Descriptions des arts et métiers
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- L A R T
- DE FAIRE
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- Par Æf. DE LA LA ND E, de l’Académie Royale
- des Sciences.
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- L A R T
- DE FAIRE
- LE MAROQUIN.
- fur U. DE LA LANDE. «
- Le Maroquin efl: une peau de chevre ou de bouc, paffée à la.chaux, coudrée, mife en couleur, Sc tirée à la pomelle; la defeription fui vante éclair-' ,cira cette définition. Le nom de Maroquin fignifie fans doute Cuir de Maroc, parce qu’autrefois on en fabriquoit beaucoup à Maroc; on le fait encore en plufieurs endroits de l’Afrique.
- x. Le travail du Maroquin approche beaucoup de celui des veaux deftinés pour la Tannerie (voyez l’Art du Tanneur) , fi ce n’efl: qu’on donne au Maroquin plus de façon de rivière ^ 3c <^uc le coudrement du Maroquin le fait avec la noix de galle : je décrirai fa préparation telle qu’on l’exécute à la Manufacture de S. Hippolyte, chez M. Barrois, dont le fiiccès prouve l’intelligence & la capacité. Cette Manufacture établie en 1749 pour le Maroquin, a obtenu en ij6$ des Lettres-Patentes enregiftrées en Parlement, par lefquelles elle jouit des privilèges de Manufacture Royale. Mais comme les Maroquins du Levant, & en particulier ceux deNicofie dans i’Ifle de Chypre & de Diàrbékir en Afie, font fort eftimés, je penfe ne laiflèr rien à délirer pour cette préparation, en rapportant la defcription que M. Granger en envoya à l’Académie au mois d’Àoût 1735 9 ^ans un Mémoire daté de Lernica en Chypre , d’après l’étude qu’il en avoit faite fur les lieux ; j’y joindrai aulfi ceux de Diàrbékir en Méfopotamie, qu’il envoya encore quelques années après.
- 2. M. Granger étoit un Chirurgien trèsdntelligent & très-actif , que M. le Comte de Maurepas, alors Miniftre de la Marine, fit voyager aux dépens du Roi, au Levant, en Egypte , en Méfopotamie & en Perfe ; il avoit acquis chez les Orientaux beaucoup de confiance par la maniéré dont il vivoit avec eux; il voyageoit pieds nuds avec une fimple camifolle, à la façon des Artifans Ara-Maroquin. A
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- a ART DU MAROQUIN.
- bes, & s'inftruifoit parmi eux fans faire ombrage à perfonne; il acquit enfiiite une fort grande confidération par l'exercice de la Médecine , fur-tout après avoir guéri par le moyen du vinaigre , un homme qui avoit été empoifonné avec de l’opium : il procura au Jardin du Roiplufieurs plantes fort curieufes, Sc diverfes productions d'Hiftoire Naturelle ; il rapporta la maniéré de faire le fel ammoniac , & il eft cité avec éloge dans plufieurs volumes de nos Mémoires (voy. Hift, Acad. 173^ , pag. y.Mém. Acad. 1735 ? pag. IOS>; 1736, pag. 483 ; 1737; pag. 479 ; 1745 ; pag. 77J. M. de Réaumur en rapportant les obfervations qu'il avoit faites fur le thermomètre à Bagdad au mois de Janvier 1737 ; nous apprend quil mourut la même année ; & j'ai oui dire que ce fut à Schiras capitale de la Province de Fars en Perfe. On a publié à Paris, depuis fa mort, fon Voyage en Egypte.
- Ce que je viens de dire aufujet de M. Granger , doit faire juger de fes con-noiflances & de la bonté de fes obfervations ; ainfî je ne doute pas que nous n’ayons d’après lui une notion exacte de la préparation des Maroquins de Nicolle , fans avoir befoin de pénétrer le myftere de ceux qui y attachent, en France , une fi grande importance , & le tiennent dans un fi profond fe-cret(39).
- 3. Les peaux que l’on choifit pour faire le Maroquin, font celles de boucs, de chevres , de bouquetins, quand on en a ; les plus belles fe tirent d’Auvergne , du Limoufin , de la Touraine, de la Bourgogne , & fur-tout du Bour-bonnois ; on en fait venir auffi de la SuilTe, de Cork en Irlande > même de la Barbarie & du Nord.
- Au Levant on préféré les peaux des mâles ; elles font plus fortes : mais en France on n'emploie guères que les jeunes boucs ; les autres font trop fortes & coûtent trop. Les Ceinturiers préfèrent le Maroquin de bouc, parce qu’il eft plus fort, & n’a pas befoin d’être doublé ; les Tapiffiers les prennent auffi pour des ouvrages qui exigent de grandes peaux, comme des doffiers de fauteuils & des delfus de fécretaires ; en conféquence on mélange ordinairement de plufieurs qualités le travail d’une partie ou d’une forte de 8 à 10 douzaines de Maroquin. Les peaux de chevres que l’on pafle en Maroquin coûtent depuis dix ans, année commune, environ 28 à 30 liv. la douzaine en poils, & pefent environ 28 à 30 liv. ce qui revient à 20 f. la livre ; mais depuis 176? elles font renchéries. On emploie des peaux féches, & non pas des peaux en merlut, c eft-à-dire, celles qui ont été déjà en chaux, pelées & féchées, parce que la fleur en feroit trop baffe & n'auroit qu'un vilain grain ; or après la vivacité de la couleur, le grain fait la feule beauté du Maroquin. D’ailleurs les peaux en merlut ayant été féchées deux fois, elles ont trop perdu de leur fou-pleffe : c’eft pour les chamois qu’on les réferve , parce que l’huile Sc le moulin en rétabliffent la douceur. ( Voyez l’Art du Chamoifeur).
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- ART DU MAROQUIN.
- Mettre les Peaux dans la chaux•
- 4. Les Peaux deflinées à faire le Maroquin arrivant feches en poils, fe mettent d’abord dans des trempis d’eau croupie ; on les y lailîe 3 à 4 jours pour s’amollir ; on les retale enfuite fur le chevalet, puis on les remet dans le même trempis pendant 24 heures : au bout de ce temps on les retale une fécondé fois ; on les met enfuite dans les pleins ; on choifit pour cela un plein déjà ufé ou éteint, qui a fervi à des bœufs ou à des veaux ; on s’en fert deux fois : les peaux font deux jours dans le plein , & un en retraite ; elles fe condui-fent fur les pleins comme des peaux de veaux ; on en met dix douzaines à la fois ; elles relient fur les différens pleins environ un mois avant d’être pelées; mais on a foin de les lever foir & matin pour les mettre en retraite.
- On les rabat deux fois après être pelées, une fois dans le fécond plein frais, ou elles font 3 jours en chaux , & 5 jours en retraite, & deux fois dans un plein frais ou plein neuf, qui ait été fait au moins depuis quatre jours, pour qu’il ait eu le temps de fe refroidir & de s’éteindre : en été le plamage dure un peu moins , parce que la chaleur pouffe beaucoup , c’eft-à-dire , avance le plamage.
- y. Il faut moins de plein pour le Maroquin que pour le Chamois, parce que l’on veut conferver plus de force au Maroquin : cependant les boucs & les chevres font un peu plus durs à plamer que le veau ; mais cela n’empêche pas qu’il ne faille près de quinze jours de moins au Maroquin qu’au Chamois.
- 6. A Nicofie , on met les peaux qu’on defline au Maroquin dans de la chaux réduite en poudre , ôl cela pendant vingt jours en été , & pendant vingt-cinq à trente jours en hiver : on les lave enfuite dans de l’eau fraîche , on les pele ; on les écharne, enfuite on les poudre légèrement avec de la chaux ; on les met tremper dans des réfervoirs pleins d’eau pendant une heure, on les y lave fortement ; après quoi on les tranfporte dans d’autres réfervoirs faits exprès pour les laver & relaver, & les fouler avec les pieds pendant une heure ou deux ; on a grand foin de changer d’eau de temps à autre, cela fe fait par le moyen de deux robinets dont l’un amene l’eau, tandis que l’autre la laiflfe écauler quand elle efl fale ; lorfque ces peaux font bien nettoyées Sc bien blanches, on les étend fur des perches pour les faire égoutter.
- 7. A Diarbékir ou Diarbéquier, ville de la Turquie d'Afie dans le Diarbeck autrefois la Méfopotamie 9 on met en chaux à peu-près comme font chez nous les Mégiffiers. Quelques perfonnes avoient cru que l’eau du Tigre étoic importante à ce Maroquin ; mais elle n’y entre pour rien, non plus que dans la teinture : car on ne fe fert que de l’eau des puits ou de celle d’un petit ruif* feau qui a fa fource à trois lieues de Diarbékir , & qu’on y a amené par un aqueduc creufé en partie dans la terre, & en partie dans le roc. Les Corroyeurs
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- 4 ART DU MAROQUIN.
