Descriptions des arts et métiers
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- De faire des Ouvrages de Fer fondu auffi finis
- que de Fer forgé.
- Par M. de Réavmur.
- SUITE DE LA TROISIEME SECTION SUR LE FER*
- M. D C C. L X I L
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- INTRODUCTION.
- Par M. Duhamel du AÎonceau.
- L’art défaire le Fer nett autre chofe que celui de tirer des Mines, & de ra£ fembler en une même mafTe ce métal qui, étant diftribué en petites parties dans les entrailles de la terre, fe trouve mêlé avec plufieurs fubftances étrangères, qui empêchent qu’on ne l’apperçoive fous la forme métallique. C’efl ce que M. le Marquis de Courtivron <5cM. Bouchu Correfjpondant de FAcadémie, ont détaillé dans les trois Seétions fur le Fer ; & ce travail efl, pour ainfi dire, la bafe d’une infinité d’autres Arts, puifqu’il leur fournit une matière fans la*, quelle ils ne pourroient point opérer. U n’y a effectivement point d’Art, qui nefafîe ufage de différents outils qui font faits avec le fer, ou qui n’emprunte le fecours de machines auxquelles le Fer donne la principale folidîté. Mais indépendamment de ces Arts où le Fer entre comme matière fubfidiaire , le Fer lui-même exige, pour qu’on en tire tant de fecours, différentes préparations qui font autant d’Arts particuliers.Le régule une fois tiré de la mine, efl une matière encore brute & imparfaite, qui exige beaucoup de préparations, foit pour en faire des ouvrages de fonte, foit pour être mile en état d’être trai* tée fous le marteau, 8c enfuite coupée dans les fenderies, ou tirée dans les tréfi-leries, ou convertie en acier. Toutes ces opérations méritent d’être connues par d’autres que par ceux qui ont le foin des fourneaux 8c des forges, par des gens qui foient plus en état de méditer 8c d’imaginer des expériences qui faffent appercevoir des moyens d’opérer plus promptement & plus sûrement, pour faire des Fers qui foient propres à différents ouvrages. Le travail de M. de Réaumur fur le Fer fondu, que l’Académie juge à propos de faire imprimer, efl une preuve de ce que je dis. Il y a long-temps qu’on jette en moule des ouvrages de Fer fondu ; mais par un travail immenfe, M. de Réaumur efl parvenu à rendre cette fonte moins aigre , 8c allez approchante de la malléabilité du Fer forgé. Il efl vrai que ce Traité pafle un peu le but que s’efl propofé l’Académie, en entreprenant l’Hifloire des Arts quelle publie. Elle a bien apperçu qu’il n’y avoir prefque aucun Art qui ne pût être perfeélion-né, & combien il foroit utile de leur procurer ce qui leur manque ; mais elle a fenti, en même-temps, qu’en entreprenant ce travail', un foui Art pourroit occuper un Académicien pendant toute fà vie. Elle a donc jugé plus convenable de commencer par décrire les Arts tels qu’ils font, fauf à effayer dans la fuite de les conduire à un plus haut degré de perfection. Mais en formant ce plan, l’Académie n’a pas prétendu s’interdire la liberté d’indiquer dans l’Hiftoire de ces Arts, les routes qu’on pourroit fiiivre pour les perfectionner , ni cacher les découvertes qui auront déjà été faites ; ce qui fait voir
- qu elle ne s’écarte point de fon plan en publiant un Ouvrage fiir l’adoucifTe-Addition à la'f', Section, a ij
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- IV INTRODUCTION.
- ment du Fer fondu , qui s’eft trouvé dans les papiers de M. de Réaumur : elle
- défireroit même être dans le même cas à l'égard de beaucoup d’autres Arts.
- ÎPar ce qui a été dit à la fin de la troifiéme Seétion ? on a vû quen faifimt coupler un métal rendu fluide dans des moules préparés pour le recevoir* on lui fait prendre, à peu de frais, des formés qu'on ne pourrok lui donner pai* d’autres moyens , qu'avec des dépenfes confidérables. On a vu avec quelle promptitude on jette en moule des marmites, qui coûteroient prefque autant que celles d’argent, fi on vouloit les faire en fer forgé de la même épaifleur* & aufîi régulièrement contournées que celles que l’on moule.
- Les Ouvriers qu’on nomme Fondeurs, lorfqu’il s'agit du cuivre, de l'argent * de l’étain., &c.fe nomment Mouleurs, quand il eft queftion duFer. Cette différente dénomination n’en établit point dans le travail : les uns 8c les autres font des moules en creux qu’ils rempliffent de métal. On fait des moules, ou avec du métal, comme font les coquilles qui fervent à faire les boulets ; ou bien on forme ces moules avec du fable ou delà terre, comme on l’a vu à la fin de la troifieme Seéiion. Quand il n’eft queftion que de pièces plates qui n'ont des ornements que d'un côté, comme les contre-cœurs des cheminées, les plaques qui forment les poêles quarrés, les chenets de cuifine, &c. on a un modèle de bois parfaitement femblable, 8c égal à la piece qu'on veut couler en Fer : ainfi, 7 le Sculpteur forme en bois tous les ornements qui doivent être lur le- contrecœur qu'on veut fondre. On imprime ce modèle dans du fable fin qu'on a hu-meélé & battu ; on retire doucement le modèle fculpté ; le creux du fable eft le moule où on doit couler la fonte ; on ménage enfuite un petit canal, depuis la gueuze jufqu’à ce moule, afin qu’en coulant la tgueuze le métal fe rende dans le moule de la piece que l’on veut faire.
- Des moules auffi Amples ne peuvent convenir pour les pièces creufes, & pour celles qui font terminées de tous côtés par des furfaces convexes ou concaves. Il faut que tout ce qui eft folide dans la piece fe trouve en creux dans le fable, 8c entouré de fable de tous côtés ; de forte que, pour faire un moule, il faut former un vuide femblable au folide de la piece, qui doit être renfermée de fable de tous côtés, excepté à l’endroit du jet par où on coule le métal, & à quelques autres endroits où l’on ménage des ouvertures pour laifler échapper l’air.
- Il y a prefque autant de maniérés de s*y prendre pour former les moules, qu'on a de pièces differentes à mouler ; il ne nous fèroit pas poffible d'entrer dans les détails : ainfi nous nous contenterons de ce qui a été dit à la fin de la troifieme Seélion, fizr la façon de mouler les marmites & les tuyaux de conduite , foit en fable, foit en terre, d’autant que ces exemples fuffifent pour l’intelligence des Mémoires de M. de Réaumur. Ce qu'il eft important de fçavoir, c’eft que la fonte de Fer étant très-aigre, on ne peut redrefler au marteau les ouvrages de Fer fondu; le foret ni la lime ne peuvent point mordre defliis. M. de Réaumur s’eftpropofé de corriger ces défauts ,& d’adoucir aflez cette fonte de Fer, pour la rendre traitable au foret, à la lime & même un peu au marteau.
- Il a publié en 1722, un Ouvrage qui a été bien reçu du Public, quoiqu'il
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- INTRODUCTION. v
- rfeût pas, à beaucoup près, épuifé la matière, & que ce Traité ne fût qu’une ébauche en comparaifon des Mémoires que nous publions aujourd’hui, dans lefquels on trouvera des procédés nouveaux plus surs 8c plus applicables à la pratique, que ceux qui font rapportés dans fon premier Ouvrage. Nous avons cru que ce travail immenfe qui s’efl trouvé en bon ordre dans les Papiers de M. de Réaumur, ne pourroit être mieux placé quà la fuite des détails fur la façon de mouler en fable & en terre , qui fe trouvent à la fin de la troifieme Seétion que M. le Marquis de Courtivron & M.Bouchu viennent de publier.
- L’utilité des recherches de M. de Réaumur tourneroit peu à l’avantage du Public, fi elles ne nous conduisent quà faire des ouvrages de grand prix, tels que les palaftres de ferrures, les bras de cheminée, & les luflres, quon a vu fortir de la Manufacture de Cône. Dans ces ouvrages, le brillant que prend l’acier poli, le beau bleu qu’il acquiert par le recuit, la couleur d'eau qu'on lui donne avec la pierre de fanguine, étant relevés par des filets d’or faifoient un effet admirable. Mais le cuivre doré d’or moulu, moins brillant à la vérité, a l’avantage d’être plus aifé à travailler, & de ne point craindre la rouille. De plus, quand ces pièces ont perdu leur mérite par un long fervice , on peut en retirer l’or & mettre le relie à la fonte, pour en faire de nouveaux ouvrages , au lieu que ceux de Fer deviennent de la féraille de nulle valeur. D’ailleurs, ces beaux ouvrages de fer fondu qui coûtoient beaucoup moins que s’ils avoient été faits avec du fer forgé, étoient cependant plus chers que ceux de bronze. Mais en laiffant à part ces ouvrages très-finis, qui ont été une des principales caufes de la décadence de laManufaélure de Cône, on apperçoit qu’on peut tirer un grand avantage du travail de M. de Réaumur, en l’appliquant à des ouvrages moins recherchés. Après tout, le travail de M. de Réaumur ell une fuite d’expériences exaélement faites qu’il faut confèrver à la poflérité* Le volume qui a été publié par M. de Réaumur, indique comment on peut adoucir la fonte de fer , en enfermant les ouvrages dans des efpeces de creu-fets remplis d’une compofition de poudre d’os calcinés & de pouflîere de charbon. Ces procédés qu’il avoit déjà publiés, font rapportés dans les Mémoires que nous faifons imprimer; mais de plus, M. de Réaumur efl parvenu à adoucir la fonte, en couvrant les ouvrages, tirés du moule, d’un enduit fait avec des fubflances capables de produire cet adouciffement. Ayant jugé enfuite qu’il pouvoit adoucir les ouvrages de fer fondu, en faifant paffer le métal en fufion dans des creufèts capables, par leur compofition, d’adoucir la fonte, ou en fondant le métal avec des fubflances propres à l’adoucir, le fuccès a été meilleur & plus certain.Enfin, il a fait fes moules, avec les mêmes fubflances, qu’il avoit reconnues propres à adoucir la fonte de fer, & il a recuit les pièces fondues dans les moules mêmés où elles avoient été coulées, ce qui a fimpli-* fié l’opération & beaucoup afîîiré la réufïïte. On trouvera encore dans ces Mémoires plufieurs détails curieux & utiles, fur la façon de jetter en fonte des ouvrages délicats ou qui exigent beaucoup de précifion.
- Le nouvel Art d’adoucir la fonte de Fer que l’Académie donne aujourd’hui
- Addition à la 3 e. Section. b
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- VJ INTRODUCTION;
- •au Public, eftdivîfé en trois Parties. La première , Contient cinq Mémoires* Le premier traite des differentes efpeces de fonte de fer, & à quoi il a tenu qu’on n'ait fait jufqu'à ce jour, en fer fondu, beaucoup d’ouvrages qu'on fait de Fer forgé; avec une idée des différentes maniérés dont le Fer fondu peut-être adouci. Il s'agit dans le fécond Mémoire des differentes maniérés de fondre le Fer', quelles attentions il faut avoir pour jetter en moule le Fer fondu, & pour retirer les ouvrages des moules. On trouve dans le troifieme Mémoire des effais de différentes matières pour adoucir le Fer; & on indique celles que ces effais ont montré y être les plus propres. On décrit dans le quatrième Mémoire, les fourneaux propres à adoucir le Fer fondu. Le cinquième Mémoire qui termine la première Partie, expofe les précautions avec lefquelles on doit recuire les ouvrages de fer fondu , & les changements que les différents degrés d'adouciffement produifent dans ces Fers ; enfin , comment on pourroit redonner aux ouvrages de Fer fondu la dureté qu'on leur a ôtée.
- La fécondé Partie contient quatre Mémoires. Dans le premier, on fait corn noître comment on peut adoucir les ouvrages de Fer fondu, fans les renfermer dans des creufets : on donne deux maniérés de procurer cet adouciffe-ment ; on explique les avantages de ces deux maniérés d'adoucir, & le grand jour qu’elles donnent fur les caufes de l'adouciffement. Le fécond Mémoire, indique les différents enduits qu'on peut donner aux ouvrages de Fer fondu. On trouve dans le troifieme les différentes maniérés de recuire les ouvrages enduits ; avec la defcription d'un nouveau fourneau qui y eft très-propre. Le quatrième & dernier Mémoire de cette fécondé Partie, eft deftiné aux attentions qu'il faut avoir pour empêcher les ouvrages de fe voiler dans le recuit; & la maniéré de redreffer ceux qui font voilés.
- La troifieme Partie contient neuf Mémoires. On rapporte dans le premier, les tentatives qu'on a faites pour adoucir la fonte en fufion, & pour conferver douce pendant la fufion celle qui a été mife toute adoucie dans le creufet. On traite dans le fécond Mémoire du choix des fontes propres à être coulées douces ; on fait voir que cette propriété eft naturelle à quelques-unes ; qu'on peut par cet Art la donner à d’autres, 8c qu'il y en a qui ne font prefque pas fiifcep-tibles d’être adoucies. On voit dans le troifieme, que les fontes coulées douces, fuivant les procédés des Mémoires précédents, ont quelquefois le défaut d’être trop grifes ; & l'on rapporte les moyens de corriger ce défaut; Le quatrième Mémoire traite des précautions effentielles, pour jetter en moule la fonte douce ; on fait voir que la fonte blanche eft trempée, & que certaines fontes ont plus de dilpofition que d'autres à prendre la trempe. Il s'agit dans le cinquième Mémoire, des chaflîs de Fer propres aux différentes efpeces de moules : comment on peut empêcher qu'il ne fe forme des toiles épaifles dans les moules, & comment on tient enfemble les deux moitiés dont le moule eft compofé. On explique dans le fixieme Mémoire, comment doivent être faits les fourneaux propres à chauffer & recuire les moules de fable, & comment il faut recuire ceux de terre. Dans le feptieme Mémoire, on donne les
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- INTRODUCTION. vïj
- ïftôyens de ménageries fables à mouler ; de raccommoder les fables dont on s^fi fervi ; de les rendre bons dans les pays où le terrein n'en donne pas naturellement tels qu’on les defîre; enfin, des matières dont on peut faire les moules où la matière a plus dé difpofition à devenir douce, que dans les moules ordinaires de fable, de terre ou de métal. Dans le huitième Mémoire , on détaille les procédés qu’on doit fuivre , depuis que les moules ont été mis en recuit, ju£ qu’à ce que les ouvrages fondus en foient retirés ; avec la maniéré dé recuire les ouvrages dans les moules même. Dans le neuvième, on parcourt les différents ouvrages qui peuvent être faits de Fer fondu ; & on avertit des précautions, avec lefquelles quelques-uns veulent être jettés en moule, & recuits ; de plus* on fait connoître quels font les ouvrages qui ne doivent pas être faits de cette fonte de Fer, & comment on peut rétablir les ouvrages où quelques parties ont manqué à la fonte*
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- TABLE DES MEMOIRES
- Contenus dans le nouvel Art d’adoucir le Fer fondu.
- INTRODUCTION, page ïij
- PREMIERE PARTIE.
- Où Ion donne les caractères des différentes finies , les différentes maniérés de les jetter en moule > SC où Ion enjoigne à adoucir les ouvrages qui font finis intraitables des moules y en les faifant recuire dans des capacités où la flamme ne fçauroit pénétrer , i
- Premier Mémoire / ibid.
- Sec o n d Mé mo ire > 7
- T RO IS1E ME M É M O IRE , 2 1
- QU AT RIE ME M É M O I R E , 2 8
- Ci N qui em e Mémoire j - 3*
- SECONDE PARTIE.
- Qui apprend à adoucir le Ter fondu > en couvrant les ouvrages avec un fimple enduit ; la compofltion de ces enduits ; différentes maniérés de recuire ces ouvrages j précautions pour que les ouvrages ne fe voilent point > 44,
- Premier Mémoire, Ibid.
- Second 'Mémoire , 5 ^2
- Troisième Mémoirey ^7
- Quatrième Mémoire , - <5b
- T RO ISIEME PARTIE;
- Qui apprend à jetter en moule des ouvrages de fonte qui en finiront doux > au point de pouvoir être limés SC réparés fans avoir befoin dÙêtre recuits $ SC ce qui on doit attendre
- des ouvrages faits cl Acier ou de Ter forgé >fondus y *3
- Premier Mémoire, ibid.
- Second Mémoire, 7*
- Troisième Mémoire, 7;
- Quatrième Mémoire ; So
- Cinquième Mémoire9 r_ ^ -, *6
- Sixième Mémoire, 5>i
- Septième Mémoire ;
- Huitième Mémoire , \°s
- Neuvième Mémoire, III
- Fin de la Table des Mémoires.
- NOUVEL
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- tion, on commence par forger une maffe de fer, compofée de plufiéurs barres , d’où on puifTe, comme d’un bloc de marbre , tirer la figure dôfit on a le deffein ou le modèle. Cette malle faite de diverfes barres foudées les unes contre les autres , n’eft pas toujours d’une tiffure, d’une folidité aufli uniforme que le bloc de marbre, auquel nous venons de la comparer 3 fouvent il relie dans l’intérieur des fentes , des crevaffes, des endroits mal réunis ; ôc quelquefois oii ne parvient à découvrir ces endroits défeêlueux, qu’après avoir emporté bien du métal avec le cifeau : il n’eft que trop ordinaire que de pareils défauts rendent inutiles un long travail. On eft obligé d’abandonner la piece, pour en forger une nouvelle, avec le même rifque ; c’eft ce que les Ouvriers appellent faire un pâté\ Ôc il leur arrive quelquefois de faire deux ou trois de ces mauvais pâtés, avant de parvenir à une maffe de fer qui mérite d’être employée. Mais le prix de ces fortes d’ouvrages , peut encore mieux mettre au fait du temps qu’ils demandent. Les Curieux de fer bien travaillé , connoiffent à Paris le Marteau, ou en terme de Serrurier, la Boucle de la Porte-Cochere de l’Hôtel de la Ferté, rue de Richelieu. Il a coûté fept cents livres dans une année , où tout étoit à fa commune valeur. On paie quelquefois plus cher des gardes d’épée bien cifelées, qu’on nomme, par honneur, des gardes <Pacier, quoiqu’elles ne foient, pour l’ordinaire, que de ftmple fer : mais ici, ce n’eft pas la matière qui enchérit l’ouvrage. A la vérité, ceux de fer de ce prix excellif ne font pas communs ; il feroit même dommage qu’on les multipliât, jufqu’à un certain point ; ce font chofes dont on peut fort bien fe paffer, ôc qui confomment trop de temps, qui peut être mieux employé. Mais il feroit agréable qu’on les pût faire à jufte prix, ôc il feroit avantageux , fur-tout peur la décoration des grands Edifices, ôc des Maifons des particuliers , qu’on pût faire, à bon marché , de beaux ouvrages de ce métal. Les Balcons, les Grilles , les Portes grillées, les Rampes d’efcalier, ne font pour l’ordinaire que d’un travail médiocre;on n’y met rien de bien limé, de recherché , de poli ; ou ft on y veut quelque chofe de tel, on eft forcé d’abandonner le fer ; on lui fubftitue ’ le cuivre, qui, quoique plus cher,revient à beaucoup moins étant mis en œuvre : ce qu’il y a en fer dans ces grands ouvrages , ne font guere que des barres ou des lames roulées ou contournées, ôc au plus quelques ornements de tôle emboutie , toujours longs à finir , Ôc rarement allez bien affemblés, pour être regardés de près. A peine peut-on citer dans le Royaume quelques grands morceaux de fer maflif bien travaillés, telles que font les fameufes
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- Portes du Château de Maifon, près PoilTy * ce font de magnifiques ouvrages : mais il n’y a guere que des Souverains , ou que ceux qui gouvernent leurs finances , qui puiffent faire exécuter quelque chofe de pareil. On allure que ces Portes, qui ne con-fiftent qu’en trois battants , ont été autrefois payées foixante-neuf mille écus ; à combien reviendroient-elles aujourd’hui î Enfin, on n’ofe entreprendre de grands ôc beaux ouvrages de fer forgé , à caufe des fommes ex-celïives qu’ils coûteroient.
- Le prix des ouvrages de cuivre, ôc même de ceux d’or ôc d’argent, eft confidérable-ment diminué, par la facilité qu’on a de les jetter en moule, ôc de les réparer quand ils en font fortis : fans cette facilité , nous n’aurions point ces fuperbes Statues , ces morceaux de bronze recherchés, ôc une infinité d’ouvrages de cuivre plus communs, mais plus néceffaires. A la vérité, le fer avant d’être parvenu à l’état de fer forgé , le fer tel qu’il a été tiré de la mine ; en un mot, le fer qu’on appelle fonte de fer, fe coule en moule ; nous devons à cette maniéré de le mouler, divers onvrages , mais qui ne font pas d’une grande beauté, ôc qui n ont de valeur que proportionnellement à leur poids, comme des contre-cœurs de cheminées , des poêles, des pots, ôc des marmites, des tuyaux de conduite d’eau, des canons, ôcc. Mais on ne fait de cette matière aucunes pièces de prix ; les ufages mêmes auxquels on l’emploie font très-bornés : nous ofons pourtant nous promettre, qu’on fera à l’avenir, avec cette même fonte de fer, des ouvrages aufli finis, que le peuvent être ceux de fer forgé, ou même ceux d’acier ; qu’ils engageront à fi peu de frais , qu’on ne craindra pas de les entreprendre. Mais avant d’expliquer les différents fecrets qui en donnent les moyens, ôc de faire fentir l’étendue de l’utilité dont ces fecrets doivent être pour un grand nombre d’arts, il nous faut donner ici quelques notions des différentes fortes de fontes de fer , de leurs qualités , ôc voir quelles font les difficultés qui ont empêché qu’on n’en fit les ouvrages, auxquels nous ne doutons nullement, qu’on les emploie par la fuite.
- On fçait, ôc nos Mémoires de l’art de convertir le fer en acier, Fauroient appris de refte, que la matière qui coule du fourneau , immédiatement après que la mine de fer a été fondue, eft ce qu’on appelle fonte 3 ôc eft un fer qui n’eft pas malléable ; que fon caraêlere eft d’être dure ôc caffante. Quand cette matière a été moulée en ouvrage, elle porte ordinairement le nom de fer fondu ,* les canons qui en font faits, font appellés des canons de fer ou de fer fondu , les tuyaux de conduite d’eau, des tuyaux de
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- D'ADOUCIR LE
- fer ou de fer fondu, ; elle ne retient guere le nom de fonte, que quand elle a été coulée en gueule , ou fous quelqu autre forme , quelle ne doit pas conferver ; nous ne l'appellerons aufiique jufqu’à ce que nous l’ayons fait jetter en moule.
- En général, on peut diftinguer les fontes, ôc on les diftingue en deux claffes, par rap-port à la couleur de leur caflure , les unes font des fontes blanches, les autres font des fontes grifes. La différence des mines a quelquefois part à cette différence de couleur ; fouvent elle vient de la maniéré, dont le fourneau a été chauffé ôt chargé.
- Quand on les divife en fontes blanches ôt en fontes grifes, on ne prend pourtant que deux termes moyens, qui expriment leurs différentes couleurs. Parmi les grifes , il y en a qui font prefque noires , Ôt qu’on appelle noires ; Ôt entre les blanches ôt les grifes, il y en a d’une infinité de degrés de nuances, dont les unes tirent fur le gris-noir, ôt les autres fur le gris-blanc : enfin, parmi les blanches, on en trouve de plufieurs blancs différents. Il y en a une forte qui pourroit faire claffe à part ; on la nomme en Champagne fonte truitée: elle eft blanche, mais parfemée de taches grifes ou noirâtres, qui imitent en quelque façon celles des truites.
- La caffure des fontes blanches paroît d’une tiffure compa&e ; on n’y voit point de rains , confidérée attentivement; elle fem-leroit plutôt faite de lames , mais très-pr effées les unes contre les autres, ôt qui ne laiifent point d’intervalles entr’elles , comme en laiffent les lames de fer forgé. Quelquefois les caffures de fontes blanches paroiffent radiées ; on y remarque des efpeces de rayons, qui fe dirigent à peu-prés vers le centre. Quelque chofè d’approchant de ce que l’on voit dans certains régules d’antimoine , ce ne font pourtant pas des rayons fi bien marqués. On obfervera, ôt on aura befoin ailleurs de fe rappeller cette remarque, que le blanc des fontes les plus blanches , n’eft pas de Fefpece de celui des fers à lames, ou de celui de l’acier trempé fondant. Ces derniers blancs font éclatants, ôt l’autre eft un blanc mat. Le blanc des fontes comparé au blanc brillant de certains fers, eft comme celui de l’argent mat, comparé à celui de l’argent bruni : il y a pourtant des fontes blanches, qui ont des endroits brillants qui ont quelques lames, quelques radiations affez éclatantes, mais leur éclat eft inférieur à celui des lames de certains fers.
- La caffure des fontes grifes eft toujours plus fpongieufe que celle des fontes blanches ; elle approche plus de celle de l’acier. Ordinairement elles fontgrainées ; mais leurs grainures nous offrent bien des variétés , dont il fera très-important de fe fouvenir
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- dans la troifieme Partie de notre Art. Les grains des unes font fi fins , qu’à peine s’ap-perçoivent-ils ; d’autres plus gros , quoique très-fins , font bien arrondis, bien détachés les uns des autres ; il y en a d’autres, où ces grains fins ne font pas fi bien terminés ; dans d’autres les grains font très-gros, ôt entre celles qui ont cette forte de grainure, il y en a dont les grains font plus àpplatis, ôt d’autres où ils font plus relevés. Quelques-unes ont un cordon qui forme le contour de leut caffure , qui eft bien plus blanc que le refte, ôt qui eft compofé de grains peu différents de ceux d’un acier trempé couleur de cerife : on les eftime auffl pour faire de l’acier.
- Si 011 examine au microfcope les fontes , tant blanches que grifes , les blanches y pa-roîtront toujours d’une tiffure compaêtè ; on y pourra obferver quelques lames plates , parfemées, mais beaucoup plus petites que celles de l’acier : la même loupe qui fait appercevoir celles dont font compofès les grains d’un acier trempé peu chaud , iie fe-roit pas appercevoir celles-ci. Les fontes grifes paroiffent au microfcope d’un tiffu tellement fpongieux , que tout femble un amas d’efpeces de cryftallifations. On croit, voir aufii des broffailles, des efpeces de végétations chymiques , faites d’une infinité de branchages entrelaffés, mais compofés chacun de petites lames agencées les unes fut les autres. Si on place au foyer du microfcope des grains des unes ôt des autres, aufii petits que les grains d’un fable extrêmement fin , ils y paroiffent plus trânfparents, que le fable le plus cryftallin ; leur tranfparence Ôc fur-tout la vivacité de leur couleur, approche de la tranfparence ôt du brillant du diamant : malgré la vivacité de la couleur , qu’ont alors les grains des différentes fontes, on diftingue la couleur des grifes, de celle des blanches : les grifes reffemblent plus à l’acier poli, ôt les blanches à l’argent poli.
- Nous venons de dire, que les fontes blanches paroiffent compares à la vûe feule ôc au mifcrocope : fi on les compare avec les fontes grifes, elles font toujours telles. Mais il y a des fontes blanches, dont la tiffure eft moins ferrée que celle des autres ; il y en a qui femblent prefque grainées ; ce font ordinairement les moins blanches, celles qui n’ont ni radiations, ni lames éclatantes : leurs grains pourtant, ne font jamais fi bien marqués que ceux des fontes grifes, Ôt ne laiffent jamais entr’eux de fi grands intervalles.
- Une autre remarque plus importante fut les fontes, ôc qui regarde direêfement l’ufage que nous voulons en faire à préfent, c’eft qu’on peut prendre pour une réglé , à laquelle je ne connois point d’exception , quelles font d’autant plus dures,quelles font plus blanches. Quand elles font biefi blan*
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- ches , il n’y a ni lime , ni cifeau, qui puiffent mordre deffus. Au lieu, qu’il y a des fontes grifes , & fur-tout des fontes brunes, tirant fur le noir, ôc avec cela bien grainées, qui cedent à la lime ; j’en ai trouvé même qui fe lailfoient limer comme le fer, qu’on pouvoit percer aifément : ôc en général, je les ai toujours trouvées d’autant plus limables, que leur couleur étoit plus foncée.
- Audi tire-t-on des fontes grifes de pref que tous les fourneaux, dont on coule la fonte en moule, foit pour des contre-cœurs de cheminées, foit fur-tout pour des pots, des marmites , des canons, loit que les mines qu’on y fond donnent naturellement ces fortes de fontes , foit qu’on les y rende telles , par les circonftances qu’on obferve en les faifant fondre. L’ufage ordinaire eft de ne point jetter dans des moules les fontes blanches des grands fourneaux, ce n’eft pas quelles n’en priffent bien la forme ; mais les ouvrages de fonte, quelque grofïiers qu’ils doivent refter, ont prefque toujours befoin d’être un peu travaillés , après qu’ils font fortis du moule : au moins, faut-il abattre les jets de la fonte ; on ne réuflit pas toujours à les caffer allez près ; on veut emporter les inégalités les plus confidérables, les ébarber un peu ; on paffe la lime , on la râpe fur la plupart des marmites ; les canons demandent a être allézés :or, li ces ouvrages étoient de fonte blanche, on uferoit deffus les outils fans rien opérer.
- Quoique nous ayons dit qu’il y a des fontes grifes qui fe lailfent bien limer, il ne faut pourtant pas efpérer qu’il y en ait qui pour-roient être propres à faire des ouvrages qui doivent être extrêmement finis à la lime, être cifelés ôc polis : la lime prend deffus ; il feroit cependant prefque impoiïible de réparer, avec les cifeaux ôc les cifelets, des ornements délicats. Ces outils mordroient fur le fer fondu ; le mal même, eft qu’ils y mordroient fouvent plus qu’on ne voudroit. Le fer, le cuivre, ôc tout métal qu’on cifele, qu’on répare, fe doit biffer couper comme le bois, ou même plus net ; on en doit de même enlever des coupeaux, qui ne foient précifément que ce que l’outil a rencontré dans fon chemin, & ce n’eft pas de cette feule façon, dont nos fontes grifes cedent à l’outil ; elles y cedent comme feroient les parties d’une pierre de grès : elles s’égrainent; le cifeau n’en emporte pas des lames; fouvent il en détache des grumeaux : il coupe plus rarement des grains, qu’il ne brife des maffes compofées de plufieurs grains : inutilement donc entreprendroit - on d’en faire quelque chofe de fini.
- Nous avons encore à faire obferver un plus grand inconvénient. Le fourneau qui donne de la fonte grife, ne la donne pas
- telle conftamment. Il en donnera quelquefois de blanche, ôc nullement limable ; ôc cela par des circonftances qu’il n’eft poiïi-ble, ni de prévoir, ni d’éviter ; les matières employées , Ôc les procédés fuivis feront parfaitement femblables , autant qu’humainement on en peut juger, ôc cependant, au lieu de la fonte grife qu’on attendoit, on auroit de la fonte blanche. J’ai trouvé fouvent la moitié d’une marmite de fonte blanche, pendant que l’autre moitié étoit de fonte grife : elle étoit limable d’un côté, ôc ne Lé-toit pas de l’autre.
- Enfin, quand on pourroit avoir sûrement des ouvrages en entier de fontes grifes, jamais on n’auroit des ouvrages à qui on pût faire prendre la blancheur ôc le brillant du beau fer ; leur couleur feroit trop foncée ôc trop terne.
- Quand on auroit donc le fecret, qu’on n’a pas, de faire fortir conftamment du fourneau des fontes limables, ce n’en feroit pas encore affez, fi l’on vouloit des ouvrages de fer fondu, qui euffent la blancheur ôc l’éclat des ouvrages de fer forgé.
- Rien n’eft plus facile * que d’en mouler qui aient ces deux dernieres qualités. On a' aflfez de fontes blanches, ôc la métamorphofe des fontes grifes en fontes blanches, eft aifée à faire : mais on a des ouvrages intraitables , qu’on eft obligé de biffer tels que le moule les a donnés. Il eft vrai que des Curieux ont fait jetter de ces fontes, pour en compofer des Médailles, des deffus de Tabatières, Ôc d’autres pièces délicates. Et ces pièces moulées ôc fondues avec adreffe, font quelquefois forties fi nettes du moule, ôc avoient fi bien pris les traits les plus fins , qu’il n’étoit nullement néceffaire de les réparer. C’eft à quoi on réuftira, quand on fera les moules de ces petites pièces, avec autant de foin que l’on fait ceux où le verre prend fi exactement les empreintes des pierres gravées. Mais inutilement tenteroit-on quelque chofe de pareil en grand ; on n’y parviendroit pas ; quelque parfaite qu’une grande piece fût for-tie du moule, il refteroit à couper fes jets, à l’ébarber, ôc encore à 1a rendre moins caffan-te. Au moins fçavons-nous , que 1a fonte blanche fe peut très-bien mouler, quoiqu’on ne 1a moule pas ordinairement. Il y a plus, c’eft que 1a fonte blanche fe moule auffi aifément que b grife ; on 1a rend même plus fluide.
- Il faut fi peu d’art, pour changer de 1a fonte grife en fonte blanche , qu’on fait même ce changement fans chercher à le faire; qu’on prenne de 1a première fonte, qu’on 1a mette en fufion dans un creufet, en 1a rendant fluide on 1a rendra blanche : l’ouvrage formé de cette fonte, qui a été fimplement refondue, fe trouvera de fonte blanche. Il eft
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- II efl vrai pourtant, que plus elle aura été tenue en fufion , ôc plus elle fera blanche ; que félon quelle étoit d’abord plus ou moins grife, elle fera devenue plus ou moins blanche, pendant une fufion d’une même durée : mais quelque grife quelle ait été y quelque peu quelle ait été tenue en fufion, au moins une partie de cette fonte fera-t-elle très-blanche.
- Mais rien ne contribue davantage à rendre blanche la fonte grife , que de la couler en moule, Ôc fur-tout de l’y couler très-mince. J’en ai eu la preuve, en obfervant bien des fois un fait qui d’abord m’a paru fingulier. Après avoir fait refondre des fontes grifes, ôc les avoir fait jetter en des moules , oit elles dévoient prendre certaines figures , quand quelque accident a empêché la piece de bien venir, il m’efl arrivé de la calfer. Dans cette même piece, je trouvois de la fonte de différente couleur : dans quelques endroits, elle étoit prefque auffi grife, que quand elle avoit été jettée dans le creu-fet ; ôc dans d’autres elle étoit très-blanche : mais la remarque la plus effentielle, c’efl que les endroits où elle étoit grife, étoient communément les plus épais , ôc c’étoit fur-tout vers le centre des endroits épais quelle l’é-toit : tout ce qui approchoit de la furface étoit blanc. On donne le nom de jets à la matière qui a rempli les conduits par où a paffé celle qui a rempli le moule ; fouvent j’ai vu que tous les jets étoient blancs; la furface des ouvrages, Ôc tout ce qui en approchoit, étoit blanche aufli ; tous les feuillages ou autres ornements minces l’étoient de même ; mais ce qui étoit épais étoit gris : quand les jets n’étoient pas entièrement blancs, au moins leurs couches extérieures l’étoient-elles ; enfin , il m’a paru confiant que la fonte coulée mince devenoit blanche : il y a pourtant quelquefois des endroits d’égale épaiffeur, dont les uns feront blancs Ôc les autres gris.
- Il n’efl pas temps encore de rendre rai-fon de ce fait, d’expliquer pourquoi la fim-ple fufion produit ce changement dans la fonte, ôc fur-tout dans certains endroits de la fonte ; nous en donnerons dans la fuite une caufe plus claire ôc plus certaine, que celle que nous en avons donnée dans la première Edition de notre Art : mais ce ne fera qu’après avoir rapporté bien des expériences nouvelles, qui ne le fçauroient être fi-tôt.
- Les fontes blanches femblent plus pures , plus affinées, ôc contenir plus de matière métallique que les fontes grifes : nous les avons données ailleurs pour telles. Leur couleur qui s’éloigne davantage de celles des matières purement terreufes, difpofe à recevoir ces idées. D’ailleurs, généralement parlant , le fer Ôc tous les métaux encore im-Addidon à la y e. Section,
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- purs, s’affinent en foutenant le feu ; les fontes deviennent plus blanches , quand elles ont été fondues plus de fois ; on tient pour un fait confiant dans les forges , qu’on retire plus de métal malléable , d’un certain poids de fonte blanche, que d’un poids égal de fonte grife. Cependant, toutes ces vraifem-blances réunies n’établiffent pas encore allez folidement, que les fontes blanches font plus pures ou plus métalliques. Nous n’entrerons point à préfent dans cet examen; mais nous voulons nous tenir en garde , contre des idées naturelles, que nous avons adoptées en d’autres endroits, Ôc qui feront fujettes à révifion.
- Enfin, à quoi fe réduit ce que nous avons vû jufqu’ici, c’efl i°. que quand des fontes grifes feroient refiées douces ôc limables , après avoir pris les formes qu’on leur vou-loit , elles compoferoient toujours des ouvrages incapables de recevoir un beau poli, ôc d’avoir une belle couleur de fer ; ils feroient toujours gris ôc ternes, a0. Qu’on n’a pu même jufqu’ici jetter en moule des ouvrages qui fuffent par-tout de fonte grife ; elle fe trouve prefque néceffairement mêlée avec de la fonte blanche ; fi un endroit de l’ouvrage efl traitable, l’autre ne l’efl pas, ôc cela quoique cette fonte ait été prife liquide dans le fourneau même où la mine a été fondue. 3°. Que les fontes grifes, étant refondues ôc jettées en moule , deviennent blanches , au moins à leur furface, ôc par confé-quent en un état où la lime Ôc les cifelets n’y fçauroient faire d’impreffion. Ainfi, les difficultés à lever pour avoir des ouvrages de fer fondu, beaux ôc finis, fe réduifent à trouver les moyens d’avoir des ouvrages de fonte qui fe laiffe réparer, ôc qui après être réparée , ait une belle couleur ôc de l’éclat.
- Il peut y avoir deux maniérés d’adoucir le fer fondu : fçavoir, i°. ou de l’adoucir pendant qu’il efl en fufion , de le rendre tel que les ouvrages qui en feront faits fe laiffent réparer; 2°. ou on peut mouler des ouvrages d’une belle fonte , qui auront la dureté ôc la roideur dont nous avons parlé, mais qu’on adoucira ôc rendra traitables par la fuite. Il efl indifférent dans lequel des deux états on adouciffe notre métal, ou pendant qu’il efl fluide, ou quand il efl folide, pourvu, qu’on le rende propre à nos ufages : le fecret de l’adoucir à ce point, efl ce qui nous manquoit.
- Si on s’en rapporte à la Tradition des Ouvriers , c’efl un fecret qui a été perdu ôc trouvé plufieurs fois : tout ce que nous voyons de grand ôc de furprenant en fer , comme font les ferrures des portes de Notre-Dame , ils veulent que ce foient des ouvrages de fer fondu. Ce qui efl de plus certain Ôc d’affez récent, c’efl qu’un Particulier a eu
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- N O U r E L A RT
- en France quelque chofe de fort approchant du véritable fecret d’adoucir le fer fondu, qui a été jetté en moule. Il entreprit même d’en faire des établiffements à Cône ôt à Paris, dans leFauxbourgS. Marceau. Il y a vingt ans ôt quelques années , il raffembla une Compagnie qui devoit fournir aux frais, ôt qui fit même, à ce qu’on m’a dit, des avances confidérables ; elle fit exécuter quelques beaux modèles,qui furent enfuite jettés en fer. Il y eut divers ouvrages de fer fondu adoucis; Cependant l’entreprife échoua, ôt l’Entrepreneur difparut, fans qu’on ait fçu, en aucune façon, ce qu’il eft devenu. Il avoit apparemment commencé trop légèrement, avant d’être allez sûr de fon fecret, avant de l’avoir porté au degré de perfeétion nécef-faire. J’ai vu des ouvrages venus de cette manufa&ure, ôt paffablement adoucis ; mais teux qui ont eu quelques connoilfances de ces établiffements, m’ont affuré que le ha-fard avoit trop de part au fuccès ; quelquefois , après avoir bien confumé du bois, on retrouvoit aux ouvrages toute leur première dureté; plus fouvent les ouvrages n’étoient ramollis que par parties ; il y reftoit des endroits durs, intraitables , qui obligeaient à abandonner le relie : fouvent enfin, les ouvrages fortoient du fourneau, défigurés par les écailles qui s’en détachoient. J’ai rencontré toutes ces difficultés en mon chemin ; elles ne font pas moins capables , que le fond du fecret même, d’arrêter ceux qui ne fe conduifent pas par principes.
- Quelque imparfait que fût ce fecret, j’en ai long-temps regretté la perte. La defcrip-tion que j’ai faite de tous les Arts qui mettent le fer en œuvre, les fouhaits que j’avois tant de fois entendu faire pour ce fecret, m’avoient convaincu de relie de l’importance dont il devoit être. C’ell déjà une grande avance que de fçavoir que ce qu’on a be-
- foin de trouver, n’ell pas abfolument impof-fibie: j’avois oui dire que l’Entrepreneur , dont je viens de parler, renfermoit les Ouvrages de fer fondu qu’il vouloit adoucir, dans de grandes caiffes, où ils étoient entourés d’une compofition propre à y produire le changement fouhaité ; qu’on faifoit foufrrir à ces ouvrages, ainfi renfermés, un feu d’une longue durée. C’ell ce même fe--cret que je me luis propofé d’abord de découvrir, ôt cela en fuivant les traces qui m’avoient été indiquées; c’ell-à-dire, que j’ai cherché d’abord à adoucir des ouvrages de fer fondu en les tenant dans des cailles ou creufets, où ils étoient entourés de quelque compofition. C’ell ce fecret que j’ai trouvé ci-devant, ôt que j’ai donné dans l’édition précédente de cet Art ; il ne fera aujourd’hui que la première. Partie de celle-ci. Depuis j’ai été informé qu’on avoit fçû une autre façon d’adoucir les ouvrages de fer fondu, qui m’a paru avoir des avantages fur l’autre, pour tous ceux d’un poids ôt d’un volume confidérable ; je fuis ainfi parvenu à découvrir cette maniéré d’adoucir le fer fondu, ôt la fécondé Partie de cet Art fera dellinée à l’expliquer. Enfin, convaincu qu’il feroit encore plus avantageux de pouvoir couler des ouvrages qui en fortant du moule , puffent être limés ; après avoir ceffé de regarder cette propriété comme abfolument incompatible avec la nature du fer fondu, j’ai cherché à y réulfir, ôt j’ai été allez heureux pour en découvrir les moyens ; je les donnerai dans la troifieme Partie. Au refie, ces différentes voies d’adoucir le fer fondu, avoient toutes befoin d’être connues ; elles ont chacune des avantages particuliers qui doivent tour-à-tour leur faire donner la préférence , félon les efpeces d’ouvrages qu’on veut avoir en fer, ôt félon les qualités qu’on veut à ces ouvrages.
- Fin du premier Mémoire•
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- D'ADOUCIR LE FER FONDU. 7
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- SECOND MEMOIRE-
- Des différentes maniérés de fondre le Fer. Quelles attentions il faut avoir pour jetter en moule le Fer fondu, & pour tirer les Ouvrages des moules.
- (Z> ette première Partie de notre Art* & celle qui la doit fuivre , fuppofent des ouvrages qui ont été jettés en moule , d’où ils font fortis avec une dureté égale ou fupé-rieure à l’acier trempé ; leur objet eft d’adoucir ces mêmes ouvrages, de les rendre traitables. C’eft aux Fondeurs à nous les livrer bien conditionnés d’ailleurs ; Ôc c’eft à nous à les remettre aux Gifeleurs dans un état où ils puiflfent les réparer, comme iis réparent ceux d’or, d’argent ôc de cuivre, ou comme ils réparent ceux de fer forgé. L’art du Fondeur en fer femble donc étran* ger au nôtre en quelque forte ; aulîi ne nous y arrêterions-nous pas, fi les maniérés de fondre le fer étoient au point de perfeêlion où font celles de fondre les autres métaux* Les Fondeurs en or, en argent, en cuivre êt en fer, n’ont ^>as feulement à rendre leur métal fluide, & a en remplir des moules ; ils doivent fçavoir faire ces moules. Le Fondeur eft en même temps Mouleur ; & cette partie de leur Art eft la plus étendue, & îourniroit matière à un long Traité. Qui ne voudroit rien laiflfer en arriéré, auroit à remonter jufques à la maniéré de faire les modèles , ôc aux différentes matières dont on les fait; onexpliqueroitenfuitecomment on fait les moules foit en fable, foit en terre, foit en cire ; pourquoi certains ouvrages veulent être moulés en fable, pourquoi d’autres veulent être moulés en terre, & pourquoi d’autres demandent la cire. Comment il faut faire fécher les différents moules ; les diverfes maniérés de mouler des pièces de figures différentes : comment on fait les noyaux : comment on rapporte des pièces pour les parties de l’ouvrage qui ne font pas en dépouille. Mais ce font des détails que nous pouvons nous difpenfer de fuivre : nous nous contenterons de donner des idées générales de ces différentes maniérés de faire les moules, ôc de faire remarquer ce que ceux où le fer doit être coulé exigent de particulier; une partie de ce que nous avons à en dire, fera même plus en fa place dans la troifieme Partie, qu’il ne le feroit ici ; elle demande aux moules des qualités que les deux premières ne leur demandent pas. Jufqu’a ce que nous en foyonsdà, il fuffit qu’oafçache
- que les moules fe font de différentes matières, ôc que ceux des Fondeurs en petit font d’un fable gras, d’un fable qui a aflez de confiftance pour conferver les empreintes qu’il a reçues. Comme nous aurons fouvent à citer ces derniers moules, il eft bon qu’on fçache de plus qu’ils font ordinairement de deux pièces , dans chacune defquelles une portion de l’ouvrage eft imprimée ; que chacune des pièces ou de ces mafles de fable eft foutenue dans un chaffis de bois, ôc que c’eft dans ce chaffis qu’on a mis ôc battu le fable pour y former le creux deftiné à recevoir le métal : qu’avant de fonger à l’y ver-fer, on fait bien fécher ces deux moitiés du moule : on les dreffe l’une contre l’autre, comme les enfans dreflfent les deux premières cartes, dont ils veulent bâtir un château : on les affemble enfuite l’une contre l’autre, ôc on les affemble toujours exactement , parce qu’un des chaffis porte des chevilles ou goujons de bois, qui fe logent en des trous percés dans l’autre chaffis. Enfin, quand ces deux chaffis font bien ajuftés, on met un ou plufieurs moules dans une preffe aflez femblable à celles dont on fe fert pour preffer le linge de table, pour preffer le pa-
- Î)ier, afin de bien maintenir l’un contre autre, les deux parties de chaque moule. Alors ils font en état de recevoir le métal; on a ménagé une embouchure où il doit tomber, & des conduits appellésjets, par où il fe rend dans la cavité qui a été préparée.
- Nous fuppofons donc qu’on fçait faire de ces moules, ôc de ceux de toute autre efpe-ce, ôc nous nous renfermerons a&uellement à expliquer les maniérés de fondre le fer, qui ont été mifes en ufage, ôc les additions que nous y avons faites pour remplir commodément de ce métal des moules de toutes grandeurs , ôc à moins de frais qu’on ne l’a fait ci-devant.
- Toutes les maniérés de fondre le fer, fe réduifentà deux maniérés générales; fçavoir, ou de le fondre dans des creufets, où il n’eft rendu fluide que par la chaleur qui paflfe au travers de leurs parois ; ou de le fondre en lé tenant immédiatement expofé à l’ariion du feu, en le tenant au milieu de la flamme Ôc des charbons. Mais il y a plufieurs moyens
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- « N OU V E
- demettre ce métal en fufion, foit pendant qu’il eft renfermé dans des creufets , foit pendant qu’il eft placé immédiatement r.u milieu des charbons allumés.
- Les Fondeurs ordinaires en cuivre, fondent le fer comme le cuivre, dans de fem-blables creufets, & dans le même fourneau. Le fer eft un peu plus long-temps à y être rendu liquide; mais cela ne va pas à une différence de temps allez confidérable pour enchérir beaucoup la façon ; il l’eft d’autant plus vite qu’il a été concaffé en plus petits morceaux; oh y en peut pourtant fondre de très-gros ; & on peut fe fervir de creufets qui contiendront chacun trente ou quarante livres de métal fondu.
- La conftruêlion de leur fourneau eft facile ; aufli fa forme eft-elle fimple. Ses parois renferment un trou, dont la coupe prife à quelque hauteur que ce foit, eft un quarré dont les côtés ont chacun environ fept pouces de largeur : la profondeur de ce trou eft affez communément de vingt-cinq à vingt-fix pouces: cette profondeur, ou, ce qui eft la même chofe, la hauteur du fourneau eft partagée en deux parties inégales par une plaque de-fer, qui d’abord a été forgée quarré-ment, &de grandeur inégale àlacoupehori-fontale du vuide du fourneau, & dont les quatre angles ont été enfuite abbatus. La partie du fourneau qui eft ’au-deflbus de la plaque, eft le cendrier. La hauteur de cette partie eft fur-tout celle qui eft arbitraire : la plaque eft, à proprement parler, le fond du fourneau : depuis cette plaque jufqu’au bord fupérieur, il y refte environ dix-fept pouces. C’eft fur cette plaque qu’on pofe le creufet. Les charbons l’entourent de toutes parts ; ils font allumés par le vent d’un fouffiet double: un tuyau conduit le vent dans la partie que nous avons nommée le cendrier,
- & de-là il paffe avec rapidité dans le fourneau par les quatre trous que laiftfent à chaque coin les quatre échancrures de la plaque de fer qui touche par tout ailleurs les parois du fourneau; ces échancrures font circulaires.
- On couvre le fourneau d’un couvercle plat, qu’on ajufte le mieux qu’on peut fur les bords fupérieurs du trou ; les vuides qui relient dans les endroits où il ne s’applique pas parfaitement, donnent une iffue fuffi-fànte à l’air.
- Les parois de ces fortes de fourneaux font de briques arrangées à plat les unes fur les autres ; mais pour mieux les conferver, pour n’être pas obligé à démolir quand le feu les a minées, on les revêt de carreaux dont la • largeur eft égale à celle des faces. Ces carreaux s’appellent La chemife du fourneau. Quand on a à le raccommoder, on n’a qu’à lui donner une chemife neuve. Je voudrois
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- quon eût attention de fàire ces carreaux des meilleures terres à creufets, ou à pots de verrerie ; alors ils feroient d’une longue durée. Pour agrandir ou rétrécir ce fourneau à fa volonté, entre la brique & la chemife, on met une couche de terre qui réfifte au feu. Quand on change de chemife, ce qu’on ôte à l’épailfeur de cette couche, on le donne à la grandeur du fourneau.
- ' La plaque de fera pour fupports deux petites barres de fer qu’on peut ôter & remettre ; ce qui donne aufli la facilité de relever la plaque dans quelques cas où cela eft né-ceffaire au Fondeur, & fur-tout lorfque les trous qui donnent paflage au vent, ont été bouchés, foit par la matière vitrifiée, foit par du métal qu’aura laiflê couler un mauvais creufet, ou un creufet qui aura été caffé par quelque accident.
- Le fourneau précédent n’occupe pas grande place ; mais il eft bâti à demeure : on en peut faire de plus petits, ou d’aufli grands, très-portatifs, qui paroîtront commodes en bien des circonftances. J’en ai actuellement un de cette derniere efpece à ma maifon de campagne ; je le fais quelquefois mettre au milieu des jardins. Au lieu que le fourneau ordinaire eft fait de quantité de briques arrangées les unes fur les autres , celui-ci n’eft bâti que de quatre à cinq pièces, qui pofées les unes fur les autres, le compofent en entier: qu’on conçoive le fourneau ordinaire divifé en petites branches par des plans parallèles à fa bafe ; chacune de nos pièces eft une de ces branches , mais qui n’eft point compofée d’un aflfem-blage de différentes briques ; elle eft faite de terre à creufets, & il n’y a pas grande façon à la faire ; tout fe réduit à former quarré-ment un bloc de terre, de l’épaifleur que la piece doit avoir, ôc qui ait extérieurement la largeur qui convient au fourneau ; on perce enfuite, au milieu de cette piece dev terre, un trou quarré, du diamètre que demande l’intérieur du fourneau. Plufieurs pièces femblables, ajuftées les unes fur les autres, compoferont le fourneau entier : une feule fera différente des autres, c’eft celle qui en fera la bafe, celle qui formera le cendrier. On lui laiflfera un rebord tout autour , excepté dans les angles : ce rebord eft defti-né à porter la plaque de fer fur laquelle on pofe le creufet. Cette plaque pourtant fera , fi on veut, foutenue comme dans l’autre fourneau, par deux barreaux de fer ; la même piece aura fur une de fes faces, une ouverture par où on pourra retirer la cendre ôc les charbons qui tomberont dans le cendrier.
- Un tuyau recoudé qui recevra le vent du foufflet d’une forge, le conduira à l’ordinaire fous la plaque de fer de ce fourneau.
- Si,
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- adoucir le fer fondit.
- Si, outre le fourneau portatif, on a une forge portative, une forge roulante, on pourra tranfporter fon fourneau où l’on fou-haitera» Plus les pièces, dont ce fourneau fera fait, feront minces, ôc plus aifé il fera à tranfporter : chaque fois qu on le changera de place, on lutera toutes les jointures avec une terre fabloneufe.
- Si on ne veut fondre du fer que pour des expériences, ou pour en jetter en moule de petites pièces, une forge ordinaire eft un fourneau fuffifant ; en moins d’une demi-heure 5 on y rendra très-fluide une livre ou deux de ce métal : il n eft queftion que de pouffer le vent du foufflet, Ôc d’être attentif à tenir le creufet bien entouré de charbons. Je me fers , dans cette occafion, de creufets cylindriques par préférence ; j’en prends toujours de plus grands qu’il ne faut, pour contenir la quantité de métal que j’y veux mettre en fufion ; ôc cela, parce que je le couche dans la forge, fous un angle d’environ 4 $ degrés : le plus & le moins ne font rien ici. Ainfi couché, il eft moins expofé à être renverfé ; on peut plus aifément mettre le fer dedans, on voit mieux le point où en eft le fer, s’il eft liquide, s’il l’eft fuffifam-ment : d’ailleurs 4e creufet en eft plus aifé à retourner.
- Cette maniéré de fondre , toute Ample qu’elle eft, eft très-bonne, quand on aura envie de jetter en moule de petites pièces rem-
- Î)lies de traits fins ; ôc cela, parce qu’on rend a fonte parfaitement liquide, ôt par confé-quent en état de bien remplir les plus petits vuides du moule. Quoiqu’on ait recours à des fourneaux, où la chaleur eft plus violente , comme on y fond aufïi, proportionnellement à leur grandeur, une plus grande quantité de fer à la fois, on ne l’y met pas dans une fufion aufli parfaite , aufli égale. Toute la matière contenue dans un grand creufet, ii’eft pas également expofée à la chaleur ; cette matière, dans le temps même qu’elle eft fondue, peut être comparée à une barre de fer qu’on a fait rougir au milieu du feu, dont le centre a toujours pris un degré de chaleur inférieur à celui qu’ont pris les couches les plus proches de la furface.
- On peut fondre à la forge une plus grande quantité de fer à la fois, fi on y met un plus grand creufet, ôt qu’on l’entoure d’un ferre-feu qui retiendra les charbons; j’en ai fait faire un pour cet ufage, qui vaut prefque un fourneau : la confommation du charbon y eft pourtant un peu plus grande, proportionnellement à l’effet produit, que dans le fourneau du Fondeur.
- Les différentes façons dont on peut fondre le fer par un feu qui n’agit qu’après avoir paffé au travers des parois du creufet, fe ré* duifent aux précédentes : il nous refte à par* /,idduion à laÿt. Section.
- 1er des maniérés de le fondre en fexpofant immédiatement à l’adfion du feu. Jfe ne fçais s’il feroit pofllble d’y réuflir dahs des four-* neaux de réverbere , tels que font ceux où l’on fond le cuivre pour jetter les grànds ouvrages, comme les Cloches, les Canons, les Statues : je n’en ai fait qu’une expérience-. Inutilement de la fonte de fer de la plus fii* fible, refta pendant long-temps expofée à l’a&ion du feu dun de ces fourneaux, elle ne s’y fondit point. Cette expérience apprend au moins , que des fourneaux de réverbere précifément femblables à ceux où l’on fond a&uellement le cuivre, n’agïroient pas affez puiffamment fur le fer. Ce n eft pas feu* lement que ce métal demande, pour être rendu liquide, un plus grand degré de cha* leur, que celui qui fuflit àu cuivre : les obfer* vations qui viendront dans la fuite, appren* dront qu’il a de particulier de vouloir être fondu brufquement. On ne doit pas efpérer ici de fuppléer à l’a&ivitédu feu par la durée ; il eft fingulier ôc certain, que le feu qui l’atta* que trop foiblement pour le fondre, le rend de moins en moins fufible ; ôt avec le temps, l’amene au point de ne pouvoir plus être rendu coulant, même par le feu le plus vio* lent de quelque efpece de fourneau que ce foit* Il y aurüit des moyens d’augmenter l’aêfivité de ceux de réverbere ; j’ignore pourtant s’il feroit aifé de la pouffer au point né-ceffaire pour faire couler le fer ; mais affez d’autres fourneaux peuvent fuppléer à ceux* là, ôc agiront toujours plus promptement Ôt à moindres frais : tels font tous ceux à foufflets*
- Il y a une forte de Fondeurs, qui fondent journellement de la fonte de fer, ôc qui ne fondent point d’autre métal ; leur nombre n’eft pas grand : je ne fçache pas qu’il y en ait eu à Paris plus de deux ou trois à la fois, Ôc je crois qu’a préfent il n’y en refte qu’un. Dés Fondeurs de cette efpece courent la campa* gne ; ils paroiffent fucceflivement en différent tes Provinces ; ils jettent en moule des poids de fer,des plaques deftinées à certains ufages , des marmites, ôc quelquefois les raccommodent. Le feu agit immédiatement contre le fer dans les fourneaux dont ils fe fervent, Ôc y eft animé par le vent des fouffletS; Il eft compofé de deux parties d’une forte de ereu* fet, ôc d’une tour en forme de cône tronqué , qu’on pofe fur ce creufet* Nous décri* rons d’abord ces deux parties , ôc toutes le§ autres aufli Amplement ôc grofliérement fai* tes, quelles le font chez nos Fondeurs ; nous dirons enfuite comment on les peut rendre plus folides, les mieux affembler. Il eft bon de connoître ce qui peut s’exécuter à moin* dres frais : il y a des circonftànees où le folidë importe peu.
- Cette maniéré de fondre, s’appeilzfonirè
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- à la poche r auffi îe creufet du fourneau eft-il appellé une poche. On appelle encore ce fourneau, un fourneau à manche ; & c’eft à la tour qu’il doit ce fécond nom : car on la nomme une manche. Le creufet eft compofé en partie d’un vieux pot, ou d’un vieux chaudron de fer fondu, félon qu’on le veut plus grand ou plus petit ; ou plutôt ce vieux pot ou ce vieux chaudron, fert à maintenir le creufet qui eft d’une couche de terre fàblo-neufe, épaiffe d’environ un pouce Ôt demi ; elle revêt intérieurement le vafe dont nous parlons. Pour le folide, ôt c’eft ainfi je que l’ai fait pratiquer, cet enduit doit être des mêmes terres dont on fait les creufets, ôt préparées de la même façon : car s’il eft d’une terre trop fondante , il y a trop fouvent à y retoucher, La terre peut s’élever au-deffus des bords du vafe qui la foutient ; alors elle a feule, quelque part, une échancrure en demi-cercle , qui recevra en partie la thuyere dans laquelle les foufflets doivent pouffer le vent : cette échancrure pourroit être dans le bord même du vafe.
- La fécondé partie du fourneau, la tour conique ou la manche, eft faite pour être pofée fur îe creufet ; par conféquent, fon diamètre eft déterminé à peu-près, par celui du creufet qu’on a choifi : extérieurement, elle eft auffi de fer. Nos Ouvriers la forment fouvent de plufieurs marmites fans fond , ajuftées les unes fur les autres ; mais il eft plus commode de la faire de tôle. On lui donne environ i $ à 16 pouces de hauteur ; mais on ne doit pas craindre de l’élever davantage. Intérieurement, elle eft revêtue de terre pareille à celle du creufet, ôt de façon que l’ouverture du haut refte un peu plus étroite que celle du bas. Nous ne donnons aucunes mefures précifes , parce qu’on peut extrêmement les varier toutes ; mais lî on veut faire ufage de ces fourneaux, tels qu’il y en a aêhiellement deconftruits, les deffeins donneront des dimenfions fur lefquelles on pourra fe régler.
- N’oublions pas de remarquer, que la tour a une échancrure femblable à celle de la poche ou du creufet, au-deffus de laquelle elle fe pofe dire&ement ; les deux enfemble forment l’ouverture qui reçoit la thuyere.
- L’affemblage de ces deux pièces, compofe le fourneau en entier ; on y excite l’araeur du feu, par le moyen de deux foufflets : ils occupent chacun un Ouvrier. Les foufflets étant placés d’une maniéré ftable, la pofition du fourneau eft déterminée par la leur ; mais ce qui eft effentiel, c’eft qu’ils doivent être inclinés , & de façon qu’ils dirigent le vent vers le fond du creufet, non pas précifément au milieu du fond, mais au moins tout au bas de la parois qui eft oppofée à la thuyere.
- Le terrein qui eft au-deffous des bouts,
- ou ( en terme de l’Art ) au-deffous des buzes des foufflets : ce terrein, ôt même un peu par-delà, eft plus creux , que celui du refte de l’atelier. Ce creux eft rempli de cette ef-pece de poudre , qu’on trouve toujours au fond des tas de charbons , de ce qu’on appelle du fraifil > ôt des craffes qui fe tirent de deffus le fer, qui ont été concaffées : c’eft au milieu de ce tas de poudre, qu’on place la poche ou le creufet. Il eft aifé d’y faire fur le champ un trou pour le recevoir ; on creufe dans ce fraifil , auffi aifément que dans le fable.
- Mais nous avons à faire remarquer, qu’on ne met pas le creufet immédiatement dans le fond du trou. Ce creufet recevra bientôt la matière fondue : quand il en fera plein , il faudra le porter fur les moules , où le métal doit être jetté. Pour avoir la facilité de l’enlever dans la fuite, on le pofe dans une ef~ pece de cuiller à jour, dont le cuilleron eft compofé de différentes bandes de fer : elle a un manche long de plufieurs pieds, ôt de plus une anfe à peu-près femblable à celle des chaudrons.
- Il n’eft pas temps encore de voir l’ufage de l’anfe & du manche ; pour le préfent, imaginons feulement cette cuiller enfoncée dans la poudre, dans le fraifil, ôt le creufet, ou la poche, pofé dans la cuiller ; Ôt cela à une diftance des foufflets, telle que leurs bouts entrent d’environ un demi-pouce dans l’échancrure que nous avons deftinée à recevoir la thuyere: nous fuppoferons auffi, que la thuyere a été mife dans cette place ; elle eft ordinairement de fer fondu, ôt eft toujours beaucoup plus évafée par-dehors, par l’ouverture qui reçoit les bouts des foufflets, que par le dedans.
- Pofons enfin la tour fur le creufet, ôt enveloppons bien le creufet, ôt même le bas de la tour, de fraifil, afin que la flamme ne puiffe pas s’échapper du fourneau, par les jointures de nos deux pièces ; tout pourtant n’en fera que plus clos, fi on les a lutées avec de la terre. Cela fait, notre fourneau eft dreffé, ôt prêt à être mis en feu ; on jette, par fon ouverture fupérieure quelques charbons allumés ; ôt par-deffus ceux-ci, on en jette de noirs, que le vent des foufflets enflamme bien vite : on achevé enfin de le remplir de charbon.
- Quand tout le charbon eft allumé, quand à la place de celui qui eft defeendu , on en a eu remis de nouveau : ôt enfin, quand on voit que le fourneau eft fufîifamment échauffé, on y porte la première charge du fer qu’on y veut fondre. Chaque fois qu’on y met du fer, le fourneau eft plein de charbon , julqu a fon ouverture fupérieure : c’eft le feul endroit par où on puiffe le charger , foit de charbon, foitde métal.
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- D'ADOUCIR LE FER FONDU.
- Le fer ConcafTé en morceaux de la grandeur à peu-près d’un écu ; ils doivent être fondus quand iis arrivent au creufet, ôt des morceaux trop gros pourroient ne l’être pas pendant qu’ils font ce chemin.
- Quand la derniere charge de charbon s’eft abbaiffée de deux ou trois pouces, il eft à propos de faire entrer une verge de fer dans le fourneau, par fon ouverture fupé-rieure ; en agitant cette verge, on oblige les charbons à fe mieux arranger, à defcendre davantage, à lailfer moins de vuides en-tr’e'ux : mais il refte en haut une plus grande place vuide ; on la remplit d’une nouvelle charge de charbon, au-deflus de laquelle on étend une nouvelle charge de fer. Chaque charge de fer n’a d’épaifîeur que celle des morceaux de fer , & a de largeur ou fur-face , toute celle de l’ouverture fupérieure du fourneau : tant qu’on juge à propos d’entretenir le feu, de faire fondre de nouveau fer, on répété les manœuvres précédentes.
- Pendant tout ce temps, il faut veiller à la thuyere, les buzes, les bouts de foufflets ne la rempliflent pas en entier ; il refte allez de place pour voir, comme par un tuyau, ce qui fe palfe dans le fourneau à une certaine hauteur du creufet ,: on n’a pas un grand champ ; il y en a pourtant allez pour avoir quelquefois un fpeêtacle amufant. On apper-çoit la fonte, qui, après s’être allongée, fe détache par gouttes ; de temps en temps, quelque nouvelle goutte tombe dans l’efpace qu’on peut voir ; mais ce qu’on cherche à obferver, c’eft, fi la lumière de la thuyere eft bien brillante, bien blanche, ou, en termes d’Ouvriers, fi elle paroît comme une lune, exprelfion qui donne une idée fort jufte de la couleur qu’a le feu du fourneau vis-à-vis cette thuyere, quand les foufflets l’ont rendu auffi vif qu’il le doit être : mais fi la couleur paroît rougeâtre , c’eft un mauvais ligne. C’en eft encore un plus mauvais,fi la thuyere fe barbouille, fi on y apperçoit du noir ; c’eft quelle fe bouche : & il faut être continuellement attentif, à empêcher que cela n’arrive ; ce qu’on fait en palfant une petite verge de fer rouge, ou même une petite baguette de bois dans la thuyere ; & cela juf qu’au dedans du fourneau ; par ce moyen, on emporte les matières qui commençoient à s’attacher à fon bout intérieur , qui commençoient à le boucher, & qui peu-à-peu le boucheroient au point que le vent n’au-roit plus alfez de palfage. De la matière vitrifiée qui fera collée contre la thuyere , un morceau de fer mal fondu qui l’aura touchée , peuvent être la caufe de cet accident; car tout ce qui fe trouve précifément au bout de la thuyere, ne fe fond plus ; la matière même qui a été mife en fufion fe re-froidiroit, fi elle s’éievoit jufques-là ; tant
- que le vent eft dans la thuyere 9 & dans l’inf-tant qu’il en fort, il eft froid : il refroidit donc ce qu’il rencontre avant d’avoir rencontré des charbons.
- Enfin, quand à diverfes reprifes, on a eu jetté dans le fourneau , tout le fer qu’on s’eft propofé de rendre fluide, on fe difpofe à le couler dans les moules ; on regarde fi au-deflus des charbons il ne paroît plus de morceaux de métal qui reftent à fondre ; fl on n’y en voit point, on tâte, avec une verge de fer, s’il n’en refte point qui ne foient pas vifibles ; & en cas qu’il s’en rencontre, on les fait defcendre jufqu’au creufet ; on agite la matière qu’il contient, afin d’y faire amollir celle qui y eft defcendue nouvellement ; lorfqu’on croit que tout eft fondu, on cefle de mouvoir les foufflets : on déterre le fourneau, on ôte tout le fraifii, dont on l’a entouré, & on renverfe la tour.
- Alors, le creufet eft découvert, la matière eftprête à être coulée ; les moules ont été préparés à la recevoir : il faut ôter le creufet de place, àc le porter au-deflus de ces moules. La maniéré commune d’enlever le creufet de fon trou, c’eft de pafler une barre de fer dans l’anfe de cette cuiller, dans laquelle nous l’avons vu mettre; & c’eft feulement pour pouvoir retirer le creufet, avec plus de facilité, de le renverfer, qu’on a donné une anfe & un manche à cette efpece de cuiller. On paflfe donc une barre de fer dans l’anfe ; deux hommes prennent cette barre, chacun par un bout ; ils portent le creufet auprès des moules : un troifieme Ouvrier tient le manche de la cuiller, au moyen duquel il fait pancher le creufet, & lui fait verfer le fer fondu dans un moule.
- Le fleur Cufln, Ouvrier induftrieux du Fauxbourg S. Antoine, a une maniéré moins fatiguante de porter le creufet : à quelques pieds de diftance du fourneau, il a planté un arbre vertical de plufieurs pouces d’équar-riflage : le bout fupérieur de cet arbre porte un levier, dont la plus courte branche a aftfez de longueur, pour que fon bout aille jufques vis-à-vis le fourneau. Le levier tourne librement fur l’arbre qui le foutient ; il eft pafle dans un anneau, qui fait partie de la tête d’un boulon de fer ; ce boulon a près d’un pouce de diamètre ; il entre verticalement dans l’arbre : il eft logé dans un trou , ou il tourne avec facilité. A la plus courte branche du levier, tient une chaîne terminée par un crochet. Quand on veut enlever le creufet, on engage l’anfe de la cuiller dans ce crochet, ôc afin d’avoir moins de peine à foulever le tout, on a foin de charger l’autre branche d’un poids qu’on augmente félon le befoin : de forte que le levier feul porte le creufet. En faifant tourner le levier, on conduit le creufet au-deflus des
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- moulés ; on a eu attention de les difpofer à peu-près dans la demi - circonférence que parcourtle bras qui eft chargé du creufet : à mefure que le creufet a été conduit au-deflfus d’un moule, un homme qui tient le manche de la cuiller, l’éleve, ôc incline le creufet.
- Nous avons dit, que nous ne nous arrêterions point à expliquer la conftrudion des ïhôules, ôc leurs différences. Ceux qui font ïepréfentés, PL IV, font Amplement changés de poids, quoique pour l’ordinaire ils doivent être ferres dans une prefle, comme ceux de la PL III,
- Quand lé creufet a été enlevé de fa pre* iriiere placé, le fer fondu étoit encore couvert dè charbon .Ôc de fcories fluides : fça-Voir, de matière vitrifiée ou laitier, qui a été fourni par le fer, ôc aufîi par les cendres du charbon qui ont été réduites en verre. Avec quelque outil, quelque barre de fer , quelque efpece de ratifloire, on ôte d’abord les charbons, enfuite on tâche de retirer toute la matière vitrifiée qui furnâge le fer ; comme elle eft fluide, il ne feroit pas aifé de l’enlever, fans enlever en même-temps du fer fondu : un expédient fimple en donne la facilité.
- Un Ouvrier arrofe d’eau la matière du creufet , ôc cela avec un linge mouillé, qui eft attaché au bout d’un bâton. Aufli-tôt un au* tre Ouvrier, avec un bâton ou avec quelque Outil, pouffe par-deffiis les bords du creufet, tout ce qu’il trouve -avoir quelque confiftan* Ce ; ce n’eft guere que la matière vitrifiée qui en a pris : outre qu’elle eft plus aifée à refroidir que le fer, c’eft que l’eau eft tombée immédiatement fur elle. On continue de même à jetter de l’eau à fept ou huit reprifes différentes , & à retirer du creufet toute la matière que le bâton peut entraîner ; la furface du fer eft alors bien nette, bien découverte : enfin il né refte plus qu’à verfer ce métal dans les moules.
- Le fourneau que nous avons décrit, eft conftruittrès-grofliérement; mais après tout, il donne idée de la maniéré dont il faut s’y prendre , pour faire mieux ; on voit afffez qu’on peut établir le creufet plus folidement, que dans une marmite de fer fondu : j’ai fait faire un bâtis de barres de fer, ôc j’ai fait remplir les intervalles quelaiflent les barres avec de bonne tôle.
- Pour la tour, plus elle fera haute, & mieux le fer s’y fondra ; fon aflemblage fera plus sûr ôc plus fiable, s’il eft de tôle, que de fragmens de marmites, toujours mal ajuftés les uns fur les autres. Cette enveloppe de tôle n’eft que pour foutenir la terre dont elle eft revêtue intérieurement ; pour que la terre s’y foutienne mieux, qu’il ne s’en détache jamais de grandes pièces, ôc afin qu’il foit plus facile d’en remettre à la place de
- celle qui fera tombée, on lardera cette touj? de clous dont les têtes feront en-dehors, ôc dont les pointes pénétreront horifontale-ment en-dedans : plus les clous feront près les uns des autres, ôc mieux la terre fera retenue.
- Au lieu de ces clous, on a mis en-dedans d’une tour que j’ai fait faire, des verges de fer repliées par les deux bouts > & qui ont toute la longueur de cette tour; elles ne font éloignées les unes des autres, que d’un pouce : la terre fe trouve [enchaflfée entre ces verges de fer, & elle les recouvre au moins d’un pouce.
- Notre fourneau a fon creufet enterré. J’en ai fait conftruire un dans une fituation tout* à-fait différente ; le creufet eft en l’air ; fon fond eft éloigné de terre de plus de 14 à 15 pouces ; il eft foutenu dans cet état par deux tourillons, qui font portés par deux mon-tans d’un aflemblage de bois. Je n’expliquerai point, en détail, les particularités de ce fourneau, on en fera afffez inftruit par la Planche, ôt fon explication.
- Ce que je me fuis propofé principalement,’ c’eft qu’on ne fût plus dans la néceflité de renverfer la tour, chaque fois qu’on a à cou* 1er la fonte ; par cette manoeuvre, le fourneau fe refroidit ; il n’eft pas aifé de le re-dreffer fur le champ ; chaque fois qu’on veut fondre, on eft donc obligé de recommencer fur nouveaux frais, on ne profite point ou on profite peu du charbon qui a été brûlé auparavant. Au lieu de porter le creufet fur les moules, dans notre nouvelle difpofition, on apporte les moules fous le creufet : on incline ce creufet, on lui fait verfer la matière fans le déplacer, Ôc fans ôter la tour. Il fait en quelque forte corps avec la tour, ou ils font liés enfemble, par des barreaux de fer, aufîi folidement que s’ils faifoient corps. Pour incliner le creufet, on prend deux branches de fer attachées ou enclavées dans un lien qui entoure le haut de la tour; un homme fe faifit d’une branche, ôc un autre de l’autre ; en abaiflant le haut de la tour, ils font pencher le creufet qui verfe la matière dans des moules ; s’ils font dans une prefle, un Ouvrier avance ou recule, incline ou re-drefle la prefle ; à mefure qu’un des moules eft rempli, il eft attentif à bien préfenter l’ouverture d’un autre au métal qui coule. On. peut même placer les moules furune efpece de petit charriot, dont un Ouvrier tiendra le timon ; ce qui donne plus de facilité à les mouvoir, Ôc à les incliner de la façon qu’on trouve convenable.
- Gomme il n’eft pas aufîi aifé de verfer la matière qui fort de ce grand creufet dans l’ouverture du moule, qu’il eft aifé de verfer celle d’un petit creufet qu’on tient avec des tenailles, on trouvera commode de fe fervir,
- comme
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- D'ADOUCIR LE
- 'comme je l’ai fait pratiquer, dun petit entonnoir de terre cuite,ou, fi on le veut plus durable, de fer forgé, ou de cuivre fondu. On place cet entonnoir au-deffus de l’ouverture du moule ; il eft foutenu par une piece de fer, dont le milieu forme une efpece de collier alfez grand, pour laiffer entrer partie de l’entonnoir. Cette piece de fer, près de fes deux bouts, eft repliée en équerre , & à des diftances telles l’une de l’autre , qu’entre les deux parties repliées, il y a précifément une diftance égale à la largeur des deux chaftis dont le moule eft formé. Ce n’eft pas unedépenfe, que d’avoir de ces pièces de toutes les grandeurs , dont on a des chaftis : mais avec des vis, on peut mettre une piece de fer en état de fervir à des chaftis de différentes grandeurs. Avant de pofer l’entonnoir en place, on aura la précaution de le faire chauffer ; on le placera aufti de façon qu’il refte quelque diftance entre le bout de fon tuyau & le trou ou jet du moule , afin de pouvoir remplir le moule 9 fans qu’il refte de métal dans l’entonnoir.
- Dans la PL IF', qui repréfente le nouveau fourneau 9 il y eft placé fur un bâtis de bois, dont les quatre piliers ont des roulettes ; ce que j’ai fait faire 9 pour qu’on le pût changer de place à fon gré : mais cette difpofition n’eft nullement néceffaire ; les piliers qui porteront le fourneau, peuvent être fixés : il peut même être foutenu d’un côté par une potence fcellée dans un mur.
- Au lieu d’un foufflet, qui ici eft encore porté par le chaftis de bois qui foutient le fourneau, on peut difpofer , & de toute autre maniéré, deux fouffiets : l’activité du fourneau n’en fera que plus grande. On augmentera la grandeur des fouffiets, & on les fera mouvoir avec plus de force & de vîteffe, félon qu’on voudra conftruire un fourneau capable de contenir plus de fer en bain ; mais on remarquera, qu’un feul foufflet mû une fois plus vite, équivaut à deux fouffiets, chacun de même grandeur que le précédent, mais mûs la moitié moins vite.
- Quand le creufet eft en terre , il eft placé plus favorablement pour conferver fa chaleur , que lorfqu’il eft au milieu de l’air ; pour remédier à ce que cette derniere difpofition a de défavantageux, on donnera à l’efpece de boîte, à l’efpece de calotte de tôle, qui forme les parois extérieures du creufet, plus de profondeur & de diamètre que le creufet ne le demanderoit ; & dans celle-ci, on en mettra une fécondé moins profonde, & qui n’aura un diamètre égal à celui de l’extérieure qu’auprès des bords ; ce fera cette derniere qu’on recouvrira de terre, & qui formera le vrai creufet. Il reftera un vuide entre ces deux efpeces de calottes de tôle : l’extérieure fera percée de trois ou quatre Addition à la J e. Section.
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- ouvertures affez grandes, pour laiffer entrer des charbons allumés qui rempliront le vuide , ôt échaufferont le fond & les parois extérieures du véritable creufet.
- Au lieu de la fécondé calotte, on peut arranger divers morceaux de fer , de façon qu’un de leurs bouts porte contre le bord fupérieur de la calotte de tôle, êt que l’autre bout de chaque barreau aille fe réunir autour d’un même point. Ils renfermeront une efpece de cône ; ils formeront une efpece de grille conique, qu’on enduira intérieurement de la couche de terre, qui doit former le creufet.
- Qu’on ne cherche pas à rendre le creufet trop folide, en donnant beaucoup d’épaiffeur à la couche de terre ; il auroit peine à s’échauffer ; la fonte qui toucheroit le fond, pourroit fe figer : que fon épaiffeur foit d’un pouce ou peu davantage, & elle fera fuffi-fante.
- On aura foin de réferver une ouverture tout au bas de la tour, oppofée à peu-près à celle où eft la tuyere : fon ufage fera juger de la grandeur qui lui convient. Chaque fois qu’on fera prêt à couler la fonte, 011 fera entrer, par cette ouverture, un ringard crochu , quelque efpece de ratiffoire, avec laquelle on entraînera les charbons, & fur-tout toutes les craffes, toute la matière vitrifiée, qui furnâgent la fonte. Nous parlerons pourtant ailleurs d’un expédient, pour faire couler du creufet de la fonte très-claire , quoiqu’on n’ait pas nettoyé fa furface 9 & l’on en pourroit faire ufage ici.
