Descriptions des arts et métiers
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- DU MÉGISSIER
- Par M. de la Lande,
- M. DCC. LXV.
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- ART
- DU MÉGISSIER.
- Par M. de la Lande.
- J a e MÊgissier eft celui qui prépare les peaux blanches avec la chaux, l’alun, le fel, le confit, & la pâte. Ces peaux blanches s’appellent Peaux de Mégie ; mais on ignore l’étymologie de ces noms de Mégie & dzMégiJJîer, qui doivent être fort anciens. M. Huet prétend que le nom de MégiJJîer vient de medicare, qui fignifie préparer avec des drogues ; car on appelloit Meges les Médecins & les Embaumeurs : on l’a exprimé en latin par le mot Aluta-rius, ce qui vient fans doute' de Atumen, c’eft-à-dire, de l’alun, dont les Mégiffiers ont toujours fait ufàge,
- 1. Dans une cave fépulcrale des guanches dans l’ifle de Tenérife, ôn trouva vers le milieu du dernier fiécle un cadavre qui avoit fur l’eftomac une peau plus douce & plus fouple que celle de nos meilleurs gants, & fort éloignée de toute corruption : il paroît que l’art de préparer les peaux faifoit partie de l’art des embaumements très-connu & très-pratique parmi les anciens habitants de cette ifle. ( Hift. gén. des Foy. Liv.F. Anonyme de iôji). Les plus anciens Ecrivains de la Chine rapportent qu’autrefois on n’y étoit vêtu que de peaux avant quune des femmes de l’Empereur Whang-ti inventa l’art de fabriquer la foie ( Hijl. des V'• Tom. 22 ,p* iqi ). C’efl: à l’art du Mégiffier qu’on doit rapporter ces différentes préparations : car celui des Chamoifeurs n’eft point auffi ancien. Les Chamoifeurs préparent les peaux les plus douces & les plus chaudes ; nous en avons donné la def-cription; les Mégiffiers préparent les plus blanches & les plus belles: nous allons les décrire.
- 2. Les peaux blanches que les Mégiffiers préparent font prefque toujours des peaux de moutons, d’agneaux, de chevreaux ; on en fait un ufage fréquent dans la fbciété pour des tabliers, des doublures, des gants, & autres meubles dont on ne fàuroit fe paffer.
- 3. Ces peaux blanches n’ont pas le moelleux Sc la foupleffe de celles du
- Mégtssier. A
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- art du mêgissier.
- Chamoifeur qui font paifées en huile, Foulées & effleurées (voyez l’Art du Chamoifeur ) : mais elles font plus agréables à la vue, plus propres, plus fermes j elles ont la fleur belle & entière ; elles ont une blancheur éclatante , que Ton recherche dans plufieurs fortes d'ouvrages.
- 4. La qualité des eaux influe fur celle des peaux ; les eaux dures & crues comme celles qui fortent des montagnes & qui font encore près de leur fource, n'abattent pas beaucoup les peaux, n'étant pas fort propres à la fermentation : le travail du Mégiiïîer en eft beaucoup plus long ; mais les peaux n’en font pas moins blanches ; les eaux de la Seine font un peu dures pour les peaux blanches : mais la riviere de Bievre ou des Gobelins eft excellente pour faciliter ce travail ( 38 ) : aufli l'on n'y donne que trois façons de riviere 07)> tandis que dans certaines provinces on en donne quelquefois cinq ou fix ; c'eft à cette occafion que nous parlerons de la riviere des Gobelins avec quelque détail, à la fuite de cet Art (142).
- y. Le travail des Mégifliers de Paris fur les grandes peaux de moutons eft un peu différent de celui des Mégifliers qui ne préparent que de petites peaux d'agneaux & de chevreaux pour faire de beaux gants ; ainfi je décrirai féparément ces deux fortes de travaux, avec toutes leurs circonftances : je commence par les moutons qu'on pafle à Paris ; je finirai par les agneaux & chevreaux que l'on pafle à Grenoble (72).
- 6. Les Mégifliers de Paris reçoivent leurs peaux des Bouchers de la Ville, quelquefois des Provinces, fraîches ou feches, indifféremment : ils ne paf* fent que des moutons ou des agneaux, quelquefois des veaux & des chèvres ; mais cela eft beaucoup plus rare, & il y en a beaucoup qui ne paffent que des moutons. Les peaux de moutons fe payent de 100 à iyo livres le cent, c'eft-à-dire, 20 ou 30 fols la piece en été, où il n'y a pas de laine fur ces peaux ; mais en hyver cela va jufqu'à 300 ou 330 livres le cent, à caufe de la laine dont elles font chargées.
- 7. Dans le commencement du travail on ne les fépare point, on les pafle toutes enfemble grandes ou petites. On ne choifit gueres la faifon : il eft vrai que la plus convenable eft le printemps ou l'automne : cependant en hyver & lors même de la gelée, ou en été, pourvu qu’on ait de l'eau, on travaille également.
- 8. La première chofe que fait le Mégiflîer eft d'unir les peaux, c'eft-à-dire, de les égaler en coupant, avec des forces ou cifeaux à reflort, le bâtard de la laine qui eft ferré, collé en forme de meches, jaune, & qui donne mauvaise façon à la laine ; on voit dans la Planche première l'Ouvrier qui furtond une peau : après cette opération, on rince les peaux fi elles font fort fales, finon on les met tout de fuite en chaux pour les faire peler.
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- ART DU MÉ G ISS IER.
- Mettre en Chaux 3G peler les Peaux.
- p. Pour enchaujjener ou mettre en chaux, on a une folTe de trois pieds de diamètre fur deux pieds de profondeur qu'on appelle Enchaujfumoir , dans certains endroits Enchaux, revêtue de bois ou de pierre ; on y fait infufer la valeur de deux minots ou 6 boifleaux de chaux, pour 600 ou <700 peaux (20) ; ( ils coûtent 3 livres 6 fols actuellement ; ) on la lailïe éteindre du matin au foir, de peur qu’elle ne brûle les peaux. Quand on veut mettre en chaux, on prend un gipon fait avec les penes ou les bouts de fil qui relient au bout des pièces de grolfe toile que font les Tilferants ; on en alfemble plufieurs au. bout d’un long bâton , & l’on s’en fert comme d’un balai pour prendre la chaux 8c pour l’étendre fur la peau. Nous avons déjà parlé de cette opération dans l’Art du Parcheminier. Quand on a enchauf* fené la peau, on la replie en deux, chair contre chair, de tête en queue, les pattes de derrière en dedans j les peaux d’agneaux fe plient ventre contre ventre, parce qu’elles ne font pas fi longues.
- 10. On peut enchaulfener un cent de peaux par heure ; on les met en pile jufqu’au lendemain furie bord de l’enchaulfumoir , en hyver comme en été, mais enfuite on diftingue les faifons ; en hyver, on les roule deux par deux , lans les déplier ; on met ces rouleaux les uns à côté des autres, pour 8 ou 15 jours, fuivant les temps plus ou moins doux, afin que la chaux ait le temps de mordre 8c de faire peler la peau.
- ir. En été, elles fécheroient trop fi on les mettoit ainfi en pile ; c’eft pourquoi on les met tremper 8 jours dans des futailles pleines d’eau ; quelques-uns mettent de l’eau blanche par-deflus, c’eft-à-dire, un peu de l’eau du plein mort ; en été, la laine étant fort courte 8c n’ayant pas de prife , il eft nécelfaire que les peaux foient plus attendries par la chaux, pour être pelées facilement.
- 12. Les rouleaux que l’on fait en hyver avec les peaux enchauffenées, s’étant repofés pendant huit jours, on les déployé ; un homme en labots les trempe dans la riviere, 8c les lave en les mettant fur une planche 8c le pied delfus ; on les fait égoutter, on les remet en pile, en les pliant laine fur laine, & on les met cuir fur cuir en pile pour 8 ou iy jours , fuivant qu’il fait plus doux ou plus froid. Ils fe gâteroient fi on les laiffoit ainfi trop long-temps j mais il faut quelques jours pour que la laine fe décharge de fon fuint, c’eft-à-dire, de là graille, & devienne plus facile à arracher.
- 13. Quand elles font au point de fe peler facilement, on les remouille encore dans la riviere l’une après l’autre 5 on les étend fur une felle tout du long, laine fur cuir, yo par yo; deux hommes les battent l’une après l’autre avec deux battes, qui font des bâtons de la grolfeur des peloirs ; une heure fuffit pour battre yo peaux ; cette opération fert à faire tomber la boue & la crote dont la laine eft chargée , fur-tout en hyver.
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- 14. Les peaux ayant été rincées & battues, on les prend avec des tenailles * Tune après l’autre, on les ploie cuir fur cuir, on les lave encore dans la riviere jufqu’à ce que la laine foit blanche. Dans une journée d’hyver, on peut laver 600 peaux.
- iy. Après avoir lavé les peaux, on les met en égout, au moins pendant 24 heures ; fi c’eft dans l’hyver, on les met à terre ; en été, on les met dans la Penderie qui fe voit en H Planche première ; c’eft un lieu ouvert, mais à l’abri du foleil qui pourroit brûler les peaux. On prend foin qu elles ne fechent pas trop par les pattes j car alors on ne peut en ôter la laine: cela nuit au Maître, & fatigue l’Ouvrier. Quand elles font feches, on les tond: tondre, c’eft ôter la fuperficie de la laine avec des forces ; on les voit en L au bas de la Planche I 5 l’aétion eft la même que celle d’unir les peaux (8). Un Ouvrier peut tondre iyo peaux par jour ; la furtonte que l’on ôte ainfi, fe mêle avec le bâtard ( 8 ) , & fe vend au même prix ( r34)-
- 16. Il s’agit enfuite de peler les-peaux : cela fe fait fur un chevalet, dont on voit la figure dans la fécondé Planche, avec un bâton rond quia 18 pouces de long, iy à 16 lignes de diamètre ; voyez l’Art du Parcheminier, ou j’ai déjà parlé de cette opération. L’établi à peler eft compofé en hyver d’un chevalet & de deux felles placées à côté pour recevoir la laine qui eft longue & précieufe ; on place même au bas du chevalet un collet de bois ou une planche en travers fur les deux felles, pour foutenir la culée de la peau, comme on le voit repréfenté en E dans la fécondé Planche.
- 17. Celui qui pele a ordinairement devant lui un gros tablier, qu’on appelle Allure, dont le haut eft une large piece de cuir fort, & le bas eft un linge ou un morceau d’une étoffe quelconque, on le voit en S dans la fécondé Planche : en été, on peut peler iyo peaux dans un jour, mais un
- 4 cent feulement en hyver ; la peau étant plus dure, il eft beaucoup plus difficile d’en arracher la laine, Quand-,cette laine eft trop courte 8c trop difficile à avoir, on prend un bâton moins rond, qui puiffe mordre davantage par fes arêtes, & déraciner la laine.
- 18. Les Mégifliers feuls étant en ufàge de peler les peaux, c’eft aufiî fur eux que roule à Paris le commerce de la laine qu’on en retire : ils diftin-guent dix fortes de laines différentes , la mere laine, la poignée, la fine pelure, la haute fine, le moyen, la laine d’agneau, le noir, le bege, la grofle pelure & le court. Nous en parlerons à la fin de cet Art( 126)*
- 19. En été, les peaux fe gouvernent un peu différemment après avoir d été mifes en chaux. Nous avons dit qu’on les mettoit tremper (11); quand
- les peaux fortent des futailles, on les lave avec les mains dans un tonneau d’eau fraîche ; on les met en égout* fur les futailles même, pendant une heure de temps, ou davantage fi l’on veut ; on' les étend dans la penderie, à l’ombre , pendant une journée ou deux, pour fe refliiyer un peu 5 on prend
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- garde à lie pas les biffer trop fécher , car on ne pourvoit plus ôter la laine * quand elles font feches, on les retire pour les peler : fi on les peloit toutes mouillées, la laine fe coucheroit fous le peloir, & l’on ne pôurroit pas venif à bout de Tôter fans y employer le fen
- 20. Les peaux qui font pelées & qu’on appelle Cuirets> doivent enluité paffer dans le plein : on commence par le plein mort pour venir au plein frais ; mais comme le plein mort a commencé par être un plein frais , il efl néceffaire de parler d’abord de celui-ci.
- Un plein qui peut contenir joo cuirs exige une mine de chaux, ou deux minots *;& l’on peut en paffer # ioqo dans ce plein, parce qu’on les met alternativement en plein Sc en retraite : quand il a fervià ces 1000 cuirs , c’eft un plein mort ; il ne fert plus qu’à fauver, c’eft-à-dire, à conferver les cuirs en attendant qu’on les travaille, ou à morplamer, c’eft-à-dire, pré* parer au plein neuf les cuirs qui ont été pelés & làuvés.
- 21* Les cuirets fe mettent tout de fuite dans le plein mort; on les y laiffe huit jours pouf les fàuver ôc les préparer au plein frais ; on les relevé tous les jours pour faire place à d’autres ; il fuffit qu’ils y aient été un jour pour être fauvés fuffifamment, ou de maniéré à pouvoir attendre le triage.
- 22. Quand on en a fuffifamment, on les trie, c*eft-à-dire, qu’on fépare le rebut d’avec les belles peaux qu’on deftine au Chamoifeur ; nos Mégif fiers envoient celles-ci à Rouen, à Orléans, ou à Dreux, pour faire la bafime ; ce font les moins belles qu’on ,paffe en blanc à Paris. Celles du Chamoifeur n’exigent un plein plus fort que pendant 24 heures pour les fauver à forfait, de maniéré qu elles puiffertt faire la route.
- 23. Celles qu’on veut paffer en blanc fe mettent pour quinze jours, trois femaines, ou un mois, dans un plein mort pour morplamer : on eft le maître de les y laiffer plus ou moins ; elles ne courent aucun rifque. Chaque jour on retire les cuirets du plein ; on en leve cinq cents pour en mettre cinq cents autres, Sc ainfi alternativement : en une heure on en peut relever cinq cents Sc recoucher les cinq cents autres. Après 15 jours ou un mois de plein mort, on les met dans un plein neuf; ils y relient 15 jours en été; en hyver, un mois ou fix femaines ; on les releve de même chaque jour, & on les laiffe en retraite du foir au matin.
- Travailler de Riviere.
- 24. Quand les cuirs fontaffez plamés, qu’ils ont acquis l’épaifleur convenable , on met de l’eau dans un cuvier pour les rincer de chaux ; on en rince 600 en une heure : fans cela l’Ouvrier qui doit travailler de riviere, fe bruleroit les mains, &il feroit même difficile de repeler.
- * Le minot çftun pied cube de chaux, ou la quarante-huiticme partie d’un muid; il coûte 35 fols en 1765”.
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- ART DU MÉG ISS IER.
- 2$. Âu fortïr du plein, 8c après avoir rincé de chaux toutes les peaux, on en charge 26 (ou deux bottes) fur un chevalet, la fleur en rair, pour repeler, c’eft-à-dire, ôter la bourre, ou plutôt la laine qui avoit refté fur les cuirets: on vend cette bourre 4 à y fols la livre ; en hyver, quand elle efl un peu plus belle , on la mêle avec le bâtard ( 8 ) : on en peut repeler trois bottes par heure,
- 26. Après les avoir repelées, on les met boire ; pour cela on les perce, en faifant un trou à la tête ; on les aflemble 10 à 10 avec une corde ; fila riviere avoit plus d'eau, on feroit les paquets plus gros ; on pafle toutes ces cordes dans une perche , en travers de la riviere, 8 à p bottes peuvent tenir fur une même perche ; on les laifle ainfi trois jours en hyver, deux jours en été , en les remuant avec le croc de deux heures en deux heures, pour les nettoyer 8c les faire boire ( comme difent les Ouvriers ) ; elles boivent, elles s'abattent, s'adouciifent, & fe dilpofent à être écharnées.
- 27. Quand les cuirets font bien nettoyés 8c adoucis par l'eau, on les écharne fur le chevalet, après avoir coupé les bouts de pattes, les b ourles, la queue, le bout de la tête, que l'on donne aux chiens , & même quelques lanières des ventres, pour que le cuir foit rafraîchi tout autour ; on peut en écharner un cent par jour,
- 28. Le fer à écharner efl: marqué 12 fur la Planche I : on écharne avec le dedans du fer, on rogne avec la partie extérieure ou convexe qui coupe beaucoup mieux ; car le dedans doit être moins vif pour ne pas trop mordre : auflî peut-on fe fervir trois mois d'un bon fer à écharner, fans le faire aiguifer.
- 29. Les écharnures fervent à faire de la colle, qui fe vend aux Peintres & aux Doreurs, 20 ou 24 livres le cent, ou à faire des mottes qui fe brûlent, 8c avec lefquelles on fait chauffer l’étoffe ( y 4 ).
- 30. A mefure qu'on écharne les cuirets, on les jette dans un cuvier d'eau claire ; quand la partie entière,qui eft, par exemple, de y 00 cuirets, efl: échar-née, foit qu’elle foit d’un jour ou de deux, on met les peaux dans un cuvier vuide, & feulement avec le peu d'eau qu'elles emportent, pour les fouler i on en met environ cinquante à la fois, trois perfonnes foulent enfemble pendant un quart-d'heure ; les Fouleurs s’accordent à frapper fucceflîve-ment 8c uniformément, pour faire ainfi retourner les peaux ; les pilons font repréfentés en iVdans la Planche I ; cela fait vuider la chaux, 8c rend les cuirets fouples : quand ils ont été foulés, on y met deux féaux d'eau, 8c on les foule encore un peu pour les rincer.
- 31. Après les avoir foulés & rincés, on leur donne une façon fur la fleur, & cela s’appelle ravaler, pour faire mieux fortir la chaux avec le Fer rond> ou couteau rond marqué 11 dans la Planche I, dont la partie intérieure ne coupe point ; on peut en ravaler trois bottes par heure comme au repelage , c'eft-à-dire, comme quand on a repelé ( 2y ).
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- ART DÜ MÈÙÏSS 1ER. ?
- 32. Àuffî-tôt on les remet boire dans un cuvier comme auparavant* jufqu’à ce que la partie entière qui eft tout au plus de 500* foit ravalée ; alors on les foule* un peu moins fi Ton veut que la première fois ; mais quand on foule beaucoup* la façon n’en eft que meilleure. On jette tous ces cuirs par terre pour quils s’égouttent* Sç ils font en état d’être mis en confit (37)»
- Autre façon de travailler de Riviere.
