Descriptions des arts et métiers
-
-
- ' "’CT'
- t
- /
- 1
- 'l ^ **'-** "*' .
- •C^i:v*
- T*”
- >•
- -. ,j
- 1
- ,«> ' .V
- i '
- .' ;,y. :•;/ ’ -. ; ,• • ''+*• . #*, ,' .. ' . * <
- J •'• - •]s£%:*?" ï
- •K>.‘.
- t' l“t *
- • *•/•
- ü
- >
- \
- V
- 'i
- • V
- ' v 'M. ' .i
- p.n.n. - vue 1/218
-
-
-
- ART
- xl JL1* JL
- DES FORGES
- E T
- FOURNEAUX A FER,
- Par M. le Marquis DE COUR TIVR O N;
- Et par M. B OU CHU, Correfpondant de VAcadémie Royale
- des Sciences.
- QUATRIEME SECTION-
- Traité du Fer ,par M. Swedemborg ,* traduit du Latin par M. Bouchu.
- M. D C G. L X I I.
- a
- Page de titre n.n. - vue 2/218
-
-
-
- 1
- 7
- *
- i
- r :<• ' '«
- /
- V
- :is
- »
- i 1 i.JÎ-
- T T*
- V k.-V - 1.
- M
- p.n.n. - vue 3/218
-
-
-
- AVERTISSEMENT
- ï. ia Traduction de l’Ouvrage de M. Swedem-borg qui fait la quatrième Section de l’Art des Forges, ejl donnée pour la Comparaifon des travaux de Suede à ceux de France. Ce Sçavant Etranger qui a fait plufieurs Ouvrages de Métallurgie, a été employé par le Gouvernement de Suede dans les Ma-nufallures de Fer & de Cuivre de ce Royaume, pour y porter les vues éclairées que fes connoiffances lui donnoient. M. Bouchu ayant fait la Traduction du Traité du Fer de M. Swedemborg, on avoit penfé quon pouvoit répandre en forme de notes dans les differentes Sections de l’Art des Forges, l’Ouvrage même de l’Etranger, en le dépouillant de tout ce qu’il avoit emprunté de M. de Ré au mur fur l’Acier & le Fer fondu; mais faifant attention qu’il feroittrop em-barraffant pour tout le monde & difficile à de fmples Ouvriers d’aller chercher dans des notes éparfes, des procédés qui les infîruiroient, on a incliné, fuivant le defir du Traducteur, à ce que l’Ouvrage fût imprimé tel qu’on va le trouver, en admettant pour l’impreffion le même caractère qui auroit été employé dans les notes, & les retranchements dont nous avons parlé dans un autre endroit. Le Traducteur s’efl fervi des mêmes Planches & Figures du Livre de M. Swedemborg ; & le Deffinateur, pour diminuer le nombre des Planches, a changé feulement quelque chofe dans l’arrangement des Figures fur chaque Planche, fans changer
- p.n.n. - vue 4/218
-
-
-
- A VE R T I S S E M E NT* •
- rien aux Figures ; ce font les memes lettres qui y font employées, & on a cotté les Figures comme elles le font dans l’Original; il a feulement fallu, pour les arranger en moins de Planches, tranfpofer deux ou trois Figures d’une Planche dans une autre ; & on-a préféré cet arrangement à l’inconvénient de faire renchérir l'Ouvrage par l’emploi d’un plus gi~and nombre de Planches. -
- ÎV
- \
- ART
- p.n.n. - vue 5/218
-
-
-
- ART DES FORGES
- E T
- FOURNEAUX a FER.
- Par M. le Marquis de Covrtivronj
- Et par M. B ou chu , Correfpondant de l’Académie Royale
- des Sciences.
- 9
- QUATRIEME SECTION.
- Traité du Fer, par M. Sivedemborg ; traduit du Latin par M. B ou chu.
- PREMIERE CLASSE,
- 5. I
- De la maniéré de calciner > fondre > & affiner la Mine de Fer > ufuêe en plujieurs
- endroits de la Suede.
- L es mines de fer que fon exploite dans les divers endroits de la Suede, ne font pas en aufïi grand nombre de genres ôt de qualités que celles que l’on travaille en Allema-gne , en Angleterre, ôt dans les autres parties de l’Europe» Elles ne different pas beaucoup entrc-elles par la couleur. Pour l’ordinaire, elles préfentent celle du fer. Il eft très-rare d’en trouver de jaunes , rouges brunes , blanches, ôte. On ne s’attache guères à tirer que la mine qui fe fait connoître , au premier coup d’œil, par fa couleur ôt par Ion brillant. Les mines de fer different cependant , en ce qu’un genre eft pauvre, ôt l’autre riche. Il y a des veines dont un quintal donnera y o à p o liv. D’autres ne donneront que 20 liv. Ôt encore moins par quintal. La principale différence des mines entre elles, vient ou de leur quantité , ou de leur richeffe, ou de leur qualité intrinfeque. Une autre différence 5 eft qu’un genre eft imprégné de beaucoup de foufres groffiers , ôt qu’un autre en eft prefque totalement privé. Le pre-Fourneaux. ^e. Section*
- mier, étant travaillé , donne un fer, qui étant chaud, fe fépare ôt tombe en mor~. ceauX ou éclats fous les coups du marteau zt quand il eft froid, il eft très-tenace. On l’appelle Fer caffant à chaud ( en Suédois Roedbrecht. ) L’autre genre donne du fer d’une qualité toute contraire ; c eft-à-dire , qui eft très-ferme, ôt fe lie bien fous le marteau quand il eft chaud : mais il caffe aifé-ment étant froid* On l’appelle Fer cajfant h froid, (en Suédois Kallbrecht), D’ou il réfulte que les mines de fer, en Suede > ont des qualités différentes, relativement au plus ou au moins de foufre quelles contiennent. Il y en a qui font d’une qualité intermédiaire, c’eft-à-dire, qui ne pechent ni par excès ni par défaut de ce minéral. Ce font celles qui font les plus eftimables, parce que la bonté du fer confifte principalement à pouvoir être travaillé à chaud ôt à froid ; qualité néceffaire pour qu’il puiffe être employé à toutes fortes d’ouvrages. Toutes les fois qu’en exploitant une mine de fer on ren-
- A
- p.1 - vue 6/218
-
-
-
- DES FO URN EAUX.
- contre des marcafïïtes 9 où quelques veines tenant du cuivre , c’eft un indice afflué que cette mine eft imprégnée de foufre , ôc que conféquemment elle donnera du fer du premier genre dont nous venons de parler. On la préféré cependant à celle qui a très-peu de foufre , parce que cette derniere efpece de mine eft très-difficile à réduire en fer qui foit propre à toutes fortes d’ouvrages. Celui qui en provient, ne convient qu’à certains ufages œconomiques. Les mines de Suede différent auffi par les matières avec lefquelles elles font combinées. On trouve ordinairement le fer dans la pierre de corne, dans certaines efpeces de talc, de pierres calcaires, de fpath , de quartz, Ôc différentes autres pierres. Les mines de fer different encore par leur plus ou moins de difpofition à la fufion dans les fourneaux ; ce qui vient pour l’ordinaire de la pierre avec laquelle elles font combinées. Si, par exemple, une mine porte avec foi beaucoup de pierre calcaire , elle fond.très-facilement, parce qu’elle a- en foi une efpece de menftrue (*) qui lui donne de la fluidité : mais fi elle eft combinée avec du fpath , de la pierre de corne, du talc, il ell difficile de la faire fondre, ôc de la féparer de ces efpeces de matières. Le plus ou moins de foufre occafionne auffi des différences. Il y à d’autres efpeces de mines qui ne fe trouvent point dans les pierres dures, ôc qu’on ne tire pas des lieux élevés ; mais que l’on va chercher dans les marais, les étangs, les lacs, les fleuves. Gomme il faut les traiter différemment , je remets à en faire la defcription lorfque je parlerai de la façon de les travailler. Ordinairement les mines de Suede offrent le même extérieur, excepté les dernieres dont nous venons de parler. La variété de leur couleur, qui eft toujours la même que celle du fer, ne préfente qu’une foible dif-tinêlion» Il arrive feulement quelquefois que cette couleur eft d’un bleu plus foncé, obfcur ou pâle 5 ce qui eft dû au plus ou au moins de pierre qui y eft joint.
- Calcination ou préparation de la mine crue au feu de fufion.
- Lorsque la pierre de fer eft tirée de la minière , Ôc voiturée pour être fondue, il faut, proche le fourneau, la calciner , ce qui la prépare à la fufion. La maniéré de le faire eft la même par toute la Suede, que les
- La mine cpmbinée avec une pierfe calcaire ? ne fond très-facilement. que parce que la pierre calcaire eft un puif* fant abforbant du foufre.
- (i) ; * *. 7- pieds..
- (3) 5.10. 17. 34 pieds.
- (4) On a conlërvé dans le corps du dilcours les termes des dimenfions employées dans l’original ; mais pour l’inftruc-tion des LeCteurs , nous donnons dans cette note le rapport de l’aune Suédoife au pied François. L’aune Suédoife ré-
- mi nés foient fulfureufes ou non. On fait une foffe capable de contenir la quantité de mines que l’on veut calciner : ou bien on choifit Amplement une place unie , qu’on fait entourer d’une paliffade de trois cotés. Il n’y a point de dimenfion néceffaire pour ces foffes. On leur donne, fuivant qu’on le juge à propos, ou deux (i), ou trois, ou quatre aunes de profondeur fur trois 4?)', fix, dix, vingt de longueur Ôc de largeur. Enfin , on choifit une aire, que l’on environne d’un mur ou d’une paliffade. Sur cette aire on amaffe ôc on amoncelé la mine. Il faut que l’endroit foit très-fec ; ôc pour qu’il le foit encore davantage , on garnit le fol de poudre de fcories choifies, ou d’une efpece de gravier qui fe trouve après la calcination , ou des débris d’une vieille minière, ayant foin de mêler ces matières ayec des fcories groffieres. On donne la préférence à ces matières , parce que, de leur nature, elles font très-feches , Ôc que les fcories étant fort poreüfes Ôc trouées comme la pierre-ponce , elles reçoivent ôc abforbent l’humidité, ôc rendent la place feche, même en quelque façon aride. Quand on trouve un endroit fec par lui-même , il eft inutile d’y rien mettre : cependant, pour plus grande sûreté ôc pour prévenir toute humidité, on choifit un endroit un peu incliné, où l’on en façonne ùn. x II faut que lç terrein foit incliné du côté du paflage que laiffe le mur ou la paliffade, On en profite pour faire écouler l’eau qui pour-roit s’y rencontrer ; ou pour que l’aêlion du feu puiffe plus aifément diffiper toute humidité. Quoique ce fecret ne foit pas difficile, plufieurs ont jufqu a préfent négligé de l’employer.
- On couche de gros bois ou troncs d’arbres. Le meilleur eft celui qui eft fec ; pour cela on le laiffe au moins pendant un an expofé au foleil, parce que le bois verd diminue la force du feu par fes vapeurs humides ôc froides. Le bois le plus fec, le plus compaêl, le plus dur, eft le meilleur. On amoncelé de ces pièces de bois jufqu’à la hauteur de deux ou trois aunes (4). On met la mine deffus, les plus gros morceaux proche le bois, enfuite les plus petits, jufqu’à ce qu’on ait formé une pyramide qua-drangulaire ou d’autre forme. Il y en a qui * en amoncelant la mine , infèrent des çou^ ches de charbon, afin que le feu pénétré mieux par-tout. Quand le tout eft arrangé y
- vient à plus d’un pied trois quarts, c’eft-à-dire, 2.5 pouces de Roi 11 lignes f. M. Camus, de l’Académie Royale Aes Sciences, qui a demeuré en Suede , nous a dit que l’aune Suédoife étoit exactement la deihi-aune de France. Le Traducteur, allez généralement lorfqu’xl s’eft lèrvi du terme aune, a mis à la marge l’évaluation de l’aune à un pied 9 pouces, n’ayant pas jugé fans doute une plus grande préci-ixon néceffaire.
- p.2 - vue 7/218
-
-
-
- DES FOURNEAUX, 3
- on couvre le defifus de fcories mifes en pou* en quelque façon dégagée des liens de la dre (*), afin de concentrer le feu, qui ne pierre qui la retenoit fortement : ce qui doit paroître que dans les endroits où on lui fait voir que fi la mine n’étoit pas calcinée , donne ouverture. On met encore fur le bois on jurait de la peine à dégager la partie mé-quelques morceaux de pierres calcaires , ou tallique. C’eft aufii ce qui a donné lieu à la l’on en mêle dans la mine, afin que du même réglé reçue par-tout, que plus la mine en feu cette pierre fe convertifife en chaux ôt pierre a été calcinée, plus, lorfqu’on l’a mife devienne plus propre à la fufion. au fourneau , elle eft difpofée à la fufion ;
- Cette pierre eft très-utile à la fufion de la plus la partie métallique fe détache aifément mine : on y en ajoute à proportion que l’on de fa roche ôt des fcories, plus on retire de voit quelle en a befoin , Ôt que de fa nature métal avec une moindre quantité de char* elle paroît plus ou moins difpofée à fondre, bons. D’ailleurs , par la calcination, la pierre Il y a des mines qui font combinées avec la devient plus aifée à être réduite en petits pierre calcaire, ôt dans lefquelles on voit des morceaux.
- veines, ôt des zones blanches. Dans ce cas , il ne faut pas en ajouter, puifqu’elles en portent la quantité nécelfaire , comme la mine de Roflagie, qui fond feule. Enfuite on allume le bûcher , qui brûle pendant plus ou moins de temps, i > 2, 3,4, ôt 8 jours, plus ordinairement trois. •
- Des fondements £ un fourneau de fufon
- Quand il eft queftion de bâtir un four* neau, il faut thoifir un terrein à l’abri de toute humidité : plus il fera fec , meilleur il fera. De-là il s’enfuit qu’un endroit élevé eft .Toutes les mines de fer, en Suede, ne fe préférable à un endroit bas, Ôt le fable ou grillent jamais qu’une fois avant que d’être gravier à toute autre efpece de matière. Il portées au fourneau , je ne fçache pas que faut fur-tout examiner fi, dans le voifinage , dans ce Royaume, quelque chargées quelles il n’y a point quelque éminence qui fourniflfe foient de foufre , on les grille deux ou trois de l’eau, laquelle pourrait s’infinuer fous la fois, comme cela fe pratique en d’autres fondation, toucher ou rafraîchir la pierre endroits. qui fert de fond à l’ouvrage. En général,
- L’ancienne méthode fume , eft que cette fous quelque fourneau que ce foit, il faut opération ne doit durer, au plus, qu’une pratiquer une elpece de folfe couverte ou femaine. On calcine enfemble des mines de voûtée, qui, non-feulement attire Ôt reçoive plufieurs efpeces: mais on les range de maniéré toutes les eaux, mais qui ait encore conique chaque efpece ait une place convenable munication avec l’air libre ; ce qui fe fait par Ôt diftinête. La plus fulfureufe fe met la plus le moyen d’un tuyau ou petit canal de fer * proche du feu, dont on éloigne la mine, qui aboutit ou fous les foufflets ou au-devant a mefuîe quelle contient moins deToufre* du fourneau, pour laiffer une libre fortie aux Chaque efpece intermédiaire fe place rela- vapeurs, lefquelles arrêtées fous le fond de tivement au plus ou moins de foufre quelle l’ouvrage, le tiendroient toujours humide Ôt contient : enfuite on les fépare pour les porter empêcheraient l’accroiflement ôt l’effet de la au fourneau. chaleur. Comme l’humidité eft nuifible à la
- Par ce grillage ;on chafife les foufres nuifi- fufion, il faut, toutes les fois qu’on recombles ôt fuperflus qui font cachés dans la mine : mence le travail, nettoyer avec foin cette pendant la durée du feu, ils font fenfibles à efpece de réfervoir, de crainte qu’en fe rem-l’odorat, Ôt on voit la vapeur qu’ils fournif- plififant, la vapeur ne puiffe plus avoir une fent, flotter comme un nuage léger, ôt caref- libre fortie. Comme il peut fe trouver quel-fer la fuperficie de la pyramide, femblable que fource dans la proximité de ce réfervoir $ à ce que que nous appelions feux folets. On s’il y arrivoit tant d’eau qu’un fyphon ne chafife encore les parties arfénicales, ôt tout pût fuftire, ou fi la terre qui touche le fond ce que la pierre peut avoir de contraire à la etoit perpétuellement imbibée d’eau,fi même fufion. v ~ le feu l’attiroit, Ôt quelle fe communiquât
- Par ce feu préparatoire, la pierre qui fait aux murs Ôt parois du fourneau, alors il fau-partie de la mine , ôt qui s’y trouve mêlée, droit faire le réfervoir beaucoup plus large eft changée en une efpece de chaux, ce qui ôt plus profond, y placer deuxfyphons, afin lui ôte une certaine crudité, ôt la difpofe à que l’eau mife en expanfion par le feu , pût la fufion. Voilà pourquoi, après le grillage , fortir librement ôt en quantité fuffifante * ôt dans fa caflure, la mine paroît plus pâle , pour garantir même plus sûrement le fond ôt en quelque façon livide, parce que , par d une humidité qui lui ferait pemicieufe , il la calcination , la pierre blanche éclaircit la faudrait faire une tranchée fous une partie couleur obfcure de la mine, Ôt la rend plus du fourneau, même tout autour, qui rafiTem-pâle (é). Par le grillage, la partie du fer eft blât ôt écoulât toutes les eaux environnan*
- ( 5 ) Mêlées avec une efpece de gravier qui tombe du _ (6) Le brillant de la mine difparoit3 parce que la calciiu* bûcher de calcination. tioa enleve celui de la pierre*
- p.3 - vue 8/218
-
-
-
- DES FOURNEAUX.
- ï
- tes , de façon quelles n’en puiflent incom* inod'er le fond.
- Un endroit pierreux ou fablonneux , ou pour le mieux, garni de fcories, foit anciennes , foit nouvelles , eft le meilleur que l’on puifle choifir pour la fondation d’un fourneau. Si vous bâtiflez fur le comble dun craflier, vous aurez un terrein très-fec ; car il femble que les fcories abforbent ou chaf-fent toute humidité : outre quelles font pleines de trous ôt de petits canaux, ôt d’une contexture peu ferrée, c’eft quelles s’échauffent à un feu médiocre , enforte que la chaleur rempliffant les pores ôt les vuides, toute humidité s’en éloigne. Il y en a cependant qui penfent qu’il ne faut pas que le fol fur lequel on veut bâtir un fourneau, foit fi aride , de crainte que la pierre qui fert de fond, ne puifle aufll-bien réfifter à la violence du feu ; ce qu’on dit être arrivé en quelques endroits : mais il paroît qu’il faut plutôt attribuer cela à l’efpece de pierre qu’on a employée pour le fond. Effectivement, il y a des pierres qui fondent aifément à un feu médiocre, tandis que d’autres réfiftent à fa plus grande violence. Si en creufant pour faire la fondation-, on rencontre ou de la pierre ou un terrein ferme > on ne travaille pas immédiatement ; mais on fait une efpece d’excavation, comme un petit réfervoir que l’on couvre d’une grofle pierre, afin de recevoir les eaux qui s’infinuent ôt qui ferpentent dans les interftices de la pierre, ou qui découlent de quelque hauteur voifine. Il faut néceflairement les faire évaporer , fans quoi ces eaux enfermées fatigueroient ôt brife-roientla pierre fondamentale du foyer qu’elles refroidiroient» On doit, s’il eft permis de s’expliquer ainfi, donner une efpece de vie ôc de refpiration aux eaux qui filtrent Ôt qui s’infinuent fous l’ouvrage. Le propre de la chaleur eft de divifer continuellement l’eau, de la difliper ôt fucceflivement de l’attirer, enfin de la réduire en vapeurs ; ce qui arrive probablement parce que l’eau, qui s’infinue par des* voies cachées, étant montée où il y a un certain degré de chaleur, fe réfout en vapeurs, ôt par ce moyen eft enlevée de l’endroit quelle occupoit. Ces endroits néanmoins font toujours fujets à l’humidité, parce que les paflages s’élargiflant par cette efpéce de travail d’une eau qui fuccéde à une autre , après une partie évaporée, il s’en retrouve une nouvelle à évaporer. Il faut excaver le terrein fur lequel on veut bâtir, jufqu’à ce qu’on ait trouvé la roche ; fi on ne la trouve pas à une profondeur convenable, il faut y fuppléer par des grillages en bois, ainfî qu’on le pratique pour tous les bâtiments confidé-xables. Comme on eft néceflité de bâtir les
- foürneaux proche d’uneriviere ou d’une chûtfc d’eau, afin de faire mouvoir la rouë qui fait travailler les foufflets, on ne peut pas toujours choifir l’endroit que l’on fouhaiteroit ; alors il faut recourir à l’art Ôt à l’adrefle pour rendre le terrein convenable.
- Une obfervation eflentielle, c’eft que l’eau eft tellement capable de caufer du refroidifle-ment à un fourneau, que quoique fur la fofle du fond il y ait une lame ou table de fer très-épaiffe-, defliis cette table une bonne quantité de fable, ôt fur le fable une pierre de grais d’un pied d’épaifleur (7) 5 cependant le feu a de la peine à augmenter ôt à acquérir le degré néceflaire pour la fufion. D’une part, l’eau refroidit, Ôt en pénétrant la pierre , Va en quelque façon au-devant du feu : d’autre , la chaleur chaflfe l’eau Ôt la fraîcheur, de façon que dans un corps très-dur il fe fait une efpéce de combat entre le chaud ôt le froid, ôt la chaleur fe trouvant atténuée par le froid, elle ne peut parvenir au degré que la fufion demande : cela eft prouvé par plu-fieurs autres expériences» Par exemple , tant que le côté d’un corps dur fera également rqfroidi, envain l’autre côté de ce corps fera travaillé par une chaleur modérée ôt uniforme, elle ne pourra augmenter que confé-quemment à l’étendue occupée d’un côté par le froid, ôt de l’autre par le chaud : à moins que dans un corps dur la chaleur ou le froid n’aient un grand efpace , dans lequel ils puiflent par degrés augmenter ou diminuer , relativement à leur diftance, de leur origine ; il n’eft pas poflible de les accroître dans le point où ils fe rencontrent : mais nous parlerons de cela ailleurs» Voilà néanmoins ce qui arrive fi l’on tient l’humidité enfermée fous un fourneau, Ôt fi les vapeurs, excitées par le feu, en frappent perpétuellement le fond : au lieu que fi on laifle une libre fortie aux Vapeurs, elles ne pénétrent pas les pierres ou autres corps durs qui les avoifinent, mais échauffent Amplement la fuperficie quelles touchent, Ôt n’arrêtent point ni ne détruifent la chaleur qui les pénétre.
- Dans les fourneaux de fufion, il y a bien des chofes qui indiquent que les eaux font capables de diminuer, même de détruire 9 l’aétion du feu. Par exemple , le temps eft-il pluvieux ou l’air humide, dans l’inftant les foufflets, foit de cuir, foit de bois, pompent l’humidité ôt l’expirent : s’il fe trouve quelque voie d’eau, ou s’il y a de l’eau arrêtée fous l’afpiration des foufflets (7 8), alors leur fouffle devient humide ; il porte l’humidité dans le fourneau: Ôt dans tous ces cas on s’apperçoit que le feu Ôt la fufion font moins vifs que lorfque l’air eft aride ôt ferein, ôt qu’il n’y a aucune humidité fous les foufflets.
- (7) De façon que l’eau eft éloignée du feu par un mur d’une ou deux auneis d’épaifleur, i. pied9. pouces ou 5 pieds
- (8) Le ventau.
- L’expédient
- p.4 - vue 9/218
-
-
-
- DES FOUR N EAUX.
- L’expédient le plus âfluré pour éloigner tou-tes les eaux du foyer , eft de voûter la foffe dont nous avons parlé, ôt de la tenir ouverte aux deux extrémités, afin de donner à l’eau un libre cours : on conftruit en sûreté le foyer d’un fourneau de fufion fur une voûte*
- Confiruclion du corps du fourneau > defi-à-dire , du mur qui entoure le vuide quon laiffe dans le milieu F un fourneau de fufion»
- Les fondements faits , on travaille au maflif du fourneau qui doit être d’une grande épailfeur. On vuide le terrein, comme on l’a déjà dit, jufqu’à ce qu’on trouve la roche ou bien un terrein aflfez ferme pour foutenir une fi grande maffe. Si on ne trouve point la roche , on employé des grillages en bois en état de foutenir la conftruâion. Pour cela, on obferve les mêmes régies que pour les autres grands édifices* Quant au maflif ôt aux parois, on les bâtit, fçavoir, le maflif avec de grands morceaux de roche grife, qui eft commune,
- ( en Suédois Grauflen ), & les parois qui font le mur intérieur, de pierres d’une autre efpéce* Quelquefois on bâtit le maflif, partie avec de greffes pierres , & partie avec de grofles poutres , qui enchevêtrées les unes dans les autres foutiennent tout l’édifice. Voici la maniéré de bâtir fuivant cette derniere méthode, qui eft pratiquée par ceux qui ne font pas en état de bâtir plus folidement : elle coûte beaucoup moins que l’autre.
- Ce maflif, qui renferme le vuide intérieur, dans lequel s’opère la fufion, fe fait de quatre murs l’un contre l’autre. Le premier qui forme l’intérieur Ôt qui eft expofé immédiatement à toute la violence du feu, doit être conftruit de pierres choifies ôt reconnues par l’ufage, pour être en état de réfifter au feu 6c de fouffrir les matières fondues, fans fondre elles-mêmes. Le fécond, contigu à ce mur intérieur , eft bâti de roche grife commune , d’environ la même épaifleur que le premier. Le troifiéme eft fait avec de menues pierres, des fcories pulvérifées 6c autres matières de cette efpéce, de façon qu’il faut moins le regarder comme un mur, que comme un mélange de différentes matières raffemblées, pour donner de l’épaiffeur aux deux murs dont on vient de parler. Le dernier rang eft bâti de grofles pierres ôt de grofles pièces de bois entrelaffées pour foutenir le total. Le vuide intérieur eft de figure ronde ; dans un moment nous en donnerons la defcription : conféquemment le mur qui l’environne eft rond. Le fécond eft encore arrondi, mais moins que le premier. Le quatrième , com-pofé de pierres ôt de bois, eft quarré. On emplit, comme nous l’avons dit, l’efpace
- _Province de Suede.
- Fourneaux , ^e. Seclion.
- entre le fécond ôc le quatrième mur avec des déblais de minières , des fcories, des rebuts de mines calcinées, le tout caffé ôc plié. La partie extérieure d’un fourneau eft donc quadrangulaire : mais pour avoir une idée* plus claire de ces fourneaux, qui font très-communs, nous allons décrire chaque mur en particulier.
- Le mur extérieur, ou celui qui eft expofé à l’a&ion immédiate du feu, s’appelle en Latin murus nuclearis > en Suédois Kernmur9 en François parois ou mur F enveloppe. Il doit être conftruit dans des dimenfions très-exa&es. Les autres murs qui l’environnent , doivent, à la vérité , être bâtis avec foin Ôt adreffe : mais la grande exaôütude doit être réfervéè par le mur intérieut. II faut d’abord n’employer pour le faire qüe des pierres choifies , c’eft-à-dire, qui réfif-tent bien au feu ; car fi on fe contente de la pierre ordinaire, il peut arriver que la violence du feu la fera ou éclater ou fondre , ce qui occafionneroit des accidents, quelquefois fi fâcheux, que dès les premiers jours il faudroit abandonner un fourneau en travail après avoir brûlé inutilement bien du charbon. On ne trouve pas par-tout de cette efpéce de pierres qui réfiftent parfaitement à l’aêliôn du feu. En Suede, on les appelle Pipfteh, ôt en France, du nom général de pierres de parois , du genre des apyres. On en tire de diverfes couleurs. En certains endroits elle eft grife avec des veines verdâtres reffemblantes à des fibres, ou ftries, qui trâverfentla pierre, ôt qui paroiffent la remplir de petits trous. Quelques-uns employent, pour les murs de parois, une efpéce de pierres feuilletées, de celles qui fe débitent aifé-ment, ôt fi tendres qu’on les coupe , pour ainfi dire, au couteau, enforte que l’on peut, tant qu’on le fouhaite, l’amincir uniment dans fa longueur. Cette efpéce de pierre eft fort rare ; Ôt comme le talc, elle réfifte très-bien au feu. Dans quelques endroits on fe fert encore d’une roche de couleur noirâtre , mais quelquefois garnie de grains brillants* Elle a des ftries dans fa longueur, ôt elle ne fe caffe bien que dans le fens de ces mêmes ftries. Cette efpéce eft encore du genre des apyres Ôt de la nature du talc. On s’en fert communément dans l’Helfingland (<?) Ôt ailleurs. A la longue, le feu la fait rougir ; enfuite expofée à l’air, elle fe met en pouf* fiere couleur de briques. Il y a encore d’autres efpéces de pierres propres à la conftru&ion des murs de parois ; on peut même fe fervir de grais, ou de la pierre meuliere* En quelques endroits, au lieu d’employer les matières que nous venons de dire, on a tenté de faire le mur intérieur des fourneaux avec de feuls récréments ou rebuts de fer, bien
- B
- p.5 - vue 10/218
-
-
-
- DES FOURNEAUX.
- entendu de ceux qu*on tire d’un fourneau quand il eft arrêté, vulgairement mis hors ; ces rebuts tirent fur le noir à caufe des particules de fer dont ils font remplis. Comme ils réfiftent bien au feu , non-feulement on les emploie à bâtir les murs de parois les plus expofés à la violence du feu > mais dans plufieurs endroits, on en fait mêm.e la partie fupérieure de ces murs, quoique la chaleur y foit bien moins confidérable. (IO) Ces récréments expofés à l’air humide, tombent facilement en poufliere. Quoiqu’ils réfiftent bien au feu, il y a cependant un certain danger de s’en fervir, parçeque l’humidité , foit de l’air, foit de quelque voie d’eau, occafionnée par les pluyes, les attaquant, ôt les faifant jpeu-à-peu tomber en pouflie-re, le foyer selargit, Ôt n’efl plus propre au travail. Ce mur , dont nous donnons la def-cription, doit avoir deux pieds, Ôt en quelques endroits deux pieds ôt demi d’épailîeur. Plus il ell épais , plus il dure. On le monte ordinairement à la hauteur de treize ou quatorze aunes. Celui qui le bâtira aura foin qu’il n’y ait aucuns joints ni trous qui ne foient exaêlement remplis avec du mortier fait de fable ôt d’argile. Si les pierres ne font pas jointes de maniéré qu’il n’y ait aucun vûide , on donne palfage au feu, qui, s’in-finuant par-tout, fouleve les pierres, dérange les mortiers , Ôt fait tomber les matières dans le foyer, ce qui nuit au travail, au point qu’on eft obligé de finir la fufion. ( Cejl mettre hors. ) Ce mur peut aifément être féparé des autres , de façon que quand le feu la endommagé, ôt que ce qui en refte ne convient pas au travail, on le démolit entièrement, ôt en fa place on en conftruit un nouveau^ fans toucher aux autres. On peut même refaire ce mur , foit dans fa totalité , foit en partie feulement, fans faire tort au refte du fourneau.
- Le mur, attenant ce premier, fera bâti de bonne roche grife commune ( en Suédois grauften. ) Il n’eft pas expofé à la plus grande violence du feu, dont il eft garanti par le premier mur intérieur. Il doit en avoir l’épaif-feur, deux pieds ou deux pieds ôt demi, ainft que la hauteur. Il faut aufli en joindre bien exactement les pierres avec mortier de fable ôt argile. S’il y a quelque vuide, la chaleur y pénétre ; ôt l’on voit quelle y augmente ôt y travaille au point de corrompre les mortiers, de brifer toute liaifon , de déranger les pierres, qui, à la fin culbutent dans l’ouvrage, comme nous l’avons dit. Lorfque le Fondeur s’en apperçoit, il eft obligé d’arrêter fon four-
- (ïo) Non-feulement on en fait l’ouvrage & le foyer fu-périeur au deflus des échelages, mais même la totalité des parois. Pour entendre ce que c’eft que les récréments dont parie Swedemborg, il faut fçavoir que c’eft la même chofe que ce que nous appelions des laitiers tranchans. C’eft de l.’argile à moitié fondue qui s’eft iniinuée avec quelques par-
- neau pour pouvoir raccommoder ces brèches , ôt remédier, pour ainft dire, à ces bleffures avant que de recommencer fon travail.
- L’efpace vuide entre ce mur Ôt le mur extérieur , fe remplit de toutes fortes de marie-» res, comme éclats de pierres, argile féche , feories pilées Ôt débris de pierres déjà brûlées. Il feroit trop fatiguant ôt trop coûteux de le remplir avec de groffes pierres qu’il faudroit monter avec des machines. Comme les murs , de part ôt d’autre, retiennent ce rempliffage, on comprime toutes ces matières en les pilant avec des marteaux, les battant à la demoifelle, ôt les foulant avec les pieds.
- Le mur extérieur eft bâti de gros quartiers de pierres entrelaflées, ôt foutenues par de greffes pièces de bois. Ces pièces font très»-fortes : on en met dix ou douze de chaque côté. Elles fe tiennent Ôt s’accrochent à chaque extrémité par des encoches, enforte quelles embraffent ôt ferrent le mur.
- Un fourneau, bâti ainft, ne dure pas longtemps ; car quoique ces différents murs ôt ce rempliffage foient fortement ferrés enfemble par les pièces de bois, avec le temps, ces poutres font obligées de céder au poids d’une maffe énorme ; peu-à-peu elles fe courbent, les encoches des angles échappent, ôt quelquefois une partie confidérable culbute. D’ail* leurs , quoique l’on emploie des bois fains ôc fecs, comme ils font expofés à l’humidité de l’air ôt à la chaleur, ils fe ramolliffent ôt pom> riffent. Il y a aufli à craindre du côté du feu, qui fe met aifément à cette charpente, ôt ren-verfe tout l’édifice : ce qui ne peut arriver lorfque tout le mur eft bâti de bonnes pierres.
- On avoit encore la coutume de mettre des chaflis en bois fous les différents murs , dont nous venons de parler : mais les injures du temps dérangeant peu-à-peu ces bois, cela faifoit fendre Ôt pencher l’édifice , ce qui fait qu’aujourd’hui tout le bas eft bâti de groffes pierres.
- Quand les murs font à la hauteur convenable, on éleve deffus, par le moyen des appuis, un cloifonnage de bois de la hauteur de fix pieds (n). C’eft une efpéce de fécond étage quadrangulaire , arrêté par des chevrons ôt foutenu par des pieds droits. On y emploie quelquefois de très-fortes pièces de bois, ou bien on le fait de briques. Ce cloifonnage s’appelle la couronne, qui ferme l’endroit où l’on dépofe la mine, ôt où on la met à couvert, ainft que les Ouvriers defti-nés à charger le fourneau, ôt à y veiller continuellement. D’autres, pour mieux garantir
- des de fer recuit dans les interftices des pierres : ce qui fait que lorfque l’on défait un ouvrage, on en trouve de très-groflès maffes. C’eft de l’argile, quelques particules de fer, & des parties de pierre liées enfemble.
- (ii) Les Batailles.
- p.6 - vue 11/218
-
-
-
- DES FOU ktf E A VX.
- îes Ouvriers des injures de l’air, forment cette partie en voûte , laiffant au milieu ôt au-defliis du feu une ouverture, pour laiffer échapper la fumée ôt les étincelles.
- Pour ce qui regarde Fépaiffeur de Ces murs, pris enfemble, depuis l’extérieur jusqu’au vuide intérieur, elle eft de neuf ou dix pieds de chaque côté : ôt comme le vuide eft de fix pieds, il y a extérieurement, d’un angle à l’autre , vingt à vingt-fix pieds.
- Le total de l’édifice eft quadrangulaîre Ôt bâti de pierres : mais des quatre murs extérieurs , il y en a deux (T1) qui font perpendiculaires Ôt fans difcontinuité ; les deux autres (T3) ne font ni perpendiculaires ni entiers : l’un Ôt l’autre vient obliquement rentrer au foyer : il y a une retraite dans le mur du côté des foufflets. La raifon de ce procédé eft qu’il faut de l’efpace , pour que ces foufflets puif-fent fe mouvoir librement, être remués , levés, abbailfés par les cammes & les leviers. Il faut auffi pouvoir placer les buzes des foufflets, Ôt les diriger au milieu du foyer , afin que le feu foit entretenu ôt animé par le vent, comme on le fouhaite. Si cè mur ne rentroit pas en-dedans, il n’y auroit pas de place pour ces opérations, ôt le vent ne pour-roit être dirigé vers le milieu du foyer. L’au* tre retraite eft dans le mur de devant du four* ne au, celui où le Fondeur ôt les autres Ouvriers travaillent, tirent les fcories, coulent le métal, lèvent ôt mettent hors la gueuze avec des roulets. Il faut que l’obliquité vienne jufqu’au foyer : car comme à chaque inftant on eft obligé de travailler dans l’ouvrage , on ne pourroit le faire fi le mur n’étoit pas incliné , comme on l’a dit.
- Quant à l’obliquité de ces deux murs ôt leur inclinaifon vers l’intérieur, il convient d’être inftruit que cette inclinaifon doit commencer environ au milieu du fourneau, ôt aboutir infenfiblement au foyer. Les angles & la hauteur de cette inclinaifon ne font pas par-tout les mêmes. Les uns font plus grands, les autres plus petits, c’eft-à-dire , plus aigus ou plus obtus ; ôt conféquemment l’obliquité commence, ou au milieu du fourneau, ou plus bas. Si, eu égard à la perpendiculaire , on donne une moindre obliquité , il faut alors que le plan incliné monte plus haut , ôt conféquemment qu’il occupe une plus grande étendue. Au contraire , plus grande eft l’obliquité, eu égard à la perpendiculaire, ou bien plus l’angle eft obtus, moins le plan incliné occupe d’efpace : voilà ce qui eft caufe que la hauteur de l’inclinaifon varie. J’ai obfervé que dans quelques endroits, l’angle d’obliquité eft de quarante degrés : conféquemment le plan incliné eft plus élevé. Dans d’autres endroits, on donne à cet angle
- jufqu’à cinquante ou foixanté degrés, ce qui fait autant de variétés.
- Le mieux eft que le plan incliné ne foit pas élevé , ce qui rend l’angle plus grand ou plus obtus. La raifon eft, qü’alors il n’occupe pas une fi grande portion des parois, ôt con-féquêrnment leur épaiftfeur n eft pas tant diminuée. Plus le mur s’éloigne de la perpendiculaire pour s’approcher du foyer, moins il refte d’épailfeur aux parois , par conféquent moins ils font en état de réfifter à 1 aftion du feu. On ne peut empêcher quil ne les fende, ne les crevalfe, ne brûle ôt détruife les mortiers ; ôt après s’être fait un paflage en-dehors , la chaleur de l’intérieur diminue, fon aêlion s’affoiblit, Ôt la fufioü en devient plus lente.
- Comme fépaiffeur des murs eft d’environ neuf pieds , la bafe de cette partie déclinée égalera donc un plan horizontal de neuf pieds ; mais attendu que la plus grande partie de l’édifice eft conftruit de gros quartiers de pierres, de peur que cette inclinaifon ne le faffe tomber, on le garnit de fortes marâtres de fonte , qui par leur extrémité entrent Ôt tiennent dans les murs de côté, cequifoutient cette partie : il faut que ces marâtres foient plus ou moins longues fuivant la place qu’on leur deftine , plus haute ou plus baffe. Elles ont depuis douze jufqu’à dix-fept pieds de longueur, fur un pied d’épaifteiif, ôt font de forme triangulaire. Les uns en mettent plus, les autres moins : plus il y en a , plus l’ouvrage eft folide. J’en ai vu trois, neuf, Ôt jufqu’à quatorze, ce qui garantit le mur de' toute ruine. Plus on en met, plus l’angle d’obliquité eft obtus, ce qui diminue la hauteur du plan incliné : alors tout eft bien fou-tenu. J’ai cependant vu de ces marâtres de fonte courbées fous le poids qu’elles foute* noient ; ôt d’autres qui, d’une nature fragile, étoient caffées. Dans quelques endroits, lorF que les propriétaires ne font pas riches , ils foutiennent ces plans inclinés avec des pièces de bois : mais outre qu’elles plient aifément, elles font fi fort expofées au feu, qu’il eft im-poflible de les en garantir; Ôt une fois brûlées, toute la partie tombe.
- Comme une fimple defcription ne laiffe pas des idées affez claires , je vais en donner le deflêin. ABC (PL I, fig i.) eft la cavité intérieure , ou cheminée du fourneau, dans laquelle on met les charbons ôt les mines, ôt où fe fait la fufton. DMMD eft le' mur intérieur qui comprend les parois ôt Fouvrage. EE eft le mur voifin des parois. FF eft l’efpace entre le mur rempli de moëlons, craffes, Ôt autres matières. GGQ eft le mur extérieur qui enferme le refte , ôc le rend folide par la1 façon dont il eft bâti
- (n) La Rufline &le Contrevent,= (13) Le devant & la Thuyere.
- p.7 - vue 12/218
-
-
-
- $ JD E S FO
- avec de groffes pierres ôt pièces de bois. HH font les Batailles reffemblantes à un fécond étage. P eft l’appui de bois qui entretient la liaifon à la naiffance des différens murs, failànt l’office d’un pilier, d’un fou*-tien. // eft la fondation faite de bons matériaux. QQ eft l’obliquité du côté des fouf-flets. Il y a un autre côté pareillement incliné où le Fondeur ôt les Ouvriers travaillent : on l’appelle, la poitrine ( le devant ). On ne voit que trois marâtres. K eft la foffe qui reçoit l’humidité. L des pièces de fonte, des plaques qui couvrent la voûte. N, du fable amoncelé fur ces plaques. M3 la pierre fondamentale du foyer. C, le foyer qui reçoit le métal fondu ôt où il fe cuit ôt fe purifie, fuivant les régies qu’on établira ci-après. O O O eft un efpace âu-delfus du foyer que l’on fait plus ou moins grand , plus ou moins étroit , fuivant les différens degrés nécelfaires à la fufion. Cet efpace eft enfermé par un mur incliné, de façon que la mine fondue coule dans le foyer fur ce plan incliné. ( On l’appelle , les échelages ou foyerfupérieur). Jamais la fufion ne le fait plus haut.
- Autrefois on bâtiffoit les fourneaux bien plus Amplement : on n’obfervoit pas des régies fi exaûes pour le vuide intérieur ; l’ouvrage ne s’arrangeoit pas avec l’ordre que nous avons décrit ; ôt le tout n’avoit ni tant d’épaiffeur ni tant de hauteur. L’édifice étoit informe , comme on l’apprend d’Agricola ôt de quelques autres Anciens qui en ont donné la defcrip-tion. Ces ouvragesrendoient moins de fonte, Ôt confommoient plus de charbon. Dans la fuite, quand un fourneau en travail a été taxé, ôt obligé de payer tous les jours au Gouvernement une certaine fomme, pour en augmenter le produit ôt diminuer la dé-penfe, on les a élevés davantage Ôt bâtis plus îolidement : on a fait le foyer plus grand ôt dans des dimenfions exa&es.
- /
- formation de la cheminée on dn vuide qui occupe le milieu dé un fourneau.
- Pour former le vuide intérieur d’un fourneau , il faut beaucoup d’exa&itude : c’eft-là où le feu agit avec violence, Ôt fond la mine. Si on ne donne pas à ce vuide des mefures exa&es , c’eft-à-dire, fi on ne donne pas l’efpace convenable à la partie fupérieure, au milieu Ôt au fond, on travaille inutilement. On fçait que la force du feu augmente ou diminue, félon fa quantité ôt l’efpace qu’il occupe. Plus l’efpace ôt le feu font grands, plus l’a&ion du feu eft grande. Il n’y a pas tant de chaleur dans la flamme d’une chandelle , que dans un grand bûcher enflammé, & cela dans certaines proportions. Lorf-qu’on a mis une quantité de matières affez
- URNE AU X.
- confidérable pour procurer un grand degré de feu, il s’enfuit que la figure du vuide intérieur qui contient cette quantité, contribue beaucoup à lui donner l’aétion né^ ceffaire pour la fufion. Quand l’efpace eft plus grand ôt plus ample, la force du feu, ôt conféquemment la fufion augmentent. Comme il ne faut pas que la mine, jettée dans un fourneau , fonde d’abord, ôt qu’il eft néceffaire que fucceflivement elle s’échauffe , fe torréfie, blanchiffe ôt fonde , il faut ufer d’induftrie Ôt de régies pour que tout cela s’opère par degrés. Par l’aôtion continuelle du feu, les murs s’échauffent de plus en plus , ce qui, par la réa&ion, augmente enfuite confidérablement la force du feu.
- Les Ouvriers , qui n’ont d’autres régies que leurs ufages, ôt qui ne fe font inftruits qu’à force de dangers ôt de pertes, ne s’accordent pas fur l’efpece de réglé qu’on doit fuivre. Les uns veulent que le vuide intérieur foit étroit au-deffus, plus large en bas , mais très-large au milieu ; d’autres le veulent plus étroit en bas qu’en haut : en un mot, ils ne font pas d’accord fur l’étendue ôt les dimenfions que l’on doit donner à ce vuide : c’eft ce dont nous parlerons ci-après. Pour ce qui regarde ce qu’ils appellent le ventre (*4) 9 nom qu’ils ont donné à cette partie du vuide intérieur à caufe de fa figure , ils conviennent tous qu’il faut qu’il foit plus ample dans le milieu, que dans le deffus ou le deffous ; mais ils ne s’accordent pas encore s’il faut que cette plus grande étendue foit précifément au milieu, ou un peu plus bas ou un peu plus haut. Ils ne fçavent pas que c’eft la nature des mines à mettre en fufion, qui doit donner cette différence. Une mine chargée de foufre, veut une autre dimenfion pour fe mettre en fufion , qu’une mine qui en eft privée. Une efpece fond aifément; l’autre réfifte long-temps au feu, avant qu’il puiffe la féparer de fa roche ; ôt comme les Ouvriers ignorent ces différences, ils préfèrent aveuglément une méthode à une autre, ôt fe font illufion fur leur expérience particulière. Je ne puis paffer fous filence que les Fondeurs négligent de prendre foin du total du vuide intérieur ; ils ne penfent qu’au foyer : mais le feu dans le foyer étant comme un torrent dont l’a&ivité ôt la force s’échappent par le deffus, Ôt animant toutes les matières contenues dans l’intérieur, fi les Fondeurs ne connoiffent pas les raifons Ôt la méthode de rendre leur foyer analogue au total du vuide, ils ne peuvent efpérer de réuflir.
- D’abord, il faut fçavoir qu’il n’y a pas cinquante ans, ou cent au plus, qu’en Suede on faifoit la cheminée des fourneaux moins
- (14) Le Foyer fupérieur, ou le deffus des Echelages. C’eft-là qu’eft le plus grand vuide.
- haut®
- p.8 - vue 13/218
-
-
-
- DES TOURNEAU X. 0
- haute qu’à préfent ôt de forme quadrangu-laire, comme il fe pratique encore dans plu* fleurs endroits de l’Allemagne & de la Suede. Quelques-uns font attachés aux coutumes de leurs peres, & les confervent fcrupuleufe-ment. D’autres ayant reconnu que la fufion fe faifoit mieux dans des fourneaux ronds , leur ont donné la préférence ; ôt aujourd’hui on ne trouve prefque pas un intérieur de fourneau qui ne foit rond du haut jufqu’en bas.
- Nous allons donner le deffein de la machine qui fert à tracer cette rotondité. On a une échelle graduée HHHII, ( iV. Lfig, 2, ) qui efb arrondie fuivant la courbure que l’on veut donner au fourneau : on la place dans le milieu ou le centre du fourneau. Un des montants , armé d’un pivot de fer, eft porté fur la pierre du fond CD , & fa partie fupé-rieure eft arrêtée par un collier , au moyen d’une potence attachée dans le delïus. BIID repréfente l’axe , autour duquel tourne l’échelle pour pouvoir être préfentée à toutes les parties du mur à bâtir , & lui donner la dimenfion requife. A mefure qu’on éleve les parois, ainfi qu’on le voit en HH, on la fait tourner pour les bâtir avec exaêlitude, & on ne la démonte que quand les parois font pouffés jufqu’au-deiïus.
- Les dimenfions de l’échelle graduée , ôü pour mieux dire du vuide qui fe forme par fon moyen , ne font pas les mêmes dans toute fon étendue. Si le plus grand diamètre du ventre égale quatre parties, le haut en aura trois , le ventre quatre ôe le bas deux : de maniéré que le rapport des trois diamètres ou circonférences, fera comme trois, quatre, deux. Il n’y a cependant pas d’inconvénient de faire le bas plus ample & égal au-deffus , parce qu’on bâtit dans le bas un nouveau murj qui, rejoignant infenfiblement le grand efpace du foyer fupérieur , va par degrés re-joindre le foyer d’en bas (15 ). Dans la plus grande partie des fourneaux que j’ai eu oc-cafion de voir, le vuide intérieur eft à l’orifice fupérieur de huit à neuf aunes de circonférence , au ventre de dix à douze, ôt au bas de fix & demie ou fept aunes : il y a d’autres cheminées qui n’ont ni une fi large ouverture , ni un fi grand ventre.
- Pour chercher la meilleure proportion & la dimenfion qu’il faut préférer , je n’ai pas voulu recourir aux raifons à priori , ni aux préceptes géométriques ; je me fuis plutôt arrêté aux raifons à pojleriori, & à l’expérience. Les raifons des Ouvriers qui s’appliquent à cette partie , ne font que de fimples expériences tirées de leur travail journalier , ce qui me détermine à ne rapporter ici que les méthodes que j’ai tirées des Ouvriers
- ( i 1) Le Creufèt. *
- Fourneaux , ^e. Section*
- mêmes : ce n’eft pas ici le lieu de donner des régies en forme*
- D’abord, pour ce qui regarde le ventre ou le milieu du vuide & fon efpace , dont la circonférence eft ordinairement de dix à douze aunes Suédoifes , il faut confidérer * i°. que fi le ventre eft trop grand, les parties métalliques font foudainement rompues , ôt il arrive plutôt un déchirement qu’une fépa-ration : quand la pierre qui accompagne la mine, eft défendue dans cet endroit, elle fond d’abord & coule dans le foyer. Le plus grand feu eft - là : c’eft en quelque façon le centre de la chaleur ; elle y eft entretenue > non-feulement par le feu du foyer qui pouffe en en-haut, mais encore par la réadion ôc preffion de celui de deffus, ôc principalement par le poids des matières fupérieures. Plus grand eft l’efpace du ventre , plus grand eft le volume du feu : ou plus eft grand le gouffre qu’on emplit de feu , plus le degré en eft augmenté Ôt approche du feu de l’enfer* Quand les mines, déjà échauffées, viennent à defcendre dans ce gouffre, elles y font dé-* chirées, & coulent d’abord dans le foyer em core crues, & fans être fuffifamment fépa-rées de leur roche & autres corps, avec lef-quels elles font combinées : dès - lors elles gâtent néceffairement le métal. Plufieurs parties métalliques s’empâtent 6c fe convertiffent en fcories , ce qui occafionne une grande perte. Le fer , en quelque façon, fort impur & crud. La chaleur même du foyer eft comme diminuée & affoiblie par ces matières gluantes, ce qui retarde la fufion & y nuit beaucoup. Les bons Fondeurs n’aiment pas ces ventres fi larges , parce qu’ils ne font pas proportionnés pour diffoudre & digérer y comme il convient, les aliments qu’on leur fournit.
- Il y a encore une autre raifon pour ne les pas faire fi grands, raifon qui n’a été connue des Fondeurs que par la peine & le travail que cette dimenfion leur a occafionnés. En effet, quand le milieu du ventre eft d’une grande étendue, il eft néceffaire que fa partie inférieure foit plus oblique qu’il ne convient , en defcendant fur le foyer ; car le foyer n’a qu’un pied & demi de largeur : un de fes côtés répond au centre du ventre. Le diamètre du ventre étant d’environ quatre pieds , conféquemment ce côté du foyer qui répond au milieu du ventre, fe trouvera dans fa partie fupérieure d’une obliquité trop con-fidérable, de maniéré que la mine fondue tombera prefque toute fur le plan incliné de ce mur, c’eft-à-dire , qu’il la recevra prefque toute avant quelle puiffe glifler dans le foyer* Il faut remarquer que l’obliquité dont je parle, eft celle qui réfulte de fon éloigne*
- C
- p.9 - vue 14/218
-
-
-
- I
- DES FOURNEAUX,
- tô
- ment de la ligne perpendiculaire , ôc non de l’horifontale : le fer une fois en fufion s’é-paiflit aifément, c’eft-à-dire , qu’il perd facilement fa fluidité» Si donc en tombant il eft retardé par la longueur d’un plan trop incliné , relativement à la perpendiculaire , il s’attache au mur, ôt y relie agglutiné comme de la poix ; il ne coule dans le foyer que lorf-qu’étant amaffé en très-grande quantité , fon propre poids le fait gliffer fur le plan incliné» De-là, il arrive que ce fer plus froid ôt moins fluide que celui qui eft en bain dans le foyer, fait avec ce dernier une efpece de combat ôc de bouillonnement , comme il arriveroit à du cuivre fondu , fur lequel on jetteroit de l’eau. La chûte de ces malfes dans le foyer, fait foulever ôt bouillonner des fcories noirâtres, excitant des flots qui fe terminent en pointes. Le volume , la malfe fondue s’enfle > bouillonne ôt fe répand par le deffus du foyer, comme l’eau bouillante par-deflùs le vafe qui la contient : la thuyere s’emplit de fcories noires, ôt fe bouche» Celles qui fortent du fourneau, font couleur de fer Ôt de fumée, contenant beaucoup de parties métalliques. Ce dérangement revient périodiquement comme la fièvre froide, Ôt cela toutes les fois qu’il y a affez de fer amalfé fur les éche* lages , pour que fon propre poids l’entraîne dans l’ouvrage ; à moins que le Fondeur ne fçache appaifer ces flots, en tirant les fcories avec le crochet, en travaillant avec le ringard la matière qui s’enfle ôt qui bouillonne, ôt qu’il ne ceflfe en quelque façon d’écumer, le foyer fe remplira de matières vifqueufes ôt tenaces, les ouvertures fe boucheront, ôt il n’y aura plus de foin ni de travail qui puiffe garantir l’ouvrage.
- Outre ces raifons, il y en a encore une que l’expérience a mife à découvert. Le vent qui eft chaffé par toute la cheminée, rafe les parois, ôt par une efpéce de cours fpiral fait effort pour fortir en s’échappant proche des bords : au lieu que fi cette partie du ventre eft très-large, fi elle s’éloigne beaucoup de la perpendiculaire , ce même vent eft pouffé vers ce côté incliné, ou il eft arrêté par les matières, ou il eft réfléchi, ou il prend une autre route, ôt gagne ainfi le deffus par des chemins tortueux, mais uniformes. Alors le vent agiffant continuellement fur cette partie ( le plan incliné ), il arrivera qu’à la longue ôt peu-à-peu il la liquéfiera : ou bien à force de ronger il la creufera : ce qui, non-feulement affaiblit cette partie expofée à toute l’ardeur du foyer , mais rend inégale ôt difficile l’opération de la fufion : il fe ramaffe-ra beaucoup de fer fondu dans l’efpace qui fera ainfi rongé ôt creufé. Il fe formera une efpece de croûte , qui defcendra moins vite par le défaut de la chaleur j ôt ce fer , ainfi
- (i 6) Les Echelages.
- refroidi, tombera dans le foyer où la chaleur eft extrême. Ajoutez à cela que quand on arrêtera le fourneau, il faudra rétablir cette partie dégradée : voilà les vices attachés au ventre trop large d’un fourneau, ôt les inconvénients qui en réfultent.
- Sa pofition la plus avantageufe eft d’être placé un peu plus bas que le milieu du fourneau ; car il faut obferver que la mine, quon jette par le deffus, doit paffer par tous les différents degrés de chaleur, avant que de parvenir à celui néceffaire à la fufion. Dès* là, quand la partie fupérieure de la cheminée a une certaine élévation, Ôt que les murs font prefque parallèles jufqu’à une certaine étendue, d’abord la roche de la mine s’échauffe doucement dans le deffus. Sa chaleur augmente de plus en plus en defcen-dant ôt par degrés , jufqu’à ce quelle blan-chiffe ; ôt qu’enfin parvenue au gouffre, elle fonde ôt tombe dans le foyer en forme de pluie.. Si le plus grand diamètre d<u ventre n’eft pas au-deffous du milieu de là cheminée , la mine ne peut paffer par tous les degrés de chaleur qu’on fouhaite, avant que de venir à celui de fufion : d’où il faut conclure que la vraie place du plus grand efpace du foyer fupérieur, eft au-deffous du milieu du fourneau.
- Il faut aufli prendre garde que la grande largeur du ventre ne foit placée trop proche du foyer d’en-bas : cela occafionneroit cette obliquité dangereufe dont nous avons parlé. Ce plan trop plat (16 ) retiendroit le fer, lui donneroit occafion de s’amonceler , jufqu’à ce que fon poids l’entraînât dans le foyer.
- D’un autre côté, fi la largeur du ventre eft placée au-deffus du milieu du vuide intérieur , alors la mine arrive trop tôt dans le grand feu, ôt n’ayant point paffé par les différents degrés de chaleur qui doivent l’y préparer , elle fe diffout ôt fe met en gouttes , avant que les fouffres groffiers ôt nuifibies foient évaporés.
- Pour ce qui regarde la partie fupérieure du fourneau , qui arrête infenfibletnent la mine pour la laiffer peu-à-peu defcendre dans le gouffre , qui abforbe ôt diffout tout, elle fera bâtie fuivant la dimenfion des parois , auxquels on fait un peu quitter la parallèle pour former infenfiblement un plus grand vuide. Les murs qui forment cette partie , formeront par leur retraite ôt leur obliquité , le grand efpace du foyer dont nous avons parlé. Il faut, touchant cette partie du deffus, obferver, i°. que les murs étant parallèles , le feu augmente par degrés ; qu’il eft moins violent au * deffus ; que depuis là il va en augmentant, ôt qu’il travaille de toutes parts fur la mine qui defcend lentement. D’autre part, les charbons s’enflamment davantage
- p.10 - vue 15/218
-
-
-
- DES FO Ü
- & fuccetfivertient ÿ ce qui occafionne dans les parois une chaleur graduée , qui pénétre Ja mine fuivant Tes degrés différents, ôt la diffout après avoir rongé & chaffé les corps étrangers* Si au contraire ces murs ont trop d’inclinaifon , la mine defcend trop vite , ôt fond avant que les foufres en foient chaffés. j2°. Il faut avoir égard à la nature de chaque mine. Si elle eft chargée de foufres grofliers, la partie fupérieure de la cavité doit paralle-lement defcendre plus bas que lorfque la mine en eft privée. Pour que la partie ful-fureufe foit chaffée par cette efpece de calcination ou de grillage, il faut que la mine ait effuyé tous ces différents degrés de chaleur avant que d’arriver au feu de fufion. On a beaucoup de peine à expulfer ces foufres , qui, unis au fer, le gâtent entièrement : d’où il s’enfuit que plus le fourneau eft élevé Ôt les murs parallèles, plus on s’en dé-barraffe, ainfi que du phlogiftique groftier.
- Quant à l’entrée fupérieure du fourneau(17), les uns la font plus large, les autres plus étroite. Dans certains endroits elle a trois pieds de diamètre ; dans d’autres elle en a fix! Eft-elle trop étroite ? l’a&ion du feu fur la mine eft moins grande* Le vent enfermé dans cette cavité ne s’échappe pas fi promptement: il dépouille le charbon de fa fuperficie enflammée, en détache des étincelles , ôt lui enleve fa chaleur ; ce qui diminue l’aêtivité du feu, ôt retarde la fufion. Si au contraire l’ouverture eft trop large , le vent, qui eft famé de la*fufion, s’échappe trop aifément, & ne fait point l’effet qu’il faut fur la mine* D’où il fuit qu’une bouche large confomme en peu de temps les charbons fans travailler fur la mine ; ôt le fer qui eft trop fubite-ment mis en fufion par un violent degré de chaleur, refte imprégné de corps étrangers dont le feu ne peut plus le féparer : alors on recuit infruélueufement le vice ôt les matières inutiles. D’où il faut conclure qu’en prenant le milieu , c’eft-à-dire, en ne faifant la bouche ni trop large ni trop étroite , on travaillera en sûreté.
- Quelquefois, pendant qu’un fourneau eft en travail, on voit à la longue cette ouverture (l8) s’élargir. J’en ai vu une élargie d’environ un pied , de façon que de ronde elle étoit devenue ovale* Cela vient en partie du paffage continuel de la flamme, qui leche ôt emporte toujours avec foi quelques parties des pierres & mortiers ; ce qui eft prouvé par la feule infpe&ion des murs, qui, par le travail, deviennent polis comme du verre Ou du marbre» Cela vient aufli du vent y qui, pouffé en abondance dans ce gouffre de chaleur, fe dilate prodigieufement, ôt par cette dilatation écarte & rompt principalement les murs de deffus. Cette OUVer-
- 07 ) On l’appelle la Bouche ou Gueulard. = ( 18) La Bouc
- R N E A U JR n
- ture fupérieure s’élargît plus aîfènient s’il f a la moindre fente dans le mur extérieur 9 ou fi lés poutres qui les foutiennent, fe font courbées ou dérangées. Le feu Ôt le vent profitent de ces accidents pour féparer les murs expofés à leur a&ion»
- Quant à la partie inférieure , celle qui eft proche du foyer, il eft peu important quelle foit plus ou moins large : car il faut la rétrécir par un petit mur (19 ) duquel nous parlerons ci-après , ôt par ce moyen, la joindre au foyer inférieur ôt au ventre. Peu importe donc , quand on forme le vuide, que cettè partie inférieure foit plus ou moins large : mais on ne peut avoir trop d’attention pour que du haut en bas, les parois ne s’éloignent pas beaucoup de la perpendiculaire, ôt que les différentes inclinaifons foient faites fui* vant les réglés*
- De la fondation du foyer *
- Nous avons dit ci-devant quelque chofè de la foffe qui doit être fous l’ouvrage. Gette excavation eft faite pour recueillir toute humidité ôt pour s’en débarraffer ; car le feu attire l’humidité par des voies cachées, ôt lorfqu’elle eft ainfi raffemblée , elle fe me! en vapeurs ôt fort par les foupiraux. Cette foffe a la même longueur que le foyer iùr la hauteur d’une palme (20 ) , ôt la largeur d’un pied» Si l’endroit eft fort humide , il faut là faire plus grande. Elle le fera âffez fi l’on peut y fourer le bras pour en tirer les matières qui pourroient y être tombées* Cet endroit doit être nettoyé de tout ce qui pour* roit nuire à l’évaporation. Le fol de cette foffe doit baiffer du côté des foupiraux qui fervent à exhaler l’humidité. Elle doit être entourée de pierres ou fcories choifies y comme il eft repréfenté dans la figure Z* Le deffus eft couvert d’une grande plaque de fonte, épaiffe ôt de forme quarrée , dont les côtés ont deux pieds Ôt demi fur quatre ou cinq pouces d’épaiffeur , pefant environ huit cents. Cette piece eft pofée ôt fcellée avec de l’argile , de façon qu’il n’y ait pas de jour par où la vapeur puiffe s’exhaler , ôt gagner le fable qui eft au-deffus* Quelques-uns , au lieu d’une plaque de fonte, cherchent une pierre quarrée ôt épaiffe pour couvrir cette foffe ; ayant foin de bien fermer toutes les jointures avec de l’argile* Sur cette pierre , on met du fable qu’on répand également de tous côtés , afin qu’il ne puiffe fortir de vapeurs que par les foupirâux qüé nous avons dit. Sûr cette aire;de fable bien unie , ôt qui eft épaiffe de fix à neuf pouces j on place une grande pierre taillée * telle que la figure E la repréfente* Cette pierfe fondamentale du foyer eft épaiffe de neuf polices ou un pied , de figure quarrée ou autres
- ie.= ( ip) Les Echelages, == (ao ) Environ 8 pouces*
- p.11 - vue 16/218
-
-
-
- Ï2 D E S F O U
- comme cela fe trouvera, longue ôt large de cinq pieds , de façon quelle rempliffe l’ef-pace du foyer, ôt ferve de bafe aux murs de l’ouvrage. On prend pour cela de la pierre vitrifîable ou calcaire , ou toute autre elpe-ce reconnue propre à foutenir le fer en fulion pendant plufieurs femaines. Il ne faut pas fe fervir d’une pierre nouvellement tirée, parce qu elle feroit humide , ôt qu elle con-îerveroit intérieurement des parties aqueu-fes, qui, dilatées par le feu , ne pourroient s’échapper qu’à travers le fer en fufion, ôt conféquemment arrêteroient, en quelque façon , l’ardeur du feu ôt la fluidité du métal. Pour éviter ces inconvénients, il faut laiffer cette pierre expofée au foleil d’été pendant un certain temps : peu-à-peu l’humidité intérieure fe diflipera. On peut encore, dans le befoin, la faire fécher au feu. L’expérience a appris que les pierres qu’on def-tine à cet ufage, fechent mieux fl on les laiffe pendant un an devant le feu, mais à une diftance raifonnable. Un feu fubit, au lieu de chaffer l’humidité, la fait en quel-ue façon rentrer comme dans une prifon , ’où la chaleur la fait fortir avec effort ; ce qui fe fait quelquefois avec tant de violence , que la pierre fe brife en éclats.
- On garnit de fable , mêlé d’argile , cette pierre fondamentale dans tous fes côtés : ce mélange fe durcit confldérablement au feu. Il faut bien jointoyer toutes les ouvertures avec cet enduit, de crainte que l’humidité, au lieu de paffer par les foupiraux, ne s’échappe par l’ouvrage. Les plus habiles éprouvent tous les jours, que la moindre humidité renfermée dans les pierres, ou infinuée fous le fable, fait plus de tort au fer en fuflon , quun ruiffeau qui viendroit frapper le deffous de la plaque de fonte. Le fond du fourneau échauffé repouffe l’humidité : mais l’humidité enfermée dans la pierre ou autres matières , ne cherche point d’autre fortie que du côté où la flamme eft la plus violente. Où le feu eft le plus grand , là les pores font le plus ouverts, ôt l’humidité s’y infinue. Peut-être aufli que les pierres font tiffues , de façon qu elles ne peuvent donner d’autre iffue. Puifque l’humidité dont on parle , eft fl nui-flble, tant au fer en fufion, qu’à celui qui eft à fondre, il faut employer tous fes foins pour qu elle ne puiffe s’échapper par l’intérieur du fourneau, ôt encore moins par l’ouvrage.
- Du foyer (zx) êC de fa conjlruclion.
- Sur la pierre , fervant de fond, on en place trois autres du genre de celles qui réfiftent au feu : elles entourent de trois côtés cet ef-pace de figure oblongue. Le vuide , quelles forment, s’appelle le foyer (“).Les deux
- ( zi ) L’ouvrage. =(21) Le Baflin, le Creufet, Camus,
- (14) La Ruftine.
- R N E A U X,
- pierres qui font pofées fur la longueur , s’appellent pierres de côté(213 ). La troifieme, placée tranfverfalement (2+), ferme un des côtés de ce creufet. Ces trois pierres pofées, on les entoure ôt on les fcelle avec du fable, qui doit boucher ôt remplir toutes les jointures Ôt ouvertures. A la chaleur, ce fable fe vitrifie , ôt ferme alors encore plus exactement tous les dé joints ; il fait de ce côté une maffe avec le fond, de façon que le fer en fufion ne peut s’échapper : ôt dans le cas où l’humidité auroit pénétré le fable qui eft deffous le fond, elle ne pourroit s’infinuer ni percer dans le creufet. Outre cela, on remplit de fable l’efpace qui refte entre les pierres de coftiere ôt les parois, pour qu’il n’y ait aucun, vuide ; ce qui confolide ôt affermit ces pierres , ôt empêche que le poids du métal en fufion ne puiffe les déranger ou y occafion-ner, foit une ouverture, foit toute autre dégradation. Les coftieres ont un pied ôt demi de longueur ôt d’épaiffeur ; on les choi-fit du genre des grais ou des ardoifes, même des calcaires : il n’importe, pourvû qu’elles réfiftent bien au feu. Le total du foyer eft d’une figure oblongue de trois pieds à trois pieds ôt demi de longueur, d’un pied ôt demi à trois quarts de largeur, fur neuf pouces de hauteur, ôt pouvant contenir 2400 , 3000, ou 3600 liv. de métal fondu.
- La grande fcience Ôt l’art du Fondeur," confiftent principalement dans la formation Ôt jufte dimenfion du foyer ; à moins qu’il n’y ait un rapport, une proportion convenable entre la hauteur ôt la largeur, il ne faut point efpérer de fuccès dans le travail. C’eft par cette raifon que ceux qui entendent cette partie, ont des modèles en bois, ou patrons précis, fur lefquels les dimenfions font exactement tracées, ôt dont ils fe fervent pour diriger celle des pierres. S’il faut que les ouvertures ou les murs aient quelque obliquité , ils la dirigent ou par des mefures graduées , ou en verfant de l’eau pour voir la pente , ou par mille autres méthodes induftrieufes ôt communes. Le foyer eft comme la chaleur vitale, ou la place du cœur : le vent ôt les fouffîets tiennent lieu de poumons, ôt repré-fentent la vie ôt lame. Le moindre dérangement dans le creufet, eft une maladie qui fe communique à tout le fourneau : alors tout le travail de la fufion languit, ôt la féparation des parties métalliques, ou la digeftion, ne s’opère plus comme il faut : le fourneau ne reçoit d’aliments qu’au prorata de ce que le foyer en peut lui-même recevoir ôt digérer. De-là, il fuit que fi l’humidité s’infinue dans l’ouvrage par quelques ouvertures , la fufion eft fur le champ retardée, ôt conféquemment la coêlion ou digeftion de la partie métalli-
- ;n Suédois, S telle, = ( 13 ) Coftieres, en Suédois > Steljlenari
- que
- p.12 - vue 17/218
-
-
-
- DES FOURNEAUXi ij
- que fe fait plus lentement. La chaleur vitale plufieurs raifons qui autorifent leut Fenti-ne fuffit plus à tenir en bain un grand ment. i°. Si la figure du foyer étoit rôndé volume de fer , ni à opérer la réparation des ou quarrée , le vent ne pourroit pas êtrë parties métalliques d’avec les corps étran- pouffé jufqu’au côté oppofé. Les buzes des gers, de façon qu’un tel ouvrage refufe de foufflets font appuyées fur une des coftieres, fondre une grande quantité de mines. ôc y font pofées de façon que le vent eft
- Pour ce qui regarde donc la plus ou moins pouffé obliquement contre le côté oppofé qui grande capacité du creufet, il réfulte de ce le réfléchit, ôc qui par ce moyen lui fait rafer qu’on a dit qu’un foyer d’un 'plus grand e£ la fuperficie du fer en bain , en y excitant pace a plus de chaleur, ôc tient en bain plus une efpece de mouvement Ôc d’ondulation de métal qu’un foyer d’une moindre capa- avant que de gagner le deffus* Si le foyer
- cité. Les fourneaux des Anciens, mais qui ne font plus d’ufage, étoient plus petits que ceux d’aujourd’hui, ôc leur creufet ne pou-voit contenir que 800 liv. de métal ; ce qui faifoit que par vingt-quatre heures, ils ne rendoient que le tiers de ce qu’ils rendent
- étoit quarré, ovale ou rond, quelque violent que fut le vent, jamais il ne pourroit être pouffé contre le côté oppofé : mais en fe raréfiant en chemin , il perdroit toute fa force , ôc gagneroit fans retard le deffus ; ce qui n’arrivera pas s’il eft pouffé contre lé
- aujourd’hui. La raifon eft que les parois de mur oppofé, qui le répercute contre le fer, pierres, qui enferment un fi petit efpace, Ôc le fait circuler avant qu’il puiffe s’échap-attirent ôc donnent une certaine fraîcheur , per. Sans cela le fer ne fe cuiroit pas, Ôc les
- qui pénétre d’autant plus le métal, que l’ef- Fcories, que leur légéreté tient à la fuper-
- pace eft plus petit, ôc communique au métal ficie , ne fe fépareroient pas du métal, ni le
- non-feulement un engourdiffement, mais un vent ne fe répandroit pas également dans la
- refroidiffement affez confidérable, pour que cheminée, ôc ne s’échapperoit pas en ferpen*
- le fer s’attache au fond ôc aux côtés. Les fcories même s’endurciffent au point que ne pouvant les détacher ; l’efpace du creufet devient toujours plus étroit ôc plus ferré : enfin, le
- tant. Voilà ce qui a déterminé à faire la largeur du foyer de la moitié de fa longueur 9 ayant reconnu que cet efpace que le vent doit parcourir, eft relatif ôc convient à fa
- Volume total fe coagule au point d’arrêter le force. 20. Il faut fouvent nettoyer le creufet,
- feu. Lorfque ce refroidiffement eft parvenu au cœur, il n’y a plus de vie : l’œuvre de la fufion s’éteint* De-là, il paroît que les plus grands foyers font les meilleurs. Il y en a même qui contiennent jufqu’à ^200 ôc 6240 liv. de métal en fufion (2*), fçavoir, ceux oii l’on coule des canons pour la guerre , parce qu’on eft obligé d’y tenir en bain autant de
- détacher ôc enlever les récréments qui s’attachent au fond ôc aux côtés ; il faut avec des ringards remuer le fer en fufion ôc le foule-* ver; ce qui s’exécute commodément dans un foyer oblong , ôc ce qui feroit très-difficile dans un rond ou un quarré, puifqu il faut avec les outils frotter ôc racler les côtés* Si l’efpace étoit rond , ce feroit une befogne
- métal fondu qu’il en faut pour compofer un difficile de tourner le ringard tout autour 5 gros canon. Dans ce cas, il y a ordinaire- de le mouvoir à droite ôc à gauche pour vinrent deux fourneaux placés l’un à côté de fiter Ôc nettoyer toutes les parties , étant l’autre, avec chacun leur foyer : le métal des obligé de foulever les fcories attachées ôc de deux fert à former un feul canon. J’ai été les tirer hors du feu. 30. Si le foyer avoit trop bien aife que l’on fût inftruit qu’on fait des d’étendue, le fer effuyeroit un trop grand fourneaux affez amples, pour donner le dou- degré de chaleur , ôc une partie, ou fe con-ble de matière : nous verrons ailleurs les in- vertiroit en fcories, ou fe brûleroit fans
- convénients qui réfultent de ces foyers fi grands.
- Si l’efpérance de la réuflite ôc du produit doit venir des dimenfions ôc de la capacité
- reffource. D’ailleurs, les parois du foyer, par une trop grande chaleur , fe briferoient ôc fonderoient : alors le fer s’attacheroit dans les endroits qui feroient dérangés ôc
- du foyer, il feroit aifé de lui donner la figure brûlés, ôc s’y ramafferoit en maffes d’un vo qui enferme le plus grand efpace , telle que lume immenfe, dont on ne pourroit plus fe la ronde , l’ovale ou la quarrée. Au premier débarraffer. Voilà les raifons pour lefquelles coup d’œil, en raffemblant ce que nous on fait le creufet oblong, ôc non pas quarré avons dit, on croiroit pouvoir déterminer la ou rond ; figures néanmoins qui renferment figure la plus avantageufe , tant du foyer ou plus d’efpace Ôc qui raffemblent plus de cha-creufet , que de la cheminée. Malgré cela , leur, mais qui ont été abandonnées jufqu’ici les plus,habiles Fondeurs n’en veulent point comme peu convenables au travail qu’exige d’autre que l’oblongue pour le creufet; ils la fufion, par les obfervations que nous ve-veulent que la longueur foit le double de la nons de faire. D’ailleuts , les Ouvriers ne largeur , Ôc la largeur double de la hauteur : font pas gens à s’écarter d’un point des mé-ils rejettent toutes les autres figures. Il y a fûtes qu’ils ont reçues de leurs parënS oii
- (i?; io. à iz. poids de marine. Le poids de marine de fer crud j dont Swedemborg parle dans foa Traité, pefe 520 livreâ
- Fourneaux. 4*. Section. D
- p.13 - vue 18/218
-
-
-
- DESFOURNEAUX.
- de quelques Maîtres, ou que leur propre expérience leur a enfeignées.
- Le foyer ne fe met pas au milieu du fourneau , c’êft-à*dire, il n’eft pas placé de façon qu’une perpendiculaire , tombant du milieu de l’ouverture du deftfus, vienne au centre du foyer du creufet : mais cette perpendiculaire tombe ôc affleure la coftiere où eft pofée la thuyere, au moyen de quoi le centre eft tout d’un coté. Noye^ la figure. ABC eft la perpendiculaire. C eft la coftiere des fouf-flets. Le poids B palfant par le centre , tombe vers la coftiere C ou tout contre. Les Ouvriers difent pour raifon , que c’eft afin que le vent frappe plus aifément le côté op-pofé y d’où étant repoulfé, il circule fur la fuperficie du fer en fufion y ôc de-là y comme du centre y s’échappe par le deftfus. Si la fource de cefoufflet n’étoit pas dans le milieu, le fer qui fe trouveroit au vent fe refroidiroit, ce qui n’arrive pas dans la ligne du centre. D’autres éloignent un peu la coftiere de ce centre quand la mine eft d’une nature à fondre facilement, Ôc qu’un vent froid ne l’endurcit ôc ne l’agglutine pas aifément.
- Jufqu’ici nous avons vu que le foyer eft compofé de trois murs qui le ferment de trois côtés. Le quatrième (l6) eft parallèle au troifieme tranfverfal. ) C’eft feulement une barrière ou un morceau de fer qui a quinze pouces de longueur fur un demi-pied d’épaiffeur pefant environ quatre cents. En Suede on l’appelle Dàmm (i8). Cette partie antérieure du creufet ou foyer, ou, fi l’on veut, fon entrée , eft fermée par une pièce de cette grolfeur ; afin quelle foit folide par fon propre poids. En quelques endroits, au lieu de ce morceau de fer, on met une pierre beaucoup plus grande ôc plus grolfe , par conféquent plus lourde. Cette barrière eft plus baftfe que les autres côtés du foyer, afin que les fcories qui fur-nâgent le métal, puiflent palfer ôc fortir par defliis, couler d’elles-mêmes, ou être tirées fans obftacle. On ne peut fe débarraftfer des fcories que quand elles font montées à la hauteur des coftieres. Au côté droit de la dame (19) on laiftfe une ouverture de la largeur de la main : on s’en fert pour couler le fer. Il fuit de-là qu’il faut que la dame foit arrangée de façon que le métal puiftfe fortir à côté, & les fcories par deftfus.
- Quant à cette ouverture pratiquée à côté de la dame (3°), Ôc par laquelle fort lé métal en fufion, qui a été plufieurs heures à fe raftfembler dans le foyer, on la ferme avec une pâte de fable ôc d’ârgile (31) qui s’endurcit au feu, remplit exa&ement l’ouverture , ôc ne peut être rompue qu’à coups de
- (z6) Le devant. = (il) La Rufîine. = (z8) La Dame.
- (zp) Cela dépend de^ la maniéré dont le fourneau eft tourné. == (3°) fa couiee.
- (31) Le bouchage.
- ringard : quand il faut donner paflfage au fer en fufion. On bat fortement le bouchage pour le confolider, afin que le poids du métal en bain ne puifie le déranger. Si on ne bouchoit l’ouverture qu’avec du fable, le feu le vitrifieroit, Ôc fermeroit entièrement l’entrée; c’eft ce qui fait qu’on y mêle de l’argile. Toutes les fois qu’on veut couler le fer , on perce le bouchage à coups de ringard , ôc le métal fort comme une fontaine : enfuite on jette un morceau de pâte d’argile dans le fourneau au-devant de la coulée : on y met des pouflieres de charbon , après quoi on bouche la coulée, comme nous avons dit (31).
- Les fcories fortent par le deftfus de la dame, Ôc en tenant ce paffage libre, elles coulent d’elles-mêmes. Quand on veut les arrêter , on tire des charbons fur le devant, ôc on jette du fable deftfus avec des pouf-fieres de charbon ôc des fcories pilées. Dan* quelques endroits on ne tire point de charbons du foyer ; mais on emplit le devant de poudre de charbon, ôc l’on jette deftfus du fable Ôc des fcories pulvérifées ôc mouillées. On arrête aifément l’écoulement des fcories, parce quelles font au-deftfus du fer en fufion, ôc quelles n’occupent pas une grande hauteur. Dehors la coulée, il y a du fable préparé, dans lequel on fait, un peu en plan incliné, une efpece de folfe qui a l’air d’un tombeau , dans laquelle coule la partie métallique. Quand le fourneau eft ouvert, on peut tirer plus ou moins de fcories, fuivanî que le percement du bouchage fait une plus ou moins grande ouverture, plus haut ou plus bas.
- On ne met le bouchage que quatre ou cinq jours après avoir mis le feu au fourneau. Les premiers jours , comme la mine fondue tombe dans un foyer froid, le métal s’attache aux pierres qui font encore froides, ôc quelquefois humides ; Ôc s’unit étroitement au fond ôc aux côtés du creufet, de façon que fi on ne le détachoit pas continuellement avec le ringard, il y auroit à craindre que le foyer ne s’emplît au point qu’on ne pourroit plus le débarraftfer. Voilà pourquoi , dans ces premiers jours , au lieu d’argile, on ne met qu’un monceau de fable à la coulée, parce qu’on le perce très-aifément ; ôc comme il faut que le Fondeur travaille fans relâche pour nettoyer les angles, ôc empêcher que rien ne s’attache dans l’intérieur, il feroit gêné fi la coulée étoit fermée avec de l’argile , qui s’endurcit ôc qui lui feroit un obftacle. C’eft aufti par la même raifon, qu’on n’emploie de l’argile qu’au bout de quatre ou cinq jours. Elles devient extrêmement
- (31) Il devoit ajouter que le morceau qu’on jette eft pour arrêter le métal pendant qu’on nettoie la place de la coulée ; & qu’en fuite , avec le ringard & le crochet, on retire ce jnorçeau de pâte par-deflus la dame.
- p.14 - vue 19/218
-
-
-
- DES FOURNEAUX.
- tenace, non par la raifort de fon poids, mais par la vitrification du fable, avec lequel on la mêle, ce qui l’attache au fond Ôcaux côtés.
- De P ouverture antérieure du fourneau éC de la tyjjipe.
- Quand on bâtit un fourneau, on laiffe dans le devant une ouverture affez grande, our que le Fondeur y puiffe entrer en fe aidant, pour faire l’ouvrage ou pour le raccommoder dans le befoin : c eft fur la dame dont nous avons parlé , que refte cette ouverture. On la bouche d’une piece de fer, à l’exception d’une portion au-deffus de la dame, par laquelle fortent les fcories, Ôc fé fait le travail dans l’ouvrage , avec les ringards , pour les nettoyer : cette partie s’ap* pelle la tympe} en Suédois timp.Y)ans quel* ques endroits, elle eft de fer de fonte : dans d’autres, de pierre. Elle eft haute de trois pieds à trois pieds ôc demi, ôc l’ouverture quelle laiffe au-deffus de la dame, eft d’un demi-pied : cette tympe eft appuyée par fes extrémités fur les coftieres. La raifon pour laquelle on laiffe une ouverture bouchée de cette façon, eft que lorfqu’un fourneau finit fon travail, il en faut retirer non-feulement des mines, en partie fondues avec des fcories ôc des charbons, mais encore une prodigieu-fe maffe de fer recuit qui s’y trouve, ôc qui occupe le fond ôc les côtés (i3). Il faut détacher ôc foulever cette maffe à force de coins Ôc de leviers, pour la retirer à force de bras, ce qui ne pourroit fe faire s’il n’y avoit pas une ouverture réfervée à cet effet fur le devant : il faut même, à chaque nouveau feu, renouveller tout l’ouvrage, ôc c’eft par cette ouverture que paffent les Ouvriers ôcles matériaux. Il y a encore une raifon, c’eft que l’Ouvrier travaille d’autant plus commodément dans l’ouvrage, avec fes ringards, que cette partie eft bouchée par une plaque de peu d’epaiffeur, ce qui n’arriveroit pas fi l’ouverture étoit fermée par un mur trop épais.
- La tympe blanchit par l’ardeur du feu, ÔC fi on a à fondre des mines fulfureufes qui la touchent, elles la rongeront Ôc la brûleront entièrement : pendant le travail d’un fourneau , il faudra la renouveller trois, quatre , jufqu’à dix fois. Au contraire, fi on peut la préferver du contaâ des mines fulfureufes , en les faifant defcendre dans l’ouvrage par le côté oppofé, elle pourra durer très-long temps.
- De P endroit dans la cheminée au-deffus du creufet appellé foyer fupérieur (34).
- L A partie antérieure qui eft immédiate-
- (33) appelle cette malle Orniau, en Suédois j Klçf» = lages. = ( 36 ; Sept pieds.
- i?
- ment fur le foyer ou creufet, s’appelle le foy er fupérieur , en Suédois oefwerstellei C’eft cet efpace, dont la maçonnerie defcend uniformément depuis le ventre fur le creufet : mais comme les parois, qui ont été pré* cédemment bâtis, ne font point liés avec ce qui doit former l’ouvrage, on fait, contre ces parois , un mur en plan incliné (35 ), qui les cache ôc les couvre. On éleve les étala* ges à la hauteur qu’un homme, ayant les pieds fur le fond , peut atteindre en levant les bras au-deffus de fa tête, environ quatre aunes (3*). Ce double mur, ou foyer fupérieur , fe bâtit de pierres qui réfiftent au feu , avec partie de fcories choifies, jointes ôc affermies par un mortier de fable ôc argile : on voit ce mur à la lettre OOO de la Figure. Si l’on ne joignoit pas les parois au foyer par la bonne conftruêüon ôc la pente qu’on donne aux étalages, la plus grande partie de la mine couleroit le long des parois, ôc au lieu de profiter du plan incliné pour defcendre doucement dans l’ouvrage, elle y tomberoit dire&ement.
- Il faut obferver qu’il convient d’élever ce mur intérieur le plus haut qu’il eft pofïible, parce que fi on ne l’éieve pas haut, l’obli* quité eft moindre , c’eft-à*dire , quelle n’approche pas affez de la perpendiculaire pour defcendre au foyer : le plan étant trop plat recevra ôc confervera trop long-temps le métal, au lieu de le laiffer couler dans le foyer, ce qui n’arrivera pas fi l’inclinaifon commence très-haut. Dès-lors, il importe beaucoup de fçavoir comment doit être formée cette obliquité , ôc à quelle hauteur doivent monter les échelages, ou ce mur intérieur qu’on peut regarder comme une Croûte , un enduit appliqué très - contigu* ment aux parois : plus on l’éieve, plus il approche de la perpendiculaire, & mieux la mine en fufion tombe dans le creufet, parce quelle n a rien qui la retarde.
- Toutes les fois qu’on recommence un fon* dage ; on défait tant le foyer fupérieur que les échelages, de façon qu’on renouvelle les deux foyers : car il faut démolir entière* ment celui d’en-bas. Il ne refte que quelques parcelles de l’ancienne maçonnerie : tout eft rempli de fer fondu, de façon qu’on n’en fçauroit rien tirer, quon ne détruife tout le foyer, dans les débris duquel on voit briller des parties du fer qui y font enfermées. Il faut de même renouveller le foyer fupérieur, qui eft auffi rempli, partie de fer, partie de fcories. Il y a des endroits rongés, d’autres crevaffés, de façon qu’il faut le démolir, ôc en faire un nouveau femblable au premier , toutes les fois qu’on recommence un fon-dage.
- ( 34) Le deflfus des Echelages ou Etalages ±= ( 3 j ) Les Eta£
- p.15 - vue 20/218
-
-
-
- DES FOU Des Soufflets SC du Kent.
- Il eft inutile de donner ici la ccfhftru&ion des foufflets : non-feulement je ni éloignerois de mon objet, mais je ne ferois que redire ce qui a été dit cent fois par d autres. Il fuffit d’indiquer qu’ils font faits de tables épaiffes de fapin, Ôt que leur partie fupérieure eft baiffée par des dents (37 ) faites en cycloides, & relevée par des contre-poids, au moyen d’une roue a eau, dont l’arbre porte les dents qui abaiffent les foufflets, en les comprimant.
- Aujourd’hui on fait les foufflets beaucoup plus grands qu’autrefois, parce que plus on a fait le fourneau ôt la cheminée fpacieux, plus il a fallu de vent : il étoit donc néceffaire a aggrandir les foufflets ; car il faut que leur grandeur foit proportionnée à celle du fourneau. Comme les fourneaux des Anciens étoient plus petits, leurs foufflets étoient auffi plus petits, ôt fe faifoient de cuir. Les fourneaux ayant été augmentés > il a fallu aulfi augmenter les foufflets, & on les a faits de bois au lieu de cuir. Autrefois on faifoit les foufflets très-larges, mais courts. Aujourd’hui on préféré les longs, qui, fans être d’une plus grande capacité, ont été jugés d’un meilleur ufage : non-feulement ils pompent l’air abondamment, mais ils le pouffent plus aifément par les buzes, Ôt par une force mé-chanique , en quelque façon plus confidéra-ble, le lancent contre le parois oppofé*
- Pour ce qui regarde la dimenfion qu’on leur donne aujourd’hui, voyez la Figure. La table fupérieure a douze pieds ôt demi de long, ou quatorze jufqu’à l’endroit où les buzes fortent du bois : la hauteur du volant > qui monte ôt baiffe, eft de trois pieds ôt demi. On donne à cette partie une petite courbure, afin que, fuivant l’arc quelle décrit, elle lève & baiffe plus aifément : la largeur de la partie inférieure eft de quatre pieds ôt demi, ôt de la partie antérieure de trois pieds deux pouces. Voyez la Figure dans laquelle AB ==12 AD = 14 ,AC= 3 la
- largeur de la partie inférieure vers B ou ce qui renferme MN— 1 4, la largeur de la partie antérieure vers B ou OP=3 -J. Encore aujourd’hui dans quelques endroits, on donne , comme autrefois, moins de longueur aux foufflets, mais en récompenfe on leur donne une très-grande largeur. Les tuyaux ou buzes qui fortent des foufflets ont quatre pieds de long, dont trois ôt demi au for-tir des foufflets, de façon qu’il y a un demi-pied dans le bois : le diamètre de l’ouverture des buzes égale trois doigts. Ces buzes font de fer battu d’une épaiffeur convenable : on a grand foin qu’il n’y ait aucune fente par où le vent puiffe s’échapper. La porte (38) par où7 le vent eft attiré, eft longue d’un pied ôt un (37 ) Les Cammes.=:(38) Le Ventau,= ( 3? ) La Tête.
- R N E A U X.
- quart, ôt large d’un pied. Le trou vers O P creufé dans le bois, ôt qui conduit à labuze> eft haut de \ de pied, Ôt large de : la buze va un peu obliquement en fe rétréciffant. La ortion de bois qui enferme la naiffance des uzes (39 ), a un pjed de largeur fur un pied Ôt j de hauteur : la dent ou le menton qui abbaiffe la partie fupérieure du foufflet, fe nomme en Suédois kamb (4Î>), ou aile formée en cycloïde. Elle eft un peu courbée au fortir du cylindre qui en arrête la racine, ôc de-là fe termine comme un coin par une courbure infenfible : elle a un pied ~ de longueur fur quatorze pouces de largeur. Quant à la formation du foufflet, l’Ouvrier aura foin que l’intérieur en foit bien uni, afin que rien n’en arrête le jeu : on choifit du bois de fapin mûr, que l’on met en planches ou feuilles épaiffes. Ces planches doivent être fé-chées au foleil ou au feu : plus elles font féches, meilleures elles font. On les tient épaiffes, parce que la régie ordinaire eft que les foufflets lourds font meilleurs que les légers. D’ailleurs , la feuille fupérieure eft prefilée par les cammes avec une grande violence : il faut donc quelle foit forte pour ne pas plier ôt pour réfifter à cette preffion, ainfi qu’à la réadion du vent quelle fait fortir pac les buzes.
- Dans le commencement, lorfqu’on met un fourneau en travail, il ne faut pas tant de vent que dans la fuite. Avant que les murs foient échauffés, ils redoutent une chaleur trop forte ôt trop fubtile ; car fi le vent don-noit une trop grande adivité au feu, les murs étant encore froids, ou les pierres éclate-roient, ainfi que les enduits d’argile , ou la chaleur, qui doit être donnée par degrés, fe-roit pouffée comme un torrent dans les parties intérieures : voilà pourquoi les foufflets doivent aller lentement dans le commencement. On augmente ou retarde leur mouvement , au moyen de la roue : plus on lui donne d’eau, plus elle va vite, Ôt confé-quemment les foufflets. Quand le fourneau fera échauffé, on leur donnera un mouvement uniforme ôt égal, qui fera bien réglé lorfqu’ils font abaiffés ôt relevés fix cents fois par heure.
- L’art du Fondeur eft encore de fçavoir placer la thuyere fuivant les réglés, ôcd’y diriger les buzes des foufflets : cela étant dreffé comme il faut, le fuccès eft affuré. Les buzes des foufflets fe joignent prefque dans l’intérieur de la thuyere ; leur éloignement, à compter de leur fortie de la tête des foufflets, eft d’environ un pied deux tiers: dans la thuyere elles fe rapprochent à un demi-pied. Elles entrent de deux pieds dans le mur , qui forme la cavité de la thuyere, laquelle en Suédois s’appelle forma : de façon
- = (40 ) En François, Canirne.
- que
- p.16 - vue 21/218
-
-
-
- D F S F O Ü k N E A U X.
- que de leur extrémité âu foyer , il ne refte qu’un pied un quart.
- Pour ce qui regarde la maniéré dont on forme l’efpace , dans lequel on place les bu1* zes des foufflets, voici fa conftru&ion. On ménage une ouverture quadrangulaire , large du* côté des foufflets, Ôt fe rétréciffânt du côté de l’ouvrage , ce qui forme une efpéce de cône. Trois de fes parties font obliques, le deffus ôt les côtés : le bas eft uni. On bâtit les murs qui forment cette ouverture avec des pierres ou récréments, choi-fis, liés avec mortier de fable ôt argile. Cette ouverture , comme on l’a déjà dit, fe rétrécit de façon que contre le foyer ce n’eft plus qu’une ouverture fémi-circulaire ôt très-étroite, réduite à la même dimenfion que celle d’une des buzes des foufflets. Le vent fortant avec force, eft preffé dans cette ouverture. Il arrive affez communément que la partie intérieure de cette ouverture s’élargit , principalement s’il tombe deffus des mines fuîphureufes en fufion qui rongent ôt détruifent tout. Si-tôt quelle eft élargie, il faut la refaire avec des récréments choifis ôt maçonnés avec de l’argile , de façon que l’entrée du vent foit toujours égale. La bafe de cette efpéce de caverne fe garnit d’une plaque de fer de forme triangulaire , égale en longueur ôt largeur, portant un pied ôt demi fur l’épaiffeur d’un pouce* On l’appelle en Suédois Formplant, c’eft-à-dire , baffe de la forme. On la fait un peu bailler du côté du foyer : mais cette inclinaifon eft de peu de chofe , c’eft-à-dire > d’environ douze degrés fur le plan horifontal. Les Ouvriers fçavent mefurer cet angle par leurs doigts, en fuppofant un pouce par partie. La hauteur donnée , ils fçavent combien il en faut pour que l’obliquité foit bien obfer-vée.