- Quoique ces derniers fourneaux fournif fent de la matière, pour remplir de plus grands moules, ou plus de moules médiocres , qu’on n’en pourroit remplir par le moyen de ceux où l’on fond le fer dans des creufets de terre ; cependant conftruits fur les mefures qu’ils ont dans les PL IISC IF\ ils ne pourroient fuffire qu’au travail de quelque Maître Fondeur. Pour des Manufactures con-fidérables , on les pourroit faire plus grands , leur donner de plus forts fouffiets, & même mûs par l’eau : car ils font faits fur le principe de ceux où l’on fond la mine de fer, qui ne font réellement que de très-grands fourneaux à manche. Mais dès qu’on aura la facilité de mouvoir des fouffiets par l’eau, je con-feille d’avoir recours à une autre efpece de fourneau plus fimple, plus expéditif, & propre à donner abondamment du métal fluide : je veux parler de ces fourneaux appellés ajji-neries en quelques pays , ÔC renardières en • d’autres. On s’en fert pour fondre la fonte qu’on veut convertir , foit en acier, foit en ces fers qu’on nomme quarillons : j’ai pro-pofé autrefois d’y avoir recours. Mais alors ce n’étoit qu’une idée qui demandoit à être» perfectionnée par l’expérience, ce que depuis
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- j’ai eu oceafion de faire ; j’ai fait mettre ces fourneaux dans un tel état* que je ne crois pas qu’on s’avife d’en chercher de plus commodes. Ce font les feuls dont on fe fert à la Fonderie de Cofne en Nivernois* où l’on couloit en fer des ouvrages magnifiques ôc de toutes grandeurs.
- Rien n’eft plus fimple que les affineries ou renardières ordinaires. Deux grands fouf-flets pouffent leur vent dans une thuyere pareille à celle qui reçoit le vent du fouf-flet de la forge d’un Serrurier. Au-deffous de cette thuyere* dans l’endroit où eft le foyer de la forge du Serrurier* eft un trou qui a la forme d’une pyramide tronquée à quatre faces. Ce trou eft formé par de folides murs de briques ; fes parois intérieures font de plus revêtues de quatre épaiffes plaques de fonte de fer ; une de ces- plaques feulement eft percée près du bas. Le mur de brique manque auffi en cet endroit ; le côté où eft cette ouverture eft le devant de raffinerie ; ôc c’eft par ce côté qu’on donne écoulement hors du fourneau au métal fondu.
- Avant de fonger à y en fondre* on remplit le trou avec du charbon pilé, ou au moins concaffé affez menu; on le bat même à mefure qu’on en remplit le trou ; il y doit être bien entaffé. Nous n’infifterons pas davantage fur cette circonftance* ôc fur quelques autres petites particularités* parce quelles ne font rien au but que nous nous propofons. Ce qui y eft effentiel* c’eft qu’on ofe au-deffus du trou rempli de charbon le out des plus groffes gueuzes. On le recouvre de gros charbons ; le vent des fouffiets les allume* ôc enfuite en darde la flamme * ôc la fait circuler fur le bout de cette gueuze : il fe fond ; la fonte liquide tombe dans l’affi-nerte; elle force les charbons quelle fouleve à lui faire place; de temps-en-temps on avance la gueuze vers la thuyere* afin qu’une portion égale à celle qui vient d’être fondue* foit toujours prête a fondre.
- C’eft dans ces mêmes affineries qu’on peut fondre très - avantageufement le fer qu’on veut jetter en moule ; mais pour cela il y faut faire quelques additions * afin que le métal y foit tenu plus fluide qu’il n’y eft ordinairement * ôc afin qu’on l’en puiffe tirer fans peine * pour en remplir les moules. La principale de ces additions * c’eft que je fais mettre dans le trou de l’affinerie un grand creufèt dont le bord eft immédiatement au-deffous de la thuyere. Il reçoit le fer liquide qui fe feroit épanché dans le trou. Il paroît peut-être étrange que pour tenir à la fois une grande quantité de matière fondue* j’en revienne à un creufet : mais celui-ci reffem-ble peu à celui des Fondeurs; c’eft plutôt une chaudière qu’un creufet, dont la profondeur ne doit pas être trop confidérable,
- Les plus petits de ceux-ci contiendront au moins 200 livres de métal * & on peut en employer qui en contiendront fix àfept cents livres. Ils doivent être de fer forgé, comme le font ceux dont on fe fert aux monnoies * pour faire à la fois des fontes d’argent de 1200* 1500* & jufqu’à 2000 marcs. On tire des groffes forges des plaques de fer forgé propres à les faire ; ôc on fçait en fabriquer de telles formes Ôc grandeurs qu’on voudra.
- J’ai dit qu’une des vues qui m’a fait recourir à ce creufet* a été d’entretenir le métal très-fluide ; elle engage à bien chauffer continuellement fon fond ôc fes parois extérieures; ôc c’eft-là l’objet des principaux changements faits dans l’intérieur de raffinerie. On y met une grille élevée de terre de quatre à cinq pouces ; elle eft deftinée à fou-tenir des charbons. Au-deffus de cette grille eft une piecede fer roulée circulairement* ôc élevée un peu au-deffus de la grille, foit par trois pieds qui pofent fur la grille même * foit par des parties faillantes qui font fcellées dans les parois du fourneau ; tout cela importe peu* puifque Fufage de cette piece eft uniquement de foutenir le creufet. Les vuides qui reftent entre fes parois * ceux du fourneau 6c la grille * feront tenus pleins de charbons. Une partie en fera fournie par ceux même qu’on fcellera autour de la thuyere ; ils defcendront peu-à-peu jufques à la grille : pour achever de l’en garnir * on en mettra de temps en temps* par une ouverture qui communique en dehors du fourneau * ôc qui eft peu au-deffus de cette grille.
- On pourroit exciter l’ardeur de tous ces charbons qui ne doivent fervir qu’à échauffer les dehors du creufet* ôc non à fondre le métal* par le moyen d’un foufflet double* femblable à ceux des Fondeurs ou à ceux des Serruriers * qui feroit mû à bras, ou par l’eau même qui fait agir les deux fouffiets de bois ; mais fans ce foufflet, les dehors du creufet feront fuffifammentéchauffés* pourvu qu’ôn perce les quatre faces du fourneau, ou feulement deux ou trois de fes faces * à la hauteur du cendrier; le cours libre de l’air produira tout l’effet néceffaire.
- Nous avons dit que l’intérieur des fourneaux des affineries a la figure de pyramide tronquée; mais nous avons jugé* ôc l’expérience a juftifié cette idée* que la figure dont le diamètre furpaffe feulement de trois à quatre pouces celui du creufet, vaut mieux.
- Avant de mettre ce creufet dans le fourneau * on le revêtira intérieurement d’une couche de lut épaiffe d’environ un pouce ; fi on recouvre fa furface extérieure d’une autre couche de lut, elle fervira encore à le rendre plus durable, Ôc le creufet ne s’en échauffera guere moins vite * pourvu qu’on tienne mince cette derniere couche.
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- D'ADOUCIR LE «Quand on n’a à remplir quun ou deux grands moules à la fois, on le peut fans retirer le creufet du fourneau, ôc nous dirons bientôt ce qu’il faut alors ajouter tant au fourneau qu’au creufet ; mais quand on a à remplir de fuite quantité de petits moules, on eft dans la néceffité de conduire le creu-fet fucceflivement fur chacun de ces moules : la première difficulté eft de retirer du fourneau , d’enlever ce creufet plein de métal fluide ; il doit donner une prife commode : pour cela il portera deux oreilles faites & pofées à peu près comme celles des chaudrons , & folidement rivées : quand on voudra le retirer du fourneau, on palfera une anfe dans ces deux oreilles ; cette anfe qui eft mife froide, aura fuffifamment de force, quoiqu’elle n’ait qu’une groffeur médiocre : mais les oreilles font abfolument néceffaires; d’autres parties en apparence plus folides Ôc qui auroient de même à refter dans le feu autant que le creufet, ne réfifteroient pas. J’ai, par exemple, commencé par faire river deux forts tourillons en deux endroits diamétralement oppofés du milieu du creufet; c’eft à ces tourillons que je prétendois accrocher l’anfe : j’ai encore fait fouder parfaitement de pareils tourillons à un épais collier que je faifois river autour du creufet. Ces tourillons ramollis par la chaleur, quelque gros quils aient été, ont toujours cédé, ils n’ont pu ré lifter à la pefanteur du creufet chargé de métal ; au lieu que les anfes n’ont jamais manqué: les tourillons font pofés horifon-talement, ôtles anfes verticalement. Par la loi du levier, le poids agit avec plus de fuccès contre ces tourillons que contre les oreilles, par rapport auxquelles l’effet du levier eft abfolument nul.
- Contre le mur du fourneau doit être fcellée une potence mobile autour de deux pivots ; fon ufage déterminera la hauteur où elle doit être, la force ôt dimenfions de fes parties : elle porte un levier, dont un bras eft confi-dérablement plus long que l’autre. Au bras plus court, tient une chaîne terminée par un crochet , qu’on arrête à l’anfe du creufet. Alors, la force d’un feul homme appliqué fur le long levier, enleve le creufet, le fait tourner ôt le pofe fur la table du fourneau. * On peut accourcir le plus long des bras de ce levier, fl on veut compenfer , par les
- Ï>oids dont on le chargera, l’avantage qu’on ui fera perdre en le raccourciffant.
- Quelque Ample que foit cette manœuvre, elle a été jufques ici affez négligée ; les Ouvriers accoutumés au feu, s’en approchent avec une hardieffe furprenante. Après avoir écarté les charbons qui entouroient le creufet , ôt avoir un peu amorti leur ardeur avec un feau d’eau , ils montent deux fur le fourneau, paffcnt une barre ou ringard de
- FER TONDU i?
- fer dans l’anfe du creufet, Ôc prenant chacun par un bout ce ringard, ils l’enlevent ôt le pofent fur le fourneau* C’eft néanmoins une opération qui ne fçauroit fe faire, fans que leurs jambes foient expofées à s’échauffer violemment. Le vrai eft , que j’ai cherché à les défendre contre le feu, en les faifant recouvrir de guêtres, qui font précifément de petits matelas. Elles ont deux épaiffeurs de toile, entre lefquelles de la laine eft renfermée , ôt n’eft piquée que loin à loin. Je me fuis fçu grand gré d’avoir penfé à ces guêtres. Un jour où devant moi, deux Ouvriers chargés d’un creufet qui tenoit plus de deux cents livres de fer fondu , voulurent l’élever trop, pour le verfer dans un moule, ils ne fe trouvèrent plus affez en force pour le retenir ; ils le laifferent tourner : il verfa toute fa matière entr’eux deux. Je leur croyois les jambes brûlées ; mais les guêtres les avoient fl bien défendues , qu’à peine furent-elles attaquées de quelques petites dragées de métal : le travail de ces Ouvriers ne fut pas même interrompu, par un événement qui m’avoit fi fort effrayé pour eux.
- Le creufet étant tiré du fourneau, il refte à le conduire fur les moules : fl on en avoit peu, ôt que les circonftances permiffent de les arranger près du fourneau, on l’y pour-roit conduire au moyen d’un levier mobile fur un pivot, ôt d’une maniéré équivalente à celle qui eft repréfentée dans la Planche. Mais dans le plus grand nombre des cas, on ne pourroit verfer le métal dans les moules, par le moyen d’une machine fixe : j’ai tenté d’en employer une mobile fur des roues. Mais pendant qu’on la conftruifoit, je donnai aux Ouvriers des moyens affez Amples, de porter eux-mêmes à bras le creufet. Cette maniéré d’opérer leur a paru fl commode Ôt fi prompte, ils s’y font accoutumés fl vite, qu’ils n’ont pas même voulu effayer la machine , Ôt que je n’ai pas cru devoir m’obfti-ner à leur donner un fecours dont ils vou-loient fe paffer.
- Lorfque le creufet a été enlevé du fourneau , on le pofe dans une armure de fer, qui a quelque reffemblance avec l’efpece de cuiller, où nous avons vu mettre la poche, la marmite de la PL IN. Cette armure ne peut être comme celle de la poche fous le creufet, pendant qu’il eft dans le fourneau ; elle en fortiroit trop molle pour foutenir le creufet. C’eft une efpece de boîte à jour ; elle confifte dans un collier de fer, dont le diamètre fur-paffe celui du creufet de plus d’un pouce. Deux bandes de fer qui fe croifent à angles droits, forment le fond de cette efpece de boîte ou de cette armure. Elles font chacune coudées verticalement, pour venir joindre le collier, fur l’extérieur duquel elles font rivées en quatre endroits différents. La diftan-
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- NOUVEL ART
- ce entre leur coude ôt le bord fupérieur du collier, eft telle que le creufet trouve, pour fe loger, une profondeur à peu-près égale à la moitié de fa hauteur.
- Une de ces bandes eft encore recourbée à angles droits , immédiatement au-deffus de l’endroit ou elle eft rivée contre le collier. Ses deux bouts Taillent horifontalement de quatre à cinq pouces. Ils forment deux forts tenons , de quatre faces égales entr elles, mais chacune un peu plus large à Ton origine qu’à Ton extrémité. Deux autres bandes de fer, ou plutôt deux montants, s’élèvent perpendiculairement au-deffus des endroits du collier , d’où partent les tenons précédents. La bafe de ces montants eft plus large que leur tige, & eft échancrée au milieu ; ce qui donne le moyen de la river contre le collier en deux endroits différents, fans que le coude, d’où part un tenon, y faffe obftacle. La hauteur de chacun de ces montants , fur-paffe au moins d’un pouce ôt demi le plus haut des creufets qui fera mis dans l’armure ; elle eft d’environ 16 à 17 pouces. La même peut fervir à des creufets de différents diamètres , ôt de différentes hauteurs. L’ufage de ces deux montants, eft de donner le moyen d’arrêter fixement dans l’armure, le creufet qui y eft entré à l’aife, Ôt qui y eft comme flottant. Ils font l’un Ôt l’autre percés d’outre en outre, par des entailles correfpondan-tes : il y a deux rangs d’entailles dans chacun. Dès que le creufet eft en place , on fait entrer une clavette, dont un des bouts fe termine en pointe, dans une des entailles d’un montant, & on la pouffe dans une entaille de l’autre. On choifît deux entailles, telles que la clavette ne puiffe s’y loger entièrement , fans rencontrer Ôt preffer le bord fupérieur du creufet en deux endroits ; elles font toujours aifées à rencontrer : car depuis le commencement de la première, jufqu’à la derniere, chacune des bandes eft entaillée tout du long, parce que, comme nous venons de le dire, les entailles font diftribuées en deux rangs : ôt ainfi il eft aifé de les difpo-fer, de façon que le milieu de l’une fe trouve prefque vis-à-vis les bouts de deux autres.
- Au refte, la manœuvre ici eft aufli prompte que folide; on laiffe defcendre dans l’armure le creufet qu’on a retiré du fourneau : il y entre fans peine, parce qu’elle le furpaffe en diamètre. Dès qu’il y eft, on fait palier la clavette au travers des montants : un coup ou deux de marteau la forcent à tenir le creufet luffifamment gêné.
- Il n’y a plus qu’à porter le creufet ainfi affujetti ; les tenons, dont nous avons parlé, en donnent le moyen. Ils doivent s’emboîter dans deux inftruments Amples : ce font deux ringards ou deux barres de fer, longues d’environ trois pieds ôt demi, ou quatre pieds ,
- qui, à un de leurs bouts , ont une douille , dont la cavité eft proportionnée à la figure ôt groffeur des tenons. Deux hommes fe faillirent chacun d’un de ces leviers, Ôt chacun fait entrer un des tenons dans la douille du lien. Alors, ils n’ont plus qu’à porter le creufet où ils veulent ; A la quantité de métal que contient le creufet , eft une charge trop lourde pour deux hommes, on y en emploiera quatre, deux fur chaque levier, ou davantage, s’il en eft befoin.
- Nous avons averti ailleurs , que la fonte qui eft verféedans les moules doit être nette, quelle ne doit entraîner avec elle, ni cendre , ni matière vitriftée, ni charbons : ôt nous avons dit, comment les Ouvriers qui fe fervent du fourneau à manche, l’écument. Leur pratique ne m’a pas paru convenir, lorf que j’ai fait fondre dans les grands creufets, dont nous venons de parler. En découvrant ici la fonte, on expofe à l’air une trop grande furface. Le métal perdroit trop de fa fluidité ; il y en auroit toujours une quantité conftdérable qui ne pourroit être verfée dans les moules, quand il y en a un grand nombre à remplir. La manœuvre, quoique prompte, ne le feroit pas affez pour de la fonte expofée à l’air. Un petit expédient, qui fe trouve ici d’une grande conféquence , donne la facilité de verfer la fonte très-pure, fans avoir befoin de la nettoyer, ôt la laiffant même recouverte d’une partie des charbons que le creufet a emportés. Toute la craffe eft à la furface, il ne s’agit donc que de ne point verfer la fonte de la furface ; ôt en voici le moyen. Le creufet a un bec pareil à celui d’un pot à l’eau ; le jet en eft plus aifément dirigé. A un pouce de ce bec , je fais mettre une petite cloifon, qui furpaffe le bord du creufet de quelque chofe , ôt qui ' defeend jufqu’à environ deux pouces du fond. Une tuile, un peu ceintrée, forme cette cloifon ; on l’ajufte, quand on lute le creufet par-dedans ; les bords de la cloifon font engagés dans le lut. Le creufet ne fçauroit être rempli , que le petit efpace qui eft entre la cloifon ôt la partie du creufet où eft le bec, ne fe rempliffe , puifqu’il y a une communication par en bas.
- Cette difpoAtion conçue, on concevra comment on peut toujours verfer de la fonte pure. Quand le creufet a été arrêté dans l’armure , on emporte feulement le gros des charbons : un feul coup de balai y fufflt. Mais aufli-tôt on nettoye bien avec un crochet de fer, la fonte qui fe trouve dans l’efl pace compris entre le bec ôt la cloifon. Les gros charbons ôt la matière vitriAée étant enlevés, on fouffle fur cet endroit, avec un foufflet à main, pour emporter toute la poudre du charbon qui pourroit y être reftée. Çet endroit qui eft ainfl parfaitement découvert,
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- D'ADOUCIR LE ^ert, n’efl: pas la centième partie de la fur-face de la fonte. C’en eft cependant affez ; car quand le creufet va verfer, la fonte qui coulera, coulera par le bec, & viendra d’entre ce bec & la cioifon. Or, ce fera toujours celle du fond du creufet, qui fournira à l’écoulement : il n’en fortira donc que de pure, parce que les charbons & les autres craffes îurnâgent toujours dans le.creufet*
- On pourroit donner une manche à notre fourneau d’affinerie, & alors on augmente-roit encore fon effet, & on diminueroit, en même-temps , la confommation du charbon. Le creufet étant mis en place, il n’y auroit quà rapporter delfus, cette tour qu’on appelle manche. Elle pourroit n’être qu’un chapiteau de terre de figure conique, pareil à ceux de bien des fourneaux , & entr autres de ceux où on fond dans les monnoies : mais fait de tôle ou de plaques de fer forgé , enduites de terre par-deifus , il n’en feroit que plus durable*
- Il y a deux maniérés, dont on peut expo-fer alors, à l’ardeur du feu, la fonte. La première eft, de la concaffer par petits morceaux , qu’on mettra à différentes charges, par l’ouverture fupérieure de la tour, comme nous l’avons déjà vu pratiquer : avec cette feule différence , que l’on pourra compofer chaque charge de morceaux plus grands & plus épais.
- La fécondé maniéré, eft de fondre les morceaux de fontes entières, ou même de fondre des guezards ou des gueuzes* Alors on les placera près de la thuyere, comme on le pratique dans les affineries ordinaires, êt comme nous l’avons fait pratiquer dans les nôtres. Pour cela, la tour aura en bas une échancrure proportionnée aux dimenflons des morceaux que l’on voudra fondre* On jettera tous les charbons par l’ouverture fupérieure. L’ardeur du feu étant ainfi renfermée , & le vent étant obligé de faire plus d’effort pour s’échapper, on doit fondre con-fidérablement plus de métal dans le même temps» Mais je n’ai pu parvenir encore à faire faire ufage de cette manche , ni de l’une ni de l’autre façon. La fufîon fe fait bien & vite, quoique les charbons foient à découvert : la confommation en eft plus grande ; mais ce n’eft pas une raifon fufïifante, pour déterminer à prendre une pratique nouvelle, des Ouvriers qui ne travaillent pas pour leur compte.
- Quand on na à remplir qu’un grand moule , comme celui d’un vafe, d’un balcon, on peut s’épargner la peine de retirer le creufet du fourneau. Alors, le creufet aura près de fon fond une ouverture de fept à huit lignes de diamètre, le plus ou le moins fera réglé par la groffeur qu’on veut au jet de fonte. Pour avoir une ouverture de cette Addition à la 3 e. Section.
- FER FONDU. i7
- grandeur, on en percera pourtant une plu$ confidérable dans le creufet, dans laquelle on fera entrer une efpece de douille ou une piece de fer forgé, qui, en-dehors du creufet, aura la forme d’un pavillon d’entonnoir, dont l’axe eft horifontal. La même piece pénétrera de quelques pouces dans l’intérieur du creufet : là, elle fera faite en cylindre creux* Cette piece doit être bien affujettie contre le creufet. O11 bouchera par dehors fon ou-* verture, foit avec un bouchon de terre, foit avec un bouchon de fer forgé, nud, ou revêtu de terre. J’ai éprouvé qu’on le peut de ces trois façons. Il eft pourtant mieux que le bouchon foit de fer, & qu’il ait affez de longueur pour fortir de plufîeurs pouces hors du fourneau. Ce fourneau aura une ouverture dont le milieu fera à peu près à la hauteur de l’entonnoir dont nous venons de parler, d’environ 2 pouces enquarré* Le manche du bouchon fortira par cette ouverture, où il y aura tnême une piece de fer affujétie horifontalement, deftinée à le foutenir. On remplira à l’ordinaire le creufet de métal fondu, & quand il en contiendra affez, on poferaun écheneau de fer forgé, au-deffous de l’entonnoir. Cet écheneau eft une bande de fer qui a été pliée en goutiere* Sa longueur eft déterminée par la diftance qu’il y a du creufet à l’endroit où doit être placée l’embouchure du jet du moule. La grille qui foutient le creufet, porte un des bouts de l’écheneau qui peut être encore fou-tenu vers le milieu par une barre de fer pareille à celle qui fupporte le bouchon du creufet, & placée plus bas : afin même de choifir des places convenables à ce fupport, félon les différentes inclinaifons que l’écheneau pourra demander, il fera porté là par deux crémaillères, fcellées l’une & l’autre verticalement contre les bords extérieurs de l’ouverture du fourneau à laquelle nous fouîmes arrêtés.
- On peut attendre à mettre cet écheneau en place jufqu’à ce qu’on foit prêt de couler, ôt alors on doit l’y mettre tout rouge ; mais le mieux eft de le mettre plutôt à froid, & de difpofer tout autour & audeffous des tuileaux qui foutiendront des charbons allumés, parce qu’il eft mieux qu’il foit très-chaud quand le métal y coulera. On trou-ver a dans la fuite de cet Ouvrage, un defà fin qui repréfente cette difpofdon de ïé~ cheneau, SC le fourneau ‘même $ ilfuppléera à ce qui pourroit manquer de détails à no~ tre defcription.
- Le moule étant en place, c’eft-à-dire ^ mis de façon que le bout de l’écheneau fe trouve précifément fur l’embouchure du moule, lorfqu’on a fuffifamment de matière fondue, pour la faire couler, il n’y a fou-vent qu’à retirer le bouchon du creufet;
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- Quelquefois pourtant la matière ne coule pas dès que le bouchon a été tiré: il s’en fige quelquefois un peu dans le tuyau où elle doit pafîer, quand on n’a pas été affez attentif à bien chauffer le deffous du creu-fet. Mais pour ce cas on aura tout prêt un petit ringard pointu dont le diamètre fera moindre que le diamètre du conduit qui pénétré'dans le creufet. En le pouffant avec la main on le fera entrer dans ce conduit, le plus avant qu’il fera poffible, & enfuite on donnera quelques coups de marteau fur fon gros bout pour le forcer à s’introduire dans le creufet, jufqu’où la fonte eft fluide. A mefure qu’on le retire, le courant de métal le fuit ; il fe rend dans la partie extérieure de l’entonnoir, & de-là coule dans l’écheneau qui le conduit dans le moule.
- Quand il paroît plein, on remet le bouchon au creufet. Et fl on juge qu’il y refte affez de matière pour remplir un fécond moule, on l’apporte dans la place du premier, ôt on répété la première manœuvre, ou on attend à la répéter qu’on ait fait fondre de nouveau métal, fl on eftim.e que le creufet n’auroit pas de quoi fournir affez.
- Quelles que foient au refte les efpeces de fourneaux, & les efpeces de creufecs dont on veuille fe fervir, on fe fouviendra d’un précepte qu’on peut déduire de ce que nous avons déjà dit en paffant ; c’eft qu on fera enforte que le fer foit mis en fufton le plus promptement qu’il fera poiïible. Si on fait fouffrir une chaleur trop foible au fer qu’on veut fondre, il perd peu-à-peu de fa fu-flbilité, & paffe enfin à un état où il n’eft plus poflible de le rendre fluide : j’ai vu plusieurs fois des Fondeurs défolés de ne pouvoir venir à bout de fondre du fer qu’ils avoient mis dans des creufets de terre où ils le faifoient chauffer aufli vivement qu’il étoit poflible de le faire dans leurs fourneaux ordinaires ; la quantité de métal qui auroit dû être entièrement en bain après une heure de ce feu, au bout de cinq à flx heures n’a-voit pas donné une feule goutte fluide. Après les avoir queftionnés fur la façon dont ils avoient conduit leur feu, j’ai toujours appris qu’ils avoient commencé par fouffler négligemment & à diverfes repjifes.
- Un autre précepte encore, c’eft de s’attacher à rendre la fonte très-liquide, & à lui conferver fa liquidité jufqu’à l’inftant où elle entre dans les moules ; mais que ce foit par la feule ardeur du feu qu’on la rende ainfi liquide ; que pour y mieux réuflir, on n’y mêle point de fondants, au moins pour les ouvrages ordinaires. Ceux qui contribuent à la mieux fondre, lui donnent des difpo-fitions contraires à l’adouciffement qu’on veut lui procurer. Dans une épreuve où je faifois adoucir divers ouvrages de fer fondu.
- L ART il y en avoit que j’avoîs placés plus favora~ blement qu’aucuns des autres, & que j’avois envie qui fuffent les mieux adoucis : tous les autres le furent parfaitement, & ceux-là feuls le furent très-médiocrement. Je cherchai avec inquiétude à démêler la caufe d’un fuccès fl contraire à mon attente, jufqu’à ce que le Fondeur m’eut avoué que pour mieux fondre fon fer, & plus promptement, il avoit jetté du foufre dans le creufet.
- Je ne prétends pas néanmoins exclure les fondants dans toutes circonftances, ni toutes les efpeces de fondants. Je donnerai ailleurs des obfervations que j’ai faites fur ceux qu’on peut employer, Ôt fur les cas où on peut le3 employer; mais que les Fondeurs ne s’avi-fent pas d’en mettre indiftinêlement dans les ouvrages ordinaires, dans ceux qu’ils ne voudront pas rendre plus difficiles à adoucir.
- Les Fondeurs fçavent quil importe que les moules dans lefquels ils ont à couler du métal, foient très-fecs ; c’eft quelque chofe de les bien fécher. Mais on s’attachera encore à les tenir les plus chauds qu’il fera poflible, lorfqu’ils feront prêts à recevoir notre fer fondu. Il eft certain que plus ils feront chauds, & moins le métal s’épaiflira en coulant dedans ; plus il fera en état de les remplir. On ne fçauroit donc leur donner un trop grand degré de chaleur, pourvu qu’on le leur donne avec des précautions qui empêchent qu’il ne s’y faffe intérieurement des fentes ou des gerçures. Les chaf-fis des moules en fable font de bois, ôc par-là peu en état d’être expofés à un grand feu. Loin que je voie de l’inconvénient à faire de fer de pareils chaflis, nous aurons dans la fuite occafion de rapporter bien des raifons qui doivent déterminer à ne fe fervir que de ceux-là.
- Après même que le fer fondu a été jetté dans les moules, fouvent il exige encore l’attention du Fondeur. On fçait qu’il eft extrêmement caflant ; mais nous devons apprendre qu’il l’eft au point de fe caffer de lui-même dans les moules, fans recevoir aucun coup. Quand on veut retirer les pièces, qui d’ailleurs étoient bienvenues, quelquefois on les trouve calfées prefque d’outre en outre ; quelquefois elles ont feulement de légères bleffures, mais qui les affoibliffent toujours, & les rendent pour l’ordinaire des pièces inutiles : cet accident n’arrive guere qu’à celles qui font minces, & il arrive fur-tout à celles qui font minces & grandes. Notre fer fondu eft prefque caflant comme le verre, & il fe caffe de même fi on le laiffe refroidir trop fubitement : on doit donc chercher à prévenir cet accident par un expédient femblable à celui qui conferve entiers les ouvrages de verre; aufli-tôtque ces ouvrages font faits, on les porte dans des four-
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- &A DO UC IR Lî
- Reâux dont la chaleur entretient pendant . quelque temps celle du verre ; elle ne la laide diminuer que peu-à-peu : le verre ainfi refroidi peu-à-peu conferve la ligure qu’on lui a fait prendre. Avec une précaution équivalente, on empêchera fûrement les ouvrages de fer fondu de fe calfer, quelque minces qu’ils foient; ôc, je le répété, ce ne ‘font que les minces qui exigent de l’attention. Dans une manufacture, on fera la dépenfe d’un four femblable à ceux des Boulangers ôc Pâtifîiers ; on le chauffera comme les leurs avec le bois; on le tiendra chaud pendant tout le temps qu’on jettera dvi fer en moule. Aulîi-tôt que la matière y aura été jettée, on ouvrira les mouleson en retirera l’ouvrage tout rouge ; & fans perdre un inftant, on le mettra dans le four où il fe refroidira peu-à-peu.
- Sans faire la dépenfe de bâtir un four, j’ai confervé les ouvrages les plus minces, les plus délicats d’une maniéré qui peut être pratiquée partout ; ç a été de faire allumer un tas de charbon tout auprès des moules : dès que le fer avoir été coulé, je les faifois ouvrir ; j’en retirois l’ouvrage que j’enfon-çois fur le champ dans le tas de charbon.
- L’avidité du Fondeur eft fouvent caufe que les ouvrages minces fe calfent dans les moules. Quoiqu’ils n’aient que de petites pièces à mouler , ils les mettent autant en rifque de fe calfer, que li elles étoient con-fidérablement plus grandes 6c aufli minces : ôc cela parce qu’ils remplilfent leurs chaflis du plus grand nombre d’empreintes qu’il eft poflible , qui toutes fe communiquent. Ces empreintes de différents ouvrages, ou du même ouvrage répété, mettent chaque ouvrage prefque dans le rifque où il feroit s’il avoit une grandeur approchante de celle du chaflis, ôc plus que s’il avoit feul celles de toutes les autres pièces enfemble. En voici la raifon : par une feule ôc même ouverture du chaflis, ils verfent la matière qui doit remplir les différentes empreintes ; par con-féquent toutes les pièces qui ont été moulées fe communiquent par des tuyaux, par des efpeces de canaux, des jets. Ces jets fe rem-pliffent, comme le refte, de matière qui s’y lige ; toutes les pièces du moule fe trouvent liées enfemble, ou n’en faire qu’une qui a des découpures. Or, il eft aifé de voir pourquoi plus une piece eft grande, plus elle eft expofée à fe calfer ; car elle ne fe calfe que parce que toutes les parties ne diminuent pas de volume , ne fe retirent pas en même proportion ; s’il y en a qui ne fuivent pas les autres, làfe fait une fraêlure. Un corps d’une matière extrêmement caftante, comme le verre, expofé à fair fe cafferoit en'fe re-froidiffant par cette feule raifon: mais un corps d une matière un peu moins caftante^
- FER FONDU. i9
- comme notre fonte, peut fe cafter dans des moules, dans des circonftances où il ne fe cafferoit pas au milieu d’un air qui auroit feulement le degré de chaleur des moules. Les parties des pièces qui font engagées dans le moule, pour fe retirer, ont à vaincre la réfiftance que leur oppofe le fable, contre lequel elles frottent ; ôc cette réfiftance eft d’autant plus grande, ôc d’autant plus confi-dérable par rapport à l’ouvrage, que cet ouvrage a plus de furface, 6c moins d’épaif-feur.
- Il eft rare que les groffes pièces fe caftent dans les moules ; Ôc cela parce que plus elles font épaiftes, plus lentement elles fe refroi-. diffent, ôc plus aufli elles ont de force pour vaincre les frottemens. D’ailleurs la réfiftance quelles trouvent dans le fable eft moindre , proportionnellement à leur volume, la réfiftance étant à peu près en raifon des fur-faces.
- Si les Fondeurs veulent abfolumeut remplir beaucoup de leurs chaffis, au moins de-vroient-ils y multiplier les ouvertures par où ils jettent le métal fondu ; ils ne feroient plus dans la nécefftté d’ouvrir tant de canaux de communication.
- Quand ils feront faire des modèles de nouveaux ouvrages; qu’ils évitent de faire trouver une partie groffe, très-renflée, tout auprès d’une partie mince de quelque étendue : autrement, dans l’ouvrage qui aura été coulé en fer lùr ce modèle, la partie mince fera en rifque de fe cafter dans le moule ; elle fe refroidit plus vite que celle qui eft épaiffe : elle fera encore en rifque de mal venir. Mais fi l’ouvrage demande abfolument qu’il y ait des parties très-groffes, très-renflées , qui tiennent à des parties minces ; le plus sûr fera de mettre des noyaux dans les endroits renflés, afin qu’ils viennent creux ; la forme de l’ouvrage n’en fera point chau-gée, 6c les endroits qui auroient été confi-dérablement trop épais , n’ayant plus qu’une épaiffeur proportionnée à celle des parties minces, avec lefquelles ils tiennent, il n’y aura plus la même difpofition à s’y faire des vuides qu’on ne veut pas. La maniéré de tirer les jets contribue encore extrêmement à faire venir les pièces avec plus ou moins de foufflures : il y auroit bien des préceptes à donner, fi on vouloit en donner pour tous les cas qui fe peuvent préfenter ; mais un feul avis peut difpenfer d’entrer dans ce détail. Quand il fera arrivé qu’une piece fera mal venue, parce que quelque partie ne fe fera pas bien remplie, on tirera les jets d’une autre façon la fécondé fois qu’on moulera cette piece; on n’aura pas varié ces tentatives trois à quatre fois, par rapport aux pièces les plus (difficiles, qu’on parviendra à trouver la bonne dire&ion des jets, & une
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- fois trouvée ^ c’eft pour toujours pour de femblables pièces.
- Il eft arrivé à des pièces que je n’avois pas imifes refroidir à une chaleur douce, de fe caffer plulieurs heures , & même un jour, après qu elles avoient été entièrement refroidies : cet accident arrive aufli quelquefois au verre. M. Homber, pour conferver les verres à qui il avoit fait prendre l’em-preinte des pierres gravées, les égrifoit tout autour : & il prétendoit qu alors ils étoient hors de rifque. On défigureroit nos ouvrages de fer fondu fi on les égrifoit ; on pour-roit tout au plus faire cela à leurs jets : mais .cet accident m’a paru fi rare, qu’il ne me femble pas être de ceux à qui il importe beaucoup de trouver remede : & je doute même que les ouvrages, qui, après avoir été tirés du moule, auront été refroidis au milieu des charbons, y foient fujets.
- Un dernier avertiffement, que je donnerai encore aux Fondeurs, fera de faire les jets, les canaux qui conduifent la matière dans le creux des moules, les plus minces qu’il leur fera poflible j qu ils ne donnent aux
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- jets & évents, que ce qui eft nécefTaire , pour que la matière coule facilement, qu’ils compenfent autant qu’ils pourront par la largeur , ce qu’ils donneroient en profondeur, au moins lorfqu’il s’agira d’ouvrage qu’on aura befoin d’adoucir. Il feroit défagréable d’être obligé d’adoucir avec eux, tous les jets qui y tiennent ; il faut donc caffer les* jets* Or , s’ils ont l’épaiffeur , ou une épaiffeur approchante de celle de quelques-unes des parties de l’ouvrage, dans le temps qu’on frappera fur le jet, il arrivera fouvent qu’on caftera quelques-unes des parties minces , qui ne feront pas expofées à cet accident , fi les jets font minces.
- Quand il y a de gros jets > & qu’on veut abfolument les abattre, tout ce que j’ai trouvé de plus sûr, c’eft de mettre l’ouvrage à la forge, ôt de le faire rougir, fur-tout où on veut le Gaffer ; on le portera enfuite fur l’enclume ; on fera enforte que la partie qu’on veut féparer du refte, n’y pofe point à faux : on mettra deffus un cifeau, & on frappera fur le cifeau, comme pour lui faire couper du fer forgé, mais pourtant à petits coups.
- Tin du fécond Mémoire.
- TROISIEME
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- D'ADOUCIR LE FER FONDU. a
- <mvinnm¥i^inn.^.nn^.nun.^unnn^^n.w^.nu^nbii:
- TROISIEME MEMOIRE-
- Effais de différentes matières pour que ces effais ont montré
- Nous fuppofons, qu’au moyen des Arts connus, de la fonte blanche ôc bien affinée, a été fondue & jettée dans des moules, dont elle a rempli exa&ement les empreintes ; en un mot, quon a, ou qu’on peut avoir des ouvrages de fer fondu bien conditionnés , niais qu’il reîle à les adoucir , pour leur ôter partie de leur roideur, ôc fur-tout leur dureté , Ôc les mettre en état de fe laiffer réparer. L’importance dont ce fecret m’avoit paru, me l’a fait chercher il y a déjà longtemps j ôc même avant que je fongeâffe à celui de convertir le fer en acier. Il n’y avoit pas de doute, qu’il ne fallût faire agir le feu, pour opérer dans le fer fondu un changement pareil à celui que je fouhaitois ; mais je croyois avoir preuve, que l’on ne devôit pas l’attendre de l’aôtion immédiate du feu, dans les contre-cœurs des cheminées des groffes cuifmes , qui confervent leur dureté , quoiqu’ils aient refté , pendant longues années, en une placé ou ils ont été chauffés vivement , ôt à bien des reprifes. Quoi qu’il en foit de cette idée, que nous examinerons davantage dans la fécondé Partie , je penfai qu’il falloit renfermer dans des creufets le fer fondu qu’on cherchoit à adoucir, ôc l’entourer de matières qui , avec le fecours du feu y feroient capables de produire cet effet.
- Après diverfes tentatives , dont quelques-unes m’avoient fait croire que j’êtois dans la bonne voie , j’abandonnai , pour quelque temps, ce travail y pour fuivre celui de la converfion du fer en acier y qui étoit en quelque forte la matière du temps ; tous les jours on voyoit gens qui fe préfentoient avec ce prétendu fecret, Ôt qui répondoient mal aux efpérances qu’ils vouloient donner. J’ai dit que j’abandonnai mes expériences fur le fer fondu y pour fuivre celles de la converfion du fer en acier ; j aurois dû dire que je crus les abandonner : je les continuai réellement en travaillant à convertir le fer en acier, mais d’abord fans y penfer. Je me trouvai bien du chemin fait pour adoucir le fer fondu ; je me vis difpenfé de bien des expériences com-pofées, par lefquelles il eût fallu paffer y avant de parvenir aux expédients îimples qui fuffi-fent ici, lorfque je fis réflexion à Ce que
- Addition à la 3 e. Section*
- adoucir le Fer : quelles font celles y être les plus propres.
- nous avons prouvé ailleurs '( Art de convertir le fer en acier ) fur la compofition de l’acier y fur fon véritable caraétere , fur ce qui le di£ fêrentie effentiellement du fer, fur le caractère que nous avons donné de la fonte de fer ; ôc fur-tout, lorfque je fis attention à la maniéré de reêtifier les aciers qui ont le défaut de fe laiffer difficilement forger , ou ce qui eft la même chofe y à la maniéré de dé-compofer l’àcier y que nous avons rapportée dans le huitième Mémoire de l’Art de convertir le fer en acier.
- En Phyfique, l’expérience Ôc le râifonne* ment doivent s’entraider ; ceux qui ne veulent que des expériences * ôc ceux qui ne veulent que des raifonnements y s’ôtent la moitié des fecours néceffaires pour avancer dans la Phyfique utile. Toutes mes réflexions Ôc toutes mes expériences fur la nature du fer Ôc de l’acier, m’avoient donc appris qu’en convertiffant le fer en acier , on le rappro* choit du premier état où il avoit été : que plus il étoit y pour ainfi dire , acier , plus il étoit proche de redevenir fonte de fer ; que les aciers trop pénétrés de fels ôc de foufres y avoient de commun avec la fonte , de fe laiffer forger difficilement , Ôc de fe laiffef plus aifément ramollir par le feu y que l’acier ôc le fer ordinaire. Nous avons même cru être conduits par ces raifonnements ôc ces expériences y à conclure (1 ), que la fonte de fer bien affinée y bien pure , eft une forte d’acier , mais la plus intraitable de toutes* L’acier difficile à forger, devient un acier qui foutient bien le marteau,fi on lui enleve fes foufres ôc fes fels fuperflus : la fonte a encore plus de foufres que l’acier ordinaire y quel qu’il foit.
- Qu’y avoit-il de plus naturel, que de pouffer plus loin ces conféquences ? de penfer, que fi la fonte , le fer fondu , eft abfolument in* capable de foutenir le marteau , ôc eft en même-temps fi dure, c’eft quelle eft excef* fivement pénétrée de foufres Ôc de fels ; que c’eft ce qui la rend en même-temps plus fufible , plus aifée à ramollir par le feu que ne font le fer forgé Ôc l’acier. Je n’eus nulle eine à croire, que des foufres fuffent capa* les d’augmenter, jufqu’à ce point, la du* reté d’un métal ; on connoît la grande dureté
- ( 1 ) Art de convertir le Fer en Acier > Mém. 9*
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- ai iï o u r i
- de certaines pyrites, qui ne font, ni métal, -ni pierre, quoiqu'on leur donne fouvent ce dernier nom allez improprement, qui ne font prefque que foufres ôc fels ; quon les réduife en poudre , ôc quon les mette fur les charbons , elles y brûlent prefqu’entierement; elles y flambent comme le foufre commun, ôc répandent la même odeur. Cependant, ces mêmes pyrites font fi dures, qu’autre-fois on en faifoit , pour les arquebufes à rouet , un ufage pareil à- celui qu’on fait aujourd’hui des cailloux pour les fufils.
- Dès que je crus fuflifamment établi, que la dureté de la fonte de fer étoit produite par les foufres 6c les fels dont elle eft pénétrée, il me parut que le fecret de la ramollir , de l’adoucir, n’étoit que celui de lui enlever une partie de fes foufres ; ôc que le moyen d’y parvenir, devoit être le même pour le fonds , que celui que nous avons employé pour corriger le défaut des aciers difficiles à forger. Vraifemblablement, les mêmes procédés Ôc les mêmes matières, qui avoient enlevé aux aciers intraitables leurs foufres fuperflus, qui pouvoient même ramener ces aciers à être fer, dévoient opérer quelque chofede femblable fur les fontes, les mettre en un état approchant de celui du fer forgé. Nous avons vu que les matières qui produi-fent ce changement dans les aciers, font des matières terreufes des plus alkalines ; Ôc que celles dont l’effet eft le plus prompt fur les aciers, font la chaux d’os, ôc la craie réduite dans une poudre fine.
- Prefque sur du fuccès de mon expérience, je renfermai dans des creufets des morceaux de fonte blanche , fort minces : ceux de quelques creufets étoient entourés de chaux d’os, ôc ceux des autres de craie. Je donnai quelques heures de feu à ces creufets, après quoi j’en retirai mes fontes. Lorfque je vins à les effayer, je trouvai tout ce que j’avois efpéré, que les fontes de dures, de rebelles à la lime quelles étoient, s’étoient ramollies au point de fe laiffer limer comme le fer.
- Je comptai pourtant un peu trop fur ce fuccès; j'eus bien-tôt une nouvelle preuve de ce dont on a tant d’expériences, que les conféquences du petit au grand , ne font pas toujours bien certaines : je fis jetter en moule des pièces de fer fondu d’une grandeur rai-fonnable, épaiffes de plus d’un pouce, ou d’un pouce 6c demi : elles étoient chargées d’ornements; je les entourai de toutes parts de chaux d’os ; je les renfermai dans un fourneau pareil à nos fourneaux à acier, où elles pouvoient chauffer fans être expofées à l’aêfion immédiate de la flamme : elles y foutinrent le feu pendant près de deux jours, 6c ce n’étoit point trop pour leur épaiffeur. Lorfque je vins à les tirer du fourneau, je trouvai bien du mécompte ; ce n’ eft pas que les
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- ouvrages n’euffent été adoucis autant que je me l’étois promis ; ils étoient aifés à travailler : mais ils avoient un défaut qui s’accommo-doit mal avec l’efpérance des grands ufages dont je m’étois flatté ; leurs premières couches s’en alloient toutes en écailles , les feuillages minces ; les traits délicats qui étoient dans le modèle, 6c qui étoient bien venus dans l’ouvrage moulé , étoient em^ portés par ces écaillés : on eût pû travailler ces pièces; mais il eût fallu employer bien du temps pour réparer tant de défordres. Ce ne feroit pas affez que d’adoucir le fer fondu de cette façon ; il ne feroit prefque d’aucun ufage pour les ouvrages délicats.
- Les mêmes principes qui avoient conduit à le rendre aifé à travailler, conduifoient à découvrir la caufe de cet accident, ôc me firent efpérer d’y trouver remede. Les matières terreufes, alkalines, fe chargent, s’imbibent des foufres dont le fer fondu eft pénétré ; mais pendant une longue durée de feu , elles en enlevent trop aux couches les plus proches de la furface ; elles dépouillent les premières de tout ce quelles ont d’onâueux, de ce qui lioit leurs parties : ces parties alors fe trouvent défunies, ôc fe détachent à la fin, fous la forme d’écailles friables , fembla-* blés à celles qui tombent de deffus le fer qu’on forge au marteau , ou du fer qui a été trop chauffé. Ces écailles font d’autant plus épaiffes, 6c en plus grand nombre, que l’action du feu a été plus longue. II. n’arrive rien de femblable à des morceaux de fonte , qui ne foutiennent le feu que peu d’heures ; 6c de-là étoit venu le fuccès de mes premières expériences.
- Je penfai qu’à ces matières trop abforban-tes, qui ne rendent point au fer ce dont elles fe font faifies, il falioit joindre une autre matière qui modérât leur effet; qui, quoiqu’elle ne pût rendre au fer autant qu’on lui ôteroit, fourniroit au moins affez de parties huileufes , pour humeêter ce qui fe feroit trop defféché ; faire quelque chofe d’à-peu-près équivalent, à ce qu’on pratique, quand on chauffe à la forge du fer qu’on cherche à ménager, dont on veut conferver la furface : quoiqu’on veuille que le feu agiffe puiffam-ment deffus, on le poudre pourtant en bien des rencontres de fable, de terre fine, ôc cela pour défendre fa furface contre l’a&ion immédiate du feu.
- Quoi qu’il en foit de ce raifonnement, il me détermina à mêler de la poudre de charbon très-fine, avec de la craie ou de la poudre d’os calcinés ; mes expériences fur la converfion du fer en acier, m’avoient affez appris , que, quelque durée de feu que la poudre de charbon foutienne , elle ne fe confume point , pourvû qu’elle n’ait point d’air ; qu’ainfi elle feroit toujours en état
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- D'ADOUCIR LE d’opérer fur le fer fondu , l’effet que je m’en promettois. Je la mêlai donc en différentes proportions , avec des poudres d’os ou de craie, afin de découvrir le mélange le plus convenable. Le fuccès de ces expériences fut aufïi heureux que je le pouvois fouhai-ter : avec cet expédient, je parvins à adoucir le fer fondu, & à le tenir au feu auffi longtemps qu’il étoit néceffaire , fans qu’il s’en détachât d’écailles.
- Quelque sûr, quelque efficace que j’euffe trouvé l’effet du dernier mélange, quoiqu’il m’eût paru adoucir parfaitement la fonte , &: en même-temps l’empêcher de s’écailler y j’ai pourtant voulu effayer s’il n’y auroit point d’autres compofitions , dont l’effet fût plus prompt ou plus confidérable ; je ne me fuis fait grâce fur aucunes des expériences que j’ai cru devoir être tentées : je ne rapporterai pourtant ici que les principales, que celles dont il femble qu on devroit le plus fe promettre.
- J’ai effayé l’effet de différens fels, ôt für-tout des fels alkalis, comme de la foude, de la potaffe, &c. j’ai auffi effayé le fel marin* J’ai entouré de ces différents fels des morceaux de fonte : les fels rempliffoient tout le vuide du creufet ; feuls , ils n’ont point produit de grand âdouciffement, & ont mis le fer fondu en état de s’écailler : d’ailleurs , les frais du travail augmenteroient confîdérable-ment, s’il falloit uniquement employer un fel, quel qu’il fût.
- Mais j’ai cru devoir tenter, s’il n’y en avoit point quelqu’un qui rendît notre compofi-tion plus aâive. Au mélange des deux parties d’os ou de craie, & d’une partie de charbon , j’ai ajouté des fels fuivans , de chacun une partie dans chaque effai : c’efLà-dire, que j’ai pris, par exemple, deux parties d’os, une partie de charbon , ôt une partie de feî marin ; dans un autre effai, j’ai mis du fel de verre ; dans un autre , du vitriol ; dans un autre, de l’alun ; dans un autre, de la potaffe ; dans un autre, de la fonde ; dans un autre, de la cendre gravelée ; dans un autre, du falpêtre concentré par le tartre ; j ai employé auffi le tartre. Aucun des fels précédents , ne m’a paru faire de mauvais effets : mais s’ils ont contribué à accélérer l’adou-ciffement de la fonte, ç’a été peu fenfible-ment ; les fontes cependant qui étoient entourées de compofitions, où des fels alkalis étoient entrés, ont été un peu plus adoucies , ôt plus promptement que les autres ; ôt celles où étoient les cendres gravelées, m’ont parti l’emporter fur les autres : on pourroit , je crois , les ajouter avec fuccès, à la compo-fition, quand on voudra abréger la durée du feu; mais on peut s’en paffer à merveille.
- J’ai auffi éprouvé ce que produiroient l’an-
- FER FONDU 23
- timoine, le verd-de-gris, & le fublimé corro-fif ; j’ai même employé, d’autant plus volontiers , cette derniere matière, que j’avois oui dire qu’on s’en étoit fervi avec fuccès pour l’adouciffement des fers fondus ; mais elle a plutôt retardé, qu’avancé l’effet des matières avec lefquelles elle étoit mêlée* Pour l’antimoine, il a gâté le grain de la fonte , 6c l’a empêché de s’adoucir : il a fait plus ; l’effet d’une fournée entière , où étoient quantité d’ouvrages de fer fondu , fut arrêté par un peu d’antimoine que j’avois fait entrer dans la comppfition qui entouroit le fer que j’avois mis dans un petit Creufet. Ce petit creufet étoit, comme tous les grands ouvrages de fer , placé dans la caiffe ou le grand creufet. Quoique j’euffe eu foin de luter ce petit creufet, prefque tous les ouvrages qui l’en-vironnoient refterent durs ; quelques-uns même s’écaillèrent affez considérablement. Le verd-de-gris n’a point fait de mal, Ôt peut-être a-t-il fait quelque bien.
- Au charbon de bois , j’ai fubftitué , en même poids, le charbon de favate réduit en poudre ; on s’en fert avec fuccès pour les recuits de fer, ôt fur-tout pour les trempes en paquet : mais je n’ai pas reconnu , que cette poudre eût ici aucun avantage fur celle du charbon ordinaire.
- Il n’y avoit pas lieu de fe promettre, que des matières huileufes fuffent propres à avancer l’opération ; cependant, comme il faut être extrêmement en garde contre les rai-fonnements, même les plus vraifemblables y ôt qu’il eft toujours bon de les confirmer par de nouvelles preuves, j’ai abreuvé des maj tieres terreufes de fuif fondu, qui alors ont moins produit d’effet que lorfqu’elles ont été feules.
- Pour m’affurer fi nos poudres, foit d’os calcinés, foit de craie, méritoient d’être préférées à d’autres matières infipides ou alka-lines ; j’ai mis en pareil poids , que dans mes autres effais, de la chaux vive, de la chaux éteinte , des terres à Potier réduites en pou^ dre fine, du verre pilé. La chaux a adouci la fonte ; mais elle ne lui a pas donné tant de corps que nos deux autres matières. La terre à Potier, la glaife l’adoucit affez bien, mais elle la fait plus écailler. Le gypfe, ou plâtre tranfparent, eft de toutes les matières, celle qui eft le plus à craindre pour produire des écailles*
- De forte, qu’après avoir examiné les diffé* rentes matières que j’ai pû foupçonner propres à être employées pour notre opération y je n’ai rien trouvé de mieux que les os calcinés ôt la craie.
- Notre Art fembloit fait pour fournir deS preuves de la différence qu’il y a entre le travail en petit 6c le travail en grand* Nous
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- NOUVEL ART
- en avons déjà rapporté un exemple, lorfque nous avons parlé de l’accident auquel nous avons imaginé de remédier par la poudre de charbon : un autre événement nous en a donné une nouvelle preuve plus finguliere. Il n’eft que trop ordinaire à ceux qui fem-bient révéler des fecrets au Public, de fe ré-ferver ce qu’il y a de plus important : on donne en avare : on veut paroître donner , pour faire voir qu’on a ; mais on garde les coups de Maîtres , certains tours de main, certaines obfervations effentielles ; l’obferva-tion dont nous voulons parler, cachée, ce qui neut affiner le fuccès de notre Art, le feroit. t)ans nos effais en petit, la craie réduite en poudre, ôc la chaux d’os, ont été de pair : nous n’avons pû découvrir aucune différence dans leurs effets. Dans les premiers effais que je fis en grand, je me fervis de chaux d’os , ils réufïirent à fouhait : ayant dans la fuite à faire un autre effai en grand, Ôc ne me trouvant pas ma provifion de chaux d’os , j’em-.ployai la craie fans héfiter : cette épreuve me fit reconnoître que les os ont fur la craie des avantages fi confidérables, qu’il eft fur-zprenant qu’ils m’euffent échappé dans les épreuves en petit : dans une durée du même degré de feu, près d’une fois plus longue, la craie produit à peine autant d’effet que les os. Quelque confidérable que foit cet avantage , les os en ont encore un plus important ; ils ne manquent jamais d’adoucir le fer fondu : il y a une circonflance difficile à éviter , où la craie, au moins la craie pareille à celle que j’employai dans l’expérience que je viens de citer, n’opere aucun adou-ciffement \ ou même , ce qui eft plus furpre-nant, elle rend au fer la dureté quelle lui avoit ôtée ; c’eft quand le feu agit trop fortement. S’il eft poufTé jufqu’à un degré que nous déterminerons dans la fuite, quoiqu’on ne retire les ouvrages de fer fondu du fourneau , qu’après qu’ils y ont refté par-delà même le temps néceflaire , on les trouve aufti durs , que quand on les y a mis. J’ai vu plus ; des pièces que j’y avois mifes, déjà adoucies, je les ai vues en fortir dures. Or, il n’eft guere poiïible que dans un fourneau, tout chauffe également ; fouvent même une pièce un peu grande, ne prend pas par-tout un égal degré de chaleur. Si quelques-unes des pièces, ou quelques endroits des pièces > ont été chauffées par-delà le degré convenable , elles reftent dures en entier ou par parties : ce qui étoit ramolli , redevient même dur. C’eft apparemment quelque matière pareille à la craie , qui rendoit fi incertain le fuccès des adouciffements qu’on a tentés autrefois ; ç’a été apparemment un des inconvénients , qui, joints à celui des écailles qui furvenoient en diverfes circonftances, a ren-
- verfé cet établiffement, ôc qui â engagé à une infinité de faux frais. Pour les os calcinés, ils adouciffent sûrement ôc immanquable** ment, ôc ils adouciffent d’autant plus vite , qu’on a fait prendre un degré de chaleur plus confidérable aux fers fondus qu’ils environnent. t
- Il peut donc y avoir de la craie qui ne réufliffe bien, que quand on l’emploie pour adoucir des pièces minces, ou que quand on donne un feu très-doux aux groffes pièces , qu’on ne leur fait guere prendre qu’une coupleur de cerife > d’où il fuit, qu’outre que cette matière ne procureroit ^u fer d’adouciffe-ment, que dans un temps plus long que celui que les os demandent, il eft toujours dangereux de s’en fervir , puifqu’après avoir produit un bon effet, elle pourroit elle-même totalement le détruire. Mais pourquoi cette craie qui a adouci en petit, a feu modéré , n’adoucit-elle pas , ôc rendurcit-elle même , lorfque la chaleur eft plus violente ? ôc pourquoi la même chofe n’arrive-t-elle pas à la chaux d’os ? Ce phénomène eft affez fingu-lier , pour mériter que nous en cherchions le dénouement ; nos principes doivent encore nous le donner. Ils ont appris que le fer fondu s’adoucit à mefure qu’il eft dépouillé de fes parties fulphureufes ôc falines. Pour qu’il s’adouciffe de plus en plus , il faut qu’il en forte de nouveaux foufres ôc dé nouveaux fels, ôc que les foufres ôc les fels que le feu en a chaffés n’y rentrent plus ; que d’autres matières fe chargent de ces foufres & de ces fels ; qu’elles ne les laiffent plus échapper: c’eft ce que la poudre d’os calcinés fait toujours. La plupart des fels propres aux os , font volatils : ils leur ont été enlevés pendant la calcination ; leurs foufres ont été brûlés : cette chaux fe faifit de tout ce qui s’échappe du fer , ôc a des places pour le loger : toute craie eft bien une matière abfor-bante ; mais elle n’eft pas fi dénuée de foufres ôc de fels ; fes foufres ôc fes fels font fixes ; étant fixes , ils y reftent tant quelle n’eft échauffée que jufqu’à un certain point ; elle s’empare même alors de ceux qui font ôtés au fer ; pendant tout ce temps, pendant la durée de ce degré de feu, elle contribue à l’adouciffement de la fonte , mais s’échauffe-t-elle davantage ; alors la chaleur a affez de force, pour emporter fes fels ôc fes foufres, malgré leur fixité ; alors la craie ne prend plus ceux du fer : elle peut même lui en fournir davantage à chaque inftant que le feu ne lui en ôte, fur-tout fi elle eft de l’ef-pece la plus chargée de foufres Ôc de fels : alors elle n’adoucit donc plus le fer ; elle peut même contribuer à l’endurcir ; ôc c’eft ce qui arrive réellement toutes les fois , où de la fonte adoucie, ou commencée à adoucir,
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- D'ADOUCIR LE FER FONDU.
- cir , par le moyen de la craie, fe trouve en-fuite rendurcie par le moyen de cette même craie. Les acides, les fels de la craie font probablement vitrioliques , Ôc par-là très-difficiles à en enlever ; ils ne partent qu a une très-grande chaleur. Nos expériences fur la converfion du fer en acier (Mém. /. ),nous ont fait voir, à la vérité , que les fels ne s’introdui-fent guere dans le fer, qu à l’aide des matières huileufes ou fulphureufes , quils ont befoin de ce véhicule ; la craie ne peut peut-être pas fournir affez de ces parties ; mais celles mêmes qui s’échappent du fer fondu y peuvent rentrer, après s’être emparées des fels de la craie ; rien n’empêche cette forte de circulation : le fer fondu a bien une autre quantité de matière fulphureufe que le fer forgé. La poudre de charbon, avec laquelle nous mêlons notre craie, peut auffi donner à fes acides fuffifamment de matière huileu-fe : la craie eft une pierre calcinable, ôc peut-être que ce neft que dans l’inftant quelle devient chaux, qu elle produit de mauvais effets.
- Nous avons déjà averti dans la première Edition, que l’effet de toute craie peut pourtant n être pas également à craindre ; il peut y en avoir ae plus chargées de fels, ôc d’aii-tres dont les fels feront plus fixes, ôc par-conféquent n’en pourront être détachés que par un feu plus violent : mais nous avons encore plus infifté ici fur cette reftriêlion, parce que nous avons trouvé depuis beaucoup de craies qui ne nous ont pas paru produire l’effet de celle qui a donné lieu aux dernieres obfervations, qui doivent toujours tenir en garde contre cette matière.
- Après tout , dès quil s’agiffoit de fe fer-vir des matières les plus dénuées de feV , dès qu’on fe conduifoit par ce principe, la chaux d’os étoit, de toutes les matières que nous connoiffons , celle qui promettoit le plus ; les fels des os, comme ceux de toutes les matières animales font volatils, ils peuvent leur être enlevés par la calcination ; après la calcination , on ne leur trouve point ou prefque point de fels fixes, comme on en trouve aux différentes efpeces de cendres. Ils n’ont point de fels de la nature de ceux des minéraux, comme en ont toutes les terres. Veut-on faire des coupelles qui, de toutes les efpeces de creufets, font celles qui demandent à être compofées de terres plus infipides, plus privées, de fels ? c’eft la chaux a os qu’on emploie.
- Quoiqu’elle foit la matière qui doit être prife par préférence à toutes celles que nous avons éprouvées pour nos adouciffements, nous avons vu qu’il falloit fonger à modérer l’effet qu’elle produit, en la mêlant avec la poudre de charbon ; mais comme cette der-Addition.à laSection.
- niere retarde peut-être l’adouciffement ] ou au moins ne l’avance pas autant que le font les os, j’ai cherché, Ôc j’en ai déjà averti ci-devant , en quelle proportion il falloit faire ce mélange. Tantôt je n’en ai mis qu’une fixieme partie, tantôt qu’une quatrième, tantôt qu’une troifieme ; fi le feu ne doit pas être long, ces dofes peuvent fuffire : ou, pour réglé encore plus générale, mieux les creufets feront clos, ôc moins il fera néceffaire d’employer de poudre de charbon ; mais le plus sûr eft d’en mettre une partie contre deux parties de l’autre matière : après tout, un peu plus de charbon n’eft pas capable de retarder l’opération. Si la poudre de charbon ne contribue pas beaucoup d’elle-même à adoucir la fonte, au moins eft-il sûr quelle ne la rend pas plus dure ; après un affez long feu, j’ai tiré de la fonte d’un creufet, où je Pavois uniquement entourée de cette poudre ; elle m’a paru y avoir été un peu adoucie : le charbon de favate feul, a auffi produit le même effet.
- D’ailleurs, il m’a femblé que la poudre de charbon contribuoit à faire prendre plus de corps au fer fondu ; ôc cet effet feul engagerait à donner la dofe de charbon un peu plus forte : fi elle le produit, c’eft peut-être quelle empêche l’adouciffement de fe faire avec trop de précipitation.
- Quelque peu d’adouciffement que la poudre de charbon procure feule au fer fondu, cet adouciffement peut paroître fingulier, fi on fe fouvient que nous avons vû ailleurs, que feule elle peut convertir le fer en acier, lui donner affez de foufres Ôc de fels pour changer fa nature. Comment fe peut-il donc faire qu elle n’augmente pas la dureté de la fonte , quelle lui ôte plutôt des foufres que de lui en donner ? l’explication de cette difficulté deviendra ailleurs plus facile : elle doit être précédée de la connoiffance de bien des faits que nous ne pouvons apprendre que dans les autres parties de notre Art.
- Il réfulte de ces expériences, que pour bien adoucir le fer fondu, ce qu’il y a de mieux, c’eft de s’en tenir aux os calcinés ôc au charbon. On ne craindra pas que le prix de ces matières faffe monter trop haut celui des ouvrages, il ne feroit guere aifé d’en trouver qui fuffent à meilleur marché. Qu’on ne fe faffe pas auffi un embarras de la quantité d’os néceffaires ; les voiries des Villes en fourniront de refte : que voudroit-on de plus commode, que de n’avoir que la peine de ramaffer des matières qui ne coûtent rien ! D’ailleurs, il me femble qu’on doit voir, avec une forte de plaifir, que des matières ci-devant inutiles pour nous, ont de grands ufa-ges. Si on veut s’épargner la peine de raffem-bler les os dont on aura befoin, ceux qui
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- h’ont d’autre occupation que de ramafTer les chiffons pour les Papetiers, ajouteront cela à leurs emplois ; ils trouveront même dans les rues , plus d’os que de chiffons : les boucheries fourniront encore des os abondamment.
- Lâ quantité d’os dont on aura befoin , ne fera pas même âuffi confidérable qu’on le croiroit ; une ptovifion fuffifante pour remplir fes creufets ou fourneaux étant une fois faite, il n’en faudra ramaffer que pour remplacer Ce qui fe perdra de cette matière , comme il s’en perd de toutes celles qu’on manie Ôc remanie' : elle ne diminuera pas fen-fiblement au feu. J’ai employé la même matière plufieurs fois, fans avoir apperçu de 'différence fenfible dans fon effet ; peut-être -pourtant qu’à force de fervir, elle fe charge-roit de trop de fels ; en la calcinant de nouveau ôc la lelîivant enfuite , on la dépouille-toit encore, tant de ceux qui peuvent lui être venus du fer, que des fels alkalis du charbon qui aura été réduit en cendre. Une partie du charbon fe brûle dans chaque opération ; mais on la remplacera en y ajoutant un peu de nouveau à difcrétion ; nous avons vu, par les expériences fur les fels, que les fels alkalis qu’il y laiffera ne feront pas à craindre. Mais après tout, li on fait entrer dans la compofition une partie de charbon contre deux parties d’os, on peut hardiment s’en fervir trois à quatre fois, fans y ajouter de nouveau charbon.
- Pour compofer les coupelles, on cherche certaines efpeces d’os, comme les os de pieds de moutons, ceux de têtes de veaux. Je crois bien qu’il y a des os qui peuvent valoir mieux les uns que les autres, mais j’ai fait ufage indifféremment de tous ceux qu’on m’a ramaffés, fans m’embarraffer de quels animaux , & de quelles parties d’animaux ils venoient : je les ai tous trouvés très-bons. Quand il eft queftion du travail en grand, on doit fouvent préférer ce qui eft le plus commode, à ce qui feroit un peu meilleur. Notre Art ne pourroit pourtant qu’y gagner, fi on faifoit des expériences fur les efpeces d’os qui agiffent le plus efficacement, peut-être en trouveroit-on de ceux-là d’aifés à recouvrer ; ôc fi les meilleurs étoient d’efpeces rares, on les conferveroit pour les ouvrages ui méritent le plus d’attention : mais ce font es expériences qui euffent été longues ôc difficiles à fuivre, & qu’on fera néceffaire-ment à mefure que l’ufage d’adoucir le fer fondu s’étendra.
- Nous n’avons encore rien dit de la façon dont il faut calciner les os ; auffi y a-t-il bien eu à en dire : car tout fe réduit à les faire rûler, jufqu’à ce qu’ils deviennent aifément friables ôc très-blancs, On peut en remplir
- tout four ou fourneau ] où on fera du feu * jufqu’à ce qu’ils foient fuffifamment calcinés, ce qui n’eft pas long, ôc qui le fera pourtant proportionnellement à la quantité d’os qu’on calcinera à la fois : mais on ne craindra pas de les brûler trop. Cette opération coûtera peu de bois ôc de charbon : les os s’enflamment ; Ôc ceux qui font déjà allumés , allument ceux qu’on jette deffus. J’ai cru avoir obfervé que la poudre d’os , dont je me fuis fervi pour adoucir le fer, avoit plus opéré à une fécondé fournée qu’à la première, ÔC cela probablement, parce que leur calcination avoit encore été continuée, pendant toute la durée de la première fournée : mais on doit être averti qu’on ne fçauroit faire brûler Ces os, fans qu’il fe répande une odeur défagréable.
- Les os étant bien calcinés , on les pulvé-rifera ; la poudre dans laquelle on les réduira , ne fçauroit être trop fine : mais il n’eft pas néceffaire quelle le foit extrêmement ; j’en ai fouvent employé d’auffi groffe que du fable : elle fait plus d’effet quand elle eft plus fine ; lorfqu’elle eft très - groffe, il arrive quelquefois que de petits endroits de l’ouvrage de fer, proportionnés à la groffeur des plus gros grains d’os, s’écaillent ; l’ouvrage eft quelquefois par-tout piqué de pareils grains : alors, le mélangé de la poudre d’os ôc de la poudre de charbon, n’a pû être affez bien fait.
- A l’égard de la quantité de poudre qu’on doit employer à la fois, elle eft très-arbitraire ; il n’en eft point comme de nos compolL tions à acier : le plus ici né fçauroit rien gâter ; mais il y en a affez, quand il y en a ce qu’il faut, pour empêcher les ouvrages du même creufet de fe toucher, ôc les tenir un peu féparés les uns des autres.
- Outre les différentes matières, dont j’ai dit ci-devant, que j’avois fait des épreuves , j’ai cru en devoir effayer quelques-unes qui, venant des animaux, ont quelque analogie avec les os. Les coquilles font, pour ainfi dire, les os de divers animaux aquatiques ôc terreftres. J’ai fait calciner des coquilles d’huîtres, des coquilles de moules de riviere, des coquilles de limaçons de jardin ; ôc de chacune de ces différentes chaux, j’ai entouré le fer de différents creufets. Dès que la chaux ordinaire eft capable de procurer quelque adouciffement, ilétoit fans difficulté que le fer s’adouciroit dans ces dernieres : il s’y eft auffi adouci.
- Une autre efpece d’os de poiffon que j’ai cru devoir encore éprouver, font les os de feche; ils font très-connus des Orfèvres, des Metteurs-en-œuvre, des Diamantaires ; tous ces Ouvriers s’en fervent pour mouler de petits ouvrages ; ces os calcinés ont encore
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- adouci le fer. Mais le fer s’écaille, avec tou-tes ces différentes chaux, comme avec celle des véritables os, Ci on ne modéré leur effet par une addition de charbon. La plupart de ces matières feroient aifées à recouvrer au bord de la mer ; on y en pourroit faire à bon marché de grands anias. Mais valent-elles mieux que la chaux d’os ordinaires ? valent-elles même autant? Après ce qui m’eft arrivé fur l’effet de la craie, il ne feroit pas fage de décider, avant d’avoir fait des expériences en grand ; & je ne crois pas qu’on exigeât de moi , que j’euffe cherché à faire en grand toutes ces expériences» Il n’y a que dans des Manufactures où l’on travaille régulièrement , où des épreuves de cette forte fe feront fans trop de frais.
- Gomme j’ai voulu au moins effayer en petit tout ce que j’ai pu penfer être convenable , j’ai aulfi effayé des coques d’œufs, après les avoir fait calciner : elles ont réufll à peu-près comme les matières précédentes ; mais il ne feroit pas aufîi aifé de s’en fournir.
- J’ai encore fait une épreuve, par laquelle je finirai ce Mémoire. Je me fuis fervi du fer même, pour adoucir le fer fondu. On fe fou-viendra, que quand j’ai parlé de notre fourneau propre à convertir le fer en acier > j’ai compofé les creufets , les capacités qui renferment le fer, de plaques ; que j’ai dit, que pour réfifter à un feu violent, ces plaques doivent être de terre, mais qu’elles pouvoient être de fer fondu, quand on ne vouloit donner qu’un feu plus modéré» En bien des circonftances, je n’ai mis à mon fourneau, que des plaques de fer fondu ; après quelles ont eu foutenu le feu pendant un ou plufieurs jours, & que le feu a été entièrement éteint, la furface de chaque plaque y fur laquelle le feu avoit agi, s’eft trouvée recouverte d’une couche allez épaiffe, d’une poudre d*un très-beau rouge, ôt quelquefois d’un rouge tirant fur le violet. Cette couche étoit faite des parties du fer, qui avoient été brûlées : en un mot, les Ghymiftes fçavent que cette poudre étoit ce qu’ils ont nommé du fafran de Mars , & un fafran de Mars fait fans aucune addition. J’ai fait balayer les plaques ; j’en ai fait détacher ôt ramaffer toute cette poudre ; ce que nous venons d’en dire , ôt la place où elle fe trouve , montre allez quelle n’eft qu’un fer brûlé, qui a été
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- FER FONDU. àf
- dépouillé de la partie huileufe. Gommé cette poudre eft bien éloignée d’avoir la quantité de parties huileufes Ôt falines, dont elle fe peut charger, j’ai penfé quelle feroit très-propre à adoucir le fer fondu qui en feroit enveloppé» J’ai donc entouré du fer fondu de cette poudre : elle l’a adouci parfaitement, ôt il m’a paru quelle l’a adouci bien plus promptement, que ne l’ont fait toutés les autres matières. Pour tâcher de m’alfurer de cette circonftance ; dans le fond d’un creufet cylindrique, j’ai mis de cette poudre , de ce fafran de Mars , toute pure ; dans le même creufet, j’ai mis un fécond lit compofé de ce fafran mêlé avec des os ; ôt plus haut, j’ai mis des os feuls : ce creufet ayant été tenu au feu pendant quelque-temps ; quand il en a été retiré, j’ai trouvé que le fer de ce creufet, le mieux adouci, étoit celui qui s’étoit trouvé au milieu du fafran de Mars feul : le mélange de cette poudre ôt des os avoit fait moins d’effet, mais plus que les os feuls.
- On pourroit ramaffer quantité de cette poudre dans des Manufaêlures , où on ne fe ferviroit que de plaques de fer : on en pourroit même faire à bon marché. Cette poudre occupe bien un autre volume que le fer ; après tout, il n’y a guere d’apparence quelle puiffe convenir pour le travail en grand ; ce feroit beaucoup qu’on s’en fer vît pour fadou-ciffement de quelques petits ouvrages. Mais il ne faudra pas donner le feu violent au creufet où elle fera renfermée ; autrement elle deviendra une maffe compacte, qui fe trouvera attachée furie fer: quelques coups pourtant la détacheront ; mais ce fera avec rifque d’emporter quelque petite partie de l’ouvrage.
- Si le feu a été violent dans le fourneau où étaient les plaques fur lefquelles nous avons dit qu’on ramaffoit cette poudre, on n’en trouvera plus fur leur furface ; les grains fè feront réunis, Ôt auront formé des écailles fpongieufes, & en fi grande quantité, qu’on fera étonné de voir que l’épailfeur du fer ne foit pas diminuée bien fenfiblement, dans des endroits d’où les écailles font tombées * car ces écailles mifes les unes fur les autres! auroient plus que l’épaiffeur de la plaque : mais c’eft quelles font d’une tiffure très-fpon-gieufe, ôc beaucoup plus même quelle ne le paroît.
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- QUATRIEME MEMOIRE-
- Des Fourneaux propres à adoucir les ouvrages de fer fondu.
- JPuisque nos ouvrages de fer fondu demandent , pour être adoucis, d'être environnés de poudre fine, il s'enfuit qu’ils doivent être renfermés dans des efpeces de creufets, comme nous l’avons toujours fuppofé juf-qu ici. Mais de cela feul, il ne s’enfuivroit pas que les creufets duffent être aufli bien îutés, que ceux où nous avons mis des barres
- Ï>our être converties en acier. Pour faire de 'acier, il faut contraindre des foufres & des fels à pénétrer le fer. Pour adoucir le fer fondu, il faut au contraire lui enlever ce qu’il a de trop des uns ôc des autres. Dans ce dernier cas, il femble donc que l’évaporation ne foit pas à craindre ; elle eft même à fouhaiter ; cependant : les creufets ou capacités équivalentes , dans lefquelles on arrange le fer , doivent être lutées, comme lorfqu’il s’agit de faire l’acier, ôc cela par d’autres confidérations. Le mélange de poudre de charbon avec celle d’os, a été trouvé néceffaire ; fi le creufet avoit air, le charbon fe bruleroit : d’ailleurs, c’eft une réglé générale, que tout fer qui chauffe pendant longtemps dans un endroit où l’air à quelque entrée libre, eft fujet à s’écailler.
- J’ai pourtant voulu voir fi l’adoucifTement ne fe feroit pas plus vite, lorfque les foufres & les fels auroient la liberté de fe fublimer. J’ai pris un creufet long Ôc étroit ; je l’ai rempli de couches d’os ôc de couches de fer fondu, jufques environ à la moitié de fa hauteur. Là, j’ai mis une cloifon de terre, qui empêchoit la communication de cette partie avec la partie reliante ; j’ai rempli cette derniere, comme l’autre, de lits d’os ôc de lits de fer ; j’ai laiffé le creufet ouvert, afin que les foufres ôc les fels des matières de la moitié fupérieu-re, euffent la liberté de s’évaporer. Après la durée de feu, que j’ai cru néceffaire, j’ai comparé les morceaux de fonte, qui.étoient au bas, avec ceux qui étoient au haut. Je n’ai pas trouvé de différence affez confidérable, pour donner du regret de ce que la poudre de charbon exige qu’on tienne les creufets fermés.
- Les mêmes raifons qui nous ont conduits à donner au nouveau fourneau, pour la con-verfion du fer en acier, la figure que nous avons expliquée, fubfiftent pour l’adouciffe-ment du fer fondu. On ne doit pas moins
- fonger à mettre la chaleur à profit, à diminuer la confommation de la matière com-buftible, dans l’une que dans l’autre opération ; il y faut également chauffer du métal dans des capacités bien clofes à la flamme. Il eft également effentiel de pouvoir s’affu-rer à chaque inftant du degré de chaleur qu’ont pris les ouvrages, Ôc du degré d’adou-ciffement où ils font parvenus. La conftruc-tion de notre fourneau à acier donne fur cela tout ce qu’on peut fouhaiter.
- Je m'imagine quon le penfera comme moi, fi on fe donne la peine de lire le long Mémoire où elle a été décrite ; nous y renvoyons pour bien de petits détails que nous n’aurions pas la force de répéter ici, quoiqu’ils aient leur utilité. Nous nous bornerons à préfent à retracer une idée générale de ce fourneau, Ôc à parler de quelques additions qui y peuvent être faites, ôc plus convenables pour l’adoucifTement du fer fondu, que pour la converfion du fer en acier.
- La maffe qui le forme a quatre côtés ; les parois intérieures font plattes, pofées à plomb, ôc quarrément ; deux de ces parois, oppofées l’une à l’autre, ont des couliffes, qui font ce qui cara&érife le plus ce fourneau. Elles font verticales, allant prefque depuis le haut jufques en bas : leur ufage fera con-noître quel en peut être le nombre, comment elles peuvent être efpacées, ôc quelle profondeur leur convient. Une couliffe d’une face en a une correfpondante, ou fembla-blement taillée dans la face oppofée : elles font faites pour recevoir une plaque, foit de terre, foit de fer fondu, foit de fer forgé.
- Deux pareilles plaques, avec les deux parties des parois ôc celle du fond comprîtes entre elles, forment une efpece de boite, que fon ufage nous a fouvent fait appelier un creufet, ôc à qui nous conferverons encore ce nom. On y met les ouvrages qu’on veut adoucir : ils y font à l’abri de l’a&ion immédiate du feu, lorfqu'on lui a eu donné un couvercle, ôc que fes jointures, ôc celles des couliffes ôc du fond, ont été bien lutées.
- Toutes les couliffes font deftinées à recevoir des plaques ; mais tout efpace qui eft entre deux plaques, ne doit pas faire la fonction de creufet. Quelques-uns de ces
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- efpaces font les cheminées, ou les foyers qui reçoivent le bois ou le charbon. Chaque plaque fert à former ôt le creufet ôt le foyer : car alternativement il y a un creufet , & un foyer , le foyer n’étant que l’efpace qui eft entre deux creufets. On peut multiplier le nombre des uns ôc des autres à volonté. Mais nous nous fixerons à préfent à un fourneau qui a trois creufets ôt deux foyers. Le fond du fourneau , ou ce qui eft la même chofe, celui des foyers ou cheminées eft toujours plus bas que celui des creufets.
