Descriptions des arts et métiers
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- ART DES FORGES
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- FOURNEAUX a FER,
- Par M. le Marquis de Courtivron ;
- Et par M. B ou chu , Correspondant de V Académie Royale
- des Sciences.
- TROISIEME SECTION.
- Quatrième Moyen de l’art du Feu appliqué au travail du Fer.
- Cette Seëlion & les deux premières ont été drejfées fur le plan , la révifion , les retranchements , les corrections & les changements de M. le Marquis de Courtivron, par M. B ou chu qui y a fait entrer une partie des différents Mémoires quil avoir précédemment adreffés à M. D E Ma le s h erbes , Premier Préfident de la Cour des Aides, en y joignant tout ce qui a été extrait des Papiers de M. de Ré au mu r , & toutes les Planches gravées que M. de Courtivron lui a communiqué.
- Des Fourneaux.
- a définition que M. Devilliers nous a donnée d'un fourneau efl û précife, ü exaéte & fî convenable en particulier à notre travail , que nous ne pouvons mieux faire que de l'employer.
- Un fourneau efl: un v ai fléau au moyen duquel on peut tenir du feu > le gouverner Sc appliquer comme infiniment, & quelquefois comme principe , aux corps qu'on veut changer par le feu ; d'où il faut conclure que le meilleur fourneau fera celui qui fera capable de produire les effets qu'on en attend, autant de temps qu'on le voudra , avec toute l'égalité qu'on peut fouhaiter , de façon qu'on puifle le gouverner aifément , le tout avec le moins de frais poflible. Ce qui nous donne quatre conditions à remplir : la durée delà machine, l'égalité du produit, la facilité du gouvernement, la moindre dépenfe.
- Quoiqu'il femble que Swedemborg fe foit épuifé fur le nombre des fourneaux de fufîon qu'il a cherché à décrire, & fur le détail de leurs différentes parties , nous croyons devoir multiplier ces objets de comparaifon , d'autant plus à propos d'ailleurs, que nous profiterons de cette occaflon pour mettre au jour les démarches que le Gouvernement a faites pour être inftruit d’une matière dont il a toujours fenti l'importance ; le concours de
- Fourneaux. À*
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- a DES FOURNEAUX.
- MM. les Intendants à un projet fi utile à la Nation ; les {oins de Meilleurs de l'Académie à folliciter & recueillir des connoiflances fur le travail intérieur & étranger , dans la vue d'y porter la perfection $ & les peines particulières de M. de Réaumur > qui paroît avoir plus {pécialement fuivi & travaillé cette partie, comme il eft amplement démontré par ce que nous avons tiré de fes Papiers & de fes Ouvrages dont nous avons beaucoup à employer fur toutes les differentes branches du travail du fer. Ces objets de comparaifon auront encore une utilité particulière > en ce quil y en a qui traitent des parties dont Swedemborg a parlé, & on fera à portée de juger les Obfervateurs François & Etrangers. Tant de circonftances & de travaux réunis prouvent bien la difficulté & l'importance de la matière.
- Les differents travaux par lefquels il faut faire pafler la mine pour fe procurer du fer , annoncent d'ailleurs deux difficultés en quelque façon étrangères au travail aétuel, mais dont la folution 3 fi elle efl: poffible ^ ne laifferoit pas que d’y jetter de la lumière : La première > comment on a pu d'abord s'en procurer ; la fécondé , par quel degré on a pouffé le travail . jufqu'au point où il efl: aujourd'hui.
- Nous donnerons nos conjectures fur la première , 8c nous ferons voir que la fécondé difficulté efl la fource des différences que nous remarquons dans les fourneaux de fufion, d'où l'on pourra conclure d'une part> que quoique tous ayent le même but & certaines chofes dans lefquelles ils font femblables ; d'autre part > que les préjugés, l'habitude , la dépenfe des mutations néceflàires, peut-être même certaines formalités de la part de nos Loix, comme nous le prouverons ailleurs, forment un obftacle prodigieux à la perfeélion du travail.
- Les fourneaux pouvant remplir deux objets differents à beaucoup d'égards , celui de fe procurer Amplement du fer > & celui de fe procurer des chofes moulées, nous avons cru devoir les traiter féparément. Pour fuivre quelque ordre dans notre travail, nous le diviferons en quatre Parties.
- La première rapportera les differentes parties de conflruCtion & travail d’un fourneau, avec l'examen de quelques autres fourneaux, tant François qu'Etrangers * pour achever de former le tableau du travail aétuel > en le comparant à ce qu'en dit Swedemborg.
- La fécondé > les conjectures fur les premières connoiflances du fer, & l’accroiflement de fon travail.
- La troifieme, les moyens employés pour remplir les quatre conditions effentielles à la bonté d’un fourneau à fondre la mine du fer.
- La quatrième traitera des fontes moulées.
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- DES FOURNEAUX.
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- PREMIERE PARTIE.
- De la Conftruélion des Fourneaux, SC de la maniéré dont on y fond la Mine en Berry SC en Nivernois.
- Mémoire tiré de M. de Ré a u m u r (a).’
- Po ^ ^ tirer le fer de la mine , il ne s agit que de ralïembler les grains ferrugineux qui y font diftribués, de les débarraffer de la terre, ou des autres corps étrangers avec lefquels ils font mêlés , & de les lier tous enfemble ; c eft ce qui fè fait par le moyen de la füJfîon. La mécbanique en eft auffi fimple que commode ; la mine fondue devient un liquide com-
- iticgalempnr peintes, ou plutôt elle forme deux liquides de différentes pefànteurs : l’un n’eft fait que de parties terreuies ionaucc», comme plus leger , n pi^nu. a. . 3.»—--~ jorties métalli-
- ques , & quelques parties terreufes qui y relient mêlées ; il prend le délions : à mefure que les grains de mine fe fondent, cette féparation ne manque pas de fe faire. La fluidité qu acquièrent les parties de poids différentes , les met en état d aller occuper la place vers laquelle elles font pouflees par l’excès de leur pefànteur ; il ne relie donc qu’à tirer féparément du fourneau ces deux fluides ; mais avant de voir comment cela s’exécute , Anous devons connoître la conftruélion des fourneaux. Quoiqu’il y ait bien des variétés dans la conftruélion des fourneaux , ils fe reffemblent tous dans l’eflèntiel ; & comme l’imagination a befoin d’avoir à quoi fe tenir , nous en décrirons un en particulier, dont nous déterminerons les mefures & les proportions ; nous ne lailferons pas d’avertir en palfant, de ce que les proportions ont quelquefois de différent dans d’autres fourneaux;nous en dirons les variétés autant que nous croirons le pouvoir, fans faire perdre de vue l’objet principal. Nous ne nous arrêterons néanmoins qu’aux mefures les plus néceflaires ; les Planches & leur explication fatisferont ceux qui auront befoin d’une inftruétion plus détaillée.
- Les chofes néceflàires à un fourneau indiquent le lieu où il doit être conftruit. Ce ne feroit pas affez que les minières en fuffent proches, il n’eft pas moins effentiel que le bois y foit commun. Un fourneau en fait une confommation très-confidérable, comme on le verra mieux dans la fuite. Nous dirons feulement en pafïant, que félon des Mémoires envoyés à M. de Pontchartrain, chaque fourneau de Hainault en brûle par an 5000 cordes.
- La mine ne fe fond qu’avec le charbon de bois (b). Lorfqu’on a cefle de faire du fer dans quelques endroits du Royaume, ç’à prefque toujours été faute de bois.
- (a) Il eft probable que le Fourneau qu’il décrit eft celui de Groflouvre.
- (b ) On a tenté en France d’y employer le charbon de terre : les expériences n’ont pas réufti,
- faute fans doute d’avoir donné au charbon la préparation qu’on leur donne en Angleterre par un grillage qui dilîipe en partie le foufre.
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- 4 D E S F O U R N E A U X.
- L’eau eft aufll abfolnment néceflàire à un fourneau ; elle eft le moteur qu’on emploie pour entretenir le mouvement des fouillets ; c’eft un moteur confiant 8c qui ne coûte rien. Elle engage à conftruire les fourneaux dans des fonds. On les place le plus bas qu’il eft poffible. Il eft avantageux d’avoir
- une chûte d’eau à conduire fur les roues.
- En général, tout fourneau (PL I ,'fig. i & 2. ) eft une groffe mafîè rde maçonnerie, de figure àpeu-près quarrée, je veux dire quelle a quatre faces à peu-près également larges; leur largeur eft d’environ 20 pieds;
- leur hauteur en a quelquefois 2y 8c davantage.
- Les quatre faces du fourneau ( PL ; ) ne font pas entièrement
- femblables. Elles fervent à des ufàges différents. Elles portent auffi des noms pris de ces ufages. Il nous foroit mnl-sifé de nu us exprimer , a uuus ..nviuiis expliqué ces noms. Ils nous épargneront de Ion pues r>hra/e<;- On appelle. A- — — ^pciierons le aevant du fourneau ou le côté de la Dame
- S M (fig- y.) celle des faces par où fort la matière en fufion, lorfou’on lui a donné iffue Jiors du fourneau S T. Si on la nomme côté de la Dame c’eft qu’il y a du même côté une piece de fonte M, appellée Dame , au~ deffus de laquelle paffe la matière que l’on fépare du fer, comme on le voit
- ( PL I ,fig. 1,2 & 3 ).
- Le cote Q ( PL I, Jtg. y ) oppofe à celui de la Dame, eft le côté par où on porte la mine, comme le fait la figure 2 (PL I. ) dans le fourneau ; on le nomme pied de Rufline, ou cote du pied de Ruflme , plus fimplement
- Rujline.
- On fait, quoique nous ne l’ayions pas dit encore, que l’on y entretient le feu par le moyen de l’air que pouffent des foufflets. Le côté N (PL l,fig. y ) où font placés ces foufflets, eft nommé k côté de la Thuyere, parce qu’on appelle Thuyere l’ouverture O du fourneau dans laquelle ilsfoufflent. Enfin la face P oppofée à celle des foufflets, eft appellée le Contrevent.
- La maçonnerie A A, CC, (fig. 1 & 2) comprife entre ces quatre faces; n’eft bâtie que pour entourer l’efpace vuide qui en occupe le milieu. Cet efoace eft en même-temps le creufet, le foyer & la cheminée du fourneau. Sa capacité //, GG , E n’eft pas confidérable par rapport à la grandeur de la maffe qui l’entoure ; mais cette maffe a à foutenir la plus violente aétion du feu. Elle n’y réfifteroit pas long-temps, fi elle était moins épaiffe.
- L’efpace que nous prenons pour le creufet, le foyer & la cheminée du fourneau , n’a pas autant de hauteur que les faces du fourneau. Il n’a fouvent que 21 pieds au - deffus du raiz - de - chauffée de L en E X.fië-1 ) ; & c’eft-là, à proprement parler, la hauteur du fourneau, ou, fî l’on veut même, elle eft moindre encore de trois pieds de L en F. Le maflif, lefolide de la maçonnerie n’a qu’à peu-près 18 à ip pieds de haut.'
- Le refte conlifte en quatre murs AA, DD, d’épaiffeur médiocre,quirenferment
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- DES FOURNEAUX. y
- tme plate - forme F F. Ces murs font nommés les Batailles du fourneau ; on monte fur la plate-forme qu'ils renferment , lorfqu'on veut jetter la mine ou le charbon dans le fourneau, comme on le voit à la figure 2 ; car ici on jette les matières combuftibles 8c fufibles par le haut de la cheminée*
- L’eipece de cheminée dont nous parlons, n'eft élevée au^deffus de la plate-forme, que d'environ deux pieds huit pouces G E. Son ouverture E > eft appeilée le Gueulard\ elle eft reélangle, comme on le voit à la figure 3 ; deux de fes côtés ont chacun à pemprès 18 pouces, & les deux autres ont chacun plus de deux pieds. La maçonnerie G G qui forme cette efpece de cheminée , efl appeilée la petite Majfe, la Bu^e. Ses murs ont environ deux pieds neuf à dix pouces d'épaiffeur ; un de ceux d'un des bouts X (f?g. i ) a une ernbrafure de neuf pouces de profondeur , & de telle largeur qu'un homme peut s'y placer. Celui qui porte la mine ou le charbon ( PL F fi g.1 ) au fourneau , entre dans cette ernbrafure pour jetter les matières plus conu*
- modément dans le gueulard, ou dans l'ouverture de la petite malle > ôii bu^e,
- Quoiqiftextérieurement la petite malfe foit reélangle, 8c que fon ouverture
- ou le gueulard foit auffi reélangle intérieurement, la petite malfe’eft à huit
- pans. Ce qui rend l’ouverture du gueulard reélangle , ce font quatre pla«
- ques,ou,en langage de l'art, quatre taques de fonte pofées fur la fur face
- fupérieure de la maçonnerie de la petite malfe , depuis le gueulard jufqu'à ij
- pieds au-delà de E en I L Le vuide du fourneau va infenfiblement en s'é-
- largilfant ; les murs qui le renferment font toujours à huit pans. C'eft ce
- qu'on peut voir dans les coupes horizontales (fig. 3 & 4. ) La première eft
- faite’à l'origine de la petite malfe , & la fécondé à 13 pieds du gueulard. On
- y voit que l’efpace renfermé par les murs de la derniere , eft beaucoup
- plus grand que l'efpace renfermé par les murs de la première. Tout cet
- efpace , qui eft depuis le gueulard jufqu'à environ 13 pieds de diftance %
- s’appelle, en divers endroits, la charge du fourneau ; les murs qui en for^
- ment le contour font faits de briques en quelques pays, 8c dans d'autres, de
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- pierres qui réfiftent au feu.
- Mais depuis la charge, ou depuis les 13 pieds //, jufqu'au bas du fourneau L > (fig- 1 & 2 ), le vuide fe rétrécit infenfiblement > de forte que l'intérieur du fourneau relfemble en quelque façon à deux entonnoirs, dont le fuperieur eft renverfé fur l'inférieur. Pour continuer, & nous fervir dé la comparaifon de deux entonnoirs , l'inférieur IL n'a que huit pieds de hauteur ou environ ; il n'a plus , à fon extrémité, que quatre pans % comme on peut le remarquer à la coupe horizontale (fig. 5 ) ; elle eft prife vers le milieu de la thuyere.
- Le fécond entonnoir n’eft pas conflxuit de la même maniéré dans toute û longueur; il y porte aufti deux noms différents. Sa partie ( fupérieure K I
- Fourneaux, B
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- U des fourneaux.
- >(fîg. I & a ) eft nommée VEtalage. Elle a environ 3 pieds de hauteur : elle «Il faite de fable. Depuis l’origine K de l’étalage jufqu’au fond Z du fourneau, le relie de l’efpace eft appellé l’Ouvrage ; auffiles Fondeurs, c’eft-à-dire; ceux qui veillent à la fonte du fer , le regardent-ils comme l’ouvrage par excellence. C’eft le leur : ils prétendent que l’art de le faire eft un grand fecret qui leur eft réfervé. L’art n’eft pourtant pas dans la difficulté d en bâtir la maçonnerie , puifque les parois de l’ouvrage Z K ne font compofées que de pierres plates, affiles les unes fur les autres, fans ctre liees ni par la chaux , ni par le labié, ni par la terre. La chaux ni le labié ne relifteroient pas à la chaleur terrible qu’il y a dans l’ouvrage. L’ouvrage K L eftle creufet qui contient la matière en fulîon. Le fond de 1 ouvrage Z eft fait fouvent d une feule pierre, & c’eft le mieux ; quelquefois il y en a deux ou trois. Les deux premières qui font polees fur le fond, dont 1 une eft du cote de la thuyere, & l’autre du côté oppofé, ou du cote du contrevent, ont leur
- 210m particulier ; on les appelle les Cojlieres.
- Il en eft de la hauteur de l’ouvrage comme de fon fond ; elle doit être eompofée avec le moins de pierres qu’il eft poffible : quelquefois elle n’en a que trois ou quatre j quelquefois elle en a davantage. U eft bien certain que moins il y a de pierres différentes dans l’ouvrage, & plus il eft durable. Les joints offrent des routes au feu, qui s’infinuant alors entre les pierres, les confume plus vite.
- En général, la qualité effentielle aux pierres d’ouvrage, c’eft de bien résilier au feu. Les pierres qui fe fondent comme les cailloux , ne vaudraient abfolument rien ; celles qui fe calcinent comme les pierres à chaux,ne feroient pas meilleures. Souvent on eft obligé d’aller chercher fort loin du fourneau les pierres propres à l’ouvrage : quoi qu’elles coûtent, il faut en avoir. Dans le Berry & dans le Nivernois, on en employé de deux elpeces. L’une eft rouge comme de la brique ; l’autre eft d’un blanc fale. Celle-ci a quantité de veines jaunâtres. Dans l’une & dans l’autre, on rencontre divers grains de gros fable. Ces grains ne compofent néanmoins que la plus petite partie de la pierre ; le relie n’eft pas formé de grains fenfibles aux yeux même armés d’un microfeope ordinaire ; mais un bon microfcope y fait apperce-voir de petits chapelets de grains extrêmement déliés tous ronds ou oblongs, de d’une très-grande tranlparence. Ces grains font, fans doute, un fable très-fin & très-blanc. Ils ne font qu’une petite partie de la maffe de la pierre ; ils remplilfent peut-être les vuides qui fe font trouvés dans la vraie matière de cette pierre.
- La pofition de la thuyere , ou, comme nous l’avons dit, la pofition de l’ouverture qui donne paiïàge au vent des foufflets , eft regardée comme une des chofes des plus importantes de l’ouvrage. Lorfque cette ouverture eft trop baffe, le vent n’agit pas affez fur les charbons, & lorfqu’elle eft
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- DES FOURNEAUX. 7
- trop haute ÿ ïa grande ardeur du feu eft trop éloignée de l’endroit où la mine eft en fufion ; cependant il n’y a encore rien d’affez déterminé fur la hauteur où on la place. Dans le Berry, nous avons vu des fourneaux où elle eft à 18 pouces du fond, d’autres où elle n’en eft qu’à 17, & d’autres où elle en eft éloignée de 2y .
- Au refte, comme l’ouvragé ne dure pas à beaucoup près autant que le fourneau , ( car on eft obligé de le faire en certains endroits tous les trois à quatre mois, dans d’autres tous les fix mois, & dans d’autres plus rarement ), on change la thuyere dans le nouvel ouvrage, on la hauffe, ou on la baifle , fuivant qu’on le juge à propos.
- Les parois de l’efpace vuide qui eft au milieu du fourneau, font donc bâties de trois maniérés différentes. Le bas ou l’ouvrage de L en K Ofe.a), eft fait de groffes pierres affifes les unes fur les autres ; l’étalage de K en I, ou l’endroit où le fourneau a le plus de largeur, eft de fable bien battu; Sc enfin ce qui refte depuis l’étalage jufqu’au gueulard, de I en E (fig. i), c’eft-à-dire, ce que les Ouvriers nomment les parois, & qui eft la cheminée , eft bâti de briques ou de grès. La partie fiipérieure des parois GG, c’eft-à-dire, celle qui répond à l’origine de la petite malle, de la Bu^e , eft nommée les guides-hors.
- Mais il eft à remarquer que la brique ou les pierres né font point jointes enfemble avec de la chaux & du fable ; elles ne font liées qu’avec de la terre* La terre franche réfifte beaucoup mieux au feu que la chaux & le fable ; suffi n’en employe-t-on de l’un ou de l’autre dans la maçonnerie, qu’à deux pieds de diftance de l’intérieur du fourneau.
- Si l’on fait l’étalage avec du fable, ce n’eft pas qu’on ne pût le conftruire de pierre telle que celle de l’ouvrage; mais fàconftruéUon feroit beaucoup, plus chere,& ne vaudroit pas mieux. Tout ce qu’on a en vue, c’eft de défendre les murs du fourneau contre la violente aétion du feu ; ils en ont fur-touc befoin depuis le fond du fourneau jufqu’à quelques pieds au-deffus de la thuyere ; c’eft-là où la chaleur eft la plus ardente ; or le fable dont on fait l’étalage eft un fable qui refifte auffi bien au feu que les pierres de l’ouvrage , & qui n’a pas befoin d’être employé avec la chaux ; quand il eft bien battu -, bien preffé, il refte dans l’état où on l’a mis ; il eft aflis fur le bout fùpérieur du mur de l’ouvrage en K 1 Sc 2 ; le grand talus de K en I qu’on donne à l’étalage fait que ce fable fe foutient aifément. Nous avons vu quantité de fourneaux dont l’ouvrage étoit entièrement ruiné, où il ne paroiffoit aucune altération dans l’étalage; la chaleur même avoit lié les grains de fable les uns avec les autres. Il a environ deux pieds d’épaiffeur.
- Lorfqu’il refte quelque efpace vuide entre les pierres de l’ouvrage & la maçonnerie du fourneau, on les remplit du même fable dont on forme i étalagé. Il y a même des endroits où l’ufàge eft de mettre une ceinture
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- 3 DES FOURNEAUX;
- de fable épailfe de plufieurs pouces entre l’ouvrage & la maçonnerie. Quoique ce fable réfifte bien au ?feu , “il n’eftpas étonnant quon ne puifle l’employer à former l’ouvrage ; il ne réfifteroit pas à-la matière en fufion qui y efl contenue ; le fable , quelque battu qu’il foit, fait toujours une mafle poreufe ; la matière fondue s’y infinueroit aifément ; elle l’entraîneroit, 8c dans peu elle ruineroit tout : mais la matière en fufion ne va jamais jufqu’à l’étalage ; il n’y a que la flamme du charbon»
- On demandera peut-être pourquoi l’on donne au creux du fourneau la figure d’un double entonnoir : on auroît peine à en tirer une bonne raifon des ouvriers ; cependant il y a apparence qu’avant de lui donner cette figure , on lui en a donné plufieurs autres qui ont été trouvées moins commodes , & il paroît que celle-ci efl: fort bonne. On voit que de cette conftruétion où l’ouverture fiipérieure efl: plus étroite que ne l’eft le fourneau vers l’étalage , il efl: clair que la chaleur du feu s’en diflipe moins; que les parois réfléchiflent vers la mine une partie du feu qui s’éleveroit , fi' le creux étoit 'par-tout d’une égale largeur. Il femble néanmoins que l’on feroit encore mieux de donner une circonférence ronde au contour des parois ; le feu y agiroit également par-tout ; il ne les uferoit pas plus dans un endroit que -dans un autre.
- Si l’entonnoir qui forme l’ouvrage 8c l’étalage, efl: placé dans un fens contraire , une autre raifon y a apparemment déterminé ; il falloit de la largeur vers l’étalage pour contenir le charbon & la mine qui fourniiTent continuellement le foyer ; car le vrai foyer efl: à peu-près à la hauteur de la thuyere ; enfin , il efl: à propos que l’ouvrage qui, comme le creufet , contient la matière en fufion , foit plus étroit par en bas que par en haut. Quand le fourneau efl en train, on ne tire jamais à la fois qu’une partie de la matière liquide qui y efl contenue. On y laiiTe le refte pour faciliter la fufion de la nouvelle mine ; car plus cette partie efl étroite , moins on efl obligé de iaiiïer de fer fondu dans le fourneau , pour qu’il y en ait jufqu’à une certaine hauteur.
- U feroit plus mal-aifé de rendre une bonne raifon de ce que Ion ne donne que quatre pans à l’ouvrage, pendant que le deflus de l’étalage en a huit. U y a même lieu de croire qu’on ne fàüroit trop multiplier le nombre' de les faces, ou , ce qui efl la même chofe , qu’on ne fàuroit trop diminuer la profondeur de fes angles. La matière en fufion attaqueroit les pierres plus uniformément ; le vent circuleroit avec plus de facilité dans tous les recoins, 8c la chaleur feroit plus égale par-tout ; les défordres qui arrivent aux four-' neaux par une matière fondue qui fe fige , feroient plus rares ; la figure d’un cône tronqué femble celle qui conviendroit le mieux, 8c le mieux encore feroit que ce cône eût pour bafe une efpece d’ellipfe plus ouverte à un des bouts de fon grand axe qu’à l’autre, femblable au-delfus d’une raquette.
- L’endroit
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- DES F 0 Û R N ÈAÜ X. $
- L’endroit le moins ouvert devroit être du côté de la thuyere; c’éft l’endroit où il y a le moins de chaleur, & où il conviendroit par conféquent que le creufet fût moins large : mais malheureufement les Fondeurs, qui font ceux qui bâtiffent l’ouvrage , font mauvais Maçons 8c mauvais Tailleurs de pierres. S’ils font l’ouvrage à quatre pans , e’eft qu’il eft plus aifé à faire. ïl y a pourtant quelques ouvrages dans le Royaume, comme font ceux des fourneaux de S. Gervais en Dauphiné, à qui on en donne huit * mais ils font très-rares.
- M. de Bezons affure avoir vu en Franche-Comté des ouvrages, dont la coupe horizontale étoit un ovale , différent néanmoins de celui que nous propofons ; mais ces fourneaux font rares. Ceux du même pays, dont M. le Guerchois , alors Intendant de la Province, nous a envoyé les deffeins * ont leur ouvrage à quatre pans. J
- L’endroit L (fig. r & 2 ), qui eft immédiatement au-deffous de l’ouvrage* ne porte point fur la terre ; on craindroit que l’humidité ne pénétrât jufqu’à l’ouvrage. .La bafe en cet endroit eft foutenue par une voûte Q, ou par une très-grande pierre. Les figures de coupes verticales le font alfez entendre.
- Dans la plupart des fourneaux, cette voûte forme une efpece de canal qui occupe tout le deffus de la maçonnerie. Un de les bouts eft ouvert ; il donne iffue à l’eau qui pourroit s’y affembler ; la chaleur du fourneau la fait fortir continuellement en vapeurs. Dans quelques fourneaux la voûte n’occupe que le deffous de l’ouvrage ; mais il y a un tuyau de fer K H ( PL IJ^ fig. /) > dont un des bouts eft dans le vuide de la voûte, & dont l’autre bout eft en dehors vers le devant du fourneau ; il a deux ou trois pieds de hauteur. La vapeur fort par ce tuyau de deffous le fourneau y e’eft une efpece d’éolipyle*
- Quelque folide que foit la maçonnerie qui forme le fourneau * ôn craint quelle ne réfiftepas, 8c quelle ne s’entrouvre eonfidérablement quelque part : pour la contenir, on l’entoure de trois ou quatre liens de bois ^ D D ( PL ïIIy fig. /) y 8c R R ( PL /), pofés les uns fur lés autres : chaque lien a environ un pied d’équarriflage : ces liens affemblés forment trois ou quatre chaffis ; ils font foutenus horizontalement par des pierres qui fortent extérieurement de lamaffe du fourneau : le plus haut des chafïîs eft à peu-près à la hauteur de l’origine de la petite mafTe;
- Malgré néanmoins toute la folidité de la mafTe, malgré ces fortes dé liens * il n’y a prefque point de fourneau nouvellement bâti qui refifte à l’aélion du feu ; ils s’entr’ouvrent quelque part les premières fois qu’on y fond là mine , de Jforte qu’il n’y a gueres de fourneau qui n’ait des fentes dans quelques-unes de fes faces ; mais ces fentes ne les empêchent pas de durer iod ans 8c plus.
- r Nous avons jufqu ici regardé tout l’oiivrage ou le creufet, comme s’il étoit entièrement formé d’une pierre dure 5 mais fi cela étoit, par où donnerôit-on Fourneaux. C
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- DES FOURNEAUX.
- iflue au fer Fondu & à la matière qu’on en fépare l Pour donner un écoulement à ces deux liquides, une partie de l’ouvrage CD El (PI. II), n’eft bouchée qu’avec une pièce de fonte Ç à côté de la figure principale > & cachée fous F F, & avec de la terre I. Ce qui eft bouché avec de la terre, ne l’eft pas bien lolidement ; mais aulîî on le racommode fans peine, & ona befoin de le réparer au moins une fois par jour.
- C’eft dans la face du devant du fourneau , qu’eft placée l’ouverture DI, bouchée d’une maniéré fi peu folide : cette ouverture eft précifément au milieu de la face : elle eft rectangle & femblable à une ouverture de porte ; auffi eft-elie en quelque façon la porte du fourneau : elle va à peu-près depuis le fond de l’ouvrage jufqu’à 15 ou 16 pouces de hauteur: là largeur eft de 17 à 18 pouces: les deux côtés de cette ouverture font marqués par deux pièces de fonte CC, pofées verticalement; on les nomme Bouflas, & le deffus de la même ouverture eft une gueufe : c’eft par cette ouverture qu’on entre dans l’ouvrage lorfqu’on le bâtit, & lorfqu’on a à y travailler.
- Une partie de cette ouverture eft bouchée par la Dame Q. La dame eft une piece de fonte d’une longueur à peu-près égale à l’épaiiTeur des parois de l’ouvrage ; fa hauteur eft de huit à neuf pouces ; la bafe en a douze de largeur ; elle eft plate, mais le defliis de la dame eft arrondi. Sur la dame il y a deux barres de fonte R R, larges chacune de quelques pouces, & longues de deux pieds & demi ou trois pieds : on les appelle les Gentilshommes. Ils font placés l’un auprès de l’autre ; il n’y a qu’un de leurs bouts qui porte fur la dame ; l’autre bout s’appuie à terre en dehors du fourneau : ils ne fervent qu’à donner une pente douce à la matière inutile qui fort de l’ouvrage. La dame ne bouche que la plus petite partie de l’ouverture D I ; ce qui en refte à la hauteur de la dame en I & au-deflus en D , eft rempli avec de la terre. On perce cette terre en I, près du bas de la dame, lorfqu’on veut donner un écoulement au fer fondu ; on défait même de temps en temps la terre qui eft au-deflus de la dame, pour nettoyer le dedans du fourneau , fans pourtant en éteindre le feu.
- Devant le fourneau , vignette de la deuxieme Planche, il y a un appentis qui a au moins 20 pieds de longueur & autant de largeur ; c’eft une efpece de chambre qui donne le couvert aux Ouvriers qui font occupés à veiller à la fufion de la mine. Le toit d de cet appentis commence fort près de l’extrémité fupérieure de la face du fourneau. En dehors du fourneau, il y a encore un autre appentis qui fouvent communique avec le précédent; il met les foufflets à l’abri des injures de l’air ; d’ou il fuit que cet appentis eft appuyé contre la face du fourneau que nous avons nommée face de la
- L’ouverture de la thuyere (PL I, fig. 2 & $), en dedans de l’ouvrage, n’eft pas confidérable : elle n’a que quelques pouces de diamètre ; mais
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- elle eft fort grande en dehors ; elle y forme une vafte embrafore : on en verra les raifons dans la fuite.
- Nous avons averti que la nécefflté de profiter de l’eau , engageoit à bâtir les fourneaux dans les fonds : il eft commode , comme on le voit à la Vignette de la Planche II, qu’auprès du fond où le fourneau eft placé , il y ait un terrein plus haut de 12 ou 15 pieds que le bas de l’ouvrage , & fur-tout fi ce terrein eft tel que l’on y puiffe bâtir une halle P, bu un angard : la halle eft néceflàire pour loger le charbon que le fourneau confomme. Il faut qu’elle foit Ipatieufe : on en jugera par la quantité de charbon qui s’y brûle en un an. La longueur de cette halle eft ordinairement parallèle à la face de Rujîine , ou à la face par où on porte la matière dans le fourneau. Il y a un petit pont de bois qui joint le terrein de la halle avec la plateforme qui eft au-defliis du fourneau, ou, plus exactement, qui eft à la naiflànce de la petite maffe*
- Il y a un fourneau en Berry , auprès du faux Morigny, où l’on n’a pas pu placer ainfi la halle : elle eft dans un endroit afifez bas 8c auprès du côté nommé contrevent : cette mauvaife dilpofition de la halle oblige à faire une fois prefque plus de dépenfe pour charger ce fourneau, qu’on n’en fait pour charger les autres. >
- Les foufflets pouffent ' continuellement de l’air dans le fourneau par l’ouverture de la thuyere : les Planches expliquent affez les machines qui les font mouvoir. Pour voir comment le fer fo fépare, foppofons non-feulement que les foufflets agiffent, mais même que le feu eft actuellement dans le fourneau ; que le vent des foufflets l’entretient, & que l’extrême chaleur de ce brafier a déjà fondu une certaine quantité de mine : nous examinerons enfuite comment la nouvelle mine fe fondra.
- Tout ce qui compofoit la mine , terre, fer, &c. eft devenu un liquide ; ce liquide defoend jufqu’au fond du fourneau ; il y occupe plus ou moins de hauteur, fuivant qu’il y a eu plus ou moins de mine fondue ; mais on ne le laide jamais s’élever jufqu’à la thuyere : on en voit allez les raifons. Les îpatierés qui compofoient la mine étant de pefànteurs différentes , elles com-pofent auffl, comme nous l’avons déjà dit , deux liquides de pefànteur différente : l’un, qui eft le plus léger, eft compofé de terre, de pierre & des autres parties étrangères au fer ; il prend le deffus : l’autre eft le fer fondu , ou le fer mêlé avec les parties les plus pelantes du liquide précédent : car ces deux liquides ne fo féparent pas de telle forte qu’ils ne relient un peu mêlés. Le fer liquéfié, ou, fi l’on veut, lé fer mêlé avec une partie du liquide fourni par les matières étrangères, occupe le fond de l’ouvrage. Nous donnerons à ce fer le nom de fonte avec les ouvriers : for cette fonte fornage le liquide plus léger ; 8c enfin fur ce liquide font pofés les charbons & la mine prête à fondre.
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- A chaque inftant le charbon fe confume, de nouvelle mine le liquéfie; Pour entretenir l’aétion du fourneau, il faut y jetter de temps en temps de nouvelle matière à fondre ; c’eft ce qu’on appelle y porter une nouvelle, charge : on y porte cette nouvelle charge de deux heures en deux heures , quelquefois plus, quelquefois moins fréquemment.
- La charge eft compofée d’une certaine quantité de mine, de charbon Sc de Cajline. La caftine eft une matière très-effentielle , & dont nous n’avons point encore parlé : c eft le fondant de la mine. Il y en a de bien des elpeces; communément c’eft une efpece de pierre à chaux qui eft blanche dans lé Berry & le Nivernois, 8c grife dans d’autres pays ; ailleurs la caftine n’eft qu’une marne commune ; en quelques endroits c’eü une marne graveleule ; ailleurs c’eft une efpece de terre mêlée avec du fable & de la pierraille. Les cailloux mêmes 8c le fable peuvent être regardés comme une efpece de caftine , mais qu’on employé plus rarement.
- En un mot chaque pays a la fienne , ou plutôt, on eft obligé de fe fervir de celle que fournit le pays. Toute caftine ne doit pourtant pas être égale pour toute efpece de mine : les plus difficiles à fondre & les plus aifées à brûler en demandent de différentes. Celle qui convient aux mines en gros morceaux , ne convient pas a celles qui font déliées comme des grains de navette : celle qui eft en pierre ou en marne , eft employée pour les groffes mines ; on la concaffe en morceaux gros comme des noix , ou au plus comme des œufs.
- Mais pour les mines en grains fins, comme font celles de Bourgogne & de Franche-Comté , la caftine qu’on employé eft une efpece de terre grafle, qu’on tire en mafffes aflfez groffes Sc fort dures ; elle eft femblable à celle que les Forgerons employent pour empêcher leur fer de fe brûler ; on la nomme, je ne fais pas pourquoi, Terre £herbue ou arbue. Celle de.Bourgogne eft rouge ; en Franche-Comté il y en a de rouge & de grife. Cette terre eft apparemment plus aifée à fondre que les autres caftines ; elle eft plutôt en état d’agir contre la mine , & d’empécher l’aétion immédiate du feu, qui au lieu de fondre, brûleroit vite le fer de ces petits grains. On brife cette terre d’herbue avant de la jetter dans le fourneau ; on la mêle même dans quelques endroits avec un gros fable de riviere, ou de qualité femblable ; au lieu que fi on employoit une caftine trop aifée à fondre pour les mines qui font en gros morceaux, elle fe fondroit & fe rendroit au bas de l’ouvrage avant que la mine eût eu le temps d’être affez échauffée pour fe fondre : il y a pourtant des mines en grains fins ,. comme celles d’Elen, Bailliage de Beaune , qu’on fond avec une caftine , qui eft une efpece de pierre compofée de feuilles très-minces.
- Selon la qualité de la mine 8c de la caftine, on fait entrer plus ou moins de caftine dans chaque charge ; dans différents pays , 8c même dans des pays peu éloignés, on fuit là-deffus différents ufages. On porte la mine & la
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- Caftine au fourneau dans des corbeilles faites en maniéré de van , appeliées Paniers , Clons , Couches. A > B > C > D , E > F, G, ( PL III, ) en montrent de différentes grandeurs. En quelques endroits un panier à mine a quinze pouces quelques lignes de longueur , neuf pouces dans la plus grande largeur , 8c fept pouces de profondeur. Ce premier contient environ un demi-boiffeau mefure de Paris ; les paniers à caftine font plus grands : ils ont même profondeur; mais leur largeur eft de n pouces, 8c leur longueur de ip.
- Le charbon efl: porté dans des paniers plus grands que ceux de la caftine ; comme la caftine , plus légère que la mine , eft portée dans des paniers plus grands que ceux de la mine. Les paniers à charbon font aufti faits en maniéré de vans ; ils ont cependant leurs noms particuliers ; on les nomme jReffes, Rajjes , Rajjees. Chaque Raffe contient le quart d’un lac de charbon , environ 31 livres pefant (*).
- La charge du fourneau eft compofée,à Groffouvre en Berry , de huit rafles de charbon, onze paniers de mine & trois paniers de caftine ; ce qui varie fuivant la qualité de la mine 8c de la caftine. En Franche-Comté , la charge eft aufti de onze ou douze paniers de mine., pefant chacun 40 à yo livres , & de terre d’herbue, au lieu de caftine, quand on fond de petites mines. On porte toutes ces rafles & ces paniers fur laterraffe du fourneau J on les y arrange le long d’une des batailles. Lorfqu’il en efl.temps , le Chargeur vuide dans le gueulard du bord, les uns après les autres, les rafles de charbon, enfuite les paniers de caftine, & enfin ceux de mine»
- Au refte le Chargeur a une réglé y (PL I, fig* 1 8c x y , PL ///) qui lui apprend quand il eft temps de porter une nouvelle charge. Quand le fourneau eft entièrement chargé, il eft plein jufqu’au gueulard ; à mefure que le charbon inférieur fe confume, le charbon fiipérieur defcend. De temps en temps le Chargeur fonde jufqu’ou la matière eft defcendue ; quand, elle eft éloignée du gueulard d’environ deux pieds & demi, il eft temps de jetter la nouvelle charge. Il ne feroit pas commode de s’approcher trop, pour fonder ; ils le font d’un peu loin avec un outil dont la figure ref» femble à celle d’un fléau à battre le bled : on le nomme une Bécaffe La partie femblable au battant du fléau eft de fer ; elle eft aufti attachée au manche avec des anneaux de fer. Le battant de la bécaffe a 2 pieds 8c demi. Il eft temps de charger, quand il entre tout entier perpendiculairement dans le gueulard.
- Le Chargeur prend fes rafles & fes paniers les uns après les autres ; pour les vuider plus commodément , il fe place dans l’embrafure de la petite maffe. Souvent il lui arrive de fe griller les cheveux 8c même le vifàge, fur-tout lorfque le vent eft grand. Pendant le jour, il ne paroît pourtant pas
- (*) Livre de 16 onces.
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- <ie flamme fur le fourneau ; il femble qu’il n’en fort qu’une fumée blanchâtre: il y a cependant certains moments où l’on apperçoit quelque lueur. Mais la nuit le deflus du gueulard paroît tout en feu; & ce feu qu’on ne voit pas le jour, brûle le Chargeur, lorfqu’il veut s’en approcher de trop près.
- Le charbon , la cafline 8c la mine étant tombés dans le fourneau , on voit bien une partie des chofes qui doivent arriver : il y en a quelques-unes qu’il fera peut-être bon que nous faffions remarquer. Le charbon s’enflamme ; il calcine & fond la cafline 8c la cafline fondue , fournit au feu plus d’activité , ou des parties plus propres à faire impreflion fur la mine. La mine chaude fe fond la première ; elle fert en quelque façon de fondant à la mine froide, comme la cafline lui en a fervi à elle-même.
- L’endroit du fourneau où Faétion du feu eft la plus violente, eft l’endroit où eft pouffé le vent des fbufïlets. Ce n’eft pas feulement, parce que tout y eft plus vivement enflammé ; il y a encore quelque chofe de plus. Les parties du feu y font pouffé es par le vent contre les corps qu’elles rencontrent, & alors elles font capables de faire beaucoup plus d’effet. Les lampes des Emailleurs en font une bonne preuve.
- C’eft un fpeétacle fort fingulier , que celui qui s’offre lorfqu’on eft placé dans l’embrafure de la thùyere. Il en coûte d’abord quelque chofe aux yeux ; mais ils s’accoutument infenfiblement à foutenir la grande lueur qui les a fatigués. La prunelle fe refferre ; elle ne donne plus entrée à une fi grande quantité de lumière. Les bouts ou les buzes des fbufïlets n’occupent pas tout l’efpace de la thuyere ; cela eft à propos même, comme on le verra dans la fuite. A côté de ces buzes , on apperçoit ce qui fe paffe dans l’intérieur du fourneau : tantôt on voit des morceaux de charbon tomber, & laiffer tomber des grains de mine ; tantôt on voit des grains de mine qui s’alongent, 8c qui enfuite laiffent tomber une* goutte à-peu près, comme la cire d’Efpagne que l’on fait fondre fur la chandelle ; & tout cela avec certaines variétés.
- La mine n’arrive pas tout d’un coup à l’endroit où eft cette violente chaleur ; elle n’y defcend qu’à mefure que le charbon fe confume. Il eft vrai que les morceaux de charbon mis les uns fur les autres, forment des efpeces de cribles par lefquels les grains de mine y ou au moins ceux qui font déliés peuvent paffer ; mais les grains qui paffent les premiers font les plus .menus, 8c par conféquent , les plus faciles à fondre.
- Au refte, il eft à propos que la mine ne defcende pas trop vite vis-à-vis la thuyere. Ce n’eft pas feulement parce qu’il faut qu’elle ait été échauffée auparavant, & qu’il ne faut pas quelle s’y aflemble : c’en font de bonnes raifons ; mais ce ne font pas les feules. La meilleure peut-être, c’eft que la mine ne contient qu’un fer extrêmement fec, un fer dépouillé , femblable
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- en quelque forte au fer réduit en rouille, au fer chargé de rides. Ce fer a befoin d'être pénétré d'une huile. Les charbons qui brûlent au - deffous de la mine , & qui y brûlent pendant du temps , la fourniffent. Ce n'eftpas avancer une pure hypothefe phyfique, que de dire que les charbons four-niffent une matière onctueufe , qui pénétré le fer de la mine. Les expériences rapportées par M. Geoffroy l'aîné , fur ce qui arrive au fer tenu en fufion au foyer du miroir ardent de Monfieur le Duc d'Orléans > pa-roilfent le prouver. Il a pris différentes rouilles de fer, foit de*celle qu'on trouve fur le fer qui a été expofé à la pluie , foit de celle que l'on trouve fur les barres qui ont été pendant long-temps expofées au feu ; il a pris auffi du fafran de Mars préparé avec le foufre , le Caput-mortuum du vitriol verd calciné long-temps au grand feu , toutes matières qui ne font que du fer plus ou moins dépouillé. Il a mis ces matières au foyer du verre ardent ,• & leur a donné premièrement pour fupport un morceau de grès; elles s'y font fondues ; elles paroiffoient liquides comme de l'huile ; étant retirées du feu , elles fe font figées en une maffe réguline friable. Il expofà enfuite au foyer du même verre , tantôt ces matières ferrugineufes, tantôt la matière réguline que la première fufion avoit produite ; & leur ayant donné pour fupport des morceaux de charbon, les mêmes matières fe font fondues, comme dans la première expérience ; mais étant retirées du feu Sc refroidies, elles n'ont plus paru une maffe réguline ; elles fembloient irn vrai fer fondu. Pourquoi a-t-on eu du fer après cette expérience , c'efl> à-dire, une matière plus fouple ? & pourquoi n'a-t-on eu qu'une maffe réguline dans l’autre, c’eft-à-dire, une matière plus caftante ? Si ce n'eft, comme le penfe M. Geoffroy , parce que la matière grade du charbon, le phlogiftique s'efl infinué dans le fer.
- M. Geoffroy rapporte auparavant une expérience qui paroît confirmer parfaitement que la matière grade du charbon s'infinue dans le fer. Si on ex-' pofe du fer & de l'acier au foyer du verre ardent, lorfqu'ils font foutenus par du grès , ils s'y fondent parfaitement jufqu'à devenir coulants comme de l'huile ; mais la maffe refroidie ne paroît plus qu’une matière réguline. SI on expofe du fer au foyer du verre ardent fur des charbons , il arrive deux chofes remarquables : premièrement ,1e fer jette quantité d'étincelles iorfqu'il eff en fufion ; ces étincelles font tout autant de petits globules parfaitement ronds, & tous ces globules font de véritable fer. Si on continue de tenir le fer en fufion ; il fe diffipe tout en pareils globules. Le feu qui fond le fer , y fait apparemment entrer l’huile du charbon ; & peut-être que cette huile, jointe à celle du fer, fe raréfie & pouffe les petits globules. La fécondé chofe remarquable, c’eft qu'il arrive quelquefois que ce métal celle de pétiller; M. Geoffroy a obforvé en même temps que cela n'arrive que lorfque le charbon s'eff confumé en partie, Iorfqu'il s’eft couvert d'un
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- j6 des fourneaux,
- lit dè cendres fur lequel le fer fe trouve pofé : ce lit de cendres arrête l’huile du charbon ; il l’empêche de paffer dans le fer; mais fi quelque mouvement dérange les cendres, le pétillement recommence.
- En revenant à ce qui fe paffe dans le fourneau , nous dirons que la mine qui arrive près de la thuyere, y arrive pénétrée de la matière graiTe du char* bon, 8c extrêmement échauffée ; une plus grande chaleur qu’elle rencontre j achevé delà liquéfier; & liquéfiée, elle tombe par gouttes le plus bas qu’il eft* poffible.
- La charge de mine, de caftine & de charbon ayant été prefque confommée, on en " porte une fécondé, qui, comme la première , fe réduit en fufion. Ce if eft pas la mine feule qui s’y réduit : la cendre du charbon 8c de la caftine, Scc , ne fe retirent point du fourneau en chaux ni en cendres ; elles fe liquéfient comme la terre qui eft mêlée avec la mine. Toutes ces matières fondues fe confondent, & elles forment un liquide plus léger que le fer fondu. On le nomme Vider, laitier, feories.
- Quand la quantité de matière fondue eft affez grande pour s’élever jufi* qu’à la dame, on donne iffue au laitier ; on perce la terre qui eft immédiatement au-deffus de la dame ; le laitier fort par l’ouverture qu’on lui a donnée : il coule fur les deux gentilshommes ; afin même qu’il puiffe couler plus aifément , on lui a préparé une efpece de lit, en étendant du frajil ou fai* fn 8c de la terre mêlée enfemble fur ces deux pièces. E F, G G ( PL II ) , montrent une grande quantité de feories forties par le deffus de la dame.
- ' Le laitier eft un fluide affez épais ; comme il eft cependant très-chaud, il arrive fur la terre avant de s’être figé , 8c il y refte même du temps encore liquide. On ne bouche point l’ouverture qui lui donne paflage, quand il a une fois commencé à fortir ; on a même foin de l’ouvrir 8c de l’élargir de temps en temps , lorfque du laitier qui s’eft refroidi, ou des matières étrangères l’ont trop rétréci. Toutes ces ouvertures fe font avec un ringard, outil des plus fimpies, mais dont i’ufage eft fréquent dans les Fourneaux 8c les Forges de fer : ce n’eft autre chofe qu’une barre de fer , plus ou moins groffe, longue de huit à neuf pieds, & pointue par Te bout.
- On ne s’embarraffe pas de la maniéré dont le laitier s’arrange en dehors du fourneau : on le laiffe refroidir ; alors il eft dur 8c caftant ; c’eft une matière vitrifiée, ou même, pour parler plus exactement, lorfque le fourneau va bien, c’eft un vrai verre. Entre les laitiers des différents pays, il y a des différences affez confiantes dans la couleur ; & félon que la fufion fe fait bien ou mal, «il y a de la différence 8c dans la couleur & dans la con-fiftance du laitier d’un même fourneau. Dans les fourneaux du Berry les plus éloignés du Nivernois, comme ceux d’Ardentes, & ceux de Mareuil, le laitier qui contente le Fondeur, & celui qu’on tire ordinairement, eft noirâtre. Lorfqu’il eft en malfe , ils difent qu’il eft couleur de poix. Les
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- morceaux épais deplufieurs pouces, ont cette couleur; mais les morceaux minces, ceux qui ont moins d’épaiffeur qu’ une demi-ligne, font très-tranipa-rents, & ont un petit œil violet.
- Ailleurs , le laitier eft d’un allez beau bleu , tirant quelquefois fur celui de l’azur ; quelquefois il a la couleur de l’aigue - marine. Les Forges de Conches, en Normandie, en donnent de l’une & de l’autre couleur.
- Dans le Nivernois, communément la couleur du bon laitier eft verdâtre & veinée de blanc; il imite lejalpe. La différence des terres qui fervent de matrice à la mine, & qui entrent dans la mine même, eft apparemment la caufe de ces variétés.
- . J’ai vu d’autre laitier qui étoit parfaitement lemblable au verre des greffes bouteilles ; il en avoit, & le degré de tranlparence, & le degré de couleur. Si on ne prend pas ordinairement le bon laitier pour du verre, «ce n’eft que parce que fori épaifleur empêche de remarquer la tranlparence. Mais lorfque le laitier eft bien mince, il eft auflî tranlparent que notre verre commun. Si on obferve le laitier qui vient de fortir du fourneau, on voit fouvent s’y former des boules ou des demi-boules de verre creufes, à peu-près lèmblables à celles que les enfants forment avec le fàvon. La matière fluide en coulant, a renfermé de l’air qui étoit mêlé avec les corps fur lefquels elle a palfé , & cet air , en fe dilatant, forme les boules dont on vient de parler , comme l’Emailleur en forme au bout du tuyau dans lequel il fouffleJ Quelques-unes fe crevent ; mais d’autres fubfiftent jufqu’à ce que les Ouvriers qui enlevent le laitier viennent les briler. Les parois de ces boules de verre ou de laitier font extrêmement minces & extrêmement tranfparen-tes. On n’y reconnoît point la couleur du laitier en maffe.