- On emploie cette plaque de fer pour fou-tenir les buzes des foufflets qui pofent deffus ôt qui font fortement ferrées ôt arrêtées dans leur pofition oblique, de maniéré que rien ne puiffe les déranger. Le vent qui en fort, eft porté fur le foyer coulant fur un plan incliné , uniforme. D’ailleurs, fi le fond de la forme étoit de pierre, il pourroit facilement être détruit par le feu , ou excavé par le mouvement des buzes : outre que l’air répercuté par l’efpece d’cbftacle qu’il ren-contreroit, pourroit fe difliper. La profondeur de cette caverne, ou autre, eft d’environ trois pieds. Au refte, toute cette partie doit être arrangée avec la derniere précifton , fans laquelle on court rifque d’être trompé dans fon attente.
- Le vent, en fortant des buzes, eft donc dirigé fur le foyer ; ôt coulant fur une efpéce de plan incliné, il va frapper le mur oppofé , non pas dans la partie fupérieure de la col-Fourneaux , 4e. Seciiotu
- tiere, mais un peu au-deftfus, dans F endroit où monte le métal en bain ; d’où il fuit que le vent qui frappe le côté qui lui eft oppofé Ôt le fer en fufion, eft réverbéré, ôt circule fur la fuperficie de ce fer en fufion , lui donne une efpéce de mouvement, de commotion , ainli qu’aux fcories liquides ; ôt après s’être répandu dans tout l’intérieur du foyer, il fait effort pour s’échapper à la faveur des parois , en fuivant des chemins tortueux. Voilà pourquoi, lorfqu’on veut former l’ouverture dont nous parlons, on fe fert d’une réglé graduée qui marque l’inClinaifon qu’on doit lui donner. Cette inclinaifon eft bonne lorfque le vent va en ligne droite frapper dans le mur oppofé y le point que nous avons dit. Quelques-uns , à la vue feule , dreffent cette patrie, ôt lui donnent l’obliquité convenable.
- Il y a ici plufieurs chofes à remarquer. Le fuccès du travail dépend beaucoup dé la jufte direêrion du vent ; car dans un fourneau il reffemble aux poumons Ôt à la ref* piration, comme la chaleur à la vie ; fi les poumons ne font pas fains ôt entiers, ôt 11 la refpiration eft embarraffée, la chaleur vitale s’éteint. Voyez donc les préceptes fui* vans.
- . i°. Si la bàfe de l’orifice ventilatoire eft
- placée de façon que le vent dirigé fur ce plan aille horifontalement, il s’enfuit que dans l’inftant qu’il eft entré dans le fourneau, il cherche à s’échapper par le haut : car d’abord qu’il a touché la fuperficie extrêmement chaude du fer en fufion, il ne fait qué la rafer , ôt la balayer légèrement, fans agir fur les parties inférieures, à peu-près comme une balle ou une pierre jettée horifontalement fur la fuperficie d’un liquide ; il réfléchit donc ôt s’élève en en-haut, au lieu d’aller frapper le côté oppofé, comme s’il étoit énervé, ôt s’il avôit perdu toutes fes forces fans avoir donné aucun mouvement au fer en fufion, ce qui eft cependant néceffaire pour que les fcories fe féparent des parties métalliques. Lorfque cette ouverture eft dirigée horifontalement, on voit que le fer fond plus difficilement, qu’il fe fépare de fa roche avec plus de peine, ôt que là mine refte crue jufques dans le foyer. On voit que le vent agit fur les charbons, qu’il les confume ôt les diffipe infruêtueufement. Là mine ne fond point proportionnellement à la quantité de charbon, ou fi elle fond, elle n’eft point dépouillée des corps étrangers ôt nuifibles. Tels font les vices qui réfuitent de la direction trop horifontale du conduit du vent.
- 2°. Si au contraire il eft pouffé trop obliquement dans le foyer, dans l’inftant qu’il le frappera, il fera repouffé par lâ matière en bain , ôt gagnera le deffus avant que d’avoir été frapper le mur oppofé. Alors le fef en
- E
- p.17 - vue 22/218
-
-
-
- i8 D E S FOU
- fufion ne fera point agité ; le vent ne fera pont répandu ôc n agira pas dans tout le foyer ; il gagnera le deflus en coulant contre les parois ; oü réfléchi par le métal en bain , il cherchera à s’échapper en un feul volume, profitant d’une iffue qu’il trouvera contre un des parois ou dans le milieu ; ce qui rend l’aêtion du vent inégale & infuffifartte , tant fur le fer en fufion que fur les charbons : ce qui eft caufe que la confommation de la mine n’a plus de rapport avec la dépenfe des charbons. Il y a plufieurs indices pour connoître fi le vent eft dirigé fuivant une inclinaifon convenable. Par exemple , fi le foyer ne peut fe charger d’une certaine quantité de mine, s’il ne cuit pas bien celle qu’il a reçue , enfin , fi en quelque façon il refufe de faire le travail ordinaire, c’eft une marque que l’orifice ventilatoire ,aou trop, ou trop peu d’inclinaifon. Il en eft de même fi les gouttes de métal fondu qui tombent en forme de pluie dans le foyer, comme on peut le remarquer par l’orifice dont nous parlons , font toutes noires fans qu’il y en ait aucunes brillantes ; ou bien fi la flamme qui fort par le deflus , s’élève plus haut que de coutume , emportant beaucoup d’étincelles ; fi elle fort en un volume épais plutôt d’un côté que d’un autre ; enfin, fi elle s’échappe inégalement. Vous connoîtrez encore que l’obliquité eft trop grande, ou que le vent plonge trop dans le foyer , fi le fer en fufion s’endurcit vers l’ouverture de la thuyere ôt y noircit , ce qui eft caufe que le volume entier, dont la defcente dans le creufet a été retardée par-là , paroît creufé ou, dans le milieu ou dans quelque autre partie, de façon que la maffe paroiffe plus épaifle fur les bords que dans le milieu, ce qui montre que le fer en fufion s’endurcit, ôt que le vent frappe un endroit du foyer plus qu’un autre. Aufli quand le fondage fera fini, vous verrez que l’ouvrage & les parois font rongés inégalement, parce que le feu pouffé par le vent, a été plus fort dans un endroit que dans un autre. Il y a encore plufieurs autres indices qui ne font pas feulement foupçonner, mais qui démontrent clairement à ceux qui s’y connoiffent, qu’on n’a pas donné à cette ouverture l’obliquité convenable.
- 3°. Si cet orifice eft trop ouvert, trop grand, de façon que le vent paffe trop aifé-ment par une ouverture trop large, & qui excede la mefure que nous avons dite , foit que d’abord on ne Fait pas affez refferrée, foit que lors de la fufion de la mine, les foufres métalliques l’aient agrandie , le vent n’aura plus la même force que s’il étoit chaffé par une ouverture plus étroite. Il n’eft plus pouffé contre le côté oppofé : mais comme s’il avoit perdu fes forces, il cherche
- RN EAUX,
- à gagner le deflus fans travailler ni remuer le métal en fufion : privé de la plus grande partie de fon humidité, il abandonne le foyer, ce qui fait que le métal, dans le creufet, n’eft point féparé des foufres ni de fa roche, & que conféquemment on ne peut pas mettre dans le fourneau autant dfc mine qu’il faudroit.
- 4°. Si cette ouverture eft trop étroite , le contraire arrive. Ne donnant point au foyer la quantité néceffaire de vent, la fufion retarde & fe rallentit. C’eft comme ü l’on employoit des foufllets trop petits pour fournir le volume d’air néceffaire* Aufli eft-ce de ces obfervations qu’on a conclu , que la vraie largeur de cette ouverture devok égaler celle de la buze d’un foufflet.
- 3°. Si l’orifice étoit rond, comme cela fe pratique dans les foyers purificatoires du cuivre & ailleurs, le vent paffant par une telle embouchure, ne pourroit point être pouffé avec la force convenable contre le parois oppofé : c’eft pourquoi la figure demi-circulaire , à caufe de la bafe qui refte platte, eft celle qui convient le mieux.
- 6°. Les buzes des foufllets fo placent dans cet orifice, de façon quelles font éloignées de l’ouverture qui donne fur le foyer, de trois quarts de pied ou un pied : fuivant quelles font plus ou moins proches ; on voit fur le champ le vent augmenter .ou diminuer. Si elles font éloignées , on dit que le fouffle eft plus grand que fi elles étoient plus proches, ce qui d’abord ne paroît pas probable ; car plus on approche la buze de i’ou^ verture, plus il paroît que le vent doit être introduit avec force : cependant, les Fondeurs qui ont de l’expérience, foutiennent le contraire. La caufe de ce phénomène eft peut-être qu’étant très-proche de l’ouverture, l’air entre tout humide, au lieu que s’il y a un efpace , il fe defféche en chemin, de façon qu’il n’entre qu’un air plus fec. Peut-être aufli que le vent étant trop proche de f orifice , la force avec laquelle il fort des buzes, le fait paffer trop rapidement fur le plan incliné de l’orifice, ce qui occafionne un grand bruit, & une déperdition des parties qui en-treroienr dans le foyer, fi les buzes en étoient plus éloignées ; peut-être y a-t-il quelqu’au-tre raifon : c’eft ce que nous examinerons ailleurs.
- On a l’expérience de la différence que donne un air pur & fec, & un air humide : la fufion fo fait mieux & plus heureufement l’hiver que l’été. Quand le temps eft couvert, chargé de nuages ou de pluie, la force du vent eft moins vive que quand le temps eft ferein & fec. Si, fous les foufllets il y a de l’humidité , ou que dans le voifinage il y ait quelque voie d’eau , comme ils attirent la vapeur, qu’ils l’infpi-rent ôc la foufflent dans le foyer, le fer noir-
- p.18 - vue 23/218
-
-
-
- DES FOURNEAUX.
- cit , fur-tout à l'embouchure de la thuyere, ce qui eft une marque infaillible que la fu-fionperd de fon adivité, ôcque la mine fe dégage plus difficilement de la roehei
- Il nous refie à détailler quelle place il faut donner à l’ouverture ventilatoire, relativement tant au foyer qu’à la cheminée. C’eft un ufage reçû prefque par-tout, que la bouche de la thuyere foit dans la ligne centrale delà cheminée, de façon que fi on laiffe tomber une ligne au centre, on a l’axe perpendiculaire du fourneau. Cette ligne touche la bouche de la thuyere, d’ou il fuit que le côté du foyer qui porte la thuyere, eft au milieu du fourneau. On en peut encore conclure que le foyer, au lieu d’être dans le milieu du fourneau , eft dans un des côtés de la cheminée , ce que l’on fait à caufe de la thuyere, qui doit fe trouver dans le centre du vuide intérieur ; ce qui fe pratique fur-tout pour que le volume du fer en bain ne foit point refroidi par le vent, tantôt froid, tantôt humide : car la chaleur étant plus grande au centre, le métal ne fe refroidit ÔC ne s’engourdit pas fi aifément que fi le foyer en étoit éloigné. On a encore l’expérience que fi l’on éloigne cette ouverture du centre, le fer en fufion eft figé par je ne fçais quelle fraîcheur ; que l’ouverture de la thuye* te eft bouchée par les fcories qui fe refroi-diffent, auquel cas fi on n’y remédie pas à temps, en chaffant les parties qui s’attachent à l’orifice, la bouche de la thuyere, qui eft la voie d’expiration des poumons, fe ferme aifément, & l’ouvrage manquant d’ame ÔC de vent eft fuffoqué : il périt.
- Si l’on a à travailler une mine de fer qui fonde aifément, c’eft-à-dire, de celles qui font mélangées de beaucoup de parties de chaux, on éloigne la thuyere du centre : cette efpéce de mine ne fe refroidit Ôt ne fe coagule pas au premier vent froid, comme un fer qui proviendrait d’üne autre mine, qui n’a pas une quantité fuffifante de ce menftrue. On apporte encore une autre rai-fon pour éloigner du centre l’ouverture de la thuyere, ôt la mettre à une certaine dif-tance : c’eft la crainte ôt le danger que cette ouverture ne foit endommagée par la chute d’une trop grande quantité de métal, qui fe ramafferoit deffus ; car fi un des côtés du foyer eft dans le milieu du fourneau, la moitié de la mine coulera deffus, l’autre 'moi* tié coulera dans le foyer fans toucher la thuyere : d’où il fuit qu’une fi grande quantité de fer tombant devant la thuyere, il y a une partie de la mine qui n’eft pas encore bien dépouillée, ôc quipaffant très-proche du vent, s’épaiffit, fe coagule. D’ailleurs , cet orifice eft attaqué ôc néceffairement rongé par les foufres, ce qui oblige de le rétablir
- (41 ) La Rufline.
- très - fouvent ôc avec beaucoup de peine : mais tous ces différents raifonnements des Ouvriers, tirés de leur expérience particulière, viennent au fond des différentes efpe* ces de mines. Celle qui fond aifément ôc qui eft mêlée de chaux ne perd pas fa fluidité, quoiqu’on éloigne la thuyere du centre : une autre fe refroidit d’abord pour peu qu’on l’en éloigne. Alors les parties qui font proche du vent, s’épaiffiffent dans le moment ; ôc cet épaiffiffement devient d’autant plus grand, que la mine y arrive en plus grande quantité»
- Il faut encore obferver, qu’il ne faut pas que la thuyere foit placée au milieu de la coftiere, mais qu’elle doit être plus proche de la partie intérieure du foyer (41 ), oppofée à la tympe : elle n’eft éloignée de la ruftine que de trois quarts de pied. On dit pour rai-fon que le vent pouffé alternativement par les deux<buzes des foufflets, l’une ne porte qu’une partie de la flamme vers cette partie intérieure, d’où le vent réfléchi, circule per* pétuellement dans cetefpace, tandis que le vent de l’autre buze, pouffé obliquement contre le mur oppofé, eft à fon angle d’in* cidence, réfléchi dans l’autre partie du foyet où il chaffe en-devant les fcories qui furna-gent, ce qui donne un certain mouvement à toute la maffe en fufion : de cette maniéré, il n’y a aucune partie du foyer qui ne foit travaillée par le vent, ôc dont la fuperficie ne foit dans un mouvement perpétuel ôc égal.
- De-là, il réfulte qu’il faut donner tous feS foins à la pofition de la thuyere ôc à la di^ reêlion du vent. Depuis long-temps l’expérience a appris que le fuccès du travail en dépend : on aura lieu d’en être content, file vent eft dirigé ôc diftribué comme nous venons de le dire. Il arrive fouvent que les foufflets perdent leur vent par la trop grande chaleur, ou ficcité, qui les fait gerfer ; en ce cas, ôc quoiqu’on foit en plein travail, il faut les raccommoder: pour cela, on les arrête pendant fix ou huit heures. Pendant ce temps , il n’y a plus de flamme dans le fourneau : mais fi on a foin de tenir la thuyere bien bouchée ôc exadement fermée , ôc de faire travailler les foufflets auffi-tôt qu’ils font raccommodés , on ne voit jamais que ce retard porte aucun préjudice au fourneau ni au travail : il faut cependant de l’adreffe ôt de la prudence pour le remettre en train.
- Il arrive aufli quelquefois, que pendant uii fondage il fe dérange quelque chofe, ou à la roue, ou à l’arbre, ou aux foufflets, ou que l’eau manque. Dans tous ces cas, il n’y a point d’autre remede que d’arrêter le fourneau ; mais fi l’on voyoit qu’on pût le remettre en travail dans peu de temps y on commencerait par en tirer tout le métal $ ôc
- p.19 - vue 24/218
-
-
-
- ao DE S F OU
- on le boucheroït même par le deflus , de façon à arrêter l’ardeur du feu; ôt pendant trois ou quatre jours ; même pendant huit , on rétabliroit ce qui manque, puis débou~ chant le fourneau , on continueroit le tra* vail. Les Ouvriers prétendent qu’on l’a ainfi pratiqué, ôt que cela a réufli : jufqu’ici je n’ai pas eu Foccafion d’examiner l’état du travail ôt de la fufion, après un fi long retard ôt un fi long manque de vent.
- Comment on met un fourneau en travail $
- ‘ comment on emplit la cheminée de charbons du haut jufqiùen bas ,* *$C comment on la bouche enfuite pendant quelques jours.
- Quand un fourneau eft bâti à neuf, les mortiers ôt les pierres qui forment l’intérieur étant encore humides, on jette dans le foyer quelques morceaux de bois qu’on allume pour les fécher, ôt les difpofer à foutenir un feu qui doit durer long-temps» Toutes les fois qu’on commence un fondage , après avoir rétabli le foyer du bas, le creufet ôt le foyer fupérieur, il faut voir fi le fond du foyer eft bien fec ; s’il ne l’eft pas, on le fe-che en le couvrant de fable ou de cendres, fur lefquelles on fait du feu ; enfuite on emplit le fourneau du haut en bas de charbons ; la cheminée, dans les dimenfions qu’on lui donne aujourd’hui, en peut contenir depuis douze jufqu’à dix-huit leftes ; chaque lefte, qui en Suede s’appelle laejl, rijj, (1 ) oufiig, tient douze tonnes. Autrefois, quand le fourneau étoit plein de charbons, on mettoit fur le champ le feu par le bas, afin que, fans l’aide des foufflets, la chaleur fe communiquât doucement à tous les charbons, Ôt l’on travailloit ainfi très-lentement pendant quelques jours. Aujourd’hui, on n’allume pas la maffe entière des charbons fur le champ ; mais après y avoir mis du feu par le bas, on bouche exaêlement le deflus ôt le deflfous du fourneau, afin que la chaleur gagne toute la maffe doucement, ôt d’une maniéré infenfi-ble. L’ouverture du defifus fe bouche avec des plaques de fonte, coulées pour cet effet; ôt fur lefquelles on jette des pouflieres de charbon, pour fermer avec précifion toutes les ilfues, ôt conferver la chaleur des charbons allumés : fi l’on n’a point de plaques de fonte, on y en met de bois, en obfervantde les couvrir de feuilles, & de mettre fur le tout des pouflieres de charbons , qui empêcheront toute évaporation. Cependant, pour que le tout ne foit pas rempli de charbons feuls , on met deflus une petite quantité de mine de fer , environ deux ou trois mefures, qui, en Suede, s’appellent Skoflar (2) : ces mefures reflemblent à un van, ou à un plateau de bois. Cette mine, à ce que difentles
- ( i ) C’eft peut-être de-Ià que nous avons fait notre mot rajfa
- R N E A U X. ‘
- Ouvriers, fert à nourrir les charbons : mais je crois qu’il eft affez indifférent que les charbons foient feuls, ou qu’on leur donne une pareille nourriture , avec le foible degré de chaleur, dans lequel on tient pendant quelques jours les charbons, qui ne peuvent non plus avoir d’aêlion fur la mine, que celle-ci en a fur eux, attendu que par ce bouchage l’aêiivité du feu eft fuffoquée, Ôt que les charbons ne font animés que par une certaine chaleur noire : on laifle le fourneau dans cet état pendant huit jours ôt huit nuits , quelquefois pendant quatorze. Si pendant ce temps-là on profite de quelque petite ouverture dans le deflus pour introduire une baguette de fer , on connoîtra à quelle hauteur font les charbons; car peu-à-peu ils diminuent : une chaleur fourde ôt cachée les con-fume. Au bout de douze jours, les charbons font baiffés d’environ fix à fept pieds : mais fi les ouvertures ne font pas exaêlement fermées, ayant foin d’induire d’argile toutes les jointures, ou s’il furvient quelque fente, foit par vétufté, foit par quelque autre caufe, de façon que l’air puiffe s’y introduire, on voit fur le champ que la chaleur , nourrie par l’air, a fait beaucoup diminuer la maffe des charbons, de façon qu’il eft baiflè de huit ou dix pieds.
- Il importe peu qu’on mette dans le fourneau des charbons qui ne foient pas affez cuits, ôt même quelques morceaux de bois mal-pafTés au fourneau, comme des fumerons ou autres qu’on laifle fur les places à fourneaux ; car ils prennent bien la chaleur , & par cet échauffement fe convertiffent en charbons ; on a même expérimenté qu’on eut emplir la cheminée de morceaux de ois fciés, au lieu de charbons, ôt la boucher, comme on a dit, après les avoir allumés ; ayant foin d’arranger le bois comme il faut, on le trouve au bout de huit, même de douze jours, converti en charbons. On fçait que le feu eft, ou digeftif, ou torréfiant, ou partie l’un Ôt partie l’autre, fuivant qu’il eft difpofé: ce qui fait voir qu’on peut employer du bois à demi-cuit, mêlé avec dubois fec.
- Pendant ce temps, la chaleur entre dans les murs qui font près de la cheminée, ôt félon l’expérience elle les pénétré d’un demi-pied , même de trois quarts de pied , ce qui eft fenfible au tad : cette chaleur n’eft pas au degré de fufion , mais paroît être du fécond degré. Non-feulement elle fecheles pierres, ôt en fait fortir l’humidité nuifible ; mais elle les difpofe à recevoir une chaleur très-grande , même de fufion; car fi un grand feu attaquait fubitement des murs froids, alors ou la chaleur s’introduiroit ôt feroit preffée irrégulièrement dans les fibres des pierres , ou elle enfermeroit ôt bloqueroit les parties
- ? charbons, = En France , panier ou rajfe > couche.
- humides
- p.20 - vue 25/218
-
-
-
- DES TOURNEAU X.
- humides qüife feroiént preffées,ou elle détrui-roit ôt feroit éclater les murs les plus forts : mais en les faifant d’abord paffer par une chaleur douce, leurs pores s’ouvrent petit-à-petit, puis fe referment ôt fe dipofent à re^ cevoir le plus grand feu.
- Quand le fourneau a été bouché ôt la chaleur fuffoquée, comme on l’a dit, lorfqu’on débouche les ouvertures , tous les jours on augmente la quantité de mines, bien plus que li l’on avoit fur le champ donné le feu ouvert aux charbons Ôt à lamine. Il n’y a pas long-temps qu’on a trouvé cette nouvelle méthode , que l’on emploie utilement ôt avec épargne des charbons. Autrefois, comme dès les premiers jours on donnoit le feu ouvert aux charbons, on ne mettoit qu’une mefure ou deux de mine , pendant que l’on brûloit beaucoup de charbon, au lieu que dans la nouvelle méthode le fourneau débouché , on peut d’abord y en mettre cinq, Ôt à chaque charge fuivante, ilx , fept, ôte. fans y mettre plus de charbons que dans l’ancienne méthode, qui n’en pouvoit fondre que deux ou trois.
- D’ailleurs, on a obfervé que cette chaleur renfermée avoit beaucoup de force élaftique ôt extenfible ; car quand on met de la cendre , ou autre poulïiere légère au - delfus d’une ouverture faite à une cheminée de fer, ces matières font élevées, comme une paille le feroit, ôt fouvent à la hauteur de trois ou quatre pieds; ce qui montre que l’air renfermé étant dilaté par la chaleur, ôt s’échappant par fa force extenfive, entraîne ôt éleve ce qu’il rencontre. Je n’ai cependant pas encore éprouvé la relation du poids ou de la légèreté de cette chaleur renfermée avec l’air libre.
- Du débouchement du fourneau quand il ejl échauffé.
- Quand les murs de la cheminée font échauffés doucement ôt difpofés à recevoir un grand degré de chaleur, on leve la plaque de fer qui couvre le deffus, ôt on met les charbons à découvert. Quand on ouvre cette partie, elle jette une grande chaleur qui frappe le vifage de ceux qui y regardent. Cependant les charbons, quoique échauffés, font demeurés noirs, ôt on ne voit nulle
- Ï>art de feu clair. Au bout d’un quart d’heure, a flamme fe montre de plus en plus, circulant légèrement fur la furface des charbons noirs. Enfin, avec le temps, toute la fuper-ficie des charbons s’allume, ôt la malle entière donne une flamme claire qui s’échappe dans fair.
- La cheminée ouverte après un fi long ef-
- ( j ) La Bune.
- Fourneaux , Section.
- pace de temps, il fe préfente plufieurs chofes remarquables fur les charbons ainfi échauffés auxquels on donne l’air.
- i°. Comment la chaleur, fi long-temps renfermée, peut-elle, non-feulement fe con-ferver dans les charbons, Ôt les bois chargés de parties fulfureufes, mais même pendant ce temps-là augmenter à un degré très-confidérable ? car de ces charbons mis à l’air*’ quoique noirs, Ôt quoiqu’il ny paroiffe aucune étincelle ou marque de feu ôt de lumière , il fort une très-forte chaleur égale à celle d’un foyer enflammé dont on a éteint les charbons.
- 2°. Après un quart d’heure, le feu fe montre dans les charbons, par le feul contaêf de l’air, ôt comme de leur gré, fans aucun fouf-fle ; il fort d’abord une flamme légère qui voltige autour des charbons, ôt fe nourrit de ce qui en échappe avant que le charbon paroiffe en feu. J’ai obfervé qu’une petite flamme qui s’échappoit par une fente du mur y de deux pieds d’épaiüeur (3 ), ôt qui s’entretenant par le contaêi; ôt l’aêtion de l’air, pa-roiffoit périr à mefure que le fourneau pre-noit l’air. Elle fembloit s’animer ôt être pouffée en l’air où elle jouoit, ôt cela pendant le quart d’heure que les charbons ne paroiffoient point enflammés, c’eff-à^dire, pendant le temps qu’il falloit pour perdre la quantité de phlogiftique qui y étoit renfermée. Voilà les indices qu’une vapeur fulfu^ reufe ou nitreufe, enfermée long-temps dans le fourneau, Ôt condenfée à travers la matière qui la produit, eft femblable à un phofphore qui s’allume à l’air feul, fans attaquer les charbons, jufqu’à ce que ces vapeurs pernicieufes foient brûlées. On voit encore une flamme très-légere ôt dangereufe qui fe termine en pointe ôt difparoît, puis fe montre de nouveau, femblable à ces feux qu’on voit pendant les nuits obfcures errer dans les bois ou dans les lieux fulfureux ou aquatiques* Je tirois à l’air un des morceaux de bois réduit en charbon pour fçavoir fi cette haleine fidfureufe venoit des charbons qui étoient deffous, ou fi c’étoit le bois qui la fourniffoit ; j’ai vû que cette flamme conti-nuoit à l’air libre, où elle eft devenue plus légère & pointue, ôt que le bois ainfi cuit, n’a pris feu qu’après cinq ou fix minutes.
- 3°. J’ai encore obfervé que ce feu n’efi: fourni que par les charbons qui font fous ce qui eft découvert. Comme j’admirois cette flamme circulant autour des charbons fans prefque les toucher , j’ordonnois , pour mieux faire mes obfervations, qu’on ne découvrît que la moitié de l’ouverture, laiffant l’autre moitié bouchée : alors, comme je l’ai dit, on voyoit les charbons dans leur entier,,
- F
- p.21 - vue 26/218
-
-
-
- DES FOURNEAUX.
- & comme endormis par un feu mort: mais après un peu de temps , le feu fortoit de ceux qui étoient à l’endroit découvert, Ôc non des autres, quoiqu’ils fuffent baillés de fix à fept pieds. De-là, j’ai jugé qu’il n’y a que la partie que l’air touche, ôc qui peut s’élever perpendiculairement, qui prenne feu. Il n’en eft pas de même pour la partie des charbons qui, quoique contiguë, ne reçoit le contaâ de l’air que par un angle oblique.
- 4°. Mais li on débouche en même temps les ouvertures du bas du fourneau qui con-duifent au foyer, vous verrez fur le champ la chaleur enfermée s’échapper en flamme. Elle eft excitée par l’air qui entre comme un torrent par le bas Ôc qui gagne le deflus , animant la chaleur qui a été long-temps renfermée , ôc qui s’échappe avec violence de toutes les parties du charbon, pour gagner le deflus.
- Comment SC dans quelle proportion on met
- dans le fourneau la mine SC les charbons
- pour que la fufion fe ftjje bien.
- Quand les parois font échauffés au premier Ôc fécond degré, ôc difpofés à recevoir le feu de fufion, il faut augmenter le feu par degré. Voilà pourquoi, quand le fourneau eft débouché, on ne donne point d’eau à la roue pendant dix ou douze heures, afin que les foufflets ne travaillant pas, il n’entre point de vent dans le foyer ni dans les charbons allumés. Après ce temps, on fait marcher les foufflets, doucement dans les premiers jours, ce qui ne donne aux charbons qu’un vent modéré. On augmente le feu par degrés pendant douze ou quatorze jours. Si on n’a pas l’attention de graduer ainfi le feu, on occafionnera quelque dégradation à la cheminée, ce qui, à la longue, fera tort au travail. Nous verrons dans un autre endroit le préjudice qu’un feu fubit ôc trop violent peut porter aux murs.
- Pour ce qui regarde la maniéré de mettre la mine ôc les charbons (4), le premier jour que le fourneau eft ouvert, on ne met que quatre ou cinq mefures de mines, avec la quantité convenable de charbon. La mefure dont on fe fert pour porter la mine, eft de bois ou de fer battu, un peu excavée en forme de panier ou de van, ôc contenant quarante ou cinquante livres de mine. En Suède on l’appelle Tourg ou Fat (s ): Par le nombre de paniers, on fçait la quantité de mine que l’on met. Pour ce qui eft de la mefure de charbons qu’en Suede on appelle Korg, elle eft faite de baguettes de bois ou d’ozier
- ^ (4) Faire une charge» en Suédois» Opfettning.
- ( j ) En France, raJJ'e ou couche, de conchâ , coquille.
- (6) La tonne vaut 3. pieds cubiques chaque corbeille valant q. tonnes, la corbeille vaudrait environ 13. pieds cu-
- entrelaffées. Elle reflemble à une corbeille. On la place fur une brouette. Chaque corbeille tient quatre tonnes (6 ) 3 ôc à chaque charge on en met trois ou quatre. Trois de ces corbeilles valent douze tonnes ou un left, qui eft en Suede la mefure ordinaire du charbon. On emplit le deflus du fourneau en y verfant les corbeilles de charbon, & quand il eft prefque plein jufqu’au deflus, on égalifele charbon avec un rabot, ôc on met autant de mefures de mine que le fourneau en demande, ôc qu’il en peut digérer. Le total du charbon ôc de la mihe s’appelle une charge, en Suédois, Opfett-ning. Quand la charge eft baillée à la melure ordinaire, on remet du charbon ôc de la mine : c’eft ce dont nous allons parler.
- Le premier jour, chaque charge de mines fera de quatre ou cinq mefures ; le fécond jour, comme la chaleur eft augmentée, elle fera de fept ou huit ; le troifieme de neuf ou dix ; le quatrième de onze ou douze ; le cinquième de quatorze; le flxieme de quinze, & par ordre, de feize, dix-fept, dix-huit, dix-neuf, jufqua ce qu’on foit venu à la quantité qu’il ne faut plus pafler : on dit alors que le fourneau en a ajje^, en Suédois Fui-loegt. La raifon eft, comme nous l’avons dit,7 qu’il faut donner la chaleur par degrés; car li elle 11e pénétré pas lentement ôc fuccefll-vement les mortiers ôc les pierres, on ne peut en chaflfer l’humidité fans leur faire tort. De-là on peut conclure que l’effet du feu fur les murs ôc fur les corps durs, augmente en raifon double dans des temps égaux, ôc qu’il faut augmenter la mine dans les dix ou quatorze premiers jours, dans l’ordre fuivant; fçavoir, le premier jour cinq mefures, le fécond fept, le troifieme neuf, le quatrième dix, le cinquième onze , le quatorzième environ vingt ; ou bien fuivant cette progreflion f. j.$. 10. u. n~. 12. 20. Les quarrés de ces nombres font, 25. 4p. ou 50. 75*. ou 8t. 100. i2ÿ. iyo. 175% 200. 400. La différence eft toujours 2^, de façon que les temps étant égaux, la chaleur eft augmentée dans la raifon parabolique , ou quarrée, comme on l’a dit.
- L’expérience a fait voir que la nature fui-voit exa&ement cette proportion ; car fi l’augmentation va plus vite en moins de temps, c’eft-à-dire, fl le premier jour on met quatre mefures de mine , le deuxième huit, le troifiéme douze, ôc ainfi de fuite, après un certain temps, cela nuit au travail : car fi on force le feu à pénétrer les murs trop promptement, dans la fuite du travail il faut payer cette précipitation. Si on veut
- biques. Le left de Suede pour le charbon vaut ii. tonnes; ainft il reviendroit à 40. pieds cubiques. Par conféquent mettant dans le fourneau 3.34. corbeilles » la charge feroit de 3p. à 51, pieds cubiques de charbon.
- p.22 - vue 27/218
-
-
-
- DES FOURNEAUX*
- faire un long fondage, c’eft-à-dire, il on a beaucoup de mines ôt de charbons à brûler, il faut encore aller moins vite dans le commencement, ôt mettre quatorze jours à venir au degré de la mine : fi on n’a pas un long fondage à faire, il n’eft pas néceflaire d’attendre fi long-temps. Par exemple, fi l’on fait un travail de trente ou quarante femaines, l’augmentation de la mine doit aller moins vite, ôt l’on doit mettre quatorze ou quinze jours pour venir au dernier degré ; mais fi on ne fait un travail que de quatre ou cinq femaines, on peut porter la mine au dernier degré en neuf ou dix jours. Quel-. ques-uns méprifant cette régie, & à l’appas du gain, n’ont pas fuivi ces degrés, ôt font Venus au plus haut point de mine dès le dix ou onzième jour, cefl-à-dire, qu’au dixiéme jour ils ont mis vingt-quatre paniers de mines Ôt plus, ce qu’on n'a coutume de faire qu’au quatorze ou quinziéme jour : mais après quelques femaines ils ont appris à leurs dépens , que leur fourneau commençoit à être malade , ôt que la force digeftive étant diminuée, le foyer ne vouloit plus une fi grande quantité de mine, ôt qu’en quelque façon raffafié il refufoit la quantité ordinaire. Quand le Fondeur s’en apperçoit, il cherche à y mettre remede : pour cela, il fait mettre fur le champ moins de mine, comme s’il vouloit retrancher à fon fourneau une partie de fes aliments. Voici comment il diminue le nombre des mefures de mine : Au lieu de vingt-quatre, il n’en met que vingt Ou dix-huit, ce qu’il continue d’obfèrver jufqu’à ce que le fourneau foit rétabli, Ôt redemande la quantité ordinaire. Le Fondeur doit remercier Dieu de ce rétabliffement, £t employer tous fes foins pour faire regagner à fon fourneau ce qu’il a perdu. Cette maladie vient d’avoir donné une chaleur trop forte ôt trop fubite aux parois ôt au foyer; car fi la chaleur travaille fortement un mur bâti de pierres dures, les parties froides ôt humides qui font dans les pierres , ne peuvent point s’évaporer comme il faut ; au contraire, une partie de cette chaleur fubite refferre davantage ces parties froides ôt humides , pendant que l’autre partie de la chaleur travaillera contre l’intérieur ôt les côtés, ôt s’y accumulera : ce qui eft caufe que le mur, encore froid Ôt humide, combat perpétuellement contre le feu, pouffé à un violent degré, jufqu’à ce qu’enfin ou le mur culbute dans le feu, ou il fouffre beaucoup de bief fures dans les parties qui réfiftent à fonaèlion, & aux efforts quelles font obligées de foute-nir. Il arrive de-là que la mine, en trop grande quantité, mal digérée Ôt toute crue, s’attache aux parois, ôt les couvre comme d’un enduit, qui empêche ces parois de donner à
- ( 7 ) De fondant.
- la mine qui defcend, le degré de chaleur convenable. Mais fi le travail ne doit durer que quatre ou cinq femaines, il n’y a pas de danger de lui donner le plus haut degré de mine; au bout de dix ou onze jours : car ce n’eft qu’après quatre ou cinq femaines, que la maladie du trop d’aliments donnés à un fourneau, ou fon indigeftion, fe manifefte.
- Le même accident peut encore arriver au milieu du travail; car ft vous étouffez le foyer par la trop grande quantité de mine , ôt fl vous rempliffez ce gouffre d’une trop grande abondance d’aliments, de façon qu’il defcen-de dans l’ouvrage des parties crues ôt mal digérées, alors la cheminée fe reffent de ce vice au point que, dans les jours fuivans , le fourneau pourra à peine porter la moitié de la mine; ôten rétrogradant par degrés, comme vous avez commencé, vous ferez obligé de revenir peut-être à moins de moitié , ce qui fait une grande perte du .côté du charbon , que l’on met toujours en même quantité.
- Plus la cavité ou capacité du fourneau eft grande, plus il demande de mine. Un grand fourneau reçoit jufqu’à vingt ou vingt-huit mefures de mine, pendant qu’un petit n’en portera que douze ou quinze : j’ai oui dire qu’il y en avoit un qui alloit jufqu a trente.
- Il arrive aufli que de deux intérieurs de fourneau, ayant l’un ôt l’autre les mêmes di-menfions , l’un ne portera que quinze ou dix-huit mefures de mines, ôt l’autre vingt-quatre ou vingt-huit : on donne piufieurs raifons de cette différence : Si, dans les premiers jours, vous avez étouffé le fourneau par une trop grande quantité de mines , de façon quelles defcendent crues Ôt mal digérées dans le foyer ; ou s’il y a de l’humidité , foit défi fous, foit aux environs du fond, qui ne puiffe fortirqu’à travers le feu;oufi, pendant le travail, le fond eft brifé Ôt fendu, de façon que le fer en fufion s’échappe par le bas ; ou il le fourneau par vétufté ou autrement eft fendu Ôt crevaffé,oufi les charbons font humides , ou s’il y a quelque humidité qui fe communique à la mine Ôt aux parois, ou s’il n’y a pas la quantité néceflaire de menftrue (7) , c’eft-à-dire, de pierre à chaux qui aide à donner de la fluidité au fer: ou enfin, s’il y a des mines mélangées qui épaifliffent ôt engour-diffent £n quelque façon le fer en fufion.
- Toutes les fois que le travail eft retardé ar quelque maladie, on brûle inutilement eaucoup de charbons : on en met toujours la même quantité, foit qu’on mette quinze mefures de mine,foit que l’on en mette vingt-huit. Avec la même quantité de charbon, on fond peu ou beaucoup de mine : par confé-quent, avec égale quantité de charbons on a moins de fer, ce qui eft une groffe perte*
- p.23 - vue 28/218
-
-
-
- DES FOURNEAUX.
- 2*
- On fait ordinairement quatorze ou dix-huit charges par jour, de façon que pendant vingt-quatre heures on a mis dans le fourneau quatorze ou dix-huit fois du charbon ôc de la mine , ce qui eft ou * î : dans les premiers jours on en fait moins, feulement dix ou douze par vingt-quatre heures : on en augmente enfuite le nombre. Quand les foufflets vont moins vite, les charbons durent plus long-temps, ôc conféquemment les charges ne demandent pas à être fi fouvent renouvelles , que lorfque le feu ôc le vent agiffent pleinement. Quand on voit que les charbons font defcendus à une certaine profondeur, qui eft marquée aux parois environ cinq pieds, il faut faire une nouvelle charge.
- Mais pour faire mieux connoître comment fe fait l’œuvre de la fufion, il faut en détailler , par ordre , toutes les parties.
- La mine, préalablement grillée, fe met partie en petits morceaux, partie en pouf fiere, au moyen d’un marteau que l’on fait mouvoir (s) ; la mine grillée ôc dont la pierre eft en chaux, fe brife aifément : on chaffe par cette opération le gluten , qui lioit les morceaux ; les liens déjà rompus Ôc brifés par le feu , lâchent prife : conféquemment la mine fe met aifément en poufliere ôc en morceaux, gros comme du gravier. Il faut que la mine foit réduite en petits morceaux Ôc non en poufliere ; d’une part, fi elle étoit totalement en poufliere , elle rempliroit tous les vuides que les charbons laiflent entr’eux, ôc par-là fermeroit au feu tous les paflages, lui ôteroit fon a&ivité , ôc empêcheroit la flamme de fortir ; fi d’un autre côté les morceaux étoient trop gros, comme du fable, ils pafferoient aifément à travers les charbons, ôc par leur poids tomberoient dans le foyer fans être fondus.
- Dans les premiers jours, le fourneau étant plein de charbons, on met defliis de la mine au milieu, ôc non contre les parois. La raifon de ce procédé eft que les parois, encore froids, expirent une certaine fraîcheur, au moins quelque chofe de moins chaud, qui fe communique même au feu à travers les charbons ardents, de façon que la mine ne peut fondre que lorfqu’elle en eft éloignée ; Ôc parce qu’alors le feu eft plus violent au centre, dans ces premiers jours, on y met la mine pilée, afin que defcendant fuivant la ligne centrale, elle fonde plus aifément : ce qui ne fe feroit pas proche les parois, ou fi l’on avoit mis une trop grande quantité de mine.
- A la longue, comme les parois s’échauffent déplus en plus en mettant-la mine fur le charbon, on l’étend davantage Ôc on la retire un peu du centre. Enfin, au bout de fept à huit jours, on approche la mine des parois , c’eft-à-dire , que lorfqu on fent que les
- (8) Un Boccard.
- parois renvoyent une chaleur aufîi confidé-rable que celle des charbons allumés dans le fourneau, on répand la mine dans toute l’étendue de l’ouverture : enfin, lorfque les murs ont acquis un plus grand degré de chaleur que les charbons, on met plus de mine contre les parois que fur le refte des charbons. Les Ouvriers difent que les parois, une fois échauffés, demandent autant de mine, ou, pour parler leur langage, en attirent une aufli grande quantité que le volume du feu enfermé dans les parois. De-là, on peut conclure que dans les premiers jours où les murs n’ont pas un auffi grand degré de chaleur que le refte, ils ralentiffent l’action du feu fur les matières qui les avoifinent : enfuite ces murs prennent le même degré de chaleur que les charbons allumés. Enfin, la chaleur y devient plus grande ; car elle s’accroît ôc fe concentre plus dans les corps durs que dans les corps légers. Il en eft ae même du froid ; il arrive la même chofe au foyer ; dans les premiers jours, le fer en fufion s’attache aux parois , tant qu’ils ont encore quelque chofe de froid ôc d’humide : enfuite ils s’échauffent de plus en plus, comme nous le dirons.
- Lorfque les charbons font defcendus à la profondeur d’environ cinq pieds, ce qui eft le temps d’une heure ôc demie, deux heures moins un quart, ou deux heures au plus, on y en met de nouveaux en renverfant dans l’ouverture les corbeilles qui en font pleines : on unit la fuperficie du charbon avec un rabot, pour y placer la mine également. Après cela, on met la mine ,4,5, 10,15,24 ou 30 mefures , fuivant que le fourneau en demande ou en peut porter, ainfi que nous l’avons dit. Le charbon eft entièrement couvert de cette mine écrafée , de façon qu’on ne voit que de la mine, ce qui réverbere ôc pouffe la flamme vers les parois : on remarque encore l’endroit où la chaleur eft la plus grande, foit le milieu, foit les côtés ; où elle eft la plus grande, on met les plus gros morceaux de mine grillée : car plus ils font gros, plus il faut de chaleur pour les diffoudre ôc les fondre.
- Si l’on a plufieurs efpeces de mines, il faut les mêler ; dans certains endroits, on en mélange de dix ou vingt fortes : dans d’autres, on ne mêle que deux ou trois efpeces. Un habile Ouvrier doit les avoir effayées pour connoître la nature de chacune ; au moyen de quoi, en chargeant le fourneau , il donnera à chaque efpece, la place qui lui convient le mieux dans la cheminée. Celles qui font chargées de foufres, feront mifes contre le parois oppofé à la thuyere ; car la flamme du foufre fondu ronge le fer ôc les pierres, Ôc conféquemment élargiroit l’ouverture de la thuyere, ôc rongeroit la plaque de
- fer
- p.24 - vue 29/218
-
-
-
- DES FOURNEAUX. ^
- fer qui eft fur le devant (9) : les mines, qui premiers jours que la chaleur na pas encore font chargées de beaucoup de pierres cal- pénétré le fond , cette vapeur eft froide ; caires, feront mifes du côté de la thuyere. après quelques jours de travail, elle devient La fcience du Fondeur confifte principa- tiede, & la chaleur eft parvenue au degré lement à fçavoir déterminer précifément la nécefîaire à la fufion ; alors cette vapeur quantité qu il faut de chaque efpece de mine, monte à un tel point de chaleur , que Ton pour avoir du fer dune bonne qualité ; en n’ofeplus en approcher le vifage ni les mains: mêlant, par exemple, une mine chargée de alors feau s’évapore en volume plus épais ôc foufre, avec une autre qui n’en a point : s’il comme une fumée plus condenfée ; ce qui eft en a de vingt efpeces différentes, il doit un figne que la chaleur a pénétré le fond , avoir une note de chacune pour les mélan- jufqu’à la foffe qui eft deffous. ger dans la proportion qui doit lui procurer D’ailleurs, dans les premiers jours, le fer du fer de la meilleure qualité* s’attache aux parois ôc au fond, qui n’eft pas
- Par elle-même , la mine de fer fond très- encore échauffé, ôc s’y condenfe de plus en difficilement, particuliérement ft elle eft ri- plus. Avec le temps, cette matière aggluti-che ôc n’eft pas chargée de matière calcaire, née s’adoucit ôc fe liquéfie, mais Amplement Alors il eft néceffaire d’y mêler, à chaque fuivant la longueur du foyer , de façon que charge, une partie de pierres à chaux (l0), le foyer fe nettoie d’abord dans le milieu, en-cuites ou non , il n’importe : Ôc pour que la fuite par les côtés : ôc plutôt ces matières pierre fe mêle mieux avec la mine, on la met attachées quittent le fond ôc les côtés , plus fur les charbons dans le milieu, ou au cen- on juge que l’ouvrage eft pénétré d’un plus tre de la cheminée. Dans quelques endroits , grand degré de chaleur.
- on en met une mefure, dans d’autres deux ôc r r r .
- trois , fuivant que la mine eft rebelle à la fo- Désignés far lefquels le Fondeur juge de
- lion : il faut que préalablement la mine ait lf ^a'ltLte de mLJLe & de barbons qu d — ^ r - - - - - - jaut mettre au journeau.
- été grillée , ou paffée au feu de calcination. Plus elle a été grillée, plus elle eft difpofée à
- La principale fcience du Fondeur, eft de
- fondre ; car tous fes liens , foit de foufre, fçàvoir donner au fourneau la jufte quantité foit d’eau ou de fel, font brifés ôc rompus, ôc proportion de mine Ôc de charbon qu’il ce qui fait que non-feulement le feu la pêne- peut porter. Il faut donc qu’il connoiffe les tre mieux, mais la diffout plus aifément : la indices, fur lefquels il doit juger s’il doit en chaux vive fert de menftrue dans les diffolu- retrancher ou en ajouter ; car fi on met du tions feches. Sans ce menftrue ou ce diffol- charbon au-delà de la quantité de la mine à
- vant, on ne peut féparer la mine de fa ro- fondre, l’excédent fe brûle en pure perte : ôc
- che, ou ce qui eft le même, le fer des fco- le fer qui en provient, étant, pour ainfi dire,
- ries : le fer en fufion, s’il n’y a point de trop cuit ôc comme brûlé, n’a plus la même
- chaux , s’épaiffit, ôc les fcories qui furna- qualité qu’il auroit eue, fi la proportion avoit gent, ne lâchent pas toutes les parties mé- été bien obfervée. Si au contraire on met talliques quelles retiennent. Dans quelques une trop grande quantité de mine, relative-endroits, comme à Roflagie Ôc ailleurs, les ment à celle du charbon, le fer qui en promines n’ont pas befoin de chaux, parce quel- vient, n’ayant point été allez purgé des males contiennent des veines de pierres calcai- tieres qui le vicient, comme fa roche ôc les res. La pierre eft jointe aux plus petites par- foufres, eft encore crud, mal épuré ôc rem-ties de mine, dans laquelle la chaux forme pli de grandes lames brillantes. Ajoutez que des efpeces de ruiffeaux , comme fi c’étoit quand Ta cheminée eft une fois trop chargée
- de mine, elle perd en quelque forte fon appétit, Ôc ne veut plus recevoir tant de nourriture , de façon quelle ne peut plus digérer la quantité ordinaire, ôc en rejette une partie : ce qui prouve combien il eft effentiel
- des veines ou des artères : on a encore expérimenté de fubftituer leJllex calciné à la pierre à chaux, ce qui aréuffi, parce que le Jllex brûlé fe convertit en une efpece de chaux. D’ailleurs le Jllex donne beaucoup de fluidité aux mines de fer chargées de fou- qu’un Fondeur fçache régler la proportion fre, comme il en donne aux mines de cui- de la mine ôc du charbon qu’il confomme vre : par fon intermede, la fécrétion de ce à chaque charge de fon fourneau, métal fe fait aifément, ainfi que nous le di- Dans les premiers jours de travail, il ob-rons ailleurs. fervera encore foigneufement dans quelle
- Par la vapeur qui fort des fyphons placés quantité il faut mettre de la mine, ôc enfuite fous l’ouvrage dans la fofTe fur laquelle il eft l’augmenter : par ce qui a été dit, il paroît conftruit ,'on juge de quel degré de chaleur qu’il faut chaque jour augmenter la dofe , les corps durs, comme le fond ôc les coftie- jufqu’à un certain terme que les indices doi-res, font pénétrés, ôc de la force du tour- vent apprendre.
- billon que cette chaleur y excite. Dans les Mais avant qu’un habile Fondeur puiftfe fe
- ($> ) La Tympe. = (ïo) Caftine.
- Fourneaux , 4e. Section. G
- p.25 - vue 30/218
-
-
-
- DES FOURNEAUX.
- 26
- lier aux indices 6c à fes remarques, il faut quil connoifle la nature du fourneau 6c de fon foyer, c’eft-à-dire, qu’ilfoit inftruit des vices ou des qualités de la cheminée , de fa conftru&ion. Il fçaura li le fond e'ft humide , fi la folle fous le foyer eft d’une dimenfion requife, fi la vapeur palfe librement par les fyphons ; fi le fol qui environne le fourneau , eft humide ou fec ; li les pierres de l’ouvrage ont été récemment tranchées dans la carrière, ou non ; li les pierres des parois font franches ou bâtardes ; fi le fourneau ,
- Îjarvieillefîe ou par caducité, ne peut fouffrir e degré nécelfaire de chaleur ; fi à force de travailler, les murs ne font point fendus ; li l’ouverture du delfus n’eft point trop grande ; li le ventre n’eft point trop large ou rongé tout autour : outre mille autres cho-fes que le Fondeur doit bien connoître , avant que par les indices que nous décrirons dans un inftant, il puilfe régler les charges.
- Il faut encore qu’il connoifle la qualité de la mine qu’il brûle , fans quoi les lignes ne feront que le tromper. Il doit fçavoir li cette mine eft imprégnée , ou non y de parties ful-fureufes, arfénicales ou autres de mauvaife nature ; quelle efpece de pierre eft mêlée avec fa mine ; de quelle nature eft fa roche ; fi elle cede aifément au feu, ou fl elle y ré-fifte; fi elle eft mêlée de chaux, ou non; quelles font les fcories qui en proviennent, quelle eft la couleur du feu ; quels font le mouvement ôc*la cuiflbn du métal; quel eft fon degré de fluidité.
- Ce n’eft pas tout : il doit encore connoître la nature des charbons qu’il emploie ; de quel bois ils font faits ; s’ils font durs ou tendres , fecs ou humides.
- Un Fondeur prudent a foin de donner à fon fourneau toujours un peu moins de mine qu’il femble en demander, afin qu’en quelque façon il en appete ôc defire davantage. La raifon eft qu alors les parties nuifibles fe féparent mieux des métalliques, Ôc que l’on obtient un fer de meilleure qualité. On empêche aufli par ce moyen que le fourneau ne îoit gonflé par un excès de mine, ce qui eft caufe que dans la fuite il n’en peut quelquefois fouffrir que la moitié des charges ordinaires.
- Les indices qu’il faut mettre une plus grande quantité de mines ou de charbons, font :
- i°. S’il paroît des grains brillants ou des écailles dans les fcories, principalement dans celles qui forcent avec la gueuze quand on la coule, ôc qui reftent fur le fer coulé comme des grains brillants. Enfin, toutes les fois qu’on voit de pareilles écailles dans les fcories , ou dans le fer, c’eft une marque que le fourneau demande de la mine, ou qu’il y a trop de charbons relativement à
- la quantité de mine. Ces taches brillantes reflemblent au jlerile riitidum ou glacies Maria, comme on les appelle. Du premier jour de travail jufquau douzième , on trouve de ces écailles dans les fcories. D’abord qu’on a mis la quantité de mine nécefîaîre on n’en voit plus. Si-tôt que l’ouvrage ou la cheminée demande une forte dofe de mine, elles reparoiflent, quand même ce feroit au milieu d’un fondage. D’abord que le Fondeur s’en apperçoit, il fait augmenter chaque charge d’un ou de deux paniers de mine. Ce brillant fe remarque aux ringards , qu’on met dans le foyer. Lorfque la mine eft très-riche , on n’y en voit pas beaucoup.
- 20. Si les fcories qui forcent du foyer font blanches, fur-tout dans leurs extrémités 3 fi elles font d’un verd blanc, c’eft aufli une marque qu’il faut mettre plus de mines* Dans les premiers jours ,* les fcories font blanches, ce qui vient de la pierre calcaire ; car on en met la même quantité au commencement ôc à la fin d’un fondage, quoique dans les premiers jours on ne mette que quatre à douze mefures de mines, Ôc que par la fuite on en mette jufqu’à vingt-quatre : mais fi la mine eft pauvre, ôc fort chargée de pierres calcaires ou autres, les fcories font d’un verd blanc. La raifon eft que s’il y a une moindre quantité de mine qu’il n’en faut, toute la partie métallique fe dépouille, de façon qu’il ne refte dans les fcories que la partie pierreufe changée en verre , quoique la couleur verte annonce qu’il y a encore quelques parties métalliques. Il n’en feroit pas ainfl s’il j avoit moins de chaleur, ou, ce qui eft la même chofe, s’il y avoit plus de mine.
- 3°. Si pendant leur écoulement les fcories font très légères ôc comme une eau limpide, fi elles n’ont point de ténacité, li elles fe durciflent d’abord quelles prennent l’air, c’eft la marque d’une chaleur trop concentrée, qu’il faut tempérer par une plus grande quantité de mine.
- 4°. Les Fondeurs entendus regardent fouvent par la thuyere ; cet orifice peut avec raifon s’appeller P œil des Fondeurs ; c’eft par-là qu’ils examinent le progrès de la fufion, Ôc l’état du creufet ; ils fréquentent fouvent cette ouverture : ôc il n’y a pas de quart-d’heure qu’ils ne s’en fervent pour introduire un ringard dans le foyer. C’eft par-là qu’ils voyent le volume du fer en mouvement , les fcories qui le furnagent, Ôc les gouttes de fer fondu qui tombent dans le foyer. On-voit des gouttes, ou, pour mieux dire, des étincelles, partie blanches comme de la neige, partie noires, tomber comme une menue pluie, fur le fer qui eft dans l’ouvrage. Si donc cette pluie eft compofée
- p.26 - vue 31/218
-
-
-
- DES FOURNEAUX.
- dune plus grande partie de gouttes blanches que de noires, c’eft ligne d’une trop grande chaleur, d’une trop grande quantité de charbons , ôc qu’il faut plus de mine ÿ fi le nombre des gouttes noires eft le plus grand , c’eft marque que la mine qui tombe en forme de pluie, n’eft pas entièrement dilfoute, ôc qu’il faut une plus grande quantité de charbon, un feu plus violent : le bon état de lafufion femanifefte lorfque les gouttes, noires ôc blanches, tombent en égale quantité.
- 5°. En regardant par la thuyere, on con-noît aulli aux feories la quantité qu’il faut de charbon ôc de mine. Si les feories font d’une couleur opaque ôc noirâtre, c’eft marque d’un défaut de chaleur ; pour l’augmenter , il faut plus de charbons : mais fi les feories font trop blanches Ôc trop claires,, c’eft un ligne qu’il faut un moindre degré de chaleur, c’eft-à-dire , moins de charbons, ou plus de mine. Enfin, fi la couleur des feories eft verdâtre, ôc que leur fluidité foit par-tout bien égale , c’eft marque qu’il y a dans le fourneau ce qu’il faut de mine ôc de charbons.
- 6°. Si le fer coulé Ôc refroidi montre dans fa fracture un certain brillant calcaire , c’eft-à-dire, mat, on en peut conclure qu’il y a trop de mine , au contraire , fl le fer, dans fa fraêture, relfemble à de la glace , c’eft figne qu’il n’y a pas aflez de mine , eu égard au charbon. La preuve que la proportion a été bien obfervée, c’eft quand la fonte dans fa cafliire, préfente des grains clairs, mêlés de grains gris ôc opaques. Au refte, les Agnes tirés du fer ôc de fa couleur, font fort équivoques ; car ce n’eft pas le plus ou le moins de mine, mais fa qualité qui, dans la fonte opéré la différence des couleurs Ôc les nuances du blanc ; de façon que du brillant, du terne, ou de l’obfcur des lames Ôc des grains que l’on voit à la caf-fure de la fonte, on ne peut pas juger fai-nement du rapport de quantité de mine ôc de charbon qui ont été employés. On fçait feulement que fi le degré de chaleur, ou les charbons ne font pas en aflez grande quantité, la blancheur eft argentée dans les grains , ôc que dans la cafliire on trouve des parties de mines.
- 7°. Si à l’embouchure de la thuyere ôn voit le fer fe refroidir dans le foyer , au point qu’il femble boucher fon orifice, c’eft marque que les charbons fe font confervés fans avoir liquéfié la mine comme il faut. Nous parlerons de cela ci-après.
- 8°. Si les feories qui relient fur la gueuze, paroiffent trouées, noires , de couleur de fer, mais néanmoins légères, c’eft une preuve qu’on a employé la jufte proportion de mines ôc de charbons. Les feories compares, trop
- pefantes ôc trop imprégnées de fer, dénotent le contraire.
- p°. La fumée ôc la flamme qui s’élèvent dans l’air par le deffus du fourneau, ôc qui le foir dans les ténèbres , paroiffent fluides Ôc bien répandues, indiquent la maniéré dont la mine fe cuit dans le foyer ; car, fi la flamme mêlée de fumée monte trop haut, c’eft marque d’ébullition ôc d’intumefeen-ce dans le foyer ; c’eft figne que le métal ne fe fépare pas bien des feories ; auquel cas on confomme des charbons en pure perte. La preuve que la mine fond ôc fe dépouille bien, c’eft lorfque la flamme fort du fourneau en pointe blanchiffante, ou blanche, fans tirer beaucoup fur le rouge , ôc fans jetter trop haut des' étincelles avec de la fumée.
- xo°. Non-feulement on connoît l’état de la fufion à la couleur ôc à l’élévation de la flamme, mais même à la couleur des parois ou des murs que la flamme touche continuellement en s’échappant. Si la flamme ôc la fumée donnent une couleur verte au-devant du fourneau, c’eft figne qu’il faut plus de mine ; il en eft de même des murs du deffus : fi au contraire ils noirciffent, il faut plus de charbons.
- ii°. Si le deffus d’une gueuze paroît uni ôc comme poli, c’eft marque qu’il faut plus de mine ; fi le fer, quand on le coule fcintille, c’eft un figne qu’il faut plus de charbons. Il y a encore plufieurs autres cho-fes que nous dirons, en traitant le myftere de la cuiffon du fer dans le foyer.
- De la trop grande chaleur SC ébullition du fer dans le foyer.
- Le fer, le plus froid ôc le plus difficile à fondre de tous les métaux, donne, lorf-qu’il coule dans le foyer échauffé par le métal en bain , l’exemple d’un combat ôc d’une réa&ion. Il faute d’abord comme un liquide chauffé dans un vaiffeau d’airain ; comme un furieux, il s’enfle, il jette une écume noirâtre, femblable à de petits flots , qui fe terminent en pointes ôc en dards* Ce métal en fureur force l’efpace du foyer , s’enfle ôc s’élève comme de l’eau bouillante. La thuyere eft bouchée de feories noires : celles qu’on tire du foyer, font brunes, couleur de fer , Ôc fort chargées de parties métalliques. Cette effervefcence, ou ce combat a coutume de revenir à de certains temps réglés, comme la fievre froide. D’abord qu’il y a affez de fer ramaffé fiir la thuyere , pour que fon poids le faffe tomber dans le foyer , cette froide effervefcence revient : le fer impur qui y eft tombé, eft comme un levain. Si le Fondeur ne fçait pas appaifer ces flots, en tirant du foyer les feories bour-fouflées, comme mourantes, ôc hors d’ha-
- p.27 - vue 32/218
-
-
-
- DES FOURNEAUX.
- îeine , par le combat qu’elles ont elfuyé ; fi par le moyen des ringards Ôt des crochets , il ne remue ôt agite continuellement le fer enflé ; s’il ne débarrafle les fcories attachées à la thuyere, en écumant, comme on l’a dit , le foyer bouillonnant, fans tous ces fecours , le foyer fe rempliroit d’une matière agglutinée ôt tenace, les orifices fe bou-cheroient, il feroit impoflible de continuer le travail, Ôt on perdroit le bénéfice qu’on *en doit attendre. Outre cela, les fcories contiennent beaucoup de fer, quelles entraînent avec elles, de façon que par cette fureur 'ôc* ce combat, on perd beaucoup de métal.
- Pour ce qui regarde la caufe de cette «effervefcence, elle eft la même que celle 'qui arrive dans tous des autres liquides plus légers , dans le vin nouveau, ou autres liquides mêlés & couverts quand ils fermentent ; oar fi on met un mélange d’alkalis ôc d’acides, ce qui fert de ferment, dans une liqueur qui n’a point de fermentation, aulfi-tôt la liqueur bout en diflolvant les parties , rompant les liens qui les attachoient, ôt forçant les bulles de monter, elle forme une écume à la fuperficie. Il arrive la même chofe à la mine en fufion, quoique plus pefante ; fi, fans être épurée ôt dégagée des corps étrangers , elle tombe dans le foyer, ou dans une grande quantité de métal en fufion ; fur le champ il fe fait un mouvement, la liqueur s’enfle, les bulles s’élèvent ôt fe terminent en écume. La mine ainfi crue, ôt mal digérée, fert de ferment, & la fureur de la fermentation ne finit que lorf-que les parties fermentantes, quelles quelles foient, font forties du foyer, ou féparées les unes des autres. Cela arrive encore toutes les fois qu’il tombe dans l’ouvrage de la mine crue ôt imprégnée de matières hétérogènes y ou fi le fer qui s’eft ramalfé dans le plus grand efpace du ventre, au-defliis de la thuyere, fe refroidit un peu, ôc fi, ainfi coagulé, il ne tombe pas en forme de pluie, Ôt qu’entraîné par fon propre poids, il tombe en gros volume dans le fer en fufion, qui eft déjà dans l’ouvrage. On voit fur le champ le fer liquide fe bourfouffler, fe battre ôt fe tourmenter, comme fi deux liqueurs fpiritueufes , de nature contraire, ëtoient mifes enfemble dans un vafe. Il n’eft pas aifé de déterminer les vraies caufes de ce phénomène ; car ce combat ôc cette fluêhiation , ou viennent du mélange du chaud ôt du froid : en effet, fi on jette une pierre ou un morceau de métal froid, dans une liqueur très-chaude, fur-tout fi c’eft du métal en fufion, il fe fait fur le champ un combat du chaud ôc du froid. Conféquein-ment, ce qui eft le plus fluide ôt le plus chaud, bout ôc faute le premier. Ou bien le combat dont nous cherchons la caufe,
- provient de ce que le fer 6c la mine amalfés en gros volume, foit contre le creux des parois, foit au milieu de la cheminée, fans être féparés des parties étrangères, 6c tombant dans le foyer, ce volume eft d’un poids mitoyen entre les fcories ôtle fer: d’où il arrive que cette maffe ne peut point fe mêler avec le fer pur qui eft plus lourd, ni avec les fcories qui furnâgent ôt qui font plus légères ; mais elle fe tient au milieu des deux , de façon qu’en remuant le métal qui eft dans le foyer, on mêle ces parties avec' le fer, puis elles fe relevent ôc fe mêlent avec les fcories , enforte quelles confondent les unes avec les autres, ôc dérangent leur fé-
- Î>aration, mêlant les fcories avec le fer, ôc e fer avec les fcories, comme il arriveroit en remuant de l’eau qui auroit dépofé des ordures ; ce qui occafionne encore une ef-pece de combat, parce que le fer plus lourd cherche à chalfer les fcories plus légères, d’où il réfulte une grande commotion au total. La fermentation dont nous parlons, peut venir encore des parties crues, qui, de l’endroit qui eft en pente ( fur les éche-lages) tombent en grand volume dans le foyer ; lorfque dans cette maflfe il refte des parties humides ou fulfureufes tombant dans le bain de métal, elles font failles d’une grande ôc fubite chaleur, ôc comme l’air ou l’eau, elles fe raréfient ôc s’élèvent en bulles ôc en écume» On donne enfin une autre raifon de cette fermentation, mais que nos fens n’ont encore pu pénétrer. On croit que la chofe doit fe palier dans les corps durs ôc pefants, mis en fufion, comme dans les corps légers tels que l’eau , l’huile, les efprits, pourvu que le degré de liquidité foit le même. Les particules des corps durs peuvent alors s’attaquer ôc combattre entre-elles, comme feroient les particules des corps fluides légers. Au refte, ce que nous avons dit, eft confirmé par les expériences fuivantes.
- i°. Si les charbons font humides , ou s’ils font trop vieux, ce qui conféquemment leur a fait perdre une partie de leurs forces, de façon qu’ils ne peuvent plus fondre la mine comme il faut, ôc lui donner le degré convenable de liquidité, nous voyons arriver le combat dont nous parlons. Alors les charbons chargés d’humidité, ne s’enflamment point en deîcendant dans la cheminée , ni au premier degré, ni au fécond, ôc quoiqu’ils commencent à blanchir, toute l’humidité n’en eft pas chafTée : mais on voit fenfiblement, qu’il y a encore des parties humides qui fe communiquent au feu ôc à la mine qui eft à fondre, comme lé démontrent les fumées qui s’échappent avec les étincelles, ce qui diminue la force du feu, Ôc retarde fon aêtion ; de façon que la mine defcend dans le foyer encore crue,
- p.28 - vue 33/218
-
-
-
- DES FOURNEAUX-
- 29
- fans être purgée des parties étrangères, ce qui y excite ie mouvement que nous avons dit. Il arrive encore la même chofe , s’il n’y a pas une quantité de charbons proportionnée à la mine.
- 20, Cette effervefcence arrive encore s’il n’y a pas allez de chaux dans la mine, ou fi la pierre calcaire eft de mauvaife nature* La chaux, comme on l’a déjà dit, tient lieu de menftrue dans les diffolutions feches , de façon que fi la fufion ne s’opère pas, foit manque de chaux, foit par la mauvaife qualité de celle qu’on a employée, les parties légères ne fe féparent pas des pelantes, les métalliques des pierreufes, les tendres des dures, les mixtes des pures ; mais elles ne s’arrangent ôc ne fe mêlent dans le même foyer, qu’après avoir combattu entr’elles.
- 3°. Ces combats viennent encore fou-vent de l’obliquité des parois ou murs, qui du ventre defcendent fur le foyer. Cette partie eft prefque entièrement occupée par le foyer fupérieur ; fi cette obliquité eft telle que les petits ruiffeaux de mine ne puilfent pas couler perpendiculairement, mais qu’ils foient arrêtés dans des endroits trop creux où ils fe repofent, Ôc à la longue s’amaffent en gros volume , alors la mine fe coagule Ôc s’attache aux murs, d’où elle pend comme une matière vifqueufe ou poiffeufe, ôc ne coule point dans le foyer qu’il n’y en ait une aflez grande quantité, pour, en profitant du plan incliné , être entraînée par fon propre poids dans l’ouvrage, ou à couler lentement contre les murs comme de la poix. De-là il fuit que le fer, le plus lent Ôc le plus froid des métaux, arrivant au foyer, dans lequel il y a déjà du métal en bain, fait l’efpece de combat dont nous avons parlé. L’expérience prouve même que c’eft cette chute en malfe ou cet écoulement tardif qui en font la caufe : car fi vous regardez par la thuyere peu avant que cette commotion arrive, ou quand elle commence, vous verrez devant la thuyere cette matière couler lentement par gros morceaux, comme de la poix, ôc être fubmergée dans le foyer où il y a déjà delà fermentation, de façon qu’à l’œil vous pouvez en découvrir l’origine Ôc la caufe. Cette maladie reffem-ble à la fievre froide qui a des retours réglés ôc périodiques. Cette effervefcence re-• vient régulièrement tputes les fix ou les douze heures. Elle commence par un certain froid, une efpece de friffonnemefit : enfuite le tout s’échauffe ôc fe tranquillife. Quand par la thuyere, on ne voit que des gouttes noires fans aucunes brillantes , c’eft un figne que ce refroidiffement ou cette fievre font près d’arriver.
- Lorfqu’un fondage eft fini, on voit que la partie du mur qui recevoit ôc arrêtoit ces Fourneaux, 4e. Section*
- matières, eft rongée Ôc fort crëufée, le plus fouvent fur la thuyere. Il fe forme de pareilles cavités dans la partie du fourneau que le vent attaque ôc frappe continuellement: car fi le vent eft dirigé de façon qu’au lieu de circuler ôc aller en fpirale avant que de gagner le deffus, tout fon volume attaque continuellement le même endroit ; alors aidé du feu, il excave aifément cette place, il détruit ôc ronge les mortiers, & à ce moyen il creufe ôc prépare des efpeces de lits dans lefquels le fer s’arrête ôc fe repofe.
- Quand aufii le foyer eft bâti fur un en^ droit humide, ou quand les fyphons ne tirent pas toute l’humidité, mais qu’une partie de l’humidité s’infinue par le fond ôc rafraîchit l’intérieuf, elle diminue la force du feu, ôc arrête la fluidité du bain. C’eft de cette façon qu’eft occafionné l’élancement du métal en forme de pointes ôc de dards. Tout cela prouve que ces mouvemens n’arrivent que par la jonêlion des mines crues, ôc mal liquéfiées, au métal en bain. Pour furcroît de preuves , on ajoute encore que cette effervefcence arrive parce que les mines ne font pas bien calcinées. Car plus la mine eft torréfiée, mieux les parties métalliques, dans le fourneau, fe féparent des pierreufes ôc autres, au lieu que fi leurs liens ne font pas rompus, il eft difficile de les diffoudre, à moins qu’il n'arrive dans le foyer une fermentation ôc une réaction. On apporte aufii pour raifon de l’effervefcence dont il s’agit, la trop grande ténuité de la mine quand elle eft, pour ainfi dire, réduite en pouffiere, parce qu’alors paffant facilement dans les vuides que les charbons laiffent entre-eux, elle coule toute crue dans le foyer.
- Voici les fignes d’une prochaine ébullition , au moyen defquels les Ouvriers prévoient que l’effervefcence eft fur le point d’arriver.
- i°. Si les fcories Portent avec abondance ôc font bourfoufflées, fi elles coulent au loin ôc fans difcontinuation, c’eft une marque qu’il y a déjà du temps que le fer s’eft enflé , auffi-bien que les fcories qui furnagent, ÔC que le total en fermentation eft très-raréfié , de façon que pour s’échapper il remplit entièrement l’efpace au-deffus de la dame défi-tiné pour l’écoulement des fcories ; ce qui fer oit croire qu’il y a quatre fois plus de fcories qu’il n’y en a véritablement : cette fermentation reffemble à celle qui arrive au bled mêlé avec l’eau, aux cerifes, aux cormes , lorfqu’on y a mis un ferment.
- 20. Les fcories, qui Portent du feu , peuvent encore indiquer les mouvements prochains, ôc l’intumefcence de la matière dans le foyer. Si elles parodient d’abord enflées ôc défendent aufli-tôt quelles font forties, parodiant en quelque façon rentrer en elles-
- H
- p.29 - vue 34/218
-
-
-
- DES FOURNEAUX.
- mêmes, c’eft figue qu’il y a déjà du temps que la fermentation a commencé,Ôc qu’il va y avoir une forte agitation : une marque enfin de cet événement, eft lorfque les fcories refroidies font très-légeres, fiftuleufes, ôc dans leur fuperficie remplies de trous comme une éponge.
- 3 °. La couleur auffi des fcories refferrées ôt refroidies , annonce qu il va arriver dans le foyer une trop violente cuiffon, fi elles ne font plus de leur couleur ordinaire, c’eft-à-dire, bleuâtres ou verdâtres, mais d’un brun rougeâtre ou noirâtre ; car d’abord quelles s’épaifliffent, elles paroiffent obfcures & noirâtres, ce qui eft un figne évident quelles ont avec elles des parties de mines mal digérées , ôc chargées de fer. En effet, fi la pierre n eft pas féparée du métal, ou le métal de la pierre, les fcories font imprégnées de pouf-* fieres minérales, ce qui en obfcurcit la couleur , de façon que la pierre ne peut point fe changer en verre de fa couleur, ôc que tout le fer ne peut s’en féparer : ôc, parce qu’il y a une grande quantité de mines mal cuites dans Tes fcories qui font forties du fourneau, elles jettent ça ôc là beaucoup d’étincelles , comme le fer chauffé au blanc en jette fous le marteau , ce qui eft autant d’indices qu’il y a beaucoup de fer dans les fcories, qui, ne pouvant s’en féparer, met en fluéhiation tout le métal qui eft en bain.
- 4°. Un Fondeur habile peut bien, même de loin, juger de l’état de fon fourneau par la flamme feule ; il connoît s’il y régne du trouble ou de la tranquillité, de façon qu’à la vue feule , même à la diftance de plufieurs milliers de pas, il raconte à fon compagnon ce qui fe paffe dans fon fourneau, s’il y a du dérangement , fi la cuiffon fe fait bien, ou s’il n’eft point arrivé quelque autre accident : mais il n’en peut juger que lorfque la nuit étant obfcure, ôc la flamme fortant avec force du fourneau, elle fe voit de loin ; car fi la flamme s’élève beaucoup au-deffus du fourneau , fi elle fe raffemble en tourbillons ou flots épais, c’eft-à-dire, fi des volumes de flamme font élancés du fourneau, s’ils tourbillonnent , fe brifent ôc périffent en l’air , quand ils font bien épais , c’eft une marque qu’il y a du trouble dans le foyer,ôc que le fer eft élancé dans le fond du fourneau, comme la flamme dans le deffus : la couleur du feu ôc de la flamme eft auffi un indice du trouble ou de la tranquillité du foyer. Si elle eft trop rouge ôc comme épaiffie par la fumée, fi elle eft condenfée par la poufliere noire du charbon, fi les étincelles interrompent la flamme ôc voltigent dans l’air en grande abondance , attendez-vous à une tempête prochaine dans le foyer.
- - La flamme auffi qui fort par le devant, Ôc qui s’échappe le long du mur antérieur, peut
- encore annoncer les mouvements qui vont arriver. Si elle paroît inégale, ôc fort par intervalles ; fi elle a des pointes brillantes, ôc le diffipe par inégalités ; fi elle meurt tout d un coup, ôc reparoît enfuite, c’eft une marque d’un commencement d’ardeur dans le foyer.
- 5°. Le mur de devant qui reçoit' ôc réverbère la flamme continuellement, ôc qui eft obfcurci par une efpece de fumée , indique encore fi le fer en fufion dans le foyer, eft dans un mouvement égal ou violent. La couleur brune & de fumée qu’on remarque fur ce mur, fignifïe effervefcence ôc grande chaleur : elle dénote que la mine ne fond pas bien, ôc que les parties nobles Ôc péfantes ne fe féparent par des mauvaifes ôc légères , mais quelles combattent enfemble. Cette fumée, ou couleur noire, vient de la flamme , qui, mêlée de parties de foufre ôc de charbon, noircit le devant du fourneau : fii au contraire ce mur eft d’un verd tirant fur le blanc, c’eft un figne d’une bonne cuiffon. Le mur extérieur, qui eft au-deffus de la thuyere, prend auffi les mêmes couleurs, ainfi que l’efpace excavé Ôc deftiné à placer la thuyere : la vapeur de la fumée, qüi fort continuellement du foyer, teint les murs de fa couleur.
- 6°. A l’œil, on peut voir clairement le commencement ôc le progrès de cette effervefcence. Si vous paffez un morceau de fer parle trou de la thuyere, ôc ff vous regardez dans l’intérieur, on voit d’abord, vers l’orifice de la thuyere, des fcories qui s’élèvent vers fon embouchure ôc contre le vent : elles frappent le mur de coups fréquents , comme les flots d’une riviere en battent les bords. Ces flots fe terminent en pointes, c’eft-à-dire, qu’ils font aigus à leur extrémité , comme des piques, ôc ne font point dans un mouvement uniforme : c’eft une marque que la liqueur s’enfle ôc s’étend en bulles. Les fcories noirciffent de plus en plus, ôc montrent à leur fuperficie les mines noires ôc crues. La furface du volume commence à s’abaiffer, Ôc enfin tombant dans le métal en bain, elle le fait fauter ôc fait foulever toute la liqueur en flots, en écume Ôc en bulles. Cette impétuofité ne ceffe point que l’on n’ait retiré toutes les fcories du foyer, qu’il faut, pour ainfi dire , écumer : pendant cela le métal tombe en pluie noire. Partie de la mine mal digérée pend fur l’orifice de la thuyere : le fer épaifli coule plus lentement ; il refte filt l’embouchure de la thuyere , comme une ftalaâite ou un glaçon. On di-roit qu’il ne coule dans le foyer que d’une façon engourdie , toujours en gros volume, de la même façon qu’une matière froide ôc épaiffe tombe dans une matière très-liquide. Il ne faut pas être étonné, fi de-là il vient une fermentation, ôc fi ces matières refroi-
- p.30 - vue 35/218
-
-
-
- DES FOURNEAUX:
- dies par un foufle froid, peut-être humide, fe durciffent aifément ôc s’hériffent : ce qui eft caufe qu’il faut les détacher de l’orifice de la thuyere, avec des crochets ou des ringards, fans quoi elles en boucheroient aifément l’ouverture, qui eft le canal de la refpiration. Comme cette matière ferrugineufe ôc intraitable eft pouffée par une efpece de tourbillon , il y en a une partie confidérable, qui, en forme d’étincelles, eft jettée dans la chambre de la thuyere, la bouche entièrement, ou, en occupant une grande partie, obftrue fenfiblement fon orifice, qu’il faut promptement dégager ; voilà les principales obfer-vations, fans parler de plufieurs autres en grand nombre, que l’on peut faire en regardant par le trou de la thuyere.
- La difficulté eft d’appaifer ces mouvements ôc ce trouble intérieur ; car fi on n’y remédie pas à temps, on travaille enfuite très-inutilement : le remede vient trop tard. Si la thuyere eft emplie, de façon que le vent ne paffe plus, ou fi le volume de métal eft prodigieusement gonflé dans le foyer, voici les remedes qu’on pourra apporter à ces accidents :
- i°. Quand on voit que le foyer demande un remede prompt, avec un ringard qu’on introduit dans l’ouvrage, on remue le morceau qui y eft tombé , ôc qui en fait enfler les matières. Quand on agite la liqueur en fermentation , peu-à-peu fon ardeur diminue ôc s’appaife , femblable à l’eau bouillante dans un vafe : dans l’inftant quelle eft prête à pafler par-defliis les bords, on l’arrête en y jettant une pincée de fel froid, ou quelque liqueur froide qu’on remue avec une cuil-liererfur le champ l’intumefcence ceffe, ôc l’eau rentre en elle-même ; de même le remuement opéré avec le ringard, arrête le gonflement du fer liquide : on le voit diminuer & baiffer fenfiblement ; par le mouvement de flux ôc reflux que donne le travail du ringard, on mêle toutes les parties amies ou ennemies, Ôc avec le temps on vient about de féparer les légères des péfantes, les métalliques des pierreufes : chaque partie prend fa place dans le foyer relativement à fon poids.
- 2°. L’Ouvrier ne cefle pas pour cela le travail ; il tire dehors, avec les crochets, les fcories ainfi dégagées du métal : comme elles font fort enflées, elles fortent par longues traînées Ôc en gros volume ; ôc attendu que leur fuperficie eft gonflée par des bourfou-flures ôc de grands vuides, elles paroiffent être en auffi grande quantité, que fi c’étoit le produit de deux ou trois fourneaux ; elles font enflées comme de la farine, mêlée avec de l’eau ou du lait, dans laquelle on a mis du levain : mais d’abord qu’elles fentent l’air , leur volume diminue Ôc elles s’affaiffent.
- 3°. Les fcories qui obftruent la thuyere,
- doivent être foigneufement détachées avec le ringard, & on doit en tenir l’ouverture bien nette : fi on néglige cette précaution, la voie des poumons & de la refpiration fe bouche aifément, Ôc le foyer à ce moyen perd la chaleur ôc la vie*
- 4°. Voici les moyens expérimentés de pré» venir ces accidents : Si la mine a été préalablement calcinée ôc brûlée ; s’il ny en a pas une trop grande quantité réduite en poufiie-res > de façon que profitant des interftices qui fe trouvent entre les charbons, elle defcende jufqu’au foyer fans être préparée à la fufion $ fi les charbons n’ont point été mouillés, ou fi l’ayant été, on les mêle avec des charbons fecs ; fi le ventre du fourneau n’eft point trop creux, ou n’a pas affez d’obliquité ; s’il n’y a pas une trop grande inclinaifon à la partie de la thuyere ; ou fi cette partie qui entré dans le foyer, eft trop horizontale ; fi la foffe qui eft fous le fond eft bien dégagée ôc bien nettoyée de toute impureté : enfin, fi on obferve bien d’autres chofes, que les bons Fondeurs regardent comme les préceptes d’un travail utile.
- Voici encore la maniéré d’éviter les pertes ôc dommages, que l’effervefcence d’un fi grand volume de fer occafionne.
- i °. Si la fermentation n’eft que médiocre ôc non pas à l’excès, c’eft-à-dire , fi chaque jour, ou tous les deux jours, la fièvre, dont nous avons parlé, revient régulièrement, les Ouvriers prétendent que cela ne fait aucune perte au Maître, ni dommage à la fufion ; au contraire, la folution Ôc féparation des parties s’opère mieux par ce mouvement in-teftin, comme une liqueur en fermentation, après le trouble, s’éclaircit ôc fe clarifie : ce qui fait que le foyer fe purge des fcories, en-forte que la fufion fe fait plus avantageufe-ment par la fuite, ôc que le foyer bien guéri, fentant les befoins de fon eftomach, femble demander plus de nourriture, c’eft-à-dire, plus de mines. J
- 2°. Mais fi cette maladie revient trop fréquemment, comme deux ou trois le même jour, ou bien fi la fermentation monte à un excès confidérable, il y a une grande perte. Alors les parties métalliques ne fe Séparent pas bien dans le foyer, mais y demeurent attachées, & fortent avec les fcories , ce qui eft caufe quelles paroiffent remplies de fer, comme on en juge à leur couleur ôc à leur poids.
- 3°. Si un Fondeur adroit ne débarraffe pas continuellement la thuyere des matières qui s’y attachent, afin que le vent ne foit point gêné, l’orifice fe boucheroit aifément, ôc le feu feroit fuffoqué.
- 4°. Dans ce cas, comme une grande partie du fer s’en va en pure perte, on confom-me beaucoup de charbons inutilement fans fruit ôc fans effet.
- p.31 - vue 36/218
-
-
-
- DES FOURNEAUX.
- f. Le fer qui a eflùyé cette fureur, eft tout criblé de trous, & de la plus mauvaife qualité : car quand le combat entre le fer ôt les fcories eft fini, on voit la fuperficie du fer refroidi, pleine de fentes, de petites cavernes ou pullules, ce qui dénote quil a eflùyé line violente intumefcence.
- Indices extérieurs de tintérieur F un fourneau y SC de la fufion dans le foyer , tirés principalement de la flamme.
- Nous avons déjà dit ci-devant que de loin, par la flamme ôt d’autres Agnes, on pou-voit juger de l’intérieur d’un fourneau, du feu, de fon aêlion, de fon degré de chaleur, ôt de plufleurs autres chofes ; de façon que pour fçavoir l’état de la fufion, il n’eft pas toujours néceffaire de voir ôt de fonder le dedans. Les Agnes extérieurs font :
- i°. Si la flamme eft d’un verd clair mêlé de blanc, le travail va bien.
- 20. Enfuite A la flamme blanchit*
- 3°. Si la couleur de la flamme eft trop bleue, c’eft une marque que la mine eft encore crue, ôt quelle a beaucoup de fou-fres grofliers : de façon que A la même mine eft bien grillée au feu de calcination, cette couleur azurée blanchit ôt fe diflipe,
- 4°. La couleur jaune de la flamme dénote dans le foyer une fuAon trop feche.
- f. La couleur rougeâtre indique qu’on vient de mettre du charbon dans le fourneau, Ôt que ce charbon n’eft pas encore allumé, ou bien c’eft un Agne de bouillonnement Ôt de combat dans le foyer, comme nous l’avons déjà remarqué. On en eft encore plus certain A les étincelles fortent de la flamme avec la fumée, ôt A les parois font noircis par une efpece de fuie.
- 6°. Une petite flamme, ôt qui ne s’élève pas beaucoup, dénote que les paffages par lefquels elle doit gagner le deflus, font bouchés , ou par la mine , ou par lapoufliere des charbons.
- 7°. A la grande hauteur ôt expanflon de la flamme, on juge que la mine tombe dans le foyer, crue ôt mal digérée, ce qui eft la marque d’une effervefcence prochaine. Le feu paffant librement à travers de grands vuides Ôt interftices, eft porté au-deflùs en volume épais, de façon que la flamme qui ne s’élève pas trop haut eft la meilleure.
- 8°. La flamme, dans les premiers jours de travail d’un fourneau, eftprefquela même que dans la Alite, quoique la quantité de la mine foit bien différente. Dans les premiers jours feulement la flamme eft plus blanche : dans la fuite elle eft d’un bleu plus foncé.
- f. La flamme réverbérée, lorfqu’elle s’échappe par l’ouverture du deflus, fort feu-l n) LaRuftine.
- lement le long des parois Ôt non pas âu milieu , par la raifon que la mine mile dans le milieu, lui ferme les paffages ôt la force de fe gliffer le long des parois. Elle paroît toujours s’élever plus haut de deux côtés, fça-voir, le devant du fourneau, ôt le côté op-pofé (11 ), mais non pas du côté de la thuye-re, ni dans le refte de l’ouverture.
- Par le volume du fer, on peut aufîi juger de la quantité refpeèlive de la mine ôt du charbon, ainfl que de la qualité du fer. Si, quand on le coule, il fort une grande quantité d’étincelles brillantes, c’eft un Agne que le fer eft dur, ôt qu’il l’eft d’autant plus qu’il jette plus d’étincelles. Dans ce cas, il faut augmenter les charbons ou diminuer la mine : mais quand on veut de la dureté, comme lorfqu’on veut fondre de groffeS enclumes , ou autres agrès de fer, qui doivent réftfter à des coups fréquents, il faut mettre plus de mines, ce qui ne s’exécute que fur la An d’un fondage , parce qu’étant prêt de la An de fon travail, on ne craint plus les dangers auxquels cette augmentation de mine expofe. Pour faire des uftenfiles d’un fer moins dur, il faut mettre la quantité ordinaire de char-* bons, ou même l’augmenter, ce qu’on ne fait encore que fur la An d’un fondage, de crainte que le fourneau ne confervât trop long-temps le degré de chaleur qu’on a cherché à lui donner. EnAn, il eft indifférent que près de Anir un fondage, on augmente ou on diminue la quantité des charbons ou de la mine. Qu’importe que la cheminée ou le foyer gagnent une maladie ? c’eft comme A l’on tuoit un moribond qui n’en peut pas revenir.
- Des Scories y SC de leur fortie du fourneau.
- La plus grande partie de la mine fe réduit en fcories, fur-tout A elle eft pauvre. Les fcories proviennent de la partie pier-reufe, féparée de la partie métallique, ôt comme plus légères elles furnagent le fer : car ce qui eft fpéciftquement plus lourd , occupe la partie inférieure. C’eft pourquoi, dans le moment que le fer eft féparé de la pierre, il paflfe à travers les matières plus légères, ôt va fe joindre aux parties lourdes de fon élément ; de-là, la plus grande partie des fcories vient de la pierre Ôt du foufre. Elles ne font cependant pas A épurées ôt A dénuées de métal, quelles ne recèlent quelques particules de fer, qui fe montrent fous une forme ronde ou ovale , ou qui mêlées en petit volume avec la pierre, fe vitriflent avec elle, ôt teignent en verd ou en noir le verre qui en provient ; d’où il eft aifé de conclure, que ces fcories ont encore avec elles une partie de fer ; outre cela le volume des fcories eft beaucoup
- plus
- p.32 - vue 37/218
-
-
-
- ï> E S FOURNEAUX. h*
- plus grand , occupe plus d’efpace, ôt con-féquemment paroît s’augmenter plus vite que celui du fer.
- Un Fondeur attentif a foin de regarder avec beaucoup d’alfiduité par la thuyere, à quelle hauteur montent les fcories , pour fçavoir quand il fera temps de les faire fortir.
- Il a pour cela une marque certaine , ôt quand elles y font parvenues, il donne un coup de ringard ; auffi-tôt les fcories fuivent de leur gré le chemin quon leur ouvre. Il ne relie dans les foyers que celles qui ne font pas à la hauteur prefcrite. On les y retient jufqu’à ce quelles montent à la levre inférieure de la thuyere. On ne les lailfe pas aller plus haut , de crainte quelles ne coulent par fon embouchure , ôt ne forment le paffage du vent.
- On a l’expérience que les fcories facilitent beaucoup la fulion du métal , ôt la féparation de la pierre , de façon que s’il n’y avoit point de fcories pour occuper le deffus du creu-fet, ôt faire l’office d’un voile , en cachant le métal qui eft deffous , le fer fe brüleroit aifément , ôt acquerroit de la dureté en perdant la ténacité qui lui eft néceffaire» Les fcories le mettent à l’abri Ôt à couvert, comme le feroit de l’eau fous de l’huile , qui ne fe corrompt point l’été, ôt réfifte l’hyver à la gelée. On a fouvent remarqué que 11 on ote de delfus le fer toutes les fcories, il fermente ôc brûle aifément ; car la mine tombant dans une liqueur très - chaude ôt très-pefante , ne peut pas d’abord s’y accommoder paifiblement quant à la chaleur , iii quant au poids : il en réfulte une efpéce de difcorde , ce qui occafionne une commotion qui ne finit que quand la fermentation eft palfée , ôt lorfque les parties légères font féparées des pefantes , ou pour mieux dire , celles qui peuvent foutenir un grand degré de chaleur, de celles qui ne le peuvent pas. On a appris par l’expérience , qu’en ce cas les fcories tiennent lieu de menftrue, ôt qu’en aidant la fécrétion , elles facilitent la fufion* Si le fer eft continuellement couvert de fcories , il en fort mieux cuit ôt plus tenace ; il n’en eft pas de même fi on le lailfe à nud, en le dépouillant de cette efpece de vêtement. La raifon eft que la mine tombe d’abord fur les fcories, qui font plus légères ôt plus froides que le fer en fufion. La mine , quoiqu’encore crue , peut s’arrêter pendant un temps parmi les fcories , en raifon tant de fon poids que de la chaleur; conféquem-ment elle peut s’échauffer Ôt fe diffoudre , comme étant dans fon élément ou fon menf-true. Ce qui eft le plus lourd, paffe d’abord à travers les parties les plus légères, de façon que la mine éprouve fucceffivement tous les degrés de chaleur, avant que d’être diffoute ôt féparée. Si au contraire elle tombe tout d’un coup dans un volume de matières pé-Foururaux. 4e. Section.
- fautes, elle eft torréfiée ôt brûlée trop féche-ment ;les parties légères fe féparent difficilement des lourdes. De même fi elle tombe fubitement dans une matière très-chaude, avant que d’avoir paffé par les différens degrés de chaleur, il fe fait un combat entre les parties froides ôt chaudes ; ce qui prouve que les fcories contribuent beaucoup à la féparation Ôt au dégagement des différentes matières» Quand le foyer bouillonne,on tient long-temps les fcories deffus, avant que de les laiffer échapper : car fi on lâiffoit le fer à découvert, ôt que la mine en gros volume vînt à tomber deffus , la violence du bouillonnement augmenteroit, ôt le foyer feroit troublé du haut jufqu’en-bas. Au lieu que s’il eft couvert d’une grande quantité de fcories , la matière du fer tombant deffus, ne trouve pas une matière qui lui foit entièrement contraire ôt oppofée, mais une amie dans le fein de laquelle elle peut plus aifément demeurer ôt fe purifier.
- Dans les premiers jours que le fer vient plus doucement, Ôt moins abondamment dans le foyer , on tient deffus une plus grande quantité de fcories que par la fuite ; moins la chaleur eft grande dans la cheminée Ôt au foyer, plus ôt plus long-temps il y faut tenir des fcories au-deffus. Au contraire, fi on lailfe le fer à nud, la liqueur s’engourdit , elle devient tenace ôt eft mal épurée , parce qu’il n’y a plus de menftrue qui lui aide à fe liquéfier. Moins il arrive de fer dans le foyer, plus il fe refroidît q moins il fe dépouille , moins il fe purifie aifément ; ce qui eft caufe qu’alors il faut laiffer plus de fcories, ou, fi vous voulez, le couvrir d’une peau plus épaiffe ôt plus chaude»
- Dans quelques endroits, fur-tout quand la mine eft riche, ou quand elle ne porte pas avec foi affez de chaux ou de pierre calcaire , on tient les fcories à une affez grande hauteur ; on garantit ainfi le fer en fufion d’un épaiffiffement nuifible, ôt on ne fait fortir les fcories que quatre ou cinq fois dans l'efpace de fept, même de dix heuL res. Au contraire, fi la mine eft trop chargée de chaux ou de pierres calcaires , on les fait fortir plus fouvent, de façon qu’elles coulent prefque continuellement : dans ce cas , le Fondeur n’a pas grande peine à veiller à cette partie.
- Les fcories coulent lentement âu fortir du fourneau fur un terrein garni de fable , Ôt un peu en plan incliné : enffiite on les fouleve avec une pelle mouillée , ôt on les met dehors du fourneau avec une brouette.
- Quand il eft forti une affez grande quantité de fcories , on ferme fur le champ leur paffage. Pour cela, on tire du feu quelques charbons ardents , ôt on jette deffus deu* pelletées de poudre de charbon ôt des par-
- p.33 - vue 38/218
-
-
-
- JD E S FOURNEAUX.
- o 4
- ties de fcories , mêlées avec du fable , ôc de la poudre de charbon humeêtée.
- 'Comment on faitfortir du fourneau le métal fondu.
