Descriptions des arts et métiers
-
-
- p.n.n. - vue 1/66
-
-
-
- I
- DES Al\f C RES,
- LUE À L’ACADÉMIE EN JUILLET 1723:
- Par M. de Reaumur. Avec des Notes SC des Additions
- de M. Duhamel.
- N ou s allons entrer dans le détail d’un des plus gros ouvrages qu’on fafïe avec le fer : les ancres fnnr certainement- un des plus malîifs que l’on forge avec ce métal, Sc peut-être un de ceux qu'il importe le plus dé bien forger. Que deviendroit un Vaifleau dont fouvent le falut êft confié à fes ancres, fi elles étoient compofées d’un fer trop caflànt, ou mal foudé ? En fui-vant les différentes maniérés dont on les fabrique , nous examinerons quelles font les plus propres à leur donner toute la force qui leur eft hécelfaire.
- La figure d’une ancre ( PL Lfg. i.*) efl; affez connue ; mais nous ne pouvons employer les noms de fes différentes parties qu’après les avoir expliqués;
- Cette tige de fer droite qui efl la plus longue partie de l’ancre^ s’appellè la verge AB ; quelques Auteurs la nomment auffi la vergue. A un des bouts de la verge font foudés les deux bras B D,B G; ce font ces deux pièces de fer recourbées vers la verge, qui forment deux efpeces de crampons , dont un feul doit avoir affez de force pour loutenir un Vaifleau contre les vents les plus impétueux ; chaque bras fe termine par-une pointe qui forme une éfpecé de triangle ifofeele ; les bouts des bras MD ,M G, font appellés les pattes4
- L’endroit le plus gros de la verge efl: ié plus proche des bras , & appellé lè fort de la verge ; delà elle va en diminuant jufqu’à quelque diftance de fon autre bout. L’endroit où elle a le moins de diamètre fe nomme le foible ou le petit rond de la verge. Depuis le foible jufqu’au bout elle augmente de diamètre, & efl forgée à peu près quarrément; auflî appelle-t-on cette partie la culajfe, ou plus communément le quârré de la verge. Le quarré efl tra-
- verfé par un trou qui reçoit un gros anneau de fer auquel efl attaché le cable
- --- ------------------------------ t
- * Les Planches 1, 11 & VI ne faifoient point parti du Mémoire de M. de Réaumur.
- Ancres. A
- 1
- p.1 - vue 2/66
-
-
-
- f
- a FABRIQUE DES ANCRES.
- qui retient Tancre : cet anneau s’appelle Vorganeau. Enfin au-deflous de l’organeau , c’eft-à-dire , entre l’organeau & le foible de la verge ^ il y a deux tourillons de fer diamétralement oppofés , foudés contre le quarré ; quoiqu’on les nomme des tourillons, ce ne font que deux bandes de fer coupées quarrément dont l’épaiiTeur eft différente dans les différentes ancres. Ces deux pièces n’ont d’autre ufage que de donner la facilité d’arrêter en croix fur la verge une piece de bois qui l’égale en longueur. Cette piece de bois > qu’on appelle le jas, n’a rien de commun avec la fabrique des ancres ; mais il eft néceflàire de la connoître, fi l’on veut favoir comment les ancres fe difpofent pour mettre un Vaiffeau en fureté (I).
- Une ancre fans jas jettée dans la mer, s’y coucheroit à plat ; les deux bras
- (1 ) La defcription des Ancres que donne M. de Réaumur m’ayant paru trop fuccinète, j’y fup-plée par ce qui fuit, & par la Planche I, que j’ai cru devoir ajouter. Toutes les ancres dont on fe fert pour les gros bâtiments font formées, i°, de la verge A 8 ( jig. i ) qui augmente de grofleur à mefure qu’elle approche de fon collet, qu’on nomme aufîi le fort ou le gros rond de la verge, du côté de la croifée ou de l’encolure B. Le bout jîEe de la verge oppofé à l’encolure eft prifme». tique fur une bafe quarrée : on nomme cette partie le quarré de la verge ou la culajfe de Vancre. La longueur de la culafle eft égale à un fixieme de la longueur totale A B de l’ancre. Les faces du quarré ou du prifme font égales au diamètre de la verge à fon foible ou à la partie qui touche la culaffe e, excepté que les deux faces parallèles au plan des pattes, fur lefquelles eft percé îe trou qui doit recevoir l’organeau > font tenues un peu plus larges depuis les tourillons E jufqu’au bout, afin de renforcer cette partie qui eft affoi-blie par ce trou. Cette augmentation de largeur eft d’une ligne & demie, ou au plus de deux lignes par pouce. On donne à la culafle une forme quarrée, ôc onia tient plus forte que le foible de la verge pour y mieux faire tenir le jas NO (jig. 6 ).
- Le diamètre du barreau qui fait Vorganeau ou l’anneau qui fert à joindre îe cable à l’ancre, eft d’un tiers d’une des faces de la culafle prife au-deflous des tourillons. On fait le diamètre du trou qui doit recevoir cet anneau de deux lignes plus grand, pour que l’organeau puifle jouer. Le diamètre extérieur de l’organeau eft égal à la longueur Fe comprife depuis le trou de l’organeau jufqu’à l’extrémité du foible de la verge.
- Au milieu de la longueur de la culafle font foudées deux oreilles qu’on nomme aflez mal à propos les tourillons ; leur épaifleur eft égale à un tiers de la culafle ; ils font recouverts par îe jas, encaftré par fes flafques, & ils font foudés fur la même face de la culafle où eft percé le trou de l’organeau.
- La circonférence de la verge à fon fort ou collet près les aiflelles eft égale à la cinquième partie de fa longueur , & la circonférence de la même verge à Ton foible ou petit rond e n’eft que les deux tiers de la grofleur au fort.
- A l’extrémité B de la verge oppofée à la cu-
- lafle font foudés les bras BD B G qui forment ce qu’on appelle la croifée : l’endroit où les bras font réunis à la verge fe nomme Vencolure, ôc les angles rentrants formés par les bras ôc la verge s’appellent les aijfelles.
- La circonférence des bras auprès des aiflelles eft égale à celle de la verge à fon fort ; & à la naiflance des pattes LM fa grofleur eft la même que le foible de la verge en e. L’extrémité D du feras cjui forme le bec ou par corruption la bec— que de la patte de l’ancre, n’a de largeur que la moitié du diamètre du bras en LM ; les deux bras forment ordinairement enfemble un arc de cercle dont le centre H eft aux trois huitièmes de la longueur de la verge, à compter d’entre les aiflelles ; ôc comme chaque bras eft aufli égal aux trois huitièmes de la longueur de la verge ou au rayon, il s’enfuit que les deux enfemble forment un arc de 120 degrés.
- Si on vouloit reflerrer un peu les pattes pour donner à la croifée la forme d’une anfe de panier» ilfaudroit, après avoir tracé la partie IL du centre H, tracer la partie LD du centre C, faifant en forte que les deux arcs fe joigniflfent fans ref-faut.
- La portion IL des bras eft un peu applatîe , comme le repréfente la figure £ qui eft la coupe de la verge fuivant la ligne HQ; on la nomme le rond du bras. Sur la portion L D du bras qui eft quarrée, Ôc qu’on nomme pour cette raifon le quarré du bras, font foudées des pièces de fer plat triangulaires qu’on nomme les pattes : leur longueur IDeft égale à la moitié de la longueur ID des bras. Leur largeur en. MM (Jig. 3 ) eft les deux cinquièmes de la longueur du bras, ôc elle eft réduite en D à la même largeur que le bras à cet endroit D ou au bec. Les angles aba-tus ou non MM {jig. 2 ôc 3 ) fe nomment les oreilles.
- Le jas N 0 (jig. 6 ) eft un aflemblage de deux pièces de bois de figure fymmétrique ; elles em-braflent le quarré de la verge ôc les tourillons. Elles font exaélement empattées l’une avec l’autre Ôc liées par des chevilles de fer ôc deux ou fîx frettes P ; le jas a au milieu environ quatre fois plus de folidité que la verge , ôc il diminue vers les extrémités : fa longueur eft la même que celle de la verge, Ôc fa pofition eft telle qu’il croife les bras à angle droit.
- p.2 - vue 3/66
-
-
-
- FABRIQUE DES ANCRES. 3
- s’y placeroient à peu près horizontalement, ou fi le cable élevoit le bout de la verge auquel il tient, les deux bouts des pattes de l'ancre s eleveroient auffi au-deffus du fond de l'eau ; ils feroient également hors d'état de s'y enfoncer. L'ancre alors n arrêteroit le VaiiTeau que par fon frottement ; & ce feroit oppofer un foible obftacle à la force du vent, comme on ne l’éprouve que trop, lorfqueïe fond ne donne pas prife aux pattes des ancres. Afin que Cancre devienne un point d'appui ferme , il faut quelle s'accroche par une de fes pattes ; & pour cela il faut que le bout d'une des pattes laboure le fond de la mer. Comme ce fond eft rempli d'inégalités , il ne le laboure pas long-temps fans s'y enfoncer ; or c'eft le jas qui donne cette pofition favorable à l'ancre. Le jas eft attaché de façon fur le quarré de la verge, qui! ne fauroit être horizontal fans qu'un des bras de l'ancre foit au-deffous , & un autre au-deflus de lui ; le plan qui pafferoit par les deux bras & par la verge , feroit perpendiculaire au plan qui paiferoit par les tourillons du jas & par la verge. Cela fuppofé , il n'eft pas mal aifé de voir comment l'ancre s'accroche. D'abord qu'on l'a jettée , fà pefanteur la porte vite au fond de l'eau; elle entraîne le jas avec foi ; elle s'y couche à peu près horizontalement , comme nous l'avons dit ; mais dès-lors qu'elle touche le fond, elle n'agit plus de toute la pefanteur contre le jas ; il devient en état d’agir contr’elle avec quelque fuccès ; s’il eft trop foible pour l'enlever entièrement, il a affez de force ou de légèreté pour foulever le bout de la verge. Il fait plus : il la fait toür^ ner ; il redreffe l'ancre fur une de fes pattes * & cela par la loi d'hydroftatique qui oblige un bâton à fe coucher horizontalement fur l'eau. Mais le jas ne peut parvenir à cette fituation horizontale , fans mettre en deffpus un des bras, & l'autre en deflus. Celui des bras, à l'élévation duquel moins d'inégalités du terrein s'oppofent, prend le deflus ; & c'eft à celui qui refte en deffous à s'accrocher. La pointe de fa patte s’enfonce dans le terrein ; Sc à caufe de la figure recourbée du bras , elle s’y engage davantage à mefure que le Vaifleau, en tirant fur le cable, fait effort pour amener l'ancre à foi.
- On a apparemment bien tâtonné avant d'en venir à donner aux ancres la figure qu elles ont aujourd’hui , Sc elle eft très-propre à produire l’effet qu on en attend. La pointe de la patte Sc fà figure triangulaire lui donnent la facilite de s'ouvrir une route dans le terrein. Il eft néceflàire de plus que la patte ait de la largeur à quelque diftance de fa pointe, & même plus que le refte du bras. Un terrein fàblonneux ou vafeux doit fervir d'appui folide à 1 ancre : or fi la patte étoit une efpece de crochet rond, un terrein mou n oppoferoit pas affez de réfiftanceàfon mouvement. Le crochet de l'ancre, quoiqu engage dans le terrein, avanceroit, au lieu que la patte de l'ancre étant large, trouve une trop grande quantité .de terre à déplacer, & par-là un terrein, meme mou, lui devient un appui folide.
- A 1 égard du nombre des bras qu'on donne aux ancres > on demandera
- p.3 - vue 4/66
-
-
-
- 4 FABRIQUE DES ANCRES.
- peut-être pourquoi on s’eft déterminé à deux ; puifqu’ un feul agit, un feu! fembleroit fiiffire. Mais il eft à obferver qu’à proportion que la patte inférieure de fanere eft plus chargée , elle s’enfonce davantage dans le ter-rein ; le poids du bras fupérieur ne doit donc pas être regardé comme un poids inutile ; & d’ailleurs ce bras peut devenir utile, fi l’autre venoit à manquer. Il eft vrai qu’on pourroit peut-être placer la matière qui compofe le fécond bras de maniéré qu’elle contribuât davantage à fortifier l’ancre, & à charger plus à propos le feul bras qui refteroit ; mais Ce font des recherches à faire , & il ne s’agit à préfent que de ce qui eft en ufàge.
- Il y a même des ancres où l’on augmente le nombre des bras, loin de le diminuer. Le P. Reinau dit avoir vu de groifes ancres à quatre bras ; celles des galeres en ont trois ; diverfes petites ancres appelléesgrapz:7zs, qui fervent aux Chaloupes ou aux petits Bateaux, ont de même trois bras, & quelquefois davantage ; mais aufiî ne donne-t-on point de jas à ces dernieres, parce qu’on veut éviter l’embarras de fon volume ; & pour fiippléer à ce jas, il faut qu’il y ait afîez de bras pour que quelqu’un foit en état de s’accrocher. Ces ancres à plus de deux bras ne font pas des pièces fort importantes : c'eft uniquement de celles qui en ont deux, que nous allons parler.
- Feu M. Perrault, de P Académie des Sciences, connu par quantité de grands ouvrages, & qui avoit eu en partage l’efprit d’invention, avoit imaginé de donner une nouvelle figure à la verge des ancres, & cela fur-tout pour ménager les cables. La figure de cette ancre eft gravée dans un petit Recueil de Machines nouvelles du même Auteur, imprimé en 1700, parles foinsd’unde fes freres. Nous l’avons aufîi fait graver dans la Planche IV, fig. 8, pour la commodité de ceux qui n’ont point le Recueil où elle fe trouve. La verge eft compofée de deux branches qui fe réunifient à quelque diftance des bras , mais qui de-là jufqu’à l’autre bout de l’ancre vont toujours en s’écartant ; elles forment une efpece de fourche ; les bouts de ces deux branches font chacun percés par un trou où paife le cable. La vue de l’Auteur étoit de faire tomber à la fois moins d’effort fur le cable ; il vouloit que l’ancre, quoique fermement arrêtée dans le terrein, pût céder en quelque forte au cable ; & pour cela que les deux branches qui compofent la verge, puffent s’approcher l’une de l’autre; mais il n’y a gueres apparence que cette invention ingénieufe pût être de quelque ufàge. La verge compofée de deux pièces feroit trop foible, ou fi l’on donnoit à chacune des branches toute la folidité nécefïàire , elles n’auroient plus de flexibilité pour céder au cable ; d’ailleurs le fer des ancres, comme nous le verrons dans la fuite, ne fàuroit être trop doux, ou ce qui revient au même, avoir trop peu de reffort. Quand le cable auroit une fois fait céder les branches, elles ne s’écarteroient plus ; il les ameneroit bien-tôt au point de ne faire plus que l'effet d'une verge fans branches.
- On
- p.4 - vue 5/66
-
-
-
- F AB RI QU E DES ANCRES. 5-
- On fabrique des ancres plus ou moins pefantes, félon la grandeur des Vailîeaux auxquels elles font deïlinees. Le meme "V”aiiîeau en a plufieurs dé différents poids, dont la première ou la plus pefante s’appelle la mattrefjè ancre. Le P. Fournier , dans fon Traité d’Hydrographie, page 35 , dit que la proportion établie entre le port du Vaiffeau & le poids de la maltreflé ancre, eft de cent dix livres de fer, pour vingt tonneaux, de forte quon donne une maîtrefle ancre du poids de 825-0 liv. à un VaiiTéau dé iyoo tonneaux. Comme le Vaiffeau a 75- fois 20 tonneaux, l’ancre a de même 75- fois no liv. de fer. Ce n’eft pas pourtant une proportion qu’on fuive toujours bien exaélem'ent.
- Mais quel que foit le poids dô 1 ancre, elle doit être conftruite de façon que la force de chacune de fes parties foit proportionnée à l'effort qu elles ont à foutenir , je veux dire, que les endroits de l'ancre contre qui le Vaiffeau tire avec plus davantage, doivent être plus forts que les autres. La figuré de fes bras, & leur longueur par rapport à celle de la verge, doivent aufîî être telles , que fancre puiffé s'accrocher aifément. La perfection de l'ancre confifte à arrêter un VaiiTéau facilement & ftablement ; elle ne four oit faire l'un & l'autre, fi les diamètres & les longueurs de fes parties n’ont entr'elles de certaines proportions. Mais quelles doivent être ces proportions, afin qu'elles foient le plus avantageufes qu'il eft poifible ? quelle longueur, quel recourbement, & quel diamètre doivent avoir les bras par rapport à la verge l en quels endroits lés bras doivent-ils être les plus forts l où la verge doit-elle être la plus forte, ou doit-elle être dans toute fo longueur d'une grofi-feur uniforme ? Ce font autant de problèmes qui mériteroient d'être réfolus géométriquement, & qui Te pôurroient être, fi on fe donnoit la peine d'afo fembler les expériences d'ôu leur folutiôn peut être tirée.
- Ce n'eft pas que l'exaélitude géométrique foit néceflàire dans l'exécution de la plupart des inftruments & des machines ; on ne peut pas même fo promettre d'y arriver. Cependant il eft toujours avantageux de connoître le but auquel on doit tendre ; on s'en écarte moins. Mais nous remettons à examiner ce qui a rapport aux différentes proportions des ancres, jufqu'à ce que nous les ayons vu fabriquer (*).
- ( *) M. de Réaumur infifte peu fur la figure la plus avantageufe qu’on doit donner aux ancres , même en joignant ce qu’il dira dans la fuite à l’article des proportions. Je ne me pro-pofe pas non plus de traiter rigoureufement cette partie ; il faudroit m’engager dans des recherches Mathématiques qui font au-deffus de mes forces ; mais je crois qu’il ne fera point déplacé de rapporter des idées qui peuvent faire appércëvoir que la figure qu’on donne aux ancres paroît bien propre à remplir le fervice qu’on en exige.
- La figure des ancres doit être telle, i°, que 1 ancre prenne promptement, c’eft-à-dire, qu’elle
- Ancres*
- entre aifément dans le fond, 2°, qu’elle tienne ferme ou qu’elle ne chafie pas, 30, qu’elle réfifie aux efforts du vaiffeau , fans fe rompré. Suivons cës trois ôbjets qui ont mérité l’attention de M. dé Réaumur, de j’en ferai autant çTarticles particuliers;
- Article premier,
- Comment l’Ancre prends
- Quand on laiffe tomber l’ancre , la croifée étant la partie la plus pefante, elle doit, de toute néceffité, tomber la première* Ainfî, c’eft cette
- B
- p.5 - vue 6/66
-
-
-
- 6
- FABRIQUE DES ANCRES.
- De la Fabrique des Ancres.
- Pour venir à préfent à la fabrique des ancres, nous remarquerons qu’on forge féparément chacune de leurs parties, c’eft-à-dire > la verge, les deux
- partie qui touchera d’abord fur le fond ( fig. 7 ) ; enfuite comme la moindre pefanteur du jas fur le volume d’eau qu’il déplace n’eft pas confidé-rable , l’ancre fe couchera fur le fond. Il effc bon de rapporter les raifons qui me font croire que le jas ne pourra pas tenir la verge dans une pofition verticale, comme il femble qüe le pen-ioit'M. de Réaumur.
- Le jas d’une ancre de referve peut avoir au plus 20 pieds de longueur fur un pied d’équar-riffage réduite ; ainfice jas eft formé par 20 pieds cubes de bois, qui déplacent 20 pieds cubes d’eau. Mettons ce bois de chêne à 60 livres le pied cube , il efl prefque toujours plus pefant, & le pied cube d’eau de mer à 72 livres ; le jas tendra à foulever la verge de l’ancre avec une force égale au plus à 240 livres. Ce n’eft pas de quoi fupporter un pied de longueur de la verge avec fon organeau & les cercles de fer qui em-braffent le jas. L’ancre fe couchera donc infailliblement : mais elle peut fe coucher fur un fond horizontal de deux façons différentes.Dans l’une, la croifée eft couchée fur le fond, pendant que le jas y eft appuyé par un de fes bouts ; dans l’autre , le jas eft couché horizontalement fur le fond, & la croifée étant perpendiculaire, l’ancre re-pofe fur une de fes pattes. Il eft clair que l’ancre ne peut mordre dans le fond que quand elle eft dans cette pofition. Il faut examiner d’abord laquelle de ces deux fituations eft la plus naturelle aux ancres. CD ( fig. 7 ) repréfente la croifée ; A B, la verge ; EF, le jas. Concevons d’abord (fig. 8 ), que la croifée D C foit couchée horizontalement fur le terrein , de forte que l’extrémité E du jas repofe fur le terrein. Voilà une pofition. Dans l’autre {fig. 9 ), le jas eft couché horizontalement, & l’autre bout de l’ancre s’appuye fur une de fes pattes D. Ce n’eft, comme le dit M. de Réaumur, que dans cette fituation que l’ancre peut mordre dans le terrein. Il me paroît néanmoins que la première fituation eft celle que l’ancre doit prendre plus naturellement, parce que, portant d’abord fur le terrein par le fort A (fig. 7) de la croifée, elle a plus de foutien du côté de Côc de D, que du côté de H ou de G, qui repréfente une ligne qui coupe à angles droits la croifée CD. Ainft, rien ne s’oppofant à ce qu’elle s’incline du côté de H ou de G, elle fe placera donc de façon que la croifée CD fera parallèle au terrein (fig. 8), c’eft-à-dire, qu’elle fera dans la fituation la plus défa-vantageufe pour mordre. Mais bien* des caufes concourront à lui en faire prendre une plus avan-tageufe. Ces caufes font toutes celles qui pourront faire tourner la verge A B, qu’on peut regarder comme un axe où réfide le centre de gravité de toute l’ancre ; mais cette verge ne peut pas tourner fur elle-même à caufe de la longueur des bras. Il faudra que la partie A de la verge s’élève d’une hauteur pareille à la longueur du bras AD , en décrivant un quart de cercle, dont le centre eft à l’extrémité D de ce bras, pendant
- que le bout B de la verge s’abaiffera en décrivant un quart de cercle, dont le centre fera à l’extrémité E du jas. Or on voit que plus le rayon E B fera long & le rayon A D court, plus il y aura de facilité pour exécuter le mouvement de rotation dont il s’agit : c’eft pour cette raifon qu’on fait la longueur du jas égale à toute la longueur de l’ancre , environ un tiers plus longue que l’ouverture des bras ; & il me paroît évident que fi on augmentoit la longueur du jas, ou fi on aiminuoit la longueur des bras, le mouvement de rotation s’exécuteroit avec encore plus de facilité : de plus, le mouvement de rotation s’exécutera d’autant plus aifément, que la partie B de la verge qui doit defcendre, fera plus pefante ; & elle eft effectivement rendue très--pefante par le poids du cable, qui étant couché fur le terrein (fig. 8) , comme on le voit en I, agit pour faire abaiffer le point B de la croifée, non feulement par fon poids, mais encore par fa direction , aufti-tôt que le jas eft un peu forti dé la perpendiculaire. Suppôfons, pour Amplifier l’hypothefe, que par l’augmentation de la pefanteur du bout du cable BI, lé centre dé gravité fe trouve en L (fig. 8 & 9 ) K milieu de la longueur de la verge, il me paroît qu’on peut prendre une idée de la force què le bout B de la verge aura pour vaincre la réfiftance que le bout A oppofe à fa defcente, en faifant (fig. 10) AL, égal à la demi-longueur du jas , 8c B L égal à la longueur d’un des bras de l’ancre ; d’où il fuit que plus A L fera long 8c B L court, plus la croifée de l’ancre aura de facilité à fe mettre dans la perpendiculaire , & plus elle aura de peine à en for-tir , quand elle s’y fera une fois placée, comme elle l’eft (figure 9). Affûrément, fi la croifée étant dans une pofition horizontale , & par con-féquent le jas dans une perpendiculaire, l’ancre étant placée fur un plan dur 8c fort uni, on la droit fuivant B M (fig. 8 ), prolongée de la verge A B, il eft certain qu’elle ne changeroit pas de pofition. Mais ce qui aide beaucoup à exécuter ce mouvement de rotation , ce font les mouvements du vaiffeau 8c l’inégalité du terrein ; car pour peu’que le cable tire obliquement le bout B de la verge (fig. 8 ), il fait perdre au jas fa pofition verticale , 8c lui aide à prendre une pofition horizontale , quelque réfiftance que faffent les bras.
- Quand j’ai dit que l’extrémité du cable qui tient à l’ancre étoit prefque toujours couchée fur le fond de la mer, je ne crois pas avoir rien avancé témérairement : car un cable tombe de lui-même au fond de l’eau , 8c on ne mouille gueres , avec un feul cable qui a 120 braffes de longueur,qu’à la profondeur de 30 braffes. Quand on mouille à 40 ou jo braffes, on met deux cables l’un au bout de l’autre, fur-tout quand il eft important de compter fur la tenue de l’ancre. Suppofons qu’on mouille avec un cable de 120 braffes, le fond de la mer étant à 30 braffes ; comme le cable ne tombe pas perpendiculaire-
- 1
- p.6 - vue 7/66
-
-
-
- F AB RI QUE DÉS ANCRES. 7
- bras, les deux pattes & l’organeau ; & toutes ces parties étant forgées, on les afiemble : c’eft l’ordre du travail, & celui que nous allons fuivre.
- ment au fond de la mer, mais qu il décrit à peu près la diagonale d’un parallélogramme, dont je fuppofe le grand côté de 60 braffes, double du petit qui a 30 brades , il y aura environ 50 braffes qui traîneront fur le fond de la mer, & cette portion du cable tendra, parfon poids & fa dire-dion , à coucher le jas fur le terrein.
- Quand on mouille, il faut que le vailfeau ait du fillage ; mais il eft important qu’il n’aille pas avec trop de vîtelfe. Pour cela on cargue les voiles, on fournit du cable au vailfeau qui fille, afin que l’ancre foit tirée , mais qu’elle ne reçoive point de fecouffe vive qui pourroit la faire rompre ou du moins la faire déraper.
- Voyons maintenant comment fe comporte i’ancre au fond de la mer, dans le moment qu’elle l’a atteint, & nous lafuppofons, pour lesraifons que nous avons rapportées , dans la fituation la plus avantageufe, favoir , que lë jas foit couché fur le terréin , & la croifée perpendiculaire. Il n’arrive pas toujours que la patte prenne affez fortement dans le terrein pour arrêter le vailfeau; elle laboure le fond de la mer, en obéiffant au mouvement du vailfeau. Il peut bien fe faire dans ce temps que le jas prenne une polition perpendiculaire , & j’apperçois une caufe qui peut produire cet effet : c’eft l’effort que fait le cable pour fe détordre ; car on remarque que l’ancre a peine à mordre, & qu’elle court plus rifque de déraper quand le cable eft neuf, & quand il a été commis par un Cordier qui met beaucoup de tord fur le cable, que quand il eft vieux 8c peu tord. Mais cette caufe qui change la fituation avantageufe de l’ancre, agit un inftant après pour la remettre dans la fituation qu’on defire. Ainfi, comme elle agit fucceftivement pour ou contre, nous pouvons n’y avoir aucun égard, 8c il nous fuffira de faire appercevoir que l’ancre a plus de difpofition à relier, le jas parallèle à l’horizon, que dans une fituation contraire.
