Descriptions des arts et métiers
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- Par M. DE LA L A N DE, de T Académie Royale ' des Sciences.
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- LHONGROYEUR
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- On appelle Hongroyeurs, quelquefois Ongrieurs*, ceux qui préparent les Cuirs avec l’alun & le fuif. Cette méthode qui eft venue de Hongrie , il y a plus de 200 ans, eft très-utile pour les Arts , & nous la décrirons avec foin **.
- r. Le cuir de Hongrie eft un cuir fort * qui a trempé dans l’alun & le fel, & qui a été imbibé de fuif. L’alun & le fel fervent à pafler le cuir, c’eft-à-dire , à lui ôter la graifte 3c la gomme naturelle qui le rendroit trop fiijet à fe ramollir par l’humidité , à fe durcir par l’exficcation, àfe corrompre par la chaleur. Le fuif quon y met enfîiite lui donne une onéluofité Sc une fouplelfe qui le rend propre aux ouvrages des Selliers & des Bourreliers.
- 2. On prétend que la méthode du cuir de Hongrie fut apportée primitivement du Sénégal ( en Afrique ) > vers le milieu du feizieme fiecle, il y a environ 200 ans , par un nommé Boucher > fils d’un Tanneur de Paris. On y travailla dans le même temps en Hongrie, & les cuirs de ce pays-là eurent le plus de réputation. En 1584, deux Ouvriers Allemands ou Lorrains nommés Lapnagne 3c Amand vinrent travailler à Neufchâteau en Lorraine , à S. Dizier en Champagne, & enfin à Paris où ils firent le meilleur cuir ; ce furent eux qui apportèrent l’ufage des faulx, pour rafer les cuirs. M. Colbert envoya
- * Le Didionaire du Commerce écrit Hon~ grieurs ; mais je m’en tiens à l’orthographe du Didionaire de l’Académie Françoife , édition de 1762 , où on lit Hongroyeurs.
- ** J’ai été guidé dans la defcription de cet Art par les Mémoires qu’a bien voulu me donner M.
- HoNGROYEUR.
- Barrois Diredeur 8c ïntéreffé de la Manufadure de S. Hippolyte , à Paris, & par les confeils de M. de Rubigny de Berteval , Me. Tanneur-Hon-groyeur , rue Cenfier, l’un des plus occupés & des plus habiles , qui m’a communiqué tout ce qu’il y a de plus intéreffant dans fon Art,
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- A RT DE L'HONGROYEUR. dans la fuite en Hongrie même , un nommé La Rofe, homme habile dans la connoifTance des cuirs, pour mieux connoître ce qui faifoit la réputation ou la qualité des cuirs faits en Hongrie.
- En 1698 , il fe forma une Manufacture de cuir de Hongrie, à S. Cloud, près de Paris ; les cuirs fe rafoient dans des bateaux , & fe rinçoient dans la riviere : ce fut alors que cette forte de cuir acquit le plus de réputation. En 1702 , la Manufacture fe tranfporta à la Roquette , Fauxbourg S. Antoine; mais bientôt les Jardiniers du Fauxbourg prétendirent que les eaux qui en venoient faifoient tort à leurs légumes. On repréfenta aufli à la Maîtrife des Eaux & Forêts , que Ton devoit écarter de la Seine cette forte de fabrication ; les Entrepreneurs furent obligés de fe tranfporter à S. Denys près Paris.
- Le cuir de Hongrie parut mériter d'être favorifé. En conféquence , le Roi qui, par un Edit du mois de Janvier 170 j^, avoit créé des Offices de Jurés-Hongroyeurs pour faire feuls, à Fexclufion de tous autres, le cuir façon de Hongrie, donna le 17 Mars rdes Lettres-Patentes qui unirent ces Offices à la Manufacture de S. Denys, en forte qu’elle fe trouva feule autorifee à faire cette préparation. Tous fes cuirs étoient marqués en travers avec une roue tranchante qui imprimoit fur tout le cuir les mots de Manufacture Royale de cuir de Hongrie de 5. Denys. Cette Manufacture de S. Denys fïibfifia jufqu’en 1716 ; après quoi Ton rétablit la libre fabrication des Cuirs de Hongrie.
- 3. On peut hongroyer toutes fortes de cuirs ; mais on préféré les grands cuirs de bœufs ; les vaches pafiees en blanc n’ont pas affez de confiftance : les Bourreliers ne s’en fervent que pour faire la couture , c eft-à-dire, pour a fie mb 1er les pièces, pour faire des fouets 8c autres ouvrages qui exigent peu de force & d’épaifleur.
- Les bœufs du Limoufin font réputés fournir les meilleurs cuirs de la France ; ils font plus nerveux Sc plus égaux dans leurs différentes parties ; cm ne met aucune différence entre les fleurs noires ou blanches quant à la qualité , c’eft-à-dire, que les cuirs des bœufs noirs ou blancs s’emploient indifféremment ; mais on préféré les bœufs aux vaches 8c aux taureaux * : le cuir
- * J’avois dit dans l’Art du Tanneur , que les cuirs de taureau^ éroient eftimés , & qu’ils avoient de la force. Un Tanneur, que j’ai appris erre M. Jean Auffray, le jeune, qui demeure furie Pont-aux-Biches, allure, dans le Journal Economique de 1765,que les peaux de taureaux font de la plus mau-vaife qualité dans tous les apprêts. J’obferverai cependant, au fujet des grands cuirs du Brelil qui font très-eftimés , que dans les campagnes voifmes de Buénos-aires d’où l’on tranfporte chaque année trente mille cuirs , on ne prend que les peaux de taureaux. ( Relation des Millions du Paraguai, traduite de l’Italien de M. Muratori, à Paris, chez la veuve Bordelet, 1757 ,/pag. 348 ). M. Auffray fe plaint encore de ce que je n’ai point donné les
- Statuts des Tanneurs enregiflrés en 1741 ; rpais ces Reglemens ne concernent point la fabrication des cuirs ; ils ne contiennent que des détails d ad-minilf ration , qu’on pouvoit regarder comme peu intérelfans pour le Public. J’aurois voulu pouvoir fatisfaire ici à un plus grand nombre d’objeéhons' . mais tout le refte de la lettre dont il s’agir, n elt qu’une déclamation vague dont je n’ai pu tirer aucune lumière. M. Auffray n’a point compris le fens e ce palfage deQuintilien : Felices ejfent Arts*)]1 illis foli Artifices judicarent ; ou du moins n en fait, cerne femble, une bien mauvaife applic^lon* Il ne peut rien arriver de plus favorable aux Art » que d’être examinés Sc approfondis par les Pe£ ^ nés qui fçavent réfléchir J comparer, ana y
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- ART DE U HO N G RO Y EU R. 3
- de taureau eft fpongieux ; il eft gourmand , c’eft-à-dire, qu’il prend beaucoup d’apprêt.
- On pafle auflï beaucoup de cuirs de chevaux ; mais il s’en trouve rarement qui foient forts ; il eft même défendu aux Bourreliers de s’en fervir pour les foupentes. Le cuir de cheval eft creux , fpongieux, s’allonge à la pluie * & fe rétrécit enfuite , parce qu’il prend peu de fuif : nous en parlerons féparé-ment (62^).
- 4. Il n’y a pas de cuir plutôt fait que le cuir de Hongrie. Dans certaines Provinces ^ on le fait en été, dans l’efpace de huit jours ; mais c’eft précipiter les opérations ; on doit y mettre au moins quinze jours : fouvent il faut deux mois pour l’amener à fa perfeétion ; & fi l’on y en mettoit davantage, on ne feroit que mieux.
- Malgré la promptitude de l’opération , ce cuir a des avantages con-fidérables fur le cuir fort tanné , à qui la fermentation ou la chaux ôtent toujours un peu de fa qualité , & dont la fleur n’eft jamais fi entière , parce qu’on la fait attendrir pour débourrer les cuirs ; au contraire dans le cuir de Hongrie tout contribue à raffermir la fleur , 8c à lui donner du moëleux fans en altérer le tiflïi.
- y. On préféré le printemps & l’automne pour faire ce travail : le froid empêche que le fuif ne pénétre, & le fait relier fur la furface du cuir. En été le fuif eft trop coulant, 8c ne s’affermit pas affez dans le cuir, fur-tout quand les nuits font trop chaudes : ainfi les mois de Mai 8c de Septembre font les plus favorablès à ce travail ; cependant on peut le faire en tout temps.
- A mefiire que les cuirs frais arrivent chez l’Hongroyeur, on les pafle: c’eft un des avantages des cuirs hongroyés , que celui d’être travaillés tout frais ; ils n’attendent point ; ils n’ont pas le temps de fermenter 8c de s’échauffer ; la fleur en eft faine 8c entière , 8c les cuirs confervent toute leur force. Pour cette raifon, les Hongroyeurs de Paris ont de l’avantage fur ceux de la Province, en ce qu’ils ont toujours promptement des cuirs frais en abondance ; ils ne font pas obligés de les attendre & de les recevoir l’un après l’autre.
- Travail de riviere,
- 6. Aussi-tôt que les cuirs frais font arrivés de la boucherie chez l’Hon-groyeur, on les écorne ; on les fend en deux ; s’ils font crottés, on les décrotte avec un couteau rond, ou avec une faulx, en les mettant fur le chevalet ; on les écharne enfuite légèrement pour ôter feulement les grailles 8c les plus grofles chairs.
- Lorfque le cuir eft écharné , on le rince dans la riviere en deux ou trois
- décrire ; & certainement ce ne font pas les Ou- 1 tageux aux Arts que les gens riches qui en font les vriers. Quindlien vouloir dire qu'il leroic avan- | protedeurs & les juges , fulTent un peu Artiftes.
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- 4 ART DE V HO NGROYEU R.
- coups de main,pour en ôter le fang 8c le gravier qui pourroient s'y trouver • puis on le rafe ; on le débourre : ce travail de riviere fe voit en A dans le lointain, fur la Planche de l'Hongroyeur.
- 7. Il y a des cuirs que Ton débourre après avoir déraciné le poil par le moyen de la chaux 8c du plein (voyez l'Art du Tanneur, pag. 8) ; mais cette méthode affaiblit les cuirs ; c'eft pourquoi Tufage le plus ordinaire eft de les rafer avec une faulx qui coupe bien , & qu'on prend foin de ne point forcer. Il y a des cuirs très-difficiles à rafer, fur-tout en hiver : on doit apporter un grand foin à cette opération, faire une couche fur le chevalet avec d'autres cuirs doubles , ou pliés en deux , & prendre garde qu'il n'y ait fous la chair aucune inégalité qui puiffe faire des plis ou des boffes, que le coûteau enlèverait : on a foin d'abattre le poil avec le dos de la faulx, & on la promene à rebrouffe poil : on ne peut rafer que 12 à iy cuirs dans un jour, lors même qu’ils fe rafent facilement. Cette opération cfécharner 8c de rafer produit une odeur forte & délagréable.
- 8. Quand les cuirs ont été raies,' on les met tremper dans la riviere pendant 24. heures pour les bien dédaigner ; à cet effet, on les attache à une corde par les trous des yeux , ou par ceux des cornes. La riviere des Gobelins eft fi fort infeélée par les immondices , que l'on évite de s'en fervir. On les met à deflaigner dans des baquets pleins d'eau ; on les y laide trois jours en changeant d'eau une fois le jour, fi c'eft en hiver, 8c deux fois le jour, fi c'eft dans les chaleurs, de peur que l'eau infeétée par les matières animales ne corrompe les cuirs. Le deflaignement dans les baquets eft beaucoup plus long que dans la riviere, on le courant nettoie & entraîne les immondices; on pourroit, fans inconvénient , les laiifer deflaigner un ou deux jours de plus ; ils en fe-roient plus doux au travail.
- Après avoir été trempés 8c deflaignés, les cuirs fe mettent en égout pendant l’efpace de deux ou trois heures fur des perches ou fur un chevalet, & ils font prêts à être mis en alun» •
- De VAlun.
- 9. L’alun fert à donner de la force aux cuirs > à les prélèrver de la corruption : la quantité d'alun qu'on emploie, eft d’environ 6 livres pour un cuir de 90 livres en raie, c'eft-à-dire , marqué 50 livres lorlqu'il étoit frais 8c vert ; mais il ne faut que 5 livres pour un cuir de 70.