- Lorsque le creufet eft plein de fer jufqu’à l’orifice de la thuyere , de façon qu’il ne puiffe plus être bouché ôc couvert de fcories, qui pour lors entreroient dans la thuyere, il eft temps d’en faire fortir cette maffe en fufion : mais avant que de renverfer le bouchage de la coulée par laquelle elle doit fortir , on met un gros ringard dans le foyer ; on l’y tourne ôc retourne en frifaht Ôc rafant les cotés, ainli que les angles ; & par ce moyen, on détache tout ce qui peut être arrêté aux côtés Ôc au fond, depuis la dernière fois qu’on a coulé. Le Fondeur continue cette opération, jufqu’à ce que les fcories ôc autres corps ainfi détachés, foient portés au-defîus du fer en fufion. Comme ces matières font plus légères que le fer , d’abord quelles font détachées, elles gagnent le deffus, à proportion de leur légéreté. Cela fait, on y enfonce un morceau de fer qu’on appelle rabot ou crochet \ on le tient fur le fond, Ôc en raclant avec cet inftrument, on détache tout ce qui y eft adhérent ; on le polit en quelque façon,ôconle dégage d’une efpece de croûte qui s’y attache. Si à chaque coulée on néglige cette manœuvre, la croûte augmente. Quand ce travail eft fini, ôc que les fcories ont gagné le deffus, après un moment de repos on les tire avec le même crochet : de cette façon, on nettoye deux fois le foyer entre chaque coulée, fçavoir un peu avant que d’en faire fortir le fer en fufion , ôc un peu après qu’il eft coulé. Cette opération fait fuer le Fondeur : c’eft fon travail le plus pénible ; car pendant qu’il le fait, il eft expofé à l’ardeur de la flamme qui eft pouffée comme un torrent, ôc qui attaque fon vifage Ôc fes membres nuds.
- Après cela, on fait faire au crochet le tour du foyer , ôc on tire fur le devant quelques charbons enflammés, jettant deffus des fcories mêlées de cendre ôc de fable, préférant celui qui a déjà été au fond du moule ôc fur la gueuze, avec des pouflleres de charbon. Par ce moyen , on retient les fcories qui couleroient en abondance : mais on ne bouche pas cette ouverture de façon à ne pouvoir pas l’ouvrir aifément, parce que ce mélange ne peut fe vitrifier.
- Cette matière qu’on a détachée de l’ouvrage , Ôc qui nage fur le métal en bain, vient non-feulement de la pierre ôc des fou-fres de la mine, mais encore de beaucoup de particules de fer, dont elle eft imprégnée , Ôc comme ces parcelles ne fe précipitent pas aifément, ôc qu’en fortant avec les fcories , elles ne fe joindroient pas au fer coulant,
- on les laiffe pendant un temps fuir le métal en fufion, afin que par le concours des fcories elles ayent le temps de fe dégager , ôc de lâcher les parties métalliques.
- Il y a des foyers où ces matières qui s’at-: tachent au fond , font en plus grande quantité que dans d’autres. Ceux dans lefquels on ne brûle que des mines riches ôc feches , c’eft-à-dire, qui ne portent point avec elles beaucoup de pierres calcaires ; ou bien fi on n’y a pas joint la quantité néceffaire de chaux ; ou fi le fond du foyer eft humide , Ôc que par une tranfpiration infenfible, l’humidité refroidiffe le fer en fufion : dans tous ces cas les fédiments fe trouvent abondamment aux parois du foyer, notamment fi on met beaucoup de charbons ôc peu de mines* Cette partie féculente dans le foyer n’eft fournie que par des matières crues ôc mal féparées du métal, c’eft-à-dire, du fer joint à fa roche. Cela arrive encore fi les parois du foyer font froids , ou refpirent une humidité froide. Il y a, à la vérité , des foyers qui , quoique fecs ôc alimentés de mines pauvres, ôc fort chargées de pierres calcaires , ne laiffent attacher aucun fédiment aux parois ni au fond du foyer : mais ces mines étant fondues, reffemblent à une eau très-fluide. Leurs fcories ont néanmoins la couleur de turquoifes. Quelque fluidité qu’ac-quiere le fer , il faut l’agiter ôc le remuer une fois ou deux entre chaque coulée, ôc cela dans la vue d’empêcher que rien ne s’attache au fond du creufet ni aux côtés* Cette agitation rend le fer plus fluide, ôc donne occafion aux parties métalliques de fe fépa-rer des fcories dans lefquelles elles étoient cachées. Ce mouvement les dégage ; enfuite par leur poids, elles fe joignent au métal. De même, en triturant, ôc en retournant les fcories , elles fe féparent des corps plus lourds , ôc abandonnent ainfi la richeffe quelles recelaient.
- Quand les fcories font forties, on voit dif-tinêlement, par la thuyere, le fer à nud dans le foyer. Il paroît d’une couleur rouge, ce qui le diftingue des fcories, dont la couleur eft plus blanche : lorfque le fer eft ainfi bien dégagé ôc épuré, il eft temps d’ouvrir le bouchage pour le laiffer couler.
- Avant que de laiffer fortir cette liqueur martiale rouge, on prépare dans le fable, qui, ordinairement eft un fable fin de riviere, unréfervoir pour la recevoir. On creufe pour cela dans le fable une foffe longue , qui tient depuis la coulée, jufqu’à l’autre extrémité de la place, qui eft devant le fourneau : cette folle eft triangulaire, laiffant au fond un côté étroit. On a coutume de partager le moule en plufieurs clalfes , ôc de mettre du fable pour fervir de féparations, mais non pas juf-qu’à la hauteur du moule : ce qui fe fait afin
- p.34 - vue 39/218
-
-
-
- DES FOURNEAUX.
- que le fer Coule d’une réparation dans une autre. S’il y a beaucoup de fer en fufion , on fait plufieurs moules, ôc dans chacun d’eux des réparations , comme nous venons de le dire. Ces différents moules re font cependant de façon qu’ils ont tous une entrée commune à la fortie de la coulée, afin qu’ils fe remplif-fent également de métal ; on fe régie pour le nombre des moules ôt leur profondeur, fur la quantité de métal en fufion ; on en fait un, deux, trois, & dans chacun, fix, fept ôt juf qu’à douze réparations, félon qu’on fçait qu’il y a de fer fondu dans le foyer. On fe fert de labié de riviere, qui ne doit être ni trop fec ni trop humide ; s’il eft trop fec, on l’hu-meête : mais il faut avoir attention que le fond du moule ait abforbé toute l’humidité , & qu’il ne refte point d’eau ftagnante dans aucune des cellules. Il faut quelle puiffe filtrer à travers le fable ; on jette enfuite légèrement fur le moule, du fable brûlé ou des cendres chaudes : enfin, on met à chaque moule fou numéro particulier, ainfi que la marque diftinêtive de chaque fourneau.
- Lorfque les moules font ainfi préparés, on bouche d’abord la thuyere en y mettant un enduit qui arrête ôt réverbere le vent. Si on ne bouchoit pas cette ouverture , le vent, qui fe trouveroit en grande liberté dans le foyer , chafferoit au loin la flamme par le devant , qui eft ouvert, par le deflus de la dame ôt par la coulée, ce qui incommoderoit le Fondeur : voilà pourquoi on bouche la thuyere.
- L’endroit par lequel le fer coule, eft, comme on l’a dit ci-devant, entre la dame ôt une des coftieres : c’eftdà qu’eft la coulée bouchée de fable ôt d’argile. Quand le foyer eft plein de métal en fufion, on chaffe un ringard dans le bouchage, & on réitéré à grands coups: mais comme une grande partie du bouchage eft vitrifiée, ôc que les bras ne fufïifent pas à le percer , on fe fert de marteaux pour faire entrer le ringard jufqu’au métal en bain ; quand le bouchage eft percé, on retire le ringard : le fer fuit, fort avec impétuofité , & va remplir les moules qui lui font deftinés. Cette liqueur pefante coule d’abord comme un torrent rapide ; car la matière en fufion étant à une grande hauteur , elle preffe les parties inférieures qui en font chargées ; elle coule enfuite plus lentement 6c par degrés, à mefure que la hauteur diminue dans le foyer. Au commencement de la coulée, le fer paroît très-fluide ôt de couleur rouge ; fur la fin , on voit un petit ruiffeau de fcories, qui coule continuellement fur la fu~ perfide ; on les diftingue facilement à leur couleur jaune : à la fin de la coulée du métal, il fortune autre efpece de fcories qui fe placent à fa fuperficie ; elles font compoféeS
- H
- de parties de fer ôt de pierres , ôc font de la nature de celles qui réfiftent très-bien au feui
- Le fer coulé paroît rouge ôc brillant : mais de crainte qu’à fa furface il ne s’élève des bulles, on jette deflus des cendres chaudes ôc calcinées, fous lefquelles il s’endurcit mieux ôc plus lentement qu’à l’air. D’ailleurs , on peut voir qu’à mefure que la fonte fe refroidit , il fe forme deflus des ondulations ÔC des rides , qui vont en circulant ôc ferpen-tant, ôc rempliflent toute la fuperficie de replis tortueux; enfin, on jette du fable humide fur l’arrête de chaque féparation , parce que ce fable humeêfé rend le fer caftant partout où l’on en met : de façon que quand il eft refroidi, il eft aifé de le divifèr fuivant la même ligne, ôc ainfi on le cafte en autant de morceaux qu’il y a de féparations,
- Il arrive fouvent qu’une gueuze, par la rem contre de l’eau qui peut fe trouver deflbus le moule, commence à s’enfler, s’élève ôc s’élance enfin jufqu’au faîte du hallage , ôc met le feu par-tout, au grand danger des afliftans la raifon de ce phénomène provient de l’eau qui fe trouve fous la gueuze. Si elle eft arrêtée, ôc quelle foit forcée de palier à travers le métal encore en fufion, elle s’élève en vapeurs ôc en bulles, relativement à fon élafti-cité ôc à fa légéreté. Ces vapeurs font pouf-fées en en-haut par une force légère , mais violente , à travers le métal fluide , fuivant les loix communes de l’hydroftatique , juf-qu’à ce qu’éclatant par les parties fupérieures de la gueuze, elles entraînent avec elles le fer, lancent des globes de métal ôt de feu , Ôc rempliflent tout l’édifice de fer en fufion , qui porte l’incendie par-tout : cela arrive rarement ; mais d’abord qu’on s’en apperçoît, on jette deflus du fable mouillé , qui arrête fur le champ cette impétuofité, parce qu’il fe forme une croûte fur le métal : fi cette fureur augmente, le plus court eft de fuir ôc de chercher un endroit à l’abri de cette pluie de feu.
- Il y a des Fondeurs, qui, devant les Étrangers , font, pour les étonner , une chofe extraordinaire ; ils trempent leurs doigts ôc même toute la main dans le fer liquide, puis la retirent fans être brûlée ; ils prennent même quelquefois du métal en fufion, ôc le jettent en l’air; mais avant que d’y tremper la main, même un doigt, ils la mettent fous l’aiflelle ou ailleurs ; ôc l’ayant comme enduite de fueur , ils peuvent, fans crainte , la plonger dans le métal en fufion ; car la fueur eft non-feulement aqueufe , mais falée , ce qui bouche les pores , ôc empêche que 1| chaleur ne pénétre dans la peau : il faut aüflî tenir les doigts extrêmement ferrés , de crainte que le métal n’entre dans leurs In* terftices.
- y
- p.35 - vue 40/218
-
-
-
- DES FOURNEAUX.
- $6
- Observations fur le fëu de fonte quand il eft coulé SC refroidi.
- Les maffes de fonte, fuivant la capacité de leurs cellules, font de différentes grandeurs ; elles pefent ordinairement y, "b i de poids de marine ('*). C’eft le deffus qui s’endurcit le premier ; Ôc dans l’inftant de l’induration, on peut voir la chaleur onduler à la fuperficie , couler ôc courir par mille petits détours 6c circuits , comme l’eau qui fe convertit en glace : cela s’opère dans le moment que la fonte s’endurcit, ôc qu’au-deffus il fe forme une croûte. Quoique la fuperficie foit durcie au point de réfifter au taft ôc à un bâton , le dedans eft encore fluide , 6c ce à proportion qu’il approche du centre : au bout de douze heures, elle eft froide au point qu’on peut la toucher avec les mains nues, 6c on peut l’enlever de fa place.
- De la caffure d’une gueuze 6c de l’arrangement de fes parties intérieures, on peut induire aifément quelle eft la qualité du fer , ôc fi l’on a mis la quantité convenable de mine 6c de charbon : car fi elle brille de lames grandes ôc d’un roux ardent comme l’or, c’eft une marque que non-feulement la fonte eft très-crue, mais encore que par des codions réitérées on aura de la peine à la purifier : cela vient principalement de la qualité de la mine, 6c pour en avoir trop mis relativement à la quantité de charbons. Si la fonte n’eft pas bien liquide, ôc qu’au lieu de couler avec une fluidité égale à celle de l’eau pure, elle forte comme une matière tenace, graffe ôc épaiffe, c’eft un figne que la pierre n’a pas été bien féparée du métal , ou bien que ce dernier eft encore mêlé de fcories qui le rendent impur.
- Si la fonte, en coulant, jette des étincelles qui fe répandent en forme de rayons éclatants, de même que s’il paroît une efpece de flamme blanche, c’eft une marque de dureté dans le fer.
- Si on jette de l’eau froide fur le métal coulant , cela durcit prodigieufement le fer , mais feulement dans les parties qui ont été arrofées d’eau , Ôc dans celles que le froid aura d’abord refferrées : dans ces endroits le dedans eft garni de lames brillantes. Si le fer eft d’une bonne qualité , les lames en font fines , ou il eft compofé de petits grains brillants, qui fe font affemblés par monceaux: mais fi le fer eft d’une mauvaife qualité , les lames font grandes , très-brillantes , planes comme le bifmuth, ou la glace caflfée, ce qui eft une marque de crudité. Daiileurs , d’abord que la fonte refroidit trop vite, comme il arrive aux petites parties extérieures, aux angles, aux bavures, aux oreilles, com-
- ( IZ ) IJO, ZOO, 100, JQO.
- me difent les Ouvriers, elle brille de grains blancs ; car le trop prompt refroidiffement, non - feulement trouble l’arrangement des parties, mais il empêche encore que l’une ne s’applique à l’autre , ôc ne fe mette dans fa pofition naturelle en les tenant divifées. Ce qui contribue à les mettre en cet état, c’eft l’effort que fait la chaleur pour s’échapper, d’où on doit conclure que cette blancheur vient feulement de l’arrangement des parties , 6c de leur liaifon moins ferrée : ôc comme c’eft en quelque façon un commencement de vitrification , leurs parties fe trouvent arrangées à peu-près comme elles le font dans le verre. Si même le refroidiflfe-ment étoit plus fubit, la fraêhire fe vitrifie-roit davantage : c’eft ce qui eft caufe que la partie du fer, qui eft ainfi en grains ôc en lames brillantes, eft plus fragile que le refte. Elle eft aufïi plus légère, car, à volume égal, elle pefe moins que le fer, dont les parties , dans leur état naturel, font très-ferrées 6c très-compaêles.
- Si la couleur de la caffure eft grife, fem-blable à un morceau d’étoffe d’un gris rude , ou à un mélange de laines blanche 6c noire , 6c fi le fer eft pefant, on juge qu’il eft de bonne qualité ; alors on ne peut le caffer à coups de marteaux : il eft très-ferme, 6c réfifte mieux au feu, que le fer qui brille comme le bifmuth.
- Le fer, à grains fins, ne fond pas fi difficilement au feu de la forge. La fineffe des grains blancs peut venir, ou de la qualité de la mine, ou de la trop grande quantité de charbons, ou d’avoir été cuit Ôc endurci au feu comme l’acier, ou d’avoir été refroidi trop vite ; ce qui eft caufe que le grain eft encore plus fin aux extrémités, aux angles 6c aux oreilles.
- Si, à leur fuperficie , les maffes de fonte font polies 6c planes , c’eft une marque que le fer eft d’une bonne qualité : mais fi la fuperficie eft trouée 6c élevée par bulles , on en conclut que le fer abonde de foufres.
- Il y en a auffi qui croyent pouvoir con-noître la qualité du fer, par les gouttes de mine fondue, que l’on voit, par la thuyere , tomber dans le creufet. Si elles font grandes , ils difent que la mine eft fulfureufe : au contraire elle manque de foufres , félon eux, fi les gouttes font petites.
- Quoique la mine fulfureufe foit difficile à traiter, l’adreffe du Fondeur peut néanmoins en tirer du fer qui ne foit pas d’une fi mauvaife qualité. Si, par exemple, quand elle eft nouvellement tirée ôc crue, on la torréfie à un fort feu de calcination, c’eft le moyen de chaffer ce qui eft fulfureux, 6c de faire évaporer les parties malignes de ce phlogiftique,
- 6c cela
- p.36 - vue 41/218
-
-
-
- DES FOU
- ôt cela d’autant mieux qu’on la fera paffer deux ou trois fois à la calcination. Des re-froidiffements réitérés contribuent aufli à la purification des foufres de la mine. Par ces différens refroidiffements, les parties font dérangées de leur pofition ordinaire; elles en prennent une nouvelle ; enforte que 11 on les expofe de nouveau au feu, les foufres, tant grofiiers quefubtils, s’évaporeront par des pores nouveaux.
- Si la mine eft fort fulfureufe, il faut faire la cheminée du fourneau plus haute , que 11 la mine à traiter manque de foufres. Ayant à parcourir un grand elpace dans un fourneau élevé , elle ne fond pas d’abord, mais elfuie différents degrés de chaleur; ce qui fait que dès la première imprelfion du feu, les foufres commencent à fe difiiper, ôt continuent de plus en plus jufqu’au foyer où elle fonde, ôt où fe réduifant en gouttes, elle tombe dans le creufet en forme de pluie : au lieu que 11 le fourneau étoit moins haut, cette mine fulfureufe tomberoit trop tôt dans le feu de fufion, ôt avant que d’être dégagée de ce phlogiftique étranger qui gâte ôt vicie le foyer.
- Si les mines font fort fulfureufes, on met une plus grande quantité de charbons, de façon que le foyer femble demander plus de mines ; cela fait brûler les foufres inutiles ôt nuifibles.
- D’ailleurs, un Fondeur habile doit con-noître la nature de la mine qu’il va brûler, ôt faire en conféquence fon ouvrage fuivant de certaines réglés : il doit ajufler convenablement Ôt pofer la thuyere ; lui donner l’obliquité requife ; donner plus ou moins d’eau à la roue, c’eff-à-dire, plus ou moins de mouvement aux fou filets. Connoiffant ce que demande la qualité de la mine, il fçau-ra tout difpofer pour obtenir du bon fer, ou du moins pour le purger, autant qu’il fera poflible, des corps étrangers ôt nuifibles.
- On n’a pas tous les jours la même quantité de fonte dans chaque fourneau. C’eft la qualité de la mine qui donne la quantité. Les produits varient fuivant quelle eft riche ou pauvre, fuivant quelle s’épure facilement ou non. Il n’eft pas même extraordinaire qu’une mine riche donne peu de fer ; ce qui arrive fi le foyer n’eft pas conftruit dans les réglés de l’art ; fi le vent donne trop obliquement ou trop horizontalement ; fi la cheminée ou la cavité intérieure n’eft pas dans les dimenfions requifes ; fi le Fondeur ne fçait pas fon métier, outre bien d’autres attentions qui contribuent beaucoup au plus ou moins de produit. Si le travail va bien après les douze premiers jours, on peut avoir par 24 heures neuf à dix milliers de fonte, quoique dans la plûpart des fourneaux on n’aille Fourneaux , 4e. Section.
- R N E A U X. 37
- qu’à 7^00, 6000; 4000, ôt même 3500 par jour. Au lien que fi la mine eft pauvre, les charbons humides, la cheminée baffe ôt étroite, le fourneau vieux, le fond humide, le Fondeur ignorant, fouvent avec la même quantité de charbons, qui en 24 heures auroit fondu 75*00 ou 10000 de fonte* on n’en aura guere que 1500 ou 2000.
- En vingt-quarre heures on a coutume dé couler deux ou trois fois, ou bien cinq fois en48 heures. Selon laméthodeordinaire, on coule, lorfque la fixieme charge eft au fourneau , ou avant la feptieme, de façon que fi 011 fait dix-huit charges en 24 heures, on coule trois fois par jour : mais fi dans le même efpace de temps on ne fait que quinze charges, alors on ne coule que cinq fois en 48 heures ; fi on ne fait que douze charges par jour, on coule deux fois : ce qui fait voir que l’intervalle entre les coulées vient de la qualité de la mine, qui fond plus où moins facilement, de façon qu’entre les coulées il y a quelquefois huit heures , d’autres fois neuf, dix, même jufqu’à douze heures.
- Si la mine eft riche , le Fondeur adroit, le fond du foyer fec , on confomme ordinairement douze ou quatorze tonnes de charbons pour avoir cinq cens de fonte. Dans l’hypothèfe contraire, on en confommera 24, 35, 40 tonnes, quelquefois plus.
- Dans les premiers jours, on coule auflï fouvent que dans la fuite, quoique le creufet ne foit pas plein , ôt qu’il y ait peu de métal en fufion. Alors* comme les parois font froids, le fer s’y attache en partie ôt s’y durcit, ce qui fait qu’il s’en trouve moins dans le foyer, de maniéré qu’à chaque coulée on n’a guere que yoo, 1000 ou 15*00, de fonte.
- Quand le fer eft entièrement coulé, Ôt qu’il ne refte prefque rien dans le creufet, on bouche la coulée avec de l’argile , mêlée de deux parties de fable qui fe vitrifie ou fe change en une efpece de brique au moyen de la violence du feu. Ce mélange bouche affez folidement l’ouverture de la coulée ; ce qui eft néceffaire parce quelle porte le poids du fer qui la charge, à proportion de fa hauteur dans l’ouvrage.
- Dans les premiers jours, il s’attache aux parois ôt au fond, une efpece de craffe * qui s’encroûte fur les pierres : à la longue , cette croûte fe fond, de façon que le foyer s’en débarraffe , ôt que le fer touche le fond. Au cinq ou fixieme jour, le foyer commence à fe nettoyer, mais d’abord fuivant fa longueur. Dans ce même temps , c’eft-à-dire , lorfque le foyer eft nettoyé, ôt que le fer touche le fond, il fort des foupiraux une vapeur chaude , qui jufquesdà étoit prefquè froide.
- K
- p.37 - vue 42/218
-
-
-
- DES FOURNEAU JT.
- 3$
- Des accidents oil cas imprévus concernant la fujioiu
- Si le Fondeur ne travaille pas aiïlduement, ôc neft pas aufîi foigneux que prudent, il peut arriver des accidents , au point qu’avec la même quantité de charbons, on a bien moins de fer : quelquefois même il faut arrêter le fourneau. Ces accidents viennent de plufieurs caufes , comme :
- i°. Si on met trop de mines, ou quel* les ne foient pas en raifon avec le charbon , alors en fe liquéfiant, la mine s’attache aux parois, ôc les encroûte par-tout ; ce qui fait périr cette chaleur ôc cette aêlion, que les parois doivent réfléchir. Conféquemment, il faut dans la fuite mettre moins de mines. De maniéré que fi dans les premiers jours on a eu pooo de fonte par 24 heures, avec la même quantité de charbons on n’en aura pas la moitié. Ce qui fait qu’on ne doit jamais raflafier, ni en quelque façon faouler un fourneau de mine ; il la rejette enfuite , fi on veut lui en donner la même quantité.
- 20. Au contraire, fi on ne met pas aflfez de mine & beaucoup de charbons, alors les parois nuds ôc expolés à un feu fec , fe corrompent aifé ment. Il faut, pour ainfidire, qu’ils foient engraiffés par la mine. Il arrive aufli que la grande chaleur brife le fond de l’ouvrage, ôc le fer en fufion s’échappe par les ouvertures que le feu y a faites. Il fe forme un nouveau fond de métal, qui eft moins propre à recevoir le fer en fufion : de-là on voit qu’il faut avoir grand foin de régler la quantité néceflaire de mine ôc de charbon , de crainte que la quantité de l’un n’excede la quantité de l’autre.
- 30. Si le fourneau eft nouvellement conf ttuit, de façon que les pierres de l’intérieur n’aient point encore fenti le feu ; fi les mortiers d’argile font encore humides ; alors fi on expofe ces murs à une trop longue durée du feu, ils fe dérangent de maniéré que quand on veut y faire un fécond ou troifieme fondage, ils refufent la quantité ordinaire de mine. C’eft ce qui eft caufe que dans un fourneau neuf, on ne fait le premier fondage que de trois ou quatre femaines : enfuite on le laiffe refroidir, & à la fin on parvient à y faire fans danger de longs fondages. Il y a cependant des endroits ou l’on- néglige ces précautions.
- 4°. Si par vétufté la cheminée eft comme ufée, elle ne peut fouffrir beaucoup de mine ; car les pierres ne peuvent plus recevoir le degré de chaleur quelles recevoient quand elles étoient neuves. Elles abforbent bien le feu ; mais elles ne le réfléchiffent pas, comme elles faifoient auparavant. A la longue, les pierres deviennent plus poreufes , ôc
- plus légères ; ôc plus elles font légères, moins eft grand le degré de feu qu’elles reçoivent. Une cheminée eft excellente au trois, quatre , ou cinquième fondage , c’eft - à - dire , quand les pierres femblent être vitrifiées, ou que les murs paroiffent enduits d’une efpece de verre verdâtre. Il arrive encore que quand ces murs font vieux , il s’y forme plufieurs fentes, qui font caufe de l’inégalité de l’a&ion du vent fur les charbons.
- 50. Si les murs de l’intérieur, ou proche de la cavité, ne font pas bien rejointoyés ôc garnis d’argile, ou s’il y a des vuides entre les pierres, alors il peut aifément arriver que la violence du feu dérange les jointures, ôc que pénétrant dans l’intérieur de ces murs , il déloge quelques pierres de leur place , qui dès-lors tombent dans le foyer. Quand on s’en apperçoit, ôc que l’on voit des pierres nâger dans le creufet, il faut finir le fondage , ôc n’en pas recommencer un autre quç le mur ne foit rétabli.
- 6°. C’eft encore un grand accident pour le foyer, s’il eft humide, c’eft-à-dire, fi les eaux dedeflousfontftagnantes. Je ne parlerai point ici de beaucoup d’autres inconvénients, comme fi le Fondeur eft ignorant, s’ils’a-mufe à dormir, à boire, ôte.
- Fin de t œuvre de la fufion.
- Dans plufieurs endroits, quand on veut finir un fondage , on met les derniers jours la même quantité de mine Ôc de charbon. Dans d’autres, on diminue la mine les derniers jours,dans la même proportion qu’on l’a mife en Commençant. Par exemple, 18 , 17, 16, 14, 12, jufqu’à 4 mefures: mais c’eft par-tout la coutume de jetter de la pouf fiere de charbon fur la derniere charge, ce qu’on fait, à ce que l’on dit, pour concentrer la chaleur en empêchant la flamme de s’échapper. Quand on a mis cette poufliere, les charbons qui en font couverts, font 18 à 20 heures à defeendre, en fe confommant jufqu’au foyer. Pendant ce temps on coule le fer deux ou trois fois, de la même maniéré que nous l’avons dit.
- Tandis que les charbons gagnent le fond avec la mine, il eft à remarquer: i°. Qu’au moyen de la poudre de charbon mife fur la derniere charge, il fort une fi grande quantité d’étincelles de feu, que les batailles, qui font de bois, rifquent d’en être brûlées. Ce tourbillon enflammé reffemble à celui qu’un vent impétueux excite en pafîant fur un banc de fable, qu’il enleve ôc difperfe dans les environs comme un nuage épais. 20. Lorfque les charbons font defeendus au ventre du foyer, ils Liftent au-defliis un grand vuide, Ôc l’on entend un fracas, un grand bruit, tel qu’un vent violent en excite dans les bois. Le vent
- p.38 - vue 43/218
-
-
-
- DES FOURNEAUX.
- fait un bruit fourd, parce que la flamme roule dans la cavité , très-échaufféè, ôc s’échappe comme un tourbillon de feu qui fort de l’ouverture d’un volcan* C’eft ce que nous rè-préfente fl bien Virgile, lorfqu’il dit :
- . .........In vafto Æolus antro
- Luâantes ventos, tempeftatefque fonoras »
- Emittit
- 3°. Quand le feu ôc les charbons font au milieu de la cheminée, la flamme s’élève au-deffus du fourneau plus haut que quand il eft plein. Elle fe montre fous plufieurs formes , mais particuliérement en gros volume, de maniéré qu’on en voit qui s’échappent du goufre en ondes pures, fe raffemblent en l’air, ôc forment une groffe maffe ; puis rompant toute liaifon avec celles qui fui-vent, s’élèvent ôc difparoiffent. C’eft ce que l’on remarque bien diftinélement pendant les ténèbres. Aufoleil, ou quand le joür eft ferein, on ne voit pas en entier ces volumes de flamme ; mais ils fe montrent de même que ces exhalaifons, qü’en été 6c par la chaleur, on voit s’élever de la terre ôc des champs. Dans ce temps les parois paroiffent enflammés comme du fer rouge. On dit qu’alors le fourneau fouffre la plus grande aôlion du feu, de façon que s’il y réflfte, c’eft une preuve qu’il eft bâti de pierres qui réflf-tent bien au feu, lequel fe conferve deux ou trois jours dans le foyer, avant que dé s’éteindre.
- De F état du fourneau quand le fondage efl
- fini.
- Alors la cheminée eft toute en feu ; les parois font rouges de toutes parts. Enfin, quand le refte du fer en fufion eft forti, ce ' qui peut aller à cinq cents ou un mille, on bouche la thuyere avec de l’argile , ôc l’on interdit toute communication avec le vent. On continue cependant à faire marcher les foufflets pendant huit ou dix jours, pendant lequel temps le vent eft réfléchi contre les murs extérieurs du fourneau, de crainte que les foufflets, Ôc les poutres qui affermiffent la tour, ne foient attaqués par la chaleur, qui alors pénétré les murs; de crainte encore quelles ne reçoivent un feu caché: tous inconvénients auxquels on obvie par le vent réfléchi qui refroidit les murs. Il eft digne de remarque que le fondage fini, ôc la cheminée vuide, la chaleur ne fe jette plus vers l’intérieur du fourneau comme auparavant ; mais elle attaque l’intérieur des murs, Ôc par une route contraire à celle quelle te-noit d’abord, elle tend à fortirpar l’extérieur des murs. C’eft ce qui fait que dans quelques endroits, ôc après quelques jours écoulés , le mur extérieur s’échauffe de plus en plus, ôc que conféquemment il eft boa
- ( ï3 ) Le Taqueret. 5= ( 14 ) En France, O mi ah *
- de le refroidir par le vent des foufflets, fans quoi les liens de bois pourroient prendre feti, ôc le bitume, dont les foufflets font frottés Ôc enduits, pourroit fondre. D’ailleurs , pendant le travail, que le feu eft le plus violent, la chaleur ne pénétré pas les murs de plus d’un pied ôc demi ou deux: pieds, ce qui eft une preuve évidente que-leurs pores font ouverts du côté du feu, Ôc tendent tous de ce côté-là : enfuite ces pores qui étoient ouverts vers l’intérieur étant bouchés, la chaleur cherche une iffue par le côté oppofé. C’eft encore ce qu’on pourroit prouver par la vapeur qui s’exhaloit des foupiraux de fer. Le fondage fini, cette vapeur paroît plus chaude que pendant le travail. On voit le foyer prendre un degré de chaleur extraordinaire : ce qui dénote que la chaleur alors pénétré plus le fond quelle ne le faifoit auparavant.
- On arrache la tympe de fer qui eft au-devant du foyer. On en fait autant à la plaque de fonte (13 ) qui eft deffus, faifant ainfi une grande ouverture pour mettre le dedans au foyer à découvert. Le creufet eft rempli de mines, partie fondues, partie brûlées, formant une maffe ; il paroît comblé dè matières mal digérées : fouvent le fond eft occupé par une maffe de fer de l’épaiffeuf d’un demi-pied. D’autres fois le foyer étant ufé ôc brûlé , on trouve une maffe énorme de 2 £00, 3 £00, y ou 6000, qui tient la place du fond Ôc des coftieres : mais quand la mine a fondu aifément, cette maffe eft très-petite : fouvent même il n’y en a point ; lorfqu’au contraire la mine fond difficilement , on en trouve une confidérable. En Suede, on appelle cette maffe Klot (I4) ; quelquefois, on en trouve deux ou trois ; l’une occupe le fond, les deux autres les côtés. Ces maffes ne font pas de fer pur > mais on y remarque de la mine crue , de la pierre calcaire, de la pierre même du foyer, enfermée dans le fer : on ne peut tirer ces morceaux, qu après les avoir foulevés avec des coins; encore faut-il des machines, ôc le fecours de bien du monde pour s’en débar-raffer ; fi ces maffes font trop confidérables , on les met proche le fourneau, Ôc on les abandonne : car, on ne peut, ni les tranfportet dans un foÿer de forge, ni les faire fondre.
- Le fondage fini, fi on regarde dans l’intérieur d’un fourneau, on verra que les murs, depuis le bas, font enduits d’une efpece de matière pierreufe, la même à peu-près dont les fcories font formées ; on remarque encore , que cette croûte la plus baffe eft la plus épaiffe , ôc fe trouve mélangée de parties de fer. Dans quelques fourneaux, les parois paroiffent encore entiers : mais les pierres font vitrifiées ou enduites d’une matière
- p.39 - vue 44/218
-
-
-
- c
- DES FOURNEAUX.
- verdâtre vitrifiée ; dans les autres fourneaux, où les pierres ne réfiftent pas fi bien au feu, on verra les murs rongés d’un ôt d’autre côté, ôt creufés fur-tout dans l’ouvrage. Car fi le vent, par la pofition de la thuyere, a été horizontal, le mur par oit rongé au-deffus de l’ouverture de la thuyere : ôt fi la thuyere a été trop oblique, le mur paroît rongé au-deflus de l’ouverture, qui lért de paflage au fer Ôt aux fcorieS. Il faut encore obferver, que la partie fupérieure du fourneau (IS) a été dilatée par la grande violence du feu ; au moins, quand on a fait plufieurs fondages, cette ouverture paroît élargie, ôt fa circonférence aggrandie. La raifon eft, que les poutres qui tiennent la tour du fourneau, quittent infenfiblement,& s’éloignent parle poids des murs : les pierres les plus groffes fe retirent aufli de cette ouverture, ce qui, par une néceflité indifpenfable , élargit la bouche de ce gouffre, au point que fouvent on la trouve de figure ovale.
- Au-deflus du ventre ou du milieu du fourneau, le mur paroît enduit ôt comme teint d’une couleur rouge , ôt cela à la distance de trois aunes (16), depuis l’ouverture du deffus; ce qui eft une marque que les foufres les plus grofliers font fortis de la mine, ôt qu’ils ont teint le mur de cette couleur. Dans cet endroit, le mur paroît encore brillant Ôt luifant, comme s’il avoit été frotté d’huile, femblable en un mot à une pierre , qu’un courant d’eau polit continuellement, ou qu’une chute d’eau creufe , ce qui paroît venir du flux continuel, ôt de l’aétion réunie de la flamme Ôt du vent.
- Obfervations touchant un fourneau ruiné.
- Dans un fourneau ruiné , ou dans une partie de la maçonnerie dérangée par le feu, on voit fon effet fur les pierres ôt fur les mortiers d’argile : fi on examine l’argile qui a fervi à affermir les pierres, on voit d’abord que la chaleur a îenfiblement pénétré le mur de trois pieds d’épaiffeur. Au bout de cette épaiffeur, l’argile, qui eft entre les pierres, eft d’abord de couleur blanche ; en fe rapprochant du feu, elle eft d’un ( jaune clair, mais friable, Ôt pouvant aifément s’é-crafer entre les doigts ; proche de l’intérieur, l’argile eft de couleur brune, comme de la brique, ôt lui reffemblant entièrement ; plus proche encore de l’intérieur, elle eft d’un jaune foncé : le feu l’a beaucoup durcie ; elle eft onéhieufe ôt douce, comme fi elle avoit été enduite d’huile, ce qui annonce le commencement de la vitrification ; de-là, elle eft d’une couleur obfcure, tirant fur un bleu obfcur : enfin , elle fe change en une efpece de verre ; alors elle prend des nuances de Verd : mais proche l’intérieur, elle eft jaune \
- * (ij) Le Gueulard, = (16) $, pieds.
- enfuite elle blanchit, ôt brille comme de la porcelaine ou argile des Indes : le fable ôt la pierre, enfermés dans l’argile, font d’une couleur très-blanche , quoique l’argile foit bleue, d’un jaune clair, rouge, ôt d’un jaune foncé.
- Pour ce qui regarde les couleurs que l’argile prend, eu égard à fa diftance du feu, celle du contour intérieur de la cheminée eft blanchâtre, enfuite rouffe ; à la diftance de deux doigts, elle eft bleue ; à trois ou quatre doigts, la couleur s’obfcurcit, ôt paffe au bleu obfcur ; à cinq ou fix doigts, elle eft brune ; l’argile paroît onétueufe ; c’eft-là que finit la vitrification : à la diftance de neuf doigts , elle eft comme la brique ; en avançant dans la profondeur du mur, le rouge de la brique pâlit, ôt l’argile blanchit de plus en plus , jufqu’à la diftance où elle eft friable , Ôt s’é-crafe aifément en la frottant entre les doigts*
- La pierre, dont les parois font bâtis, a pris une couleur rouge, ôt d’autant plus rouge , quelle eft plus proche du feu ou de la cavité. Si on caffe ces pierres, on voit une efpece de conduit poreux, allant de la cavité direâement dans leur intérieur ; ce conduit eft formé par la chaleur Ôt le feu, qui coulent horizontalement : ces pierres, une fois arrachées du mur ôt expofées à l’air, ou jettées à l’eau, tombent en poufliere.
- La pierre change aufli de couleur dans les murs ; d’abord, elle eft comme vitrifiée, mais le verre paroît troué en plufieurs endroits ; à la diftance d’un demi-pouce ou d’un pouce, elle tire fur le verd : enfin elle rougit, comme on l’a dit ci-devant.
- On peut aufli voir des changements dé couleur dans les fcorieç. Si on plonge un ringard froid dans le foyer, rempli de métal en bain, ôt qu’on le retire, il eft environné tout autour de fcories : celles qui font les plus proches du fer, reffemblent dans l’épaiffeur de quelques lignes à un verre pur ôt très-tranfparent. A mefure quelles s’éloignent du ringard, elles font vertes, bleues, ou d’une autre couleur, fuivant la nature de la mine : mais fi le ringard, qu’on plonge, a été préalablement chauffé, on ne retire point de fcories vitrifiées. .
- Quelquefois aufli il part des fcories des étincelles très-brillantes, qui ne font autre chofe que du fer. Dans cet endroit, la mafîe des fcories s’enfle ôt fe crevaffe : elle bout un peu, ôt c’eft par un bouillon que s’échappent ces étincelles. Si on les ramaffe, on verra que c’eft du fer pur : mais aufli-tôt qu’on bouche ces crevaffes des fcories , en y mettant quelque matière froide, alors le fer, qui produifoit ces étincelles , fe raffemble dans une efpece d’endroit creux Ôt arrondi, fous la forme d’une boule plus ou moins groffe :
- /
- y
- on
- p.40 - vue 45/218
-
-
-
- DES FOU on peut retirer ces globules des fcories, en les pilant , comme on fait en quelques endroits.
- Enumération des Fourneaux SC des Forges en Suede (I7).
- Dans le territoire de JEoperJberg ôc fes dépendances, il y a 79 fourneaux ôc 47 forges.
- Dans la province de Wrejlmanie, 57 fourneaux & 78 forges.
- Dans le diftriêt d’Orebro , on compte 177 fourneaux ôc 16$ forges.
- Dans la province d'Uplande Ôc dans la Rojlagie, il y a 24 fourneaux ôc 18 forges.
- Dans la Gejlricie ôc ¥Heljîngland, 6 fourneaux (l8) ôc £4 forges.
- En Sodermanie , 2 fourneaux, fans compter plufieurs autres qu’on ne nomme point, & 23 forges.
- Enfin, dans la province d'OJlrogothie , il y a 17 fourneaux ôc 24 forges.
- De toutes ces forges, il y en a beaucoup qui ont 3,4 Ôc jufqu’à 1 q feux. Le nombre des fourneaux ôc des forges feroit bien plus grand, que celui détaillé ci-deffus, fi on fai-foit mention de toutes les ufines à fer , qui font dans les diftri&s de Jonckop, Calmar, Cronébourg, dans la Smalande ôc dans la Bothnie occidentale ôc orientale, c’eft-à-dire , la Lapponie Ôc la Finlande : mais nous allons pafler à des chofes de plus grande importance.
- Argent natif trouvé en lj 2 (f dans la mine
- de fer de Noormark en Wermlande, SC
- des objervations faites tant fur cet argent
- que fur C argile qui lui fervoit de matrice.
- Je ne crois pas qu’il foit hors de propos, ni m’éloigner de mon objet, de joindre ici l’hiftoire ôc les obfervations qu’on a faites fur de l’argent natif, trouvé dans la minière de Noormark, ôc tiré de la mine pure de fer. Cette richelfe étoit cachée dans le fer, comme un enfant dans le fein de fa mere ; ôc après y avoir été long-temps nourrie, on l’en a tirée en 1726, Les annales nous apprennent qu’il y a 70 ou 80 ans, on vit quelque chofe de femblable. Il y avoit une efpece de couche qui traverfoit la minière ôc la divi-foit en deux parties de l’orient à l’occident : cette minière a plufieurs puits Ôc galleries. C’eft dans celle qu’en Suédois on nommoit Bratfors-Grufwan , qu’étoit la matrice de cette veine précieufe. La matière de la couche qui divifoit la minière, étoit une efpece d’argile grade de la largeur d’un quart, ôc quelquefois d’une demi-aune (I9). Cette couche cependant n’étoit pas entièrement d’ar-
- (17) On fupprime ici le détail des noms, qui dans cette traduction, leroit auffi ennuieux qu’il eft inutile.
- (18) Swedemborg ajoute qu’il y en a encore plufieurs
- Fourneaux , f. Section.
- R N E AU X. 41
- gile de la même efpece, c’êft-à-dire, de celle qui contenoit de l’argent : on en trouvoit de la grofliere jaunâtre, comme il y en a beaucoup. A fa jonêtion avec la mine de fer, cette argile avoit des deux côtés la dureté d’une pierre : on découvroit aufli très-facilement dans cette argile grofliere des glandes ou noyaux, de l’efpece fine Ôc fubtile, de couleur bleue obfcure, quelquefois jaunâtre, facile à diftinguer par la couleur ôc par fes autres qualités. Dans ces glandes d’argile, on voyoit une efpece de fpath brillant, jaunâtre, de contexture régulière ; on découvroit auffi de l’argent natif, en affez grande quantité, tant dans les grains , aufli fins que le fable, que dans des morceaux plus gros ; ces parcelles d’argent avoient toutes fortes de figures ; les unes fe terminoient en pointes ôc en aiguilles, ou par des filets tortueux embraffoient l’argile ; d’autres en grains , comme des pois ou des fèves, formoient une maffe ifolée ; toutes ainfi par différentes formes , fembloient fe jouer dans leur matrice , comme le fait ordinairement l’argent natif: j’en ai vu un morceau qui pefoit fept onces ôc demie, d’autres trois, cinq ôc fix onces. Cette argile fubtile ôc bolaire brilloit de grains d’argent ; en la frottant contre une pierre ou une meule, elle acquéroit la cou-, leur d’un argent très-pur ; regardée au mi-crofcope,elle reffembloit à un fable d’argent ; elle étoit très-pefante ; paffée à la coupelle, elle rendoit trente-huit marcs ôc demi, ou foi-xante ôc dix-fept liv. par quintal : cette veine n’eut pas de fuite ; au bout de quelques mois , elle difparut entièrement ; à mefure que l’on approfondiffoit, le filon alloit toujours en diminuant de volume, Ôc fe perdit enfin totalement au mois d’Août 1727 : depuis ce temps , Ôc quoiqu’on ait creufé à la profondeur de huit ou neuf aunes (20), on n’a pu retrouver ni la couche, ni aucun vertige d’argent. Cependant aux deux extrémités, c’eft-à-dire, à l’orient ôc à l’occident de cette minière , il y a un rameau d’un quart ou un cinquième d’aune (2I), qui, au lieu de cette argile douce , tenant argent ôc mêlée de fpath brillant, eft compofé d’argile dure ôc grofliere, ainfi qu’on l’a éprouvé ôc qu’on l’éprouve tous les jours. Aux deux extrémités où cette couche argileufe divife la roche, il n’y a point de mine de fer, ce qui porte à croire qu’on n’a trouvé de l’argent que lorf qu’il fe trouvoit entrelaffé avec le fer ; on a aufli trouvé dans cette argile une efpece de mine de fer , réduite en poufliere , aufli fine que de la farine : à l’eflai, la mine de fer, voifine de cette couche d’argile , n’a jamais donné le plus petit grain d’argent.
- autres fans les dénommer.
- ( 19) 5.pouces, 10. pouces.
- (zo) 13. pieds ^,15- pieds. = (zi) f. &4. pouces.
- p.41 - vue 46/218
-
-
-
- DES FOURNEAUX.
- Au refte, on fçait qu en Suede on a trouvé, dans plufieurs minières de fer, des traces d’argent. Ii y a déjà plufieurs années,que dans la mine de Dannemore en Rofiagie, on a remarqué une efpece de veine d’argent ; dans celles d’Uthoé 6c de Singoé, il y a des filons qui tiennent argent, mais qui font détériorés & viciés par la grande quantité de fer ; l’efiTai a prouvé aufli qu’il y a de l’argent dans la mine de Grengiefberg ; on rapporte encore , <ju autrefois on a trouvé des particules d’argent natif dans la minière de Bifberg ; en Norvège, d’ou l’on tire tous les ans une fi grande quantité d’argent natif, on voit une efpece de fer, réduite en ochre , fuivre , ôt couvrir les endroits qui font fertiles en argent ; ce qui fert à prouver que le fer & l’argent s’allient ôt fe joignent très-étroitement. Dans un filon, on diftingue aifément deux ou trois rameaux de nature différente ; deux rameaux parallèles, l’un tenant argent Ôt l’autre fer, couleront également fans fe quitter ; là, on trouvera une efpece de mine d’argent, renfermée dans une couche épaiffe de fer : ici, le fer ôt l’argent auront entre-laiïé leurs veines Ôt leurs fibres, au point qu’il n’y aura que l’aôtion du feu qui puiffe les dégager.
- Voici les effais chymiques auxquels le Docteur Brandt a fournis cette argile douce,. fubtile, bleuâtre, Ôt tenant argent, dans le Laboratoire du Collège Métallurgique de Stockholm.
- On a mis douze onces de cette argile dans une petite rétorte de terre. Le récipient ajufté , les jointures lutées , on a donné le feu ; lorfque la rétorte a commencé à rougir , on a vu monter une efpece de liqueur, fans qu’il y eût encore de vapeurs arfeni-cales : mais lorfque la rétorte a été entièrement rouge, une fumée arfenicale s’eft montrée pendant quelques heures. Le feu ôté ôt le tout refroidi, on a vu diftinéfement des grains d’argent, aufli fins que des pointes d’aiguilles : l’argile brûlée étoit de couleur brune, friable , aifée à réduire en poufliere très-fubtile, fans avoir pû la vitrifier , ni la fondre en une maffe, par le feu de fufion quon lui a fait effuyer.
- Pour s’affurer fi l’on avoit chafle toutes les parties arfenicales , on a fondu cette argile au fourneau d’eflais, même fous la moufle, partie feule, partie avec du plomb , elle na pas fourni le moindre indice d’arfenic.
- Les douze onces d’argile mifes dans la rétorte après la diftillation , pefoient avec l’argent neuf onces Ôt un huitième d’once. La liqueur qui étoit montée, pefoit un fei-ziéme d’once, ôc l’arfenic une once Ôc onze feiziemes : le total du poids étoit diminué de deux onces ôc demie.
- La liqueur blanchiffoit à l’efprit de nitre,
- ôc fe précipitoit avec les alcalis.
- L’arfenic étoit de couleur de cendres , ou grife, mais impur, reffemblant allez àl’arfe-nic ordinaire : il étoit foluble dans quelques menftrues acides, tels que l’efprit de fel ôc l’eau régale.
- On a effayé de découvrir fi cette argile, née, pour ainfi dire, dans le fer, n’en receloit point quelques particules. Mife en poufliere , l’aimant n’en a point attiré, foit qu’il n’y en eût point, foit que le fer réduit en fafran ôc en rouille, ne lui donnât plus de prife : quelques procédés qu’on ait mis en œuvre , on n’a pû tirer aucune efpece de vitriol de cette argile ainfi calcinée.
- L’efprit de vinaigre, connu pour difloudre le fer ôc le zinc , verfé fur cette argile, n’en a reçu aucune teinture : mais de ce que cet efprit diflolvoit quelques-unes de ces parties, on a conclu qu’en y ajoutant de l’huile de tartre par défaillance , il fe précipiterait une efpece de poufliere , qui n’étoit qu’une matière terreftre,que le vinaigre diffout ôccor-rode ordinairement jufqu’à un certain point.
- L’eau régale avoit plus d’aôfion fur cette argile que le vinaigre ; la couleur en étoit changée ; l’huile de tartre par défaillance , lui donnoit une couleur verte, Ôc faifoit précipiter une efpece de chaux , de couleur brune ; on a aufli eflayé de découvrir fi cette chaux avoit quelques particules métalliques * mais on n’en a pas découvert le moindre veftïge.
- On a mis deux quintaux, poids d’eflai, dé cette argile ainfi brûlée dans deux creufets , un quintal dans chacun, avec du fel de tartre pur, ôc bien calciné pour fondant. Quand la matière a été fondue, chaque creufet a donné un grain de métal, pefant cinquante-neuf livres ; ce qui eft de plus fingulier, c’eft que chaque grain paroifloit divifé, comme s’il avoit été de deux métaux différents : une partie montrait de l’argent pur, ôc l’autre du bifmuth. Les deux matières qui formoient ce régule extraordinaire, n’étoient pas confondues , comme il arrive ordinairement quand on fond enfemble deux métaux différents , mais étoient vifiblement diftinguées Ôc appliquées l’une à l’autre, chacune formant une feôlion du globule : il ne falloit qu’un coup léger, pour féparer l’argent du bifmuth. Le grain de ce dernier pefoit 22 marcs ; il fe mettoit aifément en fufion, par le moyen de cendres gravelées ; le poids de l’argent étoit de pé marcs, qui, paffés à la coupelle, don-noient marcs ôc 2 onces d’argent purifié , ne rendant aucune fumée alcaline ; en diminuant le grain de plomb, il reftoit 77 marcs Ôc 7 onces d’un argent très-pur : de façon que, fuivant cet eflai, ce quintal d’argile contenoit 77 marcs 7 onces ôc ou 3 S livres ôc demie d’argent.
- p.42 - vue 47/218
-
-
-
- DES FOURNEAUX,
- On a enfuite effayé le réfidu de l’argile , imprégné du fel alcali qui avoit fervi de fondant : on l’a mis dans une quantité d’eau qui s’eft chargée du fel dont on a débarraftfé l’argile en décantant Ôt réitérant : l’argile léchée pefoit 41 livres, ou l’excédent des yp livres du quintal fourni pour l’effai ; cette argile ainfi purifiée par l’eau , éprouvée à l’ah mant , n’a donné aucun indice quelle contînt du fer : quant au bifmuth mis en poudre , l’aimant a fait voir qu’il en contenoit quelques parcelles*
- Cette portion de bifmuth méritant d’être examinée , voici les effais qu’on en a faits : Il fe diffolvoit entièrement dans l’eau-forte ; la folution étoit verte ; elle devenoit laiteufe par l’addition de l’huile de tartre, & il fe précipitoit en même-temps une chaux blanche , qui y enfuite palfoit a la couleur jaune : à l’eau pure feule, cette folution blanchiffoit* ôt il s’en précipitoit une chaux blanche.
- L’eau régale diffolvoit encore entièrement ce bifmuth. La diffolution verdiffoit comme celle du cuivre, avec cette différence cependant que la diffolution du cuivre, par l’eau régale , prend une couleur bleue par l’addition de l’huile de tartre, au lieu que cette huile ne change rien à la diffolution du bif muth : l’eau pure n’y fait non plus aucun changement,, ôt ne précipite point de chaux.
- L’efprit de vinaigre n’a pu diffoudre ce fcifmuth étranger : on a cependant remarqué qu’il en a détaché quelques petits filets très-déliés , parce qu’en y ajoutant de l’huile dê tartre, il s’en précipite quelque chofe, comme il arrive au bifmuth ordinaire, lorf qu’après l’avoir fait diffoudre dans de l’efprit de vinaigre un peu échauffé , ou en fermentation , on y verfe de l’huile de tartre.
- Ce bifmuth n’étoit nullement rongé par l’efprit de fel armoniac, qui n’en recevoit qu’une teinture bleue, couleur que le cuivre lui donne ordinairement.
- Ce grain de bifmuth a fondu feul dans un creufet ; mais il a fallu un degré de feu très violent ; il n’a répandu aucune fumée : ce qui eft bien différent du bifmuth ordinaire, qui fond aifément, ôt prefque à tous les degrés de feu, jettant beaucoup de fumée.
- On a fait un autre effai de ce bifmuth extraordinaire, afin de pouvoir conftater par plufieurs expériences, la différence de fa nature avec celle du bifmuth ordinaire. Pour cela, on l’a mis dans un creufet avec deux parties de cendres gravelées, Ôt deux parties de caillou ; fur ce creufet on en a ren-verfé un autre. On a lutté les jointures. Après la fufion, les creufets féparés, on a trouvé autour des parois des fcories de couleur bleue, qui y étoient adhérentes.
- De-là, ôt de ce que nous avons dit, on peut conclure que ce nouveau bifmuth dif-
- 4?
- fere de l’ordinaire, en ce qu’il donne des fcories bleues ; qu’il eft fragile ; que le marteau le réduit aifément en pouffiere ; qu’on le fond, ôt le met en bain avec peine ; qu’il ne donne point de fumée pendant que le bifmuth ordinaire donne des fcories jaunes ; qu’il réfifte au marteau ; qu’il fond à un médiocre degré de chaleur ; qu’étant fondu il donne de la fumée.
- La folution du bifmuth ordinaire par l’eau forte, ou l’eau régale, n’eft point verte : mais par l’addition de l’eau pure, elle devient laiteufe, ôt ilfe précipite une chaux blanche, au lieu que la folution par l’eau-forte de cette efpece nouvelle de bifmuth, eft verte, ôt que l’addition de l’eau n’en précipite rien. Le bifmuth ordinaire dans l’efprit de fel ammoniac ne change point de couleur, comme il arrive à celui que fournit la mine de Noormark.
- Malgré toutes ce s différences, jufqu’ici cependant plufieurs indices, comme les fcories bleuâtres ôt autres , montrent qu’il faut regarder cette matière nouvelle comme une efpece de bifmuth , vitrifiée par le fer.
- IL
- Des Forges y de leurs foyers, de la liquation & affinage delà fonte, & de ï ex-tenfwn du fer fous le marteau en Sue de.
- Nous avons parlé de la mine de fer, de fa préparation, Ôt de la maniéré la plus or* dinaire de la fondre en Suède. Il s’agit maintenant de décrire la façon d’affiner la fonte à la forge , Ôt d’étendre le fer fous le marteau* La maniéré de refondre ôt de rendre le fer de fonte pur ôt malléable , n’eft pas la même dans toutes les provinces de laSuede, où l’on travaille ce métal : mais cette différence n’eft pas allez grande, pour mériter qu’on les décrive toutes féparément. Nous ferons cependant une exception en faveur de la méthode ufitée en Roflagie, qui eft fort différente des autres. Celles-là s’appellent travail à £ Allemande , en Suédois, Tyfca Jinidet. L’autre , c’eft - à - dire, celle de Roflagie, fe nomme travail à la Françoife, en Suédois, Franfifca fmidet. Nous expliquerons ci-après ôt féparément cette derniere méthode, quand il en fera temps.
- L’intérieur du bâtiment ou de la forge, qui renferme les cheminées, les fouffiets , les foyers, les marteaux, les enclumes , c’eft-à-dire, toutes les machines pyrotechniques , pneumatiques, ôt hydrauliques, n’eft pas partout de la même dimenfion. On le fait plus ou moins étendu, fuivant les circonftances du local. On choifit ordinairement un endroit fpacieux. S’il y a des inégalités, on l’unit pour fe procurer une place d’une grande
- p.43 - vue 48/218
-
-
-
- 44 £> E S F
- étendue: plus elle fera grande* mieux elle fera* fur-tout fi l’on veut y placer deux ou trois cheminées. Chaque Ouvrier fera plus à fon aife pour fon travail, remuer * voiturer Ôt battre les loupes * allonger le fer fous le marteau *ainfi que nous le dirons.
- Les cheminées, qu’en Suède on nomme Hœrd j ôt qu’Agricola appelle fourneau * fornax, ne font pas non plus par-tout de la même dimenfion ; mais elles font plus grandes ou plus petites , fuivant que le permet la place qu’on eft obligé de choifir proche d’un courant d’eau ; ce qui fait qu’on ne peut donner aucune réglé ni raifon des différentes dimenfions que l’on obferve. Car j’ai vu des cheminées ( nom que nous leur donnerons ) a fiez grandes * ôt d’autres très-petites. La mefure ordinaire eft de leur donner quatre aunes de longueur (1 ) * ôt trois & demie de largeur. (2 ) Les cheminées en ufage aujourd’hui , font ouvertes de deux côtés * de façon qu en fe baillant, l’Ouvrier peut y entrer. Des deux autres côtés * il n’y a pas d’ouverture, Ôt l’un ôt l’autre font fermés par un mur de groffes pierres. La cheminée étant ouverte de deux côtés * on met à un de fes angles un piller foit de bois * foit de fer * ou bien on le fait avec de groffes pierres de roche taillées. Dans la plus grande partie des forges * on y emploie des enclumes ôt des marteaux hors de fervice, de crainte que cet angle * qui porte prefque tout le poids de la cheminée, ne culbute. On en fait de même à l’autre angle où commence le mur de pierres de roche : pour le fortifier * on emploie encore de vieilles enclumes* ôt des marteaux caffés. Sur ces deux piliers ôt les murs de côtés, on éleve la cheminée quadran-gulairement. Elle paffe à travers la couverture du toit de la forge, ôt fe termine en une ouverture affez grande pour donner une libre iffue aux fumées ôt aux étincelles * ce qui eft caufe qu’en montant* la cheminée va toujours en fe rétréciffant * ôt au-deffus du toit, reffemble au tuyau quarré d’une cheminée ordinaire. La grande ouverture du devant, où fe tient l’Ouvrier* ôt par laquelle il remue ôt travaille la fonte qui doit être affinée * eft ordinairement baffe, finon on y met une lame de fer ou de bois , pour * par cette efpece de défenfe * garantir le vifage de l’Ouvrier de la grande ardeur du feu * Ôt de la vibration continuelle de la flamme. Au mur de derrière * on laiffe une ouverture quarrée, d’une demi-aune de largeur (3)* pour paffer les barres de fer caffées * que l’on veut fouder enfemble * parce qu’il faut mettre à la grande chaleur Ôt au milieu du feu, les bandes qu’on veut rejoindre ôc fouder * avant que de les porter fous le marteau qui les réunit. Aujourd’hui il y a bien des che-( i) I. pieds. = (i) 6. pieds un pouce. s= ( $ ) 9, pouces.
- ORGES.
- minées * où l’on ne laiffe point de pareilles ouvertures.
- On peut juger combien une fpacieufe Ôt grande cheminée eft préférable à une petite* en ce que dans une grande on peut avoir une place pour les charbons entiers * une autre pour les menus charbons * ôt une troi-fléme pour les poufïieres de charbons. D’ailleurs l’Ouvrier qui a les poumons échauffés par l’ardeur du feu * a plus de facilité de ref-pirer* quand il en eft un peu éloigné. Il a aufli plus d’efpace pour remuer ôt étendre fes bras* que le travail l’oblige de laiffer nuds.
- Mais la figure d’une cheminée fera plus fenfible qu’une defcription: voici une cheminée * accbmpagnée de foufflets ôt de leurs équipages. A eft la cheminée * ôt fon foyer bâti de briques. BB des liens de bois attachés enfèmble aux angles pour foutenir la cheminée * ôc empêcher quelle ne fende. On voit les deux côtés de la cheminée * ouverts comme on l’a dit. C eft le mur de derrière * dans lequel on laiffe une ouverture quadrangulaire. Ji font des anciennes enclumes ou marteaux fervant de piliers. Z eft un vieux marteau* dont l’œil ou le trou de l’emmanchure fert de conduit aux fcories qui fortent du foyer. On profite aufli de cette ouverture pour foulever avec des coins * le fer qui s’attache aux parois du creufet. G eft un bois creufé * ou une auge ( + ) * pour recevoir de l’eau. Cette eau puifée par un feau * ou une febille H (écuelle à mouiller* ) fe jette fur le fer * quand il eft trop ardent. On jette encore dans ce bafche * les fcoiÊss qu’on veut pulvérifer : on s’en fert aufli pour rafraîchir les ringards. Dans chaque forge * il y a ordinairement deux de ces cheminées * ôt dans quelques-unes jufqu a trois * ce qui eft très-rare. Il y en a même beaucoup dans lefquelles il n’y en a qu’une. Un marteau avec fon enclume fuffit pour forger le fer , qu’on peut faire dans deux cheminées. La planche au-deffous de celle ci - deffus repréfente le dehors d’une forge. F ôt E font deux maifonnettes ou petits bâtimens qui enferment les machines ôt les roues que l’eau fait mouvoir. MK. Y font les jpalles , qui étant levées * ouvrent le paffage a l’eau * qui tombe fur les roues. C C eft un long conduit de bois * qui du réfervoir mene l’eau vers les roues. D D font les tuyaux des cheminées par lefquelles la flamme ôt les étincelles s’évaporent.
- Autrefois il n’y avoit rien de fl Ample que la conftruêfion d’une cheminée de forge. On trouve encore aujourd’hui cette fimpli-cité dans celles dont le Maître eft pauvre. La cheminée étoit entièrement ouverte de trois côtés. Il n’y avoit autre chofe qu’une aire très-grande avec le foyer : feulement du
- = (4) Le Bafche.
- côté
- p.44 - vue 49/218
-
-
-
- DES F
- côté des foufflets , il y avoit un mur en briques , ou de grofles pierres de roche de la hauteur de trois aunes ( * ), au moyen duquel les foufflets étoient garantis du feu, auquel la poix dont on les enduit, les ex-pofe ; de façon que la cheminée étoit comme à nud Ôc à découvert. Il y avoit finalement un trou dans le toit pour pafler les fumées ; ce qui étoit caufe que fouvent la filmée fe trouvant chargée de feu Ôc d’étincelles, le. feu prenoit à la charpente pour peu quelle fût vieille. Il prenoit aufli au toît qui étoit extrêmement fec, ou à la clôture de l’attelier qui étoit de bois tout enfumés , ôc, pour ainfi dire, cuits par la chaleur* Si pendant fon travail, l’Ouvrier n’avoit pas toujours l’œil fur ces parties, Ôc s’il n’avoit pas foin d’y jetter continuellement de l’eau, la maifon ôc l’attelier étoient bientôt confu-més, comme on n’en a que trop vu d’exemples. Dans quelques endroits, il y a des cheminées qui ne font formées que de deux parois de briques ; mais le defliis eft très-ouvert, Ôc les étincelles s’échappent par une •ouverture faite au toît. Voila la fimplicité des cheminées d’autrefois, ôc telles qu’Agri-cola les a décrites ôc deflinées : mais, devenus plus habiles avec le temps, nous avons appris à les conftruire mieux ôc d’un meilleur ufage.
- Je ferois ici mention d’une cheminée de forge, bâtie à Stiernfund par le Seigneur SPolhémius. Le defliis étoit couvert d’un double arc, ou voûte; on avoit feulement laifFé à un des angles une ouverture pour le paflage des fumées. Mais comme l’Auteur, qui eft très-expérimenté, ne m’a pas paru faire grand cas de cette invention, j’en fur-feoirai quant à préfent la defcription.
- Conjlruclion F un foyer de forge.
- On appelle foyer de forge, un endroit pratiqué dans l’aire de la cheminée pour recevoir le fer, ou bien l’endroit dans lequel s’opère la cuiflon ou la liquation du fer crud : quelques-uns l’appellent Cadnus 3 tigillum , en Suede hœrd (*). Au refte , quelque nom qu’on lui donne, il fuffit de fçavoir que par foyer de forge , on entend un lieu dans l’aire de la cheminée, arrangé avec des plaqués de fer, pour recuire le fer crud.
- Pour placer la fondation, ôc le fond d’une cheminée de forge, il faut, de même que pour un fourneau à fondre la mine , choifir un endroit fec ; car, fi la terre de deftous eft humide Ôc rafraîchie par des voies cachées d’eau, qui fe giiflent & pénétrent à travers, l’eau s’infinue aifément fous le foyer, Ôc par les interftices qui s’y trouvent, même par les pores ouverts par la chaleur, l’humidité per-
- ORGES*
- ce jufqu’au feu, en diminue la chaleur , Ôc par une certaine fraîcheur l’énerve ôc l’engourdit. De-là, on doit conclure qu’il faut que le terrein, fous le foyer, foit privé ôc exempt de toute humidité. Mais pour plus grande sûreté, on fait deflbus une efpece de fofle, comme fous le fond d’un fourneau de fufion : à cette folle, on ajufte un fyphon de fer, pour évaporer la vapeur:par ce moyen, on empêche l’eau qui croupit, d’attaquer ôc de briler la contexture ôc les libres de la pierre du fond : on tourne le tuyau d’évaporation du côté des foufflets, ou fur le devant*
- A Stiernfund, l’aire de la cheminée ôc du foyer eft établie fur une voûte qui tient tout l’elpace. L’eau s’évapore librement par un des côtés de cette voûte, qui eft ouvert : ce qui fait que ce foyer, privé de toute humidité , eft très-propre à la liquation.
- Dans plulieurs endroits,ou le fol eft très-fec Ôc en état d’abforber toute l’humidité, on ne fait point de pareille folle ; fi le fond du foyer eft humide, la liquation eft difficile ; le fer eft comme infufible ; on ne peut le féparer des fcories, ôc autres corps qui le vicient ; une grande partie fe change en fcories ; les charbons n’agilfent pas avec la même force ôc la même action ; on brûle inutilement beaucoup de fer ôc de charbon : enfin cela rend le fer non fufible ôc réfraêtaire.
- Sur la fofle, on met une grande pierre ; ÔC fur cette pierre, on forme l’aire de la cheminée : enfuite on ferme le foyer du côté des foufflets, par un mur de groflfes pierres , comme le dit Agricola. Ce foyer , ou ce'creu-fet, dans lequel on fait la purification du fer crud, eft d’une figure prefque quadrangu-laire, confiftant en un fond ôc des côtés, qui doivent être de fer de fonte , ôc non de fer forgé. Trois plaques de fonte forment trois côtés, un autre fait le fond. Celle-cl eft épaifle de quatre doigts, longue d’une aune (7) ôc deux doigts, fur une aune de largeur ; fon poids eft d’environ 800 : chaque plaque des côtés eft longue d’une aune deux doigts, large de quatorze doigts, ôc épaifle de trois ou quatre.
- Pour placer la plaque du fond fur la pierre fondamentale, on met d’abord du charbon pulvérifé, ôc des fcories en poudre ; là-deflus on pofe la plaque du fond, dont on vient de donner les dimenfions ; enfuite, on éleve autour du fond les trois plaques qui forment les côtés, ôc le ferment dans ces trois parties ; on tient droites deux de ces plaques , ôc on les affermit en les garniflant, par derrière, de poudre de charbon, que l’on bat fortement entre le mur ôc la plaque, de crainte que l’humidité ne perce jufqu a elles, ôc par-
- C S ) 5* pieds 3. pouces. =( 6 ) En'France} Foyer , Creufet * Ouvrée. =(7) Un pied 2. pouces.
- Fourneaux, 4e. Section. M
- p.45 - vue 50/218
-
-
-
- S DES FORGES.
- ià ne refroidiffe Fardeur du foyer ; un des cotés eft ^ comme nous lavons dit, fermé par un mur intermédiaire, entre le foyer ôc les foufflets : c’eft celui fur lequel on pofe la thuyere , qui reçoit les buzes des foufflets , comme nous le dirons. C’eft-là, fous la thuyere , qu’on met la troifieme plaque de fonte, qui doit être aufîi toute droite. Pour ce qui regarde le devant, on n’y met point de plaque de fonte ; on y place fimplement un vieux marteau hors de fervice , qui ferme le quatrième côté du foyer $ l’œil du marteau fert de palfage aux fcories qui doivent for-tir du foyer ; depuis ce marteau jufqu’au derrière (8) , il y a ordinairement trois pieds à trois pieds & demi de diftance ; de la thuyere à fon côté oppofé (9), il n’y a que deux pieds & deux doigts. Si la plaque qui fert de, fond, n étoit pas affez grande pour remplir entièrement l’efpace qui lui eft deftiné, comme il faut que les dimenfions foient exactement fuivies, on éloigneroit un peu de fes bords, les plaques qui ferment les côtés : la dimenfion du fond donnée, on connoît l’étendue du foyer , qui eft dans la même proportion , & qui conféquemment a une aune deux doigts de longueur, une de largeur, ôc douze ou quatorze doigts de hauteur.
- Ceux qui exercent cette profefïion , ont grand foin de'donner exactement au foyer ces mefures : mais ils portent fur-tout le plus d’attention à donner à la thuyere , qui reçoit les buzes des foufflets , l’obliquité & la pofi-tion néceffaire. Cette pofition doit cependant varier fuivant la qualité du foyer & la nature du fer : mais voyez ce que nous allons dire de la thuyere & du vent.
- De la Thuyere y des Bu\es SC du Vent.
- La. thuyere eft de cuivre, d’une ligure hyperbolique , Ôc finiffant en un orifice demi-circulaire ; elle eft faite d’une lame de cuivre battu, très-épailfe ; on la place fur le mur dont nous avons parlé, afin que recevant les buzes des foufflets , le foyer reçoive le vent par une feule ouverture, & afin que le vent, ainfi concentré, ait plus d’aCtion fur le fer liquéfié, & fur celui qui eft à liquéfier ; comme auffi pour obvier à ce que le vent, comme s’il étoit las Ôc fatigué, n’arrive ïàns force au foyer, ôt que dès fon entrée il ne foit comme mourant : par le moyen de la thuyere;, qui eft placée fort avant dans le creufet, le vent entre avec force, & le pénétré en entier avec activité. La plus grande dimenfion de la thuyere doit être de huit parties : la plus grande largeur de fix ôt un tiers, ôt la moindre de trois Ôt un quart. La lettre Y repréfente l’orifice d’une thuyere, faite fur ces dimenfions, quoique dans tous les atteliers
- cet orifice ne foit pas le même ~9 parce que différentes efpeces de fer demandent quelques changements. Il ne faut placer les buzes des foufflets, ni trop avant dans la thuyere , ni trop loin de fon extrémité qui eft dans le foyer, mais à une certaine diftance mitoyenne ; autrement le vent eft pouffé avec trop ou trop peu de force, ou bien il s’échappe par des angles trop obtus ou trop aigus. Du bout des buzes à l’extrémité de la thuyere , il refte ordinairement un demi-pied : on donne aux buzes la même obliquité qu’à la thuyere.
- On pouffe la thuyere au-delà du mur, pour qu elle entre dans le foyer. Les uns l’avancent plus, les autres moins, fuivant qu’on le leur a montré, mais fur-tout fuivant la qualité du foyer ôt du fer. Depuis le mur, la thuyere eft ordinairement avancée d’un demi-pied.
- Pour ce qui regarde fa dire&ion, on ne doit point la placer horizontalement ; alors le vent iroit contre le fer, qui eft de l’autre côté : il faut un peu la baiffer vers le fond. C’eft une grande habileté dans un Ouvrier , de fçavoir donner à la thuyere l’obliquité convenable, ou de lui faire décrire exactement l’angle prefcrit par les réglés. Ordinairement , on la difpofe de façon que le vent aille frapper la jonction du côté oppofé avec le fond, c’eft-à-dire , que le vent, paflant à travers le vuide du foyer, aille frapper la partie du fond la plus éloignée ôt la plus baffe du contre-vent, donnant ainfi entre ces deux plaques de fonte, dans l’endroit où elles fe joignent. D’autres la baiffent au point, qu’au lieu de toucher l’endroit où le fond ôt le contre-vent fe touchent, le vent balaie le fond. D’autres , au contraire l’élevent de façon que le Vent ne donne fur le fond en aucun endroit , mais fimplement fur le côté oppofé à la thuyere. Comme ces différentes méthodes ont chacune leur caufe, nous les examinerons ci-après.
- La bafe de la petite ouverture de la thuyere , ou le diamètre inférieur du demi-cercle PQ, ne doit point être horizontale, mais un peu oblique : il y a cependant le plus ou le moins, fuivant la qualité du fer. Pour l’ordinaire, il faut que forifice-de la thuyere, quittant la ligne horizontale, ou la ligne parallèle au fond, baffle un peu fur ce fond , de façon qu’en regardant par la thuyere, il faille tourner les yeux obliquement pour voir le fond.
- La thuyere ne doit point regarder le milieu du foyer, c’eft-à-dire, que le vent qui en fort, ne doit point partager le foyer en deux parties égales ; elle ne doit pas non plus être pofée au milieu de fon parois (l0) : mais elle
- (8 ) Du devant à l!aire. =(5>) De la Vanne au contrevent. = ( 10) La Vanne.
- p.46 - vue 51/218
-
-
-
- DES FORGES.
- doit être placée de maniéré que le vent qui en fort, au lieu de paffer par la ligne du centre du foyer, s’en éloigne ôc paffe derrière, en tirant fur le coté oppofé au devant ("). Pour cela, il faut que fa plaque de fonte (u) qui porte la thuyere, foit divifée en trois parties égales : la thuyere fera pofée à la fécondé divifion, enforte que du marteau qui ferme le devant, elle fera éloignée de deux parties , ôc d’une feulement du parois oppofé.
- On JLaifle dans le mur des foufflets, une Ouverture quarrée pour paffer la thuyere,que nous avons dit être faite d’une feuille de cuivre bien battue ôc bien foudée. On la place fur la plaque de fonte (I3) adolfée à ce mur ; 6cfur la thuyere, ainli pofée, on met une feuille de fer : enfuite avec de l’argile, on joint la thuyere au mur, afin quelle ne puifie remuer, ni être dérangée. Outre cela, on attache avec des doux un morceau de fer, dont un bout entre dans le vuide de la thuyere, à fa partie poftérieure (I4) : tout cela fe fait pour que la thuyere conferve la pofi-tionqu’on lui a donnée, ôc pour quelle ne puiffe être dévoyée d’aucune part.
- Un Ouvrier adroit doit fçavoir donner à fa thuyere la fituation qui lui convient, ôc qui ne doit être ni trop horizontale , ni trop oblique : ce qui fait que chaque Ouvrier qui entend fon métier, a fes mefures tracées fur une réglé, dont il fe fert pour arranger fon foyer ôc fa thuyere : il a grande attention de laiffer ces mefures à fa famille, comme le feçret de fon art, ôc il ne les montre ni ne les donne jamais à des étrangers,.
- Il arrive fouvent qu’ayant à travailler un fer de différente qualité, les mefures, tant pour la hauteur que pour l’obliquité de la thuyere,telles que l’ufage d’un premier fer les avoit enfeignées, ne peuvent fervir à la liquation ni à la purification d’un fécond ; ce qui eft caufe qu’au milieu du travail il faut changer la thuyere de pofition , l’avancer dansfouyrage ou la reculer, l’incliner ou la relever : enfin, il faut tâtonner jufqu’à ce qu’on ait trouvé le point qui convient au fer que l’on a à traiter. Si on n’obferve pas cela fcrupuleufement, ou les charbons fe brûlent fans fruit , ou ïe fer périt , difpa-roîc ôc fe tourne en quelque façon en foo-ries, ou bien il demeure mêlé à des fcories crues, ou l’opération de raffinage fe fait lentement fans parler de bien d’autres inconvénients , qui réfultent de la mauvaife pofition de la thuyere,.
- Si elle eft trop avancée dans le foyer, c*eft-à-dire , & elle y entre de plus d’un demi-pied, on prétend que le fer en fond mieux, Ôc cela parce que le vent a moins d’efi
- 47
- pace à parcourir pour arriver au parois oppo-ië : ce qui eft caufe que le fer eft frappé plus à plein par le vent. D’autre part, fi on met la thuyere trop avant dans le foyer, elle fond aifément ; ôc le fer, qui occupe le bas du foyer, n’étant pas agité par le vent, s’agglutine , fe durcit ôc fe fépare du fer, qui eft en fufion : enfin, fi la thuyere eft trop retirée en arriéré, le feu a moins de force ôc moins d’a&ion fur le fer qui lui eft expofé. Dans ce cas, il arrive encore que le côté du foyer, fur lequel elle eft pofée, s’échauffe par la réverbération continuelle de la flamme, Ôc fe ronge, fe dégrade fenfiblement par le concours continué de l’a&ion du vent ; ce qui eft caufe qu’autour du mufeau de la thuyere, on voit le mur tout enflammé, tout rongé ôc fouvent percé par le feu ; c’eft pour cette raifon qu’on fait le mur autour de la thuyere, ôc notamment deffous, très-épais. En Suede, on appelle ce mur Euggjlad (ls).
- Si la thuyere eft pofée trop horizontalement , ôc que fon embouchure foit trop éloignée du fond, le vent fe diffipe en l’air avant que d’aller jufqu’au fer, ôc d’y faire l’effet qu’on en attend ; dans ce cas, on confomme beaucoup de charbons, ce qui eft une grande perte : car le vent ne touche point le fond ; mais frifantle fer, il s’élève en haut. Il y a cependant des Ouvriers qui font pour la pofition trop horizontale de la thuyere, parce qu’alors le fer fe liquéfie mieux, ôc l’affinage fe fait plus vivement, quoiqu avec une plus grande dépenfe de charbon. A la vûe feule de la flamme ôc du fer qui eft dans le foyer, on voit fur le champ fi la thuyere eft trop élevée ; car alors la maffe du fer qui eft plus haute , Ôc les charbons qu’on amoncelé def-fus, font une efpece d’éminence, de hauteur avec des côtés inclinés : la flamme auffi s’élève plus haut.
- Mais fi la pofition de la thuyere eft fi fort oblique que le vent fe précipite fur le fond, la cuiffon du fer fe fait plus difficilement ôc plus lentement : le fer fond avec peine, parce que la flamme n’a pas la vigueur ôc la force convenables, quoique les charbons ne fe con-fomment pas inutilement.
- Dans la pofition de la thuyere, on obferve ordinairement qu’il ne faut pas que le vent balaie le fond , ni qu’il aille dire&ement au côté oppofé : mais il doit frapper l’endroit où le fond Ôc le contre-vent le touchent. Dans ce lèns, le vent frappe julquà la dernière partie ôc la plus baffe du fer crud, qui lui eft expofé dans le foyer. D’autres, dirigent la hauteur de la thuyere en difpofant la levre fupérieure de fon orifice, de façon quelle foit en ligne droite avec le deffus du
- ( i ï ) Il doit pafTer plus proche de Paire. le deffùs de la thuyere à fà plus grande ouverture.
- £11 \ Varme. = ( i $ ) La Varme. ( 15 ) En France 5 le Mureau.
- ( i 4 ) C, en fi%e&eJc crochet qui lient
- p.47 - vue 52/218
-
-
-
- y DES
- ccutre-vent. L’orifice de la thuyere fera donc fous cette ligne droite , Ôc regardera le bas du contre-vent, c’eft-à-dire , que cette partie fupérieure de la thuyere doit être à douze doigts au-delfus du fond, ce qui eft la même hauteur que celle du contre-vent.
- Pour ce qui regarde encore la direêlion du vent, il faut avoir grande attention quen for-tant de la thuyere, il n’aille pas frapper un certain angle du foyer : c’eft celui qui eft le plus éloigné (’6). Il faut même foigner que le vent ne foit pas dévoyé de ce côté-là ; on a remarqué- qu’alors il périt beaucoup de fer, qui fe convertit comme en fcories ; au lieu que file vent va au parois oppofé, le fer fond bien, ôc étant fondu fe dégage bien des fcories : pour éviter cet inconvénient, on tourne la thuyere de façon quelle regarde plutôt le devant du foyer.
- On arrange de cette façon la bouche de la thuyere afin que la bafe ou le diamètre de fon orifice étant comme incliné, regarde le devant du foyer : mais cette inclinaifon de la bafe de l’orifice de la thuyere doit être plus ou moins grande, fuivant les différentes qualités du fer. Cette inclinaifon fera plus grande fi le fer n’eft pas chargé de foufres, c’eft-à-dire, s’il caffe aifément à froid, ce qu’en Suede on appelle Kallbrecht (17 ) ; car alors le vent n’eft pas porté fur le fer oppofé en volume fi épais ni avec tant de force; mais, comme difent les Ouvriers, il ne fait que le frifer & le couper de côté. Cette efpece de fer fe recuit aufïi beaucoup mieux. Il eft forcé d’abandonner les corps étrangers qu’il renferme ; enfin, il devient fer d’une bonne qualité, ôc vraiment purifié : mais au contraire,'fi le fer eft vicié , ôc chargé d’une grande quantité de foufres, c’eft-à-dire, s’il caffe facilement à chaud, quoiqu’il foit très-ferme à froid, ce qu’en Suede on appelle Roedbrecht (18 ) ; alors on ne donne pas tant d’inclinaifon à faire ou bafe de la thuyere, fans cependant la mettre parallèlement à l’horifon ou au fond du foyer. Dans cette pofition, le vent eft chaffé fur le fer plus amplement, ôc comme plus pleinement ; il 11e le touche pas tant de biais.
- Ce que nous difons ici de la direction du vent, & de la pofition de la thuyere, s’apprend beaucoup mieux par fufage que par les préceptes. On a même de la peine à entendre les préceptes fi les yeux ne font pas habitués à voir les chofes. La plus grande fcience d’un Ouvrier eft de fçavoir diriger le vent, ôc placer la thuyere avec exactitude. S’il ne connoît pas bien ces deux points-là, on perd tout au moins du fer ou du charbon qui fe confument inutilement ; ou même fi le fer eft vicié par quelques corps
- 7ORGES.
- étrangers, on ne pourra jamais l’eu dépouiller.
- Il faut obferver que la thuyere, quoique de cuivre, ne fond pas aifément ni par la grande chaleur, ni par le contaCt du fer fondu. Elle ne fond jamais que par la négligence ou l’ignorance de l’Ouvrier. Quelquefois elle eft environnée de toute part, de fer en fufion ; elle y eft cachée ôc comme enterrée : on la voit auffi quelquefois brillante de feu au milieu des flammes, fans cependant qu’elle en reçoive aucun dommage ; la raifon eft que fon intérieur eft continuellement rafraîchi par le cours du vent ; c’eft par un de fes côtés que le vent excite le feu : fon autre partie n’en eft point altérée, quoique l’adion de la chaleur agiffe continuellement fur elle. Si l’Ouvrier n’a pas foin de la vifiter fouvent, ôc de la nettoyer en chalfant ôc éloignant le cours des étincelles ; s’il ne veille pas à préferver du feu tant fon intérieur que fon orifice, elle fond ôc fe joint au fer. Il y a deux raifons pour lefquelles la thuyere a coutume de fondre. La première , fi fon orifice ôc le paffage du fouffle font bouchés , de façon que le vent ne puilfe percer : s’il travaille inutilement contre un obftacle attaché à fa fortie , fans pouvoir le vaincre ni s’ouvrir une route, ôc qu’il foit comme fuffoqué dans fon intérieur , alors le feu du foyer travaillant fur la thuyere, elle fond aifément. En effet l’air enfermé s’échauffant, & le vent ne refroidiffant plus l’intérieur de la thuyere, le feu pénétré aifément la maffe entière du cuivre que rien ne garantit plus ; dès-lors elle fond, ôc tombe avec le fer. La fécondé raifon eft qu’il y a encore beaucoup de crudités dans la maffe du fer enflammé ; car ce qui eft crud, ce qu’on appelle en Suede Raudt, ne fond pas aifément, mais par la violence du feu s’élance en étincelles Ôc étoiles brillantes, qui entrent en grande partie dans la thuyere, ôc venant à eh occuper toute l’ouverture, ou la plus grande partie, elles l’échauffent. Alors il y a à craindre quelle ne fonde, n’y ayant aucune de fes parties, tant intérieures qu’extérieures, qui ne foient attaquées par le feu. Quand on s’en apperçoit, l’Ouvrier détourne fur le champ cette partie de fer crud, pour empêcher que les étincelles ne s’y infi-nuent, ôc ne s’accumulent, Ôc pour quelles fe diflipent dans quelqu’autre partie du foyer. On retourne cette maffe, qui contient du fer crud, expofantau vent ce qui étoit de l’autre côté , de façon que ce qui eft crud peutjetter en haut fes étincelles fans aucun préjudice. On jette deffus des fcories pulvérifées, à l’aide defquelles ces parties crues fe mettent en fufion. On voit affez communément l’orifice
- ( 16) L’angle du contrevent à l’aire. s= (17) En France, fer enflant à froid. = ( 18 ) En France, fer çaflant à chaud.
- de la
- p.48 - vue 53/218
-
-
-
- DES F
- de la thuyere bouché par les fcories, en forte que le pafîage du vent en eft fermé. Si on n’a pas foin de les détacher, & de les éloigner fur le champ avec le fecours d’une ba-guette de fer, la thuyere fondra très-facilement.
- Il eft remarquable que le foyer n étant con£ truit que de plaques de fonte , dans lefquelles on fond du fer tant de fois, Ôt où l’on pouffe le travail pendant plufieurs mois de fuite ; ces plaques cependant ne fondent pas avec le fer, mais au contraire quelles réfiftent au feu, & ne s’endommagent pas, quoiqu’elles foient attaquées par le même vent qu’on emploie à fondre les gueuzes. Cela fait voir que la liquation fe fait à merveille dans un creufet garni de fonte, Ôt que s’il n’eft pas détruit, c’eft parce qu’il n’eft pas environné ôt attaqué de tous côtés par le feu ôt le vent : car il y a un côté des plaques qui n’eft point expofé à l’aêtion du vent ôt du feu, ce qui eft caufe quelles n’en font pas pénétrées, ôt qu’elles ne fondent pas avec le fer qui y eft contenu. L’a&ion de la chaleur ne peut aller plus loin que le permettent le chaud d’un côté ôt le froid de l’autre. D’abord que ïa chaleur n’eft pas égale dans toutes les parties, le fer fe défend, ôt quoique dans le foyer ôt la flamme, il demeure intaêt. Il arrive affez fouvent que le fond du foyer blanchit ; il ne fond jpas pour cela : mais le fer en fufion qui nage deffiis, s’y joint de façon qu’il y tient très-fortement, ôt qu’on a bien de la peine de l’en détacher ; ce qui eft caufe qu’il faut de temps en temps refroidir le foyer, même tous les jours, lorf-qu’il travaille afliduement* Pour cela, on vuide l’ouvrage, Ôt on le rafraîchit avec le vent des foufflets, ou bien on le laifle pendant quelque temps lorfqu’il eft vuide, expofé à l’air froid. D’autres fois on y jette de l’eau quand il eft vuide, comme cela fe pratique encore dans quelques forges. Dans la plupart on a abandonné cette reflource.
- Pour ce qui regarde le vent, il n’eft pas toujours égal pendant qu’on affine la fonte : tantôt on le donne plus violemment, tantôt moins. Dans le commencement que l’on travaille, que le foyer eft encore froid, ôt qu’il n’a pas encore échauffé ni le fer ni les charbons, on fait aller les foufflets moins vîte, en leur donnant moins d’eau au moyen de la bafcule qui gouverne la vanne. Par la fuite, on donne plus d’eau à la roue, ôc on fait marcher les foufflets plus vîte. Au milieu de l’opération, on pouffe le vent au plus haut degré, ôc fur la fin on le diminue. D’ailleurs, les foufflets vont inégalement par l’inégalité de l’eau, qui tantôt eft plus élevée dans le réfervoir, tantôt moins. Comme les roues vont plus doucement pour les forges que pour les fourneaux, où elles doi-Fourneaux , Section.
- 0 R G E S* ^
- vent marcher également, les fouffléts de forge ne donnent gueres que 400 coups par heure.
- De la première cuijfon de la fonte.
- Lorsque le foyer eft muni de tout ce qu’il lui faut, qu’il eft arrangé, la thuyere pofée, on nettoye bien l’ouvrage pour qu’il ne refte rien qui puifle nuire à la fufion: pour tout dire, on le balaye. Le foyer étant bien net, on y met des fcories qui font reftées du dernier travail; ôc s’il n’y en a point, on en met de plus anciennes. On en emplit le creufet jufqu’au tiers. Sur ces fcories, ôc dans tout le tour, on met des pouffieres de charbon récent, finon de vieilles : enfîiite on met tout autour du foyer, des cendres provenantes des étincelles des charbons brûlés , des fcories en poufliere, Ôte. qu’avec le rabot ôc le balai on a ramaffées dans l’attelier pendant quelques liquations. Ces cendres, comme on vient de le dire, font un com-pofé de menus morceaux de fer, d’étincelles , de fcories, de pouffieres de charbons. On en met dans le foyer jufqu’aux deux tiers. Si on ne met pas de ces fcories fous le fer, comme pour lui fervir de lit, on dit que le fer pénétré la cendre ôc s’attache fortement au foyer, qu’il ne fe liquéfie pas comme il faut, ôc que conféquemment il ne fe fépare pas bien de fes crudités ; car les fcories étant très-aifées à fondre, fervent de menftrue : elles enduifent le fond d’une ef-pece de graille ; elles empêchent que le fer ne s’attache au fond, de façon qu’il fe dépouille plus aifément des parties crues : elles aident a la fufion du fer en fondant elles-mêmes ; ôc comme le foyer en eft tout rempli, par cet intermede, les parties légères fe féparent des pefantes, les étrangères des métalliques; ce qui ne s’opéreroit pas, fi, préalablement, il n’y avoit pas une grande quantité Ôc un grand bain de fcories fondues.
- Cela fait, à l’aide de roulets ôc de ringards, ou à force de bras, on porte une maffe de fer crud dans la cheminée, ôc on l’arrange dans le foyer, de forte quelle foit au côté oppofé de la thuyere. On place cette maffe fur un de fes côtés, Ôc <on la pouffe de maniéré qu’un bout entre dans l’ouvrage, ôc l’autre refte en dehors. On l’approche de la thuyere, dont elle ne doit être éloignée que de quatre à cinq doigts, placée à la hauteur de fa bouche. La partie fupé-rieure de la maffe doit être dans le même plan horifontal que la levre fupérieure de l’embouchure de la thuyere, pour que le vent frife ôc rafe le bas de la maffe ; ce qui fera d’autant mieux, fi on adonné à la maffe la même obliquité qu’à la thuyere. Il faut toujours l’arranger de façon que le vent rafe
- p.49 - vue 54/218
-
-
-
- 50 P E S F
- la partie inférieure de cette maffe : mais fi le fer n’a point de foufre, ôc qu’il foit très-caffant à froid, on arrange l’orifice $le la thuyere de maniéré qu’une partie du vent touche dire&ement la maffe, tandis que l’autre en raiera la partie inférieure, comme fi le vent la divifoit en deux. Le poids de la maffe de fonte que l’on met au foyer, n’eft pas toujours le même ; tantôt on y en met deux cents, tantôt trois, quelquefois quatre , fuivant qu’on veut forger de groffes ou de petites barres.
- Si une feule maffe ne fuffit pas pour faire le poids dont on a befoin, on en met deux, trois, jufqu’à ce qu’on ait la quantité que l’on fouhaite. On les met l’une fur l’autre, fans cependant quelles fe touchent exactement, & pour l’empêcher, on met entre deux de petits morceaux de fer qui les féparent. On le conduit ainfi, principalement fi l’on a des fontes de deux ou trois efpeces différentes qu’il eft à propos de mêler pour avoir du fer d’une bonne qualité. Si, par exemple, on en a qui donnent du fer, l’un caffant à froid ôc l’autre à chaud, il faut nécessairement mélanger ces deux efpeces de fonte pour avoir du fer d’une qualité mitoyenne. Le fer caffant à froid fe met deffous; ôc quand ils font ainfi placés, on les arrange
- Î>our recevoir le vent, comme on vient de e dire.
- Ces maffes ainfi arrangées, on jette des deux côtés de la poufliere de charbon; en-fuite on accumule deffus un tas de charbon fous lequel elles font cachées, ôc, pour ainfi dire, enterrées, de façon qu’on ne voit point de fer, mais feulement un comble de charbons. Après avoir mis du feu deffous, on donne de l’eau à la roue pour faire mouvoir les fouffiets, que l’on fait aller très-doucement dans le commencement.
- Ces maffes,enterrées dans le charbon ardent, font petit-à-petit confumées par le feu animé par lèvent. La partie expoféeau vent fe liquéfie, & tombe en gouttes dans le foyer, ce qui forme dans la maffe une efpece d’excavation, qui, conféquemment, éloigne le relie de la thuyere. Quand on s’en apperçoit, on rapproche le reliant de la maffe à l’aide des ringards , & on le met à la diflance fufdite de cinq à fept doigts, pour, étant ainfi expofée au vent, être fenfiblement réduit en liqueur.
- Quand les charbons font confumés, on en met de nouveaux : il y en a d’amonce-lés au pied ôc fur l’aire de la cheminée d’où on les tire avec un rateau, de façon que le fer déjà chaud, en foit toujours couvert. L’Ouvrier fonde fouventles angles ôc le fond du foyer ; ôc quand il y fent quelques matières attachées, il les éleve ôc met au vent, afin qu’expofées à fon a&ion, elles fondent
- ORGES.
- de nouveau, ôc que le fer fe ramaffe en un feul volume.
- Après avoir paffé une baguette de fer dans la thuyere pour la nettoyer, il eft amufant ôc agréable de voir le fer fe liquéfier, ôc d’examiner ou faifir les moments de la liquation. On voit à fon aife, par la thuyere, le fer chaud, parce qu’il eft direêtement au paf fage du vent. Le fer, dans un endroit, pa-roît blanc comme la neige, dans un autre, rouge comme du fâng. La maffe paroît d’une figure inégale ôc raboteufe ; enfuite on voit tomber les gouttes de fer fondu, comme nous avons dit qu’on les voyoit dans le fourneau. Les unes font blanches, les autres obfi cures ôc noirâtres. On voit aufli les fcories qui occupent le fond : elles ne font pas blanches ou rouges, mais d’une couleur brune mêlée, prefque noire, comme de l’eau obscurcie par des nuages. Si, en ôtant les charbons , on découvre le fer, la partie expofée au vent rougit de plus en plus ; Ôc par le feul contaÔt de l’air, il s’en échappe des étincelles ôc des grains qui fe diflipent en l’air, ôc cela en d’autant plus grande quantité qu’il y a plus de crudités dans le fer ; car ce font les parcelles crues qui les four* niffent : au lieu que fi le fer eft couvert de charbons, ces parcelles ne fautent pas en l’air; mais la plus grande partie fe raffemble en gouttes, Ôc coule dans le foyer.
