Descriptions des arts et métiers
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- ART
- GORROYEUR
- Par M. de la Lande.
- M. DCC. LXVII.
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- ART
- CORROYEUR.
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- Par M. jd e la Lande.
- C o r R o y e r un Cuir, c’eft lui donner de la force, de la foupleflè, de Téclat & d'autres qualités relatives à l’ulàge quon en veut faire. Lorfque le Tanneur a donné au cuir la confiftance & la dureté qui lui étoient né-celfaires , il faut encore plufieurs opérations pour le rendre propre aux differents ulàges de la vie, 8c c’eft le Corroyeur qui les fait *. Dans les Provinces,* 1 2 tous les Tanneurs font aufll Corroyeurs : à Paris, ce font deux Communautés differentes; mais il y a toujours entre ces deux Arts une affez grande affinité. C’eft ce qui m’a obligé à publier celui-ci à la fuite de l’Art du Tanneur.
- 1. Il y a quelques elpeces de cuirs qui tirent leur dénomination , leur ca-raélere & leur ulàge du travail de la corroyerie , tel que le cuir de Ruflîe, de forte que c’eft en décrivant l’Art du Corroyeur que nousnous fommes pro-pofés d’en parler : nous placerons auffi les veaux d’alun, pour l’ulàge des Relieurs , à la fuite des ouvrages du Corroyeur , parce que nous n’avons pu en connoître exaétement la préparation qu’après l’impreflîon de l’Art du Tanneur, auquel on auroit pu rapporter naturellement les veaux d’alun.
- 2. Le nom de Corroyeur vient naturellement du mot latin Coriarius, Ouvrier en cuir ; & quoique cette étymologie foit fort générale, la lignification du mot eft déterminée par l’ulàge, & s’applique feulement à ceux qui travaillent le cuir déjà tanné, qui le mettent en huile , en fuif, en couleur , qui lui donnent du luftre, de la louplefle & un beau grain. Quelques perlbnnes ont auflî cru que le mot de Corroyeur venoit de corrugare, rider, parce que le Corroyeur donne des rides & du grain à fon cuir.
- Comme le travail du Corroyeur exige que l’on pétrifie & que l’on remanie très-louvent les peaux, l’ulàge du mot corroyer s’eft étendu à beaucoup d’autres objets, tel que le fer & l’acier qu’on travaille à la forge, le*bois
- * Je n’ai rien trouvé dans nos Manufcrits fur l’Art du Corroyeur, excepté la Planche !• qu’on trouvera ci-après : j’ai été principalement aidé dans ma defcription, par M. Blanchard l’un des Jurés de fa Communauté} &
- Corroyeur.
- l’un des plus intelligents dans fon Art ; M. Barrois Dire&eur & Intéreffé de la Manufacture Royale de S. Hippolyte au Faux-bourg Saint Marceau, a bien voulu rçvoir auffi le Manufcrit , 6c me procurer les éclairchTements dont j’ai eu befoin,
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- ART DU CORROYÊUR.
- que préparé un Menuifier, le mortier que l’on fait en mêlant de la chaux 8c du fable , la glaife qu’on pétrit pour garnir les baffins de fontaines & les ouvertures des éclufes ; tout cela s’appelle , quoique improprement, corroyer.
- 3. Le Corroyeur reçoit les cuirs du Tanneur , 8c il les livre enfuite aux Ouvriers qui s’en fervent, tels que les Cordonniers, Selliers-Carroffiers, Bourreliers, CofFretiers , Gainiers, Relieurs ; tous ont befbin du Corroyeur ; il leur faut des cuirs plus ou moins forts , plus ou moins apprêtés ^ 8c ces différents apprêts condiment l’Art que nous avons à décrire.
- Les Corroyeurs travaillent des peaux de bœufs, vaches, veaux, moutons , 8c chevres ; & quelquefois ils donnent à celles-ci le nom de maroquins; mais on peut voir ce qui concerne le maroquin dans la defcription particulière que nous en avons donnée. A l’égard des cuirs de cheval & de mulet, ils fervent principalement aux Hongroyeurs, qui les mettent en alun 8c en fuif pour former ce qu’on appelle le cuir d!Allemagne, dont le travail a été décrit féparément avec le cuir de Hongrie. Les Corroyeurs travaillent auffi des cuirs de chevaux % mais cela eft affezrare.
- 4. J’ai oui dire qu’en certains endroits on travaille même les cuirs forts à la maniéré des Corroyeurs avec la pomelle 8c l’étire, lorfqu’ils font encore mouillés : cela les raffermit 8c les rend plus beaux ; mais ce travail eft extrêmement pénible : il me femble qu’on peut produire le même effet en battant bien les cuirs forts : voyez Y Art du Tanneur art. 107. Quelques Corroyeurs mettent auffi des cuirs forts en fuif, 8c cela les empêche de prendre l’eau ; mais la plupart des Corroyeurs ne travaillent point le cuir fort, ils n’exercent leur art que fur les vaches , veaux, moutons & chevres.
- y. Les Corroyeurs appellent Vaches tn général les peaux de vaches ou celles de petits bœufs qui ne font pas propres à faire du cuir fort j mais ils les diftinguent en vaches mâles 8c vaches femelles : les femelles font plus efti-mées que les mâles ; car elles font plus fermes 8c plus ferrées que les jeunes bœufs. En général^ dans les peaux apprêtées à œuvre, celles de vaches réuffiffent mieux que celles de bœufs, au lieu que dans le cuir fort, la peau de bœuf eft la première ; le nom de cuir refte confàcré pour les bœufs , ainfî l’on diftingue le cuir étiré de la vache étirée , ( quoique le travail foie ab-folument le même ) fui van t qu’on y a employé un cuir de bœuf ou de vache.
- 6. Le travail des bœufs ou des vaches chez les Corroyeurs eft de plu-fîeurs fortes différentes : on y diftingue les cuirs étirés (30), les vaches en huile, les cuirs en fuif , les cuirs liffés , les cuirs en cire, les cuirs façon T Angleterre , 8c les cuirs de Rufjïe (125) : nous parlerons d’abord des opérations générales du Corroyeur, 8c nous paflerons enfuite au détail des différentes fortes de cuirs qu’ils ont coutume de façonner à Paris.
- 7. On appelle Vaches en croûte celles qui fortent de la Tannerie pour venir recevoir chez le Corroyeur leurs différents apprêts ; dans les vaches en croûte,
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- on commence par échantillonner les peaux, c’eft-à-dire, couper les queues, les châteignes ou le front, les brognes ou mamelles j ces parties font dures & racornies ; elles ne ferviroient qu’à fatiguer le couteau & lui gâter le fil fans pouvoir être utiles dans l’ufage qu’on fait de la peau ; d’ailleurs elles abforberoient du fuif en pure perte. On coupe des onglets vers les pattes de derrière aux endroits qui goderoient, c’eft-à-dire , qui feroient de faux plis : les rognures & les onglets ne font pas inutiles ; les Cordonniers s’en fervent pour faire des chiquets, ou épaiffeurs de talons, des patons ou doublures aux pointes des fouiiers , & des cambrures pour relever ou cambrer une forme qui n’a pas affez de hauteur.
- Défoncer les Cuirs.
- 8. Le premier travail commun aux différentes préparations du Corroyeur eft de ramollir les cuirs avec de l’eau , & de les défoncer avec le talon ou avec la bigorne, comme nous le dirons bien-tôt. Il faut en excepter les cuirs étirés, qui ne fe foulent point.
- Comme le Corroyeur reçoit du Tanneur une peau dure 8c feche, il commence à la mettre en humeur, en trempant un balai dans de l’eau nette pour arrofèr la peau , & lui donner autant d’eau quelle en a befoin. On doit di£-tinguer dans ce travail les peaux ferriies & les peaux creufes ; celles-ci fe mouillent moins que les premières : on doit aulîi mouiller de préférence les endroits les plus fecs. Après avoir mouillé une peau , l’Ouvrier la foule aux pieds jufqu’à ce qu’il juge que l’eau a par-tout également pénétré, & que la peau efl: affez maniable pour être travaillée. On foule donc & on pétrit la peau en la mettant à terre, ou fur une claie , fi l’on veut la travailler avec beaucoup de propreté & de foin.
- p. Le travail de la claie efl repréfenté en A (Planche / ), où Ton voit un Ouvrier appuyé des mains fur une table : il doit avoir à côté de lui un feau où il y ait de l’eau , & un balai pour humeéler les peaux.
- La claie efl repréfentée feparément en T, au bas de la Planche ; elle efl compofée de fix pièces de bois, équarries, de trois pouces environ d’équar-rifîàge: les plus longues ont cinq pieds; les traverfes en ont trois : elles font affemblées à tenons & à mortaifès fur les deux grandes pièces, quarrément & à diflances égales. Les quatre traverfes font entrelacées de groffes verges de bois fouple qui couvrent tout le chafîîs : cet entrelas des verges efl fort grof fier & a claires-voies ; d’ailleurs cette claie reffemble à celles dont les Maçons fe fervent pour paffer le fable.
- io. Le cuir étant jetté fur cette claie, on le fait plier & replier en toijt lens fous les pieds , & à coups de talons, pendant un quart-d’heure, ou plus long-temps ; on le foule jufqu’à ce qu’il foit affez ramolli : le pied gau-
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- gauche le tient aflujetti pendant que le talon droit le chafle en arriéré avec force. C’eft le premier travail des Apprentifs, parce qu’on ne court aucun rifque d’ignorance dans ce travail.
- L’Ouvrier a , pour défoncer ou fouler les peaux, de gros fouliers qu’on appelle ejcarpitis de Boutique, faits avec trois femelles du meilleur cuir,, 8c des renforts autour de l’empeigne.
- ir. La Bigorne fèrt auffi quelquefois à foulager les pieds : on la voit en /> £ Planche I ) & en*K ( Planche IL ) C’eft une maffe de bois de cinq pouces dequarriflàge & de quatre pouces 8c demi de hauteur : elle a quatre petits pieds de 18 lignes de long, dont on frappe le cuir, & un manche de deux pieds & demi. On bigorne toujours les vaches qu’on veut mettre en noir , fur-tout quand les peaux font bien dures ; il y a des Boutiques où l’on ne bigorne pas. Il eft à craindre que l’Ouvrier fe fiant à la bigorne , ne néglige de fouler avec les pieds, 8c que la peau ne foit mal défoncée. On voit en C ( dans la Planche //) l’aétion de celui qui bigorne.
- 12. Les peaux défoncées fe travaillent fur le chevalet de différentes ma-~ nieres fuivant l’ufage qu’on en veut faire, & avec différéntes efpeces de couteaux. Il y a, chez les Corroyeurs,trois fortes de couteaux, le butoir fourd, le butoir tranchant,le couteau à revers, & la lunette dont nous parlerons plus bas;
- Le Butoir fourd eft un couteau à deux manches, droit, large de trois doigts , 8c qui ne coupe point ; il fert à buter, c’eft-à-dire, nettoyer les endroits foibles d’une peau, que le butoir tranchant & le couteau à revers pourroient trop affoiblir : il n’enleve que les boutures, c’eft-à-dire, des parties filamenteufes , 8c chargées de tan, qui ne tiennent que légèrement à la peau. Ce font les vieux couteaux dont on fe fert pour faire des butoirs fourds.
- Le Butoir tranchant fèrt à écharner les peaux que l’on veut rendre propres , fans ôter beaucoup de chair ; les écharnures qu’il enleve, font beaucoup plus minces que les drayures qu’enleve le couteau à revers , & dont nous allons parler ; ce couteau tranchant eft ordinairement fait d’une lame de vieux labre, 8c ne coûte que trois livres, quelquefois même 24 fols ; il eft repréfenté en D ( Planche /).
- 13. Le couteau à revers repréfenté ; E, eft plus large ; fà lame a quinze ou feize pouces de long fur cinq à fix pouces de large : il a le fil extrêmement rabattu ; on le promene fur la peau la lame droite ou perpendiculaire à la peau , le fil en enbas , enforte que le fil feul enleve les drayures , qui font des lames ou couches légères de la peau , jufqu’à ce quelle foit par-tout égale au collet ; on ôte quelquefois jufqu’à deux ou trois lames, quand on veut baifler la peau , c’eft-à-dire, la rendre fort mince, pour l’ufage des Selliers.
- Le couteau à revers a une de fes poignées placée en croix ou perpendiculairement à la lame, pour pouvoir plus facilement le conduire droit fur la .
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- peau ; c’eft avec un fufil d’acier, tel qu’on le voit marqué d’un aftérifque * au deflbus des couteaux, que l’on rabat le fil du couteau à revers, l’un en défi* fus , l’autre en deffous , afin qu’il ferve des deux tranchants. Ce couteau fe paye ij à 18 livres, parce qu’il eft très-important pour le Corroyeur de l’avoir bon.
- 14. C’eft avec le couteau à revers que fe Fait la fécondé opération du Corroyeur, qui confifte à drayer, c’eft-à-dire , enlever du côté de chair toute la fuperficie de la peau ; on draye les vaches que l’on veut mettre en fuif & en huile , pour les égalifer & les rendre plus minces ; fouvent dans les peaux qui font drayées , il y a des endroits plus minces qui ne doivent être que butés, c’eft-à-dire, qu’il ne faut rien couper de la chair , mais feulement la nettoyer avec force (12).
- iy. Le chevalet qui fert à buter fe voit dans la première Planche en Z7”: le chevalet qui fert à drayer , à déborder , eft repréfenté dans la fécondé Planche ; il a quatre pieds de long, il efl: plus mince, la planche fupérieure n’a que fept pouces de large, elle efl convexe, quelquefois aflez mince pour faire reflort ; mais il eft encore meilleur que cette douve ou planche du che-* valet foit ferme.
- On charge quelquefois le chevalet d’une grofle pierre quand il eft trop léger , afin de lui donner plus de folidité 9 ainfi qu’il efl repréfenté dans 1$ fécondé Planche en P.
- Les Boürriers , c’eft-à-dire, les boutures , les écharnures, les drayures qui tombent au pied du chevalet fervent à effuyer le cuir noir ( 44. 63. ) après quoi on les brûle. 1
- Le travail de celui qui bute, eft repréfenté en R dans la Planche I : ce travail différé affez peu de ceux où l’on écharne, où l’on déborde, où l’on draye, (quant à l’attitude de l’Ouvrier) pour ne les devoir pas repré-fenter féparément.
- On bute tous les veaux, moutons ou chevres ; on bute auffi les croupons qu’on veut mettre en huile ; on bute les extrémités des vaches en huile pour les rendre égales & pour ne point les abaifler, c’eft-à-dire , diminuer leur épaiffeur. (
- On draye les vaches noires , les vaches d’Angleterre, les vaches rouges ; on ne draye point les cuirs li(Tés ni les veaux,
- On déborde les peaux qui doivent être parées à la lunette (25) : ce font; là toutes les opérations qui fe font avec le chevalet & les couteaux.
- 16. Pour les veaux & les moutons qu’on veut mettre en fuif, on fe fert de la pierre-ponce. Lorfqu’avec le couteau à revers on lésa dégorgés, c’eft-à dire, baiffé les têtes , on les bute avec le butoir fourd; c’eft après ce travail que l’on fe fert de la pierre-ponce: mais on ne l’employe que pour les veaux que l’on met en fuif ou en rouge : elle enleve la fine chair fans affamer la peau, Corroyeur. f . B
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- Tirer à la Pomelle.
- 17 Le travail de la Pomelle dl encore un travail général ; il a lieu dans toutes les peaux des Corroyeurs, fans exception.
- La Femelle ou Paumelle eft-ainfi appellée, parce qu'elle garnit la paume de la main , & qu elle en fait les fonctions : c’eft un outil quarré, d'un bois dur tel que le cormier ou le cornouiller, le lauvageon de pomier ou de poirier j on en fait même avec le poirier ordinaire. La pomelle a environ un pied de long , cinq pouces de large. Les groffes ont deux pouces d’épaiffeur au milieu , Sc un pouce aux extrémités ; les pomelles fines n'ont qu'un pouce d'é-paiffeur au milieu. Le deffus de la pomelle efl: plat Sc uni ; mais le deflous ell arqué ou bombé, enforte que le milieu efl: plus épais que les deux bouts ; le deflous de la pomelle efl: filloné fur fà largeur, c'efl;-à-dire, couvert de cannelures droites & parallèles ou de filions creux dont les entre-deux font aigus comme des triangles ifocelles, à peu près comme ces outils que les Sculpteurs & les Arquebufiers nomment des Ecornes. Dans les grofies pomelles,ces filions ont une ou deux lignes de profondeur & trois lignes de largeurs on voit piufieurs pomelles en K, LiM> P {Planche /) : on voit que la partie fupérieure efl: garnie d'une petite bande de cuir attachée vers le milieu des côtés avec des clous, Sc qui traverfe la largeur de la po-meile ; l'Ouvrier paffelà main entre le cuir Sc le bois, Sc étend le plat de la main fur la pomelle pour la paffer fortement for la peau, la corrompre, la froncer, la rebroufler Sc y former le grain ; car c'efl: principalement la pomelle qui donne cet agrément fi recherché dans les peaux, c’#fl>à-dire,le grain. (20)
- 18. On a des pomelles de différentes grandeurs , dont les filions font plus ou moins profonds fuivant la qualité des peaux ; il y a aufll des pomelles de liege pour adoucir la peau, relever le grain & coucher la chair, parce que les pomelles de bois marquent trop des dents. Les pomelles fortes de pas, c'eft-à-dire, les plus groffes qui fervent pour la vache étirée Sc le cuir liffé, opérations qui font les plus dures du Corroyeur, n'ont qu'environ quarante dents fur la longueur d'un pied j les pomelles fines pour finir les chevres, en ont jufqu'à cent. Les pomelles moyennes fervent pour la vache à grain. JL.es pomelles coûtent environ trente fols; Sc quand elles font ufée$,on les fait retailler.
- 15. Pour corrompre a la pomelle, on étend la peau fur table à double* fleur contre fleur; on avance la pomelle fur la chair, Sc on la retire fortement en ramenant le quartier de la peau qui frotte inégalement fur le milieu de la peau ; c'efl: ce frottement inégal qui lui donne la foupleffe Sc le grain : on continue de même focceflivement fur les trois autres coins de la peau* cc qui s'appelle corrompre des quatre quartiers.
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- 20. Quand on pafle la pomelle fur la fleur, ce qui s’appelle rebroujpr , on abat le grain & on rend la peau plus lifle, plus douce, plus égale* quand on la paffe fur la chair , ce qui s’appelle corrompre, crépir, quelquefois re-» drejfer y on fait revenir le grain ; car alors la fleur étant ridée dans le plis que l’on fait au cuir , la pomelle prefle ces rides ; elles engrennent dans les dents de la pomelle, & par-là deviennent plus formées & plus durables. On crépit de cul en tête & de travers les vaches qu’on veut mettre en noir ; le| veaux fo rebrouffent de cul en tête & fe crépiflent de travers feulement. Pour abréger le travail, on mouille, avant de mettre en noir , les vaches noires & les peaux de chevres , Sc on les corrompt des quatre quartiers lorfqu’eiies font en noir.
- Nous verrons bientôt que les vaches en fiiif doivent être crépies par le tra~ vers y (66) avec la pomelle; pour cela l’Ouvrier étend là peau fur table en travers, ayant en face la tête de la peau, enforte que la çuîée & la plus grande partie de la peau pend devant lui ; il replie cette partie pendante , fur celle qui eft fur l’établi, & appuyant fortement fur ce plis, il la ramene vers lui avec la pomelle , pour former aiqfi le grain, & c’eft ce qu’on appelle crépir par le travers. On ne pafle par les quartiers qu’après avoir crépi par le travers ; par-là le grain fo croifo & s’arrondit, au lieu d’être dit* pofé fur des lignes droites comme cela arriveroit fi l’on travailloit toujours du même fens.
- Etirer les Cuirs*
- 21. Le travail de Vétire eft auffi un travail commun à toutes les parties de la Corroyerie: il prend différents noms, étendre (44) retenir (47 ) abattre ($o). U Etire eft une plaque de fer ou de cuivre, plate , de trois à quatre lignes d’épaifleur dans le haut, c’eft-à-dire, dans la partie qui tient lieu de manche, & finiflànt par une elpece de tranchant moufle ; on en voit trois dans la Planche I, en A , B, C, & une autre en H, dans la Planche II ; dont la forme eft plus ufitée aujourd’hui ; il y a des étires de différentes grandeurs par le bas, depuis cinq à fix pouces jufqu’à un pied ; le tranchant $ la forme d’un arc de cercle , la poignée eft beaucoup plus étroite.
- Les étires de fer coûtent quarante ou cinquante fols, les étires de cuivre huit à neuf livres ; on emploie celles-ci pour les vaches étirées, pour les vaches rouges, les peaux façon d’Angleterre , & généralement toutes peaux dont on craint de noircir la fleur, parce que l’étire de fer, quand on n’y prend pas garde, noircit facilement les peaux.
- 22. On voit au haut de la Planche première en C, le travail de celui qui étend ou qui étire ; l’Ouvrier tient fon étire prefqu’à plomb for le cuir, & des deux mains il ratifle avec force les endroits trop épais, ceux où il eft refté de la chair o,u du tan, ceux où il y a des creux ou enfoncements : il re->
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- jette les parties les plus épaiffes du côté des plus minces ; enfin il rend la peau plus denfe , plus compacte , plus égale. Pour que l’étire n’entre pas dans les mains , on la borde quelquefois avec une manique, ou bande de cuir qui garnit toute la partie que les mains doivent toucher. Cependant cette pratique n’eft pas d’ufige à Paris.
- 23. On étire les vaches en fuif, les veaux en fuif, les moutons, les va-
- ches noires 8c rouges , les vaches étirées ; l’étire fert à étendre la peau , & abattre le grain ; elle fait la principale partie du travail des vaches étirées donc nous allons parler (30). Les veaux en huile* les chevres ne s’étirent point ; il fuffit de les buter- %
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- 'Tarer à la Lunette.
- 24. Parer a la lunette eft auffi un travail particulier au Corroyeur, & dont nous devons parler ici. La Lunette eft un couteau Circulaire que l’on voit en G (^Planche /,) qui eft tranchant tout autour ; il a dix ou douze pouces de diamètre 8c une ouyerture ronde de quatre à cinq pouces dediame*-tre, dans le milieu, pour pafler les mains. La lunette n’eft pas une fimple pla-que, c’eft-à-dire , formée d’un féul plan ; mais elle eft concave ainiî qu’une lèbiîle ou une calotte ; c’eft le doVou la partie convexe qu’on appuie fur la. peau; elle n’eft pas d’un tranchant parfaitement affilé : mais elle doit avoir le fil un peu rabattu du côté de l’Ouvriet ou du côté oppofé à la peau : on rabat aînfi le fil avec le fufil (13) pour que le tranchant n’entre pas trop dans la peau. Une lunette coûte lîx à huit livres.
- Avant de parer une peau, il faut la déborder , c’eft-à-dire, enlever avec le couteau à revers fur les bords de la peau ce que la lunette doit enlever enfuîte fur le milieu ; cela foulage la lunette, & rend beaucoup plus facile ropération du pareur. Pour déborder, on étend la peau fur le chevalet qui eft représenté en P dans la Planche II : on enleve une couche de deux pouces de large fur i’épaiffeur des bords de la peau , & l’on fe fert du couteau à revers (13). Toutes les peaux en huile qui fe parent à la lunette, doivent être débordées auparavant ; on pourroit cependant y fiippléer avec la lunette, qui n’affame pas tant la peau que le couteau à revers ; mais cela fèroit beaucoup plus long: car il faudroit parer fur la main tous les bords de la peau.
- 26. Pour parer une peau, ôn l’ètend fur un bâton foutenu horizontalement à cinq pieds de terre, 8c qu’on appelle le paroir, On le voit en E , dans le haut de la première Planche, 8c en O, dans le bas de la même Planche ; Ie long de ce paroir eft tendue une groffe corde en deffus ; on commence par la ramener en avant du paroir , on plie le bord de la peau dans toute filar~
- geur fur cette corde, la fleur en dedans ; & faifant paffer la peau fous lepa~
- roir,
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- roir, ou la ramene par-deflus la corde, & par-deflus la traverfe, en lui faifànt faire le tour du paroir : la peau ferre ainfî la corde contre la traverfe du pa-roir, & le bout de la peau eft pris entre Tune & l’autre , ce qui la tient avec plus de force à mefure qu’on la tire davantage en appuyant la lunette.