- Mais tout le laitier n’eft pas fi femblable au verre : quand le fourneau va mal, on en retire un laitier Ipongieuxdont toute la fubftance eft remplie d’une infinité de petits trous à peu-près ronds. Entre ces laitiers, il y en a auflî de différentes couleurs, & dëplus ou moins poreux.
- . Il y en a d’un verd jaunâtre , d’autres d’un verd blanchâtre , enfin il ÿ en a d’un très-beau blanc. Les uns aufli font plus ou moins poreux que les autres : il y en a de tellement poreux , qu’il nage fur l’eau, & qu’il na-geroit même fur un fluide beaucoup plus léger. Le laitier blanc eft un laitier dont la plupart des parties font féparées par des bulles d’air; le verre pilé eft blanc : d’ailleurs toute écume d’eau & même l’écume d’encre eft blanche. Le laitier qui eft le plus blanc & qui eft aufli le plus léger > v n’eft, pour ainfi dire, qu’une écume de laitier, vu au microfcope : il fait; un effet affez agréable ; on diftingue les bulles. On voit fouvent une bulle un peu groffe dont la bafe eft entourée d’un anneau d’autres bulles extrêmement petites.
- En ôtant le laitier du fourneau, non-feulement on ôte la matière terreufç
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- qui féparoit les grains ferrugineux les uns des autres, on enleve en même temps des Tels qui ont fervi à la vitrifier : ces fels rendroient le fer plus aigre , & moins propre à devenir malléable. Probablement, mieux le laitier eft vitrifié , plus il reflemble au verre, 8c plus il eft chargé de fois ; de-là vient que les Fondeurs ont raifon de prendre pour un augure favorable à la qualité de leur fonte le laitier qui eft le plus coulant. Après avoir gardé du temps quelques morceaux de ce laitier, on peut en voir dont la fur-face eft chargée de fels jufqu'à fournir une liqueur làline qui mouille la planche fur laquelle ils font. Les verres qui abondent trop en fels , comme ceux qu'on nomme vulgairement de cryjlal, n'en ont pas tant que ce laitier.
- On voit bien que fi on n'avoit pas foin de retirer cette matière de deffus l'appentis du fourneau, elle s'y accumuleroit en trop grande quantité, A mefure qu'elle eft refroidie, on la cafte avec des ringards ; on la tranfporte enfuite de différentes façons hors du fourneau; on l'y aftembledans un tas; ce tas devient infenfiblement une petite montagne : les fourneaux qui font en feu depuis cent ans & plus, en ont des montagnes affbz confidérables.
- Il eft dommage qu'on ne fâche rien faire de cette matière dont les fourneaux fourniflent abondamment * ; on ne l'emploie gueres qu'à combler des trous ou à réparer les mauvais chemins dans les endroits voifins du fourneau. On affure que le laitier réduit en poudre, eft excellent pour fervir de labié dans les bâtiments; mais il faut le puivérifor, & ceft une peine que l’on ne prend gueres que pour une elpece de laitier, dont nous parlerons dans la fuite, parce qu'il donne des morceaux de fer qu'on en retire.
- Après qu'un certain nombre de charges ont été conlixmées dans le fourneau, on donne l'écoulement à la fonte; fi on y en laiffoit affembler une trop grande quantité, elle parviendroit jufqu'àu deffus de la dame; elle s'échapperoit par la même ouverture qui donne ilfue au laitier ; & refroidie, elle ne compoferoit que divers morceaux peu épais , d'une figure irrégulière, & par conféquent incommodes à manier : auflî ne manque-t-on pas de faire fortir la fonte avant quelle fe foit élevée jufqu'au-deflus de la dame, c'eft-à-dire, qu'on la tire dans quelques fourneaux après huit ou neuf charges ; dans d'autres, après dix ou onze ; cela dépend de la richefle de la mine & de la difpôfition de l'ouvrage.
- Avant de la.faire fortir , on prépare un moule LL (PI. Il) pour la recevoir. Nous ne voulons pas encore parler des moules M, N, iV, où la fonte prend tantôt la figure d'un contre-cœur de cheminée, tantôt celle d’un vafe, d'un canon, &c : nous examinerons en détail ces différents moules. Le moule dont nous voulons parler, eft le plus fimple & le plus ordinaire; il contient foui toute la fonte qui fort du fourneau, c'eft-à-dire,
- * J’ai propofé en 1744, dans un Mémoire lu à l'Académie, fur les Mines, les Fontes & le Fer, de faire yfage du laitier le mieux vitrifié, pour en
- tirer des cloches à l’ufage des Jardins : quelques pièces de ce verre fe font allez bien foutenues > Sc ont confervé une demi-tranfpareüce.
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- DÈS F O U R N Ê ÂÜ X.
- ordinairement une malTe de fer du poids de 2000 * quelquefois dé iÿoo\ 8c quelquefois de 2^00. Cette mafle prend la figure d’un prilrne triangulaire * terminé pourtant en pointe par l’uii 8c F autre dé fes bouts; c’eft ce qu’on nomme une Gueufe. La gueule a communément 12 ou i y pieds de long.
- Son moule n’eft pas bien difficile à former ; c’eft une elpece dé fillon : on ne commence à le préparer quune demi-heure ou un quart-^d’heure avant de laiffer écouler la fonte. Le terrein qui eft devant le fourneau eft couvert d’une couche de fable, épaiffe de huit ou neuf pouces : c’eft dans ce fable que l’on creule le moule. Sa longueur doit être à péu-près perpendiculaire à la face du fourneau * & placée de façon que la fonte s’y rendë fans détour. Auffi fait-on toujours le nouveau moule* à peu-près dans la placé de l’ancien, d’ou il luit qu’on retire la derniere gueule qui a été moulée avant de préparer le canal qui en doit recevoir une nouvelle.
- Quoiqu’on ne retire la gueufe du fable que dix ou douze heures après quelle y a été moulée, elle eft encore très-chaude ; alors elle brûleroit les fouliers* li on les tenoit long-temps deffus : le fable qui l’entoure eft done chaud auffi* & par conféquent fec; or le fabf trop fec ne conviendroit pas pour former le moule. L’ancienne gueufe ayant été enlevée * on commence par jetter de l’eau fur le làble qu’elle a échauffé ; on laboure en-^ fuite ce fable avec une beche femblable à celle des Jardiniers.
- On creufé enfuite le fillon avec la même beche ; on fait une elpece dé petit foffé en jettant fur un de fes bords une pellerée de ce qu’on a enlevé du fond* & jettant fur l’autre bord l’autre pellerée * ce qu’on répété jul-qu’à ce qu’on ait donné affez de longueur au fillon. Pour lui donner mieux fa figure* pour marquer l’angle de fon fond* ôn fait pafTer dedans * depuis un bout jufqu’à l’autre * un rable de bois S ( PL II ). Pour donner la derniere façon au moule de la gueule * on bat avec une pelle de fer les faces des côtés de ce fillon * ce qui fert à les unir & à leur donner plus de con-. fiftance ; le fable »’en éboule moins.
- Comme on eft bien aife de lavoir ce qu’a produit un fourneau dans un certain te ms * on numérote chaque guèufe * comme ôn le voit ën P (PL II). On marque fur une gueufe qu’elle eft la dixième* la vingtième, &c ; cela n’eft pas difficile : il ne s’agit que d’imprimer dans le moule le n°* qu’on veut faire paroître en relief fur la gueule ; ils ont leurs chiffres en fer femblables aux chiffres Romains* comme on le voit ( PI. II).
- Nous n’avons encore rien dit de la qualité du fable dans lequel eft creufé le moule de la gueule • il n’y a auffi que peu à ën dire. On prend ordinairement un gros làble de riviere ou quelqu’autrë gros làble. Il eft néceff faire qu’il foit humide* lorfqu’on en forme le fillon ; l’humidité lui donne de la confiftance : auffi ne doit-il pas être trop mouillé ; lorlque la fonte
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- coulerait deflus ; elle bouillonnerait; elle jetterait de tous côtés diverfes parcelles de fer : une matière fi embrafée échauffe promptement toutes les gouttes d’eau quelle rencontre, ainfi que l’air qui y eft mêlé ; de-là naît dans chaque ..goutte d’eau une raréfaélion fubite & très-confidérable qui pouffe la fonte de tous côtés.
- Le moule étant préparé, on arrête le mouvement des foufflets; l’air qu’ils poufferaient,ne ferviroit qu’à incommoder; on donne enfuite iffue à la fonte» Un Ouvrier muni d’un ringard, perce le fourneau en /( PL //) près du bas de la dame. Auffi - tôt fort un petit torrent de matière enflammée , qui va fe rendre dans le moule : on a eu foin de difpofer le chemin pour F y conduire. Quand le moule efl: rempli, ou à peu-près rempli, il ne peut plus fortir de fonte du fourneau ; mais le laitier qui étoit relié au-defliis de la fonte dans le fourneau, fort ; on n’a garde de s’y oppofer ; mais on l’empêche, autant qu’on peut, de couler fiir la gueufe. A l’origine du moule, on jette une petite piece de fer qui y forme une efpece de digue. Pour la rendre plus confidérable, on jette vers le même endroit quelques pellerées de fraifin & de terre.
- >Ona foin de jetter dans le%noule de la gueufe tous les petits fragments de fonte que l’on a. Ils font corps enfuite avec la matière qui le remplit. Il refte toujours de là fonte dans le fourneau. On y en laiffe prefque aflez pour compofer une demi-guéufe. Le trou par lequel la fonte s’échappe , n’eft pas au fond de l’ouvrage. Il y refte de plus .beaucoup de laitier , & d’un laitier moins fluide que celui qui efl forti par la voie ordinaire. Pour enlever ce laitier, pour nettoyer l’ouvrage, on fait une nouvelle ouverture bien plus grande que la précédente ; on abat tout ce qui eft au-deflus de la dame,! jufqu’à un demi-pied de haut. Par cette ouverture, on fait entrer des ringards & des crochets recourbés dedans l’ouvrage. Avec ces différents outils, on en retire tout ce qu’on en peut retirer, c’eft-à-dire, ce qui n’eft pas bien fluide.
- Le laitier qu’on retire delà forte, eft appelle Laitier deJiallage. Il contient ordinairement de la fonte ; auffi dans plufieurs fourneaux ne le confond-on pas avec l’autre laitier : on le pile, comme nous le dirons. Le même laitier eft ordinairement mêlé avec quantité de charbons. Il eft peut-être aflez inutile de faire remarquer que le mouvement des foufflets eft encore arrêté pendant tout le temps que les Ouvriers font occupés à tirer le laitier de hallage ; la flamme que les foufflets poufferaient hors du fourneau, empêcherait les Ouvriers d’approcher aflez près. On voit même que c’eft fur-tout à caufe des Ouvriers qui font obligés d’approcher du fourneau, qu’on arrête le cours de l’air , lorfqu’il eft temps de faire fortir la gueufe ; le brafier du fourneau ne refte encore que trop ardent pour eux ; rien ne leur eft plus «ordinaire que de fe brûler, quoiqu’ils fe brûlent plus difficilement, & qu’ils
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- reiïenteftt moins les brûlures que les autres hommes. Dans les premiers Mémoires de l’Académie, première édition, page 3015M. Duhamel rapporte que M. Homberg a vu en Suede des Fondeurs , (on ne dit point de quel métal ) ,, qui , avec leurs mains, retiroient des morceaux de bois qu'on avoit jettes dans du métal fondu. On ajoute dans le même, endroit que feu M. l’Abbé Gallois a vu dans le Maine des Ouvriers qui , avec leurs mains, dilperfoient çà & là le fer fondu en petites boules. Le feu qui agit conti~ nuellement fur ces fortes d’Ouvriers, leur endurcit fans doute la peau ; il faut que ce foit à un point étonnant. Nous ajouterons un fait pareil & confirmatif de ceux-ci : c’eft qu'au fourneau de Compafieur en Bourgogne * nous avons vu, il y a environ 18 ans, un Garde-Fourneau qui, de la gueule encore bouillante, emportoit par un coup de main très-prefte , de la fonte qui retomboit en grenaille.
- Quand le dedans de l’ouvrage a été bien nettoyé ,’ on rebouche les ouvertures qu’on a faites ; celle qui a donné paflàge à la fonte, & tout ce qu’il y a d’ouvert jufqu’au haut de la dame, fe bouche avec de la terre * mais la plus grande ouverture eft au-deflus de la dame. Pour la reboucher on y jette d’abord une rajjee ( a ) de charbon ; ce ne feroit pas une barrière bien durable ; mais le charbon fert du moins à remplir pour un inftant, le vuide du trou ; fur le charbon on jette enfiiite du frafil ; & fur le frafil du frafil mêlé avec la terre , & enfuite un peu de terre.
- U n’y a pas grand inconvénient quand il refteroit quelques petits jours t il y en a prefque toujours quelques-uns ; on voit toujours un peu de flamme en dehors du fourneau : mais aufli-tôt que ces fentes s’aggrandiifent un peu trop , on jette de la terre mouillée.
- La flamme & la fumée qui s’échappent de la forte par le devant du fourneau, portent une efpec^de cendre très-fine qui s’attache contre la voûte qui eft au-deffiis de la flamme. Cette cendre y “eft arrangée d’une manier© aifez finguliere elle forme de petits filions profonds d’une ligne ou deux * dont la direélion n’eft pas régulière, & qui forment de petits zigzags.
- On ouvre enfiiite la thuyere ; on laifle agir les foufflets , & on porter une nouvelle charge au fourneau. Dans la plûpart des fourneaux , on ouvre une fécondé fois le defliis de la dame, après qu’une charge ou deux ont été confiimées , pour mieux retirer le laitier de hallage. Le volume de la matière fondue étant accrû , le laitier qui étoit refté, s’eft élevé jufqu’auprès du haut de la dame , & par conféquent eft plus aifé à retirer. Enfin on bouche encore cette ouverture, & on répété toutes les manœuvres que nous avons expliquées , fouvent pendant dix ou onze mois fans difcontinuer. Le feu étant allumé une fois dans le fourneau, on ne
- (a) On eft obligé d’adopter les termes que bon ; Rajée, fuivant eux, eft un de ces paniers les Ouvriers préfèrent : ils appellent Rajje un aufti plein qu’il peut l’être, panier qui contient une certaine quantité de char-
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- l’éteint que lorfqu’on y eft obligé. Il y a dans le Berry des ouvrages de fourneaux qui durent au plus cinq à fix mois ; cela dépend de diverfes cir-conftances * que nous examinerons en leur lieu.
- Suivant que le vent des foufflets eft plus ou moins fort , la matière 'd’une gueufe eft fondue en plus ou moins de temps. Communément on tire "deux gueufes en 20, 22 ou 24 heures. Chaque gueufe eft plus ou moins pelante , félon que la mine eft plus ou moins riche.
- On pefela gueufe immédiatement après quelle a été tirée du moule : ce m’eft pas par pure curiofité ; l’intérêt du Fermier de la marque du fer y en-gage. On leur paye une certaine fomme par millier. Quelque lourd que foit le poids de la gueufe, on la remue alfez aifément (Voy. la Vignette delaPL II) avec des rouleaux & de longs leviers , d’une maniéré fort connue & fort en ùlàge dans les bâtiments. Les rouleaux font ce qu’il y a de plus limple & de meilleur.
- U eft encore moins difficile de la pefer ( PL II, fig. 5 ) : on le fait avec une romaine loutenue par une chevre. On pafTe„ fous la gueule une elpece de chaîne compofée de quatre ou cinq chaînons oblongs. Cette chaîne eft appellée Grille dans les fourneaux.
- Les Ouvriers fe fervent du nom de Fondée pour exprimer la durée de lîx jours dans le fourneau. On leur entend fouvent dire : Une telle fondée tîa produit que vingt milliers 9 pour dire qu’on n’a (eu que vingt milliers de fonte pendant fix jours. Ils difent de même qu’on pouffe les fondées d’un tel fourneau à vingt-cinq, à trente milliers, pour faire entendre que ce fourneau donne tous les fix jours vingt-cinq a trente milliers de fonte.
- Mais pour marquer le temps au bout duquel on a éteint le feu du fourneau, ils fe fervent du mot àl Ouvrage, Ils difent : Un tel ouvrage a duré fix mois > un tel ouvrage a duré neuf mois, il a donne fix centë ou huit cents milliers de fonte ; pour dire qu’au bout de fix mois, qu’au bout de neuf mois l’on a éteint le feu du fourneau , après avoir eu fix ou huit cents milliers de fonte. Les Ouvriers appellent aufîl en quelques endroits, le temps qu’un fourneau a fondu fans interruption , un Fondage, On ne ceffe gueres de tenir un fourneau en feu quand il a commencé à travailler, que par le défaut de l’ouvrage. Les pierres expofées à l’air s’ufent ; comment celles qui ont à foute-nir continuellement l’aélion du fer fondu, ne s’uferoient-elles pas ? Il éft fiirprenant, malgré leur épaiffeur , qu’elles y réfiftent fi long-temps; car, comme nous l’avons dit, il y a des fourneaux qui relient en feu pendant onze mois ; il y en a d’autres qui n’y relient que trois à quatre. La qualité de la pierre contribue beaucoup à leur durée ; mais la qualité de la mine &
- celle delacaftine doit aulfi être comptée pour beaucoup (a). Plus ces matières
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- (a) Voyez à cet égard ce que nous avons dit des Fondants , première Seftion, & du moyen d’attaquer certaines pierres les unes par les autres.
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- feront maflîves, ou encore, plus elles feront propres à s’infinuer entre les pierres , moins l’ouvrage durera.
- Il faut encore ici que nous employions un mot confacré parles Ouvriers ; éteindre le feu d’un fourneau , s’appelle en leur langage mettre hors , apparemment parce qu’après qu’on a ceffé d’y entretenir le feu , on retire de l’ouvrage toutes les matières qui y font contenues. Si l’on ne mettoit pas hors lorfque l’ouvrage eft ufé jufqu’à un certain point, l’on courroit rifque de ruiner le fourneau ; la mine parviendroit à des pierres peu capables de lui refifter. Cet inconvénient n’eft pas à craindre. On fait que quand l’ouvrage eft ufé jufqu’à un certain point, la fufion de la mine ne s’y fait pas fi bien.
- A mefure que l’ouvrage s’ufè, il s’agrandit ; la mine & le laitier s’infinuent infenfiblement entre les pierres, & les vitrifient en partie. Les morceaux de pierre pénétrés par la mine & le laitier le détachent ; la capacité* du fourneau en devient plus grande ; en regardant par la thuyere, on voit quelque^ fois ces morceaux de pierre flotter fur le liquide du fourneau.
- Souvent on feroit obligé de mettre hors avant que l’ouvrage fût ufé, fi la vigilance du Garde-fourneau n’apportoit remede à un mal qui eft continuellement à craindre. Le feu du fourneau n’agit vivement qu’autant qu'il eft excité par le vent des foufflets ; fi on n’y veilloit, tout paflàge feroit bientôt bouché à cet air. Il y a une efpece de rocher qui tend continuellement à fe former autour des bords de la thuyere ; il s’augmenteroit infenfiblement jufqu’à la boucher , fi on ne s’oppofoit pas à fies progrès. Ce rocher eft compofé de laitier, de mine mal fondue , de caftine, &c. Pour appercevoir la caufe de la formation & de l’accroiflement de ce rocher , il fuffit de remarquer que, quoique l’air qui fort des ouvertures des foufflets donne au feu l’aélivité néceflàire à la fufion de la mine , cet air néanmoins eft froid lorfqu’il entre dans le fourneau ^ il refroidit par conféquent les endroits qui font proches des bouts des foufflets : d’ailleurs cet air n’agit pas contre les corps qui font immédiatement placés à côté de l’ouverture de la thuyere. Le laitier & la mine, qui touchent les parois du fourneau , prennent dans cet endroit une confiftance femblable à celle qu’ils ont hors du fourneau ; ils fè durciffent ; & comme il fait continuellement moins chaud en cet endroit qu ailleurs , quelques-unes des parties qui y arrivent fe refroidiffent & s’attachent à celles qui ont commencé le rocher ; de nouvelles parties l’augmentent , & l’augmenteroient à la fin à tel point que la thuyere feroit bouchée ; c’eft à quoi le Garde-fourneau s’oppofe autant qu’il lui eftpoftîble. Pour détruire le rocher, pour en arrêter les progrès , il fait entrer un ringard dans l’ouverture de la thuyere ; avec ce ringard, il abat tout ce qui eft auprès des bords ; lorfque tout eft abattu , la thuyere eft nette , félon leur expref-fion ; elle paroît comme une belle lune à ceux qui la regardent : mais lorfque
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- le rocher s’eft trop augmenté , la thuyere eft obfcurcie ; ils difent quelle fe -barbouille à la-fin, à tel point qu’il n’y a plus de remede. Nous avons vu des fourneaux en feu & prêts à être mis hors, où la thuyere étoit fi obfcurcie, qu’on ne pouvoit voir dans le fourneau un efpace de la largeur d’un écu.
- Nous avons dit que l’ouvrage s’agrandit àmeflire qu’il s’ufe • il paraîtra peut-être paradoxe de dire à préfent, que lorfque l’ouvrage eft ufé à un certain point, il contient bien moins de matière en fufion, qu’il n’en contenoit auparavant . cela eft vrai neanmoins , & ne fera pas merveilleux lorfque nous aurons ajoute, qu outre le rocher de la thuyere, il fe forme dans le milieu même de l’ouvr ge de grades maffes que le feu ne peut plus fondre & qui croiflent continuellement: on les appelle des Renards. Ces renards •parviennent quelquefois à une telle groifeur, qu’ils occupent la plus grande partie de l’ouvrage; & fi on n’a pas foin de mettre hors dans un certain temps, l’ouverture du devant dufourneau qui eft bouchée de terre, n’eft plus fuffifante pour les lailfer fortir : il faut démolir une partie du mur du fourneau.
- Il femble qu’une des caufes les plus ordinaires de l’origine des renards vient des morceaux de pierres de l’ouvrage qui fe détachent. Ces pierres me font pas de nature à fe fondre par un feu ordinaire. Divers morceaux qui ont échappé aux Ouvriers qui enlevent le laitier de hallage, s’attachent cnfemble, les grains de mine qui fe trouvent entr’eux s’y collent & ne fe fondent point ; deslors qu ils ont commencé , leur accroiflement devient nécefiàire ; l’ouvrage fournit de temps en temps de nouveaux morceaux de pierre qui s’en détachent ; le renard étant placé entre la thuyere & la mine, empeche la fufion de cette mine ; on en trouve les renards remplis ; ils font auffi compofés de fonte & de laitier. Il femble que fi on étoit bien attentif à nettoyer le fourneau après l’écoulement de la gueufe , qu’on empêcherait ou on retarderoit beaucoup la formation de ces renards.
- Si l’humidité parvient jufqu’au fond du fourneau, fi elle le refroidit juf-qu’à un certain point, c’en eft affez pour donner naiffance à un renard ; la fonte la plus balTe perdra fa fluidité, elle deviendra une malle folide qui ne manquera pas de s'accroître.
- Peut-être que du laitier qui fe fond mal, ou qui fe refroidit quelque part vers la thuyere, commence aufll les renards ; car il y a du laitier , qui pour ainfi dire, n’eft pas bien fondu. Tel eft apparemment ce laitier poreux dont nous avons parlé ailleurs. Les Gardes des fourneaux, quand ils le voyent fortir, le prennent pour un très-mauvais ligne. C’eft pour eux une preuve que la fufion fe fait mal. Peut-être n’eft-il compofé que de caftine, ou dautres matières terreulès qui, quoiqu’elles deviennent fluides, ne le deviennent pas aflez pour que leurs parties s’approchent les unes des autres ; elles fe refroidilfent avant de s’être touchées , ce qui le rend poreux. Quand ce laitier paraît, le Fondeur fait fouvent jetter dans le fourneau
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- quelques pellerées de cailloux : ces cailloux fe liquéfient plus aileinent que les autres matières ; ils accélèrent leur fufion , & la rendent plus parfaite,
- Il y a beaucoup de fourneaux où Ton voit* après qu'on a mis hors , là. furface de la plupart des pierres de l'ouvrage vitrifiée ; il s'en eft quelquefois trouvé qu'on auroit cru couverts d'un verni tel que celui que l'on voit fur les pots de terre verds par-dedans : il y en a quelques-uns de fort noirs ; mais il s’en rencontre d’autres d'un blanc éclatant : il y a des pierres d'une épaif feur confidérable * dont cependant la nature de la pierre eft toute changée t elles paroiffent formées de grains extrêmement petits, à peu-près égaux & tout blancs ; il n'y paroît aucune des inégalités qui font dans ces fortes de pierres lorfqu'on forme l'ouvrage ; les gros grains de fable , les veines tout eft devenu uniforme*
- Les fourneaux où l'on a mis hors , donnent aufîî occafion d’obferver un fait auquel le raifonnement feul eonduiroit ; c'eft que le côté du contrevent s'ufe beaucoup plus que les autres. Il feroit de la prudence de le revêtir de pierres plus épaiffes. Nous avons vu un fourneau où le côté du pied de ruftine étoit fi peu altéré , qu'on le confervoit pendant qu'on étoit obligé de refaire l'ouvrage du côté du contrevent.
- Quelquefois il fe forme dans la cheminée même du fourneau, c'eft-à-dire^ au-deffus de l'étalage , de groffes mafîès d'une matière vitrifiée qui obligent à mettre hors* Nous en avons vu une qui occupoit près de la moitié du diamètre de l'ouverture du fourneau. Quand la matière a commencé à s'at-* tacher & à s'affembler quelque part, l’amas Croît vite. Ce qu'il y a de fixe eft une efpece de barrière qui arrête toutes les matières qui s'élèvent. Au refte il n'eft pas néceflàire d'avertir que ces mafles font d'une matière plus folide que la fuie. La fuie ne fe conferveroit pas dans un pareil feu.
- La négligence des Chargeurs pourroit obliger à mettre hors -.9 comme celle du Garde-Fourneau. Il eft très-eftèntiel de charger à propos : fi on at-tendoit à mettre une nouvelle charge , jufqu'à ce que la derniere fût com* fumée , les matières que l'on jetteroit, defcendroient tout d’un coup trop bas ; elles ne trouveroient rien qui les foutînt ; la mine avant d'avoir été échauffée, avant d'avoir été pénétrée par l'huile du charbon , & avant qu© la caftine fût calcinée, pàrviendroit au- deffous de la thuyere. Là il n'y a plus, ni la chaleur ni les matières néceffaires pour la fondre ; elle y refteroic crûe.
- Aufîî les Chargeurs font-ils jour 8c nuit auprès du gueulard pour examù* ner quand il eft temps de porter une nouvelle charge. Ils fondent avec leur bécafle la quantité du charbon qui refte dans le fourneau. Afin qu'ils y foient moins mal à leur aife, près d'une des batailles A, A ( PL III), il y a en H un petit toît fous lequel ils fe couchent ; on le nomme la Biere. En général
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- la durée de l’ouvrage dépend beaucoup de la vigilance des Chargeurs 8c
- <le celle du Garde-Fourneau.
- Après que le feu du fourneau a été éteint y on met véritablement hors J je veux dire qu’on tire de l’ouvrage tout ce qui y eft contenu : on y trouve <}e la fonte ; on y trouve le laitier & le renard qui contient lui-même beaucoup de bonne matière. On conferve la mine &la fonte; on retire même <lu renard le fer qui y eft renfermé* & cela par le moyen du bocard* ce que nous expliquerons bientôt. On rebâtit enfuite l’ouvrage avec les pierres du? ces dont nous avons parlé.
- Le temps où l’on met hors * eft ordinairement le temps où l’on fait fes profilions de mine & de charbon. On fait en forte que ce foit en automne * parce que c’eft la fififon où l’on a le moins d’eau * & où par conféquent les fouf-flets agiflent avec le moins de fuccès. Enfin lorfque le fourneau eft rétabli* Sc que les provifions néceflaires pour l’entretenir font faites * on le met en feu.
- Il faut * la première fois qu’on charge le fourneau depuis qu’on a mis hors * commencer par le remplir de charbon jufqu’au gueulard. La thuyere alors6 eft bouchée. On met enfuite le feu au charbon par en bas * c’eft-à-dire * auprès de la dame. Lorfque le charbon * en bridant* eft aflez diminué pour laifler la place d’une charge , on y porte la première. Elle eft* comme toutes les autres * compofée de huit rafles de charbon * mais feulement de quatre paniers de mine* un de chaude* & trois de froide * 8c d’un panier de caftine.
- La fécondé charge eft de cinq paniers de mine 8c deux de caftine. La troifieme * de fix paniers de mine & deux & demi de caftine. La quatrième* de fept paniers de mine & trois de caftine ; la caftine n’augmente pas davantage. La fixieme de neuf paniers de mine.
- On regarde de temps en temps par-devant le fourneau* jufqu’où eft deC Cendue la première mine que l’onajettée. Lorfqu’on la voit arrivée à peu-près à la hauteur delà dame* on fait la grille * c’eft-à-dire* quon dilpofe plufieurs ringards horizontalement* à peu-près dans un même plan* & proche les uns des autres. Un des bouts des ringards eft appuyé contre la face 4e ruftine * & leur autre bout eft foutenu par la face de la dame.
- Ces ringards font aflez proches les uns des autres pour arrêter tout ce qui pourroit tomber dans le fond de l’ouvrage : on ne les arrange que pour cela. Pendant qu’ils foutiennent tout ce qui tend à defeendre * on le net-* toie * après quoi on le couvre d’une couche de frafil * épaifle de quatre à cinq pouces ; on la tape & l’unit bien. Cette couche eft le lit fur lequel tombe la mine fondue ; elle empêche qu’en tombant la mine n’agiife trop fur le fond de l’ouvrage. Ce frafil ne doit pas durer long-temps mais dans h
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- fuite la matière fondue ne tombe pas immédiatement fur le fond. La fonte qui le couvre tient lieu de frafil.
- Après tous ces petits préparatifs , on retire les ringards , Ton bouche le devant du fourneau , Sc Ton débouche la thuyere ; enfin Ton tire la pâlie : l'eau met les loufflets en mouvement ; tout fe continue enfuite , comme nous Tavons vu ci-devant. On porte de temps en temps de nouvelles charges; on donne l'écoulement au laitier & à la mine, félon qu'on le juge nécefiàire.
- Nous avons diftingué le laitier de hallage, c’eM-dire, le laitier quon retire du fourneau avec des ringards ou des crochets, du laitier qui s'écoule continuellement au-defliis de la dame. Nous avons dit qu’il contenoit fou-vent beaucoup de fonte ou de mine mal fondue. Auffi dans la plupart des fourneaux a-t-on foin de ne pas confondre ces deux laitiers. On conferve celui du hallage pour en féparer le fer. On le porte fous des pilons qui réduifent en pouffiere la matière vitrifiée ou le charbon qui eft mêlé avec le fer. L'eau entraîne loin cette pouffiere , & laiffe les morceaux de fer affez; proche des pilons. La machine M NO P Q> ôcc , ( PL IV) dont ces pilons font la principale partie, efl: appellée BocardouBocambre; elle n'eft pas fort compofée. Nous en avons fait la defcription dans la préparation des mines. On n'emploie pas toute l'eau du ruiffeau à faire tourner l'arbre ; on en conduit une partie par le moyen d'une dalle ou gouttière de bois fur la piece de fonte ou le laitier efl pilé. Cette eau entraîne le laitier réduit en pouffiere ; mais comme elle entraîne auffi, quoique plus difficilement, les petits grains de fer ou de mine, on ne la laiffe pas s'épancher à la fortie de la plaque. Elle efl venue par un canal de bois de 12 ou ij pieds de longueur, ouvert par-deffus, qui efl incliné comme la pente de l'eau le demande ; ce qu'il a de particulier , c'eft que d'efpace en efpace, il a de petits bouts de planches difpofés les uns par rapport aux autres comme des degrés. Chaque degré a un rebord de quelques lignes de hauteur. Comme l'eau coule avec quelque vîteffe le long de ce canal, ces rebords ne fuffifent pas pour arrêter le verre réduit en poudre fine ; mais ils empêchent les grains de fer de défi-cendre. Les plus gros demeurent aux premières planchettes ; les plus déliés vont jufqu'auprès des dernieres, mais toujours moins loin que le laitier.
- Un homme efl occupé à mettre de temps en temps de nouveau laitier fous les pilons, Sc à ramaffer le fer qui a été dégagé. Ce fer efl prefque tout en grains ronds : il y en a beaucoup d'oblongs ; mais on en trouve quelques-uns auffi bien moulés que les grains de plomb à tirer. U y en a de toutes fortes de groffeurs; depuis celle des balles de moufquet, jufqu'à celle des plus petits grains. Si on cherche la raifon de la rondeur de ces grains, on la trouvera en remarquant que les liquides qui font parmi d'autres liquides aveclefquels ils ne fe mêlent pas aifément, prennent volontiers une figure
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- ronde. Quand on a enlevé le laitier de hallage, la fonte étoit mêlée aved la matière vitrifiée ; les grains ferrugineux avoient donc une figure ronde pendant qu’ils étoient liquides : ils l’ont confervée pendant qu’ils fe font figés.
- Au refte les procédés qui regardent la fufion de la mine , varient en différents pays. Ceux que nous avons rapportés , font cependant affez uniformes dans tout le Royaume. Il y a des endroits où l’on eft obligé de brûler la mine , comme nous l’avons dit : il y en a d’autres où on la fond deux fois; La matière venue de la première fufion n’eft pas encore de bonne fonte. Boc-cône , dans fon livre intitulé : Mufeo di fijica & di experien^e , &c 3 page a44 ? dit qu’on en ufe ainfi dans les fourneaux qu’il a vifites auprès de Rome. On y jette la mine ; 8c de fix heures en fix heures, on lui donne écoulement. On forme des maffes de deux ou trois cents livres de cette première fonte. U dit qu’elle eft fort femblable à une marcafiite blanche que l’on rencontre dans les montagnes. Quand elle eft refroidie, oii la cafte en petits morceaux. Après que le fourneau a été vuidé , c’eft-à-dire ? apparemment, après qu’on en a fait fortir toute la matière en fufion, on y |ette tes morceaux de la première fonte. Huit heures après, on débouche le trou pour la biffer écouler une fécondé fois. La fonte , dit-il, venue de cette* fécondé fufion, n’a plus la couleur de marcaffite ; elle forme des pièces d’un fer brut, raboteux, inégal, femblables à des morceaux de vieux fer. Cette defcription ne regarde apparemment que la furface extérieure de la fonte. Il dit que la mine dont on fait cette fonte eft une terre rouge. Le fer y eft peut-être plus embarrafîe dans la matière terre ufe. Les parties de fer y font plus petites. Il faut, pour ainfi dire, la travailler plus d’une fois, pour faire la féparation parfaite.
- À R T I C L È L
- Des fourneaux du Dauphiné > appelles Petits Fourneaux.
- "OïLfûHd dans le Dauphiné la mine de fer dans des fourneaux appelles^ Petits Foürmaux , qui n’ont qu’environ 21 pieds de hauteur, où le vent eft excité pat les foufflets à chûte d’eau ( PL F) que nous avons décrits. La coupe horizontale de leur cavité eft par-tout un trapeze dont deux des côtés font égaux. Le plus grand des côtés de ce trapeze eft celui qui eft du côté de la dame vers le fond du fourneau. Ce côté a un pied neuf pouces. Le côté qui lui eft oppofé & parallèle, a un pied fix pouces , & les deux autres côtés ont chacun un pied trois pouces. Depuis le fond jufqu’environ la moitié de la hauteur, le fourneau va en s’élargiflànt. Le trapeze formé par une coupe prife à ce milieu, a quatre pieds fix pouces du côté de la dame, trois pieds fix pouces du côté oppofé, 8c les deux
- autres
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- autres cotés ont chacun quatre pieds. Depuis cet endroit jufqu’au gueulard , le fourneau s’étrécit dans les mêmes proportions qu’il s’efl: élargi de^ puis le fond jufqu’au milieu.
- Dans ces fortes de fourneaux > le côté de la dame où le côté par ôù l’on donne écoulement à la fonte,8c celui de la thuÿere > font les mêmes. Un feul tuyau appellé Porte-vent conduit l’air dans le fourneau. Le centre dè cette thuyere y entre environ à quinze où feize pouces de haut du fond, Au-deffous eft le trou qui donne l’écoulement au laitier ; & de l’autre côté 8c un peu plus bas, on ouvre celui par où l’on veut faire couler la fonte* Du refte leur conftruélion n’a rien de particulier. Son mur s’élève de deux côtés par des retraites > comme il paroît par la figuré ; mais cela peut convenir à tous les fourneaux, 8c contribuer aies rendre plus fiables. Cette defcription eft tirée des papiers de M. de Réaumur. Uoye^ là Planché V 9 & fin explication.
- Article ï L
- Fourneaux de la Navarre Efpagnolc.
- Dans la Bifcaye & la Navarre Ëfpagnole , il y a des mines qu’on fond avec bien moins d’appareil, 8c dont on retire un fer qui pafle pour un des 'plus doux de l’Europe. Voyez la Planche VI, & fon explication pour mieux entendre le détail qu’en a fait M. de Réaumur.
- Toute la capacité du fourneau n’a que deux pieds 8c demi dé profondeur ïl né reffémble point du tout à Ceux dont nous avons parlé ; mais il eft peu différent de ceux où nous verrons dans la fuite affiner la fonte pour la convertir en fer. Aux environs de Bayonne , on s’efl: lèrvi autrefois de cette elpece de fourneau pour tirer des mines de Ëiriatou (a.) , un fer de même qualité que celui d’Efpagne ; mais il y a plus dé quarante ans ( en iji6 b ) que ces mines ont été abandonnées. On y fut contraint par l’eau ; 8c le défaut de bois a fait qu’on ne s’efl: pas beaucoup embarraffé de chercher des moyens dè l’épuifer. Comme les fers d’Ëfpagne font en grande réputation > 8c que cette façon de fondre les mines contribue peut-être à leur qualité nous avons fôuhaité avoir un détail fïdele des procédés ^ & des defteins exaéls des fourneaux ; 8c ce n’a pas été fans peine > que M. le Gendre 3 pour exécuter les ordres de S. A. R. a obtenu d’un Efpagnol , Maître du fourneau Den** clerlats , fitué fur la rivière de Bidaffoa ou Bidafîe, à Centrée de la Navarre Eft pagnole , la liberté de faire lever les defleins dont nous avions befoin.
- Toutes ces mines reflemblent a£fez à celles de la montagne d’Allevard
- (a) Pour conferver la mémoire de ces mines, elles font dans les montagnes de la Paroiffe de Biriatou , au lieu appellé Fagalmiaca , dans le pays de Labour , frontière de France, tenant ladite minière d’un côté à la paroiffe de Verra ?
- F OU RN EAU X,
- entrée de la Navarre Espagnole, 6c de l’autre côté à la riviere de Bidaffoa, vis-à-vis la paroiffg Diron de la Province de Guipufcoa.
- (b) L’obfervation étoit écrite en 1716^
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- en Dauphine; elles font enmaffeou en roche, & on les tire comme les pierres des carrières. On les fait brûler pendant vingt-quatre heures , comme nous l'avons dit; on les concaffe en morceaux gros comme des œufs, & on les laide plufieurs mois expofées à l'air avant de les fondre.
- Le fourneau defufion eft compofé d'une chaudière de cuivre qui a fix pieds de diamètre dans le fens quelle en a le moins , & environ deux pieds & demi de hauteur ; fes parois intérieures & fon fond font revêtus d'une maçonnerie d'un pied d'épaiffeur, dont les pierres font liées avec de la terre à four. Enfin cette maçonnerie eft revêtue elle-même de plaques de fonte de fer qui y font bien enchâffées , & ce font ces plaques qui forment , à proprement parler, le creufet. L'unique ufage de la chaudière de cuivre eft de le défendre de l'humidité. Le vuide ou le creufet eft un cônè tronqué à bafe ovale. Il eft plus large par en haut que par en bas. Par en haut fon grand diamètre eft de près de quatre pieds & demi ; fon petit diamètre a un demi-pied de moins. Par en bas il n'a que trois pieds quatre à cinq pouces dans le fens où il eft le plus large , & un peu moins dans l'autre.
- L'ouverture de la thuyere eft à environ dix-huit pouces du fond. À un' des bouts des petits diamètres, elle reçoit les buzes de deux foufflets de cuir , inclinés feus un angle qui approche de quarante degrés. L'ufàge des foufflets de bois n eft pas encore connu dans le pays. Près du fond , le fourneau eft percé par un autre trou de quelques pouces de diamètre incliné vers le dehors. Il eft à un des bouts de la plus grande longueur. C'eft par ce trou qu'on fait fortir le laitier ; car ici c'eft la feule matière qui forte fluide. On ne retire la fonte qu'en mafle aflez dure.
- Il y a encore un troifieme trou, mais incliné de dehors en dedans, dont l'ouverture extérieure n'eft qu'à quelques pouces du bord fupérieur du fourneau ; elle laifle paffer un ringard, avec lequel on remue de temps en temps la matière qui eft dans le fourneau.
- La chaudière de cuivre ne s'applique pas contre toute la furface extérieure du fourneau. Elle l'abandonne de chaque côté à quinze ou feize pouces de l'ouverture qui donne écoulement au laitier, & cela pour former au-devant un demi-ovale, coupé fur fon petit axe, & dont la moitié du grand axe a deux ;pieds & demi de longueur.
- On couvre le fond du creufet ou fourneau d'une couche de charbon de hêtre. On n'emploie le charbon de chêne qu’au défaut de celui-ci. On l'allume par le moyen des foufflets mus à l'ordinaire par l'eau. Quand ce charbon eft bien enflammé, que le fourneau eft échauffé, on pouffe prefque tous les charbons dans le demi-ovale qui eft du côté de la thuyere , & on Jette la mine dans le demi-ovale oppofé. On la couvre enfuite de charbons ; pn y en porte de nouveaux ? à mefure que les premiers fe confliment ; on
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- porte auiïî eft même temps un peu de mine plus menue que la première* Le feu pouffé avec violence contre la mine la met en fufion ; la matière terreufe vitrifiée, ou le laitier y s'en dégage. On le fait écouler en débou-chant de temps en temps l'ouverture la plus proche du fond. A l'égard des parties de fer elles fe précipitent ; elles fe joignent enfemble ; le ringard qu'on fait entrer par l'ouverture fupérieure, & qu'on remue dans le four-* neau , facilite encore cette réunion ; mais arrivées au fond du fourneau & dépourvues de laitier, il leur manque une partie de la chaleur & du liquide étranger, néceflàire pour leur donner à elles-mêmes de la fluidité ; de forte qu'elles ne forment qu’une maffe un peu molle, dont le volume s'augmente à mefure que de nouvelle mine fe fond.
- La fufion d'environ 600 liv. de mines eft faite en quatre heures. Alors on prend la maffe de fer qui eft au fond du fourneau ; pendant que des Ou* vriers la foulevent avec des ringards , d'autres la Jaififfeht avec des tenailles > & la portent fur une enclume où ils la font frapper par un marteau qui pefô environ 400 liv. La fuite de ce travail regarde plus le Forgeron que le Fondeur. Nous en parlerons quand nous verrons convertir le fer en barres;
- Mais il y a une remarque que nous ne pouvons nous empêcher de faire, ’ç eft que dans les pays voifins on a auflî de grands fourneaux fembiables aut. premiers que nous avons décrits , mais qu'on n'y fond que les mines qu'on veut mouler en fonte ; d'ou il fembie que l'expérience a appris que cette petite efpece de fourneau efl: plus propre pour faire le fer doux -, & le rai-* fonnement efl: affez d'accord avec l'expérience. i° > Il y a apparence qu'il relie plus dé laitier dans les gueufes que dans les fontes qu'on retire ainfi en maffe du fond du fourneau. 20, Mais une autre circonftance qui mérite peut-être plus d’attention 5 c'eft qu'en donnant écoulement à la gueufe * en expofant cette matière bouillante à l'air froid * & la faifànt entrer dans un moule encore plus propre à la refroidir fiibitement> on fait peut-être plus que lorfque l’on trempe le fer pour le changer en acier. Auffî les grains des fontes moulées en gueule y approchent-ils de ceux des aciers. Cette efpece de trempe leur donne une difpofition à devenir un fer aigre & caf fant > qu'il n'eft pas aifé de leur faire perdre ? au lieu qu’on porte ici la matière toute bouillante fous le marteau. 3% Enfin la matière portée fous le marteau eft plus molle que celle qui a été fondue dans les affineries ; les coups en expriment plus aifêment le laitier. Mais on verra mieux combien cette différence de procédés, toute petite qu'elle eft > peut influer fur la qualité du fer , quand on aura lu les delcriptions des différentes forges & des fabriques d'acier. Peut-être au refte qu'il y a quantité de mines trop difficiles à fondre pour être traitées de la forte.
- On en fond de celle-ci entre 6 à 7 quintaux, en quatre à Cinq heures. On en met la première fois dans le fourneau près de 2 à 3 quintaux 7 Sc on
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- jette le refte avec le charbon, dont on confume à peu-près autant pefîfnt fque de mine. On affure que de 6j$ liv. de mine, on retire environ 22$ liv. de fer en-barre* ce quiéftun produit allez confidérable.
- Ar ticle II î. ; 1
- Fourneaux du Pays de Faix, Béarn SC Roujjillon.
- Pour entendre mieux ce que M. de Réaumur dit de ces Fourneaux^ -il faut avoir recours à la Planche VII, & à fon explication.
- La réputation ou font les fers d’EIpagne, nous a déterminé à décrire leurs pratiques pour la fonte des mines de fer, avant de parler des pratiques à peu-près femblables qui font en ufàge chez nous. Le Béarn , le Comté de Foix & le Roüffillomfe reffentent, fur cet article , du voifinage de l’Ef pagne. Ces pays fournilfent de fort bons fers, qui fontaulfi tirés de mines en roche ; on fait aulfi griller ou brûler ces mines ; on les concalfe par petits morceaux, & on les fond dans de petits fourneaux, qui ne different de ceux de la Navarre Elpagnole, que parce qu’ils ne font pas logés de même dans une grande chaudière de cuivre ; en un mot, ces fourneaux reffemblent fort à ceux où nous verrons affiner le fer, qu’on appelle Affi.-neries dans la plupart des Provinces du Royaume, & Renardières dans quelques autres. Dans le Béarn, le feu y eft animé par des foufflets de cuir ; & dans le pays de Foix, par des foufflets à chute d’eau, appellés Trompes 9 dont nous avons donné la defeription dans le deuxieme moyen de l’Art du Feu apliqué aux forges & fourneaux à fer. La Planche VII, où les foufflets du pays de Foix font repréfentés, fera voir auffi la figure fimple du four-* neau* dont il feroit inutile de donner une plus longue defeription. Nous remarquerons feulement que dans ceux de Foix, on fond en cinq heures environ cinq quintaux de mine, dont on retire une maffe de fer pelant depuis deux jufqu’à trois quintaux , félon la richeffe de la mine. Cette maffe eft -à peu-près ronde ; on l’appelle Maffet.
- Une autre remarque plus importante qu’il nous refte à faire ; c’eft que dans Tous ces fourneaux , & de même dans ceux de la Navarre Efpagnole * >on ne donne à la mine aucun autre fondant que le charbon; l’ufàge de la caftine y eft entièrement inconnu. On en peut foupçonner plufieurs raifbns j mais il n’y a que des expériences qui puiffent faire décider quelle eft la véritable. Peut-être eft-ce que ces mines font de nature à ne pas demander -de fondants étrangers. Peut-être que le grillage en rend l’ufage inutile. La mine dépouillée de la plupart de fes foufres fuperflus, n’eft plus fi fort en danger de fe brûler ; & delà vient apparemment qu’on ne mêle point auffi de caftine avec la mine en roche d’Allevard en Dauphiné, quoiqu’on la fonde dans de grands fourneaux, pareils à ceux des autres Provinces du Royaume ; car on fait toujours cuire ou griller cette mine avant de la porter
- au
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- &u Fourneau. Nous allons encore trouver dans les pays étrangers dé$ éxèm-pies de mines auxquelles on n'ajoute point de caftine, mais quon a loin ide faire griller.
- Article IV.
- Des Fourneaux d’Allemagne.
- » Nous n’avons pas été à portée de voir par nous-mêmes, ( c'eft toujours y> M. de Réaumur qui parle), les fourneaux qui font en ufage en Allemagne; » mais la protection que S. A. R. Monfeigneur le Duc d'Orléans donne aux » Sciences, ramene , pour ainïî dite, tout fou s nos yeux. Pour exécuter fes »» ordres , M. d'Àngervilliers a envoyé en Allemagne le iieur Anthés * » Maître de Forges intelligent, & lui a joint un Deffinateur habile. Le pre-» mier a raffemblé des Mémoires fur la conftruétion des fourneaux. Ces Mémoires font datés de Strafbourg du 10 Avril 1719.
- « Les fourneaux d'Allemagne ne font pas feulement différents des nôtres » par quelques circonftances ; ils different même entr'eux. Dans les uns, on donne écoulement à la fonte comme dans nos fourneaux ordinaires du » Royaume : on retire des autres la fonte en mafle folide, comme on la 3s retire de nos fourneaux de Béarn , Rouftîllon, Pays de Foix Sc de Navarre*. » Ce font ceux dont nous parlerons d'abord : leurs procédés fe trouvent !> naturellement placés à la luite de ceux que nous venons de rapporter.
- I. Fourneaux d'Allemagne \ dont on tire la matière
- en majje folide.
- »Les desseins de ces fourneaux ( PL VII/), ont été pris à » Forderberg, qui eft un Bourg de Stirie , éloigné de Lenben de quatre lieues. Ce Bourg feul a quatorze fourneaux pareils , qui fourniffent une „ partie de la fonte dont on fait l'acier de Stirie, & outre cela , dequoi faire » beaucoup plus de fer. Quoiqu'on en tire la fonte en maffe, ils reffemblent ?» plus à nos grands fourneaux du Royaume , à ceux où l'on donne écoule-« ment à la fonte , qu'aux petits de Béarn , Navarre, pays de Foix & Rouf* « fillon. Ce font réellement de grands fourneaux ; leur bafe eft un reétangle », prefque quarré. Le côté des foufflets Sc celui qui lui eft oppofé, ont » chacun par dehors treize pieds & demi de roi : les deux autres côtés ont »> chacun onze pieds & demi. La hauteur réelle du fourneau ( je la prends » depuis le fond jufqu’à l'ouverture qui reçoit le charbon & la mine ) eft de s» quatorze pieds quatre pouces ; mais la hauteur apparente eft bien plus « conlîdérable : au lieu que la plate-forme du deffus des nôtres n'eft en^ « tourée què d’une efpece de parquet ; de deffus celles-ci il s'élève une ^cheminée qui a quelquefois plus de 18 pieds: ainfi le fourneau femble savoir plus de 32 pieds de hauteur,
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- 3$ DES FOURNEAUX.
