Descriptions des arts et métiers
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- Par M. Duhamel du Monceau.
- M. DCC, LXII.
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- Correction pour le Traité du Fer de Swedemhorg > rf, Se&ion des Fourneaux à Fei.pag. 18 fi
- Dans la quatrième Sedion de l’Art des Forges, où fe trouve laTradudion du Traité du Fer de Swedemhorg, on voit une Analyfe des Eaux de Pafly, à la fin de laquelle on lit ce qui fuit :
- On ne découvre dans ces Eaux rien defalin * ni rien de vitriolique, ni rien de nitreux j au rejie, il eji démontré que ces Eaux contiennent un peu de fer y beaucoup de gypsy & qu’elles font peu utiles.
- Mais ce texte n’eft pas exad : les excellentes Analyfes qu’on a faites de ces Eaux depuis la première Edition de l’Ouvrage de Swedemborg, y ont démontré la préfence de plufîeurs fels moyens ; & l’expérience journalière fournit des preuves très-fréquentes du bon ufage de ces Eaux pour guérir plufieurs maladies» L’Académie ayant remarqué cette erreur a jugé à propos d’en avertir le public.
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- DE LA FORGE
- DES ENCLUMES
- Par M. D U HAMEL DU Mo N C EAU (*)»
- T a es enclumes font des malles de fer acérées , plus ôu moins grôflès } fur lefquelles on forge differents métaux, pour leur faire prendre les formes qu’on defire. Elles font, après les ancres , une des plus groffes pièces de forge qu’on ait coutume de travailler, puifquil y en a qui pefent quatre , cinq, fix cents, mille & même plus. On a coutume de fabriquer les plus fortes enclumes dans les grandes forges ; on y coule même quelque gros tas : ces enclumes étant de pur fer de gueufe , font les plus mauvaifes. On trouve communément deux elpeces d’enclumes chez les Marchands, dont les unes font faites avec du fer de loupe : fi l’on coïifuite ce que nous avons dit for les ancres, on faura que les loupes font du fer de gueufe , c’eft-à-dire du fer fondu qui a été paffé à l’affinerie, & auquel on a enfuite donné quelques coups de marteau. On forme avec ce fer brut des mifes amorcées en forme de coins , qu’on ajoute au bout d’un ringard , & qu’on foude les unes aux autres pour donner la forme à ces enclumes. Nous ne nous étendrons pas davantage fur ce point, parce que ces fortes d’enclumes ne font pas à beaucoup près aufli bonnes que celles dont nous allons parler.
- Pour faire les bonnes enclumes , on forge , Sc on étire au gros marteau un patallélipipede de fer bien épuré A (fig. 7) ; on y fonde un tin* gard B. 1
- Comme on le voit en C (fig. 8 ), a b doit faire une partie de la lar** geur de l’enclume , & b c fa hauteur.
- Comme le parallelipipede C doit être fbudé for un autre tout pareil > on martele une de fes faces avec la tranche S (fig. 13 de la vignette ) , comme on le voit à la face C (fig. 8 ).
- O ^nna trouvé dans le dépôt de l’Académie qu’une feule planche , fur laquelle on a ajouté que ques nouvelles figures j mais aucuns Mémoires fur cette matière»
- Enclumes» A
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- a DE LA FORGE
- Pour une enclume ordinaire , on forge quatre parallélipipedes fombla-blés à C {fig. 8 ) ; enfixite on donne une bonne chaude filante aux deux faces qui fe doivent toucher , & qui font martelées , comme il a été dit : quand les deux parallélipipedes font bien chauds, on les pofe l’un fur l’autre, comme DE( fîg-9)’>& avec le gros marteau , on les foude ; puis on coupe le ringard E ; on martele la face d ; alors la moitié du corps de fenclume eft faite : on forge une autre piece toute pareille a.E D ; & en chauffant à fixer les faces d dans deux forges différentes, on les applique l’une fur l’autre; on les foude, & par ce moyen on a un gros parallélipi-pede e f g h {fig* 6) , qui fait le corps de l’enclume : i k, font les ringards dont on n’a repréfenté qu’un bout pour ne point embarraffor la planche.
- Si l’on foudoit encore un parallélipipede femblable \ E D ('Jig. 9 ) ,fur la face g h ik ; en rapportant une couche d’acier fur la face F, on auroit un gros tas propre à étirer du fer ou à forger de très-groffes pièces. Nous en avons repréfenté de pareilles dans l’Art de la forge des ancres, ainfi que celui C (fig. S de vignette) , qui n’eft gueres plus difficile à faire que celui dont nous venons de parler.