- 33.On trouve dans le troifieme Tome de l’Encyclopédie ( pages73 &74 )* au mot Chamoifeur * une ample defcription du travail de la Mégiflerie ; l’Àu^ teur finit par cette réflexion : « Nous avons expofé l’Art de la Mégiflerie 8c » de la Chamoiferie avec la derniere exaéïitude ; on peut s’en rapporter en » fureté à ce que nous en venons de dire* le peu qu’on trouvera ailleurs fera » très-incomplet & très-inexaéE Si la manœuvre varie d’un endroit à un » autre* ce ne peut être que dans des circonftances peu effentielles* aux-sî quelles nous n’avons pas cru devoir quelque attention. Il fufEt d’avoir dé-* » crit exactement un Art tel qu’il fe pratique dans un lieu * & tel qu’il » peut fe pratiquer par-tout. »
- 34. On fera furpris de trouver des différences très-grandes entre la def* cription que nous venons de donner * & celle de l’Encyclopédie ; elles font bonnes l’une & l’autre * mais elles fe rapportent aux circonftances locales * & different principalement à caufe de la nature des eaux ; à Paris la rivière des Gobelins chargée de parties animales * toujours échauffée & difpofée à la fermentation * abat* c’eft-à-dire * attendrit les peaux ; elle fait la moitié du travail : dans la campagne & dans les provinces * où l’on a des eaux dures, il faut travailler les peaux avec plus de force. Voila pourquoi on trouve dans l’Encyclopédie fix façons & trois foulages, pour le travail de riviere * tandis qu’à Paris on ne donne que trois façons * ( 24 & fuiv. ) & deux foulages 5 fouvent même on fe contente de fouler une feule fois : nous allons expliquer en abrégé le travail de la campagne * pour qu’on puiflfe le diftinguer de celui de Paris.
- 3y. Quand les peaux font dépelées & plamées pendant trois mois* échar-nées* & rognées* on les met boire dans l’eau* on les tient. Tenir * c’eft les épierrer ou les travailler du côté de la fleur avec une pierre à aiguifer* emmanchée dans du bois * & un peu tranchante * pour adoucir la fleur & ôter le refte de la laine (25) ; on les foule dans l’eau ; on leur donne un travers de chair , avec le couteau à écharner* c’eft-à-dire* qu’on travaille le côté de la chair * en promenant le couteau fur la largeur de la peau* & non pas de tête en queue * ce qui s’appelle donner une glijfade. Mais on ne tra--verfe à Paris que l’agneau * qui a befoin de foupleffe & de douceur * pour faire des ouvrages délicats : on ne traverfe point le cuir * c’eft-à-dire * la peau de mouton.
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- ART DU MÉ GISS 1ER.
- 36. Âpres le travers de chair, on foule avec des pilons J pendant un quart-d’heure ; on donne un bon travers de fleur ; on remet à l’eau, 0n foule pour la fécondé fois, on rince, on remet boire ; on donne une glljjade de fleur avec le couteau rond ; la gliflade différé du travers en ce qu’elle fe donne fur la longueur de la peau toujours de fleur & avec le couteau rond, de peur d’endommager la fleur. Après la première glif-fade, on remet dans l’eau, on foule, on rince , on donne une fécondé gliflade de fleur ; ces gliflàdes répondent au ravaiage dont nous avons parlé dans le travail de Paris ( 31 ). Après la fécondé gliflade de fleur, on^-coule, du côté de la chair, avec le couteau à écharner, qui fert toujours à chaque façon de chair, dans le travail de riviere ; après toutes ces façons les peaux font en état d’être mifes en confit ( 32 ).
- Du Confit.
- 37. Les peaux ayant été bien travaillées de riviere, fe mettent en confit pour y fermenter, fe dilater 6c s’attendrir : nous avons déjà parlé du confit dans l’Art du Chamoifeur ( Art. iy ) ; mais il eft beaucoup plus important pour la Mégiflerie, 3c nous en parlerons ici plus au long. Pour faire le confit, on met dans un cuvier dix féaux d’eau par cent de peaux.
- 38. On prend l’eau la plus pure & la plus claire; on choifit auflî une eau qui ne foit pas trop dure ; celle de la Seine peut y fervir, mais celle de la riviere des Gobelins eft meilleure ; l’eau de puits eft trop froide, trop crue , elle racornit le cuir en confit au lieu de l’attendrir. Il y a des eaux qui réfiftent à la fermentation, & d’autres qui la facilitent j il y a des eaux dures qui diffolvent mal les matières favoneufes ; il y en a au contraire qui abattent beaucoup > c’eft le terme des Mégiflîers ; c’eft-à-dire, qui travaillent, diffolvent, & ramolliflent beaucoup : telles font à Paris les eaux de la riviere des Gobelins, fi précieufe dans le commerce, & employée à un fi grand nombre de Manufactures ; nous en parlerons fort au long à la fin de cet Art (142).
- 39. Les peaux étant déployées, on les jette au hazard dans les cuves; on y en peut mettre 400 à la fois j à mefure qu’on jetre les peaux dans la cuve à confire, on répand deflus quelques poignées de fon, jufqu’à la concurrence de deux boifleaux*, pour un cent de peaux de mouton, 6c c’eft-là tout ce qui forme le confit ; on y ajoute communément l’eau d’un vieux confit quand on en a, ou qu’on peut l’emprunter chez un voifin. Les peaux éprouvent dans le confit une fermentation fpiritueufe, c’eft-à-dire, un mouvement inteftin qui s’excite de lui-même entre les parties infenfibles
- * Le boiffeau de Paris eft une mefure de 120 lignes de diamètre fur 101 & de hauteur ; elle contient 661 pouces cubes & ~ ; le boif-
- feau de bled pefe environ 20 livres ; le fo^f® mefure comme le bled, rafe & fans être prefle , il coûte environ 6 à 7 fols le boiffeau.
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- art du mégi s s ie R. 9
- des fubftances végétales, Sc qui produit les liqueurs fpiritueufes, telles que le vin, la biere, Scc.
- 40. Le fiic de prefque tous les fruits, tels que les raifîns, toutes les matières végétales fucrées qui contiennent ce qu’on appelle, en Chymie, le corps muqueux, les femences ou graines farineufes de toute efpece délayées avec une fuffifànte quantité d’eau, fubiffent promptement ce premier degré de fermentation ; c’eft pourquoi l’on y emploie le fon qui eft une partie du froment : on y mettroit’de la farine, fi l’on vouloit avoir une fermentation plus prompte 5c plus vive ; mais il feroit trop difficile de la conduire & de la modérer.
- 41. Pour bien concevoir l’effet du confit qui eft fi néceflàire dans la Mégi ffe rie , de même que dans le premier aprêt des cuirs dont nous avons parlé en décrivant l’Art du Tanneur, il faut avoir une idée de la fermentation chymique ; on peut lire pour cela le Chap. XIII. des Éléments de Chymie Théorique de M. Maquer, ouvrage dont on doit faire le plus grand cas par la maniéré lumineufe dont les principes de la Chymie y font éclaircis , & la liaifon intéreflante qu'il a fu mettre dans les faits qui y fervent de preuves ; voyez auftî la Chymie de Boerhaave*, celle de Lémery, édition M. Baron.
- 42. Si les liqueurs propres à la fermentation font.expofées à un degré de chaleur modéré , Sc fans être privées du contaél de l’air, elles commencent à devenir troubles ; il s’excite peu à peu un petit mouvement dans leurs parties, accompagné d’une efpece de fifflement, cela augmente bientôt au point quéles parties groftîeres qu’elles contiennent, comme des pépins, des grains , du fon, s agitent en différents fens, Sc font rejettés à la furface ; il fe dégage en même-temps quelques bulles d’air 3 la liqueur acquiert une odeur piquante Sc pénétrante , occafionnée par des vapeurs fubtiles qui s’en exhalent ; ces vapeurs font fortes, pénétrantes, & quelquefois danger eufes. Quand ces premiers phénomènes commencent à diminuer , il faut arrêter la fermentation , fi l’on veut avoir une liqueur fpiritueufe : car bientôt la liqueur deviendroit acide, c’eft le fécond degré de la fermentation , & pafferoit quelquefois au troifieme degré, qui eft celui de la putréfaction.
- 43. Les/moyens qu’on emploie pour arrêter le progrès de la fermentation font de fermer exactement les vaiffeaux qui contiennent les liqueurs deftinées à fermenter, & de les mettre dans un lieu plus frais : car le contaél de l’air Sc le concours de la chaleur font nécefïàires pour les phénomènes dont nous venons de parler.
- 44. Le Mégiflîer, loin d’arrêter le progrès delà fermentation fpiritueufe cherche à la renouveller pour l’empêcher de tourner en acide, en détrui-fant chaque jour par le feu la vapeur fubtile qui s’en exhale, Sc qui fè
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- renouvelle, jufqu’ à ce qu’il n’y ait plus affez de parties fpiritueufes dans le confit ; les peaux continuent de fermenter, elles fe dilatent, elles fera-molliiTent, & fe difpofent à être pénétrées par l’alun & par la fubflanee onc^ tueufè dont nous parlerons ci-après (y8).
- 4J. La graiffe naturelle de la peau efl: aufli détruite par cette fermentation , ou plutôt elle devient difloluble dans l’eau ; elle abandonne la peau pour faire place à l’étoffe dont le Mégiffier doit l’abreuver.
- 46. On efl: perfuadé que le tonnerre fait tourner le confit : il paroît que le confit tourne lorfque les parties fpiritueufes étant émouflees & dégagées , ceflfent de tenir en diffolution la partie huileufe ; c’efl: à peu-près ainfi qu’on voit tourner le vin , quand il a peu de parties fpiritueufes 8c peu de force. Par une raifon différente, quoique par une caufe femblable, on voit tourner le lait quand la partie oléagineufe ceffe d’être en diflblution dans la partie féreufe ou aqueufe qui forme le petit lait.
- 47. On fait tourner le lait avec des acides qui s’unifient avec l’eau; mais avec les alkalis on l’empêche de tourner ; l’orage fait aufîî tourner le laity ne peut-il pas fe faire que la fiirabondance d’acide fulfureux répandue dans l’air par le tonnerre, produifele même effet fur les confits ? & dans ce cas ne pourroit-on pas prévenir cet accident en y mettant un peu de po-taffe ? elle ne coûte que 12 fols la livre, ainfi la dépenfe efl: légère 5 la foude pourroit contenir du fer, & par-là noircir les peaux, ainfi on doit la profcrire ; mais le fel de tartre pourroit s’y employer comme la potaffe.
- 48. On pourroit objeéler à cette explication, qu’un bon vinaigre ne tourne pas, malgré fon acidité ; mais je répondrois qu’un fort degré d’acidité peut tenir en diffolution les parties muqueufes & huileufes, tandis qu’une acidité médiocre ne le peut pas ; 8c dans ce dernier cas, un peu d’acide peut fiiffire pour troubler la fermentation du confit, & le faire tourner.
- 49. Le confit ne s’aigrit pas, parce que la matière animale & alkaline des cuirs forme un fel ammoniacal avec l’acide du confit ; mais s’il y a fura-bondance d’acide;fi la partie alkaline ne peut le fàturer, la fermentation fpiritueufe efl: détruite, & le confit doit tourner : en jettant de la limaille de fer dans du vinaigre, on émouffe fon acide. On prétend aufiî que le fer empêche le confit & les paffements des Tanneurs de tourner : ne feroit-ce point la même étiologie ? Quand on a coupé un citron avec un couteau d’acier , 'on voit à l’inftant un fel martial formé fur la lame du cou-? teau ; il n’efl: donc pas nécefîàire que le fer faflb un long féjour dans 1© confit : au refte , fi l’on craint qu’il ne noirciffe les peaux blanches, on peut s’en tenir aux alkalis pour empêcher le confit de tourner.
- yo. Le confit dure fouvent trois femaines en hyver ; mais en été, il ne dure pas quelquefois deux jours. On juge qu’il commence à lever lorf-qu’on ne voit plus l’eau furnager les peaux, ce qui arrive au bout d un
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- ART DU MÉGISSIER, tt
- jour en été, de huit jours en hiver : alors on le retourne avec dés bâtons pendant deux à trois minutes ; pendant que deux Ouvriers le tournent, un autre démêle les peaux , Sc met le feu à la vapeur fpiritueufe qui s’en exhale ; cette flamme bleue reffemble à celle de l’efprit-de-vin ; elle n’eft précédée, ni fuivie d’aucune chaleur fenfible : on laiffe lever le confit une fécondé fois ; on le retourne de même que la première, & ainfi de fuite, juC. qu’à ce qu’il ne leve plus : on eft quelquefois obligé de tourner vingt fois le confit, & même fept à huit fois en un feul jour dans les grandes cha-leurs,
- yr. Quand le confît ne leve plus, on le jette bas, pour laiffer égoutter les peaux pendant une nuit en hiver ; mais en été, ( fur-tout fi l’on efl: menacé de l’orage ), il faut paffer les peaux tout de fuite, fans quoi elles fe piqueroient, c’eft-à-dire, fe cribieroient de trous, par la violence de la fermentation qui en détruiroit le tiflii. Le confît efl une des parties qui exige le plus d’expérience Sc d’attention de la part du Mégiflîer.
- J2. Avant de paffer les peaux qui ont été en confit, on les ravale de confit, pour ôter le fon, c’eft-à-dire, qu’on en charge cinquante-deux fur le chevalet, la chair en l’air, Sc on les nettoie avec le fer rond, qu’on appuie fortement : cela s’appelle dans certains endroits récouler : on peut en ravaler cinquante en une heure ; ce ravalement fe donne fur chair, & feulement pour ôter le fon, au lieu que le premier (24) fe donnoit fur fleur ; on les met égoutter en les jettant dans une manne, ou par terre, en attendant qu’on les paffe*
- 53.11 y en a qui mettent les peaux en preffe jufqu’au lendemain, enveloppées dans un drap, fous une claie chargée de pierres ; mais cela ne fe pratique pas à Paris.
- Pajfer les Peaux*
- 54. Après avoir été dans le confît, les peaux qu’on veut pajfier m blanc doivent aller dans l'étoffe \ il faut 13 livres d’alun pour un cent de peaux de mouton, quelquefois ir, quelquefois 18, fuivant la grandeur des peaux; on y ajoute 2 livres & demie de fel marin en hiver, 3 en été : on les fait fondre en-femble dans la chaudière , en mettant deux féaux d’eau par cent de peaux ; le fel leur donne de la douceur : on en met davantage en été, parce que le hâle étant fort, peut faifir les peaux, qui d’ailleurs ne font toujours que trop féches ; en hiver, le froid feroit pouffer le fel à la fleur.
- y y. Quand l’eau efl prête à bouillir, on prend un quarteron de peaux ; c’eft-à-dire 26, on met nu demi-feau d’eau dans la paffoire, qui eft un grand cuvier ; on les déploie en les prenant par une patte de derrière, & une de devant ; on les paffe dans l’étoffe : la paffoire inclinée forme une efpece de bain en avant, dans lequel on les paffe j & à mefure quelles font paf
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- ART DU M É G IS S IE R*
- fées, on les jette à la partie fupérieure du fond de la pafloire ; on ramené enfuite toute la pâjfée , c’eft-à-dire, les 2.6 dans le bain, Sc on les y laifle pendant l’elpace de dix minutes pour prendre nourriture.
- *6. C eft cette étoffe qui fait reffence de la Mégifferie, Sc qui produit la blancheur de la peau ; car on verra ci-après, que celles qui n’ont eu d’autre préparation que l’alun, font déjà très-blanches (80) ;fi l’étoffe eft trop chaude, cela brûle les pe^hx ; quand elles ont trop de plein, il ne faut pas qu’elle foit fi chaude que quand elles font un peu vertes : mais fi l’étoffe n’étoit pas affez chaude, la peau nerferoit pas paffée; elle n’auroit pas affez de douceur.
- J7. On range cette paffée dans le haut du fond de la pafloire, Sc l’on en prend une autre, qui eft également d’un quarteron ou de vingt-fix ; on peut ainfi paffer trois quarterons ou fix bottes dans une heure. Quand toutes les peaux font paflees, on les déploie peau par peau ; on les met dans le cuvier, en les jettant en cloche, c’eft-à-dire, de façon que le milieu de la peau fe foutienne un peu en pointe, & ne s’affaifle pas entièrement ; on prend l’eau de l’étoffe qui a dégoutté, omen arrofe les peaux , Sc on les laifle ainfi jufqu’au lendemain, ou même plus long-temps ; car elles ne courent plus de rifque dans cet état ; après les avoir retirées, on les met en égout dans la pafloire au moins deux ou trois heures, on les fecoue l’une après l’autre en frappant fur le bord de la pafloire , pour les dérider, les étaler ; on en fait des piles de cent ou deux cents fur le bord de la pafloire, Sc elles font prêtes à mettre en pâte.
- 58. Pour faire la pâte, on prend pour chaque cent de peaux un boif-feau de farine, qui pefe 12 à 13 livres * ; ( il vaut environ 30 fols, ) Sc cinquante jaunes d’œufs, qui coûtent depuis 24 jufqu’à 48 fols. On prend l’étoffe qui a fervi à paffer les peaux ; on la fait tiédir fur le feu, Sc l’on s’en fert pour démêler la farine ; on pétrit cette pâte dans la pafloire , à force de bras, en mettant l’étoffe à mefure , fans y ajouter d’autres eaux ; on en fait une pâte claire comme du miel ; on y met les cinquante jaunes d’œufs ; on la bat avec les mains, à tour de bras ; on ne met point les blancs d’œufs j ils relient pour le profit des Porteufes, qui les vendent pour en faire des oublis : il faut une heure pour préparer la pâte de trois à quatre cents peaux.
- 59. Pour mettre en pâte, on trempe les peaux une à une5 un Ouvrier les jette dans la pâte, un autre les pafle, Sc les retourne ; enfuite on les met en pile dans un coin de la pafloire, jufqu’à ce qu’on ait fini de paffer toutes les peaux ; il faut une heure pour trois cents peaux : on les déploie; on les met en cloche dans la pafloire jufqu’au lendemain, comme nous
- * Douze boiffeaux de bled ne produifent que dix boiffeaux de farine ; la confommation moyenne d’un homme ordinaire, eft de trente-fix boiffeaux de bled , ou trois fep tiers par année ; le
- boiffeau de farine fe mefure comme le boiffeau de bled, & produit ordinairement 17 livres de pain blanc.
