allons donner la defcription, 8c qu’ôn appelle vzrrin ; les gros cuirs fe dégraiffent au verrin, & les menus cuirs à la perche. Deux montants K K, Fig. 6, 8 8c p} PlancheIII. d’environ deux pieds, mais enfoncés profondément dans la terre, avec des traverfes u, Fig. 9, en forme de potence, fupportent une prefle P ML > formée de deux efpeces de mâchoires, Tune PM qui efl fixe, l’autre PL qui efl mobile, par le moyen d’une charnière P; ces deux pièces de la preffe ont cinq pieds 8c demi de long, fur un pied quatre pouces de large, 8c fix pouces d’épaifleur; elles font ferrées Fune contre l’autre, lorf-qu’on veut les mettre en aélion, par le moyen d’une vis jR, qui paffe librement au travers de la pièce fixe, 8c qui entre dans un écrou de cuivre, qui a dix-huit lignes de diamètre 8c quatre pouces & demi de long, enchaffé dans là pièce mobile de la prefle, qui, par le moyen de cet écrou, efl tirée vers la pièce dormante. On paffe encore au travers de ces deux madriers, des boulons de ferpp, de deux pieds ou deux pieds 8c demi, fur lefquels appuie la peau que l’on veut mettre en preffe.
- On
- p.28 - vue 31/56
-
-
-
- ART DÛ CHAMOISEUR,
- On voit en O le buffle engagé dans la preffe ; on paffe au travers un levier de bois N, que trois hommes tournent avec force, pour exprimer l’huile de la peau. Au-deffbus dè la preffe , on voit un puifard ou bacquet Q, Fig. 6 Sc y, deftiné à recevoir ce dégras , que Ton exprime des buffles.
- 74. On trempe Sc Ton tord les buffles cinq à fix fois, quelquefois davantage > pour qu’ils fôient parfaitement dégrailfés; on emploie, du moins à Corbeil,pour la leffive , une chaudière qui tient onze muids ; on y met jufqu’à cent cuirs > Sc il faut 50 liv. de potaffe à chacurie des trois leffives, qu’on eft obligé de faire.
- Quatre ou cinq hommes qui travaillent tous enfemble à un dégraiflàge, peuvent dégrailfer de foixante à cent cuirs, fuivant la difficulté ou la grandeur des cuirs, Sc la bonté de l'huile.
- 75. Avant le dégraiflàge, on remaille les buffles ; Talion eft la même que pour les boucs, avec cette différence, qu'au lieu de vingt-quatre boucs, on ne peut remailler que quinze buffles, f 37)
- Quand on a dégraifle le buffle , on le recoule encore avec la lunette , pour achever d'exprimer l’huile que le levier Sc la preffe n’ont pu emporter ; pour cela, on met la peau fur le paroir, comme on le voit dans la Planche 1 ; Sc foie avec une lunette qui ne coupe point, Sc qui eft repréfentée en R au bas de la Planche, fbit avec le fer à pouffer que l’on voit en L, on appuie fortement fur lé buffle pour faire couler l’huile. Voyez la troifieme aUion F de laPlanche L
- 76. Quand les buffles font à moitié fecs, on les met fur le paroir , pour en oter les plis avec le fer à pouffer. Le paroir qui fert aux buffles , exige un peu plus de foin que celui dont nous avons parlé (57J, à l’occafîon des petites peaux ; la traverfe horifontale eft drelfée avec foin ; on y pratique uné rainure fur toute fa longueur dans la partie fupérieure ; fur cette traverfe fixe > on en place une mobile, qui porte dans fa partie inférieure une languette de même longueur, deftinée à entrer dans la rainure de la traverfe fixe ; cette traverfe mobile eft contenue par les deux bouts, dans les coulifles des deux montants du paroir ; quand le buffle eft étendu fur le paroir, & qu’il eft pris entre la rainure'& la languette, on ferre avec deux coins la traverfe fupérieure, de façon que le buffle eft ferré à demeure : on n’a befoin par-là, ni de poids, ni de cordes, ni de crochets ( 5*7 ).
- C’eft fur ce paroir, que le buffle doit être pouffe & rafe avec un fer, repré-fenté en L, qui n’eft deftiné qu’à ôter la chair, Sc à rendre le buffle doux Sc cotoneux : ce qui en fait la beauté. L’aélionconfifte à appuyer le fer perpendiculairement fur le buffle, Sc le talon contre l’épaule de l’Ouvrier , tandis qu’avec la main il force le fer à defcendre, avec violence, fur lafurface du buffle, & par-là en emporter le fuperflu : cela reflemble à la troifieme aétion F, de la Planche L
- 77* Après que le buffle a été pouffe pour en ôter les plis, on l’étend de Art du Chamoiseur, H
- p.29 - vue 32/56
-
-
-
- 30 ART DU CHA MO ISEUR.
- nouveau pour qu’il achevé de fécher : il fiiffit de vingt-quatre heures en été ; en faite on le rafe avec le même fer , & de la même maniéré, pour lui donner le velouté, comme je viens de le dire ; cela rend la peau aufli propre , que fi elle eût été parée à la lunette : le fer à pouffer ne coupe prefque point ; mais quand il fert à rafef, on a foin del’aiguifer un peu, & de lui donner le fil à toutes les demi-heures, plus ou moins ; on pouffe Sc on rafe le buffle des deux côtés ; cet ouvrage eft rude & très-difficile à faire ; on ne peutrafor que quinze cuirs par jour , encore faut-il qu'ils aient été bien remaillés.
- 78. Il eft prefque impoffible qu'il n'y ait pas fur toute l'étendue d'un buffle, des endroits qui ont fouffert, & qui font percés ou naturellement, ou par la force dumoulin, ou par la négligence des Ouvriers dans quelqu'autre opéra-* tion ; on fait donc recoudre avec de la foie ou même avec du fil, tous les endroits ouverts ou déchirés : c'eft ce qu'on appelle rentrer. Des filles à la journée font ordinairement chargées de ce travail, & on leur donne àCorbeil 2 f, 6 den. par douzaine.
- Lorfque les buffles font pouffés, rafés, rentrés, prêts à établir fur le tonneau, on y donne encore un coup de paliffon pour les redreffer.
- 79. Les cuirs qui pefoient en verd foixante livres, doivent en donner quinze à feize, lorfqu'ils font paffés en buffle ; il y en a qui vont jufqu'à vingt-deux livres ; on les vend quarante-fix fols la livre en tems de paix ; ils vont jufqu'à cinquante depuis la guerre. Leur principal ufage eft pour les colletins ou veftes de la Cavalerie, les fourniments d'infanterie, les ceintures d'avre-facs : on s’en fert aufli quelquefois dans les Villes , pour différentes fortes d’habillements.
- La couleur naturelle des peaux paflees en huile eft d'être jaunes ; iorfqu'on veut avoir des buffles blancs, il fuffit de les mouiller & de les expofer au foleil pendant deux ou trois jours, en les arrofant à mefure qu'ils fechent; on met aufli un peu de blanc d'Efpagne dans la derniere eau , pour leur donner plus d'éclat ; on les trempe enfuite dans une eau de lavage, c'eft-à-dire, l'eau qu'on exprime dans la derniere leflïve ; on les remet au foleil, le hâle mange la graiffe pour la plus grande partie : il n'en refte que ce qui eft néceflaire pour redonner un peu d'onéhiofité à la furface de la peau.
