Descriptions des arts et métiers
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- Par M. d i
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- m. DCC, lxiv.
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- PREFACE.
- X-/Art du Tanneur eft un de ceux quil étoit le plus né-ceffaire de décrire * pour le bien public Sc pour l’avantage dut Commerce. Ce n eft point un de ces Arts de curiofité ou d’agrément * qui flattent l’efprit, Sc ornent la mémoire : c’eft un Art de première néceiïité; c’eft l’objet d’un commerce prodigieux Sc d’un revenu confidérable pour l’Etat; c’eft un Art livré, dans la plus grande partie du Royaume, à des Ouvriers peu inftruits, dans lequel on peut faire des progrès très-utiles, en y portant le flambeau de la Phyfique. L’intérêt public exigeoit donc de nous cette defcription ; l’intérêt même des gens de l’Art s’y trouvera; les Tanneurs, par exemple * qui ne connoiffent que le Cuir à la chaux, y trouveront une maniera de faire rentrer leurs fonds dans une année, au lieu de les attendre pendant deux ans ; plufleurs y verront ce que penfent des gens inftruits fur des chofes qu’ils ont faites fans réflexion ; on y verra les pratiques des Etrangers comparées avec les nôtres, des expériences curieufes qui n’étoient point connues, Sc des vues fur les expériences qu’on pourroit faire.
- J E prévois le dégoût que beaucoup de perfonnes auront pour la defcription d’un Art qui paroît vil Sc abjeft ; cependant l’Art du Tanneur raffemble tous les genres d’utilité que peuvent avoir les différentes defcriptions que l’Académie s’eft propofé de publier. Pour le faire fentir , qu’il me foit permis de rappeller ces avantages en peu de mots : il m’importe de faire connoître les avantages d’un travail auquel je me fuis livré, non par goût, mais par raifon , Sc pour le feul plaifir d’être utile. Il ne fera peut-être pas indifférent pour le progrès de notre entreprife de faire voir aufli combien l’Académie s’eft occupée du travail des Arts depuis fa première inftitu-tion, Sc combien elle a jugé ce travail utile & précieux.
- L’Académie des Sciences raffemblée par ordre du Roi Sc par les foins du grand Colbert au mois de Décembre 1666, joignit dès-lors l’étude des Arts à celle de la Phyfique ; & nous avons dans nos manufcrits plufleurs recherches faites à ce fujet avant le renouvellement de l’Académie, c’eft-à-dire, dans le dernier fiecle: mais lorsque l’Académie ? en par un renouvellement folemnel Sc par
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- h PRÉFACE,
- de nouveaux foins de la part du Miniftere, eut repris une nouvelle forme & une nouvelle activité pour tout ce qui pouvoit être utile au Public, elle embralTa d’une maniéré plus fpéciale ce travail des Arts, qui confiftoit à les décrire tous dans l’état où ils étoient en France frHiftoire de l’Académie annonça dès-lors cette entreprife (a), & en publia les motifs, a Par-là, dit IHiftorien de l’Académie, une » infinité de pratiques pleines d’efprit & d’invention, mais générale-» ment inconnues feront tirées- des ténèbres ; on allure à la poftérité n les Arts tels qu’ils font préfentement parmi nous ; elle les retrou-3> vera toujours dans ce Recueil malgré les révolutions ; & fi nous en n avons perdu quelques-uns d’importants qui fulferit chez les anciens, n c’eft que l’on ne s’eft pas fervi d’un femblabk moyen pour nous les n tranfmettre. D’habiles gens qui ne peuvent fe donner la peine ou n qui n’ont pas le loifir d’aller étudier les Arts chez les Artifans, les 3) verront ici prefque d’un coup d’œil *, & feront invités par cette ^facilité à travailler à leur perfection ».
- L A principale caufe de la lenteur qu on obferve dans le progrès des Arts, eft une crainte jaloufe, une défiance intérelfée delà part des Ouvriers, qui cachent de leur mieux les pratiques & les reffources de leurs Arts, de crainte de les partager ; il importe au Public de pénétrer cette obfcurité myftérieufe, pour y porter le flambeau de la Phyfique 8c l’efprit d’obfervation ; il importe de connoître les Arts pour les perfeâionner.
- Tout ce qui fe découvre dans les Arts comme dans les Sciences doit être un tréfor commun à tous les peuples du monde, 8c le Mini-flere François toujours porté au bien général de la Société fe prêta dès-tors, comme il fe prête encore au zele de l’Académie, pour publier les Arts fans diffimulation , fans reftriéHon , fans jaloufie. Il eft plus utile pour un Etat de partager avec tous les Peuples les foi-feleslumières que l’habitude de nos Ouvriers peut nous donner, pour les perfectionner en commun, que derefter éternellement dans l’état de médiocrité & de routine dont ils ne fe tireront jamais feuls. cc Les 5) Arts tiennent tous aux Sciences (b) , attendent tout de celles-ci, 8c ne peuvent faire fans elles que des pas lents & chancelants ; il eft x> donc néceffaire de mettre les Arts fous les yeux des Savants, pour '» être perfectionnés par des travaux qui exigent la publicité, la con-fiance, l’ouverture avec laquelle on travaille dans les Académies »•
- (a) Hift. de TAcad. , p. 117. | (b) Art défaire le Papier,
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- PRÉFACE. y
- Ün secret dans les Arts efl une efpece de monopole exerce par un particulier fur le relie des hommes ; c’efl fouvent une furprife faite à leur vigilance : chacun travaillant pour aider la Société, de-vroit profiter de fon travail effeûif, 8c non des furprifes, des détours, des artifices , des petiteifes qu i! y aura fubflituées. Il ferôit donc à fouhaiter que chacun fe diftinguât par fon intelligence, fes foins , fes réflexions, fon expérience ; mais qu’il évitât dé nous dire fanà ceffe : C’eft un fecret ; car plus on cache les moyens, plus on donne droit d’en foupçonner le mérite ; & l’expérience a mille fois prouvé que le foupçon étoit fondé. La plupart des fecrets que l’Académie a vu annoncés myftérieufement, 8c achetés à grand prix, fe font trouvés des chofes très-médiocres.
- L’Académie commença la defcription des Arts par celui qui devoit conferver tous les autres, l’Art de l’Ecriture & de l’Imprimerie : M. Jaugeon en prit d’abord une partie, 8c compofa enfuite le refie conjointement avec M. des Billettes 8c le P. Sébaflien Truchet ; il en efl parlé dans l’Hiftoire de l’Académie de iépp, 8c dans celles des années fuivantes. On lut enfuite fucceffivement dans les affemblées de l’Académie les Arts fuivants :
- L’Art de faire des Épingles , décrit par M. des Billettes, Hift. de t Acad. année 1700. Cet Art a été donné depuis par M. Duhamel , avec beaucoup plus d’étendue 8c de foin.
- Le Clavecin, décrit par M. Carré, Hift. ïjq%.
- L’Art du Graveur en Taille-douce, par M. des Billettes, Hift. 1703’ & 1704.
- L’Art de frapper des Poinçons, décrit par M. Jaugeon, Hift. 1703*
- La defcription de la Preffe, par M. des Billettes, Hift. 1704.
- Les Métiers qui concernent la Soie , par M. Jaugeon, Hift. 1704 , ï7°5 , 1706 & 1707.
- L’Art de faire la Poudre à canon, par M. des Billettes, Hift. 1705*
- L’Art de la Papeterie, par.M. des Billettes, Hift. 1706. J’ai donné cette defcription, il y a quelques années, fur Un plan tout nouveau.
- L’Art du Doreur de Livres , par M. des Billettes , Hift. 1706 & 1707.
- L’Art du Batteur d’or , par M. des Billettes, Hift. 1707.
- L’Art de faire le Sucre, par M. des Billettes , Hift. 1707 & 170t. M. Duhamel vient de le publier d’une maniéré toute nouvelle.
- La Tannerie & la préparation des autres Cuirs, par M. des BiL dettes, Hift. 1708 & ï7°9' &
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- La Reliure des Livres, par M. Jaugeon, Hift. 170S, 1718& 171p.
- L’Art de faire les Bas au Métier & à l’Eguilie, par M. Jaugeon, Hift. 1709.
- La Peinture , par M. de la Hire, Hift. 170p.
- L’Art de faire les Perles fauffes, par M. de Réaumur, Hift. 171 r.
- L’Art de faire l’Ardoife, par M. de Réaumur, Hift. 1711. M. de Feugeroux a décrit cet Art.
- L’Art du Miroitier, par M. de Réaumur, Hift. 1712.
- L’Art du Savonnage & des Leffives, par M. Lémery, Hift. 1712.'
- L’Art du Tireur d’or, par M. de Réaumur, Hift. 1713. -
- Les Cuirs dorés, par M. de Réaumur, Hift. 1714. M. Fougeroux a publié le même Art, mais d’une maniéré nouvelle.
- La façon d’effayer les Métaux , par M. Saulmon, Hift. 171$.
- La maniéré dont on travaille aux Mines de Fer , par M. de Réaumur, Hift. 1716.
- L’Art de faire le Fer-blanc, par M. de Réaumur, Hift. 1725.
- Ces différentes defcriptions ne furent point imprimées, parce qu’on les réfervoit pour former enfuite une colleélion qui devoit être rangée dans un ordre méthodique ; elles refterent manufcrites dans le dépôt de l’Académie jufqu’au temps où M. de Réaumur fe chargea feul de continuer ce travail, auquel il a véritablement donné des foins pendant toute fa vie ; les figures qui repréfentent le travail, les opérations, les attitudes de chaque Ouvrier, avec les inftruments des Arts, furent gravées fucceffivement depuis 1700 jufqu’à 1720; & quoiqu’il y en ait eu beaucoup de perdues, on a retrouvé 2 60 cuivres fur les Arts, fans compter 70 qui n’ont pour objet que les caraéteres & les alphabets de différentes Langues.
- M. le Duc d’Orléans , Régent, qui protégeoit fpécialement ce travail de l’Académie, fit faire dans différentes Généralités par les foins de MM. les Intendants un nombre confidérable de Plans & de Deffeins relatifs à différents Arts : il s’en eft retrouvé une partie en 1761, dans la fucceffion de M. de Creil ; mais la plupart ont été perdus pour l’Académie.
- Le ij Juillet 1758, les Papiers trouvés chez M. de Réaumur, & qui venoient d’être remis en ordre, furent diftribués à vingt Académiciens qui fe chargèrent de revoir & de publier ce qui feroit en état de paroître, de faire des additions aux Arts qui auroient été
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- P R É F A C E. vij
- perfectionnes, d’employer les matériaux qui n’auroient pas une forme convenable , de faire enfin des recherches nouvelles pour les Arts qui ne fe trouveroient pas traités dans les Papiers que polfé-doit l’Académie. On a déjà commencé à voir le fuccès de ces nouveaux arrangements ; Sc l’on continuera de jouir fucceflîvement des productions nombreufes qu’ils ont fait éclore pour l’utilité des Arts Sc l’agrément du Public. La première defcription parut en 1761, Sç contenoit l’Art de faire le Charbon, par M. Duhamel ; elle étoit précédée par un Avertiflement qui expofoit le plan du travail général des Arts, & les avantages que l’Académie en efpéroit. On a vu paroî-tre fucceflîvement la fabrique des Ancres, lue à l’Académie en 1723, Sc augmentée confidérablement par M. Duhamel : l’Art de tirer des Carrières la Pierre d’Ardoife, de la fendre Sc de la tailler, par M. Fougeroux de Bondaroy : l’Art des Forges & Fourneaux à Fer, par M. le Marquis de Courtivron, & par M. Bouchu, Correfpondant de l’Académie; la première Seâion traite des Mines de Fer Sc de leurs préparations ; la fécondé contient l’ufage du Feu dans le travail du Fer p la troifieme renferme la defcription des Fourneaux, & l’art d'adoucir le Fer fondu, compofé par M. de Réaumur , Sc publié par M. Duhamel. M. Duhamel a aufli donné l’Art du Chandelier ; celui du Cirier, ou la maniéré de travailler la Cire ; l’Art du Cartier; l’Art de rafiner le Sucre ; l’Art de l’Epinglier, compofé d’abord par M. de Réaumur, Sc enrichi des additions de M. Perronet & de M. Duhamel : il a donné l’Art du Tuilier Sc du Briquetier, conjointement avec MM. Fourcroy Sc Gallon. M. Fougeroux a donné l’Art de travailler les Cuirs dorés ou argentés, Sc l’Art du Tonnelier; M. Mac-quer a donné l’Art de la Teinture en Soie ; enfin j’ai publié aufli dans ces dernieres années l’Art de faire le Papier, celui du Cartonnier, celui du Parcheminier, celui du Chamoifeur.
- Indépendamment de tous ces Arts qui ont été publiés depuis cinq ans, l’on aura inceflamment celui de la Calamine, ceux du Facteur d’Orgue, duMenuifier, du Mégiflîer, de l’Hongroyeur, du Corroyeur, duCriblier, duVernifleur, duTourneur, &c.que différentes perfonnes ont décrits , Sc qui font déjà prefque en état de paroître ; Sc ils feront fuivis de beaucoup d’autres.
- Cette digreflion, trop longue peut-être, fur l’hiftoire Sc l’utilité de nos travaux, me ramene à l’Art du Tanneur, dont il s’agit ici. M. des Billettes y avoit travaillé en 1708, Sc l’on trouvera ci-après
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- ni) PRÉFACE.
- deux planches qui furent gravées vers ce temps-là ; mais il ne Veîi trouvé dans nos papiers que les premières pages du travail de M* des Billettes qu’on avoit commencé de mettre au net ; je l’ai cité art. ap, 41, 43, &c. l'original-eft .perdu. Au relie, j’ai reconnu par d’autres Arts faits de la même main, que M. des Billettes ne met-toit pas dans fes defcriptions autant de détails qu’il me paroît utile d’y en mettre; d’ailleurs l’Art du Tanneur a éprouvé des changements depuis le commencement du fiecle; le Cuir à forge, le Cuir à lajufée n’étoient point connus alors, du moins je n’en ai trouvé aucun indice dans les papiers de l’Académie.
- J’ai donc été obligé de reprendre ce travail jufques dans fes premiers principes ; j’ai détaillé les moindres procédés, & j’ai infifté ^beaucoup & longuement fur ceux que j’ai cru les meilleurs.
- M. Trüdaine , Confeiller d’Etat & Intendant des Finances, Tua des Honoraires de l’Académie, qui depuis tant d’années eft le dépoli-taire de toute la confiance de la Cour pour le progrès des Arts, 8c qui s’en eft occupé avec le plus grand fuccès, a bien voulu s’inté-reffer à ma defcription, 8c me faire communiquer ce qui s’ell trouvé là-deffus au Confeil de Commerce. M. de Montaran, Intendant du Commerce, m’a fait l’honneur de me communiquer des manufcrits qui lui appartenoient en propre. M. Coton, l’un des Propriétaires de la Manufacture de Saint Germain-en-Laye ; M. Barrois, Directeur & Intérefle de celle de Saint Hippolyte à Paris, m’ont donné tous les éclaircifTements qu’on pouvoit attendre de perfonnes pleines de candeur -&de favoir *. M. Potier, Intendant du Commerce ; M. Lefchaf lier, Confeiller à la Cour des Ay des ; M. de Sauvages, Profelfeur de Botanique à Montpellier , m’ont auffi procuré des éclaircifTements fur plufieurs articles de cette defcription. Si, malgré tous ces fe-cours, il fe trouve des fautes dans mon ouvrage, c’eft à moi qu'on doit des imputer, parce qu’il eft infiniment difficile de s’arracher à l’étude des Sciences Mathématiques 8c de faire dans les Arts un ap-prentiffage a fiez long pour ne rien ignorer , ne rien omettre. Je voudrois que des gens inflruits priffent la peine de lire cet Ouvrage, & de m’en faire connoître les fautes.-Je n’ai rien plus à cœur que d’en voir une bonne critique : Docete mey& egotaccbo\ &Jî quidforte ignoravifinftruittme. Job, 6*24»
- L’ART
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- Par M. de la Lande.
- ^J' ann er un Cuir, c’eft lui ôter fon humidité 8c fa graiffe natu^ relie , augmenter la force de fes fibres, & en rendre le tiffu plus compaét. C’eft affez généralement avec l’écorce des jeunes Chênes qu on produit cet effet fur les Cuirs ; mais on y peut employer diverfes plantes, 8c même d’autres matières , comme nous le dirons dans les art. 61 8c fuiv*
- On ignore abfolument dans quel temps a commencé l’ufage de préparer ainfi les Cuirs ; mais on a lieu de croire que cet ulàge eft fort ancien** 1 2 Les termes de Tannum , Tannare, Tanneria fe trouvent dans les Livres de la baffe Latinité ; mais on ne fait pas de quelle langue la baffe Latinité a remprunté ce môt>
- 1. Les grands Cuirs de Bœufs, ou Cuirs forts dont on fait desfouliers; font le principal objet des Tanneurs ; on tanne cependant aufll de moindres peaux pour d’autres ulàges , & nous en parlerons à leur place, art. 260 8c fuivants ; mais les Cuirs forts feront la partie la plus confidérable de notre defcription, parce que l’ufage en eft plus effentiel, le commercé plus confidérable , la fabrication plus délicate , les défauts plus ordinaL res, les méthodes plus variées, & le travail beaucoup plus long.
- 2. Les Cuirs qu’on veut habiller èn fort, paffent par deux opérations principales ; on commence par les faire enfler * après quoi on les fait tanner.
- Le gonflement dilate les parties y écarte les fibres, ouvre la fubftance du Cuir ; le tan pénétré la fubftance ainfi ouverte , s’y infinue , ab-forbe l’humidité quelle contenoit, & par fa ftypticité raffermit, confolide, lie les fibres du Cuir à mefiire qu’elles fe deffechent.
- Le tannage ne fauroit être bon, fans le gonflement qui précédé, parce que f aétion du tan ne pourroit pénétrer l’intérieur du Cuir, fi une furface sompaéle & ferrée s oppofoit à fon paffage,
- Tanneur^ rH
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- ART DU TANNEUR.
- L’ufàge applique indiftinélement le nom de Cuir à la peau fraîche 8c non apprêtée, comme à celle qui eÜ travaillée & prête à employer; cependant, pour plus de clarté ,-nous donnerons quelquefois le nom de Peau à la dépouille de ranimai, pendant qu’elle eft dans fon premier état de mollefle & de fraîcheur, c’eft-à-dire, avant que d’avoir été plamée ou •tannée.
- De la qualité des differentes Peaux*
- 3. Les meilleures peaux du Royaume font celles des Bœufs d’Auvergne; *du Limoufin & du Poitou ; elles font grandes, fortes & de bon apprêt* déliés de Normandie, quoique grandes, font les moins recherchées, parce quelles font minces, & par-là fi difficiles à préparer , qu’elles ne produisent ordinairement que du Cuir médiocre , & exigent des attentions particulières ; mais un jeune Bœuf du Limoufin, lorfqu’il a été élevé en •Normandie , pafle pour être le meilleur Cuir de la France*
- A Namur, on apprête des Cuirs d’Irlande, qui naturellement font plus épais ,& fe gonflent plus facilement que ceux de France ; les pâturages d’Irlande qui font fi eftimés & en fi grande abondance, produifent une excellente forte de Bœufs, & par conféquent de très-bons Cuirs.
- 4, Les peaux dont le poil eft noir, ne font pas eftimées ; peut-être n’eft-ce qu’un préjugé ; il y en a cent autres parmi les Artiftes, & les lumières de la Phyfîque ne font pas encore aifez répandues dans les Arts, pour qu’on puiflè les diftinguer.
- Celles des Taureaux font pins creufées, font un Cuir moins épais que les autres, mais pour le moins aufli fort ; la même raifon qui rend fi faciles à engraifler les animaux privés de l’ufàge des parties génitales , doit rendre leur peau plus nourrie , plus épaifle, d’un tiflu plus flexible & moins fort; aufli les Cuirs de Taureaux ne doivent être employés par les Cor-. donniers, qu’à faire les fécondés femelles ou les fouliers de femme.
- y. En Angleterre comme en France, j’ai vu que les Cuirs de Vaches font eftimés plus forts & meilleurs que ceux des Bœufs ; mais les Cuirs de Taureaux font encore plus eftimés.
- La réputation de force & de bonté que les Cuirs de Vaches ont fur les Cuirs de Bœufs, fait que bien des Tanneurs prétendent n’avoir que des Cuirs de Vaches , comme la plupart des Bouchers prétendent n’avoir que du Bœuf, parce qu’il eft meilleur pour la table : de-là eft venu une efpece de proverbe, quà la Tannerie tous Boeufs font Vaches, comme à la Boucherie toutes Vaches font Bœufs,
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- ART DU TANNEUR. 3
- Des Peaux fraîches.
- 6. On eft dans fufage de pefer les peaux fraîches, & d’en marquer le poids à la queue, avec des coups de couteau qui forment des lignes dont la valeur eft connue dans le Commerce. Une feule ligne perpendiculaire , c’eft-à-dire, verticale dans la longueur de la queue, lignifie vingt livres; deux lignes verticales lignifient quarante , & ainfi de fuite. Pour marquer la dixaine, on tire au-delfus des lignes précédentes , une ligne horizontale qui vaut dix, une autre ligne horizontale tirée par delfous les lignes perpendiculaires, vaut cinq.
- Si l’on a encore une, deux, trois bu quatre unités , on tire d’autres perpendiculaires plus petites au-delfous de la ligne qui marque cinq. La planche fécondé repréfente cette maniéré de compter qui eft fort commode ; j’ai marqué fept caraéteres différents, & au-deflous de chacun j’ai mis le nombre qu’il exprime. On n’a pas coutume de marquer dans les peaux fraîches un poids moindre que la livre, ni plus grand que cent, car il n’y a prefque jamais de peaux qui aillent là ; en tout cas le cent fe marqueroit par une fimple croix : ces marques qui ne s’effacent point, fervent à faire reconnoître les Cuirs de toute forte de poids , foit pendant le travail, foit après que le Cuir eft tanné.
- 7. Les peaux font confidérées comme petites & d’un prix bien moindre à proportion que les grandes, quand elles ne pefent que foixante livres eu au-delfous ; dès qu’elles palfent foixante livres , elles font payées comme grandes peaux a la raie ; la plus haute raie eft de quatre-vingt quinze ou quatre-vingt-dix-huit livres ; on en voit même de cent.
- Le prix commun de la plus haute raie, eft à raifon de trente-cinq livres le cent pelant, ce qui fait fept fols la livre ; mais on y comprend les cornes, les oreilles, les os de la tête, la crotte, f eau Sc le fàng qu’elles ramalfent dans ta tuerie.
- Pour indemnifer le Marchand de toutes ces matières étrangères, on rabat deux livres dix fols ou davantage, 8c même jufqu’à cinq livres par dixain ; ainfi la livre des peaux ou cuirs en poil, fortant de delfus l’animal, revient à cinq ; fix ou fept fous. Le prix augmente fou vent : en 174^ , la mortalité des bêtes à corne jointe à la guerre, fit enchérir les peaux de moitié.
- 8. Le Commerce des peaux eft monté fur fufage immémorial de pefer & de vendre le Cuir en poil avec les cornes, les oreilles & les émouchets , comme nous l’avons obfervé ( 7) ; il s’en trouve qui dans cet état pefent près de cent livres, mais auffi le déchet en fera plus confidérable après que le Cuir aura été tanné & féché, & il ira à beaucoup plus de moitié.
- Quand le Boucher fe trouve dilpofé à augmenter encore le profit ; il le
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- ,4 ART DU T AN N EU R.
- peut par differentes manœuvres: i% En-tenant fes Bœufs dans TEtable avec peu ou point de litiere , afin d’augmenter la crotte qui s’attache au ventre & à' la queue : 2°, En kiflànt pendre à la peau une partie -des *os de "la tête : 3e,En lâiffant traîner les peaux dans l’eau, le fang & h* boue qui le trouvent dans la tuerie ; mais fur tout cela c’eft à l’acheteur k. faire fes .conditions, & à fe garantir des piégés du vendeur.
- Des Peaux faites.
- ; rç. Les peaux que le Boucher ne fe propofe pas de livrer tout de fuite nu Tanneur, doivent être falées , de crainte de corruption: on emploie pour cela trois livres & demie ou quatre livres de fel de morue, ou de fel mêlé d’alun qu’on diftribue légèrement fur la chair, en oblèrvant d’en mettre un peu plus à la tête, le long du dos & aux -bordages*, comme plus difficiles à tanner que les autres parties de la peau.
- En hyver, on eft obligé d’employer quelquefois jufqu’à “huit ou dix livres de fel par Cuir, parce que les peaux ne fechent que difficilement, & que le danger de la putréfaction dure alors plus long-temps.
- Les Bouchers de Paris qui font dans l’ulàge de ne faire leurs livraifons qu’au bout de quinze jours ou trois femaines, quelquefois plus tard, ont fur-tout befoin < de filer leurs peaux : & pour s’indemnifor, ils précomptent au Tanneur cinq livres, en fus du poids de chaque peau.
- 10. Ï1 y eut 5 une convention entre les Marchands Bouchers de
- Paris &les Fermiers-Généraux, intéreffes au Bail des Gabelles, autorifée par Lettres-Patentes données à Nancy le 14. Août 1673, regiffrée en la Cour des Aides le 16 Oétobre, par laquelle -il fut ftipulé qu’on déli-vreroit , pendant le cours du Bail de François le Gendre, du fel qui avoit fervi à la pêche des Morues de Terre-Neuve , qui fe ramafle au fond des Navires après que le Poiflon en eft ôté; & cela pour fervir feulement a faler les Cuirs de leurs abattis , au lieu de natron dont ils fe fervoient * auparavant.
- Cette convention a été renouvellée de temps à autres, en particulier, le 22 Novembre 1726 ; il fut ftipulé pour lors que les Bouchers le paie^ roient à raiibn de feize livres dix-neuf lois par minot. Les Bouchers s’enga» gèrent à payer encore les droits de préfence & aflîftance des Officiers, Mefii-reurs &/Porteurs , de même que la moitié du loyer des caves où le fel feroit «dépofe/à Paris.
- Il fut ftipulé qu’on feroit un état à la fin de chaque mois, contenant les noms des Bouchers qui auroient befoin de fel, le nombre des Cuirs des abbaiis que chacun devroit faire pendant le mois fuivant, & la quantité de fel dont il auroit befoin pour faler ces Cuirs , fur le pied de quatre livres de
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- art DU TANNEUR. j
- fel ou environ pour chaque Cuir ; cet état doit être certifié des Jurés de la Communauté , Sc remis aux Commis des Fermes; Sc fur Tordre que les fermiers mettent au pied de cet état, la délivrance du fel leur eft faite le • premier mardi de chaque mois , en payant comptant le prix convenu. Pour éviter les contraventions , il eft permis aux Fermiers-Généraux de faire mêler* à leurs frais dans ledit fel, autant de cendres qu’ils jugent à propos * Sc de faire des vifites pour reconnoître Temploi que font les Bouchers de ce fel de morue pour la falaifon des Cuirs. Les Bouchers font auffi refponfables des abus Sc des contraventions qui peuvent être faites avec ce fel par leurs Eta-, iiers Sc Domeftiques ; & en cas qu’un Boucher ou les Domeftiques contrevienne aux Ordonnances des Gabelles * le Procès fe fait par les Officiers du Grenier à fel, aux frais de la Communauté des Bouchers ; & la Communauté* eft obligée de payer non-feulement les dépens, mais encore les amendes qui pourroient être prononcées contre les délinquants , fauf à en former la répétition contre le condamné. Les Jurés de la Communauté des Bouchers font obligés de délivrer à la fin de chaque année * un état des noms Sc demeures de tous les Maîtres* avec le nombre de leurs enfants Sc Domeftiques, Sc d’y* joindre les billets qui auront été délivrés à chacun d’eux en levant leur pro-vifion de fel comeftible au Grenier de Paris , pour que le Fermier puiffe reconnoître fi tous les Bouchers font une jufte confommation de fel ordinaire y. \ fuivant le nombre des perfonnes dont chaque famille eft compofée, confor-> mëment à l’Ordonnance de 1680 , Sc s’ils ne convertilTent point à l’ufàge de leurs aliments ,1e fel qui ne leur eft accordé que fous la condition exprefle de remployer à la falaifon des Cuirs de leurs abbatis.
- Les Fermiers délivrent auffi auxTanneurs-HongroyeurS de Paris, le fol de morue qui leur eft néceffaire pour le Cuir de Hongrie, à condition qu’il foie mêlé dans chaque minot de fel au moins huit livres d’alun broyé, que les Tanneurs font obligés de fournir eux-mêmes , Sc en outre de la cendre pour, empêcher qu’il ne puifle fervir à leurs aliments. Il y eut fur-tout une convention expreffe à ce fujet entre les Fermiers-Généraux & les Jurés de la Communauté des Tanneurs, le 29 Novembre 1726 ; elle contient les mêmes claufes Sc conditions que celle des Bouchers que je viens de rapporter.
- Le fel de Tanneur ou le fel de morue qu’on prend à la Gabelle, coûte actuellement vingt-cinq livres le minot, ou quatre fols la livre , au lieu de douze fols que coûte le fel ordinaire ; enforte qu’il y auroit un profit mani-fefte à l’employer , fi le Fermier n’avoit eu foin de prendre des précautions à cet égard. Le mélange de l’alun infecte tellement ce foi'* qu’on ne fauroit s’en fervir à aucun ufàge.
- Dans les Ports de mer on emploie du mauvais fel de fardine, Sc il y auroit un grand avantage pour la falaifon des Cuirs d’être près de la mer * G les précautions de la Ferme ne s’étendoient pas jufques-là.
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- ïi.La falaifon étant faite,on plie les peaux en toifon, c’eft-à-dire , qu’on pfte ^d’abord, la peau en deux fur la longueur , de façon que chaque extrémité doit exactement appliquée fur fa pareille * ce qu’on appelle patte furpatte ; *on forme enfuite tous les autres plis l’un fur l’autre en commençant par les jambages, ^enfuite la pointe du ventre vers le dos , puis tête fur queue 9 queue fur tête ; on finit par un dernier pli qui double le tout, & en forme un quarré d’un ou deux pieds , comme on le voit en D , H. IL Les peaux qui font falées fe mettent en pile de quatre en quatre ou de trois ;*en trois ; & pour donner au fel le temps de fondre & de pénétrer, on les llaifle ainfi empilées l’efpace de trois à quatre jours.
- ï2. Après que le fel a eu le temps de pénétrer dans le tiflu de là peau, elle :peut fécher iàns rifque de fe corrompre ; pour cet effet on l’étend fur une perche la chair en dehors, en o b fer van t de la pliffer un peu plus vers les épaules que vers la queue, pour que la peau ne feche pas plus vite dans la partie mince que dans l’endroit le plus épais.
- Il faut ordinairement huit jours en été , quinze jours en hyver, pour fécher les peaux ; elles perdent à peu près quatre feptiemes du poids qu’elles avoient en fortant de la Boucherie ; ainfi une peau de foixante-dix livres, contenoit quarante livres d’humidité foperflue, & n’en pefe que trente lorfqu’elle eft lèche ; fi donc on pefe une peau feche & qu’on veuille lavoir ce qu’elle pefoit étant verte, il faut doubler fon poids & y ajouter encore le tiers du même poids. Prenons pour exemple une peau feche de trente livres ; ce nombre étant doublé , fi l’on y ajoute le tiers de trente, c’eft-à~dire, dix, on aura foixante-dix livres pour le poids de la peau verte*
- Du lavage des Peaux.
- 13. Lorsque les Cuirs en poil qu’on veut habiller font verds> c’eft-à-dire,qu’ils confervent leur humidité naturelle, ou qu’ils font encore frais, on commence par les mettre tremper dans l’eau, foulement pour les défaigner, les nettoyer du fang & des ordures qu’ils amaffent à la tuerie. Comme le lavage eft une opération qui revient fans ceffe dans l’Art du Tanneur, il s’enfuit qu’une tannerie doit être établie au bord de l’eau, & s’il fe peut d’une eau coulante,1 & qui ne foit pas auffi dure & auflî aftringente que le font fouvent les fources qui coulent immédiatement des rochers. Si la tannerie eft for le bord d’une eau coulante & rapide , on eft obligé d’attacher les Cuirs à des pieux fichés au fond de la riviere. Si les Cuirs font fecs, on les met également dans l’eau ; mais on les lailfe tremper plus long-temps pour les ramollir.
- On les retire une fois chaque jour pour les cramlnerou leur donner unepaffe9 c’eft-à-dire, les étirer for le chevalet avec le couteau, ou plutôt un fer qu’on appelle en Auvergne Hcrbon} ou Couteau rond y fouvent même on les foule, afin
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- de les rendre plus fouples & les faire trenlper plus vîte ; on les rejette dans l’eau , Sc Ton renouvelle ce travail chaque jour jufqu’à ce que les Cuirs foient bien revenus y c’efl>à-dire, bien amollis par le trempement & le craminage.
- 14-On lailîe enfuite tremper les Cuirs jufqu’à ce qu’ils foient bien foulés d’eau, c’eft-à-direqufqu’au point où l’on commenceroit à craindre la corruption; car il eft d’expérience que plus un Cuir a trempé, mieux il réuffit à l’apprêt, Sç meilleur il eft.
- Cependant il y a un terme ; car les peaux dans le travail de rlviere , tendent à la corruption ; on en juge par l’odeur defegréable qu’on éprouve dans les endroits où il fe fait. Il faut donc examiner avec foin le point de laturation ; il faut auffi confidérer que dans certaines eaux, comme celles de la riviere des Gobeiins , la boue , les teintures & autres parties hétérogènes , piquent les Cuirs fi on les lailfe trop long-temps dans l’eau ; les gros Cuirs n’y doivent pas avoir plus de fix heures de boiflon ; les Vaches à œuvres, vingt-quatre heures ; les Veaux, quarante-huit heures.
- iy. Si les Cuirs font filés, ils ont encore plus befoin de tremper; on les laifïe dans l’eau deux, trois ou quatre jours, fuivant que le temps eft plus ou moins chaud ; on les retire de l’eau tous les jours, & on les lai (Te égoutter pendant i’efpace de deux heures à chaque fois, afin que l’eau pénétré mieux les Cuirs pour les attendrir, & on les agite dans l’eau pour qu elle puiffe entraîner les ordures & le fel qu’elle a diffous. La derniere fois fur-tout qu’on les tire de l’eau, on les rince à force de bras pour les amollir & les nettoyer mieux de leur feL On voit en A , dans la Planche I, le travail de celui qui rince les peaux dans l’eau. Il feroit utile pour ménager les peaux que l’on rince ainfiplufieurs fois , d’établir des perches entre deux eaux, pour empêcher qu’elles n’aillent au fond, où le gravier & le limon les effleure , les pique , les ronge, les endommage fouvent.
- Si l’on avoit proche des tanneries des moulins à foulon , & que Pon mît une peau qui a trempé dans l’eau, fous les marteaux du foulon feulement l’eft* pace d’une heure, elle y feroit aftbuplie, rincée & craminée beaucoup mieux qu’elle n’eft à bras d’homme en toute une journée ; au refte le craminage s’opère fuffilamment enfuite par la dépilation (26) & le décharnement à vif qui augmente toujours de plus en plus la fouplelfe des peaux.
- 16, Avant de craminer ou caraminer les peaux qui ont été féchéesen poil, on commence à les fouler avec les pieds ; on fend la tête depuis les yeux jufqu’à la bouche ; on en coupe les oreilles, ce que lesHongroyeursappellent chappon-, ner ; on les décrotte au demi-rond, qui eft un couteau repréfenté en Mdms la Planche I ; on enleve les os de la tête avec le demi-rond ; on repafle les peaux fur chair , & en même temps on en ôte les pellicules, & tout ce qui s’y l’encontre de luperflu. On n’a pas befoin de craminer les peaux fraîches, parce que cette operation ne fort qu’à remédier au raçcornÜTement à la roideur des peaux qui ont été delféchées.
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- <17. Les peaux qui ont été craminées, doivent suffi être rincées en eau coûtante , -afin de les nettoyer de toutes les ordures, & du limon qui feroit capable de les piquer dans réchauffement ; enfuite on les étend fur une perche pour s y égoutter l’efpace de vingt-quatre heures ; pendant ce temps-là , en va deux fois le jour tordre les extrémités pendantes de cette peau, ou touted’eaufie ramaffe , afin de la mieux égoutter. On pourroit très-bien épargner ce délai de vingt-quatre heures, & preffer l’égouttement ; il ne s’agiroit queà récouler les peaux fur le chevalet avec le couteau rond, & les mettre à peu près au point de ficcité, ou les mettent vingt-quatre heures d’égoutte-ment ; mais on craint de les falir quand elles ont été rincées.
- Du travail de la Chaux.
- 18. Nous avons dit que pour difpofer les Cuirs à être pénétrés parle tan, il ffalloit les faire enfler & en dilater les pores ( 2 ) ; cela fe fait de plufieurs manières : il efl: de notre objet'de les expliquer 'toutes, parce que de cette première opération dépend le fuccès delà fécondé; un Cuir ne fauroit être bien tanné, s’il a été mal préparé dans les paffements ou dans les pleins. Mais quoique nous entreprenions de décrire le travail du Cuir à la chaux , qui efl; encore le plus ufité, nous devons avertir que cette méthode efl: la moins bonne de toutes celles que nous avons à décrire ( 48 , 248.,)
- La plus ancienne méthode qu’on ait employée pour préparer les Cuirs à être tannés, confifte à les mettre dans de Peau de chaux pour les dégraifîèr & les faire enfler j cette chaux fe met dans de grands creux pratiqués en terre & qu’on appelle pleins. Nous avons expofé dans l’Art du Parcheminier , ce qui nous portoit à préférer cette orthographe, tandis que d’autres écrivent plains ou pelins ; l’étymologie étant incertaine St l’ulàge ayant varié, nous avons adopté celui qui étoit conlàcré par des Arrêts du Confeil déjà fort anciens.
- ïp. La chaux dont on fe fert pour faire les pleins, efl: une pierre dont le feu a atténué les parties, de maniéré à la réduire dans l’état d’une terre abfbrbante; l’union de cette terre avec de l’eau, produit une matière faline, alkaline , cauftique , propre à attaquer les fubftances animales, à les corroder, à les brûler; auffi l’on n’emploie la chaux pour les Cuirs, qu’après qu’elle a été bien éteinte dans l’eau, qu’elle efl: refroidie pendant plufieurs jours, & quelle y a jetté prefquetout fon feu.
- 20. Un pied-cube de chaux ou unminot, coûte à Paris environ vingt fols ; car lemuid qui contient quarante-huit pieds-cubes, coûte à peu près cinquante livres. On fait infufer dans l’eau environ le tiers ou le quart d’un pied-cube de chaux pour chaque Cuir, & cela forme un plein ; ( 34) on voit ces pleins enfoncés dans la terre , & repréfentés en C dans la Planche I. La maniéré dont ils doivent être elpacés, fera expliquée ci-après (3 5.)
- Dans
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- ©ans tous les pays où Ton fart du Guir à la chaux, on a plufieurs fortes de pleins dans lefquels chaque Cuir paiïe fuccefîivement dans l’elpace de dix , douze ou quinze mois. Les Cuirs fuffilàmment amollis ou revenus doivent donc être mis dans le plein mort, c’eft-à-dire, dans une vieille eau de chaux qui a déjà jette fon feu , 8c c’eft ce qu’on appelle abattre : les Cuirs doivent plonger entièrement dans le plein, c’eft-à-dire, être fubmergés & recouverts par l’eau. On laiffe les cuirs dans ce plein mort pendant huit jours , après quoi on les leve pour les mettre huit autres jours en retraite, c’eft-à-dire, les ranger les uns fur les autres, & hors de la chaux : nous verrons ci-après ( 2J ) un autre ordre pour les pleins & les retraites. On voit dans la première planche , fur le bord des foffes C, plufieurs Cuirs qui font en retraite, c’eft-à-dire, empilés furie pavé de la plamerie.
- Après huit jours de retraite , on rabat les peaux dans le même plein , où on les laiffe encore une femaine, & ainfi alternativement en plein & en retraite de huit en huit jours pendant l’efpace de deux mois : c’efl le temps qu’il faut à un plein mort pour déraciner le poil, de maniéré que le Cuir puiffe aifément fe débourrer. (26)
- 21. Suivant les mémoires des Infpeéteufs du Commerce qui m’ont été communiqués , Tomtrouve dans les différentes Provinces du Royaume une très^grande variété dans la manière de gouverner les pleins. Dans l’Angou-mois, le train de piamage eft compofé de douze pleins, dont les deux premiers font morts ; les quatre fuivants, foibles ; les fix derniers, neufs ou à-peu-près : chacun efl formé de deux barriques de chaux avec un foc de cendres.
- En Poitou, on donne cinq pleins, dont deux morts & trois neufs ; chacun <ie 1 à 2 barriques de chaux, avecimfàcde cendres. Dans la Bretagne’, il y a'des Tanneurs qui ont leur train de fix pleins , dont le premier efl: mort ; le fécond, foible ; & les quatre derniers, neufs : d’autres Tanneurs Bretons ont leur train de fix pleins neufs, qu’on fait de plus en plus forts par une augmentation progreffive de chaux & de cendres : &ces Tanneurs ne débourrent leurs Cuirs qu’à la fort te du quatrième ou cinquième plein , perfiiadés que les Cuirs plantent mieux en poil quen tripe (28.)
- 22. En Auvergne, on compofè les pleins avec une leflive dè cendres, mêlée de chaux vive, 8c l’on fait trois pleins d’un mois chacun. A Saint-Angel en Limoufin , les pleins durent fix mois , 6c ils font faits avec de la chaux mêlée dé cendres. Dans le Diocèie du Puy en Languedoc , les pleins durent huit à dix mois, & l’on y met auffi des cendres & de la chaux. Dans la Champagne 8c dans le duché de Luxembourg, ceux qui ne font pas le Cuir alajufée (ipo) donnent quinze à dix-huit mois de plein, en augmentant peu à-peu 8c tres-lentement la quantité de chaux & la force des pleins. En Dauphiné, l’on fait quatre pleins conféciïtifs ; on y emploie plus de
- Tanneur. ç
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- chaux que dans aucun endroit du Royaume , mais les Cuirs n’en doivent
- pas être meilleurs*
- 23. Chacun fuit en celalulige de fes peres, ou l'expérience qu'il croit avoir acquife : il nous paroît cependant que le grand nombre des pleins ne ièrt à rien , & produit une dépenfe inutile en chaux & en cendres. Le Cuir me peut gonfler que jufqu'à un certain terme, au-delà duquel il ne fait plus ^ que fe brûler ou fe delFécher : le Cuir prend autant d’épaiffeur en trois ou -quatre pleins qu'il en pourroit prendre en fix & même en douze.
- 24. J’ai oui détailler à un homme fort intelligent une maniéré de gouver-ï mer les pleins qui eft un peu différente, mais quiréuflit à merveille.
- Je fuppofe qu'on ait à conduire à la fois cent vingt-huit Cuirs forts dont jeize feulement, c'eft-à-dire ,ia huitième partie puiffe entrer a la fois dans un plein r ce plein , après.avoir refroidi pendant quatre jours, fervira pendant quatre jours de plein frais, & cent vingt-huit autres Cuirs y pafferont chacun douze heures, ou bien les feize premiers pendant un peu moins, Sç les feize derniers un peu plus de douze heures.
- Le plein qui pendant quatre jours a fervi huit fois de plein neuf, fer vira pendant huit jours de fécond plein frais à cent vingt-huit Cuirs : chaque affemblage de feize Cuirs paffera vingt-quatre heures dans le plein : il fervira enfuite de troifleme plein frais ou plein foible (30) pendant huit autres jours : il fervira dé plein pourpçler, ou de troifleme plein mort pendant huit jours t il fervira de fécond plein mort pour fauve r, c’eft-à-dire,' feulement pour conferver les Cuirs , & cela pendant huit jours : enfin il fervira de plein mort pour mettre en plein , c'eft-à-dire pour commencer à préparer cent vingt-huit Cuirs arrivant de la boucherie, dont chaque partie de feize ypaffera egalement huit jours ; alors ce plein qui a fervi avec fix qualités différentes à fix fois cent vingt-huit Cuirs pendant quarante-quatre jours, n'étant plus h>on à rien , on le jette à l'eau ; on verfe le cinquième à là place, & ainfi de fuite ; le plein frais fe trouve vuide, & l'on recommence de la même maniéré.
- 35. Dans cette maniéré de gouverner les pleins, on voit que des cent ïvingt-huit Cuirs il n'y en a jamais que feize à la fois dans le plein neuf, 8c ils n'y font que douze heures fur les quatre jours entiers ; dans tous les autres pleins, ils font également fept fois autant de temps en retraite que dans le plein ; il y a quatre retraites dont trois font de trente-deux Cuirs & une de ieize, eniorte que des trente-deux Cuirs, feize font une lemaine deffus 8c aine femaine fous les feize autres : cet ordre a lieu, foit avant, foit après âa dépilation (30.}
- Maniéré de débourrer les Peaux.
- , z6. On connoît que les Cuirs font en état d'être dépilés, lorfqu'etf
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- arrachant avec la main quelques poils, on entend crier la peau, fans éprouver une trop grande réfiftance. Les Cuirs qui ont été deux mois dans les pleins morts, font ordinairement en état d'être débourrés ou pelés, mais auparavant on les jette dans l’eau pour y palfer vingt-quatre heures ; le lendemain on les rince en les tirant de l’eau , on les étend fur le chevalet, après avoir fait une couche.
- Faire une touche , travailler en couche, c'eft mettre fur un chevalet une peau pliée en double, déjà écharnée ; on la recouvre encore d'autant'.de peaux que l'on veut, & l'on met fur tout cela celle que l'on veut rafer, pour que la foupleife du fond puifle prêter aux inégalités de la peau & ne pas refîfter au couteau, qui la couperoit infailliblement. Pour débourrer ou dépiler les Cuirs, on fè fert du couteau rond, qui ne coupe ni du milieu, ni des talons , & que l'on voit en N dans la première planche.
- D'autres emploient une pierre à aiguifer, appellée la Queurfé , qui par fes angles opéré la dépilation beaucoup mieux que le rond St fans aucun rifque pour la fleur ; on la voit dans la planche première, repréfentée en O,
- 27. On fe fert auflî de fable pour aider à déraciner le poil \ mais il faut un fable de riviere très-fin. D'autres emploient de la cendre à la place de fable , mais elle ne fait pas auflî bien ; d'ailleurs les peaux ou l'on a employé de la cendre ont befoin d'être rincées avec beaucoup plus d'attention que les peaux dépliées au fable, les particules de la cendre étant moins mobiles , moins pelantes, plus difficiles à détacher que celles du fable. Soit -qu'on fe ferve du couteau rond ou de la queurfe, il faut avoir foin qu'entre le Cuir St le chevalet il ne refte aucune ordure, aucun corps étranger , qui en réfîftant au couteau ‘puiffe couper, affaiblir ou fatiguer le Cuir,
- 2.8. Lorfque les peaux ont été- dépilées St rincées , on reconnoh fî elles font de bonne qualité par des veines blanches entrelacées que l'on voit fut la fleur ; elles prouvent que les vaiffeaux de la peau ont été bien défàignés, fans avoir été endommagés par le travail du chevalet. On appelle Cuir en tripe celui qui a été ainfi débourré , pelé & trempé : ilreffemble en effet alors à de la tripe ou à des inteftins d’animaux, par la confiftance & la couleur.
- 29. M. Desbilletes difoit en 1708 , que les Çuirs de Bœufs en arrivant à la tannerie, dévoient être parfemés du côté du poil avec de là poudre de genêt, cueilli en la féconde fàifbn, St qu'en les laiflànt repofèr ainfi trois ou quatre jours, le poil commençoit à tomber, de forte qu'il étoit facile de les peler, fur-tout en jettant auflî de la cendre fur le poil pour le déraciner plus aifément.
- On avoit auflî écrit d'Angleterre, fuivant M. Desbilletes, que pour ôter le poil ou la laine de toutes fortes de peaux crues , il falloit faire une forte liqueur de genêt verd hâché bien menu, ou de genêt épineux au défaut du genêt verd? St y mettre tremper les peaux deux ou trois jours > ce qui
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- ART DU TANNEUR; ôtoit le poil & la laine fans aucun fecours de la chaux. Si par cetteméthode on n’épargnoit pas plus la peau que par l’ufage de la chaux , on épargnoit au moins beaucoup de temps.
- Suite du travail des Pleins.
- ^30. Les Cuirs étant débourrés fe mettent dans un plein foible /c’eft-à-dire; dans un plein quiadéjafervi plufîeursfois de lafnaniere détaillée ci-deflus (20.) Ils y demeurent quatre mois , pendant lefqueis on obferve la même alterna*, tive de huit en huit jours ; on les laifle en retraite une femaine , & on les abat enfuite pour huit jours : il y en a qui lèvent & qui abattent plus fou vent; les Cuirs n’en vont que mieux (24).
- - 31. Après les quatre mois, on retire les Cuits du plein foible ; on leur donne un plein neuf compofé de deux barriques de chaux vive, qu’on a eu foin de faire éteindre la veilledans une quantité d’eau fuffilànte : la chaux ayant ainfi Jette fon plus grand feu , on y abat les Cuirs ; on les met en retraite alternativement de femaine en femaine comme dans les pleins précédents : ils .relient dans ce nouveau plein l’elpace de quatre mois.
- 32. Toutes les fois qu’on leve des Cuirs & qu’on eh abat d’autres, on & foin de bralfer le plein , c?eft-à-dire , de remuer la chaux à force de bras savec les bouloirs. On appelle bouloir un bâton de fixà fèpt pieds, qui porte & fon extrémité une petite piece de’bois d’environ cinq à fix pouces d’équar-ïiiïàge , avec laquelle ôn fouleve la chaux qui fe dépofe au fond du plein : on le voit repréfenté en H dans la planche I. Tandis que la chaux eft encore Ugitée & liilpendue dans l’eau, les deux hommes qui tiennent chacun une pince prennent le Cuir d’un côté & de l’autre, le rangent dans le plein, l’étendent de leur mieux pour que toutes les parties foient également couvertes de chaux : quand tous les Cuirs font couchés, la chaux s’y dépofe fcien-tôt, & l’on ne voit plus au-delfus que de l’eau claire. On voit en f, ^planche /, ) le travail des deux Ouvilers qui avec des pinces étendent les <Üuirs dansde plein.
- 33. Les Cuirs ont été jufqu’ici dans trois pleins, le premier,plein mort, le Tecond, plein foible ,1e troilieme, plein neuf, pendant l’elpace de dix mois; on finit l’année par un autre plein neuf : on y abat auffi les Cuirs, & on les gouverne comme dans les trois pleins précédents ; on met les Cuirs en retraite de femaine en femaine pendant l’elpace de deux mois.
- 34. Pour donner une idée exaéte de là quantité de chaux néceilàire pour un plein , je me fervirai d’une barrique de chaux ayant vingt-deux pouces de diamètre & trente-deux pouces de hauteur, dont on fe fert dans Ie Lyonnois ; là folidité eft'de mille deux cents leize pouces-cubes, ou environ huit pieds & demi ; il faut deux barriques femblables, c’eft-à-dire, dix-fepc
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- pieds-cubes de chaux pour faire un plein neuf à quatre-vingts Cuirs. On partage quelquefois ces quatre-vingts Cuirs en quatre retraites de vingt Cuirs chacune , c'eft-à-dire, qu’on en met d'abord vingt dans le plein pendant deux jours ; on les retire pour en mettre vingt autres également pendant deux jours : par ce moyen tous les Cuirs dans l'efpace de huit jours ont eu deux jours de plein & fix jours de retraite. Tous les deux mois on renouvelle le plein en y mettant deux barriques de chaux lorfqu'on en veut faire un plein neuf , ou bien les deux mois luivants il fert comme plein foible làns addition de nouvelle chaux , après quoi il n'eft plus qu'un plein mort, & ne fert qu'à préparer les Cuirs avant qu'ils foient débourrés (24.)
- 3 y. Lorfqu'on veut conferver de la chaux dans des barriques femblables ; on a foin de les couvrir avec beaucoup de cendres, fans quoi elle s eteindroit à l'air.
- 3 6. Dans une plamerie il faut avoir du large à la droite & à la gauche de chaque plein, pour faire deux retraites de chaque côté & un paflàge entre deux , avec un autre paflàge entre les retraites Sc les pleins : il faut que les pleins foient affez éloignés , pour que la retraite de l’un ne découle pas dans l'autre, parce qu'il y a toujours un plein meilleur que l'autre : la retraite porte au moins fept piéds de long ; ainfî il faut neuf pieds entre le plein & le mur de chaque côté*
- !Du travail de Riviere.
- 37. Les Cuirs qui ont été pendant un an dans ces quatre pleins ont acquis tout lé plamage qui leur eft nècefïàire ; il s'agit de les écharner, &fucce£' fivement de les travailler de riviere. Travailler de riviere, c'efl pafler fur le chevalet au couteau rond, ou à la tuile , ou à l'herbon , du côté de la fleur., pour les récouler & en exprimer la chaux.
- J'ai déjà parlé fort au long du travail de riviere dans l'Art du Parcheminier êc dans celui du Chamoifeur , où il eft de la plus grande importance : il me fufEra donc de dire ici qu'on doit par le travail de riviere enlever toute la chaux , la chair & les parties étrangères au Cuir : le Cuir à l'orge eft celui qui a le plus befoin d'être travaillé de riviere (116.)