- l’avons
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- rART DU MÉGIS S IER. 1%
- l’avons dit à l’occafion du pafïàge (57) ; on les ploie de long; c’eft-à-dire, ventre fur ventre, la fleur en dedans, & on les étend pour fécher, fur les perches de la penderie, pendant huit ou quinze jours , fuivant la faifon.
- 60. Les effets de la pâte font de blanchir la peau, del’adoucir, de la garantir du grand hâle, qui en la defféchant, la rendroit dure & caflànte ; on ne pourroit l’ouvrir fur le pelfon, fans le mucilage que cette pâte donne à la peau»
- Autre maniéré de pajjer les Peaux.
- 61. La partie la plus elîentielle de la Mégifferie, le pafïage des peaux, le fait dans certaines Provinces d’une maniéré differente ; on ne diftingue point l’étoffe de la pâte, & Ton mêle tout enfemble, l’alun, le fel, la farine, les œufs & l’huile. Pour dix douzaines de moutons ordinaires, on prend 24 livres de la plus belle fleur de bled, 10 livres d’alun, & 3 livres de fel ; on fait fondre l’alun avec le fel en particulier dans un petit feau d’eau chaude ; on y délaye la farine ; on répand 3 livres d’huile d’olive fur cette pâte.
- 62. Quand elle n’eft prefque plus chaude, on y démêle dix douzaines de jaunes d’œufs ; c’eft cette bouillie claire qu’on appelle la fauce ; on en prend la quantité fuffifimte pour une paflee, qui eft de deux douzaines, & on partage cette platée en deux demi-platées : dans la première, on met trois fois autant d’eau tiede, & on y trempe les peaux en les remuant bien, jufqu’à ce qu’elles aient bu toute la lauce : dans la fécondé moitié de la fauce, on met deux fois autant d’eau tiede ; on y paffe l’une après l’autre chacune des peaux déjà paflees, en l’y frottant bien ; on les étend les unes fur les autres fur le haut du fond du cuvier incliné, ou de la pafîbire, à mefure qu’elles font palfées.
- 63. La palfée étant finie, on ramene toutes les peaux dans le bas du cuvier; & on leur fait achever de boire toute la fauce ; on fait ainfi les cinq paf-fées, on les foule toutes enfemble avec des pilons dans un cuvier, & on les laiffe ainfi dans le cuvier à la fauce, jufqu’à ce qu’on puiffe les étendre pour fécher ; ce fera le lendemain, fi l’on veut, ou quinze jours après, fi l’on eft obligé d’attendre pour avoir du beau temps»
- Ouvrir SG Redrejfer.
- 64. Revenons au travail des Mégifliers de Paris, où nous avons laifiTé les cuirs fur perche : quand ils font fecs, on les lie par quarterons de 26 , on les met tremper dans un cuvier d’eau claire, pendant quatre à cinq minutes, quelquefois même on ne fait que les fiucer & les retirer tout de fuite ; on les met en pile pour les ouvrir, c’eft à-dire, les étirer fur un fer, les étendre & augmenter encore leur foupleffe*
- Mégissiêr. D,
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- i4 ART DU MÊGISSIER.
- 6$. Pour ouvrir , on fe fert du pejfon , c’eft une plaque de fer d’un pied de large, arrondie par le haut, montée fur une planche de deux pieds & demi de hauteur, élevée perpendiculairement à l’extrémité d’une forte planche ou banc horizontal de trois pieds & demi de long fur un pied de large ; ce banc horizontal eft chargé d’une grolfe planche , pour qu’il foit inébranlable dans le travail de la peau : on voit le pelfon en T V, dans le bas de la fécondé Planche, & l’aétion de celui qui ouvre, fe voit en dans le haut de la Planche.
- 66. Une peau qui n’avoit que quinze pouces de large, en acquiert vingt-cinq par cette opération ; la longueur qui eft d’environ trente pouces, reliant à peu-près la même ; car l’ouverture ne confifte qu’à la mettre fur fon large, & à bien déborder, pour ne point lailfer de cire, c’eft-à-dire , de partie dure fur les bords.
- 67. Il faut que les peaux foient un peu humides, fans quoi l’on ne pour-roit les ouvrir ; l’ulàge eft d’ouvrir fur chair, c’eft-à-dire, de palfer feulement la chair & non la fleur fur le peflon ; cela eft pourtant affez indifférent. On peut ouvrir par heure environ une botte de peaux d’une médiocre grandeur, c’eft-à-dire, une douzaine.
- 68. Quand toutes les peaux font ouvertes, on les fait hâler, c’eft-à-dire," fécher prefque entièrement, quoiqu’avec précaution ; quand elles font hâ-lées, on les alfortit de maniéré à faire les bottes à peu-près égales pour la qualité, enfin on les redrelïe ; redrejjer, c’eft mettre la peau fur fon long le plus qu’il eft poflible avec le pelfon ; on redrelïe fur chair, pour ménager la fleur ; le temps qu’il faut pour redrelfer, eft à peu-près le même que pour ouvrir ( 6j ).
- 69. Le peflon achevé de blanchir les peaux, ou du moins leur blancheur paroît mieux lorlqu’elles font bien détirées. Dans quelques Provinces, on mouille & on broyé les peaux for une claie avec les pieds avant de les ouvrir for le peflon ( 106 ) ; cela eft plus commode pour l’Ouvrier ; mais à Paris, on penfe que le travail des bras for le pelfon vaut mieux que celui des pieds for la claie.
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- Remar que s générales.
- 70. Par toutes les opérations que nous avons décrites, il paroît qu’un bon Ouvrier qui travailleroit feul & fans interruption à Paris, feroit autant de centaines de peaux qu’il y a de femaines dans l’année, c’eft-à-dire environ yooo ; mais quand les eaux font dures, il faut un peu plus de temps. Quand une peau de mouton eft ouverte & redrelfée, elle a environ trois pieds de long vers le milieu, & deux pieds trois pouces de large vers la culée: on en voit la figure dans la Planche fécondé;. G, eft la tête; H, font les gorges ; les pattes de devant fe voient en /, les ventres en K, les pattes de derrière en Z , & la culée en M.
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- art DU MÉGISS 1ER. lf
- 71. Les peaux blanches fe vendent au cent ; le prix moyen eft de 6b livres le cent ; il y en a de 120 livres. Le poids le plus ordinaire eft de 80 à p2 livres , poids de marc ; elles pefent beaucoup plus que les peaux chamoifées parce quelles ont plus de nourriture, & confervent la fleur qui leur donne le poids. Les peaux blanches fervent à faire des fouliers de femmes, des poches , des fbuffiets, des tabliers pour les Tailleurs de pierre & autres Ouvriers, à garnir des orgues, &c. les Tapiflîers Garnifleurs en doublent des fauteuils, pour empêcher le crin de percer l’étoffe dont les meubles font garnis.
- 72. Les Maîtres Peauflîers de Paris ont feuls le droit de les y vendre en détail, & de les parer à la lunette, (voyez l’Art du Corroyeur); ainlî c’efl; à eux que les Mégiflîers vendent leurs peaüx ; on n’en envoie gueres en Province ; celles qui fe fabriquent à Paris, fervent à la confom-mation de la ville & des environs -, il ny a que les peaux d’agneaux que les Mégiflîers de Paris envoient à Blois, à Vendôme, &c. pour les Gantiers.
- 73. Les peaux blanches fe confervent très-bien , & font peu fujettes aux infeéles ; feulement on doit les garantir des rats qui cherchent fur-tout les peaux un peu grades, & les tenir dans un lieu fec, parce que l’humidité les feroit retirer & pourrir.
- 74. On palfe en blanc des peaux de chiens pour faire des facs d’Ou-vriers , & autres ouvrages de cette forte ; on y emploie aufli la farine , Palun de roche, & des blancs d’œufs ; on travaille auflî quelquefois en Province des peaux de lievres & de chats, de la même façon que les peaux de moutons.
- Des Peaux en Laine.
- 7^. Les peaux de moutons qu’on pafle en laine fe nomment houffes chez , les Mégiflîers de Paris ; ils en font pour couvrir le col des chevaux, pour garnir des chancelieres,dans lefquelles on met les pieds,& pour faire des fourrures. O n choifit la laine la plus longue, la plus claire, la plus épanouie 3 on les lave ; on les rogne avec le fer à écharner 3 on les écharne fortement, en ôtant tout ce qui peut s’enlever de chair ; comme elles ne vont point en chaux, il faut que le fer à écharner y fupplée : fi on veut les mettre en chaux, fuivant l’ancienne méthode, on s’y prend comme pour les cuirs (9), en employant cependant de la chaux beaucoup plus claire : elles peuvent être quelques heures en chaux fans fe peler, parce que la chaux ne pénétré que moitié du cuir , & ne fait pas quitter la laine ; cependant on ne fe fert pas de chaux à Paris*1
- 76. Elles peuvent auflî pafler quelque-temps dans le confit, fins que la laine quitte 3 on prend un vieux confit, on les y laifle trois à quatre jours 3 fi le confit étoit neuf, il ne faudroit les y lailïer que vingt-quatre
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- j6 ART DU MÊGISSIER.
- heures ; on les ravale ($2) pour ôter le fon ; on les palTe, la laine pliée en dedans ; mais on met IJ à 18 livres d’alun pour un cent de peaux, c’efl> à-dire, plus que pour les cuirets ( $4 ) : on fait la pâte comme pour les autres peaux (*8) ; mais on étend la pâte fur chair ; on les ploie en deux ventre fur ventre ; on les laiffe jufqu’au lendemain, pour que cette pâte fe raffermilfe deffus la peau $ on les étend dans la penderie, & on les laide fécher,
- 77. Il y en a qui, pour palfer les houffes, les étendent à terre, verfent de l'étoffe deffus, & les grattent avec les ongles pour faire pénétrer l’étoffe ; cela efl beaucoup plus rude pour l’Ouvrier, mais prend moins d’étoffe.
- 78. On les mouille enfuite avec une queue de mouton trempée dans l’eau ; on les plie ; on les empile un ou deux jours 5 on les charge de planches avec des pierres par-deflus ; on les ouvre, fur le chevalet, avec le fer rond,parce qu’elles font trop dures pour le peiïon ; on les repaffefur le pefîon, en les mettant fur leur large ( 66) ; on les fait hâler, en mettant la laine en l’air ; on les expofe même au foleil quand on le peut ; enfin on les redreiïe fur le peiïon ( 68,}.
- 79. Dans toutes ces opérations, on doit ménager beaucoup la laine; un feul flocon qui manquera à une peau, lui ôte fà valeur en lafaifant paroître chauve & ufée. Les houiïes fe vendent 30 à 36 livres la douzaine en 176/, quelquefois jufqu’à 4 livres la piece, quand elles font grandes & belles.
- Des Veaux à poiL
- 80. O N peut rapporter à l’Art du Mégiflier les veaux à poil qu’on paiïe en alun; car l’alun efl: la matière propre du Mégiflier, puifquec’efl: l’alun qui blanchit les peaux. Ces veaux étant d'eiïàignés, écharnés, on les foule aux aluns, en mettant pour chaque veau une livre d’alun, êc demi-livre de fel ; ôû les laifle en alun pendant quatre jours ; au bout de ces quatre jours, on les repaiïe & on les foule une fécondé fois ; quand ils font à moitié fecs, on les ouvre fur le chevalet, avec le couteau rond, & on les pare à la lunette ( voyez l’Art du Corroyeur ). Les Hongroyeurs qui ont des aluns très-forts, font plus à portée que les Mégifliers de pafler ces fortes de veaux, & c’efl: fbuvent à eux que les Mégifliers les renvoient.
- 81. Il ne faut que huit jours au printemps pour pafler ces fortes de peaux ; elles font très-blanches du côté de la chair 5 elles fervent principalement à faire les havre-Jacs, forte de fàcs que les foldats dans les marches d’armée, & les gens de métier en allant par le pays, portent fur leur dos,
- où ils mettent leurs provifions, leurs uftenfïles, leurs outils ; la pluie coule aifément fur le poil, & ne pénétré point la peau.
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- ART DU MÉGIS S IER. 1?
- Du travail des Agneaux ÔG autres Peaux fines.
- 82. Les peaux d'agneaux qu'on pafle en blanc à Paris fe travaillent dif*. féremment des peaux de moutons, & il eft néceffaire d'en parler féparé-ment. Quand on les^reçoit du Rotiffeur, elles font ordinairement feches ; on les met tremper jufqu'au lendemain , après quoi on les brife avec le fer rond 5 on les rince dans la riviere , &on les met quelques heures en égout. On les met en chaux (9) ; mais la chaux doit être plus forte que fur les peaux de moutons ; on les ploie ventre fur ventre ; on les met en pile jufqu'au lendemain ; on les détaffe ; on les met quatre à quatre feulement, & on les laiffe huit à dix jours , plus long-temps en hiver, parce qu’elles ont plus de peine à peler que les peaux de moutons.
- 83. On les met tremper dans des pleins morts, ou dans des futailles, avec de 1' eau de chaux blanche <3c foible pour achever de les faire peler ; on les lailfe ainfi pendant quinze jours au moins, plus long-temps en hiver ; puis on les retire ; on les lave avec les mains dans la riviere ; autrefois on les fai-* foit fécher alfez pour rabattre la laine * mais actuellement on les met en égout fur un treteau ; on les pele toutes mouillées, & on lave la laine tout de fuite dans un plein mort trois à quatre jours ou même huit ; & huit jours dans un plein neuf, qui ne doit avoir que la moitié de la force de celui qui fert pour les cuirs, c'eft-à-dire, pour les moutons.
- 84. On les retire ; on les repele ( 16) > on les met dans la riviere aflèm*» blées par bottes de treize, jufqu’au lendemain ; on les écharne, en faifànt fur le chevalet une couche de trois à quatre peaux de mouton ; elles font plus difficiles à écharner que les moutons, & l'on a peine à en échar-ner autant que de cuirs, c’eft-à-dire, un cent par jour, quoiqu'elles foient' beaucoup plus petites ; après avoir écharné du long, on les traverfe, c'eft-à-dire, qu’on écharne en large.
- 8y. Pendant l’écharnage, on met les peaux pour les faire «boire dans un cuvier ; & quand tout eft écharné, on les foule dans ce cuvier un peu plus que les moutons (39) ; on les met enfuite au bas du chevalet; on les ravale, & on les traverfe de fleur ; on les met boire dans un autre cuvier d’eau ; quand tout eft ravalé, on les refoule une fécondé fois y on met un feau d'eau deffus, & on les foule pour les rincer ; on les laiffe égoutter une heure ; on les met en confit avec cinq féaux d'eau pour cent, c’eft-à-dire, moitié de ce qu'on met pour le cuir, & un boiffeau de fon pour cent peaux ; on commence à mettre deux ou trois féaux d'eau à part avec le boiffeau de fbn que l’on démêle bien ; on y pàfle les peaux à tour de bras, pour qu'elles prennent bien le Ion, ce qu’on appelle embre-ner, & on les tranfporte dans la cuve à confire, où eft le vieux confit, qui contribue à préparer l’aétion du nouveau confit.
- Mêgissier. E
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- ï8 ART D V MÊ G I SS I ER.
- 86. Les agneaux pouffent encore plus vite que les moutons, on n’attend pas qu’ils ne lèvent plus pour les pafler ; ils courroient rifque de fe piquer : au bout de deux ou trois jours en été, quelquefois même le lendemain , on les palTe, après les avoir ravalés de confit du côté de chair *. l'étoffe eft compofée d’un feau d’eau par cent de peaux , avec 6 livres d’alun , & une livre & demie de fel, c’eft-à-dire , moitié de la nourriture du mouton ; on les paffe également l’une après l’autre, on lesarrofe, & le lendemain on les fecoue, & on les met en pâte.
- 87. Pour faire la pâte, on emploie un demi-boifleau de farine & un quarteron d’œufs : le lendemain, on les met dans un cuvier vuide un cent à la fois, & on les foule avec les pieds ou avec des pilons pendant cinq à fix minutes ; on les ploie en deux ; on les met fécher ; on les mouille ; on les ouvre fur le peflbn ; elles font plus faciles à ouvrir que les peaux de moutons ; on les fait hâler ; on les redrefle : l’ulàge eft de les aflembler alors par quarterons & non par bottes ; on les met la fleur en l’air ; & quand le quarteron eft fait, on le plie en deux la fleur en dedans.
- 88. En hiver , le travail des agneaux eft different, parce qu’on les travaille à poil à peu-près comme les houfles ( 75 ) : on en fait des fourrures de manchons ou autres ouvrages communs ; il y faut autant d’étoffe que pour les moutons ordinaires, 12 livres d’alun pour un cent de peaux : la pâte fe met comme pour les moutons ; après qu’elles ont féché, on les mouille, on les ouvre, on les fait hâler, Sc on les redrefle comme les autres peaux.
- 89. La réputation qu*ont eu aflez long-temps les gants blancs de Grenoble, m’a fait fouhaiter de connoître les détails de leur préparation : voici les éclairciflements que M. Romans, premier Conful à Grenoble, a eu du Syndic des Mégifliers ,• on n’emploie pour faire les plus beaux gants que lès peaux de chevreaux & d’agneaux, qui coûtent environ dix fols la piece (116).
- 90. On les met tremper dans l’eau pendant trois jours, plus ou moins, fuivant la faifon ou la qualité des peaux 3 il faut une eau courante & pure, on fe fert à Grenoble de divers ruiffeaux qui coulent aux environs de la ville ; car l’Ifere charrie un limon ardoifeux, qui la rend incapable de fer* vir à la préparation des peaux blanches.
- 91. Après qu’elles ont trempé, on les met pendant trois femaines dans le plein ; c’eft une fofle de fix pieds de large, creufée dans la terre fur une profondeur de quatre à cinq pieds ; pour mettre dans ce plein dix grofles de peaux d’agneaux, on emploie environ fept quintaux de chaux avec la quantité d’eau néceflàire d’abord pour la bien éteindre ; enfuite pour la délayer jufqu’à la confiftance d’une bouillie claire. On commence par mettre la chaux dans le plein ayec aflez d’eau pour la confommer ; on
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- ART DU MEGI S S 1ER, ^
- augmente f eau peu à peu jufqu à ce que la chaux foit froide ; ôh la remue pour la rendre liquide , & on la laiife repofer.