- Une peau en Chamois blanchie à la rofée, a prefque la même blancheur ; mais elle eft plus douce, & dure beaucoup plus qu'une peau de mégie paflee en blanc fans le fecours de l'huile : mais aufli elle coûte davantage.
- Des différentes fortes de Peaux quon travaille en Chamois.
- 80. De toutes les peaux que l'on tire de France pour travailler en Chamois, celles de boucs font les plus eftimées & les meilleures.
- p.30 - vue 33/56
-
-
-
- ART DU CHAMOIS EU R. 31
- parmi lés peaux qu’on tire de l’Amérique, les daims font les plus recher-chés ; ils nous viennent principalement du Canada & de la Louifiane ; les uns {ont en verày c’eft-à-dire, en poil, & ce font les plus recherchés ; les autres font raturés, c’eft-à-dire, pelés, mais fecs comme le parchemin. Il y a des daims en terre> qui font pelés & adoucis parle moyen d’une terre qui fe trouve en Amérique ; ils refïemblent à des peaux de Mégiffier, c’efl>à-dire , à des peaux de moutons adoucies par la chaux, la pâte, le confît & le paliflon. Enfin., il y a des daims en moelle déjà paffés, pour ainfi dire, par les ^Sauvages, qui y emploient la cervelle du daim, qui les bordent avec des tendons, & qui y mettent enfuite différentes couleurs, pour en faire des meubles à leur ufage.
- Le Daim, en latin Dama > eft appellé auffi, dans Pline, Platyceros ; dans Linnæus, Cervus cornibus ramojts comprejjïs, Jummitatibus palmatis, C’eftun animal qui reffemble au Cerf à plufieurs égards ; le Daim eft moins fobufte que le Cerf ; il eft aufïï plus facile à apprivoifer ; les Anglois élevent les Daims dans des parcs où ils font, pour ainfi dire, à demi-domeftiques ; il y a des Daims aux environs de Paris, Sc dans quelques Provinces de France ; il y en a enElpagne Sc en Allemagne ; il y en a auffi en Amérique, qui peut-être y ont été tranfportés d’Europe ; car il femble que ce foit un animal des climats tempérés ; il n’y en a point en Ruffie, & l’on n’en trouve que très-rarement dans les forêts de Suède & des autres pays du Nord. Voyez M. de Buffon> Hiftoiré Naturelle, Tome VI.
- Il y a des Daims blancs ; il y en a de noirs ; d’autres qui font tachés ou rayés de blanc, de noir & de fauve-clair ; tous ont le bois plus applati, Sc à proportion plus garni d’andouillets, que celui du Cerf; il eft auffi plus courbé en-dedans : il fe termine par une large Sc longue empaumure.
- Les Daims qu’on tire du Canada ou du Miciffipi en terre ou en poil, fe vendent, lorfqu’ils font chamoifés, jufqu’à 4 livres ro fols ou j* livres la livre ; & comme une peau de daim ne pefe pas deux livres, elles valent en gros plus de 100 livres la douzaine ; & il y en a qui fe vendent jufqu’à 18 & 24 livres la pièce : on les acheté en verd 6 à 7 livres ; mais en tems de guerre , on n’en emploie prefque point ; cette interruption de commerce, dès qu’elle dure plufieurs années, ne manque jamais de ruiner beaucoup de Chamoifeurs.
- Le daim efl: plus aifé à travailler que le mouton ; comme il efl: plus tendre plus aifé à abattre, le confit lui efl inutile.
- Les peaux d’Eian Sc d’Oregnal, font à peu-près de la même qualité, & auffi eftimées que les peaux de daim ; toutes ces peaux qui viennent d’Amérique, fe travaillent principalement à Niors en Poitou.
- La peau de chevreuil paffe facilement pour une peau de daim : elle en a la fouplefle & la beauté ; les peaux de cerfs réuffiffent auffi fort bien en Chamois.
- p.31 - vue 34/56
-
-
-
- 3^ ART DU CHAMOIS EU R.
- Les peaux des Caftors qui vivent en Canada, & que l'on en tire pour Tufage des Chapeliers, ne fervent prefque jamais aux Chamoifeurs ; quand elles ont été pelées, elles font prefque toujours coutelées, par la négligence des gens qu'on emploie à ce travail ; ces peaux ne fervent la plupart qu’à faire de la colle; elles feroient d'ailleurs trop épaiffes, pour l’ufage ordinaire de lâ ganterie ; & trop rares, pour en faire des équipages de Cavalerie.
- Au défaut des véritables peaux de Caftor* on fait paffer, fous ce nom , les peaux de boucs, de veaux, de moutons, & fur-tout de chevres ; quand elles ont été chamoifées & teintes en gris, en brun, ou en quelqu autre couleur : on leur donne le nom de peaux de eaflor parmi les Gantiers. Ils emploient quelquefois du daim ; mais ce ne font guères que les rognures ou les peaux défeétueufes.
- Les cuirs de cheval réuffilfent bien allez en Chamois, excepté la croupe qui efl: naturellement trop feche pour prendre la nourriture.
- Les peaux d’ânes & de loups font dures & caifantes; on évite de les palier en Chamois : elles n'y acquièrent pas la fouplelfe Sc la douceur qui efl; nécelîaire à cette préparation de peaux.
- Les peaux de chiens font douces , mais fujettes à la grailfe ; il y a des per-fonnes qui ont des douleurs auxquelles cette graille naturelle eft avantageufe , & on leur donne des bas de peau de chien palfée en Chamois.
- Je mets au dernier rang ( parce qu’elle efl: certainement la moins employée à cet ufage ) la peau humaine qu'on a fait quelquefois chamoifer, Sc qu’on alfure être un excellent topique à mettre fur les corps ou callofités qu’on a fouvent aux pieds.
- Des défauts qui fe trouvent dans une Peau chamoifée.
- 81. La nature même de la peau, forme les premiers inconvénients que rencontre le Chamoifeur ; il y a des peaux creufes dont le tilfu efl: fi lâche, que là peau fe fépare en deux couches, dont chacune efl: trop mince pour pouvoir être chamoifée ; quand on apperçoit un endroit de la peau qui paroît creux > on ne l'effleure point ; on le ménage dans le travail de rivière * & on le conferve fi on le peut : mais cette partie efl: toujours foible Sc d'un mauvais fervice.
- On prétend que quand les moutons habitent dans des pâturages humides > leur peau efl: fujette à fe creufer.
- Les peaux furprifes par le hâle, lorlqu’elles font fiir les cordes, forment un cuir cornéï c’eft-à-dire, dur Sc roide dans l’intérieur, dont il n'y a que la furface de palfée.
- Un cuir efl: encore plus mauvais s’il a refté en pile, en tas, en pelote, trop long-tems, s'il s’efl: échauffé, & a fermenté ; il fe pourrit, il tombe en chair & fe détruit, ou dans le moulin, ou à la dégraifferie.