- font tremper les peaux de chevres ou de boucs pendant vingt-quatre heures dans de l’eau, ils les ratifient pour en ôter la graifîe ; lorfqu elles font bien nettoyées , ils enduifent chaque peau du côté de chair , d’une bouillie de chaux liquide ; ils les plient en deux, 8c les mettant en pile , ils les lailfent ainfi pendant trois jours ; ils les expofent enfuite à l’air libre en les étendant à l'ombre pendant Tété, 8c en hiver à un foleil modéré ; on a foin de les retourner de temps en temps pour les faire mieux fécher; quand les peaux ont été féchées, on en ôte la chair & le poil, on les met dans un plein fait comme les nôtres, elles y relient pendant deux ou trois jours en été, 8c jufqu'à quinze jours en hiver ; après cela les Corroyeurs les retirent pour renouveller l’eau de chaux dans laquelle ils les trempent 8c les lavent cinq à lîx fois ; puis ils les font tremper 8c macérer pour la fécondé fois dans la même eau pendant fix jours ; ils réitèrent cinq fois ces macérations ou ces pleins (qui fans doute font affez foibles),& ils ont loin de laver les peaux cinq ou fix fois à chaque changement d'eau. Après tous ces pleins, on laifle'égoutter les peaux 8c} on les travaille du côté de fleur avec un fer non tranchant, jufqu’à ce que les peaux foient bien nettes & bien unies. Alors on les fait encore tremper 8c macérer cinq à fix jours dans de l’eau de chaux , ayant foin de les remuer tous les jours, en les foulevant l’une après l’autre.
- 8. Après ces fix derniers jours de plein , on retire les peaux , on les lave plufieurs fois dans de l’eau fraîche, jufqu’à ce qu’elles foient bien nettes, ce qu’on continue pendant trois jours de fuite, 8c on les étend pour fécher à moitié , & paffer enfuite dans la matière fécale ou excrément de chien.
- 9. Chez nous lus jpcauA aprca avoir été en chaux, fe pelent & fe travaillent de riviere , comme nous l’avons dit dans l’Art du Parcheminier & dans celui du Tanneur ; mais il eft encore plus important pour le Maroquin d’être bien travaillé de riviere : car s’il y reftoit de la chaux, elle gâteroit la couleur qu’on donne enfuite au Maroquin ; on y verroit les taches de chaux l’emporter fur la couleur, 8c la changer en un violet fale.
- 10. Après le dernier plein , les peaux fe mettent en riviere pendant trois
- ou quatre heures ; on les remue de quart-d’heure en quart-d’heure pour faire partir le plus gros de la chaux , enfuite on les écharne , puis on les met dans des baquets où elles font foulées avec des pilons de bois une demi-heure , puis on les met fur le chevalet pour les queurfer de fleur, & tout de fuite on leur donne avec le couteau une façon fur fleur 8c fur chair ; cette opération fe répété 5 à 6 fois ; après cela on les foule avec des pilons , comme on le voit repréfenté dans la fécondé Planche de l’Art du Tanneur ; on met trois hommes fur deux douzaines de peaux pour les fouler. Il y en a qui les jettent enfuite dans un baquet particulier dont le fond efl percé de plufieurs trous, ou on les foule encore pendant une heure en jettant de temps en temps de 1 eau fraîche par - deflus. • ir. O»
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- ART DU MAROQUIN. *
- 11. On les foulera ainfl à chaque façon du travail de riviere, Sc ces façons font en grand nombre ; l’écharnage, le contre-écharnage, qui eft un fécond écharnage femblable au premier, la façon de chair, le confit de chien, le qùeur-fage Sc une façon de fleur Sc de chair; après le confît de chien, une autre façon de chair , la queurfe, les trois façons de fleur Sc de chair, façon de fleur , 3c le recoulé qui eft une façon de fleur & de chair.
- 12. Dans la Manufacture de S. Hippolyte, on fuit l’ordre que nous allons détailler pour travailler de riviere, c’eft-à-dire , pour donner toutes les façons que nous venons d’indiquer. Aufortir des pleins, gouvernés comme eft dit ci-devant, on met les peaux tremper dans une cuve d’eau pour les rincer , en-fuite on les écharne ; c’eft la première façon. On les met tremper cinq à fix heures dans une autre cuve d’eau ; on les contre-écharne ; c’eft un fécond écharnage, qui forme la fécondé façon.
- 13. On les foule pour la première fois ; on les met tremper dans une autre cuve d’eau claire ; on les foule pour la fécondé fois ; on leur donne une façon de ^chair ; c’eft la troifieme façon. On les foule pour la troifieme ; on les met tremper dans la cuve d’eau ; on les foule pour la quatrième ; on les queurfe avec une efpece d’ardoife emmanchée dans du bois ; c’eftla quatrième façon ; on leur donne en même temps une façon de fleur avec le couteau rond; c’eft la cinquième Sc derniere façon du travail de riviere. Nous parlerons ci-après des autres façons (3 2).
- Confit de Chien.
- 14. Apre’s le travail dô riviere les peaux paffènt dans le confit de chien ; on met dans l’eau deux petits féaux de crote de chien fde quatorze à quinze pintes chacun^ pour huit douzaines de peaux, Sc l’on en fait une efpece de bouillie que l’on délaye avec les mains ; on y jette les peaux qu’on braiTe Sc qu’on remue dans ce confit pendant quelques minutes ; on les tourne Sc on les laiffe repofer.
- 1^. Les peaux reftent environ douze heures dans le confit de chien ; il fort à abattre la peau , comme le confît de fon dont nous avons parlé dans l’Art du Chamoifour Sc for-tout dans celui du Mégiflier , c’eft-à-dire, qu’il lui ôte fà crudité, & la difpofe au relâchement, au gonflement, à la fermentation ; de plus, la crote de chien nettoie les peaux àcaufe des parties alkalines qu’elle contient, &leur ôte une graiffe qui empêcheroit la couleur de prendre : nous parlerons encore ci-après du confit de fon (30).
- 16. A Nicofie, on étend le confît de chien comme une bouillie épaiffe for la peau, à la hauteur d’environ deux lignes ; on y regarde cette matière comme effentielle à la préparation des Maroquins : aufli dans tous les endroits ou l’on en fait, on ramaffe les matières fécales des chiens avec autant de foin que Maroquin. B
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- 6 ART DU MAROQUIN.
- les Provençaux ramaflent celles dés mulets & des autres animaux pour leurs
- jardins, . • .
- 17. Au mois de Juillet 1735 > Pefte faifant beaucoup de ravage dans llfle de Chypre, un Particulier repréfenta au Gouverneur de Nicofie que les chiens contribuoient à communiquer cette maladie ; celui-ci ordonna facilement qu’on tuât tous les chiens par-tout où on les rencontreroit. LesCorroyeurs & les Marchands ayant eu connoiffance de cet ordre , vinrent en Corps chez le Gouverneur pour lui repréfenter que le commerce des Maroquins étoit d’une très-grande importance pour la Ville , & qu’il feroit ruiné pour longtemps fi l'on faifoit tuer les chiens , parce que leurs excrémens étoient abfi> lument néceflàires pour la préparation des Maroquins. Cette remontrance parut fort jufte, &le Gouverneur révoqua Tordre qu’il ay oit donné de tuer les chiens de la Ville.
- On emploie aufll les matières fécales pour préparer le coton à recevoir le beau rouge d’Andrinople, fuivant le Mémoire publié en 1 jôÿ par ordre du Miniftere ( à l’Imprimerie Royale ). On délaye vingt-cinq livres de cro-tin de mouton dans cinq cens livres de lefïïve de foude , & douze livres Sc demie d’huile d’olive ; on en imbibe cent livres de coton déjà décrufé dans une forte lefïïve mêlée avec de l’eau de chaux ; on recommence trois fois cette opération appellée k Sikiou. Quand le coton a été engallé * aluné, teint avec le fàng Sc la garance de Smyrne ; Sc avivé avec les cendres Sc le fàvon, on le trempe encore dans le fikiou, & cette matière fécale rend le rouge plus yif encore que le plus bel incarnat d’Andrinople.
- 18. Comme on nourrit beaucoup de chiens à Paris pour le combat du Taureau au Fauxbourg Saint Germain vers la Barrière de Sève ; c’eft là que Ton va chercher les matières néceffaires pour le confit de chien, Sc elles fe vendent vingt-quatre fols le feau.
- Je crois devoir avertir ici d’un autre ufage qu’on a fait de ces mêmes matières par une prévarication indigne dont il importe que le Public foit inftruit. Plufîeurs Epiciers qui vouloient vendre comme poivre blanc la partie la plus noire de la graine de poivre, & en augmenter le poids à bon marché, y met-toient de l’ocre , de la craye , & de la crote de chien : un nommé Oulry, Epicier, qui avoit mal fait £es affaires & quitté le Commerce, inventa cet indigne fecret vers 1730 , & l’on m’a afïliré que plufieurs autres s’en étoient fervi avec un fuccès qui prouvoit la .fimplicité des acheteurs Sc la mauvaife foi des vendeurs. On afïure qu’aujourd’hui même dans la maifon du Combat on en vend encore beaucoup à certains Epiciers.
- 19. A Diarbékir, on pratique autrement le confit de chien. Pendant que les peaux féchent, on remplit de grands creux faits dans la terre , comme nos pleins à chaux , de matières fécales de chiens, qu’on délaye à la confiftance
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- ART DU MAROQUIN. 7
- du miel ou d’une bouillie claire dans laquelle on fait tremper Sc macérer les peaux pendant huit jours , fi c’eft en hiver , Sc pendant trois jours , fi c’eft en été, Sc on les foule chaque jour avec les pieds. On retire les peaux de cette matière fécale pour les bien laver avec de l’eau fraîche , Sc Ton fait enfuite un autre confit avec du fon délayé dans de l’eau ; on y fait tremper les peaux pendant fix jours en hiver, Sc trois jours en été, ayant foin de les bien fouler & refouler chaque jour avec les pieds , comme dans le confit de chien ; on les retire du confit, on les lave dans l’eau fraîche, Sc on les fait fécher en attendant la teinture ((56).
- Coudrement de Sumac.