- 10. L'alun eft un fel dont les cryftaux ont 8 faces, à peu-près comme des pyramides triangulaires dont on couperoit les angles.
- Il eft aftringent ? il fe fond au feu, il le diflout dans l'eau chaude, à la quantité de 14 fois le poids de l'alun ; il eft compofé d’un acide fulphureux ou vitrion-que& d'une terre qui eft argilleufe, fuivant M. Pott dans fa Lithogéognofie,
- 8c métaUiffue>
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- ART DE V HONG ROY EU R. y
- 8c métallique , fuivant M, Baron ( Mémoires de l’Académie de 1760
- On trouve de l’alun tout formé dans le charbon de terre , dans des ardoifes* dans des pyrites ; mais il efl: prefque toujours impur & mêlé de matières étrangères. ( On peut voir de plus grands détails à ce fiijet dans la Minéralogie de M. de Bomare, tom. 1, pag. 292). On en trouve en Angleterre > en Suede > en France proche Valenciennes , en Elpagne , & fur-tout en Italie. L’alun que préfèrent les Hongroyeurs, & qui s’appelle Alun de Rome, parce qu’on en fait principalement commerce dans les Etats du Pape, fe tire des environs de Civita-Vecchia, 8c en partie de la Solfatare, près de Naples, & dePouzzol» Celui de la Solfatare efl; une terre blanche allez femblable à de la marne pour la confiftance & pour la couleur ; on en remplit julqu’aux trois-quarts des chaudières de plomb. Par le moyen de la chaleur, la partie faline fe dégage de la partie terreufe, & s’élève àlafuperficie; on la recueille en gros cryftaux. L’alun, en cet état, n’efl: pas encore alfez pur ; on le fait diflfoudre avec de l’eau chaude , 8c il fe fait une nouvelle cryftallifation ( voy. M. Nollet Mém. de l’Académie pour 1750 , pag. 10y ; voy. aufli un Mém. de M. de Fouge-roux, fur les Alunieres, qui paroîtra dans les Mémoires de 1765).
- 11. Cet alun de Rome coûte, à Paris, environ de 10 à 14 fois la livre ; quoiqu’il foit plus rouge, & probablement moins pur que celui dont nous allons parler, on le préféré pour le cuir de Hongrie ; peut-être que la partie terreufe & colorante de cette elpece d’alun efl: néceffàire pour tempérer la grande flypticité de cet alun.
- L’alun blanc ou l’alun de roche dont fè fervent les Teinturiers pour rendre leurs teintures claires, vives & folides , ne coûte que 9 fols la livre ; il eft plus fec, plus âcre , plus ftyptique ; il rend le cuir trop roide ; on peut en voir la préparation dans la Minéralogie de M. de Bomare , tom. 1 , pag. 299, On en prépare en France près des Pyrénées ; il y en a une veine abondante qui court fur terre dans la Viguerie de Rouffillon ; elle a depuis une toife jufqu’à quatre de largeur, fur une longueur de près de quatre lieues.
- Il y a un alun de Smyrne plus rouge que celui de Rome , 8c d’une qualité inférieure : il coûte un tiers de moins ; mais il en faut un tiers de plus. On vend aufli un alun de Liège très-blanc > très-tendre , qui produit à peu-près l’effet de Palun de glace.
- On doit laver avec foin les baquets où l’on met l’eau d’alun, fur-tout il ne faüt pas qu’il y refte de tan ou d’écorce, qui tacheroit les cuirs de Hongrie.
- 12. A 6 livres d’alun , on ajoûte 3 livres & demie de fel ordinaire pour un cuir de 90 ? ou 2 livres & trois-quarts pour un cuir de 70. On emploie à Paris du fel de morue que les Fermiers délivrent aux Tanneurs-HongroyeurS le premier Mardi de chaque mois , {uivant la convention que j’ai rapportée dans l’Art du Tanneur ( pag. y , art, 10 ) ; il ne coûte actuellement que
- Hongrqyeur. B
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- 6 ART DE H HO N G RO Y E U R.
- 20 livres 4 fols le minot *, c5eft-à-dire , environ y fols la livre , tandis que le fel de gabelle coûte y 9 livres, c'eft-à-dire , environ ir \ fols ; c’eft un avantage bien confidérable pour les Hongroyeurs de Paris : dans les pro_ vinces on efl obligé de fe fervir du fel de cuifine , & Ton n’y en met qu une demi-livre ; on y ajoûte , quand on le peut , de la faumure de hareng , même du fel de verre, quoiqu'il foit défendu.
- 13. Le fel de verre ou fiel de verre , efl: une écume ou une elpece de feo«* rie qui fe ramaffe fur les creufets où l'on fond le verre ; c’efl: un fel marin mêlé de parties terreufes, & d'un peu d'alkali. Ce fel marin fe dégage de là foude ou des aikalis dont on fe fert pour fondre le verre , & montant à la furface des matières fondues, il s'y ramalTe en affez grande quantité , pour qu’on en faffe commerce ; on le jette dans Peau 8c l'on en forme des pains: il coûte beaucoup moins que le fel commun ; voilà pourquoi les Hongroyeurs, en font quelquefois ufage ; il rend les cuirs plus pefans que ne fait le fel marin. On peut voir au fujet du fel de verre, un excellent Mémoire de M. Pott dans le volume de P Acad, de Berlin pour 1748 , pag. 16.
- 14. Le fel adoucit l'âpreté ou la ftypticité de l'alun, en attirant un peu Phumidité de l'air ; il conferve au cuir un certain degré de mollefle ; mais on ne doit pas employer trop de fel dans cette opération ; le cuir feroit trop ' mou , 8c auroit trop de peine à fe fécher ; aufiî quand on a peur que les cuirs ne foient cafques , c'eft-à-dire , durs 8c corneux , on augmente la dofe du fel ; 8c fi l'on n'emploie pas allez de fel, on aura un cuir trop roide , qui s'ouvrira trop difficilement dans le travail du grenier.
- Aluner les Cuirs.
- iy. Les Hongroyeurs appellent une fonte la quantité de cuirs que Ton peut aluner enfemble , & conduire tout-à-la-fois : on alune des fontes de y ,
- 6, 9, 12 , quelquefois même de iy cuirs ; mais ordinairement pour opérer avec une vîtefie fuffifante , & travailler plus sûrement, on fait les fontes de 9 cuirs. On a une chaudière emmurée , telle qffon la voit en B dans le haut de la Planche ; elle peut avoir 22 pouces de diamètre fur iy pouces de profondeur dans le milieu ; elle efl: faite en timbale, ou arrondie par le bas, fuivant l'ufàge ; on met dans cette chaudière un feau d’eau claire pour chaque cuir ; ces féaux ont environ 9 pouces de diamètre , 8c autant de profondeur ; on y jette 6 livres d'alun & 3 \ livres de fel pour chaque cuir, comme nous 1 avons déjà dit ; on fait chauffer cette eau de maniéré que l'on ait peine à y tenir la main ou les pieds ; on y met l’alun , & l’on a foin de le remuer, de peur qu'en fondant il ne fe mette en maffe.
- * Le minot de fel eft une mefure de 2535 Pouces cubes^ou environ 13 ^ pouces en tout fe»5 > il pefe J00 ou 104 livres poids de marc.
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- x6. Quand le fe 1 8c l’alun font fondus , on met les cuirs qu’on veutpaiïer dans deux grandes baignoires ou cuves ovales , telles que /F'dans le bas de la Planche, qui ont cinq pieds de long, trois pieds de large, deux pieds Sc demi de haut. Pour palier p cuirs , on fait trois encuvages, c’eft-à-dire, trois opérations féparées en les mettant en alun ; chaque encuvage eft de trois cuirs ou fix bandes ; on met trois bandes dans une des cuves 8c trois dans Pautre ; fi les neuf cuirs étoient très-forts , on pourroit faire q encuvages ; on cuveroit les fix meilleurs, deux à deux , pour leur faire prendre la plus grande force de la fonte , & l’on réferveroit les trois derniers qu’on jugeroit d’une moindre nature , quoique peut'être d’égale force.
- Les deux cuves étant placées l’une à côté de l’autre, on y arrange les bandes pliées , la fleur en dehors, l’une fur l’autre , la tête de l’une fur la culée de l’autre.
- Lorfque l’eau de la chaudière n’eft encore que tiède, on en prend deux ou trois féaux que l’on verfe fur les cuirs d’une des cuves ; fi cette première eau étoit trop chaude , elle brûleroit, elle griperoit les cuirs il faut que la chaleur des eaux aille par gradation, pour que les cuirs ne foient jamais furpris.
- 17. Un homme entre dans la cuve nuds pieds, en chemife , quelquefois même avec un fimple linge vers le milieu du corps, 8c foule les cuirs dans cette eau d’alun , à grands coups de talon. On leur donne trois tours , c’eft-à-dire, qu’on les fait aller trois fois d’une extrémité de la-cuve à l’autre. Les bandes étant pliflees à la tête de la baignoire du côté de la chaudière , on foule plis par plis toutes les parties de chaque bande, & on les fait defcendre fucceflivement à l’autre extrémité de la baignoire ; lorfqu’elles y font, on les fait remonter de même en foulant toujours plis par plis avec force ; enfin on les fait redefcendre de la même maniéré que la première fois : c’eft-là ce qu’on appelle les trois tours, qui fe font tout de fuite & fans interruption. Lorf-qu’on a donné le premier tour, celui qui foule frappe fur les bandes à grands coups de talon , deux fois fur les dos qui doivent être tous du même côté & une fois fur les ventres ; il donne enfuite le fécond tour , après quoi il foule encore les cuirs l’un fur l’autre, & de même après le troifieme tour : ces trois tours s’appellent la première eau : il faut quatre eaux à chaque encuvage. Cette opération n’eft pas repréfentée dans la Planche ; mais on y fupplée ai-fément.
- 18. Tandis qu’un Ouvrier foule dans une des deux baignoires, un autre met de l’eau chaude dans la baignoire qui eft à côté , & avec fes mains il place les cuirs à la tête de la baignoire du côté de la chaudière , pour que celui qui foule commence toujours par la tête les trois tours qu’il donnera aux trois autres bandes.
- Après avoir fait ainfi trois tours avec cette première eau, l’on donne la fè-
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- S ART DE B B O N G RO Y EU R.
- conde j pour cela on jette l'eau de la baignoire dans la chaudière , & l’on en ïemet de la chaudière dans la baignoire, pôur qu’elle foitplus chaude <$cplus forte. On fait ainfi quatre eaux pour chaque encuvage de trois cuirs.
- 19. La quantité d’eau qu’on ôte & qu’on remet chaque fois dans chacune des deux baignoires , eft toujours de 2 ou 3 féaux : après la quatrième eau , les cuirs étant alfez foulés , celui qui donne les eaux plie dans la baignoire chaque bande en huit, renverfant d’abord la tête fur la culée , Sc pliant le tout encore deux fois j Sc il les couche dans un baquet.
- Ce foulage eft très-nécefïaire au cuir de Hongrie pour faire prendre & pénétrer le fei & l’alun : il ne faut pas que l’Ouvrier fe ménage ou fe néglige • car les cuirs en fouffrent : il faut avoir les pieds bien fains ; car la moindre bief-fure feroit irritée par la violence du foulage , & le fel y occafionneroit une extrême douleur.
- On ne peut faire que 12 encuvages par jour de trois cuirs chacun, chaque encuvage de quatre eaux, chaque eau de trois tours , comme nous l’avons dit : nous parlerons ci-après du repalfage qui efl: encore une femblable opération (22).
- 20. Il y a des Cas où l’on ne peut pas mettre le fel dans la chaudière en même temps que l’alun , à caufe de la difficulté d’avoir le fel, Sc de l’impolîï-bilité de conferver les cuirs ; alors on y fupplée en faifimt féjourner'enfuite les cuirs dans l’eaû falée, après qu’ils ont été palfés en alun.
- 2 r. Les cuirs, après avoir été foulés dans les cuves, le plient & fe couchent dans des baquets , pour y tremper quelques jours ; ces baquets ont communément , à Paris , 2 pieds de hauteur Sc 2 - de diamètre ; on met dans chacun ce qui peut y entrer de cuirs. Quand la fonte efl: finie , c’eft-à-dire, que tous les cuirs font alunés de leurs quatre eaux, on partage les eaux dans ces diffé-rens baquets , de façon que les cuirs en foient couverts.