- *» Extérieurement il va en fe rétréciflànt depuis la bafe jufqu à l’origine de la cheminée. Les côtés qui en bas ont treize pieds & demi, n’en ont en haut que "onze ; & ceux qui ont onze pieds & demi en bas , n’ont -« que neuf pieds ou neuf pieds fept pouces en haut. La cheminée fe rétrécit » auffi à mefure qu’elle s’élève.
- » Ces fortes de fourneaux fe chargent par en haut ; ainfi les Ouvriers ^ qui les chargent * font deffous la cheminée : c’eft pour leur donner entrée y> que trois des côtés de la cheminée ont des arcades qui forment des efpeces » de portes qu’on ne bouche jamais. Il n’y a que le côté des foufïlets , qui » n’ait point dépareille porte; mais il donne une autre commodité aux » Chargeurs ; depuis trois pieds & demi de hauteur ou environ , au-deflus de l’ouverture du fourneau ou gueulard , il s’avance, félon un plan a> incliné.,jufqu’au bord de l’ouverture ; il l’entoure même en partie * & prend » fa figure. Dans toute fà hauteur , il a une courbure qui forme environ une *a> moitié d’entonnoir, qui ne manque jamais de conduire dans le fourneau » les matières qu’il a reçues. Le Mémoire de Me Anthés ajoute que dans le "» -coin de ce talus , en haut du côté de la roue , il y a un trou qui a huit » pouces en quarré, dans lequel tombent les étincelles qui defcendent dans » un conduit, & qui produifont une matière dont on fe fert pour mettre » dans le bas du fourneau , afin que la maffe ne s’y attache pas.
- » A l’égard de la maçonnerie du propre corps du fourneau, elle ira d’autre *> voûte que celle qui reçoit les têtes des foufHets. L’embrafiire qui fe trouve » à nos fourneaux du Royaume du côté de la dame , du côté où l’on donne » écoulement à la fonte, manque à ceux-ci. On tire la maiTe de fonte folide » par le même côté où font les foufïlets ; la voûte fous laquelle ils font en » partie , a quatre pieds cinq pouces de hauteur à fon entrée , huit pieds neuf -3) pouces de largeur. Immédiatement au-deffus des buzes des foufHets , il y » a une gueufo de fer qui eft la piece folide qui foutient les parois, & qui -» tient lieu desvouffoirs des voûtes. Depuis cette gueufo jufqu’au fond du » fourneau, il y a un pied huit pouces. Cette hauteur fur une largeur d’environ » cinq pieds deux pouces, eft la porte par laquelle on fait fortir du fourneau » la maffe de fer qui y a été fondue. Cette] ouverture n’eft gueres bouchée m plus folidement que l’eft , dans nos fourneaux ordinaires , l’efpace qui eft '»> auprès de la dame.
- » L’intérieur du fourneau depuis le gueulard, ou l’ouverture fupérieure >
- » jufqu’à environ quatre pieds & demi du fond, forme une efpece d’en-*
- » tonnoir ovale renverfé. L’ouverture fupérieure, dans fon plus grand diame-9» tre, n’a que deux pieds, & un pied & demi dans fon plus petit ; & lorfque -a, cette cavité eft parvenue, en s’élargiflànt infenfiblement à quatre pieds Sc « demi du fond dans fon plus petit diamètre , depuis le côté delà thuyere 3» jufqu’à celui du contrevent, il y a quatre pieds un pouce huit lignes, Sc
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- DES FOURNEAUX. By
- » Cinq pieds 8c un pouce entre les deux autres faces oppofées. Il eft pourtant M à remarquer qu’ils s’élargiffent plus du côté des foufflets que du côté du » contrevent ; l’un s’incline moins que l’autre. Des 2 pieds & j pouces d’é-♦jcartemeftt, le côté des foufflets en prend deux pieds, & n’en laiffe qu’en-viron fept pouces au côté du contrevent. Les deux autres côtés ont cha-» cunune inclinaifon égale.Delà en en-bas lefourneau conforve lamême gran-» deur; mais il a pris une figure différente de celle qu’il a plus haut. Sa circon-« férence, fa coupe horizontale n’eft plus ovale. Il n’y a d’oval que le côté » du contrevent. Celui de la thuyere efl: taillé en ligne droite. Les deux côtés # qui touchent celui-ci} font auffi avec lui un angle droit. Ces côtés s’arron-» diffent feulement pour y joindre celui du contrevent.
- « Ses parois font revêtus d’une couche de terre à Potier de terre àcreufet, qui, par en bas J a un pied d’épaiffeur , 8c par en haut feulement un demi* » pied. On efl obligé de raccommoder cet enduit une fois ou deux par an. » Le fond efl auffi recouvert d’une couche de pareille terre , épaiffe de fept » à huit pouces. Elle efl foutenue par une pierre de grès auffi grande que le fond même. Cette terre du fond doit être bien de niveau. On tient la y» furface plus baffe de quatorze pouces, que celle du terrein du dehors p au fourneau.
- * » Nous avons dît que chaque fois qu’on a retiré une tnaïTe de fonte du fourneau ? on ouvre un trou du côté des foufflets depuis la gueufe de » fer dont nous avons déterminé la pofition julqu’en bas : il faut donc rebeu-» cher ce grand trou chaque fois qu’on veut rallumer le feu. On le fait en » partie avec une terre jaune qui peut être chauffée plus brufquement que » celle qui revêt les parois. On met d’abord une piece de cette terre large » de fix pouces ? & épaiffe de fix, au milieu de l’ouverture ; elle avance d’un » pied en dedans l’ouvrage, ou en dedans le fourneau. Sur cette piece on » bâtit la thuyere > qu’on fait auffi de pareille terre. Un noyau de bois la fou-» tient pendant qu’on la forme. On ne donne à cette thuyere qu’environ deux pouces de diamètre du côté de l’Ouvrage; mais le côté qui reçoit les bu-» zes des foufflets, efl plus évafé. U a au moins trois à quatre pouces. On a » grande attention à pofer la thuyere bien de niveau 5 & à la placer précifé-#> ment à fept pouces du fond.
- » Le refte du vuide de cette elpece de bouche du fourneau ; fe remplie » avec des pièces de terre qui ont une hauteur égale à celle de l’ouverture, » larges d’environ huit pouces ^ épaiflès par en bas de quatre pouces , & . « feulement de deux par en haut. On bouche les intervalles que ces pièces » laiffent entr’elles avec une terre pareille à la leur. Mais il efl à remarquer » que de crainte qu’il n’arrive à ces pièces de plier vers le dedans du four? » neau 3 on ne les pofe qu’après l’avoir rempli de charbon.
- *» Les foufflets font ici de bois, femblables à ceux de nos fourneaux ? a
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- des fourneaux/
- » cela près quils font plus petits , parce quon eft obligé de les remuer fou-» vent. Leurs buzes plongent un peu dans la thuyere. Elles font éloignées „ de la thuyere dans les uns de trois pouces , dans les autres de quatre Sc ;,»plus; Sc fai remarqué, dit Me Anthés, que ceux qui étoient avancés le » plus vers le trou de la thuyere , étoient ceux qui alloient le mieux, parce
- » que le vent pénétroit mieux dans Touvrage. ' ' .
- » La mine qu’on jette dans les fourneaux de Forderberg , eft de la mine » en roche. On la tire du roc d’une montagne éloignée de 'deux lieues de « ce Bourg. Cette montagne , félon la tradition du pays, en fournit depuis* ,/plus de mille ans. On la concalFe en morceaux qui égalent au plus en grolfeur des œufs d’oie. Après quoi on la fait griller ou cuire dans des; «fours qui font proches des fourneaux à fondre. . „ : •
- «Chaque fois qu’on veut mettre le feu au fourneau ? on .commencé par.
- » le remplir entièrement de charbon ; on lui en fait même un comble qui :» s’élève le long du demi-entonnoir que nous avons décrit. Sur ce char-« bon on étend deux cuveaux comblés de-mine recuite. Le cuveau a en de-dans de hauteur un pied huit pouces Sc quelquesdignesy Par.en haut 5 il « a ën quarré un,pied huit pouces , Sc par en bas un pied Ex'pouces quatre j» lignes.
- * Le fourneau ainlî chargé, on fait agir les foufflets ,* & quand le char*
- S) bon & la mine font defcendus environ un pied amdeflous de l’ouverture « du fourneau, on remplit ce vuide de charbon ; on ramaffe la mine qui eft « tombée fur les bords du trou; on la fait entrer dedans ; ce qu’on répété
- » quatre fois de fuite. _ . :
- »> Lorfque le charbon a encore bailfé ^ on recharge le fourneau dè la •
- ^groffe charge. La groife charge eft compofée de deux cuveaux de mine ;
- », cette groiGTe charge fe met cependant à deux fois, & en fait deux petites** « On donne ainfi au fourneau quatre grofles charges ou huit petites. Les trois « premières font égales ; mais les deux dernieres ne font que la moitié w d’une des autres »„ ,} ,
- Nous remarquerons en paillant qu’il n’entre point de. caftine dans les -charges ; qu’on ne s’en fert point ici, non plus que toutes les autres fois que
- mous avons vu employer lamine cuite. . . .
- Les huit charges dont nous venons- de .parler ; tiennent le fourneau en feu pendant environ 18, heures. Quand là derniere y a été une fois jettée^ on laifte agir le$ foufflets jufqu’à ce,que> lè fourneau fe foit vuidé , Sc que le charbon foit entièrement conlumé.
- -On a foin ici,-comme dans nos fourneaux ordinaires, de donner écoulement au laitier. Pour cela,, après chaque charge , on perce le fourneau avec un ringard , environ un pied au-delfous de la thuyere , quelquefois de l’un de l’autre côté de cette thuyere, quelquefois d’un côté feulement. On
- bouche
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- bouche enfuite avec de la terre les trous qui ont laiiTé fortir le laitier. On connoît à la flamme > dit FObfervateur , la quantité du laitier. Quand il y en a trop, la flamme eft rouge ; quand il y en a peu > elle eft blanche;
- Quand le charbon eft prefque conftimé , on fonge à tirer du fourneau la fonte qui en occupe le fond. Les fouffléts embarrafleroient ; on les ôte de leur place ; on les, met à côté 5 on abat ce mur de terre jaunâtre qu£ va depuis le fond du fourneau julqu’à la gueufe de fer qui loutient la voûte i Cette large ouverture étant faite , on retire avec des crochets, tout le charbon qui y étoit refté ; on a même foin de l’éteindre, parce quil peut fervir encore pour le grillage de la mine. On retire de même tout le laitier, toute la crafle qui environne la mafte de fonte ; on la découvre bien de toute part ; on creufe un peu la terre tout autour de cette mafte, afin de pou— voir la remuer plus facilement. Il n’eft pas aifé d’en approcher par la grande chaleur qu’elle répand. Pour la modérer , on jette deftiis une dixaine dé baquets d’eau ; quatre hommes enfuite la foulevent peu^-à-peu environ d’un' demi-pied avec des ringards de fer. Quand elle a été ainfi foulevée ? ils jettent encore deflous environ dix autres baquets d’eau.
- Cette mafte s’appelle un Halmüs. Elle pefe quelquefois i£ôô. Elle a la' figure du fond du fourneau ; fon épaiffeur va depuis fept jufqu’à huit à neuf pouces. Ce feroit un grand ouvrage 5 que de la retirera bras d’hommes £ on emploie une force moins coûteufe 8c moins embarraflànte à appliquer* celle de l’eau qui fait mouvoir les fouffléts. On entoure cette mafte d’uner chaîne de fer ; on en accroche à celle-ci une autre qui tient à l’arbre des fouffléts; on donne l’eau à la roue de cet arbre * & aufli-tôt la mafte eft tirée. Au moyen même des poulies de retour > on la conduit du côté qu’on veut, & on la couvre avec du frafil.
- On travaille enfuite à la divifer en deux, afin qu elle foît plus maniable? Deux hommes s’occupent à y faire une entaille d’environ trois pouces de profondeur , avec des cifeaux bien acérés ; ils la laiflènt en cet état jufqu’aii lendemain qu’ils achèvent de la fendre avec des coins de fer.
- On fe fert aufli dans la plupart de ces fourneaux de l’eau des fouffléts pour! enlever plus commodément la mine. Sur ce même courant, il y a une roue autour de l’arbre de laquelle une corde le dévidé. Cette corde pafle furs une poulie foutenue à la hauteur du commencement de la cheminée du fourneau. On éleve ici le cuveau plein de mine, comme on tire un leau d’eau d’un puits. U y a même en quelques endroits des crochets qui font renverfer ce cuveau quand il eft rendu où il doit arriver. Cela devroit être repréfenté dans la Planche VIII, fi le deflein eût été levé par nos Deffina^ teurs ordinaires ; mais il eft aifé de fuppléer d’idée à ce qui y manque*
- Fo VKNEAVX.
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- DES FOURNEAUX,
- $.11.
- Fourneaux d!'Allemagne où Von donne écoulement à la fonte*
- Les fourneaux d’Allemagne où Ton donne écoulement, à la fonte reifem-blent aflez à nosgrands fourneaux du Royaume. Ils ont pourtant, comme les derniers que nous venons de décrire, une haute cheminée que n’ont pas les nôtres. Les delfeins de ceux que nous avons fait graver PL IX, ( ceci eft toujours extrait de M. de Réaumur, ) ont été pris à Durach en Stirie, & à Gmind en Carinthie. La bafe du malîîf de maçonnerie, eft un quarré dont les côtés ont quatorze pieds deux pouces; leur hauteur jufqu’à l’origine de la cheminée, eft de dix-fept pieds. Là les côtés de la maçonnerie n’ont que douze pieds. La tnalTe fe rétrécit à l’ordinaire, à meftire qu’elle s’élève. Le trou par où l’on jette la mine & le charbon, eft quarré, & a dix-huit pouces & demi de chaque côté. Depuis cette ouverture, le fourneau va en s’élargiflànt jufqu’à la moitié de la hauteur où les deux parois parallèles font diftantes de quatre pieds. La capacité du fourneau diminue enfuite jufqu’au fond, où il a, comme à l’ouverture fupérieure , dix-huit pouces & demi en quarré. L’ouvrage eft conftruit de pierres qui réfiftent au feu 9 & les parois fupérieures font revêtues de terre.
- Lathuyere eft feulement à 8 pouces du Fond, apparemment parce qu’on na pas befoin d’une grande cavité pour contenir la fonte, parce qu’on la coule de deux heures en deux heures, ou au plus de trois heures en trois heures. On n’y veut que des gueufes de trois à quatre quintaux; mais ce que cette thuyere a de plus fingulier , c’eft fon obliquité qui eft telle que fi le vent arrivoit jufqu’au fond du fourneau, en fuivantla direélion quelle lui donne, il rencontreroit ce fond à un endroit plus proche d’environ trois pouces du côté de la thuyere, que de celui du contrevent.
- Ici on retrouve la dame & l’embrafure fur laquelle elle eft placée ; car en ne donne pas écoulement à la fonte par la face où font les foufflets.
- La mine qu’on jette en ces fourneaux de Durach en Stirie, & à Gmind en ^Carinthie, eft de la mine en roche comme celle de Forderberg, qu’on a eu foin de faire griller, comme nous l’avons dit première Seélion. Nous ferons encore obferver que l’on ne fe fert point de caftine dans ces fourneaux d’Allemagne, fi ce n’eft dans quelques circonftances rares, lorfque le fourneau femble s’embarrafler par des matières mal fondues.
- Le charbon qu’on emploie dans ces fourneaux , & dans les forges du même pays, eft de bois de fapin.
- Dans les Etats de V.enife voifins de l’Allemagne J les fourneaux relfem-blent à ceux de Durach & de Gmind en Carinthie, à cela près qu’ils n’ont qu’une voûte, On donne écoulement à la fonte du côté des foufflets, ou
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- DES FOURNEAUX. 39
- au bas de cette voûte. On fait les gueufes de cinq à fix quintaux ; mais afin de n'être pas dans la nécefîîté d’ôter les foufflets chaque fois, on les place haut. Iis pouffent leur vent dans un tuyau recourbé qui le conduit dans l'ouvrage. Les petites forges de nos Orfèvres peuvent donner quelque idée de cette difpofition. On voit louvent leurs foufflets élevés jufqu’au haut de la cheminée.
- La mine quon fond dans un de ces fourneaux à Bagolinô , éloigné de ryj lieues de Brefeia, eft blanche, feuilletée ou talqueufe. On la fait cuire dans des elpeces de four à chaux, avec du bois &non avec du charbon, comme on le pratique dans les fours d'Allemagne ; mais on l'arrofe comme nous avons vu arrofer les mines grillées en Carinthie. On la fait fondre aufti fans caftine.
- Article V.
- Des Fourneaux de VAngoumois SC du Poitou, tirés du Mémoire, couronné par VAcadémie de Befançon, en 1756*
- Avant d’entrer en matière fur la difpofition d'un fourneau à fondre la mine de fer, l'Auteur le croit obligé de dire quelque choie de la propriété de celles qu'il a connues, perfuadé que l'expérience eft le plus fur flambeau qui puiffe guider dans une routé qu'on ne parcourt qu'à tâtons, toujours à grands frais, Sc dans laquelle il feroit à propos, pour le bien public, de ne voir que des hommes confommés, en état de profiter de leurs épreuves^
- Les mines de fer font réfraélaires à proportion des parties hétérogènes dont elles font chargées. Elles le font plus lorfqu’on les tire d'une terre grade. Cette efpece de mine prefque toujours riche, caufo fou vent dans le fourneau des embarras confidérables , Sc dérange même un fondage dans fos commencements, fi l'intérieur du fourneau n'a pas des dilpofitions capables de parer à ces inconvénients.
- De toutes les mines de fer les plus faciles à fondre y font celles qu'on trouve dans une terre làbloneufe & caillouteufe, làns doute parce que les fables Sc les cailloux de nature à le vitrifier, occupent moins de degrés de chaleur que les terres grades, étant impoflible, quelque attention qu'on ait à faire laver les mines, de les débarraffer en entier de leurs impuretés.
- Toutes les mines de fer font encore réfraélaires, eu égard à la gr odeur de leurs grains qui ne préfentant à l'aélion du feu que des folides difficiles à défunir , en retardent les effets plus lpng-temps que fi ces folides rompus, avant que de les mettre au fourneau , multiplioient leurs fur-faces , ce qui feroit entrer plus vite la matière en fufion.
- Il eft donc effentiel de bien laver les mines Sc de les caffer en petits morceaux ; il ne l'eft pas moins de faire caffer la caftine, qu’on fuppofe fuf-fifamment éprouvée,
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- 4a DES FOURNEAUX.
- Après avoir pris les plus fages précautions, on doit établir un Fourneau % dans les proportions relatives aux efpeces de mines qu'on veut y fondre ; le revêtir d’une épaiffe mafFe faite à chaux & à fable ; ou, fi la pierre eft rare gc qu on foit obligé de le fervir de ilmple terre battue entre les murs , il Faut au moins paver le defïus tout autour du gueulard, de façon que les eaux s’égouttent fans la pénétrer. Il eft encore eflentiel d'en éloigner tout ce qui peut rafraîchir l’ouvrage, en faifànt les canaux qui conduifent l’eau à la roue, à chaux & à ciment, ainfi que ceux qu’on fait fous terre pour écouler les eaux. Comme l’Auteur du Mémoire nous a donné la difpofition de deux fourneaux , un pour les mines chargées de terre graffe, & un pour celles qui n'en font pas chargées ., nous les rapporterons féparément.
- §. L
- Difpojïtion (Fuit Fourneau à fondre les Mines de fer chargées
- en partie de terre gtajfe.
- Hauteur du fond au gueulard, * * % « % * • 21 pieds
- Largeur du gueulard, . <. * ♦ . * *
- Sa largeur fur la tympe , * . . , . » . «
- Sa largeur fur la ruftine, . » , • * * % !
- Ce fourneau a huit pans inégaux;
- Les deux fur la longueur de 24 pouces ont , „ *
- Celui de delîiis la tympe, . , . , , *
- Le pan fur le pied de ruftine, , . * . . *
- Les deux petits fiir la tympe ont . .....
- Les deux fur le pied de ruftine, . . , . , *
- On fait un chaftis de cette dimenfion dans les trous duquel on pâlie des cordeaux que l’on élargit, les éloignant à proportion jufqu à la cuve du fourneau , à l’aide defquels on place les briques qui fervent à faire les parois : elles doivent être bien cuites pour réfifter à la vivacité du feu.
- Ces proportions plus petites que celles dont on fe fert pour conftruire un fourneau à fondre des mines de fer tirées d’une terre maigre , ont paru né-ceflàires pour éviter les embarras que caufent les mines grades, parce qu’a-lors l’air fpécifique excite avec plus de force la chaleur dans les endroits ou ces embarras commencent à fe former4 ce qui les détache & en arrête le progrès.
- Les fourneaux font toujours plus longs que larges , parce qui! eft nécef* faire d’oppofer à la ténacité du métal, une force fùpérieure pour le faire entrer en fufion, ce qu’on fait en ferrant l’ouvrage ou creufet dans lequel la matière fe précipite à l’endroit qui eft vis-à-vis le jeu des foufflets ; en forte qu’un ouvrage qui a, de la tympe au pied de ruftine, 24 pouces, n'en a que 18 du contrevent à la thuyere.
- y pouces* 24
- i§
- XS
- 18
- x3
- xx
- 4 ^
- 4
- Difpofition
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- DES FOURNEAUX;
- Difpojition de l'ouvrage de ce Fourneau*
- Ott trouve ordinairement dans le voifinage des forges, fur-tout dans les terres fablonneufes, des pierres de différentes couleurs qu'on appelle Grijon* Ce font des fables pétrifiés qui réfiftent fortement au feu. Avec une provi-fion de ces pierres & du fable lehnoins terreux , on confirait ainfi l'ouvrage*
- On attache au milieu du gueulard un cordeau , au bout duquel pend un plomb qui fert à pofer la pierre du fond. Enfuite on place celle du pied de rufline, après laquelle on pofe la pierre de deffous de la thuyere , dans laquelle on creufe la place du fer qu'on doit mettre fous les buzes des fouf-flets. On éloigne de 18 pouces 6 lignes la thuyere du fond. L'entrée de la thuyere dans l'ouvrage eft large de quatre pouces & demi. Du coin de la thuyere au pied de rufline, dimenfion appellée Petite Varme , il y a 8 polices 6 lignes. Du coin delà tympe dé pierre , dimenfion appellée Grande Varme , il y a onze pouces. On place enfuite la première pierre du contrevent qui doit être éloignée de celle de la thuyere, le long du pied de rufline, de 13 pouces ; vis-à-vis le milieu de la thuyere > iy pouces ; & le long de la tympe, 18 pouces* 1
- Quand ces pierres efferiti elles font pofées , il faut les garnir par derrière, jufqu'à l'épaiffeur de la maffe du fourneau, de fable bien battu dans lequel on peut mêler des meilleurs débris de l'ancien ouvrage , en forte que le tout faffe un corps impénétrable*
- On continue l’opération en montant d'autres pierres fur ces trois premières , à la hauteur de J pieds 6 lignes, & creufànt dans celle qu'on met fur là première pierre de thuyere, une petite voûte pôur donner aux Gardes lâ liberté d'y travailler en cas de befoin. Ces pierres doivent être évafées , favoir , les pierres de thuyere & de rufline de deux pouces à la naifîance des étalages, celle du contrevent de quatre pouces. On garnit par derrière comme il eft dit ci-deffus. Il faut après cela placer les coflieres, qui font deux pierres qu'on met au bout des deux premières de la thuyere & du contrevent, en forte qu'eJJ.es ayent 2 5 pouces de l'une à l'autre, le long de la dame, Sc que tout l'ouvrage ait quatre pieds de long,du pied de rufline jufqu'à la dame* Les pierres de tympe Servent à fermer l'ouvrage. Elles font évafées à la naiftànce des étalages de quatre pouces , comme celles du contrevent, & pofées à dix-huit pouces du fond, pour donner entrée aux ringards avec lefquels les Gardes décraffent l'ouvrage.
- Après avoir pofé les pierres , on fait par-deffus les étalages avec des morceaux des mêmes pierres & du fable battu à force de bras ; il faut monter celui qui eft fur la thuyere de quatre pieds & demi, les trois autres feulement de trois pieds & demi, un peu plus plats fur les tympes & le pied de ruftin^ Fourneaux. L
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- 4, DES FOURNEAUX.
- que fur le contrevent, de façon que tout ce compofé ait la figure d’une trémie irrégulière.
- De toutes les parties d’un ouvrage de fourneau à fondre la mine de fer , celle qui doit être la plus échauffée & la moins embarraffée , c’eft le fond qui reçoit la matière. Cette raifon oblige à placer les foufflets à 18 pouces £c demi pour fondre les mines graffes qui entraînent avec elles des parties non métalliques, qu’on ne pourroit réduire , fi on ne favorifoit le travail des Gardes par la proximité des foufflets. Il fer oit même néceffaire de placer la thuyere à 17 pouces du fond, fi toutes les mines à fondre étoient tirées d’une terre graffe : on opéreroit plus Jurement, en faifànt à la vérité moins de matière, parce que plus on éloigne faire des foufflets delà cuve de fon fourneau où la mine fie fond, moins l’aélion du feu eft vive , & moins par con-féquent on peut y fondre de mine.
- On place la thuyere fou vent plus près du pied de rufline que de la tym-pe , afin de tenir par ce moyen la partie que les Gardes décraffent avec le plus de difficulté , moins fejette aux embarras que les autres.
- On donne ici aux pierres de thuyere & de rufline moins d’évafement , parce que les matériaux qui paffent deffes , 11’ont pas befcin d’être portées au centre du vent. Ils en font allez proches par la difpofition de l’ouvrage, à la différence de ceux qui tombent fur les pierres du contrevent & des tym-pes, à qui il faut une pente proportionnée à leur éloignement. On la donne égaie aux tympes & au contrevent, quoique les tympes foient plus près de la thuyere , parce que les matériaux font moins échauffés dans cette partie par l’air qui tourbillonne, que ceux qui tombent fur le contrevent où la direélion du vent eft plus forte.
- On éleve la partie des étalages qui portent fer la thuyere plus que les autres, pour éloigner les mines qui entraînent avec elles des parties non réduites , ce qui empêcheroit le jeu des foufflets, & conféquemment refroi-diroit l’ouvrage. Les deux parties qui font fur les tympes & fur le pied de rufline, font un peu plates, afin de favorifer la defeente des matériaux au centre de l’ouvrage,
- §. IL
- Difpofition d’un Fourneau propre à fondre les Mines de fer
- non chargées de terre graffe.
- Du gueulard au fond il y a ....... 25 pieds 6 pouces;
- Le gueulard a de long . . . ... . . ,
- De large .............................. . <
- Ce fourneau eft auffi à huit pans.
- Les deux pans fur la longueur de trois pieds ont ♦
- Le pan fer la tympe a ,
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- DES FOURNEAUX. ^
- Celui fur le pied de rufline a.......... t 3
- Les quatre petits pans ont . * S
- Il faut faire un chaffis comme ci-defliis, 8c opérer avec les cordeaux de la même façon. On fond à la forge de Verrieres près Poitiers, depuis très* long-temps à profit dans un fourneau de cette efpece.
- Difpo/ition de VOuvrage de ce Fourneau.
- Il faut obferver dans cet ouvrage les proportions détaillées ci-defîus , à l’exception de la thuyere qui doit être placée au moins à 20 pouces du fond ; ainfi placée , on n’a pas à craindre les embarras qui furviennent lorsqu’on fond des mines graffes. Il faut élever fa tympe d’un demi-pouce , 8c bailfer de Sx pouces la partie des étalages fur la thuyere , fans quoi elle Se trouvèroit trop dégarnie de mine , ce qui la feroit échauffer , de façon que les Ouvriers auroient de la peine à préferver les buzes des Soufflets*
- Article VL
- Fourneaux dans le Périgord 9 fuivant les Mémoires d9Artillerie
- de M. de Saint-Remy.
- Considérant les foins qu’on s’efl: donnés pour perfectionner les Mémoires de M. de Saint-Remy , il y avoir lieu de croire qu’on ne manqueroit pas de trouver dans l’édition de 1745 , l’intérieur des fourneaux defiinés à couler des canons de fonte de fer , fur-tout n’ayant rien négligé pour les fourneaux à fondre ceux de cuivre; mais parla fuite d’une diffraction incom* préhenfible, cette partie Semble toujours avoir été négligée, ou, pour mieux dire, ignorée, comme nous pourrions même le prouver par les mémoires qui Semblent les plus détaillés, dont il ne feroit pas pofflble d’excepter ceux même de M. de Réaumur, excufable cependant en ce qu’il n’a pu voir que par les yeux d’autrui, ni même ceux qui ont été fournis par dès Artifles. Pour revenir à notre objet, voici ce qu’on lit dans les Mémoires de M. de Saint-Remy, tome. II, page 2<58.
- « Il faut que le fourneau ait 24 pieds de haut, plus ou moins, & que » fes côtés Soient égaux avec deux voûtes, l’une d’un côté pour mettre les » foufflets, & l’autre pour tirer le fer, & travailler au fourneau, duquel côté » on bâtit l’ouvrage dans le milieu du fourneau, de 18 à 20 pouces de large*
- « & 3 6 a 40 pouces de long.
- » Au-deffus du fourneau , il y a une augmentation de maçonnerie de qua^
- 5» tre pieds ou environ de hauteur, & 25 à 30 pouces de diamètre en dedans » qu’on appelle le Guide-hors , à la cime duquel on jette les proviSons , &
- » depuis l’ouvrage jufqu’au guide-hors le dedans en diminuant. Pour bien » affûter la maçonnerie du fourneau qui eft Sujet â crever par la force du fer * si on lie les pièces avec des bois qui ferrent à clef.
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- DES fourneaux.
- » On commence à remplir le fourneau de charbon. On y met feulement , deux bafches de mine & deux bafches de caftine fur le charbon ; la bafche »*eft faite comme une écope qui ferta jetter 1 eau de dedans un bateau & une >, -chaloupe ; & lorfque le charbon a bai (Té de y à 6 pieds, l’on recommence » à mettre fix rappes de charbon qui font de grands paniers -, une bafche de .. caftine, de la mine par-defîiis, toujours en augmentant le nombre des baf-•» ches, autant que les Ouvriers connoiffent que le feu du fourneau en peut * fupporter. Pour bien fondre, on fait, pendant l’intervalle qu’on demeure » à tirer la pâlie, y à 6 grilles fur l’ouvrage du fourneau , pour bien échauf-» fer le fond fur lequel le fer fondu doit s’aflembler. Après cela on ouvre la » pâlie qui fait aller les foufflets, & dès que les provifions du fourneau ont „ baiffé de mefure de y à 6 pieds ; fuivant la coutume,on recommence à mettre » fix rappes de charbon, deux bafches de caftine & de la mine, autant que „ le feu en peutfupporter, ce qui fe continue ainfi. Si l’on mettoit trop de 5> mine dans le fourneau, le fer fe cailleroit a ne pouvoir fervir a nul ou-» vrage, & au rifque de le faire fortir dehors ; trop peu de mine brûle l’ouvrage » qu’on travaille à décralfer toutes les heures ».
- Article V II.
- Fourneaux en Champagne , Bourgogne, &c.
- L’intérieur des fourneaux de la plus grande partie de la Champagne '& de la Bourgogne , eft un quarré long , different néanmoins, fuivant les Fondeurs, qui n’aiment point à faire comme leur voifins, & qui dans des mines femblables allèguent la qualité de la mine. Il y a des fourneaux de jg pjeds de hauteur ; il y en a de 26. Le gueulard varie de 22 à 28 pouces de deux côtés, fur 2y à 30 des deux autres. Les mêmes inégalités fe retrouvent dans le plus grand efpace au-defliis des échelages de y 2 à y 8 pouces d’un côté , fur 60 à 72. Les échelages montent de fix jufqu’à 8 pieds. La thuyere eft éloignée du fond de 12 jufqu’à 20 pouces. La largeur du creufet eft ordinairement pareille à la hauteur de la thuyere. La thuyere fe place toujours au milieu du côté du gueulard qui lui répond, à un tiers de diftance de la ruftine, deux tiers de la tympe. On la pofe plus ou moins horizontalement. On monte & bâtit les parois au moyen de quatre cordeaux qu’on éloigne de la perpendiculaire, fuivant 1 ouvertuie du gueulard Sc 1 ouverture du defliis des échelages, ce qui forme la pente des parois. Les mines fondent-elles difficilement l on éleve le fourneau , on rétrécit l’ouverture du defliis , on agrandit la partie au-defliis des échelages , on met la thuyere plus proche du fond. Voilà les moyens prétendus pour augmenter la chaleur , mais très-efficaces pour brûler l’ouvrage , comme il n’arrive que trop fouvent. Les mines fondent-elles aifément ? on élargit le gueulard , on rétrécit le delfus des échelages, on éloigne la thuyere du fond, & on brûle
- beaucoup
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- DES FOURNEAUX> 4|
- beaucoup de charbon inutilement. Enfin, il n'y a aucune proportion décidée entre le bas , le deffus , le milieu , & la pofition de la thüyére. C'eft dans cette étendue que fe joue la myftérieufe induftrie des Fondeurs. Quant à la matière qui fert à la conftruétion des fourneaux, les uns font leurs pa^ rois de briques ou de grès, avec l'ouvrage de grès ou de fable battu ; d'autres font le total avec des pierres à chaux , & nous en avons vu de ces derniers qui ont fait quinze cents milliers pelant de fonte d'urt féul feu*
- Il ne faut pas, douter qu'il y a des mines qui par elles-mêmes fondent plus aifément les unes que les autres; mais étant poffible, comme nous l'avons vu , de donner à toutes les elpeces des préparations préliminaires qui les amènent à peu-près au même degré de difpofition à la fufion , nous devons donc, en profitant de cette remarque fur les différents travaux , tâcher de parvenir à trouver un fourneau qui rempliffe également pour toutes fortes de mines les conditions que nous avons propofées. Il eft certain qu'il y a grand nombre de nos Maîtres de forges , qui auroient déjà fait & feront des rêétifi-* cations plus utiles même que celles que nous propoferons , lorsqu'ils auront fous les yeux toutes les^ différentes façons de travailler le fer en ufage * depuis la Laponie jufqu'en Elpagne ; ce qui juftifiera d'une part la néceftité des détails dans lefquels nous fommes entrés, & d'autre, combien la tra-duélion de Swedemborg nous en a épargné , en nous fourniffant beaucoup d'objets de comparaifom
- SECONDE PARTIE.
- Conjectures fur les premières connoijfances du Fer %
- * SC Vdccroijfement de fon travail»
- Sï des recéerches dè pareille nature pâroiffent, ait prëmîer ëoup d'œil, plutôt curiéufes qu'utiles, on verra cependant qu'en rapprochant les circonftances, elles tendent à éclaircir deux points de quelque confié-quence. L'hiftoire du fer natif, 8c la fource des variétés que nous avons remarquées dans les différents foyers deftinés à fondre la mine.
- Article L
- • Des premières Connoijfances du Fer.
- Pour peu qu'on foit verfé dans la métallurgie, il eft aifié de fexltir que la découverte du fer, & l'art de le mettre en œuvre, ont dû fe préfentef très-difficilement & plus tard que celles des autres métaux. Anciennement on employoit le cuivre à tous les ufeges auxquels on a fait utilement fticcé-* der le fer. Depuis peu M. le Comte de Caylus , de l'Académie Royale deâ Infcriptions* a cherché 8c retrouvé la façon de tremper le cuivre. Nous
- Fourneaux, * M
- i
- V
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- ÿS ..JDïS FOURNEAUX.
- avons vu entre fes mains une épée à la Romaine, qu'il avoit fait forger & tremper à fa maniéré.
- Plufieurs témoignages cependant nous autOrifent à croire que quelques peuples ont polfédé, dès la première antiquité, le fecret de fe procurer du fer.
- Il y avoit une tradition chez les Egyptiens, qui portoit que Yulcain leur avoit appris à forger des armes de fer. Ces peuples ne vouloient devoir qu à un Dieu l'iifàge de l'épée dont ils fe fervoient. On fait qu'une colonie venue de l'Orient, vers le temps d'Abraham, s'empara de la Grece. Les Chefs de cette colonie furent ces Princes fi connus fous le nom de Titans, Saturne, Jupiter, &c, qui furent déifiés, moins peut-être , parce qu'ils avoient été conquérants, qu'à caufe des connoiiïances dont ils avoient enrichi leur nou» „ velle habitation. On croit que ces Titans venoient d'Egypte. Cela feroit foupçonner que l'art du fer étoit connu dans cette contrée. Les Cretois, au rapport de Diodore, plaçoient également la découverte & le travail du fer dans les temps les plus reculés de leur hiftoire. Les Daétyles du Mont-Ida prétendoient avoir appris de la Mere des Dieux l'art de travailler ce métal. On croit les Dactyles originaires de Phrygie, province de l'Afie mineure , aujourd'hui la Natolie. On dit que ces peuples vinrent habiter l'Ifle de Crete. On les choifit pour les Prêtres de Gybele ; Sc c'efl: à eux qu'on attribue l'invention du fer. Les ufis établirent leurs atteliers fiir le Mont-Ida de Phry-gie ; d'autres liir le Mont-Ida de l'Ifle de Crete.
- Prométhée, dans Efchyle , fe vante d'avoir enfeignê aux hommes la fabrique de tous les métaux.
- Quelques Auteurs attribuent la découverte & l'ufàge du fer aux Cyclôpes qui, fuivant Brochart, occupoient la partie occidentale de la Sicile.
- D’autres l'attribuent aux Chalybes, peuples très-anciens & très*-renom-més pour leur habileté à travailler ce métal. Les Chalybes habitoient une contrée d’Afie, fituée entre la Colchide & l'Arménie. Il y avoit encore un peuple du même nom dans la partie orientale de la Paphlagonie, fiir le rivage méridional du Pont-Euxin, & un troifieme dans le Pont, entre les Moyfina-ciens & les Tibériens. Les Auteurs ne font point d’accord fur ces peuples s les uns les confondent ; d'autres prétendent être bien fondés à les diftinguer*' Pline donne encore le nom de Chalybes à un ancien peuple d'Afrique, habitant de la Troglodyte ; & Juftin, à un ancien peuple d'Efpagne, habitant des rives de la riviere Chalybs, dont les eaux avoient la réputation de donner une trempe fi excellente à l’acier, que les Latins le défignent du nom de cette riviere, qui aujourd'hui s'appelle Cabe%
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- DES FOURNEAUX:
- $. I.
- De ce qu’il y a de plus probable à tirer de l’HiJloire fabuleufe
- au fujet du Fer.
- Ce que nous venons de rapporter, paroît prouver que la découverte du fer & l'art de le travailler remontent à des temps très-anciens dans PEgypte, la Paleftiné & la Grèce ; mais à travers les ténèbres dont ces premiers temps font enveloppés, nous pouvons remarquer :
- i°, Que la connoiiîànce du fer a une époque particulière que nous ignorons , & que celui qui le premier a eu la réputation d'en avoir fait part aux autres, a été mis au nombre des Dieux ; que chaque Nation a voulu avoir la gloire de cette découverte. C'eft à quoi les Poètes , & ceux qui ont fait l'Hiftoire des Nations dans des temps éloignés, ont affez généralement donné lieu.
- 2°, Que Vulcain inftruit par quelque Lazard, comme nous le dirons % du travail du fer, fe fera retiré en Sicile avec des gens pour y travailler le fer.
- 3°, Pour ce qui regarde l'œil qu’on a ôté aux Cyclopes , pour ne leur en laiffer qu'un au milieu du front, on peut croire que les premiers Forgerons travaillant à feu ouvert, la crainte du feu leur avoir fuggéré de fe couvrir les yeux & le vifagé ; ce qu'ils auront pu exécuter avec un morceau de peau > dans lequel ils auront fait un trou plus bas que les yeux, & affez grand pour voir & refpirer. Si l'on vouloit appuyer ce détail, on pourroit renvoyer aux Planches d'Agricola, qui repréfentent en Cyclopes les Ouvriers de fon temps.1
- 4°, Les Cyclopes manioient le feu & les minéraux, qui font les emblèmes du ciel & de la terre, dont la Poëfle les a fait enfants.
- y°, Les Daétyles fe vantoient d'avoir été inftruits de Part de travailler le fer par la Mere des Dieux : on la difoit fille du ciel & de la terre. N’efl-ce pas faire entendre qu'ils avoient été inftruits à faire du fer par le moyen du feu & d'une efpece de matière terreftre ? Lés uns refterent en Phrygie ; les autres pafferent en l'Ifle de Crêté. Tous furent les Prêtres de Cybele.
- 6°, Les Chalybes inftruits de cet art nécefïàire, fe partagèrent, Sc vinrent habiter différentes contrées. Une partie vint s’établir jufqu'en Efpagne, ou ayant trempé dans une riviere différents ouvrages d'acier, on donna le nom, d’acier à cette riviere, en y ajoutant le merveilleux, que fes eaux étoient les plus propres à l'endurciffement de l'acier ; efpece de fiiperftition qui dure encore à préfent, puifqu'il eft affez commun d'entendre dire : Les eaux d’un tel pays Jbnt propres à la trempe»
- § il
- Motifs qui peuvent déterminer à croire que la découverte du Fer ejl dûe aux Volcans.
- Ne pouvons-nous pas dire qu’il y a eu beaucoup de volcans ? On
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- E> ES FO URNE AUX.
- tie peut raifonnablement nier quun volcan enflammé ne calcine Ou m fonde , fuivant ce qui les accompagne , les minéraux qui fe trouvent expofes a un “tel degré de feu. Un volcan a dû terriblement effrayer les premiers hommes ; mais enfin il s’appaife faute de matières combuftibles. Nous en 'avons plufieurs d’entièrement éteints. On en compte jufqu’à fùo. Les reftes, les lavanges d’un volcan font , 'entr’autres chofes , de nous avoir donné différentes combinaifons, que nous appelions aujourd’hui mines du fer , dont les unes ont été calcinées , d’autres en partie fondues , d’autres réduites à un tétât très-approchant de celui du fer. Il pourroit paroître naturel d’attribuer aux HblcaMi^^^^attf. ^>ici les i^ifons qui femblent appuyer ces conjec-
- -tures. ' *
- La première efl; que ceux qui av'ôient part à cette découverte , s’étoienfc ÿtlis pour la mettre en .ufage, & la tenir fecrette. Examinez l’origine de tous ceux auxquels on attribue cette connoiflànce ; elle eft la même pour tous, lesDaéfyles * les Cyclopes, les Chalybes ; ce qui doit déterminer à croire que l’heureux hazardsqui à fait découvrir lê fèr, a été réfervé par les premiers auxquels il s’eft préfenté. Nous voyons l’art du fer paffer en Crete , en- Qprfe, en Sicile ? en Elpagne. C’efl: une confufion dans les Auteurs ; mais ce qui efl; umv^qlté'^’eft que ce font des Daétyles , des Çha* lybes & des Cydopes qui l’y ont porté.
- La fécondé remarque efl: que ces premiers Ouvriers ont tous habité des montagnes , dont quelques-unes font connues pour avoir été travaillées par le feu. Les Volcans ayant fourni le premier fer ? il étoit très-naturel que ceux qui en vouloient fabriquer, allaflent toujours en chercher vers les montagnes dans lefquelles ils trouvoient les matières qui avoient donné lieu à leur première découverte.
- La troifieme efl: que les Anciens s’accordent aflez à rapporter la découverte des métaux à l’embrafement des forêts plantées fur des terres qui en renfermoient. La violence du feu ayant , fuivant leur récit * fait fondre le métal, on le voit couler & fe répandre fur la furface de la terre. C’efl: de cette maniéré que, félon l’ancienne tradition de la Grece , le fer avoit été découvert fur <le Mont-Ida. Les Lettres édifiantes difent que le Conducteur d’une nouvelle peuplade établie depuis peu dans le Paraguai , ayant ap~ perçu une pierre extraordinairement dure & femée de plufieurs taches noires, la prit 8c la jetta dans un feu très-ardent , & qu’il en vit couler, quelque temps après , un fer auflî bon que celui qu’on trouve en Europe. Les Volcans ont donc pu régulifer aifément les mines de fer; il y en a qui font de très-facile fufion. M. Duhamel nous a appris qu’il avoit une mine de fer qu’on réguliferoit au foyer ordinaire d’une cheminée ; 8c nous avons tiré des boutons de fer de plufieurs mines fondues dans un creufet, à la*forge d’un Maréchal, fans le contaét immédiat du charbon de bois ; nous difons
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- des boutons de fer & non pas de fonte, parce que ces boutons avoiènt toute la qualité d'un fer fait ; qu'ils sapplatifloient à froid fous le marteau, Sc que la lime mordoit leur fuperficie. Mais ce n’eft pas ici le lieu d'entrer en de plus grands détails fur cet objet»
- Article II. ,
- Progrès du Travail du Fer, i
- La eonnoiflànce du fer acquile fuivant la conjeélure que nous venons de propofer , il n'auroit pas été poflible de s'en procurer ni une grande quantité ni des pièces d'une certaine étendue, fi l'on n'avoit pas trouvé la maniéré de joindre un morceau à un autre. L'art de fondre Sc de Ibuder le fer a dû venir d*une réflexion aflez naturelle, ou au moins fe montrer pair un événement qui n’eft que trop commun , puifqu'il n*eft queftion que de laifler les morceaux de fer êxpofés à un certain degré de chaleur , ait moyen duquel ils fe calcineront, fi le feu eft très-violent, ou bien un morceau approché d'un autre, s’y attachera, fuivant les circonftances ; c'efl ce qu’on appelle fonder pour le fer. Ces effets connus , il efl: naturel que pou£ obtenir des maffes confidérables , on ait d'abord fait brûler une grande quantité de bois pour fe procurer une quantité de matières embrafées fur laquelle on aura placé plufieuts morceaux de fer qui par la fufiôn fe feront réunis au fond du foyer. C'efl la méthode qu'on pratique encore dans les four^ neaux de Groningue, comme nous l'avons vu; mais ayant dû remarquer que le bois enflammé, laifle à l'air libre , fe diflîpoit en grande partie, il a donc été naturel de faire un trou en terre pour y ralfembler le brafier avec moins de diflipation ; ç'a été là le premier fourneau. Ayant remarqué d’un: autre côté que l'opération n'avoit pas de fiiccès, lôrfque le fol de cette e£ pece de foyer enterré étoit humide, on à cherché à parer à cet inconvénient , en l'environnant de matières feches Sc folides. Mais ayant acquis l'expérience que le brafier ainfi enfermé n'avoit plus d*aétion, Sc s’éteignôit en quelque façon , cet événement a donné lieu à deux découvertes intëref jantes ; la maniéré de préparer le charbon , Sc celle de l'animer par un courant d'air, C'#ft ainfi probablement que font venues les fojjêd à chdrbon j dénomination qui s’eft confervée jufques dans nos Ordonnances , Sc l'in* Vention des foufflets qu'on a d'abord fait mouvoir à force de bras.
- Voilà l’origine des premiers foyers à fondre le fer Sc fa mine, qui fe font de plus en plus multipliés, jufqu'à ce que devenus très-abondants, par une fatalité qui leur efl commune avec d'autres matières de première néceflité, ils font tombés dans une efpece d'oubli & de mépris dont nous ne nous apper-cevrions peut-être pas encbre, fi d’autres befoins n’avoient commencé à faire une grande fenfàtion, dont on trouvera une des caufes dans les vices de nos foyers.
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- Il eft aifé de nous repréfenter comment on a varié ces premiers établit fements, en cherchant à les perfectionner. Celui qui a remarqué que fort foyer placé en terre, était expofé à rhumidité , l’a bâti au-deffus du fol delà terre, Sc l’a entouré de matières feches en état de réfifter à la violence du feu ; mais celui qui a feftti que cette élévation nuifoit à raifance de Ion travail, Sc donnoit beaucoup de peine pour porter au-deffus le charbon Sc la mine, & pour tirer le fer qui s'et oit ramaffé au fond, l’a faille proche de la terre, mais en a voûté le deffous en y laifTant une ouverture pour révaporation. Un autre l’a environné de matières folides Sc bien jointes. Un autre enfin, pour parer à tout par un feul expédient > fa entouré d’une chaudière de cuivre. Celui auquel cette reffource ne s’eft pas préfentée, a cherché à établir fon attelier proche un endroit un peu élevé , de deffus lequel on jettbit commodément les matières dans fon fourneau , ayant eu foin de ménager une ouverture par le bas pour tirer la matière qui devoir s’y raffemhler^ Au lieu de la force des hommes > le temps a appris à fe fervir de l’eau pour faire mouvoir les foufflets. Une plus grande puiffance trouvée, on a du faire les foufflets. plus grands ; d’autres ont imaginé les trompes, &c. On peut fe convaincre de ces faits par d’autres faits connus , Sc qu’il eft aifé de voir dans les différentes] méthodes de fondre la mine , employées en Dalécarlie, en Angermanie , à Groningue, dans l’ancienne & la nouvelle préparation du fer • d’Ofmund, dans le fourneau Efpagnol du pays de Foix , dans le fourneau Allemand duquel on tire la maffe , dans celui d’Agricola, &c.
- Jufqu ici nous croyons pouvoir foupçontter qu’on raffembloit au fond du foyer le fer en une maffe qu’on divifoit enfuite pour être employée à différents ufages ; mais il n’eft pas difficile d’imaginer comment on eft venu au point de couler le fer. Une fimple fente dans les parois d’un fourneau aura laiffé échapper la matière fondue qui fe fera moulée iuivant le terrein quelle aura rencontré. U n’aura donc plus été queftion, pour fe procurer des fontes figurées, que d’un moule figuré ; comme pour fe procurer de grandes rnaffes, il n’aura fallu que faire l’intérieur plus grand. Mais il y a lieu de croire quec’eft une autre raifbn qui aura déterminé à élever les fourneaux.