- 38. On voit en B dans la planche première, des Ouvriers qui travaillent de riviere ; les Cuirs font étendus fur le chevalet, qui eftrepréfenté féparé-ment en L dans le bas de la planche : les couteaux M & N font ceux qui fervent à ce travail ; le premier n'a qu'un tranchant mouffe, & ne fert qu'à débourrer ou récouler les Cuirs ; on l'appelle dans certains endroits Boutoir, Herbon, Demi-rond ; l'autre eft coupant & fert à écharner : l'un & l'autre ont deux poignées, femblables à ces flânes ou couteaux à deux manches dont fe fervent les Charrons.
- Le travail de riviere adoucit la fleur des Cuirs, 3ç empêche qu'elle ne Ce Tanneur, D
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- cafife dans les opérations fuivantes ; il les rend plus fouples & plus propres à être pénétrées par le tan ; on les foule d’abord $ enfuite on les queurie avec la pierre à aiguifer, appellée Qucurfe, & que l’on voit en O au bas de la Planche première ; on les rejette dans l’eau ; on les foule encore une fois ; on leur donne une façon de fleur ; on les met encore à l’eau , & on les foule de nouveau ; enfin on leur donne une grande façon de fleur & de chair qui achevé de les adoucir', d’en exprimer toute la chaux , Sc d’en enlever toute la chair.
- De la fiante de Pigeon dont on fefert en Angleterre 9 SC des autres additions qu on peut faire à la Chaux.
- 39. On a vuci-deffus que dans plufieurs Provinces de France on ajoutoit à la chaux une certaine quantité de cendres ( 22) , dont la cauftieité alkaline corrode également la peau & fait tomber le poil. Beaucoup d’autres ingrédients produiroient le même effet ; mais les meilleurs feroientceux qui ten-droient le plus au gonflement qu’il s’agit de faire naître dans les Cuirs. J’ai eu occafîon de voir l’été dernier en Angleterre une alfez grande Tannerie à Oxfort, dont le travail fe fait auflî par le moyen de la chaux; les Cuirs y font trois femaines feulement dans les pleins : après qu’ils ont été travaillés de riviere , on les met pour huit jours dans la fiante de pigeon , mais on les en tire tous les jours pour les mettre pendant demi-heure en retraite : il y en a qui les y lailfent quinze jours ou trois fernaines.
- 40. Cette fiante de Pigeon ramollit les peaux que la chaux âvoit durcies ; elle leur donne de la couleur , les dilate & les prépare à être tannées ; on met de cette fiante de Pigeon une mefure de fix pouces de haut fur dix pouces de diamètre, ce qui fait environ dix pintes de Paris, ou un boUTeau &deux tiers, pour douze Cuirs : elle coûte environ feize à dix-huit fols de France le B us fiel, qui fait environ deux boiffeaux & un tiers mefure de Paris. *
- qr. Je trouve dans un ancien Mémoire de M. Desbilletes, écrit en 166J , une maniéré de préparer les peaux pour, être tannées, qui eft alfez remarquable , puifqu’elle eft oubliée actuellement en France , mais non pas en Angleterre , comme il paroît par l’article précédent. Il faut, dit-il, prendre de l’eau fraîche , alfez pour tremper les Cuirs ; y ajouter environ quatre ou fix boiffeaux de genêt verd, pilé ou haché menu , ou même de la fougere verte, de la fiante de Chien, de Poulet & de Pigeon, & laiffer tremper le tout enfemble pendant deux fois vingt-quatre heures : il faut enfoncer les peaux là-dedans, & les y lailfer auffi pendant deux jours ; après cela les travaille*
- * Le boiiïeau de Paris eft une mefure de 661 pouces-cubes &7-J : c’eft mal-à-propos que plufîeufS Auteurs le fuppofent de 576 pouces. La pinte de Paris eft de ^8 pouces-cubes.
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- fur le chevalet du côté du grain ou de la fleur ; puis ayant fait une eau ou liqueur au grain avec de T eau & quelques-uns des ingrédients (45) bien battus, on y fait tremper les peaux pendant vingt-quatre heures, &on les remue beaucoup dans le commencement.
- 42. Cette liqueur au grain fe fait quelquefois avec de l’eau chaude, en femant fur les peaux quelques-unes des drogues dont nous parlerons ci-après ; ou quelques autres ingrédients tels que les cimes, taillures, rameaux de chêne , de châtaignier ou de bouleau, ou les arbriiîeaux eux-mêmes de trois ou quatre ans, bien féchés Sç moulus.
- 43. Je trouve auffi dans les Mémoires que M. Desbillet es rédigea pour l’Académie en 1708, que le Colonel Dougthy avoit apporté d’Angleterre quarante-cinq ans auparavant un fecret dont il fe difoit l’inventeur. Ce fecret fut pratiqué à Paris & à Châtelleraud, fous les ordres d’une Compagnie qui avoit traité avec le Marquis de Ruvigny, à qui le Roi avoit fait don de cette Manufaâure par toute la France. Voici en quoi confifte ce fecret, qu’on appelloit le Confit : quoique le mot de Confit fait aujourd’hui réfervé à la compofltion de fon où les Chamoifèurs & les Mégifïïers font fermenter leurs peaux. On prend du genêt au Printemps & en temps fec , pendant qu’il eft verd fur pied, depuis le mois de Mars jufqu’au commencement de Juin , ou même dans la fécondé fàifon, depuis le mois d’Août jufqu’au mois de Novembre ; mais celui du Printemps eft meilleur : on peut le fervir aufli du genêt piquant, qu’on nomme ajonc en plufleurs pays de la Loire ; mais il ne vaut pas le genêt verd. On le fait fe cher en l’é tendant ; on le ferre dans un lieu fec ; on le fait broyer dans un moulin à tan, ou bien on le coupe fort menu , ou on le brife avec un marteau : quand on en a unmuid., on le met dans la cuve , où l’on verfe de f eau fraîche autant qu’il en faut pour couvrir enfuite vingt douzaines de peaux de Veaux quand il fera temps de les y mettre : on laifïe tremper le genêt pendant quatre jours , y ajoutant auffi un peu de fiante de Chiens, de Poulets ou de Pigeons , jufqu’à ce que l’eau devienne rouffe & forte : on coule la liqueur à travers un panier pour en féparer le genêt : on prend auffi environ la moitié d’un boiffeau de chaux vive qu’on fait éteindre à part dans de l’eau fraîche & nette, & qu’on met enfiiite avec la liqueur de genêt ; on remue bien le tout cnfemble, & l’on y jette les peaux de Veaux : il faut les retirer tous les deux jours , & pendant qu’elles font dehors, on remue la chaux : on continue ainfi l’efpace de fept à huit jours en été, plus long-temps en hyver , après quoi elles font prêtes à échar-ner. Après les avoir écharnées , on les remet dans ce confit pendant huit autres jours, après lefquels on les travaille de fleur : enfin on les remet une troifîeme fois au confit, & enfuite on les travaille de chair pour la fécondé fois ; après cela on les nettoie 8c on les met dans le coudrement.
- 44. Pour feire le coudrement, on prend une cuyev ou coudroir propre à
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- contenir dix douzaines de peaux ; on y met de l’eau chaude jusqu’aux deux tiers ; on y jette un demi-muid de tan ; on met les peaux dans cette cuve pour huit jours; le premier jour on les remue & on les retourne fens deffus deflous pen dant deux ou trois heures ; le fécond & le troifieme jour on ne les remue pas de même , mais on les leve feulement, & on les fait rafleoir fur une planche pendant quelques heures : les autres jours, on les laifîe en repos dans le coudrement.
- 4J. Après les huit jours de ce premier coudrement, on met les peaux dans une fécondé liqueur préparée trois jours auparavant de la maniéré fui vante : on prend un muid & demi de tan, on en met la moitié dans feau, on y étend quatre à-cinq peaux, & on les couvre d’une couche de tan, & toujours ainfi alternativement : les peaux palfent un mois dans cette liqueur, & c’eft-là qu’elles fe 'tannent. On peut auffi , dit M. Desbilletes, parfemer fur les peaux, en les mettant dans cette cuve, de la poudre de diélame, de raphanus-marinus , de poivre blanc, de fumach, de noix de galle , ou de gingembre : l’ufage de ces poudres contribue à donner de la fermeté & du grain.
- 46. Au bout d’un mois, on repaffe les peaux dans une autre cuve où il y a une liqueur pareille , mais moins forte & où l’on donne les couches moins fréquentes 4 on retire les peaux tous les jours, mais on les remet promptement , de peur qu’elles ne foient tachées : au bout de trois jours, on les met dans des eaux plus fortes, avec du tan répandu entre toutes les peaux : on change ainfi deux ou trois fois ces eaux fortes jufqu’à ce que les peaux foient bien tannées, ce qui arrive ordinairement dans feipace d’un mois, puis on les pend à l’ombre pour y fécher.
- 47. A l’égard des Vaches qui font plus fortes que les Veaux, il faut dou-
- bler les temps ; de même lorfqu’on eft en hyver , ou depuis le mois de Septembre jufqu’au mois de Mars, il faut doubler tous les intervalles précédents. Le genêt dont nous avons parlé ci-deflus, qu’on mêloit à la chaux pour faire tomber le poil , dimmuoit, fuivant M. Desbille tes, la qualité corrofive de la chaux; c’eft pourquoi on-avoit imaginé depuis quelques années de l’y mêler. Les peaux de Bœufs & autres gros Cuirs exigent des eaux plus fortes que celles dont nous avont parlé d’après M. Desbilletes (43),1 8c des ingrédients plus aftringents. Il dit donc qu’on fe fert du bouleau de trois‘ou quatre ans, ou bien des menus rameaux de bouleau ou de châtaignier : le bouleau vaut mieux, & le Cuir s’en fait meilleur ; il fera même encore plus beau en mêlant avec le bouleau de l’écorce de chêne ; mais il ne faut pas les moudre auflî fins pour les gros Cuirs que pour les peaux de Veaux; 8c de Vaches. ,
- Des effets SC du danger de la Chaux:
- 48. Lorsqu’on a imaginé de faire féjourner les Cuirs pendant un an dans une eau de chaux * e étoit pour les dégraifler, les attendrir & les faire enfler
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- par l'humidité, fans courir rifque de la putréfaction : l'eau de chaux les dilate en effet, mais elle les ronge en même-temps : elle ne produit qu’en un an T-effet qu’on peut obtenir en moins d’un mois par des eaux préparées différemment ( 117, 199.). La chaux rend le Cuir ferme , & par conféquent dur Sc caflànt : lorfqu’étant employé en fouliers^il éprouve une trop grande humidité, il a beaucoup de peine à fécher ; il fe relâche alors, & s'étend comme une éponge,
- 49. Avant que la réputation des Cuirs d’Angleterre Sc de Liege eut prévalu fur celle de nos Cuirs, les Tanneurs François fourniffoient une partie de l’Europe , Sc leurs profits étoient confidérables : les anciens s’en fouviem* nent encore ; mais quelle a pu être la caufe d’un pareil changement \ L’ufige de la chaux eft certainement une des caufes qui a caufé le difcrédit de nos Manufactures , lorfque les étrangers ont commencé d’abandonner cet ufàge. La chaux eft corrofive ; elle brûle la fubftance du Cuir au point qu’on le voit Souvent fe déchirer en le tirant avec les pinces*
- yo. Lorfque le Cuir eft brûlé par la chaux , le tan qui n’eft qu’aftringent Sc deflîcatif , ne fauroit réparer des fibres à moitié détruites ; il ne peut que fortifier celles qui font entières, en les rapprochant Sc leur ôtant cette humidité, qui relâche & difpofe à la corruption. Les Anglois habillent leurs Cuirs à l’orge & à la jufée , fans le feçours de la chaux : c’eft en les imitant que nous pouvons obtenir la concurrence dans le Commerce, Sc rétablir la balance qui penche actuellement de leur côté. Il faut ajouter à cela ï’admi-niftration burfale, dont nous parlerons à la fin de cet Ouvrage , Sc qui influe beaucoup fur le Commercé*
- y 1. On a toujours reconnu que la chaux endommageoit un peu les Cuirs; car l’ufàge dans le Languedoc étoit de les arrofer de temps à autre ( lorfqu’on les tiroit du plein) avec de l’eau pour les rafraîchir Sc les empêcher de brûler. Dans les Diocèfes de Nîmes & deRieux, on ne met les Cuirs que dans de la chaux anciennement éteinte , Sc cela pendant un mois feulement : il y a des pays où l’on ne laiffe les Cuirs en chaux que deux mois, & enfuite dix-huit mois en écorce : le Çuir n’eft pas fi gonflé ni fi dur ; mais il eft de meilleur uïagé.
- Des Cuirs de Lunetiers*
- y 2. Je ne connois qu’une feule efpece de Cuirs dont la chaux FalTe Tunique préparation, ce font les Cuirs de Lunetiers ; tous les autres ne reçoivent la chaux que comme une préparation au tannage. Les Lunetiers prennent ces Cuirs encore tout humides au fortir des pleins pour faire des cercles ou en-; tourages de lunetes à mettre fur le nez : ces Cuirs fe gouvernent fur les pleins pendant quatre à cinq mois ; le Lunetier les tend enfuite fortement avec des doux 3 de maniéré qu’ils ne faffent point de plis ; il les laijde fe? Tanneur* E
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- cher Hans cet état de tenfion : quand ces Cuirs font fecs , ils refîèmblent à du gros parchemin, épais d’environ une ligne & demie ; on les coupe alors avec des fers ronds & tranchants pour s’en fervir. Un Cuir de quatre-vingts livrés ( c’eft'à-dire, qui pefoit quatre-vingts livres en poil} coûte dans cet état environ cinquante livres.
- DU TAN ET DES FOSSES A TANNER.
- J 3. Les Cuirs, après avoir été gonflés par l’eau de chaux, après avoir éprouvé une fermentation qui en a dilaté le tiffu & écarté les fibres , 8c étant privés de cette gomme naturelle qui les rendoit incapables de foutenir l’humidité, font dans un état convenable pour être pénétrés par l’écorce, qui doit en fortifier & réunir les fibres ; c’efl>à-dire , qu’ils font propres à être cannés.
- 54. Le Tan rieft donc autre chofe qu’une poudre aftringente& deflîcative, dans laquelle on met un Cuir pour y acquérir la force 8c la dureté nécef. faire (74) : c eft communément l’écorce des jeunes chênes qu’on choifit pour faire du tan, comme nous l’avons dit en commençant.
- 55. On dépouille de leur écorce les jeunes chênes dans le temps que les boutons commencent à s ouvrir, 8c que la feve monte, ce qui donne le moyen de tirer facilement l’écorce de delfus le bois : c’eft environ vers le milieu d’Avril, plutôt ou plus tard, fuivant la température de l’année 8c la fituatioit des lieux.
- Il eft défendu dans les bois du Roi d’êcorcer les arbres fur pied : il eft vrai que fi après avoir écorcé des arbres, on les laiife fur pied jufqü’à la fève fuivante, on endommage la fouche, 8c Ion perd une demi-fève pour le produit des bois ; cependant quand on abat le bois aufli-tôt après l’avoir, écorcé, la fouche ne meurt pas ,8c la racine peut reproduire.
- On nomme P dard le bois ainfi dépouillé de fon écorce, & il n’eft plus bon qu’à brûler ; il eft même bien inférieur au bois neuf en écorce ; il brûle plus vite ; il donne beaucoup de flamme 8c peu de chaleur, parce qu’il a beaucoup de fentes ou de gerfures , étant plus delféché que le bois en écorce (5p.)
- M. de Buffon, (Mém. Ac. 1738 , p. 18 r, ) fait voir qu’il n’y a pas beaucoup d’inconvénient pour les forêts à écorcer les bois : cependant le pelard fe vend un écu par voie * moins que le bois ordinaire , ce qui fait une diminution d’un fixieme fur le prix du bois ; il y a encore à perdre l’épailfeur de i’écorce ; de plus il y a toujours quelques fouches qui meurent après avoir
- * La voie de bois eft une quantité d’environ y 6 -pieds-cubes ; du moins elle fe mefure dans un moule qui a pieds de haut, 4 pieds de large ; 8c
- les bûches ont 3 pieds & demi de long fur environ 28 pouces de circonférence. Voye\ VOrd. de te Traité des bois de Caron.
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- été écorcées. Enfin il y a une dégradation confidérabie quand on va écorcer fur pied ; c’eft pourtant ce qui fe pratique ordinairement ; car Ton n’aime point à écorcer les arbres quand ils font abattus ; l’écorce devient trop adhé^ rente au bois , & il faudroit trop d’Ouvriers pour écorcer une coupe tout à la fois ou en peu de temps. On trouvera dans le Traité de M. Duhamel fur l’Exploitation des Bois , qui eft actuellement fous preffé, des détails confia dérables fur les prix 8c les travaux de l’écorce.
- y6. On obferve dans l’écorce beaucoup plus de vaijjeaux propres , c’eft* à-dire, de ceux qui portent les baumes & les réfines, & c’eft la fource de la qualité aftringente de l’écorce ; c’eft fur-tout l’écorce moyenne qui en renferme le plus ; les couches extérieures font fouvent feches, mortes, déforganifées & terreufes ; les couches intérieures contiennent trop de fibres ligneufes. ( Voyez M. Duhamel , Phyjlque des arbres ).
- 57.L’ écorce la meilleure pour faire le tan, doit être blanche en dehors avant qu’elle foit moulue , rougeâtre dans l’intérieur, rude 8c feche du côté du bois , caftante , de couleur incarnat , faifont fentir la fove en dedans, 8c confervant fon odeur lorfqu’elle efl: moulue : l’écorce que l’on coupe pour la mettre en bottes , efl préférée à celle qui efl pliée.
- En France, on penfe que l’écorce doit fe tirer des jeunes chênes de dix à vingt ans , tout au plus de trente ans : la qualité des forêts qui palfent pour donner la meilleure écorce, efl d’être dans un terreinfec 8c pierreux, expo**, fées au Levant ou au Midi.
- On rebute une écorce qui, avant d’être moulue, marque par fes crevafles en dehors qu’elle efl vde vieux chêne, ou qu’elle efl prife trop près de la racine ; la noirceur du côté du bois prouve qu’elle efl trop vieille , ou qu’elle a fouffert de la pluie : fi elle efl trop rouge en dedans, fi elle a une odeur paflee, on reconnoît qu’elle a perdu fo qualité.
- L’écorce moulue efl réputée mauvaife fi elle efl trop rouge, fi elle efl foie 8c cralfeufe, 8c fi elle paroît filandreufe ou filamenteufe comme du chanvre.
- Le Meûnier doit apporter du foin pour la bonne mouture de fon écorce j il ne doit point y refter de grojjès lifieres ou morceaux d’écorce qui relient plats fous les meules , & qui n’étant pas brifés 8c ouverts ne produifent qu’une partie de leur effet.
- y 8. Le prix de l’écorce efl fort différent dans les Provinces , fuivant la difette ou la quantité de bois : dans le Lyonnois 8c dans la Breffe, elle coûte trois livres le cent en poudre, plus ou moins : les Meuniers prennent huit fous pour le droit de mouture d’un foc de cent trente livres.
- M. Guimard dans fes Mémoires manufcrits écrits en 1745 y dit qu’aux environs de Paris l’écorce fo vend en paquets ; la cavelée d’écorce efl corn-potée de cinq paquets ; chaque paquet a cinq pieds de long 8c autant de circonférence ; fi c’eft de l’écorce de dix à douze ans, la cavelée vaut quinze
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- à feize livres ; mais celle de feize à dix-fept ans -ne vaut que douze livres la cav-elée*,; ce n’eft pas qu’elle produife moins, mais elle n’a pas, dit-on, la même force ;elle n’eft pas fi pénétrante quand elle eft plus vieille. Chaque paquet donne environ cinq boifleaux de poudre, 8c le boiffeau peut pefer trente livres ; alors la poudre ne revient quà quarante-huit ou cinquante fous le quintal : elle eft encore à meilleur marché dans certains endroits.
- D’autres Marchands vendent l’écorce par muid ; le muid d’écorce contient cent quatre ou cent vingt^quatre bottes, & il encoûte fept à huit livres pour le faire battre au moulin. iLy a des années où la Manufacture de Saint-Germain emploie dans fies deux cents folfes fix ou huit mille poinçons-de tan ; elle le tire de Dreux, de CorbeiL, 8c d’autres endroits voifins de la Seine : on l’a achetéqufqu’à fept livres le poinçon ,( qui eft de deux cents livres pelant "en poudre) ; mais le prix le plus ordinaire eft de trois livres dix fous. C’eft du demi-battu qu’on y emploie principalement, au lieu que la molletterie, la-tannerie des Cuirs à œuvre exige du tan plus fin, tel que celui qu’on tire de la Bourgogne ; mais celui-ci venant de plus loin eft auili plus cher.
- A Nantes, on acheté Téccrcepar fournitures de cent fagots; chaque fagot,* a vingtYols la pièce, pefe quarante-cinq livres; & l’écorce revient,lorfqu’elle eft moulue, à cinquante lous le quintal. A Rennes on fachete à un écu la barrique en poudre ; ellepefe cent cinquante livres, ce qui revient à quarante^ cinq fous le quintal.
- y 9. Dans les pays où l’écorce eft difficile à avoir , à Caufè de la rareté 8c de la cherté du bois , les Tanneurs * ont quelquefois demandé que le bois à brûler fût afliijetti à ne pouvoir être expofé en vente qu’il n’eût été dépouillé de fon écorce : l’exemple du bois flotté qui fe brûle à Paris fans fon écorce., fait voir que la chofe eft en effet praticable, & qu’il y auroit de l’avantage pour les Tanneurs ; mais d’un autre côté, les Maîtres des Forges s’y font oppofés s ayant obfervé que ce dépouillement fait perdre au bois de fa force & de fa chaleur , comme j’en ai averti ci-deflûs ( jy.)
- Les Tanneurs de Befànçon ont demandé qu’il fût permis d’abattre les arbres jufqu’au iy Mai, au lieu que l’Ordonnance des Eaux & Forêts n’accorde que jufqu’au iy Avril : ils fe fondent fur ce que le temps de la grande fève eft plus retardé dans cette Province-là qu’ailleurs, à caufe du climat plus froid ; & cela peut avoir quelque fondement, comme j’en ai averti.
- Du côté de Gray en Franche-Comté, on s’eft plaint de ce que le grand nombre de forges 8c de fourneaux établis dans ce Bailliage occafionnant de grandes confommations de bois , on étoit réduit à les exploiter de trop bonne heure , 8c que des chênes de dix à douze ans étoient trop jeunes pour fournit une bonne écorce : cela s’accorde affez avec l’ulàge des Anglois, qui ploient l’écorce des chênes plus avancés (6o.)
- * En particulier ceux de Vitré & de Fougères en Bretagne*
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- Dans la Généralité d’Orléansla Maîtrifo des Eaux & Forêts avoit jugé à propos de borner Ÿexploitation dés écorces, & l’on y étbit oblige de les cirer d’ailleurs en poudre : ces fortes de précautions font fouvent néceflàires pour quelque temps.
- Dans le Dauphiné, l’écorce eft iî abondante, que plufieurs particuliers en font commerce avec l’étranger • mais il y a bien peu de pays où Ton ait un pareil avantage.
- 60. Il y a des pays où l’on coupe l’écorce dans des moulins, où dèux pilons ferrés 8c tranchants par le bas tombent alternativement fur cette écorce : ces
- moulins vont foit par le moyen de l’eau, foit par le moyen d’un cheval : d'autres la font piler ou écrafer fous une ‘meule de pierre : quelques perfonnes prétendent que la meule échaufte ï’écorce , lui fait jetter une partie de for* feu, & lui ôte de là force. Enfin il y en a où l’on eft obligé de la faire couper par mains d’hommes : telle eft la Province de Bretagne, où il fe trouve très-peu de moulins à tan, & néanmoins le tan n’y eft pas plus cher qu’ailleurs • il ne revient qu’à cinquante fols le quintal.
- C’eft à Èflone que font les moulins à tain qui fournilfent le plus d’écorce aux Tanneurs de Paris , & ils vont par le moyen dé l’eau.
- 61. En Angleterre, on emploie l’écorce des vieux chênes auflî-bien que Celle dès jeunes rejettdns ; on la réduit en morceaux avec une meule de pierre que fait tourner un cheval, comme dans nos preffoirs à cidre ; feulement la meule eft plus grofle, & elle eft cannelée ou fillonnée pour pouvoir mieux brifer l’écorce. L’écorce des vieux chênes étant fujette à être extérieurement morte, deflechée , Sc couverte de moufle, on a foin de la peler grofliérement avec un couteau où un marteau tranchant, dont on la frappe pour en lever les parties noires Sc groffieres qui recouvrent la partie rouge 8c aéHvede l’écorcè.
- Il y a des Tanneurs qui ont chez eux le moulin qui fert à battre leufc écorce : on peut en conftruire un en Province pour deux cents livres ; mais il coûtera toujours cinq à fix cents livres d’entretien pour l’homme qui en a foin 8c pour le cheval qu’on y emploie. Comme oh ne donne que huit fols au Meunier pour un fac de cent vingt ou cent trente livres, ce qui fait quatre livres par millier, il faudroit avoir plus de cent cinquante milliers d’écorce à moudre pour être indemnifé des frais du moulin.
- L’écorce réduite en poudre ne doit pas fe garder long-temps ; elle perd de fa force par l’évaporation qui en enleve les parties ballàmiques , & par thumiditè de l’air, qui en dilfoud les parties aétives & falines qui doivent pénétrer le Cuir ? 8c produire un bon tannage*
- Tannevr\
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- DES DIFFÉRENTES MATIERES
- qui fervent à tanner.
- 6r. La qualité defficative & aftringente de l'écorce de chêne * fe trouve dans beaucoup d’autres plantes ; & quoique l’écorce de chêne me paroiffe tout à la fois la plus commune & la meilleure , je ne puis me difpenfer de dire quelque chofe des autres matières qu’on peut y fubftituer.
- J’ai oui dire qu’à la Martinique on tannoit un Cuir en fix femaines de temps avec le Mangle.
- Une partie des Tartares Calmouks , qui habitent près de ta grande muraille de la Chine , emploient * pour tanner les peaux de leurs Chevraux , le lait de leurs Juments aigri.
- Dans piufieurs endroits de Turquie, auffi-bien que chez nous * la noix de galle fert à tanner le maroquin , comme je le dirai en décrivant l’Art du Maroquinier,
- En Perfe > en Egypte , 8c dans quelques Etats fitués fur les frontières de l’Afrique, on tanne les peaux de Bouc & de Chevre avec le fruit allongent d’un arbriifeau légumineux, qui eft VAcacia-vera , cueilli avant fa maturité.
- 62. Les noix encore vertes du térébinthe, & fuivant quelques-uns, les feuilles mêmes, auffi-bien que celles du lentifque , s’emploient au Levant. Le Sumac ou Rhus, appellé auffi Smak , dont on roule les feuilles & les jeunes branches, s’emploie par-tout pour le Cuir appellé Cordouan : on fe fert auffi de l’arboufier ou Arbutus, du micocoulier ou Celtis.
- Le Tamarifcus , le Rhamnus, le Rhus myrtifolia, s’emploient en plufieurs Provinces d’Italie & d’Efpagne ; nous en parlerons bientôt. En Suede, on fe fert de l’écorce d’une des moindres efpeces de faule de montagne, auffi-bien que de la plante appellée Uva urfi.
- 63. En Siléfie , on prend une efpece de myrtille , appellée Raufch. L’écorce de bouleau efl: employée au défaut de chêne en diverfes Provinces d’Allemagne. En Suede , on emploie un autre arbufte appellé Buxeroile , en latin , Arbutus uva urfi. A Vienne en Autriche, & dans la Hongrie, on ne tanne point avec l’écorce de chêne, mais avec une drogue que j’ai oui appeller Knoupren, & que je crois être la noix de galle. Cela va beaucoup plus, vite ; le tannage dure neuf mois au plus : il faut beaucoup moins de cette fubftance dans une folle ; on en répand feulement un peu avec les mains fut chaque Cuir. On tanneroit une Vache en vingt-quatre heures fuivant cette méthode.
- Je ne fai point avec quoi les Chinois préparent leurs Cuirs ; mais ces Cuirs palfent pour être d’une force incroyable.
- 64. Lorfque les Tanneurs de Provence 8ç de Languedoc fe trouvent
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- prefles de vendre leur Cuir , n’ayant pas le temps de le nourrir avec du tan d’ieuze ou de chêne verd (66), ils y mêlent de la poudre de Redoul ; elle donne au Cuir une fermeté qui en impofe aux acheteurs : cette plante eft appellee dans Bauhin , Rhus myrtifoha monfpeliaca ; & dans M. Linnæus * Conaria (myrtifoiia )fohis ovato-oblongis trinérvns , pag. 1037 : elle s’appelle auffi Roudou : elle eft décrite dans les Mémoires de l’Académie pour 1711. Les baies de cette plante caufent aux hommes une épilepfie aiguë & même mortelle : fes. feuilles caufent'aux chevreaux qui la broutent , un vertige violent ; mais elles ne font aucun mal dans les tanneries, & elles coûtent beaucoup moins que l’écorce d’ieufe. La poudre des branches & des tiges de redouf, fert à tanner les Bafànes ou Cuirs de Moutons > 8c les peaux de Chèvre pour les empeignes.
- 65 La plante qu’on appelle en Provence 8c en Guienne , Garouille ; à Montpellier , Ayaiùffs ; à Uzès , Avau ; a été décrite par M. Niffoile, à foc-cafion du Kermès ,, qui naît fur cet arbuftç : voici fes dénominations dans les livres de Botanique : Quercus ( coccifera )follis ovatis indivifis fpinofo-den-tutU glabris , Linnæi Specierum , p. ppy. Ilex aculeata cocçiglandifera , C. Bauhini Pin. pag, 42 j. Quercus fàliis ovatis dentato-fpinofis , glandibus fef-filibus 9 fuivant M. de Sauvages, pag. 96.
- Le Kermès qui rend cet arbufte fort remarquable, eft une excroiflànce ocçafionnée par des œufs d’infeéles : il y en a une ample defeription donnée dans les Mémoires de l’Académie pour 1714, par M. NifTolle. Il s’appelle en latin Coçcus ilicis. : on prépare par fon moyen le fyrop de Kermès 8c la çonfeélion Alkermès.
- C’eft l’écorce des racines de garouille qu'on emploie dans les tanneries $ au lieu que c’eft l’écorce de l’arbre même quand il s’agit du rufque ordinaire ou du tan. La garouille rend le Cuir noir, au lieu que le tan fait un Cuir roux.
- A Beaucaire , & dans la plus grande partie de la Provence , les Tanneurs emploient, au lieu de chêhe-verd, cette racine de garouille , dont l’écorce s’appelle Rufque ; l’effet en eft beaucoup plus ardent & rend les Cuirs plus noirs ; auffi les Cuirs ne relient que fix mois dans cette écorce * quoique le travail paffe pour en être auffi bon que celui dans lequel on em-» ploie le chêne verd ; auffi cette plante coûte beaucoup plus que le tan ordinaire,
- Dans les Diocèfes d’Alet, Limoux, Caftres ; Mirepoix 8c Touloufe, les Tanneurs fe fervent, comme à Beaucaire de racine de garouille, & y laiffent les Cuirs pendant huit ou neuf mois : peut-être veulent-ils les rendre plus fecs 8ç plus fermes ; peut-être leur racine çft-eüe moins ardente, étant produite par un terrein plus humide 4ans un 'climat plus tempéré. On avoit propofé de défendre la racine de garouille 6c de ruau, comme étant trop ardente 5 mais il eût été trop difficile d’y fuppléer.
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- H ART D B -TANNEUR.
- 66. Oft emploie dans beaucoup de Provinces de France le chêne verd * il y a deux efpeces d’ieu^e ou de chêne verd , qu’on emploie indiftinélement à Montpellier pour tanner le Cuir à œuvre > ou celui qui fert à faire des em* peignes.
- I. Quercus Ç Smilax ) foliis oblongo-ovatis , fubtus tornentojîs intëgérrimis y Linnæi Specierum. Ilex folio angufto non ferrato, Galpari Bauhini. Eüze ; chêne verd , ieufe.
- II. Quercus ( Ilex ) foliis ovato-oblongis indivijis ferradfqm , cortice inte£ gro. Linnæi Specierum.
- Cette écorce fe mer eh poudre par le moyen dune meule qui tourne dans un plan vertical , *’ôu fur un pivot horizontal, autour d’un autre pivot vertical ; on l’emploie pure & fans mélange : elle fait un objet de commerce alfez confidérable dans les environs de Montpellier, & fur-tout dans les Cevenes : elle fe vend cinquante fous à trois livres le quintal. A Alais, on laiife les Cuirs forts pendant un an dans cette écorce, comme dans celle des chênes ordinaires > au lieu que les empeignes n’y reftent que deux mois.
- 6j. Dans la nouvelle Manufacture dont M. Desbilletes parloit en 1708 > au lieu de l’écorce de chêne , on avoit pris les fontmités ou menus bouts des rameaux de chênes, ou les petits chênaux de trois à quatre ans feulement * parce qu’on y trouvoit plus de fuc que dans l’écorce : on les recueilloit un peu avant que les feuilles commençaffent à pouffer 3 c’efl-à-dire, au mois d’Avrils ou un peu plutôt, fuivant l’état de la fàifon.
- On y employoit auffi une autre liqueur préparante , faite avec des oranges Sc des limons , ou l’un des deux, qu’on prenoit, quoique pourris, avec la pulpe & l’écorce, moulus comme les autres ingrédients, foit enfemble ou féparément : cette addition rendoit les Cuirs meilleurs & plutôt tannés î on les y laiffoit pendant huit jours, en les remuant fort fouvent, avant de les mettre au tannage.
- On fe fervoit auffi de plufieurs autres plantes ; & M. Desbilletes obfèrve que quand elles font cueillies , fi l’on n’a pas le temps de les fécher au foleil; on peut les faire fécher au four, puis les moudre comme le tan ; fans cela il y refteroit une humeur vifqueufe qui pourrôit noircir le Cuir.
- Il ajoute que comme ces plantes n’ont pas autant de force que le tan or* dinaire, il faut les mettre en plus grande quantité quand on fait les eaux dont il s’agit ; mais il affure que par leur moyen on fait toujours le plus beau & le meilleur Cuir.
- 68. On peut auffi tanner les peaux de Vaches & de Veaux avec la liqueur faite de toutes fortes de bruyères, ronces, épines noires, pruniers fauvages, épine-vinette , berberies , qu’on coupe, qu’on fait fécher & moudre : cette liqueur.( dit M. Desbilletes ) tanne les peaux làns les corroder : enfin il ajoute qu’on peut faire amaffer des gratte-cus (cymrrhodon)y qui lorfqu’ils font mûrs;
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- ART B U T AN NE Ü R,
- font excellents pour cela , & finir enfin avec le Sumac ; mais il me femble qu'il feroit bien difficile d'avoir ces ingrédients en alfez grande quantité.
- 69. M. Desbilletes ecrivoit aü-ffi en 1708 , que pour durcir les Cuirs ,on prenoit de la poudre de Raphanus marinus, ou bien de la noix de galle , 8c Von en parfemoit les deux cotés du Cuir quand il étoit environ un quart tanné; quatre heures après on le remettait dans la folle •: on faiibit enfuite une fécondé fois la même opération avant que le Cuir fut entièrement tanné , fup-pofe qu'il ne fût pas alfez ferme & alfez uni : e'efl; de cette maniéré, dit-il > que fe fait le meilleur Cuir & le plus beau.
- M. de Buffon a reconnu qu'on pouvoit tanner auffi avec des cupules de gland , & même avec de la iciure de bois : les Obfèrvations de ce célébré Académicien fur les forêts St fur tout ce qui en dépend, le trouvent dans plufieurs volumes de nos Mémoires*
- 70. On a dit iouvent qu'il étoit à craindre de voir enfin manquer les bois en Europe , à cauie de l’étonnante deftruétion qu'on ne celle d'en faire pour ' les bâtiments , pour le chauffage, St pour les Arts : il y a déjà des endroits où il eft fi cher, qu'on ne le brûle que par poids St par mefure ; où n'oiànt l'employer à faire des tonneaux St des caiffes , on préféré d'envelopper les marchandées dans des peaux , dans des joncs ; où l'on n'ofèroit enfin tenter rétabliiïement des Manufactures les plus utiles à l'Etat > parce que le feu, cet agent univerfel St indiipeniàble de prefque tous les Arts , exige une trop grande abondance de boisv II pourroit venir un temps où des Nations même policées retomberoient dans l'ancien état de pauvreté St d'ignorance , par la difette du bois , qui entraîner oit la perte des Arts utiles»
- 71. M, Gledïtfch , Botanifte célébré de F Académie Royale des Sciences de Berlin , a formé , comme bien d'autres* Naturaliftes, le projet d'épargner à l'Allemagne la confommation fuperflue du bois de chêne ; St dans les Mémoires de Berlin pour 17^4 , il donne des inftruélions fur les plantes qui pourraient s'employer dans les Tanneries , à la place de l'écorce de chêne. Ce fut furies idées de M. Klein , natif de Nauen, homme laborieux & habile , qu'il fit des expériences : elles réuffîrent très-bien, St il regarda les idées de M. Klein comme une véritable découverte. On vit des Cuirs pré4-parés & tannés fans aucune efpece d'arbre, ni drogues étrangères ; du très-beau Cordouan préparé fans le fecours du Sumac, St deux fortes de Cuirs de Veau, tannés avec de fimples feuilles d'arbres.
- M. Klein & M. Gleditfch ont employé des plantes qui ie trouvent dans prefque tous les lieux profonds & marécageux, des plantes dont les beftiaux ne font aucun cas, & qui ne fervent prefque qu'à gâter les bonnes prairies ; ou des plantes qui ne fe trouvent que dans des lieux abandonnés.
- 72. Les principes auxquels on doit faire le plus d'attention dans la recherche de ces plantes, font les principes terreftres, réfineux \ gommeux ; & il y
- Tanneur. G
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- 26 ART DU TANNEUR.
- en ad autres auflî qui ont des principes huileux & vaporeux ; auflî M. Gleditfch les diftingue en deux chiffes.
- La première claffe eft celle des plantes aftringentes , acres , fans odeur, qui fournilfent des principes aétifs , mais fixes : la partie terreufè en fait un tiers, & même une moitié ; le principe gommeux , environ autant ; la partie réfineufe eft la moindre de toutes , n’allant pas à une dragme par livre.
- 73. La fécondé clalfe eft celle des plantes qui ont des parties volatiles , un principe fpiritueux , & une portion balfamique & unguineufe ; il y a moins départies fixes : mais de toutes ces plantes, les meilleures pour la tannerie font celles qui ont le plus de fubftance groflîere, aftringente & acide : les moins bonnes font les plantes graffes & mucilagineufes.
- 74. Quand on détruit au feu la fubftance fixe des plantes coriaires , on obtient un phlegme pellucide & empyreuinatique non aftringent, une liqueur acide, jaunâtre, & une huile empyreumatique. Le Caput mortuum fait fbuvent la moitié du total, & contient quelque portion de Sel alkali fixe: Les plantes bonnes à tanner étant réduites en poudre & jettées dans une folution de vitriol de Mars , doivent produire une couleur rougeâtre, bleue, ou noirâtre.
- L’expofition de ces principes contenus dans les plantes coriaires, conduit M. Gleditfch à l’explication des effets qu’elles produifent fur le Cuir. L’acide diffous & étendu dans l’eau, dont on humeéte les plantes, mêlé 8c mis en 'mouvement avec des parties volatiles, huileufes & balfamiques, pénétré & condenfe le Cuir, lui donne de la force , Sc le préfèrve de la corruption.
- L’ufàge des plantes communes auroit l’avantage de ne pas exiger l’appareil des moulins à tan , ces plantes n’ayant befoin que d’être groffiérement coupées ou pilées ; mais il faut convenir, ce me femble, que de toute cette multitude de plantes qui peuvent tanner, il n’en eft point encore d’auflî fûre & d’auflî éprouvée que l’écorce de chêne : je ne fai s’il y en a beaucoup qu’on puiffe avoir en plus grande abondance ; quoi qu’il en foit, je vais les rapporter d’après M. Gleditfch.
- 7J. Riantes dont les feuilles, les branches, les fruits, les femences, 6 quelquefois les racines, peuvent s'employer dans la Tannerie.
- Les branches de Vigne.
- Prunus fylveftris , C. B. Pin. 444, Prunier fàuvage, épineux : on prendra i’écorce & le fruit avant qu’il foit mûr.
- Salix vulgaris alba , le Saule : on emploie les branches & les feuilles.
- Salix caprea rotundifolia Tabernœ, Saule aquatique: on emploie les feuilles, l’écorce & les branches.
- Sorbus aucuparia, J. B. I. 62, Sorbier : on prendra les branches, les feuilles & les fruits avant qu’ils foient mûrs.
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- ART DU TANNEUR. 2?
- Les feuilles de Rofier.
- Fagus, Dod. Pempt. 832 , Hêtre, Fouteau ; les feuilles 8c l’écorce.
- Carpinus, Dod. Pempt. 841, Charme ; les branches ,les feuilles, l'écorce.
- Les feuilles de Chêne.
- Les feuilles d’Aune,
- Mefpilus, le Nefflier làuvage ; les feuilles, les branches, les fruits avant qu’ils foient murs.
- Ledum rofmarinifolio, Tabernæ, Rofmarinum fylveflre, Matthioli^Romarin làuvage ; les branches. Cette plante n’efl: pas affez commune.
- Cornus fylveflris mas , C. R. Pin. 447, Cornouiller làuvage ; les feuilles , les branches 8c les femences qui relfemblent à des oflelets ; mais elles auroienc befoin d'être pilées,
- ' Acetofa pratenfis, C. B. Pin. 114 , l’Ofeilie : là racine & là femence peuvent s’employer.
- Lapathum maximum aquaticum Chabrœi hifloriœ 3op), grande Patience aquatique; les feuilles , la racine, les femences.
- Lapathum folio acuto piano, C, B. Pin. iry , Patience ; la racine, les feuilles, les femences.
- Iris paluflris lutea , feu acorus adulterinus, C. B. Pin. 34, Flambe aquatique ; la racine,
- Nymphœa lutea, Nénuphar, & nymphœa alba, Nénuphar ou Lys des étangs, jC. B. Pin. 193 ; la racine feulement.
- Les écorces de Châtaignier, dé Peuplier, de Noiléttier pourroient également s’employer.
- 7 6- Riantes dont les fleurs feulement, ou les feuilles avec les fleurs y peuvent
- être utiles dans les Tanneries.
- Salicarîa vulgaris purpurea foliis ohlongis Tournefortii Inflitutionum 2$3 ; Lyflmachia fpicatapurpureafortê Plinio, C afp ari B auhini in Pinace ,pag. 246, Salicaire.
- Ulmaria , Clujii hifloriœ , lg)8* Joannis B auhini , III, 488 , Reine des prés.
- Quinquefoliumpaluflre ruhrum, C. B. Pin. 326, comarum Linnœi, Quinte-feuille aquatique rouge.
- Filix ramofa major pinnulis obtufis non dentatis, C, B. Pin. Fougere femelle.
- Filix non ramofa dentata, C. B. Pin. 358 , Fougere mâle.
- Filixpaluflris maxima, C. B. Prodromi 150, grande Fougere aquatique , Ofmunde*
- Filix mas aculeata major & minor, C. B. Prodr. 15
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- 28 ART DU TANNEUR.
- Petjîcaria falicisfolio potamogeton angufifolium dicta 3 Raii hift. 184, Peu fcaria-acida Jungermanni, Perficaire d’eau ; elle vient dans l'eau & hors de , l’eau3 mais fous des formes un peu différentes.
- Biflorta major radice intorta , C. B. Pin. 192 , Bifiorte.
- Tormentilla fylveflris , C. B. Pin. 326, Tormentille.
- Pimpinella fanguiforba major> C. B. Pin. 160 5 grande Pimprenelle fàuvage des prés.
- •Cariophyllata vulgàris y G. B. Pin. 321, Benoite.
- Cariophyllata aquatica nutante fore y C. B. Pin. 321, Benoite aquatique*
- Argentine, Dodonæi -Pempt. 600. Potentilla Joannis Bauhini IIy 398* & G. B. 321. Anferina officinarum y Argentine. - • "
- Quinquefolium majus repens y C. B. Pin. 325^ Quintefeuille des boutiques.
- ’Quinquefolium minus repens-luteum y C. B. Pin. 32 j y petite Quintefeuille fàuvage.
- -Quinquefolium folio'argenre0 y C/B. Pin. 32 J, Quintefeuille blanche:
- Horminum pratenfe foliis ferrdtis 7 C. B. 238 ; Sclarea Tabernœ montant 7 Grvale.
- Agrimonia , Aigremoine.
- Equifetum arvenfe longioribus fetis y G. B.. Pin. 16, Prefle 3 ou Queue de Cheval.
- Equifetum palufire longioribus fetis, G. B. Pin. iy3 Queue de Cheval aquatique.
- Àlchimilla vulgàris 9 C. B. Pin. 319 y Pied de Lion.
- Mufcus pulmonariusfve pulmonaria officinarum Lobelii iconum 3 p. 248 ^ Mufcus quernus y Pulmonaire de chêne.
- lyfimachia lutea major quæ Diofcoridis , G. B. Pin. 24J 3 Lyfîrtiachie.
- Vaccinium Rivini 3 Vitis idczafoliis oblongis crenatisfiuclu nigricante3C. B: Pin. 470 3 Airelle ou Myrtille.
- Vaccinium foliis buxi , femper virens 9 baccis ruiris y Rupp. Floræ G en» p. 52 3 Airelle toujours verte.
- Rubus vulgàris feu fruclu nigro y G. B. Pin. 479 * la grande Ronce.
- Rubus repens fruclu cæfio , C. B. Pin. 479 3 petite Ronce.
- Fragaria s vulgàris , le Fraifier.
- Filipendula , J. B. II3 189 3 la Filipendule.
- Pervima Tragi & Tour nef ortii, Clematis daphnoides 3 G. B. la Pervanche.
- Sparganium y C. B. Pin. uy 3 Ruban d’eau.
- Filago y feu impia9 Dodoncei 9 Pempt. 66 y Herbe à coton.
- Gnaphalium montanum flore rotundiore & longiore } Tournefortii Inflitutio-num 453 y Pied de chat.
- Géranium fanguineum maximo flore 7 Ç. B. Pin. 319 3 Bec de grue à grande fleur.
- Géranium
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- ART DU TANNEUR. a?
- Géranium batrachioid.es maximum minus laeiniatum folio aconiti, J, B, HI- 477 , Gratta Del Germanorum , Bec de grue de montagne,
- Plantago , le Plantain : toutes les efpeces en font bonnes.
- Hypericum afftcinarum, & C. B. Pin. 279, le Millepertuis *,
- JManiere de coucher les Cuirs en Fojfe.
- 77. Les Fosses font des creux pratiqués dans la terre, 8c dans lefquek on étend les Cuirs avec le tan : on voit en D dans la Planche I , une foffe fur laquelle un Ouvrier répand la poudre de tan, après y avoir étendu les Cuirs. Ces fofles font rondes ou quarrées , en bois ou en maçonnerie * l’ufàge le plus ordinaire étoit autrefois de les revêtir en bois, & de leur donner la forme quarrée, qui fembloit plus proportionnée à la figure des 'Cuirs ; aujourd'hui on les fait plus fouvent de forme ronde, comme des cuves y compofées de même avec du mairain & des cerceaux ( voyez l'Arc du Tonnelier par M. de Fougeroux ) : il y enaqui oblervent de les renverfer; de maniéré que le bas foit plus large que le haut : on y trouve , dilent ils * l'avantage de pouvoir preffer beaucoup mieux la terre tout autour en dehors; ce qui fortifie Î'aflemblage des douves ; d’un autre côté, l'humidité dont on eft obligé d'abreuver les Cuirs féjourne moins fu.r les douves , & elles fe pourriffent plus lentement ; mais peut-être que l'humidité dont les Cuirs ont befoin pour fe bien tanner (95^ fera moins confidérable dans ces fortes 'de foffes.
- Avant de mettre les Cuirs en foife y certains Tanneurs arrofent avec de l’eau, & démêlent leur écorce avec une pele, pour n'être pas étouffes par la pouflîere du tan : il y en a qui fe paffent de cette opération ; & la poudre ne fe dîvile que mieux en ne la mouillant point.
- Les Cuirs , après avoir été plamés, écharnés, travaillés de riviere, & ré-coulés , peuvent être couchés en fojfe , c'eft-à-dire, dans l'écorce qui doit les raffermir & les tanner.
- Dans certaines Provinces, comme l'Auvergne, on coupe les Cuirs en trois parties avant de les coucher en foffe : la partie du milieu ou la bande du dos eft large d'environ un pied : d'autres les coupent en deux parties égales.
- 78. On poudre d'abord les Cuirs avec du tan , 8c on les met en pile pendant trois ou quatre heures, pour qu'ils commencent à prendre le feu d'écorce avant d'être couchés en foffe.
- 79. On met au fond de la foffe un bon demi-pied de tannée y c'eft-à-dire* de l'écorce qui a déjà fervi en foffe : fur cette tannée, on étend l'épaifleur d'un
- * Voyez les Mémoires de l'Académie de Berlin pour 175^ ? pag* 12^*
- Tanneur^ H
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- 3o ART DU TANNEUR.
- pouce d'écorce neuve bien moulue 8c un peu humeéiée, afin qu’elle ne fe volatilife point : fur cette poudre, on étend un Cuir ; fur celui-ci, une autre couche de poudre , & ainfi de fuite.
- 80. Dans certains endroits on coupe les têtes , les châtaignes , c’eft-à-dire, le front ; pour coucher ces parties féparément, 8c leur donner plus d'écorce à caufe de leur épailfeur : il y a des Tanneurs qui échancrent quelquefois en travers chaque moitié de Cuir,, pour la pouvoir mieux appliquer fur l'écorce : les extrémités des Cuirs qui font des poches ou des plis, doivent être fendues pour qu’elles puilfent s’étendre ; on met de l’écorce entre toutes les parties de chaque Cuir ; 8c quand on eft obligé d’en redoubler ou reborder quelques endroits, on met encore de l’écorce dans la duplicature ; on en met un peu plus fur les parties les plus épailfes, comme les joues : les endroits les plus minces , tels que les pâtes & la culée, en exigent moins ; il fuffit dans ces derniers qu’il y ait l’épailfeur d’un doigt. Au refte on doit diftinguer les trois poudres ( 8y ) quant à l’épailfeur ou à la quantité d’écorce : la première, mife en folfe, fe couche fur l’épailfeur d’un grand pouce ; la fécondé, d’un pouce feulement ; la troifîeme, un peu moins.
- 8r. Il y a des Tanneurs qui prétendent que le tannage ne doit point fe faire en poudre fine, mais en gros ou greau , comme difent quelques-uns , qui foit au-delfus de la poudre pour la première écorce ; la féconde, un peu. plus grolïe ; la troifieme , encore davantage : il me femble que tout l’avantage qu’ils y trouvent efl: de faire moins de dépenfe ; car plus l’écorce efl: fine, plus on en confume ; plus elle pénétré les Cuirs , plus elle s’appauvrit , & plus les Cuirs en profitent ; ainfi je crois que cette pratique devroit être proferite.
- A Bâle, on tanne avec de l’écorce beaucoup plus grolfe qu’en France, 8c dans des folfes plus humides. En Angleterre,, on tanne dans l’eau même, comme nous le dirons bientôt (<?y) ; mais il ne s’agit ici que de la méthode employée en France le plus généralement.
- 82. Lorfqu’il fe trouve dans une folfe des places vuides 8c qui ne font pas occupées par des Cuirs, on peut les remplir avec de la tannée ou de la vieille écorce , pour épargner la nouvelle ; mais afin qu’il y ait moins de vuide, on croifè les Cuirs : lorfqu’on a mis deux moitiés dans un fens, on en met deux dans le fens perpendiculaire , 8c enfuite une moitié qui croife les autres. A chaque Cuir que l’on couche, on a foin de le prelfer fortement avec les * pieds pour le bien appliquer fur l’écorce : plus on ferre l’affemblage, plus l’écorce âura de facilité à pénétrer les Cuirs.
- 83. Une folfe de quinze à feize Cuirs exigé environ deux heures de temps pour être remplie de la maniéré que je viens de l’expliquer. Quand tout l’habillage efl ainfi couché en folfe , on met au-delfus de l’écorce neuve qui couvre le dernier Cuir un ou deux pieds de tannée, que l’on foule avec
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- ART DU TANNEUR. . 3I
- les pieds pour faire un chapeau : on étend des planches fur cette tannée , 8c fouvent on les charge encore avec des pierres pour mieux appliquer l'écorce fur les Cuirs quelle doit pénétrer.
- 84. Quand on a mis le chapeau , on abreuve la folfe d'eau claire ; on en verfe fuffilàmment, pour que dans l'elpace d'une journée elle ne foit pas totalement enbue , & qu’il en paroilfe encore le lendemain fur la furface : il faut un feau d'eau, qui contiendra trois pieds-cubes ou environ cent pintes de Paris pour deux Cuirs. On ne fe contente pas dans certains endroits d’avoir abreuvé une fois ; mais on a foin de tenir les folfes toujours abreuvées , & on les fonde de temps en temps pour lavoir fi elles ne font point trop feches.
- 8J. Les Cuirs tannent en folfe à trois écorces, que l’on donne à-peu-près de la même maniéré , mais avec quelques différences qu’il eft néceifaire d’indiquer*
- La première écorce s’emploie par fleur ; elle doit être fine, afin qu’elle ne boflelle pas le Cuir , qu’elle ne lui donne pas de faux plis : cette première écorce dure trois mois.
- La.fécondé écorce fe donne par chair , moins fine que la première, 8c fe change au bout de quatre mois : on peut faire durer cette fécondé poudre plus long-temps ; il n’y a que de l’avantage ; les Cuirs y font tannés à cœur , c'eft-à-dire , jufques dans l'intérieur.