- Ces enclumes fe font aux groffes forges ; & leur fabrique eft fi fimple que nous nous contenterons du peu que nous venons de dire : le foui article qui mériteroit quelques détails, eft la façon d’appliquer la table d’acier fur la face F { fig. 6), & de lui donner la trempe ; mais ces deux points feront amplement détaillés dans la fuite ; ainfi nous allons expliquer comment ayant un corps femblable à celui marqué F (fig. 6 ) on peut en fabriquer une enclume femblable à celle marquée h {fig. 20) ou à celle marquée z {fig. 21).
- Cet ajuftement fo fait ordinairement dans les groffes forges pour les enclumes neuves ; mais il y a des Forgerons qui courent les villages pour radouber & rétablir les enclumes rompues ; & il eft fingulier que ces gens qui ne portent avec eux que deux foufflets à un vent, & quelques marteaux , parviennent à rétablir toutes les pièces qui manquent à une greffe enclume : bien plus, leur ayant fourni un morceau de fer ou un corps d’enclume femblable à F {fig. 6 ) , ils nous en ont fabriqué une enclume femblable à celle marquée i {fig. 2 r ), & très-exaélement exécutée. C’eft ce travail que je me propofe d’expliquer, parce qu’il faut de l’induftrie pour exécuter d’auffi gros ouvrages, fens le focours d’aucune machine ; tout le travail dont nous allons parler eft le même que celui qui s’exécute avec plus de facilité dans les grandes forges où l’on a des machines foli-dement établies , Sc des foufflets très-grands, ce qui rend le travail beaucoup plus aifo.
- Le maître Forgeron arrive ordinairement avec deux compagnons & fes deux foufflets ; comme il travaille prefque toujours pour des Maréchaux & pour
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- D E S E N C L U M E $. 3
- des Serruriers, il trouve à emprunter un foufflet à deux vents pour la petite forge, & une enclume pour forger les mifes : il trouve auffi par-tout des Ouvriers qui lavent mener le marteau ; car on forge prefque toujours à quatre marteaux pour profiter , le plus qu'il eft poffible, des chaudes , & ménager le charbon. Ces gens bâtiffent affez grofflérement une petite forge a (fîg* 1) : a en eft le foyer & le chevet ; b , le foufflet à deux vents ; c eft un petit garçon qui le fait agir. On- voit en i une mife qui chauffe , Sc en e une enclume pour forger les mifes : cette petite forge reflemble en tout aux forges ordinaires.
- La grande forge ( fig. 2,3 & 4 ) mérite plus d’attention : les Forgerons bâtiffent un mur a qui fait le chevet de la forge , & qui eft traverfé par les bufes & les tuyeres des foufflets ; devant ce mur a > ils font avec dès pierres & quelquefois avec des morceaux de bois, le foyer e de la forge qu'ils rempliffent de cendres & de frafil, ou plutôt de craffe de forge ; au-devant , un peu plus loin du feu qu'il n'eft repréfenté dans la figure 2, eft un gros billot de bois h pofé debout ; il ne doit pas être plus élevé que le foyer de la forge : c'eft fur ce morceau de bois qu’on forge les enclumes ; car , comme on ne chauffe jamais le corps des enclumes que fur le côté où l’on foude les mifes, la face oppofée n’eft pas affez chaude pour brûler le morceau de bois fur lequel on a foin de jetter de l'eau & des cendres quand il eft néceffaire. - ,
- Les Forgerons ambulants n'ont ni courant d’eau, ni autre machine'équivalante pour faire agir leurs foufflets ; néanmoins ils ont befoin d'un vent violent pour chauffer fuffilamment d’auflî greffes maffes de fer.
- Pour cet effet, ils établiffent derrière le mur à, les deux grands fouff flets h , l qu'ils ont apportés avec eux ; c es foufflets ont fix à fept pieds de longueur fur deux pieds fix à huit pouces feulement de largeur. Ils ne peuvent pas être plus larges, parce que, comme on les fait agir avec les pieds, en refoulant alternativement les deux panneaux fupérieurs, il faut que les pieds puiffent être placés à peu-près au milieu de la largeur de ces panneaux , pour les comprimer régulièrement.
