Descriptions des arts et métiers
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- ART
- DES FORGES
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- FOURNEAUX A FER,
- Par M. le Marquis DE COURTIFRON;
- Et par M. B OU CHU, Correfpondant de l’Académie Royale
- des Sciences.
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- ART DES FORGES
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- FOURNEAUX a FER*-
- Par M. le Marquis de Cour t ivr on;
- Et par M. Bouchu, Correfpondant de VAcadémie Royale des
- Sciences.
- PREMIERE SECTION. Des Mines de Fer, SC de leurs Préparations.
- T jÉlû ment du fer eft en fi grande quantité & fi généralement répandu, qu'il n'y a pas une partie de la terre qui n'en foit enrichie ; pas une fiib-ftance qui ne foit fufceptible d'en retenir une portion. Toujours prêt àfe combiner, ou à fe décompofer , auffi aifé à détruire qu'à fe reproduire ; l'inftant de la renaiffance fuccede toujours à celui de fon dépériflement. Parcourez la terre : vous trouverez une montagne entière qui, de fa bafe connue jufqu'au fommet, n'eft autre chofe que du fer : ailleurs il eft enfeveli à des profondeurs auxquelles l'induftrie & le travail des hommes ne peuvent pénétrer. Souvent fa mine eft en mafîes dures comme une roche ; d'autres fois elle eft tendre, friable, & difperfée ça & là, fous differentes figures. Tantôt elle eft polie 8c luifànte comme une glace, tantôt rude & criblée comme une éponge : il y en a des quantités immenfes qui imitent la figure des fruits ou de leurs filiques , celle des coquillages, des rognons, des feves , des pois ; d'autres mines font en grains fins , en
- * L’Art des forges à fer ne pouvant être traité qu’avec une affez grande étendue, on a féparé en beaucoup de Seftions particulières, ce qui le regarde ; & on les donnera féparément, à mefure qu’elles feront prêtes à imprimer : on commence aujourd’hui à parler des Mines de fer pour iuivre ainli les divers objets.
- On s’eft fervi, quand on a pu, non-feulement des Planches, mais de ce qui s’eft trouvé dans les papiers de M. de Reaumur, qui eft toujours cite quand on n’a pas marqué par des guillemets cc qui a été extrait de fes papiers. Quoique les
- des Forges.
- différents Arts portent le nom des différents Académiciens auxquels ils ont été départis ; comme dans ce travail il a pu leur être affocié , ou ces Citoyens zélés & verfés dans l’Art qu’il étoit queftion de décrire , ou des Correfpondants de l’Académie qui ont,en tout ou pour la plus grande partie, contribué de leurs foins & de leur travail à l’Ouvrage , on n’a pas hélité de faire paroître aufti ces Arts fous le nom de ces Particuliers ; c’eft à ces différents titres que ce qui regardera le Fer & l’Art des Forges, paroîtra concurremment fous le nom de M. Bouchu.
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- DES MINES DE FER.
- poufîiere, Scc. Comme le fer cede facilement à toutes fortes de diffolvants, il changé continuellement de forme : tantôt minéralifé avec du foufre, il forme une pyrite : tantôt perdant fon phlogiftique , il tombe en poufïïere, qui j fuivant la matière à laquelle elle s’unit, prend une forme cubique, creufe , anguleufe , feuilletée , platte , unie , &c , ou fe moule dans les contours des coquillages ; en un mot, s’arrange fuivant les modèles que lui préfente une fubftance calcaire, vitrifiable ou réfraétaire. Cette matière dépofée enveloppe les corps qu’elle ne peut pénétrer ; féchée, elle fe raffem-ble en malfes irrégulières ; entraînée par un courant, elle s’arrondit; filtrée à travers un banc de fable, elle fe granule ; infinuée dans les fiffures d’une montagne , elle en parcourt & remplit jufqu’aux plus petits rameaux, qui deviennent femblables aux arteres Sc aux veines que l’art a trouvé le fecret a injeéler. On peut parvenir à connoître la nature des fubftances à la combinaifon defquelles le fer a concouru : on décompofe une pyrite qui reprenant du phlogiftique, fe minéralifé de nouveau. Auffi admirables par la diverfîté de leurs couleurs que par celle de leurs formes , les mines du fer paffent du blanc jufqu’au noir, du terne jufqu’à l’éclat du rubis, qui doit à ce métal là vivacité.
- C’eft cette fubftance, en apparence fi groffiere , mais au fond fi fubtile, fi néceflàire, qui mérite fi bien d’être connue Sc fi capable de nous rendre une infinité de fervices, que nous effaierons d’examiner. La comparaifon Sc l’examen des différentes mines Sc de leurs différents travaux nous ayant paru propre à éclairer : pour multiplier les reffources en ce genre, on a donné la traduélion du Traité du fer de Swedenborg, auquel nous renverrons pour plufieurs détails, dans lefquels nous aurions fans cela été obligés d’entrer en faifànt l’expofition de l’Art. Les Libraires fe font portés volontiers à imprimer la traduélion de Swedenborg d’un caraélere qui diminuera le prix de l’Ouvrage pour le mettre à portée de l’Ouvrier même, dont l’expérience éclairée deviendra plus utile au public. Cet Ouvrage, dont nous avons retranché tout ce que le Suédois avoit emprunté de M. de Réaumur, fervira , avec celui de ce Savant fur l’acier Sc le fer fondu, de commentaire à celui-ci:
- Pour apprendre à connoître les différentes fubftances que la terre nous offre ou qu’elle renferme dans fon fein, on peut avoir recours aWalle-rius , Pott, Gellert, Lehman 9 Cramer, Henckel, Schulter* Sc autres , dans lefquels nous avons puifé bien des inftruétions. D’après ces connoifïànces préliminaires qu’il eft indifpenfàble d’acquérir , nous obferverons avec Gellert, qu’il y a quatre efpeces de pierres principales.
- i°, Les pierres calcaires qui fe diffolvent dans les acides , Sc que l’aélion du feu change en chaux.
- * M. Hellot, de l’Académie des Sciences, a fait une excellente Traduction de l’Ouvrage de ce dernier qu’on ne fauroit trop confulter.
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- DES MINES DE FER. 3
- 2° j Les pierres argileufes qui ne fe diifolvent pas dans les acides * & qui fe durciffent dans le feu.
- 3% Les pierres gypfeufes qui ne fe diifolvent pas non plus dans les acides * & que TaéHon du feu change en plâtre * c’eft-à-dire * en une fub-ftance qui humeélée avec de ïeau* a la propriété d’acquérir un alfez grand point de dureté.
- q°, Les pierres vitrifiabies qui donnent des étincelles lorfqu’on les frappe
- avec de f acier. Il faut cependant excepter de cette réglé le Ipath fufible,
- 8c la pierre ponce. Les pierres de cette elpece ne fe diifolvent point dans les
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- acides ; l’aétion du feu ne les change point en chaux* mais en verre. Le même Auteur a encore divifé les pierres vitrifiabies en deux dalles * les unes faciles & les autres difficiles à fondre. Ces dernieres font connues fous le nom d’Apyres. Pour plus grande intelligence de ces différentes elpeces de pierres* voyez le §. i * à la fin de la fécondé Partie de cette Seétion.
- M. Homberg nous apprend que le caillou & le marbre expofés féparé-ment au miroir ardent du Palais Royal * fe calcinent* & que mis en poudre 8c mêlés enfemble ils fondent. Ce fait* dont nous avons des expériences journalières * nous conduit à juger qu’après avoir trouvé des mines de fer, la première attention doit être de bien connoître leur matrice* 8c de s’a£ furer de leur nature* pour y joindre les fondants convenables * c’eft-à-dire , des lubftances dont l’addition fait fondre les mines les plus réfraélaires. On en doit conclure que dans le travail en grand * il faut contrebalancer les fubftances d’une elpece par d’autres lubftances d’une elpece connue pour leur fervir de fondants. Dès - lors ne pourrions - nous pas affurer làns témérité * que lorfqu’on a abandonné des mines qui paroiffoient rebelles à lafufion,* c’eft faute d’avoir connu les matières qui leur fervoient de bafe, & celles qui auroient fait fondre cette balè. De quelle conféquence n’eft-il donc pas de s’exercer par des elîàis réitérés fur la connoiflance des fondants*
- Tout nous conduit à croire que le fer * ainfi que bien d’autres fubftances * a un élément qui lui eft particulier. Sans cela * depuis le temps que Ton fait du fer avec les mines que nous défignons par mines du fer, il feroit arrivé quelquefois qu’on auroit fait un autre métal, ou qu’avec des mines connues pour donner un autre métal * on auroit fait du fer. Or cela n’eft jamais arrivé : bien loin de-là * pour la purification & le traitement des métaux quelconques, on a grand foin * quand il eft queftion d’en traiter un particuliérement * de féparer 8c extraire les parties élémentaires des autres métaux qui peuvent s’y trouver mélangés ; tous les métaux 8c demi-métaux s’oppofent dans des degrés différents à la liaifon & connexion des particules ferrugineufes. Donc le fer * comme les autres métaux* a un élément qui lui eft particulier & différent des autres ; car les bafes font les mêmes.
- Plufieurs nous difent que l’analyfe 8c la décompofition des corps font
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- bornées ; qu’on ne peut les pouffer que jufqu’à un certain point, au-delà duquel tous les efforts font inutiles; que c’eft à ces dernieres fubftances qu’on a donné le nom d’éléments , tels font principalement l’eau, l’air , la terre 8c le feu ; d’où l’on peut conclure que les éléments font des fubftances Amples & inaltérables.
- U eft difficile de concevoir comment quatre fubftances Amples 8c inaltérables peuvent, par de Amples combinaifons & mélanges entr’elles, produire d’autres fubftances auftï diftinguées, & aufft différentes que celles que' nous voyons dans la nature ; les fels, par exemple. Il eft plus aifé de concevoir que la terre eft un élément fans mouvement, & que le feu, l’air & r eau font de£ agents ou éléments aélifs qui donnent du mouvement aux fubftances terreftres , & qui occaftonnent des combinaifons, des com-pofés, des mélanges dans lefquels ils entrent quelquefois comme principes, en exerçant leur aélion fur l’élément paflif ; c’eft-à-dire, la terre, qui doit retenir 8c défendre quantité d’autres éléments fecondaires 8c inaltérables , lefquels font en auffi grand nombre qu’il y a d^ fubftances effentieliement différentes. ' , . f
- Nous entendons donc par élément, non pas la combinaifon des différentes fubftances qui compofent un corps, mais ce qui le caraétérife fpéciale-ment, abftraétion faite de tous les acceffoires. On fait, par exemple, qu’une telle efpece de fel prend toujours, à la cryftallifàtion, une telle Agure : ce fel fera mille fois mêlé dans de la terre , mille fois diffous dans de l’eau, mille fois fondu à un certain degré de feu; quand on fera l’extrait, & qu’on le mettra à la cryftallifàtion, on aura toujours des cryftaux de la même Agure que la première fois : donc on peut dire que ce fel, ainA que tous les autres fels primitifs, ont un élément particulier. Mais quel eft-il cet élément l Il n’eft poffible d’en connoître que ce que l’expérience nous apprend ; c’eft-à-dire , que cet élément caché eft une fubftatice quelconque, Ample, inaltérable, & propre à conftituer tel corps en particulier. Nous pouvons même nous appuyer en ce point du fentiment de ceux que nous cherchons à éclaircir , puifquils ont dit : A la vérité les Chymijîes n ont pu jufqua préfent parvenir à produire une matière fahne , en combinant enfemble la terre & Veau ( paffons , A l’on veut , le feu 8c l’air ). Cela pourroit faire Jbupçonner qu il y entre quelqu autre principe que la terre & l eau dans la mixtion faline , qui nous échappe , & que nous ne pouvons retenir lorfque nous dé-compofons les fels.
- « L’eau qui a été enlevée par l’air , dit Henckel, contient un acide qui fait » du vitriol en s’unifiant avec une terre métallique ». Par cette propoAtion on peut entendre que l’élément des fels acides peut être enlevé par l’air, & que l’élément des métaux peut être retenu par une terre qu’alors on nomme métallique ; & que quand ces deux éléments eh cet état peuvent fe joindre
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- il en réfulte du vitriol. Nepourroit-on pas penfer qu'il y a autant d'éléments pour les métaux, quil y a de métaux différents, & que chaque métal a fon élément particulier? « Les fubftances métalliques font, dit-on , des corps » pefants , brillants, opaques & fufibles , compofés principalement d'une » terre vitrifiable unie avec le phlogiftique ».
- Nous concevons donc qu'un métal eft un corps pefant, brillant , opaque, fufible, duétile, 8c compofé d'une terre vitrifiable, unie tant avec le phlogiftique , qu’avec l'élément caché & inconnu , qui caraélérife un tel métal en particulier. Suivant cette définition générale, on doit définir en particulier le fer, un métal compofé de fon élément particulier, de fel, de phlo-gifiique combinés & retenus dans une jufe proportion par une bafe vitrifiable.
- Connoître les fubftances qui contiennent.l'élément du fer ; les tirer du fein de la terre ; les faire paffer par les travaux fucceffifs qui amènent ces fubftances à la qualité du fer ou de l'acier ; les liiivre , autant qu'il fera poffible , dans les différents degrés de leur compofition & de leur décom-pofition artificielle , fera précifément la defcription de l'Art.
- Cette première Seétion des mines de fer fera divifée en deux parties : la première traitera des matières qui contiennent abondamment du fer ; la fécondé traitera du travail de ces matières avant qu elles foient expofées au fourneau de fufion.
- PREMIERE PARTIE.
- Des Matières qui contiennent télément du Fer.
- Pour donner plus d*ordre à cette Partie, nous allons luivre Wallerius, & rapporter ce que nous avons recueilli dans les autres Auteurs : nous la réliimerons enfuite le plus brièvement qu’il fera poffible , pour en tirer des inftruétions convenables à l'idée générale que nous devons nous former des mines de fer qu'on peut travailler, & de celles qui, pour le travail en grand, ne doivent pas être mifes au nombre des mines , mais feulement des fubftances qui contiennent une portion de fer.
- §• i.
- Mines que Von peut traiter.
- Première Espece.
- Fer natif ou vierge*
- « La plupart des Auteurs nient l’exiftence du fer natif : T ai été long-» temps 9 dit Lehman * y du même fentiment ; mais M. Margraff 7 célébré * Tome i , page m.
- Forges.
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- 6 DES MINES DE FER.
- » Chymijle de Berlin ma pleinement convaincu du contraire. Il efl; poflefleur cTun » morceau de fer natif à? Eybenjlock en Saxe , dans lequel on voit encore les » deux côtés latéraux ou lizieres du filon , ce qui fuffit pour décider la » queftion. C’eft une mine de fer brune, dans laquelle on voit plufieurs » morceaux aflez gros de fer natif, attirables par l’aimant , flexibles comme » du fil de fer , duéiiles fous le marteau , fondants au feu comme le fer pur , » & qui ont toutes les propriétés que doit avoir le fer natif».
- Suivant Cramer, fi le régné minéral recele du fer natif , il doit y être bien rare. » On regarde comme tel , dit-il, de petits minerais oétahedres , » cubiques , folitaires ou grouppés de différentes maniérés, reffemblants à » des pyrites qui font le minerai propre du foufre, qui efl: fiijet à tant de » figures, & qui contient toujours du foufre , avec une quantité de fer. Le » fer natif préfente quelquefois des fibres ligneux , jaunes, rouillés , bruns, » roux, très-riches en fer à la vérité, mais incapables d’être attirés par l’ai-» mant ; il a la dureté de l’acier, & efl dépourvu de la malléabilité, ainfi que » des autres caraéleres diftinétifs du fer ; en forte qu’on doit moins le re-» garder comme du fer natif, que comme de très-riches mines de fer».
- Henckel nous dit qu’il n efl: pas encore bien décidé s’il y a dans la nature & fans le fecours du feu , un fer qui foit non-feulement attirable par l’ai-mânt, mais encore qui s’étende fous le marteau*. « Cependant, ajoute-t-il y » je regarde la chofe comme très-poflîble, depuis qu’il m’en efl venu un » morceau qui a été trouvé dans une terre jaune , 8c qui pouvoit être étendu » fous le marteau, fans qu’il parût avoir paffé par le feu ; car la terre jaune » qui l’environnoit, auroit dû aufll entrer en fufion, lors de fa réduélion » en métal. Les autres morceaux~que j’ai eu occafion de voir, me paroif-» fent fort fufpeéls, d’autant plus que tous fe reffemblent beaucoup par » la figure ».
- Swedenborg doute fort qu’il y ait du fer natif. « Plufieurs , dit-il, préten-» dent qu’on en trouve dans les minières en morceaux ronds/comme en » Saxe ; en grains, comme à Salt^bourg, dans les montagnes de Siléfie. Wor~ » mius en annonce en Norvège, d’autres en Stirie, &c».
- Selon Gellert, il n’y a que très-peu ou point de. fer natif ou pur , à moins qu’on ne veuille donner ce nom au labié ferrugineux & aux mines qui font attirables par l’aimant, ainfi qu’à dautres mines où le fer fe trouve fous une forme cubique & oélogone ; mais il leur manque la malléabilité.
- Le fer natif, fuivant Wallerius, n’efl pas toujours parfaitement pur ; cependant il Tefl: plus que le fer de fonte. On a le fer'natif folide , irrégulier, 8c le fer natif en grains.
- Aujourd’hui cette queftion paroit être décidée. M. Rouelle 9 de l’Académie des Sciences , a reçu, par la Compagnie des Indes , du fer natif
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- DES MINÉS DE FÉ R. 7
- dont il y a des roches entières aux environs de la riviere du Sénégal. On en a forgé des barres là ns aucune préparation préliminaire.
- Seconde Espece.
- Mine de fer cryflalifée.
- Cette mine eft de differentes couleurs, tantôt brune, tantôt de couleur de rouille : elle eft compofée de cryftaux oftahedres , ou cubiques, dont la figure reffemble aflez à celle des marcaflltes. Cette mine eft très-riche en fer • mais elle n eft pas malléable, & l’aimant ne l’attire point : on la diftingue-en o&ahedre, & en cubique. C’eft de cette derniere dont parle Swedenborg, lorfqu’il dit qu’il y a en Suede de la mine cubique û riche, qu’on peut la comparer au fer natif, quoique ce n’en foit pas.
- Troisième Espece.
- Mine de fer blanche.
- Une mine de fer finguliere eft celle qui eft en forme de fpath : elle tire communément fur le jaune, le gris & le blanc; quelquefois elle eft un peu tranfparente. Elle donne à peu près depuis 30 jufqu a 60 livres de bon fer par quintal, bien qu’à fon infpeélion elle ne paroiiTe pasencon-tenir la moindre quantité.
- Cette efpece de mine eft communément d’un tiflü feuilleté, fembiable à celui du fpath. Elle eft ordinairement de couleur ifabelle, ou tirant fur le jaune. Cependant les feuilles ou lames dont cette mine eft compofée, ne font pas fi régulièrement placées les unes fur les autres , que celles du Ipath, & elles ont différentes directions. La mine blanche fournit un fer propre à être converti en acier. De cette efpece eft la mine d’Aivar en Dauphiné, & quelques-unes des mines de fer dans les Pyrénées , comme nous le ferons voir dans le détail des Manufactures de France.
- Extrait d’une Lettre de M. Georges Planton, écrite de Sehriffhates
- dans le Shropshire.
- « Je vous ferai part d’une obfervation que j’ai faite depuis peu dans » nos mines de fer , fur-tout dans celle quon appelle dans le pays la » Mine blanche, & qui fournit la meilleure pierre de fer. En brilànt cette y> pierre, les Mineurs trouvent communément une grande quantité de liqueur » blanche & laiteufe, renfermée dans fon centre. Quelquefois une feule » cavité en contient un muid : elle eft douce fur la langue ; mais elle a un » goût de vitriol & de fer.
- » Pour eiïàyer fi c’eft du fpath ou de la mine de fer, il n’y a qu’à la faire » un peu rougir au feu ; & fur le champ la couleur noire quelle prendra,
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- 8 DES MINES DE FER.
- » indiquera le fer. C'eft faute de cette connoiffance , que fouvent on prend » pour du fpath ce qui n'en efl: pas. Souvent l'air fuffit pour marquer cette » différence ; mais il faut quelle y ait été expofée quelque temps. Il efl rare » que cette mine foit riche en fer ».
- Par la defoription que Swedenborg nous a donnée des fleurs de fer , il pa-; roît qu'il faut les rapporter à cette efpece.
- * Henckel nous dit que les fleurs de fer* que le nom- feroit prendre pour une mine dé fer , ne font rien moins, & ne doivent être regardées que comme des ftalacliques talqueufos & fpathiques. Leur nom leur vient des mines de Stirie. Il s'en trouve pourtant à Freyberg 8c ailleurs.
- - Suivant Cramer la nature imite dans les mines de fer , la reffemblance de plufieurs objets, 8c les fleurs de fer végètent en arbrilfeaux ,’ figure de corail ; les blanches font les plus belles. Il arrive aufli que ces mines repré-Tentent tantôt un bois folide 8c pelant , d’autres fois de grands arbres avec leurs troncs 8c leurs branches. Aurefte, ilparoît que c'efl: parce qu'on rencontre quelquefois ces efflorefoences aux environs des minières de fer, qu'on leur a donné-le nom de Fleurs de fer ; car elles' ne le méritent point d'ailleurs, ne contenant pas une grande quantité de ce métal.
- Obfervation de Charles Ohinb , fur une ftalaélique ferrugmeufo appellée parles Chymiftes Fluor, Flosferri, tirée d’une mine de fer de Stirie. « On » trouve cette mine de fêr dans un village de la haute Stirie fur les frontières y> de l'Autriche. Il s'y forme quantité de ftalaélites qui font adhérentes à la » fuperficie des pierres métalliques des cavernes de la minière. Cette ftalac-» tite adopte différentes figures : pour l'ordinaire elle s'élève en forme de » rameaux blancs qui ont pour bafe un bloc de même matière ; tantôt ces » rameaux paroiffent entièrement brutes, & ne different entr'eux que par » diverfes courbures qu'ils ont prifes ; tantôt leur forme efl fi finguliérement » variée, qu'ils repréfentent différents objets de la nature, comme des bran-» ches de corail blanc, ou de petites feuilles frangées, ou des protubérences » de dents molaires, ou des réfeaux très-fins. Quelquefois cette matière qui » fort de bafe , au lieu de s'élever en rameaux, paroît difpofée en ftries de » différentes grandeurs. D’autres fois elle relie en malfo, 8c ne forme qu'un » bloc de pierres femblable à de l'albâtre. Dans quelques endroits elle paroît » ftriée comme l'hématite ou la mine d'antimoine. Enfin,, dans d'autres en-» droits, elle préfonte des herborifations fomblables à celles que la gelée » forme en hyver fur nos vitres. La llruélure intérieure de cette matière » n'efl pas toujours la même ; elle varie par l’arrangement & la connexion » des particules dont tous ces «corps font compofés. La fubftance de ces » llalaclites différé par la couleur , la dureté 8c la tranlparence. Elle efl: » blanche comme de la neige , ou fa couleur imite celle de l'argent. Quel-» quefois elle aune confiftance très-dure; d'autres fois elle efl beaucoup
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- 5> plus tendre * & fe cafle très-facilement. Enfin * tantôt elle paroît opaque * » tantôt on la voit tranfparente * Sc difpofée comme un amas de cryftaux » contigus.