- Le moulin
- p.32 - vue 35/56
-
-
-
- r
- ART DU CHAM0 1SEUR. 33
- Le moulin coupe quelquefois les peaux : s'il fe trouve un clou détaché , une efquille de bois, un angle cafle dans les maillets ; il n’en faut pas davantage pour écorcher un grand nombre de peaux, & l’on ne fçauroit trop vifîter fon moulin pour prévenir des accidents pareils.
- Il y a auflî des cuirs brûlés fur perche : quand ils font plus verds que les autres, ils fe retirent.
- Il y a des peaux qui font difficiles à dégrailfer , qui , «quand elles font à la feche, pouffent quelquefois une humeur de graiffe : on eft obligé de les retremper dans la leffive, & de les tordre de nouveau. Il y en a même, dont la graiffe fe conferve de maniéré à nereparoître qu’après un long-tems, dans le magafîn du Marchand; quand on s'apperçoit qu’elles pouffent de l’huile ou de la graiffe, on les renvoie chez leChamoifeur pour les tremper ou les dégraiffer encore une fois.
- Le travail du Chamois eft fl délicat, que deux foulées faites dans le même tems, avec le même foin 8c les mêmes précautions, ne fe reffemblent jamais dans la durée des vents qu’elles exigent, dans la couleur qu’elles prennent, & dans les circonftances dont elles font accompagnées ; quelquefois les peaux de mouton qui ont trop fbuffert par le vent, & qui font roides & dures , fe remaillent pour qu’elles deviennent plus douces 8c plus déliées ; mais elles perdent de leur force, & fouvent deviennent clairvoifées, c’eft-à-dire , minces 8c tranfparentes, par l'opération du remaillage, qui ne convient pas aux peaux de moutons.
- Les cerfs des environs de Paris 8c de plufieurs autres endroits de la France, font fujets à avoir la peau percée par des infeétes qui s’établiffent & habitent dans le tiifu même de la peau : c’eft ce qu'on appelle une peau tonnée.
- Les cerfs que l'on tue en été en ont moins, parce que c’eft le tems où ils guériffent de ces efpeces de bleffures ; les daguets de deux ou trois ans n'en ont point; les cerfs qui habitent dans des pays plus écartés & plus déferts, tels que les cerfs des Ardennes, y font auflî moins fujets, parce que, étant plus vifs & plus fàuvages, ils s’en garantirent mieux 8c qu'ils ont la peau plus dure ; par-tout la domefticité, l'oifîveté & le repos font dégénérer i’efpece d’un animal.
- Il y a auflî des peaux, qui, fans être entièrement percées, font cependant attaquées par la tique , autre efpece d'infeéte qui s’y attache, 8c pénétre une partie de la peau.
- Du commerce de la Chamoiferie. .. A
- On travaille en Chamois dans plufieurs Provinces de France, principalement
- aNiorsenPoitou,àStrafbourg, à Grenoble, à Anonay en Vivarais, àMaringue Art du Chamoiseur. I
- p.33 - vue 36/56
-
-
-
- 34 ART DU CH A MO 1S EU R.
- en Auvergne j à Nantaa en Bugey, à Genève * &c. On tire les peaux de boucs 8c de moutons de toutes les Provinces de France , & même de l'étranger ; on tire aufli du Canada les peaux de boucs , celles d'élans , de daims , de cerfs ; en en tire également de la Ruflle : l'Angleterre fait une partie de ce commerce dans le Nord.
- L'apprêt des diverfes Pelleteries du Canada & du Nord, & la plus belle partie de ce commerce, eft entre les mains des Hollandois ; mais il feroit très-poflible à la France de le partager avec eux : nous n'en devons pas défefpérer.
- La France fournit même à préfent des peaux chamoifées à plufieurs de fes voiiîns. LesElpagnols, les Portugais 8c les Flamands en tirent de Niors, d'Orléans , d’Etampes, de Nîmes, de Grenoble, de Maringue en Auvergne.
- Les chevres fe travaillent à Grenoble, les daims à Niors en Poitou ; les veaux à fleur fe font à Orléans 8c à Etampes.
- Le mouton à fleur fe tire auflî d'Orléans ; on y excelle principalement dans cette partie. Les buffles fe travaillent à Corbeil, à Etampes & à Pont-Sainte-Maixence en Picardie, à deux lieues de Senlis.
- Les plus beaux veaux à fleur fe font à Etampes 8c à Orléans.
- Les droits établis fur les cuirs par le Tarif du 9 Août 1759, font une chofe très-onéreufe aux Fabriquants dans la perception ; il feroit à fouhaiter que ces droits fuiTent abonnés pour le bien du commerce.
- En effet, la forme de la Régie qui exige trois déclarations, eft infupportable pour le Fabriquant ; on ne fçauroit être afliiré vingt-quatre heures d'avance de ce que l'on pourra faire le lendemain ; un Acheteur qui furvient, exigeroit fouvent que l'on s’occupât d'une opération à laquelle on n'étoit pas préparé : d’ailleurs, les mécomptes des Ouvriers expofent le Maître à des contraventions ; 8c l'on n'eft jamais en fureté vis-à-vis des Régiffeurs.
- Un Fabriquant eft fouvent expofé à être décrié, par la connoiflance que prennent des Etrangers de l'Intérieur de fes affaires ; & la fortune des Particuliers importe fouvent au bien général du commerce.
- Des Commis qui ont le droit de bouleverfer un atelier, de faire dépiler dans le foulon, de faire tirer les peaux du lavage , au rifque de faire manquer des opérations délicates , peuvent molefter un Fabriquant, peut-être même le ruiner.Desmarchandifesavariées, c'eft-à-dire, gâtées, défeélueufes, payent les droits en ne rendant rien au Fabriquant ; inconvénient que l'on ne fçauroit prévenir que par un abonnement général dans les Provinces.
- On trouvera ci-après ( page 3 6) l'Extrait du Tarif qui contient les droits •dont je viens de parler.
- p.34 - vue 37/56
-
-
-
- A RT DU C U A MO IS EU R. 3J
- 4„ *4. .i i *• 4 4- +•-*++ *' «' *-4- HH'-'M1'* +++++++•+4 *-+--sl,-++-f+++++-
- £w}0*!<XXaXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX'4
- ETAT DES FRAIS ET DU PRODUIT
- DE LA CHAMOISERIE.
- Soit pour les petites Peaux, foit pour la Guinée aux environs de Paris,
- en 1762.
- 700 liv. 6 S
- 10
- S2
- *s
- 2
- 3 S
- f. d.
- 4
- *7
- 51
- 6
- 6
- 17
- 10
- 4
- 6o
- 12
- 10
- Pour les Peaux de Moutonspaffées en Chamois.
- Les Peaux que Ton acheté en gros fe vendent par millier ; mais fur vingt-cinq on en donne une de bon, ainfi le millier en produit 1040.
- Les 1040 peaux ou 86 douzaines & 8 peaux, coûtent chez les Mégiffiers de Paris, à 70 liv. les 104 peaux ....
- Pour Pembottage . . . . . . . .
- Pour le tranfport des peaux ou voitures, environ ....
- Pour la confommation de la chaux avec la main-d’œuvre des plains . . . . . . . 4 .