- 92. Cette eau de chaux, en y ajoutant la moitié dé la chaux quon avoit d’abord employée, peut fervir une fécondé fois, après quoi Ton cure ordinairement le plein pour en former un tout neuf.
- 93. Si la peau réfte trop long-temps dans la chaux, elle peut fe piquer > b'eft-à-dire, être percée en divers endroits, & même tomber en pourriture; deux ou trois jours dé trop font même capables de gâter & d'affoiblir la fleur de la peau, enforte que les gants ne pourroient plus fe faire en fleuri ce point de fàturation exige le plus grand foin de la part des Mégiflîers*
- 94. Si la peau refte trop peu de temps en chaux, la fleur fera mieux corn-fervée ; mais la peau n'aura pas ce moelleux, qui en fait la beauté, & cette douceur, qui lui eft néceflàire pour être bien travaillée*
- pj*. Au fortir du plein, ces peaux doivent être bien lavées, après quoi bn les met fur le chevalet pour lever le poil ou la laine avec un couteau ; mais on efl: obligé de faire une couche, c’eft-à-dire , de mettre fur le chevalet quelques peaux en laine, pour que la peau ne foit point endommagée dans cette opération qui efl fort délicate , c’effi ce qu'on appelle dans certains endroits, faire une couche.
- 96. Les Mégifliers n'ont befoin que de deux fortes de couteaux pour travailler les petites peaux fines dont nous parions : l'un efl le couteau de rivière, quia deux tranchants, & qui fert à travailler la peau for le chevalet ; l’autre efl couteau a dos, qui ne le coupe que par fà partie concave , & il fervira principalement pour retravailler la peau au fortir du confit ; ces deux fortes de couteaux font femblablés ; ils ont environ vingt-deux pouces de longueur, Sc font emmanchés de deux poignées de bois, qui ont chacune quatre à cinq pouces de longueur ; ils refîemblent à ceux que l'on voit dans la Planche I, marqués 11 & 12.
- 97. Les peaux ayant été pelées, fe remettent dans un autre plein neuf, préparé comme le premier , pour y refter encore trois fomaines , plus ou moins, fuivant la faifon ; en fortant de la chaux, on les lave, on les ira-* vaille de riviere, c’eft-à-dire, fur le chevalet avec des couteaux tranchants; après avoir coupé d'abord les extrémités de la peau, les têtes, les oreil* les, les pieds, & les durillons, c'eft-à-dire, les pardes plus dureSé
- 98. Le travail du chevalet revient quatre à cinq fois, & à chaque fois on paife les peaux dans une eau nouvelle ; c'eft ce qu'on appelle travailler de riviere ; un Ouvrier peut travailler vingt ou vingt-quatre douzaines de peaux dans un jour.
- 99. Après le travail de riviere, on met les peaux en confit (30);ce confit doit être compofé d'une eau bien claire, avec du fon le plus pur ; il faut que ce fon foit tiré d'un bled bien net, où il n'y ait aucune graine
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- capable de tacher la peau, ce qui n’arrive que trop ; car la peau fe tache aifément dans le fon ; dès-lors elle ne peut plus fe pafler en blanc, & ne fert qu’à faire des gants de couleur oblcure.
- 100. Il faut auflî que le fon étant lavé dans l’eau ne la blanchiffe pas ; c’eft-à-dire, qu’il ne contienne point de farine ; on en met environ la moitié d’un fetier, mefure de Paris * , pour dix grofles de peaux dans un grand cuvier, de 4, J , ou 6 pieds de diamètre, fur 3 ou 4 pieds de hauteur ; on y verfe de l’eau jufqu’à ce qu’elle furpafte d’un pied ou d’un pied & demi là hauteur des peaux ; on met ce confit dans un endroit qui ne foit ni trop chaud ni trop froid 5 on le couvre, pour empêcher qu’il n’y tombe des ordures, & on laifïe les peaux acquérir ce degré de fermentation qui les décreufe & les rafine, c eft-à-dire, les ramollit & les enfle, comme nous l’avons expliqué aflez au long.
- 101. Le confit ne dure quelquefois que quatre ou cinq jours en été, fouvent plus d’un mois en hiver ; mais pendant cet intervalle de temps * on doit le vifiter très-fouvent : chaque jour, les peaux s’élèvent au-defîiis , & le Mégifller eft obligé de les renfoncer avec des pilons ; il met le feu avec une allumette à la vapeur qui s’en exhale , ce qui contribue au raffinement, en donnant lieu à la formation d’une nouvelle partie fpiritueufe pendant laquelle les peaux fe travaillent & fermentent de plus en plus.
- 102. Lorfque les peaux font dans le travail de Veau, ou du confit dans lequel nous avons dit qu’elles refioient quelquefois quatre jours, quelque^ fois trente, on doit craindre qu’elles ne fe piquent, c’eft-à-dire, qu’il ne s’y vfaffe de petits trous de fleur ou de chair , ce qui arrive quand la fermentation eft trop a&ive : il faut être bien attentif fur le temps qu’elles doivent refter en confit; un jour de trop eft capable de tout perdre:il faut que le Mégiflier y prenne une attention continuelle, & il faut qu’il connoiffe bien par expérience la qualité de l’eau qu’il emploie (30).
- 103. Quand les peaux fortent du confit, on les travaille encore furie chevalet pour en ôter le fon, avec les mêmes couteaux qui ont fervi au travail de fiviere, après quoi on les met dans la pâte. Pour une groffe ( ou cent quarante-quatre peaux ), on prend trois à quatre livres d’alun, une livre de fel, une livre d’huile d’olive, trente ou quarante œufs de poule, quinze livres de la plus belle farine de froment bien paffée ; on fait fondre l’alun & le fel fur le feu dans un chaudron , où il y ait une quantité d’eau fuffifànte ; on les remue jufqu’à ce qu’ils foient fondus : on verfe cette eau falée dans un baquet propre à faire la pâte, en y ajoutant de l’eau fraîche 5 & quand le tout eft tiede , on y met la farine pour former la pâte ; après quoi on y verfe l’huile d’olive & les jaunes d’œufs mêlés enfemble féparément ; on bat & on démêle tout enfemble, enforte qu’il en réfuite une bouillie claire, propre à s’étendre fur la peau.
- ,*Le fetier de Paris contient douze boifTeaux ( 31 ).
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- 104. On paffe les peaux Tune après l’autre dans eette pâte, & Ton-fait enfôrte que chaque peau en foit par-tout enduite ; on les jette ainfi empà^ tées dans un cuvier fans eau ; on les foule avec des pilons ou avec les pieds* pour que cette nourriture pénétré plus facilement dans les peaux ; il faut fouler pendant l’elpace d’une heure , plus ou moins, fuivant que les peaux font plus ou moins dures ; les pilons dont on fe fert pour cet effet, pefent 6 à 7 livres; ils ont 4 pieds & demi de hauteur > on en voit la figure marquée 6 dans la première Planche du Mégiftier : quelquefois la tête en eft arrondie par le haut, au lieu d’être parfaitement cylindrique, comme dans la figure.
- 105. Après avoir foulé les peaux dans la pâte , on les étend fur des cordes, à l’air libre ou dans des greniers , fuivant le temps, pour les faire fécher, lorfqif elles fechent difficilement Sc lentement, c’effà-dire, que le temps & le lieu ne font pas favorables, ou quand elles font failles parle froid, il arrive qu’elles fe grenent à la furface, en faifant ce qu’on appelle vulgairement chair de poule 5 alors la fleur fe durcit, & ne peut plus reprendre fà première foupleffe : ce défaut rend les peaux quelquefois entières ment incapables de fervir aux gants blancs, & même aux gants de couleur,
- 10(5. Lorfqu’elles font bien feches, on en fait des paquets d’une groffe * c’eft-à-dire 144 , plus ou moins, fuivant leur grandeur ; on les attache enfemble avec une corde pôur les plonger dans l’eau claire ; on les affem-ble en petits paquets de deux ou trois douzaines, que l’on foule avec les pieds fur des claies des bois pour les difpofer à l’ouverture du paliffom
- 107. On ouvre enfuite chaque peau fur un paliffon de fer après les avoir un peu humeélées, c’eft ce qu’on appelle à Paris le pe£on (6$ ) : on voit çn A dans la Planche fécondé l’aélion de celui qui ouvre ; elle eft la même que pour les grandes peaux ; un Ouvrier peut paffer fur le paliffon douze douzaines de peaux d’agneaux ou de chevreaux dans un jour. Quand elles font ouvertes, on les étend par terre, en forme de capuchon, pour ache-^ ver de les faire fécher ; lorfqu’elles font feches , on les broie une fécondé fois fur la claie ( 106 ) ; on les ouvre fur un paliffon un peu plus tranchant pour les redreffer & faire tomber lerefte de la pâte qui fe trouveroit encore attaché à la peau.
- 108. Les peaux d’agnêàux & de chevreaux qui font d’une qualité infé^ rieure & celles dont la fleur n’a pas été foigneufement confervée, ou n’a pas réfifté aux différents travaux de la mégie, exigent une préparation dê plus, fi l’on veut en faire des gants qui aient encore de la propreté <& de la beauté ; on met ces peaux dans un cuvier avec de l’eau, en quantité fufi filante pour bien abreuver les peaux *, on y ajoute pour chaque groffe de peaux, cinq à fix jaunes d’œufs, & 4 onces d’huile d’olive : ces dofes varient cependant fuivant la fineffe & la beauté des peaux ; oti foul<| avec
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- les pieds ou avec les mains, ou même avec un pilon toutes les peaux dans cette compofition, pendant une heure environ 5 on les étend enfuite fur une planche bien unie & bien nette ; on les expofe au foleil pour les faire bien lécher, ce qui exige quelquefois une journée entière , plus ou moins, fui van t la force du foleil : elles y relient jufqu’à ce qu’elles foient feches & roides comme du parchemin.
- 109. On pourroit expofer- à la rofée ces mêmes peaux, !î elles n’avoient pas alfez de blancheur : on le fait pour les grandes peaux de chevres & de moutons, paflees en huile ou en chamois quand on veut les blanchir, comme nous l’avons dit dans T Art du Chamoifèur ; mais cela n’eft pas nécellàire dans le cas dont nous parlons.
- 110. La peau d’agneau ou de chevreau étant bien feche, n’a plus beloin que d’être travaillée fur le chevalet pour l’adoucir, l’ouvrir , la rendre fou-pie & propre à l’ulàge du Gantier.
- ni. Le travail dont nous venons de parler, & qui n’a lieu que pour les peaux effleurées , forme ce qu’on appelle afléz improprement des gants pajfes au lait, en y ajoutant la préparation fuivante, qui fe donne chez les Gantiers , & lorfque les gants font faits. On prend de l’amidon, qui s’appelle à Grenoble blanc de Paris, réduit en poudre très-fine ; on l’applique avec une brolïè fur les gants pour faire pénétrer l’amidon dans le tilfu de la peau autant qu’il eft poffible ; on bat les gants fur un marbre ou fur une planche bien unie, pour en faire fortir tout ce qui n’a pas contracté alfez d’union ou d’adhérence avec la peau ; une peau effleurée, comme nous l’avons dit, reçoit facilement une grande quantité d’amidon, & la blancheur de cette fubftance efïàce la teinte jaunâtre que les œufs avec l’huile auroient pu y dépofer.
- J12. Mais pour que ces gants ne fàlilîent pas les habits lorfque le frottement en détachera l’amidon, on emploie une fubftance gommeufe, formée avec de la gomme adragant, de la cérufe, dés blancs d’œufs, du lait, quelquefois un peu d’eau-de-vie, & quelques odeurs agréables ; on trempe une éponge fine dans ce mélange, & l’on palfe l’éponge fur les gants : lorfque cet enduit eft prefque fec, on fait tomber récaille fiiper-flue que la fubftance gommeufe auroit pu lailfer fur la peau, & les gants font en état cl’être livrés ; les précautions néceflàires dans ce dernier apprêt , confiftent fur-tout à n’employer que des matières très-pures, & d’une .bonne qualité, & à les appliquer avec une extrême propreté, puifqu’elles donnent aux gants toute leur parure & leur éclat.
- 113. On appelle cuir de poule, canepin, une peau très-mince & très-légere, dont on fait des gants de femmes pour l’été ; ce n’eft, pour ainfi dire , que la fleur ou l’épiderme qu’on fépare de la peau, en enlevant la plus grande épaiffeur avec un inftrument tranchant j c’eft un rafinement de beauté qui eft alfez rare dans l’ufàge.
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- 114. Ces petites peaux paflfées en blanc, ainfi que.nous venons de le décrire, (89) fe vendent entre livres & 90 livres la grofle, c’eft-à-dire, les douze douzaines; elles étoient moins cheres d’un tiers, il y a quelques années; mais elles ont augmenté, ou par la rareté des matières premières, ou parce que l’exportation chez l’étranger eft devenue plus conlîdérable ; on l’a favorifée dans le temps de l’établiffement du nouveau droit fur les cuirs, en en ordonnant la reftitution pour toutes les parties deftinées à fbrtir du Royaume. (Voyez l’Art du Tanneur, où nous avons rapporté cet Édit ).
- xiy. Une groffe de peaux ( qui en contient 144), pour être de recette,1 doit pefer 20 livres, & peut faire dix douzaines de paires de gants ; car communément une peau d’agneau ou de chevreau ne fuffit pas pour une paire de gants.
- 11 <5. Les peaux d’agneaux & de chevreaux qui fervent aux Mégifliers, fe vendent chez les Bouchers ou dans les marchés à Grenoble environ y livres à y livres 10 fols la'douzaine , c’eft-à-dire, de 60 à 66 livres la greffe, plus ou moins ; le prix n’étoit ci-devant que de 40 à 42 livres la groffe, parce que la Savoie en fourniffoit beaucoup ; mais il a augmenté de moitié depuis que le Roi de Sardaigne a défendu dans fes Etats l’exportation des peaux en verd.
- 117. Quoique les gants de Grenoble aient encore la plus grande célébrité, cependant cinq Mégifïîers qui travaillent à Grenoble, & un flxieme à Mens, (Bourg fitué à quelques lieues delà), fiiffifent pour toute la con-fommation qui s’en fait ; ces Mégifliers tirent leurs peaux de toutes les Provinces voifines du Dauphiné, du Languedoc, de la Provence, de la Bref* fe, &c. ils en emploient environ fept cents groffes, c’eft-à-dire, un peu plus de cent mille. On pafle auffi à Paris quelques peaux d’agneaux ; mais la plupart s’envoient à Blois & à Vendôme : nous avons parlé de la maniéré dont elles fe travaillent.
- Des différents vices des Peaux blanches.
- 118. La peau de mégie, pour être parfaite dans fon habillage, doit être bien blanche, bien douce, bien fine, & bien nette fur la fleur ; elle eft fujette à plufieurs défeéhiofîtés qui viennent les unes de l’animal, les autres de la fabrication 5 il y a des peaux qui , par leur mauvaife qualité, ne peuvent recevoir un habillage parfait ; les unes font trop feches , les autres font trop graffes. Lorfque les moutons ont péri par des maladies con-tagieufes, il eft défendu de les paffer en mégie par l’Article trente-deux des Réglements de la Communauté, qu’on trouvera ci-après : mais il y a une multitude d’autres maladies, qui attaquent les moutons, 8c qui par-la nuifent au Megifller. Virgile en compare le nombre à celui des coups de vents qui agitent la mer :
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- Non tam creber agens hiemem ruit œquore turbo, *
- Quàm multœ pccudum pejles. Georg. 3. 471.
- Voyez l’Hiftoire Naturelle de M. deBuffon, l'Art du Parcheminier, le Mémoire de M. Virgile dans le premier volume des Mémoires préfentés par les Savants Étrangers, page 19 ; M. Tenon a lu dans l’Académie au mois de Février 1763, un grand Mémoire fur les maladies des bêtes à laine ; il y a auffi un livre Anglois qui contient là-deffus des details fort amples A com-pleat S yjlem of experienced improvement s made on sheep 7 &c. by William EUis» Londom, 1749 > in-S°.
- < 11p. Les Mégiffiers fè plaignent très-fouvent des peaux qui ont été mal-
- déshabillées par les Bouchers, ou fur lefquelles ils ont fait des coutelures ; il eft fur que cette inattention de leur part fait tort à l’Art, & au Public, en rendant inutiles ou défeétueufes un grand nombre de peaux ; les Mé-giffiers de Troies firent une affemblée en 1764, dans laquelle ils réfolu-rent de fe pourvoir pour obtenir un Réglement à ce fixjet ; il feroit très-jufte en effet d’obliger les Bouchers à éviter les coutelures , c’eft-à-dire, à déshabiller au poing, & non au couteau, & à ne pas déchirer les peaux*
- 120. Quand les peaux ont été enchauffenées, pliées, & qu’on les leve pour les ranger (9) ; il faut les prendre bien légèrement, & ne pas les pincer fortement ; cela exprimeroit la chaux dans l’endroit que les doigts au-roient comprimés, & cela feroit quatre trous dans la peau, parce que les endroits où il n’y a pas de chaux s’attendriffent par la fermentation, & ne peuvent plus fupporter le travail.
- 121. Dans le plein, il faut avoir attention de ne pas laiffer trop plamer les peaux ; elles pourriroient de plein, & s’en iroient en morceaux 5 on doit examiner quand elles font affez épaiffes, affez fermes pour devoir être retirées; au contraire, fi on les tire trop tôt, comme cela arrive fouvent, quand on n’a pas d’autre ouvrage prêt à faire , on a plus de peine à travailler ; le cuir qui eft verd de plein, exige plus d’alun, & il n’eft jamais bien doux ; mais l’inconvénient n’eft pas auffi grand que celui de laiffer pourrir de plein.
- 122. Dans le travail de rivière, on doit ménager la peau ; il eft aifé avec le fer à écharner de faire des trous aux pattes de devant, quand on n’eft pas attentif, les Ouvriers appellent cela faire un A, à caufe^ de l’exclamation ordinaire de celui qui voit fà faute. Quand une peau n’a pas été bien travaillée de riviere, & qu’il y eft relié de la chaux, elle eft toujours dure; ainfi l’Ouvrier ne doit pas fe négliger fur cet article.
- 123. Le confit occafionne auffi des défeéluofités ; fi la peau ne confît pas, elle eft dure & ridée; fi elle confit trop, elle eft piquée ; ce danger eft fur-tout à craindre en été, ou plufieurs caufes peuvent faire tourner h confit ou en accélérer l’effet.