- » A l’égard de là formation de ces ftalaélites * j’ai oui dire à un de mes » amis qui demeure près de la minière dont il eft queftion , que l’on » voit l’eau filtrer à travers les parois des cavernes * & que c’eft cette eau » qui fe congele en cette efpece de pierre. J’ai reçu * le mois de Sep-» tembre dernier* une lettre de Jean Adam * dans laquelle il m’apprend d’où » proviennent ces eaux * & pourquoi elles fe congèlent. Voici ce qu’il me » dit. .. Cette mine de fer eft couverte d’un banc de pierre calcaire* qui » s’étend fur toute la croupe de cette montagne* jufqu’au fommet. L’eau » des pluies Sc des neiges* qui eft retenue par la couche de terre fupérieure , » tombe fur ce banc de pierres calcaires * fe charge de la partie la plus fo-» lubie de cette matière calcinable* pénétré à travers les mines de fer* Sc » fe filtrant dans les grottes inférieures * où l’air a un libre accès * y forme » ces differentes concrétions. Voici comment cette matière concrète prend » differentes figures. L’eau qui tombe goutte à goutte * commence par for-» mer une croûte continue fur le fond de la caverne. Les gouttes qui diftil-» lent enluite fur cette croûte * fe congèlent les unes fur les autres, & » lailfent dans le milieu une ouverture ou un petit conduit * par lequel les » gouttes qui viennent enfuite * forment au-deffus ou à côté * des rameaux » qui fe durciffent en fe congelant. L’augmentation & la pofition de cette y> matière font toujours les mêmes jufqu’ à ce quelle fe foit élevée à une » certaine hauteur * & qu’elle ait bouché l’ouverture du petit conduit cen-» tral. Quand l’eau tombe avec plus d’abondance * elle s’épanche alors dans » de petites fentes de la caverne * qui font vuides * Sc forme des fortes de » roupies de differentes grandeurs * ou bien elle fe congele en des blocs de »pierres proportionnés à l’elpace qui les contient.... A l’égard de la tranfi* » parence de quelques-unes de ces ftalaélites * je crois qu’elle provient de » ce que les eaux dont elles font formées, circulant plus long-temps fous » terre * ou fe filtrant à travers des veines femblables à celles qui préparent » la matière des pierres précieufes * acquièrent un degré de pureté Sc d’ho-» mogénéïté que n’ont pas celles auxquelles les ftalaélites opaques doivent » leur origine ».
- Voici le fentiment de Wallerius fur la mine blanche ï la couleur en eft blanche ou jaunâtre ; & à la fimple vue on ne la foupçonneroit pas de contenir du fer : cependant le quintal peut en donner depuis 30 jufqu’à do* Sc même po liv. Cette mine n’eft point attirable par l’aimant. Sous cette efpece * font :
- i° , La mine de fer blanche ramifiée : elle eft blanche comme de la neige* croît en rameaux * & n’eft prefque que du fer vierge* comme on peut s’en appercevoir lorfqu’on la fait fondre avec de la matière inflammable, ou
- Forges. C
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- ro DES MINES DE FER.
- du charbon ; car alors elle fe réduit en fer tout pur fans Icônes.
- 2°, La mine de fer blanche en cryftaux : elle efl aufli toute blanche , pleine de tubercules , paroiflant comme vermoulue, candie & fpongieufe.
- 30, La mine de fer femblable au fpath ; elle eft d'un jaune clair, grifo, ou blanche, quelquefois demftranfparente , & compofée de petits filets pareils à ceux de l'ardoifo ou de la félénite, ou compofee de cubes & de rhomboïdes fèmblables à ceux du fpath de cette efpece. Il y en a qui défi-gnent cette mine fous le nom de Mine blanche , au jaune , Jpéculaire ou à facettes luifantes.
- 4°, La mine de fer blanche en grenats auxquels elle relfemble beaucoup par là figure, excepté que fa couleur efl; blanche ou jaune.
- QUATRIEME E S P E C E.
- Mine de fer noire.
- O N a obfervé que le fable noir étoit riche en fer ou en plomb ( a ) : fort poids indique la quantité quil en contient. On exploite, avec avantage dans différents endroits, cette efpece de fable ou de terre noire ou brune : le fer en efl: bon. Pour l'ordinaire , il fe trouve dans l'eau : fuivant Henckel% ( 16) la mine de fer noire efl démontrée par l'expérience, la meilleure & la plus riche ; telle efl celle qui fe trouve en quelques endroits de Suede (b) , dont on fait qu’on tire le meilleur fer, tandis qu’on n’y trouve que peu ou point de mine de fer jaune ni rouge. Cette mine efl très-attirable par l'aimant.
- « La mine de fer noirâtre , dit Wallerius, efl pelante , d’un gris plus » foncé que n’efl la couleur du fer lui-même. Ordinairement cette mine eft » riche, & contient du fer pur. L'aimant l'attire fortement. Elle rend yo » à 8o livres de fer par quintal. Les Fondeurs la mettent au nombre des » mines feches, c’eft-à-dire, qui ont befoin de fondants». Sous cette efpece font :
- i °, La mine de fer noirâtre folide : le grain en efl très-fin ; elle eft pelante & fî compaéle, qu’on a de la peine à difoerner les particules qui la compofent.
- 2°, La mine de fer noirâtre , pleine de points brillants. Elle eft intérieurement remplie de taches & de veines luifantes ; il s’y trouve des paillettes brillantes qui varient pour la finefle.
- 30, Lamine noirâtre en grains. Elle eft compofée de petits grains fem-blables à ceux de la cendrée ou petit plomb. On peut les féparer à coups
- (a) Nous pourrons ajouter en or ; car dans toutes les rivières oriferes du Royaume, les paillettes d’or fe trouvent en plus grande quantité
- rafîemblées 8c mêlées à un petit fable noir, 8c aç-tirable à l’aimant.
- (b ) Henckel dit à Falkun.
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- IX
- DES MINES DE FER.
- de marteau ou d’une autre maniéré. On appelle quelquefois cette efpece Mine grainelée , parce quelle paroît compofée de grains grands 8c petits ; joints les uns aux autres, 8c parce quelle fe divife en grains quand on la rompt.
- 4°, La mine de fer noirâtre en cubes. Elle paroît être un aflemblage de grands 8c petits cubes, ou dez, dont on reconnoît la figure par leurs côtés brillants.
- yQ, La mine de fer noirâtre écailleufe. Cette mine paroît compofée d’é-cailles arrangées les unes fur les autres en differentes couches; cependant elle ne fe divife point par écailles lorfqu’on vient à la brifer.
- 6°, La mine de fer noirâtre feuilletée. Elle eft compofee de lames ou feuillets très-vifibles 8c très-ailes à diftinguer ; quelquefois elle fe divife en ce fens , d'autres fois elle ne le fait pas.
- C’eft à cette efpece qu’on doit rapporter là mine de Dannemore en Rof iagie. Cette minière eft fi abondante , dit Swedenborg, qu'elle fuffit chaque année pour l’entretien de plufieurs fourneaux. La mine que l’on y tire , l’emporte fur toutes les autres , tant par la pureté que par là richeffe. Le fer quelle donne, n’eft caffànt ni à froid ni à chaud. Il eft très-propre à fabriquer toutes fortes d’uftenciles. Elle fournit l’acier le plus fin 8c le plus propre à la lime ; auffi le recherche-t-on en Europe & aux Indes où il fe vend plus chèrement que tous les autres. Ce fer paroît entièrement compofé de fils 8c de petites lames entrelaffées.
- Cette mine eft très-pefante , couleur de fer ou de plomb, reflemblant au fer qui en provient. Elle eft compofée, comme l’acier , de grains fins ; mais elle eft mêlée de fils très-déliés , de pierre calcaire & de quatz qui la traverfent en tous fens , comme des veines ou des arteres. Les grains du fer font fi mêlés avec ces fibres, que cela forme une efpece de couleur de plomb, 8c une certaine blancheur fondant la couleur noire du fer dans du blanc ; ce qui fait auffi qu’elle fond très-aifément, car elle porte avec elle fon fondant.
- Les morceaux de cette mine ont leur fuperficie noire & polie, & couverte d’une petite membrane de pierre de corne : il y a auffi des morceaux entourés d’amianthe verte, 8c régulièrement divifibles, félon leur plan,
- Cinquième Espece.
- Mines de fer d'un gris de cendre.
- Si l’on nomme cette mine cendrée ou d’un gris clair, ce n’eft pas qu’elle foit en elle-même claire ou blanche : elle n’a ce nom qu’en comparaifon de la mine noirâtre. Ces mines ont differentes nuances.
- La mine grife , félon Schlutter, eft très-commune : on la trouve en grains ou, en roche. Il y en a une efpece en forme de fpath , quelquefois auffi
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- jaune l blanche & un peu tranfparente. Elle donne à peu-près depuis 30 jufqu'à 60 livres de bon fer par quintal, quoiqu'à fon inlpeétion elle ne paroiffe pas en contenir la moindre quantité.
- Selon Henckel, la mine grife dont la couleur relTemble déjà très-fort au fer j eft compofée de petites lames ou feuillets gris qu'il ne faut pas con-fondre avec d'autres fubftanees feuilletées , ftériles & calcaires. Il faut s’af furer, autant qu'on le peut, fi ces fubftanees étrangères font nuifibles ou avantageufes à la fufion * fi elles ne préjudicieront point à la bonté du métal, & comment on pourra remédier à cet inconvénient. D'autres fois cette mine eft arrangée de façon qu'on ne peut point remarquer la figure des parties qui lacompofent. Celle-ci fe reconnoît à fa couleur. Elle fournit de bon fer : l’hématite brune qui, quand on l’écrafe devient jaune, en eft une variété. La couleur brune n'annonce pas une mauvaife elpece de fer 5 comme on peut s'en convaincre par les mines de Stirie , quoique fouvent il s’y trouve des fubftanees qui peuvent nuire au traitement Sc à la bonté du fer que l'on en tire.
- La mine grife, fuivant Wallerius > eft cette elpece qui eft d'un gris à peu-près comme celui de la cendre , quelquefois plus clair. Elle tire fur le blanc quand on l'a brifée. Cette blancheur vient de la pierre avec laquelle elle eft combinée, ou de l'antimoine & de l'arfénic qui y font mêlés. C'eft par la même raifon que l’aimant n'attire que peu bu point cette mine , quoiqu'elle foit aflez riche en fer. Il y en a qui eft folide ; il y en a en grains; d'autreç en cubes > remplie de points brillants > feuilletée Sc ftriée. Cette derniere a des ftries déliées ou groflieres } produites par l'antimoine qui s'y trouve mêlé : il y a de ces efpeces de mines qui font moins foncées les unes que les autres.
- Sixième Espece.
- Mine de fer bleuâtre ou rougeâtre, *
- La mine de fer bleuâtre ^ fuivant Cramer , tirant fur le rougeâtre * eft fort pelante, fort dure Sc très-riche en bon fer ; elle donne communément dans la première fonte depuis 60 jufqu'à 80 livres par quintal. La mine rouge de fer , dit Henckel, de même que la jaune , varie pour la confiftance Sc la dureté. Il ne faut pas cependant mettre dans ce nombre la pierre de corne ou jalpe rouge qui fe trouve quelquefois parmi les mines de fer, fins fournir néanmoins de ce métal. Cette mine eft ordinairement Iphé-rique y Sc d'un tillu ftrié : elle donne beaucoup de fer , mais il eft caftant. Pour y remédier, Sc lorfqu'on traite cette mine à la forge , on y joint d’autres mines de fer. Celle d’un brun rouge ou foncé ou bleuâtre 9 a les mêmes qualités que la rouge.
- Selon
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- Selon Wallerius , cette efpece eft tantôt d'un brun rouge, ou foncé , ou bleu, tantôt d'un gris tirant fur le bleu, ou d'un bleu tirant fur le rouge, fur-tout dans l'endroit de la fraéïure. Extérieurement elle eft ou brune ou foncée, fiiivant les matières qui entrent dans fa compofition. Quelquefois elle eft un peu attirable par l'aimant ; d'autres fois elle ne l'eft point du tout. Elle eft riche en fer, & on la met au nombre des mines aifées à fondre, quoiqu'il y en ait qui ne foit fondue que difficilement. Il y a la mine bleuâtre folide à points brillants, qui eft d'un bleu foncé. Il y en a en grains , de la cubique , de l'écailleufe, de la feuilletée.
- Septième Espece.
- Tète vitrée, ou Pierre hématite , fanguine, fchifl.
- Voyez ce qu'en dit Swedenborg qui en a traité fort au long.
- L'efpeceque nous allons décrire eft convexe d'un côté, plate de l'autre, mais angulaire , rangée en forme de plans , qui tous tendent au même point, en forte qu'elle repréfente à peu près une pyramide irrégulière , ce qui fe manifefte à fa cafliire. Elle eft affez polie, fi l'on ôte la rouille qui couvre là furface. Son intérieur préfente des filets d'amianthe radiés, pourvu qu'on la caffe parallèlement à fes ftries ; car fi la fracture leur eft perpendiculaire , on voit des grains approchants de ceux d'un acier d’une trempe médiocre. Cette mine eft d'un rouge-brun , très-pefànte & très-dure ; propriété qui la fait mettre en œuvre par différents Artifàns pour polir le verre Sc l'acier. Au relie cette mine, dans fà totalité, n'eftprefque que du fer : fi on la rôtit à un feu médiocre, elle fe fépare en écailles qui font du vrai fer, ainfi que le montrent l'épreuve par l'aimant, & toutes les menftrues humides, qui avant cela n'avoient aucune prife fur elle. Ces écailles fondues donnent un vrai régule de fer, blanc, aigre & qui ne devient malléable qu'avec beaucoup de difficulté.
- L'hématite ou fanguine dit, Henckel eft communément demi-fphérique , fouvent en mammelons, ou formée en grappes, comrhè du raifin. On la nomme Sanguine , parce que répandue fur les plaies, ou même prile intérieurement , elle paffe pour arrêter le fàng. Quand on l'écrafe, & qu'on la mêle avec de l’eau, elle la rougit. Il y en a de brune & de jaunâtre qui font réellement de la même nature que la rouge. KSigmaringen en Souabe, & en France dans le Béarn , il y a des montagnes qui fourniffent une quantité inépuifable de petits globules jaunâtres & terreux qui reffemblent à des pois , des lentilles , des feves , des noifettes , & qui fe trouvent dans une terre jaunâtre & ferrugineufe On l'appelle Mine en feves, Sc on en tire une très-grande quantité de très-bon fer.
- Il y a plufieurs fortes de fanguines qui contiennent a la vérité du fer, Forges, D
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- -mais que nous ne rangeons pas entre les mines de fer.
- La terre appellée Brouillamini, efl: rouge, vifqueufe , ayant peu d'odeur 8c de faveur. On la trouve dans des mines de fer, & on s'en fert par préférence à la terre figillée , comme d'un remede contre le venin. Un Auteur rapporte qu'une terre appellée Adamica rubra , expofée à l’air, & fouvent abreuvée de rofées, étant, après quelques digeftions, devenue très-pefante, avoit produit linon du mercure, au moins du fer : on fe fert en Sicile de cette terre pour faire des tuiles.
- Les bols ont beaucoup de parties ferrugineufes. Mathiole croit que le bol approche beaucoup du crayon rouge. Les nouvelles expériences ont appris que ces foffdes étoient remplis de beaucoup de parties vitrioliques.
- La pierre hématite, fuivant Wallerius, efl: une mine de fer, ou flriée , ou comme cryftallifée, alfez pelante, rouge par elle-même, ou tirant fur le rouge , & donnant cette couleur au corps que l'on en frotte : elle n’eft point attirable. par l'aimant. Le fer qu'elle fournit efl: aigre, & l'on a beaucoup de peine à le rendre malléable. Le quintal de cette mine, en contient quelquefois jufqu'à 80 livres. Sous cette elpece font :
- i°, L'hématite rouge qui efl remplie de ftries non interrompues, lefqueL les femblent fe réunir à un même point ou centre : ces ftries ou rayons font d'une figure pyramidale.
- 2°y L'hématite noirâtre qui efl flriée, compofée de la même façon que la précédente, mais un peu plus dure. Elle efl: noire ; cependant quand on l'écrafe, elle prend une couleur rougeâtre ou jaunâtre. Cette elpece broyée donne quelquefois trois couleurs ou teintes différentes, du noir , du rouge 8c du blanc , ce qui l'a fait nommer Trichrus.
- 3°, L'hématite pourpre qui donne une teinte rouge. Il y en a dans le pays de Heffe.
- 4°, L'hématite demi-fphérique qui reflemble à la moitié d'un crâne, & qui efl de différentes couleurs. Il y en a de la rouge , de la noire 8c de la brune.
- 5°, L'hématite Iphérique. Cette efpece de mine fe forme en maffes rondes , ou dans fa matrice ou minière, ou toute feule ; quelquefois elle n'efl pas fi groffe qu'un pois.
- 6°, L'hématite en grappes. Elle paroît compofée de petits grains ou mam-melons qui fe font grouppés, & qui forment une maffe reffemblante à une grappe de raifin.
- 7°, L'hématite en pyramide. Cette elpece efl parfemée de pyramides ou de pointes dilpofées comme celles d'un hériflon.
- 8°, L'hématite cellulaire. Cette mine efl compofée de feuilles minces 8C ferrées qui forment des creux ou cavités, femblables à celles d'un rayon de miel. Il y en a à Mortgrube, en Norberg, & à Rauloire en Luleo, dans la Lapponie Suédoife.
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- Il y a de l’hématite qui paroît ftriée à l’extérieur , mais qui intérieure^ ment efl composée de lames ou de feuilles.- Je fuis perfuadé , dit Lke-marin, que l’hématite ne 'doit fa formation qu’au defféchement des gurhs ferrugineux : en effet dans certaines hématites , fur-tout celles qui font en mammelons , Sc qui reffemblent à des grappes de raifin, on voit très-dif-tinélement par les feuillets dont elles font compofées, qu’elles ont été formées fuccefiivement, & que ces feuillets fe font placés les uns for les autres.
- Huitième Espece.
- Mine de fer fpéculaire.
- Cette mine efl; de différentes couleurs , mais ordinairement d’un gris tirant fur le noir ; elle a toujours au moins un côté uni & luifànt comme un miroir : elle efl riche en fer ; & l’aimant l’attire. Cette efpece de mine efl fouvent mêlée avec l’hématite. Il y en a en lames, de la feuilletée , de la contournée , foivaiit la nature des matières avec lefquelles elle fe trouve mêlée : il y en a aufïi de la quadrangulaire , qui a affez de reffemblance avec le fpath rhomboïdal ou cubique.
- La mine de fer grife, luilànte, a prefque la même couleur que le fer : elle paroît fouvent compofée d’un affemblage de petits feuillets minces & de couleur grife ; mais quelquefois on ne peut difoerner la figure de fes parties. Celles qui font dans ce cas font plus attirables par l’aimant, & fourniffertt un meilleur fer que les autres.
- N. euvieme Espece.
- L’Aimant.
- L’aimant efl une pierre brune ou rougeâtre , pefante , peu dure , quand elle efl pure ; fouvent mêlée de cailloux & de fpath , ce qui diminue de fà qualité. Il peut quelquefois être regardé comme une mine, propre à être traitée à la forge. Il y en a en Suede qui fournit beaucoup de fer : mais pour l’ordinaire il n’en donne que très-peu & d’une mauvaifo qualité. Lémery conjeéture que l’aimant pourroit originairement avoir été du fer , dont la chaleur de la terre auroit enlevé les parties huileufes ; mais cette conjeéture n’a aucun fondement. A Saint-Nazaire en Bretagne, aune demi-lieue du moulin de la Noë & du Village de Ville-Saint-Martin , il y a un champ nommé le Champ £ Aimant, parce que les cailloux qu’on y trouve font des pierres d’aimant. En creufant, un Particulier en trouva une pierre qui fut eftimée deux cents piftoies.
- L aimant, près de la limaille de fer , ou de quelques morceaux de fer P
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- les attire fur le champ ; il a auffi la propriété d’indiquer les pôles : la caufe de ces phénomènes eft inconnue. On trouve de l’aimant folide d’un gris de fer , de couleur de fer grainelé, rempli de points brillants, du brun ou rougeâtre, du bleuâtre ou blanchâtre , Scc.
- Les mines d’aimant que l’on trouve au pays bas de Ranshire , tant celles ou l’aimant eft difperfé çà & là par petits fragments , que celles que l’on trouve en grandes mafles, & unies à la mine de fer, font toutes dirigées de l’Eft à l’Oueft, & non du Nord au Sud ; ce qui détruit l’opinion de ceux qui prétendent que l’aimant doit fà direétion polaire , à celle qu’il avoir originairement dans la minière.
- Dixième Espece.
- Fer minéralifé dans le Sable.
- Ce fable n’eft qu’un aflemblage de petits grains de fer très-déliés. Il eft aifé de le diftinguer du fable ordinaire, tant par fa couleur qui eft noire ou foncée, que par l’aimant qui l’attire fortement.Il y en a du noir aflez riche en fer. Quelques-uns le regardent comme du fer vierge. U y en a auffi de différentes couleurs, du brun ou rougeâtre : cette derniere efpece ne contient pas beaucoup de fer. On l’a fait quelquefois paffer pour du fable d’or; mais fi l’on en met dans de l’eau forte, elle lui donne une couleur de brun foncé , & le fable refte blanc comme du fable ordinaire. Gellert, parlant de la mine limoneufe, dit qu’il faut mettre dans le même rang le fable noirâtre, ou brun, dont, en quelques endroits, on tire de très-bon fer.
- Onzième Espece.
- Fer dans du limon .* Mines de Marais, des Lacs.
- Voyez ce qu’en a dit Swedenborg qui eft entré dans un grand détail, & très-intéreflànt par les conclufions qu’on en peut tirer.
- Suivant Wallerius 9 cette mine eft toujours d’une couleur brune ou foncée : lorfquelle a été durcie à\l’air, elle reffemble à du fer rouillé. Elle eft intérieurement bleue , ou ordinairement couleur de fer. Elle fe trouve fous l’eau au fond des lacs ou des marais ; elle y eft fous une forme ter-reftre , Sc d’une confiftance limoneufe & peu compacte. On en tire du fer qui eft caftant foit à froid foit à chaud. L’aimant ne l’attire point. Il y a : * i°, La mine de fer limoneufe-rougeâtre : celle-ci eft d’un brun tirant fur
- le rouge, & fe trouve quelquefois en grains comme du fable, d’autres fois en mafles plus groffes. Quand elle n’a point été féchée à l’air, on ne la trou^ ye pas compaéte, mais feulement rude au toucher
- 2°, Ls
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- 2o, La mine de fer limoneufe verte : elle eft ou en grains de fable ou en malles.
- 3°^ La mine de fer limoneufe d’un noir bleuâtre : elle reflemble dans fextérieur à de l’acier brûlé, Sc eft d’une couleur très-foncée , tirant fur
- le bleu.
- 4°, La mine limoneufe-brune, de figure indéterminée: il y en a au fond des lacs. Elle n’a point de figure déterminée, Sc relfemble à du gravier. Cette mine eft très-tendre Sc très-friable. Lorfqu’on la cafte , on la trouve intérieurement entre-mêlée de bleu ; à l’extérieur elle paroît d’un brun foncé.
- 5°, La mine limoneufe en globules ; fa figure eft Iphérique. Elle eft feuilletée Sc de la grofleur d’une feve. Quelquefois elle eft compaéte Sc de la grofleur d’un pois: on la nomme alors Mine de pois. Celle qui eft feuilletée ou par écailles, renferme fouvent un grain ou un noyau.
- 6°, La mine de fer limoneufe lenticulaire : elle eft compofée d’un afi-femblage de petits gâteaux minces, applatis, formés par de petites écailles, Sc renfermant au-dedans un grain, tantôt plus gros, tantôt plus petit. Ces petits gâteaux reflemblent à de la monnoie.
- 7°, Il y a une elpece de mine limoneufe que les Mineurs appellent Mine à tuyau : elle eft comme criblée de trous. Ce n’eft autre chofe qu’une mine limoneufe; Sc les trous qu’on y voit, n’ont été occafionnés que par les racines d herbes, qu’elle a enveloppées Sc embraflees, lefquelles fe font pourries par la fuite.