- Pour l’effleurage, à un fol par peau....................
- Pour travailler de riviere & tordre après le confit, à trente fols, de 104 .
- Pour la confommation de dix boifieaux de Ion , pour les confits, à cinq fols .... ...
- Pour le paffage au moulin ... ...
- Pour la confommation d’huile de poiflbn, à 8 liv. par douzaine pour la forte de Paris, 670liv.net à yo f. le cent.... 33^
- Pour la confommation du bois aux étuves, à un fol par douzaine . . . ....
- Pour le dégraifïage à quatre fols par douzaine
- Pour la confommation de la potafle , à deux livres pefant par douzaine , c’eft-à-dire, cent foixante & douze livres de potafie : ce fel revenant à fix fols la livre .
- Pour le bois de la dégraHferie,à 1 £6 den. par douzaine ...
- Pour l’ouverture lur lepeflbn, à 1 f.6den. par douzaine ...
- Pour parage à la lunette, à quatre fols par douzaine ....
- Pour rentrayage à l’aiguille, à 2 f. 6 den. par douzaine . . .
- Pour redrelfage & établilfage, à un fol par douzaine ....
- Pour le nouveau droit de marque établi en 1759 pour chaque millier, environ . . . ...
- Pour voiture & entrée aux Barrières de Paris, fi elles font . fabriquées au-dehors, environ . . . . ' .
- Sic étoit des boucs, il faudroit encore ajouter le remaillage, pour lequel on donne deux fols de chaque peau : les ehevres ne fe payent qu’un fol fix deniers.
- 6
- 6
- 12
- 10
- 10
- 6
- *5
- 6
- 8
- 8
- 8
- p.35 - vue 38/56
-
-
-
- ART DU
- CH A MO ISEUR.
- Reprifes en Production.
- Le millier de peaux produit ordinairement deux cents Uivresnet de colle brute feche, à dix livres le cent .... 20 liv. £ d-
- Les 670 livres d’huile de poiflbn employées, rendent lesl en dégras, ce qui forme 41 y livres de dégras, à 60 livres le cent . .... 249 liv.
- Sur quoi il faut diminuer la confommation du bois pour le faire cuire, à raifon d’un fol par livre, y compris la paye de l’Ouvrier qui veille à la cuilïon .. 20 15 £
- Aînfi chaque douzaine de peaux chamoifées, revient au plus à douze livres dix fols.
- Mais la douzaine du fort au foible doit valoir au moins quinze livres ;
- Donc le total du bénéfice net fur chaque douzaine, fera de deux livres, dix fols.
- Une belle peau de mouton palfée en Chamois, vaut quelquefois trois livres; mais il s’en trouve qui ne valent pas dix fols, c’eft-à-dire, fix livres la douzaine.
- Les peaux de boucs fe vendent de trente à foixante livres ; il f en a qui vont à cent livres la douzaine, lorfqu’elles font bien choifies & fans défaut ; on appelle celles-là des chapons. Les peaux ordinaires pefent une livre & plus ; & en général elles reviennent à cinq livres dix fols la livre, quoiqu’on n’ait pas coutume de les vendre au poids.
- Les peaux de caftor n’étant que des peaux de chevres teintes, ne coûtent guères plus que les chevres & les boucs.
- Les véritables peaux de Chamois qui fe vendent fouvent dans le Dauphiné, coûtent fix livres en poil, & douze livres lorfqu’elles font chamoifées.
- J’ai dit que le nouveau droit de marque établi par l’Edit du mois d’Août 175*9, monte environ à foixante livres pour chaque millier de peaux de moutons; il faut actuellement faire une diftinétion des autres qualités ; j’ajouterai même que dans la perception, les Régiffeurs ont été obligés de fe relâcher fur certains articles des droits établis par le Tarif du 9 Août, qui fe trouve à la fuite
- de l’Edit d’Août 1759.
- Les peaux de daim, chevreuil, chamois, paffées en huile ou
- autrement, doivent pour chaque livre pefant........... 10 £
- Les peaux de cerf, d’élan, d’orégnal, paffées en huile, doivent , fuivant le Tarif ....... 6
- Et le droit fe perçoit en conféquence.
- Les peaux de chevreaux, d’agneaux, de tout apprêt, même
- de celui de pelleterie, doivent, fuivant le Tarif..... 8
- Mais dans l’ufage les peaux de chevreaux ne payent que quatre fols, & les peaux d’agneaux deux fols.
- Les chevres tannées, corroyées, paffées en chamois ou autrement, fuivant le Tarif ...... 6
- On ne perçoit que quatre fols.
- Les peaux de bouc, de maroquin en croûte, c’eft-à-dire,
- brut & non paré, fuivant le Tarif .... §
- Mais les boucs, fuivant l’ufage , font réduits à quatre fols.
- Les cuirs de bœufs ou de vaches tannés à fort & à œuvre, paffés en buffle en Hongrie, enRuffie ou autrement, fui-vant le Tarif, & fuivant l’ufage, pour chaque livre pefant.. 2
- Tous
- 22S liv. y
- p.36 - vue 39/56
-
-
-
- ART DU CHAMOIS ÈÜ R. 37
- Tous les cuirs & peaux façonnés qui ne font point dénommés au Tarif * paient dix pourcent de leur valeur. Suivant l'Article IX de l'Edit, à la fortiè l des cuirs St peaux tannés & apprêtés pour l'étranger, les droits font reftitués en entier, fauf le droit de fortie établi par l'Article XIII du même Edit.
- POUR un Cuir de Boeuf ou de Vache chamoifé, quon appelle
- communément Guinée.
- DEBOURSES.
- Nota. Lès cuirs pour chamoifer, doivent être choilîs depuis 70 livres & au-deffous rais de livres.
- Un cuir de cinquante livres, fortant de chez le Boucher* frais, en poil, vaut * . ...
- Il en coûte pour le faire enlever de chez le Boucher Plus pour l'apprêt for les pleins * tant en confommation de chaux , que pour la main-d'œuvre des Plamiers ... * Pour le pelage St lavage de la bourre . * , . *
- Pour l'écharnage & l'effleurage . . . * . ,
- Pour le razage de la tête . ... . . é
- Pour le paifage au moulin . . . . . .
- Pour l'emploi de dix livres d'huile de poiflon, à cinquante-, livres le cent. (,
- Nota s que cinq livres de cuirs frais emploient une livre d’huile. )
- Pour la confommation du bois aux étuves . . . *
- Pour le remaillage & dégrailfage . . . . .
- Pour la confommation de potafle, fervant à dégrailTer le cuir, deux livres à fix fols . . .
- Pour la confommation du bois à la dégrailferie . .
- Pour le recoulage . . . . . .
- Pour le pouffage . . . ...
- Pour le razage . . . . . .
- Pour le rentrayage . . . * . 2
- Pour le dernier coup de fer du repoulfage .
- iiliv. 5 F. 2
- 8
- 1 .
- 7
- r
- 8
- 2.
- 7
- 12
- 3
- ï
- 1
- 2 2
- <L-
- 6 d.
- 6 d*
- Reprife ou produits.