- Quand il a été queftion de faire de l’acier, nous avons paru pancher pour ceux des fourneaux de cette efpece, où la chaleur eft excitée par le vent des foufflets ; nous aimerions mieux n’employer ici que ceux où l’air agit librement ; ôc tout confidéré , ils valent même mieux pour l’acier. Ce n’eft pas que les foufflets ne fiffent bien ; mais fi on veut s’en fervir , il faut être attentif à modérer leur vent ; & il le faut bien être davantage pour adoucir de la fonte, que pour convertir du fer en acier. Les barres de fer foutiennent un degré de chaleur qui feroit couler encore une fois nos ouvrages de fer fondu. Avec quelqu’attention néanmoins on préviendroit cet accident. A chaque inftant on peut voir ce qui fe paffe dans les creufets; on peut donc obferver fi la chaleur devient trop violente ; il eft toujours aifé de la modérer, en diminuant ou arrêtant totalement l’action des foufflets. Les parois du fourneau font percées par des trous difpofés les uns fur les autres à différentes hauteurs, qui pénètrent chacun jufques à l’intérieur d’un creufet. Ils ne font remplis que par des bouchons qu’on ôte & qu’on remet quand on veut. Nous expliquerons bientôt comment au moyen de ces trous on peut s’affurer de l’état des ouvrages qui recuifent.
- Dans le fourneau auquel nous nous fixons, dans celui qui n’a que trois creufets, il ne faut que quatre plaques, ôt huit couliffes qui les reçoivent. Les deux plaques du milieu forment un creufet plus grand lui feul que les deux autres. Chacune des deux autres plaques fuffit pour compofer un creufet, parce que la paroi du bout du fourneau, dont elle eft îe plus proche, Ôt à qui elle eft parallèle, tient lieu d’une autre plaque ; il y a ici deux foyers placés chacun entre une plaque du bout Ôt une du milieu.
- Les plaques étant mifes en place, ou , ce qui eft la même chofe, les creufets étant ajuftés, on peut les charger, c’eft-à-dire, les remplir d’ouvrages & de compofition, en arrangeant le tout lit par lit, comme on arrange les barres de fer dans les fourneaux a acier. C’eft par l’ouverture fupérieure qu’on y fait entrer ce qu’on veut, ôt qu’on retire ce qu’on y a mis quand l’opération eft finie.
- Addition à La y e. Section.
- Mais nous avons fait remarquer ailleurs que pour charger un creufet de cette maniéré, le fourneau doit être prefque froid, de forte que dans une fécondé fournée on ne profite pas ou peu de la chaleur qu’a prife le fourneau dans la fournée précédente ; ôt on eft d’autant moins en état d’en profiter que le creufet eft plus profond. La main ne fçau-roit y entrer bien avant, lorfqu’il eft encore fort chaud, ôt le vifage qui eft au-deffus de ce creufet, n’auroit pas moins à fouffrir. J’ai propofé aufîi pour convertir le fer en acier, de conftruire des fourneaux qu’on pût charger par le côté, ôt je l’ai fait exécuter pour l’adouciffement du fer.
- Pour pouvoir charger par le côté, tout fe réduit à laiffer chaque creufet ouvert d’un côté depuis fon fond à peu-près jufques en haut. Si le fourneau a trois creufets, l’ouverture de celui du milieu fera fur une de fes faces, Ôt les ouvertures des deux autres creufets feront fur la face oppofée. A mefu-re qu’on chargera un creufet, on bouchera une partie de fon ouverture : pour le faire commodément, on aura cinq à fix pièces de terre cuite, de terre à creufet, propres à s’ajufter les unes fur les autres , Ôt dans l’ouverture qu’on a laiffée au creufet. Ces pièces feront enfemble une efpece de petit mur de rapport, qu’il fera aifé d’élever ôt d’abattre dans un inftant ; chacune de ces pièces fera traverfée par deux barres de fer qui fortiront en-dehors de la piece, ôt y formeront une tête ; ce feront deux poignées qui donneront la facilité de retirer la piece à qui elles tiennent. Chacune auffi de ces pièces aura une ouverture quarrée qui recevra un bouchon de même figure : c’eft par ces trous qu’on verra ce qui fe paffera à différentes hauteurs du fourneau.
- Comme cette difpofition affoiblit le corps du fourneau, on doit fonger à le fortifier par des liens qui l’empêchent de s’entrouvrir; outre les liens pofés horifontalement, on pofera d’autres barres de fer verticalement , dont les bouts feront recourbés, ôc entreront dans la maçonnerie : les liens ho-nfontaux feront arrêtés fur les barres verticales , foit avec des rivets, foit avec des vis ôc des écrous.
- Mais fur-tout il faut qu’une barre verticale foit placée jufqu’à fleur de chaque bord de l’ouverture extérieure du creufet, Ôc que les liens horifontaux foient bien affemblés avec ces dernieres barres; voici ce qui y oblige. Pour avoir plus de commodité à charger , les liens horifontaux feront brifés vis-à-vis chacune des ouvertures; il feroit incommode , quand on charge, de trouver devant foi la partie des liens qui paffe fur cette ouverture ; il faut que cette partie puif fe s’ôter ôc fe remettre. De cent maniérés,
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- dont cela peut s’exécuter, il fuffit d’en rapporter une: près des ouvertures des creufets, chaque lien fe terminera par une tête plus groffe que le refte, ôc percée en efpece d’anneau ; le bout fe roule comme celui d’une penture de porte qui reçoit le gond: dans chacun des anneaux qui font à même hauteur , ôc placés de part ôc d’autre du bord de l’ouverture d’un creufet, entrera le bout recoudé d’une verge ou barre de fer. Gette pièce mife en place rend le lien complet ; îes deux bouts feront percés par des trous qui recevront des clavettes, qui les arrêteront en place, Ôc qui même contribueront à les mieux ferrer. Ces pièces pourront s’ôter & fe remettre à volonté ; quand elles feront en place, le fourneau fe trouvera auffi bien ferré, que fi tous les liens étoient d’une piece. Ces parties de rapport peuvent être alfem-blées avec des vis, ôc, comme nous l’avons dit, de bien d’autres maniérés.
- Si l’air qui entre dans le fourneau n’y eft pas pouffé par des foufflets, on multipliera les ouvertures du cendrier ; on en laif-• fera quatre, une au milieu de chaque face; on aura des portes en bouchons pour chacune de ces ouvertures; ôc ces portes en bouchons tiendront lieu de regiftres ; félon qu’ils feront en place, ou qu’ils en feront ôtés , il entrera moins d’air ou plus d’air dans le fourneau.
- On l’obligera même d’entrer avec plus de vîteffe ôc en plus grande quantité ; on lui fera produire un effet approchant de celui que lui font produire les foufflets, mais moins dangereux, en ménageant des conduits pour l’amener de loin. On connoît les efpeces de foufflets qu’on pratique dans quelques cheminées, ôc qui font expliqués dans la Méchcuiique du Feu, de l’ingénieux M. Gauger: dans ces fortes de cheminées, pour fouffler le feu, on n’a qu’à lever une petite foupape qui eft au niveau de l’âtre, auffi-tôt que le trou eft ouvert, le vent en fort avec plus de vîteffe qu’il n’en fortiroit d’un foufflet qui donneroit beaucoup de peine à agiter. Toute la méchanique de ce foufflet fimple, dépend de la communication qu’on a ménagée à ce trou avec l’air extérieur : pour pratiquer quelque chofe d’équivalent dans notre fourneau, on établira le fond de fon cendrier au - deffous du niveau du terrein qui environne le fourneau. Et à commencer à chacune des ouvertures qui donnent entrée à l’air, on creufera dans la terre une tranchée qui formera une efpece d’entonnoir , qui, depuis le fourneau, ira toujours en s’élargiffant. Ces quatre tuyaux étant ainfi creufés, on les recouvrira par deffus avec des planches, ôc l’on recouvrira les planches elles-mêmes avec de la terre ; plus ces tuyaux de conduite d’air feront
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- pouffés loin, & plus leurs embouchures feront évafées, ôc plus il y aura d’air introduit dans le fourneau.
- On n’aura pourtant rien à craindre de fon a&ivité, qu’on modérera à fon gré ; on diminuera à fon gré la quantité d’air qui tendra à paffer par chaque tuyau, ou même on l’empêchera totalement de paffer par un des tuyaux; ôc cela en difpofant au-deffus de chacun, dans l’endroit quifem-blera le plus commode, des efpeces de portes qu’on pourra tenir enfoncées jufqu’au fond du tuyau, ou tenir élevées jufqu’à fon bord fupérièur. La même chofe pourra s’exé- -cuter par d’autres difpofitions très-arbitraires ; ces tuyaux de conduite d’air feront plus durables, fi on les revêt intérieurement de pierres, ou de carreaux de terre cuite. Mais, fans pratiquer tous les tuyaux de conduite d’air dont nous venons de parler, on produira une chaleur affez violente, en ménageant des ouvertures dans le bas du fourneau. Il peut être chauffé avec le charbon, il peut l’être auffl avec le bois; dans ce dernier cas on le tiendra au moins d’un tiers, ou de la moitié, plus haut que ceux dont nous avons donné les mefures pour la con- ' verfion du fer en aciçr : la flamme du bois s’élève bien à une autre hauteur que celle du charbon ; d’ailleurs la chaleur ici n’étant pas l’effet d’une auffi grande quantité d’air introduite continuellement, lesrai-fons qui vouloient qu’on le tînt plus bas lorfqu’on fe fervoit de foufflets, ne fubfiftent plus. Le haut de ce fourneau, quoique plus élevé , aura donc une chaleur fuflîfante; d’ailleurs il pourra être occupé par les ouvrages les plus minces: or, dès qu’on donne plus de hauteur au corps du fourneau, on trouvera plus commode d’en enterrer le bas en partie, c’eft-à-dire, de le mettre au deffous du niveau du terrein ; on en fera plus à portée de regarder dedans le fourneau par le deffus, ôc cette difpofition s’accommode à merveille avec celle de nos tuyaux de conduite d’air qui engagent auffi à le tenir ifolé.
- Quand on veut chauffer notre fourneau avec le bois , on difpofe des barreaux de fer entre les creufets, qui y forment des grilles affez ferrées pour foutenir de menues bûches Ôc leurs charbons. La flamme s’élève dans chaque cheminée, pour aller au-deffus du creufet du milieu, elle s’échappe enfuite par une ou plufieurs des ouvertures qui font percées dans le couvercle du fourneau. Lorf-que le feu y a été allumé pendant plufieurs heures, la flamme en fort avec violence, Ôc s’élève fort haut. J’ai regretté bien des fois de ce que fon aêlivité devenoit fi-tôt inutile ; fi elle eût continué plus long-temps à agir contre les creufets, elle eût été capable d’y
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- îf ADOUCIR LE FER FONDU.
- produire beaucoup d’effet. J’ai donc cherché à prolonger la durée de fon aêlion, ôc pour cela j’ai fait faire quelques changements au fourneau précédent : j’ai fait boucher toutes les ouvertures du couvercle, ôc j’ai fupprimé Une des grilles. En fa place, j’ai fait mettre un plancher folide ; j’ai fait percer le mur du fourneau, de part en part, de quelques trous peu élevés au-deffus de ce plancher, ôc qui fe trouvoient plus bas que le fond des creu-fets : ces trous étoient deftinés à tenir lieu de ceux du couvercle.
- L’effet qu’a dû produire cette nouvelle dif pofition s’imagine aifément. Le feu ayant été allumé fur la feule grille qui a été laiffée, c’eft-à-dire , entre un creufet du bout, que nous nommerons le premier, ôc le creufet du milieu ; la flamme a monté dans la cheminée qui les féparoit, s’eft élevée jufques au haut de ces creufets ; ôc ne trouvant plus d’iffue dans le couvercle, elle s’eft détournée fur le deffus du creufet du milieu, ôc de-là eft defcendue, par la fécondé cheminée , pour aller chercher au-deflbus du dernier creufet, les feules ouvertures qu’on lui avoit laiffées pour fortir. On fuppoferoit bien, quand nous n’en avertirions pas, qu’on avoit empêché toute communication par-deffous, entre le fond de la première cheminée , ôc celui de la fécondé , ôc que cela eft aifé à faire par le moyen d’une petite cloifon.
- Dans l’unique foyer qui étoit refté au fourneau , je n’ai fait jetter qu’autant de bois , qu’on y en jettoit lorfqu’il avoit deux foyers. On n’a brûlé, dans le fourneau, que la moitié de ce qui s’y brûloit ci-devant. La flamme ne m’en a pas paru cependant moins con-fidérable, ôc fon effet ne m’a pas paru moindre ; elle fortoit, par le bas du fourneau, auffi abondamment quelle étoit fortie auparavant par fon ouverture fupérieure, lorfqu’elle étoit produite par le bois brûlé dans deux foyers. Il m’a donc femblé que par cette difpofition, on épargneroit confidérablement de bois, ôc l’épargne ira d’autant plus loin, que le fourneau fera compofé d’un plus grand nombre de creufets, ôc de creufets qui demanderont une plus longue durée de feu.
- Car c’eft fur-tout dans les opérations qui demanderont une longue durée de feu, qu’on trouvera les avantages de cette conftruêiion; ôc cela, parce que la petite quantité de bois mife dans un feul foyer,n’agit auffi avantageu-fement, qu’une plus grande quantité diftri-buée eu plufieurs foyers, que lorfque la chaleur du fourneau eft parvenue à un certain point. Quand on ne vient que d’y allumer le feu, dans un feul foyer, la flamme ne fait pa3 dans un inftant, à beaucoup près, tout le chemin que nous lui avons fait faire ; ce n’eft que fucceffivement qu’elle s’élève, quelle vient à monter au haut des creufets, ôc ce
- n’eft que fucceffivement qu elle defcend affez bas , pour fortir par les ouvertures qu’on lui a laiffées : pendant long-temps, il n’y a que la fumée qui s’en échappe. La flamme avance à mefure que la chaleur gagne , ôc on ne la trouve guère par-delà les derniers endroits qui ont pris une couleur rouge. Ainfi, le feu allumé dans un feul foyer, eft plus longtemps à échauffer le fourneau, que le feu allumé dans deux ou plufieurs foyers. Mais le fourneau eft-il parvenu à un certain degré de chaleur, à être rouge, ou plus que rouge ï il m’a paru vrai, quelqu’étrange que cela femble, que la même quantité de bois qui eft néceffaire pour entretenir dans ce degré de chaleur deux creufets, fuflit à peu-près pour entretenir dans le même degré de chaleur, trois, quatre, ôc peut-être tel nombre de creufets qu’on voudra. Je n’ai pourtant pas pouffé l’expérience fi loin; je ne l’ai faite que dans des fourneaux où la flamme d’un foyer a eu à parcourir trois ou quatre cheminées ; ôc je ne laiffe pas de me croire en droit d’en tirer une conféquence très-étendue, parce que je n’ai point vu que l’aêth vité ÔC la quantité de la flamme qui fortoit du fourneau, après avoir parcouru un chemin quatre fois plus long , aient fouffert quelque diminution fenfible : quand on lui donnoit iflue par la première ou par la fécondé cheminée, elle ne fembloit pas en fortir plus abondamment que par la quatrième.
- Quelque paradoxe qu’il foit d’avancer , qu’on entretiendra au même degré de chaleur , dix à douze creufets, ôc peut - être davantage , avec à peu-près la même quantité de bois néceffaire®, pour en entretenir un à ce même degré, l’expérience y femble conduire, ôc le raifonnement ne fe trouvera pas même contraire à l’expérience. Car fup-pofons que les chemins qu’a à parcourir la flamme fucceffivement entre tant de différents creufets qu’on voudra , font également chauds. Suppofons de plus, que les bords de ces chemins, ou, ce qui eft la même chofe, les parois intérieures du fourneau, ôc les fur-faces extérieures des creufets, ont pris un degré de chaleur égal à celui de la flamme du bois, qui brûle librement, ce qui n’eft pas un degré de chaleur exceflif. Il n’y a peut-être nulle raifon alors, pour que la flamme, après avoir parcouru dix à douze pieds , foit en moindre quantité , ôc ait moins d’a&ivité que lorfqu’elle n’avoit parcouru que trois à quatre pieds. La flamme qui s’eft trop élevée au-deffus d’un foyer, fe refroidit, pour ainfi dire, s’éteint par l’attouchement des corps voifins ou de l’air. Nous n’avons pas d’idées trop claires de la nature du feu ; mais les plus claires que nous en puiflions prendre, c’eft que fon aêHvité dépend du mouvement, d’un
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- certain mouvement , fi l*on veut, ôc fi l’on veut encore, d’un mouvement qui ne peut être pris que par certaines matières : mais une matière plus enflammée qu’une autre, toutes chofes d’ailleurs égales, a une plus grande quantité de ce mouvement, d’où dépend l’activité du feu ; ôc cette matière devient de moins en moins enflammée , de moins en moins feu, à mefure quelle rencontre des corps qui lui ôtent de ce mouvement. Ainfi, l’air, les parois noires des cheminées , arrêtent le mouvement de la flamme ; mais dès que les parois feront rouges , dès que les corps qui toucheront la flamme auront une aêlivité égale à la flenne, qu’ils feront prefque auiïi feu quelle, leur attouchement ne raffoiblira pas.
- Nous concevons , à la vérité, que la matière qui fait la flamme fe confume continuellement , ôc par conféquent que la flamme ne fçauroit fubfifter long-temps. Mais cette idée n’eft pas aflez démêlée ; elle tient du préjugé qui nous a fait trop étendre ce qui arrive continuellement aux feux de nos foyers ordinaires. Une autre expérience que nous avons vûe bien des fois , nous apprend qu’une matière ne fe confume pas de cela feul, quelle a pris un certain degré de chaleur , de celafeulquelle eft allumée ; la poudre de charbon, quelque violemment quelle foit échauffée dans des creufets bien clos, ne le détruit point ; elle ne fe confomme , que quand elle eftexpofée à l’air. Tant que la flamme circule entre nos creufets , fans trouver d’iflùe , elle eft dans un état fembîable à celui de la poudre de charbon renfermée dans des creufets ; de même elle ne doit pas diminuer en quantité , ni perdre de fon aêlivité. En un mot, le feu ne paroît éteint, détruit, ou que quand on arrête le mouvement de la matière enflammée , ou que quand cette matière eft difperfée par évaporation, ou autrement : ni l’un ni l’autre ne peuvent arriver à la flamme qui eft entre nos creufets.
- Il eft au moins très-sur, que dans un fourneau conftruit fur le principe que nous venons de donner, on peut entretenir, dans un grand degré de chaleur, une longue fuite de creufets avec peu de bois. Tout fe réduit à difpofer des cloifons, de maniéré que la flamme foit obligée de pafîer alternativement au-deflùs d’un creufet, ôc au-deflbus de celui qui le fuit. Mais cette voie excellente pour les entretenir dans ce degré de chaleur , ne pourroit le leur donner qu’à la longue ; je voudrois donc qu’on commençât par les faire rougir par le moyen du charbon, ce qui feroit toujours aifé en débouchant les ouvertures des couvercles, ôc quelques-unes pratiquées au bas du fourneau. Ces creufets devenus rouges, on boucheroit ces ouvertures , on allumeroit du bois dans un feul
- foyer, ôc bientôt la flamme circuléroit d un bout du fourneau à l’autre : quand elle a pris fa route, elle ne s’en détourne pas dans l’infl tant. Si on débouche quelque ouverture qui pénétre entre les creufets, en ne fçauroit voir fans plaiftr, avec quelle vîteffe elle deff cend. Des opérations qui feroient très-che-res, parce qu’elles demandent une longue durée de feu, pourroient par cet expédientfe faire à bon marché, & je ne doute point qu’on n’emploie avantageufement , par la fuite, cette circulation delà flamme pour bien d’autres opérations.
- De quelque maniéré que foit conftruit le fourneau, dès qu’on le chauffera*avec le bois, on pourra hardiment fermer les creufets avec des plaques de fonte. Je dis hardiment, parce que je fuppofe, qu’on aura l’attention de voir fl la chaleur ne devient pas aflez considérable pour les fondre, ôc qu’il fera facile de l’arrêter avant qu’elle en foit-là. Plus le fourneau fera large., Ôc plus on prendra les plaques ép aides : cette épaifleur ne doit pourtant pas paflfer un pouce. A mefure quelles ferviront, elles deviendront de plus minces en plus minces ; à la fin de chaque fournée, la face fur laquelle le feu aura agi , fera recouverte d’une couche aflez épaiffe d’une poudre rouge ; c’eft un fafran de Mars qu’on fera bien de ramafler ; il a les propriétés du fafran de Mars ordinaire, ÔC eft préparé fans addition de foufres : on s’en fervira aux ufages où la Médecine l’emploie, ôc à quelques autres dont nous avons déjà parlé. Les plaques deviennent minces, par ce qui s’en détache pour fournir à cette poudre, ôc encore par des écailles qui s’y forment ; mais malgré cette poudre ôc ces écailles, elles durent long-temps. Plus elles font minces, plus elles font expofées à fe voiler; afin quelles ne viennent pas au point d’en être trop contrefaites , ce qui changeroit la figure ôc les proportions des creufets ôc des foyers , on aura foin de les retourner après chaque fournée ; on mettra en-dehors du creufet, la face qui étoit en-dedans : le feu les redrefîera, ôc même il les fera enfuite devenir convexes du côté où elles étoient concaves.
- Si on veut les maintenir plus sûrement dans leur figure à peu-près plane, fans être dans la néceffité de les retourner fi fouvent, les précautions fuivantes y contribueront.
- Il fuppofe quelles font de fonte grife ou noire , qui fe laifîe percer, comme fe laifle percer celle dont on fait les poêles, ôc en cas quelles ne foient pas de fonte de cette qualité, après quelles auront fervi à deux fournées, on pourra toujours exécuter ce que nous allons propofer. Ayant divifé leur hauteur dans le nombre de parties qu’on voudra,trois ou quatre fuffirontpon tirera
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- pàr ces divifions des lignes parallèles, & dans chaque ligne on percera deux ou trois trous, de quelques lignes de diamètre ; dans chacun de ces trous, on fera entrer un boulon de fer ; ce boulon aura une tête percée quarré-ment, ôt propre à recevoir une barre de quarrillon, ou d’autre fer plus mince ; la tête de chaque boulon fera fur la face de la" plaque , qui doit être en-dedans du creufet, ôt leur bout paflera tout au travers , jufques à l’autre face, fur laquelle il fera bien rivé : dans toutes les têtes des boulons, placées fur une même ligne horifontale, on fera entrer une barre de quarrillon de longueur, prefque égale à la largeur de la plaque. Il eft déjà vilible, que ces barres difpofées d’efpace en efpace , maintiendront la plaque. Mais pour alfurer encore plus l’effet des barres , afin que quand elles feront arrangées, elles ne cedent point à 1 effort de la plaque, on liera, en quelque forte enfemble, les barres des deux plaques ; le moyen en eft fimple. Je fuppofe que les barres traverfantes, font fur chaque plaque à des hauteurs corref-pondantes : on aura des morceaux de fenton de fer, ou de fer plus gros, dont les deux bouts feront recourbés ; leur longueur, entre les deux courbures , fera égale à la diftance d’une plaque à l’autre : un de ces crochets fera accroché aux deux barres à même hauteur. On fera maître de donner à chaque barre, plus ou moins de ces liens. Un des liens peut être attaché fixement , par un bout, à une des barres, ôt entrer par l’autre bout, dans un trou percé à l’autre barre. Toutes ces difpofitions peuvent fe varier félon le génie de l’Ouvrier ; on lui laide à choi-fir. Il mettra, par exemple, des clavettes, s’il le juge à propos, pour retenir les bouts des crochets. Les plaques, avec cette précaution , feront folidement maintenues ; l’allongement des barres ôt des liens , ne leur permettra pas de s’étendre au point de les défigurer : ôt la place que tiendraient ces barres dans le creufet, ne fera pas affez confidéra-ble pour mériter attention.
- Une plaque feule aurait peine à fuffire à toute la hauteur du fourneau : fi on le tient aufîi haut qu’on le peut, ôt même qu’on le doit, pour profiter de la chaleur, on en dif-pofera deux ou davantage, les unes fur les autres. Mais alors, pour empêcher plus fure-ment l’entrée de la flamme, le bord d’une des plaques fera moulé en coulifle, qui recevra le bord de l’autre : de la terre pourtant appliquée du côté de l’intérieur du creufet, bouchera affez bien les jointures pour fup-pléer à la coulifle.
- Ces plaques dureront plus long-temps, fi on enduit de lut fur le côté qui eft expofé à la flamme ; a la vérité, il aura peine à s’y fou-tenir, a moins que la plaque ne foit lardée Addition a la J e. Section*
- TER FONDU. 3$
- de clous affez proches les Uns dés autres. Sx au lieu de plaques de fonte on fefervoit de plaques de tôle épaiffe,il ferait plusaifé de les larder de clous;elles feraient plus aifées à percer : mais la tôle aufîi eft plus Chere que la fonte.
- Nous avons fait valoir dans le quatrième Mémoire de l’Art de convertir le fer en acier, l’avantage des plaques, ôt fur-tout l’avantage des plaques minces ; il eft confi-dérable aufîi, tant qu’on fera obligé dé lâifler refroidir le fourneau pour le charger, tant qu’on le chargera par-deflus ; mais fi on le charge par le côté , ôt encore très-chaud , comme on le pourra faire aifément, en fui-vant ce que nous avons expliqué au commencement de ce Mémoire ; alors il n’importera plus tant d’avoir des cloifons fi minces pour former les creufets, ôt d’en âvoif qu’on puiffe ôter de place fi aifément ; on, bâtira des efpeces de petits murs, épais d’environ un pouce ôt demi ; on les compofera, ou de petites briques de pareille épaiffeur * ou même d’un feul maflif de terre ; mais cette terre Ôt celle des briques, fera toujours une terre préparée, comme celle des creufets ordinaires. Sans être fort habile à manier la terre , on élevera ces cloifons , ces efpeces de petits murs, fur-tout fi on a une table de bois paflablement unie, de la hauteur ôt de la largeur de la cloifon ; on mettra la table de bois debout dans le fourneau ; elle conduira pour appliquer la terre uniment , ôt l’élever bien à-plomb 1 mais les bouts de chacune de ces cloifons feront enclavées dans fépaiffeur du mur, dans des entailles ou coulifles pareilles à celles qui retiennent les plaques.
- Pour rendre ces cloifons plus fiables, pour quelles foient moins en rifque de fè courber , on pratiquera quelque chofe de fem-blable à ce que nous avons propofé pour le$ plaques de fer ; en-dedans du creufet, on les tiendra plus épaifles qu’ailleurs en un ou deux endroits , depuis le bas jufques en haut : on formera en ces endroits des efpeces de pilaftres. Pour les aflurer encore mieux, on donnera à chaque pilaftre deux ou trois parties faillantes ; ces parties Paillantes feront chacune percées d’un trou d’outre en outre , dont la direétion fera verticale ; les pilaftres de chaque cloifon ou plaque, étant vis-à-vis de celles de l’autre cloifon, Ôt les parties faillântes de l’une, à même hauteur que les parties faillantes de celles vis-à-vis de laquelle elle eft placée : les plaques fervi-ront mutuellement à fe foutenir, fi on enclave un des bouts d’une verge de fer dans une des parties faillantes, ôt l’autre bout dans l’autre.
- Une autre maniéré de maintenir les pla* ques encore plus fimple, ôt que j’ai trouvé fuftifante, c’eft de mettre dans chaque foyer,
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- c’eft-à-dire , entre les plaques de deux creufets différents, une troifieme plaque de terre ou de fonte de fer. La largeur de celle-ci fera perpendiculaire à la largeur des autres ,
- & égale à l’intervalle qui eft entr’elles ; ce fera une efpece de cloifon, qui divi-fera chaque foyer en deux parties égales ; on ne la fera pourtant pas defcendre jufques au fond du foyer, jufqu’au bas du fourneau; que fon bout inférieur en foit à un pied, ou à neuf à dix pouces, & il en fera allez proche. Pour retenir plus folidement cette plaque en fa place, en formant les autres, on y ménagera des coulifles dans les endroits contre lesquels cette troifieme plaque doit être appliquée ; on les rendra plus epaiffes dans ces endroits , de ce qu’il faut pour fournir aux coulifles. Si on craignoit -que la plaque d’un des petits creufets ne fût enfoncée en dedans le creufet par l’effort que la plaque du creufet du milieu pourroit faire fur elle, par i’entremife de celle qui les touche l’une & l’autre, on l’empêcheroit furement en plaçant dans chaque creufet des bouts, & d’une maniéré femblable, une autre petite plaque pareille à celle qui eft dans le foyer. Enfin, des morceaux de tuileaux mis d’efpa-ce en efpace en maniéré de coings, entre les plaques de deux creufets, les maintiendront allez bien, & ne nuiront pas à la chaleur, fi on ne les place pas trop proche les uns des auters.
- Au refte, on proportionnera la grandeur des creufets de chaque fourneau à la quantité & à la grandeur des ouvrages qu’on y veut renfermer; nous n’avons eu nullement en vue de gêner aux mefures des deffeins. La durée du feu néceffaire deviendra plus grande, à proportion de l’augmentation de la capacité, mais toujours fe fouviendra-t-on que, pour ménager le bois, on ne doit pas élargir beaucoup les foyers,ou cheminées.
- On fçait que pour chauffer, il y a grande différence de bois à bois ; mais ici on doit fçavoir encore qu’il y a grande différence pour nos fourneaux, entre du bois bien fec Ôt le même bois humide. L’expérience l’a aufli appris à ceux qui conduifent le travail des verreries : ils placent leur bois dans le même angar où eft le fourneau ; ces angars font pour l’ordinaire difpofés de façon que le bois peut être mis immédiatement au-deffus du fourneau ; il y eft arrangé en pile fur une efpece de plancher à jour. Le degré de chaleur que prend le bois en s’enflammant, eft tempéré par les parties d’eau dont le bois humide eft chargé. Si les parties enflammées qui s’élèvent, s’élèvent mêlées avec une plus grande quantité de vapeurs aqueufes ; ces dernieres peuvent éteindre la chaleur de quelques-unes des premières, & modèrent celle de toutes les autres.
- (i ) Voyez la fécondé PartiesMém. 3,
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- En cas qu’on ait envie de faire en petit des adouciffements d’ouvrages de fer fondu, foit par curiofité, foit autrement, il en fera ici comme de nos effais pour la conver-fion du fer en acier. On aura recours au feu de la forge, ou à celui de tout petit fourneau où l’on ‘pourra donner un degré de chaleur confidérable au fer, mais fans le faire fondre ; il y a telle piece de fer qui fera adoucie de la forte en deux ou trois heures. On fe fervira des creufets de la grandeur & de la forme Ja plus convenable aux pièces qu’on y voudra renfermer.
- La maniéré d’arranger les ouvrages de fer fondu dans le fourneau, ne demande aucune explication ; nous avons dit ailleurs qu’on ne fçauroit trop mettre de notre mélange d’os ôt de charbon pulvérifés ; mais qu’il y en a fuffifamment quand il empêche les pièces de fe toucher. Il feroit aufli inutile d’avertir de placer les pièces les plus épaiffes, & celles qui ont befoin d’être le plus adoucies, dans les endroits où la chaleur eft la plus vive. Mais nous avertirons de bien ôter tout le fable qui pourroit être refté fur chaque piece quand on l’a tirée du moule; les endroits où on en aura laiffé s’adouciront beaucoup moins que le refte ; d’ailleurs fi le fable vient à fondre, il formera un enduit qui s’étendra beaucoup par delà-l’endroit où il a été mis ; s’il ne rend pas la piece plus dure, il la couvrira d’une matière qui fera fouvent difficile à détacher. Un autre aver-tiffement dont je ne connoiflbis pas autrefois l’importance, c’eft de bien preffer la compo-fition contre les ouvrages. Je voudrois même qu’on la tapât avec des maillets, comme les Fondeurs tapent le fable de leurs moules* Cette façon fi Ample eft: capable de mieux affluer le fuccès du recuit, & de prévenir bien des accidents (r).
- Après avoir bien efiayé fi une chaleur mo* dérée & plus longue ne produiroit point de meilleurs effets pour nos adouciffements, qu’une chaleur plus violente, je me fuis convaincu que la chaleur ne fçauroit être trop grande, fi on n’a en vue que de rendre les ouvrages limables, pourvu qu’elle ne le foit pas au point de faire fondre les pièces. Mais on ne peut encore donner de réglés générales far la durée du feu que demandent les ouvrages pour être adoucis : outre quelle doit être plus grande, quand les ouvrages font plus épais, c’eft qu’ils ne demandent pas tous à être adoucis au même point, êt que ceux de différentes fontes pour être amenés au même point, demandent quelquefois des temps très-différents. Pour fçavoir fi les plus épais le font au point où on les veut, & pour s’affurer fi la chaleur n’eft point trop foible, ou fi elle n’eft point trop violente,
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- ïôrfqu’on chargera le fourneau, on aura foin de placer à la hauteur de chacune des ouvertures, des morceaux de fer fondu de différentes épaiffeurs, de même nature que celui des ouvrages, & qui puiffent être retirés aifé-ment; ceux-ci ferviront à inftruire de l’état des autres. Il n’importe point quils foient façonnés en ouvrages : il importe même qu’ils foient peu contournés; ils en feront plus faciles à ôter de place fans rien déranger dans l'intérieur du fourneau. De toutes les formes, la plus commode qu’on leur puif-fe donner, c’eft la ronde. Je les fais mouler en petits cylindres, en forme de baguettes, qui ont chacune de longueur au moins la moitié de celle du fourneau ; & je fais fondre de ces baguettes de différents diamètres :
- celui de quelques-uns eft prefque égal à l’é-paiffeur de fes plus groffes pièces qui doivent être adoucies jufqu’au centre. Les petites apprennent fi les pièces minces ne font pas en danger de fondre : c’eft ce qu’on voit fur-tout furies barbes qui font reftées à ces baguettes ; quand on les a retirées du moule, elles ont tout du long de deux côtés, diamétralement oppofés, une petite feuille de métal, quis’eft moulée dans les vuides, que ne manquent guere de biffer les deux parties du moule , quelque exactement qu’on les ait appliquées l’une fur l’autre ; il n’y a certainement rien de plus mince dans le fourneau que ces petites barbes, & par conféquent rien qui foit plus en rifque de fondre.
- Fin du quatrième Mémoire•
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- CINQUIEME MEMOIRE*
- Des précautions avec lefquelles on doit recuire les ouvrages de fer fondu: des changements que les différents degrés d’adouciffement produifent dans ce jer: comment on peut redonner aux ouvrages de fer fondu la dureté quon leur a ôtée.
- A mesure qu’on a rempli le fourneau des ouvrages qu’on y veut adoucir, quon l’a chargé, nous avons fait mettre des baguettes de fer à la hauteur de chacune de ces ou-vertures qui fe ferment par des bouchons aifés à ôter. Entre ces baguettes, il y en a dont le diamètre approche de l’épaifleur des pièces les plus maflives ; & d’autres plus menues. Ce font ces différentes baguettes qui doivent inftruire de l’effet que le recuit a produit fur les ouvrages. Mais pour être en état d’en juger, on a befoin de connoître quels font les changements fuccefîifs que ce recuit opéré dans le fer qu’il adoucit; car alors on n’aura plus qu’à obferver fur les caf-fures des baguettes qu’on aura retirées, fi les changements qui dénotent l’adoucifîe-ment, y ont été faits. Nous devons fçavoir aufli jufqu’à quel point les différentes efpeces de fer fondu peuvent être adoucies.
- Quand on a retiré du fer fondu du fourneau à recuit, & quon l’a laiffé refroidir, à la feule infpe&ion de l’extérieur, on peut juger s’il a été adouci en partie, ou s’il ne l’a pas été du tout. Le fer qui s’eft refroidi dans le moule où il a été coulé, a une couleur bleuâtre, d’un bleu.ardoifé; s’il a confervé cette couleur, ou fi après lui avoir été ôtée
- Î>ar une forte de rouille ou autrement, elle ui eft revenue dans le fourneau, ce fer n’eft point du tout adouci. La lime mord rarement fur celui qui a cette couleur bleuâtre. Mais fi la couleur eft terne, d’un brun tirant fur le caffé, ou plus noirâtre, on peut compter fùrement que fa furface eft douce.
- Le fer fondu dont la furface a pris une couleur brune, eft donc devenu du fer lima-ble, au moins auprès de fa furface. Caffons-le pour obferver les changements fenfibles qui fe font faits dans fon intérieur ; mais commençons par cafter un morceau qui ne foit pas adouci à fond : nous trouverons un changement de couleur dans toute la calibre ; fi la fonte étoit blanche, elle fera moins blanche ; fi elle étoit grife, elle fera devenue plus brune, Ôt prefque noire ; la fonte qui étoit noire, devient d’un noir plus foncé. On fera fùrement cette comparaifon de cou-
- leur, fi on conferve des morceaux des mêmes baguettes qu’on a mifes dans le fourneau. Ce changement de couleur s’étendra jufqu’au centre d’un morceau avant qu’il s’y foit fait aucun adouciflement confidéra-ble ; il le précédé fouvent de long-temps ; à peine la plus mince couche de la furface, plus mince que du papier, eft adoucie, que tout a changé de couleur, comme nous venons de le dire.
- Mais le changement le plus remarquable qui fe fait dans le fer pendant l’adoucifle-ment, eft celui de fa tifïùre ; celle de la fonte blanche , qui étoit compare , où on ne voyoit point de grains , où à peine pouvoit-on diftinguer quelques lames, même avec un microfcope, devient plus rare.
- Tout autour de fa furface, on apperçoit un cordon compofé de grains ; par-tout où cette fonte a pris des grains, elle eft adoucie : infenfiblement les grains s’étendent, & gagnent jufqu’au centre. Quand tout l’intérieur , jufqu’au centre, eft parvenu à être grainé, le fer y eft adouci ; il eft Ümable partout où il a pris des grains ; mais dans les endroits qui commencent à s’adoucir, les grains n’y font que parfemés, ils font écartés les uns des autres. A mefure que l’adou-ciffement avance, la quantité de grains fe multiplie en chaque endroit ; ils y deviennent plus prefles les uns contre les autres. A mefure aufli que l’adouciflement continue, la couleur du fer devient plus terne ; la fonte blanche & la plus blanche, devient plus grife que l’acier ordinaire, même que l’acier le plus difficile à travailler. Mais une Angularité à remarquer, c’eft qu’au milieu de ces grains , il y a des endroits parfemés de grains plus gros & très-noirs : elle en eft toute piquée.
- Suivons encore le changement un peu plus loin ; le recuit a rendu notre fer fondu d’une couleur plus terne ; fl on continue ce recuit, il fe forme autour de fa furface un cordon blanc, brillant, d’une couleur plus claire que celle de l’acier ; en un mot, qui approche de celle des fers blancs à lames : aufli ce cordon eft-il un véritable cordon de fer ; il feroit malléable comme le fer ordinaire.
- Enfin,
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- Enfin , le recuit eft-il encore pouffé plus loin, le cordon blanc s’étend : tout l’intérieur reprend des nuances de plus claires en plus claires, ôt enfuite de la blancheur. Mais ce qu’il y a encore plus à remarquer , c’eft le changement de tiffure qui continue à fe faire, Nous avons divifé les fers , dans l’Art de convertir le Fer en Acier, en différentes claft fes, par rapport aux variétés qui paroiffent fur leurs caffures. Il y a des fers fondus, dont la caffure devient précifément femblable à celle des fers à lame, que nous avons rangés dans la première Ôt dans la fécondé claffe. Il ne feroit nullement poffible en comparant la caffure de ces fers forgés, avec celle de nos fers fondus, de décider lefquels ont été fondus ; elles montrent l’une Ôt l’autre des lames très-grandes, mêlées avec de plus petites, ôt d’un très-grand éclat : s’il y a quelque avantage du côté de la blancheur ôt du brillant, il eft en faveur de notre fer fondu. D’autres fers fondus, après des recuits, ont des caffures femblables à celles des fers à grains ; elles font moins blanches Ôt moins brillantes , que celles des autres fers fondus,mais toujours au moins auffi blanches que celles des fers forgés à qui elles reffemblent ; auffi font-elles redevenues à l’état du fer forgé.
- Arrêtons-nous encore à remarquer les changements quife font faits dans nos fontes blanches, à mefure quelles ont changé de tiffure ôt de couleur. Nous n’avons point parlé jufqu’ici affez noblement de nos ouvrages jettés en moule. Au moins , fi l’acier eft plus noble que le fer , ils font, quand on le veut, de^ ouvrages d’acier, femblables à ceux d’acier ordinaire ; ôt il eft plus difficile ou au moins plus long de les ramener à être de fer commun. C’étoit une conféquence néceffaire de tout ce que nous avons reconnu ailleurs de la nature de l’acier, de celle du fer Ôt de celle de la fonte, que nos fontes , en s’adouciffant, dévoient devenir acier femblable à l’acier ordinaire : elles le font auffi lorfqu’elles ont pris une couleur terne , Ôt que leur caffure paroît compofée de grains. Si ces fers rendus îimables , font chauffés ôt trempés comme l’acier ordinaire, ils prennent de même de la dureté par la trempe ; quand ils font fortis de l’eau, la lime n’a plus de prife fur eux ; ôt fi on les chauffe enfuite fur les charbons, ils redeviendront Iimables, comme le redeviennent les aciers ordinaires : en un mot, notre fonte eft alors transformée en véritable acier , pareil à l’acier ordinaire.
- Mais ce nouvel acier ne doit pas être d’une condition plus durable que l’autre ; on doit le détruire, le ramener à être fer, le mettre hors d’état de prendre la trempe , en continuant à lui enlever fes foufres , ou ce qui eft la même chofe, en continuant de le recuire : c eft auffi ce qui ne manque pas d’arriver.
- Addition d la 3 e. Section.
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- Dès que le cordon gris, Compofé de grains * eft devenu blanc Ôt compofé de lames; alors il eft fer. Qu’on le trempe en cet état, Ôt on trouvera précifément ce qu’on a trouvé dans nos aciers, qui, ayant été adoucis par des recuits , ont été enveloppés d’une couche de fer ; après la trempe, la lime mordra fur la première furface, elle eft fer : mais elle ne mordra pas par-delà l’endroit où ceffe lé cordon de fer. Si après avoir endurci, par la trempe, le centre de notre morceau de fer fondu , on le met fur les charbons, qu’on l’y faffe rougir, ôt qu’on l’y laiffe enfuite refroidir lentement, il redeviendra limable > comme l’eft l’acier ordinaire non trempé.
- Si l’ouvrage de fer fondu eft épais, on peut donc, dans le même endroit de la caffure, avoir du fer dans tous les états , ôt cela par le moyen du recuit. La furface pourra être fer, ce qui fuivra fera acier ; fi par-delà il n’a pas encore été affez adouci, il y fera refté fonte : ôt cette fonte, à différentes diftances du centre, fera de différentes qualités.
- De tout cela, il réfulte que fi l’adouciffe-ment eft porté feulement jufques à un certain point, l’ouvrage de fer fondu eft devenu un ouvrage d’acier ; que s’il eft pouffé plus loin, il eft d’acier revêtu de fer ; ôt qu’enfui, un âdouciffementencore plus long, rend l’ouvrage de fer fondu, de même nature que celui de fer forgé.
- Nous parcourrons les ufages quon doit faire du fer fondu, ramené à ces différents états, pour différents ouvrages; mais pour la plus grande partie, il ne demande que d’être ramené à être acier ; de forte, que réellement la plupart de nos ouvrages fondus deviennent ôt reftent des ouvrages d’acier comme ce nouveau nom n’ajouteroit rien à leur mérite , laiffons-leur pourtant l’ancien.
- Notre fer fondu , qui a été mis blanc dans le fourneau, y eft d’abord devenu d’une couleur terne ; il y a enfuite pris des nuances de plus brunes en plus brunes, en continuant à s’adoucir. Devenu brun ou gris, jufques à un certain point, ôt continuant toujours à s’adoucir , il a enfuite commencé à prendre des nuances blanches, ôt de plus blanches en plus blanches : ôt enfin , il eft arrivé à être plus blanc qu’il ne l’a jamais été.
- On demandera apparemment pourquoi le fer qui commence à s’adoucir, devient de moins blanc en moins blanc ; ôt on demandera fur-tout, pourquoi, après être devenu gris , brun ou noir, jufqu’à un certain point > il retourne au blanc* Voici, cerne femble^ ce qu’on peut dire de plus probable, pour expliquer la raifon de ce retour : Quand le fer fondu a commencé à fouffrir le recuit, fa tiffure étoit compacte , toutes fes parties étoient à peu-près également pénétrées de
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- foufres ôc de fels ; îl n’y avoit ni grains , ni lames vifibles , Ôc alors il paroiffoit blanc. Le feu a-t-il agi fur ce fer pendant un certain temps, il paroît grainé ; les foufres ôc les fels qui le font évaporés , ou qui fe font mis en route de s’évaporer, ont trouvé des chemins plus commodes en certaines directions que dans d’autres ; en fe faifant paffage , ils ont divifé, par parcelles, la rnafie du fer , ôc c’eft cette efpece de divifion qui produit la grai-nure qui paroît alors. De cela feul , que ce fer eft devenu grainé, il doit paroître moins blanc, qu’il ne le paroiffoit ; fa tiffure rendue moins compare, par les vuides qui y ont été introduits, eft moins propre à réfléchir autant de lumière vers les mêmes côtés ; car on doit concevoir qu’il s’eft pafté, dans chaque grain, quelque chofe de pareil à ce qui s’eft paffé fenftblement dans le total de la maffe ; que les grains eux-mêmes font devenus grainés, qu’ils font devenus fpongieux : nous avons donc affez de quoi le rendre de plus brun en plus brun.
- Nous avons rapporté en paffant , comme une Angularité , qu’il paroît parfemé en certains endroits de grains très-noirs ; ces grains noirs peuvent eux-mêmes nous faire voir d’où vient la couleur brune du refte. Je les ai obfervés au microfcope, ôc alors je n’ai plus trouvé de grains dans ces endroits ; j’ai vû que ce que jeprenoispour des grains noirs,étoient des cavités beaucoup plus confidérables que celles qui font ailleurs. Des cavités plus petites , ôc pofées plus proches les unes des autres, ne donneront donc qu’une couleur brune ou terne à notre fer fondu.
- Il eft plus difficile de voir ce qui va le ramener au blanc ; la difficulté pourtant fe-roitplus confidéra'ble, fl, devenu blanc pour la fécondé fois, il avoit fon premier blanc ôc fa première tiffure. Mais on obfervera que ce dernier blanceft un blanc vif ôc éclatant, au lieu que le premier étoit mat. D’ailleurs, au lieu que la première tiffure étoit égale, la derniere eft très-inégale. On y obferve, ou des grains qui laiffent entr’eux des vuides , ou des lames féparées les unes des autres , par des vuides encore plus grands : ôc on n’y voyoit rien de pareil, quand il a été mis au feu. Les vuides qui fe trouvent entre les grains ôc les lames, Ôc qui n’y étoient pas auparavant, ne fçauroient être pris pour les places qui ont été abandonnées par les fou-fres ôc les fels ; ils n’étoient pas ainfi amoncelés. Mais il faut concevoir que les grains qui étoient fpongieux, quand les foufres ont été évaporés, font enfuite devenus plus compactes ; les parties du métal ayant été mifes dans un état approchant de celui de la fuflon, fe font touchées les unes les autres, ôc collées les unes contre les autres ; il n’y a donc plus eu alors autant de vuide dans chaque
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- grain, dans chaque lame, & il s*ert eft fait de plus grands entre les grains ôc les lames. Mais les grains vifibles, par eux-mêmes, dès qu’ils font devenus d’une tiffure plus ferrée , font devenus plus blancs ôc d’un blanc plus vif, ôc plus éclatant que celui qu’ils avoient d’abord, parce que les parties métalliques ne font plus mélangées avec autant de matières étrangères.
- Une des premières fois que je commençai à adoucir le fer en grand, celle même ou je fus dérangé par les écailles, il y eut un événement 'qui me paroît bien mériter d’être rapporté, ôc dont l’explication eût été em-barraffante, fi elle n’eut été précédée des ob-fervations dont nous venons de parler. Parmi les ouvrages qui étoient dans le fourneau, il y avoit plufieurs grands marteaux de porte cochere. Ces marteaux étoient pefants , comme il convenoit à leur grandeur ôc à leur épaiffeur. Lorfque je les retirai du fourneau, je ne fus pas peu flirpris de les trouver légers ; aufli de maffifs que je les y avois mis, ils étoient devenus creux : ce n’étoient plus que des tuyaux contournés ; tout leur intérieur étoit vuide ; ils avoient pourtant con-fervé leur forme extérieure ; ils n’avoient perdu que quelques feuillages , qui s’en étoient allés avec les écailles ; regardés attentivement, on remarquoit quelques petits trous , par oîi la matière de l’intérieur s’étoit écoulée après être devenue fluide. Il n’eft pas merveilleux que ce s marteaux fuffent devenus plus légers, une partie de la matière dont ils étoient compofés s’étant écoulée; mais il le paroît que ce foit la -matière qui occupoit l’intérieur, ôc même le centre qui eût été rendue plus fluide, pendant que les couches extérieures avoient confervé leur folidité : il eft contre l’ordre, que la fuflon commence par l’intérieur. Les couches intérieures n’ont de chaleur, que celles quelles reçoivent des couches extérieures ; elles peuvent au plus en avoir autant, mais elles ne fçauroient en avoir davantage. Pour le dénouement de ce fait, il fuffit néanmoins de fe fouvenir que le fer forgé ne fçauroit être mis en fuflon par le feu ordinaire, ôc concevoir que la chaleur n’a été affez violente dans notre fourneau pour rendre la fonte fluide, qu’après qu’une certaine épaiffeur de nos marteaux a été adoucie au point d’être convertie en fer forgeable, ou en acier. La chaleur a eu beau alors augmenter, les marteaux ont confervé leur forme extérieure ; leur intérieur étoit de la fonte qui fe trou-voit renfermée dans une forte de creufet de fer non fufible^ ôc clos de toutes parts, elle s’eft liquéfiée dans ce creufet ; après avoir ramolli fes parois dans les endroits ou elles étoient le plus minces, le plus foibles, elle les a forcées à céder; elle s’eft ouvert
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- tîés paffages par lefquels elle a coulé dans le Fourneau, ou dans le creufet commun à toutes les pièces. J’ai trouvé cette fonte dans le bas du fourneau en mafle informe.
- Peut-être mettra-t-on cette obfervation à profit, pour donner de la légèreté à certains ouvrages de fer fondu qui feroient trop pe-fants* Si après avoir amené leurs premières couches à être acier, ou fer forgé, on pouffe le feu plus violemment, leur intérieur fondra affez vite. Il n’arrivera pas même, pour cela à la furface, de s’écailler s’il y a «de la poudre de charbon mêlée avec la poudre d’os ; la poudre d’os étoit feule iorfque le fait précédent arriva.
- Pour m’affurer que cette expérience n’é-toit point l’effet d’un hafard fmgulier , ou, pour parler plus exaêlement d’un concours de caufes difficiles à raffembier, j’ai cherché à changer des cylindres mafllfs en des tuyaux creux* Pour cette expérience, j’ai pris des morceaux de ces mêmes baguettes que nous avons employées pour les épreuves, j’ai mis de ces morceaux de baguette dans de petits creufets où ils étoient entourés de la compolition propre à adoucir. Ces creufets étant expofés au feu d’une forge ordinaire , & entièrement couverts de charbons, je leur ai fait donner d’abord un feu modéré propre à les adoucir ; quand j’ai eftimé que ce feu avoit fuffifamment produit d’effet, qu’il avoit tiré les premières couches de nos cylindres de l’état de fonte de fer; jai fait augmenter le feu au point néceffaire pour rendre liquide de la fonte. Celle qui occu-poit le centre de nos cylindres l’eft devenue aulîi, & devenue liquide, elle a abandonné le milieu du cylindre qui a été transformé comme j’avois travaillé à le faire dans un tuyau cylindrique*
- Cette expérience faite, pour ainfi dire, a tâtons , ne m’a pas pourtant toujours réuffi ; quelquefois j’ai fait agir trop tard le feu violent, dans le temps que les cylindres avoient été adoucis jufques au centre ; alors ils ont confervé leur foiidité. Quelquefois j’ai fait donner trop tôt ce feu, & alors tout s’eft fondu ; la couche adoucie eft devenue fer commun ; étant trop mince, elle a été un creufet trop foible pour contenir le métal fondu. Mais veut-on une maniéré immanquable de réuffir ? qu’on retire du fourneau ces baguettes qu’on y a mifes pour épreuves, qu on les caffe, & qu’on voie fur leur caffure quelle partie de leur épaiffeur eft adoucie ; fi cette épaiffeur paroît fuffifante , qu’on donne à ces baguettes un feu violent comme nous venons de l’expliquer, Ôt on les rendra creufes. L’expédient que nous propofons pour ces baguettes, fera général pour toutes les efpeces d’ouvrages ; on peut y laiffer des jets de fonte, qui, étant caffés, inftruiront
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- de l’état du refte. Mais le fuCcès fera cf autant plus sûr que les pièces feront plus épaiffes ; cela même eft une circonftance heureufe ; car ce *ne fera guere que pour les pièces épaiffes , qu’on pourra tirer avantage de cette obfervation. Avant de la quitter, remarquons encore qu’on pourra faciliter la fortie de la matière qui fe fondra au milieu d’une piece, & donner à cette matière fluide, ifiue par quel endroit on voudra ; on fera l’un & l’autre en couvrant cet endroit d’un petit enduit de fable, ou de quelque matière moins propre à avancer radouciffement, que ne le fontnos compofitions.
- Entre les ouvrages que l’on peut faire de fer fondu, il y en a qui ne demandent à avoir que leurs premières couches adoucies ; tels font ceux qui n’ont befoin que d’être travaillés à la lime, aux cifeaux & cizelets ; qui font deftinés à des ufages, où ils fatiguent peu, ou qui étant très-épais, font parleur épaiffeur fuffifamment en état de réfifter; car quoique le fer fondu foit naturellement caffant, il peut réfifter par la groffeur de fa. mafle. On fait actuellement fans aucune préparation des enclumes de fer fondu qui fou-tiennent les coups des plus pefants marteaux ; on pourroit frapper rudement de groffes maffes de verre fans les caffer. Il feroit inutile de donner un recuit long aux pièces qui ne demandent que ce leger adouciffement.
- D’autres ouvrages de fer fondu veulent être adoucis jufqu’au centre; tous ceux qu’on doit percer de part en part avec le foret font dans ce cas, & de même tous ceux où il faut tailler des écrous ; la durée du feu les amé* nera toujours à ce point quand on voudra.
- Enfin, d’autres ouvrages ont non-feulement befoin d’être adoucis, mais iis ont befoin de devenir moins caftants, d’acquérir de la foupleffe jufqu’à un certain point; c’eft ce que nous appellerons ici prendre du corps, comme nous l’avons fait en parlant de l’acier* Ceux qui demandent à acquérir une forte ’ de flexibilité, doivent être flexibles ou à chaud ou à froid ; comme on ne jette des ouvrages en moule que pour n’avoir pas la peine de les forger, la foupleffe qu’on doit exiger des ouvrages de fer fondu, pour être travaillés à chaud, n’eft pas qu’ils fe laiffent forger entièrement, que l’on puiffe changer tout à fait leur figure ; ce feroit perdre les avantages de notre Art ; mais il y a des cir-conftances où une piece pour être ajuftée dans la place où on la veut, pour être affem* blée avec une autre, a befoin d’être courbée, ou redreffée, d’être quelque part un peu ap-platie : des fleurons, ou d’autres ornements qu’on veut placer dans des grilles font quel* quefois dans ce cas. Les ouvrages de fer fondu qui auront pris jufqu’au centre le grain de fer forgé, peuvent être chauffés couleur
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- de cerife, & alors , pourvu quon les traite doucement, ils fe laifleront plier ôc applatir. Mais nous donnerons dans 1a Partie fuivante , 1a maniéré de plier ôt de contourner Ces fortes d’ouvrages, s’il eft néceflaire , fans qu’ils aient befoin d’être autant adoucis que nous venons de le liippofer.
- Quoique très-adoucis, ils peuvent ne l’avoir été que jufqu’à un point, tel que fi on leur donnoit une chaude fuante, ils creve-roient fous le marteau, ils refteroient pleins de fentes ; par Tadouciffement, ils deviennent d’abord aciers, mais ils commencent par être aciers intraitables, aciers des plus difficiles à forger ; enfin, on les ramene à être des aciers de qualité approchante de celle des aciers ordinaires, ôc même à 1a nature du fer forgé, fi l’adoucilTement elï pouffé plus loin.
- J’en ai pourtant trouvé, qui, ramenés même à l’état du fer forgeable ne fe lailfoient quelquefois forger que comme des aciers difficiles à travailler, ôc cela n’eft pas étonnant ; il y a des fers ordinaires difficiles à forger : les parties de notre fer, qui doit fon état à l’adoucilTement, font plus écartées les unes des autres ; elles laiffent entr’elles plus de vuides : chauffe-t-on ce fer à un grand degré de chaleur, ôc le veut-on forger rudement ? on écarte des parties mal-unies , quelques-unes fe détachent, il fe fait des cre-vaflfes. En réitérant les chaudes, on parvien-droit à réunir ces endroits gercés, comme on réunit enfemble deux différents morceaux de fer ; mais, nous le répétons, nos ouvrages de fer fondu ne demandent pas d’être façonnés au marteau ; on ne moule point le fer pour avoir ta peine de le forger. Ils peuvent au plus demander à y être un peu redreffés, ôc il fera facile de les mettre en cet état.
- Ptar Tadouciffement, j’ai pourtant mis du fer fondu en état de fe laiffer travailler à chaud, comme eût fait du fer en barres ; après avoir été forgé, il ne laiffoit voir aucu- ' nés fentes, aucunes gerçures ; mais pour l’amener à ce point, il faut continuer le recuit bien plus long-temps qu’il ne feroit nécef-faire pour donner au fer fondu 1a moleffe qui donne prile aux cifeaux ôc aux limes.
- On fera plus fi les pièces font minces ; fi On réitéré les recuits affez de fois, ôc que les fontes foient de certaines efpeces, après avoir ramené ces pièces à 1a condition du fer forgé, on leur fera acquérir une fouplef-fe, qui à froid, furpaffe celle de certains fers : j’ai fouvent fi bien adouci des pièces minces, comme font des gardes d’épées, des deffus de tabatières, que je les ai conduites au point de fe laiffer plier en deux à froid, ôt à coups
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- de marteau ; il y a bien des pièces qui étant faites de diverfes fortes de fer forgé, n’au* roient pas eu une fi grande foupleffei Des recuits pouffés plus loin donneront auffi une forte de flexibilité du corps, jufqu’à un certain degré, aux pièces épaiffes, fur-tout fi elles font de certaines efpeces de fonte. La méthode de donner du corps à nos ouvrages , a pourtant encore befoin d’être perfectionnée, ôt nous nous étendrons dans un Mémoire de 1a troifieme Partie fur les vues qui femblent propres à y contribuer.
- Outre l’avantage du corps que le fer fondu retire des recuits pouffés plus loin que le travail de 1a lime ne le demanderoit, il en retire un autre ; nos obfervations nous ont appris que le fer commencé à adoucir, ôt même devenu très-limable, aune couleur terne, grife; mais que fi le recuit eft continué, cette couleur s’éclaircit, ôt qu’enfin 1a couleur 1a plus blanche, ôt 1a plus vive que le fer puiffe prendre, lui fuccede. Si on a ôté le fer du fourneau dans le premier état d’a-douciffement, les ouvrages réparés, avec quelque foin qu’on les poliffe, n’auront pas une couleur fi blanche, que fl le fer eût été pris dans l’état du fécond adouciffement. Si cependant les ouvrages qu’on veut adoucir , n’ont befoin, après l’adoucilTement, que d’être réparés, qu’il ne faille pas les percer ni en emporter des couches épaiffes, il ne fera nullement néceflaire que le recuit donne de 1a blancheur à tout l’intérieur du fer ; c’eft alors à ta furface à qui on a affaire, ôt nous fçavons qu’heureufement l’adoucifle-ment, ôt par conféquentles nuances de blanc commencent par-là.
- Nous avons fuppofé tous nos ouvrages de fonte blanche; ceux de fonte grife, ou même noire, limables avant le radouciffement, fembleroient promettre encore un adouciffe-ment plus confidérable ; tout au plus crain-droit-on pour eux qu’étant déjà de couleur brune, ôt qui le devient encore davantage par le premier recuit, ils ne biffent des fers aune vilaine couleur: il eft vrai auffi que quoiqu’autant limables que des ouvrages de fonte blanche adoucie, ils n’ont pas 1a blancheur de ceux de cette fonte. Mais fi on pouffe leur recuit jufqu’à un certain point, ôt que ces fontes grifes foient d’une bonne qualité, ôt telles que nous les emploierons ailleurs (1 ), quand elles auront été fuffifam-ment recuites, elles ne le céderont ni pour l’éclat, ni pour 1a blancheur aux fontes blanches. Je l’ai déjà dit, 1a couleur naturelle des fontes blanches, m’avoit trop prévenu en leur faveur ; j’en ai été plus facile à déterminer par les expériences qui leur ont fem-blé favorables, ôt par celles qui ont paru
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- contraires
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- RADOUCIR LE contraires aux fontes grifes. Dans la première édition, j’ai même avancé que les ouvrages de fonte grife ne prenoient jamais autant de corps que ceux de fonte blanche. Mais des expériences que j’ai faites depuis, ôc qui m’ont engagé à multiplier les eflais des fontes grifes, m’ont appris qu’il y en a des efpeces qui peuvent acquérir beaucoup de corps par radouciffement, autant ôc plus qu’aucune fonte blanche, qui deviennent des fers très-aifés à forger à chaud Ôc flexibles à froid, ôc dont la couleur ne laifle rien à defirer. On pourra donc hardiment entreprendre d’adoucir des ouvrages de ces fontes qui ont été coulées en moule en forçant du fourneau où la mine a été fondue, comme font les marmites y les chaudrons , Ôte. les vafes à fleurs, Ôte, ôc quantité d’autres.
- Au refte, toute fonte, foit grife, foit blanche , ne fera pas capable d’acquérir un égal degré de flexibilité, quoiqu’elle prenne au recuit la même nuance ; il y en a qui doivent l’emporter beaucoup fur les autres de ce côté-là ; il y a des fers forgés incomparablement plus flexibles les uns que les autres ; il eft probable que les fontes qui donnent les fers forgés les plus liants, donneront aufli des ouvrages de fer fondu qui auront plus de corps. J’ai trouvé des fontes qui font devenues flexibles, à un point qui m’a furpris ; il n’y a point de fer qui fe laiffât mieux plier, que les morceaux des fontes dont je veux parler : mais malheureufement j’ignorois le fourneau d’où ils étoient venus. Aufli eft-ce une fuite d’expériences qui reftent à faire, que d’éprouver les fontes de différents pays, qui prendront le plus de corps par les recuits ; Ôc ce font des expériences qui fe feront néceffairement à mefure que notre Art s’étendra : mais la préfomption eft actuellement pour les fontes qui donnent des fers fibreux.
- Nous avons diftingué différents degrés d’adouciffements, qui conviennent à différentes efpeces d’ouvrages ; mais il n’eft pref-que pas poflible, d’entrer dans le détail de la durée du feu qu’ils demanderont : car elle doit être proportionnée à leur épaifîeur. Pour donner pourtant quelque idée des frais, nous dirons que fl on chauffe avec du bois , un fourneau dont les creufets auront les di-menfions de celui qui eft repréfenté, une voie de bois y adoucira prefque tous les ouvrages , au point de pouvoir être bien réparés , de quelque grandeur que foient ces ouvrages , ôc quoiqu’ils aient un pouce ôc demi d’épaiffeur en quelques endroits , ce qui fait des pièces de fer épaiffes. Tout le fourneau ne doit pourtant pas être rempli de pièces fi épaiffes , il y en aura de beaucoup plus minces , dans les endroits où la chaleur eft moins violente. Cette voie de bois y doit être brû-Addition à la Je. Section.
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- lée dans trois jours-Ôc deux nuits âu plus, ôc même dans un temps plus court ; fi on la fait durer plus long-temps, la chaleur ne fera pas allez vive : fi le fourneau eft conftruit fur les mêmes mefures que celui de la PL IL on y brûlera environ deux voies de bois. Nous abrégeons bien l’opération, s’il eft vrai, comme les Ouvriers qui ont travaillé à l’établiffe-ment, il y a 20 ôc tant d’années , m’en ont alfuré , qu’on tenoit en feu 18 ôc 20 jours le fourneau où on adouciffoit. L’opération fera plus prompte, ôc adoucira le fer plus profondément , fi au lieu de bois on emploie le charbon , ôc fi fur-tout on excite fon ardeur par un foufflet ; mais aufli fera-t-on plus attentif alors à voir jufques où va la chaleur des ouvrages, ils pourraient fondre ; pourvu qu’ils ne fondent pas, ils ne fçauroient chauffer trop vivement : mais on fera inftruit de leur degré de chaleur, comme du fuccès de l’opération par les baguettes d’efîais dont nous avons affez parlé. Enfin, le charbon de bois allumé feulement par l’air qui entre librement dans le fourneau, rendra l’opération, affez prompte. Des palâtres de ferrures , Ôc d’autres ouvrages plus épais, pourront y être adoucis dans un jour , fi le feu eft bien ménagé.
- Quelque attention qu’on ait à donner aux pièces les places qui leur conviennent le mieux, par rapport à leur épaiffeur , il arrivera fouvent que quelques-unes, pour être elles-mêmes en différents endroits d’épaiffeur très - inégale , ne feront pas fuffifamment adoucies. Il y a des épaifleurs qui peuvent être adoucies dans dix à douze heures, ôc d’autres qui demandent plufieurs jours. Ces différentes épaifleurs peuvent fe trouver dans le même ouvrage. Le remede fera plus facile, ce fera de trier celles-là, ôc de les garder pour une fécondé fournée où elles feront remifes : comme on y remettra généralement toutes les pièces qui n’auront pas été rendues affez traitables.
- La première fournée, celle où on n’auroit brûlé qu’une voie de bois, ne procurera pas non plus un adouciflement fuififant aux ouvrages épais , qui demandent à être adoucis jufques au centre, au point de pouvoir être percés, ni même à ceux des ouvrages minces , qui doivent être adoucis au point de fe laifler plier à froid. On les recuira une fécondé ôc une troifieme fois, jufqu’à ce qu’on les ait amenés au degré où on les veut. II y auroit encore plus d’épargne à mettre dans différentes fournées, les ouvrages qui demandent différents degrés d’adouciffements ; on profiteroit de la chaleur acquife , en ne les laiflant point refroidir, ôc continuant le feu jufqu’à ce qu’ils fuflent adoucis à fond.
- Ce n’eft pas qu’il en foit ici, comme pour nos aciers , que la durée du feu puiffe nuire
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- au fer adouci au point où il a befoin de l’être ; l’adouciffement ne fçauroit rien gâter , que pouffé par-delà les bornes, où on ne s’avifera pas de le pouffer; ce feroit après un trop grand nombre de recuits répétés ; mais il eft dommage de confumer du bois,pour produire un effet inutile : aufli doit-on fe munir deplu-ffeurs fourneaux ; ils ne reviendront pas chacun fort cher. On fe fervira des uns ou des autres , félon les efpeces d’ouvrages qu’on aura à adoucir : on mettra dans les petits fourneaux tous les ouvrages minces.
- Quoique nous ne puiffions entrer dans un jufte détail de la dépenfe des recuits, on peut vouloir en prendre une idée grofïiere, on peut craindre qu’outre les frais du recuit, le fer adouci ne coûtât davantage à réparer que les autres métaux ; pour donner quelque idée de l’épargne, je citerai feulement deux ouvrages du même genre, que je fis faire d’abord pour m’inftruire moi-même ; le premier, eft le Marteau de la Porte de l’Hôtel de la Ferté , que nous avons cité dans le premier Mémoire ; j’en fis prendre le modèle ; les frais du modèle ne dévoient pas entrer en ligne de compte, parce qu’ils y entrent pour très-peu de chofe ; le même modèle fervant à faire une infinité d’ouvrages femblables, ce qu’il a coûté fe diftribue fur eux tous. Ayant donc le modèle de ce Marteau / j’en ai fait jetter plufieurs en moule , que j’ai enfuite fait adoucir ôc réparer. Ces marteaux très-beaux ôc très-finis, ne me font pas revenus chacun à 20 livres, pendant que l’original en avoit coûté 700. J’ai fait faire en plomb le modèle d’un autre Marteau, je l’ai préfenté à divers Ouvriers , pour fçavoir ce qu’ils demanderoient pour le faire en fer forgé. Quelques-uns en ont mis la façon à 1 £00 livres , ôc aucun ne l’a laiffée au-deffous de 1000 livres. Plufieurs de ces Marteaux très-beaux ôc très-finis, ne m’ont coûté en fer fondu que 2 y livres chacun. Il ne faut pourtant pas croire que les premiers ouvrages fe donnent à fi bon marché ; on voudra faire payer les premiers modèles, ôc dans tout établiffement il y a à confidérer des dé-penfes que je n’ai pas calculées pour moi, comme de loyers d’attelier & de maifons, de frais de Commis, ôcc. & ajouter les profits qu’on doit faire. Après toutes ces additions, ce même Marteau qui avoit été payé 700 livres, eft aujourd’hui donné à 3 £ livres.
- Nous n’avons rien à ajouter ici fur la maniéré de piler le charbon, de le mêler avec les os ; il n’y a pas, fur cela, de pratiques différentes à fuivre de celles dont nous avons parlé, à l’occafion de notre compofition à acier ; nous ne ferions auffi que répéter ce que nous avons dit tant de fois , en parlant de la néceflité de bien luter toutes les jointures. La flamme eft capable d’empêcher
- L ART
- l’adouciffement, & qui plus eft, de rendur-cir même ce qui a été adouci, elle rend au fer ce qui lui a été ôté : mais ce n’eft que dans des cas où fon aüion fera très-forte ôc longue.
- En voici une preuve, qui ne doit pas être oubliée. Je me fuis fouvent fervi pour les recuits de nos ouvrages, de plaques de fonte. Le côté de ces plaques, qui étoit touché par les matières propres à adoucir les ouvrages , devoit donc être adouci lui-même après l’opération finie ; ôc il l’étoit, ce qui eft dans l’ordre ; ôc de même, il étoit dans l’ordre, que la face qui étoit du côté du feu reftât dure. Dans la fournée fuivante , chaque plaque ayant été retournée de façon que la face qui étoit en-dehors du creufet, devînt en-dedans, elle fe trouva à fon tour en place de s’adoucir, ôc elle s’adoucit. Mais la fur-face qui avoit été adoucie ci-devant, celle fur laquelle la flamme agiffoit, reprit fa première dureté ; le foret ne pouvoit plus la percer., de forte que chaque fois qu’on retourne les plaques , on adoucit un côté , ôc au moins les premières fois, on rendurcit celui qui étoit devenu doux.
- Le côté des plaques qui eft expofé au feu redeviendroit dur,quand ces plaques feroient de fer forgé ; tout fer brûlé, tout fer réduit en écailles, ou près d’y être réduit, prend une dureté prefqu’à l’épreuve des limes Ôc des forets, ou une dureté approchante de celle du verre : le fer brûlé eft du fer vitrifié , au moins en partie.
- Aufli, quand par quelque accident la fur-face des ouvrages de fer fondu fe fera un peu brûlée, quelle fe fera écaillée, l’écaille fera toujours dure : mais fi on fait tomber l’écaille, fouvent on trouvera le deffous très-limable. Ces écailles pourroient quelquefois faire croire que le fer n’eft point adouci, quoiqu’il le foit très-bien ; ôc cela dans certaines circonftances où cette écaille, cette portion de l’épaiffeur qui a été brûlée, ne s’eft nullement détachée de deffus le fer; elle y paroît quelquefois 11 bien appliquée, qu’on ne foupçonneroit pas qu’il y a une partie de ce fer qui peut être facilement féparée du refte ; qu’on tâte alors l’ouvrage à la lime, il y réfiftera. Mais qu’avec la pane d’un marteau on le frappe doucement, la partie brûlée, la partie écaillée fe détachera par parcelles ; en donnant fucceflivement de femblables coups par-tout, on fera tomber la feuille brûlée dont il étoit enveloppé, ôc au-deffous de cette feuille il fera limable.
- Le fer fondu qui, au fortir du recuit, bù il a refté affez long-temps pour être adouci, a une couleur bleuâtre, ou qui paroît par-femé de petits brillants : enfin, le fer qui n’a pas cette couleur d’un brun caffé, dont nous avons parlé au commencement de ce Mé-
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- D'ADOUCIR LE moire , ce fef a sûrement fa furface brûlée ; il eft recouvert d’une écaille dure , que les coups de marteau feront tomber.
- Les ouvrages de fer ôc d’acier ne fçau-roient être trop mous pendant qu’on les lime, ôc qu’on les cifele ; mais fouvent il eft à propos de leur donner de la dureté, lorf» que la lime, les cifeaux & les burins n’ont plus à mordre deftiis. Si on les rendoit durs, on ne parviendroit pas à leur faire prendre un poli vif ôc brillant : dans les métaux comme dans les pierres, le degré du poli eft néceffai-rement proportionné au degré de dureté. D’ailleurs, ceS ouvrages conferveroient mal le poli qu’ils ont reçu, s’ils n’avoient de la dureté ; une clef extrêmement finie, comme font celles, qu’on nous apporte d’Angleterre, perdroit bientôt fon luftre, fi avant d’achever de la polir, on n’avoit eu la précaution de la tremper ; on trempe l’acier d’autant plus dur, qu’on veut le polir avec plus de foin. Quand l’adouciffement n’a ramené notre fer fondu qu’à être acier, il n’y a pas à douter qu’il ne puiffe être trempé comme l’acier ; ôc quand l’adouciffement n’a recouvert l’acier, que d’une couche de fer mince, fi en travaillant la piece, on emporte cette couche de fer, la piece pourra encore prendre la trempe ; fi l’adoucifiement l’a rendue trop fer, s’il l’a amenée en entier ou fort avant à l’état du fer doux, elle ne pourra plus s’endurcir par la trempe ordinaire, comme nous l’avons dit ci-demis.
- Mais j’ai éprouvé qu’on l’endurcira de nouveau, à quel point on voudra, en la trempant en paquet \ il n’y a point d’acier, dont
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- la dureté furpaffe celle qu’on peut lui donner , au moyen de cette forte de trempe ; ôc alors elle pourra être polie aufli parfaitement qu’on le voudra : d’ailleurs, il faut moins de temps pour tremper en paquet les ouvrages de fer fondu, que pour tremper ceux de fer forgé.
- Nous avons vû, que pour tremper une piece en paquet, on la fait recuire dans des matières qui feroient propres à la convertir en acier, qui lui fourniffent des foufres ôc des fels ; il fuffit de donner un recuit d’une durée afifez courte, pour mettre la piece en état de s’endurcir, étant trempée dans l’eau froide. Mais j’ai donné à defifein, un recuit très-long à des ouvrages de fer fondu adoucis au point d’avoir pris un grand blanc. Pendant ce recuit, ils étoient entourés de la même compofition que j’ai décrite pour convertir le fer en acier. Au fortir du recuit, le fer fondu, que je n’avois pas trempé dans l’eau, avoit repris une grande partie de fa première dureté ; il y avoit des endroits que la lime ne pouvoit plus attaquer ; d’autres endroits étoient feulement moins doux, ôc la couleur blanche qu’ils avoient acquife ci-devant , étoit redevenue plus brune. Apparemment quen pouffant plus loin l’expérience , on rendroit de la forte à une malle de fer adoucie toute fon ancienne dureté. Pour adoucir le fer fondu, nous l’avons décom-pofé ; ôc par cette opération, nous le recom-pofons. Mais fi le recuit de cette efpece n’eft pas fait à feu violent, ni exceffivement long , il n’augmentera pas la dureté ; il donnera même du corps.
- Fin du cinquième Mémoire,
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- NOUVEL ART
- D’ADOUCIR LE FER FONDU,
- Et de faire des Ouvrages de Fer fondu au fi finis que de Fer forgé.
- Par M. de Rèaumur.
- ADDITION A LA TROISIEME SECTION SUR LE FER.
- SECONDE PA RT I E>
- Qui apprend à adoucir le Fer fondu en couvrant les ouvrages avec un fimple enduit ; la compofition de ces enduits; différentes ma* nieres de recuire ces ouvrages ; précautions pour que les ouvrages ne fe voilent point.
- PREMIER MÉMOIRE.
- Comment on peut adoucir les ouvrages de fer fondu fans les renfermer dans des creufets y ou capacités équivalentes : deux maniérés de le faire : avantages de ces maniérés d* adoucir : éclair cijfement s quelles donnent fur la caufe de /’adoucissement.
- Nous avons pris pour principe, quadou-cir le fer fondu, c’eft lui enlever les fou-fres & les fels dont il eft trop pénétré ; fe-Ion ce principe, pour parvenir à rendre traitables les ouvrages de ce métal, nous les avons fait recuire dans des efpeces de grands creufets, où ils font entourés principalement de poudre d’os qui, des matières que nous connoilfons, eft peut-être la plus dénuée de parties fulphureufes, & de parties falines. Outre que cette méthode, celle de renfermer les ouvrages dans des creufets, eft celle qui femblefe préfenter le plus naturellement; j’avois encore été déterminé à la tenter, parce que j’avois appris quelle avoit été pratiquée à Cône, lorfqu’on y travailla, il y a 20 & quelques années,à adoucir le fer fondu. C’eft peut-être tout ce que les procédés que
- nous avons donnés, ont de commun avec ceux dont on fît alors ufage; l’incertitude Ôc la lenteur du fuccès des anciennes opérations en femblent des preuves. Cette méthode, d’adoucir dans des creufets, eft la feule qui ait été expliquée dans la première Edition de notre Art : ôt je n’ai rien trouvé d’effentiel à y ajouter.
- Depuis que cette Edition a été rendue publique , j’ai appris qu’il y avoit eu à Conches, en Normandie, un établiffement pour adoucir les ouvrages de fer fondu, qui avoit précédé de plufieurs années celui de Cône. Le fieur d’Haudimont avoit le fecret de l’adou-ciffement ; & les fonds néceftaires lui étoient fournis par des Particuliers qu’il avoit affo-ciés à fon entreprife. Des commencements heureux furent arrêtés par un Procès que fe
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- D'ADOUCIR LE Ërènt les AfTociés : pendant le cours du Procès , le fleur d’Haudimont mourut, & l’éta-bliffement périt avec lui.
- Un fils de ce même M. d’Haudimont me fit l’amitié de me venir voir, & c’eft de lui que j’ai fçu ce que je viens de rapporter du fecret qu’avoit eu feu fon pere. 11 m’apprit de plus, que fa pratique étoit de recouvrir les ouvrages d’une certaine compofition, & ainfi recouverts, de lesexpofer au feu ; que, quoique aufli épais que Je font les balcons ordinaires , un jour de feu les rendoit lima-bles ; il me fit voir un panneau de balcon , & de grands chenets, qui avoient été alfez bien adoucis par cette méthode. Lorfqu’il perdit fon pere, il étoit dans un âge auquel on ne poüvoit lui confier un fecret, & auquel même on n’auroit pu le lui apprendre ; il m’alfura pourtant qu’il fçavoit à peu-près quelles étoient les matières dont fon pere fe fervoit. Mais, quoique extrêmement poli, il ne crut pas m’en devoir communiquer davantage. Peut - être même par politefie, voulut-il me laiffer le plaifir de découvrir cette nouvelle façon d’adoucir : peut-être aufii n’étois-je pas fâché de ce qu’il me le laiffoit. J’avois pourtant fait autrefois des tentatives pour y parvenir ; elles n’avoient pas été heureufes, Ôt je les avois abandonnées. Dès que je fçus que cette nouvelle façon avoit été trouvée, l’efpérance ne manqua pas de me renaître. Dans ce genre un homme sûr de fa patience, peut fe promettre avec une confiance raifonnable, de trouver ce qui l’a été par un autre.