- Pendant ce temps-là on retourne dan» le foyer, avec des ringards, le fer chaud, ôc on l’expofe au vent, pour que la flamme ôc le vent puiffent paffer de tous côtés, de façon que la maffe du fer paroît nager dans un grand courant de feu où elle eft comme noyée. Il faut foigner à ce que le vent aille par-tout également : car fi un côté eft em-barraffé, ôc qu’il ne puiffe y paffer ; s’il va plus d’un côté que d’un autre, ou fi les pouf-fieres de charbon, ou bien quelques morceaux de fer, empêchent le vent de paffer d’un côté, fur le champ on tourne la malle, ôc on la range de façon quelle reçoit le vent également de toutes parts. Ici, l’Ouvrier ouvre un paffage ; là, il en ferme un autre. Il agit dans le tour du foyer, refferre, éleve, baiffe, ôc n’épargne point fon travail pour que le fer foit par-tout également dans l’élément du feu. Par ce travail, on augmente ôc accéléré l’aêlion de la liquation, Ôc le fer ne fe fond ni par un trop grand feu, ni par un trop petit.
- Si on s’apperçoit que la flamme devenant très-ardente, domine fur tout le deffus du foyer, on modéré fur le champ cette violence , ou en bouchant les iffues par lefquel-leselle fort, ou en jettant de l’eau deffus ; on prend de l’eau dans le bafche avec le feau (I9), ôc on la jette fur la flamme ; autre-*
- ( 19 ) Ecuelle à mouiller.
- p.50 - vue 55/218
-
-
-
- DES FORGES.
- ment, la flamme exerce fon aêtion fur les charbons, ôc les confume inutilement : on diroit qu’étant une fois déchaînée, au lieu de combattre le fer fon ennemi, elle exerce fa fureur fur les charbons fes amis.
- L’Ouvrier a foin de regarder fl le fer ne jette point d’étincelles, ou ne bouche point l’ouverture de la thuyere : aufli-tôt qu’il s’en apperçoit, il la nettoie avec une baguette de fer, ôc donne un libre paflage au vent.
- Enfin, quand on voit que la malle eft liquéfiée de toutes parts, quelle eft tombée dans le foyer, ôc qu’il ne refte rien qui ne foit enfufion, alors l’Ouvrier fonde les angles du foyer, ôc quand il y fent quelque morceau dur, il le détache, l’éleve ôc le met au vent. Il ramafTe ainfi tout le fer épars, Ôc ne ceffe de le lever ôc de le mettre au torrent du vent , jufqu’à ce qu’il ait réuni ôc aflem-blé en une feule mafle, toutes les parties qui s’étoient retirées vers les endroits frais du foyer. Quoique les charbons foient alors confumés ôc leur volume diminué, on n’y en met pas de nouveaux ; mais on tient le volume du fer à demi-découvert : c’eft alors que la cuiffon commence ; le fer cuit ôc bout comme de l’eau dans un pot. On peut voir toute la fuperflcie qui s’enfle ôc s’élève lentement , comme une groffe bulle, ôc comme s’il y avoit un levain ; il s’enfle ôc fe gonfle de plus en plus, fl on n’arrête pas ce mouvement ; le fer, dans cet état, eft doux ôc maniable, lui qui, de fon naturel, eft fi dur ôc û inflexible ; il s’élève jufqu’à paffer les bords du creufet ; l’Ouvrier ôte fur le champ les charbons allumés, fous lefquels il s’enfle, ôc met la liquation à nud : c’eft ainfi qu’il diminue ôc arrête cette fureur. Cette cuiffon peut s’opérer pendant l’efpace d’une demi-heure : mais il eft de la prudence de l’Ouvrier de la faire durer plus long-temps, parce qu’il faut évaporer les corps nuifibles ôc vicieux, ôc par leur féparation rendre le fer du&ile ôc malléable. Voilà pourquoi il faut qu’il foit entièrement fluide, ôc pourquoi on le tient en bain, ôc dans une efpece de mouvement pendant quelque-temps, fans quoi les parties légères ne fe fépareroient pas des pefan-tes, ni les métalliques des étrangères : ainfi, il faut donner fes foins pour que le fer vienne au degré de chaleur ôc d’effervefcence que nous avons dit ; c’eft pour cela que l’on donne au feu la nourriture la plus forte. On choi-fit pour cet effet, Ôc on met deffus, les charbons entiers, ôcles plus gros, qui font un feu du dernier degré, ôc entretiennent toujours cette efpece d’ondulation dont nous parlons. On n’en met pas beaucoup à la fois, parce qu’il ne faut pas que le feu cache le métal en cuiffon : mais il faut qu’il foit à un
- feu à demi-ouvert ; alors le vice du fer fe dégage plus facilement que fi le feu le cou-vroit entièrement. Pour rendre néanmoins le feu affez fort, on emploie les meilleurs aliments : il y a une efpece de fer qui a de la peine à fe mettre en liqueur, ôc fur lequel l’Ouvrier travaille en vain pour qu’il devienne liquide, s’enfle ôc bouille comme une liqueur ordinaire ; cette efpece de fer demeure tenace ôc comme infufîble, conféquem-ment ne fe dégage pas des crudités qui le vicient : c’eft-là qu’il faut de l’art ôc du travail, pour mettre en liqueur un femblable fer, fans quoi après la cuiffon, il demeure réfra&aire ôc immalléable (2°).
- Pendant que le fer fue ôc s’élève dans le foyer, pendant que la coêlion Ôc l’eflfervef-cence fe font, l’orifice de la thuyere fe bouche en partie par des efpeces de fcories noires qui s’y attachent, ôc vont en s’allongeant comme un nez. Cela eft néceffaire , parce que fi le vent, qui eft partie froid, partie humide, a un conduit large ôc bien dégagé pour aller fur le fer, l’intumefcence ôc l’ardeur s’appaifent fur le champ : dans ce cas , il ne faut pas que le fer foit frappé ni refroidi par un vent d’une grande violence ; fi-tôt qu’on détache les fcories de la thuyere, ôc que le vent a un paflage libre , la liqueur enflée s’abbaifle, ôc le fer qui étoit liquide , fe condenfe ôc fe met en une maffe tenace.
- D’abord que cette liqueur qui cuit, eft figée, ôc quelle commence à fe découvrir, on ouvre un paflage aux fcories ; ce qui fe fait par l’emmanchure, ou l’œil, du marteau qui ferme le devant du foyer. Pour cela, par le moyen d’un ringard on y fait un trou ; les fcories fortent fur le champ : mais on ne laifle pas long-temps cette ouverture débouchée ; on la referme promptement pour ne pas priver le foyer d’une trop grande quantité de fcories ; car les fcories tiennent lieu de diflol-vant : par leur moyen, non-feulement le fer fe liquéfie bien, mais il fe dégage ôc fe fépare des corps nuifibles ; ôc ainfi l’on rend le fer fufible, duêtile ôc purifié.
- Une mafle de fer , grofle ôc pefante , fe met plus difficilement en fufion qu’une petite ôc une légère ; il faut une plus grande quantité de charbons Ôc de feu pour la fondre : au refte, on en peut fondre en deux heures une de quatre cents livres.
- Enfin, cette première cuiffon finie, il faut ôter tous les charbons du foyer, ainfi que toutes les pouflieres Ôc cendres ; on laiffe la mafle du fer feule. On arrête le vent, laiffant ainfi cette mafle brûlante dénuée de charbons ôc de feu pendant une heure ; on ne la touche point qu’elle ne foit couverte d’une efpece de croûte noire. Dans quelques for^
- ( io) Voyez ce que Swedemborg ajoûte à la partie de l’Acier»
- p.51 - vue 56/218
-
-
-
- DES FORGES.
- ges, c’eft la méthode que fur le champ les Ouvriers fe difpofent à lui donner la fécondé ciiiffon, àl’expofer, pour la fécondé fois , toute rouge au vent : enfin, à commencer une nouvelle cuilfon ôc liquation.
- De la fécondé cidjfon ou liquation du fer.
- Quand cette mafle de fer eft refroidie, elle tient ordinairement aux parois ôc au fond du foyer : on ne peut l’en arracher qu’à l’aide & à force de coins que l’on infinue entre la mafle ôc le côté de la thuyere, ôc que l’on chaffe de plus en plus, jufqu’à ce que par fon effort on ait féparé la mafle de la thuyere , qui y eft prefque cachée : fi cette mafle tient au fond, on l’en détache en y mettant un coin par l’œil du vieux marteau, qui ferme le devant du foyer ; on le chaffe à coups de marteau, ôc on le fait entrer : enfuite, à force de bras, les Ouvriers foulevent cette mafle ; fi la force des bras ne fuflit pas, ils emploient un ringard , qu’ils abbatent de toute leur force, jufqu’à ce qu’enfin ils tirent la mafle du foyer. Il arrive fouventque cette mafle fe fépare aifément du fond, au premier mouvement. Ce qui peut occafionner que le fer tient aux parois ôc au foyer , c’eft que le travail ufe ôc creufe les plaques, ôc que le fer fondu, en prenant l’empreinte de ces cavités , s’y attache fortement. Il en arrive de même fi le foyer eft échauffé ; il y a beaucoup d’affinité ôc de rapport entre un foyer de fonte ardent ôc du fer ardent, au lieu que fi l’un des deux eft froid, ils ne s’attachent point ; c’eft pour cela qu’il faut refroidir le foyer. Dans quelques endroits on leve la mafle toute rouge, ôc on la laiffe refroidir à quelque diftance des parois du creufet.
- Enfin, quand la mafle eft levée Ôc féparée du foyer, on la retourne en plein, pour que le deffous'fe retrouve deffus ; elle paroît aux yeux rude ôc inégale ; le deffus a une certaine rondeur, pendant que le deffous eft prefque plat. Cette mafle renverfée, ôc, pour ainfi dire , fur fon dos, ne fe met pas comme la première fois, à une certaine diftance du vent ; mais on l’éleve, Ôc on la place fur la thuyere même , de façon qu’une partie de la mafle pofe fur la partie fupérieure de la thuyere, ôc l’autre fur le fond ou fur les fco-ries qu’on a laiffées fur le fond, ôc qui font arrangées avec la même obliquité que celle de la thuyere ou du vent : ce qui fait que le vent va à la partie inférieure, Ôc par ce moyen travaille fur toute la mafle. L’Ouvrier doit avoir grande attention à mettre la mafle exactement dans cette pofition , afin quelle foit convenablement expofée au vent qui doit la frapper, ôc quelle reçoive la flamme également ôc de toutes parts.
- La mafle ainfi arrangée, on met fur fes côtés de la poufliere de charbons, ôc des
- cendres brûlées que Ton ramafle avec le rabot autour de la cheminée : on met de la cendre fur les côtés, ôc non vers la partie antérieure de la mafle. Là, on emploie des charbons entiers Ôc fecs, qui, non-feulement con-fervent long-temps le feu , mais qui jettent une flamme que le vent porte contre la mafle , pour l’attaquer avec une efpece d’augmentation de légéreté Ôc de force. Alors^ on fait marcher les foufflets, mais doucement dans les commencements ; enfuite, on augmente leur mouvement ; le vent donné , on entoure la mafle d’une grande quantité de charbons, Ôc l’ouvrage s’échauffe. L’Ouvrier examine avec beaucoup d’afliduité fon feu Ôc la flamme ; c’eft fur eux qu’il fe réglé, pour découvrir quel eft l’état de la liquation, ôc s’il y a une partie de la mafle qui fond mieux que l’autre : il ne cêffe de remuer cette mafle ; il la place dans le milieu du feu, pour que la flamme l’attaque également de tous côtés : elle nagera en quelque façon dans la flamme , comme dans fon élément. Si la flamme paroît plus d’un côté, il le bouche ; il en ouvre un autre : voit-il un endroit où la flamme doive paffer , il élargit le paffage avec un ringard, afin de rendre en quelque forte la refpiration plus libre : là , il met des pouflieres de charbons Ôc des fco-ries, ôc il les bat pour mieux remplir le vui-de ; ici, il fouleve la mafle, ôc donne une ouverture au vent ôc à la flamme , qui doivent s’échapper enfemble ; ailleurs, il abaiffe cette même mafle : enfin, il la gouverne comme un Pilote gouverne fa barque fur les flots. Quand la flamme eft diftribuée par-tout, Ôc quelle coule également, le feu ôc le vent agiflent avec une très-grande aCtion fur le fer ; on a foin fur-tout que la flamme agifîe continuellement fur la partie la plus éloignée du vent : car alors, c’eft une marque quelle peut circuler ôc travailler par-tout. On a aufli grande attention que la flamme ait une iffue dans la partie la plus éloignée de la thuyere, ôc quelle ne s’échappe pas en grand volume par les côtés du foyer, parce qu’alors le feu n’agit pas avec toute fa force fur le fer, mais fur une feule partie au détriment des autres ; d’ailleurs, fi le vent eft réfléchi vers la thuyere, il y a grand danger que cette réverbération ne la faffe fondre. Par la flamme ôc le comble du charbon , on peut juger de l’obliquité de la thuyere : fi la mafle du fer paroît trop élevée ôc le comble des charbons trop haut, c’eft un figne que la thuyere eft trop élevée, Ôc quelle n’eft point affez oblique ; au contraire, fi la mafle du fer paroît comme écrafée ôc enfoncée dans le foyer, ôc que le comble des charbons n’excede pas beaucoup le deffus du foyer, c’eft un indice que la thuyere eft trop oblique. Quand les premiers charbons qu’on
- a employés
- p.52 - vue 57/218
-
-
-
- D E S F
- à employés , font confürùés, on en met de nouveaux jufqu’à la même hauteur qu’aupa-ravant ; la maffe du fer en doit être entièrement couverte ôt cachée par-tout : il faut ordinairement deux ou trois paniers de charbons à chaque charge, ôt quand la malfe eft très-élevée, il en faut une plus grande quantité pour la couvrir, parce que les côtés du comble ont plus d’étendue. *
- Pendant ce temps-là , on approche du feu des malfes de fer crud , Ôt on les met fous le même comble de charbons, mais à la diftan-ce de deux pieds de la thuyere,afin qu’avec le même charbon ces malles s’échauffent toujours , ôt fe difpofent à être plus promptement mifes en fufion ; plus la maffe , qui occupe le milieu du foyer , s’échauffe ôt s’amollit , plus on approche la nouvelle de la thuyere pour l’échauffer par degrés : par ce moyen, la nouvelle maffe profite du même feu ôt des mêmes charbons , qui contribuent à la liquation de la première.
- L’adreffe de l’Ouvrier confifte principalement à diftribuer la flamme également autour de la maffe qui eft à fondre : c’eft par cette raifon, qu’il lui facilite des iffues autour de cette maffe, qui, en quelque façon, fe trouve en équilibre au milieu du feu. Si l’Ouvrier s’apperçoit que la flamme eft moindre d’un côté , il fouleve cette partie ôt donne un paffage au vent ; au contraire, s’il y a un endroit où la flamme fe porte trop, il arrange, retourne, baiffe, éleve, ferre , ouvre , fui-vant le befoin , jufqu’à ce qu’il voie tout remis dans l’égalité convenable. Il emploiera tous fes foins, jufqu’à ce que le plus grand torrent de la flamme foit vers la partie poflérieure de la maffe ; car, fi la plus grande vivacité du feu en attaquoit la partie antérieure , la thuyere fondroit facilement : le mureau s’échaufferoit, ôt feroit pénétré par un très-grand degré de chaleur. C’eft une marque que la maffe oppofée au vent eft couchée trop à plat, quand le vent réfléchit ou remonte vers fa fource. Une réglé connue de tous les Ouvriers , c’eft que la maffe à fondre doit être diminuée Ôt rongée par la flamme également de toutes parts ; c’eft pour cela qu’ils la retournent, afin d’oppofer au vent toutes les parties faillantes ôt les angles ; par ce moyen , ils viennent à bout, quoique lentement, de l’arrondir en quelque forte. Pour y réuflir plus sûrement, ils tournent au vent, ôt petit à petit, tantôt une partie, tantôt l’autre, la plus proche comme la plus éloignée, fuivant qu’ils apperçoivent des inégalités ; ils expofent au vent ce qui a trop d’étendue , ou pour mieux dire, tout ce qui s’éloigne de la figure circulaire , de façon que ces parties anguleufes fondent avant- les autres : c’eft ainfi qu’infenfiblement la maffe Fourneaux, /f. Section.
- ORGES, n
- fe confomme tout autour. Il eft bon dé fça-voir que fa partie poftérieure, c’eft-à-dire, celle qui eft éloignée du vent fe diffout plutôt que celle qui en eft la plus proche.
- Lorfqu’on en eft-là , il ne faut pas beaucoup de charbons ; la maffe fond à demi-découverte , ôt enfin diminue tant, quelle n’a plus de liaifori, mais tombe en morceaux que l’Ouvrier ramaffe dans le tour du creufet, pour les remettre au vent ; il répété cette manœuvre > jufqu’à ce que les morceaux détachés foient fondus, ôt que tout fon fer liquéfié foit réuni en une feule maffe : alors , on découvre le fer en Ôtant tous les charbons. Pendant ce temps, on lui laiffe effuyer l’adion du vent ; ôt comme les menus char*^ bons qui fontreftés fur la fuperficie, font très-légers , vous voyez le vent exercer deffus fâ fureur, les agiter , les foulever ôt les mettre en tourbillons, comme de la poufliere ou de menus brins de paille ; il jette très-haut les étincelles ; il divife en une efpece de pluie , les fcories qui furnagent, ôt les répand par toute la cheminée ; il emplit aufli cette cheminée ôt une partie de la forge, d’une grêle de feu ôt d’une pluie d’étincelles ; ces étincelles s’amoncelent en haut, ôt tombent en abondance dehors du foyer, en décrivant des Courbes paraboliques. Cela donne une idée ôt la repréfentation en petit d’un volcan en fureur, qui épouvante ôt force à s’éloigner ceux qui fe font trop approchés de fa bouche. Ces étincelles ne font pas compo-fées de particules* de fer, mais de la matière qui donne les fcories. Elles font ordinairement , ou rondes, ou ovales. D’abord qu’elles font à terre, elles noirciffent. Voilà l’inftant de la véritable recuiffon du fer qui dure fept à huit minutes. Toute l’opération de la liquation dure environ deux heures.
- On obferve qu’à cette fécondé liquation il s’attache encore au fond Ôt aux angles du foyer, des morceaux de fer crud ôt tenace qui s’y retirent ôt s’y refroidiffent. Si on ne les rejoint pas au refte de la mâtiere en bain, ils fe durciffent davantage. On a foin de les chercher ôt de les détacher avec le ringard. On les ôte de leur place, Ôt on les expofe au vent de la thuyere pour qu’ils fe fondent ôt fe mêlent au refte. On éleve une fecon-* de fois ces morceaux, qui s’étoient cachés dans les angles ; ôt on continue à les punir de leur fuite, en les expofant à l’aêlion du vent, comme on punit des foldats qui ont quitté leur camp. Plus le fer eft d’une mau-vaife qualité, plus il faut avoir de foin de le retirer de ces retraites, de le tenir expofé au vent, Ôt quand il eft fondu, de le plonger dans le foyer. Le vent, fans la flamme ôt le feu, ne pouvant disjoindre ces parties, ni les réduire en fufion, il faut mettre def-* O
- p.53 - vue 58/218
-
-
-
- DES FORGES.
- fus de gros charbons choifis qui viennent about, en les fondant, de les enfevelir, pour ainfi dire, avec le refte»
- Dans cette fécondé liquation, on ôte trois fois les fcories. La première, vingt minutes après qu on a donné le vent au foyer. On jette ces fcories dans l’eau froide, parce quelles font fort chargées de fer, ôc que les corps étrangers qui les accompagnent, font très-fufibles : en les éteignant ainfi dans l’eau, elles tombent en une efpece de pouffiere, qu’on conferve pour les ufages auxquels elle eft propre. La fécondé fois on fait fortir les fcories au bout de 3 0 ou 40 minutes après la première : comme elles ne contiennent point de métal, on les met au rebut. Enfin on les fait fortir du foyer pour la troifieme fois, vers la fin de la coôtion. On a encore obfervé qu’alors il fort une petite quantité de fcories, fi on lesalaiffées trop long-temps fur le fer en cuiffon, c’eft-à-dire, fi l’opération de cette derniere cuiffon a duré long-temps, parce ce qu’en ce cas-là une grande quantité des fcories s’en va en étincelles , ôc qu’ainfi elles font pour la plupart diflipées, avant qu’on leur ait, pour cette troifieme fois, donné la liberté de fortir.
- En tournant les yeux par la thuyere, il eft alors amufant d’examiner la malle du fer oppofée au vent ; on la voit qui eft blanche comme de la neige ; on voit aufli les charbons allumés voltiger devant la thuyere , comme des plumes blanches ôc légères. Au furplus, il faut prendre garde qu’il ne s’attache des fcories aux levres de la thuyere , parce qu’alors il faudrait les en détacher, afin que le vent continue de paflfer librement.
- Dans plufieurs endroits, après ces deux liquations , on porte le fer fous le marteau, ôc on le tire en barres. Il n’a pas befoin d’autre préparation s’il eft d’une bonne qualité, ôc qu’il ne foit pas gâté ni vicié par des matières impures ôc hétérogènes. Dans quelques forges, on le fond une troifieme fois , lur-tout s’il n’a pas été bien purifié par les deux premières. Plus on le cuit, plus il fe purifie ; ainfi plus il a été cuit de fois, plus il eft pur. Cette troifieme liquation fe fait comme la fécondé : le vent fe donne d’abord doucement, enfuite plus fort ; enfin, on le diminue à proportion qu’on approche de la fin.
- De £ emploi du charbon dans les foyers de Forge y lorfqiL ony cuit le fer crud.
- Il y a beaucoup de choix dans les charbons : car toute efpece de bois ne donne pas du charbon de la même bonté. Il y a plus : les charbons de la même efpece de bois ne rendent pas tous un fervice égal dans les foyers de forges, comme ils le rendent dans
- les fourneaux de fufion. Les charbons durs font moins utiles pour les forges, que ceux qui font doux à un certain degré : par exemple, les charbons de chêne Ôc de hêtre, qui font durs ôc pefants, ne conviennent pas aux forges : car non-feulement ils brûlent le fer , mais en le durciffant ils en détruifent le nerf, Ôc lui ôtent fa duêtilité. Il en eft de même des charbons de Ëouleau , quoique dans la plupart des forges on ait foin de les mêler avec des charbons doux ; au lieu que dans les fourneaux de fufion, cette efpece de charbons durs eft d’une excellente qualité. Les charbons de pins ôc de fapins font très-bons pour les forges ; cependant on doit donner la préférence à ceux qui proviennent d’un bois ni trop jeune ni trop vieux, c’eft-à-dire, d’un âge mitoyen : en effet les charbons provenus d’un bois trop vieux, ou de hautes ôc anciennes futaies, ne conviennent point aux forges, parce qu’un vieux bois non-feulement a perdu fon fuc vital, mais avec le temps il a acquis une certaine rigidité ; ce qui eft caufe que les charbons qu’on en tire , étant très-durs, font, par la raifon qu’on a dite , de mauvaife qualité pour les forges.
- L’art ôc la fcience de l’Ouvrier confiftent à épargner les charbons , ôc à les empêcher de fe difliper en fumée ôc en étincelles , fans faire d’effet fur le fer , ce qui eft perdre ôc dépenfer du bien inutilement. Comme c’eft un objet de conféquence, ôc qu’avec de l’attention ôc de l’induftrie on peut éviter cette perte, nous allons détailler les circonf tances dans lefquelles les charbons fe confirment en vain, ôc celles où il faut les épargner avec prudence.
- i°. Il fe brûle inutilement beaucoup de charbons , fi on n’a pas foin de féparer exactement ceux qui font un peu éloignés du feu, ôc mis comme fous la main de l’Ouvrier pour s’en fervir dans le befoin, de ceux qui font aêhiellement dans le foyer deftinés à la ~ liquation du fer. Un ferviteur négligent accumule autour du foyer une grande quantité de charbons, qu’il laiffe allumer de toutes parts, tant en dedans qu’en dehors du foyer. On dirait de tous ces charbons confumés inutilement, que c’eft un facrifice ridiculement offert à Vulcain, qui s’en mocque. On ne peut attribuer une pareille perte qu’à l’ignorance ou à la négligence de l’Ouvrier. Celui qui fçait fon métier, a foin de féparer les charbons qui font hors du foyer, de ceux qui font dedans. Il ne fouffre pas que comme un furieux le feu attaque tout ce qui eft dans fon voifinage , ni qu’il exerce fa violence fur tout ce qui l’environne.
- 2°. La prudence œconomique de l’Ouvrier exige qu’il ait foin non-feulement que le feu ne s’étende pas au-delà du foyer , mais en-
- p.54 - vue 59/218
-
-
-
- DES
- core qu'il foit reflerré dans l'intérieur, comme il convient : fans cela, on dépenfe des charbons en pure perte. Pour calmer les éruptions qu’il tente , on arrofe d’eau le def* fus du foyer, ôt la flamme qui le domine. Ainfi par une efpece de pluie abondante ôt bien distribuée , on empêche le feu de palier les bornes qui lui font prefcrites. Le contaêl de l’eau fait noircir les charbons, Ôt retirer la chaleur dans l’intérieur. Elle s’y tient concentrée pendant un temps, après lequel ôt au moindre figne d’une nouvelle éruption , on l’arrofe de nouveau. En reftrai-gnant ainfl la chaleur dans l’intérieur du foyer, & lui fermant les iffues par lefquelles elle cherchoit à s’échapper, on la renferme, pour ainfl dire, dans fon laboratoire , où elle travaille plus efficacement fur le fer, en forte que pendant ce temps-là, on épargne les charbons qui fe feroient confumés fans effet.
- 3°. Il fe perd encore beaucoup de charbons inutilement, fl on en met trop : tout ce qui eft excès, eft vice : l’Ouvrier doit fcavoir proportionner les charbons ôt le feu au travail de la liquation.
- 4°. Si la thuyere eft pofée trop horifon-taiement, de façon que le vent qui fort des foufflets , aille à peine frapper le fer ôt le côté oppofé, il périt inutilement beaucoup de charbons , qui fe diflipent en étincelles, fans que leur flamme travaille fur le fer qui eft deffous. Le vent qui eft trop horifontal, gagne le haut, ôt fe contente de travailler fur la maffe des charbons qui occupent le deffus , fans faire le moindre effort contre le fer qui eft deffous. Par-tout oùle vent s’accumule, il bouleverfe tout, ôt comme il eft trop horifontal, il exerce fa force fur les charbons, ôt les confiime en vain ; ce qui fait que cette Situation de la thuyere, ou cette direction du vent, brûle inutilement les charbons.
- £°. Ceux qui fçavent épargner les charbons , ôt en éviter la dépenfe fuperflue , ne laiffent pas long-temps refroidir dans le foyer la maffe de fer , qui vient d’être cuite pour la première fois : mais ils la renverfent tout de fuite, ôt pendant qu’elle eft encore enflammée , ils l’expofent au feu ôt au vent. Quelques-uns par pareffe , Ôt quoique le fer foit d’une excellente qualité, laiffent la maffe dans le foyer pendant une ou deux heures, jufqu’à ce qu’elle foit durcie , ce qui lui fait acquérir de la fermeté ôt de la force , pour réfifter à l’aêtion du feu. Il en arrive, que lorfqu’on remet au feu cette maffe froide, elle a plus de peine à fondre, ôt ne cede point qu’on n’ait mis deffus une grande quantité de charbons, fous laquelle il faut la cacher. Conféqueniment, il faut alors beaucoup plus de charbons que fl cette maffe avoit été expofée au vent pendant quelle étoit encore enflammée.
- SS
- 6°. L’Ouvrier doit encore fcavoir employer à propos les menus charbons : car quand ort doit chauffer les barres de fer pour les étendre fous le marteau, on peut aufli bien les chauffer avec ces menus charbons , qu’avec des charbons entiers. Aufli ceux qui fçavent leur métier, confervent, pour le befoin, de ces menus charbons dans un angle de la cheminée, ôt ils s’en fervent pour emplir le fond du foyer : ce qui remplace utilement les charbons entiers qu’à ce moyen l’on épargne.
- 7°. Un Ouvrier perd fa peine & fon bien * quand il emploie des charbons trop humides. Dans ce cas, la cuiffon fe fait lentement : car la force du feu eft diminuée, ôt comme affoiblie par les vapeurs aqueufes qui s’exhalent des charbons ; ce qui eft caufe qu’il en faut mettre une plus grande quantité pour avoir un certain degré de chaleur : c’eft-à-dire, que dans les dernieres cuiffons, il faudra mettre une beaucoup plus grande quantité de charbons.
- 8°. Le fer lui-même contribue à la con-fommation inutile des charbons. S’il eft en grande maffe, alors on eft néceflité de le couvrir entièrement y ôt le comble ayant plus d’efpace, il faut une plus grande quantité de charbons. Au refte, les maffes font ordinairement du poids de 400, 300,240,200* 130, 100. Si donc la maffe eft plus petite, Ôt qu’au lieu de pefer 400 , elle ne pefe que 130, ou 100, elle fond plus aifément qu’une maffe plus grande Ôt plus pefante : ce qui montre que fl l’on veut épargner les charbons , il faut employer des morceaux de fonte moins gros.
- p°. On perd encore fa peine Ôt fon charbon , quand on n’a pas affez d’eau pour faire mouvoir comme il faut le gros marteau ; car s’il va lentement, ce qui vient du peu d’eau, le fer eft battu moins vite ; à chaque coup il s’étend moins, ce qui eft caufe qu’il faut le chauffer plus fouvent ôt le reporter fous le marteau, ce qui ne peut fe faire fans une plus grande confommation de charbons.
- Pour empêcher que l’ignorance ou la pâ-reffe des Ouvriers ne donnent lieu à une dépenfe inutile ôt fl préjudiciable de charbons , on a réglé en Suede de paffer à un Ouvrier, tant pour recuire que pour forger, 400 livres de fer, vingt-quatre tonnes de charbons. Si l’Ouvrier en confomme moins, c’eft du bénéfice pour lui : s’il en confomme plus, c’eft à fa perte. Je fçais cependant qu’il y en a qui, pour avoir la même quantité de fet forgé , n’ont confommé que dix-huit tonnes de charbon : je tiens même d’un Maître qu’on n’en bruloit que quatorze. Cela eft caufe encore que dans plufieurs forges on fait un ma-* gafin de charbons , que l’on donne à employer à un Ouvrier à fes rifques , moyennant uil certain prix qu’il en doit donner.
- FORGES.
- p.55 - vue 60/218
-
-
-
- D E S 1
- Il y a encore une greffe perte à effuyer fur les charbons, qui vient, comme on l’a dit, de leurs vices particuliers : s’ils font trop humides , trop menus , faits de bois trop jeunes , trop doux ; s’ils ont effuyé un feu trop violent ôt trop prompt en les cuifant ; s’ils font légers , Ôt conféquemment peu propres à donner une certaine quantité de feu , fans parler de plu-fleurs autres vices qui occafionnent de la perte dans leur confommation.
- Si les charbons font humides, il s’enfuit i°. Que la liquation fe fait plus lentement ; parce que l’ardeur du feu eft ralentie par le froid des vapeurs, qui fe communique au foyer, Ôt au fer même qui y eft placé. 20. Cela eft caufe que le fer ne cuit pas bien dans le creufet. Il demeure crud, ôt ne fe fépare pas de tous les corps étrangers dont il doit être débarraffé pour devenir duêtile* 30. Quand les charbons font humides, la maffe du fer que l’on chauffe dans le foyer, paroît d’une couleur blanche, comme fi elle étoit pénétrée d’autant de parties de feu, quelle en peut recevoir: mais quoique cette couleur paroiffe à fa fuperficie, cette blancheur ne pénétré pas jufques dans l’intérieur, ôt elle n’en eft pas imprégnée comme il faut. C’eft une illufion qui trompe ceux qui la regardent. Les Ouvriers expliquent cette Angularité , en difant que cette blancheur apparente vient de la quantité des feories qui occupent le foyer, ôt qui font d’une couleur blanche, lefquelles environnant, pour ainfi dire, de leur couleur la maffe à fondre, fafeinent les yeux, ôt tranfmettent à cette maffe une apparence de blancheur. 40. Quoiqu’il paroiffe une grande quantité de charbons quand ils font trop humides, & quoique le fer ne fe purge pas bien de fes crudités , l’humidité des charbons eft cependant de quelque utilité. Elle contribue à amollir le fer qui feroit trop dur; ôt celui qui eft caffant, en devient plus tenace. Au contraire, fi les charbons font trop fecs, on dit que le fer fe durcit, parce qu’il eft brûlé par un trop grand feu; d’où les Ouvriers ont établi leur réglé, que les charbons humides amolliffent le fer, ôt que ceux trop fecs le durciffent dans la recuiffon, ôt non quand on le chauffe pour le porter au marteau.
- D’ailleurs, on a coutume d’arrofer les charbons du foyer quand on voit que la flamme perce à travers, ôt s’élève trop haut. On renferme ainfi le feu dans fon champ de bataille ; ce qui fe fait pour plufieurs rai-fons : i°. Pour empêcher que la flamme ne * confume inutilement trop de charbons, notamment ceux qui font en dépôt proche du foyer, ôt fous lefquels il n’y a point de fer à mettre en fufion. 20. En concentrant le feu dans l’intérieur du foyer, & ne lui permettant pas de paffer fes bornes, il travaille
- 'ORGES.
- fur le fer avec plus de force & d’aêlion 5 c’eft donc un moyen d’augmenter la chaleur. 30. Non-feulement la chaleur ainfi renfermée augmente, mais le fer s’amollit par l’af-perfion de l’eau : ce qui eft trop dur, s’adoucit* Il arrive tout le contraire fl le fer a été cuit dans un feu tropfec; le fer arrofé fe tire aufli plus facilement en barres fous le marteau* 40. Quand par le moyen de l’eau on arrête fubitement la flamme qui dominoit tout le foyer, on peut voir dans l’inftant de quel côté le feu eft le plus grand : car lorf-que la fuperficie du charbon eft une fois éteinte, le feu s’échappe bientôt après par l’endroit où il eft le plus preffé par le vent, & où il y a une ouverture plus libre ; ce qui eft caufe qu’on arrange incontinent la maffe dans le foyer, de maniéré que le feu l’enveloppe également de toutes parts.
- De la Jortie des feories et un foyer de forge l
- SC de leur ufage pour la recuijfon du fer.
- Les feories font fort utiles au rafinage du fer crud : ce font elles qui font fondre le fer , qui effectivement fe liquéfie par leur fecours comme le fel dans l’eau. Elles tiennent lieu de menftrue ôt de diffolvant. En effet, fi le fer en fufion ne tomboit pas dans un bain de feories liquides , les parties légères ne pourraient fe féparer des pefàntes, les pier-reufes des métalliques, ni les chaudes des froides. On en doit conclure qu’il faut né-ceffairement dans le foyer une certaine quantité de feories. Non-feulement elles fervent à fa divifion, mais elles purifient le fer, ôt le rendent fufible ôt duêtile. Un habile Ouvrier fçait en faire ufage à propos.
- Les feories, qui en différens temps fortent du foyer, font de plufieurs efpeces. Les Ouvriers rejettent les unes, ôt détournent les autres pour certains ufages , auxquels ils les deftinent : par exemple , les feories que l’on tire du foyer, quand on recuit le fer pour la fécondé fois, font de la meilleure ef* pece : elles font remplies de fer ôt de pierres très-fufibles. Etant remifes au foyer, non-feulement elles fondent, mais en facilitant au fer le moyen de fondre avec elles, elles lui fervent de menftrue ou de diffolvant. Quand elles fortent du foyer, on les jette fur le champ dans une foffe remplie d’eau, dans laquelle elles fe réduifent en une efpece de poufliere. Après quelles font ainfi préparées, on les met dans quelque coin proche de la cheminée, pour s’en fervir dans le befoin. Toutes les fois que l’on remarque dans le fer un ou plufieurs endroits cruds ôt comme polis, qui en même temps foient rouges comme du fang, (couleupqui fait facilement diftinguer ces endroits cruds) fur le champ on y jette de ces feories, éteintes dans l’eau ,
- qui
- p.56 - vue 61/218
-
-
-
- DES F
- qui emportent les crudités , les diflipent, Ôc leur ôtent cette difpofition qu’elles ont à éclater en étincelles : enfin elles précipitent ces parties crues dans le fer en fufion. Si le fer ne fond pas aifément, ou s’il a été altéré par un trop grand feu , il ne jette pas beaucoup de fcories. Si alors on jette deffus quelques pelletées de ces fcories choifies , non-feulement elles temperent la trop grande chaleur , mais elles font fondre le fer, le défendent du feu qui le brûleroit, ôc; le rendent du&ile Ôc malléable, pendant que privé du fecours de ces fcories , il feroit refté dur ôc fragile. Leur principal ufage, c’eft quand on recuit le fer pour la fécondé fois, Ôc lorf qu’il faut chauffer les barres, qui par leur moyen s’échauffent plus facilement, & en deviennent plus douces ôc plus duêtiles. Le foyer doit être plein de ces fcories jufqu à un certain degré, ôc quand les barres de fer paroiffent brûlées d’un trop grand feu , on les trempe dans ces fcories liquides, com-me dans un bain. Lorfqu’on les en a retirées, on les met au feu fec ; par ce moyen on tempère à fon gré leur excès de chaleur. En voilà affez pour faire juger combien elles font utiles , tant pour la fécondé Cuiffon du fer, que pour échauffer les barres*
- Au premier coup d’œil , les Ouvriers con-noiffent fi le fer que l’on doit porter fous le marteau, eft trop ou trop peu chauffé. S’il jette des étincelles, qui mêlées de flamme paffent à travers les charbons, c’eft une marque d’une trop grande chaleur. Sur le champ on plonge le fer dans les fcories, ôc on l’y rafrâichit comme dans un bain ; c’eft-à-dire, qu’on le réduit au dégré de chaleur conve^ nable. On juge encore à la couleur de la flame, trop blanche, Ôc d’un brillant blanc, fi le fer effuye un trop grand dégré de chaleur.
- On mêle ordinairement à ces fcories des battitures, ôc autres menus morceaux de fer qui tombent autour de l’enclume. On les jette fur les maffes de fer qui ne font pas d’une nature bien fufible; ce qui les fait fondre aifément. En fondant elles-mêmes, elles fe joignent au fer, dont elles augmentent le poids. Ces battitures , qui reffemblent à des lames, des écailles, ou des filaments, fe mettent aufti dans le foyer, fi les fcories, qui en occupent le fond, font trop crues, ou fi le fer eft chauffé dans un feu trop fec qui lui ait fait perdre fa duêlilité. On ne peut pas déterminer au jufte la quantité qu’il faut mettre de ces battitures : une efpece de fer en demande plus, une autre moins. Si le fer par lui-même fond aifément, ôc qu’il donne des fcories d’une bonne nature, il en faut moins: fi le fer eft d’une moindre qualité , il en faut davantage. J’ai vû mettre une, deux, cinq, fix, ôc jufqu’à fept pelletées de ces battitures. Sur-tout fi l’on voit Fourneaux, ^e. Seclio/i.
- ORGES.
- dans la maffe du fer des parties crues, on met deffus, comme on l’a dit, de la poudre de ces fcories, ôc par-là on découvre la qualité du fer, s’il eft fec ou fluide dans la liquation.
- Les fcories en bain dans le foyer donnent des lignes très-manifeftes de la nature du fer ; s’il eft d’une bonne ou d’une mauvaife qualité ; s’il eft encore crud ou purifié ; quel eft le degré de liquation ôc de purification ; fi le fer eft tenace ôc ferme, doux ou ré-fraêlaire, fufible ou non, ôcc. En effet, fi on plonge un ringard ou quelqu autre morceau de fer dans les fcories en fufion, on connoît par celles qui s’y attachent, les qualités dont nous venons de parler. Si les fcories s’attachent trop fortement au ringard, ôc que cette efpece de croûte ne puiffe en être détachée par aucune percuffion, ni par aucuns coups de marteau, c’eft une marque d’un fer dur, rebelle ôc brûlé. Lorfque cela arrive, on met dans le foyer, des fcories dont il s’agit, lefquelles fe mêlant aux fcories réfra&aires, chaffent du fer les parties qui le vicioient. Dans ce cas, ôc à chaque fois, on met au moins trois pelletées de nos fcories, jufqu’à ce qu’on en voie au fond du creufet une fuffifante quantité en bain. On en jette trois ou quatre fois pendant le temps de chaque recuiffon. On les place vêts la partie poftérieure de lamaffe ; Ôc comme la liquation faite dans un bain demau-vaifes fcories *a“ porté préjudice au fer, on répare ordinairement ce tort par l’addition de ces battitures ramaffées autour de l’enclume; ce qui non-feulement augmente le poids du fer, mais encore le rend plus doux ôc plus tenace.
- Si les fcories attachées au ringard font de couleur verdâtre ou tirant fur le noir, c’eft un figne d’un fer de très-mauvaife qualité : au contraire, fi elles blanchiffent, c’eft une preuve d’un bon fer ; la couleur rouge n’eft pas une bonne marque : tels font les Agnes par lefquels les Ouvriers experts jugent de l’état de la liquation ôc de la qualité du fer ; c’eft pour cela qu’ils ne font pas longtemps fans fonder l’état du foyer ôc la qualité des fcories en fufion, afin de la corriger dans lebefoin, foit par l’addition des battitures, foit par celle d’une partie de meilleur fer ^ foit enfin par le mélange d’autres fcories , qui, faifant l’office d’un menftrue, dépouiL lent le fer de fes parties nuifibles.
- Au commencement de la recuiflon, on emplit la plus grande partie du foyer de fcories de la meilleure efpece, de façon que la folution du fer fe fait dans une liqueur ôc un menftrue convenables : ce qui améliore le fer. Sur la fin, on laide une affez grande partie des fcories, pour n’avoir pas befoin d’en ajouter d’autres pour une nouvelle recuiffon*
- P
- p.57 - vue 62/218
-
-
-
- DES FORGES.
- D’ailleurs , les icônes quon laiffe quand la cuiffon eft finie, cachent Ôc recèlent beaucoup de fer, quoiqu’elles paroiffent légères, bourfoufflées Ôc remplies de bulles : on con-noît quelles contiennent du fer, à leur couleur , ôc fur-tout à leur fufion réitérée.
- Au refte, les Ouvriers, à l’aide des fcories, font dans l’ufage de rendre non-feulement fufible, mais malléable ôc duêtile, le fer le plus mauvais Ôc le plus crud. Si en effet, il eft encore crud, rempli de mines & très-caffant à froid, on n a qu’à le mettre dans un bain des meilleures fcories, ou de celles qui proviennent d’un fer fulfureux, il fe dépouille des parties nuifibles ; il perd fa crudité & fa fragilité, au moyen des parties de foufre qui s’infinuent dans le fer, ôc contribuent à fa du&ilité : les fcories qui reftent après cette cuiffon, font de très-mauvaife qualité Ôc d’un ufage nuifible.
- Pendant que j’en fuis à la defcription des fcories, il faut remarquer que fi on les jette toutes enflammées dans un baquet d’eau , elles tombent en une efpece de poufîiere. Si même, au fortir du foyer, on les précipite dans l’eau, enforte quelles en foient entièrement couvertes, avec la précaution de ne point les écrafer , il arrive quelles éclatent fous l’eau en mille parties , avec bruit & grand fracas, non fans danger des affiftans : c eft de-là qu’on a établi la réglé , qu’il faut donner paffage à l’air ôc au feu enfermés dans les fcories. D’autres fois, on voit le feu fe conferver long-temps fous l’eau : il y brille dans les fcories, & la flamme qui en fort, s’ouvre un paffage à travers de l’eau. Enfin, s’il n’y a que la moitié des fcories plongée, on voit celle qui eft dans l’eau s’éteindre tout de fuite , noircir fenfiblement ôc fe couvrir d’une efpece de croûte de fer , tandis que l’autre partie , qui eft hors de l’eau, refte long-temps rouge j toute la force du feu s’y retire d’abord, ôc après un petit efpace de temps fe réfugie en un feul point qui s’éteint le dernier ; après quoi les fcories prennent par-tout leur couleur naturelle.
- Ce n’eft pas tout ; fi on jette avec violence dans de l’eau froide un morceau de fer chauffé à blanc, ou fi l’on plonge avec effort un ringard rouge dans l’eau, auffi-tôt on entend un grand bruit femblable à un coup de pifto-let, ou pareil à celui que feroit un morceau de fer froid, frappé avec violence contre un corps dur ; de même, fi on jette de l’eau entre le marteau ôc une barre de fer qu’on y étend , il en réfulte un fi grand bruit,, que, pendant quelques moments, il occafionne au tympan de l’oreille une certaine furdité : la réfiftance ou le combat du chaud ôc du froid , c’eft-à-dire, du feu ôc de l’eau, eft fi grande, que du choc de ces matières ennemies , il provient un bruit
- aufli violent que défagréable.
- Signes de la liquation du fer dans un foyer
- de forge , tirés du feu èC de la flamme.
- Nous venons de rechercher les indices quç peuvent donner de la qualité du fer, les fcories dans lefquelles on le fond ; il y en a encore d’autres qui manifeftent fa nature ôc l’état de la liquation, fçavoir, la couleur de la flamme ; car, fortant du foyer au travers des charbons, elle change de couleur 6c de figure comme un autre Protée. On juge donc par la flamme du foyer, fi la liquation fe fait bien , fi le fer eft crud, s’il eft affez purgé de fes fcories Ôc parties vicieufes, s’il eft rebelle 6c intraitable j 6c comme la flamme change de couleur depuis le commencement de la recuiffon jufqu’à fa fin, on peut, avec fon fecours, connoître les degrés , ainfi que le fuccès intérieur, de la recuiffon. D’ailleurs, les Ouvriers ont une règle entr’eux : c’eft,que fi la flamme paffe librement, fa couleur eft la même que celle des fcories : car les particules de fcories mêlées avec la flamme , s’élèvent enfemble au-deffus des charbons, 6c par ce mélange lui donnent leur couleur* De-là, ils jugent fi la flamme eft rouge comme l’aurore ou du fang, ou bien de couleur d’écarlate ou de fafran, que le fer eft dur ; qu’il manquera de duêfilité ; qu’il a befoin , pour fe purger de fes parties hétérogènes Ôc vicieufes, de l’addition d’une grande quantité des meilleures fcories , 6c de battitures* Dans le commencement de la liquation, la flamme eft toujours rouge, ou de couleur rouffe 6c fafranée ; mais on n’en peut alors tirer aucuns indices certains. En voici la rai-fon : la flamme très-blanche par elle-même, rougit par le mélange de la poudre de charbons. Quoique ces pouflieres noires foient allumées, elles font très-épaiffes, Ôc en fe mêlant à une flamme brillante, elles changent en rouge , en roux, ou en pourpre fa couleur naturelle. La même chofe arrive encore , fi les fumées viennent de quelque autre caufe, qui attire ôc entretienne le feu. Dans la fuite de l’opération, la couleur jaune-clair paffe au bleu-blanc, 6c enfin au blanc-brillant , tirant fur le couleur de chair : plus la flamme eft blanche , mieux l’opération fe fait dans le foyer.
- Si la flamme a quelques teintes de verd, c’eft une marque qu’il y a dans le fer beaucoup de foufres , dont il faut le dépouiller entièrement ; car la quantité de foufre rend le fer caffant à chaud. Dans la fécondé cuiffon , comme le foyer eft rempli de fcories, la flamme, ainfi qu’on l’a déjà dit, imite leur couleur , paroiffant tantôt rouffe , tantôt couleur de gris-cendré, ôc fouvent mêlée de verd par-ci par-là, fur-tout quand on vient de mettre des charbons > qui ne font pas
- p.58 - vue 63/218
-
-
-
- DES FORGES.
- Encore allumés 111 au contraire il y a peu de fcories dans le foyer, la flamme prend à l’inf-tant une autre couleur. Si elle blanchit trop, ce qui indique quelle eft mélangée, comme cela arrive fouvent, avec des étincelles de fer, blanches, denfes Ôc volatiles, c’eft une marque d une liquation trop vive, d’un trop grand degré de chaleur : il faut dans ce cas éloigner le fer de la flamme, ou diminuer le fer ; autrement on brûle ordinairement la barre de fer que l’on vouloit Amplement chauffer*
- Les étincelles, qui fortent du foyer, ne font pas toujours ni de la même nature, ni de la même couleur. Sont-elles pâles , volatiles, fubtiles ôc très-brillantes ? affurez-vous quel-les font de fer pur : mais fl elles font rouges ôc épaiffes, concluez-en quelles proviennent des fcories. Les premières font très-petites , vives, de figure ronde ou ovale, rendant le feu, pour ainfi dire, étoilé, fleuri, gai ôc vif: les autres font épaiffes, languiffantes, ôc fouvent, niais pas toujours, de forme angulaire.
- De la dijfeclion de ta grande maffe chaude fous le marteau.
- Là fécondé cuiffon étant finie, Ôc après que le fer eft bien purifié ôc ramaffé en une feule mafîe , on enleve de fa place cette maffe au bout de 30 ou 60 fécondés : elle paroît aux yeux grofliere ôc informe, cou^ verte de beaucoup de poudre de charbons Ôc de fcories. Avant que de la porter fous le marteau, on ôte cette poudre Ôc ces fcories, jufqu'à ce que le fer foit à découvert : ainfi, enlevée du foyer ôc de la cheminée, Ôc fuffi-famment nettoyée, on la met à terre fur le fol de la forge. Quant à la figure , elle eft plate dun côté, ronde ôc inégale de l’autre* Quand elle eft pofée fur faire de la forge, on la bat en tous fens, avec des marteaux ôc des maffes, pour effacer toutes ces inégalités. Sans cette précaution , 011 ne pourroit
- Î>as retourner facilement cette maffe fur ’enclume , ni la tenir affermie fous les coups du gros marteau ; car s’il y reftoit quelque inégalité, quelques parties anguleufes, elle feroit bientôt renverfée de deflus l’enclume. Avant que cette maffe brûlante y foit placée , il en fort çà Ôc là des ruiffeaux de fcories , comme le fang coule d’une veine ouverte. On voit même des veines cachées de cette maffe, dégoutter une eau rougeâtre. Ici, il part un tourbillon d’étincelles ; là, la flamme paroît ôc s’échappe avec force : ailleurs on voit dans l’intérieur même de la maffe des endroits brillants, les uns rouges, les autres roux. On diroit que cette maffe prend plaifir à nous offrir une nombreu-fe ôc agréable variété de couleurs. Par la ma-
- niéré dont le feu agit dans les grandes maffes, il repréfente fes effets fur une petite.
- Cette maffe grofliere ôc informe fe place fur l’enclume à l’aide d’un levier ôc d’un contrepoids,ou avec des ringards; elle y eft portée par quatre hommes vigoureux. On a foin que d’avance le marteau foit levé à fa plus grande hauteur, pour qu’il y ait allez d’efpace pour la recevoir. Tout étant ainfi bien difpofé, on fait mouvoir le marteau, qui par fon propre poids frappe la maffe, foi-blement d’abord, parce que les chûtes ne font pas hautes. A force de frapper, il éga-life ôc diminue l’élévation de la maffe, en-forte que l’efpace parcouru à chaque chûte augmentant à proportion que l’épaiffeur de la maffe diminue, les coups du marteau deviennent plus forts. On continue ce travail jufqu’à ce que la maffe foit diminuée, ôc réduite à la forme d’un gâteau épais. Dans le commencement on épargne l’eau à la roue, afin que les dents, qui font enclavées dans l’arbre qu’elle fait mouvoir, foulevant moins vite le morceau de bois auquel le marteau eft emmanché, ce marteau aille moins vite lui-même, ôc frappe la maffe plus doucement. Dans la fuite, quand elle eft unie, ôc qu’on peut la tenir fermement fur l’enclu-me, on donne plus d’eau à la roue, qui pré^ cipite l’exhauflément Ôc les chûte§ du marteau , qui alors frappe plus rapidement. Ses coups forts ôc redoublés font néceffaires : fans eux la maffe, chaude ôc molle depuis long-temps, fe durciroit au point de réfifter au cifeau avec lequel on doit la partager.
- Quand la maffe de fer eft diminuée de volume, ôc réduite en forme de gâteau, on la coupe en cinq, oufix, ou fept morceaux. Cette divifion fe fait par le moyen d’un cifeau taillé comme un coin , Ôc tel qu’on le voit dans la Figure ABC. Il eft rond, ôc non pas aigu en M. B eft un manche de fer que l’Ouvrier tient dans fes mains , ayant eu foin de le garnir de linge ou d’étoffe. Avec le fecours de ce manche, qui n’eft pas long, l’Ouvrier tourne le cifeau à volonté, le préfente, le place entre le marteau , qui frappe à grands coups, ôc la maffe à couper;le retire, ôcle replace jufqu’à ce qu’il y ait un morceau de coupé. Cela fait, il met lé cifeau dans l’eau froide; puis il l’emploie de nouveau pour couper un autre morceau ; ce qu’il réitéré jufqu’à ce que la maffe foit divifée comme il l’avoit pro-jetté. Chaque morceau coupé tombe au bas de l’enclume. Si, à chaque féparation d’un morceau de la maffe entière, on n’a pas foin de plonger le cifeau dans l’eau, il s’échauffe ôc fe détrempe, enforte que l’acier, privé de fa dureté, n’eft plus en état de couper le fer.
- Il faut fe dépêcher dans cette opération ,
- p.59 - vue 64/218
-
-
-
- DES FORGES.
- de crainte que la maffe venant à fe refroidir, au lieu de céder au çifeau,ne le falTe rejaillir. L’Ouvrier partage la maffe, comme nous l’a-vons déjà dit, en cinq, fix ou fept parties égales, fuivant que fon ouvrage le demande, c’eft-à-dire, fuivant qu’il veut faire les bandes de fer plus ou moins longues, ôt plus Ou moins épailfes. Quelquefois quand la maffe n’eft point affez groffe pourêtre divifée en fix morceaux, on fe contente de la partager en quatre ou cinq.
- Un Ouvrier faifit avec les mâchoires d une tenaille le premier morceau coupé qui eft tombé, ôt le porte au milieu du foyer enflammé , où on le tient enfermé jufqu a ce que le refte de la maffe foit divifé. On porte de même le fécond morceau coupé à côté du premier , ôt ainfi des autres fucceffivement. Pendant ce temps-là, on arrofe d’eau fraîche le marteau ôt l’enclume. Sans cette précaution , ôt à force de frapper fur une maffe brûlante, ôt d’être environnés de feu, ils s’é-chaufferoient prodigieufement l’un l’autre; l’acier s’amolüroit, Ôt ne feroit plus propre à dompter le fer.
- Cela fait, on retire du foyer le premier morceau , Ôt on l’expofe aux coups du marteau fous lequel on le tourne ôt retourne, jufqu’à ce qu’il s’allonge , que fes inégalités foient effacées , ôt qu’il foit bien uni. On en fait de même pour les autres morceaux, qui tous étant chauffés à différentes reprifes, font plus aifément réduits en barres.
- JELaniere de mettre en barres les morceaux coupés*
- Apre’s que les morceaux de fer ont été unis Ôt polis fous le marteau, de la maniéré que nous avons dit, on en reporte un au milieu du feu, ôt proche le vent, afin de le chauffer à blanc, ôt qu’en cet état il puiffe être battu ôt étendu en bandes par les coups du marteau. Pendant ce temps, on tient un autre morceau dans le plus fort feu pour le chauffer , au point de pouvoir être porté au marteau, après que le premier a été fufîîfam-ment battu. On tourne ôt retourne dans le foyer le morceau que l’on chauffe pour le réduire en barres, de façon que l’on oppofe au vent tantôt un de fes côtés, tantôt l’autre , afin qu’il foit également adouci par-tout par le feu. Quand tout cela eft fait, l’Ouvrier fouleve fon morceau, pour examiner s’il a le degré de chaleur requis, Ôt s’il a la vraie couleur du feu. Un Ouvrier qui n’a pas l’habitude de fe connoître au feu, eft facilement trompé par de fauffes apparences. Lorfqu on voit que le fer n’eft pas affez chaud, pour être porté au marteau, on l’approche du vent, Ôt on met de nouveaux charbons pour augmenter la chaleur ; on y tient le morceau à J&çonner, jufqu’à ce qu’il ait acquis une
- véritable couleur de feu. Alors, quand il voit que ce morceau a le degré de chaleur fuflifant, on le porte fur l’enclume , ôt on met un autre morceau à fa place.
- Avant que de tirer le fer du foyer, l’Ouvrier examine avec attention, ainfi que nous l’avons déjà dit, quelle eft la couleur que le feu lui a donnée. S’il eft intelligent, il voit au premier coup d’œil, s’il eft affez chaud > ou non, Ôt fi on doit le porter fous le marteau. La marque que le morceau de fer à étendre eft pénétré d’une chaleur fuffifaiïte , c’eft quand il eft blanc, tirant un peu fur le bleu, de façon que la couleur change du blanc au bleu, ou verd-d’eau. Si le fer manque de chaleur, ou on le tient plus long-temps ex-pofé au vent ôt à la flamme, ou l’on augmente la chaleur dans le foyer. Au contraire, fi le fer eft trop chaud, ce qui fe connoît à plu-fieurs lignes, on l’éloigne du vent, en le plaçant fur les charbons , afin que dans un feu plus modéré il tempere fa trop grande chaleur. Si ce remede eft inutile, ôt que le fer foit encore trop chaud ôt brûlé, on le plonge dans le bain de fcories qui occupe le fond du foyer. Par cette immerfion,qui fait,pour ainfi-dire, le même effet que l’eau jettéeîiir le feu , on ramene le fer au degré convenable de chaleur, dont on rallentit ôt modéré l’excès.
- Il arrive quelquefois que l’omeft trompé à la couleur du fer enflammé : voici ce qui en eft caufe. Des fcories crues Ôt d’une mauvaife qualité,donnentaufer enflammé une couleur verdâtre ou bleuâtre qui féduit l’Ouvrier par les apparences, qui lui dénotent ordinairement que le fer eft fuffifamment chauffé, tandis que ce n’eft qu’une efpece de croûte qui offre à fes yeux la couleur qui le trompe. Quelquefois même cet Ouvrier ainfi trompé, porte au marteau une piece qui n’a pas la moitié de la chaleur quelle devroit avoir. Il connoît bientôt, mais à fon défavantage, l’erreur qui l’a féduit, ôt qui lui prouve la né-ceflité où il eft de bien connoître la nature des fcories qui font dans fon foyer. Il eft fouvent obligé de tremper ôt retourner fon morceau de fer dans les fcories en bain, d’où il le retire comme enduit de ces fcories. Sous cette croûte, ou fi vous voulez, cette enveloppe, le fer chauffe mieux, ôt ne brûle pas fi aifément. D’ailleurs, de crainte qu’il ne foit altéré par un trop grand feu, on le trempe, comme nous avons dit, dans des fcories fluides, qui ont un moindre degré de chaleur. Lorfque les fcories font trop crues, ôt d’une mauvaife qualité , il faut en débarraffer entièrement le foyer, ôt l’emplir de meilleures.
- L’opération qui fe fait au marteau, dure ordinairement une heure ôt demie , ou deux heures, pendant lefquelles on retient les fco-< ries dans le foyer, fans les en laiffer fortir.
- On
- p.60 - vue 65/218
-
-
-
- DES FORGES. 6t
- On a vû combien leur fecours eft nécef-faire Ôt d’ufage pour forger le fer. Pendant le temps de la malléation, le feu Ôt le vent doivent toujours être très-vifs dans le foyer , que l’on ne charge pas de beaucoup de charbons : une médiocre quantité fuffit.
- La flamme qui s’échappe de toutes parts à travers les charbons, lefquels, vû leur petite quantité, font répandus çà & là, monte à la hauteur d’un demi-pied, en imitant la figure d’une efpece de colonne c elle eft alors de couleur verd-jaunâtre plus foncée dans le deffus. Aux endroits où le vent n’eft pas impétueux, la flamme ne monte pas fl haut, ôt elle eft violette ôt bleue. On voit de temps en temps s’élever à travers la flamme de petites étincelles blanches Ôt brillantes. C’eft autant de fer pur qui fe volati-life. D’abord que l’Ouvrier en apperçoit, ou il jette des charbons deffus le fer qui darde cette grêle d’étincelles, ou il le plonge dans les fcories liquides : à ce moyen, il éteint la trop grande chaleur qui brûloit le fer. Plus fouvent, au lieu de charbons, on jette fur le fer trop ardent, du fable ou des fcories pilées, qui forment fur fa fuperficie une efpece de croûte : c’eft un moyen affuré de faire ceflfer la fcintillation. D’autres fois, on l’expofe à un moindre degré de chaleur en le mettant au-deffus des charbons. Ordinairement le fer fcintille quand il brûle. Si l’Ouvrier n’y regarde pas fouvent, & ne veille pas attentivement aux différents degrés de chaleur, le fer eft fouvent brûlé ; ce qui fait non-feulement une diminution pour la quantité , mais encore une perte pour la qualité.
- Les Ouvriers entendus, en voyant le mal, voient aufli-tôt le remede qu’il y faut apporter : mais chaque efpece de fer ne fe ramené pas de la même façon au degré de chaleur qui lui convient. Les uns réfiftent au point, qu’à force d’être brûlés, on les plonge inutilement dans les fcories fluides, ou qu’on les expofe enj vain à un moindre degré de chaleur. C’eft donc une raifon pour fçavoir donner un remede convenable à chaque maladie. Pour peu que le fer foit une fois brûlé, il perd fa duêtilité. Ses fibres Ôt fes nerfs font détruits ôt coupés. On tente inutilement de les rétablir ; ce qui doit déterminer à augmenter la chaleur fuccefïivement ôt par degrés.
- Avant que de porter le fer fous le marteau, l’Ouvrier l’expofe pendant quelques momens au plus grand feu, afin qu’il foit légèrement pénétré d’un feu violent. L’y laiffer trop long-temps, ce feroit courir le rifque de le brûler.
- Quand enfin le fer a acquis le degré de chaleur convenable, on le tire fur le champ du foyer, ôt on le faifit; avec une tenaille pour le porter fous le marteau. Si ce mor-FoURNEAUX, 4e. Section,
- ceau qu’on va battre, jette trop d’étincelles > on le roule dans des fcories froides ôt pub vérifées, ce qui fait à Imitant mourir les étincelles, au moyen de ce que l’on bouche les iffues par lefquelles elles s’échappoient* C’eft par la même raifon, que le fer battu par le marteau n’en jette point non plus une fi grande quantité. Au furplus, quand on traîne ce morceau de fer du foyer au marteau, il jaunit à caufe des fcories en fufion dont il eft environné , ôt qui, femblables à un petit ruiffeau, découlent fur le fol de la forge. En fe refroidiffant, les gouttes fe convertiffent en efpeces de petits globules.
- Après que le morceau chauffé ôt faifi par une tenaille, a été porté fur l’enclume, on commence par le faire battre ôt le diminuer dans le milieu, fans toucher aux deux extrémités. On tient d’abord le morceau de fer en travers fur l’enclume, ôt on le tourne ôt retourne de côté ôt d’autre fous les coups du marteau , jufqu’à ce qu’on lui ait donné une forme quarrée. Si on a deifein de le tirer en bande applatie, c’eft-à-dire, fi de fes quatre faces, deux doivent être plus larges que les autres, on commence, dans cette première extenfion, à le faire approcher de la forme projettée. Dans ce premier travail, l’Ouvrier étend fon morceau de fer de deux ou trois pieds ; après quoi il le pouffe avec force fur le travers de Fenclume, juf-quau bout faifi par fa tenaille, enforte que l’autre bout qui excede l’enclume, va frapper contre le fupport de l’arbre de la roue, ce qui fait courber fon morceau de fer qu’il retire enfuite, toujours fur le travers de l’enclume, petit-à-petit, fucceflîvement, ôt à chaque coup de marteau fous lequel il s’ap-platit, ôt s’élargit de deux faces. Cela fait, l’Ouvrier change de place, Ôt quittant le travers de l’enclume, il place fa bande fui-vant la longueur de Faire de Fenclume : là , il la tourne ôt retourne continuellement, ex-pofant tantôt aux coups du marteau les deux faces qui doivent être les plus larges , tantôt celles qui font Fépaiffeur de la bande.
- Il faut être adroit ôt prompt à la retourner , fur-tout, fi, comme on le doit, on fait aller le marteau très-vîte ; on doit éviter qu’il donne deux coups au même endroit, crainte que Fon n’en voie les traces. Quand cette partie de la bande eft ainfi battue, ôt diminuée de volume fur fa longueur, l’Ouvrier la reporte fur le travers de Fenclume, la repouffe une fécondé fois contre le fupport de l’arbre de la roue, ôt la retire à foi petit-à-petit , jufqu’à ce que par les coups fucceflifs du marteau, il lui ait donné la largeur ôt l’épaiffeur qu’on demande: mais comme alors les coups de marteau donnés fur le fer , en travers de Fenclume, y paroiffent, il replace une fécondé ibis fa bande fur la Ion-
- Q
- p.61 - vue 66/218
-
-
-
- 62 DES FORGES.
- gueur de Taire de l’enclume; ôt là, après avoir rallenti le mouvement du marteau, il la dreffe fur fes quatre faces. Enfin , pour la polir, on fait aller le marteau encore moins vite , ôt un enfant jette de feau , qui découlant du marteau fur la bande ôt fur Tenciume, humede toute la fuperficie de la bande, d’où la chaleur la fait fur le champ diiïiper en vapeurs. Alors, ôt à chaque coup de marteau, il fe fait un grand bruit capable de caufer aux oreilles une efpece de fur-dite momentanée. Cela vient néceffairement de l’interpofition de Teau Ôt de fa prompte évaporation. C’eft ainfi qu’on polit le fer, ôt ces percuffions froides enlevent toutes fes inégalités Ôt fes pailles. Pendant toute cette opération, un autre morceau de fer que Ton a placé devant la thuyere, acquert le degré convenable de chaleur. On le travaille de même fous le marteau; ôt quand il eft, ce qu’on appelle étiré dans le milieu, on le reporte, de même que le premier, dans le foyer, y plaçant un des deux bouts, qui eft refté entier, pour être adouci par le feu. Lorfqu’il eft fuffifamment chaud, on le reporte fous le marteau, où on le bat, ôt on l’étire en bande ou barreau, de l’échantillon demandé. En Suede on appelle ce morceau de fer à moitié forgé, Utreckia-i-kolf (21 ).
- On expofe à Tair la barre ci-defius forgée , pour quelle y refroidifife. Pendant que l’on porte au marteau le fécond morceau, on en approche un troifieme du vent, ôt on le met dans le centre du feu : ôt ainfi des autres fucceftivement. S’il eft néceflfaire, ou que le travail preffe, on porte la macquette hors de la forge, Ôc on l’y expofe à Tair humide : on la plonge même quelquefois dans Teau, afin quelle foit plutôt refroidie. Quand il y a quatre ou cinq morceaux en macquettes, on en met deux à la fois dans le foyer, non loin du vent, ôt on les y tient jufqu’à ce qu’on ait forgé, comme les autres, le fixieme ou dernier morceau de la maffe qui a été divh fée : enfuite on obferve exaêlement Tordre qui fuit, fçavoir, qu’il y ait deux macquettes à côté du vent, c’eft-à-dire, au fécond degré du feu, pendant qu’une troifieme eft immédiatement expofée au vent, ôc dans le plus grand feu du foyer : à ce moyen, on a toujours-'quatre morceaux, dans Tordre qu’ils ont été forgés pour la première, la fécondé ou la troifieme fois.
- Chaque morceau de la maffe partagée, eft ordinairement porté trois, quatre ôt jufqu’à cinq fois, fous le marteau, fuivant qu’il bat vite, ou que Ton veut une bande plus ou moins longue : à chaque fois, on l’allonge de trois pieds à trois pieds ôt demi. Si on compte les coups qu’il efl'uie à chaque fois, cela va
- pour l’ordinaire, à450 pour la première, à 580 ou 400 pour la fécondé, à 5*00 pour la troifieme, ôt à 400 ou environ pour la quatrième , en tout 1700 coups de marteau pour forger une bande : cela différé cependant fuivant que le fer eft plus ou moins chauffé.
- Quant à Textenfion du fer fous le marteau , voici ce qu’il faut obferver, i°. il faut prendre garde que le marteau ne frappe plu-fieurs coups de fuite fur le même endroit : car s’il tombe deux ou trois fois fur la même place, la bande prend trop de largeur ôc s’amincit trop, de façon que quand on la retourne fur le côté, elle plie, & ne peut plus fe rapprocher comme on le voudroit. C’eft pour éviter cet inconvénient, qu’on la tourne ôc retourne continuellement en tous fens, pour que les coups de marteau ne faffent pas de plus profondes impreffions en un endroit qu’en un autre. 20. Sous les coups de marteau , il s’élève fur la fuperficie des bandes, des lames ôt des pailles qui y font adhérentes : on les coupe avec le cizeau (2Z), pendant que la bande eft encore fous le marteau. Si cependant les pailles font confidéra-bles, on coupe la bande dans Tendroit défectueux , & on en refoude les deux bouts en la maniéré accoutumée. Pour ce qui regarde la caufe efficiente de ces pailles , on peut croire quelles tirent leur origine de la nature du fer. Celui, par exemple , qui eft caffant à chaud, parce qu’il abonde en fou-fres, non-feulement fe divife en lames ôc morceaux, mais il a encore ce défaut, que fa maffe qui n’a point de cohérence, fe réduit en pouftierë fous les coups du marteau , comme le feroit une terre qui manque de liaifon. Mais, fi fans pécher par un excès de foufres, le fer n’en a qu’une certaine quantité , alors il s’y leve des feuilles qui couvrent fa furface, comme des écailles ou des grains brillants, ôt qui s’en détachent ôc tombent d’elles-mêmes, par la feule violence des coups du marteau. Cette furface écailleufe du fer peut auffi provenir quelquefois, ou des charbons humides qu’on a employés pour le chauffer, ou du trop de chaleur que le fer a effuyée en chauffant, ou de quelque crudité reftée dans le fer , ou enfin de la mau-vaife qualité du fer même, fans parler de plufieurs autres caufes.
- L’ouvrage d’une femaine dure 132 heures. A chaque cuiffon, y compris le forgea-ge , on emploie 8 heures ou 8 heures 48 minutes : mais s’il y a deux feux dans une forge, il ne faut que 4 heures 24 minutes. Par femaine, ou pendant l’efpace des 132 heures de travail, on fait 17 ou 18 cuiffons de fer crud, outre le forgeage. Si à chaque fois on a coupé la maffe en fix morceaux, on a po bandes par femaine , pefant environ
- ( zi ) En France > on l’appelle Macqueue. = ( ü ) Le Hacheret.
- p.62 - vue 67/218
-
-
-
- DES FORGES.
- 5 6oo ou 4000 par chaque feu : le double pour deux feux. Le poids du fer forgé par femaine varie cependant, ôc dépend du plus ou moins de longueur des bandes, ainfi que de leur plus ou moins d’épaiffeür, Un ièul feu de forge peut dans une femaine produire 4800 à 5600 de fer. J’ai oui dire qu’en une femaine, deux feux avoient produit quatorze ôc jufqu’à feize mille de fer : ce qui doit être bien rare.
- A la fin de chaque femaine , on laifTe fix morceaux de fer, dont on a feulement abba-tu les angles (2î), pour le travail de la femaine fuivante, ôc être étendus fous le marteau. Cette réferve a pour objet de profiter du même feu , qui, en liquéfiant ôc cuifant le fer crud, fert à chauffer ces fix morceaux pour les étirer en barres. J’ai vu aulli une maffe, laiffée dans le foyer ôc refroidie avant que d’être recuite; on l’avoit laiffée pour commencer le travail de la femaine fuivante : mais il n’y a point de profit à cela, parce qu’il faut beaucoup plus de charbons pour recuire une malle froide, que fi elle étoit encore chaude.
- De la maniéré <£ endurcir les greffes Enclumes.
- On enfonce beaucoup les groffes enclumes dans leur tronc (2+). On met défions des lames de fer, de crainte que par la pefanteur des coups réitérés Ôc fans nombre du marteau, elles ne creufent Ôc n’approfondiffent leur gîte. C’eft donc pour empêcher que, en s’enfonçant trop, le marteau ne frappe plus à plomb fur l’enclume, qu’on met def-fous des plaques de fer, quelquefois une feule , d’autres fois trois, même jufqu’à fix ou fept, qui entretiennent renclume toujours à la même hauteur. Il faut obferver que le tronc de renclume ouïe ftoc, doit être profondément enfoncé dans le fol de la forge , en mettant deffous un épais grillage de bois, fur lequel il fera pofé Amplement, fans y être attaché , afin que cedant à chaque coup du marteau , qu’on fçait être très-pe-fant, il plie ôc fe releve , ôc qu’ainft il chancelle à chaque coup, ôc qu’il en fuive le mouvement : il en fera de même pour le bloc (25), qui foutient l’arbre du marteau. Il doit être couché fur le même chaflis , pour fuivre ôc fe prêter au mouvement réciproque du marteau , ôc des dents de l’ârbre (**)'. Cette ondulation ôc cette uniformité de mouvement dans le foc ôc le chevalet, facilitent l’extenfion du fer fous le marteau ; la barre y eft tenue plus ferme, ôc étendue plus commodément : on peut lui donner une figure plus exaête, ôc une furface plus polie. D’ailleurs , à la faveur de tous ces mouvements réciproques , toutes les machines qui font
- mues Ôc tourmentées par une aêtion très-violente , ne fe dérangent ni ne fe brifent pas fi facilement*
- L’enclume de forge, qui eft de fer crud , pefe ordinairement 1200 ou 1400. La partie fupérieure (2?) doit avoir la dureté de l’acier, afin qu’elle puiffe réfifter long-temps aux coups fréquents du marteau : fans cela, elle s’écaiiieroit, ôc on ne pourroit plus unir ni polir le fer que l’on forge defîus. Chaque trou, ou, fi vous voulez, chaque plaie, que lui fait le marteau, paroît dans l’aire de l’enclume , Ôc leur empreinte s’imprime dans les barres de fer que l’on doit polir defîus : par conféquent, cette partie de l’enclume doit être très-dure. Pour la rendre telle , on fait blanchir au feu un morceau d’acier, qui a été préparé pour cela. On l’applique Ôc le foude enfuite à la partie fupérieure de l’enclume , fuivant la méthode de faire les fou-dures ufitée dans les forges , c’eft-à-dire, en chauffant au blanc les deux morceaux qu’on veut fouder enfemble. Après cela, on unit le deffus de l’enclume à coups redoublés de plufieurs marteaux à main, ôc on ne laiffe pas un feul endroit qui ne foit battu, jufqu’à ce que le tout foit uni Ôc droit en tout féns : pour en juger, les Ouvriers fe fervent de réglés Ôc de niveaux. L’enclume doit être fur-tout très-bien dreffée dans le milieu , où les coups du marteau s’appéfantiffent le plus fouvent, c’eft-à-dire, à la diftance d’un demi-pied de chaque extrémité. De-là, Ôc en tirant vers les deux bouts, ôn lui donne un peu de pente. Pendant que les Ouvriers preHent ce travail, ôc qu’à force de coups ils unifient faire de l’enclume, on doit la pofer dans la chambre qui lui eft préparée dans le ftoc : on met deffous des lames de fer, que l’on arrofe d’eau. L’enclume étant ainft placée fur ces lames de fer, fa partie inférieure baigne dans l’eau, de façon que pendant que le deffus eft frappé fans relâche, cette eau empêche que la chaleur ne gagne le bas. Dans le deflêin d’unir toujours mieux le deffus d’une enclume , on trempe à chaque coup le marteau à main dans de l’eau, ôc l’on en frappe fa furface brûlante qui s’en polit mieux. Pendant qu’on fait cette opération , fi on froiffe avec un morceau de fer ou un marteau, la furface encore enflammée de l’enclume , ce Ample froiffement en fait fortir une quantité d’étincelles très-blanches, Ôc femblables à celles que produit le choc d’un caillou contre de l’acier. Après avoir ainft poli l’aire fupérieure de l’enclume, on la tire de fa place Ôc on la porte vers une eau courante , fur le bord de laquelle on place cette partie unie qui doit être oppofée au marteau, de façon néanmoins que l’eau ne faffe que la toucher légèrement , ôc pour ainft dire, la lécher. On la
- ( îj ) Des pièces, = (14) Le Stoe.' = ( 2,5 ) Le Chevalet, = ( 16) Les Sabots. = ( 27 ) L’Aire
- p.63 - vue 68/218
-
-
-
- DES FORGES.
- laiffe ainfi pendant plufieurs heures , ôt on ne la retire que quand cette aire eft refroidie ôt conféquemment durcie : ce qui s’opère d’autant mieux , que l’eau eft plus froide Ôc continuellement renouveliée. Pour cela, on met fous l’enclume une lame de fer, fur faire de laquelle l’eau coule en petite quantité , mais fans difcontinuation, ôc touche légèrement la partie enflammée de l’enclume , qui lui eft oppofée ôt tournée à l’envers.
- Du mouvement plus vif' ou plus lent du gros marteau.
- Les marteaux , dont on fe fert ordinairement dans les forges , font très-gros ôt très-pefants ; ils ne font pas tous du même poids : les uns ne pefent que <?oo, d’autres 1200 (28). C’eft un grand travail, que de faire un marteau, façonner les maffes de fer qui doivent le compofer, ôt les bien fouder. On con-fomme ordinairement à cet ouvrage, douze leftes ou 144 tonnes de charbons. Pour les enclumes, on les fait de fonte ou de fer crud. On attend les derniers jours du travail d’un fourneau, pour les couler dans les moules que l’on a préparés dans le fable. Quelquefois on fait auiTi les enclumes de fer pur dans un foyer de forge. Alors on a coutume de les faire moins greffes que celles de fonte. Pour la confeêtion d’une enclume de fer , on confomme dix leftes de charbons : pour donner à faire du marteau la dureté néceffaire, on s’y prend de la même maniéré que nous avons dite il y a un moment.
- Voici quels font les profits ou les pertes qui peuvent réfulter du mouvement plus lent ou plus rapide du marteau, i°. Si le marteau bat trop lentement, on ne peut pas couper la grande mafTe recuite en autant de morceaux, que fi elle avoit été battue à coups précipités , parce qu’alors elle fe refroidit ôc réfifte au tranchant du cizeau : ce qui oblige de remettre au feu une partie de cette maffe, d’ou il ré fuite une dépenfe fuperflue de charbon ôt du temps. 20. Si le marteau va vite , on peut à chaque chaude (*9) donner aux bandes une plus grande extenfion que s’il alloit doucement. En effet, une bande de fer, encore amollie par le feu, peut dans un certain efpace de temps être allongée d’un demi-pied ou d’un pied; au lieu que fi le marteau va lentement, le fer fe refroidit ôc noircit avant que d’avoir , dans le même efpace de temps, acquis cette extenfion : en-forte , que dans le premier cas, 011 11’aura befoin que de trois chaudes pour perfeêiion-ner une barre, tandis qu’il en faudra quatre ou cinq dans le fécond cas : 30. Du manque de vîteffe dans le marteau, il réfulte plu-
- (28) Le Lijfpund de Suede pefe 4vgrandes livres fui-vant notre Auteur, qui dit aufïi que les marteaux de forge font de 4S à 60 ïiffpunds.
- fleurs inconvénients. Le premier dont nous avons déjà parlé, c’eft qu’on ne peut couper tout de fuite la grande maffe, étant obligé de la chauffer une fécondé fois pour achever de la divifer. Le fécond, qu’il faut donner aux pièces plus de chaudes, qu’on n’auroit fait fi le marteau eût battu promptement ; ce qui confomme en pure perte du temps ôc des charbons. Le troifieme , que plus le fer eft chauffé de fois, plus ordinairement il s’en brûle, ôc plus il perd de fa bonne qualité : car fes nerfs font fenfiblement defféchés, Ôc il devient moins duêfile, outre que fon poids diminue. Le quatrième inconvénient, c’eft qu’à la fin il faut battre à froid la bande que l’on forge : dès-lors le fer durci, réfléchit les coups du marteau, impuiffant pour l’étendre. Le marteau tombant toujours fur un corps dur, fe brife à la fin, foit à la tête, foit aux jointures du col, ou bien il fe défoude ailleurs , ôc ne peut plus être de fervice : il faut en faire un autre pour le remplacer: tels font les principaux inconvénients qu’occa-fionne la chute trop lente des coups du marteau. Que l’on juge par eux des pertes confi-dérables, ôc des dommages qui en réfultent.
- Obfervations générales fur le fer purifié , SC battu en barres.
- Il n’y a que le feu du foyer, qui mette bien à découvert la nature du fer crud. Tous les autres lignes font fort équivoques. Un fer crud, quoique très-caffant, donne fouvent un fer très-duêlile ôc très-pur. En revanche, un fer crud, qui offre dans fa caffure des lames ôc des points très-brillants, donne quelquefois du fer caffant à chaud ; d’autres fois du fer caffant à froid. Si fa contexture intérieure préfente de grandes lames brillantes ôc de grands yeux, ôc qu’avec cela il foit léger Ôc très-caffant, c’eft une marque certaine d’une mauvaife qualité. Il faut cependant attendre que le fer ait paffé par le foyer de la forge, pour fçavoir ôt connoître s’il fera caffant à froid ou à chaud. Si une mafi fe de fer eft tenace quand elle eft chaude, ôc très-ferme quand on la coupe au cizeau, c’eft un figne que le fer eft de la meilleure qualité : fi au contraire elle eft tenace à froid, Ôc fragile à chaud, c’eft un indice d’un fer rempli de fouffres ; comme on juge qu’il n’en a point, lorfque la maffe eft tenace à chaud, ôc fragile à froid. De toutes ces connoiffances, on tire des fignes affurés de la qualité dii fer pour fon extenfion en barres. On en tire auffi de la flamme Ôc des fcories, Ôcc. ainfi que nous l’avons dit. Il y a une elpece de fer qui, à la première fois qu’on la porte fous le marteau, paroît tenace,
- (29) Terme ufîté par les Forgerons pour déiïgner le temps qu’une bande met à être chauffée , avant qu’on la porte fous le «urteau,
- Ôc qui
- p.64 - vue 69/218
-
-
-
- DES 1
- ôt qui à la fécondé ne peiit que rougir fans acquérir cette blancheur , qui indique le degré de feu convenable ; il tombe en morceaux fous le marteau. Enfin , il y en a qui eft caffant à chaud & à froid ; c’eft le plus •mauvais de tous.
- D’ailleurs, par les gerfures ou crevaffes qui fe trouvent à la fuperficie d’une bande y ou qui en pénétrent l’intérieur , on peut encore juger de la qualité du fer forgé. Si les gerfures font fuivant la longueur de la bande , on n’en peut rien conclure ; car il y a de l’excellent fer auquel cela arrive. On trouve fouvent de ces gerfures, fur-tout dans les endroits qui ont été trop applatis : mais fi elles font tranfverfales aux angles de la ban- . de , Ôt quelles en rendent la fuperficie rude ôt raboteufe, c’eft une marque que le fer eft fulfureux. Cette efpece de fer étant chauffée , ne fouffre pas les cou^s de marteau : il fe brife, ôt fe fend çà & la, quand il eft chaud. Lorfque le fer eft taché de ce vice , on voit de petites ouvertures ôt des fentes aux angles des bandes. On porte le même jugement lorfque ces angles font mal tranchés, rudes, mal unis, ôt remplis de petites inégalités ; car cette efpece de fer n’a jamais les angles aigus ôt nets. Il y a encore plufieurs autres indices, que j’ai jugé à propos de remettre à traiter dans la fécondé partie de cet Ouvrage.
- On a obfervé plufieurs fois que dans une même barre de fer, il y avoit une partie d’un excellent fer, ôt l’autre d’une très-mauvaife qualité. Si on met cuire dans le même foyer du fer de deux efpeces, chacune fe range de fon côté, le bon à un bout, ôt le mauvais à l’autre. A l’un d’eux, on voit des nerfs ôt des fibres qui le rendent tenace ; Ôt à l’autre, des lames, des yeux , ôt des points brillants , qui annoncent un mauvais fer. De même, fi une barre de fer eft plus chauffée en un endroit qu’en un autre, on voit le bon ôt le mauvais fer fe féparer , ôt prendre chacun une place différente.
- Le fer crud ne fort pas du foyer de la forge avec le même poids qu’il avoit quand on l’y a mis. Par le moyen du feu, on en expulfe une grande quantité de pierres, de foufres, ôt autres crudités , fans quoi l’on ne pourroit le purifier, ni le rendre duêlile. La diminution qu’effuye le fer purifié, eft ordinairement de
- ou ~ ; c’eft-à-dire, que quand on met, par exemple, vingt-fix livres de fer crud dans un foyer de forge, pour l’y purifier, on n’en doit retirer que vingt de fer forgé. S’il y en a moins, c’eft une perte pour l’Ouvrier ; comme tout ce qui eft au-deffus, eft un bénéfice pour lui. Telle eft la loi du Pays ; ôt l’Ouvrier perd ou gagne à proportion de ce qu’il
- ORGES: 6S
- y a plus ou moins de vingt livtes de fer forgé * fur vingt-fix qui ont été mifes au foyer. On conçoit qu’au moyen de cette loi, l’Ouvrier doit mettre tous fes foins pour rendre là quantité de fer qui doit fe trouver, après le déchet qu’occafionnent les fcories ôt les fumées. Cependant fi on lui foutniffoit du fer mal digéré ôt trop crud, comme on ne peut le rendre ferme ôt du&ile, que par une plus grande confommation ôt de fa fubftàncé ôt de charbon, il doit en prévenir fon Maître; fans quoi toute la perte qui fe trouveroit au de-là du déchet accordé par la loi, feroit pour le compte de l’Ouvrier.
- §. III.
- De la Mine de marais ; de la maniéré de la préparer & de la travailler en Sue de > principalement en Angermanie & en Da-lécarlie; ou du fer qu en Suede on appelle Myrjern.
- O N pourroit en quelque façon refufer le nom de mine defer\ celle de marais ; car,1 au lieu de la détacher, comme les autres mines dont nous avons parlé dans les paragraphes précédents , de la roche dure qui y eft adhérente , on la ramafîe dans les terres molles , fur-tout dans les lieux marécageux ôt humides. Une remarque qui mérite attention, c’eft qu’on la trouve principalement dans les lieux feptentrionaux de la Suede , les plus expofés à la neige ôt aux fortes gelées , ôt non dans les provinces méridionales. Le pays natal de la mine de marais, fi l’on peut hazarder cette expreftion, font fingu-lierement le Jempterland, la Dalécarlie, ôt la Bothnie occidentale. On en trouve encore des veftiges ailleurs, mais fi peu, que, foit à raifon du peu de fer quelle contient, foit à caufe de fa petite quantité, on dédaigne de l’employer. Cette efpece de mine s’appelle en Suede Myrmalin, ou mine de marais* Elle reffemble à de l’ochre, ou à une terre rouge, ôt elle s’amaffe en tas fous la fur-face des marais. Elle n’eft pas d’une feule couleur ; mais elle en adopte plufieurs que nous indiquerons féparément ci-après.
- L’invention de forger du fer, qui eft très-ancienne en Suede, paroît devoir fon origine à la facilité de découvrir les mines de marais t car avant que les hommes ofaffent Ôt fçuffent fouiller dans les entrailles de la terre , il eft probable qu’ils bornoient leurs recherches à fa fimple furface ; c’eft-là qu’ils recueilloient leurs métaux. On a aufii lieu de croire que les Sujous (*) avoient de toute ancienneté l’habitude de forger le fer pour s’en procure^
- ( i ) A ncîens peuples de l’Europe feptentrionale ou de la Scandie»
- Fourneaux 3 Section, R
- p.65 - vue 70/218
-
-
-
- (S 6 DES
- des haches d’armes, des lances, des boucliers ôc des dards armés de pointes de fer. On en juge par les monceaux d’armes de toutes ces efpeces que l’on a découverts en fouillant la terre, ôc qui par la fuc-ceflion des fiécles fe font trouvés enfouis fous de vaftes forêts très-anciennes : en forte qu’il y a apparence qpe c’eft d’eux ôc de leur fer que Virgile entendait parler, quand il a dit:
- .....Quod Noricus cxcoquît ignis.
- Ôn appelle aujourd’hui ces monceaux d’armes cachées fous terre, les arfenaux des païens. La fimplicité des anciennes forges vient aufli à l’appui de notre conjecture.
- Au fortir de la minière, la mine de marais paroît d’abord d’une couleur rouge obfcur, tanné ou châtain. Après avoir été expofée à l’air, Ôc quand elle a perdu Ton humidité , elle s’éclaircit, c’eft-à-dire, quelle prend quelques nuances de blanc. Elle eft plus pefante que toutes les efpeces de terres ou de limons quelconques. Dans quelques endroits, par exemple, le Vermland, ôc entrautres dans la paroifTe de Jarboauhs, on trouve de cette efpece de mine non-feulement dans les marais ôc autres lieux humides, mais encore dans les prés ôc les bruyères, quelque fec qu’en fort le fol. On en trouve même dans les bois, ôc fur - tout dans le penchant des collines, ainfi que dans les vallons def-féchés. Il y a apparence qu’anciennement ces vallons étoient autant de marais où les eaux croupifloient, lefquelles s’étant évaporées avec le temps, ont laifïé à fec ces vallons. C’eft par cette raifon, que fur le bord de ces anciens.marécages, ôc au pied de leurs coteaux, on trouve encore abondamment de la mine de marais. Elle eft comme l’autre d’un rouge roux, tirant un peu fur le blanc. Cette mine eft fi fort dénuée de toute humidité , qu’on peut la brûler Ôc la faire fondre fur le champ. On a remarqué que dans les lieux qui la recèlent, il ne vient point d’herbes grattes. On a aufli reconnu que les meilleures minières de cette efpece, font celles qui, étant fur un coteau fbiblement incliné, font expofées au midi. La mine que l’on en tire, fe trouve pour l’ordinaire de la meilleure qualité : au lieu que ces mêmes minières, expofées au nord, ne donnent qu’une mauvaife mine fans foufre, qui procure un fer caftant a froid.
- Il y a diverfes efpeces de mine de marais, ue l’on diftingue principalement par leurs ifférentes couleurs. Les unes font noirâtres comme du charbon, ôc fe nomment en Suede Braudoercke. Comme cette efpece eft très-mauvaife, on en tire rarement. D’autres font un peu verdâtres comme la racine de buis, ou un poireau: elles fe trouvent mêlées avec une matière dure ôc anguleufe. Preffées
- MINES.
- entre les doigts, elles excitent la même fen-fation que feroit le fel broyé, ou de la pouf-.fiere tamifée. Cette efpece eft plus enfouie en terre que la première, Ôc prenant fon nom de fa couleur, elle s’appelle mine vertey ou GroenoerckeSLWç, eft d’une qualité moyenne , ôc médiocrement riche en fer. La troifieme efpece eft d’un rouge obfcur, ce qui lui a fait donner le nom de Raedoercke. Broyée entre les doigts, on la prendroit pour du gros fel en grains, ôc elfe a fou? les dents la ténacité de la réfine. Elle s’amaf fe en monceaux > que l’on nomme en Suede Skioelugnar, ôc qui mêlés ôc calcinés avec le refte du minerai, fe réduifent en poufliere. Ce troifieme genre de mine marécageufe eft riche en fer, fur-tout celle que l’on tire dans la paroifTe de Lima, qui donne quarante-neuf livres de fer par quintal.
- Il y a en Angermanie trois efpeces principales déminé de marais: La première eft d’une couleur châtaigne prefque brune ; le fer qui en provient, eft fulfureux, ou caftant à chaud. La fécondé, au contraire, donne du fer caftant à froid, ôc eft de couleur brune prefque noire. La troifieme enfin, tient le milieu entre le rouge ôc le brun; elle eft très-riche en fer, ôcdela meilleure qualité. On ne fond point féparément ces trois efpeces de mines ; mais, pour fe procurer un fer aufli bon qu’on le peut délirer, on a foin de les mélanger dans le fourneau de fufion.
- Ceux qui cherchent cette mine, conhoif* fent a la feule infpeètion d’un marais, s’il y en a dedans ou non : car, fi la furface de ce marais eft également plane ôc unie par-tout, ils jugent qu’il n’y en a point : au lieu que fi elle s’élève par-ci par-là en petits monticules qui forment de petites pentes, ils concluent que l’on y en trouvera.
- La furface des lieux marécageux n’eft pas le feul indice fur lequel les gens habiles con-noiffent s’ils contiennent ou non des mines de fer : ils en jugent encore par les plantes , dont ils font garnis. En effet, chaque efpece de terre affe&e en particulier une forte d’herbe ôc de plante quelle nourrit ôc entretient préférablement aux autres. Or, lorf qu’une terre fe trouve chargée de beaucoup de fer en folution, elle le communique nécefc fairement parla voie de la feve, comme une efpece de fucoude lait, à la plante qu’elle chérit. Par conféquent dans les endroits marécageux oùily a de cette herbe ou plante favorite plus épaiffe ôc plus forte que de coutume, on conclut que ces endroits font remplis de mine de fer ; ôc ces végétaux indiquent même la place des minières, pourvu cependant que ces marécages foient d’une'nature ferrugineufe.
- Lorfque dans le voifinage il y a des eaux ftagnantes, fur-tout de celles qui découlent
- p.66 - vue 71/218
-
-
-
- DES MINES. 67
- d’un marais, elles donnent encore un témoignage affuré des minières de fer qui y font cachées quelque part, fût-ce à la diftan-ce de cent, de mille, ôc même de dix mille pas ; car fi ces eaux rougiffent à leur furface, ou fi elles font couvertes d une petite pellicule onêtueufe, tenace ôc un peu rouge, il n’y a quà remonter à leur fource; l’on eft fûr d’y trouver la minière qui fournit cette teinture ou cette pellicule. Tout au moins on peut en conclure, avec toute fureté, qu’il y a une minière dans le marais voifin. Plus l’eau charie loin cette teinture martiale, plus on juge que la minière eft abondante. Si au contraire les eaux dont nous parlons, font claires ôc fans altération de leur couleur naturelle, qu’on ne cherche point de minières dans leur voilinage : on fe verroit trompé dans fon efpéranoe. Les gens du pays ont encore d’autres indices pour découvrir les minières : mais on doit fe contenter de ceux que nous venons de défigner, fçavoir, la furface des marais plane, unie, ou en boffages ; la maniéré dont les herbes ôc les plantes y végètent ; enfin, la couleur des eaux voifines qui entraînent de la mine avec elles.
- En été, lorfqueles chaleurs ont defféché les marais, ôc que l’on peut en fureté marcher fur leur furface, impraticable en tout autre temps, on fouille ôc on fonde le terrein que l’on foupçonne receler de la mine. Pour cela, un Ouvrier, muni d’un bâton de fapin ou d’un petit pieu quarré, aiguifé par un bout, ferré, ôc faifant l’office d’une tarriere, le tient par le manche, Ôc l’enfonce en terre à la profondeur d’une aune (2 ) ou environ. En le tournant pour pénétrer plus avant, il fent au taâ s’il y a de la mine, ôc quelle peut être fa profondeur : car fi la terre eft molle ôc facile à percer, s’il ne fent aucun frémiffement dans la main, c’eft un figne qu’il n’y a point de mine dans l’endroit que l’on fouille. Si au contraire il fent une certaine réfiftance, comme s’il enfonçoit un bâton dans un tonneau plein de fel, ou dans un tas de farine groftiere, ou bien comme s^il coupoit un morceau de cuir avec un mauvais couteau; alors c’eft une marque qu’il y a de la mine dans l’endroit fondé. Il peut arriver qu’en enfonçant la fonde on ne fente aucun trémouffement dans la main; cependant Ci en la retirant on la trouve environnée de quelques parties de terre rudes comme des grains de fel, les gens entendus ne doutent point qu’il n’y ait de la mine ; ce qui les engage à ouvrir une folle pour s’affurer, jufqu’à une certaine profondeur, de la qualité de cette mine par le témoignage Ôc de leurs yeux Ôc de leurs mains.