- Toutes les mines limoneufes fe trouvent également dans des endroits creux & fecs , ainfi que dans les lacs Sc marais. Elles font graveleufes & fabloneufes. En les brifànt, elles deviennent luifimtes à l’intérieur, Sc entremêlées d’une couleur bleuâtre.
- D O U Z I E M E E S P E C E. *
- Z ' • • ;
- L Ochre martiale.
- L’ochre martiale ; dit Gellert, eft ordinairement formée par la décom-pofition d’une mine de fer, & fur-tout par celle d’une pyrite tombée en efflorefcence. Elle eft de la couleur de la rouille, & d’une nuance plus ou moins vive, fuivant les circonftances. On en trouve quelquefois dans les eaux de certaines fources, fur-tout dans celles qui font minérales , que 1 ochre rend troubles Sc jaunâtres, Sc au fond delquelles il le fait un depot. On la rencontre melee avec l’argile ; les terres bolaires Sc la marne > ce qui la rend impure. Elle eft quelquefois allez riche pour qu’on puifle en tirer le fer avec profit.
- L ochre , fuivant Cramer, doit Ion origine à une mine de fer réloute ?
- Forges. E
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- îS DES MINES DE FER.
- Sc fur-tout au débris d'une pyrite jaune ; car l'art Sc la nature font également capables de convertir en ochre le fer & fes mines. Il y a d’ailleurs des pyrites, principalement les jaunes , qui fe métamorphofent en peu de temps, d'abord en vitriol, puis en ochre. Cette matière eft mêlée d'une terre un peu grafle. Le rouge qui eft fa couleur , jaunit , & il devient quelquefois plus brun par l'addition d'une autre terre, dont les différentes préparations occafionnent les variétés de fon poids. Elle fe trouve également dans les lieux fecs Sc marécageux. Les eaux des fontaines, principalement les minérales, en charient ; ce qui les rend jaunes Sc bourbeufes. Il y en a prefque par-tout : tantôt elle eft mêlée aux marnes, aux. terres glaifes, aux bols; tantôt elle eft par filons ou gangues, ou par couches. Elle eft ordinairement affez riche en fer pour payer les frais de fon exploitation, auflî bien qu'une bonne mine de fer.
- Un Auteur nous dit que les ochres font des terres ferrugineufes qui fe trouvent parmi les métaux, Sc font compofées de fiibftances hétérogènes dont la couleur provient toujours d'une fubftance métallique, telle que le fer, laquelle pénétré & diflout leurs parties. Ainfi on pourroit appeller les ochres des Terres métalliques.
- L'ochre, dit Henckel, ou terre brune des mines, Sc, les ochres qui fe trouvent dans les eaux minérales, fur-tout dans les acidulés qui font produites par la décompofition des pyrites , donnent, par l'eftài, un vrai régule de fer.
- Suivant Wallerius, l'ochre eft une pure terre qui en a la confiftance, Sc qui n'eft minéralifée ni par le foufre ni par l'arfenic : lorfqu'elle n’a point été rouge auparavant , elle le devient au feu. Lorfqu'on y joint une matière inflammable, elle fe réduit entièrement en fer, à moins quelle ne foit mêlée avec de la terre qui s’oppofe à cette réduction. L'ochre fournit un fer qui eft . caftant à chaud. Sous cette efpece font :
- i°, L'ochre jaune, plus ou moins foncée : quelquefois elle a la couleur du fafran, fur-tout lorfqu'elle fe trouve jointe à des pierres. On la nomme pour lors Marne de pierre ou Ecume de mer. Sa confiftance eft tantôt fçrme, tantôt friable ; elle colore les mains.
- 2°, L'ochre brune. C'eft une terre brune qui prend au feu une couleur plus foncée : elle tache les mains ; fa couleur lui vient du mélange de quelques fubftances étrangères.
- 30, L'ochre rouge : elle eft d'un rouge pâle, mêlée d'une matière friable ^ qui fe réduit en pouflîere. Elle devient aufll dans le feu d'une couleur1 plus foncée. Elle colore les mains ; mais elle ne vaut rien pour deflîner, Sc l'on ne peut s'en fervir en crayon.
- 4°, La fanguine ou crayon rouge dont nous avons parlé, eft une efpece d'ochre dure , d'un rouge foncé, mêlée avec une argile qui la rend grafle au toucher, qui fe détruit dans le feu, Sc y devient d'une couleur plus foncée, propre à fervir de crayon^
- rtu>
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- DES MINES DE FER: i9
- y0, L’ochre dans le bois pétrifié. L’ochre fe précipite fur les arbres qui font dans les entrailles de la terre : ils deviennent d’une couleur brune , 8c contiennent du fer, quoiqu’ils confervent toujours leur figure & leur tifîu végétal. Les mines de fer , qui portent les apparences d’avoir été du bois, telles que celles d’OrbijJau en Bohême, où il s’en trouve une quantité , foie par couches ou autrement (a) , donnent une petite quantité d’un excellent fer; ce qui vient des parties étrangères qui ont pu s’y joindre pendant leur formation.
- La confiftance & la figure varient dans toutes les elpeces d’ochres. Il y a: i°, l’ochre en poufilere; telle eft l’ochre rouge & la jaune qui fe trouvent dans les pierres : a°, celle en croûte , comme l’efpece d’o'chre à écorce (f) qui eft compofée de croûtes ou d’écorces placées les -unes liir les autres : 30 , l’ochre en pierre, & dure comme le crayon. Cette ochre eft une terre ferrugineufe, dont il faut chercher l’origine dans la décom-pofition d’une pyrite ou d’une mine de fer lulphureufe.
- §. I I.
- Mines de fer réfractaires, voraces , SC dont on ne tire rien.
- *
- Treizième Espece.
- Emeri.
- *r
- L’émeri , dit Gellert, eft d’une couleur grife femblable au Ipath : il eft très-dur, très-difficile à mettre en fufion, & contient fort peu de fer Suivant Cramer, c’eft une lubftance qui n’a pas été fiiffilàmment examinée; c’eft la plus dure de toutes les mines de fer connues. Elle eft pour l’ordinaire entre-mêlée de pierres talqueufes, molles , & on né la trouveque rarement pure. Elle eft très-refraétaire , couleur de Ipath, tirant fur le gris, & le cede un peu à l’hématite en pelànteur. Cela n’eft pas étonnant ; car elle contient beaucoup moins de métal. On néglige de l’en extraire, parce quil ne feroit pas capable de dédommager des frais.
- L’émeri, fuivant Wallerius , ' eft de toutes les mines de fer la plus dure : elle eft très-compaéle, fans être aufîï pelante que la pierre hématite. Sa couleur eft d’un gris de fer ; elle ne contient que très peu de métal, & n eft point attirable par l’aimant. Elle eft réfraélaire au feu, & n’entre que tres-difficilement en fufion ; cependant on parvient À en tirer un régulé, quel aimant attire. Sa dureté eft fi grande qu’on peut s’en fervir à polir le verre , & les pierres les plus dures. Il y a : i°, l’émeri brun pu rouge ; on doit le regarder comme une elpece de pierre à fufil, entre-mêlée
- ( ) Un Auteur en a donné un Traité fous le titre : De ligno in mineram ferri immutatoi
- (b) Crujlacea. .
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- DES MINES DE FER.
- de particules brillantes de fer. Il s’y trouve quelquefois de petits points, ou des veines d’or ou d’argent.
- 2°, L’émeri noirâtre. Cette efpece eft d’un gris de fer : elle contient plus de fer que la précédente ; il s’y trouve même quelquefois un peu de cuivre. Comme l’émeri devient très-dur au feu , & que d’ailleurs il ne contient que très-peu de fer , on ne le travaille point dans les fonderies.
- QUATORZIEME ESPECE,,
- Magnéfie, Manganefe > Pierre brune.
- Suivant Gellert p la magnéfie eft un minerai de figure indéterminée » ftriée, Sc dont la couleur eft grife ou d’un brun noirâtre , comme de la fuie: elle donne un fer caftant & en petite quantité. C’eft, dit Cramer, une mine de fer d’un gris brun, qui n’a de figure confiante que celle que lui donnent des ftries fines Sc en aiguilles, difpofées comme le bois d’un éventail. Elle contient du fer, Sc fe trouve dans les mines de ce métal; mais elle ne vaut pas la peine d’être traitée ; car elle eft vorace , Sc donne un fer aigre & caftant. Elle a affez de reflemblance avec une autre mine martiale, d’un gris obfcur, refplendiflànte Sc ftriée, mais vorace & arfe-nicale , ce qui l’empêche d’être exploitée. Les Allemands nomment cette derniere Eifennan eifeinglimmer , Sc la première Braunjlein.
- Un autre nous apprend que la magnéfie eft une efpece de mine de fer pelante , friable Sc brillante , approchant aflez de l’antimoine, mais plus tendre Sc plus caftante. On lui donne fouvent le nom de Savon de verre. Il y en a de la rougeâtre Sc de la noire , qui font en ufage chez les Emailleurs & Potiers de terre , ainfi que chez les Verriers pour purifier le verre , lui donner de l’éclat Sc vernifler leurs poteries. Ce minéral vient des carrières de Piémont.
- Suivant Henckel , la magnéfie eft ordinairement ftriée, quelquefois écail-leufe, quoiqu’aflez folide : elle eft mêlée d’une terre alumineufe , & contient peu de fer. La magnéfie qui reflemble à de la fuie, Sc qui fouvent eft ftriée comme la mine de l’antimoine, fert aux Potiers pour vernifler en noir leurs pots.
- La magnéfie, fuivant Wallerius, eft une mine très-friable, femblable à de la fuie , quelquefois un peu rougeâtre , mais plus communément noire. Elle noircit les mains , Sc l’on y voit répandues des ftries qui fe'croifent. On en trouve aufli avec des ftries groffieres & des écailles. Sa figure varie, & l’aimant ne l’attire point. Quand on la fait entrer en fufion , elle produit un verre jaune ou tirant fur le violet. Elle contient tres-peu de fer. Il y a la magnéfie folide , la ftriée ; cette derniere eft groffiere & a de grandes ftries. Elle eft mêlée avec une pierre qui eft aufli ftriée. Il y a encore la
- magnéfie
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- DES MINES DE FER:
- magnéfie écailleufe , la magnélîe en cubes brillants. Le quintal contient dix livres de fer , quelquefois un peu plus.
- On ne tire point de fer par la fufion de la magnéfie, quoique le quintal en contienne dix livres, Sc même un peu plus, & quelle foitmêlée d'une terre alumienufe. Voyez Pott, de Sale commuai.
- Quinzième Espece.
- Mine de fer arfenicale. Wolfram.
- . Cramer obferve que ce n’eft pas l’arfenic par lui-même, qui rend les mines réfraélaires, mais une terre .qui eft toujours unie à fes mines propres, Sc principalement à celles du cobolt qui réfifte à la fufion , Sc adhéré opiniâtrément aux métaux, fur-tout au cuivre Sc au fer, par Tinter* mede de l’arfenic qui y eft fixé en partie.
- Gellert range entre les mines de fer arfenicales, i°, la blonde, qui ’au-dehors jfeflemble beaucoup à la mine de plomb : outre du zinc, il entre dans fà compofition du foufre, de l’arfenic, beaucoup de fubftances non-métalliques, Sc une terre martiale. *
- 2°, Le 'wolfram qui eft un minéral d’un gris-brun foncé, ftrié , quelquefois compofé de fibres qui forment un tifiu irrégulier ; d’autres fois il eft formé par un affemblage de feuilles minces, placées les unes fur les autres : ce qu’on détache de ce minéral, en le raclant avec un couteau, eft d’un rouge foncé.
- 30, Le fchrit. C’eft un minerai qui, à l’extérieur, différé très-peu du wolfram , excepté que communément il eft d’une figure prifinatique : quand on en détache quelques parties avec le couteau, il ne devient point rouge. Ces deux derniers minéraux n’ont pas été encore fuffifàmment examinés.
- A en juger par fon poids , le wolfram contient beaucoup de fer qu’il eft difficile d’ en tirer. Il fe trouve dans les minières d’étain. C’eft un minéral d’une mauvaife efpece qui ne dévore pas l’étain, comme fe l’imaginent les Ouvriers des mines , mais qui le rend dur , réfraétaire Sc très-cafîànt, à eau-fè du fer qu’il contient. Ce minéral eft proprement une mauvaife mine de fer qui, outre le fer , eft compofée d’une terre calcaire, d’une terre réfractaire , d’acides fulfureux Sc d’un peu de foufre & d’arfenic.
- Il y a encore un autre minéral qu’on nomme wolfram qui différé du premier en ce qu’il eft en petits prifmes, minces Sc oblongs ; qu’il eft plus léger; au point defurnager même à l’eau , Sc que quelquefois fa couleur eft blanche. Voilà ce qu’en dit HenckeL
- La mine de fer arfenicale, fuivant Wallerius, eft d’un brun tirant fur le noir , ou un peu rougeâtre. Elle eftcryftaliifée en cubes, en fines, ou d’autres figures. Elle reflemble beaucoup aux cryftaux minéraux d’étain , mais elle eft plus légère. En l’écrafànt, elle donne une couleur rouge ; fes côtés Forges. F
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- DES MINES DE FER•
- font unis 8c brillants, & fes angles pointus. Frappée avec Tacier , elle donne des étincelles, & contient toujours du fer, ainfi que de l’arfenic. On a:
- x°9 La mine de fer arfenicale cubique : on la confond fouvent avec la mine d’étain cryftallifée.
- 2°, La mine de fer arfenicale ftriée : cette mine a de petites ftries qui paroiflent femblables à celles de la mine d’antimoine, avec laquelle on la confond aifément : fes ftries viennent fe réunir dans un centre.
- 3°, La mine de fer arfenicale compaéte à petits points polybedres : c’eft un aftemblage de plufieurs petits cryftaux polyhedres étroitement unis les uns aux autres.
- 4°, La mine de fer arfenicale demi-tranfparente. Ce minéral eft de coupleur rouge , compofé de cryftaux polyhedres, feuilletés & demi-tranfpa-rents, qui reflemblent beaucoup à des grenats. La mine de fer arfenicale fè trouve très-fouvent dans les mines d’où l’on tire l’étain. U y en a une efpece toute particulière qui eft cubique,dans les mines de Wejloufors en Wefiunland.
- Seizième Espece.
- Mica ferrugineux.
- Le Mica ferrugineux, fiiivant Gellert, donne très-communément un fer aigre & caftant : on le travaille cependant quelquefois dans les forges ; mais on donne la préférence à celui qui eft rouge ftir celui qui eft noir. C’eft une mine d’un brillant obfcur. Outre le fer, elle contient beaucoup d’arfenic, qui eft la eau fe de fa fragilité ou de fon aigreur.
- Le mica ferrugineux eft une efpece de talc, mais plus claire & plus briL lante. Cette matière rélifte au feu & à l’eau. Elle eft de différentes couleurs, d’or, d’argent, noire. Cette derniereeftle mica noir, Stérile nigrum. L’ef pece la plus diaphane & la plus éclatante eft compofée de grandes lames , qui peuvent fe féparer les unes des autres & demi-flexibles. Elle s’appelle Selenite-talc, SelenLtes, Glacies Mariez ; nom que l’on donne quelquefois, mais improprement, à un Ipath tranfparent & brillant, & qui, fi on le cafte, préfente des fragments rhomboïdes qui fe lèvent par écailles : c’eft une matière gypfeufe. Henckel dit que le mica ferrugineux qui eft ou rouge ou noir, jaune, brun, &c, quand on eft à portée d’en avoir, fe travaille quelquefois avec fuccès dans les forges ; cependant que les rouges font à préférer aux noirs , attendu que ces derniers contiennent quelque chofe de nuifible, qui eft de la nature du crayon noir.
- Suivant W’allerius ,1e mica ferrugineux eft une mine compofée d’écail-les très-déliées. Sa couleur eft ou rouge ou gris de fer ; mais la poudre qu’on en détache avec la lime eft rouge & femblable à celle qui vient de la pierre hématite. Elle eft très-peu compaéte ; on peut Técrafer entre les doigts
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- DES MINES DE FER. 23
- Sc ces petites parties écrafées rendent les doigts, ou luifmts, ou rougeâ-
- très. Elle eft peu arfenicale. Il y a :
- i% Le mica ferrugineux qui eft un minerai gris de fer ou d’un gris tirant fur le noir : il efl: compofé d’écailles qui furnagent à la furface de l’eau : réduit en poudre , il eft rougeâtre Sc luifant ; mais il ne colore point les
- mains.
- 2° Le mica ferrugineux rouge. Il eft d’un rouge foncé comme le crayon rouge, rempli de petits points brillants, & gras au toucher , comme la mine de plomb. Il tache les doigts, Sc donne une couleur rouge à l’eau, au fond de laquelle il tombe. Si on le réduit en poudre, Sc qu’on le calcine au feu,‘il ne fouffre point d’altération fenfibie.
- * $. III.
- Fer qui fe trouve mêlé à différentes fubftances du régné minéral.
- i°, Terres martiales. On ne peut en donner une defcription particulière. Il y a du fer dans la terre en poufîlere , dans le limon , dans l’argile, dans la marne, mais fur-tout dans les terres bolaires , c’eft-à-dire, dans les elpeces de terres vifqueufes Sc grafles qui font brunes , rouges ou noires.
- 2°, Pierres martiales. On ne peut point non plus en déduire exactement les efpeces. On trouve du fer dans toutes les pierres rouges, brunes ou noires ; dans la pierre à chaux, les marbres , les Ipaths de différentes couleurs ; dans la pierre à fufîl, l’agathe, la cornaline , les pierres de roche , les jafpes , les grenats, les quatz, les améthyftes, les hyacinthes, les rubis, &c.
- 3°, Vitriol verd, vitriol martial, couperofè : la ^couleur de ce vitriol eft verte. La chaleur le décompofe, Sc le réduit en une poudre grife : lorfqu’il a été diffous dans l’eau, il fe dépofe au fond du vafe , une matière jaune ; Sc au bout d’un certain temps , il donne une couleur jaune au verre dans lequel on fait la diiTolution. Il y en a en cryftaux , en ftalaélites & en fleurs.
- 4°, Le vitriol mêlé ou mixte. C’eft ainfi qu’on nomme le vitriol compofe de plus d une fubftance métallique, Sc qui contient du fer Sc du cuivre à la fois, ou du zinc , du cuivre & du fer.
- y°, La terre vitriolique, qui eft une pure terre mêlée de vitriol ou une pyrite décompofée & tombée en efflorefcence , qu’il eft aifé de reconnoître à fon goût ftiptique comme celui de l’encre. Il y en a de la rouge, de la jaunâtre , de la noirâtre , de la verte , de la bleue i les noires, jaunes Sc rouges contiennent ordinairement du vitriol martial ; les bleues & les vertes , du vitriol cuivreux ; mais rarement fans mélange.
- 6 , La pierre atramentaire ou pierre vitriolique, qui eft une pierre de differentes couleurs, laquelle contient du vitriol, comme on peut s’en convaincre en la portant fur la langue pour la goûter. Elle a la propriété de fe décompofer.
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- Il y en a de la rouge, de la jaune qui eft tendre, & pour l'ordinaire d'une couleur changeante & variée , de la noire , de la grife, qui eft ou d'un gris clair , ou d'un gris foncé. A l'air elle tombe aifément en efflorefcence.
- 7°, La pyrite qui eft un minéral de figure indéterminée , dont la couleur eft d'un jaune pâle & brillant. Il fait plus ou moins de feu , lorfqu'on le frappe avec l'acier, à proportion de la dureté. Les étincelles, qui en partent font grandes, & accompagnées d'une odeur fulfureufe. La pyrite fe cafte dans le feu : elle y produit une flamme de couleur bleue, d'un jaune brillant, devient une poudre d'un rouge foncé. Elle contient du fer. Il y a i°, la pyrite folide qui donne beaucoup d'étincelles, lorfqu'on la frappe avec l'acier; c'eft la vraie pierre à feu des anciens ; 2°, La pyrite dure qui donne auflî des étincelles, lorfqu'on la frappe avec l'acier, cependant moins que la précédente : elle eft mêlée avec de la pierre dure , c’eft ce qui l'empêche de tomber elle-même en efflorefcence à l'air ; il faut pour cela qu'elle ait été grillée auparavant. 30 , La pyrite molle, qui, frappée avec l'acier, ne donne que peu ou point d'étincelles, parce qu'étant mêlée avec une pierre tendre, elle fe cafte & fe met en grains plutôt que de faire feu : elle fe dé-compofe d'elle-même à l’air, Sc contient moins de fer que les'deux autres dont on vient de parler.
- 8°, Pyrites en globules. Elles Ibnt de différentes couleurs, plus ou moins fphériques , de la formé de rognons ou en gâteaux , mêlées de terre Sc de parties étrangères. Elles font intérieurement ou folides ou compaéles, ou feuilletées ou ftriées. Elles contiennent tantôt plus , tantôt moins de fer Sc de foufre, Sc ne fontfpas toujours feu lorfqu'on les frappe avec, l'acier. U y en a en globules fphériques, demiffphériques , oblongs , en grappes de raifins, en gâteaux. Il y en a d'un jaune pâle, des noirâtres, d’un gris clair, de couleur de rouille.
- 90, Marcaffites ou pyrites cryftallifées. Il y en a de différentes figures & en cryftaux de différentes formes : elles font d'un jaune brillant. Frappées avec l'acier, elles donnent beaucoup d'étincelles ; elles perdent leur couleur dansle feu, &y deviennent ou brunes ou rouges. Enfin elles contiennent du fer, du foufre , Sc fouvent beaucoup de cuivre.
- io°, Pyrite brune, qui eft' d’un rouge foncé comme la couleur du foie, contenant beaucoup de foufre, beaucoup de fer, prefque point d'arfenic,' Sc point du tout de cuivre. U y en a en lames, à gros grains, Sc de la cubique.
- iio, Fer avec l'arfenic. Il fe trouve dans la mine d’arfenic teftacée ; cubique blanche, ou pyrite blanche , la pierre arfenicale.
- 12°, Avec le zinc dans la mine blanchâtre , bleuâtre, ondulée, brune,1 couleur de fer. Henckel dit que la mine de zinc que l'on trouve aux environs de GoJlarp eft une vraie mine de fer.
- *3°; On
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- 3:3°, On trouve encore le fer dans la calamine, ou pierre Calàminaire, la blonde, la mine de cuivre azurée, vitreufe, grife, hépatique, ou couleur de foie, blanche, jaune, ou pyrite cuivreufe, d'un jaune pâle, mine de cuivre verdâtre , figurée dans de 1 ardoife, terreufe.
- 14°, Avec l'étain , dans la mine cryftallifêe, dans la pierre d'étain*
- I y°, Avec l'argent, dans la mine d’argent, rouge , noire , grife.
- 1(5°, Il y a des raifons de douter s'il y a du fer fans le mélange de quelques particules d'or. Ce qu'on appelle communément Mine d’or, contient auffi des parties de fer. Un phénomène digne de remarque , fuivant Leh-marin (41)* eft que dans toutes les mines de fer , on trouve un léger vefti-ge d'or ; & même en général on-peut parvenir à tirer du fer un atome d'or. 11 n'y a point de mines , difent les Mineurs, quelque riches qu'elles {oient, qui n'ayent un chapeau de fer.
- §. IV.
- Fer qui fe trouve mêlé à différentes Eaux.
- iVlly a l'eau acide vitriolique {piritueufe , qui contient une vapèuf vitriolique fi fubtile qu'il n'eft pas difficile de la reconnoître, foit à l'odeuf fur-tout après avoir fortement fecoué l’eau dans une bouteille bien bouchée , foit à l'infufion de noix de galles , avec laquelle elle noircira peu à peu , fi elle contient un vrai vitriol, propre à former des cryftaux.
- 20, L'eau vitriolique martiale, qui contient un vitriol de Mars ; auffi noircit-elle toujours lorfqu'on y verfe de l'infufion de noix de galles : cette épreuve eft fi sûre, que toute eau qui ne devient pas noire lorfqu’on y verfe de l'infufion de noix de galles , ne contient point de vitriol martial , quand même elle en auroit l’odeur & le goût.