- La troifieme écorce fe donne fur fleur ; on emploie de la poudre plus groflîere que dans la fécondé : on ne leve cette derniere écorce qu'au bout de cinq mois, ce qui termine l'année , au bout de laquelle le tannage doit avoir produit tout fon effet. Quelquefois on donne pour plus grande perfection une quatrième écorce , & alors on peut y lailfer les Cuirs plus long^ temps fi l’on veut.
- A chaque fois que l’on change de poudre, on ballaye chaque Cuir ; on le bat ; on le fecoue, pour que la vieille écorce n’empêche point la nouvelle de jetter fon feu dans le Cuir.
- 86, Dans des Fabriques très-confidérables on peut, à caufo de la grande quantité de Cuirs, combler fes folfes de Cuirs du même degré, enforte qu’on falfe une folfe entière de première poudre, une folle entière de fécondé poudre, &c. Mais cela eft impoflible chez le Fabriquant ordinaire qui n'a pas autant de Cuirs à tanner ; il eft obligé de mettre dans une même folle des Cuirs de première, de fécondé & de troifieme poudre ; il a feulement f attention de mettre au fond ceux du dernier degré qui font les plus avancés de tannerie, & les autres de fuite, jufqu’à ceux de première poudre qui occupent le haut ou la furface de la folfe , 8c qui font réfervés pour, defcendre enfuite à leur tour.
- Mais comme l'eau dont on abreuve le tan, fe précipite toujours vers le bas
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- de la folTe, 8c y entraîne la partie la plus aétive du tan, c’efl en bas que ia préparation des Cuirs avance toujours le plus ; & c’efl pour cela que lorfque dans unefoffeoù tous les Cuirs font de première poudre, on veut coucher en fécondé poudre, on met au fond les Cuirs qui auparavant étoient à la furface , pour qu’ils aient le même avantage qu’onteules précédents.
- 87. Cette humidité fi eflentielle dans les folfes, 8c qu’on devrait encore augmenter (py) 9 fe trouve au contraire manquer de temps en temps, lorf-qu il arrive qu’une foffe mal revêtue laiilè échapper l’eau ; les Cuirs relient alors prefque à fec, 8c ils réuffiffent fort mal ; aufli convient-on généralement qu’il eft très-important qu’une folfe ne fuie .pas ; c’efl pourquoi quelques Tanneurs ont foin de les abreuver 8c de les fonder (84.)
- - Oneft perfiiadé en France qu’il ne faut pas ouvrir les fofles fàns néeeffité $ que le contaél de l’air , le foleil , la gelée, l’oragetroublent l’opération du tan , 8c qu’il faut la lailfer finir fans l’interrompre : je ne penfe pas que cette attention foit fort utile,
- 88. La quantité d’écorce varie beaucoup, iùivant la qualité qu’elle a en différents pays : les Mémoires que nous avons eus du Languedoc demandent quatre fois le poids des Cuirs, c’eft-à-dire, deu^t cents livres d’écorce pour un Cuir qui doit pefer cinquante livres : c’efl: un peu plus qu’aux environs de Paris.
- A Sedan , les trois poudres font de quatrê-vingt^cinq , foixante 8c quinze, 8c foixante-cinq livres , ou deux cents vingt-cinq en tout, pour un Cuir qui aurait pefé cent livres à la raie , cinquante livres fec à l’oreille.
- Dans la Province de Breffe , où les Cuirs de Bœuf finis 8c prêts à vendre,1 fie pefent qu’environ vingt-trois livres l’un portant l’autre, on ne met gueres que trente ou quarante livres d’écorce en première poudre pour chaque Cuir ; les autres à proportion.
- 83. Les Cuirs à forge exigent ordinairement un peu plus d’écorce que les Cuirs à la chaux ; cela peut aller à un cinquième de plus. Pour un Cuir paffé, c’eft-à-dire , préparé à l’orge , & qui a pefé en poil cent livres, on met à Sedan quatre-vingt-cinq livres d’écorce pour la première fois ; foixante 8c quinze pour la féconde, & foixante-cinq pour la derniere écorce ; comme nous l’avons déjà remarqué : cependant il y a des Tanneurs qui difent que les Cuirs à la chaux exigent une quatrième poudre, c’eft-à-dire-, trois ou quatre mois de plus en foffe que les Cuirs à forge : cela vient probablement de ce que les paflements rouges qu’on donne aux Cuirs à forge (165) commencent plutôt à les difpofer & à les imprégner des parties falines du tan.
- ÿo. Dans les Tanneries où l’on fait du Cuir à la jufée(i9o),la première écorce eft moulue très-fine, parce quelle neft pas deftinée à fervir au-delà de la foffe ' les deux autres poudres qui, au forcir de la fofle, doivent fervir à faire des
- eaux;
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- eaux de tan pour les paiements (ipp), font moulues rondement 8c en gros; ce n'eftpas quel on ne pût tanner encore mieux, en employant toujours de l'écorce également fine. On le fait véritablement lorfqu'on a des eaux de tan fuffifamment, pour pouvoir fe paffer de celles qui fortent de la fofie ; jriais lorfqu'on en a befoin pour les paffements, il faut qu'elle foit plus groffe, fans quoi elle n'auroit plus d'aélivité, de fubftance, & de difpofition à fermenter lorfqu'elle auroit tanné ; elle auroit jetté dans le Cuir tous cesfels Sc toutes ces parties végétales qui font néceffaires pour la fermentation ; car une matière purement terreufe ne fermenteroit point , n’ayant pas des principes qui puifient fe combiner différemment, comme cela eft néceflàire pour la fermentation.
- 91. J'ai dit ci-delfus que lorfqu'on ne fait durer le tannage qu'un an , on obferve que le premier couchage ou la première poudre foit de trois mois ; la fécondé poudre , de quatre mois ; la troifieme , de cinq mois. L’expérience a appris que les Cuirs fe trouvent beaucoup mieux d'un long féjour dans la derniere écorce que dans la première : la raifon en eft affez naturelle ; un Cuir nouvellement couché pompe avidement 8c promptement la fubftance nourricière de cette écorce ; & lorfqu'elle eft ainfi privée de fes parties aétives , le long féjour qu'on lui laifferoit faire fur les Cuirs n'ajouteroit rien à leur qualité ; au contraire, la derniere poudre trouvant un Cuir déjà tanné, plus compaél & plus dur, a befoin d'un temps confidé-rable pour jetter fon feu, Sc pour fe dépouiller de tous fes fels ; d'ailleurs le Cuir ne peut pas fe gâter dans cet état, mais il pourroit péricliter dans la première écorce où il n'eft pas encore affez tahné, pour être à l'abri de la corruption ou de la fermentation des parties animales.
- 92. Parles articles 1349 Sc fuivants des anciennes Ordonnances du Comté de Bourgogne, il eft ordonné que les Cuirs de Bœufs feront couchés de trois écorces, chacune de trois mois, pour rendre les Cuirs bien tannés : que les Cuirs de Vache feront couchés de deux écorces, tant prime que fortes la première de trois mois, Sc la fécondé de quatre : que les peaux de Veau feront tannées de couche Sc non d'efquille : cela fait voir l'ancienneté de la méthode dont il s'agit ici.
- 93. En Auvergne, on donne trois écorces de quatre, cinq & huit mois. Dans certains endroits du Languedoc * on ne donne que deux écorces, chacune de fix lignes d'épaiffeur, Sc qui durent dix mois ou un an. Dans la Champagne ,1e tannage dure quinze ou dix-huit mois ; mais il y a des endroits ou l'on abrégé confidérablement : j'ai oui dire qu'à Saint-Angel en Limoufin, il y avoit des Tanneurs qui ne donnoient que deux mois de foffe : ce feroic un abus digne d’être réprimé par la vigilance des Magiftrats , Sc auquel les Ordonnances ont pourvu.
- 94. Après les trois écorces ordinaires, il y a des Cuirs qui en exigent;
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- nécefïairement une quatrième de quarante livres, pour trois mois : ce font les Cuirs ingrats de leur nature, fecs, appauvris , ou ceux qui auroient été manqués en paffement. Il y a des Cuirs veules, c'elt-à-dire, minces, auxquels on donne un peu moins d'écorce qu'aux autres, parce qu'ils n'ont pas autant de parties à nourrir.
- Quand les Cuirs manquent d’épailfeur & de fermeté après les deux premières poudres, on tâche d'y remédier en répandant avec la derniere écorce une demi-livre ou trois quarterons de poudre d'alun, répartie fur toute la folTe : c'étoit un des fecrets de M. Teybert ; & fi cette matière étoit alfez commune, ce feroitun avantage confidérable pour les Tanneries,
- Méthode des Anglais pour le Tannage.
- çj.Les fofles dont onfe fert à Londres font aulîî revêtues de bois, & même avec allez de foin, pour ne pas lailfer écouler l'eau dont elles font toujours pleines : on y met d'abord deux corbeilles de tan, qui font environ dix-huit boilfeaux de Paris, & cela pour une folfe de quinze à feize Cuirs ; mais on y revient à plulieurs reprifes.
- On met d’abord les Cuirs dans une folfe prefque épuifée , où ils relient un mois ; enfuite dans une fécondé, une troifieme & une quatrième : ils relient trois mois dans celles-ci : enfin dans une cinquième folfe, où ils relient un mois fans les remuer : il y a des puifàrds à côté de chaque folle pour former les premiers jus, Sc rejetter fur les Cuirs toute l'eau qui s'y filtre (100).
- Dans la fécondé, la troifieme & la quatrième folfe , on retire les Cuirs tous les huit jours , & on les rejette enfuite, après y avoir ajouté deux corbeilles ou dix-huit boilfeaux d'écorce très-fine, que l'on répartit & que l'on dillribue entre les Cuirs > làns cependant les plier ni les ranger , mais en les jettant au hazard dans l'eau, avec de l'écorce par-delfus.
- 96. Le total de ces opérations ne dure à Londres qu'une année au plus : s’il y a des Cuirs plus difficiles à tanner , on les lailfe plus long temps ; mais on m’a alfuré que cela ne va prefque jamais à dix-huit mois ou deux ans quoiqu'on foit perfuadé en France que les Tanneurs Anglois y employent beaucoup plus de temps (p8 ).
- Pour qu’un feul homme puilfe gouverner aifément un grand nombre de folfes, qui contiennent chacune vingt, trente, quarante Cuirs , plus ou moins , on marque fur des bâtons la date du jour où on les a mis en fofle , & le nombre de ceux qui y font ; on met enfuite ce bâton dans la folfe, où on le prend pour le confulter dans le befoin.
- 97. Cette méthode Angloife de tanner dans l'eau d'écorce ( & non paS dans une écorce prefque feche, comme on le fait en France ), ell peut-être
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- Ja fource de l'avantage confidérable que les Cuirs d'Angleterre font réputés avoir fur les nôtres : l'eau qui tient fans ceife en dilfolution les parties les plus pénétrantes & les plus ftyptiques du tan, & qui abreuve continuellement les Cuirs * doit les pénétrer plus facilement & plus intimement que de la poudre ou de la boue d'écorce qui eft feulement étendue par-ddfus : au relie , j'en appelle à l'expérience qu'on doit avoir de la bonté des Cuirs d'Angleterre , pour être juftifié ou contredit dans mon explication. Les Arts ont été fi peu étudiés & fi peu connus jufqu'ici, que les faits même les plus aifés à conflater , font contredits 8c rendus équivoques par ceux qui font intérefles à les contefter ; & peut-être que bien des Tanneurs diront que les Cuirs d'Angleterre ne valent pas mieux que les nôtres.
- De la durée du Tannage en France.
- 98. Les Tanneurs qui me paroiftent les plus finceres & les plus inftruits, conviennent qu'il faudroit lailfer les Cuirs dans l'écorce beaucoup plus longtemps qu'on ne fait en France , & qu'ils y prendroient plus de qualité & plus de force ; plufieurs font perfuadés que ces excellents Cuirs de Liege & d'Angleterre , qui palfent pour les meilleurs de l'Europe> y ont relié trois ans ou davantage : j’en ai vu qui foutenoient qu'en Angleterre la préparation d'un bon Cuir duroit quelquefois fix ans, & qu'en France même on y employoit autrefois ce temps-là.
- 99. Quelques Tanneurs fbutiennent cependant qu'il y a, même dans ce point-là, un excès à éviter, & un point de faturation, au-delà duquel un Cuir ne pourroit que perdre à relier en fofle : il y a une petite couleur verte que l'on apperçdit dans le milieu du Cuir lors de la coupe , & qui n'y relie-roit pas fi le Cuir étoit trop tanné : au lieu de cette fubftance verte , difent-ils, qui doit fe remarquer dans le milieu de l'épailTeur, on y trouvera une fubftance feche, dure, cornée & Ipongieufe , qui d'un côté prendaifément l'humidité, & de l'autre rend le Cuir très-calîànt.
- S'il eft vrai que le tan puilfe être liijet à un pareil inconvénient, il faut au moins convenir que dans l'état aétuel des chofes , c’eft un cas métaphyfique dont le Public n'a rien à craindre & dont l’intérêt des Tanneurs ne nous préfervera toujours que trop : l'envie de finir promptement leurs habillages ne leur a peut-être pas même permis d'en faire jamais l'expérience ; ils font trop prefles pour la rentrée de leurs fonds. Au relie, il faut convenir que s'il y a des Cuirs de Liege qui relient fi long-temps en folle , ce font ceux des Illes, qui étant d'une qualité différente des nôtres , peuvent exiger un plus long féjour dans l'écorce ; & peut-être que la maniéré de tanner en France (77) va moins vite que celle de tanner dans l'eau, qui en Angleterre n'exige qu’une année (96.)
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- Moyens d’abréger la durée du Tannage.
- 100. On a fouvent demandé & fouvent eflàyé de trouver une méthode qui pût abréger la durée du tannage ; le profit feroit confidérable, puifque fur cinquante Cuirs il y a d'abord à perdre fbixante & douze livres par an pour l'intérêt de fon capital, & que les emplacements qu'occupent chaque fofle font également onéreux aux Tanneurs, fur-tout à Paris où le loyer & le prix d'une tannerie eft un objet confidérable : voici un expédient qui tient à la méthode Angloife , Sc qui pourroit abréger confidérablement la duree du tannage. On fait que les récoulements avancent les leflîves, Sc que le jus de tannée fe forme Sc fe perfectionne en le faifimt repafler fouvent fur le même marc (200) ; on pourroit donc ménager dans un coin de la folle où l'on couche les Cuirs, un puilàrd formé avec deux planches , comme on le voit en G dans la Planche II, pour y introduire une pompe : on puiferoit par ce moyen le liquide filtré au travers de la tannée , toutes les fois qu'il fe feroit amalfé dans le puifard, deux ou trois fois la femaine s’il étoic nécef-faire, & on le reverferoit fur la folfe : ces filtrations réitérées feroient un moyen fur de tirer tout le parti poflible de cette écorce, d'en dilfoudre tous les fels, d'en imbiber & d'en pénétrer les Cuirs , de les. entretenir toujours moux & toujours ouverts , jufqu'à ce que le tan les eût pénétrés Sc abreuvés convenablement : l'expérience auroit bientôt appris à quel terme il conviendroit d'arrêter ces filtrations Sc ces reverfements , & il paroît certain qu'on gagneroit beaucoup de temps en embraffant cette méthode.
- toi. Je ne fai s’il n'y auroit pas encore un avantage confidérable à échauffer de temps en temps l'eau d'une folfe ; l'eau chaude dilfoud, ramollit Sc pénétré bien mieux que l'eau froide , Sc l'on en a déjà l'expérience dans les petites peaux ( 274. )
- 102. J'ai oui dire que M. Teybert mêloit de la poudre d'alun avec le tan qu'il mettoit dans fes folfes : il n'efl: pas douteux que cet ufàge contribueroit beaucoup à la dureté & à la force du Cuir ; mais cette fubftance n'efl; probablement pas alfez commune pour qu'on puifle en faire un ulàge fréquent dans un Art tel que celui du Tanneur : s'il exiftoit une matière auffi aftringente & ftyptique que l'alun, Sc en même-temps auffi commune que l'écorce de chêne,1 ce feroit celle qu'il conviendroit d'employer pour augmenter la force du Cuir , & abréger la durée du tannage.
- Maniéré de faire fécher les Cuirs.
- 103. Les Cuirs qui ont été aflez long-temps en fofle étant fuffilàmment
- cannés, on les fait fécher à l'ombre, fans les battre ni les balayer ; pour cela
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- on les étend fur perche, ou bien on les pend par la tête à des clous ; & afin que i’air donne par-tout également, on les tient ouverts avec un ou deux bâtons , foutenus par les ventres du Cuir : on doit avoir pour cela un grenier qui foit percé de plufleurs fenêtres , mais à l’abri du fbleil & du grand vent.
- Lorfque les Cuirs blanchiflent & quils deviennent plus roides, mais avant qu’ils foient tout à fait fecs , on les drefle ; pour cela on les étend fur un terrein net , on les frotte avec du tan fec pour en ôter la moififlure qui a pu s’y fermer , & on les frappe avec la plante du pied , ce qu’on appelle quelquefois parer le Cuir, principalement fur le côté de la chair , afin de le bien drefler, d’en applatlr les inégalités * les bofles , les faillies ; on les empile en obfervant que les bordages fe croifent alternativement tête à tête & queue à queue ; on les laifïe ainfi pendant un jour : s’il y a des Cuirs plus petits que d’autres, & par conféquent plus aifés à fécher, on en fait une pile féparée,
- 104. Le lendemain on remet les Cuirs fur perche, ou bien on les laide accrochés pendant l’elpace de quatre jours, pour qu’ils fechent encore mieux,' Les Cuirs prefque fecs fe mettent en prefle pendant vingt-quatre heures , c’eft-à-dire, qu’on les couvre de planches, & qu’on charge ces planches de plufieurs poids.
- S’il y a des Cuirs un peu trop mous ou d autres qui tirent du grain , on’ les maille, c’eft-à-dire , qu’on les bat avec une mailloche fur un billot de bois bien uni : le maillage contribue à les raffermir, a ies étirer, à les liffer ; il y a même des Tanneurs qui battent tous leurs Cuirs (107. )
- Les Cuirs ainfi drefles, preffés , maillés, & à-peu-près focs, fe mettent dans un lieu frais, où l’on a foin de les changer de fituation de temps à autre pendant trois femaines ; tantôt on les empile, on les charge, on les retourne * tantôt on les développe en forme d’éventail en mettant dos for bordage ; au bout de trois femaines ou un mois, ils font fecs & en état d’être employés.
- ioy. Quoique le Cuir foit bien fec, il ne peut que gagner à être encore gardé plus long-temps ; il lui faut un mois de cave pour le moins , afin que toutes les parties aéiives du tan aient achevé de pénétrer Sc d’agir ; qu’il n’y, ait plus aucun mouvement inteftin qui puiffe tendre à la dilfolution, & empêcher la durée & le bon ufage du Cuir.
- 106. Dans certaines Provinces les Cuirs à la chaux ne fe balayent que de fleur ; on leur laifle le tan qui peut y être attaché du côté de chair, & qui nourrit le Cuir quand il efh plié : on ne les bat point for la pierre ; on ne les ficelle pbint , parce qu’ils font entiers ; mais on les plie en deux , la fleur en dehors. En Angleterre, on ne les drefle point à plat comme l’on fait ici (108)*
- 107. Les Cuirs à forge font ceux qui ont le plus befoin d’être battus : lorfqu’ils font prefque fecs, on les étend for une pierre bien dreflee, envi~ ronnée de plufieurs hommes : chacun a un maillet de bois, & frappe à coups
- Tanneur, K
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- redoublés fur ce Cuir, pour le rendre plus compaél: & plus ferme : au lien d'une pierre à battre, il y en a qui fe fervent d'un billot de bois , & cela eft aflez indifférent : on voit en B -dans la Planche II, deux hommes employés à battre un Cuir. Si l'on a huit hommes à la fois, ils peuvent battre trente Cuirs dans leur journée, c'eft-à-dire, foixante bandes ; car les Cuirs font prelque toujours divifos en deux bandes.
- Cet apprêt eft très-important pour le Cuir : il y a une différence confia dérable entre la bonté d'un Cuir qui eft bien battu & la qualité d'un Cuir non battu : les Cordonniers jaloux de la bonté de leurs ouvrages , battent fortement & long-temps leurs femelles (239 ).
- ,108. Les Tanneurs Anglois donnent à leurs Cuirs dans le féchoir une façon1 particulière, qui revient à-peu-près au même, pour la bonté des marchandi--fes. Lorfque les Cuirs font étendus fur les perches, la fleur en dehors, on prend un petit maillet fait d'un bois très-dur & arrondi, avec lequel on frappe l'intérieur de la forface à coups redoublés dans tous les points ; on leur redonne ainfi la forme naturelle d'un Bœuf ou à-peu-près ; & c'eft fous cette forme que les Tanneurs ont coutume de les vendre. On fait la même opération 4e matin & le foir ; & fi les Cuirs fechent trop vite, on les arrofe avec un balai pour leur rendre 4a moiteur néceffaire, par le moyen de laquelle ils fe compriment & fe durciffent fous le maillet.
- Du tijju des Cuirs ? SC de leur qualité.
- 109. Le Cuir & généralement toutes les Peaux font compofées d'un grand nombre de couches de fibres , entrelacées en forme de réfeau , & qui fie coupent dans tous les fiens, comme je lai remarqué dans l'Art du Parchemî-nier, art. 2 : aufli le Cuir coupé dans tous les fens montre toujours le même afpeél, la même force , & paroît avoir fon droit fil de tout côté ; ilréfifte également en long ou en large.
- 110. Le Cuir bien tanné peut fe conferver très-long-temps ; il n'eft point fujet à la corruption : on a vu des Cordonniers le garder pendant quinze ans, fans qu'il eût perdu de fa bonne qualité ; mais il faut le garantir des inconvénients de l'humidité & de la féchereffe.
- irr. Les Marchands qui achètent beaucoup de Cuirs pour porter à la foire de Beaucaire ou autres femblables, ont foin de mouiller leurs magafins du haut en bas, pour conferver la fraîcheur & le poids de leurs Cuirs. Dans cet état, on obferve quelquefois que les Cuirs augmentent de poids enabforbant i'humidité de l'air, : cela arrive for-tout dans les Cuirs de Hongrie, qui contiennent beaucoup d'alun , comme nous dirons dans l'Art du Hongroyeur.
- 112. Pour connoître à la coupe fi un Cuir eft bien apprêté, on examine s’il a la coupe luifonte, le nerf ferré, s'il eft intérieurement d'une couleur de
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- noix de galle à l’épine, ou du dedans de la mufcade ; s’il a de la verdure 9 c’eft-à*dire, une tranche marbrée en dedans : la coupe doit le faire principalement à la gorge , au dos, ou vers la culée -, pour en bien juger, parce que ce font les parties les plus effentielles du Cuir.
- Ceux qui ont le dedans de la coupe terne , jaunâtre ou noirâtre, le nerf ouvert & ipongieux, & une raie noire ou blanchâtre au milieu , font de mauvais apprêt. Ceux qui paroifient comme de la corne dans la tranche, qui font roides., fecs, & qui rendent un certain fon clair, n’ont pas pris affez de tan.
- Les Cuirs qu’on aCcufe d’avoir été trop tannés, font ouverts, ipongieux, Légers, comme ayant été brûlés par la force du tan, & ne- paroiffent que d’une feule couleur brune à la coupe. Je crois que c’eft plutôt à la chaux -qu’à la folfe, qu’on devroit, ce femble, attribuer ce défaut.
- 113. On emploie aufli un moyen bien fimple pour diftingüer le Cuir mal apprêté ; c’eft une goutte d’eau verfée fur la fleur avec le bout du doigt, ou plutôt fur la tranche : fi cette goutte d’eau ne demeure pas parfaitement ^onde & quelle s’étende , c’eft une preuve que le Cuir eft mal apprêté , qu'il eft ipongieux, & fera de mauvais ufàge ; mais à dire virai, il faudroit que le Cuir fût bien mauvais & bien Ipongieux pour abforber tout d’un coup une goutte d’eau. Je crois que pour le bien diftingüer, il faudroit biffer le Cuir dans l’eau pendant quelques jours, après l’avoir bien pefé, le pefer encore au for tir de l’eau ; on jugeroit par l’augmentation de poids de fa qualité plus ou moins ipongieuie, lorfqu’on auroit reconnu une fois combien une femelle doit pomper d’eau en huit jours de temps, lorfqu’elle eft de la meilleure qualité, ou combien de temps il lui faut pour avoir abforbé par exemple une once pelant d’humidité.
- g) ES CUIRS A U ORGE*
- jï’4* Après avoir décrit le travail entier du Tanneur, félon la méthode la plus commune & la plus ancienne, nous allons reprendre la premiers partie de ce travail, pour expliquer les différentes méthodes qu’on a pour parvenir au même but.
- La première des deux grandes opérations du Tanneur (2) confiftoit autrefois à faire enfler les Cuirs, c’eft-à-dire, à dilater, à ouvrir leurs pores par l’humidité de l’eau de chaux (18), pour faciliter l’opération de la foffe qui devoir fuivre : on a trouve depuis, qu’une fermentation ménagée avec art & conduite avec précaution , pouvoit produire cet effet en moins de temps, & d’une maniéré plus parfaite : cette méthode confifte à faire aigrir une pâte de farine d’orge, qu’on délaye enfuite, & dans laquelle on fait tremper les Çuirs : cette eau aigre établit dans les Cuirs une fermentation acide, qui
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- éo A RT DU T AN N E U R.
- dilate & gonfle les Cuirs fans les brûler & fans les affoiblir, comme doit
- faire la chaux (48. )'
- iry. Cette méthode générale fe divifera ’en piufieurs tranches, parce qu’elle fe pratique de piufieurs maniérés différentes : nous expoferons fuccef fivement toutes-celles dont nous avons pu avoir connoiffance ( lar, 126 ; J54 ) •> après quoi nous parlerons des Cuirs à la jufeé, qui fe préparent fans le fecours de la farine, par une autre forte de fermentation (rpo.)
- 116. Les Cuirs qu’on veut préparer à forge, doivent être désignés s’ils font frais (13)5 défalés fi ce font des Cuirs fecs & falés ; ils doivent être amollis par le trempement, le craminagè & le foulage ( 1auffi bien que les Cuirs qui doivent être habillés à la chaux.
- Il importe Cur-tout de bien travailler deriviere lorfqu’on fait des Cuirs à l’orge ; il faut que l’eau en forte claire , & que la partie gommeufe en foit bien exprimée, parce quelle empêcheroit la fermentation des paffements d’orge (117) '9 en enveloppant de fon mucilage les parties infenfibles dont le mouvement inteftin produit la fermentation. J’ai fu que les premières expériences de Teybert avoient manqué, parce qu’il y avoit eu de la colle dans les cuves dont il s’étoit fervi.
- i iy. Quand les Cuirs font bien trempés 8c amollis, il s’agit de les faire gonfler par le moyen de la fermentation acide. On fait affez que la farine détrempée avec de l’eau^ telle que la pâte ordinaire dont nous faifons le pain, eft fujette à -fermenter de à s’aigrir ; que dans cet état la pâte s’enfte, s’élève, s’échauffe ; tel eft l’effet que l’on produit dans les Cuirs au moyen de l’orge détrempée avec de l’eau, ce qu’on appelle un Patentent, ou Bajjement d’orge* Le mot de bajjemertt s’eft introduit dans bien des endroits par un vice de la prononciation des étrangers, ou peut-être à caufe des cuves baffes 8c enfoncées ^en terre, qu’on ëmployoit d’abord pour faire la compofition: aujourd’hui on la fait dans dés cuves ordinaires de quatre pieds de hauteur fur autant de diamètre. Le terme de pajjement, qui eft le plus exaét & le plus conforme à l’étymologie , vient du mo t pajjer, qui fignifie en général travailler, une peau ; & c’eft le terme que j’ai cru devoir préférer.
- il 8. On met environ cent ou cent dix livres d’orge pour faire un pafîe-ment de huit Cuirs, en fuppofimt des Cuirs médiocres qui pefent vingt-cinq livres quand ils font fecs à l’oreille, ou cinquante livres à la raie : les uns mettent toute la farine à la fois, lorfqu’ils veulent mettre les Cuirs en paffe** ment ; les autres font un levain la veille avec vingt-cinq livres de farine & une chaudière d’eau chaude, 8c n’ajoutent le fiirplus de la farine que douze heures après ; quelques-uns y mettent un peu de vinaigre pour accélérer la fermentation : trois ou quatre bouteilles de vinaigre, verfées en différents temps fur un paffement, y confervent la fraîcheur 8c l’acidité néceffaire poi*r, une bonne fermentation*
- irp. Le$
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- np. Les Cuirs à l’orge fe coupent ordinairement en deux bandes avant d’être mis en paiement, au lieu que les Cuirs à la chaux fe confervent affez communément de toute leur grandeur.
- I2Q. Dans quelques endroits, les Cuirs à l’orge font environ fix femaines en été , 8c jufqif à trois mois en hyver dans le pafTement, avant que d’être fuffifimment enflés : tous les jours on les leve pendant l’efpace de deux ou trois heures fur des planches qui font au bord de la cuve, & on les rabat enfuite : on fait que le contaél de l’air facilite 8c entretient la fermentation.
- On voit en A dans la Planche II, des Cuirs qu’on releve fur le bord des cuves ; 8c en E > ces mêmes Cuirs qui s’égouttent, & qui font empilés.
- 121. Pour préparer les Cuirs à l’orge du côté de Sedan, on emploie neuf ou dix petites cuves, contenant environ fix muids : chacune de ces cuves a fon degré de force différent ; celle qui a travaillé une fois, devient d’un degré inférieur ; & au lieu d’être la dixième, elle n’efl plus que la neuvième pour les Cuirs fuivants : celle qui a travaillé deux fois eft la huitième , 8c ainff de fuite jufqu’à celle qui ayant fervi neuf fois devient la première dans l’ordre des apprêts 8c la plus foible de toutes.
- 122. Dans la première eau d’orge ainfi affoiblie & qui a déjà fervi neuf fois, on jette d’abord cinq Cuirs qui y demeurent un ou deux jours ; de là ils paffent dans la fécondé cuve, qui eft un peu plus forte , c’eftd-dire, un peu plus aigre, parce quelle n’a fervi que huit fois, 8c ainfi de toutes les autres que les mêmes Cuirs parcourent fucceflivement.
- Quelquefois on ne conduit les Cuirs que jufqu’à la troifieme ou à la
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- fécondé cuve, lorfqu’on leur trouve affez d’activité pour qu’il foit inutile d’en faire une nouvelle.
- 123. L’eau aigre de la première 8c de la plus foible des cuves qui a fervi dix fois , n’efl: pas toujours abfolument épuifée ; tant qu’elle paroît fuffifànte pour cette première préparation, on la conferve, & ainfi des fuivantes : il n’en eft pas de même des eaux de tan qui fervent pour le Cuir à la jufée , on ne les conferve pas au-delà du terme fixé ; 8c à chaque fois on vuide la cuve la plus baffe qui fe trouve avoir fervi dix fois, fi l’on a employé dix cuves : nous en parlerons lorfqu’il fera queftion de la jufée ( 256).
- 124. Dans plufieurs autres Provinces , on fe contente de trois cuves pour un habillage , & l’on forme trois paffements , le mort, le foible & le neuf, de la maniéré fuivante : Les Cuirs qui font fuffifàmment amollis (116) s’abattent dans un paffement mort jufqu’à ce qu’ils quittent leur poil ; car tout de tftême que les pleins morts ne fervent d’abord qu’à débourrer les Cuirs (26) y de même les paffements morts s’emploient pour difpofèr les Cuirs à des paff fernents neufs, & pour faire tomber le poil.
- I2y. Après un ou deux paffements, le poil étant difpofé à quitter, on débourré les Cuirs fur le chevalet ( 26) avec le couteau rond ou fourd, 8ç on
- Tanneur. L
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- les jette enfuite dans l'eau claire pendant douze ou vingt-quatre heures , fuivant le befoin qu' ils en ont. On retire les Cuirs de l’eau ; on les met dans un paifement foible, ou on les abat une fois chaque jour, jufqu'à ce qu'ils pa~ roiffent avoir pris du corps. Lorfqu'ils ont alfez de paifement foible, on les décharné (37) ; après quoi on les jette à l'eau pour l'efpace d'environ fix heures ; ceftce que les Ouvriers appellent le trempement du foible.
- Le troifieme paifement doit être un paiement neuf, compofé, coirw me nous l'avons dit (ïi8), d'environ douze livres de farine d'orge pour un Cuir qui doit pefer vingt-quatre livres étant fec : on prend d'abord le quart de cette farine pour en faire un levain ; de lorfque ce levain commence à monter, ce qui arrive au bout de quelques heures, à moins que le grand froid ne ralentilfe la fermentation : on délaye ce levain avec la farine dans une cuve qui contient autant d'eau qu'il en faut pour les Cuirs qu’on veut y mettre : on leve les Cuirs de ce paifement neuf, Se on les abat chaque jour, jufqu'à ce qu'ils aient acquis le renflement néceflàire.
- 126. Les procédés ci-defliis fontdiverfifiés ou Amplifiés fuivant les lieux; on ne peut ni on ne doit établir de réglé générale pour ces fortes de détails j ce feroit étouffer la réflexion & l'induftrie, arrêter le progrès des découvertes & de l'expérience.
- Par exemple, à la Manufacture de M. Barois Se Compagnie, près l’Eglife Saint Hippolyte , Fauxbourg Saint-Marceau, on conduit à la fois cinq trains qui font de quatre cuves chacun ; ces cuves ont trois pieds de hauteur fur quatre pieds & demi de diamètre : dans chaque cuve on met huit Cuirs , & par conféquent chaque train efl: de trente-deux Cuirs : on a foin de relever; ou racoutrer deux fois le jour tous les Cuirs qui font en paifement.
- Tous les quatre jours, on fait un paifement neuf dans une des quatre cuves , c'eft-à-dire, dans celle dont le paifement et oit le plus foible ; après avoir jette ce vieux paifement & lavé la cuve , alors le troifieme paifement devient le dernier ou le plus foible ; & celui qui étoit le premier Sc le plus fort, fe trouve être le fécond.
- Les huit Cuirs qui entrent tous les huit jours dans chaque train, fe mettent; en arrivant, huit jours dans le quatrième paifement, qui efl: le plus foible; quatre jours après, dans le troifieme paflement, qui fo trouve également foible ; enfuite dans le fécond & dans le premier : au bout de feize jours on les pele {26), & l'on recommence à les mettre dans les quatre autres palfements.
- Us reçoivent d'abord une chute de paifement neuf, c'eft-à-dire, unpaifè-ment qui n'a fervi qu'une fois ; quatre jours après, une autre pareille chute de paifement neuf, qui a fervi auflî quatre jours ; enfuite deux palfements abfolument neufs , & quelquefois un troifieme paifement neuf : ainfi un Cuir fait deux fois le tour des quatre cuves. La même cuve où il entre en venant de chez le Boucher, eft celle d’où il fort pour aller dans le paifement rouge.
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- Chaque paflement neuf pour huit Cuirs, tels qu'on les travaille à Paris, eft de dix boifleaux rafes *, ou cent trente livres d'orge moulu, plus ou moins ( 118) : le levain fe fait la veille avec trois de ces dix boifleaux, qu'on met dans de l'eau chaude.
- Cet intervalle de trente-deux jours fuffit pour conduire des Cuirs au degré convenable de préparation , foit en été , foit en h y ver ; mais en hyver on y emploie quelquefois de l’eau chaude pour accélérer la fermentation : on mettra, par exemple , cinq ou fix féaux d'eau chaude dans un paflement.
- A l'égard de la quantité de tan qu'on emploie enfuite pour ces. Cuirs a l’orge , un Cuir de cent livres à la raie prend environ deux cents livres d'écorce, lavoir, cinquante en paflement rouge (165) fcixante en première poudre, cinquante en fécondé poudre, & quarante en troifieme poudre r dans d'autres endroits, on la diftribue en corbeilles d'environ quarante-cinq livres ; on met (pour huit Cuirs) trois corbeilles dans le palfement rouge^ feize en première poudre, & huit dans chacune des deux autres poudres.
- 127. Les Cuirs étant fufElàmment renflés dans les paflements à l’orge, qu'on appelle paiements blancs , on les met en rouge.
- Le palfement rouge n'eft compofé que d'eau claire, avec deux ou trois poignées d'écorce entre chaque Cuir.
- Les Cuirs relient en état pendant trois ou quatre jours, au bout defquels on leur redonne encore autant d'écorce dans le même palfement : trois autres jours fuffifent alors pour les mettre en état d'être couchés en fofle de la même maniéré que les Cuirs à la chaux (90) : ces paflements rouges leur donnent un degré de fermeté néceflàire, pour que l'aélion du tan dans la folfe ne furprenne pas les Cuirs , & ne les racornifle pas trop, promptement» Voye%_ art, 165.
- 128. Ce que nous venons de dire de la méthode ordinaire des Cuirs à ï'orge > eft fuffîfant pour guider des Tanneurs habiles qui n'en connoîtroient pas le procédé ; mais nous ne devons pas diflimuler qu'il faut de l’habitude & de l’intelligence pour connoître fi un Cuir eft alfez enflé, & pour conduire des paflements. Nous allons entrer dans un détail encore plus circonf-tancié pour la méthode des Cuirs de Valachie, parce quelle eft encore moins connue que la précédente,.
- Des Cuirs façon de Valachie, qui fe préparent par les pajfements
- chauds.
- r
- ï 29. Les Cuirs à l'orge préparés dans une feule cuve chaude, font appelles quelquefois Cuirs de Valachie, parce que l'on prétend que la méthode nous
- * Le feptier d’orge ouïes 12 boifleaux en grain, 1 mais il va quelquefois de $ üv. jufqu’a 10, & rendent 19 j livres de farine, ou 1 y à 16boifleaux J au-delà : le feptier de froment va de 15 à 18. de farine ; le feptier de grain coûte 7 liv. en 1763 5j
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- êft venue des Valaques : ce font des Peuples tributaires du Turc , Sc qui habitent fur le bord du Danube * entre la Bulgarie & la Pologne ; ils font gouvernés par un Prince ou Defpote particulier : le Prince Mauro Cordato les a rendus alfez célébrés ; Sc de fon temps les Arts Sc même les Sciences étoient connus dans fon pays ': c’eft delà qu'on prétend avoir reçu la méthode des Cuirs de Valachie, qui confifte à mettre les Cuirs dans un paffement bien chaud pendant l’efpace de-trente heures. Nous allons entrer dans le détail de cette méthode, telle queM. Teybert la propofa en France en 1747.
- 130. Après que les Cuirs font revenus ou ramollis dans l’eau (13 ), en les foule aux pieds, Sc on leur paffe le couteau rond fur chair, afin de les rendre fouples ; on les rince enfuite*de nouveau pour les nettoyer de toutes les ordures qui pourroient les piquer, & on les met égoutter fur des perches.
- Après cette opération , il faut examiner, foit fur la perche, foit au flottage, fi le poil fe détache aifément, ce qui peut arriver en été Sc dans les pays -chauds, fins autre préparation : dans ce cas on pourroit les dépiler fur le chevalet ; hors delà il faut les faier, comme nous le dirons bientôt (133 ) , pour les mettre en état de pouvoir être pelés*
- Méthode pour faire tomber le poil.
- 13 r. Lorsqu’on a des peaux fraîches qui viennent de la boucherie , Sc dont 41 faut faire tomber le poil, on fe fert de la fermentation : dès qu'on a coupé les queues, les cornes & les oreilles, on fale les Cuirs fins les mettre tremper.
- La filaifbn d’un Cuir fort confifte à répandre deux ou trois livres de fel de morue , d’alun & de filpêtre fur chaque moitié de Cuir ; on renverfe Tautre moitié fur celle qui a été filée, & on les applique l’une fur l’autre le plus également qu’il eft pojflible.
- Les Cuirs étant ainfi filés, on les met en pile les uns lur les autres ; on couvre la pile avec de la paille ou avec un gros fie : dans cet état ils commencent bientôt à fermenter Sc à s’échauffer ; on les retourne une ou deux fois par jour , en changeant de plis Sc de côté, pour que la fermentation foit uniforme, Sc qu’il n’y ait pas de parties plus endommagées que d’autres.
- 13 2. Cette fermentation difpofe le poil à fe détacher ; on n’attend pas qu’il tombe de foi-même, ou qu’il foit trop aifé à arracher ; on courroit rifque de laiffer endommager la fleur du Cuir.
- Si quelque obftacle empêchoit de pouvoir faire la dépilation le jour ou les Cuirs font affez échauffés, il faudroit les jetter dans l’eau pour un jour pu deux, mais pas davantage ; car ils feroient en rifque même dans l’eau.
- Lorfqu’on apperçoit que certaines peaux font plutôt échauffées que les autres, on a foin de les retirer de la pile, Sc d’y laiffer celles qui ont encore befoin de l’échauffe.
- 133. On
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- 133. On peut aufli faire tomber le poil par réchauffement, fans employer le fel ; il ne s’agit que de plier en chair, patte fur patte, Sc bien exactement, chaque Cuir qu’on veut mettre en échauffe , les coucher l’un fur l’autre fur ttn Üc de paille de litiere ( elle eft plus fouple & plus propre à la-fermentation que la paille neuve ) ; on leur fait enfuite une couverture de la même paille, mais en plus grande quantité que deffbus les Cuirs , & dans cet état on leur, laiffe palfer un jour.
- 134. Le lendemain on les change de côté ; une partie de la paille de deffus fert à faire un lit plus mince fur lequel on les recouche , en commençant pat celui de deffus ; le relie de la couverture, avec la paille qui leur fer voit de lit, s’emploie à les recouvrir ; on les laiffe encore un jour dans ce fécond état, plus ou moins, fuivant que le poil eft plus ou moins adhérant : & comme il feroit dangereux de les laiffer trop échauffer , on a foin de les vifiter deux fois le jour, pour examiner le moment où le degré de fermentation fera fuffifànt pour faire quitter le poil, & non au-delà.
- 135. Il faut que le poil crie lorfqu’on Larrache, Sc faffe une réfiftance médiocre ; il fuffit qu’on puifle l’arracher à force de poignet : plus la dépilation eft dure , mieux le Cuir s’en trouvera ; parce qu’il n’aura point été attendri par l’échauffe.
- Si , avant de mettre les peatix en échauffe , on apperçoit des endroits dont le poil ait quitté , il faut les b affiner avec une éponge ou un linge détrempé d’eau & de fel, pour empêcher qu’ils ne s’échauffent davantage avant que le refte du poil foit difpofé à tomber,
- 135. En employant du fumier bien chaud , on abrégeroit de moitié la durée de réchauffement ; mais il faudroit y enfouir totalement les Cuirs, Sc veiller avec grand foin fur le moment précis où le poil feroit prêt à quitter, ,
- 137. Le meilleur feroit encore de fupprimer totalement cette opération, parce qu’elle eft dangereufe pour peu qu’on la manque, parce qu’elle attendrit trop les Cuirs, & parce que l’on peut y fuppléer, foit en rafant les Cuirs ( 147, 194 ), foit en obfervant le temps où le poil fe difpofe à quitter, de lui-même deux ou trois jours avant le point de rebattue , c’eft-à-dire , avant le temps où les Cuirs font en état d'entrer en paffement. ( Voyes aufli l’art. 171 ).
- Méthode pour compofer les Paiements.
- 138. Tandis que les Cuirs s’échauffent, on prépare un levain avec fle la farine de bon froment pour les faire gonfler : vingt livres de farine ayant ete délayées dans de l’eau Sc pétries comme de la pâte de pain avec un peu
- vieille pâte , on y ajoutera, fi l’on veut, un demi-feptier ou huit onces de Tanneur3 M
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- vinaigre pour développer l’acide avec plus de promptitude , Sc on laiffera ce levain bien couvert & à une douce chaleur pendant deux , trois ou quatre" jours fans y toucher, couvert d’une toile ou d’une étoffe de laine ; alors il fera fuffifamment aigre Sc propre à former la compofition dans laquelle les Cuirs doivent gonfler. Les vingt livres de farine que nous avons prefcrites pour le premier levain , fufKront à fix ou fept grands Cuirs de quatre-vingts livres à la raie , ou à neuf ou dix Cuirs de jeunes bêtes : ces vingt livres de farine produiront trente livres de levain , parce qu’il y faut un tiers d’eau chaude pour la pétrir.
- 139. M. Guimard , Infpeéleur , qui travailla en 1748 d’après les principes de Teybert, reconnut qu’un premier levain fans vinaigre pouvoit fuffire, Sc qu’on devoit l’employer le lendemain ou le furlendemain, parce que fuivant là remarque des Boulangers , le levain perd au lieu d’acquérir de la force quand il a paffé les vingt-quatre heures, ou deux jours en temps froid; Lorique le levain eft bien aigre, il s’agit d’entreprendre la compolition ; on' emploie à cet effet une cuve de cinq pieds de diamètre fur trois pieds de ^hauteur : il fuffit d’une feule cuve pour un travail de fix Cuirs ; mais fi l’on veut en conduire un plus grand nombre , il faut employer plufieurs cuves Semblables.
- 140. Les cuves que l’on.emploie doivent être Bien nettes Sc bien purgées des matières étrangères qu’on y auroit pu mettre auparavant, telles que la chaux, la colle, l’huile, ou autres fubftances qui ne font point propres à la fermentation acide qu’il s’agit de produire.
- On remplira chacune des cuves qui doivent fervlr à faire des pafiements^ jufqu’à la moitié de leur hauteur, avec de l’eau claire Sc nette : on retirera de chacune de ces cuves fix ou fept féaux d’eau , que l’on mettra dans une chaudière fur le feu : lorfque cette eau fera bien bouillante , on en prendra une portion,avec laquelle on délayera dans un vaifleauparticulier environ foixante livres d’orge moulue , pour chaque paffement de fix grands Cuirs. On aura foin de bien écrafer tous les grumaux, qui feroient de la matière perdue & fansaélion , & l’on achèvera d’éclaircir cette pâte avec de l’eau froide, jufqu’à laconfiffance d’une pâte que l’on deftineroit à faire de la forte colle.
- 141. La pâte ainfi délayée fe remet dans la chaudière ; on la remue fans interruption avec un bâton , pour empêcher que la farine ne fe dépole Sc ne fe brûle au fond de la chaudière, Sc on la lafffe bouillir à gros bouillons* de façon qu elle s’élève jufqu’à trois fois.
- On répartit cette colle de farine dans les cuves deffinées aux païïements ; on la remue avec une pèle, d’abord à droite, enfuite à gauche, pour faciliter le mouvement inteffin qu’on fe propofe de produire : la derniere fois qu’on change de main* il faut oppofer la pelle à la circulation du liquide
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- ART DU TANNEUR, 4?
- pour l’arrêter brufquement ; cela aide la fermentation : les Culfiniers lavent bien qu’on fait tourner le lait en le remuant des deux fèns.
- 142. Les paiements étant ainfi compofés d’éau & de farine , on retire de chacun un ou deux féaux de cette compofition -, qu’on remet fur le feu pour le levain , & l’on couvre, en attendant avec des planches bien jointes les cuves des palfements.
- Auffi-tôt que la compofition commence à frémir fur le feu , même avant le premier bouillon, on retire la chaudière de deffus le feu, & l’on fe fèrt de cette compofition pour délayer dans un vaiffeau féparé le levain de froment qui a été décrit ci-deffus (138). Ce levain ainfi délayé avec la compofition d’orge , fie verfe fur les cuves à parties égales ; quelquefois auffi on le fait chauffer pour augmenter la chaleur de la compofition.
- 143. Ces cuves ou paffements doivent être chauds, de maniéré Cependant •que l’on puiffe y tenir la main jufques à la moitié du bras fans un élancement douloureux : on répand fur chaque cuve fix livres de fel, on les remue , 3c on les couvre de nouveau pour les iaifïer aigrir pendant dix ou quinze jours ; on a foin de les remuer 3c de les brouiller toutes deux fois le jour ; mais on les recouvre auffi-tôt, de peur qu’un air trop froid n’arrête ou n’interrompe la fermentation. Le fel dont nous venons de parler paffe pour être très-né* ceffaire , afin de corriger l’acide de la compofition : on a vu des Cuirs qui avoient tous leurs bordages rongés pour avoir gonflé fans fel.
- J44. Les Cuirs qu’on a mis en échauffe ayant été dépilés avec le couteau rond ou la queurfe j le fable ou la cendre ( 26) , on les porte dans de l’eau claire & courante pour les bien laver, tête en queue & queue en tête , tant en fleur qu’en chair ; on les enfile trois à trois à un bout de corde ; on les lance, comme un épervier, bien avant dans l’eau , où ils enfoncent aifement ; on les y laiffe quatre a cinq jours, jufqu’à ce qu’ils foient fuffifàmment rebattus, ayant attention de les en tirer deux fois le jour, de les rincer, les laiffer égoutter un moment, 8c les lancer enfuke de nouveau dans l’eau : par ce moyen l’on évite le limon que l’eau charrie toujours avec elle, & qui féjournant dans les Cuirs pourroit les piquer. Les Cuirs qui n’ont pas été ainfi rebattus pa-roiffent tirer du grain, ce qui marque dans cet état-là un défaut de fou-pleffe ; ils font auffi plus durs à tanner.
- iqy. Au défaut de rivieré , on peut faire rebattre les Cuirs dans un baffin ou dans des cuves , en les changeant d’eau tous les jours : il faut qu’on les ait ramollis au point que la fleur même foit fouple, & qu’en appuyant l’ongle deffus la fleur, elle y laiife là trace ; les peaux parodient auffi un peu jaunes quand elles ont été bien rebattues, & fouvent on y apperçoit de petites taches violettes. Les Cuirs étant bien rebattus, on les écharne, foit avec le demi-rond, foit avec la faux , qui eft plus ufitée en Allemagne.
- 146, L’écharnement ou décharnement n’eft pas une opération elfentieile ;
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- il n’ajoutc rien à la qualité ; mais c’eft un travail de propreté. Déchaîner 'au vif ou découvrir la veine , c’eft enlever à force de bras & avec le demi-rond toutes les pellicules , les parties de chair, & autres chofes inutiles qui tiennent aux peaux, de maniéré que le côté de ia chair paroifle auffi blanc pour ainfi dire , auffi uni que la fleur(37^.
- 147. Après avoir décharné au vif, il s’agit de rafer les Cuirs, parce qu’or-dinairemenc la dépilation n’a pas été faite fi exactement qu’il n’y refte quelques duvets , que l’on eft obligé d’enlever avec la faux, inftrument beaucoup' plus tranchant que le couteau rond ou la queurfe , qui fervent à dépiler.
- Pour rafer les Cuirs, il faut faire néceffairement une couche,c’eft-à~dire, étendre fur le chevalet plufieurs peaux, fur lefquelles on mettra celle qu’il s’agit de rafer ; au moyen de cette couche la peau obéit & s’étend, de façon que la fleur ne court aucun rifque : fi l’on rafoi-t les peaux fur le chevalet à tiud, il arriveroit que le couteau trouvant de la réfiftance coupe-roit la fleur. Après avoir jetté un feau d’eau fur la couche pour la laver, on paffe la peau du côté de la fleur avec le demi-rond pour en faire fortir la crafle 8c en tendre le nerf. Le couteau à deux manches que les Hongroyeurs appellent la faux, vaut mieux pour le rafement que le couteau à^ écorner dont les Tanneurs fe fervent ordinairement, quoique bien aiguifé.
- Mais il faut bien lavoir manier la faux, ce qui n’eft pas donné à tous les Ouvriers ; il faudroit, pour ainfi dire, avoir fait un apprentiflàge femblable à celui d’un Barbier pour bien rafer les Cuirs. Pour plus de facilité dans les déchaînements 8c le rafement, il eft bon de tenir dans l’eau , pendant l’opération, les couteaux dont on ne fe fert pas actuellement.
- S’il furvenoit des jours de Fêtes ou autres obftacles qui empêchaffent le déchaînement 8c le rafement, on pourroit fufpendre le travail pour quelques jours en mettant les peaux dans de l’eau fraîche, fur-tout en eau de puits; c’eft la plus propre à fufpendre la fermentation*
- A mefure que les -peaux font rafées, on les met dans de l’eau claire; 8c quand le rafement eft achevé,, on les rince 8c on les porte égoutter fiir perche pendant vingt-quatre heures. Si l’on veut récouler les peaux fur le chevalet, on fera difpenfé de les laiffer ainfi Fur perche pendant vingt-quatre heures.
- 148. Pendant qu’on rafe les peaux, ou même auparavant, on compofe un fécond levain de la même maniéré que celui dont il a été parlé ( art. 138 ) ; on y emploie feulement fèize livres de farine pour fix Cuirs, au lieu de vingt livres qu’on mettoit dans le premier levain ; 8c l’on met ce fécond levain comme le premier, dans un lieu chaud , propre à y exciter la fermentation^ Les feize livres de farine feront vingt-cinq livres de levain à-peu-près.
- 149. On tranfvafe enfuite la liqueur aigre 8c claire de la première compo-
- fition(i42); on en jette le marc, 8c Ton remet le clair dans la cuve oit
- doit
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- doit (q faire le paiement , pour en former une fécondé Compofition , qu’on appelle le complément, & qui fe fait comme la précédente.
- La cuve contenant ainfi de l’eau claire & aigre , on puife dans chacune fix à fept féaux, que ion remet dans une chaudière fur le feu ; lorlque cette eau -a bouilli jufqu’à selevér trois fois , on en retire une partie pour y démêler encore cinquante livres d’orge moulue , c eft-à-dire , environ huit livres pour chaque Cuir ; on y verfera peu à peu le relie de là liqueur chaude.