- J’ai déjà rapporté plufieurs caufes qui doivent engager le jas à fe coucher fur le terrein ; je vais elfayer de faire voir que les mêmes caufes fubfiftent quand l’ancre obéit encore aux mouvements du vailfeau. D’abord, fi la marche du vailfeau eft douce & uniforme, comme le cable porte dans une grande longueur fur le terrein , le jas eft retenu dans une fituation horizontale par le poids du cable. Mais fuppofons que par une fecoulfe vive, le cable entre en tenfion dans toute fa longueur , 8c qu’il fouleve la verge du côté du jas ; alors la croifée s’inclinera vers la droite ou vers la gauche, 8c elle tendra à fe mettre parallèlement au terrein. Mais le jas s’inclinera aufti du même côté , un de ces bouts portera bien-tôt fijf terrein ; & pour peu qu’il fe rencontre d’inégalités, il en réfultera une fecoulfe qui relèvera cette partie du jas, 8c remettra la croifée dans la perpendiculaire qu’elle tendoit à perdre ; d autant que comme elle s’en fera peu écartée, il faudra peu de force pour lui faire reprendre fa première fituation.
- Suppofons donc que la croifée relie perpendiculaire, & voyons comment la patte entrera dans le terrein. Il eft évident, que fi l’extrémité
- du cable eft couchée fur le terrein comme A B 0%* 9 ) » l’ancre étant tirée, le jas s’appuyera fur le terrein, 8c la patte D tendra à entrer füivant la tangënté DO, à quoi contribuera beaucoup le grand poids dé l’ancre: mais il én feroit tout autrement, fi ayant filé trop peu de câblé, le jas étoit foutenu en l’air, 8c fi l’ancre étoit tirée fui-vant la direction qu’auroit alors la verge. Il eft fënfible que la patte pourroit tout au plus labourer le fond ; mais de plus la croifée përdroit bientôt fa fituation perpendiculaire , Comme il à été dit plus haut. Ainfi, il eft avantageux dé filer beaucoup de cable, pour faire mordre l’ancre , 8c on fait quelquefois très-bien dë chargèr l’organeau avec des boulets ramés ; mais nous allons tâcher de faire connoître que la formé des bras contribue beaucoup à faire mordre les ancres.
- J’avërtis d’abord, que pouf Amplifier la quèfi tion que je me propofe d’examiner, je fuppofe toujours , comme cela doit être, qu’on a filé uné allez grande longueur de cable, pour que l’extrémité qui tient à l’organeau porté furie térrein, 8c contribue à y appuyer le jas, fans quoi, comme nous l’avons dit, la croifée feroit bientôt couchée fur lë terrein. Si l’ancre étoit formée comme un T (fig. 11), <5c fi les bras étant ën ligné droite* la verge tomboit perpendiculairement fur leur milieu , il eft évident, que quoique le jas déterminât une des pattes à porter fur le terrein, ellé n’y entrerait quë par fôn poids, 8c quand le vailfeau feroit avancer l’ancre, elle ne ferait que labourer le fond fans prefque y entrer. On ap-pérçoit mêmé que la prelfion du terrein tendrait à foulever l’ancre ; fi au contraire , les pattes étoient fort rapprochées de la vergé,comme font à peu-près lés ancres des Chinois (jîg. 12) ; comme les pattés tendraient à entrer dans le terrein par une ligne peu différente d’une parallèle à là îurface du terrein, elles né trouveraient devant eux qu’unê petite épaiffeur de terre que le moindre effort auroit bientôt foulevée. Voilà deux extrêmes entre lefqueîs fe doit trouver une moyenne , qui fera l’angle le plus avantageux que les bras doivent faire avec la verge. Je crois appercevoit que cet angle devrait être moindre de 45 degrés, s’il ne s’agiffoit que de faire mordre l’ancre, ou dé lui procurer la plus grande difpofition à entrer dans lê terrein ; mais il n’en réfulteroit pas la figure la plus avantageufe pourréfiftër aux efforts du vaiffeau qui tend à chaffer fur fon ancré. C’eft cë qu’il faut examiner.
- ARTICLE IL
- De la figure la plus propre, pour que V Ancre tienne ferme , & qu elle empêche le Kaijfeâu de chajfer.
- On peut pofer comme un principe évident * en fuppofant l’ancre engagée dans le terrein, que plus le plan de la patte approchera d’êtré perpendiculaire à la furface du terrein qui forme le fond de la mer , plus elle y tiendra ferme
- p.7 - vue 8/66
-
-
-
- 8
- Si Ton a àppercevra
- FABRIQUE DES ANCRES,
- quelque connoiffance de la façon d’affiner 8c de forger le fer , oil de refte qu’une mafle, telle que la verge, ou même le bras d’une
- (fig. 13); car d’abord la patte dans cette difpo-fition rencontrera plus de matiereyqui réfiftera davantage fous un angle plus approchant d’un droit que fous un plus petit ; & encore , parce que chaque particule du terrein où l’ancre eft enfoncée, réfiftera davantage fous l’angle droit que fous tout autre. D’où il réfultê , que comme il faut fatisfaire aux deux conditions d’entrer dans le terrein 8c d’y tenir ferme il faut que les bras faffent un angle plus ouvert que 45 degrés , 8c plus fermé que le droit. Mais comme l’ancre ne feroit pas dans le cas de réfifter fi elle n’entroit pas d’abord dans le terrein, on doit avoir pour point de vue cette propriété préférablement à l’autre, fans néanmoins la perdre de vue. G’eft à quoi on pourroit fatisfaire , en rendant les bras des ancres plus courbes que dans là figure 13,8c faifant cette courbure en anfe de panier ; car par ce moyen, la patte fe préfentànt âu terrein, Suivant un angle moindre de 4 £ degrés, elle tendra à y entrer fuivant la tangente DO (fig. <?), 8c le refte du bras formant un angle plus ouvert ou plus approchant delà perpendiculaire au terrein, cette partie fera dans le cas de tenir très-ferme ; néanmoins on trouvera dans la fuite des raifons qui pourront'engager à faire le bras des ancres en portion de cercle.
- La pefanteur des ancres contribue à leur fermeté , ainfi que la longueur du cable , non feulement parce qu’une partie de la longueur du table étant couchée fur le fond de la mer , il en réfulte les avantages dont nous avons parlé pour tenir le jas couché fur le terrein ; mais aufîi d’abord, parce que le poids du cable qui traîne au fond de la mer, forme une réfiftance qui foulage l’ancre d’une partie desfecouffes du vaiffeau: car comme elles s’exercent à foulever une portion du cable qui porte fur le fond, il en réfulte l’effet d’un reffort qui foulage beaucoup l’ancre. D’ailleurs ce reffort eft encore augmenté par celui du cable même , qui n’étant point un corps ab-folument roide, prête 8c s’allonge un peu pour revenir enfuite fur lui-même. Toutes ces raifons font fentir combien il eft avantageux de filer beaucoup de cable , comme font les Capitaines expérimentés , lorfque la mer eft fort groffe.
- Dans les fonds de vafe molle, qui n’offrent point affez de réfiftance à la patte des ancres, 8c qu’on nomme de mauvaife tenue , on a quelquefois augmenté la furface des pattes par des planches qu’on y ajuftoit , ce qu’on appelle brider Vancre. Mais plus communément on attache une fécondé ancre à la croifée de celle qu’on va mouiller ; 8c ainfi on mouille deux ancres à la fuite l’une de l’autre, ce qu’on nomme empen-neller (fig. 14).
- Si on n’avoit pour objet que d’augmenter la fiabilité des ancres dans les fonds de vafe , fans les rendre plus pefantes, il faudrait faire les bras minces 8c fort larges, ou prolonger les pattes jufqu’au collet, parce que cette grande furface répondant à une grande maffe de terre , elle la diviferoit difficilement ; mais on perdroit beaucoup fur la force des ancres , comme on le verra dans l’article fuivant. C’eft pourquoi on fe
- contente de faire les pattes fort larges; & comme les grands efforts que fouffrent les ancres, font toujours fuivant un plan parallèle aux bras, on a augmenté leur force en les applatifîant un peu fur les deux faces parallèles aux bras, de forte que la coupe de la verge 8c des bras , au lieu d’être un cercle, repréfente deux lignes parallèles jointes par deux lignes courbes (fig. 5 ).
- ARTICLE III.
- Des précautions quil fout prendre , pour que IAncre ne rompe pas.
- Toutes les précautions qu’on prend pour empêcher que l’ancre ne dérape , tendent à empêcher que les fecouffes du vaiffeau n’agiffent fortement fur elle; 8c ainfi elles fervent à la ménager, ou à empêcher qu’elle ne reçoive des efforts capables de la rompre. Ces précautions confident àempenneller les ancres, à les charger de boulets ramés du côté du jas ou de l’organeau , à filer beaucoup de cable, 8c à faire enforte , foit en foumiffant du cable lorfqu’on mouille, foit en carguant les voiles, que le vaiffeau n’imprime pas unefecouffe vive à l’ancre, lorfqu’elle commence à s’oppofer à fon mouvement ; mais il y a d’autres confidérations qui méritent quelque attention.
- i°. Nous avons dit que pour augmenter la fermeté des ancres dans le terrein * il faudroit donner beaucoup de largeur aux bras, en augmentant la largeur des pattes. Mais fi pour ne point aug- x menter leur poids , on diminuoit proportionnellement de leur épaiffeur, elles fe rompraient aifément ou elles ployeroient. Si on ne cherchoit qu’à augmenter leur force, il faudroit au contraire donner beaucoup d’épaiffeur & peu de largeur aux bras : alors les ancres ne rompraient pas ; mais elles couperaient le terrein , 8c elles réfifteroient peu. C’eft pour éviter de tomber dans ces deux inconvénients oppofés, qu’on fait les bras plus épais que larges auprès de la croifée à la partie qu’on appelle le rond du bras , où nous ferons voir qu’elles fatiguent plus qu’a illeurs,
- 8c on augmente beaucoup leur largeur au bout des bras par les pattes qui ont peu d’épaiffeur.
- 20. Il eft bien naturel de proportionner la force des ancres à la grandeur des Bâtiments, puifqu’un gros Vaiffeau fait plus d’effort pour chaffer fur fon ancre qu’une Frégate. Cette proportion de la force des ancres avec la grandeur des Bâtiments, eft ordinairement établie fur la plus grande largeur du Vaiffeau , ou fur la longueur de fon maître bau, de forte que communément la plus groffe ancre, celle de referve, a les deux cinquièmes de la longueur du bau. Ainfi cette ancre,pour un vaiffeau de 50 pieds de bau, auroit 20 pieds de longueur. On s’écarte quelquefois de cette réglé; car fouvent on proportionne les ancres à la grandeur des vaiffeaux par leur poids. En ce cas on fait enforte que l’ancre pefe la moitié du poids de fon cable : une ancre de bord de feize pieds, qui étoit deftinée pour un vaiffeau du premier rang pefoit 7268 livres, Les autres ancres qu’on nomme £ affourché 8c à touer, font plus
- grofle
- p.8 - vue 9/66
-
-
-
- FAÉRIQUE DES ANCRES.
- groffe ancre, ne fauroient être faites d’une feule piece ; qu’on nè peut les eompofer qu’en foudant enfemble, & en façonnant diverfes mafles de fer;
- légères, fuivant des réglés que fe font les Maîtres d’équipage; <5£pour fatisfaire au fervice des Ports, on fabrique des ancres du poids de 7000 livres jufqu’à 100 livres.
- 30. Il faüt proportionner la groffeur des differentes parties des ancres aux efforts qu’elles ont à fupporter : & comme on doit avoir égard à la force du levier, il faut que la verge augmente de groffeur à mëfure qu’elle approche de la croifée, ôc que l’épaiffeur des bras augmente de même en approchant de cette partie ; car il eft évident qu’un barreau engagé par un de fes bouts dans une muraille (fig. 15), & chargé à l’autre bout d’un poids , ne reçoit au point 1 ^ que l’effort du poids ; mais le point 2 eft chargé de ce poids appliqué au levier 1 , 2 : le point 3 eft chargé de ce poids appliqué au levier 1, 3 : & enfin le point
- 5 eft chargé du même poids appliqué au levier 1, 5. Si donc on veut que ce barreau réfifte dans toute fa longueur proportionnellement aux efforts qu’il a à fupporter, il faudra le faire plus épais du côté de 5 que de 1. Et c’eft pour cette raifon qu’on augmente la force de la verge, & des bras auprès de la croifée : car on apperçoit clairement, que fi on faifoit toutes les parties également épaiffes , il s’enfuivroit, ou qu’il y au-roit trop peu de fer auprès de la croifée , ou qu’il y en auroit trop auprès de la culalfe ; il y a encore une raifon de conftrudion qui concourt Ji obliger de fortifier la croifée, c’eft que les bras étant réunis à la croifée par des foudures, il peut y avoir en cet endroit plus de défauts qu’ailleurs j
- 6 c’eft pour cette raifon cju’on fortifie les aiffelles.
- 4°. La circonftance ou les ancres font plus de
- force, & où elles courent plus de rifque de fe rompre eft au défancrage , quand on fait des efforts énormes pour les faire fortir du terrein , ou pour les faire déraper, en un mot, quand on veut ïevër l’ancre. Pour y parvenir, on tire le cable dans le vaiffeau* au moyen du grand cabeftan ; & le vaiffeau avance vers l’ancre, jufqu’à ce qu’il ait gagné l’aplomb de l’ancre, ou qu’il foit, comme l’on dit, à pic fur l’ancre. Il eft évident que quand le vaiffeau eft rendu à pic {fig. 16) tout l’effort qu’on fait fur le cable agit pour élever l’organeau qui décrit une courbe, jufqu’à ce que la verge foit rendue dans une fituation verticale: dans ce cas, la longueur de la verge fournit un levier qui concourt avec l’effort du cabeftan , pour faire fortir du terrein la patte qui y étoit engagée. Ainfi la verge & le bras peuvent être 1 regardés comme un levier recourbé qui trouve fon point d’appui à la croifée : ôc plus la verge fera longue, plus elle aura de puiffance pour dégager la patte. Lorfque le terrein n’eft point trop dur, les bonnes ancres réfiftent à ces efforts ; mais quand le bras de l’ancre eft engagé entre deux rochers (fig. 17), l’effort du cabeftan ne fuifi-fant pas pour la dégager, on l’augmente par des caliornes', ou bien ayant employé toutes les forces poftibles pour roidir le cable, on attend qu’une lame ou la marée venant à élever le vaiffeau faffe un violent effort. C’eft alors que la verge ôc le bras qui eft engagé entre deux rochers fatiguent prodigieufement; & il faut que le rocher ou la
- Ancres»
- vèrge ou le bras ou le cable rompe ; car oh ap-perçoit fenfiblement que la diredion de la forcé immenfe qu’on applique au cable, ne tend point à dégager la patte : c’eft pourquoi il arrive fou-vent qu’on réufïit mieux en employant une force beaucoup moindre qui agit dans une direction plus convenable. C’eft ce qu’on fait en envoyant une chaloupe tirer furVorain J, ce qu’on appelle lever Vancre par les cheveux ; car par cette manoeuvre on dégage la patte de l’ancre d’entre les rochers, en la faifant fortir par le même endroit par lequel elle s’y étoit engagée : &pour y mieux réuflir , il eft bon de mollir un peu fur le cable , afin de diminuer le frottement de la patte entré les rochers.
- Il eft à propos en terminant cette longue noté de réfumer ce que nous avons dit fur la forme des ancres , Ôc fur les proportions que doivent avoir leurs différentes parties. On peut conclure des raifonnements que nous venons de faire en, confidérant l’ancre avant qu’elle ait mordu dans le terrein , lorfqu’elle y mord, quand elle réfifte aux efforts du vaiffeau ôc lorfqu’onla levé : on peut, dis-je, conclure de nos raifonnements, que rien n’eft plus difficile que de fixer avec exadi-tude les proportions qu’on doit donner aux ancres ; des expériences confufes ôc peu exades ont conduit peu-à-peu à donner aux ancres une certaine figure, que je ne crois pas fort éloignée de la plus avantageufe, quoiqu’elle n’ait rien de fort précis.
- On voit en général : i°, Que la verge d’une ancre doit être affez longue par rapport aux bras , pour qu’étant mouillée la patte morde dans lé terrein. A la vérité, la longueur de la verge paraît devoir varier fuivant la courbure ôc la longueur des bras ; néanmoins la longueur de la verge eft avantageufe pour placer le jas parallèlement au terrein; mais une verge fort longue dévient très-foible par rapport au poids de l’ancre qu’on ne peut augmenter à fon gré, puifqu’il faut lé proportionner à la force de l’équipage.
- 20, Il eft bien prouvé qu’à caufe de la force du levier, la verge doit être plus forte du côté de la croifée que du côté de la culaffe * ôc que les bras doivent être plus forts du côté de l’encolure que vers les pattes , non-feulement parce que les: efforts qui agiffent fur la croifée, ôc qui pourraient la rompre, agiffent avec plus de puiffance fur le milieu que vers les extrémités, mais encore, 'parce que donnant ainfi aux bras la forme d’un coin, ils doivent entrer plus aifément dans le terrein. Mais ces proportions ne font pas toujours bien obfervées, puisqu’on voit affez fouvent les, ancres rompre par la verge, à deux ou trois pieds de la culaffe, ôc par les bras au milieu de leur rond ou à l’encolure. Peut-être néanmoins ces ruptures viennent-elles plutôt des défauts de la fabrique , que du manque d’épaiffeur du métal aux parties qui rompent.
- 30, Il eft clair qu’on rendrait les bras plus forts,' en augmentant leur épaiffeur Ôc en diminuant proportionnellement l’étendue des pattes ; il eft également évident qu’il faudroit faire tout le contraire pour augmenter la ténacité des ancres
- c
- p.9 - vue 10/66
-
-
-
- IO FJ B RI QUE DES ANCRES.
- On a fuivi différentes pratiques fur la maniéré de préparer les pièces ou maffes de fer dont on forme chaque partie des ancres. Ces pratiques peuvent fe réduire à trois : à les faire de loupes y à les faire de mifes y & à les faire de barres.
- dans le terrein : il faut donc prendre un milieu, & il eft probable que celui qu’on fuit, n’eft pas éloigné du vrai.
- 4°, Plus les bras font ouverts, plus ils tiennent dans le terrein quand l’ancre a mordu ; mais pour que l’ancre morde, il convient que les bras foient fermés ; il faut donc encore ici obferver un milieu. En faifant les bras de deux portions de cercle ou en anfe de panier, enforte que le quarré des bras foit plus fermé que le rond, il femble que l’ancre doit d’abord mordre, & enfuite tenir ferme par la nature de l’arc plus furbaiffé du rond ; mais aufti un fimplé arc de cercle a cet avantage, qu’à mefure que l’ancre entre dans le terrein, le chemin des parties qui entrent, eft frayé par les parties qui font déjà entrées fans avoir de fable ou de vafe à déplacer, que relativement à l’augmentation de groffeur de la verge.
- 5°, Plus l’ancre eftpefante du côté de la ctoifée, plus elle a de difpofition à entrer dans le terrein, quand les bras font placés perpendiculairement ; mais la pefanteur de l’ancre du côté du jas eft très-favorable à faire prendre aux bras cette po-fition perpendiculaire, &la leur faire conferver.
- 6°, La longueur 8c le poids du jas font des conditions avantageufes pour le faire placer parallèlement au terrein ; mais il y auroit de l’inconvénient à beaucoup augmenter 8c le poids 8c la longueur du jas qui eft déjà affez embarraffant.
- Les Chinois font leur jas de fer , puifque c’eft une broche AB, qui eftfoudéeàlaverge(j%.i8 ); mais en le faifant court, 8c le mettant prefque au milieu de la verge , ils perdent une partie confi-dérable des avantages qu’ils pourroient fe procurer par la pefanteur de leur jas de fer.
- 7°, Plus les bras feront courts relativement à la longueur du jas, plus l’ancre aura de facilité à fe mettre dans une pofition avantageufe pour mordre ; mais aufti il faut que les bras ayent une certaine longueur pour entrer dans le terrein, 8c y tenir ferme ,- fur-tout dans les fonds de vafe & de mauvaife tenue.
- Voilà bien des extrêmes qui exigent de prendre des milieux , 8c qui laiffent beaucoup d’incertitudes : néanmoins chaque nation 8c même chaque port a adopté des proportions qui leur font devenues favorites fans favoir pourquoi. Après nos réflexions , il ne paroîtra pas fingulier de voir qu’une ancre d’un certain poids, fabriquée dans une forge, ait une forme différente d’une autre ancre de même poids faite dans une autre forge ; mais ce qui peut furprendre, c’eft de voir que, quoique la force 8c la bonté d’une ancre confifte dans fa figure , la matière étant toujours fuppofée bonne, chaque Ancrier condamne déci-fivement les ancres qui ont une autre forme que celle qu’il a adoptée. Les caufes d’incertitude font fenfibles ; mais l’affedion pour une forme fur une autre qui en différé peu, réfulte de l’ignorance de celui qui s’en déclare obftinément le partifan. Heureufement l’expérience fait voir que les ancres de différente forme ne Iaiffent pas de fervir
- 8c de réfifter à la mer, ce qui fait juger que lî elles ne font pas rigoureufement de la figure la plus avantageufe, les unes 8c les autres en approchent d’affez près ; 8c il paroît que le point le plus important, pour avoir de bonnes ancres , eft de choifir de bonne matière 8c de la bien mettre en oeuvre.
- On s’eft beaucoup fatigué fans y avoir réufli à faire cadrer le poids des ancres avec des dimen-fions données ; mais comme dans les grandes maffes de fer , il n’eft gueres poflible que les molécules métalliques foient également rapprochées les unes des autres, il en a réfulté, que des ancres faites aufti exactement qu’il étoit poflible fur de pareilles dimenfions, avoient des péfanteurs très-différentes , enforte que les unes ne pefoient que ipoo livres, pendant que d’âutres pefoient plus de 2^00 livres. On doit conclure de ces épreuves , qu’on ne doit pas exiger d’un habile Ancrier de livrer des ancres qui foient exactement du poids 8c des dimenfions qu’on demande ; & je penfe qu’il faut exiger de l’exaCtitude dans les dimenfions , 8c eftimer beaucoup les ancres, qui fans fortir des dimenfions données, feront d’un plus grand poids.
- Nous nous contenterons d’ajouter à ce que M. de Réaumur a dit fur les différentes formes qu’on a données aux ancres, i°, qu’on fait des ancres à un feul bras (j%. ip ), pourles ancres d’amarragé ou à demeure, qui font toujours fixées en un même lieu à terre, pour amarrër ou tirer les vaifi-féaux, en un mot, pour fervir de point d’appui ou de corps mort. Mais ces ancres à une patte 8c fans jas ne valent rien à la mer, pour les raifons qu’en donne M. de Réaumur. 2°, On ne fait plus gueres, ni pour les gaîeres, ni pour les chaloupes, d’ancres à trois bras {fig. 20 ), tous les grapins, même ceux pour les abordages, ont quatre bras (fig. 21 ), 8c je crois qu’on a raifon 5 car une patte d’ancre n’eft jamais plus difpofée à mordre dans le terrein que quand elle lui eft plus perpendiculaire, 8c il eftlenfible que les grapins à quatre bras qui n’ont point de jas, ont leurs bras plus approchants d’être perpendiculaires, qüe les grapins qui n’âvoiertt que trois bras ; 8c ce raifonnement prouve encore qu’on a raifon de ne mettre que deux bras aux groffes ancres.
- Nous ne parlerons point de certains grapins qui ont quatre bras fur un même plan ( fig. 22 ), qu’on attache au bout des vergues lorfqu’on fe difpofe à attacher un brûlot, pour que les pattes s’engagent dans les haubans de l’ennemi. Ce font des efpeces de crocs, 8c de petites pièces de forge, qui ne font point partie de l’objet qui nous occupe. Mais un article des plus importants pour que les ancres ne rompent point, eft de les faire avec de bon fer 8c de les bien forger. C’eft ce point qui forme véritablement l’art de faire les ancres ; c’eft celui qui fait la partie principale de ce Mémoire ; c’eft aufti l’objet qui a principalement fixé l’attention de M, de Réaumur.
- p.10 - vue 11/66
-
-
-
- FABRIQUE DES ANCRES. Il
- On a toujours fait dans les Ports du Royaume des ancres de barres ; mais comme leur façon étoit difpêndieufe > & qu'on avoit peine à y en fabriquer 'allez; pour fournir à de grands armements, pendant que M. de Seignelay avoit le Département de la Marine, il établit une Manufacture d'ancres dans le Ni-vernois « on les y lit d abord de loupés#
- On foudoit enfemble autant de loupés que le demandaient la longueur & la grolfeur dé la piecé. A mefùrè qu on foudoit une loupé à une autre loupe * en les préfèntant fous le gros marteau, On leur faifoit prendre une figuré convenable# De toutes les maniérés de faire lés ancres ^ c'efl: celle qui coûté le moins, Sc cellé auflî qui donné le plus mauvais ouvrage. Il importé extrêmement que le fer des ancres foit doux , qu'il ne foit pas caflant ; mais il n'acquiert de fouplelfe qu'à mefiïre qu'on le dépouille de fcn laitier, Sc qu’on lui forme des chairs > ou , cé qui éil là même chofe, à mefure qu'èn lui formé des parties fibréufes & féuillétées. Les loupes n’avoient pas été aflez forgées pour avoir été dépouillées de leur laitier luperflu , & elles n’a^ voient pas acquis allez de longueur, pour que leurs parties fe fulTent dilpo-fées en fibres & en feuillets.
- Le mauvais fuccès de ces ancres qui eaflbiènt prefque auflî àifément qtié de la fonte, fit abandonner cette méthode , Sc il eft à fôuhaiter que cé foit pour n'y jamais revenir (x).
- (1 ) Il ne conviendroit pas d’ëxpofer ici en dé^ tail les premières préparations du fer : c’eft un Art qui mérite bien de faire un Traité particulier; mais nous nous croyons obligés de préfenter ici fort en abrégé ces mêmes objets , parce qu’ils font importants pour l’intelligence du texte de M. dé Béaumur: on y parle de gueufe, de fonte de fer , de loupe, de fer affiné, de fer en barre ; le le&eur nous faura gré de le difpenfér d’aller chercher ailleurs l’explication de cés termes.
- Lés mines de fer, telles qu’on lés tire de la terre , font compofées de parties régulines ou ferrugineufés, de parties terreufes & de parties fulfureufes ou falines. On fond cette miné dans de grands foürnéaux ( PL Il^fig. i ) en la mêlant àvec une pierre calquaire qu’on nomme cafline , Sc du charbon de bois. La miné, en fondant, fe décompofe en deux fluides de différente pefan-teur. Le fluide le plus léger qui nage fur l’autré éft une efpéce de verre qu’on nommé Laitier * A : le plus pefant eft le métal B. Le métal fondu Coule au fortir du fourneau dans un moule, & fe forme en prifmé à bafe triangulaire , quelquefois de 15 pieds de longueur' fur un pied de côté ; cette fonte ainfi moulée fe nomme une gueufe
- 0%.a).