- 30. Les eaux acidulés martiales , ou vitrioliques, qui ne contiennent point de particules ferrugineuies groffieres, comme on pourroit fe l’imaginer. Elles font fimplement chargées *de vitriol martial qu'on peut reconnoître au goût d encre qu elles ont pour 1 ordinaire ; 8c à la couleur noire Ou pourpre que leur donne l'infufion de noix de galles, félon qu’elles font plus ôu moins chargées de parties vitrioliques. D’ailleurs elles dépofent toujours une oc lire ou matière jaune, lorfqu'elles ont féjourné quelque temps dans ün verre* On voit auffi communément cette même matière s’attacher aux tuyaux de là fource. Il y a des acidulés vitrioliques-volatiles , des acidulés vitrioliques-martiales fimples ; il y en a auffi des alkalines, des bitumineufes, d’autres qui contiennent du fel marin.
- 40, Les eaux thermales , martiales ou vitrioliques, alkalines , neutres, Scc* Voyez Swedenborg.
- L eau , dit M. Rouelle , entraîne facilement le fer, & quelquefois l’em-
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- porte fort au loin. Il faut pour cela quil foit vitriolifé. Lorfqu’il fe rencontre quelque terre abforbante , l’acide vitriolique quitte ce métal qui flotte encore quelque temps dans l’eau, mais qui enfin fe dépofe dans la terre, 8c y forme les terres martiales , les géodes , les œchites ou pierres d’aigle, fuivantles différents arrangements qu’il prend.
- $. v-
- Fer qui fe trouve dans le régné végétal SC animal.
- « Plusieurs fubftances du régné animal 8c du régné végétal , dit Leh-» marin , donnent beaucoup de très-bon fer , tels que font le bois de chêne » (fOrbiffau en Boheme ; les .grandes coquilles de Freyenwald, à fix "milles » de Berlin, qui font changées en mines de fer ; la mine de fer de Hutten-» rode ^ dans le pays de Blaukenbourg, qui eft remplie de turbinites &c ». D'ailleurs , le fer étant fi généralement répandu dans le régné minéral, comme nous venons de le voir ; 8c ce métal étant difpofé à fe diffbudre , 8c à être décompofé par tous les acides, il n’eft pas furprenant qu’il foit porté dans les végétaux, pour fervir à leur accroiffement , & entrer dans leur compofition. Il y en a même qui ont penfe que c’efl: le fer diverfement modifié, qui eft le principe des differentes couleurs qu’on y remarque. S’il étoit ainfi, il n’y auroit pas lieu de s’étonner s’il fc trouve du fer dans les cendres des fubftances animales. Il eft aile de voir qu’il a dû paffer nécef-fàirement dans le corps des animaux , au moyen des végétaux qui leur ont fervi d’aliments. Voyez dans les Mémoires de l’Académie des Sciences, la longue difpute de MM. Lèmery 8c Geoffroy, fur l’origine du fer, tiré des cendres des végétaux.
- Des expériences réitérées prouvent qu’il fe trouve plus ou moins de fer dans le fàng des animaux. C’efl: la chair & le fàng des hommes, qui en contiennent la'plus grande quantité. Les quadrupèdes, lespoiffons, les oifeaux viennent enfuite. Il faut pour cela que les parties d’animaux foient réduites en cendres : 8c alors on trouvera que dans les os 8c les graifles, il n’y a point du tout de fer ; qu’il n’y en a que très-peu dans la chair ; mais que le fàng en contient beaucoup. Ces parties de fer ne le trouvent point dans la partie féreufe,mais dans les globules rouges'qui donnent au fàng fà couleur 8c fa confiftance.
- Menghini, favant Italien , a cherché à calculer la quantité de fer contenue dans chaque animal, & il a trouvé que deux onces de la partie rouge du fàng humain , donnoient vingt grains d’une cendre attirable par l’aimant : d’ou il conclud , qu’en fiippofànt qu’il y ait dans le corps d’un adulte vingt-cinq livres de fàng, dont la moitié eft rouge dans la plupart des animaux, on doit y trouver foixante-dix fcrupules de parties de fer attirables par
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- Faimant. Gefner rapporte ces expériences ; & il y joint fes conjeélures qui font que les parties de fer qui fe trouvent dans le fàng, doivent contribuer à là chaleur, en ce qu’elles doivent s’échauffer par le frottement que le mouvement doit caufer entr’elles ; & il infinue que ces phénomènes étant examinés avec foin, peuvent éclairer la médecine , & jetter du jour fur les maladies inflammatoires. D’ailleurs on lait que les remedes martiaux excitent, dans les commencements, un mouvement de fievre dans ceux qui en font ulàge.
- Les remedes quon tire du fer, ont été connus dans des temps très-reculés. Homere nous apprend qu’Achille, éleve du Centaure Chiron , guérit Téiephe, Roi de Myfie, par la rouille de la lance qui l’avoit bieifé.
- Article premier,
- Réfultat de Vexamen des Subjlances qui contiennent du Fer„
- Si cet examen fait voir le peu d’accord des Minéralogiftes fur certains points, & conféquemment combien il y a encore de chemin à faire avant que de pouvoir parler avec précifion des fubftances qui contiennent l’elé* ment du fer ; d’un autre côté , il répand quelques lumières fur la quantité , la formation , l’accroiflement & la décompofition de fes mines. La compa* raifon peut nous montrer combien nous avons en France de mines de marais aéluellement defféchées. Il eft aifé de fentir d’ou vient que dans ces marais les parties enrichies de mines forment des efpeces de tombeaux, des élévations; fur quoi on peut voir Swedenborg, dont la remarque eft inté^ reliante. On peut tenter d’expliquer la formation des pierres d’aigle, des empreintes , le rempliflàge de quelques cavernes , de quelques tuyaux remplis de fer qui fe trouvent dans le fein des montagnes. La couleur blanche des ftalaétites ferrugineufes nous dit aiïez qu’elles font totalement privées du phlogiftique. Le gouvernement, dit Swedenborg, en pariant des lieux où font les ftalaélites ferrugineufes , en fait tenir la porte fermée; on craint que l’air ne gâte leur couleur. Nous remarquerons, i°, que les mines privées de phlogiftique , ne font point attirables par l’aimant.
- 2°, Qu’il n’y en a aucunes que le grillage ne foumette à fon aétion.
- 3°, Que les différentes couleurs des mines du fer viennent du degré de chaleur qu’elles ont eifuyé.
- 40, Que ces différents degrés de chaleur ont donné aux mines du fer différents états qui les ont plus ou moins approchées de celui du fer , dont le plus parfait eft celui que nous appelions Fer natif.
- Nous avons encore vu que l’élément du fer eft répandu en plus ou moins grande quantité, non-feulement dans les minéraux, végétaux & animaux , mais encore dans l’eau ; nous pouvons même ajouter dans l’air ; d’où nous pouvons conclure :
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- ig DES MINES DE FER.
- ïYQue cet élément efl: une matière très-fubtiley puifque l’eau, Pair, 8c le feu peuvent la voiturer, la raffembler, la diflîper, la combiner, la vola-tilifer , &c.
- 2% Que pour être à l’abri de ces agents , il faut que l’élément du fer fcit uni à des bafes qui puiflent y réfifter. Il efl certain, dit Lehmann , que chaque matrice doit avoir un corps folide, fans quoi elle ne feroit point en état de retenir les métaux : & même nous avons lieu d’admirer la fageffb de la Nature , en voyant qu’elle a eu foin de joindre les métaux qui font minéraiifés par des fubftances rapaces & volatiles, telles que l’arfenic , le foufre , &c, avec des corps folides, qui fervent à les retenir dans la fufion. Parmi ces bafes , il y en a qui affeélent une figure déterminée ; les unes paroilfent d’une formation ancienne, les autres formées plus nouvellement. Il y a des mines qui font dures, d’autres molles, d’autres qui fe forment , accroiffent , dépérilfent , &c.
- y>y Que l’élément du fer efl: ïulceptible de prendre toutes les formes & figures que les bafes y auxquelles il efl: joint , peuvent prendre elles - mêmes. C’eft par cette raifon que nous la voyons tantôt cubique y feuilletée , ronde ; tantôt fiiivre les modèles des pétrifications , les jeux des ftalaélites, &c.
- 4% Qu'il faut connoître la nature des fubftances qui fervent de bafe à l’élément du fer, pour leur donner les préparations préliminaires y les fondants , les foyers convenables.
- 5°, Nous obfèrverons fur-tout que nous ne devons appeller mines de fer que celles qui, d’une part , ont avec elles une aflez grande quantité de l’élément du fer y pour être traitées à profit dans les travaux en grand , & qui' d’autre part peuvent être amenées au point de donner un métal utile ; con-iioilfances que nous n’ofons elpérer que de la comparaifon & de l’examen*
- t
- Article II.
- . (.
- Des Mines de fer répandues dans la majfe entière duGlobe.
- Les choses naturelles font fi liées les unes aux autres , qu’on ne peut traiter cette queftion fans recourir aux agens généraux qui font , l’eau * le feu & l’air, que nous voyons journellement travailler dans la nature.
- Prefque par-tout, & même dans des corps très-durs, on trouve des co^ quilles & des débris de la mer ; ouvrage de l’eau.
- Dans plufieurs endroits, on>trouve des vitrifications, des calcinations, des pierres-ponces, des fcories ; effet du feu.
- Sur toute la fiiperficie de la terre, nous voyons des dépôts des pluies ou des rofées ; production de l’air.
- On fe rend aifément à la vue de ce que le feu a foulevé, fondu, ou
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- DES MINES DE FER* ap
- réduit en cendres : on fe rend aufli à la vue des dépôts des pluies Sc des rofées, dont le réfîdu, Ipécialemènt des dernieres , eft martial. On conçoit que l'air eft chargé de toutes fortes de matières, 3c conféquemment que tout ce qui lui eft expofé, doit ou fe durcir ou augmenter de .volume par l'addition du dépôt , ou s'amollir, même fe réduire en poufliere , fuivant les menftrues avec lefquelles l'air les attaque. On conçoit bien que ce qui fait la confervation de l'un peut occafionner le dépériflement de l'autre ; ou que fi le corps ne peut être entamé , le dépôt augmente là fu-perfide.
- On convient bien encore que les eaux peuvent vuider , combler, voitu-rer, mélanger : on le voit journellement. Mais quand il s'agit de ces maf fes énormes de coquillages connus , de leur dilperfion prefque générale, de leur pofition dans de vaftes étendues & élévations, de leur incruftation dans les corps les plus durs ; quand on voit les marbres , les pierres, les craies, les marnes, les argiles, les fables, Sc préfque toutes les matie-- res terreftres, dans certains cas, remplies de coquilles Sc d'autres débris de la mer, il faut convenir que la furface de la terre a efliiyé quelque grand bouleverlement. En nous foumettant au texte des livres làints qui l'attribuent à un déluge univerfel, nous dirons que même avant le déluge, les eaux avoient déjà occafionné de grandes mutations dans la fuperficie de la terre, connue il en arrive encore journellement, ( les Suédois donnent tous les ans dans les Mémoires de leur Académie, le calcul de ce que la mer perd annuellement de terrein chez eux-) ; ainfi il pouvoit y avoir des débris de la mer déjà répandus 3c incruftés dans bien des corps avant le déluge même , quelle qu'en ait été la caufe.
- Après la divifion des eaux, dont les unes refterent fur la terre , 3c les autres furent élevées pour comporter l'atmofphere ; la féparation de celles qui étoient fur la terre, fe fit par les loix de la nature qui font celles de Dieu même ; les vallées furent approfondies par le cours des eaux qui formèrent la mer ; 3c les montagnes qui en réfulterent , fervirent dans leurs cavités de réceptacle aux eaux qui remédient à l'aridité, en remplaçant celles que l'air 3c la chaleur pompent continuellement. Les eaux tombées pendant quarante jours 3c quarante nuits avec une abondance & une force que l'on pourroit prouver par la hauteur à laquelle elles montèrent & refterent pendant cent cinquante jours, en y joignant le mouvement de flux & reflux* ont pu changer la furface de la terre. Les vallées ont d'abord été comblées par les terres les plus aifées à enlever, enfuite par les minéraux , les rochers , &c : il ne faut donc point être étonné de trouver des rochers maflifs fous des arènes légères , non plus que des charbons de terre lur des argiles ; des glaifes , fur des marbres qui fe font durcis depuis ; des métaux fur des fables, des mines làns fuite, des bois, même étrangers,pétrifiés 3c mineralifés*
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- 30 DES MINES DE FER.
- Après l'effort d'une telle puiflànce, la tranquillité n'étant revenue que quand les baffins inférieurs ont été remplis, l'eau n'a plus eu de pouffée : alors des fubftances quelle foutenoit , & quelle broyoit, fe font dépofées; 8c cette eau, en fe retirant, a fillonné de, nouvelles vallées, laiffant dans la nouvelle croûte 8c les nouvelles montagnes qu'elle formoit, des veftiges de fon bouleverfement. Quant aux coquillages qu'on trouve à une certaine profondeur, 8c en grandes maffes, plusieurs raifons ont pu concourir aies raflembler, les dilperfer, les enfouir.
- La première vient de ce que l'eau chargée des déblais qu'elle entraînoit, aura comblé des portions de la mer, pendant qu'elle aura creufé d'autres elpaces, comme cela arrive journellement.
- La fécondé, que pendant le féjour des eaux , des montagnes de coquillages auront pu fe raffembler fur un terrein nouveau, 8c demeurer à fec lors de la retraite des eaux ; & enfuite par des fucs lapidifiques ou métal-liq ues, former des maffes folides , & devenir marbres, ou mines ; ou bien faute de fucs lapidifiques, former les marnes.
- La troifïeme , que les eaux dans l'agitation qu'on leur liippofo , purent faire périr une quantité prodigieufe de poiflons & de coquillages qui furent pouffés par les flots, & demeurèrent en partie brifés & mêlés avec d’autres fubftances, qui à la longue fe font durcies, & en partie dépofées. D es maffes entières de ces coquillages ont pu être voiturées 8c tranfporté'es au loin. Par conféquent^, ces amas peuvent aujourd'hui fe trouver dans le même état que dans le fond de la mer, où certains individus vivent dans une elpece de fociété , fans fe confondre avec les autres.
- Les Naturaliftes ont pu avancer que la rencontre des courants, qui pendant la chute des eaux, étoient auflî multipliés que les côtés des montagnes , aura formé de nouvelles montagnes, & qu'il y a eii des montagnes qui n'auront pas fouffert beaucoup de dérangement: celles, par exemple, qui étoient affez folides pour réfifter à la force de l'eau , & celles dont la bafo aura été promptement environnée. Les premières ont oppofé la force ; les autres preffées également de tous côtés., font reliées fans altération* Ils difent qu'on peut diftinguer aifément aujourd'hui ces montagnes, parce qu'on n'y trouve point, comme dans les autres, des débris de la mer : c'eft ce qui a occafionné la diftinétion que l'on a faite de la terre, en ancienne & nouvelle , de fubftances anciennes d'avec celles de nouvelle formation.
- U fera donc relié des minières que nous appelions fondamentales, dans cés montagnes anciennes ; des accidentelles dans les terreins nouvellement formés par la rencontre des courants, 8c des minières d’alluvion ou de tranfport prefo que par-tout. On ne doit pas être étonné de trouver ces dernieres minières très-dilperfées, très-inégales & mélangées avec toutes fortes de matières.
- S'il n'eft pas aifé de fe perfuader que l'eau ait eu affez de force pour faire
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- DES MïNES DÉ FER. 31
- un fi grand bouleverfement > quelques effets journaliers peuvent nous lervir d’objets de comparaifon. Pour trouver la puiflànce de l’eau aétuelle , ou, fuivant MM. Perrault 8c Mariotte , l’eau de pluie eft en état d’entretenir les eaux qui vont fe rendre à la mer ; ou , fuivant M. de la Hire 8c d’autres, ce font les eaux de la mer même, qui en traverfimt le fein de la terre par une multitude de canaux, fe fubliment en vapeurs dans l’intérieur, & qui rafraîchies 8c condenfées enfuite en approchant de la luperfîcie , fourniffent à l’entretien des fburces. Sans entrer dans ce détail, on a obfervé en France, qu’à prendre les années l’une dans l’autre * il tombe annuellement 2y pouces d’eau de pluie. M. Mariotte , par un calcul fait feulement fur 1 y pouces , a trouvé que dans une hauteur médiocre la Seine fous le Pont-Royal, don-noit 288,000,000 pieds cubiques d’eau par vingt-quatre heures, ce calcul ayant été fait fur les racines de la Seine , évaluées à 3000 lieues quarrées^
- Conclusion*
- Vraie dijlincHon des Mines du fer*
- Nous pouvons confîdérer, i°, que les minières anciennes ne peuvent être demeurées que dans les montagnes folides , où l’on doit les trouver fans am cun mélange des débris de la mer. C’eft dans la terre primitive, dit M. Rouelle, que fe trouvent les mines des métaux. Ces mines luivent affez la direéfion des couches où elles fe trouvent, 8c fe diftribuent à la façon de la racine d’un arbre ; ce font ces branches qu’on appelle Veines métalliques, 8c que les Mineurs nomment Filons.
- 20, Que les mines accidentelles, celles d’alluvion & de tranfport, doivent être très-inégales dans leurs pofitions, leurs fuites , leurs mélanges. On remarque que ces minières vont du nord au fud : cela efl vrai pour quelques-unes; mais cette direction ou toute autre, ne peut venir que de la direétion des courants qui les ont voituréès.
- 3% Comme on peut avancer que non-feulement le fer efl: répandu dans tous les corps qui compofent la maffe folide de la terre ; mais encore qu’il n’y a prefque point d’eau qui n’en foit imprégnée, qui n’en dépofe, ou qui n’en charie journellement ; point de feux fouterreins qui n’en travaillent; point d’air qui n’en retienne & n’en dépofe ; nous diftribuerons les mines du fer conféquemment à ces différentes caufes, & relativement à la malle entière du globe :
- i°, En anciennes ou fondamentales qui fe trouvent dans les montagnes de toute antiquité, fous la forme de racines d’arbres, 8c à une grande profon-deur^equi leur a fait donner le nom de Mines en filons. Elles ont ordi^ nairement de la fuite & de la richeffe , & cela, à melure quelles font plus profondes. Lhemann dit qu’on reçonnoît les montagnes anciennes > i°, en
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- 3a DES MINES DE FER.
- ce quelles font plus hautes ; 20, en ce qu’elles ont une pente plus roide ;
- 3°, en ce quelles font toujours environnées de couches.
- U ajoute que leur ftruéture intérieure différé de celle des autres montagnes ; i°, en ce que la nature de la roche n’eft point fi variée ; 20, que les lits ou bancs font perpendiculaires ou inclinés à 1’ horizon; 30, que ces bancs ne font point fi minces ni fi multipliés que dans les montagnes nouvelles ; 40, que ces lits ou filons vont jufqu’à une profondeur dont on n'a encore pu trouver la fin.* La figure r , Planche I, repréfente une de ces montagnes anciennes : A A, B B, C font des filons.
- 2% En minières accidentelles qui fe trouvent dans des montagnes moins élevées que les premières, quelquefois à fond , d’autres fois plus près de la fuperficie , avec différents degrés de richeffes. Ces montagnes font toujours par couches : ( Fig. 2, PL I, ) C, D , E, F, G font des couches.
- 30, En minières d’alluvion , communément proche la fuperficie de la terre avec beaucoup de mélanges & d’irrégularités , ce qui leur’a fait donner le nom de Mines de ckaffe, c’eft-à-dire, Mines qui n’ont pas beaucoup de fuite ni d’étendue.
- 40, En mines plus nouvellement dues au travail de l’eau, & formées journellement , fbit par dépôt, foit par tranlport , foit par filtration.
- 30, En mines dépofées par l’air. On trouve fur la fuperficie des pierres, au-deffus des plus hautes montagnes , une efpece d’efflorefcence ou de mouffe qui n’eft que du fer.
- 6°, En mines torréfiées ou fondues par le feu. Nous eflàyerons de prouver que ce font celles aufquelles on doit la découverte du fer, & les premiers fers qui ont été fabriqués.
- « S’il fe trouve des mines, dit M. Rouelle, dans la terre primitive, il s’en » trouve auflî dans la nouvelle terre ; mais elles y font dans un état bien dif-» férent. Il peut être arrivé que l’eau ayant trouvé une couche de fable, s’y » fera filtrée, & y aura dépofé le vitriol qui forme les pyrites, ou qui s’eft » décompofé ». On conçoit aifément que ces mines ne peuvent être difpofées 1 comme celles de l’ancienne terre : elles ne font pas en filons, quoiqu’il y ait quelquefois des filons de l’ancienne terre qui y conduifent. Quelquefois elles font en nappes, formant une grande couche métallique, femblable aux autres lits de la terre. D’autres fois on trouve un grand tas de mine qui ne garde aucun ordre : il y a même fouvent de ces tas qui fe pénètrent les uns les autres, & fe confondent : on les appelle Minera conglomerata, mines cumulées. Quelquefois ces tas font difpofés comme des efcaliers. C’eft ainfi qu’on trouve fouvent les pyrites martiales & fur-tout les arfenicales. Henckel les appelle des Mines par efcaliers. D’autres fois ces mines font par petits morceaux logés dans une petite grotte formée dans le milieu d’une pierre ou d’une ardoife ; c’eft ce qu’on appelle Minera nidulans. M* Rouelle appelle
- Mine
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- DES MINES DE FER.
- Mine mctrronnée, une mine qu'on trouve éparfe par petits pelottons de la groffeur d’une châtaigne. C'eft fouvent une mine de fer qui, après avoir été dépofée, s’eft de nouveau reminéralifée, parce que fouvent ce métal perd & reprend fon phlogiftique. En général il appelle Métal minéralifé, un métal uni à du foufre ou à de l'arfenic , ou à tous les deux enfemble ; & c'eft dé cette combinaifon qu il voudroit qu'on tirât le caraétere des différents genres de mines. Pour celles que l'on trouve dans de l'argile , de la pierre à chaux, &c, on pourroit les appeller des mines combinées avec telles ou telles fubftances.
- Nous avons en France des mines de bien des efpeces différentes; & lorf que nous en ferons l’hiftoire , nous tâcherons de les faire remarquer, fui van t la divifîon que nous venons de donner»
- Article III»
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- De la recherche des Mines du fer.
- La superstition s’eft infinuée parmi les Ouvriers qui travailloient aux mines ; & elle y a paru d'autant plus enracinée que les minières étoient plus profondes, comme fi elles aimoient l'obfcurité. C'étoient des divinités bien ou mal-faifantes, qui confervoient les filons utiles ;> ce qui a donné occafion à une multitude de fables, que nous nous difpenfons de rapporter : nous en conclurons feulement que la recherche de certaines mines eft bien équivoque.
- D'autres auftî peu raifonnables, ont prétendu qu’avec une baguette que l’on décore du nom de Divinatoire , ils avoient le fecret de trouver Sc de dif tinguer les différentes efpeces' de tréfors Cachés dans le fein de la terre* Quelques-uns ont eu recours à l'influence des affres, & à la domination des planètes dont les métaux portent encore le nom, fans parler de bien d'autres préventions , toutes filles de l’ignorance.
- De meilleurs Spéculateurs ont remarqué qu'une telle efpece de mine paroiffoit fe plaire avec certaines matières. Or quand ils trouvoient de ces matières, ils fe font attachés à travailler & à chercher la mine qu'ils fbup-çonnoient. Première probabilité..
- D’autres ont pris garde que telles efpeces d’herbes ne croiffoient pas ou croiffoient mal, ou même, fi l'on veut, croiffoient bien dans les endroits expofés à telles exhalaifons minérales : ç'a été un autre motif de recherches* Seconde probabilité.