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- 124. En hiver, il y a moins de rifque, mais plus de peine ; le travail ëft plus rude : quand les peaux gelent étant en chaux ou au féchoir, cela les empêche de peler ; mais cela ne fait pas de tort au cuir : fi le confit geloit au-deflus , on auroit lieu de craindre que le fond ne pourrît; pour éviter ce danger, on le couvre avec des draps lorfqu'il gele; &on le retourne fouvent.
- 125. Quand les peaux ont mal léché , quand elles ont retenu de l'humidité ou de la grailfe naturelle, elles peuvent fe pourrir dans la fuite; hors delà elles peuvent fe garder très-long-temps ( 63 ).
- Du prix des différentes fortes de Laine.
- I16. Nous avons dit que le commerce de la laine à Paris roule fur les Mé^ giflîers ( 18 ) : c’eft eux qui la trient, la lavent 8c la vendent ; ils en diftin-guent de plufieurs fortes, La mere-laine eft celle que Ton tond fur lé mouton vivant, 8c dont la chaux n'a point approché ; ëlle coûte depuis 16 jufqu'à 26 fols la livre fuivant les temps : la laine d'agneau quon acheté des Rotifleurs eft dans le même cas ; elle n’a point été en chaux ; elié fo yend 20 fols la livré. ^
- 127. On voit en C dans la Planche II, le triage de la mere-laine ; quand elle vient de chez le Laboureur, on étale la toifon tout de fon long for une claie j on coupe le tdrqüè, c'eft la marque du Maître imprimée for la laine du mou ton ': bn fépare tous les brins, tant avec les doigts qu'avec le crochet marqué O dans le bas de la Planché II : ôn la pelote en la roulant en petit volume * on la noué en engageant les extrémités dans le milieu du peloton, & on jette ces pelotes dans une manne, pour les plinger, c’eft-à-dire, les laver,
- 128. Cette manne bu panier fo voit en N dans la Planché fécondé : elle à deux pieds de haut, 8c trois pieds & demi de diamètre ; elle eft foütenue par quatre pieds ; elle coûte environ 10 livres ; on la met dans la rivière avec une groflè pierre en dedans pour la fixer ; quand la laine eft imbibée, on la laifle repofer jufqu'au lendemain ; elle s'échauffe & fe difpofe à être dégraiffée le lendemain, on dénoue les pelotes* & on les lave dans la manne,' jufqu'à ce qu'elles foient blanches ; ori les étale fur le pré; car on va ordinairement paffer deux jours dans la campagne pour plinger, & le lendemain laver la mere-laine, quand on en a une quantité foffifimte. Le lavage dont nous venons de parler, n’a lieu que pour la mere-laine ; la laine de plis dont nous allons parler, ne fe lave que for la peau même, avant de la peler ( 14 )é
- 129. La laine que le Mégiflîer pele après que les peaux ont été en chaux; (16) s'appelle le plis : on diftingue quatre fortes de plis, la poignée, la fine pelure, la haute fine & le moyen ; la poignée eft la laine d'une toifon ou d'un avalis qui s’enleve à la fois 8c prefque tout d'une piece de deflus là peau* ce qui a lieu pendant l'hiver où les laines font longues 8c bien four*
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- nies ; la poignée coûte de dix-huit à vingt-deux fols la livre.
- 130. Lafine pelure eft une laine fine qui s'arrache de deffus la peau par grap-' pes ou par morceaux, étant plus courte que la poignée; & n'étant pas affez haute pour être faille toute entière avec la main ; c'eft en été qu'elle le pele : on la diftingue encore en haute & baffe, fuivant qu'on approche davantage du mois de Septembre : onia vend 20 a 21 fols la livre. La haute fine fe tire comme la poignée, mais fur des moutons qui ont la laine plus greffe ; elle coûte 21 à 22 fols. Le moyen eft une laine plus longue, mais plus groffiere, qui fe tire de la culée ou des feffes de la peau, & qui coûte 18 fols. •
- 131. Jufqu'ici il ne s'agit que de la laine blanche, qui eft la plus recherchée: on fépare enfuite le noir & le bege. Le noir coûte environ 18 fols; on y diftingue encore les toifons & les grappes, fuivant qu'on pele tout d'une piece ou par flocons : là différence eft d'environ un fol par livre. Le bege% c'eft-à-dire, la laine grisâtre & terne, qui ne fàuroit jamais devenir blanche, ne coûte que 10 à 12 fols, on y diftingue aufli les grappes Sc les toifons.
- 132. La groffe pelure eft la laine qui fe tire de la queue des moutons; c'eft la moins belle; elle ne coûte que 9 fols la livre.
- 133. Le court eft la laine qui fe tire pendant la durée du printemps, peu après que les moutons ont été tondus ; elle eft fi courte qu'on ne la vend que 7 à 8 fols la livre, fans diftinguer même fur quelle partie du corps elle eft prifeo
- 134. Le bâtard eft la derniere qualité de laine : c'eft celle qu'on enleva avec les forces (8) dans les endroits les plus fàles & les plus défectueux: le bâtard ne coûte que J fols la livre*
- De la Communauté des Mégijjïers de Paris.
- 13y. La Communauté des Mégiffiers eft très-ancienne ; elle étoit autrefois très-nombreufe, mais depuis que l'ufàge du chamois s'eft étendu, la Mégifferie a perdu confidérablement. Les Mégiffiers de Paris font en petit nombre ; il n’y en a gueres qu'une douzaine qui foient un peu occupés, 6c iis ne travaillent que pour la confommation de Paris & des environs : la plupart habitent au Fauxbourg Saint Marceau, le long de la riviere des Gobe-lins ; cette riviere eft favorable à leur travail (30 ), pourvu que l'eau ne manque pas , ce qui arrive affez fréquemment dans les grandes chaleurs.
- 136. Le nouveau droit fur les cuirs, qui eft de deux fois par chaque livre de poids, a encore diminué la Mégifferie dans cette ville ; on aime mieux vendre le cuir fur plein que de le finir à Paris, où la main-d'œuvre étant plus chere, on a plus de peine à foutenir l'impôt.
- 137. Les Statuts des Mégiffiers que nous allons rapporter font de 1407, 8c par conféquent peu néceflàires actuellement ^ ils contiennent cependant quelques articles remarquables, & j'ai cru devoir les placer ici, d'après l'édition imprimée en 1743 > feule que j’aie pu me procurer : j'avertirai des endroits eu le texte me paroît altéré.
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- STATUTS
- Pour les Maîtres Marchands Mégiffiers de la Ville & Faux-
- bourgs de Paris.
- Accordés par les Rols François I <§ Charles IX, confirmés par Henri IF
- & Louis le Grand.
- Premièrement, qu’aucun ne pourra être pafle Maître du métier de Me-giflîer en la Ville & Fauxbourgs de Paris, ni tenir icelui métier, fi premièrement il n?a été examiné & trouvé fiiffifànt par les Gardes dudit métier , & qu’il ait payé fix livres parifis d'entrée, la moitié au Roi & l’autre moitié à la Confrairie dudit métier, comme d’ancienneté eft accoutumé, 3c qu’il n’ait fait fon chef-d’œuvre d’un cent de cuirs de peaux de mouton, bien & duement labourés en blanc, pour montrer s’il eft capable d’êtré reçu Maître dudit métier*
- IL Item. Que nul dudit* métier ne mette hors aucune chofe appartenante audit métier aux jours de Dimanches, ni aux grandes Fêtes folem-nelles, fi ce n’eft à la fenêtre, fi haut qu’un homme n’y puifle atteindre de fa main, fur peine de forfaire les denrées, & payeront l’amende de quarante fols au Roi, & quatre fols aux Gardes dudit métier, pour le métier garder.
- III. Item. Que nul n’acheté en la Ville & Banlieue de Paris, en Boucherie ni ailleurs, peaux fur bêtes vives, ni peaux fur bêtes mortes, s’ils ne les voient avant, fur peine de dix fols d’amende pour chacun cent qu’ils achèteront, & de plus plus, & de moins moins , & au-deflous au feur l’emplage, les trois parts au Roi, & l’autre part aux Gardes dudit métier*
- IV. Item. Que nul dudit métier ne pourra faire depuis Pâques jufqu’à la mi-Août, qu’une laine nouvelle (a)\ Sc le bâtard, fur peine de vingt fols parifis d’amende, dont le Roi aura les trois parts, & les Gardes dudit mé^ tier la quatrième partie.
- V. Item. Qu’aucun Maître ne puifle faire depuis la mi-Âoût jufqu’à Pâques , que deux paires de laine tondue ( b ) ; c’eft à lavoir de laine à plauge ; & qui fera trouvé faifant le contraire, les denrées feront confif-quées au Roi, de laquelle confifcation le Roi aura moitié, & les Gardes dé la Confrairie dudit métier l’autre.
- VI. Item. Que dorénavant tous cuirs feront enchaufumés & pelés au bâton & fait à bâtard ( c) ; c’eft à favoir ceux qui ont la hauteur du travers du petit doigt d’un homme, & tous les autres qui feront au-deflous d’icelle
- (a) A&uellement on en fait deux ou trois fortes pour contenter les Marchands.
- ( b ) A&uelJement on en fait quatre fortes, à la mi-Août la fine pelure, & le moyen ; la poignée ou avalis qui eft le plus fin, & la haute fine qui
- eft de même qualité que le moyen, mais plus haute: elles fe tirent depuis Noël jufqu’à Pâques, temps où toutes les peaux que l’on reçoit font tondues.
- £ c) Cela veut dire qu’il faut féparer le bâtard»
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- hauteur, 'feront mis avec la laine du plein, fur peine de dix fols d’amende;
- huit fols au Roi, & deux fols aux Gardes dudit métier.
- VII. Item. Que nul dudit métier ne puifle acheter ni barguigner peaux de -Boucherie aux Dimanches ni Fêtes folemnelles., ni en la Ville 8c Ban-lieue de Paris, fur peine de vingt fols d'amende, quinze fols au Roi, 8c cinq fols aux Gardes dudit métier.
- VIII. Item. Quë nul ne foit fi hardi qu'il mêle fes quêuës avec foin bâtard, fur peine de l'amende, comme delfus efl; dit;
- IX. Item. Que nul ne foit fi hardi d'aller au-devant des denrées aux jours de marché de Paris, foit Maîtres-Jurés dudit métier, ni autres, pour acheter & barguigner denrées vives, fur peine de quarante fols d'amende, trente-deux fols au Roi, & huit fols aux Gardes dudit métier.
- X. Item. Que nul ne foit fi hardi, Maîtres ou Valets dudit métier, qu'il ne porte ou falfe porter par lui, ni par d'autres, peaux paffées en mégie, vendre par la Ville de Paris, d'Hôtel en Hôtel, fors en la place devant les SS. Innocents, 8c au Carrefour Saint Severin, ou au Samedi ès Halles en la place, Portant firns colporter de place en autre , fur peine de dix fols d'amende, dont fix fols au Roi, & quatre fols aux Gardes dudit métier.
- XI. Item. Que nul dudit métier ne foit fi hardi d'aller aux Tilferands, Fileurs ou Filerelfes, ou autres gens dudit métier, pour peler peaux, fur peine de l'amende des fufdits dix fols, fix au Roi, 8c quatre aux Gardes dudit métier.
- XII; Item» Que les Maîtres dudit métier né pourront avoir qu'un feul apprentif en icelui métier, & ne le pourront prendre ni tenir à moins de, fix ans, parce qif en moins de temps ne pourront-ils avoir appris ni être trouvés fuffifànts 8c experts en icelui, à peine de foixante fols parifis d'amende, quarante fols au Roi, & vingt fols à la Confrairie dudit métier.
- XIII. Item. Que lefdits Maîtres qui auront pris un apprentif, feront tenus apporter aux Jurés dans la huitaine enfuivant, la lettre d'apprentiilàge dudit apprentif, pour lavoir le jour que ledit apprentif aura été obligé ; & payera ledit apprentif, pour être enregiftré au papier dudit métier, quatre fols parifis, pour obvier à ce que fi lefdits Maîtres perdoient lefdites lettres d'apprentiilàge, lefdits apprentifs ne feroient fruftrés de leur temps, & aulîi à ce que lefdits Maîtres ne puilfent prendre d'autres apprentifs pendant ledit temps, & ce fur les peines delfufdites.
- XIV. Item. Qu'aucune femme veuve dudit métier ne pourra prendre ni avoir aucun apprentif, autres que les apprentifs de leur feu mari, qui n'auront achevé le temps de leur apprentilïàge, pourvu qu'icelle femme aura valet, bon & fuffilànt dudit métier, pour montrer & apprendre ledit apprentif, & ce fur peine de quarante fols parifis d'amende, trente-deux fols au Roi, & huit fols aux Gardes dudit métier.
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- XV. Item. Que aucun Maître dudit métier ne pourra lever ni tenir icelui métier en la Ville & Fauxbourgs de Paris , s’il n’y a été apprentif, fur peine de foixante fols parifis d’amende, quarante fols pour le Roi, 8c vingt fols aux Gardes dudit métier, & de forfaiture des denrées dont il fera trouvé iàifi, moitié au Roi, 8c l’autre moitié à la Confrairie dudit métier.
- XVI. Item. Que aucun dudit métier ne pourra acheter cuirs en mégie pour revendre, qui ayent été labourés hors la Ville & Fauxbourgs de Paris, pour mêler avec le lien labouré en ladite Ville & Fauxbourgs de Paris ; jufqu’à ce qu’ils ayent été vus 8c vifités par les Gardes dudit métier, 8c trouvés bons, loyaux & marchands, fur peine de quarante fols parifis d’amende, trente-deux fols pour le Roi, & huit fois aux Gardes dudit métier.
- XVII. Item. Que aucun dudit métier ne pourra vendre ni avoir cuir de mégie, ni tenir icelui, s’il n’eft fuffilàmment 8c doublement labouré, 5c qu’il foit bon, loyal 8c marchand, & tel trouvé par les Gardes dudit métier, fur peine de forfaiture 8c confiscation au Roi, & de vingt fols d’amende, quinze fols pour le Roi, & cinq fols aux Gardes dudit métier.
- XVIII. Item. Que aucun dudit métier ne pourra vendre, entalîer, ni mettre en tas aucune laine, fi ainfi n’eft qu’elles ayent été, 8c foient bien feches, & qu’elles foient bonnes, loyales 8c marchandes , fur peine de quarante fols d’amende pour chacun cent de ladite laine mal lavée 8c mal féchée, 8c de plus plus, 8c de moins moins, au feur l’emplage, au lieu de vingt fols parifis d’amende qui fouloient être aux anciens privilèges, à appliquer moitié au Roi, & le refte à la Confrairie & aux Jurés 8c Gardes dudit métier, chacun pour moitié, pour ce que fur chacun cent de laine mal féchée 8c mal lavée, y pourroit avoir du déchet & dommage de vingt livres de laine de pefant 8c plus.
- XIX. Item. Que aucun dudit métier ne pourra mettre ni venir en be-fogne fans licence & congé des Maîtres dudit métier, aucun des Valets alloués des autres Maîtres dudit métier, fur peine de quarante fols parifis d’amende ; c’eft à favoir, trente-deux fols au Roi, &huit fols aux Gardes dudit métier.
- XX. Item. Aucun Maître dudit métier à Paris qui aura trois Valets, ne pourra refufer à un autre des Maîtres d’icelui, après qu’il aura befogne hâtive & néceflàire à faire, l’un defdits trois Valets pour lui aider à y faire icelle, en payant toutefois par ledit Maître icelui Valet de fon falaire rai-fonnable, & ce for peine de quarante fols d’amende ; c’eft à lavoir trente-deux fols au Roi, & huit fols aux Gardes dudit métier.
- XXI. Item. Que Marchands Forains ne pourront vendre ni expofor en
- vente à Paris aucunes denrées de mégie, jufqu’à ce qu’elles ayent été vifi-tées par les Gardes dudit métier, 8c qu’elles foient rapportées être bonnes, loyales 8c marchandes , fur peine d’être eonfifquées 8c acquifes au Roi ^.Mégissier. H
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- ART £>U MÊ G IS S I E R. notre Sire, & d’être arfées, & au moins fur peine d’amende arbitraire.
- XXII. Item. Que lefdits Forains ne puiflent vendre ni expofer en vente lèfclits cuirs & denrées de mégie, finon en la faite ancienne au cuir blanc, Sc que préalablement ils ayent été vifités & marqués par lès Jurés & Gardes dudit métier ; léfquels Jurés & Gardes, pour ce faire, auront pour leur falairè deux deniers parifis pour chacun cent de pièces dudit cuir, & de plus plus, & de moins moins ; pour obvier à ce que lefdits Forains ne vendent fecrettement ledit cuir, au moyen dequoi plufieurs Marchands font fouventesfois déçus & abufés ; & en ce failant, le droit du Roi eft tolli.
- XXIIÏ. Itèm. Que aucun dudit métier, foit Maître ou Valet,, ne s’entremette d’aller ès maifons d’aucuns Tanneurs ni autres, pour pefer ni ordonner cuir, ni confeiiler iceux Tanneurs ni autre, en quelque maniéré que ce foit, de leur marché, ni à autre chofe, de ehofe qui concerne & regarde ledit métier, fur peine de foixante fols parifis d’amende ; c’eft à lavoir, quarante fols au Rôi, & vingt fols à la Confrairie & aux Gardes dudit mé-* tier, à chacun par moitié.
- XXIV. Item. Que tous les Maîtres dudit métier demeurant en ladite Villô &Fauxbourgs de Paris, pourront acheter en plein marché des Marchands Forains & autres, toutes denrées appartenant audit métier , qu’ils verront à vue d’œil, fans qu’ils puilfent en acheter aucunesfàns icelles voir, & ce, fur peine dé foixanté fols parifis d’amende, quarante fols pour le Roi, 8c vingt fols ; c’eft à favoir, moitié à la Confrairie dudit métier, & l’autre aux Gardes d’icelui.