- Les cuirs trempent dans ces baquets pendant huit jours ; ce temps eft fuffi-lant. Les Hongroyeurs penfent communément que les cuirs ne prennent guere plus de nourriture en y reliant plus long-temps ; mais du moins ils n’y courent aucun rilque ; & il y a d’autres Hongroyeurs qui penfent que le cuir n’en eft que meilleur en y reliant plus long-temps ; cela les entretient du moins juf-qu’à ce qu’on ait le temps de les repalfer : on peut en hiver * les lailfer 3 ou 4 mois avant de les repalfer , Sc ils n’en font-que meilleurs ; mais s il faft chaud, il faut avoir foin de les culbuter dès le lendemain , ou peu de jours après , c’ell-à-dire , de les mettre dans un autre baquet, fans les déplier, & de maniéré feulement que les cuirs qui étoient delfus fe trouvent delfous, l’on rejette les mêmes eaux par delfus ; il efl: fur-tout elfentiel de les culbuter promptement, c’eft-à-dire, de les changer de baquet quand on craint le tonnerre , fans cela les cuirs courroient rifque de devenir bleus , de fe ramollir,
- de fermenter,
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- ART DE D HO NG ROYEU R. 9
- de fermenter , la fleur fè fépareroit de la chair , 8c ils perdroient de leur force.
- RepaJJer les Cuirs.
- 22. Au bout de huit jours en été , ou 11 Ton veut, de deux ou trois mois* en hiver, les cuirs qui ont été alunés doivent être repafles , c’eft-à-dire, foulés pour la fécondé fois, & cela fe fait comme dans le premier encuvage (17) ; on les fecoue feulement pour les déplifler ; on fe fert des mêmes eaux que Ton fait chauffer dans la chaudière ; on commence par donner une eau tiède , 8c Ton augmente la chaleur peu-à-peu jufqu’à la quatrième eau ; 011 s’y prend de la même maniéré que pour aluner, 8c quand on a donné les quatre eaux, on recouche les cuirs dans des baquets, comme la première fois, pour les y laifler feulement jufqu’au lendemain.
- Plus on paffe de cuirs dans un attelier d’Hongroyeur , plus ils font bons, parce que l’étoffe eft plus forte , c’eft-à-dire, que les eaux font plus alunées, en fuppofant que les dofes d’alun 8c de fel, aufli bien que la quantité du foulage foient toujours les mêmes.
- 23. Dans les Provinces où l’on paffe de petits cuirs fans beaucoup de précautions, on fe contente de brafler & de fouler chaque cuir dans de l’eau d’alun,» chaude, 8c de le brafler pendant quatre ou cinq minutes à chaque fois; on les met enfuite pendant quinze jours en alun , pendant lequel temps on les leve deux ou trois fois pour les fouler avec la bigorne ; on les roule fous les pieds; on les tire à la pomelle qui eft une plaque de bois flllonnée, 8c enfuite au liège, comme font les Corroyeurs ; mais les Hongroyeurs de Paris ne fe fervent ni de bigorne , ni de pomelle ( voy. P Art du Corroyeur}.
- 24. Les cuirs qui ont été alunés 8c repafles , après avoir été un jour dans les baquets, fe mettent pour égoutter pendant une heure ou environ, fur des planches placées en travers des baignoires, pour que les eaux qui en découlent ne foient pas perdues, 8c puiflent fervïr une autre fois ; car elles valent mieux que les eaux crues & nouvelles qu’on pourroit y employer.
- Il ne faut pas les laifler égoutter plus d’une heure ou environ ; ils pour-roient diminuer d’épaifleur 8c de poids ; les cuirs de deflous feroient trop comprimés, 8c perdroient leur humeur.
- Faire fécher les Cuirs & les redreffer.
- 25. On porte au grenier ou au féchoir les cuirs qui font fuffifamment égouttés ; on les enfile avec un échalas pafle au travers de la culée ; on fait pour cela quatre trous à la culée de chaque bande , deux à la patte, un à la
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- nache (c’eft-à-dire,entre la queue & la patte) & un à la queue; on pafle un bâton au travers de ces quatre trous, & l’on pend ainfi chaque bande enfaifant porter les extrémités du bâton fur deux chevrons. On s’apperçoit alors s’ils ont été bien foulés , Il le cuir eft doux , maniable , s’il n'y refte point de fang extravafé.
- 2 6. Avant que les cuirs foient fecs > il faut les redrejjer ; on les étend par terre ; on retire les échalas ; l’Ouvrier prend une baguette de deux pieds de long fur 9 lignes environ de diamètre, telle qu’on la voit en Y ; il fe met à genoux fur la bande qu’il plie en deux * la tête Sc la culée vers lui, la fleur en dedans ; il met la baguette en dedans de la bande, & la poufîe devant lui en appuyant fur chair avec les deux mains : par-là il redreflfe la bande, Sc il forme les plis des pattes, Sc du brechet, c’eft-à-dire, de la partie qui eft entre la patte de devant & le ventre. On commence à redrelfer par le milieu du dos, en allant vers la culée, puis on pafle le ventre Sc les trois plis entre la patte & la nache ; on reprend enfuite la bande du milieu du dos allant le long de la gorge jufquà la tête , Sc l’on finit par les plis de la patte de devant Sc par le brechet. *
- 27. A mefure que les bandes fe redreflent , elles fe trouvent empilées ; car on les redrefle les unes fur les autres * & on les laifïe quelques heures en cet état, pour que les plis fe faflent mieux Sc ne fe défaflent point dans les opérations fuivantes. Il y en a qui les lailfent repofer ainfi 12 heures , les autres une heure ou deux feulement , par la crainte que la chair ne fe décharge fur la fleur, Sc ne s’y attache trop.
- Au bout de ce temps on repafle l’échaîas dans les quatre trous de la culée de chaque bande, on les reprend comme la première fois, Sc on les laiflè flécher parfaitement, ou à peu-près.
- 28. Quand il fait froid, on ne laifïe point flécher les cuirs au grenier, parce que le froid empêche les fels de pénétrer ; il les fait même fortir de la peau en forme de grain , ou comme un verglas qu’on apperçoit fur chair & fur fleur; on eft donc obligé de les porter dans l’étuve quand ils font à moitié fecs ; on les étend fur des perches ; on allume fur la grille une corbeille de charbon (42), ou environ le tiers d’une voie de charbon ; on ferme la porte de l’étuve pendant une demi-heure ; au bout de ce temps-là, on ôte les bandes de deflus les perches ; on les range l’une fur l’autre, fur la table ; on les couvre exactement ; on les laifle en cet état l’elpace de deux ou trois heures ; après quoi on les redrefle avec la baguette avant qu’ils foient parfaitement fecs & refroidis: afin qu’ils ne foient pas furpris & durcis par le froid , on ne les fort que lun après l’autre , Sc à mefure qu’on veut les redrelfer : pour les cuirs d’été flul n’ont pas eu d’étuve , le redreflàge fb fait comme nous l’avons dit.
- 2ÿ. Les cuirs ainfi alunés & fecs fe confervent tant qu’on veut, fan s 011
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- craigne de putréfaction ; on doit feulement lespréferver du grand haie, c’eft-à-dire, d un vent fec & fort, parce que les extrémités feroient trop féches Sc trop difficiles à travailler ; c’eft pourquoi on les empile , &l’on enveloppe la pile avec des toiles, en attendant quon veuille les finir , c’eft-à-dire, les travailler de grenier & les mettre en fuif (36).
- Travailler de Grenier.
- 30. Le travail de grenier confifte à rouler les cuirs pour les ouvrir & les difpofer a recevoir le fuif: il y a le travail de première Sc le le travail de derniere« Pour travailler de première , il faut que les cuirs foient fees ; s’ils ne le font pas, on les expofe au foleil, en les accrochant parla tête : ils pourroient auffi fe trouver allez fecs pour être travaillés de première, & n'avoir befoin d’être expofés au foleil qu’après ce premier travail. Le foleil les blanchit, ouvre leurs pores Sc les difpole, auffi bien que le travail de grenier, à recevoir le fiiif.
- Pour travailler de grenier, l’Ouvrier plie fon cuir en deux fur un faux plancher de 12 à r y pieds en quarré , incliné en talus , dont les planches font po-fées fur des lambourdes diftantes les unes des autres d’un pied feulement, pour donner plus de force aux coups de pied de l’Ouvrier : ce faux plancher le nomme lui-même Travail de grenier, quoiqu’improprement.
- 31. Le cuir étant plié en deux, la fleur en dedans, la tête au deflbus , Sc la culée en deffiis , toutes deux tournées vers le haut du plancher, on prend une baguette de 2 pieds de long fur 9 lignes de diamètre, bien tournée, fans aucune inégalité , & arrondie par les extrémités ; elle eft repréfentée en Y dans le bas de la Planche ; & on la pâlie dans le cuir. L’Ouvrier met de gros fouliers faits de plufieurs femelles épaifles , comme ceux dont fe fervent les Cor-royeurs, Sc montant fur le milieu de la bande, il la poulie en arriéré avec les pieds, en failànt rouler le cuir fur la baguette jufqu’à ce que le bout de la na-che foit arrivé fur la baguette. On voit cette aétion en C fur la Planche de l’Hongroyeur ; l’Ouvrier efl; appuyé des deux mains fur uné perche tendue à hauteur d’appui , pour forcer davantage fur le cuir en le chaflànt en arriéré. Quand la baguette efl arrivée à l’extrémité, l’Ouvrier releve la culée fur la tête, comme auparavant ; il remet la baguette dans le cuir , non plus au milieu , mais vers le côté du dos, Sc rouie encore une fois jufqu’au bout de la culée ? en frappant avec force fur le cuir, pour le chalfer en arriéré.
- 32. Lorfqu’il efl arrivé à la culée, il y fait un pli de 2 pieds de long en la rejettant fur le brechet ; il pafle là baguette au dedans, Sc roule encore juA qu’au bout de la queue ; il plie enfuite la patte de derrière qu’il fait revenir fur
- * le dos, Sc paflànt fa baguette , il roule cette partie jufqu’à l’extrémité de la nache.
- Il rejette la culée fur la tête , Sc la fait rouler le long du dos jufquà
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- un pied de la culée ; il rejette la culée fur la tête Sc la roule jufqu’au bout de la patte ; il renverfe la patte fur le dos , en faifant un pli qui prend de la nache au nombril , & roule jufqu’au bout de la patte ; il jette la culée fur la tête du cuir , palfe la baguette le long du ventre Sc la roule jufqu à un pied delà patte. On recommence ce travail autant de fois qu’il eft néceflàire pour bien ouvrir le cuir. Si le cuir eft cafque, c’eft-à-dire ? dur , mal foulé, il demande plus d’attention pour l’ouvrir. Après ces opérations, dans lefquelies la tête du cuir étoit toujours à terre , on retourne le cuir de maniéré que la culée porte fur le travail de grenier, c’eft-à-dire , fur le plancher , Sc que la moitié antérieure , ou celle de la tête, foitau deffus, pour être roulée , àfon tour, fur la baguette.
- 33. L’Ouvrier pafle la baguette , comme auparavant, dans le milieu du cuir, & la roule avec fès pieds jufqu’au bout de la tête : il renverfe la tête vers la culée pour la mettre fur la baguette, feulement depuis la gorge , paffe la baguette du côté du dos, Sc roule jufqu’au bout de la tête ; il la replie encore, paffe la baguette du côté de la gorge Sc la roule jufqu’au bout de la tête , afin que les deux bords de la bande, dos Sc gorge, foient également travaillés ; il ramene la tête fur la culée , paffe la baguette du côté du dos & la roule juf-qu’à la gorge ; il ramene la tête lur la culée , paffe la baguette du côté du brechet, & la roule jufqu’à la faignée (qui eft au de (fous de la gorge).
- 34. On retourne le cuir pour mettre la fleur en dehors , Sc l’on recommence de la même maniéré que quand la baguette étoit fur fleur. On continue ces opérations jufqu’à ce qu’on voie le cuir affez fouple & ramolli. Il y a des Ouvriers qui font fixés à 24 coups de baguette, c’eft-à-dire , à ramener 24 fois une moitié fur l’autre ; mais ce nombre ne doit être réglé que fur l’état du cuir, fur fa force , fur le temps qu’il fait : un cuir bien fec en demande plus que celui qui conferve un peu d’humeur.