- Un cuir fournit du fort au foible à caufe de l'été, où la bourre fe jette, une livre de bourre que le Peleur eft obligé de laver, à dix livres le cent . . *
- Deux livres de colle brute, à dix livres le cent, lavée & foche . . . . .
- Deux cornes à fept livres dix fols le cent .
- Art du Chamoiseur.
- K
- 4
- 3
- p.37 - vue 40/56
-
-
-
- !
- ART DU CHAM01SEUR.
- Six livres un quart dé dégras , parce que l'huile employée rend les cinq huitièmes, à foixante livres le cent ....
- Sur quoi il faut déduire pour le bois, fervant à cuire le dégras, & le Manouvrier qui veille à la cuiflon , un fol par livre . . . . . .
- Relie pour ... . . *
- Un cuir du poids de cinquante livres, coûte chamoifé prêt à vendre, 15 liv. 5 f. 3 d. Puifque la Guinée pefant douze livres & demie à quarante fols, produit . *
- Et qu’elle coûte environ . .....
- Le total du bénéfice net, fur chaque buffle, fera donc . .
- Ce même cuir chamoifé doit pefer douze livres & demie.
- Si l'on fïippofe chaque livre de cuir chamois revenir à vingt-cinq fols, on aura pour la dépenfe du cuir entier...
- Mais le cuir en poil coûte . . . . . .
- Ainfi la fabrication feule de ce cuir coûte
- Et comme quatre livres pelant de cuir frais rendent une livre de cuir chamois, il en rélulteque chaque-livre de cuir frais coûte à chamoifer environ ....
- Et que la livre de cuir chamoifé a coûté à fabriquer .
- Le cuir fortant de chez le Boucher, exige au plus quatre mois pour être fabriqué prêt à vendre ; ainfi on pourroit doubler fes fonds dans les douze mois de Tannée, fi la marchandife ne féjournoit pas en magafin, & fi les pertes accidentelles ne diminuoient confidérablement le bénéfice.
- 3 liv. i y
- 6 C. ^d. 3 § 9
- 2;
- i y 10
- p 10
- iyliv. laf d*
- xi y
- 4 76 a.
- 1 8 d.
- 6 10 d.
- p.38 - vue 41/56
-
-
-
- A RT DU CH A MO 1S EU R>
- EXPLICATION DES FIGURES
- PLANCHE L
- On voit dans le haut de la Planche, les trois principales allions du Chamoi-jfeur, qui confident à tordre, ouvrir & parer.
- A, Cuve deftinée à recevoir la leffive, fiirmontée d'un tonneau > dans lequel on met des cendres ou de la potafie.
- B, Fourneau & chaudière, où l'on fait chauffer la leffive pour la porter enfuite dans la cuve i.
- N°. î. Cuve où Pon verfe la leffive chaude fur les peaux, pour les laiffer tremper deux ou trois jours, fuivant le tems ; d'où on les porte au moulin.
- N°. 2. Cuve où l'on remet les peaux au fortir du moulin avec de la leffive, pour les dégraiffer mieux pendant Pefpace d'un jour ou deux.
- N°.3. Cuve où l'on donne aux peaux une troifiéme leffive, pour les perfectionner avant de les faire fécher à Pair.
- C, Aétion de celui qui tord les peaux, quand elles ont été dans la leffive.
- D, Banc où leTordeur étend les peaux, pour couper, avec des forces, les bouts de queues, oreilles & autres extrémités.
- E, Aétion de celui qui ouvre la peau de Chamois fur lè peflon ou paliffon.
- F, Aétion de celui qui pare avec le fer, appel\é pouvoir* pour faire le frife du Chamois, ou lui donner le velouté.
- Bas de la Planche.
- A>C, D, E, Cuves où Pon met la leffive.
- JS, Fourneau & chaudière. A
- $
- F, Peffon, paliffon, ou banc fur lequel eft élevée une pièce de fer i, légèrement tranchante, pour ouvrir & étirer les peaux.
- /, Banc du peffon.
- N°. i, 2,3, q, pieds du peffon.
- N°, j , Fer redoublé en angle aigu, qui forme le paliffon.
- N°. 6. Piece de bois plantée de bout fur le pied du paliffon, pour recevoir le fer du paliffon.
- N°. 7. Clavette pour tenir le montant ferré par-deffous le pied*
- G, Pierre dont on charge le peffon.
- H, Maillot ou marteau de bois.
- I, Forces pour rogner les peaux.
- K y Grand paroir.
- p.39 - vue 42/56
-
-
-
- 4o ART DU CH A MO 1S EU R,
- k, Peau de Chamois , de Bœuf ou d'Elan, paflee en huile. rr i* a , Gros poteaux qui fervent de montants au paroir, & qui s'appuient contre le mur.
- b, Montant plus court, couché en joue fur un des poteaux.
- c , Traverfe fur laquelle eft pratiquée une rainure, dont le fond eft arrondi. d, Traverfe arrondie, qui fe loge dans la coulifle pour ferrer une peau fans la bleffer.
- -j-, Clavette qui ferre la traverfe d.
- * * * Chevilles ou boulons de fer, pour fbuténir les pièces c & d>
- L, Poufloir ou fer à poulfer & razer les cuirs.
- M, Petit paroir, pour parer les petites peaux de Chamois* e & g, Poteaux du petit paroir.
- m> Peau de Chamois placée fur le paroir. nn, Bâton rond, fur lequel fe plie la peau. oo, Deux pitons de fer qui tiennent le bâton. ppp, Trois crochets de fer, qui appuient fiir la peau. qqq, Pefons de plomb, pour charger les crochets.
- R, Lunette à parer.
- s, Fufil ou inftrument qui fert à aiguifer la lunette.
- ** Herfè ou boucle de fer tordu, pour rendre les peaux plus douces & plus faciles à parer ; on la place quelquefois liir le poteau du paroir, quelquefois dans le mur. ,
- t, PelTon ou palilfon, fur lequel on ouvre les peaux.
- u, Pilon dont on fe fert, pour fouler les peaux dans les bacquets.
- X, Bille, manivelle de fer pour tordre les peaux.
- PLANCHE IL
- Fig. i & 2. Moulin du Chamoifeur, vu de profil des deux côtés.
- A, Eft un des deux pilons qui frappent dans chaque coupe.
- B, Eft l'extrémité de la queue des pilons, qui s'appuie par une entaille lur la traverfe du haut de la charpente.
- C> Eft le profil de la coupe, c’eft-à-dire, de la pile ou auge dans laquelle les peaux font foulées.
- D, Petit arbre horifontal, dont les quatre mentonets dd lèvent les queues des pilons.
- £, Hérilfon ou roue de trente-fix dents, qui conduit la lanterne de l’arbre des cames, & qui eft à l'extrémité du grand arbre horifontal.
- F, Eft un treuil ou tour qui fert à tenir les pilons élevés au moyen du crochet G, & d'une corde qui palfe fur la poulie H, placée au-delfus du moulin.
- G, Crochet
- p.40 - vue 43/56
-
-
-
- ART DU CHAMOIS EU R. 41
- G, Crochet de fer qui tient au pilon, 8c par lequel on raccroche pour le mettre hors de prife.
- H, Poulie de renvoi, pour élever les pilons.