- Cette liqueur ayant bien délayé la nouvelle farine d’orge , on remettra le tout dans la chaudière , 8c après l’avoir fait bouillir légèrement , on la répart tira toute entière fur les palfements.
- ifo. Les palfements ayant été bien remués avec la nouvelle eau d’orge* on en retirera un feau ou deux, qu’on mettra chauffer : lorfque cette eau frémiraon y délayera le fécond levain (148) fait ci-devant avec feize livres de farine, 8c l’on verfera ce fécond levain, ainfi délayé dans différentes cuves 1 on ajoutera à ces nouvelles cuves cinq à fix livres de fel, comme on fa die des autres cuves (143.) ; on remuera bien les palfements ; on en lèvera deux ou trois féaux pour remettre fur le feu pendant tout le gonflement ; on en ôtera aufli plufieurs féaux pour mettre en réferve , en forte qu’il ne reliera que huit pouces de liquide. Les attentions qufon a preferites ci-delfus pour, faire le principe de compofition ( rqi) , doivent être également obier vé es dans ce fécond travail , qu’on appelle le compléments
- lyi.Si cette maniéré deprocéder par deux orges & deux levains, pour former un palfement blanc , paroifîoit trop embarrallànte, on pourroit fans doute y parvenir plus Amplement ; employer tout de fuite trente livres de levain , cent vingt livres d’orge, 8c dix livres de ici pour chaque palfe-ment qui doit fervir à fix Cuirs : mais je décris ici avec une extrême exaéli-tude, à telle fin que de raifon -, le procédé apporté par Teybert, dans lequel on^trouvera peut-être un fcrupule myllérieux.
- Les Tanneurs à forge, dans la méthode ordinaire ( 118), emploient en une fois dans leur premier palfement neuf, àq>èu-près forge que nous employons ici en deux fois 5 mais ils font quelquefois obligés, quand le ut premier neuf ne fuffit pas, d’en faire un fécond, ce qui augmente beaucoup la dépenfe ; ainfi la méthode de Valachie efl moins coûteufe, en même-temps quelle efl plus courte.
- r y 2. Lorfque le fel aura été mis dans les palfefnentS, oh les remuera béait*-coup ; on ôtera de chacun deux ou trois féaux de matière liquide, qu’on confiervera dans une chaudière fur un feu modéré pendant le temps que les Cuirs feront en paflement ,afîn dé les reverfér fur les cuves , & en confèrver la chaleur ; on en retirera enfuite plufieurs autres féaux pour mettre dans une cuve de réferve, de façon qu’il n’en refie dans chaque palfement qu’autant qu’il en faut pour couvrir les Cuirs qu’on y doit mettre.
- Tanneur, N
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- 153. M. Guimard a affurë d’après des expériences faites à Pau en 1748, qu’il valoit mieux faire la composition d’une feule fois , que de la faire en deux , par principe & complément (149) ; en effet, indépendamment du temps qu’on y emploie & du bois qu’on y confume, il peut arriver que le complément fait avec de la nouvelle orge émouffe les'acidesdu principe, qui avoient déjà commencé à fe développer ; dès lors l’effet deviendra plus lent, & l’on feroit obligé,pour rétablir une bonne fermentation, d’y foutenir un degré de feu, d’ailleurs préjudiciable aux Cuirs/
- jyq. Pour faire la compofition tout d’une fois, on s’y eft pris de différentes maniérés, qui ont à-peu-près également réuffi.
- i°. Avec de l’orge ou avec du feigie moulus ( fans aucun levain ) , & qui avoient été préparés la veille avec de l’eau bouillante.
- j2°. Avec parties égales d’orge moulue & de levain, délayées dans une eau prefque bouillante , c’eft-à-dire, frémidante, au moment qu’on veut y mettre les Cuirs.
- 30. Avec du fon de froment, un demi-boiffeau fur chaque Cuir, fans levain. On abreuve ce fon avec de l’eau chaude ; on le laiffe fermenter pendant un jour ; on y jette une livre de fiel pour chaque Cuir , dans le temps même qu’on veut les mettre en gonflement.
- 40. En employant aufïï du levain d’orge ou de feigie, qui coûte moins que celui de froment , dont nous avons parlé (138), & il fuffit de fix ou huit livres de grain moulu par Cuir. Lorfque ce levain monte, il efl temps d’en faire ufàge ; Sc pour l’employer, il ne faut que le délayer dans une eau plus que tiede, & y jetter du fel comme ci-devant, au moment qu’on veut y mettre les Cuirs.
- Méthode pour gouverner les Paiements.
- T y y. Lorfque les eaux font aigres & les paffements préparés, on leve’les peaux de deffus perche, & on les abat dans le palfement pour deux minutes de temps, afin.de les dégourdir & de leur faire contraéler par degrés la chaleur du paffement. On les leve fur le couvercle de la cuve, & on les laiffe égoutter pendant trois ou quatre minutes : pendant ce temps, on remue de nouveau la compofition, enfiiite on y rabat les peaux ; on couvre les pafi fements, &l’on y entretient le même degré de chaleur , en y mettant de la compofition qu’on tient en réierve : un quart-d’heure après on leve les mêmes Cuirs pour la fécondé fois, & on les laiffe égoutter un demi-quart d’heure : une demi-heure après la fécondé levée, on les leve une troifieme fois, & on les laiffe égoutter un quart-d’heure : une heure après la troifieme, on les leve pour la quatrième fois , & on les laiffe égoutter un peu plus : une heure après la quatrième, on les leve une cinquième fois, & on leur donne
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- demi-heure d'égout : enfin on les leve encore au bout de deux heures une fixieme fois & une feptieme, après un femblable intervalle de temps : le lendemain on leve les Cuirs deux fois, & même trois ou quatre fois, fi les Cuirs font de mauvaife qualité , 8c qu'ils paroiffent difficiles à faire gonfler : à chaque fois Ton remue le paffement, pour que la farine d orge ne refte pas toute dans le fond , 8c l'on recouvre exactement la cuve après que les Cuirs ont égoutté une demi-heure. Il eft inutile d'avertir que l'on doit toujours conferver le degré de chaleur dont nous avons parlé, tel quon puiffe feulement tenir la main dans la cuve ; 8c l'on y parviendra au moyen de la chaudière qui tient fur le feu la matière de réferve ; elle fert non-feulement à échauffer , mais à réparer la matière qui fè difiîpe 3 ou qui eft abforbée par les Cuirs : il faut que les Cuirs foient toujours couverts dans les paffements* lyû.Tous ces relèvements des Cuirs fur la cuve , fuivis de l'égouttement, font que la composition mord & pénétré par-tout également ; fans cela il y auroit des endroits oii le Cuir brûleroit parla force de la compofition , 8c d'autres où il ne prendroit pas nourriture; par exemple, dans les plis qui auroient fiibfifté trop long-temps dans les mêmes parties du Cuir.
- Pour abattre les peaux dans le paffement, deux perfonnes les prennent par les extrémités, 8c les étendent fur chair dans le paffement, les plongent avec des bâtons, & en font fortir le vent afin qu elles enfoncent mieux.
- ï JT7-. Le paffement blanc produit ordinairement fon effet au bout de trente heures, plus ou moins ; la fermentation acide s'y établit & y produit une dilatation fenfible ; ces peaux qui étoient minces 8c molles acquièrent la fermeté & l'épaiffeur que des Cuirs doivent avoir ; dès là on commence à leur donner plus particuliérement le nom de Cuirs.
- Il y auroit du danger à laiffer les Cuirs plus long-temps en paffement ; quelquefois même la force de la compofition les brûle au point que les bor-dages reffemblent à du linge pourri.
- Les Cuirs étant retirés du paffement, on en conferve le plus clair, pour fervir enfuite de principe à un nouveau paffement, en y ajoutant un complément un peu plus fort que le premier (iyo). Les paffements blancs une fois en train, ne coûtent à entretenir que la moitié de la première dépenfe* Les Cuirs s’égouttent fur couvercle, jufqu'à ce qu'ils foient bien refroidis ; on les met alors dans l'eau, où après les avoir laiffé tremper un moment, on les rince pour en faire fortir l'humeur glutineufe que l'orge y a laiffée, 8c o nies met égoutter.
- ly 8. Pendant le temps que les Cuirs rincés emploient à s'égoutter, on prép are le paffement rouge ( iij, idy ), dans lequel on doit aufli-tôt les faire paffer. Le nom de paffement rouge, ou de rouge tout court, vient de la couleur que le Regros ou l'écorce lui communique , comme on appelle paffement blanc, ou Amplement le blanc, celui qui eft formé avec de la farine.
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- Des dangers auxquels font expofés les Paiements,
- J59- On dit ïbuvent Hans les Tanneries que les pafTements tournent^ comme Tondit dans les Papeteries, que la colle tourne ; dans les Offices, que le vin ou le lait eft tourné ; la partie cafeufe & mucilagineufe aban-Sonnela partie féreufeoù elle étoit en diffolution, & la liqueur-ceffe d'être homogène.
- "En générai on dît quun fluide muqueux eft tourné lorfqu’il fe décom* ’pofe, de maniéré que Tunion intime-des différentes parties du fluide ceffe d'avoir lieu.; les parties fpiritueufes fe dégagent alors des parties huileufes, «la liqueur s’aigrit la putréfaction fuccéderoit bientôt. Le vin qui eft très* v ipiritueux ne tourne pas facilement 5 parce que la partie fpiritueufe tient la partie huileufe en diffolution, & l'abandonne difficilement.
- Les pluies d'orage en été font toujours très-fulfureufes ; On s’en apperçoit plufieurs Agnes ; voilà pourquoi elles font tourner le lait : mais en mettant un peu d’alkali dans le lait, on l'empêche de tourner ,, parce qu'on donne à T’acide fulfureux une fubftance qui s'y unit aifément , & qui l'empêche d'agir fur le lait : ainfi il y a apparence qu’on empêcheroit auflî les paffe-Xrients de1 tourner,en y mettant de la potaffe : cela feroit aifé à faire , puifqu'elle ne coûte que dix à douze fols la-livre à Paris.
- ïôo. Pour empêcher que le Tonnerre iie faite tourner lès pafTements blancs , quelques Tanneurs ont coutume, dès qu’oii eft menacé d’un orage ," d'amaffer de laferraille , & delà mettre dans chaque cuve, enveloppée d'une ferpiüiere bien claire , pour empêcher que le fer ne tache les Cuirs : peut* être la force aftringente du fer confolide, pour ainfi dire, des parties trop ailées à fe diffoudre • peut-être la matière éleétrique fe portant en plus "grande abondance vers les métaux, abandonne le fluide du paffement; ou,1 ce qui eft encore plus probable, le fer s'unifiant avec l'acide , en làture T excès , ôc arrête le progrès de la fermentation ; tout ainfi qu’en jettant de la limaille de fer dans du vinaigre, on émouffe fon acide , en formant un Tel martial qui eft ftyptique, mais qui n'a prelque pas d'acidité ; & qu'avec du plomb on tire des cryftaux doux & fucrés de l'acide le plus cauftique Sc le plus concentré. D’autres penfent qu'une livre de fel, ou une demi-livre Üe fel ammoniac peuvent empêcher le paffement de tourner : cela arriveroit par la même raildn , l'acide fulfureux s'unifiant au fel ammoniac plutôt qu'aux parties du paffement. Il y a même apparence que fi les paffements ne tournent pas plus fouvent, c’eft parce que la matière putride des Cuirs forme,' avec l'acide du paiement, un fel ammoniacal, & ce fel abforbe la furabon-dance d'acide, qui augmenteroit trop la fermentation.
- x6i. Quoi qu'il en foit ; quand le paffement eft manqué une fois ^ il n’y a
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- plus deremede ; il ne faut même plus compter que les Cuirs puiiïent devenir enfuite d’une bonne qualité ; ils ne peuvent pas s’enfler aflez pour fe bien tanner ; leurs fibres deviennent molles & lâches ; ils font fpongieux, Sc ne prennent plus la ftypticité qui feroit nëceffaire pour un bon tannage.' <3’eft pourquoi les chaleurs de l’été font dangereufes dans les Paieries ; on craint toujours les mois de Juillet, Août Sc Septembre , plus que les autres jnois de l’année.
- Quand les paflements gelent, on les 'laifle tranquillement fous la glace ; dans cet état les Cuirs n’avancent point, mais ils ne perdent rien de leur qualité ; feulement on perd les paflements ^car après le dégel ils ne font propres à rien, il faut-les jettes
- JD es Cuirs à Vorge qui fe font en Angleterre.
- 162. J ’ai vu plufieurs Tanneries à Londres dans Long-lane, qui efl und tue du Fauxbourg appellé South wark ; dans la plupart de ces Tanneries , on prépare à l’orge les gros Cuirs , & l’ufitge en efl; déjà très-ancien ; mais les empeignes fe préparent avec la chaux & la fiente de Pigeon, comme étant de moindre conféquence (39).
- Les paflements d’orge fe conduifent avec de l’eau chaude , Vont beaucoup plus vite que les nôtres : car les Cuirs parcourent quatre à cinq paflements dans l’elpace de fix jours, en allant du plus foibie au plus fort : ils ne font que vingt-quatre heures dans le dernier , qui efl un paflement neuf qu’on a laifle aigrir pendant quinze jours.
- Pour former un paflement neuf, on délaye dans de l’eau chaude cinq a fîx boiffeaux d’orge, mefiire de Paris *, pour un paflement de fix Cuirs ; on le laifle repofer jufqu’à ce qu’il foit extrêmement aigre ; car pour accélérer la fermentation & le gonflement des Cuirs , on attend que l’acide foit beaucoup plus développé qu’on ne le fait en France ; le rifque ne dure pas lî long-temps, mais il eft peut-être plus confidérable ; il faut veiller fur les paflements avec beaucoup d’attention. On a vu ci-devant une méthode qui fe rapproche de celle-ci ( 129).
- Inconvénients du Cuir à T Orge*
- Ï63. En 1740, on fut obligé de défendre le Cuir à l’orge , à caufè delà difette des grains 5 en même-temps qu’on défendoit aux Amidoniers Sc aux Brafleurs de biere, l’ufage du grain dans leurs travaux ; cela feul prouve 1 avantage qu il y auroit à éviter totalement l’ulàge de l’orge dans la préparation des Cuirs ; deux boiffeaux ou même doux & demi que prend un Cuir
- S Voyez ci-deilm , page I
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- de quatre-vingts livres, nourriroient un homme pendant un mois dans Ies pays où Ton met de forge dans le pain, comme cela fe fait même aux environs de Paris, où l'on en met fouvent un quart : ils ferviroient du moins aux beftiaux, & par conféquent à l’augmentation de la nutrition des hommes, de la culture des terres, 8c de la population du genre humain. M. Doublet de Perfan, lorfqu’il étoit Intendant du Commerce, fit des efforts confidéra-blés pour abolir le Cuir à l’orge , & y fublituer le Cuir à la jufée ( 190) * c’efl à quoi l’on dut 1 etablilement de la Manufacture de Saint-Germain (223^; on devroit bien fouhaiter de voir cet ufage plus répandu.
- 164. Les Tanneurs de Provins foutinrent un procès il y a quelques années ; contre ceux de Paris , qui vouloient empêcher quils ne filenf du Cuir à l’orge ; ceux de Provins gagnèrent cependant , 8c furent maintenus dans l’ufage défaire ,.comme les autres, du Cuir à l’orge*
- Des Paiements rouges* '
- ïéy. Le Cuir à l’orge & le Cuir de Valachie, au for tir des paiements blancs, fe mettent dans des paiTements rouges , où ils commencent à fe tanner. Voici la maniéré dontuM. Teybert préparoit fes paiTements rouges pour le Cuir de Valachie ( 129).
- Pour faire Te palTement rouge , nécelàire à fix Cuirs , on verfe dans une cuve une corbeille de trente^cinq à quarante livres d’écorce, hachée par morceaux gros comme le doigt ; c’eft ce qu’on appellegros ou regros, 8c l’on y abat les Cuirs en même-temps. Cette opération commence ordinairement le matin ; on releve les Cuirs à midi, 8c fur les fept heures du foir.
- 166* La première fois,, on leslaile égoutter un demi-quart d’heure ; la fécondé fois, un quart d’heure ; le foir, on y remet trente-fixlivres de gros; 8c après avoir bien .remué le paiement, on abat les Cuirs : il faut abattre promptement, pour que le gros n’ait pas le temps de fe précipiter , ce qui nourriroit les Cuirs du fond au préjudice des autres. Le fécond 8z le troi-* fieme jour., on releve auffi trois fois, & on laile égoutter les Cuirs une demi-heure à chaque fois ; le matin feulement on ajoute vingt-quatre livres de gros.
- Le quatrième jour, on ne releve que le matin 8c le foir ; l’égouttement doit durer trois quarts d’heure chaque fois : on n’ajoute point d’écorce.
- Le cinquième jour, les Cuirs ayant été relevés le matin, on les laile égoutter trois quarts d’heure ; enfuite deux Ouvriers remuent le paiement, l’un de la furface au milieu, l’autre jufques au fond ; 8c à mefure qu’on rabat les Cuirs, on jette quelques poignées d’écorce entre chaque Cuir, & un peu fur celui de defus, qui fera retourné la chair en haut (les autres ont h chair tournée en bas ) : les fix Cuirs demandent pour ce dernier paiement quarante-huit livres de gros.
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- On laiffe ainfi repofer les Cuirs pendant huit à dix jours, après lefquels on les releve pour la derniere fois ; on les rince dans l’eau courante, Sc ils font prêts à mettre en foffe (53 ).
- - 167. Le jus ou le clair rouge que Ion retire de ces paiements , efl aulïî bon à conferver que le clair blanc ; il opéré mieux qu’un paifement neuf, Sc il épargne un tiers de regros ; mais il demande à être employé dans la quinzaine , après qu’on a retiré les Cuirs : paffé ce tempsou tout au plus trois; femaines, il na prefque plus de vertu.
- Les paffements rouges n’ont pas befoin d’être couverts comme les pafle-J ments blancs ( 142 ) ; mais 011 les entretient toujours pleins , jufqu’à deux pouces des bords, à la différence des blancs, où il fuffit que les peaux foierit tout-à-fait trempées,
- 168. Les paffements rouges commencent à raffermir les Cuirs; ils les dif-pofent par degrés à prendre la nourriture du tan en foffe. Sans leur fecoursy un Cuir furpris en foffe par une nourriture d’abord trop forte, perdroit le gonflement, fe racorniroit, tireroit du grain , & réfifleroit à l’introduélioit de la partie aftringente 6c defficative du tan , dont il doit être pénétré*
- Avantages de la méthode de Valachie.
- iSp.L a mëthodedes Cuirs de Valabhie que nous venons d’expofèr,eft moins fufceptible des inconvénients du Tonnerre, ou autres caufes qui font tourner les paffements ordinaires (ifp ) ; premièrement, parce que ceux de la nouvelle méthode durent moins long-temps, ce qui empêche qu’ils ne foient expofés à un fi grand nombre de vicüfitudes ; fecondement, parce que la fermentation efl plus forte, & la compofition plus cuite : il en eft de même des paffements rouges, parce qu’ils font plus forts , conduits par dëgrës 9 faits avec du regros , au lieu que le rouge ordinaire des Tanneurs fe fait avec la poudre de tan.
- 170. Si cependant il arrive que le paffement ait tourné , alors le Cuir
- prend du vent, de façon qu’il fumage, & qu’en le prefïànt il fiffle. On ne fauroit racommoder ce paffement ; le plus court efl de jetter la liqueur pour faire place à un autre, dans lequel on met les Cuirs, après les avoir bien récoulés mais le Cuir qui a été ainfi furpris ne fe tanne jamais bien.
- Manière de débourrer les Cuirs de Valachie*
- 171. Après quelques expériences qui furent faites à Pau en 1748, par M. Guimard, Infpeéteur, envoyé par le Confeil, aidé de M. Ducaffi neveu, pour éprouver la méthode des Cuirs de Valachie, annoncée par M. Teybert, * il fut reconnu qu’on pouvait épargner les foins 8c les dangers de Téchaufïè-
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- •ment (131), en mettant les peaux avec le poil dans la compofîtion ufée , qui fait tomber le poil fins rifque; Sc avec une telle facilité, qu'un Ouvrier en débourreroit fix fois plus que de ceux qui feroient échauffés -avec du fel, de la maniéré indiquée ci-defïus.
- 172. On reconnut aufll que lorfqu’après la dépilation ou débourrement,’ ^n laiffe nbattre ou tremper long-temps les peaux , il eft dangereux que l’eau ne les pique , c'eft-à-dite, n'y faffe de petits trous * qui s'agrandiffent enfuite dans le paffement ; il eft donc néceflàire, fuivant ces Meffieurs , d'abrégerla «durée que Teybert avoit marquée ( 144).
- 173. En faifant débourrer ainfi les Cuirs dans une vieille compofition nu dans un pafTement mort, on n'eft point obligé de le rafer, «comme nous , levions indiqué ( 147 ), en fuppofint qu’ils n'eulfent été débourrés qu'à réchauffe.
- 174. M. Guimard reconnût aufti que qtiând les Cuits font prêts à recevoir le gonflement, il eft inutile de les faire égoutter $ qu'à chaque fois quon-releve les Cuirs des paffements, on fait très-bien de les -égayer dans la rivière ; mais il faut qu'on les ait laiffé refroidir auparavant : car ils feroient iujets à tirer du grain-,«.c’eft-à-dire, à fe froncer & à fe durcir, s'ils étoient furpris par l'eau froide, dans le temps que la chàleur les tient ouverts.
- Paffements chauds avec du SonJ
- 177. Ee même Infpeéleur ayant fait des expériences, à Dax en 1749, fiir la maniéré de faire enfler les Cuirs, expofi dans un Mémoire préfenté à M. de Montaran, «Intendant du Commerce, une méthode oùllm'employoit que du fon pour faire les paffements blancs, & fupprimoit totalement les paffements rouges : voici en quoi confîfte fbn procédé : nous ne craignons point d'être longs en traitant des objets fi intéreffants ; ceux qui auront le -courage de faire de nouvelles épreuves., feront bien aifes -de connoître en .détail celles qui ont été faites.
- j Deux ou trois, jours avant que les Cuirs foient affez trempés, il faut faire un levain avec de la farine de froment ou defeigle, à moins qu’on n’ait du marc de biere. Il fuffit d’une livre ou cinq quarterons de farine pour chaque Cuir : on tiendra ce levain dans une chaleur modérée , jufqu'à ce qu'il faille remployer,
- 176. La veille du jour ou l’on fe propofera de mettre les Cuirs en gonflement, on en détachera la crotte & les ordures qui tiennent au poil, on les écharnera , & on les mettra dans l'eau : le même foir, on fera chauffer la quantité d’eau néceflàire pour les baigner entièrement : quand cette eau fera tiede, on l'ôtera de delfus le feu , on y jettera fept à huit livres de fon de'froment ou de fëigle pour chaque Çuir ; on les brouillera enfemble >
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- t>n Couvrira la chaudière pour y bien concentrer la chaleur, 8c on la laif-fera fermenter dans cet état jufqu'à ce que le fon foit monté fur l'eau, ce qui arrivera ordinairement dans la même nuit ; alors on jugera que la fermentation cft fuffifante ; on rincera bien les Cuirs , & tout de fuite fans les égoutter , on les mettra dans une cuve pour dégourdir avec l'eau & le fon qui étoient en fermentation dans la chaudière.
- 1-77. Tandis que les Cuirs prendront leur premier degré de chaleur dans ce paffement., on remettra de l'eau dans la chaudière pour remplacer celle que peuvent boire les Cuirs dans leur gonflement , 8c l'on fera chauffer cette eau jufqu'à ce qu'elle frémiffe. Quand elle approchera de ce point, on lèvera les Cuirs fur le paiement ; & dès que feau commencera à frémir , on en prendra peu à peu pour délayer le levain dont il a été parlé ci-devant ( ryy) , dans un vaiffeau féparé.
- Le levain étant délayé bien clair, on le verfe dans le paffement d'où Ton a levé les Cuirs ; en y furvuide aufll la chaudière (iybj) , afin de rendre le paffement un peu plus que tiede ; on y parfeme près d'une livre pour chaque Cuir de fel de morue , c'eft-à-dire , du fel de rebut ou de la plus mau-vaife qualité ( io) , 8c l'on brouille toute cette compofition ; on replonge les Cuirs , 8c l'on recouvre le paffement.
- xy8. Comme le paffement n'a pas befoin d'être d'abord fi plein de compofition , & qu'il fuffit que les Cuirs y plongent, on en retire une certaine quantité, qu'on remet dans la chaudière , pour profiter de la chaleur du. fourneau , & pouvoir réchauffer les Cuirs lorfqu'on les relevera fix heures ’ après,
- Si l'on acomihencé ce travaille matin , on fera obligé vers le midi, c'eff-à-dire,, fix heures après, de relever les Cuirs , de réchauffer le paffement ; 8c après l'avoir brouillé, pour bien mêler la compofition, on replongera , les Cuirs , & l'on recouvrira le paflement.
- La même opération doit fe recommencer encore le même jour vers les fept heures du foir ; le lendemain , 8c le furlendemain , aux mêmes heures , îl faut relever, réchauffer , brouiller, 8c couvrir le paffement.
- 179. Il faut être attentif, en relevant les Cuirs au fécond & troifieme jour , à voir le temps où le poil veut quitter , pour en faire la dépilation (26 8c X71 ) ; après qu’ils ont été débourres, oh leur donne aufll une légère pafîe fur chair, pour enlever tout ce qui peut y être refté d’inutile ; on les laifie tremper un quart-d'heure dans l'eau froide, 8c on les remet dans le paffe-ruent, tîpi'oh a foin de réchauffer plufieurs fois & de Couvrir exactement , jufqu'à ce que le gonflement foit achevé.
- 180. Il efl facile de faire gonfler les Cuirs en vingt-quatre heures de temps, fil’ on veut réchauffer la compofition fept à huit fois, au point d'y fouffrir le bras avec peine ; mais il vaut mieux ménager les Çuirs, y employer trois
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- jours de temps, & ne réchauffer le paffement que trois fois le- Jour graduellement, en allant d'une douce chaleur à une plus forte, & de maniéré que le bras puiffe réfifter fans peine au plus haut degré de chaleur.
- 181. Si l'on entreprend , en fuivant1 cette méthode, -de grands paiements où il y ait beaucoup de Cuirs , ils conferveront plus long-temps leur chaleur; il fuffira de réchauffer les paffements deux fois le jour ; on pourra prolonger T opération jufqu’ à quatre jours , & il fera poffible d'épargner une livre de fon par Cuir, c'eft-à-dire , de n'en employer que dix livres pour chacun au lieu de iept ( 176).
- 182. Il y a auflî une économie à faire fuccéder de près plufieurs habilla-
- ges : dès que le premier gonflement eftfini, on met d'autres Cuirs dans la même cuve, fans lui donner le temps de refroidir, & elle fuffira pour opérer la fermentation de ces nouveaux Cuirs jufqu'à poil tombant ( 171)* }
- Ces féconds Cuirs ainfi pelés dansun paffement foible, pourront enfiiite fe finir en un ou deux réchauffages dans un paffement neuf, & ce paffement neuf fuffira peut-être à plamer entièrement de troifiemes Cuirs ; on aura ainfi produit trois gonflements & plamé trois habillages avec deux compofitions : au refie, il faut confiilter l'expérience avant de fe livrer à de pareilles économies.
- 183. LesCuirsplamés doivent être bien rincés &Iaiffés en eau claire pendant trois heures, plus ou moins, fuivant qu'il fera froid ou chaud ; on les met enfuite en paffement rouge ( i6j) , foit avec de l'eau de vieille écorce, foit avec de l'eau pure &de la nouvelle écorce groffe comme le doigt , qu'on leur donne fucceflivement & peu à peu. M. Guimard veut qu'on les releve “trois fois dans l'eipace de trois ou quatre heures, qu'on leslaiffe égoutter, un quart-d'heure, & qu'on les rabatte après avoir bien remué le paffement^
- Paiements froids avec le Son*
- 184. Quoique nous ayons détaillé une méthode des paflements de fon * clans laquelle il faut échauffer plufieurs fois les cuves ( 17^ ), ce n'eft pas qu’on ne puiffe les faire à froid : alors le gonflement peut durer jufqu'à deux mois ; car la chaleur accéléré beaucoup la fermentation : mais il y a des per-fonnes qui la croient préjudiciable à la bonté des Cuirs; peut-être cette crainte eft-ellemal fondée. Après avoir fait un levain avec deux livres de farine de froment ou de feigle pour chaque Cuir , on le laiffe fermenter, puis on le délaye très-clair avec de l'eau froide, on y plonge les Cuirs en poil. Il fuffit de les relever deux ou trois fois par femaine , en les laiflànt égoutter toute la nuit fur le paffement : on continue ainfi jufqu'à ce que le poil pa-roiffe prêt à quitter.
- i8y. Les Cuirs ayant été pelés, rincés, on leur donne une légère paffe &£
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- 'Chàïr , on les laifle égayer deux ou trois heures dans l’eau, * & on les remet dans le même paflement pour achever de fe gonfler. Si l’on s’appercevoit qu’un premier paflement ne fût pas fufîiiànt , il en faudroit faire un fécond pour achever le gonflement ; mais lorfqu’on a eu un premier paflement mort pour faire peler les Cuirs , un feul paflement neuf fuffit pour les faire plamer parfaitement ; ils font déjà préparés par le paflement mort qui a fervi à débourrer. Les paflements de fon à froid n’ont pas befoin d’être couverts j» comme nous l’avons recommandé en parlant des paflements chauds {178) ; ils peuvent être commodes dans de petites Tanneries de Province, ou l’on n’a pas à fou hait des chaudières & des fourneaux.
- 186. Ainfi M. Guimard trouve que l’on peut faire avec huit livres de Ion pour chaque Cuir, ce que les Tanneurs à l’orge ne font qu’avec cent livres d’orge (118), & ce qui exige trente-fix livres de farine en Valachie (138) : on eviteroit par cette méthode la falaifon des poils , réchauffement des. Cuirs (131) Sc la dépenle du bois.
- Cuir au Seigle, façon de Tranjîlvanie.
- ï'87. La Tranfilvanie eft une Province voifine de la Turquie & de l’Àlle-magne , peu éloignée par conféquent de la Valachie , & où l’on travaille les Cuirs d’une maniéré allez femblable à celle que nous avons décrite (129). La différence conlifte principalement à employer pour chaque Cuir dix-huit livres de feigle moulu, au lieu de vingt livres d’orge que nous avons dit être néceflàires dans le Cuir de Valachie (140) : de ces dix-huit livres de fei* gle, on en met dix en première compofition, Sc huit en complément (ryoj:
- Le marc du feigle pouvant conferver plus long-temps là force Sc là qualité que celui de l’orge, on n’eft point obligé de le jetter, comme nous avons dit qu’on jettok le marc de l’orge ; mais on confërve le feigle , même après avoir décanté la liqueur aigre de la première compolition , pour conler-Ver ce clair qui doit faire le paflement.
- ï88. Plufieurs Cordonniers ont Cru reconnoître que le Cuir au feigle, appeilé Cuir de Tranjîlvanie, étoit meilleur que le Cuir de Valachie (129); peut-être en effet l’orge étant plus farineux, fermente autrement que le feigle, Sc fournit des parties moins fermes & moins folides au Cuir ; par la même railbn qu’on préféré encore dans certains cas le Cuir de Liege, qui a fermenté qu’avec de l’eau d’écorce, parce que la fermentation eneftplus dure , pour ainfi dire, ou moins onélueufe, moins laxative, que celle du fei-.gle & de l’orge moulus ( 240 ).
- 189. Dans les Mémoires drefles en 1708, par M. Desbilletes, je trouve que 1 ulàge du feigle étoit déjà connu en France : voici ce qu’il en dit. Les peaux «tant pelées , on les met pour vingt-quatre heures dans la riviere, enfuite
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- dans -une eau à tan qui ne foit pas trop forte , pendant deux heures" les retirant dehors , & les recouchant fort fouvent ; ' delà on les remet encore dans une autre matière ,-dont voici la préparation. On prend un feptier * de fèigle moulu, & on verfe* deffus de l’eau chaude ^ remuant bien4e tout en* lèmble jufqu’à ce que cela devienne épais, comme fî c’étoit pour Taire du pain : on couvre cette pâte, & on lalaifle travailler ou fermenter comme du levain ; lorfque par deffus elle fe ^trouvera un peu blanche & comme moifie, on y verfera * encore ded’eau froide pour y pouvoir tremper jufqu’à dix'ou douze peaux ; alors il y faut faire coucher ces peaux pendant trois jours ; & quand elles font bien enflées, on les couche dans une eau à tanner avec quantité de tan ' entre chacune, &41 faut les changer d’eau deux ou trois fois dans un efpace d’environ huit mois, qui eft à-peu-près le temps qu’elles fe-trouveront bien tannées. Ce détail n’eût pas été fuffifant pour mettre les Tanneurs en état d’opérer avec confiance Sc avec fureté ; c’efl; ^pourquoi j’ai été obligé de rapporter les procédés ci-deffus, qui font.plus -détaillés ; mais ce que je viens de dire fliffit pour faire voir que la méthode -qu’on nous a célébrée fous le nom de^Valachie^ étoitFrançoife il y a plus de cinquante ans.
- DES Zt/lRS A L A JUSÉE.
- fpo. L’effet^ que nous avons vu être , produit par Tèau de chaux ,ou par les eaux aigres d’orge, ou de feigle , pourroit être produit de plufîeurs autres manieras, & on enafàns doute eflàyé plufieurs en différents lieux : celle qui pafoît être la plus accréditée & la moins couteufe , confifte à faire aigrir des eaux d’écorce. On appelle Cuirs h la jufèe, ceux qui ont été pré-’ vparés par cette méthode : c’efl: du pays de Liçge que les Tanneurs François 4’ont apprife ( c’efl: ,pourquoi l’on dit auflî Cuirs de Liege ) ; elle fe pratique aéluellement dans plufîeurs endroits du Royaume, & elle y réufllt parfaitement : la Manufacture de Saint-Germain doit à cette méthode lesgrand luccès quelle a eu , Sc l’eftime dont elle jouit encore a6luellement*( 248&fuiv.).
- On appelle fouvent les Cuirs de Liege, Cuirs à la gifey ; mais c’efl: un terme trop évidemment corrompu, pour qu’on ne doive pas le rectifier ; ce mot vient de jus ; parce que c’efl: en effet avec du jus d’écorce qu’on le prépare : on doit donc écrire jufée, & non gifée ni gifey* Au refte , je ne corn* nois encore aucun Auteur dont on puiffe citer l’autorité pour fixer l’incertitude qffil y a fur l’orthographe de ce mot, & je ne vois aucun ulàge affez authentique pour m’empêcher de remonter à l’étymologie : il me paroît même probable que comme un grand nombre des Ouvriers qu’on a employés ace travail fe font trouvé Suiffes ou Allemands, la prononciation du mot
- !* Le feptier de Paris eft de 12 boifleaux $ le boiffeau 661 £ pouces-cubes*
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- jufée a été changée par leur accent en celle de gijee i nouvelle railbn pour préférer le terme originaire & naturel de jufée.
- Maniéré de faire quitter le PoîL
- Ypr.Pour dépiler ou faire quitter le poil dans les Cuirs à la jufée, on metleS Cuirs à TéchaufFe, afin de les faire fermenter légèrement par une douce chaleur ; on s'y prend pour cela de plufieurs manières, fuivant les différents lieux-où ils fe font.
- On entaffe les Cuirs à terre les uns-fur les autres , Ou de leur Ions;, ou à double ; on les change chaque jour de plis Sc de côté, & l'on attend ainfï qu'une douce fermentation en déracine le poil, Sc attendriffe l'épiderme.
- ip2* D'autres accélèrent cette putréfaction, en mettant les Cuirs fur des perches ;, dans une étuve bien fermée, qu'on échauffe avec un feu de tannée , qui ne produit que de la fumée Sc de la chaleur,, fans flamme &fans danger.
- Enfin il y a des Tanneurs qui mettent les Cuirs dans du fumier bien chaud ; ce fumier produit l'effet d'une étuve , Sc donne aux Cuirs le degré de chaleur néceflàire =pour la fermentation. Ce moyen paroîtra peut-être trop dispendieux Sc trop embarraffant ; il eft cependant vrai que ce fumier pouvant fervir enfuite à là première deftination, qui eft celle de l'agriculture > & -ne perdant que très-peu de là qualité par l'ufàge que le Tanneur en feroit, il feroit très-poflîble de l'employer fans dépenfer beaucoup.
- 193. On a vu dans la delcription du Cuir à l’orge, qu'on pouvoir faire tomber le poil au moyen d'un palfement mort ou foible <( 171 ) : je crois qu'il y auroit de l'avantage à faire la même chofe pour le Cuir à la jufée, en employant les paffements de tannée., dont on trouvera la delcription ci-après (207), lorfqu’ils font prèfque ufés.
- 154. Les Cuirs en poil que l'on tire de l'Amérique , de Buénos-aires ou des Ifles, Sc qu’on a fait fécher à l'ardeur du Soleil, ont toujours paru très-difficiles à débourrer par réchauffement, de quelque maniéré qu'on s'y prît y & il en réfultoit un déchet confidérable dans la matière, lorfqu'on vouloir pouffer la fermentation allez loin pour rendre le débourreraient facile.
- Pour obvier à ces inconvénients , Meilleurs Duclos , Entrepreneurs de ïa Tannerie Royale de Leétoure , eilàyerent de raferles Cuirs fecs des Ifles , au lieu de les débourrer par réchauffement.
- Cette méthode eft également avantageufe , en l'appliquant aux Cuirs frais & làlés, comme aux Cuirs lècs ; on y gagne de toute maniéré ; on évite les rifques de la fermentation , dont il eft toujours difficile de làifir exactement le degré ; on épargne le fel, les embarras de réchauffement, lamain d'œu-Ÿte, & l'on abrégé le travail ; car un Ouvrier peut rafer dix à douze Cuirs Tanneur* Q
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- par jour , tandis qui! n’en débourterok que cinq à fix par la méthode ordî*
- naire {26 8c 27 ).
- Du gonflement des Cuirs à la Jufée*
- ipy. Après qu’on a débourré les Cuirs , on les met dans les cuves ou ils doivent s’enfler pour être dilpofés au tannage. Le gonflement des Cuirs à la jufée ou façon de Namur 8c de Liege , s’opère par le moyen des eaux de vieille écorce ou des jus de tannée, qui contiennent le refte de la fubftance de l’écorce, après qu’elle a fervi à tanner des Cuirs en fécondé & en troifieme poudre ( 8y ) : ce gonflement n’exige point de feu ; on aflure même que la -chaleur lui eft contraire ( 229).
- 196. Ce jus de tannée ne doit point tenir du jlyptiqüe, c’eft-à-dire, de ce •goût âpre & aftringent, qui relferre & durcit les Cuirs en foffe, 8c qu’on apperçoit très-fenfiblement dans l’écorce nouvelle. Lorfque l’écorce a fé-journé avec des Cuirs en fofle, elle efl: difpofée à fermenter & à s’aigrir , comme font en général prefque toutes les plantes & les lubftances animales; la qualité ftyptique ceife dès-lors , & fait place à l’acidité , qui iroit toujours en augmentant, fi l’on n’en retiroit les Cuirs au bout de quelques mots.
- 197. L’écorce , tant qu’elle efl: dans fbn état naturel d’aftringent, ferre 3 comprime & réunit les parties du Cuir ; mais dès qu’elle tourne à l’aigre , elle produit un effet contraire, elle dilate , relâche , gonfle , fbuleve les parties du tiffu parle mouvement inteftin qu’elle y produit, femblable à celui du pain qui leve , 8c du vin qui bouillonne, lorfqu’on les expofe à une pareille fermentation.
- ipSi Le Cuir de Liege ne s’accommode pas de toutes les faifons 8c de toutes les eaux ; il réufïït mal en été ; il exige des eaux pures & vives ; celles qui fortent immédiatement des rochers y font très-propres ; l’eau de^ pluie n’y efl pas bonne,
- Enfin , ceux même qui regardent le Cuir de Liege comme le meilleur dé tous les Cuirs , conviennent qu’il efl le plus difficile à fabriquer ; il demande beaucoup de foin , d’intelligence & de capacité ; mais il en efl de même de beaucoup d’autres Arts, leur difficulté n’empêche pas le fuccès, l’habitude furmonte tous les obftacles,
- 199.Pour préparer le jus de tannée, on ramaffe la vieille écorce dans laquelle ont féjourné les Cuirs en fécondé ou en troifieme poudre; (la troifieme efl préférable); on puife ^auflrle liquide qu’elle contient ; on dépole le tout dans une fofle vuide ou dans un autre grand vaiffeau.
- La foffe dans laquelle on dépofe cette vieille écorce , doit contenir un puifard ou efpece de cheminée , comme on le voit en G dans la Planche II > pour épurer l’eau : ce puilàrd efl fait avec un encaiffement de planches *
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- clouées entr’elles, & adoflees contre les parois de la foffe : la tannée qui eft dans la fofle F, n’entre point dans le puifard G, mais feulement l’eau qui s’en féparej & l’on eft à portée de la puifer librement avec unfeau, pour la faire fervir aux Cuirs.
- On foule aux pieds cette écorce * on l’abreuve d’eau claire ou d’autre eau de tannée jufqu’à ce qu’elle foit abondamment fubmergée : on tranfvafe deux ou trois* fois par femaine le jus qui s’araaffe dans le puifard G, pour le verfer fur la même tannée en F> afin que par des filtrations réitérées, le jus devienne de plus en plus fort , & fe nourrifte de toute la fubftance de la tannée.
- Sans avoir la peine de faire un puifard dans une foffe , on pourroit fe contenter de creufer une efpece de puits dans la tannée, au fond duquel on puife-voit l’eau claire qui s’en eft exprimée,& filtrer enfuite cette eau dans un panier, d’ofier, pour l’avoir pure ; mais le puifard eft encore plus commode.
- 200. Pour faire le jus ou l’eau de tan , on emploie du côté de Sedan des cuves qui peuvent contenir quinze poinçons ou muids d’eau, meftire de Bourgogne * , non compris l’écorce : on y jette du tan , moulu gros , & tiré de là fofle à la fécondé ou troifieme écorce : l’eau refte avec l’écorce pendant fix mois y quelquefois huit, & il lui faut ce temps-là pour acquérir l’acidité •ou l’aigreur convenable pour faire lever les Cuirs.
- Lorfque cette eau approche du degré d’acidité ou elle peut parvenir fans être remuée , on leve de l’écorce vers un des parois de la cuve, & l’on y fait comme un puits d’un pied de diamètre, qui aille jufqu’au fond de la cuve * on pafle une pompe dans ce trou, pour en tirer l’eau qui s’eft amaffée au fond de la cuve , ou bien on fe fert du puifard ( ipp ) ; on fait repaffer cette eau fur l’écorce, jufqu’à ce qu’elle foit vive & bonne : fi l’on s’apperçoit qu’au tout de deux heures elle le foitaflez, on ceffe ce travail, & on retire toute l’eau pour en faire la pajjerie ou le pajjemerit. On dit que l’eau eft vive lorft-qu’elie eft rouge , claire „ & acide, comme du beau vinaigre : lorfqu’ii fe trouve deux cuves d’eau de tan , dont l’une eft plus forte & plus acide que l’autre , on les mêle enfemble , & on les met par-là au même degré.
- Lorfqu’on a vuidé l’eau des cuves , on ne perd pas tout-à-fait le tan qui y eft refté ; on y remet de l’eau, qu’on laifîe féjourner pendant trois ou quatre jours, & qui après ce temps a affez de qualité pour entrer dans les pafferîes : on répété trois ou quatre fois cette opération, en obfervant par degrés de laifler 1’ eau plus long-temps dans cette écorce, pour lui faire jetter toute fa force, fa qualité , & fon acide : ces différentes eaux fe mêlent avec la première dont nous avons parlé , & qui avoir refté fix ou huit mois fur le tan.
- * Le muld de Bourgogne contient 11520 pouces, & celui de Paris iq-joo s ainfi lemuid de Bourgogne eft quatre cinquièmes de celui de Paris.
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- Plus on emploie de cuves, plus on a de facilité à faire ces opérations 8c ces mélanges.
- nor.-Pendant quon prépare le jus de tannée, qui doit fervir à faire enfler les Cuirs, on fait tremper ceux-ci s’ils font fecs ; on les cramine , tout comme pour les habiller à la chaux (i 6» ) ; il faut feulement obferver la derniers fois qu’on les tire de l’eau pour la jufée, de les mettre égoutter fur des perches , pour qu’ils jettent leur eau avant que d’aller à l’échauffe.
- Si ce font des Cuirs verds ( 13 ), la jufée ne demande pas qu’ils aient ainfi trempé ; mais tandis qu’ils font frais, on leur jette quelques grains de fel du côté de la chair , pour qu’ils s’échauffent plus également & avec moins de danger ; on les plie alors pour les mettre en échauffe j la-fermentation les attendrit 8c difpofe le poil à quitter (132). Les Cuirs d’Irlande n’ont pas be-foin dans féchauffe d’être autant -filés que les autres, parce qu’ils l’ont été dans le pays.
- -202. Lorfqu’ils ont été débourrés, rincés, écharnés," delà même façon que les Cuirs à la chauxon les met tremper dans de l’eau la plus fraîche & la plus claire , pendant deux jours en été., quatre ou cinq jours en hyver, en obfervant chaque jour de les mettre égoutter pendant trois heures -, 8c de les changer d’eau on voit quelquefois ces Cuirs commencer à s ouvrir, & le difpofer au gonflement ; c’eft alors qu’on les met en paflement, c’efl>à-dire, dans du jus de tannée, pour favorifer 8c augmenterce gonflement : du côté de Sedan l’on emploie huit paffements en été , douze en hyver, 8c on les augmente par gradation : voici la diftribution que M. Guimard avoit vu pratiquer., 8c qu’il a rapportée, comme étant juftifiée par l’expérience : on verra ci-après celle de la Manufaéture de Saint-Germain (223 ).
- 203. Si c’eft en été que l’on travaille, on commence par mettre les Cuirs Hans de l’eau de riviere,, où il y a feulement une huitième partie de jus de tannée , pris dans le puifard dont nous avons parlé (1$$), les autres fept huitièmes étant de F eau ordinaire.
- Le fécond paffement fera de deux huitièmes de jus fur fîx huitièmes a eau de riviere ou de fource ; le troifieme , de trois huitièmes de jus fur cinq huitièmes d’eau ; le quatrième, de quatre huitièmes de jus ftir quatre huitièmes d’eau, c’eft-à-dire, autant de l’un que de l’autre ; le cinquième, de cinq huitièmes de jus fur trois huitièmes d’eau ; le flxieme, deflx huitièmes de jus fur deux huitièmes d’eau , c’eft-à-dire, un quart ; le feptieme, de fept huitièmes de jus fur un huitième d’eau ; le huitième 8c dernier , de jus tout pur.
- Les paffements du printemps & de l’automne devant être au nombre de dix, on commence par ne mettre qu’un dixième de jus fur neuf dixièmes d’eau dans le premier paffement ; on met deux dixièmes de jus dans le fui-(vant, & toujours de fuite, en augmentant le jus 8c diminuant l’eau jufqu’au
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- dixième paffement , qui n’eft fait qu’avec du jus de tannée tout pur,
- 204. En hyver les paffements devant être au nombre de douze , on commence par mettre un douzième feulement de jus fur onze douzièmes d’eau commune dans le premier paiement : pour lefuivant, on met deux douzièmes de jus , 8c dix douzièmes d’eau ; le troifieme eft formé de trois douzièmes de jus , c’eft-à-dire, un quart , avec trois quarts d’eau , 8c ainfi de fuite, en augmentant graduellement d’un douzième jufqu’au douzième & dernier paffement, qui fera de jus tout pur.
- 2oy. La conduite des paffements confifte à relever les Cuirs matin & foir, pour les laiffer égoutter pendant deux heures , après quoi on les abat dans le palfement, 8c on les change chaque jour de paffement, jufqu’au quatrième paffement en été, 8c jufqu’au fixieme en hyver , c’eft- à-dire , pendant la première moitié des paffements que l’on a à donner.
- Depuis ce «quatrième paffement en été ou le fixieme en hyver , on ne releve les Cuirs, pour les faire égoutter , qu’une fois par jour , jufqu’à l’avant-dernier paffement,
- 206. Lorfque les Cuirs font arrives au pénultième paffement , c’eft-à-dire, au feptieme en été, au onzième en hyver, on ne les releve qu’au bout d’un jour & demi ; & après les avoir laiffé égoutter pendant deux ou trois heures, on les rabat ; mais on y ajoute pour chaque Cuir une poignée d’écorce neuve , groffiérement moulue, qu’on jette entre chaque Cuir 8c celui qui eft au deffus*
- Les Cuirs étant enfin au dernier paffement, y reftent trois ou quatre jours ; & après s’être égouttés trois ou quatre heures, on les abat dans un autre paffement extraordinaire, compofe du plus fort jus tout pur, avec trois poignées de nouvelle écorce fur chaque Cuir ; ils reftent alors pendant fix ou huit jours dans ce nouveau paffement ; au bout de ce temps, ils font en état d’être couchés en foffe, tout comme les Cuirs à la chaux (82).
- 207. A mefiire qu’on recommence à faire paffer de nouveaux Cuirs, la cuve qui étoit auparavant la première fe vuide , ne pouvant plus fervir , 8c la fécondé devient la première ou la plus foible. La cuve que l’on vuide, eft celle où l’on forme enfuite un nouveau paffement avec la meilleure eau de tan qui n’a point encore fervi, & fe trouve par ce moyen la dixième & la plus forte de toutes les cuves.
- De-là il réfulte que l’eau d’une cuve effrenouvellee, après avoir fervi à la préparation de foixante & douze Cuirs^, mais feulement pour une douzième partie de la préparation totale de chacun.
- 208. Quoique nous ayons dit que les Cuirs fe gonfloient dans l’efpace de douze jours (204), ce terme n’eft pas toujours fixe, & n’a gueres lieu que dans les mois tempérés de Mai, Juin 8c Juillet, comme on peut en juger par ce qui a été dit à l’occafion de la fermentation en général. Il faut quelquefois le double de ce temps-là : on laiffera pour lors des Cuirs dans chaque
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- paiement pendant quarante-huit heures. Dans les temps froids, les eaux ne s’ufent pas fivîte , la fermentation eft plus lente, F acidité fe communique plus difficilement : lorfqu’il fait extrêmement chaud, ces eauxs’affoibliffent, les Cuirs gonflent difficilement, & font trop mous, ce qui exige quelquefois de les laiffier deux jours dans chaque cuve.
- 209. Le Tanneur eft obligé d’avoir plus de cuves qu’il n’en veut employer, parce qu’il s’en trouve fouvent qui ne produifent pas l’effet qu’on en devoir attendre , qui s’aigriffent trop peu ou trop vite ; enfin il y en a qui tournent : on a vu la lignification de ce mot à l’occafion du Cuir à l’orge , avec la maniéré d’empêcher les paffements de tourner (159) ; on verra bientôt que la chaleur du Soleil fuffiroit pour les corrompre £23 y ).
- 210. Nous avons fuppofé que, pour commencer une paflerie, on employoit de l’écorce qui avoit déjà fervi dans la foffe ou l’on tanne les Cuirs ; mais fi Ton en manquoit, foit dans fétabliffement d’une nouvelle Tannerie, foit dans queiqu’autre circonftance , il y aplufieurs moyens d’y fuppléer*
- On peut commencer par des paffements d’orge, de la maniéré qui a été expliquée ( 118) : les Cuirs à l’orge ayant été couchés en folle, on aura Tannée d’après de la vieille écorce propre à faire les pafferies de tan ; on ne doit jamais y employer celle qui aurait tanné des Cuirs à la chaux : mais comme pour faire ces pafferies, il ne s’agit que de faire aigrir de l’eau d’écorce, c’efl>, à-dire, de lui ôter d’abord l’amertume & la force aftringente qui lui efl; naturelle , pour la faire paffer dans un état de fermentation , on peut s’y prendre aufli de la maniéré fuivante, & fe paffer totalement de grain» 1
- 21 r. Ayant rempli les cuves d’écorce grofliérement moulue , on y verfe de l’eau , qui y féjourne pendant fept à huit jours : cette eau ayant été fous-, tirée , on y en verfe d’autre, que Ton retire également au bout de la huitaine, & Ton recommence ainfi autant de fois qu’il efl nécelîàire, pour que Teau ait pris toute T âcre té & Tamertume de la nouvelle écorce. Alors cette écorce efl dans l’état où elle fe feroit trouvée au fortir de la foffe , après avoir tanné des Cuirs : il ne fera donc plus queftion que de remplir la cuve de nouvelle eau, & de l’y laiffer pendant huit ou dix mois , pour qu’elle ait le temps de fermenter affez pour Tulàge de la jufée (200).
- 212. De même qu’on a vu pour les paflements d’orge une très-grande variété dans les méthodes, on peut diverfifier aufli le procédé de la jufée. U y a des pays où Ton opéré tout le gonflement néceflaire avec cinq paffements, & où Ton n’emploie que trois cuves. Le premier paffement efl appellé le mort, parce qu’il efl fans force, n’étant compofé que d’eau pure fur quatre corbeilles pleines de tannée , c’eft-à-dire , de la vieille écorce que nous avons dit être deftinée à faire le jus aigre dont on aura befoin dans les autres paf* fements.
- Ce paffement mort ne fe fait qu’au moment où Ton veut s’en fervxr, c’eft-à*
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- dire, quand les peaux font fuffifàmment rebattues & ramollies ; on les rince fortement de la queue à la tête, & de la tête à la queue ; puis , fans les faire égoutter , on les rabat dans le mort trois fois le jour, le matin, à midi , & le foir ; on ne les laiffe égoutter qu’un demi-quart d’heure à chaque fois.