- En jettant les yeux fur la figure 4, on voit que Jes quatrehommes qui font debout l'un devant l’autre, ont un de leurs pieds fur le panneau fu-périeur du foufflet h, & l’autre pied fur le foufflet qui lui eft parallèle* On conçoit qu’enlevant le pied droit pour porter tout le poids du corps fur le pied gauche ; & enfuite le pied gauche pour porter tout le poids du corps fur le pied droit, on refoule alternativement les deux foufflets. Mais il faut une puiffance qui faffe relever les foufflets quand ils font déchar-* gés du poids des quatre hommes : deux perches pliantes , i k font cet office, au moyen dune corde qui lie le haut de chaque perche aved 1 extrémité / des foufflets : ces perches font la fonélion de deux grands
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- 4 2? CE L A FORGE
- •refforts ; elles relevent les foufflets quand ils font déchargés du poids des hommes. Il eft vrai que l'aélion des hommes fur les foufflets eft diminuée de la force qu'il faut pour plier les refforts ; mais il en refte encore af-fez pour faire un vent très-violent. L'exercice des Souffleurs eft fatiguant ; ce-pendant quand le fer eft chaud , ces Souffleurs defcendent de deffus les foufflets pour prendre chacun un marteau ; & quand la mife eft en place , ils remontent promptement fur les foufflets , afin de ne point lalffer refroidir le fer, 8c économifer le charbon.
- 3?our donner une chaude au corps de f enclume , on creufe un trou dans la cendre qui fait le fond de la forge , & on le remplit de charbon , foie charbon de terre, foit charbon de bois, félon les endroits où ils travaillent; mais les Forgerons prétendent que, quand on peut avoir de ces deux elpeces de charbon, le mieux eft de les mêler enfembie ; que le feu en eft plus aélif, & qu'il fe forme moins de craffe dans la forge. On pofe la face de l’enclume qu'il faut chauffer, fur le lit de charbon ; on en ajoute encore tout autour ; & de temps en temps -le Maître Forgeron d (jîg- 3)* fait ici la fonétion d'Attifeur , attire à lui les craffes , & foure de nouveau charbon fous l'enclume, principalement du côté des foufflets.
- Il ne faut pas que le vent des foufflets donne fur le fer quand ôn veut chauffer.; c’ eft .pourquoi le Jaugeur c ( jîg. 2) foutient continuellement l’enclume un peu élevée au-deffus du vent, tandis que i'Attifeur fait paffer du charbon par deffous; fi le feu s'anime trop, I'Attifeur prend-de l'eau avec la febille .g ( fig* 13) , il la Jette fur les endroits où le feu eft trop vif, & ordinairement il ajoute en ces endroits une pellée de charbon de terre mouillé ; car ici, comme dans toutes les autres forges, il faut que le charbon faffe une croûte qui tienne lieu du dôme des fourneaux de réverbere. Une enclume de deux cents pelant peut être chauffée , & en état de rece* voir des mifes en moins d’une heure ou de cinq quarts-d'heure.
- Après avoir expliqué comment on donne une chaude à la grande forge," je vais fuivre en détail la façon de joindre au corps F {fig* 6) toutes les .mifes qui font nécelîàires pour en faire une enclume parfaite.
- La,premiere opération confifte à faire à un-des côtés 8c au-delfous du corps de l'enclume F, jig. 6, des trous femblables à L ( fig. 14) : on verra dans la fixité qu'au moyen de ces trous dans lefquels on a paffé une -barre de fer qui répond à* un .levier de bois , on a un ringard volant qu'on nomme Jauge, au moyen du quel «l'Ouvrier manie une grofle malle de fer avec beaucoup de facilité. L'Ouvrier c ÇJïg. 2) , qu'on nommz Jaugeur, eft affis lur là jauge, pendant que le fer chauffe; m eft le manche de cette jauge; tl eft •la clef ou cheville qui le traverfe en croix ; le Jaugeur, en appuyant tan* tôt là cuiffe droite, tantôt fa gauche fur cette cheville , tient l'enclume clans la fituation qu'il juge la plus convenable ;o eftle barreau de fer qui
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- DES ENCLUME Si $
- «ntre dans les trous qu’on a faits au corps de 1 enclume*