- 20. Apre’s le confit dé chien , les Corroyeurs de Pille de Chypre mettent les peaux dans une autre efpece de bouillie faite avec les feuilles de fumac réduites en poudre. L’arbriffeau qui donne ces feuilles eft appellé auffî Rhus ou Rhoé : Rhus folio ulmi Cafpari Bauhini in F inace, p. 414. & Tourne for tii Injlitutionum$ pag. 611. Rhus foliis pinnatis obtufufculè Jerratis, ovalibus fubtus villofis, Linnœi Specie-mm, ire. édit. pag. 26$. lia de petites fleurs en rofe qui font de gros bouquets blancs ; fon fruit eft une capfule ronde remplie d’une feule graine fphérique> plate, ronde , velue, appeliée Rubeum ou Rhus obfoniorum, parce que les Cui-finiers en font ufage ; fes feuilles font longues Sc crénelées. Cet arbriffeau vient en abondance dans les endroits pierreux de i’Ifle de Chypre, en Efpagrie , Sc même en Languedoc, & en Provence ; il eft raffraîchiflânt, defficatif & aftrin-* gent ; c’eft comme aftringent qu’il fert au Maroquin.
- 21. Les feuilles du fumac cranf réduites en poudre , on en fait une bouillie plus folide que fluide ; on y trempe les peaux les unes après les autres ; on les met enfuite dans des réfervoirs quarrés , ou on les laiffe macérer pendant trente heures ; alors on les foule pendant deux heures avec les pieds Sc les mains ; après quoi on les envoie laver Sc nettoyer.
- 22. Ce coudrement de fiimac pratiqué à Nicofie eft remplacé par celui de noix de galle qui fe pratique en France, dont nous parlerons (fp) après la mife en rouge. A Nicofie, on n’emploie le coudrement de noix de galle avant la couleur, que pour les peaux que l’on veut mettre en jaune (65).
- 23. Le Diélionnaire du Commerce en décrivant la maniéré de donner le fumac pour les Maroquins noirs * donne le procédé fuivant : On fait chauffer cent livres de fiimac dans un muid d’eau , & lorfque cette mixtion eft prête à bouillir, on en remplit les peaux qu’on a eu foin de coudre tout autour , après le travail de riviere , à l’exception d’une petite ouverture qu’on laiffe à une patte de derrière pour y placer un entonnoir , Sc quand la peau eft prefi* que pleine, on lie cette patte de derrière pour empêcher qu’elle ne fe vuide i dans cet état, on en met trois ou quatre douzaines dans une grande cuve > où
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- s ART DU MAROQUIN.
- deux hommes les remuent à force de bras pendant quatre heures fans difcon-tinuer ; c’eft ce qu’on appelle Peaux chippées. Nous avons déjà parlé dans l’Art du Tanneur de cette préparation du chippage.
- 24. Après avoir été tournées, les peaux s’entaffent fur un côté de la cuve où
- on les étend les unes fur les autres ; & pour empêcher quelles ne s’éboulent, on place une barre dans le milieu ; quelque temps après, on les rechange en les mettant de l’autre côté de la cuve ; on les étend pour empêcher les plis, & on les laiffe repofer pour que le fumac puiffe les pénétrer ; elles s’égouttent' ainfi pendant deux heures. .
- 25. Pendant qu’elles s’égouttent, on fait chauffer dans la chaudière de l’eau tirée de la cuve, qu’on y remet lorfqu’elle efl fuffifamment chaude, obfervant de la verfer du côté où il n’y a point de peaux ; alors deux hommes délient les peaux, &les remplilfent de cette eau ; 8c après les avoir bien reliées, les remuent de nouveau à force de bras pendant deux heures, fans aucun relâche; après quoi ils les mettent en piie,& les font égoutter comme la première fois.
- 26. On leur donne encore après cela un fécond apprêt ; mais on lesrèmue feulement environ un quart-d’heure , & on les laiffe encuvées jufqu’au lendemain matin qu’on les retire de la cuve pour les remettre fur un chaffis de bois qui efl: placé au-defliis ; là elles s’égouttent ; après quoi on les délie 8c on les découd pour en ôter le fumac ; on les lave pour l’en détacher totalement ; on les plie en deux de la tête à la queue , la fleur en dehors, & on les entaffe fur le chevalet pour achever de les égoutter ; de-là on les met à tejfui, c’eft-à-dire , qu’on les étend pour les faire fécher ; on a coutume de les pendre alors par les jambes de derrière.
- 27. Lorfqu’elles font féches, on les foule aux pieds deux à deux ; puis on les étend fur une table de bois pour les nettoyer avec un couteau,& en ôter encore la chair & le fumac qui peuvent y être demeurés; enfin on les frotte fù-perficiellement d’huile du côté de la fleur ; on y jette enfuite de l’eau ; on les roule ; on les tord ; on les étire, 8c elles font en état de recevoir le noir. Tel efl le coudrement du fumac 8c la préparation du Maroquin expliquée dans le Diétionnaire du Commerce.
- 28. Pour tanner oucoudrer le Maroquin, on emploie en Provence les feuilles de Roudou (Rhus myrtifolia C.B. p.471.) dont nous avons parlé à l’occafion du cuir fort, dans l’Art du Tanneur, art. 64. ou bien celles du Sumac, ou enfin celles du Rajlenele. Les feuilles de ces trois arbuftes s’emploient indifféremment : le Maroquin y efl tanné en peu de temps, & prend une couleur brune.' Le Raftenele efl la même chofe que le Lentijque ordinaire de la plupart des Botaniftes : il efl appellé dans Linnœus, Pijlacia foliis abruptè pinnatis, foliolis knceolatis ; Spec, pag. 1026. ire. édit. A Paris, on préféré la galle (jp) au fu-
- mac,
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- ART DU MAROQUIN. 9
- mac, quoiqu’elle coûte davantage, parce quelle a plus de force, & que d’ail* leurs la chair des peaux en eft plus blanche.
- ' Confit de Son.
- 29. Apre’s l’opération du fumac , on fait une différence dans Tille de Chypre entre les peaux qu on deftine à différentes couleurs ; celles qu’on veut mettre en jaune, vont dans la noix de galle (jp) ; mais celles quon veut mettre en rouge, ont befoin du fon, des figues Sc du fel.
- 30. Le premier confit eft une pâte qu’on fait avec du fon , où Ton entafTe les peaux pendant deux jours les unes furies autres ; au bout des deux jours on les en retire, on les nettoie avec i’inftrument qui fert à les peler, & qui efl; àpeu-près comme le coûteau ou boutoir des Corroyeurs ; on les lave bien dans Teau fraîche, Sc on les fait égoutter en les étendant fur des perches. A Diarbékir, c’eft aufïi une efpece de bouillie faite avec le fon, dans laquelle on met tremper les peaux pendant trois jours en été , & fix en hiver.
- Confit de Figues.
- Pendant que les peaux s’égouttent, on prépare à Nicofie le confit des figues. On prend trente livres de figues féches qu’on fait bouillir dans trente pintes d’eau,jufqu’à ce qu’elles foient bien cuites Sc réduites comme en bouillie; on y met les quarante peaux pour y macérer pendant vingt-quatre heures: cela les ramollit, les enfle, les dilate, y établit une efpece de fermentation qui eft néceflàîre pour que la teinture rouge puifle les pénétrer enfuîte facilement.
- 3 r. Après le confit de figues , on lave les peaux dans Teau fraîche , pour les bien nettoyer. Lorfqu’elles font bien nettes Sc bien égouttées, on prend quinze à feize livres de fel réduit en poudre très-fine; on en faupoudre les quarante peaux> Sc on les entafTe les unes fur les autres;elles reftent ainfi pendant quinze jours : un plus long efpace de temps pourroit les faire gâter. Il fe fait alors une nouvelle fermentation femblable à celle dont nous avons parlé pour le cuir àla jufee, que les Tanneurs falent également. Après les quinze jours expirés, on les trempe Sc on les lave fept à huit fois dans Teau fraîche; on les pend Sc on les laiffe égoutter, après quoi on procède à la teinture (40). C’eft la préparation de Tlfle de Chypre.
- * Suite du Travail de Riviere , a Paris.
- 32. A Paris, lorfque les peaux font forties* du confit de chien (15) , on les rince, Sc on leur donne encore une façon de chair avec le coûteau rond, comme nousTavons déjà obfèrvé : c’eft la fixieme façon. Enfuite on les foule pour la cinquième fois, Sc on les met tremper dans une cuve d’eau pendant cinq ou fix heures , comme dans les autres façons ; on les reprend Sc on les Maroquin. C
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- IO ART DU MAROQUIN.
- queurfe avec l’ardoife , comme avant le confît (13^) : c’eft la feptieme façon ; & tout de fuite fans les quitter , on leur donne une façon de fleur & de chair, qui eft la huitième : on les foule une fixieme fois , & on les met tremper de nouveau ; on les retire , Sc on leur donne une neuvième façon de fleur & de chair : après cela , on les foule pour la feptieme fois, Sc on les met tremper dans une cuve d’eau ; on leur donne alors une dixième façon de fleur feulement ; on les foule pour la huitième fois ; on les met tremper dans une cuve d’eau ; on les reprend pour leur donner le recoulage qui eft la onzième Sc dernière façon. Le recoulage fe donne de fleur & de chair.
- 33. On voit par ces onze façons dont plufîeurs font doubles , combien eft pénible le travail du Maroquin. La peau de chevre ne fçauroit fe paffer de ce long travail , parce qu’elle a naturellement peu de fouplefle. Les peaux étant rincées Sc égouttées pendant deux heures , elles font prêtes à mettre en couleur.
- Aluner les Peaux.