- La méthode d’adoucir les ouvrages en les tenant renfermés dans des efpeces de creu-jfets eft bonne , & préférable même à l’autre dans des cas que nous déterminerons dans la fuite ; mais dans d’autres cas, ôt fur-tout dans ceux ou il s’agit d’ouvrages qui ont de F é-paiffeur, il eft plus avantageux de pouvoir les adoucir , après les avoir Amplement recouverts d’un enduit : cette fécondé méthode épargne confidérablement de bois ou de charbon, & de temps. Quand le feu a à tra-verfer les parois épailfes d’un vafte creufet, fon ardeur eft amortie avant d’être parvenue jufques au centre ; nous avons expliqué les moyens de donner à ce feu toute la violence nécelfaire : mais alors il faut lui oppofer des parois d’une épailfeur proportionnée à fon a&ivité, & plus les parois font maffives, plus le feu eft inutilement employé à les chauffer elles-mêmes. Si je me propofe d’adoucir un canon, je me trouve d’abord em-barraffé par la conftruêlion de la capacité du prodigieux creufet, dans lequel je le dois renfermer ; je fuis contraint de donner beaucoup de folidité à fes parois, & je prévois que l’effet du feu en fera proportionnellement plus lent. Aufli quand j’ai parlé de l’a-Addition à la Je. Section*
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- douciffement des canons (première Edition), n’ai-je ofé déterminer le temps qu’il deman» deroit. S’il fuffifoit à ce même canon d’être enduit d’une couche mince de quelque matière, & qu’il pût en cet état être environné de charbons ardents, ou expofé à l'aêfion de la flamme la plus vive, il eft clair que l’adou-ciffement en feroit achevé bien plus vite. Et quoiqu’on imagine que ce moyen âccé-lere confidérablement l’opération, on n’imagine pourtant pas qu’il l’accélere autant qu’il le fait.
- Pouf parvenir à recuire des ouvrages fe-* Ion cette méthode, la difficulté fe réduit à trouver une pâte pour les enduire, qui ait trois qualités, dont la première eft , que fe-che , elle réfifte au feu fans fe fondre ; la fécondé, quelle ne foit pas de nature à s’oppofer, par fes foufres & par fes fels, à Fa-douciffement que le feu doit opérer ; cette fécondé qualité fe trouvera affez ordinairement réunie à la première : la matière qui au-roit beaucoup de foufres ou beaucoup de fels, foutiendroit mal le feu.
- La troifieme qualité, eft celle qui paroîtra le plus difficile à trouver. C’eft que cette ma* tiere, après avoir été ramollie par l’eau fe fe-che, fans diminuer fenfiblement de volume ; & c’eft une propriété au moins auffi effen-tielle qu’aucune des deux précédentes. Car que nous propofons - nous, en recouvrant chaque ouvrage d’un enduit ? nous voulons le mettre dans un efpece de creufet exaête-ment moulé fur fa figure. Cet enduit, cette efpece de creufet, qui na pas à foutenir le poids de l’ouvrage, & qui, lui-même, eft foutenu par la piece qu’il renferme, peut être extrêmement mince, dès qu’il ne fera pas fondant par fa nature : mais il faut qu’il renferme l’ouvrage aufli parfaitement, que le renfermeroit un creufet ordinaire bien luté. De-là, on voit que les terres dont on fait les pots de verrerie, & les meilleurs creufets des Fondeurs, ne rempliroient pas notre vûe : ces terres ne peuvent être façonnées, que lorfqu’elles ont été ramollies par l’eau. Quand on les fait fecher , elles perdent de leur volume , les unes plus & les autres moins ; communément c’eft un douzième ou un treizième fur chaque dimenfion. Si nous endui-fons notre ouvrage d’une pareille terre, nous prévoyons que lorfqu’elle fera feche, elle le laiffera à découvert en plufieurs endroits ; car puifque en féchant elle diminuera de volume, pendant que le fer confervera le fien ; il fe fera néceffairement des fentes dans cette terre, qui donneraient lieu au feu d’attaquer le fer immédiatement : les fentes faites pendant que l’enduit a feché à l’air , pourroient être bouchées ; mais celles qui s’y feraient pendant qu’il feroit dans le fourneau, ne le pourroient pas être de même.
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- Quoique ceraifonnement, fi naturel, m’ait épargné l’effai des meilleures terres, il ne m’a pas empêché d’en éprouver plufieurs. Nous -devons à toute recherche des tentatives inutiles ; en revanche, ces mêmes tentatives-qui ne répondent pas à nos deffeins préfents, nous fervent quelquefois dans d’autres cir-conftances où nous n’eufïions pas imaginé d’y avoir recours. Des expériences faites dans des vues fort différentes de celles d’adoucir le fer, m’ont fait connoitre la matière dont je devois le plus me promettre, pour l’enduire sûrement ; Ôt cette matière a parfaitement répondu à mon attente ; c’eft la mine de plomb dont je veux parler. Ce que j’appelle ici mine de plomh , n’eft point le minéral d’où on tire le plomb ; c’eft cette matière dont la plus fine eft employée à faire les crayons : elle n’a rien de commun avec la véritable mine de plomb, que le nom Ôt la couleur ; Ôt malgré cette reffemblance de nom ôt de couleur, elle ne contient point du tout de plomb. On s’en fert en Allemagne , pour faire des creufets qui réfiftent bien au feu; voilà déjà une des propriétés que nous cherchons : ces creufets ont une qualité qui dénote la propriété que nous avons regardée comme la plus difficile à trouver ; ils peuvent être tirés rouges de feu, ôc expo fis à l’air froid fans fe caffer : refroidis, ils peuvent être fubitement expofés une fécondé fois à une chaleur affez confidérabie. Ce qui n’eft propre qu’à des terres qui, en s’échauffant & enfe refroidiffant, perdent peu de leur volume ; qu’à des terres que la chaleur ôt l’humidité dilatent peu.
- Mais des épreuves plus direêfes ôc plus décifives, m’ont convaincu que la mine de plomb, après avoir été très-humeclée d’eau, peut devenir très-feche, fans perdre fenfible-ment de fon premier volume. Après l’avoir réduite en poudre , je l’ai détrempée à con-fiftance de pâte molle ; de cette pâte, j’ai formé des bandes longues de huit à dix pouces; je les ai mefurées d’abord quelles ont -été faites, ôt je les ai mefurées encore après quelles ont été feches ; dans ces deux états, je ne leur ai point trouvé de différence fen-fible en longueur.
- Je crus donc pouvoir me fervir avec fuccès de cette mine de plomb, pour enduire le fer: l’ayant fait réduire en poudre, ôt paf-fer cette poudre par le tamis, je la délayai avec l’eau; j’en formai une pâte très-molle, une efpece de bouillie; Ôt avec un pinceau , j’en couchai à différentes reprifes, des enduits, d’environ une demi-ligne ou une ligne d’épaiffeur, fur des ouvrages de fer que je voulois adoucir. Parmi ces ouvrages il y avoit des boules de plus de i f à 16 lignes de diamètre ; les enduits fécherent fans qu’il s’y fit la moindre fente, la moindre ger-
- L A RT
- qure ; lorfqu’ils furent bien fecs, je mis les ou* vrages dans un fourneau à effai de mine ; on y jette le charbon par en haut; le feu y eft entretenu par le feul cours de Pair qui entre par différentes ouvertures que l’on augmente ou diminue félon qu’on tire plus ou moins les regiftres; je retirai les ouvrages de ce fourneau après cinq heures de feu; ce temps, quoique affez court par rapport à des ouvrages de quelque épaiffeur, avoit fuffi pour lesbien adoucir; ils étoient peut-être plus doux qu’ils ne l’euffent été s’ils euffent été tenus plufieurs jours. Dans nos grands fourneaux à acier, ou à recuit, les boulesétoient auffi aifées à percer de part en part, que fi elles euffent été de fer ordinaire. Au refte, nulle écaille ne paroiffoit fur la furface de ces ouvrages. En un mot, ils furent très-bien Ôc promptement adoucis.
- Je répétai cette expérience plufieurs fois dans le même fourneau, Ôc toujours avec le même fuccès. Mais ce fourneau ne me pa-roiffant pas d’une forme trop convenable pour le travail en grand, j’en fis faire un de réverbere qui pouvoit fervir de modèle pour en conftruire de propres à contenir autant d’ouvrages que l’on fouhaiteroit, ôc où ils pourroient être arrangés commodément. Ce fourneau de réverbere étoit fait pour être chauffé avec le bois ; j’y mis des ouvrages enduits de mine de plomb, j’y en mis auffi d’enduits de diverfes autres matières que je m’étois propofé d’éprouver en même temps. Comme mon deffein étoit d’adoucir le tout parfaitement, j’y fis tenir le feu pendant quinze heures , ôc je penfois que c’étoit au moins deux à trois fois plus de temps qu’il n’étoit néceffaire ; cependant quand je vins à retirer les ouvrages du fourneau, je ne trouvai pas même les plus minces entièrement adoucis, Ôc tous étoient confidérablement écaillés.
- Qu’on me permette de continuer le détail dans lequel j’ai commencé à entrer, de pour-fuivre l’hiftoire de ces expériences ; elles doivent nous donner des idées plus juftes, plus précifes,fur les caufes de l’adouciffement, Ôc fur la maniéré de le conduire, que celles que nous avons eues jufqu’ici ; fi nous rapportions fimplement les réfultats de ces expériences , pour prouver ces réfultats , il nous faudroit revenir, ôt peut-être plus d’une fois, à parler de ces mêmes circonftances que nous aurions obmifes ; nous ne gagnerions rien du côté de la brièveté ; ce feroit avec moins de clarté que nous déduirions les principes que nous avons à établir.
- Pour revenir donc au fingulier ôc mauvais fuccès de l’expérience dont je viens de parler, je l’attribuai à ce que les enduits étoient peut-être trop humides lorfque je les avois mis dans le fourneau ; que l’humidité les avoit foulevés en s’évaporant trop
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- D'A DO UC IR LE fubîtement, qu*elle avoit ouvert des pafla* ges au feu pour attaquer le fer, & le faire écailler. J’enduifis de nouveau d'autres ouvrages; je fis fécher avec foin les couches dont je les avois recouverts, ôc je les remis dans mon fourneau de réverbere. Je tirai des eflais de temps en temps ; les premiers me firent voir du fuccès, ils étoient adoucis auprès de la furface ; il faut fe rap-peller que c’eft toujours par-là que l’adou-ciffement commence : je fis continuer le feu, ôc je continuai, après quelques heures, à tirer des eflais ; ils me contentèrent peu : lorfque je remarquai qu’ils s étoient écaillés, ôc que, qui pis étoit, radouciflfement ne fem-bloit pas y avoir fait de progrès. La couche qui étoit adoucie dans les premiers eflais, ne le cédoit pôirtt ou peu en épaiffeur à la couche adoucie dans les derniers. Cependant pour pouffer l’expérience à bout, j’entretins pendant 5:3 heures un feu que je croyois ne devoir être néceffaire que pendant quatre à cinq. Enfin, je l’éteignis. Tous les ouvrages qui furent tirés du fourneau, n’avoient pas une couche adoucie plus épaifle que celle des eflais qui furent examinés les premiers ; mais ils avoient beaucoup plus d’éeailles : le milieu étoit blanc, Ôc au plus piqué de quelques points noirs. J’avois renfermé dans des creufèts bien lutés, des morceaux de fonte entourés de la même poudre qui com-pofoit l’enduit des autres. Ici on ne pouvoit pas reprocher à l’enduit d’avoir mal défendu le fer contre la flamme, ôc d’avoir parla occafionné les écailles; cependant les morceaux de fer qui n’avoient eu aucun air, étoient très-confidérablement écaillés.
- Une feule obfervation à laquelle je fus heureufement attentif, me parut propre à découvrir la caufe de ces mauvais fuccès, Ôc le moyen infaillible d’en avoir de meilleurs. Pour tirer de l’obfervation dont je veux parler les mêmes conféquences que nous en tirâmes, il faut avoir préfent l’ordre dans lequel fe font tous les progrès de l’a-douciffement de la fonte blanche. Rappelions-nous donc que dans de la fonte très-blanche qui fe cuit dans un creufet au milieu de la compofition d’os Ôc de charbon, les premiers degrés d’adouciffement fe font appercevoir près de fa furface, ôc font marqués par des points gris dont elle devient piquée en cet endroit. A mefure que l’adou-ciffement avance, des points gris paroif-fent à-de plus grandesdiftances de la furface, ôc le nombre de ceux qui en étoient proches fe multiplie ; car, par la fuite, elle devient entièrement grife , ôc entièrement grainée. Cette grainure pafle fucceflivement par différentes nuances de gris, de plus grifes en plus grifes, ôc qui fucceflivement gagnent le centre ; enfuite des nuances les plus- grifes,
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- il fe fait un retour à des nuances de plus claires en claires, toujours en commençant par la furface. Enfin, l’adouciffement étant pouflfé plus loin, il fait paroître un cordon femblabie par fa couleur ôc fa tiflure à la caf fure de divers fers forgés. Voilà l’ordre ordinaire. Quand le cordon de fer commence; l’intérieur eft adouci, eft devenu tout grainé ; il eft gris. L’obfervation dont je veux parler, c’eft que je remarquai que les fers fondus ; que je retirai du fourneau de réverbere, avoient tous à leur caflure le cordon ; mais que plus avant, ils n’étoient ni gris ni grai-nés : leur tiflure ôc leur couleur y étoient prefque les mêmes que lorfqu’ils avoient été mis au feu ; à peine étoient-ils piqués dé quelques grains gris.
- Je fçavois que cette Angularité ne pou-voit être attribuée à la mine de plomb ; comme mine de plomb. Car pendant que les fers avoient foutenu A inutilement l’aêlioit du feu du fourneau, j’avois expofé au feu de forge de la fonte épaifle renfermée dans un creufet où elle étoit enveloppée de mine de plomb ; cette fonte y avoit été adoucie dans moins de trois quarts d’heure, aü point de fe laiffer très-aifément limer ôc percer ; mais comme le feu n’avoit pas duré allez, elle n’avoit pas pris de cordon de fer; de la fonte qui avoit fouflfert le feu pendant $ 3 heures, avoit un cordon de fer à fa furface, ôc rt’é-toit point adoucie intérieurement ; celle qui n’avoit fouffert le feu que trois quarts d’heure, étoit adoucie à fond, ÔC n’avoit point encore de cordon de fer.
- Ces expériences ainfi comparées, me parurent démontrer qu’il ne falloit chercher le vrai dénouement de ces variétés, que dans la différente a&ivité du feu qui avoit été employé. La crainte de faire fondre les ouvrages de fer mis dans le fourneau de réverbere, m’avoit empêché de rendre ce feu aufli violent qu’il eût dû l’être ; les ouvrages n’y étoient pas devenus blancs ; ils avoient peu paffé la couleur de cerife : il n’en avoit pas été de même de la fonte qui avoit été mife dans le creufet expofé au feu de forge. Voilà donc comme je raifonnai alors , ôc comme nous devons raifonner à préfent, pour rendre raifon de tous ces phénomènes. Si on chauffe un morceau de fer, ôc qu’on ne lui donne pas tout le degré de chaleur qu’on peut lui donner, ce fer fera plus chaud auprès de fa furface que vers l’intérieur ; c’eft par la furface que la chaleur commence. Une piece de fer très-épaiffe pourroit être rendue rouge à fa furface , pendant que l’intérieur de la même piece feroit encore tout noir. Cela étant, fi un ouvrage de notre métal, enduit comme il le doit être pour être adouci, n’eft échauffé que jufqu’à un certain degré, ce degré pourra être tel près de la furface,
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- -qu’il foit fuffifant pour y adoucir la fonte , - c’eft-à-dire, pour lui enlever les foufres ôc les fels auxquels elle doit fa dureté, mais les lui enlever lentement ôc peu à peu. Plus avant, où la chaleur a moins de force, elle ne pourra rien , ou pourra peu. Continuons ce degré de chaleur : les progrès de l’adou-ciffement ne feront que pour ce qui eft près de la furface ; là le fer perdra de fa blancheur, il deviendra piqué de points gris, ces points fe multiplieront, le fer aura une couche grainée, Ôc fucceffivement cette couche palfera par les grainures différentes, Ôc arrivera au cordon de fer forgé ; une plus longue durée de feu ôtera à ce cordon de fes foufres, ôc s’il lui en ôte jufqu’à un certain point, il le defféchera trop, les parties du fer ne feront plus affez liées enfemble : la première couche trop defféchée fe brûlera, Ôc ne deviendra plus qu’une écaille, un fer noir, caffant, nullement duôtile, qui ne tiendra plus à la couche fuivante. Tout ce que fera un pareil feu continu, ce fera de former de nouvelles écailles à mefure que l’adouciffement pénétrera un peu plus dans l’intérieur. Des fers qui auront foutenu le feu pendant plus d’heures, étant caffés, ne bifferont pas voir fur leur caffure des couches adoucies plus épaiffes ; mais ils auront de plus épaiffes écailles. C’eft précifément ce qui s’étoit paffé dans les deux fournées dont j’ai parlé. Les morceaux de fonte tirés du feu, après 7 à 8 heures, étant refroidis ôc caffés, faifoient voir fur leur caffure des couches adoucies, aufli épaiffes que les morceaux de fer retirés du feu après £ 3 heures ; le feu n’avoit donc été employé pendant la plus confidérable partie du temps, qu’à former des écailles.
- Donnons à préfent un feu plus violent à d’autres pièces enduites comme les premières. Echauffons autant ôc plus le centre de celles-ci, que nous n’avons échauffé la fur-face des autres. Alors nous mettrons les foufres du centre en état de partir ; continuellement ils feront enlevés. Lorfqu’une piece aura pris à fa furface un cordon de fer forgé, nous n’aurons pas à craindre quelle s’écaille, parce que les foufres qui s’échappent de l’intérieur, abreuvent continuellement ce cordon de fer; iis lui rendent ce que le feu lui fait perdre.
- Nous avons averti ailleurs que l’adoucif-fement eft d’autant plus prompt que la chaleur eft plus confidérable. Mais pour les ouvrages enduits, ce n’eft pas affez de regarder le grand degré de chaleur comme plus avantageux, il devient néceffaire.
- De-là, il fuit que l’attention effentielle à avoir pour adoucir des ouvrages recouverts d’un enduit, c’eft de les chauffer confidéra-blement ; nous avons déjà fait remarquer que cet enduit ne peut jamais être fait d’une
- compofition qui contienne beaucoup de hiââ tiere huileufe : par conféquent la furface du fer s’écaillera fielie n’eft humeêlée par ce qui s’en échappe de l’intérieur de ce fer même.
- Le grand avantage de cette façon de l’adoucir , eft aufïi la facilité de l’échauffer promptement. Qu’on ne foit point inquiet de ce que le fourneau de réverbere dont nous avons parlé, n’a pas produit affez d’effet ; on lui en fubftituera aifément qui donneront toute la chaleur néceffaire, ôc où l’adouciffement fera aufli prompt qu’on le peut fouhaiter.
- Pour travailler en grand félon notre première façon d’adoucir, on renferme les ouvrages dans des caiffes où il eft long de les amener à un degré de chaleur confidérable , fur-tout ceux qui en occupent le milieu Ôc qui ont de l’épaiffeur* Pourquoi, demandera-t-on, ces ouvrages fi lentement échauffés ne s’écailleront-ils pas ? Ils s’écailleroient aufli s’ils n’étoient entourés que de poudre d’os ; ôc nous avons trouvé que pour arrêter la production des écailles, il étoit néceffaire d’y joindre la pouffiere de charbon; que celle-ci empêche la furface du fer d’être trop promptement defféchée, quelle lui redonne ae la matière huileufe. Nous avons alors affez expliqué à quoi fervoit cette poudre ; mais nous voyons de plus à préfent jufqu’à quel temps elle doit être d’ufage; quelle ne l’eft que jufqu’à ce que le centre d’une piece ait été fuffifamment échauffé pour s’adoucir ; fi dans cet inftant on pouvoit féparer tout le charbon qui a été mêlé avec les os, les os feuls ne feroient plus écailler le fer. Nous verrons pourtant dans la fuite qu’il y a un temps où la poudre de charbon deviendroit néceffaire : elle l’eft au commencement ôc à la fin de l’opération.
- Ce n’eft qu’à mefure que les faits différents fe multiplient, qu’on peut multiplier les explications fûres. Il m’étoit arrivé plufieurs fois d’adoucir du fer fondu dans de petits creufets pleins de feule poudre d’os, fans qu’il s’y fût écaillé ; j’avois cru que quelque circonftance particulière, difficile à démêler, avoit empêché les écailles de paroître. Cette circonftance eft que les petits creufets avoient été mis au feu de forge ; le centre du fer y étoit devenu chaud au point de s’adoucir avant que les écailles euffent le temps de fe former fur fa furface.
- Nous avons répété, ôc même de refte, que les ouvrages recouverts d’un fimple enduit , peuvent être échauffés vite, ôc à quel point on le veut. En continuant des effais fur cette maniéré d’adoucir , ôc toujours avec la mine de plomb, je ne pus voir, fans furprife, combien la durée de l’opération fe trouvoit abrégée ; la mine de plomb , que je croyois au moins entrer de part dans ce grand
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- RADOUCIR LE FER FONDU.
- effet y me paroiffoit une matière merveilleu-fe. Je voulus effayer en quelle qualité elle étoit néceffaire, proportionnellement à l’é-paiffeur du fer ; je mis, par degrés , des enduits moins épais furies fers,, que je voulois adoucir ; quelque minces que fuffent ces enduits , l’adouciffement n en fut ni moins parfait , ni moins prompt. Enfin, je rendis l’enduit aufll mince qu’il le pouvoit être ; je me contentai de frotter du fer avec un morceau de cette mine, comme on en frotte divers ouvrages de fer , qu’on veut faire paraître de couleur ardoifée. Avec cet enduit, le plus léger de tous ceux qu’on pouvoit donner, radouciffement fe fit aufll bien ôt aulïi vite qu’il s’étoit toujours fait.
- Pour lors d’effet de la mine de plomb me parut trop admirable ; je commençai même à douter s’il devoit être admiré : fi je. ne fai-fois point honneur à cette matière, de ce qui étoit uniquement l’ouvrage du feu. J’expo-fai donc au feu des ouvrages de fer fondu , fans être aucunement recouverts. Je leur fis prendre un degré de chaleur égal à celui qu’avoient pris ceux qui avoient été enduits ; la réulïite fut la même, au moins par rapport à l’adouciffement : ils fortirent du feu aufll aifés à limer, ôt auffi aifés à percer que les autres.
- C’eft donc précifément ou au moins principalement le feu , qui adoucit le fer fondu ; ôt c’eft la force du degré de feu, qui rend le fuccès de l’opération plus prompt, ôt qui peut le rendre prompt à un point furprenant : un morceau de certaines fontes épais de plus d’un pouce , peut être rendu limable en moins d’un quart-d’heure, fi on emploie une chaleur affez violente.
- Voilà bien du chemin fait pour arriver au fimple ôt au très-fimple , pour arriver où nos premiers pas dévoient, ce femble, nous conduire ; les détours nous font fi naturels, qu’il n’y auroit pas de quoi s’étonner que j’en euffe tant pris ; le fimple nous fuit,ou peut-être plutôt le fuyons-nous ; nous portons plus volontiers nos regards au loin qu’autour de nous : mais notre phénomène n’étoit pas réellement aufll fimple à découvrir quil l’eft en apparence ; trop de faits concouraient à le cacher. Le feu feul fuffit pour ôter à la fonte de fer toute fa dureté ; quelle difficulté pou-voit-il y avoir à en faire l’épreuve ? C’eft qu’il n’y a que certains degrés d’action du feu qui produifent cet effet. Qu’on ne faffe prendre au fer fondu, immédiatement expofé au feu, qu’environ la nuance de couleur de cerife ; on aura beau continuer la durée de ce degré de chaleur, on n’adoucira jamais le fer ; tout au plus diminuera-t-on fon volume, par les écailles qui s’en détacheront. Nous avonst dit ailleurs ( dans la première Edition ) que ladion immédiate du feu ne fuffifoit pas Addition a la ÿ e. Section.
- pour rendre doux le fer fondu. Nous devions dire Amplement, qu’une certaine action du feu ne îuffifoit pas. Les contre-cœurs des cheminées des plus groflleres cuifines, qui, après avoir refté plufieurs années en place, ont confervé toute leur dureté, prou-voient le peu d’efficace d’un certain degré de chaleur, Ôt rien de plus.
- La première fois que je longeai à donner quelque adouciffement à notre métal, j’y fus déterminé par une lettre d’un homme d’efprit, que fon emploi obligeoit a être fou-vent dans les forges. Il a voit fait couler de beaux vafes de fer qui lui étoient inutiles, par l’impoflibilité où il fe trouvolt de les faire réparer ; il me confulta fur ce qu’il pourrait tenter pour les rendre traitables : l’idée qui me vint, fut de lui propofer de les faire recuire immédiatement dans le charbon allumé. Avant d’expofer fes vafes au feu, il crut figement devoir commencer par une épreuve, fur des morceaux de fonte de la même qualité que celle des vafes. Il m’écrivit dans la fuite, qu’il en avoit fait l’expérience fans fuccès ; fans doute qu’il n’avoit pas donné tout le degré de feu que cette fonte exigeoit : alors peu inftruit de notre nouvel Art, je n’infiftai nullement fur la nécefiité de cette circonftance.
- Mais l’expérience des contre-cœurs de cheminées, ôt celle que je viens de citer, fuffifoient-elles pour nous arrêter ? Quoi de plus vraifemblable ôt de plus naturel, que de penfer qu’un degré de feu plus violent pourra ce que ne peut un plus foible. Le fer réduit en barres, le fer le plus fléxible a été autrefois fonte, Ôt n’eft devenu fouple qu’à l’aide d’une opération où la force du feu femble tout faire. Mais pour adoucir des ouvrages de fer fondu, on n’a garde de les réduire à confiftance de pâte, & de les paîtrir ; on fait l’un ôt l’autre , pour rendre la fonte propre à devenir du fer en barre. L’exemple pris de cette fonte ne prouve donc pas fuffifam-ment qu’on puiffe adoucir des ouvrages de fer fondu, par la feule adion du feu, en leur confervant leur figure. Mais en finiffant la première Partie, nous avons rapporté une expérience qui fembloit prouver, fans réplique , qu’on ne doit pas attendre d’adouciffe-ment de l’adion immédiate du feu , quoique violente ; que cette adion même peut ren-durcir de la fonte déjà adoucie ; je veux parler de celle qui nous a appris, que les plaques de fonte dont nous formons les caiffes de nos fourneaux de recuit, avoient une furface qui s’adouciffoit, pendant que l’autre confervoit fa dureté. Celle contre laquelle la compofition étoit appliquée devenoit douce , pendant que celle qui étoit touchée immédiatement par un feu , ôt un feu quelquefois affezviolent pour les fondre, reftoit dure ;
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- ce qui effc plus encore , la furface adoucie reprenoit fa première dureté dans un autre recuit, lorfqu’avan* de le faire, la plaque avoit été retournée. *
- Enfin , on ne réduit guere de fonte en fu-fion dans un creufet, fans voir un effet qui femble prouver contre l’efficace du grand degré du feu, par rapport à l’adouciffement ; quoique cette fonte ait été mife dans le creufet douce & limable, ordinairement dès quelle a été refondue , on la trouve exceffi-vement dure, en entier ou en partie , foit qu’on l’ait coulée à terre , foit qu’on l’ait retirée du creufet avec une cuiller rougie.
- Nous avons vu d’abord, qu’un degré de chaleur médiocre laiffe à la fonte toute fa dureté. Nous venons de voir actuellement, que des degrés de chaleur violens & les plus violens, paroiffent donner de la dureté à la fonte la plus douce. Qu’y a-t-il de plus fin-gulier, que certains degrés de chaleur , moyens entre les précédents , foient cependant propres à adoucir cette même fonte, & à l’adoucir très-promptement? Que ces phénomènes nous apprennent au moins, combien il eft dangereux de tirer des conféquen-ces trop générales des expériences, & qu’on ne doit rien en conclure que pour des cas parfaitement femblables à ceux qu’on a éprouvés.
- Il y a donc une maniéré d’adoucir le fer, qui ne demande précifément aucun appareil : c’eft de l’expofer immédiatement à un feu qui lui donne un degré de chaleur confidé-rable. Au refte , quoique nous ayons vu qu’un trop grand degré de chaleur peut produire un effet contraire à celui qu’on veut, on ne doit pas être inquiet fur la difficulté de faifir précifément les degrés convenables : l’étendue des termes entre lefquels ils fe trouvent compris, eft grande.
- On a peut-être déjà conclu, que cet expédient fi fimple nous débarraffe de ces enduits qui ont été le but de nos recherches au commencement de ce Mémoire, & des recuits de la première Partie. Pourquoi enduire la fonte, fi elle peut être adoucie étant fim-plement expofée au feu ? Le vrai eft pourtant, qu’il n’eft que certains ouvrages que l’on pourra fe difpenfer de recouvrir de com-pofition. Expofés nuds à l’ardeur du feu, iis courront toujours rilque de s’écailler : au lieu que bien enduits, ils ne s’écailleront pas. Il s’y formera d’autant plus d’écailles, qu’on voudra les adoucir davantage ; fi on ne fe propofe que de les rendre ümables , fi on ne fe foucie point qu’ils aient auprès de leur furface un grain de fer ou d’acier, on pourra les adoucir fans aucune préparation. Une circonftance pourtant fera encore né-ceffaire, c’eft qu’ils ne foient pas extrêmement plus épais en certains endroits que dans d’autres, fans quoi les endroits minces fe-
- L ART
- roient en rifque de s’écailler, avant que les endroits épais fuffent fuffifamment doux.
- Mais il eft toujours certain , qu’on pourra fe difpenfer d’enduire les ouvrages unis & maffifs. Les marmites mêmes qui feroient forties trop épaiffes du moule, tireront un avantage des écailles; elles en deviendront plus minces. Au contraire, tous les ouvrages qui veulent être adoucis à fond, ôt qui ont des ornements qui méritent d’être con-fervés, exigeront des enduits.
- On a penfé avant moi, que la feule aêtion du feu pouvoit être capable d oter à la fonte fa dureté : mais je ne fçais fi on a reconnu quel degré de chaleur étoit néceffaire pour produire cet effet. On a fait recuire à Conciles en Normandie, & à S. Gervais en Dauphiné , des canons de fer. Ce qu’on m’a rapporté de la façon dont on s’y prenoit pour les chauffer, me fait croire que le feu qu’on y employoit, pouvoit à peine faire quelque impreffion d’adouciffement fur la furface de ces maffives pièces. L’idée qu’on avoit eue de recuire la fonte, étoit probablement venue de ce qu’on avoit vu pratiquer pour ôter la dureté à l’acier trempé. Mais il y a bien loin du degré de chaleur néceffaire dans l’un & dans l’autre cas ; encore douté-je fi les canons euffent été détrempés juf-qu’au centre par le recuit qu’on leur don-noit, s’ils euffent été d’acier bien trempé.
- Les ouvrages de fer fondu recouverts d’un enduit de nature à réfifter au feu, ne font point expofés à s’écailler, lors même que leur première couche eft parvenue à l’état de fer forgé, pourvu qu’ils foient pénétrés d’une chaleur affez violente : des foufres tirés continuellement des couches intérieures, font conduits à la couche extérieure, quand ils la quittent ; quand ils ceffent de la pénétrer intimement, ils humeêlent encore fa fur-face. L’enduit fait la fonction d’un chapiteau d’alambic, contre lequel la vapeur huileufe fe raffemble. Otez ce chapiteau, brifez l’enduit ; auffi - tôt la vapeur s’évaporera : le feu, dont elle eft la pâture, l’aura bien-tôt ab-forbée.
- Auffi eft-ce une réglé générale, qu’à même degré de feu, que pendant même durée de temps, tout fer, tout acier chauffé dans un endroit clos, n’écaillera pas en comparaifon de celui qui eft chauffé dans un endroit où la circulation de l’air & des vapeurs, eft plus libre ; que l’on chauffe le fer fur les charbons ou dans un creufet ouvert, & qu’on le chauffe dans un creufet bien luté , on verra toujours cette différence : le fer du creufet luté s’écaillera bien plus lentement. Les foufres ne s’évaporent point de dedans ce creufet, comme ils s’évaporent de celui qui eft ouvert. Il en eft fans doute de ces foufres, comme de ceux de la poudre de
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- D'ADOUCIR LE charbon , qui reftent dans les creufets bien bouchés fans fe brûler.
- Le fer forgé a moins de foufre que l’a-cier , ôt s’écaille plus aifément, chauffé au même degré de feu , ôc pendant le même temps ; l’acier qui a moins de foufre, que la fonte non adoucie, s’écaille plus promptement que la fonte. Les contre-cœurs des cheminées durent pendant des fiecles, & des barres de fer ou d’acier expofées à une a&ion du feu un peu continue , font bien-tôt détruites entièrement par les écailles qui s’en détachent. Toutes les fois qu’on forge les barres, foit de fer, foit d’acier, il s’en en-leve fous le marteau des écailles, quoiqu’elles n’aient pris que la couleur de cerife.
- La fonte la plus dure, la plus rebelle à la lime ôc au foret, devient très-vîte en état de céder à l’un ôc à l’autre outil, fi elle eft ex-pofée à un feu ardent, foit immédiatement, foit recouverte d’un léger enduit : bien-tôt elle paffe par tous les ordres de grainure gri-fe. Mais fi on veut pouffer i’adouciffement plus loin, fi on veut lui faire prendre le grain du fer forgé, c’eft-à-dire, des lames, alors les progrès de I’adouciffement ne font plus fi rapides. Tel morceau aura été rendu aifé à limer, Ôc à percer dans une heure, qui, avec cinq à fix heures de plus du même feu, aura peine à prendre le grain du fer forgé. Plus la fonte eft chargée de foufres ôc de fels, plus il eft aifé de lui en enlever une
- FER FONDU Si
- quantité égale dans le même-temps. Quand on commence à l’expofer au feu, elle eft prefque noyée dans ces matières. Mais quand elle en a perdu une certaine quantité , outre quelle a moins de quoi fournir à l’évaporation , les fels ôc foufres qui reftent font plus difficiles à détacher ; ce font ceux qui lui font le plus intimement liés. Nous aurons occafion ailleurs d’examiner quels moyens peuvent faciliter le dégagement de ce qui refte de fels ou de foufres trop tenaces ; il y a encore une raifon fimple, de ce que les premiers progrès de I’adouciffement font fl prompts : mais elle ne peut être bien entendue que dans la troifieme Partie. Nous nous fommes bornés dans ce Mémoire, à faire voir que l’aâion du feu pouvoit feule produire I’adouciffement de la fonte, ôt très-promptement : mais que ce feroit trop , que d’en conclure quelle peut produire le plus parfait adouciffement. Nous avons même vu, que cette façon d’adoucir n’eft bonne , que pour quelques efpeces d’ouvrages grof fiers ; que les ouvrages enduits font mieux défendus contre les écailles. Comme cette derniere façon d’adoucir les ouvrages, aura même de grandes utilités pour la pratique de notre Art, le Mémoire fuivant eft uniquement deftiné à traiter de ce qui a rapport à la maniéré de faire les meilleurs enduits, Ôc aux meilleures maniérés de les appliquer.
- Fin du premier Mémoire.
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- SECOND MEMOIRE-
- Des différentes fortes d'enduits quon peut donner aux ouvrages de fer fondu, & de la maniéré de les donner.
- XJn ouvrage de fer bien enduit, eft renfermé dans une efpece de creufet, dont les parois font très-minces, & exactement moulées fur cet ouvrage. Nous avons remarqué qu’il ne fuffit pas, à cette forte de creufet, comme il fuffit aux autres, de bien réfifterau feu ; il faut encore que ce foit fans diminuer ou fans augmenter plus de volume, que le fer qu’il renferme ; autrement, il s’y fera des fentes, des gerçures, qui permettront au feu ' d’attaquer le métal, de le faire écailler.
- Les gerçures font d’autant plus à craindre, qu elles font plus grandes ; mais les petites mêmes font dangereufes, ne laiffaffent-elles le fer à découvert que de la dixième partie d’une ligne. Un défaut qui auroit fur l’ouvrage fi peu d’étendue , feroit à négliger : mais cette petite fente produiroit par la fuite, des défauts plus confidérables. Le fer ne s’écaille pas feulement à l’endroit découvert ; il commence à s’écailler par-là ; l’écaille en-fuite gagne infenfiblement plus loin ; le feu continué la peut faire aller très-avant. La fente de l’enduit eft une efpece de cheminée , par laquelle les foufres des parties voi-fines s’élèvent avec trop' de facilité ; il fe fait donc une écaille qui occupe bien plus d’ef-pace, que l’ouverture qui y a donné lieu : deffous cette première écaille, il s’en produit une fécondé. Mais ce n’eft pas feulement en épaiffeur quelles fe multiplient ; celle qui eft formée, occafionne la naiffance de quantité d’autres ; tantôt c’eft qu’étant un fer brûlé, elle occupe moins de volume, par conféquent, elle permet au feu de s’infi-nuer plus avant fous l’enduit ; tantôt au contraire , & c’eft même le cas le plus commun, cette écaille fe gonfle, elle prend plus de volume que n’en avoit le fer dont elle eft faite ; en fe gonflant, elle brife l’enduit en d’autres endroits, ou au moins augmente les ouvertures déjà faites. Ce phénomène eft remarquable, & n’eft pas aufli facile à expliquer que le premier ; car les écailles s’éloignent confidérabîement de la maiTe de fer, dont elles étoient ci-devant des parties ; quand on tire cette maffe du feu, elle paroît beaucoup plus groffe, que quand elle y a été mife : que tout fer brûlé forme des écailles , une maffe dure , caftante , non forgea-ble, une efpece de demi-vitrification, cela
- eft aifé à imaginer; il nen eft pas de même de l’écartement où fe trouvent ces écailles. On ne peut l’attribuer qu’à des bouillonnements, qui fe font faits à la furface du fer; les foufres ne S’en échappent pas toujours aufli paifiblement qu’on pourroit fe l’imaginer ; prêts d’abandonner le fer, ils fe raréfient beaucoup ; ils produiront des effets pareils à ceux que produifent l’eau ou l’air, qui tendent à fortir d’un maron, qui, s’échappant avec impétuofité , en rompent la coque ; nous avons vû quelque chofe de pareil dans le fer, qui eft converti en acier : nous avons parlé ailleurs des bulles confidérables qui fe forment fur fa furface, Ôt qui la rendent raboteufe.
- Ajoutons encore une remarque, à ce que nous avons dit des écailles ; celles qui fe forment fur le fer expofé au feu immédiat, ou fur le fer mal recouvert par les enduits, font bien moins mauvaifes que celles qui fe forment fur le fer renfermé dans des creufets avec les os ; elles font aufli de deux elpeces différentes ; celles de la première, font des lames minces pofées par étage les unes fur les autres ; celles de la fécondé efpece ne font qu’une feule écaille compare, qui a l’épaiffeur de plufieurs réunies. Cette dernière écaille tient quelquefois fi obftinément au fer, que les coups de marteau ont peine à l’en détacher, & les autres en font fépa-rées par des coups légers. La différente activité du feu qui a formé les unes & les autres , eft la caufe de leur différence ; où les foufres s’échappent plus doucement & plus imperceptiblement, l’écaille eft graduée infenfiblement ôt par degrés, dont le dernier eft prefque fer ; il n’eft donc pas étonnant, que la partie la plus intérieure de cette écaille, foit bien attachée au fer même ; la caufe de la liaifon des autres couches les unes aux autres, eft la même ; voilà aufli pourquoi il ne fe fait ordinairement qu’une feule écaille, mais épaiffe fur le fer chauffé au milieu des poudres d’os, ou des compo-fitions dont le charbon a été brûlé ; au lieu que ces écailles font minces par étages les unes fur les autres , & fouvent très-écartées les unes des autres, lorfqu’elles ont été produites fur le fer mal induit ou fur le fer chauffé immédiatement. L’aêtion du feu plus
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- D'ADOUCIR LE FER FONDU
- pulffantedàns ces deux derniers cas, a produit des dilatations plus fubites dans les foufres ; & la couche qui a commencé à brûler, a toujours brûlé vite & entièrement.
- Quelle que foitau relie la caufe de la formation de ces différentes écailles, ce qui nous importe à préfent, ell de les empêcher de fe former , ôt pour cela d’empêcher que la flamme ne puifîe toucher immédiatement notre fer. Dé toutes les matières dont j’ai effayé de faire des enduits propres à produire ce dernier effet, il n’en eft point qui m’ait mieux réuffi que la mine de plomb ; j’ai pourtant tenté différents mélanges , foit pour épargner cette matière, foit pour l’employer plus commodément ; je vais les rapporter , afin qu’on Içache ceux qui m’ont paru les meilleurs , & que s’il vient dans l’idée de fe fer-vir de quelques autres enduits auxquels je n’aie pas penfé, on puilfe prévoir s’ils méritent d’être eflayés.
- i°. Au lieu d’employer la mine de plomb feule, je l’ai mêlée avec de la farine, afin d’en faire une pâte qui eût plus de corps, qui s’attachât au fer plus promptement Ôc plus fortement.
- 2°. Pour la même vûe , au lieu de délayer la mine de plomb avec de l’eau, je l’ai détrempée avec une eau très-chargée de colle-forte.
- Dans l’une & dans l’autre expérience, la mine s’eft un peu mieux attachée fur le champ , quelle n’eût fait fi elle eût été fi triplement détrempée avec l’eau ; mais le petit avantage qui revient de-là, eft peut-être plus que balancé par un inconvénient : l’enduit alors ne réfifte pas au feu fi parfaitement.
- 3°. Pour remplir encore les vûes des deux expériences précédentes, ôc en même-temps pour épargner la mine de plomb, je l’ai mêlée, en proportions différentes , avec de la terre à creufet de diverfes efpeces ; comme font la glaife ordinaire, la terre à pots de verrerie, ôt d’autres terres qui foutiennent le feu fans fe fondre, ou qui ne fe fondent qu’à un degré de feu très-violent. Dans quelques-uns de ces mélanges, j’ai mis trois parties de terre, & une de mine de plomb ; dans d’autres, deux parties de terre, & une de mine de plomb ; dans d’autres , parties égales de mine de plomb & de terre ; dans d’autres effais , j’ai fait dominer la mine de plomb , comme j’avois fait dominer la terre dans la plûpart des effais précédents ; c’eft-à-dire, que j’ai tantôt employé deux parties de mine, tantôt trois parties, tantôt quatre parties , tantôt cinq, & une de terre. II n’eft aucun de ces effais, qui n’aient donné des enduits, dont on peut fe fervir : mais plus on y fait entrer de terre, &plus ils demandent a etre féchés lentement, & féchés à fond ; ôc plus ils craignent la grande chaleur. Quand Addition a la y e. Section,
- pourtant on ne mettra qu’un quart ] ou qu’un cinquième, ou un fixieme de bonne terre, loin quelle fafle du mal, elle donnera à la mine de plomb une confiftance qui fera avantageufe à l’enduit. Le défaut de l’enduit qui eft de feule mine de plomb , eft de moins réfifter aux frottemens, tels que ceux de charbons contre les pièces, ou des pièces les unes contre les autres : au moyen de la terre, un enduit prend plus de confiftance, ôc réfifte mieux à ces frottemens.
- 4°. Puifque toute matière qui ne fe retire point au feu, eft, par cela même, propre à faire des enduits ; le fable, le pur fable , fe-roit en état de produire l’effet que nous cherchons , s’il ne lui manquoit de prendre la liaifon d’une pâte. Ses grains, quoique mouillés, ne font point une mafffe continue ; la groff feurde ces mêmes grains en eftla caufe. La ténacité de l’eau n’eft pas fuffifante, pour tenir de fi gros grains joints enfemble ; de la colle-forte réuniroit mal des blocs de pierre, ôc tiendroit des graviers bien liés. J’ai fait piler du fable extrêmement fin ; j’ai fait piler de même du caillou. De ces matières fines détrempées avec de l’eau, j’ai compofé des pâtes dont j’ai enduit divers ouvrages de fer fondu; elles ont féché fans fe fendre, elles ont pris toute la confiftance néceffaire. Cet enduit a bien réfifté au feu, & a bien défendu les ouvrages ; il peut être employé dans les endroits où la mine de plomb manquera , Ôc où elle fera chere.
- Il y a pourtant une remarque à faire, qui donne encore l’avantage à l’enduit de mine de plomb fur ceux de nos poudres de fable ôc de caillou. Ces derniers ne fe raccourcif-fent pas plus que l’autre ; ils font auffi difficiles à fondre qu’il en eft befoin : mais le feu lie trop fortement leurs parties. Je n’eufîe pas cru qu’il pût y avoir en cela du trop, fi l’expérience ne me l’eût fait voir. Concevons que nos grains de fable font réunis, qu’ils font corps comme les parois d’un creufet ; alors ils défendent bien le fer : mais que le fer qu’ils couvrent vienne à fe courber, ce fer acquerra du côté convexe, une fur-face plus grande que celle qu’il a du côté concave; l’enduit, dont les grains feront bien liés, fe brifera du côté convexe ; il s’y fera quelque part une fente d’une largeur proportionnelle à l’augmentation qu’aura ac-quife la furface du fer qu’il couvroit. Cette fente ne feroit pas confidérable, ôc feroit un petit mal: mais la liaifon des grains entr’eux en produit un plus grand ; elle eft caufe que l’enduit qu’ils forment peut fe foutenir feul ; il ne fuit pas le.fer pendant qu’il fe plie : de forte qu’entre cet enduit ôc le fer, il refte un vuide où la flamme s’introduit, Ôc produit des écailles fur la furface du fer, qui, par la fuite, foulevent l’enduit de plus en plus, ôc
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- enfin le font tomber. Les parties de la mine de plomb, au contraire, ne fe lient point enfemble tant que la chaleur n’eft pas excef-five ; elles ne fe foutiennent point les unes les autres ; elles n’ont d’autre appui que le fer même : quelque inflexion qu’il prenne, elles la fuivent ; leur liaifon n’eft que telle qu’il faut pour les faire tenir les unes contre les autres, ôc trop foible pour réfifter à une force légère qui tend à les faire gliffer : d’ailleurs elles gliffent aifément les unes fur les autres, parce quelles font plates, quelles font chacune de petites lames.
- 5°. Le talc eft une matière rare en quelques pays, très - commune dans d’autres ; dans ceux-ci on pourra s’en fervir avec fuc-cès, comme de la mine de plomb, après l’avoir fait réduire en poudre ; cette poudre aura toutes les propriétés qu’on veut à nos enduits; que ceux qui ne connoiffent pas affez ce minéral, ne le confondent pas avec le gypfe qui a la tranfparence du talc, mais qui en différé parce qu’il eft très-calcinable, & que le talc ne l’eft point.
- 6°. J’ai effayé d’enduire avec de la craie ; les enduits de cette matière s’étendent aifément ; comme fes parties n’ont pas beaucoup de liaifon enfemble, elle paroît avoir la propriété qui nous a fait préférer la mine de plomb, aux poudres de fable & de caillou : mais elle l’a, cette propriété, à un trop haut degré ; elle l’a même d’autant plus quelle eft reliée plus long-temps au feu ; elle s’y calcine; la calcination divife Ôc fubdivife fes grains à un tel point qu’ils n’ont plus affez de liaifon enfemble ; alors une infinité d’accidents -peuvent la faire tomber: des bouillonnements y fuffifent.
- 7°. La chaux que j’ai aufli employée, aies mêmes défauts que la craie , puifque la craie n’a ces défauts que parce quelle devient chaux. J’ai voulu mêler de la chaux non éteinte avec la mine de plomb : l’enduit eft tombé en poudre en féchant ; il n’a eu nul corps.
- 8°. Je n’avois garde d’oublier la poudre d’os ; je m’en étois trop bien trouvé ailleurs. Dès qu’on lui donne affez de liaifon pour en compofer des coupelles , il n’y avoit nul doute qu’on pût la rendre propre à bien tenir fur le fer. Je l’ai fait réduire en poudre extrêmement fine : elle a, comme la mine de plomb Ôt le fable , la propriété de ne fe point raccourcir en féchant ; mais elle a le défaut des fables de n’avoir pas de grains bien propres à gliffer les uns fur les autres. D’ailleurs, dans les épreuves que j’ai faites, elle m’a
- Ï>aru faire écailler le fer, lors même qu’elle e recouvre bien. Elle fe faifit trop des matières huileufes qui viennent à fa furface. J’ai tenté fi la poudre d’os mêlée en parties égales avec la mine de plomb ne réufliroit pas mieux. L enduit qui en a été fait, ne m’a
- pas paru tenir affez bien fur le fer.
- p°. J’ai mêlé avec de la mine de plomb, de la poudre de caillou, ou de la poudre de fable : ces deux poudres étoient très-fines ; elles avoient été paffées à l’eau. L’enduit qui en a été compofé, s’eft fort bien foute-nu.
- ’io0» Au mélange précédent j’ai ajouté une demi-partie de verre en poudre ; Ôt cela afin que l’enduit eût du corps ôt de la flexibilité en même temps, lorfque le verre fe-roit ramolli par l’ardeur du feu ; cet enduit a fort bien tenu. Si le verre qu’on emploie n’eft pas affez fondant, on pourra faire entrer dans l’enduit un peu de fel de foude ou de borax ; mais il n’en faudra que bien peu.
- 11°. A trois parties de mine de plomb, j’en ai ajouté une de poudre de verre. L’enduit qui en a été fait, ne nia pas paru prendre affez de confiftance ; pour lui en donner affez, il auroit demandé qu’on y eût joint un peu de fel propre à faire fondre le verre.
- 12°. Dans un autre enduit, la craie ôc la mine de plomb ont été mêlées à parties égales : celui-ci s’eft très-mal foutenu, ôc a été un des plus mauvais que j’aie effayé.
- 130. J’ai mêlé du fable commun en parties égales avec la glaife, ôc pour donner du corps au mélange, j’ai fait bien paîtrir le tout avec de la bourre.
- 140. Dans une autre épreuve, j’ai fait ajouter à la pâte ci-deffus, du verre en poudre. L’enduit a bien tenu dans l’un ôc dans l’autre cas. Mais il ne m’a pas paru affez exactement appliqué fur le fer ; il s’eft formé quelques écailles : peut-être qu’après que la bourre eft brûlée, l’enduit refte trop Ipongieux, ôc laiffe trop échapper les foufres.
- 150. Les pots degrés pilés, donnent un ciment propre à faire de bons creufets, lorf-qu’on en mêle fuffifamment avec de la terre glaife. J’en ai mêlé beaucoup avec très-peu de cette terre : l’enduit qui en a été fait, a très-bien réfifté au feu ; mais il n’a pas cette flexibilité que nous avons vantée dans celui de mine de plomb. D’ailleurs, comme on ne peut donner de liaifon à ce ciment fans employer beaucoup de terre, il faudroit faire fécher l’enduit très-lentement.
- 16°. Enfin, j’ai pris de ce fable gras dont on fait les luts ordinaires, de ce fable qui naturellement eft mêlé avec une terre qui a de la confiftance; j’en ai recouvert différents ouvrages. Cet enduit a très-bien tenu : il vaut les enduits les plus recherchés, tant qu’il ne s’agira que de groffes pièces peu en rifque de fe tourmenter, & de fe plier au feu. Il défend bien les ouvrages ; il les conferve fans écailles, même après qu’ils ont pris le cordon , ôt le grain de fer forgé.
- Pour tous les ouvrages épais ôt maflifs, il fuffîra donc de les couvrir de lut, comme
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- les Chymiftes en couvrent différents vafes avant de les mettre au feu. Le fable dont on fera ce lut, fera un fable gras : que pourtant la terre n’y domine pas trop ; il feroit en rifque de fe fendre ; & qu’on ait de plus l’attention de faire parfaitement fécher cet enduit avant de le mettre au feu.
- Au lieu d’un enduit, on en donnera deux aux ouvrages, qui, à caufe de leur épaif-feur, doivent relier du temps au feu. Le premier ne fera que de poudre de charbon délayée avec de l’eau, ou quelque liqueur plus vifqueufe; une eau de gomme, une colle claire peut être employée pour la délayer. Sur ce premier enduit, on appliquera le fécond qui fera fait d’une matière capable de réfîfler au feu. Les ouvrages ainfi doublement enduits s’adouciront plus vite que ceux des creufets,
- & ne s’écailleront pas davantage.
- Pour les ouvrages minces, pour tous ceux qui courent rifque de plier, lorfque la chaleur les aura ramollis, on'choifira quelqu’un des enduits dont nous avons parlé ci-devant. Nous en avons indiqué plufieurs qui font excellents ; on emploiera par préférence ceux dont les matières feront plus aifées à trouver dans l’endroit où on aura fait fon établiffe-ment.
- Une réglé générale, c’efl de proportionner la force du lut au degré du feu qu’on veut employer, c’eft-à-dire, de compofer un lut plus difficile à fondre, félon que les ouvrages doivent fouffrir une plus longue & une plus violente chaleur. Lamine de plomb peut en foutenir une affez confidérable, & étant refroidie, paroître avec fa première couleur noirâtre. Mais fi le degré de chaleur qui a agi fur elle, a eu un certain degré de force ; refroidie , elle eft d’une couleur rougeâtre fem-blable à celle de certains pots de terre cuite. Plus les nuances que le feu lui a fait prendre font rouges, & plus l’enduit quelle forme eft en rifque de tomber en écailles.
- La mine de plomb produit un effet qui tient quelque chofe de celui de la poudre de charbon, & a l’avantage de réfifter au feu ouvert ; ce ne feroit pas une m-auvaife pratique que celle d’enduire légèrement les pièces de mine de plomb, & de recouvrir ce premier enduit d’un lut d’une terre extrêmement fablonneufe.
- Dans tout ce qui eft de pratique, l’épargne du temps mérite grande attention ; rien de plus fimple que d’enduire nos ouvrages de fer fondu. Cependant il y a deux maniérés de le faire, dont l’une eft bien plus expéditive que l’autre; la première, qui, quoique commode, eft la plus longue, c’eft de préparer la pâte dont on veut faire l’enduit, de telle conliftance qu’on puiffe la prendre ôt 1 étendre avec un pinceau; en frottant ainli une pie ce avec le pinceau, on lui donne une
- FER FONDU yy
- couche : on laiffe fécher cette première couche, fur laquelle on en applique enfuiteune fécondé, & fur cellé-ci une 3 e. On donnera plus ou moins de couches, félon l’épaiffeur qu’on , veut à l’enduit, ôc auffi, fuivant que la matière de cet enduit étoit plus ou moins épaiffe lorfqu’on l’a étendue. Mais la réglé générale eft toujours de nelaiffer rien à découvert, de repaffer fur les endroits qu’on a touchés nécef fairement pendant qu’on enduifoit l’ouvrage : il y en a certains à qui il fera plus commode de ne donner d’abord qu’une demi-couche , c’eft-à-dire, qu’on n’étendra chaque couche, que fur une moitié de l’ouvrage ; on la laif-l'era fécher, avant de la continuer fur le côté oppofé à celui où elle a été mife.
- j’ai éprouvé une autre maniéré d’enduire, incomparablement plus prompte que celle d’enduire au pinceau, fur-tout lorsqu’il s’agira de pièces, ou petites, ou d’une groffeur médiocre ; c’eft de les plonger Amplement dans la compofition, d’appliquer l’enduit par immerfion, comme les Faïanciers appliquent l’émail fur leurs terres. La matière dont il doit être fait, n’aura alors que la confiftance d’une bouillie claire.
- Le grand fecret pour employer le temps dès Ouvriers le plus avantageufement qu’il eft pofïible, eft d’occuper, autant qu’on peut, les mêmes à faire les mêmes ouvrages, fans les détourner pour d’autres d’une autre efpece. De4à vient, par exemple, que nous avons des épingles à fi bon marché. Selon ce principe, on attendra à donner les enduits jufqu’à ce que l’oii ait affez d’ouvrages fondus pour én remplir le fourneau. L’endroit où on y travaillera, fera une efpece d’attelier particulier. Dans cet attelier, on aura un ou plufieurs baquets remplis de la bouillie claire, dans laquelle les ouvrages doivent être trempés. Dans le même endroit il y aura différentes tables rangées tout autour des murs ; fi celles-là même ne fuffîfent pas, on en difpofera en allée. A mefiire qu’une piece aura été plongée dans la bouillie, on la po-feta fur la table. Ce travail pourra occuper deux hommes ; l’un fera chargé de remuer de temps en temps cette bouillie avec un bâton, afin que les grains ne fe précipitent pas âu fond mf le même trempera les ouvrages dans la bouillie ; il donnera auffi-tôt la piece qui vient de recevoir une couche au fécond Ouvrier, pour la porter furies tables. Celui-ci, en prenant une piece, en donnera une autre à enduire, & ainfi de fuite.
- Le travail, conduit avec cet ordre, ira extrêmement vite : quelque quantité d’ouvrages qu’on ait, bientôt on les aura tous fait paffer par les baquets ; mais chaque piece aura à y paffer plus d’une fois, ôt cela parce que à chaque fois elle ne prendra qu’une couche bien mince, fi la compofition eft li-
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- quide, ce qui eft le mieux. Il feroit inutile de donner une fécondé couche avant que la première eût pris de la confiftance. On pourra cependant continuer le travail fans interruption au moyen d’un expédient allez fim-ple. C’eft de difpofer des réchauds de feu fous les tables, d’efpace en efpace, ou de dilpo-fer fous ces tables des efpeces de grils qui foutiendront quelques charbons allumés. Le feu en fera plutôt fon effet, li les deffus des tables font minces : ils pourront être des plaques de fonte; mais l’épaiffeur de la tôle forte leur fuffira. Ces plaques feront percées de quantité de trous, afin que la chaleur des réchauds parvienne plus aifément jufques aux pièces. Cet atteiier pourroit être une efpece d’étuve ; cependant les Ouvriers travaillent toujours avec peine dans les étuves, & nos réchauds donneront une chaleur fuffifante. Quand les dernieres pièces auront reçu une couche, les premières fe trouveront affez feches pour en ïecevoir une fécondé.
- Qu’on ne me demande point que je détermine le nombre des couches néceffaires j il dépendra de la confiftance de la bouillie. Je ne fçaurois même déterminer l’épaiffeur que doit avoir tout l’enduit ; il convient qu’il en ait plus ou moins, félon la matière dont onl’aura fait. Quelques remarques tiendront peut-être lieu de réglés plus précifes. Si l’enduit étoit extrêmement mince, il ne fuffiroit pas: fi on frotte Amplement un ouvrage de fer avec de la mine de plomb, on lui donne le plus mince de tous les enduits ; mais aulïi on ne le met pas à l’abri des écailles. Une couche fi mince ne fçauroit tenir contre les plus petits
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- bouillonnements qui arrivent à la furface du fer ; tout eft capable’de l’emporter. Si l’enduit eft épais jufqu’à un certain point ; outre qu’il confumera inutilement de la matière, il ne fera pas affez flexible pour fuivre le fer quand il viendra à fe plier ; cet enduit fera plus aifé à fe caffer. Si on emploie de la mine de plomb pure, les termes de l’épaiffeur de l’enduit me paroiffent devoir être entre une ligne & une demi-ligne. Plus d’épaiffeur feroit fuperflue ou nuifible, & moins ne fuffiroit pas.
- L’enduit s’attachera fans peine fur tous les endroits plats ou creux ; mais il ne prendra pas toujours fi bien fur les angles, fur-tout fur ceux qui font à vives-arrêtes, & près des bords. Quand les ouvrages auront été trempés affez de fois pour avoir reçu un enduit d’épaiffeur convenable, & quand cet enduit fera fec, on examinera s’il ne manque rien fur les angles ; s’ils font à découvert quelque part, on paffera le pinceau fur ces endroits , après l’avoir trempé dans une matière plus épaiffe que celle où l’on plonge les ouvrages.
- Nous avons dit que les pièces qui n’au-roient été que frottées à la main avec de la mine de plomb feche, ne feroient pas en état de foutenir un long feu fans s’écailler ; elles en foutiendront pourtant un plus long que ne feroient des pièces expofées toutes nues : c’eft un enduit très-mince ; mais c’eft toujours un enduit. Auffi voudrois-je qu’on commençât parle donner avant de plonger des pièces dans notre efpece de bouillie, & fur-tout avant de couvrir celles qu’on couvre avec le pinceau.
- Fin du fécond Mémoire,
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- TROISIEME MEMOIRE.
- Différentes maniérés dont on peut recuire & adoucir les ouvrages enduits : description d'un nouveau fourneau qui y ejl très-propre.
- „A.u moyen de nos enduits, les ouvrages de fer fondu peuvent être adoucis par tout feu d’une activité fuffifante ; qu’il foit de bois ou de charbon, il n’importe» La forme du fourneau n’importe auflî qu’autant quelle conferve ou augmente davantage la force du feu, & qu’autant qu elle donne plus de commodité pour arranger les pièces.
- Dans cette façon d’adoucir , on peut très-bien fe fervir du feu d’une forge ordinaire, pourvu que la grandeur des pièces permette de les y placer : fi ces pièces font épaiffes, on peut les mettre au milieu même des charbons de la forge. Je fuppofe néanmoins que l’Ouvrier fera attentif a ne pas faire agir le foufffet trop vivement : il fera bon même que de temps en temps, il ceffe de le tirer.
- Si les ouvrages font minces ou chargés d’ornements délicats, le rifque de les fondre feroit encore plus grand ; ils demanderaient par conféquent encore plus d’attention ; êc peut-être en demanderoient-ils au-delà de ce que le commun des Ouvriers eft capable d’en avoir. Pour les adoucir à la forge, au lieu de les placer immédiatement au milieu des charbons , le plus sûr fera de les mettre dans un creufet, îbit quarré , foit quarré-long , foit rond : en un mot, tel que leur grandeur êc leur figure l’exigent. Ce creufet aura un couvercle ; on fe difpenfera de le luter ; il en fera plus commode à lever ; êt c’eft ce qu’on aura foin de faire de temps en temps , pouf voir les pièces, & juger par leur couleur, s’il eft à propos d’augmenter leur degré de chaleur ou de le diminuer.
- Le feu de forge, ainfi ménagé, adoucira bien Ôt vite ; il peut fufïire à un Ouvrier qui fondroit Ôt réparerait lui-même fes ouvrages, ôt qui n’entreprendroit pas d’en adoucir , dont le volume furpaffât celui des marteaux de porte cochere.
- Le feu de la forge peut fervir encore utilement pour des pièces, foit grandes, foit petites, qui, ayant été mifes dans les recuits , ou qui ayant été adoucies par la méthode dont il fera parlé dans la troifieme Partie , font cependant reliées dures en quelques endroits d’une étendue peu confidéra-ble. On expofera ces endroits au feu de la forge à nud, s’ils n’ont point d’ornements qui méritent d’être ménagés, ou après les avoir induits s’ils ont des ornements délicats.
- Addition à la ^e. Section.
- Mais il conviendra dans une Manufaêlure en réglé, qu’on ait des fourneaux pour adoucir des ouvrages enduits.
- Ceux dont nous avons donné la conftruc-tion dans le Mémoire IV. de la première Partie , ôt qui font repréfentés dans la PL IV* pourraient y être employés ; ils produiront ici des effets plus prompts que ceux qu’ils produifent, par rapport aux opérations pour lefquelles nous les avons d’abord imaginés ^ ôt cela quoiqu’ils ne foient pas chauffés davantage. Les ouvrages enduits feroient Amplement mis dans les cailles les uns fur les autres, au lieu que quand on les y veut adoucir fans les enduire, on remplit les vuides qu’ils laiffent entr’eux avec la poudre com-pofée : alors tout l’intérieur de chaque caille eft un maflifà échauffer. Or, comme le poids des ouvrages ôt des poudres pris enfemble, eft au poids des ouvrages feuls ; ainfi eft le rapport de la maffe que le feu a à échauffer dans le premier cas, à celui de la maffe qu’il a à échauffer dans ce cas-ci : ôt cette différence eft affez confîdérable, parce que les poudres , êt fur-tout celle d’os, pefent beaucoup. '
- D’ailleurs, l’ufage de ces fourneaux, pour nos radouciffements par enduit, ne demanderait plus les fujétions qu’ils demandoient, pour adoucir avec les poudres, ou pour convertir le fer en acier. Les plaques bien ou mal lutées , les plaques fondues ou percées feroient ici toujours bonnes, pourvu quelles ne s’en allaffent pas par morceaux, pourvu quelles puffent empêcher les ouvrages de tomber au milieu des charbons. A quoi même il n’y auroit d’autre inconvénient, que celui du dérangement qui pourrait en arriver à l’enduit : des grilles même y pourroient être mifes à la place des plaques.
- On pourroit ici, comme pour les autres opérations , chauffer ces fourneaux avec le bois ou avec le charbon ; mais le charbon produiroit un plus prompt adouciffement. Le cours libre de l’air fuffira, fi on ménage affez d’ouvertures pour lui donner de libres entrées.
- Mais dès que les ouvrages feront enduits, les fourneaux dont nous venons de parler , quoique bons, ne doivent pas être regardés comme les plus avantageux, dont on puiffe fe fervir : on peut en employer d’autres de
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- formes plus convenables. Les fourneaux de réverbere pareils à ceux où l’on chauffe les barres de fer , avant de les faire paffer entre les rouleaux des applatifferies, ou les couteaux des fenderies, y pourroient être propres ; on y arrangeroit facilement une grande quantité d’ouvrages. Il faudroit pourtant les conftruire de façon qu’ils chauffaffent plus violemment que ces fourneaux ne font pour l’ordinaire. Autrement, le fer ne s’y adouciroit que pour former des écailles , comme je l’ai éprouvé dans les fourneaux de réverbere , dont j’ai parlé ci-devant. Mais il n’eft pas difficile d’en conftruire de ceux-ci, où les ouvrages deviendront blancs en peu de temps. On en pourroit faire de femblables à ceux des Ouvriers qui fondent le cuivre en grand, comme pour des canons, des cloches , 6tc.
- Cependant j’empîoierois volontiers des fourneaux pareils à un dont je n’ai encore fait ufage qu’en petit, ôt dont je vais donner la defeription. Il me paroît raffem-bler à peu-près les avantages qu’on peut délirer ; il doit être chauffé avec le charbon de bois, ôt par le feul cours de l’air libre. On en proportionnera la grandeur à la quantité d’ouvrages qu’on voudra adoucir à la fois ; on en peut faire de fort petits ôt de très-grands fur les mêmes principes. On en variera la plûpart des dimenfions à fon gré ; les petits pourront être faits par les Potiers, Ôt des mêmes terres dont ils font d’autres fourneaux à l’ufage des Orfèvres : pour les grands , on les bâtira de brique.
- Le fourneau fera ifolé , de façon qu’un homme puiffe tourner tout autour commodément. Sa partie inférieure fera un cendrier de profondeur affez arbitraire, ce qui ne l’eft pas, c’eft que les murs de ce cendrier foient percés de plufieurs trous , qui auront chacun leur regiftre : félon que ces regiftres feront plus ou moins tirés , l’air aura de plus ou de moins faciles entrées dans le cendrier. Le fond du fourneau fera immédiatement po-fé fur le cendrier ; il peut être compofé d’une ou de plufieurs plaques de fer fondu, percées de quantité de trous, par où l’air qui entre dans le cendrier montera continuellement dans le fourneau ; ce fonds peut auffi être de plaques de terre cuite ; ou fi on le veut bien folide, il fera une voûte furbaiffée, compo-fée de briques, dans laquelle on ménagera les trous dont nous venons de parler ; il eft indifférent qu’ils foient ronds , quarrés, oblongs : mais ils ne doivent jamais être affez grands, pour laiffer paffer les charbons d’une médiocre groffeur.
- La forme quarrée eft celle qui me paroît le mieux convenir au corps du fourneau, qui s’élèvera fur la bafe que nous venons d’établir : les angles néanmoins en pourroient être
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- abattus ou remplis. On donnera de Tépaiffeut à fes murs, félon qu’on aura envie de les rendre plus folides : plus le fourneau fera grand, ôt plus il leur conviendra d’en avoir.
- Ce que fa conftruétion a de plus particulier , ce qui lui eft propre, c’eft que fon intérieur fera occupé par divers rangs de tablettes. Chacune des tablettes, dont nous parlons , fera foutenue par deux des faces oppo-fées de ce fourneau, ôt fa longueur fera égale à celle des autres faces, ôt leur fera parallèle : elles feront difpofées par rangs, tant hori-fontalement que verticalement. Le nombre des tablettes d’un rang horifontal, ôt celui des tablettes d’un rang vertical, ôt la largeur de chaque tablette, feront encore déterminés parla capacité quon fouhaite au fourneau, ôt fur-tout par la largeur des ouvrages qu’on y voudra recuire ; car, quoique nous ne l’ayons pas dit, on a apparemment imaginé déjà , que chaque tablette eft une petite table fur laquelle les ouvrages enduits feront pofés ; dans celui que j’ai fait conftruire , nous n’avons mis que deux tablettes dans chaque rang horifontal, Ôt trois dans chaque rang vertical ; on conçoit de refte, qu’on peut multiplier à fon gré, celles des uns ôt des autres rangs, quand on élargira ou quand on élevera davantage le corps du fourneau.
- Ces tablettes , dans tous les fourneaux de quelque capacité, feront des arcs furbaiffés. On les conftruira de briques, plus ou moins épaiffes, félon la charge qu’on voudra leur donner. Comme l’effort de chacune de ces tablettes tendra à écarter les parois, dans l’endroit où elles s’appuyent contre le fourneau , on les liera de fer à cette hauteur. Des liens affemblés à vis ôt à écrou, pareils à ceux que nous avons fait mettre aux couvercles des fourneaux à acier, feront ici très-convenables.
- Ces liens font d’autant plus néceffaires , que le fourneau fera même affoibli un peu au-deffus de chaque tablette. Là, doit être une porte par où on fera entrer les ouvrages , ôt par où on les retiendra pour ménager la force du fourneau : la porte d’une tablette fupérieure fera ouverte du côté op-pofé à celui où on a ouvert la porte de la tablette inférieure.
- Quand le fourneau fera chargé, l’efpace qui eft entre les tablettes d’un même rang vertical, fera occupé par les ouvrages ; il ne refte donc de place au charbon, qu’entre les rangs des tablettes Ôt les côtés du fourneau, à qui leur longueur eft parallèle. Une des chofes de plus de conféquence ici , c’eft donc de bien efpacer les tablettes de chaque rang horifontal, autrement on confomme-roit trop ou trop peu de charbon. Deux pouces ôt demi d’intervalle m’ont paru fuffire entre deux tablettes d’un même rang hori-
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- Fontal : & il eft néceffaire qu’il y ait un demi-
- Î>ouce de plus entre la face du fourneau, ôc a tablette qui en efl la plus proche.
- Le haut de notre fourneau fera terminé par un dôme; cette figure efl toujours propre à faire tirer meilleur parti de l’aêtion du feu. Ge dôme aura plus ou moins d’ouvertures , félon que le fourneau aura plus ou moins de tablettes dans chaque rang hori-fontal ; ôc cela, parce que le haut du dôme fera compofé d’autant de parties qu’il y a de tablettes en chaque rang horifontal, ôc chacune pofée immédiatement au-deffous d’une tablette ; elles feront convexes par-dehors , ôc par-dedans ceintrées, ôc faites en efpeces de goutieres.
- Si le haut du dôme étoit entièrement ouvert , lorfqu’on jetteroit des charbons , ils tomberoient immédiatement fur les ouvrages de la tablette fupérieure ; les coups de leur chute pourroient emporter les enduits , ou au moins les faire fendre. Par la difpofï-tion que nous venons d’expliquer , les charbons ne peuvent tomber que dans les intervalles qui relient entre les tablettes , ou entre les tablettes ôc les parois du fourneau : d’ailleurs , la ligure que nous avons donnée aux pièces qui partagent fouverture du dôme enpîufieurs parties, étant compofée de plans inclinés, la defcente du charbon s’en fait plus facilement.
- Que notre fourneau foit rempli d’ouvrages Ôc de charbons ; que l’air qui entre par les ouvertures du cendrier, ôc par celles du fond du fourneau, ait allumé ces charbons; leur chaleur fe communiquera promptement aux ouvrages ; ils les entourent, ôc même touchent toujours les bords de quelques-uns. Rien ici n’arrête l’effet du feu , que l’é-pailfeur des tablettes 9 ôc cet obftacle n’eft
- FER FONDU, pas bien confidérable. Aulfi FadoucîfTement le fait-il vite dans ce fourneau ; pour l’accélérer encore, outre les regiflres du cendrier , on peut en ménager quantité d’autres dans le corps même du fourneau. Diftribués à différentes hauteurs, on les tiendra ouverts , quand on voudra rendre l’ardeur du feu plus violente ; ôc fi on veut feulement quelle le foit du côté de certaines tablettes, on n’ouvrira que ceux qui peuvent donner de l’air aux charbons qui les entourent.
- Il feroit affez inutile d’avertir, quon peut boucher les ouvertures qui permettent l’entrée de l’air, celles par où on met ôc retire les ouvrages , foit avec de la tôle , foit avec des bouchons de terre. Il n’efl guere plus né-ceffaire de répéter que l’on pourra avoir 9 dans ce fourneau, des baguettes d’effai pa^ reilles à celles qu’on pofe dans le fourneau où on recuit avec des poudres de charbon ôc d’os : ces baguettes font toujours néceffai-res , lorfqu’on veut fe conduire avec cer* titude.
- Le corps des petits fourneaux pourra être de plufieurs pièces qui fe rapporteront les unes fur les autres, comme celles du four* neau à Fondeur : Ôc dans ce cas, on l’affoi-blira moins par les ouvertures deftinées à mettre ôc à retirer les ouvrages. Il fuffira alors, que ces ouvertures foient affez grandes , pour donner paffage aux baguettes d’effais ; car avant de charger le fourneau, on ôtera de place toutes les pièces qui font au-deffus de celles qui portent les tablettes inférieures. On garnira ces tablettes d’ouvrages ; alors on remettra en place la piece qui porte le fécond rang de tablettes ; on les garnira d’ouvrages ; ainfi de fuite, on ache* vera de charger le fourneau.
- Fin du troifieme Mémoire,
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- NOUVEL ART
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- QUATRIEME MEMOIRE*
- Attentions pour empêcher les ouvrages de Je voiler dans le recuit;-
- maniérés de redrejfer
- UN des inconvénients des plus à craindre dans toute efpece de recuit, c’eft que les ouvrages ne sy tourmentent Ôt ne sy voilent ; c’eft à quoi font expofés ceux qui font plats & minces, & fur-tout ceux dont la forme tient de celle des boîtes. Il n’y en a que de courts & maffifs, tels que les marteaux de porte, qui foient à l’abri de ce rif que. Je n ai pas affez appris dans la première Edition de cet Art, comment on peut les en garantir, ni comment on peut réparer les défauts que cet accident aura produits. Je n’en avois pas allez fenti la conféquence ; j’a-vois fait mes elfais, ou fur des ouvrages épais, ou fur des ouvrages qui, quoique minces, n’é-toient pas d’une grandeur coniidérable ; mais on en a fait plus d’épreuves que je n’euffe voulu, dans une Manufacture où l’on s’étoit principalement propofé de fondre & adoucir de magnifiques palâtres de ferrures. La plupart de ces palâtres fortoient du recuit très-courbes ; lorfqu’on vouloir les redreffer, on en caffoit la plus grande partie ; les frais de la fonte & de l’adouciffement étoient perdus , & dévoient être diftribués fur ceux qui avoient mieux réufïi ; ce qui ne pouvoit qu’en augmenter le prhrconfidérablement.
- Les pièces fur lefquelles le recuit agit avec fuccès, font ramolies ; le feu les a miles Hans une confiftance approchante de celle de la pâte, pour peu qu’elles portent à faux; trop foibles alors pour foutenir leur propre poids, elles fe ploieront vers le côté où elles ne font pas foutenues.
- On préviendra cet accident dans les recuits qui fe font félon la méthode enfeignée dans la première Partie, dans les recuits où les ouvrages font environnés de notre poudre compofée d’os & de charbon , fi à me-fure qu’on aura mis une couche de cette poudre, on la bat avec des maillets, comme les Fondeurs battent le fable de leurs moules ; auffi avons-nous infifté fur cette circonftance, dans le Mémoire IV. première Partie. Alors la poudre fera, avec les ouvrages, un mafïif capable de fe foutenir ; au lieu que quand la poudre a été mife négligemment, elle fuit les plaques lorfqu’elles viennent à s’écarter, ou a prendre des formes irrégulières. Elle s’échappe en partie d’autour des ouvrages, & comme elle s’en échappe inégalement,
- ceux qui fe font voilés.
- elle eft caufe qu’ils portent à faux en bien des endroits. Pour donner encore plus de folidité à cette maffe, il fera peut-être à propos d’humeêter la poudre avant de la mettre dans les creufets ; il en fera d’autant plus facile de la rendre plus compàête, & de la mieux lier.
- Mais il eft bien difficile d’empêcher, que les ouvrages qui ne font qu’enduits ne fe voilent dans le recuit, au moins fi dans la vue de profiter de la capacité du fourneau, on les arrange en pile les uns fur les autres : car il fera prefque impoffible qu’ils foient allez foutenus par-tout.
- Il y a encore une autre caufe , que celle que nous venons d’indiquer, qui altéré quelquefois confidérablement la figure des ouvrages , fur-tout de ceux qui approchent de la forme de boîtes, comme font des palâtres de ferrures, des pieds de grille ; c’eft l’inégalité avec laquelle leurs différentes parties s’échauffent, puifque plus le fer eft échauffé, plus il s’allonge ; le côté de l’ouvrage le plus échauffé tendra à s’allonger davantage ; fi la difpofition des autres parties s’oppofe à cet allongement, il prendra, fous une forme courbe , la longueur qu’il n’a pû avoir en reliant droit. Les pièces en font quelquefois très-contrefaites; une partie rentre en-dedans, l’autre fort en-dehors : les courbures fe font dans des plans différents.
- Si la fonte des ouvrages étoit de bonne qualité, & fi on l’adouciffoit toujours jufqu’à la ramener à l’état de fer forgé, on redreffe-roit tous les ouvrages au marteau , après les avoir fait chauffer, comme on redreffe les ouvrages de fer ordinaire : ôc c’eft la feule méthode que j’aie enfeignée ci-devant. Mais comme on n’eft pas toujours affez attentif au choix des fontes, ôt que fouvent on n’a pas la patience de pouffer l’adouciffement affez loin, il y a ordinairement du rifque à redreffer au marteau les ouvrages adoucis. Quand les Entrepreneurs de la Manufaêture dont je viens de faire mention, me parlèrent de cet inconvénient par rapport aux palâtres , je leur propofai la maniéré de les redreffer , que je vais donner ici : mais comme on avoit mon livre, & qu’on avoit fait depuis des expériences, on croyoit que je ne pouvois plus donner d’idées neuves, ou
- qui
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- D'ADOUClk LE
- qui apprirent quelque chofe : & on négligea de fe fervir du plus fimple ôc du plus sûr de tous les expédients.
- Les ouvrages qui fe plient, qui fe courbent dans le fourneau fans fe cafter, nous apprennent clairement que nous pouvons les redrefler , Ôc même, s’il en eft befoin , leur donner une courbure qu’ils n’avoient pas* lorfqu’ils font fortis du moule : ôc cela aufli fans les cafter. Pourquoi dans le recuit fe courbent-ils fans fe cafter ? C’eft que quand ils fe courbent, ils font ramollis, ôc que la force qui tend à leur faire prendre le pli, agit avec lenteur : quelle ne contraint aucune partie à céder brufquement. Les parties qui commencent à céder , donnent aux autres le temps de les fuivre. Voulons-nous redrefler des ouvrages qui ont été adoucis ? donnons-leur donc le même degré de chaleur qu’ils avoient, lorfqu’ils fe font courbés ôc ramollis au même point ; faifons les céder à une force qui agifle doucement. N’employons que la preflion, ôc même qu’une preflion lente ; mais ne les traitons point à coups de marteau : avec une pareille méthode , nous ne fçaurions manquer de réuflir.