- Il a donc fallu percer un trou L > (fig. 14) : pour cela on tranfporta e la grande forge le corps d’enclume F, ([fig. 6 ) , par les ringards i , k > qui font bien plus longs qu’on ne les a repréfentés dans la figure : on place fur les charbons la face g h, qu’il faut chauffer ; quand elle eftfuffi-làmnient chaude , on met la face y7 e fur le billot b de la grande forge ; 8c avec le mandrin d (fig»$ ) , fur lequel on frappe à coups de maffe * on fait le trou i ( fig» 6 ), qui doit avoir trois pouces de profondeur , Sc être régulièrement percé , afin que le barreau o de la jauge ni , y entre bien jufte. Gomme déformais on n’aura plusbefbin des ringards i, k > on les coupe , & on chauffe la face f h g (fig» 6 ) > pour faire un pareil trou au milieu du deffous de l’enclume ; quelquefois on en fait encore un à la face f e ; quand le barreau de la jauge efl bien affujetti dans les trous , .< le Jaugeur ( fig» 1 ) , prenant un point d’appui fur un morceau de bois qu’on voit au deffus dee ,8cfàififlànt, à deux mains , la clef de la jauge N y tranfporte avec promptitude & facilité cette groffe maffe de fer , du feu fur le billot h > & il retourne l’enclume de façon que la face qui étoit en deffus à la forge , pofe fur le billot, & que la face qui étoit expofée à la chaleur du feu foit en deffus. Pendant qu’on fait ces opérations à la grande forge , on prépare les mifes à la petite forge , ou plutôt elles ont été préparées d’avance , ainfi que je vais l’expliquer*
- On fortifie le devant de l’enclume par une efpece de pilaflre G ( fig. 10 ) qu’on nomme 1 ’Efiomac, ou la Poitrine ; on forge cette mife telle qu’ont la voit en G ; on martelie la face qui doit être pofée fur le corps de l’enclume ; & après avoir chauffé à la grande forge la face l kfie du corps de l’enclume ( fig. 6 ) , & en même temps à la petite forge la mife G ( fig. 10 ) , on la foude fur le corps de l’enclume , comme on le voit en H (fig. .0 ) : il faut que la mife foit bien également chauffée dans toute fon étendue ; & bien conduire le feu de la groflè forge * pour ne point brûler le fer aux angles du corps de l’enclume*
- On élargit la table de l’enclume en foudant la, mife R ( fig. 1 r ) 3 à l’endroit marqué/, I (fig» 12 ) : cette mife qu’on nomme la Paroi 9 forme une efpece de couronnement au pilaftre G ; 8c avec la tranche S,
- ( Vignette , fig. 13 ), ou la chaffe d ( ibid. fig. y ) , on donne une forme arrondie à ces deux mifes qui forment des efpeces d’arcades : ces mifes fortifient l’enclume , fans augmenter de beaucoup fon poids.
- Quelquefois on met une pareille mife Y ( fig. 14 ) au bas de l’enclume* pour,en former le pied ; mais ordinairement on forme le pied des enclumes , en rapportant fur les côtés deux mifes [fig» IJ ), comme on la voit en M M (fig» 16 ); & le pied du milieu qui eft pris fur fa pièce G (fig* 10 ) , eft ou arrondi * comme on le voit (fig» 16 ) * ou bien Enclumes. B
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- 6 DE LA FORGE
- avec lachaffe d ( Vignette 9 fig. y) , on lui donne la forme d’un petit fo-cle : aux fort greffes enclumes , on fortifie le pied par des mifes pareilles à celles dont nous venons de parler > mais qui font de moitié moins groffes.
- Le pied , la poitrine , ou l’eftomac de renclume , & la paroi étant formés & foudës au corps, il faut rapporter aux deux bouts de l’enclume O ( fig- 17 ) , deux pièces femblables à N, qui font faillie ; ce qui fe fait en foudant à F endroit O , la mife P (fig. iÿ ) : on fait chauffer à la greffe forge le corps de renclume , feulement à l’endroit où l’on doit rapporter la mife : on fait chauffer à la petite forge la partie de la mife qui doit être foudée au corps de l’enclume ; il eft clair qu’on ne peut frapper que fur le bout de la mife ; mais le fer qui eft fort chaud bourfouffle de tous les côtés ; & des Forgerons rabattent les bavures, pendant que d’autres frappent fur le bout, après quoi la mife fe trouve foudée , comme on le voit en N (fig. 17 ). La mife P (fig- 19 ) doit être de même largeur que l’enclume > y compris la paroi qui fait partie de la table de l’en-clùme : cette mife eft formée de deux ou trois pièces de fer foudées en-femble ; elle forme par le bas une efpece de confole , & fouvent on la fait repofer fur un petit talon que l’on ménage au corps même de l’enclume : cette piece fe nomme le talon. Quand elle eft bien foudée , on coupe avec la tranche le ringard q (fig- ) ; on emporte avec des tranches fines, le fer qu’il y a de trop , & on achevé de donner^ à petits coups de marteau, la forme régulière que doit avoir ce talon.