- 27. La peau ainfî tendue fur le paroir, l’Ouvrier faifît la partie inférieure avec une pince qui eft attachée à fa ceinture ; prenant là lunette des deux mains, il appuie fur la peau la partie convexe , & la ramenant de haut en bas , il enleve la partie charnue & groffiere de la peau, ce qui s’appelle parer; c’eft l’opération la plus délicate du Corroyeur. La pince dont on le fert pour faifîr l’extrémité de la peau , fe voit en .Fdans la Planche!; ordinairement on pare de cul en tête, quelquefois de travers (113).
- 28. Il faut environ une heure pour une vache ; on peut parer lix à huit douzaines de chevres dans un jour ; toutes les peaux en huile fe parent à la lunette, vaches, veaux, chevres, moutons. (98. roy. )
- 29. On eft obligé de repaffer de temps en temps la lunette fur une pierre à l’huile que l’on voit en iV( Planche II ), & d’en rabattre le fil avec une lame de couteau, pour qu’elle n’entre pas tropbrufquement & trop vivement dans la peau.
- Après avoir parlé des opérations générales de la Gorroyèrie, nous parferons au détail des différentes efpeces de préparation en commençant parles plus fimples : nous obferverons d’abord que tantôt on travaille les vaches entières (55) , tantôt on les coupe en deux bandes (3 2) , quelquefois mê^. me on coupe la pointe & les ventres pour rendre la peau quarrée , & cela forme des croupons ; on en voit un repréfenté en E ( Planche II ) ; on fait des croupons étirés , des croupons Mes, des croupons bordés en fuif & à grains : c’eft la partie la plusforte du cuir ; la dépouille qui eft plus mince, c’eft-à-dire la pointe ( ou tête ) & les ventres fe vendent aux Cordonniers pour faire des premières femelles ; on ne coupe rien à la culée , elle refte fur le croupon , comme étant la partie la plus forte du cuir*
- Des Cuirs étirés.
- 30. Le Cuir étiré eft un cuir de petit veau ou de vache, tanné , corroyé avec la pomelle Sc durci avec l’étire, propre à faire des femelles minces. Les veaux étirés fervent à faire des baudriers , efpece de ceinturons pour les armes : aufïi le cuir étiré s’appelloit autrefois Amplement Baudrier, & delà le nom des Baudroyeurs quiformoient une Communauté différente de celle des Corroyeurs : elles furent réunis en iyéy, comme nous le dirons en parlant de la Communauté des Corroyeurs (176).
- 31. Le cuir étiré eft la plus fimple des préparations du Corroyeur : fe$
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- principales qualités font d’être ferme & liffe, enforte qu’il n’a befoin ni d’huile ni de fuif. Nous avons expliqué dans l’Art du Tanneur la maniéré de tanner le cuir a œuvre , { art. 260. & foiv. ) c’eft le nom général qu’on donne à tout ce qui n’eft pas cuir fort & que Ton deftine à être corroyé.
- Il y a des endroits où on le prépare au fippage, méthode que nous avons suffi décrite dans l’Art du Tanneur ( art. 25 y ). Quand il a été lippe 8c féché, le Corroyeur le mouille , l’écharne fur le chevalet, le remouille , le paffe à l’étire £ 21 ) , le fait fécher une fécondé fois , l’étire encore, 8c quand il eft tout-à-fait fec , il le palfe à la liiTe de verre pour en abattre le grain : c’eft lace qu’on appelle Baudrier.Nous allons décrire ce travail du cuir étiré tel qu’il le fait à Paris. • '
- 32. Pour étirer une vache en croûte, on ôte la chateigne , c’eft-à-dire ,1a tête qui eft trop épaiffè ; on coupe le cuir en deux, afin de travailler féparé-ment chaque moitié, c’eft-à-dire , chaque bande ; on la met dans un baquet pour la mouiller un peu, & on la retire tout de fuite pour la travailler en humeur.
- On la rebrouffe d’abord a la pomelle pour l’unir, ôter les folFes, rabattre, l’ouvrir & la préparer au travail de l’étire. Pour rebrouffer , on étend le cuir qu’on veut étirer fur une forte 8c grande table de chêne où de noyer , fleur fur table ; on l’arrête avec un valet de fer qui fo voit en Ç , dans le bas de la Planche ï; on paffe la pomelle fur fleur, de queue en tête & de travers, pendant environ trois quarts-d’heure»
- 33. Gn l’écharne fur le chevalet (12), après quoi on la rebrouffe en fécond, de queue en tête 8c de travers , avec plus de force que la première fois,parce que lachair étant ôtée,la peau cede mieux à la pomelle; on la mouille fur chair avec un gipon trempé dans l’eau pour qu’elle fe colle mieux fur table, & que les chairs foient bien couchées ; on l’étend fur table , on l’étire (22) du côté de fleur, avec force & des deux mains, ce qui unit la peau & la rend égale par-tout, en rejettant les parties les plus épaiiîes du côté des endroits les plus minces. Cette opération dure une demi-heure ; en commence vers le milieu & l’on pouffe l’étire vers la queue , enfuite vers la tête, quelquefois auffi obliquement & en travers. Il faut avoir foin de îie point trop mouiller au métage au vent, cela évide la peau & la rend
- molle, au lieu que nous avons dit que la vache étirée demandoit de la fermeté. ^. *
- 34. On l’étend en l’air, 8c quand il n’y a prefque plus d’eau on la retient ± c’eft-à-dire , on la paffe encore à l’étire toujours fur fleur après l’avoir un peu mouillée fur fleur avec un gipon trempé dans l’eau ; on a foin de mouiller les parties qui fe trouvent trop feches ; 8c comme la peau a plus de force dans le cœur 8c que les bordages font les premiers focs, il faut les mouiller quand on les retient ; quand les peaux font retenues, on y paffe le gipon un peu
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- ART DU CORROYE U R.
- humide : on doit encore effuyer bien la fleur ; car le plus beau de l’ouvrage eft la propreté. Quand les cuirs ont été retenus, on les fait fécher encore au vent fept à huit heures en Eté , on les met en prelfe pendant trois heures , on les étend de nouveau ; Sc quand ils font prefque fecs, s’ils fe courbent encore , on les remet en preiTe , Sc ils font finis,
- 3j. La vache étirée ou le cuir étiré fert à faire les femelles d’efcarpins, ou les premières femelles de foulier, c’eft-à-dire, les femelles intérieures, les quartiers de felles , & différents autres ouvrages des Selliers Sc des Bourreliers; on ne met point en noir le cuir étiré, enforte qu’il conferve la cou^ leur fauve naturelle du cuir tanné.
- On ne peut gueres faire par jour que quatre cuirs étirés de tout point > encore faut-il qu’ils ne fbient pas forts: car on n’en peut faire que deuX| quelquefois même un feul, fi ce font des cuirs de bœufs.
- Du Cuir lijfé.
- 3 6. On appelle Cuir TiJJé une vache forte , ou un cuir de bœuf, qu’on a paffé en fuif Sc mis en noir, dont on a abattu le grain avec l’étire , Sc qui eft plus fort que la vache noire ou vache en fuif dont nous parlerons ci après <J4) : 11 conferve la force comme la vache étirée (30) ; mais il eft plus doux & moins caffant à caufe du fuif dont il eft pénétré,
- 37. Le cuir liffé eft ordinairement fait avec les peaux les plus fortes, qu’on referve pour cette forte de cuir. Les Bourreliers l’emploient pour les harnois qui ont befoin de force, au lieu que le cuir à grain ou vache en fuif dont nous parlerons ci-après, s’emploie pour faire les bordures 5 on aime ce grain pour le coup d’œil, & on l’emploie par-tout ou l’on n’a pas befoin de beau^ coup de force : aufîi les Corroyeurs font beaucoup plus de vaches à grain (y 4) que de cuir liffé.
- La vache liffee Sc la vache à grain font paffées l’une Sc l’autre en fuif , Sc mifes en noir ; la différence de travail entre une vache en fuif qu’on veut mettre à grain, Sc celle qu’on veut liffer, confifte à donner de la force à celle-ci, tandis que les vaches à grain ont befoin de foupleffe,
- 38. On prend un cuir en croûte, c’eft-à-dire, un cuir tanné & fec fans préparation ; on fend le cuir en deux ; on le marque avec un chiffre romain * on ôte la châteigne, c’efl>à-dire, la tête ; on le mouille dans un baquet, Sc on le défonce avec les efcarpins , obfervant qu’il ne foit pas trop mouillé.
- 39. On a foin de le bien défoncer, c’eft-à-dire, de faire enforte qu’il ne refte aucune foffe ; car rien n’eft plus défàgréable qu’un cuir liffé fini on l’on voit des foffes ; on le rebrouffe (17) , & onl’écharne avec le couteau tranchant légèrement Sc fans altérer la peau. On le met à l’air, on le refoule avec les pieds à demi-fec , on le remet à l’air, on le foule aux pieds avec le$
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- T2. ART DU CORROYEUR..
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- eîcarpins ( 8 ) ; on le corrompt Sc on le rebrouiïe ; (17) on le remet à l’air, Sc on le iaifle jufqu a ce qu’il foit fec à cœur pour y mettre le fuif, afin qu’il (oit plus ferme,
- 40* Pour mettre le cuir en fuif, on prend du fuif ordinaire de bœuf ou de mouton ; cela eftaflez indifférent pour la bonté du cuir. Le fuif de mouton donne un plus beau luftre à la peau ; mais il eft plus cher , ce qui fait qu’oii lemploie rarement : on ne fe'fert à Paris que du fuif brun, du creton qui refte après que le Boucher a extrait de fes grailles le fuif blanc dont fe fait la chandelle. Ce creton coûte environ fix ou huit fols la livre, ( voyez l’Art du Chandelier Sc celui de l’Hongroyeur ) ; il vient auffi des fuifs de Mofco-vie. Il entre en général cinq à fix livres de fuif dans un cuir lilîe, plus ou moins fuîvant fa force ; le cuir liiTé étant plus fort que la vache noire, exige plus de fui£
- 41. Avant de mettre une peau en fuif, on la flambe, c’eft-à-dîre, qu’on la pafle légèrement au-deflus d’un feu clair de paille , pour faire en forte que ce fuif pénétré mieux : mais la vache liüée ne doit pas être flambée de fleur, parce que le feu reflerreroit le grain qui ne s'abattroh pas aflez bien ; on ne la flambe que de chair. On porte enfuite cette peau près de la chaudière, où fond le fuif, on l’étend fur une table. Le fuif doit être chaud au point qu’une goutte d’eau jettéè dedans la chaudière s’évapore comme fur de la friture, fins cela le fuif fe figeroit fur la peau , Sc n’y pénétreroi t pas ; il ne doit pas être trop chaud , fins quoi il brûleroit la peau.
- On fe fert, pour appliquer le fuif, d’un gipon fait avec des penes ou morceaux de laine qu’on prend chez les Couverturiers ; ils ont 1 y à 18 pouces de long ; on les lie, pour faire la poignée, fur une longueur de dix pouces ou d’un pied, & les fix pouces reliants font la houppe du gipon. On applique le fuit de fleur & de chair , mais plus du côté de chair ; 8c l’on commence par la chair, parce que la peau efl: plus ouverte de ce côté-là : il faut avoir foin que les bordages & les aines foient bien nourris, parce que ce font les parties qui manquent de fouplefle ; une peau perd beaucoup de là grâce quand les extrémités font mal nourries ; il faut environ cinq minutes pour mettre en fuif une bande, c’eft-à^ dire, la moitié d’une vache de grandeur moyenne.
- 42. Après avoir mis le cuir en fuif, on le ploie en quarré, la fleur en dedans; on le met tremper dans un tonneau pour une nuit, ou huit à dix heures de temps. Le lendemain on le foule à l’eau, à la bigorne & au pied, jufqu’à ce qu’on voie qu’il rende l’eau. On le ramollit, on lui donne un vent d’eau avec le balai feulement ; il faut le fouler beaucoup, mais le mouilla peu, parce que trop d’eau lui ôteroit la fermeté dont ilabefoin.On ne doit fouler qu’une bande à la fois', parce que fi l’on en fouloit deux , l’une auroit le temps de fe raffermir Sc de fe fécher,au lieu quelorfque l’on n’en foule qu’une,
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- telle qui efl travaillée; a le temps de fe relluyer 8c de fe raffermir pendant que Ton foule l’autre.
- 43. On crépit fur chair avec une pomelîe forte de pas (18) , c’eft-à-dire£ dont les dents foient un peu larges ; ce crépiflage ne fert qu’à nettoyer, & décrafler la fleur ; on le rebrouffe fur fleur de cul entête, 8c de travers jufqu’à ce que le grain fe trouve prefque abattu, il faut avoir foin de bien rebrouffer les bordages pour que la peau colle mieux fur la table.
- 44. On étend la peau fur fleur, (22) chair fur table ; c’efl-à-dire , qu’on l’étire à force de bras comme nous avons dit à l’occafion du cuir étiré ; elle doit être bien abattue. & unie avec l’étire : c’eft ce qui conftitue le cuir liffé* On effuie la fleur avec les drayures (17) , pour ôter la graiffe ; & on la noir^ cit fur le champ, avant même de la lever.
- 4^. Pour compofer le noir , on met de bout un tonneau défoncé, on le remplit de vieilles ferrailles rouiLlées, on y verfe de la biere aigre autant qu’il en faut pour couvrir ces ferrailles; on laiffe ainfi travailler cette biere pendant trois mois , & l’on a un teint de bierre qui n’efl: qu’une liqueur un peu rouffe, mais qui noircit parfaitement la* peau. On trempe dans ce teint un chiffon ou bouchon de laine, ou une broffe de crin de cheval , 8c l’on en frotte la peau du côté de la fleur , ce qui la fait devenir auffi-tôt d’un beau noir.
- 46. On fe fert à Paris du noir de Chapelier qui efl compofé avec la gomme , le bois dinde , la couperofe 8c la noix de galle, ( voyez l’Art du Chapelier : ) il altéré la peau , & n’efl point fl doux que le noir de biere ; mais il coûte moins, on ne le paie qu’un ou deux fols le feau ; on ajoute une livre de couperofe dans un feau de noir : voyez encore ci-après différentes maniérés de compofer le noir des Corroyeurs , avec du vin gâté, de l’eau de coudrement & avec du levain aigre qu’on met tremper dans de la mau-vaife biere ^ art. 68. )
- Le premier noir fe donne fur la table après qu’on a étiré le cuir, au lieu • que les vaches noires doivent être mifes à l’air pour fe reffuyer avant d’être mifes en noir (63).
- 47. Après le premier noir , on met le cuir à l'air, on le laiffe fécher aux trois quarts; on le retient (21:); pour retenir, on prend l’étire, on abat le grain en la paflant fur fleur ; mais on doit y aller d’abord avec douceur, de crainte d’érailler la fleur ; il faut toujours pouffer l’étire devant foi, ne point l’appuyer d’un côté plus que de l’autre , parce que cela fait des nuances fur le cuir, au lieu de lui donner un œil régulier & uniforme.
- 48. On fait le bord , en coupant le dos de la bande avec une ferpette 8c le frottant avec le fil de la ferpette pour le faire paroître plus épais; on noircit ce bord ; on donne enfuite un fécond noir au cuir liffé de la même façon que le premier (45) ; on le remet à l’air ; 8c quand on voit que le cuir
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- i4 rART DU CORROYEUR: eft prefque fec lans être cependant fec à cœur , on le retient une féconde fois delà même façon; il faut qu’il foie bien abattu, c’eft-à-dire, bien uni fans aucune marque, ni coup d’étire.
- Quand il eft fec, on lui donne quelquefois un troifieme noir, fi l’on voit encore des endroits rouges , c’eft-à-dire , qui n aient pas bien pris le noir ; mais ordinairement cela n’eft pas nëceflàire.
- 49. Le cuir lifte étant fec , on le met en preffe à plufieurs fois pour le drefler ; on peut le laiffer huit à quinze jours en prefle, quand il eftpref-que fec; avant d’être fec à cœur, il repoufle fon fuif, mais cela ne fert qu’à le raffermir.
- Gn voit dans la Planche II, derrière l’Ouvrier qui travaille en A, des cuirs en prefle chargés de deux planches avec de groffes pierres par-deffus.
- , 50. Pour finir le cuir Me, on eifuie la chancijjure, c’eft-à-dire, le fuif & la moififlure qui ont pu s’amafler fur la fleur ; on le luftre avec de la biere aigre qui coûte y à 6 liv. le muid , puis on l’abat zn luftre, ce qui fe lait avec l’étire, 8c l’on tâche de réparer alors ce qu’on peut avoir omis au premier & au fécond retenage , c’eft-à-dire, d’effacer encore mieux le grain pour rendre le cuir bien lifte. Quand il eft abattu, on le met à Pair pour féeher la biere de l’abatage 5 une heure ftuffit pour le fécher : mais on doit éviter le Soleil.
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- yr. On éclaircit le cuir avec de la vinette, c’eft-à-dire, du jus d’épine-vinette. L’arbriffeau appellé , Berberis dumetorum, l’épine-vinette de nos buiflbns porte des baies ou petites graines acidulés , en grappes ; elles mû-
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- riffent dans l’Automne , 011 en exprime le jus comme celui du raifin, & on le garde dans des tonneaux pour éclaircir le cuir. Voyez à roccafion des autres luftres ce que nous dirons ci-après. (69)
- y2. Dans le cas où il fe trouveroit quelque bas de fleur, quelque endroit de cuir où la fleur feroit ufée ou quelque tache de graifle, il faudroit prendre la pieceau luftre, c’eft-à-dire, mouiller 8c frotter légèrement les endroits défectueux avec un morceau d’étoffe trempé dans le luftre jufqu’à ce qu’ils deviennent aufli clairs que le refte du cuir.
- y3. Un cuir lifte d’une moyenne grandeur vaut quinze francs le côté,1 c’eft-à-dire, trente livres le cuir entier; nous avons parlé de fes ufàges(37).
- jDes Vaches en fuif.
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- y4. Les vaches noires on vaches en fuif & à grain font celles dont on a formé le grain, au lieu de l’abattre comme dansfle cuir liflfe que nous venons de décrire : elles ont encore plus de foupleffe& de douceur que les cuirs liffés j mais elles ont plus de corps que les vaches en huile dont nous parlerons ci-après (72): elles font moins fujettes à ponger, c’eft-à-dire, à être pénétrées par la pluie, que ne le font les vaches en huile.
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- art du corroyeur. tf
- yy. Les vaches en fiiif & en grain fervent principalement aux Selliers,1 Bourreliers, Coffretiers; elles font, pour ainfi dire, deftinées auxharnois, & fervent aux parties les plus apparentes & les plus propres. Pour les imperia-*, les de carrofles, on choifit les plus grandes 8c les plus laines, & on les tra* vaille entières fans les partager en deux bandes ; une belle peau de pavil* Ion ou une belle impériale de carrofte, eff le chef-d’œuvre ou le fuperfin de la Corroyerie , quand elle eft bien grenée & fins défaut.
- 56. Pour faire une vache en fuif, on prend une vache en croûte , fans la couper en deux ; on commence par la défoncer avec les pieds pour ouvrir la peau 8c f adoucir ; il faut la défoncer jufqu’à ce qu’il n’y ait plus de fof-fes ; il faut enfuite la drayer ( 14 ) , la rendre égale 8c uniforme, avec le cou-, teau à revers, & avoir foin que le couteau à revers ne raie point, c’eft-à-dire, que le fil foit doux & uni. On la met à l’air ; quand elle eft à moitié féche , on la foule, c’eft un fécond foulage qu’on donne à demi-humeur ; cela s’appelle retenir : cette opération ouvre la peau 8c la prépare à être mife en fuif * on la foule enfuite jufqu’à ce qu’il n’y ait plus aucune folle ou impreffion de tannée.
- ' yy. On remet la peau à l’air ; 8c quand elle eft prefque feche, on donne un troifieme foulage qu’on appelle appointage. Pour appointer, on foule la peau, on la roule enfuite fur chair, quelquefois aufli de chair 8c de fleur, cela en ôte les plis ; fi elle eft trop dure, on l’arrofe avec un balai pour qu’elle puiffe fe fouler mieux. On la rebroufte avec le liege de cul en tête, pouç la rendre plus unie , cela fait que le fuif s’étend plus également*
- • y 8. Lorfqu’elle eft bien foulée, on la met à l’air, mais on n’attend pas que la peau foit tout-à-fait feche à cœur pour la mettre en fuif. Cette humidité empêche que le fuif ne faififte la peau & ne la durcifte, la peau en eft plus molle 5 il feroit même bon de donner un vent Teau fur fleur 8c fur chair ou d’arrofer un peu la peau avec un balai avant de la mettre en fuif. Ce qu’on ne doit faire que quand la peau eft feche ; autrement le fuif chaud la brûleroit*
- Pour faire des vaches noires, on met en fuif de la même maniéré que pour Faire le cuir lifte ( 41 ) ; mais on flambe de fleur 8c de chair, au lieu que le cuir lifte ne doit pas être flambé de fleur.
- yp. On met du fuif à proportion de la force d’une peau ; trois à quatre livres de fuif pour une vache ordinaire, plus ou moins fuivant fon poids. Une peau de veau qui pefe deux livres quand elle eft feche, prend environ une demi-livre de fuif, une de trois livres prend une livre de fuif ( 109).
- 60. Après qu’on a mis le fuif fur la peau une feule fois, on la roule, on' la ploie la fleur en dedans pour que le fuif la pénétré mieux dans toutes fes parties ; on la laifle ainfi au moins quelques heures; il feroit utile qu elle y reliât quelques jours, parce que le fuif feroit mieux fon effet. On la ploie en quarré, on la met tremper huit à dix heures dans un grand tonneau que
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- Ton remplit d’eau, comme nous l’avons dit pour le cuir lifle (42).
- 61*On la foule à l’eau , c’eft-à-dire , tandis qu’elle eft encore mouillée, on la trempe deux ou trois fois dans le tonneau à l’eau jufqu’à ce qu'on voie la fleur bien blanchexlàns aucune crafle de fuif ; cependant il ne faut pas la tremper outre mefure, cela i’évideroit trop 8c feroit for tir la nourriture 5 mais il efl: bon de la tremper jufqu’à un certain point , cela rend la peau plus douce, cela l’évuide5 & la dégraifie en enlevant ce qui n’a point pénétré dans le tiiïii de la peau*
- 62. On la crépit (19) , avec la pomelle chair fur table , 8c la fleur devant foi pour ouvrir le grain & couper les veines } on la rehroujje fleur fur table, pour nettoyer la chair & ouvrir la peau, ce qui donne plus d’aifànce pour la pouvoir faire coller & étendre fur la table ; avant de l’étendre , il faut avoir foin de bien efluyer la fleur & la chair avec un balai de crin , on fe lèrt ordinairement d’un vieux balai fans manche ; cela ôte la crafle que le crépiflàge 8c le rebroufiage ont enlevée de la peau ; il faut aufll avoir foin de bien nettoyer fa table ; après quoi on étend la peau (21) , de fleur, avec Té-tire ; on a foin fur-tout de ne point lai (Ter de frai fes ou plis dans le tournant des aînés ; on fe fert d’une étire qui ne doit point trop tranchante, pour ne pas nuire à la fleur.
- 63. Après avoir ainfi étendu la pêau avec l’étîre, on lui donne un vent d’eau , on l’efluie avec des fourriers ou drayures, c’eft-à-dire, les pellicules enlevées de defliis la peau parle drayage (ij) , pour ôter le refte delà crafle. On double enfuite la1 peau ( car les vaches en fuif fe font entières fans être partagées ) ; on la met à l’air pour eflbrer ; fi l’air avoit faifi les bordages qui font plus ailes à fécher, l’Ouvrier prendroit un gipon & les remouilleroit^ fins quoi ils ne pourroient prendre le noir.
- Avant de donner le noir à la peau, on l’étend une fécondé fois, c’eft-à-dire , qu’on donne un coup d’étire pour la redrefler ; car en féchant, elle fe froifle inégalement ; après avoir été étendue, elle eft en état d’être mife en noir.