- Il y a diverfes maniérés de la mettre en pratique , que nous allons parcourir , en prenant pour exemple, des pièces de différentes formes. Si la piece eft platte, comme le font une platine de fuftl, une entrée de ferrure, ôcc. ôc quelle fe foit courbée, on la fera chauffer par-delà la couleur de cerife prefque blanche ; on la mettra alors entre les mâchoires d’un étau ; enfuite on tournera avec lenteur la vis qui approche fes mâchoires l’une de l’autre ; cette preflion douce fera céder la piede fans là cafter. Le fuccès me paroifloit certain ; aufli a-t-il été tel que je l’attendois, par rapport même aux pièces qui s’étoient le plus voilées.
- Pour des pièces plates, ôc beaucoup plus grandes que des platines, il faudroit avoir des étaux plus grands que les ordinaires, ou ce qui revient au même, aggrandir l’étau en rapportant contre chacune de fes mâchoires deux plaques de fer de grandeur proportionnée à celle de la piece qu’on veut redrefler.
- Nous n’indiquons l’étau que parce qu’il fe trouve dans prefque toutes les boutiques des Ouvriers en fer ; mais toute preffe produiroit le même effet, ôc feroit même plus commode. Ceux qui voudront adoucir beaucoup d’ouvrages de fer fondu, feront donc mieux d’avoir des preffes de fer ; les mêmes pourront fervir à des ouvrages de différentes grandeurs.
- La forme de ces machines, tant qu’il ne s agira que d’ouvrages plats, eft arbitraire ; ce qui contribuera le plus à leur perfection, a les faire agir d’une maniéré fûre, c’eft que leurs vis aient des filets très-inclinés ; plus Addition à la -?e. Section,
- ter Tondu. $i
- ils le feront, ôc plus ces vis feront propres à l’ufage où nous voulons les appliquer. Là main ne feroit pas toujours maîtreffe de faire tourner avec affez de lenteur les vis dont les filets ne font pas affez obliques.
- Les pièces qui ont des ornements, des parties très-faillantes, ne feroient pas facilement redreffées entre des furfaces plates. En faifant céder des parties qui faillent trop, on pourroit en faire céder de celles qui doivent faillir ; les fleurons tels qu’ils font en ufage aujourd’hui pour les balcons ôc les grilles, nous donnent desexemplesde ces fortes de pièces; Pour leur faire reprendre exadement la figure qu’ils avoient en fortant du moule, il faut un autre fleuron qui ait en creux tout ce qu’ils ont en relief, ôc au contraire; ce fleuron maflif fera arrêté dans l’étau ou dans la preffe, ôc ce fera fur celui-ci qu’on preffera 1 autre. On introduira de petites pièces de Fer dans les endroits de la preffe qui ne s’appliquent pas contre des parties qu’on veut faire céder, afin qu’au moyen du fer introduit, la preffé agifle fur les endroits où elle ne pourroit agir immédiatement. Mais pour les redrefler plus parfaitement, il faudroit avoir deux fleurons matrices, dont l’un feroit moulé fur une des faces du fleuron, tel qu’il doit être quand il eft droit, Ôc l’autre fur l’autre. Entré ces deux matrices, on feroit reprendre au fleuron exaêlement fa première figure : ces pièces feroient moins cheres qu’on ne fe l’imagine. Le gros de la forme du fleuron leur fuftiroit ; ceux qui font moulés doivent s’y redrefler, ôc non s’y imprimer. Quand on fond des fleurous, on eii fond des centaines Ôc même des milliers : ainft on ne doit pas plus craindre la dépenfe des deux que nous propofons, qu’on n’a craint la dépenfe de celui qui fert de modèle.
- Il n’eft pas néceffaire d’avertir que tous les ouvrages qu’on voudra redrefler dans des matrices, dans des modèles pareils à ceux que nous venons d’indiquer, doivent être ébarbés ; autrement ils ne retrouveraient plus leur place. Mais un avertiffement qui ne doit pas être oublié, c’eft que les matrices foient plus grandes que les premiers modèles.
- Des ouvrages creux, fans être chargés d’ornements, comme font des cafferoles, des marmites, feront encore plus aifés à redrefler. Il ne s’agit que de faire reprendre à ces dernieres pièces, la rondeur qu’el-les ont perdue, ôc pour cela d’avoir des mandrins de différents diamètres, dont le plus grand fera précifément égal au diamètre intérieur du vafe. Ces mandrins feront introduits les uns après les autres dans la marmite ou la cafferole qu’on aura fait chauffer au point néceffaire. On pourroit les faire entrer en les pouffant à bras ; mais
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- N O U r 1
- le mieux fera d’avoir une preffe où Ton puifle placer le vafe, ôc où on puifle rap-porter fucceflivement ces différents mandrins.
- Des mandrins de bois pourroient fuffi-re. On les fera de métal, ou on les recouvrira de lames de fer, fi on veut les rendre plus durables.
- Pour redrefîer les palâtres, au lieu de mandrins ronds, on n’a qu’à en employer de quarrés.
- On épargnera la peine ÔC les frais de chauffer de nouveau les pièces à redreffer, fi on les tire du recuit, avant d’avoir laiffé affaiblir le feu, 6c on fera fur alors quelles auront le degré de chaleur convenable ; on ne les tirera qu’une à une ; dès que la première aura été redreffée, on en tirera une fécondé, ôc ainfi de fuite. Les pièces qu’on voudra redreffer dans des moules, comme les fleurons, ne peuvent pourtant l’être au fortir du recuit, parce que nous avons dit qu’il eft néceffaire de commencer par les ébarber.
- Il y a aufli telle piece à qui on ne fçauroit faire reprendre fa forme dans une feule chaude ; elle peut perdre le degré de chaleur qui la met en état de céder fans rif-que, avant d’avoir affez cédé ; fi cependant on vouloit faire la dépenfe de preffes de fer qu’on feroit rougir avant d’y porter les ouvrages, le redreflement s’acheveroit toujours dans une chaude.
- Mais s’il faut chauffer de nouveau des ouvrages à redreffer, qu’on évite, autant qu’il fera poflible, de fe fervir du feu de la forge ; on n’eft pas toujours affez maître de le modérer : d’ailleurs il n’eft pas aifé de juger fi la piece qui chauffe au milieu des charbons, a pris le jufte degré de chaleur né-ceffaire. Quand la piece n’eft pas affez chaude , elle eft expofée à fe cafter, ôc trop de chaleur la peut fondre. Le plus fur fera donc de faire chauffer les ouvrages dans des fourneaux pareils à ceux où fe font les recuits, ou dans des efpeces de grands creufets quarrés. On fe fouviendra aufti qu’il eft plus aifé ôc plus fur de redreffer une piece courbe , que de courber une piece droite. Dans la première opération, rien ne tend à fépa-rer les parties du métal les unes des autres.
- Il n’en eft pas de même dans la fécondé ; aufli demande-t-elle un redoublement d’attention.
- Le redreflement des ouvrages fe fera donc toujours fans rifque, tant qu’on n’emploira que la preflion ; pour la percuflion, elle eft à craindre : elle ne Liftera pas néanmoins de réuflir, fi elle eft employée par un ou-
- Fin du quatrii
- : L A Rt f
- vrier adroit Ôc exercé, il fçauta modérer les coups du. marteau ; au lieu d’un marteau , fouvent il ne fe fervira que d’un maillet de bois. Il aimera mieux multiplier les chaudes que trop fatiguer la piece dans les premières. J’ai vu des Ouvriers qui en cafloient très-peu, parce qu’ils avoient toutes ces attentions.
- Avant de finir ce Mémoire, je rapporterai un moyen auquel j’ai eu recours pour empêcher des balcons enduits de fe voiler, pendant le recuit. Il peut être d’ufage pour tous les ouvrages qui ont beaucoup d'étendue, ôc peu d’épaiffeur. Au lieu de les pofer à plat dans le fourneau, j’imaginai de les mettre verticalement, ôc de les y tenir fufpendus par des Crochets ; ils y pourroient avoir un mouvement de pendule. Les charbons qui , tomboient de chaque côté d’un balcon ne le preflbient point. L’idée qui m’avoit déterminé à tenter cette pofition, eft que la force qui agit pour courber le balcon, quelque part quelle fe place, agit toujours comme celle qui eft appliquée à un levier. Pour agir avec fuccès, il faut qu’un point d’appui fe trouve quelque part. Il faut de la réfiftan-ce. Or, le balcon étant fufpendu en l’air, j’ôte prefque tous les points d’appuis fixes qu’auroit donné le fourneau. II. ne refte plus que ceux de fufpenfion, ôc ceux qui peuvent fe trouver dans la piece même , mais qui ne font point aufli folides que ceux que le balcon auroit dans toute autre pofition. Ce qui eft de sûr, c’eft que les balcons que j’ai^fait recuire de cette façon, ne fe font aucunement voilés, Ôc j’en ai fait recuire d’une feule piece qui avoient plus de quatre pieds ôc demi, fur environ trente de hauteur. Le vrai eft que je n’ai pas fait répéter cette expérience bien des fois.
- Quelques pièces, comme des palâtres Ôc des gâches, qui avoient été tirées douces du recuit, après avoir été redreffées, n’ont plus été trouvées affez limables ; cet accident n’eft pas arrivé affez de fois pour que j’en aie pu bien démêler la eau fe : la preflion feule ne me paroît pas avoir été capable de produire un pareil effet ; je ne fçais files pièces qu’on a chauffées ont eu trop chaud , ou fi elles étoient trop fufceptibles de la trempe, Ôc qu’elles ont été refroidies trop fubitement; mais ce que je fçais, c’eft que les ayant fait couvrir de charbons noirs qu’on a allumés peu-à-peu , & qu’on a laiffé confumer fur ces pièces, ôc que les pièces n’ayant été retirées de deffous la cendre que quand elles ont été froides, alors elles ont été très-limables. )
- Mémoire..
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- NOUVEL ART
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- D’ADOUCIR LE FER FONDU,
- Et de faire des Ouvrages de Fer fondu aufji finis que de Fer forgé.
- Par M. de Ré au mu r.
- ADDITION A LA TROISIEME SECTION SUR LE FER.
- aete«©cœo*©î©*o*o«C5*o#oeoeo#O(O«o#oso#o#GsGîO«e#G#o«oe€?e©#o#e«os€»©eo*©*©»0co*o#G#G*0#o*O9G#GS0#c
- TROISIEME PA RT I E>
- Qui apprend à jetter en mouie des ouvrages de fonte qui eri forti-ront doux au point de pouvoir être limés & réparés fans avoif befoin d’être recuits ; & ce qu’on doit attendre des ouvrages faits d’acier, ou de fer forgé, fondus.
- PREMIER MÉMOIRE.
- Tentatives faites pour adoucir la fonte en fufon; & pour confervet douce, pendant la fufon, celle qui a été mtfe telle dans le creujet : moyens de réujfr par rapport à la derniers*
- dront à peu-près , ce qu’on a befoin de fçaA voir fur cette matière.
- Jufqu ici, j’avois eu des traces à fuivre ; j’avois fçu du moins qu’on avoit adoud des ouvrages de fer fondu de deux maniérés différentes, & j’avois pu efpérer de découvrir des pratiques qui, quoique ignorées , avoient été découvertes autrefois par d’autres : mais lorfque j’ai entrepris cette dernière Partie, je me fuis propofé un terme où j’étois incertain, fi l’on étoit jamais arrivé , ôc s’il étoit pofiible d’y arriver. Le temps employé à la recherche des chofes utiles, ne doit pas être regretté, lors même que le fuccès ne répond pas à nos efforts. On a rempli fes devoirs, par rapport à la Société , quand on a travaillé à lui procurer des avantages. Mais on doit regretter l’emploi de ce même temps, lorfqu’il a eu pour objet des
- Quelque faciles, quelque prompts que nous ayons rendu les recuits, il feroit encore mieux de pouvoir fe difpenfer de les faire* Ce feroit épargner une façon, êt, ce qui eft beaucoup plus, les rifques où elle ex-pofe ; nous avons donné des moyens d’empêcher les ouvrages de fe voiler, des moyens de redreffer ceux qui fe font voilés, de les defendre des écailles, de les mettre à l’abri de fe brûler : mais tout cela demande , des Ouvriers, certaines attentions, qu’il vaudroit mieux ne pas exiger d’eux. Rien ne feroit plus commode , que de pouvoir réparer les ouvrages de fer, immédiatement après qu’ils feroient fortis du moule, comme on répare ceux de cuivre, ôt des autres métaux. Les recherches de cette troifieme Partie , tendent a découvrir les fecrets néceffaires pour y parvenir : ôc je me flatte quelles appren-
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- ^ n o u r a
- recherches impoffibles, Ôc de l’impoffibilité defquelles on pouvoir fe convaincre. Ce fe-roit peut-être fe propofer, dans notre Art, une chimere, telle que celle d’un mouvement perpétuel produit par des poids ou des refforts , ou que celle de la pierre philofo-phale , dans là mervellleufe étendue qu’on a voulu lui donner, que de prétendre fondre des ouvrages, qui , immédiatement après qu’ils auroient été jettés en moule , auroient toute la fouplelfe des fers forgés, les plus doux, qui fe lailferoient auffi facilement plier ôc replier à froid. Il ne paroît pas même qu’on puiffe raifonnablement fe propofer de fondre des ouvrages qui aient des fibres ou des lames pareilles à celles des fers ordinaires. Ces fers, s’ils font mis en fufion, perdent leurs lames ôc leurs fibres : ôc le feul refroi-dilfement n’eft pas capable de les reproduire. Pour donner aux ouvrages fondus les qualités des fers forgés, il en faudra donc toujours venir à des recuits , femblables à ceux dont nous avons parlé.
- Mais nous avons vu, qu’il n’eft pas né-ceffaire que tous les ouvrages fondus aient des fibres ou des lames. Il y en a une très-grande quantité, à qui il fuffit d’être aifés à limer , à réparer, à percer : on n’a même en vue, en les adouciffant, que de les rendre doux jufqu’à ce point. Or, ne pourroit-on point en retirer de tels du moule même dans lequel ils auroient été coulés ? C’eft ce qui ne m’a pas paru impolfible, parce que l’expérience m’avoit appris, que la fonte adoucie, qui a fimplement pris le grain gris, eft encore fufible.
- Outre qu’il feroit avantageux d’avoir doux, à la fortie du moule, les ouvrages à qui un adouciffement médiocre fuffit ; il le feroit pour ceux qui veulent l’adoucilfement plus parfait. La douceur qu’ils auroient, feroit déjà d’autant d’avance fur celle qu’ils doivent avoir. Convaincu de l’utilité de ce fecret, ôc n’ayant aucune raifon de le regarder comme impoffible, j’ai fait des tentatives, ôc en grand nombre, pour le découvrir. Il eft rare que celles par ou on commence, foient heureufes : mes premières auffi ne l’ont pas été. Je vais pourtant les rapporter : Les raifons qui m’ont déterminé tant de fois à ne pas taire les expériences qui n’ont pas réüffi, fubfiftent encore ici ; j’épargnerai a d’autres la peine de les faire, ôc elles ne feront pas inutiles, pour expliquer d’où dépend le fuccès de celles qui nous conduiront au but principal de notre recherche.
- La première méthode que j’ai tentée, a été de mettre de la fonte en parfaite fufion dans un creufet, ôc de jetter fur cette fonte fluide quelque ingrédient, pour voir fi par-là, je ne parviendrois pas à la rendre telle quelle pût être tirée du creufet douce ôc li-
- L A RT
- mable. Tantôt je laifibis cet ingrédient fuï1 la fonte , comme il y étoit tombé ; tantôt je les mêlois enfemble, agitant le tout avec une baguette de fer. Je faifois bouillir ces deux matières, plus ou moins, félon que je l’imaginois convenable : quelquefois feule^ ment pendant un quart-d’heure, ôc quelquefois pendant plus d’une heure , ou d’une heure ôc demie.
- i°. La poudre d’os brûlés, étoit la matière qui fembloit la plus indiquée , & a été auffi celle que j’ai employée d’abord. J’ai jètté beaucoupt de cette poudre fur de la fonte fluide ; je les ai fait bouillir long-temps enfemble ; la fonte que j’ai coulée, n’en a été de rien moins dure , moins rebelle à la lime , quelle l’eût été , fi die eût bouilli feule# L’efpérance que j’avois dans cette matière, me l’a fait tenir plus de deux heures, avec la fonte en fufion ; la durée de l’opération n’a produit aucun changement ; cependant, fi cette même fonte étant en maffe folide eût été entourée de poudre, comme elle l’étoit ici étant en liqueur, alors cette fonte eût été adoucie, ôc même à fond: car elle étoit en petite quantité, ôc expofée à un feu violent.
- 20, Sur d’autre fonte en fufion, j’ai jetté de la poudre de charbon, j’ai mêlé même cette poudre avec la fonte.
- 5°. Dans d’autre, j’ai jetté du fable.
- 4°. Dans d’autre , du verre pilé.
- 5°. Dans d’autre, de la pierre calaminaire, ôc cela par rapport à une vûe qu’il eft inutile d’expliquer à préfent.
- La fonte tenue avec ces différentes matières , a été coulée auffi dure ôc auffi blanche , quelle l’eût été fi elle fût reftée feule dans le creufet : j’ai dit auffi dure ôc auffi blanche. Je veux faire fouvenir pour la fuite, que ces deux termes font ici fynonymes : de la fonte bien blanche eft toujours de la fonte très-dure.
- d°* On pourroit efpérer , que de la fonte qui auroit été mêlée avec de la limaille de fer, compoferoit une nouvelle fonte plus traitable, que fi elle eût été coulée feule : dans trois parties de fonte fluide j’ai fait èn-trer une partie de limaille de fer, ôc cela à diverfes reprifes , ne mettant la limaille que peu-à-peu. La fonte , ainfi compofée, étoit peu coulante ; difficilement eût-elle pû être jettée en moule: mais.un plus grand défaut, c’eft quelle avoit toute la blancheur ôc la dureté des fontes les plus rebelles*
- 7°. Le fafran de Mars fembloit auffi promettre pour l’adouciffement de la fonte ; dénué, comme il eft, des foufres ôc des fels qu’il avoit quand il étoit fer, il fembloit qu’il devoit fe charger de ce que la fonte fluide en avoit de trop : mais quelque chofe que j’aie tenté, il n’a produit aucun effet ; il s’eft
- vitrifié
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- Ï>*A ï> O t/CIR LE FER EONDX).
- Nitrifié à la ïiirface de la fonte, fur laquelle il s’eft toujours élevé, étant une matière trop légère.
- 8°. J’ai paffé enfuite aux effais des fels. Qu’on ne s’étonne point au relie, que pour adoucir la fonte j’aie tenté l’effet de matières qui femblent durcir le fer, qui le changent en acier. On a tant d’expériences, que les mêmes chofes font en phyfique des effets contraires, par des changemens de circonf-tances peu importants en apparence, qu’il n’eft rien qui ne doive être effayé : la matière que nous examinons , exempteroit d’aller chercher ailleurs des exemples propres à le prouver.
- J’ai donc mêlé avec de la fonte en fufion, tantôt du fel marin, tantôt du borax, tantôt du vitriol , tantôt de l’alun, tantôt du fel ammoniac, tantôt de la foude, ou du fel de foude,ou des cendres gravelées : aucun de ces mélanges n’a produit d’adouciffement fenfible.
- p°. Un fel, dont on pouvoit plus attendre que des précédents, eft le falpêtre. On fçait qu’il peut être tenu en fufion dans le creufet le plus violemment chauffé, fans donner la moindre étincelle , ôc que fi au contraire on le jette fur le fer fondu, il y fufe comme fur les charbons. Quand le falpêtre coûtiendroit réellement de la matière inflammable, ce que d’excellents Phyficiens ne veulent pas, il eft toujours sûr que lorf-qu’il s’enflamme, il demande à être environné d’une matière inflammable qui -lui foit étrangère ; il fufe dès qu’il eft jetté fur les charbons, parce qu’ils lui fourniffent cette matière ; le fer fur lequel il détonne, lui en fournit de telle : il femble donc propre à brûler les foufres du fer. J’ai jetté à différentes fois de ce fel fur de la fonte en fufion : il y a détonné tout autant de fois. J’ai fait brûler de la forte, plus d’un quarteron de falpêtre , fur une livre de fonte. L’effet qu’il y a produit, n’eft pas favorable à ceux qui la veulent jetter en moule ; foudainement, il l’a figée : dans l’inftant qu’il a été jetté, il fe fait une croûte fur cette fonte ; le refte s’é-paiflit affez vite, ôc bientôt toute' la malle devient folide.
- Qu’on ne foupçonne point que cet effet pourroit être attribué au refroidiffement caufé à la matière en fufion, par l’attouchement du falpêtre dont le degré de chaleur étoit fort inférieur àu fien. Deux remarques feront voir, que ce n’en eft pas-là la véritable caufe : i°. Si on jette dans le même creufet d’autres fels en plus grande quantité que le falpêtre , Ôc des fels, qui, n’ayant pas la propriété de s’enflammer, doivent refter pendant long-temps moins chauds que la fonte ; ces fels ne Pépaiffiront pas fenfiblement ; ils ne formeront pas fur fa furface, la croûte folide dont nous avons parlé ; 20. enfin, fi Addition à La Secïio/t•
- cette croûte ôc un épaiffiffemênt général de la fonte, ont été occafionnés par la fimple fraîcheur d’une matière étrangère, on n’â qu’à continuer le feu, la fonte redevient fluide,comme elle l’étoit auparavant ; au lieu que celle qui a pris confiftance après que le falpêtre l’a touchée, ne peut plus revenir à fa première fluidité : elle refte conftamment épaiffe, au moins pour la plus grande partie > ôc ne laiffe au plus couler que quelques gouttes.
- Puifquil eft certain que le falpêtre ne s’enflamme , que lorfqu il eft environné de corps qui peuvent lui fournir des matières fulphu-reufeS, il eft vifible que le falpêtre en brûlant, brûle une partie des foufres de la fonte. CeS foufres étant brûlés , elle s’épaifïit de façon que le feu ne peut la rendre coulante ; donc * elle devoit aux foufres, qui lui ont été enlevés , fa difpofition à devenir fluide: cependant, elle eft encore alors très-dure ; elle ne devoit donc pas fa dureté à ces mêmes foufres. Mais c’eft une conféquence que nous ne voulons à préfent quindiquer ; il n’eft pas temps de nous y arrêter: nous y reviendrons ailleurs.
- Au refte, pour produire l’épaiffiffement de la fonte, il n’eft pas befoin de mettre autant de falpêtre, que j’en ai mis dans l’expérience que je viens de citer ; une quantité beaucoup moindre y fuffit.
- Il eft fingulier, que, quoique les Fondeurs cherchent fur-tout à rendre leur fonte couplante , il y en ait de très-habiles dont l’u-fàge eft de jetter un peu de falpêtre fur leur fonte de fer en bain , immédiatement avant de la couler : ils s’imaginent que c’eft un moyen de la mieux affiner. Après avoir jetté ce falpêtre, ils peuvent enlever une croûte épaiffe , qu’ils regardent comme une craffe dont la fonte s’eft purgée à l’aide du falpêtre ; cette prétendue craffe n’eft que la fonte même de la furface qui s’eft épaiffie ; cette couche épaiffie, leur donne plus de facilité à enlever les charbons qui font tombés dans le creufet, ôc tout ce qui s’y eft vitrifié ; ils les emportent aifément avec la couche du métal : c’eft-là le feul avantage qu’ils doivent attendre de cette pratique.
- io°. Il y a eu auffi des expériences où la fonte s’eft épaiffie, après que j’ai eu jetté defi-fus de la foude ou du favon ; mais ces mêmes matières n’ont pas diminué fenfiblement là fluidité de quelques autres fontes ; il y en a à qui elle eft plus difficile à ôter qu’aux autres. Le gypfe a auffi épaiffi quelques fontes, mais en a laiffé d’autres très-fluides : là chaux ôc la craie ne l’ont ni épaiffie, ni adoucie.
- 11 °. Le tartre , les huiles, les graiffeS que j’ai fait brûler fur des fontes liquides, ôc que j’ÿ ai mêlés,autant que la différence de pefanteur l’a pû permettre, ne leur ont procuré, ni
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- adouciflement 9 ni épaifliflement.
- 12°. J’aijetté, comme dans les expériences précédentes, fur la fonte en fufion, du foufre commun, de l’antimoine, de l’orpN ment, du verd-de-gris : toutes ces matières lui ont lailfé fa dureté. L’orpiment la rend beaucoup plus fluide ; celle dans laquelle l’antimoine a été jetté, eft très-fpongieufe : le foufre aufli la rend fpongieufe.
- 13°. Je ne parlerai point des alliages que j’ai tenté de faire du fer avec différents métaux ; ces expériences mériteront un article particulier , ôc ne m’ont rien fourni pour avoir une fonte plus douce.
- Le réfultat effentiel des expériences que nous venons de rapporter, c’eft qu’il n’efl aucune des matières dont j’ai parlé, qui, étant jettée fur la fonte en fufion, 6c mêlée avec cette fonte , lui procure quelqu’adou-ciffement fenfible. Il ne paroît pas même qu’il y ait à efpérer, que le mélange ôc la combinaifon de ces matières produife cet effet. Quoi qu’il en foit, j’ai défefpéré d’y parvenir par cette voie ; je ne fçais fl quelqu’au-tre fera plus heureux, que je ne l’ai été.
- Quoique je n’aie pû adoucir les fontes pendant quelles étoient en fufion, quoique l’efpérance d’y parvenir m’ait été ôtée; je n’ai pas cru qu’il fût impofîible , par toute autre voie, de couler des fontes limables. Rappelions-nous les idées que nous avons données des différentes fontes ; elles nous prouveront la poffibilité d’en couler de douces. Nous les avons diftinguées en blanches 6c en grifes ; nous avons dit que les grifes font fou vent limables ; ôc les obfervations que j’ai faites depuis , m’ont prouvé quelles le font prefque toutes : elles le font d’autant plus , qu’elles font plus grifes.
- Pour les fontes blanches, elles font toujours à l’épreuve de la lime ; parmi une quantité prodigieufe que j’ai effayée, il ne s’en eft jamais préfenté une limable.
- Toutes ces fontes grifes Ôc limables, font des fontes telles quelles font forties du fourneau , où la mine a été fondue ; qu’on les mette une fécondé fois en fufion , elles deviennent blanches , ou en entier, ou en grande partie ; c’eft-à-dire, comme nous l’avons remarqué ailleurs, que fi l’intérieur de l’ouvrage qui en a été fait, a confervé quelques nuances de l’ancienne couleur de cette fonte, tout l’extérieur a pris la couleur des fontes blanches. Par conféquent, la lime n’y fçauroit faire d’impreflion, ou fi quelques endroits de la furface font par hafard reftés limables, il y a beaucoup plus d’autres endroits qui ne le font point.
- Si on s’en tient Amplement à refondre dans des creufets de ces fontes qui font forties douces du fourneau ou la mine a été fondue, on ne peut s’en promettre des ou-
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- vrages limables ; mais comme nous venons de dire, qu’il y a quantité de fourneaux d’où on tire des fontes grifes, fans s’embarrafler d’autres expédiens, il femble qu’il n’y auroit qu’à établir des atteliers pour mouler les ouvrages auprès de ces fourneaux, ôc couler leur fonte dans les moules préparés ; cependant plufieurs inconvénients réels , dont nous avons parlé dans le premier Mémoire de la première Partie, s’y oppofent. i°. Ces fourneaux d’où la fonte coule douce , n’en donnent pas conftamment de telle. J’ai fouvent cafté une marmitte, dont une moitié ou à peu-près étoit grife, ôc dont l’autre moitié étoit blanche : d’un côté, elle étoit limable, ôc de l’autre elle ne l’étoit point. 2°. Toutes ces fontes grifes naturellement limables font communément trop grifes ; elles ne fçauroient prendre une belle couleur de fer, quoique limées Ôc polies : elles relient trop" ternes ôc trop brunes. 30. Ces fontes ne peuvent prefque point être traitées avec le cife-let ; elles s’égrainent. 40. Enfin, ces fontes qui peuvent être coulées grifes ôc douces hors du fourneau, fouvent ne refteroient pas telles, après être entrées dans les moules: cette propofition eft une efpece d’énigme que nous expliquerons ailleurs.
- Les fontes qui fortent grifes des fourneaux, outre quelles pèchent par la couleur Ôc par le corps, ne font donc pas douces affez conftamment. Malgré les deux premiers défauts , fi en fondant une fécondé fois celles qui font douces, il eût été pofti-ble de leur conferver leur douceur ; fi une fécondé fufion ne la leur enlevoit point, il feroit aifé de ne mettre dans les creufets que de la fonte douce ; on la concafleroit par petits morceaux ; on examineroit la couleur de ces morceaux les uns après les autres : ainfi on ne rempliroit le creufet que de fonte convenable ; fi en fondant elle s’y confer-voit telle, on en pourroit faire des ouvrages , à qui la couleur ôc le corps importent peu ; tous ceux qui n’ont befoin que d’être limés ôc groftierement réparés, ôc auxquels même on donne une couleur, comme font les balcons Ôc les vafes à fleurs, ôc divers autres ouvrages. Mais le nœud qui a arrêté, qui a empêché de faire ufage de cette fonte , c’eft, comme nous l’avons dit, que celles qui ont été mifes grifes ôc limables dans le creufet, en fortent très-blanches ôc très-dures; elles y perdent la propriété de fe laiffer limer.
- La couleur de ces fontes m’avoit trop prévenu contr’elles, ôc m’avoit fait négliger de chercher à en faire ufage. Ayant depuis donné plus d’attention à un des phénomènes ordinaires de notre Art, fçavoir, que les fontes les plus blanches qu’on radoucit, deviennent elles-mêmes nécefîairement des
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- fontes grifes, puifqu’il faut abfolument qu elles paffent par différentes nuances de gris, avant de devenir fer à grain blanc. L’avantage que j’avois attribué aux fontes blanches , fur les grifes, me parut moins fondé, ôc je crus qu’il y avoit beaucoup à rabattre des idées que j’avois eues des blanches, que leur couleur m’avoit fait regarder comme plus affinées ; que l’efprit fyftématique auquel on s’abandonne, pour peu qu’on ceffe d’être fur fes gardes, m’avoit fait prendre parti trop vite ; ôc qu’en un mot, ce feroit un fecret important que celui de pouvoir couler douces hors d’un creufet, les fontes qui y avoient été mifes telles. '
- Une expérience que je ne m’étois pas pro-pofé de faire , me détermina à le chercher ; j’avois donné de la fonte grife,pour être refondue ; je voulois même la changer en fonte blanche, que je deftinois à des épreuves d’a-douciffement, Contre mon gré , elle fortit du creufet, à peu-près auffi grife quelle y étoit entrée, Ôt très-limable en bien des endroits : elle avoit été jettée feule dans ce creufet ; aucune circonftance particulière ne fembloit avoir contribué à lui conferver fa première couleur ; une infinité d’expériences, faites autrefois, ne me permettoient pourtant pas de douter , que cette même fonte ne fût devenue très-blanche ôc très-dure, fi elle eût été tenue en fufion plus long-temps. Si elle avoit confervé fa couleur grife, je ne pou-vois donc l’attribuer qu’à ce qu’elle avoit été verfée hors du creufet, auffi-tôt quelle avoit été en fufion. Rien n’eût été plus fimple que cet expédient, pour couler de la fonte douce, pourvû que le temps, pendant lequel elle refte en cet état, ne fût pas trop court pour être facile à faifir.
- Pour fçavoir combien il pouvoit durer, je remis de la même fonte grife dans un creufet , dès que je vis quelle étoit fluide , je retirai un peu de cette fonte avec une cuiller de fer. Je l’effayai quand elle fut refroidie, & je la trouvai limable ôt de couleur grife. Un quart-d’heure après , je répétai la même manœuvre ; la fonte tirée, cette fécondé fois , cédoit encore à la lime, mais affez difficilement : enfin, celle qui fut tirée après un autre quart-d’heure, ne fe laiffoit plus du tout limer.
- La fonte grife, ou au moins de la fonte grife de l’efpece de celle dont je viens de parler, étant tirée promptement du creufet, pour-roit donc refter douce ; mais peut-être fe-roit-il difficile de faifir l’inftant où cette fonte auroit affez de fluidité pour couler, fans avoir affez long-temps fouffert le feu, pour être devenue blanche ôc dure, au moins en partie.
- D ailleurs, celle qui avoit donné occafion a ces épreuves, ôc qui avoit coulé douce la
- première fois, fans qu’on fe fût embarraffé de lui conferver cette qualité, pouvoit avoir des difpofitions favorables, peut-être difficiles à retrouver dans les autres fontes grifes. J’ai donc cru devoir effayer plufieurs de ces différentes fontes ; je les faifois verfer dès quelles me paroiffoient fluides : mais ç’a été avec des fuccès très-différents. Il y a eu telle fonte grife ôc même noire, qui n’a pas été plutôt fondue, quelle a été blanche ôc dure. D’autres fois, de la fonte eft fortie grife du creufet ; ôc lorfque cette expérience a été répétée , elle eft fortie blanche, ôc cela , quoique les morceaux mis dans l’un ôc l’autre creufet, fuffent des fragmens d’une même piece, ôc que ces fragmens euffent été tous mêlés enfemble ; cela rn’eft même arrivé, en répétant les expériences fur cette même fonte, qui m’avoit déterminé à effayer les autres : j’en ai tiré du creufet auffi-tôt quelle a été fondue, qui s’eft trouvée dure.
- Dès que le fiiccès feroit auffi incertain, il n’y a pas d’apparence que des Ouvriers cherchaffent à jetter ces fontes en moule , dans la vûe d’avoir des ouvrages doux. Tout ce qui eft de pratique , doit être fondé fur des réglés non fujettes à varier ; mais pour moi, il me parut que c’étoit beaucoup, que c’étoit avoir fait un grand pas , que d’avoir appris que dans quelques circonftances, on pouvoit couler, hors du creufet, une fonte entièrement douce ôc grife ; dès lors il ne me parut plus impoffible de trouver des réglés pour avoir conftamment cet effet. Si la fonte vient tantôt dure Ôc tantôt douce , il y a quelques circonftances qui font varier l’opération, ôc tout fe réduifoit à les démêler.
- J’imaginai que les creufets pouvoient y avoir part ; ceux dont je me fervis étoient de nos glaifes des environs de Paris. On trouve dans ces glaifes quantité de pyrites qui contiennent de véritable foufre commun; ce foufre peut entrer dans la compofition du creufet ; il y en a eu tel qui, lorfqu’on le retiroit du feu, répandoit une véritable odeur de foufre commun. Il me parut pof-fible que félon que le creufet auroit eu plus ou moins de foufre, la fonte auroit été endurcie plus promptement, ou plus lentement. J’en fondis qui auroit dû couler douce dans des creufets qui ne pouvoient pas être foupçonnés de contenir du foufre, dans nos creufets de Beauvais ; ôc j’eus de la fonte dure, lorfque j’en cherchois de douce.
- Je fis faire d’autres creufets avec très-peu de terre ôc beaucoup de mine de plomb. Dans quelques-uns la mine entroit pour plus des deux tiers, ou des trois quarts. Ces creufets me firent voir les mêmes irrégularités que les autres m’avoient montrées. Tantôt j’en retirai de la fonte blanche, ôc tantôt de la fonte grife.
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- Les expériences que nous avons faites, foit par rapport à la converfion du fer en acier, foit pour l’adouciffement des ouvrages de fer fondu, nous ont conduits à penfer que les foufres endurciffent le fer & la fonte. Celles que nous faifons à préfent, nous mettront en état, par la fuite, de mieux démêler cette idée ; avant quelle fût affez développée , j’imaginai que les foufres qui étoient néceffaires, pour donner à la fonte une parfaite fluidité, étoient les mêmes qui produi-foient fon endurciffement, que le feu même qui la rendoit fluide, qui l’entretenoit en mouvement, lui donnoit fes propres foufres, d’où il me parut probable qu’en la faifant fondre dans des creufets de fer forgé , on pourrait l’y conferver douce, & cela parce que le fer beaucoup plus dénué de foufres, retiendrait ceux qui pénètrent au travers des creufets de terre, ôc peut-être même boi-roit une partie de ceux de la fonte* Je fis donc fondre de la fonte dans des creufets de fer forgé. Les premières expériences parurent répondre à mon attente ; mais elle fut trompée, lorfque je les eus répétées autant de fois que je le croyoisnéceffaire pour compter fur leur fuccès; je trouvai les mêmes variétés que ci - devant, c’eft-à-dire, tantôt des fontes blanches, ôc tantôt des fontes grifes.
- Nos recuits, Ôc fur-tout ceux que nous avons faits ci-devant au feu immédiat, foit avec enduit, foit fans enduit, nous ont fait voir que la fonte mife dans un creufet pour y être fondue, quelque blanche, quelque dure quelle foit, doit s’y adoucir, au moins en partie, avant d’être mife en fufion. Car ces expériences nous ont appris qu’un violent degré de chaleur y produit un adoucif-fement certain. La fonte d’un creufet, avant de devenir fluide, a fouffert ce violent degré de chaleur; par la même raifon les fontes déjà douces, doivent s’adoucir de plus en plus avant de devenir coulantes. Il me parut curieux ôc même nécefîaire pour éclaircir ce que je cherchois de fçavoir, fi le temps précifément où de la fonte commence à s’endurcir, eft celui où elle eft rendue fluide; toujours me parut-il certain que fi quelques fontes étoient rendurcies dans le creufet avant l’inftant de fufion, il ne falloit pas attendre que ces mêmes fontes fuffent lima-bles après qu’elles auroient été fondues. Je me propofai donc d’obferver les fontes depuis l’inftant où elles auroient été jettées dans le creufet, jufqu’à celui où elles y deviendraient liquides : j’en fis concaffer en petits morceaux, j’en remplis en partie un creufet; je fis chauffer le creufet, ôc d’inf-tant en inftant, je retirois des morceaux de cette fonte. J’éprouvois les progrès de l’a-douciffement qui dévoient aller vite, parce qu’on donnoit un grand feu au creufet. Ces
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- effais furent faits fur différentes fontes, fut des fontes blanches, fur des fontes qui avoient été blanches, ôc que l’adouciffement avoit rendu grifes, ôc fur des fontes naturellement grifes. Après avoir fuivi les unes ôc les autres attentivement, j’obfervai que des fontes blanches , ôc de celles qui tien -nent leur couleur grife de l’adouciffement, après être devenues de plus douces en plus douces, redevenoient dures avant d’être fondues. Le temps précis de ce retour n’étoit pas déterminable ; mais ce qui étoit certain , c’eft que ce même morceau de fonte, qui fe fût laifle limer très-aifément, s’il eût été tiré plutôt du creufet, ne cédoit plus à la lime, lorfqu’il en étoit tiré un peu plus tard. Le degré de chaleur qu’opere ce changement eft toujours proche de celui qui donne la fluidité. Car les angles des morceaux qui étoient devenus durs dans le creufet, avoient été fondus. Mais ce qui démontre qu’un degré de chaleur moindre que celui qui demande la fufion, opéré ce prompt rendur-ciffement, c’eft que les endroits qui n’avoient point été fondus, avoient toute la dureté poflible. Les plaques dont nous avons parlé dans le IV. Mémoire de la première Partie , nous ont donné, encore plus en grand, l’exemple de l’endurciffement produit avant la fufion.
- Parmiles fontes naturellement grifes, dans quelques circonftances, j’en ai obfervé qui fe font fondues, fans retour à la dureté; en quelque temps que je les aie retirées du creufet, je leur ai toujours trouvé la même douceur ; mais dans d’autres circonftances, j’ai retiré*des fontes grifes naturellement qui étoient devenues blanches, ôc par-Qonféquent non limables avant d’avoir été fondues. Ces circonftances ont été celles où la fufion a été trop long-temps à fe faire. A deffein, je ne lapreffois pas ; j’avois befoin de conferver mes morceaux en maffes foli-des pour les examiner en differents états.
- Puifque la fufion par elle-même n’eft pas propre à adoucir la fonte ; pour en avoir de douce après quelle fera fondue, il eft donc au moins abfolument néceflaire de la conferver telle jufqu’à l’inftant où elle devient fluide. Et il fuit de la derniere remarque, que l’on y réuflira d’autant mieux, • toutes chofes d’ailleurs égales, qu’on la fondra plus promptement ; mais on ne fçauroit fe promettre d’exécuter cette opération fimple plufieurs fois de fuite avec la même vîteffe. Une infinité de circonftances peuvent la retarder; les creufets, les qualités des charbons, les foufflets, les épaiffeurs différentes des morceaux de fonte, font des fources d’irrégularités fans nombre. Aufli quoique j’aie à deffein tâché de mettre en fufion de nos fontes grifes le plus promptement qu’il
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- étoit poflïble, il m’eft arrivé de couler de la même tantôt grife & tantôt blanche.
- Ce n’étoit quen petit que je faifois cette -expérience ; peut-être que le fuccès en feroit encore plus incertain en grand, par rapport aux circonftances dont je viens de parler. Mais par rapport à quelques autres circonf-tances, il eft aulïi plus facile de tirer de la fonte douce , au moins en partie , en en fondant une plus grande quantité à la fois. Plus rarement il m’eft arrivé de couler cette fonte douce du creufet, quand je n’y en eus mis que quelques onces, ôc quand j’y en ai eu mis une ou plufieurs livres ; ôc aflez fouvent elle a coulé douce, quand la quantité a été raifonnable : mais , comme je viens de le dire, douce en partie ; car il y en avoit prefque toujours une portion qui avoit pris la blancheur , ou, ce qui eft la même chofe, la dureté à l’épreuve de la lime.
- Pour revenir à nos obfervations faites fur les fontes que j’ai tirées des creufets avant qu’elles y euffent été rendues fluides, ôc où elles s’étoient rendurcies, j’ai cherché à comprendre ce rendurciflfement ; ôc pour cela j’ai mis de la fonte grife dans un creufet où elle étoit environnée de toutes parts de poudre d’os; elle s’y eft cependant endurcie avant d’avoir pris de la fluidité ; Ôc qui plus eft, le feu ayant été donné trop long-temps, à un degré au-deflous de la violence nécef faire pour fondre, on a eu beau enfuite augmenter la force du feu; la fonte n’a jamais pu prendre de fluidité.
- Dans une autre expérience, je me fuis contenté de couvrir la fonte de poudre d’os ; Ôc où le feu violent a été donné plutôt, la fonte a coulé : mais elle a coulé blanche ôc dure. Les os qui procurent fl efficacement l’adouciffement dans d’autres circonftances n’a voient donc rien opéré ici ; ou s’ils avoient opéré, ç’avoit été l’endurciflfement. Ces dernières expériences femblent attaquer directement les principes que nous avons établis fur tant d’autres expériences ôc des plus dé-cifives. Nous avons avancé tant de fois que tout fer, foit forgé ou fondu , s’endurcit à proportion qu’il eft plus pénétré de foufres ôc de fels, qu’il s’adoucit à mefure que ces foufres, ces fels lui font enlevés, que l’action violente du feu eft néceflaire pour emporter ces matières de celui qu’on veut rendre plus traitable, qu’enfin les os aident à l’a&ion du feu : ôc nous voyons ici au contraire que le grand feu avec le fecours des os, redonne de la dureté à la fonte. Mais ne nous embarraflons point encore de chercher, fi quelque oppofées que femblent les con-féquences qu’on peut tirer de ces différents effets, il n’y auroit pas de moyen de les concilier. Allons plutôt où les expériences nouvelles nous mènent; elles nous font voir Addition, d la 3 e. Section•
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- que fi on defleche la fonte jufqu’à un certain point avant de la mettre en fufion, on lui ôte trop de fes foufres ou de fes fels, qu’on ne peut plus la fondre, ou que fi on la fond, on la rendurcit : car la fonte qui a fouffert du temps un violent feu avant de fe fondre, ôc fur-tout celle qui a été entourée pendant ce temps de poudre d’os, doit être de la fonte très-delféchée. Or, fi nous entourons nos morceaux de fonte de poudre de charbon , nous fommes fûrs par toutes les expériences , foit de nos recuits, foit de l’art de convertir le fer en acier, que la furface de notre fer ne fe defféchera pas, quoique le charbon foit propre à convertir le fer en acier, à lui donner une dureté qu’il n’a pas; j’ai donc penfé qu’il pourroit être propre à conferver aux fontes grifes, Ôc la couleur ôc la douceur qu’elles avoient avant d’être mifes dans le creufet, du moins l’épreuve m’en a-t-elle paru très-indiquée ; je l’ai faite, ôc j’ai trouvé que toute fonte grife de bonne qualité fondue dans un creufet où elle étoit entourée de poudre de charbon fe fondoit; ôc qu’après y avoir été rendue fluide , celle qui étoit tirée du creufet, étoit limable, comme elle l’étoit avant d’avoir été refondue.
- Ne cherchons point encore à expliquer, pourquoi la poudre de charbon conferve à la fonte douce fa douceur : un grand nombre de faits que nous avons à rapporter, aideront à éclaircir ce phénomène : continuons à préfent de fuivre ce qui regarde la pratique de notre Art. Dès que la fontei fondue dans le charbon refte douce, j’ai cru quelle le deviendroit encore davantage, étant fondue dans un mélange de poudre de charbon, ôc de poudre d’os ; qu’au moyen de la poudre de charbon, il n’y auroit plus à craindre que les os fiflent de mauvais effet ; que dans cette circonftance ils adouciroient , comme ils avoient été en poffeflion de le faire dans tous les recuits. J’ai donc fait fondre de la fonte grife, dans un mélange de parties égales de poudre d’os, Ôc de poudre de charbon : celle qui a été fondue dans ce mélange a toujours été douce, ôc extrêmement douce. Cette dofe peut fe varier ; on peut augmenter la quantité d’os : niais j’aime mieux au contraire qu’on la diminue, parce que le creufet n’étant pas clos, le charbon fe brûle ; ôc il eft eflentiel qu’il en refte toujours une certaine quantité : trop d’os pourroient même empêcher que la fonte ne pût devenir fluide.
- Ce n’eft pas aflez que la fonte foit douce > précifément dans l’inftant où elle vient d’être fondue : dans le travail en grand, la fonte qui a été rendue liquide la première , refte fouvent pendant plufieurs heures dans le creufet, avant que le refte ait été fondu ; il faut que cette fonte puiflfe conferver fa fluidité fans prendre de dureté, pendant un
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- temps confidérable ; ôc ceft ce qui arrive à celle qui eft mife en fufion dans le mélange de poudre d’os ôc de charbon : j’en ai tenu de fluide pendant plufieurs heures dans ce mélange ; elle n’en a pas été coulée moins douce.
- Le mélange de poudre d’os ôc de char* bon qui * de toutes les compofitions, eft celle qui réuflit le mieux dans les recuits faits dans les caiftes , eft donc jufqu’ici celle qui eft la plus avantageufe , pour fondre de la fonte douce. Cette compolition fuffit pour tenir les fontes douces pendant la fufion , ôc fera la feule qu’on emploiera dans la pratique ordinaire. Mais fi on lui ajoute une portion de fublimé corrolif * réduit en poudre fine ,elle vaudra encore mieux , ôc pourra conferver douces des fontes qu’elle ne conferveroit pas telles fans cette addition. La dofe de fubli-mé ne fera pas confidérable : quelle foit un vingtième ou même un quarantième du poids total , ôc c’en fera alfez. Mais au lieu que la poudre d’os ne peut être employée feule ; quand on aura de bonne fonte, on pourra fe fervir de la feule poudre de charbon.
- Tout ce que nous avons tenté au commencement de ce Mémoire y n’a pu nous donner de moyen de rendre douce de la fonte mife en fufion, qui étoit auparavant dure, ou qui étoit devenue telle en fe fondant. Nous avons même avoué que nous
- défefpérions d’y parvenir; mais nous voilà parvenus, par une autre voie, à pouvoir avoir de la fonte douce, après quelle fera refondue , pourvu que celle qu’on veut fondre foit grife ou de bonne qualité. La poudre d’os ôc celle de charbon jettées fur de la fonte actuellement en fufion, ne lui procurent aucun adoucilTement. La fonte douce qui fe fond étant environnée de poudre d’os feule, s’endurcit ; mais la poudre (impie de charbon , ou la poudre compofée d’os ôc de charbon, confervent la douceur à celle qui eft mife douce dans le creufet, ôc quelles ont toujours entourée. L’expédient eft (impie Ôc commode ; nous expliquerons pourtant dans la fuite plus au long, toutes les petites attentions qu’il demande : mais ce dont il nous refte^à parler, Ôc qui va faire la matière du Mémoire fuivant, c’eft l’explication de ce que nous avons voulu dire , quand nous ne nous fommes pas contentés de demander de la fonte grife, que nous avons demandé de la fonte grife, ôc de bonne qualité.
- Une autre remarque de ce dernier Mémoire,dont il eft important de fe fouvenir,eft que la fonte conferve d’autant mieux la douceur quelle avoit, avant d’être mife dans le creufet,qu elle eft fondue plus promptement : pour la conferver douce, un point elfentiel eft d’empêcher fa furface de fe deffécher 5 de fe brûler.
- Tin du premier Mémoire*
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- SECOND MEMOIRE*
- Choix des fontes propres à être coulées douces ; que cette propriété ejl naturelle à quelques-unes ; que par art on peut la donner à d'autres ; quil y en a d'autres à qui il ejl prefqueàmpojfible de la donner.
- Dans le Mémoire précédent, nous avons borné à deffein à certaines efpeces de fontes, le fecret que nous y avons découvert, pour en couler de douce hors des creufets. On nous a peut-être déjà prévenus fur l’étendue dont ce fecret eft fufceptible. Il apprend la maniéré de conferver douce , malgré la fu-fion, la fonte qui l’étoit avant d’être fondue* Nos recuits nous ont enfeigné de sûrs moyens d’adoucir toute fonte ; il femble donc qu’il n’y en a aucune qui ne foit dans le cas du Mémoire précédent , & qu’on doive prendre pour réglé générale, que toute fonte naturellement limable ou rendue telle, étant fondue dans le charbon ou dans le mélange d’os Ôc de charbon, reliera limable, comme elle l’étoit avant la fulion. On peut aufli le regarder comme une réglé , mais qui ell fujette à des exceptions : pour les avoir ignorées , j’ai été jetté dans des incertitudes bien embarraffantes. Le fuccès des premières expériences a été fouvent démenti par celui des expériences fuivantes ; après avoir retiré de la fonte du creufet, où elle avoit été fondue, fouvent cette fonte étoit douce, ôc plus douce quelle n’y étoit entrée ; d’autre mife très-douce dans un autre creufet, en fortoit d’une dureté à toute épreuve, Ôc quelquefois au contraire, il m’eft arrivé de mettre de la fonte dure ôc blanche dans un autre creufet, ôc de la verfer très-grife ôc très-limable. Non-feulement cela ell arrivé à des fontes différentes ; la même m’a quelquefois fait éprouver ces défolantes variétés : ce n’elt qu’à force d’expériences tournées ôc retournées de toutes façons, que les caufes de ces diverlités ont pu être démêlées ; ôc que j’ai pu établir des réglés fubordonnées à la réglé générale : elles feront faciles dans la pratique, elles préviendront tous les contretemps par où j’ai palfé.
- Quoiqu’il y ait des fontes blanches qui peuvent être coulées douces dans tin travail réglé, le plus sûr fera de n’en fondre que des grifes. Nous les confidérons ici telles quelles font forties du fourneau à mine ; nous les avons ailleurs caraêlérifées par leurs
- nuances de couleur, qui, dans différentes ef™ peces, varient depuis le gris-blanc ou blanchâtre, jufqu’au gris-noir ou gris de maure, ôc même jufqu’au noir. Elles ne différent pas moins les unes des autres par leur tiffure, qui en toutes eh fpongieufe, fi on la compare avec celle des fontes blanches : c’efl à cette tiffure, à laquelle nous demandons à préfent qu’on faffe le plus d’attention. Quelques-unes femblent compofées de grains où de molécules qui, à la vûe fimple , ont un air arrondi ; Ôc les autres bien obfervées , pa-roiffent l’être de lames : on ne trouve point à leurs molécules, la rondeur des molécules des premières. Les grainées varient par leurs grainures ; quelques-unes ont de gros grains , pendant que d’autres en ont de fins* Les raifons de préférence d’une fonte fur une autre > doivent être prifes, Ôc de fa couleur, ôc de fa tiffure. Du côté de la tiffure, celles qui ont le grain le plus fin , le plus diftinôl , le mieux démêlé , le mieux arrondi, le plus approchant de celui d’un acier trempé peu chaud, l’emportent fur les autres : ôc du côté de la couleur, celles qui ont des nuances plus brunes font plus faciles à tenir douces. Les meilleures de toutes, ou au moins celles qu’on peut fondre avec le moins de précautions , fans craindre de les rendurcir, font donc celles qui étant noires, ont un grain très-fin Ôc très-dihin£t. Mais de deux différentes fontes, dont l’une aura un gris plus clair ôc fera mieux grainée, ôc dont l’autre fera plus noire avec des grains plus gros ÔC moins démêlés, on préférera celle de la plus parfaite grainure : généralement parlant, on peut beaucoup plus compter fur le grain que fur la couleur.
- Celles qui bien confidérées , femblent pim tôt compofées de lames que de grains, font inférieures aux grainées ; mais entre celles-là , les meilleures ont les lames plus fines, plus petites, plus détachées les unes des autres : ôc les plus mauvaifes de toutes ont des amas de lames qui forment comme de gros grains applatis.
- Si celles qui n ont que des lames ne font
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- pas d’un gris foncé ou très-brun, il fera toujours très-difficile d’en couler des ouvrages limables.
- Qu’on efpere peu de celles, qui, quoi-qu extrêmement noires, paroiffent parfemées de brillants : en général, ces brillants dans les fontes grifes, font de mauvais indices. Si de plus, les fontes noires font compofées de gros grains applatis, elles font les plus mau-vaifes de toutes : des fontes d’un gris prefque blanc vaudroient fouvent mieux.
- Il y a des fourneaux, qui, tant qu’ils font au feu , donnent des fontes des qualités que nous avons indiquées pour bonnes. Mais un avis très-important, pour les établiffements eù l’on travaillera en grand aux ouvrages de fer fondu, c’eft qu’il n’y a prefque point de fourneau, où ils ne puiffent fe fournir de fontes convenables : il ne faut que faifir le^ temps où ils en couleront de telles. Les premières gueuzes qui fortent d’un fourneau nouvellement mis au feu font très-noires, & ordinairement de celles que nous avons rejettées par le .défaut de leurs grainures: mais de jour en jour, les gueuzes viennent d’une meilleure grainure. Leur couleur auffi va en s’éclaircillant : & enfin, leurs couleurs deviennent blanches en quelques fourneaux. Le temps où on fera provifion de leur fonte , fera entre celui où ils ont donné des gueuzes trop noires, & celui où ils font prêts d’en donner de trop blanches. Ce temps favorable n’eft pas pourtant difficile à faifir, il vient ordinairement peu de femaines après que le fourneau a été mis en feu. Il y en a où il ne dure pas quinze jours, d’autres où il dure plufieurs mois : car ils paffent tous du gris au blanc très-inégalement. Une infinité de caufes peuvent contribuer à cette inégalité, la conftruction même du fourneau , la difpofition des foufflets, la qualité des charbons , & celle des mines.
- Mais il ne feroit pas difficile de remettre au gris , un fourneau qui feroit venu au blanc. On a quelquefois vû ce retour, fans avoir cherché à le procurer ; ce qui l’occa-fîonne donnera, par la fuite, idée de la vraie caufe des différences qui font entre les fontes de différentes couleurs. Quand les courants d’eau qui font mouvoir les foufflets, s’affoibliffent par la féchereffe , le fourneau d’où la fonte fortoit blanche, n’en fait plus voir que de grife ; de-là , il eft clair que la fonte devient blanche dans les fourneaux où l’aâion du feu eft plus violente. Un expédient pour fe procurer de la fonte grife , eft donc de diminuer le cours de l’eau qui fait tourner les foufflets ; mais cette diminution ne devroit fe faire qu’imperceptiblement ; qui diminueroit trop vite la chaleur, courroit rifi que de ne pas fondre la mine, ôc de faire ra-
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- maffer de ces maffes non-fondues ^ qu’on appelle des renards, & qui obligent à éteiti-dre totalement le feu pour les retirer.
- On ne fçauroit refondre notre métal, fans trouver du déchet. Un avantage des fontes que nous avons cara&érifées pour les meilleures , c’eft que dans la fufion elles diminuent confidérablement moins que les autres. Les mauvaifes noires diminuent plus qu’aucunes des autres ; on les trouve couvertes d’une quantité très-confidérable de laitier ou de matière vitrifiée ; elles font mêlées apparemment avec beaucoup de terre de la mine.
- Nous avons confeillé de ne faire aucun ufage des fontes blanches. Auffi toutes celles qui font blanches, quoiqu’elles aient été coulées en groffes gueuzes, ne peuvent être refondues , pour être coulées en ouvrages limables ; mais il ne feroit pas auffi jufte de condamner les fontes blanches qui ont été coulées en plaques minces. Il peut y avoir de celles-ci qui font de très-bonne qualité, & qui, malgré les apparences, font de la nature des grifes. Ces remarques ne font guere néceffaires pour des Manufactures ; mais elles le font, pour la Phyfique de notre Art, & peuvent l’être pour les Ouvriers ordinaires. Si ces derniers ont acheté de vieilles marmites pour les refondre, il leur arrivera de trouver une portion de la même marmite, qui aura la couleur & la grainure de la meilleure qualité , pendant que les autres portions feront blanches & très-dures : ce qui fera blanc, étant refondu, peut être coulé doux & gris comme le refte.
- Il peut de même y avoir de grandes plaques de fonte blanche , qui ne tiennent à du gris nulle part, & qui étant fondues, foit dans la poudre de charbon, foit dans le mélange de cette poudre & de celle d’os , deviendront douces. Il y a une maniéré de re-connoître la qualité de ces fontes blanches , de les diftinguer des autres. Il n’y a qu’à effayer, fi on peut les radoucir promptement. L’effai en eft aifé à faire , en les recui-fant immédiatement au feu de la forge. La fonte blanche qui s’adoucira vite, peut être fondue douce ; mais celle qui foutiendra une chaleur plus longue, fans devenir grife ôc grainée, fera de nature à fortir dure du creu-fet, où elle aura été fondue.
- Non-feulement on peut, parles recuits, juger fi des fontes blanches font propres à être coulées douces ; mais les recuits peuvent donner la difpofition à l’être à celle à qui il en manque peu. Ces derniers recuits, pour être bons, ne doivent être faits que dans la feule poudre de charbon. Après tout, il feroit très-inutile de nous arrêter aux maniérés de rendre de la fonte propre à être
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- & ADOUCIR LE FER FONDU,
- fondue douce, par des recuits , qui coûtent toujours des foins 6c des frais, pendant qu’on en peut avoir qui eft telle naturellement.
- Je ne dois pas pourtant me difpenfer de parler d’une forte de fonte blanche, qui, quelques recuits que j’aie tentés, quelque chofe que j’aie faite , a toujours été coulée très-dure. Elle n’a pas de caractère allez marqué , pour fe faire diftinguer de celles qui réuffiroient tout autrement. C’eft, 6c je lui en donnerai toujours les noms dans la fuite, de la fonte blanche de plufieurs fulions , ou de la fonte blanche par art : je veux dire que ce genre eft compofé de fontes , qui, étant forties, ou blanches, ou grifes du fourneau, où la mine de fer a été fondue , ont depuis été refondues une ou plufieurs fois, ou tenues liquides pendant du temps. Il n’y a guere que des yeux très-accoutumés à les voir, qui puilfent ne les pas confondre avec celles qui font forties blanches du fourneau : leur tiflure paroît pourtant plus compacte que celle de ces dernieres. Il fera rare de trouver de cette efpece de fonte ailleurs que chez les Ouvriers mêmes qui s’occupent actuellement à mouler le fer, 6c ils n’en auront que ce qui leur viendra des ouvrages manqués, ou de ce qui fera refté dans les creufets. La quantité de cette efpece de fonte, ne fera jamais comparable à celle des autres. Les Ouvriers même qui chercheront à couler doux, comme on le cherchera apparemment à l’avenir, n’auront prefque point de cette fonte. Nous en faifons une claffe à part, 6c elle le mérite par la propriété fin-guliere quelle a de ne pouvoir être coulée douce , au moins par les moyens qui font le mieux réulïir les autres fontes blanches.
- Ce phénomène eft un de ceux qui méritent d’être remarqués dans notre Art. Si je prends une fonte grife, quelle que foit la qualité de cette fonte, 6c que je la fonde feule dans un creufet, je la rends blanche, fi je la tiens liquide pendant un certain temps qui, dans de petits creufets , n’a jamais befoin d’aller à une demi-heure ; li après cette première fu-fion, il lui étoit refté en quelqu’endroit une nuance de gris, je n’ai qu’à la refondre, 6c elle deviendra parfaitement blanche. Cette fonte qui a été ainfi refondue peut être adoucie , comme nous l’avons expliqué en tant d’endroits. En l’adoucilfant, je la fais palier fuccelïivement par différentes nuances de gris: qu’on la prenne lorfqu’elle eft venue à la nuance de laquelle que ce foit des fontes naturellement grifes; qu’alors on la mette dans un creufet au milieu des mélanges de poudre d’os 6c de charbon ; 6c qu’on l’y fonde : on aura beau la faire couler dans l’inftant même où elle a été rendue liquide , elle fera blanche comme elle l*étoit la première fois.
- J ai voulu voir fi ce n’étoit point que jiddition à La je. Section•
- cette efpece de fonte demandât des dofes de charbons ou d’os, différentes de celles que veulent les autres fontes. Je l’ai donc fondue dans les os feuls, dans le charbon feul, ôc dans des mélanges de ces deux matières faits en différentes proportions, où tantôt l’une dominoit ôc tantôt l’autre, Ôc ç’atoujours été avec le même fuccès.
- Ce qu’on peut avoir de fonte de cette efpece dansunattelier, ne fera pourtant pas de la fonte inutile à ceux qui voudront couler doux; il refte un moyen d’en faire ufage* Pour cela il faut toujours commencer pat l’adoucir, Ôc la très-bien adoucir. On mêlera cette fonte adoucie, avec de la fonte naturellement grife qu’on fondra comme nous l’avons enfeigné. Seulement faut-il prendre garde à ne pas mêler la fonte blanche de plufieurs fufions en trop grande proportion avec la fonte grife. J’ai fondu d’abord trois parties de fonte blanche adoucie avec une partie de fonte grife naturellement. Dans la compofition faite des parties égales, os ÔC charbon ; la fonte compofée qui en eft venue, a été très-blanche. La fonte blanche adoucie 6c fondue feulement à partie égaie avec la fonte grife, a donné une fonte grife, d’un gris allez blanc, mais aulïi médiocrement iimable. Mais deux parties de fonte grife, 6c une de fonte blanche adoucie, m’ont paru une dofe fûre qui donne de belle fonte grife 6c allez Iimable.
- Afin que le mélange de ces deux fontes fe faffe plus parfaitement dans le creufet, il faut y mettre alternativement des lits de fonte blanche, 6c des lits de fonte grife.
- Au refte, c’eft toujours la fonte blanche adoucie, 6c très-bien adoucie, que je mêle avec la grife : car fi c’étoit de la fonte blanche non adoucie , la fonte grife n’en, pourroit porter qu’une très-petite quantité,
- Toute fonte blanche par art, n’eft pourtant pas li peu traitable, lorfqu’elle n’a fouf-fert qu’une feule fufion : quand elle eft venue d’une fonte douce , elle conferve encore quelque temps de la difpolitioa à redevenir douce.
- J’ai fondu de la fonte grife très-douce ; je l’ai tenue en fufion jufqu’à ce qu’elle ait eu pris le blanc. J’ai fait adoucir cette fonte blanche dont je connoiffois l’origine ; adoucie , je l’ai fait fondre dans le mélange d’os 6c de charbon ; 6c j’en ai eu une fonte très-grife 6c très-limabie. J’ai fait aulïi la même expérience fur des fontes de fécondé fufion, dont l’origine ne m’étoit pas connue, mais qui en avoient apparemment une bonne.
- Mais li cette fonte blanche eût été encore mife en fufion une ou deux fois, ou fi cette fonte fût venue d’une fonte naturellement blanche; inutilement tenteroit-on de l’adoucir par
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- recuits ; quelque adoucie quelle fût, dès quelle auroit été rendue coulante, elle au* roit repris fa première dureté.
- La phyfique de ces phénomènes ne fçau-roit manquer d’être intéreftfante ; mais elle ne peut être bien expliquée que par les expériences qui feront la matière des Mémoires fuivants.
- Quoique les fontes blanches de plufieurs fufions fondues dans la même compofition d’où les fontes grifes fortent douces, en for* tiffent dures ; je ne me fuis pas cru difpenfé de tenter de les fondre dans des compoft-tions mêmes qui ne font pas favorables aux autres. Il n’étoit pas prouvé que leur différente tiflure ne demandât pas d’autres mélanges ; mais toutes ces tentatives ont été inutiles : en voici les principales.
- i°. Elles ont été fondues dans deux parties de fuie, une de charbon, & une de fel marin, & font reliées blanches, coulées après une demi-heure Ôt une heure de feu.
- 2°. Notre fonte blanche adoucie a été fondue dans os & charbon. On y a jetté du fel de foude à trois différentes reprifes \ elle efl toujours venue blanche.
- 3°. Elle a été fondue étant très-adoucie avec de la fuie.
- 4 h Elle a été fondue dans du charbon de corne ; elle eft fortie dure & blanche de ces deux creufets.
- 5“°. La même fonte a été fondue avec un mélange de poudre d’os & de charbon auquel javois fait ajouter du fublimé corrofif. J’avois lieu d’attendre que cette derniere matière opéreroit quelque chofe. La fonte eft cependant reftée très-dure après lafufion.
- Nous ajouterons encore une remarque fur
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- le caraêtere des fontes blanches. C’eft que celles de plufieurs fufions font certainement plus aifées à fondre que les fontes grifes. Il ne nous a pas été fi aifé de démêler fi les fontes naturellement blanches, le font 4e même: mais l’analogie conduit à le penfer* Cette obfervation rend raifon d’un phénomène qui m’a quelquefois dérouté : quand on tient de la fonte en fufion, s’il y en a qui doi* ve fortir douce, c’eft celle qu’on en tire la première, puifque nous avons fait remarquer que le feu continué lui ôtefadifpofitionàêtre douce. Cependant dans quelques circonftan* ces, il m’eft arrivé tout au contraire, de tirer d’un creufet de la fonte blanche & dure, 6c un quart d’heure après, d’en tirer du même creufet de la grife ôt douce.
- Ceci ne m’eft arrivé que dans des temps où je ne fçavois pas allez le choix qu’il falloir faire des fontes, & dans des cas où j’en avois jetté dans le creufet des morceaux de différentes qualités. La fonte blanche fondue la première, en fortoit blanche Ôt dure ; 6c ce qui reftoit à fondre dans le creufet, qui étoit la fonte grife, m’en donnoit enfuite de douce. Auffi depuis que j’ai été mieux inftruit* ayant mis dans un creufet, ôc avec connoif-fance, de la fonte grife & de la fonte blanche , j’ai d’abord tiré de la fonte blanche, & enfuite de la fonte grife : celle qui a coulé d’abord eft; fortie avant que l’autre fût en fufion. Autrefois cela m’étoit arrivé dans une même circonftance plus embarraffante, fur le même morceau de marmite ; mais j’ai ob-fervé dans la fuite, que cette marmite étoit partie grife 6c partie blanche, 6c apparemment que le morceau jetté dans le creufet étoit de cette qualité.
- Fin du fécond Mémoire.
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- TROISIEME MEMOIRE^
- les fontes coulées douces félon les procédés des Mémoires précédents , ont quelquefois le défaut d'être trop grifes: moyen de corriger ce défaut, & de leur donner la couleur des ouvrages de fer les plus blancs : comment de la fonte grife & douce peut dans Vinf ant être rendue blanche & dure.
- N ous avons commencé par chercher à conferver aux fontes, pendant une fécondé fufion, la douceur qu’ elles avoient naturellement, ou celle qu’elles avoient acquife dans les recuits. Les Mémoires précédents en ont donné les moyens ; c’eft déjà beaucoup : mais il reftoit encore quelque chofe à trouver. Les fontes qui font grifes naturellement , pechent par leur couleur : il elb vrai qu après avoir été refondues , elles ne font ni au(Il grifes ni auffi ternes quelles l’é-toient en fortant du fourneau ; elles font même d’une meilleure tiffure , plus égale , mieux grainée. Mais il y a des fontes, ôt de très-bonne qualité , qui , quoique refondues, relient beaucoup trop grifes. Ce qui reftoit à trouver, étoit donc le moyen de couler des fontes de telle qualité, que les ouvrages en fortant du moule , euffent non-feulement la douceur de ceux qui ont été bien adoucis, mais qu’ils pulfent aulîi prendre à peu près la même couleur ôt le même poli lorfqu ils auraient été travaillés.
- Pour y parvenir, il a fallu encore tenter différentes maniérés de faire ufage des fou-fres ôt des fels : on les voit reparoître bien fouvent; mais puifque la Nature les fait entrer dans la compofition des métaux, nous ne pouvons imiter fes procédés, qu’en tâchant de les employer comme elle le fait pour varier leurs propriétés.
- La méthode par où je devois commencer m’a paru être de tenir en fufion de la fonte naturellement douce, ou douce par art, au milieu de notre poudre compofée d’os, ôt de charbon ; de tirer de ce creufet un peu de cette fonte liquide qui feroit un échantillon par où je jugerois à quel point celle qui étoit reliée dans le creufet étoit douce ôt grife ; que je devois enfuite jetter quelque ingrédient dans le creufet, d’où retirant de la fonte quelque temps après, je me trouve-rois en état de voir fi cet ingrédient y auroit produit quelque changement par la compa-raifon que j’en ferois avec l’échantillon qui auroit été tiré d’abord. J’ai cru auffi qu’il fal-loit retirer de la fonte de ce creufet à diffé-
- rentes reprifes, pour s’afïurer fi cet ingrédient ne produiroit pas, dans un temps plus long, un effet qu’il n’auroit pas produit dans un plus court. G’eft-là le détail de la manœuvre que j’ai pratiquée dans toutes les ex-périences fuivantes.
- i°. Du falpêtre jetté dans le creufet, où la fonte étoit en fufion, n’y a produit aucun changement fenfible; elle eft refiée douce Ôt grife, autant que celle de l’échantillon.
- 2°. Du fel de foude n’y a rien opéré dé plus ; mais ce qui eft à remarquer, c’eft que le falpêtre qui épaifîit fi fubitement la fonte liquide, lorfqu’il a été jetté fur cette fonte feule, ne lui a ici rien fait perdre de fa fluidité ; il a pourtant fufé à l’ordinaire. Le fel de foude a occafionné divers jets de flamme. Ici le charbon mêlé avec la poudre d’os, a fourni à toutes ces flammes ; elles n’ont point confumé la partie huileufe du fer; il y en avoit de plus à portée. La fonte n’a donc dû rien perdre de fa fluidité, fi elle la tient de fâ partie huileufe.
- 3°. Le fel marin a produit un peu plus de changement. J’ai jetté de ce fel, Ôt de mêmô de tous les autres à différentes reprifes ; la fonte qui avoit été tirée du creufet après que la première dofe de fel y a été jettée, avoit la couleur grife de celle de l’échantillon. Mais celle qui a été tirée, après une fécondé dofe de fel, quoique grife ôt limable, à paru plus brillante dans les endroits limés, que ne l’eft la fonte qui a le même gris. Peut-être auffi étoit-elle plus dure.
- Le fel marin m’a ici fait voir un phé^ nomene nouveau. Il eft forti plus de flam* mes, ôt des flammes plus confidérables du creufet où il a été jetté, qu’il n’en eft fort! de celui où le fel de foude a été jetté. Il fem-ble que le fel marin ait donné occafion ait charbon de s’enflammer ; car ce fel n’a rieri fait de pareil lorfqu’il a été jetté, dans une autre expérience, fur la fonte qui étoit en fufion, fans être environnée de poudre de charbon ôt d’os. Les fels fixes ne feroient pas auffi peu propres à exciter l’inflamma^ bilité qu’on l’a penfé, & peut-être n’y a-t-il pas auffi loin qu’on fe l’imagine, du fel marin4
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- au falpêtre: une autre expérience dont il n’eft pas temps de parler, femble le prouver ; & les deux enfemÉle invitent à en faire d’autres fur cette matière. Le fel marin jetté dans le creufet où la fonte eft feule, répand d’épaides vapeurs ; ne fbnt-ce point ces vapeurs qui enlevent 8c mettent en mouvement l’huile du charbon , 8c qui lui donnent occafion de s’enflammer ?
- Quoique les expériences que nous parcourons, euffent été principalement faites dans la vue de découvrir des moyens d’avoir de la fonte douce, 8c de meilleure qualité que ne le font les fontes grifes ordinaires, je les avois en même-temps regardées comme propres à nous donner des éclairciffements fur la nature de tout fer fondu ou autre ; depuis long-temps j’avois eu envie de pouvoir tenir en fufion , à mon gré , des fontes douces. Nous avons attribué la dureté de la fonte du fer ôc de l’acier, aux foufres, 8c aux fels indiftinêlement. Nous euflions bien voulu pouvoir faire le partage; il m’a femblé que nous le pourrions , dès que nous aurions, en fuilon, des fontes de la douceur defquelles nous ferions certains.
- Sur environ une ou deux livres de fonte grife en fufion, je jettai du foufre commun en poudre, plein une petite cuiller à caffé. Un inftant après, je retirai du creufet de cette même fonte ; je la vis blanche , 8c auffi dure qu’aucune fonte que j’aie jamais effayée ; cependant elle étoit extrêmement grife un moment avant que le foufre y eût été jetté.
- On connoît la compofition du foufre commun , aulfl-bien que celle d’aucun minéral ; on fçait du moins qu’il eft un mixte dont la partie inflammable, le vrai foufre, n’eft qu’une très-petite portion; un acide de la nature de celui du vitriol domine dans ce mixte. Il s’agit de fçavoir fi c’eft par fa partie inflammable, qu’il a endurci fi promptement notre fonte, ou fi c’eft par fa partie fa-line , ou fi c’eft par les deux enfemble, 8c cette queftion devenoit facile à décider ; car fi la matière inflammable, comme inflammable, donne de la dureté à notre fonte, fi l’en-durciffement n’eft pas opéré par un acide analogue à l’acide vitriolique, du fuif ou de l’huile jettés fur la fonte douce, ne manqueront pas de l’endurcir. Sur de la fonte grife 8c douce , je jettai donc à différentes fois du fuif, 8c en quantité affez confldérable : ce fuif brûla fur la fonte, fans la rendre ni plus blanche ni plus grife.
- J’éprouvai enfuite l’huile d’olives, comme j’avois éprouvé le foufre 8c le fuif : cette huile laiffa la fonte auflidouce quelle l’étoit.
- Je jettai du favon fur de la même fonte ; nous avons vu ci-devant que le fel de foude n’a produit aucun effet en pareille circonf-tance, pour l’endurciffement de la fonte ;
- l’huile n’en a produit aucun feule : le mélange de ces deux matières n’a pas plus opéré.
- Il femble donc évident, que le foufre commun n’endurcit fi confidérablement 8c fi promptement la fonte , que par le moyen de fon acide, ou au moins à l’aide de fon acide ; on auroit pu le démontrer en compofant une efpece de foufre commun, avec l’huile ou la graiffe, 8c l’acide du foufre ordinaire, par les procédés enfeignés par MM. Stahl 8c Geoffroy, 8c jettant de ce foufre fur la fonte en fufion ; il n’y a point lieu de douter que le foufre faêlice, dont la partie huileufe n’é-toit pas capable d’endurcir la fonte, ne l’eût cependant endurcie. Mais une autre expérience plus fimple épargne l’appareil de celle-ci : on fçait que l’acide du foufre 8c celui du vitriol font les mêmes , mais engagés dans différentes matrices ; on doit donc attendre du vitriol le même effet que du foufre commun , par rapport à l’endurciffement de notre fonte, fi cet endurciffement eft opéré par l’acide. J’aurois toujours jetté du vitriol fur la fonte en fufion ; mais ici je l’y jette dans le deffein de confirmer les raifonnements précédents ; j’en jettai donc peu, 8c ce peu fut fuffifant pour donner à cette fonte grife 8c douce, la dureté 8c la blancheur que le foufre avoit donnée à l’autre.
- On retrouve encore dans l’alun le même acide, que dans le vitriol 8c le foufre ; pour parfaite confirmation de l’effet de cet acide , l’alun devoit donc, comme le vitriol, donner fubitement de la blancheur 8c de la dureté à notre fonte grife : c’eft auffi ce qu’il a fait.
- Il eft donc clair que l’acide vitriolique donne la blancheur 8c la dureté au fer. Mais la donne-t-il par lui-même ? 8c eft-ce en facilitant l’introduétion de la matière huileufe ? c’eft la feule difficulté qui peut refter à refoudre , 8c que nous examinerons dans un autre Mémoire.
- Pour revenir à nos effais, le borax a été le feuldes autres fels que j’ai éprouvés, qui jetté fur la fonte en fufion dans notre mélange de poudre de charbon 8c d’os, ait, comme l’alun 8c le vitriol, donné de la blancheur à la fonte grife : mais il ne l’a pas donnée fi fubitement , 8c il n’a pas donné un fi grand degré de blancheur 8c de dureté.
- Dans la fonte grife mife en fufion, avec parties égales, os 8c charbon, on a jetté du fublimé corrofif ; elle eft au moins reftée grife, comme elle l’étoit auparavant : peut-être même l’eft-elle venue davantage. Ainfi, le fublimé ne la rendurcit point, comme d’autres expériences l’ont fait voir ; il eft un puiffant fondant du fer ; il peut être employé avec fuccès, lorfqu’on fe fervira de fontes difficiles à conferver douces pendant la fufion.
- Le
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- D'ADOUCIR LE
- Le g'ypfe que j’ai dfayé encore, parce que j’avois vü tant d autres fois qu’il agit puiffam-tnent fur le fer , n’a produit ici aucun effet.
- Enfin , tout ce que j’ai tenté en jettant fur de la fonte grife & douce en fdion quelqu’in-grédient, n’a rien opéré pour la rendre de meilleure qualité, fi on en excepte le fel marin qui a paru produire quelque bon effet : mais nous avons vu que le vitriol, l’alun, font très-nuifibles dans cette circoiffance ; qu’ils la rendent dure & blanche fur le champ.
- Le premier Mémoire de cette troifieme Partie, a donné le détail des expériences, où on a jetté quelque fel, ou autre ingrédient, fur de la fonte en fufion dans un creu-fet, où elle avoit été mife feule. 20. Nous venons de parler de l’effet des mêmes fels ou ingrédients , jettés dans de la fonte fondue au milieu d’un mélange d’os ôc de charbon. 30. Il nous refie à dire ce que nous avons tenté en faifant fondre ia fonte avec le fel même : i°. Nous avons mis dans un creufet cinq onces de fonte grife, Ôc en même-temps deux gros de vitiiol ; 20. dans un autre creufet, le même poids de la même fonte, avec deux gros d’alun; 30. dans un autre, le même poids de la même fonte, ôc deux gros de fel marin ; 4°. dans un autre, le même poids de la même fonte, & deux gros de fel de foude ; 30. dans un autre, le même poids de la même fonte, ôc ceux gros de borax. La fonte de tous ces eflais eff fortie très-dure ôc très-blanche, quoiqu’elle eût été mife dans le creufet très-grife ôc très-douce.