- I, Efcalie’r de bois, qui conduit à la coupe ou auge du moulin > pour en retirer les peaux.
- Fig. 3^4. Moulin du Chamoifeur, vû de face 8c par derrière.
- A, A, Timons ou leviers, fur lefquels agiflent les deux chevaux qui font aller le moulin. - - ;
- B, Rouet de quarante-huit aluchons, dont Taxe eft vertical*
- C, Lanterne de vingt-deux fufeaux , placée à Tune des deux extrémités du grand arbre horifontal, 8c qui tourne par le moyen du grand rouet.
- Grand arbre horifontal.
- E, Hériflon, roue de trente-fix dents, placée à l'autre extrémité du grand arbre.
- F, Lanterne dé dix-neuf fufeaux , placée fur l'arbre des cames.
- GG, Cames ou mentonets garnis de rouleaux à leurs extrémités, & qui fervent à élever les queues des pilons.
- H H, Pilons ou maillets, qui frappent dans les coupes, deux à deux dans chaque coupe.
- II, Cordes qui fervent à relever les pilons, quand on veut vuider la coupe. KK, fig* 5. Circonférence de 30 pieds de diamètre, fur laquelle tournent les chevaux.
- LL) Paloneau auquel on attache les traits des chevaux qui doivent faire tourner le moulin.
- MM, Elévation des coupés dans lefquelles fe mettent les peaux.
- IV, Sulpenfion des maillets au haut de la charpente.
- O , Treuils ou tours., fur lefquels s'enveloppe une corde pour relever les pilons.
- P L A N-C HE lit.
- Fïg. jf. Plan du Moulin du Chamoifeur* Les lettres font les mêmes que dans les fis ures 3 (ÿ* 4 de la Planche IL
- Fig. 6,7, 8 8c 9. La prelïe des Buffles vue de profil 5c en perlpeélive, avec fon plan & fes détails.
- KK, Deux montants ou fortes pièces de bois, avec des retours en forme de potence pour foutenir la prefle.
- L, Piece mobile de la preffe, ou mâchoire qui s’ouvre pour laiffer entrer les peaux de buffle.
- M, Piece immobile fixée fur les montants.
- Art du Chamoiseur. L
- p.41 - vue 44/56
-
-
-
- 4* ART DU CHAMG1SEUR.
- • N, Levier ou perche de bois qu'on engage dans la peau* 8c que Ton fait tourner à force de bras pour tordre 8c exprimer l'huile.
- O, Peau de buffle ferrée 8c tordue dans la prefle.
- P, Charnière de fer qui fert au mouvement de la prefle, 8c qui eft auffl repréfentée féparément.
- pp , Boulons de fer qui traverfent les deu^x mâchoires de la prefle, pour foute-nir les peaux.
- £), Gerle ou feau noyé dans la terre , deftiné à recevoir l’huile que l'on exprime des buffles.
- R, Vis de la prefle, que l’on' tourne avec un levier pour ferrer enfemble
- les deux mâchoires. ... .
- r, La même vis détachée.
- S, Manivelle ou levier qui ferre la vis.
- s s, L'écrou vu de face 8c de côté.
- TT, Platine de fer dont on-garnit le trou de la prefle, & fur laquelle appuie la tête de la vis. ^ _ V
- tt, Autres platines de fer.
- Fig. io. Plan & perfpeétive de l'échauffe ou étuve du Chamoifeur.
- AA, Plan de l'étuve, qui a onze pieds dans-œuvre.
- T, Eft la porte.
- C, Petite fenêtre de huit à dix pouces, pour aider quelquefois à la refpira-tion, on la voit dans le plan , aufli bien que dans la perfpeélive.
- D, Eft un petit feu de menu bois, allumé dans le milieu de l'étuve.
- E, Sont des perches tendues tout autour de l'étuve, avec des crochets pour y fufpendre les peaux au fortir du moulin : on les voit fous la même lettre.
- F, Eft un foupirail ou efpece de cheminée, que l'on voit dans la perfpeélive de l'échauffé, pour laiffer fortir la fumée, 8c diminuer la chaleur de l’étuve à volonté.
- G, Marque le tas des peaux, qui font eh échauffe ou en fermentation.
- PLANCHE 1 F.
- Moulin de Chamoifeur en grand pour les buffles.
- Fig. ii. Portion du Moulin, vu de profil.
- AA, Pilons ou marteaux, qui frappent dans les coupes ou auges.
- a, Planches qui finiffent la pile.
- B, Fond de la coupe où entrent les pilons.
- C, Grand arbre tournant, qui leve les queues des marteaux.
- D, Figure n & 12, Roue de quatre pieds 8c demi de diamètre, quon fait tourner au moyen d’une corde fans fin.
- 1
- p.42 - vue 45/56
-
-
-
- ART DU CHAMOISEUR. 43
- E, Corde qui s’enveloppe fur l’axe de la roue, & qui porte une boucle pour élever, par un crochet, les pilons quand on veut les relever.
- F, Corde fixée par une extrémité, & qui porte une boucle pour arrêter les
- pilons.
- f Crochet du pilon, par lequel on l’arrête.
- G ) Pièce de bois, fur laquelle tournent les queues des pilons. gy Moulinet qui fert à élever les pilons, quand on veut en renouveller la fufpenfion. 1
- Fig. il & 13. Elévation 8c plan du Moulin.
- f, Corde par laquelle on arrête les maillets.
- g, Moulinet pour enlever les pilons.
- HH, Arbre tournant de trente-huit pieds de long, qui porte la roue 8c les mentonets. >
- h, Corde qui éleve un des pilons pour le réparer.
- I, Grande roue à aubes, de dix-fept pieds de diamètre.
- K K, Mentonets ou Cames, qui font lever les pilons.
- • LL, Moulinets qui fervent à enlever les pilons, pour réparer la fufpenfion. MM, Efcaliers par lefquels on monte vers les coupes.
- JYN, Sufpenfion des pilons , qui confiftent en une petite piece de bois qui • traverfe les queues des marteaux, & porte de chaque côté fur la charpente.
- OO, Digue ou féparation des deux courfieres, dont l’une eft pour faire aller le moulin, & l’autre pour décharger les eaux.
- PP, Pilons ou marteaux : le premier part avec le feptieme, le fécond avec le huitième ; les deux derniers, onze & douze, font hors de prife.
- QQ, Plan des coupes ou auges, dans lefquelles on met les buffles.
- R, Mortiers, dans lefquels on faifoit autrefois piler la foude par le moyen de Peau.
- AVERTISSEMENT.
- On a dû voir dans cette defcription de l'Art du Chamoifur, combien tAcadémie a trouvé de facilité dans la Manufacture defaint Hippoly te, au Fauxbourgfaint Marceau, dans celle de Corbeil, & dans celle de M. Rigaud habile Chamoijeur à Etampes ; M. Bar ois Directeur de la première, M. Denis Directeur delà fécondé, & M, Rigaud Propriétaire de la troijleme, ont ajouté a nos travaux , non-feulement les connoiffances & les lumières que ton pouvait attendre de leur expérience de leur habileté, mais toute la candeur & le zèle que ton peut mettre dans des chofes de littérature, fans appréhenfon, fins jaloufie & fans réferve : ce ne fer oit peut-être pas m éloge digne de ces Mejfeurs, dans un tems plus éclairé & plus philosophique ; mais c'en e[i un aujourd’hui y que le préjugé & Vintérêt foulevent encore la
- j
- p.43 - vue 46/56
-
-
-
- 44 ART DU CH A MO 1 S EU R.