- 34. Av ant de parler de la teinture, nous devons parler de l’alun dont on fe fert en France, avant de mettre les peaux en couleur. Quand elles ont été lavées Sc tordues avec la bille , Sc qu’il s’agit de les mettre en couleur, on commence par les aluner : on prend douze livres d’alun de Rome pour huit douzaines de peaux, & on les fait diffoudre dans deuxféaux d’eau d’une quinzaine de pintes chacun ; dès que l’eau eft chaude , l’alun y fond aifément.
- L’alun de Rome que les Maroquiniers préfèrent à tout autre eft rougeâtre ; Sc fe caffe net. L’alun d’Angleterre noircit les peaux, Sc ne les alune pas bien# L’alun de Smyrne eft plus poudreux, plus mat, Sc n’a pas une fi belle couleur. Voyez aufujet de l’alun ce que nous avons dit dans l’Art de l’Hongroyeur.
- 3 Pour aluner les peaux après les avoir bien tordues avec la bille , on les plie en deux, chair contre chair, afin qu’il n’y ait que la fleur qui s’alune ; le côté de la chair mangeroit de l’alun en - pure perte ; on en prend une ; on la trempe ainfi pliée dans un baquet d’alun encore tiede ; on l’y remue en la faifant barboter pendant l’efpace d’une demi-minute ; on ia retire auffi-tôt, Sc on la pofe fur un chevalet qui a quatre pieds de haut, placé dans l’attelier, à-peu-près comme on le voit en B, dans le haut de la Planche.
- 3 6. On laiffe enfuite égoutter l’eau d’alun, puis l’on tord les peaux avec une bille de bois repréfentée en P ; le fer doit s’éviter; on les paffe fur une traverfe de bois , c’eft-à-dire,une torfe qui eft dans l’encoignure de l’attelier, pour les faire encore égoutter, en mettant fous les peaux le baquet d’alun pour ne pas perdr ecette eau alumineufe qui s’en exprime;on en tord deux à la fois;& après les avoir tordues, on les étire fur le grand chevalet pour en ôter les faux pb*s> Sc on les plie chair contre chair.
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- Le baquet dans lequel on alune, eftrepréfenté en T. Il eft un peu plus plat Sc plus large que celui dans lequel on met en couleur , & qui fera décrit ci-» après (52). Il faut environ uqe heure & demie pour aluner les huit douzaines de peaux.
- 37. Lorfque Ton a des eaux alunées, on les conferve, & on les fait fervir en ajoutant de l’eau Sc de l’alun pour réparer ce qui s’en perd ; & il ne faut en-fuite que neuf à dix livres d’alun, au lieu de douze qu’on avoit employées à la première fois.
- 38. Les peaux ne relient point en alun ; on les retire auffi-tôt, comme nous l’avons dit, pour les étirer fur le grand chevalet. Il n’en eft pas comme des cuirs de Hongrie qui ont befoin de boire long-temps l’alun , à caufe de leur grande épaifleur.
- Teinture du Maroquin rouge dans ITfle de Chypre.
- 39. A pre’s l’alun, il ne s’agit que de donner la couleur. Cet article de-vroît appartenir à l’Art du Teinturier ; cependant les Maroquiniers étant en pofleflîon de teindre leur Maroquin, nous allons les (uivre dans cette opération.
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- Le Maroquin rouge étant le plus recherché & le plus important , c’eft celui par lequel nous devons commencer. La matière de la couleur palfe pour un très-grand fecret en France, où elle eft, dit-on , compofée par le mélange d’un grand nombre de drogues. M. Geoffroy le cadet dit dans un Manufcrit * qu’il a appris qu’on y employoit la lacque en bâtons, réduite en poudre avec de la noix de galle, de l’alun & un peu de cocKcnillc.En Chypre, on n’emploie que le kermès*
- 40. Le Kermès ou Chermès, en LatinÇoccus baphiea, Coccüs inJeBoriüs,Jcar latum, Ecarlate de Venife, graine d’écarlate eft un gallinfeéte qui habite Sc fe trouve communément fur l’arbriffeau appelié ïlex aculeata Cocci glandifera. En Languedoc , on l’appelle Vermillon. Il y a des Auteurs qui l’appellent aufîi Cochenille ; mais il faut bien les diftinguer : la cochenille eft un infeéïe qui vit fur l’Opuntia (45), Sc dont on fait une plus belle teinture qui eft la véritable écarlate : nous en parlerons ci-après. Le kermès eft de la groffeur d’une lentille; on le recueille en Languedoc, en Provence , en Efpagne. Voyez M. de Réaumur qui en a donné une très-bonne defcription dans fes Mémoires pour fervir à l’Hiftoire des Infeéles : voyez auffi Marfigli, Hift. Phyf, de la Mer , le Di-élionnaire de Médecine, le Diétionnaire du Commerce, M. Hellot, Mémoire Acad. 1741 > Pag* S° > M. de Bomare , Diétion. d’Hiftôire Naturelle.
- 41. Pour quarante peaux, on prend vingt-cinq onces du plus beau kermès que l’on puiffe trouver. On le paye à Paris depuis quatre livres jufqu’à cent dix fols de France, la livre de feize onces, lorfqu’il eft deûeché; on le réduit
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- ien poudre ; on fait bouillir d’abord le kermès dans huit pintes d'eau*, & Jor£l qu'il a fait un bouillon, on y jette la cinquième partie de l’alun ; on continue ainfi par demi-quart-d’heure , & à cinq ou fix reprifes , jufqu’à ce quon y ait mis tout l’alun ; alors on laiffe bouillir la liqueur jufqu’à ce qu’elle ait baille de quatre à cinq doigts,&la teinture eft faite. On la rend plus foncée quand on le veut , en y ajoutant de l’alun, Sc plus vive en diminuant la quantité de ce fel.
- 42. Quand la couleur eft faite , on en prend environ une livre & demie ou trois quarts d’une pinte ; on la verfe encore tiede dans un vafe ; on y trempe du coton, Sc l’on frotte avec ce coton le deflus des peaux qu’on veut teindre, c’eft-à-dire , la fleur ; on tord la peau quand on y a paffé la teinture , tout de même qu’on tordroit un linge mouillé pour en exprimer l’eau. Lorfque les quarante peaux font ainfi teintes & tordues, on recommence par la première que l’on teint une fécondé fois avec le coton trempé dans la couleur, 8c on la tord encore , comme la première fois : toutes les peaux font ainfi teintes Sc tordues pour la fécondé fois ; enfuite une troifieme , une quatrième & une cinquième fois.
- 43. On met enfuite quinze livres & demie de noix de galle réduites en poudre fine dans dix pintes d’eau froide ; on y trempe les quarante peaux
- les unes après les autres : au fortir de cette noix de galle , on les lave dix à
- douze fois dans de l’eau bien nette , Sc on les jette par tas les unes^fur les au-très négligemment 8c fans les étendre ; on les foule avec les pieds & les mains,’ pour en faire fortir l’eau ; Sc lorfque l’eau en a été bien exprimée, on les tranfi porte dans le magafin où on les étend par terre.
- 44. Ces peaux étant étendues, on trempe la main dans de l’huile de fé-famé , on en frotte chaque peau du côté de la fleur , que l’on veut luftrer, pour l’adoucir, Sc l’empêcher de fe crifper ; enfuite on les laifle fécher à l’ombre ou au foleil. Tel eft le procédé de Nicofie pour mettre le Maroquin en rouge.
- Maniéré de donner la couleur, à Paris.
- 4^. A Paris, où la teinture du Maroquin eft différente , elle s’emploieaufli différemment. On a une chaudière de cuivre bien étamée ; car le cuivre à nud gâteroit la couleur, Sc l’on eft obligé de faire étamer fouvent cette chaudière; elle a vingt-huit pouces de creux fur vingt-fept pouces de diamètre ; elle eft repréfentée en E. Dans cette cuve , on met les drogues deftinées à la teinture : fuivant M. Geoffroy , c’eft de la lacque en bâtons (56) qu’on a réduite en poudre, avec de la noix de galle fyp) , de l’alun , Sc un peu de cochenille.
- * La pinte de Paris à laquelle j'ai réduit les mefures du Levant, contient quarante-huit pouces cubes , & pefe environ deux livres poids de marc.
- M. Barois
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- M. Barois m’aflîire que M. Geoffroy fe trompe totalement ; mais cela nous importe peu , puifque avec du kermès on peut Faire cette teinture dans la plus grande perfection.
- La cochenille eft un petit infecte qui habite fur une plante grafle appellée Raquette, Cardajfe , Nopal, Figuier d'Inde , Opuntia ; on la cultive au Mexique avec un très-grand foin , & on fait deffecher ces infectes pour nous les envoyer. La livre de cochenille coûte environ vingt-quatre livres de France , à Paris ; c’eft cette drogue qui fert à faire la plus belle teinture d’écarlate. (Voy. M. de Réaumur , Mémoires pour jervir à ÏHijloire des Injeéïes , tom. 4. M. Hellot , Teinture des Laines).