- 64. Pour appliquer le noir , il faut que la peau foit en humeur afin que le noir pénétre mieux 5 il ne feroit pas au (fi beau fi on l’appliquoit fur une peau tout-à-fait fecke. On fe fert du noir de Chapelier ou du noir de fer comme pour le cuir lifle (4y) ; auflî-tôt qu’on a mis le noir, on met la peau à l’air jufqu’à ce qu’elle foit plus qu’à moitié féche, enfuite on la renoircit ; quand elle a bu fon noir , on la retient à Tétire fur fleur,on la rend la plus unie qu’il eft poflîble, parce qu’elle fe finit mieux, c’eft-à-dire, que le grain fe fait plus égal ; pour faire boire le premier noir, à mefure que Ton noircit les peaux, on les ploie la fleur en dedans , & s’il y en a plufieurs , on les met en pile les unes fur les autres ; quand elles font retenues, on leur donne le troi-fieme noir, on les remet à l’air, & on les laifle fécher à cœur. Quand la
- vache eft lèche, on lui donne une couche de biere, Scan la corrompt des
- quatre
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- ART DU CORROYE U R. 1?
- quatre quartiers avec la pomelie ; on la rebroufle de travers, puis on efliiye la fleur avec un morceau de vieille couverture, qu'on appelle un bluteau, pour dégraifler la peau ; on lui donne auftî une couche de bierre , pour achever de dégraifler la fleur.
- <5y. Quand la peau eft ainfi dégraiflee , on £abat au lujlre , c’eft-à-dire, qu'on donne une façon avec l’étire (21) ; on l’efluie avec un chiffon qu'on appelle bluteau ; on prend enfuite du luftre ou de l'épine-vinette (y 1) > on éclaircit fur Vabatage, c’eft-à-dire , qu'on trempe une piece de laine dans le jus d'épine-vinette , & l’on en frotte la fleur. Il feroit à propos de laifler la peau une heure ou deux dans cet état pour qu'elle fe raffermît, parce que la fleur étant ferme , le grain feroit plus beau & plus égal ; cependant on ne le fait pas communément.
- 66, Après avoir éclairci fur F abatage , on prend une pomelie plus fine que celle avec laquelle on a corrompu la peau ; on la redrefle des quatre faux quartiers Ç c’eft-à-dire , obliquement d'une patte à la gorge ) en tirant toujours beaucoup fur le travers ; on la reprend de travers droit, c’eft-à-dire, directement fur fa largeur. Enfuite on la prend de queue en tête , en arron-diflànt le grain le plus qu'il eft pofîîble ; on a foin de bien ménager les aines tant en corrompant qu'en arrondiffant, parce que ces parties font plus
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- foibles & deviendroient trop flafques,
- 6j, On donne une fécondé couche de biere aigre, elle fert à fécher & à rafermir le grain ; on remet la peau à l’air une heure ou deux,jufqu’à ce que la fleur foit feche, enfuite on prend de l’épine-vinette pour l’éclaircir encore^ Sc c’eft la derniere façon. Il faut environ douze jours à un Ouvrier pour faire une douzaine de vaches noires de tout point.
- 68, Pour bien éclaircir, il faut avoir un bluteau ou morceau de panne, d'étofîè bien unie , parce que la fleur étant molle elle feroit bientôt rayée ; il faut éclaircir légèrement. Nous en parlerons plus au long à l’occaflon des chevres ( 1 ip), L’adion de celui qui éclaircit fe voit en A , ( Planche //). Au lieu du noir qui eft un teint de biere , on emploie quelquefois de la petite eau-de-vie , du vin gâté, du fumac, ou de l’eau de coudrement ; voyez l'Art du Tanneur & l'Art de faire du Maroquin. .
- Dans des cas preffants , on peut faire une levure avec de la farine d'orge * on met le levain tremper vingt-quatre heures dans delà biere, en faifànt bouillir de la couperofe dans deux ou trois pintes de vinaigre , à raifon de cinq livres pour un muid , qu'on verfe dans la biere , & l'on a un noir auffo tôt prêt; mais il eft fujet à graiffer la fleur.
- 6p, Au défaut de vinette, on emploie, pour luftrer les peaux, un luftre qui fe fait avec de la biere aigre , de la gomme arabique & du fucre 5 on en peut faire aufli en mettant du firop de fucre ou de la melafle dans la biere. (Voyez l’Art de raffiner le fucre ). Une livre de melafle peut faire quinze pin^ tes de luftre, & fuffit pour dix douzaines de vaches. E
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- 'Art du corroyeur.
- On en fait auffi avec la gomme de nos arbres ordinaires ; mais l’épine-vL nette efl: le meilleur de tous les luftres , & il n’efl: pas cher , puifqu’une pinte de ce lue ne revient qu’à douze ou quatorze fols.
- 7o. Les vaches noires en grain que nous venons de décrire, fervent aux Selliers , Bourreliers , CofFretiers , comme nous l’avons dit ; elles fervent à faire des quartiers de felles, à couvrir des voitures. Quand il s’en trouve une très-grande fans défaut, on la réferve pour faire l’impériale d’un carroffe
- (55)•
- 71. Les Bourreliers qui coupent & fubdivifont leurs cuirs, n’ont pas befoin qu’ils foient auffi entiers & aufli parfaits que les Selliers, qui pour faire un dofîier ou une impériale, ont befoin d’une peau fuis défaut ; ainfi les Bourreliers prennent celles qui font les moins parfaites.
- Des Vaches en huile.
- 72. On fait actuellement peu de vaches en huile, parce que les Cordonniers n’emploient prelque à Paris que du veau tourné, c’efl>à-dire, du veau pafle en huile, qu’ils mettent la fleur en dehors , & que les Bourreliers font jufqu’ici dans Fufàge de fo fervir des cuirs lifles par préférence ; il efl: vrai que les vaches en huile ne durent pas autant, mais elles ont plus d’agrément , plus de propreté ; & comme dans nos Cabriolets & autres petites voitures élégantes , on n’a pas befoin d’une extrême force , il y a des Selliers qui commencent à s’en fervir : elles coûtent à peu près autant que les vaches en fuif.
- Le Cordonnier préféré fouvent les vaches en huile , pour faire des empeignes de foulîers , parce qu’elles font plus douces & plus légères que les vaches en fuif ; mais elles font plus aifées à pénétrer par l’eau.
- 73. On choifît les peaux les plus franches, c’eft-à-dire, qui font les mieux tannées, parce qu’elles doivent avoir plus de moelleux que les vaches en fuif. Le premier travail confifte à défoncer comme pour les cuirs lifles (38). Après quoi l’on doit faire une différence entre les vaches en huile que le Corroyeur veut mettre en noir, & celles qu’il veut mettre en blanc.
- 74. En effet les vaches en huile font de deux fortes , les unes fervent pour les Cordonniers, & les autres pour les Selliers. Celles qui fervent pour les Cordonniers ne fe mettent point en noir,parce que les Cordonniers fe réfervent de les noircir fur chair avec leur cire qui efl: formée de fuif de mouton , & de noir de fumée : nous en parlerons féparément fous le nom de Vaches blanches en huile (98) ; il ne s’agira ici que des vaches noires en huile a l’ufage des Bourreliers. Les vaches en huile ne font' jamais liflees ; elles fe , mettent à grain , comme les vaches en fuif (54).
- 75. Les vaches en huile qui font deftinées pour les Selliers, ceft-à-dire,
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- quel’pn veut mettre en noir du côté de fleur, n’ont befoin que d’être butées (r2) , parce que la lunette fait le refle à la fin de l’opération (28); elles fe commencent d’ailleurs comme les vaches en fuif : on les défonce , on les bute quand on a intention de les parer à la lunette ; mais on les draye (14) , quand on ne doit pas enfuite les parer : on les foule à l’eau , & en les foulant , on a foin de les bien évider , c’eft-à-dire, de les bien adoucir , en les mouillant plufieurs fois en pleine eau /dans un tonneau , & les foulant à chaque fois ; on recommence quelquefois à fept ou huit reprifes différentes,
- 76. On les étend avec une étire de cuivre (21) ; on les met eflorer, parce qu’elles feroient trop mouillées pour être mifes en huile ; une heure fufiîten Eté , quelquefois même on ne les met point au grand air, de peur qu’il ne 1 es furprenne trop ; quand elles font refluyées, on les met en huile,
- 77. Pour mettre en huile , les Corroyeurs emploient depuis une foixantai-ne d’années, le dégras du Chamoifeur , c’eft-à-dire , un mélange d’huile de poiflon y 8c de potaffe , qui a fervi à degraifler les peaux qui fe paiTent en chamois. ( Voyez l’Art du Chamoifeur, art. 3 2,43 & yo. ) Le dégras eft plus épais que l’huile, & nourrit mieux la peau ; il lui donne plus de douceur , parce que c’eft une matière un peu favonneufe, & les peaux s’en trouvent fort bien. A Paris, la plus grande quantité de dégras vient de Niort ; on en tire auflî de Strafbourg,de Grenoble, &c.On fe fervoit autrefois de l’haile de poif* fon : mais elle ne rendoit pas le cuir fi moelleux ; le dégras nourrit mieux la peau, c’eft-à-dire, lui donne plus de corps, & s’y unit mieux que l’huile de poiiTon , mais auffi il en faut davantage ; quand le dégras eft épais , il porte plus d’huile & donne plus de corps à la peau ; quand il n’a pas été bien cuit & qu’il contient de l’eau, la peau en fouffre , il pénétré mal.
- M. Blondeau, Médecin à la Chauxneuve en Franche-Comté , ( oncle de M, Bourgeois de Château-Blanc, qui a donné à l’Académie un Mémoire fur les matières combuftibles les plus propres à éclairer ) tiroit de l’huile des abatis de bœufs, moutons , chevres, &c. & il trouvoit qu’elle donnoit aux cuirs une très-bonne qualité : voici fon procédé.
- Les abatis étantcuits dans une chaudière pleine d’eau, à peu près au degré où ils pourroient être mangés , on puife l’huile , & toutes les graifles qui furnagent, & on les jette dans une autre chaudière où il y a de l’eau prête à bouillir ; on tient cette fécondé chaudière dans le même degré de chaleur pendant 24 heures, & quelquefois plus; l’huile la plus pure fumage ; on foutire cette huile par un robinet adapté à la chaudière, & on la verfe dans la troifieme chaudière où il y a de l’eau aflez chaude pour que les graifles me-» lées avec l’huile ne puiflent pas s’y figer ; on tient l’eau de cette chaudière dans le même degré de chaleur pendant 24 heures, on la laiffe enfuite re«* froidir.
- Les graifles qui tiennent toujours le deflous ,fe figent entièrement ; & l’on
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- tire trois elpeces d’huile par trois robinets adaptés les uns au-deffus des autres; la plus pefante ou la troifieme étant appliquée fur du cuir , il devient impénétrable par l’eau, même après que l’eau aféjourné plufieurs jours fur le cuir.
- On fait à Paris dans l’Ille des Cignes , des huiles d’abatis , qui pourroient bien être -employées à cet ufage fi i’expérience prouve qu’elles foient bonnes & à bon marché.
- 78. Le dégras pour l’ordinaire ne peut pas s’employer fims huile ; il y a des Corroyeurs qui mêlent enfembie un quart d’huile , & trois quarts de dégras ; d’autres en mettent parties égales , fur-tout quand le dégras efl: épais. En première nourriture on met plus d’huile que dans la fécondé fois ; lorfqu’on a des peaux maigres ingrates , des peaux qui ont eu trop de plein , qui fe pénètrent aifément, on emploie moins d’huile, parce qu’elle perce trop \ on augmente alors la dofe du dégras.
- Le dégras coûtoit quarante-fix livres en 1763 , il coûtoit foixante francs en temps de guerre , 8c l’huile quarante-huit livres : il y a des temps où l’huile 8c le dégras ne valent que trente livres ; mais le dégras a été jufqu’à foi-xante-dix livres , & l’huile n’a jamais paffé cinquante-cinq livres le quintaL Nous en avons parlé affez au long dans l’Art du Chamoifour.
- 7p. Si le dégras efi trop épais, on y met plus d’huile ; *fi c’efl; un bon dégras , il portera bien l’huile, & l’on pourra en mettre plus de moitié. On met plus de dégras fur la tête & fin* la culée des peaux de vaches , que fur les ventres, parce que les ventres font plus ailes à pénétrer ; au contraire le veau en veut plus fur les ventres ; la culée fe perce plus aifément. Il y en a qui le font chauffer, fur-tout en hiver \ mais ce n’efl: point une réglé.
- 80. Une peau de vache boit ordinairement du dégras jufqu’au quart de fon poids 3 c’eft-à-dire, qu’il faut quatre livres de dégras pour une vache de quinze à feize livres , deux ou trois pour une vache de dix livres ; les veaux en exigent davantage à proportion de leur poids ; une douzaine de veaux qui pefe vingt-huit livres, prend environ dix livres en huile & dégras. (102).
- 8r. Il faut que la peau foit encore humide, & même qu’on puiffe en exprimer l’eau pour pouvoir être mife en huile ou dégras, afin que l’huile ne pénétré que peu à peu , à mefure que le cuir féchera ; ainfi l’on mouille les endroits qui font un peu trop focs, pour leur rendre l’humidité nécefo foire à cette opération ; car l’huile ne donne pas affez de corps à la peau , ne la pénétré 8c ne la nourrit pas affez quand elle trouve une partie trop feche, Il ne faut pas cependant que le dégras foit mêlé d’eau ; car cette eau empê-cheroit le dégras de pénétrer dans la peau.
- 82. Quand on a étendu l’huile de chair 8c de fleur, avec le gipon & avec la main , on pend les peaux par les pattes de derrière , & on les laiffe boire leur huile plus ou moins de temps, félon le vent ou la faifon : il ne leur fout qu’un ou deux jours pour fécher quand il fait bon vent ; il y a des temps 011
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- il faut un mois : le Soleil & lê grand hâle font dangereux , parce qu’ils preffent trop les peaux, l'huile n’a pas affez de temps pour les détremper , les abreuver, les pénétrer, 8c s'y unir.
- 83. Pour mettre en huile , les uns emploient huile 8c dégras fur "chair , 8c de l'huile fimple fur fleur ; les autres mettent également l'huile 8c le dégras fur fleur & fur chair ; enfin il y a des Corroyeurs à Paris qui mettent du dégras fur fleur , mais un peu moins que fur chair ; parce que le dégras empêche la fleur de s'éclaircir.
- On ne nourrit pas tant les peaux deftinées aux Selliers , que celles qui font defîinées aux Cordonniers ; cela peut aller à la différence d'un tiers.
- 84. Lorfque les peaux font feches , on les décraffe en les foulant, puis on les recharge avec plus d'huile que de dégras, on les refoule enfuite une {econde fois ; puis pour dégraiffer entièrement la fleur , on frotte la peau avec une broffe trempée dans une légère eau de potaffe ; & on la met en noir tout de fuite , obforvant de tenir les bordages propres. Le noir eft le même que pour les cuirs liffés, (qy, 68) 8c s'applique de même avec une broffe ou-avec une poignée d'étoffe.
- 85. Après le premier noir , on crépit de travers, enfuite on donne un fécond noir qui fuffit ordinairement, puis on met les peaux à l'air pour fé-cher à fond. Quand elles font feches , on les foule, on les corrompt, on les déborde, on les pare à la lunette (24), on les tire au liege, 8c enfin on les recharge légèrement fur fleur avec de l’huile , & elles font finies.
- 86. Un Ouvrier peut faire une douzaine de vaches en huile de tout point dans l'efpace de douze jours ; elles valent ordinairement dix-huit à vingt li-vresla piece, elles fervent principalement pour les Cabriolets, parce qu'on les baiffe extrêmement, c’eft-à-dire, qu'on les rend fort minces.
- 87. On fait des croupons en huile pour les Bourreliers, c'eft-à-dire, des cuirs de bœufs ou vaches dont on ôte la tête 8c les ventres , enforte que le croupon a trois pieds & demi de large fur quatre pieds & demi de long , ce n'eft que la partie la plus forte du cuir ; on s'en fert pour les harnois & autres ufages : on en voit la forme en E, dans la Planche IL
- Des Vaches en Cire. t
- 88. Les Vaches en cire font fort rares actuellement : autrefois on frottoic certaines peaux avec de la cire fondue , affez chaude pour pénétrer la peau ; mais la cire coûte.cinq à fix fois plus que le fuif, cela rend les peaux beaucoup plus cheres, & on ne les prépare ainfi que dans le cas où les Bourreliers les demandent pour des ouvrages d'une très^grande propreté : cela n empêche pas que par extenfion du terme, on n'appelle Vache en cire les vaches en fuif qui ont été travaillées avec grand foin, 8c qui ont de la fer* meté.
- Corrqyeur. F '
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- 89. Ii s’en fait pourtant ou Ton met un* quart ou un huitième de cire dans ie fuif, pour donner un peu plus de fermeté ; mais on vend auffi fous le nom de Vaches en cire des cuirs lifîes tels que nous les avons décrits ci-deffus (3 6) , dans lefquels il y a feulement un peu moins de fuif, ce qui leur conferve un peu plus de fermeté.
- Des Vaches <TAngleterre»
- yo. Les cuirs appelles Vaches d!Angleterre , ou façon d'Angleterre en huile ou en fuif y font des cuirs de vaches ou de bœufs lilîes ou à grains , auxquels on conferve la couleur naturelle fauve ou jaunâtre, malgré le fuif qu’on y met pour leur donner de la feupleffe. On fait du cuir liffé, & de la vache à grains , façon d’Angleterre.
- Il faut choifîr une peau nette , blanche de fleur & d’une bonne qualité ^ telles que les peaux de Nemours , de Louviers, &c. où la tannerie efi blanche ; il faut que la peau fo\tfranche, c’eft-à-dire , qu’elle foit bien tannée , qu’elle ne foit pas verte \ on la défonce avec la bigorne 8c les talons comme celles qui doivent être liffé es (38).
- O11 doit la conduire avec grande propreté ; car la moindre tache empê-cheroit l’ufage auquel on ia deftine. On la met à l’air, 8c on la foule avec les pieds, onia draye (13).
- 91. Quand elle eft prefque feche, on la retient au pied comme le cuir liffé & la vache noire, on la redreffe au talon pour ôter les plis, & à la pomelle de chair & de fleur , ce qui s’appelle corrompre 8c rehrouffer ; quand elle eft feche à fond, & avant de la mettre en fuif, on la mouille fur fleur avec un gipon à l’eau qui foit blanc 8c net, pour que les coutulures ou les endroits plus foibles 11e foient pas percés par le fuif.
- 92. On met le fuif de chair ; mais il ne faut pas qu’il foit fi chaud que pour la vache en fuif ou pour le cuir liffé (41) ; il en faut très-peu, de peur qu’il ne perce jufqu’à la fleur, dont on veut conferver la propreté &la couleur ; après l’avoir mis en fuif, on met tremper la peau en eau claire dans un tonneau , pendant une demi-heure.
- 93. On la foule à l’eau, on l’étend , on lui donne une couche d’huile de lin fur fleur , légèrement 8c également: c’eft quelquefois de fhuile depoif-fon (78) *, mais l’huile de lin elt préférable : on l’étend avec une piece ou un petit gipon de laine, bien net ; on laiffe fécher la peau. On la finit comme le cuir liffé, du moins pour les retenages, le mettage au vent, excepté qu’on fe fert d’une étire de cuivre ; car l’étire de fer eft fujette'à tacher ou noircir la peau.
- 94. Quand la peau eft feche à cœur, on fait une couleur avec de la graine d’Avignon, ou avec du fafîran , d’autres n’y mettent point de couleur , 8c fe
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- ART DU CORROYE U R* contentent delalfffer. Pour mettre en couleur fix cuirs, il faut environ un demi-gros, c’eft-à-dire, pour deux ou trois fols de fàffran ( à 30 liv. la livre ) > dans une pinte de biere ; il faut que cette couleur {oit étendue très-vite & très-également, fins quoi la peau fe tacheroit, c’eft-à-dire, {èroit colorée inégalement ou par placards.
- 97. On la. remet à Pair, on l’efluie avec un morceau de panne , ou un linge blanc ce qui f éclaircit & la luftre ; on ne doit pas la mettre au foîeil, cela feroit pénétrer fur fleur la nourriture qu’on a mife fur chair, ce qui ta-cheroit la peau ; on évite auflî l’ufàge de la vinette qui pourroit faire des taches ; on l’éclaircit fuffifmiment, en l’efluyant jufqu’à ce qu’elle foit feche.
- 96. Ces vaches d’Angleterre fervent aux Bourreliers pour faire des har-nois ; elles coûtent environ un quart de plus que les vaches en fuif.
- Des Vaches grifes.
- 97. Les Vaches grifes qu’on appelle auffi vaches grajfes font differentes des vaches façon d’Angleterre, en ce qu’elles n’exigent ni la propreté ni la couleur de celles que nous venons de décrire. On leur donne du fuif autant quelles en peuvent porter ; on n’a égard qu’à la fouplelfe dont elles ont befoin. Ces vaches s’apprêtent comme les vaches noires (74), jufqu’au mettage en fuif (59) ; on obferve de les mettre au vent après qu’elles ont été en fuif; Sc pour leur donner encore plus de douceur, il eft bon de leur donner une couche d’huile & de dégras , de chair Sc de fleur , lorfqu’elles font à demi-humeur ; une livre & demie , tant huile que dégras , fuffit pour chaque peau. Elles fervent à faire des malles, des foufflets, des cuirs de pompes , Sc autres ouvrages qui n’ont befoin que de force Sc de foupieflè.
- D es Vaches blanches en huile.
- 98. La Vache blanche en huile que nous avons annoncée ci-defïus {74), fert à faire des fouliers, au lieu que la vache d’Angleterre fert aux harnois ; la vache blanche n’a pas befoin d’être au vent comme la vache façon d’Angleterre , parce que le mettage au vent n’eft fait que pour donner une propreté ; on la défonce, on la bute avec le butoir lourd (12) , mais on ne la draye point ; on la réferve pour être parée à la lunette à la fin dé l’opération , on la met en huile Sc en dégras de chair & de fleur ; il faut environ trois livres de nourriture en tout pour chaque peau ; car il faut qu’elle foit bien nourrie. On la fait fécher, on la foule aux pieds, on la déborde (27), on la pare à la lunette (26) , on la rebrbufle (20), pour ôter les plis , mais enfuite on la tire au liege pour coucher la chair , & relever le grain. Elle ne fert qu’aux Cordonniers qui l’emploient à des fouliers la fleur en dedans 1
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- & la mettent en noir fur chair, avec leur cire comppfée de fuif & de noir de fumée à^çhaud. Il y a encore d’autres Arts où on remploie.
- .Comparaifon des prix de ces différentes Peaux.
- 99. Le prix des peaux n’a jamais été fixé ; car il varie confidérablement à raifon de leur grandeur , de leur force, de leur qualité. Les vaches noires x les cuirs lifles, les vaches d’Angleterre les plus ordinaires vont à dix-huit livres en raie, c’eft-à-dire, l’une portant l’autre ; on en a en Province pour douze à treize livres, mais elles ne pefent que onze à douze livres poids de marc.
- Les vaches étirées vont depuis dix jufqu’à quarante livres. Les vaches en fuif depuis quinze jufqu’à quatre-vingt livres, & même au-delà , parce que l’on paye fort cher des peaux de Pavillon , qui ont fix pieds de long à la faignée, c’eft-à-dire , vers le collet, & environ cinq pieds de gorge , ou de largeur dans la partie la plus étroite , & qui fervent à faire les impériales'de carroffe (85). Les vaches en huile valent quinze à trente livres. Enfin les vaches façon d’Angleterre coûtent depuis feize jufqu’à vingt-huit livres à Paris. Il y a toujours quelque chofe de moins dans les Provinces.
- Des Peaux de Veaux*
- ïôo. Les peaux de veaux fe travaillent en général comme les peaux de vaches, & s’emploient aux mêmes ujfàges ; on fait des veaux étirés (30), des veaux en fuif (3 â) , des veaux façon d’Angleterre (90), des veaux façon de Ruffie (124) : le travail eft le même que celui des peaux de vaches ; mais comme elles font plus foibles, on les ménage plus, on leur donne moins de nourriture: la préparation la plus ordinaire des veaux eft celle des veaux en huile , ainfi nous commencerons par celle-là.
- ror. Pour faim des veaux en huile, on prend des meilleures peaux celles dont la fleur eft bien entière ; on pâlie en blanc celles qui font un peu effleurées. ,( Voyez l’Art du Mégiflier. ) Le Corroyeur les prend au fortir de la fofle , il les laiffe eflbrer, à l’air , & les bute (12) ; il leur donne un tour de pied ou deux, c’eft-à-dire, qu’il les foule pendant quelques minutes, après quoi on les met en huilé de chair & de fleur, à froid il y en a qui font tiédir l’huile en hiver, mais cela n’eft pas général.