- (z) Un pied 9 pouces. == (3") io pouces | ou $ pouces r
- (6) 87 pieds =(7) xo pieds j à 14 pieds.
- Les Ouvriers ont auffi la coutume de faire -la déguftation de cette efpece de mine. Si elle fe diffout facilement dans la bouche, Ôc fi elle s’attache aux dents, comme feroit la réfine, c’eft une preuve que cette mine eft de la meilleure qualité. On en juge tout différemment, fi preffée entre les dents, elle leur réfifte, comme du fable.
- Quant à la firuation ôc à l’épaiffeur de» différentes couches de terre Ôc de mine, oà a obfervé que dans les minières de marais* la première couche, celle qui occupe le deffus, eft d’une terre ftérile ôc marécageufe * épaiffe tantôt d’une demi-aune, tantôt, d’uii quart ( * ). Vient enfuite la mine de fer, dont la couche n’a pas par-tout la même épaiffeur* Ici elle eft plus épaiffe, là elle l’eft moins * fuivant la nature du terrein. L’épaiffeur ordinaire d’une couche de mine de marais eft d’un quart, une demie, Ôc quelquefois trois quarts d’aune (4). Deffous le banc de mine* eft un lit de pures pierrailles, ou d’une terre plus molle ôc marécageufe ; enforte que ces deux terres, d’efpeces différentes qui enveloppent la mine, femblent conferver Ôc alimenter dans leur fein le tréfor quelles y rem ferment. Il eft rare de trouver à la furface d’un marais des bancs de mine, dont la profondeur excede un quart d’aune (5 ) : paffé cette épaiffeur, il fe perd. Il y a eu des Curieux qui, fous le lit de deffous, fur lequel la mine repofe, croy oient trouver des montagnes de mine ou des pierres chargées dé mine. Vainement ont-ils creufé ôc cherché; leurs expériences ont toujours été infruc* tueufes.
- Si avec le bâton ferré en forme de tarriere , on fonde tout un marais , il ne faut pas s’attendre à trouver dé la mine par-tout, ni croire que la minière n’occupe qu’une feule ôc même place ; on verra au contraire quelle fe partage en petits ruiffeaux, qui ferpentent dans le marais, ôc fe répandent çà ôc là. Ici le banc eft plus épais ôc plus large ; là, il n’offre qu’un petit fentier ; ailleurs , il fe répand au large fans épaiffeur. Sur ces obfervations, un Sondeur retourne fur fes pas ; ôc imitant les tours ôc détours d’un ruiffeau d’arrofement qu’on promene à fon gré fur les prés , il fuit les autres bancs de mine du marais , ôc fur-tout les monticules fous lefquels elle fe cache. S’il eft habile , en fuivant ôc remontant un banc de mine, il parviendra enfin à leur commune origine* Les différents dépôts de mines de marais,’ n’ont pas tous la même étendue ; les uns ont un diamètre de fo aunes (6) ; dans d’autres, il n’eft que de 6 ou 8 aunes (7) : à l’égard de leur configuration, elle eft ou ronde, ou ovale, mais communément inégale.
- ( 4 ) ? pouces l j xo pouces {, 15 pouces {. = (?) i pieds fi
- p.67 - vue 72/218
-
-
-
- #8 DES
- Nous l’avons déjà dit ci-devant, la mine marécageufe traverfe ordinairement les mon* ticules épars de côté & d’autre fur la furface d’un marais : elle s’attache aulTi très-fouvent aux racines des arbres. On diroit que le fuc minéral eft retardé ôc arrêté dans fa courfe par ces racines entre lefquelles il fe fait un lit pour s’y repofer : on voit alors les racines entrelaffées dans le lit de mine qui les enveloppe. C’eft dans ces endroits ôc parmi ces racines, que l’on tire la meilleure mine ôc la plus abondante. Quelquefois elle s’attache aufli par préférence aux racines d’un arbufte quelle aime, qui reffemble à l’algue, ôc que l’on nomme en Suede liimggreas. Elle em-bralfe fi étroitement les racines de cet arbufte, que les maffes de mine qu’on enleve , paroiflent percées de toutes parts, par les filaments même les plus déliés de ces racines. Ce genre de mine eft très-riche ; ôc fur les lieux on l’appelle pipmalm , ou mine en rofeaux, mine criblée. Rarement on trouve dans les endroits plats ôtunis d’un marais, de la mine dont les couches aient plus d’un quart d’aune d’épaifîeur (8) ; encore cette ef-pece de mine eft-elle très-pauvre en fer : on diroit que dans fon écoulement le fuc martial ne s’eft point arrêté, faute d’avoir trouvé une retraite ou un port convenable.
- Les gens du pays prétendent que l’on voit les lits de mine qui font, foit fous les monticules dont nous avons parlé, foit ailleurs, accroître Ôc s’augmenter fenfiblement tous les ans : ils difent aufti qu après que ces lits ont été vuidés, ils fe remplilfent au bout de quelques années.
- La mine de marais ne reffemble pas toujours à du gravier, ôc n’eft pas toujours menue comme du fablon. Quelquefois on la tire en maffes affez groffes, ôc qui brillent dans leur point d’interfeêlion : l’endroit de la caffure eft d’une couleur brune, ôc affez femblable à un cuir coupé, ou à la mine flu-viatile dont nous parlerons dans le paragra-phe fuivant.
- On ne tire que la mine qui occupe le milieu du banc, principalement celle qui eft autour des racines d’arbres ôc d’arbuftes dont nous avons parlé. On laiffe celle qui eft deffus ôc deffous ; on ne choifit, pour ainfi dire, que la moelle, parce quelle eft la plus riche en fer : en forte, que fi le banc qu’on exploite, a un pied d’épaifîeur, on n’en tire que le milieu, c’eft-à-dire, environ un demi-pied.
- En général, les mines de marais font peu fertiles en fer ; il y en a qui rendroient à peine j pour cent, d’autres 20 : ainfi cela va de f à 20 pour 100, ou un peu plus. Cette efpece de mine n’eft atdrable par aucun aimant, à
- MINES.
- moins quelle n’ait été grillée. Elle tient en cela beaucoup de l’ochre ôc de la rouille , qui font également rebelles à l’aêtion de l’aimant : auffi le fer qui en provient, eft-il plus aifément réduit en diffolution Ôc en rouille , que celui que fourniffent les autres efpeces de mine»
- De la maniéré de griller ou calciner la Mine de marais.
- On tire la mine de marais au printemps 9 ou d’abord que la terre eft dégelée. Séparée de la terre qui la couvroit, on la laiffe ex-pofée au foleil, pour que l’humidité s’évapore. On la laiffe jufqu’à la fin de l’automne, avant que de la calciner & de la fondre. Lorfque les endroits d’où on la tire font fecs , on n’attend pas fi long-temps à l’employer ; car à la longue elle fe confommeroit : les pluies la font en quelque façon pourrir, ôc la dépouillent de fes parties métalliques. Il faut paffer au grillage cette mine fabloneufe , avant que de la fondre : autrement le feu de fufion ne pourroit en féparer les parties ter-reftres, ôc le fer qui en proviendroit, feroit rempli d’impuretés.
- En Dalécarlie, on fait le bûcher dans l’endroit même où on tire la mine : à chaque grillage, on met fur le feu 20 charriots de mine. On emploie pour cela des bois longs de 8 ou 10 aunes (5) ; on en fait trois couches l’une fur l’autre , celle du milieu en travers, ôc l’on a foin que ces bois ne foient pas ferrés. On met deffus de la mine d’un quart ou deux cinquièmes d’aune (l0) d’é-paiffeur, ou pour mieux dire, autant que la quantité de bois que l’on emploie , en peut griller. On allume le bûcher de toutes parts, afin que la mine foit également environnée ôc pénétrée du feu de tous côtés. Quand il eft en partie brûlé, on tire le bout des pièces de bois, afin que la mine , déjà calcinée , puiffe couler entre les vuides qu’on leur ouvre , Ôc gagner le fond où elle fe refroidit d’elle-même. Pendant ce temps, on remet de nouveau bois & de la mine deffus, jufqu’à ce que toute la mine, que l’on a à fa portée , foit grillée : enfin, pour la préferver de la pluie, on la couvre de planches, ou onia tranfporte dans un lieu couvert.
- Dans le Jempterland, l’Angermanie, ou la Bothnie occidentale, on fuit une autre méthode. On pofe deux poutres, fur lefquelles on place trois rangs de bois fcié, fec Ôc d’une groffeur convenable. On éleve le bûcher à l’air, Ôc on lui donne fix aunes en quarré (“) : ordinairement , pour griller une charretée de mine, il faut une aune cubique de bois (IZ). On charge le bûcher de mine, à la hauteur d’un pied : mais pour que
- ( 8 ) j pouces = (9 ) 14 pieds ou 17 pieds = ( 10) $ pouces \ ou 8 pouces» = ( 11 ) 196 pied quarrés. (n) pouces cubes.
- le feu
- p.68 - vue 73/218
-
-
-
- DES MINES.
- le feu falle mieux fon effet, il faut quelle ait été préalablement defféchée au foleil. On allume enfuite le bûcher ; ôc pour chaque calcination , il faut 24 heures : lorfqu’elle eft finie , on voit que la mine s’eft attachée ôc ramaffée en tas ôc en maffes.
- A Graning, en Angermanie, ona autrefois effayé de fondre la mine de marais, fans la paffer par le grillage. On penfoit que les parties étrangères ôc nuifibles qu’elle contient, fe diffiperoient allez par l’aêtion du feu de fufion : dans cette idée, on fe conten-toit de la deffécher , ôc à l’aide d’un feu doux, de la dépouiller des corps vicieux ôc hétérogènes : mais cette épreuve n’a pas réufli. Non-feulement, le fer qui provenoit d’une pareille mine , fe trouvoit chargé d’impuretés ; mais en le forgeant en barres on en perdoit les deux tiers, tandis que le déchet ordinaire n’eft que d’un tiers. On en a conclu qu’il falloit néceffairement griller la mine de marais ; que c’étoit le feul moyen de la dépouiller , avec un feu du fécond degré, des corps nuifibles, qui fans cela réfifteroient au feu de fufion, ôc altérer oient la qualité du fer de fonte.
- De la maniéré de conflruire le fourneau de fujion.
- En Dalécarlie, pour conftruire un fourneau de fufion, on choifit un terrein uni, dans lequel on creufe une foffe de trois pieds de profondeur, fur cinq de long ôc quatre de large. La grandeur du fond eft de deux pieds, fans tuyau d’évaporation ôc fans pierre fondamentale , fans même que le foyer ait l’efi pece de conftruêtion ôc d’arrangement qu’on lui donne dans un grand fourneau. On le forme 'Amplement avec de groffes pierres
- Îdattes , qu’on arrange dans la foffe , ôc que ’on enduit d’argile : le fond eft fait de terre féche, mêlée de quelques fcories.
- En Angermanie, on fait différemment ; on met deux foufflets au fourneau, Ôc le foyer reffemble affez à ceux dans lefquels on purifie le cuivre : il eft feulement plus profond ôc plus large au-deffus, que ceux dont on fe fert en Dalécarlie. L’eau fait mouvoir ces foufflets qui font de cuir, Ôc les fourneaux y font aufli plus grands, au moyen de quoi on y peut, à chaque fois , fondre une plus grande quantité de mine: cette conftruc-tion n’eft pas en ufage dans toute l’Anger-manie. On met auffi deux foufflets, ôc on fait les fourneaux plus grands Ôc plus larges, dans la partie occidentale de la Dalécarlie, entr’autres à Lima, que dans le refte de cette Province : on y pratique auffi une ouverture pour l’expulfion des fcories, enforte que dans
- 69
- le même efpace de temps, on y fond le double de mine.
- En Angermanie, le fond du fourneau fe fait avec une table de pierre ; le foyer a une aune ôc demie (I3) de profondeur ; l’ouverture du defîus, une aune ôc demie de diamètre ; ôc il eft de forme ronde jufqu’à la thuyere, fous laquelle le foyer eft quadrangulaire de trois huitièmes d’aune (I+), avec des angles arrondis : la thuyere n’eft éloignée du fond que de quatre doigts.
- On ne fait à ce fourneau aucune ouverture , comme dans les autres, pour laiffer écouler les fcories ; mais lorfqu’il y en a une trop grande quantité, ôc qu’elles montent à l’orifice du vent, on les tire par le trou même de la thuyere : ordinairement, on les laiffe jufqu’à la fin de chaque coulée, ôc quand elles font refroidies, elles couvrent la furface du fer.
- Tout petit qu’eft un pareil fourneau , il n’en eft pas moins digne d’attention par fon antiquité ôc fa fimplicité : je ne puis donc me réfoudre à paffer fi légèrement fur fa conf-truclion, dont je vais donner un détail plus ample. On le bâtit dans un lieu très-fec , dans un bois ou fur le plan incliné de quelque coteau, à l’abri du vent ôc des tempêtes. S’il eft poffible, on choifit par préférence un endroit proche un petit courant d’eau, affez fort pour faire tourner la roue qui fait mouvoir les foufflets, fans quoi il faudra les faire aller à force de bras. On le fonde à nud fur le fol. D’abord , on maçonne un mur épais d’une moitié ou trois quarts d’aune (IS) ; fur ce mur, on pofe une pierre de roche , blanche. ou grife , épaiffe d’un demi-pied, Ôc fur cette roche, on fait le creu-fet, auquel on donne une forme oblongue , ayant cinq quarts d’aune de long (lô) fur une moitié ou trois quarts d’aune de largeur, ôc une aune (I7) d’élévation perpendiculaire. A l’endroit même ou fe termine ce réceptacle du fer en fufion, commence la cavité du petit fourneau , qui comme une efpece de cône renverfé s’élargit à fa partie fupérieure, dont le diamètre eft de deux aunes ôc demie. (I8) Du fond du foyer au fommet du fourneau, on donne quatre aunes ôc un quart de hauteur , fur un quart ou une demi-aune d’épaifleur. (19 ) On enduit d’argile l’intérieur des parois Ôc du foyer. On étend de la poufliere de charbon fur le fond , mais feulement la première fois ; ôc quand on commence un fondage dans un fourneau neuf : enfuite ôc pour la confervation du fond , on y met une grande quantité de cette poulfiere de charbon. On arrange dans le bas une ouverture par laquelle le vent doit pénétrer dans le foyer.
- (13)4 pieds 7 pouces {. = ( 14) ? pouces = ( 1? ) 10 pouces { ou 1? pouces f. = ( 16) 1 pieds z pouces (17; Un pied 9 pouces. = (18) 4 pieds 4 pouces -, = (1^)7 pieds 5 pouces-4, ou $ pouces^, ou lopo.uces 1.
- Fourneaux, f. Section. S
- 1
- p.69 - vue 74/218
-
-
-
- DES MINES.
- Cette ouverture eft à une denii-aune au-deffus de la pierre du fond. Elle n’ eft inclinée que du degré qu’il faudroit à une goutte d’eau pour y couler d’elle-même ; autour des parois du fourneau, on met des pièces de bois taillées ôc entrelaffées,éloignées néanmoins des murs de trois quarts ou feu*-lement un quart d’aune. (2°) On emplit l’entre-deux juîqu’à l’ouverture du deffus , avec de la terre en pouffiere, bien, battue ôt comprimée. Si pendant le travail on voit que le feu veuille percer les murs, ôt brûler les chalîis de charpente, qui tiennent le tout en relj>eâ, on l’empêche en les arrofant d’eau. On entretient le feu du fourneau avec deux foufflets de cuir *, Ôt alors ce fourneau s’appelle Twekielling, à deux vents , ôt En-kielling, à un vent, s’il n’y a qu’un fouffiet. Le diamètre de la roue eft de trois aunes, (2I) ôt l’arbre quelle fait mouvoir a fix aunes de longueur (21). S’il n y a qu’un feul foufflet, on le fait mouvoir par un homme ou une femme. Pendant ce temps là celle-ci debout peut filer Ôt tenir fon fufeau ôt fon fil, enforte querempliffant deux objets à la fois, elle travaille en même temps des pieds Ôt des mains, dans l’efpoir d’un double gain.
- A Graning en Angermanie, on a bâti pour le même ulage un petit fourneau d’une autre figure ; depuis le fol julqu en haut, le mur n avoit que trois aunes d’élévation (2?). Il étoit fait avec de la roche grife. La capacité du foyer étoit de cinq aunes ôt un quart (24) de longueur, fur trois aunes de profondeur vers le mur de derrière , qui avoit trois quarts d’aune d’épaiffeur. A l’endroit où fini/Toit cette partie du mur élevé perpendiculairement, commencoit un autre mur élevé obliquement à la hauteur de dix aunes (2J) jufquà l’ouverture du delîus, qu’il gagnoit en îe rétrécilfant. La cavité de la cheminée avoit trois quarts d’aune de large, ôt une de long. (26) Le foyer étoit double, ôc ils étaient joints l’un ôc l’autre par le delîus. Chaque foyer étoit élevé de deux aunes, fur deux aunes de diamètre. (2?) Le fond étoit garni d’une lame épaiffe de fer crud , pofée horizontalement à quatre doigts de la thuyere. Ils étoient enduits l’un ôc l’autre d’argile commune. Le côté du foyer, depuis le fond julquà la thuyere, étoit élevé perpendiculairement ; le refte alloit en s’élar-giflant. De l’orifice de la thuyere jufqu’au fond, le foyer étoit de forme quarrée, profond de quatre doigts, fur une demi-aune de diamètre. (**) A un des côtés de ce petit fourneau de nouvelle conftru&ion, il y avoit une ouverture pour la fortie des feories, de la mêtne hauteur Sc largeur que le foyer.
- Pendant la fufion, cette ouverture étoit bouchée de fable ôc de feories pulvérifées, comme dans les grands fourneaux.
- On peut mieux voir la conftruêtion de ces fourneaux par le deffein, qui aux figures A ôt B repréfente un ancien fourneau ôc un ordinaire. A repréfente la fection horifontale du fourneau, avec l’arrangement des bois qu’on met au-deffus. B, la coupe perpendiculaire. Cy un nouveau fourneau, à deux foyers ou creufets. D y la coupe horifontale des foyers.
- De la maniéré de fondre la mine de marais.
- Quand il eft queftionde fondre cette mine, on emplit le fourneau de bois fec, qu’on laiffe brûler jufqu a ce qu’il foit échauffé. On le remplit une fécondé fois de bois fec Ôc fcié ; ôt lorfqu’il eft allumé, on met delîus une petite quantité de mine calcinée. Lorf-que le bois eft converti en charbon , on • fait mouvoir les foufflets lentement d’abord, enfuite plus vite. Sitôt que la première mine que l’ona mile, commence à fondre, on en met de la nouvelle ; Ôc ainfi de fuite. Il j a des endroits où l’on en met jufqu’à fept . fois.
- On trouve au milieu du fond le fer environné de feories : on arrête le vent ; enfuite avec une tenaille on enleve une petite maffe de fer que fon partage en deux. Cela fait, ôc à l’aide d’un marteau pareil à ceux dont fe fervent les chaudronniers, ou d’un autre inf-trument de fer , on détache du fond ôc des côtés les feories , que fon jette au rebut. Il faut obferver que la fonte qui provient de la mine de marais n’eft jamais fi liquide, que celle que donne la mine de montagnes. La première eft épaiffe, grainelée, coule lentement, Ôc s’épaiftit aifément. Pendant vingt-quatre heures , on fait fept de ces coulées ; ôc à chaque fois on peut avoir 67, ou ÿo, ou même 110 livres de fer crud, qu’on purifie enfuite dans un foyer de forge. Dans un fourneau à un feul vent, qu’on appelle Enkielling, on fait, tant le jour que la nuit, fix, fept, ôc huit coulées, à chacune defquelles on a 30 ou 40 livres de fer. Dans un fourneau à double vent , autrement Twekielling, comme on a deux maffes à chaque coulée, on a feize maffes en huit coulées, c’eft-à-dire, 1024 livres de fer, ce qui équivaut à un poids de marine ôc douze grandes livres.
- Pour ce qui regarde le petit fourneau, dont on fefert en Dalécarlie ôc en quelques autres endroits, quand il eft préparé, ôc que les bois font arrangés dans l’ordre preferit, on y met le feu par le trou de la thuyere. Les bois
- (10) if pouces \ ou y pouces = 00 5 pieds 3 pouces. =(zî) io pieds i. --=(13) y pieds 5 pouces. (14) 9 P^ds 4 pouces 4, = O O 17 pieds £. = (16) ly pouces | & 1 pied ? pouces, = (17) 3 pieds ( x8 ) 10 pouces 7.
- p.70 - vue 75/218
-
-
-
- DES MINES.
- font bientôt confumés ôc réduits en petirs charbons ardents ; alors on répand deffus un panier de mine calcinée. Lorfque la flamme a pénétré la mine au point que l’on puiflfe voir les charbons à découvert, on met un autre panier de mine, ôc l’on continue juf-qu’à ce qu’il y en ait 24 ou 30, quelquefois plus. Lorfque les charbons font defcendus au milieu du fourneau, on ne met plus qu’un demi-panier de mine. Il faut obferver que plus on fait de charges de mine, plus on peut en augmenter la quantité à chaque charge , parce que le fourneau eft échauffé davantage. Enfin, quand les charbons font defcendus à la hauteur de la thuyere, on arrête le vent ; ôc à l’aide d’un crochet de fer , on tire dehors les charbons qui xeftent : enfuite on découvre la maflfe, ou l’efpece de pain de fer cuit, au milieu du foyer. A l’aide d’une tenaille, on l’enleve toute rouge ôc toute brûlante ; après quoi on nettoie le foyer de toutes les fcories que l’on jette dehors, ce qui doit fe pratiquer néceffairement à chaque fufion. Au commencement , attendu que le fourneau n’eft pas bien échauffé, on n’a qu’une maffe de ter, à peine du poids*de 20 livres : mais après trois jours Ôc trois nuits, on en a jufqu’à 68 ôc polivres.La maffe ainfi tirée du foyer, & tenue avec une tenaille, fe porte fous le marteau, êc fe bat en forme prefque ronde. On a foin de ne laiffer aucune partie faillante qui puiffe s’en détacher. Cette petite opération de fufion dure à chaque fois deux heures. Pendant ce temjps, un Ouvrier peut fendre autant de bois qui! en faudra pour la fufion fuivante.
- Le bois, pour être propre à la fufion de la mine de marais, doit être fec, facile à brûler, Ôc gras, afin que non-feulement il s’allume facilement, mais qu’il conferve Ôc nourriffe bien la flamme. Il y a deux Ouvriers à chaque fourneau ; un qui fait marcher les fouffiets avec les pieds, lorfque l’eau ne les fait pas mouvoir, Ôc l’autre qui fend ôc place le bois.
- On a encore effayé à Graning, d’échauffer le fourneau avec du charbon, au lieu de bois, ôc de faire la fufion comme dans les fourneaux ordinaires : mais cela n’a pas réufi fl, ôc le fer qu’on obtenoit, étoit plein de fcories; ce qui fait voir que pour la fufion de la mine marécageufe, il faut un feu de flamme qui foit très-vif.
- Si on veut brûler de la mine crue, qui n ait pas été grillée , le fer qui en provient eft rempli de fcories ôc d’impuretés, ôc fouf-fre un très-grand déchet quand on le purifie dans un foyer de forge.
- Il faut encore obferver que lorfque le fourneau s’échauffe trop, il faut un peu le rafraîchir avec de l’eau ; autrement on dit que la mine ne rend pas tant de fer.
- 7i
- Comme le fer qu’on obtient ainfi, eft encore impur, crud, Ôc mal cuit, il faut le purifier ôc le recuire dans un foyer de forge animé par des fouffiets. Quand il eft bien purifié , on le porte fur l’enclume, ôc on le fait battre au point que toutes les fcories en font expulfées; ce qui rend le fer tenace, quoiqu’il diminue de près de moitié.
- De la maniéré de faire de Ü acier avec cette efpece de fer.
- Lorsque cette efpece de fer eft endurcie,' elle reffemble à l’acier. Les gens du pays di-fent qu’011 en peut faire le plus excellent acier, mais cependant de nature à s’amollir aifément, ôc à redevenir fer fi on le tient trop au feu. Aufli les Dalécarliens portent-ils par toute la Suede des inftruments qu’ils fabriquent avec ce fer, comme des haches , des faulx, ôcc.
- Lorfque l’on veut faire de cet acier, on met la maffe de fer en plufieurs morceaux, ôc l’on choifit ceux des bouts, & non ceux du milieu, qui font trop tenaces pour être convertis en acier. On met une fécondé fois au feu ces morceaux choifis, fans cependant les mettre en fufion; s’ils fondoient, on tenteroit inutilement de les convertir en acier. Quand cela arrive, on y jette du fable ; on arrête le vent, afin que le fer liquide s’épaifliffe : enfuite par le moyen des fcories on le met en fufion , ôc ,on fe procure du fer d’une bonne qualité; après quoi on effaye une fécondé fois d’en faire de l’acier : mais fi en le chauffant, au lieu de fe liquéfier, il demeure épais, prêt à fe féparer en groffes molécules, on le retourne fur le champ pour lui faire effuyer de l’autre côté une pareille fueur. Avec ces préparations, on obtient de l’acier qui eft tenace jufqu’à ce qu’on l’ait trempé dans l’eau froide. Le fer dont nous avons parlé, peut encore être converti en acier par la méthode ordinaire.
- Pour ce qui regarde la conftru&ion des petits fourneaux, Vyye^ les Planches VIII, IX ôc X: dans l’une, à la lettre A, on voit la mine de marais non calcinée. B eft le bûcher préparé pour la calcination. M, de la mine calcinée. D, E, F, G, H, I, K, font des outils de différentes efpeces. On y voit aufli la partie inférieure d’un fourneau.
- Dans l’autre, on voit en A B le deffus d’un petit fourneau ; en B CFG, les bois dont il eft entouré; en GG, le fond du foyer; en CD , le vuide rempli de terre entre les bois ôc les murs ; en DE, l’épaiffeur du mur ; en EE, l’ouverture du deffus; en H, le foyer qui reçoit le fer en fufion : en II, la pierre fondamentale ; en KK, la place des fouffiets ; en L, le trou de la thuyere ; en MM, le commencement de la cavité d’un petit fourneau.
- p.71 - vue 76/218
-
-
-
- 7i DES
- La .troifieme Planche repréfente en A le deflfus des bois qui foutiennent le fourneau ; en B, la marge fupérieure du mur ; en D, fa partie la plus baffe; en BCDE, Fépaiffeur des poutr,es; en IG, celle du mur; en GG, la largeur de l’ouverture du deffus ; en H, le foyer ou le creufet; en /, l’ouverture pour fortir les fcories ; en KK , la place des fouf-flets ; en L, le trou pour le vent; en M, les deux foufflets ; & en A, les leviers au moyen defquels on met les foufflets en mouvement.
- §.ÏV,
- De la Mine fluviatile en Suède, & de fa réduftion enfer.
- Dans quelques endroits,on tire des lacs Ôc des fleuves de Suede, une mine qui ne différé pas beaucoup de celle dont nous venons de parier. Elle femble devoir fon origine à un lue martial, qu’on voit quelquefois à découvert découler d’un marais voifin : c’eft pour cela que nous la mettons à la fuite de la mine de marais. Non-feulement en Anger manie, en Dalécarlie ôc autres lieux feptentrio-naux, le fond des lacs eft enrichi de cette efpece de mine ; mais on en trouve encore dans la Smalandie Ôc en quelques endroits de l’Oftrogothie , qui font plus proches du midi.
- Cette efpece de mine offre des chofes remarquables qui peuvent nous donner des notions, tant fur la formation ôc la production de la mine du fer, que fur fa maturité : car on voit fenfiblement le fer s’engendrer dans les eaux ftagnantes ; on le voit fe combiner avec les terres marécageufes, ôc fermenter, pour ainfi dire, avec elles, fur-tout quand elles font expofées au grand foleil ôc au grand froid : mais nous verrons cela ailleurs.
- De la mine de fer des lacs.
- En Ângermanie , cette mine eft d’une forme rude ôc inégale , comme une éponge de couleur brune. Dans un lac, on ne la trouve point par-tout, mais à part, dans certains endroits particuliers qui lui conviennent. Il y en a en petits morceaux, de la grandeur de la paume delà main : quelle que foit fa figure , ronde ou applatie , elle eft toujours rude ôc inégale. Dans fa fraélure, elle reffemble à du cuir coupé, & ordinairement elle en a l’épaiffeur : elle a fi peu de dureté , qu’on l’écrafe aifément entre les doigts. Quant à fon origine, on la voit fen-fiblement venir d’un marais voifin, d’où elle fe précipite dans les eaux du lac, comme un lue très-fubtii. Sa pefanteur eft caufe
- • { i ) jï pieds = ( i ) i pieds 4 pouces. =3 (3)8 pieds \
- MINES.
- qu’on ne la trouve pas loin du rivage : elle ne s’en éloigne pas au-delà de 18 aunes (').
- Là, elle s’attache #ux rochers ôc aux pierrailles du fond , ce qui fait qu’on en trouve des morceaux qui renferment une pierre, ou qui y font attachés par un des côtés. Quand \ on a tiré toute la mine d’un endroit, au bout de 20 ou 30 ans, il y en revient d’autre que l’on tire de nouveau : avant la calcination , cette mine n’eft point attirable par l’aimant.
- Elle n’eft pas riche; mais après le grillage, elle fond très-aifément. On la tire du fond en été avec des barques. On a repréfenté , planche VII, la figure de la bourfe qui fert à la ramaffer Ôc l’enlever. Deux Pêcheurs s’aident. Un racle le fond avec la bourfe ; Ôc l’autre, avec une efpece de rabot, va au-devant, ôc pouffe la mine dans la bourfe ; ce qui fe continue jufqu’à ce quelle foit pleine : on l’éleve enfuite, ôc on la renverfe dans la barque. Cet inftrument BM, eft long de cinq quarts d’aune (2) : il eft fait de gros fil.
- Son manche AB, a cinq aunes de long (3). Deux Ouvriers peuvent tirer quatre tonnes de mine par jour. Il y a des places où il y en a peu ; dans d’autres, elle eft épaiffe de trois quarts d’aune (4) : ce qui eft le plus qu’on ait coutume d’en trouver. Elle eft plus abondante parmi les cannes ôc les rofeaux : il femble quelle cherche leurs racines. Les pierres auxquelles elle s’attache, font ordinairement des cailloux, ou des pierres communes de couleur grife. Quelquefois elle y eft fi fort adhérente, qu’on ne peut l’en fépa-rer qu’à l’aide du feu : ce qui fait qu’on la calcine, d’autant quelle eft viciée par l’alliage de beaucoup de corps étrangers que la calcination en fépare.
- Par toute la Smalandie, il y a des lacs au fond defquels on trouve de cette mine, ôc d’où on la tranfporte pour l’approvifionne-ment des grands fourneaux, où onia fond en la maniéré ordinaire. Dans cette Province ôc les autres voifines, il y en a en fi grande abondance, que l’on peut en fournir plufieurs fourneaux.
- Cette efpece de mine adopte plufieurs fi-gures;quelquefois rondes,d’autres fois ovales, ou bien inégalement granulées comme du fable, mais plus communément arrondies comme des grains d’orge, de froment, ou des fèves. Ce§ grains pefent peu : au milieu ou dans la caffure, ils font jaunes ôc rougeâtres. Quelquefois femblables au filique des noix ou du gland ; c’eft une croûte, une écorce légère, qui enferme un noyau. Dans bien des morceaux, lorfqu’ils font calfés, on voit un certain arrangement ôc des con-volutions de cruftacées. Dans quelques-unes
- = (4) 1? pôuces £.
- de
- p.72 - vue 77/218
-
-
-
- DES MINES.
- de ces mines , îa couleur noircit plus ou moins : dans d’autres elle jaunit, ôt cette derniere efpece eft la meilleure.
- Cette mine eft très-légère : fon poids ôt la couleur n annoncent pas du fer. On dit que mouillée, elle eft plus pefante, parce que l’eau emplit fes pores ôt les finuofités. Expo-fée au vent ou au foleil , elle fe defléche ôt revient à fon premier poids. Plus elle eft légère, moins elle donne de fer, ôt moins il eft de bonne qualité : au refte, fi cette efpece de mine ne pefe pas, cela vient beaucoup de ce que fa contexture n’eft point ferrée , Ôt paroît comme du fafran de Mars, ou de la rouille.
- Quand on rencontre de cette mine dans un lac, il y a ordinairement fix pieds d’eau qui la couvrent , quoiqu’il puiffe y en avoir plus ou moins. Elle fe place toujours à une certaine diftance des bords, palfé laquelle on n’en trouve plus ; ce qui arrive , ou parce que le fuc minéral, venant d’un marais voi-lin, ne peut être foutenu par les eaux, que jufqu’à une certaine diftance avant qu’il fe précipite ; ou bien, parce que la mine eft amie ou analogue avec le fond qui l’attire, comme l’aimant attire le fer : ce qu’il y a de certain, c’eft que dans un lac la mine paroît préférer un endroit à un autre.
- Il eft encore très-remarquable que cette mine, au bout de quelques années, fe reproduit , à ce qu’il femble, ôt vient d’elle-même fe replacer dans le même endroit qui a été vuidé. Le temps de la régénération n’eft pas le même pour tous les lacs : aux uns, il faut dix ans, à d’autres vingt, à d’autres trente. Dans cet intervalle de temps, on eft sûr que femblabie à un champ, qui, d’année à autre fe couronne d’une riche moilfon, l’endroit du lac déjà épuifé fe remplit d’une nouvelle mine. C’eft un tréfor perpétuel ôt iné-puifable : la preuve que la mine des lacs tire Ion origine d’un marais voifin, fe tire du fuc martial qui en découle journellement.
- Quelquefois on tire cette mine l’hiver très-commodément, quand la glace porte. Les Ouvriers y font un trou, ôt y paffent une efpece de bourfe ou de trouble, attachée au bout d’une longue perche. Avec cette bourfe , ils raclent le fond ôt enlevent ce qui s’y trouve, que l’on dépofe fur la glace : on fait à peu-près de même l’été , à l’aide des barques, ainfi que nous l’avons dit.
- Comme cette mine n’eft pas égale , que l’une eft riche ôt l’autre pauvre ; que l’une donne du mauvais fer, ôt l’autre du bon; il la faut trier. Les Pêcheurs en connoiffent fur le champ la qualité, foit par le poids, foit par la couleur, foit par la figure : ils en jugent même par l’eau ôt par la matière du fond.
- Comme il arrive fouvent, que dans le même endroit on tire de la meilleure ôt de la plus mauvaife mine tout enfemble, il faut, quand elle eft dépofée, foit fur la glace, foit dans les barques, la trier avec foin. Pour en venir à bout, on la met dans une efpece de bourfe, qu’on trempe ôt qu’on fecoue plu-fieurs fois dans l’eau, qui fouleve la mine folle ôt légère, pendant que la bonne Ôt la plus lourde refte au fond. A ce moyen ôt à force de plonger, retirer ôt fecouer la bourfe dans l’eau, la mine la#plus légère, qui vient au-defifus , eft emportée. On fe fert encore d’une autre méthode, c’eft-à-dire, que l’on jette la mine au vent, comme fi on, remuoit du bled ou de l’avoine : celle qui va le plus loin, eft la plus lourde, ôt meilleure que celle qui eft trop légère pour forcer le vent.
- De la maniéré de calciner la mine des lacs.
- Quand on veut calciner cette mine, on en raffemble cinquante ou cent chariots : on la met fur un bûcher d’une aune de longueur (5), fur fix àfept aunes de large (6) : la calcination dure ordinairement deux jours. Sur la fin de l’opération, la mine fe coagule en mafife vers les extrémités ou dans le bas du bûcher ; c’eft un ligne que la calcination eft bien faite : la mine ainfi calcinée fond plus aifément au fourneau.
- De la maniéré de fondre la mine des lacs.
- En Angermanie ôt dans la Dalécarlie, on fond cette mine dans les mêmes fourneaux, que ceux dont on fe fert pour fondre îa mine de marais. Dans d’autres endroits, on la fond dans des cheminées de forge, dans lefquelles on la convertit en une efpece de fer crud, appellé en Suede OJinund. Enfin, en Smalandie on la fait fondre dans de hauts fourneaux , femblables à ceux dont nous avons fait la defcription dans le paragraphe premier: La hauteur de ces fourneaux eft de vingt-quatre à vingt-fix pieds : le diamètre fupérieur de quatre pieds ôt demi, l’inférieur de cinq ou fix. Le ventre eft allez ample. Jufqu’ici, on n’a pas vu qu’après le travail il ait été rongé ; ce qui prouve que cette mine n’eft pas beaucoup fulfureufe : on fait le foyer d’une pierre de grès, qui a un pied d’é-paiffeur.
- Dans quelques endroits, on lailfe les charbons brûler fans vent, pendant les huit premiers jours, ôt pendant ce temps on met tous les jours un ou deux paniers de mine : après cela on augmente le feu, en faifant mouvoir les foufflets. Dans les jours fuivans^ on augmente aufli le nombre des charges , qui vont jufqu’à d, 7 ou 8 par 24 heures. Au bout de 10 ou 12 jours, on les pouffe jufqu’à
- (5)1 pied 9 pouces. = ( 6 ) 10 pieds - , ou n pieds
- Fourneaux, Seélion,
- T
- p.73 - vue 78/218
-
-
-
- 74 DES
- 12 ou 13 dans le même efpace- de temps, c’eft-à-dire , qu’on renouvelle les charges toutes les deux heures. Comme cette mine eft pauvre, elle ne rend pas beaucoup de Fer : au refte , la fufion fe fait comme dans les fourneaux dont nous avons donné la def-cription dans le premier paragraphe.
- $. V.
- ^Ùu Fer quen Suede on appelle Ofmund, & de fa préparation.
- Piêrre Saxholus Suédois, nous a laiffé la maniéré de préparer le fer Ofmund : ce qui m’a déterminé a tranfcrire ici une partie de la defcription qu’il en a faite.
- Ancienne méthode de cuire ce fer,
- Autant qu’il a été poffible de découvrir la vérité par les anciens monuments & par le témoignage de gens dignes de foi , dans les commencements qu’011 a mis en ufage cette efpece de fer, il étoit fait de ce gravier bleu ou rouge , ou autres femblables matières , tirées des marais 6c lieux humides. Quand le tas que l’on en avoit amaffé, avoit été expofé allez long-temps au foleil ou au feu, pour que la plus grolfe humidité fût évaporée, on mettoit une, deux, trois ou quatre pelletées de cette mine , dans des fourneaux bâtis fimplement fur la terre, ôc remplis de charbons. Le fourneau étoit bâti de maniéré qu'à la partie poftérieure, proche de la terre, il y avoit une petite ouverture , laquelle communiquoit à l’intérieur du fourneau. On y ajoutoit des foufflets, que l’on faifoit marcher à force de bras : car anciennement on ne connoiffoit pas l’ulàge des machines hydrauliques. Au-devant du fourneau , il y avoit une plus grande ouverture que l’on fermoit néanmoins avec des pierres qui la bouchoient exactement, pendant que fe faifoit la cuilfon, 6c jufqu’à ce que la mine fût en fufion. Lorfqu’elle y étoit, on démo-lilToit les pierres de cette ouverture, par «laquelle on droit la matière, telle qu’elle étoit fondue : 6c afin de pouvoir, par îadtion d’un feu plus violent, purger la maffe des parties impures 6c inutiles qui la vicioient, on l’ex-pofoit à une fécondé cuiffon. Cette fécondé opération fe faifoit comme la première, avec cette différence néanmoins, que le feu ren-doit alors le fer fi pur, que fans autre préparation,on en pouvoit fabriquer différents uften-files : on ne mettoit qu’un jour ôc une nuit à perfectionner deux ou trois de ces cuiffons.
- Nouvelle méthode de cuire le fer Ofmund.
- A la fuite du temps, lorfqu’on eut découvert des minières plus riches, 6c que l’on eut commencé à connoître l’ufage des machines
- MINES.
- hydrauliques , on établit fur le bord des ruiffeaux 6c des rivières de petits atteliers, à peu de chofe près, femblables à ceux qui ont été conftruits enfuite. Alors, comme à pré-fent, on faifoit le fer avec de la mine diffoute ôc domptée par le feu. La maffe, qui prove-noit de cette mine, ne fe remettoit plus une fécondé fois au même fourneau, comme on le pratiquent dans l’ancienne méthode dont nous avons parlé : mais on faifoit la fécondé cuiffon dans un foyer de forge, ou le fer fondu convenablement, étoit tellement purifié Ôc adouci, qu’il fe prêtoit à tout ce que l’induflrie des Ouvriers en pouvoit attendre. Quoique cette opération différé de l’ancienne , on a cependant confervé à ce fer fon ancien nom, Ôc on l’appelle toujours Ofmund, En général, tout ce qu’on peut dire fur les progrès de la fufion du fer, doit être appliqué à cette efpece, c’eft-à-dire, qu’avec le temps cette partie s’eft de plus en plus perfectionnée Ôc fe perfectionne encore tous les jours , par l’adreffe ôc l’intelligence de ceux qui s’appliquent à ce travail.
- Confruclion dyuii foyer pour la cuiffon du
- fer Ofmund yfuivant la nouvelle méthode.
- Maintenant que l’on fçait préparer des atteliers convenables à la cuiffon de cette efpece de fer , il eft aifé de voir qu’ils ont bien des chofes communes avec les autres forges : il y en a cependant qui font fi différentes, qu’on peut dire quelles leur font en quelque façon, propres 6c particulières : nous ne ferons que jetter un léger coup d’œil 6c comme en paffant, fur les objets qu’on peut voir par-tout. La ftruCture intérieure d’une cheminée eft femblable à celles dans lef-quelles on chauffe le fer pour le forger : avec de longues poutres, on fait un petit bâtiment quarré. Quand l’ouvrage eft monté à la hauteur du toit, on l’affermit par trois forts chaflis de bois, arrêtés dans le milieu par une greffe poutre qu’on met en travers , ôc qui fert de pilier pour foutenir les bois de la couverture. On pôle tranfverfalement une plus petite piece de bois, pour foutenk les foufflets 6c leur équipage. On arrête fermement cette piece de bois, pour quelle ne vacille point quand les foufflets feront en mouvement : tout cela eft ici comme dans les autres fabriques, ainfi que la roue , fon arbre 6c les contre-poids qui règlent le mouvement des foufflets.
- Pour ce qui regarde le fourneau de fufion, qui eft notre objet, il 11’eft pas fait comme les autres, non plus que la plupart des outils : nous allons donc employer tous nos foins à l’examiner avec exactitude.
- Quand on en fait la fondation, on arrange, autant qu’on en peut juger, de grandes pierres brutes, dont on emplit Ôc garnit les
- p.74 - vue 79/218
-
-
-
- DES M
- Joints avec du fable ôt de la terre. On éleve ainfi ce maflif de maçonnerie , jufqu’à l’en* droit qui doit former le foyer. Quand on en eft là , il faut laifler une grande ouverture dans le côté, par lequel les Ouvriers doivent jetter les charbons, mettre le fer qu’on veut cuire, ôc le retirer quand il eft cuit. Au côté qui reçoit les foufflets , on en laiffe une plus petite quadrangulaire, par laquelle on infinue dans le foyer une feuille de fer pliée pour recevoir les buzes des foufflets. Au bout de ce canal (7 ) on laiffe un efpace d’une dimenfion déterminée : e’eft l’endroit deftiné à la cuiffon du fer ; (8). Cet efpace doit être exaôlement enfermé par le mur qui entoure deux des côtés. Les parois extérieurs du mur en pierre doivent être élevés à leur hauteur, ayant foin néanmoins que quand ils feront au-defliis de la grande ouverture dont nous avons parlé, on mette une grande ôt forte lame de fer pour fervir de foutien ; à mefure qu’on éleve la cheminée, on va toujours en rétréciffant, comme fi on for-moit une pyramide.
- Voyons maintenant le dedans du foyer. iD’abord pour en faire le fond, on couche une plaque, quelquefois de pierre , d’autres fois de fer, ôt épailfe de deux doigts fur dix-huit en quarré. Souvent on la met plus
- Î>etite ; fur-tout li l’on a lieu de croire que es foufflets n’auront pas un vent proportionné à un grand efpace. Pour ce qui regarde la matière de ce fond, comme il n’eft pas douteux que la pierre eft fujette à moins d’inconvénients, nous voyons qu’on la préféré au fer. Cette première pièce pofée, on forme trois côtés avec des plaques de fer, qui font ôt qui paroiffent comme les parois du foyer. Leur épaiffeur eft égale à celle du fond, ôt leur hauteur eft de dix doigts. Il faut les placer de maniéré que celle qui eft la plus proche des foufflets foit également partagée par la thuyere ; c’eft-à-dire, que de la thuyere au devant il y ait huit pouces , Ôt de la thuyere à la plaque oppofée au devant huit autres pouces. Le foyer eft exactement quadrangulaire ; mais ordinairement de ces plaques, qui fervent de parois, deux font prolongées au-delà du foyer, ce qui caufe un changement dans leur longueur. En effet celle qui eft oppofée au devant a une coudée (9) de longueur. L’autre plaque n’a que pouces ~ de long, ôt la troifieme vingt Ôt un pouces. La raifon pour laquelle la première ôt la troifieme plaques font plus longues que la deuxieme , c’eft que quand ces deux efpeces de parois ont paffé les limites du foyer, leur excédent fert à foutenir une efpece de plaque de fer, qui forme le quatrième côté du foyer, étant placée fur le de-
- / N E S. y?
- vant qui eft ouvert. C’eft dans ce côté ouvert qu’on ménage une fortie pour les fcories.
- Après que les parois du foyer font bien arrangés, il faut employer toute fa fcience pour placer comme il faut la feuille de fer pliée (IO), qui eftplatte dans fa partie inférieure , ôt ronde au-deffus ôt aux côtés. Elle eft plus évafée du côté dans lequel on place les buzes des foufflets, d’où, comme une efpece d’entonnoir, elle vient toujours en rétréciffant jufqu’au bout par lequel le vent doit entrer dans le foyer. Voici comment on doit la placer : on l’introduit par le mur qui eft proche des foufflets : on l’avance un peu dans le foyer , de façon que de fon extrémité au parois oppofé il y ait 14 doigts d’intervalle. Il faut remarquer que tantôt on incline fa bouche, Ôt tantôt on l’éleVe : par exemple, quand le fer de cette efpece que l’on veut fondre, eft en menus morceaux, l’extrémité de la thuyere n’eft feulement diftante du fond que de fix doigts. Au lieu que li on a à fondre du fer de la même efpece, mais qui a le défavantage d’être en groffe maffe , comme elle occupe plus d’efpace, le vent doit venir de plus haut, ôt pour lors la thuyere doit être à fept doigts du fond.
- Enumération des injlruments nécejfaires à cette mine.
- La figure de la planche onzième montre le foyer ôt les foufflets , avec la machine qui les fait mouvoir par le moyen de l’eau. Nous fuivrions le travail du fer Ofniund, en mettant des charbons dans le foyer ôt expofant à l’adion du feu, la matière qui doit le former, fi nous n’avions préalablement les Ouvriers à fournir d’outils nécef-faires. Voici la defcription de ces outils, dans laquelle nous ne nous femmes attachés à aucun ordre. Parmi les autres on remarque un gros tronc de bois qui, -je penfe , eft bien avant en terre, ( il eft repréfenté en A ) fur lequel on a mis une plaque de fer B ; cette piece eft ou ronde ou quarrée, à fix Ôt à huit faces ; les bords en font élevés , afin que quand on bat ou qu’on coupe le fer Ofinund, aucuns morceaux ne puiffent tomber ôt être perdus. Il y a un trou au centre de cette plaque de fonte, lequel répond à un autre qui eft au-deffus du tronc de bois. C’eft dans ce trou , qu’on place l’enclume, ôt qu’on en arrête la racine. Il y a outre cela deux ringards ; un grand C, ôt un petit L : un crochet E ,* deux tenailles, une grande ôt une plus petite .F; une hache finguliérement faite G j une maffe de fer M : il y a auffi un petit marteau plat aux extrémités, rond d’ailleurs ; un crochet E ; une pelle de fer pour mettre dans le foyer les menus morceaux de fer,
- ( 7 ) La Thuyere, = ( 8 ) Le Foyer, le Creufet. = ( 9 ) Un pied & demi, = ( 1© ) La Thuyere,
- p.75 - vue 80/218
-
-
-
- I
- DES MINES.
- ôc pour nettoyer le creufet après chaque cuiffon ; un rabot K ; un morceau de fer pour nettoyer la thuyere D ,* un petit marteau M pour le chaffer ; un bafche pour mettre de l’eau O ; une febille JSi; un panier à charbon avec la civiere P. Je paiTe fous fi-lence le refte des outils, comme étant trop connus.
- 'Méthode encore plus nouvelle de cuire ce fer en ujage aujourdC hui.
- Apre’s que les Ouvriers font munis de tous les outils néceffaires , rien n empêche d’emplir le foyer de charbon 6c de poufiiere de charbons ; ou bien , comme quelques-uns le pratiquent, de charbon pilé 6c de fer dur ; ou fi l’on n’a point de fer en maffe, on l’emplit de menus morceaux. On place la malle avec laquelle on doit faire du fer Ofmund, contre le premier parois , c’eft-à-dire, celui qui eft direétement oppofé à la thuyere. On met le feu aux charbons, Ôc on fait mouvoir les foufflets qui animent le feu, lequel pénétrant le fer de toutes parts, le fait fuer ôc dilfoudre. Les gouttes qui tombent au fond du foyer, fe coagulent; ôc comme le feu n’y eft pas Ci ardent, elles fe durciffent. Cette coagulation formant une maffe dans le foyer, a donné lieu aux Ouvriers d’appeller cette maffe Loppe. (rI) Quand ils croyent que cette maffe eft fuffifamment coagulée , on la fonde avec le crochet. Si elle a bien réuiïi on la refferre avec les ringards, 6c on la tire avec les tenailles. Quand elle eft dehors, on la pofe fur la plaque qui eft autour de l’enclume, 6c les Ouvriers la frappent avec une maffe de fer pour lui faire prendre la ligure qu’ils jugent à propos. A ce premier travail, on fait fuccéder celui du petit marteau, avec lequel on la frotte pour en détacher les fcories. On la faifit enfuite avec une tenaille, ôc fi on la trouve bien difpofée, on la met fur l’enclume pour la divifer plus commodément avec le cifeau, en autant de morceaux qu’il convient, ordinairement au nombre de 42. Cette divifion fe fait de maniéré que tous les morceaux tiennent enfemble, comme les doigts font attachés à la paume de la main. Après cette opération, on l’appelle fer Ofmund.
- Mais fi la maffe eft fi groffe qu’on n’ait pu la tailler commodément, 6c qu’011 foit obligé de la laiffer entière, on ne lui donne plus ce nom. Quant à l’efpece dont on fe fert a&ueliement pour faire ce fer , on n’en prend ni de caftant à chaud, ni de caftant à froid : on choifit celui qui eft de la meilleure qualité. A l’égard de la quantité de matière néceffaire pour avoir une tonne de ce fer ftinfi divifé, il faut un poids de marine de
- (ii) Loupe. = ( 11 ) La forne,
- fer crud, ou trente petits poids de fer cafte en petits morceaux. On confomme par chaque cuiffon un panier de charbon : mais quand la cuiffon fe fait avec les gros morceaux qui relient dans le foyer, lorfqu’on ceffe le travail, (u) il faut pour avoir la même quantité , plus de fer ôc plus de charbon. Pendant l’opération de la fufion, l’Ouvrier doit travailler avec le ringard, de façon que rien ne s’attache au'fond.
- Après avoir parlé de ce travail, il faut parler des Ouvriers; il eft à obferver que dans les forges deftinées à la fabrique de cette elpece de fer, il n’y a pas d’Ouvriers à demeure, ôc quife faffent un état réglé de ce travail particulier. Ils vontoù ils trouvent le plus à gagner, comme font les Marteleurs. Au refte, ce font ordinairement les propriétaires qui font à la tête de ces atteliers, à moins que ce ne foient des perfonnes d’un rang 6c d’une dignité , qui les obligent de recourir au travail d’autrui. Il n’eft pas néceffaire d’avoir des Ouvriers qui fe relayent pour travailler fans relâche. On arrête le foir pour recommencer le lendemain matin, s’il eft néceffaire ; on ne travaille pas même aiïiduement toute l’année, mais feulement dans de certains temps, comme on le juge à propos. Si tout réuflit bien, un Ouvrier avec fon compagnon , peut faire en une femaine autant de fer Ofmund, qu’il en peut tenir dans dix à douze tonnes.
- Au refte, ce fer fe vend par tout le Royaume aux fabriquants qui en font des doux, des chaînes, des clefs, des ferrures, des gonds, Ôc autres petits ouvrages de ferrurerie, qui étant d’un excellent ufage, les Colporteurs en fourniffent par-tout. Celui qui n’eft pas divifé , refte pour la plus grande partie dans la manufacture pour le compte des propriétaires , qui ont foin de le faire battre en feuilles dans leurs fabriques, ainfi que cela fe pratique dans quelques batteries établies dans la paroiffe de Nora. De ces feuilles de diverfes épaiffeurs, on fait divers uftenfiles, comme des lames propres à ferrer 6c garnir les portes ; des chanlates ; des garnitures de foyer, ôcc. On en fait même de la batterie decuifine, comme des poêles, des coque-mars, des coupes, des cafferolles, Ôc plu-fieurs autres chofes qui font d’un ufage journalier.
- 5. VI.
- De la maniéré de griller, fondre & cuire la mine de Danmorie en Rojlagie.
- Cette mine, quife tire des minières de Danmorie, eft fi abondante qu’elle fuffit chaque année à l’entretien de plufieurs fourneaux:
- elle
- p.76 - vue 81/218
-
-
-
- DES M
- elle remporte fur toutes les autres par fa pureté ôc fa richeffe, au point qu’à toutes fortes d’égards, elle mérite la. préférence , étant la plus propre à toutes fortes d’ufages. Le fer qu’elle donne, eft tenace à froid ôc à chaud, propre à toutes fortes d’uftenfiles, même à être converti en acier très-fin, Ôc convenable aux ouvrages les plus délicats de la lime : aufli le recherche-t-on en Europe 6c aux Indes, 6c on le vend plus chèrement que tout autre. Ce fer paroït compofé de fils pu de petites lames entrelaffées.
- Cette mine eft très-pefante, couleur de Fer ou de plomb, à peu près comme le fer quelle procure ; compofée de grains très-fins comme l’acier, Ôc mêlée de fils très-déliés de pierre calcaire ôc de quartz, qui la traver-fent par-tout, comme autant de veines ou d’artères. Les grains de fer font fi intimement mêlés avec ces veines, que cela donne à la mine une efpece de couleur de plomb, mêlée de quelques nuances de blanc qui fe fondent avec la couleur du fer qui eft noire. Elle eft aufli tfès-fluide ; car elle porte avec elle fon menftrue, c’eft-à-dire, la pierre qui lui fert de fondant.
- Les morceaux de cette mine ont leur fu-perficie noire ôc polie, couverte d’une petite membrane de pierre de corne. J’ai vû aufli des morceaux garnis extérieurement d’amiante verte, ôc divifibles félon leur plein : car cette excellente efpece de mine eft compofée de plufieurs pièces quarrées, ôc fe divife en pièces rhomboïdales comme des dez, Dans les minières voifmes, appellées Silfwerborgs Grufwôr, elle eft la même que dans la grande qui s’appelle Storgrufwan : mais elle eft plus verte, & contient un peu de foufre. Non loin de ces mines, on en trouva une, il y a long-temps, qui tenoit de l’argent. On trouve aufli, çà ôc là, dans la minière, des morceaux gros comme des noix ou des glands, de mine d’argent mêlée avec celle de fer ; mais cela eft rare. Proche de-là, il y â aujourd’hui une vieille minière très-ruinée, qui s’appelle le Puits de foufre, parce que toute la pierre qu’on en' a tirée autrefois , eft tombée en poufliere, fans doute parce qu elle contenoit du foufre. Les morceaux choifis de cette excellente mine donnent 64 livres de métal par quintal de minerais. Elle produit tant de fer quelle eft préférable à toute autre, tant par fa richeffe ôc fon abondance, que par la qualité du fer qu’elle donne.
- Pour ce qui regarde la maniéré de la traiter tant à la calcination qu’à la fufion, il y a beaucoup d’affinité avec la méthode ordinaire dont nous avons parlé : mais comme il y a cependant quelques différences ; que
- (1} ) 38 pie{k t &r *91 ou 31 = ( 14 ) i pieds 7 pouci
- Fourneaux, Section.
- INES. 77
- d’ailleurs cette mine eft là meilleure de tou* tes, la plus fluide, la plus pure ; j’ai cru devoir parler de fon grillage, feulement en ce qu’il a de différent de la méthode ordinaire , afin que l’on puifîe juger comment cette mine, Apure ôc fi fluide, fe gouverne dans le fourneau.
- JManieïe de calciner la mine de Danmorie *
- Quoique cette mine ne foit pas fouillée de foufres nuifibles, on ne laiffe pas de la calciner, ôc d’autant plus qu’on fait le bûcher plus grand, ôc en état de porter beaucoup de minerais. Car, plus il y a de bois enflammé , plus la flamme qui attaque la mine eft violente* On ne fuit cependant aucune réglé pour la dimenfion de ces bûchers. Là, on les fait plus grands, ici plus petits. Aux environs de Léoftadt, j’ai vû l’aire d’un de ces bu^ chers qui avoit 22 aunes de long fur 17 ou 18 de large (13 ). Le niur dont elle était entourée y n avoit qu’une aune ôc demie de hauteur (I+). A un des angles du mur, il y avoit une ouverture par laquelle on pouvoit entrer ôc fortir.
- Sur l’aire de cette foffe à calcination, qui en Suede s’appelle Roftgrop, on couche de gros bois, ôc des arbres entiers, félon la longueur de la foffe, ôc à la hauteur de 3 aunes ou 3 aunes - (15 ) ; de forte que le bois arrangé avec ordre, excede le mur d’une aune ôc un quart (16 ). Dans le bas, ôc proche de l’aire , on couche de gros bois qui ne font pas fen^ dus, fur lefquels on jette, non pas de petits morceaux de mine, mais les plus gros, à la hauteur d’une aune un quart : enfuite on ar* range un fécond rang de bois fur la mine ; il doit pour lors être refendu. Sur ce bois on met de la menue mine à la hauteur re-quife. Enfin, on couvre le comble de pouf fiere de charbon, mêlée avec de la terre pulvérifée.
- Le feu étant mis aux angles, Ôc le bûcher allumé, la mine brûle ôc fe calcine pendant 48 ou 72 heures*
- Il y en a qui ont cru qu’il ne falloit pas calciner toutes les efpeces de mines, fur-tout celles qui n’ont point de foufre ni aucune autre impureté : cependant on a toujours calciné celle de Danmorie, quelque pure quelle foit. On dit que fi on ne la cal-cinoit pas, elle fondroit très-difficilement, Ôc rendroit moins de fer. Au moyen de la calcination, les liens fe brifent, ôc elle eft mieux difpofée à céder au feu de fufion.
- Si vous regardez les morceaux de cette mine quand elle eft calcinée, vous verrez que le feu lui a fait perdre fon éclat. Par-tout où. l’on voyoit du brillant, on ne voit plus qu’un blanc mat ôc éteint, parce que la pierre cal-
- -, = ( 1.5. ) j pieds £ ou 6 pieds. s=s ( 16) i pieds 4 pouces.
- V
- p.77 - vue 82/218
-
-
-
- 78 D E S j
- caire, mêlée avec la mine \ fe trouvant cal* cinée , le feu a répandu les veines de chaux par-tout, ce qui a éteint le brillant métallique. Nous avons dit qu’il y a des morceaux enduits ou comme enveloppés d’une membrane de pierre de corne : après la calcination , les endroits oùétoient ces membranes ; font de couleur de foye de foufre, ou d’un jaune-rouge. Si on mouille cette mine calcinée , elle brille de différentes couleurs, bleu, verd, pourpre, imitant, pour ainfi dire, la beauté de l’arc-en-ciel; car ces différentes couleurs paroiffent en cercles égaux, Ôt fé-parées par des lignes parallèles, ce qui vient des différents degrés de chaleur. Dans certains endroits, la petite membrane de pierre de corne paroît enduite ôt couverte de vitriol blanc : mais c’eft une poufïîere de chaux infipide.
- De la maniéré de faire le fourneau êC de former la cavité du ventre.
- Pour la conftru&ion d’un fourneau, on choifit ici, comme ailleurs, le lieu le plus convenable» Sous le fond, on fait une foffe detf, 8 ou 12 pouces de largeur, fur laquelle on met une pierre de roche un peu épaiffe. Dans d’autres endroits , on couvre cette foffe d’une plaque de fonte, dont nous avons parié dans le paragraphe premier. Sur cette pierre on met du fable, ôt fur ce fable une pierre épaiffe , comme cela fe pratique aufîi ailleurs. De la foffe, il fort deux tuyaux de fer, l’un par le mur antérieur, c’eft-à-dire, celui par où l’on fait les coulées , Ôt l’autre fous les buzes des foufflets. La vapeur ne fort chaude du fyphon qui eft fur le devant, que le quatrième jour depuis le travail, ôt plus tard de celui qui eft fous les buzes des foufflets : on conftruit le fourneau de pierre grife ordinaire, avec des piliers de pierre. On ne met point de poutres de bois, pour le foutenir, comme ailleurs. La hauteur de la cavité intérieure ou de la cheminée, depuis le fond du foyer, eft de 12 aunes ou 12 aunes ~ (*7) : on fait la cheminée de pierre de grais. On fe fert de la même pierre pour le foyer, parce quelleréfifte bien au feu. L’ouverture fupérieure a 6 pieds ou 6 pieds | de diamètre : le ventre 7 \ ou 8 pieds. A l’égard du bas, le diamètre en eft à volonté, parce qu’on le rétrécit à la hauteur de 3 aunes (l8), ou à celle qu’un homme debout fur le fond, peut atteindre en levant le bras & la main. Il y a en Roflagie même des fourneaux qui ont quelques légères différences. J’en ai vu, dont le diamètre de la partie fupérieure étoit de 7 ou 7 pieds ~ : on fait ordinairement cette ouverture moins large , parce que le feu, la flamme ôc le temps, la rongent affez.
- (17) ii pieds ou près de ai pieds. = (18)5 pieds 3 pouo
- INES.
- L’obliquité des murs, fur le devant ôt fur les foufflets, monte très-haut : on les fait foutenir par onze marâtres de fonte : la pierre eft arrangée par degrés. Dans d’autres endroits , on fe contente de cinq ou fix marâtres. Dans ces fourneaux, le deffus eft garni d’un mur de brique : il enferme l’efpace fu-périeur, Ôt fert à pouvoir mettre à l’abri les Ouvriers, la mine ôt les charbons ; ce qui eft très-commode toutes les fois qu’il eft né-ceflaire de renouveller les charges.
- Aux environs de Léoftadt, il y avoit deux fourneaux accolés , c’eft-à-dire , enfermés dans une maçonnerie commune. La diftance entre leurs cheminées ou cavités particulières, étoit de 6 ou 7 aunes (l9) : leur devant étoit éloigné l’un de l’autre de quelques aunes. La fuflon fe fait à merveille dans ces fourneaux rapprochés , fans néanmoins que le feu de l’un puiffe augmenter ni diminuer , ni rien changer à celui de l’autre, quand même ils auroient entr’eux une communication par quelque fente, ou par quelque autre ouverture cachée ; ce qu’on découvre aifément, quand les charbons allumés d’une cheminée mettent le feu aux charbons encore froids de l’autre cheminée : la communication de cette chaleur furnuméraire, ne nuiroit en aucune façon au travail, comme je l’ai appris d’un Fondeur.
- D u Foyer y du Nent^ SC de la Thuyere*
- Sur la pierre fondamentale du fourneau ^ on éleve le foyer en la maniéré ordinaire, de la largeur d’un pied ôt demi, fur la longueur ordinaire de trois pieds , ôt de la hauteur dé quatre palmes, pour pouvoir contenir aooo ou 4500 de fer en fuflon. Le devant fe ferme d’un bloc de pierre, ôt non de fer comme dans les autres fourneaux : ce bloc eft de figure quarrée. L’ouverture qui eft au-deflus ôt qu’on laiffe pour la fortie des fcories, eft fermée par un morceau de pierre, ôt non de fer. Cette porte , qu’on appelle tymp , réfifte à un feu extrêmement violent l’ef-pace de vingt femaines. Quelquefois néanmoins elle fe trouve confumée par une feule liquation ; ce qui paroît venir du fou-fre qui eft dans la mine que l’on brûle alors , ôt qui petit à petit ronge le fer ôt la pierre. La coulée fe bouche avec de la grofle argile, mêlée de fable : à chaque fois que l’on fait fortir le fer en fuflon du creufet, on détruit aifément ce mélange.
- On pofe ici la thuyere comme ailleurs, c’eft-à-dire, quelle doit être dans la ligne centrale de la cavité , de façon qu’un poids defcendant fuivant l’axe de la cavité, doit tomber perpendiculairement à l’orifice de la thuyere.
- ==( i£) 10 pieds-b ou iz pieds i.
- p.78 - vue 83/218
-
-
-
- DES MINES*
- Elle eft ici un peu plus grande que dans les autres fourneaux. Les buzes des loufflets, pofées fur une lame de fer, font affez éloignées du bout de la thuyere. Gette lame de fer ne va pas jufqu’au foyer ; mais avec de l’argile on l’allonge d’un demi-pied. Elle eft pofée horizontalement , de maniéré que le vent introduit dans le foyer, ne touche pas obliquement la fuperficie du fer en fufion , & qu’il ne frappe pas à l’endroit où le parois oppofé touche le fer: ce qui eft caufe que le vent n’agit pas, comme dans les autres fourneaux , fi fortement fur les charbons que fur la mine. On fe conduit ainfi, parce que la mine de Danmorie fond aifément, ôc qu elle femble demander cette direêtion du vent. Si quelquefois les fcories s’accrochent à la thuyere , ôc empêchent la fortie du vent, fur le champ on les détache : les foufflets ne font pas plus grands que ceux des autres fourneaux ; mais on les fait aller un peu plus vite.
- De la cuijjon SC de la fufion de cette mine*
- Apre’s que le fourneau a été ainli conftruit, & le foyer préparé, on commence à travailler. Pour cela, quoique les murs foient froids ôc les mortiers humides, on y fait d’abord un feu aufli violent que dans un vieux fourneau bien fec, ôc accoutumé à la chaleur : on ne prend point le foin d’échauffer doucement les murs, Ôc de deffécher les argiles qui fervent d’enduit.
- On emplit la cheminée de feize leftes de charbons, fi ellg .peut les contenir, mettant par-deffus un demi-panier de mine calcinée , & réduite en petits morceaux, pour fervir d’aliment au feu qu’on allume fur le champ. On laiffe les chofes en cet état quatre jours Ôc quatre nuits, au bout defquels on donne l’eau à la roue , ôc le vent au foyer : on augmente pendant huit à quatorze jours, la quantité de mines de différentes charges, fuivant les indices que donnent le feu, les fcories ou le fer.
- Enfin, quand on eft parvenu au plus haut degré des charges, c’eft-à-dire, lorfqu’on ne peut plus augmenter la dofe de la mine , alors en 24 heures on fait dix-huit charges, à chacune defquelles on met 17 à 18 paniers de mine, ôc douze tonnes de charbon : telle eft la réglé pour tout le fondage. Le vaiffeau pour porter la mine eft de fer, ôc peut en contenir jo à 5*2 livres. Ainfi, on peut fça-voir chaque jour combien pefant on met de mine, ôc combien on retire de fer; d’où l’on juge de la richeffe de la mine. Aux environs de Léoftadt, où ce travail réuflit avec tout le fuccès polïiblé, chaque mois on confom-me 5*00 leftes de charbon ; ôc ailleurs, comme aux environs de Tobo , fix ou fept cents.
- On tire, comme nous l’avons dit, la mine
- de deux minières, qui font de différente ef-pece. La mine de la grande eft très-riche ôc très-pure ; celle de la fécondé, quoique fans vice apparent, eft plus verdâtre, ôc on la regarde comme plus fulfureufe : fur 14 ou 15* paniers de la première, on en met deux de l’autre. G’eft de leur mélange qu’on fait un excellent fer, qui eft le véritable fer d’Oré-grund. D’ailleurs, cette mine fond aifément : fes interftices font remplis de chaux, ce qui eft caufe que l’on n’y en ajoute point comme ailleurs. Autrefois on y en mettoit ; mais aujourd’hui l’expérience a appris à la fondre fans aucune addition : ce qui fait qu’avec la même quantité de charbon, le produit en fer eft plus grand.
- Nous avons enfeigné dans le paragraphe premier, que l’on donnoit une pofition oblh1 que à la thuyere, de façon que le vent pouffé dans le foyer alloit frapper le parois oppofé ^ dans l’endroit même où il fe joignoit au fer en fufion. Ici, on la pofe prefque horifonta-lement, ce qui fait que le vent, au lieu d’aller frapper le parois oppofé , gagne d abord le haut, comme s’il étoit hors d’haleine dès fort entrée. Les Maîtres prétendent qu’en donnant cette direction au vent, la fufion fe fait mieux, qu’on tire plus de fer, & qu’il eft d’une meilleure qualité, que fi la thuyere ÔC le vent étoient inclinés : ils prétendent encore que, par ce moyen , les grains du fer acquièrent une certaine blancheur. D’ailleurs , comme la mine de Danmorie fond aifément , ôc quelle porte avec elle fon menftrue, qui eft la chaux, il ne faut pas que le fer foit beaucoup cuit, ni beaucoup agité dans le foyer, afin qu’on puiffe le mieux purifier dans le feu de la forge : voilà pourquoi la pofition horifontale de la thuyere ôc du vent, convient à cette mine, Ôc ne convient pas aux autres efpeces.
- La mine calcinée donne beaucoup plus de fer, parce que les impuretés ôc les crudités en font chaffées par le premier feu. Si elle n’a pas été calcinée, on voit une fermentation ôc une ardeur pareille à celle de l’eau qui s’enfle ôc qui bout. On entend même de temps en temps dans le fourneau , un bruit femblable à celui d’un coup de piftolet, ou comme fi les pierres de la voûte ou du foyer fe brifoient : ce qui ne vient que de ce que la pierre crue, qui eft dans la mine, tombant dans le foyer , eft faifie fubitement par l’extrême chaleur du fer en fufion, qui la met en poufliere avec éclat.
- Au commencement d’une ébullition dans le foyer, c’eft-à-dire, quand la mine y tombe, fans être affez liquéfiée , la flamme qui fort par le haut du fourneau, rougit d’abord. Elle paroît mêlée de fumée, ce qui fait noircir l’intérieur des parois dans le deffus. Celle qui fort par le devant, eft chafféepar unmou-
- p.79 - vue 84/218
-
-
-
- 8o DES MINES.
- vement violent, qui, de temps en temps, eft interrompu. Si on regarde par la thuyere la liquation du fer ôc des fcories, on verra clairement cette efpece d’agitation : la matière eft en grand mouvement. Une partie s’élève contre l’orifice de la thuyere, où elle fe refroidit , noircit, ôc jette des étincelles dans fon embouchure. Les Ouvriers ne fe pref-fent pas de remédier à cette effervefcence : ils ne veulent l’appaifer qu’après un certain temps. Pour cela , ils mettent un ringard dans le foyer , ôc foulevent le fer en fufion, ainfi que les fcories qui font condenfées : ils tirent enfuite ces fcories , ce qu’ils continuent de faire jufqu’à ce que la fufion foit achevée.
- Si la flamme s’élève bien haut au-deffus du fourneau, on dit que c’eft une marque que la mine fond bien, ôc que le fer eft très-liquide dans le foyer ; mais fi la flamme ne s’élève pas , c’eft un ligne que le fourneau eft obftrué d’une trop grande quantité de mine ôc de charbons : on dit qu’alors il eft malade. Si la flamme rend un certain bruit fonore, on dit aufïi que c’eft un figne que la fufion va bien;au contraire, fi ce bruit eft foible, c’eft un mauvais figne : quand le feu a bien endommagé le foyer, ce bruit ne fe fait plus entendre.
- Rarement dans les fourneaux dont nous parlons , le foyer eft embarraffé de fcories, ôc on n’y trouve point de fer attaché après le fondage, comme il arrive dans les fourneaux où l’on brûle de la mine viciée par le foufre, l’arfenic, ou quelque pierre de mauvaife qualité qui fond difficilement. Au commencement d’un fondage, il y a des fcories qui s’attachent au-devant du foyer : il faut l’en débarralfer fur le champ. Au refte , ce foyer doit, comme les autres, être purgé de fcories à chaque coulée.
- On fait fortir les fcories toutes les fois que l’ouvrage le demande. Si le feu attaque la tympe, ce qu’il eft aifé devoir, parce qu’alors elle eft toute enflammée, il faut les faire for-tir plus fouvent que quand elle paroît froide. Lorfque la chaleur pénétré trop le mur de devant, il faut les laiffer continuellement couler. Dans ces fourneaux, elles font de couleur pâle Ôc non de couleur de fer, lorf quelles font froides.
- On coule le fer en fufion trois ou quatre fois par 24 heures : quand on a fait la fixieme charge, il eft temps de le couler.
- On fait une efpece de foffe dans du fable blanc très-fin : c’eft une efpece de lit, dans lequel on doit faire couler le fer en fufion. Qn humeêïe ce fable de beaucoup d’eau ; en-fuite on abat l’argile qui ferme la coulée, pour ouvrir un paffage, par lequel le fer fort
- comme un torrent très-limpide ^ ôc va s’étendre dans les lits qui lui ont été préparés , en une maffe longue en quelques endroits de p , 10 ou 11 aunes (2°). Le poids de chaque gueuze, eft ordinairement de 8,8 , 9 ou 10 petits poids de marine, ou de Stockholm. Ce poids de marine équivaut à 400 livres métalliques , ou 320 livres ordinaires ; ce qui eft caufe que, quoique par chaque femaine on ait 189 de ces poids de marine, comme le poids de marine de fer crud doit être de £20 livres, fi on réduit à ce poids les 189 qu’on coule par femaine, on n’aura que 126
- Î>oids de marine, tels qu’on les compte dans es autres Provinces de Suède, où on travaille les métaux : Ôc on aura confommé 125 leftes de charbons.
- Pour fçavoir dans ces fourneaux, fi la fufion va bien ou mal, on tire aufïi des indices des fcories, des couleurs ôc de la flamme. Ces fignes font prefque les mêmes, que ceux dont nous avons fait mention ci-devant ; car fi on voit fur le fer ou fur les fcories, des écailles ou lames brillantes, comme le Jlérile niddum, c’eft une marque qu’il faut plus de mine. Si vous regardez par la thuyere, vous verrez l’état du fer ôc de la fufion, c’eft-à-dire, combien il y a de gouttes noires ôc combien de blanches ; fi la mine ne fond point trop ; fi elle ne tombe pas toute en gouttes blanches, ou fi elle n’y tombe pas affez ; fi les gouttes mal-diffoutes ôc noires n’ofïiifquent pas le foyer. Il y a encore ici un autre indice particulier, que je ne me fouviens pas d’avoir obfervé ailleurs , ôc qui dénote fi le fourneau demande plus ou moins de mine. En effet, fi la gueuze longue de 9 ou 10 aunes paroît bien égale par-tout, c’eft un figne d’une jufte proportion de mine de charbon : fi au contraire elle eft plus baffe dans le milieu, c’eft-à-dire, un peu concave, c’eft une marque qu’il n’y a pas eu affez de mine.
- Du fer crud de Rojlagie SC <dOrégrund*
- Le fer crud, qui fort des fourneaux dont nous venons de parler, eft compofé de petits grains très-blancs, Ôc d’une couleur brillante à la fra&ure : il eft fi fragile , qu’avec un marteau on peut le mettre en pièces. Dans ce fer crud, on n’aime pas la ténacité que l’on recherche dans toutes les autres efpeces. On ne fouhaite pas non plus, que la couleur des parties intérieures de la fonte foit plombée, grife ou livide. On dit pour raifon, que ce fer à grains fins Ôc peu cuit, fe fond & fe réunit plus aifément à la forge : ce qui n’arriveroit pas fi la mine avoit effuyé un grand degré de chaleur dans la fufion. On recherche par préférence le fer le moins
- r
- cuit,
- ( zo) If pieds , 17 pieds \, 19 pieds J,
- p.80 - vue 85/218
-
-
-
- D F S M
- cuit , parce que notre mine eft d’une qualité fi fupérieure ôc fi diftinguée, que la fonte , loin d’être détériorée par une foible cuiffon, donne au contraire un fer qui, au foyer de la forge, rentre mieux en lui-même, fe foude ÔC fe rapproche mieux* La polition horifon-tale de la thuyere contribue à lui donner ce grain fin & brillant* Il faut charger la cheminée de beaucoup de mine ; il n’eft pas befoin de lui en refufer, comme dans les au* très fourneaux, & il ne faut pas lui laiffer defirer de la nourriture : on peut fans crainte lui en donner, jufqu’à ce quelle en foit raf-fafiée.
- A la longue, ce fer granulé Ôc brillant à la fra&ure , prend à l’air une couleur violette, Ôc fe rouille aifément. Au fourneau d’Alkar-leby, où on mêle la mine de Danmorie avec celle d’Utho, le fer crud eft, à fa fraêture, de couleur brune , grife dans le milieu de la gueuze, ôc blanche ôc brillante proche la fuperficie.
- Il y a des fourneaux en Roflagie, qui, avec la même mine ne donnent pas une fi grande quantité de fer ; par exemple, à Ofterby, où à chaque charge on ne met que douze paniers ôc demi de mine, chaque panier pefant 6o liv., les charges vont à 16 ou 17 au plus par jour. Aux environs de Tobo, les charges vont pareillement à 16 ou 17, Ôc à chaque charge on met 18 paniers de mine,pefant chacun 4 j livres. Dans le canton d’Alkarleby, on met 18 paniers de mine par charge, Ôc on fait 14 ou 1 j charges par jour : en 48 heures on coule cinq fois, ôc chaque coulée donne une maffe de fer de 6 petits poids de marine, ce qui fait par femaine 70 à 77 de ces poids.
- S. VII.
- Des Forges de Rojlagie, de la liquation & cuijfon du fer crud, & de fin ex t enfin fins le marteau•
- g
- La méthode de recuire ôc d’étendre le fer fous le marteau en Roflagie, eft toute différente de celle dont nous avons parlé, qui s’appelle à P Allemande, pendant que celle-ci eft à la Françoife, ou à la Wallonne. Suivant celle-ci, c eft-à-dire, la méthode Françoife, on peut avoir en une femaine 30 à 6o poids de marine de fer battu, tandis que la méthode Allemande n’en peut procurer que 16 ou 20 : cette différence prodigieufe m’engage à décrire en entier la méthode ufitée en France.
- De la cheminée de la forge.
- Cette cheminée eft conftruite de la même maniéré, & dans les mêmes dimenfions, que
- (1)6 pieds un pouce ou 7 pieds. =s= (a) ? pieds =
- Fourneaux Section.
- INES. -
- celles décrites au fécond paragraphe. Il n’y a aucune différence, finon qu’au-deffus de l’ouverture du devant, il y a un mur de briques quidefeend jufqu’à la hauteur du vifage de l’Ouvrier, de crainte que le feu ne l’incommode ; car l’Ouvrier ne ceffe de remuer, de tourner ôc de retourner le fer qu’il affine, ce qui le néceflite d’avoir toujours la flamme devant les yeux. Au côté oppofé, il y a une grande ouverture de trois pieds de long Ôc deux pieds ôc demi de large, au-delà de laquelle il y a un petit édifice couvert. C’eft par cet édifice ôc cette ouverture, que l’on avance fur des roulets la gueuze dans le foyer : la cheminée eft ordinairement de 3 £ ou 4 aunes (l) de longueur, fur 3 à 3 ~ de largeur (2).
- & un foyer de forge qiion appelle de liquation (3).
- Dans chaque forge, il y a deux foyers 9 mais qui ne font pas femblables comme ailleurs. Dans l’un, on fond ôc on recuit feulement le fer crud, que l’on prépare à être étendu fous le marteau : on l’appelle foyer de fufion ou de liquation. Dans l’autre , on ne fait que chauffer le fer déjà ramaffé en une maffe, pour l’allonger fous le marteau : on le nomme foyer extenfeur, Le premier ou celui de fufion, a deux pieds ôc demi de longueur, deux pieds ôc un quart de largeur, fur un pied ôc un quart de hauteur. La lame de fer qui fert de fond, a été coulée fur cette dimenfion ; deux des parois font aufli faits avec des plaques de fer crud coulé $ la thuyere n’eft pas fur une lame de fer, mais fur une pierre pofée fur le mur ; les parois du foyer font perpendiculaires. A la partie antérieure , on met un vieux marteau, par l’œil duquel on fait fortir les feories quand il eft néceffaire : ou bien, au lieu d’\m vieux marteau , on pratique une ouverture de figure oblongue.
- L’art de l’Ouvrier eft de fçavoir arranger fon foyer, ôc de lui donner les dimenfions requifes. Il faut qu’il fçache placer fa thuyere , de façon qu’il confomme le moins de charbon qu’il eft poflible, Ôc. que la liquation s’opère dans le plus court elpace de temps : au refte, les Ouvriers ne font pas d’accord fur ces dimenfions. Chacun d’eux fait fon foyer fiiivant fon expérience particulière, ôc cache aux autres fa méthode ; ce qui eft caufe qu’à la fin de chaque femaine il dérange fon ouvrage, Ôc en efface les traces pour qu’on ne puiffe pas en prendre les mefurês. Au commencement de chaque femaine , quand il faut recommencer le travail, il, rétablit fon foyer fur fes dimenfions, qu’à cet effet il conferve tracées fur des réglés de
- 1 ) Une Affinerie.
- X
- p.81 - vue 86/218
-
-
-
- 8* . DES MINES.
- bois : cette défiance eft caufe qu’on ne peut pas donner ici des mefures communes ôc invariables , parce que l’un préféré la figure exactement quarrée, l’autre l’oblongue, celui-ci la plus profonde.
- De lu Thuyere.
- On fe fert ici de thuyeres de cuivre, mais beaucoup plus épaiffes que celles de fer. L’orifice en eft à moitié circulaire, comme dans les autres endroits-, avec cette dif-> férence que la bouche eft- plus grande, ce qui eft caufe que dans le même efpace de temps il peut entrer une plus grande quantité de vent dans le foyer ; car pour cet ouvrage il en faut beaucoup. On place ici la thuyere plus proche du fond que dans les autres foyers. If faut que fon dos, ou fa partie fupérieure convexe, foit horifontale avec la marge fupérieure du parois oppofé. La partie platte du deffous de la thuyere ne par oit plus alors être diftante du fond,qu’en-viron de trois quarts de pied. On ne la dirige pas de façon à couper le foyer en deux parties égales* Elle eft éloignée du devant de fept parties, ôc de cinq feulement du côté oppofé au devant. On pofe la thuyere allez obliquement pour que le -vent rafe ôc balaye le fond , Ôc qu’il n’aille pas frapper, loin de la jonCtion du fond avec la partie' inférieure du parois oppofé à la thuyere. Il faut beaucoup d’éxaCtitude pour la placer, & beaucoup d’art pour ne pas manquer ces mefures.
- D e la maniéré de liquéfier SC cuire le fier crud.
- On emplit d?abord le foyer de charbons entiers, grands ôc choifis, dont il faut avoir bonne provifion, parce que les charbons menus ôc en poufïiere rendent un meilleur fervice au foyer extenfeur. A l’aide de deux rouiets, qui portent la gueuze, on l’avance vers le foyer dans lequel on le fait entrer. Elle y eft inclinée, Ôc cette inclinaifon vers le fond eft d’environ vingt degrés. Au moyen de cette inclinaifon ôc des rouiets, on l’avance aifément tant qu’on le juge à propos. On l’arrange de façon qu’un de fes bouts, environné de feu ôc de charbon, foit' directement frappé par le vent. D’abord que le feu a dilfout la partie qui lui étoit ex-jpofée, on l’avance pour en expofer une autre a fon aCtion. Quand on a donné le vent au foyer, il ne fe liquéfie que la partie de la gueuze qui lui eft oppofée, ôc à chaque foison n’en détache, ôc l’on ne fond que ce qu’il faut pour faire une barre, qui doit être étirée fous le marteau.
- Pendant la liquation, l’Ouvrier tient cou* tinuellement fon ringard dans le feu : il travaille, remue , agite de tous côtés le fer liquéfié. Tantôt il ramene au feu le fer qui fe cache dans les angles : tantôt il arrache du fond ôc des parois , celui*qui s’y eft attaché : tantôt il expofe au vent celui qui étoit fous la thuyere : enfin il ne fouffre point qu’aucune partie du fer liquéfié foit feule ôc éloignée du vent. Si on regarde l’extrémité de la gueuze qui fe liquéfie, on voit comment fe fait cette opération. Cette partie paroît groiîiere,inégale, de couleur bleue tirant fur le blanc. Il en dégoutte fans dif-continuité du fer, qu’il faut chercher par tous les angles du foyer pour le remettre au vent. Enfuite l’Ouvrier raffemble toutes les parties difperfées, ôc les amaffe en une efpece de pain, ce qui demande bien du travail. Il éleve enfuite.un peu cette ' maffe fur les charbons, où il la laifife à nud pendant une minute ou po fécondés. On dit que cela purifie le fer : mais la grande induftrie, le grand art, c’eft de continuellement remuer ôc agiter la malTe fluide ; autrement on prétend que le fer ne peut pas être bien purifié.
- Pendant cette liquation ôn augmente our diminue le vent fuivant le befoin : pour cela l’Ouvrier ouvre ou ferme la vanne qui donne de l’eau à la roue, par le moyen d’une bafcule qui eft fous fa main contre le foyer. Ace moyen, il augmente ou diminue le vent; ce qu’il fait fouvent, laiflant feulement quelques petits intervalles entre le plus ou le moins. Au refte on fait mouvoir là les fouf-flets plus vivement qu’ailleurs.
- Chaque liquation dure ordinairement une demi-heure ; cependant fi l’Ouvrier eft habile ôc laborieux, elle ne doit durer qu’un quart d’heure. Dans ce dernier cas , il fera continuellement occupé à agiter le métal, ôc à donner un vent proportionné. S’il faut faire une maffe , ou un pain (4) plus gros , il faudra plus de temps.
- A chaque fois on ne fond pas plus de fer qu’il n’en faut pour faire une bande , qui doit être étendue fous le marteau,, moyennant quoi on n’eft pas dans le cas de faire de ces mafles confidérables, qu’il faut encore repuire, couper fous le marteau avec le cifeaft, ôc dont il faut encore chauffer les moréeaux. Ici on prépare des pains de la groffeur ôc du poids qu’il convient pour faire une barre. Cependant cela n’eft pas toujours exactement d’un poids égal, ce qui eft caufe que l’on fait des barres, ou des barreaux de trois ou quatre façons, ôc de différents poids. Un barreau, par exemple, portera un pouce quarré; un autre, un pouce-
- (4) Une Loupe.
- p.82 - vue 87/218
-
-
-
- DES M
- Ôc demi ; celui-ci, deux pouces ôc demi, 6c ainfi de fuite.
- Pour chaque pain on confomme environ une tonne de charbons : dans les autres endroits deRoflagie, on en brûle une 6c demie, ôc quelquefois deux. D’une gueuze longue de neuf ou onze aunes (s)on fait trente-cinq pain£, c’efl>à-dire -, trente-cinq barres ou barreaux.
- Il y a une forge dans laquelle on ne brûle que 28 tonnes de charbon pour la confom-mation d’une gueuze , pendant que dans les voilines on en brûle trente-cinq.
- Quand le fer liquéfié eft ramaffé en une maffe, on la tire du foyer , ôc on la place fur une efpece d’enclume baffe , fur laquelle on la bat de tous côtés de iy ou 16 coups de maffe , ayant foin de l’applanir, & de détacher, toutes les parties anguleufes ôc inégales» Cette maffe enflammée reffemble à un fromage creux : elle eft de forme ronde fans être fort épaiffe , creufe dans le milieu, ou il y a un grand degré de chaleur.
- L’Ouvrier porte fous le marteau cette maffe refoulée , ôc à force de coups il la réduit en un morceau oblong, qui s’appelle une piece , en Suédois Smida ut til kolf ; il la reporte enfuite dans fon foyer , la plonge dans le feu ,, ôc fexpofe au vent. Quand un côté eft chaud , il la retourne pour expofer l’autre côté au vent. Cette pièce eft autant de temps à chauffer , qu’il en a fallu pour la fondre Ôc la mettre en maffe. Pendant que l’on en prépare une nouvelle, il y a toujours une de ces pièces qui chauffe dans le même foyer. Lorfqu’on retire la piece qui a été plongée dans le foyer , ôc tournée de tous côtés à l’impétuofité du vent, elle paroît rongée ôc diminuée. On voit qu’une partie du fer a péri par l’aâion réunie du feu Ôc du vent; alors on la donne à l’Ouvrier qui travaille au foyer extenfeur , ôc qui fçait la mettre en bande ou barre fous les coups du marteau , il faifit avec une tenaille cette piece enflammée ; Ôc dès la première fois qu’il la fait battre au marteau , il l’allonge de trois pieds.
- On ne laiffe point fortir de fcories du foyer de liquation ; mais on les y retient comme enfermées. Là, ou elles fe diflipent en l’air, ou le feu les détruit, ou elles demeurent dans le fer: à la fin de l’ouvrage il refte feulement une maffe informe. Comme il ne fort point de fcories de ce foyer,, les maîtres Ouvriers prétendent qu’il ne fe perd point de fer.
- Dans quelques autres endroits de Rof-làgie -, ou le fer crud eft fait avec de la mine, de Danmorie , mêlée à* celle d’Utho , ou autre, ondaiffe fortir les fcories du foyer, mais feulement deux, fois- par 24 heures. Si
- ( 5 ) I ? pieds !ou 19 pieds *.
- INES. 83
- on ne les laiffoît pas fortir, les Ouvriers prétendent que la liquation ôc la recuiffon fe feroient difficilement ou féchement, pour fe fervir de leur expreffion.
- Sur le fer liquéfié ôc continuellement remué , on jette de temps en temps des fcories Ôc des battitures , que l’on ramaffe autour de l’enclume : on dit que cela rend le fer plus fluide. On doit aufïi agiter le fer fans dif-continuation, de crainte qu’il ne demeure trop liquide, ôc qu’en cet état il ne brûle ou ne fe recuife trop. Si on le laiffe, comme on le fait dans les autres foyers, juf-qu’à ce qu’il commence à fe recuire, on prétend que cela fait tort à cette efpece. Cela eft caufe que d’abord qu’on remarque dans quelques parties quelques fignes d ébullition , on fait fortir les fcories , ce qui ne fe fait jamais que dans cette occafion. On a foin que la liquation ne foit pas trop liquide. Les Ouvriers prétendent que non-feulement cela dégrade le fer, mais encore qu’il en périt une grande quantité.
- C’eft ici qu’il convient de faire la com-paraifon de la méthode Allemande avec la Françoife.
- i°. Dans les forges d’Allemagne, ou celles que nous avons décrites dans le fécond paragraphe, il y a à la vérité deux foyers ; mais ils font tous deux pareils , Ôc fervent au même ufage. Dans les forges à la Fran-coife, il y a de même deux foyers ; mais l’un fert à la liquation, ôc à la recuiffon du fer crud, tandis que l’autre ne fert qu’à chauffer le fer qui doit1 être étendu en barres : ce qui fait que ces deux foyers font fort différents , à raifon de l’ufage différent que l’on en fait.
- 20. En Allemagne on confirait le foyer, ou le creufet, différemment qu’on ne le confirait en France. Là il y a trois parois de fer ; ici il n’y en a que deux, ôc la thuyere n’eft pas pofée fur une lame de fer, mais fur le mur.
- 30. Dans la méthode Allemande, la thuyere eft plus éloignée du fond, ôc dans la Fran-çoife, plus proche.Dans la première, les fouf-flets vont plus lentement que dans la fécondé , où l’Ouvrier eft le maître de les faire mouvoir fuivant que fon ouvrage le demande. L’orifice de la thuyere eft auffi plus grand , afin de pouvoir donner plus de vent.
- 4°. La plus grande différence eft dans la méthode même de la recuiffon. En Allemagne , on liquéfie tout à la fois une ou plufieurs maffes, jufqu’à la concurrence de près d’un poids de marine. Dans la France, on ne liquéfie que la.portion néceffaire pour faire une bande , ce qui ne fait que la 20e. ou 3 oe. partie d’une gueuze.
- p.83 - vue 88/218
-
-
-
- 84 DES
- 5°. Dans le travail Allemand, on cuit ôc recuit le fer de façon quil eft fondu ôc refondu;, au lieu que, fuivant la méthode Fran-, çoife, on ne le cuit qu’une fois feulement ; car quand on a fondu une partie de la gueu-ze, fuflifante pour faire une barre , on tire tout de fuite cette partie du foyer, fans la remettre au vent ni la faire refondre une fécondé fois. Après la première liquation, on la tire du feu, ôc on la porte fous le marteau : cela ne demande que l’efpace d’un quart-d’heure , ou d’une demi-heure, pendant que dans les foyers à l’Allemande, il faut plufieurs heures à chaque liquation.
- 6°. Dans le travail à F Allemande, on laiffe le fer plus long-temps tranquille dans le foyer. A la Françoife, on le remue & l’agite continuellement ; on le cherche par tous les recoins pour le ramaffer en un pain.
- 7°. Dans un foyer Allemand, il faut cuire le fer deux ou trois fois : ici une feule fois fuffit, Ôc on ne le laiffe point, comme une liqueur, entrer en effervefcence, ni bouillonner, comme cela fe pratique dans la méthode Allemande : pour l’empêcher, on l’agite fans relâche avec les ringards , en augmentant le vent, ce qui fait qu’il fe coagule, ôc fe xamaffe en une malle d’une certaine confiftance.
- 8°. On tire les fcorles des foyers Allemands ; on les laiffe en France. Si elles restent dans le fer, elles en fortent bientôt en forme de lueur, dans le foyer d’extenlion.
- 9°. Suivant la méthode Allemande,on emploie des charbons mêlés, des grands avec des petits, des entiers avec de la poulïiere : ici on n’emploie que les entiers capables de procurer une grande chaleur. Toutes les pouflieres ôc menus charbons font réfervés pour le foyer extenfeur.