- 46. On étend fur la chaudière un tamis de toile fur lequel on verfe de l’eau claire. Ce tamis, que nous avonsrepréfenté en O, ne fert uniquement qu’à empêcher le pafîàge des corps étrangers. Pendant l’ébullition, on remue le mé-\ lange de temps à autres avec un râteau. Ce râteau, qui eft repréfenté en 1, ne fert qu’à relever les drogues qui le précipitent au fond de la chaudière , & qui s’y attacheroient, fi on ne les remuoit continuellement ; & l’on ajoute de l’eau chaude à mefure qu’elle diminue : pour cela on a un petit chaudron placé fur un fourneau , 3c dans lequel il y a toujours de l’eau chaude. La chaudière eft lupportée dans un fourneau de maçonnerie par de gros clous qui la traverfent* enforte qu’il y ait un vuide entre la cuve 3c la maçonnerie, par lequel la chaleur puifle environner la cuve de toutes parts ; le tuyau de la fumée du four-; neau eft dévoyé , rampant ou incliné, pour aller dans un tuyau de cheminée qui 11e réponde point au-deflus de la cuve : cette attention eft néceflaire pour une plus grande propreté. On tranfvafe le deflus de la chaudière avec un baquet à main , repréfenté en M, dans une chaudière moindre , qui a dix-huit pouces de creux fur dix-huit à vingt pouces de large ; on la voit en G. Elle doit être recouverte encore d’un tamis ; on l’entretient dans une chaleur modérée , de maniéré à y tenir la main ; la chaleur eft néceflaire pour faire mordre la couleur ; mais fi elle étoit trop chaude, elle crilperoit la peau , la ren-droit comme du parchemin, & elle auroit de la peine à revenir. La couleur fe clarifie encore dans cette chaudière en dépofant le marc. On verfe avec une chopine d’étain, une livre 8c demie , c’eft-à-dire, trois demi-feptiers de cette couleur dans des baignoires, inclinées comme on le voit en H dans la Planche du Maroquinier.
- 47. Pour teindre les peaux dans cette couleur , on en prend une pliée , comme nous l’avons dit, ventre contre ventre,c’eft-à-dire, dans fa longueur, chair contre chair, ou la fleur en dehors. L’Ouvrier prend cette peau à deux mains, 3c la pafle dans fa baignoire du haut en bas, en 'ramenant vers lui cinq a fix fois; il retourne enfuite là peau toujours pliée chair contre chair, en prenant la tete de la main droite, pour que la moitié qui étoit en haut (oit trem-
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- pée à Ton tour ; il continue à pafler cette peau dans la baignoire jufqu’à ce que la liqueur qu’on y a verfée Toit prefque embue ; il jette le refte , & prend une autre peau pour la tremper de même. On obferve de tremper la culée la première , parce quelle a plus befoin de couleur, & l’on file peu-à-peu pour faire venir la tête à fbn tour dans le milieu de la baignoire : on doit faire en-forte que la couleur prenne bien partout , en la ramenant avec le dos de la peau.
- 48. A mefure que la peau eft trempée, on la met fur le chevalet; on les place toutes Tune fur l’autre uniment 8c fans plis, jufqu'à huit douzaines , dont quarante-huit fur un bout du chevalet, & les quarante-huit autres fur l'autre bout. Quand les quatre-vingt-feize font paflees , on retourne le premier tas en mettant deffousles peaux qui étoient defliis, pour recommencer par la première ; on les voit en B fur le chevalet.
- 49. Lorfque toutes les peaux ont été paffées trois fois (quelquefois quatre) dans la couleur, on les paffe dans un baquet d'eau claire, en les ouvrant, c'eft-à-dire, en les dépliant, pour les bien laver ; après quoi on les jette fur un chevalet où les peaux s'étendent les unes fur les autres, fleur contre fleur, & chair contre chair.
- yo. On regarde comme un fait certain, que ces chaudières de couleur craignent le tonnerre , c’eft-à-dire, que l'orage peut les faire tourner ; ainfi il eft peut-être bon de ne les pas faire quand le temps eft douteux. Voyez à ce fiijet l'Art du Mégiflier , article 46 , où j'ai parlé de la caufe qui fait tourner les confits.
- 51. Lorfque les peaux font trempées pour la troifieme fois , on les rince i on les déplie , on les prend par les deux pattes, on les trempe dans un baquet les unes après les autres, & on les étend furie milieu du chevalet, fleur contre fleur, & chair contre chair, pour que la couleur ait le temps de les pénétrer mieux ; les extrémités doivent être repliées fur les peaux, afin quelles ne perdent pas leur couleur ; on leur laifle pafler ainfi la nuit, ou du moins on les laifle égoutter cinq à fix heures: après quoi elles font prêtés à être jet-tées dans le coudrement de galle (62).
- 52. La Baignoire ou auge dans laquelle on trempe le Maroquin, eft re-préfentée féparément en T. Le fond a trente pouces fur treize ; mais comme elle eft évafée, elle a fur les bords quarante pouces fur vingt-cinq , & environ un pied de creux. Elle doit être de fapin, car le chêne eft dangereux ; il brunit la couleur & tache la peau : on pourroit aufli, pour plus grande fureté , la doubler de plomb ou d'étain.
- 5*3. Les trois Ouvriers que l’on voit repréfentés dans la Planche près des baignoires, font dans trois aétions differentes : l’un verfe la couleur ; l'autre trempe les peaux ; le troifieme les tranfporte fur le chevalet. Ces trois Ou-
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- vriers mettent environ douze ou quinze heures à paffer en couleur les huit douzaines de peaux ; chacun en fait la valeur de trente-deux dans fes douze heures.
- 54. Les eaux ne font pas indifférentes pour la couleur du Maroquin , non plus que pour les autres fortes de teintures. Les eaux de pluie font trop dures i il y a auflî des circonftances délicates dont on n’eft pas maître ; car avec les mêmes drogues & les mêmes eaux, on fait une plus belle couleur dans un temps que dans fautre.
- 55. Suivant l'Auteur du Dictionnaire de Commerce (édit, de 1748. tom. 3* pag. 3 r6.) > les peaux qu’on deftine à faire du Maroquin rouge, après avoir été douze heures dans le confît de chien (15) 9 font rincées , travaillées fur le chevalet, de fleur & de chair, pilonnées jufqu’à trois fois, en mettant toujours de nouvelle eau, tordues avec une bille de bois & alunées. Lorfqu’elles ont été alunées , on les met égoutter fur la torfe (c’eft-à-dire, une traverfe de bois deftinée à les tordre) ; le lendemain on les tord avec la bille 5 on les détire fur le chevalet , 8c on les pafle dans un rouge préparé avec de la lacque en bâtons, mêlée de quelques ingrédiens qui ne font bien connus, dit-il, que des feuls Maroquiniers.
- 5 6. La laque ou lacque eft une efpece de cire ou de réfine rougeâtre que l’on recueille aux Indes fur des branches d’arbres, où des mouches la dépo-fent : cette réfine bouillie dans l’eau avec quelques acides , fait une teinture d’un très-beau rouge. La laque nous vient direélement en bâtons des Royaumes de Bengale , -de Pégu 8c de Siam. La Compagnie des Indes en fait chez nous le commerce : elle coûte environ fîx francs la livre, à Paris. La laque en graine efl: celle quon a détachée des bâtons en la faifant paffer entre deux meules : c’eft cette laque en graine qui fert à faire la cire à cacheter. M. Hellot (Mém. Acad. 174t. pag. 64.) donne la maniéré d’en extraire la couleur pat le moyen de la racine de grande confonde.
- 57. C’eft cette teinture que l’Auteur du Dictionnaire du Commerce dk être employée au Levant pour teindre les Maroquins : nous avons remarqué ci-devant que c’eft le kermès dont on fe fert à Nicofîe ; mais à Diarbékir, on emploie la laque ou la cochenille , 8c M. Geoffroy croyoit qu’il en étoit de même à Paris.
- y8. Les Lapons, pour rougir leurs cuirs, les humectent avec leur falive J après quoi ils mâchent la racine de tormentille , 8c frottent les cuirs avec ce marc qui donne une couleur rouge paffablement belle ; c’eft vraifembla-blement le fel urineux de la falive > qui exalte le teint de cette racine. Ce fel volatil urineux qui eft commun à toutes les liqueurs animales , produit le même effet fur îorfeilk> efpece de mouffe que les Teinturiers emploient avec la chaux 8c l’urine.
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- Coudremènt des Maroquins rouges.
- yp. Les Maroquins rouges ont encore befoin du coudrement. A Paris, dès le lendemain que les peaux ont été mifes en couleur , on procède à ce coudrement, qui fe fait avec la noix de galle : on verra ci-après que pour le Maroquin jaune, le coudrement de noix de galle doit précéder la teinture (76}. La noix de galle efl; une forte d’excroiflance que Ton trouve fur le chêne : les meilleures noix de galle viennent du Levant, de Smyrne , d’Alep, de Tripoli : celle d’Alep efl; la plus eftimée : la galle de France qu’on trouve en Gafcogne& en Provence, leur efl: beaucoup inférieure , étant ordinairement rougeâtre , légère Sc liflfe ; au lieu que celle du Levant efl: péfante & épineufe : c’eft peut-être ce qui lui a fait donner le nom de Galle à ïépine, à moins que ce ne foit plutôt Galle Alépine, c’eft-à-dire , qui vient d’Alep. Les galles du Levant font de trois fortes : les noires, les vertes, Sc celles qui font moitié blanches : les Teinturiers s’en fervent félon leur qualité : les noires & les vertes fervent à teindre en noir , Sc les blanches pour teindre les toiles. Les galles légères quon trouve en France , Sc qu’on appelle Cajjenolles, s’emploient chez les Teinturiers en foie , pour faire le noir écru : l’encre fe fait aulîî avec des galles noires & vertes : ce font encore ces fortes de galles qui entrent dans la compofition du noir des Chapeliers avec le bois d’Inde , le verd-de-gris Sc la couperofo ou vitriol de Mars. Voyez P Art du Chapelier, pag. 3*4 ; c’eft ce noir des Chapeliers que les Corroyeurs emploient après eux } quand il a fervi à la teinture des chapeaux.