- On ne peut guere travailler ainfi que 72 bandes dans un jour, c’eft-à-dire, 36 cuirs forts.
- Le travail de première étant ainfi achevé, l’on peut garder les cuirs fix mois, Sc même davantage ; ils gagnent même à être gardés quelque temps en pile.
- 35’. On travaille un cuir de fécondé, quand on veut le finir, c’eft-à-dire, le mettre en fuif : alors on l’expofe au foleii pendant une heure , s’il n’eft pas affez fec, ou à défaut de foleii, on le met dans l’étuve fur des perches , Sc on lui donne une petite pointe de feu en allumant du charbon fur la grille : cela ouvre Sc adoucit le cuir.
- Le travail de fécondé eft une répétition de celui que nous venons de décrire ; il fe donne fur chair & fur fleur , Sc autant de temps que le travail de #
- première , plus ou moins, fuivant l’état où le cuir fè trouve : alors on profite
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- de ce travail de fécondé , qui a ouvert & adouci le cuir pour mettre en flùf avant qu'il ait eu le temps de fe raffermir.
- On lit dans le Diétionaire du Commerce, que quand les cuirs ont été paffés à la baguette, on leur donne, avec une brofïe , une légère couche de noir d'encre , du côté de la fleur , pour le rendre grisâtre, ce qui s’appelle la couleur de Hongrie; mais on n'ufe point aujourd'hui de ce petit déguifement, qui fervoit autrefois à imiter la malpropreté des cuirs venus de l'étranger , mais qui avoient de la réputation (76).
- Mettre en Suif, ,
- 36. Le Suif eft la partie eflèntieile du cuir de Hongrie, parce que la fou* plefle qu'il donne au cuir, efl: fa qualité principale. Quand les cuirs font bien alunés , repaffes Sc travaillés de grenier, de première Sc de fécondé , il s'agit de les pajfer en Juifs ou mettre en Jutf ; car on dit l’un Sc l'autre.
- On peut voir dans l’Art du Chandelier publié par M. Duhamel en iyôr , tout ce qui concerne le fuif, fes qualités Sc fes préparations. Parmi les graifles d'animaux, celle de cheval efl: extrêmement molle ; celle de bœuf prend plus de confiftence ; mais elle efl encore très-grafle ; celles de mouton Sc de bouc étant fort féches Sc fort caflàntes , fervent à corriger par leur mélange, laflui-. dité de la graifle de bœuf.
- La graifle deflechée qu'on appelle du Juif en branche , étant coupée en petits morceaux , fondue , paflfée & refroidie , forme le Juif de place que les Bouchers vendent aux Chandeliers en forme de pains hémifphériques de y livres & demie environ, tout ce qui efl retenu par la bannate dans laquelle on pafle ce flrif, efl mis en prefle, Sc donne du crêton ; on ramafle auffi le fédiment qui fe précipite encore du fuif déjà fondu , Sc qu’on appelle la boulée ; enfin on recueille le petit fuif ou Juif de tripes , qui efl la graifle qui fe fige fur le bouillon où l'on a fait cuire les tripes.
- 37. Tous ces fuifs qui ne font point propres à former de bonne chandelle, &qui font prefque en auflî grande quantité que le fuif de place, fe vendent aux Crêtonniers qui le font cuire , le purifient, & le vendent aux Corroyeurs & Hongroyeurs ‘2y à 30 livres le cent, c'eft-à-dire, y à 6 fols la livre. Après que ce fuif a été retiré, l'on a encore un marc ou réfidu appellé pain de crêton, qui fert à nourrir les chiens ou les porcs, que les Amidonniers de Paris en-graiifent en quantité, en y joignant le fon qui ne peut pas fervir à l'amidon.
- 38. L'étuve dans laquelle on met en fuif, efl une chambre de fix pieds de haut Air iy pieds en quarré,exaétement fermée pour pouvoir conferverla chaleur: dans un des coins, efl une chaudière de cuivre, d'environ deux pieds de diamètre fur 18 à 20 pouces de profondeur, arrondie par le fond , capable de contenir environ 160 livres de fuif ; elle efl placée fur un fourneau qui s'al-
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- lume par dehors, pour, plus grande commodité : elle eft repréfentée en £.
- Au milieu de l'étuve, eft une âte ou bafe quarrée de pierre F , fur laquelle on met une grille de fer de 3 pieds en tout fens, qu'on couvre, de charbons. Des deux côtés de l'étuve, font de grandes tables qui en occupent toute la longueur, 8c fur lefquelles on étend les cuirs pour les mettre en fiiif: on en a repréfenté une dans la Planche. Au plancher font les perches G où fe mettent les cuirs pour s'échauffer. La porte de l'étuve eft garnie de façon à empêcher Pair d'entrer. Les deux Ouvriers qui mettent en fuif y font renfermés comme dans une cuve pleine d'une épaifte fumée de fuif 8c de charbon qui brûle 8c qui fuffoque ; ils font prefque nuds, n'ayant qu'un linge vers le milieu du corps : quelques-uns mettent fur leur vifage un bouche-né : c'eft un morceau de cuir percé de deux ou trois trous , couvert d'un gros tampon de filafle , au travers duquel fe filtre l'air qu'ils refpirent pour intercepter la vapeur épaifte dont cet air eft chargé : on attache le bouche-né avec deux ficelles autour de la tête ; on le voit en Z au bas de la Planche.
- 39. On n'entre dans l'étuve que trois ou quatre heures après avoir mangé ; fans cela, on courroit rifque d'y vomir ; on y eft, en peu de temps, couvert d’une fueur qui coule de toutes parts ; le moindre bruit étourdit & incommode ; on ne peut même entendre parler ; dès que les oreilles commencent à tinter, c'eft une preuve que l'on eft pris d’étuve , 8c il faut fe hâter d’en fortir.
- Les petits Hongroyeurs de Province ne fe fervent pas d’étuve , 8c mettent en fuif à plein air ; mais le cuir n’eft point également nourri 8c pénétré de fiiif.
- 40. La vapeur incommode que caufe cette opération, fut caufe que les Maires &Echevins de S. Denys formèrent oppofition en 1723* aux Lettres-Patentes qu'avoient obtenues les nouveaux acquéreurs de la Manufacture de S. Denys; ils demandèrent que par l'Arrêt d'enregiftrement, les Intéreftes en cette Manufacture fuflent tenus de mettre en fuif h ors de la ville ; mais l'exemple de Paris fait voir que le danger de cette opération eft tout au plus pour ceux qui font dans l’étuve. Les Hongroyeurs du Fauxbourg S. Marcel, ceux du Faux-bourg S. Antoine & du Fauxbourg S. Martin n'ont point été expulfés par la Police comme des Ouvriers dangereux à leurs voifins.
- 41. On met dans la chaudière la quantité de fuif néceflàire à 12 ou 1$ cuirs que l’on pafte à la fois ; le fuif qui refte eft fujet à fe noircir en repaffant par une fécondé cuiflon ; d'ailleurs il diminue , & l'on n'a aucun intérêt à en mettre plus qu'il ne faut.
- La chaudière,que l'on voit en B dans le haut de la Planche, étant rempli de fuif jufqu'aux trois quarts, on le laifte chauffer jufqu'à ce qu'en crachant dedans , il commence à pétiller un peu ; on tient auflî en réferve du fuif en
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- pains * non fondu, pour y jetter, en cas que la chaudière fût trop chaude ; car il eft dangereux que le fiiif ne monte 8c ne s'échappe de la chaudière.
- 42. Tandis que le fuif eft en fonte , on met fur la grille de l'étuve une corbeille de charbons qu’on allume, comme il paroît en F dans la Flanche de l'Hongroyeur. Ces corbeilles ont environ 20 pouces de diamètre, 8c autant de hauteur.
- Quand le charbon eft allumé, on met en G fur les perches de l'étuve, 50 bandes de cuirs ordinaires qui forment une venue : on fe contente de 24 quand elles font très-fortes.
- On place fur les perches de derrière, & vers les coins de l'étuve, les plus fortes bandes ; on met les plus foibles fur le devant ou le plus près de la table, pour être prifes les premières. Le feu de charbon eft moins vif au commencement , que quand il eft entièrement allumé ; ainfi les bandes les plus foibles étant mifes en fuif avant les autres, n'éprouvent pas la grande chaleur du charbon , non plus que celle du fuif; les plus fortes y relient pluvs long-temps. L'étuve eft plus chaude 8c le fuif plus pénétrant quand elles viennent à être paf-fées à leur tour.
- 43. On juge qu'une bande eft fuffifamment échauffée quand on y voit une petite pointe de blanc qui s'étend fur le cuir en commençant par les pattes : lorfqu'on voit les pattes blanchir, on ôte les bandes de deflus les perches, en commençant par les plus foibles., 'qui font placées de maniéré à devoir être enlevées avant qu’on puilfe prendre les fortes bandes. Si les bandes foibles avoient été mifes les premières dans l'étuve , 8c qu'elles fe trouvaient far les perches de derrière , on ne pourroit les retirer qu'après que les plus fortes au-roient été paflees, 8c elles fe trouvèrent defféchées 8c raccornies par le feu devenu plus ardent pendant le cours de cette venue.
- 44. Les bandes de cuirs fe plient en quatre fur les perches de l'étuve ; on commence à plier la tête fur la culée ; mais en jettant fur perche la bande ainiî doublée, elle fe plie encore en deux ; on obfervè de mettre toujours la tête 8c les pattes du côté du feu ; par ce moyen , la tête cache le dos qui eft plié, 8c le garantit de la trop grande chaleur.
- Lorfqueles bandes font ainfi diipofées fur les perches, & le feu bien allumé, on ferme exactement l'étuve ; les cuirs jettent alors en forme de vapeur le refte de leur humidité. Au bout d'un quart-d'heure , on ouvre la porte de l'étuve pour laitier fortir cette fumée ; quand elle eft un peu appaifée , on referme la porte , 8c on l'ouvre de nouveau un quart-d'heure après , s’il y a encore des vapeurs aqueufes dans l'étuve : quelquefois même on eft obligé d'ouvrir encore une troifieme fois, parce qu’il y a des cuirs qui pleurent beaucoup, c'eft-a-dire , qui jettent à leur furface beaucoup d'humidité furabondante ; cela vient far-tout de la déliquefcence du fei, quand on l'a mis, avec l'alun , en trop grande quantité (9).
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- 45. Quand les cuirs font en état d'être mis en fuif, les deux Ouvriers pref-que nuds entrent dans l'étuve avec une lumière; ils examinent toutes lesbam des ; ils jettent fur la table, du côté de la chaudière, les bandes foibles qui font fur les perches de devant, la chair en l'air ; ils cherchent fucceffivement les plus féches, & ils les jettent fur la table.
- On place ainfi toutes les bandes de cuirs fur la table qui efl: auprès de la chaudière , la fleur en deflous , la culée vers le bord de la chaudière , parce que cette partie qui efl: plus large & plus forte, demande plus de fuif. Les deux Ouvriers ont chacun à la main un gipon tel qu'on le voit en P : c'efi un paquet de grofle laine pefant environ une livre, fait avec les penes ou extrémités des grofles couvertures de laine, coupées d'environ un pied de long, liées enfemble, & traverfées par une poignée de bois d’environ fix pouces.
- L'ouvrier qui efl: près de la chaudière , prend la bande par le milieu, & en la pliant, ram en e la tête vers lui , c'eft- à-dire , vers la culée qui efl: près de la chaudière , & il la redouble encore en arriéré ; il prend du fuif dans la chaudière avec fon gipon ; il porte ce fuif fur la tête du cuir, du côté de la chair , autant de fois que le cuir paroît en avoir befoin ; alors les deux Ouvriers enfemble , avec leurs gipons, étendent ce fuif fur la partie de la tête, le plus promptement qu’il efl: poflible , en relevant la partie antérieure du cuir, pour que le fuif n’en découle pas jufqu'à terre.
- 47. La partie de la tête ayant aflez de fuif, l'Ouvrier qui efl: au bas de la table, remet la bande dans toute fa longueur ; celui qui efl: vers la chaudière, prend du fuif avec fon gipon,pour en frotter la culée &le corps du cuir ; l'autre Ouvrier continue à étendre aulîî le fuif du. côté de la chair , avec fon gipon.