- La fonte de fer eft un métal encore fort imparfait, & mêlé de parties étrangères; on ne le peut travailler fous lé marteau ni à chaud ni à froid ; il n’a point cette duffiîité qui fait lé caradere dés métaux.
- Il y a de cés fontes plus ou moins grifés & plus ôu moins blanches. La fonte eft rendue grife par des parties terreufes qui font interpolées entre les
- grains métalliques ; ce qui diminuant l’adhéfencè dès parties métalliques, il en réfulte que le foret 8c la limé mordent deffus, 8c ën emportent de petits grains femblables, en quelque façon, à du grais ou à des parcelles d’ün pot de terre cuite ; mais On n’én peut point détacher de copeaux ou de lamines.
- On peut affiner cétte fonte ou en là refondant, ou par le marteau : on la rend fort blanche en la tenant long-temps en fufion, ou en la fondant pîufieurs fois. Dans ces opérations il fe porte à là furface un peu de craffe 8c du laitier qu’on doit ôter : cette fonte blanche ainfi affinée, au lieu dé paraître compofée de grains comme la fonte grife, femble être un affemblage de feuillets tal-queux ; elle contient plus de parties métalliques que la fonte grife ; mais elle eft fi dure , que ni le foret ni le burin ne peuvent mordre deffus ; 8c elle donné encore moins de marque de duffilité que la fonte grife ; elle caffe comme du verre, fur-tout quand, par un refroidiffement fubit, elle a acquis unë forte dë trempe ; car cette matière furchar-gée de phlogiftique éfi en quelque façon trop acier.
- On conçoit par ce qué nous venons de dire, que dés ancrés faites de fer fondu ne vaudraient abfolument rien : on dit que les Éfpagnols en ont âu Pérou qui font faites avec du cuivre fondu ou du bronze. Cette fonte eft capable de réfifter ; mais je né fâche pâs qu’on én ait jamais fait avec de la fonte de fer*
- . Au lieu de rafiner la fonte de gueüfe par des fontes réitérées , pour la rendre blanche , I comme on eft perluadé qu’elle n’en feroit que
- p.11 - vue 12/66
-
-
-
- « FABRIQUE DES ANCRES.
- On chercha à fubflitucr aux loupes de meilleur fer, & on Commença à compofer des ancres de mifes, c'eft-à-dire, faites de plufieurs pièces de fer forgées quarrément, & enfuite en coin. Au lieu d'employer les loupes rondes, telles qu'elles font au fortir de raffinerie-, on les cingloit fous le gros marteau; on en formoit un parallélipipede (/Y. III, Fig. 3 & 4) qui avoit plus de longueur que de largeur & -d'épaiffeur ; on faifoit chauffer une fécondé fois ce parallélipipede ; on le forgeoit enfuite de nouveau, mais de façon que les deux faces égales & oppofées qui étoient auparavant les plus grandes, devenoient les plus petites. On amorçoit enfuite chacun de ces parallélipipedes, c'eff-à-dire, qu’on en formoit des coins, & enfin on les foudoit enfemble pour compofer les différentes parties de l'ancre. C'efl; ce qu’on appelloit des ancres faites de mifes feucées & refoulées*
- A la vérité cette méthode valoit mieux que la précédente : des deux choies effentielles pour rendre le fer doux, on en faifoit une ; on lui enlevoit fon laitier ; mais ce fer n’avoit point encore de fibres. Celles quiavoient été
- t .1 . -t-’/r / - s- - - -> - - =• •>!> . - .... *' ' - '• • -r -r'—Il -n. . . I l'M.V' "
- plus caffante, on la rafine fous le marteau, comme nous allons l’expliquer. La gueufe A ( fig. 2. ) efl portée au feu (fig. 3 ), où on la chauffe avec du charbon de bois. Ce bout très-amolli 8c pref-que fondant fe détache du relie en parcelles qui tombent dans ce qu’on appelle l'Ajftnerie B. L’Af-fineur raffemble ces parties avec un barreau C, 8c en forme une maffe d’environ un pied de diamètre: c’efl ce qu’on nomme une loupe (fig. 4). 11 efl bon de remarquer que les fontes font d’autant plus aifées à fondre , qu’elles contiennent plus de laitier 8c de phlogiflique, de forte que toutes les fontes entrent bien plus aifément en fufion que le fer forgé. On faifit cette maffe avec une groffe pince (fig. 7 ) , 8c on la porte fur une enclume, où un Ouvrier, avec un marteau à bras, raffemble davantage les parties, 8c comme l’on dit, il raffermit la loupe, qui, en cet état, reffemble à une éponge (fig. 4. ), 8c efl compofée de parties Jhétérogenes ; car entre les molécules de fer efl intèrpofée une fubflance bouillante 8c coulante , qui efl du laitier qui n’a pas été féparé à la première fonte, 8c qui empêche que les parties métalliques fe touchent immédiatement.
- On porte cette loupe raffermie fous un gros marteau (fig. 5 ) , mû par l’eau, 8c qui pefe environ 8 ou 900 liv. Ce gros marteau comprime tellement la loupe, que le laitier fondant fort de tous les pores ; 8c la loupe (fig.6.) devient d’autant plus homogène, qu’elle efl plus déchargée de fon laitier; c’efl du fer, mais du fer imparfait, non-feulement parce qu’il n’eÛ pas encore entièrement privé de fon laitier, mais encore parce que les parties métalliques ne font pas auffi exade-ment unies les unes aux autres qu’elles doivent l’être. La maffe de fer n’efl pas aufîi compacte qu’elle peut le devenir : c’efl néanmoins en cet état qu’on l’employoit pour faire les ancres de loupe , comme nous l’expliquerons dans un înflant.
- Pour donner à ce fer toute la qualité dont il efl fufceptible, il faut le chauffer à différentes
- reprifes, 8c le forger. Mais ce n’eft pas tout, au lieu de fe contenter de le paîtrir en le frappant de tous les fens, à peu près comme les Boulangers font leur pâte, il convient de battre le fer toujours dans Un même fens, pour que les molécules de fer s’applatiffent, pour qu’ellès s’appliquent plus exactement les unes fur les autres : c’efl le moyen de faire prendre au fer de la chair ou du fil, comme difent les Ouvriers, c’efl-à-dire, qu’il foit doux 8c pliant ; or rien n’efl plus propre à lui donner cette propriété que de le tirer en barre. Pour cela ayant chauffé la loupe , on la porte fur l’enclume ( fig. 8 ), 8c la pofant toujours du même fens fur le travers de l’enclume, le gros marteau ferre, les unes contre les autres, les molécules métalliques , qui de courtes qu’elles étoient, deviennent longues 8c fibreufes , de forte qu’elles s’engagent les unes dans les autres $ il ne refie entr’elles que très-peu de laitier : alors le fer ne fe caffe qu’avec beaucoup de difficulté 5 au lieu de fe rompre net, comme faifoit la fonte ou le fer de loupe, il fe déchire comme du bois verd. Cette qualité qui caradérife les bons fers , efl fur-tout propre aux fers de Berry bien ouvrés dans l’affinerie. Nous parlerons dans la fuite du bon ufage qu’on peut faire de ce fer étiré en bâfres , pour en fabriquer de bonnes ancres; mais il faut auparavant faire remarquer le défaut des ancres qu’on faifoit autrefois de loupes. Quoique cette pratique ait été abandonnée, il efl bon qu’on fâche les raifons qui ont engagé à la pro£ crire ; ne fût-ce que pour détourner d’y revenir dans la fuite.
- On prenoit autrefois des loupes ( fig. 7 ) $ qu’on foudoit enfemble ( Pl. III, fig. 1 û 2), pour en former les ancres, comme nous l’expliquerons en parlant des mifes. Ce travail étoit prompt, 8c coûtoit peu ; mais il arrivoit que le fer des loupes ayant une partie des défauts de la fonte, les ancres étoient fort fujettes à rompre : il auroit prefque autant valu les couler comme les canons»
- commencées
- p.12 - vue 13/66
-
-
-
- FABRlQ.VE DES ANCRES, 13
- commencées la première fois que les mites avoient été préfentées fous le marteau, étoient détruites la fécondé fois qu’on forgeoit les mêmes mifes ; suffi ces ancres foutinrent mal les eflàis qu on en fit à la mer.
- M. Trefaguet, qui fut dans la fuite envoyé par M. de Pontchartraîn pour veiller à la fabrique des ancres , découvrit le défaut de celles-ci : il préfenta en 1702, un Mémoire à ce Miniftre, ou non content de lui apprendre le mal, il y propofoit un remede , qui étoit une maniéré de faire des mifes qui euffent les mêmes qualités que le fer en barre. U propofa de faire forger , & il fit forger des barres de trois à quatre pieds de long fur un pouce d'épaifleur, & quatre pouces de largeur ( PL III,jig. V). Il faifoit chauffer ces barres prefque fondantes, & les replioit en deux ou trois endroits (Jig. 6 ). U les faifoit préfenter fous le gros marteau , afin que la partie repliée fe fbudât avec le relie : il donnoit de la forte à là mife ïépaiffeur qu il jugeoit à propos 7 ) > & l’amorçoit ^ ou f°rm°it en coin à l’ordinaire {fig- y ). Ce que cette pratique a d’excellent > c eft que chaque fois qu’on forge les mifes de nouveau , on travaille à alonger & applatir leurs fibres ou leurs feuilles dans lemêmefens. Les derniers coups de marteau ne détruifent point l’ouvrage des premiers , de forte qu’il n’y a pas d’apparence de faire des ancres avec des mifes mieux conditionnées. Cette fabrique a cependant encore un inconvénient ; dans un grand nombre de mifes affemblées les unes avec les autres , il peut s’en rencontrer quelques-unes de mal foudées ; l’ancre excete lente ailleurs , fe caffera dans ces endroits (*).
- JL
- (1 ) M. de Réaumur a expliqué fort clairement la façon de faire les ancres avec des mifes non étirées. On conçoit , qu’après avoir forgé la mife A B ( Planche II. fig. i o ), pôur én former un parallélipipede {fig. n), on forge enfuite le parallélipipede dans le fens CD , 8c qu’enfuite on en forme un coin {fig. 12) ; mais il me paroît que la déféftuofité de cette mife ne fe réduit pas au feul défaut que lui reproche M. de Réaumur ; favoir , que les molécules ferru-gineufes nè fout point étirées, appiaties, 8c, pour ainfi dire , foudées les unes aux autres, par une comprelïion fuffifante. Je crois devoir ajouter aux remarques de M. de Réaumur qui font excellentes, que ces malles de fer étant groffes, il n’y a que le laitier de la fuperficie qui puiffe s’échapper ; celui du centre de la mife y relie: il n’en eft pas de même des barres étirées ; comme elles ont peu d’épaiffeur, & comme il faut les remettre bien des fois au feu & fous le marteau, le laitier peut s’échapper. Je me fouviens qu’ayant fait dans un Port une recette de fer aigre, on parvint à le rendre doux en le corroyant ; mais il en coûta beaucoup en main d’œuvre 8c en charbon. Il eft vrai que dans ce cas la comprelïion des parties métalliques avoit lieu; mais le grand déchet qu’on éprouva, me fait penfer qu’il s’en échappa beaucoup de laitier. Les mifes forgées, curées 8c repliées, imaginées par M. Trefaguet, étant faites de barres étirées, ne font point fujet-
- Ancres.
- tes à ces inconvénients. De plus on doitTemar-quer que l’Affineur peut aifément tromper dans la fabrique des mifes ordinaires ; car li pour gagner du temps 8c épargner du charbon, il les ouvre peu , il n’y a plus moyen de connoître le défaut, lî-tôt que l’ouvrier a donné à fès mifes là forme qu’elles doivent avoir ; quand il s’agit des mifes de M. Trefaguet, on peut rompre lés barres dont elles doivent être faites pour connoître la qualité du fer, 8c rebuter celui qui eft aigre. Il n’en èft pas de même dû bloc de fèr ; comme oix ne peut rompre une mife quia 8 pouces en quarré fur dix d’épaiffeur, il n’eftguere pofîible de connoître la qualité du fer intérieur; auffi arrive-t-il que l’intérieur de ces mifes eft peu différent du fer de loupe, quoique l’extérieur feinble affez-bien ouvré. Et il s’en fuit, que ces mifes étant chauffées à fouder , 8c portées fur une piece d’ancre , la croûte creve, une partie du laitier intérieur fort par les crevaffes, 8c eh cèt endroit la piece eft très-défeêtueufe, au lieu que les mifes faites de barres qui ont été éprouvées avant que de les fouder, en fouffrent encore une en les pliant & en les foudant. On eft donc certain que ces mifes qui n’ont point été refoulées fur elles-memes, font bien affinées, douces &fibreufes dans toutes leurs parties ; mais il faut avouer que ces mifes font fort cheres, car on acheté le fer dont elles font faites le prix des barres : ces barres ont befoin d’être foudées trois fois après les avoic
- D
- p.13 - vue 14/66
-
-
-
- x4 FABRIQUE DES ANCRES.
- La troifîeme maniéré de faire des ancres, c’eft de les faire de barres de fer. Pendant long-temps on s’eft occupé de ce travail dans les Ports du Royaume ; elles ne s’y fabriquoient qu’à force de bras. La façon en devenoic couteufe, & peut-être ne donnoit pas d’auffi bons ouvrages que la qualité de la matière qu on employoit le faifoit efpérer : c’eft fur-tout le prix de la façon de ces ancres, qui fit fonger à en faire fabriquer dans les forges du Niver-nois, avec les gros marteaux ; mais on ne longea d’abord qu’à les compofer de loupes , & enfuite avec des mifes , comme nous l’avons expliqué. On regarda comme un projet impolîible, de forger des ancres de barres avec ces marteaux d’un poids fi confidérable : & voici fur quel fondement.
- Dans les Ports, pour faire avec des barres une des parties de Panere, par exemple, la verge, on coupoit des barres égales, & chacune à peu près de la longueur de la verge ( PL III,fig. io ), & on prenoit autant de ces barres qu’il en falloit pour qu elles pelàffent enfemble à peu près ce que la verge doit pefer. On faifoit un paquet de toutes ces barres de fer ; on lioit ce paquet avec des bandes de fer (fig. ir, il & ï$ , & dans la Vignette fig. i) : Sc enfin on le faifoit chauffer prefque fondant, & on le frappoit, à force de bras, à coups de marteaux , pour fouder toutes les barres enfemble. Car on étoit perfuadé qu’il n’y avoit point de liens qui puffent réfîfter aux rudes coups du marteau des groffes forges ; qu’auffi-tôt qu’ils viendroient à tomber fiir le paquet , qu’ils écarteroient les barres de tous côtés , & que les liens feroient brifés.
- M. Trefaguet dont nous venons de parler, qui, pendant plufîeurs années, avoit regardé, avec les autres , cette difficulté comme un mal fans remede , fbupçonna dans la fixité quelle étoit peut-être moins confidérable qu’on ne fe l’étoit imaginé. C’eft avoir fait un grand pas pour furmonter les obftacles, que de ne les plus regarder comme invincibles. Il fe familiarifà avec cette idée, & vint enfuite à croire qu’on avoit eu tort de fe perfiiader qu’on ne pouvoit faire d’ancres de barres avec les gros marteaux. Malgré tout ce que les Ouvriers purent lui dire des efïàis inutiles qu’ils avoient faits, il voulut
- pliées ,& il faut enfuite leur donner la forme d’un côin ou les amorcer, ce qui triple l’ouvrage : on voit ces trois opérations ( PL HL fig. 5,d&7).
- On voit ( PL III. fig. 8 ), un corps d’ancre & {fig. 9 ), une mife foudée à un ringard qu’on préfente fur la verge pour la fouder.
- La mife A fe foude fur la verge B, comme on le voit {PL II.fig. 13). Lorfqu’elle eft foudée ou qu’elle femble l’être , on tourne Sc retourne la verge fur l’enclume pour l’arrondir ; 8c le marteau vènant à frapper fur la partie A de la mife {fig» 14 ), tandis que la partie C de la verge porte fur l’enclume, cette mife doit gîilfer & fe féparer de la verge fi elle n’eft pas bien
- foudée ; au contraire, fi elle réfifte au coup d’un marteau qui pefe près d’un millier, 8c qui tombe de haut, c’eft une marque que la mife a fait corps avec la verge, au moins à la partie A ; on fera enfuite fubir la même épreuve à la partie B, 8c fi la mife n’ell pas bien foudée à cet endroit, au lieu de gliffer, il fe fera une fente g h. On voit par ce qui vient d’être dit, qu’un Forgeron at-* tentif peut s’alfurer li fes mifes font bien & exactement foudées : c’eft un argument qu’on a beaucoup fait valoir en faveur des mifes faites de barres contre les faifeeaux de barres forgés à bras, qui ne peuvent jamais' faire une feule piece, comme on le verra dans la fuite.
- p.14 - vue 15/66
-
-
-
- FABRIQUE DES ANCRES* iy
- faire tenter cet ouvrage fous fes yeux, & dès la première fois il reuffit mieux qu'il ne fe Tétoit promis; enfin il a depuis fait fabriquer un grand nombre d'ancres de barres fous les gros marteaux, qui nous paroiffent être tout ce
- quon peut faire dans ce genre de plus parfait.
- On ne fauroit douter que les ancres de barres ne foient entièrement faites d'un fer doux ; du moins ne tient-il qu'à celui qui les fait fabriquer de s'en affurer, puifqu’on peut caiTer chacune des barres (*) avant de l'employer * & par conféquent examiner la qualité de fon fer. Chacune des bandes de fer a autant de longueur que la pièce qu'elles compofont ; les fibres du métal font difpofées dans le fens le plus avantageux ; mais autant que les ancres de barres méritent, par la qualité de leur matière, la préférence fur les autres * autant celles qui font forgées fous le marteau des girofles forges méritent, par la façon dont leur matière a été travaillée, la préférence for celles qui font forgées à force de bras d'hommes. Il y en a plufieurs raifons toutes fort déci-fives.
- Si la verge d'une ancre fe changeoit, pour ainfi dire, dans une feule barre ; c'eft-à-dire, fi toutes les barres qui la compofont devenoient aufiï étroitement unies les unes avec les autres, que le font enfomble les différent tes parties d'une même barre, la verge dé l'ancre foroit travaillée le plus parfaitement qu'il eft pofiible. Quelque foin qu?on prenne pour ramollir, par le feu, les barres qui forment le paquet d'unfe verge, elles relient toujours des corps durs, qu'on ne peut approcher les unes des autres, & ferrer àffea les uns contre les autres, que par le moyen d'une forte percuffion; il faut que la force de cette perculfion foit bien confidérable pour agir avec foccès vers le centre de ces paquets ; les barres de la furface arrêtent prefque tout l'effet du coup que peut donner «an Forgeron. Peut-on fe promettre qü'un. coup de marteau appliqué par des bras d'hommes parvienne jufqu'au centre ^ malgré toute la réfiftance qui lui eft oppofée \ Sept à huit hommes à la vérité armés chacun d'un marteau du poids de 12 à iy liv. (*) frappent for ces barres pendant qu'elles font chaudes ; mais le nombre des hommes ne fait rien ici qu en ce qu'il met en état de profiter de la foupleffe qu'on a donnée au fer ; plus il y a d'hommes occupés à le travailler, Sc plus on en forge dune même chaude. Ce qu'il faut Comparer, c'eft l'effet d'un marteau du
- ( 1 ) On fait qu’un fer aigre dcmal ouvré fe rompt aifément, & qué la caffe efl brillante 6c ormée de laminesque les ouvriers nomment des miroirs: d’autres un peu plus difficiles à rompre, présententüne furface unie, grifé, formée é grains fins; alors ce font des fers acéreins, peü propres pour la fabriqué dés ancres & de tous k;*°ÜVra^S ^ exigent des fers dou* ; les fers •? °^vres » bien épurés Ôc doux, font très-dif-ncnes a rompre ; on les plie bien des fois en
- fens contraire, fans qffiils fe flparent \ le au lieu d’une rupture unie, ils fe déchirent prefque comme du plomb ; alors les ouvriers difent que le fer a de la chair. Ce font les fers de cette qualité qui font lès plus propres à fàîrê dé bônhës ancrés.
- (2 ) Les forts 6c vigoureux Forgérons manient des marteaux qui pefèrit 30 & même 40 livres ; mais eélà n’infirmê point lé raifonnë-ment de M. de Réaumûh •
- p.15 - vue 16/66
-
-
-
- 16 FABRIQUE DÉS ANCRES.
- poids de 12 à iy liv. pouffé par les bras d’un homme, avec l’effet d’un marteau du poids de 800 livr. (V) qui tombe d’une plus grande hauteur que les marteaux ordinaires des groffes forges. Or il eft certain que la force de ce dernier eft prodigieufoment fupérieure à celle du premier ; que fi les barres peuvent être foudées jufqu’au centre , c’eft par une pareille percufllon.
- D’ailleurs on ne chauffe dans les Ports le paquet de barres qu’avec un feu excité par le vent de foufflets mus à bras, au lieu que dans les groffes forges on fe fort de loufflets mus par l’eau, capables d’exciter une chaleur beaucoup plus confidérable. Il eft bien difficile que le feu entretenu de la première maniéré ait affez d’ardeur pour ramollir les barres du centre ; de forte que dans les Ports une force plus petite s’exerce contre des corps plus durs. Auffi les Forgerons à bras ne fe propofent pas de fouder les verges de leurs ancres jufqu’au centre , ils prétendent feulement fouder celles de la fuper-Jicie y en former une croûte dans laquelle les barres du milieu font renfermées comme des plumes dans une écritoire ( PL 111. jîg. 19 ). Ce qui paraîtra Port fingulier , ou du moins ce qui nous l’a paru d’abord , c’eft qu’ils mettent entre les défauts à éviter, de fouder une trop grande épaiffeur de barres ; ils ont pris grand foin de faire mettre cet avis dans un Mémoire que nous avons reçu d’un des Ports du Royaume fur cette matière ; & peut-être feroit-ce en effet un défaut pour des ancres fabriquées à bras d’être foudées jufqu’au centre ; en ne fè fervânt que des petits marteaux & des foufflets ordinaires, il feroit peut-être difficile de faire parvenir les coups jufqu’aux centres, fans avoir furchauffé la piece, fans avoir brûlé les barres de la fiiper-ficie ; mais auffi eft-’ce un grand défaut à cette efpece de fabrique de ne pouvoir pas même fè propofor de lier enfomble toutes les barres qui forment la verge. Je fais que l’ancre ne laifle pas de conferver encore beaucoup de force par la maniéré dont les barres font difpofees ; mais je fais auffi qu’il arrive quelquefois qu’on croit avoir une ancre de barres, & qu’on n’a qu’une ancre de mifos , même mal foudées ; quelqu’attention qu’y apporte le forgeron , quoiqu’il ne foude pas une couche épaiffe, il eft toujours difficile qu’il ne fe brûle pas une épaiffeur de fer de quelques lignes. Les barres brûlées ne de^ viennent plus que des mifos, puifqu’elles ont été divifées par le feu : près de la furface, l’ancre eft de mifos ; Sc vers le centre elle eft de barres, qui ne font point de corps.
- U y a encore une autre raifon pour laquelle on ne doit pas fe promettre un auffi long fervice de ces ancres que des autres. La rouille que l’eau de
- ( 1 ) On proportionne lagroffeur des marteaux avec celle des ancres : pour les groffes ancres , le marteau, comme le dit M. de fiéaumur, eft de 800 livres j pour les ancres de 6 milliers , il n’eft que de 5 à 600 livres. Mais on leve l’arbre du marteau par le milieu, pour élever le marteau
- jufqu’à 4 pieds & -, & faire plus d’impulfion (Pl. II. fi§. 5 ). Peut-être feroit-il mieux d’augmenter le poids du marteau pour ne l’élever que près de la maffe ; car en élevant l’arbre par lç milieu orx fatigue beaucoup la machine,
- mer
- p.16 - vue 17/66
-
-
-
- PAR RÏ QUE DES ANCRES. if
- mer eft fi propre à produire, les ufo du côté où elles font l'es pius fôrtès,‘ elle peut même ouvrir des routes à l’eau, pour pénétrer dans l’intérieur dè
- la verge.
- Les ancres fabriquées fous lé gros marteau ayant toutes lèurs partiès fnieüx liées, plus approchées les unes des autres, ont moins de volume que les autres, à pefantéur égalé ; St cette preuve dé la bonté dé leur fabrique ni pas toujours tourné au profit de celui qui en avoit eu foin;
- M. Trefaguet en fit fairé une pour un des Ports du Royaume d’où on la lui avoit demandée : On lui avôit marqué de quel poids on la vouloit, & quelle longueur & quel diamètre on vouloit qu’euflent chacune de fes par-ties ; on avoit pris Ces proportions for ùné autre ancré. L'ancre fabriquée avec foin, St rendue dans le Port, fut refufée par ceux qui lavoient demandée 9 cela parce que cette ancré, quoique du poids qu’ôri avôit fouhaité , n’avoit pas la longueur St la grolfeur qu ôn avôit marquées. Ôn eut béau dire que cela même étoit une preuve de fon excellente fabrique ; que tout ce què l'on pouvoit demander étoit que les parties de l’ancre euffent entr’elles les proportions de l’ancre qu’ôn avoit fouhaitée, St non pas les mêmes longueurs St les mêmes groffeurs ; que pour les donner, il auroit fallu, ou augmente^ le poids de l’ancre, dans lequel cas ôn né l’auroit plus trouvée convenable * ou faire en forte qu’il reftât dés vuides éntré les différentes barres dont elle eft compofée. Ces raifons parurent trop abftraités ; en uft mot ôn vouloit qu’une ancre d’un certain poids eût une certaine groffeur St une certaine longueur. Celle-ci, pour avoir été trop bien forgée, eft reftée à la chargé de celui qui l’avoit entreprife ; car cette affaire difficile ne fut pas jugée, St cette différence de pefanteur eft affez cortfidérablé.
- Il y a même des cas où il faut avoir néceflàirèmefit recours à un plus grand poids que celui des marteaux à bras, comme nous lé verrons dans la foite J nous verrons en même temps qu’on n’a pu rien fubftituer d’équivalent aux marteaux des grofles forges (*).
- Nous avons dit qué la fabriqué des ancrés démahde déuk fortes deiravail ; celui de forger leurs différentes parties, & celui dé fouder enfomble ces differentes parties : les réflexions générales que nous avons faites , ont déjà fait entendre une partie du travail de la première efpece*
- Nous avons déjà répété plufieurs fois que, pour former là vergé, il étoit
- (1 ) Nous avons déjà dit qu’il eft prefque impoîïible de faire cadrer ies dimenfions exaftes des ancres avec un poids donne. On voit que c’eft le fentiment de M. de Réaumur; c’eft pourquoi dans le marché qui a été pafle pour la fourniture des ancres, où il eft dit que l’Entrepreneur s’engage de faire cadrer les proportions dés ancres avec leur poids ; on a mis la réferve à io pour cent près, ce qui fait 600 livres fur une ancre de 6 milliers.
- Ancres.