- 213. Le lendemain, on jette le mort, 8c l’on rabat auiïï les Cuirs trois foisy le matin, à midi, & le foir , dans le palfement foible 5 on a foin de préparer le foible quatre à cinq jours auparavant, avec les trois quarts d’eau & un quart de jus fur fix corbeilles de tannée : les trois égouttements ne durent qu’un quart-d’heure chacun , 8c le foible n’ayant prefque aucune vertu, on le jette, aulfi-bien que le mort, après qu’il a fervi pendant la journée.
- La troifieme fois que les Cuirs font égouttés du foible, on les fait palfer en fort\ on rabat trois fois le jour dans le palfement fort ; on lailfe égoutter une demi-heure chaque fois, & cela pendant deux jours.
- Lefort eik un troifieme palfement compofé auffi deux ou trois jours auparavant , avec moitié eau & moitié jus, & fix corbeilles de la tannée dont nous avons parlé (200).
- 214. Au bout de deux jours, le fort étant épuifé , il faut tranfporter les Cuirs en plus fort ; c’eft le quatrième palfement quife compofe avec le clair du fort, c’efl-à-dire, du précédent, & avec l’aigre du puifàrd, c’eft-à dire, Kt jus qui a été plufieurs fois filtré fur la tannée : on ne mêle point de tannée dans ce quatrième palfement.
- On rabat les Cuirs dans le plus fort pendant cinq jours de fuite, & à chaque fois on les lailfe égoutter une demi-heure, & on remue le palfement. Le premier jour, on rabat le matin, en y ajoutant une corbeille de trente-fix livres de gros pour fix Cuirs ; à midi & le foir, on n’y en met point. Le fécond 8c le troifieme jour, on rabat encore trois fois, & l’on ajoute le matin feulement vingt livres de gros. Le quatrième jour , on rabat deux fois feulement, 8c le matin on ajoute aufîî vingt livres d’écorce. Le cinquième §our , après avoir relevé les Cuirs , les avoir laiffe égoutter une demi-heure , & brouillé le palfement, on jettera quelques poignées d’écorce entre les Cuirs , de fur ie dernier , jufqu’à la concurrence de quarante livres de grolfe écorce, '& on lailfera repofer les Cuirs en plus fort huit à neuf jours,’ fans y toucher.
- 2.15. Après que les Cuirs ont repofé dans le plus fort, ils font mis dans le cinquième & dernier palfement, appellé très fort, parce qu’il eft compofé de tout aigre 9 c’eft-à-dire, de ce jus tout pur qu’on retire de la folfe par le puifard (195?).
- On ne fait ce dernier palfement que lorfqu’on veut l’employer ; on y ajoute pendant trois jours vingt-une livres de gros tous les matins, en abattant les Cuirs ; le foir on les abat auffi, mais fans addition.
- Après avoir lailfe les Cuirs pendant trois jours dans le très-fort, on les re-
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- leve 5 Sc on les abat le quatrième jour ; mais auparavant on les laifle égoutter pendant trois quarts-d’heure ; deux Ouvriers brouillent alors le palTement, Tun, de la furfiace jufquau milieu , Sc l’autre, depuis le milieu jufqu au fond ; & pendant qu’ils rabattent , un troifieme vient jetter de la tannée entre les Cuirs, environ quarante-huit livres de gros. On laifle alors les Cuirs en très-* fort , fans y toucher pendant huit jours ; c eft leur dernier repos en paflement.
- 216. Ceux qui* craignent que la-fermentation du Cuir de Liege ne fort interrompue ou troublée par l’addition de 1’eau crue dans les premiers paf-fements, recourent à un autre expédient pour s’en pafler : on n’abreuve d’abord la tannée (rçp) que jufqu’à fuffifànce , c’eft-à-dire, de maniéré que l’eau ne la fumage pas : au bout-de quatre jours de filtration dans le puifard 3 •on en ôte tout le jus ou l’aigre , Sc on le réferve pour le très fort ou cinquième Sc dernier paflement. On abreuve de nouveau la tannée pendant l’ef-pace de trois, jours ; & après cette fécondé filtration , on a un fécond jus, qui fert au quatrième paflement, que nous avons appelle plus fort. En réitérant cette opération de fuite pendant plufieurs jours, ona à chaque nouvelle filtration un nouveau jus plus afifoibli , .& qui «fert aux paflements inférieurs que nous avons appelles le mort, le foible, Sc le fort.
- 21 j. Au relie, ces précautions ne font néceflàires que pour mettre des paflements en train, lorfqu’on eftobligé de commencer ab ovo : mais quand on a déjà pafle des Cuirs , chaque paflement le trouve avoir perdu à-peu-près un cinquième de là force, Sc fert à former le paflement qui le précédé pour d’autres Cuirs ; ainfi le paflement qui afervi de foible , fera enfuite employé comme le mort ; le -fort deviendra un paflement foible s; le plus fort ne fera que le fort q celui qui vient de fervincomme très-fort, fervira la prochaine fois de plus-fort, & l’on ne fera obligé à chaque fois de faire à neuf que le très-fort, qui eft toujours du plus aigre ou du jus tout pur tiré de la foife «par le puifard (rpp).
- 2x8. Lorfqu’on rabat les Cuirs dans les paflements, il eft bon d’obferver que la chair foit toujours en defliis, afin que la fleur, qui eft la fiirface la plus intéreflànte du Cuir , foit la mieux garantie des accidents ; & il faut fur-tout que le dernier Cuir ait la chair tournée en deflus,, pour fervir de couverture aux autres Cuirs qui font deflous.
- Remarques fur les Paffements du Cuir à la Jufée , ou du Cuir
- de Liege.
- 2îq. Il eft très-bon que les paflements foient enterrés & glaifés comme les fofles , afin qu’ils ne foient point expofes aux viciflitudes de l’air ; ils fe coriferveront mieux, Sc les Ouvriers y travailleront avec plus de facilité ; c’eft ce qu’on a pratiqué dans la Manufacture de Saint-Germain.
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- On eft auflî dans l’ulàge de retirer les Cuirs après quelques jours de pafle-jnent, pour les examiner 8c les repafler du côté de la chair, & on les raie de fleur avec un troiiîeme couteau très-tranchant, pour achever d’ôter ce qui peut y relier de bourre ; alors on les remet dans l’eau pour les rafraîchir, & delà dans les autres paffements, pour y achever de prendre l’épaifleur convenable,
- 220. On connoît à la fleur lî un Cuir de Liege eft bien palTé, & s’il peut être couché en folle ; il faut que la fleur foit blanchâtre ou couleur de cendre : tant qu’elle eft jaunâtre , c’eft une preuve que le Cuir a encore befoin des paflements ; dans ce cas, on doit faire encore un ou deux paffements de plus en plus forts ,, en oblervant les repos dont les Cuirs peuvent avoir( befoin,
- 221. La même force de paflement ne fuflit pas pour faire enfler toute forte de Cuirs ; celui d’un Bœuf de quatre ans eft moins dur que celui d’un vieux Bœuf, qui a été endurci par l’âge 8c le travail : les Tanneurs qui mettent enfemble 8c dans un même paflement tous les Cuirs qu’ils achètent indiftinclement, font donc expafés à en avoir plufieurs qui ne feront pas bien tannés, parce qu’ils n’auront pas allez enflé dans les pafleries : le travail de la fofîe ne làuroit fuppléer à celui des paflements ; ce foroit inutilement que des Cuirs refteroient long-temps en fofle, s’ils n’avoient pas été aflez long-temps dans le paflement , pour s’ouvrir & fo préparer à recevoir le tan : une forface dure & compacte s’oppoferoit alors à l’aélion de cette écorce; ainft l’on doit préparer par un paflement continué auflî long-temps qu’il eft néceflaire , les Cuirs que l’on fe propofe de laifler long-temps en fofîe, pour; leur donner une qualité fopérieure.
- 222. Si l’on avoit un moyen de faire enfler les gros Cuirs de vieux Bœufs auflî parfaitement que ceux des jeunes Bœufs, on feroit for alors, qu’en laif^ fant ces vieux Cuirs en fofle plus long-temps que les autres, on leur donneront auflî à proportion une qualité fopérieure ; mais c’eft ici un des plus grands inconvénients de la Tannerie, ; les Cuirs les plus forts font ceux qui s’enflent le plus difficilement, & par conféquent les moins bons, à proportion de ce qu’ils devroient être. Nous ferons dans la fuite quelques remarques for la nature 8c les qualités du Cuir à la jufée (237).
- Autre méthode -pourgouverner les Paffements du Cuir à la Jufée*
- 223. Là diftribution 8c le nombre des paflements de la jufée étant aflez
- variable 8c aflfez arbitraire, je ne dois pas m’arrêter aux détails que je viens d’en donner ; la maniéré dont on l’emploie à Saint-Germain eft aflez Ample, juftifiée déjà par une aflez longue expérience ; je crois qu’il fera utile de la rapporter ici ; le Leéteur qui voudra profiter de ma defoription pour faire »• Tanneur* S
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- des expériences utiles, jugera des différences de ces deux pratiques. On emploie communément douze paffements, dont les deux derniers font des paffements neufs ; les dix premiers font des paffements courants, qui ont déjà fervi : chacun de ces paffements contient douze Cuirs 8c huit muids d’eau ; ayant quatre pieds 8c demi de profondeur, & autant de diamètre.
- 224. Les Cuirs ayant été rafés 8c lavés, femettent dans le premier paiTe-ment, qui eflrle plus foible de tous ; la laveur de ce liquide n’a prefque pas d’acidité, iorfqu’on en-met fur la langue ; il eft feulement un peu âpre ; mais ' il eft fufiifant pour difpofer les Cuirs à paffer dans un paffement plus aigre ; il -ne faut pas que les Cuirs foient furpris par l’acide, avant que la fermentation ait commencé à s’y établir ; ils fe crifperoient 8c fe refferreroient trop.
- 22J. Au bout de vingt-quatre heures, on leve ces douze Cuirs, on les laifle égoutter pendant une demi-heure, ou pendant le temps qu’il faut pour lever auffi les autres paffements ; car le temps eft indifférent : on les rabat dans un fécond paffement plus fort, 8c l’on jette l’eau du précédent, qui ayant fervi dix fois n’eft plus bon à rien.
- 226. Le fécond paffement, quoiqu’un peu plus fort que le premier, parce qu’il a un jour de moins de fervice, n’a cependant fur la langue aucune acidité fenfible ; mais on continue les jours fuivants d’avancer les Cuirs d’un paffement à l’autre, c’eft-à-dire , de plus en plus fort ; on releve les douze Cuirs tous les matins, 8c on les rabat dans le paffement fuivant.
- Les dix paffements que ces Cuirs parcourent ainfi en dix jours, s’appellent paiements courants, pour les diftinguer des paiements de repos dont nous allons parler , qui font des paffements neufs , 8c où les Cuirs relient pendant dix jours ; mais avant de parler des paffements neufs , il faut parle/ des foffes aigres qu’on emploie pour les faire.
- 227. On a à Saint-Germain cinq foffes aigres, femblables à celles où l’on couche les Cuirs pour le tanner, mais qui font à couvert dans la tannerie ; nous les diftinguerons par les numéros 1 , 2, 3,4 8c y , en appellant £ la plus foible, & y la meilleure & la plus forte : on leve des Cuirs à la jufée de troifieme poudre ( 85 ) , & l’on tranlporte toute la tannée qu’on en a tirée dans la cinquième foffe aigre ; on y conduit de l’eau fraîche de fource, par le moyen d’un robinet 8c d’une cheminée ou gouttière de bois, qu’on étend depuis le robinet jufqu’à la foffe : cette eau fe filtre fur la tannée , 8c arrive peu à peu dans le puifàrd qui .eft dans un coin de la foflè, où on la puife au bout de trois jours ou davantage : il y a de quoi faire quatre paffements de repos dans l’eau de cette foffe.
- 228. Lorfque la tannée de cette foffe aigre a épuile là force dans la pre-* miere eau qui y a paffé, on y fait venir de nouvelle eau , qui en repaflânt deffus cette tannée s’aigrit , & forme une foffe aigre plus foible, que nous appellerons première 8c fécondé ; ce font les dernieres ou les moindres des
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- cinq : les FolTes moyennes, que nous appelions trois & quatre > font formées par cette fécondé eau des foflès une & deux , que l'on verfe fur une tannée qui a déjà fourni une première eau pour quatre paflements , comme je viens de le dire (227) ; au lieu d'y faire venir de l’eau de fource, ony verfe l'eau des fofles une & deux, qui en repaflànt encore une fois ou deux fur cette foflè aigre , quoique déjà épuifée , fo fortifie , & fert à faire fucceflivement les deux fofles moyennes , favoir , les numéros 3 Sc 4 ; jainfi les numéros 1 Sc 2 y font compofes d’eau de fource, qui arrive fur une tannée qui a déjà fourni fes paflements neufs 5 les numéros 3 & 4, font formés par cette même eau , verfée fur une ou fur deux autres tannées pareilles , pour prendre le refte de la force de ces tannées : enfin le numéro 3 efl; la première eau de cette tannée 3 la plus aigre, la plus propre à faire les paflements neufs.
- 229. Les fofles trois & quatre fervent à faire le premier paflèment de repos ; les fofles une & deux fervent à arrofer les autres ; la cinquième fert à faire feule le meilleur paflèment ; ainfi il faut avoir tiré huit paflements d'une foflè aigre , pour qu'elle foit épuifée & hors de fèrvice.
- 230. Pour faire un premier paflement neuf ou paflement de repos, non-feulement on prend quelques muids d'eau aigre , mais pour les douze Cuirs on y ajoute fix corbeilles , d'environ quarante livres chacune , de grofle: 'écorce, c'eft-à-dire , vingt livres pour chaque Cuir. Afin d'avoir cette grofle 'écorce , on pafle le tan par un crible pour en ôter la poudre d'écorce , & il ne refte que celle qui efl; en petits bâtons , longs d’un, deux, trois pouces , & même quatre ; cette écorce qu'on met dans le paflement de repos, lui fournit de la force pour perfevérer pendant dix jours dans l'état d'acidité dont on a befoin pour faire renfler les Cuirs. Dans quelques pays où l’on met les Cuirs en quatrième poudre pendant fix femaines , cette quatrième poudre ayant plus de force , fuffit pour faire les paflements neufs , fans y ajouter de l'écorce neuve.
- 231. On met également fix corbeilles de grofle écorce dans le fécond pat fement de repos , quoiqu'il foit un peu plus fort que le premier , parce qu'il a été fait avec les eaux de la cinquième foflè aigre ; les Cuirs y relient auflT environ çlix jours y comme dans le premier , après quoi ils font en état d'être couchés en foflè (77) ; on les y met avec toute l'humidité qu'ils ont con-traélée dans les paflements de repos : quelques perfonnes croient qu’il importe de les y faire paffer promptement y pour qu'ils n'aient pas le temps de perdre dans l'intervalle le gonflement & l'épaifleur qu'ils ont acquife par la fermentation de ces divers paflements ; quelquefois on arrofo encore la foflè avec l'eau des foflès aigres ou des paffements, pour que les Cuirs conservent, le plus long-temps qu'il efl poflible, cet état de dilatation.
- £32. Lorfqu'en hyver la fermentation efl difficile à fe faire, on efl obligé
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- de pafferles'Cuirs dans un plus grand nombre de paflements courants , U en faut quelquefois jufqu’à vingt avant qu’ils aient acquis la difpofition convenable pour être mis dans le paflement de repos ; il faut qu’ils foient un peu avancés pour y entrer : fi l’on y mettok les Cuirs trop blancs, l’acidité de ces paflements de repos les furprendroit , les crifperoit, & leur donneroit du grain , au lieu de les enfler, de les dilater , de les diftendre.
- Quelquefois même après les paflements courants , on efl obligé de faire tm paflement de paflage , qui tient le milieu entre ceux-ci & les paflements de repos , Sc qui efl: compofé de moitié d’eau aigre , moitié d’eau pure, & de trois corbeilles feulement de grofle écorce. Au contraire, quand les Cuirs ont été échauffés avant de venir à la-tannerie, on les fait aller plus vite ; on ne leur donne que quatre à cinq paflements courants*
- 233. Les paflements courants craignent beaucoup la chaleur ; on efl: obligé de fermer exactement la tannerie en été pendant le jour, pour la défendre de la chaleur ; on l’ouvre après le foleil couché, pour y recevoir la fraîcheur de la nuit, & l’on y fait couler l’eau d’un ruiflfeau voifin pour la rafraîchir encore davantage : on prend plus de précaution dans les paflements du Cuir, à la jufée , que dans ceux du Cuir à l’orge ,( 1*14).
- 2,34.'Lorfqu’on voit que les Cuirs n’avancent pas, & n’augmentent point afîez en épaiffeur, on les fait aller plus vite , c’efi-à-dire, dans des paflements plus fréquents & plus forts, ou bien on les laifle plus long-temps dans chacun , quelquefois deux jours au lieu d’un. - *
- 23 5. Si l’endroit où font ces paflements, étoit trop chaud, ils tendroient à la déeompofition, à la putréfaétion ; ils tourneroient (iyp) ; on les verroit filer ;4e Cuir s’y ramolliroit & y deviendroit plus mince, au lieu d’y acquêt rir de l’épaiflèur & de la qualité*
- 2 3 6. Lorfqu’on retire les Cuirs du premier paflement, qui efl: un paflement mort, on le vuide ; on jette le liquide qu’il contenoit, en mettant à part la vieille écorce, qui ne fert plus qu’à brûler ; on lave le paflement, & l’on y met une eau aigre pour y former le paflement neuf (230).
- Un paflement mort qui efl ufé , où par conféquent toute fermentation efl: éteinte , doit donner de l’eau claire, s’il efl de bonne qualité ; on connoît même à cette marque fi le Cuir y a bien profité ; la fermentation efl éteinte dans ce fluide, parce que l’alkali des matières animales y a fàturé l’acide du paflement (16.0) ; ainfi la liqueur ne doit pas être trouble, comme le font ordinairement les matières qui fermentent*
- | Remarques fur les Cuirs à la Jufée*
- 237. Lorsqu’on fait tanner des Cuirs à la jufée, on trouve que les Cuirs emploient un peu plus d’écorce que les Cuirs à Forge; premièrement, a
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- taufe des paiements de repos, où Ton met quarante livres d’éôorce pour chaque Cuir (230) ; fecondement , parce que les Cuirs à la jufée font plus long-temps en foffe que les Cuirs à Forge Sc à la chaux , & qu’il y faut plus de tan , on eftime à la Manufacture de Saint-Germain qu il faut entre deux cents vingt & deux cents cinquante livres d'écorce pour chaque Cuir à la jufée : les Cuirs qui étant pafles à Forge en exigeroient deux cents vingt-cinq ( art. 89 ) , font ceux qui à la jufée en prennent deux cents cinquante.
- 238. Le Cuir à la jufée fe vend à Saint-Germain de vingt à vingt-cinq fous la livre. Au relie, nous parlerons plus au long du prix & du commerce des Cuirs, des frais de leur préparation, & du produit des Tanneries.
- 239. Le Cuir à la jufée a for-tout befoin d’être extrêmement battu , même avec des marteaux de fer & de fonte, Sc à bras raccourcis : on a éprouvé qu’il y a une différence étonnante entre la durée & la bonté dès femelles d’un même Cuir battu, Sc celles que le Cordonnier n’aura pas eu la patience de battre. A Bâle en Suiffe, ‘ on fait du Cuir qui efi moins denfe Sc moins ferré que le nôtre; mais on le bat avec des marteaux de cuivre avec beaucoup de force. Comme les Cordonniers n’en prennent pas toujours la peine, il feroit à foubaiter que les Tanneurs Sc les Corroyeurs euflènt le foin de battre eux-mêmes ces fortes de Cuirs ( 107).
- 240. Les Cuirs fecs du Bréfîl * qu’on appelle fies à poil, réuiîifient quelquefois affez mal à la jufée ; ils font trop durs , difficiles à ramollir , à enfler ; Sc ils font trop coutelés du côté de la chair : cela vient du peu de foin qu’ofi prend à les deshabiller en Amérique , où l’on ne veut autre thofê que du profit Sc du repos, fans s’embarraffer de la qualité ni du bien de la chofo. Dans un pays où l’on coupe un arbre pour en cueillir le fruit, où l’on tue des Bœufs feulement pour en avoir le Cuir , il ne faut pas s’étonner de cette extrême négligence.
- 241. Les Cuirs d’Irlande ont aufll trop de coutelurès > ians doute parce qu’on ne les deshabille pas avec affez de foin ( 280 )*
- 24a. Les Cuirs qu’on préféré pour être paffés à la jufée , font ceux des Boeufs du Limoufin, qui font nourris à la rave , Sc qui ne font engraiffés qu’après avoir travaillé ; ils n’ont pas beaucoup de fuif > Sc leurs Cuirs ont plus de fermeté que ceux des Provinces où Fon éleve les Bœufs feulement pour les engraifler. Nous parlerons bientôt de l’avantage qu’il y auroit à préférer cette méthode des Cuirs à la jufée (248).
- Du gonflement opéré par la levure de Biere*
- 243. En vôyant que l’orge, le feigle , le fon, l’écorce, en tant que liqueurs aigres Sc propres à la fermentation, faifoient prefque également enfler les Cuirs, il étoit naturel de penfer que toute autre liqueur aigre, telle que Tanneury T.
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- la levure de biere, produiroit auflî le gonflement des Cuirs. M. Guimard ’ Infpeéteur, qui travailloit à Corbeil avec M. Teybert , aiïiira qu’en effet elle lui avoit parfaitement réuflî dans des expériences faites en 1749 : il eft probable que les parties fpiritueufes que le marc de biere contient , & le mélange même du houblon, lui donnent une très-bonne qualité ; auffi les Boulangers le préferent-ils fouvent pour faire lever leur pain. C’eft à M. de Montaran, Intendant du Commerce , qu on a eu l'obligation de cette idée heureufe , qui doit épargner de la dépenfe & des foins , parce que le marc de biere eft une matière inutile à tout autre ufàge, 8c propre néanmoins à produire une très-bonne fermentation.
- Pour avoir une idée de la nature de la biere, & de l’ufàge qu’on en fait ïci , il faut confulter la defcription que M. Macquer a donnée du travail de la biere, dans le fécond volume de fes Eléments de Chymie-Pratique , page 3 y , édition de 1751 ; defcription qu’il attribue à M. Boerrhave.
- 244. On prend du marc de biere tout chaud , fortant de la chaudière, on le met fermenter en paffement couvert, c’eft-à-dire, dans une cuve d’eau toute pure ; quand il eft à fon plus haut degré de fermentation, ôn y par-feme du fel, on y plonge les Cuirs qui ont été bien trempés, décrottés , & décharnés ; on réchauffe ce paffement, 8c on releve les Cuirs à plufieurs reprifes differentes , jufqu’à ce qu’ils foient fufiifàmment plamés : la conduite des pafFements de biere eft la même que celle de l’orge ou du fon (175).
- On peut également faire ces paffements de biere à froid, ainfi que nous l’avons dit des paffements de fon à froid (184).
- Comparaifon des méthodes précédentes 9 SC avantages du Cuir
- à la juféc.
- HS- L usage fèul devroit, ce femble, décider de la préférence entre les differentes méthodes de préparer le Cuir ; & quoiqu’on n’ait pas fait des expériences bien précifes à ce fujet, l’ufage me femble avoir décidé pour le Cuir de Liege (248) , & en fécond ordre pour le Cuir à l’orge ( 114) ; cependant la méthode du Cuira la chaux eft fi ancienne, 8c beaucoup de Tanneurs y font tellement attachés , qu’ils la croient encore préférable-Dans les informations qui furent prifes par les Infpeéleurs , 8c rapportées au Bureau du Commerce en 1746, les Tanneurs de Montreau 8c de Pontoife attefterent que, quoiqu’ils fè fervilfent de l’orge , cependant ils croyoient la chaux préférable : ceux de Poligny 8c de S. Claude en Franche-Comté , aflu-rerent que l’orge rendoit le Cuir fpongieux 8c caflànt, & qu’elle en deflé-choit les nerfs. Ces objeétions furent probablement l’effet du préjugé ; car par-tout ailleurs les Cuirs à l’orge paffent généralement pour être meilleurs que les Cuirs à la chaux.
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- 246. Quelques-uns ont alluré qu*on devroit mettre une diftinébon dans la fabrication 8c la vente des Cuirs ; ne vendre pour F hy ver que des Cuirs à la chaux, tannés pendant long-temps, & donner pour Tété du Cuir à Forge légèrement tanné : on éviteroit ainfi, difent-ils , les plaintes que le Particulier fait au Cordonnier , & le Cordonnier au Tanneur ; tantôt que fes foui-liers fe font brûlés au mois d’Août en paffant le Pont neuf ; une autre fois , que deux heures de pluie les ont abreuvés fins reffource pour tout Phyver i peut-être cette différence a lieu entre le Cuir à Forge & le Cuir à la jufée ; mais à Fégard de la chaux, nous croyons qu’on devroit généralement la profcriré*
- 247» Les Cuirs trop minces , & qui ont peu de fubftance, ceux des Bœufs ruinés pas le travail ou delFéchés par la vieillelfe , ne réufîîlFent pas auffi-bien en Liege, c’eft-à dire, à la jufée , que dans les palfements d’orge en façon de Tranfylvanie 8c de Valachie ( 129) ; toutes peuvent s’employer , parce que la fermentation douce & onélueufe de la pâte d’orge ou de feigle , les •attendrit, les pénétré , les nourrit, 8c fait paroître avec avantage des peaux^ qui feroient rebutées fi elles euffent été en Liege. C’eft auffi pour cela qu’il fut propofe au mois d’Avril 1746, de faire à C orbe il les premières épreuves de M.Teybert fur des peaux ingrattes, pour mieux appercevoir l’avantage de la méthode*
- 248. Des Tanneurs qui ont appris l’habillage du Cuir, façon de Liege 9 dans le pays de la Meufe, affurent qu’il eft autant au-defliis du Cuir à Forge * que celui-ci eft fupérieur au Cuir à la chaux > & que le Public tirer oit un bien meilleur ferviçe du Cuir à la jufée que de tout autre , parce que dans fi préparation il n’entfe ni chaux, ni aucun ingrédient qui en altéré la qualité : la réputation générale qu’ils ont eue dans toute FEurope , femble prouver la même chofe. Par un Verbal des Tanneurs de Bretagne , fait le i^Oélobre tyj6, il paroît que tous étoient perfuadés que la préparation du Cuir à la jufée étoit préférable à celle de la chaux ; mais la plupart n’ofoient l’entre-prendre avant que les Tanneurs de Paris 8c des Provinces voifines de la Capitale leur en euffent donné l’exemple.
- 249. Le Cuir à la jufée paffe pour être très-bon en efcarpins dans des temps & des pays fecs ; mais beaucoup de gens difent en France qu’il n’eft pas fi bon pour être porté à l’eau que le Cuir à l’orge ; cela vient de la préférence que chacun donne à fi maniéré de travailler : le Cuir à la jufée eft peu ufité en France quant à préfent, ainfi il peut bien, par cette feule raifbn, trouver des détraéleurs. Au refte , fi l’on en appelle au raifonnement, on peut très-bien concevoir que ce Cuir préparé avec une matière aftringente , doit être meilleur que le Cuir préparé avec des fubftances farineufes , onélueufes , 8c émollientes (188) , telles que Forge 8c le feigle ; ainfi je crois que, fuivant la phyfique de cette opération , le Cuir à la jufée doit être le meilleur.
- 250. Enfin cette préparation des Cuirs eft la moins coûteufe, puifqu’elle
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- ne demande autre chofe que la vieille écorce, incapable de fetvir à autre uiàge qu'à fumer les terres ou à brûler ^ & il importe au bien public de rétablir par préférence à toute autre , à caufe de la confommation de grains qu'exige le Cuir à l'orge : auffi M. Doublet de Perlàn, lorfqu'il étoit Intendant du Commerce, fit des efforts confidérables pour l'établir , & Ion doit fouhaiter que cette méthode prévale enfin par-tout.
- Je ne puis m'empêcher de rapporter à cette occafion un fait qui prouve bien la réputation des Cuirs à la jufée : une perfonne en place & très-digne de foi, m’a affuré que lorfqu'on parla de l'établiflement des Cuirs de Liege, les Cordonniers de Paris, très-perfuadés que la confommation a-lloit diminuer , furent très-allarmés, & employèrent beaucoup de Pollicitations pour arrêter cette innovation ; preuve du grand cas qu'ils faifoient de cette forte de Cuir, & de la crainte qu'ils avoient de voir renouveller trop rarement les befoins du Public à l'avenir.
- 251. Tout ce qu'on a objeélé à cette méthode , c’eft qu’elle demande une extrême attention, 8c qu’elle manque fouvent par les feules viciflîtudes de l'air : d'ailleurs elle exige , dit-on , des eaux qui lui conviennent, comme celles de la Meufe , & elle ne réuffiroit pas également par-tout ; cependant les eaux vives qui defcendent des Montagnes du Dauphiné & de l'Auvergne, devroient être, ce femble, de la même qualité ou à-peu-près : la fontaine de la Manufaélure de Saint-Germain réuflît à merveille , & l'on n'y apperçoit pas de ces pertes fréquentes qu'on a prétendu avoir lieu dans les Cuirs à la jufée.
- U fe forma en 1749 à Bayonne un établiiïement, qui fut autorifé par des Lettres-Patentes du 16 Mai 1749, pour la préparation des Cuirs forts à la façon d'Angleterre , Liege 8c Namur ; cette Manufaélure eut dufuccès, & les Efpagnols donnoient la préférence à fes Cuirs fur ceux même d'Angleterre qu'ils avoient coutume de tirer.
- Ce fuccès encouragea Meilleurs Duclos, Négociants à Touloufe en i jÿi, à former une femblabie Manufaélure à Leéloure , dans un emplacement qu'ils avoient à l'un des Fauxbourgs, appelle Idronne ; ils obtinrent du Roi l'emplacement d'un ancien baftion 8c d'un angle faillant, inutiles aux fortifications, 8c les Habitans de Leéloure leur donnèrent la garde 8c l'ufàge d’une fontaine publique : ils obtinrent par un Arrêt du Confeil, du 2 Avril 1754, le titre de Manufaélure Royale ; leurs Contre-maîtres, leurs Ouvriers étrangers, 8c deux principaux Ouvriers François, furent exemptés pour vingt-cinq ans de là milice : il fut ordonné que les Cuirs qu'ils feroient venir de l'étranger , jferoient exempts de tous droits d’entrée, & que les Cuirs par eux manufacturés & exportés dans l'étranger, feroient exempts de tous droits de forde.' Enfin tout le monde connoît la grande Manufaélure de Saint-Germain, qui fou-tient avec le plus grand fuccès la fabrication du Cuir à la jufée,& qui en prouve la bonté. 2^2*
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- àj2. Après qu'on eut commencé en 1746 à travailler à Corbeil ftans les principes de Teybert, par ordre du Miniftre, les Maîtres Cordonniers de paris furent invités à faire l'examen des nouveaux Cuirs : on en tranfporta vingt à la Halle aux Draps , où dix Cordonniers s'affemblerent, & par une délibération du 1 Septembre 1747, convinrent de ce qui fuit.
- i0. Que les fix Cuirs , appellés par Teybert façon de Tranfylvanie, étoient tons, très-bien façonnés, 8c les meilleurs de la partie,
- 20. Que parmi les quatorze autres , façon de Valachie , il y en avoit fept bons , 8c fèpt dont la défeéhiofité venait de la qualité des peaux , 8c non du» tannage , qui étoit parfait,
- 30. Que le Cuir de Liege leur paroiflbit en général être préférable au Valachie j parce que plus le premier eft porté , plus il durcit ; au lieu que le Cuir de Valachie eft creux, & ne gagne pas à être gardé,
- 40. Que le Tranfylvanie paroiflbit avoir le mérite du Cuir de Liege ; mais que les apparences étant fouvent trompeufes, il falloit s'en rapporter à L'ufé, c'eft-à-dire, à l'expérience.
- 253. Le Cuir à la jufée n'eft pas en général aufti épais que les Cuirs à l'orge J les Ouvriers qui ne font pas inftruits de cette différence, 8c qui croiroient que l'épaifteur du Cuir en fait le mérite, feroient trompés en le voyant : ce Cuir à la jufée eft le plus doux ; on peut rouler un Cuir entier comme une Vache à œuvre ; il peut être battu à dilcrétion, 8c il doit l'être néceflàire^ ment ; il n’en acquiert que plus de fermeté ,, & il ne s'étend jamais fous le marteau : on coupe une pièce, de figure quelconque, dans le milieu d'un Cuir de T iege , on la frappe à grands coups de maffe ; elle devient plus mince, mais elle conferve la même largeur, 8c rentre exactement dans la place d'où elle avoit été tirée , ce que ne feroit pas un morceau de ÇuirpafTé à l'orge ou à la chaux.
- 254. Le Cuir à la chaux le reconnoît même après qu'il a été tanné, par une couleur noirâtre du côté de la fleur, rouge du côté de la chair, & rouffâtre dans la tranche. Le Cuir à l'orge a une couleur ardoifée du côté de la fleur, blanchâtre du côté de la chair 8c à la coupe,
- CUIR AÜ S IP PAGE OU A LA DANOISE.
- 255. Cette méthode du fippœge , qui eft pratiquée en plufîeurs endroits', & particuliérement en Bretagne, confifte à tanner les Cuirs en deux mois de temps, e'n les coulant tout autour, 8c les rempliflant d’écorce. Après que les Cuirs verds font défaignés, les Cuirs fecs détrempés, amollis & défilés,' s'il eft néceffaire , on leur donne un plein neuf pour leur faire quitter le poil ; un mois fuffit pour cela; on débourre les Cuirs,on les décharné, on les travaille de riviere, 8c on les met en rouge comme les Cuirs à l'orge (127,158, X Ôyf
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- 2^6. Quand les Cuirs ont pris le rouge , il s’agit de les tanner ; pour cela on les coud tout autour comme des facs ou des outres , en réfervant feulement un côte , par lequel on les remplit d’écorce & d’eau ; on achevé de les coudre ; après qu’ils font fermés ; on les bat avec force, pour que l’écorce fe diftribue également par-tout ; on les met dans des nauffes ou foffes remplies de bonne eau tannée , de maniéré que les Cuirs foient fubmergés , & qu’ils ne noirciffent point.
- 257. Les nauffes ont huit à dix pieds de long fur quatre pieds de large Sc autant de profondeur : lorfque les Cuirs y font plongés , on les charge fortement avec des planches & des pierres, pour forcer le jus d’écorce qui y: eft renfermé à pénétrer plus promptement & plus fortement ; & de peur qu’il n’y ait des côtés où la preflîon falfe plus d’effort, & où conféquemment le Cuir tanneroit plus vite, on retourne les Cuirs trois ou quatre fois par femaîne > Sc l’on a foin de les battre à chaque fois ; par ce moyen les Cuirs fe trouvent tannés dans l’efpace de deux mois , & avec une feule écorce : il faut convenir cependant que cette écorce unique équivaut à-peu-près aux trois que l’on emploie dans la méthode ordinaire > lorfqu’on couche les Cuirs en foffe.
- 258. Le Cuir au fïppage eft plus mince que le Cuir tanné en foffe, parce qu’il eft moins préparé par le gonflementSc que le poids dont on le charge étend Sc dilate fans ceffe le Cuir> ce qui augmente l’étendue aux dépens de l’épaifleur ; il eft plus fouple, plus pliant que le Cuir ordinaire , à-peu-près comme le baudrier ou Cuir à œuvre ( 260 ) ; il a la couleur de l’empeigne , c’eft-à-dire, une couleur plus claire que le Cuir fort ; mais on peut le rembrunir avec une eau de chaux après qu’il eft tanné.
- 259. Dans le feui Bourg de Locminé en Bretagne ^ il y a plus de quarante Tanneurs ; prefque tous font du Cuir fort au fïppage > qu’ils tannent en deux ou trois mois : il y a auflî vingt-huit Tanneurs à Pontivy, qui font également du Cuir au fïppage, & ils appellent cela tanner a la Danoife : on remarquera dans la defeription du Cuir à œuvre, que cette méthode y feroit beaucoup meilleure que pour le Cuir fort, Sc qu’elle a beaucoup de rapport avec les coudrements (267) & le refaifàge (268) ; il y a même des Provinces où l’on travaille au fïppage le Cuir à œuvre (262) : enfin cette méthode a du rapport avec la méthode des Tanneurs Anglois (95 ) ; ainfi l’on ne doit pas la proferire , mais chercher à la perfectionner > en l’employant avec plus de foin qu’on ne le fait actuellement, en la faifànt durer plus long-temps * Sc en faifant mieux enfler les Cuirs qu’on veut fipper.
- DES CUIRS A ŒUVRE.
- &60. Les Cuirs de Vaches ou de petits Bœufs, qui font moins propres à
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- cure travaillés en fort ( i ), fervent à faire les fécondés femeles , les fouliers de femmes , les empeignes , & autres ouvrages moins durs que ceux où Ton emploie les Cuirs forts : les peaux de Vaches font plus ferrées que celles des Bœufs, Sc fi elles étoient affez épaiffes on les préféreroit ; mais ordinairement elles fervent à faire le Cuir foible : les peaux de Bœufs qui font trop minces paffent avec les Cuits de Vaches.
- 2.61. On appelle à Paris Cuir a œuvre ces Cuirs minces, parce que chez les Corroyeurs, on les met en œuvre de plufieurs façons , au lieu que les Cuirs forts ne font pas fufceptibles de tant de formes différentes : d'autres appellent Baudrier, Sc en Dauphiné Brigady , un Cuir mince Sc ferré, bien tanné, propre à faire des femelles d'efcarpins ; dans d'autres Provinces , on les appelle du Semelin.
- Le Baudrier fe met dans les pleins, pendant la moitié du temps que le Cuir fort y féjourne, en commençant par des pleins morts, comme on l'a vu (20). On ne met point à la julee les Cuirs à œuvre, même dans les Manufactures où cette méthode e£t ufitée pour les Cuirs forts. Au lortir des pleins , le Baudrier fe travaille de riviere plufieurs fois (37) , c'eft-à-dire , qu'on l'écharne Sc qu’on le récoule fortement fur le chevalet de chair Sc de fleur, à quatre ou cinq reprifes différentes , pour enlever toute la chaux, en le rinçant à chaque fois dans une eau courante : après avoir été travaillés de riviere, on les met en coudrement (267) pendant huit jours ; Sc enfin le Baudrier fe couche en folfe pour l'efpace de quatre mois feulement, ou le quart du .temps qu’il faut à un Cuir fort.
- > 2.62. En Dauphiné , on emploie la méthode du fippage (zyy) pour tanner le Baudrier, & elle y réuffit très-bien , parce que le Baudrier n'a pas* befoin d'être épais comme le Cuir fort ; au lieu que le fippage, tendant à diminuer l'épaiffeur , n'eftpas fi bon pour le Cuir fort. Lorfque ces Cuirs ont eu deux mois de plein, on les met en coudrement pour fept à huit jours dans des cuves moyennes , qu'on appelle rodoirs ou coudrets ; on 1 ts jlppe enfuite, c’eft-à-dire, qu'on les coud comme des outres, Sc on les remplit de l'eau du coudrement Sc de l'écorce qui y a bouilli ; on les laiffe ainfi pleins l'efpace de huit à dix jours, Sc on les change cinq à fix fois par jour ; on les découd ; on les met tout à plat dans la cuve avec la même écorce , diftribuée par couches fur chaque Cuir ; on les laiffe en cet état huit jours fans les remuer , on les leve , on les met fécher fur perche, pour être livrés au Corroyeur.
- 263. Dans le pays deBreffe & dans les Provinces voifînes, les Cuirs en foible, Vaches , Veaux, Sc autres petites peaux propres à faire des empeignes , n’ont que fix femaines de plein en été, & deux mois Sc demi dans 1 hyver ; .on les laiffe trois jours dans l'eau courante, pendant lefquels on les travaille alternativement avec le couteau Sc la pierre fept à huit fois par jour, jufqu'à ce qu'ils ne rendent plus de chaux, mais que l'eau en forte claire.
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- 264. Au fortir du travail de rivière, on les met dans une cüvc avec de Teaii de tan, en les remuant bien plufieurs fois le jour pour leur faire le grain „ e’eft ce que nous appellerons coudrer ( 167) ; mais ôn n’a pas toujours befoin de faire coudrer les empeignes ; 8c à cet égard 011 verra dans l’Art du Cor^ royeur la différence entre les veaux tournés & les veaux graiffés ; ceux à qui l’on veut donner du grain, 8c dont on veut faire parokre la fleur au dehors , ont principalement befoin du coudrement.
- A Limoges , les Veaux demeurent quatre mois en chaux & trois mois en folfe avec l’écorce de chêne , bu deux mois avec celle de redou , qu’on tire du Querci. En Dauphiné , on ne les met en chaux que pendant quinze jours ; mais on les met enfuite dans les rodoirs avec deux écorces différentes pendant un mois, 8c finalement en foffe un mois & demi. A Metz 8c à Verdun, les peaux de Vaches relient huit jours dans un plein mort, huit jours dans un plein neuf, un mois dans des cuves d’eau & d’écorce, 8c cinq mois en folfè à deux poudres différentes ; les Vaches y fervent à faire des Cuirs noirs lifles pour impériale de Carroffe : à l’égard des Veaux, c’efl la même préparation, à la réferve qu’on ne les couche en foffe qu’une fois pendant deux mois & demi. A Bourges, les Vaches font trois mois en chaux & fîx mois en folle. A la Souteraine & à Saint-Julien, on les met trois femafi-nes en chaux , cinq à fîx jours dans le Ion de froment, quinze jours dans une eau chaude avec de l’écorce»
- %66. A la Manufacture de Sâint-tjermain-en-Laye, les peaux de Vaches 8c les petits Cuirs de Bœufs après avoir été dégorgés , égouttés , débourrés écharnés, 8c paffés dans trois pleins morts 8c un plein vif, fe travaillent de riviere avec beaucoup de foin & à cinq reprifes différentes. A la première façon, on prend les peaux fur le chevalet, on les dégorge avec un couteau à faux, c’eft-à-dire, qu’on les preffe fortement pour faire fortir la chaux, enfuite avec un couteau rond à deux mains on les écharne , & on rejette les peaux au canal pour s’abreuver.
- Pour la fécondé façon, on remet les peaux fur le chevalet ; & avec la queurfe (16), on paffe fortement fur le côté de la fleur pour l’adoucir, l’unir, & en faire fortir la chaux, 8c l’on rejette les peaux au canal.
- Pour la troifieme façon, on reprend les peaux fur le chevalet, 8c l’on paffe deffus avec force un couteau rond, tant de chair que de fleur, pour, faire encore mieux fortir la chaux ; après quoi on les jette au canal.
- Pour la quatrième & cinquième façon , on refait la même choie , & cela s’appelle récouler 8c abreuver ; alors s’il ne refte plus de chaux dans les peaux, 8c que l’eau qui en fort foit claire, on les met dans les cou-drements.
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- Du Coudrement.
- ^.6j. O n appelle Coudrement une eau afiringente dans laquelle on fait tourner des peaux de Vaches ou de Veaux long-temps & en tout fens, pour les affermir & les tanner. On voit en E, dans la Planche I, trois Hommes occupés à tourner le coudrement j on y en emploie fouvent quatre, &; même davantage»
- Les cuves de coudrement ont à Saint-Germain quatre pieds de hauteur fur fix pieds de diamètre ; elles font de bois, cerclées de fer ; on y met les peaux avec du tan & de Peau chaude ; quatre Hommes des plus robufles les tournent continuellement avecdes pelles pendant une heure, en allant d'abord de droite à gauche, & enfuite de gauche à droite.
- Dans un coudrement de vingt-quatre Vaches, on met cinq Corbeilles de tan ; ces corbeilles ont vingt pouces de diamètre fur treize de hauteur.
- Ce travail du coudrement le réitéré plufieurs fois, en relevant les peaux chaque jour, les laiflànt égoutter avant de les remettre dans le coudrement : tandis que les peaux s'égouttent, on remet un peu de nouveau tan <lans le coudrement pour lui redonner de la force.
- Du refaifage des Cuirs à (&uvre.
- ^68. Après avoir tourné les peaux dans le coudrement pour la derniers fois , on les laiffe en refaifage , c’eft-à-dire, .qu’on les laiffe fe refaire dans la CuVè avec du nouveau tan, jufqu’à ce qu’on les couche en première poudre. Un refaifage dé vingt-quatre Vaches & de dou£è douzaines de Veaux, exige Vingt-deux corbeilles de tan , lavoir, dix pour les vingt-quatre Vaches, & douze pour les Veaux ; car le refaifage prend le double du coudrement.
- atfp. Le refaifage des Cuirs à œuvre, ou la cuve du refaifage, eft une cuve oii on les étend dé toute leur longueur : fi on double les extrémités, on met du tan dans tous les doubles, on les enveloppe de tan neuf, que l’on baigne d’une grande quantité d’eau froide , & on les laiflè fejourner en cet état pendant un mois ou fix femaines, félon les faifons : au fortir des refaifàges, on les coucheœn foffe à l’ordinaire ; mais ils n’ont plus befoin que de deux poudres, parce que le coudrement 3ç le refaifage tiennent lieu d’une première poudre.
- 270. Les peaux de Vaches ou de petits Bœufs ; après le coudrement & le refaifage, fe mettent en foffe ; on les abreuve d’eau , la plus douce efl la meilleure, & l’on veille à ce quelles n’en manquent point ï au bout de trois mois, on les met en fécondé poudre pendant cinq à fix femaines ; Sc après la fécondé poudre, on les porte au féchoir ; on les étend fur des per-
- Tanneur* &
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- ches, en prenant foin que la chaleur ou le froid ne les làififfe trop : on les appelle dans cet état Vaches en croûte ; 8c c’eft ainfi que le Corroyeur les reçoit , pour en faire des femelles d’efcarpins , des Cuirs noirs à grains, des Cuirs liffés, des Vaches rouges, du Cuir de Ruffie, pour fufage des Selliers, des Bourreliers, des Coffietiers : nous les fuivrons en décrivant l’Art du Corroyeur.
- 271. Le Cuir de Vache eft plus ferré , meilleur pour les dernieres femelles ou femelles extérieures ; on le préféré à celui des petits Bœufs, qui fervent pour les premières femelles ou femelles intérieures. Une bonne vache à œuvre étirée, paife généralement pour être le meilleur de tous les Cuirs ; quand elle eft bien choifle : il faut que ce foit une Vache qui n’ait point été pleine ; car dans les Vaches qui ont porté, la peau eft trop diftendue 8c trop mince : les femelles faites d’une bonne Vache, fur-tout prifes dans le dos, les épaules, 8c les croupons ou bandes du milieu, valent mieux que celles des Bœufs : il y a de ces Vaches qui pefeht foixante & quinze livres en poil , vingt-cinq ou trente quand elles font étirées ; mais il faut convenir que cela eft fort rare ; aufïi le nom de Vache eft donné, chez les Corroyeurs, à toute peau foible de Bœuf, de Vache ou de Veau. A l’égard des débris d’une Vache, tels que les ventres 8c autres parties foibles , ils ne valent pas les débris d’un Cuir de Bœuf.
- Du travail des Peaux de Veaux.
- 272. Les Veaux reçoivent à-peu-près le même travail que les Vaches ; ou les fait paifer dans trois pleins morts 8c un plein vif, avec cette différence que les Veaux étant plus délicats que les Vaches, on ne les met dans le plein vif qu’après qu’il y a paffé des peaux de Vaches.
- Lorfque les peaux ne font pas fraîches , qu’on les acheté en poil extrêmement feches , on eft obligé de les fouler pour les ramollir ; ce travail Je faiç avec les pieds.
- Le travail de riviere pour les peaux de Veaux, eft un peu différent de celui des peaux de Vaches (266) ; car dès la fécondé façon, on en met quinze à dix-huit dans un baquet, ou quatre Hommes avec des pilons de bok à long manches, les foulent pendant un demi-quart d’heure , pour en rompre le nerf 8c les adoucir. Ce travail fe réitéré après chaque façon, c’eft-à-dire, quatre fois , comme le travail de riviere : on voit en C, dans la Planche II9 un baquet dans lequel on foule des Veaux ; les pilons G ont huit à neuf pouces de haut, & fe terminent comme des coins.
- Lorfqu’il ne refte fur les peaux de Veaux ni bourre, ni chair, ni chaux, Sc que l’eau eft fort claire, on les met, comme les Vaches ,#dans le coudrement ( 267), 8c on les tourne à différentes reprifes, plus encore que les Vaches, en différents fens, 8c l’on y met à chaque fois du tan nouveau*
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- Le refaifàge des peaux de Veaux dure environ un mois ; on les range dans la cuve avec un peu de tan entre les peaux , & par-deffus le tout, un peu de tannée & de l’eau des coudrements : c’eft dansçe refaifàge qu’elles attendent le temps d’être mifes en fofle.
- 273. Pour mettre les Veaux en fofle, on les plie en long, mais inégalement , fans mettre du tan dans la duplicature ; on garnit un peu plus la tête Sc la culée, parce que ces parties font plus épaifles ; le tan doit être réduit en poudre très-fine.
- La première poudre dure trois mois ; alors on les releve, on les nettoie, on les bat pour en ôter la première tannée ; on les couche en fécondé poudre , en obfervant de les plier auffî inégalement, mais de maniéré que la partie qui n étoit point doublée dans la première poudre, foit double dans la fécondé ; on met du tan très-fin entre les peaux; on y verfe de l’eau, la plus douce qui foit polïïble , Sc l’on a grande attention qu elles n’en manquent point tout le temps qu’elles font dans les fofles : cette féconde poudre dure trois mois, après quoi les peaux vont au féchoir. *
- A Paris, où le Tanneur Sc le Corroyeur font de deux Corps diftinéts, Sc jaloux de leurs droits, le Tanneur n’a plus rien à faire àfos Veaux, quand il les a retirés de fécondé poudre, que de les empêcher de fécher : ainfi il ne les porte pas au féchoir ; mais il les range fur le bord de fa fofle avec tout leur tan, en piles de cinq à fix douzaines ; là ils attendent, entre deux hu-, meurs, que le Corroyeur les vienne acheter , pour les pafler en huile & en dégras, & par-là les rendre propres aux ouvrages des Cordonniers Sc des Bourreliers.
- 274. Depuis environ vingt ans, quelques Tanneurs fe font mis à tanner
- le Veau & le Mouton dans une eau chaude d’écorce : je crois qu’il n’y au-roit rien à perdre dans cette pratique, comme je l’ai déjà obfervé à i’occafion du Cuir fort (101). ^
- Des Chevres SC des Moutons.
- 275. Les peaux de Chevres ne font pas fi communes qu’on puiflè les avoir toutes fraîches en quantité fuffifante pour en faire un travail fuivi ; on les acheté eii poil, feches ; Sc dans différentes Provinces , on les jette dans le canal pour les ramollir ; on les foule même encore au fortir dû canal ; on les fait pafler dans les trois pleins morts j on les débourre, Sc on les fait paffer au plein vif comme les Veaux.
- Les Chevres que l’on tanne, exigent au moins dix façons dans le travail de riviere, parce qu’elles font feches de leur nature ; on en verra le détail à 1 occafion du Marroquin ,* ( Uoye^ V Art de faire le Marroquin. ) car le travail de riviere s’y obferve avec grand foin, Sc il eft le même, à l’exception du
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- contre-écharnage : il y a auffi cette différence, que pour la tannerie on met les Chevres dans la riviere, au lieu de les mettre dans des baquets, fi ce n’eft dans les dernieres façons, ou Ton emploie apfîî les baquets pour plus grande propreté. On a foin deramaffer la bourre des peaux de Chevre, auffi-bien que eelie des Veaux : on vend-ce poil de Chevre neuf à dix livres le cent pelant quand il eft .gris, & quatorze à quinze livres quand il eft blanc, Voye^ à ce fujet l'Art du P archeminier. On ramalTe auffi les rognures de î écharnage , foit des Chevres, foit des Veaux, pour en faire de la colle.
- 276. Les peaux de Chevre fe mettent dans le coudrement (267) ; elles relient enfuite une quinzaine de jours en refailàge : au fortir du refailàge, on les couche en folfe une feule fois • elles ne font pas affez épaifles pour avoir, ,befoin<d’une fécondé poudre.
- C’eft fur-tout au printemps qu’on leve de folfe la Vache, les Veaux 3c la Chevre ; au lieu que les Cuirs forts fe lèvent en automne, temps auquel les Cordonniers commencent à en avoir le plus beloin, & à faire leurs provi-* fions pour l’hyver..
- 277. La Basanne eft une peau de Mouton tannée : les peaux de Mouton qu’on tanne pour faire la balànne, ne relient que trois femaines dans le plein ou un mois au plus : fi l’on fait des pleins pour l’ulàge feul des balànnes, on emploie fix quintaux de chaux pour vingt douzaines de peaux. Quand les peaux de Mouton font pelées, il ne leur faut plus que quinze jours de plein. Après qu’elles font luffifamment piamées , on les met dans un coudre-ment froid (267), & on les y laiflè pendant un mois.
- Il y a des Provinces où les bafannes font fippées ( syy ), c’.eft-à-dire, qu’on les coud tout autour, après les avoir remplies d’écorce ; on les met dans un coudrement neuf fort chaud, que l’on remue de temps en temps, & qu’on réchauffe deux ou trois fois le jour : en deux jours de temps les balànnes font tannées. Nous parlerons dans VArt du Mégijfier des peaux de Moutons paffées en blanc, & qu’on appelle Peaux de Mégie.