- Ceux-ci fe font apperçus que les mines du fer aimoient & affeéfionnoient certaines plantes : voyez Swedenborg. Ceux-là ont obfervé que la couleur des feuilles des arbres prenoit fur une minière des nuances différentes. Nouveau motif de recherches > & troifieme probabilité. •
- Forges. 7 I
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- 34 DES MINES DE FER.
- « On peut regarder , dit Lehmann, des arbres difformes , des lieux fecs 8c » arides, comme des lignes de minéraux cachés au-deffous de ces endroits. » Ne parviendroit-on pas à découvrir des mines en examinant le lue des vé-» gétaux qui croiflent fur les lieux que Ton voudroit fouiller ? .... Des fo-» rets de chênes annoncent des mines par couches. Les forêts de pin & de » lapin défîgnent des montagnes qui renferment des filons ».
- Il y en a qui ont cru voir que certains minéraux aimoient un tel afpeét, un coteau d'une telle façon : enfin il y en a qui ont eu recours aux vapeurs. « Quelquefois , dit Lehmann, on apperçoit des exhalaifons & des vapeurs qui » peuvent faire foupçonner la nature des fubftances renfermées fous terre. » Que dirai-je , ajoute-t-il, des écincelles qu'on voit fouvent fauter & s’é-» lever à trois ou quatre pieds au-défi us de la neige pendant l'hiver, lorfqu'il » fait un beau foleil, fur les endroits de la terre qui renferment des charbons » fofiiles , des fources, des pierres à chaux & des mines? Je les regarde com-» me des efpeces de mouffettes que les rayons du foleil font fortir de la » terre ».
- De plus habiles, à ces premières confidérations qu'ils ont fçuapprécier, ont joint l'examen des torrents , des ravins & de toutes les excavations faites par quelque caufe que ce foit. Ils ont examiné les lavanges des vol-cans, mais fur-tout ils ont vu , fuivi & eflayé les eaux.
- Nous ne nous mêlons pas d'appliquer les probabilités aux autres métaux. Comme nous ne traitons que le fer, nous pouvons aflurer que fes minières ne préfèrent point un endroit à un autre ; qu'elles ne font point périr les végétaux; qu’elles n’affeétionnent aucunes plantes ; & que leur recherche n'a de principe affiné que l'examen des minéraux & des eaux qui ne manquent jamais d'indiquer la préfence du fer, comme on le verra à la partie des eflais. La raifon efi que l’élément du fer s'accommode & .s'allie également & indifféremment avec toutes les différentes efpeces de minéraux. Nous avons, dans un jardin où on a fait mettre différentes efpeces de mines féparément, la preuve que les mêmes herbes, les mêmes arbres y font venus naturellement, & y croiffent fans diftinétion & fans affeélation.
- La recherche des mines de tranfport & d’alluvion, proche la fiiperficie de la terre, ne demande que quelque connoiflànce des minéraux, quelques réflexions fur le cours de l'eau, des fondes, comme nous le dirons, ou quelques puits. Lorfqu'il fe trouve, dit Lehmann, des mines dans les endroits où l'eau fait ou a fait un coude, ayant rencontré un obftacle qui a interrompu fon cours, les mines fe font amaflees dans le lieu qui leur a été J.e plus commode. Les Allemands nomment ces fortes de mines Seiffenwerek, mines formées ou amaflees par tranfport.
- Pour celles du dépôt des eaux, voyez Swedenborg, & appliquez ce qu'il dit à une grande partie des minières formées dans des marais actuellement
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- DES MÏJVES DE FÉ R. ^
- defféches :mais pour celles qui font renfermées dans le fein des montagnes, nous en devons la découverte à la force de l’eau qui entraîne ; à un tremble* ment qui détache ; à un feu fouterrein qui le fait jour ; à la recherche d’au* très matières; à l’eau en général, même aux plus petites voies qui rongent infenfiblement, & entraînent quelques indices. Dans les plaines on exami* nera les pierres détachées qui y font répandues, & qui doivent être regar* dées comme des fragments & des débris que différents accidents ont féparés d’une maffe. On trouvera de la facilité dans ces recherches, fi l’on examine les carrières de pierres qui font ouvertes, les glaifieres; & fi l’on fait attention aux chemins creux & profonds : ces fortes d’examen peuvent tenir lieu de fouilles , & conduifent fouvent à des découvertes très-avantageufes, ainfi que les veftiges des anciens travaux, des ouvertures faites à la terre , des débris des mines.
- A l’égard des eaux, outre leurs propriétés internes, il faudra examine!? leurs fources, leurs bords , leurs lits, &c. On obferverafi les pierres, les terres, le fable qui s’y trouvent, contiennent quelque chofe de ferrugineux* »Les mines formées par tranfport & par alluvion, doivent nous exciter à cet examen ; fi par cette voie l’on a rencontré quelques lubftances, on en fui* vra les traces jufqu’à l’endroit ou elles fe perdent , parce qu’on fait que ce font des fragments arrachés des filons par la violence des eaux.
- Nous aurons occafion de faire voir que nous avons beaucoup de rivières . qui charient un fable ferrugineux , dont on tire beaucoup de fer ; mais dans l’examen des mines, nous remarquerons que nous en avons qui ne font dûes qu’à un fédiment dépofé par les eaux ; d’où il eft aifé de tirer la conclufion pour de grandes quantités qui doivent leur formation à la même caufe, quoi* que le terrein foit actuellement defféché.
- SECONDE SECTION.
- Travail des Mines du fer.
- Jusqu’ici nous avons cherché à examiner les mines du fer par leurs couleurs, figures, mélanges ou combinaifons avec les minéraux. L’objet de cette Section fera d’indiquer les préparations qu’il faut leur donner pour être miles au fourneau de fufion. Quelques-uns ont divifé les mines en mines feches & en mines vives. Les mines feches font celles qui, faute d’a* voir avec elles un fondant, ne de mettent que difficilement en fufion. Les mines vives au contraire font celles qui ont avec elles une quantité de fon* dants. D’autres ont divifé les mines en froides & en chaudes : c’efl la même chofe que feches & vives. On les diflingue ailleurs en mines cafïàntes & mi* nés pliantes ; c’efl le langage des Mineurs & des Fondeurs du Maine. La mine pliante n’eft pas plus pliante que la mine chaude n’eft chaude ; mais c’efl
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- $6. DES MINES DE FER.
- qu'ils la croyent propre à faire un fer doux, & quelle eft très-fondante; Audi mêlangent-ils les mines caffàntes avec les pliantes , comme on mêle les froides avec les chaudes. Quelques-uns enfin les divifent en mines pauvres & mines riches ; diftinétion fondée fur leur produit : d'autres en mines fines & en mines en roche , &c.
- Le travail des mines confifte au tirage , à la féparation des corps ou fub-fiances nuifibies, & à l'addition des matières convenables à la fufion que l'on appelle Fondants.
- Article L
- Tirage des Mines.
- Ce travail confifie à les tirer du fein de la terre : pour cela il faut fè fouvenir que les mines font , ou fur la fuperficie de la terre, ou à differents degrés de profondeur ; qu'il y en a en pouffiere , en grains fins, en pois , en feves, en rognons, en fable, en malles plus ou moins dures, en roches; que les unes ont delà fuite, d'autres n'en ont point; qu'il y en a de combinées avec toutes fortes de minéraux, ou minéralifées avec du foufre, de l'arfenic ; quil y en a des quantités immenfes qu'on tire des marais, des lacs , des fleuves. Tout cela demande des détails particuliers.
- $• I*
- Tirage des Mines qui né font pas à fond.
- Il y en a des quantités immenfes, ou fur la fuperficie ou proche de la fuperficie de la terre. Nous ne pouvons pas douter que ce ne foient des mines nouvelles, reliées de la décompofition des pyrites , ou des pyrites mêmes , ou des mines voiturées & dépofées par l’eau : dès-lors elles doivent être mêlées avec des matières de toute efpece, avec lefquelles elles ont fait un corps plus ou moins folide , fiiivant les differents alliages.
- Pour trouver celles qui font fur la fuperficie , il ne faut que des yeux. Si l'on croit que c'eft un courant qui les a amenées,il eft aifé de remarquer quelle étoit fa direction ; les angles ou finuofités qu'il a décrits ; les obftacles qu'il a pu rencontrer. Si au contraire on a lieu de foupçonner que c'eft un dépôt que les eaux ont laifle dans un terrein maintenant defleché, il n'y a qu'à voir ce que dit Swedenborg (yy) ? des mines de marais.
- Si la mine s'enfonce dans de l'argile ou autre matière aifée à percer, avant que d'y mettre des Ouvriers, il faut commencer par employer la fonde. Une fonde eft un outil propre à percer. La mèche doit être acérée , tranchante fur les côtés, arrondie, polie , foudée à une barre de fer de moindre volume, dans laquelle barre on ménage des mortaifes pour palfer un morceau de fer ou de bois, à l'aide duquel on tourne la fonde. On peut auffî * • / l'alonger
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- DES MINES DE FER. 37
- l’alonger fuivant le befoin. Pour tout ce détail, il n’y a quà confulter la figure 3 * Planche I. Quand on eft afliiré d’un banc de mine, & de fon épaiffeur, des pics & des pelles fuffifent pour tirer la mine* Pour ces efpeces, il ne faut aux gens du métier que la vue , le poids & l’habitude. En la tirant, faites féparer la partie la plus riche en fer ; ôtez les pierres à la minière même , Sc faites conduire ce que vous aurez mis à part, fur Pattelier deftiné à le nettoyer.
- Si ce font des mines ou en grains fins ou en pouftîere, comme du menu fable , mêlées dans de la pierre, dont les morceaux-fe féparent aifément, le pic en viendra à bout : ayez feulement foin que les tranchées foient affez larges pour lailfer dans la minière les plus groifes pierres Sc les moins riches en mines ; féparez enfuite le minerais le plus menu. Si les pierres font affez riches en mine pour mériter d’être employées, vous trouverez ci - après l’attelier qui leur convient.
- Quand les bancs de mines font extrêmement foiides, comme il n’eft pas elfentiel d’avoir des morceaux tranchés nettement Sc avec précifion, puifqu’iî faudra les divifer , vous avancerez l’ouvrage quand le banc fera bien découvert, en vous fervant d’un morceau de fer rond d’environ un pouce de diamètre , ayant une de fes extrémités en pic, & l’autre comme un cifeau à deux bizeaux, bien acéré Sc trempé, que vous faites entrer dans le banG de mine d’un pied &,demi ou deux pieds. La pefànteur feule & la chute de l’outil fuffifent. On verfo feulement un peu d’eau , ayant foin à chaque coup de changer la pofition du tranchant ; on a en peu de temps un trou cylindrique de la profondeur convenable. On met au fond de ce trou environ une ou deux onces de poudre, fuivant l’épailfeur du banc Sc fa folidité ; fur la poudre un chiffon de papier ou de moufle feche qu’on fait traverfer par une baguette de fil de fer, qui vient jufqu’au-deffus ; on achevé d’emplir le trou de terre feche bien battue ; on retire la baguette de fer ; on verfe de la poudre dans le vuide quelle a laifïe , & on y met le feu avec une mèche lente. ( Voye^ Planche I, figure 4) ; avec cette méthode , deux Ouvriers détacheront de la mine plus qu’un grand nombre ne feroit.
- N
- $.11.
- Tirage des Mines à fond de dix à vingt-cinq pieds.
- Supposons d’abord des mines à fond de 10 à iy pieds. Le terrein qui les couvre, eft ou peu folide ou très-ferme. Sous un terrein peu compaél, comme feroit une terre fàbloneufe qui s’effondre aifément, il faut faire une ou-
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- verture de 6 pieds fur 12. Quand on eft defcendu à moitié, on retranche fix pieds pour percer jufqu’à la mine qu’on jette fur le premier repos , & de~là fur le bord de l’ouverture. On en fait de même quoique le terrein foit folide, Forges. K
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- 3« DES MINES DE FER.
- û le banc de mine n'a pas une certaine épaiffeur ; mais s’il efl: épais , faites un trou cylindrique d’environ trois pieds de diamètre , établiflànt au-defliis un tour : ( voye{ Planche III, figures i, 2 & 3 ) ; on le pratique ainfi pour tirer les mines jufqu’à 25 & 30 pieds de profondeur , & même bien au-delà. A chaque puits il faut deux ouvriers ; quand celui du bas a enlevé tout le banc de mine perpendiculairement à Ion puits , il fait plufieurs tranchées dans les environs, les étendant le plus loin quil efl: poffible , avec attention néanmoins de laiffer des piliers. Quand il y a du danger, ou trop de travail à s’étendre un peu loin, les Ouvriers percent un fécond puits dans le voifi-nage du premier, dans l’endroit où ils voyent que le banc de mine a plus d’épaiflTeur 8c de richeffe. Ils s’arrangent ordinairement de façon que les tranchées des nouveaux puits fe rencontrent dans celles du puits qu’ils ont abandonné. On peut faire beaucoup de chemin dans une minière de cette efpece, où l’on rencontre , par ce moyen , plufieurs percements qui y donnent du jour. Il y a beaucoup de danger à les vifiter pendant les pluies & la fonte des neiges, C’eft ordinairement dans ces temps-là qu’elles s’effondrent. Au bout de quelques années, les Ouvriers auxquels l’expérience a appris qu’un certain efpace de temps luffifoit pour raffermir ces terres, percent de nouveaux puits, & font leurs tranchées dans les piliers qu’ils avoient laiffé. Les terres effondrées & affermies, fervent à 'leur tour de foutien.
- §. III.
- Tirage des Mines de 80, 100 , 15o pieds de profondeur ’ SC au-delà.
- ;
- Lorsqu’il s’agit de creufer à de grandes profondeurs, il faut, avant que d’en faire la dépenfe, être bien affiné del’exiflence, de l’étendue & de la richeffe de la minière , ou tout au moins , il ne faut avoir rien négligé pour s’en affurer, fur-tout dans certaines circonftances. Les dépenfes que l’on aura à faire , ont trois objets : le percement des puits , les galleries & les eaux dont il faut fe débarraffer, quand ce ne feroit que celles que donnent les fuintes des terres. Lorfque ces eaux font trop abondantes, il faut quelquefois abandonner, ainfi qu’on a fait, peut-être trop légèrement, la minière de Montuflàin , la plus riche de toutes celles de la Franche-Comté.
- Ce n’efl jamais, comme nous l’avons dit, que dans les montagnes qu’on trouve & qu’on peut tirer des mines à fond. La minière d’Alvar, dans le Dauphiné, a des galleries très-longues. Celle du Val-Saint-Amarin, dans les montagnes de Vauge, font fous une épaifîeur immenfe de terre. Pour exploiter ces minières, le plus expédient efl He percer la montagne par le côté, & par le moyen des galleries .on fuit le filon. Quand il n’efl pas po£ fible de percer la montagne de côté , alors, fuivant les différents degrés de
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- DES MINES DE FER. 39
- profondeur , on employé des tours fimples ou à deux manivelles, ou bien un tambour qu'un cheval peut faire tourner , ou des roues avec un gros cylindre ; pour cela il n'y a qu'à voir les figures y & 6 de la Planche I. Pour faire ce travail, il faut profiter de la fàifon la plus feche ; & fouvent à eaufe des eaux, on eft obligé de le pouffer jour & nuit. La figure 7 , Planche I, montre l'intérieur d'une minière.
- Nous trouvons dans les papiers de M. de Rèaumur , l'hiftoire de la mine d'Excideuil dans le Périgord ; elle développe très-bien la maniéré de tirer une mine à fond. Cette mine fe trouve dans le voifinage & la banlieue de la Ville d'Excideuil fituée dans la Sénéchauffée de Périgueux , dans les lieux les plus élevés, limitrophes du Limoufin/ On creufè dans ce pays un minaret , en forme de puits, jufqu'à 20 ou 26 braffes de profondeur, pour trouver cette mine, dont la plus grande partie eft en forme de rochers qu'on brife avec des pics à roc. On y trouve auflî de la mine menue, en forme de grenaille revêtue de terre rouge qui n'eft pas tout-à-fait fi riche que celle qui eft en roche. Toutes les forges voifines du Limoufin fe fervent de cette mine , & la font tranfporter d'Excideuil à dos de mulets.
- Pour fortir cette mine du foin de la terre, on fe fert de paniers, & on établit un tour avec un cordage au-deffus du minaret, auquel cordage eft attaché un panier dans lequel les Mineurs defcendent pour enfuite, après avoir fouillé, le remplir de mine.
- Ces Mineurs font ordinairement deux ou trois dans le fond du minaret. Quand ils ont trouvé la mine , ils en fuivent la veine 8c les rameaux ; & par des fouterreins en forme de chambres qu'ils pratiquent avec des appuis de bois de chêne, ils fouillent & tirent toute la mine qu'ils y trouvent par divers minarets qu'on fait à diftance de 8 , 10 ou 12 pieds les uns des autres, non-feulement pour en fortir plus facilement la mine, mais encore pour garantir les Mineurs qui bêchent & fouillent dans ces fouterreins, des vapeurs de la terre qui très-fouvent les étoufferoient immanquablement, s'ils n'avoient pas la précaution, lorfque la vapeur les faifit, de courir à un de ces puits ou minarets, de remuer fortement la corde qui eft le fignal, 8c de fe mettre dans le panier pour être montés en diligence. Quand ils font à moitié chemin, & qu'ils commencent à refpirer un air plus pur, ils fe trouvent foulagés & garantis , même avant que cfêtre fortis du minaret. Il n'eft arrivé que trop fouvent que des Mineurs ont été étouffés fans pouvoir être fecourus.
- Il faut obferver qu'à mefiire qu'on creufè, il fe trouve une grande quantité d'eau qui les empêcheroit de travailler, s'ils ne faifoient pas deux minarets plus profonds que les autres, pour , après avoir percé la terre des uns aux autres, y faire couler les eaux des autres minarets où l'on a tiré la mine, & enfuite épuifer promptement ces eàux par le moyen des tours,
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- 4o DES MINES DE FER
- auxquels on met des Ouvriers qui travaillent nuit 8c jour. Cette précaution donne aux Mineurs la liberté d'agir plus facilement, de rompre les rochers de mine, & de la fortir auffi bien que celle qui eft en grenaille.
- Il y a une circonftance curieufe , c’eft que lorfqu'on a creufé à la profondeur de 24 brades, plus ou moins, on trouve très-fouvent un fable mouvant de couleur de chair, d'où il fort une grande quantité d'eau qui bouillonne dans ce fable, comme il arrive fouvent dans les grandes fources des fontaines ; 8c les Mineurs ne trouvant plus de terre ferme pour pofer leurs appuis pour chambrer, & fortir lamine qu’ils avoient déjà découverte , font obligés d'abandonner & de fe retirer pour y revenir deux ou trois ans après,* avec la précaution de faire de nouveaux minarets, foit un-peu plus haut, foit un peu plus bas. . ?
- $. I V.
- Tirage delà Mine de Marais, SC de la Fluviatile.
- 1
- 11 nous paroît inutile d’entrer à cet égard dans aucun détail : celui que donne Swedenborg eft fuffifant, & nous y renvoyons. *
- A R T I C L *E I I.
- De la fépâradon des Corps ou Subflances nuijibles.
- Pour, ce qui regarde le nettoyement des mines de marais, des lacs, des fleuves, on peut avoir recours à Swedenborg ; 8c afin de mieux entendre ce que nous avons à dire des autres mines, nous les rangerons fous différentes efpeces : i°, celles qui font jointes à la terre feule; l'efpece n'y fait rien; 2°, celles qui font mêlées avec des pierres & des terres en petits volumes ; 30, celles où il entre beaucoup de terre & peu de pierres liées foiblement ; 40, celles où il y a moins de terre & plus de pierres liées plus étroitement ; J°, les mines jointes très-fortement à de la pierre très-folide ; 6°, enfin les mines minéralifées avec le foufre , ou avec d'arfenic, ou avec tous les deux enfemble.
- L'attelier propre à nettoyer celle de la première efpece, s’appelle Patouillet, , Voyez en le deffein, (fié- "L & 2 y de la 11 Planche). Il faut pour fervir un patouillet, deux Ouvriers exaéls 8c attentifs , parce que s'ils different de faire écouler la mine quand elle efl; nettoyée, les morceaux de quelque groffeur qu’ils foient, font ufés par le frottement, & cela en pure perte.
- Il faut que ces Ouvriers foient munis de pics , de pelles, de rabots , de bons paniers pour la mine à grains fins, lefquels ? autant que cela eft pofii-ble , ne doivent laiffer paffer que les grains de mine , ou retenir la mine, quand elle eft en gros grains ; c’eft alors la terre qui paffe à travers les paniers.
- ( Toye^ la Planche 11, figures 3,4, y ). Un rabot ou Ruart, comme
- quelques
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- DES MINES DE FER; 4£
- quelques Ouvriers le nomment , eft un morceau de fer battu de la longueur de 13 à 14 pouces, acéré à fon extrémité, recourbé en H de J à 6 pouces > pour prendre aifément le fond du lavoir , fans gêner l'Ouvrier ; finiflànt à la partie fupérieure en écrou, propre à recevoir un long manche de bois Z.
- Lepatouillet efl: compofé de 2 ou 4 chaflîs en bois ; les deux des extré* mités, éloignés de (5,7 ou 8 pieds l’un de l’autre, fur 3 à 4 pieds de hauteur ,, arrêtés par le bas par de fortes traverfes G, & terminés auffi par le bas en plein ceintre H : on ménage une feuillure profonde au dedans de ces tdiaflîs, pour y attacher ou des membrures bien jointes//, ou des plaques de fonte coulées au fourneau, ce qui efl le mieux. On garnit de même les côtés L ; c’eft ce qui forme la huche ou le réfervoir dans lequel on jette la mine pour être nettoyée.
- Au-deffus de la huche, du côté de la riviere, on ajufte un petit canal A près du côté oppofé à la roue ; ce canal, fait de bois ou de pierre, quarré ou rond, il n'importe, & de quatre pouces de diamètre , fournit à la huche de l'eau du réfervoir. Si l'on n'a pas l'eau élevée à une aflèz grande hauteur, pour y luppléer, on y fait verfer de l'eau par des fceaux ou fabots dont la roue efl garnie. Au milieu du bas de la huche, du côté oppofé à ce canal, on ménage une ouverture C de 6 pouces en quarré, fermé en dehors par une pelle de bois D. Cette pelle doit avoir une queue aflez longue pour pouvoir la placer commodément : elle efl appuyée contre l’ouverture de la huche par deux lifteaux, entre lefquels elle coule ou Amplement par un morceau de bois qui traverfe le deffus du petit canal M qui fert de déchargeoir : toute la difficulté efl d'empêcher cette pelle de reculer»
- Du côté du courfier ou courant qui donne l'eau à la roue, & tout au-deffus de la huche, on ménage une ouverture E deux fois plus large 8c un peu moins haute que l’ouverture par laquelle l'eau entre dans la huche, afin qu’il puiffe en fortir autant qu’il y en entre, mais cependant lur une moindre hauteur, de crainte qu’en remuant 8c foulevant lamine, elle ne s'échappe avec l’eau.
- La huche efl traverfée par un cylindre de bois N qu’on appelle Y Arbre , garni aux deux extrémités de tourillons de fonte ou de fer O , portant fur des empoifes P. Ce cylindre efl traverfé par les bras d’une roue qui tombe exaélement dans le courfier. Il efl aufll garni, vis-à-vis de la huche, de trois barreaux de fer R coudés, à deux branches , dont les racines entrent 8c font affermies dans les trous de l’arbre qu’elles traverfent. La partie du bar- * reau , entre les deux courbures , doit être à un pouce près de la même circonférence que celle de la huche. Ces barreaux font placés à tiers-point dans l’arbre !, de façon que quand un de ces barreaux fort de la huche, uï\ Forges» L
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- autre y entre ,& eft fuivi du troifieme, toujours en recommençant & tournant ; au moyen de quoi ils tiennent la mine dans un mouvement continuel au fond & fur les bords de la huche.