- La maniéré ancienne de fe procurer du fer, peut-être avec du fer déjà préparé par les volcans , au moins avec des morceaux qui a voient une certaine confiftance, n’aura pas permis de fondre de même de menues mines, par la raifon qu’elles auroient trop aifément paffé à travers les charbons, avant que d’être affez travaillées & purgées par le feu, pour fe réduire en une maffe au fond du foyer. Gomme l’emploi de cette elpece de mine n’aura été tenté probablement que bien long-temps après celles que nous foup* çonnons avoir fourni les premiers fers, ce que nous dit Swedemborg des
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- mines de marais qu’on croit avoir donné les premiers fers en Suedè , montre que la connoiflànce du fer n’eft pas des plus anciennes dans cette contrée. Lorfqu’on aura voulu fe fervir dé ces mines , il aura été naturel dè penfer que, pour obvier à l'inconvénient dont nous parlons, il n’y àvoit qu’à les faire pafler à travers une grande ëpailfeur de charbon, afin qu’elles fulTent convenablement préparées avant de fè précipiter dans le foyer. Pouf cela le remède étoit d’élever lès fourneaux, comme on l’a fait > peut-être avec excès ; ce qui par la fuite aura été exécuté fans diftinétion de mines par ceux qui n’avoient pas la connoiflànce des autres méthodes, ou qui les ont méprifées. La mine fondant dans un fourneau peu élevé, & fondant dans un fourneau de 2y pieds > celui qui dans une telle contrée a donné une telle élévation, a cherché à faire valoir fbn fuccès, fans peut-être en lavoir les raifons. L’intérieur a changé fuivant les accidents & les hazards qui ont fait réaflir. Mais au lieu de nous arrêter plus long-temps à une multitude de variations qu’il eft aifé de remarquer dans les différentes méthodes què nous avons parcourues, il eft plus eirentiel de chercher à découvrir , G en retranchant ce qui paroît oppofé à la bonté d’un fourneau, & en y ajoutant ce qui pourroit contribuer à le rendre meilleur , nous ne pourrions pas parvenir à en former un en état de fondre toutes les elpeces de mines > avec plus d’économie que ceux que nous avons examinés.
- TROISIEME PARTIE.
- Moyens qui tendent à remplir les conditions effentielles à la bonté
- dyun Fourneau* . \
- ^Quatre conditions {ont elîentrelles à la bonté d’un fourneau ; lavoir, la durée de la machine, l’égalité du produit, la facilité du gouvernement, là moindre dépenfe.
- Nous avons déjà averti qu’il n étoit ici queftion que des fourneaux établis dans la vue feule d’en obtenir du fer. On peut les diftinguer en fourneaux bas & fourneaux élevés. Nous prendrons, en paftànt , pour objet de comparaifon de ces deux elpeces ; le fourneau de la Navarre Elpagrible , & ceux dont nous avons rapporté la confommation & le produit dans la troifieme Partie de la fécondé Seétion.
- je crois qu’il eft inutile d’entrer dans aucun détail fkr la durée de la machine , l’égalité du produit, la facilité du gouvernement & la confommation pour le fait de conftruélion. Lé fourneau Efpagnol l’emporte fans contredit à ces égards. Il nous refte à examiner la dépenfe en charbon.
- On nous aflfure que dans le fourneau Efpagnol, de 6j| livres de mines £ on retire un tiers de fer mis en barres, & qu’on a eonfumé autant pelant de charbon que de mine. Nous fuppofons que dans cette évaluation, on a
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- compris celui qui a été employé pour le grillage de la miné. Dans ce caS} pour obtenir une livre de fer forgé, on n’aura donc employé que trois livres de charbon.
- Le fourneau d’Excideuil confume une livre 13 onces de charbon par livre rde fonte ; mais pour une livre de fer, employant une livre Sc demie de fonte, c’efl: donc pour la partie du fourneau quarante-trois onces & demie de charbon. Suppofànt environ-autant pour la converfion de la fonte en fer, c’efl -donc cinq livrés fept'onces de charbon pour une livre de fer*
- Fourneau de RufFec, pendant la régie, plus de fix livres.
- Après la régie, cinq livres. . q
- Fourneaux dans une partie de la Champagne dans la Bourgogne « Travail ordinaire, fept livres & demie. 1
- Travail rectifié, cinq livres.
- Travail encore reétifié, quatre livres deux onces. Le travail des forges
- donnera ce détail avec plus de précifion.
- Nous aurions bien fouhaité pouvoir comparer la dépenfe du fourneau Efpagnol avec celle du fourneau Allemand , dans lequel on ne donne point
- écoulement à la fonte, afin de voir fi l'élévation de ce dernier étoit une
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- chofe utile,; mais l’Obfervateur François ne nous en dit pas afTezfur cette partie.
- Suivant ce point dé vue , il peut donc demeurer pour certain que le fourneau Efpagnol, & conféquemment ceux du pays de Foix , remplirent plus parfaitement leur objet, qu’aucun des autres fourneaux.
- Il eft naturel d’objeéler qu’il faudroit, pour les mettre en ufàge, avoir des mines femblables. Comme c’efl un des points que nous chercherons à éclaircir dans fhiftoire particulière des Manufactures , nous répondrons alors à cette objection, pouvant néanmoins affiner d’avance que nous en avons plus qu’on ne croit, fufceptibles de ce travail ; il ne s’agit pour cela que de voir, comparer & difpofer. Maintenant, nous renfermant dans les fourneaux élevés, notre attention doit être dé chercher & propofer les moyens d’en former un qui approche le plus qu’il fera poffible des quatre conditions néceflaires. Pour cela nous fommes obligés d’examiner les cüffé-; rentes parties fur lefquelles nos obfervations doivent s’étendre.
- Article I.
- Emplacement dyun Fourneau.
- L’emplacement qui remplira mieux le but qu’on fe propofe , fera celui qui 9 avec le moins de dépenfe poffible , donnera un fond peu difpendieux pour une bonne fondation ; la facilité de fe débarraffer de toute humidité ; le" moins d'embarras Sc d’attirail pour faire mouvoir les fouffiets ; la
- commodité
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- DES FOURNEAUX. ^
- commodité de monter au-deffiis du mafiîf ; Pailànce des halles à charbon & places à mine à couvert & à portée.
- On peut > ace qui! nous femble , remplir aifémeftt tous ces objets, en donnant le moyen d’éloigner les foufflets 8c leurs équipages du corps du fourneau. Dès-lors > à quelques toiles de l’eau, on fera maître de choifir un endroit élevé , connu pour donner une fondation folide 8c ailée, le defle-chement du terrein , un emplacement commode pour les halles. Ce qui en même temps fupprimera les rouets, les lanternes & ces dilpendieufes méthodes de forcer l’eau pour faire mouvoir les roues d’un certain côté comme on peut le remarquer dans le bas de la Planche III. D’ailleurs, le côté de la thuyere fe trouvant débarralfé des foufflets 8c de leurs équipages , on n’aura plus befoin que d’une ouverture convenable au travail du Fondeur, 8c conféquemment on ne fera plus obligé de tant affoiblir le bas de la maçonnerie du corps du fourneau en cette part.
- Ce moyen eft d’avoir un tuyau placé comme il conviendra le mieux d’ailleurs , même fous terre, qui des buzes des foufflets, conduife le vent juf-qu’au fourneau ; & par des tuyaux convenablement courbés > le diriger ainfî qu’on le jugera à propos. Des arbres fendus , creufés , rapprochés, emboîtés les uns dans les autres , gaudronnés , fi l’on veut, feroient d’une longue durée. On penfie que l’air eft un fluide trop fouple pour fe refufer, à cet arrangement. Les porte-vents dans les trompes en font des garants * l’utilité de ce projet eft trop fenfible , & l’exécution trop facile pour ne pas être excité à en tirer tout le fervice dont il eft lulcèptible. Dans le cas que le fourneau fût fort éloigné de Peau, un réfervoir qui recevroit (une partie des eaux des hallesferoit plus que luffilànt pour le fervice ordinaire*
- Article IL
- MaJJif d'un Fourneau»
- On diftinguè dans un fourneau la maçonnerie intérieure dé celle quî Forme ce que communément ;on appelle la Toür ou le Majjif. Cette dernière (PL 1 > fig. i & n y ) comprend TT S S, Il eft aile de remarquer, qu’il fe trouve une plus grande épaiffeur à compter du vuidê intérieur, en G D , que en J S ou I P. Cet excès dè maçonnerie , & conféquemment de dépenfe, n’eft occafionné que parce qu’on veut laifler un grand efpace fur la plate - forme. Or cet élpace devenant inutile dans le fyftême de placer la tour à un certain éloignement des foufflets, comme nous venons de le propofet, & comme il eft aifé de s’en former une idée par la vue du fourneau du Dauphiné, (PL F), appuyé contre un monticule , nous pouvons retrancher de cette maçonnerie , en conftruifànt à peu-près comme on le voit à ce même fourneau. Il fuffit qu’il y ait affe^ Fou RN EAU X, O
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- H D ES F O U R N E AU X.
- de place pour qu-un homme puiffe paffer autour de la petite rnaffe, le côté de la montagne étant libre pour faire les charges, 8c ranger les paniers de charbon 8c de mine. L'épaiffeur du maffif dans cette partie peut d'ailleurs être d'autant diminuée que le fer y a moins d aélion ; de façon que lî en / p ( PI, I} fig, 2, ) il y a huit pieds * il fuffira qu'il y en ait 6 en C D , au lieu qu'il y en a dix. Il eft aile de placer les Chargeurs dans un autre endroit, d'autant que la plate-forme eft communémentdangereufe par les exhalaifoiis & fumées qui en fortent. Il en arrive journellement des accidents : les mendiants , les pauvres fe retirent aux fourneaux pour le mettre à l’abri; au mois de Mai 1761, deux pauvres femmes s'étant couchées, pour fe repofer au fourneau de Oompaffeur en Bourgogne , il y en eut une de fuffoquee , & qu'il fut impoffible de fauver.
- Le maffif dont nous parlons, quoique d'une grande épaiffeur, & quoique garni dans les parties qui le demandent, d'une grande quantité de ma-rajlres, ou pièces de fonte , eft liijet à fe fendre & le crevaffer louvenc depuis le bas jufqu'en haut ; ce qui ne peut être attribué qu'à l’eau renfermée dans la maçonnerie, mife en expanfion, qui ne trouvant aucune fortie , force la maçonnerie à fe fendre. Le plus sûr expédient eft de ménager aux vapeurs des iffues qui ne puiffent préjudicier au travail.
- A ce fujet nous croyons devoir expofer un moyen que nous avons con-feillé, 8c qui a été employé par un Propriétaire qui faifoit rebâtir Ion fourneau.
- L'emplacement" de ce fourneau eft tel que le côté Q ( PL /, fig. y , ) par lequel on le charge, eft appuyé contre une roche auffi élevée que le maffif. Ses piliers font conftruits de quartiers taillés de pierre calcaire ; le refte eft de pierre mureufê auffi calcaire , mais plate , affez grande , épaiffe de 2, 3 à 4 pouces ; le mortier de chaux 8c fable calcaire.
- A chaque deux pieds de diftance, tant en hauteur qu'en largeur, on a placé dans prelque tout ce qui eft conftruit en pierre mureufè , des tuyaux de fer battu de ^,7, 8, 10 lignes de diamètre. Ces tuyaux font affez négligemment roulés & rapprochés , ce qui eft un bien, en tant que la vapeur y pénétré plus aifément, 8c par plus d'ouvertures.
- Le feu mis au fourneau, les tuyaux fiipérieurs ont commencé à laiflèr voir quelque écoulement, & fucceffivement en defcendant. En deux fon-dag es , la partie P qui eft fiir les champs expolee à l'air , 8c la partie qui eft fur les foufflets, n'ont pas effuyé le moindre dérangement ; feulement dans le pilier entre le devant & les foufflets, quoique de gros quartiers tailles , il s eft fait depuis le pied jufqu'au deffiis une crevafle affez légère , mais qui a fait fendre quelques pierres qui s'oppofbient à là route ; 8c dans le pilier de X en P , il s'eft fait en dedans 8c dans le haut une crevaffe qui a pénétré dans la partie fupérieure du devant , 8c s'eft terminée en
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- DÈS È 0 Ü R N È Â Ü1, yj
- en haut; dans les batailles y par une fente d’environ huit pouces.
- Il faut remarquer que la fente du pilier entre le devant & les fouffiets f n’ayant aucune communication avec le corps du fourneau , on croit devoir l’attribuer au. fol du terrein qui n’a pu rélifter à une fi grande char* ge , d’autant qu’il eft appuyé fur l’endroit où la roche finit*
- La crevaffe de l’autre pilier vient de la raréfaétion y de l’effort de l’eau enfermée dans la maçonnerie. Les indices s’en tirent ; i° ,, de ce que le bas du pilier n’a rien fouffert, parce^que les pierres ont des déjoints très-con-fidérables : 20 y De Ce que dans le delfus de la maçonnerie , il n’y avoir point de tuyaux : 3% De ce que le feu de rintérieur ayant travaillé , & la flamme qui fort par le devant^ ayant aufïï extérieurement échauffé cette partie , il s’eft fait le combat dont parle Swedemborg y entre le chaud 8c l’humide dans un corps dur. L’eau enfermée & dilatée n’a eu d’autre route pour fortir que celle qu’elle s’eft ouverte en en haut. A quoi l’on peut ajouter que 5 lors de la conftruélion, les pierres ayant manqué y on en a employé dans cette partie tout au fortir de la carrière y au lieu de les laiffer fécher pendant quelque temps.
- Nous ne nous étendrons pas davantage fur cet article , parce qu’il eft aile de former de petits tuyaux qui circulent dans la maçonnerie. Il fuffira que les pierres qu’on y emploie, ne puiffent le décompofer à l’air y & foient arrangées avec de bon mortier, dans la forme que nous prôpofons. La fortie des tuyaux doit être dirigée dans des endroits qui ne puiffent point incommoder les Ouvriers. Le point effentiel eft de cribler le corps du fourneau* Une petite barre de fer y un bâton > un bout de corde qu’on retire quand les pierres font aflifes y & les mortiers un peu raffermis , & mille autres moyens qu’il eft aifé d’imaginer & de mettre en œuvre y peuvent rendre ce fervice*
- Article III*
- Hauteur d'un Fourneau>
- À chaque pas nous trouvons des difficultés 8c des embarras que la vue des différents fourneaux que nous avons voulu parcourir ne fait qu’augmenter. Il y a des fourneaux élevés feulement de 14 pieds, & la fufion de la mine s’y fait bien. Il y en a de 25 dont on a cru avoir lieu de fe louer. Pour choifir un terme fixe à cette partie, nous fommes obligés de recou* rir à notre expérience particulière ; reffource qu’on nous rendra juftice de n’employer que quand les moyens que nous cherchons à tirer des autres y nous manquent totalement. Nous craignons le reproche qu’on peut légitimement faire à ceux quiy fans raifon , veulent généraüfer leurs faits particuliers.
- Ayant vu d’abord travailler dans un fourneau de 2 X pieds d’élévation *
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- S6 B ES F O Ü R NE AU X:
- ayant vu les mêmes Ouvriers avec les mêmes dimenfîons & les mêmes mines , travailler dans-un autre de a y pieds, il n'a pas été poflible de remarquer d'autre différence *dans la confommation , le produit & la qualité , linon que le fourneau de 21 pieds donnoit quelque chofe de plus, 8c plus uniformément; ce qu'on a cru devoir attribuer aux yeux du Maître qui étoit fur les lieux, & le fuivoit de près. Ce fourneau de 21 pieds d'élévation; étant expofé à être incommodé dans les grandes crues d'eau , on ne fît aucune difficulté , pour les fondagesfiiivant^, d'élever le fond de deux pieds & demi , làns élever le deffus. Par ce moyen le fourneau le trouva réduit à dix-huit pieds & demi.
- Ayant établi des machines pour nettoyer les mines plus exactement qu’on ne l'avoir fait jufqu'alors , ce même fourneau en travail , dans les mêmes dimenfîons d'ailleurs que celui de 2 y pieds , produifit , avec épargne de charbons, beaucoup plus que ce dernier, plus régulièrement 8c avec moins de travail. Enfin l'intérieur de ce fourneau de 18 pieds 8c demi changé à bien des égards , pour être amené aux dimenfîons que nous donnerons , continuant d'ailleurs à bien nettoyer les mines, & à les additionner convenablement , la dépenlè du charbon a été encore confidérablement diminuée^
- À cette première comparaifon , nous pourrons en ajouter une autre que Swedemborg nous fournit dans la delcription des fourneaux de Stirie ; car nous n'olbns en faire d'autres, dans la crainte qu'on ne nous objecte la différence des mines ; difficulté néanmoins qui doit s'évanouir à rnelure que nous avons préfenté les moyens de les rendre également difpofées à la fufîon. Les petits fourneaux, dit-il, étoient conftruits luivant les mêmes proportions que les grands ; elles étoient Amplement moins grandes ; & on n'a pas remarqué jufqu'ici de différence pour ce qui regarde la fufîon. En effet, dans les petits fourneaux, on obtient en 24 heures 8 à 10 quintaux de fer pour 21 charges, qui ayant coûté un tiers de lac de charbon chacune, font un total de fept facs ou 700 pelant de charbon. Dans un grand fourneau on obtient en 24 heures neuf à onze quintaux pour trente-deux charges qui ayant coûté un quart de fac de charbon chacune, font un total de 8 lacs ou 800 pelant de charbon.
- Ajoutons néanmoins à ces confidérations , que nous avons plufîeurs fourneaux qui n'ont que dix-huit pieds d'élévation , comme nous le montrerons dans la delcription particulière des Manufactures de France. Si de-là on pouvoit conclure qu'un fourneau de 18 pieds & demi d'élévation eft d'une hauteur convenable, voici les avantages qui en réliilteroient.
- i°, Pour le fait de conftruction, il eft très-clair que non-feulement il coûteroit beaucoup moins, mais même qu'il fe conferveroit plus longtemps.
- 2°, Pour
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- DES FO U R N Ë AUX: sf
- a0> Pour le fait du travail , il eft bien évident que moins un fourneau fera élevé , lorfquon aura varié les dofes des charges, comme fouventon eft obligé de le faire à caufe de la variété des charbons > on fe reflentira bien plutôt de cet expédient , que lorfqu'il y a une grande quantité de charges mal conditionnées à defcendre dans l'ouvragé ; èirconftances qui pouflent quelquefois le mal à l'excès , avant que l'Ouvrier puifle profiter du remede que la hauteur du fourneau rend trop tardif à fe préfenten
- Article I V,
- De la Plate-forme dun Fourneau.
- La plate-forme (PL I > fig. i ) eft l'efpace FF au-deflus du maftîf du fourneau. On éleve fur les bords les batailles A, D , & au milieu la pe-* tite maffe G G qui renferme le vuide dans lequel on jette l'aliment du fourneau. Les batailles n'ont été élevées à une certaine hauteur, que pour défendre le fourneau & la flamme, du vent & des injures de l'air. Dans ïa plupart dés fourneaux, cette partie eft fort négligée. Auflî voit-on les mines que la flamme fouleve, ou celles qui attendent fur la buze qu'il y ait lieu de defcendre, jettées dans tous les environs, qui fouvent en font couverts de quelque épaifleur.
- Le mieux eft d'élever fur les batailles, èomme on l’a exécuté utilement en plufieurs endroits, une efpece de voûte qui vient en fe rétréciflànt vers le milieu du fourneau, fous laquelle on peut paffer commodément. G'eft une fécondé cheminée qui enveloppe la plate-forme & la petite maffe, laiflàne au milieu un vuide pour pafler la flamme. La Planche VIII des fourneaux d'Allemagne trace aflez bien l'idée de cette cheminée, qu'en France on appelle Couronne, Sc qui eft fort peu élevée au-deflus de la petite mafle.
- Article V*
- Des Matières propres à environner le vuide intérieur dun Fourneau*
- I l faut plus de choix pour les matiereà que Poli deftinè à entourer le Vuide intérieur d’un fourneau, que pour celles qu’on emploie à conftruire le maflif. Ces murs intérieurs s'appellent les Parois 8c VOuvrage. Commô ils font expofés à l’aétion immédiate du feu qu'ils doivent appliquer aux matières qu'on jette dans le^vuide, il faut proportionner l'épaifleur, la qua^ lité & l'arrangement à la force & à l’aétion de cette puiflance* Maintenant; il n'eft queftion que de l'épaifleur & de la qualité. ,
- Quant à l'épaifleur des parois , on a remarqué par la Calcination dé célles qui font conftruites de pierre calcaire, qu'il y en a beaucoup que la cha* leur ne travaille pas au-delà de deux pieds, fi ce n’eft dans l'ouvragé ; auflî cette partie eft beaucoup plus épaifle, comme on a dû le remarquer, Ainfî
- Fourneaux* P
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- 5g DES FOURNEAUX,
- l’épaifTeur de deux pieds & demi pour les parois paroît très-fuffilànte.
- Quant à la qualité de la matière , rien ne paroît plus naturel que d’employer celles qui font connues pour rélifter plus parfaitement au feu , ainfi que nos Obfervateurs françois & étrangers n’ont celfé de l’indiquer, d’autant qu’alors on peut faire plufieurs fondages dans les mêmes parois. A quoi nous devons ajouter que les pierres s’échauffant & réfléchiflant la chaleur en raifon de leur maffe & de leur dureté , il eft concluant que plus la matière qu’on emploiera fera en grand volume & dure , mieux elle remplira les vues quon fe propofe. Par exemple , les parois taillées dans un bloc de pierre réfraélaire & dure, allez confidérable pour être tout d’une piece , fe* roient fans contredit les meilleures. Conféquemment celles qui font bâties de grand volume , dont les côtés feront bien joints , feront celles qui approche* ront le plus de cette conftruélion. Malgré ces raifons que la lîmple réflexion préfente , nous en voyons beaucoup de bâties avec des feuilles de pierre à chaux de quelques pouces, alfemblées par une épailïeur conlîdéra* ble de mortier multiplié en raifon du peu d’épailfeur de la pierre. Nous n’ignorons pas que dans de pareilles parois, on n’a pas lailïe que de faire des fondages très-conlidérables, parce que la pierre à chaux feule ne fond pas; & quê tant quelle eft pénétrée déjà chaleur, elle ne fe décompofè pas, ce qui prouve feulement qu’elle peut être de fervice, comme l'expérience en eft acquife ; mais ce que nous devons chercher, eft de lavoir fi elle l’eft avec une moindre dépenfe.
- 1°, Il eft certain que dans des parois ainfi conftruites, il y a une quantité prodigieufe de déjoints, dont les mortiers fe dégradent très-aifément , Sc par conféquent abforbent la chaleur.
- 2°, A mefure que la pierre à chaux eft pénétrée de feu, elle devient fpongieufe, par conféquent peu en état de réfléchir la chaleur , comme 'on peut le remarquer fur les fins d’un fondage long-temps continué. Elle participe en cela de la qualité des corps rares & caverneux qui nous rendent grand fervice dans d’autres circonftances par la propriété qu’ils ont de con* ferver long-temps le foible degré de chaleur qu’ils font en état d’acquérir*
- 3°, A chaque fondage, il faut renouveller en entier ces parois. Quand nous paflerions fous filence l’embarras & les foins de cette conftruétion , nous ne pourrions nous difpenfer de mettre en compte le charbon qu’on brûle inutilement pour échauffer des parois remplies de nouveau mortier Sc d’eau; dépenfe que, fans excès, on peut porter à 6o bannes de charbon par fondages, par la raifon que fi en dix jours on peut échauffer des parois qui ont déjà fervi, & tenues à l’abri de toute humidité par le moyen de la couronne, il faudra trente jours pour échauffer des parois de pierre calcaire. Echauffer dans ce fens , eft mettre plus de charbon, relativement au produit, qu’on n’en mettra par la fuite quand le fourneau fera échauffe.
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- Un autre avantage des parois qui réfiftent au feu , eft que dans le cas ou on feroit obligé d’arrêter le fourneau, en tout temps il eft aile de faire un ouvrage & recommencer promptement le travail, ce qui, pendant les gelées 5 devient impoffible avec des pierres à chaux, 8c toujours très-long* puifqu’ii faut rétablir en entier les parois.
- Pour ce qui regarde ce qu’on appelle Y Ouvrage, 8c que nous prendrons Ici pour toute la partie inférieure depuis les parois, nous ne pourrons nous difpenfer de confeiller d’employer les meilleures matières qu’il fera poffi-ble ; mais il faut fur-tout préférer les plus durables pour les parois , parce que, comme nous l’avons dit, un ouvrage peut être renouvellé en très* peu de temps.
- Nous nous proposons dé répondre à ce qu’on nous oppoferà , qu’on eft dans la néceffité d’employer les matières qui font à portée.
- i°. Il eft raifonnable de demander que cette néceffité , ou la difficulté & la dépenfe des matières éloignées , foient bien calculées avec la perte qu’oc-caiionnent celles qu’on a fous la main.
- n°, Eft-il bien démontré que le pays ou le voifinage ne foutnilfe pas à une diftance & un prix raifonnable ce qu’on defireroit ? En cherchant on a trouvé des argilles fupérieures à celles qui étoient de longue main en fi grande réputation, qu’on les tranlportoit au loin : on ne foupçonnoit pas même en pouvoir trouver d’auffi bonnes. Mais pour trouver , il faut être inftruits» Alors loin de nous plaindre , nous aurons des lujets de nous louer de la nature qui lait dédommager par des équivalents. Si les pierres de grès ou autres femblables, vous manquent, vous trouverez de l’argille, 8c l’ar-gille pour cet effet vous rendra au moins un auffi bon fervice, fur-tout fi dans cinq parties vous avez foin de mêler quatre parties de fable , comme des perfonnes inftruites l’ont pratiqué pour d’autres objets. S’il y àvoit à choifir dans les matières ordinaires, il y auroit des faifons pour préférer l’argille, parce qu’elle eft très-durable, qu’on la façonne comme on le juge à propos ; on la moule ; on peut l’employer à demi-féchée , en la battant fortement 8c fbuvent ; ou bien on peut la faire durcir au feu , & il eft; à croire que c’eft le mieux pour les parois. La brique étant façonnée & cuite * fuivant des modèles qu’il eft aife de faire , en très-peu de temps, des parois peuvent être montées & travailler. Pour l’ouvrage, le faiiànt d’argille, il feroit à propos qu’après être dreffée au modelé, elle ne fût féchée qu’au point de pouvoir fe foutenir 8c prendre encore de la liaifon, lorfqu’on la battra tout autour avec un moule de bois , pour former l’ouvrage, comme nous le dirons. Si l’on étoit prefle, au lieu d’argille qui eft très-longue à fé-* cher, on pourroit faire l’ouvrage de fable gras qui fouffre promptement le feu , ainfi qu’on le pratique dans plufieurs fourneaux ; cette matière manquant, on peut, au pis-aller , le faire de pierres calcaires qui ne
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- ïaiflent pas dans cette partie de durer un certain temps ; au moins oht-elles l’avantage de pouvoir être renouvellées aifément & promptement.
- On pourroit donc diftinguer les matières qui peuvent être employées, quoiqu’avec des qualités inégales , pour entourer le vuide intérieur d'un fourneau, en trois efpeces. En matières qui réfiftent au feu , rîiais qui font en gros volume , comme on le voit PL /, fig. i & l ; en matières analogues à ces premières, telles que la brique pour les parois, & l'argile non durcie au feu , ou le fable, pour l'ouvrage ; enfin en pierres calcaires.
- Dans ee qui précédé, on trouvera affez de détails fur l'emploi des matières en gros volumes ; mais pour former un ouvrage de fable ou d'argilé pétrie & battue, comme on en trouvera un exemple dans les fourneaux Allemands , defquels on ne donne point écoulement au fer, il faut faire des chafïis de planches-façonnés & femblables au'vuide qui doit refter. A mefure qu'on placera ces chaffis les uns fur les autres, on aura foin de battre autour le fable ou l'argile. Les chaffis ôtés , le fable feche très-promptement; mais pour l'argile, il faut la rebattre pendant plufieurs jours, en quelque façon, comme fi elle devoit fécher fous les coups.
- Pour ce qui regarde l'emploi des pierres calcaires , les parois feront bâties de deux murs élevés l'un contre l'autre. Celui de dedans s'appelle Fauffe^parois. La raifon de cet arrangement eft que les parois étant converties en chaux à chaque fondage, on les détache facilement des fauffes-parois , fans endommager ces derniers ; & lorlque le feu a pénétre dans quelques-unes de leurs parties, on peut les réparer fans toucher au maffify dans lefquels ils ne s'en lient point. Quant à l’ouvrage, le fond & les côtés ^ufqu'à la hauteur de la thuyere, feront faits de gros quartiers taillés. Dans •tous les cas on fuppofe que le fond eft bien defféché.
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- Dimenjions dit Vuide intérieur.
- Si nous avons trouvé beaucoup de variétés & de difficultés dans les différentes parties d'un fourneau, celles que préfentent les formes qu'on a données à leur vuide intérieur, femblent fè multiplier Sc s'éloigner quelquefois fi confidérablement les unes des autres qu'on ne croiroit pas qu'elles ayent le même objet à remplir. Nous ne pouvons pas alléguer la différence des mines , puifque nous avons vu qu'avec de la mine de marais , on fe procuroit du fer par le moyen de foyers très-différents entr'eux, dans un creufet de forge & dans un fourneau élevé. On nous a fait remarquer auffi que la mine qu'on emploie dans la Navarre Efpagnole eft femblabie à celle du Dauphiné.
- Le vuide intérieur dufourneau ( PL I Pfig. 2 ) eft l'elpace qui s'étend de
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- L en E y Entre K 1 G. Ce vuide peut être diftingué en différentes parties t l'ouvrage de L en K , les échelages de K en /, les parois de I en E.
- i°, Il faut obferver que dans les parois G > E > efl: la partie quon appelle la Charge ou l'elpace qu'on remplit de charbon & de mine toutes les fois que ces matières font defcendues en G.
- a°, Que les parois s’éloignent de la perpendiculaire à mefure qu'ils approchent de/.
- 3% Que ces écehkges le rapprochent de la perpendiculaire , à mefiir© qu'ils defcendent en K.
- 4°-, Que l’ouvrage qui ne refte plus que pour Fefpacê qui efl: au-delfous de K , peut aufil être diftingué en plufieurs parties. M efl: la thuyere ou F orifice pat lequel le vent des foufflets entre dans le vuide intérieur. On ' peut appeller creufet l'elpace ML qui efl: au-delfous de la thuyere; c’eft ou le ralfemble le métal fondu. M efl: Fautre partie de l'ouvrage au-delïus de la thuyere, finiflànt en K /, où les échelages commencent.
- La hauteur totale liippofée de dix-huit pieds & demi i voici l'elpace & la forme que nous propofons de donner à chaque partie. Nous détaillerons ênfuite les motifs qui nous ont déterminé.
- Nous propofons donc: i°, t)e donner au creufet treize pouces de largeur , à compter de la thuyere au contrevent, & 18 pouces & demi de longueur de la ruftine à la tympe ; les côtés de tympe & de ruftine arron^ dis par un rayon de cercle de fix pouces & demi. Le centre de ce der-^ nier cercle peut être regardé comme le foyer inférieur.
- îz°, De placer le milieu de la thuyere fous la perpendiculaire qui tomberoit du milieu du côté du gueulard qui lui répond ; la thuyere à 13 pouces du fond, à fix & demi du quarré de la ruftine & à douze pouces du quatre de la tympe. >
- 30 , De placer la thuyere horizontalement, de donner à fa bouche, con^ tre le vuide intérieur , la même dimenfion qu'une des buzes des foufflets ; F extérieur fort évafe pour l’aifance du travail, plate deffous , arrondie par deffus. 1
- 4°, De donner treize pouces de hauteur à l'elpace au-deflus delà thüyèrO & des autres côtés du creufet. On donne ordinairement un peu d'évafe^ ment au-delfus de cette partie, ce que nous croyons devoir éviter, pui£ que c'eft affoiblir d'autant la garniture de la thuyere.
- 5°, De donner cinquante-deux pouces de hauteur perpendiculaire âust échelages : l'endroit où ces échelages fe joignent aux parois , formant un vuide du diamètre de 60 pouces de la ruftine à la tympe , & du diamètre de cinquante pouces de la thuyere au contrevent : les côtés de ruftine & de tympe arrondis par un rayon de vingt-Cinq pouces. Swedemborg appelle ce grand efpace le Foyer fupérieur, & nous lui conserverons ce nom*
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- 6°, Toutes les parties dont nous venons de parler, occupant fix pieds Sc demi de hauteur, il refte douze pieds pour les parois , à compter du foyer fupérieur à l’ouverture du defluS qu'on appelle Gueulard. Les parois doivent fuivre la même figure, mais avec des diamètres proportionnés aux lignes droites qui feroient tirées du foyer fupérieur au gueulard, qui doivent avoir le même centre, quoiqu’avec des diamètres inégaux. Celui du gueulard eft de vingt-quatre pouces de la ruftine à la tympe, Sc de vingt pouces de la thuyere au contrevent ; les côtés de tympe Sc de ruftine j ^arrondis par un rayon de dix pouces.
- A R T I C L Ê VI L
- Maniéré de donner ces dimenfions au vuîde Intérieur
- Il fera toujours à propos dé répéter qu’en Suède l’intérieur des four* lieaux eft parfaitement rond, Sc qu’en France nous en avons beaucoup de quartés, Sc que les moins défeélueux en cette part font à huit côtés inégaux. Nous devons croire , comme le dit M. de Réaumur, qu’ayant été totalement abandonnés aux Ouvriers, ils ont employé la figure qu’ils ont cru la plus aifée à former. La preuve même peut s’en tirer d’un IVlé-rnioire répondu par M. le Guerchois en 1717. >> Il fe trouve, dit-il , un -s> Maître de Forge dans le Comté dé Bourgogne, qui a fait faire les parois *> defes fourneaux ? les unes en cône tronqué , les autres oélogones ou deçà* ’s» gones; mais comme l’execution en étoit difficile , il s’en eft tenu à ce que
- les parois confervent une forme plus quarrée qu’ovale , &c. » Swedemborg cependant nous a montré comment, au moyen d’une échelle graduée , on formoit aifément Sc exaélement la figure ronde. Comme nous croyons avoir des motifs pour nous éloigner un peu de cette figure, nous allons montrer qu’il n eft' pas plus difficile de former celle que nous avons pré* fientée. Pour cela il faut être muni d’un anneau de fer de la dimenfion Sc figure du gueulard. Cet anneau doit être percé de trous principaux à l’extrémité des diamètres, Sc de plufieurs autres trous dans les contours. On paffera dans ces trous des cordeaux qui defeendront de la profondeur de 12 pieds , hauteur des parois. Dans cet endroit on fera pafter des cordeaux dans des trous correfpondants à ces premiers , ménagés dans un fécond anneau qui aura l’étendue & la figure du foyer fupérieur. Ces anneaux arrêtés perpendiculairement & relativement à la place de la thuyere Sc au devant, il fera aifé de former les parois , puifqu’il ne s’agira plus, en montant la maçonnerie, que de fuivre les cordeaux.
- U eft néceflaire que ces anneaux , & fur-tout celui du foyer fupérieur, {oient de plufieurs pièces afTemblées par des vis , fans quoi, lorfq ue le tout fera fini, on ne pourroit plus retirer l’anneau.
- Nous remarquerons qu’en commençant les parois qui portent fur la
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- maçonnerie inférieure qui doit être perpendiculairement montée , il faut laiffer un petit vuide fur la première affife des pierres ou dès briques , afin que quand on joindra le defliis des échelagès à la naiflance des parois, on ait un peu de profondeur pour engager les matériaux qui terminent les éche* lages.
- Pour former l'ouvrage, le fond doit êtrè d'abord pofé bien de niveau à 18 pieds & demi de diftance du gueulard. Le fond placé , on lailfe tom* ber un plomb du milieu du côté du gueulard lur le contrevent , Sc un autre plomb du milieu du côté ôppofé fur la thuyere. Au moyen dès deu;£ points que ces plombs donnent, ôn trace fur lé fond une ligné droite qui doit fo trouver au milieu des deux foufflets, fi la pôfition du gueulard a été régulièrement ordonnée. Cette première ligne fert à régler & for^ mer le relie de l'ouvrage, en traçant avec une équerre une perpendiculaire fur le point que le plomb du côté de la thuyere a donné, prolongeant en-fuite cette perpendiculaire.
- Â treize pouces de cette nouvelle ligfle J on trace une parallèle» Ces deux dernieres lignes doivent être terminées du côté de la ruftine par une ligne droite à 6 pouces & demi de la première ligne ; & du côté de la tympe* auffi par une ligne droite éloignée de^ 12 pouces de la première ligne ; on trace > fi l'on veut, avec le compas, ou avec un panneau de bois préparé , les demi-cercles qui doivent être à la rulline Sc à la tympe.
- Ces lignes tracées, il eft aile d'arranger les pierres de côté qu'on appelle Cojlieres, Si deux pierres ne font pas allez grandes, étant taillées , pour former les coftieres & la rulline , On peut en ajouter une troifieme à la rufé tine, même une quatrième & une cinquième pour prolonger les coilieres*’
- La pierre de coltiere de la thuyere eft donc perpendiculaire au côté du gueulard qui lui répond ; & l’autre coftiere qui lui eft parallèle, eft à la difi tance de treize pouces. Mais comme le diamètre du gueulard dans ce fens eft de 20 pouces, cette coftiere opjpofée rentre donc dans l'intérieur de fept pouces.
- La rulline étant arrondie par un rayon de cercle de 6 pouces & demi > dont le centre eft dans une des parties de la ligne du milieu, répondant à la thuyere ; & le demi-diametre du gueulard qui répond à cette partie dé la rulline, étant de 12 pouces, la rulline entre donc aulfidans l'intérieur de cinq pouces & demi.
- Pour le côté de la tympe, comme il eft éloigné de la ligne du milieu de douze pouces, il eft perpendiculaire au côté du gueulard qui lui répond.
- On place ia thuyere ou l’ouverture qui fert d'entrée âu vent fur là coftiere* précifément au milieu de la ligne qui répond au petit diamètre du gueulard. Par cette pofition, elle eft à 6 pouces Sc demi du quarré de la ruftine, &
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- treize pouces de la coftiere oppofée. Onia dirige horizontalement.
- Pour placer la thuyere, on taille dans la coftiere un elpace convenablê pour loger une plaque de fer peu épaifîe > figurée comme la bafe de la thuyere, c'eft-à-dire, moins large du côté du feu que du côté des foufîlets. L'objet de cette plaque eft d'efluyer le frottement des buzes des foufflets 8c des outils. Lorfque dans cette partie, oh emploie de gros quartiers de pierre, on taille dans celui qui doit couvrir la coftiere de la thuyere, l'eft pace convenable qui doit fervir de thuyere; mais quand on emploie des matières de petit volume, on fe fert d'une feuille de fer taillée , & moitié arrondie, comme nous lavons dit. On encgftre bien cette demi-feuille > dans la maçonnerie,, l'argille ou le fable. Son ouverture du côté du foyer , peut être un demi-cercle de deux pouces 8c demi à trois pouces de rayon".
- La thuyere arrangée 8c garnie de matériaux de la hauteur de treize pouces, à compter du deftus de fà coftiere , on continue de monter à la même hauteur , le deftus de la coftiere parallèle 8c de la ruftine, laiffant le côté de la tympe ouvert pour fournir les matériaux néceflaires à l'Ouvrier.
- Ces trois côtés montés dans les mêmes figure 8c 4imenfion à treize pouces au-deflus des coftieres, ou vingt-fix à comptât du fond, on préfente 8c on attache à cette hauteur un troifieme anneau de fer figuré comme cet et pace. Cet anneau, comme les autres , doit être percé de plufieurs trous ; relativement aux trous de l'anneau qui eft refté au-deflous des parois. On paffe réciproquement dans leurs trous un nombre de cordeaux, au moyen defquels on forme très-aifément les échelages.
- Il eft aifé de fentir que les parois montant toutes à la même hauteur, les côtés de la thuyere de de là tympe , perpendiculaires aux côtés du gueulard qui leur répondent, approchent moins des diamètres du gueulard 8c du foyer fupérieur , que les deux autres côtés qui entrent dans l'intérieur. Par conféquent les échelages de ces deux premiers côtés ont moins d'incli-naifon , c’eft-à-dire,, s'éloignent moins de la perpendiculaire, que le côté 'du contrevent qui rentre de fept pouces, 8c le côté de ruftine qui rentre de cinq & demi.
- Quand il ne refte plus à arranger que le devant ôü îa tympe ; comme ce côté ne defeend pas fur le fond , mais qu'il eft appuyé fur les coftieres ; pour former cette partie, il faut être muni, i°, d'une piece quarrée de fer qui ait dix-fept pouces de longueur ; comme le vuide d'une coftiere à l'autre quelle doit couvrir eft de treize pouces, chacune des extrémités de cette piece de fer portera de deux pouces fur chaque coftiere.
- 2°, Dhme plaque de fonte de deux pouces plus longue que cette piece de fer, afin que pofée fur cette piece, elle puifte avoir des appuis différents. Par ce moyen, on pourrait, dans un befoin, ôter cette piece de fer fans déranger la plaque de fonte.
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- 30, Avoir, préparé une pierre taillée de xi à 12 pouces de hauteur, fur une épailfeur convenable , ce qui dépend de FépaiiTeur du mur de devant Sc de la profondeur du creufet. Si, par exemple, il y a 4 pieds de la dame à la ruftine , ayant dix-huit pouces & demi de la ruftine à la tympe, & laiffant en dehors neuf à dix pouces de la dame à la tympe , il reliera environ vingt pouces d'épaiffeur pour la tympe. Sur quoi ayant à diminuer la pièce ou tympe de fer que nous avons dit être de quatre pouces , il y aura environ feize pouces pour FépailTeur que nous cherchons , non compris les arcs du demi-cercle intérieur.
- Extérieurement on place la tympe de fer fur le bout des cofiieres. Sur cette tympe on pofe la plaque de fonte, en finclinant un peu fur le devant. Derrière cette tympe Sc cette plaque, on arrange la pierre taillée dont nous venons de parler. Le tout étant bien garni, fuivant l'eipece de matière , il eft aifé, au moyen des anneaux & des cordeaux, d'achever cette partie.
- Remarquez que la tympe de pierre n’ayant pas treize pouces de hauteur, Sc la partie fupérieure devant être élevée de 13 pouces fur les cofiieres, il doit refier deffous un vuide plus grand que fous la tympe, ou piece de fer. Ce vuide efl nécefïàire pour que le ringard puilfe travailler en en haut, jufqu'à la hauteur convenable.
- On trouvera dans Swedemborg Sc dans la première Partie de cette Section , tout ce qui concerne la dame , le moule, réchauffement du fourneau , Sec.
- Article VIII*
- Motifs des dimenjîons du vuide intérieur.
- Il nous relie à examiner quels font les motifs qui ont déterminé à donner à l'intérieur la figure oblongue Sc arrondie ; quelle efl: la raifon de l'étendue du gueulard avec l'étendue du foyer fupérieur ; d’ou vient qu'on a placé ce foyer fupérieur au tiers de la hauteur , à compter du fond ; pourquoi une telle pofition dans la thuyere ; par quelle raifon ces différences remarquables dans l'inclinaifon des échelages ; enfin qu'eft-ce qui peut donner lieu à la dilpofition du creufet.
- Pour ne point confondre des objets fi intéreflânts, nous allons répondre féparément à chaque partie. 1
- §.1.
- De la Figure oblongue arrondie.
- En cherchant la figure la plus convenable aux parois d’un fourneau, nous ne devons pas perdre de vue qu’il faut qu’elle rempliflè trois objets qui font ; i°, qu elle donne le plus grand elpace avec le moindre contour ;
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- a.°, qu'elle foit capable de réfléchir la chaleur avec le plus d'effet & le plus uniformément ; 30 , quelle convienne au total.
- Si la figure quarrée remplit le premier objet , elle eft totalement oppo-fée au fond , ce qui n'a pas befoin de preuve. Ainfi il y a lieu de s’étonner comment dansplufieurs provinces de la France , on a employé cette figure, ainfi que celles qui font d’autant vicieufes qu’elles en approchent le plus, & d’autant convenables quelles s’en éloignent davantage ; mais celle qui s’en éloigne le plus, eft la ronde qui, environnant un très-grand elpace , réfléchit également de toutes parts. Nous l’aurions adoptée fur ces confidé-rations , comme on l’a fait en Suede ; mais malheureufement elle ne s’accommode pas à la troifieme condition. La raifon en eft que, pour avoir le même elpace par une figure ronde, que celui que nous avons par notre figure alongée, elpace qui ne peut être diminué, il faudroit que le diamètre du gueulard 8c du foyer fupé rieur fulfent alongés de la thuyereau contrevent ; mais ces diamètres ne peuvent pas être plus grands, le creufet reftant comme nous l’avons tracé, que les échelages du contrevent ne s’applatilfent davantage , 8c alors les matières s’arrêteroient deflus ; inconvénient qu’il faut éviter»
- Si pour y obvier, on alonge le diamètre dm creufet de la thuyere au contrevent, le vent ne pourra plus agir dans un fi grand elpace. U ne paroît donc relier d’autre moyen que d’avancer la thuyere dans l’intérieur, comme on le fait en Suede ; mais le vice qu’on cherche à éviter d’un côté , re-pafle à l’autre, puifque, par cet arrangement, l’inclinaifon des échelages au-deflus de la thuyere s’éloigne trop de la perpendiculaire, les matières s’y amaflent, comme en convient Swedëmborg , & ne roulent dans le foyer que lorfque l’amas eft très-confidérable , ce qui occafionne cette maladie périodique qu’il a comparée aux retours réglés de la fievre.
- Une autre reflource a paru fe montrer, & quelques-uns l'ont employé© en élevant les échelages ; mais ayant des raifons pour croire qu’il convient que le foyer fupérieur foit au tiers de la hauteur, quand ce ne fèroit d’ailleurs que pour que la defcente des matières ne fût pas précipitée , comme on le voit dans ces fourneaux, nous croyons devoir rejetter cet expédient, & nous en tenir à la figure que nous avons préfentée, qui paroît mieux remplir; les trois conditions.
- 11.
- De la Relation de l’étendue du Gueulard avec celle
- du Foyer fupérieur.
- Nous avons befoin d’un très-grand degré de chaleur également foutenu avec le moins de dépenfè poffîble. Plus le courant d’air qui animera ces matières combuftibles, fera vif & rapide, plus la chaleur augmentera, en fuppofant toutes circonftances difpoféesà y concourir ; mais dans ce cas la
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- difpofition & confommation des matières combuftibles fera très - grande. D’un autre côté, plus le courant d’air fera divifé , retardé,. retenu, moins la chaleur & la diflîpation feront grandes. C’eft dans le milieu de cet excès qu’il faut chercher la raifon du courant d’air , & la combiner avec la qualité, la quantité & l’arrangement de tant de matières de telles efpeces & tellement dilpofées dans un tel elpace. Quiconque fentira la multitude de ces difficultés , dont les circonftances & les rapports varient à chaque inf-tant, ne fera pas tenté d’eflàyer cette combinaifon.
- Un regiftre, dit un homme intelligent , eft une ouverture pratiquée à Fou- -verture fupérieure des fourneaux, pour fervir depaiïàge aux vapeurs fournies par l’aliment du feu, & au torrent de l’air qui Fanime. On n'a point encore de réglés certaines pour les proportions que les regiftres doivent avoir avec le refte du fourneau. Glauber demande un tiers de fon diamètre ; Boheraave n’en veut qu’un quart pour le même fourneau de fulion. Les regiftres doivent être au plus un tiers, au moins un quart. Mais, ajoute M. de Villiers , c’eft une affaire d’expérience : réflexion à laquelle nous nous conformons.
- Nous remarquerons feulement que le regiftre ou gueulard de notre fourneau n’eft qu’environ de la fîxieme partie de Fefpace du foyer lupérieur ; mais que cet elpace gagnant le deffus , en s’étréciiîànt également fur une perpendiculaire de 12 pieds, il paroît convenable de chercher la relation du regiftre avec F elpace qui fe trouve à lîx pieds au-deffus du foyer liipé-rieur ; d’autant que li le degré de chaleur 8c conféquemment de raréfaction de Fair pouffé dans le fourneau, eft plus confidérable dans le foyer fupé-rieur, ces qualités doivent diminuer à mefure des différents degrés de re-froidiffement qu’elles éprouvent en gagnant le deflus. En calculant l’étendue du gueulard fur cela, notre regiftre aura plus du quart , & un peu moins du tiers. Ce qui nous approche beaucoup des proportions indiquées par Glauber, homme expérimenté, &par Boheraave , grand Maître dans l’Art du Feu. Nous n’avons employé ici ni calcul ni analyfe ; l’extrême précilîon étant impraticable dans la conftruélion,nous avons cru inutile d’en donner la théorie.
- §. III.
- De VEmplacement du Foyer fupérieur.
- La polition la plus avantageufe du foyer fupérieur, fuivant Swedemborg, eft d’être un peu plus bas que le milieu du vuide intérieur. Or, dans une hauteur de dix-huit pieds & demi, en le plaçant à fix pieds & demi, à compter du fond , c’eft remplir le précepte, puifque c’eft le placer à moins de moitié & plus du tiers ; mais un motif très-déterminant vient de l’in-clinaifon des échelages , réfultante de cet arrangement.
- L inclinaifon du côté de la thuyere n’eft qu’environ de dix-huit degrés ; p eft à peu près la moindre poffible^ pour qu’un corps foit déterminé à
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- defcendre fûrement. Il eft bon de remarquer que fi les mines commencent à être diflfoutes au foyer fopérieur , elles ne fondent pas d’une façon bien liquide au-deffus de la thuyere , mais comme une matière poiffeufe. Si nous fuivons ce corps dans fa chute , nous verrons quil viendra palfer à trois ou quatre pouces de la thuyere , ainfi qu’on peut s’en affurer en continuant la ligne de cette inclinaifon. Ce corps pourra donc , par la force du vent , comme on le voit en regardant par l’ouverture de la thuyere, être poulie un peu plus loin, ce qui le jettera dans le foyer qui eft a fix pouces & demi de la bouche de la thuyere, mais qui n’eft qu’à quatre ou cinq de lalongement que nous verrons qu’on a foin d’y entretenir.
- Pour ce qui regarde l’inclinaifon de la plus grande partie des échelages du contrevent & du total de la ruftine ; fi vous en continuez la ligne, ou fi vous faites rouler un poids, comme ces parties font plus applaties, le poids defcendra moins vite, mais tombera au centre du foyer.