- plupart des Artijles , contre les recherches utiles de ïAcadémie dans les Arts.
- Il ny avoit rien Jur ï Art du Chamoifeur, dans les anciens Manujcrits de t Académie lié fl vrai tqu on en trouve une très-bonne âejcription dans le troijieme volume de l Encyclopédie y mais la nature de ce DiBionnaire qui ne comportoit pas des détails auffl étendus que les nôtres, laffoit encore un libre champ à notre nouvelle defcription. D*'ailleurs > fi on les compare enjemble $ on verra qu il y a Jouvent différentes maniérés d’appercevoir les mêmes chofes y & que les Arts ne peuvent que gagner à cette concurrence.
- TABLE DES MATIERES,
- AVEC L'EXPLICATION DES TERMES.
- Les chiffres expriment les Articles y
- A
- JK bonnement des droits fur les cuirs , néceffaire au bien du commerce, page 34.
- Actions principales dû Chamoifeur , page 39.
- Adam , habillé avec des peaux de bêtes, page 1. au coînmeucement.
- Air , peut furpendre ôc gâter les peaux, 66y 72 & 81.
- Arbre du Moulin , feS dimenfions , 69.
- Arrest , qui défend de faire le dégras dans la ville de Beauvais, y 3.
- Arts , qui emploient les peaux , ôc qu’on fe propofe de décrire, page 1. au commencement.
- Avariées ( marchandées ) payent des droits qui font très-onéreux y page 34.
- B
- .Bassement, eau d’orge aigrie qu’on peut employer pour le chamois, 10.
- Bille , infiniment de fer pour tordre les peaux 16. La bille de bois s’appelle torfoir.
- Blanchir les peaux chamoifées, 75?,
- Ëoucs, leurs peaux fe paffent en chamois, 2.Exigent une leffive moins forte, 47. Parées des deux côtés, 58. Préférées à toute autre, 80.
- Bourre de chevre Ôc de bouc, fe vend jufqu’à 13 livres le cent, art. 9.
- Buffle , voye^ Guinée : c’eft une efpece d’animal analogue à celle du Bœuf, 61.
- C
- Castor , on donne ce nom aux peaux de chevres chamoifées , art. 80.pages 32 ôc 56.
- Cendres gravelées, fel alkali tiré de la lie-de-vin brûlée, 43. Son prix Ôc fa quantité , 4 p.
- Cerf , fa peau approche de celle du Daim, art* 80 ppage 31. Ses défauts, page 33»
- à moins quon riait Jpécijié la page.
- Chamois , efpece de chevre d’où eft venu le nom de Chamoifeur , art. n Voye^ Chamoiseur, Moulin, Prix, Commerce, ôcc.
- Chamoiseur , Ouvrier qui paffe les peaux au moyen de la chaux, de l’huile, du foulon, de l’échauffe ôc du dégraiffage, art. 1 SC En quoi il différé du Mégiflier, 5*. Ufage qu’il fait des pleins, y* Sa maniéré d’effleurer, art. 11. De mettre en confit, 1 y. Son moulin, 18.» Son commerce, page 33.
- Oîapons , belles peaux de bouc, qui pefent 100 livres la douzaine, page 3 6.
- Chaudière, pour le dégraiffage,page 74*
- Chaux, prix de la chaux, 63.
- .Cheval , fa peau fe paffe très-bien en chamois, 80.
- Chevalet , qui fert à remailler, doit être uni, 38.
- Chevres , leurs peaux fe paffent en chamois, art. 4. Difficiles à remailler, 40. Prennent le nom de Caftor, 80.
- Chevreuil , fa peau approche du Daim, 80.
- Chien , fa peau paffée en chamois, 80.
- Glairvoisées (peaux) c’eft-à-dire, trop minces ôc tranfpârentes,/?^<? 33.
- Colbert ( M, ) établit une Manufaâure de Buffle, 60.
- Colle , fe fait avec l’effleurage, 14.
- Commerce de chamoiferie,33.
- Confit , mélange d’eau ôc de fon, 1
- Corné , cuir corné, durci par l’air, 81 »
- Corroyeur, fon Art fera décrit parmi ceux qu’annonce l’Académie > page î.
- Coupe , pile, auge, piece de bois dans laquelle fe foulent les peaux, 18, 19 SC 22. Creuses , peaux creufes, 11 êC 18.
- D
- Daim , animal qui approche de l’efpece
- du Cerf,
- p.44 - vue 47/56
-
-
-
- m
- ART DU CHA MO ISEUR.
- du Gerf, 8o. Qualités de fa peau paffée en Chamois, ibid.
- Défauts des peaux chamoifées, 39,81 6c page 33.
- Dégraissage des peaux, avec des Tels alka-lis , 41 SC fuir. 73 SC fuir.
- Dégras , fubftance retirée du Chamois, £b. Maniéré de le faire cuire, 52. Son odeur eft dangereufe, $3.
- Denis (M.) Dire&eur de la Manufa&ure de Corbeil ; fes expériences, artK 10. Son zèle pour les Arts, page 43.
- Droits fur les cuirs, très-onéreux au commerce , page 34. Leur tarif, page 3 6.
- E
- . Echauffe., 33 SC 34. F'oye^Étuve.
- Effleurer , enlever la fleuîr des peaux, 11 SC 66.
- Elan, animal d’Amérique, dont les peaux fe travaillent en Chamois, 80.
- Enbrener de confit, palier une peau légèrement dans le confît, 13.
- Entasser , empiler les peaux dans réchauffe ,33. Danger de le faire trop tôt, 28.,
- Etuve fupplée au vent, 30. Ses dimen-fions, 34.
- F
- Fermentation que les peaux fubiffent dans l’échauffe, 3 3. L’eau y eft contraire, 36.
- Feu qu’on allume dans l’échauffe, 34.
- Fleur, côté du poil, ne fçauroit fe cen-ferver dans les peaux de Daims, Cerfs , Boucs, 11. Tenir de fleur , c’eft donner Une façon de fleur avec le couteau de rivière.
- Fouler fur une claie, c’eft corroyer les peaux qui font trop dures.
- Foulonier, voye£ Moulinier.
- Fusil , inftrument à aiguifer y page 40.
- (j
- Graisse , reparoît quelquefois fur les peaux qui ont été dégraiffées, page 3 3.
- Guichenon (M. ) Moulinier habile né en Breffe, ôt parent du célèbre Hiftoriographe de ce nom, 62.
- Guimard ( M. ) Infpe&eur des cuirs en 174 j. Ses expériences, art. 1 o.
- Guinée , grande peau de Bœuf chamoifée, 60. Différentes Manufactures pour la Guinée en France, 60. Son travail dans les pleins, 64. Maniéré de les effleurer, 66. Exige quatre mois de travail, page 3 8.