- Aux enclumes quarrëes, qui ont des talons tels que ceux des figures î8 & 20 > on foude deux talons Q , R ; mais aux enclumes qui ont une bigorne , on foude, au côté droit, une mife conique ( fig. 22 ) : cette mife doit être pofée fur une faillie qui la fortifie en deffous : on la répare enfuite à la tranche ; on la pare au marteau * à petits coups , comme les talons. Il y a des enclumes qui ont deux bigornes, une ronde, & l’autre à pans. Ces bigornes font quelquefois un reffaut, comme en / ( fig. 21 ) ; qui fe forme avec la chaffe ; & fouvent on fait auprès un trou quarré dans lequel on met un cifeau ou une tranche qui fervent à couper le petit fer qu’on vient de forger ; on y met encore une griffe qui fert à faire des enroulements.
- Voilà l’enclume forgée ; il ne s’agit, pour la finir, que de former la table , e’eft-à'dire, d’en couvrir la fuperficie avec une lame d’acier qui doit être trempé. C’eft fur quoi la pratique des Ouvriers varie beaucoup.
- D’abord il faut couvrir d’une lame de fer forgé , les vieilles enclumes qu’on veut recharger d’acier, parce que l’acier fe foude mieux avec le fer, qu’avec l’acier ; ainfi les uns commencent par couvrir de fer les vieilles enclumes , & d’autres arrangent fur une planche de fer Z Z (fig. 23 ),
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- DES ENCLUMES.
- des barreaux d’acier a a , qu’ils retiennent par des entailles faites à la planche de fer, & par un lien ou bride b b : en forgeant le tout enfemble , ils ont une table de fer couverte d’une lame d’acier qu’ils rapportent fur l’enclume ; & cette lame, partie fer , partie acier, contribue à lier les talons avec le corps de l’enclume ; elle ne s’étend point fur les bigornes où l’on fe contente de mettre des lardons d’acier qui s’étendent de la table fur les bigornes.
- D ’autres plient une lame d’acier mince > & bien recuite > comme on le voit en y (fig. 24 ) ; ils la paffent enfuite à la forge , 8c ils rappliquent par mife fur les enclumes neuves. Quand ils réparent des enclumes qui ont déjà été acérées, ils foudent les miles d’acier y , fur une plaque de fer Z ; 8c ils foudent l’un 8c l’autre enfemble fur l’enclume : cela ne fe pratique gueres que pour les petites enclumes , telles que la bigorne
- if g-26 )•
- L’ufàge le plus ordinaire , qui eft le plus expéditif, & qui eft fort bon ; eft de tremper bien dur la verge d’acier g ( fig- 2 y } , & de la rompre par petits morceaux fi, d’environ un pouce de hauteur.
- On arrange ces petits parallélipipedes d’acier dans un chaffis de fer i , auquel efl: foudé un ringard h ; on retient ces petits morceaux d’acier avec des coins auffi d’acier ; on leur donne une bonne chaude ; 8c après avoir frappé quelques coups de marteau fur le plat, on en donne de légers fur le champ , 8c fur toutes les faces, afin de les bien fouder enfemble ; on finit par frapper fur le plat , 8c alors on a une mife d’acier prête à être appliquée fur l’enclume : il en faut ordinairement trois pour couvrir une "grande enclume. Si l’on a à charger d’acier une enclume déjà acérée , on commence par fouder deifus une lame de fer ; ou bien on arrange les morceaux d’acier dans un chaffis d (fig- 25 ) , qu’on pofe fur une femelle de fer c c, & l’on forge le tout enfemble : e eft la frette ou le lien de fer qui contient les morceaux d’acier f, comme on le voit en d. On laifîe refroidir l’enclume dans la forge , pour que l’acier ne fe durcilfe pas ; & quand l’enclume eft froide , deux Ouvriers en liment & en unifient la table avec un gros carreau.