- XXV. Item. Que tous les enfants mâles des Maîtres dudit métier en la Ville de Paris ne feront tenus de faire aucun apprentilîàge, mais feront tenus faire chef-d’œuvre, & payer le droit & devoir comme les autres fujets à apprentilîàge, pour ce que lefdits Maîtres en ont toujours par ci-devant ainfi joui & ufé, nonobftant qu’il ne fût contenu en leurs anciennes Ordonnances*
- XXVI. Item. Que aucun Maître ni autres ayant la franchife dudit métier , ne pourront étendre pour fécher aucunes peaux ou cuirs à laine, fi elles ne font bien & duement lavées & gayées, fur peine d’icelles ra-mender à fes dépens, & de cinq fols parifis d’amende à chacune fois qu’icelles peaux ou cuirs feront trouvés étendus pour fécher, dont la moitié d’icelle amende fera pour le Roi, & le relie à la Confrairie & Gardes dudit métier , chacun pour moitié ; pour ce qu’aucuns Maîtres dudit métier pourroient mal laver & gayer leurfdites peaux & cuirs, & icelles mêler parmi celles qui feroient bien lavées & gayées, au moyen dequoi y auroit grand intérêt pour les Marchands, tant vendeurs qu’acheteurs.
- XXVII. Item* Que tous les Maîtres ou autres ayant la franchife dudit mer
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- tîer de la Ville de Paris, pourront demander à tous Marchands Forains Sc autres de ladite Ville, qui achèteront , ou auront acheté, ou fait acheter peaux de mouton, ou autres marchandifes en ladite Ville de Paris, appartenant audit métier, leur lot, part & portion defdites peaux ou marchandifes , en tous, temps Sc fàifons ; lefquels Marchands Forains feront tenus dé leur en bailler leurdit lot, en payant par eux promptement auxdits Marchands Forains le prix que leur a coûté ladite marchandife, au prorata qu’ils en prendront, pour ce que lefdits Marchands Forains achètent continuellement lefdites peaux & marchandifes, & les emportent hors la Villè, jen la dégarniilànt tellement que lefdits Maîtres font fouventesfois oifeux, & ne font rien, obftant ce qu’ils n ont aucunes marchandifes, pourvu toutefois que lefdits Marchands Forains achetaient grande quantité de ladite marchandife , comme un cent & au-delfus , Sc non au-delfousà
- XXVffl. Item. Que aucuns Marchands Forains ou autres ne pourront: prendre dedans ladite Ville Sc Fauxbourgs dé Paris, de quelques perfbnnesque ce foit, aucunes peaux Sc marchandifes appartenantes audit métier, pour habiller, ni corroyer, s’ils ne les ont achetées 3 Ou autrement leur appartiennent fàns fraudé, fur peiné de confifcation defdites peaux & marchandifes \ bu d’amende arbitraire, dont les trois parts feront pour le Roi, & l’autre à la Confrairie & Gardes dudit métier , chacun pour moitié ; pour ce que left dits Marchands Forains & autres pourroient acheter lefdites marchandifes,' & icelles emporter hors de ladite Ville, fous ombre de dire qu’ils auroient icèlles prifes pour habiller feulement, au moyen dequoi lefdits Maîtres & Mégiiîiers auroient grands dommages & intérêts ; Sc s’entendra le préfent article fur les Forains & autres Marchands, Sc non pas fur les autres particuliers de ladite Ville de Paris , qui en voudront habiller Sc corroyer pour leur ufagé.
- XXIX. Item. Que lefdits Maîtres dudit métier hors la Ville, & autres ayant la franchife d’icelui, qui auront acheté des peaux bu cuirs des Bouchers d’icelle Ville & Fauxbourgs de Paris ^-feront tenus en bailler aux autres Maîtres dè ladite Ville 3 qui leur en demanderont en toutes fàifons, leur lot, patt & portion ^ pour le prix qu’ils auroient icelles achetées , fur peine de foixante fols parifis d’amende 3 moitié au Roi * Sc le relie à la Confrairie Sc Gardes dudit métier > chacun pour moitié, pour ce que de tout temps Sc ancienneté lefdits Maîtres ont ainfi accoutumé en ufer. i
- XXX. Item. Que aucuns Maîtres dudit métier de ladite Ville né pourront acheter pelures de peaux ou autres laines qu’elles n’ayent été habillées & faites dans icelle Ville, pour mêler avec la leur de la façon de ladite Ville, fi premier n’a été vifitée par les Maîtres Jurés Sc Gardes dudit métier, fur peine de confilcation de ladite marchandife, Sc de foixante fols parifis d’amende, dont la moitié fera pour le Roi, Sc l’autre moitié à la. Confrairie Sc Gardes dudit métier, chacun pour moitié.
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- XXXI. Item. Que aucuns defdits Maîtres dudit métier, ni autres ayant la franchife d’icelui, ne pourront en jour de Fête, aller ou envoyer quérir aucunes peaux de Boucherie pour enchaufumer, ni autrement, ni pareillement autres denrées demarchandifes appartenantes audit métier 5 c’eftàfàvoir, depuis Pâques jufqu’à la Saint Remi que devant fopt heures du matin Sc après fept heures du foir, & depuis ledit jour de Paint Remi jufqu’à Pâques, que devant fept heures du matin, & après fopt heures du foir, fur peine de vingt fols pariiis d’amende, dont la moitié fera au Roi, Sc le refte à la Confrairie & Gardes dudit métier, chacun par moitié.
- XXXII. Item. Que aucuns Maîtres ou autres ayant ladite franchife dudit métier, ne labourent ou faflent labourer, mettre à point Sc corroyer dedans ladite Ville aucunes peaux de bêtes, non convenables à corps humain en manger la chair, fur peine de brûler lefdites peaux en leur préfence Sc à leurs dépens, Sc de cent fols parifis d’amende, dont les trois parts feront au Roi, Sc le refte à la Confrairie Sc Gardes dudit métier, chacun par moitié, en quoi toutesfois ne font compris les Mégiffiers des Fauxbourgs de ladite Ville.
- XXXIII. Item. Que aucuns Marchands Forains ne pourront vendre ni expo-fer en vente en ladite Ville de Paris aucunes laines, jufqu’à ce que préalablement icelles laines ayent été vues & vifitées par les Jurés Sc Gardes dudit métier de ladite Ville, afin de lavoir fi elles font loyales Sc marchandes, ou non , fur peine de eonfifoation de ladite marchandife, dont les trois parts feront pour le Roi, Sc le refte à la Confrairie & Gardes dudit métier,, à chacun par moitié ; & entend le préfent article, quant aux laines venant de peaux dont ont accoutumé vendre Sc faire marchand lefdits Mégiiïîers, félon leur métier, fans y comprendre les autres laines ; & pour la vifita-tion de chacun cent, lefdits Maîtres & Jurés qui vifiteront lefdites laines, auront pour leur falaire de la vifitation douze deniers parifis.
- XXXIV. Item. Que aucun Maître dudit métier ou autre ne mêlent avec la mere-laine aucune laine de peaux, tant tondues que pelées, fur peine de eonfifoation defdites laines, dont les trois parts feront au Roi, & l’autre à la Confrairie & Gardes dudit métier, à chacun par moitié, pour ce que le drap de telle laine mêlée n’eft ni loyal, ni marchand , Sc fe caiTe en toutes parts.
- XXXV. Item. Que aucun dudit Métier ne pourra étendre aucunes laines lavées, de quelque forte que cefoit, finon qu’elles foientbien & duement lavées, fur peine de foixante fols parifis d’amende, dont la moitié fera au Roi, & le refte à la Confrairie dudit métier, chacun par moitié.
- XXXVI. Item. Que tous Maîtres dudit métier de ladite Ville Sc autres ayant la franchife dudit métier, feront tenus de fouffrir vifitation être
- {a) Je foupçonne qu’il y a ici une faute de copifle, & qu’il faut lire, cinq heures du matin.
- faite
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- faite far leur laine Sc marchandées par les Jurés & tardes dudit métier , toutes & quantes fois que par eux en feront requis, fur peine de vingt livres parifis d’amende , dont les trois parts feront au Roi, Sc l’autre à là Confrairie & Gardes dudit métier, chacun par moitié.
- XXXVII. Item. Que aucun Maître dudit métier , ni autres ayant la fran* chife d’icelui, ne pourront faire befogner leurs ferviteurs, gagneurs d’argent, ès jours ouvrables, depuis Pâques jufqu’à la Saint Remi, que depuis cinq heures du matin jufqu’à fept heures du foir, Sc depuis lé jour de Saint Remi jufqu’au jour de Pâques, que depuis lîx heures du matin jufqu’à huit heures du foir, excepté befogne en péril, fur peine de fèize fols parifis d’amende pour chacun ferviteur qui befognera, à payer par ledit Maître moitié au Roi, Sc le refte à la Confrairie Sc Gardés dudit métier, chacun pour moitié.
- XXXVIII. Item. Que nul Maître dudit métier, ou autres ayant la franchilé d’icelui, ne pourra faire befogner fes ferviteurs gagnants argent, ès Vigiles de Pâques, Pentecôte, la Touflàints, Noël, Sc ès Vigiles des cinq Fêtes Notre-Dame, de Sainte Marie-Magdeleine, qui eft la Fête de la Confrairie dudit métier, Saint Germain l’Auxerrois leur patron, que jufqu’à trois heures de relevée en nulle befogne, excepté befogne en péril, fur peine dé feize fols parifis d’amende, dont la moitié au Roi, Sc le refte à la Côn-frairie Sc Gardes dudit métier, chacun par moitié;
- XXXIX. Item. Que tous Valets qui auront été appretitifs fix ans en ladite Ville de Paris audit métier , auront à befogner chez chacun Maître dudit métier, plutôt que les autres Valets qui n’auront été apprentifs en icelle Ville audit métier, pourvu qu’ils veuillent befogner pour le prix que lef dits Valets qui n’auront été apprentifs befogneront, ou pour autre prix raifonnable, eu égard à la fcience qu’ils auront, & félon qu’il fera dit par les Jurés Sc Gardes dudit métier;
- XL. Item. Que aucuns Valets qui n’auront été apprentifs fix ahs audit métier de Mégiflier dans ladite Ville de Paris, ne pourront befogner chez quelque Maître, ou autre ayant ladite franchife dudit métier, plus haut de huit jours, & jufqu’à ce que lefdits Valets aient payé à la Confrairie dudit métier quatre fols parifis, fur peine de payer par lefdits Maîtres ou autres qui les mettront en befogne, vingt fols parifis d’amende, dont la moitié fera au Roi, &>le refte à la Confrairie Sc Gardes dudit métier, chacun par moitié.
- 138. A la fuite de ces Statuts fe trouvent les Lettres - Patentés don^ nées par Charles VI au mois de Mai 1407, par lefquelles on voit que depuis long-temps les Rois de France avoient accordé aux Maîtres Jurés Mé-giffiers de Paris plufieurs beaux privilèges Sc ftatuts ; mais que fur dé nou-Mègissier. I
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- veaux abus-, ils avoient defiré de nouveaux articles, que Charles Vj lei31* accorde, 8c veut être obfervés à l'avenir : & il ajoute , fauf toutefois au Prévôt de Paris , préfent & a venir, de icelles Ordonnances & Statuts nouveaux, pouvoir corriger , niver, interpréter , & icelles augmenter ou diminuer toutes & quantes fois que par délibération de notre Confeil audit Châtelet il verra qu il fera bon expédient à faire pour le bien & l utilité de nous & la chofo publique. L'on voit que ces Lettres furent publiées le 2 Juillet 1407, à la rue de la Mégifferie, fur la riviere de Seine, à l'oppofite de l'hôtel des Dames de Haulte-Brinette.
- 139. D'autres Lettres-Patentes de François I, données à Evreux au mois de Septembre ijiy, contiennent à peu-près la même confirmation. En iyp4, les Maîtres Mégiffiers demandèrent la confirmation & continuation des mêmes Statuts 5 elle leur fut accordée par des Lettres-Patentes * données à Paris par Henri IV, au mois de Décembre delà même année.
- 140. Louis XIV confirma de nouveau les mêmes Statuts & Ordonnances par fes Lettres données à Fontainebleau, au mois d'Oétobre idpj 5 il y avoit alors vingt-trois Maîtres,. anciens Jurés, jeunes & modernes , Maîtres & Marchands dudit état & métier qui intervinrent & donnèrent pouvoir à leurs Jurés de folliciter cette confirmation.
- 141. Dans le même recueil imprimé en 1743 * Par ^es f°*ns de Meflieurs Clabaux 8c Fremin , Jurés de la Communauté, on trouve une Déclaration du Roi du 12 Novembre idp3, par laquelle le Roi unit & incorpore à la Communauté des Mégifîiers les offices de Gardes Jurés de cette Communauté, qui avoient été créés par* Édit du mois de Mars 1 dpi, voulant que ces offices foient exercés en vertu de lettres de provifion qui feront expédiées 8c fcellées en Chancellerie, en faveur de ceux qui feront nommés par ladite Communauté ; cela fut fait au moyen de 800 livres que cette Communauté paya aux parties cafuelles pour la finance de ces offices ; & pour pouvoir emprunter cette fomme & en payer les intérêts , le Roi permit à la Communauté de faire payer, aux Maîtres quatre fols pour chaque cent de peaux de moutons qu'ils acheteroient fortant des abattis des Bouchers , & deux fols pour chaque cent de peaux d'agneaux, 8c cela ju£ qu'à l'extinélion des capitaux feulement.
- DE LA RIVIERE DES GOBELINS,
- SG des Réglements quelle a occafionnés.
- 142. La riviere de Bievre, appellée plus communément aujourd’hui la riviere des Gobelins , a fes bords habités fpécialement par des Mégilîîers & des Tanneurs ; mais elle eft encore plus utile à l'art des Mégifiiers qu'à celui des Tanneurs, enforte que j'ai cru devoir placer ici ce que j'avois à en dire. Nous avons déjà parlé des avantages de cette eau fur celle de la Seine *, mais
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- ART D V M ÉG IS S IE R. ' 3y elle a Tinconvénient d’être petite * étroite, dun cours très-lent * 8c par conféquent d’être fouvent fàle, & de manquer d’eau en été. Cet inconvénient a exigé que l’on prît des mefures pour empêcher beaucoup d’abus* pour la faire nettoyer * pour en entretenir les eaux & les augmenter* s’il eft poflible.
- 143. Le Réglement le plus général 8c le plus étendu qu'on ait fait à ce fujet* eft contenu dans un Arrêt du Confeil du 26 Février 1732 * qui concerne l’adminiftration & la police de cette petite riviere : il fera bon de le confulter en entier ; mais nous en rapporterons ici les principaux articles. Suivant ce Réglement du 26 Février 1732* il y a toujours trois Syndics des Intéreffés à la confervation des eaux de la riviere de 'Bievre 5 pour cet effet les Teinturiers * Tanneurs & Mégiffiers font convoqués chaque année par billets* en la chambre des Marguilliers de laParoiffe de Saint Me dard* en préfènce du Procureur du Roi de la Maîtrifè des Eaux & Forêts dé Paris* affilié du Greffier. On élit un Syndic une année* 8c deux autres l’année fuivante , afin qu’il y en ait toujours un ou deux d’anciens : il y a encore à ce fujet une Ordonnance du Grand-Maître du 2 Oétobre 1754* Ceux qui devront fortir du Syndicat* feront tenus de convoquer tous les Intéreffés* lefquels feront infcrits en un tableau dans la lalle * 8c tenus d’y comparoir aux jours 8c heures qui leur feront indiqués* à peine de 3 livres d’amende * fi ce n’eft qu’il y ait caufe légitime d’abfènce.
- 144* Suivant l’Arrêt du 26 Février 1732* l’un des Syndics doit être Teinturier * l’autre Tanneur * & le troifieme Mégiffier ; ils doivent exercer gratuitement leurs fonélions ; ils doivent rendre les comptes de leur Syndicat à ceux qui leur fuccedent * en préfènce de trois anciens Syndics * & en cas de conteftation * devant le Maître particulier des Eaux & Forêts de la Maîtrifè de Paris.
- 145. Par l’Article y de l’Arrêt du 26 Février 1732 , il eft dit qu'il y aura un tombereau attelé de deux chevaux* à i’effet de voiturer journellement dans la campagne les mort-pleins des Tanneurs & Mégiffiers * écharnures* cornichons , & autres immondices* provenant tant de leur métier que du commerce des Teinturiers* duquel tombereau fera fait marché au rabais* devant le Maître particulier de la Maîtrifè des Eaux & Forêts de Paris ; à la diligence des Syndics des Intéreffés à la confervation des eaux de la riviere de Bievre * & en cas de négligence * à celle du Procureur du Roi de ladite Maî-trife. L’adjudicataire doit être payé par les mains du premier Syndic, fuivant la contribution & rolle de répartition fait entre les Teinturiers, Tanneurs & Mégiffiers* à proportion de l’exercice des Teinturiers* & des cuves 8c pleins des Tanneurs 8c Mégiffiers, qui feront conftruits dans leurs maifons* foie qu’ils travaillent ou non ; à défaut de payement, le Grand-Maître des Eaux & Forêts de France au département de Paris* doit décerner exécutoire pour
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- 36 ART DU MÉGISSIER.
- le paiement du tombereau , contre fix des principaux habitants, parmi les Intérefles à la confervation des eaux de cette riviere.
- iq6. En exécution de cet Arrêt, il y eut une adjudication le 17 Août 1733; faite à Jacques Marchand, de rétablilTement dudit tombereau, moyennant 665 livres : cette adjudication n’ayant été faite que pour un an il y eut un marché, fous feing-privé, pour la fomme de 500 livres, l’annéefuivante; enfin le même Voiturier confentit à s’en charger pour 300 livres, ce qu’il fit jufqu’en 1743 inclufivement, comme on le voit par une Ordonnance du Grand-Maître du 24 Septembre 1743.
- 147. Dans la fuite, on ne paya pfus pour ce tombereau que 12Ô livres par année, & les immondices n’étoient plus enlevées que tous les Lundis ; de-là venoit que plufieurs Maîtres dont les berges font trop relferrées , jettoient dans la riviere les immondices de leur commerce , plutôt que de les garder fur leur berge d’une femaine à l’autre, Sc d’en être incommodés dans leurs travaux. Les Syndics aimèrent mieux, en 1756, traiter avec le nommé Ragondet, Entrepreneur de l’enlèvement des boues de Paris, donc les tombereaux marchant journellement par toutes les rues du quartier, pouvoient faire plus àifément & plus exaéiement ce fervice ; en conféquen-ce, il y eut une Ordonnance du Grand-Maître le 22 Juin 1756, qui donna aéte audit Entrepreneur de l’acceptation qu’il faifoit du marché pour trois ans, moyennant 100 livres, aux charges & conditions de la derniere adjudication qui avoit été faite au rabais.
- • 148. La même Ordonnance renouvelle expreflfément les défenfes faites aux Teinturiers, Tanneurs & Mégifllers de jetter aucunes immondices dans la riviere, à peine de dix livres d’amende pour la première fois, & du double en cas de récidive.