- Lès Forgerons des Ports, qui étoient toujours confultés fur la fabrication dés ancres, ont fait tout ce qu’ils ont pu pour qu’elles füflènt forgées dans les Ports ; d’abord ils foutenoient qu’on les pouvoit forger parfaitement à bras, & qu’il étoit à propos que les barres intérieures ne fuflent pas jointes les unes aux autres. Mais enfuite ils ont eflayé de faire jouer à bras d’homme de gros mar-* teaux; nous en parlerons dans la fuite.
- E
- p.17 - vue 18/66
-
-
-
- i8 FABRIQUE DES ANCRES.
- à propos de faire un paquet de barres : il y a encore ici quelques différences entre la pratique des groffes forges ^ ou plutôt de M. Trefaguet , & celle qui étoit en ufage dans les Ports, & cette différence n’eft pas encore à l’avantage de là fabrique des Ports. M. Trefaguet faifoit forger fes barres exprès plus larges & plus épaiffes à un bout quà l’autre > à peu près dans la même proportion que la verge doit diminuer de groffeur ; comme il les prenoit à deffein un peu plus courtes que la verge quelles doivent former, il leur donnoit un peu plus de dimenfion? dans les autres fens (I),
- De ces barres il formoit un paquet qui étoit une efpece de pyramide tronquée , à bafe reélangle ( PL III. fig. i r, 12 & 13 ), ayant attention de faire placer les barres d’un rang au-defliis des joints des barres d’un autre rang, Pour retenir ce paquet, on formoit des liens avec d’autres barres de fer qu’on changeoit en des efpeces d’anneaux ( fig. 14), en foudant leurs deux-bouts enfemble. On faifoit de ces anneaux de différents diamètres ; on les contrai-gnoit y à grands coups de marteaux, à ferrer le paquet (PL III9 fig, 1 ).
- Dans les Ports où l’on forgeoit à bras, on fe fervoit de barres par-tout d’une largeur & d’une épaiffeur égale , comme le font les barres ordinaires de fer forgé ( PL III, fig. 10 ) , de forte que , pour foppléer à ce qui man^* quoit de groffeur au paquet vers l’un de fes bouts, on lardoit dedans ( fig. ij ), des barres plus courtes (fig* 16 ), ou l’on mettoit ces barres plus com> tes tout autour de la forface (fig. 17 ) : ces deux maniérés font reffembler en quelque chofe les ancres de barres aux ancres de miles ; & la première fait craindre que les barres introduites ne confervent des vuides confidérables dans l’intérieur de la verge ; que les longues barres qui portent fur le bout des courtes ne fe caffent lorfqu’on les forge y ce qui multiplieroit encore le nombre des mifes. On avoit pourtant foin de rendre les barres qui dévoient être ainfi fourrées , pointues par un bout ; on les nommoit efquilles de fourniture.
- On donnoit une figure à peu près ronde à ce paquet ( PL III y fig. ij), parce qu’il n’auroit pas été aifé, avec les marteaux à bras, d'abattre des angles aufîi aigus que ceux du paquet des groffes forges ; par conféquent les barres s y trouvoient moins bien agencées les unes auprès des autres ; elles laiffoient plus de vuide.
- Pour forger aux gros marteaux des ancres de mifes & des ancres de barres , il n’y a de différence qu’en ce qu’on foude les mifes les unes après les autres, au lieu qu’on forge à la fois toutes les barres qui entrent dans la compofi-tion d’une piece (*).
- (*) La verge des ancres s’alonge à peu près d’un fixieme fous le gros marteau.
- (2 ) On a fait pluueurs tentatives pour trouver la meilleure maniéré d’arranger les barres, de
- façon qu’elles formaient, par leur réunion, un cône tronqué. D’abord on les arrangea par zones concentriques ( PL If. Jig. 17 ); mais enfuite on apperçut qu’étant quarrées , elles ne pou-.
- p.18 - vue 19/66
-
-
-
- FABRIQUE DES ANCRES. lp
- Mais de quelque maniéré que Ton fabrique les pièces des ancres, c'eft toujours avec le charbon de terre ; ou, comme on l'appelle en d'autres
- Voient fe toucher au grand diamètre AA : on les arrangea donc par lits (Jig. 18) , & le paquet étoit oftogone. On a depuis changé encore cette difpofition des barres. M. Trefaguet a fait les faifceaux de barre quarrés, comme on le voit (pl. III.fig. il, 12 & 13 ): oneft enfuitë revenu à les faire o&ogones ; mais ayant remarqué que des barres trop menues s’arrangeoient difficile-
- ment ; qu’èlles étoient plus fujéttes à fe défan -er ; que celles de la furfacene foutenoient pas ien le feu, Sc qu’on mukiplioit ainli le nombre des foudures ; au lieu de les former de 120 barres, on ne les fait plus que dè 25; ou dé 26 dans l’ordre qu’elles font repréfentées (PL II. Jig. 19), qui indique le gros bout, & Jig. 20 qui rèpréfènte le petit.
- Poids d’une Ancre faite. Nombre de couches en barres pyramidales que l’on doit mettre dans 1è paquet de la verge & des bras. Nom- bre de barres à chaque couche. Dimen chaque 1 gros bout Largeur. fions de >arre au • ojyi Epaijfeur. Dimen chaque petit bo Largeur. fions de barre au ut. Epaijfeur. Longueur du paquet de la verge prêt à mettre au feu. Longueur idem de chaque brâs.
- Pouc. Lig. Pouc. Lig. Pouc. Lig. Poug Lig. Pieds. Poüc. Pieds. Pouc.
- "Première couche pour couverture. I 5 10 I 2 3 IO G IO -
- Deuxieme, idem. • • • • 3 2 4 I O 1 8 O 97 M
- [Troijieme, idem? . « • è * 4 1 iï I O 1 5 O 9ii
- 1 Quatrième , idem. • • • • 3 2 9 I O 2 0 O 9 T
- 3OOO 11V. v Cinquième , idem. * • • • 4 2 1 I 0 1 1 O 9 ) >10 8 3 10
- \Sixieme, idem. . • * « • 3 2 9 I O 2 0 O 9 il
- ' Septième, idem. . • • è • 4 1 11 I O 1 S O 9 ï]
- Huitième , idem. . • • • * 3 2 4 I O î 8 O 9?
- . Neuvième, idem pour couverture. 1 S 10 I 2 3 10 O 10 j
- M. de Réaumur a bien raifon de foütenîr que )es ancres foudées jufqu’au centre, valent mieux que celles où les barres font feulement enveloppées d’une croûte de fer forgé ; néanmoins, comme on a vivement foutenu le contraire, il ne fera pas hors de propos d’entrer à ce fujet dans quelques détails.
- i°, Il eft certain que fi une ancre eft tirée directement de A en B (PL I. Jig. 23 ), fuppofant la qualité du fer pareille , celle où les barres ne feront pas foudées jufqu’au centre, pourront être à peu-près auflî fortes que les autres. 20, Mais il faut examiner ce qui arrivera à celles qui feront tirées obliquement, comme fuivant la direction C D (Jig. 24 ) ; cette puiffançe qui tend à élever la partie C de la verge, tend en même temps à la faire plier.
- Pour fe former une idée de ce qui doit arriver dans cette circonftance, fuppofons trois cylindres de bois égaux, entr’eux : confervons-en un plein, perçons l’autre pour en former un tuyau ; Sc ayant pareillement percé le troifieme, imagi-nons-le rempli avec des baguettes, ou fuppofons deux cylindres, un plein & formé dans une piece de bois, & que l’autre foit fait par la réunion d’un nombre de baguettes, ou que ce foit un faifceau ; fuppofons encore que ces différents cylindres étant foutenus par leur extrémité a b (Jig. 2 $ ) , foient chargés à leur milieu du poids ’C, ce qui revient à peu près au même que l’effort que la verge E C a à fupporter, étant tirée fuivant la direction CD ; or il eft évident que le cylindre maflif réfiftera mieux que le cylindre creux, ainfi que celui qui eft formé par un faifceau de baguettes. Si nous foupçonnions que cela pût fouffrir quelque difficulté , nous le prouverions d’une façon inconteftable ; mais nous croyons pouvoir nous en difpenfer. Si le cylindre formé par un faifceau de baguettes étoit plus fort , on feroit
- ainfi les éflieux dés voitures Sc les leviers qui font deftinés à remuer de grands fardeaux ; on fè donne bien de garde de les faire de même ; & les ancres tirées fuivant la direétion CD oblique à la verge , peuvent toujours être ramenées à l’effet du levier.
- Il eft vrai que le levier de barres mal foudées pourra plier avant de rompre, au tlieu que le levier de barres bien foudées pliera peu avant de rompre ; mais il faut favoir fi la force qui fera plier le levier de barres mal foudées, fera fuffi-fante pour rompre le levier dé barres bien foudées: jepenfe que non. On convient bien que la fomme des forces de toutes les barres rompues féparément , eft fupérieure à la force du faifceau, ou même de toutes les barres réunies par une bonne foudure ; mais il ne s’enfuit pas du tout que le faifceau rompe plus difficilement que la maffe d’un barreau bien foudée : fi la verge d’une ancre faite de barres non foudées , étant faite d’un fer très - doux . pîioit comme celle /g(Jig. 26 ), il pourroit, à la vérité, en ré-fulter un petit avantage, pour que l’ancre ne rompît pas, parce que les barreaux du faifceau étant en partie tirés fuivant leur longueur, ils fatigueraient moins ; mais aufli le levier de la verge feroit beaucoup raccourci, Sc la verge n’agi-roit plus avec autant de puiffançe pour dégager les pattes. *
- Les partifans des barres non foudées ont fait un raifonnëment auquel je n’entreprendrais pas de répondre, s’il n’avoit pas féduit plufieurs perfonnes. Une ancre qui ploie, dit-on, eft moins fujette à rompre que celle qui réfifte,par la même raifon qu’un rofeau n’eft point rompu par uné bourrafque de vent qui rompt un gros arbre : pourquoi ? parce que le rofeau plie fous le vent Sc fe redreffe quand le vent ceffe; mais ne voit-on _pas que le rofeau en pliant, fe dérobe à
- p.19 - vue 20/66
-
-
-
- 10 FABRIQUE DES ANCRES.
- endroits, avec le charbon de pierre, qu’on les chauffe. Le charbon de boiâ incomparablement plus propre à faire les fers doux, Ibit lorfqu’on fond là minè^, foit quand on forge les barres & les miles, ne donne pas affez de chaleur pour échauffer fuffifamment jufqu’au centre de fl mafîives pièces. Auffi eft-ce une réglé générale que tous les gros ouvrages de fer doivent être chauffés avec le charbon de terre. Quand le fer a été affiné, & réduit en barres ou en miles, il a été privé de la plus grande partie de fon laitier ; & ce n’eft qu’à l’aide de ce laitier, qui eft un fondant, que le charbon de bois vient à bout de fondre les gueufes. Si, pour chauffer affez une piece de fer épaiffe, on la laiffe long-temps expofée au feu de ce charbon, le defïiis de la piece le brûle ; le feu agit trop contre la lurface, & pas affez lur l’intérieur ; peut-être parce que le charbon de bois contient moins de matière huileulè que le charbon de terre. Cette même matière huileule qui en s’enflammant échauffe le fer, en humeétant là liirfacè l’empêche de le brûler ( \).
- Les forges deftinées à la fabrique des ancres different peu de celles où l’on chauffe le fer pour le convertir en barre ; le defliis du foyer ou de la table eft plat, excepté vers fon milieu où il y a uiie profondeur de quelques pou-ces, qui contient une partie du charbon de terre. La feule différence re-marquable, qui eft entre ces forges & les forges ordinaires, eft celle de leurs tuieres ; l’ouverture de la tuiere des forges ordinaires eft un demi-cercle , au lieu que l’ouverture des forges à ancres eft circulaire B D (PI. IV,fig. i & 2 ), & cette ouverture circulaire eft beaucoup plus petite que l’autre. Lèvent qui en fort fe trouve plus raflemblé ; il agit plus fortement contre les parties qu’il rencontre. La différente nature des deux charbons demande cette différence : celui de bois plus aifément inflammable, eft, pour
- l’a&ion du vent, au lieu qu’une ancre, qui a été pliée par un coup de mer, n’élude pas ou peu la force qui agit lur elle ; un fécond effort la pliera encore , & un troifieme la rompra , d’autant que dans un corps d’une certaine épailfeur & qui a plié , toutes les parties folides qui le forment, font dans des tenfions inégales, la ten-lion étant d’autant plus grande que les parties font plus voifines de la face convexe a (Jig. 27), & celles qui font à la partie concave b font en condenfation. Si donc l’effort n’efl pas réparti également fur toutes les parties du corps (Jig. 27 ) , celles qui font les plus tendues rompront d’abord& bientôt les autres éprouveront le même fort, au lieu que dans la verge d’ancre qui ne plie pas ( Jig. 28 ) , il paroît qu’il y a un plus grand nombre de parties qui réfiflent de concert, d’où il doit réfulter une plus grande force ; car une corde dont tous les fils réfîfferont à la fois rompra beaucoup plus difficilement que celle dont les fils inégalement chargés rompront les uns après les autres.
- Mais je demande à ceux qui fe font le plus déclarés pour les barres mal foudées, pourquoi ils n’ont prétendu faire l’application de leur principe que pour les verges des ancres : pourquoi
- ils ont toujours effayé que les barres Ment bien foudées dans les bras : pourquoi on tâche que lest foudures foient bien faites dans les effieux des voitures, &c. Pour moi, je penfe qu’on nes’efl fortement attaché à foutenir l’avantage des barres non foudées, que parce qu’il n’efl pas poffible dans les Ports où l’on n’a pas des marteaux mus par l’eau, de fouder parfaitement une auffi groffe maffe de fer, que l’efl la verge d’une groffe ancre, & que les Officiers de Port fe font retranchés à dire, qu’il étoit mieux qu’elles ne Mfenc pas foudées.
- Il faut néanmoins convenir que les pailles Sc les défauts de foudures qui font fuivant la longueur d’un levier, ne font pas, à beaucoup près, u dangerëufes que celles qui feroient en travers. C’efl pourquoi il faut bien fe donner de garde,en forgeant les ancres, de trop corroyer le fer fous le gros marteau, on en romproit le fil ; il faut effayer que les barres foient foudées les unes aux autres; mais il faut faire enforte que ces barres ne foient point déformées dans leur intérieur.
- (1 ) Il y a des charbons fofliles très-bitumineux ; ce font les meilleurs pour les forges : d’autres font chargés de foufre, & ceux-là détruifent beaucoup de fer.
- p.20 - vue 21/66
-
-
-
- I
- FABRIQUE DES ANCRES. 2l
- sinlî dire, compofé d'une huile plus volatile ; mais il donne une chaleur plus foibie : celui de terre compofé de parties plus fixés, donne une çhaleurplus confidérable’; mais il ne la donne que quand fes parties ont été agitées plus fortement.
- La matière huileufe, ou fi on f aime mieux, là matière bituihineufe , eft fi abondante dans la plupart des charbons de terré, que quand oh les allumé^ cette matière fort des différents morceaux de Ces charbons , à peu près comme l'eau fort d'un dés bouts d'un bâton humide allumé par l'autre bout. Cette matière épàiffe, & par cônféquent gluante, lie enfbmble tous les morceaux de charbon;, ce qui eft encore pour le Forgeron une raifoii de pré^ férer le charbon de terré au charbon de bois. La pièce quil avoit d'abord pofée dans le milieu d'un tas informe de charbon, fe trouvé’*"dans la fuite entourée de tous côtés d'une èfpece dé voûte au milieu’ Üe laquelle elle eft ifolée ; les parties huileufes lient &?fbutiennerït les anciens ‘morceaux de charbon, & même les nouveaux que l'on ajoute ; le vent du foufflet entre dans cette efpece de voûte ( PL III, fig. 3 y ) ; il agit non-feulement contre la partie vers laquelle il eft dirigé, il circule enfuite autour de la voûte ; la piece eft , pour ainfi dire, dans uneefpecé de fourneau de réverbéré. Mais ce qui eft le plus avantageux au Forgeron, c’eft que comme fà piece ne touche le charbon en aucun endroit fans déranger fon feu, il peut examiner fi elle chauffe également par-tout ; il le voit par la même ouverture par où là piece entre dans cettê efpece de fourneau ; il voit s'il eft à propos de la retourner pour mettre la partie, contre laquelle le feu a lé moins agi, dans la place de cellé qui a chauffé plus vite ; il voit enfin quand il eft temps de retirer cette piece, & de la porter fous le marteau (*,). ’ ‘
- La verge d'une groffe ancre eft une lourde maffe à mahier. Il feroit mal-aifé de la placer dans la Forgé *, de l'y retourner, de là porter de la forge fur l’enclume, iî des hommes feuls en foutenoient le poids. On én charge une machine fimple & commode ; les Forgerons l’appellent une grue : c'eft une potence qui a, à l'un & l'autre des bouts de fbn arbre vertical, deux pivots fur lefquels elle tourne. La hauteur de cet arbre eft au moins telle qu’un homme droit peut paffèr fous la branche qui eft affemblée près de fbn extrémité
- (1 ) Il eft très-important, pour réuffir dans une groffe piece de forge, d’avoir un chauffeur attentif & intelligent ; il doit tellement difpofér la piece qu’il chauffe, que le vent des fouftlets ne donne pas deffus, mais qu’il paffe deffous ; car l’endroit où frapperoit le vent des foufflèts ne manqueroit pas d’être brûlé ; néanmoins la partie du fer qui eft voifine du vent eft plus chauffée que le refte ; & quand le chauffeur ( PL ILjïg. 16) apperçoit qu’un endroit eft chauffé blanc, il doit retourner fa piece, & bien prendre garde, dans cette opération, de déranger la voûte que forme le charbon ; iî doit même jetter de l’eau deffus,
- Ancres.
- & la fortifier avec du charbon mouillé ; & en continuant un feu bien réglé , il parvient à chauffer fon faifceau de barrés jufqu’au centre fans en brûler lafuperficie. Pourfoutënir àii deffus de la tuiere la piece que l’on chauffe * on met au devant de la forge une piece de fer ( PL VL fig.2 3 ) qu’on nomme un croiffant, ou une demi-lune , & au fond un morceau de fer quarré auquel eft foudé une pointe qui entre dans le foyer de la forge (jîg. 22) : ces deux morceaux de fer doivent avoir afféz d’épaiffeur pour élever au deffus de la tuiere la piece qu’on chauffe.
- F
- p.21 - vue 22/66
-
-
-
- a* FABRIQUE DES ANCRES.
- fupérietire. Au bout de la branche de cette efpece de potence (PL IIIfig., 2 3 & PL IV >fig- 2 & 3 ) il y a une crémaillère ou une chaîne de fer ; on pofe le faifceau de barros ou la verge dans le crochet de la crémailleré , ou û l’on fe fert d’une chaîne, on l’entoure avec le bout de la chaîne.
- L’uûge de cette grue détermine fuffiûmment là place & la proportion de fes parties. Lorfqu’on la fait tourner d’un côté, elle approche de la forge la verge dont la branche èft chargée ; û on la fait tourner de l’autre côté, elle éloigne cette verge de la forge, & lapproche de l’enclume : elle doit donc être à pèu prés à égaie diftànce de l’une & de l’autre, & ia branche doit avoir affez de longueur pour conduire une partie de la verge dans le feu de la forge p& pour la conduire enluite fur l’enclume (*).
- Aux grolTes forges, la première fois qu’on porte le paquet au feu , on le chauffe par le milieu ; on met ce milieu vis-à-vis de la tuiere; on doit commencer par-là quand’ on fe fert du gros marteau mu par l’eau, & cela parce
- '(1 ) Pour qu’une Fabrique d’ancre foit bien établie, il faut qu’il y ait trais grues ou potences •tournantes A (PL ILfig. i y ) : leurs révolutions des feux aux enclumes font marquées par des lignes ponctuées. Il faut de plus trois feux B. Un grand pour forger les verges & les bras ; un moyen pour chauffer un bras, pendant qu’on chauffe la verge,au grand feu, lorfqu’il s’agit de fouder les bras à la verge ; & alors il faut au moins deux grues qui partant de*deux .feux différents fe rendent à une même enclume : une de ces grues porte la verge , & l’autre le bras ( PI. IV). Le troifieme feu qui eff: le plusjpetit, fert à chauffer les mifes qui doivent fortifier les aiffelles & per-fedionner la tête de là croifée. Il faut auffi trois enclumes C. On a de plus un petit feu pour forger & radouber les outils.
- Quoiqu’on voye l’élévation des grues fur les ' planches III, IV & V , avec les crémaillères aux unes, & aux autres des chaînes & auffi quelques palans , j’ai cru devoir repréfenter à part, ( PL. VI. ) ces différents inffruments pour les détailler avec encore plus de foin.
- La potence tournante que les forgerons nomment grue (fig- i.) eff compofée d’un arbre vertical CC qui tourne en bas fur une crapaudine A 8c en haut dans une bourdonniere B. Le bras D D étant fort long & devant porter des poids confidérables , il eff: fortifié par un lien £ de par les tirans F.
- La cremaillere (fig. 2 ) étant fbutenue par un étrier de fer b qui peut parcourir toute la longueur du bras DD (fig. i ), on peut l’éloigner ou la rapprocher de l’arbre tournant C C pour que l’ancre porte fur le fort de l’enclume : au moyen des dents d (fig. 2 ) on peut établir l’ancre à la hauteur qu’on veut. C’eft fur le crochet c que repofe l’ancre qu’on peut tourner comme l’on veut à caufe du boulon b. Si on combine tous les mouvements dont la crémaillère & la potence font fufceptibles, on conviendra que cet inftru-ment eff d’une grande commodité pour remuer avec facilité d’auffi gros fardeaux : quelquefois on fubftitue à la crémaillère la chaîne (fig. 3).
- Le bâtiment des forges ne doit point avoir de
- plancher , afin que la fumée & l’air chaud puifle fe diffiper par le comble ; mais on place des poutres au deffus des feux 8c des enclumes pour y attacher des poulies, des moufffes ou des palans qui font d’une grande commodité pour le travail. Par exemple , le palan (fig. 4) fert à foutenir la verge lorfqu’elle eff: au feu, & le palan (fig- $ ) fert à foutenir la verge lorfque l’ancre eff: fur fon enclume. Il faut donc remarquer que la chaîne (fig. 3 ) , ou la crémaillère (fig. 2 ) foutiennent le bout de l’ancre que l’on échauffe ou qui eff chauffée , & que les palans foutiennent le bout oppofé de la même ancre. Quand l’ancre eff ainfi foutenue & placée en équilibre,on la tourne aifément fur l’enclume au moyen d’une piece de bois qu’on paffe dans le trou de la culaffe qui eff deftinée pour recevoir l’organeau, comme on le voit PI. III. fig. 3.
- Quand un bras eff foudé, & qu’on donne une bonne chaude à la tête, il faut foutenir la patte avec un palan , fans quoi fon poids pourroit la faire courber. Cette remarque a lieu pour toutes les occafions où il faut porter une groffe piece qu’on a chauffée par le milieu.
- Quand la piece eff trop courte pour être maniée comme a (PI. VI. fig. 6), on y foude un ringard b qui eff un morceau de fer terminé par un anneau dans lequel on paffe un morceau de bois comme dans le trou de l’organeau ( PI. II. fig. 16). On s’aide encore, pour manier les pièces qu’on forge fuivant leur différente groffeur, ou de tenailles (PI. VI.fig. 7) ou de devers (fig. 8,p, 10 & 11), ou enfin de leviers de fer ou de bois.
- La figure 12 repréfente une enclume. Elles font prefque toujours tout-à-fait quarrées. La fur-face en eff représentée par la figure 13, & on en voit le profil ( PL II. fig. 13). Il faut remarquer ( PL VI. fig. 29 ) une trappe qui couvre une fioffe qu’on pratique toujours auprès de l’enclume pour que les bras des ancres puiffent entrer dedans ; elle procure la facilité de tourner l’ancre de tous les Sens , ce qu’on ne pourroit pas faire fans cette foffe.
- p.22 - vue 23/66
-
-
-
- FABRIQUE DES ANCRES. n
- qu’en foudant les barres, il les alonge ; or lé paquet étant d’abord forgé vers lé milieu, elles s’alongent également vers l’un & l’autre bout : une preuve encore bien décifive que le gros marteau foude la verge jufqu’au centre, c’efi que toutes les barres qui le compofont s’alongent confidérablement, & de plus également ; ce qui n’arrive point à celles qui font forgées à bras. Le paquet étant chaud à fonder dans l’étendue d’un pied ou environ > on le conduit fous le gros marteau : en tournant & retournant ce paquet, on lui fait prendre la figure convenable ; c’efi à la prudence des Ouvriers à faire tomber les coups à propos. On ne s’en'fie pourtant pas au jugement des yeux, pour décider fi on l’a réduit au diamètre qu’il doit avoir. Avant de commencer à forger l’ancre, on en a tracé le gabari, c’eft-à-dire, que fur une planche bien unie, on a tiré diverfes lignes parallèles, dont les diftânces des unes aux autres donnent la largeur & l’épaifleur de chaque partie de l’ancre ; âvec un compas à branches courbes, on mefure fi la partie de l’ancre qu’on forge a les dîmenfions que donne le gabari. Avec cette précaution on ne s’écarte pas des vraies melures à une demi-ligne près.
- On continue à chauffer & à forger de même le refie dé la verge ; on forme le quarré ou la culafle qui eft au petit bout ; & en finiflànt le gros bout , on l’amorce, c’eft-à-dire, qu’on l’applatit, afin qu’on puifie plus ai-* fément fouder un bras de chaque côté. ‘ * • • j*,.
- On foude enfuite, fur deux des côtés du quarré, les deux mifosfen faillies qui fervent à attacher le jas , & enfin l’on perce le trou de l’organeau. Pour cela on fait chauffer le quarré ; on le porte fur l’enclume ; on appuie & on retient perpendiculairement for le quarré un mandrin ou cylindre de fer de diamètre égal à celui du trou qu’on veut percer, & alors on fait agir le gros marteau qui contraint le mandrin à traverfer la verge d’outre en outre (I).
- La fabrique de l’organeau n’a rien dé particulier : à coups de marteau à bras, on arrondit un morceau de fer fait de barres ; on le fait paffer par le trou de la verge ; on le recourbe en anneau, Sc on foude enfemble fes deux bouts (*). •
- ——.................... *»1 —-—i
- (* ) Toutes les pratiques qui regardent la forge font bien décrites par M. de Réaumur. Néanmoins je remarquerai qu’il eft d’un ufagè confiant de commencer à chauffer & à forger le petit bout. On a foin qu’il y ait un lien immédiatement au-deffus de l’endroit qu’on chauffe, environ à deux pieds du petit bout. On frappe, s’il eftnéceffaire, des coins de fer dans les vuides qui reftent entre les barres & le lien ; quelquefois même on lie le faifceau immédiatement au-def-fous jdu lien avec plufieurs révolutions d’une corde mouillée pour empêcher que le lien ne coule. Quand la chaude eft bien donnée, on pofe fur l’enclume une des couvertures T ( PL ILfig. 19 ou 20 ) , par exemple, & on frappe fur l’autre couveruîre H. En quelques coups de gros mar-
- ' teau toutes les barres font foudées , on retourne le faifceau fur toutes les faces , & on forme le quarré de la verge. Quand la chaude eft bonne, & qu’aucun accident ne dérange l’opération, on foude à chaque chaude 18 pouces de longueur au petit bout ; mais au gros cela va plus lentement.