- Lorfque la bande a reçu aflez de fuif fur chair , un des Ouvriers prend la tête , Sc l'autre la culée ; ils retournent la bande fur la table, la fleur en haut,
- & ils frottent cette fleur avec les mêmes gipons qui retiennent encore un peu de fiiif, fans en reprendre dans la chaudière, parce que cela brûleroit la fleur.
- 48. La bande étant ainfi graiflee fur chair Sc fur fleur, les deux Ouvriers la portent fur la table qui efl: à l'autre côté de l'étuve , Sc l'étendent fur cette table , la chair en l'air, en continuant de même jufqu'à la derniere bande ; elles arrivent toutes ainfi fur la fécondé table ; on les place de maniéré qu'il y ait un dos du côté du feu , & l'autre du côté de la muraille alternativement.
- ïl faut environ une fleure pour graifler ainfi ces 30 bandes, c'eft-à-dire, pour faire une venue. Les Ouvriers fbrtent alors pour prendre l'air, Sc pour boire , fuivant l'ufage, après avoir mis fur la grille une corbeille de charbons pour le flambage , qui fera la derniere opération.
- • On fait quelquefois deux venues dans un même jour, mais feulement quand on efl: fort prefle.
- 49. Chaque bande doit confommer environ 3 livres de fuif. En prenant
- les cuirs
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- ART D E L’ H O N G R O Y E V R. I? les cuirs avant qu’ils foient bien fecs , on peut gagner une livre ou deux' fur le poids de chaque cuir ; mais alors ils prennent moins de fuif que s’ils étoient fecs , Sc ils font moins bons. Les Hongroyeurs qui vendent leurs cuirs aulïï-tôt quils font faits, le travaillent en humeur pour gagner du poids ; mais ce cuir devient mou dans la fuite ; il diminue de poids lorfqu’il eft gardé ; il s’étend confxdérablement par le défaut de nourriture & de fuif.
- . Les cuirs travaillés dans leur humidité, ne boiroient que 4 à y livres de foif, fouvent encore moins ; mais on compte communément, à Paris, y à 6 livres par cuir, l’un portant l’autre. Dans certaines Provinces où l’on ne cherche qu’à augmenter le poids du cuir, on y fait entrer jufqu’à 8 ou 10 livres de fuif, fans s’embarrafler s’il en relie un tiers à la forface qui foit en pure perte pour la bonté du cuir, Sc pour l’ufoge de l’acheteur.
- Flamber les Cuirs,
- * 50. Les 30 bandes étant grailfées & empilées fur la fécondé table, on les îailfe pendant une demi-heure pour boire leur fuif ; il y en a qui mettent une toile deflîis pour les garantir de la chaleur ; mais cela n’eft pas néceffaire , le charbon n’étant pas alors fort ardent : on a foin çte fermer exaéiement l’étuve pendant qu’il s’allume.
- y r. Au bout d’une demi-heure tout au plus, on ouvre la porte pour laifler, fortir la première vapeur du charbon qui eft nuifible à la fanté ; quand il eft bien allumé, les deux Ouvriers entrent dans l’étuve ; ils prennent la bande la plus foible qui fe trouve pour lors for la pile ; & la tenant l’un par la tête » l’autre par la queue , ils la paflent for la flamme du charbon, comme on le voit en F > pendant environ une minute, la chair du côté du feu , Sc la fleur en haut; on les prend de même l’une après l’autre : cette chaleur ouvre les pores Sc les prépare à i’intromiflion du foif.
- ya. Quand les cuirs font flambés, on les tranfporte for la table qui eft du coté de la chaudière , la chair en l’air ; on continue ainfi à les flamber jufqu’à la derniere bande; les plus fortes fe flambent les dernieres , Sc reçoivent la plus grande chaleur du charbon , qui, pour lors, eft devenu plus ardent qu’au commencement de l’opération.
- Tous les cuirs étant entièrement étendus for la table, on met une toile defl-fus pour cacher les dos des bandes qui font vis-à-vis le feu : on les laide en cet état une demi-heure en été , trois quarts-d’heure en hiver ; pendant ce temps, le fuif achevé de pénétrer entièrement dans toutes les parties du cuir.
- 5 3. Quand les cuirs fortent de l’étuve, on les met en refooid, c’eft-à-dire, qu’on les place for des perches, à l’air libre, la tête pendante d’un côté, Sc la culée de l’autre, la chair en l’air ; c’eft-là que les cuirs reprennent leur fermeté, Hongroyeur. E
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- î g ART DF V H O N G R O Y E ü R.
- Sc que le fuif en fe refroidiflànt, reprend fa confiftance. La fraîcheur de la nuit ^eftfort riëeefïaire, en été , pour les cuirs qui font en refroid c’eft pourquoi 'l’on choifit l’après-midi pour graiffer les cuirs, afin quêtant mis fur le foir en :refroid, ils aient la nuit pour fe raffermir,, au lieu que la chaleur du jour fe-» ?roit couler lefiiif.
- "Gette précaution neft pas nécefTaire en hiver : l’heure eft alors indifférente ; mais on évite de mettre en fuif quand ilgele ; & fi l’on y eft abfolumeqt contraint, on charge moins de fuif pour qu’il ne fe figepas ,, au fortir de fétuve * dur! la fùrface du cuir*
- "Suite du travail des Cuirs de Hongrie.
- 54. Le lendemain on ôte les bandes de deffus les perches, Sc on les met ^en pile pour deux ou trois jours ; après quoi on les pefe, & Fon marque fine la culée , en chiffre romain, le poids de ^chaque bande. Un cuir de Hongrie pefe ordinairement la moitié de ce qu’il pefoit en verd, quelquefois un peu plus. Il y a des cuirs de 130 livres qui , après la fabrication , en péfent 72 ; mais ordinairement un cuir de -100 livres produit deux bandes de 26 à 27 livres chacune : il y en a qui étant fort crottés , fur-tout en hiver , ou chargés de bourre, ne donnent que qo liv. par cent. Le poids des bandes qui le font -ordinairement à Paris, varie depuis ia jufqu’à 28 livres,; celles de 28 livres ont 9 pieds de long depuis la babine jufqu’à la nache, c’eft-à-dire, de tête en queue , Sc 3 pieds dans l’endroitde plus large , depuis le dos jufqu au nombril.
- y y. Les cuirs , après avoir été pefés, fe remettent en pile pour être gardés , jufqu’à Tre quon en faffe ufage , dans un endroit qui ne foit ni trop fec ni trop humide ; on peut les y laiflèr y à 6 mois, fans qu5ils perdent Tien de leur qualité. M. de Rubigni ayant un cuir de 90, mis en fuif depuis buit à neuf mois, qui avoit mangé fon fiiif, qui paroiffoit fec & roide , voulut le remettre en fuif ; mais à peine le cuir fentit la chaleur de l’étuve ,1 que le fuif en fortit & coula par deffus. Quand on l’eut remis en fuif, il ne pefoit qu’une livre de plus qu’auparavant ; ce qui prouve qu*en 8 moislln’a-voit rien perdu. Mais au bout d’undong^temps., les cuirs pourroient devenir plus fees & moins liants, peut-être diminuer de poids:: fi l’on avoità les garder plufieurs années, il vaudroit mieux les garder encroûte au ibrtir de d’alun , & ne les mettre en fuif que quand'on en auroit befoin.
- y6. La fabrication du cuir de Hongrie , telle que nous l’avons détaillée, fe fait*ordinairement en été, dans l’efpace de iy jours ; il faut 3 femaines en biver, & même un mois ou deux , quand il y a des brouillards qui empêchent de cuir de fécher : nous avons déjà obfervé qu’il feroit meilleur d’y empl°yer plus de temps (4).
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- ART DE DUO NGROY EU R. jp
- Dépenfes & produits du Cuir de Hongrie.
- y7« Pour un cuir de 90 en raie, il faut 6 à 7 livres d’aiun ?de Rome à 10 fols la livre. . . . . . . . . . . 3 1. o C
- Trois livres & demie de fel à 4 C la liv. . . . . . . 14
- Six livres de fùif à 6 f. la li v. • . . . . . . . . . 1 T <5
- Charbon pour l’étuve, bois pour les chaudières. . . . . 10
- Main-d’œuvre* ou falaire de l’Ouvrier. . . . ... . . . 1 o
- Vin des Ouvriers, qui eft d’ufage 3 à raifon de douze pintes par cent de cuirs. . . . . . . . . . . . . . * 2
- Port du cuir frais & paffé. . . . . . . . . . 6
- Total des frais. . . . . . . ,. . . . .. . * 7 8
- Marque & contrôle pour le cuir hongroyé qui doit pefer
- ^6 livres, à raifon de 2 f. par liv. fuivantTEdit que nous avons rapporté dans l’Art du Tanneur. . ,. ... .. . . . . ... 4 12
- 12 o
- Prix de Tâchât, année commune, à 6 f. la liv. ... . ,. 27 ©
- Prix de la vente à 18 f, la liv. . . . . . ... .. . , 41 8
- y 8. Quoique le prix ordinaire ducuir de Hongrie foie de 15 à rd fols la livre , il va Pouvant à 18 , quelquefois même à 20 quand 41 eft très-fort, comme le 28 ou le 30 , c’eft-à-dire , les bandes de 28 ou 30 livres.
- Il y a bien des Provinces où un particulier peut faire hongroyer un cuir frais qui lui appartient , en donnant y livres pour la façon.
- Un attelier de y à 6 Ouvriers peut fournir 1 y 00 cuirs par année.
- Ce produit de 48 fols par cuir eft petit en apparence ; mais comme il peut fe répéter fouvent, il ne laifle pas d’être alfez confidérable à la fin.
- Des Cuirs de Vaches & de Veaux.
- •y9. On passe en blanc des cuirs de vaches en fuivant les mêmes procédés; mais on les pele par le moyen des pleins Sc de la chaux, où ils féjournenc environ un mois;c’eft à peu-près comme pour les vaches à œuvre. ( Voy. l’Art du Tanneur).
- Les cuirs qui ont été dans le plein étant plus creux, plus fpongieux, prennent les étoffes, c’eft-à-dire, l’alun & le fel, avec plus d’avidité que les cuirs qu’on arafés.Les eaux qui ont fervi à aluner des cuirs à la chaux ne doivent point fervir à ceux qui n’ont pas été dans les pleins ; on les réferve pour des cuirs de même qualité.
- On alune & on repaffe -les vaches de la même façon que les bœufs (ry).
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- ÆO ART DE L'H O N G R O Y E U R.
- Pour les mettre en fuîf * on obferve de ne les laifler que peu de temps fur le$
- perches.
- 60. Une vache ordinaire de 40 livres coûte année com-
- lîl UH e • . ^ a a * • ,, ,-a a • « » a • K. 1* 'O
- Trois livres dalun à io f. la liv. ; : . « . . Z Z ; I io
- - Deux livres de fel à 4 f. la liv. . I • . ; . Z Z . i 8
- Trois livres de fuif à 6 f. la liv.' . -'Z . . . Z . .. ï8
- Charbon Sc bois» «. » » • * *» • • »* • « * 8
- Main-d’œuvre. . ^ ... . . ^ . . . - . ^ , . x 2
- 12 r—^
- Marque, à taifon de 2 £ par liv. pour une vache qui pefe
- 20"livres. . . . , , .................................. 2 o
- Totaldéladépenfe. . • . . .« . . . 14 6
- Troduit, à raifon de 16 "fois la livre. *; . >. ; Z * Z 1Ô t>
- Ainfi le profit n’eft que de 34 fols, quelquefois encore moins. Quoique les vaches pefent ordinairement 10 livres la bande, il y en a quelquefois de 6 livres : elles ne fervent guere qu’à faire certaines pièces de peu d’important ^ce ; des fouets pour les Cochers & les Boitillons, des garnitures, &c.
- 61. On palfe rarement des veaux en blanc; ils pefent 5 livres tout pâlies; Il ne leur faut qu’environ une livre d’alun , une demi-livre de fel, & une lit me de Suif. Les Bourreliers-Bâtiers s’en fervent pour la couture.
- Des Cuirs de Chevaux hongroyés.