- 14p. Les Tanneurs ne payent qu*un dixième de la fomme du tombereau ; les Mégifllers un dixième, & les Teinturiers payent le relie ; c’eft-à-dire; huit dixièmes, ou quatre cinquièmes du prix du tombereau, la portion des Tanneurs fe prend fur les deniers provenants des fommes perçues fur les marchandées de Tannerie à la Halle, fuivant l’Arrêt du 24 Mai 172p.
- iyo. Par le Réglement du 26 Février 1732, le Roi ordonne qu’il fera établi deux Sergents à garde , au nom, & fous bandoulière de'S armes & livrées de S. M. aux gages de 400 livres, pour lefquels les Meuniers établis fur la riviere doivent contribuer ; ces Gardes veillent à l’exécution des Ordonnances qui ont été faites pour cette riviere.
- iyr. Il y a fur la riviere des Gobelins beaucoup de moulins ; mais les Meûniers ne font point tenus aux dépenfes des voûtes , ponts & autres dépenfes communes, ils contribuent feulement au curage annuel qui fe fait du ruifleau de conduite de la fontaine Bouvière & autres fources, juf-
- qu’à l’étang Duval, dans le grand parc de Verfailles, & ils font employés
- fur
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- ART DU MÉGIS S IER,
- fur le rôle du paiement de ce curage, à raifon de 6 livres par an, pour chaque moulin.
- 152. En 1744, le faux ru de la riviere de Bievre , efpece de canal anciennement creufé pour la décharger dans les grandes eaux, étoit rempli par les immondices des Amydonniers, par la tuerie de Scipion, & par des eaux croupiiîàntes & maLfàines ; l'Hôpital des Orphelines de la Miféricorde* rue Cenfîer, en étant fpécialement incommodé, fit desrepréfentations, & obtint la permiffion de faire palier, à certains jours, la riviere par un déverfoif, à travers le canal de ce faux ru ; les Adminiftrateurs firent défoncer le canal > enlever les immondices, ferrer le fond, & conftruire fur ce fond un pavé à chaux & à ciment dans l'étendue de leur enclos.
- 173. Les Intéreffés à la riviere voulurent continuer les mêmes travaux J & par délibération du 30 Novembre 1745 , ils autoriferent leurs Syndics à faire paver à neuf ce faux ru, depuis le déverfoir de la Galere, rue Cenfîer-, jufqu’à l'Hôpital de la Miféricorde, & depuis fa fbrtie de l'enclos de cet Hôpital, jufqu'à fa jonétion à la riviere de Bievre, au-defîbus du moulin Copeau y même à faire annuellement employer fur lefdits rôles de répartition une fomme de 25 livres pour être dépofée, & fervir à l'entretien de ce pavé.
- 174. Cette délibération fut homologuée pat une Ordonnance de M. le Grand-Maître du 2yMai 1746, & par un Arrêt du Confeil du 27 Oélobre 1746". Il fut ordonné par cet Arrêt, que les Amydonniers dont les eaux affluent dans ce faux ru, feroient employés à l'avenir chacun pour 5 livres, & que le montant de cette contribution, ainfi que les 27 livres des autres Inté-relies, feroient dépofés pour être employés furies Ordonnances du Grands-Maître au rétablilfement de ce pavé, & autres ouvrages néceflaires à l'en* tretien du faux ru.
- 177. Les Adminiftrateurs de l'Hôpital-Général, pour concourir à la fa* lubrité de l'air, firent aufîî nettoyer, de leur propre mouvement, le canal de l'égout de Scipion, traverfant la Tannerie de Lorme, rue Fer-à-Mou*-lin , revêtir les côtés en murs de moellon, paver le fond à chaux & à ciment, & donner la pente nécelîàire au prompt écoulement des eaux : il eft à fouhaiter que l'on continue de veiller à ces fortes de réparations, dont la néeefflté revient de temps en temps.
- 176* Par Arrêt du Confeil du 7 Décembre 1741, il eft ordonné que les rôles décernés exécutoires par le Grand-Maître, concernant ladite riviere, feront exécutés par provifion, fauf l'appel au Confeil, auquel ap*» pel néanmoins les parties ne font reçues qu'en juftifiant de la quittance du paiement par elles fait des fommes pour lefquelles elles auroient été employées auxdits rôles. Il eft ordonné de même que tout ce qui fera fait - Mégissier. K
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- 3 S ART DU MÉGISSIE R.
- Sc ordonné par le Grand-Maître, en exécution dudit Arrêt, fera exécuté par provifion, fàuf l’appel au Confeil.
- 177. Par un autre Arrêt du Confeil du 28 Janvier 1749, il efl; dit que * tout ce qui fera fait par le Grand-Maître ou par les Officiers de la Maîtrife, en exécution de l’Arrêt du Confeil du 26 Février 1732, fera exécuté par provifion, fàuf l’appel au Confeil.
- 158. C’eft en conféquence de cette maxime, que le Grand-Maître ayant ftatué en 1774, fur le fait des Blanchifleufes qui couvroient la riviere des Gobelins, fon Ordonnance fut cpnfirmée par un Arrêt du Confeil : nous allons rappeller les caufes & le dilpofîtif de cette Ordonnance.
- 159. L’article 30 de l’Arrêt du Confeil du 26 Février 1732, défendoitaux Blanchifleufesdeleflîvedecontinuer leurs blanchiflàges dans le lit delà riviere des Gobelins, au-deflus de la Manufacture des Gobelins, & dans le Clos-Païen; il y avoit alors vingt Blanchifleufes qui firent des repréfentations, Sc qui y furent tolérées ; mais le nombre continua de s’accroître, Sc en 1774, il y en avoit plus de deux cents. Les Syndics, dans cet intervalle, ayant découvert quelques fources Sc ruifleaux dont ils avoient augmenté les eaux de cette riviere, Sc eïpérant d’y en ajouter encore, ne fongerent plus à expulfer les Blanchifleufes -, mais voulant faire contribuer ces Blanchifleufes à l’entretien de la riviere, ils obtinrent le 1 Mars 1774, une Ordonnance de M. le Grand-Maître, qui par provifion, Sc jufqu’à ce qu’il en eût été autrement ordonné , continua par tolérance l’établiflement de blanchit fàge, tonneaux, lavoirs , fur les berges, le long de la riviere, tant dans les villages que dans les prairies de Gentilly, les environs du moulin de CrouleBarbe Sc du Fauxbourg Saint Marcel ; il ordonna que tous ces tonneaux de Blanchifleufes feroient numérotés par premier Sc dernier, Sc les lavoirs défignés, le tout placé fuivant l’alignement, & aux endroits moins nuifibles, par le premier Arpenteur de la Maîtrife de Paris, Sc que chacun des propriétaires ou poflfeflfeurs defdits tonneaux ou lavoirs feroit tenu de payer dans quinzaine de la date de ladite Ordonnance y livres, quand ils feroient fur la pleine riviere, Sc 3 livres quand ils feroient fur la riviere morte, Sc continueroient de faire ledits payements dans le courant du mois de Mars de chaque année , tant qu’ils occuperoient ledits tonneaux, ou feroient fuppofés les occuper, faute de déclaration au Greffe de la Maîtrife , qu’ils feroient tenus de faire avant le premier Mars de chaque année ; que les fommes provenantes du recouvrement, fuivant les rôles qui feroient par ledit fieur Grand-Maître annuellement rendus exécutoires, feroient reçus par Boulanger, Huiflîer en ladite Maîtrife, pour être par lui remifes aux Syndics en exercice, & être employées par eux Sc leurs fuccefleurs en ladite qualité fur les Ordonnances du Grand-Maître, tant aux dépenfes de leur Syndicat, qu’au payement des curages annuels def-
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- art du MÉGISSIER>
- dites parties de riviere, qui feroient faits fous l’infpeétion & à la diligence des Syndics ; & à la charge par eux & leurs fucceffeurs d’en compter aux anciens Syndics & au Procureur du Roi, ainfî que des autres rôles qui auroient été par ledit fleur Grand-Maître rendus exécutoires. Cette Ordonnance du i Mars 1754 fut confirmée par un Arrêt du Confeil du 4 Mai 1716.
- 160. Pour avoir plus de facilité dans le recouvrement des différentes contributions dont nous avons parlé jufqu’ici, lés Syndics en exercice & les a'n* ciens Syndics des Intéreffés à la confervation des eaux de cette riviere, obtinrent un Arrêt du Confeil du 18 Mai 17J6, qui contient les neuf articles fuivants.
- Article I. Que par l’Architeéle ou Arpenteur qui fera à cet effet commis par le fleur Grand-Maître, il fera inceflàmment procédé au toifé des mailons & héritages fituées le long de la riviere de Bievre, dite des Go-belins, morte riviere & faux ru, dans rétendue des Fauxbourgs Saint Marcel & Saint Viétor à Paris > qui feront numérotées par première ôz derniere, en lieu apparent du côté de ladite riviere, aux frais des propriétaires def-dites maifons, la quantité de toifes gravée en chiffre au-deflbus par numéro^
- IL Qu’emploi fera fait dudit numéro fur le rôle de répartition, fous le nom du propriétaire, locataire ou détenteurs de ladite maifon ou héritage , lefquels propriétaire ôu locataire aéluel, feront tenus, fur les Amples ex- * traits & avertiffements qui leur feront donnés fans frais, d’acquitter la taxe pour laquelle ils feront employés au rôle dont le recouvrement fe fera , fauf leur recours contre le propriétaire, s’il en efl: tenu par le bail, lequel propriétaire, dans le cas de mutation antérieure de locataire, aura fon recours contre les locataires fortis de fa maifon , fuppofé qu’ils foient tenus de cette charge de riviere , fans que, fous aucun prétexte, le paiement puifle être différé par les détenteurs aéluels des maifons*
- III. Que les Meuniers qui exploiteront auffi les moulins, acquitteront pareillement, & fur ledit avertiffement, lefdites taxes, fàuf pareil recours en condamnations ; & feront tenus les propriétaires defdites maifons, moulins & héritages, de faire repréfenter les quittances du paiement defdites taxes de riviere par les Meuniers ou Locataires qui en feront tenus par leurs baux, à peine d’en être refponfàbles en leurs propres & privés noms*
- IV. Qu’ en cas de difficulté dudit paiement, lefdits locataires, Meuniers ou détenteurs aéluels qui donneroient lieu à des pourfiiites & contraintes, les frais fur lefdits locataires refufànts fans aucune répétition defdits frais^ retomberont contre les propriétaires defdites maifons, moulins & héritages*
- V. Que les particuliers louant leurs maifons à des Blanchiffeufes, ayant par tolérance des tonneaux en riviere pour le lavage, feront tenus, fur pareils avertiffements, de payer leurs taxes & cotifation fins difficulté, tant qu’il
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- 40 ART DU MÉGISSIE R.
- y aura des tonneaux en riviere le long de leurs maifons, fauf leur recours contre les Blanchiffeufes, comme ils aviferont bon être ; que dans le cas où lefdits propriétaires feroient enlever lefdits tonneaux, 8c n’entendroient plus fe fervir des eaux de ladite riviere à cet ufàge , par eux ou leurs locataires , ils en feroient déclaration au Greffe de la Maîtrife particulière de Paris, & jufqu’à ce, feront tenus de ladite taxe, & aux frais quils occa-fionneront en cas de refus.
- VI. Que les articles 24 8c 2Y de TArrêt de Réglement du 26 Février 1732, feront exécutés félon leur forme 8c teneur * ce faifànt, que ceux qui jouiront des pièces d'eaux 8c canaux formés & alimentés des eaux de ladite riviereferont employés aux répartitions 8c cotifàtions concernant feulement les gages des Sergents à garde, à la confervation des eaux de ladite riviere, fuivant la taxe qui en fera alors faite par ledit fleur Grand-Maître.
- VIL Que les extraits defdîts rôles & avertifïements qui fe diftribuent fans frais aux parties employées auxdits rôles , feront datés , lignés 8c portés par l’Huifïier ou celui qui fera prépofé à cet effet : fans que lefdits aver-tiffements puiffent être affujettis au timbre ni au contrôle , ni que ledit Huiflier ou prépofe puiffe être inquiété ni troublé pour raifon de ce ; & cependant en cas de contraintes, les procédures fubféquentes ne pourront être faites qu’en papier timbré, & que les aétes y fujets feront contrôlés.
- VIII. Que pour arrêter le cours des contraventions qui pourroient fe commettre fur ladite riviere, par entreprife ou défaut de curage annuel, conformément & dans le temps prefcrk par l’Arrêt de Réglement du 26 Février 1732, & accélérer l’exercice de la police néceflàire à la confervation des eaux de ladite riviere, les Gardes établis fur icelle afîigneront(au premier jour d’audience de ladite Maîtrife par fimple citation verbale, les contrevenants , dont ils feront mention dans leurs rapports fur lefquels fera fait droit fuivant l’exigence des cas ; 8c lorfqu’il y aura appel des condamnations qui feront prononcées contre les contrevenants, feront les parties condamnées , tenues de fe conformer aux difpofitions des Arrêts du Confeil des y Décembre 1741 8c 28 Janvier 1745).
- IX. Qu’au moyen de ces facilités, les Syndics qui auront obtenu des rôles exécutoires, feront tenus, dans les trois mois de leurs dates, d’en faire le recouvrement, d’en compter par bref état fans frais par-devant le Maître particulier de ladite Maîtrife, en préfence du Procureur du Roi en icelle y 8c de trois anciens Syndics, 8c de remettre les fommes dont ils fe trouveront dépolitaires dans le coffre commun defdits Intéreffés ; & ne pourront lefdites fommes & deniers être employés à d’autres ufàges, que pour l’entretien du faux ru ou autres dépenfes jugées néceüàires à la confervation
- defdites eaux fur les Ordonnances, dudit fleur Grand-Maître > à peine de
- reftitution
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- ART DU MÉ G î S S ï E R* 41
- îefiitution Sc remplacement des deniers par ceux qui les aüroîent tirés foui quelque prétexte que ce puiffe être, d’amende arbitraire, Sc de telles autres peines qu’il appartiendra, fuivant les circonftances Sc l’exigence des cas; Sc fera le préfent Arrêt lu * imprimé, publié , affiché , Sec. Fait au Gonfeil d’Etat du Roi , tenu à Verfàilies le 18 Mai 1756*
- .. 161. En conféquence des Arrêts du Cônfeil des4 & 18 Mai 17y <5, par IeÀ quels le Roi avoit pourvu à la police générale de la riviere de Bievre * M. le Grand-Maître rendit fon Ordonnance le 8 Mars 1757, portant ré-* glement général au fujet des rôles de répartition Sc cotifation, des fem^ mes à payer par les IntérelTés à la confervation des eaux de cette riviere, Sc des comptes qui reftoient à rendre par les derniers Syndics : voici les 10 articles que renferme cette Ordonnance dans laquelle il eft dit :
- L Que par Jean Renard, premier Arpenteur de la Maîtrife de Paris * que nous commettons à cet effet, il fera inceffamment procédé à la recorn noiffànce & toifé de la face & étendue de chacune maifon ou héritage * fîtués le long de ladite riviere de Bievre, dite des Gobelins* morte riviere Sc faux ru, dans les Fauxbougs Saint Marcel Sc Saint Viélor à Paris ; lefquelles faces & étendues demaifons & héritages feront numérotées par première Sc derniere, lefdits numéros & quantités de toifes que chacune d’icelles occupera le long de ladite riviere, feront gravés fur une pierre qui fera encaf-trée & fcellée auxdites maifôns, en lieux apparents, aux frais defdits In* téreffés, dont fera dreffé procès-verbal par ledit Jean Renard, Expert* pat* nous nommé, & levé plan figuratif, coté relativement auxdites opérations, Sc iceux dépofés au Greffe de ladite Maîtrife des Eaux Sc Forêts de Paris.
- IL Qu’il fera pareillement par ledit Renard fait reconnoiflance des berges de ladite riviere, le long defquelles font placés tonneaux à Blanchiffeufes par tolérance, jufqu’à ce qu’autrement en ait été ordonné , Sc dreffera procès verbal des diftances & endroits de leur placement, marquera Sc numérotera lefdits tonneaux, dont fera dreffé plan figuratif, portant les diftan-,tances & numéros , pour être lefdits tonneaux compris auxdits rôles de répartition, conformément à notredité Ordonnance du premier Mars 1774 * confirmée par l’Arrêt du Confeil du 4 Mai 1756.
- III. Que par ledit Expert mefurage Sc toifé fera fait dés fuperficiès des pièces d’eaux plattes alimentées des eaux de ladite riviere, fituées le long d’icelle, pour fur le plan figuratif & procès-verbal qui en feront rapportés , Sc fuivant l’évaluation qui en fera par nous faite, être lefdites pièces d’eau impofées, à caufé de la jouifiance aétuelle, à contribuer au paiement des gages defdits deux Gardes, ainfi qu’il eft porté par l’article VI dudit Arrêt du Confeil du 18 Mai 17y<5, fans toutefois Sc par laps de temps que ladite jouifiance & taxe puiffe déroger ni préjudicier à l’exécution des Mégi s s 1 er. L
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- articles XXIV Sc XXV du Réglement du 26 Février 1732.
- IV. Qu'il fera auffi procédé par ledit Expert à la reconnoiilance Sc toifé des cours d’eau affluants à ladite riviere , provenants des fontaines de Vau-hallan , l’Abbaye-aux-Bois, Villouvette, Wuiffous, fontaine des Moulins, autres fources & ruiffeaux qui pourroient s’y communiquer ; fera ledit toifé fait en fuivant le cours des eaux, dreffé procès-verbal des quantités de toi-fes de cours de chacun defdits ruiffeaux, ainfi que de la reconnoiffance des fources, rigoles, qui fe pourroient aifément joindre à la riviere, ou aux-dits ruiffeaux , avec eftimation de la fomme à laquelle pourroient monter ces petits curages, ainfi que le curage de la fontaine Bouvière , & étang Duval, dans le grand parc de Verfailles ; pour ledit procès-verbal rapporté, être fur icelui par nous ordonné & llatué ce qu’il appartiendra.