- 11 eft vrai, comme le ditM. de Réaumur qu’on, perce à chaud le trou du quarré où doit entrer l’organeau ; mais pour les groffes ancres on emploie fucceftivement trois poinçons ou mandrins commençant par le plus menu.
- (2 ) L’organeau Z ( PL V8. ) mérite beaucoup plus d’attention que ne le dit M. de Réaumur. Celui d’une groffe ancre du poids de fept milliers devant entrer dans le trou de la culaffe
- p.23 - vue 24/66
-
-
-
- -H FABRIQUE DES ANCRES.
- Les Forgerons qui faifoient hes ancres à bras, commençoient à chauffer âc à forger le paquet de barres à‘environ deux pieds & demi du gros bout, e, (PL III ,fig. 3 de la Vignette ) ; delà ils continuoient en allant vers la culaffe ou le quarré, ôtant les liens à mefure que les barres fe foudoient; ils faifoient enfuite le quarré de la culaffe ; & pour cela ils infinuoient encore diverfes quilles ( PL III,fig. 16 ) de fourniture, jufqu à.ce que le lien qui les devoit contenir fut rempli. On chauffoit & forgeoit ce quarré ; on y perçoit le trou de f organeau ; il ne pouvoit être percé qu'en quatre à cinq chaudes, & dans les groffes forges on le perce en une ; on foudoit enfiike les deux tourillons ou mifes qui fervent à tenir le jas ; & enfin la culaffe étant finie , on revenoit au gros bout ; comme cette partie doit être bien fournie de fer, on y faifbit entrer des quilles à coups de maffes , jufqu à ce que le lien quon avait mis à un pied & demi du bout fût bien rempli (I).
- Pour former les bras, on difpofe un paquet de barres pyramidales, comme on l’a préparé pour la verge, aux différentes proportions près ; on le lie de mêrnè avec des liens de fer. On foude les barres fous le gros marteau ; on forme le rond & le quarré du bras, & on amorce l’extrémité du rond pour le fouder & le joindre avec la verge. A chaque bout de ce bras, on foude un ringard (*) ou longue barre, qui donne au Forgeron la facilité de le remuer dans la forge. On fe fert au même ufàge (PL III, fig. 26 & 27 quand le bras eft prefque fini, d’un ringard volant. On donne ce nom à une barre de fer dont un bout eft percé par un trou dans lequel on fait entrer une piece de bois que le Forgeron tient à deux mains. À quelque diftance de fon autre bout , ce ringard porte une efpece de lien de fer, & il a de plus à ce même bout un demi-lien, dont les extrémités font percées d’un trou dans
- qui a 44 lignés de diamètre, 6c avoir un peu de jeu , il ne peut avoir que 42 lignes de diamètre. Cet anneau qui a peu de groffeur relativement èux autres parties de l1 ancre, doit néanmoins ré-fifteï à de grands efforts. Ainfi il eft important de le faire avec du fer très-doux & de le fabriquer avec toute l’attention poflible. Pour cela on af-femble avec des liens un faifceau de barres (Pl. VI. jîg. 14.) comme nous l’avons expliqué en parlant de la verge , excepté que les barres font plus menues* 6c en moindre nombre ; on foude, on forge 6c on amorce ce faifceau ( jîg. 1ÿ ) , puis on le contourne (fig. 16 ) ; & comme on n’en peut fouder les deux bouts que quand l’anneau fera paffé dans le trou de la culaffe , après avoir amorcé les deux bouts du barreau (jîg. 17 ), pour qu’ils fe fou-dent plus aifément, au lieu de contourner l’anneau fur un même plan, on en forme le filet d’une hélice ; de forte que, quoique les deux bouts du barreau fe croifent, ils font affez écartés l’un de l’autre pour qu’cn puiffe paffer le barreau recourbé dans le trou de la culaffe, 6c enfuite ayant donné une bonne chaude aux parties du barreau oui font amorcées, il n’y a qu’à les rabattre l’un fur l’autre .& les fouder : le faifceau fe corroyé
- fous le niartéau mu par l’eau ; mais ce n’eft pas un marteau aufli pefant que pour forger la verge 6c les bras des ancres. Ainfi quand il eft réduit fous le gros marteau, comme le barreau (jîg. 15 ), on le contourne 6c on le foudé à bras avec lés maffes 8c les marteaux (jîg. 18,19 £> 20) qui pefent depuis 15 livres jufqu’à 30. Quand on prend toutes ces précautions pour bien faire les organeaux, ils plient quelquefois fous les grands efforts qu’ils ont à fupporter ; de ronds qu’ils étoient ils deviennent ovales, mais ils rompent rarement.
- C) On a vu plus haut,que dans les groffes forges on commence à forger la verge des ancres par le petit bout, 6c que par la forme pyramidale qu’on donne aux barres, on eft difpènfé de mettre des quilles de fourniture.
- O On voit ( Pl. III. jîg. i de la vignette), un ringard ajufté au petit bout d’un faifceau deftiné à faire la verge d’une ancre (jîg. 12) : on voit la même chofe (jîg. 2 y , 28 & 29) des ringards foudés à des pattes ; ( Pl. IV. jîg. $ ) un ringard foudé au bout d’une verge ; enfin ( Pl. VI. jîg. 6 ) un ringard foudé à un morceau de fer : en voilà plus qu’il n’en faut pour faire comprendre ce qu’on entend par un ringard,
- p.24 - vue 25/66
-
-
-
- FABRIQUE DES ANCRES. ^
- lequel entre la cheville 17. On engage le bout du bras dans le lien ; plus loin on le faifit avec le demi-lien ; on Farrète avec la cheville , & de cette façon on ajufte au bras un ringard qui n'eft pas foudé (T).
- A Fégard des pattes, on les a toujours fait dans les grofles forgés avec des mifes , même pour les ancres qu'on fabriquoit dans les Ports (z).
- Quand il s’agit ,de fouder enfembie ces différentes parties d'une ancre , au lieu d'une grue il en faut deux. On chauffe les deux pièces prefque fondantes vers les bouts, qui doivent être appliquées l'une contre l'autre ;r elles ont chacune leur forge particulière ; elles font affez groffes pour l’occuper» Près de chacune de ces forges il y a donc une grue, Sc ces deux grues portent chacune leur piece fur l'enclume commune > où elles doivent le réunir ( PL IV2 ) ; on applique l’un contre l'autre leurs bouts amorcés > & à grands coups on les contraint à ne plus faire qu'un corps. On ne làuroit apporter trop de précautions pour bien fouder enfembie les parties de l'ancre ; il n'y a que des coups d'une prodigièufe force , appliqués fur une matière bien ramollie, qui en piaffent venir à bout, fur-tout quand il s'agit de fouder un bras à la verge, ce que les Ouvriers nomment encoller ; aüffi dans les forges où l'on travaille les ancres avec lès marteaux à bras, on a récours alors à des machines qui donnent des coups plus violents. Mais avant de parler de ces machines > fuivons la pratique des groffes forges (3 ).
- (1 ) Dans certaines circonftances les devèrs (PL VI. Jig. 8,9, 10 Gr 11 ) tiennent lieu du ringard volant dont on vient de parler.
- ( 2 ) Pour faire les pattes , ayant prépare des mifes de fer bien affiné & corroyé, on en foude urïê au bout d’un ringard ; à celle-là on en ajoute une ou deux autres pour faire la longueur de la patte ; on étend ces mifes en les appîatifiant ; on les amorce par les bords pour recevoir d’autres mifes à peu près comme 1§ repréfentent les lignes ponctuées de la figure 28 , PI. III. Quand la patte a l’étendue Sc l’épaifieur qui convient à la grandeur de l’ancre que l’on forge, on la borde , c’eft-à-dire, qu’avec la tranche (PL VI. Jig. 21) dont il fera parlé dans la fuite , on coupe ce qu’il y a de trop ( PI. III. Jig. 29 ) ; & avec les marteaux à bras on lui donne la figure régulière qu’on voit (PL III. Jig. 24). Autrefois les pattes étoient terminées par des lignes droites ; mais maintenant on fait leurs bords un peu courbes, comme on le voit ( PL I. Jig. 2 £r 3 , 8c PL IV. Jig. 3 & 4), ce qui augmente un peu leur fur-face.
- Quand le bras eft exactement forgé, on donne une chaude au quarré , & dans une autre forge on chauffe la patte pour la fouder fur le bras dans toute fa longueur , ce qui demande de la célérité Sc de l’adreffe ; car il faut que cette réunion fe faffe d’une feule chaude. ( Voy. PLI. lé' » 2 y 3 & 4 ï de PL IV. Jig. 3 & 4 )• Il eft vrai qu’ayant quelquefois remarqué, en Unifiant l’ancre, que la patte n’étoit pas foudée dans une partie de fa longueur, on y a remédié avec des clous rivés : cela eft très-bon , mais, c’eft une reffource que 1 entrepreneur doit éviter le plus qu’il eft
- Ancres.
- poiïible y car comme il faut percer avec le forêt la patte Sc le bras, cette opération emporte des frais confidérables. Lorfque la patte eft foudée* il faut donner aux bras la courbure qu’ils doivent avoir: pour cela on leur donne des chaudes plus ou moins fortes fuivant l’épaifieur du fer, & on les tranfpôrte fur deux billots de bois qui font couverts d’une épaifte femelle de fer, ce qui fait comme deux enclumes qui font près l’une de l’autre ; & avec de gros marteaux à bras on frappe dans le porte-à-faux ou entre ces deux efpeces d’enclume, ce qui fait prendre peu à peu l’arc ou. la courbure que les bras doivent avoir, comme on le voit (PL IV, F G Jig. 3 , &* P Ofig. 6 ). Pour bien conduire cette courbure, il fautfur la table où on â tracé le patron ou gabari de l’ancre, tirer du bec de l’ancre à fon gros bout, non compris l’amorce, une corde ou une ligne RR ( PI. I, Jig. 1 ) , enfuite élever de demi-pied en demi-pied les ordonnées S S perpendiculaires à la ligne R R 5 car en plaçant fur la piece qu’on forgé une réglé divifée en demi-pieds, on fera en forte que les ordonnées foient pareilles à celles du gabari ; ou bien on fait prendre à un barreau de 4 ou j lignes en quarré, la courbure que ce bras doit avoir ; Sc en pofant ce barreau fur la piece qu’on forge, on fait en forte de lui faire prendre le même arc.
- (3) M. de Réaumur infifte beaucoup Sc avec grande raifon, fur les précautions qu’il faut prendre, pour que la foudure des bras avec la verge foit bien parfaite : il dira dans la fuite qu’on fortifie l’encolure avec des mifes qu’on foude à bras dans les aiflêlles Sc fur la tête de la croiféê ; enfin on rogne l’excédent de fer avec la tranche, Sc on
- G
- p.25 - vue 26/66
-
-
-
- 2(5 FABRIQUE DES ANCRES.
- A la forge d’Imphy dans le Nivernois, on a un marteau monté exprès pour l’encolage, qui s’élève plus au deffus de l'enclume que les marteaux ordinaires, à caufe de la hauteur des bras quil faut retourner deffous. D’ailleurs l’effet de la percuffion eft d’autant plus confidérable que le coup tombe de plus haut ; auffi ce marteau foude-t-il un bras à la verge en quatre à cinq coups. H a pour manche une pièce de bois de neuf pouces d’équarriffage , longue de douze pieds : ce manche eft à l’ordinaire porté par la pièce de fer appellée hujje ; mais au lieu que les bras agiffent fur les autres gros marteaux, en les prenant entre l’enclume & la huffe, ici ils le rencontrent entre la huffe Sc la queue , & c’eft en abaiiïànt le manche en cet endroit qu’ils élevent le marteau à 30 ou 40 pouces de hauteur. Il y a environ flx pieds du marteau à la huffe, & il n’y en a gueres que trois de la huffe à l’endroit que preffent les bras alternativement ; l’arbre n’a que deux bras ; s’il en avoit davantage P ils rencontreroient le manche avant qu’il fût à la fin de la chute (*).
- Quand le marteau eft dans l’inaétion , il eft foutenu par un pieu prefqué vertical, entré à force fous fon manche. Ce pieu refte jufqu’à ce que les pièces à fouder foient arrangées fur l’enclume ; fi-tôt qu’elles le font, un Ouvrier abat le pieu d’un coup de maillet , le marteau tombe fur les pièces & continue à les frapper, parce qu’on leve dans le même inftant la pale qui ar^ rêtoit le cours de l’eau. Un bras étant foudé on foude pareillement le fécond, mais de l’autre côté du même bout de la verge. On employé différentes machines, dans différents Ports , pour fouder les bras à la verge. A Breft (*) on le fert d’une fonnette lèmblable à celle avec laquelle on éleve un mouton pour enfoncer des pilotis. Pendant qu’on fabriquoit des ancres à Vienne, on fe fervoit de la même machine , par le moyen de laquelle fept à huit hommes élevoient un vrai mouton. Mais à Breft, en la place du mouton, on met une maffue ( PI. V\fig. 10, A CB ) pelant environ 300 liv. Cette mafîue eft par-tout à peu près ronde ; mais elle a deux diamètres différents : le manche B eft de groflèur à être empoigné par un Forgeron ; l’autre bout A eft beaucoup plus gros. La corde qui fert à la lulpendre & à l’élever , eft attachée où finit le gros de la maffue , & où commence fon manche. Pendant que fept à huit hommes travaillent à l’élever en tirant fur les cordons E, il y en a un qui tient le bout B de fon manche ; il la dirige pendant là chute, & il la fait tomber, autant qu’il lui eft poflîble, fur l’endroit à louder (3),
- pare l’ancre. Tout cela fera expliqué quand M. de Réaumur aura décrit les Machines de Breft & de Rochefort : nous remettons encore à parler en cet endroit des attentions qu’on doit apporter , pour que les bras foient exactement dans le plan qui leur convient.
- (1 ) Cette façon d’élever le marteau fatigue beaucoup l’arbre : néanmoins tous les gros marteaux de la fabrique de Cofne font difpofés de cette façon ; mais on fortifie toutes ces parties pour qu’elles puiffent réfîfter à ces efforts.
- (2 ) Les machines de Breft & de Rochefort qui originairement avoient été faites pour faire des ancres, ne fervent plus, depuis l’établiffement de la fabrique de Cofne,qu’à radouber celles qui ont été rompues. Je penfe même qu’il y auroit plus d’économie à renvoyer les ancres à Cofne, que d’entreprendre des radoubs qui coûtent beaucoup dans les ports, 8c qui ne font folides que quand les ancres ne font pas fort groffes*
- (3 ) Je ne fais s’il ne feroit pas mieux d’élever par une fonnette £ DA(Pl.V.Jig. 1 o.) un marteau,
- p.26 - vue 27/66
-
-
-
- FABRIQUE DES ANCRES. %7
- La machiné dont on fe fert àRochefort (PL V9fig. 12 & y), eft moins fîm-ple : elle fait agir un marteau pelant 6 à 700 liv. il a un manche IG (fig, 2) femblabié à ceux des marteaux des grofles forges. Pour foutenir ce marteau & les pièces qui le font agir, on a conftruit un alfemblage de charpente corn-pofé de divers montants liés par des entre-toifes : le tout forme une efpece de cage r. Les deux montants du devant de l’affemblage, ( nous donnons ce nom aux deux plus proches dë l’énclume, ) portent les pivots, ou le boulon //autour duquel le manche tourne. La partie H G de ce manche qui eft en dehors de la cage, éft chargée du marteau ; elle eft de quelque choie plus longue que celle qui eft en dedans.
- On entendra plus aifément l’ufàge des autres pièces dont il refte à parier* lorfque nous aurons averti que le marteau n’agit point ici comme dans les groffes forges, en tombant librement ; que diverfes pièces le pouffent pên-dant toute fà chute, à peu près comme les mains pouffent les marteaux à bras^ Les deux montants qui portent le marteau > portent au deflus un bôulon L autour duquel tourne une forte piece de bois P K ; elle eft pofée immédiate* ment au deffus du manche ; elle a peu de faillie par delà les deux premiers montants ; mais en dedans dé la cage , elle va quelques pouces plus loin que le bout du manche : on l’appelle & nous l’appellerons barre du report. Elle tire ce nom d'une piece de fer recourbée M N ou g h, dont une partie eft at-tachée contre elle, & l’autre contre le manche affez proche de fon extrémité.
- La même barre tient encore au manche du marteau par un autre endroit J à quelques pouces de fon bout elle a une frette de fer ; le manche en a aufïï une.Une chaîne O de fer engagée dans l’une & dans l’autre frette eft le fécond lien qui tient la barre du reifort jointe avec le manche ; d’où il fuit que fl on êleve le bout de la barre, on élevera en même temps le bout 1 du manche du marteau, ou ce qui eft la même chofe, qu’on fera defcendre le marteau vers l’enclume ; la barre contribue encore > par un autre endroit, à faire defcendre le marteau ; quand fa partie P qui eft en dedans de l’affemblage, s’élève , celle qui eft en dehors K s’abaiffe ; elle rencontre le manche entre fon point d’appui Sc le marteau ; elle le preffe donc encore de defcendre.
- Huit hommes Æ (fig. 1) appliquent leurs forces pour faire agir la barre duref» fort, & voici la difpofition des pièces qui leur en donnent la facilité. Dans les deux montants de derrière font taillées deux couliffes , l’une vis-à-vis l’autre; un pefant cric e (fig. 4) y m°nte & defcend librement, fans pouvoir s’écarter d aucun autre côté. Les dents du cric font en dehors de l’affemblage que nous avons comparé à une cage : une feule eft prolongée en dedans, celle-ci eft arretée par le moyen d’une clavette contre une piece de fer Z Y (fig. 3}
- ajufté comme dans les grandes forges, Sc qui ne peieroit que 3 ou 400 livres ; car le grand défaut de la fonnette de Viennes de la maflue de Breft,
- que j’ai vu opérer, eft que le plus vigoureux Forgeron a bien de la peine à diriger ces groffes maffes dans leur chute,
- p.27 - vue 28/66
-
-
-
- 28 FABRIQUE DES ANCRES.
- faite en maniéré de verrouil commun ; le prolongement de la dent entré dans la partie qui reffembleà-la poignée du verrouil.-Le corps du verrouil ou le boulon efl: engagé dans deux crampons V V (j%. 3 ) qui ont quelque faillie par de-là de la barre du reflort, 8c attachés chacun contre une de fes faces latérales; ainfi le cric eft, pour ainfi dire, attaché lui-même au bout, de la barre du reflort.
- Par de-là les deux derniers îliofttants de l’afléniblage que nous avons &ppellé une cage, efl; un.autre affemblage de charpente, dont les deux pièces q (Jzg. 5 ) que nous avons à confidérer font deux entre-toifes de laçage prolongée ; elles portent en n l’efiîeu d’une lanterne dd (fig./Ç) > qui n’a des fufeaux que dans une moitié de la circonférence , & qui en a autant que le cric a de dents..Le même effieu efl: celui fur lequel font fixées deux grandes roues de bois m (fig. 5 ) ; la lanterne efl: à égale diftance de l’une 8c de l’autre : elles ont chacune une manivelle^ placée aflfez proche de leur circonférence. Une grolTe corde tient à chacune de ces manivelles.
- . Quatre hommes tirent avec force, 8c fobitement chacune de ces cordes , pendant que deux hommes de grande taille agiflent de chaque côté immédiatement fur la manivelle. Ils font faire un demi-tour aux roues, ou, ce qui efl la même éhofe., à4a lanterne, avec qui leur- eflîeu efl commun ; au bout de ce demi-tour de lanterne, le marteau tombe for l’enclume. Pour voir la liaifon qui efl entre ce demi-tour de la lanterne & la chute du marteau, il faut imaginer le cric Q ( fig. 2) aufil bas qu’il puifle être, 8c la première dent ou la dent fupérieure du cric engagée fur ie premier fufeau de la lanterne S R. La lanterne en tournant, prend focceflîvement toutes les dents du cric ; elle l’éleve ; le cric éieve la queue de la barre du reflort qui entraîne avec foi le bout du manche du marteau , le marteau par conféquent defoend. Le fécond bout de la barre, celui qui efl placé entre le marteau 8c le point d’appui de fon manche, preflfe encore la chûte : le marteau ne tombe fur l’enclume que quand le dernier fufeau a élevé la derniere dent du cric. Dans l’inftant foi-vant dans l’autre demi-tour , la lanterne n’a plus de prifo for le cric, aufil le marteau fe releve ; 8c cela parce que le poids du cric, celui du reflort, celui de la partie de la barre 8c de la partie du manche, qui font en dedans de la cage, joints enfemble, forpaflent le poids du marteau 8c de la partie de fon manche qui efl en dehors de la cage.
- Quoique la percuflion de ce marteau produife un grand effet ; elle n’égale pas celle des marteaux des groffes forges, 8c elle efl plus lente. j
- Pour retenir encore plus fermement les bras contre la verge, on applique des mifes aux aiffelles , 8c for tous les joints , ou on les foude avec des marteaux à bras.
- Le bout de la verge excede ordinairement les bras ; on rogne cet excédent 8ç tout ce qui fe rencontre ailleurs de fer foperflu #vec une tranche,
- putil
- p.28 - vue 29/66
-
-
-
- FABRIQUE DES ANCRES* a<j
- ôutil fimplê dont nous verrons ibuvent faire ufàge : c’eft une elpeeé de coin d’acier bien trempé > engagé dans une fente faite dans un'long morceau de bois ( PLVI-fîg- 21.) qui lui lert de manche. Le maître Ancrier tient le manche pendant que des Forgerons frappent fur la tête de la tranché dont le tranchant eft appuyé fur le fer inutile , ( voye[ PL IV^fig. 3 de la Vignette) : enfin, à coups de marteaux qui ne pefent que iy à 18 livres* on achevé d’applanir &; d’unir les endroits raboteux , ce qu’on appelle fiw« der les balevres , & parer Vancre (1 ).
- Une partie de l’effet de l’ancre dépend de la jufte courbure dé lès bras ; on achevé quelquefois de la leur donner après que tout le relie eft fini, & cela lans fecours de mafteau. On alfujettit avec des cordes la verge de l’ancre contre un pieu vertical. On allume le feu fous un des bras, & principalement vers le défaut de la patte , qui eft l’endroit à recourber. On attache une corde à cette patte, & on la fait pafler fur une poulie qu’on a eu foin d’arrêter contre la verge. Deux ou trois hommes, en tirant cette corde* contraignent le bras à fe recourber ; qu’on n’en conclue rien de délavanta-geux contre là force, de ce qu’il cede à deux ou trois hommes , lui qui doit tenir contre le vent; le feu l’a pour ainfi dire rendu une pâte molle* ( PL III, fig. 4 de la Vignette ).
- Il y a une maniéré équivalente de recourber le bras ; âpres l’avoir chauffé* on pafle une corde dans l’organeau ; on attache les deux bouts de cette corde tendue à un étrier de fer, qui embrafle le bras proche du bec ; cet étrier eft retenu par une chaîne de fer.* qui faifit le bras au défaut des ailes de la patte ; ces ailes empêchent la chaîne de glifler. On pafle enluite un levier entre les deux parties de la corde ; plufieurs hommes appliquent leur force pour tourner le levier ; ils tortillent les deux parties de la corde l’une fur l’autre ; ce qui tire fortement le bras , & le contraint à fe courber. QPL IV^fig.j). Il y a pourtant des endroits où l’on ne courbe les bras qu’à coups de marteau, & cela immédiatement après y avoir loudé les pattes.
- La courbure qu’on tâche de leur donner eft celle d’un arc de cercle de
- » ii ;e i-,-- -- — ' < >
- (1 ) Nous avons déjà dit, & ôn doit le comprendre , fi on fe rappelle ce qui a été dit au commencement de ce Mémoire, qu’il eft très-important que les deux bras des ancres foient exactement dans un même plan, & en outre que le plan qui pafferoit par l’axe des déüx bras'coupe à angle droit celui qui pafferoit par l’axe du jas. Enfin il faut que les plans des d'eux pattes foient parallèles entr’eux ; ces conditions font très-importantes , & méritent toute l’attention du maître Ancrier. Pour les remplir, il place fur l’enclume la verge , de façon que le morceau de bois que le maître Ancrier tient dans fes mains, & qui paffe dans le trou de l’organeau foit biën parallèle au plan de l’enclume, ou qu’il foit bien de
- Ancres.
- niveaü; S’il y a déjà une patte defoudée, comme on le voit dans la vignette de la Planche IV, le maître Ancrier fait cal 1er cette patte fur des chantiers & des coins de bois. On voit dans cette vignette quatre Ouvriers occupés à faire prendre cette pofition à une ancre qu’on va encoller ; on a fupprimé les autres ouvriers pour éviter la con-fufion. Au lieu qii’ôn n’â rèpréfenté dans là vignette que deux grues 8c deux chaînes, on employé encore dés palans (PL VI), des chantiers , &c, pour que les bras foient précifément dans la pofition qui leur convient ; mais il faut que ces opérations qui éxigént de la précifion, s’exécutent fort vite * afin que le marteau puiffô frapper tandis que le fér eft extrêmement chaud.
- H
- p.29 - vue 30/66
-
-
-
- 3o FABRIQUE DES ANCRES.
- 60 degrés ou environ. Voici comment le forgeron mefure cette courbure : il prend la longueur qu il y a depuis la croifée jufques au bec. En commençant de même à la croifée, il porte cette longueur fur la verge, Sc mefure-fi la diftance qu’il y a depuis l’endroit de la verge où elle fe termine juf-qu’au bec, eft égale à chacune des longueurs précédentes. Si elle eft plus grande, il continue à faire courber le bras, il mefure la nouvelle courbure, Sc cela jufqu’à ce qu’il trouve que les trois lignes dont nous avons parlé, forment un triangle équilatéral (I).
- ' Avant de confier le fàlut d’un Navire à une ancre, on l’éprouve ordinairement. On a deux maniérés différentes de faire cette épreuve, dont la première devroit être entièrement rejettée , quoiqu’on y ait quelquefois recours dans nos Ports, Sc que plufieurs gens dignes de foi m’ayent alluré l’avoir vu pratiquer en Hollande. Pour cette elpece d’épreuve on fait un lit de vieux canons ou d’autres gros morceaux de fer arrangés les uns auprès des autres. Près de ce lit on place une grue de 30 à 40 pieds de haut : on éleve l’ancre à efîàyfcr au haut de la grue, & on la lailïe tomber tout d’un coup fur cette couche de ferraille. Elle eft jugée bonne fi elle réfifte à cette épreuve, Sc mauvaife fi elle fe caffe. A vrai dire, le jugement qu’on en porte eft fort incertain : une mauvaife ancre peut réfîfter fi la percufîion tombe fur les parties les plus fortes ; Sc la percufîion peut être telle, qu’elle brifera une partie bien fabriquée & conftruite dans les proportions. Ce n’eft point par une efpece de percufîion pareille que le Vaiffeau agit contre Pancre, il faut efîàyer fà force de la maniéré dont elle a à l’exercer; c’eft pourquoi la fécondé maniéré de l’éprouver eft fans doute préférable.