- Pour la partie de la tympe & l’excédent du contrevent, le poids qui en defcendroit en fuivant l’inclinaifon de l’échelage du contrevent, ira au centre du cercle que nous y avons formé, 8c en fuivant l’inclinaifon de l’échelage de la tympe, ira à un tiers de ce centre, dans lequel il eft aifé de le pouffer, comme nous le verrons.
- Si la matière fondue defcendoit en même temps, & également des quatre côtés, quand une charge viendroità lepréfenter, il y auroit certainement de grands embarras par l’abondance des matières qui arriveroient à la fois d’un plus grand efpace dans un plus petit, au lieu que par l’arrangement propofé, les matières qui fuivent les inclinaifons de la ruftine & du contrevent, peuvent, par la difpofition de ces parties, attendre pendant que le côté de la thuyere fournit abondamment. Et il eft fur-tout effentiel que cette partie foit débarralfée par préférence , comme ces différents degrés d’inclinaifon le permettent.
- Les raifons d’ailleurs qui ont déterminé à charger la ruftine 8c le contre-yent plus que les autres côtés , font que ces premières parties ne font point affoiblies comme la thuyere 8c le devant le fontiiéceflàirement par la retraite extérieure des murs néceftàire au travail.
- De ces différentes dimenfions 8c confidérations ,ne peut-on pas conclure qu’il eft tout au moins inutile d’élever le côté de la thuyere plus que les autres, ainfi que M. Robert nous a dit qu’on le pratiquoit depuis longtemps dans certaines provinces, d’autant que dans les fourneaux conftruits de pierre calcaire , on voit parfaitement les degrés du feu par les dégâts que cet agent y occafionne? Nous remarquons que dans ces fourneaux les côtés de thuyere & de tympe font toujours les moins endommagés , pourvu qu’ils ayent été conftruits régulièrement , quoique fuivant les anciennes méthodes*
- §. IV,
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- §. I V.
- De la Thuyere.
- Xo, Nous plaçons la thuyere horizontalement par la raifon qu’avec de l’argille on la prolonge & fait entrer dans l’ouvrage. On hauffe, on baifle cet alongement à volonté ; ce qui eft extrêmement néceffaire dans le travail , & ce qui doit être la vraie fcience & l’objet des foins de celui qui la gouverne. Il y a des motifs de croire qu’il convient que le vent ne s’éloigne pas de la fuperficie du métal en bain , parce que par la direéliort du vent, on attaque plus efficacement les parties dans lefquelles on remarque de l’engourdiffement ; ce qu’on exécute parfaitement lorfque le creufet eft étroit & peu. profond, & la thuyere horizontale, parce qu’on peut plus facilement rapprocher le vent des endroits qui le demandent, & le diriger luivant la hauteur du métal en bain.
- 20 , La thuyere eft à iix pouces & demi de la ruftine. Cette dimèniion du tiers du creufet, que nous retrouvons dans prefque tous les fourneaux, eft d’autant plus convenable, que l’angle de la thuyere à la ruftine eft l’endroit qui fe reffent le moins de l’aétion du vent, raifon pour laquelle nous avons effacé cet angle, en arrondiffant cette partie. La ruftine d’ailleurs étant la plus éloignée du devant, eft la plus difficile à travailler : raifon pour laquelle on a dû l’approcher de la thuyere & du devant.
- 3° j 1^ thuyere eft a douze pouces de la tympej il auroit peut-être été v à defîrer qu’il eût été poffible de l’en approcher davantage : mais pour cela il auroit fallu ou racourcir le creufet, ou donner plus d’inclinaifon aux échelages de cette partie, ce qui auroit rendu la maçonnerie trop épaiffe ,
- & çonféquemment nuifxble au travail du ringard ; inconvénient qu’il a fallu prévoir. Au refte, indépendamment de l’effet que produira en cette partie le foyer du demi-cercle que nous y avons établi, elle eft très à portée , Sc comme fous la main de l’Ouvrier. Çonféquemment elle peut être travaillée commodément, quand il eft néceffaire ; d’ailleurs il n’eft peut-être pas indifférent que les fcories qui furnagent chaffées par le vent, & trouvant des obftacles par-tout, excepté de ce côté dont l’étendue vient jufqu a la dame, effuientun moindre degré de chaleur pour raffembler & iaiffercouler le fer qu’elles contiennent, & qu’il eft aifé de mêler avec le refte par un coup de ringard qui donne une efpece de mouvement de fluéluation à toute la matière en bain.
- $. V.
- Du Creufet
- Comme il n’eft pas ici queftion des fourneaux dans lefquels 011 a un .objet à remplir qui demande une grande quantité de matière fondue, les
- Fourneaux, g
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- 7o des FOURNEAUX.
- dimenfions que nous avons données au creufet, étant très-proportionnées à la force du vent , & à l’élévation de la thuyere, font d’ailleurs fuffifantes pour fournir à chaque coulée environ 1800 pelant de fonte.
- Si néanmoins on avoir des raifons pour demander un efpace qui contînt plus de fonte , alors il faudroit augmenter le creufet , le foyer liipérieur Sc le gueulard proportionnellement aux mefures que nous avons propofées,& éloigner un peu plus la thuyere du fond. Il faudroit dans ce cas un plus fort courant d’air , Sc il eft à croire qu’on brûleroit plus de charbon pour un produit relativement moins grand ; mais enfin il y a des circonftances , comme nous le verrons dans le détail des fontes moulées, fur-tout pour les canons, qui doivent l’emporter fur ces confidérations.
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- Article IX.
- Effets du Fourneau propofé , mis en travail.
- C’est liir les motifs & les confidérations que nous venons de détailler, qu’on a cru devoir faire exécuter le fourneau que nous propofons ; Sc pour fe convaincre davantage qu’il étoit en état de fondre avec épargne différentes efpeces de mines, voici ce qui a été exécuté :
- 10 y H eft à propos d’être prévenu que nos cantons ne fournifîent que des mines à grains fins, les unes combinées avec de l’argille, les autres avec des matières calcaires; d’autres font négligées, parce qu’elles donnent des fers viciés par le foufre, fans que jufqu’ici on ait employé le remede de la calcination avec un mélange d’abforbants-
- 2.0 , Il faut encore être prévenu que les fourneaux dont nous avons parlé dans la troifieme Seélion du fécond Mémoire , fous le nom de Travail ordinaire Sc de Travail rectifié, font ceux dans lefquels nous avons travaillé, dont l’un avoit 21 pieds de hauteur qui ont éjé réduits à dix-huit Sc demi, Sc l’autre vingt-cinq pieds qui, en le rebâtifïànt, ont été réduits à vingt-un; Sc le fourneau dont nous parlons ici, eft celui dont il étoit queftion dans le travail encore reétifié, Sc qui a donné le produit le plus utile, comme nous l’avons dit.
- 30, Nous avons reétifié le travail des premiers fourneaux feulement en nettoyant mieux les mines; alors nous n’avons rien changé à l’intérieur des fourneaux qui étoit quarré , un peu long, avec un creufet & une pofition de thuyere très-différents , mais avec des inclinaifons tant dans les parois que dans les échelages extrêmement différentes de ce que nous propofons.
- 40 , Préfiimant que la forme de l’intérieur du fourneau devoit influer pour beaucoup fur le travail, nous avons fait exécuter celui dont il eft queftion, Sc dont le travail eft entretenu avec des mines combinées partie avec de l’argille , partie avec des matières calcaires, mais mêlées 8c nettoyées fi exaéfement que nous fournies obligés de recourir aux matières calcaires que
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- le crible a rejettées à caufe de leur volume qui eft plus confidérable que celui du grain de la mine. Ces matières fervent de fondants au lieu de caf-tinev, ce qui eft d'autant plus utile qu'elles font encore chargées de quelques grains de mines. Un panier dans lequel on les crible , fert à les choifir de l'échantillon qu'on juge à propos ; le plus petit eft toujours le meilleur.
- yo ? Les parois & ouvrage des fourneaux précédents étoient, comme ceux du fourneau aétuel, bâtis totalement de pierres calcaires , ce qui nous donne un degré d'efpérance pour le mieux, lorfqu'ils feront conftruits avec des matières plus convenables, comme nous le propofons. Nous ajouterons encore que n'ayant monté les parois de ce nouveau fourneau qu'avec huit cordeaux , la figure n'a pas été auflî exaéte 8c arrondie que nous comptons le faire.
- 6°, Une obfervation que nous ne croyons pas devoir pafler fous filen-ce, eft de favoir fi la maniéré de donner l'aliment au fourneau, ne contri-bueroit pas au plus grand produit, comme il y a des raifons de le préfumer. Par exemple, favoir s'il eft plus avantageux de mettre une grande dofe de charbon, 8c deflus de la mine en quantité convenable, ce qui devrpit diminuer le nombre des charges ; ou mettre moins de charbon avec une partie relative de mine, ce qui devroit multiplier le nombre des charges.
- Dans nos fourneaux anciens de comparaifon > nous mettions par charge 360 pefànt de charbon , 8c dans le nouveau nous ne mettons que deux cents quatre-vingt. On a même oui dire qu'il y avoit des fourneaux qu'on chargeoit d'une bien plus grande quantité de charbon , 8c jufqu'à fix cents pefànt ; comme alors il falloir un plus grand efpace à la charge, ç'é-toit peut-être une des raifons de la grande élévation des fourneaux.
- On ne peut fe refufer de croire qu'une grande quantité de matières com-buftibles mifes enfemble dans un fourneau doit donner un plus grand degré de chaleur que la même quantité de matière divifée ou mife à differentes fois ; mais ici, quelque grand que foit le degré de chaleur, la mine ne fond que quand le phlogiftique lui eft immédiatement appliqué par le contaél du charbon embrafé , raifon pour laquelle, dans, la tentative faite en Angleterre de fondre la mine avec des charbons foffiles, onfaifoitdes boules de mine & de charbon pour les expofer au feu de reverbere. Au- > tant vaudroit dire qu'on cherchoit à appliquer immédiatement le phlo-giftique à la mine. Ainfi la queftion doit fe réduire à favoir dans lequel cas, ou du charbon à grande dofe, ou du charbon à moindre dofe, mis dans le fourneau 8c la mine deflus, le phlogiftique eft le mieux appliqué, & agit le plus efficacement.
- Quand dans un vaifleau qui n eft pas fort large, il y a une grande quantité de charbon, par exemple, 360 pefànt, 8c de la mine deflus, il eft certain qu il y a beaucoup de charbons qui fe brûlent, fàns avoir fàtisfaic
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- à la condition néceffaire qui efl: de toucher la mine ; il en réfulte même Un inconvénient qui eft que les charbons doivent fe confumer plus promptement dans des endroits que dans d’autres ; mais les vuides peu uniformes des charbons brûlés promptement, 8c des charbons qui par leur application à la mine fe dépouillent plus lentement, doivenjt faire naître différents accidents , comme une trop grande ardeur d’une part , un manque de chaleur de l’autre, la chute précipitée de matières peu échauffées, &c. Il en doit rélulter fur-tout qu'une grande quantité de charbon ainfi dif-pofée, fera relativement plutôt difîîpée qu'une plus petite.
- Tous ces effets fe font trouvés conformes à l'expérience : 360 pelant de charbons n'étoient pas plus de temps à être confumés dans l’ancien fourneau, que 280 dans le nouveau. Si ce fait paroît étonnant au premier coup d'œil, il devient fort aifé à entendre , lorfqu'on fait attention que dans ce dernier cas tous les charbons font uniformément occupés à travailler toute la mine ; 8c ce qui achevé de prouver que quand on a mis une grande quantité de charbons enfembie, il y en a beaucoup de brûlés inutilement, c'eft le plus grand produit en fonte que donne relativement une moindre quantité de charbons, mais appliquée,plus régulièrement. De-là on doit voir encore combien les qualités particulières ou relatives des charbons doivent influer far le travail d’un fourneau. Par exemple , lorfqu'ils font très-gros ou très-menus , très- fecs ou très-mouillés, 8cc , plus ou moins remplis de phlogiftique, &c ; vraies caufes des variations continuelles que nous remarquons dans nos fourneaux, & que les différences mêmes de l'athmolphere rendent fenfibles.
- Nous obferverons que lorfque notre nouveau fourneau fera plus exactement formé avec de meilleurs matériaux, la charge contiendra un fep-tieme moins de charbons quelle ne contient dans le travail aétuel. Nous ne croyons pas au refte qu'il foit poflible de diminuer cette quantité, parce qu'alors les mines pourroient paffer trop aifément à travers une épaiffeur trop peu confidérable, ce qui occafionneroit de grands inconvénients.
- Si nous ajoutons aux avantages que donne notre fourneau, qu'il ne demande qu'un travail très-ordinaire , qu'un Garde & deux Chargeurs rem-pliffent parfaitement & pendant très-long-temps , nous pouvons conclure que pour les mines telles que nous les employons dans la Province de Bourgogne, la machine bâtie avec des matériaux convenables, fera celle qui approchera le plus de remplir les conditions néceffaires.
- U ne refera donc qu’à lavoir fi elle fera capable de les remplir également pour toutes les efpeces de mines, fur quoi voici les motifs qui peu-yent déterminer à le croire.
- Des mines combinées avec de l’argille, fans mélange d’autres mines miles dans ce fourneau, avec addition de caftine, ont d'abord occafionné plus de
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- travail, & donné de la fonte peu coulante. Ayant foupçonné que ces accidents pourroient venir de la caftine qui n’étoit pas en dofe convenable, d’ailleurs trop groffe 8c mêlée peu exaélement avec la mine, on l’a fait cribler & mêler avec précifion dans la quantité requife ; le produit, l’exaélitude & l’aifànce du travail fe font retrouvés, ce qui a été continué plufieurs jours.
- L’épreuve avec les mines combinées avec des matières calcaires, fans mélange d’autres mines, mais avec la dofe d’argille, a donné un moindre produit , parce qu’au fond ces mines font moins riches; mais elles font venues fort également 8c prefque fans travail, ayant feulement diminué le vent, Sc augmenté la quantité de mines, ce qui a été continué plufieurs jours.
- Les mines fulfureufes non calcinées n’ont pas donné de plus mauvais fer que dans le fourneau de vingt-cinq pieds, dans lequel on en avoit fondu ci-devant. La dofe d’argille & de caftine ajoutée à ces mines, elles ont fondu alfez également, le vent néanmoins augmenté9 ce qui a été continué plufieurs jours. N’ayant pas d’autres mines à éprouver, on a rendu au fourneau fon aliment ordinaire.
- Par l’analogie, nous trouvons qu’il y a beaucoup de variétés dans une multitude de fourneaux qui emploient des mines femblables à celles dont nous venons de parler ; donc on peut fupprimer ces variétés , puifque les fondants & les charbons employés font fenfiblement de même qualité.
- Par une autre analogie, nous trouvons que des fourneaux femblables à peu-près à ceux dont nous nous fervions, fondent en Champagne des mines appellées de roche ; mais nous lavons d’ailleurs que ces mines donnent exaélement des fers femblables à ceux de Frailàn en Franche-Comté, dont les mines font en grains : donc on peut remplacer les fourneaux qui les fondent, par le fourneau dont nous avons parlé. Nous n’étendrons pas davantage ces analogies, parce qu’elles feront plus fenfibles quand on aura fous les yeux l’hiftoire particulière des mines 8c des fourneaux de France.
- Dans tout ce que nous avons dit , nous luppolbns qu’on donnera aux mines les préparations néceflàires , calcination, lavage , addition bien entendue. Ce n’eft pas fans raifon que nous demandons que l’addition foit bien faite; ce point eftimportant. Pour des mines combinées avec de l’argille, nous pouvons donner pour exemple ce que nous dit Agricola : Le Maître jette, dit-il, des charbons dans le foyer defliis de la mine de fer pul-vérifée, l’arrofe de chaux non éteinte, autant qu’une mefure connue en contient : que peut-on de plus exaét que ce procédé ?
- Au lieu de chaux, on peut fe fèrvir de matières calcaires , mais toujours avec les conditions d’être en petits volumes, mêlées exaélement, comme l’indique le terme d’arrofer , dans la dofe convenable , c’eft-à-dire, avec une mefure connue.
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- Si au contraire on n' avoit que des mines combinées avec une thatiere calcaire, on pourroit les préparer en les arrofant d'une eau chargée convenablement d'argille, remuant le tas , & lailïànt fécher. Enfin nous devons toujours avoir préfent que les matières argilleufes & calcaires fe difloi-vent les unes les autres ; que conféquemment l'addition de ces matières en dofe, arrangement & préparation convenables fournit aux mines un bain dans lequel elles fe diffolvent & fe précipitent. Il ne doit donc pas être queftion de chaud , de froid, de fufible , de réfraétaire. Quant aux mines en gros volumes , dont la bafe eft très dure , calcinez ; pour les fulfureu-fes , les arfénicales , ajoutez de la chaux , ou pierre calcaire , & calcinez ;
- ' pour celles qui ont une trop grande quantité de matière calcaire, ou lorf-que cette matière eft mal diftribuée , calcinez.
- Nous devons remarquer que des mines calcinées, on tient les unes féche-ment , on lailïe les autres à l'air , quelquefois aifez long-temps ; on arrofe les autres d'eau.
- Les raifons de ces différents procédés font que, quand une mine calcinée n a que la dofe convenable de chaux , bien répandue & divifée dans toutes fes parties , il faut la tenir à couvert , de peur de préjudicier à cet arrangement qui eft précifement celui que nous demandons.
- Quand la bafe de la mine, malgré la calcination , a encore quelque choie de réfradaire, il eft tout fimple & très-utile de la laiffer long-temps expo fée à l'air où la diffolution aidée des menftrues que cet agent lui fournit , achevé de s'opérer : il eft alors probable que ces mines font infedées de cuivre.
- Quand la partie de chaux qui eft jointe à la mine calcinée , eft en trop grande quantité , la lotion bien ménagée peut être très-utile.
- Quand la dofe de chaux n'eft pas trop confidérable, mais qu'elle eft inégalement diftribuée, on produit un mélange uniforme & plus intime, en environnant de planches le tas , & le faifint pénétrer par de petits ruiffeaux d'eau.
- Il nous refte une derniere obfervation qui eft de favoir fi le fourneau propofé n'aura pas un trop grand degré de chaleur pour les mines qui fondent très-aifément. La réponfe eft fimple , puifqu'il ne s'agit que de jtàvoir. employer les deux puiffances que nous avons à notre difpofition, & cela avec d'autânt plus d'avantage que dans cette circonftance , il faudra moins de charbon 8c d'air , & plus de mine ; ce qui revient à ce que nous avons dit, que dans les conditions néceflàires à l'Art du Feu, on pouvoit réparer ces conditions les unes par les autres ; ce qui fera toujours d'une grande utilité , pourvu que de ces remedes on ait retranché l'augmentation du charbon, comme nous le ferions dans le cas propofé • au lieu que fî on a un fourneau qui par fa conftruélion ne puiffe pas acquérir le degré
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- de chaleur dont on a befoin , il n’y aura d’autre reiïbürce que le plus de charbon & d’air , pendant que notre moyen feroit l’emploi de plus de mine & de moins de charbon.
- Nous n’avons pas cru devoir entrer dans les détails de ce qui regarde l’Hiftoire de la fufion , les lignes qu’on tire du feu , des fcories, &c. On les trouvera abondamment répandus dans ce qui précédé. D’ailleurs tous les bons Artiftes ne les ignorent pas ; & ce font des connoiflànces , comme le dit Swedemborg, qui s’acquierent mieux par l’expérience que par les préceptes.
- Ce qu’on nous pardonnera de répéter , eft que de tous les fourneaux que
- nous avons examinés, il en relie deux qui paroiffent mériter notre confidé-ration ; l’Elpagnol 8c celui que nous avons formé. La valeur du premier ne peut être mife en évidence que par la comparaifon des mines fuivie de l’eflài dans un fourneau femblable ; & le fécond peut être regardé maintenant comme utile , jufqu’à ce que l’expérience induftrieufe d’Artiftes inf-truits y nous en trace un qui approche davantage des conditions néoeL laires à la meilleure conftruélion du fourneau que l’on peut delîrer*
- QUATRIEME PARTIE.
- Des Fontes moulées.
- Lorsque nous avons cherché les moyens qui pouvoîent amener les différentes elpeces de mines à peu-près à une même dilpolition à la fufion nous n’avons pas prétendu que les fontes qui en proviendroient ? auroient toutes des qualités égales. Il eft bien vrai qu’il y a de ces qualités qui dépendent du travail ; mais il y en a d’effentielles à la chofe, dont on croit qu’il n’eft pas poffible de les priver. Cette partie mérite d’être très-fpécia-lement travaillée ; mais elle a de fi grandes difficultés que , pour la traiter convenablement, nous croyons devoir attendre que nous foyons mieux infi-truits. Nous nous renfermerons donc maintenant à voir quelles font les fontes qui conviennent à notre objet préfent.
- En général les fontes propres à être moulées font celles qui peuvent être bien fondues, 8c acquérir un grand degré de liquidité, qualité relative aux dofes convenables de mine de charbon 8c au travail , Sc celles qui en même temps font les plus tenaces à froid. D’où on pourroit conclure que certaines efpeces de mines, & conféquemment les fontes qui en proviennent, peuvent donner d’excellentes pièces moulées , pendant que converties en fer , elles pourroient donner du fer d’une qualité très-médiocre. Swedemborg nous a plufieurs fois répété que des mines chargées de foufres donnoient des fers caffants à chaud 8c très-tenaces à froid.
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- 7C DES FOURNEAUX.
- Les matières qui coulent de nos fourneaux ne nous apprennent que trop les différents états de la fonte, relativement à la liquidité.
- Qu il y ait trop de mine, eu égard à la quantité de charbon, la fonte qui en provient étant chargée de matières étrangères qui n ont pu s’en féparer , coule difficilement, pefe moins relativement à fon volume que les elpeces dont nous allons parler. Sa furface eft élevéey convexe, inégale , caffée ; elle eft blanche, fans apparence de lames ou grains ; elle eft très-fragile, très-dure y 8c efluyera un grand déchet li on la convertit en fer.
- Qu il y ait la quantité convenable de mine 8c de charbon > la fonte coule aifément, pefe davantage ; fa furface eft unie * quelquefois un peu concave ; caflee, on y voit des grains blancs avec quelques parties qui noirciront d’autant qu’il y aura plus de charbons relativement à la mine. Elle eft tenace ? plus pelante que la première y 8c elfuyera moins de déchet pour être convertie en fer.
- Qu’il y ait peu de mine , relativement au charbon 8c au travail, la fonte eft très-grife, coule affez difficilement, eft lourde , tenace, approche de la duélilité, 8c fouffrira encore moins de déchet pour être convertie en fer.
- Ces degrés font remplis d’une multitude infinie de nuances dont le dernier approche le plus de l’état du fer y 8c le premier en eft le plus éloigné ; mais ce que nous devons remarquer > c’eft que dans les fontes, les mots de dur 8c de caffant ne font ici que ce qu’ils font en tous genres, des ex-prefîîons relatives.
- Quant à la couleur, on#peut remarquer que la dureté 8c la fragilité augmentent à proportion que les fontes approchent plus du blanc, comme la ténacité s’accroît à mefiire que leur couleur approche du brun ; de façon qu’on peut prendre très-blanc pour très-dur & fragile, très-gris pour très-tenace 6 moins dur.
- A l’occafion de la couleur blanche , nous devons faire obferver que lî elle eft naturelle à la fonte y dans le cas dont nous venons de parler , elle peut être accidentelle à toutes les efpeces de fonte, 8c ce , à proportion de la promptitude 8c du degré de refroidiffement qu’elle aura effuyé.
- La fonte de la qualité moyenne en petit volume , réfroidie promptement, blanchit ; elle doit donc, fuivant ce que nous avons dit, devenir plus dure , plus cafïànte,& augmenter de volume;&c’eft ce qui arrive effectivement. Si la maffe eft épaiffe , & que le prompt refroidiffement ne puiffe pas pénétrer juf qu’au milieu , les contours auront acquis les qualités que nous dilons de blancheur & de dureté 3 & le milieu aura confervé fa couleur, fans que fa dureté foit augmentée. Ce qui nous montre que G nous avions befoin que le milieu d’une piece fût très-dur, il faudroit qu’il y eût dans ce milieu une
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- DÈS FOURNEAUX, ÿj
- ouverture pour y porter le refroidiffement par préférence au refte de la pièce. Si nous appliquons cette eonféquence à la maniéré de couler les canons fans noyau ou fans vuide intérieur, il fera aifé de fèntir quel eiï doit êtrè le réfultat ; ce quon pourra voir plus amplement dans un Mémoire de M. Dantic, fur les foufflures des métaux;
- Ce qu’il nous convient actuellement de lavoir , eft que la fonte grifé peut, par l’efpece de refroidilfement , devenir dure, blanche & cafTante , & que réduite en fer, elle en donnera la même quantité que fi elle fût reftéè grife ; d’ou on voit qu’on ne doit pas la confondre avec les fontes naturellement blanches dont nous avons parlé.
- Nous fommes bien fâchés que ce que nous établirons , foit totalement oppofé aux idées que M. de Réaumur nous a données des fontes dans le premier Mémoire de l’Art d’adoucir le fer fondu, page i^o. Le point eft d’une trop grande eonféquence pour nous taire comme nous l’aurions fouhaité ; d’autant qu’il nous a même ôté la refîource que nous avons tentée de l’in*^ terpréter par lé moyen des fontes devenues blanches accidentellement.
- « On lait, dit-il, Sc nos Mémoires précédents l’auront appris de refte,' a> que la matière qui coule du fourneau, immédiatement après que la mine » de fer a été fondue , eft ce qu’on appelle Fonte, & eft un fer qui n’eft pas « malléable. En général, on peut diftinguer les fontes, & on les diftingue en deux clalfes , par rapport à la couleur qu’on voit fur leur caffure ; les unes »> font des fontes blanches, & les autres font des fontes grifes ; la différa rence des mines a quelquefois part à cette différence de couleur ; fouit vent elle vient de la maniéré dont le fourneau a été chauffé & chargé. « Quand on les divife en fontes blanches Sc en grifes , on ne prend pourtant » que deux des termes moyens qui expriment leurs différentes couleurs inté*^ » rieures. Les fontes blanches font plus pures que les fontes grifes ; elles » contiennent plus de fer* Nous l’avons déjà vu > & nous en donnerons » encore une preuve, qui eft que dans les forges, on retire plus de fer forgé »> d’un certain poids de fonte blanche, que du même poids de fonte grife.’ » Il y a plus de matières étrangères dans les fontes grifes, Sc fur-tout pro-» bablement plus de matière terreufe, plus de matière vitrifiée, de ce qu’on » appelle dans les fourneaux à mine de fer, du Laitier »*
- M. de Réaumur a encore parlé, dans fon ouvrage, d’une remarque qu’il penfe avoir faite fur l’efpece de volume qu’acquiert la fonte en refroidiffant ^ ce qui donne à cette matière le moyen de fe mouler mieux ; cette obfer-vation méritoit la plus grande attention. Un fait aufîî contraire à ce qui arrive aux autres matières, ne pouvoit être trop regardé avant d’en conclure abfolument l’exiftence d’un phénomène qui peut n’être qu’une iilufion affez fubtile pour en avoir impofé aux yeux de ce Savant.
- A ces propofitions, nous pouvons oppofer ce que nous dit Swedemborg Fourneaux,
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- à la fin de fies Obfiervalions fur les Foyers Allemands & François.
- « Dans les foyers Allemands, dit-il , on demande du fer crud qui foit
- tenace, 8c qui dans fa fraéture foit de couleur grife. Ici on veut du fer » qui foit plus crud, fragile, 8c dont la caflure brille de petits grains & » points éclatants ; car fi on n’a pas du fer de cette efjpece , la liquidation fe » fait plus difficilement. Le fer crud qui eft tenace & qui a été bien recuit n dans le fourneau, non - feulement réfifte plus long - temps au feu , mais » même le déchet eft moins grand , quand il eft converti en fer, que celui » des fontes blanches 8c caftantes ».
- Si on a recours à l’expérience pour décider entre ces deux Obferva-teurs , elle n eft pas favorable au François. Au refte il nous ramene à notre objet, en nous difànt que de prefque tous les fourneaux à fer dont on coule la fonte en moule , on ne tire que des fontes grifes, foit que les mines qu’on y fond donnent naturellement ces fortes de fontes , foit qu’on les y rende telles par les circonftances qu’on obferve en les faifant fondre.
- Ces circonftances dépendent de la jufte proportion de la mine & du charbon , de l’intelligence , du travail & de l’afllduité du Fondeur ; la réuffite des pièces dépendant de la qualité de la matière , notamment de fa fluidité, de la bonne conftruélion des moules, de leur matière, & de l’adreffe induf* trieufe du Mouleur.
- M. de Réaumur cherchant à perfectionner cette partie , a remarqué que quoique les limes 8c les cifeaux euflent quelque prife fur les fontes grifes , néanmoins les ouvrages qui en proviendroient , quoique cifelés , limés, polis , n’auroient ni la blancheur, ni le brillant du beau fer ; que leur couleur feroit toujours foncée 8c trop terne. Pour remédier à ces inconvénients, il a fait des expériences qui l’ont conduit à obtenir des fontes très-blanches , conféquemment très-dures; il a retrouvé le fecret d’adoucir , de rendre traitables ces fontes pour les travailler, avec le moyen de les durcir quand elles font travaillées. Enfin il a réufli à faire des ouvrages de fer fondu qui avoient la blancheur & l’éclat des beaux ouvrages de fer* Découverte flatteufe par la multitude des objets eftfentiels qu’on fe promettait de remplir ; mais découverte prefque aufli-tôt abandonnée que remife au jour, parce qu’on ne l’a effeéiivement appliquée qu’à des objets de eu-riofité ou de luxe, qui ne peuvent avoir de valeur qu’autant que le goût en changera fouvent, 8c que l’exécution en fera plus difficile. Mais nous devons nous occuper des fervices que les fontes nous rendent pour des objets plus ordinaires 8c de néceflîté reconnue.
- En général des pièces moulées, les unes peuvent être coulées plufieurs même à la fois , la fonte venant directement d'un fourneau dans des moules préparés à découvert dans le fable, tels font les contre-cœurs, marteaux, enclumes de forge, &c. D’autres veulent être coulées dans des moules
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- DES FOURNEAU t. ^
- cachés en terre * & demandent lé produit de plufieurs fourneaux* tels font les canons. Pour d’autres pièces il faut puifer avec des poches la fonte dans le fourneau* pour emplir des moules préparés les uns avec dé la terre * les autres avec du fable * tels que font ceux qui font difpofés à donner la forme à des pots * des marmites* &c.
- Pour donner plus de clarté à ces différents procédés * nous croyons devoir en parler féparément fous ces différents points de vue ; moulage à dé^-couvert ; moulage dans de la terre ; moulage dans du fable ; moulage dans des coquilles. Il y a lieu de s’étonner du filence de Swedemborg fur ce travail. Il a feulement indiqué quelques endroits ou on faifoit de ces efpe-ces de marchandées. Auroit-il craint de nous inftruire l Ce qui pourrait déterminer à le croire * c’eft l’avidité avec laquelle il a fàifi l’ouvrage de Mb de Réaumur.
- Article I.
- Moulage à découvert dans du Sable.
- L’inspection feule du bas de la Planche 11 montre combien il eft aifé de fe procurer des pièces moulées de cette façon. Pour un contre-cœur, par exemple * muni du modèle O qui devroit avoir à gauche ce qu’on veut qui foit à droite dans la piece* on prépare à côté de la gueufe le fable de l’efpace N N, en l’humeélant légèrement* & le remuant comme on le fait pour le moule de la gueufe. Ce fable uni avec le rabot * on renverfe deffus le modèle pour que la figure foit préfentée au fable ; on preife fortement le modèle * ayant foin de le tenir horizontalement ; on bat du fable dans les contours pour former les bords ; on creufe en partie la coulée M, fur le bord de laquelle on laiffe une boule d’argille molle* pour la boucher lorfqu’il en fera temps. On enleve le modèle. Dans cet état* fuppofant que le métal dans le moule de la gueufe fût un peu plus élevé que dans celui du contre cœur * en achevant de déboucher la coulée M, le moule N N s’emplira. Lorfqu’il y a coulé du métal en quantité fuffi-* fànte * on l’arrête par le moyen de la boule d’argille dont on ferme la coulée. La piece levée* elle eft en tout femblable au modèle , excepté qu’elle porte à droite ce que le modèle doit avoir à gauche. Suivant ce que nous avons dit * il n’eft pas étonnant que la fonte de pareilles pièces qui ont une grande furface fur peu d’épaifteur * coulées d’ailleurs fur du fable très-* froid * durciffe & blanchiffe.
- Si au lieu d’un modèle de contre-cœur * nous imprimons dans le fable celui d’une enclume de forge * ou de quelques autres pièces de cette e£ pece * nous les obtiendrons auflî facilement. Pour les marteaux * ils deman-dent un peu plus d’appareil à caufe de l’ouverture qu’ils doivent avoir dans le milieu pour paffer le manche. Il eft aifé de ménager cette ouverture
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- 8o DES FOURNEAUX,
- par le moyen d’un chafïïs de planches arrêtées par des crochets. On emplit le vuide de ce chaflîs de fable battu ; en décrochant , on enleve aifé-ment les pièces du chaflis qui entourent ce fable qui demeure au milieu du moule*
- Cette méthode eft fi fimple, qu’il eft toujours aifé de multiplier les fer-vices quelle peut procurer, fur-tout pour les Manufactures de fer. A la forge de Frailan , les jambes de l’équipage du marteau , la clef tirante, les mortiers font de fonte. Il eft commun d’en voir de fonte ; on les a faits pendant long-temps de fer forgé. On commence à couler des colliers avec quatre dents pour embraffer l’arbre du marteau, & remplacer les bras qui obligeoient à le percer , ce qui l’affoiblilToit beaucoup ; & c’eft une piece precieufe qu’on ne peut trop ménager.
- Il y a des fourneaux où l’on trouve difficile de fe procurer des enclumes & des marteaux d’un bon fervice , par les raifbns que fi la fonte tire trop en blanc , elle eft fi dure qu’aucun outil ne peut mordre deifus, comme il fèroit nécefîàire pour dreffer & polir les aires ; d’ailleurs elle eft fi fragile que quelquèfois une enclume qui a demandé bien du temps & de la dé-penfe pour être dilpofée & placée , caffera au premier coup de marteau. D’un autre côté , fi la fonte eft grifè , à la vérité elle fera tenace ; mais les grains font fi durs que le cifeau & lé travail les détachent plutôt que de les couper ou applatir, ce qui rend les aires fi défeélueufes qu’on ne peut s’en fervir à unir du fer qui en reçoit toutes les empreintes. Nous parlerons quelque part des moyens de parer à une partie de ces inconvénients par des recuits, ou en employant, au moyen de quelques attentions, les matières brûlantes qui font la fécrétion des fourneaux, on empêche la fu-perficie des fontes d’être trop promptement làifies par un air froid qui durcit trop la première lame de la piece fondue, '
- A ces deux inconvénients , deux remedes fe préfentent ; l’un fourni par Swedemborg, convient aux fontes grifes; l’autre eft une fuite, ou plutôt une application de ce que nous avons dit, & convient aux fontes blanches. Par gris & blanc , nous n’entendons pas les extrêmes.
- Le premier remede eft de fouder fiir l’aire d’une enclume, une feuille d’acier, comme on le pratique en Suede ; procédé dont on peut voir tout le détail dans Swedemborg.
- Pour le fécond qui regarde les fontes blanches, il convient dé diftin-guer fi cette blancheur, ou, ce qui eft la même chofe, la dureté & fragilité des pièces moulées viennent de la matière ou par accident* Si c’eft par accident, c’eft-à-dire,par un refroidiffiement trop fiibit, le recuit leur rendra leur première qualité ; fi c’eft de la matière , le recuit avec des matières abforbantes, les amènera au point qu’on pourra les employer utilement.
- Çes remedes ne font jamais mis en ulàge en France, probablement parce
- qu’ils
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- DES FOURNEAUX, %ï
- qu ils ne font pas affez connusrcar il n’y a point de eomparaifon entre la perte dé plufieurs enclumes & marteaux , & la dépenfèdes corrèétifs que nous propo-fons. Un four de reverbere, un four de fonderie ordinaire dont beaucoup de forges font fournies, fuffit pour ces recuits , dont l’effet fera d’autant plus prompt qu’on y expofera les pièces encore chaudes , comme il eft très-poffible de le faire , puifqu’il n’eft queftion que de les tirer plus promptement du moule. Ces mêmes fours peuvent encore fuffire pour les pièces qui demanderoient à être recuites avec des abforbants, puifqu’il ne s’agit que de les environner de chaux, matière d’autant moins coûteufe quelle peut fèrvir plusieurs fois à la même opération* On peut voir les raifons de fon effet, au §. V de la troifieme Partie de la première Seélion. L’utilité de ces recuits peut s’étendre à bien d’autres pièces que celles qui font nécefïàires au fervice des forges , telles que les affûts de mortiers, &c.
- Nous avons vu quelques Maîtres de Forges payer affez chèrement un Ouvrier qui leur couloit dés marteaux dans des>moules de terre au lieu de fable; mais l’effet n’a pas répondu à leurs efpérances. Il efl: très-aifé defen-tir que ces moules ne peuvent procurer l’effet ni des recuits ni des abfor-bants qui demandent un feu d’un certain degré & d’une certaine durée. Il y a quelques années, que pour opérer une partie de l’effet des recuits, nous avons employé au fourneau de Compaffeur en Bourgogne , les matières enflammées qui fortent du fourneau, le laitier même auquel on laifloit prendre affez de confiftance pour le tranfporter à la pelle tout enflammé fur les pièces à recuire, & on le remplaçoit par de nouveau laitier enflammé, dès qu’il paroiflbit le trop refroidir : ce procédé fi fimple nous a bien reuffi*
- ÀRTICLÈ IL
- Moulage en terre.
- De toutes les maniérés d’obtenir des pièces figurées, celle qu’on em^ ploie en les coulant dans des moules préparés avec de la terre , demande le plus d’appareil & de dépenfe. Auflï pour certains objets , on lui a utilement fubftitué le moulage en fable, comme nous le verrons.
- Pour mieux entendre la fuite de l’opération du moulage en terre, nous avons cru devoir commencer par l’explication des Planches qui y ont rapport. Elles ne parlent que des marmites ; mais l’exemple d’une marmite fera plus que fuffifànt pour avoir une idée très-claire de toutes les pièces qu’on peut obtenir de même, comme des tuyaux pour la conduite des eaux, des vafès, &c. On trouvera à la fin de cette Seélion ce quë MM. Duhamel & Deparcieux nous ont communiqué fur la fonte des tuyaux, & ce qu’ils ont donné fur ce moulage & ceux faits en fable & en terre, fiippleera à ce qu’on pourroit defirer fur ces objets.
- Nous ferons une Seélion à part de ce qui regarde le moulage des fontes
- Fourneaux. X
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- des fourneaux.
- deftinëes à l’ufage de la guerre; M. Camus , Infpeéteur des Ecoles d’Àrtille-rie & de Génie, Membre de l’Académie Royale des Sciences, nous ayant fait efpérer des Mémoires inftru&ifs fur cëtte partie , au moyen defquels nous pourrons inftruire des meilleures & des plus nouvelles pratiques fupérieu-res à celles qui étoient employées du temps de M. de Saint-Remi.
- Les fourneaux dans lefquels on puife la fonte avec des poches pour la couler dans des moules, n ont rien de particulier, linon que pour avoir un plus grand elpace devant la Dame, on en éloigne un peu plus la tympe ; Sc la colliere du contrevent quitte un peu la parallèle pour s’élargir fur le devant ; quelquefois pour avoir plus de profondeur, la thuyere eft à quinze pouces du fond. Il faut bien fe conformer à ce que l’elpece du travail exige. (
- PLANCHE X.
- La Vignette repréfente un attelier où l’on prépare la terre, où Ton forme les moules, & où on les fait fécher.
- a y a y a y Murs du devant de l’attelier quon a brifé.
- La Figure iere* pétrit > corroie la terre. h y b y b y Planches qui entourent le marchoir.
- c c y Endroit du marchoir où l’Ouvrier jette avec la pelle la terre fuffi-làmment pétrie.
- dydy Piquets qui foutiennent les contours du marchoir. e y Brouette qui apporte la terre dans le marchoir. On la monte fur une planche inclinée. ‘
- fy Chaudière où l’on fait chauffer en hiver l’eau pour pétrir la terre, g f le feu fous la chaudière.
- Les Figures 2, 3 ? travaillent au moule. La fécondé applique un lit de terre. h y h y h y Pieds de l’établi de la figure 2. iy iy Traverfes des côtés de cet établi. h y Le calibre ou l’échantillon.
- I y La manivelle.
- mrtiy Planche commune aux établis des figures 2 Sc 3, fur laquelle ces Ouvriers pofent leur terre.
- n y Partie de la Planche qui fert de rebord aux établis : on la brife pour ne point cacher les moules.
- La Figure 3 détermine avec un cordeau la place des anfès du moule. 00 p q r r, Rôtifferie. On l’a coupée enpp ; on ne lui a pas donné toute fa longueur.
- p p y Charbon qui eft dans la rôtifferie. rr y Moules à fécher fur la rôtifferie.
- s y s y Les tablettes foutenues au-deffus de la rôtifferie y où les moules t y t y t y à qui on ôte l’arbre & la torche ; font à fécher. Ces planches font
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- DES FOURNEAUX. g*
- écartées les unes des autres, pour donner paflage à Pair chaud.
- La Figure 4 retire la torche d’un moule u.
- La Figure 5 met des pieds à un moule.
- #, Traverfes contre lefquelles font appuyées divers moules y, y /après qu’ils ont été blanchis avec de la craie.
- £ j Le feau à la craie avec le pinceau de filalTe.
- La Figure 6 arrange & retourne des marmites qui font à lécher autour du feu de charbon, après que leurs pieds ont été mis.
- 8, 8, Moules finis avec leurs pieds, anfes &jetSé
- Bas de là Planche.
- B Cy Manivelle ou double manivelle.
- Cy Cheville à laquelle efl; arrêté le bout de la torche*
- D y Cette torche.
- E F G HI y Arbre for lequel fe bâtit le noyau.
- E F y La partie prifimatique.
- G y Tourillon d’un des bouts ; H y Collet qui efl à l'autre bout ; /, Tenon ou s’engage la manivelle.
- K y Manivelle pour faire tourner l’arbre for l’établi.
- L y Marmite finie telle qu’on fo propofo d’en faire une.
- My Premier calibre ou échantillon. Celui qui conduit à devider la ton* che for le moule.
- N y Arbre recouvert dé torche.
- O O y Second calibre qui détermine l’épaifleur des enduits de terre qu’on met for le noyau.
- P y Noyau fini for le calibre.
- <2 <2 , Troifieme calibre qui réglé l’épaifleur de la couche de terre qui occupe la place de la fonte.
- R y Moule couvert de terre foivant ce calibre.1
- S S y Moule dont la chape efl finie & où les moules des anfes font ap-» pliqués ; S , S , Moules des anfes.
- T y T y T y Marques des trous où doivent être les pieds.
- V Vy Ligne marquée par le doigt du Mouleur * & félon laquelle la chape fera fendue*
- Xy X y Moules des anfes vus féparément.
- Z y a y Les deux pièces dont ce modèle efl: compofé* bcdy Terre appliquée fur le modèle des anfes, c y Piece du modèle qu’on retire la première. e y Couteau à fendre la chape. * f y Moule dont on a fait fortir l’arbre.
- gh> Le même moule vu du côté de la gueule de la marmite y ou de celui par ou efl: fortie la torche^
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- g4 DES FOURNEAUX.
- h , Torche qui a été tirée de ce moule, i, Maillet avec lequel on frappe l'arbre pour le faire fortir.
- 3,2, Moule dépouillé à moitié de la chape. On voit en 3 le trou de l’arbre.
- ly Moitié de chape qui recouvre encore le noyau.
- jyl y n y Deux moitiés de chape à qui les pieds ont été ajoutés.
- o yO y o y Pieds.
- p y Modèle de partie q du pied. q y Partie du pied. r y Modèle du bout du pied, s,Moule du bout du pied.
- uu u y Noyau commencé à recouvrir de fa chape, uuu marquent les balles de plomb qui empêcheront la chape de toucher le noyau. x y Partie de la chape en place. x% eft le trou du noyau bouché. y y Boîte aux balles de plomb.
- %, Modèle des jets.
- 1, Jet.
- 4, 4, Jets appliqués au moule, & moule fini.
- PLANCHE XL
- La Vignette repréfente des atteliers où des Ouvriers travaillent à mouler , à puifer la fonte dans le fourneau pour la verfer dans les moules , à tirer des moules les pièces moulées & à réparer ces pièces.
- La Figure iere eft un Mouleur en fable, a a eft fon établi, b, le chaffîs fur lequel il travaille.
- La Figure 2 prend avec une grande cuiller de fer de la fonte dans l'ouvrage du fourneau, d eft la dame de ce fourneau, e eft le devant du mur. /> le toit du fourneau coupé en g g.
- Les Figures 3 & 4 verfent de la fonte dans les jets d’une marmite moulée en terre, h, les jets où ils verfent.
- iy i y i y D’au très moules entablés prêts à recevoir la fonte, ou qui l'ont déjà reçue.
- k y Moule qu’on a commencé à retirer du fable.
- ly l y ly Chaflis 011 font des Moules en fable prêts à recevoir la fonte. Figure y , Ouvrier qui cafte le moule d une marmite moulée en terre : m, font les débris de ce moule. n y n y Divers chaflis à mouler.
- Les Figures 6 & 7 râpent des marmites tirées des moules,
- 0 p y Hangard où l'on fait recuire les moules de terre. q y Marmites placées dans ce hangard mais qui n’ont pas encore été couvertes de charbon.
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- DES FOURNEAUX. Bas de la Planche.
- Le bas de la Planche eft principalement employé à faire voir en quoi les fourneaux où Ton coule de la fonte en moule different de ceux où on la coule -Amplement en gueufo.
- La Figure iere eft le devant du fourneau pris depuis la dame jufqu à la hauteur A du profil (fig. 3 ).
- La Figure 2 eft un plan de ce fourneau.
- La Figure 3 eft un profil d'une partie de fa hauteur.
- Nota. Les mêmes lettres marquent les mêmes parties quand les unes & les autres fe trouvent dans ces $ figures^
- A A B B , Le devant du fourneau.
- C 9 (fig. 1 & 3 ) Le mur qui eft au-deffus de l'endroit par où vient la fonte.
- D D, ( fig. r ) La dame qui eft plus longue en ces fortes de fourneaux que dans les autres.
- F, (fig. 1 ô a) Endroit par où on fait couler la fonte, quand on veut la mouler en gueufo.
- F, ( fig. 2 ) Moule d'une gueufo.
- G y Endroit où on puifo la fonte avec les cuillers. *
- H y Mur fous lequel paffe la fonte pour fo rendre dans f endroit où otf la puifo.
- I y L'intérieur du fourneau.
- Z, Rabot avec lequel on attife le feu de charbon dans les mouleries où l'on fait fécher les moules. ‘
- M y Autre outil pour attifer le feu dans les rôtifTeries. *
- N y Cuiller à couler la fonte. * ^ V?........
- J i,- 5 - - V--
- O P y Banc à qui deux pieds manquent en Pc{ c'eft fur lebput O qu’on râpe les marmites. , :
- Q y Marmite furie banc* * . • '
- m ~r\
- ie y Râpe.
- S y Outil pour caffer les moules de terre* *
- Les Figures 4/5 & 6 regardent le travail du Mouleur en terre teprêfentë idans la Planche précédente* Elles donnent des plans & des profils dê'fon établi vu en perfpeétive.
- La Figure 4 eft le profil ou coupe verticale de l'établi qui fort à deux Ouvriers , * prife félon là longueur.
- La Figure y^eftle profil ou coupe verticale de cét établi, prife foivant fa largeur*
- La Figure 6 eft le plan du même établi ; 7, 8 font les endroits où tra-' vaillent deux Ouvriers. Ges 'figures comparées avec celles de la Planche précédente, ne demandent aucune explication/
- Fourneaux* %
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- DES F O U R NE A UX
- §. I.
- Moulage dyune Marmite*
- Le moule du corps d’une marmite eft compofé de trois parties ; l’inté-rieur ou le noyau autour duquel doit s’arranger le métal ; l’elpac.e que doit occuper le métal, 8c l’enveloppe ou la chape qui doit retenir le métal dans une telle dimenfion. Le noyau 8c la chape le forment avec de la terre qui fe lie 8c durcit bien ; & la partie que le métal doit occuper ie fait avec une terre moins grade, afin qu’elle fe détache plus aifément, à quoi contribue l’eau de craie qu’on emploie , comme nous le verrons. On donne la derniere précifion à toutes ces parties par le moyen des échantillons , 8c nous avons vu qu’un échantillon eft un bout de planche entaillé, comme on veut que foie la pièce qu’on lui préfente ; ce qui fe fait d’autant plus aifément que, par le moyen d’une manivelle, on la fait tourner contre l’échantillon.
- Il eft inutile d’avertir que, pour qu’un attelier puiffè donner un grand nombre d’ouvrages, il faut plufieurs Ouvriers avec différents degrés d’intelligence ; il faut d’ailleurs que les matières ne manquent pas. Quoique la defeription des Planches puifle fuffire, pour plus d’exaélitude, nous allons détailler brièvement chaque partie.
- Du Noyau. 1
- La terre préparée 8c la torche de paille filée , un Ouvrier prend l’arbre, l’arrange dans la place qui lui eft deftinée à fon établi, comme on le voit PL X y fig. 2 & 3. U attache fur leyplus épais de l’arbre le bout de la torche, 8c par le moyen de la manivelle , fait tourner cet arbre qui le couvre de torche proportionnellement à l'échantillon, comme on le voit en M N ( bas de la Planche ). Sur cette torche l’Ouvrier met de la terre pétrie , du volume 8c de la figure que réglé l’échantillon O O* Cette partie finie, on la porte à la rôtiflerie pour fécher ; féchée, on la couvre de craie au moyen d’une eau qui en eft chargée, & on la laifle encore fécher.
- On peut remarquer que la torche de paille rend plufieurs fèrvices : 2°, elle épargne la quantité de terre, qui feche d’autant plus aifément , qu’elle eft en moindre épaiffeur ; 20, elle donne la facilité de retirer ,1’arbre.