- V. Que dans un mois pour tout délai, les anciens Syndics des Intéreffés à ladite riviere, en exercice depuis le premier Juillet 1748, jufqu’au premier Juillet 175 6, chacun en droit foi, feront tenus de remettre ès mains, Sc communiquer au Procureur du Roi des états d’eux certifiés véritables, juftifiés par quittances Sc autres pièces, des fommes par eux payées à l’acquit defdits Intérefles pendant l’exercice de leur Syndicat ; pour lefdits états, quittances Sc pièces juftificatives defdites dépenfes à nous repréfentés , être, fur les conclurions du Procureur du Roi, fait tel réglement qu’il appartiendra, & pourvu au paiement & rembourfement des fommes qui fe trouveront dues auxdits anciens Syndics.
- VI. Que faute par lefdits anciens Syndics, chacun en droit foi, de fournir Sc rapporter lefdits états Sc pièces juftificatives de ladite dépenfe par eux faite, dans ledit délai d’un mois, fans efpérance d’aucun nouveau délai ; Sc icelui paffé, ceux defdits Syndics en retard de fàtisfaire à notre préfente Ordonnance, feront déchus de toutes prétentions Sc répétitions, de toutes ou d’aucunes des fommes qui n’a t*r oient été comprifes auxdits états & pièces juftificatives de ladite dépenfe de leur Syndicat, Sc lefdits Intéreffés d’autant quittes & déchargés envers les Syndics, en vertu des préfentes, Sc fans qu’il en foit befoin d’autres.
- VII. A l’égard des rôles par nous décernés exécutoires , ôc accordés auxdits fieurs de Julienne, Huguet Sc Guay, pour l’exercice de leur Syndicat, depuis le premier Juillet 1746* jufqu’au premier Juillet 1748, dont le recouvrement n’a pû être parachevé ; ordonnons que dans trois mois, à compter du jour de la lignification des préfentes , ledit Huguet chargé de£ dits rôles, fera tenu d’en faire le recouvrement & toutes diligences pour y parvenir ; Sc que faute d’y fàtisfaire dans ledit délai de trois mois, Sc icelui paffé, en vertu des préfèntes, ledit Huguet Sc autres Syndics fufhommés feront Sc demeureront déchus de leurs prétentions, Sc de toute répétition des fommes par eux payées Sc avancées pour l’exercice de leur Syndicat
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- ART DÜ MÊG ï S S ÏÈR, 43
- efdites deux années ; 8c lefciits Intéreffés, chacun eh droit foi, demeureront quittes & déchargés des fournies de cotifàtion employées fous leurs noms efoits rôles de répartition.
- VIII. Que ledit recouvrement fera fait conformément aux articles 11 * IV 8c VII, dudit Arrêt du 18 Mai 1756 ; en conféquence, fur les Amples
- extraits defdits rôles, qui feront donnés fans frais auxdits contribuables, les détenteurs aéluels, propriétaires ou locataires des maifons, moulins ou héritages employés auxdits rôles, feront tenus chacun en droit foi, d’ad-quitter la taxe pour laquelle ils fe trouveront cotifés auxdits rôles exécu« toires ; fàuf tous recours refpeélifs entre lefdits propriétaires & locataires , en conféquence des baux ou conventions particulières entre lefdites parties, fans que, fous aucun prétexte, le paiement des fommes portées auxdits rôles, puiffe être différé par les détenteurs aéluels, lequel recouvrement fera fait par Nicolas-Jean Boulanger, Huifîïer Audiencier en la Maîtrife de Paris, que nous commettons à cet effet, lequel en remettra le produit & les deniers audit fleur Huguet, Syndic comptable, dont il retirera dé* charge foffifànte.
- IX. Que dans le cas de refus de paiement par lefdits détenteurs aélueli defdites maifons, moulins ou héritages, qui donneroit lieu à des pourfoites & contraintes , les frais retomberont for lefdits détenteurs aéluels, fans aucune répétition contre les propriétaires des maifons, moulins ou héritages.
- X. Ordonnons qu’après ledit délai de trois mois accordé par ces préfentes pour parachever le recouvrement defdits rôles, 8c dans le délai du mois foivant, ledit Huguet, Syndic comptable, fera tenu de rendre le compte de recette 8c dépenfe defdits rôles ; 8c faute par. lui d’y fàtisfaife dans ledit délai d’un mois, 8c icelui paffé, ledit Huguet fera réputé reliquataire des fommes portées aux états de dépenfe par nous arrêtés , 8c comme tel contraint par toutes voies dues & raifonnables, de payer & acquitter de fes deniers, en fon propre & privé nom, les fommes deflinées aux entre-* tiens publics , même de payer aux y dénommés les fommes employées auxdits états de dépenfe, dont le paiement eft aflîgné for le produit def dits rôles , ainfl que la fomme entière y portée, à la charge d’en compter pour fuppléer aux non-valeurs, frais , mife d’exécution defdits rôles exé^ cutoires. Ordonnons en outre que notre préfente Ordonnance fera figni* fiée à tous qu’il appartiendra, imprimée, lue, publiée, affichée oubefoin fera, & exécutée nonobftant oppofitions ou autres empêchements quelconques , fauf 8c fans préjudice de l’appel au Gonfeil.
- Ce fut fait & donné par nous, Grand-Maître & Commiflàire fofdie, à Paris en notre Hôtel, le huit Mars mil fept cent cinquante-fopt, Signé, MAUPOINT.
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- 44 ART DU MÉGISSIER.
- 162. Indépendamment des inconvénients que nous avons détaillés ci-devant, & dont les Mégifïiers ont fouvent eu à fe plaindre, il en eft encore qui mériteroient bien Inattention des Magiftrats. L’égout qui vient de la rue Mouffetard & des rues adjacentes , falit beaucoup, & fouvent infeéle la riviere ; ceux qui font chargés de le nettoyer, ont coutume den faire paffer les boues dans la riviere au lieu de les enlever, ce qui nuit beaucoup aux Mégifïiers; les peaux d’agneaux qui ne peuvent s’habiller qu’en été* font fur-tout expofées à cet inconvénient, qui caufe quelquefois aux Mé-giffiers des pertes confidérables ; car non-feulement on manque d’eau, mais le peu qu’on en a eft altéré par les immondices.
- Les Amydonniers empoifonnent auffi la riviere avec les eaux de leur amy-don, & les ordures de leurs porcs : cela fuffit même en été pour faire gâter les confits.
- Les gens qui achètent la bourre des Tanneurs, & qui la font fermenter pour l’attendrir, caufent enfuite, en la remuant, une infeélion^qui fait tourner les confits des Mégifïiers, inconvénient auquel il feroit aufïï important que facile de remédier.
- ?
- EXPLICATION DES PLANCHES
- DU MÉGISSIER.
- PLANCHE 1.
- Haut de la Planche ou Vignette.
- 9 aéfcion de celui qui unit les peaux avec des forces.
- A , creux à chaux, ou plein ; car leur forme eft à peu-près la même.
- B , ancheau dans lequel trempe le gipon qui fort à enchauffener.
- C, aélion de celui qui pele ou qui travaille de riviere.
- D, plein dans lequel on étend les peaux.
- £, fourneau où l’on met la chaudière.
- Fy cuve à confire où fe mettent les peaux avec du fon (37).
- G, paffoire, cuve à paffer.
- JJ, penderie, étendoir, galerie où l’on étend les peaux pour fécher.
- Bas de la Planche.
- /
- A, creux à chaux, enchauffumoir ; les pleins n’en different pas fonfible-ment.
- B repréfente un enchaux, ou un plein.
- C, fourneau dans lequel fe place la chaudière D.
- D*
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- ART DÜ MÉGISSIÈR. 4j
- D , chaudière où Ton fait chauffer Talun.
- E y tinette à mettre la pâtée , ou cuvette dans laquelle on prépare l’on mêle les étoffes enfemble*
- F y cuve à confire, ou grande cuve dans laquelle fe fait le confit {37)* G y paifoire , cuve à palfer, où Ton démêle la farine & les œufs ( 58 ). H y chevalet pour effleurer, écharner, travailler de riviere*
- 1 y felle pour mettre les hautes fines, afin de ménager la laine ; elle fert aufli pour étendre les peaux délicates*
- Ky coupe-queue.
- L y forces, cifeaux à reffort pour unir la peau. & ôter le bâtard*
- O y febille.
- a y treteau fur lequel on fait égoutter les peaux*
- I, guipon pour enchauffener, ou mettre en chaux*
- 2 y gâche coudée , efpece de pelle de fer, qu’on appelle quelquefois madrague y pour remuer la chaux.
- 3 , gâche droite pour remuer la chaux*'
- 4, bouloir pour remuer les peaux dans le plein*
- J, enfonçoir, bâton pour enfoncer les peaux dans le plein.
- 6 y enfonçoir à tête, qui fert auflî à fouler les peaux.
- 7, croc, ou crochet de fer qui fert à culbuter les cuirets dans le plein*
- 5, tenailles pour retirer les cuirs du plein.
- 9, peloir pour ôter la laine.
- ïo, pierre à aiguifer dont <pn fe fert pour épierrer, nettoyer, adoucir la fleur d’une peau, ôter la rouille des couteaux.
- II, fer rond, à talon , dont le dedans même ne Coupe pas, mais fert à
- nettoyer & faire fortir la chaux. ^
- 12 y fer à écharner ;la partie fùpérieure ou convexe eft plus tranchante que la partie inférieure ( 28 ).
- 14, autres couteaux qui peuvent fervir aufli à travailler de riviere, l’un tranchant, l’autre moufle comme les couteaux 12 & ir*
- IJ, batte ou bâton pour nettoyer la laine.
- PLANCHE IL
- Haut de la Planche»
- A y aétion de l’Ouvrier qui ouvre ou qui redreffe fur le peffon.'
- B, banc du peffon fur lequel on range les peaux après les avoir ouvertes* Cy triage de la mere-laine.
- D y aétion de celui qui pele.
- £, felle qu’on met à côté du chevalet pour recevoir la laine*
- ;
- Me gis si er.
- ï
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- 4<î ART DU
- Bas
- F, civiere chargée de cuirets
- G, tête de la peau.
- H, Hy les gorges de la peau.
- I, I y les pattes de devant.
- K y K y les ventres.
- L y L y les pattes de derrière.
- My la culée de la peau.
- N, la manne ou panier pour laver la mere-laine,
- O , crochet pour le triage de la mere-laine.
- P, balances pour pefer la laine.
- Q y poids qui appartiennent aux balances.
- R 9 brouette pour conduire les cuirets que Ton charge pour Orléans, Scc. S y allure ou tablier pour peler ( 17 ).
- T y banc du peffon ou du paliiïon.
- Vy fer du peffon, fur lequel on ouvre & on redreffe les peaux»
- MEGI SS I ER.
- I
- de la Planche.
- que Ton retire du plein.
- Noms des différentes parties d’une peau paffée en mégie.
- (
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- ART DU MËG1SS 1ER
- —j— —iwimh iWjuw jw». rr
- EXPLICATION
- De quelques termes propres à VArt du MégiJJîer*
- A
- -A. battre. On dit que les peaux s’abattent, quand étant bien pénétrées d’eau, elles tombent au fond , Page 6
- Allure : forte de tablier pour polir, 4
- Al ut a r 1 u s , Mégiflier, 1
- Ancheau, vafe où il y a de la chaux détrempée , dans laquelle on trempe le guipon pour étendre de la chaux fur les peaux.Voyez B à la vignette, PL L
- B
- Bassement, eau d’orge aigrie. Voyez VArt du Chamoifeur, î o
- Bastard eft la derniere qualité de laine qu’on enleve avec des forces aux endroits les plus fales ; c’eft la plus mauvaife laine. Voyez page 26,
- Batte : c’eft un bâton qui fert à nettoyer la laine.
- Bege : les Mégi Hier s nomment ainfi la laine des bêtes roulfes : je crois par corruption de bai. Voyez page 26.
- Bouloir, morceau de bois attaché au bout d’un long manche qui fert à remuer les peaux.
- G
- Canèpin ou Cuir de poule, peau extrêmement mince , où il ne refte que la fleur, 22 Chair de Poule , fe dit quand les peaux fe grenent à leur furface, ôc que la fleur fe durcit, 21
- Chaudière. Voyez l’Explication des Figures.
- Chevalet eft une grofife piece de bois arrondie par deffus qui fert pourécharner.Voy. l’Explication des Figures.
- ClaiR-voisée : une peau eft dite cîair-voi-fée, quand elle eft fort mince ôc d’un tilfu lâche. Voyez Chamoifeur, 33
- Confit , mélange d’eau ôc de fon ,pag. 9. ôc Chamoifeur , 15
- Corné , une peau eft cornée > quand elle eft endurcie. Voyez Chamoifeur , 81
- Couche: pour faire une couche, on met les peaux pliées en deux l’une fur l’autre ôc chair fur chair, 1 9
- Coupe - queue : efpece de couteau qui porte un crochet au bout de fon manche.
- Couteau a écharner : il eft fait comme une plane , 19
- Couteau a dos, qui ne coupe qu’à la partie concave ; il fert à ravaler les peaux au îortir du confit, ibïd*
- r Court, eft la laine qui fe tire pendant k durée du printemps peu après que les moutons ont été tondus , 26
- Creuse : une peau eft dite creufe quand fon tifiu eft lâche. Voyez Chamoifeur, 11
- & 18
- Creux à chaux. Voyez A, vignette de la PL L
- Croc ou Crochet de fer qui a un long manche : il fert à retourner les peaux dans le plein.
- Cuirets , ce font les peaux pelées, $
- Cuve> grand vaifleau de bois dans lequel on fait plufieurs opérations, ôc particuliérement le confit, 37
- CüVË A PASSER. Voyez Pajfoire*
- D
- Dégraisser, c’eft enlever la graille, ce qü’on fait pour la plus grande partie en ébhar-nant*
- E
- Echarner , c’eft ôter la chair Ôc la graiiTe qui relient attachées à la peau*
- Effleurer, enlever la fleur de la peau \ c’eft un grand défaut en Mégifferie.
- Embrener les peaux , c’eft lqs frotter forte* ment dans le foii du confit, 17
- Enchaüssener , mettre dans la chaux, 3 Enchaussumoir ou Enchaux , vafe dans lequel on met les peaux en chaux.
- Enfonçoir à tête, efpece de pilon qui fert à fouler les peaux.
- Etendoir. Voyez Penderie & H à la vignette , PL L
- Etoffe, aller à l’étoffe, c’eft mettre les peaux dans une diffolution de fel marin ôt d’alun, 11 & 12
- F
- Fer a écharner : forte de plane qui eft tranchante par la partie convexe ôc la partie concave, 6 & 28
- Fer rond a talon : efpece de plane qui ne coupe point, ôc qui fert à faire fortir la chaux des peaux*
- Fleur : le côté delà peau qu’on nomme la fleur, eft celui des poils j l’autre s’appelle le coté de la chair.
- Forces î cifeaux à reflfort pour couper k laine qu’on appelle bâtarde*
- Fouler: c’eft, pour ainfi dire, pétrir la peau ou avec les pieds ou avec un pilon 5 pou* la rendre plusfouple ; c’eft la corroyer.
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- Gâche coudée : forte de truelle qui a un long manche qui fert à'ïemuer la chaux.
- Gâche droite : efpece de beche qui fert suffi à remuer la chaux.
- Glissade : on appelle donner une gliffade, promener le couteau à écharner du côté de la fleur de la peau, j&S
- Grappes : on appelle ainfl la laine qu’on détache par flocons pour féparer les différentes fortes , 26
- Guipon : morceau de linge attaché au bout d’un bâton qui fert à mettre les peaux en chaux.
- H
- Haute-fine eft la laine qui fe tire comme la poignée, mais fur des moutons qui ont la laine plus groffe, 26
- L
- Laine : mere-laine eft celle qu’on a tondue fur l’animal, Ôc qui n’a point touché à la chaux , 2$
- M
- Peloir , infiniment qui fert à détacher ,îa laine.
- Pelure , groffe pelure, eft la laine qui fe tiré de la queue des moutons, 26
- , Pelure , fine pelure, eft une laine fine qui s arrache de deffos la peau par morceaux , 26
- Penderie,perche pour étendre les peaux,^.
- Pesson y s appelle aufli lç fer * c,efl line plaque de fer fur le tranchant de laquelle on paffe les peaux , 14.
- Plamer les peaux, c’ell les laiffer dans le plein, 2i
- Plein, on difoit autrefois pelain, eft un
- cuveau dans lequel on met les peaux avec de 1 eau de chaüx : plein neuf eft celui où l’on met les peaux pour la première fois : plein mort eft celui qui a déjà fervi, Ôc qui a perdu de fa force.
- Plis ouPelis, eft la laine que les Mégif-fiers pelent après que les peaux ont été en chaux, 2$
- Poignée eft la laine d’une toifon ou d’un avalis qui s’enleve à la fois, & prefque tout d’une piece de deffus la peau , 2%
- R
- Madrague. Voyez Gâche coudée'.
- Mégie, page 1.
- Mégissier , ibid.
- Moyen : on appelle ainfl une laine longue & grofliere qui fe prend fur les feffes de ranimai; 2.6
- N
- Nerveuse : on appelle ainfl quelquefois les peaux qui font dures.
- O
- Ouvrir : c’eft étirer les peaux fur un fer,& les- étendre pour augmenter leur foupleffe ,
- Passer au lait ; enduire la fuperficie des peaux d’une efpece de peinture faite avec le blanc de Paris & l’amidon , 21
- Passoire ou Cuve à paffer. Voyez la vignette , PL 1.
- Paste: la pâte des Mégiffiers eft un com-pofé d’alun , de fel, de farine, d’œufs & d’huile > 13
- Ravaler : c’eft paffer les peaux fur un fer rond, g
- Redresser : c’eft mettre la peau fur fon long le plus qu’il eft poffible avec le peffon, 13.
- Repeler : c’eft ôter la bourre, £
- Riviere , travail de riviere, fe fait en lavant les peaux à grande eau, jp
- T
- Tenailles; elles fervent à retirer les peaux du plein.
- Tinette ou Cuvette, vafe dans lequel on prépare & on mêle les fels qu’on nomme
- étoffe.
- Toison : on appelle une toifon y quand on leve toute la laine qui eft fur un animal,26
- Tondre, couper la laine avec des forces, 4.
- V
- Verd de plein , eft un défaut que les peaux contractent pour avoir refté trop longtemps dans le plein , 24
- Vuider la chaux : c’eft la faire fortir des peaux en foulant, 6
- Fin de l’Art du Mégis s i er.
- De PImprimerie de H.L. Guérin & L. F, Delatour. Juillet 17;*£•.
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