- Les bigornes ( * ) des Chaudronniers ou des Eperonniers (fig. 26) ÿ n exigent pas tant de façons. Pour les fabriquer, on emploie un barreau de fer m , n(fig. 27 ) , de y, 6 , ou 7 pouces en quarré, fuivant la grofo feur des bigornes qu’on fe propofe de forger ; on foucle une virole de fer en n , pour faire le pied ou le renflement qu’on voit en o (fig- 28 ) ; & l’on appointit l’extrémité p de ce barreau, pour lui donner la forme qu’on
- (*) Bigorne II eft probable que ce mot vient ] enclume dont deux ou un feul talon fe ter-de Bicorne, c’eft-à-dire , qui a deux cornes. minent en pointe,
- JNeanmoins les Ouvriers appellent Bigorne t une 1
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- 1g D E L A F O R G E
- voit en q ( fg- 29 ) : enfuke on coupe ce barreau en m ( fig. 2J )* Alors on refend le corps de la bigorne en S (fig* 28): quelques-uns rabattent les deux parties , comme on le voit ponétué en t t, & ils fou-dent au-deffus la partie u x(fg. 26) qui a été forgée à part ; on fait enfuke les parties plates^ avec des miles ; mais d'autres Ouvriers, en re* fendant le corps de la bigorne en s ( fig. 28 ) font une gueule de loup r ( fig. 29 ) , dans laquelle ils foudent le tenon S de la figure 30 , comme on le voit en t tJ^jîg. 31 ). Enfin on rapporte deffus une plaque de fer chargée d'acier; on étire les parties r r; & la bigorne (fig* 26) eft finie* La première méthode qui eft plus fimple 9 eft tout auflî bonne.
- -Il refte à expliquer comment on trempe les enclumes. Pour tremper une enclume , on ne chauffe point avec des foufftets : on fait en terre une foffe ou petit fo!Té a a (fig. 34 ), qui dans le fourneau b b , a un pied de profondeur verticale , & qui, par un de fes bouts c, gagne par un plan incliné , la furface du terrein : on pofe, de travers , fur la partie creufe de ce folfé , des barres de fer d 9 d,9 d 9 qui doivent être alfez fortes pourfup-porter l'enclume.
- Comme il faut que fa furface acérée de l'enclume foit fort dure , Sc qu'elle foit unie , on doit éviter qu'il ne fe leve d'écaille fur le métal ; pour cela , on fait une cage en tôle e e (fig* 34 )> dont les bords font élevés d'environ quatre pouces ; l'étendue de cette cage doit être, un peu plus grande que la table de l'enclume.
- On pofe la cage de tôle fur les barres d9 d ,d 9 qui forment la grille du fourneau ; on écrafe de l'ail avec le marteau fur la table de l'enclume ; & l'on met dans la cage , à l'épaifleur d'un pouce & demi, ou deux pouces, une compofition faite avec de la fuie de cheminée , de la rapure de corne , de la poudre de charbon, du fel, & d'autres drogues qu'on emploie ordinairement pour les trempes en paquets ; ces différentes fubftances détrempées avec du vinaigre, forment une pâte qu'on étend dans la cage e de tôle , & fur laquelle on pofe la table de l'enclume ; on lutte, le plus% exaélement qu'il eft poffible , les bords de la cage , avec le corps de l'en-clumzf>f>f\ enfuiteàcinq ou fix pouces du corps de l'enclume, on confirait trois petits murs g , avec des pierres ou avec des briques , ou même avec des morceaux de mâchefer qu'on lie avec de la terre rouge.
- On arrange enfuke fur les barreaux d, d yd, quelques tortillons de paille entre ces petits murs , & l'enclume ; & on remplit tout le fourneau avec du charbon de bois.
- On met de la paille enflammée fous la grille en b b ; les tortillons de paille s'enflamment, & allument les charbons qui, peu à peu , tombent em-brafés fous la grille où il s'amaffe beaucoup de braife : 'à mefure que le
- charbon
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- D ES E NC LU MES. $
- charbon fe confirme , on y en ajoute de nouveau; car, pour chauffer unë enclume, il faut près de deux demi-queues de charbon 5 on continue ainfi jufqu'à ce que Fenclume foit devenue couleur de eerife , ü e eft de 1 acier de Stirie , qu on nomme Acier de Hongrie ; Sc tirant un peu au blanc , fi c’efi: de l'acier commun : alors on retire 1 enclume de fon fourneau pour là jetter dans un ruifleau, ou dans un grand cuvier rempli d eau fraîche , ou dans un badin rr(fg. 32)*
- Comme les talons Sc les pieds de Fenclume font plus évafés que le corps ; on a la facilité de la faifir avec une chaîne A ( fig. 33 ) ; Sc avec le levier B 9 on l'enleve pour la porter promptement à Feau.
- La figure 33 repréfente 1 élévation du fourneau de la figure 34 y vu en
- perfpeélive.