- L'ouverture C du bas de la huche fervant de déchargeoir , eft garnie en dehors d'un canal en bois Q , fur la longueur d’environ 3 pieds. Il faut que ce canal aille un peu en pente, & aboutifle au lavoir S de fix pieds en quarré. Au-deflus de ce lavoir , du côté qui regarde la huche, il y a une ouverture très-large, fans être profonde , fuffifante pour palfer l’eau de la huche quand on laide courir la mine dans le lavoir. On ménage à un des côtés éloigné du cours de l’eau , & dans ce même lavoir, une autre ouverture fermée par une pelle T> laquelle coule entre deux rainures. Il eft avantageux d’avoir, à la fuite de ce lavoir, un fécond lavoir V qui puiife recueillir la mine que la force de l’eau pourroit faire échapper. Voyez figure 2, Planche II.
- Le jeu de cette machine confifte à laiiïer entrer dans la huche l’eau par le canal A. L’ouverture B étant fermée de fa pelle C, la huche s’emplit d’eau jufqu’au niveau de l’ouverture E ; on emplit alors la huche de terre à mine environ aux deux tiers , quand c’eft de la mine à grains fins fort chargée de terré : lorfque les morceaux font gros & durs, on en met moins. La roue 9 une fois mile en mouvement par l’eau du courfier , le premier barreau s’enfonce dans la huche, regagne le deftiis & fouleve la terré, chemin faifimt, proportionnellement à fon étendue. Le deuxieme en fait autant, enfiiite le troifiemé , puis revient le premier, Scc. Par ces mouvements réitérés & continuels qu’on donne à la terre à mine , l’eau bourbeufe s’échappe par l’ouverture E , pendant qu’elle fe renouvelle par l’ouverture A ; en très-peu de temps on eft débarralfé de la terre qui étoit adhérente à la mine qui fe délaye perpétuellement, & dont l’eau fe décharge pendant que la mine plus lourde gagne toujours le fond.
- On connoîtra, avec un peu d’habitude, quand la mine fera fuffifàmment lavée : elle l’eft toujours quand , à eau égale, on voit que le mouvement de la roue eft beaucoup rallenti ; parce que la mine nettoyée s’efttafle fi fort que les barreaux coudés ont peine à y pénétrer. De-làilréfiilte que, pour foula-ger leurs efforts, il eft avantageux de les tailler en prifines, 8c de leur faire préfenter à la mine leur côté tranchant ; alors on tire la pelle D, ayant foin que celles des lavoirs au-deflous foient baiflees. La mine de la huche, aidée par l’eau nouvelle qui furvient toujours, &par le mouvement des barreaux, defcend avec l’eau dans le premier lavoir ; la mine plus lourde y refte pendant que l’eau s’échappe par l’ouverture du deftiis du premier lavoir. Il en eft de même du fécond lavoir qui, dans le lavage des mines très-fines , îi’eft fait que pour recueillir ce qui auroit pu s’échapper du premier.
- Quand toute la mine de la huche eft coulée, vous fermez la pelle D ; <& pendant qu’un Ouvrier va remplir la huche dé nouvelle terre à mine 9
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- l’autre Ouvrier (voye^ la Planche II, figure r. ) nettoye avec un rabot le devant des pelles des lavoirs, & les lave : comme elles tirent l’eau du fond ,
- mine feule relie à fec. De-là cet Ouvrier va aider à emplir la huche, afin que le lavage s’opère pendant que tous les deux viendront achever le refie de l’opération.
- Pour cela, à quatre ou cinq pieds de dillance du premier lavoir, il faut en avoir un autre qui tire direélement fon eau du réfervoir, (voyez la figure 7 de la Planche 11 ). Les deux Ouvriers avec leurs pelles tirent la mine, 8c la placent dans l’efpace intermédiaire des deux lavoirs. On met enfuite le panier dans le lavoir abreuvé d’une eau toujours nouvelle , 8c le fécond Ouvrier jette la mine dans le panier. En le remuant continuellement 8c par petites fecoufles, quand c’eft de la mine à grains fins, elle palfe à travers le panier , tandis que les morceaux mal nettoyés ou trop gros y relient : on les jette à côté de la huche : quand au contraire, c’eft de la mine à gros grains ou à gros morceaux, la mine relie dans le panier, pendant que la terre qui auroit pu y être encore mêlée, paffe à travers le panier, & efl entraînée par l’eau Les Ouvriers, avec leurs rabots , ralîèmblent la mine ainfi criblée, vers un des côtés du lavoir, d’où ils la tirent pour égoutter 8c être voiturée au fourneau. Pendant cette opération, la nouvelle terre à mine qu’on a jettes dans la huche , fe nettoye. '
- On pl ace le canal A tout contre le côté oppofé à l’ouverture D , afin que l’eau foit obligée de faire tout le tour de l’intérieur de la huche, avant que de for tir, ce qui donne le temps à la mine de gagner le fond. On place l’ouverture D du côté de la roue, tout au-defïus ; & on la fait plus large 8c moins profonde par la même raifon : d’ailleurs les barreaux pouffants toujours la mine fur le devant, il n’efl pas poflible qu’il s’en échappe, à moins que ce ne foit des écorces légères, qu’on appelle Folles Mines , 8c que le vent des foufflets jette hors du fourneau à caufe de leur légéreté.
- L’arbre du patouillet peut être garni de fix barreaux au lieu de trois, ou de barres droites multipliées, ( voyez la figure 18, Planche III ), ou d’efi peces de cuilliers de fer qui fe fuccedent, ( voyez la figure 6, Planche II ), Plus on oppofe de réfiftance, plus il faut employer d’eau ; ainfi, avant cet établifTement, il faut calculer ce que l’on en peut dépenfer. Quand il ne s’agit que de relaver des mines fines, au-defFus de la huche, dans l’endroit par lequel l’eau entre, il y a une efpece de bafîin d’eau, affez large pour paffer la mine par le panier, 8c de-là être entraînée dans la huche. Pour des groffes mines dures , mais chargées extérieurement de terre, ou enfermant des noyaux terreux, fouvent il y a au-defïus du patouillet un boccard d’ou la mine çombe dans la huche. Une feule roue, par le renvoi d’un rouet & d une lanterne, fait marcher les deux équipages. Quelques-uns , dès la minière même, paffent le minerais à travers une claie : c’eft ce qu’indique la figure io, Planche III.
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- Pour les mines en grains fins, les patouillets fuppofent un minerais plus chargé de terre que de pierre , ce que quelques-uns appellent Mine en ter-mffe, fans quoi le frottement ufera le grain fans diminuer la pierre, C'eft une faute dans laquelle quelques-uns font tombés, ce qui leur a fait décrier la machine. Nous avons dit que les morceaux de terre qui reftoient dans le panier, fe mettoient à côté de la huche. Le foir, quand les Ouvriers quittent l'ouvrage, ou même pendant leur repas , ils mettent ces morceaux dans la huche ; avec le temps , ils y prennent l'eau , & à force de fe froilfer les uns contre les autres, la mine fe détache. Le patouillet eft excellent pour les mines de la première & troifieme elpece de notre fubdivifion ; & des paniers d'ozier ( PL 11,jig. J,) ou d'autres bois fuffifent ; pour plus deprécifion, on en a fait de fil de fer.
- Les mines de la fécondé elpece veulent des lavoirs & égrappoirs. Les premiers font compofés d'un trou quarré , ou quarré long, dont le fond eft garni de planches enterrées d'un pied de profondeur fur fix à fept pieds d'étendue , & les côtés garnis de membrures épailfes , encochées par leurs extrémités , & arrêtées par des piquets de bois. A la partie fupérieure de la côtiere du deffiis , & de celle du bas, il y a une entaille pour laiifer entrer & fortir un petit courant d'eau : pour tout cela , voyez les figures y Sç de la Planche III.
- On emplit de terre à mine un des côtés du lavoir, & un ou deux Ouvriers fe placent du côté que vient l'eau ; après avoir tiré au courant le minerais le plus proche du bas du lavoir, ils le font palfer de l'autre côté, en changeant eux-mêmes de pofition, & le tirant à eux; de-là ils le ramènent à là première place, en le remuant toujours pat le fond : chaque changement s'appelle un demi-tour. Suivant la connoiflànce qu'on acquiert aifément, on décide qu'une telle mine a befoin d'un, deux, trois, quatre demi-tours; c'eft-à-dire, que pour être fuffilàmment nettoyée & lavée, il faut la mener Sc la ramener un certain nombre de fois dans un courant d'eau qui fe renouvelle incelfamment, & qui, en s'échappant, emmene la terre dont l'eau s'étoit chargée. Quand la mine eft fuffilàmment nettoyée, les Ouvriers la tirent & la mettent en morceaux à côté d'eux, avec les pierres ou làble quî y font demeurés, jufqu'à ce qu'il y en ait une alfez grande quantité, pour, fi la mine & le fable font de grofleur inégale , être portée à Yégrappoir nom qui vient de ce qu'on appelle Grappes, les petites pierres, ainfi que le fable mêlé , fur-tout dans les menues mines. Ces lavoirs fe font quelquefois en quarré long, ce qui donne de la force au courant : c'eft l'afïàire d'un Maître intelligent, de dilpoler fes lavoirs liiivant les circonftances.
- Plufieurs, pour égrapper les mines, fe fervent de chaudières de fer ou de cuivre battu, percées de l'échantillon de la mine ou de fàble. L'anfe de la chaudière eft palfée dans un crochet de fer qui tient à un morceau de bois
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- attache par* le moyen d'une corde à une perche flexible : ce travail eft long ÿc gênant, ( voyez la figure 8 , Planche III).
- D'autres , pour détacher la terre qui tient fermement à la mine, ont imaginé une roue creufe garnie en dehors de planches percées de plufieurs trous,
- Sc en dedans de plufieurs barreaux de fer. La mine renfermée dans cette roue1 en mouvement, peut, par le frottement, être débarralfée d'une partie des terres grades qui l'enveloppent.
- M- Robert y Maître de la forge de Ruffec en Angoumois, dont le Mé-/ moire a remporté en 1756, le prix propofe par l'Académie de Befinçon, a imaginé un lavoir, dont voici la defcription telle quelle a été donnée par l’Auteur, fiiivant une copie manufcrite de ce Mémoire qui nous eft parvenue.
- Ce lavoir eft pofé dans un baflîn formé de bois qui a un écoulement pour évacuer avec l'eau file les fibles Sc terres grades qui paflent au travers de la fonçuredu lavoir. Il eft élevé de 12 à iy pouces ; foncé de feuilles de fer appuyées fur deux gros madriers. Les feuilles font percées de trous longs de dimenfion à ne point laifler échapper de mine. Le tour du lavoir eft de planches percées Sc clouées en talus aux madriers. Un canal d’eau courante, de huit pouces cubes qui pafle dans un petit réfervoir , fournit abondamment deux lavoirs de quatre pieds en quarré. A chaque lavoir il y a urï homme qui , avec un rabot de fer percé de huit trous, remue la mine à force de bras, jufqu'à ce qu'il ne refte plus que le grain : il n'y a point de terre qui ne cede au frottement de fer contre fer.
- Il eft à croire que fi l'Auteur eut connu les machines que nous décrivons* ilauroit d'abord fait padfer la mine au patouillet, qui détache & enleve parfaitement la terre ; Sc de-là, fi le grain de la mine, dont il ne dit point la grofleur, l'eût permis, il l'auroit portée à l'égrappoir fuivant, qui fait par jour un très-grand travail, avec toute la précifion Sc l'exaétitude qu'on peut lui donner * Le travail des machines , plus exaéi que celui des bras, eft fait for-tout pour diminuer le nombre Sc la peine des Ouvriers.
- L'égrappoir du meilleur fervice, (voyez la figure 8 , Planche II) eft compofé de deux membrures B B de fix pieds de long fur 8 pouces de hauteur; elles font tenues par des traverfes CC de 8 pouces de longueur, dans l'intérieur des membrures qu'elles affemblent, au moyen des tenons qui paflent par les mortaifes D D, Ces tenons font mortaifés eux-mêmes en dehors £, pour être arrêtés par des clefs F dans le bas des membrures : à un pouce du bord , on forme une rainure G G ; on arrange dans ces rainures des baguettes de fer H de la longueur de 9 pouces , dreffees à la li* me , & évafées par deiïous. On les éloigne les unes des autres, autant qu'on le juge à propos, au moyen de petits morceaux de bois qui laiflent entre elles un intervalle proportionné au fable ou à la mine, fuivant celle de ces Forges. M
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- deux lubftances qui, comme la plus petite, doit pafler dans ces intervalles, tandis que Fautre qui ne peut y pafler, eft portée au bas du crible : le total fait un grillage dont les côtés ont fept à huit pouces de hauteur.
- On pofe ce grillage fur le côté du lavoir /, de façon que le bas foit au-delà de la coftiere L ; on éleve le defliis M ou aboutit le courant d'eau , au point de former un plan incliné de 24 ou 25 degrés : l'eau du refervoir vient par le canal N aboutir fur la trémie O, dans laquelle on jette la mine. On fe fert de trémie afin que la mine ne tombe point en mafles dans le petit courant d’eau qu'elle feroit regonfler : il ne faut point d'ailleurs que cette trémie foit arrêtée, parce qu'on peut l'avancer ou la reculer en débouchant le canal de l'eau, fuivant que l'état de la mine le demande pour s'en approcher. La mine entraînée par l'eau fur le grillage , pafle à travers les baguettes, ou bien c'eftle fable qui eft criblé , fuivant la dilpofition de la mine ; l'un ou l'autre qui pafle à travers les baguettes, tombe dans le lavoir, tandis que l'autre qui n'y peut pafler, eft chafle au bas du crible. Toutes les fois qu'il y a inégalité de grofleur entre le fable & la mine, le triage eft fait promptement & exactement.
- Il faut pour cette opération deux Ouvriers : l'un jette la mine dans la trémie, & l'autre avec un rabot la tire de deflous le crible, & la met en tas à côté du lavoir. Si l'on met un troifieme Ouvrier, il n'y a point d'interruption. Par cette manœuvre, qui va très-vîte, on eft au moins afliiré que les labiés qui relient dans la mine, ne font que du même échantillon.
- Les pierres qui fe trouvent dans la mine de la quatrième elpece , ou font par bancs dans la minière, un de pierre, un autre de mine, ou font pêle-mêle en gros volume : alors on peut avec des pics ou des marteaux, en féparer la mine. Cette première féparatîon faite grofllérement, on pafle enfuite la mine au lavoir, de-là à l’égrappoir ; fi ce font des mines en grains, on peut laifîer les pierres qui ne font que médiocrement fournies de grains, fila minière peut d'ailleurs fournir aux b efoins & à l'approvifionnement du fourneau ; linon il faut les mettre à part pour les faire travailler au boc-card , ainfi que celles qui fiiivent ; ou, pour le mieux, il faut les divifer par le feu, comme nous le dirons ci-après.
- Les mines en roche, ou celles de la cinquième elpece, peuvent être aflez riches pour être brûlées fans être féparées de la pierre, ou demandent à en être féparées ; ou enfin, comme celles de la fiyieme elpece, elles font jointes à des matières dont il faut les féparer nécefîàirement.
- Au premier cas , il ne s'agit que de les mettre en plus petits volumes, ce qu'on peut faire avec des marteaux à main , mieux encore avec des boccards, que l'on emploie auflî quelquefois dans le fécond cas ; ce qu'il faut néanmoins éviter , par les raifons que nous en donnerons dans un moment.
- Les boccards, dont on trouvera le développement dans une des Plan-
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- ches pour les fourneaux , fonc compofés de poutres ferrées par un bout A • 8c tenues verticalement par des traverfes de bois B , entre lefquelles elles peuvent monter 8c defeendre par le moyen d'un gros cylindre de bois C garni de cammes ou dents D, qu'une roue à eau fait mouvoir, 8c qui, en tournant rencontrent d'autres dents ou mentonnets F pratiqués aux pilons , les élevent & les lailfent tomber , lorfque les cammes viennent à échapper du deffous des mentonnets. Le bout ferré du pilon , frappe, en tombant, dans une auge G, où l'on jette la mine à boccarder, & l'écrafe. De cette mine écrafée, les parties métalliques étant les plus lourdes, tombent 8c ref tent au fond de l'auge. Les parties pierreufes & plus légères font entraînées par un courant d’eau qu'on fait paffer fous les pilons.
- Nous ajouterons , pour les mines qui demandent à être divifées 8c purgées d'une partie de terre qui fe trouve dans leur intérieur, que les pilons font garnis par le bas de pièces de fonte coulées, à plufieurs pointes, afin de divifer feulement, au lieu de mettre en pouflîere ; qu'au lieu d'auge , ils frappent fur une plaque de fonte Q, 8c que le derrière des pilons doit être garni de barreaux de fer, qui ne lailfent palfer que ce qui eft divifé. La mine, au fortir des barreaux , tombe dans un lavoir ; 8c l'eau entraîne les parties les plus légères.
- Dans le fécond cas, les lavoirs fimples n’y feront rien. Le patouillet ufera fans féparer ; le boccard écrafera la mine comme la pierre, 8c ce qui reliera fera toujours dans la même proportion de mine 8c de pierre. Il ne faut pas, pour ces efpeces de mines, héfiter de recourir à la macération : il y a la naturelle & l'artificielle ; la naturelle s'opère, en expofànt aux grandes chaleurs 8c aux gelées , ce qui demande du temps , les pierres à mine déjà brifées au marteau , en leur lailfant peu d'épaiffeur. Voyez à ce fujet un Mémoire dans ceux de l’Académie des Sciences en 1747.
- La macération artificielle va plus vîte, & confifte à donner â la mine un certain degré de chaleur, ce qui s'appelle la calciner, la griller , la torréfier ; d'ailleurs la calcination eft le feui remede qui convienne aux mines de la fixieme elpece , c'eft-à-dire , à celles qui font minéralifées avec le foufre ou l'arfenic, ou avec tous les deux enfemble ; & cela quelques formes 8c figures que ces mines puifïent avoir. Il feroit de la derniere confequence qu'on prît enfin le parti de calciner la plus grande partie des mines de France , comme on fait qu'on w-* calcine utilement quelques-unes. Il y a même des fontes que l'on fait paffer à la macération, comme nous le verrons : n'y auroit-il pas plus de raifon 8c d'épargne de faire fubir cette opération aux mines ? Bien des Maîtres de forges ont peine à fe rendre fur cet article. Seroit-ce la nouveauté qui les effraie ou les embarraffe ? Seroit-ce lë manque de confiance ? Ils peuvent fe rafïurer, en voyant qu'on calcine les mines en Angleterre , en Suede, en Bohême, fuivant Swedenborg 7 qui donne
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- plufieurs exemples de calcination , tant des mines en pierres que des mines en grains , même de celles des marais & des lacs ; nous allons de notre côté indiquer encore quelques autres méthodes.
- On peut-avoir près des minières , ou près des bois, fiiivant la plus grande commodité , des trous préparés comme pour la calcination de la pierre : il faut en avoir plufieurs relativement au travail. Les fours étant dreffés avec les pierres à mines, comme on les dreffe avec les calcaires, on fait allumer le feu, qui fera entretenu avec les rebuts de l'exploitation des bois mis en fagots : la cuiffon eft bientôt faite. Si enfuite la mine n'a pas befoin d’être lavée , il n’y aura plus qu’à la tranlporter près le fourneau. Il y a même des cas où il faut la tenir à couvert ; mais s’il eft nécelïàire de la nettoyer & d’en féparer les matières étrangères, il faut la tranlporter fiir les lavoirs. A la première eau tout peut être dégagé , ou bien on fe fervira du boccard, fiiivant l’elpece de la mine, Sc que les circonftances le demanderont. Comme l’eau qui fort des mines calcinées, lorfqueleur bafe eft calcaire, pourroit être dangereufe, en fe déchargeant dans les ruiffeaux ou rivières à portée des lavoirs, il faut alors faire,au bas de ces lavoirs,plufieurs grandes &lpacieufes folfes qui s’empliront les unes après les autres , des eaux de ces mines à bafe calcaire, ce qui don-nera le temps à l’évaporation & au dépôt des parties nuifibles. Par le lavage ordinaire des mines chargées de terre, on peut, avec un peu d’adreiïe, remplir des terreins bas. Quand l’Ouvrier reprendra le travail le matin, il achèvera de vuider ces réfervoirs par le moyen d’une pelle Sc d’un petit déchar-geoir qu’on y aura ménagé. Lorfque le fédiment aura entièrement rempli ces folfes, il faudra les vuider ôc jetter la matière fur les bords. On emploiera utilement cette elpece de marne à l’engrais des terres fortes & humides, ce qui dédommagera de la dépenfe.
- Voici l’extrait de ce qu’on trouve dans les Mémoires de M. de Rêaumur, fur différentes maniérés de calciner, griller & faire cuire la mine du fer.
- « On fe fert, dit-il, affez indifféremment de tous ces termes pour exprimer v la préparation dont nous voulons parler. On cuit les mines du Dauphiné, » du Comté de Foix, du Rouflillon& de la Navarre, dans des fours affez fem-» blables aux fours à chaux, mais conftruits différemment dans ces différents » pays. Ce font pourtant toujours des trous creufés en terre , entourés de tous » côtés de maçonnerie, & dont le deflus eft découvert. La maçonnerie a par » en bas une ouverture où on met le feu. On y arrange la mine & le bois par » lits. On compofe les premiers lits de la plus groffe mine. Ce four s’appelle en a> Dauphiné , une Regraine. U contient environ 14 à 1 y milliers pelant de mi-» ne cuite ; & l’on y confomme en bois deux charges de mulets pour 14 ou » iyoo de mine cuite. Le feu refte allumé dans ce four au moins pendant y> un jour & quelquefois plufieurs. On a l’attention de faire les derniers lits * de mine avec les morceaux les moins gros, afin qu’ayant moins d’air le feu
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- » dure plus long-temps , Sc que la mine la plus éloignée de la grande cha-» leur foit auffi la plus aifée à griller. Dans la même province , la figure ex-y> térieure de ces fours eft cylindrique , Sc l'intérieure relîèmble a un cône » tronqué & renverfe. L'ouverture fupérieure du four a environ P pieds 5) de diamètre , Sc il n’en a que quatre près du fond. Sa profondeur eft » d'environ 10 pieds, comme on le voit dans la Planche IV. fig. 14, iy, » 16, gravées fur les deifeins procurés par M. d'Orfài , lors Intendant de la » province.
- » Quand cette mine eft cuite, on concalTe encore les morceaux les plus » gros. On n'en veut point dont la grofleur excede celle d’une noix. Ils 3> font alors aifés à brifer. On fépare en même-temps les matières étrange-» res qui y font mêlées. On la tranlporte enfuite près des fourneaux , Sc » on la met en tas, expofée aux injures de l'air. On prétend que plus elle y » relie, plus elle donne de fer. Les maîtres des fourneaux difentmême que » tant qu'on lalailfe, elle produit cinq pour cent de l'argent quelle a coûté, » foit de premier achat , foit de voiture. En cas que cela foit vrai , ce y> ne peut être qu’avec des exceptions. Il fe fait apparemment à l'air une fé-» paration femblable à celle qui feroit faite dans un fourneau, mais plus » lente Sc moins confidérable. La mine d'Alvar cuite donne environ le » tiers de fon poids en fer fondu ; car de 12 beines pelantes chacune envi-» ron 120 livres, ou enfemble entre 14 à iy quintaux, on retire cinq » quintaux de fonte.