- 60. Les noix de galle font une drogue commune aux Teinturiers du grand Sc du petit teint; les derniers en font fur-tout un grand ulage à caufe de l’achèvement des noirs : en Médecine , elle efl: aftringente Sc fébrifuge ( Mém. Acad. 1711 ) , très-abforbante ( Mém. 1732 pag. 3p.) , propre à faire de l’encre (Anciens Mém. Acad. tom. 2. pag. 236 ).
- 61. La galle en forte coûtoit 72 liv. le cent avant la guerre ; elle alloit en 1763 , jufqu’à 160 liv. mais cette galle en forte efl: mêlée de noir Sc de blanc, Sc l’on ne doit employer que la blanche pour le Maroquin : la noire fe vend aux Chapeliers pour leur teinture. Il faut environ 96 livres de galle blanche pour 96 peaux, qui font la quantité que quatre hommes peuvent tourner à la fois dans le coudrement.
- 62. On jette d’abord dans l’eau fraîche cinquante livres, c’eft-à-dire, plus de la moitié de cette galle pulvérifée & paflee au tamis ; on la remue un peu, &l’on y jette les peaux pendant qu’un homme efl occupé à tourner le çou-drement. Au bout d’une heure, on remet encore vingt livres de galle, Sc une
- * heure après le refte , tandis que quatre hommes tournent ces peaux avec des
- pelles
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- A R T D U M A RO QU ï N. jy
- pelles-frepréfentées en K) continuellement & pendant douze à quinze heu* res de fuite fans interruption.
- 63. La cuve dans laquelle on tourne ces quatre* vingt-feize peaux doit être de fapin, jamais de chêne : elle a quatre pieds & demi de diamètre fur trois pieds de hauteur. Ceux qui tournent le coudrement, ramènent de temps eft temps les peaux du milieu aux bords de la cuve , pour que la galle fe diftrî-bue & les pénétre toutes. Lorfque Ton va dîner, on fe fait relever par d’autres Ouvriers, pour qu’il n’y ait point de difcontinuation.
- 64. Onlaifle les peaux palier la nuit dans le coudrement, ce qui achevé dé les tanner : on met en travers fur la cuve une planche pour les relever & les lailfer égoutter un moment. Pour les déplilïèr , on les releve fur une planche ; on remue de nouveau le coudrement, 8c l’on y rabat les peaux auffi-tôt ; cela fe fait deux fois dans l’elpace de quinze heures. On a foin, en laidant repofer les peaux dans le coudrement , d’étaler les dernières , la chair en haut, pour garantir les autres, Sc on les lailfe palier la nuit dans ce coudrement, quelquefois même vingt-quatre'heures, fi le temps l’exige ; mais cela eft rare. Il eft bien dangereux qu’il y ait du fer dans ce coudrement ; en général dans toute l’opération des peaux, & fur-tout des Maroquins, on doit l’éviter avec loin.
- 65. Le coudrement de noix de galle s’emploie à Nicolle avant la couleur, pour les peaux que l’on veut mettre en jaune feulement ; car les Maroquins rouges n’ont befoin , avant la teinture, que du fiimac (20) , du confit ( 30) Sc du fel (31). Pour quarante peaux deftinées à mettre en jaune , on fait in-fulèr à froid , pendant fix à fept heures , dix-hnît a vingt livres de noix de galle dans huit à neuf pintes d’eau bien claire ; on y fait tremper ces quarante peaux pendant vingt-quatre heures , en obfervant qu’il n’y ait que la liqueur fuffilànte pour humeéler les peaux fans les fiirnager : au bout des vingt-quatre heures, on les retire de la noix de galle pour les bien laver dans de f eau fraîche ; on les fait fécher tant à l’ombre qu’au Ibleil ; après quoi on les lave encore une fécondé fois pour les faire fécher de nouveau : c’eft la préparation des Maroquins qu’on veut mettre en jaune*
- Suite du travail des Maroquins rouges, au Levant.
- Les Maroquins rouges, àNicofie , après avoir été teints (41^, fe mettent dans une décoéiion de noix de galle (43J ; ainfi la noix de galle fert à Nicofie 8c à Paris,pour toute forte de Maroquins, & même à Diarbékir, comme nous allons l’expliquer.
- 66. A Diarbékir, le Maroquin rouge ne fe prépare qu’avec les matières fécales 8c le fon (19,30^on y emploie enfîiite le moût de raifin ou le miel, le fel, la gomme lacque ou la cochenille, l’alun, & enfuite la noix de galle, qui for-Maroquin. E
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- me la dernîere opération. On prend cinquante peaux de celles qui n’ont été préparées qu’avec les matières fécales 8c le fon , & non avec la décoélion de galle ; on prend un battement ou dix-huit livres trois quarts de Pecquemefî qui eft du moût de raifîn, ou à défaut de moût, autant de miel liquide, qu’on fait chauffer de maniéré à pouvoir y tenir la main ; on y trempe les peaux l’une après l’autre ; on les entaffe ; on les couvre d’une ferpilliere, & on leslaiffe ainfi pendant trois jours ; après quoi on les lave deux ou trois fois dans de Peau où l’on a dillout trois ocques de fel commun (c’eft neuf livres flx onces ) ; puis on les fait fécher à demi.
- 67. Pendant que les peaux féchent, on prend un battement d’Eucque, c’eft-à-dire, de gomme lacque dans dix battemens d’eau, & à fon défaut, une oc-que 8c cinquante dragmes de cochenille en poudre (45) dans huit battemens d’eau ; on la délaye , & on la fait bouillir pendant trois heures, avec environ quarante dragmes d’alun auffi en poudre : quand elle eft un peu refroidie de maniéré à pouvoir y tenir la main * on en frotte les cinquante peaux les unes après les autres, ce qu’on réitéré jufqu’à quatre fois, ayant toujours foin de les entaffer 8c de les étendre à chaque fois les unes fur les autres. On les trempe enfuite l’une après l’autre dans de l’eau fraîche où l’on a diffout cinquante dragmes d’alun ; on les fait fécher à moitié ; après quoi, on les trempe 8c on les foule dans la décoéiion de noix de galle préparée comme nous le dirons à l’oc-caflon du Maroquin noir ou jaune (84);enfuite on les lave dans de l’eau fraîche; on les fait fécher à l’ombre ou à un foleil tempéré : quand elles font féches on les liffe & on les luftre avec de l’huile de lin, comme les Maroquins noirs,* (86). Cette teinture du Maroquin rouge 8c celle du Maroquin jaune (85) doi-: vent fe faire dans un endroit chaud.
- Suite du Maroquin rouge , à Paris.
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- 68. Revenons aux Maroquins de Paris qui ont été teints en rouge & mis en coudrement (64). Aufortir du coudrement de la noix de galle, les Maroquins doivent être lavés dans une eau claire qui emporte le fiiperflu de la galle, comme on a fait au fortir de la teinture. Quand ils font lavés , deux hommes les tordent à la main, en prenant deux peaux à la fois , comme ci-devant ; on les fecoue 8c on les étend de leur long fur une table pour recevoir l’huile les unes après les autres, la chair fur la table 8c la fleur en haut.
- 6ÿ. On a de Phuile dans une febile de bois, avec une éponge grofle comme un œuf, ou un gipon de laine ; on le trempe dans l’huile , 8c on le paffe fur la fleur pour 1 adoucir, & empêcher que l’air ne la furprenne 8c ne la durcifle; on pend ces peaux à des crochets par les pattes, la tête en bas, fleur contre fleur, à une petite diftance les unes des autres, 8c on les difpofe de maniéré que le courant d’air les enfile de côté dans les intervalles ; car s’il frappoic la
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- lurface de la fleur , il mangeroit la couleur. Il ne faut pas deux livres d’huile pour les huit douzaines de peaux : il faut une demi-journée à deux hommes pour les fècouer , les mettre en huile & les accrocher.
- A Nicofie * on emploie l'huile de féfame ou de jugeoline, qui eft l’huile la plus ufitée au Levant.
- 70. Les Maroquins font au féchoir un ou deux jours, fuivant les temps ; quelquefois on peut les décrocher le même jour : en hiver il faut quelquefois une femaine : au refte on les retire le plus promptement quil eft poflible.
- 71. Les Maroquins étant tout-à-fait fecs, ont befoin d’être corroyés & liftes; d’abord on les plie deux à deux en petits bouchons, fleur contre fleur ; on les foule aux pieds fur un plancher net, deux à la fois , avec des efcarpins de Corroyeurs , mais qui font réfervés pour le Maroquin. Un homme peut en fouler quatre à cinq douzaines dans là journée. On corrompt enfuite les Maroquins avec la pomelle de bois (voyez l’Art du CorroyeurJ , pour en brifer le grain. Un homme peut en corrompre quatre douzaines dans là journée.
- 72. Il faut parer à la lunette les Maroquins du côté de chair, en les frottant avec du blanc, pour que la lunette n’entre pas tant dans la lubftance de la peau.
- 73. Le Maroquin noir fe lifte avec une efpece de pomme ou d’oignon de yerre repréfenté en Y ; il doit être étendu fur une table un peu inclinée : on peut en lifler trois ou quatre douzaines dans la journée.
- Le Maroquin rouge fe lifle, comme on le voit en D, avec un rouleau de bois X que l’on tient à deux mains : la peau eft étendue fur un ckevalet de bois de chêne fur lequel il y a une languette de poirier qui a quelques lignes de faillie. On fidpend, au côté de la peau, un poids avec un hameçon fort délié, qui la tire en bas, tandis que le Liflfeur la retient & la gouverne avec fa euiflfe en la laiflànt couler autant qu’il convient, à mefure qu’il avance dans fon liflàge ; on voit en D l’aélion du Liflfeur, & en V le Maroquin placé fur le chevalet à lifler.