- Les enclumes neuves entièrement faites de bon fer forge fe vendent communément dix fois la livre 9 Sc les forgerons ambulants achettent les effleux rompus & les vieilles enclumes de bon fer , fur le pied d'un fol > ou y à 6 liards la livre ; mais communément on leur fournit le charbon , le fer & Facier ; Sc Fon convient avec eux du prix de la façon , qui va à dix écus9 ou 40 liv. pour chaque enclume , fuivant les réparations qu elle exige.
- Ces mêmes Ouvriers ambulants réparent quelquefois les battants des groffes cloches. C'eft une mauvaife méthode que de charger ces battants, en mettant aux endroits qu on veut fortifier , des anneaux de fer ; car comme ces anneaux s'étendent par les coups de marteau quon donne pour les fouder avec le battant , la mife annulaire ne fe foude jamais bien. Il eft plus à propos d'ajouter des mifes d'autre forme , Sc en plus grand nombre ; mais le mieux eft de donner une bonne chaude à la partie du battant qu'on veut grofîîr; de creufer avec une groffe tranche des filions, fuivant la longueur du battant Sc de rapporter dans ces filions des mifes auxquelles on a donné la forme d'un quartier d'orange*
- EXPLICATION DES FIGURES.
- Fr G u R E ï. a , ia petite forge ; b , le foufflet à deux vents ; c $ le petit Souffleur ; d y mife qui eft à la forge ; e, enclume pour les mifes.
- Fig. 2, , 3 & 4 , grande forge ; a , chevet de cette forge ; h > billot de bois fur lequel on forge ; c , le Jaugeur qui eft affis fur la jauge ; m, manche de la jauge ; n , clef qui fert à tourner l'enclume ; o , fer de la jauge ; au-defliis de e , eft un billot qui fert de point d’appui a la jauge m o ; d, le Maître ou l'Attifeur qui tire les crafles avec un four-* gon , h l , foufflets fur lefquels font montés 4 Souffleurs ; ik, perches qui par leur reffort relèvent les foufflets*
- Enclumes. q
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- ÏO
- DE LA FORGE
- Fig. 5 , c, un tas ; m, une grofle enclume finie ; d, un mandrin ou étampe emmanché, comme un tranche ; f, une chafle emmanchée comme un marteau , Sc qui fert à former les creux où le marteau ne peut atteindre.
- Fig. 6, Z7, un corps d’enclume formé de quatre parallélépipèdes fembla-blés à A ( fig. 7 ). B , ringard qui après avoir été joint à la piece A, eft enfuite comme C ( fig. 8 ).
- Fig. 9 , deux pièces femblàbles à A , C ( fig. j <5 8 ), jointes l’une à l’autre ; deux pièces femblàbles a E, D ( fig. 9 ), forment le corps de l’enclume (fig. 6 ).
- Fig. 10 , G 9 mile préparée pour former l’eftomac que l’on voit en place fur l’enclume H, même figure.
- Fig. 11, R y mife préparée pour former le bandeau ou paroi //, de l’enclume (fig* 12 ).
- Fig. 13 , S ( dans la vignette ) , la tranche : o9oin9qi différents marteaux : g , febille pour jetter de l’eau fur le feu.
- Fig. 14 , une enclume renverfée , pour faire voir comment on difpofè quelquefois le pied des .enclumes avec la mife Y.
- Fig. IJ , mife préparée pour faire le pied des enclumes.
- Fig. 16 y autre maniéré de difpofer le pied des enclumes avec les deux mifes M M
- Fig. 17, enclume à laquelle il manque un talon du côté de O.
- Fig. 18 , enclume quarrée qui eft pourvue de fes deux talons Q R.
- Fig. 19 , mife préparée pour former le talon O de l’enclume de la fig. 17.1
- Fig. 20 , enclume quarrée parfaite de tous points.
- Fig. 2i , enclume à bigorne.
- Fig. 22 y mife préparée pour faire la pointe de la bigorne.
- Fig. 23 , aay barreaux d’acier arrangés fur une femelle de fer [
- Sç deftinés à charger d’acier une enclume que l’on veut réparer.
- Fig. 24 , autre difpofition d’une mife d’acier pour charger une enclume;
- Fig. 2$ y autre façon de faire les mifes d’acier.
- Fig. 26 y bigorne du Chaudronnier en état de perfection;
- Fig. 27, barreau de fer coupé en m ; la partie m p fert à faire le corps d’une bigorne ; n y anneau ou virole que l’on y foude pour former le renflement 0 de la fig* 28.