- » L'ufàge du pays de Foix Sc autres cireonvoifins , eft de conftruire ces » fours fur une bafe quarrée, dont chaque côté a neuf pieds dans oeuvre.) 3> ils en élevent les murs perpendiculairement jufqu'à 6 à 7 pieds de » hauteur. On y laide auffi par en bas une ouverture pour allumer le » feu. On couvre le fond du four d'un lit de charbon, fur lequel on en » met un de bois. Sur ce dernier on en étend un compofé de la plus » grofîe mine. On recouvre la mine d'un lit de charbon, & le charbon d'un » Üt de bois : enfin on pofe le dernier lit de mine, à qui on donne beau-» coup plus d'épaiffeur qu'au premier. On lui fait prendre auffi une au-» tre figure. On le termine par une pointe arrondie, qui s'élève fouvent » d’un pied ou deux au-deifus des murs. Le feu relie quelquefois près de » huit jours allumé dans ces fours, fans qu'on y porte d'autres matières » combuftibles que celle qui a été mife à la première fois. Les defleins » de ces fours ( PI IV, Fig. 17 & 18, ) ont été envoyés par M. d'Anger-» villiers, alors Intendant de ces pays.
- » Dans la Navarre Efpagnole , on fe fert depuis quelque-temps d'un
- four affez femblable au précédent ; mais le bois Sc la mine y font mis » dans un autre ordre. Il eft conftruit à peu près comme les fours à plâtre, V Sc on y arrange la mine, comme on arrange les pierres dans ces derniers Forgjes, N
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- » fours. Celui-ci eft renfermé entre quatre murs, ouverts entièrement par » en haut; 8c il a d'un côté une porte, ou ouverture, de 18 pouces en » quarré pour y mettre le feu. On forme la première couche de mine en » voûte : elle eft compofée des plus gros morceaux, & diftante du fond de » deux pieds ou davantage. Sur cette voûte on arrange diverfes couches » de mine , dont les plus baffes font toujours compofées des plus gros » morceaux, les dernieres des plus petits , 8c elles ont moins de diamètre. »La mafle fe termine en pyramide. Elle contient jufqu'à 230 quintaux de y> mine. On allume le feu au-deflous de la voûte, & on l'y entretient en-» viron pendant 24 heures, en faifànt, de temps en temps , entrer du bois » par la porte ».
- A Fordenberg en Allemagne, le four à griller la mine ( Planche IX. des Fourneaux, fig. 2. ) eft fait de quatre murs qui renferment un quarré dontles côtés ont 20 pieds ; ils ont 14 pieds de hauteur, 2 d'épaifleur par en bas, & un & demi par en haut ; un de ces murs a une porte voûtée de fix pieds de haut, qui fert à retirer la mine lorfqu elle eft grillée ; mais lorfi qu3 on veut charger le four, on bouche cette porte avec lîx barres de fer ^ foutenues horizontalement par des crochets de fer, àdiftance à peu près égale les unes des autres ; on applique enfiiite contre ces barres, des pierres qui réfiftent au feu. Pour charger ce fourneau, on couvre d'abord fon fond d'une couche de charbon de deux pieds & demi d'épaifleur, fur laquelle on met une couche de mine épailfe de quatre pieds; on fait enfiiite un fécond lit de charbon, mais feulement d'un pied & demi ; on le recouvre d’un lit de mine épais de deux pieds 6c demi ; on ne donne qu'un pied à la troifieme couche de charbon, & deux pieds à la troifieme couche de mine. La mine refte à cuire, c’eft-à-dire, le charbon à être confommé, environ iy jours. Quand la mine eft prefque cuite, on jette deflus une nouvelle couche de charbon d’environ un demi-pied d'épaifleur. On vuide ces fourneaux à mefiire qu’on a befoin de matière ; en tirant la mine, on la concafle ; on ne laifle aux plus gros morceaux que la grofleur d'une noix ; il y a toujours deux fourneaux pareils, #, b > c ( Plan. VIII•) dont l'un eft en feu, pendant qu'on*tire
- la mine de l'autre. En Styrie & Carinthie, on grille la mine de la même maniéré, excepté que dans des fours pareils, on ne donne à chaque couche de charbon que, le quart d'épaifleur de la couche de mine qui eft au-defliis. Mais nous avons à faire remarquer une pratique finguliere fur une préparation qu’on donne à la mine grillée avant de la porter au fourneau. Après l'avoir pilée, concaflee en morceaux gros comme de petites noix, on en fait un grand tas qu'on entoure de planches de tous côtés, & qu'on applanit par-deffus ; on conduit de l'eau fiir ce tas; ôn fait diverfes rigoles, afin que l'eau puifle parvenir à une grande partie de fa furface ; on perce de diftance en diftance des trous dans ce tas , afin que l'eau
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- puilfe le pénétrer : on iailfe le tas en cet état au moins pendant un an , 8c quelquefois pendant deux 8c trois ; & on prétend que la mine eft d’autant meilleure quelle eft reliée plus de temps en tas. Cette pratique revient pourtant à celle que nous avons fait obferver , en parlant des mines d'Alvar en Dauphiné, où on laide long-temps la mine cuite expofée'à l'air ; mais on n'y conduit point d'eau defliis.
- « Le même Mémoire nous apprend que les mines de différentes couleurs » prennent à peu-près la même , après avoir été grillées , c'elt-à-dire 3 une » couleur rougeâtre, qui tire fiir celle de la rouille. Elles font plus tendres, » plus douces au toucher , de forte qu’à la vue on peut diftinguer une » mine grillée de celle qui ne Fa pas été. U y a à Efcaron dans le Rouflîl-» Ion ,une mine qui a cela de fingulier, qu’à là fortie de la terre elle eft par-» faitement femblable aux mines cuites ; & ce n'eft pas feulement par l’ex-» térieur, quelle leur reffemble. On fait cuire toutes les autres mines du » même pays, avant de les porter au fourneau : elle feule eft exceptée de la » réglé. Il s'eft apparemment trouvé des feux fouterreins qui ont opéré, » fous terre, le même grillage qui fe fait dans les fours. »
- Voici, Juivant M. de Reaumur,les raifôns du grillage de ces mines* «Si on les jettoit au fourneau, immédiatement après qu'elles ont été dé-» tachées de la veine , quoique riches, elles ne donner oient point , ou » prefque point de fer. Elles font pénétrées de trop de foufres, ou de » trop de fels, ou peut-être de tous les deux enfemble, qu'un feu mo-» déré fait évaporer. Si pendant qu'elles en font chargées, on les expofoit *» à une chaleur violente, le fer ne pourroit fe féparer, il fe brûler oit. On » fait avec quelle facilité ce métal fe brûle dans les forges ordinaires ; c'eft » même un défaut qui le diftingue des autres métaux. On ne parvient » dans la plupart des fourneaux, à rendre fluides les grains ferrugineux » qui font contenus dans la mine , qu'avec le fecours d’un fondant ter-» reux , qui lui-même fe liquéfié aifément. On auroit beau jetter de ce » fondant dans le fourneau, fi la mine n’en eft pas elle-même allez rem-.plie, c’eft-à-dire , fi elle n'a pas aflez de matière terreufe , & que la place » de cette matière y fait occupée par des foufres, ou par des fels propres »à brûler promptement ce métal, ou à le vitrifier, le fecours dü fondant » extérieur devient inutile.
- » A en juger par nos mines d’Alvar 8c de Navarre, c'eft toujours M. de » Reaumur qui parie, il eft naturel de conclure que les foufres & les fels » entrent pour beaucoup dans la compofition de ces fortes de mines, io, » Après avoir réduit cette mine crue en poudre, on a beau lui préfenter le » couteau aimanté, on n'en retire aucun grain ferrugineux, au lieu qu'a-
- près qu’elle a été cuite, prefque toute la poudre qui eft proche du s> couteau > s’y attache. Il fèmble que cette poudre foit tout fer ; mais
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- » il femble aufïi que ce fer étoit auparavant pénétré d’acides , puifqu’il *> étoit inienfible aux approches du couteau aimanté. 2°, La facilité avec » laquelle cette mine fe cuit, montre aufli qu’elle abonde en foufre. 3% » Enfin le poids de la mine diminue alfez confidérablement pendant qu’on » la fait cuire ; ce qui prouve que la quantité des loufres ou des fels P fuperflus , eft grande par rapport au relie. J’ai fait cuire, lur des charbons, » un morceau de mine de la groffeur d’un œuf. Je l’y ai laifïe une heure ; » fon poids efl diminué d’un cinquième. Je ne lais fi c’ell la quantité que » cette mine perd ordinairement de fon poids -; mais je fais que ce » qu’elle perd eft allez confidérable , pour avoir mérité l’attention de » ceux qui travaillent à la convertir en fer. Ils ne la tranfportent jamais » au fourneau qu’après l’avoir fait cuire auprès de la minière, afin de n’a-; a> voir pas à voiturer un poids inutile. »
- Voici quelques remarques fur le grillage de la mine J tirées des articles Calcination & Grillage , de l’Encyclopédie.
- « On fe propofe en général dans la calcination deux objets différents* >> Le premier objet efl: de féparer une lubftance volatile, qu’on ne fe met point »-en peine de retenir, d’une autre lubftance fixe, qu’on a feule en vue, » comme dans la calcination des mines, dont, par cette opération, on » diflipe les matières volatiles , étrangères au métal qui eft l’objet du travail, principalement le foufre & l’arfenic. Cette opération eft plus » connue dans le traitement des mines, fous le nom de ratinage, ou de » grillage .
- » Le fécond objet de la calcination J c’eft d’ouvrir certains corps , de » rompre la liaifon, de détruire le maftic naturel, le gluten de certaines » matières, telles que les parties dures des pierres, & des terres alcalines » & gypfeufes, qui fourniffent, par la calcination, ces produits, connus de » tout le monde fous le nom de Chaux & de Plâtre ; telles encore » que les gangues dures, réfraétaires , ou làuvages des mines, d’ailleurs » peu fulfureufes & peu arfenicales , qu’on ne grille que pour difpofer,. » cette gangue à la fufion »;
- Les réglés générales à obferver pour le grillage des mines du fer j fur-tout lorfqu’on a pour objet de les purger de matières nuifibles, font de le faire à l’air libre, puifqu’il eft queftion de donner paffage à des matières rendues volatiles, qu’on veut faire partir ; d’employer un feu doux, parce que s’il étoit violent, en dégageant les parties volatiles , fon impétuofité entraîneroit aufîi les parties métalliques , qui font 'écartées les unes des autres dans la mine, & divifées en particules d’autant plus déliées que le feu eft plus grand ; ce qui eft la même chofe que de dire que le feu les a plus raréfiées , comme nous le verrons dans la feétion qui fuit, fur T Art du Fer,
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- La plupart préfèrent le feu de bois à celui de charbon, pour le grillage des mines , tant parce qu il eft moins coûteux que le charbon, que parce qu'il ne chauffe pas fi vivement , & remplit mieux les vues qu'on fe propofe dans cette opération. On regarde le bois de Pin & de Sapin, comme préférable en ce point à tous les autres ; mais les bois de Chêne & de Hêtre font très-bons. On peut même fe fervir de fagots. U y a des endroits où l'on grille les mines avec du bois verd ; mais l'expérience a fait voir que i'ufàge du bois fec y étoit beaucoup plus avantageux.
- Nous tirons de la traduction de Schulter, les indices que donnent les fumées pendant le grillage d'une mine. Quand elle a beaucoup de foufres communs , on voit diflinétement , dans l'obfcurité , une flamme bleue , avec une fumée d’un blanchâtre obfcur. Il eft bon d'avertir qu'il ne parle que de grillages en petit pour effai , ce qu'il eft aifé d'appliquer au grillage en grand. La fumée des mines qui ne font pas fort fulfureufes eft feulement bleuâtre , fans aucune flamme bleue. Si la mine contient de l'ar-fenic, la fumée fera abondante. Vous appercevrez un peu de bleuâtre dans cette fumée ; mais pour s'affurer encore mieux que cette fumée eft arfe-nicale, il faut tenir une lame de fer poli au-deflus de la fumée qui s'élève de la mine , feulement pendant quelques minutes : s'il s'y fublime une matière parfaitement blanche , s'il y en a une affez grande quantité , on peut être afîiiré que c’eft de l'arfenic.
- Lorfqu’on fait griller des mines , on eft fou vent obligé d'y faire des additions, qui unies à l'aétion du feu , fervent à les développer, & à détruire les fubftances étrangères qui font unies au métal dans fa mine. Lorf que la mine eft fiilfureufe , on y joint de la chaux qui, dans le grillage, abforbe la trop grande quantité de foufres. Par cette addition, la mine eft plus développée , & plus propre à recevoir le feu de fufion ; mais c’eft le fujet de l'article fuivant.
- Article troisième. *
- Addition des Matières convenables à la Fufion*
- ! Quelques-unes des opérations que nous venons de décrire, font déjà partie de cet article. On joint aux mines expofées à la calcination, des pierres calcaires qui abforbent les foufres, dans la vue de divifer le tiflu. qui compofe la mine de fer ; & cela afin que chaque partie préfentant au feu plus de furface , elle en foit plutôt & plus aifément pénétrée. Une autre raifon de la divifion qu'on cherche à procurer aux parties confti-tuantes de la mine , eft afin de mêler plus intimement les matières qui fervent de fondants , c’eft-à-dire, qui fondants elles-mêmes, fervent d'inter-meae &de préfervatifà l'élément du fer, qui par lui-même eft trop fubtil
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- pour pouvoir être fondu, c’eft-à-dire , divifé dans un fluide pour qu’il puiiTe fe précipiter en une telle quantité, ne devant, pour être fer , confier-ver des matières fondues que la quantité qui lui eft néceffaire pour lui fervir de bafe, d’enveloppe , de foutien. Il me femble, dit Lehmarui, qu’il ne manque au mercure , pour devenir réellement un métal, c’eft-à-dire, un corps dur, tenace, & ductile , que l’addition d’une terre vitrefcible 8c plus graife , qui foit intimement combinée avec lui. Il n’y a pas d’apparence que par cette' terre il ait entendu une terre mercurielle. C’eft dans ce fens que ces matières font partie effentielle du compofé métallique que nous appelions fer. De-là il eft aifé de fentir combien il eft difficile que dans la première fonte , le fer ne conferve de ces matières que la quantité nécelfaire ; matières dont le défaut ou l’excès le rend fragile. La corn-prefllon des coups, qu’on lui fait effuyer, après avoir été chauffé , au point de fondre, c’eft-à-dire, extrêmement raréfié & pénétré de feu , ne tend qu’à en rapprocher les parties , en le privant de l’excès de ces matières nuifîbles 8c fuperflues. C’eft ce qui occafionne le grand déchet de la fonte réduite en fer , 8c c’eft ce qui nous montre qu’à proportion qu’il en a été dépouillé au premier feu, ce déchet doit être relativement moins grand.’ Quelquefois pour avoir pouffé ce dépouillement jufqu’à un certain degré , le fer en eft fort! plus ou moins malléable, comme nous le verrons dans certains travaux. Concluons-en qu’il faut donc une certaine quantité de matière vitrifiée pour retenir une telle quantité de l’élément du fer. Conféquemment il ^ peut fe faire que le bain dans lequel il s’unit à la matière vitrifiée, ne foit pas affez confidérable : on eft obligé d’y remédier par des additions. U n’eft auflï que trop commun que la bafe que l’on foumet à la fufion , eft infufible par elle-même. Il faut donc encore dans ce cas-là, addition d’autres matières reconnues pour fe mettre en bain avec l’efpece qu’on a à traiter. C’eft ce qui nous a engagé à mettre dans les paragraphes fuivants quelques-uns des problèmes de Gellert. On peut auflï recourir à la table de Pott. Mais dans les matières qui fe trouvent jointes à la bafe du fer , il y a en qui le vicient, telles font les fulfureufes , les arfenicales , les élémentaires des autres métaux. Il a fallu chercher des moyens pour les en féparer, & ces moyens font de deux efpe-çes ; l’un en leur préfentant des fiibftances qui ont plus d’affinité 8c de rapport avec celles dont on veut fe débarraffer ; l’on peut voir la table des rapports dreffée par Gellert, en y joignant celle de M. Geoffroy ; mais ce moyen n’étant pas toujours pratiquable dans le travail en grand, on a eu recours à un autre, qui eft la calcination, comme nous l’avons vu ; moyen facile 8c immanquable , nous ne pouvons trop le répéter, parce qu’on a reconnu que ces matières vitieufes s’évaporoient plus aifément à un moindre dé-gré de feu, que l’élément du fer ne quitte fa. bafe , dont il ne fe dégage qu’à un degré füpérieur de chaleur. On ne peut trop effectivement le
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- féparer de fa baie, comme nous le voyons dans le fer brûlé ; mais nous remettons ces obfervations à la fuite de l’examen des mines. Nous devons tout employer, pour nous affermir dans ce que nous croyons devoir penfer fur la nature de ce métal, auflî diverfifié que fes bafès. Nous devons nous tenir fur nos gardes jufqu'à ce que nous ayons vu, comparé, examiné la plus grande quantité de mines qu'il nous fera polîible ; feul moyen de tirer une ligne entre ce que nous lavons, ce que nous pouvons elpérer , & ce que nous tenterions peut-être inutilement. Voilà, par exemple, une telle mine de fer. Nous favons. qu'avec tels procédés nous réduifons tant de cette mine en tant de fer, de telle qualité. Nous pouvons elpérer de tirer de cette mine , ou une plus grande quantité de fer , ou de rendre ce fer meilleur dans fon elpece ; mais pouvons-nous changer cette mine en une autre? La mine de Julfey ne paroît pas pouvoir être amenée au point de donner du fer, pour ainlî dire, organifé comme celui de Pefmes , quoique le fer qui provient des mines de Julfey, paroilfe lufceptible d'amé-lioration. C’eft conféquemment à ces idées, qu'on peut penfer que l'acier fin, durable & traitable tient fa qualité de f elpece de la mine , travaillée d'ailleurs comme il convient. Des perfonnes très-habiles ne font pas de ce fentiment ; mais lorfqu'il en fera temps, nous détaillerons des raifons, & on jugera de leur folidité. Nous verrons , à la vérité, avec étonnement, mais avec grande làtisfaélion, & au grand avantage de la lociété, faire de l’acier fin, durable 6c traitable, avec toutes fortes de fer. Cependant tous ceux qui en font réellement, ne prennent jamais que certaines mines ou certaines fontes. Au relie, il eft très-certain que nous avons en France des mines femblables à celles que l'étranger employé pour s'en procurer. On pourroit objeéter qu’on voit tous les jours des Ouvriers avec les mêmes fontes, faire du fer plus ou moins caflànt à leur gré ; c'eft une choie accidentelle , & non effentielle. La trempe feule le rend caflànt. N'y a-t-il pas des degrés dans le dépouillement que l'on fait efliiyer à la fonte ? fi on laiffe trop de bafe à l’élément du fer , il eft caflànt. Paifez à la fonderie de ce fer que, par un fyftême malentendu, vous faites caflànt, parce que vous croyez qu'il fe coupe plus nettement, & vous verrez fi le déchet n’en eft pas plus confidérable. Ne remarquons-nous pas que la compref* fion des cylindres , lors de l'applatiffement, fait fortir de la bande applatie une grande quantité de matière vitrifiée ? On ofe dire que,pour un pareil changement, il faudroit détruire toute la bafè du fer. Toutes les fois que l'on a fondu du fer, qu'on l'a mis en chaux , en fel, en liqueur , on a bien détruit une partie de fa bafe ; mais auflî il y en a d'évaporé : on a changé fon état métallique. Si on le fait revivre, on en a moins ; mais il fera le même, s'il n'eft pas détérioré. Réitérez ces changements , à la fin il ne reliera plus rien, parce qu'à.chaque mutation on lui donne occafion de
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- s’évaporer, en mettant fa bafe dans Timpofïïbilité de le retenir en entier. Mais quittons cet objet, pour revenir à un autre que nous ne pouvons trop recommander, c’eft la calcination des mines. Elle eft des plus effen-tielies dans la plupart des circonftances. Ceux qui font les plus convaincus de fa néceffîté-, prétendent que la hauteur qu’on a donnée aux fourneaux de fufion, fait le même effet que la calcination, & y fupplée. Une feule raifon détruit ce motif. Il faut que la calcination foit faite à l’air libre ; & comme nous le verrons , l’air n’eft pas libre dans un fourneau de fufion. D’ailleurs en Suede, en Angleterre, &c, on calcine les mines ; cependant les fourneaux y font auffi élevés qu’en France.
- Il nous relie à parler de la qualité des matières propres à l’addition, *Sc que l’on appelle fondants. Pour cela nous allons un moment fuivre Cramer.
- «On appelle, dit -il, Flux ou Fondant, toute matière capable de procurer » la fufion d’un corps , qui n’en~eft pas fufceptible, ou qui n’y entre que » difficilement. L’aétion par laquelle les fondants facilitent la fufion des me-» taux refraéiaires, confifte principalement en ce que ces matières ont la » propriété de diffoudre les fcories qui proviennent de ces métaux , enforte » que fi on leur ajoute un fondant, il donne aux molécules métalliques la » facilité de fe ramafîer en une feule maffe, par la propriété qu’il a de dif: » foudre les {tories qui enveloppent chacun de ces molécules en particu-» lier , & qui conféquemment empêchent la contiguïté de leurs parties. On
- eft obligé de reconnoître une vertu particulière dans certains corps , au » moyen de laquelle ils facilitent la fufion d’un autre corps, fans qu’on en » fâche la raifon. Au moins ne peut-elle être découverte que par les cir-» confiances propres à chaque corps particulier. C’eft ce qui fait qu’on voit » deux corps refraéiaires, & rebelles à la fufion, tant qu’on les expofe au » feu chacun à part, fondre aifément fi on les met enfemble au feu. D’au-» très au contraire entrent facilement en fufion, quand ils font feuls, & ne » peuvent s’y mettre, qu’avec une difficulté prefque infurmontable, quand on » les met fondre avec d’autres corps».
- Il eft aifé de s’aftiirer de la vérité de ces derniers faits : voyez les paragraphes lui van ts. Nous ajouterons qu’il faut que les matières que l’on employé, ne puiffent par elles-mêmes communiquer aucun vice aux mines à fondre. Pour le travail en grand, ces matières doivent être communes, & ne pas demander beaucoup de préparation. Ces deux objets font parfaitement remplis par l’argile d’une part, connue dans quelques fourneaux fous le nom d9 Harbue^ & la pierre à chaux de l’autre, connue fous le nom de Cafilne. En un mot, les fubftances d’une efpece font les fondants d’une autre ,& ainfi réciproquement; mais quelle préparation demandent-elles? quelle doit être leur dofe ? quel en eft l’effet ?
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- Les préparations font d’être feches , en petits volumes , autant quil eft poffible , & mêlées auffi exactement que contiguement. Quant à la dofe , elle n’eft pas aifee à déterminer y parce qu’il eft très - rare que l’argile , qui eft mêlée avec la mine , ou qu’on y ajoute y foit fans mélange. En la fuppofànt telle , nous croyons pouvoir dire y en attendant des éclaircilfements plus détaillés, que dans dix parties d’argile il faut quatre parties calcaires , c’eft-à-dire , que fi dans un quintal de mine combinée avec de l’argile, il y à cinquante livres de parties élémentaires du fer, il faudra, pour mettre en bain les cinquante autres livres d’argile y vingt parties de caftine*
- L’effet de ce bain eft de fervir de filtre à l’élément du fer y qui doit fe précipiter. S’il y a trop d’argile , la liqueur a trop de ténacité ; elle s’enfle & fe bourfouffle. C’eftà ce fujet, que M. Rouelle a remarqué que l’argile a une vertu expanfiveeffet qui quelquefois n’eft que trop fenfible> & en même-temps très-nuifîble dans nos fourneaux, puifqu’une partie de l’élément du fer, ne pouvant traverfer cette matière tenace, eft obligée d’y refter empâtée; quand la dofe d’argile n’eft pas totalement outrée, on le trouve raffemblé dans les fcories, en forme de grenaille, ligne évident d’une fu-fion trop épaiffe ; mais fi l’excès d’argile eft outré , on trouve le fer répandu dans le total de fes bourfoufflures , 8c on n’obtient qu’une fcorie noire & fpongieufe. Si l’argile qu’on ajoute à la mine, au lieu d’être réduite en petites parties, eft mifè en gros morceaux coagulés, plufieurs de ces morceaux, au lieu de fondre, fortent par le bas du fourneau, enduits d’une efpece d’émail, qui reffemble à de la porcelaine : fi au contraire il y a trop de caftine, ou de pierre à chaux, l’effet en eft nuifible ; parce qu’en rendant le bain trop fluide , il y a du fer qui fe précipite trop aifément , pendant qu’une partie coule & s’échappe avec les fcories. Il paroît au refte que ces fondants ne peuvent fe combiner que jufqu’àun certain degré ; c’eft-à-dire, que pour faire un bain convenable, il y a une dofe dans leur mélange, un point de fàturation. Quand il y a trop de chaux, ôn voit dans les fcories des veines , des zones, qui ne font que chaux. Voyez la table àtPotty touchant l’effet du mélange des différentes fiibftances.