- Pour faire cette autre épreuve, on enfonce un pieu ou une poutre dans la terre, on accroche le bras de l’ancre à ce fort pieu , & on met un cordage dans l’organeau de l’ancre. Par le moyen d’un cabeftan, on tire ce cordage jufqu’à le caffer, fi l’on veut ; d’ou il eft clair que fi le cordage eft de la grof-feur ou de la force de celui qui doit tenir l’ancre dans la mer , l’ancre a foutenu dans cette polition la plus grande réfiftance qu’elle ait à fbutenir : je dis dans cette pofition ; car celle où on l’a mifè n’eft peut-être pas celle où certaines parties de l’ancre fatiguent le plus. Pour faire cette épreuve d’une maniéré encore plus sûre, il faudroit placer l’ancre à peu près comme elle l’eft dans la mer, Sc lui donner des appuis fixes en différents endroits de fon bras ; ce qui feroit aifé en faifànt entrer la patte dans un trou creufe en terre, auprès duquel une groffe poutre, ftablement arrêtée, feroit aufîi engagée en terre ; la poutre feroit le point fixe qui arrêteroit le bras : enfin l’eflài fait fur un bras ne conclut rien pour l’autre.
- (1 ) Nous avons fuffifamment parlé de cette courbure au commencement de ce Mémoire, ainfi nous nous difpenferons d’infifter fur ce point.
- Voyez pour l'intelligence de ce que dit M. de Réaumur (PU I, fig. 1 ), le triangle HD N.
- p.30 - vue 31/66
-
-
-
- I
- FABRIQUE DES ANCRES. 3r
- C’eft ordinairement aux bras que les ancres fe caflent en mer, ce que les Marins appellent sépatter ; elles fe calfent auffi à la verge près du quarré ; ce font les endroits les plus foibles : elles fe calfent aulfi quelquefois proche de l’encolure , & dans d’autres endroits ; mais alors c’eft la faute du fer ou de la fabrique (J).
- Remarques fur les proportions des Ancres de différents poids.
- Il n’y a encore rien de confiant, d’établi, ni même d’ufage conflam-ment fuivi fur les proportions que doivent avoir entr’elles les parties d’une même ancre, & fur celles que doivent avoir entr’elles les parties d’ancres de différents poids. Les proportions qu’on leur veut dans un Port font différentes de celles qu’on leur veut dans un autre. Une ancre fabriquée fur les mefures qu’on demande àBreft, eft toute differente de l’ancre du même poids fabriquée fur les mefures qu’on demande à Rochefort : il y a plus ; on change fouvent de proportions dans un même Port.
- En général ces variétés viennent de ce qu’on n’a encore rien déter-* miné géométriquement fur la figure des ancres. Entre plufieurs ancres d’un même poids, forgées félon différentes proportions, on a choiii celle qui a plus d’avantage, pour fervir de modèle à toutes les autres de pareil poids ; mais il eft fouvent arrivé que celles qui étoient félon les proportions choifies , n’avoient plus le poids de l’ancre qui fervoit de modèle ; ou que quand on leur donnoit le même poids, on ne pouvoit plus leur donner les mêmes proportions. Plus le fer eft pur, moins il contient de laitier, plus
- (x) J’ai repréfenté (PL VI.fig. 26), la manoeuvre que M. Deslongschamps avoir imaginée pour éprouver les ancres. Ayant à éprouver l’ancre A, on enlaçoit les bras B par les pilots C; on droit l’ancre obliquement par le cabeftan F & le pieu E : par l’application oblique des forces, on faifoit en même temps fouffrir des efforts à la verge & aux deux bras ; mais fi on vouloit augmenter ces efforts jufqu’à rompre le cordage, il falloir ne le pas rendre capable d’une trop grande réfiftance. Car un effort qu’on multiplie tant qu’on veut, peut être pouffé au point de tout rompre. Je voudrois donc ne mettre au cabeftan que le nombre d’hommes qu’on employé ordinairement pour lever une ancre qui eft bien prife dans un terrein ; car fi dans ce cas l’ancre réfifte, elle doit être jugée bonne, quoique le cable n’ait pas rompu ; d’ailleurs fi on alloit toujours jufqu’à rompre le cable, les épreuves coûteroient beaucoup.
- Pour prouver que rien ne réfifte à des efforts multipliés , il fuffit de rapporter une expérience que j’ai vu faire à Rochefort. Ayant appuyé les deux pattes des ancres fur deux forts pilots ( comme on le voit PI. VI. fig. 27), on multiplia la force du cabeftan, par des caliornes qui agiffoient fuivant la direétion AB. Trois ancres qu’on j
- reconnut excellentes par la rupture, rompirent néanmoins par la verge vers C, & on ceffa cette épreuve, parce qu’on s’apperçut qu’on romproit toutes les ancres de l’Arfenal.
- Je penfe comme M. de Réaumur, que l’épreuve propofée par M. Deslongschamps eft beaucoup préférable à celle qu’on employôit auparavant, & qui confiftoit à faire tomber des ancres fur des canons ; car indépendamment des raifons que M. de Réaumur a rapportées, & qui font très-bonnes, j’ajouterai qu’une violente commotion, qui n’a pu rompre un corps dur, a quelquefois tellement ébranlé & défuni les parties, qu’elles rompent enfuite fous les moindres efforts. Un canon de fufil, à qui on a fait fubir une violente épreuve, creve avec une charge ordinaire. Mais rien n’eft plus propre à rendre cette vérité fen-fible que de voir travailler un Fendeur de grais: il donne fur fon bloc de grais 5 ou 6 coups de maffe fans qu’il paroiffe la moindre rupture , ôc au feptieme le bloc fe fépare quelquefois en deux.
- Je penfe donc que l’épreuve propofée par M. Deslongschamps eft la moins mauvaife de toutes, mais que le mieux eft de s’affurer de la bonté des barres qu’on employé , & de la perfection de la fabrique. On verra dans un inftant que c’eft auffi le fentiment de M. de Réaumur.
- p.31 - vue 32/66
-
-
-
- 32 FABRIQUE DES ANCRES>
- ii pefe fous le même volume. D’ailleurs une ancre contient d’autant plus de fer fous le même volume, quelle a été mieux forgée • que les barres ou les mifes ont été mieux fondées enfemble : il en reftë d’autant moins de vuide entr’elles , 8c les différences qui nailfent delà peuvent aller loin. M. Trefàguet allure, & on peut fe fier à ce qu’il allure, qu’une ancre de fa fabrique, faite fur les mêmes dimenfions d’une ancre de Rochefort de 1900 liv. pefoit livres.
- Cela même fourniroit une maniéré de corinoître la nature de leur fer , 8c fi elles ont été bien fabriquées. Après s’être déterminé pour les proportions qu’on croit les meilleures, il faudroit faire fabriquer, devant des perfonnes éclairées & attentives , des ancres compofées toutes d'un fer excellent, & forgées le plus parfaitement qu’il feroit polfible. Ces ancres faites avec foin, ferviroient, pour ainli dire, d’étalons pour toutes les autres : celles qui ayant les mêmes meiures peleroient moins, feroient reconnues pour être d’un mauvais fer, ou mal fabriquées.
- Une feule ancre même faite avec ce foin luffiroit, fi elles doivent toutes avoir des figures femblables ; les mefiires d’une ancre d’un certain poids étant connues , on détermine par le calcul quelles doivent être celles d’une ancre demandée d’un autre poids ; le diamètre ou la longueur de chaque partie femblable de l’une eft au diamètre ou à la longueur de chaque partie femblabié de l’autre, comme la racine cubique du poids de la première eft à la racine cubique du poids de la fécondé; ou, ce qui revient au même, foît diviféela racine cubique du poids de l’une par la racine cubique du poids de l’autre, &loient divifées par le quotient chacune des parties, connues, on aura les parties cherchées, c3eft-à-dire, que nommant D, le diamètre ou la longueur d’une partie quelconque de l’ancre connue, P fon poids, p le poids de l’ancre qu’on veut fabriquer, x> fon diamètre ou la longueur,
- on aura pour déterminer les proportions, D . x : : j/ P. yfp. oux = - -
- ^DxP'jL.
- P
- Un exemple va rendre cela encore plus fenfiblè. Soit P liippole repré-fenter tantôt la longueur, tantôt le diamètre d’une ancre de 4000 liv. Sc qu’on veuille connoître les proportions d’une ancre de y00 liv. dans ce cas, P = 4000 liv. 8c /? = 500 liv. Sc alors -§-=7*
- donc Ainfî, fi je veux conftruire une ancre de y 00 liv. femblable
- à une ancre de 4000 liv. je dois donner à fa verge la moitié de la longueur de la verge de l’autre ; de même je donnerai à cette verge près du collet 8c près du quarré, des diamètres qui feront la moitié de ceux de l’ancre qui fert de modèle, & ainfi de ceux de toutes les autres parties.
- Ce que nous avons ditde l’ancre de y 00 , 8c de l’ancre de 4000 liv. doit fe dire de même de toutes les autres. Le calcul n’en deviendra pourtant pas
- toujours
- p.32 - vue 33/66
-
-
-
- FABRIQUÉ DES ANCRES.
- 33
- toujours également commode : fouvent on fera contraint de fe contenter des à-peu-près, & cela, parce qu’on ne pourra que rarement avoir en nombre entier la racine cubique d’un poids divifé par un autre.
- Delà vient encore que , quoiqu’on fe foit propofé, dans les différentes tables des proportions des ancres, dé leur donner des figures femblables, on ne le fait que rarement : on en aura affez de preuves fi on compare, dans une de ces tables , les proportions d’une ancre de ÿoo liv. avec celles d’une ancre de 4000 liv. on trouvera que les parties de la petite ont la plupart un diamètre qui furpaffe la moitié de celui des mêmes parties de la grande.
- On pourroit croire que cela a été fait à deffein ; qu’on a craint de rendre certaines parties des petites ancres, trop courtes ou trop minces , fî on les tenoit proportionnelles à celles des grandes ; que la verge de l’ancre de y 00 liv, n’auroit pas , par exempté , affez de longueur pour faire bien accrocher les pattes, fi elle n’avoit précifément que la moitié de la longueur de celle de 4000J.lv. Mais fi on eût agi dans cette vue, il auroit fallu retrancher, fur certaines parties , ce qu’on eût donné de plus à d’autres ; autrement l’ancre n’a plus le poids propofé , & c’efl ce qui arrive dans notre exemple. Si on fuppofe que toutes les proportions de l’ancre de 4000 liv. ne donnent pré^ cifément qu’une ancre du poids de 4000 liv. celles qui ont été données pour l’ancre de y 00 liv. donneront une ancre beaucoup plus pelante. U eft vrai qu’on donne ordinairement aux bras des ancres de yoo liv. moins de largeur & d’épaiffeur joignant la verge, & moins de largeur & d’épaiffeur près de la patte , que le rapport dé léur poids avec celui des ancres de 4000 liv. ne le demanderoit ; mais ett même temps on fait ici lés bras des ancres de yoo liv* plus longs à proportion, ce qui va à peu près à compenfer ce qu’on a ôté del’autre côté ; deforte que la verge étant beaucoup plus pelante, les mefures données pour les ancres de yoo liv. donnent des ancres d’un poids beaucoup plus grand. Après tout, fi les différentes proportions qu’on a liiivies julques ici ne font pas les vraies, il y a du moins lieu de croire qu elles s’en écartent
- peu, puifque des ancres fabriquées fur les unes & les autres, font de fort bon fervice.
- Ancres.
- I
- p.33 - vue 34/66
-
-
-
- 34
- FABRIQUE DES ,ANCRES,
- RÉCAPITULATION,
- zfe ce qui ejl contenu dans le Mémoire de M. de Réa umur , que dans les Notes que jy ai jointes.
- O N a vu, à la vérité fort on abrégé, la maniéré dont la mine de fer fo convertit en fonte ; comment la fonte fe convertit en loupes ; & comment on étire les loupes en barres, pour en faire ce qu’on appelle fer marchand.
- Nous avons efTayé de faire connoître la maniéré d’employer le fer forgé en gros ouvrages ; car les ancres qui font d’un volume confidérable, font bien propres à fervir d’exemple.
- Nous avons expliqué affez brièvement comment les ancres fe fabriquoient avec des mifes de loupe, lorfque M. de Seignelay fe propofà d’établir la fabrique des ancres dans différentes Provinces ; & l’état où fe trouvoit ce travail j lorfque M. de Pontchartrain envoya à Cofne M. Trefàguet & des Forgerons de Bref! pour le reélifier.
- On a vu les progrès de cette fabrique fous différents Miniftres, & comment M. le Comte de Maurepas eft parvenu à mettre la manufacture de Cofoe dans un état fort approchant de la perfection, fous la direction de M, Babaud de la Chauflàde (*).
- On fit d’abord les verges 8c les bras des ancres dans les mêmes forges où la fonte fe convertit en fer forgé. Au lieu de porter les loupes fous le gros marteau pour les étirer en barres, on les joignoit enfomble fous ce même gros marteau > & on en formoit ainfi les pièces d’ancres.
- Il s’en fabriqua une quantité très-confidérable * mais qui furent reconnues mauvaifos. Elles rompirent prefque auffi aifément que fi elles avoient été fondues. Les parties ferrugineufes de ces mifes n’étoient point liées les unes aux autres , & elles étoient mêlées d’une grande quantité de laitier qu’on lait être fragile comme le verre, & qui tient de fa nature.
- On crut enfuite qu’elles feroient d’autant plus parfaites, que l’on en ex-primeroit plus exactement le laitier ; 8c, pour y parvenir, au lieu de fouder enfomble les loupes en fortant de la chaufferie > on les portoit d’abord feules fous le gros marteau 5 où on en exprimoit le laitier le plus qu’il étoit pofîible, » en les tournant 8c retournant plufîeurs fois, ce qui les alongeoit ; après quoi on les plioit bout fur bout pour leur faire prendre la forme d’un paralléli-pipede, auquel on donnoit enfuite une figure approchante de celle d’un
- (*)En 1733, M. de la Chauffade acheta le fond de cette forge, & M. le Comte de Maurepas ïe chargea de cette partie du fervice : le fuccès en a été fi heureux que M. de la Chauffade fut obligé de conftruire une fécondé forge à Cofne, une troifieme dans fa Terre de Guérigny, & une
- quatrième dans fa Terre de Villemenant entre la Charité & Nevers. M. de Machault étant Mini-ftre de la Marine, leur attribua le titre de Manufacture Royale, & les portes en font gardées par un Suiffe à la livrée du Roi,
- p.34 - vue 35/66
-
-
-
- FABRIQUE DES ANCRES> 3j
- coin. C’eft ce qu’on appelloit une mife fuée & refoulée : enfin on foudôit* fous le gros marteau , toutes ces mifes pour en former les verges & les bras des ancres* ,
- Mais ces ancres plus folides que les premières & moins caffantês, f étôiéhc encore affez, pour qu’ en les éprouvant à la mer, on s’apperçût qu’il étoit très-dangereux d’y confier la fureté des Navires du Roi.
- C’eft ainfi que l’on travailloit , lorfque M. de Pontehartrain envoya à Colhe des Officiers inftruits , afin qu’ils fiffent les épreuves & les tentatives qu’ils jugeroient néceffaires pour perfeélionner la fabrique des ancres.
- Après avoir examiné ce travail, & la nature du fer que l’on employoit, ils remarquèrent que cette derniere façon de fabriquer les ancres , remédioit à l’inconvénient que caufoit la trop grande quantité de laitier renfermée entre les molécules ferrugineufes des mifes de loupes , dont on avoit exprimé une partie en les corroyant ; mais que ces parties ferrugineufes, quoique plus rapprochées les unes des autres , n’étoient pas affez engagées les unes dans les autres, pour rendre le fer liant.
- M. Trefàguet rejetta entièrement cès fortes dé mifes : il fît étirer des bâfres à la longueur d’environ trois pieds , pour que les molécules s’alongeaffent à mefure que la barre acquéroit de la longueur ; & de cette façon les molécules s’engageoient les unes dans les autres : il fit enfiiite replier ces barrés en trois ; après quoi il en fit chauffer les parties avec du charbon de pierre pour les fouder les unes aux autres fous le gros marteau, & leur fit donner la forme d’un parallélipipede , que l’on amorçoit enfiiite en coins : par cette opération les molécules de fer reftoient toujours longues, engagées les unes dans les autres, de forte que ce fer, au lieu d’être caftant, étoit fort liant; & on formoit enfuite les pièces d’ancres avec ces mifes, comme on les faifoie auparavant avec les mifes de loupes*
- M. de Pontehartrain ordonna qu’on en fît de cette façon, & qu’on les envoyât dans les Ports, ou elles réfifterent aux plus vives épreuves*
- La fabrique des ancres avoit ainfi acquis un grand degré de perfeétion.
- M. Trefàguet conçut néanmoins que ces ancres pouvoient être fuj et tes à un inconvénient : lavoir, que parmi le grand nombre de mifes afïemblées lés unes avec les autres , il auroit pu s’en rencontrer quelques-unes qui n’au-roient pas été bien foudées ; de forte que , .quelque bon qu’eût été le refte, l’ancre n’aurôit pas laiffé de rompre dans ces endroits.
- Il fut donc jugé qu’au lieu de replier en trois chaque barré pour en former une mife, il étoit plus à propos de les laiffer de toute leur longueur, & meme de les alonger davantage, afin qu’elles occupaflent toute la longueur de 1 ancre ; ce qui revenoit à la méthode qu’on fuivoit dans quelques Ports où l’on avoit effayé de faire des ancres.
- Cependant, après avoir examiné cette derniere méthode, ôii crut y fe-
- p.35 - vue 36/66
-
-
-
- 36 FABRIQUE DES ANCRES.
- connoître plufîeurs défauts effentiels qui la rendoient plus dangereufe > par conféquent moins bonne que la precedente.
- En fuivant cette méthode dans les ports, où Ton n’a pas de courant d’eau pour faire jouer les gros marteaux & les foufflets > on prenoit une fuffifante quantité de barres de fer quarré, de la longueur que Ton vouloit donner à l'ancre; on en faifoit un paquet ; on l’afTembloit avec des liens de fer; on la portoit au feu : Sc, lorfque ce paquet étoit chaud > plufîeurs Forgerons frappoient delfus > Sc foudoient ainfî ces barres enfemble > ou au moins ils fembloient les fouder : car il faut obferver deux choies.
- . La première, que la verge d’une ancre devant être plus greffe par un bout que par l’autre, & toutes ces barres étant d’une égale grofleur par-tout, on étoit obligé d’en fourer déplus courtes entr’elles; ce qui faifoit qu’elles ne pouvoient fe joindre exaélement ; que certaines parties des barres longues portoient à faux fur l’extrémité des barres courtes, Sc quelles dévoient le caffer , lorfque la verge de l’ancre tendoit à plier dans le mouvement que le vaiffeau lui caufe à la mer ; pour cette raifon on avoit pris le parti d’appliquer les courtes barres fur la fiiperfîcie du faifeeau ; mais on tomboit dans l’inconvénient des miles.
- La fécondé chofe à obferver , c’eft que ce paquet , de la maniéré qu’on le chauffoit dans les Ports avec des foufflets à bras , ne pouvoit jamais dans le cœur être chaud à fouder ; Sc que fuppofé même qu’il l’eût été , les marteaux à bras ne font pas une imprefflon fuffifante pour pénétrer jufqu’au centre du faifeeau. On convenoit, dans les Ports, qu’il n’y avoit que la fuper* ficie quife foudoit d’un pouce ou environ d’épaiffeur, & que les barres du milieu reftoient féparées & renfermées feulement dans une écorcè ou croûte de fer forgé. On conçoit que cette croûte, qui ne peut être foutenue également par-tout > doit fe rompre dans plufîeurs endroits. En ce cas fî l’eau de la mer s’infînue par fes ruptures , elle rouillera & détruira les barres intérieures * qui alors céderont aux moindres efforts.
- Il paroiffoit cependant, que fî on pouvoit remédier aux défauts qu’on vient d’expoler, les ancres de barres feroient les meilleures qu’elles peuvent être. On y eft parvenu par la méthode que je vais expofer.
- Au lieu d’employer des barres de fer quarré égales dans toute leur longueur , on les fait forger plates Sc inégales dans leur largeur & leur épaiffeur, pour les proportionner aux dimenfîons que la verge doit avoir, Sc fe di£ penfer d’interpofer des bouts de barres courtes entre les longues. On forme donc, avec ces barres pyramidales, un paquet , en les couchant les unes fur les autres par lits ; enforte que celles de deflixs couvrent les joints de celles de deffous, obfervant de faire ce paquet beaucoup plus court que la piece ne doit être.
- Ce paquet eft chauffé jufqu’au centre d’une maniéré fuffifànte pour être
- un
- p.36 - vue 37/66
-
-
-
- FABRIQUE DES ANCRES. 37
- fondé par-tout, parce que les foufftets de bois que l'eau fait mouvoir, fourniiîent un vent abondant & rapide, dont ceux de cuir qu'on meutàbrasne font point capables. Quand il eft chauffé de cette forte, on le porte fous un gros marteau pefant 800 liv. duquel la forte impreffion furpaffe infiniment celle des marteaux à bras dont on eft obligé de fe fervir dans les Ports où il n'y a point de chute d'eau pour faire mouvoir un marteau d'une pareille pefànteur. Toutes les barres fe foudent & s'alongent enfemble , les intérieures autant que les extérieures , ce qui prouve qu'elles font toutes foffifàmment chaudes pour être foudées*
- Le volume d'une piece faite de cette forte, eft plus petit que celui d'une piece d'un pareil poids faite à bras, parce que la matière eft plus comprimée* & qu'il ne refte point de vuide entre les barres. Gela paroît démontré, premièrement, par la difpofition du paquet avant d'être foudé ; fecondement^' parce que les barres du centre s'alongent autant que celles de la fliperficie ; ce qui prouve qu'elles font à peu-près également chaudes, qu'elles fe font foudées, & qu’elles font toutes un même corps. Dans les petites forges au contraire, le paquet ne pouvant être que rond, parce que les petits marteaux ne pourroient abattre les grands angles d'un paquet quarré , les coups tendent plutôt à féparer les barres qu'à les joindre, comme il paroît en frappant fur la fliperficie d*ün cercle, formée de plufieurs pièces féparées ; il en ré-fulte qu'il refte beaucoup de vuide entre les barres quarrées qu'on ne peut bien arranger quand on forme un paquet rond. D'ailleurs, chaque barre ne peut recevoir qu'obliquement la foible impreffion des petits marteaux; ce qui fait que même celles de la foperficie font ilial foudées, & qu'il s'y doit for* mer beaucoup de barbes. Auffi toutes ces barres reftent-elles de la même longueur fins s'alonger , au lieu que le gros marteau, qui porte à plomb fut les barres plattes, les fonde & les alonge toutes très-confidérablement. On voit par ce qui précédé , qu'à poids égal, ces ancres doivent avoir bien moins de volume que celles fabriquées dans les Ports, & qu'elles ont toute la perfeétion que l'on peut defirer, fans qu'elles foient fujettes à aucun des défauts qu on reproche à celles de mifes , 8c à celles qui font formées de menues barres quarrées & d'égales dimenfions dans toute leur longueur.
- Fa brique des différentes Pièces qui compofent les Ancres.
- Les barres qui doivent former la verge ou les bras d'une ancre étant bien éprouvées pour s'affurer fi elles font de bon fer, on les arrange, comme il vient d’être dit, les unes fur les autres, afin qu'elles compofent un tout py* ramidal ; & pour les joindre, enforte qu'elles puiffent être tranfportées au feu & à l'enclume , on foude des liens en anneaux de différentes grandeurs que 1 on fait entrer par le petit bout du paquet, jufqu'à l'endroit où on a Ancres. K
- p.37 - vue 38/66
-
-
-
- 38 FABRIQUE DES ANCRES.
- deffein qu ils s’arrêtent, en les y chaffant à grands coups de marteaux ; afin quils ferrent le paquet quils embraffent ; & on en met autant qu on le juge néceffaire , pour alfujettir toutes les barres du paquet. Si à quelques endroits les barres paroiifent dérangées, on les force de reprendre leur place avec des coins qu’on chaffe entre le lien & la barre qu’on veut affujetir.
- Avant de mettre le paquet au feu , on doit avoir calculé toutes les di* menlions de l’ancre , fuivant la figure & les proportions que l’on a deffein de donner à fes parties ; après quoi on trace exactement la vraie forme de l’ancre fur une table bien unie que l’on divife de pied en pied par des per* pendiculaires à la ligne du milieu.
- On porte ce paquet à la forge, en commençant de lé chauffer par le petit bout. On met cet endroit au-deffus & vis-à-vis la tuiere: on le couvre de charbon de terre, & on donne l’eau à la roue des foufflets.
- Le paquet étant chaud à fouder dans la longueur d’un pied ou environ, eft porté fous le gros marteau qui en fbude toutes les barres en cet endroit par fa feule impreffion ; & ayant pris avec deux compas de calibre fur le patron de l’ancre l’épaiffeur & la largeur que doit avoir la pièce dans l’en-droit qu’on vient de forger, on lui donne exaélement, à un quart de ligné près, les dimenfions qu’elle y doit avoir ; enfuite on forme de cette forte une autre portion, & on continue de la meme maniéré dans toute l’étendué de l’ancre ; en finifîànt par le gros bout , On l’amorce des deux côtés , c’eft-à-dire, qu’on l’applatit pour recevoir un bras de chaque côté. A l’égard des bras, ils ne.font amorcés que du côté qui doit s’appliquer fur la; verge.
- La verge étant finie, on chauffe le quarré pour y fouder deux miiès en faillie, qui fervent à retenir le jas de l’ancre ; &, après avoir marqué l’endroit du trou de l’organeau, on chauffe de nouveau le quarré , on le porte fous le gros marteau qui, en frappant fuccefîivement fur des mandrins de différente groffeur, perce le trou où doit entrer l’organeau.
- A l’égard des bras, on foude fur chacun une patte formée par plufieurs mifes réduites à l’épaiffeur & à la grandeur convenable.
- AJfemblage des Pièces.
- L a verge & les deux bras étant finis, on les foude enfemble. Pour cela on chauffe le gros bout de la verge 8c celui d’un des bras ; & tous deux étant également chauds, on les porte fur l’enclume par le moyen de grues auxquelles ils font fufpendus à une même hauteur que l’enclume. Trois ou quatre coups du gros marteau les foudent parfaitement. On chauffe encore le tout , & le fécond bras que l’on foude de la même maniéré , enfortequeleboutde la verge fe trouve engagé entre le bout de chaque bras,'
- p.38 - vue 39/66
-
-
-
- FABRIQUE DES ANCRES. 3p
- Onapplique enfiiite des mifes dans les aiflèlles & aux endroits des joints pour les remplir & les lier plus fermement, & ces mifes fe foudent avec des marteaux à bras. On rogne le bout de la verge & les parties de fer qui font de trop avec une tranche qui efl: engagée dans la fente d’un long manche que tient le Maître Ancrier, & fur la tête de laquelle frappent les Forgerons.'