- De Vefpace que doit occuper le MétaL
- Le noyau enduit d’une eau de craie fe couvre d’une couche de terre moins gralfe, dont l’épaifleur eft réglée par un deuxieme échantillon ; pn feche, on met une eau de craie.
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- DES F 0 U R N E AUX»
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- De la Chape.
- La chape fè fait de même par une certaine épaifleur de terre dont on couvre cette fécondé couche* Cette épaiiïeur eft toujours réglée par un échantillon. L'Ouvrier marque fur la chape* l'endroit des pieds * des an-’ iès * & celui dans lequel on la fendra avec un couteau pour ôter la fécondé couche de terre.
- Des Anfes.
- Le moule feché* un Ouvrier y applique le moule des anfes préparé par le moyen des morceaux de bois autour defquels on arrange de la terre* comme le montrent affez les figures x, y, bas de la Planche X ), Le moule des anfes tient à la chape par un enduit d'argiile. On laiiTe fécher.
- Maniéré de tirer VArbre ôC la Torche.
- Le tout féché, un Ouvrier frappe avec un maillet de bois fur le bout de l'arbre qui eft du plus petit volume * ce qui le fait fortir ; mais il ne peut fortir qu'il n'amene en même temps la partie de la torche qui eft .clouée fur le gros bout qui fort le premier. On achevé aifément de tirer la torche* & dans cet état on porte le moule fur des Planches où il feche doucement * en attendant une quantité convenable au produit du fourneau»
- De Vefpace du Métal, des Pieds SC des Coulées.
- Un Ouvrier place le moule fur fon établi ; avec le couteau * il achevé de fendre la chape fuivant la ligne qui a été tracée * & qui ne doit paffer ni dans les anfes ni dans les pieds. La chape fendue * les deux morceaux fe détachent aifément de la fécondé couche * à caufe du léger enduit de craie qu'on lui a donné. On enleve enfuite cette fécondé couche qui fe détache auffi très-aifément du noyau ; de-là il eft aifé de voir que fi on ap-i proche les deux pièces de la chape autour du noyau ; il reftera un vuide proportionné à l'épaiSeur & à la forme de la fécondé couche enlevée. Mais avant que de rapprocher ces pièces * on place les moules des pieds préparés d'avance. On les fixe avec de l'argille ; on bouche auffi la partie du trou que l'arbre a laiffé à la partie inférieure du noyau.
- Les pieds placés * on rapproche les deux parties de la chape * qu'on tient également éloignées du noyau * par l'interpofition de quelques balles de plomb * du diamètre que doit avoir le vuide qui entoure le noyau. La fente que le couteau a fait fe recouvre d'argiile * afin que les pièces tiennent enfembie. On place les coulées préparées fur leur modèle. On fait fécher.
- Du Moulage.
- Plusieurs moules en cet état fe portent au fourneau ( PL XI); on les
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- SS DES FO V R N E AUX.
- enterre dans le fable , comme on le voit en HL Les coulées étant plus longues que les pieds , il n'y a qu'elles qui débordent au-deflus du fable. Les figures 2 , 3,4 , montrent la maniéré de puifer la fonte dans le fourneau 8c de la verfer dans les coulées. Les autres figures montrent comment on tire du fable les pièces ; comment on cafte la chape : on les porte enffiite à l'attelier deftiné à les réparer , ce qui fe fait avec des râpes 8c d'autres outils appropriés à l'intention de l'Ouvrier. 4
- Article IV,
- Moulage en Sable.
- I l y a des chofes fi communes qu'on ne fe donne plus la peine de remarquer l'intelligence 8c l'adrefle qu'il a fallu pour les imaginer & les mettre en pratique. Le moulage en fable eft de cette efpece. Il nous procure en un inftant des pièces , qui avec la terre , demandent , comme nous l'avons vu, beaucoup de temps , 8c beaucoup de dépenfo. S'il s’agit d'une marmite, l'objet eft de la mettre dans une certaine quantité de fable contenue 8c ferrée dans un chaffis , 8c d'enlever enfuite cette marmite làns déranger le fable , ce qui revient à laiffer un vuide dans du fable enfermé dans un .chaffis, & que ce vuide foit en tout femblable à la piece qu’on a retirée. Le point, comme on le voit, n'eft pas d'enfermer un modèle dans le fable ; mais la queftion eft de l'en tirer fins troubler la forme de la matière qui l'enveloppe. Cette difficulté s'évanouira à melure qu'on con-fultera la Planche qui a rapport à ce travail.
- PLANCHE XIL
- A A , Planche à mouler.
- B C D y Chaffis à mouler ; B y B > les trous des goujons ou des guides ; C y un des portants ; D , la coulifîè.
- E y Le chafîis à mouler pofé fur la planche à mouler F.
- G y Chaffis fur la planche à mouler dans lequel a été mis le moule de la marmite renverfé H. On y voit les ouvertures des pieds ; Gy marque auffi ' une des coulifles du chaffis.
- Iy Le moule de la marmite. Près de I font les trous d'une des anfes.
- K K K y eft le plan de ce moule, & ces trois lettres marquent les trois ouvertures des pieds.
- L , eft le même chaffis G, ou la marmite eft recouverte delàble.1
- MMMy Le même chaffis dont on a ôté du fable en M MM poui; mettre les pieds delà marmite.
- Jri y Patin,
- O, Pied.
- P
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- DES FOURNEAUX,
- P fait voir le moule du jet & la place des trois patins;
- Q, Le moule du jet qui efl: un fimple morceau de bois arrondi pat def* fous comme le fond du modèle.
- R RS S, Faufle piece de deflîis dont R R marquent lés gbüjbrts ; en S S doivent être les anneaux qui reçoivent les crochets de la fauflfe piecé de deflous*
- TVYX , Coupe qui montre comment la marmite V efl: renverfée fur la planche à mouler T, la fauife piece de deflliS Y Y > & le jet X.
- Z Z, efl: la figure TVY en perfpeélive. La faufle piece de deflfus efl: remplie de fable ; le moule du jet efl: entièrement enterré.
- abc efl le chaflïs des figures précédentes 3 renverfé ; a efl la faillie piece de deflfus vue endeflfous; c, la marmite qui a la gueule en haut.
- d ef efl: une coupe du moule dé la marmite qui montre la pofition des deux pièces qui fervent à mouler uné des anfes.
- g h, Le moule de la partie inférieure de Fanfe ; g -3 la partie qui refte dans la marmite ; h 3 celle qui moule la courbure de fanfe*
- ik3 Moule de la partie fîipérieure de fanfe ; k fert pour la mouler ; i refte dans la marmite y & fert feulement à retirer cette piece.
- Il mn 9 Fauflfe piece de deflfous qui va fe mettre deflus ; mp les languettes ou tringles qui s'emboîtent dans les couliflfes d'un chaflîs ; n n y crochets qui s’arrêtent dans les crampons du chaflîs de deflus*
- o y La faufle piece II mife fur le chaflîs ; p marque l’endroit où le crampon n s’accroche*
- q r s 9 Le chaflîs & faufle piece qui a été retournée après que la marmite a été entièrement recouverte de fable ; r efl: la fauflfe piete de deflfus ; s 3 la fauflfe piece de deflfous qui efl: la même que la piece o de la figure précédente ; q y ouverture du jet un peu aggrandie, parce que fes arrêtes ont été abattues.
- u u y Faufle piece de deflfus avec partie du moule du jet ènlevée. x x y Endroit d’ou a été enlevée la fauflfe piece de deflfus u ; on y voit auflî la place du jet d’où le moule a été retiré.
- £ £ * Fauflfe piece de deflous fur laquelle efl: le noyau y de la marmite , après que le chaflîs x x a été enlevé.
- 1 y Cuiller à réparer le noyau.
- 2 y Marmite moulée à laquelle le jét tient encore*
- 3,3 y Marmite à laquelle le jet a été ôté. .
- 4 , Cuillér à mouler.
- 5 3 Manche pour couvrir le bras du Mouleur.
- 6 y Couteau à parer.
- 7> Le Seeoueur.
- 8 y Râpe pour réparer.
- Fourneaux. Z
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- 9o DES FOURNEAUX,
- 9, Réglé du Mouleur.
- ïo, Sac pour la pouffiere de charbon.
- ii, Bouchon de laine pour les anfes.
- 12 , Houifoir.
- 13 , Tire-laine qui eft au bout du houfloir.
- 14 y Batte ronde.
- if y Batte à anfe.
- 16 y La pofe-par-tout, ou Batte-plate.
- 17, 19 , Battes quarrées.
- 18, Marteau.
- 20, Pelle de bois.
- 21, Le fàs.
- Moulage*
- Un attelier fourni fiiflîfamrnent de toutes les pièces que nous venons dë voir, du nombre de Sableurs, de fable qui doit être gras 8c fiir, connu fous le nom de Sable des Fondeurs , d’un Menuifier pour raccommoder les chaflis : il efl: aifé de fentir combien l’opération du moulage doit être prompte , & que pour réuiîîr, il ne faut que l’exactitude dans le rapport des pièces à mouler & des chaflîs ; ce travail va fi vite pour une petite piece quelle fe voit peut-être moulée en moins de temps que nous ne l’aurons décrit!1
- Un Sableur qui veut faire le moule d’une marmite , ayant, pour plus grande commodité , fur fon banc , fon fable tamifé y humecté 8c bien remué , place la planche A A y & lui donne un coup de houlfoir pour qu’il n’y ait aucune ordure ou partie de fable. Il place fur la planche le chaflîs G y 8c au milieu du chaiïîs le modèle H qui doit être renverfé. Remarquez que le chaflis G doit être exactement de la même hauteur que le corps de la marmite & les pieds qu’on placera enfuite. -,
- Le modèle H renverfé dans le milieu du chaflis G, l’Ouvrier met petit-à petit du fable tout autour, & le confolide en le frappant avec fes battes; Le fable étant à la hauteur de la marmite, il place fur le fond la coulée, comme on le voit en P, & continue à mettre & battre du fable autour jufqu’à ce que le chaflis en foit rempli.
- Le chaflis entièrement rempli de fable battu, comme on le voit en MM, l’Ouvrier ouvre le fable dans les endroits ou doivent être les pieds, & qui font marqués fur le modèle. Ces endroits découverts, il y préfente les modèles O de la monture du pied, bat du fable autour , & place enfin le modèle du patin au bout de la monture de chaque pied. Il continue à mettre 8c battre du fable jufqu’à la hauteur des bords du chaflîs ; avec fa réglé , il fait tomber tout le fable excédent, & foupoudre de blanc. Nous dirons après ce que c’eft que le blanc. Maintenant il fuffira de lavoir qu’il empêche cette partie de fable de fe lier avec celle qu’on doit mettre deffus.
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- DES FOURNEAUX. ^
- Le chaflîs rempli de fable contient donc le corps de la marmite avec les differentes pièces ^des pieds qui n’excedent pas la hauteur du chalîîs. Il n'y a que la coulée qui déborde, comme on le voit en P.
- Sur ce chalîîs P ainlî préparé, l'Ouvrier place la fauffe piece lm h, dont les boulons fe rapatronnent exactement dans les trous pratiqués au chalîîs> ainlî qu’ on le voit : on met dans la rainure la partie m , & on accroche la partie n. Il efl; aile de fentir que toutes ces précautions ne font que pour que la fauffe piece Imn ne puiffe point être dérangée quand elle fera placée fur le chalîîs P.
- On met du fable dans cette faulîe piece ; on le bat ; on l’évafe avec la réglé , & alors on ne voit plus que fable, & au milieu le moule de la coulée , comme le fait voir.
- On renverfe alors le chalîîs , comme le montre a h c, & par - là la gueule de la marmite efl: en haut. On voit les trous percés dans le modèle pour former les anfes. Pour cela l’Ouvrier y fait entrer les modèles g, h, z, k, comme on le voit en d e f, & retire enfuite les modèles dont il bouche l’entrée avec des tampons de laine , puis foupoudre de blanc la partie de fable qui efl: autour de la marmite ; il accroche une fécondé faulfe piece , comme on le voit en Z? , & emplit de fable tant l’intérieur de la marmite que la fauffe piece, ayant toujours foin de battre le fable , puis il paffe la réglé.
- Nous avons donc actuellement un chalîîs rempli avec une fauffe piece à chacune de fes extrémités. Celle de deffous dans l’état actuel portant la coulée.
- L’Ouvrier renverfe le chalîîs, & alors la fauffe piece qui fe trouve defïous* porte le noyau, ou le fable qui a été mis dans le vuide du modèle. Il décroche cette fauffe piece ; & foulevant le chalîîs, on voit le noyau à découvert en .Cette partie £ s’efl: féparée du fable quelle recouvroit, à caufe du blanc dont on l’avoit foupoudré. Il n efl: plus queftion à préfent que de retirer les différentes pièces que nous venons d’enfermer.
- Pour tirer le modèle du corps de la marmite dans le chalîîs, l’Ouvrier avec le crochet du houffoir tire des bords, les tampons de laine qui fer-moient les entrées des anfes ; 8c frappant enfuite quelques petits coups contre le modèle, il le détache fort aifément quand il efl bien en dépouille. Etre en dépouille, pour un modèle , c’efl: quitter aifément le fable , ce qui fuppofe une forme convenable, & une matière dure & polie. Le modèle ne peut pas être ôté que les montures des pieds ne fuivent, par la rai-fon qu’elles font plus larges vers la marmite. Il répare alors avec fes cuillers & fon couteau ce qui le demande -, fecoue de la poudre de charbon tant fur le noyau que fur la partie qui doit le recouvrir, & remet enfuite le chafîîs fur la fauffe piece qui porte le noyau* Cette partie bien accroçhée, il
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- décroche la fauffe piece qui porte la coulée „ la fouleve ; mais il ne peut pas la foulever que la coulée ne füive , puifque par là forme elle eft plus étroite vers le fond de la marmite. Les modèles des patins font alors à découvert , & fortent d’autant plus facilement quils font plus larges en dehors. On répare , on foupoudre de charbon, enfuite on remet & on accroche la faufTe piece qui porte l’empreinte de la coulée , & le moule eft fini > comme on le voit en qr> puifqu’ilne refte que le vuide des pièces.
- On porte le moule en cet état proche le devant du fourneau pour l’emplir de fonte , lorfqu’il y en aura un nombre fuffifànt, & que le fourneau fera difpofé à fournir une matière convenable.
- Il y a, comme on le voit, aux différents chaflis des poignées, pour que l’Ouvrier puiffe les tourner commodément. Quand les pièces font con-fidérables, ils fe mettent plusieurs pour les travailler.
- Le couvercle fè moule dans un chaflis de deux pièces rapprochées. L’intérieur du couvercle porte la coulée. L’anneau fe perce avec deux morceaux de bois arrondis, & qu’on fait rencontrer ; en retirant ces morceaux de bois 3 le vuide refte.
- Il faut que devant la dame il y ait affez d’efpace pour y faire entref & mouvoir la poche qui peut porter 40 à yo liv. Le bouchage ne fe perce que les Fêtes &Dimanches, jours de repos pour les Sableurs.Tout ce qui fe trouve de pièces manquées & de bavures fe portent à la forge pour être converties en fer.
- La facilité d’ajouter des pièces aux chaflis, fait voir celle d’exécuter différents modèles. Si, par exemple, on vouloit mouler une marmite à gros ventre , la feule infpeélion fait voir qu’il ne dépendroit que d’un corps de marmite &d’un corps de chaflis féparés dans le plus grand diamètre du ventre, &c.
- Coulage.
- Quand les Ouvriers ont une quantité de moules, relative à la fonte qui eft dans l’ouvrage, ils enduifent leurs poches d’argille pétrie avec de la fiente de cheval, pour que la fonte ne s’y attache pas, & ils les font chauffer. La p'oche 4 eft compofee ordinairement d’un manche de fer que le Sa-bleur enveloppe de deux morceaux de bois excavés & arrêtés par un anneau de fers Lorfqu’ôn eft prêt de couler, le Sableur met à fon bras gauche le manche y, SC va par le deffus de la dame , puifer de la fonte dans l’ouvrage. La poche appuyée fur le bras gauche, tenue & tournée par la main droite, il verfe la fonte dans la coulée des moules. Comme il faut que les pièces foient faites d’un feul jet, quand elles font confidérables, pendant qu’un Sableur coule , les autres entretiennent le métal dans là poche , en y verfànt les leurs.
- Le fable fe foutient à merveille dans ce travail quand il eft gras , huftieéîé à propos & bien battu. Il faut que le Fondeur entretienne fa fonte, toujours
- tr^s-
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- très-coulante, fans quoi elle feroit manquer les pièces , ou les rendfôic défeélueufes.
- On fait des marmites de toutes fortes d'échantillons de deux livres juf quà trente, & des chaudières jufqu'à cinquante livres. On fait même dans le befoin de plus grolfes pièces. Le poids eft ordinairement marqué fur la pièce, & leur nom vient de ce poids. On les appelle des Marmites de 4. ^ de io , &c.
- Quatre Sableurs peuvent fervir un fourneau qui produiroit environ deux mille à deux mille cinq cents livres de fonte en 24 heures.
- Au fortir de ce chaffis , on caife la coulée & les bavures ? & on achevé de perfectionner les pièces avec des marteaux acérés 8c tranchants , des râpes , & c. Les râpes font des morceaux de fonte coulés avec des entailles , en les pafïànt fur les pièces, elles en détachent le fable & quelques parties de métal. Ce fable eft ce qu'on appelle le Blanc pour foupoudrer. Les Ouvriers font payés à la piece , tant par douze de chaque échantillon, quelquefois au poids. Les droits du Roi fe payent dans les endroits de mar: que, ou à la fortie de la Province comme fontes ouvrées.
- s
- AVERTISSEMENT.
- M. DUHAMEL , de l’Académie Royale des Sciences, qui, plus que per-fonne, a contribué par fon %ele à Vouvrage de la Defcription des Arts que le Public paroît recevoir avec emprejfement ; non-content de Vavoir enrichi de la Defcription de plujleurs Arts particuliers qui ont déjà paru , a bien voulu communiquer ce qu'il avoit dans fes porte-feuilles fur des Arts départis a d'autres Académiciens. Il nous a remis la partie du Moulage en fable que ton va lire : on reconnoîtra au détail, a Vexactitude & a laprécijîon dans la maniéré de rendre les procédés , la main qui y a travaillé. Les De feins des Planches qui y ont rapport & qui font les XIII, XIV, XV , font de lui ; & comme nous n avions trouvé dans les portefeuilles de M, de Réaumur qu une feule Planche beaucoup moins détaillée fur cet objet , les Libraires n ont pas héfité de faire la dépenfe d'une nouvelle gravure, pour donner de plus en plus au Public , lieu £être content de texactitude quils apportent à l'exécution de l'Ouvrage qu'ils ont entrepris.
- On avoit déjà imprime ce qui ef dit ci-devant fur le Moulage en terre, lorf-que M, Duhamel nous a encore envoyé un article fur ce meme Moulage. Nous le donnons tel qu'il nous a été remis.
- A a
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- Maniéré de mouler les Marmites de fonte de fer.
- Voyei Planches XIII, XIVt SC XV.
- O moule les ouvrages ou en fable ou en terre, c eft-à-dire , quon fait les moules où Ton doit couler le métal, foit avec du fable, foit avec de
- la terre : nous allons fuivre en particulier ces deux pratiques.
- é
- De la façon de mouler en fable.
- Il faut d’abord fe procurer un fable fin & gras : fin, pour que lafu-perficie des ouvrages qu’on jettera en moule foit unie ; 8c comme il efl: rare de trouver du fable fin qui ne foit pas mêlé de cailloux , de pierres, ou de gros grains de fable, il faut pafler ce fable par un tamis de crin aifez fin
- 0%-3)- ‘
- Il efl: évident que fi Ton vouloir faire des moules avec un fàblon très-coulant, comme feroit du grès pilé , ou le fablon blanc qu’on em-' ploie à Paris pour écurer la vaiflelle , le moule n’auroit aucun foutien ; il faut donc que le fable foit un peu gras ; il faut que les grains adhèrent un peu les uns aux autres ; il faut que, quand on le preffe, il fafle corps, qu’il fe foutienne , & qu’il puifle conferver la forme qu’on lui aura donnée. On trouve aux environs de Paris un fable jaune qui a ces qualités, 8c que les Fondeurs en cuivre emploient pour faire leurs moules. *
- Il efl; encore à propos d’avoir du frafil qui efl: de la poufïïere de charbon pilé 8c tamifé, ou celle qu’on trouve attachée aux murs & à la voûte du travail des grands fourneaux : on verra dans la fuite les circonftances où l’on en fait ufàge.
- On met fur la table à mouler ou table aux Mouleurs , qui a douze à quinze pieds de longueur., large de quatre pieds, 8c élevée de terre d’un pied & demi , des tas de fable tamifé , & encore la planche à mouler 9 qui doit faire en quelque façon la fondation de l’Ouvrage. On voit (fig. 4 ) a a, l’épaifleur de cette planche ; bb > les barres qui font clouées deflous ; c c, l’étendue de cette planche vue par deflous ; d d > les barres b b dont on vient de parler.
- Le Mouleur pofe fur cette planche (fig. 4 ) & bien quarrément un fort chaflis de bois , dont on voit le plan fig. f ; & ïon apperçoit que les planches a a font fortifiées dans le fens horizontal, par des équerres de fer bb9 8c dans le fens vertical par des barres de bois, dont on ne voit que l’épaiC feur en eee ; enfin ddfont des oreilles ou posants qui fervent à manier le chaflis ; e e font des couliffes dont nous parlerons dans la fuite.
- La figure 6 repréfente l’élévation du chaflis dont on vient de voir le plan ; on Ta repréfenté du côté d’un des portants ; a a, les planches qui forment le chaflis : on voit ici qu’elles font aflemblées à queue d aronde, 8ç
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- qu’elles ont une hauteur & une largeur proportionnée à la grandeur des marmites. Indépendamment de l’affemblage des planches à queue d’aronde* elles font, comme nous l’avons dit, liées par des équerres b , b , & par les barres c, c : on voit en d la forme des portants qui font fermement attachés au chaffis par deux fortes chevilles.
- La figure 7 repréfente l’élévation du même chaffis vu du côté des couliiïes ee de la ‘figure y ;a, a, les planches qui forment le chaffis, affemblées à queue d’aronde ; b b, les équerres de fer: cc, les barres de bois & une des coulilfes.
- On voit aux figures 8 & 9 , comment ce chaffis eft pofé bien quarré-ment fur la planche à mouler (fig. 4 ) ; 8c on conçoit qu’il doit fervir à retenir le fable qui formera le moule.
- Le Mouleur met dans ce chaffis , & place bien dans le milieu le modèle de la marmite. Ce modèle (fîg. 10 & 11 ) eft une marmite de cuivre jaune, fondue bien régulièrement, & à laquelle on a donné l’épailfeur qu’on fe pro-pofe de donner à celle que Ton doit fondre enfer; c’eft ordinairement une ligne & demie»
- La figure 10 repréfente donc le plan du modèle ou de la marmite de cuivre fondu , vue par deflùs; a , æ , les bords ; b, le fond ; c, c, ouvertures qui font aux endroits où doivent être les pieds de la marmite ; car ce modèle n’en a point ; on en appercevra la raifon dans la fuite : d> d, échancrures faites aux endroits où doivent être les anfes ; car il n’y en a pas non plus au modèle.
- La figure 11 reprëfente le même modèle de cuivre jaune pofé fur fon fond ; ay a , les bords ; b y le fond; c, un des trous pour placer les pieds; d y les trous pour recevoir les anfes. u\
- Maintenant qu’on doit avoir une idée du modèle, il faut s’imaginer qu’il eft placé fur la planche à mouler, & dans le chaffis ; le fond tourné, en haut, 8c les bords appuyés fur la planche > & tourné de façon que les trous d ( fig. 10 & 11 ) où doivent être les anfes, regardent les angles du chaffis. On en conçoit la raifon; comme la marmite doit être ronde, & que le chaffis eft quarré, il refte nécellàirement plus d’efpace qu’il n’en faut vis-à-vis les angles pour loger les anfes , au lieu qu’il faudroit augmenter la grandeur du chaffis, fi l’on mettoit les anfes vis-à-vis quelques-unes de fes faces.
- Lafigure 8 , repréfente la planche à mouler A A; le chaffis £ £ pofé deffus , & le modèle en place dans fon intérieur; a, a , les bords du modèle q,ui pofent fur la planche ; b> fon fond qui eft en haut ; c, c , les trous pour les pieds; d, d, les trous pour les anfes.
- La figure 9 repréfente la même chofe vue en hauteur ; A A, la planche à mouler ; £ £} le chaffis ; le modèle eft dans l’intérieur ; a , u, les bords qui pofent immédiatement fur la planche A A ; b } le fond qui eft tourné
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- en haut; les pieds c ne devroient pas y être, mais feulement les trous pour les recevoir.
- Tout étant ainfi difpofé, le Mouleur remplit avec du fable le vuide qui eft entre le modèle & le chaffis ; cet efpace eft marqué/dans les figures 8 & 9# On met le fable peu-à- peu , on le comprime à meftire, & on le bat avec le pafje-par-tout {fig. 16 ) , jufqu’à la hanche de la marmite, marquée par la ligne g g {fig. 9). Dans les angles, on comprime le fable avec une elpece de pilon qu’on nomme Batte-ronde {fig. 18 ) ; la partie A repréfente le bout de cette batte. On continue à ajouter du fable jufqu’au haut du corps du chaffis , ayant l’attention de le comprimer peu-à-peu avec la B atte-quarrée {fig* 19 ) : de cette façon la marmite fe trouve entièrement enterrée, au moins à trois reprifes : en premier lieu jufqu’à la hanche ; enfuite jufqu’au haut du fond b, 8c enfin jufqu’au bord du chaffis.
- - On fe rappellera que le modèle de cuivre jaune n’a point de pieds , qu’il y a feulement des trous c pour les recevoir ; fi on laiftoit le moule en cet état, la marmite n’auroit point de pieds : voici comme on les y ajoute.
- On fouille dans le fable aux endroits où doivent être les pieds , pour découvrir les trous c {fig. 8 ) ; l’Ouvrier prend les modèles des pieds {fig. 2 i ) , 8c il les met en place en faifànt entrer le tenon a { fig. 21 ) dans le trou c ( fig. 8 ) : il pofè fur le tenon b {fig. 21 ) le patin e {fig. 22 ) : les modèles du pied 8c du patin font de fer fondu.
- On enfàble bien c es pieds & ces patins; 8c on taife le fable avec le manche de la batte quarrée {fig. 16 ).
- Quand les pieds ont été bien enfàblés, on met en place le jet : c’eft une piece de bois en forme de coin a b cd ; fon épaiifeur en c d eft marquée en e, & fon épaiifeur ena b te voit enf ; car efieü la coupe de la piece abci par la ligne g h ; le côté a b eft courbe, parce qu’il s’ajufte à la courbure du fond b de la marmite {fig. 9 )•
- On fouille le fable pour mettre en place le modèle du jet a b c d , de maniéré que le côté le plus mince a b foit au milieu de la fuperficie convexe du fond du modèle de cuivre, parallèlement à la face du chaffis qui eft tournée du côté du Mouleur : D E {fig. 9 ) repréfente le modèle du jet mis en place fur le fond du modèle de la marmite a cb c a: on enfàble cette piece, 8c on taife le fable avec la Batte-à-anfie (fig. 2j* ) ; le Mouleur ajoute encore du fable plus haut que les bords du chaifis , & il le taffeavec la batte-ronde, 8c autour du jet avec le bout du manche de cette batte ; puis pofant la réglé {fig. 26) fur les bords du chaffis, il retranche le fable qui excede ce chaffis ; & il emporte avec le- couteau à parer {fig. 27) celui qui eft auprès du jet: par cette opération > il découvre les patins des pieds qui doivent être à cette hauteur, 8c le deffus du chaffis fe montre comme il eft repréfenté par la figure 28 ; aaa, les patins ; bb fie jet; cccc, le fable bien tafle. Il
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- DES FOURNEAUX, - 9?
- Il eft queftion enfuite de mettre une hauffe fur les bords du chaflis : les Mouleurs la nomment Faujje piece du defjiis ; on la voit repréfentée en G G (figm9)l la figure 32 repréfente le plan de cette haufte ou faufle pièce* Sc la figure 33 en repréfente l’épaifleur ou l’élévation. Pour mettre la haufle en place, on vuide le fable qui eft entré dans les trous HH {fig* 8 ) qui font fur les rebords du chaflis , avec une gouge ( fig. 31)? afin que les gougeons 1 de la faufle piece ( fig. 32 & 33 ) puiflent entrer dans les trous H du bord du chaflis {fig. 9 ).
- En faifimt entrer les gougeons dans les trous , on pofe la faufle piece dont nous venons de parler fur le bord du chaflis , ainfi qu’on le voit en
- GG {fig-9)'
- Le Mouleur prend enfuite un fàc de crin dans lequel il y a de la poudre de charbon ( fig. 34 ) , Sc qu’on nomme pour cette raifon Sac au firaififi Sc le fecouant fur le fable qui eft dans le chaflis, il le fàupoudre de ce charbon, pour empêcher que le fable qu’il ajoutera dans la faufle piece ne fe joigne à celui qui eft dans le chaflis ; ce fable couvert de poudre de charbon eft repréfenté dans la figure 28. -
- U met du fable fur cette couche de fraifii ; il le tafle avec le bout de la batte ronde ; & quand la faufle piece eft remplie de fable bien tafle, il en bat & en racle la fuperficie avec la réglé (fig. 26 ) pour que le fable fe trouve au niveau du bord fupérieur de la faufle piece. Alors il renverfe à la fois fens deflus deflous le chaflis Sc la faufle piece de defliis , de forte que cette faufle piece repofe fur la planche à mouler. Alors la marmite fe trouve avoir la gueule en haut , & le fond Sc les pieds ‘font en en bas ; le plan en eft repréfenté par la figure 3y ; & l’on en peut prendre une idée jufte en renverfant la figure 9 , de forte que les bords G G portent fur la planchera mouler.
- Les Mouleurs fe fervent plufieurs fois du même fable , qu’ils rebatent Sc qu’ils paflent au tamis ; mais pour remplir l’intérieur du modèle de cuivre , ils commencent par mettre au fond environ l’épaifleur de deux pouces de fable neu fq ui réfifte mieux à la fonte qui tombe d’abord fur cette partie qui eft immédiatement au-deflousd u jet.
- Avant de remplir entièrement le modèle , le Mouleur fouille le fable pour découvrir les trous des anfes K {fig» 9) ; il place les modèles du deflus Sc du deflous des anfes {fig. 36 & 37 ), comme on le voit en élévation AB (fig. 38 ) , & en plan ( fig. 35): les modèles étant mis en place , il les recouvre de fable qu’il tafle en frappant avec la batte quarrée, la batte à anfe Sc le manche du marteau {fig» 39) ; il bat auffi fur les bords du modèle avec la batte à anfe, pour que les bords de la marmite foient bien unis dans tout leur pourtour.
- Après que le fable a été ainfi bien affermi, le Mouleur retire les modèles Fourneaux. B b
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- des anfes par le dedans du modèle de cuivre, celui de deffous le premier, en fuivant fa courbure , & il tire enfuite celui de deffus tout droit : fur le champ il met > par le dedans du modèlede petits tampons de laine dans chacun des quatre trous des anfes, pour empêcher qu'ils ne fe remplirent de fable.
- Quand le moule des anfes eft formé, on met en place la hauffe ou la fauffe pièce de delfous, dont le plan eft repréfenté f fig. 40 ) ; a > a , les quatre pièces de côté ; b, b > les gougeons qui doivent entrer dans les trous du bord du chaffis ; c , ,c 9 les crochets dont on dira l'ufàge dans un inftant. La figure 41 repréfente l'élévationde cette fauffe piece de defi-fous ; d d eft un des côtés dont on voit l'épaiffeur , & l'on apperçoit qu'il effi affemblé à queue d'aronde avec les autres côtés ; b yb> les gougeons qui entrent dans les trous du chaffis ; e f, l'épaiffeur de deux planches verticales qui entrent dans les couliffes e e de la figure y, ou d d de la figure 7. 1
- La figure 42 repréfente la même ehofe ; d d eft un des côtés de la fauffe piece; e f, la piece qui entre à couliffe ; g, crochet qui fert à joindre, par le moyen de la piece à couliffe, la fauffe piece de deffous avec la fauffe piece de deffus.
- La figure 43 repréfente toutes les pièces raflemblées ; a a , la planche à mouler ; b, b> les barres qui font clouées deffous ; dd9 la fauffe piece de deflbus; cc? la fauffe piece de deflus; efi, la piece àcoulifle; g> le crochet qui la joint à la faufle piece de deflus ; h h, le chaffis garni de fes barres & de fes * équerres ; i , les portants.
- Le chaffis compofé de trois pièces étant monté , comme nous venons de l'expliquer ; le Mouleur fàupoudre une fécondé fois avec du fraifil ; puis il remplit de fable toute la concavité delà marmite de cuivre, & il foule le fable avec la batte ronde tout autour & en dedans : il remet du fable jufqu'à la hauteur de la fauffe piece de deffous, & le comprime encore avec la batte ronde : il ajoute du fable beaucoup plus haut que les bords de la fauffe piece ; il le comprime avec les mains ; puis il bat encore avec la batte ronde ; il frappe en tout fens avec le côté de cette même batte ; il racle avec la réglé le fable qui excede la fauffe piece ; enfin il fait avec la main huit petits tas de fable épais d'un pouce, aux angles , Sc au milieu des faces de la fauffe piece.
- Tout étant ainfi difpofé, il retourne le chaffis & les fauffes pièces fens deflus deffous fur la planche à mouler, pour pofer la fauffe piece de deffous , comme on le voit figure 43, où la fauffe piece du deffous d d y eft immédiatement pofée fur la planche à mouler a a ; on voit fur la face de la fauffe piece cc ( fig. 43 ) le jet b b (fig. 28 ).
- Le Mouleur taffe encore le fable tout autour du jet avec la batte ronde ;
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- il tape auffi en tout fens avec la réglé; Sc enfuite il racle pour emporter le fable qui excede la fauifo piece c c ( fig. 43 ) avec le couteau à parer ( fig. 27 ). Il découvre le jet il tranche les arrêtes de fable tout autour? du jet, & forme un chanfrein pour faciliter le paffage de la fonte ; enfuite il retire le modèle du jet qui eft repréfenté figure 23.
- Il s'agit maintenant de démonter les différentes pièces du moule pour retirer le modelé dé cuivre qui occupe la place où doit couler le métal.
- Et pour cela; i°* le Fondeur ouvre les crochets g ( fig. 43 ), puis il enleve la fauffe piece cc &le fable qu'elle contient ; il fouffle dans la cavité du jet pour la nettoyer 3 & il met cette piecé fur la table à côté de lui.
- Nota , Que le fable contenu dans cette piece fe fépare de celui qui eft dans le chaffis , à caufo du fraifil dont il à faupôudré le fable du chaffis.
- 20, Quand la fauffe pièce c c (fig. 43 ) eft ôtée 3 on apperçoit la fit-perficie du fable qui remplit le chaffis , comme elle eft repréfontée figure 28 3 excepté qu'on ne voit que le vuide du jet b b ; & alors on apperçoit les patins a a des pieds.
- Le Mouleur frappe avec le marteau ( fig. 29 ) fur les côtés du chaffis > & avec le bout du manche fur les patins a > a 3 a; puis, à l’aide d'un garçon 3 tous deux foule vent doucement le chaffis, en le prenant par les por* tants 13 i ( fig. 43 6? fig. 8 ) , étant conduits par les couliffes e ,fi, (fig. 43).
- Le chaffis & le fable qu'il contient 3 fe féparent du fable qui eft dans la fauffe piece de deffous 3 à câufo du fraifil dont il a été faupoüdré. Le modèle de Cuivre fondu s'enleve avec le fable du chaffis 3 & le noyau de la marmite refte fur la fauffe piece de deffous 3 comme on le voit figure qy.
- Le Fondeur pofe le chaffis fur la table 3 & l'appuie fur un dé fes côtés, de maniéré que l'on voit le dedans du modèle de cuivre 3 ou la chape du moule 3 comme il eft repréfonté figure 3^, excepté que les moules des anfes n'y font plus.
- Enfuite le Mouleur répare toutes les défeéluofités 3 principalement à la place des pieds 3 avec le couteau à parer ; & en ajoutant du fable 3 il frotte & racle proprement le dedans du moule avec la batte à parer ( fig. 46 ) ; après quoi avec le couteau (fig. 27 ) & la cuiller (fig. 47 ) qu'il frotte auparavant contre fes cheveux, & qu'il paffe fous fon bonnet, il répare de tous côtés le noyau ( fig. 4J ) ; en bouchant les petites cavités avec du fable.
- Après qu'il a fini le noyau 3 il paffe à la chape qui eft reftée dans le chaffis t d'abord il ôte les tampons de laine qu'il avoitmis dans les trous des anfes ; & pour cela ilfe fort d'un petit crochet de fil de laiton que l'on nomme Tire-laine (fig, 48 ) ; il nettoie l'intérieur de la chape avec le houffoir ( fig- 49 ) ; puis il frappe doucement en dedans avec la batte-ronde ; & avec ménagement & précaution 3 il fait fortir le modèle de cuivre qu'on voit figure 38, excepté que les modèles des anfes n'y font pas, & qu'il
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- n’y a que les trous par lefquels on les a retirés après les avoir mis en place. Il faut que ce modèle foit un peu plus large par la gueule que par le fond , pour que la dépouille foit plus facile, & qu'on puiffe le retirer plus aifément.
- Jufqu'à préfent le modèle des pieds eft relié en place , noyé dans le fable : on ne pouvoit pas les retirer de dedans en dehors, parce que le côté qui doit tenir à la marmite eft le plus gras : pour retirer ces pieds , on frappe avec le marteau fur le bout le plus menu, c'eft-à-dire , fur celui qui eft marqué a a dans la figure 2 8 ; & en renverfant le chaffis , les trois pieds qui traverfent le dedans de la chape tombent d'eux-mêmes. .
- Après avoir réparé les défeéluofités , s'il y en a encore, le Mouleur, à l'aide d'un compagnon, repofe doucement le chaflis ou eft la chape, fur la fauffe piece de delfous où eft le noyau, étant conduit par les coulilfes^ >f{fig> 41 , 42 & 43 ). Il met auffi en place la fauffe piece de deffus c c ( fig. 43 ) ; & au moyen des crochets, les trois pièces du chaffis fe trouvent montées, comme on le voit dans la figure 43. Pour empêcher qu'il ne tombe rien dans l'intérieur du moule , il couvre le palfage du jet avec une planche {fig* yo ) qu'on nomme le Bardeau.
- Voilà un moule fini : il ne s'agit plus que de le remplir de métal ; mais on ne coüle que quand il y a dix à douze moules préparés : alors le Fondeur , qui eft fouvent le même Ouvrier, fè garnit le bras Sc la main droite d’une manche de greffe toile (fig. yi) qu'on nomme Manche a couler ; elle garantit le bras de l'Ouvrier de la grande chaleur où il fera expofé. Enfuite il puife du métal fondu, avec une cuiller de fer garnie de left {fig. y 2 ). A l'entrée de l'ouvrage du grand fourneau eft un Compagnon , qui, avec un morceau de bois, ôte une partie des craffes de deffus le métal : le Fondeur verfe le métal par le jet, pendant qu'un Compagnon retient au bord de la cuiller avec un bâton l'écume de la fonte, & l'empêche de paff fer dans le moule; lorfqu'on apperçoit le métal dans le jet, la marmite eft ,coulée.
- Quand la marmite eft entièrement refroidie , on démonte les trois pièces du chaffis ; on brife le fable avec un inftrument de bois {fig. 54 ) qu'on nomme le Secoueux ; on tire la marmite du moule , Sc on rompt le jet , qu'on recherche avec le marteau & une groffe râpe de fer,fondu ( fig. 5*3 ),
- Pour fondre c es râpes , on emploie un modela de bois femblable à la £-* gure 53. Comme le fable doit fervir plufieurs fois ; quand on l'a brife avec le fecoueux, on le remue plufieurs fois avec la pelle (fig. yy).
- Les fontes de fer font toutes des aciers très-fufceptibles de prendre la trempe ; ainfi il eft important, pour diminuer l'aigreur de cette matière, de ralentir, le plus qu'il eftpoffible, fon refroidiflement ; ainfi , il fer oit à defirer qffon pût retirer des moules les marmites toutes rouges1, Sc
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- les mettre recuire dans des fours très-chauds ; mais comme la fonte de fer eft très-fragile -, lorfqu'elle eft chaude > il feroit important d'imaginer des moyens de réuffirdans cette opération.
- Un Mouleur habile fait ordinairement deux douzaines de marmites dans un jour avec l'aide dé quelques Compagnons pour préparer le fable , fournir la fonte, & conduire le grand fourneau : les Mouleurs font payés à rai-fon de xy ou 16 fols du cent pelant.
- Les différents moules font numérotés depuis f & i jufqu'à ro , & les marmites pefent autant de livres : la onzième paffe pour douze; la douzième pour quatorze ; la treizième pour feize ; la quatorzième pour dix-huit ; lu quinzième pour vingt ; la feizieme pouf vingt-deux ; la dix-h ui^ tieme pour trente ; la vingtième pour quarante , & la vingt-quatrieme pour cinquante,
- Le chaflis qui nous a fervi d'exemple ? eft celui de la marmite numérotée io : ainfi cette marmite doit pefer dix livres.
- On coule en fable de la même façon des chaudières ; 8c parce qu'elles n'ont point de pieds ? on n'emploie que deux chaffis. Comme nous avons détaillé les procédés de la fonte des marmites qui ont des pieds 8c des anfes , il fera aifé de concevoir les cas ou il faudra employer deux ou trois chaffis > fui-vant qu'on aura à'fondre-, foit des poêles à cloche d'antichambre > ou plufieurs autres pièces, à la maniéré d'Allemagne 5 foit des brafièrs ou des fourneaux de cuifîne : nous remarquerons feulement que, quand il doit y avoir une anfe> comme aux cloches des poêles, ou un trou ^ comme au corps de ces poêles > il faut mettre le jet fur un des côtés , & non dans le milieu.
- On fait des chaudières de 6,7 > 8 ÿ , 10, 12 > 14,16 ?18,20, 24, 30 40, yo , 70 & 100 livres pefant. On coule auffi des marmites & autres ouvrages en moule de terre qui ne fervent qu'une fois : nous allons en parler. ^ .
- Additions fur le Moulâge eft terre , par M. Duhamel*
- Mémoires pour servir a eArt de Fondre en Terre? , ’r
- La fonte en fable eft bien plus expéditive que la fonte en tefre ; c'effi en cela que confifte fon principal -avantagé. Les-avantages de ' la fonte en terre confiftent en ce que ; i°, on peut fondre des ouvrages qui par leur* forme ne font point de dépenfe : telle eft la forme des marmites qui font repréfentées dans les Planches X 8c XL
- 2% Quand on a foin de choifir une terre bien fine ? les pièces viennent plus propres & moins raboteufes que quand on emploie le fable , quelque fin qu'il puifle être.
- 30, Les ouvrages fondus en terre font moins aigres que ceux qui fon Fourneaux. C c
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- fondus en fable; ce gui peut venir de ce que la fonte qui tient beaucoup de l'acier* fe trempe & devient fort aigre quand elle eft refroidie trop fu-bitement. Or il n’ eft pas poflîble de chauffer les moules en fable* comme on eft forcé de chauffer les moules en terre* ce qui occafionne le prompt re-froidiffement ; d'ailleurs & par cette même raifon * il refte plus d'humidité dans le fable que dans la terre* ce qui occafionne des bouillons.
- Il fuit déjà de ce que nous venons de dire * que toutes les terres ne font pas également bonnes pour faire les moules. Les terres trop chargées de fable n auroient point affez de confiftance pour conferver la forme qu’on doit donner au moule. Comme les terres trop graffes & trop approchantes de la nature de la glaife * fe fendent en fe féchant* & diminuent trop de volume , il faut* pour fe procurer une bonne terre à mouler* joindre la terre grade avec le fable ; 8c* fuivant que la terre eft plus ou moins graffe, ou que le fable eft plus ou moins fin* & plus ou moins pur* il faut varier ces mélanges. C’eft un avantage’ bien heureux pour un Fondeur quand il peut trouver fous fa main des terres bien compofées par la nature même * fans quoi il ne pourroit parvenir à fe procurer un mélange parfait * qu’en faifànt beaucoup d’efïàis. Pour empêcher la terre de fe fendre* on pourroit augmenter la dofe du fable ; mais comme alors elle feroit moins duétile * on préféré d’y mêler foit de la cendre* foit de la fiente de bœuf ou de cheval defféchée, foit de la bourre ou des étoupes coupées menues* ou encore les balles qu’on retire des fleurs du rofoau. On croit aufli pouvoir donner plus de folidité aux moules* en y mêlant un peu de limaille de fer ou de mâche-fer pulvé-rifé. Enfin le fable doit être fin ; la terre graffe ne doit être alliée d’aucun corps étranger * tels que des marcaflîtes ; 8c il faut que le mélange que l’on fait avec la terre naturelle que l’on emploie* puiffe foutenir le feu fans fe fondre ni fe fendre.
- Quelque bonne que foit la terre* il faut la rendre duétile* en la pétrifiant & la corroyant* comme le font tous les Potiers de terre* ce qui fe fait en la battant peu-à-peu fur un gros billot de bois * avec un gros barreau de fer ; & quand cette terre a pris une certaine duéliüté * on la ramaffe peu-à-peu avec la paume de la main qu’on fait gliffer deffus * afin de la bien corroyer * 8c ppur en ôter les corps étrangers ; ou * comme on le pratique en plufieurs endroits* on la corroie avec les pieds * dans ce qu’on nomme le Mar choir que nous allons décrire.
- Le marchoir eft une efpece de parc {PL XJig. i ) formé dans une cour* avec de fortes planches* retenu par des piquets : fes bords perpendiculaires b ont environ deux pieds de hauteur * le fond en eft planchéié.
- On jette la terre dans ce marchoir ; on l’arrofe avec une foflifànte quantité d’eau qu’on fait chauffer en hiver dans la chaudieref ( fig. I ). Un Ouvrier, jambes nues * corroie cette terre avec fes pieds ; d’abord * pour que l’eau la
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- pénétré ï il la marche , comme le repréfenté l’Ouvrier de la figure ire ; 8ç quand elle a été réduite en une elpece de boue épaiffe, le même Ouvrier achevé de la corroyer en fe foutenant fur un de fes pieds , & en prenant peu-à-peu avec l’autre * la terre par parties , pour la ranger à un des bouts du marchoir. Cette opération qui exige de l’habitude 8c de la. forçe , réduit entièrement la terre en une pâte uniforme ; c’eft. alors que l’Ouvrier mêle avec la terre graffe qu’il a corroyée, les fubftançes qui doivent-la* rendre propre à former les moules, telles que du crotin de cheval, de bonne étoupe, du fable fin, &c. Il répand ces fubftançes peu-à-peu fur fa terre., & il continue à la piétiner & à la corroyer jufqu’à ce que le tout paroiffe faire un corps homogène ; il finit par en faire des mottes a qu’on porte enfuite aux M ouleurs.
- Avant de parler de, la façon de faire "les moules, il eft bon d’obferver qu’ils font formés de deux pièces principales ; lavoir, le noyau & la chape. Le noyau doit avoir la forme de l’intérieur de la piece qu’on doit mouler : dans le cas préfent, ce fera la marmite L du bas de la Planche X. Cette partie devant former un creux, eft un moule en relief. La chape au contraire doit faire un moule en creux, parce qu’elle doit former la partie extérieure de la même marmite L ; ainlî il faut ménager entre le noyau 3ç la chape, un vuide pour recevoir le métal. Voici en gros comme on forme ces différentes parties.
- io j On fait le noyau ; 20, on le recouvre d’une couche de terre qui doit avoir la même épaiffeur qu’on veut donner au mét^l ; 39y on recouvre cette couche par la chape ; 40, on ôte la chape ; on ôte la terre qui tient la place du métal ; 6°, on remet la chape fur le’ noyau , de forte qu’il refte entre l’un & l’autre l’efpace qui eft deftiné pour le métall Voilà en général toute l’opération du Mouleur; maintenant je vais entrer dans les détails.
- Les noyaux fe font fur un tour. La piece principale de ce tour eft un arbre de bois E F G HI ( PL X ) : le corps EF de cet arbre eft à pans , & plus gros par le bout F que par l’autre bout E, afin qu’on puiffe le retirer plus aifément : cette partie E F eft un peu plus longue que le noyau. Au gros bout eft un colet H; 8c aux deux extrémités, des tourillons /, G 3 qui feront reçus dans des collets ; enfin le tourillon qui répond au gros bout, eft de forme quarrée pour recevoir une manivelle.
- L’ufiige de cet arbre eft de tourner le noyau P (PL X ),. ce qu’on pour-roit exécuter en chargeant l’arbre de terre, & en le montant fur un pied de charpente ( 2 ) ; car en le faifànt tourner au moyen de la mani-
- velle / (Jig, 2 ) , & en préfentant à la terre le calibre k ( fîg. 1 ) qui éfTle même que O ou M, la terre prendroit peu-à-?peu la figure que doit avoir le noyau. Mais comme il feroit bien long de faire toute la maffe du noyau en terre, & que peut-être même il feroit bien difficile de faire tenir
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- fur l’arbre uneaüfli grofle mafle de terre qui fe fendroit en fe fécliant, on commence par former une grande partie de la mafle du noyau avec des cordons de paille en cadcnettcs ou cordelées, comme on le voit en N ( PL X). '
- On 'cadenette la paille comme pour en faire des paillalTons, ou on la tord de la maniéré fuivante : Un Ouvrier fait tourner la manivelle A B p 8c un autre qui tient fous fon bras une botte de paille longue 8c mouillée, en fournit pour faire cette corde marquée D.
- Le Mouleur qui veut faire un noyau , place horizontalement un arbre fur un établi h (fig. i ), formé de quatre pieds , 8c de deux traverfes i qui font affemblées par un bout dans la pièce m qui lui fert de table, fur laquelle il met là terre, & de l'autre dans une piece parallèle qui eft du côté de l'Ouvrier. Cet établi eft repréfenté vu de différents côtés au bas de la Planche XI, figures 4, y 8c 6.