- Il ne faut pas être étonné fi je n’ai pas employé le mélange trop généralement recommandé, des différentes mines, comme fe procurant des fondants réciproques. Il femble que tout foit dit quand ori a imaginé & débité que, pour faire du bon fer, il n’y a qu’à mélanger les mines. Il y a fans doute bien des cas où ce mélange réuflït à merveille : mais il n’eft pas poffible d’en faire une réglé générale ; elle fouffriroit trop d’exceptions. J’ai vu des effets extraordinaires de ce mélange des mines, ce qui nous détermine à attendre que nous foyons mieux inftruits pour en parler, & probablement pour en tirer des réfultats de la derniere conféquence* Il eft cependant aifé Forges. P
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- de fentîr que le mélange d’une mine chargée d’argile, avec une autre chargée de pierre à chaux, peut être fait utilement. U en eft de même de celui d’une mine fulfureufe avec une mine privée de foufres : notre but, dans ces préparations & additions, doit être de donner à toutes les éfpeces différentes de mines, une égale difpofition à la fufion, ou à peu près. Ce font ces préparations & additions qui ont occafionné les différences que nous remarquerons dans les fourneaux. Si nous pouvons amener ces mines à une dit pofîtion prefque égale pour la fufion, il ne s’agira plus que d’un fourneau prefque uniforme : for quoi nous propoferons nos vues. Cette uniformité dans les fourneaux eft un point dont le détail ne fera que trop fentir les con-féquences, puifqu’il ne peut y avoir de comparaifon entre préparer les mines pour leur fufion dans un fourneau uniforme, ou faire autant de fourneaux qu’il y a de mines différentes ; l’un pouvant s’exécuter à mefore des befoins , & en connoiffance des matières ; & l’autre, nous difons, la cont truélion des fourneaux, nê fe faifànt qu’à grands frais, toujours en tâtonnant & d’une façon d’autant plus équivoque , que, quelquefois les mines qu’on doit brûler font encore enfermées dans les entrailles de la terre, quand le fourneau qui doit les fondre eft conftruit.
- Les paragraphes foivants font tirés de Gellert.
- L
- EJJai des Terres SC des Pierres pour favoir à quelle claffe
- elles appartiennent* >
- (
- « Pulvérisez la terre ou la pierre, & féchez-la fi elle eft humide ; verfoz » par deffos un acide, & obfervez s’il fe fait un mouvement d’effervefoence. » Quand il y en a, on peut regarder comme calcaire, la fobftance éprouvée. » S’il nefe fait point d’effervefoence, détrempez la fobftance dans de l’eau, » & voyez fi elle prend ainfi toute feule la confiftance 8c la dureté d’une pierre : fi cela eft , vous la mettrez au rang des fubftances gypfeufes. Si » vous ne remarquez ni l’un ni l’autre de ces phénomènes, faites fécher peu à » peu la fobftance humide qui formera une pâte ; donnez pendant quelques » heures un* feu violent. Si elle Te durcit, vous la mettrez au rang des fub-» fiances argileufes. Si rien de tout cela n’arrive, rangez-la au nombre de » celles qu’on nomme vitrifiables ou apyres.
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- §. I I.
- Réfultat du mélange des Pierres de différentes natures.
- » L e s pierres argileufes & calcaires fe diffolvent les unes les autres, 8c » fe changent en verre. U en eft de même des pierres argileufes 8c gyp-» feufes.
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- Les pierres argileufes & les pierres vitrifiables, difficiles à fondre, ne fe » diffolvent pas les unes les autres. Le contraire arrive entre les pierres argi-» leufes & les pierres vitrifiables aifées à fondre.
- » Les pierres gypfeufes 8c calcaires ne fe diffolvent point les unes les au-» très. u en eft de même pour les pierres gypfeufes & les pierres vitrifiables » difficiles à fondre;mais le Contraire arrive entre les pierres gypfeufes Sc » les pierres vitrifiables aifées à fondre.
- » Les pierres calcaires 8c les pierres vitrifiables difficiles à fondre , ne fe » diffolvent point les unes les autres, non plus que celles aifées à fondre.
- » Le fpath fufible eft dé toutes les pierres vitrifiables aifées à fondre , » celle qui poffede à un plus haut point la propriété de diflbudre, & elle eft » propre à faire entrer en fufion les autres pierres»,
- §. I I I.
- Diffoudre les unes parles autres %ÔCfans additionrlesPierres ci-dejfus.
- i°, Faites un mélange d'une partie de craie avec trois parties d'argile ; » ou d'une de craie contre cinq parties d'argile.
- » 2°, Mêlez une demi-partie de gypfe avec une partie d'argile ; ou cinq » parties de gypfe avec fix parties d'argile.
- » 30, Mêlez deux parties d'argile avec une partie de fpath fufible ; ou » bien une partie d’argile avec deux parties de fpath fufible.
- » 4°, Mêlez deux parties de gypfe avec une partie de Ipath fufible ; ou » une partie de gypfe & une de Ipath fufible.
- » 5°, Mêlez deux parties de craie avec une partie de fpath fufible ; ou bien » quatre parties de craie avec une partie de fpath fufible ; ou renverfez les » dofes.
- ' » 6°, Mettez chacun de ces mélanges dans un creufet fort, 8c qu’on puiife
- » fermer d'un couvercle ; placez-les pendant quelques heures dans un four-» neau à vent, 8c donnez le feu le plus violent.
- » Les mélanges du numéro y font fi aifés à fondre , que fouvent ils » percent les creufets. Il eft vrai que le fpath fufible eft le plus facile à » mettre en fufion ; & plus il en entre dans une compofition, plus elle » fond aifément, toujours néanmoins fuivant certaines bornes.
- §. IV.
- Mettre en dijfolution deux Pierres qui ne fe diffolvent point, par le moyen d'une troijieme efpece de Terre.
- » ï°, Meslez enfemble une partie de craie, trois parties d'argile, & une » partie de fable.
- » 2°, Mêlez une partie de craie, cinq parties dargile, & une partie de fable.
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- DES MINES DE FER.
- » 30, Mêlez enfemble parties égales de craie , d’argile & de fable.
- » 40, Mêlez enfemble une demi-partie de gypfe 9 fix parties d’argile 6c » deux parties de fable.
- » j°, Mêlez enfemble cinq parties de gypfe ,iîx parties d’argile & deux *> parties de fable.
- » 6°, Mêlez deux parties d’argile, une partie de gypfe, & une partie de » craie. ,
- » 7°, Mêlez une partie de craie, quatre parties de fpath fufible , & une » demi-partie de fable,
- » 8°, Mêlez enfemble une partie d’argile > quatre parties de fpath fufî-» ble, & une partie de fable.
- » p°, Mêlez une partie de gypfe, une partie de fpath fufible, & une par-» tie de fable ».
- Lorfqu’on veut mettre en diffolution , par le moyen d’une troiCeme 3 deux pierres qui ne fe diffolvent pas les unes les autres , il faut qu’elle foit de nature à pouvoir mettre une de ces deux pierres en diflolution, ou même toutes les deux. On pourroit épargner bien des travaux, des charbons & des frais, fi, lorfqu’on traite des mines aux fourneaux, on faifoit attention aux diffolvants ou fondants qui leur conviennent.
- $. v.
- Diffolution des différentes Subfiances.
- On peut à cet égard confulter la table que Gellert a dreffée. Suivant fon obfervation, on trouvera à la tête de chaque article , la fubftance qui a la propriété d’en diffoudre d’autres, & enfuite les fubftances qu’elle met en diffolution , ayant mis les dernieres celles quelle diffout le plus facilement. Par ce moyen , il y a plufîeurs articles dans lefquels on verra fur le champ l’ordre de la précipitation. Par exemple , dans le 14e article , le fer eft de toutes les fubftances celles que le foufre diffout par préférence, enfuite le cuivre, l’argent, le bifmuth , le régule d’antimoine, le mercure & le cobalt ; d’où l’on voit que fi une des fubftances dont on vient de parler, eft mife avec du foufre , on pourra l’en dégager par le moyen du fer ; c’eft ce qu’on appelle Affinités, Rapports. Dans l’exemple préfent, le foufre a plus d’affinité avec le fer qu’avec les autres fubftances dont nous venons de parler ; mais on voit encore que pour dégager le foufre du fer par la diffolution, il faut avoir recours à quelque matière qui ait plus d’affinité avec le foufre que le fer n’en a. C’eft ce qui fait qu’à la table de Gellert, il faut joindre celle de M. Geoffroy, au moyen de laquelle on trouvera que le foufre a plus d’affinité avec le felalkali fixe, avec la chaux vive, qu’avec le fer : confé-quemment ces matières font propres à lui faire abandonner le fer , & à s’en charger elles-mêmes. On en doit conclure que ces matières font utilement
- employées
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- DES MINES DE FER.. 6'£
- employées dans le traitement des mines fulphureufes. Ne pourroit-on pas même trouver des moyens pour appliquer ce remede au fer & aux fontes, comme nous le tenterons l
- Observation.
- Nous avons cru qu’il étoit inutile d’entrer dans le détail des différentes
- N
- maniérés de voiturer & mefurer les mines. Suivant que le local le permet , onfe fert d’animaux de trait ou de bêtes de fomme. Ici la mefure eft une tomberée; ailleurs c’eft une queue divifée , comme le vin, en quatre feuillettes. La Planche 11, figure ÿ , eft une feuillette à mine : le bas de cette feuillette eft à jour, afin de pouvoir l’enlever commodément quand elle eft pleine. Nous ne parlerons pas non plus du poids de la mine ; comme il eft relatif à l’efpece , on le trouvera dans le détail de celles de France.
- E X P L I G A T I O N
- DES PLANCHES,
- No us; croyons devoir avertir , par rapport aux 3 & 4es Planches ^ que nous nous fervons de celles que M. de Réaumur a fait graver conféquem-ment à des matières auxquelles il n’a pas eu le temps de donner la forme. U n’eft pas étonnant que l’on n’ait pas fuivi pied à pied l’ordre de fes Défi* feins, & qu’à la 4e Planche il y ait des figures de mines particulières ; dont nous ne parlerons que dans le détail que nous comptons en faire fé-parément.
- PLANCHE L
- F 1 G U R E /. Montagne ancienne avec des filons ; B B , filons perpendiculaires ; AA A y filons obliques; C, D , E, F > G , différents lits d’une montagne par couches.
- Fig. 3 , une fonde ; A , la mèche ; C, trou ménagé dans la fonde pour paffer un morceau de fer ou de bois B qui lèrt à tourner la fonde ; C, vis pour l’alonger fuivant le befoin.
- Fig. 4, Ouvrier qui fait un trou dans un banc de mine avec une pince, à deffein d’y placer de la poudre pour détacher des morceaux de mines ; A B, v vers le haut de cette vignette , exprime cette pince plus en grand ; le bout B eft formé en pic ; le bout A eft fermé par deux bifeaux ; C, eft une baguette de fer fervant, lorfqu’on a mis au fond du trou de la poudre , & qu’on l’a garni jufqu’à fa fuperfîcie de chiffons de papier & de moufle, à faire au travers une ouverture pour y introduire une mèche lente, quand on y veut mettre le feu.
- Fig. 5 y A, puits ou minaret ; B , Ouvrier qui tire la mine d’une beine Forges. Q
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- ÿa DES MINES DE FER.
- E; C, treuilfoutenu par deux pièces de bois fourchu, que deux autres'» Ouvriers font tourner avec chacun une manivelle ; D, deux cordes fervant à monter & à defcendre les beines alternativement, dont Tune file fur le treuil, pendànt que l’autre défile.
- Fig. 6 y A, tambour que fait tourner le cheval B ; C, font deux grofles cordes dont l’une file fur le tambour pendant que l’autre défile ; ^ouverture du puits où un Ouvrier enleve la mine de dedans une beine ; D , beine ; F, feau pour tirer l’eau.
- Fig. 7 , A y C ,R, B y Y y différents bancs de matière ; T , bancs de mine ; F, Ouvrier qui détache la mine ; E y lampe ; G, pics ; H y coins ; Iy maffe ; K, Ouvrier qui emplit une beine; Z, beine remplie fur laquelle fe met un Ouvrier pour remonter.
- PLANCHE IL
- Les Figures i & 2 repréfentent un patouillet ou moulin à laver les, mines , vu de différents côtés ; Hy huche ou auge formée de plufieurs chaf-fis en bois, arrêtés par le bas par de fortes traverfos G G, & terminés dans le fond en plein ceintre ; /,/,/, /, membrures ou plaques de fonte bien jointes attachées au chafîîs ; Z , (Jig* 2 ) autre côté de la huche également garni de chaffis & de membrures ; A A, petit canal ou tuyau qui conduit à la huche l’eau du réfervoir ; C C, ouvertures de 6 pouces en quarré pratiquées au bas de la huche, pour laiffer couler la mine ; D, (fig. I ) , pelle de bois avec un manche qui fe meut entre deux rainures pour fermer ou ouvrir dans le befoin l’ouverture C ; M, morceau de bois qui traverfo le petit canal pour contenir la pelle D fermée au lieu de rainures ; E (fig. a ), autre ouverture ménagée au haut de la huche, un peu moins haute que l’ouverture A9 afin qu’il puiffefortir un peu moins d’eau qu’il n’en entre; Ny^fig. i & 2), arbre de la roue garni à fes extrémités de tourillons 00, & qui porte fur des em-poifes PP ; Qy canal en bois ; R R R y barreaux de fer coudés à deux branches qui traverfent l’arbre pour agiter en tournant la mine dans la huche & la laver; S S y lavoirs ; T T y pelles ; V Vy autres lavoirs. Dans la figure 1, l’Ouvrier qui eftfur le devant de la vignette, nettoie avec un rabot le devant de la pelle du lavoir , & l’Ouvrier qui efl dans le fond emplit la huche de mine avec fa pelle. Dans la figure 2 , l’Ouvrier efl: occupé à dégorger la mine avec un rabot, lorfqu’étant nettoyée, elle fort de la huche Sc deA cend dans le lavoir.
- Fig. 3 , Z efl: une pelle ; G H VL, efl: un rabot ou Ruard ; c’eft un morceau de fer de 13 à 14pouces acéré à fon extrémité Gy recourbé en H\ à la partie Vy efl un écrou pour recevoir le manche Z.
- Fig. 4 efl un autre lavoir qui tire fon eau direélement du réfervoir \AE, font les coftieres ; B , efl l’eau ; F} le tuyau ou canal par où l’eau entre,
- Fig. y, panier d’ofier.
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- DES MINES DE FER. 63
- Fig. 6 , arbre du patouillet avec des cuilliers de fer, pour agiter la mine dans la huche.
- Fig. j , autre lavoir femblable à celui (fig. 4 ), dans lequel eft un panier pour pafler la mine.
- Fig. 8 > un crible dit Egrappoir\ B B , membrures de 6 pieds de long fur 8 pouces de haut ; CC,traverfes qui les retiennent au moyen des tenons qui paflent par les mortaifes D ; E E, trou ou mortaifes à l'extrémité des traverfes pour retenir l'écartement des membrures y à l'aide de la clef ou clavette F; GG y rainures ; H H y baguettes de fer ; I y lavoir fur lequel eft placé l'égrappoir en pente, de façon que le bas eft au-delà de la colliere Z; A4, haut de l'égrappoir , contrelequel vient aboutir le courant d'eau fous la trémie O ; P, Ouvrier qui jette de la mine dans la trémie ; A mine qui pafle au travers de l'égrappoir. Des deux Ouvriers qui font liir le devant de la vignette, l'un avec un rabot retire la mine de deifous le crible ; l'autre avec une pelle la met en tas à côté du lavoir.
- Fig. 9 y feuillette à mine dont le bas eft à jour ; A3 dedans de la feuillette; B B r cercles de fer ; CC, mains.
- PLANCHE III.
- Vignette.
- Figure 1, Ouvrier occupé à détacher de la mine en terre ou terrage.
- Fig. 2 , autre qui emplit de mine un feau ou chaudron.
- Fig. 3, autre qui tourne l'arbre C, & fait monter le vaifleau E plein de mine. En D font liées enfemble les trois pièces qui foutiennent l'arbre autour duquel la corde fe roule & fe déroule.
- Fig. 4, Ouvrier qui conduit au lavoir la mine dont un mulet eft chargé. Cette mine eft dans une belàce.
- Fig. y & 6 y Ouvriers qui lavent la mine : Ey eft un canal qui conduit l'eau au lavoir ; F G , tas de mine en terrage danslequel l'Ouvrier y prend celle qu'il fait tomber dans le lavoir ; H, autre tas de mine, mais nettoyée où l'Ouvrier 6 met celle qu'il retire du lavoir. I, /yl, planches qui foutiennent les bords du canal & du lavoir.
- Fig. 7, Ouvrier qui porte à l'égrappoir la mine lavée ; K , planche fur laquelle eft l'Egrappeur ; L, chaudron percé dans' lequel il crible la mine; M, bâton auquel ce chaudron eft fufpendu ; N y, perche à laquelle ce bâton eft attaché, (cette perche eft trop haute, & par conféquent le bâton trop long); O, tas de mine égrappée.
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- ^4 DES MINES DE FER.
- Bas de la Planche.
- Figure 9 , eft une des planches qui foutiennent les bords du canal par où l’eau paiTe, ainfi que ceux du lavoir ;A, A, font les piquets qui foutiennent cette planche. Le mieux eft d'avoir un canal creufé dans un morceau de bois. C, B , montrent la difpofition des piquets , entre lefquels la plan-
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- che A A efl: maintenue.
- Fig. io, claie au travers de laquelle , en quelques endroits, on pafle la mine en terrage pour en féparer la terre.
- Fig. il, pelle de bois. Ces pelles ne font pas fi commodes que celles de la Planche 11, figure 3 , avec lefquelles un Ouvrier neft pas obligé de fe baifler.
- Fig. 12 , elpece de cuiller ou baquet à queue avec lequel, en quelques endroits, on prend & on remue la mine dans l’eau.
- Fig. 13 , rable ou rabot avec lequel on agite la mine dans le lavoir.
- Fig. 14, panier pour tranlporter la mine.
- Fig. if, chaudron percé dans lequel on égrappe ou crible la mine.
- Fig. 16, tas de mine nettoyée.
- Fig. 17 , les principales parties du moulin à laver les mines, appellé Par touillet. Il y manque feulement la roue qui efl: portée par l’arbre N ( jîg. 18 ); la même roue peut verfer de l’eau dans l’auge : O , lavoir dans lequel on achevé de laver à bras la mine qui l’a été déjà dans l’auge.
- Fig. 18, arbre pour le même patouillet, hérilfé de chevilles en 3,3 : c’eft en 2 qu’on place la roue.
- Fig. 19 , efl la bafe du patouillet, auquel on a ôté & l’arbre & l’auge, autrement dite la huche ; Q> Q > font les pièces qui portent la huche; R, S, pièces de l’auge vues féparément ; T, trou par lequel on fait fortir la mine, actuellement ouvert ; X, le même trou bouché par une petite pelle V.
- Fig. 20, l’arbre avec trois doubles équerres ; on lui en a ôté une ; Z} efl une des équerres vue féparément.
- PLANCHE IV.
- Fig. 1 , A A, morceau de mine du pays de Foix, tiré des minières de Gudannes ; la furface qui efl ici en vue , efl du plus beau noir, & a tout le brillant de l’émeri ; D, E, D , E, marquent quelques-unes des parties plus élevées que le refte, qui ont été formées à peu près commelefont en hiver les glaçons qui pendent des toits, par l’eau qui dégouttoit le long de la mafle, & qui, en chemin faifànt, dépofoit de la matière minérale dont elle étoit chargée ; B', B , G G font des filets de la matière brillante & noire ; ils pénétrent jufques dans l’intérieur du morceau ; en H> la matière efl femblablè à celle de diverfes autres mines du fer.
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- DES MINES DE FER. ' 6$
- Fig. i, IK L , autre morceau de mine tiré de la même minière que le précédent. La fiirface fupérieure efl auffi couverte d'une matière cryflalline noirâtre , mais un peu moins brillante que celle de l'autre morceau. Les inégalités qui font fur la furface , dont K , K , en marquent quelques-unes, font femblables à celles qu'on voit dans le fond des grottes, de la voûte defquelles tombe une liqueur chargée d'un fuc pierreux. La liqueur métallique , qui dégouttoit le long du morceau A A, ou d’un pareil , tomboit fur celui-ci en LL. 11> la fubftance de la mine paroît femblable à beaucoup
- d'autres mines.
- Fig. 3 y M, mine fpongieufè de couleur rougeâtre. Celle fur laquelle ce morceau a été delfiné , vient de Guinée : elle faifoit partie d’un fort gros morceau.
- -Fig. N, autre efpece de mine fpongieufè d'auprès de Bayonne. Les cavités font remplies de filets déliés qui imitent affez bien ceux d'un bois pourri ; ils en ont même la couleur. La mine efl: noirâtre.
- Fig. 5,00, mine plate & compofée par feuilles , mais de couleur rougeâtre. On en trouve de cette efpece dans le Maine.
- Fig. 6, P, mine qui femble talqueufe * & qui efl très~blanche ; fes feuillets font arrangés avec quelque ordre. On en trouve de pareille à Alvar en Dauphiné.
- Fig-7 > Q> autre mine talqueufe, de différente couleur:
- Fig. S,R, morceau de mine d'Alvar, dont les feuillets font moins marqués.
- Fig. 9 , SS , morceau de mine, formé de plufieurs grains réunis.
- Fig. io , T, eft un grain de mine ronde , qui a été caffé pour faire voir qu'il étoit compofé par couches.
- Fig. il, Vy coupe d’un autre grain de mine ronde lorfqu'il étoit entier , qui efl plus fingulier. On voit la coupe de fix grains qui étoient dans celui-ci.
- Fig. 12 y XYY y mine qu'on appelle en Limoufin, Mine en coquilles. Les morceaux font plats & creux au milieu ; Y Y marque l'ouverture de la cavité de ce morceau.
- Fig. 13 > ^ Z y Z1 Z % y faifbient enfemble un feul morceau de mine y que l'on pouvoit regarder comme une aètites ; il étoit rempli entièrement d'une terre fine ; on l'a biffée dans le morceau Z 1 ; il paroît plein ; mais le morceau Z Z efl vuide. Il efl repréfenté fans la terre qu'il renfermoit.
- Fig. a ,b b , vue en perfpeélive d'un four à cuire la mine, en ufage en Dauphiné : a en efl la porte y b b le deffus.
- Fig. iy , e e y le plan du même four.
- Fig. 16, c en efl la coupe ; d, profil de la porte.
- Fig. 17 yf, plan d'un autre four à griller la mine y en ufàge dans le pays deFoix, & pays voifins.
- Forges.
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- DES MINES DE FER.
- Fig. 18, g, la coupe de ce four, où l’on voit l’arrangement du bois ou du charbon & de la mine, mis lit fur lit ; h, lit de charbon j i, lit compofé de la plus grofle mine; A, lit de charbon & de bois.
- Fig. &c , Mine en grains.
- Fin de la première Section.
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