- Pour donner à chaque bras le tour ou l’arc qui convient, afin quelle puiffe s’infinuer dans le fond du terrein , ôn amarre une corde au bout delà patte, bn paffe l’autre bout dans un môufle qui eft attaché au milieu de la verge ; & après avoir chauffé le bras au défaut de la patte, ou à l’endroit que l’on veut plier, au moyen de cette corde on parvient à le faire courber de la quantité qu’on juge nécefîàire*
- Comme la verge Sc les deux bras de l’ancré que l’on veut afFemblèr, foi> ment une épaiffeur affez Confidérable, le marteau à encollër doit retomber d’affez haut , pour donner de forts coups, afin de profiter de la chaleur des pièces qui doivent êtrefoudèes en quatre ou cinq coups de ce gros marteau-. Son arbre n’a que deux bras ou mentonnets, parce qu’un plus grand nombre ne lui donneroit pas le temps de retomber*
- ^ , r '
- ?
- I
- i
- f
- r
- ï
- p.39 - vue 40/66
-
-
-
- ETAT des Proportions des Ancres qui jbujffrent quelques variations dans les differentes Fabriques,
- Poids des Ancres, Longueur de la Verge. * Grofleur de la Verge au gros bout. Grofleur de la Verge auprès duqtiarré^ Grofleur du quatre, en une feule face. Lon-niei r du quarré. Grofleur des bras a la croîfée.. Longueur des bras de la croi-fée à la patte. Longueur des bras dont la patte eft de (Lus. Grofleur de bra"3 contre la patte. Largeur de la .patte. Longueur de la patte. Epaif-feur de la patte,. Grofleur de l’organeau. Diame- ’ tre de l’organeau.
- pied, pou* pOUCi H- pouc. üg- pouc. lig. pouc. pouc. lig. pouc. Eg pouc. lig. pouc. lig. pouc. lig. pouc. üg. lignes. pouc. %• pouces.
- 5ooc *4 34 23 7 11 30 34 I 1 3 2 36 23 34 36 l8 IO 30
- 5900 14 10 34 9 22 I I 6 11 29 7 34 9 31 7 34 6 22 11 34 9 34 6 l8 P 11 30
- 5800 14 y 34 1 22 P 6 - 9' 2 9 2 34 7 31 2 34 22 P 34 7 34 l8 9 10 29
- SlOO 14 8 34 4 22 8 4 8 2 8 P 34 4 3° 9 34 6 22 43 34 4 34 6 18 P P 29
- $6oo ï4 7 34 2 22 7 4 * 7 28 4 34 2 30 4 34 22 7 34 2 34 18 P 8 28
- S 500 14 5 34 22 6 4 6 27 10 34 30 33 -5 22 é 34 33 6 18 P 7 28 :
- 5400 14 4 33 Pt 22 4 4 4 27 4 33 9 2 P 7 33 22 4 33 9 33 17 P 6 •27 ;
- 5300 14 3 33 7 22 3 6 3 27 33 7- 29 2 32 6 22 3 33 7 32 6 17 P 4 2(4
- pop' 14 2 33 4 22 2 6 2 2(4 8 33 4 28 9 32 22 2 33 4 32 17 P 4 26
- P 00 14 1 33 2 22 1 4 1 26 4 33 2 28 4 3i 6 22 1 33 2 3i 6 17 P 2 *24
- poo 14 33 22 6 26 3 3 28 3i 22 33 31 17 v 9 24
- 4900 *3 11 32 7 21 10 6 24 10 32 7 21 11 30 11 21 ÏO 32 7 3° 11 17 P 24
- 4800 1.3 IC 32 2 21 8 6 24 8 32 2 21 10 30 id 21 8 32 2 30 10 17 P 24
- 4700 r3 IC 31 P 21 4 6 24 6 31 9 21 9 3° 9 21 4 31 9 3° P 17 P 24
- 4600 !3 9 31 4 21 3 4 24 3 * 31 4 21 8 3° 8 21 0 2 31 4 3° 8 17 P 24
- 4500 !3 9 3° 11 21 6 24 1 3° 11 21 7 30 7 21 3° 11 30 7 17 P 24
- 4400 !3 8 30 5 20 10 6 24 10 3° 6 27 4 3° (4 20 10 30 6 30 6 17 P 23 ,
- 4300 J3 7 30 1 20 7 6 24 8 30 1 27 4 30 4 20 7 30 1 30 4 17 P 23 ;
- 4200 T3 7 29 8 20 4 6 24 4 29 8 21 3 30 3 20 4 2 9 8 30 3 17 P 23 :
- 4100' J3 6 29 4 20 2 6 24 2 29 4 21 1 30 2 20 2 29 4 30 2 17 P 23 ;
- 4000 13 6,. 29 20 6 24 2 9 ? 27 30 20 29 30 17 P 23 :
- 390c J3 5 28 11 !P 10 4 23 10 28 T1 2(4 8 29 9 *9 P 28 11 29 P T 7 P -23 >
- 380c. !3 5 28 10 JP 6 23 8 28 ïo 26 4 29 4 19 7 28 10 29 5 17 P 22 !
- 3700 !3 4 28 P *9 4 6 23 4 28 8 26 1 29 3 ÏP 4 28 P 29 3 *7 P 22 |
- 3600 *3 4 28 8 IP 2 6 23 3 28 7 24 9 2-9 *9 2 28 7 29 I7 P 22
- 3500 *3 3 28 7 IP ï 1 Z 23 28 6 24 6 28 9 19 28 <4 28 P 16 P 22
- 340 c r3 3 28 5 18 10 4 1 z 22 10 28 4 24 3 28 6 18 P 28 4 28 5 16 P 22
- p 300 *3 3, 28 4 18 8 4 1 22 8 28 4 24 28 3 18 7 28 3 28 3 15 P 21
- 3200 *3 2 28 3 18 4 4 22 4 28 3 24 8 28 18 4 28 .2 28 i5 P 21
- 3100 *3 2Ï 28 1 l8 2 4 I 22 3 28 2 24 4 27 6 18 2 28 1 27 <4 i5 P 21
- 3000 *3 2 28 l8 4 I 22 28 24 27 18 28 27 i5 8 I z 21 !
- 29 CO *3 27 10 H 11 4 £ 22 27 9 23 9 26 10 17 11 28 2(4 10 i5 8 1 z 21
- 2800 12 10 27 8 17 10 4 I 22 27 7 23 7 26 8 17 10 27 7 25 8 i5 8 I z 21 ï
- 2700 12 8 27 4 17 P 4 / I 21 27 4 23 4 26 6 17 9 27 5 25 5 i5 8 1 z 20
- ; 2600 12 6 27 2 17 8 4 I 21 27 2 23 2 26 4 17 8 27 2 25 4 i5 8 z 20 '
- 2300 12 4 27 17 7 4 I 21 27 23 26 3 z7 7 27 2 26 3 16 8 20 :
- 2400 12 2 2(4 10 17 6 4 21 26 9 22 9 26 2 17 6 27 26 2 16 8 20
- ; 2300 12 26 8 17 4 4 20 26 7 22 7 26 1 17 4 2(4 7 26 i5 8 19
- 2200 11 10 26 4 17 3 4 20 26 4 22 4t 24 9 17 3 2(4 4 24 9 i5 8 I9
- 2100 11 P 26 i2 17 2 4 20 26 2 22 2 24 4 17 2 2(4 2 24 4 i5 8 19
- 2.000 11 ? 26 17 4 *9 10 26 22 24 17 25 24 i5 8 19
- ' 1900 il 6 24 16 t T 4 *9 8 24 21 10 24 10 i(4 I Z 24 24 10 16 8 I9
- 1800 11 3 24 i<4 4 *9 4 24 21 8 24 8 i(4 24 24 8 16 8 18
- 1700 11 23 i4 ~z 4 *9 2 23 21 4 24 4 *4 jr z 23 24 4 16 7 17
- i5oo 10 9 22 14 4 19 2 2 21 2 24 2 i4 22 24 2 16 7 15
- 1500 10 6, 21 14 I T 4 4 18 I0{ 21 21 24 14 1 Z 21 24 14 7 14
- 1400 10 3 20 14 4 4 18 8 20 20 10 23 10 14 20 23 10 14 5 *4
- 1300 10 19 13 1 z 4 4 18 5 iP 20 8 23 8 *3 Z ïP 23 8 14 5 13
- 1200 9 9 18 13 4 4 18 2 18 20 4 23 4 *3 18 23 4 i4 4 12
- , I IOC 9 6 17 12 4 4 18 17 20 2 23 2 12 17 23 2 14 4 12
- IOOO 9 4 i<4 11 4 3 4 18 16 20 23 11 i(4 23 14 4 ' 12
- 900 8 10 16 10 4 Z 17. i4 19 21 10 *4 21 î Z 14 4 12
- 80c 8 4 i4 P 4 4 i(4 14 18 20 P 14 20 J3 4 12
- 70c 7 10 14 8 4 1 i4 i3 17 18 8 *3 18 Z Z 12 4 11
- 5oo 7 4 13 7 3 11 14 12 16 I7 7 12 17 11 4 ïi
- 500 10 12 6 3 8 13 11 14 14 <4 11 14 I Z 10 4 ïo
- 40c 6 4 11 4 3 6 12 10 *3 14 4 10 14 P 3 ïo
- 300 4 10 10 4 3 3 10 P 12 14 4 P 14 8 3 P
- 2CC 4 6 P 4 3 3 P 8 11 *3 4 8 13 8 2 £ 8
- IOO 4 6 8 4 3 8 8 IO 12 4 8 12 8 2 T* 7
- EXPLICATION
- p.40 - vue 41/66
-
-
-
- FABRIQUE DES ANCRES.
- 4r
- EXPLICATION DES FIGURES
- SUR LA FABRIQUE DES ANCRES,
- PLANCHE!.
- La figure i repréfente une ancre couchée fur le terrein, &deflinée régulièrement. AB , la verge ; B D, B G, les bras; MD, MG, le$ pattes ; D & G , les becs ; MB , le fort ou le rond des bras ; MD, M G> le foible ou le quarré des bras ; B , encolure ou croifée. Les angles rentrants formés par les bras & la verge aux côtés de N font les aiflelles. La partie de la verge près N fe nomme le collet, ou le fort de la verge. Entre Q Sc //le centre, d’où l’on trace la courbure des bras. N H D , triangle équilatéral. C , autre centre quand on veut rapprocher les pattes pour faire une anfe de panier, e foible de la verge : e E F , quarré de la verge ou culalfe de l’ancre. E , tourillons. O, l’organeau. R R, ligne qu’on trace fur le gabari pour élever les perpendiculaires S S S a. cette ligne , qui font des ordonnées à la courbe du bras. Ces ordonnées fervent à faire prendre aux bras la courbure qu’ils doivent avoir avant qu’ils foient foudés à l’ancre.
- Figure 2 repréfente un bras avec fa patte avant qu’il foit courbé , la patte vue en delîiis. IL, le bras. MD M, le plat de la patte. M, les oreilles de la patte. D , le bec.
- Figure 3 repréfente la même chofe, excepté que la patte eft en dellous ; ce qui fait qu’outre le rond IL des bras, on voit fon quarré LD : le refte comme dans la figure 2.
- Figure 4 repréfente la même chofe , excepté que la patte Z, D eft vue par le tranchant , & on voit le rond IL du bras & le quarré L D.
- Figure 5 repréfente la coupe de la verge par la ligne Q H.
- Figure 6 repréfente un jas d’ancre N O. La ligne ponéiuée marque l’endroit où fe réunifient les deux pièces ou flafques qui le compofent. P, les cercles de fer qui les réunifient. Q y le quarré de l’ancre.
- Figure 7 défigne la fituation d’une ancre qui touche le fond de la mer quand un vaifleau mouille. M, le Vaifleau. Iy l’écubier. IL> le cable. Z, l’organeau. EF, le jas. LA, la verge. A, la tête de l’ancre. AC, AD, les bras. H G, ligne ponéiuée qui eft fuppofée couper le bras à angle droit.
- Figure 8 repréfente une ancre dont les bras AC, AD font fùppofes couchés fur le terrein. AB, la verge. B M, la prolongée de la verge. E F, le jas qui eft fuppofé perpendiculaire au terrein. Z, point de la verge où on fuppofe que réfide le centre de gravité de l’ancre. BI, le cable.
- Ancres. L
- p.41 - vue 42/66
-
-
-
- 42 FABRIQUE FDES ANCRES,
- Figure p repréfente une ancre qui a fes bras AC, AD dans une fitua* tion perpendiculaire au terrein, & le jas F E parallèle & couché lur le ter* rein. Les autres lettres défignen-t les mêmes parties qu'à la figure 8.
- Figure io repréfente deux bras de levier. L eft la coupe de la verge» L B , la moitié du jas ; 8c LA, un des bras de l'ancre.
- Figure ii repré fente une ancre dont la verge tombe perpendiculaire^ ment fur les bras qu on fuppofe droits. Le jas eft fuppofé couché fur le terrein.
- Figure 12 repréfente une ancre dont les bras feroient droits, mais beau* coup inclinés vers la verge. Le jas eft toujours fuppofé couché fur le terrein*1
- Figure 13 reprélente une ancre dont les bras font encore droits, mais ùn peu inclinés vers la verge feulement de la quantité convenable, pour que le jas étant couché fur le terrein , les bras fe préfentent perpendiculairement fur ce terrein.
- Figure 14 repréfente deux ancres empennelées ou mouillées à la fuite Lune de l'autre. ,
- Figure 1 y repréfente un levier {celle par une extrémité dans une mu^ raille , & dont l'autre extrémité eft chargée d'un poids.
- Figure 16 repréfente un Vaifleau qui leve fon ancre mouillée dans un fond de fable ou de vale.
- Figure ij repréfente une ancre qu'on veut lever, & dont la patte eft engagée entre deux rochers. A eft la bouée ou répond l'orain qui eft attaché à la croifée de l'ancre. 'On tire fur l'orain pour dégager la patte d'entre les roches.
- Figure 18 repréfente une ancre Chinoife, AB, le jas qui eft de fer & foudé prefque au milieu de la verge.
- Figure 19 repréfente une ancre d'amarrage qu’on mouille à terre : elle n’a qu'un bras & point de jas. N
- Figure 20 repréfente une ancre qui a trois bras & point de jas. On en faifoit autrefois de pareilles pour les petits Bâtiments.
- Figures 21,21 repréfentent un grapin ou une ancre à quatre bras. On s’en fert pour les abordages, pour les Galeres, 8c pour les petits Bâtiments : elles n'ont point de jas.
- Figure 22 repréfente un grapin qu'on met au bout des vergues des Brûlots , pour prendre dans les haubans de l'ennemi.
- Figure 23 eft une ancre ordinaire fuppofée tirée fuivant la direétion A B.
- Figure 24 eft une ancre fiippofee tirée fiiivarït la direction C D.
- Figure 2y eft un cylindre fuppofe foutenu fur les deux points d'appui A 8c B , 8c chargé au milieu d'un poids C.
- Figure 26 eft une ancre engagée entre des roches ; & dont la verge a
- p.42 - vue 43/66
-
-
-
- FABRIQUE DES ANCRES. 43
- Figure 27 fert à prouver que dans le cas précédent les parties qui font Vers A , fouffrent beaucoup plus que celles qui font vers B > & quau contraire les parties réfiftent de concert dans le cylindre (fig. 28 ) qui n’a pas plié.
- Toutes ces figures font relatives aux Notes du commencement du Mémoire, 'où il efl: parié de la forme quil faut donner aux ancres»
- PLANCHE IL
- Figure ï repréfente un grand fourneau où on fond la mine de fer* A , le laitier qui s'écoule. B > le métal qui coule Sç le moule en gueufe. C , Ouvrier qui rompt le laitier pour l'enlever.
- Figure 2 repréfente le lingot de fer en grand, ou la gueule.1
- Figure 3 repréfente une affinerie. A y la gueule qu'on prélente par le bout à un feu de charbon de bois B. On ralfemble le fer à demi fondu avec le ringard C, pour en former une loupe.
- Figure 4 repréfente une loupe qui relfemble à un corps ipon'gieux.
- Figuré y repréfente la roue à augets A que l’eau fait tourner. Cette roue fait tourner l’arbre B qui porte des mentonnets ou bras C qui lèvent le manche D du marteau E, pour frapper lur la loupe F que le Forgeron G préfente fur l'enclume H:remarquez que les bras de l'arbre tournant prennent le manche près du marteau, ce qui le fatigue moins que quand on le prend prefque au milieu , comme on le fait dans les forges des ancres , afin d’avoir plus de levée.
- Figure 6 repréfente la même choie en grand; Scd’on voit lé laitier qui fuinte de la loupe fous le marteau.
- Figure 7 montre comment on fàifit la loupe avec de grolfes tenailles.
- On voit ( fig. 8 ) comment on étire le fer en barres.
- Figure 9 efl: une barre étirée.
- Figure 10 fait voir comme on forge une mife de loupe: Quand on en a formé un parallélipipede A B , on la refoule en la préfentant fous le marteau dans la pofition C D (Jig. 11.), & enfuite on l'amorce en lui failànt prendre la figure d'un coin {fig* 12 ). '
- Figure 13 efl: deftinée à faire voir comment on foude les mifes pour en former la verge d’une ancre ; & on voit {fig. i4 ) comment on s’alfure que la mife efl: exaélement loudée.
- Figure iy montre la dilpofition d’une forge pour les ancres. AAAy les crapaudines pour établir trois grues ou trois potences tournantes. La révolution de leurs bras efl: marquée par des arcs ponélués ^ pour faire voir comment elles répondent aux feux & aux enclumes. B B B, montrent trois feux ou forges. C C C, trois enclumes.
- p.43 - vue 44/66
-
-
-
- 44 FABRIQUE DES ANCRES.
- Figure 16 repréfente un feu en grand. On y voit comment le charbon <le terre doit former une voûte dont l'intérieur fait l'effet d'un fourneau de réverbere 5 Sc un Chauffeur qui retourne une verge d'ancre avec un morceau de bois paffé dans le trou de l'organeau. On imagine bien que cet Ouvrier doit être aidé par d’autres, Sc que cette verge doit être foutenue par une crémaillère , ou une chaîne -, &c.
- Figure 17 repréfente un faifceau qu’on a formé avec des barres quarrëes rangées par zones concentriques , pour faire voir que les vuides qui relient en A A A empêchent que les barres ne fe foudent les unes aux autres.
- Figure 18 repréfente la coupe d'un faifceau où les barres font menues, Sc rangées quarrëment les unes fur les autres. La partie ombrée indique la groffeur qu'aura l'ancre quand elle fera forgée. Ces faifceaux ne peuvent être forgés que fous les gros marteaux.
- Figures 19 Sc 20 repréfentent deux coupes faites de barres plates &
- * *
- pyramidales, arrangées de façon qu'elles forment des liaifons. La coupe (7%* j9 ) au f°rt verge ; Sc la coupe (fig. 20 ) efl: au foible. FF, diamètre du gros Sc du petit bout. GG, hauteur du paquet. HH, premier© couche qui fort de couverture du gros Sc du petit bout. L L, fécondé couche. MM, troifîeme couche. N N, quatrième couche. O O, cinquième couche. PP, fixiemc coudre. RR, feptieme couche. SS, huitième couche. TT, neuvième couche qui fert de couverture. On voit que par les coups violents du gros marteau qui pefe 8 à 900 liv. & qui s'élève fort haut; toutes ces barres font comprimées de H en T, ce qui foude les joints horizontaux. Comme ces barres s'élargiffent , les joints verticaux fe ferrent les uns les autres , & fe foùdent auflï : d'ailleurs , après quelques coups de marteau , on les retourne fur l'enclume pour les forger 4ans le fens F F.
- v X
- V. '
- PLANCHE I I I. La Vignette,.
- Figure i , un Ouvrier qui frappe avec un marteau les liens qui doivent affujettir un faifceau de barres pyramidales deftinées à faire la verge d'une ancre: a, le gros bout: b, le petit bout où l'on voit une des barres du milieu qui excede les autres, Sc qui porte une anfe dans laquelle on paffe un morceau de bois pour aider à manier le faifceau : c, lien détaché.
- Figure 2 repréfente la grande forge où l'on chauffe la verge Sc les bras : d, le tas de charbon. Les foufflets ne peuvent être vus étant derrière.
- Figure 3 repréfente des Ouvriers qui font occupés à préfenter un faifceau de barres deftiné à faire la verge d'une ancre fur l'enclume & fous le gros marteau. On n’a mis ici que trois Ouvriers pour éviter la confufion. Le faifceau efl: foutenu par une chaîney’qui répond à la potence tournante ou à la grue i g: remarquez que le faifceau n'efl; pas formé, comme il le devroit
- être,
- p.44 - vue 45/66
-
-
-
- FABRIQUE DES ANCRES. , 4y
- être, par dés barres plates > 8c qu’ il eft mal préfenté fur l’enclume k 8c fous le marteau e ; car d’abord il faut que les barres foient préfentées fur leur plat ; & de plus c’eft le petit bout qu’on préfente te premier :l, 1e manché du gros marteau : p > tes bras de l’arbre tournant q : rti} endroit où Ton a brife 1e drome à defle'in.
- Dans 1e fond de la Vignette (fig. 4 ) y àù. voit des Forgerons occupés à faire prendre aux bras la courbure qu’ils doivent avoir quand on n’y a pas réuflî en tes encollant : n > pieu contre lequel la verge eft attachée : o, lé foyer où l’on a fait chauffer la verge : p y le bras qu’on veut courber 9 auquel eft attachée une corde qui pafle dans la poulie q, & ftir laquelle tes Forgerons tirent. On fe fert plus ordinairement de la manœuvre repréfentée au bas de la Planche IV%
- Explication des Figures du bas de la Planche IIL
- Figures i&i.tns repréfentent deux loupes foudées l’une contré l’autre* pour faire voir comme on tes réuniflbit pour faire tes verges des ancres.
- Figure 3. a repréfente les mîtes dont on s’eft d’abord fervi pour faire les ancres de mifes*.
- Figure 4. b eft la même mile que celte repréfentée Jig. 3 y mais dont là partie qui étoit la plus large > a été rendue la plus étroite.
- Figure J. c eft une mile amorcée ou figurée en coin.
- Figure Vy une barré étirée pour en former une mife.
- Figure 6. d repréfente la barre de la figure Vy qui éft pliée pour en faire une mite de fer forgé 8c étiré.
- Figure 7 eft cette même barre dont tes plis font {budés pour en faire une mife : on l’amorçoit comme on 1e voit jig. y.
- Figures 8 & p font voir comment on formoit une Vergé d’ancre en foudant des miles tes unes au bout des autres: a y l’enclume: b , la vergé : cy morceau de bois qui paffe dans 1e trou de l’organeau : d7 la mife: e y ringard foudé à la mife.
- Figure 10 repréfente une des barres dont on fait un faifceau dans les groffes forges : elle doit être pyramidale, plus groffe au bout f qu’au bout g*.
- Figures 11 y 12 & 13 repréfentent un faifceau de barres pyramidales pour faire la verge d’une ancre : ir y 1e gros bout : 12 , 1e menu : 13 5 tes liens : a y chantiers qui fupportent 1e faifceau : b y barre plus longue que les autres qui fert de ringard : c y morceau de bois qui pafle dans l’anfe du ringard y & qui tert à manier 1e faifceau : remarquez que ce ringard devroit être du cote de 11 y parce que c’eft 1e petit bout qu’on forge 1e premier y 8c qu’on pafle 1e morceau de bois c dans 1e trou de l’organeau quand la culafle eft forgée. On doit arranger tes barres comme on 1e voit PL II9 jig. ip <§* 20.
- Figure 14 eft un lien qui n’eft pas encore mis en place.
- Ancres. M
- p.45 - vue 46/66
-
-
-
- 4 6 FABRIQUE DES ANCRES.
- Figure IJ eft un paquet de barres d’une égale groffeur dans toute leur longueur * quon étoit obligé de groffir du côté du fort par des quilles de ' fourniture dont on voit les bouts vers a.
- Figure 16 eft une quille de fourniture.
- Figure ij repréfente une autre difpofition de quilles de fourniture qui ne vaut pas mieux que la précédente.
- Figures 18 & 19 repréfentent une verge forgée à bras. Les barres de l’axe ne font point.foudées ; il n’y a que celles de la foperficie. ,
- Figures 20 , 21 & 22 repréfentent une verge en partie forgée: ab, le quarré ou la culaife : c 3 le gros de la verge : d, l’extrémité amorcée : -e > le trou pour l’organeau \ les tourillons.
- Figure 23 eft un bras en partie forgé : a b, le quarré: bc> le rond : d% endroit amorcé. La partie b c fera arrondie.
- Figure 24, 2 y repréfente un bras où l’on a foudé un ringard a pour le manier plus commodément fous le marteau.
- Figure 26 eft un ringard volant Sc à griffe dans lequel on engage les bras prefque finis. La partie a de la figure 23 entre dans l’anneau a. La partie b ( jig. 23 ) entre dans la griffe b (Jig. 26 ), & y eft arrêtée par la goupille c çfg.27). • .
- Figure 28 repréfente une patte brute. Les lignes ponétuées auprès der<æ marquent les mifes : b eft un ringard.
- Figure 29repréfente une patte bordée:a, la patte : b, le ringard.
- * Figure 30 eft un - mandrin pour percer le trou de la culaffe qui doit recevoir l’organeau.
- Figure 31 eft un barreau de fer roulé, pour former l’organeau : il fera mieux repréfonté Planche VI. J
- _ Figure 32 eft un bras d’ancre mis à la forge fous un tas de charbon.
- Figure 33 > 34 repréfonte une mife étirée Sc préparée pour fortifier quelques parties de l’ancre.
- PLANCHE IV. La Vignette.
- Figure i repréfente un Forgeron qui attife le feu ou arrange le charbon dans la forge a où l’on chauffe la verge ; Sc b, eft un feu où l’on a chauffé les bras.
- : Figure 2 repréfente des Forgerons qui foutiennent& retournent la verge d’une ancre fur l’enclume: c d eft une chaîne qui foutient la verge au moyen de la grue ee qui va prendre l’ancre au feu & la porte fur l’enclume :fg, autre chaîne qui porte le bras du feu à l’enclume au moyen de la grue h. Comme il eft important > pour faire un bon encolage , que la verge Sc les bras foient bien calés for l’enclume, on s’aide de crémaillères qui tiennent aux bras de la grue 5 de palans qufon amarre à des poutres qui font placées au
- p.46 - vue 47/66
-
-
-
- FABRIQUE DES ANCRES. 47
- deffiis des bras des grues. On foutient & la verge & les bras avec des chantiers ; mais il faut que tbut cela s’exécute promptement pour battre le fer pendant qu’il efl: chaud* Remarquez qu’on foude les deux bras l’un après l’autre ; que le bras/' qu’on doit fouder devroit être en deffus, & que la tête de la verge devroit être amorcée, toutes ces chofes ne font pas bien repré-Tentées dans la figure 2 : i efl: le marteau : k , une piece de bois qui tient le marteau élevé. Quand on veut qu’il agiffe, on fait tomber la piece k, & on donne l’eau à la roue : /, arbre tournant, qui fait agir le marteau : rrin, deux pièces de charpente qui foutiennent l’axb de l’arbre tournant.