- Par tout cela, on voit les différences de recuire le fer fuivant cette derniere méthode , ou félon celle indiquée dans le fécond paragraphe. Il y en a encore plufieurs autres, mais de peu de conféquence. Il faut examiner aufli la différence du fer. Dans les foyers Allemands, on demande du fer crud, qui foit tenace, Ôc qui, dans fa fra&ure, foit de couleur grife. Ici, on veut du fer qui foit plus crud ôc moins cuit, fragile, dont la caffure offre de petits grains ôc points brillants : car fi l’on n’a pas du fer de cette efpece, la liquation fe fait difficilement dans le foyer, Ôc avec plus de peine. Au moyen du mouvement ôc de l’agitation que l’on donne au fer dans les foyers de forge, il s’améliore ôc fe purge de fes crudités.
- Le fer crud, qui eft tenace, ôt qui a été bien cuit dans le fourneau, non-feulement réfifte plus long-temps au feu, ôc ne veut pas en être dompté ; mais fon déchet eft moins grand que celui des fontes blanches ôc caf-
- MINES.
- fantes. Le plus ou le moins de produit n’étant point ici une perte ou un gain pour l’Ouvrier,il n’aime Ôc ne recherche que le fer qui fe liquéfie le plus aifément, ôc qui exige moins de travail pour être amaffé en pains ; ce qui au refte, revient prefque au même ; car autant on a épargné de charbons au fourneau pour fondre beaucoup de mine, ôc en tirer du fer crud, autant il en coûte pour le recuire dans les foyers de forge.
- Du fécond foyer que Ion appelle Foyer extenfeur.
- L’autre foyer, dans lequel on tranfporte le fer auquel le marteau a déjà donné une certaine forme oblongue, eft d’une ftru&ure différente. La cheminée eft pareille à celle dont nous venons de parler, avec un petit mur de brique fur le devant pour garantir de l’aélion du feu les yeux des Ouvriers. Elle eft bâtie d’ailleurs tout de même ôc dans les mêmes dimenfions: mais le foyer ou creufèt eft abfolument différent. Il a deux pieds de largeur depuis la thuyere jufqu au côté oppofé, ôc trois à quatre pieds de longueur. On lui donne cette longueur, parce que les barres que l’on y doit chauffer, s’y introduifent ôc fe placent fuivant leur longueur. Le côté qui eft long, n’eft pas élevé perpendiculairement ; mais à fà partie fupé-rieure, il fe renverfe un peu en dehors, de façon qu’il eft plus large au-deffus qu’au fond, fans néanmoins que cette obliquité foit confidérable.
- Pour ce qui regarde la thuyere, elle eft éloignée du fond, entre dans le foyer, ôc a autant d’inclinaifon que celle du foyer de fufion que nous venons de décrire.
- Le fécond foyer ne fe remplit pas de charbons gros ôc entiers, mais de poufliere Ôc de menus charbons. On jette cette poufliere mêlée de menus charbons dans tous les coins Ôc au milieu de ce foyer, dans lequel on les accumule jufqu’à une certaine hauteur, ce qui fait que ce tas reffemble à un tombeau, ou à un bûcher de poufliere de charbons. Il fout pour cela huit ou neuf tonnes de pouf-fiere de charbons, que l’on mélange avec de menus charbons, ceux qui ont été rebutés au foyer de fufion comme n’y étant pas propres. Plus il y a de ces pouflieres, mieux on dit que les barres ou barreaux qu’on y chauffe réufliffent. Sur ce fondement, on a grand foin de ramaffer par-tout ces pouflieres de charbon, laiffant les gros ôc entiers pour le foyer de fufion.
- Lorfque le foyer eft plein de cette pouf fiere, on jette deffus un panier de meilleurs charbons auquel on met le feu. Les barres qu’on a déjà commencé à battre, ainfi que nous l’avons dit, ayant encore des parties qu’il faut foire étendre fous le marteau, on
- expofe
- p.84 - vue 89/218
-
-
-
- DES
- éxpofc au vent qui perce dans le foyer , la portion qui refte à travailler , ôc on la rapproche du vent quand elle eft fur le point d’être portée au marteau. Celles qui n’ont pas encore été fous le marteau, ne fe mettent pas tout contre le vent ; on les en éloigne un peu, parce qu’il ne faut pas un fi grand degré de chaleur. On tient toujours au vent le fer qui eft prêt à être porté fous le marteau. On peut donner différents degrés de chaleur au fer, foit en l’éloignant de la thuyere, foit en le plaçant dans tel ou tel endroit du foyer, en le mettant deffus ou deffous la thuyere; enfin, en le plongeant dans une plus ou moins grande quantité de charbons allumés ôc en poufliere.
- Il y a plufieurs indices pour juger de la maniéré dont le fer eft chauffé dans le foyer éxtenfeur, foit liquidement, foit féchement comme on dit ; fi le fer étant chaud eft rouge, ou d’un rouge obfcur, même fi la flamme paroît plus obfcure que de coutume, c’eft un ligne que le fer ne chauffe pas bien, ôc qu’il chauffe féchement. On en juge encore de même lorfque les fcories ont de la peine à fortir du foyer. Les Ouvriers difent qu’alors les fcories fe retirent vers la thuye* re, ôc que c’eft ce qui les empêche de couler par l’ouverture qui leur eft deftinée. Ordinairement elles fe durciffent vers l’ouver* ture de la thuyere. Si le fer eft chaud au blanc, ôc qu’il jette beaucoup de menues étincelles blanches aufli, c’eft une marque qu’il chauffe bien. Le meilleur indice d’une chaleur convenable, c’eft lorfque la couleur du fer ôc des étincelles tire un peu fur le bleu. Ici la couleur du fer chaud eft d’un bleu fondu dans beaucoup de blanc. Dans les autres endroits, cette fcintillation eft la marque d’une trop grande chaleur, ôc d’un fer brûlé, au lieu qu’ici c’en eft une que le fer eft chaud comme il faut, ôc qu’il eft bon à être porté fous le marteau.
- Au refte, on tempere la trop grande chaleur du feu avec du fable ôc des fcories. On regarde de temps en temps le fer pour voir s’il eft trop ou pas affez chaud. On en juge à fa couleur; car fl l’Ouvrier voit que la chaleur fe communique trop féchement, il met du fable, mêlé avec des fcories pilées, fur le fer brûlant, ôc cela fur tous les côtés : après quoi il le remet au feu, ôc le place ou au vent ou proche du vent, fuivant le degré de chaleur qui lui eft néceffaire.
- Souvent on ôte les fcories du foyer ex-tenfeur, deux, trois, quatre, .ôc jufqu’à cinq fois pendant la durée de chaque liquation, ce qu’on appelle une tournée, qui eft l’efpa-ce de temps qu’il faut pour mettre fept pains en barres. On dit que c’eft bon figne, lorfque le foyer abonde en fcories. Dans le cas jFourneaux , 4e. Section.
- MINES. 8f
- contraire, on tient que Touvïage fe fait trop féchement.
- On choifit pour ce foyer de menus char* bons inutiles a d’autres ufages. Il n’en faut pas tant qu’au foyer de fufion. On ne remplit le creufet qu’aux deux tiers. Dans une forge Ample, pour avoir trente-cinq pains dans un foyer de liquation, on confomme 28 paniers de charbons choifis, ôc 20 dans l’autre foyer pour les forger. Au refte, dans ce dernier, il faut une tonne de menus charbons pour le forgeage de chaque bande, au lieu qu’il en faut une ôc demie, deux, ôc jufqu’à deux ôc demie, dans les autres forges de Roflagie,
- Dans ces forges, le marteau ne cefle de battre le fer, ôc n’a point de repos, de façon qu’il s’échauffe beaucoup ainfi que Tendu* me. Pour y remédier, car la trop grande chaleur les amollirait, il y a un petit courant d’eau qui vient continuellement arrofer le tronc de Tenclume dont le pied en eft envi* ronné de toutes parts. Lorfqu une bande eft étirée , ôc qu’on la bat fur le plein de Tenclume pour la dreffer ôc l’unir, un enfant frappe fur Teau avec un bâton, ce qui fait jaillir des gouttes d’eau froide fur le fer chaud, fur le marteau ôc fur Tenclume, qui en font arro* fés ; ce que Ton continue de faire jufqu’à ce que la barre foit unie*
- Pour ce qui regarde la quantité de fer qu’on peut forger dans unè femaine, dans une forge Ample, c’eft-à-dire, où il n’y a pas tant d’Ouvriers, d’aides Ôc de goujats que dans les autres forges, chaque femaine on en fait quarante grands poids de marine , ou 44 de Stockholm. Dans celles où il y a beaucoup d’Ouvriers, d’aides êtde fer vite urs* on a éprouvé que dans un foyer extenfeur, on pouvoit en une femaine mettre en barres 72 poids de marine de Stockholm. L’ou*i vrage d’une femaine eft de 128 heures.
- Quant au déchet du fer Crud, les Ouvriers ne s’embarraffent pas qu’il s’en perde plus ou moins. Les uns penfent qu’il ne s’en perd pas beaucoup, parce qu’on ne laiffe point fortir de fcories du foyer. Il y a cependant une grande diminution dans le fer, ainfi qu’il eft aifé de le prouver par le calcul. Dans une forge on raffine ôc tire en barres ordinairement onze gueuzes Ôc demie par femaine. Chaque gueuze pefe communément environ neuf poids de marine, Or, onze gueuzes Ôc demie ne rendent que 66 poids de marine de Stockholm de fer forgé : il eft donc clair que de 104 parties de fer crud, on n’en a que 66 de fer pur ôc forgé. Dans une forge Ample on fond fept mânes ôc demie de fer crud par femaine , ou, ce qui eft le même, 67 poids de marine , qui rendent 42 ou 43 poids de ma* rine de fer forgé. Donc le fer crud diminue
- Y
- p.85 - vue 90/218
-
-
-
- DES MINES.
- dans la proportion de 104 à 66, ou de 67 à 42 , ou de 26 à 17 - ; ce qui prouve quil périt plus d’un tiers de fer crud, pendant que, fuivant la méthode Allemande , il n’en périt que ~ ; la différence eft de 13k <?. Cette diminution provient beaucoup de la qualité du fer crud. Les Ouvriers aiment celui qui a des grains , qui eft blanc ôt peu cuit : ainfi il n’eft pas étonnant qu’il y ait plus de déchet.
- Les poids dont on fe fert ici, font bien différents des poids ordinaires. Un poids qu’on appelle v/icht, équivaut à un poids ôt demi de marine de Stockholm : deux wichts ôt demi font un poids qu’on appelle mill> ou trois poids ôt demi de marine.
- Dans chaque forge, il y a huit Ouvriers : deux Maîtres, un qui prélide au foyer de liquation, l’autre au foyer extenfeur; pour trois poids ôt demi de marine, on leur donne à chacun un thaler Ôt demi de cuivre : un Compagnon, qui par mill, gagne un thaler ôt un quart ; quatre goujats auxquels pour la même quantité de fer on donne un thaler chacun, & l’enfant qui bat l’eau, lequel gagne un demi-thaler. Outre cette rétribution , on leur donne encore tous les ans une petite gratification , qu’on appelle la pièce pour boire.
- L’office de l’enfant qui s’appelle Goujat, eft de jetter de l’eau fur les barres qui font fous le marteau , d’y imprimer la marque ; ôt pendant l’extenfion, de la foutenir avec une efpece de crochet, afin de l’entretenir fur l’enclume.
- Lorfqu’un bout de la barre eft forgé, on le trempe dans l’eau pour le refroidir : peu de temps après, on le retire fur le bord du bâche, où il refte un moment. On le replonge une fécondé fois dans l’eau, d’où on le retire encore promptement fur le bord du bâche. Enfin, on le replonge une troifieme fois dans l’eau, où l’on le laiffe jufqu’à ce quil foit refroidi : alors on le porte au foyer ex-tenfeur, Ôt on y enfonce la partie qui refte à forger.
- Si l’on étoit obligé de faire réparer le foyer d’extenfion, ou bien fi l’on manquoit foit d’eau, foit de poufïlere de charbons, on ne laiffe pas pendant ce temps-là que de travailler au foyer de liquation (6). On y fait plufieurs pièces, que l’on forge par la fuite : on en fait en une femaine , jufqu’à concurrence de po poids de marine.
- Nous pouvons encore voir ici, ce que les méthodes Allemande ôt Françoife ont de différent pour mettre le fer en barres. i°. Le fécond foyer Allemand, n’eft point différent du premier. On fait également la même be-fogne dans l’un Ôt dans l’autre 9 au lieu quen
- France on ne fait que chauffer le fer dans le fécond foyer, fans l’y fondre lorfqu’il eft encore crud. 20. Le foyer Allemand eft pref-que quarré ; le François eft obiong, outre que le parois oppofé au vent eft incliné en-dehors. 30. On y chauffe le fer uniquement dans la poufïlere de charbons, mêlée avec de menus charbons , ce qui ne fe pratique pas dans un foyer Allemand. 40. Il y a d’autres ufages touchant le degré de chaleur du fer dans ce dernier foyer, que dans un François où l’on cherche une chaleur allant au blanc mêlé de bleu. On cherche même à donner au feu un allez grand degré de chaleur , pour que de toutes parts il jette des étincelles, comme des rayons de feu ; ce que l’on évite pour le fer chauffé dans un foyer Allemand. 50. Il faut moins de charbon pour fondre Ôt forger la même quantité de fer, fuivant la méthode Françoife, qu’il n’en faut félon l’autre. 6°. Indépendamment de cette épargne, l’ouvrage va plus vite en France ; car, dans une forge à deux foyers on y raffine ôt on y bat par femaine 40 à 60 poids de marine de fer, tandis qu’à fuivre la méthode Allemande, dans le même temps ôt dans deux foyers, on ne peut fondre ôc forger que 16 a. 22 poids de marine de fer.
- Il feroit trop long de rapporter les autres méthodes de fabriquer ôt travailler le fer en Suede. Il y en a qui fe fervent de la Françoife : mais comme ils mélangent des mines de nature différente, dont les fers ne peuvent fe diffoudre au vent de la thuyere, mais veulent être fondus plus lentement, ôt demandent plus de temps pour être faifis par le feu, ils ne peuvent le purifier par cette méthode , ni ramaffer en un feul pain le fer liquéfié. Ils font obligés de faire fortir les parties vicieu-fes , lorfqu’elles font féparées des autres ,
- ' c’eft-à-dire, qu’ils font fouvent obligés d’é-cumer le foyer, quoiqu’il ne foit qu’à demi plein de fer liquide. Ils font même forcés de modérer le feu ôt le vent, de crainte que ces parties vicieufes ne fe mêlent encore dans le fer à l’aide de la chaleur, ôt ne le faffent plutôt brûler : ils ont donc recours à leur expérience particulière pour amollir le fer, le rendre duôtile ôt doux, enfin pour le bien battre ôt le polir fous le marteau.
- Quelques-uns cependant ayant une autre efpece de mine, que celle dont on fe fert dans les forges dont nous venons de parler, ôt prenant modèle fur ces* foyers à la Françoife , ont tenté d’en faire de pareils , ôt d’adopter cette méthode en coulant de longues maffes triangulaires, les expofant au vent, les liquéfiant comme en France, les ramaffant en pains en remuant continuellement le fer avec un ringard, ôt en le por-
- 4 6) L’Affinerie.
- p.86 - vue 91/218
-
-
-
- DES MINES.
- tant, après le premier forgeage, dans le foyer deftiné pour l’étendre ; mais le fuccès n’a pas répondu à leur efpérance : car le fer à recuire n’étoit pas de la même qualité , ni de la même configuration ; il n’étoit plus fi fufible dans les foyers de forgé ; il fembloit réfifter au feu avec opiniâtreté ; une grande partie fe convertiffoit en feories, defquelles il falloit fouvent débarraffer le foyer : ainfi, ils ont été obligés de recourir à leurs anciens foyers, Ôc à leurs ufages ordinaires. Le fer de Danmorie fond aifément, ôc fe coagule auffi-tôt qu’il eft fondu, ce qui fait qu’on le ramaffe aifément en pains. Il n’a pas befoin d’une fécondé cuifïbn, parce qu’il n’eft pas chargé de beaucoup de foufre , ni de pierres nuifibles ; ce qui eft caufe qu’il n’eft pas né-ceffaire de le cuire ôc recuire pour, avec le fecours d’une extrême chaleur, le purger des impuretés qu’il n’a pas. Il fuit de-là que chaque efpece de fer a fa maniéré particulière d’être travaillée, ôc quelle fe refufe à toutes les autres.
- y. Vin.
- De la maniere de fondre la mine de fer en France,
- Il y a beaucoup de fourneaux en France, pour la fufion de la mine 6c la préparation du fer crud, fçavoir : Dans le Nivernois , les fourneaux de Sauvage, Chante-Merle, Bizy, la Sanoderie, Corbolin, de Pot, de Chan-daux, de Guichy, Cramin, Ravau, la Blou-fe, Première, Moulin-Biloufe, Montigny, Cigogne, Azy-Valotte~Sardonne, Charbon-nerie. Dans le Berry , ceux de Melian , GrofTouvre , Soutet, Torteran , Feuiilar-des , Prefly , Courbanfon , la Cailloderie, Bonnau, Creuzon, Ardante ou Claviere, Morcuit, la Forge-Neuve , Bigny, Ivoye-le-Prez. Dans la Touraine, celui de Pré-villy. Dans le Poitou , ceux de Meilleuret, Charneuil, ôcc. Il y a encore plufieurs autres fourneaux en Lorraine ; en Champagne ; aux environs de Bar-fur-Aube , de Troyes ; dans les Ardennes, à Dagny Ôc à Gironne : il y en a aufti en Normandie, en Bretagne ôc en plufieurs autres endroits.
- Ce Royaume ne fournit pas beaucoup de mine dans les montagnes, ni qui foit unie à une roche dure. La plus grande partie eft répandue fur terre, ôc dans les lieux ‘ marécageux, ce qui fait que l’on en ramaffe de petits morceaux, qui font répandus çà ôc la fur la fuperficie de la terre, ôc couverts de t erre ôc d’argilè. Par le lavage qui s’en fait à l’aide d’un petit courant d’eau, on détache
- ( x ) On a lieu de croire que par ces mots Swedemborg a voulu défigner l’Anjou & le Poitou. Il y a dans l’Anjou un bourg qui s’appelle Paye, & dans le Poitou, Election de
- la partie terreftre dont cette mine peu riche eft imprégnée ; ôc quand elle a été brûlée ôc calcinée. On la met dans le fourneau. On trouve des mines en roche , in Fay SC P érigé (x). On dit que les mines que l’on tiré de ces montagnes, font fort fulfureufes : on en fait cependant du fer, mais d’une mau-vaife qualité. Les Habitants connoiffent à la marque ôc aux lettres mifes fur le fer, de quelle qualité il eft : on l’emploie à certains ufages, faute d’en avoir de meilleur. La meilleure efpece Ôc le plus doux fe travaille dans la Bourgogne, le Nivernois ôc même dans quelques lieux de la Champagne, comme le fer qu’on fabrique à Roche ôc qui en porte le nom : pour celui qui fe fabrique dans la Normandie, la Bretagne ôc lePérb gord, on dit qu’il eft caffant.
- En Champagne, Lorraine, Bretagne ôc Normandie, les fourneaux font à peu-près conftruits comme ceux de Liège, dont nous allons parler. Il n’y a gueres que 20 ou 30 ans (2) qu’on s’y fervoit de foufflets de cuir t on tire la mine de la terre. En 24 heures on fait 16 ou 20 charges, ôc à chaque charge on met 15 ou 16 paniers de mine ôc trois vans de charbon , avec deux paniers de pierre calcaire : cela produit 2000 à 2300 de fer crud, que l’on coule en maffes longues* Chaque maffe pefe 12 à iyoo ; elles font longues de y ou 6 aunes, ôc larges de 12 doigts. On fait les charbons«avec les bois les plus compaêls, comme le châtaigner, le hêtre, le chêne, ce qui fait que le charbon eft très-dur, ôc qifil tient bien le feu : cela fé pratique ainft depuis plufieurs années.
- Du Fourneau de Grojfouvre dans le Berry*
- Aujourd’hui les fourneaux font mieux bâtis ôc meilleurs que ceux qu’on faifoit autrefois , ôc dont nous avons déjà en quelque maniéré donné la defcription. Je donnerai pour exemple celui de Groflbuvre , proche l’Allier, dans le Nivernois : les autres font à peu-près de même. Sa hauteur eft de 2 y pieds françois ou de 27 deSuede, depuis le fond du foyer ; le dedans eft quarré ; au milieu il y a une cavité très-large , ôc qui fe rétrécit vers le defliis. L’ouverture d’en-haut, par la* quelle on met les charbons ôc la mine, eft large de deux pieds Ôc demi en approchant du fond ; il a fept pieds en quarré ; dans le milieu , où eft la plus grande dimenfion quarr rée , le ventre a fept pieds Ôc demi ; le foyer eft haut de ij? à 20 doigts, long dé 3 pieds Ôc large de 18 doigts : l’orifice de la thuyere eft dans le milieu du foyer.
- Les foufflets font de bois, ôc fuivant M, deReaumur, ceux des forges ont les dimen*
- Sairt Maixent, lin autre bourg appel lé Péri orné. On fcait d’ailleurs qu’il y a beaucoup de’ forges .dans ces deux provin-; ces, = ('z) Il écriyoit en 1734*
- p.87 - vue 92/218
-
-
-
- n DES MINES.
- fions fuivantes. Leur longueur eft de fept pieds ôt demi; ils s’élèvent de 14 doigts; leur plus grande largeur eft de 42 pouces, la plus petite de 14 ; un foufflet fe leve 206 fois par qirart-d’heure, les deux enfemble 412 fois : il a trouvé , par le calcul, qu’à chaque coup un foufflet donne 20151 pouces ôt demi cubes d’air ; mais les foufflets de fourneau font beaucoup plus grands, ôt en donnent à chaque coup 5)8220. Chacun d’eux fe leve 120 fois par quart-d’heure, Ôt les deux enfemble 240 fois. Les charges fe renouvellent tous les cinq quarts - d’heure, lorfque les charbons font defcendus à quatre pieds deux pouces. Chaque charge ’eft de neuf raifées ou paniers de charbon, avec douze paniers de mine, dont trois de la meilleure efpece, ôt defifus trois ou quatre paniers d’une efpece de filex qui fert de menftrue : dans d’autres fourneaux, ce mélange eft différent. Pour un millier de fer, il faut deux tonnes de charbon : en fix jours ôt Jfix nuits on coule dix fois, & on a dix longues maffes de fonte, qui, en France, comme enSuede, s’appellent gueules.
- D'un Fourneau à fondre la mine de fer dans le Dauphiné.
- Dans le Dauphiné, aux environs de la ville d’Alvar, il y a dans la montagne de Vauche , plufieurs galeries pour tirer la mine du fer: él y en a qui ont de 300 juf-qu’à 600 aunes de longueur (3). On continue toujours d’y travailler ; mais au lieu de foufflets, on a établi des efpeces de machines hydrauliques (4), qui fourniffent du vent comme feroient des foufflets : on le pratique de même en quelques endroits d’Italie.
- On bâtit le fourneau proche une eau courante , ordinairement au pied d’un coteau ou d’une montagne, d’où fe précipite le courant d’eau. On fe fert de tuyaux pour amener l’eau à la trombe : il y a 5)0 ans qu’on a commencé en Italie à fe fervir de cette machine , d’où elle a paffé en d’autres endroits, s’il faut s’en rapporter à ce qu’on en dit.
- La figure montre la machine,Planche XII. A, eft un canal en bois qui n’eft pas bien confidérable , ôt qui amene l’eau où il convient ; i?, eft la partie fupérieure du tuyau perpendiculaire , qui s’appelle trombe. Ce fyphon eft percé en rond , ôt formé de deux pièces de bois jointes Ôt rapprochées. Le diamètre de la partie fupérieure en C, eft de 12 pouces , & de fon inférieure en E de 10 pouces. La partie C, C, s’appelle étranguillon, parce quelle fe rétrécit, Ôt fe termine en bas par un orifice de cinq pouces de diamètre , ce qui fe fait afin que l’eau foit mieux contenue dans la partie fupérieure, ôt quelle
- tombe perpendiculairement fur une pierre qui eft deffous : fi la trombe a vingt pieds de hauteur, l’étranguillon doit en avoir quatre, c’eft-à-dire, qu’il doit faire le cinquième du fyphon.
- Il y a deux trous Z>, D, _D, Z), au bas de l’étranguillon, un de chaque côté, ôt félon la longueur de la piece, afin que l’air puiffe entrer ôt être attiré par ces ouvertures. A la diftance de deux pouces, il y a encore deux trous pareils ôt pour le même objet. E, eft le fyphon ou tuyau fait de deux morceaux de bois rapprochés : quelquefois on le fait de fer blanc. Ce fyphon entre d’un pied ôt demi dans un réceptacle qui eft deffous , ôt repréfenté par F: il a quatre pieds de hauteur , ôt autant de diamètre. G ,G, G, G, font deux pièces de bois pofées en croix, qui portent une pierre ronde qui a 11 pouces de diamètre, fur laquelle tombe l’eau du fyphon : cette chûte augmente le reffort de l’air. H, repréfente cette pierre, entre laquelle Ôt le bas du réceptacle, il y a une ouverture de cinq ou fix pouces. /, eft un autre canal, par lequel l’air que l’eau a entraîné, va en ligne droite au foyer, ne trouvant point d’iffue pour s’échapper autrement. Ce réceptacle s’appelle caiJJon. ; il eft de figure quar-rée de 10 pouces : mais on peut lui donner telle longueur que l’on veut. On obferve cependant de le tenir perpendiculairement, de crainte qu’il ne donne paflage à l’eau. K, eft le canal par lequel l’air eft conduit au fourneau : il a cinq pouces de diamètre fur la longueur néceffaire. L, eft une valvule de cuir qu’on appelle arrêt ou bafcule, faite de bois, mais couverte de cuir ; en l’abaiflant on donne une iffiie à l’air, ôt on l’empêche d’entrer dans le fourneau : d’ailleurs, l’air par fa force ferme très-exa£tement cette valvule. M, eft un canal de fer bien joint à celui de bois : il eft contre le fourneau, ôt entre dans le foyer X. O , eft le fourneau : l’eau qui tombe far la pierre coule de tous côtés. jP, eft une ouverture quarrée au fond du réceptacle : cette ouverture a un pied de diamètre. De-là, l’eau coule en Q, qui eft un autre réceptacle que l’on appelle cajfette, faite avec des chevrons : elle eft longue de trois pieds,ôc large d’un. Au milieu de ce réceptacle R, eft une valvule, nommée palette, qui, étant fermée empêche la fortie du vent. Eile donne feulement iffue à l’eau qui ne peut pas tenir dans le réfervoir, Ôt qui eft au-deffus de la valvule : l’eau coule continuellement par-deflfus les parois du réceptacle.
- Si le lieu permettoit d’établir un fyphon de 30 ou 36" pieds de hauteur, il ne feroit pas néceffaire d’en avoir plufieurs. Mais fi l’on n’a que 20 ou 24 pieds à donner, il en
- (3) jzf ou 1050 pieds. ==a (4) Cette machine s’appelle Trombe•
- faut
- p.88 - vue 93/218
-
-
-
- DES MINES.
- faut trois : car plus le fyphon eft haut, plus il fournit de vent. De cette maniéré on a un vent très-fort, égal, 6c continuel; mais on penfe quil eft trop humide ôc trop froid.
- jDe quelques Fourneaux établis en France pour y couler des canons.
- On prétend qu’il y a long-temps que le Duc de Nevers fit conftruire des Fourneaux pour fondre des canons, Ôc que pour cet effet il tira des Ouvriers de Suede : mais que dans les commencements l’entreprife ne réuflit pas ; que ce travail fut cependant fuivi dans le Périgord , 6c qu ayant fait venir des Ouvriers d’Angleterre, l’entreprife s’augmenta au point qu’il y eut douze fourneaux d’établis , même un plus grand nombre. Quelques-uns de ces fourneaux étoient doubles, c’eft-à-dire, qu’il y avoit deux cheminées Ôc deux foyers l’un contre l’autre, enclavés dans la même maçonnerie, féparés néanmoins par un maffif, afin de pouvoir ra-maffer allez de métal pour couler les plus gros canons. Il y a encore aux environs d’Angoulême des fourneaux pour couler des canons que l’on envoyé de-là à Rochefort. Il y a aulïi quelques-uns de ces fourneaux dans la Bourgogne, 6c en quelques autres endroits.
- Dans le commencement, on effaya des mines de différente qualité : mais à préfent on emploie, à ce que je crois, la mine en roche, qui fe caffe aux environs de Nortrou, Bflideüil, Mareuil, ôc la Chapelle-Poumier. Ces minières ne font pas éloignées les unes des autres : la mine n’eft pas bien profonde ; mais fes veines font couchées horifontalement çà 6c là dans les champs, ôc ne s’enfoncent gueres avant.
- Ces fourneaux avoient 24. à 26 pieds de hauteur ; ils étoient bâtis de roche pure. Les murs du foyer étoient faits avec de grandes pierres de meules, ou des pierres de grais. La cheminée ou cavité intérieure étoit de figure ronde. L’ouverture fupérieure avoit deux aunes (5 ), Ôc même étoit plus grande dans les fourneaux ou l’on couloit de plus gros canons. La cavité devenoit plus ample vers le milieu du foyer, 6c de-là fe rétré-cilfoit en defcendant. Le foyer étoit long d’une aune une aune -y-ou deux aunes (6 ) fur une aune de large. On fe fervoit anciennement de foufflets de cuir, qui étoient mus par de petites roues à eau.
- A chaque charge on mettoit deux ou trois mefures de mine , avec trois paniers de charbons de châtaigner. En 24 heures on faifoit 18 à 20 charges. Tous les deux ou trois jours on couloit le fer, mais plus ou moins, fuivant la grolfeur des canons. Quand on
- Bp
- a éprouvé les canons faits avec de la mine de Mareuil, on a reconnu qu’ils étoient d’un fer très-caflant. Jufqü’ici la grande fluidité de cette mine a été caufe qu’on l’a mêlée avec d’autres efpeces réfraêtaires , Ôc qui ne fondent pas aifément.
- Maniéré de recuire lefèr crud SC de P étendre fous le marteau en France.
- M. de Reaumur dans fon magnifique Traité de la converfion du fer forgé en acier, parle brièvement de la maniéré de faire recuire le fer crud dans les forges de France , par laquelle on peut voir que c’eft la même méthode que celle que nous avons décrite au paragraphe feptieme , ôc que nous avons appeliée à la Françoife ; voici ce qu’il en dit.
- Veut-on faire du fer, Ôc fur-tout du fer bien doux ? on prend par préférence des fontes blanches. Cette fonte a été moulée en forme de gueuze. Un des bouts de la gueuze eft placé au-deflus de raffinerie, qui eft une efpece de grand creufet formé par des plaques de fer, qui n’a que fept à huit pouces de profondeur. L’affinerie eft remplie de charbons : il y en a même aflez pour couvrir le bout- de la gueuze, Deux foufflets entretiennent un feu aflez violent qui amollit le bout de la gueuze , ôc la fait fondre. Elle laiffe tomber des gouttes comme il en découleroit d’un bâton de cire d’Ef pagne pofé au-deflus d’une bougie allumée. Un Ouvrier tient dans cette affinerie un long ringard, avec lequel il raflemble la matière qui y tombe. Il la paîtrit en quelque maniéré ; il la retourne, ôc en fait une maffe de 80 ou 90 livres, qui eft appeliée dans les forges une Loupe. Cette matière, foit avant qu elle ait pris la forme de loupe, foit après , eft environnée de charbons allumés. Le vent des foufflets fait de toute part circuler la flamme autour de la loupe. Il n’y a même aucune partie de la maffe, contre laquelle elle ne foit dardée violemment : mais ce à quoi il y a fur-tout à faire attention ici, c’eft la façon de paîtrir la fonte ôcla loupe avec le ringard. Au moyen de cette manœuvre, toutes les parties font fuccefîivement expofées à l’aêlion immédiate de la flamme. L’expérience a appris que mieux la loupe a été paîtrie , mieux ôc plus long-temps elle a été chauffée, plus le fer qu’on en tire eft doux ; mais aufli moins on en a : on brûle plus les fouffres ; on emporte mieux les fels ; mais en même temps on brûle plus de fer. Aufli plus on fait le fer doux avec des fontes médiocres, plus on trouve de déchet. On imagine bien que pendant que la loupe a été tenue dans l’affinerie, une partie de ce
- (5)3 P^ds {. = (6) i pieds 7 pouces , 3 pieds
- Fourneaux, 4e. Section. y !Z
- p.89 - vue 94/218
-
-
-
- DES MINES.
- qui lui reftoit de matière terreufe ôc vitrifiée , s’en eft féparé ; cette matière eft plus aifée à ramollir que le fer. Elle en eft encore expulfée quand on porte la loupe fous le gros marteau qui peîe un millier , 6c quelquefois jufqu’à quinze cents. On y forge cette loupe à diverfes reprifes , après lui avoir donné chaque fois une nouvelle chaude , comme on la donne à toute barre de fer que l’on doit forger.
- D yun nouveau, petit fourneau proche de Bayonne.
- Au Septentrion de Bayonne , à un mille de la ville de Dax , contrée de Chalofe, on fît au commencement de l’année 1723 pour fondre de la mine , un fourneau pref-que fembiable à un foyer ordinaire de forge, ouvert par le devant , avec cette différence que le bas étoit rond. Il étoit auifi plus grand qu’un foyer ordinaire de forge , de façon qu’il pouvoit contenir 123 ou 150 livres de fer.
- On emplit ce foyer de charbons, enfuite on met deffus de la mine qui fe liquéfie, & gagne le fond en paffant à travers les charbons. Pendant ce temps-là on ne oeffe de remuer & de retourner le fer en fufîon, qui eft tombé dans le creufet, jufqu’à ce qu’il en foit prefque rempli. Quand le fer eft ramaffé en une maffe qu’on appelle Loupe, ou Renard, ôt en quelques endroits Moût-nade, on tire les fcories, 6c enfuite on coupe la maffe en cinq ou fix morceaux, qu’on porte fous le marteau, chacun à leur tour.
- La mine qu’on fond de cette maniéré ne fe trouve pas dans les montagnes en maffe ou en pierre; mais elle fe trouve dans une efpece de terre rougeâtre, ôc peu à fond. Cette mine eft pauvre ; car 15 à 1800 de mine fourniffent à peine une hournade, c’eft-à-dire, 150 livres de fer.
- §. IX.
- Fourneaux des environs de Liège.
- Aux environs de Liège, il y a des fourneaux 6c des forges, entre autres proche de Huy 6c de Namur. Il y en a aufîi près de Lim-bourg , de Metz , de Luxembourg. Par le moyen des rivières, le fer fe tranfporte à Liège , 6c de-là à Amfterdam. Il y a quelques années que dans le pays de Liège il n’y avoit que huit fourneaux.
- La mine avec laquelle on fait le fer, fe ramaffe en plufîeurs endroits. Elle eft ordinairement jaune ou rouge. On la tire dans les marais ôc dans la terre végétale , ce qui eft caufe que les morceaux font enveloppés
- de beaucoup de terre. On la calcine d’abord feulement pendant 24 heures ; après là calcination , elle refte de couleur rouge. Le fer qui en provient, eft très-tenace ôc très-fonore quand on le frappe ; ce qui fait qu’on le coule en lames minces, pour former différentes marchandifes, comme des pots, des marmites, ôcc. Au refte le fer en barres n’en eft pas d’une excellente qualité ; il eft très caftant à froid.
- On éleve le fourneau de 20 pieds au-deffus du foyer : la largeur eft de cinq pieds* dans la plus grande étendue ; la cavité du ventre eft de 6 ou 7 pieds, 6c de forme quarrée. On choifît pour le bâtir la meilleure pierre, connue pour bien réfîfter au feu. Par ce moyen on peut le faire travailler fans relâche pendant un an entier. Toutes les deux heures, on renouvelle la charge qui eft de 20 ou 22 paniers de mine, ôc on coule deux fois par jour, c’eft-à-dire, au bout de 12 heures ; ôc à chaque coulée on a 1700 de fer, ou 3 poids de marine 6c un tiers, ce qui en fait près de fept en 24 heures. L’été On travaille en marchandifes , ôc l’hyver on coule des gueuzes, qu’on fond enfuite dans des foyers de forge, pour en faire du fer en barres. Chaque jour on confomme douze charretées de mine ; ci-devant on fe fervoit de fôufflets de cuir qui a voient fix ou fept* aunes de longueur (T).
- Lorfque le fer eft mis en barres, cent livres de fer crud rendent quatre-vingts-fîx livres de fer battu. La perte ou le déchet n’eft que de 14 par cent.
- 5. X.
- Maniéré de traiter la Mine de fer en Italie, de la calciner, & de la fondre à Brejfe.
- La ville de Breffe, où il y a des fourneaux à fondre la mine du fer , eft fous la domination de la République de Venife. I! y a plufîeurs puits à mine qui ne font pas profonds ; ils ne font gueres qu’à 20 ou 24 aunes de profondeur {*). Cette mine paroît n être pas fulphureufe ; ce qui eft caufe que le fer qui en provient, eft caftant à froid. On fépare les veines de bonne qualité. Les couches de mine n’ont pas de largeur. Celle de Ro^ga Efelvaggia donne du fer caf-fant.
- La mine d’une bonne qualité , ôc qui n’eft pas fulphureufe, que l’on diftingue même à l’odorat, eft mife dans le fourneau, fans être calcinée : mais celle qui eft fulphureufe, eft grillée préalablement. On chaffe à laide d’un feu doux , les parties les plus groffieres, ôc On dénoue en quelque façon la pierre, en
- ( 1 ) 10 pieds jj ou ix pieds = (a) 35 ou41 pieds.
- p.90 - vue 95/218
-
-
-
- /
- DES
- lui faifant perdre fon gluten. On met d’abord à part la mine qu’on veut griller ; on la range par couches fur des charbons, mettant un lit de charbon ôc un lit de mine, ôc ainfi de fuite. La derniere couche doit être de menue mine de deux pieds d’épaiffeur. Après cela, on met le feu à la pyramide , ôc on laiffe brûler le tout jufqu’à ce que le feu s’éteigne, ôt que le bûcher fe refroidiffe de lui-même.
- Pendant ce temps-là on prépare un fourneau, en Italien Cannéehio, d’environ 24 pieds de hauteur. On le bâtit de pierre de roche feuilletée , qu’on affermit à merveille au moyen d’un mortier fait de craie , de fable & de poudre de charbon. L’ouverture fupérieure eft de trois pieds , de ligure quar-rée : vers le bas, cette ouverture fe rétrécit de façon que fon diamètre n*eft plus enfin que de trois quarts d’aune (4 ). Sous le fond, on fait une foffe à l’ordinaire ; on place un fyphon d’évaporation à un des côtés du fourneau. Sur la pierre fondamentale , on met une couche du mortier ci-def-fus , épaiffe de près d’une palme*
- L’ouverture par laquelle on coule le fer, eft garnie de pierres quiréfiftent bien au feu, liées avec le mortier en queftion. Hors du foyer, on prépare avec des pouffieres de charbon, une aire unie, fur faquelle le fer liquide doit couler. La thuyere occupe un des côtés. On fe fert de foufflets de cuir, ôt dans quelques endroits d’une trombe. Le canal qui porte le vent, n’eft pas arrêté à demeure : il eft mobile, ôt peut fe placer ôt fe déplacer à volonté.
- On met la mine calcinée fur des lames,de pierre feuilletée de dou2e pieds de long ôt fix de large. On lave là cette mine avec de l’eau qui y eft amenée par un petit canal. Cette eau détache les impuretés & les parties terreftres. On remue la mine jufqu’à ce que l’eau en forte limpide ; enfuite on la laiffe fécher dans un endroit incliné , jufqu’à ce quelle n’ait plus d’humidité : après quoi on la porte au fourneau pour la fondre.
- On emplit d abord le fourneau de char^ bon auquel on met le feu par la thuyere, en y paffant des charbons allumés, ôt en faufilant un peu jufqu’à ce que le tout foit bien enflammé. Quand ces charbons font brûlés jufqu’au fond, on en remplit de nouveau le fourneau : alors on fait marcher les foufflets pour donner le vent, Ôt en même temps on met une meilire, appellée \erleno, de miné qui pefe environ jo livres, ôt par deffus, . vingt-cinq livres d’un certain fable jaune, q ti fert de menftrue & de fondant. C’eft a ec le fecours de ce fable, que tous les Ouvriers font leurs foudures. Deffus ce panier
- MINES* pi
- de mine, couvert de fable, on met du charbon , enfuite de la mine ôc puis du fable autant que le fourneau en peut contenir, Ôc l’on continue ainfi pendant fept jours.
- Quand le Fondeur , il Funditore, voit, en regardantpar la thuyere, que la mine eft bien liquéfiée, ôc couverte par-tout de feories; à l’aide d’un ringard pointu, il ouvre la partie antérieure du foyer, qu’on appelle /œil, ôc le fer coule avec les feories. Enfuite on bouche cette ouverture avec un mélange de craie ôc d’argile. Si le fer eft pur, liquide, ôc bien écumé, on en fait des munitions de guerre, comme des bombes Ôc des boulets ; linon on le coule en maffes pour en faire du fer. Si on le deftine à ce dernier ufage, on le caffe avec un marteau avant qu’il foit refroidi, pour avoir des morceaux d’un petit volume. Si on a de la mine ôc du charbon, on continue ce travail jufqu’à la fin de la femaine. S’il iè trouve une fête, on arrête ôc on emplit le fourneau de charbons qu’011 allu* me le Lundi ou le lendemain de la fête* D’ailleurs ce travail ne fe fait gueres de fuite que pendant deux ou trois jours. Pendant une femaine on peut fondre 60 ou 70 quintaux de fer crud.
- Maniéré £ étendre à Brejfe le fer crud fous le marteau.
- Le foyer deftiné à chauffer le fer qu’on doit faire battre par le marteau, eft élevé d’une aune (4) avec une efpece de foffe d’évaporation fous le fond. Sur cette foffe on met une pierre calcaire d’un demi-pied d’épaiffeur, ôt fur cette pierre, de la poudre de charbon bien comprimée. Les côtés font fermés par des pierres , excepté un endroit vers le mur de côté , où il y a un fer percé de plufieurs trous pour fournir, fuivant les termes du pays, la Lattarvo-la (s). On lutte bien le tout d’argiie, ôc on met' la thuyere au milieu du parois. Elle avance de quatre pouces dans le foyer au-delà du mur, ôc eft éloignée du fond de fix un^ers. Enfuite on met furie fond des pouf fieres mouillées de charbon, de l’épaiffeur d’une palme ; on emplit après cela le creufet de charbon : enfin, on donne le vent.
- Quand les premiers charbons font confus inés, on en met de nouveaux, ôc au-deffus des morceaux de fer, les uns après les autres, en les couvrant de charbon, fur lequel on met d’autres morceaux de fer, autant qu’il en faut pour remplir le foyer ; ce que î’on continue jufqu’à ce que les feories fe féparent du fer. On les fait fortir par un des trous de la lame de fer, dont nous avons parlé. S’il en refte trop, on les fait fortir une fécondé fois, ôc cette éjeétion fe répète
- (3 ) 15 pouces = (4)1 pied t== (?) L’écoulement des feories*
- p.91 - vue 96/218
-
-
-
- DES MINES.
- tant qu’il y a trop de fcories, c’eft-à-dire, jufqu’à ce que le fer en foit bien purgé. Après cela, l’Ouvrier principal prend un ringard pointu qui a dix pieds de long ; il le chauffe dans le foyer jufqu à ce qu’il jette des étincelles, ôc après qu’il eft ainfi chauffé , il l’enfonce dans la maffe de fer enflammée , & l’ayant foudée à fon ringard, il la tire du foyer & la porte fous le marteau. Pendant ce temps un valet nettoie le foyer, le laiffe refroidir, ôc le difpofe à un nouveau travail.
- De quelques autres foyers £ Italie,
- Le fer qui fe confomme dans la Româ-gne, vient d’Ancône. Il y a là ôc ailleurs des fourneaux, mais plus petits. La mine y eft portée de l’ifle d’Elve, qui eft fous la domination du Pape ôc du Duc de Florence. Les uns la fondent dans des fourneaux, les autres dans des foyers de forge. Les fourneaux font établis aux environs de Concka, à 40 milles de Rome, proche de Nottona, Cijlerna, Montevana, Cani^io, ôc ailleurs fur le territoire de Naples. On travaille dans ces fourneaux pendant deux ou trois mois de fuite, fur-tout dans le voifinage de Piom-bino, ôc de Cervetto. Comme la maniéré de fondre la mine eft la même que celle que nous avons indiquée dans ce paragraphe, nous y renvoyons.
- On a établi autour de Rome des foyers quon appelle Ferrarier. Il y en a un tout proche de la porte S. Jean, compofé de deux feux, dans l’un defquels on fond les vieilles ferrailles que l’on acheté çà Ôc là, avec les reftes ou petits régules qui fe trouvent dans les petites boutiques. On y joint feulement une partie de fercrud, qui s’appelle f^ena di ferro, ôc qui vient de Piombino. On chauffe le fer dans l’autre foyer; ôc quand il eft chaud, on l’applanit d’abord fous le gros marteau , enfuite on le bat avec des marteaux à main. On fe procure du vent par le moyen d’une trombe.
- Le premier foyer s’emplit de charbons, fur lefquels on jette une partie de vieux fers mis en morceaux, ôc des régules dont nous avons parlé, qu’on couvre d’autres charbons avec du fer crud. On donne alors le vent, ôc le fer commence à fe liquéfier , Ôc dans l’efpace de deux heures à former une maffe. Pendant que le fer eft encore tenace ôc peu liquide , on y fait entrer un ringard pointu, au moyen duquel on tire la maffe, qu’on porte fous le marteau : enfuite on bat le fer, qu’on allonge en barre de la longueur de quatre aunes (*), fur l’épaiffeur de deux pouces.
- Pendant l’efpace d une femaine , on peut
- fondre trois milliers de fer, ôc chaque jour quatre ou fix quintaux : on emploie des charbons de châtaigner ôc de hêtre , ôc il en faut 20 facs pour un millier de fer.
- De quelques autres Forges,
- Lorsqu’on va de Rome à Florence, on trouve fur le chemin des forges très-renommées. On y porte le fer crud de Piombino , ôc l’on y donne le vent par des trombes. Dans le cas où l’on a befoin d’un plus grand vent, on en a deux pour le même foyer: d’ailleurs, on peut l’augmenter ou le diminuer, en ouvrant ou fermant plus ou moins les ouvertures qui le conduifent.
- La mine eft de qualité à être mife au fourneau, fans être calcinée : on la pulvérife feulement avec des marteaux. D’abord quelle eft defcendue dans le foyer, elle fond. Tou-tes les quatre heures, on a une maffe de fer qui s’appelle il rna^aro, ôc qui pefe ifo livres. En 24 heures, on a 4 ou 6 ma%ari, ou bien 6 cantari : ôc dans l’efpace d’une femaine, on peut fondre ôc battre fous le marteau 3 6 à 40 quintaux. On mélange fou-vent la mine avec de vieux fers, comme des bombes ôc autres ferrailles ; fi l’on n a pas de vieux fers , on y joint des morceaux de fer crud, afin que la mine fe liquéfie mieux, Ôc pour que les fcories ôc autres impuretés fe féparent mieux du fer. A chaque fourneau , il y a quatre Ouvriers. Pour un cent de fer, il faut 2 à 300 de mine. Voyez à ce fujet les Planches XIII ôc XIV.
- 5. XI.
- De la Mine de Fer & des Forges aux environs de Leflo & de Palagio, pas loin de S. Sébajlien,
- A deux ou trois milles de S. Sébaftien, aux environs de Lejjb Ôc de Palagio, il y a le long des fleuves des forges qu’en Suede on appelle reimw erck. Les minières en font éloignées d’environ un mille ou un mille ôc demi. On ne cherche pas la mine plus avant que de 40 ou 5*0 aunes : après cela on l’abandonne. Dans les couches de la mine, on a trouvé des morceaux gros comme la tête placés dans l’argile. A l’extérieur, ces morceaux font de couleur brune ; mais caffés, ils ont un noyau de couleur noirâtre. A côté de cette couche, il y avoit une argile dure mêlée avec du fable. Dans cet endroit, la montagne n’étoit pas appuyée fur des matières tendres : auffi falloit-il caffer ôc détacher la mine à force de coins.
- Chaque forge a deux foyers. Dans quelques endroits, la mine fe calcine pendant
- ( 6 ) Sept pieds.
- 2 OU
- p.92 - vue 97/218
-
-
-
- DES MINES.
- û ou 3 jours ôt autant de nuits, avant que de la faire fondre. Dans d’autres , il n’eft pas néceflaire de la calciner, fur-tout quand elle n’a pas de foufres fuperflus. La mine divifée avec un marteau fe met dans un foyer, mêlée avec de menus charbons, ôt on la fond au vent. La mafle de fer crud préparée dans ce foyer, eft portée à l’autre foyer pour la fondre une fécondé fois , ôt l’étendre en-fuite fous le marteau. On peut dans une fe-maine fondre ôt battre 40 à fo quintaux de fer : la mine rend j, ~ , quelquefois plus.
- Le tronc qui reçoit l’enclume, eft proche de la cheminée; il eft fort peu élevé, afin que l’Ouvrier ait moins de peine à y porter une mafle pefante, Ôt qu’au fortir du foyer il puiffe commodément la placer fur l’enclume : il y a de petites roues à eau, avec des fouffiets de cuir, ôt on brûle des charbons de hêtre Ôt de châtaigner.
- Aux forges qui font plus près de la mer, on apporte la mine de la Bifcaye : on la tire proche de Bilbao, ôt on la tranfporte par eau à S. Sébaftien. Elle eft plus riche que celle que l’on tire dans le Guipufcoa. Il y a aufli des forges dans les Provinces de Guipufcoa , la Navarre ôt la Bifcaye ; mais les fourneaux ôt les forges en font bâtis comme nous l’avons déjà détaillé.
- §. XII.
- De la manière de fondre la mine & de recuire le fer crud en Angleterre.
- » La mine de fer dont on fe fert en Angleterre , s’exploite ordinairement par le fe-cours de plufteurs puits Ôt galeries, qui vont fouvent à une très-grande profondeur. Quelquefois néanmoins on trouve la mine à 10 ou 20 pieds, après avoir percé une couche de fable ôt une d’argile : mais fous l’argile rouge, grafle ôt propre à féconder les terres, la mine fe trouve plus à fond. Dans bien des endroits, on trouve tout contre la mine un banc de roche qui la couvre. On mêle de cette roche avec la mine, pour lui fervir de menftrue ou de fondant, au lieu de pierre calcaire, dans la proportion de de cette roche, avec ~ de pierre calcaire. A la calcination , cette efpece de mine prend une couleur pourpre : on s’en fert ordinairement, au lieu d’émeril, pour polir le verre.
- En quelques endroits de l’Angleterre, la mine fe trouve fouvent dans les lieux marécageux, même par couches de l’épailfeur d’un pied ôt plus : cette efpece eft très-riche. Quand il faut la fondre, on la mêle avec une autre efpece plus dure , de crainte que celle-là n’obftrue la cheminée, ôt ne la bou-
- che en quelque façon. Cette mine, au fortir de la minière , eft d’abord d’une couleur jaune, grafle au toucher : mais expofée à l’air pendant un temps, elle féche, ôt tombe en poufliere de couleur noire.
- On détache aufli la mine des montagnes y c’eft-à-dire, d’une roche très-dure <: mais cette fécondé efpece eft fouvent pauvre, ce qui fait qu’on la mêle avec la première. Il y a encore une troifteme efpece de couleur grife, qui fe montre ordinairement à la fu-perficie des montagnes, de la largeur fouvent d’une demi - aune (') , quelquefois moins. Cette efpece, que l’on appelle pin-mine , n’eft pas dure ; elle reflemble à de la craie ou à de l’argile durcie, ce qui fait qu’on peut la tirer en morceaux plus ou moins gros : quand on cafle ces morceaux, on voit qu’ils recèlent intérieurement une efpece de noyau minéral.
- On tire aufli de la mine de couleur bleue, fur-tout à Deau-Forêt. Elle eft très-pefante , & a de petites lames blanches & brillantes, ce qui rend caffant le fer qui en provient, à moins qu’on ne la mêle avec de vieilles fco-ries, ou des cendres de charbon foflile.
- On trouve enfin de la mine de fer, mêlée avec des pierres de différentes efpeces. Il y en a qui, comme la mine de cuivre, eft rangée entre des feuilles d’ardoifes, ôt dans le charbon foflile, fur-tout à Staffordshire elle prend fon nom de fes couleurs.
- Des Fourneaux de fufion dl Angleterre,
- Les fourneaux ôt les forges font très-flo-riflans en Angleterre, ôt l’on dit que depuis quelques années leur nombre y eft fort augmenté , ainfi que le travail perfectionné. Il y en a plufieurs dans la province de Lançashi-re > de Lichtonbeck, de Cunfcy ôt àc Back-barrow, Les minières font à Henningwood Ôt à Adgarley , aux environs de la ville ftULverJon. Au fortir de la minière, la mine eft grafle, pâteufe, de couleur rouge. Celle qui fe tire dans le voifinage de Whitehavers, eft la plus riche ; car de trente-fept poids ôt demi de marine de Suede en mine, on tire vingt-deux poids ôt demi de marine en fer, de façon que la proportion de cette mine au fer crud, eft de 100 à 60 : ôt pour que la mine fonde mieux, on y mêle d’anciennes fcories, c’eft-à-dire, celles qui font depuis long-temps forties du fourneau, ôt qui contiennent du fer.
- Dans la province de Lancashire, on a bien l’ufage des charbons de bois pour fondre la mine : mais à leur défaut, on a recours à la terre combuftible ou à la terre grafle. On a reconnu que le charbon foflile donne au fer des foufres, ôt le rend difficile à trai-
- ( 1 ) Dix pouces {,
- A a
- Fourneaux > /f. Section.
- p.93 - vue 98/218
-
-
-
- DES MINES.
- ter ; il caffe à chaud, ôc on n’en peut pas faire une barre, qui n ait par-tout des fentes Ôc des gerfures : ce qui eft caufe qu’il ne fçauroit être d'un grand ufage,à moins qu’on ne le mêle avec du fer de meilleure qualité.
- C’eft aux environs de Starbridge, que fleurit principalement l’art de fondre la mine. Les fourneaux y font très-hauts : ils ont depuis le fond jufqu’au-deffus 26 pieds de Suede. On ne les fait pas cependant comme en Suede. L’extérieur Ôc l’intérieur font conf truits différemment des autres endroits. En dehors, ils font de figure qüarrée : chaque côté a 12 aunes de long (2), Les murs de l’intérieur font élevés parallèlement jufqu’au tiers de leur hauteur, où commence l’obliquité : de-là, ils vont en rétréciffant jufqu’au-deflus , qui finit par une ouverture quarrée de 20 à 22 pouces.
- Le foyer eft de figure oblongue : il a 2 pieds 4 pouces de la partie antérieure au parois oppofé,fur 18 pouces de largeur. Il y a y pieds de hauteur jufqu’à l’endroit où les parois vont en s’inclinant : tout cet efpace fait le foyer.
- L’intérieur eft bâti de briques ou de pierres qui réfiftent bien au feu : le dehors eft de pierres ordinaires. Le foyer eft fait de quatre greffes pierres dures, dont chacune pefe aux environs d’une tonne ou une tonne & demie : la plus grande des pierres fert de fondées trois autres font les parois. On en met une cinquième fur l’ouverture de la coulée : il arrive fouvent que le feu ronge les pierres, de façon que le foyer qui n’avoit que 17 pouces de largeur fe trouve avoir 3 pieds.
- L’orifice du vent eft aufli de pierre. On garnit le deffous d’une feuille de fer, fur laquelle pofent les buzes des foufflets qui font de bois, quoiqu’en quelques endroits fl y en ait encore de cuir. Ces derniers ont 18 pieds de longueur, ôc 4 pieds 2 pouces de largeur : les buzes ont 16 pouces de longueur. Ceux de bois font faits de planches de chêne, épaiffes de y pouces dans leur plus grande largeur, Ôc de fix pouces ôc demi dans les autres endroits. La tête des foufflets, c’eft-à-dire, l’endroit où ils ont moins de largeur , & où fe place la cheville ouvrière, a 7 pouces de profondeur, ôc 8 de largeur. La longueur eft de 18 pieds, leur largeur de 4 , ôc quelquefois plus. Les foupapes ont 17 pouces de long êc 16 de large. Les buzes ont 4 pieds ~ de longueur. Elles excédent les foufflets de 3 pieds 3 pouces. Ces foufflets font garnis d’étain dans l’étendue de 7 pieds depuis les buzes : on croit que cela fait couler le vent plus rapidement, ôc que cela les empêcheroit de brûler, quand même il y entreroit du feu en infpirant.
- La roue à eau eft de 22 pieds. La profon-
- deur des ailes de 2 3 pouces, avec 6 pouces de diftance de l’une à l’autre : l’arbre a 2 pieds p pouces de diamètre, & 24 pieds de longueur.
- Il n’y a point d’endroit préparé, ôc entouré de mur, pour faire la calcination des mines : cette opération fe fait à l’air. On fait fur le fol une efpece de couche de charbons ; on prend pour cela les plus petits, ceux qui ne conviennent pas au fourneau , ou ceux qui fe tirent du fourneau, quand la liquation eft finie, On met la mine fur cette couche, enfuite du charbon, ôc puis de la mine j on continue ainft jufqu’à la hauteur que l’on veut ; après quoi le feu étant mis aux charbons qui font defîous, il s’étend partout Ôc brûle pendant une femaine, quelquefois même plus long-temps : il faut cependant prendre garde que le feu ne foit trop fort, de crainte que la mine la plus expofée à fon aêtion ne fe liquéfie.
- On mêle différentes efpeces de mine, telles qüe celles nommées Lronflone Ôc iron-ore * ce qui eft caufe qu’il faut que ce mélange foit fait dans une certaine proportion avant que de les griller. Il y en a de deux efpeces : l’une ironflone fe tire d’une terre molle ôc argileufe, Ôc fe trouve en morceaux, près de la fuperficie de la terre ; elle eft très-feche Ôc pauvre. L’autre efpece iron-ore eft plus riche : deux de fes parties en donnent une de fer. Cette fécondé efpece fe fubdivife encore en deux autres : l’une eft chargée de foufres , l’autre n’en a point.
- A ce travail, on emploie de moyens charbons de chêne : on çonferve les gros pour la forge.Pour fondre un poids de marine, on dit qu’on ne brûle qu’une demi-lefte ou fix à fept tonnes de charbon. A Lanças Lire, on mêle de la terre combuftible au charbon de bois: mais cela donne du foufre au fer, êc le rend caffant à chaud. Cependant dans quelques endroits , on emploie des charbons fofliles : alors on fe fert de ceux qui ont été préalablement calcinés ôc mis en cendres. On affure qu’on a l’expérience qu’avec ces charbons, on obtient moins de fer qu’avec des charbons de bois ; car avec le feul charbon de bois, il m’a été rapporté que dans l’efpace d’une femaine , on avoit fondu 1 y à 16 tons de fer ; au lieu qu’en les mêlant avec des charbons fofliles, on n’en a eu que y à 6 , fans ajouter que cela rend le fer caffant à chaud, l’avilit, lui donne une qualité déteftable, ôc le met hors d’état de rendre beaucoup de fervice.
- On emplit d’abord le fourneau de charbon : lorfqu’il eft baiffé de cinq pieds, on en remet trois paniers que l’on couvre de dix paniers de mine. Quand le tout eft encore
- ( z ) zi pieds.
- p.94 - vue 99/218
-
-
-
- D E S M
- diminué de cinq pieds, on renouvelle la même charge, ôc ainft de fuite. Il y a des endroits où l’on met vingt paniers de mine, dix-huit de celle qu’on nomme ironjlone, Ôc deux de poudre minérale , menue comme du fable , qui fe trouve après la calcination : en douze heures , on fait fix charges, ôc en vingt-quatre heures, on coule deux fois. A chaque coulée on a quelquefois, mais pas toujours , fept poids ôc demi de marine en fer, que l’on divife ordinairement en vingt-trois maffes. Les fcories font en partie vertes ôc vitrifiées, ôc fe portent de-là dans les fours de verrerie. Le verre que l’on en fabrique eft fragile : pour que cela n’arrive pas , il faut choifir les fcories qui font privées de fer.
- A chaque charge, on met quatre ou cinq paniers de charbon avec la mine delïus. On continue toujours dans le même ordre, avec attention de mêler à la mine ^ ou ~ de cette pierre ou ce fable qui fe ramaffe, comme nous avons dit, autour des fourneaux de calcination : mais il faut prendre garde de n’en pas mettre une trop grande quantité.
- Si les fourneaux font grands , on coule le fer par l’ouverture ordinaire dans des moules ou des lits qui lui font préparés. Si au contraire les fourneaux font petits, on ra-malfe le fer en fulion dans un réceptacle , ôc de-là on le coule dans des moules préparés. On coule deux fois en 24 heures, ôc à chaque coulée on obtient 12 à 1300 de fonte, ou quatre poids de marine. Lorfqu’on veut couler de gros canons, on retient pendant deux jours le fer en fufion dans le foyer, au xefte plus ou moins félon la qualité de la mine, ôc la capacité du fourneau.
- Pour ce qui regarde la conftruêtion de ces fourneaux, on peut la voir à la Planche quinzième. On y a repréfenté celui de Glo-cefter en Sulfex, qui eft le plus haut ôc le plus célèbre d’Angleterre. Sa hauteur eft de 28 pieds, pendant qu’ailleurs ils n’en ont que 24. A) montre la partie fupérieure du fourneau, par laquelle fe font les charges. En cet endroit, il eft large de 22 pouces en quarré. Dans les autres endroits, cette ouverture n a pas tant de largeur : le dehors eft de 4 ou $ pieds, ôc de forme quarrée.
- B 3 B, font les parois du fourneau qui ont 28 pieds de hauteur. A l’endroit de C, C, la hauteur eft de 20 pieds : elle n’eft que de 1 y ou 16 y lorfque les fourneaux n’ont que 20 ou 24 pieds d’élévation.
- C, C, eft la plus grande amplitude du fourneau, c’eft-à-dire, à 1 pied ou iS pouces au-defllis de E>, D , famplitude intérieure eft de 7 pieds ~, ôc de l’autre côté de 8 pieds. D’autres lui donnent la figure quarrée de 8 pieds. En _D, D, commencent les obliquités ou boshes, comme on les appelle,
- INES. 9S
- formées fuivant le deflein. On le pratique ainfi pour empêcher que la mine ôc les charbons ne tombent tout de fuite dans le foyer, ce qui pourroit nuire à l’œuvre de la fufion. Ces obliquités font très-amples vers le deffus : proche le foyer, elles n’ont plus qu’un demi-pied.
- E, E, font les obliquités qui font de 18 pouces. Si on leur ajoute la hauteur du foyer, qui eft encore de 18 pouces, on aura 3 pieds pour la hauteur de ces parois de Z jufqu’en G, où commence le deffus du foyer. La hauteur depuis D, D, jufqu’à K, K, eft de 7 pieds. On fuit ces mefures, fi le fourneau a 24 ou 25* pieds de hauteur : mais s’il eft plus haut, les obliquités doivent aufïi être plus hautes ôc plus longues, en raifon donnée ou à proportion. F, F, JT, eft l’épaiffeur de ces murs qui varie aufïi, fuivant la plus ou la moins grande étendue du foyer.
- Après le fondage, on démolit ces parois : mais les pierres fondamentales durent longtemps avant que d’être déplacées.
- G, eft le foyer qui eft long de p pieds de l’ouverture antérieure au côté oppofé, large de 2 6 pouces Ôc haut de 18 , à laquelle hauteur monte le fer en fufion , c’eft-à-dire, jufqu’à l’orifice de la thuyere. On ne donne cette grandeur au foyer, que quand on a de gros canons à fondre : fi ce n’eft que pour des marchandifes, comme marmites, ôcc. le foyer aura feulement 4 pieds de long fur 18 pouces de large ,ôcioài2de hauteur.
- if, eft l’ouverture du devant, par laquelle on coule le fer. /, eft l’orifice de la thuyere, qui eft plus proche du parois oppofé au devant : elle n’eft éloignée de ce parois, que de 8 pouces. On la difpofe ainfi, pour que quand le foyer eft plein , le vent puiffe aller au côté oppofé. On obferve ici, que la mine ne fe liquéfie que quand elle eft parvenue à l’ouverture de la thuyere. A, eft le fond du foyer. Nous devons cette defcription à l’iiluf-tre Commiffaire Suédois, M. Kahlmeter.
- Des Fourneaux pour couler des Canons , en Angleterre.
- Il y a plufieurs fourneaux pour couler des canons dans les Provinces de Kent Ôc de Suffex , qui font proches la mer, ôc où l’on à trouvé de la mine de la plus excellente qualité.
- Les fourneaux font cônftruits comme ceux dont nous venons de parler. Dans quelques endroits, il y en a deux enclavés dans les mêmes murs ; aujourd’hui, un fourneau à fondre des canons n’a qu’une cheminée, une cavité, un foyer, ôc fait le même effet que deux, pourvu qu’il foit plus grand ôc plus ample que les ordinaires. Au refte , on y fait les charges, ôc la mine y eft fondue comme dans les fourneaux communs, dont
- p.95 - vue 100/218
-
-
-
- p6 DES
- nous venons de donner la defcription : en hiver on coule des canons, l’été du fer crud. Les fourneaux, dans le Comté de Suffex, Font un peu plus grands que ceux de la Province de Kent. Aux environs de Tunbridge > on dit qu’on peut fondre en 16 heures deux canons, qui peferont chacun iyoo weight. Selon la méthode ordinaire, les folTes ôc les moules fe font d’argile , dans laquelle on mêle de la bourre ôc du fumier ; on met les deux moules en terre, l’un contre l’autre, perpendiculairement.
- Le Prince Robert a fait bien des expériences pour fondre la mine avec des charbons foffiles , fur-tout avec ceux qu’on appelle pickkohl. On dit même que l’épreuve a été continuée pendant quelques femaines , mais que le foyer s’eft rempli de craffes, ôc d’une matière tenace Ôc bourbeufe : outre cela, ce s charbons donnent trop de foufres au fer, ce qui le rend caffant à chaud.
- Le même Prince Robert, habile en cette partie, ainfi que dans la Chymie, s’eft occupé a faire des expériences fur le fer. Il a mêlé au fer en fufion des fels de différentes efpe-ces, ôc d’autres matières. Son but étoit de prë fer-ver les canons de la rouille ; car elle ronge le canal intérieur ôc la lumière, ce qui les rend inégaux ôc galleux. Je crois qu’il réufiit jufqu’au point de les en préferver pendant neuf à dix ans : il effaya aulïi de fondre des canons légers, & néanmoins en état de rendre le même fervice que les plus lourds.
- La mine que l’on caffe dans les Comtés de Kent ôc de Suffex, eft plus douce que dans les autres Provinces de l’Angleterre. C’eft à caufe de cela quelle eft en quelque façon réfervée à fondre des canons, pour lefquels on cherche une mine très-fluide, ôc qui n’ait pas beaucoup de foufres, ce qui les rendroit pleins de puftules, d’inégalités ôc de fentes : il ne faut pas cependant que la mine en foit totalement privée ; l’aétion ôc la réaêtion des coups redoublés pourroit les faire éclater : on évite ces deux inconvénients , en fe fervant de mine qui participe aux deux qualités.
- Des Forges F Angleterre.
- Ces forges font doubles ou Amples : dans celles-là, il y a trois foyers ôc un marteau. Deux de ces foyers s’appellent jîneries, ôc le troifieme chaferie. Les deux premiers font de figure oblongue, bâtis avec des lames de fer, qui ont 2 pieds 3 pouces de longueur, fur environ 18 pouces de largeur. La lame qui fert de fond, a deux pouces d’épaiffeur : elle eft pofée fur le fond, qui n’eft autre chofe qu’une couche de charbons pulvéri-fés. Sur le devant, où les Ouvriers travaillent, il y a une maffe de fer de forme quar-rëe, égale à la largeur du foyer : au milieu
- MINES.
- de cette maffe, il y a une ouverture pour la fortie des fcories. Pour tenir le foyer dans ces limites, ôc pour que les parois en foient inébranlables, toutes ces pièces font arrêtées avec des morceaux ôc appuis de fer. On dit que tous ces foyers ne font pas également profonds, mais que cela varie fuivant la qualité de la mine. A Milliron, la profondeur du foyer n’eft, dit-on, que de neuf pouces* On dit aufli que les lames qui forment les côtés, font enclavées dans le mur; que celui de derrière eft couvert d’une efpece de lame de fer, fur laquelle on place les morceaux de fer crud qui doivent être fondus ; que quand les fcories font forties, ôc que le fer eft condenfé Ôc tenace , on le porte fous le marteau, fous lequel on lui donne une certaine longueur, laiffant une partie brute à une des extrémités ; dans cet état, il s’appelle anconies ou blooms : on achevé enfuite de forger ces barres.
- Le troifieme foyer eft fait comme les deux premiers, avec cette différence qu’il eft un peu plus grand Ôc plus profond : il eft long de trois pieds, large de deux, ôc profond d’un pied quatre pouces. Les foufflets de ce foyer font plus longs, mais vont moins vite que dans les autres. L’enclume Ôc le marteau font de fer fondu. Le poids du marteau eft de 600 ou 660: avec 8000 de fer crud, on obtient dooo de fer forgé.
- On met les maffes de fer crud, qui s’appellent Figgary dans le foyer à liquéfier ou finery. En une heure, on en fond la quantité qu’il faut pour faire un Weight, qui s’appelle une Loop. La maffe enflammée eft frappée par des marteaux à main, de crainte que le gros marteau ne la mît en pièces. On la porte enfuite fous le gros marteau, ôc on la fait battre en une maffe de forme cubique, ayant les côtés d’environ une demi-aune : après quoi on reporte au même foyer ce cube de fer, Ôc pendant une heure on le tient dans une fueur chaude, enfuite on l’étend fous le marteau, à commencer par le milieu. On l’allonge de trois pieds, laiffant les extrémités brutes, qui, chauffées dans l’autre foyer, fe tirent entièrement en barres.
- On confomme trois load de charbon dans le foyer appellé Finery pour une tonne de fer, ôc un load dans le foyer qui s’appelle Chafery. Pendant une femaine on peut fondre ôc purifier deux tonnes : mais dans une Chafery on peut forger cinq à fix tonnes.
- Nouvelle tentative faite en Angleterre pour fondre la mine de fer dans des fours de réverbere ) avec des charbons de pierre > ou des charbons fojfles.
- On dit qu’en 1729 on tenta en Angleterre , à trois milles de Whithavers, de fondre
- de la
- p.96 - vue 101/218
-
-
-
- DES MINES.
- de la mine de fer avec des charbons fofliles brûlés : le bruit en a couru même encore long-temps après. On dit que pour cette épreuve on fit venir de la mine du Duché de Cumberland ; que fous des • pilons, ou marteaux de fer, on fit écrafer la mine, ôc on la réduifit en menus morceaux comme du fable ; quon fit pulvérifer les charbons fous une meule ; que pour cet effet on mit d abord dans un four de réverbere, établi ôt-voûté le mieux qu’il fut poffible, huit me-fures ou 172 livres de mine pulvérifée ; quelle fut grillée ou calcinée en 8 ou 10 minutes. On éprouva que des huit mefures, il en relia 6~ ou 144 livres ; que l’on y ajouta ôt mêla une demi-mefure d’autre mine. Le tout enfemble pefoit 15*4 livres ; on le mit en poudre fine fous une meule. A cette poudre on ajouta f d’une mefure, ou 35 livres de charbon foflile ôt une mefure de terre à Potier. On mêla ôc on paîtrit bien le tout au moyen de deux féaux d’eau. Enfin, cette pâte mife au four de réverbere, Ôc ayant été étendue par-tout fur l’aire, on donna le vent en ouvrant les regiftres. On laiffa la pâte pendant une heure quarante minutes, n’ayant ouvert la gueule du four qu’une fois. Pendant ce temps la mine fut liquéfiée par ce feu caché, & fe raffembla en une maffe grofliere. On la tira enfuite de ce goufre ; on la battit avec des marteaux de bois pour lui faire jetter fes fcories ôc autres matières fuperflues ; après quoi on la remit au même foyer pendant une demi-heure, afin qu’en l’expofant plufieurs fois à laêfion du feu, les parties vicieufes fuffent d’autant mieux brûlées, ôc qu’on pût, fous un marteau pefant trente-cinq livres, la battre ôc la mettre en barres.
- On dit que le fer ainfi chauffé étoit mou, Ôc que les coups du marteau y entroient profondément : on avoit brûlé pour cela 286 livres de charbon, ou 6 mefures -f. Ce qu’il y a de certain jufqu’ici, c’eft que la mine par un feu fec, tel que celui de réverbere peut fondre ôc être mife en fufionJ; mais quelle ne peut être purgée de fes impuretés, fes vices , fes parties hétérogènes , que par un feu rempli de beaucoup de vent ; ôc que les parties vicieufes inhérentes au fer , loin d’être chaffées par la cuiffon avec des charbons fofïiles, font plutôt recuites avec le fer. Il réfulte encore que les fouffres dont les charbons foffiles font imprégnés, vicient le fer, de façon que ce qu’il a de doux ôc de du&ile par lui-même, devient dur ôc xéfra&aire ; ou bien que la meilleure partie du fer eft changée en fcories, fur-tout quand les charbons agiffent fur la mine ; ou enfin
- que le fer fe diflipe en fumée ; car la partie fulphureufe faifit par préférence le fer , ôc le fait évaporer; ou elle détruit la partie nerveufe du fer, au point que foit à chaud, foit à froid il s’ouvre, fe gerfe ôc fe fend de toutes parts. Loin donc que le fer foit rendu plus doux Ôc plus traitable par ce feu foufré ôc pyriteux, il n’en fort que plus aigre ôc plus intraitable. Ainfi nous laifferons aux Cyciopes , qui forgent le foudre fulphureux de Jupiter, préparer leur fer avec des charbons fofliles, faute de charbons de bois.
- Maniéré de torréfier en Angleterre les charbons fiojjîles y SC de leur faire ejfuyer un fieu de calcination qui les prive de leurs Joufires fiuperfius.
- Comme les charbons fofliles abondent en foufres, ils ne font pas propres à la liquation d’aucun métal, particulièrement du fer : il faut les en purger, ce qu’on fait en les calcinant. Pour cela on éleve une efpece de pyramide avec des charbons’fofliles : on met les plus gros tant au bas qu’autour. On ménage dans le milieu une efpece de vuide grand comme la forme d’un chapeau. Autour de ce vuide, on arrange les charbons de la hauteur convenable. On emplit cette chambre ou ce vuide, de menus bois fecs , qui s’enflamment aifément, ôc communiquent le feu. Comme on les allume par-deflus, le feu gagne petit à petit le fond ôc les côtés ; ce qui fait que le milieu eft brûlé le premier, Ôc que de-là le feu vient exercer fon aftivité fur le contour. Si le feu eft trop fort dans un endroit, ôc que les charbons femblent fe perdre en étincelles, Ôc fe réduire en cendres, on couvre fur le champ cet endroit avec de la terre, ou quelque autre matière en poufliere» qui le ferme exaêlement. C’eft ainfi qu’on rallentit le feu Ôc qu’on l’empêche de s’étendre , ni de travailler de toute fa force, ôc en pleine liberté fur toutes les parties du bûcher, qu’alors il réduiroit en cendres ôc en terre inutile. Enfin la flamme éteinte, Ôt le feu appaifé, les charbons paroiflent également brûlés tout autour. Pour les éteindre plus furement on les couvre de pouflieres , ôc on ferme au feu toute ifliie. Voilà comment on ôte les foufres du charbon foflile, Ôc comment on le réduit en une matière inflammable qui s’appelle Cendres. Quand le tas eft entièrement refroidi, on le découvre en ôtant la terre Ôc les pouflieres. On dit que ce charbon étant privé de fes foufres grofliers, ( on l’appelle alors Charcoal ), eft propre à la liquation du cuivre ôc du fer ; mais le fer qui eft fait avec, n’eft propre à aucun ufage.
- B b
- Fourneaux , fi. Section♦
- p.97 - vue 102/218
-
-
-
- DES MINES.
- §. XIII.
- De la maniéré de fondre la mine de fer Ù* de recuire le fer crud dans le Maryland & la Penfilvanie, ainfi que dans les Indes Occidentales.
- Il y a dans les Indes Occidentales quelques fourneaux de fufion , ôc quelques forges pour travailler le fer crud , qui n’y font pas établis depuis long-temps. Le principal ouvrage s’appelle Principio dans la partie fu-périeure de la province de Maryland , fur les bords du fleuve Principio, qui lui a donné fon nom. On dit que l’eau de ce fleuve tombe de 2 5* pieds de hauteur. Pour avoir du fer , on fe fert de galeres , ou petits vaiileaux qui apportent la mine, qui fe tire à 5'o milles de-là. On ajoute que cette mine eft de couleur blanche ou grife, femblable à la terre de Potier de Hollande , ayant la moitié de fon poids de fer.
- Il y a environ neuf ans, que le Gouverneur de la province Sir William Keith, établit une manufadure de fer proche le fleuve Chriftine. Elle fournit pendant deux ans une quantité aflez confidér'able de fér : mais la troifléme année, la mine ayant manqué ,on fut obligé de l’abandonner. On dit que la mine de cette contrée eft fort riche, mais trop féche , ôc privée d’un fondant calcaire , fans lequel on ne peut réduire le fer. A un mille de-là, on a aufii bâti un fourneau : mais faute de fondant calcaire, & au lieu pd employer le fourneau de fufion, on fe fert de foyers de forge , femblab'les à ceux dans lefquels on recuit le fer crud.
- Il y a un femblable petit ouvrage proche le temple de Saint 3âmes, fur le 'fleuve Huitleer, qui appartient à Jean Bail, On fond de même la mine, & on affine le fer dans une cheminée de forge. Il n’y a qu’un feu. On trouve un plus grand établiffement fur le fleuve Skullkill, fait par Samuel Nuts, avec un fourneau ôc plufieurs foyers de forge. A fix milles plus loin, fur le bord du même fleuve, il y a un 'pareil établiffement, appartenant à Rutter. Il y en a deux autres fur le fleuve Delavare-, d’où Ton dit que l’on tire beaucoup de fer crud, ainfi que du fourneau dont nous avons parlé, Ôc que l’on appelle Principio , pour être tranlporté en Angleterre. Il y en a encore plufieurs autres où l’on fond la mine , comme dans les fourneaux ordinaires. Il y en a cinq fur le fleuve Delavare, qu’on appelle Blommeries', on en compte encore quatre ; il y en a même beaucoup d’autres que je ne connois pas.
- Maniéré de fondre la mine crue.
- On fait d’abord une couche de bois où l’on mêle du charbon. On accumule deflùs
- un monceau de mine ÿ qui au moyen d’un grand feu, eft fuffifamment brûlée, ôc dif-pofée à la fufion. La mine, ainfi calcinée le caffe en morceaux, gros comme des œufs , ôc on la porte avec des paniers au-defîùs du fourneau. La mefure connue dans le pays s’appelle Peck. On met deux Pecks, ou dix-huit paniers de mine , Ôc fur la mine 24 Bushils ,nom de la mefure du charbon. Environ toutes les deux heures, ôc fuivant que le demande le fourneau, on recommence de la même maniéré ; on y ajoute de la pierre calcaire, ou à défaut, des coquilles d’huîtres, ôt autres. Par 24 heures on coule trois fois, ôc à chaque fois on tire 15*00 de fonte , ou 45* quintaux par 24 heures. Le fer fe moule dans du fable en petites maffes, qu’on appelle Pigs , ou en marchandifes, comme pots, marmittes, ôcc. On le puife avec une poche dans le fourneau, quand on veut couler des uftenfiles. Les fourneaux ont 25* pieds de hauteur. Les foufflets font très-longs , ôc larges de cinq pieds. L’ouverture par laquelle on fait les charges., eft de figure oblongue, environ de quatre pieds de longueur.
- De la recuijfon du fer crud,
- La recuiffon du fer crud fe fait dans des foyers de forge. En 24 heures on peut recuire & affiner fept poids ôc demi de marine de Suede, ou 2000 de ces petits poids qu’on appelle wights, équivalents à un ton. qui vaut 3 5* poundsJlerling, fuivant la maniéré de compter ordinaire dans ces pays. Mais un ton de fer crud, en Angleterre, ne vaut qu’environ p ou 10 pounds Jlerling.
- De la liquation immédiate de la mine dans leurs foyers de forge qui s* appellent Blommeries.
- Quand on veut fondre la mine dans une cheminée de forge, on met à chaque fois dans le foyer trois rpecks-, ou un bushil de mine , préalablement calcinée ôc mife en morceaux comme des noix ou des glands. On la fond, ôc on la réduit en une malle de '60 ou 7o wights y que l’on met enfuite en barres dans fefpace de 4 heures. Le poids du marteau eft de 300 wights. On apporte à grands frais la mine de très-loin, fans qu’il y ait de rivières navigables. Il faut payer très-cherement ceux qui la tirent, ainfi que ceux qui préparent le charbon, le bois, ceux qui préfident aux foyers, ceux qui les fervent, Ôc ainfi de tous les autres Ouvriers.
- $. XIV.
- Des Fourneaux & des Forges de RuJJie & de Sibérie.
- Il eft connu que ce n’eft que depuis quel-
- p.98 - vue 103/218
-
-
-
- DES M
- ques années qu’on a commencé à établir des fourneaux ôc des forges ' en Ruflie ôc en Sibérie. Aujourd’hui le nombre en eft augmenté au point que non-feulement le Royaume en eft fourni , mais encore qu’on en tranf-porte quelques parties chez l’Etranger. Cependant les provinces où font aCtuelle-ment ces établiflémens, ôc dans lefquelles on tire la mine, font très-éloignées de la mer, ce qui occasionne beaucoup de dépenfe pour tranfporter le fer jufqu’à un port de mer.
- Il y a déjà plufteurs provinces qui abondent en fer ôc en hiine, ôc dans lefquelles on travaille bien ces métaux. Il feroit trop long de faire l’énumération de toutes les minières ôc les manufactures. J’ai préféré de drelfer une carte géographique, qui comprend les provinces où ces métaux abondent, ôc j’ai marqué les lieux avec des lignes particuliers, qui délignent les fourneaux ôc les forges. Elle commence à fept ou huit jours de chemin de Tobo/s koi , tournant à l’occident vers la manufacture de fer de Kaminienska jufqu’à la ville de Kungur, proche le fleuve Kama. Enfuite elle continue au nord vers la province appellée EAergaturie, qui eft fous la jurifdi&ion d’un Vaivode particulier. Au levant, elle va jufqu’au pays des Bafcirs. Les habitans des environs de la ville de Kungur prétendent être en pofleflion, depuis très-long-temps, de l’art de fondre le fer, ôc qu’ils l’exerçoient avec une certaine matière terreftre, de couleur brune ôc rougeâtre , qui donnoit un fer de mauvaife qualité.
- Il y a un établiflement célèbre fait par Dimidoff : il y a plufieurs fourneaux ôc plu-fleurs forges dans une grande étendue de pays, quoique ces atteliers ne foient pas fort -éloignés les uns des autres. Le plus fameux établiflement pour le travail du fer en Ruflie fe nomme SeJcoffka. Dans les commencements il confiftoit en un fourneau ôc trois forges. C’eft-là que Dimidôff exerça l’art qu’il connoifloit bien de faire du fer. Le Czar Pierre Alexiowits lui donna non-feulement ces forges, mais encore d’autres qui étoient vers Koffka, y ajoutant une étendue de terrein en quarré, contenant près de fept milles Suédois. Il ajouta à cette con-cefllon de grands privilèges. Les criminels pouvoient s’y réfugier, ôc y trouvoient un afyle aflixré, ce qui étoit, en quelque façon, les condamner à pafîer leur vie au travail du fer. Ces établiflements, Ôc ceux qu’il pour-roit former par la fuite, lui furent donnés affranchis de tous droits, à condition néanmoins de rendre par chacun an à fon Souverain 3000punds de fer battu, chaquepund valant 30 copecKs. On dit qu’il établit dix forges autour de SeKoffita, avec huit petits foyers pour fabriquer des uftenflles de mé-
- / N E S. $9
- nage, lefquels foyers s’appellent en Suede, Knïphambrar, ôc quatre fourneaux à fondre la mine. Autour de Beuge, il y a une manufacture de fer dans laquelle on compte douze foyers d,e forge, ôc huit petits feux pour de menues marchandifes. A Siovoli, il y a deux forges, ôc aux environs de Togil-la deux fourneaux, huit foyers de forge, ôc quatre petits feux à ouvrages.
- Dans les fourneaux de Dimidoff, on met tous les jours 240 punds de mine, ôc 30 mefures de charbon. Une mefure tient fix tonnes de Suede. On coule deux fois le jour, Ôc à chaque fois on a 80 ou po punds de fer, plus ou moins cependant Suivant la qualité de la mine ôc le Succès de la fuflon. Quand le fer eft recuit à la forge, Ôc battu par le marteau, avec 100 livres de fer crud on n’a que 60 livres de fer forgé. Pour le pouffer jufques-là, on confomme 200 tonnes de charbon. Si on travaille une année entière dans une forge, on peut y fabriquer 5000 punds, chacun d’eux équivalant 36 ou 37 livres de Suede.
- En Sibérie, la manufacture à fer, établie aux environs d' A lapaix: a, appartient au Czar. Il y a deux fourneaux. On tire la mine dans un héritage voifln, qui s’appelle La-paiKa. On dit qu’en 1717 on trouva proche le fourneau, une minière très-riche que l’on continue d’exploiter, de façon qu’aujour-d’hui le fourneau, en 24 heures, produit 180 à 200punds de fer crud, pendant qu’au-paravant il n’en rendoit que 100. On dit que dans les forges aux environs de Cap ai--Ka, on fait tous les ans 11000 punds de fer, pendant qu’auparavant, cela n’alloit qu’à % ou 6000. On n’y travaille pas toute l’année.
- Non loin dy Alapaika} aux environs de la ville de Dolma^iowa, fur le bord d’un ruif-feau , on a bâti à Solikamsky, une petite forge pour battre le fer en feuilles, defquel-les on fait des chaudières pour la cuiflon ou l’évaporation du fel commun.
- Aux environs <SOclus, il y a deux forges ou deux foyers, avec un fourneau double dans les mêmes murs, il y a deux cheminées : cet ouvrage eft très-beau. On y peut forger tous les ans 10000 punds de fer : mais de 230punds de fonte, on n’en retire que 101 de fer forgé. On raconte que cet éta-blifîement des environs drOclus a été tranf-porté fur les bords du fleuve Ifet, Ôc que toute cette manufacture s’appelle Catharinœ-berg. Le fer qui y eft forgé, fe tranfporteà la riviere de Sufawa , ôc de-là fur le fleuve Utka. Mais avant que d’arriver à la riviere Sufawa, il faut faire 40 ou 30 wurji ou milles par terre : c’eft-là que fe transporte tout le fer de cette contrée, d’où il eft porté par eau à Péterlbourg.
- Le fleuve Utka eft allez grand : mais on
- »
- p.99 - vue 104/218
-
-
-
- DES MINES.
- ne tranfporte le fer qu’au printemps ; ce qui oblige à le garder dune année à l’autre,parce que dans ce temps le fleuve groflit , ôt peut porter des vaiffeaux qu’on nomme colu-menckor. Pendant l’été, la nvieiGSuJ'àwa eft trop baffe, ôt le fleuve Utka trop rapide. Les manufactures qui appartiennent à Dimi-doff, en font éloignées de ioo milles. On fait tous les ans des vaiffeaux neufs , parce que ceux qui ont fait le voyage, ne peuvent retourner. De-là, on tranfporte le fer à Pé-terfbourg par les fleuves Cama y Wolga , Twer^a ôt le lac Ladoga : ce tranfport fe feroit plus aifément en pratiquant des canaux de communication entre les fleuves TWrôt Emja.
- Il y a plufieurs manufactures de fer en Sibérie : celle appellée Kaminsky , eft éloignée d'Oclus de 50 milles. Il y a deux four-naux bien bâtis, mais non pas fi élevés que dans les autres endroits : la mine eft à quatre 'wurjls ou milles. Elle eft partie en pierre ou morceaux de pierre , de couleur rouge : partie en terre, ou rouge, ou comme de fochre. Cette efpece de mine paroît répandue dans les champs , fouvent de l’étendue d’un mille. On en peut ramaffer, tant qu’on veut, prefque par-tout. Elle ne s’enfonce pas en terre de plus de fix aunes (1). Les plus gros morceaux pefent à peine deux punds. On la calcine proche les petites cavernes ou les puits defquels on la tire. Quand elle a été mife en morceaux médiocres, on la porte au fourneau, proche duquel on la pul-vérife avec des marteaux ou des pilons : à chaque charge, on met 18 , 20 ou 24 paniers de mine, mêlée de 3 ou 4 paniers de pierre calcaire, ce qui donne un fer crud plus doux que tous les autres fers.
- En 1723, on fit avec cette efpece de mine des canons , des boulets, des bombes , ôte. Il y a aufli à Kaminsky, deux forges ou trois foyers, ôt quatre feux pour la préparation de l’acier. De-là , à la diftance de trois milles furie même fleuve, il y a deux forges ou quatre feux qui, enfemble fourniffent tous les ans 20000 punds de fer forgé, ôt 800 d’acier. Il y a là plus d’Ouvriers que dans les autres forges. On s’y fert de charbons de bouleau , qui font plus durs que ceux des autres bois. Le fer paroît caffant à chaud : il fe bat cependant fort bien en feuilles minces Ôt très-grandes.
- Il y a encore plufieurs autres manufactures du fer} mais c’eft dans le diftriCt de Pé-terfbourg, c’eft-à-dire, en Carélie ôt dans la Principauté dlOloneska, qui a pris fon nom du fleuve Olonet^3 dont la partie fep-tentrionale fe Joint à la Lapponie, ôt à la JMer blanche. La partie orientale de ce fleu-
- ve fe joint avec le lac Onega, ôt le fleuve Swer. Quelques-unes des ,manufactures établies pour le fer dans cette contrée, font dues aux foins d’un certain Danois, nommé Ballnart, qui dans la fuite a pris le nom de Rofenbusch. Une manufacture établie proche la partie boréale du lac Onega, s’appelle Petrofskoyfarod. Une autre à la partie auf-trale fe nomme Olonet^. Elle eft éloignée de la première de 130 milles : elle eft compofée de quatre fourneaux ôt quatre forges.
- Dans ces forges, on affine tous les jours une maffe de fer crud de 20 à 24 punds. Ce fer fe travaille enfuite en fabres , en épées , en fufils, ôte. A 60 milles de Petrofskoy, il y a fur le bord d’un ruiffeau, qui fe décharge dans le lac Onega, une manufacture qui s’appelle Ufirika-Sawood, compofée de deux forges. Il y en a encore une autre qui s’appelle Powenit£ , à 96 milles de Petrofs-koy : on y fond des canons comme à Petrofskoy. Les manufactures de Tillekin ôt dlAlexi, font abandonnées. Toutes celles de la Carélie , prennent la mine dans un marais proche de Konfofero : elle reffem-ble à un fablon marécageux de couleur jaunâtre.
- Dans les Principautés ou W^oiwodskaper de Befchecouy ôt AJljuJînay qui font fépa-rées de la Carélie, le travail du fer eft fi fort en vigueur, qu’il n’y a pas une ville ou un village , dans lefquels on ne trouve des foyers pour fa fabrication. Ils fe fervent de mines de marais : ils mettent cette terre ma-récageufe dans des forges ou petits fourneaux , dont ils font mouvoir les foufflets à bras. La mine fondue en fer crud dans un foyer de forge , fe tranfporte dans un autre petit foyer, auquel on donne le vent par des foufflets à main, ôt enfuite on le bat avec des maffes de fer. Si un Ouvrier eft vigoureux ôt diligent, on dit qu’il peut battre en une femaine 80 punds de fer : mais ce fer eft d’une mauvaife qualité. Aux environs de la ville de Galetles Payfans fe four-niffent abondamment de fer, qu’ils fabriquent eux-mêmes avec la terre de marais.
- Thule eft une ville très-renommée. La plus grande partie de fes Habitans font occupés au travail du fer : ils le préparent dans des forges avec des foufflets à main. Le fer fe fabrique-là avec une certaine efpece de terre rouge, ou avec des morceaux d’argile, qui paroiffent pétrifiés. On rencontre de ces morceaux, tantôt plus gros, tantôt plus petits : on les trouve Ôt on les amaffe autour de la ville dans les champs, d’où on les arrache pour les y vendre au marché.
- Entre Thule ôt Mofcou, il y aune manufacture, confiftant en cinq forges , &
- (ï) 10 pieds \»
- quelques
- p.100 - vue 105/218
-
-
-
- DÈS
- quelques fourneaux y appartenants # à deux Freres,nommés Moellers. On y fabrique par an 20000punds defer , que Ton tranfporte à Archangel : on prétend que c’eft-là que le fameux Czar Pierre Alexiowitz , forgea lui-même deux ou trois barres de fer.
- . Non loin de la ville de Serpentow > il y a une manufacture royale , compofée de cinq forges , ôt quelques fourneaux. Entre Thule ôt W'eronits , il y a les manufactures fuivan-tes , fçavoir , Lipsky , éloigné de Mofcou de 107 ivurfts , ou milles Ruffiens , équivalants à 445* milles Suédois : elle eft compofée de quatre forges & quatre fourneaux : on y fait aulïi des munitions de guerre. Vingt milles au-delà fur le fleuve Weronits, il y a une manufacture appellée Kofminsky , compofée de deux forges y avec une troifieme pour la fabrication des ancres. Proche de-là on trouve celle de Borna y compofée de deux forges ôt deux fourneaux. La mine fe tire dans la terre aux environs de Thule : elle donne du fer caffant à chaud. Il y a encore plufieurs Ouvriers en fer, autour de la ville de Paulawa y qui font des fabres ôt des épées de damas : c’eft ainfi quils les appellent.
- Pour ce qui regarde la mine de fer de Ruflie ôt de Sibérie, on la trouve rarement en roche ou pierre dure : mais ordinairement on la tire de terre. On trôuve les pierres minérales difloutes ôt éparfes dans les champs, jufqu’à la profondeur de quelques aunes. Il y a auiïi une efpece de mine, qui reffemble à de la pierre feuilletée : on diroit que c’eft une argile durcie. Dans quelques endroits, on la tire d’une terre marécageufe : elle reffemble à une mine de fer décompofée, comme de l’ochre.
- Il n’y a que deux endroits defquels on puiffe tranfporter par terre les fers, ôt autres marchandées , fçavoir , des environs de Ilinisk Ôt de Jenifcisky. Les autres fers ôt marchandifes arrivent au port & à la ville de Péterlbourg, par le moyen des fleuves Utka y Cama3 FFolgay Tweryt, ôt le lac Ladoga.
- La plus grande partie des manufactures du fer, en Ruflie ôt en Sibérie, doivent leur origine Ôt leurs grands fuccès à MM. Mariskin Ôt Moellers. On dit qu’en Sibérie, il y a cinq manufactures royales, ôt vingt-fept qui appartiennent à des Particuliers. Les royales en Sibérie font Newiauskoy ou Alapinskoy, Jkamenskoy, Ucluskoy ; ôt deux en Ruflie qui font Petrowfskoy ôt Olinitfoy.