- 74. On lifle deux fois chaque peau, c’eft-à-dire, qu’après avoir parcouru la furface entière de la peau avec la lifte , on retourne pour que les intervalles & les raies qui auroient pu s’y faire , foient effacées par le retour de la lifle ; d’ailleurs cela rend la fleur plus brillante : un Ouvrier peut lifler deux douzaines de Maroquins rouges dans un jour ; on lui donne vingt-quatre fols par douzaine: cette opération eft cependant délicate ; elle exige de l’habitude Sc de l’adrefle pour lifler bien également & uniformément. On paflfe un peu d’eau fur la fleur avec une éponge, afin que la lifle glifle plus aifément ; mais cela n’eft pas néceflàire à la fécondé fois.
- 75. L’opération delà lifle abat le grain du Maroquin ; cependant comme
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- 20 A RT DU MAROQUIN.
- le grain eft une beauté du Maroquin ; on le fait revenir au moyen d'une po-melle de liège ( c’eft une plaque de bois garnie de filions, voyez l'Art du Corroyeur) , avec laquelle on le tire doucement , fans en ôter le luflre , & c’eft la derniere façon du Maroquin rouge > à Paris.
- Suite du Maroquin jaune , à Paris.
- 76. Les Maroquins que l’on veut mettre en jaune , exigent moins de pré« cautions que les rouges. On ne teint en jaune qu après le coudrement (64) 9 & il en eft de même de toutes les autres couleurs; on laiiTe même repofer & fécher les peaux qui ont été coudrées, qu’on appelle Peaux en croûte ; & quand on veut les teindre , on les remouille ; on les foule à Peau ; on les tord ; on les laiffe fécher à moitié ; on les alune (35) ; & enluite on les teint.
- 77. La graine d’Avignon eft le feul ingrédient qu'on emploie pour le Maroquin jaune : c’eft la graine de l'arbre appellé Rhamnus catharticus miner ( Caj-pari Bauhini in Vinace, pag. 478) ; & dans Linnaus, Rhamnus fpicis terminalibus, jlo-ribus quadrijidis dioicis, Spec. pag. 193. (Hortus Cliffortianus 70. Flora Suède a 193): on l'appelle auffi Grainette , Graine jaune : cette elpece de nerprun, ou cet ar-briffeau épineux qui donne la graine d’Avignon, fe trouve en Provence , en Dauphiné & en Languedoc , d'où fe tire la graine qu’emploient nos Teinturiers: on y fabrique auffi le Stil-de-grain & le Vert-de-veffie dont fe fervent nos Peintres , & qui eft extrait de la graine d'Avignon.
- 78. Une livre & demie de graine d'Avignon dans un feau d'eau teindra quatre douzaines de peaux ; cette couleur teint aifément ; & quoique faite après le coudrement, elle eft auftl ftolide que le rouge Qui fe donne en tripe , c’eft-à-dire,, avant le coudrement ( y9 )*
- A Nicofie, les Ouvriers emploient auffi la graine d’Avignon, qu’ils appellent Halagex : on la tire de Caramanie, d'où elle fe tranlporte tant en Egypte que dans les Ifles de l’Archipel, où le Rhamnus catharticus ne fe trouve pas, & où l’on teint cependant les Maroquins en jaune , avec la même graine.
- Plus on veut avoir un jaune foncé, plus il faut le forcer en graine : on peut ainfi le pouffer jufqu’à l'Oranger. Voyez ffir les teintures jaunes M. Heliot dans les Mém. de l’Académie pour 1741, pag. 70.
- 79. On fait à Marfeille du Maroquin bleu & du Maroquin vert : je n’entrerai point dans ces détails de teinture ; il n’eft pas difficile de donner le bleu avec le tournefol & l'indigo ; & le vert, avec le vert-de-gris mêlé d'un peu de tartre , pu avec un mélange de jaune & de bleu.
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- Maroquin
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- ART DU MAROQUIN.
- Maroquin jaune du Levant.
- 80. A Nicosie,pour faire la teinture jaune,ils prennent environ cinq livres* d’Halagex ou graine d’Avignon avec une livre & demie d’alun de roche quils pilent enfemble pour les réduire en poudre très-fine qu’ils fontinfufer dans fix pintes d’eau déjà tiède & placée fur un très-petit feu , pendant une heure ou deux , obfervant que la liqueur ne bouille pas.
- On met les quarante peaux, que l’on veut teindre en jaune > dans une ef-pece d’étuve ; on les étend par terre les unes fur les autres ; alors deux hommes prenant chacun les extrémités d’une peau, l’un d’eux trempe la main dans la liqueur jaune, fans autre inftrument, la paffe & repafle fur la fleur de la peau : lorfqu’elle eft bien teinte , ils la plient en deux fuivant fa longueur ; enfuite ils teignent fucceffivement les autres, & les mettent en pile. Quand elles font toutes paflees, on les retourne cinq à fix fois en les changeant de place, & les remettant toujours les unes fur les autres, afin que la teinture les pénétre mieux.
- ^ On teint encore les peaux en jaune une fécondé fois, de la même façon que je l’ai dit pour la première fois : on les tourne & retourne environ quarante fois ; après quoi on les trempe fept à huit fois dans l’eau fraîche, bien nette ; enfuite on les fait fécher à l’ombre ; on les pare du coté de chair , pour enlever ce qu’il y a de fale, & on luftre la fleur avec un bâton.
- Maroquin noir , à Nicojîe.
- 8r. ANicosiii, pour le maroquin noir , on prend les peaux lorfqu’elles ont pafle le fîimac ( 21 ) ; car elles n’ont pas befoin du fon ni des figues , comme les Maroquins rouges ( 30), ni de la noix de galle, comme les Maroquins jaunes (6$) : on prend fix livres d’une terre vitriolique , aftringente , qu’on trouve dans l’Ifle de Chypre , & que les gens du Pays appellent Mau-* rite ou Maurizi , & une poignée de noix de galle pilée , que l’on fait infufer enfemble, à froid , pendant deux ou trois heures dans quarante-cinq ou quarante-huit pintes d’eau : cette liqueur eft noire ; on en frotte chaque peau une fois feulement : & fi-tôt qu’on en a teint une , il faut fur le champ la bien laver dans l’eau fraîche ; car la teinture brûieroit les peaux fans cette précaution ; enfuite on les étend pour les faire fécher à l’ombre ; on rend cette teinture plus ou moins noire , en y mettant plus ou moins de maurite ; on met auflï un peu d’huile fur la furface des Maroquins noirs , lorfqu’ils font prefque fecs (69).
- 82. En France , c’eft auffi au fortir du fumac , ou plutôt de la galle (69),
- * J'ai réduit les ocques du Levant , en poids de Paris, à raifon de trois livres deux onces pour une ocque.
- Maroquin. E
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- ART DU MAROQUIN. qu on met le Maroquin en noir , après Tavoir crépi à la pomelle , 8c elparé ( voyez l’Art du Corroyeur ) : on fait le noir avec de la bierre fûre, dans laquelle on a jette de la vieille ferraille, comme nous l’avons dit dans l'Art du Corroyeur. On fe fert d’un paquet de crin tortillé , ou d’une broffe rude qu’on trempe dans la teinture , & dont on frotte deux fois le côté de la fleur , quelquefois trois à quatre , en laiffant fécher les peaux à chaque noir : on les laiflè enfuite fécher à moitié , en les pendant par les jambes de derrière.
- Les peaux à demi féches 8c étendues fur la table , on les tire à la po^ melle , pour en faire fortir le grain ; on y jette un peu d’eau : après le dernier noir , on les défonce à la bierre * & on les frotte avec le jonc, comme pour efparer. Lorfqu’elles font efparées , elles reviennent encore fur la table où on les tire à la pomelle des quatre quartiers 8c de travers pour relever le grain; on y jette encore de l’eau, & on les lilîè de nouveau ; enfin on les tire à la pomelle de bois, pour la troifieme fois.
- 83. On leur donne enfuite fur la fleur avec un petit morceau d’étoffe, une couche de luftre qui eft fait avec du jus d’épine-vinette , d’ail, de citron , d’orange, ou de bierre fûre ; on les frotte fortement avec quelque bonnet ou gipon de laine ; on les déborde fur le chevalet ; on les pare à la lunette , & on les tire au liege , pour leur donner le grain : c’efl la derniere façon. Ce travail eft à peu-près le même que celui de la chevre graffe que nous décrirons dans l’Art du Corroyeur. On poürroit employer de l’eau de coudre-ment avec la couperofe pour donner le noir ; mais la couperofe féche 8c brûle la peau , &l’on préféré la bierre qui nourrit, pour-ainfi-dire, la peau, Sc lui donne de la douceur, loin de la deffécher & de la brûler. Le noir de bierre eft meilleur quand il eft vieux ; l’on ne peut guères l’employer avant trois ou quatre mois, au lieu que le noir de couperofe peut fe faire d’un moment à l’autre.
- Suite des Maroquins noirs ou jaunes , à Diarlékir.