- 102. Des veaux de trente à trente-fix livres la douzaine, prennent douze à quinze livres de nourriture ; chaque peau prenant deux livres ou deux livres & demie , une d’huile 3c une de dégras. Un veau plamé , c’eft-à-dire , quia trop de plein , exige moins de nourriture que celui qui eft bien
- tanné., parce que devenu fec & mince par l’effet de la chaux, il ne peut
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- plus s’imbiber de dégras. Il faut éviter l’excès de l’huile ou du dégras , qui rendroit les peaux trop fouples & trop mollalTes.
- 103. Les veaux étant mis en huile, on les fait fécher, on les décrafle ;
- cette opération confifte à fouler avec les pieds , pour amollir & emporter le tan Sc les parties étrangères qui y étoient attachées ; cela adoucit les peaux, Sc releve le grain. _
- Avant de les mettre en noir, on fefert d’abord dè potaffe pour dégraif-fer la fleur , l’attendrir & la préparer à prendre le noir. Pour cela on fait fondre une livre de potaffe dans un feau d’eau ,^on y trempe une brcfle Sc on la pafle fur les peaux que l’on veut mettre en noir» '
- 104. Après les avoir dégraiffées , on y met fur le champ le noir, qui efl le même que pour les vaches (45) ; on ne doit pas en trop mettre, parce qu’il perceroit la peau. Après avoir mis en noir, on crépit ; quand il fe trouve des veaux qui ont de fortes crinières, il efl: bon de les rebrouflèr avec une pomelle d’un pas plus fort que celles qui fervent à crépir ; mais pour l'ordinaire on crépit avec une pomelle moyenne, ou du moyen pas ; ce cré-piffage fe fait de travers, il fert à couper les veines de la peau , e’eft-à-dire, à interrompre ces longs filions qu’on y apperçoit fouvent en differents fens ; enfuite on redonne un fécond noir à la peau , on la met à l’air fecher à cœur. Onia foule, pour l’adoucir & couper les nerfs, faire fortir le grain, ouvrir le grain ; c’eft à quoi on s’attache principalement pour les veaux en huile.
- ioy. On les corrompt fur chair, on les rebrouffe avec la pomelle fur fleur pour adoucir la peau, pour effacer les plis de la foulée. On les déborde avec le couteau à revers, tout autour de la peau pour faciliter le parage qui fe fait enfuite à la lunette (25).
- Dans le cas où l’on n’auroit point de couteau à revers , on s’en pafferoit, mais il faudroit plus de temps pour parer ; la lunette n’affàme pas tant que le couteau , ainfi il n’y auroit point d’inconvénient à fe fervir de la lunette fur la main même vers les bords de la peau. Lorfqu’après avoir débordé, on pare à la lunette , on en peut parer fix ou huit dans une heure.
- 106. Après avoir paré les veaux , on les tire au liege chair fur table . on leur donne une petite couche d'huile fur fleur, pour foncer le noir dont le travail a affoibli la teinte ; c’eft toujours de l’huile de poilîon (77}.
- Ces veaux noirs fe vendent de trente-deux à trente-ix fols la livre; la douzaine peut pefer depuis vingt-deux jufqu’à quatre-vingt livres : moins ils pefent, plus la livre fe vend , parce qu’il y a plus de façons & de peine dans une douzaine de trente livres, que dans une demi-douzaine quipefè-roit aufli trente livres.
- 107. Les Veaux en suif fe font beaucoup plus rarement que les veaux en huile ; les Bourreliers s’en fervent cependant pour la bordure, parce qu’il efl plus clair Sc moins fujet à l’eau que le veau en huile, que nous venons de
- CORROYEUR. G
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- ART DU CORROYEUR. décrire. Pour travailler des veaux enfuif, on acheté les veaux fecs en croûte chez le Tanneur, on leur donne un vent d’eau avec le balai, 8c on les bute avec le butoir lourd (12).
- 108. On les égorge, c’eft-à-dire, qu’on abaifle les têtes ou qu’on les amincit avec le couteau à revers jufqu’à la Alignée, c’eft-à-dire, à la gorge; comme la tête eft plus forte que le refte , elle a befoin d’être abaiiTée par ce travail; on les mouillé pour que le couteau morde mieux fur la peau. On fait fécher les têtes , on ponce les peaux fur chair pour enlever les inégalités de la chair.
- 109. On les corrompt fur chair avec une pomelle fine , & on les rebrouf-fe avec le liege ; mais avant ces deux opérations, on donne un vent d’eau léger fur fleur, pour amollir la fleur & la rendre moins caflànte. Quand les veaux font fecs , on les met en fuif comme les vaches (41. y 8') ; des veaux qu| pefent trente-huit à quarante livres la douzaine , prennent environ douze ou quinze livres de fuif. Après le fuif on les met au vent, & on les finit comme des vaches noires (60); on les foule à l’eau, on les crépit, on les dégraifle.3 on les met en noir deux fois, on les corrompt; on les rebrouife, on les re-dreffe, & on les éclaircit.
- 110. Le veau en fuif fert aux Selliers , Bourreliers, Coffretiers, 8c même aux Tapiffiers pour des chaifes & des tables, quoique plus ordinairement on y emploie le tnarroquin , c’eft-à-dire, la peau dechevre (117). Un veau en fuif vaut environ cinq livres.
- in. Le veau d’Angleterre fe fait comme la vache d’Angleterre (90) . on choifit ceux qui font de la meilleure qualité.
- Les premières façons jufqu’au mettage en fuif fe donnent comme pour les veaux en fuif (101); on met le fuif fur chair, on en met peu , parce que cela tacheroit la peau.
- 112. Le veau du petit poids fe pafle en blanc pour en faire des pafle-ta-lons : ( Voyez l’Art du Mégiflier : ) ou bien on le pafle en huile pour les fou' liers comme nous l’avons expliqué (101 & fuiv. )
- Les veaux forts fe paflent en blanc ; ils fervent pour les empeignes des _gros fouliers, comme les vaches blanches en huile (98).
- 113. Le premier travail d’un veau blanc eft le même que celui du veau noir ; après l’avoir mis en huile & décrafle à fond , on le déborde 8c on le pare de cul en tête, on le foule jufqu’àce qu’il foit bien doux; on foule deux veaux à la fois chair contre chair pour en maintenir la propreté ; on les rebrouffe, on les traverfe à la lunette , parce que la chair doit être unie ; Ie
- , parage de travers répare les défauts du parage de cul en tête. Enfin on les tire au liege, U c’eft la derniere opération des veaux blancs.
- 114. Parmi les Cordonniers, ondiftingue le veau tourné, & le veau à ci^Tm Le veau tourné eft le veau en huile , celui dont la fleur ou le côté du poil eft
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- A R T DU CO RROYEUR.
- tourné en dehors , comme Ion fait depuis foixante ou quatre-vingts ans. Le veau à cirer eft le veau blanc en huile que les Cordonniers emploient pour* des jfouliers plus communs : il a la chair en dehors & la fleur en dedans, il n’a pas un fi bel œil ; les Cordonniers le mettent en noir eux-mêmes (98)*
- ny. Les veaux fe vendent à la livre, & non à la douzaine, comme les chevres (120) ; plus ils font petits &fins > plus ils le vendent ; ils pefent depuis deux livres jufqu’à huit livres, quand ils font préparés , & reviennenc fouventà trente & trente-deux fols la livre; les profits ne fimroient être au fi 1 grands fur le veau que fur les cuirs forts , de même que les avances font beaucoup moindres ; aufll trouve-t-on dans les Provinces ce proverbe rimé , Tanneur de veau , buveur d’eau,
- 116, Comme les veaux font tendres & délicats, îl efl fort aifé en pelant les veaux, & en les travaillant de riviere, d’en gâter la fleur, delà couteler, de la déchirer ; alors ces veaux ne peuvent plus fervir qu’à grailler (114) , ou bien à être mis en chamois. ( Voyez l’Art du Chainoifeur. )
- Il y a de petits veaux mort-nés que l’on met dans le coudrement & en-fuite dans la foflfe pendant trois ou quatre mois fans avoir la peine de les peler ; on les pafle comme les autres.
- Des Peaux de Chevres.
- 117XËS peaux de Chevres demandent plus de travail que les veaux; mais elles exigent plus de douceur & de ménagement, parce qu’elles ne font pas fi fortes; le veau ne demande ^que des coups de talon , c’eft-à-dire, qu’il a befoin d’être bien foulé. On trouve, il efl vrai, des chevres plus fortes que les veaux ; mais cela efl: rare.
- Les chevres qu’on travaille à Paris fe tirent principalement du Limofia, de l’Auvergne , de la Franche-Comté , de la Suiflfe , & de la Provence, où on les tane avec le Redon : nous avons parlé de cette plante dans l’Art du Tanneur ; quand les peaux de chevres font dans cet état, les Corroyeurs de Paris les appellent Marroquln en bafanne. On les met tremper pendant vingt-quatre heures dans un tonneau , on les foule au pied, trois à trois. On les recoule fur le chevalet avec un butoir fourd, fur chair feulement ; quand elles font prefque feches , on les met en huile & en dégras (77). Une douzaine de chevres prendra fix à huit livres d’huile quand elle pefe dix-huit à vingt livres. Après avoir mis les chevres en huile, on les foule avec les pieds on les travaille avec des pomelles moins fortes que les veaux, on les dé-crafle en les foulant.
- 118. On dégraifle les peaux de chevres avec une eau de potafle & une broife ; un quarteron de potafle bouillie dans deux féaux d’eau fert à dé-graiifer fix douzaines de chevres. Le felalkalin dilfout l’huile fuperflue, & en-
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- *8 ART DU CO RR O Y EUR.
- levé la crafle que l’huile avoit laiffée fur la fleur de la peau ; cela éclaircit 8c adoucit la fleur; on crépit enfuitede cul en tête & de travers, la fleur -en deflus , la pomeile fur chair, ce qui donne le grain à la peau.
- Avant de mettre en noir les peaux de chevres, on les ejpare, c’eft~à-dire, qu’on les étend fur la table , & qu’on les frotte avec du jonc pour adoucir la fleur qui naturellement èft dure & rude ; l’elpare fe voit fur la table A .( Planche IL') C’eft la plante appellée Spartum dans Pline, avec laquelle font faites! es balles qui contiennent la foude d’Elpagne ; - on en roule une poignée, omen frotte la peau,-ce qui l’étend, la drefle & 1 adoucit.
- n<?. Après avoir elparé, on donne aux chevres unecouche de noir (qy) , on les met fécherj on leur redonne un fécond noir, on lai (Te boire ce noir quelques heures, on met une couche de biere ou de vinaigre pour iecher 3c éclaircir la fleur , on efpare une fécondé fois , on remet à l’air j quand les peaux font feches, on les foule , on les corrompt des quatre-quartiers dur -chair, on les rebroulfe fur fleur, on les eftuie & on les éclaircit avec du luftre.
- Pour luftrer les chevres, on des frotte d’abord avec une lifiere'trempée *dans le pot de luftre, on fecoue ce morceau de lifiere de drap en trois ou ^quatre endroits de la peau, & enfuite on en frotte toute la furface ; on abat furie luftre, c’eft-à-dire , qu’on frotte avec une elpare, des deux mains à force de bras.., en toutfens & long-temps pour que le luftredoit,plus vif • enfin on éclaircit la peau en la frottant avec la même lifiere dans la tremper dans le luftre.
- Après avoir luftrç les chevres, ondes déborde & on des pare à la lunette; Il y a des Provinces où l’on ne pare point la chair ; mais on la ponce avec une pierre-ponce emmanchée comme une pomeile ; & on fe fert aufll de la pierre-ponce pour couper le grain , à la place de la pomeile.
- Après avoir paré les chevres, on des redrefle avec la pomeile de cul en tête, & de travers, pour faire le grain , mais très-legérement ; afin de ne point les ternir ; ondes effuie, on les recharge avec de l’huile de lin qui fonce le noir & conferve la clarté. Il faut bien obferver que fi l’on manque le premier noir, faute d’avoir bien dégraifle la peau, ou par quelque autre inattention ,1a peau ne peut jamais être belle.
- 120. On ne peut gueres mettre en-noir & décrafler que 18 ou 20 che-| vres par jour , nous ne parlons que du premier noir ; quant au fécond noir , on peut le donner en moins d’une heure de temps à deux douzaines de che-vres.
- Les chevres en huile pefent environ dix-huit livres la douzaine poids de inarc , & fe vendent au poids depuis un écu la livre jufqu’à 3 Üv. xy fols. Il y en a qui pefent quarante livres la douzaine. Il y a même des chevres de fi*
- livres chacune 5 mais ellesfont rares : ce font plutôt despeaux de boucs.
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- I2i. Celles qu’on veut mettre en fuif n’ont pasbefoin de l’huile & du dégras ; mais on n’en met point en fuif à Paris, Le marroquin de Rouen n eft qu’une chevre en luif ou en fàin-doux; & les Corroyeurs de Paris appellent volontiers Marroquins les chevres en huile ; ce font leurs plus belles peaux : il y en a qui comptent jufqu’à quarante façons differentes dans le travail de ces chevres. Au refte le travail du marroquin proprement dit a ete décrit comme un Art diftinél & féparé de celui du Corroyeur, & 1 on y a vu combien il exigeoit de manipulations différentes.
- Des Peaux de Moutons.
- 122. On met quelquefois en fuif les peaux de moutons, mais plus ordinairement en huile, quoiqu’elles foient plus belles en fuif : c’efl que celles-ci coûtent plus & prennent plus de temps.
- On fait à Paris & du mouton blanc & du mouton noir : on çhoifît toujours le mouton qui efl: bas de fleur , ou un peu effleuré , pour le mettre en blanc. On tire delà Province du mouton blanc, c’eft-à-dire, paré, ou après le prémier travail, & on le met en noir chez les Corroyeurs de Paris.
- On prend aufîi du mouton en croûte , on le mouille, on le bute, & on l’étend ; on le met légèrement en huile de chair & de fleur : une livre d’huile fuffit pour une douzaine de moutons qui péferoit dix-huit livres. Quand l’huile eftfeche, on met le noir. Pour cet effet on fe fert d’abord de potaffe pour dégraiffer un peu la peau ; quand elle efl bien potaflee, on y met le noir, ordinaire (qy) ; mais on le ménage , parce que l’huile ne donnant pas tant de corps que le fuif, le noir y perceroit plus facilement Sc rendroit la chair mal propre ; c’efl une attention que les bons Ouvriers ont toujours dans toute forte de peau, que de tenir propre le côté de la chair. C’efl la grâce de la peau, & ceux qui la négligent ne font pas ordinairement les plus adroits dans le fond effentiel de l’ouvrage.
- 123. Quand le mouton efl noirci, on le redrelfe des quatre quartiers de ' cul en tête avec une pomellefîne ; il faut le redrefler pendant qu’il efl mouillé , parce que fi la chair étoit feche, la pomelle ne prendroit pas , & le grain ne fe feroit point également ; après l’avoir redreffé, on le met à l’air ; quand il efl fec, on lui donne le fécond noir, on le remet à l’air, on ledaifle féeher
- à cœur, & on lui donne un troifieme noir. Si l’on en travaille plufieurs douzaines à la fois, on n’en noircira qu’une à chaque fois , pour les parer tout de fuite pendant que le noir humeélant encore la chair donne une facilité de plus pour parer ; car fi la chair étoit trop feche, elles’écailleroit, c’eft-à-dire, qu’elle ne feroit point unie , & le mouton feroit expofé à fe déchirer.
- On ne pare point le mouton comme les veaux & la chevre; mais on y emploie des lunettes d’Allemagne qui font plus minces & moins pelantes que Corroyeur• H
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- celles de Paris ; il ne faut pas que la lunette foit aiguifée fur la pierre à l’huile, mais feulement fur un grès qui lui donne un morfil ; aufîî emploie-t-on plUs communément pour cette opération , le mot de grater que celui de parer * quand elles font parées , on les met à 1 air pour fécher ; on paiTe enfuite une piece à l’huile fur fleur pour foncer le noir, & on les éclaircit.
- 124. Lorfqu’on veut mettre du mouton en fuif, on le bute , on le frotte avec la pierre-ponce ; quand il efl: poncé, on arrofe le côté de la chair , c’efl> à-dire, qu’on donne un vent d’eau, avec un balai, on le rebroufleavec le liege , on le met en fuif; on le foule à l’eau , de maniéré qu’il foit bien évui-dé ; après ce foulage on le crépit, on l’étend, on le noircit & on le met à l’air.
- Lorfqu’il efl: à demi-fec, on le retient fur chair (34) avec l’étire, on met un fécond noir, puis on le met à l’air jufqu’à ce qu’il foit fec à cœur, on le corrompt des quatre quartiers , on le rebroufle de cul en tête avec le liege, on le redreife de travers 8c de cul en tête, on redrefle les bordages , ce qui donne de la grâce à la peau, 8c l’on met une couche de biere pour dégraif fer la fleur : quand la biere efl: feche, on éclaircit (yi) ; une peau qui a un beau noir, & qui efl: bien claire, a toujours la préférence à mérité égal ; ainfî le Corroyeur ne doit pas négliger cette partie : enfin on le met à l’air pour fécher ; mais on évite le foleil qui defleche trop les peaux & mange leur humeur ; il ne faut pas même les laifler trop à l’air, de peur qu’elles ne dur-ciflent.
- On ne fiuroit fixer un prix aux moutons qui fe travaillent chez lesjCor-royeurs ; il y en a qui coûtent huit livres la douzaine, d’autres qui vont à 48 livres , lorfqu’elles font d’une grandeur extraordinaire : quoiqu’on ne les vende point au poids, on eftime qu’elles reviennent ordinairement à vingt fols la livre poids de marc.
- Du Cuir de RuJJîe.
- I2J. Le Cuir de Ruflîe, appellé quelquefois, mais par corruption, Vache de Roiiflî, efl un cuir de vache ou de veau , teint en rouge, cylindré , durci , 8c imprégné d’une huile prefque empyreumatique, dont l’odeur efl très-forte , mais qui rend la fleur propre à réfifter à l’eau. Les Selliers eftiment beaucoup le cuir de Ruflîe , & s’en fervent pour faire les dedans de carrofle, les cartouches de Soldats, 8c leurs autres ouvrages les plus propres 8c les plus apparents.
- Ce font principalement les peaux de vaches, quelquefois celles de veaux, qu’on emploie pour faire le cuir de Ruflîe. On prend une peau en croûte (7), la plus blanche, la plus nette, la moins défeétueufe ; on la trempe dans l’eau , on la bute fur le chevalet avec un couteau rond, on coupe tou-
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- tes les extrémités & les peaux foibles du ventre qui ne prennent pas bien la couleur; on l'écharne fur le chevalet, on la foule , on la travaille avec la pomelle (17) , on pafle de l'huile de poiflbn claire fur la fleur; 8c de l'huile avec du dégras fur la chair ; lorfqu'elle eft feche , on la travaille encore avec la pomelle (17).
- On met enfuite une couche d'eau d'alun préparée fur la fleur ; & pendant qu’elle eft encore humide , on la pafle au cylindre qui fera décrit ci-après (127) , on lui donne alors une fécondé couche d’eau d'alun ; lorfqu'elle eft un peu feche > on met fur la fleur l'huile appellée huile de Rujjie (i2p) ; on y met enfuite la couleur rouge ou noire (130) , on met la peau à un foleil vif pour faire pénétrer la couleur , on remet de la couleur à pluiîeurs reprifes différentes , & à chaque fois on fait fécher la peau. On continue ainfi jufqu'à ce qu'elle foit bien colorée, pour lors on la foule encore, on la tire à la pomelle , on la pare au plus vif fur le chevalet & à la lunette. Enfin on l'éclaircit en la frottant fur la fleur avec une brofle très-rude.
- 126. C'eftà ia Manufacture de S. Germain en Laye , qu’on fait principalement le cuir façon de Ruflie. Il y a à Saint Germain plusieurs Tanneries où l'on prépare des cuirs forts à l'orge ; mais la plus importante eft celle qui eft auprès de l'Hôpital , & que le Public appelloit mal à propos la Tannerie des Juifs : elle eft établie dans le fief des Planches, & appartient à douze ïnté-reffés qui habitent à Paris, & la font régir fur les lieux par des perfonnes de confiance, aidées de deux contre-maîtres. La plupart des Ouvriers font Allemands, & l'établifTement même fut formé fur les deffeins d'un Allemand nommé Teybert, qui apporta le premier en France, il y a environ vingt ans , le fecret des cuirs de Rufiîe, & la méthode des cuirs de Valachie & de Tranfylvanie. ( Voyez l’Art du Tanneur ) ; il dépofà fon fecret avec beaucoup de myftere, & comme unechofe delà derniere importance, & il a adminiftré long-temps cette Manufacture.
- Le cuir de Ruflîe étoit la principale partie de Ion fecret ; il difoit l'avoir appris au péril de fes jours dans la Mofcovie même : la difficulté confifte, dit-on , dans cette huile de Ruflie qui le rend fort doux , l’empêche de s'égratigner, & d’être pénétré par la pluie aufli aifément que les autres , & lui donne une odeur particulière à laquelle les Ouvriers ont attaché la réputation de ces fortes de cuirs.
- 127. La machine avec laquelle on donne au cuir de Ruflie, le grain ou l'impreflion d'une multitude de petits lofitnges, confifte en un cylindre d'acier d'environ un pied de long fur trois pouces de diamètre : ce cylindre eft garni d'une multitude de filets très-ferrés comme ceux de la vis, mais dilpofés en rond & non en Ipirale, il eft chargé d'une malle de pierres qui pefe trois ou quatre cents livres ; on le promene dans les deux fens , Sc fur un banc de bois par le moyen d’une corde qui pafle fur un cylindre de bois garni d'une
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- manivelle ; la corde pafle auflî fur deux cylindres attachés au plancher, & fur un quatrième cylindre qui eft à l'extrémité du banc ; le cylindre qui porte la manivelle a deux partiesféparées, fur lefquelles paflent les deux extrémités de la corde en fens contraire : parce moyen une feule manivelle peut donner au cylindre les deux mouvements, l'aller & le retour.
- 128. Le cylindre eft foutenu & dirigé par des barres de fer placées le long du banc fur lequel il doit rouler ; on étend le cuir un peu humeélé fur ce banc, & Ton fait pafler le cylindre fur le cuir, la marque des filets qui font fur le cylindre demeure imprimée fur ie cuir dans fa longueur ; on le retourne , c'eft* à-dire, qu’on l'étend fur fa largeur , au lieu qu'auparavant il étoit fur fa longueur , & Ton y fait de nouveaux traits qui coupent les premiers à angles droits ou à peu près > l'interfeélion de ces traits forme fur la fleur du cuir des lofanges ou des quarrés, que le Public veut y voir, parce qu'il eft accoutumé a ies trouver fur le cuirdeRuftie: cette opération fi fimple eft pourtant une choie à laquelle on attache beaucoup d'importance, & cela prouve bien l'utilité qu'il y auroit à faire connoître les Arts de maniéré à en bannir le myftere & la petitefle minutieufe qui en arrête les progrès: une partie des chofes qu'on tient cachées, n'a pas d'autre mérite que celui du fecret.
- 129. Après avoir imprimé le cuir de Ruflîe, on y met cette huile de Ruflîe qui doit fortifier la fleur, & durcir la furface du cuir pour empêcher que l’eau ne.la pénétré ; cette huile eft une partie eflentielle du fecret , ainli nous n'en pouvons dire précifément la compofition : nous lavons iè; iement qu'il y entre une huile diftillée àt fabine & de rue, deux plantes aflez connues ; on met les feuilles & les tiges indiftinélement à la quanti é d'environ trois à quatre livres dans des matras de verre qui font recouverts par des chapiteaux lutés avec du maftic, on allume le feu deflous, & dans l'elpace de trente heures que dure la diftillation ,Jl paffe une ou deux livres d’une huile empyreumatique dont on fe fert pour imprégner le cuir de Ruflie -, j'ai oui dire qu’on y employoit aufll de l'écorce de Bouleau réduite en poudre.