- Du Cuir de Cheval.
- 278. Nous avons dit que le Cuir de Cheval ne fe travaille point chez les Tanneurs de Paris : ceux de la Province ne font pas fi délicats ; ils en font quand l’occafion s’en préfente ; on leur donne fix femaines de plein & cinq mois de foffe, à-peu-près comme aux Vaches ; ils fe vendent huit à neuf livres. On reconnoît un Cuir de Cheval au long cou, avec une grande épaÆ leur fiir la crinière, Sc des plis très-forts : on ne s’en fert que pour les premières femelles , qui n’exigent pas autant de qualité que les femelles extérieures. Les droits qui fe perçoivent fur le Cuir de Cheval, ne font que la moitié de çeux du Çuir de Bœuf^ c’eft-à-dire, d'un fol par livre pefant*
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- Des Peaux Humaines*
- 279. Il eft rare qu’on s’avife de vouloir tanner les peaux humaines ; auffi n’en parlons-nous qu’en paffant, & à la fin de l’énumération que nous avons faite de toutes les peaux qui fe tannent. Lorfqu’on a effayé de tanner des peaux humaines , on a vu qu’elles exigeoient plus de plein ou de paffement , parce qu’elles font plus graffes : elles ont plus de corps que les Vaches ; elles renflent beaucoup dans les paffements. Paffées en blanc ou en Hongrie, elles fe condenfent, & font au contraire plus minces que des Vaches paffées en Hongrie. Le ventre eft la partie la plus épaiffe d’une peau humaine ; au lieu que dans les Vaches, le ventre eft la partie la plus mince. On a vu dans l’Art du Chamoifèur ( art. 80 ), que les peaux humaines , paffées en chamois, ont la réputation d’être un topique avantageux pour les corps aux pieds.
- DES DÉFAUTS QUI SE REMARQUENT
- dans les Cuirs.
- 280. C’est fouvent à la nature de la peau qu’on doit attribuer fa mauvaife qualité & fon peu de durée ; mais c’eft aufll quelquefois à fes défauts de préparation : nous allons parcourir en peu de mots les différentes caufes de ces inconvénients.
- On a vu ci-devant qu’il y a des peaux creufes , veules, minces, feches (94) > 4U* gonflent difficilement, & par conféquent fe tannent mal. Il y a des peaux coutelées, à caufe de la négligence qu’on a à les deshabiller ; les grands Cuirs du Brefil d’Irlande y font même des plus fujets (241), Voyez ce que j’ai dit dans l’Art de faire le Parchemin ( art. 51 ), fur la négligence des Bouchers à l’occafion des peaux de Veaux & de Moutons ; car cela peut fe dire également des Cuirs de Bœuf.
- En parlant dans le même endroit des défauts du parchemin , je me fuis fort étendu fur ceux qui proviennent des maladies des Moutons, parce que fur des peaux aufll tendres, l’effet des maladies eft très-remarquable : j’en parlerai encore dans l’Art du Mégifîier ; mais cet article paroît de peu de conféquence dans la Tannerie.
- Il y a des Cuirs qui fe piquent & s’effleurent dans des eaux limoneufès, ou chargées de particules trop acres ( IJ ) : il y en a où il refte des parties hétérogènes (27) dans la dépilation : ces parties dures réfiftent au couteau, & font caufe que l’on coupe le Cuir'en le travaillant fur le chevalet ; c’eft pourquoi il eft très-effentiel qu’une Tannerie ait beaucoup d’eau, & qu’on lave fouvent.
- 28r. Il y a des Cuirs qui font brûlés par la chaux (yo), au point de fe Tanneur,
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- déchirer fous la pince , ou fous le couteau dont on fe fert pour écharner : cela prouve,plus que toute autre chofe,le danger &l’ab us qu’il y a dans l’ufage de la chaux ,_contre lequel nous avons déjà parlé aflez au long (48).
- 282. La mauvaife qualité de l’écorce ou du tan (57), contribue à celle des Cuirs : l’écorce vieille chargée de crevafles , couverte de moufle, noire , éteinte par l’humidité qu’on lui a laifle contracter , ne forme qu’un mauvais tannage : la même chofe a lieu fl les fofles font mal abreuvées ; les parties du tan ne peuvent pénétrer le Cuir-, fl elles ne font diflbutes & emportées par la force de l’eau , qui pénétré enfuite & en abreuve les Cuirs (97).
- 283. La qualité des eaux influe beaucoup lur celles des Cuirs , fur-tout pendant la durée des paflements : l’eau de la riviere des Gobelins eft chaude, abattue , fade, prefque corrompue ; & l’on eS obligé à la Manufacture de S. Hippolyte d’en faire venir de la Seine deux ou trois tonneaux chaque jour.
- Les Tanneries de la rue Cencier étant plus bafles le long de la riviere des Gobelins, ont une eau qui abat davantage les peaux, & qui eft meilleure pour la moletterie, c’eft-à-dire, pour les Veaux & pour les Chevres : le travail va beaucoup plus vite ; fix heures d’eau à la rue Cencier, font prefque autant que vingt-quatre auprès de Saint Hippolyte , qui n’en eft pas à trois cents toifes , parce que dans cet intervalle la riviere s’eft chargée d’une quantité de parties animales qui la difpofent à la fermentation, & quelle reçoit en paflànt au travers des habitations de Tanneurs, Mégifliers , Teinturiers , dont cette riviere eft couverte.
- Mais comme le Cuir à forge demande au contraire une eau plus dure Sc plus forte, l’eau de la riviere des Gobelins y eft moins propre à mefure que l’on delcend davantage 5 & même à Saint Hippolyte, on eft obligé de fe procurer à grands frais de l’eau de la Seine pour mêler à celle de la riviere des Gobelins : par la même raifon le Cuir à la jufée, qui demande une eau encore plus forte, ne réufliroit probablement pas dans les parties baffes de la riviere des Gobelins.
- 284. Onconnok fouvent en voyant un Cuir à la jufée, s’il eft d’été ou d’hyver : le Cuir d’été eft moins ferme, parce que les paflements n’ayant pas aflez de fraîcheur, fe corrompent trop tôt, abattent & ramolliflent le Cuir, au lieu de le dilater : nouvelle preuve du choix qu’on eft obligé de faire pour le Cuir à la jufée d’une eau fraîche , vive & pure.
- La gelée ramollit le nerf de la peau ; c’eft pourquoi l’on tâche d’en pré^ ferver les Cuirs qu’on veut conferver dans toute leur force ; par la même raifon, quand on a des Veaux marins, ou d’autres peaux qui font très-difficileS à revenir, on les étend à la gelée de temps en temps ; cela les ramollit & leS difpofe au travail. Nous avons vu l’effet de la gelée fur les paflements d’orge <*îi) ; le danger ne s’étend pas jufqu’à nuire aux Cuirs, mais feulement a rendre le palfement inutile.
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- ^8y. On appelle Cuir corneux certaines parties d’un Cuir, qui n’ayant pas été ramollies dans la préparation , n’ont pas été pénétrées par le tan , Sc font reftées feches ou dures comme de la corne : ce feroit le défaut ordinaire de toutes les peaux vertes, fi l’on négligeoit de les préparer, Sc qu’on les laiiïat fécher d’elles-mêmes à l’air : on voit fouvent des châfles de lunettes (£2), Sc d’autres ouvrages faits avec du Cuir corneux ; mais iLne vaut rien pour les Arts qui demandent beaucoup de force Sc de fouplefie dans le Cuir.
- 286. On trouve fouvent dans les Cuirs, des verdelets,c’eft-à-dire, de petits trous de vers qui font imperceptibles, mais qui rendent un Cuir très-défectueux. Si un impérial de carrofle a des verdelets, l’eau qui paife au travers gâte Sc pourrit l’intérieur de la voiture ; auflî l’on choifit avec grand foin, chez un Corroyeur, les Cuirs les plus entiers, les plus parfaits Sc les plus grands pour un impérial, ou pour d’autres ouvrages femblables.
- 187. Les Cuirs coutelés du côté de chair font très ordinaires, par la négligence des Bouchers, comme nous l’avons déjà remarqué ( 280) : pour y remédier, on pare du côté de chair, c’eft-à-dire, qu’on enleve une partie du Cuir avec la lunette ; mais fi les coutelures font profondes, & qu’il faille baijjer ou creufer jufqu’à approcher du nerf de la peau, il y a beaucoup à perdre , Sc la force du Cuir en eft trop altérée. Dans une femelle de Cuir fort, fi la chair fe trouve coutelée, il fera bon de la mettre en dehors, afin que la fleur fe conferve plus long-temps Sc réfifte mieux à l’humidité.
- 288. La fleur du Cuir eft auflî quelquefois endommagée par le travail de la pl amerie , par la dépilation , par le travail de riviere. Un Cordonnier doit avoir foin de mettre la chair du Cuir en dehors Sc la fleur en dedans, lorfque cette fleur eft un peu coutelée Sc endommagée ; car la chair la garantira un peu de l’humidité ; au lieu que s’il met la fleur en dehors, auflî-tôt quelle fera ufée, rien ne défendra le refte de la femelle, Sc le Cuir prendra l’eau avec la plus grande facilité.
- 28p.Le Cordonnier doit avoir foin auflî de ne point employer les ventres, les colets & les pattes, qui font des parties plus foibles, du moins pour les ouvrages qui demandent beaucoup de force : s’il avoit encore la précaution de tremper Sc de battre les Cuirs avant de les employer, il feroit des ouvrages bien meilleurs , comme nous en avons averti £107^ Les deux grandes différences qu’il y a entre un Cordonnier jaloux de la per-feétion de fon ouvrage, Sc celui qui ne demande qu’à recommencer fouvent,1 font premièrement, de bien battre les femelles ; fecondement, de choifir les endroits les plus forts d’un Cuir pour les premières femelles : mais les Cordonniers qui prendroient toutes ces précautions, auroient droit de fe fehre payer un peu plus cher que les autres.
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- ART DU TANNEUR*
- Du travail des Mottes.
- apo. La ‘Tannée 'ou la vieille poudre d’écorce, qu’on retire des folTes quand les Cuirs font tannés, peut fervir à faire les eaux aigres ou les jus d’é~ corce , lorfqu’on travaille du Cuir à la jufée : chez les Tanneurs à la chaux ou à l’orge , elle ne fert plus qu’à brûler ; mais pour qu’on la puiffe employer d’une maniéré plus commode , ona coutume de la réduire en mottes.
- •,2pr. Les mottes font des cylindres decinqàfix pouces de diamètre, & de deux ou trois pouces de hauteur, faits de tannée pétrie dans un moule 8c féchée au Soleil. On voit en D D , dans la Planche III ? (au fond de la Tannerie & derrière la machine qui fert à puifer l’eau ) le féchoir , qu’on appelle suffi le percher 9 ldi cage à mottes, les étentes ; c’eft le bâtis qui fert à étendre les mottes pour les faire fécher ; il eft compofé de planches légères , foutenues fur de petits montants. On voit en E le Motteur, nus-pieds, qui preffe la tannée dans un moule de cuivre, & qui la frappe pour la durcir. Le moule à mottes eft repréfenté féparément en N au bas de la Planche ; il a deux anfes, avec lefquelles on le prend pour faire tomber la motte de dedans le moule, quand elle eft achevée. On voit en M la planche du moule z c’eft quelquefois une pierre , fur laquelle on place le moule plein & comble de tannée : le Motteur monte fur le moule , & le frappe avec les pieds pendant l’elpace de trente à quarante fécondés de temps ; c’eft en quoi confifte toute l’opéf ration.
- 292. J’ai vu qu’en Province un homme ne fait gueres qu’un millier de mottes , & il gagne trente fols par jour. A Paris, on en fait davantage ; mais elles font plus petites & moins frappées. Les mottes reviennent prefque en Province à trois livres le mille, en y comprenant ce qu’il en coûte pour les faire , les étendre & les porter ; & on les vend fîx livres : ainfi l’on n’a que trois livres pour la matière d’un millier de mottes. Cependant un Tanneur qui confomme pour deux mille livres d’écorce , n’en tire pas cinquante mil--liers de mottes , c’eft-à-dire , cent cinquante livres ; ainfi l’on voit que les mottes ne dédommagent que d’environ une trezieme partie du prix de l’achat de la tannée.
- Suivant les calculs qu’on trouvera ci-après (309), la tannée de cinquante Cuirs réduite en mottes produit vingt livres de net, & le prix de l’achat eft de trois cents trente-fept livres ; ainfi la tannée ne rendroit que la dix-fep^ tieme partie du prix de l’écorce.
- 293. On fait à la Tannerie de Saint-Germain jufqu’à quatre cents quatre-vingt milliers de mottes , mais la plus grande partie fe confomme dans la mailbn : c’eft le produit d’environ huit mille poinçons de tannée : le poinçon eft de deux cents livres pefant (58). Mais la plus grande partie de leur
- tan
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- ART DU TANNEUR. %
- tan nefert point à faire les mottes ; car on abandonne aux'Ouvriers le plus gros de l’écorce pour en faire leur profit : cette grofle écorce , quand elle eft féchée, eft très-bonne à brûler > au lieu qu’elle ne fàuroit fe mettre en mottes ; ils ont foin de la choifir à la levée de folTe, St à la fortie des paffements morts, ou il y en a beaucoup (214).
- 294. Un des ufàges du tan, lorfqu’on ne le'iftet point en mottes, eft de fervir aux Jardiniers , qui 1’achetent quelquefois jufqu’à fix livres le tombe-* reau ; 00 en met dans les couches , dans les ferres chaudes ; il conferve la chaleur douce St confiantedont on a befoin pour les plantes exotiques, -de l’Afrique St de l’Amérique méridionale*
- DES FRAIS ET DU PRODUIT DES TANNERIES.
- 295. Les détails dans lefquels je vais entrer fur la partie économique des Tanneries , font tirés, pour la plupart, des Mémoires que M. Guimard avoit dreffés èû 1750 pour le Confeil, lorfqu’il travailloit à la réforme des Tanneries , en qualité d’înfpeéleur dans cette partie. Il peut y avoir des articles qui mériteroient aujourd'hui d’être changés ; mais il eft trop difficile à un Académicien de connoître à fond de femblables détails ; d’ailleurs il doit y avoir d’une Province à l’autre de très-grandes variétés ; ainfi les détails fui-vants ne feront pris que pour une ébauche , ou un exemple de la maniera d’évaluer de femblables produits. A l’égard des droits impofés fur les Cuirs , nous'èn parlerons à la fin de cet ouvrage.
- * ». ». ç
- 296. Un Tanneur qui dans nos Provinces a deux foffes de foixante St quinze Cuirs chacune , St veut faire cent cinquante Cuirs forts par année , doit avoir trois "Ouvriers qui coûtent chacun à-peu-près vingt-quatre fous par jour, & il depenfe pour 2000 liv. d’écorce ; il eft vrai qu’avec cela il peut tanner beaucoup de Cuirs à œuvre, St même les corroyer, ce qui augmente le profit : mais examinons feulement la partie principale , qui eft celle des Cuirs forts.
- Du Cuir à la Chaux.
- -97' D épense. Je fuppofe une partie de cinquante Cuirs pris chez le Boucher, de quatre-vingts livres à la raie, du prix de 14 livres chacun , en-forte que la mife totale foit de 1200 livres ; les intérêts à fix pour cent pendant deux ans, 144 liv. le prix du tan, 337 livres (58 ) ; la main-d’œuvre, à raifon de 16 fous par Cuir, 40 livres ; la chaux, 1 y livres ( 10) ; le total deS frais fera donc de 1736 livres pour cinquante Cuirs.
- 298. Produit. Les cinquante Cuirs qui auront pefé en poil, lorfqu’ils etoient verds, quatre-vingts livres à la raie, perdent ordinairement la moitié dans les apprêts , St ne pefent gueres que quarante-quatre livres chacun lorl>
- Tanneur* Z
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- pô
- A R T D U T À N N E U R.
- qu’ils font'tannés j or cinquante fois quarante-quatre livres, font un poids total de vingt-deux quintaux de Cuir tanné, qui évalué à 16 fousda livre , ( ceci fe rapporte au temps où écrivoit M. Guimard ) produira pour le montant de la vente . . 1760 Iiv.’
- ipp. Il y a encore quelques bénéfices fur les Cuirs tannés , dont il faut augmenter l’article de la vente.
- Cent cornes * qui valent ordinairement 8 livres , la moitié
- pour les Garçons * l’autre moitié pour le Maître......... 4'Iiv.
- Les émouckets ou crains des queues.................. .. 6 liv.
- Deux cents livres de bourre, à 4 livres le quintal, déduélion faite du lavage $ la moitié feulement étant pour le Maître. . . .. 4 liv,
- Les éckarnures & rognures de ces cinquante Cuirs , font cinquante livres de colle grofiîere , que les Papetiers achètent 10 livres le quintal ; après avoir déduit le lavage & la feche, on peut compter pour ces cinquante livres de colle .... . . . .. ; 4 liv.
- Cette matière fe vend même quelquefois jufqu’à 2$ livres le cent, quand elle eft choifie pour des GiiTeurs, qui ne veulent que les oreilles, pour rendre la chaux plus compaéle, plus adhérente > plus luftrée , de maniéré à imiter le ftuc.
- La chaux ufée de cinquante Cuirs, que Ion vend pour bâtir
- \
- des fondements & de petits murs* ou pour engrailTer les terres, produira ................ . ....... . ....... 4!^
- La tannée de ces cinquante Cuirs, réduite en mottes pour brûler , ou vendue pour fumeries terres & entretenir les couches des jardins , produira net au Tanneur environ ....... ; 20 liv*
- 3 00. Le total de ces petits articles monte à 42 livres, qui étant aj ou té es au produit de la vente principale formeront 1802 livres pour le produit total : or Ion a vu que la mife ëtoit 173 6 livres, ainfi le bénéfice de ces cinquante Cuirs à la chaux ne fera que de 66 livres ; quantité beaucoup moindre que le bénéfice du Cuir à forge, qu’on verra ci-après être de 211 livres pour cinquante Cuirs (305 ).
- Du Cuir à la Dânoifc ou au Sippage*
- 301. Dépense. La main-d’œuvre de cinquante Cuirs au ®PPaSe c°ûte moins , parce qu elle dure moins long-temps que dans toute autre méthode ; on peut feftimer 12 fous pour chaque Cuir ; ce qui fait en total.................... . .
- Un plein neuf, qui exige deux barriques de chaux , à 3 livres 10 fous la barrique, coûtera # .
- 30 liv* 7 IfV»;
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- ART D U T AN N EU R. $t
- Le rouge 8c le fippage emploieront cent cinquante quintaux d'écorce, à 2 livres y fous le quintal . . . . ........ 337 liv. 10A
- Le prix des cinquante Cuirs en poil, à 24 livres chacun . . . 1200 liv*
- L'intérêt de l'argent peut fe négliger ici, à caufe de la brie»
- Veté du temps ; ainfi le total des débourfés eft de . ..1574liv. io£
- 302. Produit. Les cinquante Cuirs qui auront pefé chacun quatre-vingts livres en verd * ne peferont gueres que quarante livres lorfqu'ils fer ont tannés. Les Cuirs au fippage font plus légers que ceux des autres méthodes , parce qu'ils font plus minces, plus fecs & moins nourris ; ainfi le poids total
- de ces Cuirs, à 16 fous la livre, produira ............ .. 1600 liv*
- A quoi il faut ajouter les petits bénéfices dont nous avons
- parlé pour le Cuir à la chaux ( 259 . 42 liv.
- Total du produit de cinquante Cuirs au fippage .. . ..... 1642 liv. dont ôtant la dépenfe 1574 livres 10 fous , il relie pour le bénéfice total . . . . . . . . . . . . . ..... . 67 liv. io£
- pfefque égal à celui du Cuir à la chaux (300) 5 mais ce produit rentre trois fois plus vite, & devient par conféquent trois fois plus avantageux , fi toutefois on fuppofe que le Cuir au fippage foit auffi bon que le Cuir à la chaux , & puilïe avoir un débit auffi fur & auffi conûdérable.
- De la préparation du Cuir à TOrge.
- 303. D È p e N s e. La main-d'œuvre de cinquante Cuirs à l'orge , coûte auffi-bien que pour le Cuir à la chaux (25)7), à
- raifon de 16 fous par Cuir . . . .... . . . ........... . 40 liv.
- En comptant une demi-mefure d'orge de 14 fous pour chaque Cuir , il faudra pour le total des cinquante Cuirs ..... 35 liv.
- Le paiement rouge de cinquante Cuirs exige deux quintaux
- d'écorce , qu'on peut e Aimer 4y fous le quintal (y 8.).. 4 liv. 10 A
- Le tan nécelfaire pour la folfe, à-peu-près comme pour le Cuir à la chaux (25)7). ...................... 337liv. lol^
- Le prix de la matière première ou de l'achat des cinquante Cuirs , à 24 livres chacun .................... 1200 liv.
- L’intérêt de cette fournie, pendant l'année de la préparation, à fix pour cent ........ 72 liv.
- Le total des débourfés efi donc de ............. . 1689 liv*
- ce qui fait 33 livres ly fous pour chaque Cuir.
- * 3 04. Produit. Les cinquante Cuirs qui auront pelé quatre-yingt livres chacun en verd, ne peferont que quarante-quatre
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- pa ART DU TANNEUR.
- livres lorfqu’ils feront tannés ; ce qui produira , à raifon d'e ' -17 "fous la livre..............^ . 1870UV*
- Les petits bénéfices de 4 livres pour les cornes, 6 livres pour
- le crin, & 20 livres pour la tannée, vont à-peu-près à ..-. 3ôliv%
- , Donc le-total du produit des cinquante Cuirs à forge . . .. ipooliv.
- 30J. Ainfi le bénéfice du Tanneur fera dans un an de ..... ai xliw quantité qui eft plus confidérable de 145 livres que pour le Cuir à la chaux, parce qu’on fuppofe que le Cuir à forge fe vend un fou de plus, étant d’une qualité fupérieure à celle du Cuir à la chaux, & parce que l’intérêt de la mife ou du fond ;r
- n’eft perdu que pendant un an pour celui qui fait du Cuir à forge ; au lieu qu’il eft perdu au moins pendant deux ans pour ceux qui font le Cuir à la chaux. On verra ci-après que le bénéfice du Cuir à la jufée eft réputé encore plus confidérable (309).
- De la préparation des Cuirs 5 façon de Valachie SC de Tranjilvanie^
- 306. Le Cuir de Valachie qui fe prépare par les paffemênts chauds ^129), ' fuppofe des opérations plus difficiles ; il faut y ajouter la dépenfè dubois* qui dans certains endroits mérite d’être confidérée ^70) ; il faut y ajouter un peu de fel pour les paffements : enfin,luivant M. Guimard, il coûteroit un peu plus que le Cuir à forge ordinaire;maisla différence n’eft pas bien confidérable.'
- 307.11 en faut dire autant du Cuir de Tranfilvanie ; le feigle en grain pefe dix-huit livres le boiffeau , mefiire de Paris ; il faut donc un peu plus d’un boiffeau de feigle pour chaque Cuir, ce qui revient à quinze fols j enforte qu’il en coûte autant pour le feigle, que pour l’orge.
- Du Cuir à la Jufée 9 ou Cuir de Liege.
- 308. Le Cuir en Liege n’exige ni feu , ni orge , ce qui fait une économie confidérable ; la main-d’œuvre peut être luppofée un peu plus chere 9 parce qu’il exige plus d’intelligence & plus de foin.
- Dépense. La main-d’œuvre des Cuirs à la jufée êft d*environ 20 fous pour chacun ; ainfi un habillage de cinquante Cuirs *
- revient à ........ .................................; . ; yoliv*
- L’écorce grofliérement moulue, qui s’emploie dans le dernier des douze paffements ordinaires , & dans le paffement extraordinaire, peut être en total de trois quintaux, ce qui
- fait, à raifon de 2 livres y fous le quintal.......... USUv. xy£
- Ces cinquante Cuirs tannés en foffe, comme dans les mé-
- thodes
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- n.
- ART DU TANNEUR.
- ïhodes précédentes , exigeront cent cinquante quintaux d’écorce, qui àraifonde 2 livres y fous chacun, coûtent,. .... 337I1V.
- Le prix de Tâchât des cinquante Cuirs en poil, à 241. chacun., i20oliv*
- L’intérêt de ces 1200 livres pendant la durée de la préparation , qui efl d'une année., à fix pour cent, eft de , ., . . . . .. 72 Hv.
- Ainfi le total des débourfés efl: de 1666 livres, au lieu de 273 6 livres que coûtoient les Cuirs à la chaux dont nous avons parlé ci-devant (297).
- 309. P R‘o d u 1 t. Les cinquante Cuirs verds étant fuppofés de quatre-vingts livres à la raie, ne peferont qu'environ quarante-deux livres lorfqu'iis feront tannés ; ainfi le total de yingt-un quintaux, à 18 fous la livre, qui efl: le plus bas prix
- de la vente en Province , produira .... ............ iSpoli^
- A Paris & à Nantes , le Cuir de Liege fe vend ordinairement yingt & même vingt-deux fous la livre, fi le Cuir fe trouve grand î& fort; Sc il fe vend encore mieux à Paris (238 ).
- Les cent cornes, qui fe vendent ordinairement 8 livres , mais dont la moitié font pour l'Ouvrier. . .............. 4 liv.
- Le crin des queues de ces cinquante Cuirs, qui fe vend «ordinairement m profit du Maître ^ . 6 liv.
- Les cent cinquante quintaux de tannée, qui proviennent
- de ces cinquante Cfirs, produiront au Tanneur........ 20liv.
- fbit qu'il la vende en mottes pour brûler , ou pour engraifTer les terres lorfqu'elle eï bien pourrie.
- Le total du produit ^ donc de . , *. . -, ... . . . . .. 1920 liv~
- 1& le bénéfice 254 livres ; c- qui fait plus de quinze pour cent de la fournie principale de I délivres, & cela pour Tannée de la vente, qui efl: la fécondé , fnrce que les fonds rentrent un an plutôt que pour le Cuir à la ^haux.
- 310. Nous n’avons pas inféré dans Tétât des produits de cette fabrication le poil & les écharnures ; M. Guimard prétend que le poil du Cuir à la jufée ne vaut rien pour bourre , foit qa'elle pourrifie plus facilement que la bourre à la chaux, fi on néglige de la faire laver & fécher, Ibit que la chaux lui ait donné une meilleure qualité ; il ferok cependant bon de faire à ce fîijet quelques épreuves. A l'égard des échafn ures du Cuir à la jufée, elles ne valent rien pour la colle , parce qu’elles font trop grades ; mais elles peuvent fe mettre à profit pour nourrir des Chiens de garde ; & d’ailleurs îl feroit aifé de les degraifler pour les rendre propres à la colle ; il ne s'agi-mit que de les mettre pour quelque temps dans la chaux,
- 311. Suivant des états & des calculs détaillés d'un ïnfpeéleur du Commerce , le Tanneur qui fabriqueroit mille Cuirs en Liege de quarante-huit
- Tanneur, A a
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- 94 ART DU TANNEUR.
- livres , à vingt-deux fous la livre , pourroit gagner fur chacun 8 liv. 9 fous j il aura dans l’elpace de quinze mois 8400 livres de bénéfice , fans parler de la colle, des cornes, de la bourre, des mottes, qui doivent rendre plUs de 600 livres.
- Les 600 livres en petits profits de détail , font, fuivant cet Infpeéleur , 200 livres de cornes , à 10 liv. le cent pelant.. 200 livw
- Quatre-vingts quintaux de poil ou de bourre , à 3 livres le cent, qui rendent................................... 240 liv.
- Cinq milliers de petites mottes, qui fe vendent 10 livres le millier , mais dont il faut défalquer 15 fous pour la façon ... ... 13 4 liv.
- Les émouchets de mille Cuirs, à 12 livres le cent pelant , - '
- 8c qui pefent plus de deux onces chacun . .... . ...... 18 liv.
- Cinq quintaux d’oreilles & d’écharnures, pour faire de la colle, à 3 livres le cent ...... . . .. ... . ..... . . . 15 liv.
- Total des profits du Tanneur ..................... 627 liv.
- Si l’on ajoute ces 627 livres avec le produit de 8400 livres ,
- & quon en déduife 1000 livres pour l’entretien d’un Cheval & des uftenfiles ncceffaires, avec 1700 liv. pour le loyer d’une Tannerie de feize à dix-fept folfes, il reliera environ 6500 liv/ pour les quinze mois, ou un revenu net pour chaque année de** 7200 liv.
- 312. Toutes les évaluations que j’ai vu faire fur les produits des Tanneries, tendent à prouver que l’avantage eft pour le Cuir à la jdee h il eft meilleur {248) , il fe vend mieux , il coûte moins : on ne laurof avoir de plus grandes raifons pour en adopter l’ulàge $ mais les obftacles /bnt prodigieux ; l’igno* rance des Provinces, le défaut d’émulation , le torrent infurmontabie de, l’habitude.
- Du prix des Cuirs en Angleterre.
- 313. Les Cuirs d’Angleterre les plus beuix 8c les mieux nourris, pefent de cinquante à foixante & dix livres, ( Avoir du poije ) ou de quarante-fix à foixante-cinq livres, poids de France/( car les cent livres de France font exaélement cent huit livres d’Angleterre) ; ils coûtent en poil trente à quarante shellings , ou trente-quatre à quarante-fix livres ; ( le shelling vaut 22 fi 30 d. 7 ) j & lorfqu’ils font tannés, iis fe vendent environ un shelling la livre, ce qui revient à près de 27 fous la livre , argent 8c poids de France ; cela ne s’éloigne pas du prix des Cuirs à la jufée aux environs de Paris (238)*
- Des Cuirs que Ton tire de VÉtranger.
- 3x4. La confommation des Cuirs en Europe efl: fi confidérable, que Yon en tire de l’Afie , de l’Afrique 8c de l’Amérique ; mais les .Cuirs du Bréfil
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- A ï T DU TANNEUR. 9J
- font les plus eftimés L’Efpagne avoit accordé à la France le commerce de Buenos-Aires en ~7or : alors la Compagnie de l’Affiente faifoit venir directement en Frame les Cuirs fecs de Buenos-Aires ; car on les regardoit comme préférées à ceux de Barbarie , des Indes & du Pérou. Mais par le Traité d’Utncht, ce Commerce fut accordé aux Anglois, exclusivement aux autres Na^ons : alors les Anglois furent fouis en poiTeffion des Cuirs de Buénos-Aires. Les François ne pouvoient pas même les tirer d’Angleterre, parce qu’on avoit limité , par un Arrêt du 6 Septembre 1701 , la traite des marchandifes d’Angleterre, &l’on n’avoit permis que les marchandées du crû d’Angleterre , ou celles qui étoient fabriquées avec des matières du crû d’Angleterre , d’Ecoffe & d’Irlande , 8c quelques autres marchandifes tarif-fées par cet Arrêt : alors nos Négociants entrepofoient ces Cuirs dans des pays étrangers , pour les faire enfuite repafler en France.
- 3 iy. L’Arrêt du Confoil du 7 Mars 1724, permit de faire venir direéte-ment d’Angleterre les Cuirs fecs de Buénos-Aires , en payant pour chacun un droit de vingt-cinq fous à l’entrée du Royaume. Le droit d’entrée étoit de cinquante fous fur les peaux de Bœufs d’Angleterre ; mais ceux-ci étant d’une qualité fort inférieure à ceux de Buénos-Aires , ne parurent pas mériter la même faveur , & demeurèrent chargés d’un droit plus fort, afin que leur introduction ne fût pas préférée à celle des Cuirs de Buénos-Aires ; 8c pour prévenir la confufion, il fut ordonné par le même Arrêt, que les Négociants qui feroient venir d’Angleterre en France les Cuirs de Buénos-Aires * feroient tenus, à leur arrivée , de les déclarer tels, & de rapporter un Certificat en bonne forme des Directeurs de la Compagnie du Sud, portant que ces Cuirs en étoient réellement, 8c provenoient des ventes de la Compagnie du Sud.
- 31(5. Depuis que le Portugal a fait avec l’Angleterre des Traités de Commerce , qui nous ôtent la partie des Cuirs du Bréfil, 8c que l’Angleterre a envahi le Canada par la derniere Guerre, le commerce des Cuirs étrangers efl: prodigieufomènt diminué ; mais il peut renaître facilement dans un pays comme le nôtre, rempli d’induftrie & de reffources, lorfqu’on entretiendra au dedans une bonne Fabrication, 8c au dehors une Marine puiflante.
- Des Réglements établis pour la fabrication des Cuirs.
- 317. Les abus qui fe commettent dans la Manufacture des Cuirs; ont fouvent attiré l’attention du Gouvernement ; par exemple, le commerce des fouliers qui fe fabriquent à Marfeille pour le pays étranger efl: confidérable ; & c’eût été un très-grand inconvénient fi ce commerce eût tombé par la négligence des Tanneurs & la mauvaifo qualité des Cuirs. Auffi les Cordonniers de Marfeille firent des repréfentations à ce fujet en 1715 * & il y eut
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- ART D U T AN N E b R.
- un Arrêt de Confeil le 6 Mai, portant réglement pour i es Tanneurs de U Ville de Marfeille : en voici la fubftance.
- 318. Les Cuirs doivent être mis dans les deux eaux de charn accoutumées, & qu'on appelle ïejjlve : au fortir des eaux de chaux, on couj-e le Cuir en trois parties, l’une du dos, & les deux autres du ventre ^ on Fs pafle fur le chevalet jufqu’à ce que l’eau en forte auffi claire qu'elle l’eft au fortir de la fontaine. On fait une pâte ou rufque d’écorce de branches de Chêr^ verd, fans mélange d’écorce de racine , pour éviter que le Cuir ne contraéle une odeur trop forte. Les Cuirs demeurent dans la rufque ou foife pendant 1?T-pace de quatre mois, après quoi ils font mis dans une fécondé rufque d’écorce *-de branches de Chêne verd , où ils doivent demeurer en infufion pendant huit mois. Les peaux de Chevaux , Mulets & autres rolfes, ne peuvent être habillées qu’en blanc, comme les Baudriers, & y demeureront auffi pendant une année. Les Tanneurs doivent bien faire fécher leurs Cuirs avant de les expofer en vente ; 8c ceux qui font deftinés à faire des femelles de toutes fortes de fouliers, doivent être vendus à la piece ; défenfe de les vendre ni acheter au poids, à peine de ioo livres d’amende.
- 3 iy. Chaque Maître Tanneur eft tenu d’appofer fa marque fur fes Cuirs ^ & d’y faire appofer la marque de la Ville & celle des Jurés des Maîtres Cordonniers de Marfeille, qui font chargés de cette troifîeme marque ; & tous enfemble demeurent refponfàbles de la bonne qualité des Cuirs par eux marqués. Il eft défendu à tous Marchands ou Cordonniers, d’acheter aucun Cuir fans qu’il leur apparoiffe de ces trois marques ; & l’Intendant de Provence nommera, quand il le trouvera à propos, un Infpeéteur pour faire des vifttes, & drefler les procès-verbaux contre les délinquants.
- 320. Parmi les Arrêts du Confeil donnés de temps à autres pour le main* tien du bon apprêt des Cuirs & la réformation des abus , je rappellerai encore celui du 13 Mars 1731, portant réglement pour la Manufaélure de Falaife , dans la Généralité d’Alençon : il s’étoit introduit dans cette Manu-faélure un relâchement préjudiciable au bien public ; les Cuirs n’y recevoient pas les apprêts néceffidres, 8c les ouvrages qui en fortoient étoient défectueux ; il fut ordonné par cet Arrêt, que les Cuirs de Bréfil, Havanne , 8c autres gros Cuirs ne pourroient être expofés en vente, qu’après avoir été pendant trois années entières aux apprêts ; favoir, un an dans la chaux vive, 8c deux années en tan de taillis, relevé de fix en fix mois. On défendit de les expofer en vente avant la vifîte 8c la marque des Gardes-Jurés , auxquels on donna droit de vifîte chez les Tanneurs de campagne , en même-temps qu’on rendoit les Jurés refponfàbles en leur propre 8c privé nom de leurs vifites. U eft défendu par le même Arrêt de vendre des Cuirs ailleurs que dans les Halles publiques , ni d’en expofer à la Foire de Guibray , fi ce n’eft après la vifîte 8c les procès-verbaux des Gardes Jurés j lefquels procès-
- yerbaux
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- ART D Ü T;A ÏÏ N EU R.
- verbaûx doivent être remis au Greffe de la Police de la même Ville * pouf5 être prononcé fur iceux par les Juges , en conformité du Réglement.
- 3 2i. Il y eut dès lan îo8y * des Statuts pour la police des Cuirs , faits pat1 les Juges Royaux* comme cela eft énoncé dans l’Edit'de Juin ïy8y. Charles yil Sc Louis XI rendirent des Ordonnances plus étendues Sc plus précifes.
- Henri IV, par fon Edit du mois de Juin iy8ÿ , renouvella les précautions que Charles VII & Louis XI avoient prifes pour prévenir les abus dans les Tanneries : voici une partie du préambule de cet Edit :» À ces cauSeS * étant notoire qu’en toutes chofes nécelfaires à l’entretenement des Hommes * les Cuirs à faire des fouliers Sc autres ouvrages eft une des principalesétant impoffible de s’en pafièr, non plus que dé vivres & aliments * Sc que lés Tanneurs Sc Mégiftîers commettent de fi grandes fraudes & abus à l’appareil d’icelui* que le Public en foufffe grand détriment , en ce qu’une paire de fouliers ou autre ouvrage de Cuir ne dure moitié de cè qu’elle feroit fi elle étoit de Cuir bien Sc duement tanné & appareillé, d’où encore l’on en auroic plus d’abondance Sc à meilleur compte,, 6c ne feroient nos Sujets ordinaire^ ment circonvenus Sc «déchus en l’achat d’iceux, comme ils font * ne con-noiffànt le vice intérieur du Cuir ,, qui eft fi bien caché par l’artifice Sc malice defdits Tanneurs * qu’il n’y a qu’eux Sc les plus experts Cordonniers qui le puiffent juger Sc connoître ; d’autant que fouvent une paire de fouliers de méchant Cuir paroîtra meilleure qu’une de bon * qui eft caufe que hbfdits Sujets ne s’en peuvent appercevoir qu’après qu’ils ont tant foit peu porté lefdits fouliers Sc autres ouvrages dé Cuir ce qui n’adviendroit fi lefdits Tanneurs Sc Mégiftîers lailfoient leur Cuir en tan Sc dans leurs folfes Sc plein J. le temps requis, pour le rendre à perfection de bonté ; mais au lieu de ce faire, pour promptement s’enrichir en fe déchargeant de leurs marchan-4ifes, ils né l’y laiffeftt pas la moitié du temps porté par les Ordonnances , ni ne baillent l’appareil Sc façons qu’ils devroient, s’enrichiftant par ces illicites moyens en peu de temps du dommage & incommodité du Public ».
- Il eft dit énfuite , que depuis quelques années certaines Villes avoient fait exécuter les Ordonnances de Charles VII Sc Louis XI, pour les Tarn neries, ce qui avoit diminué les abus ; mais que les gens prépofés pour le contrôle &la marqué dés Cuits n’étant commis que pour un temps, Scùns, attribution de falaires, prévariquoient par fraude Sc connivence avec les Tanneurs * Sc que lès Juges même étoient quelquefois d’intelligence. Pour; y remédier, le Roi ordonne qu’en toutes Villes Sc gros Bourgs du Royaume cù il y a Tannerie , les Cuirs feront vus Sc vifités par les Maîtres, Gardes Sc Jurés des métiers de Tanneur Sc Cordonnier * deux de chaque métier pour Ie moins, en préfence d’un prudhomme Sc notable Bourgeois, qui fera élu chaque année en aflfemblée de Ville; qu’ils feront apportés pour cela aux Halles & Marchés publics, Sc qu’ils y feront marqués. En conféquence le Roi Crée
- Tanneur* B h
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- 5)g ART DU TANNEUR.
- en chaque Ville un Contrôleur-Marqueur de Cuirs, en titre d’Office forme, avec un droit de deux fols fur chaque Cuir fort, 8c fur chaque douzaine de Veaux ou Moutons ; il efl: aufli attribué vingt fous par jour au Bourgeois qui vacquera un jour de la femaine aux vifites du Contrôleur,
- Les Statuts des Tanneurs de Paris font de l’an 134y, & cette Communauté n5en a pas eu de plus récents : je vais donc les tranfcrire ici, en y corrigeant feulement quelques-unes des fautes quife trouvent en très-grand nombre dans l’édition faite en 1754.
- Mlll II II IITI111 Mil I —UWWIW ff
- ORDONNANCES , STATUTS ET REGLEMENTS,
- donnés, concédés SC octroyés par PkilippesVL dît de Valois 9Roy de France ; Aux Maîtres Tanneurs, Corroyeurs, Baudroyeurs 9 Cordonniers SC Sueurs de la Ville , Fauxbourgs SC Banlieue de Paris, le Jîxiéme Aoufl 1545.
- PHILIPPUS, Dei gratiâ, Fran-
- corum Rex, univerfis præfentes Litteras inlpeéturis , Salutem. Notum facimus nos vidiffe Litteras infra fcriptas, formant quæ fequitur continentes:
- P HI LIP PUS, Del gratiâ,
- Francorum Rex : Notum facimus univerfis tampræfentibus , quam futur is : Qubd cum nuper ad nosplebis & populi Parifienfis clamor validus pervenit & querela, qualiter diverfo-rum operum artifices mechanici, pm-fertim Tennatores coriiy Conreatores, B audrarii , Cordubinarii & Sutorïi in Villa Parfienfi, ê locis aliis, fraudes plurimas & diverjas in præ-diclis operibus ,feu artibus mechani-cis y non fine totius reipublicæ multis incommodis y haclenus circonferunt, Cf de die in diem committere non ve— rentur. Cumque Regalis Officii no-bis à Deo commijfi curiofâfiollicitu-dine requirant, ut nos vigilanterfub-ditorum indemnitatibus infudemus,
- PH 1LIPPE S y pa:r la grâce de Dieu , Roy de France z A tous beux qui ces préfentes Lettres verront y Salut. Sça-voir faifons , avoir veu les Lettres cy~ defious y qui contiennent ce qui fuit:
- PhILIPPES, par la grâce de Dieu, Roy de France. Sçavoir faifons, à tous préfens & à venir : Que depuis peu en ça, tout le Peuple ayant eu recours à Nous, & fait plainte de ce que plufieurs Ârtifans d’Ouvrages mécaniques, principalement Tanneurs, Corroyeurs, Bau-droyeurs, Cordonniers 8c Sueurs dans
- t
- la Ville de Paris, 8c autres lieux, exercent plufieurs tromperies 8c de diverfes fortes dans les Ouvrages mécaniques ci-delfus Ipécifiés, non {ans la grande incommodité du Public, 8c ne craignent point de continuer journellement. A CES CAUSES, le Peuple de Paris Nous requérant, ( à caufe de l'autorité Royale que Dieu nous a mis ès mains ) que Nous maintenions avec vigilance rintéreli de nos Sujets , fur-tout en te-
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- AR T D V
- maxime circa ea in melius reforman-da quæ in præjudicium & lœjîonem omnium totius Reipublicæ vergere dignofcuntur, præfertim in rebus quæ ad quotidianos ufus horninum funt inventa , <§* quaji necèffario de-putatœ , Nos fraudibus hujufmo-di ac Reipublicæ damnojîs læfio-nibus cupientes, ut convenir , obvia-re, plures ufque ad magnum nume-rum de perfonis diverfas artes, Jeu opéra mechanica continue & a rnultis temporibus exercentibus & expertis ac prudentibus in eifdem, coram di-leclis ac fidelïbus gentibus nojlrum tenentibus Parlamentum , Jecimus evocari , & per eafdem genres diclis perfonis & earum fingulis dictas fraudes & incommoda plenè & arti-culatim exponi. Nihilominùs præ~ fatis perfonis dijlrictius injungentes, utJuper præmijjïs fie ut pmmittitur eifdem expofitis fecum ad multum traüatus 6 dehberationes haberent , & ea quæ ex delibèratione eorum circa dicta opéra 0 eorum fingula , & ea tangemia pro tollendis diclis in-commodis , & fraudibus refecandis , milia crederent , flatuenda diSis no~ fins gentibus in feriptis fideliter re-portarent , ut per hoc fuper præmijjïs maturiùs' & utiliàs pojjemus de com-petenti remedio providere. Vifs igi-tur & examinatis deliberationibus 6 ovifamentis per dictas perfonas diclis nofiris gentibus in feriptis ut injun-clum fuerat reportatis ; auditis etiam ad plénum perfonis eifdem in omnibus quæ circa præmiffa & ea tangen-tia dicere & proponere aut confulere Vplunt; leclis infuper Ordinationibus
- TAN N E U R. 99
- formant les chofes que nous connoiffons aller au détriment & à la lézion du Public, dans les chofes qui font trouvées à l'ufàge journalier des hommes, & dont on ne fe fçauroit paffer. Nous, defiransy comme il efl: raifonnable, obvier à icelles tromperies & lézions fi pernieieufos au Public, Nous avons mandé plufieurs, jufques même un grand nombre de Gens exerçans les divers Arts & Ouvrages mécaniques cy-deffus , depuis plufieurs temps experts & prudens dans ces matières , pardevant nos amez & féaux Confeillers tenans notre Parlement ; & par nos mêmes amez & féaux Nous avons fait expofer à toutes & chacunes les perfonnes cy-deiTus lefdites fraudes & in-commoditez, le tout pleinement & di-ftinélement ; enjoignant néanmoins très-expreffément aux perfonnes fus-mentionnées de conférer & délibérer enfemble fur tout ce qui peut concerner lefdits Ouvrages, & ce qu'ils trouve-roient propre, fuivant la délibération faite entre-eux -, pour remédier entièrement aufdites incommoditez & tromperies ; de les porter fidèlement par écrit; commeRéglemens faits, à nofdits amez & féaux tenans notre Confeil de Commerce ; afin que par ce moyen nous pulïions fur lefdites chofes, le plus meu* rement & utilement qu'il nous fera pofo ffible , ftatuer & apporter le remede competent. Ayant donc veu & examiné les délibérations & projets adreffez par lefdites perfonnes à nofdits amez Sc féaux par écrit, ainfi qu'il avoit efté ordonné : Ayant auffi oüy à fond ces mêmes perfonnes dans toutes les chofes qu'elles peuvent dire, propofer & con-feiller touchant les fofdites chofes en ce
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- IOO
- ART DU
- circa diverfa opéra , five artes me-*chanicas , aut eorum aliqua vel ali-»quas olirn editis diligenter infpectis ne deliberatione maturâ cum dictis nojlris gentibus, ac etiam cum P rat-p ofito Mercaturæ Purifienfis, & alik, habita , (J Æ nojlrorum confilio, ac alus quœ nos ad hoc inducere pote"' nz/zrfedulâ meditatione penfatis, ut prœdiclœ fraudes committi non va-leant circa dicta opéra five artes :
- O RD INA TIONES FECIMUS
- infra fcriptas, quas in fingulis & omnibus earum articulis perpétué & in-concu fè ab omnibus fervari volumus 6 mandamus : Dictas veto Ordina-tiones noflras, ut à perfonis dicta ope-ta five artes exercentibusy qu(Z ut plu-rimùm Latinum non intelligunt xfa-cilius & abfque interprète intelligi valeanty & per hosfadliùs obfervari, " non in Latino, lie etflilus Curiæno-fim hoc pofiulet xfed in Gallico di-clari &Afcribi fecimus Jub hâc forma.
- TANNEUR. qui les peut concerner ; 8c outre ce après avoir veu diligemment certains anciens Réglemens touchant divers Ou* vrages ou Arts mécaniques , tant en général , qu'en particulier ; 8c après une meure délibération avec nofdits amezéç féaux, & même avec le Ptevoft des Marchands de la Ville de Paris, 8c pat notre Confeil ; & après avoir foigneu-fement confideré tout ce qui nous pouvoir porter à cela : NOUS avons fait les Ordonnances cy-delTous écrites, que Nous voulons 8c fouhaitons eftre gardées de point -en point à jamais & inviolablement par tout notre Royaume. Et afin que ces Ordonnances puif. fent eftre entendues plus facilement 8c fans Interprète par les jperfonnes exerçant lefdits Ouvrages ou Arts, qui pour, la plupart n'entendent pas la Langue Latine , & par ce moyen eftre plus facilement obfervées, Nous les avons fait diél:er & écrire, non en Latin, comme le ftyle de notre Cour le veut, mais en François, en ces termes.
- PREMIÈREMENT
- Que nul ne fera ni ne pourra eftre Tanneur, s’il n’eft Fils de Maiftre i ou s'il n’a efté Apprentif cinq ans au moins audit Meftier , parquoi il y fçache faire bonne œuvre 8c loyal.
- î. I t e m , Et encore tels Fils de Maiftre, Àpprentifs , ni autres perfbnnes quelconques , ne pourront avoir ni tenir ledit Meftier à Paris, ni ufèr de la Franchife 8c Privilège dudit Meftier par eftranges Tanneurs & Ouvriers, s’ils ne font demeurans & réfidens à Paris, & s'ils ne le font fÿre en leurs propres lieux & hôtels, pour les faulfes & mauvaifes œuvres qu'ils y pour-roient faire, & pour autre caufe.
- It e m , Et convient qu’aucun ait été Apprentif audit Meftier cinq ans ou plus à Paris ou ailleurs, foit Fils de Maiftre ou autre ; fi ne pourra ledit Meftier commencer ni faire comme Maiftre , jufqu a tant qu’il ait acheté ledit Meftier de Nous, ou de celui qui de par Nous le veut , fi comme il eft
- accoutumé,
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- ART DU TANNEUR. tot
- accoutumé , 8c quil y ait efté examiné par les Maiftres Jurez dudit Meftier > 8c trouvé pour fuffifint.
- Item, Et quand il aura efté trouvé pour fuffifànt, & Voudra^commencer fondit Meftier, il jurera fur Saints par devant lefdits Maiftres ; jurer qu’il y fera & y fera faire bonne œuvre & loyale à fon pouvoir, & gardera les Ordonnances dudit Meftier de point en point, & le profit de Nous & du commun Peuple , fins y faire fouffrir , ni confontir, ni commettre fraude , ni mauvaife œuvre, ni chofe qui foit contre les Regiftres & Ordonnances; 8c au cas qu’il fçaura qu’aucun fera le contraire, il le révélera aufdits Maiftres Jurez.
- Item , Et quand il commencera fondit Meftier, il payera vingt fols aufdits Maiftres, qui pour le temps feront, à convertir là où ils verront qu’il fera profitable pour confeiller & garder ledit Meftier.
- Item , Et que chacun Tanneur puilfe avoir un Apprentif ou deux, &non plus 5 toutefois par tel temps & pour tel prix que lui & l’Àpprentif feront d’accord, fiuf que ce ne foit pas au moins de cinq ans , mais à plus s’ils veulent ; 8c les cinq ans faits, f Apprentif s’en pourra partir, & devenir Maiftre en la maniéré cy-deffus déclarée , & non autrement.
- Item, Que tous les Tanneurs de Paris, demeurans 8c ouvrans à Paris> pourront vendre & acheter franchement, tant ès Halles & Foires cy-deflbus déclarées , comme ailleurs , félon qu’ils ont accoutumé au temps pafTé.
- Item , Que ès Villes de Paris , de Pontoife , de Gifors 8c de Chaumont, eu en chacune defdites Villes , feront quatre Prud’hommes Jurés dudit Meftier, de Tanneur pour regarder & vifiter toute maniéré de Cuir tanné, pour fça-voir qu’il foit bon 8c loyal & bien fufiîfimment tanné avant qu’il foit mis en vente ; 8c fi par eux: eft trouvé bon 8c loyal & bien tanné , qu’il foit ligne d’un certain feing en chacune Ville accoutumé ; & s’il n’eft fuffifimment tanné , qu’il foit arriere-mis en tan , jufqu’à tant qu’il foit bien & fuffi-fimment tanné ; & que nul des Tanneurs defdites Villes ne foient fi hardis de vendre ni porter en Foiré 3c ès Marchez aucun Cuir tanné , s’il n’eft avant veu, vifité & figné dudit feing, comme dit eft : Et s’il y a aucun trouvé faifant le contraireque ceux qui les feront en foient corrigez , & con* traints à amender fi comme il appartiendra ; de laquelle amende Nous, ou ceux à qui il appartiendra , auront les deux parts , 8c les Gardes <8c Jurez; dudit Meftier la tierce pour leur peine. Et en cas que le Cuir fera tanné fie, 8c qu’il ne pourra eftre amendé , il fera ars, 8c l’amendera de la valeur, du Cuir, moitié à Nous , & moitié aufdits Maiftres 8c Jurez : Et fi celujr qui fera ainfi reprins eft trouvé coutumier en faire , il l’amendera d’amende arbitraire.
- Item, Qu’en la maniéré delfufdite foit fait & ténu par toutes les autres Villes de notre Royaume où l’on fe mêlera de tanner Çuirs>
- TanneurCe
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- ART DU TANNEUR.
- Item ; Que fi aucuns apportent aucunes denrées de Cuir tanné en la Ville de Paris ou ailleurs, foit en Foire ou Marché , qui n’ayent été vifitées Sc Poignées , comme dit eft , que ceux qui les apporteront ne foient fi hardis de les mettre ni expofer en vente jufqu'à tant qu'elles ayent efté* vues Sc vifitées par les Maiftres Jurez des lieux ou lefdites Marchandées feront apportées, fur les peines deffufdites : & au cas où le Cujr fe trouve verd & mal tanne , il l'amendera, Sc fera remis au tan ; & s’il eft fec, Sc tel *qu il ne puiife eftre amendé , il fera ars, & l'amende comme delfus.