- 84. A DiarbeIcir, les peaux qu’on veut mettre en noir ou en jaune paffent dans la noix de galle ; mais pour les rouges, on emploie le moût de raifin ou le miel : pour cinquante peaux deftinées à faire du Maroquin jaune ou noir, on prend deux battemens, ou douze ocques de noix de galle en poudre, qu’on délaye à froid, en maniéré de bouillie liquide, dans trois ocques d’eau (une ocque pefe quatre cens dragmes ou trois livres deux onces de France) *; auflî-tôt que la galle y eft cuite Sc précipitée, on y trempe les peaux en les foulant avec les pieds, les unes après les autres , ce qu’on répété trois fois pendant
- * Suivant M. Monthenault , Conful à Alep , mais nous nous fervirons de l'évaluation de M. le battement eft une mefure du Pays , de douze Granger. ocques, & l’ocque pefe deux livres & demie :
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- ART DU MAROQUIN.
- deux heures; puis on les laiffe tremper dans la décoction de galle jufqu’au lendemain ; quand la bouillie de galle eft trop épaifîe , on y ajoute de Feau.
- Le lendemain on retire les peaux ; on les travaille fur chair ; on les lave ; on les foule quatre fois les unes après les autres ; & quand elles font bien nettoyées , on les remet dans une nouvelle décoction ou bouillie de noix de galle , comme la première fois ; on les lave bien dans Feau fraîche , puis on les fait fécher.
- 85. Lorfque les peaux font féches, 8c qu’on veut les teindre en jaune, on prend pour cinquante peaux , deux ocques de graine de jara, ou graine d’Avignon ; c’eft la graine d’une efpece de Lycium de Caramanie , Rhamnus ca~ tharticus (77) ; on y ajoute cinquante dragmes d’alun en poudre, qu’on délaye en maniéré de bouillie claire, dans une fuffifante quantité d’eau chaude; & lorfque cette teinture eft faite , on en frotte les peaux les unes après les autres ; elles doivent être humides pour bien prendre la teinture ; 8c cette opération doit être faite dans un lieu chaud.
- Quand une peau eft teinte , on la plie en deux ; enfuite on les entafle toutes les unes fur les autres , 8c on les laiffe empilées jufqu’au lendemain ; on les lave enfuite légèrement dans de Feau fraîche où l’on a diflout environ quarante dragmes d’alun, pour affermir un peu la teinture 8c la peau ; puis on les fait fécher, & on les liffe fans employer aucune huile pour les luftrer.
- 86. A Diarbékir, pour le Maroquin noir, on emploie d’abord aufli bien que pour le jaune, la noix de galle en poudre (84) , jufqu’à deux fois ; on les lave , 8c on les fait fécher ; on prend enfuit*^ livres d’une terre vitrioli-que ferrugineufe qu’ils nomment Caraboya, 8c qu’ils diffolvent dans une fuffi-(ante quantité d’eau ; lorfque l’eau en eft bien chargée , ils en frottent les peauxjufqu’à ce quelles paroiffent d’un beau noir ; on les lave bien dans de l’eau fraîche ; on les fait fécher à l’ombre ; on les liffe ; enfin on les luftre avec de Fhuile de Bezerianne qui eft l’huile de lin.
- Du Commerce des Maroquins.
- 87. Le Maroquin rouge fe vend foixante à quatre-vingt livres la douzaine ; fon poids eft de onze à quatorze livres la douzaine , quand il eft entièrement fini. Le Maroquin jaune , bleu, ou verd, fe vend entre quarante-huit 8C foixante livres la douzaine, & le Maroquin noir, de cinquante à cinquante-cinq 3 ou foixante livres. M. des Billetes dit qu’il avoit vu préparer à Paris > des Maroquins en 166 M. Garon avoit établi, il y a plus de trente ans, aiî Fauxbourg Saint Antoine une Manufacture de Maroquins rouges & noirs ; on en fait actuellement à la Manufacture de S. Hippoiyte. Cependant Paris
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- 24 ART DU MAROQUIN.
- tire de Marfeille 8c d’Avignon beaucoup de Maroquins rouges, bleus 5c verds;
- on tire auflî de Rouen des Maroquins noirs.
- 88. Les Tapiflîers, Cordonniers, Ceinturiers, Selliers , Gaîniers , Bahu-tiers , c’eft-à-dire , Cofff etiers , Malletiers, font ufage du Maroquin, comme tout le monde le fçait ; & de tous les cuirs qu’ils emploient, c’eft: le plus etti-mé , le .plus cher 8c le plus beau : les fouliers de Maroquin noir ont l’avantage de fe nettoyer très-facilement avec une éponge êc du vinaigre , qui leur rend, toute leur propreté.
- 8p. Les Maroquins d’Efpagne font les plus eftimés pour la bonté ; cependant ceux de France font fouvent plus beaux : mais quant à la qualité & à la vivacité des couleurs , ceux du Levant , de Conftantinople , de Chypre , d’Alep 8c de Smyrne font les plus recherchés.
- po. Les Relieurs ne prennent.que les Maroquins les plus petits , les plus fins, les plus parés , & fouvent ils les parent encore chez eux du côté de chair,, pour les rendre plus minces ; ils les payent de foixante à foixante-fix livres la douzaine.
- pi.On fabrique à Limoges des bafannes rouges, qui font des peaux de mouton teintes en rouge avec moins de précaution que le Maroquin ; on en fait aufll à Paris quelque confommation.
- p2. Le Maroquin blanc fe fait à peu-près comme les peaux de Mégie , dont nous avons donné la defcription dans l’Art du Mégiflîer. On emploie cependant pour le fabriquer & lui faire conferver fon blanc, quelques drogues dont le Mégiflîer ne fait pas ufage , 8c dont nous n’avons pas eu connoiflàn-ce. Pour le travail vie il vldc, il faur olifprvpr dans 1** Maroquin blanc , tout ce qui a été dit du Maroquin rouge (3 3 ), parce que la chevre eft une peau très-ingrate & difficile à travailler. Après toutes ces façons, c’eft-à-dire , après le recoulage , on lui donne le confit de fon ; il y refte quatre à cinq jours en été, 8c huit jours en hiver. Quand le confit a levé plufieurs fois , & qu’ïl fe rabat de lui-même , ou qu’il ne releve plus , on donne la blancheur au Maroquin, au moyen d’une pâte faite avec des œufs & du-lait, comme dans la Mégie ; on prétend encore que pour empêcher qu’il ne fe tache 8c fe faliife trop aifément, il faut, pour le Maroquin blanc, ajoûter à cette pâte un autre ingrédient fecret qui raffermifle la fleur : il paroît que cela fe réduit à quelque aftringent. On donne enfuite au Maroquin blanc le grain qui en fait la marque diftinétive, par le moyen de la pomelle du Corroyeur ; il faut même une pomelle rude ; on le luftre en le frottant Amplement avec un linge blanc &fec.
- 93. Les Maroquins blancs font moins ufités en France que dans l’Italie qui en tire de Smyrne des quantités confidérables. On en fait des fouliers de
- femmes ;& il a, fur les peaux de mouton paffées en Mégie, que nous avons
- décrites
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- ART DU MAROQUIN. ^
- décrites dans l’Art du Mégiflier, l’avantage de fe nettoyer aifément lorfqu’il a été fàli ; il fuffit de le laver, Sc quand il eft foc , de le frotter avec un linge , il reprend toute là qualité Sc fon éclat.
- 94. Les Cordouans font des cuirs fort reflemblans aux Maroquins, mais apprêtés avec le Tan, en quoi ils différent de ceux que nous avons décrits * Sc qui ne font tannés qu’avec le fumac Sc la noix de galle : probablement cette dénomination eft venue de la ville de Cordoue dans l’Andaloufie, comme la Ruffie, la Hongrie Sc le Royaume de Maroc ont donné leurs noms à d’autres fortes de cuirs. Ménage croit que c’eft des Cordouans qu eft venu le nom de Cordonnier.
- EXPLICATION
- DELA PLANCHE DU MAROQUINIER4
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- > Haut de la Planche.
- Les premières opérations reffemblent à celles du Tanneur, du Corroyeur, du Mégiflier ; nous ne plaçons ici que celles qui font particulières au Maroquinier.
- A , Aétion de celui qui trempe les peaux dans la Baignoire pour les teindre (47)* On y voit trois Baignoires : il faut fuppofer un Ouvrier à chacune.
- B , Aélion de celui qui met les peaux fur le Chevalet, à mefure qu’elles fortent de l’alun.
- C, Aélion de celui qui les lave pour ôter le foperflu de la couleur.
- D , Aélion de celui qui lifte le Maroquin rouge (73^.
- E , Chaudière de cuivre dans laquelle on fait bouillir la teinture (45).
- F 8c G, Chaudières plus petites où l’on tranfvafe la teinture (46).
- On voit entre deux un Chaudron placé fur un fourneau où Ton tient de l’eau chaude.
- H, Baignoire dans laquelle on teint les peaux.
- Bas de la Planche.
- I, Râteau pour la teinture (46 K y Pelles pour remuer le coudrement (62).
- Maroquin.
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- 26 ART DU MAROQUIN,
- L > Trépied fur lequel on place une Marmite qui fe voit entre les deux Chaudières.
- M, Baquet à main pour tranfvafer la teinture.
- N, Baquet rond dans lequel on alune (35).
- O, Tamis de toile pour couvrir la Chaudière.
- P , Bille avec laquelle on tord les peaux pour les égoutter.
- Q> Autre Tamis pour clarifier la couleur.
- P, Cerceau de fer qui efl: fixé dans la muraille entre les deux Chaudières , pour porter le Tamis.
- 5, Chopine pour verfer le rouge dans les Baignoires.
- T9 Baignoire. ^
- V > Maroquin tendu fur le Chevalet à lilfer.
- X 9 Rouleau de bois pour lllîer le Maroquin rouge (73). 1
- Y9 Oignon de verre pour liffer le Maroquin noir ( 73).
- F I N,
- BIB CNAÂT ffCSERVE
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