- 130. La couleur rouge qu'on a auflî coutume de donner au cuirdeRuf fie,, eft encore un fecret. Elle eft formée principalement avec le bois de Bréfil, & fur-tout celui de Fernambouc:on fçait que ce bois eft fort ufité dans la teinture ; mais on l'emploie avec l'alun & le tartre, fans quoi fa couleur ne le-roit point folide : on en tire une efpece de carmin par le moyen des acides ; on en fait auflî de la lacque liquide pour la mignature. ( Voyez le Diélion. des Drogues de Lémery. ) La maniéré de l'employer pour le cuir de Ruflîe, eft de le faire bouillir pendant cinq à fix heures avec d'autres ingrédients que l'on cache fous le plus grand fecret ; les Propriétaires de la Manufacture Royale de Saint Germain-en-Laye , n'ont qu’une feule perfonne qui en ait connoiflance;, & le procédé s’y conferve en dépôt fous plufieurs clefs ,
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- comme étant le bien le plus précieux de cette Compagnie ; cependant il n’y a rien défi aifé que. de trouver des procédés par lefquels on aura une teinture aullî folide & auffi belle que la leur. *
- 13 r. Le bois de Fernambouc, dont on fait ufiige pour le cuir de Ruffie, eft de faux teint comme prefque tous les bois colorés ; la couleur qu’il donne ne réfifte pas à l’épreuve du tartre ou du débouilli , mais il rélifte aflez bien à i’air & à la pluie ; quelquefois même il acquiert du fond , ainfi l’on fait bien de l’employer pour le cuir de Ruffie : les teintures rouges plus fo-lides font d’un trop grand prix pour être employées dans cette branche de commerce. Quelquefois trois couches de couleur fuffifont, quelquefois on fera obligé d’en mettre dix à douze , encore ne réuffit-elle pas toujours ; il y a de ces cuirs de Ruffie qui ont toujours un œil noir fans qu’on en fâche la caufe.
- 132. La France tire encore de la Ruffie beaucoup de cette forte de cuir ; ce que la Manufacture de Saint-Germain en fournit, ne va pas à vingt mille francs par an , & fert principalement à l’ulage des troupes ; le prix du cuir de Ruffie eft d’environ trente-fix fols la livre ; ce n’eft qu’un cinquième de plus que le prix des vaches noires, mais il eft en général plus lourd que les autres fortes de cuirs. ,
- 133.. Le cuir de Ruffie noir fe fait avec la même huile , & fe pafte de même au cylindre ; on lui donne deux ou trois couches de noir comme aux autres vaches noires (45) : il en diffère feulement par le grain, la dureté de la fleur, & l’odeur que lui communique l’huile de Ruffie.
- Vaches Rouges.
- 134. Les Corroyeurs de Paris, quoiqu’ils nefaflent pas du cuir de Ruffie J préparent des Vaches rouges, qui n’ont point d’odeur, dont la couleur eft: plus belle, mais moins folide que celle du cuir de Ruffie ; la couleur fe donne avec du bois de Brefil bouilli dans de l’eau de chaux, & un peu de cochenille. Les Selliers, Bourreliers, Coffretiers, emploient ces vaches ou veaux teints en rouge pour les équipages.
- 13 y. Les vaches qu’on veut mettre en couleur, ne doivent point avoir de fuif, mais feulement un peu d’huile claire appliquée très-légérement &fàns dégras , feulement pour adoucir la peau ; on choifit tant qu’on peut, des peaux qui foient fans défaut, qui n’aient point de coutelures, de coups de cornes, d’égratignures, comme on les rencontre fi fouvent, & qui aient la fleur vive, c’eft-à-dire, belle , ferme, & bien confervée.
- * On pourroit croire que ce fecret n’eft pas fi merveilleux, puifque cette Manufacture ne fait que très-peu de cuir de Ruffie, & qu’on a renvoyé le Sieur Theibert, il y a au moins
- CoRROrEl/Rc
- 12 ans, avec une penfion qui n’eft que de 600 lîv. On aflure qu’il a offert plufieurs fois la vente de fon fecret pour 600 liv. & qu’il n’a Pas trouvé d’acquéreur.
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- 136. On prend une vache en croûte dont la fleur foit vive, on la défonce 5 on la draye, on la foule à l’eau 3 & on la met auvent comme les cuirs fa_ çon d’Angleterre ; 011 lui donne une couche d’huile fur fleur & une couche d'huile & de dégras fur chair, environ une demi-livre en tout & on la met fécher.
- 137. Quand elle efl: feche, on lui donne une couche d’alun avec une bro£ fe, de cul en tête 3 & de travers ; cet alun fert à faire manger le refte de la verdeur de la peau, & à pafler la peau, comme difent les Corroyeurs j enfin il prépare la peau à recevoir la couleur.
- On la foule fur fon alun , jufqu’à ce qu’elle foit douce, on la foule à petits plis, on la corrompt des quatre quartiers 3 on la met à l’air pour faire évaporer l’humidité de l’alun; quand elle efl: feche , on la rebroufle avec le liege.
- 138. Pour faire le rouge 5 on tire huit féaux d’eau de puits dans un tonneau très-propre, on y met environ dixlivres de chaux vive pour s’éteindre* Deux jours après, on prend cette eau fans troubler le marc qui s’efl: dépofé > on la met dans une chaudière de cuivre ; on prend du bois de Brefil le plus frais haché , celui qui a le moins d’aubier , 8c on le fait bouillir à grand feu , huit livres de bois font deux féaux de rouge ; & fuffifent pour dix-huit à vingt vaches. Un feau contient 18 à 20 pintes de 48 pouces cubes chacune.
- Il feroit plus à propos de l’acheter en mafle , & de le hacher ou râper quand on veut s’en fervir ; il en faudroit moins que quand on l’achete en copeaux , & il auroit moins perdu de fa force.
- 13p. Il faut faire bouillir ces deux féaux de rouge jufqu’à ce qu’ils foient réduits à moitié 5 on retire le premier rouge, & Ton remplit la chaudière avec de l’eau de chaux du même tonneau , qu’on fait de même diminuer de moitié fur le même bois ; on jmêîe ce fécond feau fur le premier. On y ajoute environ une demi-once de cochenille bien pilée, onia fait bouillir un moment, on la retire de deflfus le feu ; & lorfqu’elle efl: encore bouillante > on y jette gros comme un œuf de chaux vive, ( cette condition efl: eflen-1 tielle ) on la laiflfe refroidir , & elle efl: prête à employer.
- 140. On donne à la peau la première couche de rouge de cul en tête 8c de travers ; on la remet à l’air, on lui donne le fécond rouge de la même façon 3 on la laifle fécher à fond , on la corrompt avec la pomelle, de cul en tête 8c de travers 3 après quoi on lui donne le troifieme rouge dans lequel on ajoute un blanc-d’œuf.
- 141. Quand on a donné le troifieme rouge, on met la peau à l’air pour la faire eflbrer, après quoi on la lifle , pour que la lifle puifle glifler on prend un morceau de couverture de laine légèrement huilé , on le pafle deflus la peau.
- On lifle de cul entête 8c de travers, du côté de fleur, & la vache rouge efl: finie.
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- 142. Il y a des Corroyeurs qui préparent la teinture rouge d’une maniéré un peu différente, que nous allons rapporter.
- On commence par faire une eau d’alun , en mettant fur le feu dans un chaudron environ trois demi-fetiers d’eau avec une livre d'alun; il ne faut qu’un feu médiocre , fuffifant pour faire fondre l’alun : après cela on met la diffolution dans une grande terrine , 8c l’on verfe par-deffus fix pintes d’eau commune bien nette , ce qui fuffit pour aluner trois douzaines de peaux de veaux.
- On prend enfuite trois livres de bois de Brefil, avec un morceau de chaux vive, gros comme un œuf; on les fait bouillir à gros bouillons avec environ quinze pintes d’eau pendant cinq à fix heures : c’eft cette décoflion que les Corroyeurs appellent du Brejil.
- La peau étant prife au même état qu’elle doit être pour le noir, onia frotte avec un morceau de frife ou de laine trempé dans l’eau d’alun ; l’ayant laide bien fécher, on la frotte avec le brefil, on la laiffe fécher encore, on la frotte avec un autre bouchon de frife, on y met une nouvelle couche de brefil, on la laiffe pareillement fécher , enfin on répété tout cela une troifieme fois.
- 143. La liffe dont quelques Corroyeurs fe fervent pour les vaches rouges , eft faite comme celles dont fe.fervent ordinairement les Marchands de Linge pour donner du luftre à leurs toiles, & cacher lagroffeur du fil en l’applatiffant. Cette liffe eft comme un oignon de verre de trois à quatre pouces de large fur un pouce d’épaiffeur, convexe par-dellous, 8c furmon-té d’une efpece de tige ou cylindre de verre qui fort de manche ; on la voit en / ( Planche //). On fait aufli des iiffes d’une autre forme, où il y a deux poignées , 8c ce font les meilleures. Après avoir frotté la peau avec un peu de jus d’épine-vinette, il faut laiffer fécher la peau, enfuite on la liffe fortement , 8c c’eft la dernier e façon qu’on donne à ces veaux ou moutons paffés en rouge.
- 144. Il y a des vaches rouges depuis feize francs jufqu’à vingt-quatre, pe-fant dix à douze livres poids de marc ; mais on ne les vend point à la livre , c’eft la taille 8c la qualité qui décident du prix.
- Des Veaux d'alun à Vufage des Relieurs.
- 145. Les veaux 8c moutons qui fervent aux Relieurs , & qui coûtent trente-huit livres la douzaine en 17^, font des veaux dont la fleur eft bien entière, travaillés dans le plein , dans le confit & dans le coudrement, parés a fond 8c liffés avec un ferx chaud. On fait un affez grand myftere de leur préparation. Ce n’eft qu’à Verneuil dans le Perche à vingt-trois lieues à 1 Occident de Paris, & à l’Aigle en Normandie , qui eft à quelques lieues
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- plus loin , qn’on prépare les veaux des Relieurs de Paris. M. Definarets Inf fpecteur des Manufactures , qui alla fur les lieux , demanda inutilement quel-, ques inftruélions ace fujet aux Subdélégués qui parurent attacher aufli à ce fecret la plus grande importance : il femble que de pareilles petiteffesnede-vroient fo trouver que dans la baffe mercantille.
- Mais M. Drouin rainé, l’un des plus forts Marchands de Verneuil, actuellement Maire & Change du Roi dans cette Ville, de M. Moffiatre, autrefois engagé dans le même commerce , nf ont donné des éclairciffements qui ne dont point fufpeéts.
- Verneuil-eft une Ville d’environ 3500 Habitants, dont la richeffe & le commerce principal font fondés fur les veaux d’alun : M. Drouin & M. Loche en fourniffentà Paris chaque année près de 300 groffes ou 43 200. Un bras de Piton qu’on a détourné pour le faire paffer à Verneuil, fournit toute l’eau néceffaire ace travail, & la qualité de cette eau paffe pour être une condition effentielle dans le travail des veaux d’alun.
- 146. On choifit des veaux mort-nés, & autres petits veaux/ qui ne coûtent gueres aux environs de Paris que dix-huit livres la douzaine. On ne prend les grandes peaux que lorfqu’elles font fort minces ; on réferve les peaux qui font fortes & épaiffes, pour être tannées de corroyées ; & les Marchands de baffe Normandie & de Bretagne, qui fourniffent la plus grande partie de ces peaux aux Tanneurs en veau d’alun, vendent les plus fortes pour le Pays étranger. Les provifions fe font à Verneuil depuis le mois de Mars ju {qu’au mois de Septembre.
- On reçoit ces veaux fecs j ils n’en font dans la fuite que mieux travailles de riviere , plus abattus & plus fouples. On a foin d’examiner d’abord s’ils ne font point rongés par les infeéles qu’on appelle Calandres, qui font des filons fur la fleur, & endommagent confidérablement ces peaux; on met à part celles qui en font attaquées pour les employer les premières.
- En les ouvrant, on a foin de les battre fortement avec une baguette pour faire tomber la pouflîere de les infeéles ; on les met enfuite dans un lieu où il n’y ait ni trop de chaleur ni trop d’humidité ; en Eté, on bat ces peaux toutes les femaines , plus rarement en hiver.
- 147. On travaille à la fois treize douzaines de peaux qui font un cent & demi, avec les quatre pour cent qu’on a coutume de mettre par-deffus 5 cela fait une cuvée & deux chippées, & s’appelle à Verneuil une Auvergnêe, parce que le coudrement dans lequel on les pafle , s’appelle VAuvergne.
- Pour faire revenir ces peaux feches, on les met dans une échange : c’efl une foffe ovale creufée dans la terre, qui a dix à douze pieds de long fur trois ou quatre de large , & fix de profondeur , qui reçoit l’eau par une ouverture ovale d’environ un pied & demi de hauteur, mais affez étroite poUir
- empêcher les peaux de fortir de l’échange ; l’eau s’écoule par une autre ouverture
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- verture femblable. Les peaux reftent dans l’échange deux ou trois jours en été, & fix à fept en hiver.
- Quand on les retire , on les met en tas * & le lendemain on les caffe, c’efb à-dire , qu’on les ouvre fur le chevalet du côté de chair avec un couteau qui ne coupe point ; on a foin de meurtrir, c’efl>à-dire, de donner de la fou-plelfe aux têtes qui font plus épaifles que les corps.
- 148. Après ce premier travail, on les remet à l’eau pendant deux jours, & on les retire pour faire encore une femblable opération. S’il s’en trouve qui ne foient pas encore aflez ramollies, on les remet dans l’échange une troifieme fois, pour un jour , 8c on les caife de nouveau : toutes ces opérations fe font pour les rendre aufli molles que fl elles venoient d’être levées de dedus le corps de la bête , après quoi on .les met au plain; c’eft un trou creufé en terre de la profondeur de quatre à cinq pieds fuivant le befoin & large à proportion : on y met 40 à yo féaux d’eau ; on y verfe un tonneau de chaux , qu’on laide éteindre ; douze à quinze heures après, on la remue avec unbouloir , qui n’efl:autre chofe qu’un maillet emmanché d’une perche ; on y remet encore de l’eau , on la remue encore pour y renverfer les peaux qui font en état d’être mifes en plain neuf, c’eft-à-dire, qui font les plus avancées : on les prend les unes après les autres ; un Ouvrier les enfonce avec une perche à mefure que l’autre les tire de la pile ; on les laide dans le plain un jour entier, & quelquefois plus , fuivant le befoin ; à mefure qu’on les retire, on les met en retraite , c’ eft-à-dire en pile, bien déployées , & de façon que les têtes fe trouvent toujours fur les queues. Les peaux dont nous avons parlé (147) , & qui viennent d’être caffées , fe mettent dans un plain le plus ufé ; le jour fuivant, on les met en retraite , puis on les fait padfer dans d’autres plains moins ufés , ainfi de fuite jufqu’à ce qu’elles fe pelent facilement. ( Voyez l’Art du Tanneur. }
- 149. Lorfque le temps eft venu de les peler , on les met dans le bon plain* fans remuer la chaux, pour les y laver, pour en ôter la chaux dont elles font chargées , enfuite on les tranfporte à la riviere pour les laver en grande eau & les peler tout de fuite, en obfervant de féparer la bourre blanche d’avec la rouge, parce que la première eft bie n plus chere. On les met dans une échange pendant la nuit, on met une grande perche en long, groffe comme la jambe ; aux deux bouts de cette perche, font deux chaînes qui font attachées à deux gonds, 8c qu’on haude & baiffe pour pofer & retirer les peaux qui ont été pelées, & qu’on y laiffe tremper la nuit.
- 1 jo. Quand les peaux ont pris l’eau , on les retire à mefure que l’Egorge-teur en a befoin pour les mettre fur le chevalet, la tête en bas, & les égorge* ter. On fe fort pour cela d’un couteau fort tranchant, on écharne jufqu’au vif, & de façon que le côté de la chair fo diftingue à peine de celui de la fleur ; on rogne beaucoup plus que dans tous les autres travaux de riviere ; on amin~
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- cit la gorge 8c la tête de maniéré qu’elles foient auffi minces que le relie de la peau , en coupant aufli les oreilles, les queues & autres extrémités. Çes parties fuperflues fervent à faire de la (colle pour coller les chaînes des 'étoffes de laine ; on fait fécher cette colle fur des carreaux de chambres en l’étendant bien mince ; & lorfqu’elie efl bien feche , elle fe leve comme une toifon : on la vend 30 à 3 J liv. le quintal. Après cette première opération , on remet les peaux le foir à l’eau dans l’échange ; & le lendemain on les écharne fur un chevalet, avec un fer beaucoup moins tranchant que celui dont on vient de parler, afin d’en faire tomber toutes les chairs. Après quoi on les remet encore le foir à l’échange. Le lendemain matin , trois Ouvriers les mettent une troifieme fois fur ces chevalets pour leur donner une façon fur la fleur , & en faire fortir la chaux. Dès les huit heures du matin cet ouvrage efl fini ; & pendant qu’on y travaille, un quatrième Ouvrier fait du feu avec des mottes , fous ùne chaudière de cuivre, pour faire chauffer de l’eau, 8c alu-ner les peaux.
- iyi. Four aluner, on met dans une grande cuve trois ou quatre féaux de merde de chien ; lefquels trois à quatre féaux ne font guere que deux féaux de Porteurs d’eau de Paris. Cette merde de chien fe nomme Alun; fi l’on en manque, on y mêle de la fiente de poule ; elle efl trop vive, & on s’en fert avec précaution; fur cette merde de chien on jette un grand feau d’eau pour la détremper, après quoi l’Ouvrier entre dans la cuve, & avec fes fibots, il la délaye , 8c y verfe de l’eau jufqu’à moitié de la cuve. L’Aluneur de fon côté verfe l’eau de fa chaudière dans cette cuve , la mêle avec l’eau froide ; après quoi ils jettent les peaux , les remuent, & les tournent pendant quelques moments avec de grands bâtons ; cela fait, on reprend l’eau de la cuve pour la faire chauffer dans la chaudière, 8c on laifle les peaux une heure dans la cuve. On les range en fuite dans un coin de la cuve , où on les Retient par le moyen de deux bâtons en croix ; on tire l’eau de la chaudière feau à feau, on la met dans le vuide de la cuve en la remuant bien pour la mêler avec la froide & empêcher qu’elle ne brûle les peaux. Quand l’eau a acquis le degré de chaleur convenable dans la cuve, on leve les croix de quartier pour remuer 8c tourner les peaux avec force , jufqu’à trois reprifes.
- Après avoir tourné les peaux dans cette efpece de coudrement, on reprend une fécondé fois l’eau de la cuve pour la faire chauffer dans la chaudière, 8c après une pofe d’environ une demi-heure, l’Aluneur les tire de fon côté 8c remet la croix de quartier derrière les peaux , afin de les jetter dans le vuide à mefure qu’il les manie & les fait bouffer ; il examine celles qui font les plus minces, il voit le progrès quelles ont fait, 8c donne l’eau chaude à proportion qu’il en voit d’avancées. On met l’eau chaude avec beaucoup de cir-confpeélion ; on enfonce le bras au fond de la cuve pourconnoître le degré de
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- chaleur, on remec encore un feau ou deux d’eau chaude, & levant la croix de quartier, on les tourne vivement ; on remplit toujours la chaudière,& l'on met le bras dans la cuve de temps en temps pour favoir fi l’eau refroidit; eu été , on. a plus de mefures à prendre qu’en hiver.
- i J2. Un quart-d’heure après, l’Ouvrier ramafle les peaux à fon bord , mec la croix de quartier, Sc les examine avec attention en les faifimt bouffer, en les développant en long Sc en large ; Sc quand il trouve qu’elles fe prêteht Sc s’alongent bien , Sc font comme prêtes à fondre , il juge alors qu’il eft temps de les retirer ; il en tire pour cette première fois , une ou deux douzaines, qu’il met dans des féaux , après quoi il vuide feau chaude comme ci-deffus , & les tourne trois à quatre fois ; il remplit la chaudière ; un quart-d’heure après , il les attire vers lui, met la croix, & il en retire du coudrement un plus grand nombre ; s’il en avoit laide de celles qu’il* a retirées la première fois , ou qu’il en laiffât de celles qui font prêtes, elles feroient en danger de fondre & de faire fondre celles qui font avancées, fans être même à leur dernière perfeélion. C’eft ici que toute l’attention de l’Ouvrier eft néceflaire ; comme les peaux font plus difficiles à paffer les unes que les autres, il arrive que les unes font prêtes , tandis que les autres font encore bien éloignées de l’être ; il faut quelquefois fix ou fept heures pour que les plus fortes foienü alunées , ce qui oblige de répéter les mêmes opérations en augmentant toujours la chaleur jufqu’à la fin. A mefure qu’il s’en trouve de prêtes, on les met fur le chevalet, Sc on les foule avec le fer par-deffus la chair pour les allonger & les nettoyer; s’il s’en trouve fept à huit de trop fermes , on les lailïe dans la cuve, tandis qu’on coule les autres.
- I j'3. Lorfque tout a été tiré de la cuve, on en fait fortir l’eau parla bonde; Sc après l’avoir bien lavée , on la remplit d’eau de riviere jufqu’à moitié ; on y lave les mêmes peaux les unes après les autres, & on les tourne par trois repri-fes avecles bâtons , toujours dans la même eau, où l’on met une corbeille de tan, après quoi on les tourne encore trois fois ; cela fait, l’Aluneur les attire à lui, les repaffe en les maniant &J.es faifimt bouffer pour ôter les taches de tan ; il les tourne trois fois dans la cuve , où il les laiffe.
- XJ4. Le lendemain, la Couturière vient lever ces peaux, & les met égoutter fur des planches ; après quoi elle les tranlporte à fon laboratoire, où elle les prend les unes après les autres pour examiner & recoudre avec une aiguille ordinaire les petits trous qui fe font formés dans les peaux par les cou-telures du Boucher , ou par le fer de l’Egorgeteur, qui en enlevant les deux tiers de leur épaiffeur, eft fouvent expofé à entamer la peau ; elle coud enfuite le corps de chaque peau en forme d’outre, excepté la culée, de maniéré que la chair eft en dehors; elle prend pour cela un petit carrelet fait exprès Sc plat par la pointe ; & avec un gros fil double, elle prend un côté de la peau a deux lignes du bord , Sc l’autre après de fix lignes ; elle rabat celui-ci fur le
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- premier en forme d’ourlet, roulé furlui-même, mais fans le ferrer, pour lai fier à feau la liberté de fe retirer doucement ; car ery ferrant trop fa couture , il fe formeroit tout autour une maniéré de corne noire ; l’Auvergneur les retourne , 8c metdans chaque peau une quantité de tan proportionnée à fa grandeur. Après quoi la Couturière ferme la culée jufques auprès des pattes , afin de donner entrée à la douille de cuivre d’un entonnoir de bois. Cela*fait, l’Auvergneur tranfporte les peaux remplies de tan auprès de fàcuve, & jette les peaux qui ont été précédemment dans la cuve , fur un râtelier, pour les découdre. La cuve doit être à moitié pleine d’auvergne, qui n’efl autre chofe qu’une eau que l’on tire d’une autre cuve dans laquelle on a vuidé les peaux, ou jetté le tan dont on les avoit remplies auparavant ; pour tirer au clair l’eau de cette cuve qui efl ovale ainfi que les deux autres, on met une porte à un bout pour former un vuide, pendant que le relie delà cuve efl; plein de tan, 8c l’on tire l’eau qui fe filtre à travers ce tan, & que l’on fait chauffer dans une chaudière avant de la verfer dans la cuve où l’on doit chipper ; ou auvergner, comme l’on dit à Verneuil. *
- iyy. Lorfque l’eau qu’on a vuidée de la cuve au tan dans la chaudière, eli fuffifàmment chaude,on la verfedans cette même cuve où l’on doit auvergner ; mêlée avec l’eau froide qui étoit dans la cuve, elle ne forme plus qu’une eau tiede ; l’Ouvrier prend une de fes peaux, 8c par le moyen de fon entonnoir, il y met un petit feau d’eau, la lie avec un petit cordon de peau qu’on a lailFé fur les queues à cet ufàge , & quand il a fini de les remplir de la même quantité d’eau, il les laide repofer pendant une heure. En attendant, il fait chauffer d’autre eau qu’il tire de la même cuve dont il avoit tiré la première s il met un râtelier à un bout de la cuve pour féparer & retenir les peaux, & les prend en les paffant par-defius le râtelier pour les emplir le plus qu’il peut par le moyen de fon entonnoir 8c de fon petit feau, & il les lie bien pour que l’eau fe filtre tout doucement à travers les coutures ; cette opération fait enfler les peaux comme des balons, & elles forment une pyramide dans la cuve. On répété cette opération une troifieme fois en les lai fiant repofer une heure à chaque fois, 8c en donnant toujours un nouveau degré de chaleur. Il faut avoir égard au degré de plain que les peaux ont eu , c’efl-à-dire, donner moins de chaleur à celles qui ont eu plus de plain, & beaucoup de chaleur à celles qui ont eu peu de plain ; mais cela demande beaucoup d’expérience dans l’Auvergneur.