- %2. Les cuirs de chevaux hongroyés s’appellent allez communément Cuirs édAllemagne. Onles acheté des Écarrilfeurs, qui après avoir écorché les chevaux,, vendent les cuirs frais environ 6 livres ; c’efl: le prix d’un cuir ordi-E-naire moyen , qui doit pefer 30 livres quand il eft hongroyë ; mais il y en a depuis 3 jufqu’à 9 livres. Le prix fe réglé fur la grandeur & la qualité ; on ne les acheté point au poids , parce que les EcarrilTeurs n’étant pas dans l’ufage de dépouiller proprement, lailfent beaucoup de chair fur le cuir ; on veut même qu’il y en ait, pour former une épaifleur furies parties foibles du cuir ; car la crini'ere & la culée étant plus épalfles du double que les autres parties du cuir , on ne peut lui donner un peu d’égalité qu’en écharnant entre deux chairs , c’eft-à-dire,en réfervant un peu de la partie charnue oumembraneufe dans les endroits les plus minces.
- 63. Lorfque les cuirs de chevaux font arrivés,, on les fend en deux; onles
- met enfuite dans l’eau pour les dëfaigner , pendant l’elpace de 12 heures ; 04
- les retire de l’eau , Sc on les écharne avec une faux ; on peut en écharner
- deux
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- ART DE V HO N G RO Y E U R. ai
- deux ou trois par heure * s’ils ne font pas extrêmement charnus.
- 64. Les cuirs écharnés fe mettent dans le premier plein , qui eft un plein mort, pendant un jour ; on les releve 8c on les met en pile pour deux jours ; en-fuite dans le fécond plein , pendant deux ou trois jours ; on les met en retraite pendant cinq àfix jours ; on les met dans le troifieme plein , ou dans le même plein, s’il eft encore affez fort, pour deux ou trois jours. v
- Au fortir du plein, on pele les cuirs avec le couteau rond.
- 65*. Il y en a qui mettent les cuirs déjà pelés dans un bon plein, qui ne foit pas cependant trop frais , pour 7 à 8 heures: cela fert à les blanchir, ou -comme on dit, à leur donner de la couleur. Cette opération eft inutile lui-vant d’autres Hongroyeurs.
- 66. Pour purger de leur chaux les cuirs qui ont été dans les pleins , on les met dans la riviere, en été, pendant douze heures ; en hiver, pendant vingt-quatre; on les remue de deux heures en deux heures. Quand ils font nettoyés, on les queurfe avec la pierre marquée R dans la Planche ; on leur donne, avec le couteau rond, une façon bien ferrée , fur la fleur feulement, ce qui s’appelle recouler ; on les roule de tête en queue, & on les met égoutter fur un traiteau pendant environ fix heures.
- 67. Après ce travail de riviere , on les alune dans des baignoires, de la mê-' me façon que les cuirs de boeufs ; mais on fè contente de trois eaux au lieu
- de quatre que demandent les cuits de bœufs. On n’emploie fouvent, po ur chaque cuir, que 3 livres d’alun, 8c une livre & demie de fel ; mais quand ils font forts, on va jufqu’à 5 livres d'alun 8c % 8c demie de fel; on a foin de fouler plus long-temps, & avec plus de force, les crinières 8c les culées qui font les parties les plus épaiffes.
- 68. Quand ils ont été alunés , on les couche dans les baquets ("21) ; au bout de deux jours, fi Ton veut, ou du moins au bout d’une femaine , on les repalTe avec les mêmes eaux (22).
- On comprend affez que les eaux qui ont fervi aux cuirs de bœufs, peuvent * bien fervir aux cuirs de chevaux , vaches & ânes ; mais l’étoffe de ces derniers ne doit point fervir à des cuirs de bœufs que l’on rafe fans le fecours de la chaux (7) ; d’ailleurs les cuirs de chevaux épuifent, plus que tout autre , la force des eaux alunées.
- 6p. Les cuirs de chevaux étant relevés des baquets, fe mettent égoutter fur les baignoires ou fur d’autres cuves, jufqu’à ce qu’ils ne jettent plus d’eau ; enfuite on les met à l’effui ou au féchoir ; on les étend avec la main, parce que les chairs fe crifpent 8c font retirer le cuir ; on les redreffe quand ils font à moitié fecs , 8c qu'ils peuvent être pliffés ; puis on les repend jufqu’à ce qu’ils foient affez fecs pour fouffrir le premier travail de grenier.
- 70. Le travail degrenier fe fait pour les chevaux comme pour les bœufs (30);
- Hongrqyeur% F
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- m ART DE V HONG ROY EU R.
- on les paffe à l’étuve avant de les mettre en fiiif ; s’ils font déjà fecs, on ne les laide qu’un quart-d’heure dans l’étuve, parce qu’ils rifquent d’y être deffé-ehés Sc apauvris par la chaleur ; mais s’ils ne font pas bien fècs , il leur faut une demi-heure d’étuve. Les cuirs de chevaux jettent beaucoup plus d’humeur que les cuirs de bœufs > Sc cette vapeur efl; défagréable & fatiguante pour les Ouvriers.
- 71. On les met en fiiif comme d’autres cuirs ; mais ils ne prennent que la moitié du luif que demande un cuir de bœuf ; ils font trop minces pour en boire beaucoup , & l’on ne fait prefque que les dorer.
- Les cuirs de chevaux pefent ordinairement 50 livres quand ils font hon-groyés ; mais il s’en trouve de différens poids, depuis 14 jufqu’à 6o livres.
- Dépenfes & Produit.
- 72. Prix du cuir frais. ................61. of.
- Trois liyres d’alun à 10 f. la liv. . . .'.1 10
- Une livre & demie de feî à 4 f, la liv. 6
- Trois livres de fuif à 6 fols la liv. ......... 18
- Prix de la chaux pour les pleins. ......... 1
- Main-d’œuvre des Ouvriers..................1 o
- Vin des Ouvriers, bois & charbon. ...... 12
- 1
- Droit de marque à 1 f. par liv. ...........1 10
- Total des frais. . * . ... » . . 11 17
- Prix du cuir de 30 liv. à 9 fi la liv. 13 10
- On le vend auffi quelquefois 10 fi la livre.
- On paffe environ 4000 chevaux en blanc, année commune, à Paris : plu* fleurs ne fe mettent point en chaux pour être débourrés ; car cela les rend plus creux, plus fpongieux ; mais on les rafe comme ceux de bœufs ; alors ils approchent davantage de ceux-ci, & fouvent on les mêle avec ceux de bœufs., quoiqu’il foit défendu aux Bourreliers-Carrofïïers de les mêler dans leurs fou-
- pentes avec le cuir de bœuf ; ils font trop fujets à s’étendre Sc à fe ra-
- . u
- cornir.
- 73. Les cuirs d’ânes fe paffent auffi en blanc ; mais ce font les plus mauvais de tous les cuirs ; ils font toujours caffants , durs, corneux , difficiles a employer.
- On acheté 18 à 20 fi un cuir d’âne , quand il efl: frais ; on le paffe entier fans le couper en deux bandes comme les autres ; il prend moitié moins d’e-toffe que le cuir de cheval ; il pefe 6 à 7 livres quand il efl: paifé ; il fe vend 7 à8 fila livre.
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- ART DE U HO N G RO Y EU R.
- Des défauts du Cuir de Hongrie,
- 74. 'Les de’fauts du cuir de Hongrie peuvent venir de la nature delà peau 8c de chacune des opérations de l’Hongroyeur : quant aux vices de la matière , on peut voir l’Art du Tanneur où j’en ai parlé affez au long ; il ne me refte à parler que des défauts de fabrication.
- 75. Si Ton a laifïe le cuir fermenter 8c s’échauffer, la fleift s’endommage ; elle s’enleve même avec la faulx.
- Si en foulant les aluns , l’Ouvrier fe néglige & fe ménage (18) , s’il ne donne que deux ou trois eaux , le cuir étant moins ouvert, plus dur, réfîftera à la baguette ; il ne prendra pas tant de fùif, 8c il n aura ni la force ni la fou-pleile dont le cuir de Hongrie eft fufceptible ; on y verra encore les échimo-fes ou taches du fang extravafé fous la peau , & des endroits durs qu’on appelle des cornes ; il fera foible 8c de moindre qualité.
- Si dans le travail de grenier (30) , foit travail de première, foit travail de dernière , on n’ouvre pas affez le cuir, il ne recevra pas le fuif qui efi nécefïàire pour lui donner de la fouplefle.
- 76. Si dans l’étuve le feu vient à faifîr la fleur (42 J , le cuir fera caflànt.
- Si l’on met le cuir fur table (4f) avant qu’il foit affez ouvert , le fuif ne
- pénétrera pas. }
- Si le fuif eft trop froid , il n’entre pas affez ; s’il eft trop chaud, il brûle la fleur : c’eft ici l’opération la plus délicate de l’Hongroyeur.
- Quand le cuir n’a pas été mis en fuif, comme il convient, dès la première fois, c’eftinutilement qu’on voudroit y revenir ; le fuif prendroit mal, comme on en peut juger par l’expérience que j’ai rapportée (55) , 8c le cuir fe noirciroit. Il y a des Pays,comme la Flandre, la Lorraine, l’Allemagne, où l’on aime à avoir le cuir de Hongrie un peu noir. L’ancien ufage étoit même de le noircir un peu (3$) : fans doute qu’on vouloir imiter par-là ceux du Pays, qui avoient plus de réputation , 8c qui étoient cependant nourris avec du fuif noir 8c mal purifié , ou travaillés malproprement. Aujourd’hui l’on préféré du cuir de Hongrie qui eft blanc , parce qu’il eft cenfé fait avec plus d’attention & d’habileté, ou avec des matières plus épurées ; & naturellement il doit être meilleur.
- Des ufages du Cuir de Hongrie.
- 77. Le principal ufage du cuir de Hongrie eft celui qu’en font les Bourreliers pour les foûpentes 8c les harnois. Pour faire des foûpentes , on prend du 18 ; on met c , 6, ou 7 bandes l’une fur l’autre ; quand elles font bâties 8c coufùes avec du fil à dix doubles , ciré , on les bredit , c’eft-à«
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- *4 ART DE U H O N G RO Y EU R,
- dire , qu’on les couvre avec une vache corroyée ; mai s tout cela appartient à l’Art du Bourrelier.
- On prend le plus fort, e’eft-à-dire , du 30, du 33 , pour les licols, pour les doflieres, efpeces de boucles qui reçoivent les limons d’une charrette ,pour les avaloires qui environnent le cheval par derrière » 8c pour tout ce qui exige beaucoup de force & de fouplelïe.
- 78. Le cuir de Hongrie fe travaille tout frais ; il n’eft point corrompu ni attendri par la fermentation , comme les cuirs tannés; fa fleur n’eft point brûlée par la chaux, ni affoiblie par le gonflement qui précédé le tannage. Il y a des Selliers en Flandre & ailleurs qui ne connoiflent pas le cuir de Hongrie ; mais ils n’en font pas mieux ; ils y fubftltuent des cuirs tannés & corroyés qui ont paflé par la chaux, qui n’ont point la même flexibilité, qui caffent & durent beaucoup moins. Souvent le cuir de Hongrie , après avoir fervi y a. 6 ans en foûpente, conferve encore prefque toute fà force dans les endroits où le fer ne l’a pas rongé ; ce qui prouve le grand avantage de cette préparation, & fa fupérîorité fur toutes les autres maniérés de préparer le cuir ; il faut convenir cependant que pour avoir toute fureté dans des équipages, il faudroit en changer les foûp entes tous les 2 ou 3 ans, parce que le cuir qui fe tiraille & fe defféche, perd enfin la flexibilité 8c fa douceur.
- 79. On a voulu y fubftituer les foûpentes de nerf ; il y en a qui pefent 30 livres la paire ; on les paye 3 6 à 40 fols la livre ; il y a encore le paffage en huile qui eft nécelfaire pour les nourrir, & qui coûte dix fols par livre ; on donne enfin fix livres pour les pofer, 8c malgré cela elles n’équivalent pas aux foupentes de cuir de Hongrie. Ces nerfs ou plutôt ces tendons battus^ peignés & filés font des cordes qui n’ont, ce me femble, ni i’élafticité ni la foupleffe ni la force d’un cuir naturel & entier.
- 80. L’article 24 des Statuts des Selliers-Lormiers de Paris, donnés en 1376* prefcrivoit déjà l’ufàge du cuir de Hongrie:Les harnois des coches, charriots ou car-rojjes feront de bon cuir fort, bien doublé de cuir de Hongrie ,* & feront par les anneaux confus de bon cuir de veau ,• & qui fera le contraire, ï oeuvre fera arf. L’article 27 pref crit également l’ufàge du cuir de Hongrie.