- Fig. 28 y s y point où l’on fend la partie du barreau m p (fig* 27 ), pour faire les orillons ponctués 11.
- Fig. 29 y r gueule de loup faite pour recevoir la mife s ( fig. 30 ) , comme on le voit dans la fig. 31.
- Fig. 32 , baflîn où l’on trempe les enclumes.
- Fig. 33 , fourneau où l’on chauffe les enclumes avant de les tremper,
- Fig. 34, détail & coupe de ce fourneau.
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- DES ENCLUME Si
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- EXPLICATION
- De quelques termes qui ont rapport à la Forgé des Enclumes,
- Attiseu r : Ouvrier qui avec un fourgon arrange le charbon , & retire les craffes.
- B
- B i g o R ne : talon qui fe termine en pointe. Foy. pag. 6. Les bigornes des Chaudronniers & des Eperonniers font différentes de celles des Serruriers & des Maréchaux. Fy» pag. 7.
- E
- Enclume coulée : ces enclumes font faites de fer fondu. Les Enclumes de loupe font faites avec du fer qui a paffé à l’affinerie, qui a reçu quelques coups de marteau, mais qui n’a point été étiré : les meilleures enclumes font faites de fer forgé & étiré.
- Estomac : on nomme ainfi une mife faite en forme de pilaftre, & que Pnn foude fur le devant des enclumes. Voy. pag. 5.
- G
- Griffe : piece de fer refendue : on engage dans cette fente un morceau de fer rouge dont on veut faire une volute ou d’autres ar-rondiffements.
- J
- Jauge : barreau de fer qui a un grand manche de bois ; ce manche eft traverfé par une cheville de bois qu’on nomme la Clef ; la jauge fert à manier l’enclume pour la tenir en fituation à la forge , & pour îa tranfporter fur le billot où l’on foude les mifes : celui qui fait cette opération fe nomme Jaugeur. Foy. pag.
- 4-
- M
- Mandrin, efpece de cheville acérée qu’on emmanche comme la tranche : il fert à percer le fer pendant qu’il eft chaud.
- Marteler ; c’eft faire avec une tranche ou un cifeau des entailles fur une piece de fer : on martele les morceaux de fer fur les faces qui doivent être foudées l’une à l’autre.
- Mise ; piece de fer qu’on forge à part pour lui donner la forme qu’elle doit avoir : on P amorce, c’eft-à-dire, qu’on étend une de fes parties, pour quelle fe foude plus exactement
- au lieu où elle doit être placée. Les Mifes de loupe font faites de fer encore brut : les Mifes de fer forgé font de fer affiné.
- Paquet : la Trempe en paquet fe fait en renfermant dans une cage de tôle les pièces qu’on veut tremper, au moyen de quelques fubftances propres à durcir le fer & l’acier. Fy. pag. 8.
- Paroi : on nomme ainfi une mife qu’on foude au delfus de Pefomac, pour élargir la table : cette mife forme une efpece de bandeau qui fert de couronnement à Vefiomac. Foy. pag. y
- Pied : c’eft le bas de l’enclume qu’on élar* git par des mifes. Ibid.
- Poitrine ; c’eft la même chofe qu’efomac*
- Ibid.
- R
- Radouber ; c’eft rétablir une enclume rompue dans quelques-unes de fes parties.
- Ringard, barreau de fer qu’on foude à un morceau de fer pour le manier plus commodément à la forge , & fur l’enclume : c’eft une piece poftiche qu’on retranche après que la piece de fer a été forgée ôc foudée au lieu où elle doit être.
- S
- Sebille : Jatte de bois.
- Souffleurs ; ce font les Ouvriers qui font jouer les foufflets.
- Table : la table d’une enclume eft la face fupérieure fur laquelle on forge.
- Talon ; c’eft une partie qui alonge l’enclume feulement par le haut : il eft, effentiel que cette mife foit bien foudée au corps de l’enclume, parce quelle eft fréquemment expo-fée à recevoir de grands coups de marteaux. Foy. pag. 6.
- Tas : on nomme ainfi une enclume qui n’eft ordinairement qu’un parallélipipede.
- Tranche ; c’eft un gros cifeau acéré,figuré comme un coin : on l’emmanche au bout d’un morceau de bois, & on frappe defîus pour couper le fer chaud.
- Fin de la Forge des E n c lu m es.
- De 1 Imprimerie de H» L. Guérin Ôc L. F, Djelatouiu 1762*
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