- On dit que la manufacture de fer la plus célèbre , eft celle de Tetkowskoy, appartenante à Mikita-Demidow : on fait même l’éloge du fer qui en provient. Voyez au
- MIMES. roi
- furplus la Carte Géographique que j’ai dref-fée : on n’a pas cru néceffaire de donner cette Carte qu’on peut voir dans l’original.
- *. XV.
- Des Fourneaux de fujton, des Forges & autres foyers à fer de Norvège.
- Il y a en Norvège plufieurs fourneaux ôt plufieurs forges , femblables à celles de Suede. Je me contenterai, par cette raifon, d’en faire l’énumération, étant fort inutile de décrire leur conftruCtion, non plus que leur méthode , foit de fondre la mine, foit d’étendre le fer fous le marteau.
- i°. En 1710, on rétablit la manufacture de Lejfoë, qui s’approvifionne de mine dans deux minières, où elle fe caffe aifément. On en tire plus en un an, que l’on ne peut en confommer en plufieurs années. On dit qu’on ne fait travailler le fourneau, que tous les trois ans. Dans trente paniers de mine, on en mêle quatre de pierre calcaire. D’un quintal de mine, on tire 20 ou 30 livres de fer crud : on en coule 60 poids de marine en une femaine. On pulvérife les fcories , pour en extraire le fer quelles recèlent ; pour cela, on les écrafe à l’aide de neuf pilons ferrés , que l’eau fait mouvoir (*), ôt qui en les brifant mettent le fer à découvert : dans une forge, on affine ôt purifie en une femaine fix ou fept poids de marine de fer forgé.
- 20. Il y a une autre manufacture à Eds~ wald y compofée' d’un fourneau ôt d’une forge à deux feux : le fourneau eft entièrement conftruit de pierres de roche pure. Sa hauteur eft de 12 aunes (2) : le diamètre de l’ouverturefupérieure en a deux ôt demie, ôt il eft de trois aunes ôt demie dans la largeur du ventre ; le foyer eft fait à la Fram çoife : le diamètre de la roue à eau eft de cinq aunes ôt demie '(*). On calcine à la fois 200 à 250 tonnes de mine , ce qu’on fait en mettant d’abord du gros bois ôt des charbons , avec de la mine par-deffus, mêlée dé charbons. Au milieu de la pyramide, il y a une ouverture qui pénétré à fond : c’eft parla qu’on met le feu qui fe répand par-tout. Il dure pendant 4, 5 ou 6 jours, ôt autant de nuits ; on calcine de cette maniéré, mais fé-parément, chaque efpecé de mine : lorf-qu’elle eft calcinée, on la fait écrafer par des pilons.
- Le fourneau travaille 20 ou 30 femaines de fuite. On fait 10 ou 12 charges par jour, ôt à chaque charge on met 20 ou 24 paniers de mine, c’eft-à-dire, une demi-tonne , qui * équivaut à 30 grandes livres, lifpund, avec
- Fourneaux y 4e. Section.
- ( i ) Un Boccard. = ( t ) z 1 pieds, = ( 3 ) 9 pieds
- C c
- p.101 - vue 106/218
-
-
-
- *02
- DES MINES,
- 12 tonnes de charbons. On coule deux fois par jour : mais à chaque fois , on n obtient que deux poids de marine de fer crud. Cette mine pour fondre n’a pas befoin de pierre calcaire étrangère, parce quelle en porte fuffifamment avec foi. Dans deux foyers de forge , on fond à la fois un poids ôt demi de marine de fer crud, qui, pendant 12 heures cuit, ôt eft étendu fous le marteau, Ôt donne un poids de marine de fer purifié ; pour cela, on a brûlé trois leftes ou trois leftes ôt demi de charbon : on dit qu autrefois, il y avoit dans cette manufa&ure quatre fourneaux ôt ïix forges.
- 30. A 4 milles de-là, il y a encore une autre manufacture appellée Kackendalen , compofée d’un fourneau ôt de deux forges. Le fourneau travaille 10 ou 12 femaines de fuite. En 24heures, on fait 10 ou 12 charges , à chacune defquelles on met 12 tonnes de charbon , avec 23 ou 24 paniers de mine : ce qui produit 4, £ ou 6 poids de marine de fer crud. La mine eft affez fulfu-reufe. On y travaille en marchandifes, comme pots, marmites, garnitures de feu , &c. Le fer en barres eft de. vil prix. On dit que le travail y a été continué un an de fuite. Les pierres du foyer ont trois pieds Ôt demi de longueur, ôt un pied ôt demi de hauteur ; à l’égard du fond, il a deux pieds Ôt demi de longueur, fur deux pieds neuf pouces de largeur.
- 4°. On dit qu’aux environs de Barum en Norvège, on fabrique d’excellent fer. Il y a encore plufieurs autres manufactures à Dickemark , Schade > Kongjelf ou Hajfel y ôt Edfojf : dans cette derniere, il y a un fourneau double, deux forges Ôt quatre fours à acier. Le fourneau travaille un an de fuite, quelquefois deux. On fait par chaque jour 1 o ou 12 charges, à chacune defquelles on met 24 paniers de mine, ôt 12 tonnes de charbon. On coule deux fois par 24 heures, ce qui procure environ 3 poids de marine de fer crud : dans la forge, on peut par fe-maine recuire ôt étendre fous le marteau 18 à 20 poids de marine de fer pur.
- $. XVI.
- Maniéré de traiter la Mine de Fer en Silejte.
- On a commencé en 1717, à fondre en Siléfie la mine de fer BrejlauifcherL Natur-und, Medicin-G efchichteii, ainfi nommée parce que la pierre ou matrice de la mine eft de couleur jaune-brune, ôt très-friable. La meilleure eft celle qui eft la plus pefante,
- fur-tout celle qui eft d’un bleu-clair, ref-femblant au fmalte. On dit quelle eft mêlée de morceaux durs comme les pyrites, qui feroient inutiles s’ils ne contribuoient pas à donner à la fufion une certaine fluidité.
- On palfe d’abord cette mine au crible pour en ôter les pierres ôt les pouflieres de mauvaife qualité. La mine rendue plus pure par cette opération, eft mife en tas, d’où on la tranfporte aux fourneaux ôt aux forges. Il y en a plufieurs, fçavoir Malmit s, Ober-Eylau , Ôt Altenhammer, On tranfporte aufli cette mine hors de la Siléfie, fcavoir aux fourneaux
- y i
- de Heilingenfée , Schnellfurt, Lipfchau , Neuhammer , Lors, Eifenbsrg, Halbau , Neuhaus , Schnell forthell „ Muhlbock , Nickolschmide, Zerbeutel} Tfckimdorf y ôt Tort^endorff,
- On mêle d’abord cette mine avec de la chaux, ou un autre menftrue , qui lui convienne , enfuite on la met au foyer, mais par ordre , ce qui s’exécute de la, maniéré fuivante. On fait dans une cheminée un foyer affez ample, par derrière lequel on arrange les foufflets. Au bas il y a une ouverture pour la fortie des fcories. Au milieu , il y a une efpece de petit puits , au deffus duquel font les buzes des foufflets, qui paroiffent le dominer. On met des charbons dans ce petit puits, Ôt bientôt après de la mine réduite en petits morceaux, mife lits fur lits. Le feu allumé par le vent s’augmente par degrés. Quand les charbons diminuent, on en met de nouveaux jufqu’à ce que la mine foit fondue. On continue ainfi pendant cinq ou flx heures, en mettant par ordre du charbon ôt de la mine. Enfin le petit puits s’emplit de fer en fufion. Alors en détournant les charbons, ôt laif-fant le fer à nud, on voit une maffe très-grofliere de fer. En la foulevant un peu, les fcories qui furnâgent, s’écoulent par l’ouverture qui leur eft deftinée fous les foufflets. La maffe de fer qui s’appelle déjà loupe , étant tirée du foyer, fe porte fur l’enclume par deux hommes vigoureux, Ôt on l’y façonne en pain rond, grand comme un chapeau, ôt épais d’une palme. On dit que par les coups fréquents du marteau, cette loupe fe condenfe ôt fe ramaffe aifé-ment, même que toutes les fcories qui y étoient enfermées , en font expulfées. Cette maffe ainfi réduite fe coupe enfuite à l’aide d’un cifeau, en morceaux longs , que l’on appelle Daulinge , ôt qui étant chauffés fe mettent en barres, à la maniéré ordinaire.
- Si la mine eft bien purgée de fe s parties hétérogènes, il en faut 18 mefures de Breflau pour une maffe, qui s’appelle loupe , ôt qui donne 200 livres de fer forgé.
- p.102 - vue 107/218
-
-
-
- DES MINES.
- XVII.
- De la maniéré de cuire & recuire la mine de fer en Saxe.
- A Sangerhufe , à 4 milles SEiJleben , & dans plufieurs autres endroits de la Saxe, il y a de petites forges, telles qu’on en voit beaucoup en Allemagne, où on les appelle Rennwerck. On prend la mine dans une montagne qui s’appelle Dowenberg. Sa matrice eft de couleur jaune, mêlée de veines grifes ôt blanches. Les couches n’en font pas larges. Cette manufacture a deux foyers ; dans l’un on fond la mine, ôt dans l’autre on recuit le fer crud, afin de l’étendre fous le marteau. Le foyer a huit pieds de longueur fur quatre de largeur; ôt le foyer a 18 pouces de profondeur. Il eft fait de beaucoup de poudre de charbon. On ôte les fcories par une ouverture pratiquée au côté. La thuyere eft de fer, & les foufflets de bois. On met la mine fur une pierre pour l’écrafer avec un marteau.
- Quand le foyer ou creuzet eft échauffé ôt empli de charbons, on met fur les charbons aux environs de l’orifice de la thuyere , de la poudre de fer, de façon que la mine, qui a été criblée pour en féparer les morceaux trop gros , puiffe fondre ôt couler à travers les charbons. Quand cela eft fait, on en met davantage ; on arrofe cependant toujours la mine avec de l’eau. De temps en temps, on éleve ôt expofe au vent la mine fondue jufqu’à ce qu’on en ait employé la quantité de deux tonnes. Si l’eau ne manque pas , on peut avoir tous les jours cinq mafles, que l’on appelle Loupen\ ce qui fait 13 poids de marine par femaine. Chaqué malle, ou loupe, fe divife en deux parties qu’on chauffe dans un autre foyer. On divife encore ces parties en morceaux plus petits, pour être étendus en barres fous un marteau qui pefe 300. Les barres ont trois aunes de long ( l), ôt deux pouces ôt demi de large.
- En quatre ou cinq heures on peut avoir une maffe, & la forger. Pour cela on brûle 4 mefures de charbon. Je n’ai pas vu moi-même cette petite manufa&ure : mais tout ce que j’en ai dit, je le tiens d’une perfonne digne de foi, qui l’a vue il y a long-temps , ainfi que les fuivantes aux environs de Rothendahl.
- Defcription et un fourneau <$C et une forge à Rothendahl.
- A Rothendahl, le fourneau eft bâti de gros quartiers de pierres de grais, qui ont toutes une aune trois huitièmes de longueur,
- fur trois quarts d’aune de largeur, ôt une demi-aune d’épaiffeur (2). La cavité du fourneau eft relferrée à la partie fupérieure. On y apporte la mine des minières de Bohême. Elle eft de couleur rouge, très-riche , mêlée de fehift ôt d’hématite Glaskopff. Elle eft très-fluide; il y en a une partie qui s’emploie fans être calcinée. On met deux paniers de cette mine fur quatre mefures de charbon, qui s’appellent KubelL Les charges fe font d’heure en heure, ôt on coule deux fois le jour. A chaque coulée , on a 7 quintaux -J-, même 8 , de fer crud.
- Le fourneau eft conftruit de même que ceux de Bohême. La hauteur de la cheminée ou le vuide intérieur , depuis le fond jufqu’à l’ouverture du deflus, eft de 12 aunes (*'). Sa forme eft quarrée. Quand il faut bâtir un fourneau, on creufe d’abord une folle pour l’évaporation de l’eau. Sur ce vuide, on met une pierre épaifle d’un quart d’aune, qui fert de fondement. Si le fond eft humide , on met fur cette pierre un lit d’argile, mêlée avec d’autre terre pulvérifée, de l’é-paifleur d’un quart d’aune. On eft difpenfé de mettre cette couche fi le fond eft fec.
- Sur cette pierre fondamentale , de fon diamètre à l’ouverture du devant, on drefîe une pierre de grais haute d’une aune ôt épaifle d’une demi-aune. Au côté des foufflets on met une pierre taillée, qui s’appelle Bals , de forme quarrée, & épaifle de cinq quarts d’aune. Sur le milieu de cette pierre, on forme le trou pour le paffage du vent. Ce trou dans l’intérieur eft de quatre doigts, ôt fe couvre d’une pierre taillée longue de cinq quarts d’aune, large d’une aune, ôt épaifle de 22 pouces. On place deflus ôt par ordre, des pierres taillées, dont le côté quarré eft d’une demi-aune. En dehors, contre l’orifice du vent, on pofe trois ou quatre aflifes de pierres ordinaires , qui ont cinq quarts d’aune de longueur , de façon que de la pierre fondamentale elles ont la même hauteur que la pierre qui forme le dedans. Sous le mur de devant, ôt fur la pierre du fond, on place deux pierres, qui ont une aune d’épaiffeur ôt qui font éloignées l’une de l’autre d’une demi-aune , ce qui eft auffi la largeur du foyer. Par leur hauteur elles joignent la hauteur de celles qu’on a déjà pofées. Sur ces deux pierres on en met une troifieme qu’on appelle Timpelfiein, longue d’une aune ôt demie, haute d’une aune , ôt épaifle de -J-d’aune , ce qui achevé d’entourer Ôt de fermer les parois du foyer , qui a 22 pouces de longueur, une demi-aune de largeur, ôt autant de hauteur depuis la tympe jufqu’au fond.
- A l’extérieur de la pierre dite Timpelfiein ,
- ( 1 ) ? pieds *. =3 (z ) 1 pieds 8 pouces ; 15 pouces \, 10 pouces
- ( $ ) zi pieds.
- p.103 - vue 108/218
-
-
-
- 4 04 DES
- on applique une autre pierre que l’on nomme Kockoljlein, qui eft foutenue de même dans fes extrémités fur les deux pierres dont nous avons parlé. Cette pierre a une aune ôc demie de longueur, fur une demi-aune de largeur, ôc autant de hauteur. Sous cette pierre eft l’ouverture pour la fortie tant du fer que des fcories. Sur la tympe on met une pierre ordinaire, de l’échantillon ci-delfus ; depuis cet endroit, la cavité eft faite de pierre ordinaire , ôc va toujours en augmentant , jufqu’à ce quelle forme un quarré dont les côtés ont trois aunes (4). Enfuite elle fe rétrécit vers le deffus dont l’ouverture quarrée eft de cinq quarts d’aune. Voilà quelle eft la conftruêtion du mur intérieur. En dehors on met de la terre ; ôc enfin on entoure le tout de poutres entrelalfées , comme on le fait en Suede.
- Avant que de commencer à fondre la mine, on met quelques charbons allumés devant l’ouverture de la coulée , Ôc cela pendant un ou deux jours, pour ôter de ce palfage toute humidité. L’ouvrage eft fait tout contre cette ouverture avec pierres ôc argile. Trois pierres l’entourent. On prépare enfuite un réfervoir pour les fcories, vers un des piliers du fourneau.
- On emplit le fourneau de 30 Kubell, ou cinq voitures de charbons, qui s’allument par le moyen de ceux qu’on a mis fur le devant. On met d’abord un panier de pierre calcaire, mêlée avec de la mine ; ôc quand ce mélange eft baillé , on met trois mefures de charbon, <Ôc deux paniers de mine, qui font deux heures à defcendre. On augmente ainfi par degrés la mine jufqu’à ce que l’on foit parvenu à cinq mefures, ce qui arrive au bout de 24 heures. Alors on voit des fcories dans le foyer , ôc c’eft le moment où l’on commence à faire mouvoir les foufflets.
- Le vent donné , on met fix ou fept paniers de mine pendant l’efpace de 4 ou 3 femaines. Lorfque le fourneau eft bien échauffé , on en ajoute 2 ou 3 paniers de plus , fi la qualité de la mine le permet. On fait des charges au bout d’une heure ôc demie. On fait l'a première coulée quand on donne le vent, ôc la fécondé au bout de 14 ou 16 heures : mais on 11’a pas la même quantité de fer que quand on coule trois fois en 24 heures. A chaque coulée , on a pour lors 7 ou poo de fer crud ; ôc pendant tout le travail, cela va quelquefois à 2000 quintaux.
- La mine eft d’une fi excellente qualité qu’elle n’a pas befoin d’être calcinée, pourvu qu’on la cafle en morceaux gros comme des œufs de pigeon, Ôc quelle foit mélangée avec un quart de pierre calcaire. De 130 charrettes de mine on a 100 quintaux de
- MINES.
- fer. Chaque charrette peut s’évaluer à ce que deux chevaux peuvent traîner.
- Quand j’ai eu l’occafion de voir pour la fécondé fois un de ces fourneaux, il étoit rebâti à neuf. Le côté des foufflets ôc le devant étoient artiftement conftruits ôc voûtés. Il y avoit une thuyere de cuivre pofée horizontalement. Le foyer pour recevoir le fer en fufion étoit de pierres de grais : celles des côtés étoient épaiffes de -J- d’aune , ôc longues de f. La pierre fondamentale avoit auiïi f d’aune de largeur, ce qui forme la largeur du foyer. La hauteur du fourneau étoit de près de neuf aunes (s ) en dedans, de forme quarrée, ainfi que l’ouverture du delfus. Le ventre étoit très ample, ôc fe rétréciffoit vers la partie inférieure. On couloit deux fois en 24 heures, même cinq fois en 48 heures. A chaque coulée, on avoit
- 10 ou 12 quintaux de fer crud, de façon qu’en une femaine on en avoit 130, un par heure. Le foyer pouvait contenir 12 quintaux , & l’on confommoit un Kubell -f- de charbon par chaque quintal.
- Je ne veux pas oublier de faire la def-cription d’un fourneau particulier que j’ai remarqué en Bohême , non loin SAlfatteL
- 11 étoit bâti fous le même couvert que deux feux de forge. Il avoit quatre aunes ou 4 aunes —• de hauteur (6 ), depuis le fol juf-qu’au-defliis. La cavité avoit cinq quarts d’aune de diamètre dans le milieu, mais de forme ronde. On y confommoit 30 à 40 quintaux de mine par femaine ; ôc chaque jour un fuder de charbons , ce qui donnoit
- 12 quintaux de fer. On fe fervoit de mine de marais cruftacée, en pouffiere ôc de couleur jaunâtre.
- Extenjlon du fer fous le marteau en Saxe.
- Un quintal de fer crud eft ordinairement de 140 livres, & de 120 lorfqu’il eft recuit ôc forgé, de façon qu’on perd c’eft-à-dire^ 20 fur 140. Ce fer crud, pour être tiré en barres, fe fond Ôc fe recuit trois fois au foyer. On y plonge un ringard pointu, avec lequel on tire la malfe qui s’y attache , ôc on la porte enfuite fous le marteau, pour y être battue Ôc convenablement étendue. S’il faut purifier le fer davantage, comme lorfqu’on veut le battre en feuilles propres à l’étamage , on retient plus de fcories dans le foyer ; on les écrafe enfuite avec un marteau, Ôc on les remet au fourneau.
- Proche de Rausjurgenfiad ôc ailleurs, j’ai vu des forges dont le foyer eft fait de lames de fer, comme à l’ordinaire ; la plus éloignée eft la plus épaifle. On donne au foyer huit pouces de profondeur, cinq quarts d’aune de longueur (7) , ôc une aune de largeur ou
- (4) $ pieds ;.==(*) if pieds f. s= ( <0 7 pieds ou 7 pieds to pouces s= (7) 2 pieds 4 pouces
- environ.
- p.104 - vue 109/218
-
-
-
- DES
- environ. U ne thuyere de cuivre, très-inclinée, entre dans le creufet. On fond 3 2 quintaux de fer par femaine, pour lefquels on brûle 7? xubels de charbon, ou un lefte par quintal. A chaque fois on recuit environ un quintalou un quintal ôc demi. La cheminée eft comme remplie ôc fuffoquée des fcories qui fe diiTipent en étincelles. Dans une forge où l’on bat le fer en feuilles pour être éta-mées, on met à la fois fous le marteau 70 ou 80 feuilles, dont chacune pefe une demi-livre : on confomme par femaine 90 xubels de charbon.
- 5. XVIII.
- De la maniéré de cuire <tr recuire la mine de fer en Bohême.
- On trouve en Bohême des minières & des mines de plusieurs efpeces. Celle de Lodebleir , à Braunfump , donne de la mine noirâtre ôc de bonne qualité, tout au contraire de celle de Soneçrrub, qui eft prefque rouge. Proche celle-la il y a une minière, dans laquelle on calfe le menftrue, ELurin, qui tient lieu de pierre calcaire. La mine de Mujfelberg eft rougeâtre ; celle de Holt\flein noirâtre celle de Silberbohm prefque brune ; celle de Mittelberg rougit ; ôc à Stollberg il y a des veines de différentes couleurs.
- On détache Ôc on caffe encore de la mine rde fer d’une montagne remplie de marbre. Il y a quelques années qu’il y en avoit de plus de douze façons pour le moins. Je ne fçais combien il y en a aujourd’hui. On les calcine de différentes maniérés fuivant leur nature ; c’eft-à-dire, qu’on calcine une efpece pendant 24 heures, une autre pendant deux jours, une autre pendant une femaine entière , celle-ci deux ou trois fois. Un quintal de la mine qui eft dans le territoire de Blancxenbourg donne 30 & jufqu’à 60 livres de fer. Il n’en eft pas ainfi des autres.
- D’ailleurs il y a le Mont Yberien, long d’un quart de mille , Ôc haut d’un huitième, qui eft compofé en partie de pierres tendres, d’un gris obfcur, ôc qui fournit au fud-oueft des veines de cuivre rouge. Les gouches en font parallèles les unes aux autres. On en trouve aufïi de la brune, avec de l’argile noirâtre, dans les fentes Ôc cavernes de cette montagne. Elle reffemble à l’hématite , ou au fchifte, qui s’appellent dans le pays Glaf-Kopffet ôc Blutjlein ; car elle paroît ftriée. Outre la mine de ces cavernes , il y en a encore une efpece qui eft en ftala&ite, ou comme des glaçons qui pendent après un toit. La minière s’appelle Oberjliege. Dans
- MINES. io?
- d’autres endroits de la même montagne, il y a des morceaux ôc des couches de mine extrêmement riche. On latranfporte au fourneau , qu’on appelle Gittel.
- Il y a encore en Bohême plufieurs autres minières, qui fourniffent plufieurs efpeces de mine. Le quintal de celle nommée Glafxopffy donne 40 à ?o livres de fer. Une autre efpece dont les grains font cubiques, n’en donne que 30 à 40 livres par quintal. La blanche eft beaucoup plus pauvre, puifque par quintal elle ne fournit que 14 ou 1? livres de fer. On a coutume de mêler dans quelques endroits de la Bohême 10 ou 12 efpeces de ces mines, ôc feulement deux ou trois dans d’autres endroits.
- Il y a des fourneaux ôc des forges en plufieurs endroits : fçavoir à Zorgewiede , à Taune , à Gittel , Stollberg , Bubelatide, B os y Noigtsfeld, ôc ailleurs.
- Les fourneaux ont 20 à 24 pieds de hauteur. Dans quelques endroits leur cavité eft ronde, dans d’autres quarrée. Le diamètre de la partie fupérieure eft d’environ trois pieds : en defcendant il devient plus ample 9 principalement dans les fourneaux de forme quarrée, qui reffemblent à une pyramide tronquée.
- Le deffus eft bâti de briques jufqu’au tiers ; le refte eft de bonnes pierres qui réfiftent au feu.
- Quand la mine eft calcinée, on la réduit en pouffiere à l’aide d’un marteau : elle reffemble alors à de la poudre rouge. La mine qui fe porte à Gittel, ne fe calcine, ni ne fe pulvérife pas : on la met feulement en petits morceaux. On mêle aufïi avec cette mine de la pierre à chaux grillée, qui tient lieu de menftrue.
- Lorfque le fourneau eft fuffifamment échauffé , on confomme par femaine jo charretées de charbons ; ôc l’on a dans quelques fourneaux, 1500U i;o quintaux de fer crud : dans d’autres 170, ôc jufqu’à 15)0. La différence du produit vient de la qualité de la mine. On met à chaque charge le quart d’un fuder de mine. Quand on coule le fer 9 on en fait des malfes de 10 à 12 quintaux. Ailleurs, ces maffes font feulement de 4 ou 5 quintaux, que l’on dit pefer dans les forges 114, ôc à la ville 112 livres de Cologne. Un fuder peut être charié par deux chevaux : il contient dix mefures de mine, ôc la me-fure a au fond trois quarts d’aune de diamètre , fe rétréciffant au-deffus fur la hauteur d’une demi-aune (*).
- Les fcories du fourneau fe pulvérifent fous des marteaux, pour en tirer le fer : on les affe enfuite dans un crible, qui eft fait de arres de fer, éloignées d’un pouce l’une de
- D d
- FourneauXy 4e. Seclion.
- ( 1 ) pouces L 10 pouces
- p.105 - vue 110/218
-
-
-
- io6 DES MINES.
- Fautre. Cela forme de longs canaux, au fond defquels le fer, comme plus pefant, s’arrête, tandis que l’eau emporte les parties les plus légères : ce fer fe remet au fourneau avec la mine.
- L’orifice de la thuyere eft pofé très-haut, c’eft-à-dire, à trois pieds au-defïus du fond. Le foyer eft quarré , compofé de groffes pierres qui ont une aune Ôt demie de longueur, fur trois quarts d’aune de hauteur. La longueur du réceptacle eft de 3 pieds £ ; on fond 30 fuders ou 480 quintaux de la mine rouge, dont nous avons parlé. Chaque fuder, ou bien 16quintaux de mine, produi-fent 338 livres de fer crud, enforte que de 480 quintaux de mine, on a 100 quintaux de fer. On tire outre cela du foyer 11 ou 12 fuders de fcories, qui contiennent du fer : à ce que l’on dit, les plus vieilles égalent pref que en fer la richefle même de la mine.
- Des foyers pour recuire en Bohême le fer crud.
- Il n y a quun foyer dans les forges. Le fond ôt les parois font formés avec des lames de fer fondu, épaiftes de 3 ou 4 pouces. Il y a fous le fond, une fofife Ôt un tuyau d’évaporation. Le marteau pefe ordinairement 500 : on peut, dans quelques forges, faire ôt forgerpar femaine jo à 60 quintaux de fer. Ailleurs, où il eft plus dur à traiter, on n’en forge que 24, avec le déchet d’un tiers du fer crud. On confomme pour chaque quintal , quatre mefures Ôt demie, ou une demi-voiture de charbon. Le fer de Gittel eft préférable à tous les autres, parce qu’il eft le plus ferme.
- §. XIX.
- De la maniéré de fondre la mine à Forden-ber g, en Stirie,en Carinthie; & d! abord y
- A Eordenberg.
- Il y a déjà plus de 20 ans qu’à Eordenberg, il y avoit 16 fourneaux qui travailloient pref que toute l’année : on tiroit la mine d’un grand nombre de puits , aux environs dyE ijJen-E rt£.
- La mine étoit de couleur noirâtre, Ôt fa matrice de couleur brune. Plufieurs des couches de cette mine étoient couvertes , ôt comme enveloppées d’une pierre dure, femblable au talc ou glacies Mariæ , ôt qui réftftoit à un très-grand feu. Cela étoit caufe qu’on féparoit cette pierre réfraôtaire de la mine, avant que de la jetter au fourneau. Sous une veine de mine, bonne Ôt mûre, on en tiroit une autre qui ne l’étoit pas , 6c qu’on n eftimoit pas encore allez remplie de
- parties métalliques. On la tenoit à part proche du fourneau , afin que , comme on le difoit , elle pût acquérir la maturité : on croyoit le terme de quelques années fuffifant
- Îîour cela, après quoi on la mêloit avec autre pour la fondre.
- A la diftance d’environ 60 aunes (*) du puits à mine, appellé foder-flollen, on en voyoit un autre, ou un fouterrein, dont l’entrée étoit fermée par une forte porte : per-fonne ne pouvoit y entrer fans permiffion. On voyoit au-dedans des criftallifations fer-rugineufes, qui étoient attachées à la voûte , comme des ftala&ites, formées par l’écoulement de l’eau, précifément comme celles des cavernes de Baumuun, ôt autres. On y voyoit aulli des elpeces de concrétions , ayant, comme le corail, la forme d’arbuftes ou de ramifications. Ces végétations métalliques imitoient les glaçons que l’on voit pendre au bas des toits pendant l’hiver. On ouvre rarement la porte de ce fouterrein, ôt on y laifle entrer peu de monde, de crainte que l’air ne noircilfe cette magnifique cryftallifa-tion. D’ailleurs, lorfqu’on y touche, les rameaux fe détachent aifément de la voûte, Ôt de l’elpece de tronc auquel ils tiennent : on porte la mine de ces minières avec beaucoup de peine, ôt par des chemins difficiles , jufqu’au fourneau de Eordenberg.
- Le long du même courant d’eau, il y avoit plufieurs fourneaux établis à la file l’un de l’autre. Je pafferai leurs noms fous filence, parce que je ne fçais pas fi aujourd’hui ils fubfiftent encore, ou fi on n’y en a point ajouté de nouveaux : chaque fourneau a fon couvert, ôt un petit bâtiment joignant pour la calcination des mines.
- La hauteur du fourneau eft de 14 pieds. Le diamètre de la cavité fupérieure du ventre proche le foyer, eft de quatre pieds, ôt celui de deffits de deux pieds : le mur de cette cavité étoit bien enduit d’argile.
- Lorfqu’on calcinoit cette mine, on met-toit d’abord un lit de charbon ôt un de mine de fix pouces de haut ; ce que l’on répétoit jufqu’à trois fois dans le même ordre. La derniere fois, on amonceloit de la mine en forme de bûcher, autant qu’il en falloit. On y mettoi^nfuite le feu, qui duroit pendant trois femaines, afin qu’après cette longue calcination, la mine pût être plus facilement écrafée ôt réduite en fer : la mine pilée ou écrafée , s’élevoit au-delfus du fourneau à force de bras, ou par le moyen dune roue à eau.
- Quand la cheminée étoit pleine de charbons , on mettoit deffiis une mefure de mine, équivalente à une tonne. Avec le temps ce charbon baiflbit \ ôt lorfqu’il étoit baillé, on
- (î ) 10 j pieds.
- p.106 - vue 111/218
-
-
-
- DES
- en remettoit huit paniers, avec de la mine par-deffus, mais par couches ; ce qui fe con-tinuoit pendant l’elpace de 13: heures , au-bout defquelles les charbons étant confirmés, ôt la mine defcendue dans le foyer, on voyoit dans le creufet, une maffe appel-lée hallmaffen.
- Ici, les fouffiets étoient placés du même côté, par lequel on droit cette maffe : ôt les fcories fortoient tout contre les buzes des fouffiets.
- Après que la maffe étoit découverte, on voyoit toujours au-deffus une partie de fer encore liquide, qu’on droit féparément de celui de deffous : c étoit la matière d’un fer excellent que l’on appelloit krogloch , propre à être converti en acier, ou réfervé pour les ouvrages qui demandent du fer de la meilleure qualité. Cette première partie tirée , on enlevoit le relie du foyer : ce reliant étoit large de cinq pieds. Pour le tirer, il falloit des leviers de fer Ôt deux forts Ouvriers ; pendant que cette maffe étoit encore chaude, on la divifoit en deux parties, dont chacune pefoit 10 quintaux, de façon que dans l’efpace d’un jour Ôt d’une nuit, on avoit une maffe de fer crud de 20 quintaux.
- Les Ouvriers difent que cette méthode de fondre la mine, en recommençant tous les jours l’opération, ôt tirant la maffe du foyer, étoit en ufage depuis plus de 800 ans : ôt quoiqu’ils conviennent qu’on auroit une plus grande quantité de fer, fi la fufion fe faifoit fans relâche, comme en Carinthie, ils fou-tiennent cependant que la nature de la mine demande que les liquations foient interrompues. Ils croyent que l’efpece quiis emploient , ne pourroit fouffrir un feu continuel , Ôt quils n’obtiendroient pas cet excellent fer, qui occupe le deffus de la maffe : au relie, ils peuvent dans un fourneau fe procurer fept de ces maffes par femaine.
- En Stirie.
- Ici, la mine fe fondoit de la même maniéré qu’à Fordenberg , ôt dans des fourneaux femblables : mais il y en avoit de trois efpeces, des grands, des moyens ôt des petits. Ces derniers étoient le plus en ufage. Voici la conflruêtion des grands, appeliés StucK-ofen.
- On bâtiffoit de pierres grifes le fourneau, dont chaque côté avoit 4 ou 6 aunes de face (*). Le mur intérieur de la cheminée, dans le deffus, étoit épais d’une aune, ôt en avoit une demie de plus dans le bas. Au pied du fourneau, ou proche fa partie inférieure , il y avoit une efpece de chaffis de bois fur lequel on plaçoit les fouffiets avec leurs bancs ôt leurs équipages. Sous le fond,
- MINES. 107
- il y avoit une petite foffe double en forme de croix. La hauteur égaloit prefque celle des plus grands fourneaux d’Allemagne, appeliés Roch-ofen. Dans le mur extérieur du devant, on pratiquoit une cheminée de forme quarrée, ayant trois pieds de diamètre, ôt qui, vers le foyer, étoit confiante avec des pierres de Bergen.
- La hauteur du foyer étoit d’une aune Ôt demie; ôt depuis-là, le vuide intérieur s’élar-giffoit petit-à-petit ôt par degrés , jufqu’à ce qu’il fût de figure ronde. Cette rotondité ne commençoit qu’à 3 aunes du foyer. Le diamètre de cette partie arrondie étoit de 3 aunes : mais depuis-là elle alloit en étré-ciffant jufqu’à la hauteur de 18 pieds depuis % le fond, Ôt fîniffoit par une ouverture d’une aune de diamètre, par laquelle on mettoit dans le fourneau la mine ôt les charbons.
- Le mur, du côté des fouffiets où étoit le chaffis dont nous avons parlé, avoit une aune de hauteur, un pied d’épaiffeur, ôt neuf pouces d’élévation fur le forld. Sur ce mur, on plaçoit en travers une efpece de maffe de fer, ôt on faifoit deffus, avec de l’argile, un maffif d’un pied d’épaiffeur. La profondeur du fourneau étoit telle que le fer pouvoir couler fur le fol, où l’on préparoit, pour le recevoir, une foffe remplie de pouf fieres de charbons humeêlés. On enduifoit d’argile l’orifice du vent, de façon qu’il ref-fembloità un cône tronqué, plus large en dehors que vers le foyer. La conflruélion du fourneau avoit la figure d’un tonneau d’Italie, plus large au milieu que dans les deux bouts.
- Les fouffiets dont on fe fervoit, étoient très-bas, ôt ne s’élevoient gueres qu’à la moitié des fouffiets ordinaires. Ils' n’étoient pas plus longs que ceux des foyers de forge. Au lieu d’être attachés à leur fupport, ils étoient mobiles, afin que l’on pût aifément les ôter de leur place toutes les fois qu’il falloit tirer le fer. Voye£ Les Flanches XVII ôt XVIII.
- Les petits fourneaux , Ôt les moyens, étoient bâtis comme les grands, ôt fur le même modèle : toute la différence qu’il y avoit, c’efl qu’ils étoient plus petits. Les moyens fourneaux avoient en bas deux pieds en quarré, quatre de diamètre dans le milieu, ôt un pied feulement au-deffus. Les Ouvriers difoient que ces fourneaux pour-roient durer plufieurs années, en renouvelant l’ouvrage feulement quatre fois par an. On verra mieux la conflruêlion de Ces fourneaux par la figure, que par le fecours de la defcription que l’on en feroit.
- Lorfqu’on commençoit le fondage, on empliffoit d’abord le fourneau de charbons,
- (1)7 pieds, ou 10 pieds
- p.107 - vue 112/218
-
-
-
- ioS D E S M I N E S.
- mêlant les tendres avec les durs: on y mettoit le feu/ôt on faifoit aller les foufflets. Quand les charbons étoient defcendus d’une charge, on en mettoit de nouveaux avec delà mine deflus. On a remarqué qu’il falloit que les charbons fuflfent defcendus de deux charges , avant que la mine commençât à fondre.
- A chaque charge on en mettoit deux paniers 5 -après quelle avoir été préalablement calcinée & réduite en morceaux. Chaque panier pefoit un demi-quintal. Si la mine n’étoit pas riche, on en mettoit trois ou quatre paniers fur une corbeille de charbon. Quatre corbeilles font un fac, cinq facs font un faifceau, qui s’appelle dans le pays, Kiiippa. Deux faifceaux ôc demi, ou un xnippor font un foder. En continuant l’ouvrage, on mettoit de la mine tous les trois quarts-d’heure, & en vingt-quatre heures on faifoit 30 ou 32 charges, qui par la fulion, fe réunilfoient en une feule mafle.
- La mefure dont on fe fervoit pour élever la mine au-deffus du fourneau, avoit deux aunes fept pouces de longueur, une demi-aune & fept pouces de largeur, & une demi-aune de profondeur. La mine qui y étoit contenue, pefoit neuf quintaux.
- Après ces 32 charges, c’eft-à-dire, à 7 heures du foir, on rangeoit les foufflets à côté pour qu’ils n’empêchalfent pas la fortie des fcories que l’on faifoit couler jufqu’à ce que le fer fût à nud. Ces fcories n étoient pas fi légères ni fi blanches que celles du fourneau , dont nous parlerons ci-après, ôt qui fe nomme Flojf-ofe/i: elles étoient plus noires & plus pelantes, femblables aux fcories de la mine d’étain. Gomme on penfoit quelles ne contenoient point de fer, on les jet-toit à la riviere.
- Les fcories forties, on arrofoit d’eau le tas de poudre de charbon, que l’on confer-voit dans une folfe devant le mur antérieur du foyer. On faifoit couler cette pouffiere fur le fer enflammé pour le rafraîchir doucement êc par degrés, Lorfque tout ce qui étoit dans la folfe étoit employé, le fer qui étoit dans le foyer fe trouvoit refroidi, & paroifloit d’une couleur rouge tirant fur le noir. Lorfqu’il avoit acquis une couleur obfcure, on détruifoit avec un ringard pointu la partie antérieure qui étoit d’argile, ainfi que l’orifice du vent. On rafraîchiffoit avec de l’eau le fupport de fer mis en travers. On enduifoit d’argile , avec un fer fait exprès , la malfe qui étoit dans le foyer. On y mettoit encore de la poudre de charbon, qui achevoit de la couvrir. Pour lors on la faififloit avec trois crochets de fer, attachés au bout d’une chaîne, laquelle s’enrouloit fur un cylindre qu’une roue, ou des leviers,
- faifoit tourner. Par ce moyen on la droit du foyer, & fi-tôtquelle étoit dehors, on la divifoit en plufieurs parties, pefantes chacune un demi-quintal.
- D’abord que la malfe étoit tirée, onrem-plilfoit fur le champ la folfe de poufîleres de charbon ; on raccommodoit avec de l’argile l’orifice du vent; & on remettoit les foufflets à leur place pour les faire travailler de nouveau.
- Il faut une heure pour tirer une malfe, ce qui ne fe fait pas fans travail & fans fueur. Son poids eft en 24 heures de 11 à 12 quintaux. L’efpece de fer qui provient de ce travail & de ces fourneaux, n’eft pas fi crud ni fi rempli de parties étrangères que celui des autres fourneaux : ce qui eft caufe, comme on le dit, qu’il n’eft pas néceflaire de le cuire de nouveau. On afflue que, dès cette première fufion, il eft du&ile & malléable.
- Quoique ces trois efpeces de fourneaux foient de différentes dimenfions & grandeur , cependant on n’a pas remarqué jufqu’ici de différence entr’eux, pour ce qui regarde la fufion, linon que dans les grands fourneaux, on tire une malfe toutes les douze heures , ôt une dans les autres par fix heures. Le poids d’üne malfe dans un petit fourneau, eft de 2 quintaux ~ ou 2 quintaux En *24 heures, on fait 20 à 22 charges, à chacune defquelles on met 2 paniers de mine, & une mefure de charbons, dont trois font un fac : voilà la maniéré de fondre la mine de fer en Stirie, telle quelle m’a été racontée par des gens dignes de foi.
- Des hauts fourneaux de Carinthie, appelles Flolf-ofen.
- Les hauts fourneaux appellésflojf-ofen font en ufage en Carinthie fils ne font pas fort différents des fourneaux Allemands. On tire la mine des montagnes de Loëllinger : elle eft de couleur châtaigne-brune, partie jaunâtre & rougeâtre. Avant que de la mettre au fourneau, onia calcine avec de menus charbons , qui auroient été peü propres à la fufion. Sur la place deftinée à la calcination , on met des bois fendus , afin que les charbons puiflfent s’allumer plus aifément ; fur ces bois, on met de petits charbons , & fur ces charbons de la mine : quand elle eft calcinée & refroidie, on la calfe en morceaux de la groffeur d’une noix, & on l’éleve au-deffus du fourneau.
- Le mur extérieur du fourneau eft con£ truit de groffes & fortes pierres, à peu-près de la même façon que ceux d’Allemagne, ôc déformé quarrée. Chaque côté a 12 ou 14 aunes (3), fur y ou 6 d’épaiffeur, avec deux
- (3) ai pieds> 24 pieds ; 8 pieds 10 piedsr.
- voûtes
- p.108 - vue 113/218
-
-
-
- DES MINES*
- voûtes, Tune au-devant du fourneau, & l’autre du côté des foufflets : ces voûtes font foutenues par un arc de grofles pierres dures. Au milieu , on forme la cheminée, dont le mur qui l’environne, eft fait de pierres de grais groflieres, tirant fur le rouge, qu’on apporte de Crain. Le fond eft d’une pierre de la même efpece, de 4 pieds en quarré, fur 13 pouces ~ d’épaifleur. La pierre du parois antérieur a quatre pieds de longueur , un ôc demi de hauteur, ôc quatre pouces d’épaif-feur. Celle dans laquelle on taille, pour ainfi dire, l’orifice du vent, eft longue de 5 pieds fur 18 pouces de hauteur, ôc 20 d’épaifleur ; tout le bas du foyer eft fait de la même pierre : on emploie pour le defliis de la pierre grife ordinaire.
- On pofe le fond horifontalement, les autres pierres defliis , de façon que le foyer ait 24 pouces de largeur & 26” de longueur : ces pierres font taillées de maniéré, que le defliis eft plus large que le bas. Par ce moyen, il fe trouve à l’élévation de deux pieds ôc demi du fond, un quarré de deux pieds dix pouces. Plus haut, le foyer ôc la cavité vont en s’élargiflant, non pas en continuant la forme quarrée, mais en prenant la ronde infenfi-blement. A la hauteur de 9 pieds, le diamètre eft de 72 pouces. De-là, il va en fe rétré-ciflant jufqu’au-defîiis, pour finir en une ouverture quarrée d’un pied feulement. La hauteur du fond au-deflus , eft de 24 pieds : le defliis eft couvert d’une voûte , pour préfer -ve.r le tout des pluies ôc des vents qui dérangent le feu.
- L’orifice, pour la coulée du fer, eft à droite contre le fond. A gauche ôc à la hauteur à laquelle monte ordinairement le fer en fu-fion, il y a une ouverture pour le paflage des fcories, que l’on fait fortir avant que d’ouvrir la coulée pour le fer. L’orifice du vent eft de 14 ou 13 pouces au-deflus du fond, bien au milieu de la longueur du foyer. On le tient d’un pouce plus haut, lorfqu’on veut fe procurer de plus grofles maffes de métal. Cet orifice, pour le vent, ne fe fait point avec de l’argile ; mais on le taille avec exactitude dans la pierre, de façon qu’il eft jufte au milieu, afin que le vent, puifle aller par tout le foyer , qui doit être bâti avec beaucoup de précifion. Quand cet orifice eft taillé, on y verfe de l’eau : fi les gouttes coulent vite dans le foyer , c’eft une preuve d’une trop grande obliquité. Si au. lieu de couler elles relient en la même place, c’eft une marque d’une pofition trop horifon-tale. Il faut tailler cette ouverture, de façon que l’eau puifle couler fenfiblement, mais lentement : c’eft en cela principalement que confifte 1 art du Fondeur.
- Les Ouvriers prétendent aufli ] qu’il eft d’une très-grande conféquence que les foufflets foient bien placés : on fe ferç de foufflets de cuir qui ne font pas hauts, mais longs.
- Un fourneau ainfi bâti à neuf s’emplit d’abord de charbons. Quand ils font allumés, on les laifle baifler deux fois fans vent, avant que de mettre de la mine : enfuite à chaque charge on met une mefure de mine , de la continence de — d’aune cubique, ôc pefant deux quintaux, avec deux facs de charbons par-defius. Quand le tout eft baillé, on recommence, ôc les charges fe renouvellent tous les trois quarts-d’heure. Lorfque l’on a fait cinq charges, ce qui demande le temps de trois heures, ou trois heures ôc demie, il y a dans le foyer allez de fer en fufion pour le couler. Avec un morceau de bois on forme dans du fable un moule d’une grandeur convenable. Avant que d’y laifler entrer le fer, on débouche le trou à gauche, pour fe débarrafler des fcories. Si elles font fiftuleufes ôc blanches, c’eft une marque que la fufion eft bien faite.Si au contraire ellesflont d’une couleur brune ou noirâtre , c’eft un ligne quelles contiennent encore beaucoup de fer. Cela indique aufli que le creuzet n’a pas fes juftes dimenfions , ou que l’orifice du vent manque de l’obliquité convenable.
- Après que les fcories font forties , on débouche l’ouverture pour la coulée du fer ; eft-il coulé ? on la referme. Le fer refroidi pefe 4 ou y quintaux. On continue ainfi le travail, ôc en coulant toutes les trois heures, ou trois heures ôc demie, on obtient fept mafles, ou 3 3 quintaux par 24 heures. Chaque coulée confommep ou 10 quintaux de mine, Ôc 8 ou 9 facs de charbons, un peu plus ou un peu moins , fuivant que les charbons font plus durs ou plus tendres. Si on ne les mêloit pas, on ne pourroit les employer.
- Dans un fourneau de cette efpece on travaille ordinairement 2 8 à 3 3 femaines de fui-te.Il y a des Fondeurs qui fe flattent de donner autant de fer, la première femaine de travail, que les autres en ont au bout de trois ou quatre. Le fecret, difent-ils, eft de faire deux ou trois charges de fcories mêlées avec de l’ar-doife, lefquelles en fondant enduifent les parois d’une efpece de verre. Ils en concluent que dès la première femaine on peut mettre la quantité ordinaire de mine. r
- On pile fous un marteau que l’eau fait mouvoir, les fcories pefantes ôc de couleur noire : on lave enfuite dans l’eau les pouf-fieres pilées. Le fer qui en fort, fe remet au fourneau avec la mine, ôc fe mêle à la mafle de fer en fufion. *
- E e
- Fourneaux, 41e. Section.
- p.109 - vue 114/218
-
-
-
- i te
- DES MINES.
- S. XX.
- Maniéré particulière de travailler la mine de fer auprès de Fia être, dans l’Archevêché de Saltzbourg.
- La mine que Ton fondoit dans ce fourneau , étoit en partie noire , brune ou jaune. On en tiroit une grande quantité des montagnes voifines. Ici on la caffoit & la déta-choit avec peine: là on la trouvoit abondamment répandue par petits morceaux dans la campagne. La mefure dont on fe fervoit, étoit longue dune aune (1 ) , large & profonde d’une aune ; on l’appelloit Karren. Mais la petite mefure étoit de ~ d’aune en quarré : il falloit trois de ces dernieres pour en faire une grande ou un Karren. On caffoit la mine en morceaux gros comme des noix. Il y en avoit de deux efpeces ÿ l’une de meilleure qualité que l’autre. La première étoit de couleur brune ôt jaune : on la mettoit à part, parce qu’on la regardoit comme très-propre a faire de l’acier. La fécondé fe cal-cinoit dans une folfe qui lui étoit deftinée : on y employoit de gros bois, & un feu allez violent,
- Quant au fourneau & à fa conftru&ion le dehors reffembloit aux fourneaux d’Allemagne , & notamment à ceux de Saxe , avec cette différence qu’il y avoit une efpece de plancher ou de voûte, au-deffus de l’endroit de la coulée. Cette voûte étoit peu élevée, & feulement à la hauteur de 3 aunes (2 ). Depuis le fond jufqu’à l’ouverture du delfus, il avoit 24 pieds de hauteur, Le fond avoit une aune en quarré. De-là la cavité s’élar-giffait jufqu’à la hauteur de 12 pieds, qui étoit le milieu de ce fourneau. Les cotés quarrés avoient trois aunes. Du milieu du fourneau, la cavité fe rétréçiffoit en montant, ôt confervoit fa figure quarrée. Enfin le def-fus étoit un quarré, dont chaque coté avoit une aune.
- Au-defFus il y avoit une voûte pour garantir le fourneau & le feu des injures de Pair. Le mur intérieur étoit fortifié par un autre mur, fait avec de greffes pierres bien enliées. Le fond étoit un peu incliné vers le devant, afin que lors de la coulée il ne reliât point de fer dans le creufet. L’orifice du vent étoit à 13 pouces du fond. Il falloit la plus grande préèifion pour placer les buzes des foufflets , afin que le vent touchât comme il faut le fer dans le foyer , & le parcourût également. Le mur du foyer étoit fait d’excellentes pierres. Le travail pouvoit durer 20 ou 30 femaines.
- Au commencement de la fufion, c eli-à-
- dire, pendant les trois ou quatre premières femaines , on n’avoit pas tant de fer que par la fuite, lorfque le fourneau étoit échauffé, les murs ayant acquis un certain degré de chaleur. Dans les premières femaines , on n’avoit que 80 ou po quintaux de métal par femaine. Au bout d’un mois & demi on en avoit davantage, au point que dans 24 heures on faifoit 28 , 30 ôt jufqu’à 40 charges. A chaque charge on mettoit une mefure de mine appellée Kubel. On ne l’empliffoit pas entièrement : mais quand la mine étoit de nature à fondre facilement, on la mettoit toute pleine. Une telle mefure pleine pefoit un quintal de Vienne & un quart. On mé-langeoit fouvent les mines pauvre & riche , pour les fondre enfemble. Pendant 24 heures, on confommoit 3 3 à 30 quintaux de mine calcinée, avec un demi-fac de charbon par chaque mefure ou Kubel. On employoit par préférence les charbons durs. On jettoit d’abord les charbons, & fur ceux-ci de la mine, que l’on répandoït également avec un rabot ou un trident. Quatre facs de charbon fai-foient enfemble un faifceau ou un Knippa ; & deux Knippor & demi faifoient un foder, qui eft ce que deux chevaux peuvent traîner aifément.
- On renouvelloit les charges tous les trois quarts d’heure ; & après cinq ou fix charges on avoit une maffe de fer nommée fboffy du poids de deux quintaux & demi, ou trois quintaux, ordinairement trois quintaux avec la mine dont il s’agit. Par 24 heures on avoit 6 ou 7 de ces maffes de fer, c’eft-à-dire, 1 g ou 20 quintaux poids de Vienne, pour lesquels on brûloit 3 à 3 Knippor de charbon 3 ee qui faifoit par femaine 126,130 à 140 quintaux de fer crud, même 200. Lorfqu’on employoit de la mine choifie, appellée mine £acier, & 243 , 27^, 313 à 330 quintaux de mine , fuivant fa bonté & fa qualité, avec 44 Knippor, ou 180 facs de charbons.
- Dans la partie inférieure du fourneau où fe ramaffe le fer, ou bien à la hauteur de -J-d’aune du fond, le foyer confervoit fa largeur : mais deffous cet efpace on mettoit un gros quartier de pierre, de fix pouces d epaiffeur, pour fervir de fond. On plaçoiç de même une pierre au côté droit, contre le fond. On ménageoit une ouverture pour k coulée, dont la grandeur étoit telle que le bras pouvait y entrer commodément. Au côté gauche, on plaçoit encore une pierre de coftiere , qui ne devoit pas être û élevée que celle qui étoit fur la droite. Elle n’était élevée fur le fond que d’une demi-aune. De cette façon, fa partie fupérieure étoit plus baffe d’un quart d’aune. On bouchait cette ouverture avec de l’argile > afin qu’on pût
- ( 1 ) z pieds £ pouces. =*== ) 5 pieds -J;
- p.110 - vue 115/218
-
-
-
- DES MINES.
- l’ouvrir commodément , & faire fortir les fcories. Par le moyen de forts crochets de fer, placés bien à fond dans les pierres de côté , on empêchoit que cette pierre ne pût être dérangée. Ces deux pierres fe nommoient Tune ôc l’autre le parois antérieur, ou fberrweg.
- Lorfqu’on étoit parvenu au point de pouvoir couler la mine réduite en fufion, on débouchoit ce premier orifice, fermé avec de l’argile, au-defius de la pierre antérieure, ce qui donnoitome iffue aux fcories très-fluides , ôc laiflbit à nud la malfe du fer. Les fcories étoient de couleur verte, limpides, poreufes, fiftuleufes, Ôc conféquemment très-légeres. Elles ne paroifloient pas contenir la moindre parcelle de fer. La raifon pour laquelle on attachoit cette pierre avec des crochets de fer, étoit de crainte que fon dérangement n’occafionnât quelque ouverture quand on ouvroit le pafîage, deftiné à la fortie des fcories : car s’il y avoit eû quelque iflue, le fer auroit pu couler à contretemps , au lieu qu’on le retenoit dans le foyer jufqu’à l’entiere évacuation des fcories.
- Après leur fortie , on débouchoit l’ouverture à droite, par laquelle le fer devoit couler. On lui préparoit un lit dans du fable pur pour le recevoir. Lorfqu’il étoit coulé, on détachoit les matières qui reftoient contre le fond, pour faire fortir tout ce qui étoit liquide. Les Ouvriers difoient que ce qui feroit refté dans le foyer auroit nui à la fufion fuivante. On bouchoit enfuite les deux ouvertures avec de l’argile, jufqu’à une autre coulée. On fe fervoit de fouffiets de cuir.
- De la maniéré et y purifier le fer crud.
- Le fer qui étoit coulé dans ces fourneaux, étoit très-fluide, parce qu’il étoit rempli de beaucoup de foufre, ce qui étoit caufe que ni après cette première fufion, ni même après une fécondé dans un foyer de forge, on ne le portoit pas fous le marteau. Il fai-loit d’abord le fondre dans une elpece de foyer de forge , fait comme les foyers purificatoires du cuivre, profond, de forme ronde, d’une aune de diamètre fur d’aune de profondeur, Ôc fait de bonnes pierres, qu’on enduifoit d’argile, comme ceux à purifier le cuivre.
- La thuyere étoit de fer, & entroit dans le foyer d’un quart d’aune. Elle étoit inclinée de façon que le vent touchât ôc razât le milieu du foyer. On y plaçoit la maffe de fer , & on la fondait comme dans les forges. On la tenoit en fufion jufqu’à ce qu’on vît que le fer étoit limpide comme du cuivre fondu. Ce travail duroit trois heures.
- Après lequel temps, Ôc les charbons brûlés, on agitoit fortement cette mafle,Ôc lorfqu’elle étoit bien liquéfiée , le maître y infinuoit un
- ringard froid , non loin de la thuyere, pour fonder fi elle étoit aflez liquide, ôc fi le foyer étoit également rempli. Quand le fer étoit bien liquide, on voyoit autour du ringard une matière appellée Jpan, comme en pareille oc-cafion on en voit, lorfqu’on foude du cuivre en fufion. Alors on jugeoit qu’il y avoit une grande partie des foufres de difiipée. Au contraire, fi le fer n’étoit pas bien liquide , ce fptin, au lieu d’envelopper le ringard, ne s’y attachoit que par places détachées & interrompues. Alors on augmentoit la chaleur jufqu’à ce que tout fût bien liquéfié. On en-levoit enfuite les charbons ôc les fcories qui furnâgeoient, ôc on laiflbit quelque temps le fer à découvert jufqu’à ce que la croûte, qui couvroit fa fuperficie, fût affermie. On jettoit après cela de l’eau deflus, Ôc on en tiroit des morceaux ôc des lames , comme on fait pour le cuivre. Cet ouvrage duroit quatre heures. En une demi-journée on devoit purifier trois de ces mafles, ôc confommer pendant ce temps, deux xnip-por de charbon. Sur chaque maffe de fer crud, on éprouvoit ordinairement un déchet d’un demi-quintal. C’eft ainfi que proche de Elaclre , dans l’Archevêché de Sait£-bourg, on purifioitle fer, ôc qu’on lui ôtoit les parties fulphureufes dont il étoit imprégné. '
- I
- Maniéré et y recuire SC purifier ce fer une fécondé fois.
- On recuifoit le fer de la maniéré que nous avons enfeignée ; Ôc lorfque par ce moyen on l’avoit dégagé de tous les foufres greffiers , on le voyoit fortir plus dur , fans cependant pouvoir être étendu fous le marteau , avant que d’avoir été recuit une fécondé fois. Les croûtes de fer fe grilloient avec du bois dans une efpece de foyer de calcination. Il y avoit pour cela trois cheminées de fuite, dans lefquelles on pouffoit le fer au feu jufqu’à ce qu’il commençât à fe liquéfier, y employant principalement la flamme du bois. Ces lames , ainfi calcinées ôc refroidies, fe mettoient en fer à la maniéré ordinaire, ce qui s’appelloit auffkit^en. A chaque fois, on liquéfioit un quintal ôc 22 livres de fer crud, poids de Vienne, ce qui fe faifoit dans des foyers de forge, comme on a coutume de le pratiquer en Bohême Ôc en Saxe. Un quintal ôc 20 livres de fer crud, poids de Vienne, rendoient un quintal, même poids, de fer purifié, Ôc étendu fous le marteau : ce qui annonce que le déchet étoit d’un fixiemepar quintal. On mettoit ce fer en paquets de deux quintaux ou deux quintaux ôc demi , lefquels s’appelloient fokm. Quatre de ces fohm, ou dix quintaux , fe nommoient meuler. On trouvera la
- p.111 - vue 116/218
-
-
-
- DES MINES.
- maniéré , après ce premier travail, de faire -de l’acier avec le fer dont il s’agit.
- §. XXI.
- Maniéré de traiter la mine du fer fuivant
- Agricola.
- Je crois qu’il ne fera pas inutile de rapporter ici la méthode de fondre ôc de recuire la mine du fer, telle qu’Agricola nous l’a tranfmife. Cette defcription fervira à pouvoir comparer la nouvelle méthode avec l’ancienne : car je veux mettre fous les yeux du Le&eur toutes les façons connues de travailler la mine du fer. Voici les propres paroles d’Agricola.
- cc La mine de fer, qui eft bonne, fe cuit
- dans un fourneau prefque femblable à ceux » de la fécondé efpece. Son foyer eft haut *> de trois pieds Ôc demi, long Ôc large de » cinq pieds. Au milieu, il y a un creufet » haut d’un pied ôc large d’un demi-pied , » quoiqu’à vrai dire, il puiffe être plus haut » ou plus bas, plus large ou plus étroit, 33 fuivant que la mine eft plus ou moins ri-3» che. Le maître doit regler la mefure de » la mine fuivant quelle eft riche,Ôc ne doit 33 pas moins fe connoître que veiller à cette 33 partie.
- » D’abord, il jette des charbons dans le s» foyer, & de la mine de fer pulvérifée par-33 deffus. Il l’arrofe de chaux non éteinte, sa autant que la mefure de fer en contient. 33 Enfuite, il jette des charbons, puis de la 33 mine, ôc continue jufqu’à ce qu’il ait un 33 amas affez confidérable. Enfin, après 33 avoir donné le feu, il en augmente l’aâion 33 par le vent des foufflets , placés avec art, 33 Ôc il cuit la mine ; cette opération peut « durer 8 , io, ôc quelquefois 12 heures. 33 Pour garantir fon vifage du feu, il le cou-33 vre entièrement de fon chapeau , dans 33 lequel on ménage des trous, par lefquels 33 il peut voir ôc refpirer.
- 33 II faut que vers le foyer, il y ait une 33 bafcule, par le moyen de laquelle il arrête 33 ou retarde le mouvement de l’eau ôc des »> foufflets ; ce qu’il ne manque pas de faire 33 lorfqu’il met de la mine ôc des charbons, 33 ou lorfqu’il tire les fcories : de cette façon, 33 le fer fond ôc fe ramaffe en un morceau 33 de deux ou trois quintaux, fuivant que la 33 mine eft riche.
- 33 Alors le Maître débouche , avec un rin->3 gard, l’ouverture pour le paflage des fco-33 ries : ôc lorfqu elles font toutes évacuées , 33 il laiffe un peu refroidir la maffe de fer. y> Après cela, le Maître ôc fes Aides foule-as vent|la maffe avec des ringards, ôc la tirent 39 dehors fur la terre. Ils la frappent avec des 39 mafles de bois, dont les manches font
- 33 petits, mais de cinq pieds de longueur , 33 tant pour détacher les fcories qui y tien-» nent encore, que pour en rapprocher les 33 parties ôc l’étendre : fi on la portoit fur le 33 champ au gros marteau que l’eau fait 33 mouvoir, elle fe mettroit en pièces.
- 33 Cependant peu après, on la faifit avec 33 des tenailles, on la porte au marteau ; Ôc à 33 l’aide d’un cifeau que l’on tient entre le 33 marteau Ôc la maffe, on la partage en 4, 33 5* ou 6 morceaux, fuivant quelle eft plus 33 ou moins groffe. On recuit ces morceaux 33 dans un autre foyer , ôc on les porte fuc-33 ceffivement fous le marteau, ou l’Ouvrier 33 en fait des maffes quarrées, des focs, des 33 bandes , mais fur-tout de petites barres , 33 dont 4, 6 ou 8 pefent la cinquième partie 33 d’un quintal, ôc dont on fabrique différents 33 inftruments.
- 33 A chaque coup de marteau, un enfant 33 laiffe couler de l’eau fur le fer chaud, ce 33 qui eft caufe du grand bruit qu’on entend 33 au loin. La maffe ôtée du creufet dans 33 lequel le fer étoit en fufion, il refte un peu 33 de fer dur, lequel fe bat difficilement. On » s’en fert pour ferrer des pieux , ôc pour 33 d’autres ouvrages qui demandent du fer 33 de cette qualité : voyez Planche XX.
- 33 A, eft le foyer. B, le tas de charbon Ôc 33 de mine. C, l’ouverture pour fortir les fco-33 ries. D, la maffe. E, les marteaux de bois. 33 F, le marteau. G, l’enclume. Quant à la 33 mine de fer cuivreufe ôc brûlée, comme 33 elle fond difficilement, il faut plus de tra-33 vail ôc plus de chaleur. Non-feulement il 33 faut la caffer avec des marteaux, pour en 33 féparer les parties dénuées de métal ; mais >3 il faut la calciner pour diffiper les autres 33 métaux, ôc les fucs nuifibles. Il faut en-33 fuite la laver, pour féparer les parties pe-33 fantes des légères, ôc la cuire dans un 33 fourneau femblable au premier, mais plus 33 ample ôc plus haut, afin qu’il puiffe conte-33 nir beaucoup de mine Ôc de charbons. On 33 fe fert de l’elcalier, qui eft à côté du four-33 neau, pour jetter par le deffus la mine 33 mife en morceaux, comme des noix, ainfi 33 que les charbons. Avec la mine, qu’on eft 33 obligé de cuire une ôc deux fois, on fait 33 un fer propre à être porté au foyer de la 33 forgé, ôc propre, après qu’il a été étendu 33 fous le marteau , à être coupé avec un 33 cifeau, en plufieurs parties. A, eft le four-33 neau. B, les degrés. C, la mine. D, les 33 charbons. 33.
- §. XXII.
- EJfai de fondre la mine avec du bois mis en menus morceaux, & de la terre combuf-tible mêlée avec des charbons.
- En 172 6, on a éprouvé en Suede d’employer
- /
- p.112 - vue 117/218
-
-
-
- /
- DES MINES.
- ployer des bols fendus, mêlés avec une certaine quantité de charbons, au lieu d’ufer de charbons feuls , pour fondre la mine. On fçait que les bois, à moitié cuits, font d’un excellent ufage pour fondre le fer dans les fourneaux de fufion: c’eft ce qui a engagé à tenter, fi ce mélange pourroit être de quelque utilité ; fi par ce moyen, on épargne-roit du charbon ; & fi une flamme vive au-roit plus d’efficacité pour fondre la mine, que
- 113
- le feu caché des charbons. On dît qu’on tenta la même chofe en Ruffie il y a quelques années , avec une elpece de fuccès. Mais pour mieux juger de l’effet de la flamme vive fur la mine ^ j’ài cru devoir rapporter ici tout au long, le progrès de la fufion opérée pendant l’effai : on y verra la dépenfe & le produit jour par jour, & comment tout s’eft paffé les premiers & les derniers jours.
- 1 Jours, Paniers de Malles de Poids de I
- I Janv. Le fourneau mine. Charges. fer par jour marine. 1
- I ^
- plein de char-
- bon avant que IO O O 1
- d’y donner le
- vent. J4 O O
- 24
- Avec le vent. 12 *S O O
- 24 12 if 2 4 î
- 2f • t # * « 12 if I 3 7
- 26 • • • • • I3 if I 3
- 21 . . . . . *3 *s I ! *
- 28 • V •' # • 14 If 2 8
- 29 • • ♦ •' • j4t 14 I 4 7
- ie. Semaine. 104 8 25 J
- 30 •: r.i 3 t . 14 14 2 5?
- 31 • • • • • 14 14 2 8
- 1 Février. !4 14 2 8 - J
- 2 •( • • • • 14 13 2 8 ï
- 3 • «J * • • J4î 14 3 11 7
- 4 • • • • • if 14 2 7 !
- S « V T 16 14 2 P
- 2 e. Semaine. 101 7 91 If 62
- 6 • ’• V V • i6{ *3 3 12 \
- 7 * • • • 14 2 8 i
- 8 • •] •• • 18 13 2 8 7
- 9 •' • » • • 18' I3 2 8 7
- 10 • é • rKi\ * 1.9 13 3 n f
- 11 • • .• • • 20 13 2 8 !
- 12 •' •; • • • 20 7 13 2 9 7
- 5 e. Semaine. I28| 92 ié>* ^ 7
- *3 • 7 Y ’• 22 14 2 9 7 1
- 14 •. V !•! < 22 -Z 14 3 *3 f
- if • • •»’••• 23 13 2 9 7
- 16 • •. •' • • 23 14 2 10 J
- 11 *, S > V • 23 13 2 10 J
- 18 • • • 23 13 3 If 7
- *9 • V • V • 23 13 2 P 7
- 4e. Semaine. ifPî 9 4 16 78 i
- 1Fourneaux ; 4e. Section^
- Ff
- p.113 - vue 118/218
-
-
-
- DES MI NE S. Récapitulation.
- i 14
- ithwiihbni 11 min 111111111T1 iiiwh nnrmi Tirrartimn—1 tti
- Charges. Leûes de charbons. Mefures de bois. Paniers de mine. Poids de marine en fer.
- 3 e. Semaine» lre. Fufion Fulïon 3e. Fuficn ()2 103 134 IO7 O 122 6 78 2 O O 28 I700 T 2047 7 203 8 6ÿ i 60 i 77 i
- 4e. Semaine. ire.Fuhon Ie. Fufion 3e. Fu/ion 5)4 10 y 131 iop 8 122 6 76 , O O 28 21347 199$ 20 $6 78 ï 6l O 78 O
- 3. & 4e. Semaines enfemble» irc. Fufîon. ze. Fufîon 3e. Fufîon r J 186 210 26$ 216 8 245 0 'SI 7 O O S6 383ï 4O42 ^ 4I34 I48 | I 2 I 7 'SS i
- -«atSPJRr 3?
- Par le moyen de la Table qui précédé , on peut voir combien on a fait de charges par jour , combien on a ufé de mine & de charbon , combien on a eu de fer par jour & par femaine : on peut auffi voir le produit de la chaleur occafionnée par le mélange du bois & du charbon, comparé avec celui de la .chaleur produite par les feuls charbons. Il faut obferver que le bois doit être très-court, our pouvoir le mieux mêler avec les chatons : il doit auffi être très-fec.
- On a dû obferver dans la même Table , i°. que fi on mêle du bois avéc le charbon, on fait plus de charges dans le même efpace de temps. Par exemple, daps la troifîeme femaine, avec le mélange de bois Ôc de charbon , il y a eu 134 charges ; & en fe fervant de charbons feuls, il n’y > en auroit eu que 5)2 ou 105 au plus. De même, dans la quatrième femaine , il y a eu 13 1 charges ; & avec des charbons feuls , il n’y en auroit eu que 5)4 ou 105*. Veut-on réunir enlemble ces deux femaines ? on voit qu’il y a eu 26$ charges,& qu’il n’y en auroit eu que 210 avec des charbons feuls. Il faut croirer que cette différence eft caufée, parce que les charbons mêlés à un feu de flamme, ont brûlé plus vite. Or, les charbofts étant plutôt confu-més, il a fallu plus de charges : il arrive auffi que l’effet & la force du vent font augmentés par un feu de flamme.
- 20. Quoiqu’il y ait eu plus de charges, on n’a cependant confommé que la même quantité de charbon, le bois compris, dans le même efpace de temps ; car fuivant le calcul, on a brûlé 154 leftes, & 7 tonnes de charbon, avec 56 mefures de bois fecs & coupés, appelléesy&z/ra/Tz. Si on réduit une mefure de ce bois en charbon, de maniéré quelle équivale à 17 tonnes , on aura brûlé 233 leftes & 11 tonnes, au lieu que, fuivant
- la méthode ordinaire, on auroit confommé 216 à 245 leftes de charbon.
- 30. L’expérience nous apprend , que la même quantité de charbon , mélangée de bois, a pendant le même-temps fondu une plus grande quantité de mine , que fl on ne s’étoit fervi que de charbons feuls : on a employé 4134 paniers de mine, ôc , fuivant la méthode ordinaire, 3S35 ou 4042^ ou environ.
- 4°. Que le produit en fer a conféquem-' ment été plus grand. En mêlant du bois, on a eu 15 5 poids \ de marine de fer crud, tandis qu’à la maniéré ordinaire, on n’en auroit que 121 \ à 148 d’où il eft aifé de voir qu’il y a eù Une différence de 20 à 25 poids de marine.
- Mais il ay en a eu auffi une confidérable entre les produits en fer des troifieme & quatrième femaines, relativement à la quantité de mine employée ; car pendant le même efpace de temps* on a eu , dans l’une, 14S poids ~ de marine en fer, avec 3835 paniers de mine, & dans l’autre 121 poids ^ de marine en fer, pour 4042 paniers - de mine, La raifon de cette différence paroît venir, ou de la différente .qualité de la mine, ou de ce qu il s’étoit attaché du fer ou de la mine aux parois du fourneau, qui, par l’augmentation de la chaleur, eft enfin tondue & tombée dans le foyer. Concluons-en qu’il eft très-difficile d’établir une réglé précife à ce fujet, fi ce n’eft après avoir recommencé fouvent cette expérience, êt l’avoir continuée juf-qu’aux $ , 6 êt 7 femaines.
- On peut auffi en conclure dès-à-préferit * i°. qu’on peut faire 100 poids de marine en fer, avec 150 leftes ~ de charbons ; car alors les bois font réduits en charbons, au lieu que , fuivant la méthode ordinaire , on peut faire la même quantité de fer avec 147 leftes de
- p.114 - vue 119/218
-
-
-
- D E S M
- charbon. 20. Suivant l’épreuve , pour ces 100 poids de marine en fer , on ufe 2661 paniers de mine ; au lieu que fuivant la méthode ordinaire, on a eu la même quantité de fer, avec 2591 paniers de mine , quoi-qu’à la fécondé fois , on en ait employé davantage , c’efl-à-dire , 3 313 , fuivant la Table. De-là, ôc eu égard à la première fu-fion , il n’y a prefque pas eu de différence ; mais eu égard à la fécondé , elle efl très-grande : jufqu’à préfent, on peut donc conclure que l’ancienne méthode de n’employer que des charbons feuls, efl préférable.
- Autre ejfai de fondre la mine de fer avec de la terre combufiible.
- Quelques perfonnes, ont aufli tenté de fondre les mines de fer ôc d’argent, avec de la terre combufiible. Ils ont réufli, à ce que l’on dit y au point d’employer une moitié, ôc enfuite deux tiers de cette terre, avec les charbons : mais au moyen d’un feu fec ôc concentré , ils commençoient par chaffer de cette terre les foufres, ôc les huiles malignes & fœtides. On ajoute , que 4000 morceaux de terre crue, ont donné environ deux fuders de terre brûlée, privée de foufres 4, & que les cendres ou charbons , après le grillage , font d’autant meilleurs qu’ils font refiés plus long-temps en feu , c’efl-à-dire, depuis 30 jufqu’à 72 jours , ôc s’ils ont été , lors de la cuiffon, couverts de beaucoup de poufïiere, de façon que leurs fucs nuifibles aient pû s’évaporer lentement ôc par degrés.
- Chacun fçait que cette terre marécageufe, bourbeufe ôc pourrie, rend, un très-grand fervice pour l’évaporation de différents fels ; le commun, par exemple, le vitriol, l’alun ; ôc qu’on l’emploie aufli dans tous les fourneaux où le feu frappe le deffous 6c les côtés des chaudières de cuivre. Elle efl encore d’un grand ufage dans les cuifmes ôc ailleurs : mais il refie encore à fçavoir, fi cette terre combufiible efl aufli utile dans les fourneaux qui demandent un feu violent, capable de dompter les métaux qui y font expofés à nud , Ôc de les mettre en fulion.
- Les morceaux de cette efpece de terre, étant, comme on l’a remarqué après le grillage , extrêmement légers , font aifément chaffés 6c pouffés par le vent, fur-tout quand il efl violent ; ôc notamment s’ils fe trouvent vis-à-vis de la thuyere, ôc qu’ils ne defcen-dent pas le long des parois : ce qui les fait diffiper en flamme ôc en fumée. Si d’ailleurs, par le moyen du feu , on ne purge pas cette terre de fes foufres grofïiers ôc impurs , elle communique fes vices aux métaux, principalement au fer quelle empoifonne, pour ainfidire, de fon venin ; ôc quoiqu’à l’aide d’un feu lent ôc couvert, on expulfe une partie de fon huilç ôc de fes foufres : cependant,
- / NES. nS
- il lui en refie encore trop , pour ofer expo-fer à fon aélion de la mine, fur-tout celle de fer, qu’elle couvre d’une efpece de croûte impure ôc fabloneufe.
- Il y a trois principales efpeces de cette terre combufiible ôc marécageufe. L’une vient des racines des plantes, Ôc des branches d’arbres, qui ne font pas encore bien pourries. Cette efpece étant brûlée, ne donne pas tant de lubflance charbonneufe, parce que les filaments délicats des racines, ôc les autres parties des plantes abandonnent leurs enveloppes ôc leurs écorces, ce qui efl caufe que le feu qui en provient, n’a pas grande ardeur. La fécondé efpece efl aufli formée de racines , mais pourries ôc converties en une efpece de terre, mêlée d’autres matières bourbeufes, qui, par la combuftion fe convertit en une efpece de cendres ou de matière flérile. La troifieme doit fon exif-tence aux feuls fédiments des eaux maréca-geufes qui fe ramaffent ôc s’agglutinent dans des puits creufés dans un marais. Cette troifieme efpece preffée ôc mife en forme de brique, femble donner un feu plus ardent: quant à fon utilité dans les foyers de fourneaux, on peut confulter le Tome où je traite des Mines d’Argent.
- £. XXIII.
- Maniéré de faire de ï acier dans les Indes avec du fer forgé.
- Quelques Voyageurs rapportent, que les Japonois ayant mis le fer en barres, ils le plongent dans des lieux marécageux, ôc l’y laiffent jufqu’à ce que la plus grande partie foit rongée par la rouille. Ils le retirent alors, ôc le battent de nouveau : puis ils le remettent dans le marais pendant $ à 10 ans, jufqu’à ce que l’eau en ait diffout tous les fels : la partie de fer qui refie, reffemble , dit-on , à de l’acier, ôc ils en font des focs de charrue , ainfi que tous leurs autres inflruments Ôc uflenfiles.
- Dans la partie orientale de l’ifîe des Céle-bes , ôc dans la contrée de Tambaco , on dit qu’on fait du fer qui fe recuit, ôc qui s’éteint à plufleurs fois : ce que l’on continue jufqu’à ce qu’il ait acquis la dureté de l’acier, ce qui en procure d’une efpece excellente, à laquelle l’eau elle-même contribue. Extrait de Rumphius dans le Mufaum de Valentin.
- Il y a d’ailleurs une tradition qüi nous apprend que les Chinois ôc les Japonois ont l’art d’adoucir le fer, au point de lui faire recevoir les figures ôc imprefîions que l’on veut, tout de même que fi c’étoit du plomb ; ôc qu’enfuite ils lui rendent fa première dureté. Bêcher fe vante aufli d’avoir eu le même fecret : c’efl ce qui m’a déterminé à
- p.115 - vue 120/218
-
-
-
- i itf DES
- en parler ici. Au refte j nous aurons occa-fion de voir, par la fuite , la méthode d’adoucir le fer j qu’enfeigne le fçavant Ôc très-ingénieux M. de Reaumur.
- §. XXIV.
- De la manière de convertir le fer crud en acier > tant en Suede qu ailleurs, par le feul travail dans un foyer de forge.
- J’ai long-temps balancé , fi je m’en tien-tir ois à enfeigner le travail de la mine Ôc du fer , fans parler de celui de l’acier. A la fin , j’ai cru qu’il ne feroit pas hors de propos d’expliquer feulement ici les méthodes de convertir le fer crud en acier, fans entrer dans le détail de la maniéré, dont, en plu-fieurs endroits, on fe procure de l’acier avec du fer forgé.
- Quant au premier objet, c’eft-à-dire, la converfion du fer crud en acier, je crois que voici la véritable place d’en parler, parce que cette converfion fe fait dans un foyer de forge 6c avec le même feu qui fert à l’affinage du fer : il auroit donc paru , que quelque chofe manquoit à cet ouvrage, fi j’avois obmis d’y inférer les différentes méthodes en ufage, pour fe procurer de l’acier avec du fer crud.
- Quant à l’autre objet, je veux dire la con-verfion du fer forgé en acier, c’eft un travail tout différent. Le fer eft déjà purifié ; on l’a fait palier par les différents degrés de chaleur , qui lui ont donné la qualité de fer pur; 6c , vù cette différence, je n’auroispas manqué de traiter féparément les différentes méthodes employées pour parvenir à l’une 6c l’autre fabrique d’acier ; mais le fçavant ôc laborieux M. de Reaumur ayant, dans fon Livre précieux, 6c à la fuite d’une multitude d’expériences choifies, donné la méthode de convertir en acier le fer forgé ; lorfque nous en ferons-là, je ne ferai que quelques additions , pour faire voir quels font les différents ufages reçûs à cet égard en différents pays : mais nous en parlerons ailleurs.
- Comme il eft dans notre plan d’étudier la nature du fer, par les différentes expériences que l’on a faites à fon fujet, je me contenterai de rapporter, ainfi que je viens de le dire, les différentes méthodes de convertir le fer crud en acier , fur lefquelles M. de Reaumur, dans fon Ouvrage admirable , a gardé le filence, ou ne s’eft expliqué que très-légérement. Dans le paragraphe fuivant, je rapporterai la maniéré d’adoucir le fer fondu, telle que M. de Reaumur nous l’a donnée.
- Non loin dUEhdemohre, en Dalécarlie, aux environs de JFik ou de Trollbo, on a
- MINES.
- fait un très-bel établiffement, dans lequel, par le moyen du feu Ôc du vent, on couver* tit le fer crud en acier dans Un foyer de forge. Le fer crud, qui y eft très-propre, fe fond dans un fourneau, aux environs de W'ikmanshyttan. La mine fe tire d’une minière peu éloignée, appellée Bifierget. Cette mine eft d’une nature excellente : le fer, qui en provient, eft très-eftimé, 6c propre à être converti en acier. La mine eft noire , peu compare ôc compofée d’une infinité de petits grains, qui, broyés entre les doigts , fe réduifent aifément en pouffiere. Elle eft très-lourde, ôc donne un fe rtrès-tenace, qui n’eft Compofé que de fibres 6c de tendons. Du fourneau de fiifion qui eft à JVikmanshyttan, on tranfporte le fer crud à Trollbo, ou on le convertit en acier. La cheminée conftruite pour ce travail, eft tout-à-fait femblable à celle d’une grofle forge, élevée, ôc fe rétré-ciffant jufqu’à Couverture du deffus , par où forcent les fumées ôc les étincelles»
- Le foyer, pour recuire le fer crud, eft de la même figure qu’un foyer de forge : il eft feulement un peu plus petit. Sur l’aire de la cheminée, il y a un endroit deftiné pour y placer des charbons. Les parois du foyer font faits avec des lames de fer fondu, ainfi que le fond, pour lequel on choifit une lame plus épaiffe. La thuyere eft de cuivre, & doit être artiftement placée fur une des lames de côté. La largeur du foyer , eft d’environ 14 pouces ; la longueur eft plus grande ; au refte, elle eft indifférente. De la lèvre inférieure de la thuyere , jufqu’au fond du foyer, il y a fix pouces ôc demi. Il faut obfer-ver très-exadement ces dimenfions pour fa pofition, ôc pour la conftru&ion du creufet. C’eft en cela principalement, que l’art Ôc le fecret de convertir le fer crud en acier con-fiftent : fans ces précautions rigoureufes , le travail ne peut réulfir. A la partie antérieure du foyer, il y a une ouverture oblongue pour l’écoulement des fcories fuperflues : on s’en fert auffi pour y paffer des ringards, lorfqu’il s’agit de lever du foyer la maffe de fer fondu , que l’on appelle fmeltan.
- Comme on l’a déjà dit, la thuyere eft: à 6 pouces \ du fond. On lui donne très-peu d’inclinaifon , ôc elle en a allez, pourvu que de l’eau mife fur fa partie platte, puiffe couler du côté du foyer. Une ligne droite,prolongée fuivant cette inclinaifon, n’aboutiroit pas, comme dans les autres foyers de forge , a l’endroit où le fond fe termine vers le contrevent; mais elleiroit au pied du contrevent. La bouche de la thuyere eft platte dans le bas, ôc ronde dans le deffus, de même que. dans les autres forges, avec cette différence quelle eft plus petite ôc moins ouverte. Noye^ la Flanche XXI AB eft moindre que dans les autres foyers. Les buzes des
- fou filets
- p.116 - vue 121/218
-
-
-
- DES M
- foufflets font ici pofêes plus haut. Il faut beaucoup d’adreffe Ôc d’expérience pour placer la thuyere , de même que les buzes des foufflets, avec toute la précifion requife.
- Il faut encore beaucoup plus d’art, à ce que difent les Maîtres Ouvriers , pour donner aux foufflets un mouvement égal ôc uniforme , Ôc pour diftribuer le vent comme il convient. Ils ajoutent que fi par hazard les foufflets, la thuyere, ou les buzes, font un peu dérangés de cette précilion , tout habile que l’on puiffe être, on ne parviendra pas à convertir le fer crud en acier ; ce qui efb xaufe que les foufflets, ôc leurs équipages , font attachés fi fermement qu’aucun mouvement ne peut les déranger. Il faut auffi que l’eau qui fait mouvoir la roue , tombe fur cette roue , & ne la frappe pas de côté , parce que la force de l’eau en eft plus grande,
- Ôc le vent plus fort ôc plus égal. Si la thuyere eft trop inclinée , de façon que le vent rafe le fond, le fer qui eft de (Tus, fera, dit-on, brûlé par l’aétion combinée de la flamme ôc du vent : car dans notre opération on ne couvre pas le fond de fcories , comme on le fait dans les autres forges ; il eft expofé à être rongé par un feu fec, au point qu’il ne peut y réfifter que pendant quinze jours ou trois femaines , après quoi il faut le renouveller. On voit aufli que le vent ronge ôc creufe le parois qui lui eft oppofé ôc qui en eft frappé ; ce qui fait que l’on eft de même obligé de le renouveller très-fouvent. On ne travaille à notre ouvrage que le jour, ôc chaque jour on fait trois ou quatre cuites.
- Tous les matins, quand on commence l’opération, on met dans le foyer des fcories, enfuite des charbons, avec une légère portion de pouffiere de charbons. On couvre le tout de fer crud. Le meilleur, Ôc le plus propre à la converfion en acier, eft celui qui a été coulé, ou coupé en petits morceaux. On remet des charbons fur ce fer crud , ôc on tient les morceaux dans le feu , jufqu’à ce qu’ils foient d’un rouge-blanc , ce qu’on appelle blanc de lune. Il ne faut pas qu’ils relient aflez de temps au feu pour qu’ils commencent à fondre. Quand donc le feu les a bien pénétrés, on arrête le vent, ôc on porte fous le marteau la maffe enflammée. Le poids du marteau eft de 18 à 20 grandes livres, ou lifpund. A l’aide de ce marteau, on met la maffe en menus morceaux , ôc on la fait battre jufqu’à ce que les plus gros ne pé-fent plus que 3 à 4 livres. Si le fer eft caflant à chaud,ou ce qui eft le même, s’il a beaucoup de foufres, il fe met en morceaux auffi aifément que du verre : mais fl c eft un fer tenace à chaud. Ôc caflant à froid, il faut bien du temps ôc des coups de marteau pour le mettre en pièces. On remet fous le marteau celles que l’on juge trop groffes* Fourneaux, Section.
- INES. n7
- On reporte enfuite au foyer Ces morceaux informes ôc groffiers , ôc on les y place de façon, qu’iis foient,pour ainfi dire, à l’œil ôc fous la main de l’Ouvrier pour les pouvoir longer dans le feu quand il le faut. Il tire d’aj ord dans le foyer une partie de ces morceaux, ôc les couvre de charbon* Pendant ce temps les foufflets vont plus lentement, parce qu’il faut un vent modéré jufqu’à ce que le fer foit liquéfié. De fon côté, l’Ouvrier armé d’un rim gard pointu, fonde les angles du foyer pour lçavoir s’il n’y a point de morceaux qui y foient cachés , ou bien hors de la fphère du vent. Quand il en trouve, il les retire ôc les ramene au vent. Lorfque le fer eft liquéfié au point d’occuper le fond du foyer, comme feroit une matière fluide , on augmente le vent. Il faut employer toute fon attention à connoître au jufte le point auquel il eft propre à être converti en acier, Ôc celui auquel il eft dans un état mitoyen entre le fer ôc l’acier* On s’en affûre par quelques indices, foit en le fondant avec un ringard, foit aux étincelles qui, provenant du fer ôc des fcories , paffent à travers les charbons Ôc la flamme* Au commencement de l’opération , la flamme eft d’un noir jaunâtre ; enfuite elle s’éclaircit Ôc blanchit, fur-tout lorfque les fcories font forties.
- Quand le fer a été tenu aflez loftg-tempâ en fufion , on laiffe écouler les fcories dans une foffe en forme de puits, pratiquée au pied de la cheminée. A peine font-elles forties que le fer fe durcit. On fonde de nouveau l’état de la liquation, afin de juger fi le fer eft encore aflez mol pour fe laiffer pénétrer par le ringard , ou bien s’il lui réfifte ; c’eft-à-dire, afin de connoître s’il a acquis la dureté de l’acier. Cela fait, on tire dans le foyer de nouveaux morceaux pour les joindre aux premiers , qui font déjà recuits. On les fond de même que les autres Font été , ôc en continuant ainfi fucceffivement, on augmente la maffe qui eft dans le foyer* On y remet encore une troifieme ôc une quatrième fois de nouveaux morceaux de fer crud , en forte que pendant quatre heures on fait quatre fufions différentes, ôc l’on augmente la maffe au quadruple* Enfin, 011 a une maffe d’acier du poids d’environ 4 ou y grandes livres , lifpund, ou de 100 petites* Lorfqu’on juge que cette maffe a été aflez long-temps travaillée par le feu , on la fou-leve à l’aide d’un ringard, que l’on infinue à cet effet dans l’ouverture pratiquée au def-fous du foyer. Elle paroît alors de forme ronde, un peu creufe dans le deffus. Tirée du foyer, on la porte fous le marteau pour d’abord en rapprocher les parties , ôc enfuite la couper en quatre avec le fecours d’un cifeau, prefque de ia meme maniéré qu’on le pratique dans les forges. A chaque travail,
- p.117 - vue 122/218
-
-
-
- 1 tS- DES MIMES.
- on na pas une malle d’un poids égal : elle eft tantôt plus groffe, tantôt plus petite ; c’eft ce qui fait quon la divife en 3,4 ou 5* portions, fuivant qu’ellele demande. Il en fort,comme à l’ordinaire,des étincelles très-fubtiles,quelque-fois même en grande quantité,d’unendroitplû. tôt que d’un autre; mais elles ne vont pas loin.
- Quand on fond le fer pour le convertir en acier, fi le vent eft inégal, fi la thuyere n’eft pas bien pofée , ou s’il y a quelque autre dérangement, il arrive qu’il n’y a point de fcories dans le foyer; ce qui eft caufe que le fer fe met difficilement dans une fufion bien liquide. Ce menftrue manquant , le fer brûle & acquiert de la fragilité, ce qui le rend d’une médiocre qualité. Pour remédier à cet inconvénient, on met dans le foyer une ou deux pelletées de fable de riviere. Le fond ne réfifte pas long-temps aux fcories qui s’y attachent ; ce qui occafionne une perte ôc un déchet fur l’acier.
- Après que la maffe a été coupée fous le marteau en quatre morceaux, on les replace au feu du foyer pour y être chauffés ; ôc lorfqu’ils ont acquis le degré de chaleur convenable , on les met en barres fous le marteau ; ce qui fe fait pendant qu’on fond de nouveau fer crud dans le foyer. De ces morceaux coupés, on en met d’abord deux dans le feu, l’un plus proche du vent que l’autre. Lorfque le premier eft chaud , on le porte fur l’enclume, où il eft, à coups de marteau,allongé de moitié.Pendant ce temps-là on fubftitue à fa place, & on rapproche du vent le fécond morceau, qui étant chauffé convenablement, eft à fon tour porté fous le marteau. On en fait autant pour les deux autres morceaux, après quoi on bat l’autre extrémité qui refte à allonger, donnant à chacun de ces morceaux la forme d’un barreau quarré , de 15* lignes par face, fur 4 ou j pieds de longueur. On appelle alors ces morceaux Smeltarejlaul, ou acier de fonte. Il n’eft pas néceffaire pour cette première façon que les barres foient forgées avec exactitude, parce qu’il faut quelles foient encore battues ôc rebattues. Leur extenfion fous le marteau fe fait comme dans les forges ordinaires.
- L’acier que l’on veut battre fous le marteau, ne veut pas être chauffé au blanc , mais feulement d’un rouge tirant fur le blanc ; ce qui fait que la couleur de l’acier, chauffé à propos , différé de celle que l’on donne au fer. Les coups de marteau doivent être plus précipités. Au fortir du forgeage , on jette l’acier dans une eau courante , afin qu’il puiffe plus facilement être mis en morceaux; car il faut le caffer de nouveau en petits morceaux, comme nous le dirons ci-après. L’acier crud qui n’a encore eu qu’une cuif-fon, n’a pas encore la vraie qualité de l’acier.
- Il ne montre pas encore dans fa caffure les petits grains qu’il doit avoir. Quelquefois on apperçoit au centre un cercle plus ou moins grand, d’une couleur obfcure , ôc compofé de grains de la même nature.
- On porte cet acier groffier Ôc crud dans un autre foyer voifin , dans lequel on le travaille pour le purifier, Ôc lui procurer ces grains très-fins. Pour cela, on le bat à plu-fieurs reprifes. Dans cet attelier il y a un marteau du poids d’environ deux grandes livres ôc demie, lifpundy ôc une enclume avec fon ftoc , en Suédois JlœJlok, placée proche de terre. Vis - à - vis le ftoc il y a une felle à trois pieds, fur laquelle l’Ouvrier eft affis pour tourner ôc retourner habilement la barre. L’arbre qui fait mouvoir le marteau, a douze dents , qui le font battre fi vite que l’œil n’en peut fuivre les coups , ïefquels font prefque auffi précipités que les battements d’une petite montre. Qu’on juge de-là s’il faut un habile Ouvrier pour façonner fous le marteau une barre d’acier.
- Dans ce même attelier, il y a une petite cheminée ôc un foyer, tant foit peu différents de la cheminée Ôc du foyer que nous venons de décrire* La thuyere eft pofée comme dans le premier foyer. Elles ont l’une Ôc l’autre la même grandeur, la même forme , le même orifice. L’ouverture de celle-ci eft feulement un peu plus élevée; voyez la Planche XXL AB eft un peu plus grand, de forte que fon orifice reffembie à un demi-cercle, au lieu que dans le premier foyer il reffembie à un fegment d’ovale. Depuis la thuyere, qui s’appelle forme, jufqu’au fond du foyer , il n’y a que deux ou trois pouces. Le foyer a 11 ou 12 pouces de largeur, fur 14 à 16 de longueur. On ne demande point pour ce foyer une fi grande précifion que pour l’autre. Il importe peu que la thuyere, qui eft de cuivre, foit placée un peu plus ou un peu moins haut. Au-devant de la cheminée il y a une ouverture de figure ob-longue pour la fortie des fcories, 6c au-deffous un petit puits pour les recevoir.
- L’acier groffiérement cuit dans le premier foyer ôc forgé en barres, fe caffe en morceaux pour être mis dans le fécond foyer. Il eft facile de le mettre en pièces : pour cela il fuffit de le laiffer tomber fur quelque corps dur, ou bien on fe fert d’un marteau , parce qu’ayant été éteint dans l’eau, il a acquis de la dureté ôc de la fragilité. On arrange ces nouveaux morceaux avec un certain ordre, repréfenté dans la Planche XXL D’abord on en pofe deux, coupés delà largeur du foyer , en guife de chenets , fur Ïefquels on en met 7 ou 8 autres Q C, C, C, fuivant la longueur de ce même foyer ; on les charge encore d’autres mis en travers fur les féconds. Il eft indifférent que ces morceaux
- p.118 - vue 123/218
-
-
-
- DES
- MINES.
- (oient ou non de la même longueur ; mais il eft efTentiel de prendre garde qu’ils ne fe touchent par les côtés : cela les gâteroit, à ce que l’on dit. Sur cette efpece de grillage on met un panier de charbons choifis ; on donne enfuite le feu ôc le vent. Comme ce grillage eft fur la thuyere, le vent qui paffe à travers les interftices , fait un grand bruit.