- Item, Que nuis Tanneurs de Paris ni autres ne vendront ni expofe*. ront en vente Cuirs tannez , jufqu à tant qu'ils ayent ôté le tan -d'alentour 'defdits Cuirs : car le tan ne profite point, puifque le Cuir eft levé hors de la foffe 5 Sc aufïi eft-ce grand dommage pour ceux qui l'achetent, & en eft .plus cher.
- Item , Que nuis Marchands de dehors , quels qu'ils foient, ne vendent milles des denrées deffufdites, fors qu'en Foires ou en Marchez, afin que l'on ne faffe aucun marché fors d'eux.
- Item, Il eft ordonné que fi aucun Cuir verd & mouillé , foit de Paris ou de dehors, eft expofé en vente commune à vendre à Paris, foit ès Halles Sc en -Marché, ou dehors , s'il eft trouvé Sc témoigné par les Maiftres & Jurez pour mal tanné ; Sc que fi l'autre l'a expofé Sc mis en vente, l'amendera de dix fols , dont les fix fols feront payés , ou à ceux qui ont ou auront eau fe de Nous -, les quatre fols aufdits Maiftres Sc Jurez pour leur peine, Sc pour ledit Meftier garder & foûtenir ; & dès-lors fera ledit Cuir pris par lefdits Jurez, Sc livré à celuy à qui il fera pour mieux tanner; & jurera qu'il ne le vendra en quelconque lieu jufqu'à tant qu'il foit fuffi-famment tanné : Sc où depuis il peut eftre trouvé qu’il le vende fans retanner , ledit Cuir fera furfait & ars, Sc l'amendera d'autant comme la première fois ; & s'il en eft coutumier Sc plufieurs fois reprins , il en fera pris par l'arbitrage du Prévôt de Paris félon fon defir : Et fi le Cuir fec Sc mal ranné expofé en vente , & qui ne peut eftre amendé , eft réputé pour faux Sc mauvais, & digne d'être ars publiquement , Sc qu'on l'aura expofé & mis en vente , l'amendera d'autre amende , comme de Cuir mouillé ; & s'il en eft coutumier Sc plufieurs fois reprins, il en fera puni comme en l'article
- Item, Et pource que les Bouchers de Paris , leurs valets , Sc autres Marchands qui achètent Cuir à poil, font coûtumiers de le moiiiller Sc abbreuver à l'eau pour le faire plus gros, femble eftre meilleur pour fe plus vendre aux Tanneurs ; défendu eft que dorefnavant ne le mouilleront ni abbreuveront, & ne le feront mouiller ni abbreuver avant ce qu il vienne & il peut venir en connoifîànce ; il en rendra le dommage au Tanneur , Sc Famendera de la valeur de la moitié du Cuir, dont les deuxparW
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- art du tanneur. rù3
- de l'amende feront à Nous, & la tierce partie aufdits Maiftres 8c Jurez , en la maniéré deflfufdite ; & celui qui en fera coûtumier & plufieurs fois reprins , en fera puni civilement félon l'arbitrage dudit Brevofl, comme dit efl: deiliis. ,
- Item , Et ce aucun Tanneur trouve ou achète tels Cuirs abbrêuvez, il eft tenu par ferment fans faveur y 8c fans accorder fon dommage, de le dire & révéler aufdits Maiftres fr-toft comme il s'en appercevra, & de leur montrer le Cuir pour fçavoir s'il eft tel ; 8c s'il ne fait & le révélé, il l'amendera de Semblable amende & peine comme le vendeur*
- Item, Et pource que plufieurs Marchands de ladite Ville de Paris , comme Baudroyeurs , Cordoüanniers , Sueurs , & autres Marchands , vont acheter Cuirs tannez hors de ladite Ville en plufieurs Foires 8c Marchez , tant au Royaume comme hors, qui font & peuvent eftre faux 8c mal tannez, 8c non dignes d'eftre vendus 8c mis en œuvre : ORDONNÉ eft, 8c deffendu , qu'ils ne pourront expofer en vente , ni mettre en œuvre ni en conroy aucuns Cuirs non lignez , jufqu'à tant que les Jurez les ayent veus 8c vifitez, & que dès-lors qu’ils feront arrivez, qu ils le faflent à fçavoir aufdits Jurez : Et auffi que nuis Tanneurs ni Marchands Forains nè puiffent vendre Cuir tanné èn ladite Ville ni es Fauxbourgs , fi ce n'eft en nos Halles ordonnées 8c accoutumées à ce faire , 8c à foires qui font ouvertes pour toutes maniérés de gens qui y voudront venir. C'eft à fçavoir es cinq Foires qui font es cinq Feftes de Noftre-Dame -, en la Foire Saint •Germain , qui dure vingt jours ou environ , en la Foire Saint Laurent, v en la Foire de Saint Barthélémy , & en la Foire de Saint Ladre , qui dure dix-fept jours ou environ , & tout afin que efdits lieux communs l'on puifle voir, vifiter 8c appercevoir fi les denrées font bonnes & loyales ou non , '8c que nous en ayons notre coutume :: 8c fi elles font trouvées faulfes ou mal tannées, l'Ordonnance 8c la peine dont parlé efl; ès Articles précédons, faifant mention du Cuir tanné , mouillé 8c fec feront gardées de point en point.
- It em, Que toutes maniérés de Baudroyeurs & Conroyeurs, & autres qui fe mêlent de conroyer Cuirs tannez en la Ville de Paris & es Faux-bourgs , faflent bon conroy & loyal, 8c que nul ne foit fi hardi de faire aucun faux conroy.
- Item , Et que nul tel qu'il foit, qui s'entremette de faire foules & beu-fauls en la Ville de Paris 8c des Fauxbourgs, ni œuvre, ni faffe ouvrer de Cuir conroyé & fans conroy ; car jaçoit que le Cuir foie bien tanné, s'il n'eft bien conroyé, il tient 8c boit l’eau, fi que nul ne peut avoir le pied fec dedans les fouliers qui en font faits ; 8c quand le Cuir eft bien conroyé, l'eau ne peut les tranfpercer.
- Item, Et aufli que'autrefois a été ordonné, ordonnons que nuisdefbr-
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- io4 A RT D V T A N N E U R.
- mais en avant, ne puifle tenir le Meftier de Conroyerie de Cordoiian , s'il n’achete ledit Meftier de Nous, ou de celui qui a le pouvoir de le faire , le** quel Meftier il achètera quinze fols parifis, defquels nous en aurons dix fols, 8c les Maiftres dudit Meftier qui établis feront à iceluy garder, en auront cinq fols, lefquels cinq fols feront diftribuez en aumônes par lefdits Maiftres aux pauvres hommes dudit Meftier qui ne pourront gagner leur pain.
- Item , Que les Conroyeurs qui conroyent le Cordoiian à Paris , jurent fur les Saints Evangiles , que bien 8c loyament ils conroyeront le Cordoiian à tout leur pouvoir, 8c li qu’il n y ait point de défaut.
- Item , Et que ceux qui audit Meftier voudront entrer d’icy en avant, 8c qui acheté l’auront, comme dit eft, ils feront examinez par les Maiftres dudit Meftier, à fçavoir s’ils feront fufHfans de tenir ledit Meftier de Conroyeur de Cordoiian.
- Item, Et que chacun dudit Meftier puifle avoir un Apprentif ou deux, 8c non plus, qui foit Apprentif à quatre ans au moins , & pour tel prix comme le bailleur & preneur accorderont.
- Item, Et que s’il avenoit qu’aucune perlbnne dudit Meftier eût levé fondit Meftier, 8c auroit pris aucun Apprentif à certain terme , 8c il avenoit que l’Apprentif fe partift de fon Maiftre avant que fon terme fût accompli , & autre dudit Meftier le prift pardevers foy , celuy qui le pren-droit, ou prendra, fera à quatre fols parifis d’amende, 8c reviendra ledit Apprentif à fondit premier Maiftre, comme devant achever fondit fervice, 8c feront aucune excufe fi défaut de faire fon fervice, ains le tienne qu’il ne foit -reçu*audit Meftier jufqu’à tant qu’il ait fait fon terme à fondit Maiftre , G ce n’eft par le commandement du Prévoit de Paris , ou de celui qui garde les Regiftres.
- Item , Que nuis dudit Meftier, foit Maiftres, Valets ou Àpprentifs, ne puiflent ouvrer audit Meftier de Conroyeur de Cordoiian, de nuit, mais commenceront à ouvrer depuis jour commençant jufqu au jour faillant, & lairont œuvre à jour faillant.
- Item , Que nul dudit Meftier ne puifle ouvrer audit Meftier, ne faire au Dimanche 8c Feftes d’Apôtres, ni à jour qui eft feftable, ni au Samedy depuis le dernier coup de Velpres fonné en la Paroiche ou aucun dudit Meftier demeureroit.
- Item , Et que s’il avenoit qu’aucuns defüits Conroyeurs qui ont acheté ledit Meftier de Nous, comme dit eft, eût pris aucun Apprentif à cer^ tain terme ; le Maiftre qui aura pris ledit Apprentif en la fin de la derniers année, pourra prendre, s’il lui plaît, autre Apprentif, afin que fi au bout du terme l’Apprentif fe départoit de fon Maiftre, que l’Apprentif qu’il auroit pris, de ce fçût aucune choie.
- Item, Que quand aucun dudit Meftier aura œuvre pardevers lui p*>ur
- çonroyer
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- ART DU TANNEUR. îôy
- conroyer, il la conroyera bien & fuffiiàmment, 8c y mettra affez fàin félon que le Cuir le defirera ; c’eft à fçavoir , à conroyer une douzaine de Cordoiian ou plus fort, il en mettra cinq quartes de fàin ; au moyen appelle Tonne Valence, Ciroude, Barcelonne & Limons , cinq quartes & demie ; & en moyenne deToulouze , trois quartes : de Navarre & d’Elpa-gne , auffi comme de Toulouze en gros lins de graille , quatre quartes : en Chévrotins , trois pintes, ou deux quartes : En Chèvres communes y trois quartes ou environ, & plus en chacun, félon qu’il en fera meftier ; & s’il eft trouve faifànt le contraire , il payera cinq fols ; car pour chacune douzaine d’amende en value.
- Item, Que fi les Conroyeurs trouvent aucunes peaux de Cordoiian qui ne foient bonnes ni fuffilàntes, & fuffifàns à conroyer, ils les vendront aux Marchands fans conroyer , ni qu’ils les puiflent faire conroyer.
- Item, Que nuis nepuiffent mettre peaux eftuves en conroy, fi elles ne font telles & fi fuffiiàntes qu’elles puiffent & doivent eftre mifes en œuvre : Et afin que cela fe puiffe faire commodément & dûëment, le Cordoiian blanc fi-tôt comme il fera venu dehors à Paris avant ce qu’on les voye,* ou puiffe expofer en vente , ne baillera à conroyer fans vifite, & pour ôter le mauvais d’avec le bon.
- Item , Que chacun Conroy eur aura fon feing, 8c auffi chacun Cordonnier, lefien, defquels feings les peaux qui feront baillées à conroyer feront lignées , afin de connoître celuy qui fera de faux conroy ; & que collation fè faffe des; feings, afin qu’ils ne s’entre-reffemblent.
- Item, Que s’il y avoir aucuns Marchands ou Cordoiianniers qui vou~ luifent leur Cordoiian faire conroyer., Sc voulurent moins bailler fàin ou graiffe qu’il ne devroit entrer par raifon , lefdits Conroyeurs ne feront tenus de le conroyer, ni ne le conroyeront s’ils n’ont tant de fàin ou de graiffe comme il appartient par raifon. Et auffi fi lefdits Conroyeurs con-royent aucun Cordoiian à leur profit, & qu’il foit leur, ils le conroyeront bien & loyament, & y mettront tant de fain & de la graiffe comme il ef6 devifé deffus.
- Item, Qu avant ce que les peaux conroyées Portent des mains des Conroyeurs 9 elles feront vûës & vifitées par les Maiftres Jurez à ce ordonnez 9 deux jours ou trois au plus tard après qu’elles auront eflé conroyées : Et s’il fe trouve qu’il y ait aucun Cordoiian qui ne foit bon ni fuffifànt pour mettre en oeuvre à faire foulier, iceluy Cordoiian ainfi trouvé non fuffifànt fera ar$ devant le Peuple, afin que les autres y prennent exemple.
- Item, Que les Conroyeurs rendront les peaux qui baillées leur feront a conroyer i * conroyées : C’eft à fçavoir d’entre Pâques & la
- faint Remy dedans . . . jours, après ce que baillez leur auront efté 9
- de la faint Remy à Pâques dedanst n <. . * au plûtard.
- Tanneur^ D d
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- io6 ART DU TANNEUR.
- Item, Que fi chez aucun ou aucuns, quel ou quels qu’ils foient; Feront Conroyeurs, Baudroyeurs , Cordoüanniers , Sueurs ou autres qui conroyent ou s’entremettent d’ouvrer Cuir tanné, eft trouvé Cuir quel qui foit ouvré ou non ouvré à faux conroy, il fera ars devant l’hoftel à celuy chez qui if fera trouvé, &f amendera fuivant l’Ordonnance du Prevoft de Paris.
- Item, Et pource qu’aucun faux & mauvais conroy, ni œuvre de faux: *ou mauvais conroy déformais ne foit faits ni mis en œuvre à Paris , Nous avons ordonné que diligemment & fouvent fe faife vifîtation fur les Mef tiers de Cordoüanniers, Baudroyeurs, Conroyeurs Sc Sueurs : au moins fe fera vifîtation en tous les quatre Meftiers deflufdits en chacun quinze jours deux fois.
- Item, Que ladite vifîtation fera faite es quatre Meftiers deflufdits par •huit des Maiftres des quatre Meftiers deflufdits : C’eft à fçavoir de chacun des quatre Meftiers deflufdits , deux des Maiftres , ou par quatre des Maiftres des quatre Meftiers deflufdits ; mais que de chacun defdits quatre Meftiers ^toutes fois foit un des Maiftres au moins.
- It em, Que les huit ou les quatre Maiftres des quatre Meftiers deflufdits^ jureront aux Saints Evangiles qu’ils feront ladite vifitation diligemment Sc fouvent , au moins en chacun quinze jours par deux fois , fans faveur ou -déport d’aucun.
- Item , Que les huit ou les quatre Maiftres des quatre Meftiers defliifdits! feront la vifîtation tous enfemble , Sc fur tous les quatre Meftiers deflufdits.
- Item, Et que quand les huit ou quatre Maiftres des quatre Meftiers 'deflufdits voudront faire la vifitation fur les quatre Meftiers defliifdits par, leur ferment,, ils la feront fi fàgement Sc fecrétement, qu’aucun des quatre Meftiers deflufdits ne le puiffe fçavoir ni appercevoir, jufqu’àtant que les Vifiteurs s’en viendront fur le point vifîter.
- Item , Nous ordonnons pour ôter toutes fraudes & faveurs, que lefdits -Maiftres Vifiteurs pourroient faire entre-eux , Sc chacun par foi en leurs Meftiers, que preux Maiftres Vifiteurs feront vifîtez fouvent & diligemment, au moins en quinze jours deux fois , fi comme les autres de leurs Meftiers.
- It e m,, Et que pour vifîter lefdits Maiftres Vifiteurs, feront chacun an élus par les quatre Maiftres deflufdits , au jour qu’ils élifent les Maiftres de leurs Meftiers , huit perfonnes defdits Meftiers, autres que les Maiftres : Ceft à fçavoir de chacun defdits Meftiers deux perfonnes ; lefquels huit Elus, ou quatre diceux, mais que de chacun defdits quatre Meftiers en y ait un, vifiteront diligemment Sc fouvent lefdits Maiftres, qui vifiteront le commun defdits quatre Meftiers & en moins de quinze jours en quinze jours deux fois, comme dit çft ; Sc jureront lefdits huit perfonnes élus pour vifîter lef* <dits Maiftres, que bien Sc diligemment ils les vifiteront en la maniéré $eflus eft dit, fans nulle faveur ou déport»
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- ART DU TANNEUR. ïo?
- ÏT e M , Que quand lefdits huit Elus , ou quatre d'iceux , feront ladite vifi-tation fur lefdits Maiftres Vifiteurs , ils la feront fi figement & fecrétement tous enfemble , qu'aucun defdits Maiftres ne le puifle fçavoir ni appercevoir, jufqu'à tant qu'ils viendront chez celui ou ceux qu'ils vifiteront.
- Item , Que fi les huit ou quatre Elus , pour vifiter lefdits Maiftres Vifiteurs y en la vifîtation faifànt ou autrement fur iceux Maiftres trouvant aucuns faux ou mauvais conroy fur lefdits Maiftres ou aucuns d'eux, foit Cordoüan , Houfiaux ou autrement, tantôt & fans dëlay par leurs fermens , & fans faveur ou déport d'aucun, ledit faux conroy ils le prendront, & le porteront ou feront porter au Prevoft de Paris , ou à fon Lieutenant ; lequel Prevoft ou Lieutenant y ledit faux & mauvais conroy ainfi trouvé fera ardoir devant la jnaifon de celuy ou de ceux defdits Maiftres fur qui lefdits faux & mauvais conroy aura été trouvé , & l'amendera d'amende arbitraire 9 félon l'Ordonnance du Prevoft de Paris.
- Item , Et que fi lefdits huit ou quatre Elus pour yjfiter lefdits Maiftres, ou aucun d’iceux, déportent ou recèlent aucun defdits Maiftres , ou autres , qui ait en fa maifon ou ailleurs, ou qui fafle aucun faux ou mauvais conroy ; ils feront tenus & réputez pour parjures, & l'amenderont à Nous d'amende arbitraire.
- JD AMU S autan Prœpojîto Pa-rijïenjï, cœterifque Jufiitm no fris , ‘dut eorum loca tenentibus , qui nunc Jiint y aut qui pro temporefuerim y & eorum quilibetpmfentibus 9 in man-datis y ut O rdinationes pmdiclas, & in eis contenta prout ad querelam pertinent y teneri faciant ab omnibus & fervari executioni débité dernandaru Et ne fuper pmmifis 6 eorum ali-quo dictas Artes feu opéra exercentes, aut eorum aliqui præteritæ ignoran-tice y aut aliter fe excuftre aliqualiter valeant, in locis publicis & injîgni-bus y & aliter prout expédient, fo~ lemniter publicari ; taliterque corri-gant & puniant pmdiclas Artes feu opéra exercentes} quos pmmiffas Or-dinationes noflras aut earum aliquam vel aliquas înfregijj'e vel contra eas ftcijfc conjliterit 7 quod cédât cceterh
- SI DONNONS en mandement à nôtre Prevoft de Paris, à tous autres Juges & Officiers qu'il appartiendra , ou leurs Lieutenans, qui font maintenant, auffi-bien que leurs Succeffeurs, d'avoir foin de les faire homologuer par tout où il appartiendra , pour eftre gardez 8c obfervez félon leur forme & teneur % touchant les plaintes qui nous ont elle faites, de tenir la main à l'exécution des* Préfentes. Et afin que ceux ou quelques-uns de ceux qui exercent ces Arts ou Meftiers , ne puilfent prétendre caufe d'ignorance , ou s'excufer en quelque forte & maniéré que ce foit, Mandons de les faire publier folemnellement dans les lieux publics 8c remarquables, ou autrement félon qu'il fera expédient ;& de châtier & punir tellement ceux qui notoirement auront eftë contre nofdites Ordonnances ? ou quelqu une en partL
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- ïo8 ART DU
- in exemplum, Et ut omniafingula in prædiclis Ordinationibus nojlrls contenta , rata & Jlabilia perpetuo perfe-verent, prœfentibm nojlrum nominum jecimus apponi Jigillum. Aclum P a-* rijiis in Parlamento nojlro , anno Domini millefmo trecentefmo qua-dragejimo quinto, menfe Julio, Datant P arijïis ivijionibushujujmodi) 6. die Augufli, anno Domini 1345• Et eftoient ainfî lignées : Per Came ram G. de Dol: facta ejl collatio curti originalL
- TANNEUR. culier que le châtiment ferve d’exemple aux autres. Et pour que toutes ces choies , 8c chacune d’elles en particulier contenues dans nos Ordonnances cy-deffus, demeurent à jamais fermes & fiables, Nous y avons fait appofer notre Scel. Fait dans notre Parlement de Paris , l’an de notre Seigneur mil trois cens quarante-cinq au mois de Juillet. Et donné à Paris , vue ainfi, le fixiéme jour du mois d’Aouft de ladite année 134J. ;Et eftoient ainfi lignez : Per Cameran, G, de Do J: la collation a eftét faite fur l’original.
- Ce que dejfus a ejlé extrait , tire & colligé par les Notaires du Roy au Chafielet de Paris , fiufîgne^ , fur un Regifre écrit en parchemin , relié & couvert d'une couverture de bois & bafanne verte : ce fait, vrendu 5 le vingt'huitième Aouft 1G55, Signé, LE CARON ^ € H AP P E RO N.
- Imprimé du - temps, de Jean Jamru ; Pierre-Michel Sebille Simo^ Prévost, & Sebastien Baudran, Jure^en Charge dela Viftation Royale .de... la Communauté.
- 'Réimprimé en' 1754 du temps de Nicolas le Roy , Jacques-François Testard, François Meilliat & Crespin Pigal , JWj en Charge de la Vifitation Royale de la Communauté.
- DES DROITS QUE DON PERÇOIT
- fur les Cuirs.
- '322. Le travail de l’Académie lur les Arts ; a pour objet le progrès des Arts & le bien général de l’humanité : mais le bien particulier de ce Royaume doit entrer pour quelque choie dans les vues d’une Compagnie de Citoyens ; c’eft ce qui m’engage à parler ici des droits établis en France fur Ie5 Cuirs, & de leur adminiftration fifcale : .cet-objet n’a toujours que trop d’influence liir le bien des Arts , 8c fur leur progrès dans un Royaume ; je vais donc hazarder, fur cette partie de l’adminiftration , des remarques tirées de la nature de l’Art que je viens de décrire, 8ç des confîdérations quifo*1* une fuite de ce qui précédé.
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- ART DU TANNEUR.
- 523. Si cette branche de Commerce avoit été dirigée avec foin * protégée au dedans & au dehors par des Réglements bien entendus & bien exécutés, on éprouveroit qu’elle eft d’une étendue & d’une fécondité confidérable ; il ne faut que réfléchir fur la quantité de la matière première qui fe reproduit fans celfe 3 la multitude des formes differentes dont elle efl: fufceptible , le nombre prodigieux des Ouvriers qui y font occupés , enfin -la néceflité abfolue Sc indifpenfable dont elle efl à tous les hommes.
- Malgré le délabrement & la mifere où cette Fabrication efl réduite 3 on efl étonné du nombre prodigieux d’Ouvriers qui en fubfiftent , Sc qui s’en occupent encore actuellement. A Paris 3 le Fauxbourg-Saint-Marceau en contient: plus de cinq cents : il n y a pas une Ville ou un Bourg dans le Royaume qui ne renferme des Tanneurs ou d’autres Ouvriers en Cuirs.
- Mais 5 comme difoit M. Sully , il n’y a chez nous aucune fouree de richefle & d’abondance que le mauvais ménage naît gâtée & défordonnée. Les Impôts, foit par leur quantité , foit par la forme de leur perception 3 accablent l’in-duftrie nationale ; ils en étouffent les progrès , Sc ils dévorent l’Etat , au lieu d’en être la force Sc le fbutien.
- 324. Avant l’Edit du mois d’Août 1759 , cette partie de l’Adminiffration 'Sc du Commerce étoit livrée à des abus intolérables : la multitude 3 l’oblcu-rité 3 &-les contradictions des Loix qu’on avoit faites-de temps à autres fur ce fujet 3 avoient rendu la réforme impoflible 3 à moins d’un changement total dansTAdminiftraùion ; & c’eft ce que M. Silhouette entreprit>(3 2j ).
- Les Offices créés anciennement fur les Cuirs 3 n’avoient d’autre motif réel que de procurer des fecours à l’Etat dans des temps de détrefle : le prétexte étoit 3 à la vérité 3 de commettre des Surveillants à l’examen du bon apprêt des Cuirs ; mais la multiplicité & la forme de ces étabiiffements prouvoient aflez la réalité du motif : il faut peut-être en excepter le premier Edit dont j’ai parlé ci-deffus ( 321) ; mais il fut fuivi d’une foule de Loix burfales 3 qui dégénérèrent beaucoup delà pureté du premier établiffement : aufli vit-on naître delà une foule de Vifiteurs , Contrôleurs 3 Prud’hommes 3 Vendeurs, Lotiffeurs 3 Déchargeurs , qui fe préfentoient au hazard 3 & achetoient le droit de vexer le Commerce : les réglés de la fabrication 3 la bonne ou mau-vaife qualité des Cuirs leur étoient inconnues ; toute leur attention & tout leur intérêt confiftoit à percevoir rigoureufement leurs droits , & quelquefois au-delà 3 fans égard à la fidélité de l’ouvrage 3 tandis que le Fabriquant étant toujours plus vexé , tendoit toujours de plus en plus vers le relâchements Quel petit expédient Sc quelle foible reflburce pour un Etat immenfè 3 quo des Offices de fi peu de conféquence3payés une feule fois à l’Etat, Sc deftinés pour toujours à ronger la fubftance des Fabriques, & à les vexer à perpétuité!
- Dans ce Code burfiil, on débute toujours par fe plaindre de quelques abus dans l’apprêt ou dans la vente ? de quelques rufes employées par les Fabri-Tanneur* E e
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- quants pour échapper à la vigilance des Prépofés , ou pour éluder le pale-* ment des droits des Officiers ; mais le remede eft toujours de nouveaux Offi7 ciers & de nouveaux droits.
- La complication de ces Loix étoit devenue û grande , que les Officiers de la Cour des Aides craignoient d’avoir des jugements à rendre fur ces matières; la Déclaration même de 1706 , 8c mille autres Loix de ce Code , remplies d’imperfedions 8c de vices , donnaient lieu à des conteftations perpétuelles : envain la Cour des Aides eflàyoit de terminer, de prévenir , d’éclaircir, de concilier les difficultés par fes Arrêts & fes Réglements : c’étoit une hydre toujours renaiflànte, & dont l’autorité Royale pouvoit feule nous garantir.
- 32^. En général les impôts, les marques , les charges, qu’on établit fur les matières qui font dans le cours de leurs fabrications , font des relfources qui deviennent tôt ou tard ruineufes pour l’Etat, parce qu’elles font infup-portables pour le Commerce. On ne dira pas que iesTnlpedeurs , les Contrôleurs , les Vifiteurs peuvent affujettir l’Ouvrier aux procédés de la bonne réglé & des faines maximes de l’Art ; ils ne font point chargés de cela , 8c ils n’y prennent aucun intérêt ; ils feront caufe bien plutôt des malverlations qu’on commettra dans la fabrication. On a vu des Ouvriers qui tannoient du Cuir fort dans des cuves de coudrement, pour qu’on ne les vît pas dans leurs foffes, où on les aurait marqués , 8c pour pouvoir les ibuftraire plutôt à l’examen des Commis.
- D’ailleurs ce ne font pas ces fortes d’examens qui augmentent les foins des Fabriquants ; c’eft leur intérêt 8c leur émulation ; c’eft l’efpérance de con-ferver 8c d’étendre leur débit ; c’eft la fureté & l’étendue du Commerce établi dans le Royaume ; c’eft l’avantage d’être recherchés par l’eftime qu’on aura pour leurs ouvrages ; c’eft l’envie de furpaffer leurs femblabies, qui les encourage à donner à leurs travaux une plus grande perfection : le Conlom-mateur & le Public font Les juges & les furveillants de la Fabrique ; ils font la réputation 8c la récompenfe du bon Ouvrier. Toute autre vifîte, û ce n’eft tout au plus celles des Communautés fur leurs propres membres, ( encore cela exige bien des reftridions & des ménagements ) toute autre recherche doit être regardée comme infrudueufe 8c nuifible.
- 326. L’induftrie demande une liberté entière dans fes opérations, une confiance certaine dans fes elpérances. «LaFinance, dit M. de Montefquieu,
- » ( Efprit des Loix, Uv. 20 ych. 12, ) détruit le Commerce par fes injuftices,
- » par fes vexations , par l’excès de ce qu’elle impofe ; mais elle le détruit » encore, indépendamment de cela, par les difficultés quelle fait naître 8c » les formalités quelle exige. » Elle attaque à la fois la liberté, la confiance 8c l’induftrie.
- Le Financier toujours allarmé, défiant, gênant, & impérieux, veut pénétrer par-tout ; il trouble, il interrompt les procédés les plus importants 8c
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- ART DU TANNEUR, TIS
- le$. plus délicats des Fabriques ; tout doit être ouvert à fes foupçons ; les Regiftres & les Livres de raiforts ne font plus les dépofitaires fecrets de la fortune & de la tranquillité d’un Citoyen ; les procédés particuliers que fon imagination découvrira pour le progrès de l’Art, les inftruments particuliers dont il pourra fe fervir, les tentatives qu’il voudra faire , tout fera examiné y dévoilé par le Commis, qui cherche la contravention & la fraude dans le tnyllere le plus innocent,
- 327. Tout ce que je viens de dire avec la liberté d’un Citoyen , efl: autorifé par l’Edit même, qui a mis fin à toutes ces calamités, 8c qui fut donné au mois d’Aout 1759. Je vais le rapporter ici, comme formant le dernier état, delà Jurisprudence en cette partie.
- ÉDIT D U ROI,
- Portant fuppreffion des Offices de Jurés-Vendeurs , Prud'hommes , Contrôleurs 9 Marqueurs , Lotireurs & Déchargeurs de Cuirs & autres , fous quelque nom , que ce foit, ainfi que des droits a eux attribués : Et établiffiement d’un Droit unique dans tout le Royaume furies Cuirs tannés & apprêtés. (XIV articles}.
- -Donné à Verfailies au mois cTAoût 17^.
- Avec le Tarif des Droits, du p Août 1:7jpl ‘ Regiflré en Parlement le i l Septembre 1J $ p) *
- Louis , TAR LA GRACE DE DlEU , Roi DE FRANCE ET DÉ NâVARRÊ :
- A tous préfents 8c à venir ; Salut. Dès les temps les plus reculés de la .Monarchie, les Rois nos prédécelfeurs ont veillé par des Réglements à ce qui concernoit la confommation des Cuirs , & particuliérement à la perfection de leur apprêt ; & les droits fur cette marchandife ont la même ancienneté. Mais ces droits, originairement établis pour être levés dans tout le Royaume, •ont été négligés dans quelques Provinces, & dans les autres ils ont été perçus d’une maniéré inégale qui a confidérablement altéré le cours du commerce ; quoique dans plufieurs endroits les droits fiir les Cuirs foient exceffifs, ces niarchandifes n’en font pas moins fujetes à les payer à chaque vente & revente, ce qui a occafionné la chute d’un grand nombre de Tanneries & de Mégiffe-ries. En effet, nous avons remarqué que, malgré le droit de vingt pour cent établi fur les Cuirs tannés ou corroyés venant de l’étranger, il ne laiffe pas d’en être apporté pour des fommes confidérables dans notre Royaume, d’ou ces mêmes Cuirs font la plupart fortis en verd. L’aliénation faite par les Rois nos prédécefleurs, des droits fur les Cuirs à divers Officiers, nous a empêché de connoître pendant long-temps la caufe de la perte d’une Manu*
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- jj* A RT D U T A N N EU R,
- faélure fi néceflàire, 8c d’une main-d’œuvre qui floriffoit autrefois en France * nous avons reconnu quelle ne pouvoit être attribuée qu’aux gênes impofées fur le commerce des Cuirs par ces divers Officiers, chacun dans leur diftriâ; y & à la rigueur & à l'inégalité des droits. Ce motif feul fuffiroit pour nous engager à y porter un prompt remede ; mais par les repréfentations qui nous ont été faites à ce fujet, nous avons eu occafion de reconnoître que la perception du droit n’a aucune proportion avec la médiocrité des finances ^jui ont été payées par les Engagifles. C’eft dans ces différentes vues que nous nous femmes déterminés à fupprimer tous les Offices établis pour la marque & la police du commerce des Cuirs, .ainfi que tous les droits attribués à ces divers Offices, 8c à y fubftituer un droit modéré qui ne fera perçu qu’une feule fois fur les Cuirs tannés & apprêtés dans toute l’étendue de notre Royaume ; pour qu’il foit encore moins onéreux à nos peuples, nous avons jugé convenable de fupprimer les droits impofés fur les Cuirs ail pa£ fage réciproque d’une Province de l’intérieur dans une autre Province répu? tée étrangère ; enfin nous avons cru devoir établir fur la fortie des Cuirs verds un droit qui en conferve la main-d’œuvre à nosfejets. Nous elpérons, par ces diverfes meferes, parvenir tout à la fois à rétablir le commerce des Cuirs , 8c à nous procurer fur cet objet de conlbmmation un fecours dont nous avons befoin. A ces Causes 8c autres à ce nous mouvant, de l’avis de notre Confeil, 8c de notre certaine feience , pleine puiilànce 8c autorité Royale, nous-avons par le préfent Edit perpétuel & irrévocable , dit, ftatué 8c ordonné ; difons , ftatuons 8c ordonnonsvoulons 8c nous plaît ce qui fuit :
- Article Prêmier. Voulons que les Offices de Contrôleurs, Yifiteurs^ Marqueurs , Gardes-halles 8c marteaux, Lotiffeurs , Déchargeurs, Vendeurs de Cuirs, & de tous autres Officiers créés pour la police des Cuirs , fous quelque dénomination que ce foit, foient & demeurent fupprimës à commencer du premier Oéiobre prochain : Défendons à tous ceux qui s’en trouveront pourvus , ou qui auroient été par eux commis ou prëpofés pour les exercer, de les continuer à l’avenir, à peine de trois mille livres d’amende pour chaque contravention, même d’être pourfuivis extraordinairement fi le cas y échoit.
- Art. II. Les Propriétaires de tous les fiifdits Offices feront tenus de remettre entre les mains du Contrôleur général de nos finances, dans le cou-' rant du mois de Septembre prochain , les contrats d’aliénation , quittances rde finance ou autres titres, à l’effet d’être procédé à la liquidation de leurs finances, & pourvu à leur rembourfement.
- Art. III. Il fera créé pour ledit rembourfement ; jufqu’à concurrence du montant des liquidations qui auront été faites en exécution de l’article précédent , des Contrats portant intérêt au denier vingt, lefquels feront
- pembourfablc?
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- ART DU TANNEUR. X1
- rembourfables donnée en année par la voie du fort, à raifon d’un million par an , & accroiffement auxdits fonds d’un million , des arrérages des capitaux éteints par ledit rembourfement ; 8c les arrérages defdits contrats commenceront à courir , à compter du premier Oétobre prochain (1759).
- Art. IV. Ordonnons que tous les droits attribués auxdits Officiers fur les Cuirs verds, tannés & mégiffés, 8c tous autres , demeureront éteints 8c fupprimés, à commencer au premier O/tobre prochain.
- Art. V. Voulons quà commencer dudit jour premier Oétobre prochain, il foit payé dans toute letendue de notre Royaume à nos Fermiers, Régifl feurs, ou à ceux qui feront par nous prépofés ,- un droit unique fur les Cuirs 8c Peaux tannées 8c apprêtées , lequel fera perçu conformément au tarif annexé fous le contre-fcel du préfent Edit, dérogeant à tous privilèges 8c exemptions qui pourroient avoir été accordées ; & fera ledit droit fpé~ cialement affeété & hypothéqué au payement des arrérages 8c remboursements des capitaux des contrats créés par l’article III ci-deffus.
- Art. VI. Seront marqués lefHits Cuirs 8c Peaux, après le premier apprêt, à la tête, par nos Fermiers & Prépofés, d’un marteau dont l’empreinte fera déposée au Greffe de la Jurifdiétion la plus voifine de la Cour des Aides du reffort.
- Art. VIL Seront tenus les Tanneurs, Mégiffiers 8c autres, d’acquitter le droit porté en l’article V ci-deffus , dans les trois mois du jour où les Cuirs & Peaux tannés 8c apprêtés auront été marqués ; à l’effet de quoi lefdits Tanneurs, Mégiffiers 8c autres feront leur foumiffion de payer ledit droit dans ledit délai de trois mois.
- Art. VIII. Défendons à tous Tanneurs , Mégiffiers & autres , de contrefaire ladite marque , fous peine de faux, 8c à tous Corroyeurs 8c autres Ouvriers d’acheter des Cuirs ou Peaux tannés & apprêtés, qui n’auroient pas la marque du Fermier, fous peine de confifcation.
- Art. IX. Voulons qu’à la fortie des Cuirs & Peaux tannés & apprêtés pour l’étranger, les droits foient reftitués en entier, à la charge de faire contre-marquer lefdits Cuirs 8c Peaux tannés ou apprêtés, & en juftifiant à nos Fermiers de la fortie du Royaume dans les formes ordinaires.
- Art. X. Permettons aux Commis de .nos Fermiers & Régiffeurs , de faire les vifites ordinaires chez les Tanneurs, Mégiffiers, 8c chez les Ouvriers employant Cuirs.
- Art. XI. Voulons que les Cuirs & Peaux tannés 8c apprêtés qui fe trouveront chez les Marchands 8c Ouvriers, au premier Oétobre prochain, foient marqués de la marque de notre Fermier ou Prépofé , & que le droit foit payé fur ceux qui n auront pas acquitté les droits des Officiers fupprimés par le préfent Edit.
- Art. XII. Supprimons tous les droits de traite 8c de foraine fur les Cuirs Tanneur. F f
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- iï4 ART DU TANNEUR.
- verds & tannés /au palTage d’une Province de notre Royaume dans une autre^
- nous chargeant de dédommager les intérelfés dans nos Fermes-unies.
- Art. XIII. Ordonnons qu’à la fortie du Royaume pour les pays étrangers, al fera perçu fix livres par Cuir de Bœuf & de Vache en verd, vingt fols par Peau de Veau en verd dix fols par peau de Mouton , d’Agneau , Chevre ou Chévreau en verd.
- Art. XIV. Voulons que dans la Ville de Paris feulement, nos Fermiers ou Prépofés tiennent une cailfe à la Halle & au Bureau des Cuirs, à laquelle les divers Ouvriers qui emploient les Cuirs & Peaux, puilfent, s’ils le jugent à propos , fe faire avancer le montant de leurs achats pendant deux mois, en payant trois deniers pour livre dudit montant, fans qu’ils puilfent y être forcés.
- Si donnons en mandement à nos amés & féaux Confeillers les Gens tenant notre Cour de Parlement à Paris , que le préfent Edit ils aient à faire lire , publier & regiftrer ; & le contenu en icelui, garder , obferver & exécuter, félon fa forme ôc teneur, nonobftant tous Edits, Déclarations, Arrêts & Réglements à ce contraires, auxquels nous avons dérogé & dérogeons par le préfent Edit ; aux copies duquel, collationnées par l’un de nos amés & féaux ConfeillerS'Secretaires, voulons que foi foit ajoutée comme à l’original : Car tel est notre plaisir. Et afin que ce foit chofe ferme & ftable à toujours, nous y avons fait mettre notre fcel. Donné à Verlàilles au mois d’Août, l’an de grâce mil fept cent cinquante-neuf, & de notre régné le quarante-quatrie-me. Signé LOUIS. Et plus bas, par le Roi, Phelypeaux. Vifa LOUIS. Vu au Confeil, de Silhouette. Et fcellé du grand fceau de cire verte en lacs de foie rouge & verte.
- Regiflré, ce requérant le Procureur général du Roi, pour être exécuté félon fa forme & teneur ; & copies collationnées envoyées aux Bailliages & Sênéchaujfées du rejfort, pour y être lu , publié & regiflré : Enjoint aux Subflituts du Procureur général du Roi, dy tenir la main, & d'en certifier la Cour dans le mois, fuivant T Arrêt de ce jour. A Paris, en Parlement, toutes les Chambres ajfemblées , le onye Septembre mil fept cent cinquante-neuf
- Signé Y SA B MA zrm
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- ART DU TANNEUR.
- Xï$
- TA RIFi DES DROITS SUR LES CUIRS.
- u m de Bœuf tanné à fort & à œuvre } pafTê en buffle ,
- en Hongrie ou autrement..... ...................
- Cuir de Vache tanné , paffé en Hongrie, en Ruffie,
- en buffle ou autrement............................
- Cuir de Cheval, de Mulet tanné, paffé en Hongrie
- ou autrement.......................................
- Peau de Veau tannée, paffée en chamois 9 en mégie, en fàumat, en alun ou autrement................
- Peau de Mouton paffée en chamois, en mégie , en bafanne, en alun, en houffe, en parchemin ou autrement . ....... . ....................
- Peau d’Agneau, de Chevreau de tout apprêt, même
- celui de pelleterie...... ..................~.....
- Peau de Bouc, de Marroquin en croûte *, en couleur
- ou autrement.................................
- Chevre tannée, corroyée, paffée en chamois ou autrement ...............................» • »......
- Peau de Daim , de Chevreuil, de Chamois, paffée en
- huile ou autrement................ ...............
- Peau de Cerf, d’Élan, d’Qrignac, paffée en huile....
- Peau de Porc, de Turin, de Sanglier . .........
- Et tous les Cuirs 3c Peaux façonnés, qui ne font point dénommés au préfent Tarif, payeront dix pour cent de leur valeur.
- Droit unique ;
- par livre pefant de Cuirs & Peaux façonnés.
- .
- . . .*.. . . 2
- ........ X
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- ........6
- Fait & arrêté au Confeil d’Etat du Roi, tenu à Verfailles le neuvième jour d’Août mil fepc cent cinquante-neuf. S igné Phelypeaux.
- Regijlré ce requérant le Procureur Général du Roi, pour être exécuté félon fa forme & teneur; & copies collationnées envoyées aux Bailliages & Sénêchauf fées du reffort, pour y être lu , publié & regifiré : Enjoint aux Subfiituts du Procureur Général du Roi , d'y tenir la main & d'en certifier la Cour dans le mois , fuivant léArrêt de ce jour. A Paris en Parlement toutes les Chambres afêmblées, le fei^e Septembre mil fept cent cinquante-neuf
- * C’eft-à-dire , brut, qui a reçu l'huile, fan$ être paré.
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- ii6 ART DU TANNEUR.
- 328. Le Tarif précédent, quoique arrêté au Confeil, a fouffert quelques modifications dans la perception ; par exemple , les RégifTeurs ont réduit les Peaux d’Agneau à 2 fous la livre ; celles de Chevreau à 4 fous ; les Peaux de Bouc, de Marroquin à 4 fous ; les Chevres en chamois à 4 fous : il y a eu encore d’autres variétés auxquelles je ne m’arrêterai pas ici, parce que ce font des chofes arbitraires : je parlerai ci-après des abonnements (354).
- 329. Jufqu’ici la régie des Cuirs n’a pas pris une forme affez fixe & affez; décidée pour qu’on puiffe juger exaélement de ce quelle produira ; on eftime, quant à préfent , que le produit total de ce droit pourra être de deux millions & demi ; je le crois ainfi à la vue des petites parties que j’ai été à portée de connoître.
- J’ai eu l’occafion de voir un relevé des droits perçus en 176* fur les Cuirs dans l’étendue de la direction de Bourg-en-Breffe , qui comprend la Breffe, le Mâconnois & le Bugey. Cette petite étendue de pays , qui eft à peine la cinquantième partie du Royaume , & qui eft une des Provinces les moins commerçantes, avoit fourni les articles luivants, dans lefquels ne font point compris tous les Cuirs fouftraits à la régie, Sc qui étoient en affez grand
- nombre.
- 3879 Cuirs de Bœufs , pelant 88943 livres.
- 11840 Vaches , qui pefoient.......................... 115860
- 3424 douzaines de Veaux ................................. 61912
- 6181 douzaines de Moutons.................... ...... 32887
- 1000 Cuirs de Chevaux, Anes ou Mulets ...... ........... 9156
- Les autres objets étoient peu confidérables ; le total des droits montoit à 31500 liv. mais je ne doute pas que dans d’autres Provinces de même étendue; le produit ne foit plus fort. L’état précédent fait voir que les Cuirs de Bœufs ne pefent dans ces Provinces que 23 livres chacun , l’un portant l’autre ; les Cuirs de Vache & de Cheval, 9 livres ; la douzaine de Veaux , 18 livres ; Sc la douzaine de Moutons, 5 livres & un tiers. Dans cette Province où les «Cuirs de Bœufs font de 23 livres , l’un portant l’autre , il s’en trouve beaucoup de 60 livres à la raie , qui reviennent à 30 livres quand ils font tannés & fecs ; mais à Lyon, on en a de 100 livres à la raie , & par conféquent les droits deviennent bien plus confidérables à proportion dans les Provinces plus commerçantes.
- 330. L’Edit dont on vient de voir les difpofitions, indique affez les caufes auxquelles nous avons attribué le dépériffement du Commerce ; car dans le Préambule même, les gênes impofées fur le commerce des Cuirs font reconnues pour la véritable caufe de la perte d’une Manufaélure fi nécefîàire , & d’une main-d’œuvre qui florilToit autrefois en France. Tous ces infeéles rongeurs , pour lefquels on avoit imaginé tant de noms, d’offices & de fonctions, font détruits & fupprimés ; on pourvoit à leur rembourfement d’une maniéré équitable. 33r*
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- 331. Le nouveau droit établi par l’art. V, ne l’eft que fur les Cuirs 8c Peaux tannés & apprêtés, termes remarquables , & fur lefquels on doit bien infifter, parce qu’ils lignifient les ouvrages en derniere perfeétion , & ne peuvent faire tomber par conféquent les droits & les fèrvitudes de la régie fur les matières en fabrication. Par ce moyen, les gênes impofées fur le Commerce 8c fur la préparation, (plus intéreflànte encore, puifque fans elle il n’y auroit point de commerce, ) font profcrites comme ruîneufes 8c def-truélives ; le droit n’eft dû que fur l’ouvrage prêt à fortîr de la main de l’Artifin , 8c l’article VII lui accorde un terme raifonnable, celui de trois mois pour l’acquitter.
- 3 32. Les articles IX , XII 8c XIII contiennent en peu de mots les réglements de Police les plus favorables au Commerce national, drefles avec toute la fàgeife 8c l’indulgence néceflàires. L’article IX favorife l’exportation des Cuirs , en ordonnant la reftitution entière des droits qui auroient été payés avant l’exportation. L’article XII favorife le Commerce intérieur, en fupprï-mant tous les droits des Fermes unies qui avoient lieu au paflàge d’une Province à l’autre, 8c qui étoient le comble du délire 8c de l’abfurdité de la finance. L’article XIII prévient, autant qu’il eft poflîble, l’exportation des matières premières, qui font les aliments néceflàires de nos Manufactures, en impofànt un droit très-fort fur les Cuirs verds au fortir du Royaume.
- Le dernier article établit à la Halle de Paris feulement une caille pour la commodité des Acheteurs 8c des Vendeurs, à l’inftar ou à-peu-près de celle de Poifly $ mais avec cette différence eflentielle que la liberté leur eft laiflee toute entière d’en ufer ou de n’en ufer pas, tant le Légiflateura craint d’im-pofer quelque gêne au Commerce.
- Enfin l’on remarque en général dans tout l’Edit un efprit de douceur, qu’on n apperçoit dans aucune de nos Loix fifcales ; il ne prononce pas une feule amende , mais la confifcation feulement, dans le cas des contraventions ; 8c fi l’on y trouve encore dans les articles VI, VIII & X, quelqu’affiijettiflement onéreux , fi le Tarif du droit unique & fà fixation au poids des marchandifes renferme des difficultés & dès inconvénients , c’eft que la Loi la mieux préparée 8c la plus réfléchie ne fàuroit en être exempte ; c’eft qu’il falloit accorder quelque chofe à la fureté de la perception ; c’eft que M. le Contrôleur général, alors placé dans des circonftances épineufes, 8c vivement preffé de procurer à l’Etat un prompt fecours *, n’eut pas, pour s’y préparer ^ tout le temps dont il auroit eu befoin : les bonnes Loix font le fruit l’étude la plus férieufe 8c de la plus longue expérience.
- * 9n prép31*0^ alors le grand armement com- I notre Marine, & dont le fuccès malheureux achevât jjnande par M. de Conflans, l’un des plus beaux que ! de donner à nos ennemis le dernier degré de fierté 6c - France eût jamais fait, la derniere efpérarice de I d’injuftjce que la France en ait pu éprouver.
- P g
- Tanneurs
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- Des fuites qiVa eu VE dit du mois & Août ij5q , ÔC des contejlations
- qiiil a occafionnées.
- 333. Le Contrôleur général, en projettant l'Edit d'Août 17^9, s'étoie flatté de trouver facilement à faire un emprunt confidérable fur le produit du nouveau droit ; mais le crédit public étoit déjà trop ébranlé ; il ne lui relia d'autre relfource que les propolitions d'une Compagnie de Finance, qui s’étoit formée avant même que l'Edit fût expédié , pour régir le droit au nom du Roi & pour le compte de Sa Majeftê.
- On fait en général que l'objet de toute Compagnie de Régifleurs , eft d'obtenir tôt ou tard l'adjudication de l'objet qu'on lui a confié ; dans cette vue les RégifTeurs ne peuvent s'empêcher de déguifer la véritable portée de l’impôt, 8c d’en augmenter les frais ; ils mettent fur pied une foule de Commis , fous prétexte de prévenir les fraudes, & ils en retirent trois avantages : 1°, Tant que dure la régie, ils ont un grand nombre d'emplois , dont ils gratifient leurs créatures ou leurs parents : 20, Le prix de la ferme devient enluite moindre : 3% Plus il y a de fervitudes établies fous le nom du Roi, plus le joug des redevables eft appelant!, plus les abonnements font recherchés 8ç avantageux aux Fermiers.
- 334. L'Edit d'Août Ï7J9 > fut enregiftré à la Cour des Aides le ip Sep** tembre, & dès le 24 Septembre il y eut un Arrêt du Confeil qui fut revêtu de Lettres-Patentes pour la perception du nouveau droit : ces Lettres-Patentes furent envoyées à la Cour des Aides de Paris vers la fin des vacations ; 8c par Arrêt du 27 Oétobre, la Chambre ordonna l'enregiftrement au lendemain de la Saint Martin, l’envoi & publication dans les Sieges du reffort, Sç leur exécution provifoire. On n'y apporta que quelques modifications, qui ne touchent point au fonds du réglement, parce que la Chambre des Vacations n’avoit alors ni l'obligation, ni le loifir d'en faire un examen approfondi ; d’ailleurs cet examen de voit être enfuite réitéré.
- Cependant la vérification 8c l'enregiftrement définitif remis au lendemain de la Saint Martin, ont été perdus de vue : il s'eft élevé des conteftations à ce fujet ; les Tanneurs fe font plaints vivement, 8c depuis ce temps-là la Cour des Aides a ordonné en 1763 , qu'il &*oit fait des remontrances au fujet de ces Lettres-Patentes.
- 33y. Les Lettres-Patentes du 24 Septembre 175* p > s'écartent beaucoup des principes 8c de l'efprit de l'Edit du mois d'Août ; il n'y a que l'article X de ces Lettres qui contienne un réglement utile & conforme à ces principes : en effet, le droit de dix pour cent fur la valeur des marchandifes façonnées venant de l'étranger, indépendamment de celui de vingt pour cent, déjà attribué aux Fermes générales, exclut les étrangers de la concurrence avec
- les Fabriquants du Royaume ; il n'y a rien de plus naturel*
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- 336. L’article II ordonne que dans les cas ou le droit doit être perçu à raifon du poids , (& ces cas embraffent prefque la totalité du droit les pefées feront faites en préfence des Tanneurs avec les poids, balances ou romaines dont chacun d’eux fe fert pour fon commerce : les Fabriquants font ufage de cet article, pour fe défendre d’une prétention onéreufe des Régiffeurs,
- A l’exemple de ce quife pratique chez les Maîtres de Forges pour la marque des fers > les Régiffeurs ont prétendu que les Tanneurs feroient tenus de fournir leurs propres Ouvriers , foit pour préfenter fous le marteau & dans la balance les Cuirs qu’il s’agit de pefer 8c de marquer, foit pour les compter 3c vérifier, dans le cas où il plaît au Régiffeur d’exiger un recenfement générai des magafins. Cette fervitude ne paroît pas au premier coup d’œil être fort importante ; elle l’eft cependant ; mais les Tanneurs n’y font point fournis, puifque l’article III des Lettres-Patentes ne les fait point contribuer aux pefées , fi ce n’eft en fournifiànt leurs poids ,& leurs balances. Les Maîtres de Forges font fujets, il efl vrai > à fournir leurs Ouvriers ; mais d’un autre côté aux Barrières ? fur les Ports & dans les Douannes , lorfqu’il s’agit de remuer y de vifiter 8c de pefer des fardeaux pour en percevoir les droits > les Commis font chargés feuls de ce travail ; la parité efl ici en faveur des Tanneurs. La différence entre les Maîtres de Forges 8c les Tanneurs efl fen-fible ; les gueufes 8c les barres de fer font des pièces d’un poids énorme ; pour les manier 8c les préfenter à la romaine > elles demandent non-feulement beaucoup de force , mais encore de l’habitude & de l’adreffe : il n’en efl: pas de même pour les Cuirs. Enfin les pièces de forge ne font jamais en auffi grand nombre, les pefées & les marques ne font pas suffi fréquentes * les recenfements fe font d’un coup d’œil 3 la perte du temps efl moindre ; & quelque rigoureux que foit cet affujettiffement, il ne leur efl pas auffi préjudiciable quil feroit pour les Fabriquants en Cuirs & en Peaux. Les Tanneurs, 8c fur-tout les Hongroyeurs , ont ordinairement beaucoup de Cuirs en magafin , quelquefois jufqu’à quatre à cinq mille : leurs magafins font dans des lieux bas 8c frais, où les marchandées fe mùriffent 8c fe perfectionnent y 8c comme elles fe vendent au poids, ils ont un double intérêt de ne pas les remuer ou les déranger fbuvent, parce qu’elles fe deifechent & fe défleurent par le mouvement. De toutes ces réflexions , il réfuite qu’il feroit dangereux d’établir chez- les Tanneurs l’obligation de faire faire les pefées 5c les recenfements par leurs propres Ouvriers au gré des Régiffeurs.