- 81 ; L’ufàge du fuif, pour donner de la fouplefle au cuir, fe borne en France au cuir de Hongrie ; mais j’ai appris en 1765 , dans les tanneries de Naples qui font fur le port, vers le Torrione del Carminé, que l’on emploie le fuif, même pour le cuir fort propre à faire les femelles ; cela l’adoucit, empêche qu il ne fe feche trop aifément, & cela eft utile dans un pays où le pavé eft toujours brûlant en été , fur-tout dans les endroits expofés au foleil : ils en mettent beaucoup plus que nous ; en effet on a vu ci-deffus (57) qu’il fuffit de 6 liv. de fuif pour un cuir de 44 livres ; mais à Naples, pour un cuir qui pefe 72 livres, on en met 18 de fuif; le fuif revient cependant à Naples à 7 fols la livre; c eft imfol de plus quà Paris. C°mmercs
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- ART DE V HO N G ROYEU tL
- Du Commerce des Cuirs de Hongrie. •
- 82. Les Cuirs des Hongroyeurs de Paris font recherchés de l'Etràngèt ï il en paffe en Suilïè , en Flandre & ailleurs : ceux des Provinces font moins eftimés , parce qu'il s'y trouve quelquefois du plâtre ou du liiif furabon-^ dant , qui n'a point pénétré le cuir , & qui ne fert qu'à augmenter fon
- Tous les Tanneurs de Paris iont Hongroyeurs , c'eft-à-dire , qu'ils ont droit de paffer du cuir en blanc , façon de Hongrie ; mais il n'y en a que dix ou douze qui s'occupent de cette partie \ ils font , année commune , huit mille cuirs de bœufs, deux mille cinq cens de chevaux un petit nombre de vaches.
- 83. Les Bourreliers de Paris ont auffi le droit de fabriquer 8c apprêter les cuirs de Hongrie , pour leur ufage propre. Par l'article 31 de leurs Sta-» tuts enregiftrés en 1666 j il eft dit qu'ils pourront habiller les cuirs de Hôn-« grie, à leur ufage, & pour fervir en leur métier, comme ils ont accoutumé; ce qui prouve que, même auparavant, ils étoient en poflèffion de fabriquer & apprêter ces fortes de cuirs ; en effet, on en voit déjà quelque choie dans les Statuts de 1578. Un Arrêt du Confeil du 3 Juin 1684 > rendu au rapport de M* le Pelletier Contrôleur Général des Finances , leur en confirme le droit & la poffeffion. Cet Arrêt fut rendu conformément à l’avis de M. dè la Reynie, qui y eft inféré, & dans lequel on voit les motifs de la décifion*
- 84. L'Edit du mois de Janvier iyoy occafionné par les befoins de l'Etatt & la néceffité d'une guerre longue & malheureufe, fufpendit le droit des Bourreliers, pour établir des Offices de Jurés-Hongroyeurs qui avoient feuls le Privilège des Cuirs de Hongrie. Ces Offices furent acquis parles Proprié-»; taires de la Manufacture de Saint-Denys , au prix de cinquante mille écus* Ce ne fut qu'en 1715* que les Tanneurs & les Bourreliers préfenterent Re-i quête au Confeil, pour expofer qu'il étoit temps de remettre les chofes dans leur premier état. Les Tanneurs offroîent de donner , à x% fols la livre , le cuir que les Privilégiés vendoient 16 fols. Ils expofoient que les Traitans avoient perçu 390000 livres jufqu'à l'année 1714 inclufivement, pour lé produit de leur Privilège, & qu'ainfl on ne leur devoir aucune indemnité*, On fe plaignoit auffi que le Privilège de lyôy âvoit donné le moyen aux Privilégiés de débiter des cuirs de mauvaîfe qualité. De-là, différens acci-» dens arrivés aux équipages ; de-là, le peu de durée des foûpentes 8c des har-nois. Enfin les Bourreliers expofoient que plufieurs fois ils avoient manqué de cuirs , foit par la négligence des Privilégiés, {oit par le deffein , peut^
- Hongrqyeur. G
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- %6 ART DE D H ON G R O Y E V R.
- être formé ? d'en caufer l'augmentation par la rareté. Ils s’en étoient plaints plufieurs fois ? & ils avoient été même obligés de faire affigner ? à ee fujet ? les Fermiers pardevant M. d’Argenfon Lieutenant de Police.
- Ce Privilège odieux fut en effet fupprimé. Les Tanneurs font aujourd'hui librement le cuir de Hongrie? Sc les Bourreliers peuvent le faire ; mais on ne voit pas? à Paris? qu ils ufent de leur droit.
- RENOUVELLEMENT
- D E STATUTS* ET REGLEMENS
- P O U R la Communauté des Maîtres Marchands Tanneurs - Hon-groyeurs de la Fille & Fauxbourgs de Paris 9 agréés ? ratifiés & homologués par Lettres ~ Patentes du mois de Décembre 1734 , pour être fmvis & exécutés par tous les Maîtres de la Communautés
- Enregiftrés en Parlement le 2% Janvier iy±U Article Premier;
- P ersonne ne pourra être reçu Maître Tanneur-Hongroyeur de la Ville & Banlieue de Paris ? qu’il n’ait fait apprentiffage , au moins cinq années ? chez un des Maîtres de la Communauté ? & qu’ il n’ait fervi depuis chez les Maîtres en qualité de compagnon ? au moins deux années > & n’ait fait chef* d’œuvre en préfence des Jurés & des quatre Anciens.
- IL
- Aucun Maître Tanneur*Hongroyeur ne pourra avoir plus d’un Apprentif qui s’obligera par aéle paffé pardevant Notaires? en préfence des Jurés? lequel aéte fera regiftré fur le livre de la Communauté , dans la quinzaine ? & payera ledit Apprentif la fomme de 5*0 livres à la Communauté ? non compris les droits de l’Hôpital & autres ? conformément à la Déclaration du Roi* du 12 Novembre 1692,
- III.
- Si pendant le temps dudit Apprentiffage le Maître vient à mourir ? il ra permis à la Veuve , au cas qu’elle continue le Commerce ? de rctenit l’Apprentif chez elle ? pour lui faire achever Ion temps ; & fi le Maître n e-toit que garçon ou veuf ? & qu’il vînt à décéder , les Jurés auront foin de
- $ Nous plaçons ici ces Statuts en conféquence de la note qui eft à la première page*
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- I
- ART DE V HO N G RO Y EU R. ^
- placer l’Apprentif chez un autre Maître > pour achever Ton temps cf appren-tiiTage , fauf à l’Apprentif Ton recours contre la fiicceffion de fon premier Maître , au cas qu’il Feût payé en entier , & eu égard au temps qui défaut droit pour fon apprentiflage*
- IV,
- Lorsque l’Apprentif aura fait fon temps, & qu’il aura fervî les Maîtres ètl qualité de Compagnon, pendant deux années, il ne fera reçu Maître qu’eii faifant chef-d’œuvre , ainfi qu il eft dit en l’article Ier. & en payant à la Communauté la fomme de doo liv. non compris les frais de réception , lettres de Maîtrife, *& autres droits accoutumés , conformément à la fufdite Déclaration*
- V,
- Lès fils dé Maîtres, dont les peres auront paffé les Charges * feront reçus en payant à la Communauté yo livres : ceux dont les peres n’auront point paifé les Charges , payeront 200 livres, non compris les autres droits > le tout conformément à la Déclaration de 1692*
- VL
- La Communauté continuera d’élire tous les an’s, à la pluralité des voix * & en préfence de M. le Procureur du Roi, en la maniéré accoutumée, un Juré au lieu & place de celui qui forcira , en forte qu’il y ait toujours deux Jurés en place,
- y 1 l
- Toutes les marchandifes tannées, tantbœufs que vaches , veaux bafin nés & autres, feront portées à la halle aux cuirs > pour y être vues Sc vifitées* marquées & vendues au plus offrant & dernier enchériffeur, à tous Marchands qui fe préfenteront, tant de la ville que de la campagne ; & à cet effet, feront tenus les Jurés de fe trouver à la halle pour vifiter & marquer tant lefdites marchandifes que celles qui feront apportées du dehors > fans prendre aucun droit ; auront cependant les Bourreliers, les Cofroyeurs Sc les Cordonniers de Paris, le droit de préférence Sc de retenue fur toutes les marchandifes , en payant le même prix que celui porté par la déclaration de l’acheteur & du vendeur.
- y iil
- Comme le cuir de Hongrie, dont l’ufage eft devenu fi nécefiàirè & fi utile au public, eft d’un apprêt différent des cuirs tannés, Sc de nature à ne pouvoir être tranfporté à la halle fins l’expofer à perdre fa fleur & qualité , lefeits Jurés fe tranfporteront chez iefdits Maîtres , au moins une fois le mois , pour faire leur vifite, & examiner s’ils emploient les matières convenables à la fabrique dudit cuir de Hongrie * comme bon alun , bon fuif, bon fel, tel qu’on le diftribue à la Gabelle tous les mois ; Sc en cas de contravention, lefdites Marchandifes Sc matières feront faifies Sc confifquées au profit de la Com* faunauté* ,
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- a8
- ART DE V H O N G RO Y EU R,
- IX,
- Il fera permis aux Bourreliers, fîiivant l’article XXXI. de leurs Statuts * de faire & fabriquer du cuir de Hongrie pour leur ufage feulement, fans qu ils puiflent en vendre à qui que ce foit, ni en faire aucun commerce , à peine de confifcation ; & feront lefdits Jurés-Tanneurs autorifés à faire la vifite chez lefdits Bourreliers, en prenant toutefois l’Ordonnance du Lieutenant .Général de Police.
- X.
- Les Marchands forains ne pourront vendre pareillement les cuits de Hongrie qu’ils amèneront à Paris , que préalablement lefdits cuirs n’aient été vus & vifités par lefdits Jurés, à peine de confifcation , au profit de la Com* munauté, & de 100 livres d’amende*
- XL
- Il eft expreflement défendu à toutes perfonnes fans exception dans la ville de Paris, Fauxbourgs & Banlieue , Privilégiés ou prétendus tels, autres que les Maîtres Tanneurs-Hongroyeurs , de fabriquer ou faire fabriquer aucune forte de cuirs foit tannés , foit hongroyés ; & défenfes font faites aux-» dits Maîtres Tanneurs-Hongroyeurs , ou Veuves de prêter leur nom dire-élément ou indirectement à qui que ce foit, pour faire ledit Commerce > le tout à peine , contre les Contrevenans , de confifcation , & de ioo li-, yres d’amende.
- XIL
- Il eft expreflement défendu à tous Maîtres de la Communauté de dé-» baucher les Compagnons les uns des autres , 8c nui n’en pourra prendre {ans un congé ou confentement par écrit du Maître de chez qui le Compagnon fera forti, à moins qu’il n’eut été abfent de chez ledit Maître depuis fix mois , à peine de 100 livres de dommages & intérêts , au profit du premier Maître , yo livres d’amende envers le Roi, & de 20 livrés d’aumône au profit de l’Hôpital Général, le tout payable parle fécond Maître, 8c le Compagnon folidairement.
- XIII.
- De’fenses font faites auxdits Maîtres Tanneurs-Hongroyeurs de faire enlever aucuns cuirs provenants des abbatis des Bouchers , s’ils ne font bons, loyaux & marchands, fans queues, mufles, pattes, ni os dans les têtes, conformément aux anciens Réglemens ; & en cas de conteftation, les Jurés feront tenus d’intervenir & prendre le fait 8ç caufe de la Communauté pour faire obferver lefdits Réglemens.
- XIV.
- Pareilles défenfes font faites à tous Tanneurs, tant de cette ville de Paris
- que forains & étrangers, d’acheter aucuns cuirs provenants de f abbatis dur*
- Boucher qui les auroit vendus à un autre par marché ferme , pour fix
- pu un an, & dont il y auroit marché par écrit, bien 8c duemenc notifie, a
- 4 peine
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- J RT DE L'HONGROYEUR.