- L'arbre étant mis en place fur rétabli, comme on le voit ( PL X 9fig. 2),’ le Mouleur affujettit fur le devant de rétabli 8c devant lui le calibre qui eft fait d'une planche mince taillée en creux, fuivant le profil du moule en relief ; ce calibre fert à conduire l’Ouvrier pour donner au noyau de paille, à peu-près la forme que doit avoir le noyau de terre.
- On conçoit que, pour former ce noyau de paille, il doit attacher à l'arbre un bout de la cadenette ou de la corde de paille qu'il emploie, & qu'en tournant la manivelle/ que l'on appelle en quelques endroits Chignotte ; il forme un peloton auquel il donne la figure convenable au noyau, en mettant plus de révolutions aux endroits où le noyau doit être plus gros , ainfi que le guide le calibre qu'il a fous les yeux.
- L'intérieur du noyau étant fait avec les cordons de paille, comme on le voit en N (PL X),~le Mouleur commence à couvrir cette paille avec de la terre préparée , 8c il n'en met que ce qu'il en faut pour remplir les inégalités que forment les cordons de paille, de forte que le noyau -parodie, aufiî uni que s’il étoit entièrement formé de terre. O11 voit (fig. 2) .l'Ouvrier qui applique la terre avec la main droite, 8c qui, de la gauche,’ fiiit tourner la manivellé. Nous obferverons feulement qu'il tourne toujours •cette manivelle eh la rappellant à lui, afin que la terre qu'il met en plus grande quantité qu'il n'eft néceffairé , foit emportée par le calibre. Comme le -Mouleur a placé lé premier calibre fort près des révolutions de paille, il .en réfulte qu'ib ne peut pas s'attacher une trop groffe épaiffeur de terre autour du noyau, parce que le calibre emporte ce qu'il y a de trop : il eft important de ne_ pas mettre à la fois une trop grande épaiffeur de terre, *afin que la terre qui eft-molle , ne fe détache pas de la paille ; &c'eftpour éviter cet inconvénient qu'on fait lécher la première couche avant de mettre la fécondé, & que.l'ori fait enfuite fécher la fécondé couche avant de la couvrir, puis la troifieme, 8cc. On
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- On ôte donc les noyaux chargés d’une couche de terre de defîiis rétabli ; & fi c’eft en été > on les expofe au foleil pour les faire fécher ; mais en hiver on les place (PL X, Jîg. 7) fur une grande auge conftruite de briques , au fond de laquelle font des charbons allumés ; & de temps en temps on retourne les noyaux dont les axes portent fur des planches attachées en long fur les murs de cette auge que l’on appelle la RôtLJferie>
- Quand la première couche eft feche, on reporte le noyau fur l’établi , auquel le Mouleur a ajufté un autre calibre échancré plus profondément que le premier, & qui permet décharger le noyau d’une plus grande épaiffeur de terre. A l’égard des marmites , ce fécond calibre fuffira pour finir le noyau ; mais pour des ouvrages qui exigent plus de précifion, on en emploie un plus grand nombre ; Sc les Mouleurs qui veulent faire de beaux ouvrages appliquent ces couches de terre minces, Sc en plus grand nombre.
- Le Mouleur plaque donc une nouvelle couche de terre avec la main droite ; il tourne continuellement le noyau avec là main gauche , Sc il continue ainfi jufqu’à ce que le calibre fibit plein & qu’il porte dans tous les points. Alors, on remet à la rôtilferie le noyau qui eft fini, & qui repréfente exactement l’intérieur de la marmite. Quand il eft fee, on le couvre avec un pinceau d’une couche mince de craie fine, qu’on nomme delà potée; d’autres emploient de la cendre paflee au tamis fin : l’ufage de cette couche eft d’empêcher que la terre que l’on mettra fur le noyau, pour ménager l’épailfeur du métal, ne s’attache à celle du noyau * car on lait qu’il faudra ôter cette terre avant de couler le métal*
- Lorfque la couche de craie eft feche, ce qui ne tarde pas, on remet le noyau fur l’établi, auquel on ajufte un troifieme calibre qui repréfente exactement la forme extérieure de la marmite , Sc qui doit être aflez près du noyau pour n’y lailfer que l’épailfeur que doit avoir le métal. On applique donc cette derniere couche , comme on a fait les précédentes , en failànt continuellement tourner la manivelle. On la fait fécher à la rôtilferie, puis on la recouvre, avec le pinceau, d’une couche de craie ou de potée , afin que la couche appliquée en dernier lieu ne contraéle aucune adhérence avec la chape qu’on doit mettre par deftus. Il y a des Fonderies où l’on fait cette couche avec une terre maigre , qui fe rompt très-aifément quand on veut la détacher.
- Quand le blanc eft fec , ôn reporte le Hoyau à l’établi pour former la chape, ce qu’on exécute en appliquant fur le fécond blanc une couche de terre d’environ neuf lignes d’épailleur ; Sc l’on reporte ce noyau à la rôtif* ferie pour le faire fécher ; enliiite on le remet à l’établi pour le charger d une couche de terre pareille aux précédentes, Sc de l’épailfeur convenable» Pour les marmites qui nous fervent d’exemple, cette couche eft la Fourneauxt Dd
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- derniere ; mais quand on fait de plus gros ouvrages, il faut y revenir utl plus grand nombre de fois ; quelques-uns même fortifient la chape par des bandes de terre qu'on voit au moule f{ PL X).
- Je remarquerai ici qu on applique toutes les couches de la chape avec des calibres, afin que 1'épaiflfeur de la terre foit égale par-tout ; mais la forme régulière du calibre n'eft maintenant d'aucune importance , puifqu'elle n influe point fur celle de la piece qu on fe propofe de couler. Enfin on fait fécher à la rôtifferie cette derniere couche ; pour que le moule foit parfait, il ne lui manque plus que des pieds & des anfes.
- U faudra que les deux anfes foient diamétralement oppofées l'une à l’autre ; ainfi, pour marquer leur place fur l'extérieur du moule, les Ouvriers fe fervent d'une ficelle qui a pour longueur la demi-circonférence du moule, prife à l'endroit où doivent être placées les anfes ; & aux deux bouts de cette ficelle qui doit indiquer la place du haut de lanfe, ils font une marque avec le doigt ; puis avec la corde qui doit marquer l'endroit où doit être placé le bas de l'anfe, ils font d'autres marques ; par cette méthode la place des anfes eft défignée avec une précifion fuffifante.
- Les anfes X , X font formées par deux cylindres qui fe réuniffent l'un à l'autre par un de leurs boutj , & qui forment un onglet : la réunion de ces deux cylindres fait un angle aigu : leurs bouts qui ne font point joints l'un à l'autre, font taillés en bec de flûte , ou plutôt d'une forme propre à s’ajufter à la partie de la marmite où elles doivent répondre : le modèle de ces anfes eft formé par deux pièces de bois Z, a qui font affemblées en onglet, & à tenon & mortaifes par un de leurs bouts, comme on le voit en Y.
- On applique de la terre fur le modèle de bois, &l'on retire l'un après l’autre, les pièces de bois a, Z, ou c d, du tuyau de terre b, que l'on fait fécher au feu. Quand il a pris confiftance , le moule étant mis fur la table, on perce la chape jufqu'à la rencontre de la couche de terre qui doit former l'épaiflfeur du métal, & on met en place les tuyaux de terreX, X qui doivent former les anfes ; on a encore foin, pour les mieux afliijettir, de les fortifier avec un peu de terre.
- On fe rappellera qu'il eft indifpenfable de retirer la couche de terre qui fixe f épaiffeur du métal: pour cet effet, il faudra dans la fuite couper en deux la chape ; le Mouleur marque ou doit être faite cette féparation qui eft toujours précifément entre les deux anfes S , S ( PL X).
- On fait encore fécher les moules ; & on les arrange pour cet effet autour d'un feu de charbon ( PL X, fig- 6 ). Quand ils font bien fecs , on retire l’arbre & les cordons de paille qui faifoient l'intérieur du moule : Tun & l'autre s'enflammeroient par la chaleur du métal en fufion ; la terre du noyau doit avoir aflfez d'épaiffeur pour fe foutenir indépendamment de la paille.
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- Après avoir détaché toute la terre qui s’étoit attachée à l’arbre , on lé fait fortir aifément, parce qu’il eft confidérablement plus gros par un bout que par l’autre ; un coup de maillet frappé fur le petit bout, fuffit pour le faire fortir. On tire enfuite ( PL X ,jîg. 4, <5 g h du bas de la Planche ) le cordon de paille qu’on fait fortir par le trou où étoit formé le gros bout de l’arbre , & qui répond à l’ouverture de la marmite. Ce cordon eft mis à part pour fervir dans le befoin.
- Quand le noyau a été ainfi vuidé, on le répare en dedans avec de la terre qui le fortifie : on pofe fur le rôtilfoir des traverfes fur lefquelles on met les marmites debout, l’ouverture la plus évafée en en bas, parce que l’intention eft de fécher plus parfaitement l’intérieur du moule ( PL X ,
- fig-9)•
- îl refte à ajuftef les pieds à ce moule qu’on fuppofe fec. On commence par marquer fur le moule les trois points où ils doivent être placés T, T>T {PL X). Ces pieds font formés de deux parties : l’une conique en forme la tige cannelée ; elle fe moule comme les anfes fur le modèle P ( PL X); l’autre qui fait la patte, fe forme en imprimant la forme de cette patte fur un moule de terre Y ( PL X) qu’on ajoute au gros bout du tuyau q ; puis ayant percé la chape du moule jufqu’à la couche de terre qui doit fairel’é-pailfeur du métal, on met les pieds en place, comme on a fait pour les anfes. Quand les pieds ont été attachés au moule, on les reporte auprès du feu ( PL X y fig. 6 ).
- Lorfque le moule eft bien fec , il faut ôter la couche de terre qui occupe la place deftinée au métal. Pour enlever cette couche , on coupe en deux la chape par la ligne V V que nous avons dit plus haut que le Mouleur avoit tracée fur l’extérieur. On coupe cette chape avec le cou-teau e ( PL X ), comme on le voit en 2 & 3 ( même Planche). On enleve ces deux parties qui fe détachent aifément, parce que le blanc ou la potée ont empêché la terre de la chape de s’attacher à la couche de terre fur laquelle on l’a appliquée : il faut bien prendre garde d’endommager ces deux pièces ; car il faudra les remettre en place ; après quoi on rompt & l’on enleve la couche de terre qu’on avoit interpofée entre le noyau & la chape.
- Nous avons dit que les Mouleurs perçoient la chape pour appliquer les anfes & les pieds ; néanmoins la plupart les pofent fur la chape qu’ils ne percent que par le dedans ; & quand elle eft féparée en deyx, ils poliffent ces ouvertures avec un couteau & un tampon d’étoupes mouillées.
- On voit aux pièces m & n, qu’il refte à la chape une ouverture par où paffoit l’arbre, & qu’il y en a une autre au noyau , n° 3. Après avoir bou-< ché le trou du noyau avec de la terre qu’on unit avec une palette, on le met fécher pour la derniere fois : ce trou eft fermé au noyau x u. On ferme de même l’ouverture de la chape : & quand les terres qui ont été
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- nouvellement appliquées , font bien feches, on donne une imprdfion aveè un pinceau tant à T extérieur du noyau qu'à l'intérieur de la chape , pour que le métal adhéré moins à la terre. Quand on veut que l'ouvrage vienne plus parfait, on met fur le noyau 8c dans la chape plusieurs couches d'une terre très-fine que l'on unit encore avec un morceau de feutre frotté de vieux oing.
- Il faut maintenant rafîembler fur le noyau les deux moitiés de la chape * mais de façon qu'il relie entre l'un & l'autre un vuide égal à l'épaiffeur qu'avoit la couche de la terre qui a été détachée. Si la chape touchoit le noyau de quelque côté que ce fût, la marmite feroit percée en cet endroit : fi, fans la toucher, elle en approchoit plus d'un côté que de l'autre , l'épailïèur du métal ne feroit pas égale par-tout. Il faut donc abfolument qu'il relie entre la chape & le noyau un vuide égal dans tout le pourtour, c'ell-à-dire, qu'il faut que le noyau foit ifolé dans la chape, comme s'il y étoit fufpendu* Ce problème dont il ne feroit pas aifé d'imaginer la folution, ell très-in-génieulement réfolu par les Fondeurs , 8c d'une façon d'autant plus admirable qu'elle eft limple.
- Ils fe fervent de petites balles de métal fondu, qui ont précifément l’épaif feur que doit avoir la marmite Ils les placent fur le noyau à différents points; comme on le peut voir en u ( Pl.X). Ces petites pièces de métal fixent la diftance qui doit fe trouver entre la chape & le noyau ; 8c comme elles font corps avec le métal qui doit être coulé , elles font partie de la marmite. Le travail que nous venons de décrire, s’exécute fur la table ( PL X, fig. y ).
- L'épaiffeur du métal étant fixée par ces petites pièces de fonte , on ajulte fur le noyau les deux moitiés de la chape , 8c l'on recouvre les jointures avec un peu de terre : il ne refie plus , pour que le moule foit fini, qu'à ajufter les jets 4,4 ( PL X ) qui confillent en deux tuyaux de terre qui fe réunif fent en un feul, à l'endroit 011 ils s'inferent dans la chape.
- C’ell alors que les moules font finis ; mais comme il ell important qu'ils foient parfaitement fecs , on les porte fous un hangard ou on les couvre de charbons ardents ; & on les y tient alfez long-temps pour que la chaleur puiffe pénétrer jufqu'au centre.
- Quoique le recuit ait donné de la fermeté à la terre, le moule pourroit bien ne fe trouver pas alfez folide pour réfiller au métal. Pour lui faire acquérir la folidité fuffifante , on enterre les moules dans du fable qui ell ordinairement devant l'ouvrage, 8c dans lequel on coule les gueufes. Pour cet effet on fait dans ce fable un trou k ( PL XI ,jfig. y ) ; on y delcend le moule, puis on le comble de fable que l'on foule avec les pieds, ou avec la dame, de forte qu'il n'y a que les jets i, i, (PL XI, Jïg. y) qui excédent la furface du terrein. Une faut pas oublier de remarquer que , pendant cette opération? on bouçhe avec des étoupes l'ouverture de ces
- jets ,
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- DES FOURNEAUX. ÎD?
- jets y afin qu’il ne puifle tomber de fable entre la chape & le noyau.
- Des Ouvriers ayant le bras garni d'une manche de grofte toile, puifient du Fer fondu dans l'ouvrage ( Voy. PL XI, fig. 2) avec des cuillers après avoir débouché les jets , ils verfent le métal fondu , comme on le voit figure 3, Je dois feulement faire remarquer; 1° , qu'il faut verfer continuellement & fans interruption du métal; ainïï il faut que quelques-uns des Ouvriers foient fans celfe occupés à puifèr pendant que d'autres verfent: c’eft pour cela qu’on établit deux jets > parce que > quand un Ouvrier a pref que vuidé fit cuiller , un autre commence à verfer la fîenne ; 20, Que pour les grandes pièces de fonte 9 il faut y employer au moins quatre Ouvriers* afin qu'il y en ait toujours deux à la fois occupés à verfer; 30 ? Je crois qu'il faut de temps en temps écumer le laitier qui nage fur le métal, avec un morceau de fer ou avec un bâton.
- U eft bon de laifter le métal fe refroidir lentement dans les moules > pour que la fonte en foit plus douce. Lorfqu’on juge qu'elle eft entièrement refroidie, on retire les moules du fable ; enfuite on rompt avec un pic S la chape & le noyau ( PL XI y fig. y ) ; enfin On décrafle & on ébar-be ces marmites de la même maniéré que celles qui ont été fondues en fable > avec une groife lime R de fer fondu ( PL XI, fig. 6 & y ).
- Remarques.
- On ne fait gueres d* ouvrages de Fonderie qué dans les forges Ou lofer eft aigre : les Maîtres de forges trouvent plus de profit à convertir en bar** res les fers doux. Néanmoins les ouvrages de fonte feroient bien meilleurs fi l'on y employoit la fonte de la meilleure qualité. Comme on charge de beaucoup de charbon les fourneaux qu'on deftine pour couler > & qu’on y met peu de caftine ? la fonte en devient plus coulante & plus blanche ; mais aufîi je crois qu'elle eft plus fulfuteufe & plus aigre.
- Je crois qu'on coule les contre-cœurs de cheminée fur une fiirface dé fable dans laquelle on imprime les ornements fculptés fur un modèle de bois. Comme les boulets de canons doivent être fphériques Sc pleins dé matières ^ on les fond dans des moules en coquilles faits avec de la fonte pu du cuivre.
- Je crois que les bombes fe font par les procédés que nous venons d'ex-pofer ; excepté qu’on fait le noyau avec une terre fort maigre, pour qu'on puiffe la retirer plus aifément.
- E e
- Fourneaux,
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- 110
- DES FOURNEAUX;
- EXPLICATION DES FIGURES.
- PLANCHE I.
- Les Figures r & 2 font deux coupes verticales d’un fourneau. La coupe de la première paffe par le milieu du côté de la dame > & par le milieu du côté du pied de ruftine. La coupe de la fécondé paffe par le milieu du côté de la thuyere ? & par le milieu du côté du contre-vent.
- A A y B B y figures 1 & 2 , Hauteur du fourneau au-deffus du raiz de chauffée.
- B B C C y La partie du fourneau qui eft au-deffous du raiz de chauffée.
- DD marque la hauteur ou finit la groffe maffe, & où commencent les batailles & la petite maffe,
- D A AD y Un des murs appelles les Batailles.
- E y Le gueulard ou l'ouverture fupérieure du fourneau.
- G y Gy Coupes de la petite malle.
- F y F y Coupes de la plate-forme qui efl: au-deffus du fourneau & fur laquelle les Ouvriers marchent.
- H y Mur qui foutient l'appentis fous lequel couchent les Chargeurs dans quelques fourneaux.
- H y L'endroit où commence l'étalage ; l'elpace 11E efl quelquefois appelle la Charge y plus ordinairement les parois.
- K K y Fin de l'étalage Sc commencement de l’ouvrage.
- I K 2 y IK 1 y font des coupes de l'étalage} où l'on voit qu'il efl fait de fable.
- L y Le fond de l’ouvrage.
- Mfigure ire L'endroit par où l’on fait fortir la fonte.
- N y La dame.
- O y Ringard qu’un Ouvrier fait entrer au-deffus de la dame pour ouvrir un paffage au laitier. Immédiatement au-deffus du ringard y il y a un endroit qui n’eft bouché que de terre.
- P B y Coupe de l’efpece de voûte ou de l'embrafure qui efl devant le fourneau > au-deffous de laquelle fe placent les Ouvriers.
- La figure 2 , M, La thuyere.
- N y Un des foufflets.
- P B y Coupe de la voûte ou de l’embrafure où font logés les foufflets.
- Ç) y figures 1 & 2, Coupe de la voûte aù-deffus de laquelle efl bâti le fond de l’ouvrage.
- Ry R y Liens de bois.
- S S marquent les pavements qui font de pierres de taille.
- TT y Le maffif de la maçonnerie qui efl de pierre ordinaire.
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- DES FOURNEAUX, Iir
- X, figures i & 2 ; Ouvrier qui jette du charbon ou de la mine dans le fourneau.
- Yyfig. I, Ouvrier qui, avec là-bécafle, fonde fi le charbon efl: aflez def-cendu. L'Ouvrier X 8c l'Ouvrier Yn'agiffent cependant pas en même temps* comme on l'a repréfenté,
- La figure 3 efl: une coupe horizontale du fourneau , faite par le gueulard * ou Ton voit plufieurs des parties placées au-deflTous de ce gueulard.
- A , A > Les murs appelles Batailles.
- R, R, liens de bois.
- B , l'endroit où aboutit le pont qui conduit fur la plate-forme du four* neau.
- C C y la petite mafîe.
- D y Embrafure de la petite maffe , dans laquelle entre le Chargeur pour, charger le fourneau.
- FF y Plate-forme du fourneau.
- E y le gueulard.
- G G 2 Plaque ou taque de fonte percée au milieu y 8c qui fait l'ouverture? du gueulard.
- H y Mur qu'on ne trouve que dans quelques fourneaux : il foutient le toît fous lequel couchent les Chargeurs.
- La figure 4 efl: une coupe faite à l'origine de l'étalage qui montre la figure & l'étendue de l'étalage.
- M y Embrafiire du devant du fourneau.
- N y Embrafure des foufflets.
- O y O y les deux autres faces.
- I y K font les quatre grands pans de l'étalage,
- L y K font les quatre petits pans.
- K efl: un quarré long qui marque le commencement de Touvrage & la fin de l'étalage. Au-defïous de R y le fourneau n'a plus que quatre pans ? 8c au-deffiis de L IL y il en a toujours huit.
- La figure J efl: une coupe horizontale faite par la thuyere,
- K efl: l'ouvrage.
- M y Le devant du fourneau ou le côté de la dame.
- M marque auflî la coupe de la dame.
- N y N y Les foufflets.
- O y La thuyere.
- Q y Le côté du pied de ruftine.
- P y Le contrevent.
- R y Coupe des gentilshommes qui font pofés fur la dame,
- S y L'endroit par lequel on donne écoulement à la fonte.
- S y T y Le fillon 5 le moule qui reçoit la fonte.
- XXy Le contour extérieur du mur de l’ouvrage.
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- 7ïï2
- V
- de s F O V R NE AUX.
- PLANCHE IL
- Xa Vignette repréfente l’enfemble d’un fourneau ; on a pourtant décou-
- ’i\'-" m
- j S73
- 'vert quelques-uns de fes toits, & abattu des murs qui ferment les appem* tis, afin qu’on vît divers endroits qui autrement auroient été entièrement
- cachés.
- a y a font les batailles.
- ccdd y Toît qui recouvre le devant des fourneaux & qui fait une efpece de chambre ou d’attelier pour les Ouvriers. On a découvert ce toît en rr, n:e ,f marquent les relies des murs des toîts qui ont été abattus, & qui for-zmoient le devant & un des côtés du fourneau. g eft la porte.
- % eft l’embrafure du devant du fourneau.
- i eft la fenêtre par où les Chargeurs demandent ce dont ils ont befoin. k eft l’embrafure de la thuyere. Ici les feufflets font mus d’une maniera ^:rès-fimple, par une petite roue fur laquelle l’eau tombe, ï,, L’arbre qui les m’eut.
- M, La roue.
- n, Le réfervoir où l’eau s’aflemble avant que d’être portée fur la roue. o y Le canal qui la conduit.
- • y y Ta halle au charbon où des mulets q chargés font prêts à entrer.
- La Figure iere prépare le moule de la gueufe.
- Les Figures 2, 3 & 4 conduifent une gueufe par le moyen des rouleaux^ La Figure y pefe une autre gueufe ; r > le pied dechevre; s, la chaîne; t, la gueufe.
- La Figure 6 tranfporte du laitier ; la montagne uu en eft formée.
- Bas de la Planche.
- AyA y B yC y Cy D repréfentent féparément l’embrafure du devant du fourneau. On a fur-tout eu en vue d’y faire voir par où fortent le laitier & la fonte*
- Cy C font deux bouftas de fonte. Tout ce qui eft entr’eux > comme en D y eft bouché avec de larerre.
- E eft l’endroit où l’on perce pour faire fortir le laitier.
- F eft la pente le long de laquelle il s’écoule ; il tombe de coté & d’autre comme en G G.
- I eft l’endroit par où on fait fortir la fonte.
- K K eft l’efpace couvert de fable.
- Z Z eft un moule à gueufe creufé dans ce fable.
- M eft une efpece de canal qui conduit la fonte dans un autre moule N qui eft préparé pour former un contre-cœur.
- O
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- iï3
- DES FOURNEAUX,
- O eft la piece de bois en relief qui a ferviàfaire le moule.’
- P eft une gueufe tirée du moule.
- i y y io * 20 y ioo y marquent les chiffres avec lefquels on la mimé-, rote ) & marquent en même temps la valeur de chacun de ces chiffres.
- Q eft une dame.
- R, R font les deux gentilshommes pofés fur la dame. Ils font couverts de terre en E F1
- S, Rable pour creufer le lit de la gueufe.
- T y V y Différents ringards.
- XX Yy Bécaffe ; Y eft la partie qui entre dans le fourneau.
- Z y Grille qui porte la gueufe pendant qu'on la pefe.
- 6 eft un morceau de laitier ordinaire de bonne qualité fur qui s’eft for* me une bouteille de verre.
- 8 y Morceau de laitier de mauvaife qualité , poreux , quoique pelant.
- 9, il y Morceaux de laitier du plus blanc & du plus léger.
- PLANCHE II I.
- Le haut de la Planche repréfente un fourneau vu par derrière^ ou du côté où on le charge.
- La Figure iere cafte de la caftinè.
- La Figure 2 porte du charbon au fourneau.
- A y A y Les batailles ou les murs élevés au-deflus de là plate-forme du fourneau.
- B B y Le terrein où eft conftruit la /halle à la mine 8c au charbon, 8c fur lequel eft appuyé un des bouts du pont qui conduit fur la plate-forme du fourneau.
- CCeft le canal qui reçoit l’eau qui vient de faire tourner les roues des foufflets. Ce canal ne feroit pas viftble , fi on n’avoit imaginé d’emporter la terre qui devroit être en B aa\ B aao&. la coupe de cette terre. L’eau prend fa route le long du pied du mur du fourneau 9 8c pafle fous le pont*
- Dy Dy Les liens de bois du fourneau»
- E y Le gueulard.
- F y Partie du deflus de la plate-forme du fourneau ; on voit aufïï près de F l’embrafure où fe place l’Ouvrier pour charger.
- G G y Partie des murs de la petite mafle.
- H y Le petit appentis fous lequel couchent les Chargeurs.
- I y La fenêtre ou l’ouverture par où les Chargeurs appellent ceux qui font vers le devant du fourneau,
- K K y Le pont.
- L M N y La halle. '
- M y Porte-charretiere,
- Fourneaux. F f
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- Æ> E S FOURNEAUX.
- N, Petite porte plus à portée des Chargeurs.
- La halle feroit encore mieux difpofée fi cette porte étoit proche du pont, Ordinairement la halle eft parallèle à la face où il eft. On a confervé cette *<difpofition dans le bas de la Planche. On l'eût mile auffi dans le haut , fi Nelle n'eût pas caché la plûpart des chofes qu'on avoit en vue de faire voir.
- O, Le réfervoir d'où fort l'eau qui fait mouvoir les foufflets. L'eau qui en tombe , fait tourner une roue qu'on ne fçauroit voir ici/Cette roue met en mouvement le rouet P ; ce qu'on voit mieux repréfenté dans la Planche 31 des foufflets.
- P y Le rouet.
- Q, L'arbre de ce rouet.
- R R, Les foufflets que l'arbre Q abbaifle alternativement.
- S S, Le toit qui recouvre le double harnois des foufflets.
- TT, Endroit où on a abattu le mur qui devroit s’élever jufqu'au toit S S pour faire voir les foufflets.
- Bas de la Planche.
- Le Eas de là Planche eft un plan du fourneau qui fait voir le double harnois ; comment l'eau eft conduite pour le faire agir, Sc la route qu'elle prend *snfuite.
- ci cl cl font les murs qui foutiennent les toîts qui mettent à couvert les Ouvriers qui travaillent devant le fourneau, les foufflets & les machines qui les font mouvoir.
- b b eft la porte pour entrer fous ces toits. ce , L’embraliire du devant du fourneau.
- -d eft la coupe du moule d'une gueule ; l'elpace qui eft autour eft couvert <le fable qui fert à divers ouvrages de moulerie. d, L'ouvrage qui devroit être e. f, La coupe des gentilshommes. gg. Le mafîîf de la maçonnerie du fourneaux h h y L'embrafure des foufflets.
- i i, Le ruiflèau qui fournit l'eau qui fait mouvoir les foufflets.
- Il mm, Conduit de bois qui porte l'eau au double harnois ; en //eft
- <
- la poêle qui fert à arrêter l'eau.
- n n n, Efpece de réfervoir qui reçoit l'eau du canal précédent.
- o, L’ouverture par où elle y entre.
- p, Ouverture par où elle fort pour tomber fur une roue. o y Cette roue devroit être q.
- r s , L'arbre de la roue précédente qui en s porte une lanterne.
- 11, Arbre foutenu horizontalement au-deffus d'une partie de l'arbre r s ; il porte un rouet u u, dont les alluchons s'engrenent dans les dents de la lanterne s.
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- DES FOURNEAUX. îr|
- x x, Cammes de l'arbre 11, qui abaiflent alternativement un des foufflets. y y, Le reflbrt auquel eft fulpendu la courge ou le balancier qui releve le foufflet qui a été abaiffé,
- j , La courge ou le balancier,
- 1,2, 1,2 , Pièces de bois qui portent les foufflets.
- 3 3 , Eau qui , après être tombée de deffus la roue, prend fa route pour fortir de l'appentis.
- q,, 4, L'endroit par où l'eau fort de l'appentis.
- y, f , Route que fuit l'eau pour pafler fous le pont,
- 6, Le pont,
- 7, Eau conduite loin du fourneau.
- 8,8, Plan de la halle à mine & à charbon.
- 9)9 y Autre canal qui conduit l'eau dans le temps que la pâlie //eft abaiflee, que l'on ne veut pas faire agir les foufflets.
- 1 io, Pâlie qui eft abaiflee quand les foufflets agiffent, & levée quand ils n’agiffent pas.
- ii, La route que prend l'eau quand on lui donne paifage en xo, pour fc rendre en y, y.
- A AB B , Rafles de charbon.
- C, Coupe de cette rafle faite félon BB.
- D, Coupe ou plutôt plan félon A A%
- E E F F, Clou ou panier à mine,
- H, Coupe de ce panier félon E E*.
- G, Plan de ce panier félon FFL
- PLANCHE JF.
- La Vignette repréfente un fourneau à qui on a ôté les appentis. On vient d'y donner éco.ulement à la gueufe. (
- a, a font les batailles.
- b, b , Les liens de bois.
- c, La thuyere.
- d y La roue qui fait tourner les foufflets. Elle efl plus grande que celles qui ont été repréfentées ci-devant. L'eau la prend par deflous.
- e, font les bras de l'arbre qui dans cette dilpofition n’agilfent pas im* médiatement fur les foufflets. Ils abailîent la piece^
- g y Le reflort auquel efl attaché le balancier des foufflets, h efl l'embrafure du devant des fourneaux. i efl la gueufe qui vient d'être coulée.
- La Figure ire jette' de l'eaü fur les matières allumées qui font près de l'ouverture du fourneau.
- La Figure 2 efl prête à jetter un panier de terre pour boucher le trou par ou efl fortie la fonte,
- 1
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- ÎI(j DES FOURNE-AVXl
- La Figure 3 porte une rafle pleine de charbon pour commencer à bou^ cher le trou au-deflTus de la dame.
- k eft le ruiflfeau qui fait mouvoir les foufflets., ;
- llmn 9 &c. Le boccard.
- /, / en font les deux piliers ou montants. -
- m , le canal qui conduit l’eau fur la roue n.
- o eft le canal le long duquel Teau en s’écoulant, emporte le laitier les grains de fer.
- p efl: l’endroit ou s^flemblent les grains de fer.
- q eft un courant d’eau qui ne pafle point dans le tuyau my Sc qui eft corn duit fous les pilons pour emporter les grains de fer & le laitier pulvérifé*
- Bas de là Planche.
- A À B B eft f embrafure du fourneau*
- -A A font les côtés de l’embrafure.
- B B , eft la voûte foutenue en partie par trois gueufes de fer, B , B ,2? i C C font les deux bouftas.
- D 1 eft la partie du-fourneau qui fe trouve ouverte après que l’on 3 donné écoulement à la fonte, & qu’on a tiré le laitier de hallage.
- F e& le chemin par ou defcend le laitier ordinaire.
- G eft le canal qui a été creufé pour conduire la fonte dans le moule de ta gueule.
- K H, Tuyau de fer qui conduit dehors l’humidité qui s’aflemble fous le fourneau.
- LL M N O P, le boccard vu en perfpeéUve ; L9 les deux montants 5 N, la roue ; G, le canal le long duquel le laitier eft emporté par l’eau
- 4
- jufques en P.
- QRSS, Le boccard en perfpeélive dans une autre vue : en Q , font les bras de l’arbre, dont l’un éleve le bras R d’un pilon.
- S, S, Les deux traverfes à laquelle les pilons montent Sc defcendent comme dans une efpece de couliflfe.
- T V y i,2, 3 , Coupe verticale du boccard prife tout du long de l’ar* bre ; r, 2, 3 font les pilons au-deflbus defquels on met le laitier. y y, Autreprofil du boccard pris le long d’un des montants.
- Z , N, 4 3 4, Plan du boccard ; c’eft en 4, 4, qu’on met le laitier^
- 5,6,7, 8 , Morceau de laitier de hallage.
- 6,6 eft un morceau de charbon qui eft refté dedans*
- 8,8 font des globules de fonte.
- 9 font divers de ces globules qui ont été féparés du laitier par les pï--Ions du boccard*
- PLANCHE
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- La Vignette repréfente un petit fourneau ou le vent eft pouffé par l'eau qui tombe dans une trompe.
- a b ccy &c > Petit fourneau vu en peripeélive. a y Le gueulard.
- b y L'endroit où monte le Chargeur pour jetter la charge; ce y Appentis du devant rompus.
- dy Le devant du fourneau qui eft ici en même temps le côté par où le vent foufïle, & celui par où on donne écoulement à la matière.
- ey Partie du porte-vent. En £ eft le clapet qu'on leve lorfqu'on veut le laiffer échapper.
- ffy Continuation du portê-vent > qui eft ici caché en terre. g Source qui fournit d'eau les trompes. h y Canal qui conduit l'eau à la trompe.
- i ly Canal par où on laifle épancher l'eau lorfqu'on ne veut pas faire agir la trompe. Le canal doit avoir une éclufe qu'on n'a point marquée , placée vers L
- i y Efpece de réfervoir où fe rend l'eau qui tombe dans les trompes.
- L L y Planche qui foutient les tuyaux des trois trompes. mmny Les cuves des trois trompes.
- o y Porte-vent commun où fe rend l'air qui fort des trois trompes. p p y Eclufe des deux trompes de devant. q q y Eau qui s’en écoule.
- ' Bas de la Planche.
- AB CD E F y Sec y repréfente le profil d'une trompe feule 3 comme elles le font fouvent.
- A y Ay Tretaux qui foutiennent le canal qui porte l’eau à la trompe.
- B y Partie du canal de bois.
- CCy Origine de la trompe.
- DD y Chevalet qui porte la trompe. x
- E y E y Crochets ou mains de fer qui la foutiennent, & l’empêchent de toucher aux parois du trou qui la laiffe paffer.
- F F C C y L'étranguillon ou la partie faite en entonnoir.
- G y G y Les ventoufes.
- G & G figures Jéparées y montrent aufli des coupes horizontales faites pour les ventoufes. ,
- H y H y Frettes de fer qui lient la trompé.
- I y Bout de la trompe I C.
- K y Pierre fur laquelle elle verfe l’eau.
- Fourneaux. Gg
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- • ai8 DES FOURNEAUX.
- Lyune des pièces qui foutiennent cette pierre.
- MM, La cuve.
- N, Le Porte-vent. . ~
- O y La buze ou canne du porte-vent.'
- PQRS y Profil de l'éclufe; P Q R S, profil de deux des côtés de la boîte qui la forme.
- T y Piece de bois qui efl: élevée dans une coulifle.
- eft un plan de la trompe; W marquent les quatre bras de la croix qui foutient dans la cuve la table de pierre.
- X y La table de pierre. .
- y y Le porte-vent.
- ^ , Le plan de l'éclufe où Ton voit comment la piece marquée Tjîgure précédente y & n dans celle-ci, efl: logée dans deux coulifles ; a, a y a y les montants qui portent la table de pierre. \
- b y La table de pierre.
- ce y dd y ffy ee y Partie d'une trompe deflinée fur une plus grande échelle pour faire mieux entendre l'effet de l'eau. , T
- ce ddy L'étranguillon. e e y ddy Le large de^la trompe.
- fyfy g y Les ventoufes. On voit en h y i, des filets d’êau qui renferment de l'air.
- K L mn y Partie du porte-vent ; L, trou par ou on laide échapper l'air ; m y foupape.
- ny La thuyere ou canne.
- o p q y Autre difpofition d’une partie du porte-vent ; p y efl: l'ouverture par où on laide fortir l'air. On la bouche avec un tampon. q y La thuyere. ~
- rrss y Profil d'un petit fourneau pris fur la ligne iOylo du plan. x t u y Profil du même fourneau fur la ligne 2,3. u y L'entrée du porte-vent.
- y y ^, Deux plans du Fourneau, l'un fur une plus grande, Sc l'autre fur une plus petite échelle.
- 1,2,354,5,6,7, Plan d'un petit fourneau avec fes trompes.
- 2 , Le milieu du fourneau.
- 3 , Le devant du fourneau & le porte-vent.
- 5 Lhm des cuves.
- 6y6y6 y Corps des trompes.
- 7, Réfervoir qui leur fournit l'eau.
- 8,8, 8, Les éclufes.
- 9 , Ecoulement de l'eau.
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- D E S F 0 U R NE A U X.
- 119
- PLANCHE VL
- C e fourneau a été deffiné par le fleur Dumotier, Ingénieur de Bayonne. Il eft en Darlats , le long de la riviere de Bidaffe à l'entrée, de la Navarre Elpagnole.
- La figure ire efl: le fourneau & fa forge vus en perfpeétive.
- La figure 2 efl: un profil du fourneau & de fa forge. Le profil efl: pris fur la ligne B B (fig. 3 ).
- La figure 3 efl: le plan de ce fourneau & de la forge.
- La figure 4 efl: un profil deffiné fur une plus grande échelle que le refie & pris fur la ligne AA du plan.
- La figure 5 eft un plan particulier du fourneau pris au - deflbus de la thuyere ; favoir ? à l'endroit où eft l'ouverture qui laiffe fortir le laitier.
- La figure 6 eft un plan du même fourneau pris à la hauteur de la thuyere.
- Les parties femblables qui fe trouvent dans les différentes figures y font marquées par les mêmes lettres.
- CCD D, Chaudière de cuivre qui entoure le fourneau de toutes parts pour le défendre de l’humidité.
- D D eft la partie de cette chaudière où tombe le laitier.
- E y Maçonnerie du fourneau faite avec de la pierre & de la terre.
- F y F y Taquets de fonte qui revêtent le dedans du fourneau encaftrées dans la maçonnerie.
- G y La thuyere.
- H y (fig. 3,4, y )Trou qui donne écoulement au laitier.
- 1, (fig. 4 ) Trou qui laiffe entrer un ringard avec lequel on remue de temps en temps la matière.
- K K y {fig. y ) Partie du fourneau où l'on jette d'abord la mine.
- L y L y Les foufflets.
- M, {fig. 1 & 2) Piece contre laquelle eft arrêté le fond d'un foufflet.
- N y (fig. 2 ) Barre de fer qui abaiffe le volant fupérieur de ce foufflet.
- O y Partie du foufflet à qui elle tient.
- P y Piece de bois qui eft le levier à qui tient la barre de fer O N.
- Q y Piece mobile à qui tient la piece N O.
- R y R y R y (fig- 1 y 2 y 3 ) Doubles équerres de fer qui abaiffent la piece P Q y 8c par conféquent le volant du foufflet.
- S y L’arbre qui porte & fait tourner ces doubles équerres.
- T y {fig. i & 2 ) Roue qui fait tourner l'arbre SS.
- Vy { fig- i) Canal qui verfe l'eau fur la roue.
- X, {fig. i & 2 ) Refforts qui relevent les volants des foufflets quand une des équerres les a laiffé échapper.
- a y Enclume fur laquelle on forge le fer.
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- DES FOURNEAUX,
- b, Le marteau. c , Son manche.
- d> Arbre qui, en tournant, éleve le marteau.
- e , e, Gammes ou chevilles de l'arbre qui ont prife fur la queue du marteau* f , Roue de cet arbre.
- g y {fig. r ) Canal qui verfe de l'eau fur cette roue.
- • i, i y Pièces qui portent le manche. ky ky Montants de bois qui foutiennent les pièces U.
- PLANCHE VIL
- Cette Planche repréfente les trompes, fourneau à fondre lamine, Sc martinet du pays de Foix.
- La figure i fait voir le tout en perfpeétive.
- La figure 2 eft un profil ou coupe félon la ligne A B b du plan (fig. 3 ). La figure 3 eft le plan des trompes, fourneau & martinet.
- Lafigure 4 eft une coupe des trompes prife parallèlement à la ligne dd du plan {fig. 3 ).
- Les parties femblables font marquées dans ces figures par les mêmes lettres, A , Canal qui conduit Peau au réfervoir des trompes.
- , B , Réfervoir qui fournit les trompes d'eau.
- C, C, Montants qui portent les traverfes qui foutiennent le réfervoir»
- D D , [fig- 1 ) Les traverfes des montants.
- E E y {fig* 1 ) Autres traverfes qui fervent à entretenir les montants.
- F G y (fig. 1 & 4 ) Partie du corps de la trompe, du tuyau vertical ou arbre creux qui eft d'un égal diamètre.
- ' HH, ( fig. i,3 & 4 ) Les trompilles I. L'elpace qui eft entre deux trompil-les appellé Coing 9 ou le tuyau qui conduit l'eau dans le corps de la trompe.
- K y (fig* 2 ) fait voir le canal vertical, ou corps de la trompe ouvert dans un autre temps que dans la figure 4;au(fi n'y trouve-t-on pas la figure d'entonnoir.
- L y La cailfe dans laquelle les corps des trompes ou canaux verticaux ren-> dent l'eau.
- M, ( fig. 2 & 4 ) Les pièces fur lefquelles l'eau tombe.
- Ny (fig* x & 3 ) Ouvertures par où l'eau fort de la caifle.
- OP, {fig. I §2) Partie de la cailfe plus élevée par l'inclinailon qu'ont
- les pièces pofées en O P. }
- Qy Conduit par ou le vent fouffle dans le fourneau.
- En Q eft une ventoufe qu'on ouvre en partie , lorfqu'on veut diminuer la force du vent dans le fourneau. Elle fe ferme par une planche qui entre dans deux coulilfes.
- R y Le fourneau.
- S y (figures 1 & 2) Trou qui donne écoulement au laitier ou cralfes:
- T y Coupe de ce fourneau, fuivant la ligne Abb {fig. 3 ).
- v,
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- X2T
- DES FOURNEAUX.
- , Plan de ce fourneau félon la figure 3.
- e eff, Canal qui fournit l'eau qui fait tourner la roue du martinet.’
- §(fî&' 3 ) Trou qui laide échapper Feau qui tombe lur la roue du martinet ; quand on veut arrêter Feau, on le bouche avec une plaque de fonte*
- h, Canal qui porte Feau fur la «roue du martinet.
- /, Cette roue* •
- K y Le martinet.
- Le ringard pour remuer le maflet dans le fourneau pour déboucher le trou qui laifîe pafler le laitier.
- M, Tenailles pour prendre le maflet.
- N, Une de leurs branches*
- o , Ringard crochu avec lequel on retire le maflet du fourneau.1
- p, Gros marteau de fer, ou mafife avec laquelle on raflemble, à forcé de bras , les parties du maifet lorfqu'on vient de le tirer du fourneau.
- q, Le taillant avec lequel on coupe le maflet.
- 22 y 33 , 44, montrent félon quelles lignes on divife le maflet en quatre parties. Quand il y a du fer fort ou acier, il eft dans les parties 22 , 44.
- PLANCHE V1 IL
- Cette Planché repréfente les fourneaux d'Allemagne dont on tire la fonte en mafle, tels que font ceux de Foderberg en Stirie.
- La Vignette repréfente un de ces fourneaux vu en perfpeélive. La dilpo-fition des roues, des foufflets, des bâtiments qui entourent ce fourneau ; n eft pas précifément la même ici que dans le pays. Le Defltnateur avoit négligé d'en tirer les defleins ; mais cela n'eft de nulle importance par rapport à la conftruétion du fourneau, qui eft ce que nous avons befoin de connoî-tre. On a liippléé au refte, autant qu'on a pu, par les inftruélionsque les Mémoires ont donné.
- AA eft le toit d’une grande halle qui met les Ouvriers à couvert, Sc ou l'on ferre aufll le charbon.
- B , La cheminée du fourneau qui pafle au travers de ce toit»
- C y Tas de charbon qui eft dans la halle.
- D, L'arcade qu'on bouche avec une porte de fer de côté, pour empêcher les étincelles d'aller gagner le charbon.
- ' E, Autre arcade par laquelle les Ouvriers portent la mine au fourneau.
- F y Chariot plein de mine pofée fur une planche inclinée, attaché à un des bouts d'une corde.
- Au-deflous de G doit être une poulie fur laquelle pafle la corde à laquelle le chariot eft attaché.
- /f, Arbre autour duquel fe roule la corde pour faire monter le chariot.
- /, La roue de cet arbre.
- FàURNEAUX*s H h
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- D ES FOURNEAUX*
- K , Tuyau qui conduit Teau fur cette roue.
- L , Ouverture fupérieure du fourneau.
- M, Mur bâti en portion d'entonnoir qui conduit le charbon & la mine dans l’ouverture du fourneau.
- a a b c dy Deux fours à rôtir la mine.1
- b y lu a porte d’un de ces fours.
- c, Laporte de l’autre.
- Bas de la Planche.
- La figure i eft un plan pris à la hauteur des foufflets.'
- La figure 2 eft un plan pris un peu à l’origine de la cheminée. La ligne CC de ce plan fe trouve directement au-deffus de la ligne C C du premier plan,
- La figure 3 eft une coupe de fourneau de haut en bas, qui paffe par les lignes C C des deux plans.
- La figure 4 eft une coupe du même fourneau, qui pafle par les lignes D, D 3 des plans.
- La figure y montre comment on tire la maffe de fonte du fourneau.
- Les mêmes lettres marquent dans les différentes figures des parties femblables.
- E F y ( fig. 3 6 4 ) Hauteur du fourneau.
- F G, [fig, 3 & 4) Hauteur de la cheminée.
- H y ( fig. 3 ) une des arcades ou efpeces de portes par lefquelles les Chargeurs entrent deffus le fourneau.
- /, (fig. 1,3,4) Gueulard ou ouverture fupérieure du fourneau.
- K , Efpece de demi-entonnoir qui conduit le charbon dans le fourneau.
- L , (fig* 3 ) Endroit jufqu’auquel le fourneau s’élargit.
- M, (fig. I ), montre la circonférence du fourneau à la hauteur des {ouf-flets 8c de tout l’ouvrage.
- N N, ( fig. 1 , 2,3 ) eft la couche de terre dont les parois font revêtues.
- O O , ( fig. 1 ) Embrafureou font les foufflets, & par laquelle on tire la mafle de fonte.
- P (fig. 3 ) eft la coupe de la gueufe qui foutient le mur depuis cette embrafure jufqu’en haut, & au-deflbus de laquelle on ouvre le paflàge pour tirer la maffe.
- Q> (fig- 1 & 3 ) La thuy ere.
- R . (fig. 2) eft le plan d’un trou qui reçoit la cendre ou la pouffiere qui vient des étincelles qui font rabattues par la cheminée ; on fe fert de cette cendre pour couvrir le fond du fourneau.
- La figure y donne quelque idée de la façon dont on tire la maffe de fonte du fourneau. On n’y a cependant pas mis les poulies nécellaires pour charger fà direction ; mais cette figure fuffit pour ce qu’on veut faire entendre.
- S eft l’ouverture faite au fourneau,
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- DES FOUR NE A U X, X2$
- T y La mafTe de fonte entourée d'une chaîne.
- V, Autre chaîne accrochée à la précédente.
- X7 Arbre des foufflets qui tirent cette chaîne.
- PLANCHE IX.
- La figure i eft la figure 4 de la Planche précédente mile en pèrfpec-tive, c eft-à-dire , une coupe fur la ligne DD (fig. 1 delà PL précédente).
- a y eft la malle de fonte.
- b, L'ouverture de la thuyere dans le fourneau.
- cc3 Le delfus du fourneau.
- d y Le gueulard.
- fy Le demi-entonnoir.
- ee7 Les arcades ou portes par lesquelles les Ouvriers viennent dans le fourneau.
- g g y La cheminée.
- La figure % eft un four à rôtir la mine , coupé du côté IK LM NO , pour faire voir les couches de mine & de charbon ; I y couche de charbon ; K couche de mine; Z, couche de charbon; M, couche déminé; N, couche de charbon ; O 7 couche de mine, h eft la porte avec des barres de fer qui la traverfent.
- Les autres figures font pour donner idée des fourneaux d’Allemagne ou l'on coule la fonte en gueufe.
- La figure 3 eft un plan de ce fourneau à la hauteur des foufflets.’
- La figure 4 eft un plan pris à la hauteur du gueulard.
- La figure 5 eft la mafle du fourneau jufques un peu au defliis de ForL gine de la cheminée mife en perlpeétive.
- La figure 6 eft une coupe fur la ligne AA du plan (fig* 3 ).
- La figure 7 eft une coupe fur la ligne B B (fig* 3 ).
- La figure 8 eft une coupe de la cheminée en perlpeélive.
- Les mêmes lettres marquent les mêmes parties dans ces différentes figures.
- Cy Embrafure par où on donne écoulement $ la fonte.
- D D y Embrafure des foufflets.
- E, tfig-6 & 7 ) Fond du fourneau.
- F y Endroit jufqu'auquel le fourneau monte en s'élargifïànt > d’où il le rétrécit enfiiite jufqu'en G.
- Gy Le gueulard.
- H y La cheminée.
- I y Entrée pour venir fur le fourneau.
- VExplication des Flanches X, XI & XII fe trouve ci-devant> pag. 82 & fuîv.
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- DES FOURNEAUX.
- MANIERE de faire les Tuyaux de fer coulé ou fondu• Par M. D EPARCI EUX,
- J L y a deux fortes de tuyaux de fer coulé ; les uns fervent dans les grands bâtiments à conduire la defcente des eaux des toits, depuis les cheneaux jufqu’à terre, ou on n’en met que 8 à io pieds en bas, pour ne pas y employer du plomb , qui fer oit fujet à être bolfué , & à s’engorger.
- Les autres tuyaux, incomparablement plus nécelïàires, font ceux dont on fe fert pour conduire les eaux d’un lieu à un autre , foit pour les befoins des villes ou des grandes maifons , foit pouf rarrofement ou la décoration des jardins.