- Pour varier les maniérés d’épiouver l’effet des fels fur la fonte, autant quelles le pou-voient être, la feule qui me reftoit, étoit de mêler chaque fel en particulier, foit avec la poudre de charbon feule, foit avec la poudre compofée de charbon Ôc d’os, ôc de faire fondre notre métal au milieu de cette nouvelle compofition : les expériences, ainfi retournées , ne fembloient pas beaucoup promettre ; mais cela même fortifiera ce que nous avons avancé tant de fois, qu’on ne fçauroit trop les retourner , que l’on ne doit fe paller aucune négligence en ce genre. La première de ces nouvelles épreuves fut faite avec l’alun : j’en mêlai deux gros avec demi-once de charbon ; je mis ce mélange dans un creufet, ôc au milieu du mélange une once de fonte grife. Si j’euffe eu à prédire le fuccès de cette épreuve, j’euffe cru devoir annoncer qu’il fortiroit du creufet une. fonte très-blanche ôc très-dure ; l’alun, en toute autre circonffance , avoit toujours donné, à la fonte, le plus grand degré de dureté ; cependant après lui avoir fait foutenir le feu pendant une demi-heure, je la trouvai, à mon grand étonnement, très-limable. Mais ce qui me furprit le plus, c’eft que cette Addition cl la y e. Section,
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- fonte très-aifée à limer, très-aîfée a percer , avoit la blancheur ôc l’éclat des fontes les plus parfaites * en un mot, cette fonte fi douce avoit précifément la couleur que j’a^ vois cherché à lui donner par toutes les expériences dont il a été fait mention jufqu’ici.
- Je n’ai pas manqué de répéter cette dernière, fur une quantité de fonte plus confidé-* rable,ôc ç’a toujours été avec le même fuccès* J’en ai fait d’autres, où j’ai varié les dofes de l’alun, par rapport à celles du charbon ; ôc d’autres où j’ai aufli mêlé l’alun en différentes dofes, avec la poudre compofée d’os ôc de charbon : le réfultat de toutes a été que l’alun, ainfi employé , donne de la blancheur à la fonte, qui la met en état de pa-roître brillante après quelle aura été limée.
- Si pourtant on outroit la dofe de ce fel , au lieu d’une fonte douce, on en auroit une très-dure. Je voudrois fort preferire les bor^* nés dans lefquelles on doit la renfermer : mais cela ne me paroît nullement poflible. Selon que les fontes font naturellement plus dou* ces, ou quelles ont moins de difpofltion à s’endurcir, on pourra les fondre avec une plus grande quantité d’alun. La première expérience donne un exemple d’une des pro-portions dans lefquelles on peut mêler ce fel. Il fera aifé de s’affurer par des expériences en petit, fi elle conviendra aux fontes qu’on veut jetter en moule ; mais fi on commence les effais fur des ouvrages, il fera prudent de pécher plutôt par le trop peu, que par le trop; on aura toujours un ouvrage limable t s’il n’a pas une couleur allez vive ôc allez blanche, on ajoutera du fel dans la compofition qu’on fondra dans la fuite pour en Gouler de femblables ouvrages.
- Quand nous difons que les fontes que ce procédé nous donne, ont de la blancheur, nous ne voulons pas faire entendre quelles en ont une femblable à celle des fontes blam ches ; elles ont aufli une tiffure toute différente. Leur callure paroît grainée à grains fins, bien détachés, égaux, Ôc d’une couleur d’un gris léger ; en un mot, cette caffure eff femblable à celle de quelques aciers trempés : aufli dès quelle a été limée, paroît-elle avec le blanc ôc le brillant des plus beaux aciers.
- Quoique l’alun qui a été jetté fur de la fonte grife tenue en fufion, foit au milieu de la poudre de charbon , foit au milieu de celle d’os Ôc de charbon , l’ait foudaine-ment rendue dure ; il femble fuivre des dernières expériences, que fi on ne jettoit fur cette fonte une très - petite quantité d’alun , on pourroit lui ôter de fa couleur grife , fans lui faire perdre fa douceur. Mais cette expérience feroit toujours fort incertaine ; quelque peu de poudre qu*on jettâe dans le creufet, elle fe trouveroit en trop
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- grande quantité, par rapport aux endroits de la fonte quelle toucheroit, parce quil feroit impoflible de mêler allez bien cette poudre. Quand hreureufement on réulTiroit quelquefois par ce moyen , on ne devroit jamais y avoir recours dans la pratique ; il expoferoit à trop de variétés.
- Le fuccès qu’a eu la fonte rendue fluide dans la poudre compofée d’alun ôt de charbon , ou d’alun, de charbon ôt d’os, qui eft même celle qifil faut prendre par préférence ; ce fuccès, dis-je , ne permettroit pas de douter que le vitriol ne pût être fubftitué à l’autre fel : il le peut auffi. J’ai fait beaucoup d’expériences pour comparer leurs effets ; fi l’un des deux a paru mériter quelque préférence , c’a été l’alun. Ordinairement la fonte a été confervée plus long-temps douce dans la compofition où il eft entré, que dans celle où eft entré le vitriol : d’ailleurs, l’alun eft à meilleur marché, autre raifon de le faire préférer.
- Le borax me parut auffi mériter d’être éprouvé , puifqu’il avoit produit le même effet que l’alun Ôt le vitriol, quoique plus foiblement, lorfqu’il avoit été jetté fur la fonte grife en fufion. Cependant, lorfque je l’ai fait entrer dans la compofition de la poudre dans laquelle la fonte a été fondue, cette fonte s’eft toujours trouvée très-dure ôt très-blanche, quoique tenue peu de temps en fufion.
- J’ai auffi mêlé le fel marin, avec cette poudre ; j’y ai mêlé auffi du fel de foude. La fonte qui a été fondue dans l’une ôt l’autre de ces compofitions, a fenfiblement con-fervé fa couleur grife ; peut-être pourtant que le fel marin l’a rendue un peu plus blanche , fans lui ôter de fa douceur.
- J’ai fondu de notre fonte grife , ôt trop grife dans une compofition propre à convertir le fer en acier; elle étoit faite de deux parties de fuie, de deux parties de charbon ôt d’une partie de fel marin. Après quelle a été tirée du creufet, je l’ai trouvé très-limable ; ôt les endroits limés ont été blancs ôt brillants. La compofition à alun m’a pourtant paru faire mieux : d’ailleurs, lorfque j’ai réitéré l’ufa-ge de cette compofition, j’ai trouvé que la fonte s’y endurcit plutôt qu’elle ne s’endurcit dans celle dont l’alun fait partie.
- Quoique le fer fondu forgeable ne foit plus fufible étant feul, il peut être fondu avec le fecours de diversfondants , ôt la fonte même peut lui en tenir lieu. Du fer devenu forgeable mêlé avec de la fonte, femble devoir compofer une nouvelle fonte, qui, refroidie, fera plus limable, aura plus de corps, ôt une plus belle couleur que la fonte grife ordinaire; cette idée eft fi vraifemblable, que quoique le fer mêlé avec la fonte m’eût déjà mal réuffi dans les expériences du premier Mé-
- moire de cette troiïïeme Partie, je n’ai pas cru qu’il fallût renoncer à de nouvelles épreuves. Dans les autres, la fonte Ôt le fer étoient dans un creufet où je n’avois mis aucune compofition ; je ne connoilfois pas pour lors la nécelfité de la compofition, ou plutôt la nécelfité de la poudre de charbon pour empêcher le fer de fe brûler avant de fondre. J’ai donc recommencé les épreuves : j’ai mis dans un creufet un mélange égal de poudre d’os & de charbon, ôt j’ai fait entrer dans cette poudre compofée, des fragmens de fonte très-grife ôt de la limaille de fer. Le tout a été parfaitement mêlé, fçavoir deux parties de fonte grife ôt une partie de limaille. L’expérience a été répétée bien des fois ; la fufion a toujours été longue à fe faire: la fonte qui feule eût été liquide en moins d’une demi-heure, mêlée avec le fer, n’a été en liqueur qu’au bout de deux heures ; ôt cette liqueur refroidie a toujours été une fonte dure ôt blanche.
- Au lieu de la poudre compofée d’os Ôt de charbon, j’ai pris enfuite la poudre de charbon feule, ôt j’y ai mis de même deux parties de fonte, ôt une partie de limaille ; la fufion a été faite plus promptement. Mais la fonte qui a été tirée en différents temps, a toujours été blanche ôt dure.
- Quatre parties de fonte grife fondues dans le charbon avec une feule partie de limaille ont été encore fondues plus vite : après une demi-heure de feu, j’ai retiré de la fonte grife ; mais celle qui a été retirée après étoit blanche, probablement le fer n’étoit pas encore fondu lorfque la première a été tirée, Ôt c’eft pour cela quelle étoit grife ; la fécondé étoit blanche, parce que la limaille fondue en faifoit partie.
- De même dans une autre expérience où j’ai fondu quatre parties de fonte grife avec une de limaille de fer dans une compofition faite d’une partie d’os, une partie de charbon, àc~ d’une de ces parties de vitriol, j’ai coulé de la fonte grife après une demi-heure de feu, ôt la fonte étoit blanche après une heure de ce feu.
- Il paroît par ces expériences que le fer forgeable mis en fufion non-feulement devient une fonte blanche dure , mais devient une fonte de telle qualité que peu fuffit pour durcir celle qui eût été douce. Au refte, par le poids de la fonte retirée des creulèts, je me fuis toujours affuré que le fer avoit été fondu dans les expériences que je viens de rapporter.
- Quoi qu’il en foit des différents moyens par lefquels on pourroit rendre la fonte d’une belle couleur, en lui confervant la propriété d’être limable ; il ne paroît pas qu’on doive fonger à recourir à d’autres matières que l’alun , puifqu’il fait très-bien, ôt qu’il eft à bon marché. Nous ajouterons feulement une
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- remarque qui conduira à l’employer fans rif-que. Si on jette un morceau d’alun, ou une petite mafle de poudre d’alun dans de la fonte qui eft 'fluide au milieu même de la com-pofition d’os ôc de charbon, on ôte foudai-nement à cette fonte la difpofition quelle avoit d’être limable. Si au contraire cette fonte a été rendue liquide au milieu d’une compofition où l’alun en poudre avoit été bien mêlé, la fonte n’en devient pas moins limable. Ici l’alun mêlé par plus petites parties , ôc qui par-tout eft environné de poudre de charbon, ne peut pas produire de mauvais effet. Ainfi il m’a femblé que fi de la fonte ayant été mife en fufion au milieu de la poudre de charbon, ôt de la poudre compofée de charbon ôc d’os, on jettoitdeffus une autre poudre où l’alun fût bien mélangé avec le charbon, alors on pourroit donner de la blancheur à la fonte > fans courir trop rifque
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- de l’endurcir ; l’expérience m’a fait voir que mon idée étoit vraie, ôc nous en pouvons tirer la réglé la plus commode pour conduire dans la fufion des fontes. On fe contentera „ de mettre dans le creufet, une poudre compofée d’os ôc de charbon, ôc en allez grande quantité pour couvrir toute la fonte : dès que la fonte y aura été entièrement fondue, on en retirera un peu du creufet avec une cuiller de fer ; on la laiffera refroidir doucement : alors on examinera fa couleur ; fi elle paroît trop brune, on jettera dans le creufet de la compofition faite avec l’alun ôc le charbon : quelques minutes après on retirera un fécond eflai de fonte qui fera connoître le changement de couleur qui s’eft fait ; s’il ne paroît pas fuffifant, on jettera de nouvelle compofition à alun, ôc ainfi de fuite, jufqu’à ce qu’on foit parvenu à un eflai de la couleur duquel on foit fatisfait.
- Fin du troifume Mémoire,
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- QUATRIEME MEMOIRE-
- Précaution ejfentielle avec laquelle la fonte douce demande à être jettée en moule: que la fonte Hanche efl de la fonte trempée; mais que certaines fontes ont plus de difpofition à prendre la trempe que les autres : avantages des chaffis de fer.
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- JL ouT femble fait, du moins tout me le paroiffoit, lorfqu’on eft parvenu à avoir de la fonte, qui étant tirée du creufet où elle a été fondue, eft aufli douce Ôc aufli belle qu’on peut la defirer. Nos Mémoires précédents nous en ont appris les moyens ; que peut-il refter à faire que de jetter cette fonte en moule, comme on jette celle des autres métaux ? Je le penfai ainfi, ôc je ne nfavifai de fonger à en remplir des moules que quand j’eus entièrement découvert les procédés qui la donnent douce ôc belle ; alors ne foupçon-nant pas même quon dût être inquiet fur le fuccès , je fis verfer de cette fonte dans des moules préparés : à peine eus-je fait effayer de limer les ouvrages minces qui en furent tirés, que je trouvai le plus rude comme le plus inattendu mécompte : tout étoit dur ; la lime n’avoit aucune prife fur les ouvrages; enfin les ayant caffés, les caftfures me montrèrent dans la plupart des endroits de la fonte la plus blanche, de la moins grainée ôc de la plus dure : au moins la couche extérieure étoit telle par-tout. Dans un inftant, en entrant dans le moule, ma fonte grife ôc douce, avoit donc été transformée en fonte blanche ôc dure. Je ne pouvois douter que cette fonte, avant d’être entrée dans le moule, ne fût de nature à être douce : j’en avois fait tirer du creufet dans l’inftant qui avoit précédé celui où elle avoit été coulée; j’en avois même fait verfer un peu dans un autre creufet voifin du fourneau ; l’une ôc l’autre avoient été trouvées douces.
- Dans nos matières de phyfique, les événements imprévus, quelqu’oppofés qu’ils foient à ce qu’on s’étoit promis, ne doivent point allarmer quand on a le courage d’y chercher des remedes : on doit même les voir avec plaifir ; ils nous mettent ordinairement fur une nouvelle voie d’acquérir des connoilfances. Un peu de foufre, un peu de vitriol, un peu d’alun, peuvent fur le champ métamorphofer la fonte douce en fonte dure (1). Ces faits connus, il étoit naturel de penfer que le fable où la fonte avoit été
- moulée, tenoit quelque chofe d’analogue à ces matières. Je fis donc jetter de la fonte douce dans diverfes autres efpeces de fables Ôt de terres, dont les unes font aêluellement employées à mouler dans quelques pays, ôc dont les autres ne fervent pas à cet ufage ; la fonte fortit dure & blanche, au moins en partie, de tant de différents moules. Toutes les efpeces de terre ôc de fable auroient-elles eu de ces foufres ôc de ces fels nuifibles ? Il n’étoit pas naturel de le penfer. Je fis enfuite couler de la même fonte entre des lames de fer, Ôc entre des pièces de bois qui formoient des efpeces de moules ; la réuffite fut la même qu’elle avoit été dans les moules de fable ou de terre. Au lieu de former mes moules, de faire remplir les chaffis, avec de la terre ôc du fable, je les fis remplir de poudre d’os, de charbon pur, de charbon mêlé avec la poudre d’os ; de craie , de chaux, detfable à Fondeur mêlé avec la poudre d’os ôc la poudre de charbon dans quelques-unes de ces expériences; une plus grande partie de la fonte fe trouva douce. Mais elle ne fe trouva pas douce en entier : les endroits minces furent toujours extrêmement durs ; Ôc c’en étoit allez pour rendre inutiles nos recherches précédentes. A quoi avoir recours pour empêcher la fonte de prendre une qualité fi diffé rente de celle quelle avoit en fortant du creufet ?
- Une autre caufe à laquelle j’attribuai cet effet fi fubit, fut que les moules étoient trop froids ou trop humides. Les Fondeurs font fécher ôc chauffer ceux dans lefquels ils veulent couler du métal. Je fis fécher ôc chauffer ceux dont je voulois me fervir, autant ôc même beaucoup plus que les Fondeurs ne le font ordinairement. Souvent ils étoient fi chauds, qu’on ne pouvoit tenir la main deffus pendant un inftant: ma fonte grife y devenoit cependant dure ôc blanche. De cette même fonte qui prenoit de la dureté dès quelle étoit entrée dans le moule , que j’en fiffe jetter dans un creufet médiocrement chaud, ôc même froid, que j’en fiffe jetter fur une couche de fable, pareil
- ( i ) Voyez ci-deflus troifîeme Partie > troifieme Mémoire page 75,
- à celui
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- D'A DO UC ÎK LE à celui dont les moules avoient été faits :1a fonte jettée fur ce fable fec,ou jettée fur ce fable même humide ôc froid ; de la fonte même tombée à terre fe trouvoit douce ôc grife, ôc cela conftamment : ôc cette fonte coulée en^ tre deux plaques de terre cuite appliquées l’une contre fautre y devenoit dure ôc blanche , quoique ces plaques fulfent de la même terre que le creufet, où étant verfée elle fe trouvoit douce.
- Il fembloit que la fonte la plus douce ne pouvoit permettre quon la renfermât dans un moule;que dès quelle étoit conduite par une petite ouverture dans une cavité clofe, elle s’y rendurcilfoit. Quand l’entrée du moule étoit large , que le jet fe trouvoit gros, toute la partie de ce jet qui étoit la plus proche de l’embouchure, étoit très-douce ôc très-grife : devoit-on attribuer cet effet à l’air quelle rencontroit dans fon chemin ? On au-roit pu imaginer encore qu’il s’échappe continuellement des vapeurs, foit fulphureufes, foit falines, de la fonte qui eft fluide ; quelle refte douce lorfque ces vapeurs ont eu la facilité de fe diffiper ; mais que fl elles ne peuvent en fortir, ou que quelque circonf-tance les contraigne d’y rentrer, elles laif-fent à la fonte fa dureté, ou elles la ren-durciffent. De pareilles vapeurs pourroient n’avoir pas une libre circulation dans un moule, comme elles l’ont lorfque la fonte eft coulée fur une Ample couche de fable, ou dans un creufet, ou même à terre. Je multipliai les évents des moules, afin, de donner a l’air ôc aux vapeurs plus de liberté pour fortir; ôc cet expédient ne produifit nul effet.
- Tout pourtant bien expérimenté ôc bien confldéré , je vis qu’il falloit abandonner ces dernieres idées , ôc je penfai que je devois revenir à une des premières ; que ce phénomène ne pouvoit être attribué qu’au peu de chaleur des moules ; que, quoique je leur en fiffe prendre bien davantage que n’en ont ceux où les Fondeurs coulent le cuivre ôc l’argent , ce n’étoit pas une preuve que je leur en donnaffe affez : ces derniers métaux ne font pas fufceptibles de la trempe , comme le fer f eft en certains états. Je crus donc que la fonte fe trempoit dans les moules ; ôc cette idée étoit la vraie, quoiqu’elle parût fortement combattue par les expériences où la fonte s’étoit trouvée douce, quoiqu’elle eût été jettée dans des creu-fets froids , fur du fable froid, ou même quelle eût été verfée par terre : ces .expériences ne me femblerent que des objections, qui pouvoient être éclaircies.
- Pour avoir preuve que la fonte douce ôc grife pouvoit devenir parfaitement fembla-ble a la fonte la plus blanche , par l’effet de la trempe ; je verfai dans de Peau de la fonte Addition a la ÿ e, Section»
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- liquide , qui eût été très-grife Ôc très-douce * fl elle fe fût refroidie, expofée à Pair libre ; tirée de l’eau, elle ne parut en rien différente de ces fontes blanches, que nous avons nommées de plufieurs fufions, ou blanches par art.
- Celui des Mémoires de l’Art de convertir le fer en acier, où nous avons traité de la trempe affez au long, nous donnera à pré-fent bien des lumières ; ôc en revanche, l’idée nouvelle que nous examinons, nous en donnera aufli beaucoup fur la trempe. Nous y avons vû que tremper l’acier, n’eft que le refroidir fubitement ; que l’acier prend d’autant plus de dureté qu’il étoit plus chaud , lorfqu’il a été plongé dans l’eau ou dans toute autre liqueur ; que plus la liqueur eft froide, plus elle peut faire d’effet fur de l’acier trempé au même degré de chaleur ; que fi on fe contente de chauffer de l’acier couleur de cerife, Ôc qu’on le trempe dans l’eau bouillante, il fortira limable de cette trempe. Qu’on chauffe le même acier tout blanc , ôc qu’on le plonge dans l’eau bouillante , il en fortira'aufli dur que s’il eût été trempé rouge dans l’eau froide. De la fonte en fufion eft échauffée bien par-delà le point où eft échauffé l’acier qui eft trempé le plus chaud ; donc, cette fonte peut être rendur-cie par un degré de froid, ou fl l’on veut par un degré de chaud, qui n’endurciroit pas l’acier. Si de l’eau bouillante peut tremper l’acier chauffé blanc, fl elle eft froide par rapport à cet acier , une liqueur capable de prendre un plus grand degré de chaleur que l’eau , de l’huile bouillante , par exemple, pourra être froide pour la fonte en fu-flon , Ôc elle l’eft réellement puifque la fonte fe fige dans cette huile. Mais fl on n’aime pas à donner à l’huile bouillanteTépithete de froide, quoique le froid ôc le chaud ne foient que des termes relatifs : difons que l’huile bouillante pourra tremper de la fonte en fufion, comme l’eau bouillante trempe de l’acier chauffé blanc.
- L’effet de la trempe peut être opéré par des corps foiides, comme il le peut être par des liqueurs. Dans le Mémoire fur les Trempes que nous avons cité ci-deffus , nous avons fait voir, qu’en enfonçant une pointe d’acier toute rouge dans le plomb, dans l’étain, dans l’antimoine , on la trempe. Tremper n’eft que refroidir, arrêter le mouvement des parties ; plus ce mouvement eft fubitement arrêté, ôc plus l’effet eft confidérable. Le mercure trempe plus efficacement que l’eau froide ; par cette raifon, ne foyons donc point étonnés que le fable qui eft dans un moule puiffe tremper de la fonte , Ôc que le fable étant plus folide que l’eau , il puiffa même la tremper plus efficacement. Mais remarquons avec attention , que quand l’a-
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- cier ne demanderont , pour être trempé, que le même degré de froid ou de moins de chaleur dans le corps qui le touche, que celui que demande la fonte, il ne pourroit pas être trempé auffi efficacement par le fable ; ôt cela parce que le fable compofant une maffe fpongieufe, il ne s’applique pas exa&ement fur toute la furface d’un corps folide. Suppofons, par exemple, que la fom-me des vuides que laiffent les grains de fable entr’eux, eft égale en volume à la fomme des grains de fable pris enfemble ; il eft vifi-ble que l’acier enfoncé chaud dans ce fable, n’eft pas refroidi auffi vite qu’il le feroit, fi les intervalles que laiffent entr’eux les grains étoient remplis par une matière femblable à celle des grains, ou par une autre auffi denfe : il s’en faudra de moitié. Ménageons à préfent, dans ce même fable > un creux, dont la capacité foit égale, femblable au volume du morceau d’acier que nous y avons fait entrer ci-devant ; remplirons ce creux de fonte fluide : fl nous y prenons bien garde , dans notre fuppofttion de la fomme des vuides que laiffent les grains , égale à celle des pleins des grains, l’acier n’a été touché que par une moitié des grains qui n’ont pu toucher la fonte, ôt ne l’eft pas à beaucoup-près, par la moitié de la furface de ces grains ; la fonte en liqueur pénétre dans les intervalles que les grains laiffent entr’eux ; elle touche ces grains de toutes parts : Que A, B y C, foient trois grains de fable du moule, mais groffis dans cette figure ; le grain C ménage un vuide entre les grains A ôt B, Le morceau d’acier D 3 ne fera prefque tou-ché qu’en deux points, parles grains froids A ôc B y ôt à peu-près de même par tous les grains du moule. La fonte qui coulera dans ce moule,pénétrera dans le vuide que laiffent entr’eux ces grains ; non-feulement elle touchera le grain C y mais elle s’appliquera contre la plus grande partie de la furface de ces trois grains ; elle les touchera chacun en une infinité de points, au lieu que le morceau d’acier ne les touchoit prefque qu’en deux points. A la vérité y le morceau de fonte aura plus de volume que le morceau d’acier, parce qu’il occupe des efpaces que l’autre n’occupe point ; mais le volume n’eft par-là augmenté qu’imperceptiblement, pendant que les attouchements font indéfiniment augmentés. C’eft auffi cette augmentation des attouchements qui fait que l’eau trempe fur le champ lin acier rouge qui ne feroit point, ou prefque point trempé , étant enfoncé dans le fable 3 quoique le volume d’eau qui entoure facier ait moins de folidité, de maffe y que celui du fable qui l’entoure. Si on coule de la fonte dans un creux au milieu de ce fable, fa fluidité met le fable en état d’agir fur cette fonte, comme la fluidité de l’eau met
- l’eau en état d’agir fur l’acier. Le corps qui trempe l’autre, doit le refroidir, arrêter le mouvement de fes parties ; que ce foit le corps chaud qui aille s’appliquer contre celui qui eft froid, ou que celui qui eft froid vienne s’appliquer contre celui qui eft chaud , l’effet n’en doit pas être différent.
- Il réfulte des remarques précédentes, que quand de la fonte en fufion ne feroit pas plus fufceptible de la trempe que de l’acier rouge , cette fonte pourroit être trempée par le fable du moule, quoique ce fable ne pût faire d’impreffion fenfible fur l’acier qu’on y feroit pénétrer ; mais nous avons vu outre cela que la fonte liquide étant confidérable-ment plus chaude que l’acier,quelque chaud qu’il foit, peut encore, par cette confidéra-tion, être trempée par un corps ou un fluide qui feroit trop chaud pour tremper l’acier. C’eft de ces principes très-clairs, que je crus devoir conclure que quand je chauffois mes moules autant ôt même davantage que les Fondeurs ne les chauffent ordinairement > je ne les chauffois pas encore affez ; qu’ils dévoient peut-être être extrêmement chauds pour être hors d’état de tremper la fonte ; que fi je les faifois rougir, j’en retirerois des ouvrages très-doux.
- Les moules des Fondeurs ordinaires en fable, font maintenus par des chaffis de bois; fi on vouloit extrêmement chauffer les moules , on bruleroit les chaffis ; j’en fis faire de fer, ôt j’avois propofé autrefois d’en faire de tels, par rapport à d’autres avantages. Je pus hardiment faire entourer les moules de charbons rouges;je les fis fécher eux-mêmes jufqu’à ce qu’ils euffent rougi. Dans ces moules rouges , je fis verfer de la fonte douce ; je laiffai refroidir le moule avant de la retirer ; ôt je trouvai , comme je l’avois efpéré, des ouvrages très-bien venus, ôt parfaitement limables. Dans toutes les expériences que j’ai répétées, cette méthode a eu le même fuc-cès. Elle réuffira toujours pourvu que les moules aient le degré de chaleur que la fonte demande.
- Il eft donc certain que la fonte qui eût été douce ôt grife, fi elle eût été coulée dans un moule chaud à un certain degré, devient de la fonte blanche ôt intraitable, fi elle eft coulée dans un moule moins chaud où elle fe fige plus promptement. Ainfi il paroît qu’en général de la fonte blanche eft de la fonte trempée ; c’eft une nouvelle idée qui deman- i dera à être plus développée. Remarquons encore que la parfaite analogie qui eft entre nos fontes refroidies plus ou moins lentement, eft entre les aciers trempés. Si on trempe le même acier fucceflivement après lui avoir fait prendre différents degrés de chaleur, il fera d’autant plus dur Ôt plus blanc qu’il aura été trempé plus chaud ; il fera gris, Ôc
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- D'A JD O t/CIR LE tm peu limable , s’il avoit peu de chaleur lorfqu’il a été trempé.
- Il nous refte pourtant à lever quelques difficultés , fondées fur des expériences qui fe trouvent au commencement de ce Mémoire; ces expériences m’ont d’abord empêché de reconnoître que c’étoit à une forte de trempe que la fonte jettée en moule de-voit fa dureté ; ôc élles pourroient encore faire peine à d’autres, malgré les derniers éclairciffements. Nous avons vu que de la fonte ver fée dans un creufet froid, de la fonte jettée fur du fable froid, ôc même humide , eft reftée grife ôt douce ; là elle ne s’eft point trempée; comment arrive-t-il qu’el-le fe trempe dans un moule chaud ? Pour en appercevoir la caufe, faifons attention que la fonte coulée fur une couche de fable, fur une plaque de terre, n’eft touchée par ces matières que d’un côté ; ailleurs, elle eft environnée d’air qui ayant peu dedenfité, n’eft as capable de faire une impreffion affez fuite fur notre fonte : nous fçavons que le mercure trempe bien plus efficacement que l’eau, parce qu’il a plus de folidité. L’eau qui a plus de folidité que l’air, trempe confidé-rablement, pendant que l’air ne trempe point ; un morceau de fer eft du temps à perdre la couleur que le feu lui a donnée, fi on le laifife refroidir à l’air, ôt il la perd vite fi on le plonge dans l’eau.
- La fonte douce qui a été coulée fur une fimple couche de fable, ayant une partie considérable de fa furface, qui n’eft touchée que par l’air, qui prend bientôt un degré de chaleur approchant de celui de la fonte, n’eft donc pas en rifque d’être trempée , au moins de tous les côtés ou l’air l’environne ; fi elle pouvoit l’être, ce feroit feulement du côté qui touche le fable ou la terre ; auffi eft-elle plus dure de ce côté-là que de l’autre, Ôc quelquefois y eft-elle trempée : mais il peut arriver, ôt il arrive fouvent,, quelle ne fe trempe pas même de ce côté-là. Chauffez de l’acier trempé , Ôt vous le détremperez. La furface de la fonte qui a touché le fable , fe trouve peut-être trempée dans le premier inftant ; mais concevons qu’enfuite elle a donné au, fable qui l’a trempée , un certain degré de chaleur qui le met-troit hors d’état de tremper une fécondé fois la furface contre laquelle il eft appliqué , fi cette furface fe trouvoit détrempée fur le champ par un violent degré de chaleur qui lui feroit communiqué : l’intérieur de la fonte, communique ce degré de chaleur ; il détrempe cette furface qui a d’abord été trempée, par l’attouchement du fable, & elle refte détrempée, ou ce qui eft la même chofe, douce, parce que le fable n’eft plus en état de la
- FER FONDU.
- tremper. Pour avoir un exemple très^fenfible de tout ceci, on n’a qu’à plonger dans l’eau froide un morceau de fer tout rouge, ôt l’en retirer dès qu’il fera devenu noir, ou peu après : dans l’inftant qu’il en fera forti,on pourra le toucher fans rifque de fe brûler ; mais bientôt il n’en fera plus de même : la chaleur que le centre a confervée fe communi* que de proche en proche ; bientôt la furface qui étoit froide lorfqu’elle a été tirée de l’eau, fe trouve très-chaude.
- Quand nous regardions (1 ) les fontes blanches comme plus affinées que les grifes, c’étoit un phénomène embarraffant que de voir fortir d’un même moule des ouvrages dont l’intérieur étoit gris, ôt dont les premières couches étoient blanches, de trouver conf-tamment que tout ce qui étoit moulé mince , que tout ce qui avoit rempli les évents du moule, était de la fonte parfaitement blanche, pendant qu’il s’en trouvoit de la grife mêlée dans les gros jets. Pour en rendre rai* fon, nous imaginions que la fonte d’un même creufet étoit inégalement affinée, ce qui eft très-poffible ; mais quand nous venions à faire occuper précifément certaines places à la fonte blanche, à la fonte que nous regardions comme la plus affinée, l’explication de ce fait devenoit forcée ; nous pouvons lui en fubftituer une très-naturelle. Quelquefois toute la furface d’une piece fe trouve blanche ôc dure, pendant que l’intérieur eft gris ôt doux, parce que la furface extérieure a feule pu être trempée ; la même chofe arri-veroit à une barre d’acier épaiffe qui feroit trempée médiocrement chaude ; l’intérieur de cette barre ne prendroit pas de dureté par la trempe, ce qui a été moulé mince fera blanc dans toute fon épaiffeur, parce que la trempe a pénétré jufqu’au centre de ces pièces minces. Le jet, ôc fur-tout la partie du jet la plus proche de l’ouverture fera plus fouvent grife Ôc douce que ne le feroient des parties de même épaiffeur renfermées dans le moule, parce que le jet du côté de l’ouverture du moule n’eft touché que par l’air, qui ne peut pas autant pour le trèmper que peut le fable.
- De-là fe tire naturellement une confé* quence qui eft une réglé pour la pratique de notre Art. A fonte égale,plus les pièces qu’on veut jetter en fer font minces, ôt plus elles exigent que le moule foit chaud. Au contraire , des pièces épaiffes peuvent fortir douces d’un moule médiocrement chaud. Cela arrivera à des pièces qui font très-épaiffes, autant Ôc plus que ne le font des marteaux de porte.
- Les pièces qui feront refroidies dans le moule même, n’en peuvent être que plus
- ( i ) Première Edition de cet Art,
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- douces. Je ne vois pourtant nul inconvénient à les en tirer encore très-chaudes ôt même rouges ; l’air ordinaire , qui ne trempe pas de la fonte pendant quelle eft fluide, la trempera beaucoup, quand elle aura pris une grande confiftance.
- Puifque la fonte grife , dès qu’elle eft trempée , devient de la fonte blanche ; il femble que les diftinôtions que nous avons faites jufqu’ici de ces fontes doivent s’évanouir ; que le blanc & le gris , le dur ôc le doux, ne font que des termes qui expriment les qualités de la fonte en deux états différents, tels que ceux de l’acier trempé ôt de l’acier non trempé : il fembleroit même que tout ce que nous avons prefcrit pour adoucir la fonte avant de la mettre en fufion, devient inutile ; car la fonte en fufion eft de la fonte bien détrempée : fi cela eft, pour la couler douce , il fuffit de la couler dans des moules affez chauds. Cependant nos différences entre les efpeces de fontes n’en fubfiftent pas moins ; le choix des fontes , ou les adouciffements de celles qui ne font pas douces, ne laifferont pas d’être né-ceffaires ; enfin, quoique les noms de fontes blanches , ou de fontes, grifes, foient devenus un peu plus équivoques , nous les retiendrons, ôt nous devons les retenir pour défigner des efpeces réellement différentes entr’elles. Nos recherches, pour rendre la fonte propre à être coulée douce, nous ont fait voir cent ôt cent fois qu’il y a telle fonte en bain, qui étant tirée du creufet dans une cuiller rouge,ou étant verfée dans un creufet froid, Ôt même à terre ; enfin, par-tout ailleurs que dans un moule, eft grife ôt douce; il y a au contraire des fontes qui dans les mêmes circonftances font blanches ôt dures, ôc tout le travail des premiers Mémoires de cette Partie a eu pour objet, de procurer des fontes de la première efpece ; donc il y en a de réellement différentes par la difpofition quelles ont à devenir plus dures.
- Je n’examine point actuellement la fource de cette différence, il nous fuffit de fçavoir que celles qui n’auroient pu fortir du creufet que blanches, en fortiront grifes, lorfqu’el-les auront été recuites ; que les fontes au contraire qui auront été coulées grifes, fortiront blanches, fi elles font tenues trop long-temps au feu.
- Nous ajouterons pourtant qu’au moyen des moules (bien chauffés, il y a des fontes de bonne qualité qui pourront être coulées douces dans les moules fans avoir be-foin même d’être fondues avec nos poudres de charbon Ôc d’os. Mais revenons au caractère de nos fontes, ôt à la preuve de ce que nous venons de dire à l’avantage de quelques-unes.
- Il eft vrai qu’en général toute fonte qui
- IL ART
- ne fera pas trempée peut être douce ; mais iî eft vrai auffi qu’il y a des fontes qui ont une difpofition beaucoup plus grande que les autres à prendre la trempe, ôt qu’il y en a qu’il eft prefqu’impoffible de ne pas tremper ; en voici des preuves inconteftables. J’ai fait fondre de la fonte grife dans un creufet fàns addition d’aucune des matières employées ailleurs pour conferver grifes celles qui le font : quand elle a été en fufion,on a arrêté le mouve-ment du foufffet ; mais on n’â pas retiré le creufet du feu ; mon intention étoit que la fonte s’y refroidît par degrés infenfibles, afin quelle prît confiftance, fans fe tremper. Auffi l’ai-je trouvée douce , comme je m’y étois attendu. J’ai traité précifément de la même maniéré de la fonte blanche mife dans un autre creufet. Quand elle a été refroidie, je l’ai trouvée un peu grife, mais bien moins grife ôt bien moins douce que la première.
- Dans une autre épreuve, j’ai fait chauffer enfuite un fécond creufet prefque blanc ; j’ai verfé dans ce fécond creufet, la fonte qui étoit fluide dans l’autre. Cette fonte qui n’a-voit fait que changer de creufet, qui enavoit rencontré un prefque auffi chaud que celui quelle avoit quitté , a été trouvée de la fonte très-blanche.
- Il y a plus : la difpofition à prendre la trempe eft fi grande dans quelques fontes blanches, que quoiqu’on les laiffe refroidir dans le creufet même où elles ont été fondues , fans retirer ce creufet du milieu des charbons , elles ne laiffent pas de fe tremper. Afin quelles feconfervent douces dans le creufet, il faut pouffer l’attention jufqu’à diminuer par degrés infenfibles le nombre ôt la force des coups de fouffiets. J’en ai trouvé qui fe font rendurcies dans le creufet, parce que cette diminution de i’a&ion du foufflet n’a voit pas été faite affez imperceptiblement.
- On ne fera pas furpris, malgré la difpofition que la fonte a à fe tremper, qu’il y ait des temps où les fourneaux à mine en donnent de grife, ôc que d’autres la donnent toujours telle. Elle fort de ce fourneau par une grande ouverture. Le jet, ou plutôt le courant eft confidérable lorfqu’on la moule en gueuze; la maffe pefe fouvent plus de deux milliers, ôc une de fes plus larges faces n’eft touchée que par l’air : elle n’eft donc pas refroidie affez fubitement. Vingt-quatre heures après qu’une gueuze a été coulée, fi on l’a laiffée dans le fable, elle eft quelquefois fi chaude quelle brûleroitlesfouliers.
- Une réglé importante pour le choix des fontes qu’on veut couler douces, fe tire directement des remarques précédentes. Quand on veut acheter de la fonte, à couleur ôc grainure égale, on préférera celle qui fera moulée le plus mince. Il eft certain que c’eft celle qui, par fa nature, eft la plus douce :
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- celle qui paroît auffi grife étant épaiffe , fe-roit peut-être abfolument blanche, fi elle eût été coulée mince»
- Il eft extrêmement néceffaire de fondre de la fonte douce, & d’empêcher que pendant que la fonte grife eft en fufion, elle ne fe change en fonte blanche ; mais on regarde encore comme une réglé, que plus la fonte fera douce , & moins elle demandera que le moule où elle doit être coulée foit chaud.
- Que fufage des challis de fer ne pa-roiffe pas un obftacle à cette nouvelle méthode. Ils ont des avantages fur ceux de bois , qui même nous ont engagés à en con-feiller fufage (*) dans un temps où nous ne longions pas à couler de la fonte douce. Plus un moule eft chaud, plus la matière qui entre dans ce moule conferve fa fluidité, & plus cette matière s’y moule parfaitement. Les traits des ouvrages moulés dans des challis de fer, feront donc plus vifs que ceux des ouvrages moulés dans des chaffis de bois, puifqu’il eft aifé de tenir ces derniers moulés plus chauds : les ouvrages qui en fortiront, coûteront moins à réparer.
- Nous avons dit (2) qu’il y a des précautions à prendre , pour empêcher les pièces minces de fe caffer dans les moules. Toutes ces précautions ne feront plus néceffaires : dès que le moule aura un degré de chaleur confidérable, l’ouvrage fe refroidira peu-à-peu dans ce moule, comme s’il étoit mis
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- dans un four chaud.
- Souvent des pièces fortent du moule, avec des foufflures qui les rendent inutiles ou très-défeêfueufes. L’air qui s’eft trouvé renfermé quelque part, en eft la caufe principale ; le peu de fluidité du métal en eft une autre. Quand les moules feront extrêmement chauds, ils contiendront moins d’air, un air qui aura plus de difpofition à s’échapper ; & le fluide métallique fera fixé plus tard.
- Les chaffis de fer, fuffent-ils confidérable-ment plus chers que ceux de bois, on feroit dédommagé, avec ufure, de ce qu’ils auraient coûté de plus , parce qu’on auroit moins d’ouvrages défeêlueux, & qu’entre les ouvrages fortis des uns & des autres fans dé~ fauts fenfibles , ceux qui feront fortis des moules de fer, feroient toujours plus pâr~ faits. Mais d’ailleurs, quoique le chaffis de fer foit plus cher de premier achat, il y a de l’épargne à s’en fervir, parce que celui de bois n’eft pas de longue durée ; la traverfe de ces derniers chaffis qui eft du côté du jet, eft bientôt brûlée ; elle s’enflamme chaque fois qu’on coule du métal : on éteint le feu le plutôt qu’il eft poffible ; mais elles fe brûlent toujours au point de ne pouvoir être de longue durée.
- Quelques Fondeurs même ayant fait attention depuis peu, combien il leur en coûtoit en chaffis, y ont fait mettre la traverfe de fer : voilà déjà un quart du chemin que nous voulons faire, qui fe trouve fait*
- {i ) Première Edition page 334 & 33?. === (a) Voyez la premieré Edition.
- Fin du quatrième Mémoire*
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- Addition à la Jc. Section•
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- 4'XXXXXXX)O^XK)ffiX>JiiXX>jO(>D(X>JÔO(XXXXXXyxX>30(X5^XXXjOûu(X>0(>jO(XXXXXXXXX)0(XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXy>jO(XXXXXX)-X'îit',
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- CINQUIEME MEMOIRE-
- Des chajjts de fer propres aux différentes efpeces de moules : comment on peut empêcher quil ne fe forme des toiles épaiffes dans les moules : comment on tient enfemile les deux moitiés dont ils font compofés.
- Les obftacles qui peuvent empêcher les ouvrages de fer de fortir limables des moules , ont été levés. Les principes généraux ont été établis ; mais il refte à voir comment on réduira en pratique ces mêmes principes commodément & sûrement. Nous nous trouvons néceffairement engagés à avoir recours à bien des manoeuvres nouvelles, & ces manœuvres n’ont pas été ce qu’il y a eu de moins rebutant à chercher. Il y en a plu-fieurs dont on n’a pu s’inftruire que par le travail en grand , où les expériences font cheres ôc difficiles à répéter.
- Dès le premier pas, le nouvel Art demande que nous nous écartions de l’Art des autres Fondeurs. Ceux qui moulent en fable font leurs moules dans des chaffis de bois, & le nôtre ne veut que des chaffis de fer. On fçait que les moules en fable font ordinairement compofés de deux mafTes de fable égaies, dans chacune defquelles une partie du modèle eft imprimée en creux. Ce fable eft gras ; il a quelque confiftance : cependant il n’en auroit pas afîez pour fe fou-tenir feul ; mais il fe foutient à l’aide des chaffis. Quand on veut mouler une piece, on pofe le chaffis fur une planche de bois ; il forme avec cette planche une efpece de boîte â qui il manque le deflus. On remplit alors ce chaffis de fable , dans lequel on enterre en partie le modèle. Enfuite on preffe le fable, on le bat avec des maillets ; à force de coups, on le durcit le plus qu’il eft pofll-ble, & afîez pour que le modèle étant retiré, l’impreffion qu’il y a laiffée fe conferve , & pour que le chaffis étant ôté de deflus la planche qui lui fervoit de fupport , le fable y refte attaché en quelque pofition que le chaffis foit mis. Nous ne nous arrêterons point à décrire comment on remplit le fécond chaffis qui doit faire la fécondé moitié du moule : ce feroit s’engager dans la def-cription de l’Art du Mouleur. Il nous fuffit qu’on fe repréfente le moule compofé de deux mafles de fable à peu-près égales, appliquées l’une contre l’autre , & que le fable de chacune de ces mafles eft foutenu par fa preffion ôc fon frottement contre les côtés du chaffis..
- La forme de ceux de bois eft re&angle ; deux des pièces qui le compofent font ap-pellées les traverfes, & les deux autres les montants. Les montants font plus longs que les traverfes, non-feulement parce qu’ils forment les plus longs côtés de l’intérieur du chaffis, mais encore parce que leurs bouts ont environ un pouce & demi de faillie par-delà les traverfes : ces bouts font des poignées qui donnent prife au Mouleur. La face de chaque traverfe qui eft dans l’intérieur du chaffis, eft afîez grofliérement creufée en efpece de gouttière : le fable en eft mieux retenu. Au refte, on en fait de toutes grandeurs & épaiffeurs, félon les ouvrages auxquels on les deftine.
- Ceux de fer demanderont moins d’épaif* feur ; leur matière eft bien autrement en état de réfifter. Je les ai fait faire d’abord minces, c’eft-à-dire, d’un fer qui n’a voit que trois à quatre lignes. J’appréhendois que leur poids ne rebutât les Mouleurs ; mais dans la fuite , tous ceux de grandeur commune ont été faits de fer qui a environ fept lignes d’épaiffeur : leur poids n’a pas paru aufli incommode que je l’avois craint.
- Dans l’effentiel, ils ne différent point de ceux de bois par leur figure ; elle montre fufiifamment à tout Serrurier comment doivent être affemblées les barres de fer plat dont on les formera, & il ne s’avifera pas de creufer" dans les faces intérieures des montants , les rainures ou gouttières qui font dans ceux de bois ; ce feroit un ouvrage long ; il fera Ample en emboutiffant ou eftampant à chaud chacune de ces pièces : des chaffis qui ne feroient deftinés qu’à mouler des ouvrages très-minces, peuvent même n’avoir point de ces rainures.
- Ce qui eft encore plus Ample que les rainures, & ce qui équivaut, c’eft d’attacher tout le long du milieu de chaque montant une verge de fer, telle qu’eft le fenton ordinaire. Il n’importe, pour retenir le fable , qu’il aille s’engrainer dans des creux du moule, ou qu’au contraire ce moule ait des parties faillantes qui aillent s’engrainer dans ce fable. Ce fera aufli la pratique qu’on fui-vra pour tous les moules d’une grandeur
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- &ADOUCIR L
- extraordinaire ; on rivera de pareilles verges de fer aux traverfes de ceux-ci. Dans ceux qui fervent à mouler des panneaux de balcons ou des balcons entiers, & dans les autres grands chaffis, outre les tringles dont nous venons de parler, il en faut mettre d’autres parallèles aux traverfes des bouts, ôc cela de diftance en diftance : on fe repréfente aifément comment elles doivent être difpo-fées. Une maffe de fable de cinq à fix pieds de longueur, auroit peine à fe foutenir pendant quon retourne le chaffis. Au moyen de ces tringles, ce grand moule eft dans le cas d’un de pareille hauteur, qui n’auroit que douze à quinze pouces de largeur ; les traverfes qui le foutiennent d’efpace en efpace, font un effet équivalent à une divifion réelle du chaffis en plufieurs parties.
- Si nous n’avions à chauffer les chaflis de fer, qu’autant qu’on a chauffé ceux de bois, la forme des uns Ôt des autres refteroit abfo-lument femblable, à la différence depaiffeur pès. Mais le grand degré de chaleur qu’ont a foutenir ceux de fer, produit un mauvais effet, auquel il a fallu chercher un remede dans leur forme même. Les Fondeurs ordinaires fçavent ce que c’eft que trouver des toiles dans un moule ; ils donnent ce nom à des feuilles de métal très-minces, qui s’y moulent contre leur intention. Ces toiles ou feuilles minces fe rencontrent entre les deux principales parties, dont le moule a été corn-pofé, & auffi entre les pièces de rapport qu’on y a fait entrer. Quoiqu’on ait bien pris foin de bien appliquer ces parties les unes contre les autres , comme elles font couvertes de poudre de charbon, ou de quelqu’au-tre poudre fine, jamais l’union n’y eft aufïi arfaite, que dans les autres endroits ; du fa-ie gras s’attache mieux contre de pareil fable gras, que contre de la poudre d’une autre efpece. Ainfi, les parties rappliquées les unes fur les autres, font plus aifées à fé-parer, & laiffent aêhiellement entr’elles de petits vuides. Ces vuides s’augmentent lorf-que le métal fluide entre dans le moule, outre que l’effort de fa chute tend à écarter les parois qui le contiennent, l’air qu’il raréfie tend encore à produire cet effet : les parties rapportées les unes fur les autres fè fépa-reront donc un peu. Le moule qui reçoit le métal, eft à la vérité gêné dans une preffe ; elle s’oppofe à cet écartement quelle ne fçau-roit rendre totalement nul ; le métal qui s’introduit dans ces petits vuides, s’y moule , comme il fe moule dans les creux qui lui ont été préparés ; mais il n’y prend que la forme d’une feuille mince ou d’une toile ; cette toile, aiféë à caffer ou à emporter avec la lime, défigure peu l’ouvrage, & même n’y produit aucune altération fenfible.
- Dans nos moules à chaffis de fer qui ont
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- été chauffés, il fe forme des toiles d’une autre conféquence que celle dont nous venons de parler. J’en ai vu même dans de petits moules, qui avoient plus de deux lignes d’é-paiffeur. De pareilles toiles font à éviter, par bien des raifons : elles font difficiles à détacher ; elles défigurent les endroits fur lef-quels elles fe trouvent ; elles obligent à ver-fer dans le moule plus de fonte qu’on n’y en verferoit : enfin, les diamètres des ouvrages font augmentés de toute l’épaiffeur qu’a la toile dans les endroits où elle leur eft contiguë ; & ces toiles étant de différentes épaiff feurs en différents endroits, l’ouvrage n’a plus fes juftes proportions. Un rouleau qui auroit dû fortir du moule parfaitement rond, en fort oval : la même chofe arriveroit à une vis , à un écrou.
- Le feu produit dans les matières de nos moules deux effets oppofés, qui concourent à augmenter l’épaiffeur de la toile. Il n’eft point de preffion affez violente, pour empêcher qu’un métal qui s’échauffe ne fe dilate ; nos deux chaffis appliqués l’un contre l’autre ne fçauroient devenir rouges, fans acquérir en tout fens une augmentation de volume. La largeur de chacune des bandes dont ils font faits, ou, ce qui eft la même chofe, Fé-paiffeur du moule devient donc plus grande. Chacun de ces chaffis eft rempli de fable ; fuppofons, pour un inftant feulement, que la chaleur ne produit aucun changement dans le volume de fable ; & fouvenons-nous que les furfaces intérieures du fable de chaque chaffis, font féparées par une couche de poudre de charbon mince à la vérité, mais qui toujours les empêche de fe toucher. Chaque maffe de fable fuivra fon chaffis; car les frottements fuffifent pour l’entraîner ; elles vont donc fe féparer l’une de l’autre ; elles laifferont entr’elles un vuide.
- Mais le fable qui remplit les chaffis y a été mis humide, au lieu d’acquérir du volume en s’échauffant, il en a perdu ; ce dont le diamètre de chaque grain s’étend ne remplace pas dans la maffe , ce qu’elle perd par l’eau qui s’eft évaporée. La diminution du volume du fable, ôt l’accroiffement de celui du fer, contribuent donc à augmenter le vuide du milieu du moule, & généralement à produire des vuides entre toutes les pièces de rapport.
- Pour empêcher de pareils vuides de fe former , j’ai cherché à empêcher non-feulement ces deux caufes de concourir à leur production , mais de plus à faire enforte que l’une tendît à réparer l’effet de l’autre : le moyen m’en a paru fimple. Au lieu que les chaffis ordinaires font égaux appliqués l’un fur l’autre , ôt qu’ainfi ils s’areboutent néceffaire-ment : faifons-les de différentes grandeurs , que l’un puiffe entrer dans l’autre, comme
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- le corps d’une boîte entre dans fon couvercle : ôc que quand on les ajufte , on ne les falTe pas autant entrer l’un dans l’autre qu’on le pourroit. Cela fuppofé, qu’on conçoive cet affemblage de chaffis pofé verticalement ôc gêné dans une prefTe, ou de quelqu’autre maniéré équivalente. Quand les deux chaffis en fe chauffant chercheroient chacun à s’étendre , comme ils font chacun appuyés d’un côté, ôc que de l’autre ils ne le font point ou le font peu , ce n’efl que vers ce dernier côté qu’ils s’étendront. Ils trouveroient incomparablement plus de difficulté 4 avancer vers la prefTe , à l’écarter, qu’ils n’en trouvent 4 s’emboîter davantage ; ils fe mettront plus en recouvrement. Par conféquent, l’effet de leur augmentation de volume fera tel, que tous deux tendront réciproquement à rapprocher continuellement l’une de l’autre les furfaces intérieures du fable , celles qui ont été poudrées de poudre de charbon.
- Les épreuves que j’ai faites de cette conf-truéfion des chaffis, m’ont convaincu de la jufleffe du raifonnement qui m’avoit conduit 4 y avoir recours. Par cet expédient, j’ai fou-vent empêché totalement la produêlion des toiles ; ou s’il s’y en efl formé , elles ont été minces, ôc telles que celles que les Fondeurs ordinaires ne manquent guère de trouver.
- Pour produire sûrement cet effet, il fuffît que le plus grand chaffis foit en recouvrement fur l’autre d’environ trois lignes. Mais quand on les remplit l’un ôc l’autre de fable, on prendra garde d’empêcher qu’ils ne s’emboîtent autant qu’ils peuvent s’emboîter. Le plus petit efl celui qu’on remplit le premier ; efl-il plein ? on pofe l’autre deffus, pour le remplir 4 fon tour. Mais il faut plus que remplir le premier, c’eft-à-dire, y élever affez le fable, pour que l’autre recouvre fes bords d’environ une ligne ôc demie de moins qu’il ne peut le recouvrir. Cela efl fi aifé dans la pratique, que je négligerai de rapporter les petits expédients que j’avois indiqués, pour y réuffir toujours sûrement, comme on a négligé de s’en fervir.
- Un des avantages encore de cette difpofi-tion des chaffis, efl que les deux parties du moule en font moins en rifque d’être ébranlées. Tout ébranlement , tout mouvement d’un chaffis qui ne fe fait point dans l’autre, peut déranger le moule. Dans la pratique ordinaire, un des chaffis de bois a trois goujons ou chevilles, qui entrent dans trois trous percés dans l’autre. Ces trous ôc ces chevilles font qu’on rapporte exaêlement les chaffis l’un fur l’autre, ôc contribuent à les maintenir en place. L’emboîtement des nôtres les maintient encore plus sûrement, ôc feroit plus que fuffifant, fi la fuite de notre travail permettait de les mettre dans une prefTe, dès qu’ils font fermés, comme on y met ceux à
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- chaffis de bois : mais nos opérations ne nous permettent pas même de nous fervir des preffes ordinaires.
- Dès que le moule efl fermé, c’efl-à-dire, dès que fes deux moitiés font appliquées l’une contre l’autre , il faut les empêcher de pouvoir fe féparer. Le moyen dont on s’eft îervi pendant quelque temps, a été de lier , avec du fil de fer, le bout de chaque montant du chaffis fupérieur, avec celui du montant du chaffis inférieur qui lui correfpond. Cette méthode que les Ouvriers trouvoient commode & sûre , me déplaifoit par fa longueur ôc par la confommation du fil de fer ; car celui qu’on employoit pour chaque lien, qui étoit d’un grand nombre de tours, étoit perdu ; il avoit à foutenir un feu qui le brûloit.
- On maintenoit encore ces chaffis par le milieu, au moyen de deux chevilles de fer, dont chacune étoit rivée contre le milieu d’un montant, ôc entroit dans un piton rivé de même contre le chaffis inférieur. Les chevilles étoient percées d’un trou qui fe trou-voit au-deffous du piton ; une clavette étant engagée dans le trou, la cheville ne pouvoit plus fortir : mais ces chevilles, avec leurs pitons , n’avoient pas allez de folidité.
- En quelques circonflances, on a employé des brides qui embraffoient enfemble les deux bouts des montants que nous avons vû lier ci-deffus avec du hl de fer : on en a même employé qui embraffoient tout le moule , ôc il y a des cas ou on doit encore y recourir.
- Mais ce que j’ai trouvé de mieux pour les cas ordinaires pour tous les petits chaffis, c’efl de les arrêter au moyen d’efpeces de charnières. On peut n’en mettre que deux à chaque moule, y en mettre trois ôc même quatre à cinq, félon que fa grandeur l’exigera. Cette efpece de charnière, efl affez femblable à quelques fermoirs de livres. Elle efl compofée de trois charnons ; une plaque feule rivée contre un des chaffis fournit deux des charnons , Ôc une autre plaque rivée fur l’autre chaffis fournit l’autre, qui doit fe placer entre les deux précédentes. Au lieu que les charnons ordinaires , font enfilés par un fil de métal ; ceux-ci doivent laiffer paller une clavette plate, mais qui fe termine en pointe. Le charnon du milieu n’avance entre les deux autres, qu’autant qu’il y efl forcé par cette clavette qui gêne en même-temps le chaffis.
- L’emboîtement de nos chaffis efl un bon moyen pour empêcher les toiles de fe former dans les moules de grandeur commune. Mais je ne l’ai plus trouvé capable de produire le même effet, quand j’en fuis venu à faire jet-ter de grands ouvrages plats, comme des balcons de quatre pieds ôc demi ou de cinq
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- D'ADOUCIR LÈ FÈA FONDU.
- peds. Ces grandes pièces doivent être per-cées à jour, & extrêmement percées; c’eft ce qui leur donne un air de légéreté qu’on leur aime. On avoit eu foin que les modèles fuf-fent dans ce goût. Néanmoins les premiers balcons qui furent jettés fe trouvèrent tous pleins ; les intervalles qui dévoient refter entre les ornemens, étoient occupés par de maîtreffes toiles ; elles avoient communément l’épaiffeur du petit doigt, & fouvent davantage. On auroit* eu bien de la befogne s’il eût fallu évuider tout ce qui demandoit à l’être. Enfin, ces balcons avoient par-tout une épaiffeur confidérablement plus grande que celle du modèle. L’augmentation du volume du fer des chafïis n’étoit point ici la caufe de cette augmentation du vuide de l’intérieur du moule ; le defféchement du fable ne pouvoit pas non plus aller jufquesffà ; mais il me parut qu’il étoit produit principalement par la fonte qui entroit dans un moule pofé à plomb , que fa charge agiffoit puiffamment, pour écarter l’une de l’autre, les deux épaif-feurs du fable. Nous verrons dans la fuite , comme on remédie en partie à l’effort de cette charge en donnant au moule une pofi-tion fort inclinée. Mais ce qu’il y a de plus efficace , & ce qui l’eft indépendamment de toute pofition , c’eft d’affujettir, comme je fis faire , les deux parties du moule l’une contre l’autre en différents endroits , par de fortes vis. Alors le grand moule fe trouvoit tel que s’il eût été réellement partagé en plua fleurs petits. Les balcons & généralement toutes les pièces à jour, nous permettent de nous fervir de cet expédient. On marque fur le moule fix ou huit endroits, plus ou moins à volonté, vis-à-vis des endroits ou il eft plein, c’eft-à-dire , dans ceux qui doivent refter vuides dans l’ouvrage : là on le perce de part en part d’un trou capable de laiffer paffer un boulon, dont un bout eft en vis ; ces boulons fe trouvent efpacés également, ou avec l’inégalité quil convient pour réfifter plus proportionnellement à l’effort de la fonte. La tête de chaque boulon s’appuie immédiatement fur une plaque de fer de cinq à fix pouces en quarré , ôt de l’épaiffeur de quelques lignes, qui eft percée au milieu d’un trou qu’on pofe fur celui du moule où l’on veut faire palier le boulon. Sur l’ouverture du trou du moule qui eft du côté oppofé, eft une pareille plaque, au travers de laquelle le boulon paffe ; ainfi il eft aifé de voir qu’avec un écrou on va gêner en cet endroit, & fur une étendue de fix pouces en quarré, les deux parties du moule l’une contre l’autre , & de même dans tous les endroits qui font traverfés par les boulons.
- Il y a pourtant encore line petite méchant que à obferver dans la difpofition de ces bou-jlddition à la ^e, Seclio/i*
- Ions, Leur longueur eft telle que lés fîlets^dè leur vis les plus proches de leur tête fe trouvent éloignés de plus de fix à fept pouces de la furface du moule ; & cela, afin que l’écrou ne preffe pas immédiatement la plaque : elle en eft éloignée des fix à fept pouces dont nous venons de parler. On fait paffer cette partie du boulon dans un canon de fer ; êt c’eft en ferrant ce canon, que l’écrou ferre là! plaque de fer & le moule. La raifon de cette difpofition ne peut être bien entendue que lo'rfque nous verrons comment on chauffe les moules ; elle fert à ménager les filets des vis ; elle empêche qu’ils ne fe trouvent dans le feu pendant qu’il agit fur les moules ; enfin elle donne la facilité de preffer, de rapprocher les unes contre les autres, les parties d’un moule qui eft au milieu d’un brafier.
- Des moules encore d’une grandeur confia dérable font ceux de ces grands vafes , chargés d’ornemens comme ceux de bronze, & deftinés de même à l’embelliffement des Jardins : outre le prix de la matière, ceux de bronze font chers,parcequ’on les moule ordinairement en cire perdue* Nous avons cherché à faire mouler ceux de fer en des chafïis * comme on y moule tant d’autres ouvrages* Ges chafïis font un objet de dépenfe : fi leur conftrudion ne différé de celle des autres * qu’autant que la forme des vafes le demande \ alors ils doivent être faits d’un fer dont la largeur excede au moins de trois pouces le plus grand demi-diametre du vafe : cette largeur pourtant ne leur eft pas néceffaire fut toute leur longueur; les vafes ont plus de diamètre à leur embouchure, ou un peu au-deffous, que vers leur pied. On fera forger le fer de façon qu’il foit plus étroit à un de fes bouts qu’à l’autre, dans la proportion que les différences du plus grand & du plus petit dia* métré du vafe le peuvent permettre ; les tra-verfes qui affembleront les deux montants du chafïis feront auffi inégales que la même proportion : au lieu que les autres moules font des paralléiipipedes, ceux-ci font des pyra* mides tronquées à bafe re&angie.
- Au lieu d’employer du fer fi large qui Coûs te cher à forger, on peut en employer de la moitié plus étroit. Deux pièces affemblées , comme le font celles de divers ouvrages de tôle, & celles des grandes chaudières de euh vre tiendront lieu d’une piece double.
- Mais ce qui m’a paru de mieux pouf CCS fortes de chaffis, que les premiers dont on a fait ufage, c’eft de ne point s’embarraffer de les faire pleins ; on les fera à jour comme des grilles ; on les compofera de forts montants affemblés d’efpace en efpace par des traver5 fes. J’aVois appréhendé que cette conftruc-tion ne permît pas de bien battre le fable des moules 3 qu’il ne s’échapât fous les coups dû
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- maillets ; mais ïâboteüic, tenace & comme il eft, il foutient l’effort dans la preflion verti* cale, fans prefque s’écarter horizontalement ; àufli n’a-t-on point eubefoin de fe fervir du re-mede que j’avois donné pour empêcher le fable de fuir. Il conMôit à appliquer & affujet-tir contre le? côtés du chaftis , des planches de bois , comme on y en met une deffous, pendant qu* on y moule l’ouvrage.
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- Heureufement que les toiles ne font pas k-craindre dans ces fortes de moules, comme dans ceux des balcons ; il ne feroit pas auflb aifé de les affujettir avec des vis : il fufïk de les bien lier avec de bonnes brides. Celles quon emploie font fortes ; mais elles ne demandent pas grande façon : ce n’eft qu’un morceau de fer recourbé à chaque bout.
- Fin du cinquième Mémoire*
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- SIXIEME MEMOIRE»
- Des fourneaux propres à chauffer ou recuire les moules de fable > comment il faut recuire les moules de terre, & les mettre en état des
- recuits.
- N Ous avons vû que îlen ne contribué plus à la bonne ou à la mauvaife réuflite de nos ouvrages, que le dégré de chaleur des moules. De la fonte excellente deviendra dure , fi elle entre dans iin moule peu chaud ;
- Ôc de la fonte très-médiocre reçue dans un moule extrêmement chaud, fe trouvera lima* ble. Quoique de chauffer des moules, foit en apparence une opération affez fimple, elle ne l’eft plus autant quand on veut en venir à la pratique , quand on a à chauffer une grande quantité de( moules à la fois, qu’on a à en chauffer de toutes figures ôc de toutes grandeurs : un moule feul à chauffer offriroit des difficultés. Malgré les différentes maniérés dont nous avons affujetti les chaffis enfem-ble, le feu n’agira pas long-temps deffus fans les faire tourmenter. Ils s’entrouvriront en quelques endroits,par où ils laifferont échapper la fonte qu’ils devroient retenir. C’eft ce qui ni’eft arrivé dans mes premiers effais , & qui n arriveroit point fi nous pouvions mettre nos moules dans des preffes , comme les Fondeurs ordinaires mettent les leurs. Ici, il nous les faudroit de fer ; mais elles ne pour*-roient être bonnes , que pour qui voudroit jetter quelques pièces par curiofité, Ôc fans s’embarraffer des frais : elles ne fçauroient être d’ufage dans un travail continu 6c varié. La feule vue qui me parut être à fuivre, fut celle d’avoir des fourneaux où l’on chauffât à la fois un grand nombre de moules , Ôc où ils fuffent ferrés comme dans une efpece de preffe.
- L’intérieur du premier que j’imaginai de conftruire, étoit une cavité quarrée longue, entourée de murs de brique* Les moules y étoient pofés verticalement & appliqués les uns contre les autres, comme le font les livres rangés fur une tablette. Le premier touchoit immédiatement un des bouts du fourneau ; le dernier étoit peu éloigné de l’autre bout. Contre celle de ces faces, qui en étoit le plus proche, on appliquoit une plaque de fer fondu ou de fer forgé , qui lui étoit égale en dimenfions. Le peu d’efpace qui reftoit entre cette plaque ôc le bout du fourneau, étoit rempli par du fable détrempé , 6c par des tuileaux qu’ou faifoit entrer
- à force. Ces tuileaux tenoient lieu de coins > pour preffer enfemble tous les moules les uns contre les autres. Entre cette file dé moules ôc chaque côté du fourneau, il reftoit un efpace d’environ deux pouces 6c demi deftiné à recevoir le charbon : On les en re-couvroit auffi par-deffus» On pouvoit encore les chauffer par*deffous ; les traverfes inférieures des moules n’étoient foutenues qu’en quelques endroits ; une grille de barres dé fer pouvoit leur fervir d’appuis ; je leur en fis donner encore un d’une autre forme, en faifant bâtir le long de chaque côté du fourneau une petite banquette, fur chacune def-quelles portait une partie du moule : au** deffous de ces moules, il reftoit un efpacè où l’on pouvoit mettre , foit du bois, foit du charbon.
- Cette difpofition eft fimple ; ce n’eft mêmê que fa fimplicité qui m’a engagé d’en parler $ parce qu’il y â des circonftances où on ÿ pourra avoir recours : mais elle a fes inconvénients ; de la façon dont les moules y font chauffés, ils n’expofent chacun qu’une petite furface à l’aêfion du feu; La chaleur a loin de toutes parts, avant d’avoir gagné jufqu’au centre ; ainfi ils chauffent lentement : d’ailleurs, les chaffis feuls foutienneni l’aêtion immédiate du feu, Ôc s’en ufent plus
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- vite.
- C’eft la pratique ordinaire des Fondeurs y qui m’avoit conduit à difpofer ainfi les moules ; les preffes dans lefquelles ils mettent les leurs, les ferrent par-tout, 6c j’avois voulu que les miens le fuffent de même. Mais je penfai depuis , que la preffion pourroit bien n’être néceffaire que pour maintenir les chaffis l’un contre l’autre ; que celle qui tombe fur le fable, étoit inutile dans les pe* tits moules ; que le fable même du moulé ceffe d’être preffé, fi on le fait chauffer juf-qu’à un certain point ; car les chaffis s’étendent , 6c au contraire le fable qui a été mis humide dans le moule, en s’échauffant, fe re3 tire ; loin d’acquérir du volume, il en perd \ ainfi il ne tend nullement à fortir dès chaffis i il n’a donc nul befoin d’y être maintenu. Lé fable encore humide, comme il l’eft dans les moules des Fondeurs ordinaires, ne réfifte-roit pas à l’impétuofité du liquide qu’on ÿ
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- verfe , 'au lieu que notre fable fe cuit ôc prend la confiftance des parois d’un creufet. L’expérience s’eft accordée avec ce raifon-németit ; les petits moules confervent parfaitement leur forme, pourvu que les chaffis, ôc pourvu même que trois de leurs côtés foient bien affujettis les uns contre les autres.
- Suivant cette idée, je fis conftruire un fourneau qui, comme ceux que nous avons employés à la converfion du fer en acier, ou à l’adouciflement de la fonte, avoit des couliffes verticales réfervées dans les faces intérieures de fes côtés : chacune de celles d’un côté, étoit vis-à-vis une de celles de l’autre côté. Leur largeur étoit au moins égale à répailTeur d’un moule ; deux de ces couliffes enfemble fervoient à le maintenir. La diftan-Ce de l’une à l’autre, étoit plus petite d’environ un pouce ôc demi que la largeur du moule, ôc elles avoient chacune autant de hauteur que ce moule ; ainfi étant pofé dans deux couliffes, leurs bords étoient recouverts de chaque côté d’environ trois quarts de pouces. Le bas de ce même moule étoit reçu dans une troifieme couliffe, qui fer-voit de fond au fourneau. Elles étoient chacune plus larges que ce moule , afin qu’il s’y logeât fans peine ; mais enfuite on rempliffoit avec de la terre ôc des tuileaux qu’on fai-foit entrer à force, les vuides qui pouvoient y refter : ainfi trois des côtés du moule fe trouvoient gênés, comme s’ils euffent été dans une preffe.
- Un autre moule étoit femblablement pofé dans trois autres couliffes. La diftance entre celles-ci ôc les précédentes, ou, ce qui eft la même chofe, le vuide qui reftoit entre les deux moules , étoit le foyer ou la cheminée où l’on mettoit le charbon qui, étant allumé, échauffoit une des faces de chaque moule. On ménageoit dans les murs les ouvertures néceffaires, pour donner entrée à l’air qui devoit fouffler fur les charbons. On peut allonger à volonté un tel fourneau, de par conféquent le rendre capable de contenir telle quantité de moules qu’on voudra qui y peuvent être rougis affez vite. Mais il n’eft pas aifé de les en retirer aufli-tôt qu’ils ont été remplis ; il y a de la difficulté à les dégager des couliffes où ils ont été en quelque forte maçonnés ; quoique même on les en retire froids ; fouvent on abat les bords des couliffes , ou au moins on les fatigue beaucoup : il y a trop fouvent à y refaire ; de forte qu’après avoir fait faire ufage de ce fourneau pendant quelque temps , ôc après y avoir fait faire diverfes additions qui don-noient néanmoins des facilités pour en retirer les moules, fans trop ébranler les couliffes , je confeillai de l’abandonner pour un autre, dont j’imaginai la conftruêtion telle
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- que les moules font chauffés plus vite, cjuils peuvent être arrangés en moins de temps , ôc qu’on les en retire encore plus aifément < qu’on ne les y arrange : c’eft auffi celui dont on avoit enfin adopté l’ufage à la Manu* faêhire de Cône. Peut-être néanmoins n’a* t-il pas été inutile de rapporter la conftruc-tion de l’autre, quand ce ne feroit que pour., empêcher qu’on n’y revienne : j’ai vu même dans cette Manufacture, qu’on a tenté de fe fervir de certains fourneaux que l’expérience m’avoit déjà montrés n’être pas convenables* Celui auquel on s’eft arrêté en dernier lieu, eft parfaitement femblable àu premier que nous avons décrit. Il ne confifte qu’en quatre murs de brique, qui renferment un efpace quarté long. Ses mefures doivent être déterminées par la quantité des moules qu’on y voudra chauffer à la fois, par la largeur ôc la hauteur de ces moules ; pour leur épaiffeur, ici elle eft indifférente ; tout le changement quelle peut apporter, c’eft qu’on y en mettra moins lorfqu’ils feront plus épais. Ils feront tous placés verticalement, comme nous les avons vus dans les autres fourneaux. La lar-geur intérieure de celui-ci ou la diftance d’un de fes côtés à l’autre , furpaffera d’environ cinq pouces la largeur de chaque moule ; Ôc la hauteur de fes murs furpaffera celle de chaque moule d’environ fix a fept pouces. Il y aura ici, comme dans le premier fourneau , le long de chacun de fes côtés, une banquette haute de fix à fept pouces, qui aura pour largeur celle d’une brique. Dans une Manufacture , on lui donnera affez d’étendue pour contenir au moins vingt-cinq moules de l’é-paiffeur de ceux des Fondeurs ordinaires en fable ; ôc fi l’on veut, ôc fi le terrein le permet , on lui en donnera l’étendue néceffaire, pour en contenir le double ou le triple.
- Sa conftruêlion eft fi fimple, quelle eft déjà décrite, à quelques jours près, qu’on doit réferver dans les murs, ôc dont la pofi-tion pourra être déterminée plus clairement dans la fuite, quelle ne le feroit à préfent.
- Tout l’artifice ici confifte dans l’arrangement des moules ; ils y doivent être placés, comme ceux que nous avons mis dans des couliffes. Mais ces couliffes de nouvelle efi pece font mobiles ; elles fe font fur le champ au moyen de pièces de fonte qui ont été moulées de la figure ôc de la grandeur convenables. Pour cela, il faut trois fortes de pièces. Difpofons un moule dans le fourneau, ôc nous verrons en même temps la figure ôc les dimenfions qui conviennent à ces pièces. Le moule qui fera placé le premier, doit toujours être mis près d’un des bouts du fourneau ; n’importe contre lequel. Avant de l’y arranger, on couche horifontalement une piece qui eft la moins fimple des trois que nous avons à faire çonnoître. Sa longueur
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- D'ADOUCIR LE
- ne doit être guère moindre que la largeur du fourneau ; elle eft plate par-deffous ; elle eft portée par nos deux banquettes. De chaque côté, elle a un rebord haut de quinze à feizelignesj ôc épais de trois à quatre lignes, qui fe termine de part & d’autre à environ trois pouces de chaque bout. Nous appelions ces pièces des coulijfes ou des gouttières ; ou elles n’ont point de rebord, elles ne font épaiffes que d’environ quatre à cinq lignes. Sur chaque bout de cette couliffe, on pofe à plomb une des fécondés pièces de fonte ; je nomme celles-ci des piliers ; ce font de Amples paralléiipipedes,dont la hauteur eft égale a celle des moules, dont la largeur eft de trois pouces, c’eft-à-dire, égale à la longueur du bout de la couliffe qui eft fans rebord, ôc dont Pépaiffeur eft égale à la largeur de la couliffe ou gouttière, c’eft-à-dire, d’environ deux pouces ôc demi*
- La couliffe étant pofée contre le bout du fourneau, ôc les deux piliers étant dreffés fur les deux bouts de la couliffe, on pofe la troi-fieme piece ; celle-ci n’eft qu’une plaque de fonte coupée quarrément, dont la longueur ôc Pépaiffeur font égales à celles du fond de la couliffe, comme fa largeur eft égale à l’é-paiffeur du moule qu’on veut placer : nous l’appellerons un fond.
- Sur cette plaque quarrée, fur ce fond, on étend une couche de lut épaiffe au moins d’un demi-pouce, qui eft le lit fur lequel on dreffe le moule. Par cette difpofition, un des bords de la couliffe recouvre le moule par en-bas, & les deux piliers le recouvrent le long de fes montants. Ainfi, les jon&ions du fable , avec la traverfe inférieure Ôc les deux montants d’un chaffis, font recouverts. Pour recouvrir pareillement celles de l’autre chaffis, il ne refte qu’à mettre une autre fécondé couliffe, pereille à la première, de l’autre côté du moule, ôc élever fur les deux bouts de celle-ci deux piliers.
- Alors l’arrangement du premier moule eft fini ; tout eft même dilpofé pour qu’on en puiffe placer un fécond : car il n’y a qu’à mettre un fécond fond, ou une fécondé plaque avec fa couche de lut, ôc pofer le fécond moule fur ce fond; les mêmes piliers, la même couliffe qui recouvrent les bords d’une face du premier, recouvrent les bords de celle des faces du fécond qui eft tournée vers la précédente.
- On n’a qu’à continuer précifément cet arrangement, jufqu’à ce que le fourneau foit rempli. Quand il l’eft, entre chacun des deux derniers piliers ôc le bout de ce fourneau, on fait entrer la pointe d’un coin de groffeur proportionnée à l’efpace qui refte ; on en a de rechange ; on les enfonce en frappant deffus a petits coups : leur preiïion fe communique du pilier au moule, ôc ainft fucceffi-Addition à la f. Section.
- FER FONDU.
- vement tous les moules fe trouvent gênés.
- Quand le fourneau n’eft pas fort long, ces deux coins fuffifent pour tenir tout bien affujetti. Pour rendre pourtant la preiïion plus égale, on peut introduire horifontale-ment deux autres coins , qui ferreront les deux derniers piliers par le bas, comme les deux premiers coins les ferrent par en-haut : on réferve au mur du fourneau deux trous pour les laiffer entrer.
- Si la file des moules eft longue, ôc que la relïion faite fur les premiers fe trouve affoi-lie en chemin par les réfiftances quelle rencontre avant d’être arrivée aux derniers, ou même à ceux du milieu , on introduira d’autres coins dans les endroits où on le jugera le plus convenable ; mais on doit avoir déterminé ces endroits pendant qu’on arrangeoit les moules. Chaque pilier fera compofé du haut en bas de deux pièces qui n’auront chacune qu’à peu près la moitié de l’épaiffeur d’un pilier ordinaire. Dans chacun de ces piliers di-vifés, on introduira un coin ; l’introdu&ion fera plus facile, fi les deux piliers font chacun un peu entaillés vers le milieu de leur bout fupérieur. On pourroit mettre de ces piliers de deux pièces de cinq moules en cinq moules*
- Il n’y a que les traverfes fupérieures de nos moules qui ne fe trouvent gênées que par les bouts ; mais tout le refte étant maintenu, le moule ne fçauroit s’entr’ouvrir , ôc ces traverfes ne peuvent guere fe tourmenter. Si on veut cependant les arrêter plus folidement, il n’y a qu’à mettre un gros coin à la hauteur de ces traverfes, ôc précifément à leur milieu ; ce coin entrera précifément dans l’efpace qui refte entre deux moules*
- Les faces oppofées dé deux moules , Ôc les piliers qui font entre eux, forment une efpe-ce de foyer ou de cheminée qu’on remplit de charbon : fi on a préfenté les mefures que nous avons données, à la largeur du fourneau , on verra qu’il refte entre chacune des parois de fes côtés , ôc les moules ôc piliers , un vuide d’environ deux pouces ou deux pouces Ôc demi ; ces deux capacités font auflï deftinées à recevoir du charbon qui doit chauffer les petites faces de chaque moule, ou celles qui font recouvertes entièrement par les chaffis.
- Nous avons à ajouter à la defcription que nous avons faite des pièces appellés Coulif fes, qui recouvrent le bas dès moules , que la partie comprife entre leurs rebords, eft percée de divers trous, ou pour le mieux, d’un feul oblong auffi grand que la pièce peut le permettre. C’eft par ces trous que fe rend dans le fourneau partie de l’air qui doit allumer les charbons contenus dans chacune de ces capacités formées par les grandes faces de deux moules, ôc par les piliers ; les murs
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- NOUVEL ART
- du fourneau ont plufieurs ouvertures à fleur de terre, qui donnent la première entrée à cet air; il pafle dans le cendrier, & de-là remonte par les trous des coulifles.
- Les murs des fourneaux ont encore d’autres ouvertures plus petites, diftribuées les unes au-deflus des autres en deux ou trois rangs : par celles-ci, entre l’air qui agit fur les charbons de deux longues capacités formées par les parois du fourneau,les chaflis & les piliers. Une partie de cet air pénétré même jufques aux charbons qui font entre deux moules ; il augmente l’effet de celui qui vient par les cou-liflfes ; il rencontre des paflages au travers des piliers quon a foin de tenir percés de divers trous, élevés les uns au-deflus des autres; les trous foit des coulifles, foit des piliers, n’en-chériffent pas la façon de ces pièces ; elles les ont en fortant du moule, parceque le modèle qui fert à les jetter, eft lui-même percé.