- peiné d’être refponfables, folidairement avec le Boucher , de toutes pertes > dommages & intérêts ; Se fera permis audit cas, au Tanneur qui fera fondé en marchés , de faifir Se revendiquer lefdits cuirs par-tout ou il les trouvera.
- X V.
- Il fera à l’avenir établi Se loué, aux frais de la Communauté , un Bureàii dans lequel tous les Maîtres feront tenus de s’affembler félon le mandement du Juré-Comptable, pour délibérer Se donner leur avis fur les affaires qui feront propofées , concernant leur Communauté, à peine de30 fols d’amende contre les abfens,s’ils ne font empêchés par maladie, ou ne juftifient d’âu-très exeufes légitimes*
- X VL
- Il y aura dans ledit Bureau un coffre ou armoire fermant à deux clefs * dont une fera remife ès mains du Juré-Comptable , & l’autre ès mains du Doyen de la Communauté , dans lequel coffre ou armoire feront renfermées toutes les pièces Se titres concernant la Communauté , Se dont le Juré-Com-ptable fe chargera au bas d’un bref inventaire 9 pour le remettre , après fon année de jurande, à celui qui fera Comptable après lui.
- XVII.
- Lesdits Maîtres Tanneurs - Hongroyeurs feront au furpîus confervés St maintenus dans tous leurs droits, privilèges Se exemptions, conformément aux anciens Edits , Déclarations, Arrêts & Lettrés-Patentes qui leur ont été ac* cordées par les Rois prédécefïeurs de Sa Majefté.
- Le 17 Mars 1734 les Tahneuts déclarèrent pardevant Notaire qu’ils fe foumettoient à l’exécution defdits Statuts , & à faire faire pareille foumifïlon par ceux qui pourrôient être admis par la fuite à la Maîtrife.
- Par des Lettres-Patentes données à Verfailles au mois de Décembre 1734^ le Roi approuva , confirma & autorifa lefdits Statuts & Réglemens ; ces Lettres-Patentes furent enregiftrées en Parlement le 23 Janvier 1741, comme nous le dirons ci-après.
- Les Statuts que l’on vient dé voir ici , quoique obtenus au mois de Mars 1734 , n’ont été enregiftrés que le 23 Janvier 1741, à caufe des contefta-tions qu’ils occafîonnerent. Lorfque les Tanneurs eurent préfenté Requête au Parlement pour en demander l’enregiftrement, les Jurés de la Communauté des Bourreliers - Bâtiers - Hongroyeurs de Paris s’y oppoferent, aufïi-bien que les Corroyeurs. Les Bourreliers fe plaignoient des défenfes générales portées dans l’article XL à toutes perfonnes de faire des cuirs hongroyés. Les Tanneurs par leur Requête du 21 Avril 173 J » déclarèrent qu’ils n’entendoient pas fe fervir des défenfes générales contre les Bourreliers, qui en feroient pour leur ufage feulement. Le 29 Décembre 1739 , les Bourreliers demandèrent i°. à être maintenus dans la pofTefîion de faire la vifite des cuirs à leur ufage , apportés par les Marchands forains , fuivant l’article IL de leurs Statuts, c’eft-à-dire, des cuirs de Hongrie. 20. Que la difpofition de l’article VIII. des nouveaux Statuts des Tanneurs , portant qu’il leur fera permis de vifiter les cuirs de Hongrie apportés par les Marchands forains * fût fupprimée. 30. Que la difpofition de l’article IX. des nouveaux Statuts , portant que les Jurés-Tanneurs feront autorifés à faire la vifite chez les Bourreliers , en prenant Hongroyeur. H
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- 30 ART DE VH O N G ROY E V R.
- FOrdonnance du Lieutenant de Police, feroit & demeureroit fupprimée comme étant contraire aux droits qui n’appartiennent qu'aux Jurés-Bourreliet s d'aller en vifite chez les Maîtres de ladite Communauté des Bourreliers. Le 27 Février 1740 , ils fe plaignirent encore de l’article VIL en ce que par cet article les marchandifes tannées font dites devoir être vûes & vifitées par lefdits Maîtres Tanneurs , & que les Corroyeurs & Cordonniers y ont le droit de préférence & de retenue fur lefdites marchandifes en payanc le même prix que celui porté par la déclaration du vendeur 8c acheteur ; 8c ils demandèrent qu’il fût ajouté à l’article VIL que la vifite des marchandifes tannées feroit faite par les Jurés-Bourreliers , lefquels auroient, avec les Corroyeurs 8c Cordonniers, le droit de préférence & retenue.
- Les Corroyeurs fe plaignirent également des délenfes générales portées dans l’article XL mais les Tanneurs déclarèrent par leur Requête du 21 Avril 1735* > qu’ils n’entendoient s’en fervir contre les Corroyeurs.
- Enfin les Cordonniers, par une Requête du 14 Janvier 1740, fe plaignirent de l’article VIL où il eft dit que tous les Jurés feront tenus de fe trouver à la halle pour viflter & marquer les cuirs qui y fèroient apportés, tant ceux de la ville de Paris , que ceux de dehors, fans prendre aucun droit. Ils demandèrent que lefdits Statuts ne fuffent enregiftrés qu’à la charge que les droits attribués aux Jurés - Cordonniers par l’article XXXIII. des Statuts de leur Communauté pour la marque des cuirs > continueroient de leur être payés. Ils fe plaignirent aufli de l’article VIII. où il eft dit que les cuirs de Hongrie ne feront apportés à la halle , 8c que les Jurés fe tranfporteront une fois le mois au moins , chez les Tanneurs, pour vifiter & examiner lefdits cuirs ; ils demandèrent que les Tanneurs fuffent tenus de tranfporter à la halle les cuirs de Hongrie , & tous autres cuirs , pour y être vîfttés & marqués en la maniéré accoutumée , fans que les Jurés - Cordonniers foi en t tenus de fe tranfporter chez eux. Sur quoi intervint Arrêt le 9 Mai 1740 , par lequel la Cour, fans s'arrêter aux oppofitions formées par les Bourreliers, Corroyeurs 8c Cordonniers, ni à leurs demandes dont ils font déboutés ; ordonne qu’il fera paffé outre, G faire fe doit , à l’enregiftrement defdites Lettres-Patentes, à la charge que les défenfes générales exprimées par l’article XL ne pourront regarder les Maîtres & Veuves de ladite Communauté des Bourreliers, lefquels conformément à la liberté qui/leur eft accordée^ perfonnellement par l’article IX. pourront faire & fabriquer du cuir de Hongrie, pour leur ufage feulement, 8c employer conformément à l’article XXXI. de leurs Statuts, tous cuirs de bœuf, vache, veau , pourceau & tous autres cuirs , tant renvoi que marqué à faux fer, cuir de cheval tanné , que Hongrie, fans cependant que pour la fabrication du cuir de Hongrie , ils puiiîent prêter leur nom directement ni indirectement , ni en faire aucun commerce , & en vendre à qui que ce foit, & auflî fans que , fous prétexte dudit article XI. l’on puifle empêcher les Corroyeurs de travailler des cuirs tannés : fur le furplus des autres demandes , Gns 8c conduirons , met les Parties hors de Cour , condamne lefdits Jurés 8c Communautés defdits Bourreliers , Corroyeurs & Cordonniers , chacun à leur égard, en tous les dépens envers lefdits Jurés 8c Communauté des Tanneurs-Hongroyeurs.
- Le 23 Janvier 1741 lefdits Statuts furent enregiftrés avec les modifications de l'Arrêt du 9 Mai 1740.
- Par un Edit du mois de Mars 1691 , le Roi avoit créé & érigé en titre d’Offices héréditaires les Gardes des Corps des Marchands, 8c les Maîtres Jn-
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- ART DE L'HONGROYEUR. 3I
- rés des Arts 8c Métiers. Les Maîtres Tanneurs pour être affranchis de la fer-vitude que ces nouvelles Charges alloient leur impofer, firent offrir au Roi de payer au tréfor de fes revenus cafuels, la foin me de 8000 livres, s'il lui plaifoit unir à leur Communauté, ces Offices de Jurés , pour être exercés par ceux qu'ils préfenteroient au Roi. En conféquence il y eut une Déclaration du 12 Novembre 1692 , par laquelle Sa Majefté unit Sc incorpora à la Communauté des Maîtres Tanneurs, les Offices de Jurés, créés pour la même Communauté. On trouve auffi dans la même Déclaration les difpofi^ tiens fuivantes, qui nous ont paru mériter d'être rappeliées ici.
- Voulons qu'à l’avenir, conformément aux Statuts de ladite Communauté , les Brevets d’apprentifîage ne puiflent être faits pour moindre temps que de cinq années, qu'ils foient enregiftrés par les Jurés, Sc que le temps dudit apprentiflàge ne commence à courir que du jour dudit enregiftre-ment , pour lequel il fera payé cinquante livres ; ce que le Maître qui oblige l’Apprentif fera tenu de faire dans la quinzaine du jour Sc date du Brevet d'apprentiffage , à peine de nullité , Sc des dépens, dommages & intérêts de l’Apprentif. Voulons que pour la réception d’un Maître de chef - d'œuvre , après le chef - d’œuvre fait , il foit payé 600 livres ; pour celle d’un fils de Maître, après l'expérience faite , 200 livres ; pour celle d’un fils de Maître qui fera ou qui aura été Juré >50 livres ; Sc que les fils de Maîtres nés avant la Maîtrife de leur pere ne puiffent être reçus qu’en payant 600 1. comme les Apprentifs, & après avoir été obligés pendant cinq ans en qualité d’Apprentifs. Voulons auffi que tous les deniers provenants defdits droits foient employés au payement des dettes de la Communauté , dont les Jurés feront tenus de rendre compte tous les ans, ffiivant notre Edit du mois de Mars 1691 , & en la maniéré accoutumée , & que tous Tes Maîtres qui travaillent dudit Métier , même ceux qui travaillent dans les lieux privilégiés, foient tenus de contribuer, comme les autres, au payement defdites dettes , Sc qu'au furplus les Statuts de la Communauté , Arrêts Sc Réglemens de Police foient exécutés félon leur forme Sc teneur.
- EXPLICATION
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- DES FIGURES DE L'HONGROYEUR-
- Haut de la Planche.
- A y .Action de celui qui travaille de riviere, Sç qui rafe les cuirs (6). jB, Chaudière dans laquelle fond le fuif.
- C, Aétion de celui qui roule à la baguette (30^.
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- 3» ART DE E HO N G ROY EU R.
- D 3 Aélion de celui qui prend le fuif dans la chaudière (46).
- E3 Aéèion de celui qui achevé de mettre en fuif; le gipon qu’il tient à la main 3 efl celui dont on fe fervoit autrefois ; mais celui qu’on emploie aujourd'hui ell repréfenté en P au bas de la Planche 3 & on le pafïe fur le cuir for-* tement & avec vîteffe.
- F y Feu de charbons fur lequel on flambe le cuir (51^0
- G 3 Cuirs étendus pour fécher.
- jBas de la Plancha
- H 3 Chaudière qui fert à fondre le fuif, ou à chauffer l’alun ; car la forme Üe ces chaudières eft à-peu-près la même.
- Iy Fourneau fur lequel fe place la chaudière, avec fa cheminée.
- K 3 Perches du travail de grenier} qui fervent à foutenir l’Ouvrier*
- Ly Grille fur laquelle fe mettent les charbons (42).
- My Ate de la grille, formée de plufîeurs dalles de pierre ,fùrlaquelle on met la grille.
- Ny Seau pour aluner ou encuver.
- O % Baquet dont on fe fert pour travailler de rivierey ou pour faire tremper les cuirs en alun (21).
- P y Gipon dont on fe fert pour étendre le fuif (46 ).
- Q y Couteau rond pour le travail de riviere.
- R y Quioffe ou Queurfe , pierre qui fert à repaffer la faux de celui qui rafe les cuirs.
- S y Fufil dont on fe fert , dans certains endroits , pour repaffer la faux.
- T y Table fur laquelle on met en fuif (45) : il faut fuppofer > de l’autre côté de l’étuve 3 une pareille table.
- F, Chevalet fur lequel on travaille de riviere (7).
- W y Cuve ou Baignoire pour aluner (17).
- Xy Forme & affemblage des cercles de certaines baignoires»
- Y y Baguette pour rouler dans les cuirs (31).
- Z y Bouche-né pour garantir de la vapeur (38).
- FIN.
- BIB CNAM RESERVE
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