- La maniéré de mouler les tuyaux de defcente a toujours été la même que celle qui a été en ufàge pour ceux de conduite. Tant qu’on a moulé ces derniers entièrement en fable, à la réferve du noyau qui a toujours été fait en terre, on a de même moulé les autres en fable ; ils rendoient le même fervice, & ils étoient auffi bons que ceux qu’on fait aujourd’hui ; rien ne portoit donc à deiirer qu’ils biffent mieux faits.
- Mais dès qu’on eut imaginé de faire les bouts des moules des tuyaux de conduite, avec des platines de fonte pour former la furface plane des brides 8c porter les petits noyaux qui forment les trous des vis, on mit tout auffi - tôt des platines aux chaffis des tuyaux de defcente, parce qu’il et oit mieux qu’ils fufïent terminés quarrément, que de l’être par deux bifeaux, l’un à droite & l’autre à gauche, venant fe réunir aux joints du moule qu’on nomme les Coutures, comme on verra que cela étoit ci - devant ; mais l’heureufe idée de terminer les moules par des platines de fonte, n’a pas été imaginée pour ceux-ci.
- Ainfî l’Art de mouler & de couler les tuyaux de defcente n’ayant rien de particulier, nous n’en parlerons qu’à la fuite des autres. Nous allons commencer par faire connoître comment étoient faits les premiers tuyaux de fer qu’on a employés à conduire les eaux : ces connoiflànces faciliteront l’intelligence de ce qui fe pratique aujourd’hui.
- Des anciens Tuyaux de conduite.
- Les premiers tuyaux de fer qu’on a employés à conduire les eaux d’un lieu à un autre, furent faits à l’inftar de ceux de grès ou de terre cuite, s’emboîtant les uns dans les autres avec du maftic & de la filaffe, comme on fait pour ceux de grès : il en exifte encore en quelques
- endroits,
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- DES FOURNEAUX. I2J
- endroits , entre autres à Segrez près de Bavilie. Vers 1746 ou 1747 , on a démonté aux Tuileries une conduite qui fèrvoit à porter les eaux de décharge du grand baflîn rond au baflin oélogone : il relie encore plu-lieurs de ces tuyaux dans les magafins du Roi.
- Pour concevoir comment on faifoit ces premiers tuyaux de conduite repréfentés par les figures I & 2, * il fuffit prefque de lavoir comment étoit fait le modèle repréfenté par les figures 3 ’& 4 : les figures 5 8c 6 repréfentent le noyau qui formoit le dedans.
- L'explication du modèle de ces tuyaux devant fervir pour l'intelligence de ce qui fera dit dans la fuite, nous allons entrer dans quelques détails , comme fi on s’en fervoit encore.
- Ce modèle ( fig. 3 & 4 ) confilloit en une efpece de cylindre qui re-préfentoit & contenoit à la fois toute la folidité du noyau 8c celle du tuyau ; la partie A B C D , en faifànt abftraélion du relie, repréfente le tuyau tel qu’il devoit paroître à l’extérieur au fortir du moule ; les reflàuts A y D , B y C repréfentent l’épailfeur du tuyau ; les parties G 8c H repréfentent les bouts du noyau excédant le tuyau de trois à quatre pouces par chaque bout ; ayant les mêmes diamètres que le tuyau devoit avoir intérieurement par chaque bout, ils font portion du modèle ; ils for-moient dans le fable la place ou fe pofoit le noyau.
- Le bout B C étoit renflé dans une longueur de fix à fept pouces parallèlement au relie du tuyau, de maniéré que le diamètre intérieur de cette partie renflée étoit plus grand de fix à fept lignes que le dia* métré extérieur de l’autre bout.
- Ces fortes de modèles cylindriques font divifés en deux moitiés , fui-vant la longueur par un plan qui palfe par l’axe ; ou, pour mieux dire, ils font communément faits de deux pièces de bois alfemblées par deux chevilles, après en avoir bien drelfé l’entre-deux; le modèle étant fait, on racourcit un des bouts de chacune de ces chevilles, pour 'en faire les gougeons qui fervent à tenir d’accord les deux moitiés du modelé quand on veut faire la fécondé moitié du moule.
- La forme ronde de chaque moitié du modèle ou de chaque demi-cylindre, donne par elle-même toute la dépouille néceffàiré aux côtés; il falloit alors en donner un peu par les bouts, tant aux extrémités de ce qui forme l’empreinte du noyau, qu’aux reflàuts qui formoient l’é-pailfeur que devoit avoir le tuyau ; il fuffifbit de donner une ligne de dépouille, ou une & demie tout au plus fur la hauteur du demi-diametre du modèle.
- / * On a cru que les figures feroient plus fenfibles Sc plus intelligibles fi on les préfentoit de deux maniérés, c’eft-à-dire, en perfpe&ive & en cou-
- Fourneaux.
- pe, comme on a fait pour la plupart : on a mieux aimé les faire plus petites , que de les donner fimples & plus grandes,
- Ii
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- ï26 des FOURNEAU X.
- Cette dépouille faifoit que les bouts des tuyaux n’étoient pas coupés bien quarrément, étant plus longs à l’endroit des joints du moule ou des coutures, qu’aux deux entre-deux; mais cela ne faifoit aucun tore à ces fortes de tuyaux.
- Ce modèle ainfi préparé, & ayant des chaffis tels que le fable peut avoir aux environs de trois pouces d’épaifleur defliis, delfous 8c aux côtés : on prenoit la moitié du chaffis * qu’on pofoit fur la planche à mouler : on prenoit de même la moitié du modèle ; on la mettoit au milieu du cbafîîs (^/zg. io ), & on mouloit cette moitié du modèle : cela fait , on renverfoit le demi-chaffis avec les foins néceflàires ; on plaçoit la foconde moitié du modèle fur la première; on mettoit la fécondé moitié du chaffis, & l’on achevoit le moule en réfervant trois jets le long de cette fécondé moitié.
- On préparoit fans doute alors les noyaux comme on les prépare à prélent ; nous fenfeignerons ci - après. Le noyau étant prêt à mettre dans le moule y on pofoit fes extrémités dans les empreintes faites dans le fable par les bouts excédents G 8c H du modèle que nous avons dit ci-devant être des mêmes diamètres que ceux des bouts de l’intérieur du tuyau. Les deux moitiés du moule étant affemblées, il ne reftoit plus qu’à y couler la fonte.
- U y en avoit ( fig. 3 $ 4 ) où l’on réfervoit un bourlet à fix ou fept pouces du petit bout pour retenir le maftic 8c la filaffe quand on les emboîtoit.
- Une conduite de pareils tuyaux fans défauts, 8c pofée avec foin dans un terrein folide , duroit alfez long-temps, pourvu que l’eau ne fût pas trop forcée ; mais quand les conduites étoient chargées par une hauteur d’eau un peu confidérable, l’eau pénétroit le maftic en s’introduifànt peu à peu dans fos petits interftices, 8c le détruifoit.
- Il eft aifé de fentir que quand il arrivoit quelque accident dans le cours d’une pareille conduite, il n’étoit pas pofîible d’ôter le tuyau où étoit le mal làns le cafter, fouvent on endommageoit fes deux voifins ; & il n’étoit pas non plus pofîible d’y en fubftituer un autre en fer : il falloity mettre deux bouts de tuyau de plomb, avec une foudure au milieu.
- JLa difficulté qu’il y avoit à ôter un tuyau tel que les précédents du milieu d’une conduite toute pofée, 8c l’impoflibilité d’en fubftituer un autre en fer à la place, quand le premier étoit ôté , fit imaginer une autre maniéré de faire & d’ajufter ou de joindre les tuyaux enfomble, qui comparée à la précédente dut paroître très-bonne.
- Ce fut de faire des tuyaux toujours de la longueur ordinaire de 3 pieds à trois pieds & demi, & d’un même diamètre dans toute leur longueur; on fit de plus d’autres tuyaux ou grandes viroles auffi en fe£ *11 y a des forges où To» nomme les demi-chaffis des faujfes -pièces*
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- DES FOURNEAUX: I2?
- fonda, qui n’avoient qu’un pied ou quinze pouces de long; mais donc le diamètre intérieur étoit plus grand de fix àfept lignes que le diamètre extérieur des premiers; on affembloit les tuyaux bout à bout, en mettant une de ces grandes viroles fur le joint, avec du maftic & de la filaffe; & on nommoit cet alfemblage des Conduites en manchons, à caufe de la forme des viroles. Voye£ les figures n & 12.
- On crut qu’au moyen de cette dilpofition, s’il arrivoit qu’un tuyau fe cafsât, ou qu’il y furvînt quelqu’autre faute, on pourroit aifément l’ôter en chauffant les deux manchons pour en amollir le maftic, & les pouffer enfuite l’un à droite & l’autre à gauche ; mais le maftic ayant perdu une partie de fon onéluofité, lorfqu’on l’avoit chauffé la première fois pour l’employer, & venant à en perdre encore lorfqu’il falioit échauffer les tuyaux, jufques à ce qu’ils échauffàffent eux-mêmes le maftic, joint à la rouille qui s’y étoit formée, il arrivoit que celui des bouts du manchon étoit tout-à-fait defféché, avant que celui du milieu fût fuffifammenc chaud , Sc qu’il étoit impoflible de faire couler le manchon ; il falioit donc encore cafter le tuyau, & fouvent fes deux voifins ; ce qui de-venoit très - coûteux & a dégoûté pour toujours de fe fervir de ces tuyaux : d’ailleurs le maftic ne réfîftoit pas long-temps aux grandes charges d’eau, comme on l’a déjà dit : il étoit fâcheux de ne pouvoir faire un ufiige plus étendu, c’eft-à-dire, pour les grandes charges d’eau f d’une matière auffi folide, auffi commune, ôc par conféquent à aufti bon marché. ,
- On appercevoit fins doute depuis long-temps que des tuyaux à oreilles, qu’on pourroit joindre & ferrer autant qu’on le voudroit avec des vis , & du cuir entre deux, fàtisferoient à tout ce qu’on pouvoit defirer à cet égard ; mais il falioit imaginer le moyen de faire fortir du moule les tuyaux avec leurs oreilles toutes percées & prêtes à recevoir les vis, fans beaucoup augmenter leur prix; percer les trous après coup auroit été une befogne longue* pénible & coûteufe; mouler les tuyaux, comme on moule pour le cuivre avec des pièces de rapport, auroit peut-être été tout auffi coûteux, s’il ne l’a-voit pas été davantage : une heureufe idée en a donné le moyen ; ce fut; dit-on-, vers la fin du fiecle dernier, temps où Louis le Grand vouloit embellir VerJfàilles & Marly, qu’on imagina enfin le moyen de faire des tuyaux à bride qui fortoient du moule avec les oreilles percées, tels ou à peu près qu’on les emploie maintenant par-tout.
- C’eft principalement dans le chaffis qui fert à mouler ces tuyaux, que fe trouve toute l’invention ; moyen fi fimple que bien des gens diront fans doute, quand on verra en quoi il confifte, que cela n étoit pas bien difficile à trouver, tant tout devient fimple ou aifé, quand on le connoît* On a néanmoins été des fiecles à imaginer ce moyen tout fimple qu’il
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- X2É DES FOURNEAUX.
- paroît. Quel ufàge n en auroient pas fait les Romains , s’il avoit été
- connu de leur temps !
- Manière de faire les Tuyaux à brides, ou à oreilles percées.
- Du Modèle.
- Le modèle d’un tuyau fimple à oreilles, tel que celui qui eft re-préfenté par les figures 13 & 14, eft compofe de fix pièces ; fàvoir, de deux pièces à peu près demi-cylindriques, telles que les repréfentent les figures iy Sc 16, 8ç de quatre pièces repréfentées par les figures 17, 17, dont deux enfemble forment la bride 18.
- Deux demi-brides 8c la moitié du cylindre font la moitié du modèle repréfenté par les figures 19 8c 20 ; les figures 21 8c 22 repréfentent le modèle entier.
- Les deux bouts excédents A 8c B, (fig. iy & 16), doivent avoir comme aux modèles des anciens tuyaux, le diamètre qu’on veut donner à l’intérieur des tuyaux, 8c environ 3 pouces à 3 pouces 8c demi de long. Les reflàuts C C repréfentent l’épaifleur quon veut qu’aient les tuyaux, obfervant néanmoins que, pour donner plus de force à la bride, il eft à propos que ce relïàut ait deux à trois lignes de plus contre la bride que dans le corps du tuyau , allant en diminuant pour fe réduire arien, à deux pouces loin de la bride.
- On fait que l’épaifleur des tuyaux doit fe régler d’après leur diamètre 8c la hauteur de la charge d’eau qu’ils doivent fupporter. Per-fonne que je fâche n’a encore fait d’expériences fur la force de la fonte de fer: il faut néanmoins partir de quelque point fixe; on ne peut ju£ qu’à préfent confeiller rien, de mieux, que de voir dans les lieux où l’on en a fait grand ufàge, comme à la Machine de Marly , l’épaifleur de ceux qui ont réfifté, 8c celle de ceux qui ont cafle, tâchant de fàvoir où ils étoient placés , pour connoître la charge d’eau qu’ils fiipportoient, en voir plufieurs, & pécher plutôt par un peu plus, que par un peu moins, vu que ce n eft pas une matière bien chere ; c’eft le moyen le plus fûr que je connoifle, 8c cela eft eflentiel à /obferver pour ceux qui font faire des modèles particuliers.
- L’épaifleur la plus ordinaire pour les tuyaux de fix pouces * eft de fix à fept lignes ; mais s’ils doivent porter une charge d’eau de cent à cent vingt pieds, il faut leur donner huit à neuf lignes d’épaifleur ; ôn fent aflez d’après tout ce que nous venons de dire, que fi une conduite doit être pofée dans des lieux hauts 8c bas, il faut que les tuyaux des endroits Bas foient plus forts que ceux du haut ; ce qu’on peut faire fans changer
- de modèle, comme on le dira en parlant des noyaux.
- Quand on dit un Tuyau de tel ou tel diamètre , il faut toujours entendre <JUe c’eft du diamètre intérieur dont on parle,
- Les
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- DES FOURNEAUX. ïip
- Les modèles des brides forment une ouverture au milieu du meme diamètre que doivent avoir les tuyaux intérieurement; ils s’appliquent fur les bouts excédents du modèle tout contre les reiîauts ; ils doivent avoir dix à onze lignes d’épaifleur pour les tuyaux de deux à trois pouces de diamètre, onze à douze lignes pour les tuyaux de quatre à cinq pouces, & quatorze à quinze pour les tuyaux de fix à huit pouces.
- Les trous des vis doivent être tels que leur bord intérieur foit à huit ou neuf lignes loin de * la furface extérieure du tuyau, pour la place néceflàire à l’écrou, à la tête de la vis, & à l’anneau de la clef qui fert à les tourner pour les ferrer : il faut toujours faire les trous d’une ligne & demie, ou de deux lignes, plus grands que la tige des vis qui doivent y être employées , pour n’être pas gêné en les pofànt : il faut pour cela donner à ces trous dix lignes de diamètre pour les tuyaux de deux à trois pouces ; onze lignes pour les tuyaux de quatre à cinq pouces ; douze à treize lignes pour les tuyaux de fix à huit pouces, & donner fix à fept lignes de force à la partie de l’oreille qui fait l’extérieur du trou.
- On fait les brides des tuyaux de deux pouces ovales ^ avec deux trous pour les vis ; & en les pofànt on obferve de mettre les brides verticales, c’eft-à-dire, une vis deffus & l’autre delfous ; de femblables bridés fëroient aufil fuffifàntes pour les tuyaux de trois pouces ; on y met ordinairement trois vis, quelquefois quatre.
- La rondeur des demi-cylindres fait leur dépouille pour les tirer du fable aifément ; il faut donner la même facilité aux modèles des demi-brides : on peut le faire de deux maniérés, i°, En faifant la ligne A B (Jig- 17 ) un peu plus courte que la ligne C D ; une ligne de chaque côté donne une dépouille fuffifànte : 2°, On peut encore donner la dépouille, en fai-faut le tour de la bride un peu en pente du côté du tuyau ; c’eft-à-dire, ( fig. 20 ) faire B un peu plus bas que A> parce qu’on verra ci-après qu’on peut tirer les demi-brides par les bouts du moule quand le tuyau eft moulé ; d’autres donnent les deux dépouilles à la fois , & c eft mieux.
- On donne ordinairement moins d’épaifleur aux brides que ce qu’on marque ici ; mais c’eft une économie mal entendue : cette épargne ne va jamais à deux livres de fonte par bride, même pour des tuyaux de 8 pouces ; ce qui fait une épargne de cinq > fix à fept fois tout au plus par tuyau ; & faute de cette force fuffifànte, il arrive très-fouvent à ces tuyaux * dont les brides font trop peu épaifles, qu’en ferrant les vis > les oreilles fe caftent, ou bien par la charge des terres après qu’ils font employés ; ce qui eft encore plus coûteux.
- Pour fortifier d’autant plus les brides, & les mieux lier en même temps au corps du tuyau, fans qu’il en coûte beaucoup de matière ^ il faut Fourneaux. Kk
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- comme il a déjà été dit, augmenter l'épaiffeur du tuyau en dehors à l'approche des brides , commençant à deux pouces de la bride, 8c augmentant en pente jufqu'à elle, donnant près de la bride jufqu'à deux ou trois lignes d'augmentation d'épaiffeur tout autour, li ce n'ell à l'approche des trous des vis, pour n'en pas gêner la tête ni l'écrou.
- La conftruélion de ce modèle étant bien entendue, on' fendra aifé-ment celle des autres tuyaux à une ou à plufieurs branches, courbes, coupés en biais,-&c, dont on dira pourtant encore quelque chofe ci-après, pour en faire connoître la commodité 8c l'utilité. Nous paffons à la conftruélion du chaffis propre à mouler avec le modèle qu'on vient de décrire, 8c nous ferons voir tout de fuite l'ulàge de l'un 8c de l'autre, afin d’être plus courts fur tout le relie, dont on en devinera une bonne partie par la feule inlpeélion des figures.
- De la conflruclion des Chaffis des Tuyaux à brides.
- Ces chaffis font compofes de deux moitiés féparées , comme ceux des autres tuyaux. Pour des tuyaux de fix pouces 8c de trois pieds 8c demi de long, ces demi-chaffis doivent avoir quatre pieds & demi de long ; quinze à feize pouces de largeur , 8c huit pouces de hauteur : en bois de quinze à feize lignes d’épaiffeur, & davantage fi c'ell pour de gros tuyaux : ils doivent être alfemblés à queue d’aronde, & folidement ferré^ par des équerres dans les encoignures, 8c garnis de quatre forts crochets. Voyei la figure 23 ; elle repréfente un de ces demi-chaffis, & la figure 24 en repréfente le plan.
- Ceux-ci different des chaffis des anciens tuyaux , en ce qu'ils portent deux platines de fer fondu A B 8c C D mobiles d'environ un pouce & demi dans les mortaifes F, F, 8c fuivant le fens de la longueur du chaffis : la figure 25 repréfente une de ces platines vue de face ; le demi-cercle A doit avoir le même diamètre que doit avoir l'intérieur du tuyau, pour notre exemple fix pouces : les trous B 8c C doivent être exaélement placés, comme ils le font au modèle de la demi bride 8c de la même grandeur ; on fent aifément qu'il faut faire un modèle en bois pour mouler ces platines entre deux fables ; elles doivent être d'égale épaiffeur par-tout, par la raifon qu'on verra ci-après ; cette épaif-feur eft ordinairement de douze à quinze lignes ; leur longueur D E (fig. 2J1 ) entre les entailles, doit être égalé à la largeur intérieure A, B du chaffis (fig* 23 & 24 ), afin qu'elles ne puiffent jouer de droite à gauche; les parties excédentes H, G qui entrent dans les mortaifes F, F, 8cc. doivent être égales à l'épaiffeur des planches du chaffis , & avoir même quelques lignes de plus, parce que cela ne nuit pas ; la hauteur des platines doit être la même que celle des demi-chaffis; celle des entailles
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- I K, égale à la hauteur du bois qui refte au deffous des mortaifes, afin que le delïous des platines réponde exactement au deffous du demi-chaffis : on y laiffe communément deux pouces de bois ou deux pouces & demi , & autant par deflus ; par-là les mortaifes & les tenons des platines qui y entrent, ont au moins trois pouces ; quand ils en ont quatre, les platines font moins fujetes à avoir du devers, ce qu'il eft bien effen-tiel d'éviter.
- La diftance entre les mortaifes F, F fur un même côté du demi-chaffis doit être égale à la longueur que doit avoir le tuyau, brides comprifes > dans notre exemple trois pieds & demi ; les mortaifes ont trois pouces dans le fens de la longueur du demi-chaffis, refte encore trois pouces de bois entre la mortaife & le bout du demi - chaffis ; on fait enfin une petite entaille U, au milieu du joint des petits côtés pour la place de l'arbre de fer qui eft au milieu du noyau.
- Du Noy au.
- Pour faire le noyau, on prend une barre de fer deftinée à cet ulàge, de 7 à 8 pouces plus longue que le chaffis ; elle doit être quarrée, fi ce n'eft aux deux endroits où l'on verra ci-après qu'elle doit être ronde ; on l'envelope d'une torche ou corde faite avec du foin, bien torfe & bien ferrée, qu'on fait plus ou moins grolfe, & dont on met plus ou moins de tours, félon que le diamètre des tuyaux eft plus ou moins grand; pour les tuyaux de grand diamètre, on paffe l'arbre de fer dans une piece de bois, afin qu'il y ait moins d'épaiifeur de foin au tour ; on arrête la piece de bois à l'arbre de fer par une clavette à chaque bout.
- Il y a des forges où l’on nomme l’arbre de fer feul, ou l’arbre & le bois enlemble , Trouffeau ; d'autres ne le nomment trouffeau que quand il a reçu l'enveloppe de foin , le dernier paroît mieux convenir.
- Le diamètre de ce trouffeau ainfi compofé de l’arbre de fer, & de la torche de foin, doit être moindre que celui que doit avoir le noyau d'environ un pouce Ôc demi à deux pouces, afin de pouvoir y mettre encore huit, dix à douze lignes de terre autour pour achever de lui donner le diamètre néceffaire pour des tuyaux de quatre, fix à huit pouces, un peu moins pour les moindres diamètres, & davantage pour les plus
- On fait par-tout ce qu'on a vu jufqu'à préfent fur l'Art de mouler pour la fonte de fer, que la terre qu'on emploie pour faire les noyaux doit être mêlée avec de la fiente de cheval bien battue, bien mêlée & bien épluchée de pierres de gravier & autres ordures, & être d'une confiftance un peu mollette pour être employée.
- Le tour fur lequel on forme ces noyaux, & qu'on nomme VAttelicr ?
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- X31 DES FOURNEAUX.
- confifte en deux pièces de bois folidement arrêtées ou Icellées dans un mur à trois pieds de hauteur, ou environ, & diftantes entr’elles d’environ quatre pieds quon nomme les appuis : on met fur le derrière, ou contre le mur une ou deux planches pour y mettre la terre pétrie 8c prête à employer ; on fait une entaille dans chaque appui , dans lefquelles puilfent entrer deux portions de l’arbre du noyau qu’on arrondit de maniéré qu’ils n’y foient ni trop juftes, ni trop aifés.
- On a une planche bien droite par fes deux côtés, aufli large par un bout que par l’autre, & un peu tranchante par un de fes bords ; on pofe cette planche fur les appuis, par devant, mettant le côté, tranchant du côté des entailles faites fur les appuis ; on place la planche de maniéré que ce bord tranchant foit diftant du milieu des entailles, de la moitié du diamètre que doit avoir le noyau ou l’intérieur du tuyau. On marque alors , fur les appuis , le derrière de la planche, 8c on fait fur chaque ap-pui un trou dont le bord réponde à la ligne qu’on vient de marquer, qui faifoit le derrière de la planche * afin que mettant une cheville de bois ou de fer dans chacun de ces deux trous, & y appuyant le der-riere de la planche, l’autre côté fe trouve diftant du milieu des entailles dans lefquelles doit tourner l’arbre du noyau, de la moitié du diamètre que doit avoir le tuyau ou le noyau*
- On fait deux autres trous fur les appuis tels que les chevilles qu’on y mettra tiennent la planche deux lignes plus près des entailles ; deux autres qui rapprochent encore la planche de cinq à fix lignes, 8c encore deux autres, &c, félonie nombre des couches de terre qu’on doit ou qu’on veut mettre autour du troufleau ; on n’en met ordinairement que deux aux tuyaux de deux & trois pouces ; ôn en met trois pour les tuyaux de quatre à cinq pouces , quatre pour les tuyaux de fix à fept pouces, 8c pour les autres au-defliis cinq couches 8c tout au plus fix.
- Tout cela préparé, & la planche étant aux trous les plus près du trouf feau ou des entailles, on applique de la terre fur la torche de foin, tâchant de l’infinuer , de la faire entrer 8c pénétrer le plus qu’on peut entre les tours de la torche 8c les brins de foin, faifant tourner le trouf*, feau devant la planche pour rendre la couche égale par-tout; cette première couche appliquée, on met le troufleau fécher fiir la rôtilferie ; lorfi-qu’il eft fec, on met la fécondé couche qu’on fait de même fécher, 8c ainfi jufqu’à la derniere qui doit être très-unie, & pour cela elle eft faite avec de la terre palfée au tamis , 8c pétrie avec la fiente de cheval comme l’autre; la derniere couche, qui n’a que deux lignes d’épaifleur, étant feche, un peu avant que d’enfermer le noyau dans le moule dont nous allons parler , on fait recuire le bout du noyau en lui donnant un feu plus vif ; après ce recuit, on remplit les crevafles, s’il y en a, avec de la charrée , ou
- cendre
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- DES FOURNEAUX. ln
- cendre détrempée; & étant bien fec , on finit par le laver avec du poufîîer de charbon détrempé , pour faciliter la réparation de la terre d’avec le fer*
- Il faut faire ce lavage tandis que le noyau eft encore chaud, & ne l’enfermer dans le moule que quand on voit qu’il ne refte plus aucune marque d’humidité : on fait de ces noyaux à la fois, autant qu’on a d’arbres de fer.
- Les arbres des noyaux ont un bout un peu applati pour y adapter une manivelle de bois, avec laquelle un homme ou un enfant tourne le troufo foau , tandis qu’un autre met la terre.
- Veut-on faire des tuyaux de moindre épaifTeur, & de différents degrés de diminution , pour des parties de conduites qui doivent avoir de moindres charges d’eau à porter que les autres ? on peut le faire fans changer, de modèle ni de chafîîs ,’ & c’eft mieux.
- On voit aifément qu’on diminuera l’épaiffour d’autant qu’on voudra en grofîîflant le noyau, ce qu’on feroit en reculant la planche fur les appuis de l’attelier d’une ligne, ou de deux lignes, &c. Mais en s’y prenant de la forte, le noyau ne pourroit plus entrer dans le demi-cercle des platines du chafîîs ; on pourroit difpofor les mortaifos ' du chafîîs de maniéré qu’on pût changer les platines fans les démonter ; mais il fora beaucoup mieux de fo forvir des mêmes platines, & on le peut, en faifont toujours les bouts des noyaux de la même groffeur qu’ils avoient pour les premiers tuyaux, Sç ne dominant l’augmentation de groffeur aux noyaux qu’entre les platines.
- Cette augmentation doit fo faire en pente, ôu peu à peu, comme celle qu’ on a faite en dehors, pour mieux marier les brides au corps du tuyau , & encore ne faut-il pas commencer fi près des platines; il eft mieux de laiffer toute l’épaifTeur de la bride du même diamètre à tous : pour cela, quand on aura fait tous les noyaux de la plus forte épaiffeur de tuyaux, on marquera le milieu de la longueur de la planche qui a forvi à calibrer les premiers noyaux : on mènera plufieurs lignes parallèlement au bord tranchant ; la première à une ligne de diftanee de ce bord , une à deux lignes, une à trois lignes, &c. Si les tuyaux ont trois pieds & demi, on prendra vingt pouces de part & d’autre du milieu de la planche, & à partir de ces deux derniers points en revenant vers le milieu, on diminuera la largeur de la planche d’une ligne, ou de deux, ou de trois; &c. Venant rencontrer celle qu’on voudra des lignes parallèles à deux pouces loin des points où l’on commence la diminution ; on échancrera ainfi la planche d’une ligne, ou de déux, &c. On la rendra de nouveau tranchante, & l’on aura un calibre, ou échantillon, qui fera les noyaux tels que l’épaifTeur des tuyaux fora diminuée de ce qu’on aura déterminé, tout le refte étant comme aux premiers.
- Fourneaux. , L1
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- • On dira peut-être que par ce moyen la conduite fe trouvera alterna-* “rivement large dans les corps des tuyaux, 8c étroite dans les brides, & 1 que Teau aura moins de liberté pour couler à l'endroit des brides, qu ailleurs. Mais elle n'eft pas plus gênée dans les brides de ces parties de la conduite , qu'elle ne l'eft dans la partie entière faite avec les tuyaux de la plus , forte épaiffeur; il faut fuppofer qu'on a fait faire ces premiers d'un diamètre fuffifant. On ne fait point cette diminution pour donner plus de paffagê à l'eau ; on la fait pour diminuer la dépenfe, 8c cet objet eft aflbz important dans une grande longueur de conduite pour qu’on doive y prendre garde. Il faut avoir foin de faire dans le moule des marques différentes poux les différentes diminutions d'épaiflèur, afin de les reconnoître plus aifément.
- On fait avec la même terre dont on fait la derniere couche des noyaux, mais pétrie un peu plus ferme , un nombre de petits rouleaux bien droits, d'environ trois pouces 8c demi à quatre pouces de long, qu'on moule dans deux demi-cylindres de bois, creux faits pour cela, du diamètre que doivent avoir les trous des vis ; on y enfonce la terre par un bout qu'on preffe bien, tenant l’autre bout appuyé fur une table ou planche ; on fépare les coquilles ou demi-cylindres de la terre en les faifant gliffer en long ; Il faut obferver que les bouts foient coupés quarrément ; on les fait fécher, recuire ; & on les lave avec le pouffier détrempé tout comme les noyaux. On en fait une grande provifion à la fois, qu'on a foin de tenir en lieu fec, même un peu chaud ; c'efl ordinairement la befogne des enfants.
- Du Moule.
- Otf prend la moitié du modèle du tuyau, c'eft-à-dire, la moitié du cylindre ( celle qui n’a pas les gougeons ), 8c deux demi-brides qu'on affemble fur une planche à mouler ; on prend de même le demi-chaffis qui ne porte pas les gougeons ; on pouffe les platines vers les bouts du demi-chaffis ; on le pofe fur le demi-modele ; les platines de fonte tombent hors des demi-brides fur les bouts excédants du modèle ; on rapproche alors les platines contre les demi-brides: le tout s’arrangeant & prenant û place, on voit que les platines venant s'appliquer contre les demi-brides , s'appliquent en même temps contre les bords de leurs mortaifes, puifque leur diftance a été faite égale à la longueur du tuyau ou du modèle. On arrête les platines par des coins qu'on met dans les mortaifès,
- Sc qu'on chaffe un peu avec un maillet, afin qu'elles foient bien appliquées contre les demi-brides & contre les bords de leurs mortaifes : on met alors le pouffier de charbon, & enfuite le fable qu'on met feulement entre les platines, 8c l'on moule cette moitié du tuyau à l'ordinaire, remarquant que les platines font portion du moule ; elles en font les bouts.
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- DES FOURNEAUX; f
- Cette moitié étant faite , on renverfe le demi-chafiis ; ori met 1'autré moitié du modèle deffus , puis l'autre demi-ehaflïs & le refie comme pouf la première moitié, & on achevé lé moule en réfervant trois jets fur lé corps du tuyau, & deux fur chaque bride; les jets ont ordinairement fix à fept lignes de diamètre, un peu moins pour les petits*
- Tout -cela étant fait, on fépare les deux demi-moules, dont on ôté îéâ deux demi - cylindres ; on ôte enfuite les coins qui fixoient les platineâ dans leurs mortaifes, ôn les pouffe vers les bouts des demichaflis, & Fon ôte les modèles des demi-brides ; bn met dans chacun des troui dé ces platines un rouleau de terre bien fec, tel qu'ori â enfeigné à les faire ci-devant, les faifànt excéder du côté du fable d'une quantité égalé à i'épaiffeur du modèle des brides ; on rapproche enfuite les platines du fable , & on les fixe de nouveau avec les coins contré les bords de$ mortaifes ; On pouffe les • petits rouleaux de terre pour les faire entrer un peu dans le fable, afin que la fonte ne les dérangé* pas*,
- On met alors les deux demi-chaflîs l'un fur l'autre ; ayant mis lé nôyâtt au milieu, on examine fi les derrières des platines conviennent bierfe enfemble, & fi elles forment bien un même plan r en éclairant par deffouâ avec une lumière, & bornoyant par deffus, ce qui doit être, file tout a été fait ainfi qu'on l'a expliqué : fi quelque platine voile , lâchant un coin & en refferrant un autre * on racommode le mal qu'il peut y avoir; c'efl pour cela qu'on a recommandé ci-devant d'obferver que les platines fuffent bien d'égale épaiffeur*
- Tout cela fait, on remplit de fable le dérrief e dés platinés qu'on foulé fimplement aver la main, & le moule du tuyau eft prêt à recevoir M fonte* 7
- On met trois jets fur le corps du tuyau , & deux fut chaqué bridé $ afin que plufieurs Ouvriers puiffent verfer à la fois, fans quoi la matieré ne rempliroit pas les extrémités du moule, ou les rempliroit mal, la ma* tiere perdant de fa fluidité quand On veut la faire aller trop loin, ayant à échauffer les parties du moule où elle paffe ; on a déjà dit qu'il eft très-effentiel que les Verfeurs de fonte fe fuccedent fans interruption , 8c pour cela il faut qu'il y en ait toujours un avec fâ cuiller pleine dé fonte prêt à verfer, lorfqu’un des premiers achevé de verfer la fiertne.
- On commence toujours par les jets des brides ; pendant qu'on verfé par les jets des brides & par quelques - uns du corps du tuyau, les àutreâ fervent de ventoufe; mais dès qu'on voit que le moule eft plein pat les jets où l'on verfe, il faut promptement verfer de la matière par le3 jets qui faifoient l'office de ventoufe , fans quoi il pourroit s'y trouve)* quelque défaut*
- Comme la matière fe rétire, bu que fon volume diminué, â mefuté qu*ellë
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- perd de fà chaleur, & que le milieu de l’épaifleur du tuyau efl: encore? liquide, tandis que ce qui touche le* moule & le noyau, a déjà commencé à perdre de fa fluidité, il arrive que la matière du milieu du jet, encore liquide, efl: attirée pour aller remplacer la diminution de volume qui fe fait dans le moule ; Sc que fl on n a pas foin de mettre un peu de fonte fur les jets du corps du tuyau quelque temps après qu’on les a vus pleins^ il arrive, dis-je, que les jets deviennent de petits tuyaux ; & que les ayant cafles, le tuyau efl: percé ; on prévient ce défaut en fourniflant un peu de fonte fur chaque jet, à mefure quon voit que le defliis du jet; •s’enfonce tandis qu’il efl: encore liquide.
- La même raifon qui fait que la matière de l’intérieur des jets fe retire^ 'Sc que les tuyaux fe trouvent percés, fi on n’y prend garde, fait qu’il fe forme quelquefois -des fentes auprès des brides, fi on n’a foin de caflèr le moule dès qu’on préfume que la matière efl: prife ou figée, fans attendre que la pièce fe refroidiffe ; ce qui vient de ce que le corps du tuyau’ perdant de fa chaleur, tend à s’accourcir ; le fable du moule comprimé comme il l’eft, ne permet pas aux brides de s’approcher, comme il le fau-droit, pour fuivre le raccourciflement du tuyau, & alors la matière fe fend aux environs du collet de la bride : on évite ce défaut en lâchant les crochets du chaflîs,, & le renverfant pour faire rompre le fable lorfqu’on juge que la matière efl prife.
- Voilà pour les tuyaux fimples coupés cjuarrément ou cféquerre par les deux bouts, tels qu’on les a faits depuis qu’on a imaginé de mettre dans les chaflîs les platines de fonte pour faire portion du moule , former la furfacerplne des brides, Sc porter les petits mnleaiiY de terre qui fervent de noyaux pour les trous des vis.
- Mais quoique ces tuyaux foient incomparablement plus commodes, Sc aifés à oter du milieu d’une conduite, Sc à remettre, il ne laiife pas d’y avoir encore de la difficulté ; parce que dans une conduite bien pofée^ chaque tuyau efl: autant ferré ou approché des deux qui le touchent , qu’il efl: pofllble de l’être ; les deux bouts étant coupés quarrément, Sc par-là parallèles entr’eux, un tuyau ainfi pris ne fort pas aifément d’entre les deux qui le joignent : on les ôte néanmoins à force de levier fans endommager les deux voifins*, parce que les cuirs qui font dans les joints les plus près, permettent un petit mouvement, & le tuyau fort ; mais il faut beaucoup de foins Sc de précautions pour y en mettre un autre de fonte; on en vient pourtant à bout, Sc le pis aller, fi on n’en a pas de fonte qui puiffent y entrer, efl: d’en mettre un de plomb, ce qui efl: beaucoup moins difficile ; mais il efl: plus cher.
- On en fait à préfent, aux forges de Dampierre & de Senonches dans le Perche, à cinq ou fix lieues de Dreux, qui font coupés en biais par
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- un bout & quârrément par l’autre ( voye£ les fig- 26 Sc 27 ), ce qui les rend incomparablement plus commodes ; car mettant les deux bouts-biais enfemble du fens convenable & les bouts d'équerre enfomble, on va droit comme avec les autres ; a-t-on befoin de tourner ? on joint un bout coupé quârrément avec un bout biais, & Ton tourne jufqu’ à faire le' tour d un baflin lï Ton veut, comme avec des tuyaux de plomb.
- A-t-on befoin defe détoürner plus promptement à droite ou à gauche? on met deux bouts biais enfemble du fens convenable pour cela, &c*
- & la même chofe pour monter ou pour defcendre obliquement, après avoir été horizontalement. Arrive-t-il qu’un tuyau creve, qu’une oreille cafle, ou autre faute? le biais permet la fortie du tuyau défeéiueux & l’entrée de celui qu’on veut y ïubftituer.
- La fig. 30 , quoique pour un tuyau plus çompofé, fait voir comment font faits les chai!ïs des tuyaux fimples qui ont un bout coupé en biais.
- Bien des gens croiront d’abord qu’il auroît été encore mieux dè faire les deux bouts biais : je le crus de même dans les premiers inftants que l’idée de ce biais me vint; mais en y penfànt mieux je vis, qu’après avoir été horizontalement, de s’être dilpofé pour tourner à droite ou à gauchè comme il le faut prefque toujours, on ne pouvoit ni monter ni defcendre* s’il en étoit befoin , fans un raccordement de plomb ; que fi on avoit des tuyaux à branche à mettre dans le cours de la conduite, on ne pouvoit mettre la branche ni defliis ni deflbus, s’il en étoit befoin : un bout coupé quârrément facilite tout cela»
- On fait dans les mêmes forges de Dampierre & de Senonches des tuyaux qui portent une branche fur le côté {fig- 28 & 29 ) , oô qui très-coim mode pour les conduites dans les potagers, de épargne beaucoup de plomb Sc de foudure ; la fig. 30 montre le plan du chaflîs avec le modelé en place, ou l’on voit que, pour rendre la platine O P mobile, il a fallu mettre dans le chaflîs les deux planches G E, IK pour porter la platine O P ; la planche IL pour porter le bout D de la platine C D \ Sc la planche G F, pour recevoir le bout B de la platine A B ; les deux elpaces F G E M, LIK H, relient toujours vuides, Sc c’efl: par-là qu’ori met & qu’on ôte les coins qui fixent les platines dans lè?s mortaifes B *
- P,0,D.
- On a rendu lés derniers chaflîs de ces fortes de tùyau*x un peu plus fimples ; on a foprimé les planches /Z, IK, G E, G F ; les platines C D, AB viennent jufqu’en N Sc Q, & elles ont chacune une mortaife pour recevoir les bouts de la platine OP qui eft plus longue; tout cela doit s’entendre à préfent.
- L’arbre du noyau de ces tuyaux à branche porte une mortaife à l’endroit où doit être la branche ; on y met un morceau de bois fait comme FO URNE A uxh M m
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- l'arbre de fer qu’on y mettra pour le noyau de la branche, mais court* pour qu’il n’empêche pas de tourner le trouffeau avec la terre, & l’on achevé ce grand noyau jufqu’à la derniere couche inclufivement, comme s’il ne devoit point avoir de branche.
- On fe repaire fur l’arbre de fer pour reconnoître où éft le morceau de bois qui fè trouve alors caché par les couches de terre ; on le découvre; on l’ôte , & l’on y met le petit arbre de fer fait pour cela, qu’on y enfonce un peu à force ; on y met la torche de foin, 8c la terre qu’on ajufte à la main, avec un calibre de bois creufé en demi-cercle du diamètre que doit avoir la branche; l’ayant mené jufqu’à la derniere couche, on le recuit , on le lave avec le pouffier de charbon détrempé, & on l’enferme dans le moule, &c.
- On fait auffi des pièces à deux & à trois branches, foit pour des pompes* à cheval, foit pour de grandes machines, en leur envoyant le modèle de ce qu’on demande, ce qui devient incomparablement moins cher qu’en cuivre ; & tout ce qui ne touche pas les piftons eft tout auffi bon & auffi ^folide en fer fondu.
- La fig. 3 i montre le plan du chaffis & du modèle d’un tuyau à deux branches, dont les brides devant fe trouver dans un même plan, font formées par les mêmes platines A B ; il en eft de ce chaffis comme du précédent, que les efpaces CDEF> IK LO doivent refter vuides, & que l’on peut faire porter la platine A B par les deux autres, pour éviter de mettre les quatre morceaux de planche D C, DE, KL, Kl: on fait le noyau de cette piece comme on a fait celui de la précédente.
- La fig. 3 2 montre le plan du chaffis d’un tuyau courbe, dans lequel on a fait le retranchement ABC par la planche A B, dans lequel on ne met point de fable, tant pour rendre le chaffis moins pelant, qu’afin que le fable tienne mieux; l’efpace DE F G refte auffi vuide, par la même raifon qu’aux chaffis précédents, & qu’une platine peut porter le bout de l’autre, pour ne pas avoir les deux planches ED, EF.
- On fait le noyau de ces pièces à la main, en fe fervant d’un calibre en bois fait en demi-cercle creux, du même diamètre que doit être l’intérieur du tuyau.
- On pourroit néanmoins faire ce noyau plus régulièrement quand la courbure du tuyau eft une portion de cercle, en faifànt tourner le calibre autour du centre de l’arc, dont le tuyau eft portion, foutenant l’autre bout du calibre à la hauteur convenable par une réglé fixée à la hauteur du milieu du noyau ; mais le peu de tuyaux qu’on peut faire faire de la forte, ne vaut pas la peine qu’il y auroit à prendre tous c es foins* d’autant qu’on les fait fuffifàmment bien fans cela.,
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- Pour tenir le noyau à & place, on a mis des crochets fous les entailles HScI, avec lelquels on accroche les bouts de l’arbre du noyau quand il eft en place; & avec des cales plus ou moins épaifles qu’on met entre le crochet 8c le bout de l’arbre, on met le noyau exaétement à la hauteur oui il doit être ; on met enfuite des coins par deflous dans l’entaille, 8c le noyau eft fixé; on met l’autre demi-chaflis par delfus, on l’arrête avec les crochets, 8c le noyau fe trouve pris de maniéré à ne pouvoir ni monter ni delcendre*
- Toutes ces differentes pièces ont été exécutées pour la Machine de Creci , qui n’eft qu’à trois lieues de ces forges ; & je ne lâche pas qu’on en eût exécuté de pareilles nulle part auparavant*
- On voit aifément à préfent que tant que le moule des tuyaux de conduite n’a été fait qu’en fable ^ fans platine de fonte, celui des tuyaux, de delcente a dû être de même : c’en étoit alfez pour des tuyaux qui n’ont jamais eu befoin d’autant de foins que les autres, & ce n’eft vraisemblablement pas pour eux qu’on s’eft appliqué à chercher à mieux faire ; mais dès * qu’on a eu imaginé les platines pour les uns, on les a auffl-tôt employées aux autres, pour les terminer d’équerrè & {ans biieau*
- Les tuyaux de delcente ne different pas beaucoup des premiers tuyaux de conduite ; ils s’emboîtent de même les uns dans les autres, mais feulement d’un pouce 8c demi, ou de deux pouces ; le diamètre intérieur du bout qui reçoit, n’a qu’une ligne ou deux de plus que le diamètre extérieur du bout qui eft reçu, n’y ayant ni maftic ni filaffe à mettre ; il y en a (fig> 8 ) où l’on fait un bourlet qui fait recouvrement fur le bord de l’emboîture quand île (ont en place, comme on en fiiilbit ün aux anciens tuyaux de conduite (jîg. I é 2); il y en a d’autres (Jîg. 7 ) ou , pour ne pas faire l’emboîture fi grofle , on diminue la moitié de l’épaiifeuif du bout qui doit entrer dans l’emboîture. t *
- Du couler à la poche.
- Oh ne doit jamais rilquer de couler à la cuiller les pièces de grand volume, dans lefquelles il entre beaucoup de matière; il eft toujours à craindre que dans un long fervice, auflî pénible & auffï rilquable, il n’arrive du retard de fervice par quelque Ouvrier, 8c que ce manque ou retard de fervice ne fafle manquer la piece.
- Pour éviter cet inconvénient, on enterre à fix, huit ou dix pieds du fourneau, ou plus près fi l’on peut, le moule ou chaflis des pièces dans lefquelles il doit entrer plus de quatre à cinq cents livres de matière, faifant le creux alfez profond, pour que le deiïus du chaffis foit fuffifim-ment plus bas que la fortie de la fonte à l’œuvre ou fourneau ; le moule étant enterré 8c le fable battu autour, on fait dans le fable une rigole
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- en pente depuis le trou du fourneau jufqu’au trou du jet; autour duquel on fait une elpece d’entonnoir en fable; on s’imagine bien que pendant toutes ces préparations, on a grand foin de tenir les jets & ventoufès bouchées.
- Cela fait, & la fonte étant prête à couler, on débouche le fourneau Uvec le ringard; la fonte coule & s’achemine vers le moule; un Ouvrier met alors une pelle de fer au travers de la rigole, à un ou deux pieds du moule pour arrêter la fonte ; on en laiffe amalfer une certaine quantité : pendant ce temps on ôte les tampons qui bouchoient les ouvertures du moule ; on leve alors la pelle à moitié ou à peu-près, pour ne laiiTer couler que la matière du fond, parce qu’il fe forme toujours une croûte à la-fuperfîcie du bain retenu par la pelle, formée par le fer qui commence à fe figer, & par une craffe ou refte de laitier qui fort continuellement de la fonte , qu’il eft effentiel de ne pas laiiTer entrer dans le moule ; la pelle n’étant levée qu’à moitié, arrête cette craffe qui étant plus légère que la fonte plus épurée, occupe toujours le haut. Dès que le moule eft plein , on bouche le fourneau ; on enfonce la pelle dans la rigole pour arrêter l’écoulement ; on met du fable par derrière, & on ôte la pelle ; la fonte qui refte dans la rigole forme une petite gueufe, qu’on nomme <Gueujillon, dont on fait du fer après.
- Les pièces qui ne font que médiocrement greffes, ôh les coule à la poche: la Poche eft un vaiffeau de fonte fait comme les chaudières, fi ce n’eft qu’elle a le double d’épaiffeur, quatorze à feize pouces de diamètre & huit à neuf pouces de hauteur ; elle a un trou à la hanche * de huit à neuf lignes de diamètre ; elle contient communément cinq à fix cuillerées de fonte, & chaque cuillerée en contient communément trente - cinq à quarante livres.
- Quand on veut fe fervir de la poche; ôn en lutte tout l’intérieur, auffi-bien que celui des cuillers ; on bouche le trou en dedans avec de la terre ; on place le chaflls ou le moule le plus près qu’on peut du fourneau, pourvu qu’on ait toute la liberté de manœuvrer; on difpofe tout ce qu’il faut pour foutênir la poche par derrière, fon devant étant appuyé fur le chaffis, & fon trou tout près du jet, autour duquel on a fait un baffin ou entonnoir , pour recevoir la fonte quand elle fortira de la poche.
- Tout cela fait, on met la poche chauffer fiir le fourneau, jufqu’à rougir , auffi bien que les cuillers ; la fonte étant bien préparée & bien épurée par deffus, on porte la poche à la place qu’on lui a préparée fur le moule ; on prend la fonte avec les cuillers, & on la verfe dans la poche ; dès que la
- * Les Ouvriers des Forges nomment la Hanche d’une chaudière, ou d’une marmite, la partie arrondie par laquelle le fond fe lie ou fe joint avec le tour*
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- poche eft pleine, ou qu'il y a au moins une quantité de fonte fuffilàhfce pour efpérer que les Ouvriers n’en laifferont pas manquer en continuant de porter , tandis que ce qui efl: dans la poche s’écoulera , on pouffe le bouchon de terre en dedans, avec un débouchoir de fer, & la fonte tombe dans le moule ; pendant quelle coule, les Ouvriers continuent à porter de la fonte dans la poche, jufqu’à ce qu’ils jugent qu’il y en a de refte; & dès qu’ils voyent les jets pleins, ou prêts à l’être, ils verfent avec la cuiller même dans les jets»
- Les perfonnes qui ont des devis à faire, dans lefquels il entre beaucoup de fonte, & qui la réduifànt au pied-cube, croiroient devoir la compter fur le pied de cinq cents quatre-vingt livres le pied - cube , comme les pefe celui de fer forgé, feront peut-être bien aifes de lavoir que la fonte pefe beaucoup moins que le fer forgé : je ne dirai pas bien précifément ce que pefe le pied-cube de fonte ; il peut d’ailleurs y en avoir qui pefent plus, & d’autres moins ; mais j’ai affez bieri examiné celle de Dampierre, pour affurer qu elle ne pefe qu’aux environs de quatre cents quatre-vingt-feize à quatre cents quatre-vingt-dix»huit livres.
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- Première Section, pag. 4flig‘ 18 19. un canal d’eau courante de 8 pouces-cubes :
- Ufe%, un canal dont la fedion perpendiculaire efl: un quarré de 8 pouces de côté.
- Fin de la troisième Sections,
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