- H
- La Haye ( M. ) appellé de Hollande pour la chamoiferie, 60.
- Herse , boucle de fer dans laquelle on paffe les peaux, art. 36. ôt page 40.
- Art du Chamoiseur.
- 4 S
- Hongrieur , Ouvrier qui travaille le cuir de Hongrie, avec l’alun Ôt le fuif : fon Art fera décrit par l’Académie, page 1»
- Huile de poiffon, fert à palier les peaux en Chamois ,32. Maniéré de mettre en huile> 18. La quantité qu’il en faut ,32 SC 66.
- Huile végétale, gâte le Chamois, 4.9.
- I
- Jabac (M.) appellé en France pour la châ* moiferie, 60.
- h
- Lavage , c’eft le refte de la leflive où ont trempé les peaux ; ou bien c’eft ce qu’on exprime des peaux, quand elles font prefque dégraiffées, 44.
- Lessive pour le dégraiffage, 42. Doit être chaude, 4 <3 SC 48. Sujette à fe gâter, 48.
- Loup Marin , poiffon dont l’huile fert aux Chamoifeurs, comme celles de Baleine ^ Morue, ôte.
- M
- Mégie , peau de Mégie eft plus foible que celle de Chamois, 7.9*
- Mégissier, Ouvrier qui prépare des peaux blanches avec le confit, l’alun ôt la pâte ^ page 1 .SC art. 3. Droit qu’il exerce à Paris fur les Chamoifeurs, art. 3.
- Mol o, c’eft la première huile qu’on ex^ prime des peaux, 44 SC %6.
- Moulin ou Foulon duChamoifeur, 18. Moulin des buffles , 67. Moulin vertical, 71 .Le Moulin doit être vifité fouvent, page
- 33- _ ^ .
- Moulinier ou Foulonier, Ouvrier qui
- conduit le foulon du Chamoifeur. 27 SC 62.
- Moutons , leurs peaux fe paffent en Cha* mois, 2.
- N
- Nerveuse , peau nerveufe ou dure, 71; O
- Oregnal, animal d’Amérique, dont les peaux fe paffent en Chamois ,80.
- Ouvrier, fa journée pour l’effleurage ,11* Pour le dégraiffage , 47 SC 74. Pour ouvrir les peaux, 33. Pour parer, 58. Pour razer, 77.
- Ouvrir une peau fur le paliffon,53.
- P
- Parer les peaux à la lunette, en enlever les inégalités, 57. Lunette à parer, page 40.
- Paroir qui fert à parer les peaux ,76.
- Peaux en foibleffe hors d’eau ,31. Creu-fes, 11 SC 81. En échauffe , 34. Demandent à être gardées, 36. Doivent être remaillées , 37/L’ufage des peaux eft aufli ancien que celui de s’habiller,/?^ 1. Différentes peaux
- M
- p.45 - vue 48/56
-
-
-
- 4$ ART DU CHAMOISEU R.
- ‘^qui peuvent être chamoifées, 80. Peau humaine chamoifée, ibid. Les peaux fe courent dans les piles , page 3 3.
- Pelottes de peaux qu’on jette dans la pile ? 8.
- Pesson ou Palisson , infiniment fur lequel on ouvre & on redreffe, 36 SC 39.
- Piles , voye^ Coupes.
- Pilons ou marteaux du Moulin, leurs dimenlions, 6y. Pefent 700 livres , 68.
- Plamer , s’attendrir dans la chaux : celaT eft néceffaire aux peaux de Chamois, art. 9.
- Pleins où l’on met les peaux ,, 9 SC 64. _
- Poids des Buffles, y9.
- Poil de Chevre, employé à des tapiffe-ries groffieres ; le plus beau fe tire du Levant 3 9. : *
- Poisson s , dont l’huil^ fert auxChamoh-feurs, 32.
- Potassé , fel tiré des cendres , 6c qui fert à dégraiffer les peaux, 43. Son prix 6c fa quantité y 4 9.
- Pousser, ratifier le Chamois avec un fer,
- 75-
- Poussoir , fer à pouffer,page 40.
- Presse,l'ox^Verrin, 73.
- Prix de l’effleurage, 11. Prix des peaux de Daims , 80. Prix de toutes les mains-d’œuvres Ôt des matières premières,pages 33 SC 37.
- Se promener fur les cordes, les vifiter, 24.
- Provinces de France où fe fabrique le Chamois, page 3 4.
- R
- Razer le buffle, en enlever les inégalités, lui donner le velouté, 76 SC 77.
- Recouler les peaux, en exprimer l’huile,
- 75*
- Régie du droit fur les cuirs, très-préjudiciable au commerce , page 34.
- Remailler les peaux, enlever l’épiderme ou l’arriere-Heur, 37,72 SC 73.
- Rentrer ou Rentrayer , recoudre les buffles, 78.
- Rigaud ( M. ) habile Chamoifeur d’Etam^ pes, 4P-
- S '
- Sortir les peaux, leur donner un vent 24. ,
- Soude , fel tiré par le feu des cendres d’une plante d’Efpagne, 49, *
- T
- Tanneur , Ouvrier qui prépare les cuirs avec le tan ou l’écorce aftringente ; fon Art eft annoncé par l’Académie, page 1.
- Tarif des droits fur la chamoiferie, page 36.
- Tenir dE fleur , donner une façon de fleur avec le couteau de riviere , pour enlever le relie de la fleur, 11.
- Tonnée (peau) percée par deslnfeêles, page 33.
- Torsoir , voye\_ Bille.
- Tremper les peaux, voye^ Dégraisser*
- V
- Vent , évent que l’on donne aux peaux 3 24^27.
- Verrin , preffe qui fert à dégraiffer les buffles ,73.
- Villes où l’on travaille le Chamois, art. 11.
- Vitesse des Chevaux qui font tourner un Moulin ,21.
- Usage des peaux de Chamois 6c de Buffle, 7 9-
- FIN.
- Janvier 17 63.
- p.46 - vue 49/56
-
-
-
- gjâSÎUMMS*i
- Lied . Sinionn&au jeeit 1710 .
- pl.1 - vue 50/56
-
-
-
- v
- t
- v.
- b
- r'--
- v
- 1*.
- f:
- ï’r
- v
- .v./ •- V*<ri. j.»: .•»••
- *: 7
- -f
- t
- >
- %
- È:
- W;.
- 'J. -
- v
- 7
- T
- ^ ' ' • ' •
- 'r T-
- ' • t .
- *>.*
- ‘•^4
- \
- ** - » * y * 'r « : »: * v - • ' ' '
- 9
- p.n.n. - vue 51/56
-
-
-
- 3 CIT>U c>^£
- ^rn&iirJO''xuv
- pl.2 - vue 52/56
-
-
-
- p.n.n. - vue 53/56
-
-
-
- pl.3 - vue 54/56
-
-
-
- ' . - : . ? "
- «
- 1»
- ?.•• • . . . .,-V-
- *
- )
- i
- J
- A
- 7
- /
- t
- V
- :K.. i '
- ï--’ ,-i
- i.
- t
- p.n.n. - vue 55/56
-
-
-
- pl.4 - vue 56/56
-
-