- Au refte, on eft maître de modérer Taêtivité du feu, & de la modérer dans quels endroits, & à quelle hauteur du fourneau qu’on veut , & cela en bouchant les trous , ou partie des trous qui y répondent; on a des bouchons tout préparés. Les moules épais demandent à être plus chauffés que les minces ; & quoique les uns & les autres foient dans le même fourneau , on leur donnera par-là les degrés inégaux de feu qui leur conviennent.
- Après que les moules font arrangés dans le fourneau, avant d’y mettre du charbon, on lutera les chaflis par-tout où ils font à découvert ; cette précaution contribue à les rendre plus durables : on peut même les enduire avant de les mettre en place, & alors on ne manquera pas d’étendre le lut fur les bords du fable; fl même le fable du moule n’eft pas de nature à prendre beaucoup de conflftance, on enduira le moule en entier de lut.
- Une remarque que nous ne devons pas oublier, & que nous n’avons faite qu’après qu’on a eu travaillé quelque tems, c’eft que malgré la fujétion de nos chaflis , quand les pièces qu’on doit y couler font fortes, il s’y produit des toiles ; les deux épaiffeurs du fable n’étant foutenues que par leurs bords , elles cedent de quelque chofe à l’effort de la fonte qui entre dans le moule : il ne faut que foutenir le moule dans le milieu, ( je parle de ceux de grandeur ordinaire, ) pour empêcher tout écartement fenfible du fable. Pour cela on applique un morceau de fer plat de deux ou trois pouces en quarré, contre le milieu d’une face d’un moule, autant contre celle du moule qui en eft le plus proche : entre ces deux plaques on fait entrer un coin ; il peut être de fer, ou de terre cuite; ainfi les milieux des deux moules font arc-boutés fur une des faces. La même manœuvre pratiquée fur les deux faces de chaque moule, fert à les main-
- tenir tous autant folidement, qu’il en eft de befoin. Toutes ces petites opérations font au refte plus longues à décrire quà exécuter.
- Dans la difpofltion du fourneau que nous avons décrit, les charbons entourent les moules de toutes parts , excepté par-deflous ; ils peuvent y chauffer vite : mais peut-être perdra-t-on volontiers quelque chofe fur la promptitude du recuit, en confidération d’autres avantages , quoique la pratique précédente ait été celle d’une année entière. J’ai-merois mieux que le fourneau de recuit fut plus étroit ; qu’entre le mur ôt les chaflis il ne reftât pas affez de place, pour recevoir les charbons ; & en un mot qu’il n’y eût que le jeu néceffaire pour faire entrer le chaflis. Les charbons qui font entre les chaflis & le mur du fourneau, fatiguent extrêmement les chaflis ; ils en abrègent confidérablement la durée ; ils les brûlent ; d’ailleurs ils font voiler leurs montants, ce qui force tout le refte : dès qu’il ne reliera plus d’efpace pour les charbons entre le chaflis & le mur, on remplira le petit intervalle qui y fera avec du lut ôc des tuileaux. Alors le feu n’attaquera jamais les chaflis immédiatement ; ils ne pourront plus fe voiler : la durée du recuit fera un peu plus longue ; mais la confommation du charbon n’en fera pas plus grande. Cependant fl on veut conferver le long foyer, qu’on arcbou-te au moins les montants de chaque chaflis vers leur milieu, avec quelque morceau de tuileau ou de brique entrée à force.
- Avant d’allumer le feu dans le fourneau , il refte encore une petite façon ; c’eft de fermer l’embouchure du moule qui doit donner entrée à la fonte, & qui n’en doit pas donner à la cendre & aux petits charbons ; d’abord on fe fervoit de petits bouchons de terre cuite, dont la forme n’avoit rien de fingulier; depuis je leur en ai faitfubftituer d’autres. Ceux-ci n’entrent point dans le trou ; ils ont une ba-fe circulaire qu’on lute autour de l’embouchure du moule, au-deflus duquel le refte de ce couvercle s’élève & s’arrondit en forme de boule creufe, de deux ou trois pouces de diamètre. Cette boule eft percée comme un arrofoir d’un grand nombre de trous fl petits , qu’il n’y a pas à craindre qu’ils donnent entrée dans le moule à des corps qui pourraient en altérer la forme ; mais ils font afîez grands pourlaifler évaporer l’humidité du fable , qui autrement auroit peine à s’échapper de l’intérieur du moule.
- Dès que les moules font garnis de leurs bouchons , on peut remplir de charbon tout le fourneau; une partie de leur chaleur fe dif-fiperoit inutilement, fi l’air extérieur agifloit par-deflus avec trop de liberté, fl on ne don-noit pas des couvercles au fourneau : je dis des couvercles ; car fa longueur eft telle, que fi on ne lui en donnoit qu’un feul, il ne ferait
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- &ADOUCIR LE pas maniable : je lui en fais donner un grand nombre , ôt prefqu’autant que de moules. Chaque couvercle n’eft qu’une plaque de fonte un peu plus longue que l’intérieur du fourneau n’eft large ; elle a pouces de largeur ; elle porte en-deflus deux anneaux de fer forgé , qu’on a eu foin d’engager dans le moule où elle a été coulée : ils donnent une prife commode au ringard toutes les fois qu’on veut ôter ou remettre le couvercle : ils peuvent être chacun percés de plufieurs trous ; mais il vaut peut-être autant les tenir pleins : on biffe entre deux couvercles le vuide qu’on juge néceffaire pour faire bien allumer les charbons; on l’augmente ou diminue à volonté en approchant ou en écartant les couvercles les uns des autres.
- Ce ne font que des petits moules que nous avons mis jufques ici dans les fourneaux de recuit : les grands demandent une attention particulière. Le moule d’un balcon de y pieds porte près -de fix pieds de longueur , ôt plus de trois de largeur , fur environ pouces d’é-paiffeur. La difficulté feule de manier, d’enlever, de retourner une maffe de fable 11 confidérable,avec les pefants chaffis dont elle eft armée,eft quelque chofe ; ôt cela,parceque les ébranlemens violents peuvent déranger l’intérieur du moule : mais le difficile eft, ou il a été d’abord , de bien affujettir un pareil moule dans un fourneau de recuit, ôt de l’y gêner du haut en bas , dans les endroits néceffaires. Un tel moule mérite bien feul fon fourneau ; mais comme la profondeur en feroit conlîdérable, s’il étoit conftruit fur les principes des autres , on feroit obligé de laiffer d’affez grands efpaces entre le balcon ôt le mur, pour avoir la liberté de le gêner fur différens endroits de fa longueur ôt de fa hauteur ; il s’y feroit une grande confomma-tion de charbon inutile. On brife, on renver-fe les murs du fourneau, quand on veut y mettre ou en ôter ce moule ; c’eft ce que j’ai éprouvé quand j’ai voulu faire jetter des balcons mis en recuit, dans des fourneaux fem-blables à ceux de nos petits moules, & ce qui m’a contraint à en imaginer d’une autre forme : heureufement il s’en eft préfenté une qui fatisfait à tout ce qu’on peut defirer. Le fourneau n’eft qu’une efpece de pupitre ou une table inclinée fous un angle d’environ 4 y degrés, auffi longue ôc de quelque chofe de plus que le moule, & auffi de quelque chofe de plus large : ce font les lignes fur lefquelles nous prenons fa largeur, qui font inclinées à l’horizon : pour mettre le moule de balcon en recuit, on n’a qu’à le coucher fur cette table. Ne nous arrêtons point encore à voir comment agiffent les cordes qui l’élevent ôt le biffent conduire ; il fuffit qu’on remarque qu’il ne rencontrera rien qui puiffe l’empêcher d’être couché fur cette table : elle fait le four-
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- neau, ou elle en fait au moins b moitié. Pour apprendre comment elle le fait, nous ne devons plus 1a biffer regarder comme un fim-ple pian incliné ; nous devons ajouter que fur ce plan , font arrangées des pièces de fonte parallèlement les unes aux autres , ôt parallèlement aux bouts de ce plan, ou à fes côtés inclinés ; elles les égalent en longueur: elles ont environ deux pouces ôt demi d’épaiffeur ; 1a diftance qui eft entr’elles eft d’environ cinq à fix pouces ; les ouvriers leur ont donné le nom àe piliers, ôt nous le leur conferverons. C’eft fur ces piliers, qu’on couche immédiatement le moule du balcon ; chaque efpace entre deux piliers, eft un foyer ménagé pour recevoir le charbon ; on le met par l’ouverture fupérieure : l’inclinaifon du plan lui donne de la difpofition à defcendre ; il le fait de temps en temps par fon propre poids ; mais auffi de temps en temps on le pouffe avec une verge de fer.
- Il n’y a que 1a moitié de notre fourneau de faite ; mais l’autre ne fera pas difficile à finir : le deffus-même du moule va tenir lieu de table; on y arrange des piliers précifément vis-à-vis ceux qui le portent ; on couvre enfuite ces piliers avec des plaques de fonte ; Ôt dès-lors , on a des foyers bâtis fur 1a furface fupérieure du moule, comme on en a fous b fur-face inférieure. On eft en état de chauffer également ce moule des deux côtés.
- Les premiers fourneaux de cette efpece qui ont été conftruits, avoient pour bafe trois murs bâtis parallèlement les uns aux autres , avec l’inclinaifon néceffaire. L’efpace étoit partagé également par celui du milieu ; fur ces murs étaient couchées des barres de fer quarré , fur lefquelles on arrangeoit des briques à plat ; d’autres pofées de champ entre celles-ci, formoient des piliers, ou cloifons des foyers ; mais qui veut les fourneaux de cette efpèce durables, fera b table avec des plaques de fonte, comme nous avons déjà dit qu’011 en devoit faire les piliers ; b dé-penfe même de 1a conftruêlion en fera diminuée ; on épargnera les barres de fer quarré qui fervent de fupport aux briques ; les plaques feront moulées avec les piliers.
- Auprès du fourneau où l’on veut recuire de grands moules, doit être une place libre, où l’on faffe ces moules, pour épargner la peine du tranfport, Ôt le rifque de les trop fatiguer ; 1a peine même de les retourner, de les ouvrir & de les fermer,feroit confidérable, fi tout cela fe faifoit à force de bras : une machine rend ces manœuvres de force aiféé ; une efpece de grue m’a paru celle dont l’u-fage étoit le plus limple ôt le plus commode. La même fert non-feulement à faire le moule, Ôt à le mettre dans un fourneau de recuit ; mais elle peut fervir pour les opérations à quatre différents fourneaux, pourvu
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- quon lui donne un bras d’environ 12 pieds de longueur. Il eft porté par un arbre qui tourne fur deux pivots. Cet arbre pourroit avoir un pied, un batts, comme les grues ordinaires, qui mettroit en état de la faire marcher dans tout lattelier; mais il m’a paru qu’il valoit mieux multiplier les grues fixes que d’en avoir une mobile, qui feule embarralfe plus que plu-fieurs des autres.
- Ce feroit s’arrêter à ce qui n a rien de par-ticulier à notre Art, que de décrire comment avec des leviers on fait tourner un tour qui eft porté par l’arbre de la grue, comment s’y dévidé la corde qui palfe fur la poulie du bras de la grue. Il n’eft pas même trop né-celfaire de voir comment on attache cette corde au moule, au moyen de diverfes autres cordes. Nous ferons feulement remar-• quer que pour faciliter cette opération, il y a aux coins des chalfis des anneaux mobiles , dans des pitons rivés fur ces chalfis ; toujours voit-on que le moule étant liifpendu en l’air, il eft aifé de le conduire, de le coucher & le bien ajufter fur le fourneau de recuit.
- Un avantage de ces fourneaux inclinés, c’eft que le moule peut y être autant mis en prefife, qu’on veut ; car on peut le charger de poids à volonté, après que la couverture fupérieure a été mife : dans un attelier où l’on fond, on ne manque pas de poids. J’ai fait quelquefois charger un moule de balcons de plufieurs milliers ; mais les vis dont ils font liés,exemptent de leur donner de fi grandes charges. Nous avons dit que ces vis paf-foient dans un canon ; fa longueur fait voir qu’il doit fe trouver en-delfus. En plaçant les piliers & la couverture, on ménage des places aux canons de ces vis ; elles fe trouvent en-dehors du feu ; elles ne font pas en rifque de fe brûler : ôt on peut les ferrer pendant que le moule recuit, fi 011 le juge néceffaire.
- Il eft évident que la fonte qui entre dans un moule incliné, ne fait pas autant d’effort pour écarter l’une de l’autre les deux moitiés du moule, que celle qui entre dans un moule vertical. Il y a donc moins à craindre quelle ne s’ouvre des palfages entre les deux chalfis pour s’échapper , ôt de même quelle n’agrandilfe des vuides où fe forme-roient les toiles.
- Les panneaux de balcons, comme les balcons entiers, peuvent s’arranger dans ces fortes de fourneaux ; on pourroit, ôt il y au-roit de l’épargne, avoir un fourneau conftruit de maniéré qu’on y arrangeroit plufieurs balcons les uns fur les autres. Les piliers fupé-rieurs ayant été placés fur le premier moule, on coucheroit le fécond fur ces piliers, comme on couche le premier fur ceux de la table. Seulement faudroit-il avoir attention, que le deuxieme moule ne cachât pas les
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- embouchures du premier ; qu’il montât un peu moins haut, par conféquent qu’il def-cendît un peu plus bas : ce qui engageroit à augmenter de quelque chofe la hauteur du fourneau.
- Les moules des grands balcons ont ordinairement deux embouchures pour recevoir la fonte, ôt trois évents. Il eft plus commode de verfer dans une embouchure , dont le plan eft horifontal, que dans une dont le plan eft incliné. Afin que les embouchures des jetsfe trouvaient horifontales, ou à peu-près, malgré l’inclinaifon du fourneau , j’ai fait alfembler un des montants de chaque chalfis, avec fes traverfes, dans l’inclinaifon approchante de celle de la table ou fourneau , avec fon plan horifontal.
- Les moules des grands vafes peuvent, comme ceux des balcons, être mis dans des recuits inclinés cependant, comme les toiles y font moins à craindre, parce que les furfaces qu’ils oppofent à l’impétuofité de la fonte ne font pas des plans, l’effort du liquide n’eft pas aulfi puilfant, pour écarter les malfes de fable, qui d’ailleurs, font plus confidérables par rapport à leur étendue ; de forte qu’on peut fort bien couler droits les moules de vafes. On les pofe fur leur bafe, qui doit être portée par une grille, fous laquelle il y ait du charbon. Trois murs élevés autour de cette grille, forment le corps du fourneau. Une de ces faces refte ouverte, afin que le moule y puifle être introduit, ôc en puilfe être retiré plus facilement.
- Quand il eft bien en place, on bâtit le quatrième mur, ce qui n’eft pas un ouvrage long : mais il eft plus court de boucher cette partie avec une plaque de fonte.
- J’aimerois mieux encore qu’on conftruisît en entier les quatre faces de ce fourneau , avec quatre plaques de fonte ; les mêmes pourroient s’ajufter fur le champ, pour former des fourneaux de différentes grandeurs \ on pourroit les incliner plus ou moins , félon que le moule à recuire le demanderoit. Des pitons de fer engagés dans ces montants en différents endroits, dans lefquels on pourroit faire entrer des crochets, fuffiroient pour tout cela, ce qui fe pourroit exécuter de bien d’autres maniérés.
- Les moules de terre ne font guere d’ufa-ge que pour des ouvrages de formes fim-ples, telles que celles qui tiennent des vafes ou des cloches, ôt qui n’ont d’autres ornements que ceux qu’on peut donner fur un tour ordinaire. Notre objet ôt notre delfein ne font pas de fuivre le travail de cette forte de moulerie ; nous voulons feulement apprendre , comment on peut recuire les moules de terre ; nous prendrons pour exemple, ceux de l’efpece la plus commune ôt la plus utile, les moules de marmites. Ils fe font fur
- le tour ;
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- le cour ; ils font compofés de deux parties, d’un noyau qui occupe l’intérieur du moule,
- & d’une chape qui en eft la partie extérieure, Entre la châpe & le noyau, eft le vuide qui a la forme de marmite , fefpace que le métal doit remplir. Pour lui donner entrée , la châpe fe termine par un long col, affez reffem-blant à celui de quelques bouteilles ; aufîi la figure extérieure de ce moule approche affez de celles de certaines cruches de terre.
- Ils font faits d’une terre franche , paitrie en une certaine proportion avec du crotin de cheval ; les Mouleurs les font fécher, & même un peu cuire , avant de fonger à les mettre en place pour y couler la fonte. Leur châpe eft affez mince ; fa force n’eft pas fuffifante pour foutenir le poids de ce pé-fant fluide ; il fe feroit aifément des paffages pour s’écouler : il n’eft pas poffible de foutenir de pareils moules dans une preffe ordinaire ; mais on en a imaginé une plus fimple très-commode. Un épais lit de fable étendu dans l’attelier, en fait les fondions ; on creu-fe dans ce fable ; on y enterre les moules, de façon qu’il n’y a à découvert qu’une portion de cette efpece de col où eft l’embouchure du jet. Ce fable bien preffé , bien tapé autour du moule, le foutient de toutes parts : il met fa châpe mince en état de réfifter parfaitement à la fonte.
- J’ai eu grand regret de me voir forcé à renoncer à cette façon commode de maintenir les moules. Mais l’expérience m’a appris qu’on ne pouvoit les chauffer au point de devenir rouges , pendant qu’ils étoient enterrés dans le fable , fans s’engager à une dépenfe que les ouvrages ne peuvent guere porter. J’ai mis le fable dans des efpeces de caiffes de tôle, qu’on chauffoit par-deffous : mais c’en eft trop d’avoir à chauffer la malle de fable avec les moules.
- D’entreprendre de fortifier ces moules avec des liens ou des frettes de fer , ne m’a pas paru un expédient fuffifant ; on ne fçau-roit en multiplier affez le nombre ; la châpe fe trouveroit trop foible où elles manque-roient : d’ailleurs, ces moules fimples feroient par-là fort enchéris.
- Mais un moyen prefqu’aufîî fimple que de les enterrer, & qui eft de peu de dépenfe , c’eft de les enduire d’une couche de lut épaiffe d’environ quatre à cinq lignes : ce lut doit être d’une terre qui ait du corps, ôc quife retire peu. On peut le faire avec de
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- la glaife paitrie avec du crotin de cheval, mais qui y fera mis en moindre proportion qu’on n’en met dans la terre des moules* On n’étendra ce lut que fur des moules bien fecs. On le laiffera fécher lui-même à fond & peu-à-peu. Alors la châpe foute-nue par le lut, foutiendra la fonte ; ôt il fera plus aifé de faire chauffer les moules en terre ainfi luttés , qu’il ne l’eft de faire chauffer les moules en fable : l’objet fera d’une bien moindre dépenfe.
- On ne produiroit pas un effet équivalent à celui du lut > en donnant aux châpes une épaiffeur égale à celles qu’elles ont ordinairement , ôt à celles de la couche du lut prifes enfemble. La terre du moule eft plus foible que celle du lut, parce qu’il y entre plus de crotin de cheval. Je n’aurai garde de confeiller d’en diminuer la quantité ; car nous verrons dans le Mémoire fuivant, qu’il contribue à adoucir la fonte. ^
- Ces moules ne demandent aucune conf-truêfion particulière dans le fourneau où on les fera recuire ; fon fond fera élevé du terrein de quelques pouces, pour n’en pas reffentir l’humidité. On y arrangera deux moules l’un à côté de l’autre, fi l’on veut; fa longueur n’eft pas moins arbitraire. Tout autour , il aura un mur de brique qui montera de quelque chofe moins haut que le col ou le jet des moules. On jettera des charbons fur ces moules ; de petits jours ménagés dans le fond & dans les côtés du fourneau, les allumeront. Je dis de petits jours, parce qu’il ne faut pas un feu violent pour recuire ces moules, qui malgré leur lut relient toujours , & qui font compofés en partie d’une matière qui prend feu aifément. On les cuira doucement pendant quelques heures, & on ne les chauffera vivement qu’une demi-heure avant d’y couler la fonte : un feu violent d’une longue durée les affoibliroit au point que le métal pourroit paffer au travers.
- Les couvercles ne font pas moins néceffaî-res à ce fourneau qu’à tous les autres ; il y en aura autant que de moules ; vers le milieu ils feront échancrés de chaque côté en demi-cercle ; au moyen de quoi, ils pourront tous fe toucher, & laifferont cependant paffer les cols des moules.
- Mais pour bien faire chauffer le bas de chaque moule, le fond du fourneau fera une grille, au-deffous de laquelle il y en aura une autre qui foutiendra des charbons.
- Fin du Jîxieme Mémoire.
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- Addition à la ^ e. Section,
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- SEPTIEME MEMOIRE
- Moyens de ménageries fables h mouler, de raccommoder ceux dont on s eft fervi ; d’en faire de convenables dans le pays ou le terrein n’en donne pas quifoient naturellement tels. Des matières dont on peut faire des moules ou la fonte a plus de difpofition à venir douce qu’en ceux de fable. Des moules de terre & des moules de métal.
- ^Iotre nouvelle maniéré de couler des ouvrages doux, engage à une dépenfe dont nous n’avons point encore parlé , Ôt qui pourroit être un objet allez confidérable à qui la mettroit en pratique dans des endroits où le fable propre a mouler feroit aufli cher quil l’eft à Paris. Dans cette grande ville, on fait les moules dun fable quon tire de Fontenay-aux-Rofes ; une charge de cheval , ou plutôt d’un âne > avec laquelle on ne peut pas remplir beaucoup de chafïis d’une grandeur médiocre, coûte depuis quarante jufqu’à foixante fols. Les Fondeurs ne fçau-roient employer feul le fable neuf, le fable qui n’a jamais fervi ; les ouvrages qui y fe-roient jettés, feroient pleins de foufflures : ils le mêlent avec d’autre qui eft déjà entré dans les moules. Le fable neuf demande d’être plus échauffé que le vieux , & ils ne font en ufage de chauffer leurs moules que très-légérement ; mais dès que les moules feront chauffés au point qui convient à notre fonte, ils peuvent être faits de fable neuf comme de vieux.
- Nous avons donc de ce côté-là un petit avantage ; mais nous avons bien du deffous par une autre confidération : le fable vieux r pour être employé, demande toujours une addition de fable neuf ; le fable neuf lui donne du corps ; Amplement hume&é par Peau, il n en prendroit pas affez. Plus le fable a été cuit, ôt plus il perd de fon corps, & par conféquent plus il demande de fable neuf ; on confommera donc néceffairement plus de fable neuf, que les Fondeurs n’en confom-ment ordinairement dans les campagnes. Où il fe trouvera du fable propre à mouler, il ne coûtera prefque que les frais du transport. On n’y vend point le fable qu’on emploie à paver ou à bâtir : & de même on n’y vendra pas, ou on vendra peu, le fable à mouler ; là on ne fongera pas à l’épargner : mais on y doit fonger à Paris & dans bien des villes, & en voilà les moyens.
- JUes fables qui ont affez de corps pour bien
- tenir dans le moule, ne font pas rares aux environs de Paris ; mais ils ne font pas tous aufïi propres , que celui de Fontenay-aux-Rofes , a recevoir êt à conferyer des im-preflions délicates. Il n’importe au relie, que le fable ait cette difpofition à fe laiffer imprimer parfaitement, que dans la couche qui touche le modèle 5 les moules où l’on imprime des verres colorés , pour leur faire imiter les plus belles pierres gravées,' font faits de tripoli ordinaire, excepté à leur fur-face quiefl d’un tripoli deVenife paffé à l’eau. On pourroit de même faire le corps de nos moules d’un fable commun, Ôt ne mettre que quelques couches du fable de Fontenay-aux-Rofes. Quand on jetteroit, comme inutile , tout le fable du moule où de la fonte auroit été coulée, il n’en auroit peut-être pas plus coûté au Fondeur, de fable neuf de Fontenay , qu’il lui en coûte ordinairement.
- Dans les pays où les fables ne font pas propres à mouler parfaitement, c’eft qu’ils ont un de ces trois défauts, ou d’être trop groffiers, ou de n’avoir pas affez de corps, ou d’en avoir trop. On rendra le fable le plus groffier aufli fin que celui de Fontenay-aux-Rofes , fi on fe donne la peine de le faire piler 5 & cette façon ne fera pas d’une dépenfe exceffive, où on pourra établir des pilons mus par l’eau.
- Si le fable peche par le corps, on pourra lui en donner ; j’ai fait rendre même à du fable de Fontenay-aux-Rofes , celui qu’on lui avoit ôté en le faifant trop cuire. Qu’eft-ce que du fable qui a du corps ? C’eft un fable qui eft mêlé en une proportion convenable avec une terre graffe. Ajoutons de cette terre au fable qui en manque, & nous lui donnerons du corps. Qu’on prenne donc quelque terre fine, comme de la glaife, du bol, ou une terre franche qui aura été fépa-rée de fon fable par des lotions ; qu’on la réduife en poudre très-fine, qu’on la mêle avec le fable qui manque de confiftance , qu’on arrofe d’eau ce mélange, qu’on le remue , paitriffe j ôt on en fera un fable gras,
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- ADOUCIR LE
- ou un fable qui aura le corps qu’on lui vou-loit : on produira encore le même effets au moyen d’une terre fine délayée dans l’eau, dont on arrofera le fable trop fec. Plus la terre y fera délayée, 6c mieux le mélange fe fera : mais aufli il en faudra arrofer ce fable à plus de reprifes.
- Dans les Manufaôhires, on pourra ainfi raccommoder à peu de frais les fables ufés , les fables qui ont été trop cuits. On aura une cuve où l’on portera tout le vieux fable des moules : on l’y portera bien pilé. Auprès de cette cuve , on en placera une autre, de maniéré que fon fond ne foit que quelques pouces au-deflous du bord fupérieur de la précédente. On remplira en partie la plus élevée de quelque terre graffe ; ou fi cette terre manque dans le pays, on y mettra de la meilleure terre franche. On achèvera en-fuite de remplir d’eau cette cuve ; alors on remuera bien la terre avec un grand bâton , pareil à celui dont on fe fert pour détremper la chaux qu’on fait éteindre ; quand l’eau fera devenue bourbeufe, quelle fe fera fuffi-famment chargée de terre, on la laifîera re-pofer pendant quelques inftants, afin que les parties les plus groiïieres fe précipitent ; après quoi, on ouvrira un robinet , par lequel l’eau bourbeufe fortira de cette cuve, pour fe rendre dans celle où eft le fable. On agitera avec un bâton ce fable, on le délayera bien avec l’eau. Quand l’eau, après quelques heures de repos, aura dépofé toute fa terre , on la laiflfera fortir par un robinet, ôt on mêlera encore, avec le fable , la terre qui peut être refiée par-deffus. Dans une journée , on rendra propre à mouler une grande quantité de fable qui eût été inutile.
- Où le bon fable manque, on peut donc en faire de tel, en pilant celui qui eft trop gros, ôt en ajoutant de la terre à celui qui manque de corps ; 6c de même avec une addition de terre, on raccommodera tout le fable trop brûlé. Les Fondeurs en maniant le fable , ainfi raccommodé , jugeront affez sûrement , fi on lui a fait prendre tout le corps dont il a befoin , ou fi on 11e lui a pas trop donné, fi .la terre a été ajoutée en trop petite ou en trop grande quantité. Mais en veut-on une efpece d’épreuve parfaitement sûre, on remplira d’un fable reconnu pour bon,un chaiïis. Ce chaftis étant foutenu hori-fontalement feulement par fes bords, on chargera le fable fucceftivement de différents poids , jufqu’à ce que ce fable foit détaché , brifé par le poids qu’il ne pourra fou-tenir. On remplira enfuite le même chaftis du fable nouvellement préparé ou raccommodé, ôt on verra s’il foutient auffi pefant que l’autre.
- Enfin, fi le fable pèche par trop de corps, on voit qu’il eft aifé d’y apporter remede ;
- FER FONDU, &
- qu’on lui emportera , par des lotions , ce qu’il a de trop en terre , ou qu’on lui ajoutera du fable* Nous pourrions donner quelques réglés , pour connoître par une efpece -de décomposition du fable, fi la terre y eft mélangée dans la proportion néceffaire. Mais comme toutes les terres ne font pas elles-mêmes également graffes, ces réglés au-roient à embraffer bien des cas , 6c elles ne vaudroient jamais , pour les Ouvriers , l’épreuve dont nous venons de parler.
- Avant d’avoir découvert, que fi la fonte s’endurcit dans les moules qui ne font pas bien chauds, c’eft qu’elle s’y trempe ; j’avois penfé que fon endurciffement pouvoit être attribué à la qualité du fable dont les moules étoient compofés. J’ai dit ailleurs, troi-fie me Partie, troifieme Mémoire, pag 7 y 9 que j’avois tenté diverfes épreuves propres à apprendre s’il falioit s’en tenir à cette idée ; qu’au lieu de faire faire les moules de fable de Fontenay-aux-Rofes , j’en avois fait compofer de divers autres fables, ôt même de matières fort différentes des fables, dont les Fondeurs ne fe font peut7être jamais fer-vis, Ôt dont ils ne fe ferviroient pas commodément ; que j’en avois fait faire de poudre d’os, de poudre de charbon feul, de pou* dre d’os mêlée avec la poudre de charbon , de chaux ôt de craie. Le fuccès d’aucune de ces expériences ne fut complet; mais plu* fieurs eurent une forte de réufflte. Dans tous les moules, ce qui étoit mince fut trouvé dur ; mais dans plufieurs, ce qui n’avoit qu’une épaiffeur médiocre, comme celle de deux ou trois lignes, fut trouvé doux, Ôt cer* tainement ne l’eût pas été fi la même fonte eût été coulée dans nos moules de fable, toutes les autres circonftances étant pareilles ; car fouvent ils n’avoient point été du tout chauffés, ôt jamais iis ne i’avoient été affez pour prendre un degré de chaleur qui pût fuffire au fable.
- Il m’a donc paru certain , que fi les moules étoient faits de certaines matières, la fonte s’y endurciroit plus difficilement que dans ceux de fable ; Ôt que peut-être il y au* roit des matières où étant coulées , elle ne s’endurciroit aucunement, dès qu’on donne-roit aux moules qui en feroient faits, ce foi* ble degré de chaleur que les chaftis de bois peuvent fouffrir. Cette idée qui méritoit d’être fuivie, m’a engagé à répéter plufieurs des expériences dont j’ai parlé ci-deffus , ôt à en tenter de nouvelles : peut-être pourtant n’en ai-je pas fait encore autant qu’eile le deman-deroit ; mais fi cette recherche paroît auffi. importante à d’autres qu’elle m’a paru, on travaillera apparemment à fuppléer à ce qui pourra manquer ici. J’ai reconnu que le charbon , la chaux ordinaire, la poudre d’os ôt même la craie, étoient toutes matières
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- propres, mais moins les Unes que les autres , à faire des moules où la fonte fe conferveroit douce, quoiqu’ils euffent été peu chauffés.
- Le principe de cette propriété n’eft pas difficile à découvrir ; ôc connu, il conduit à prévoir quels font les matières où on peut fe promettre de la trouver à un plus haut degré. Ce principe eft, que plus les matières des moules feront aifées à chauffer, ôt moins on aura à craindre qu’elles endurciffent notre métal. De-là, il fuit qu’en général les matières les plus huileufes, les plus grattes, fi d’ailleurs elles font propres à former des moules, feront celles où la fonte prendra moins de dureté.
- Les matières les moins denfes, celles qui étant réduites en poudre, forment des maffes Ipongieufes Ôt légères, quoiqu’elles aient été
- Îneffées, font encore celles dans lefquelles a fonte doit le mieux réuffir ; ayant moins de foiidité , elles peuvent être échauffées par un degré de chaleur, qui ne fuffiroit pas pour échauffer au même point des matières plus maffives ; d’où on peut prévoir ce que l’expérience confirme, que la fonte prendra moins de dureté dans des moules de chaux ôt même de craie , que dans des moules de fable. Chaque grain de fable eft plus maffif, que chaque maffe de chaux de même grof-feur. Il y aura donc plus de chaleur ôtée à la fonte, plus de chaleur employée pour chauffer une fomme de ces grains de fable, qu’une pareille fomme de petites maffes de chaux ; ou, ce qui n’eft que la propofition in-verfe, le même volume de fable refroidira plus promptement le corps chaud qui le touchera , qu’un pareil volume de chaux ne refroidira un corps femblable, ôt chaud au même degré.
- Les premières expériences que je fis de ces matières, n’eurent pas tout le fuccès quelles auroient pû avoir ; uniquement occupé d’en chercher une qui n’eût pas cette qualité d’endurcir que je foupçonnois au fable , je négligeois de chauffer les moules que j’en avois faits, autant que les chaffis de bois peuvent le permettre, ôt autant même que les Fondeurs ordinaires chauffent leurs moules de fable : fouvent je ne les chauffois point du tout. Depuis j’ai répété ces expériences , après avoir fait prendre aux moules toute la chaleur que les chaffis de bois peuvent fouffrir, fans fe brûler ; je vais rapporter comment ont réuffi les différentes matières que j’ai effayées ; mais j’avertirai auparavant , que ceux qui voudront tenter les mêmes effais, doivent s’affurer d’une fonte bien douce ou bien adoucie : l’épreuve qui en rend certain eft facile. On fondra un peu de cette fonte dans un creufet, au milieu de notre compofition d’os ôt de charbon fondue : on la verfera à terre : fi elle fe trouve
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- grife ôt limable, elle eft de la qualité dont elle doit être pour être jettée en moule.
- i°. Ayant de la fonte telle que je viens de la fuppofer, j’ai fait faire un moule de cette craie blanche en pains, qu’on nomme du blanc dlEfpagne. j’ai fait chauffer ce moule de la maniéré dont les Fondeurs chauffent les leurs, ôt dont nous avons parlé dans la première Partie, Mémoire II, c’eft-à-dire , qu’entre les deux moitiés du moule, dreffées l’une contre l’autre, comme les deux premières cartes des châteaux que font les enfants , j’ai mis des charbons allumés. Quand elles étoient chaudes au point où on ne pou^ voit plus fouffrir la main deffus pendant quelques inftants, je faifois affembler ces deux parties du moule , & fur le champ le moule étoit mis Ôt ferré dans la preffe ; ce qui y a été moulé a été très-doux, très-limable, les barbes , quoique minces, pouvoient être emportées par la lime ; s’il y avoit de la fonte dure, elle étoit uniquement dans les évents, dans les endroits qui étant éloignés des ouvrages n’avoient pû être autant échauffés que les autres, par la fonte même qui n’y étoit arrivée qu’après s’être un peu refroidie.
- La craie a un avantage que n’ont pas bien d’autres matières qui ne femblent pas moins fpongieufes ; elle a du corps ; elle fe foutient bien dans le moule ; mais pour être en état de s’y foutenir, elle demande à être humide, lorfqu’on la travaille : ôt quand elle eft feche, il y a une difficulté à fhumeêter. Si l’eau tombe deffus par gouttes trop groffes, elle en fait des grumeaux, qu’on ne feroit difparoître qu’après l’avoir bien maniée Ôc remaniée, qu’après l’avoir écrafée fous le rouleau à bien plus de reprifes que les Fondeurs n’écrafent leurs fables. Pour s’épargner cette peine, on nel’humeêlera qu’avec des arrofoirs très-fins. Des maniérés plus sûres encore de l’humeâer feroient, après l’avoir réduite en poudre, de la tenir dans la cave quelques jours avant de la mouler ; de l’expofer à la rofée, ou de la fufpendre dans des paniers d’ofier, ou dans des efpeces de tamis au-deffus de la vapeur de l’eau , qu’on feroit bouillir dans un chaudron.
- 2°. Il eft dommage que l’avantage qu’a la craie fur d’autres matières , pour conferver la fonte douce, foit compenfé par un défaut ; les ouvrages qui y font moulés , font expo-fés à avoir des foufflures.
- Plus les matières font réduites en des poudres fines, ôt plus elles acquièrent de liaison ; le fable commun bien lavé , ôc par-là bien féparé de toute terre,n’en a nulle : qu’on le pile extrêmement fin , alors fes grains pourront être liés par l’humidité. Comme la poudre de charbon un peu groffiere n’a pas allez de liaifon , j’en ai fait faire d’extrêmement fine \ étant humeêlée, elle s’eft foutenue
- dans
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- D'ADOUCIR LE
- dans les moules. La fonte qui a été coulée dans le moule,lorfqu’il a été feché ôt chauffé, a été grife par-tout ou elle n’étoit pas extrêmement mince : mais de la poudre de charbon feule n’avoit pas allez de corps pour fe fou-tenir dans de grands moules.
- 3°. J’ai voulu éprouver un moule de farine ; la fonte en fortiroit grife : mais il eft difficile de mouler avec cette matière, ôt la fonte brûle fon moule en ÿ entrant.
- 4°. La fuie de cheminée eft fpongieufe ôt inflammable , ôt par ces deux qualités , propre à s’échauffer promptement; d’ailleurs elle a plus de corps que les meilleurs fables. J’eri ai fait paffer par un gros tamis, Ôt j’en ai fait faire des moules ; ils n’ont pas mieux fou-tenu la fonte qui y a été verfée , qu’a-voient fait ceux de farine. Le degré de chaleur de notre métal fondu a fait fubitement gonfler ôt bouillonner cette matière. Le moule a perdu fa forme, avant que la fonte ait eu le temps de la prendre avant de s’y être figée. Mais cette expérience m’a fait voir un fait digne de remarque. La fonte tirée de ce moule, avoit fa furface nette ôt blanche *
- Ï>refqu’au même point que l’auroit de la fonte imée. Nous tirerons peut-être ailleurs partie de cet effet, ôt nous verrons en même temps la caufe d’où il dépend.
- £°. J’ai fait piler de la chaux éteinte , & je l’ai fait paffer au tamis. On a trouvé à la mouler les mêmes difficultés qu à mouler la craie ; mais la fonte qui y a été coulée, y eft reliée très-limable.
- 6°. Les os de feche ne feroient pas propres à mouler de grandes pièces. Les Metteurs en œuvré , les Orfèvres , s’en fervent pour faire des moules pout de petits ouvrages ; ôt tien n’eft plus facile que d’y mouler. On coupe de la partie fpongieufe de deux os, autant qu’il faut pour les applânir , ôt qu’ils puiffent s’appliquer l’un contre l’autre ; entre ces deux os , on met la piece dont on veut avoir l’empreinte : on preffe le tout, ôt la piece s’imprime. Comme la matière de ces os eft fpongieufe , elle m’a paru avoir une des qualités propres à donner des ouvrages de fer doux ; elle ne l’a pas fait pourtant auffi sûrement que quelques - unes de celles dont nous venons de parler.
- 7°. Dans la vûe de donner plus de confif tance à quelques-unes des matières , ôt pour les rendre en même temps propres à confer-ver la fonte plus douce , au lieu de les hu-meêter avec de l’eau, je les ai hümeêlées avec des huiles de navette, de lin Ôt autres : j’ai trouvé quelles augmentent peu le corps des matières terreufes, Ôt qu elles les rendent moins commodes à être moulées.
- Quoique la poudre de charbon , la fuie , la craie, la chaux, ôte. ne fe laiffent pas mouler affez facilement, lorfqu’elles font feules, Addition à la ^e. Section*
- FER FONDÎT, ïoï
- ou quelles ne fe foutiennent pas affez bieri dans de grands moules, je n’ai pas cru qu’il fallût les abandonner entièrement. Nous eufi fions dû avoir regret à laiffer inutiles les pro^ priétés avantageufes que nous leur avons découvertes. J’ai donc effayé fi nous pourrions nous en fervir avec fuccès en les mélangeant différemment.
- 8°. Au lieu d’entreprendre de faire de grands moules avec la feule poudre de charbon , à quoi nous avons dit qu’on rie fçau-roit réulîir, j’ai fait mêler de cette poudre en affez grande quantité, avec du fable neuf de Fontenay-aux-Rofes ; ce qu’on peut faire en lui laiffant autant de corps qu’en ont chez les Fondeurs le fable vieux mêlé avec peu de rieuf. J’ai bien cru que les moules faits en partie dé fable Ôt de charbon, demanderoient à être plus échauffés que ceux qui feroient de pur charbon : mais auffi étoit-il évident y ôt l’expérience ne pouvoit y être contraire * qu’ils demanderoient à être moins chauffés que ceux de pur fable. Ce mélange de poudre de charbon ôt de fable, m’a toujours paru une excellente compofitiori pour mouler notre métal. La dépenfe de la poudre dè charbon eft en partie compenfée, parce qu’il en coûte de moins à chauffer les moules, qui ont d’ailleurs plufieurs avantages qui feront expliqués dans un autre Mémoire.
- Un fait pourtant que nous n’obmetfroris pas ici, c’eft que le fable du moule en cuit moins, ôt peut par Conféquent être employé plris de fois. Il ft cuiroit moins de cela feul * que le moule eft chauffé plus foiblement ; mais à même degré ôt à même durée de chaleur , une terre qui eft humeêtée par la partie huileufe du charbon, ne fe cuira pas à beaucoup près autant qu’une terre feule.
- Nous confeillerons donc très-fort d’employer cette compofition pour mouler : mais nous avertirons que toute la poudre du charbon qu’on emploiera, doit être paffée ait tamis.
- £°. J’ai penfé à compofer Un àutrè nouveau fable à mouler. La fonte fort douce des moules de la craie : elle fort telle encore des moules de poudre d’os. Les os ont trop peu de corps ; la craie en a de refte, mais eft difficile à humeêler au’point néceffaire , fans qu’il s’y faffe de grumeaux. Toute terre * même celle qui entre dans la compofitiori dé notre fable de Fontenay-aux-Rofes, aurok le même inconvénient, fl on la féparoit dù fable avec lequel elle eft mêlée ; elle ne fë-roit plus propre à mouler , ôt le fable dont elle auroit été féparée, feroit pareillement inutile à cet ufage. Sur ce principe , j’ai Cru devoir mélanger de la craie avec de la pou* dre d’os, après les avoir fait paffer l’unë Ôt l’autre par un tamis : quand le mélange â été bienfait, j’ai humeêlé cette poudré côiripô*
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- fée. Alors elle a eu tout le corps que je lui voulois, & a été aufli propre à mouler qu’un véritable fable gras naturellement. Les moules faits de cette compofition fe font bien foutenus , Ôc les ouvrages qui en font fortis ont été très-limables.
- Au lieu de craie, je me fuis encore fervi de chaux, qui, après avoir été éteinte a été pilée, paffée par un tamis, ôc a été mêlée avec la poudre d’os : la poudre compofée eft devenue propre à mouler. La fonte s’eft confer-vée encore plus douce dans ces nouveaux moules, que dans ceux où la craie étoit entrée , Ôc, ce qui mérite beaucoup d’attention, m’ont paru moins fujets aux foufflures.
- Si la poudre d’os étoit trop embarraffante à recouvrer en allez grande quantité, on pourra mêler la chaux avec du fable qui a déjà fervi : la compofition ne fera pas aufli parfaite ; mais elle fera bonne. Si les expériences continuées en grand, font aulli favorables aux compofitions où la chaux entre, que l’ont été les elfais , ce nouveau fable à mouler aura un avantage qu’on ne fe feroit jamais promis : ce fera un fable qui reliera toujours le même, quelque nombre de fois qu’on le cuife & recuife : la preuve en eft fimple. Nous l’avons fait de fable cuit ou de poudre d’os qui ne peuvent pas changer d’état, tant qu’on ne leur donnera que le degré de chaleur que demandent les moules ; la chaux ne peut aufli que relier chaux, tant qu’elle ne fouffrira que le degré de chaleur que nous faifons foutenir à nos moules. Au lieu que les terres qui donnent le corps à nos fables ordinaires , perdent le leur expofées à un degré de feu allez leger : la chaux expo-fée même à un degré de chaleur violent ne s’altere point du tout.
- Enfin , fl à notre mélange de chaux ôc de fable ou de chaux Ôc de poudre d’os, on ajoute de la poudre de charbon, on aura une compofition à mouler, qui raffemblera toutes les qualités qu’on peut fouhaiter.
- Si on veut ménager la poudre compofée qu’on aura faite, quelle quelle foit, ou fi elle n’a pas affez de corps, on pourra, comme nous l’avons enfeigné, pour ménager le fable de Fontenay-aux-Rofes, n’en faire entrer dans le moule qu’une couche de l’é-paifîeur d’une ou deux lignes, pour fornîer les parois intérieures du creux du moule.
- Les moules dont nous venons de parler, font tous du genre des moules en fable. Les différentes matières réduites en poudre, dont nous avons fait ufage ou tenté de le faire, tiennent lieu du fable ordinaire , Ôc s’emploient de même dans des chaflis. Nous avons vu dans le Mémoire précédent, que ceux de terre fe font fans chaflis. Le travail en eft quelquefois un peu plus long ; mais on en eft récompenfé par quelques avantages*
- L A RT
- Les pots Ôc les marmites de fer fe moulent dans certains fourneaux en fable ; Ôc dans d’autres peu éloignés des précédents, elles fe moulent enterre ; les ouvrages des uns ne fe vendent pas, ou guere plus cher que ceux des autres : d’où il fuit que le prix des façons ne fait pas de différence fenfible. Mais les Mouleurs en terre , prétendent que la fonte fort moins aigre de leurs moules ; le fait eft vrai ; les raifons en font qu’on les feche beaucoup mieux que ceux de fable ; dans la pratique ordinaire, ce s derniers reftent toujours très-humides. Mais la vraie raifon , c’eft que la matière des moules de terre eft bien moins compacte que celle des moules de fable, ôc quelle s’échauffe bien plus aifé-ment. Il arrive que les Mouleurs en terre font contraints, en cherchant à donner du corps à leur terre, de faire un mélange équivalent à celui que nous avons confeillé de la poudre de charbon avec le fable. Ils mêlent leur terre avec du crotin de cheval, pendant qu’ils font fécher leurs moules au feu. Cette matière fe feche, & même febrûle en partie ; mais fi on les fait recuire, comme nous l’avons prefcrit, tout le crotin fe réduit en charbon ; la caflure d’une chape de moule refroidie, paroît alors toute noire ; de forte que les moules de terre font naturellement excellents pour conferver la fonte douce ; ôc on les rendra encore meilleurs , fi on donne la dofe de crotin plus forte, c’eft-à-dire, aufli forte que le moule’la pourra porter.
- Ce feroit un examen qui nous méneroit loin, que celui des terres propres à mouler ; en général, elles doivent, comme les terres à creufets, foutenir une grande chaleur fans peter, fans fe fendre ; elles doivent être maniables , douces ; elles doivent être de nature à fe retirer peu pendant quelles fechent. C’eft pour leur donner cette derniere propriété Ôc la première, que lorfqu’on veut mouler avec des glaifes ordinaires, ou autres terres à pots & à creufets, on les mêle avec du crotin de cheval. Communément les Mouleurs prennent de la terre qu’ils nomment d'herbue, c’eft-à-dire, une terre telle que celle des prés , au-deffus de laquelle l’herbe croît bien : celle-là eft ordinairement de couleur noirâtre.
- Du refte , les terres à mouler ne font pas plus rares , que les terres à creufets ôc à pots. Mais entre ces terres, il y en a de plus convenables les unes que les autres ; quelques-unes ont naturellement la propriété de ne fe point fendre en féchant ; mais lorf-qu’elles la doivent à un fable groflier, avec lequel elles font mêlées, elles ne conviennent pas pour des pièces fines.
- Où les terres naturellement propres à mouler manquent, pourvu qu’on y en trouve de fines qui aient du corps, on peut toujours,
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- D'ADOUCIR LE par des préparations, les rendre propres à mouler les plus beaux ouvrages ; il n’y a qu’à mêler, avec ces terres, un fable fin, êt ly mêler dans la proportion quelles l’exigent. Comme pour faire du fable à mouler, nous mêlons de la terre avec du fable ; fi on ne trouve point de fable aflez fin, on rendra tel tout fable grolfier, comme nous l’avons déjà dit, en le pilant dans des mortiers»
- Ce que j’ai trouvé de plus propre pour compofer d’excellente terre à mouler, c’eft la mine de plomb réduite en ppudre êt paffée au tamis ; on la paitrira avec une terre à creufet pure ; on n’emploiera de cette terre qu’autant qu’il fera néceffaire, pour donner du corps à la mine de plomb. Les moules de cette terre compofée, pourront recevoir les imprefîions les plus délicates : ils féche-ront fans diminuer confidérablement de volume ; ils foutiendront parfaitement le métal en fufion. Avant de l’y couler, on pourra les chauffer autant qu’on voudra ; mais toujours fe fouviendra -1 - on pour ces moules, êt pour tous ceux de terre, de les faire parfaitement fécher avant de s’en fervir.
- Les Potiers d’étain trouvent de l’épargne à couler leur métal dans des moules de cui-vre : quoique ces moules coûtent beaucoup, leur durée dédommage de leur prix, j’ai aufïi fongé à faire jetter le fer dans des moules de métal, êt fur-tout dans des moules de fer même, fans négliger pourtant d’efiayer ceux de cuivre qui coûteroient beaucoup plus cher. Ces moules durables me fem-bloient devoir être très^avantageux , pour une infinité de petits ouvrages dont le débit eft grand. Mais l’expérience m’a appris qu’ils ne convenoient nullement lorfqu’on fe prG-pofe de les tirer doux du moule ; êt elle a fourni de nouvelles preuves de tout ce que nous avons établi jufqu’ici, fur la denfité de la matière des moules. Nous avons dit, que plus leur matière des moules eft compacte , plus elle demande que les moules foient chauds , afin que la fonte ne s’y trempe pas. Je fis chauffer des moules de cuivre & des moules de fer, autant êt plus que j’aie ja-*-mais fait chauffer ceux de fable» J’y fis couler de la fonte très-douce ; ayant été retirée de ces moules, elle fut trouvée auffi dure Ôt auffi blanche, que fi elle eût été coulée dans un moule de fable prefque froid. Le métal qu’elle avoit touché étant beaucoup plus denfe que le fable le plus compacte, l’avoit refroidie plus promptement.
- Il y a diverlès circonftances que nous rapporterons dans la fuite, où l’on met dans les moules, foit de terre, foit de faLde , des pièces de fer forgé, autour defquelles on veut que la fonte s’unilfe étroitement ; par exerm pie, on peut fe contenter de fondre l’anneau dune clef, êt le faire tenir à une tige
- TER FONDIT. lôÿ
- de fer forgé. Dans ce cas, on met dans le moule la tige au bout de laquelle la fonte doit fe mouler en forme d’anneau» Lorfque j’ai fait ainfi rapporter des pièces de fer forgé, il m’eftfouvent arrivé d’obferver un fait dont le phénomène précédent découvre la caufe. Les extrémités de la fonte qui tou-choient le fer, étoient dures, êt hors des atteintes de la Lime , pendant que tout le refte étoit doux ; le fer avoit trempé ce qu’il avoit le plus touché.
- Il n’y a pourtant pas à défefpérer des mou* les de métal ; pourvu qu’on les falfe chauffer beaucoup plus que les autres , on pourra s’en fervir» Mais le plus sûr fera 'de ne les employer , que pour des ouvrages que l’on fe propofera d’adoucir, par les recuits faits, félon la méthode de la première Partie ; Ôt ces ouvrages qui feront moulés fans frais, reviendront à bon marché après le recuit. CeS fortes de moules conviendront généralement pour tous les ouvrages unis, ou peu chargés d’ornements.
- Un moule de métal, comme tout autre, eft au moins compofé de deux parties ; il en aura fouvent trois, quand il demandera un; noyau ; êt quelquefois en aura-t-ii beaucoup davantage. L’Art du Potier d’étain , donnera au nôtre des exemples de refte, des manie^ f es dont on peut tenir affemblées les pièces dont un moule eft compofé. La pratique des Mouleurs en terre , fera peut-être encore plus commode pour’ la plupart des cas ; dès que les différentes pièces d’un moule auront été réunies, on l’enterrera dans du fable qu’on battra à coups de pilons ou de maillets : ce fable pourra être contenu dans des caiffesde grandeurs proportionnées à la gran-‘ deur ôt au nombre des moules qu’on voudra remplir tout de fuite.
- La fonte fluide s’attache en bien des circonftances au fe: forgé ; c’eft de quoi même nous tirons parti ailleurs ; elle s’attacheroit de même à d’autre fonte ; Ôt quoique la réunion ne fe fit pas parfaitement dans nos moules , elle empêcheroit quelquefois que l’ouvrage ne fût retiré facilement des creux où il aüroit pris fa forme. Pour légère que foit la couche d’une matière étrangère qui recouvrira la furface intérieure du moule , l’adhérence de la fonte qu’elle doit recevoir ne fera plus à craindre ; êt il importe que cette couche foit légère, pour ne point altérer la forme du moule» Avant de le fermer, il faut donc le revêtir d’une très-mince couche de quelque matière ; je n’ai rien trouvé de mieux que d’y employer la même compofition, avec laquelle les Mouleurs en terre frottent leurs noyaux êt leurs chapes, dans la même vûe que nous avons à préfent ; elle eft faite de poudre de charbon de bois blanc, pilé Ô£ paflfépar un tamis fin. Ils détrempent cette
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- ÎG4 n o u r e
- poudre avec de la lie de vin & de l’eau ; ils lailTent enfuite repofer le tout, & verfent dans un autre vafe ce quil y a de plus liquide. Àvec un morceau de filafle qui leur tient lieu de pinceau, ôc à qui ils en donnent le nom y ils mouillent de cette compolition toutes les furfaces contre lefquelles la fonte fluide pourroit s’appliquer. On enduira de cette même compofition l’intérieur des moules de métal, dans lefquels pourtant on ne verfera la fonte que lorfqu elle fera feche.
- Fi/i duJeptit
- L ART
- Les Potiers d’étain, eh quelques endroits / emploient au même ufage du vinaigre dans lequel ils ont détrempé de la fuie ; ils ne prennent que le plus clair de cette liqueur : du noir de fumée vaut encore mieux. Enfin, il fufliroit d’enfumer les moules de métal, comme les Mouleurs en fable enfument les leurs y c’eft-à-dire, en les préfentant à la fumée de ces efpeces de petits flambeaux de réfine qu’il leur a plu de nommer des bou-gies,
- ne Mémoire,
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- HUITIEME
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- D'ADOUCIR LE FER FONDU.
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- SPr^ c
- HUITIEME MEMOIRE-
- Suite des procédés depuis que les moules ont été mis en recuit, jufqu à ce que les ouvragesfondus en[oient retirés, avec des remarques fur chaque procède\ Maniéré dé recuire les ouvrages dans les moules mêmes.
- î\ approchons à préfent les unes des autres nos principales opérations ; parcourons-les
- Îdus brièvement que nous ne l’avons fait dans es articles, quifchacun, n’en avoient qu’une feule pour objet ; nous nous en représenterons mieux toute la manœuvre de notre Art,ôt les remarques qui tiennent en même temps à des procédés qui fe Suivent, en feront placées dans des points de vues plus convenables» Suppofons nos moules faits. Conftdé-rons-les pofés & affujettis dans des fourneaux de recuit, foit droits, foit inclinés, foit bâtis de brique, foit de plaques de fonte, & qu’on les y chauffe avec du charbon. On mefurera le temps néceffaire à fondre la quantité de matière, dont on veut les remplir , de façon quelle ne foit en bain que quand ils feront affez chauds. Selon la différente épaif-feur de leur fable, ils demandent des durées de chaleur différentes. Ils veulent être auffi plus ou moins chauds , félon la qualité de la fonte dont on doit les remplir. Nous avons vu que telle fonte grife reliera douce dans un moule, dont l’intérieur commencera à peine à rougir , pendant que d’autre fonte grife fe durcira, fi l’intérieur du moule n’ell d’un rouge tirant fur le blanc. Enfin, le moule demande à être plus ou moins chaud, félon que les pièces qui y font moulées ont plus ou moins d’épaiffeur. L’attouchement d’une quantité égale de fable ell moins en état de refroidir une groffe malle de matière qu’une petite. Des pièces extrêmement minces, qui ne font que des efpeces de feuilles , exigent qu’on chauffe leurs moules conftdérablement davantage que ceux des pièces mafïives ; mais auffi leurs moules étant moins épais , font plus aifés à échauffer.
- De-là il paroît une efpece d’impoffibilité d’établir des réglés précifes. Il y a tel moule de terre, à qui une heure de feu fuffira , & il y a des moules en fable à qui il en faudra plus de dix-huit. Ce ne font pourtant que ceux d’une grandeur extraordinaire. Ceux qui feront dans les chafîis de grandeur commune, ne demandent le plus fouvent que huit a dix heures de recuit. C’eft ce qu’on fçaura avec affez de précilion , quand on aura fait effai dans ces moules de la fonte dont Addition ci la ÿ e. Section*
- on ell fourni. Pour même ne rien rifquer > dès ce premier effai, on rendra les moules chauds au-delà de ce qu’ils ont befoin de l’être. La chaleur du moule feroit pouffée ex-ceffivement loin, fi elle alloit jufqu’à gâter quelque chofe. On diminuera dans feffâi fui-vant, de celle qu’on avoit donnée dans le premier. Ainfl, dans peu on parviendra aù point de ne confumer que le charbon néceffaire.
- D’ailleurs ôn ne fe conduit pas ici auffi à tâton qu’on fe le pourroit imaginer : on voit> quand on le veut,l’état de l’intérieur du moule» On n’a qu’à ôter le bouchon qui eft au-deffuS du jet. Tout y efl obfcut,quand la chaleur n’â pas pénétré. Mais la clarté y vient, dès que les parois intérieures arrivent à quelque nuam ce de rouge : devenues lumineufes , elles fe font Voir fans ôter même le couvercle dont nous venons de parler ï on reconnoît affez bien où en eft le dedans du moule. Nous avons dit que ce couvercle, ou bouchon, eft percé en arrofoir : quand l’intérieur dit moule a pris un certain degré de chaleur , il s’en éleve une petite flamme qui fort par le$ trous du bouchon : les nuances de cette flamme changent, & fervent de réglé ; plus l’intérieur devient Chaud, plus elles blanchiffent* * Pour tous les grands moules, comme oeuX des balcons & des vafeS, on ne commencera à faire fondre le fer, qu’après que la flammé de l’intérieur du moule aura paru.
- Quand on juge les moules au point où il ne leur faudra plus qu’une heure , ou une heure ôc demie de feu, & qu’ils demanderont pour être tous remplis environ deux cents livres de fonte, on commence à faire agir les fouffiets pour la mettre en fuflon. La quantité de matière que nous fuppofons néceffaire, montre que nous prenons ici le travail en grand, dans une vraie Manufacture» Dès-là, il eft clair que ce n’eft pas d’un creulèt de terre qu’on doit fe fervir, mais d’un de fer forgé pareil à ceux que nous avons décrits , première Partie, Mémoire page Là, nous avons expliqué la conftruc-tion de l’efpece de fourneau où on le place , qui a quelque reffemblance avec les afîine-ries des petites forges : & c’eft Celui qui, jui* qu’ici, m’a paru d’un ufage plus commode»
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- Ï0<£ N O U F E
- Il confifte dans im trou rond , qui eft immédiatement au-deffous de la thuyere ; là le creufet eft porté par une efpece de grille, à une profondeur telle que fon bord fe trouve à fleur , ou feulement quelques pouces au-deffous de la table , ou de la furface fupé-rieure du maflif de la maçonnerie de raffinerie.
- Au-deffous de la grille ou pièces équivalentes qui foutiennent le creufet, eft une autre grille fur laquelle on met des charbons ; la circulation de l’air feul peut fuffire, pour les tenir bien allumés, ôc on les allume environ une demi-heure avant de commencer à fondre ; car on ne commence à fondre, que quand le fond du creufet, & partie de fes parois, font extrêmement rouges : ce font les charbons de la derniere grille qui doivent produire cet effet.
- Le creufet qu’on met en place, a été luté intérieurement d’une couche de terre pro-
- Ï>re à réfifter au feu. Nous avons averti ail-eurs ( Foy, première Partie ), qu’elle eft né-ceffaire pour empêcher le fer fondu d’attaquer le fer forgé. Nous ajouterons à préfent qu’outre cette première couche de lut, il eft très-important d’en donner une fécondé, d’un lut d’une autre efpece. Celle-ci produit deux effets, l’un de conferver la douceur à la fonte, & l’autre de la tenir fondante. Pour faire fentir la conféquenee de ce dernier, je rapporterai ce que je trouvai à la Manufacture de Cône, au voyage qui fuivit celui où j’avois commencé à mettre le travail en réglé. Lorfqu’on venoit à verfer la matière des creufets, il n’y en avoit qu’une partie qui fût verfable ; le refte étoit figé. Les Ouvriers avoient donné le nom de gâteau , & font confervé à cette portion figee : quelque-. fois elle alloit à plus de la moitié de celle qui avoit été fondue. Ce que cet inconvénient avoit de plus fâcheux, n’étoit pas la dépenfe de la fufion faite inutilement. On étoit dans des incertitudes bien pires, fur-tout quand on avoit de grands moules à remplir* La capacité du creufet ne guidoit point, fur la quantité de matière qu’on pouvoir fe promettre. Un moule qui n’avoit pu recevoir que cent livres, n’étoit quelquefois pas rempli par le creufet qui en contenoit plus de deux cents. Il eft certain qu’en chauffant plus vivement le deffous ôc les contours du creufet, on y eût entretenu la fonte plus fluide. Un foufflet qui eût agi fur les charbons, eût pû les animer au point né-ceffaire : mais aufîi eût-on fatigué le creufet. Le fécond lut, dont je viens de parler, empêche la fonte de s’épaiflir, quoique le feu de deffous le creufet ne foit pas violent ; ce lut ne confifte qu’en une terre paitrie avec le crotin de cheval, qu’on mélange avec autant de poudre de charbon qu’il eft poflible,
- L A RT
- fans lui ôter toute confïftance. On revêt Tin-' térieur du creufet d’une couche de cette compofition, épaiffe d’environ quatre à cinq lignes. J’avois donné cette pratique ; on l’a-voit négligée, parce qu’on ne la croyoit né-ceffaire que pour l’adoucilfement de la fonte, qu’on avoit d’une autre maniéré; mais dès qu’on l’eut reprife, il ne fe fit plus de gâteau : la fonte du creufet couloit le plus fouvent jufqu’à la derniere goutte.-
- Le creufet doublement luté, étant chaud fuffîfamment pour recevoir la fonte fans quelle s’y fige , on jette dedans de la compofition en poudre, c’eft-à-dire, de ce mélange de poudre d’os ôc de poudre de charbon, que nous avons enfeigné ailleurs, ou même de la feule poudre de charbon. La mefure eft d’en mettre environ épais de deux ou trois doigts fur le fond du creufet. Quand la fonte y tombe par la fuite, elle fouleve une partie de cette poudre ; fa furface en eft tou* jours couverte.
- Tout étant ainfi difpofé, on achevé de remplir le creufet avec des charbons noirs ; on en met même jufqu’à ce que le tas s’éleva au-deffus de la thuyere : alors on leve la pile , ôc l’eau fait agir les foufflets de bois dont le vent allume les charbons.
- Sous ces charbons eft la fonte qui doit être fondue, c’eft-à-dire, qu’ils couvrent le bout d’une longue piece, dont le refte pofe 4 fur la table de i’afEnerie ou du fourneau. La figure ôc la grofleur de cette piece, ne font pas indifférentes ; elle peut avoir la figure d’une gueuze ordinaire ; mais elle ne doit pas, à beaucoup près, en avoir le diamètre:une fl groffe piece fondroit avec plus de peine , ôc donnerait une fonte moins coulante.
- Au lieu de gueuzes, on peut employer des pièces de fonte de même figure, qui ne pe-fent que cent ou cent cinquante livres , pendant que les gueuzes pefent quelquefois juf qu’à deux mille cinq cents ôc davantage. On les nomme des guépards ; ils font près de la moitié plus courts que les gueuzes, ôc moins gros en plus grande proportion.
- Des morceaux de fonte courts , comme des fragments de plaques & autres, ne corn viennent point ici. Le métal ne doit tomber dans le creufet que fluide ; ôc c’eft ce qui arrive à ce qui fe détache du bout d’une longue piece. Mais des morceaux courts perceraient quelquefois les charbons par leur propre poids, Ôc defcendroient avant de s’être liquéfiés.
- On a pourtant quantité de fragments dans une Manufacture ; les reftes des creufets, les pièces malvenues en fourniffent : quoiqu’on ne les refondît pas pour les jetter en moule > ces débris ne feraient pas inutiles ; on en peut faire du fer en barre, ôc même meilleur qu’avec les fontes ordinaires : on peut
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- D'ADOUCIR LE FER FONDU
- auiïi leè refondre : mais pour le faire plus commodément au lieu de guezards, il faut* pour le travail ordinaire, avoir des pièces qui aient la forme, jk on leur en donne le nom, de membrure, c’eft-à-dire , des pièces lon-gués ôt plattes , dont i’épaiffeur l'oit au plus de deux pouces, ôt la largeur de fix à fept ; en elle-même , cette forme vaut mieux que celle des guezards ; & de plus, elle donne la facilité de fondre les fragments fans rifque : on en charge la membrure près de fon bout. Elle ne les laiffe tomber que lorfqu’ils font fondus, ou que la partie qui les porte l’eft : elle eft rarement fondue avant les fragments quelle foutenoit.
- A mefure que le bout d’une membrure ou d’un guezard fe fond , la piece fe raccourcit ôt fe trouve plus loin de la thuyere ; aulli de temps-en-temps l’en rapproche-t-on : ôt de même de temps-en-temps, on la recouvre de nouveaux charbons.
- Enfin, quand le creufet eft pleiffi, ou qu’il contient la matière qu’on a voulu y faire entrer, le Fondeur fonne tme cloche, ou ce qui en tient lieu, frappe, avec un marteau, fur quelque plaque de fer, pour avertir les Ouvriers deftinés à verfer la fonte dans les moules, de fe rendre : ils apportent l’armure du creufet près de l’affinerie ; ils ajuftent dans tes tenons les deux ringards, avec lefquels on la porte ; iis pofent auprès la clavette qui fervira à y arrêter le creufet : ôt tout auprès, un marteau Ôt un foufflet à main.
- Tout ainfi préparé 5 le Fondeur pouffe fur la table de l’affinerie les charbons qui couvrent le deffus du creufet ; il amortit une partie de leur ardeur, en jettant deffus quelques cuillerées d’eau. Alors un Ouvrier monte fur l’affinerie il tient l’anfe qui doit être rapportée au creufet ; il la paffe dans les oreilles : auffi-tôt il paffe dans cette anfe un ringard qui doit fervir à élever le creufet, ôt ale porter comme on porte, avec un bâton, un chaudron ou un fèau. Il prend un des bouts de ce ringard > ôt un autre Ouvrier prend l’autre. Leur première a&ion eft de retirer le creufet de fon trou, & de l’élever fur la table de l’affinerie. La fécondé eft de le defcendre au bas de l’affinerie, ôt la troi-fieme de le placer dans l’armure. Dès qu’il y eft, on emporte, avec un crochet, le gros des charbons qui y étoient reftés ; ôt on le couvre en partie d’une plaque de tôle coupée quarrément, mais plus longue que large. Elle doit porter fur les bords du creufet ; mais elle doit laiffer à découvert un efpace auprès du bec. Enfin* on fait entrer à force dans les entailles des montants de l’armure, la clavette qui doit gêner le creufet, comme nous l’avons expliqué ailleurs, ôt qui gêne en même-temps la plaque que nous venons de lui donner pour efpece de couvercle. Il
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- ne refte plus qu’à bien nettoyer cette partie du creufet, qui eft entre le bec ôt la piece de terre cuite, qui forme une cloifon ; ôc on la nettoye, comme nous l’avons dit, en l’é-cumant d’abord avec un ringard crochu,ôt en-fuite en fouffilant deffus avec le foufflet à main*
- Pendant que tout cela fe prépare, l’Ouvrier qui eft chargé du recuit, difpofe les moules, ôt ôte les couvercles du fourneau ; il range les charbons qui fe trouvent fur lé deffus des moules : il les fait tomber dans les foyers. Avec une pincette, il fouleve ôt détache les bouchons des moules qu’on veut remplir , de crainte que quelqu’un ne s’y fût attaché. Il les remet auffi-tôt chacun dans leur première place, pour ne les retirer entièrement de deffus chaque moule, que dans l’inftant que la fonte fera prête à y couler.
- Retournons à notre creufet : deux hommes faififfent un des ringards, Ôt trois fé mettent fur l’autre. Le poids à porter eft augmenté de celui de l’armure ; deux hommes 11e feroient plus affez forts, comme ils l’étoient, quand il ne s’agiffok que de porter le feul creufet. Si toute leur force étoit employée à porter, ils ne feroient pas maîtres de bien ajufter leur creufet au-deffus des moules, de l’incliner, de le redreffer à volonté. C’eft pour faciliter ces derniers mouvements , qu’il y a un homme de plus fur un levier que fur l’autre, Il tient une verge de fer courbe , qui eft engagée dans le levier : ils la nomment le gouvernail. ConfidéronS les deux leviers, comme s’ils paffolent au travers du creufet, comme s’ils n’en faifoient qu’un qui. lui fervît d’arbre. En faifant tourner cet arbre fur fon centre , on fait tourner le creufet, on l’incline, ou on le redreffe félon le fens dans lequel l’arbre tourne. L’aêtion de l’homme fur le gouvernail , eft pour faire tourner le levier dans le* quel il eft engagé : les deux hommes qui portent l’autre, n’ont prefque point de peine à déterminer le leur à fuivre ce mouvement.
- Laiffons pour un inftant nos cinq hommes chargés de leur creufet, pour confidérer l’u* fage de quelques pièces qu’on met fur le fourneau de recuit, avant qu’ils y arrivent;ôc pour l’entendre mieux, remarquons que dans le temps qu’on remplit un moulé, le creufet doit être foutenu à une certaine hauteur, qu’on ne doit l’incliner qu’avec une certaine vîteffe , ôt jufqu’à un certain point. Il n’eft pas sûr que des hommes, que le poids Ôt la chaleur du creufet mettent mal à leur aife * s’entendent toujours affez bien pour agir de concert : mais ce qui leur refte à faire devient fimple, dès qu’ils fe trouvent prefque dé* chargés de leur fardeau, ôt que ce fardeau fe trouve naturellement placé à la hauteur convenable : c’eft ce qu’opèrent les deux pièces dont nous voulons parler* Ge font
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- •roS N 0 XI r
- deux efpeces de chevrettes, pareilles à celles qu’on met dans les cheminées qui n’ont point de chenets, ou qu’on met quelquefois à côté des chenets. Les nôtres font confidérable-ment plus longues ; elles le font autant que le fourneau, ou que la moitié au moins du fourneau de recuit. Une eft placée deffus un de fes murs, ôc l’autre fur l’autre. Au lieu que les chevrettes ordinaires n’ont qu’un pied à chaque bout, celles-ci en ont un autre vers le milieu, ou même en ont d’autres de diftance en diftance. Tout ce qu’on fe pro-pofe ici, eft d’avoir, en chaque chevrette, une barre de fer foutenue horifontalement Ôc folidement à une certaine hauteur au-deffus de chaque mur ; ôc c’eft ce qui détermine la hauteur ôc le nombre des pieds.
- Faifons marcher nos Ouvriers chargés du creufet ; dès qu’ils l’ont conduit au fourneau de recuit, ils élevent leurs ringards au-deffus des chevrettes, Ôc bien-tôt les laiffent pofer deffus. Ainfi, ils fe déchargent de la plus grande partie de leur fardeau ; ils l’avancent ou le reculent à leur aife, jufqu’à ce qu’ils jugent le bec du creufet à une diftance corn venable du moule qu’ils veulent rèmplir; alors ils n’ont plus qu’à l’incliner. Celui qui tient le gouvernail, eft principalement chargé de ce foin ; le métal coule, il tombe dans le moule. Dès que ce moule eft rempli, on redreffe le creufet, on le porte fur le moule fuivant ; ôc ainfi on continue à les remplir les uns après les autres, tant que le creufet peut fournir de matière, ôc cela fans rifque ni fatigue, Ôc avec beaucoup de jufteffe. Quelque commode pourtant que foit l’ufage des fupports , l’exercice a rendu les Porteurs de creufet fi adroits ôc fi sûrs, qu’ils négligent le plus fouvent de s’en fervir.
- Il eft cependant extrêmement effentiel, que les Verfeurs foient bien maîtres de leur creufet ; dès que la fonte commence à couler , elle doit couler fans interruption. Le fil, le jet du liquide doit être continu, ôc tomber, autantiqu’il eft pofiible, dans le milieu de l’embouchure du moule. Un inftant d’interruption caufe quelquefois un défaut fenfible ; la reprife paroît ; fi la fonte tombe fur les bords de l’embouchure, fouvent il fe fait dans l’ouvrage d’autres défauts appellés gouttes froides. Ce font des reprifes plus petites, que celles qui fe feroient en interrompant le jet, mais fouvent plus marquées ; la fonte qui eft tombée fur les bords du moule, prend une direction différente de celle du gros courant; elle va feule pendant quelques inftants; ôc par-là plus expofée aux impreffions de l’air, elle fe refroidit ôc produit des défauts, dont le nom eft pris de l’état des gouttes qui les ont occafionnés. La groffeur du jet fera aufïi proportionnée àl’épaifTeur des malles quelle doit former ; il ne feroit pas prudent de faire
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- entrer à la fois une aulïï grande quantité di matière dans un moule, dont on veut tirer des plaques de quelques lignes d’épaiffeur , que dans celui oii fe doivent mouler des pièces épaiffes de plufieurs pouces.
- Quelquefois la fonte qui eft entrée dans un moule, en fort fur le champ par bouillons, même avant que le moule en foit rempli à beaucoup près ; c’eft une marque que le moule a confervé de l’humidité. Un moule froid, mais bien fec, ne fera pas bouillonner la fonte, ôc un moule, quelque chaud qu’il foit, s’il eft un peu humide, donnera des bouillons, qui ordinairement produifent des fautes dans l’ouvrage. Malgré ces bouillons , il faut pourtant continuer de verfer jufqu’à ce que le moule paroiffe véritablement plein.
- L’infpeclion du jet de fonte qui tombe dans le moule , met en état de prédire affez sûrement quelle fera la qualité de l’ouvrage. Si elle eft extrêmement pâteufe, fi épaiffe quelle coule difficilement, on a lieu de craindre que l’ouvrage ne foit floux, ou en termes plus connus que celui de l’Art, qu’il ne foit pas moulé vif ; que les ornemens n’aient pas le relief du modèle ; que les arrêtes , qui de-vroient être aiguës, ne foient mouffes ôc ar-rondies. Si la fonte, au contraire, eft extrêmement fluide, que fon rouge tire beaucoup fur le blanc, l’ouvrage court rifque d’êtrè dur, fi le moule n’eft pas extrêmement chaud , ôc fi la fonte en elle-même n’eft pas excellente. Mais fi la fonte n’eft que médiocrement fluide , ce qu’un peu d’habitude fait diftinguer , ôc ce qu’on reconnoît à fa couleur, qui eft d’un rouge affez beau, elle eft de la plus propre à être jettée dans des moules chauds ; elle s’y moulera parfaitement, ôc reliera douce. Ce degré de fluidité, qui eft le meilleur pour les moules chauds , dont il s’agit à préfent, n’eft pourtant pas celui qui convient à ceux qu’on ne recuit point. La fonte qui entre dans un moule froid demande à être extrêmement fluide. Un Fondeur habile ôc attentif, donnera aifément à la même fonte ces différens degrés de fluidité, félon les ufages auxquels on les deftine.
- Nos expériences d’effais ( III. Part. Mem. II) nous ont appris que de la fonte grife qui a étémife en fufion dans un creufet ordinaire , où le feu n’agit fur le métal qu’après avoir traverfé les parois , peut être coulée grife , quoiqu’on n’ait employé aucune compofition dans le creufet, fi on la verfe auffi-tôt quelle aura été fondue ; qu’au contraire, cette fonte ne pourra être coulée que blanche , malgré la compofition, fi on la tient très-long-temps fondue. Le feu continué , augmente fa liquidité , la rend plus fluide ; ôc il eft très-difficile de ne pas couler blanche de la fonte trop fluide. Ce principe me mit en état de tirer parti d’une fonte excellente, qu’on étoit près
- d’abandonner.
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- lût*A D Ô UCIR LÊ
- S’abandonner. Elle avôît toutes les marques extérieures de la meilleure fonte ; cependant après avoir été fondue par le vent de nos foufflets à eau, ôt reçue liquide dans nos grands creufets de fer , tous les ouvrages qui en étoient jèttés dans les moules très-chauds > étoient très-blancs 6t très-durs. Dans cettC maniéré de fondre, la fonte n acquiert point, ou acquiert peu de fluidité après être tombée dans le creufet : mais elle peut y tomber plus ou moins liquide , ôt y tomber tellement liquide , qu elle fera dans le cas d’une fonte qui a fouffert un long feu dans un creufet ordinaire. Je penfois que la fonte dont il s’agit étoit très-fondante de fa nature , ôt que le feu qui agifloit deffous étoit trop vivement pouf fé par le vent des foufflets : je fis percer le deflfus des foufflets , d’un trou qui avoit plus d’un pouce de diamètre ; il s’échappoit pref-qu’autant d’àir par ce trou , que par la buze du foufflet. L# vent pourtant fort affez fort encore pour fondre netre métal ; ôt fondu par un feu moins a&if, il prit un moindre degré de fluidité : verfé dans les moulés , il donna des ouvrages très-limables.
- Quand donc la fonte deviendra trop fluide pour être verfée dans des moules chauds, on diminuera le vent des foufflets en en laiflant échapper une partie par un trou percé à leur table fupérieure. On peut avoir plufieurs de ces trous, de différens diamètres, fermés par des bouchons. Ces trous feront autant de regiftres ; on ouvrira les uns ou les autres, ou on les tiendra tous fermés, félon que le demandera la fonte qu’on veut couler.
- Souvent un grand moule ne fçauroit être rempli par la fonte d’un feül creufet : tels font ceux de quelques balcons ôt de quelques vafes. Alors on fond en même temps dans deux ou trois fourneaux différens, ôt dans autant de creufets : on les retire du feu en même temps. Les moules des balcons ont deux embouchures ; chacun des creufets, porté par un nombre d’hommes égal , verfe en même temps dans une des embouchures. Les Verfeurs ne s’embarràffent point dans leurs manœuvres ; ceux d’un creufet font près d’un des bouts du moule, ôt ceux de l’autre près de l’autre bout, difpofés de maniéré que les ringards qui foutiennent l’armu-. re d’un creufet font parallèles à ceux de l’autre , ôt croifent à angle droit la bande fupérieure du chaffis du moule.
- Les grands moules de vafe n’ont qu une embouchure : les Verfeurs en ont moins de commodité à s’arranger ; auiïi ne verfent-ils pas précifément en même temps. Les uns ne commencent à pancher leur creufet, que quand celui des autres eft prefqu’entiérement vuide : cela s’exécute pourtant avec affez de facilité.