- On voit dans le fond de la Vignette, des Forgerons occupés à rogner l’ex* cèdent de fer qui efl à la tête de l’ancre (/g. 3 ) : a> un Ouvrier qui dirige la verge de l’ancre, qui efl: foutenue par la grue q\ c , le Maître Ancrier qui pofe la tranche fur les endroits qu’il faut retrancher ; b, Forgeron qui frappe fur la tranche. Le feu doit être à portée ; mais quand on a bien chauffe la tête de l’ancre, il faut prendre garde que les bras ne fe dérangent en portant l’ancre fur l’enclumep. On efl: quelquefois obligé de les foutenir avec des crémaillères ou des palans.
- Explication des Figures du bas de la Planche.
- Figure 1. AB fait voir une tuiere des greffes forges. A, partie des foufffets. B 3 tuiere dont l’ouverture efl: en demi-cercle.
- Figure 2. CD, tuiere dont on fe fert pour chauffer les ancres. C , partie des foufflets. D , ouverture de la tuiere qui efl: circulaire. r Figure 3; Bras foude avec la patte. EE, les ailes de la patte qui efl: bordée. GF> le bras. F) le bec. G, amorce pour l’encolure.
- Figure 4. HII) la patte. K, le bras.
- , Figure 5 repréfente une verge prête à être encollée. L M, le corps de la verge. iV, un ringard.
- Figure 6 repréfente la difpofition de la verge & des bras qu’on va encoller. Le bras O P fe foude d’un côté, & le bras N P fe foude de l’autre. La tête de la verge, ainfi que l’extrémité des bras, devroient être amorcés. RQ, le quarré ou la culafle de la verge.
- -Figure 7 efl une ancre à laquelle on rétablit la courbure des bras. S, l’organeau où l’on a paffe un cordage qui répond à un étrier de fer XTT; Cet étrier efl: retenu par une chaîne de fer VT T) qui paffe derrière la, patte V. Y ) un levier avec lequel on tortille la corde pour forcer furie, bras qui plie dans l’endroit qu’on a chauffe lab.^aç, bçy forment un triangle équilatéral.
- Fig ure 8. Ancre imaginée par M. Perrault : d, verge de l’ancre qui devient fourchue en e '.fe ; les deux branches de la verge fourchue.
- p.47 - vue 48/66
-
-
-
- 4b fabrique des ancres.
- On paflè le cable g dans les trous ff. Cette ancre ne peut être d^fagê*
- \
- PLANCHE F. La Viguette.
- La Vignette repréfente la maniéré d’encoller une ancréavec le gros marteau du Port de Rochefort. Figure r, on voit trois Ouvriers h qui tirent fur une corde, & trois autres Ouvriers c qui tirent fur une corde parallèle à la précédente, pour faire tomber le marteau. Quoiqu'on n y ait repréfente que fix hommes, on y en employé ordinairement huit, b eft l’enclume lut laquelle eft l’ancre qu’on encolle : on voit plufieurs Forgerons c qui font occupés à tenir , foit la patte, foit la verge de l’ancre que l’on forge t d , eft une crémaillère qui foutient la verge : e e , font d’autres grues fem-blables à celle qui eft détaillée dans la Planche VI. On voit de plus plu-fleurs poulies & moufles qui fervent -, foit à faire tourner les grues , fbit a ' fbutenir les pièces qu’on forge : g g, derrière des foufflets de cuir d’une des chaufferies. On voit dans le fond dé la Vignette une portion de deux autres chaufferies.
- Explication-des Figures du bas de la Planche.
- FïGi/re io repréfente la manœuvre qu’on emploie au port de Br eft pour radouber les ancres. A B > maflue dé fer. A, tête de la maflue. C B, la queue qui doit être aflez menue vers B , pour qu’on puifle l’empoigner, C D , corde par le moyen de laquelle on éleve la maflue. D, poulie fur laquelle paffe cette corde. E, plufieurs cordons plus menus , qui font tirés par des Ouvriers : ils élevent la maflue, & un Forgeron qui la faifit vers B, la dirige dans fa chûte fiir l’enclume F.
- Figure 2 eft la coupe longitudinale du gros matteau de Rochefort, âinfi que delà charpente qui le foutient & des pièces qui le font mouvoir. G, le marteau, H, endroit ou il eft fufpendu. 1H, la partie du manche qui eft en dedans de la cage de bois. K L M, la barre dureflort. O , chaîne attachée à la queue du manche & à la barre du reflort. Q Q> cric. R S , la lanterne. R, la portion qui a des fufeaux. S, celle qui ffen a point : rr > la cage.
- Figure 3 y pièces détachées deflînées plus en grand. T FV, le bout de la barre du reflort. T, lien qui retient les crochets, & auquel la chaîne eft attachée. F Vy les crochets où le boulon, en figure de verrouil, eft engagé. X, dents fupérieures du cric, arrêtées dans la queue du boulon. Y Z, le boulon dont la queue eft Z : a, profil des pièces précédentes.
- Figure 4. £,une des dents du cric: c, clavette qui l’afliijettit au corps du cric : dd, ef, la lanterne en perfpeétive : g h, le reflort.
- Figure J repréfente le grand marteau vu en perfpeélive avec'
- l’affemblage
- p.48 - vue 49/66
-
-
-
- FABRIQUE DES ANCRES. 49
- ï’aiîemblage de charpente qui porte les pièces nécefîàires pour le faire agir : k ii y le marteau prefque abattu fur 1 enclume u On voit en l comment le manche du marteau eft preffé par un des bouts de la barre du reffort \ m% une des grandes roues qui portent les manivelles : n y la roue qui eft de l’autre côté, Sc qui ne paroît prefque point dans cette figure : op, manivelle : q, piece qui porte les queues des roues Sc de la lanterne : r y aflemblage de charpente * qui a été nommé la cage.
- Figure 6 repréfente la crémaillère qui fondent les pièces qu’on transporte du feu à l’enclume : s, la trape placée auprès de l’enclume qui couvre une fofle où entre un des bras quand il en eft befbin.
- • Figure 7 repréfente un palan , dont on fe fert pour foutenir les grofîes pièces : x y le cordage du palan.
- Figure 8. y y barre ronde dont on forme l’organeau Figure p* iy 2y jas pofé fur une ancre finie 13, les deux pièces ou fla£ ques dont le jas eft compofe. Elles font ici réunies avec des doux , Sc feu* lement deux frettes : pour les Vaiffeaux du Roi on met 6 frettes, comme on le voit Planche I. On voit dans cette figure 9 les trous qui reçoivent les chevilles , dont les unes font de fer Sc les autres de bois : 4 , entailles pour recevoir le quarré de l’ancre Sc les tourillons : 6, 7, coupe du jas à l’endroit des tourillons.
- F L A N C HE V* /• Explication des Figures.
- Figure i. Elle repréfente en grand ce que les Forgerons appellent la grue y & qui eft véritablement une potence tournante fur le pivot A. CG> eft un arbre vertical tournant, qui porte le bras D D. Comme ce bras eft long Sc chargé de gros fardeaux, il eft fortifié par le lien de bois E, par l’étrier de fer G y Sc par les tirans de fer FF\
- Figure 2 repréfente la crémaillère en grand & fort détaillée : a ? l’étrier de fer qui embraffe le bras de la grue. On voit dans l’étrier un boulon de fer b y qui permet à la crémaillère de tourner dans le fens parallèle à l'horizon : e y verge qui foutient la crémaillère : dy les dents de la crémaillère qui s’accrochent dans l’étrier de fer fy ce qui donne la facilité de l’élever ou de l’abailfer : c y crochet de la crémaillère fur lequel repofe la verge de l’ancrei Figure 3. Chaîne de fer qui fert aux mêmes ufàges que la crémaillère dont je viens de parler: a y l’étrier : by le boulon : c, crochet qu’ortpalfe dans les maillons fuivant l’élévation où on veut foutenir la verge de l’ancre* Figure 4, eft un palan attaché à des poutres qu’on met à deffein au-* defîus des feux Sc des enclumes. Il fert à foutenir la verge de l’ancre lorfi-qu elle eft au feu. L’anfe de corde a, qui s’accroche dans les crochets du palan s'appelle une élingue. On conçoit quelle eft très-commode pour Ancres. N
- p.49 - vue 50/66
-
-
-
- V
- yo FABRIQUE DES ANCRES.
- embraffer la verge de Fancre , comme on le voit Jig. j*.
- Figure y eft un palan qui fert à foutenir la verge de Fancre lorfqu’elle eft au Feu .
- Figure 6 , ringard ou barre de fer b qui eft fondée à un morceau de fer à pour le manier plus aifément à la forge.
- Figure 7, fortes tenailles qui fervent à faifir les pièces qu on veut forger lorfqu’elles ne font pas trop groffes.
- Figures 8,9, io&ii, différents inftruments quon nomme devers , & qu’on emploie pour manier le fer chaud.
- Figure 12, enclume ; fouvent on les fait plus baffes & toutes quarrées.
- Figure 13 en repréfente la face ftipérieure.
- Figure 14 eft un faifceau de barres de fer deftinées à être forgées pour faire un organeau. On le voit forgé (Jig. 15) & amorcé par les deux bouts.
- Figure 16 y ce barreau forgé, rond & roulé en hélice, comme il doit être* pour le paffer dans le trou de la culaffe. Alors on fait enforte que la révolution foit fur un même plan, & ayant donné une chaude aux extrémités, on foudeles deux bouts amorcés (fig. 17}.
- Figures 18 , 19 & 20 repréfentent des maffes & des marteaux de différents poids & de différente forme.
- Figure 21 eft une tranche engagée dans le morceau de bois qui lui fert de manche.
- Figure 22 eft un morceau de fer quarré b, qu’on nomme bécajje, & qu’on place au fond de la forge. La pointe a entre dans le foyer ; elle fert à fou-tenir fur fa face b les pièces qu’on met à la forge, pour les élever au-deflus des tuieres , pendant que la demi-lune (Jig. 23 ) qui eft fur le devant de la forge, donne un autre point d’appui à la piece qu’on forge.
- Figure 24 eft un rouable pour raffembler le charbon. On doit auffî avoir une pelle.
- Figure 25, bringueballe ou. levier, qui fert à faire jouer les loufHets à bras.
- Figure 26 eft une ancre qu’on fuppofe de trois milliers, & qu’on veut éprouver. C C, canons plantés en terre. G, poulie fimple faille à l’organeau dans laquelle paffe le cordage D D, qui doit être proportionné à la grof-feur de Fancre. E, pieu planté en terre où eft tenu un bout de ce cordage. F , cabeftan où eft paffé l’autre bout du même cordage. On doit virer au * cabeftan, jufqu’à ce que le cordage rompe.
- Figure 27 , une ancre dont les deux pattes appuient fur deux pieux D. En appliquant beaucoup de force en B y fuivant la direction AB y trois bonnes ancres rompirent en C.
- . Figure 28 eft une mife forgée pour fouder aux bras & aux autres endroits qu’il faut fortifier.
- Figure 29 eft le plan d’une trape qui couvre une foïïe qu’on pratique auprès de l’enclume, afin que les bras n’empêchent point de tourner l’ancre de tous fens fur l’enclume.
- p.50 - vue 51/66
-
-
-
- FABRIQUE DES ANCRES.
- 5i
- DIMENSIONS de quelques Ancres ajfe^ généralement
- adoptées dans la Marine.
- Poids des Ancres. Longuenr de la Verge. Groflèur de la Verge au gros bout Groffeur de la Verge auprès du quarré. Largeur d’une des faces du quarré. Longueur du quarré. Groflèur des bras à la croifée. Longueur des bras de la croifée à la patte. Longueur de la partie des bras recouverte par la patte Groflèur des bras auprès de la patte. Largeur de la patte. Longueur de la patte. Epaif-feur de la patte. Groflèur de l’organeau. Diamètre de l’organeau.
- pieds. pou. pouces. pouces. pouc. iis. pouc. lig. pouc. lig. pouces. pouces. pou. lig. pou. lig. pouc. liS• pouces. pou. ug. pouces.
- 6000 If 3Ï 23 1 11 30 SS n 32 3<$ 23 3$ 3<f 18 IO 30
- gOOO 14 33 22 6 2 6 33 28 31 22 33 31 17 9 24
- 4OOO 13 6 29 20 6 24 29 27 3° 20 29 30 17 9 23
- 3000 13 2 28 18 5* 6 22 28 24 27 l8 2 28 1 27 6 16 8 6 21
- 2000 11 9 2 6 17 S i.p 10 26 22 2f 17 26 2f 16 8 19
- 1000 9 4 16 I I 4 9 l8 16 20 23 I I 16 23 if r 12
- 500 6 10 12 6 3 8 13 11 If If 6 11 If 6 ÏO 4 IO
- 300 S 10 10 S 3 3 IO 9 12 14 f 9 14 8 3 9
- 200 f 6 9 4 3 3 9 8 I I 13 4 8 13 8 2 6 8
- 100 S 6 8 4 3 8 8 IO 12 4 8 12 8 2 6 7
- E X P L I C A T I O N
- De quelques Termes qui ont rapport à la Forge des Ancres.
- On n’y a point compris ceux qui regardent les grofles Forges, parce que nous n’en parlons qu’en paflànt , & qu’on expliquera ces termes , lorfqu’on traitera expreffément de cet Art.
- A
- A îles d’üne ancre. Voyez Pattes.
- Aisselles: ce font les angles rentrants qui font formés par la verge ôc les bras : on fortifie les aiffelles par des mifes.
- Amorcer un morceau de fer : quelques-uns difent Emorcer : c’efl l’applatir par un de fes bouts comme un coin ; il faut amorcer les mifes > les bras , ôc généralement toutes les pièces qu’on veut fouder.
- Ancre. Gros crampon formé par une forte verge qui fe partage par un de fes bouts en deux ou plufieurs branches courbes ôc pointues , ôc qui porte à l’extrémité un anneau auquel on attache ou on étalingue un gros cable qui répond de l’autre bout au Vaifleau.
- L’ancre doit entrer ou mordre dans le fond de la mer , Ôc fixer le vaifleau en un lieu par l’effort qu’elle oppofe au vent* aux courants & à la lame.
- Les parties principales d’une ancre font le corps ou la verge , les bras , les pattes , l’organeau. Elle a de plus fon quarré , ou fa culafle , fes tourillons, fon fort, fon foible : les bras ont aufli leur fort ôc leur foible , leur rond ôc leur quarré. Tous ces termes font expliqués page 2.
- Jetter l'ancre ou mouiller , c’efl: quand
- abandonnée à fon poids elle fe précipite au fond de la mer. Ee mouillage 9 efl: le terrein. où l’ancre s’attache : quand le fond efl: de vafe ferme ou de fable , on dit que le mouih lage efl bon; s’il efl: de roche, de galet ou de vafe molle , le mouillage ne vaut rien; cat l’ancre ne mordant point ou ne tenant pas ferme , elle obéit aux efforts du vaifleau qui chajfle fur fon ancre ôc court rifque de fe perdre. Dans les fonds de roche ou de galet les cables &ragitent ôc sétripent , c’efl:-à-dire > qu’ils s’ufent.
- Quelques-uns difent ancrage au lieu de mouillage : mais c’efl improprement ; car l’ancrage efl un droit d’Amirauté.
- Défancrer ou lever tancre, efl la détacher du fond pour l’amener au vaiffeaii : quand elle a quitté le fond, on dit, qu’elle a dérape.
- Ancre à demeure ou ancre à*amarrage , efl celle qui efl toujours Axée en un même lieu, fouvent à terre au bord du rivage , pour y amarrer ou touer les vaifleaux. Quelquefois ces fortes d’ancres n’ont qu’un bras.
- Il y a ordinairement fur un vaifleau: iq9 l’ancre de miféricorde : 20, la greffe ancre :
- 3 °, l’ancre de veille : 40, l’ancre d’affourche: y ?, deux ancres à touer.
- Uancre de miféricorde , qu’on nomme aufli Vancre de la calle, efl une fort groffe ancre qu’on tient dans la calle pour y avoir
- p.51 - vue 52/66
-
-
-
- FABRIQUE DES ANCRES.
- recotirs dans les befoins preffants. Quelques Capitaines n’en veulent point , parce qu’on s’en fert rarement., ôc que fouvent le danger eft paffé avant qu’on l’ait parée ôc mife en état de fervir.
- Les deux ancres âe bord ou des bojfoirs, font':i°, la grojfe ancre qu’on nomme auflï, la maîtreffe ancre ,* c’eft celle qu’on mouille le plus ordinairement : l’autre eft Yancre de veille, qui eft prefque aufti groffe que la précédente ; on la tient toute prête à mouiller fi l’autre chafïbit : quelques-uns appellent la maîtreffe ancre celle de la calle.
- Les ancres dyaffourché font aufti aux bof-foirs. Ce font des ancres moins groffes qu’on mouille pour empêcher les vailfeaux d’obéir aux courants & à la marée ; quand un vaif-feau eft affourché fur deux ancres , celle qui s’oppofe à la marée montante s’appelle V ancre de flot, Ôc celle qui s’oppofe à la marée defcendante fe nomme Y ancre de jufant : de même Y ancre du large fe dit par oppofi-tion à P ancre de terre ,* Celle-ci eft dü Coté de la terre, l’autre du côté de la pleine mer.
- On dit que des ancres font empennelées , quand on en mouille deux à la fuite l’une de l’autre.
- Brider une ancre}eû élargir lafurface de fes pattes, lorfqu’on mouille dans un fond de vafe molle.
- Les ancres à toueryYon.t de petites ancres que la chaloupe va mouiller à l’avant, ôc qui fourniffent un point fixe pour fe rendre dans un endroit en virant fur le cabeftan.
- Gouverner fur fon ancre, eft porter le cap fur la bouée pour fe rendre à pic ou perpendiculairement fur l’ancre.
- B
- Bec, ou improprement la béque d’une ancre eft l’extrémité la plus menue des,, bras: le bec répond à un des angles des pattes*
- Bouée. Voyez Orain.
- Bras. Les bras d’une ancre font des pièces courbes qui font foudées au bout de la verge , ôc qui doivent entrer dans le ter-rein pour affujettir le vaiffeau. On diftingue le fort ôc le foible, le rond ôc le quarré des bras-, fur lequel font foudées les pattes, le bec ôt l’extrémité de ce quarré.
- Brider une ancre. Voyez Ancre.
- C
- C a r g u e r les voiles , c’eft les plier en tout ou en partie pour rallentir la marche du vaiffeau.
- ' Castine-* Pierre qu’on mêle avec la mine de fer pour aider à la formation des fcories. Voyez Calcaire.
- Chasser fur fon ancre : un vaiffeau chajfe fur fon ancre quand elle obéit à fes ef-forts.
- Chaude. Donner une chaude, eft tenir le fer au feu, jufqu’à ce qu’il ait pris affez de chaleur pour être forgé ou foudé. On dit que pour faire une bonne foudure, il faut donner au fer une chaude fuante , c’eft-à-dire , qu’il commence à fondre.
- Cingler, chez les forgerons , fignifie forger, étirer, corroyer le fer, en un mot, le paitrir. Ce mot chez les Marins eft fynony-me avec filler.
- Crémaillère. Dans les forges , c’eft une forte de crochet brifé qu’on peut fixer à différentes hauteurs, au rnoien d’une piece dentée qu’on arrête avec une bride de fer qui fait l’oflice d’un linguet. Cet infiniment reflembîe fort aux crémaillères des cuififtes*
- Croisée. La croifée d’une ancre eft formée par les deux bras qui font foudés au bout de la verge : quelques-uns appellent cette partie la crojfle*
- Culasse, ou le quarré de la verge, eft Une portion qu’on fait quarrée du côté de l’organeau, pour que le jas foit mieux affu-jetti : le quarré des bras eft la partie la plus menue fur laquelle on foude les pattes *
- D
- Davier. Voyez Ringard volant*
- Déraper. Voyez Ancre.
- Dés ancrer. Voyez Ancre*
- Devers. Inftruments de fer de différentes formes , qui fervent à faifir ôc manier le fer lorfqu’il eft chaud. C’eft quelquefois un levier,d’autres fois un crochet ou un morceau de fer percé d’un trou dans fon milieu : nous en avons fait graver de plufieurs formes*
- E
- Egüille de fourure. Voyezpag, 18.
- Empenneler une ancre. V oyez Ancre.
- Encoller , c’eft fouder les bras à la verge.
- E p a t t É e. Une ancre épattée eft celle qui a perdu une de fes pattes.
- F
- Cable. C’eft un gros cordage qui répond d’un bout à l’ancre, ôc de l’autre au vaiffeau.
- Calcaire. Les pierres calcaires font celles qui par la calcination fe réduifent en chaux : la caftine eft une pierre calcaire qui fe charge des fouffres de la mine.
- Fer affiné eft le fer forgé en barre. Voyez pag. 11.
- Foible de la verge ôc des bras.
- Ancre,
- Fond de bonne ou de mauvaife tenue; Voyez Ancre.
- Fonte de fer. Voyez page n.
- Fourure s;
- p.52 - vue 53/66
-
-
-
- FABRIQUE DES ANCRES.
- F O U R U R E s. Sortes de mifes qu’on joi-gnoit autrefois aux barres, pour augmenter la groffeurde la verge Ôt des bras.
- Fr et te s. Anneaux de fer plat, qui fervent à réunir les faifceaux des barres.
- G
- Grapins.' Petites ancres qui ont le plus fouvent quatre bras ôt point de jas : les grapins du bout des vergues pour les brûlots, font des efpeces de crochets : nous les avons fait graver.
- Gr ue. On nomme ainfi dans les forges des ancres des potences tournantes qui Fervent à porter les grolfes pièces de fer du feu à l’enclume. '
- Gueuse. Gros lingot de fer fondu qu’on moule au fortir du grand fourneau : elle a la forme d’un prifme.
- * J
- J À s. t)eux pièces de bois exaâement jointes enfemble qui embraffent le quarré de la verge : elles font réunies par des chevilles ôt des frettes ; on nomme quelquefois ces pièces des jumelles 'ou des flafques.
- L
- Laitier ou Litier. Scories de fer à demi vitrifiées qui nagent fur le métal dans" les grands fourneaux.
- Lever T’ancre , c’eft l’amener à bord.
- Loupe. C’eft du fer de gueufe,fondu par du charbon de bois, êc qu’on a un peu pétri fous le marteau.
- M
- Mises. Ce font des morceaux de fer détachés qu’on foude enfemble pour en faire’ une groffe maffe.
- Mouiller l’ancre, c’eft la laiffet tomber au fond de la mer. Voyez Ancre.
- O
- P
- Palan. Les Marins appellent âinfi les poulies mouflées. 1
- Parer une ancre, eA terme de Marins $ eft la difpofer à être mouillée, Ôc parer une ancre, chez les Forgerons, eft retrancher ce qu’il y a de trop avec la tranche, Ôt fouder des mifes aux endroits où il n’y a pas affez de fer.
- Pattes. Les pattes font des morceaux de fer plats à peu-près triangulaires qu’on foude au bout des bras : deux des angles forment les oreilles, ôt le troifieme le bec.
- Prendre. On dit que F ancre prend > quand elle entre ôt mord dans le fond de la mer.
- Q.
- Quarré de la verge. Voyez Culajfe*' Des bras. Voyez Bras.
- Quilles de fourniture. Ce font des bouts de barre auxquels on donne une forme pyramidale , ôt qu’on employoit autrefois pour augmenter la groffeur de la verge du côté de la croifée.
- R
- Ringard. Barreau de fer qu’on foude ai* bout d’une piece qu’on veut chauffer ôt forger pour la manier plus commodément. On s’en fert quand les morceaux étant courts n’ont pas affez de prife, fur-tout quand ils font trop pêfants pour être faifis avec des tenailles. On forme ordinairement au bout des ringards une anfe, dans laquelle on paffe un morceau de.bois pour tourner aifément la piece fur l’enclume. On nomme ringard volant ou davier , un barreau de fer qu’on attache à la piece qu’on veut forger, au moyen d’anneaux ôt de crampons.
- Rouable. C’eft quelquefois uneefpece de ratiffoire emmanchée dans du bois, d’autres fois un crochet ou efpece de fourgon : fôn ufage eft d’attifer le charbon, ôt dans les fontes, d’écumer le métal.
- Oreille. Ce font deux des angles des pattes. Voyez Pattes,
- Organeau. Anneau de fer auquel on attache le cable.
- Orin ou Orain* Cordage qui eft amarré à la tête de l’ancre ou à là croifée, auquel on attache à l’autre bout la bouée qui le fait flotter. Cette bouée eft quelquefois un barril, quelquefois des morceaux de liege fermement affujettis les uns aux autres. On haie fur f orin, quand on eft forcé de lever l’ancre, comme on dit, par les cheveux.
- Ouvrer, en terme de Forgeron, eft corroyer le fer. Un fer bien ouvré ôt qui n’eft point brûlé eft , doux ôt liant. Ancres.
- S
- Sillage. Le fillage d’un vaiffeau eft la même chofe que fa marche. On dit indifféremment : ce vaijfeau marche bien , ou il a un bon fillage.
- T
- Tenir bon , fe dit quand l’ancre ré-lifte aux efforts du vaiffeau.
- Tourillons d’une ancre, ce font deux pièces de fer qu’on foude fur le quarré de la verge, Ôt qui font encaftrées dans les flafques du jas.
- Tuiere. Canal de fonte par lequel le vent des foufflets fort pour exciter le feu.
- O
- p.53 - vue 54/66
-
-
-
- 54
- FABRIQUE DES ANCRES.
- V
- Verge d’une ancre, eft un gros barreau de fer qui forme la longueur de ïancre. On diftingue le gros ou le fort de la verge de
- fon foible ; la culaffe fait partie de la verge, ôt elle eft à fon foible. Dans quelques Ports on dit improprement la vergue au lieu de la verge*
- On pourrapenfer que faurois dû fondre mes Notes avec le Texte de M. de Reaumur ; mais fai refpecté V Ouvrage de ce célébré Académicien , ce qui m'a déterminé à ne point confondre mes idées avec les fiennes. Au refie le parti que fai pris > un peu moins agréable pour le Lecteur, n en fera peut-être que plus infiruclif
- Fin de la Fa b ri qu e des Ancres.
- r
- i.
- c
- f
- > - V -
- t ï
- p.54 - vue 55/66
-
-
-
- pl.1 - vue 56/66
-
-
-
- p.n.n. - vue 57/66
-
-
-
- pl.2 - vue 58/66
-
-
-
- p.n.n. - vue 59/66
-
-
-
- Fora# dew ^4ncrecr.
- pi iil
- L ucus scuJ.
- pl.3 - vue 60/66
-
-
-
- p.n.n. - vue 61/66
-
-
-
- Forge de# -FLruere&. _____________PL_I}.
- «
- pl.4 - vue 62/66
-
-
-
- p.n.n. - vue 63/66
-
-
-
- d&r ^dricr&s - __________________________________________________________• _______________ PL P
- pl.5 - vue 64/66
-
-
-
- p.n.n. - vue 65/66
-
-
-
- pl.6 - vue 66/66
-
-