- iy<5. Le lendemain , on fait la même opération dans une troifieme cuve, pendant qu’on laifle dans leur cuve les peaux delà veille , fe nourrir du tan dont elles font pleines. Le fürlendemain , on leve toutes les peaux de la première cuve que l’on fait égoutter fur un râtelier qui efl; foutenu par deux ef-peces de petits chevrons , appuyés fur les bords de la cuve. Quand elles font * Le Supplément du Diâ. de Trévoux explique mal le mot Chippcr»
- égoutées,
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- égoutées , on les jette fur le râtelier de la cuve, où Ton doit les découdre Sc les vuider de leur tan ; & àmefure qu’on les découd, on les ploie la chair en dedans pour les porter enfuite au bord de iariviere , où on les lave par~deiïus la fleur; un autre Ouvrier les prend Sc les pofe en travers fur un treteau où on les laifle égouter, après quoi on des porte dans des hangars faits exprès; on les ouvre par les deux pattes de derrière, Sc on les pend la tête en bas à des clous éloignés de fix pouces l’un de l’autre.
- 157* Lorfqu’elies font bien feches, on.en fait des piles ,8c on les y laifle jufqu’au temps où on les envoie à Paris. Quand le moment de l’envoi eft venu , fi c’eft en été , on les jette tout au travers des Halles pour leur faire prendre la rofée , ÿc dès le grand matin les Ouvriers les prennent pour les dreffer , c’eft-à-dire , les paffer fous le fabot, afin d’abattre les coutures, de les tirer de tous fens & les rendre fouples comme des gants. Pour les mettre en fixains, on fait douze ou quinze fortes de différentes grandeurs, qu’on réduit à fix , afin que les plus grandes foient deflus Sc deffous le fixain, qui eft attaché par la tête avec de la ficelle, Sc deux attaches pour les retenir. Pour finir les peaux feches en poil, au moyen de toutes les opérations précédentes jufqu’au point de les mettre en fixains , il faut fix fe main es en été , mais en hiver , il en faut au moins huit.
- iy8. On a dû être furpris de voir le nom Y Alun donné à 'un confit dé chien; fans doute qu’autrefois on les paffoit en alun , 8c que l’on aura con-fervé le nom d’un travail oublié.
- Nous avons dit qu’au défaut de crottes de chiens, on s’eft fervi quelquefois de fiente de poules qui produit prefque le même effet : cette matière abat la peau, la corrode, l’amincit, empêche que le grain ne fe forme enfuite à la fleur ; les peaux ainfi alunées font fi minces qu’on les prendroit pour une toile légère & qu’on voit le jour au travers pour peu qu’un Ouvrier fè né-glige , que l’eau foit trop chaude, ou qu’on y laifle les peaux trop long-temps, elles font tellement altérées que les parties minces fe déchirent enfuite, ou dans l’auvergne (15*5) , ou chez le Relieur.
- iyp. Le tonnerre & les brouillards nuifent aces fortes de peaux, & on tâche de les travailler, autant qu’il efl: poflîble, dans le Printemps Sc dans l’Automne.
- "160. Qn paffe de la même maniéré les peaux de porcs pour couvrir de grands livres d’Eglifes ; ce font les plus dures de toutes.
- 161. Les bafanes ou moutons tannés qui fervent aux Relieurs, ne font point alunés comme les veaux (iyi); ils n’ont befoin que du plain & de l’auvergne: le travail eft à peu près le même que celui des veaux. Il y a des bafanes chippées Sc des bafanes de couche: les premières font coulues tout autour ainfi que les veaux; les autres ne fe coufent point comme dans le chippage ou coudrement que nous avons expliqué : nous avons déjà par-,
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- lé du cuir fippé ou chippé dans l’Art du Tanneur, art. 23* y.*
- Les Tanneurs de Verneuil Sc de l'Aigle font perfuadés que la qualité de leurs veaux d'alun ne vient que de la qualité de l'eau de leur pays, qui eft molle Sc battue , Sc qu'envain on tenteroit ailleurs de les imiter : cependant les petites Villes des environs ën font quelques-uns ; mais leur bénéfice eft peu confidérable. Il eft vrai qu'on a fait à Paris des elfais qui n’ont pas bien réuffi ; mais je crois qu’avec des tentatives Sc des expériences , on parvieq. -droit à faire mieux. M. Barrois, Directeur & Intérelfé de la Manufaélure de S. Hippolyte, fe propofè de l'entreprendre : il y a été invité par M. le Lieutenant de Police, dans le temps ou les Tanneurs de Verneuil fe font accordés à augmenter de fix livres par douzaine le prix de leurs veaux, & à n’en pas donner à moins de trente-huit livres. Une petite peau d’une livre & demie fe vend à raifon de vingt fols la livre , une peau de deux livres ou deux livres Sc demie fe vend fur le pied de 21 à 22 fols la livre.
- 162. Les raifons que l’on donne de cette augmentation de prix fe rédui-fentà trois: i°. Les Etrangers enlevent nos meilleures peaux, & répandent fur les autres une extrême cherté : 20. Les Bretons font dans l’ufâge de tuer leurs veaux au bout de huit à dix jours ; s'ils les gardoient feulement un mois, cela produiroit une abondance de peaux. Actuellement qu’ils veulent les vendre à la livre, une peau qui pefe une livre Sc demie peferoit deux livres ou deux livres Sc demie : 30. Les Tanneurs font des crédits de deux à trois ans aux Relieurs de Paris , avec qui ils courent des rifques : il n’y a que des Marchands fort riches qui puiflent faire ce commerce. Si l’on achetoit les peaux argent comptant > les petits Tanneurs pourroient afpirer à la concurrence, Sc il s’en formeroit peut-être une multitude avec un bénéfice modique. Cela feroit d’autant plus utile que les gros Marchands étant en petit nombre Sc faifànt des fortunes rapides , font à portée de convenir entre eux , de fixer des prix , & de faire manquer de reliures la Ville de Pariscomme cela eft arrivé il y a quelques années.
- 163. MM. Drouin , Sc M. Loche, de Verneuil, fourniifent à Paris chaque année près de trois cens grolfesde veaux d'alun, ( c’eft quarante-trois mille deux cents ) & les apportent chacun tous les trois mois, ceux de l’Aigle en font beaucoup moins, & ils p’ont pas de temps fixés pour leur vente.
- 164. Quand un Marchand eft arrivé, le Clerc de la Communauté des Relieurs va chez les Maîtres pour les avertir qu’un tel jour on doit lotir les veaux d'un tel Marchand ; on forme des lots tantôt de deux fixains , tantôt de fix à proportion de l’abondance des marchandifes ; chaque Relieur a un Jetton marqué du poinçon de la Communauté Sc du nom de celui à qui il appartient. On met tous lesjettons dans le bonnet d’un enfant à qui on les fait tirer : le premier tiré a le premier lot, & ainfi des autres.
- Les Peauffiers ont droit fur la moitié de ces cuirs 5 mais communément i^ les revendent aux Relieurs.
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- i6$\ Quand le Relieur veut employer ces veaux d’alun à couvrir des Livres , il les trempe dans l’eau, les tord , les ratifie fur une douve ou planche convexe , en forme de chevalet /avec une Dague, qui n’efl qu’une lame de fabre à deux manches : la dague ne coupe point ; mais elle étend la peau > l’amincit , la nettoye & en ôte le tan qui pourvoit y relier attaché, comme le butoir des Corroyeurs (l 2).
- 166. On taille la peau par morceaux de grandeur convenable , on étend ces morceaux fur une pierre bien polie pour les parer , c’eft-à-dire , enlever une couche du côté de chair fur les bords & dans les endroits qui font trop épais : le couteau a parer eft fait & emmanché à peu près comme lê cifeau d’un Menuifler ; mais il eft fort tranchant , fort mince , Sc on le promene obliquement fur la peau ; les têtes ou les parties les plus épailfes ont fur-tout befoin d’être parées.
- 167. Après que la peau eft parée, on la colle fur le Livre, on bat le plat du Livre, on le met en prefle, on y applique une ou deux couches de blancs d’œufs qu’on laifife fécher , & on le polit avec un fer à polir un peu convexe lifte & chaud.
- Je pafle légèrement fur cette elpece de Corroyerie qui fe fait chez le Relieur , parce qu’elle fera traitée plus au long dans l’Art du Relieur que l’Académie fe propofe de décrire.
- Du Chagrin.
- ï68. Le Chagrin eft une des plus belles préparations du cuir; ainft nous ne la féparerons pas de l’Art du Corroyeur : mais on fçait très-peu de chofe à ce fujet. Un Auteur fort connu nommé Borel, a cru qu’il fe faifoit avec la peau d’un poifton qu’il nomme Chat-Marin , enforte que du mot grain de chat, on avoit fait celui de chagrin ; d’autres Auteurs aflurent que le chagrin eftfait avec une peau de cheval, d’âne ou de mulet. Pomey, dans fonHiftoire générale des Drogues, liv. 1. pag. 40. édit, de 165)4. dit que c’eft un animal d’une elpece particulière fort commun en Turquie & en Pologne, duquel les Turcs & les Polonois fe fervent pour porter leurs bagages, comme nous faifons ici des mulets.
- 165). On ne prend que la croupe de la peau , on y feme & on y écrafe de la femence de moutarde, on la lailfe expofée aux injures de l’air pendant quelques jours ; enfuite on la tanne, fuivant Pomey copié par Savary dans font Diélionnaire du Commerce : mais ce tannage eft bien different du nôtre ; car le chagrin reflemble plus à du parchemin qu’à toute autre chofe.
- 170. Les Marchands tirent les peaux de chagrin de Conftantinople, de Tauris, d’Alger , de Tripoli & même de Pologne ; mais celui de Pologne eft plus lèc, & prend moins la teinture. Le chagrin gris de Conftantinople eft le meilleur de tous, le blanc eft le moindre.
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- 171. Le chagrin eft très-dur quand il eft fec ; mais il fe ramollit dans l’eau comme le parchemin , ce qui le rend propre à couvrir différents ouvrages. Voyez Pomey, l’Encyclopédie, le Dictionnaire du Commerce.
- 172. On contrefait le chagrin avec du marroquin ; mais le faux chagrin s’écorche fous l’ongle , 8c c’efl à quoi on le diftingue : les peaux tannées n’onc pas la fleur allez dure ; mais le chagrin de Turquie n’eft point tanné, 8c a naturellement la fleur bien plus dure qu’une peau de chevre dont on fait le marroquin. (Voyez l’Art de faire le Marroquin. )
- 173. Le Chien de mer ou la Rouftette, eft une peau de poiflon encore plus dure que le chagrin de Turquie, mais naturelle & qui fert en forme de lime ou de râpe pour adoucir le bois.
- 174. Le cuir bouilli eft un cuir de bœuf ou de vache bouilli dans de la cire mêlée de quelques gommes , réfines ou colles dont les Gaîniers font un fecret. L’art. 13 des Statuts des Gaîniers de Paris qui font du 21 Septembre ij 60, porte que nui Maître ne pourra faire de bouteilles de cuir, que le cuir ne foit de vache ou de bœuf, parce que autre cuir n’y eft pas propre, & que lefdites bouteilles foient boulues de cire neuve 8c non d’autre , 8c coufues de deux coutures à doubles chefs, bien & dûeraent. Dictionnaire du Com_ merce-t. 2. col 796. édit. de 1740.
- De la Communauté des Corroyeurs de Paris.
- 17J. Les Statuts des Tanneurs , Corroyeurs , Baudroyeurs , Cordonniers & Sueurs de Paris, donnés le 6 Août 134J, par Philippe de Valois , prouvent que les Corroyeurs faifoient alors avec les Tanneurs un feul& même Corps: nous ne favons pas en quel temps ils ont été féparés, & fi l’on donna pour ors aux Corroyeurs des Statuts particuliers : nous avons cherché à en avoir connoiffànce ; mais les Jurés & Anciens de la Communauté affemblés au nombre de trente, ont certifié par écrit à M. le Lieutenant de Police le 8 Mai 176*) , qu’ils n’avoient point d*autres Statuts que ceux de I34J, ainfi nous renverrons à ceux-là que nous avons inférés dans l’Art du Tanneur, pag. 98.
- 176. Non-feulement on fépara les Tanneurs, des Corroyeurs, on fit même de ceux-ci deux Communautés differentes ; car on voit par un Arrêt du 6 Septembre 1567, que les Corroyeurs &les Baudroyeurs forrnoient deux Corps diftinéls & féparés : les Baudroyeurs feuls dévoient faire le cuir en baudroi pour faire ceintures à ceindre, harnois de chevaux , traits de harnois, & femelles, 8c ce de cuir de bœufs & de vaches baudroyés de bon fuif, & féchement ; comme aufll des cuirs de veaux baudroyés , liftes , Servant à doubler harnois de chevaux , 8c cuirs de vaches de Barbarie ; lefquels ouvrages étoient défendus aux-Corroyeurs. Mais la Sentence qui l’avoit ainfi ordonné fut réformée par l’Arrêt du 6 Septembre 1J67. « Qui ordonne que
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- »> les deux métiers de Corroyeurs St Baudroyeurs feront unis & incorporés »* en un feul de même métier portant le nom de Corroyeurs & Baudroyeurs de » cuirs , pour être régis St gouvernés fous les mêmes Statuts , Privilèges & «Ordonnances, St par mêmes Jurés ; auquel métier de Corroyeurs-Bau-droyeurs de cuirs, nul ne fera dorénavant reçu qu’il n’ait fait chef-d’œuvre en corroy de baudroy, St feront tenus les apprentifs dudit métier, lèrvir continuellement de lans aucune dilcontinuatîon un feul St même Maître par le temps & efpace de cinq ans , continuels St confécutifs, St où ils auroient difcontinué, leur fera rabattu le chaumage qu’ils auront fait, fi ce n’efl en cas de maladie ou autre légitime excule ; lefquels apprentifs auparavant qu’ils puilfent être reçus à demander aucun chef-d’œuvre, feront tenus de faire apparoir du brevet de leur apprentifiàge palfé pardevant Notaires aux Jurés dudit métier de Corroyeur & Baudroyeur, avec certification de leur Maître de l’avoir bien & fidèlement fervi, & ce fait feront tenus lefdits Jurés leur bailler chef-d’œuvre^ lequel chef-d’œuvre fera tenu, celui qui voudra être maître , faire en la maifon de l’un des quatre Maîtres Jurés, fans qu’aucun autre puiife aider ou mettre la main audit chef-d’œuvre, lequel chef-d’œuvre fait & accompli fera vu St -vifité par les quatre Jurés defdits métiers , avec fix Bacheliers d’icelui qui feront nommés par le Prévôt de Paris, St où ledit chef-d’œuvre fe trouvera bien St dûement fait, St tel rapporté, fera reçu à la maî-trife fans qu’on lui puiife demander qu’il foit tenu faire aucuns banquets ou fefiins , pour parvenir audit degré de maîtrife, finon pour le regard defiJits Jurés la fomme de 16 fols parifis pour chacun, feulement, « fans y compren-« dre, dit le Roi, notre droit qui a accoutumé de fe payer, & lequel droit » fera tenu de payer auparavant qu’il puiife lever ni tenir la boutique.
- Ne pourront néanmoins les Maîtres dudit métier de Corroyeur St Baudroyeur,outre leurs enfans, avoir plus d’un apprentifàla fois, hormis au commencement de la cinquième année de leurs apprentifs, qu’ils en pourront prendre un autre pour pendant la cinquième année qui reliera à parachever lui être montré la manufaéture dudit métier ; lefquels Maîtres dudit métier ne pourront contraindre leurs apprentifs St valets de befongner auparavant cinq heures du matin, & outre les huit heures du foir.
- Et feront pour la conduite, réglé St gouvernement dudit métier pris quatre bons & notables perfonnages pour être Jurés félon leur degré de ré-ception , & fans qu’ils puilfent faire aucune élection ; lefquels feront tenus faire de prêter le ferment pardevant notredit Prévôt ou fon Lieutenant, de bien de fidèlement gouverner ledit métier, faire les vifitations bien de dûement , faire bons de loyaux rapports d’icelles , dedans les vingt-quatre heures de la capture des ouvrages qu’ils auront trouvés être défedleux ; fur peine de dix livres parifis , en leurs propres de privés noms. Et où par l’ilfue de leurs rapports les ouvrages fe trouveront être vicieux, l’amende ou con-
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- fi (cation , fi il écbet, qui fera par juftice ordonnée (era applicable lin tiers aux
- Jurés du métier* un tiers aux Pauvres de la Ville de Paris* & un tiers à Nous.
- Fait notredite Cour inhibitions & défenfes auxdits Corroyeurs-Baudroyeurs de mettre & employer à la manufacture dudit métier aucune graifife de cheval ni autres , ains leur enjoint de mettre bon fuif loyal 8c marchand , 8c à cette fin feront tenus les Jurés de faire diligente perquifition des contraventions * & ce fur peine d’amende arbitraire * fi par la vifitaticn & rapport quifè fera defdits cuirs tant de corroy que baudroy* lefdits cuirs fe trouvent brûlés 3c en conféquence médians ; feront iceux cuirs* ars 8c brûlés par les Jurés dudit métier fans aucune diifimuîation devant l’Hôtel de celui de la poffefîion duquel ils auront été trouvés * & outre feront condamnés en dix livres parifis d’amende * applicable comme deiTus.
- « Fait notredite Cour inhibitions & défenfes aux Maîtres & à toutes autres «a perfbnnes d’aller au-devant des denrées & marchandifes qui viendront en » cette Ville de Paris* fur peine de confifcation defdites marchandifes & d’a-« mende arbitraire* applicable comme de (Tus ; & néanmoins où il fe trouve-roit qu’aucun achat eût été fait de cuirs ès halles deftinées pour ledit cuir en cette dite Ville de Paris * foie par les pauvres ou par les riches dudit métier,
- fera loifible aux autres dudit métier de demander leur lot de ladite mar
- « ***
- chandife * en payant comptant ce que vaudra leur lot & part & portion, ayant égard à l’achat qui aura été fait.
- Et a notredite Cour ordonné que le préfènt Arrêt fera lu 8c publié au Parquet du Châtelet de Paris , enfemble à la rue de la Baudroyerie ; en témoin de ce nous avons fait mettre notre feel à ces préfentes. Donné à Paris en notre Parlement le fixieme jour de Septembre l’an de grâce 1y £7* & de notre régné le feptieme.
- Etat actuel de cette Communauté.
- 177. La- Communauté ainfi réunie des Maîtres Corroyeurs-Baudroyeurs en fuif, graife * huile & couleurs * eft régie par deux Doyens * quatre Jurés de la Vifitation Royale * ou grands Jurés * & deux Jurés confervateurs» Les Jurés de la Vifitation Royale font tenus de pourfuivre les affaires de la Communauté , fuivant le pouvoir qui leur en eft donné par les Doyens & autres* & de fournir aux frais chacun leur part 8c portion * lefquels ils couchent dans, les comptes qu’ils rendent en forçant de la Jurande * pour en être rembour-fés par ladite Communauté; & en cas de refus par aucun defdits Jurés de contribuer & payer fa part defdits frais * il demeure déchu de la Jurande * & il entre en fa place un autre Juré fuivant l’ordre du tableau ; il eft fait défenfes auxdits Jurés de recevoir aucuns Maîtres * & intenter aucun Procès fans en donner avis aux deux Doyens * 8c fix anciens de la Communauté. Les Doyens *. Anciens 8c Jurés * peuvent faire des affemblées pour les affaires de
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- ART DU CORROYÉ U R. 47
- la Communauté fans qu'ils foient tenus d'y mander ceux qui n'ont point paf-fé par les charges. ( Arrêt du 13 Mars 1666. )
- 178. Le 21 Août 1658 , il y eut Arrêt au Parlement, fur l'appel d’une Sentence du Châtelet du 20 Juillet r <5^*S , entre les anciens Bacheliers Cor-royeurs-Baudroyeurs de la Ville de Paris avec les autres Maîtres dudit métier 3 & François Denife, Corroyeur, demeurant hors de Paris 3 par lequel il efl: ordonné que par ci-après tous les Maîtres dudit métier qui ne tiendront boutique ouverte fix mois auparavant 3 ne pourront prétendre à la charge de Confèrvateur & autre Jurande ; que ceux qui auront paffé leur rang à ordre du tableau n'y pourront rentrer , & feront déchus 3 comme aufii ceux qui ne demeureront point dans la Ville.
- 17p. Le 23 Février 1660 y il y eut Arrêt confirmatif d'une Sentence du Lieutenant Civil du 9 Juillet 16^9 , par lequel il fut ordonné que Franque-nai comme plus ancien reçu en la charge de Confervateur feroit reçu Juré de la Vifitation Royale , quoiqu'il ne fût pas le plus ancien Maître. Il y avoit déjà eu une Sentence du 23 Juin 1649 , qui avoit ordonné qu'au fur & à mefure que les Jurés de la Vifitation Royale fortiroient de leur charge de Jurande 3 les plus anciens des Confervateurs 3 quoiqu'ils n'eufient achevé les deux années entreroient en ladite Jurande , le tout félon l'ordre du tableau. M. Brigallier, Avocat du Rendit à ce fujet que quand une fois l'avantage d'une première commillion a donné le pas & la préférence à un homme dans les charges du métier, il efl: raifonnable de le lui conferver dans la fuite , tant parce que la bienfeance femble blelfée en faifimt le contraire 3 qu’en ce que les premières charges qui font plus onéreufes feroient fouvent refufees 3 fi elles n'étoient le degré des fécondes 3 lefquelles font plus profitables 3 & ne doivent partant appartenir qu’à ceux dont les fervices paffés ont mérité quelque récompenfe. f
- Dans la Déclaration du 17 Juin 1692 , il efl dit qu'aucun Maître ne pourra être élu Juré de la Vifitation Royale qu’il n'ait exercé la charge de Juré de la confervation 3 c’efl:-à-dire, de petit Juré dans la Communauté des Corroyeurs.
- Des Vifites.
- 180. De tout temps 3 les Corroyeurs & les Cordonniers ont fait enfemble la vifite générale chez les Maîtres des deux Communautés. Dans la Déclaration du 17 Juin 1692 3 il efl: dit que les vifites feront faites par les Jurés Corroyeurs avec les Jurés Cordonniers fui van t l’ufiige obfervé de tout temps entre lefdites Communautés. Suivant la Sentence du 21 Mars 1711, les Jurés Cordonniers tenus de faire leurs vifites 3 conjointement avec les Jurés Corroyeurs, dévoient s’aifembler au Parvis Notre-Dame aux jours 8c heures qui leur feroient indiqués par lefdits Çorroyeurs. Par les Arrêts du Parlement du x6 Juin 1733 , & 17 Avril 1765 il efl: ordonné que les huit Jurés ; (avoir,
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- quatre de chacune des deux Communautés des Cordonniers 8c des Corroyeurs feront enfemble tous les deux mois la vifite ( ordonnée par la Déclaration du Roi j qui fut enregiftrée le 4 Septembre 1725) chez tous les Maîtres des deux Communautés; que ces vifites feront faites par ces huit Jurésaffiliés de l’Huiffier de la Communauté des Cordonniers feulement, à la première fommation qui fera faite , à la diligence de Tune ou l’autre def-dites deux Communautés à leur Bureau parlant à leur Clerc, dans les premiers jours du mois où la vifite devra être faite, à peine de 10 liv. d’amende contre les refilants de làtisfaire à ladite fommation , applicable à la Confrairie de celle des Communautés qui aura fait la fommation ; & feront lefdits huit Jurés & ledit Huiffier tenus de fe rendre & fe trouver au jour convenu entre les deux Communautés au devant delà grande porte de l’Eglife des grands Auguftins , pour aller enfemble & fans fe féparer, chez les Maîtres de l’une & l’autre Communauté, & fans que l’ordre de leur marche fok annoncé. Les trois vifites des mois de Novembre, Janvier & Mars durent depuis huit heures jufques à midi, & depuis deux heures jufqu’à quatre ; les trois autres vifites des mois de Mai, Juillet & Septembre commencent à fix heures du matin ,, & durent jufqu’à midi ; le loir c’efi: depuis deux heures de relevée jufqu à fept : lefquelles vifites fe feront fans interruption jufqu’à l’entiere perfection d’icelles, à l’exception des Mercredis, Samedis, Dimanches ou Fêtes ; & en cas que lefdits Jurés, dans le cours de leurs vifites, trouvent les Maîtres en contravention , ils feront dreffer leur Procès-verbal par l’Huiffier qui les affiliera , à l’effet d’être pourvu aux dites contraventions par le Lieutenant Général de Police au Châtelet de Paris. Les frais defquelles vifites feront fupportés lavoir,les deux tiers parla Communauté des Cordonniers comme plus nombreufe, 8c l’autre tiers par celle des Corroyeurs. Les Cordon* niers voulurent en 17575 fe difpenler de ces vifites ou les faire féparément ; mais il y eut Arrêt le 17 Avril 1765 , qui ordonna de plus fort l’exécution de tous les Réglements qui précédent.