- Après que les moules ont été remplis, on Addition à la y e. Section,
- FF R FONDU. r0ÿ
- les laiffe refroidir jufqu’à ce qu’on puîffe s’en approcher pour les retirer avec des tenailles $ fans avoir trop à foufifrir du feu. Retirés du fourneau, il ne refte plus qu’à les ouvrir pour en ôter les ouvrages : on ménage les chaffis > fi on a la patience de ne les féparer l’un de l’autre, que quand ils font froids. Il y a toujours quelques coups de marteau à donner* foit pour faire fortir les clavettes y foit pour dégager les liens. Ces coups fatiguent les Chaffis, encore ramollis par la chaleur, ôt ne font point d’impreflïon fur ceux qui font froids. Si cependant on ouvre les moules * pendant qu’ils font chauds * on trouve les ouvrages encore rouges, ôt alors leurs jets en font plus aifés à abattre. L’une ôt l’autre pratique ont donc leurs inconvénients ôt leurs avantages : félon que les jets feront plus ou moins difficiles à caffer, ou qu’il y aura plus ou moins de rifque à tourmenter les chaffis de certaines éfpéces de moules, on ouvrira ces moules plutôt ou plus tard*
- Il y a des pièces qui n’ont befoîn , pour être moulées , que d’un feul chaffis ; ôt qui même peuvent être moulées fans chaffis * telles font toutes celles qui n’ont des ornements que d’un côté, Ôt qui font plates de l’autre, comme les Contre-cœurs de chemh nées, Ôt comme le feroient des chambrant les. Ces pièces n’ont befoin que d’être imprimées fur le fable, comme on imprime un cachet fur la cire : fi on a de bonne fonte, Ôc qu’on ait confervé telle pendant la fufion ; les moules de ces pièces demanderont à être très-peu chauffés , ôt quelquefois ne le demanderont pas dû tout. La fonte qui aura rempli le moule, ne fera touchée d’un côté que par l’air, ôt peu expofée à fe durcir, à fe tremper.par les raifons que nous avons expliquées au long dans le IV. Mémoire de cette Partie. Auffi trouve-t-on fouvent des contre-cœurs , Ôt des plaques limables ôt perçables * qui ne le feroient pas fi elles euffent été coulées dans un moule fermé : le plus sûr fera pourtant toujours de chauffer ces moules par* deflbus.
- On pourroit mouler certains balcons * comme on moule les plaques dont nous venons de parler, fçavoir, ceux qui n’auroient des ornements en relief que d’un côté , ôt qui feroient plats de l’autre.
- En général, tous les ouvrages de fonte de bonne qualité ôt coulés dans des moules fuffifamment chauds , en font tirés limables ôt ayant le grain d’acier ; mais nous avons averti, que fi on veut leur faire prendre lê grain de fer forgé, fi on a befoin de leuf procurer plus de corps, il en faut venir a leur donner des recuits* Nous fommeS en état de leur donner ces recuits fans rifque * ôt avec un très-prompt fuccès : recuifons nos ouvrages dans les moules mêmes où ils ôni
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- N O U r E L ART
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- été jettés. Nous gavons que le recuit opéré d’autant plus promptement , que l’ouvrage eft plus chaud ; qu’une grande partie du temps eft employé à l’amener au degré de chaleur néceflaire. Certainement , nos ouvrages qui ne font que d’être coulés en moule , ne manquent pas de chaleur ; il ne s’agit que de les entretenir dans un degré approchant de celui qu’ils avoient, lorfqu’ils fe font figés. Pour cela, aulfi-tôt qu’ils ont été coulés, on remettra du charbon dans le fourneau de recuit : on ouvrira tous les regiftres. Ici, il n’y a pas à craindre de trop chauffer ; les ouvrages ne fe tourmenteront point, ne fe voileront point. On les fondroit même fans inconvénient , puifqu’ils font toujours dans leur moule : la force feule du feu fuffit pour recuire. Nous l’avons démontré dans la fécondé Partie, ôc elle peut être aidée ici par la poudre de charbon, ôc la mine de plomb qui font entrées dans le moule. On ne manquera jamais de donner ce recuit aux ouvrages qu’on peut foupçonner de dureté ; ôc peut-être feroit-on bien de ne manquer de le donner à aucuns, au moins pendant quelques heures.
- Dans cette efpece de recuit, les ouvrages occupent bien de la place, Ôc par-là femblent engager à une grande confommation de charbon. Le degré de chaleur qu’ils ont, lorfqu’on commence à les recuire, fait aufli qu’on gagne fur la durée du recuit. D’ailleurs, ils ,n’y font point expofés à fe voiler & à fe brûler : ces avantages peuvent bien dédommager du charbon qu’on brûle de plus.
- J’ai vû quelquefois tirer des moules des ouvrages où le fable étoit fi adhérent ôc fi fermement lié, que c’étoit un travail très-pénible ôc très-long que de l’en détacher. Il n’y a guere de ciment plus dur que ce fable rétoit. La couche n’en étoit pas bien épaiffe
- fur les furfaces unies ; on y avoit prife pour l’enlever, ôc on en venoit à bout ; mais il a fallu encore en retirer celui qui s’étoit engagé dans les creux de diverfes pièces. Plufieurs marteaux de porte ont été abandonnés ; il en eût coûté confidérablement plus à les nettoyer qu’à en refondre d’autres. Cet accident au refte n’eft arrivé que jufqu’à ce qu’on ait été bien au fait des recuits, ôc il a ceffé même avant que j’en connuffe sûrement la caufe. Il me paroiffoit difficile d’imaginer celle qui attachoit fi fortement des grains de fable les uns contre les autres, ôc qui les attachoit encore mieux au fer. Ce n’étoit ni l’excès, ni le manque de chaleur dans le moule ; l’un ôc l’autre cas avoient donné des ouvrages à qui le fable n’étoit nullement adhérent. Mais j’ai reconnu par la fuite, que cette adhérence étoit produite par l’humidité du fable du moule. Nous avons dit ailleurs qu’un moule peut être humide, quoi-qu’extrêmement chaud. Plus il fera en même-temps chaud ôc humide, ôc -plus le fable fe liera étroitement contre le fable : l’humidité feule ne formeroit pas ce lien. Mais l’humidité fait rouiller le fer, ôc quantité d’expériences m’ont appris quelle le fait rouiller d’autant plus vite qu’elle eft plus aidée par la chaleur : l’eau eft un diflolvant du fer, & le feu augmente l’aêtion de tout dilfolvant. Dès que la fonte s’eft figée dans un moule chaud ôc humide, il fe forme donc fur fa furface une rouille qui y attache les grains de fable, ôc qui les attache les uns aux autres* Quand on veut faire bien tenir des gonds, on les fcelle en plâtre ou en mortier : avant de les mettre en place, on les mouille dans du vinaigre, ou même d^ns du vinaigre qui a diffous du fel, ôc cela pour accélérer Ôc augmenter la production de la rouille.
- Fin du huitième Mémoire.
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- D'ADOUCIR LE FER FONDU, m
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- NEUVIEME MEMOIRE
- Ow on parcourt les différents ouvrages qui peuvent être faits deferfondu; ou on avertit des précautions, avec le [quelles quelques-uns veulent être jettes en moide & recuits ; & ou on fait connoître auffi quels font les ouvrages qui ne doivent pas être faits de cette forte defer.
- F aire de plus beaux ouvrages , les faire auffl bons, & à meilleur marché, font les degrés de perfeêiion où l’on doit travailler à conduire les Arts ; & ce font des avantages que notre nouvel Art paroît avoir dès fa naif-fance, fur ceux qui jufqu’ici ont mis le fer en oeuvre. Il eft peu de ces Arts à qui il ne doive devenir utile : on en fera d’autant plus convaincu , qu’on fera plus d’attention aux ufa-ges immenfes auxquels il peut s’étendre ; nous allons en indiquer une partie. Peut-être pei> fera-t-on que nous faillirons volontiers cette occafion de donner plus de prix à nos recherches : ce qui eft de fur, c’eft que nous ne fçaurions en être contens qu’à proportion de ce quelles deviendront utiles au Public ; & pour les lui rendre plus utiles, au moins de-vons-nous lui faire entrevoir les fruits quil pourra en retirer, l’avertir de ne pas les négliger,
- La Serrurerie eft de tous les Arts en fer celui qui nous préfente ce métal fous plus de formes différentes, & propres à plus d’ufages différens ; mais elle n’ofe même entreprendre de le façonner jufqu a un certain point, fur-tout pour de grands ouvrages. Nous avons déjà dit que les grilles, les balcons, les rampes d’efcalier, font d’un travail médiocre : y veut-on des feuillages, des fleurons f tout cela n’eft exécuté qu’avec une tôle mince. Veut-on en ornemens quelque chofe de plus maflif f on a recours au cuivre , & c’eft au grand regret des Serruriers, toujours très-fachés d’abandonner leur métal favori.Quand ils ont fait quelque chofe de beau en pur fer y ils croient que la dorure même le gâteroit y ou quelle le feroit palfer pour être de cuivre i car ce qu’il y a de doré dans la plupart des grandes grilles d’Eglife, n’eft prefque jamais que ce qui a été rapporté en cuivre. Dès qu’on aura fait faire des modèles de grilles, de balcons , des fleurons qui doivent y entrer , on multipliera,autant qu’on voudra,les ouvrages de ce genre. Ceux qui ont des modèles de fleurons , qu’ils font jetter en cuivre y ont déjà une avance.
- Les modèles des grilles, balcons, rampes, coûteront, mais ne coûteront pas autant
- qu’on fe l’imagineroit. Ces ouvrages font compofês d’un nombre borné de pièces qui fe répètent : on n’aura qu’à faire faire un modèle de chacune de ces pièces, qu’on affem-blera après quelles auront été adoucies. Les balcons, par exemple, ne font qu’un affem-blage de panneaux répétés, & il n’entre dans chaque panneau qu’un petit nombre de pièces différentes. On pourroit jetter un panneau; entier en moule : mais il feroit plus difficile à mouler ; il s’y trouveroit plus fouvent des défauts y il demandéroit de plus grands fourneaux pour être recuit : il fuffira de le mouler par parties. On en pourra faire les principaux montants en baluftres, ou de qUelqu^au-tre figure recherchée, au lieu qu’ils font faits aujourd’hui de barres unies. Les chapitaux des pilaftres ou des colonnes, leurs bafes, qui aujourd’hui font quelquefois de cuivré y oiï qui font trop minces en fer, pourront être jettés en moule avec toute l’épaiffeur convenable»
- Les pièces maffives qui entreront dans les ouvrages de cette efpece, ont affez de foli-* dité d’elles-mêmes ; elles n’ont pas befoin de prendre du corps par l’adouciffement ; c’en fera affez de mettre leurs premières couches en état d’être ufées par la lime, & coupées par le cifeau. Si on avoit befoin de les percer , il faudroit les adoucir davantage ; mais on abrégera le temps du recuit, fi on fait réferver les trous dans le moule. Si ces trous doivent être en écrous, ceux qu’on aura ré-fervés pourront être taraudés, quoique la piece n’ait pas été adoucie jufqu’au centre | une partie de l’épaiffeur qui environne le trou,l’aura été. Deux autres efpeces d’ouvrages , vont encore nous donner l’idée d’une façon de ménager fur la durée du recuit.
- Les marteaux ou boucles de portes enchères & autres, font aujourd’hui prefque fans ornements, & coûtent autant que coûs teront des marteaux de fer fondu très-ornés» L’endroit qui doit faire partie de la charnière , eft un de Ceux qui fatiguent le plus, ô£ qui doit être percé : pour s’exempter d’une durée de recuit, que le corps du heurtoir ni demande pas ; dans cet endroit, je fais mettre dans le moule une piece de fer fbîgé *
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- de ligure J grandeur & épaifîeur convenables : quand la fonte eft jettée en moule, elle enveloppe une partie du fer forgé ; elle sy applique exaêïement : la piece de fer forgé eft alors aulli folidement unie avec la fonte, qu’elle le feroit li elle étoit de fonte même 3 & a l’avantage de fe laiffer percer fans avoir befoin du recuit.
- Des feux pour les cheminées ferorent encore des ouvrages très-chers, s’ils étoient ornés jufqua un certain point ; il y en a à Paris d’un grand prix : on les fera à bon marché comme le refte. Mais fi j’en parle actuellement, c’eft principalement pour faire remarquer que j’en ai fait recuire qui avoient été jettés en moule, avec une précaution qu’il eft bon de ne pas ignorer. La tige du feu s’aflemble avec la bafe à vis ôc à écrou ; le bout de la tige doit porter cette vis ; on avoit mis dans le moule une piece de fer forgé, taillée en vis par le bout : cela n’enchérit en rien la façon, ôc eft de la befogne épargnée pour le recuit.
- Des deux faits précédents, nous pafferons à une remarque générale ôc utile, pour quantité d’ouvrages de fer fondu ; c’eft que li on a à jetter en moule de grolfes pièces, ôc que ces girofles pièces aient befoin d’avoir du corps, qu elles foient expofées à fatiguer, ôc qu’on ne veuille pas s’engager aux frais de longs recuits ; il n’y a qu’à taire placer dans le moule des pièces de fer forgé proportionnées à la grofleur de l’ouvrage, Ôc à la force qu’on fouhaite lui donner. Un n’y mettra , filon veut, qu’un fil de fer gros comme le doigt; Ôc fi on le veut, on y placera une barre de fer : le fer fondu fe réunira bien avec le fer forgé, ils feront corps enfembie.
- Âu refte, ceci n eft .pas une pratique particulière pour nos ouvrages de fer fondu ; les Fondeurs y ont recours pour quantité d’ouvrages de cuivre, qui feroient trop caftants, s’ils n’étoient foutenus par le fer. Les grandes boucles des foupentes des carrofîes, font fouvent fourrées de fer. Dans les grandes Statues de bronze, il entre quelquefois des milliers de fer, pour donner de la folidité à toute la mafte. Les Aigles des Pupitres ôc autres pièces pareilles , doivent grande partie de leur folidité au fer.
- N’oublions pourtant pas un avertiflement important, fçavoir, que les parties des pièces de fer forgé introduites dans les ouvrages fondus, qui fortiront en-dehors comme les branches des crampons des marteaux, que ces parties, dis-je, qui font de fer forgé, pourroient dans un long recuit devenir cafi îantes, ôc plus caftantes même que le fer fondu ; les remarques par lefquelies nous ' avons fini le Mémoire précédent, le font prévoir : le fer trop recuit fe defféche. Pour aller au-devant de cet inconvénient, on aura
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- foin d’entourer ccs parties de matière, qui puiftent fournir plus de parties huileufes, que notre compofition propre à adoucir. Le charbon en poudre fera cet effet, on en couvrira tout ce qui fera de pur fer forgé. Qu’on mouille un peu ces pièces, ôc qu’après les avoir mouillées on les trempe dans la poudre de charbon, elles en prendront aftez pour fe défendre contre l’effet du recuit. Pour mieux leur conferver même cette poudre, on peut la recouvrir d’une couche de terre fablonneufe détrempée à confiftance de pâte ou de fable à mouler. On peut encore arranger ces pièces comme les autres dans le fourneau , ôc lorfqu’elles feront en place, mettre de la poudre de charbon tout autour de ce qui eft de fer forgé.
- Mais pour revenir à nos ouvrages de ferru* rerie, les cages des ferrures, ou, en termes de l’Art, les palaftres, même dans les plus fuper-bes appartements, font (impies, unis ; fi on leur veut quelque beauté, on eft contraint de les faire de cuivre, quoiqu’il foit toujours défagréable de toucher ce métal : on fera en fer fondu les palaftres les plus ornés ôc les plus recherchés.
- Platines, targettes, verroux, fiches, en un mot, toutes les ferrures qui n’ont point à fatiguer, pourront être du plus grand goût, ôc ne coûteront guere davantage que les unies coûtent aujourd’hui. Les clefs, telles que nous en faifons, à préfent, venir d’Angleterre, fe feront à peu de frais ; on en jettera en moule dont les panetons feront pleins, ôc on entaillera enfuite ces panetons félon la figure de la garniture à laquelle on aura envie de les faire fervir. Ce font des ouvrages qui demanderont à être très-bien adoucis , afin qu’il refte du corps au paneton , ôc qu’on puifle percer la tige. Je ne puis m’empêcher de parier ici d’une objeêüon qui m’a été faite; elle prouve au moins qu’il n’eft rien qu’on ne puifte attaquer par quelqu’endroit , ôc cela d’autant plus , que l’envie de contefter n’a eu aucune part à cette objection* Des Magiftrats , éclairés d’ailleurs, ont regardé , comme une fort mauvaife chofe, le moyen de jetter une clef en moule ; que ce devoir être une invention pernicieufe : peu au fait de la pratique des Arts , ils avoient peine à comprendre qu’il feroit plus facile, à qui voudroit faire mauvais ufage d’une clef, d’en faire forger une, que de la faire mouler en fer ; qu’immédiatement après quelle feroit forgée, on pourroit y fendre les rouets ou autres garnitures ; au lieu que pour faire recuire celles de fer fondu, il faut du temps ôc de l’appareil ; qu’en moins d’une demi-heure , on peut forger groftiérement une clef avec fon paneton ; que d’ailleurs , juf-qu’ici on en a pû fondre en cuivre qui ou-vriroient bien ; ôc les (doux, que je fçache,
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- ^ADOUCIR LE fER FONDU.
- b ont pas eu encore recours à cet expédient.
- Nous placerons encore ici un avertilfe1-ment qui regarde plufieurs ouvrages. Quand il fera arrivé quelque accident leger à une piece quon aura moulée avec peine , fi elle • a quelque endroit où la matière n’ait pas bien rempli le moule * on la limera , cifélera, en un mot, on la réparera fans s’embarraffer de ce défaut ; on y apportera remede , en fai-fant enfuite en fer forgé, une petite piece femblable à celle qui auroit dû venir en fonte. On laiffera à cette petite piece une queue qu’on taillera en vis, & on percera un écrou dans la place où elle doit être rapportée : fi cela eft exécuté avec adrelfe , on ne reconnaîtra pas l’endroit où la piece a été ajoutée.
- Il y a encore une autre maniéré de remédier aux défauts des endroits mal venus dans le moule. Ils ne pechent jamais par trop'de matière ; c’eft toujours par trop peu ; il y peut relier des creux à remplir, des fouffiü-res : on coulera dans les creux quelques gouttes de fer fondu. Mais afin que la fonte qui aura été coulée , s’attache parfaitement au relie, quelle y falfe corps, on chauffera le plus chaud qu’on pourra les endroits dans lefquels on veut la jetter : on recouvrira de terre les endroits qui font proches de ces derniers, ceux où on ne veut pas quelle s’attache.
- Les Fourbilfeurs feront jetter en moule des gardes d’épée, & ils pourront finir en quelques jours, des ouvrages qui les tenoient plufieurs mois : iis ont déjà leurs modèles ; il ne leur en faudra pas d’autres que ceux qu’ils font mouler en cuivre ou en argent. A la vérité, ces épées n’approcheront plus du prix de celles d’or maffif, comme elles ont fait ci-devant ; mais on en débitera davantage. On adoucira de relie les gardes & les pommeaux; mais il faudra réitérer les recuits des branches qui, étant longues Ôc minces, feroient plus expofées à fe calfer.
- Les boucles de ceintures, de fouliers, les étuis, les clefs de montre, les crochets de montre, & une infinité de Colifichets n’occuperont plus, comme ils ont fait, des Ouvriers pendant autant de temps que les plus grands ouvrages : qu’on en ait les modèles, & on fera en état de les faire promptement.
- Les roues des Diamantaires, les roues à applatir ou à écacfier les fils d’or & d’argent , pourront être faites de fer fondu : ce font des ouvrages Chers.
- Je crois que l’éperonnerie y trouvera aulli des avantages ; les branches de la plupart des brides fatiguent peu, & pourront être fondues : ce font des plus difficiles ouvrages de la forge : j’en ai fait faire qui ont bien réuffi. Si on eft tenté d’y faire jetter des ornements , on n aura qu’à les demander ; on fera maître Addition à la Section.
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- d’en placer par-tout : les filets réuffiront en5* core mieux.
- Un Art à qui notre âdûüciflement du fer doit épargner bien du temps, Ôt qui s’en trouvera en état de faire les plus beaux ouvrages, eft l’arquebuferie* Les platines de fu-fils feront excellentes de fer fondu : j’en aî fait fondre plufieurs pour épreuve* On les lailfera unies ou on les Chargera d’ornements : ce fera à la volonté dé l’Ouvrier f mais fi on les orne , Ce ne fera plus , ni fi mesquinement, ni fi chèrement qu’âujour-d’hui. Au lieu de quelques légères figures en creux qU’ont à préfent les plus finies, on pourra leur donner des ornements en relief, dans le goût de ceux des plus belles gardes d’épées ; & fi on y en veut de creux, on les fera femblables à ceux des plus beaux cachets. Je ne voudrois pourtant pas , que les chiens ôt les batteries fuffent faites de fer fondu ; j’en dirai la raifort dans la fuite* Mais la plaque de couche, la piece qui recouvre le bout de là croffe, peut en être faite autant qu’aucune autre piece ; & de même les porte-vis, les porte-baguettes, les ornements qu’on met auprès des vis qui arrêtent l'a platine. Si on fait les fous-gachettes de fer fondu , il faudra confidérableinent les adoucir , comme toutes les pièces qui font grandes & minces. En un mot, ce peut être un objet d’épargne bien confidérable pour les Arfe-naux de Sa Majefté* On a propofé une idée très-ingénieufe & très-utile ; c’eft de faire toutes les pièces des fufils des Troupes de même calibre. Un fufil dont le canon eft crevé devient inutile, parce que fa platine ou les pièces de fa platine , ne peuvent pas s’ajufter à un autre fufil ; mais dès que toutes les pièces feront de même calibre, celles des uns pourront être remifes aux autres ; quelques pièces caffées ne rendront pluS^tou-tes les autres inutiles : ce qui reliera du fufil le plus délabré fervira à en raccommoder un autre*
- Avec le temps, le Roi tirera peut-être un avantage plus important de ce nouvel Art. C’eft par rapport à fon Artillerie, & fur-tout par rapport à celle de Mer. Je ne rapporterai pas, fur ce fujet, autant d’expérien* ces que je fouhaiterois : je n’ai point été à portée de faire fur les cànons , celles que j au* rois voulu tenter ; mais il ne me paroît pas y avoir lieu d’appréhender que les expériences démentent Ce que notre Art femble promettre fur cet article. On rte fait que dë deux fortes de canons : les uns font de cuivre rouge avec un mélange d’étain & de zinc : c’eft ce qü’on nomme Amplement des canons de fonte ; on les appelle auffi des canons de bronze, & nous les appellerons toujours ainfi pour éviter l’équivoque de la foiîte de fer. Les autres canons font de fer fondu *
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- de matière pareille à celle des contre-cœurs de cheminées de fontes grifes. On les appelle Amplement des canons defer .‘les uns ôc les autres ont leurs défauts. On a fait bien des tentatives pour avoir des canons d’une troi- . fieme efpece, exempte des imperfections des deux précédentes. On a cherché les moyens de les fabriquer de fer forgé : c’eft de toutes les matières que nous connoiffons la plus capable de réfifter aux grands efforts ; ôt la plus preffante réfiftance n’eft pas trop forte pour tenir contre l’impétuofité de la poudre. Le fer forgé eft incomparablement plus en état de réfifter, que ne le font les fontes de cuivre ; des canons de fer forgé, plus légers, feroient plus forts. On en même contraint9 par une raifon particulière, d’affoiblir la force que le cuivre pourroit oppofer à la dilatation de la poudre : l’ame d’un canon doit conferver fon diamètre , fa rondeur uniforme ; fi le cuivre étoit pur, il n’auroit pas affez de dureté pour réfifter au traînement du boulet ; on eft donc obligé de l’allier avec l’étain ôt le zinc ; ce qui le rend plus dur,mais en même-temps plus caffant : on le met en état de réfifter mieux au traînement du boulet , Ôt moins en état de réfifter à l’effort de la poudre. D’ailleurs, les lumières s’en agrandirent plus aifément : autre inconvénient très-confidérable.
- Les canons de bronze font pourtant encore préférables aux canons de fer fondu* La matière de ces derniers réfifte plus au traînement du boulet ; mais elle eft caftante, & de-là naiffent deux inconvénients confidérables, i°. pour les rendre aufli forts que les canons de bronze, on eft obligé de leur donner plus de poids qu’à des canons de bronze de même calibre. 20. Quand ces canons crevent, ils ne s’entrouvrent pas Amplement comme les canons de bronze ; leur hiatiere plus roide s’en va en éclats qui tuent des Canoniers, ôt répandent la terreur parmi ceux qui reftent ; un canon une fois crevé, on ne charge plus les autres avec la charge ordinaire , les coups qu’on tire enfuite ne font plus d’effet : les combats de Mer ont fouvent changé de face par un pareil accident.
- S’il étoit pofîible de parvenir, fans de trop grandes dépenfes , à forger des canons de fer, ils feroient fans doute incomparablement meilleurs que les autres : ils réfifteroient mieux à l’effort de la poudre , & au traînement du boulet ; étant plus forts , ils ne de-manderoient pas à être ft épais. On a fait beaucoup de tentatives pour y parvenir, qui n’ont pas encore eu beaucoup de fuccès ; elles ont même ruiné un homme qui avoit du bien Ôt du génie ^ on ne laiffe pas d’en faire de nouvelles journellement ; il eft à fou-haiter quellesfoientplus heureufes, ôc après tout il n’y a pas à défefpérer.
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- Quoi qu’il en foit, on s’en tient à préfent aux canons de bronze ôc aux canons de fer : l’Artillerie de Terre eft de bronze ; mais la plus grande partie de l’Artillerie de Mer, tant celle des Vaiffeaux du Roi que celle des Vaiffeaux Marchands, eft de fer : il en coû-teroit des fommes trop confidérables pour l’avoir de bronze. Les Vaiffeaux cependant font accablés fous le poids de leurs canons, ôc c’eft fur-tout ce qui dé foie nos Négociants eh temps de guerre ; ils feroient fort contents, s’ils pouvoient ne charger leurs vaiffeaux que de canons de bronze.
- Ce qu’ils trouvent de défavantageux dans cette augmentation de charge, n’eft pas feulement de ce qu’elle tient la place d’un poids égal de marchandifes. J’ai oui dire à des Négociants fenfés,quelle ruine leurs Vaiffeaux, quelle contribue beaucoup à les faire entrouvrir. Le Vaiffeau n’en eft pas fatigué tant qu’il va vent arriéré ; mais des qu’il a le vent de côté, il eft clair que le poids des canons, çorté par une des moitiés du Vaiffeau,tend a la féparer de l’autre : la pofition de ce poids, eft caufe que fon effort eft pluspuif fant qu’il ne le feroit, placé par-tout ailleurs.
- Il paroît inconteftable, qu’au moyen de notre nouvel Art, on rendra les canons de fer fondu meilleurs qu’ils ne le font aujourd’hui : le fer adouci fera certainement moins caffant ; mais le grand objet fera de fçavoir, fi on peut les amener au point de ne crever plus par éclats, lorfqu’ils feront adoucis. Je îçais quon ne peut pas attendre ce bon effet de toutes fortes de fontes adoucies : j’en ai même fait une forte d’épreuve ; au lieu de grands canons, j’ai fait jetter en moule un canon de piftolet ; je l’ai fait très-bien adoucir , je l’ai rendu très-limable ; je l’ai chargé beaucoup plus qu’il ne devoit l’être naturellement, fans qu’il fe foit crevé; enfin, l’ayant chargé encore davantage , l’ayant prefque rempli de poudre, il s’eft crevé, ôt le mal eft qu’il s’eft crevé par éclats. Je ne crois pourtant pas que cette expérience doive faire défelpérer de parvenir à faire des canons de fer fondu qui, en crevant, s’entr’ou-vriront comme ceux de bronze. La fonte de ce canon de piftolet avoit été prife au hazard ; ôt j’ai averti qu’il y a des fontes qui donnent des fers adoucis incomparablement plus flexibles , que d’autres fontes ne les donnent : il faut donc effayer les différentes fontes ; ôt fi on veut commencer à faire les effais fur des canons de piftolet, ils ne feront pas chers , ôc fuffiront pour conduire à des épreuves plus confidérables.
- Pour amener des pièces de fer fondu auffi épaiffes que le font des canons au degré de foupleffe néceffaire, il faudra leur donner de longs recuits avec nos poudres : mais la dureté des recuits n’ira pas auffi loin qu’on pourroit
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- D'ADOUCIR LE FER TONDU,
- fe fimaginer. Il y a des endroits où on eft déjà en ufage de recuire pendant plufieurs jours les canons de fer ; après qu’ils ont été tirés des moules , on les entoure immédiatement de charbons allumés , ce qui produit peu d’effet. La durée de nos recuits ne fera peut-être pas beaucoup plus longue ; nous avons vû que des pièces épaiffes de plus d’un pouce, n’en demandent que trois jours au plus ; le nombre des jours augmentera en plus grand rapport que l’épaiffeur ; mais félon les apparences, il n’ira pas bien loin , ôt ces frais ne fçauroient entrer en comparai-fon avec les avantages qu’on en retirera.
- D’ailleurs on fera ces recuits bien plus hardiment que pour les menus ouvrages ; on ne craindra pas défaire fondre des pièces fi épaifi fes ; les écailles ne feront pas non plus au rang des inconvénients à appréhender. Une des difficultés fera d’avoir des fourneaux convenables ; on pourroit en employer de fem-blables à ceux dont nous avons fait ufage juf qu’ici, avec la différence du petit au grand , Ôt fur-tout du bas au haut. Qu’on imagine les creufets diftribués, comme nous les avons diftribués , ôt que celui du milieu a affez de profondeur pour recevoir un canon placé debout , ôt affez de longueur pour en contenir plufieurs arrangés de file. Enfin, cette matière eft affez importante pour qu’on fît des expériences , dont les frais n’iroient pas bien loin. On pourroit aulfi bâtir des efpeces de tours, faire des efpeces de chapes plus grandes, mais femblables à celles dans lefquelles on moule les canons.
- Comme nous n’aurions point ici à appréhender les écailles, des creufets parfaitement clos pourroient n’être pas fi néceffaires.
- Nous avons vû qu’on peut augmenter la force des ouvrages de*fer fondu, en les fou-rant de fer forgé. Cet expédient ne nous four-niroit-il point le moyen dé faire des canons de fer, qui auroient toutes les perfections qu’on leur vôudroit ? Qu’on affemblât des barres de fer, liées de diftance endiftance par des frettes de fer ; peut-être fuffiroit-il de faire cet affemblage avec des rivets ; ôt dans ce cas, il ne feroit pas un ouvrage long. Ce bâtis de fer fourniroit une efpece de noyau qu’on recouvriroit par dehors Ôt par dedans de fer fondu. M. de Villons , apres toutes ces tentatives fur les canons de fer forgé, avoit pen-fé qu’on ne pourroit , fans des frais trop grands , leur donner leur forme en entier , fi on les faifoit de ce métal ; il avoit penfé d’en compofer l’intérieur de fer forgé , qu’on re-vêtiroit par dehors de fonte de cuivre.
- Après avoir parcouru les ufages qu’on peut faire de notre fer fondu, dans ie grand, dans le beau, ôt même dans le terrible, nous allons le confidérer par rapport à des ufages moins nobles, voir l’utilité dont il peut être
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- dans les cuifines. J’avouerai pourtant que ce n’eft pas le côté par où il me paroît qu’on en doive faire moins de cas. Dans le fond, il vaut mieux perfectionner les uftenfiies qui y font propres, que les armes meurtrières : cette façon de penfer n’eft pas la plus élevée ; elle eft au moins la plus humaine, Ôt peut-être la plus fenfée. On peut efpérer de faire par la fuite prefque toute la batterie de cuifine de fer fondu , chaudrons, marmites , poêles à confitures, calferoles , bafïinoires , &c. Le Royaume, dont on néglige les mines de cui* vre, épargneroit par-là bien de l’argent qu’il fait fortir pour fe fournir de ce métal. On a depuis long-temps des marmites Ôt des chaudrons de fer fondu ; on ne s’en fert guere qu’aux villages ôt en quelques petites villes , Ôt c’eft pour épargner des vafes de cuivre. Trois raifons ont empêché que les uftenfiies de fer fondu de cette efpece ne devinlfent d’un ufage plus général : i°. Ils ont toujours un air mal-propre ; comme ils font raboteux, tant intérieurement qu’extérieürement, il n’eft pas aifé de les nettoyer. 20. Ils font plus épais que ceux de cuivre forgé , Ôt pardà plus difficiles à échauffer. 30. Enfin, ils fe caffent aifément; ils feroient mal entre les mains des Cuifiniers ; ils demandent à être ménagés : on ne peut qu’avec rifque les frapper rude* ment ; fans cela une marmite , un chaudron de fer fondu feroient prefque des vafes éternels : le feu ne les brûle point comme ceux de cuivre. Notre nouvel Art levé ces trois difficultés. On moule aujourd’hui ces vafes moins minces qu’on ne le pourroit, afin qu’ils foient plus en état de réfifter aux chocs ; fi cependant on ne trouve pas ceux qu’on fera mouler par la fuite affez minces au fortir du moule , on achèvera le refte après qu’ils auront été adoucis ; on les travaillera fur le tour , comme on travaille les chaudrons de cuivre $ on les rendra auffi minces qu’il fera néceffaire, pour qu’ils s’échauffent promptement. Enfin, nos recuits les rendant moins caffans, ils remédient à la principale difficulté qui en a arrêté l’ufage. Je n’ofe efpérer qu’ils leur donneront toute la foupleffe du cuivre ; mais ils leur en donneront affez, pour qu’ils ne fe caffent point, quand on aura une attention médiocre à les ménager. Il y a actuellement bien des maifons aifées, où l’on fe fert de marmites d’une fonte de cuivre compofé ; elles font épaiffes Ôt caftantes , ôt cependant elles coûtent fort cher. L’avantage qui compenfe ces deux défauts, eft qu elles ne demandent pas à être étamées.
- Auffi n’y a-t-il que la néceffité qui ait pû forcer à avoir recours au cuivre ordinaire, malgré fon odeur défagréable , Ôt malgré la nature de la rouille à laquelle il eft fujet, qui eft un dangereux poifon. On a à la vérité trèsffiien imaginé d’étamer les vafes de ce
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- métal, pour lés préferver du verd-de-gris,
- pour les empêcher de communiquer heur mauvaife odeur à ce qu’on y fait cuire, & qu’on y lailfe refroidir* La rouille du fer n eft pas à craindre, & eft peu confidérable dans les vaifTeaux de fer fondu* Au rapport des Ménagères , ces vafes ne donnent aucun goût à ce qui a cuit dedans ; elles alfurent que la foupe eft excellente dans les marmites de fer fondu* Mais enfin fi on veut encore les défendre contre la rouille, rien n’empêchera qu’on ne les étame, comme les Serruriers étament les ferrures, les targettes, les ver-roux ; comme les Eperonniers étament les branches & les mords de brides , & comme on étame les feuilles de fer. Je ne parle qu’a-près l’expérience. J’ai fait étamer par des Eperonniers des marmites de fer fondu, qui ont très bien pris l’étain*
- L’ufage de tout ce qu’on nommé bdtterie de cuifine, eft fi grand & fi général, que je n’héfite point à regarder cet objet comme un des plus importants de notre Art. C’eft beaucoup que de faire de plus belles grilles , de plus beaux balcons , de plus belles ferrures , de faire en général des ouvrages plus recherchés , plus ornés ; on pourroit pourtant douter s’il y a à gagner pour le genre humain, en multipliant, jufqu’à un certain point, ce que nous appelions beau , Ôt qui eft Amplement beau. Si on avoit le fecret de bâtir des Palais à aufîi peu de frais , & âuffi promptement que des chaumières ; fi les petites mai-fons étoient foudainement changées en fu-perbes édifices, nous ferions frappés de la nouveauté du fpeétacle ; mais bientôt il eût autant valu que nos maifons ordinaires euflent fubfifté. Nous confidérerions , avec moins de plaifir & d’attention, les Tableaux des grands Maîtres , fi les Barbouilleurs avoient trouvé le* fecret d’en faire de pareils. Nous ne fçavons juger que par comparai-fon , de ce que nous appelions beau ,* mais en tout temps, nous pouvons juger de ce qui a un rapport direêt avec nos befoins, de ce qui eft bon : nous avons toujours avec quoi le comparer.
- Ne s’inquiétera-t-on point, (car On eft quelquefois étonnamment humain , quand il s’agit de faire des objections ; ) ne s’inquiétera-t-on point, dis-je, de ce que deviendroient tant de Chaudronniers, fi la batterie de cui-fine fe faifoit de fer pour la plus grande partie ? J’ai vû un grand Magiftrat s’oppofer au privilège demandé pour une nouvelle machine , par une raifon de cette efpece. Je répondrai ici ce que je lui répondis , pour celui qui follicitoit un jufte privilège, que fi on eût toujours eu une pareille fenfibilité, nous n aurions , ni moulins à vent, ni à eau , ni à chevaux. Le bled étoit pilé à bras dans des mortiers, avant qu’on fçût l’écrafer fous des
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- meules mues par des chevaux ; combien cela occupoit-il de gens ? Les moulins à eau, au grand avantage du genre humain, ont ref-traint l’ufage des moulins à bras & à chevaux , au cas de nécelfité : l’invention deS moulins à vent, alfez récente , lupplée aux moulins à eau, qu’on ne peut conftruire partout. Je ne crois pas aufli, pour revenir à nos Chaudronniers , qu’il y eût beaucoup de gens qui voululfent charitablement leur acheter des uftenfiles de cuivre, uniquement pour les faire vivre, fi ceux de fer étoient meilleurs & à meilleur marché. Mais qu’on ne s’inquiète point ; on leur trouvera de foc* cupation de refte : ils travaillent déjà en fer ; ils font des réchauts & d’autres petits ouvrages ; ils s’exerceront davantage à travailler ce métal ; ils le répareront, tourneront, &c.
- S’il étoit polfible de faire en fer forgé, tous les uftenfiles de cuifine qu’on fait en cuivre * il n’y a pas lieu de croire qu’on y eût employé ce dernier métal. Si l’Art y eût pû parvenir , on feroit des marmites , des caffero-les, des chaudrons de fer battu, comme on en fait des poêles à frire. Mais le fer n’a pas une fouplelfe qui lui permette de fe lailfer contourner autant qu’il eft néceflaire ; & ce qui lui manque fur-tout, c’eft de fe laiffer retreindre : c’eft cette derniere qualité qui donne le moyen de faire au marteau des vafes de plomb, de cuivre, d’or & d’argent* On forge de fer une poêle à frire, parce que les bords de la poêle font plus évafés que fon fond. Si on avoit une pareille poêle faite de cuivre ou d’argent, on pourroit la changer en un vafe de quelle forme on le vou-droit ; en frappant fur ces bords par-dehors, on les retréciroit de façon qu’ils laifferoient une ouverture beaucoup plus étroite que le fond d’ou ils partent, c’eft ce qu’on appelle retreindre • mais il n’y a pas moyen de rétreindre ainfi le fer. J’ai oui parler d’un Ouvrier, qui avoit eu l’adrefle de faire de fer forgé, une efpece de bouteille à long col, qui étoit parvenu à le rétreindre à ce point. Mais ce n’avoit pu être qu’après beaucoup de temps, après un nombre prodigieux de chaudes ; & un pareil ouvrage en fer, étoit devenu plus cher par la façon, que s’il eût été d’argent, & peut-être d’or.
- On fait, à la vérité, des vafes de fer plus étroits par en- haut que par en-bas : tels font nos caifetieres. Mais on fçait que le fer de ces fortes de vafes n’a pas été rétreint ; il eft quelquefois de différentes pièces, dont les bouts repliés les uns fur les autres font retenus feulement par de là foudure : ce qui eft Caufe qu’on ne fçauroit les expofer au feu , que quand ils font pleins d’eau, qui empêche le vafe de prendre le degré de chaleur qui feroit fondre la foudure.
- On pourra, avec le fer fondu, faire à
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- lavenir des poêles dignes d’échauffer les appartements j où ils trouvent place dans le Royaume depuis quelques années.
- Les grands vafes à fleurs, dont oh pare les parterres, auront en fer les formes les plus gracieufes, comme en bronze, ôc pourront être aufll bien réparés : enfin, on pourra mouler en fer une infinité de ftatues, de bulles. Le petit cheval de fer fondu, qui eft dans le cabinet de Sa Majefté à Verfailles, ne fera plus au nombre des ouvrages rares par leur matière. S’il y a quelque chofe à quoi le fer fondu convienne, c’eft certainement aux ouvrages qui ne font faits que pour être expo-fés en vue, êt qui n’ont point à fatiguer.
- On fait en cuivre ou en potin des flambeaux, & une infinité d’autres uftenfiles, qui pourront aufll être faits de fer fondu.
- Voudra-t-on dorer ou argenter nos ouvrages de fer fondu, on n y trouvera nul obftacle ; ils fe doreront & argenteront, com-me le cuivre ; ils auront aufll, comme le fer, leur efpece de dorure particulière : on pourra les dorer d’or damafquiné , comme on dore les fufiis ôt les gardes d’épées. Des feux, des flambeaux, des bras, des luftres de fer fondu, à qui on feroit prendre le violet, êc fur lef-quels on jetteroit enfuite de légers ornements d’or damafquiné, feroient de magnifiques ouvrages, ôt d’un grand goût*
- On peut tirer parti de tout» les inconvénients même qui s’oppofent aux recherches qu’on fe propofoit, peuvent fouvent tourner à profit» C’en a été un pour les premiers ouvrages que nous avons tenté d’adoucir, que de les voir expofés à s’écailler : mais cet inconvénient n’eft pas générai pour tous» On emploiera hardiment la poudre d’os feule pour les ouvrages unis, ou pour ceux dont les ornements ne font pas délicats : l’adou-ciflement en fera plus prompt. Il y a même des ouvrages unis qu’on doit chercher à faire écailler ; ce font ceux qui fortent du moule plus épais qu’on ne les voudroit ; les marmites , les cafleroles font de cette efpece ; fi ces vafes ne font pas fortis du moule, affez minces , tout ce qui fera détaché par les écailles, fera autant de gagné fur ce dont il faudroit les ufer, foit à la lime, foit fur le tour.
- J’ai donc fait des expériences, où non-feulement j’ai employé, à deffein, la poudre d’os feule : je me fuis même fervi de glaife, de chaux ordinaire , ôt de gypfe calciné. La chaux feule fait beaucoup plus d’effet que la glaife : le gypfe feul en produit trop ; il pour-roit creufer. Mais pour modérer fon activité, je n’ai entouré l’ouvrage que d’une couche mince de cette poudre, ôt j’ai rempli le relie du creufet de poudre d’os à l’ordinaire : alors les écailles n’ont eu qu’une épaiffeur convenable ; elles deviendront plus ou moins épaiffes, félon que la couche de gypfe ou de Addition à la J e. Section.
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- plâtre fin, qui entourera Touvragè , fera plus ou moins épaiffe, & aufll félon la durée du feu» Mais il faut faire en forte, que les ouvrages qu’on fera écailler chauffent également , fans quoi les écailles fe trouveroient d’épaiffeurs trop inégales.
- J e rapporterai, à l’occafioh du gypfe, une expérience qui ne fait pourtant rien au fond de notre Art ; c’eft que lorfque j’ai débouché Ôt renverfé les petits creufets, dans lefquels j’avois mis de cette poudre feule autour du fer fondu , avant d’avoir donné le temps à la fonte de fe refroidir entièrement > mais pendant qu’elle n’étoit que d’un rougé très-brun , très-foncé ; dans ces circonftanees , dis-je, j’ai vu des flammes s’élever de plus de vingt endroits de cette poudre : elles avoient la couleur de celle du foufre commun. Le fer fondu, qui a été entouré de gypfe, a aufll toujours pris une odeur de foufre infupportable. Une autre remarque, c’eft qu’il m’a paru que le gÿpfe fait beaucoup plus ' écailler les fontes blanches, que les fontes grifes, ôt qu’il fait plus écailler ôt plus promptement le fer forgé, que lè fer fondu*
- Nous avons parcouru jufqu’ici les principaux ufages qu’on peut faire de notre nouvel Art ; nous ne devons pas être moins attentifs à arrêter les efpérances trop avan-tageufes qu’on en pourroit concevoir ; nous en avons fenti la néceflité depuis que nous avons eu donné les fondements de cet Art, dans l’Affemblée publique de l’Académie du mois de Novembre 1721. Nous avons été obligés plus de fois à faire rabattre de ce qu’on s’en promettoit de trop, qu’à répondre aux difficultés qu’on auroit pu former contre divers ouvrages de ce fer. A entendre certaines gens, il falloit abandohher tout le travail de la forge ; ils auroient voulu qu’on eût tout jetté en moule, jufqu’aux ou-1 vrages les plus Amples , ôt je crois jufqu’aux barres de fer : on veut qu’une découverte ferve à tout, êt par-là fouvent on la rend inutile. Il y a tel remede qui eft à préfent ignoré, qui feroit encore en grande réputation , ôt qui mériteroit d’y être, fi on fe fût tenu à en faire ufage dans les cas où il avoit réufli d’abord , fi on n’eût pas voulu l’étendre à toutes les maladies. Afin qu’on ne faffe point d’auflt mauvais emplois de nos fers fondus, nous âvertiffons , avec grand foin , qu’ils ne doivent jamais être la matière des ouvrages qui demandent à être d’un fer très-doux, très-pliant. Ce feroit en abufer que d’en faire, par exemple, des canons de fufil, puifqu’il y a même quantité de fers en barre qui n’y font pas propres. Je ne fçàis fi le chiéh du fufil, qui frappe avec une perCufliorî très-prompte, peut même être fait de fer fondu» Les ouvrages de fer qui ont beaucoup à fatiguer, doivent en général être faits du fer lé
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- plus doux ; par conféquent le fer fondu ne leur convient point. Tous les ouvrages grands Ôc très-minces, dès qu’ils auront quelque cho-fe à foutenir , ne doivent point être de fer fondu.
- D’ailleurs, on ne doit chercher à faire de ce fer que des ouvrages, dont le travail eft long à la lime ôc au marteau : tout ce qui ne demande pas de longues façons, doit fe faire de fer forgé. Nous avons dit qu’on feroit de fer fondu des clefs chargées d’ornements ; ce feroit mouler pour peu de profit, ôc courir rifque de faire de moins bons ouvrages, que de faire de fer fondu des clefs ordinaires. Il y a d’autant plus à gagner fur les ouvrages de fer fondu, qu’ils feroient plus longs à finir à la maniéré ordinaire ; & il en reliera affez de ceux-ci, pour que les avantages de notre nouvel Art s’étendent loin. Ce fer pourra être la matière de bien des efpeces d’ouvrages, que nous n’avons pas indiqués. Peut-être auffi trouvera-t-on des inconvénients à en faire quelques-uns de ceux pour lefquels nous l’avons jugé propre.
- Les ouvrages de fer fondu bien moulés ôc limés avec foin , ne fçauroient fouvent être diftingués à la vûe de ceux de fer forgé. Il y a pourtant des circonftances, où, quoiqu’ils foient auffi bons que les autres, il faut pourtant que celui qui peut s’en fervir, fçache quelle eft leur origine ; & ce feroit tromper celui à qui on les vendra, & à fa perte, de les lui vendre pour de fer forgé. Expliquons-nous davantage par un exemple. Si on vend des fiches très-chargées d’ornements à un Serrurier, ôc même à un Particulier, il leur fera facile de reconnoître qu’elles ne font pas de fer forgé. Mais fi on leur vend des fiches unies, & qu’on veuille leur perfuader quelles font de fer forgé, quoiqu’elles foient de fer fondu, il peut être mal-aifé qu’ils le reconnoiffent. Ces fiches de fer fondu, une fois mifes en place , foutiendront la porte, comme feroient des fiches de fer forgé. Mais pour être mifes en place, elles exigent quelquefois des précautions , que n’exigeroient pas les autres. Si la partie qui eft deftinée à entrer dans le bois, a befoin d’être redreffée, l’Ouvrier qui la croira de fer forgé, frappera deffus trop hardiment ; peut-être la caffera-t-il : au lieu que s’il eût fçû qu’elle étoit de fer fondu, il l’eût frappée à froid à petits coups, ou même il l’eût fait chauffer pour la ménager davantage.
- L’avidité de gagner trouve le moyen de faire faire de mauvais ufages des meilleures chofes. Pour obvier à celui dont nous venons de parler, peut-être feroit-il à propos que tous les ouvrages unis de fer fondu, qui fe débiteront dans les grandes Villes, fuffent marqués pour tels. Les Syndics ou Jurés des Communautés des Serruriers , ou autres
- L A RT
- Communautés, pourroîent être chargés de pofer cette marque. Mais ce feroit faire un plus grand mal, que celui auquel nous nous propofons de remédier, que de mettre cette marque entre les mains des Traitans ; ôc fi cela arrivoit, nous aurions grand regret à l’avis que nous venons de donner. Néanmoins , comme c’eft une efpece de gens qui penfent à tout, pour s’enrichir en vexant le Public, fous prétexte d’utilités, fouvent imaginaires , ils y auroient apparemment penfé d’eux-mêmes : heureufement nous vivons fous un régné, où on eft peu difpofé à recevoir leurs propofîtions.
- Mais pour revenir à nos ouvrages de fer fondu, chaque Ouvrier pourroit avoir chez lui un fourneau , où il adouciroit les ouvrages qui concernent fa profeffion. Cependant , comme il en eft peu qui veuillent ôc qui puiffent s’écarter de leur travail ordinaire, qu’il y a même plus de profit pour eux à faire toujours la même chofe, il feroit plus avantageux, pour le Public, qu’il y eût des Ouvriers établis qui travaillaffent à adoucir les ouvrages de fer pour tous les autres, qui fuffent des Adouciffeurs de fer en titre. SiFEbénifte, l’Horloger, le Fourbiffeur, le Serrurier ; ôc de même, fi divers autres Ouvriers ont befoin de cuivre ou d’argent fondus en ouvrages, ils ne fondent pas eux-mêmes ces métaux ; il n’y a pas jufqu’aux Orfèvres qui n’aient recours aux Fondeurs; on leur porte les modèles des pièces qu’on veut avoir, ôc on fçait combien on doit leur payer la livre des ouvrages moulés. L’Arque-bufier, le Serrurier, le Fourbiffeur, Ôcc. feroient dé même fondre en fer, par des Fondeurs ordinaires, tout ce qu’ils voudroient, Ôc en payeroient la livre fur le pied dont ils feroient convenus.
- Ils porteroient enfuite chez les Adouciffeurs de fer fondu ces mêmes ouvrages, ôc les leur payeroient plus ou moins cher , félon le degré d’adouciffement qu’ils demandent , foit par rapport à la foupleffe , foit par rapport à la couleur, Ôc auffi félon la groffeur des pièces. Il feroit aifé de faire un tarif fur cela ; ôc pour peu qu’il fe faffe des établiffe* ments, cette efpece de tarif fera bien-tôt réglé.
- Ceux qui n auront d’autre occupation que d’adoucir, qui en feront leur objet, doivent être munis de fourneaux de différentes grandeurs ; quand ils n’auront à adoucir que de menus ouvrages, qui veulent être extrêmement adoucis, ils en chargeront de petits fourneaux. Un fourneau , quelque petit qu’il foit, tiendra une grande quantité de gardes d’épées, de platines de fufils , de boucles , ôc autres menus ouvrages;quelque peu qu’on prenne pour le recuit de chacune de ces pièces, on fera payer affez cher ôc le temps
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- D'À D 0 ÜCIR L 6t le feu: avec une voie de bois, on recui-roit une quantité d’ouvrages de ees petites efpeces.
- Au refte, nous n’âvons encore jetté que les fondements d’un Art qui a befoin d’être perfectionné ; nous ne lavons que dé-grolfi : nous n’avons pas tout tenté ; nous n’avons pas tout prévu ; des pratiques en grand, fouvent réitérées, apprendront encore beaucoup. Nous efpérons que ceux
- Fin du neuvième
- FER FONDU iip
- qui feront des expériences propres à contribuer au progrès de cet Art, ne les envieront pas au Public ; pour nous, nous lui communiquerons certainement ce que nous pourrons découvrir de nouveau fur cette matière, & ce qui nous refte fur diverfes au* très matières qui y ont du rapport, qui nous ont fourni des obfervations que nous croyons devoir être utiles, & quon trouvera peut* être alfez curieufes.
- * dernier Mémoire*
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- EXPLICATION DES FIGURES-
- P L A NC H E I
- J^lle repréfente des caflures*de dîverfes elpeces de fonte de fer ou de fer fondu.
- La Figure i, fait voir la câflure d’une efpece de fonte blanche „ mais qui a quelques inégalités fur fa furface.
- La Figure 2 , eft la calfure d’une autre fonte blanche > telle que font ordinairement celles des fontes affinées une fécondé fois.
- La Figure 3 , eft la calfure d’une autre fonte blanche, qui femble en quelque forte radiée. Le plus fou-vent ces efpeces de rayons qui tendent au centre , ne font pas auffi bien marqués qu’ils le font ici.
- La Figure 4, eft encore la calfure d’une fonte blanche, où on peut remarquer des efpeces de rayons dirigés vers le centre , mais bien plus foibles que dans la Figure 3.
- La Figure y , eft la calfure d’une fonte grife, qui approche alfez de celle d’un acier greffier qui auroît été trempé ; à cela près, que fa couleur eft beaucoup plus brune, & que les grains font plus gros.
- La Figure 6, eft la calfure d’une de ces fontes qu’on appelle truitées ; le fond eft blanc, êc fe trouve' parfemé d’efpeces de petites étoiles.
- La Figure 7, eft la calfure d’une fonte très-brune, prefque noire : outre qu’elle différé de celle de la Figure y, par fa couleur; elle en différé encore en ce qu’elle eft moins bien grainée; elle a des grains moins diftinéts , & eft parfemée de lames.
- La Figure 8 , eft une petite portion de la Figure y, prife à un de fes angles , repréfentée groffie par le microfcope : elle paroït compofée d’une infinité de branchages.
- La Figure 5? , eft un des branchages de la Figure 8 , deffiné féparément, pour faire obferver que chaque branchage ne femble formé que de petites lames pofées les unes fur les autres.
- La Figure 10, eftla calfure d’un jet de fonte, qui a été coulée dans un moule. Cette fonte n’avoit pas été parfaitement affinée ; elle n’eft bien blanche qu’au** près des bouts minces B B, & autour de la circonférence : tout le milieu eft refté gris.
- La Figure il, eft la caffure d’un autre jet de fonte affinée, où il eft refté un peu de fonte grife, mais moins que dans la Figure précédente. A, eft ce qui eft refté de fonte grife.
- PLANCHE IL
- Le haut de la Planche repréfente deux petits fourneaux à fondre , & des Ouvriers occupés à tout le travail qui en dépend.
- a b , Eft un angar fous lequel on a placé le fourneau , qui eft ordinairement dans la boutique de nos Fondeurs de menus ouvrages.
- c, Le fourneau de ces Ouvriers, qui eft le même, dont les coupes font repréfentées dans la Planche II. La Figure r, tire le foufflet de ce fourneau, d d, La cailfe, efpece de huche qui contient le fable dont on remplit les moules. ee, Moules qui font à fécher. f, Eft un petit fourneau portatif, qui reçoit le vent
- par le foufflet d’une forge.
- g, Tuyau qui conduit le vent du foufflet h dans ce fourneau.
- i k, Forge roulante : quand on s’en fert en qualité de forge, le foufflet eft redreifé, & fouffle vers l’endroit k.
- . La Figure 2 , verfe dans un moule le métal fluide du creufet, qui vient d’être tiré du fourneau/.
- 772, La preffe dans laquelle les moules font ferrés.
- 72, Trois moules renfermés dans cette preffe.
- 0 „ Moule ouvert. .
- La Figure 3 , met dans un tas de charbons p, les pièces qu’elle vient de tirer toutes rouges du moulée.
- ^,Four femblable à ceux des Boulangers, dans lequel on peut mettre les pièces à mefure qu’on les tire des moules.
- Bas de la Planche.
- À, Le petit fourneau portatif.
- B, La pierre fur laquelle il eft pofé.
- C, Son couvercle.
- D E FGHIKj font toutes les pièces qui compo* fent la Figure précédente A, féparées les unes des autres.
- D, La pierre.
- E j La piece qui forme le cendrier, qui feule a intérieurement un rebord pour foutenir la plaque de fer, dont les angles font abattus.
- F, Cette plaque de fer.
- G HIK 3 Les autres pièces du fourneau,
- L t Piece de terre molle façonnée quarrément ; qu’il ne refte plus qu’à percer pour en faire une piece pareille à une des précédentes.
- Ma Serre-feu d’une Figure plus avantageufe que les fèrre-feu ordinaires, & qui mis fur une forge y tient lieu d’un fourneau.
- N, Moule dans lequel on fuppofe qu’on vient de couler du métal.
- OPy eft le moule N ouvert; ce font les chaffis, dont il eft compofé , remplis de fable où l’ouvrage paroït moulé.
- QRSTFXYZ, Le fer fond» qui a été coulé dans le moule N, & qu’on imagine en avoir été retiré. Les différents ouvrages tiennent ici enfemble par les jets. RS, eft une branche de bride. T, une platine de targette. F, une garde d’épée. XY, des platines de fufil. QZ, eft le trou du jet qui a fourni des branches pour remplir toutes ces pièces : les endroits où nous avons recommandé de tenir les jets minces, font ceux où ils rencontrent les ouvrages.
- PLANCHE 11L
- Elle repréfente le fourneau ordinaire où on fond la fonte de fer, en la jettant avec les charbons , fans le mettre dans un creufet particulier.
- Le haut de la Planche fait voir un de ces fourneaux en place où on fond aéluellement le fer. Il montre auffi comment on coule dans les moules, le fer qui a été fondu dans un autre fourneau.
- Les Figures 1 (d 2 a font mouvoir les foufflets.
- ah 3 La partie fupérieure du fourneau, dont l’intérieur
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- D E S F
- térîeure eft eftterréc dans le fraifîl ou la poufflere de charbon.
- b, Eft l’ouverture dans laquelle on jette le char-*-bon & les morceaux de fonte.
- cc j Tas de poufflere de charbon, qui entoure le bas du fourneau.
- d, La thuyere qui reçoit les buzes des fouffiets.
- e, Tas de charbon.
- e 2, Tas de fragments de fonte.
- /, L’arbre qui porte le levier, au moyen duquel on enleve facilement la poche , le creufet qui fait le fond du fourneau.
- ggj Ce levier.
- h, Eft le crochet dans lequel on paffe l’anfe qui fert à foulever le creufet.
- Les Figures 3 4, font occupées à verfer dans des
- moules le fer qui a été fondu dans un autre fourneau, mais entièrement femblable au précédent. La Figure 3 , conduit & fait tourner le levier à un des bouts duquel eft fufpendue la poche , le creufet où eft le fer fondu.
- La Figure4, tient le manche de la cuiller, & penchant la poche lui fait verfer fon métal dans un moule.
- i i, Trou où la poche étoit ci-devant placée.
- l, Tour qui couvroit la poche renverfée»
- kk,L?i poche ou le creufet.
- m, L’anfe de la cuiller.
- n, Moule dans lequel on verfe la fonte*.
- ri, Moule rempli-.
- p, Moule à remplir.
- Le bas de la Planche fait mieux voir la conftruéHon de quelques-unes des parties repréfentées dans le haut.
- AA>BBj,CDj La poche ou le creufet qui fait le fond du fourneau. AA, B B , eft le vieux chaudron. C, la terre qui s’élève au-deffus de fes bords. D , eft l’échancrure qui eft ménagée pour recevoir la thuyere.
- E FG HI, La tour du fourneau , cette partie qui fe rapporte fur la poche. FG HI, font les différentes pièces dont elle eft compofée, qui ordinairement ne font pas auiîî propres à s’ajufler bien enfemble, qu’elles le font ici. E , l’échancrure qui reçoit la thuyere.
- K, La thuyere repréfentée fèparément.
- LLjMMyNO, Eli une coupe du creufet ou de la poche.
- ML, ML, Eft le vieux chaudron ou pot de fer, revêtu en dedans d’une couche fablonneufe. MiSfo la partie de la terre qui s’élève au deflus du chaudron. O, la thuyere qui eft en place; ce qui eft au-defïus de N, eft la coupe de la pièce de F de la Figure E FG HI.
- PP, QQj Coupe des pièces G H de la tour. Une partie depuis PP jufqu’en QQ, eft revêtue de terre;
- R, La partie fupérieure I de la tour. On a arrangé a fon ouverture des morceaux de fonte, comme ils le font à chaque charge .* alors e’eft le charbon qui les foutient-,
- 5, Divers fragments de fonte;
- TFX X, La cuiller dans laquelle on met la poche;
- F, L’anfe de cette cuiller;
- Z V, Son manche de fer, qui entre en partie dans un manche de bois;
- i,2, 3 , Marquent, la poche placée dans la cuiller.
- 4, L’anfe fufpendue à un crochet.
- $ > 6, Différents crochets qui fufpendent la cuiller a un des trous du levier y, dont il rie paroît ici qu’une partie.
- 8,9, 10, 11, Eft la coune d’une partie de la Addition « La J e. Sections
- G U 11 E S. Wt
- Figure marquée/dans le haut de la Platiche.
- •8 , Anneau dans lequel paffe le levier.
- 9, 10 , Boulon qui porte l’anneau précédent.
- 11, 1 r, Coupe de l’arbre, dans laquelle on trouvé la tige 10 du boulon , qui y tourne librement.
- 12, Poids qu’on fufpend au bout du levier pour contrebalancer le poids du creufet.
- 13 , Moule. ^
- 14, Mortier qui a été coulé dans ce moule.
- P L A N C E E I JT.
- Le haut de la Planche repréfente en perfpeélivè ce fourneau à fondre le fer , lous lequel on porte leâ moules, vû dans deux temps différents.
- La Figure 1 , le repréfente dans la fttuation où il eft, quand on y fond le métal.
- La Figure 2, repréfente la pofition où on le met,, pour lui faire verfer le métal fondu.
- aaa a, Figure 1 & 2, font les roulettes fur lesquelles porte tout l’affembjage.
- bb, ed, Quatre montants maintenus à l’ordinairè par des traverfes.
- d, Eft un montant beaucoup plus élevé que les autres , parce qu’il porte des pièces qui fervent à faire mouvoir le foufflët.
- /, Le foufflët dont le bout 5 la buze, Figuré 1, entre dans la thuyere du fourneau ; & dont la mtmè buzé , Figure 2 , eft hors dû fourneau. Avant de ren-verfer le fourneau, comme on l’a fait dans la Figuré 2 , on pouffe le foüfflet en arriéré , ce qui eft facile , parce que les deux branches de la piece de fer coudée qui le foutient par derrière, entrent dans des entailles percées d’outre en outré dans chaque traverfe , dans toute la longueur hh.
- g i Le fourneau droit. Figuré ï , Sc renverfé , Figure 2 ; en H , font deux crémaillères qui reçoivent les deux tourillons qui portent le fourneau * èc fur left quelles il peut tourner. Au moyen dés crémaillères ii's on peut placer le fourneau plus haut ou plus bas ; félon qu’on le trouvé néceffaire; En à-j Figure 2 , le fourneau eft entouré d’une épaiffe frette de fer dans deux endroits de laquelle, diamétralement oppofés, s’engagent les leviers , avec lefquels les Ouvriers k abaiffent le fourneau ; ils 'en foutiennent aifëment lé poids, dont on pourroit pourtant les décharger eii partie par des contre-poids; ,
- L’Ouvrier l, Figure 2, tient les deuk vis d’unè preffe,dans laquelle le moule ou les moules font gênésè
- 0 , Echelle où ori monte pour charger le fourneau * foit de charbon, foit de fonte.
- p, Perché qui fait reffort, & Obligé le foufflët dé s’abaiffer;
- Oh n’a poiftt mis dans le bas de la Planche, le détail de tout ce qui regarde la charpente qui porté le fourneau , parce que e’eft une difpofition abfolu-ment arbitraire , & qui ne convient même qu’à ceux qui veulent faire marcher leurs fourneaux , ce qu*ori ne cherche guere dans des Manufactures : mais on ÿ a üri peu plus développé ce qui regarde lé fdurneaù même.
- A A* BBC, Eft le fourneau entier rëpréfenté fépâ-rément. AA,BÉ,e(i\a tour. BBC, la poche, lê creüfet, le fond du fourneau. B B, les deuk tourillons par lefquels il eft foutenü.
- D j L’ouVefture par où on dorihe écoulement àii fer fondu ; pour cela feül, il feroit inutile qu’elle fût ft grande : mais elle fért de plus à donner paffage aùX crochets qu’on fait entrer, pouf retirer lés crâffes Sé le charbon qui furnâgent la fonte qu’on eft prêt à coüs 1er;
- H h
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- EXPLICATION
- D 2 j La pôfte repréfentée féparément.
- EE, Verges de fer affembiées à vis, par leur bout fupérieur avec la tour, & par leur bout inférieur avec la poche.
- F, Frette de fer , dans laquelle on engage les leviers j par le moyen defquels on abaifle la tour.
- F 2, Cette frette repréfentée feparément.
- G, Un des leviers qui fervent à abaifler la tour.
- H HIK, Eft une coupe de tout le fourneau qui en
- Fait voir l’intérieur. I, l’ouverture par oùfort la fonte. L, la thuyere dont la direélion eft fuivant la ligne ponéiuée.
- O HH 2 y Eft de part de d’autre de la coupe, une lame de fer attachée, par Ces deux bouts , contre les parois de la tour, de qui contribue à foutenir la terre ; l’intérieur en a de pareilles aflez proches les unes des autres, mais qui ne paroiflent pas ici à caufe de la terre dont elles font recouvertes.
- H 3 , Une de ces lames de fer feparément.
- MMj La tour repréfentée feparément, où Z) eft l’ouverture par où on retire les crafles.
- N N-, 00 y Le creufet, la poche dont l’intérieur eft tout garni de terre, repréfentée féparément. 00, Igs ouvertures par où on fait entrer les charbons qui empêchent le fond du creufet de fe refroidir.
- PP y L’enveloppe extérieure de la poche, la calotte extérieure dont l’intérieur n’eft pas encore rempli.
- QQ, Efpece de grille conique qui fe place dans la capacité PP.
- St La grille mife en place dans la poche, & prête à être recouverte de terre, pour devenir femblable à la Figure N N, O O.
- TTXy Le charriot fur lequel pn peut mettre les grands moules. V, moule pofé fur le charriot.
- X2y Entonnoir qu’on pofefurie moule. Pour mieux conduire le métal dans le moule p, on pourroit faire des tuyaux de conduite qui partiroient du fourneau : mais il les faudroit faire chauffer a vant d’y couler la matière.
- Y y Piece de fer qu’on affujettit fur le moule, de qui porte l’entonnoir.
- Z, Un moule fur lequel l’entonnoir eft placé»
- PLANCHE N. C)
- Elle repréfente un fourneau propre à adoucir les ouvrages de fer fondu, dont les creufets fe chargent par les côtés. Ce même fourneau peut aüfli être employé à convertir le fer en acier : il doit être ifolé de façon qu’on puifle tourner librement tout autour»
- La Figure I y eft le plan de ce fourneau.
- AAAÀy Les quatre conduits par où l’air entre dans le fourneau. On les prolongera autant que le terrein pourra le permettre : & de même on les fera plus ou moins évafées.
- BBy Ouvertures par où on met le bols.
- CD y Les deux plaques ou cloifons, qui enfem-ble forment le creufet du milieu.
- E F y Les deux plaques qui, avec une des faces intérieures du fourneau > compofem les creufets des bouts EHFG,
- ECy DF, Deux plaques qui fervent à maintenir , Ù empêcher de fe voiler , celles entre lefquelles elles font pofees. On remarquera que dans les endroits ou elles portent contre ces autres plaques, contre les plaques des creufets , il y a des coulifles qui fervent à les empêcher de glifler à droite ou à gauche.
- FG, Petite plaque qui, comme les plaques DF,EG
- (ïï Les Figures de cette Planche font gravées for la Planche I» & cottées en chiffres Romains i ce qui les diftingue de
- arcboute la plaque F du creufet du bout.
- La Figure JJ,repréfente le fourneau en perfpeéfive, ou du côté où eft l’ouverture par où on charge le creufet du milieu»
- A y Ouverture qui donne entrée au vent.
- B B, Portes par où on met le bois.
- C D EEy L’ouverture par où on charge le grand creufet, le creufet du milieu.
- FF, Les deux petites plaques , mifes pour empêcher les plaques des creufets d’avancer, en fe courbant dans les foyers. Elles ne defcendent pas à beaucoup près jufqu’au bas des grandes plaques.
- G, Marque l’ouvrage dont on a commencé à charger ce creufet.
- J JJ , 1H, IH, Les liens du fourneau dont on peut augmenter le nombre à volonté. Ils font brifés en H, de dans le même endroit ont chacun une efpece d’anneau.
- K K, Une des barres verticales, dont les deux bouts < font engagés dans la maçonnerie du fourneau ; de fur lefquelles les liens font affujettis, foit avec des rivets , foit avec des vis.
- TT, Eft le terrein qui fe trouve élevé des deux côtés au-deffus du plan du fourneau : il pourroit aufli couvrir l’ouverture A du fourneau, l’enterrer.
- La Figure III, repréfente encore le fourneau en perfpeélive, & vu du côté oppofé à celui qui paroîc dans la Figure précédente : elle le repréfente vu du côté, où on charge les petits creufets.
- A, Eft encore ici une des ouvertures par où l’air entre dans le fourneau.
- FF , Les petites plaques qui foutiennent les grandes.
- G , Autre petite plaque , par laquelle on àrebou-t»era aufli, fi on veut, les plaques des creufets des bouts.
- IK, L’ouverture d’un des creufets des bouts. La partie de chaque lien qui doit pafler fur le creufet chargé ne fe trouve point ici.
- IM. Montre en place toutes les pièces de terre» qui bouchent en entier l’ouverture du creufet lorft-qu’il eft chargé : ici les liens paflent fur ces pièces de terre.
- La Figure IV, eft compofée de toutes les pièces de terre qui, arrangées les unes fur les autres, forment le mur du rapport qui doit boucher dans la Figure 2, l’ouverture CD, EE.
- La Figure V, eft une de ces pièces de terre. PP, les poignées au moyen defquelles on la tire du fourneau.
- Figure VI, la même piece à qui on a ôté fon bouchon. Q., ce bouchon.
- La Figure VII, fait voir comment fe rapportent les parties brifées des liens qui paflent au-deffus des ouvertures des creufets.
- La Figure VIIL eft une coupe de trois plaques mifes les unes fur les autres. La plaque a entre dans des coulifles des plaques b b.
- La Figure IX, montre comment on peut lier en-femble les deux plaques du creufet du milieu, pour les empêcher de fe voiler.
- On fuppofe qu’on mettra des couvercles aux creufets de au fourneau, femblables à ceux qui ont été re-préfentés dans les Planches III, IV & V : il eût été inutile de les repréfènter ici.
- PLANCHE FL
- Figure I. ABC, font des baguettes de fer fondu
- celles qui appartiennent à la Planche I, qui font cottées en chiffres Arabe*.
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- DES FIGURES.
- de différente gfoflbur, deftinées à fervir aux efifais ; un de leurs bouts eft amené en pointe ; cette pointe fait que les grofles baguettes tiennent auflï lieu de baguettes plus petites.
- Figure 2. D, la calibre d’une de ces baguettes qui n’a pas encore été adoucie.
- Figure 3. X, calibre d’une baguette commencée à adoucir ; elle a des grains fins près des bords ; d’autres endroits commencent aufli à en être piqués : mais elle n’en a point au milieu.
- Figure 4. F> calibre d’une baguette encore plus adoucie ; elle a des grains par-tout, & plus ferrés que ceux de la Figure précédente.
- Figure y. G » calibre d’une baguette encore plus adoucie ^ elle eft entourée d’un cordon blanc, qui eft de la nature du fer forgé :1e relie eft rempli par des grains plus bruns Ôc plus gros que ceux de la Figure précédente.
- Figure 6, H, calibre d’une baguette encore plus adoucie ; & où ce qui eft grainé, l’eft à plus gros grains & plus noirs que dans la Figure G.
- Figure 7» Ij calibre de baguette encore plus adoucie que les précédentes, qui commence à reprendre de la blancheur, où les grains ne font plus li noirs.
- Figure S. JCfC, XX, eft la calibre d’un morceau de fer fondu, plus gros que les baguettes précédentes , qui eft actuellement entouré d’un cordon allez épais, dont la tilïbre & la couleur eft femblable à celle de quelques fers forgés : le milieu eft encore grainé, Sc de la nature de l’acier.XL, y marquent, par des lignes ponctuées, des endroits plus noirs que le relie, qui, àiavûe Ample , femblent des grains, & qui au roicrofcope parodient des cavités.
- Figure 9, Mj calibre de baguette qui a pris un grain blanc, approchant de ceux des fers que nous avons nommés fers à grains»
- Figure 10. Q. Q, O O, P P, eft un de ces marteaux de porte cochere qui devinrent entièrement creux, excepté dans la partie QQ; étant confidérabiement plus épailfe que le relie ^ le feu ne fut pas apparemment allez violent pour la fondre.
- Figure 11. USX, eft une des parties de ce marteau qu’on a fépaxée du relie, pour faire voir à quel point le tout étoit creux : on l’a deftlnée fur unç plus grande échelle que le marteau. Les ouvertures R K, qui font celles qui fe trou voient aux endroits où la piece a été féparée du relie du marteau, font allez imaginer la forme de cette efpece de tuyau creux.
- En X, eft un petit trou que le métal fluide s’étoit fait, & par où il s’étoit écoulé.
- Figure 12 & 13. XY y morceau de baguette de fer fondu , pareil à ceux fur lefquels j’ai répété l’expérience que le hafard m’avoit fournie dans le marteau précédent. Y, endroit par où la fonte s’écoulera plus aifément, s’il eft recouvert de fable ou de quelque matière qui retarde l’adoucillement. Z , ce cylindre changé en tuyau creux : a a, le tuyau creux ouvert tout du long.
- La Figure 14., eft le marteau ou la boucle de la porte cochere de l’Hôtel de la Ferté , rue de Richelieu.
- La Figute 1 y, eft le même retourné. AÂy font deux pièces de fer forgé, qui font partie de la charnière propre à fufpendre ce marteau à la porte.
- B CC, Crampon de fer forgé, qui a été enchafle dans le moule de ce marteau ; les branches CC, font les parties A A de la Figure 15.
- La Figure 16 * eft un autre marteau de porte cochere 9 on fuppofe que le fleuron D étoit mal venu, ôc qu’on a été obligé d’y mettre une piece de rapport en fer forgé.
- La Figure 17, le marteau de la Figure 1 (5, auquel on fuppofe quelques défauts à raccommoder. E , eft un trou où on a percé un écrou pour y rapporter un fleuron, qui eft celui qui a été marqué D, Figure 1 <5.
- FG, Eft le petit fleuron de rapport fait de fer forgé, dont la queue G a été taillée en vis.
- En H, Figure 18, on fuppofe qu’il y a eu une foufflure, qu’il y eft relié un creux que la fonte n’a pas rempli, & qu’on veut couler de la fonte dans ce trou. H, eft un petit rebord de terre qui forme une efpece d’entonnoir, ôc qui couvre les endroits fuf lefquels la fonte ne doit pas s’appliquer.
- La Figure 19 , eft une partie d’un feu. X, eft une piece de fer forgé qui entre dans la Figure 19 , & qui a été mife dans le moule.
- La Figure 20 eft une tige de flambeau , dont la partie M eft aufli de fer forgé, & a été mife au moyen du même expédient dont on s’eft fervi pour la Figure 19.
- La Figure 2t , eft une clef de fer fondu > telle qu’elle fort du moule. O , fon panneton qui n’eft point encore entaillé.
- La Figure 22, eft la même clef , dont on a enr taillé le panneton après qu’il a été adouci*
- Fin de Vexplication des Figures»
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- EXPLICATION DE QUELQUES TERMES-
- doucir le fer fondu ou le fer forgé ; diminuer fa dureté ôc fa roideur ; le rendre plus aifé à limer, plus aifé à couper au cifeau , & le rendre aufli plus flexible.
- Bain , état de parfaite fufion dans lequel un métal a été mis. Tout métal devenu bien fluide par la forcé du feu, efl du métal en bain.
- Buze d’un foufflet, le bout du foufflet, le tuyau par lequel le vent fort du foufflet.
- Chaude , degré de chaleur qu’oii fait prendre au fer ou à l’acier. La chaude n’eft que couleur de cerife, quand le fer nVft parvenu dans le feu qu’à la couleur de cerife. La chaude efl; appellée fuante ou fondante, quand le fer a chauffé au point d’être prêt à tomber par gouttes.
- Corroyer un mofceau de fer’ou d’acier , c’eft le replier une ou pîufleurs fois fur lui-même, après lui avoir donné une chaude fuante , ÔC forcer à coups de marteau les parties à s’unir avec celles fur lefquelles elles ont été repliées.
- Egrainer, s1 êgraineè , fe cafter par grains ; l’acier trempé trop chaud s’égraine aifément.
- Event, en terme de Fondeur, canal, rigole creu-fêe’dans le moule, pour donner à l’air la liberté de s’en échapper.
- Fonte de fer , fef fondu qui n’a pas encore été ramené à l’état du fer malléable, ou c’eft fer qui ne fçauroit foutenir le marteau, ni à chaud, ni à froid , ôc qui eft beaucoup plus dur que le fer forgé.
- Gu eu z e j longue piece de fer fondu, de fonte de fer, dont la figure approcheJde celle d’un prifme à bafe triangulaire. Il y en a de longues de dix à douze pieds, ôc qui pefènt depuis douze à quinze cents livres, jufqu’à deux milliers.
- Jet , en terme de Fondeur, eft tout canal qui conduit le métal dans les creux du moule : c’eft aufli le métal qui s’eft moulé dans un pareil canaL
- Laitier,matière vitrifiée,efpece de verre qui fut-nâge la fonte de fer qui eft en bain. Il y a des laitiers de bien des couleurs differentes ; il y en a qui tiennent beaucoup de fer, & d’autres qui n’en ont point ou très-peu.
- Pailzes de fer ou de l acier, parties mal réunies» Les fentes qui forment des pailles, différent de
- celles des gerçures, ert ce que les gerçures ne font* pour ainfi dire, qu’entailler la'barre ou la bille, au lieu que les pailles font des parties fouvent affez grandes, pref-qüe entièrement féparées de celles fur lefquelles elles* font appliquées.
- Paquet, en termes de trempe , eft une efpece de boîte de tôle enduite de terre, dans laquelle de l’acier eft renfermé ôc environné de certaines matières:on fait chauffer l’acier dans ce paquet, d’où on le retire pour le tremper.
- Recuire , c’eft ordinairement chauffer le féf & l’acier dans une autre vue, que celle de les forger après qu’ils auront été chauffés. Souvent on recuit l’acier pour le détremper, pour l’adoucir, & quelquefois pour le rendre plus dur , comme pour les trempes en paquet.
- Recuit , maniéré de chauffer l’acier ou le fer , à Un leger degré de chaleur, qüahd on les chauffe à la forge ; mais à quelque degré de chaleur qu’on les faffe parvenir, quand on les chauffe renfermés dans des creufets ou autres capacités équivalentes, cette maniéré de les chauffer porte toujours le nom de recuit.
- Ringard, toute barïe dé fer, foit droite, foit crochue , avec laquelle on remue les charbons ou le bois enflammé, ou le métal qui chauffe , ou qui eft en fufion*
- Tremper l acier,le refroidir fubitement,& pour l’ordinaite en le plongeant rouge dans de l’eau commune froide.
- Trempe , lignifie tantôt la qualité qu’a prife l’acief trempé, tantôt la matière dans laquelle il a été trempé, tantôt les préparations qui ont précédé la trempe* L’acier a eu une trempe dure, cajjmte , quand il eft devenu dur, caftant après, avoir été trempé. Là trempe à Veau, la trempe au fuif, font le fuif ou l’eau dans laquelle on trempe l’acier. La trempe en paquet * c’eft faire recuire l’acier dans un paquet avant de le tremper.
- TnuYEREjCoun tuyau,en forme de cône tronquée dans lequel font logés, à leur aife, le bout ou la buze du foufflet ou des foufflets d’une forge ou d’un fourneau.
- Voiler, fe courber; une plaque de terre qui fe courbe, qui prend la figure d’une voile*
- Fin de Vexplication des Termes«
- B)B CNAM
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- Fig. 3.
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