- 337. C’efl dans l’article IV des Lettres-Patentes du 24 Septembre 1759 , que réfide la plus grande difficulté. M. Lelchaffier ? après l’examen le plus approfondi de cette importante queflion, dont il étoit Rapporteur à la Cour des Aides, demeura perfuadé que cet article en lui*même 5c dans là généralité impofoit aux Fabriquants des obligations impoffibles 5c inutiles pour la fûreté de la perception, parce que les fraudes ne font point fl aifées que les
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- ART DU T A N -N E U R.
- Régiffeurs avoient paru le craindre , ôc parce que dans le doute 1*utilité des Fabriques devoit remporter fur toute autre confidération.
- Cet article IV des Lettres-Patentes du 24 Septembre 1759 , ordonne que conformément au Réglement du Confeil du 10 Février 1629 , les Tanneurs, Mégifîîers, Parcheminiers , Peauffiers , & autres appareillants Cuirs & Peaux,' ne pourront les mettre dans les foffes de cuves qu’ils n’en aient préalablement déclaré les quantités & qualités au Bureau , ni les retirer des foiTes de cuves qu’ils n’aient préalablement déclaré le jour où ils entendent les relever , pour être lefdits Cuirs repréfentés aux Commis, à l’effet d’être par eux pris en charge de marqués 3 conformément aux articles VI de VII de l’Edit 4’Août 1759. »
- Le fyftême qui régné dans cette dilpofition , eft ui|g|yftême burfid, bien different de celui de la Loi : celle-ci n’a impofé le droit que fur les Cuirs ♦tannés de apprêtés ; elle a voulu lai (Ter la plus grande liberté aux Fabriques dans tout le cours de leurs opérations puifque ce n’eft qu’après le premier .•apprêt qu’elle commence à exiger quelque précaution pour l’empreinte d’une marque : cette dilpofition eft confirmée augmentée de éclaircie par les Lettres-Patentes du 2 J Février i^jôo , de l’Arrêt d’enregiftrement du 19 Août -17^1 y qui veulent que cette marque ne fort appofée qu’après ce premier apprêt entièrement fini ; car c’eft-là le moment de la prife de pofTeiîion du Régiffeur , &jufques-là le Fabriquant étoit maître chez lui.
- Au contraire l’article IV des Lettres-Patentes du 24 Septembre 17^9, fait remonter la prifè de poffefllon du Régiffeur long-temps avant la fin, &même avant le commencement du premier apprêt *, il exige des déclarations dès la première entrée en foffe, de donne aux Commis un droit d’inlpeéHon de de fuite fur les Cuirs en préparation 5 ce qui eft contraire à la liberté & à la tranquillité du Fabriquant.
- 338. Le Réglement du Confeil du 10 Février 1629 / qui fert de bafe à l’article dont nous parlons, contenoit des dilpofitions impraticables, de qui n’ont jamais été exécutées ; il ne fut ni revêtu de Lettres-Patentes , ni enregiftré à. la Cour des Aides : ilavoit été rendu en faveur des Offices de Prud’hommes de Contrôleurs, fous prétexte d’arrêter le cours des abus qui fe commet-toient, difoit-on, dans l’appareil^ vente de débit des Cuirs ; mais ces Offices font fupprimés ; on ne fonge plus à cette prétendue police pour la fabrication des Cuirs , impoflîble dans l’exécution, de que la liberté du Commerce ne peut fouffrir. L’Edit d’Août, plus fage de plus favorable aux Tanneurs* n’établit de droit que fur des ouvrages finis.
- Le Réglement de 1629 ne concernoit même que les Tanneurs, & à leur égard il étoit clair, quoique d’une difficile exécution ; mais l’article -IV< dont nous parlons, s’étend à tous ceux qui travaillent des Peaux , avec des extenfions qui parodient impraticables, En effet /parmi ceux qui travailla
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- A R T B U TAN NE U R.
- des Peaux, il y en a beaucoup qui n’ont ni foliés, ni cuves, tels que les Parcheminiers Sc les Peauffiers : à l’égard des Tanneurs , ils ont tant de folles Sc tant de cuves, que s’il falloir faire une déclaration à chaque fois qu’ont met en cuve ou en folle, & qu’on en retire les Cuirs, il faudroit tant de déclarations que les Tanneurs n’auroient autre chofe à faire quàie promet ner de la Tannerie au Bureau ; Sc quand on réduiroit cet article aux folles feules , s’il faut à chaque poudre faire de nouvelles déclarations , le métier du Tanneur devient rebutant Sc impraticable par une dépendance fi contbr nuée Sc li onéreufe.
- 3 3 p. D’après ces Lettres patentes les Régiffeurs formèrent deux corps d’inûruâions, l’un au mois de Septembre iyyp, l’autre au mois de Mars X j6o ; cependant on voit qu’ils avoient compris combien il feroit difficile de faire exécuter l’article IV des Lettres-Patentes du 24 Septembre ïyjp ; ils conviennent que la fuite des Cuirs dans leurs différentes poudres , &des Peaux dans tous leurs apprêts , en fatiguant peut-être les redevables, pour-, toit jetter les Commis dans une confufion toujours inféparable des opérations trop multipliéesils fe réduifent à trois déclarations pour.ehaque forte de travail.
- Pour les Tanneurs, la première déclaration a lieu au temps de la mife en foffe ; la fécondé, à la levée de la première poudre ; la troifieme, à la derniere levée de foffe , lorfque les Cuirs feront portés au féchoir*
- Pour les Hongroyeurs , la première , à la mife en alun ; la fécondé , au,! fortir de l’alun ; la troifieme, à la mife en fui£
- Pour les Mégiffiers , lorfqu’on met les peaux en confît, lorfqu’on les met en alun , Sc lorfqu’elies font feches , en état d’être -ouvertes Sc redreffées t ici l’on n’a pas fait attention que le Mégiffier met fes peaux en alun avant de les mettre en confît.
- Pour les Ghamoifeurs, aü temps de la mife 'en confit, au retour du mou* lin , Sc lorfque les peaux font ouvertes.
- Enfin pour les Maroquiniers , lorfqu’on met les peaux en confît, loÆ qu’on les tire du furaac ou de l’alun, Sc lorfque les peaux font luftrées*
- 340. Mais en confentant de réduire ainfi à trois le nombre immenfe des déclarations indiquées par les Lettres-Patentes, la Régie déclare quelle ne renonce pas àfoumettre les Fabriquants à l’obligation de déclarer toutes les mifes 8c levées de foffes , fi ce parti devient néceflàire à l’égard du général Sc du particulier , Sc qu’elle propofe feulement des facilités : c’eft ainfi que les Fabriquants, en obtenant une grâce conditionelle, reftoient encore fou s les coups du Rêgiffeur, pour en être vexés à volonté; Une Loi doit être claire,’ poffible, néceffaire Sc uniforme.
- 341. Les inftruéïions de la régie varient encore beaucoup en ce qui concerne les quantités Sc qualités des Cuirs qui doivent être portées dans les
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- déclarations. Les Fabriquants, dit i’Inftruétion, peuvent déclarer pofitive-ment la qualité & la quantité des Cuirs qu’ils entendront coucher en première poudre ; ainfi il faut nécessairement infifter fur l’exaélitude de la première déclaration , & des déclarations fubféquentes, autant qu’il fera pojjiblex enfuite elle obferve que le Fabriquant, en venant faire fa déclaration , peut prétendre ignorer quelle quantité de marchandées il lèvera de foiTe, fokde la première à la fécondé poudre, foit de la derniere poudre pour paffer au féchoir, fous prétexte que cette quantité ne fera déterminée que par l’état dans lequel il trouvera fes Cuirs à l’ouverture de la folfe ; & l’InftruéHon contient pour ce cas-là un modèle particulier de déclaration.
- 342. En effet, les Fabriquants peuvent ignorer la quantité exacte des Cuirs qu’ils ont à lever de la derniere poudre, jufqu à ce qu’ils aient vu, par l’état des Cuirs qui font dans la foffe, s’ils doivent être levés : ils peuvent ignorer auffî la quantité des Cuirs qu’ils mettront en première poudre, parce que dans le cours des opérations préparatoires,ils peuvent en perdre par divers accidents j il peut s’en trouver qui foient brûlés de chaux , ou tournés dans les pafTements d’orge, ou déchirés lors de l’écharnage par l’Ouvrier, qui dans ce cas-là a grand foin de le diffimuler. Lès Mégiffiers & les Chamoifeurs ont fouvent des peaux qui font abattues par le vent, de deffus les perches , & mangées par les chiens & par les rats : il eft même comme impoffible dans de grandes Tanneries, où il y a beaucoup d’Ouvrîers qui ne font point calculateurs, de tenir un regiftre exaél du nombre de leurs peaux, à caufe de la multitude des mains par lefquelles elles paffent & des variétés qui y arrivent. Un Tanneur qui mettra en foffe jufqu’à quarante & cinquante douzaines de Veaux; un Mégifîier qui recevra douze à quinze cents Moutons par femaine, pourroient-ils s’affurer de l’exaélitude des dénombrements, éviter les erreurs de calcul 9 les incertitudes , les confufîons, & par conféquent les procès-verbaux de contraventions l Ce n’efl: qu’au fortir du dernier travail, à la levée de derniere poudre, à la rnife fur perche, qu’il leur eft néceffaire & poffible de compter leurs marchandifes, & d’en faire une exaéle déclaration.
- 343. L’Inftru&ion de la régie dit auffi qu’il eft effentiel de tenir la main à ce que les Fabriquants ne puiffent commencer leur travail que vingt-quatre heures après les déclarations faites, & cela, dit-on, conformément à l’article IV. Cependant l’article ne contient point ce nouvel affujétiffement, mais on le tire par induélion : cet article veut que les Fabriquants déclarent le jour auquel ils entendront opérer. Cette obligation n’auroit pas été impofée û l’on n’avoit entendu mettre un intervalle au moins d’un jour entre la décla-’ ration du Fabriquant 8c fon opération, à laquelle les Commis doivent être préfents abfolument. Cette prétention du Régiffeur a excité la plus forte réclamation , parce qu elle a paru aux Fabriquants la plus onéreufe de toutes les charges qu’on leur vouloir impofer. Si le Tanneur veut profiter d'un moz
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- art du tanneur. I2S
- ment de foleil en hyver, d’une matinée où il eft plus libres’il craint la gelée ou quelqu’autre inconvénient, il ne lui efl: pas poflible d’ufer des cir-confiances, à moins qu’il n’ait tout prévu vingt-quatre heures d’avance ; il auroit pu envoyer faire fa déclaration au Bureau, & en attendant raflemb 1er fes Ouvriers pour que l’ouvrage fut fait & les Cuirs remis en fureté avec la plus grande promptitude ; mais la régie l’oblige de différer & d’attendre malgré fon incertitude ou fes embarras. En été l'inconvénient devient encore plus confidérable,à caufe des orages quinuifent aux paflements 170 ):
- le délai de 24 heures & la lenteur des Commis , qui pourront n’être pas fort exa61s fi l’on efl: obligé de les attendre , pourront faire tomber l’opération dans le temps d’un orage qui gâtera une cuve ; c’eft ainfi que la liberté Sc la fureté du Fabriquant font fàcrifiées à la commodité des Commis,
- De la Marque des Cuirs.
- 544. L'article VI de l’Edit du mois d’Àoût 175^, dit que les Cuirs feront marqués après le premier apprêt : cette dilpofition, qui efl: fort fuc-cinte , fut expliquée & étendue, & les formalités de la marque des Cuirs furent fixées par les Lettres-Patentes du 25 Février 1760 : mais il fe préfen-toit deux difficultés, que M. Lefchaffier vouloir faire lever par des modifications de l’enregifirement : la première confiftoit à fixer l’époque du premier apprêt entièrement fini, après lequel doit être appofée la première marque , la marque de charge ; car il faut fixer un terme relatif à chaque profefîîon , le mot de premier apprêt étant très-vague en lui-même , & l’interprétation fejette à trop d’inconvénients,
- 345. L’Inffruéüon des Régifleurs veut que la première marque, marque de charge ou de préparation, foit appofée à la levée de première poudre » la fécondé marque ou marque de perception à la derniere levée de fofle, avant que les Cuirs foient portés au féchoir : la première fe place des deux côtés de la tête du Cuir ; la fécondé, des deux côtés de la culée ; mais fer, les Peaux, on n’appofe la marque que d’un côté. Chez les Hongroyeurs > ces marques dévoient être appofées au fortir de l’alun , & après la mife en fuif. Chez les Mégifliers, c’étoit au fortir de l’alun, & lorfque les Peaux feroient en dernier apprêt ( fans doute après avoir été redreflees fur le paliffon Chez le Chamoifeur, les marques dévoient être appofées, la première, au retour du moulin ; la fécondé, lors du dernier apprêt ; je penfe que cela Vouloir dire la première après le dégraiflàge entièrement fini , & la féconde , après que les Peaux feroient ouvertes. Enfin chez les Maroquiniers, les deux marques dévoient être appofées, l’une au fortir de l’apprêt en lu-mac (fans doute après le coudrement) ; la fécondé , lorfque les Peaux feroient luftrées.
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- Ï24 ART DU TANNEUR,
- 346. M. 'd’Arlincourt , aujourd’hui Fermier général, alors Direéleur dë la Régie à Paris , avoir dreffé i’InftruéHon ; mais il avouoit avec candeur que dans l’exécution il falloit un peu plus de condefcendance : il fe départit de beaucoup de chofes dans *une Conférence qui fe tint à la Manufacture de Saint Hippolyte au Fauxbourg Saint Marcel-, entre M. Barois, Directeur Sc Intéreffé , M. Lefchaffier, Confeiller à la Cour des Aides, Rapporteur en cette affaire , d’Arlincourt , avec l’un de fes Affociés , Sc quelques Fabriquants : les confentements ou défiftements de M. d’Arlincourt furent pris en note , de fon aveu, par M. Lefchaffier , qui fe propofoit de s’en fervir dans les modifications de la Cour des Aides-fur l’article IV des Lettres-Patentes,
- 347. A l’égard de la dernï'ere marque dite de perception , il ne pouvoir plus y avoir de difficulté au moyen d’une modification qui avoit été déjà “appofée aux Lettres-Patentes du 2y Févrieri76o, «5c qui la différoit jufe
- qu’à la réquifîtion des Fabriquants ; aufiî n’en étoit-il plus queflion ; mais à Légard rde la marque de charge, ou première marque, & aux déclarations que les Fabriquants dévoient faire, on étoit convenu de ce qui fuit:
- Pour: les Hongroyeurs, il devoir être fait une feule déclaration au fortîr des aluns, avant de porter les Cuirs au féchoir , Sc la première marque de-voit être appofée après que les Cuirs feroient fuffifàmment fecs & dreffés*'
- Pour les Mégijfters , une feule déclaration au fortir des confits, en met*» "tant fur perche , avant l’ouverture.
- Quant à la premieremarque , leRégiffeur la vouloir appofer au plus tard après l’ouverture & avant le redreffage, prétendant que c’étoit-là le dernier apprêt & la perfection de la peau ; qu’en vain le Mégiffier aurait fait une déclaration de cinq^cents Peaux, par exemple, mifes fur perche, fi l’appofition •d’une marque fort peu de temps après n’en conftatoit l’identité, & ne l’en -chargeoit, puifque rien ne pourroit l’empêcher d’en vendre deux cents en cet état, s’il vouloit, Sc d’en fubftituerfur les perches le même nombre provenant de fes autres confits.
- 348. Le Mégiffier convenoit de la poffibilité abfolue de cette fraude ; mais il obfervoit que les différents états de ficcité entre les Peaux qu’il auroit ainfi fubftituées , Sc celles qui auroient été mifes fiir perche précédemment Sc lors de la déclaration, le mouvement néceflaire en pareil cas, la nécefiîté de mettre les Ouvriers dans le fecret, Sc plufieurs autres circonftances, dé-céleroient affez la fraude à des Commis attentifs Sc prévenus.
- D’ailleurs le Fabriquant foutenoit qu’il lui étoit abfolument impoflîbîe de confentir à aucune marque avant le redreflàge, parce qu’il n’y a humainement aucune certitude de conferver une Peau, Sc d’en répondre dans cette opération. C’eft à la vérité la derniere, mais c’eft la plus rude épreuve des Peaux: pour peu qu’elles foient défeétueufes, elles fe déchirent feus la main de
- l’Ouvrieç
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- ART DU TA.N-N EU R.
- ^Ouvrier, qui les paffe avec force fur le pefîon. On en fit l'expérience devant le Régiffeur , qui convint enfin qu’on ne pouvoit exiger lappofition de la marque qu’après le redrefîage. Nous parlerons de ces différentes opérations dans l’Art du Mégiffier ; mais il nous étoit difficile de féparer ici les différents articles d’une difcuffion qui intéreffe principalement l’Art du Tanneur.
- Pour les Chamolfeurs , on ofifroit de fe contenter d’une feule déclaration au fortir du dégraifîàge & de la première marque après l’ouverture : ( Voye^ T Art du Chamoifeur').
- Che£ les Maroquiniers, on demandoit une feule déclaration au fortir dit coudrement ; & la première marque devoir être appofée après le foulage.
- 349. Che^ les Tanneurs 9 la difficulté paroiffoit toujours fort grande, 3c les efprits ne pouvoient fe rapprocher. Le RégilTeur perfiftoit à foutenir qu’il falloir abfolument une déclaration à la première mife en foffe, & que la pre * miere marque devoit être appofée au fortir de la première poudre : fans cesr deux précautions, difbit M. d’Arlincourt., le droit feroit anéanti par les frau-des. Les petits Tanneurs de Province ne font pas fort fcrupuleux fur le nombre de poudres qu’exigent les Cuirs ; ils n’ont que trop d’inclination 3 les vendre aux Ouvriers après la première ou la fécondé poudre ; & fi juf< qu alors ils ne font liés par aucune charge , la facilité & l’avantage de fe fouftraire au paiement des droits fera un appas de plus, & ne fera qu’accroître un abus préjudiciable au Commerce & au Public.
- 3^0. D’un autre côté les Tanneurs foutenoient que la prétention d’ap-pofer la marque de charge au fortir de la première poudre, étoit diamétralement contraire à Fefprit & aux termes de l’article VI de l’Edit , aux Lettres-Patentes du 25 Février 1760 , & à l’Arrêt d’enregiftrement de ces dernieres,’ qui ne l’adopte qu’après le premier apprêt entièrement fini ; qu’il étoit ab-furde d’appeller la fin du premier apprêt, cette première poudre qui n’efl que le premier pas de la Tannerie , après lequel les Cuirs ont quelquefois un an à féjourner en folle.
- Comment veut-on, difent les Tanneurs, quune marque empreinte fut une fubftance encore molle , fpongieufe -, toute imbibée d’humidité & de tan , fe conferve d’une maniéré ineffaçable pendant un fi long-temps ? Elle court rifque de n’être plus reconnoiffable ; on ne fauroit donc y fbumettre les Fabriquants.
- 3yr. Quant à la déclaration , elle femble inutile quand la marque ne l’accompagne pas. La Loi qui veille à la fureté des Fabriquants, l’équité & la raifon veulent qué cette marque foit retardée jufqu’au temps où elle ne pourra plus être altérée ou effacée par le travail, afin que le Fabriquant ne puiffe être dans le cas des contraventions involontaires. Or que fert aux Ré-giffeurs une déclaration qui ne fera point accompagnée d’une marque ? le Tanneur, Ii
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- ti6 ART DU T AN N EU R.
- Tanneur a une entière liberté de fouflraire quelques-uns des Cuirs par lu| déclarés , 8c d’en fubftituer d’autres procédants de fes pleins ou de fes pafTe-ments : la déclaration du Tanneur femble donc n’être dans ce cas-là qu’un furcroît inutile de formalités 8c d’embarras.
- Les appréhenfions de fraude ne font pas , ce femble , une raifort fuffi-Tante pour mettre des entraves aux Manufactures : ces fraudes fe découvrent de tant de façons par les Commis ; 8c les Fabriquants ont tant d’intérêt à ne pas les commettre , qu’on devroit un peu s’en rapporter aux uns 8c aux autres à cet égard. S’il fe trouve quelque Tanneur pauvre 8c de mauvaife foi, qui dans la vue de retirer plutôt fes fonds & pour épargner quelques frais, rifque de ne pas donner à fes marchandées un apprêt fuffifant , il en eft bientôt puni par le diforédit où elles tombent, & par la perte qui enrréfolte. Mais s’il fe porte à cette manœuvre , ce ne fera pas en livrant au Public des Cuirs encore tout humides , 8c tirés furtivement d’une foife. Si l’Ouvrier fe prête à la fraude 5 il voudra en tirer le bénéfice ; fi les Cuirs font tranfportés dans un féchoir étranger, le fecret manquera , & la difficulté fera trop grande pour qu’on puiffe continuer long-temps cette fraude.
- 352. L’article VIII de l’Edit, & l’article V des Lettres-Patentes, défen-dent à tous les Ouvriers d’acheter des Cuirs & des Peaux fans marque ; il eft même enjoint par l’article V à ces Ouvriers de conferver les morceaux où les marques auront été appofées , pour être employés les derniers ; mais cette derniere difpôfition ne fauroit s’exécuter à la rigueur contre des Cordonniers qui ne font pas en état d’acheter un Cuir entier, & qui en prennent feulement une petite partie ; il feroit injufte de condamner celui-ci fur le feul fait de quelques morceaux de Cuirs fans marque , fi d’autres circonf-tances ne faifoient préfumer la fraude : auffi M. Lefohaffier eftimoit que fur cet article la Cour des Aides devoit fe réferver le droit de prononcer fui-vant les circonftances 8c l’exigence des cas , fans impofer une obligation générale de n’acheter que du Cuir marqué. ,
- Les Régiffeurs ont d’ailleurs bien des moyens pour arrêter les contraventions ; iis peuvent faire des vifites chez: tous les Ouvriers qui emploient le Cuir ; ils peuvent exiger déclaration de tous les dépôts & magafins des Fabriquants , en forte qu’on ne peut tranfporter des Cuirs hors de la Tannerie fans les avertir : le Tanneur eft affiégé de toutes parts au moyen de ces dift-pofitions ; ainfi la fraude paroît être fufüfamment prévenue.
- 3 y3- Si le droit établi for les Cuirs fe perçoit dans la forme preforite paf les Lettres-Patentes du 2y Février 1760, il en réfolte aux Tanneurs un danger réel, 8c une perte fenfible ; car i°, il eft difficile d’appofer une marque fob* liftante fur ces Cuirs humides, enduits de tan , 8c qui n’ont que peu de con-fiftance ; 20, On ne pourroit les remuer & les pefer tous fans les faire relfe-cher, fecouer le tan, qui les conferve 8c les nourrit, 8c par conféquent fos
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- ART DU TANNEUR-. I27
- détériorer ; 30, Ce feroit une injuftiee que de les peler ainfi pleins d’eau & d’en percevoir le droite puifqu'avant que d’être mis en vente, ils doivent perdre toute cette humidité fuperflue.
- 3 54. Il y a une autre forte de difficulté fur les Veaux à œuvre, auxquels les Tanneurs confervent foigneufement leur humidité jufqu'à ce qu'ils les vendent aux Corroyeurs : il efl bien difficile de marquer & de pefer ces Peaux au moment qu elles forcent de foffe ?'chargées de toute cette humidité ; Sc il importeroit aux Tanneurs qu'elles ne fuffent marquées que lôrfqu'elles font en état d'être vendues. A l’égard de la fixation du droit > il s’en efl établi une évaluation ou efpece d’abonnement de 3 livres 10 fous par douzaine entre les Tanneurs de Paris & la Régie , ce qui fuppofe trente-cinq livres de poids pour chaque douzaine ; Sc il efl: bien à defîrer que ces abonnements aient lieu par-tout pour la tranquillité des Fabriquants , Sc pour le bien du Commerce : c’efl: la feule maniéré dont on puifîè réparer les torts que là Finance fait aux Arts.
- CONCLUSION.
- 357* Pen^e donc , auffi bien que M, Lefchaffier , qu’il convient au bien du Commerce de h’àfTujettir les Tanneurs qu’à une feule déclaration , qu’ils feront tenus de faire avant que les Cuirs foient portés au féchoir CI03 ) > OH avant levée de la derniere poudre ; Sc les autres Fabriquants dé Cuirs ou de Peaux , lors de la levée & fortie du dernier travail aux aluns, confits, ou autres apprêts qui correspondent dans d’autres Profeffions à ce dernier travail.
- Je crois que la première marqué, bu marque de chargé , ne dèvroit être appofée chez les Tanneurs & Hongroyeurs, qu'après que les Cuirs auroient atteint au féchoir un degré de féchereffe convenable, pour que cette marque né puiffe être altérée. A l’égard des autres Fabriquants de Cuirs Sc Peaux, Cette première marque ne devrok être appofée qu’après le dernier travail ; favoir, le redreffage des Mégiffiers, l’ouverture des Chamoifeurs, le foulage des Maroquiniers,
- Ce que je propofe ici n’efl point contraire à la Régie, parce que fon plus grand intérêt efl de rendre le Commerce floriffant, d’étendre la fabrication , Sc par confisquent d’affermir la tranquillité, la fureté Sc l’avantage du Fabriquant : la douceur du gouvernement efl: la fource de la profpérité, de la population , de la richeffe : on évite une Profeffion vexée d’une maniéré ré* butante, comme on fuit une terre fanglante qui dévore fes Habitants.
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- X
- A RT D U TANNEUR,
- EXPLICATION DES FIGURES
- DE LA RT DU TANNEUR.
- PLANCHE I.
- Haut de la Planche.
- Ay Àélion de TOuvrier qui lave Se rince les Peaux ; avant le travail de riviere ( 13 ).
- S /Aftion de celui qui écharne, qui débourre (26).
- C, Cy Cy Pleins, ou creux remplis d’eau de chaux, dans lefquels on étend les Cuirs y Se d’ou on les retire avec des tenailles.
- JD, Âélion de celui qui met les Cuirs en foffe (77), Se qui les couvre de
- £ / Cuve de bois dans laquelle fe fait le coudrement (267), Se où l’on tourne les Cuirs fans relâche.
- F y Cuve dans laquelle on faifoit autrefois le confit (43)* & qui peut Cervit, à faire les paflfements ( 117).
- G y Chaudière placée fur un fourneau ^ revêtue de plâtre, Se qui fert a chauffer l’eau,
- Explication du las de la Planche*
- Â y Pioche" pour remuer la chaux Se la tirer des tonneaux;
- E y Pele qui fert au même uÊge.
- C/Grandes tenailles qui fervent à tirer les Peaux des pleins,’
- D y Grande pelle qui fert à vuider les pleins.
- E, Gâche ou pelle qui fert à ratifier le défias des Peaux,1 F y Linges qu’on trempe dans la chaux pour mieux enduire certaines Peaux^ G y Bâton ou enfonçoir pour faire plonger les Cuirs dans la riviere. i/,Bouloir, infiniment pour remuer la chaux Se brouiller les pleins,
- I y Crochet pour retirer les Peaux de la riviere. jE/Infiniment qui fert à fouler & à laver la bourre.
- L y Chevalet pour travailler de riviere.
- N y M y Boutoirs, couteaux à deux manches y pour écharner * déboutterJ G y Pierre à éguifer, ou Queurle pour râler les Cuirs,
- P y Cuve dans laquelle on foule les Peaux.
- Q y Cuve plus grande pour le refailâge.
- R y Cuve où l’on faifoit le confit (jfj).
- S y Cuve à coudrer.
- T*
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- ART ï) tl T A N N E U JL tag
- T 9 Panier avec lequel on mefure leTtan.
- Vy Brouette qui fert à tranfporter les Cuirs dans les fojfes Sc à VQÎtuirer le taï& X y Chaudière de cuivre pcnïr chauffer Peau'des paffement&
- Fourneau fur lequel on met la cuve.
- , . PLANCHE IL
- Haut de la Planche.
- A y AdHon de ceux qui gouvernent les paffements d^ofg^e, & qui rdë^Ÿen^ chaque jour les Cuirs fur le bord de la cuve.
- B , Aétion de ceux qui frappent & qui mailldttënt les'Cuirs;
- C y Aélions de ceux qui foulent les Veaux (272).
- X , 2,3,4, Ordre des quatre cuves quiforment un train dé plamagéj(il6), Sc qui contiennent chacune huit Cuirs.; elles ont trois pieds de haut du£, quatre pieds de diamètre.
- Bas de la Planché»
- D, Cuirs Paies Sc pliés en échauffe (131).
- E 3 Cuve fur laquelle on a relevé lés Cuirs à Forgé."
- F y Plan d’une Foffe avec fon Puifàrd Gy pour faire les.jus aigre! (ipp)..
- G y Puifard d’où Peau fe tire pour la jufée.
- H y Pilons dé bois pour fouler les Veaux (272 ).
- /, Crochet dont on fe fert pour tirér lés Cuirs dé là cuvé;
- K y Sebille ptmr vuider les cuves.
- Chiffres dont on fe fert pour marquer le poids dés Péàux au jfortir de k •Boucherie ( 6}.
- PLANCHÉ ï il
- Plant de la Planche»
- À A y Ëft le haut du Moulin qui tire Peau pour fournir les pleins & les fofle^ B y Ouvrier qui conduit le Cheval Sc qui diftribue l’eau*
- C y Mouvement du Cheval*
- D y Etentés, ou étendoirs fut lefquels on fait féchèr lés mottes.
- E y Aétion du Motteur ou dê^çelui qui forme les mottes en marchant fur le moule plein de tannée (291).
- t f Folfes d’où l’on retire la tannée qui doit fervir à faire les mottes;
- Bas de la Planche.
- A y Rouet qui fait tourner l’arbre du Moulin.
- Xyi yXyi. Dents ou aluçhons repréfentés féparément^
- T ANN EU R% K K
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- 130 ART DU TANNEUR.
- 2,2 , 2 y 2 , Clavettes gui aftermifTent les aluchons fous la circonférence de Ig roue.
- B , Arbre vertical fur lequel la roueeft enarbrée.
- Cy Cy Deuxarcboutants qui retiennent la roue perpendiculairement à l’arbre. D y Bras ou timon auquel eft attaché le Cheval, d y Coin ouælavette qui aflujettit le timon avec l’arbre.
- E y Paloneau auquel eft attelé le Cheval.
- F y Grenouille ou bafe qui reçoit le pivot inférieur de l’arbre vertical.
- G y Arbre horizontal qui porte une-lanterne H y dont les fufeaux engrennent *dans la roue A.
- H y Lanterne de quatorze fufeaux aftemblés par deux tourtes.
- •3,3,3, Petits arcboutants qui affermiflent la lanterne fur l’arbre qui la porte; 4,4, Deux tourtes qui forment les deux bafes de la lanterne, & a£Temblent les fufeaux.
- 5, y, Fufeaux de la lanterne.
- Iy Etoile de fer portée par l’arbre horizontal, 8c fur laquelle ssenveloppe la chaîne.
- 6 y 6, Fourchettes de fer qui garnirent la circonférence de l’étoile.
- * * Deux étoiles environnées de la chaîne tendue & en aétion pour puilèr l’eau.
- K y Canal vertical ou tuyau placé dans l’eau, au-dedans duquel joue la chaîne;1 L y Chaîne fans fin qui joue fur les deux étoiles, dont l’une eft portée fut, Parbre horizontal, & l’autre trempe toujours dans l’eau.
- 31, Planche ou pierre fur laquelle fe place le moule des mottes*.
- JV, Moule des mottes (291).
- Echelle de douze pieds pour les parties du Moulin^
- Echelle de douze pouces pour le moule à mottes.
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- ART DU TANNEUR.
- *3i
- TABLE DES MATIERES
- Qui contient U Explication des Termes.
- A
- attre > rabattre, mettre les fuirs dans le plein ou dans le pafTement, Article i o.
- Abonnements des Tanneurs avec la Régie, 3f4- #
- Abreuver les cuirs, les faire tremper, 66S. Abus dans le commerce, 8.
- Abus dans la fabrication, 93, 280.
- Abus dans la perception des droits, 333.' Academie des Sciences, fon établiffe-fcnent, fes travaux dans les Arts. Voyez la Préface.
- Accélérer le gonflement, 180 , le tan-* ttage, 100.
- Acide ; la liqueur des paflemens eft acid 3e, 114, 200.
- Aigre. Voyez Pajfement.
- Alun , fon ufage dans les Tanneries, 102. Angleterre. Méthodes angloifes pour tanner, 39,9 S, 162. Prix de ces cuirs, 313.
- Apprest , bon apprêt, maniéré de le dif-îinguer, 113 , 2/3 3.
- Arrest fur le fait des cuirs 9 317, 334. Arts décrits par T Académie. Voyez la Préface.
- Astringent, qualité aftringentedu Tan* Avausses. Voyez Camille $ 6$«
- B
- Barrôis ( M. ) Direfteur & intéreffé de la Manufacture de S. Hippolyte, 126, ,
- Voyez aufli la Préface.
- Bassement. Voyez Pajfement.
- Basserie. Voyez Pajferie.
- Battre les cuirs, opération eflentielle pour les cuirs, 107, 239.
- Baudrier , cuir de vache qui s’emploie à faire des efcarpins , 261.
- Bénéfice des Tanneurs, 293, & fuiv.
- B1 erre , marc de bierre opéré le gonflement, 243.
- Billettes ( M. des) Desbill-ettesw Blanc , c’eft - à - dire, paffement blanc. V oyez Pajfement.
- Bœufs , qualité de leurs cuirs, 3, 94 > 280.
- Bois , voie de bois, SS- Bois flul don-nent le Tan, ibid.
- Boisseau de Paris ; fa mefure, 40 ; fa va--leur en orge, 126.
- Bouchers , leurs fupercheries, 8 ; ils ont du fel de morue, 10» leurs négligences,
- ?8o.
- Bouloir , bâton pour remuer la chaux* '32, , & pag. 128
- Bourre , fon prix , 299.
- Boutoir , couteau à deux manches ^ pag* 128.
- Brésil , cuirs du Brefîl, 3iy:
- Brigady. Voyez Baudrier, 261.
- Brulé, cuir brûlé par la chaux, yo* Buffon , ( M. de ) fes expériences fur k 'Tannerie, yy , 69.
- Buxerolles, Arbutus uva urft, 63.
- C
- Cave , les cuirs doivent y féjourner ; ioy. Cendre , fon ufage dans les pleins , 22. Chaleur des paflemens blancs ,143. La chaleur eft contraire à la jufée , 284.
- Chamoiseurs , comment £e marquent leurs peaux , 345 , 348.
- Chaponer , 16.
- Chaux, fon prix,>20; fa quantité, 343 fes dangers, 48. Chaux ufée , 299. Chesne. Voyez Bois.
- Cheval , cuir de cheval , 278.
- Chevre , 277.
- Colle de farine , 141.
- Colle des Tanneurs, 299.
- Commerce des cuirs, 293, 314* Complément de compofltion , iyo, 187. Composition du paffement, 140, 187. Contravention à l’Édit des cuirs, 332* & fuiv.
- Cordonniers, s’oppofent à l’établiffe-ment du cuir à la jufée* 250 ; leur jugement fur les différentes méthodes , 232 3 attentions qu’ils devroient avoir , 288,289* Cornes de bœuf; leur prix, 299.
- Coton , ( M. ) intéreffé à la Manufacture de Saint Germain. Voyez la Préface. Couche , faire une couche, 26, 147. Coucher en foffe, 84.
- Coudrement , 44 , 267 , 272. Couteaux dont on fe fert dans les Tanneries.
- Couteau rond, 13 , 26 ; demi - rond 3 16, 38 ; faux, 143 , 147.
- Craminer , étirer les cuirs par chak avec le couteau rond fur le chevalet, 13, Creux, cuir creux, 280.
- Crue , eau crue. Voyez Eaux.
- Cuirs , différentes fortes de cuirs. Voyez Peaux. Leur ufage , leur tiffu, 109 ; maniéré d’en diftinguer le bon apprêt, 112.
- Cuirs à la chaux, 18, 234; fes inconvénients, 48*
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- ART DU TANNEUR.
- Cuirs à la jufée? po, 248.
- Cuirs à l’orge, 114, 163.
- Cuirs à oeuvre ? ou en foibte? 2*60* Cuirs auTippage? 233.
- 'Cuirs de bœufs, 2.
- Cuirs d’Irlande-? 3 ? 241.
- Cuirs de l’Amérique? 194? 240.
- Cuirs de Liege ? 99 ? i,po, 2480 tCüirs de taureau? 4.
- Cuirs de Tranfylvanie, 187.
- * Cuirs de vaches ? 3 > '260 ? 271.
- "Cuirs en tripe, c’eft celui qui eft dépouillé de fon poil ,28.
- Cuirs ? façon ne Walachie? oti cuirs à Torge ? 12p.
- Cuîrs forts 3 2.
- Cuirs verds , ou cuid frais, ceux qui côn-# -fervent encore leur humidité naturelle/Voyez -Peauk.
- Cuirs veules ôc appauvris ? P4 ? 280. Voyez Defauts,
- Cuve pour les paiements ; Tes dimen-*lions? 200.
- Dangers auxquels font expofés îespaffe-hients ? 1 3p.
- Danoise, méthodeDanoife du fïppage ?
- "DébôurRe'r les cuirs* ’2&, 113? 132.? [!44? 147 ? 171 , rpi.
- Déboursés. Voyez Prix ? Produit, DécharnèR , ou écharner, 37 ? 146. Déclarations que doivent faire les Tan-‘ neurs ? 35*1.
- Défauts qtfon obferve dansi’apprêt des cuirs ? 280 , & fuiv.
- Demi-rond? 16? 38. Voyez Couteau, Dépenses d’un Tanneur? 293.
- Défiler. Voyez Débourrer,
- Désaigner ? laver les cuirs qui font fai-gneux ôc chargés d’ordures? 13.
- Desbfllettes , ( M. ) de l’Académie dés Sciences , travaille fur les Tanneries ? ip ? 41 ? 4 3 ? 6j ? i 8p ? & la Préface,
- Dougthy ? ( M. ) avoit apporté un fecret pour les cuirs ? 43.
- Dresser les cuirs, 104.
- Droits fur les cuirs ? 322 ; leur produit; 32P ; leurs inconvénients? 324. Voyez le Tarif ? -page 11 3.
- Duhamel , ( M. ) de l’Académie des Sciences ? fa Phyfique des Arbres ? 36.
- Durée des paffements ? 157, 180, 184? *208 ,231*
- Durée du plamage ? 21 ; du tannage ? p8 ; maniéré de l’abréger ? 100.
- E
- Eaux , leurs qualités nuifibles ou avanta-jgeufes aux cuirs , 14? 27 ? ip8.
- Eaux limoneufes ? 13,27? 280.
- Eaux qui abattent Ôc corrompent ; 283. Eaux vives, 200.
- Écharner les cqits j i%6*
- Écharnures ; oreilles fervent a 4iîre la colle. Voyez Colle.
- Echauffe , étuve pour faire tomber le 'poil des cuirs ? 133.
- Ecorce ? fa vertu pour tanner, 2 ; maniéré de la choifir? 37; fcfn prix, 38 ? 317 * fa rareté ? 3p. On tanne à trois écorces 83 ; fa quantité? 88 ; fes défauts? 37, 282.
- Édits fur les cuirs ? An,32,1 ,&pag. ilu
- Égoutter les peaux ? 17.
- Ëmoüchet , crin de la queue ; ton prix ^ 311.
- Empiler les peaux, 11.
- Empiler les cuirs fur la cuve ? 120 ? dans Téchauffe? ipi.
- Épargnes à faire fur le fel? ip4 ; fur l’orge? 131 ; fur letân?7o;fur le temps? 100? 180? l’égouttement ,13.
- Épiler. Voyez Débourrer,
- Euze ? Chêne verd y 66.
- Expériences faites pour les Tanneries*
- Faux, 147. Voyez Couteau.
- Fermentation. Voyez Gonflement ? Paf fement.
- Feù ? l’emploi qu’on fait dû feu dans les paîléments ? 143 ; inutile dans la jufée, 284.
- Fiente de Pigeon ? 3 p, 41.
- Finance? fource de deftruCtion ôc de rüihe pour le commerce ? 326"? 353.
- Flotté ? bois flotté , fans écorce ? pes iard ? 37.
- Fojble, paiement foible; 123. Voyez
- ’PaJfement.
- Fort, pafiément fort; paffetnent neuf ? J26 ? 182 ? 213.
- Fosse, fa figure Ôc Ta conftruction ? 77 ? maniéré de coucher en foffe ? 84.
- Foügeroux ( M. de ) auteur de l’Art dti Tonnellier ? 77.
- Fouler les cuirs, 130 ? 272.
- Foulons? feroieftt utiles dans les Tanneries? 13.
- Frais dë préparation pour le Cuir fort 4 29$ > & fuiv.
- Froid. Voyez Gelée ? Sàifons ? Chaleur.
- G
- Garouille? Plante qui fert à tanner ^
- 63.
- Gelée ? fon effet fur les paffements ? 161 * 232 ? 284.
- Genest , fert à faire une liqueur pour déi piler, 29 ? 47-
- Germain , ( Saint ) Manufacture de S; Germain? 1^3 ? 223,
- Gisey^. Voyez Jufée.
- Gleditsch , <( M. ) de l’Académie de Berlin ; fes expériences fur la maniéré de tanner? 71.
- Gonflement , opération préliminaire dii tannage ? 2,18? par le moyen de la chaux f 19 \ de l’orge^ 147? du feigle; j34 > ç.
- Voyez MM. de tSujjon ? 6 mmard ? Gledi Tçybert.
- F *
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- ART DU
- fon 5 134 ; du marc de biere , 243 ; du Jus de vieille écorce, 193 ; fa durée , 33 , 208.
- Gouverner les pleins,, 24 ; les paffe-mens, 126;
- Grain , liqueur pour donner du grain au cuir, 42. Voyez Coudrement.
- Guimard , { M. ) Infpeâeur ; fes Mémoires & fes expériences , y 8 29
- H
- Habiller , c’eft préparer, tanner les cuirs; Voyez Tanner.
- Herbon ; couteau rond, 13 , 38. Hippolyte , ( Saint ) Voyez Manufacture '& M. Bar rois.
- Hongroyeurs ; comment doivent fe marquer leurs cuirs, 347,35 3.
- Humidité nécefiaire dans les folles, 87 ,
- ïeuse , chêne verd; 66.
- Intervalles des opérations de la Tannerie. Voyez Durée.
- Jus de tannée , eau de vieille écorce ,' 200.
- Jusée , préparation des cuirs avec du jus d’écorce, 190 ; avantage de ces cuirs, 248 , 31.2 ; frais Ôc produits , 308.
- K
- Klein , ( M. ) fes expériences fur les Tanneries, 71.
- L
- Laver les cuirs, 13 , Ï44, 263.
- Leschassier, (M. ) Confeiller à la Cour des Aides ; fes remarques fur la Régie,
- 3 37 ^ 344» 35$:
- Lessives , qui ferviroient à abréger la du-xée du tannage, 100.
- Levain despaffemens, 118 , 138 , 134, 173, 177.
- Liege cuirs façon de Liege, ou cuirs à la jufée. Voyez Cuir ôc Jufée.
- Lunettier, cuirs de Lunettiers , 52,
- M
- Mailler les cuirs. Voyez Battre.
- MAiN-d’œuvre, prix de la main-d’œuvre, 393*
- Manufacture de Leâoure, 194, 2y 1 ; 4e Saint-Germain , 163 ,219, 223 , 266 ; 4e Saint-Hippolyte, 125.
- Marc de Biere 3 fon ufage pour les Tanneries , 243.
- Marques pour le poids des cuirs , <3, pour les droits des cuirs , 344.
- Megissiers ; comment fe marquent leurs peaux , 343 > 348.
- Mont ar an, ( M. de ) Intendant du Cç>m-TaNWEU Ri
- TANNEUR. i53
- merce, contribue à cet ouvrage. Voyez la Préface. Il indique l’ufage du marc de biere , 243.
- Mort ; plein mort ,21; palfement mort , 122.
- Mottes ; maniéré de les faire ,291; leur 292. Voyez Cexplication des Planches , 29.
- Moule à mottes, 291.
- Moulins à tan, ou à écorce, 60.
- N
- Nauffes ; foffes à tanner à la Danoife , 236.
- Noir; poil noir paffe pour indiquer des cuirs moins ferrés & moins bons , 4.
- Normandie ; les cuirs de Cette Province paffent pour être moins nourris, p
- O
- ÜEuvre j cuir à œuvre, 663 260. Voyez Cuir.
- Offices fur les cuirs; leurs inconveniénts , 324 ; leur fupprelïion, pag. 112.
- Oreilles des cuirs fervent à faire de la colle. Voyez Echarnure, Colle.
- Orge ; fon ufage pour faire gonfler les cuirs, 118; fon prix, 126, 303 ; inconvénient de cette méthode ,163.
- Os de la tête que les Bouchers laiflent aux cuirs s 8 , 16.
- Outils du Tanneur. Voyez Cmteau-, Chevalet ; fhteurfe , Cuve.
- P
- Parer les cuirs, 104.
- Passement ; liqueur aigre pour faire gonfler les cuirs, 117; mort, 2085 foible & fort, 213 ; neuf, 230; courant, 216; de pafîage, 232; de repos, 230; tout aigre, 213; à l’orge, 118; au feigle, 187; au fon, 173; à la jufée, 203, 223; blanc, 127; chaud, 129 , 138 , 173; rouge, 127, 138 , l éy.
- Passer , préparer un cuir, ou ïe tanner; Passerie , ou palfement, 200.
- Peaux; la différence entre peau & cuir, c’eft que les peaux n’ont encore aucun apprêt , & elles deviennent cuir par le travail du Tanneur. Qualité des peaux, 3.
- Peaux fraîches ; maniéré de les marquer , Ibid.
- Peaux faiées, 9 ; lavage des peaux, 13 % maniéré de les débourrer, 26.
- Peaux humaines tannées, 279.
- Peler des peaux. Voyez Débourrer. Percher , cage-à-mottes, étente, 291; Peser ; par qui les pefées doivent être faîtes, 336.
- Peuples de l’Aile , de l’Afrique, de TA* tnérique; leurs maniérés de tanner, 6i%
- prix,
- 138, 133 , 171, page 129.
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- Pierre. Voyez Battre, gueurfe.
- Pigeon ; fiente de pigeon fert dans les
- Tanneries, 39.
- Piquer ; les peaux fe piquent dans certaines eaux. Voyez Eaux.
- Plamer ; un cuir fe plame quand il fe gonfle , s’amollit & fe dégraiffe par le moyen de la chaux.
- Plamerie, 36,
- Plantes dont on peut fe fervir dans les
- Tanneries, 43, 61 , 13*
- Plein î creux pratiqué en terre êt rempli d’eau & de chaux, 19 ; maniéré de les faire ,20 , 21 , & fuiv. Variétés pour la cendre, la chaux , 22 ; maniéré de les gouverner, 24. Plein mort, foible, neuf, 33 5 fa durée , 21 , 263.
- Plier en toifon , n.
- Poids des cuirs frais, ôt la maniéré de les marquer1, 6 ; des cuirs tannés, 29 8 , 32 9. Pou ou bourre, 299. Poil de chevre ,
- TANNEUR.
- Régisseurs des Droits fur les cuirs, 333 ; leurs inftruétions , 339 5 leurs prétentions paroiflfent contraires au bien du commerce 3SS-
- Réglements pour la fabrication des cuirs 317-
- Regros , greffe écorce qu’on emploie dans la jufée, 214, 215*, 231.
- Remises; c’eft le nom qu’on donne aux fofles en Languedoc. Voyez Pojfes.
- Repos ; paflement de repos, 229.
- Revenu , cuir revenu ou ramolli par le moyen de Peau où il a trempé, 13.
- Riviere ; travail de rivière, 37,116, 263, 272, 273.
- Rodoir coudrets , cuves à coudrer, 262,
- Rond ; couteau rond ou fourd, 123. Roüge ; paffement rouge, 127 , 15*8, 16$ , 2$$.
- Ru au ; racine qui fert à tanner, 63.
- Poinçon de tannée , quantité de 200 livres , 38 , 293.
- < Potier, ( M. ) Intendant du Commerce. Voyez la Préface.
- Poudre , écorce en poudre. Voyez Ecorce. Préparation des cuirs. Voyez Frais de préparation. Prix. Tanner.
- Prix des peaux ,7,52; de la chaux, 20 ; de l’écorce , 58,297 ; de l’orge , 126 , 303 ; du cuir de cheval, 278; du cuir à la chaux, 298 ; du cuit à l’orge , 303.
- Produit des Tanneries, 293 , & fuiv. Prudhommes pour la vifite des cuirs,pag. 101.
- Puisard pour faire le jus d’écorce, 199. Voyez P explication des Planches , pag. 128.
- Puits d’où l’on tire de Peau avec une pompe , 191. Voyez P explication de la Planche III,
- Quantité d’écorce pour chaque cuir ,
- 88.
- Queues de bœufs ,311.
- Queurse, Pierre à aiguifer, ôc que les . Tanneurs emploient à dépiler, 26,27,3-8., 266.
- R
- Rabattre les cuirs, les remettre dans le plein ou dans la cuve , 120.
- Racine de Ruau, employée pour tanner , 6$.
- Rasement des cuirs, 147. Voyez Débourrer.
- Raye , prix commun de la raye, ou de la pièce du cuir, 7.
- Rebattre , faire rebattre ou ramollir les cuirs dans l’eau , 14 f»
- Redoul ou Roudou, Rhus myrtifolia, 1,
- 63, <54.
- Refais âge des cuirs à œuvre ? 268; des çhevres, 276,
- S
- Sable, fert à débourrer, 26. :
- Saisons ; leur influence fur les cuirs, 198, 204 , 208 , 232, 284.
- Sang ôc autres ordures, doivent être emportés,par le lavage, 13, 144.
- Sauvages, ( M. de ) Profefleur de Bota* nique à Montpellier, 63.
- Sec , cuir fec à oreille , c’eft-à-dire, aflfez fec, pour que les parties qui fechent le plus difficilement, n’aient plus d’iiumidité.
- Secher , comment on fait fécher les peaux fraîches, 12 ; les cuirs tannés, 103,
- Séchoir des cuirs ,103. Séchoir des mottes, appellé auffi percher , cage - à - mottes, étente, 291.
- Seigle ; fon ufage pour les cuirs, 187; employé autrefois en France, 189.
- Sel 3 néceflfaire pour les peaux, 9. Sel de morue accordé aux Bouchers , 10. Sel nécef-faire dans les peaux en échauffe, 13 1 ; dans les paiements ,143, 177.
- Semelles de fouliers ; attentions qu’elles exigent, 289.
- Silhouette , ( M. ) Contrôleur - Général en 1739 ; fages difpoiitions de ce Miniftre, 324,332.
- Sippagë , cuir au fippage, 233, 301.
- Son , employé pour le gonflement des cuirs, 175-, 184.
- Statuts des Tanneurs de Paris, pag* 9&
- T
- Talons , font les côtés du couteau à deu£ manches. Voyez Couteau.
- Tan. Voyez Ecorce.
- Tannée ; écorce qui a fervi dans les folles, 19 , 199 ; fert à faire des mottes, 290 ; fert aux Jardiniers, 294; fon prix, 299»
- Tanner ; définition de ce mot,pag. 1 s aU
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- ART DU
- commencement. Voyez Gonflement, Ecorce Fojfe , Plantes, Peuples , Angleterre , Cuirs Paiements 3 Durée > irais, Droits, Commerce Défauts, Outils.
- Tanner à Peau chaude, 274.
- Tanneurs ; leurs Statuts,pag. p8 ; ils ont du fel de morue, 10.
- Tarif des Droits fur les cuirs> pag. ny* Taureau ; peaux de taureau, 4.
- Teybert , ( M. ) expériences faites par lui pour la perfection des Tanneries, 102? 129 , 171.
- Toison ; plier en toifon, n.
- Tonnerre , moyens d’empêcher l’effet du tonnerre fur les paffements 3 160.
- Tourner ; les paffements font fujets à tourner , 159, 170.
- Train de plamage; affemblage de cuirs dans la chaux, 126.
- Transylvanie; cuir de Tranfylvanie, 187.
- Travail de rivière, 37, 116, 272, 275.
- TANNEUR. î3j
- Tripe , cuirs en tripe, 28.
- TruDAINE , ( M. ) Confeiller d’État ôtIntendant des Finances, contribue à cette description. Voyez la Préface.
- V
- Vache , cuir de vache, plus fort que celui de bœuf, 3 ; fe paffe ordinairement en foible , 260 ; c’eft le meilleur cuir , 271.
- Valachie, cuirs deValachie, 129; fe fait avec des paffements chauds, 138; frais & produits , $06.
- Verd, cuir verd ou frais, 6.
- Verdelets ; petits trous que les infeCtes font dans le cuir, 2 85.
- Vieux; cuirs des vieux bœufs ne réuffif-fent pas en Liege, 222.
- Vinaigre^ fe met quelquefois dans les paffements pour conferver leur fraîcheur, ôc en développer la fermentation , 118.
- Fin de l’Art du Tanneur.
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- De l’Imprimerie de H.L. Guérin & L. F. Delatour. Mars 1764,
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