- Règlements pour le Commerce des Cuirs.
- 181. La Déclaration du Roi du 20 Juillet 1662 , enregiftrée le 21 Août, renferme feize articles qui rappellent & confirment les anciens Réglements pour le commerce des cuirs à Paris, 8c les droits attribués aux Vendeurs de cuirs de cette Ville , qui avoient été créés par l’Edit de Juin 1627. Suivant cette Déclaration de 1662, tous les cuirs qui viennent à Paris, ou qui s’y fabriquent doivent être portés aux Halles pour être vifités, marqués & lotis ; fi Ion fe fert du miniftere des Vendeurs de cuirs, on leur paie un fol par livre, finon quatre deniers feulement. Les Corroyeurs , Cordonniers & autres arti-fàns employants cuirs, ne peuvent acheter des cuirs pour la fourniture de leur
- boutique,
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- rART DU C 0 R ROYEUR. 49
- boutique; que par de-là vingt lieues fuivant le Réglement de i^rq, Scils en payent les droits à Paris ; les Vendeurs de cuirs doivent faire la diftribution des lots, qui feront lotis 8c mis dans un fac ou bourfe, pour, après avoir été un long-temps remués , être tirés au fort 8c diftribués également làns aucune préférence,à ceux auxquels ils foroient échus : il eft défendu de prêter Ion lot à d’autres , & d’y mettre pour d’autres que pour foi. Il eft ordonné aux Bouchers de faire leurs déclarations, au Bureau des Vendeurs, de tous les cuirs provenants de leurs abattis qu’ils vendront aux Marchands Forains , & à ceux-ci de faire leur déclaration des cuirs qu’ils auront achetés, avec leur foumiffion d’en rapporter au moins les deux tiers tannés , fuivant les Ordonnances , 8c de donner caution.
- Défendu à tous Tanneurs , ou Trafiquants en cuirs, de faire vendre leurs cuirs par commiftîon, ou par autres que leurs enfants 8c forviteurs , ni de vendre des cuirs en plain ; mais ils doivent les ouvrer 8c façonner dans leurs maifons , fuivant les Ordonnances.
- r Le Lieutenant Civil eft chargé de tenir la main à ce que la Halle de Paris foit toujours fournie de cuirs pour la facilité & commodité du commerce, 8c à cette fin de fe tranlporter par-tout où befoin fora , dans la Ville 8c Fauxbourgs de Paris.
- 182. Il étoit important qu’une denrée de première nêceffité, comme le cuir, ne fût pas expofée à paffor par beaucoup de mains, dé peur que le monopole n’y établît la cherté : auffi l’on a toujours défendu de faire la revente des cuirs par commiffion, d’avoir des entrepôts de cuirs , de le commercer pour autres , 8c de l’acheter en deçà des vingt lieues de diftance à Paris. Le commerce des cuirs en regrat ou par commiffion d’autrui a été proforit récemment par des Sentences de Police des 3 & 23 Septembre 1743*, 8c du 23 Août 1749 ? avec dommages 8c intérêts, amende 8c dépens ; il y eut une Sentence du 12 Janvier 1748, qui ordonna laconfifoation des vaches en croûtes non travaillées du métier de Corroyeur, que le nommé Lavertu, Cor-royeur de Mouy près Beaumont-fur-Oifo, à onze lieues de Paris, avoit fait venir à la Halle pour y être vendues,
- La défenfo d’acheter des cuirs en deçà des vingt lieues a été renouvellée par une Sentence du 27 Juin 1747 ? 4U1 a confirmé la faille faite à la Halle aux cuirs de 148 cuirs de vaches amenés d’en deçà des vingt lieues ; afin que chaque Tanneur vendefon propre cuir, & que perfonne ne falfo le regrat 8c la revente des peaux pour en augmenter le prix.
- 183. Les cuirs qu’on acheté fur les Ports ou ailleurs doivent être conduits directement à la Halle fans aucun entrepôt, pour y être vus, vifités, contrôlés, marqués, vendus & lottis. ( Sentence du 18 Mars 1712. ) Les Jurés du cuir tanné qui marquent les cuirs à la Halle chacun pendant un mois alternative-, ment, reçoivent cinq fols pour leur droit,
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- JO ART DU CORROYE U R.
- 184. Les Corroyeurs ne peuvent corroyer ni perfectionner aucun veau ni autres marchandées quelles n’aient été d’abord conduites à la Halle aux cuirs , pour y être vues & vifitées par les Jurés prépofés, Sc enfuite marquées tant du marteau du Contrôleur de la Halle que par les Jurés vendeurs de cuirs, Sc par ceux des deux Communautés des Maîtres Cordonniers 6c Corroyeurs , à peine de y00 livres d’amende : les Privilégiés du Fauxbourg S. Antoine Sc du Fauxbourg S. Marcel , n’ont à cet égard aucun privilège, Ç Sentence de Police du 24 Novembre I74J. )
- i8y. Des cuirs forts, coupés Sc entamés fans aucune façon du métier de Corroyeur, font fujets à être fàifis chez un Corroyeur. ( Sentence du 10 Novembre 1711. ) On fuppofe qu’il les revend comme fimpie regratier, ce qui eft défendu.
- 186. Il eft défendu aux Corroyeurs d’avoir plufieurs ouvroirs ou boutiques ; Sc les cuirs feroient fàififlàbles dans une maifon ou le maître Corroyeur n’habiteroit pas lui-même , quoiqu’il déclarât que c’eft pour lui qu’on les travaille. ( Sentence du 8 Mars 1748, )
- 187. Les lotiiïàges des peaux, fuivant un Arrêt du Confèil du 19 Juin 1745 , doivent le faire à la Halle par égalité, Sc à proportion du nombre des Privilégiés Sc de celui des Maîtres , à peine contre les contrevenants qui prêteront leurs noms , & ceux des Maîtres qui s’en fèrviront, du triple droit & de roo livres d’amende applicable au profit de la Communauté.
- 188. Les Chambrelans & autres Ouvriers fans qualité, fous prétexte des lieux privilégiés dans lefquels ils réfident, ne peuvent fe préfenter à la Halle pour y lotir Sc acheter, concurremment avec les Maîtres , les cuirs qui y font apportés par les Marchands Forains Sc les Tanneurs : ils doivent fe fournir dans les boutiques, Sc défendu aux Maîtres de prêter leurs noms, à peine d’amende , même de déchéance de la maîtrifè , en cas de récidive. ( Arrêt du Parlement du|i6 Juin iyy6. )
- 189. Chacun doit lotir pour lui feul , & en perfonne ; il y a une Sentence du Lieutenant Général de Police du 27 Février 1699, qui ordonne que l’Arrêt de 1662 , Sc la Sentence du 20 Juin 1698, feront exécutés, ce fai— fant que les cuirs feront lotis en conformité des Arrêts Sc Réglements entre ceux des Communautés employant cuirs qui feront préfents; défenfes de les enlever qu'ils n’aient été expofés,publiés & lotis ; enjoint à ceux auxquels les lots feront échus, de les enlever en perfonne fans pouvoir fe fèrvir du mi-niftere d’autrui pour quelque caufe que ce foit.
- 190. Il eft même défendu par un Arrêt du Confèil du 30 Juillet 173 7 > aux Corroyeurs Sc aux Cordonniers d’envoyer leurs femmes à la Halle aux cuirs pour y lotir avec les Maîtres, Sc aux femmes d’y aller, finon quand leurs maris feront malades, ou abfents hors de la Ville Sc banlieue de Paris, defquel-les maladies ou abfences elles font tenues de rapporter des certificats en bon-
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- ne forme ; il leur eft de même défendu de donner le denier-à-Dieu, ni de faire aucunes déclarations, hors des cas de maladie ou d’abfence. Dans le vu del’Ar-rêt, il eft fait mention de la Sentence du Châtelet du 16 Septembre 1643 , confirmée par Arrêt du Parlement du 4 Août 1646, Sc par l’Arrêt du Con-feil du 14 Mai 1697, qui portoient la même défenfe ; Sc d’une Sentence de la Prévôté de l’Hôtel du 30 Septembre 16$6, entre les Doyen Sc Jurés de la Communauté des Corroyeurs, & les Privilégiés Corroyeurs fuivant la Cour , qui fait défenfes à ces derniers , & à tous autres Corroyeurs, d’envoyer leurs femmes à la Halle aux cuirs. Il eft fait mention aufîî de Sentences de Police du 9 Juin 1671,3 Oétobre 1698, 26 Mars 1700, 11 Mars 1724, Sc 17 Août 173 <5, qui toutes ordonnoient la même chofè.
- Nous avons parlé ci-delfus du lotiftage des veaux d’alun qui fe fait entre les Relieurs (164) ; ainfi nous n’en dirons rien ici.
- De r admlnifiratlon des deniers delà Communauté des Corroyeurs.
- 191. Le Receveur en charge de la Communauté des Corroyeurs ne doit fe défaifir d’aucuns deniers appartenants à la Communauté, qu’en vertu d’un pouvoir & d’une délibération écrite fur le.Regiftre de la Communauté, Sc faite en l’affemblée d’icelle. ( Sentence du 26 Janvier i72j. )
- 192. Les failles font aux rifques des Jurés , & le bénéfice eft pour eux : cela fe pratiquoit déjà pour les failles faites par les petits Jurés ou Jurés confer-vateurs. Par une Délibération du 3 Février 1739? homologuée par Sentence du Lieutenant de Police du 18 Mars fuivant, il eft dit que la même chofe aura lieu à l’égard des JCirés delà Vifitation Royale : le bénéfice des faifies qu’ils font, eft appliqué à leur profit perfonnel ; Sc lorfqu’ils fuccombent dans leurs failles, ils en fupportent perfonnellementsles condamnations , fans que dans l’un & l’autre cas la Communauté profite des failles ou foit tenue des condamnations. Voyez cependant l’article 4 du Réglement qui fuit.
- 193. L’adminiftration des deniers de la Communauté a été fixée par un Arrêt duConfeil du 12 Juin 1749 ; à la fuite d’un Arrêt du 24 Juin 1747, par lequel on avoit demandé aux Syndics de toutes les Communautés l’état de leurs revenus , dettes Sc dépenfes, pour en faire faire la révifion par les CommilTaires établis pour la liquidation des dettes Sc révifions des comptes de la Communauté. Cet Arrêt du 12 Juin 1749 , contient les XIX articles fuivants.
- I. La Communauté des Corroyeurs fera tenue de nommer chaque année l’un des Jurés en charge, ou le Syndic en charge, à fon choix, pour êtrefpé-* cialement chargé de faire pendant l’année entière de fon exercice toute la recette Sc la dépenfe des deniers de ladite Communauté , donner Sc recevoir les quittances néceftaires, fans que fous aucun prétexte les Jurés fes collègues, ni aucun autre, puilfent recevoir aucune portion defdits deniers ,
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- ni faire aucun paiement qu'en fon nom & de fon confentement, dérogeant à cet effet Sc pour cet égard feulement, à tous réglements Sc ufages ace contraires. Veut au furplas Sa Majefté que les affaires de ladite Communauté contf nuent d'être régies par les Jurés & Anciens , en la maniéré accoutumée, fans que le Comptable puiffe s'attribuer aucune prééminence ni prérogatives fur fefdits Collègues, autres que d’être.chargé de la recette Sc de la dépenfe, & fans que cela puiffe d'ailleurs préjudicier à la folidité établie entre lefdits Jurés ni aux au très précautions qui pourroient avoir été prifes pour la fureté des deniers de ladite Communauté ; Sc en cas de maladie, abfence ou autres empêchements légitimes, l'un des autres Jurés en charge fuppléera aux fondions du Comptable, à qui il fournira des bordereaux de fa recette Sc dépenfe pour être employés dans le compte qui fera rendu à la Communauté, fans que ceux qui pourroient avoir ainfi géré, foient tenus ni même puiffent être admis à rendre un compte particulier à la Communauté.
- IL Le Juré ou Syndic Comptable entrant en charge, fera tenu d'avoir un regiftre journal qui fera coté & paraphé par le fieur Lieutenant Général de Police à Paris, dans lequel il écrira de fuite Sc fans aucun blanc ni interligne , les recettes Sc dépenfes qu'il fera , au fur Sc à mefure qu’elles feront faites, fans aucun délai ni remile; mettant d'abord la fomme reçue ou dé-penfée en toutes lettres , & la tirant enfuite à la colonne des chiffres , &aura foin à la fin de chaque page, de faire l'addition de tous les articles de chaque colonne dont il rapportera le montant à la page fuivante»
- III. Dans le cas où le Juré, Syndic ou Receveur Comptable fortanc d'exercice fe trouveroit reliquataire envers la Communauté par l'arrêté de fon compte., le Juré ou Receveur Comptable, fon fucceffeur, fera tenu de pour-fuivre le paiement dudit débet par toutes voies dues Sc raifonnables , & de juftifier defdites pourfuites par Pièces & Procédures, fuppofé qu'il ne puiffe en faire le recouvrement, à peine d'en répondre en fon propre & privé nom , Sc d’être forcé du montant dudit débet dans la recette de fon compte.
- IV. Le produit des confifcations Sc amendes prononcées au profit de la Communauté fera employé dans la recette des comptes & juftifié par le rap„ port des Sentences Sc Arrêts qui les auront prononcées ; & au cas que le recouvrement defdites amendes ne puiffe être fait par l’infolvabilité de ceux qui y feront condamnés , ledit Comptable en fera reprife, Sc elle lui fera allouée en juftifiant de fes diligences. N'entendant Sa Majefté interdire les voies d'accommodements à l'amiable entre les Parties , pourvu toutes fois que lefdits accommodements foient autorifés par le fieur Lieutenant Général de Police , auquel cas le Comptable fera tenu d'en rapporter la preuve par écrit.
- V. Il ne pourra être employé aucuns deniers de la Communauté pour les
- dépenfes de la Çonfrairie, de quelque nature qu elles puiffent être ? au moyen
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- de quoi la recette Sc la dépenfe concernant ladite Confrairie ne pourra entrer dans les comptes de la Communauté, faufaux Maîtres de Confrairie ou à ceux à qui l’adminiftratibn en efl: confiée, à rendre un compte particulier à la Communauté, de ce qu’ils auront reçu & dépenfe pour raifon de leur exercice, fans que ledit compte puifie être cumulé avec celui des deniers delà Communauté, ni en faire partie.
- VI. Ne pourront les Jurés délivrer aucunes Lettres ou Certificats d’appren-tiiïàge ou de réception àlaMaîtrife , qu’au préalable ils n’aient perçu en deniers comptants les droits attribués à la Communauté, pour raifon defdits brevets ou réceptions, fans qu’il leur foit permis de faire aucune modération, re-mife ni crédit defdits droits, à peine d’en répondre en leur propre & privé nom.
- VII. Ne pourront pareillement lefdits Syndic, Jurés ou Receveurs, fe char* ger en recette dans leurs comptes des droits qui leur font perfonnellement attribués , ainfi qu’aux Anciens, fur les réceptions des Maîtres ou confections de chefs-d’œuvres , & les cumuler avec les droits appartenants à la Communauté , pour les porter enfuite en dépenfe ou reprife ; mais ils fè chargeront feulement en recette des deniers de la Communauté.
- VIII. Il fera fait tous les ans par les Jurés & Anciens de la Communauté un rôle de tous les Maîtres & Veuves, divifé entrois cia fies, la première contenant les Maîtres & Veuves qui tiendront boutique lors de la confection dudit rôle, & qui feront en état de payer les droits de vifite ; la féconde contenant les fils de Maîtres reçus à la Maîtrife, & qui demeureront chez leur pere ou chez d’autres Maîtres en qualité de garçons de boutique ou compagnons ; & la troifieme contenant les noms de ceux qui feront réputés hors d’état de payer lefdits droits, ou à qui il conviendra d’en faire re-mifè d’une partie ; lequel rôle fera remis tous les ans entre les mains du Juré / Comptable qui entrera en charge , après avoir été affirmé par tous les autres Jurés & Anciens ;& fera tenu ledit Juré Comptable de tenir compte à la Communauté du montant de la première clafle, à moins qu’il ne juftifie du décès des Maîtres arrivé pendant fon année de comptabilité, par un état ligné de tous les Jurés & de quatre Anciens, & de compter pareillement des fommes qu’il aura pu recouvrer fur les maîtres de la troifieme clafle, le montant defquelles fera alloué dans la recette de fon compte fur le certificat des Jurés en charge.
- IX. Ne pourront les Jurés faire aucun emprunt même par voie de réconf-titution fans l’approbation par écrit du Sieur Lieutenant Général de Police.
- X. Les frais de faifies ne feront alloués dans la dépenfe des comptes qu’en repréfentant les Procès-verbaux drefles àl’occafion defdites failles , les quittances des fommes qui auront été payées aux Officiers de Juftice pour leurs vacations & droits d’afiiftance, & en juftifiant par les Comptables de l’événe-
- CoRROTEUR. O
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- MX T D V CO R ROY EU R.
- "ment defdites fâifies, à peine de radiation; & dans le cas où lefdits Procès, verbaux feroient produits dans quelques Inftances, enforte que le Comptable ne pût les repréfenter , il fera tenu d'y fuppléer par des copies certifiées -de 1?Avocat ou du Procureur chargé de l’Inftance.
- XI. Ne pourront les Jurés interjetter appel des Sentences du Châtelet, foit pour fait de faille ou autres cas tels qu’ils puilTent être, fans s’être fait préalablement autorifer par une délibération exprelfe de la Communauté convoquée à cet effet, à peine de radiation de tous les frais qu’auroient occa-lionnes lefdits appels.
- XII. Les à-comptes qpi pourront être payés aux Procureurs ou autres Officiers de Juftice fur les frais des Procès exiftants , ne feront alloués que fur le vu des Mémoires & quittances détaillées qui faffent connoître la nature des affaires & les Tribunaux où elles font pendantes ; &lorfque lefdits Procès feront terminés , le Juré Comptable qui fera le dernier paiement aux Procureurs ou autres Officiers de Juftice , fera tenu de faire énoncer dans la quittance finale qui lui fera délivrée les fommes qui auront été payées à compote fur lefdits frais, avec la date des paiements , & les noms de ceux par qui ils ont été faits , & de rapporter toutes les pièces dudit Procès : quant aux frais de confultations, aux Honoraires d’Avocats, à ceux des Secrétaires des Rapporteurs & autres de cette nature qui ne peuvent être juftifiés par les quittances, il y fera fuppléé par des mandements ou certificats lignés de tous les Jurés, & de fix Anciens au moins, à peine de radiation.
- XIII. Les frais de Bureau confiftants dans le loyer du Bureau d’affemblée, les gages du Clerc, la fourniture de bois, chandelle, papier, plumes , cire, encre , impreffion , & autres menues dépenfes, feront détaillés Sc juftifiés par des quittances ou par des mandemens fignés des Jurés & de fix Anciens, & ne pourront fous quelque prétexte que ce1 foit excéder la foin me de 7/0 liv.
- XIV. Ne pourront les Jurés conformément à l’article V du préfent Réglement, porter dans la dépenfe de leurs comptes aucuns droits ni attributions fur les réceptions des Maîtres.
- XV. Les frais de carroffes & follicitations ne feront alloués dans la dépenfe des comptes que lorfqu’iis auront été faits dans des cas urgents Sc indifpen-fables, Sc qu’ils fe trouveront détaillés & juftifiés par des mandements ou certificats fignés de tous les Jurés Sc de fix Anciens au moins , Sc ne pourront excéder la fomme de 48 liv.
- XVL Les étrennes & autres faux frais ne feront pareillement alloués qu’au-tant qu’ils feront détaillés Sc juftifiés par des mandements ou certificats tels que ceux énoncés dans l’article ci-deffus, & ne pourront excéder la fomme de 48 liv.
- XVII. Les Jurés fortant de charge feront tenus de préfenter leurs comp" tes à la fin de leur exercice, aux Jurés en charge, Sc aux anciens Auditeurs
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- & Examinateurs nommés fuivant l'ufàge, à l'effet d'être lefdits comptes par .eux vus, examinés, & contredits fi le cas y échet, & arrêtés en la maniéré accoutumée au plus tard trois mois après l'exercice du Comptable fini , & ce nonobftant tous ufages, difpofitions de Statuts ou autres Réglements à ce contraires , auxquels Sa Majefté a dérogé & déroge expreffément par le préfent Arrêt : 8c feront lefdits comptes, enfemble les pièces juftificatives remis aux Jurés en charge, qui feront tenus de leur part de les remettre dans un mois au plus tard au Greffe du Bureau de la révifion, pour être procédé à ladite révifion , après laquelle lefdits comptes & pièces feront rendus auxdits Jurés en charge pour les dépofer dans leurs archives.
- XVIII. Dans le cas où le Comptable feroit réputé en avance par l'arrêté de la Communauté, il ne pourra cependant être rembourfé par fon fuç-ceffeur qu'après la révifion de fon compte , & après que lefdites avances auront été conftatées & arrêtées par les fieurs Commiflàires du Confeil à ce députés, à peine contre le Syndic, Juré ou Receveur, qui auroit fait ledit rembourfement, d'en répondre en fon propre & privé nom.
- XIX. Et d'autant qu'il pourroit fe trouver des Syndics ou Jurés qui ne fè-roient pas en état de drefler & tranlcrire eux-mêmes leurs comptes en la forme & maniéré qu'ils doivent être , fans le fecours de perfonnes capables, à .qui il eft jufte d'accorder un fàlaire raifonnable, permet Sa Majefté à chacun defdits Comptables d’employer chaque année dans la dépenfe de fon compte la fomme de ioo livres pour la façon & expédition d'icelui.
- Privilèges des Corroyeurs contre les Tanneurs, Merciers,
- ÔC PeauJJiers*
- 194. Les Jurés Tanneurs avoient prétendu que les Corroyeurs ne pou-voient vendre dans leurs boutiques des cuirs corroyés aux Cordonniers qui demeurent hors de Paris ; mais par une Sentence du Novembre 1723 , ils furent maintenus dans ce droit.
- ipy. Les Corroyeurs ont encore à Paris le droit exclufif de vendre en détail toutes fortes de cuirs ; les Tanneurs ne pouvoient pas vendre leurs cuirs aux gens de la campagne, avant un Réglement qui vient d'être fait à ce fu-jet, & qui le leur permet : ils ne peuvent pas détailler leurs cuirs, mais feulement vendre à la Halle par fixain. Cet ufàge nous paroît injufte à 1 egard du Tanneur ^ fur-tout par rapport au cuir fort ; celui qui fabrique devroit avoir pour lui toute la faveur des loix & jouir de toute forte de liberté. Ce font des loix burfàles qui ont réglé les droits des différentes Communautés d'une maniéré fi peu favorable au bien des Arts ; c'eft ainfi que les Bijoutiers & les Merciers vendent tous les ouvrages d'Horlogerie qffils ne peuvent ni fabri* quer ni même connoître.
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- 196. Par un Arrêt de réglement rendu le 27 Janvier 1662 , en faveur des Marchands Merciers , il efl permis non-feulement aux Merciers, mais à toutes perfonnes d’acheter où bon leur femble, de gros cuirs tannés, pour les faire apporter à la Halle & non ailleurs: là ils font tenus d’en-faire vente & -débit à tous ceux qui en voudront acheter ; fans qu’ils puilfentles fortir de la-, -dite Halle pour les rapporter en leurs maifons, & fait défenfes de regrater, c’eft-à-dire, de revendre.
- Mais les Merciers ne peuvent point acheter des cuirs Sc peaux à la Halle ni même à Paris, Sc à vingt lieues de diftance fuivant l’Arrêt du 30 Juin , 1700. Il y a à Paris, rue duBouloy, un petit Bureau où les cuirs arrivent tout , préparés & façonnés de dehors , enforte qu’ils n’ont befoin d aucune main-d’œuvre ;c*eft dans ce feul Bureau que les Merciers achètent des cuirs Sc des peaux pour les vendre dans leurs boutiques ; ils peuvent faire venir de Province des peaux en gros, Sc les vendre à la Halle, mais non pas y acheter ; les leuls Artifàns qui emploient le cuir, ont ce droit là. ( Arrêt de Réglement du 21 Août i6Ô2> Sc Arrêt du Gonfeil du 2y Mars 1766.
- Ils ne peuvent même avoir dans leurs boutiques Sc magafins aucunes peaux , fi elles né font entièrement parées & perfectionnées : ainfî jugé après un long Procès par l’Arrêt du Gonfeil du 2 y Mars l'y66.
- iyy. Par une Sentence du 12 Décembre 1698 , confirmée par Arrêt du 30 Juin 1730, rendu au profit des Maîtres Peauffiers-Teinturiers-en-cuir Sc des Corroyeurs de Paris, contre deux Merciers, il efl: ordonné que les cuirs tannés feront apportés à la Halle aux cuirs , & les autres cuirs perfectionnés apportés au Bureau des cuirs , conformément aux Arrêts & Réglements ; dé-fenfe aux Merciers d’acheter à la Halle aucunes marchandifes de cuirs tannés ; pourront néanmoins les Merciers en faire venir pour leur compte , pourvu qu’ils les achètent au-delà des vingt lieues , Sc qu’ils les portent à la Halle -pour être tous vifités, vendus Sc lotis entre les Ouvriers qui en emploient,' fuivant les anciens Réglements 5 Sc dans ce cas, les Merciers font tenus d’apporter les marchés des cuirs qu’ils ont achetés au-delà des vingt lieues , faits pardevant les Notaires des lieux , contenant le prix , la quantité & qualité d’iceux-.
- 198. Les Maîtres FeaujJiers~Teinturiers-en-cuir à Paris peuvent parer Sc teindre les peaux chamoifées ou corroyées ; mais ils ne peuvent acheter Sc vendre ces peaux fi elles n’ont été parées de leurs mains , ou vendre des peaux non parées fi elles ne font teintes fuivant leur art. Les Merclers-grojjiers-Jouailliers peuvent aufli vendre ces peaux ; mais ils font obligés de fe fervir des Maîtres Peaufliers pour les faire teindre Sc parer. ( Sentence du y Novembre 1700, qui rappelle des Arrêts & Réglements des 21 Novembre 1693 Sc 11 Août 1699. )
- 199. Les veaux d’alun (164) font réfervés aux Relieurs Sc aux Peaufliers:
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- quoique les feuls Relieurs en emploient, ils font en ufage cTen faire lelotilîà-ge à la Halle au grand Bureau avec les Peaulîiers , en préfence de leurs Gardes Sc Jurés.
- 200. U eft défendu aux Peaufliers d’apprêter & corroyer en noir fur fleur aucune peau, du corroy en huile, fuif ou grailfe : il y a là deflus une Sentence de Police du 17 Mai 1697, confirmée par un Arrêt du 11 Août 1699, un Arrêt du 27 Juin 1742 , & un du 11 Mars 1747, par lequel il eft dit que les Corroyeurs pourront feuls apprêter , corroyer , baudroyer les peaux en fuif, graille & huile , Sc pourront mettre en couleur feulement les peaux qu’ils auront eux-mêmes corroyées ; pourront auflî les Peaulîiers mettre en couleur toutes fortes de peaux , Sc employer l’huile, foie dans la teinture qu’ils donneront auxdites peaux, foit fur ladite teinture, après qu’elle aura été par eux appliquée fur lefdites peaux ; il eft fait défenfes auxdits Peaulîiers de corroyer aucunes peaux , foit en fuif & grailfe , foit en huile, & d’employer aucune defdites matières dans le travail & apprêt defdites peaux qui précèdent la mife en teinture ou en couleur ; fait défenfes tant auxdits Corroyeurs qu’auxdits Peaulîiers d’acheter aucunes peaux Sc marchandées entièrement perfeétionnées chacun de leur métier, Sc d’expofer en vente aucunes peaux qu’ils ne les aient travaillées de leur métier ; il eft ordonné aux Peaulîiers de préfenter aux Jurés Corroyeurs les peaux corroyées qu’ils achèteront au petit Bureau ou ailleurs , ou qu’ils retireront de chez le Corroyeur auquel ils les auront données à corroyer, à l’effet de les venir marquer ; & en cas de refus, de faire faire une fommation, Sc dans le cas ou les Jurés Corroyeurs n’y îàtisferont pas dans les 24 heures, pourront lef-dits Peaulîiers enlever lefdites peaux fans être marquées. Seront tenus en outre lefdits Peaulîiers à l’égard des peaux qu’ils peuvent donner à corroyer à des Corroyeurs , de mettre leur marque Sc paraphe fur lefdites peaux , Sc le Peaulfier & le Corroyeur qui donneront ou recevront lefdites peaux, tenus d’avoir chacun un regiftre, Sc d’inferire lefdites peaux.
- C’eft en conféquence de ces Réglements qu’il y eut Sentence le 24 Nov. 1747, clul ordonna laconfifcationdes peaux de chevres non perfeétionnées du corroy des Corroyeurs failles fur le fleur Bontemps, Marchand Mercier.
- Il y eut aufli une Sentence du 17 Août 1759 , qui ordonna la confifcation des peaux de veaux Sc de chevres corroyées en blanc & en noir, Sc non marquées du marteau des Jurés de la Vifitation Royale des Maîtres Corroyeurs , failles chez un Peaulfier , Sc une autre du 18 Avril 1761, qui ordonna pareille confifcation.
- 201. Il y a eu entre la Communauté des Peaufliers & celle des Merciers un grand nombre de Procès qui ont été terminés par un Arrêt du Confeil du 28 Février 1764 : entre autres dilpofitions de cet Arrêt, il eft permis aux Marchands Merciers de vendre Sc tenir dans leurs boutiques toutes elpeces
- Corroyeur, P
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- de peaux parées & non parées, à l’exception de gros cuirs & vaches, tannés ; ,il effi défendu aux Merciers d’en acheter au Bureau des cuirs, fi ce n’eft 24 heures après leur arrivée dans le Bureau , pour que les Peaufîîers & autres employant cuirs, puilfent s’en pourvoir ; il a été permis aux Maîtres Peaufîîers, dans l’efpace d’une année, de devenir Marchands Merciers gratuitement 8c fans frais, aux conditions de renoncer au travail de la main-d’œuvre qui conftitue l’état de Maître Peauflîer ; auflî ne refte-t-il prefque plus à Paris de Maîtres Peaufîîers. Plufleurs ont été admis dans le Corps de la Mercerie par l’Arrêt du 28 Février 1764.
- Confrairie des Corroyeurs.
- 202. Par une Tranfàétion paflee entre les Maîtres & Gouverneurs de l’E-glife & Hôpital de Saint Julien des Ménétriers, rue Saint Martin, & les Maîtres Gouverneurs de la Confrairie des Corroyeurs le 19 Février 153 r , la Confrairie fut établie dans cette Eglife fous le nom & invocation de l’A£ fomption-Notre-Dame ; par une autre Tranfaétion du 2(5 Juin 1625 les Bau-^ droyeurs avoient établi la leur dans l’Eglife Saint Joffe, fous le nom de S. Thibault, avec le droit d’y faire le Service Divin , le premier Juillet de chaque année, y ayant des legs faits pour cela par des Baudroyeurs, & quelques Baudroyeurs avoient auflî établi une Confrairie à S. Médéric.
- L’Arrêt du 6 Septembre , ayant uni les deux Communautés , il y eut une Sentence de Police du 17 Mai 1677 , qui ordonne qu’à l’avenir tout le Service de la Confrairie des Maîtres Corroyeurs-Baudroyeurs fera fait dans l’Eglife de S. Médéric, où ils fêteront la Fête de l’Affomption, le r y Août, & celle de Saint Thibault, le premier Juillet( c’eft aujourd’hui le premier Dimanche du mois, ) où fera dit le Service que l’on avoit accoutumé de dire èsEglifesde Saint Joffe & Saint Julien, le tout à la diligence des Jurés de la Communauté, auquel Service tous les Maîtres font tenusd’afîîfter, & payer 10 fols entre les mains des J urés. Les Maîtres à leur réception doivent payer 10 liv. à l’exception des fils de Maîtres qui payent feulement 3 liv. les Ap-prentifs 30 fols ; le tout pour être employé à faire dire le Service Divin , ce dont les Jurés rendent compte. Le jour de Saint Thibault les Corroyeurs dévoient fermer leurs boutiques, & le 7 Août 1722 , il y eut Sentence qui confirma la faille faite fur un Corroyeur qui avoit fait fortir de la Halle 67, cuirs forts, le jour de S. Thibault; mais par une Sentence du 13 Juin 1730 cette célébration a été fixée au premier Dimanche de Juillet ; ce qui préviendra pour l’avenir de femblables conteftations.
- Il efl dit par la même Sentence qu’elle n’apportera aucun changement en la forme accoutumée d’élire les Confreres-Porteurs de la Chiffe de S. Médéric , qui ont une Relique de la mamelle de Sainte Agathe, pour raifon de
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- laquelle les Marguilliers leur paient huit fols parifis par chacun an ; & il eft réfervé aux Maîtres Corroyeurs de fe pourvoir pour transférer , s'il y échet, en l'Eglife de Saint Médéric les fondations faites en faveur de leur Çonfrai-rie à S. Jolfe & à S. Julien des Ménétriers.
- Le Service même qui fe faifoit annuellement à la Fête de S. Thibault en l’Eglife des grands Auguftins, quai de la Vallée, a été transféré à l’Eglife de S. Merry fuivant une délibération homologuée par Sentence du io Juillet 1770; elle porte auffi que le Service fera célébré aux frais des Jurés , au moyen de l’abandon qui leur a été fait du droit de confrairie de vingt fols par chaque maître , & des droits des Maîtres & Apprentifs qui feront reçus dans chaque année 5 à la charge que le Service fe fera annuellement le premier Dimanche du mois de Juillet.
- Voyez au fujet des dépenfes de la Confrairie , l'article V de l'Arrêt du Confeil du 12 Juin 1749, pages 52 & 53.
- Bureau de la Communauté.
- 203. Par la Sentence du 17 Mai 1677 , il efl; dit que les Jurés pourront louer une chambre pour fervir de Bureau à la Communauté, dans laquelle feront mis les coffres où font les titres St papiers , & les ornements , linge, St argenterie fervant au Service Divin , defquels ornements, linge & argenterie fera fait un inventaire dans un Regiftre fur lequel lefdits Jurés s'en chargeront & demeureront refponfabies en leur nom folidairement, & dans lequel fera écrite la recette qu'ils feront ès jours de l’Affomption St de Saint Thibault, ou dans les réceptions. Voyez fur les frais de Bureau, l'article XIII de l'Arrêt du Confeil du 12 Juin 1749, page 74.
- Privilèges des Hôpitaux, pour former des Maîtres Corroyeurs. s
- 204. L'Hôpital de la Trinité établi par Lettres-Patentes du mois de Juin 1774 , a un Privilège pour former les enfants qu'on y éleve dans différents métiers ; les Ouvriers commis pour montrer leur art aux enfants de la Trinité , & qui leur auront bien montré pendant fîx ans, doivent être reçus Maîtres dudit art fans faire chef-d'œuvre, ni payer des frais ; & lefdits enfants apprentifs qui auront bien appris l'art, ayant 27 ans, St l’auront montré aux autres enfants leurs compagnons pendant fîx ans après leur apprentiflàge, feront reçus Maîtres fans chef-d'œuvre.
- 207. Les enfants de l'Hôpital de la Trinité mis en apprentiflàge chez les Maîtres Corroyeurs , ( ainfî que chez les Ouvriers des autres Communautés ) jouiflent des mêmes Privilèges, que les enfants des Maîtres , 8t font réputés comme fils de Maîtres , fuivant une Déclaration du Roi en forme de
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- go art du corroyeur.
- ^Lettres-Patentes du ij Novembre *652, & les enfants de ceux qui ont été reçus maîtres en vertu du Privilège de la Trinité , quoique nés avant la rë--ception de leur pere, font reçus comme fils de Maîtres en payant feulement les droits de fils de Maîtres; mais ils font tenus faire le chef-d’œuvre. Ce fut .l’ohjet d’un grand Procès jugé par Arrêt du Confeil du 18 Février 1715%
- 206. L’Hôpital Général de Paris, fuivant l’Edit du mois d’Avril idy8,a auffi -un femblable Privilège ; les Corps des Métiers de Paris font tenus, lorfqu’ils en font requis , de donner des Compagnons pour montrer leur métier aux enfants de l’Hôpital Général, Sc ces Compagnons, après avoir fervipendant Six ans audit Hôpital Général, ont pouvoir de tenir boutique dans Paris comme les autres Maîtres, fans aucune diftinétion. v
- Création de différents Offices,
- ' 207. Nous avons déjà parlé dans l’Art du Tanneur ( 320 & fuiv. ) de differents Offices créés, rachetés, fupprimés en différents temps fous prétexte du commerce des cuirs ; nous parlerons feulement ici de ce qui intéreffoit les •Corroyeurs. Au mois de Juin ijSy , il y eut un Edit qui pour remédier aux abus qui fe commettoient dans le commerce des cuirs , créa en titre d’Office un Contrôleur-Vifiteur & Marqueur de cuirs;il fut enregiftré le 16 Juin iy 86, & il y eut Réglement au Confeil pour l’exécution de cet Edit le dernier de Juin iyS6. Cet établiffement ne dura pas long-temps ; mais il y eut des Off fices de Vifiteurs-Marqueurs de cuirs rétablis par un Edit du mois de Janvier 1596 , enregiftré le 20 Mai 15*97. Le 8 Août fuivant, il y eut un Réglement au Confeil pour l’exécution de cet Edit; & le 28 Septembre 15*97, fur les remontrances des Jurés Corroyeurs & Cordonniers, il y eut un autre Réglement pour les vifites de la Halle & les droits qui dévoient s’y payer.
- 208. Par un Edit du mois de Mars 1691, le Roi créa & érigea en titres d’Offices héréditaires les Gardes des Corps des Marchands & les Maîtres Jurés des Arts & Métiers; les Corroyeurs de Paris ayant intérêt à ce que ces charges fuflent exercées par des perfonnes inftruites de leur art, & que les Maîtres puffent y parvenir à leur tour, obtinrent une Déclaration du Roi donnée au camp devant le Château de Namur, le 17 Juin 1692 , regiftrée en Parlement le premier Juillet 1692 , par laquelle les Offices de Jurés de leur Communauté furent unis Sc incorporés aux Corps & Communautés des Maîtres Corroyeurs & Baudroyeurs, en payant la fournie de 18000 liv. qu’il leur fut permis d’emprunter à conftitution de rente ; & pour acquitter lof-dites rentes, il leur fut permis d’exiger les droits fuivants, jufqu’à l’extindion defdites rentes : pour chaque brevet d’apprentiffage , 30 liv. dont il y a 30 fols pour chacun des deux Doyens, 30 fols pour chacun des quatre Jurés, Sc le furplus employé au payement des rentes.
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- ART DU CORROYEUR. Cl
- Par chaque Maître qui fera élu Juré de la Vifitation Royale, cent livres.
- Par celui qui fera élu Juré delà Confervation , iyo liv.
- * Pour la réception d'un Maître de chef-d'œuvre, outre les droits ordinaires & accoutumés , 35*0 liv. dont il y aura 200 liv. pour les nouvelles rentes , Sc 150 liv.pour les anciennes, Sc pour les autres charges & affairés de ladite Communauté.
- Pour la réception d'un fils de Maître, outre les droits ordinaires, jo liv, & pour celle d'un fils de Maître qui aura été Juré, 2 y liv.
- Permis à la Communauté de recevoir fix Maîtres fans qualité Sc fans faire chef-d'œuvre, & de leur faire payer à chacun, outre les droits ordinaires 600 liv. qui feront employées en entier à acquitter lefdites rentes.
- Chaque Maître Corroyeur , ou Veuve de Maître, payera fix deniers pour chaque lot de peaux de veaux , bafannes, mouton paffé en redon , lomma-que,ou galle, & peaux de porcs;un fol pour chaque lot de marchandife qui n’excédera pas la quantité de deux peaux de vaches ou cuirs ; fix fols pour chaque douzaine de vaches geniffes ou broutieres ; Sc pour chaque douzaine de cuirs forts tannés, peaux de Guinée , d'Irlande, cerfs-volants Sc tous autres cuirs tannés à fort : lefquels droits feront payés tant pour les marchandées achetées en la Halle que pour celles qui feront achetées en foi-re ou en Province hors la diftance de vingt lieues,
- 209. Par un Arrêt du Confeil du 7 Mai 1743, il fut permis aux Cor-royeurs d'emprunter <5ooo liv. du fleur Capet, fous penfion viagère de 600 liv. pour être employés au paiement des dettes de la Communauté, & de percevoir pour cet effet un fol par chaque peau, au lieu de fix deniers qui fe percevoient en vertu de la Déclaration du 17 Juin 1692, Sc ce juf. qu'à la mort du fieur Capet & de là femme ; les Maîtres reçus en faveur de l'avénement du Roi à la Couronne furent affujettis à payer cette augmentation par un Arrêt du Confeil du 23 Juillet 1743.
- 210. Par un Edit du mois de Février 1745 , le Roi créa des Offices d'Int peéleurs & Contrôleurs des Maîtres & Gardes dans les Corps des Marchands Sc des Jurés dans les Communautés : il fut permis aux Corroyeurs de racheter pour 24 mille livres, les 24 Offices créés dans leur Communauté ; Sc par un Arrêt du Confeil du 19 Juin 1745 > furent autorifés à emprunter ladite fomme, à recevoir douze Maîtres à raifon deyooliv. chacun, non compris les droits de préfence des Jurés Sc anciens, les frais de chef-d'œuvre , de la Lettre de Maîtrife, droits du Procureur du Roi Sc de l'Hôpital Général, tels qu'ont coutume de les payer les maîtres qui ont qualité. Il efl; auffi ordonné qu’à compter du premier Juillet 174^, il fera payé par chaque Maître 24 fols pour chacune des vifites qui fe font tous les mois , outre & par-deffus les y liv. ordonnées par l'Edit du mois de Février 174^ , Sc que les Apprentifs payeront dorénavant par chaque brevet 40 liv. non compris
- Corroyeur. Q
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- 6% . ART DU CORROYEUR.
- les droits ordinaires j cet Arrêt confirme le droit d’un fol par chaque peau perçu fur les Maîtres Corroyeurs, Sc fix deniers fur les Corroyeurs privilégiés. Veut Sa Majefté que les arrérages des rentes de ceux des Maîtres qui auront prêté à leur Communauté ne puiflent être arrêtés,ni lerembourfe-merf# fufpendu lorfqu’il y aura des fonds, fous prétexte de la révifion de leurs comptes ; dérogeant en tant que befoin Sc pour ce regard feulement > à l’Arrêt du Confeildu 28 Mars 1730. Les deniers provenants de la réception des Maîtres fans qualité & des autres droits exprimés dans l’Arrêt, font pareillement affeéiés au paiement des arrérages des rentes créées pour railbn de l’emprunt des 24 mille livres , même au rembourfement de portion des capitaux à mefure qu’il y aura des fonds, à l’effet de quoi les Jurés feront tenus d’en rendre compte tous les fix mois ainfi que du produit des gages & droits attribués auxdits Offices réunis.
- 2ir. Enfin par un autre Edit du mois d’Août 1758 , Sc par le rôle du 18 Octobre fuivant, la Communauté des Corroyeurs ayant été taxée à une fom-me de ij'ÿoo livres, elle obtint par un Arrêt du 25 Décembre 1759 , la permiffion d’emprunter, foit à conftitution de rente ordinaire, foità rente viagère au denier dix, une fomme de 12000 livres, & elle affecta fes biens Sc revenus au profit de ceux qui lui prêtèrent ladite fomme ; voilà où en font reliées les chofes quant à préfent. Ces dettes qui s’augmentent continuellement 8c dont les capitaux auroient déjà peine à s’éteindre, finiront probablement, comme tant ‘d’autres, par une impoffibilité totale de payer.
- E X P L I C AT 10 N
- DES PLANCHES DU CORROYEUR.
- PLANCHE I.
- Haut de la Planche.
- a , A<a ion de celui qui foule Sc pétrit les peaux : il faut lui fuppofer des efcarpins de boutique. Derrière lui font des peaux étendues fur une table.
- B , Action de celui qui écharne, qui bute ; la planche de fon chevalet doit être fuppofée un peu moins longue que dans la Figure.
- C, Aélion de celui qui étire ; la table doit être fuppofée très-folide Sc fou-tenue dans le milieu. »
- D , Aélion de celui qui tire à la pomelle ; il faut le fuppofer feul fur une table auffi-bien que celui qui étire; il doit avoir la main droite Sc la pomelle recouvertes par la peau , Sc la main gauche par-deffus.
- <
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- art du CORROYEUR, 63
- E, Aélion de celui qui pare à la lunette ; il doit être un peu plus courbé que dans la Figure.
- F3 Baquet pour ramollir les peaux.
- Bas de la Planche,
- A y Petite étire.
- B y Etire moyenne.
- C 9 Grande étire. Ces trois étires ont la forme qu’on leur donnoit il y a 60 ans : on verra fur la Planche IIla. forme la plus ufitée actuellement.
- D y Butoir y couteau tranchant à écharner : il y a des butoirs fourds y qui ne tranchent pas.
- E y Couteau à revers pour dreyer.
- * Fufii pour éguifer les couteaux.
- F y Tenaille ou pince pour tenir la peau quand on pare à la lunette;
- G y Lunette, qui efl: tranchante.
- H y Fourche pour accrocher ou dépendre les peaux.
- I y Bigorne pour battre & fouler les peaux.
- K y K 3 Liege, elpece de pomelle.
- L y My Pomelles vues dans les deux fens,
- N y Etoupe pour elfuyer les peaux.
- O y Peau étendue fur le paroir pour être parée à la lunette. j
- *j“ Ballet pour arroler les peaux.
- I y Crolfes de fer qui portent le paroir. a, Pitons fichés dans le mur pour accrocher le paroir.
- 3,4 y $ y 6, j y Développement du chevalet 7 & détail des pièces qui le compofent.
- P y P y Pomelles de différents grains, vues dans les deux {ens.
- Q , Valet pour tenir la peau fur la table.
- S y Serpe pour fendre les peaux. ^
- T y Claie dont on fe fert quelquefois pour fouler. ty ty Pièces qui forment Faffemblage de la claie.
- Vy Chevalet du Corroyeur y repréfenté féparément.
- 1
- PLANCHE IL
- Haut de la Planchey ou Vignette.
- A y Aélion de l’Ouvrier qui éclaircit les peaux ; il a près de lui l’elpare, le paquet de laine, & le vafe où eft le luftre ; il a derrière lui des cuirs en preffe.
- B y Aélion de celui qui fufpend les bandes au plancher avec une perche fourchue par fon extrémité, fur laquelle porte une baguette qui traverfe la peau.
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- 64 ART DU CORROYE U R.
- ' C, Ouvtier qui bigorne lés peaux ; il doit avoir un pied fur la peau,~& Fautre plus rapproché qu il neft dans la Figure.
- D > Baquet d'eau avec le balai qui fert pour arrofer les peaux.
- Bas de Id PlancheL
- • • ^ *•'*-* \
- E y Croupon, ou cuir de vache dont on a coupé les bordages. ^
- F, Bande, ou moitié d’un cuir de vache. -
- G, Peau de veau fur le paroir (26).
- H y Etire tranchante dont on fe fervoit autrefois. C’éfl: la formé générale des étires.
- I, Liffe de verre en forme d'oignon pour luftrer les peaux ; on en fait aujourd'hui peu d’ufàge.
- K y K y Plan d'une petite bigorne vue par-délias ; & plus bas y cette petite bigorne vue en perfpeélive.
- O y Balai dans un baquet pour arrofer les peaux. -
- L y Butoir fourd.
- My Couteau plus tranchant.
- P y Chevalet chargé d’une pierre, & compofé de différentes planches qu’on ajoute fucceffiveipent quand les premières font ufées.
- N y Pierre à l’huile pour repaffer les couteaux.
- Q y Pierre à queurfer, ou ratiffer les peaux.
- Fin de U An du Corroyeur} le 28 Janvier lj6j,
- 1
- De Plmprimerie de L. F. D
- ELATOÜR. 17^7.
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