- Au bout d’une demi-heure ou de trois quarts d’heure , ces morceaux ainft rangés lun fur l’autre , peuvent être affez chauds. On arrête alors le vent, ôc on les tire du foyer, les uns après les autres. On prend d’abord celui de defïus , qui eft fous la main ; on le porte fur le champ au marteau
- Î)Our y être forgé en petits barreaux , de ongueur inégale, depuis un demi-pied juf-qu’à deux pieds. Deux Ouvriers font aflîs proche de l’enclume fur leurs Telles à trois pieds ; l’un d’un côté du marteau, l’autre de l’autre ; ôc quand le morceau qu’on a apporté fous le marteau , eft étendu Ôt façonné d’un bout , l’Ouvrier qui eft du côté façonné le faifit ' avec célérité , ôc forge ôc façonne l’autre bout ; en forte que chaque morceau eft battu dans toute fa longueur tout de fuite. Pendant qu’il eft encore chaud, on le jette fur le champ dans le bâche (*), rempli d’eau courante, pour qu’il y prenne la dureté de l’acier. On n y jette pas les deux gros morceaux qui ont fervi de fupports. Enfuite on met tous ces morceaux, façonnés en acier, en un paquet ; ôc par le moyen des deux gros morceaux, dont nous avons parlé ôc avec lefquels on les contient, on les arrange de façon qu’ils ne paroilfent plus faire qu’une feule maffe. Après qu’on a ainft arrangé un tas de 16 ou 20 morceaux, on le ferre dans une tenaille , ôc on le reporte au foyer, où on le chauffe jufqu’au blanc. On ne iss raffemble ainft en un feul faifceau, qu afin que quelle que foit la qualité de chaque barre, toutes enfemble ne faffent plus qu’un même corps ; c’eft-à-dire, que fi l’une d’elles eft dé-feéiueufe en quelque point, par exemple, fi, elle avoit été trop ou trop peu chauffée , les autres la récompenfent, ôc par leur mélange forment un tout uniforme : ôc fi on les chauffe toutes jufqu’au blanc, ce n’eft qu’afin que l’acier acquière la vertu qui le rend élaftique. Ces 16 ou 20 morceaux accollés l’un contre l’autre, fe foudent plus aifémentles uns avec les autres, au moyen de l’argile feche ôc pulvérifée, dont on les faupoudre.
- Lorfque le paquet dont il s’agit, paroît chaud d’un côté , on jette deffus de l’argile en poudre dans toute fa longueur, Ôc au milieu ; après quoi on le retourne. Au moment même de ce changement on jette def-
- fus des fcories en fulïon, ôc enfuite de l’argile en poudre. Tout cela fait, on retire le paquet du foyer ; on le frappe avec un marteau à main pour rapprocher l’un de l’autre les différents barreaux ; on le remet au feu ; on jette de nouveau par deffus de l’argile pulvérifée , Ôc quelque portion de fcories en fufion. Enfin a force de feu* d’argile, ôc de coups de marteau à main* on réunit tous ces barreaux en un feul, que Pon tire par un des bouts en une barre quar-rée de quatre pouces d’épaiffeur , qu’on làiffe refroidir à l’air.
- Le bout qui n’a pas été étendu, fe bat de même que l’autre , après avoir été fuffifam-ment chauffé. On laiffe le milieu plus épais que les deux bouts. Pour cela , il ne faut que deux chaudes , Ôc aller deux fois au marteau.
- La longueur de ce s barres d’acier eft pou* l’ordinaire de 5) à 10 pieds. On les caffe pour les mettre enfuite en paquets. Chacun de ces paquets pefe huit grandes livres, lif~ pund, ôc trois petites ; environ un quintal.
- Cette efpece d’acier, s’il n’eft meilleur eft tout au moins aufii bon que celui de Carinthie ôc de Stirie.
- Observations touchant la convejjîon du fit crud en acier.
- Il y a encore bien des chofes à fçavoir ôc à remarquer, que je n’ai pù placer corn-* modément dans la defcription qui précédé, Ôc que je rapporte ici fous la forme d’ob-fervations.
- i°. L’excellent acier doit être immédiatement fabriqué avec du fer crud, afin de le préparer , pour ainfi dire, dès fon origine à en prendre la nature. Les fabres, les épées , les refforts, ôcc. fe font avec cet acier. Celui fait avec du fer forgé n’acquiert pas la même qualité. Il perd fa dureté fi on le met fou-vent au feu,qui chaffeles parties fulphureufes ôc falines qui s’étoient infinuées dans fes pores. Il revient même à fa première qualité de fer forgé , au lieu que l’acier fait de fer crud n y revient que très-difficilement.
- 20. Pour la converfion du fer crud en acier on doit choifir celui qui eft dur, ferme , ôc connu pour donner un fer tenace ôc de bonne qualité. Celui qui eft mol, ne vaut rien pour cela. L’acier qui en provient, fe fent de fon origine : il eft trop doux, ôc plie aifément. On ne peut en fabriquer des inftru-ments qui demandent une certaine dureté* Si le fer crud eft fi ferme qu’il caffe difficilement , même étant chauffé , l’acier qui en provient eft excellent pour ces fortes d’inftruments : mais fi on employé du fet crud, doux ôc tenace, femblable à celui dô
- (1) Pètit féferroir d’eau, creufé dans un tronc d’arbre, qui fe remplit perpétuellement d’eau à mefure qu*Üfe vuide#
- p.119 - vue 124/218
-
-
-
- DES MINES.
- Danmorie, qui vient des mines de Klacka ou de Taberg, lefquelles donnent une ef-|)ece de fer doux ôc pliant, l’acier participe a ces qualités ; ce qui fait qu’étant d’ailleurs bien préparé, il eft très-propre à faire des épées ôc des refforts. On prétend que l’acier, qui vient d’un fer crud, trop dur, eft fragile ôc fans nerfs. Il n’en eft pas de même fi le fer eft médiocrement dur,mais d’ailleurs très-tenace.
- Pour choifir donc du fer qui donne de l’acier d’une bonne qualité , il faut prendre celui qui fond aifément. On affure que le vent ôc la chaleur le pénètrent plus facilement. Cette efpece de fer eft grife, couleur qui vient de ce que dans le fourneau il y a eu plus de charbons que de mine, lors de la fufion. Le fer calfant à chaud ôc à froid n’y eft pas propre : on en fait difficilement de l’acier ; ôc ceux qui le tentent, au lieu d’acier , n’ont fouvent qu’un fer dur , brûlé ôc corrompu. C’eft pourquoi dans quelques endroits de l’Allemagne on appelle mine d'acier, des mines de fer, parce que leur converfion en acier eft plus facile. Si le fer contient une petite partie de foufre doux, on dit qu’il eft excellent pour la converfion en acier ; ôc que celui qui en provient, eft très-tenace. Il faut porter plus fouvent fous le marteau le fer chargé de foufres, ôc l’amollir par des coups réitérés. On rejette le fer calfant à froid, comme étant de nul prix, nulle valeur. Si on n’a pas de mine qui donne du fer dur Ôc tenace tout à la fois, on a coutume d’y mêler une partie de mine fulfureufe : mais il faut beaucoup de prudence dans ce mélange pour obtenir de l’acier d’une bonne qualité.
- 3°. On coule le fer crud, deftiné à être converti en acier, dans des lits de fable pur de riviere. On prétend que cette précaution contribue à faciliter fa converfion en acier, ôc à fa bonté. On ne le coule point comme l’autre dans des lits faits de fcories pulvérifées, ni fur du gros fable, mais fur un fable menu, pur, ôc tiré d’un marais ou d’une riviere. La poudre de fcories liquéfie très-facilement le fer. Il eft effentiel que le fer crud ne foit pas en trop gros morceaux, parce qu’alors il fond ôc fe convertit en acier,avec moins de charbons.
- 4°. La première efpece d’acier s’appelle en Suédois fmœltare-jiaukl, ou de l’acier de fonte , propre aux inftruments delà campagne Ôc à faire des briquets : mais il n’eft pas encore allez travaillé pour faire des épées ôc des refforts. On tient qu’il eft trop fragile , raifon pourquoi on le prépare ôc le purifie dans le fécond foyer.
- y°. La maffe deftinée à faire de l’acier , au fortir du feu du premier foyer, ôc encore toute bouillante, fe roule dans de l’argile pulvérifée, avant que d’être travaillée ôc caflée fous le marteau.
- 6°. On tire quatre fois les fcories du premier foyer avant que la malfe foit préparée ôc divifée en quatre morceaux fous le marteau , c’eft-à-dire, à chaque fois que l’on y met de nouveaux morceaux.
- 7°. Dans le fécond foyer on chauffe les morceaux d’acier jufqu’au blanc, Ôc l’on a foin que le feu n’aille pas plus loin : autrement ils fe fondroientôc fe mettroient en une efpece de maffe, ce qui nuiroit à leur converfion en acier. Ce motif doit bien engager à obferver foigneufement le degré de chaleur.
- 8°. On dit que pour cette opération les charbons de hêtre ôc de chêne font excellents : on emploie auffi avantageufement ceux de bouleau Ôc de pin. Les charbons fecs ôc nouveaux font préférables à ceux qui font vieux ôc humides, lefquels ne font d’aucune utilité. Pour faire ces charbpns, il faut que le bois foit fec ôc bien fendu : il faut auffi préferver les charbons de toute humidité , en les tenant à couvert. Les charbons récents font les meilleurs , parce qu’ils font très-fecs. Ils liquéfient le fer plus efficacement. Il faut obferver qu’il ne faut pas mêler ici les charbons doux ôc tendres avec les durs, comme ceux du bouleau. Il faut auffi qu’ils ne foient point mêlés de pierres ni de terre. Une mefure de charbons de bouleau fait autant d’effet qu’une mefure ou une mefure - de charbons de pin. Pour échauffer la fécondé fois l’acier ôc le porter enfuite fous le marteau, il faut auffi des charbons excellents , tels que ceux de bouleau, de hêtre, ou de chêne. Les charbons foffiles peuvent encore être de quelque utilité, parce que l’acier qui en eft chauffé, foude bien.
- 5>°. Les foufflets doivent être d’une grandeur moyenne ; ôc plus le bois dont ils feront faits, fera compaêf ôc dur, meilleurs ils feront. On met trois cammes pour bailler les foufflets, au lieu de deux que l’on met ordinairement dans les forges, parce qu’on a befoin, pour notre opération , d’un feu violent. Quelques-uns prétendent que les foufflets doubles de cuir font meilleurs que ceux de bois : il faut auffi que les buzes entrent davantage dans la thuyere. Les caiffes doivent être relevées par des leviers courbés , comme en Stirie ôc en Carinthie , parce que le mouvement eft plus prompt ôc plus égal. Plus les foufflets vont vite, plus , s’il eft permis de hafarder ces expreffions, le feu eft léger, gai, vif ; plutôt la converfion en acier eft faite. Plus on veut que l’acier foit dur, plus il faut que les charbons foient fecs ôc forts, ôc le fer en petits morceaux. Quand il n’y a plus qu’à mettre l’acier en barres, il n’eft pas néceffaire que les foufflets aillent fi vite : il ne faut alors les faire preffer que par deux cammes.
- io°. Le déchet du fer, pour être converti
- en bon
- p.120 - vue 125/218
-
-
-
- DES
- en bon acier , eft de près de moitié : 26 livres de fer crud ne rendent gueres que 13 livres d’acier. Un habile Ouvrier peut en avoir 14. La perte dans le premier foyer, eft de 24 fur 60 ou 64, & de 8 dans le fécond ; ou ce qui eft le même de 8 parties, il en périt trois dans le premier foyer, ôc une feulement dans le fécond.
- ii°. On tire beaucoup de feories du fécond foyer, ôc on peut l’en débarralfer toutes les fois qu’on le juge à propos. Les feories qui en fortent, font très-rouges ôc d’une confiftance épailfe : on a cependant remarqué qu’il ne faut pas totalement en priver le foyer, parce qu’alors l’acier, trop brûlé ôc trop defféché, perd de fa qualité.
- Pour faire de bon acier avec du fer crud, il faut qu’il foit chauffé à propos, fans quoi la converfion ne s’opère pas. On dit qu’à l’odorat, on peut diftinguer fi l’acier n’eft pas trop chauffé*, parce qu’alors il en exhale une mauvaife odeur. L’art ôc la fcience confinent donc à le chauffer convenablement ôc à propos, c’eft-à-dire, à brûler & faire diffi-per par le feu ce qui le rendoit fer. Il faut qu’il foit aufîi bien liquéfié, que dans un fourneau de fufion. Si la flamme ôc le vent ne le pénètrent pas bien, il n’acquiert jamais la qualité d’acier. Pour que cette opération réuffiffe, on fera un foyer capable de contenir au plus 3 ou 4 grandes livres, lif-pund, parce qu’une petite quantité fe liquéfie mieux, ôc fe raffemble mieux en maffe qu’une grande ; outre que la maffe eft plus intimement pénétrée du feu , que fi elle contenait 8 ou $ de ces grandes livres. Quelques-uns font de plus groffes maffes, ôc opèrent plus vite dans le même efpace de temps ; mais on a remarqué que l’acier, qu’ils faifoient, n’eft pas entièrement dépouillé des parties qui conftituent le fer : en Stirie, on ne fait que de petites maffes ; aufîi y fabrique-t-on de l’acier de la meilleure qualité.
- La profondeur de ce foyer, fous l’orifice du vent, doit être de 6 pouces, la largeur de 12. L’orifice de la thuyere eft étroit, ôc n’a qu’un pouce, afin que le vent foit plus pénétrant , plus aigu & plus fort. La thuyere eft plus longue deffus que deffous , afin que le torrent du vent foit dirigé vers le fond du foyer : pour cela, on la pofe fort obliquement. La partie antérieure de la thuyere ne doit être élevée au-deffus du foyer que de cinq pouces, fi le fer crud ne fond pas aifé-ment ; mais s’il eft d’une fufion facile, le fond fera éloigné de la thuyere de fept pouces ou fept pouces ôc demi, ôc alors on ne la met pas fi obliquement : car autrement, on pré'-tend que l’opération fe feroit avec tant de force, qu’on n’auroit point de maffe d’acier.
- Il faut avancer la thuyere de deux pouces dans le foyer. Plus le fond en fera proche , Fourneaux , 4e. Section*
- 12 î
- MINES. plus l’opération ira vite. La lame de fer fur laquelle on pofe la thuyere, doit être un peu inclinée en dedans. Le fond aufîi doit être incliné vers le ..devant, prenant garde néanmoins que cela ne lui donne un trop grand degré de chaleur. Il faut aufîi foigner, que l’ouverture pour la fortie des feories foit bien fermée : fi la lame de fonte, qui fert de fond, ne réfifte pas bien à l’aêlion du vent Ôc du feu, on peut y en mettre une autre de pierre.
- Pendant que l’on tient le fer en fufion dans le creufet, il faut pouffer le vent juf-qu’à ce que toutes les feories foient évaporées ôc difîipées par le feu, de façon que toute la matière foit convertie en acier, ôc qu’il ne refte ni fibres, ni filaments du fer. Si par lui-même le fer n’eft pas fluide, il faut jetter deffus du fable de riviere, fec ôc pur, ou des cendres de bouleau ; cela rend la liquation chaude, fluide ôc dure : mais il ne faut pas, au lieu de fable ou de ces cendres , y jetter des feories en pouffiere : d’abord qu’on en voit une certaine quantité dans le foyer, au point qu’elles furnâgent la maffe d’acier, il faut les faire fortir ; autrement, elles empêcherôient la converfion du fer. Si la matière eft trop liquide, Ôc qu’on ne puiffe obtenir de l’acier , il faut jetter des feories , mais en petite quantité : car fi on en met trop, on la réduit en fer. Pour avoir de l’acier le plus pur, ôc totalement dénué de fer, il faut fondre trois fois la matière avant que d’avoir une maffe ; ôc quand elle eft formée , il faut jetter deffus une petite partie de fer crud en pouffiere, de cette efpece qui a été fondue avec plus de charbons que de mine : une ou deux petites livres de cette pouffiere fuffifent, ôc aident à convertir en acier la totalité du fer.
- i2°. La maffe ainfi difpofée eft portée fous un marteau qui pefe 16 grandes livres , lif-pund y fi on veut de l’acier excellent, on caffe les barres , on les raffemble , on les chauffe, on les bat huit fois, au lieu qu’on ne fait toute cette befogne que deux ou trois fois, quand on ne veut que de l’acier deftiné à certains ufages: celui que l’on veut fouder, s’arrofe de menu fable de peur qu’il ne brûle. Quand on étend l’acier en barres, il en périt trois petites livres par grande : mais quand on le refoude ôc qu’on l’étend, il en périt près de fix. Si on veut avoir un acier qui tire bien des étincelles de feu du caillou contre lequel on le frappera , il ne faut pas tant l’étendre fous le marteau, ni fi fouvent : pour un quintal d’acier, ou fuivant la façon de compter des Ouvriers, pour 8 grandes livres, il faut deux leftes ôc demie, ou 3 o tonnes de charbons.
- 13 °. On a coutume d’effayer, fi l’acier de fonte eft d’une bonne ou mauvaife qualité ,
- H h
- p.121 - vue 126/218
-
-
-
- DES MIMES.
- c’eft-à-dire, s’il peut fe ramaffer ôc s’étendre fous le marteau, aufli aifément que le fer de la meilleure efpece : s*il n a ni gerfures ni fentes, c’eft une marque d’une bonne qualité. Celui dans lequel on voit de gros grains, fans qu’il y ait ni parcelles de fer, ni fcories, eft très-dur : cela vient de ce que cet acier a été médiocrement brûlé. Le meilleur figne d’un bon acier eft , lorfqu’il ne devient pas mol, quoiqu’il ait été fouvent
- Î)orté au feu : on en porte le même jugement orfqu’il eft dur, fort ôc nerveux tout enfem-ble. Quand on cafte du bon acier, il rend un fon défagréable : on en juge favorablement , quand il jette beaucoup de feu. Lorf-qu’on veut l’éprouver, on en fait, par exemple , un reffôrt de fufil, parce que celui qui y eft propre, convient à toutes les efpeces de refforts, aux épées, aux aiguilles 6c autres fils d’acier. Si un cifeau peut tailler ftx ou fept livres, avant que l’on foit obligé de le paftfer fur la meule , c’eft la marque d’un excellent acier, qui peut être employé à toutes fortes d’ouvrages. Il y a trois efpeces d’acier, qui ont chacune leur famille, fi on ofe le dire, Ôt avec lefquelles on peut ajufter ôt polir tout ce qui eft fufceptibie d’acier. D’autres en comptent 8 ou io efpeces : car on peut le durcir plus ou moins, fuivant les différents ufages auxquels on le deftine , ôc par ce moyen en faire d’autant d’efpeces que l’on veut.
- D’une autre manufacture <Pacier en Suede.
- On dit qu’il y a long-temps, 6c même dès celui de Guftave-Adolphe ('), que la ma-nufaêlure d’acier de Qiiuarnbacka eft établie. Il y a deux foyers. La cheminée eft fi élevée, qu’un Ouvrier peut s’y tenir debout. Au lieu de plaques de fer, pour le fond 6c les parois du foyer, on fe fert d’une efpece de pierre talqueufe. On emploie des foufflets de bois aufli grands que ceux des forges. Il y a deux marteaux, pefants chacun un poids de marine. A chaque fois, on met dans le foyer i o grandes livres de fer crud , qui fe recuit à merveille, comme dans un foyer de forge : mais on tire fouvent les fcories, de façon que cette mafle de fer fond dans un bain fec, ôc non dans un bain de fcories. Quand on veut recuire le fer, on jette fouvent deffus des cendres mêlées avec du vitriol 6c de l’alun. Les Ouvriers prétendent qu’au moyen de ce mélange , on fait de meilleur acier. Ils n’ont point de réglé pour la quantité de fer à recuire en même-temps. Tantôt ils en mettent plus, tantôt moins. Lorfque le fer fondu eft ramaffé en une maffe, on la porte fous le marteau : on l’y divife en plufieurs morceaux, que l’on tire
- enfuite en barres. Ces barres cafifées de nouveau en plus petits morceaux, on les met en croix dans le foyer, 6c en forme de grille. On y jette par-deffus des cendres mélangées d’alun 6c de vitriol ; après quoi on les étend une fécondé fois en barres, que l’on recaffe encore ; ôc on continue de réitérer la même opération, autant de fois qu’il eft néceffaire, pour avoir de l’acier, tel qu’on le demande.
- L’acier groflier , que l’on appelle fatjlauhly ou ce qui eft de même, celui, qu’on a coutume de mettre dans des barils, fe fait avec la première mafle qui eft tirée du foyer, 6c battue fous le marteau. On l’éteint enfuite dans l’eau, ce qui le durcit ; l’acier le meilleur , tel que celui pour épées, fe met quatre fois en grilles , ôc fe bat quatre fois. La plus excellente efpece y eft mife, 6c battue huit fois. A chaque fois, on l’éteint dans l’eau, ôc on la deftine à faire des refforts. On marque l’acier toutes les fois qu’il paffe au feu, afin qu’on puiffe en connoître la qualité. Au refte, les habiles Ouvriers en jugent au grain. Si l’on y voit des ftries ôc des taches obfcures, ils prétendent que c’eft un figne que l’acier n’a pas été ou bien cuit, ou affez battu, ou bien mélangé. Le meilleur eft celui qui blanchit comme de l’argent.
- L’enclume pefe un poids de marine: elle eft large de deux palmes. Chaque femaine on peut faire 1400 pefant de gros acier, ou acier en barrils, 1200 d’acier à épées, ôc 800 d’acier à refforts. Un quintal ici eft de 8 grandes livres,lifpund, ou de 160 petites.
- Pour un quintal du meilleur acier, celui à refforts, il faut treize grandes livres ôc demie de fer crud ôc 26 tonnes de charbon. Pour un quintal de la qualité moyenne, l’acier à épées, il faut 10. grandes livres de fer crud, ôc 24 tonnes de charbon. Enfin, pour un quintal de gros acier, celui en barrils, il faut 1 o grandes livres de fer crud, 6c 9 tonnes de charbon. Aujourd’hui on emploie beaucoup d’acier préparé dans les manufactures de Wedewang, ÔC Quuarnfcacka.
- Maniéré ordinaire en Suede de fe procurer
- de P acier dans les foyers de forge lorfqiL ony recuit le fer crud.
- Quoique j’aie déjà indiqué, dans le fécond paragraphe de cet Ouvrage, la méthode dont fe fervent les Ouvriers pour fabriquer de l’acier dans les foyers de forge ; cependant je crois devoir encore rapporter ici cette méthode, d’autant plus qu’il s’y agit de la converfion immédiate du fer crud en acier. Lorfqu’on cuit le fer la première fois dans les foyers de forge, ôc lorfque la liquation eft extrêmement fluide, il furnâge ordinairement de petites maffes ou morceaux d’acier,
- p.122 - vue 127/218
-
-
-
- ' DES
- qui, bien éloignés de s’attacher aux angles, ou de defcendre au fond du foyer, flottent çà & là fur la matière en bain. Ces morceaux font inégaux, ôc d’une forme grof-fiere ; mais ils font ronds dans la partie qui touche le métal. Par leur couleur on les diftingue du fer. Outre que l’acier furnâge le fer, il ne s’y joint pas facilement, à moins qu’on ne l’approche du vent. Alors il fond ôc fe mêle au métal en fufion, fans quoi il ne s’y joindroit pas. Ces morceaux pefent ordinairement <5, io ou 1$ livres. Les Ouvriers difent que c’eft un très-bon acier, ôc très-propre à aciérer tous les outils. Ils prétendent aufli que le fer privé de cet acier n’y perd ni n’y gagne. On aflùre que de toutes fortes de fer on peut avoir de l’acier, mais .plus d’une efpece que de l’autre : que les fers calfants à chaud ou à froid en donnent; mais que la nature de l’acier varie fuivant celle du fer. L’acier qu’on obtient' ainfl, eft, dans fa fraêture, de couleur grife, tirant fur le blanc, compofé de grains très-petits Ôc très-durs. On dit que le point principal de la converfion du fer en acier, con-fifte à obferver que la thuyere foit pofée obliquement dans le degré d’inclinaifon convenable. L’ufage a appris que fl la thuyere n’eft pas dans fa véritable pofition, on ne peut avoir un morceau d’acier. Il faut pour cette converfion, que le vent foit dirigé plus obliquement. Les Ouvriers ont, pour la pofer, des réglés Ô£ des mefures fuivant lef-quelles on la place dans la plus grande pré-ciflon. Sans cela, il ne faut pas s’attendre à avoir de l’acier.
- Maniéré de faire de P acier en Suede avec du fer crud,fait avec des mines de marais de Dalécarlie.
- Voyez le paragraphe troifleme, page 71.
- Maniéré de convertir le fer crud en acier dans le Dauphiné.
- En Dauphiné, dans la montagne de Vau-che, aux environs de la ville d’Alvar, il y a plufîeurs galleries, par le moyen defquelles on tire beaucoup de mine de fer. On met dans un foyer, que l’on appelle affinerie, le fer crud qui en provient. Ce foyer eft
- Î>lus profond qu’à 1 ordinaire ; on dirige e vent directement fur la mafle qui fond petit-à-petit. Le creufet eft environné ôc conftruit de plaques de fer. On n’agite point, comme ailleurs, le fer en fufion; mais on le laifle en repos jufqu’à ce que le foyer en foit plein ; après quoi on arrête le vent, ôc on débouche un trou deftiné pour l’écoulement du fer, ôc par lequel tout celui qui eft fondu, s échappe ôc fe met en petites mafles de différentes grofleurs. On ôte la partie extérieure de ces mafles, ou pour mieux dire,
- MINES. 12*
- l’efpece de croûte qui couvre le fer, parce que ce ne font que des fcories. Le refte fe porte fous le marteau, ôc fe met en barres de la forme ordinaire.
- Dans un autre foyer voifin, qui s’appelle chaufferie, on chauffe ce fer jufqu’au blanc. Là, il n’eft pas néceffaire d’avoir un feu fl ardent. On met une efpece de fable fur le fer, pour, à ce qu’on dit, modérer la chaleur. Lorfque la barre eft fufhfamment chauffée , on la porte au marteau, ôc après quelle eft forgée, on la jette dans l’eau pour la durcir. Il faut pour cela que la barre foit encore très-chaude.
- Defcription plus exacte de la maniéré de convertir le fer crud en acier fuivant M. de Réaumur,
- M. de Réaumur, dans fon admirable Traité de la converfion du fer forgé en acier , donne aufli la méthode dont on fe fert en France pour faire de l’acier avec du fer crud. Voici ce qu’il en dit.
- Pour faire de l’acier, on prend du fer crud qui foit blanchâtre, en préférant néanmoins celui qui tourne à la couleur grife. On met l’extrémité de la gueuze dans un foyer, comme fl on vouloit forger du fer à Tordis naire. Ce foyer eft plus profond que ceux ordinaires des forges. En quelques endroits il a depuis deux jufqu’à deux pieds ôc demi de profondeur. On laifle la mafle tranquille, ôc Amplement couverte de charbons allumés. La flamme excitée par le vent, eft dirigée fur le fer qu’on veut fondre. Lorfque dans le creufet il y a autant de fer en fufion qu’on le defire, c’eft-à-dire, quand il eft prefque plein, on arrête le vent. Dans quelques endroits on ouvre pendant un peu de temps, puis on referme un trou qui eft proche le fond ; ce que l’on fait de moment à autre pour laifler couler en petites mafles le fer liquide. Dans d’autres endroits, on laifle la mafle dans le foyer, afin qu’elle s’y dur-cifle Ôc s’y fige. Quand la croûte extérieure eft prife de l’épaiffeur d’un pouce, on l’en-leve fur le champ : mais avant que d’ôter cette croûte, on enleve d’abord le lit de matière vitrifiée qui furnâge ôc qui fe refroidit le premier. Lorfqu’on coule la mafle, comme nous l’avons dit, on voit ce lit fur la furface de la mafle. On fépare ainfi le fer de fa partie terreftre : pour les fulfureufes ôc les falines, elles reftent.
- Dans quelques endroits où l’on fait le meilleur acier de cette efpece, tantôt les parois du foyer font faits avec des plaques de fer, tantôt ils ne font que de pierre. De façon ou d’autre, ils font intérieurement garnis ou enduits d’un lit de poudre de charbon, enfor-te que le fer fondu prend la forme d’une
- p.123 - vue 128/218
-
-
-
- DES MINES,
- boëte ou panier de charbons en pouffiere.
- Quelques Ouvriers jettent aufli dans leurs foyers, delà corne, de la fuie, ôt autres chofes pareilles.
- Cette maffe ainfi liquéfiée fe porte enfuite dans un autre foyer nommé chaufferie, où on la chauffe pour en chaffer une partie des fels ôt des foufres fuperflus. On n’a pas befoin d’en féparer la matière vitrifiée ; il ne faut pas non plus un feu bien violent. Il fuffit que l’acier foit chauffé} ôt il n’eff pas néceffaire de le remuer, ôt retourner comme on fait pour le fer. La grande fcience eff de connoître quand il faut le tirer du feu : car fi on le tient trop longtemps en fueur, on prétend qu’il fe remet •en fer. De-là, quelques précautions que l’on prenne, il arrive qu’une portion de la maffe j, j, ôte. conferve fa nature de fer. Il eff bien difficile quelle chauffe fi également par-tout, qu’une partie n’effuye pas un plus grand degré de chaleur que l’autre ; ce qui la fait retourner en fer, Ôt eft caufe que fouvent la même barre eff en partie fer , en partie acier. Ce n’eff pas en ce cas un grand mal : mais c’en eff un lorfque l’acier recelle quelques veffiges de fer, tantôt au centre tantôt à la furface , fuivant la différence de la chaleur ôc des coups de marteau, qui peuvent pouffer une parcelle de fer d’un endroit à l’autre. Il réfulte de-là qu’il eff très-difficile d’obtenir par cette voie un acier •totalement dénué de fer. Dans plufieurs at-teliers , lorfqu’on met l’acier au feu pour la fécondé fois, on jette deffus une efpece de fable, ou de matière vitrifiée, réduite en pouffiere. Le fable entoure ôc enveloppe la maffe métallique, & empêche quelle n’effuye une trop grande chaleur, ôt confé-quemment quelle ne retourne à fa première qualité de fer.
- Dans quelques endroits on prépare l’acier immédiatement avec la mine : on la laiffe refroidir après quelle a été fondue, dans le fourneau même où on l’a fondue. La maffe reffemble à une boule applatie, que l’on coupe en morceaux parallèles : enfuite on. les porte dans le foyer nommé chaufferie ; ôc quand ils font chauds, on les porte fous le marteau. On a remarqué que le milieu des barres forgées étoit de fer pur, ôt le tour d’acier, quoique le tout eût été également battu ôc chauffé. La circonférence ou l’enveloppe de la barre, eft acier , ôc l’intérieur eft de fer. Au rapport des Ouvriers , les morceaux qui fe détachent de la maffe, donnent le meilleur acier.
- Dans un autre endroit de fon Traité M. de Réaumur annonce que le fer crud a beaucoup de reffemblance avec l’acier, ôt qu’il eft compofé d’un mélange de parties terreftres, fulphureufes, falines ôt métalliques. Qu’en examinant de la fonte pure ôc bien brillante
- on remarque, i °. Son extrême affinité avec l’acier. 20. Que fi à l’aide du feu on chaffe les parties fulphureufes du fer crud, il en réfulte un acier intraitable, ôt plein de ger-fures, qui réfifte aux coups de marteau tant qu’il eft chaud, ôt qui fe durcit merveil-leufement lorfqu’on l’éteint dans l’eau. 30» Que fi on chauffe le fer crud jufqu’au point d’en expulfer les parties inflammables ôt falines , l’acier devient traitable , ôc fe durcit en l’éteignant dans l’eau. 40. Que fi on le chauffe feulement jufqua un certain point, il fe change bien en acier, facile à traiter , mais qui ne peut fe durcir, quoiqu’on l’éteigne dans l’eau. 50. Enfin, que fi on le rechauffe une fécondé fois, il donne un acier que l’on appelle acier pâmé,
- JVL de Réaumur traitant toujours le même objet de la converfion du fer crud en acier , dit encore qu’il faut obferver que ce fer crud foit bien purgé de fes parties terreftres : mais que jamais cette efpece d’acier ne peut l’être aufli bien que celui fait avec du fer forgé ; qu’il faut bien prendre garde de le brûler , ce qu’on empêche par le moyen de fable ôt de feories pulvérifées , ôt que les ferrements rongés ôc ufés à force de fervir, tels que des doux, ôcc. peuvent fe liquéfier, ôt font très-propres à être convertis en acier.
- Maniéré de convertir le fer crud en acier à Saltzbourg.
- Pour avoir de l’acier, on choifit la meilleure mine , de couleur brune ôc rouffe, qu’il faut d’abord calciner : enfuite, à l’aide d’un fourneau de fufion, on la fond en petites maffes , propres à être mifes en acier. Ces maffes pefent feulement quatre quintaux. Les foyers à faire de l’acier font fem-blables à ceux des forges de Saxe. Ils different feulement en ce que dans les foyers à acier la thuyere eft placée un peu plus obliquement qu’en Saxe. Chaque maffe fe fond féparément. Le métal en fufion ne doit pas être fi clair, mais un peu épais en coulant. La première fois qu’on met la maffe de fer crud dans un foyer de converfion en acier 9 il faut la tenir au feu, dans une efpece de liquation pendant l’efpace de douze heures, durant lequel temps il faut, comme dans les forges, faire écouler les feories fuperflues. Pendant leur écoulement, on dit qu’avec un ringard il faut agiter ôc retourner la maffe.
- On la tire enfuite du foyer, ôc on la divife fous le marteau en plufieurs morceaux , que l’on éteint à mefure dans l’eau. On remet ces morceaux dans le même foyer, ôc on les y tient dans une efpece de fueur continuelle l’efpace de fix heures, pendant lequel temps on fait couler les feories. On retire une fécondé fois du foyer la nouvelle
- maffe
- p.124 - vue 129/218
-
-
-
- DES MINES„ ut
- maffe qui s’y eft formée ; oïl la porte en-fuite fous le marteau, où on la partage en nouveaux morceaux, quon éteint encore dans l’eau. Par ces reeuiffon ôc extinêlion réitérées, la matière fe durcit prodigieufe-ment. Elle n’eft pas cependant encore convertie en véritable acier, ôt ne peut être forgée en barres, qu’on puiffe dire être d’acier : c’eft pour cela qu’on la reporte au feu pour la troifieme fois , ôt qu’on l’y tient pendant fix heures, au bout defquelles on l’en retire pour la mettre en barres épaiffes, qu’on éteint encore dans l’eau.
- On calfe en morceaux ces barres grof-fieres, & on les rebat pour les réduire en quarrés de lix lignes. Chaque fois qu’on les éteint dans l’eau il faut qu’ils foient chauds pour prendre de la dureté. On met du fel commun dans l’eau, pour lui donner un plus grand degré de froid. Quand les barres font achevées, il faut les chauffer au blanc, ôt les éteindre une derniere fois dans l’eau falée. Cet acier eft extrêmement eftimé.
- On en fait des paquets de 2 y livres pefant chacun, ôt qui s’appellent Bijfon. Quatre quintaux de fer crud rendent deux quintaux ôt demi de bon acier. Le quintal Ôt demi de déchet fe perd en fumée ôt en fcories. On mêle par moitié les charbons durs ôt doux, ôt à chaque chaude on en confomme fix facs. Deux Ouvriers pendant une femaine peuvent faire iy à 16 quintaux de bon acier. On fait en Carinthie , ôt fuivant cette méthode, une quantité d’acier qu’on vend fous le nom À'acier de Stirie ou de Steiermarck.
- Maniéré de convertir le fer crud en acier
- dans la Carinthie, le Tirol SC la Stirie.
- Il y a dans ces trois provinces plufieurs foyers deftinés à forger le fer, & à convertir la fonte en acier. Ces derniers font conf-truits de la même maniéré que les foyers de Saxe , que l’on appelle Trifch ou Z errenfever, La thuyere entre allez avant dans le foyer, ôt y eft pofée allez obliquement. A chaque fois, on met dans le foyer , & on y fond quatre quintaux ôt demi de fer crud que l’on tient dans une efpece de fueur ôt de cuiffon pendant trois ou quatre heures , ayant foin d’agiter la maffe avec des ringards, ôt y jettant à chaque fois de la pierre à fufil calcinée ôt pulvérifée. On dit que cette poudre fert à détacher les fcories du fer qu’on veut convertir en acier , Ôt qu’elle aide à la féparation des matières impures. Lorfque le fer a été tenu pendant 3 ou 4 heures dans la cuiffon que nous avons dite 9 on fait fortir les fcories par une ouverture pratiquée à cet effet. Au refte, il demeure toujours fur l’acier des matières que par l’épreuve on reconnoît pour du fer, qui ne peut fe convertir en acier. On tire ces Fourneaux, 4e. Section,
- matières par lames & par morceaux., que l’on met en barres fous le marteau. Après cela on tire du foyer la maffe d’acier, ôt on la partage fous le marteau en quatre parties , que l’on éteint dans l’eau , Ôt que l’on fond enfuite de nouveau.
- La maniéré de fondre ces morceaux, eft la même que celle que nous venons de décrire, ôt on recommence la fufion trois ou quatre fois, fuivant la qualité du fer, c’eft-à-dire , fuivant qu’il eft plus ou moins propre à être converti en acier. Enfin, lorf-qu’on voit que la converfion eft faite, on l’étend fous le marteau en barres longues de 3 pieds, ôt à chaque chaude, on l’éteint dans de l’eau d’argile. Enfuite on met ces barres dans des barils du poids de deux quintaux ôt demi chacun.
- De 4 quintaux de fer crud, appellés Einflojf, il refte un demi-quintal de fer pur ; le refte fe convertit en acier : ou plutôt de dix quintaux , qui enfemble fe nomment Meuleril y en a 3 qui fe perdent en fer & en fcories : un Maître avec deux Ouvriers peut en une femaine faire 10 quintaux d’acier, pour lefquels il faut 1 o Knippor de charbons. Le mieux eft de mêler les charbons doux avec les durs ; ôt s’il y avoit à choifir, il faudrait prendre les durs. Le poids du marteau eft de deux quintaux. L’enclume a fa forme ordinaire. La partie du fer qui refte fut l’acier, fe recuit une fécondé fois dans le foyer, ôt fe forge enfuite à l’ordinaire. En 48 heures, on travaille 10 quintaux de fer. Les foufflets font de cuir. Les Ouvriers pen-fent que ceux de bois ne font pas propres à cet ufage. L’excellent acier vient de Carinthie , où il y a plufieurs de ces atteliers.
- Aux environs de JZeith, on fait chaque année environ fix millepujchen d’acier ; mais on n’eftime pas tant cette efpece que les autres. On croit que cela vient de la différence de l’eau de riviere dans laquelle on l’éteint. La méthode eft la même en Carinthie qu’à Mund: c’eft le même mélange. La ‘ pierre à fufil fe tire très-pure des rivières ; enfuite onia calcine Ôt la pulvérife, afin que par fon fecours, l’acier entre bien en fufion. Lorfqu’il eft en barres, il montre fa véritable couleur. Avec rooo livres de fer, on a 600 livres d’acier.
- C’eft prefque de la même maniéré qu’en France on fait de l’acier avec du fer crud, dans les provinces de Champagne, Ni ver-nois, Franche-Comté, Dauphiné, Limo-fin, Périgord & Normandie. Nous en avons parlé plus haut.
- Converfion immédiate de la mine du fer en
- acier dans la Stirie, à Fordenberg SC ailleurs,
- Cette méthode différé de la première, en
- I i
- p.125 - vue 130/218
-
-
-
- 125 D E S M I N E S.
- ce qu’on convertit immédiatement la mine de fer en acier , quoiqu’à vrai {dire , il y en ait toujours une partie qui refte en fer. On fait cette çonverfion immédiate en Stirie, à Fordenberg , ôt en plufieurs autres endroits, comme en France dans le Rouffillon, êt notamment dans le Comté de Foix. On fpnd la mine du fer dans le fourneau où elle fe moule , fuivant la forme du foyer > en une maffe ou pain, arrondie par-deffous ôt plate par-deffus , que l’on appelle un maffe t. Ce maffet tiré du feu fe divife en cinq ou fix morceaux, quon chauffe féparément dans un foyer de forge, ôt que l’on met en barres fous le marteau. Souvent une partie de la barre eft de fer pur, Ôt le refte d’acier : fou-vent même, il n’y en a qu’un quart ou un tiers de changé en acier , pendant que tout ie refte eft demeuré fer. Cette fingularité détermine bien des gens à croire, qu’il y a des mines d’acier : on trouve effectivement des mines de fer, qui fe convertiffent en acier plus facilement que d’autres.
- jManiere de convertir le fer crud en acier fuivant Agricola.
- ce Voici la maniéré, dit Agricola , de » faire du fer ôt de le convertir en acier, » que les Grecs nommaient XrôfiœfjLoL. Press nez du fer, difpofé à la fufion, cepen-
- dant dur ôt facile à travailler fous le mar-» teau : car quoique le fer fait de mine vitrio-=3 lique puiffe toujours fe fondre, cependant » il eft ou do^x, ou caffant, ou aigre. Pre-33 nez un morceau de ce fer ; faites-le chauffer 33 rouge ; coupez-le par parcelles , mettez-33 les avec des pierres qui fondent aifément, 33 réduites en petits morceaux. Placez ces 33 morceaux coupés dans une forge de Serru-33 rier, ou dans un fourneau, un creufet d’un 33 pied Ôt demi de diamètre, ôt d’un pied de 33 profondeur ; rempliffez-le de bons char-33 bons ; environnez-le de briques, qui for-» ment autour du creufet une cavité, qui 33 puiffe contenir le mélange de pierre fufi->3 ble ôt de morceaux de fer coupés.
- 33 Lorfque le charbon du creufet fera bien » allumé ôt le creufet rouge , foufflez ôt 33 jettez dedans peu-à-peu le mélange de 33 pierres Ôt de morceaux de fer.
- >3 Lorfque le mélange fera en fufion, jet-33 tez dans le milieu trois ou quatre morceaux » de fer ; pouffez le feu pendant cinq ou fix 33 heures ; prenez un ringard ; remuez bien 33 le mélange fondu, afin que les morceaux 33 de fer que vous avez jettés dedans, s’impre-33 gnent fortement des particules de ce mé-33 lange, lefquelles confumeront ôt divife-33 ront les parties groflieres des morceaux de 33 fer, auxquels elles s’attacheront : ôt ce a» fera, s’il eft permis de parler ainfi, une e£ 33 pece de ferment qui les amollira.
- 33 Tirez alors, hors du feu, un de ces mor-33 ceaux de fer ; portez-le fous un gros mar-33 teau ; fakes-le tourmenter ôt tirer en bar-33 res ; ôt fans le faire chauffer plus qu’il ne 33 l’eft, plongez-le dans l’eau froide.
- 33 Quand vous l’aurez trempé, caffez-le ; 33 confidérez fon grain, .ôt voyez s’il eft en-33 tierement acier, ou s’il contient encore 3? des parties ferrugineufes.
- 33 Cela fait, réduifez tous les morceaux 33 de fer en barres ; foufflez de nouveau ; ré-33 chauffez le creufet ôt le mélange ; aug-33 mentez-en la dofe , Ôt rafraîchiffez de cette 33 maniéré , ce que les premiers morceaux 33 n’ont pas bû ; remettez - y de nouveaux 33 morceaux de fer, il vous êtes content de la 33 transformation des premiers, ou les mêmes, 3J s’ils vous parodient encore ferrugineux, ôt 33 continuez comme nous avons dit ci-deffus^
- De la maniéré de convertir le fer en acier fuivant F'anoccio.
- M. de Réaumur nous a donné cette méthode , ôt l’a appuyée de quelques effais. La voici : Il faut tenir en fufion une certaine quantité de fonte ; dans ce bain, on met du fer forgé : on l’y laiffe tremper quelque temps. Lorfqu’on l’en retire, on le trouve acier ; mais le déchet en eft confidérable. Un morceau de la groffeur du petit doigt, tenu dans la fonte fluide un quart d’heure, s’y fondra en partie : mais ce qui reftera, fera acier. Plus le morceau de fer fera gros, moins il y aura de déchet ; mais il faudra le tenir plus long-temps dans le fer crud en fufion : des efpeces de fer ainfi plongées, les unes donnent un acier intraitable, d’autres un acier facile à forger.
- Voilà ce que j’ai cru à propos de rapporter fur la converfion du fer crud en acier. Pour ce qui regarde celle du fer forgé dans les fours à acier, c’eft une chofe qui mérite d’être traitée féparément : elle demanderoit un volume entier. En attendant, voyez ce qu’en a dit M. de Réaumur dans fon Ouvrage fur P Art de convertir en acier le fer forgé : mon but eft de ne rapporter ici que ce qui lui eft échappé.
- xxv.
- L’art d’adoucir èr de purifier le fer fiiivam M. de Réaumur.
- Ce fçavant Académicien, dans fonTrak té, qu’on ne peut affez louer , fur l’Art de convertir le fer forgé en acier, enfeigne la méthode de fondre le fer crud, ôt de le purifier au même degré que le fer forgé en barres fous le marteau. Il commence par indiquer les différentes efpeces de fonte, ôt leur? 7 diverfes qualités.
- p.126 - vue 131/218
-
-
-
- DES MINES.
- Le fer crud, dit-Ü, ôcc.
- Nota. Comme dans tout ce paragraphe Swcdemborg n’a fait(que copier M. de Réaumur, nous réjiçrvpns de donner dans nos Mémoires particuliers, l'extrait de l’Ouvrage de ce fçavant Académicien.
- $, XXVI.
- EJfais <& expériences fur ïadouciffemenî, la trempe, lafufion, & la foudure du fer\
- & d’abord,
- Sur Padouciffemerit SC la trempe du fer.
- Nota. Nous n’avons pas crû devoir non plus traduire la première partie de ce paragraphe, parce qu’en premier lieu Swedembor^ convient lui-même qu’il ne faut pas fe fier aux procédés qu’il a tirés de différents Auteurs, fans les avoir éprouvés foi-même, & qu’en fécond lieu il a copié M. de Réaumur , dont nous confervons l’Ouvrage pour nos Mémoires particuliers.
- Differentes méthodes de fondre le fit forgé par le fie ours des menjlrues, extraites de différents Auteurs.
- Je crois devoir avertir, quon ne doit compter fur toutes ces méthodes différentes, qu ?iprès en avoir fait foi-même l’épreuve.
- i°. Kuncjœl, dans fon Art de la Verrerie, dit que fi on lave de la limaille de fer dans une leffive de cendres, ôc enfuite dans de l’eau ou du vinaigre , qu’on y mêle moitié de fa pefanteur de foufre en poudre, ôc que l’on pouffe ce mélange , placé dans un four de réverbere au degré de feu qui feroit fondre le cuivre, le fer fondra à merveille.
- 2°. Faites rougir dan? uii creufet une livre ôc demie du meilleur acier, avec pareille quantité d’acier d’une autre efpece ; ajoutez-y huit ou dix onces d’arfenic préparé, Ôc tenez le mélange dans le feu, jufqu’à ce qu’il devienne liquide comme de l’eau.
- Préparez l’arfenic, en mêlant enfemble une livre d’arfenic ôc deux de falpêtre, le tout pulvérifé & fec ; mettez ce mélange dans un vaiffeau de terre, que vous couvrirez ôc que vous tiendrez pendant trois heures au feu de réverbere ; la fumée dange-reufe fortira par les regiftres du fourneau, que vous boucherez quand il n’en fortira plus : laiffez enfuite refroidir. On dit que l’on obtient par-là un£ pierre de couleur verte, qu’il faut tenir féchement, fans quoi elle tombe en deliquium. Prenez cinq onces de cette pierre, ôc trois de borax ; pulvérifez ce mélange ; mettez-le dans un creufet ; lorf-qu’il fera fondu, vous aurez ce menflrue ar-fénical, qui tombe en deliquium, fi on ne le tient pas féchement.
- 3°. Prenez deux parties de cendres, ôc deux de chaux vive, que vous ferez bouillir dan? du vinaigre de vin. Verfez ce mélange bouillant fur de nouvelles cendres ôc de nouvelle chaux, pour avoir une leffive très-forte ; mettez en digeftion, dans ce mélange, de la limaille de fer ou d’acier, pendant fix * jours ôc fix nuits ; lavez enfuite, ôc faites lé-
- cher ; mettez-la dans une nouvelle leffive, qui la furnagera ; laiffez-l’y pendant quatre heures. On dit que le fer y prend la couleur du cuivre. Faites-le fécher, 6c fondez-le avec ,du borax, en le couvrant de tarfte calciné, auquel vous aurez mêlé une partie d’arfenic préparé, comme nous venons de le dire : le fer devient fluide comme de l’argent.
- 4P. Prenez une livre de limaille de fer, 6c huit onces de la poudre fuivante , que vous ferez fondre enfemble dans un creufet : le tout fe mettra en une maffe. Cette poudre fe fait avec parties égales d’arfenic , de tartre, de fel alkaii ôc de falpêtre, pulvérifés, mêlés 6c fondus.
- Pour ce qui regarde les autres menftrues, par le moyen defquels on fond le fer Ôc fa mine, voyez la Ciaffe fuivante, qui traite de l’effai des mines du fer.
- Maniéré de blanchir P acier ou de le rendre femblable à P argent.
- Bêcher 6c d’autres Alchymiftes, nous di-fent à ce fujet plufleurs chofes. Le premier ordonne de prendre de la limaille d’acier 6c de l’arfenic, de mettre ce mélange dans un creufet neuf bien lutté, 6c de le tenir pendant une nuit au feu de calcination : ce qui rendra, félon lui, le fer auffi fluide que du plomb. Il faut ôter le deflus de ce qui eft fondu, laver le refte , Ôc le mettre dans un creufet \ placer ce creufet dans un vaiffeau de terre percé par-deffous, Ôc empli de charbon ; allumer le feu, ôc faire marcher le foufflet : fl on répété fept fois cette manipulation , Bêcher affure que l’acier fera blanc comme de l’argent.
- Ou bien, prenez 6c mêlez 100 onces d’aimant , 6o d’arfenic , 8 de verre ; lavez ce mélange, avec deux ou trois parties d’eau ; réitérez la lotion, avec de l’eau, dans laquelle vous aurez mis du fel : félon le même Auteur, vous aurez de l’acier très-blanc.
- Autrement, prenez des fils d’acier, que vous laverez & lécherez ; a joutez-y une livre d’arfenic, ôc enveloppez ce mélange d’un linge, que vous enduirez de cire ; prenez en-fuite du crotin d’âne, détrempé avec de l’huile ; couvrez-en le paquet Ôc la cire ; fléchez , puis mettez, pendant trois heures, dans un four de réverbere ; laiffez refroidir , ôc vous trouverez que le fer a fondu, ôc qu’il eft blanc comme de l’argent. Si le fond du paquet fe gerfe, ou bien s’il s’ouvre, il faut, en recommençant l’opération, y mettre de l’arfenic lavé, de la cérufe ôc du verte, c’eff-à-dire, pour une partie de fils d’acier, fix onces d’arfenic, une de verre ôc deux de cérufe lavée, le tout placé dans un vafe de terre percé par-deffous : on aura du fer femblable à de l’argent. Voilà ce que nous enfei-gne Bêcher.
- p.127 - vue 132/218
-
-
-
- DES MINES.
- D autres difent qu’il faut prendre huit onces de tartre , deux de falpêtre , quatre de xacluresde plomb ; pulvérifer le tout, ôc le réduire en pâte, par le moyen de l’huile ; ajouter i8 onces de limaille de fer; mettre ce mélange, qu’il faut couvrir de verre pul-vérifé, dans un creufet bien lutté. La matière fondra ; ôc lorfqu’on verra quelle veut paffer les bords , pour s’échapper par le deffus, on la verfera : on aura un fer très-tenace , ôc brillant comme de l’argent.
- Ou bien, fondez dans un creufet parties égales, de tartre, de falpêtre , d’arfenic ôc de limaille d’acier : verfez dans un cône , la matière fondue ; une partie fera convertie en fcories. De 32 onces, on aura une maffe blanche de deux ou trois : fi on l’amalgame avec de l’argent, elle deviendra caffante.
- Autrement, mêlez du tartre, du falpêtre, de l’huile, avec de la limaille de fer ou d’acier ; ou jettez ces matières fur de la limaille d’acier ; mettez ce mélange dans un creufet : il fondra comme de l’argent, Ôc le réfidu fera fragile comme le régule d’antimoine : on prétend même qu’en le pulvérifant on peut en tirer du mercure.
- Autrement , mêlez Ôc mettez dans un creufet parties égales, par exemple, fix livres de limaille de fer, de falpêtre, de tartre calciné , de cendres gravelées , d’arfenic blanc, ôc de favon de Venife : tenez le tout en fufion pendant quatre heures. Quand il fera refroidi, calfez le creufet, & vous aurez un régule de fer, blanc comme de l’argent , ôc qu’on peut réduire en poudre. Remettez au feu une fécondé fois ce régule : tenez-le en fufion pendant deux heures, ôc il blanchira de plus en plus. On peut le fondre une troifieme fois , il blanchira toujours de plus en plus, ôc deviendra fluide au point de pouvoir être coulé dans des moules : on ajoute que cette matière expofée à un air très-humide, n’eft point attaquable par la rouille.
- Encore autrement, prenez quatre onces de tartre calciné , deux de nitre , quatre de plomb ; ajoutez de l’huile, Ôc faites une pâte du tout. A fix onces de cette matière , ajoutez 18 parties de limaille de fer ; couvrez ce mélange de verre pulvérifé , Ôc mettez-le dans un creufet fi exactement lutté, qu’aucune vapeur ne puiffe s’échapper : animez le feu, ôc tenez long-temps la matière en fufion. Ouvrez enfuite le creufet, Ôc mettez-le fur le champ dans un autre feu ; après avoir laiffé bouillir, verfez la matière : on dit que fuivant cette méthode , on obtient du fer fi blanc, qu’il reffemble à de l’argent.
- Je crois inutile d’ajouter plufieurs autres fecrets que l’on pourroit tirer des écrits des Chymiftes.
- Des Soudures.
- Il y a différentes méthodes de fouder, joindre ôc mettre en une feule maffe plufieurs morceaux ou lames de fer. La plus commune eft celle qui s’opère par l’inter-mede du làble ôc d’un grand feu : les Ouvriers en emploient bien d’autres.
- 1 °. On fe fert de fable de riviere fin, de celui qui fond bien, ôc que le feu réduit aifé-ment en verre ou en fcories.
- 2°. En faifant bien chauffer les deux morceaux à fouder, ôc répandant fur leur point de réunion de la poudre de verre de Venife , que l’on y fait fondre.
- 30. On peut fe fervir du mélange de deux onces de cuivre jaune, ôc autant de litharge : ou bien,
- 4°. En poliffant les endroits quon veut fouder, y mettant de la poudre de verre, ôc faifant chauffer au blanc.
- y°. Faites une pâte de craie en poudre, ôc d’eau de gomme : enduifez les endroits que vous voulez fouder, ôc tenez-les au feu.
- 6°. Si l’on veut fe paffer de feu , prenez deux onces de fel ammoniac, une de fel commun, deux de tartre calciné, deux de métal de cloches, ôc fix d’antimoine. Pulvé-rifez le tout, que vous mêlerez ; mettez en-fuite de cette poudre , de l’épaiffeur d’un doigt, dans un linge ; faites fécher, Ôc mettez ce linge dans un creufet, fur lequel vous en renverferez un autre ; tenez la matière au feu, jufqu’à ce quelle foit fluide ; caffez le creufet, tirez la maffe qui y fera, ôc pulvé-rifez-la : mettez de cette poudre, fur les endroits à fouder ; faites diffoudre du borax dans de l’efprit-de-vin ; trempez une plume dans cette folution, ôc frottez légèrement le fer aux endroits où il eft couvert de poudre ; il fe fera une efpece de fermentation Ôc d’effervefcence : lorfqu’elle fera finie, l’opération de la foudure le fera aufli.
- Maniéré de garantir le fer de la rouille.
- Les Charlatans en Métallurgie fe vantent de quantité de fecrets : mais comme les bons ôc les mauvais font confondus enfem-ble, voici ceux que j’ai cru devoir rapporter:
- i°. Suivant Kunckel, dans fonArt de la Verrerie, prenez de la litharge ôc de l’huile de lin, que vous réduirez fur le porphyre en poudre impalpable. Mettez cette poudre dans une boëte de tilleul, dont le fond foit fi mince, qu’on voie prefque le jour au travers ; pendez la boëte à l’air, au foleil, ou autre endroit chaud : il fortira à travers le fond une efpece d’huile douce ôc pure, avec laquelle vous frotterez les outils de fer , comme les lames d’épée, ôcc. ce qui les préfervera de la rouille.
- On déuache aufli très-aifément la rouille’ \ du fer,
- p.128 - vue 133/218
-
-
-
- D E S M
- du fer , en le frottant avec un linge, fur lequel on a mis une couche d’eau de colle, ôt faupoudrant cette couche de verre pulvéri-fé, puis mettant une fécondé, même une troifieme couche d’eau de colle Ôt de verre.
- Prenez de la meilleure huile , ôt éteignez dedans cinq ou lix fois du plomb fondu : con-fervez dans un vafe cette huile , ainfi préparée , en y ajoutant de petites feuilles de plomb , qu’il faut agiter fortement. Pulvéri-rez enfuite ces feuilles fur le porphyre , aulli finement qu’on le feroit pour l’ufage des Peintres ; mettez cette matière dans une phiole de verre ; l’huile furnâgera le plomb : telle eft la préparation de cette huile, que l’on allure préferver le fer de la rouillle.
- 3°. Pulvérifez les creufets, dans lefquels on aura fouvent fondu de l’argent ; tamifez cette poudre , ôt prenez-en 32 onces ; 64 d’émail calciné & préparé ; 3 2 de mine d’argent y dont on peut néanmoins fe paffer. Pulvérifez, tamifez y ôt mêlez le tout avec 5)6 onces de limaille de fer : la poudre fera préparée. Lorfque vous voudrez vous en fervir, il faut imbiber un linge d’huile préparée , mettre deffus de la poudre, & frotter le fer dont on veut détacher la rouille : cela fer-vira encore à l’en préferver. Pour ce qui regarde l’émail, il faut le calciner Ôt le pulvé-rifer.
- 4°. Prenez une demi-livre de graille , que vous tirerez des ongles de bouc, une demi-livre d’huile d’amandes , 8 onces de camphre, 24 parties de plomb brûlé avec du foufre Ôt pulvérifé ; faites une pâte du tout, Ôt frottez-en le fer : on prétend que la rouille ne l’attaquera point.
- Voici comment on brûle le plomb avec le foufre. Sur du plomb fondu, jettez du foufre en poudre ; remuez avec une baguette de fer; vous aurez une poudre noire.
- f°. Prenez de la pierre ponce, en Suédois bimjien, de l’étain, de la cendre, de l’émail, pulvérifés ôt tamifés : prenez de cette poudre fur un linge , ou un morceau de bois , ôt frottez le fer.
- <5°. Prenez 8 onces d’aimant, 8 de limaille de fer, 8 de pierre ponce, 8 de graiffe tirée des^ ongles de bouc, ôt une once d’autre graiffe : pulvérifez les matières dures ; mêlez-les avec les graffes, & faites-en un total par le moyen du porphyre. On dit que cela pré-ferve admirablement le fer des attaques de la rouille.
- 7°. Mettez de l’hématite dans un pot de terre bouché ; placez le pot dans le four d’un Potier. Par la calcination, elle devient friable. Réduifez-la, en y joignant de l’eau & a 1 aide de deux meules, en une poudre impalpable que vous mettrez dans un vafe.
- INES. 12 9
- La poudre fe précipitera : décantez l’eau, ôt faites fécher la poudre, elle eft préparée. Par fon moyen, on polit à merveille les outils de fer ôt d’acier, & on les préferve de la rouille.
- 8°. Mêlez de l’huile avec du cinnabre en poudre; frottez-en le fer: on dit que la rouille ne s’y attachera jamais.
- 2°. Prenez quatre livres de pierres à feu calcinées ôt pulvérifées, 2 onces de tartre ,
- 2 d’alun ; mêlez le tout avec dej’eau ou de l’huile : ce mélange enlevera la rouille. Si enfuite on frotte légèrement le fer d’huile de brique, il n’y fera plus fujet.
- io°. Faites bouillir enfemble des feuilles de plomb ôt de l’huile; tenez-les enfuite pendant quelques jours au foleil, ou autre endroit chaud, pour purifier ce mélange,
- Ôt frottez le fer avec cette huile.
- ii°. Jettez de la chaux vive fur le fer; hume&ez un peu la chaux avec de l’eau: on dit que cela détache la rouille. Frottez enfuite le fer avec un charbon éteint dans l’huile ; on affure que cela eft excellent pour l’en préferver.
- i2°. On dit auiïi que la graiffe de porc y eft très-bonne.
- 130. On peut encore amalgamer du mercure Ôt de l’étain, ôt en frotter le fer.
- 14°. Prenez de l’huile, dans laquelle on aura éteint plufieurs fois du plomb fondu, de la graiffe de poule, ôt de la cire fondue avec l’huile; mêlez le tout, ôt frottez-en le fer. En voilà affez fur cette matière.
- 5. XXVII.
- De la maniéré de fendre & couper le fer en baguettes, ainfi que de ïétendre & (ap-platir fous les cylindres y telle (quelle fe pratique dans le pays de Liège, en Angleterre & en Suede.
- A Liège.
- Aux environs de Liège, il y a plufieurs Fenderies pour applatirle fer, ôt le couper en verges. Il y en a auffi en Allemagne Ôt en Angleterre. Koye^ la Planche /X, qui repréfente au naturel cette double opération.
- On prend du fer en bandes, quelquefois ép ailles de deux doigts ôt larges de quatre : on les caffe de la longueur d’environ une’ aune (r). Dans quelques Fenderies, le four eft fimple ; dans d’autres il eft double. On y place les bandes de fer. Le cendrier eft fous le foyer. On met dans un four environ 200 morceaux de fer, que l’on arrange obliquement les uns fur les autres, afin que la flamme Ôt le feu puiffent aller librement par-
- FoURNEAUXy Section.
- ( 1 ) Un pied 9 pouces,
- Kk
- p.129 - vue 134/218
-
-
-
- DES MINES.
- tout* On les difpofe ainfi afin qu’ils forment une efpece d’arc fous lequel on met les charbons fofîiles. Les morceaux de fer ainfi chauffés au feu de réverbere , font tirés du four pour être applatis fous deux cylindres d’acier*
- Lorfqu’un morceau de fer, de la dimen-fion que nous venons de dire, a paffé fous les cylindres , il eft allongé & étendu de façon qu’il a deux aunes de long ôc fix doigts de large. Les morceaux ainfi applatis fe remettent une fécondé fois au four 3 Ôc quand ils font chauds , on les repaffe fous les cylindres qui leur donnent environ cinq aunes de longueur. Lorfque le fer fort d’entre les cylindres , un Ouvrier le faifit avec une tenaille , ôt le préfente aux taillans, qui le di-vifent en trois, quatre, fix verges, fuivant qu’on le juge à propos. Une fenderie qui travaille tous les jours, peut fendre 5 à 6000 poids de marine de fer dans un an.
- L’utilité de cette opération eft de difpofer le fer à être employé à différents ufages, en épargnant le temps, les charbons ôtle travail.
- Il faut obferver que pendant que le fer paffe entre les cylindres ou les taillans, il y a un courant d’eau qui tombe continuellement fur les cylindres ôt le fer rouge. On croit que fans ce fecours le fer pafferoit difficilement : d’ailleurs, les cylindres qui font d’acier, s’échaufferoient Ôt perdraient leur dureté. Quant à ce qui regarde le détail de la machine, Ôt les fours, les deffeins de la Flanche IX. fig. 2J?. en donneront une idée plus nette que ne pourrait faire une def-cription.
- En Angleterre.
- Dans ce Royaume, il y a auffi plufieurs manufactures pour applatir le fer fuivant la longueur des bandes , ôt le divifer en lames minces propres à façonner des cercles, avec lefquels on relie les vaiffeaux deftinés à recevoir les liquides. On y amincit encore le fer en feuilles, dont parties font étamées : mais on dit qu’à ce travail on perd la 20e. partie du fer, ôt.même davantage, s’il eft d’une mauvaife qualité.
- En Suede.
- Il n’y a pas long-temps quà Wedewaug, en Suede, on a auffi établi une fenderie , dont on peut voir les proportions dans la FL IX. fig. 2J). A, font les grandes roues à eau avec leurs arbres ; le diamètre des roues eft de 17 à 18 aunes (2 ) ; les arbres ont 22 pieds de longueur. CE, font les roues dentelées, qui ont cinq pieds ~~ de diamètre, ôc qui portent 28 dents. Les roues , qui leur correfpondent , ont cinq pieds de diamètre.
- Celles dentelées font un peu plus haut. D, font les cylindres/ou les axes de fer quar-rés qui font ferrés dans les arbres. E , eft la place des cylindres qui applaniffent le fer. A la partie poftérieute de cet attelier, eft le four de réverbere pour chauffer le fer. Derrière le four eft la petite boutique pour forger les outils : elle eft munie d’une groffe enclume pour forger le taillant à couper le fer. Cette enclume a 20 pouces de long, Ôc p de large. F y eft l’équipage des taillans ; Ôc à l’angle du bâtiment, il y a un plus grand four pour chauffer le fer. L’intérieur de cet attelier, fans compter la boutique ni le four de réverbere, a 40 pieds de long fur 3 o de large. G, font les rondelles aciérées pour couper le fer. Hy les cylindres pour l’appîatir. Ils font de fer, ôc les rondelles font forgées au marteau. B , le grand four de réverbere eft un peu élevé : il eft voûté en-dedans comme un four à cuire pain. Il y a de gros barreaux , à la diftance d’un pouce les uns des autres , dont les bouts font arrêtés dans les murs. C’eft fur ces barreaux, que l’on pofe ôc arrange le fer deftiné à la fente.
- On ne fe fert pas là de charbons fofîiles , comme dans les environs de Liège, mais de bois coupé de la longueur de deux pieds ou trois pieds. On chauffe le four pendant 24 heures ; enfuite on y met du fer 2500 ou 3000 à chaque fois. Lorfqu’il eft affez chaud, on le préfente à l’aide d’une tenaille, aux cylindres pour y être aminci ; enfuite on le livre aux taillans pour être divifé. Dans l’ef-pace d’un an, on peut refendre 2600 poids de marine de fer.
- Il y a auffi à Afwedflad en Suede, un petit équipage pour applatir ôc fendre le cuivre ôc le fer. Les taillans y ont le double de grandeur de ceux ordinaires. Non-feulement ils fervent à fendre le fer, mais encore le cuivre. Dans cet attelier , on n’applatit pas le fer : mais une barre chauffée eft d’abord fendue en 3 ou 4 parties, fuivant fa longueur. Les baguettes de fer n’en fortent pas droites comme dans les fenderies précédentes ; toutes courbées quelles font , on les employé aux mêmes ufages.
- Dy une machine à fendre le fier à Stiernfund en Suede.
- Il y a une autre machine nouvelle pour couper le fer en barreaux, exécutée à Stiernfund , ôc inventée depuis quelques années, par le très-noble ôc très-expérimenté Seigneur Chriftophe Polhemus , Confeiller du Collège Royal du Commerce de Suede. On chauffe les barres de fer au blanc, dans un four qui eft auffi long quelles. On ne les applatit point ; mais fur le champ ,
- ( z ) x9 pieds £, OU 3 X pieds
- p.130 - vue 135/218
-
-
-
- ï> E S M
- & au moyen d une certaine machine , on les divife en trois , fuivant leur longueur.
- Il y a un fer qui preffe ôt qui coupe des deux côtés comme une tenaille qui feroit fortement preffée entre deux fers de côté, qui font aufti aigus ôt coupans , au moyen d une roue - à - eau ôt de leviers (3 ). La barre chaude mife dans la tenaille , eft par
- ( 3 ) Il n’eft pas aifé d’entendre le jeu de cette machine*
- INES> ^ . i?t
- ordre ôt peu à peu, c eft-à-dire , fuccef-fivement coupée en trois, fuivant fa longueur. Les petites barres ainfi coupées font très-courbes ôt peu unies; mais fur le champ on les remet au four , pour les unir enfuite fous un marteau : après quoi on met ce fer en paquets , & il s’appelle alors klippjem > cela veut dire fer coupé.
- Fin de la première ClaJJe,
- SECONDE CLASSE-
- Des Mines, & Pierres de fer, & des différentes maniérés de les effayer.
- s* I*
- De ÏEJfai des Mines de Fer par îaimant.
- Les Anciens négligeoient d’effayer la mine du fer, tant parce que ce métal eft commun, que parce que les effais exigent un très-grand degré de feu. Ils croyoient que l’aimant leur fuffifoit ; ôc voici ce que Erker nous dit de cette méthode*
- Si vous voulez effayer la mine de fer, il faut la calciner ( d’autres l’effaient fans la calciner ), la pulvérifer, Ôt fur cette poudre, rouler une bonne pierre d’aimant. Tout ce qui eft fer, s’y attache, ôt s’enleve avec une patte de lievre. On préfente de nouveau l’aimant, ôt on recommence jufqu’à ce qu’il ne refte plus que la pierre ou des matières qui ne contiennent point de fer. On voit par-là ii la mine eft riche, ou non, parce que l’aimant n’enleve que les particules du fer.
- Pour ce qui regarde la mine d’acier , dont parle Erker, ôt qui reffemble allez à la mine de fer, ôt au fpath jaunâtre, il dit quelle n’eft pas attirable par l’aimant, non plus que quelques autres efpeces de mines de fer: mais li on la calcine, elle prend la couleur d’une très-riche mine, ôt l’aimant l’attirera même plus aifément que celle du fer. Lorf-qu’on en aura tiré une certaine quantité, il confeille de la faire paffer par les foyers ordinaires d’effais pour connoître fa richeffe, fa nature ôt fa valeur.
- Mais cet effai par l’aimant eft très-fuperft-ciel, ôt ne donne rien de plus affuré que le coup d’œil des Connoiffeurs. L’aimant en-leve beaucoup de la pierre jointe à la mine, ôt on ne peut point compter fur ce qui s’y attache, à moins que la mine ne foit réduite en pouftiere impalpable, ôt quelle n’ait effuyé plufteurs lotions ôt calcinations : même après
- avoir plufteurs fois réitéré ces préparations, on ne peut pas efpérer que le réftdu foit pu* rement martial.
- Il y a, comme le dit Erker, plufteurs mi-nés de fer qui ne font pas attirables par l’aimant ; celles, par exemple, qui ont beaucoup de foufre : aufti confeille-t-il de les calciner, fans quoi cet effai feroit inutile.
- D’ailleurs on fçait que l’aimant n’attire pas beaucoup de cprpufcules de fer, iorfqu’ils font accrochés par des parties falines : il n’agit pas non plus fur le fer le plus pur, réduit en fafran ou en rouille ; fur l’ochre martial ; la mine de marais ou des lacs ; les bat-titures qui tombent des enclumes; ni furie fer combiné avec l’antimoine ; celui qui eft vicié par trop de foufre, comme les pyrites non calcinées, ôte.
- On a fait avec l’aimant bien des expériences pour fçavoir avec quel degré de feu il attiroit le fer, mêlé aux foufres ôt aux fels : mais je ne veux rapporter que celles que le fqavant Henckel nous a données dans fa Py-ritologie. Si on grille, dit-il, dans un fort feu une pyrite ferrugineufe, ôt qu’on la ré-duife en une terre d’un rouge-brun , l’aimant attirera cette pouftiere aufti facilement qu’il attireroit de la menue paille. Si on réduit cette poudre en fer, l’aimant l’attire encore. Au refte, il n’y a aucune efpece de pyrite que l’aimant n’attire, lorfqu’on en aura chaffé les foufres. Effayez quelles pyrites vous voudrez, des vitrioliques, d’autres trouvées dans l’eau, dans les pierres, même les pyrites cuivreufes, quand bien même il y auroit une certaine quantité de cuivre * fans être exceftive, ôt le foufre arfénical qui fe trouve en Saxe, l’aimant les attirera*
- (
- p.131 - vue 136/218
-
-
-
- ,i3fi DES
- On a effayé plufieurs pyrites cuivreufes, venant de différentes minières : après que leur foufre a été chaffé , l’aimant a agi fur elles, mais non pas avec tant d’aêlivité que fur des pyrites ferrugineufos. On a remarqué que la force de l’attraêHon étoit différente , fuivant le degré de calcination ôc d’évaporation des foufres. Jufqu’à préfent , il a été difficile de reconnoître jufqu’à quelle quantité le cuivre pouvoit être mêlé au fer, fans nuire à l’a&ion de l’aimant , l’expérience ayant appris que fouvent dans les pyrites, il y a une partie confidérable de cuivre, ôc une médiocre de fer. D’ailleurs, il peut fe trouver dans les pyrites d’autres fubftances, qui empêchent l’effet de l’aimant. Henckel , dit avoir mêlé dans un creufet un demi-quintal de limailles de fer, Ôc un quintal ôc demi de cuivre, ce qui lui a donné un régule d’un quintal ôc demi , ôc quatre livres , qui, étant divifé en parcelles y étoit attiré par l’aimant, quoique dans ce mélange le cuivre fût au fer y comme 2 eft à 1 , &vmême moins : d’où il conclud que l’aimant attire une partie de fer, mêlée à 2 de cuivre.
- Il a fait, en même proportion, un mélange d’or & de fer, qui a été attiré par l’aimant : la même épreuve a été faite , avec pareil fuccès fur de l’argent,
- Le fer s’amalgame avec l’étain, Ôc l’aimant agit affez puiffamment fur le régule : ce qui fuit eft tiré de Rœjler,
- L’amalgame du fer Ôc du zinc donne un régule tenace reffemblant à l’argent, ôc que l’aimant attire très-bien.
- Si on mêle du fer ôc du bifmuth , on obtient un régule très-caffant, femblable au bifmuth : ôc quoiqu’il y ait ~ de bifmuth contre ~ de fer, l’aimant l’attire.
- Il attire aufli le fer mêlé avec du cuivre jaune, qui doit fa couleur à la calamine qui y eft jointe.
- L’aimant exerce encore fon a&ion fur le régule d’arfenic Ôc de fer, ôc même fur l’orpiment ôc l’arfenic, tirés par la fublimation d’une mine ou marcaffite arlénicale, ôc fondus avec une partie de fer.
- Il refufe d’attirer le fer, mêlé avec l’antimoine ou avec la pierre de tribus, ( c’eft ainfi qu’on l’appelle,) quoique fondue en une maffe avec le fer.
- Il ajoute que l’aimant exerce fa vertu fur un régule , par parties égales , de fer ôc d’étain.
- Sur l’amalgame de ces deux derniers métaux , voici ce que nous dit Rœfler : Comme en plufieurs endroits d’Allemagne la mine d’étain eft mêlée de fer, au point que le quintal en contient 20 à 28 livres, que l’on tenteroit inutilement d’enlever avec le fe-cours de l’aimant, il confeille d’abord de pulvérifer la mine d’étain, enfuite de la cal-
- MINES.
- ciner, Ôc par le moyen de1 l’eau de féparer les parties du fer de celles de l’étain. Il convient cependant que l’aimant peut être de quelque fecours pour faire cette féparation, en broyant ôc lavant plufieurs fois la mine , ôc la féchant à plufieurs reprifes ; ce qui pourroit s’exécuter fur un banc de bois propre au lavage , en promenant l’aimant fur la poudre humide, ôc en le préfentant en différents endroits, le plongeant enfuite dans l’eau, pour en détacher ce qu’il auroit attiré. Voyez YHiJîoire de ! Aimant, qui vous -apprendra bien des chofes là-deffus.
- §. IL
- De l’effai de la mine du fer dam k creufet.
- Le plus sûr eft d’effayer la mine de fer, à peu-près de la même maniéré que l’on effaie celle de cuivre. Prenez un quintal de mine de fer, deux quintaux de flux noir , un de fel ammoniac, un demi de borax , un quart de fuie, un quintal de tartre, un de fiel de verre, glafgall, ôc un quart de poudre de charbon : vous pouvez ajouter de la poudre de verre cryftallin. Tout cela mêlé enfemble , donne le meilleur menftrue pour effayer une mine de fer ; mais, avant que d’en venir à l’effai, il faut d’abord réduire en petits morceaux la mine de fer, comme on le pratique pour le cuivre , ôc la calciner, enfuite l’écra-fer davantage, ôc la calciner de nouveau : recommencer ces opérations, jufqu’à ce que la mine foit entièrement privée de foufre , ôc réduite en poudre impalpable. Voilà ce que vous pratiquerez, lorfqu’il s’agira d’une mine qui a beaucoup de foufres, d’arfenic ôc de phlogiftique : autrement, une fimple calcination fuffira. Mettez dans un creufet la mine ainfi calcinée, ôc mêlée avec le fondant dont nous venons de parler ; couvrez-la de l’épaiffeur d’un doigt de fel commun ; mettez un autre creufet deffus, ôc luttez-les exaêlement, de crainte qu’il n’y entre des charbons, qui gâteroient le mélange. On place ces creufets dans un fourneau à manche , qu’en Suede on appelle æfchia, dans lequel il y a une efpece de creufet renverfé, éloigné de trois doigts de la thuyere, ôc à un doigt fous le vent. On place fur ce dernier creufet, les deux autres qui contiennent le mélange. A la diftance de la main, on fait tout autour un mur avec de la brique, pour retenir les charbons. Après avoir empli ce vuide de charbons d’une moyenne groffeur, ôc en avoir couvert le creufet, on les allume par le deffus, en y appliquant un charbon enflammé, qui, petit-à-petit, met tout le refte en feu, ôc échauffe le creufet par degrés. Lorfque le fel a décrépité, on donne le
- vent,
- p.132 - vue 137/218
-
-
-
- DES MINES. m
- vent, Ôc on continue de fouffler pendant 30 ou 40 minutes, plus ou moins, fuivant la capacité du foyer, la force du vent ôcla qualité de la mine. Il faut pendant ce temps veiller à ce que les creufets ne manquent point de charbons : ils doivent en être toujours couverts. Lorfque la fufion eft faite, on tire , à l’aide d’une tenaille arrondie , le creufet du feu, Ôc on le pofe fur une plaque de fer , à laquelle on donne quelques coups , pour que tous les grains de fer, répandus dans les fco-ries, fe joignent au régule. On peut, à l’inf-pe&ion de la flamme , juger quand la fufion eft faite. Les fondans, tant qu’ils travaillent, donnent une couleur jaunâtre, qui pafîe au bleu quand l’opération eft finie. Lorfque les mines de fer font rebelles à la fufion, comme l’hématite, le fchift ou glafcopf, comme on l’appelle en Suede, il faut préalablement les calciner dans un creufet fous la moufle, ôc joindre au fel commun dont on couvre le mélange, des coquilles d’œufs, enfuite tenir le tout au feu pendant une heure entière.
- On peut employer auifi le fel alkali, fur-tout fi la mine eft imprégnée de quelque fel minéral nuifible.
- On a encore eflayé de fubftituer les cendres gravelées aux fondans, dont nous avons parlé : mais on a trouvé que la mine s’étoit changée totalement en fcories noires, ôc que le régule n’avoit pu fe raflembler.
- Autre Méthode.
- Selon d’autres Auteurs, dans un quintal de mine pulvérifée , mettez une demi-once de verre de plomb, trois drachmes du menf-true que l’on emploie ordinairement dans l’eflai des mines de cuivre, dont nous parlerons ci-après ; mélangez le tout dans un creufet, ôc mettez par-deflus l’épaiffeur d’un demi-doigt de fel commun : bouchez le creufet, ôc placez-le dans un foyer de forge ou autre. Lorfque le tout eft fondu, on retire le creufet, ôc on le cafle pour avoir le grain de fer qui fert à déterminer la quantité ôc la qualité de la mine qu’on a foumife à l’eflai. Le menftrue dont nous avons parlé, fe fait avec une demi - livre de falpêtre , quatre onces de favon de Venife, ôc une petite partie de fiel ôc de poudre de verre du même pays.
- Il faut obferver, i°. que pour être efiayée, la mine de fer demande un plus grand feu que celle d’or ôc d’argent. 20. Que fi on fond dans le creufet la mine toute crue, comme elle a beaucoup de foufres, il périt beaucoup de fer, Ôc on ne peut découvrir fa qualité, d’où il fuit que la mine doit être préalablement calcinée. 30. Si à la mine de fer pur, on mêle de la poudre de verre de Venife ou autre, les fcories que l’on obtient, font de couleur de fer : mais fi la mine eft cuivreufe,
- . Fourneaux , 4e. Section.
- les fcories font de couleur verte*
- Autres Méthodes.
- Voici quelques autres eflfais que j’ai tirés des Colleèfions curieufes de Chy mie-métallurgique. Je laifîe à l’expérience à décider quelle foi on y doit ajouter : les trois précédents doivent fuffire.
- i°. Prenez deux parties de flux noir, Ôc deux de poudre de verre, une partie de caput mortuum, qui refte après la aiftillation de l’eau-forte, une partie de poudre de charbon, Ôc d’antimoine : pulvérifez ôc ajoutez une quantité relative de mine de fer. On dit que par ce moyen on a la vraie quantité du fer.
- 2°. Prenez deux parties de verre de Venife, une de flux noir, une de poudre dô charbons, une de caput mortuum ci-deflus, j- d’arfénic Ôc ~ d’antimoine : pulvérifez ôc mêlez-y la quantité requife de mine ; mettez au vent le creufet qui contient ces matières, qui vous donneront la quantité de fer contenue dans la mine eflayée.
- 30. Pulvérifez, mêlez ôc fondez comme ci-devant deux parties de fiel de verre, deux détartré, une de verre de Venife, une de fel alkali, ôc une de poudre de charbon.
- 4°. Prenez une partie de mine de fer, deux parties de flux noir, deux de fiel de verre, une demi-partie de poudre de charbon, autant de poudre de verre blanc, du fable fin à volonté : mêlez le tout dans un creufet avec du fel fondu ; couvrez le creufet; laiflez allumer lentement. Lorfque le creufet fera échauffé, faites marcher le foufflet. La fufion faite, vous trouverez au fond le grain de fer, comme on trouve celui de cuivre dans l’eflai de ce dernier métal.
- 50. Prenez une partie ôc demie de caput mortuum provenant de l’eau - forte, cuite trois fois dans l’urine, ôcque l’on délaie en-fuite dans une quantité d’eau de pluie pour la filtrer ôc cryftallifer, une partie d’arfénic blanc, une de nître, une de tartre : pulvé»-rifez ôc mêlez le tout, en y ajoutant une partie de mine de fer pour deux parties de ce mélange: fondez enfuite; vous obtiendrez un régule des plus beaux : ôc fi vous le voulez encore plus purifié, il n’y a qu’à le refondre avec le même menftrue.
- in.
- De ïejfai du fer & de fa mine pour ff avoir ce quil y a d’or & d’argent.
- Nous parlerons plus amplement de cet eflai dans le Traité de l’or ôc de l’argent. Je crois cependant qu’il eft à propos de rapporter ici une ou deux méthodes de faire cet
- p.133 - vue 138/218
-
-
-
- i°. Suivant Keliner, dans fon Art des ef-fais , il faut faire une lefïive de cendres de hêtre ôc d’urine, dans laquelle on fait éteindre plufîeurs fois le fer qu’on fait rougir jufqu’à ce qu’on l’ait rendu caffant au point qu’on puiffe aifément le pulvérifer. Il faut enfuite faire une autre lefïive d’une partie de chaux ôc une partie de nître dans laquelle on fera cuire le fer, réduit en poudre ; pulvérifez enfuite la malle qui en réfultera, & mêlez-la avec de la mine de plomb, à laquelle vous ajouterez une petite partie d’antimoine • fondez le mélange dans un creufet : faites palfer le régule à la coupelle , Ôc s’il y avoit quelques parcelles d’or , vous les aurez dans l’argent.
- 2°. Prenez du fer , de celui qui fe trouve dans les affineries en grand pour le cuivre ; faites-le chauffer, ôc à chaque fois éteignez-le dans l’urine jufqu’à ce qu’on puilfe le réduire en poudre : faites chauffer cette poudre , ôt la pilez dans un mortier ; verfez deffus de l’eau-forte qui la diffoudra , Ôc fe chargera de tout le fer. La chaux de l’or tombera au fond : ramaffez-la, édulcorez Ôc fondez à l’ordinaire : par ce moyen vous aurez for qui y étoit recelé.
- 3°. Calcinez de l’acier de Stîrie , & met-tez-le au feu de réverbere avec du foufre , julqua ce qu’il foit réduit en une poudre rouge & légère : ajoutez à cette poudre fix fois fa pefanteur de plomb , avec un menf-true, compofé de verre arfénical Ôc d’autres Tels, & fondez dans un creufet qu’il faut enduire de craie en-dedans. Tenez ce mélange au feu pendant fix heures , jufqu’à ce qu’il foit liquide comme de l’eau : refroidiffez ôc détachez le régule. Les fcories feront noires, mais tranfparentes comme du verre. Paffez le régule à la coupelle félon l’art. Ces trois méthodes font de Keliner : en voici d’autres de quelques autres Chymiftes.
- 4°. Réduifez le fer en limaille très-line. Fondez un quintal de ce fer, avec feize quintaux de plomb grénelé, Ôc un quintal de verre de plomb, comme vous feriez pour une mine fulfureufe, rebelle Ôc réfraêtaire. Cela formera des fcories. L’or ôc l’argent fe retireront dans le plomb, dont il faudra les féparer parle moyen du feu.
- On croit qu’il vaut mieux réduire d’abord le fer en régule avec deux parties d’antimoine , fondre enfuite le régule avec du plomb. Faites, à l’ordinaire, paffer le plomb à la coupelle , ou réduifez-le en fcories par le moyen du nître.
- 5°. Mettez un demi-quintal de limaille de fer dans un vaiffeau de verre propre pour l’évaporation ; verfez deffus du fort vinaigre : bouchez le vaiffeau pour que rien ne s’évapore : placez-le au bain de fable, ôc lorfque pendant un jour la liqueur fe fera chargée
- MINE S.
- de tout ce qu’elle peut porter, ôtez la matière qui eft au fond, ôc mêlez-ia avec un quintal de verre de plomb ; ajoutez huit quintaux de plomb, ôc fondez comme vous feriez pour une mine réfraûaire. On dit que par ce moyen on a la quantité d’or ôc d’argent qui y étoit contenue. Au lieu de vinaigre , on peut employer le phlegme de l’effi prit de fel, ou de vitriol.
- 6°. Mêlez un demi-quintal de limaille de fer avec un quintal de foufre ; tenez le mélange à une chaleur médiocre, il fuffitque le foufre fonde ôc qu’il pénétré le fer : c’eft le moyen d’enlever au fer fa qualité métallique. Chaffez enfuite le foufre par un feu de calcination , ôc laiffez refroidir : pulvérifez ce qui relie, mêlez-y deux parties de verre de plomb Ôc douze de plomb ; recommencez la calcination,ôc fondez comme vous feriez pour le traitement d’une mine d’argent difficile.
- 7°. Prenez une demi-partie de limaille de fer, une demie de marcaffite aquatique qui ne tienne point d’argent, douze parties de plomb, ôc faites l’effai comme vous le feriez pour une marcaffite crue tenant argent. Le foufre, qui eft dans la marcaffite, divife le fer, ôc le réduit en fcories : il le difpofe à laiffer entrer le plomb, ce qui n’arriverok pas 11 on n’avoit pas chaffé les foufres du fer.
- 8°. Fondez enfemble, dans un creufet ., une demi-partie de fer Ôc une partie d’antimoine ; calcinez enfuite dans une coupelle ; pulvérifez ôc mêlez-les avec le diffolvant Ôc le plomb : procédez comme vous feriez pour une mine d’argent difficile Ôt dure.
- 5>°. Mêlez du fer avec de la mine de plomb, ôc fondez-les à travers la poudre de charbon , comme on fait à Gollar, parce que dans la mine de plomb il y a de l’antimoine qui fe failit du fer, le confume prefque en entier, ou le réduit en fcories.
- $. IV.
- De la maniéré d'éprouver & de connoître la qualité du fer crud & du fer forgé.
- Pour ce qui regarde le fer crud, on juge d’abord de fa qualité par la couleur qu’il a à la caffure, par fon grain, fa légéreté, fon poids, fa ténacité, fa fragilité ; mais fur-tout par ce qu’on découvre à fa caffure. Si elle prélente des lames grandes ôc brillantes, ôc qu’en même temps le fer foit très-caffant, c’eft une marque que la mine n’a pas été bien cuite Ôc bien purifiée, c’eft-à-dire, quelle n’a pas été affez purgée de tous fes vices : mais comme les indices les plus apparents font fouvent trompeurs, on ne peut rien1 décider de fa nature que lorfqu’on le travaille, Ôc qu’on le recuit au foyer de la forge pour
- p.134 - vue 139/218
-
-
-
- DES MINES.
- le tirer en barres ou barreaux. C’eft alors quil eft aifé de juger de fa qualité , Ôc des ufages auxquels il eft propre. Il n y a point de preuves ni d’indices plus fûrs : car il y a du fer crud très-caflant qui peut être réduit en fer pur, Ôc très-ferme par le moyen de l’affinage à la forge. Il y a auffi du fer crud très-ferme ôc très-tenace , qui cependant fond avec peine, & qui, vicié par le foufre, tombe en morceaux fous les coups du marteau, fi facilement qu’il n’eft pas poffible de le mettre en barres. Voilà pourquoi la recuif-fon du fer crud eft la preuve la plus allurée de fes qualités bonnes ou mauvaifes.
- Les Ouvriers en jugent par les fcories, leur couleur, leur fluidité, leur qualité, ou par la flamme ôc plufieurs autres indices, mais fur-tout par le mélange d’une efpece de fer avec une autre, connue pour être d’une meilleure ou plus mauvaife qualité. Le fer, qui feul peut être travaillé ôc amené à une qualité excellente, eft de la meilleure efpece. Il y en a qu’il faut abfolument mêler avec d’autre fer crud d’une meilleure qualité, ôc cela dans les proportions fuivantes de ~, -?> p 4 ? Ôcc. Au moyen de ce mé-
- lange on obtient un fer propre à toutes fortes d’ufages.
- On juge fur-tout de la bonté du fer crud, lorfqu’on peut le battre en lames très-minces. S’il n’eft pas de la meilleure qualité, on ne peut le réduire en feuilles, finon très-caflan-tes, ôc défigurées par des fentes, des crevaf-fes, des inégalités défagréables, ôc autres vices qu’on peut remarquer dans le fer en feuilles.
- Quant au fer forgé, on connoît auffi fa qualité à la caflure. Une efpece eft tenace à chaud, ôc cafTante à froid, de façon qu’une barre fe mettra tout à la fois en plufieurs morceaux. La raifon eft que cette efpece cafTante à froid, eft totalement dénuée de foufre, ôc du gluten métallique. Outre cela il y a différents degrés dans la même efpece de fer ; l’une eft plus fragile, l’autre moins. Plus il eft fragile, plus il eft de mauvaife qualité. Les barres de fer de cette efpece paroiffent extrêmement polies ôc fe dreffent bien fous le marteau, parce qu’il cede aifément aux coups. On ne voit point dans les angles de fentes tranfverfales, parce qu’il eft très-tenace étant chaud, ôc fembla-ble à une maffe de verre. Aux points brillants ôc aux grains qu’offre ce fer dans fa caf-fure, on connoît fa qualité. Si les lames font grandes Ôc brillantes comme des yeux ou des rayons, c’eft une marque qu’il eft encore crud, mal purifié, ôc propre à peu de chofe. On en porte un jugement tout différent fi les grains font très-petits, comme nous le dirons ci-après.
- L’autre efpece de fer forgé eft celui qui
- 13f
- eft très-caffant à chaud, ÔC très - tenace à froid. Il eft plus difficile de juger de celui-là par les grains ôc les points brillants. Le fer de la meilleure qualité doit être très-te- . nace à froid ôc à chaud, ce qui vient de la quantité de foufres dont il eft imprégné.*1 L’efpece dont nous parlons, ne cede pas aifément aux coups de marteau. On vient difficilement à bout de le dreffer ôc de l’unir. On ne peut aviver les angles : on y voit une quantité de fentes tranfverfales, ôc il eft rude au toucher. Malgré cela, le plus fur eft d’en façonner une feuille, ou quelque outil délicat. S’il eft trop fulfureux, en l’a-minciffant il caffera en plufieurs morceaux fous les coups de marteau.
- Il y a auffi du fer qui participe des deux qualités, c’eft-à-dire, qu’il eft très-tenace à froid ôc à chaud. Il n’a que la quantité fuffifan-te de foufre, ôc le mélange jufte de fes parties conftituantes : il eft très-ferme, fe bat bien , fe polit à merveille ; ôc fa fubftance eft corn-pofée de fibres qui vont fuivant la longueur des barres.
- Il y a une autre efpece déteftable, qui eft cafTante à chaud ôc à froid ; qui s’étend difficilement fous le marteau; Ôc qui étant étendue , cafte ôc rompt de toutes parts, pour peu qu’on la veuille plier. Celle-là eft totalement à rejetter.
- Il me refte à parler de la maniéré ufitée en Suede ôc en Angleterre, d’eftayer la qualité du fer, lorfqu’on en vend une certaine quantité, Ôc qu’il eft deftiné à être embarqué pour palier chez l’Etranger, les Marchands étant bien aifes de s’afîurer de ce qu’ils achètent.
- i°. Us examinent l’extérieur des barres. S’il eft rude au toucher ; que les angles ne foient pas nets ; qu’il y ait .des fentes, des gerfures ; c’eft une marque qu’il eft vicié par trop de foufres : ils regardent encore s’il eft également uni ôc poli par-tout. 2°. Ils choi-fiflent une quantité de barres , environ deux ou trois par cent, qu’ils paftent, l’une après l’autre , dans une encoche, pratiquée dans un gros bois ou dans un pieu, fixement arrêté dans la terre : d’abord, ils font décrire à la barre un léger arc de cercle, ôc la ramènent à la ligne droite. Si elle foufifre la courbure , ôc quelle fe redrefle bien, c’eft un indice d’une certaine ténacité. Ils recommencent à la plier, ôc à lui faire faire un ou plufieurs tours, en la ramenant enfuite à la ligne droite : fi la barre peut fouffrir cette épreuve , c’en eft allez, le fer eft autant tenace qu’on peut le délirer. 30. Quand ils doutent de la nature d’une barre de fer, ils la jettent de toute leur force fur un coin de fer , arrêté dans un morceau de bois, ou fur queîqu’au-tre point d’appui de fer, ôc bien aigu ; ou bien ils pofent la bande fur ce coin, ôc font
- p.135 - vue 140/218
-
-
-
- ï 3 d i) E S
- toucher deffus avec des mafFes : fi les coups marquent fur le fer, fans qu aucune partie de la barre fe caffe , c’eft un figne de ténacité. Ils emploient encore plufieurs autres moyens inutiles à décrire , pour juger de la ténacité ou fragilité du fer. 40. S’il fe rompt en plufieurs morceaux, en 2, 3, 4, $, comme il arrive fouvent, ou bien en plus ou moins de parties, fuivant le degré de fragilité qui eft dans la totalité de la barre , alors ils ont recours à l’infpe&ion des grains, pour découvrir la nature du fer. Ils le caffent en plufieurs endroits , afin de pouvoir décider fi le vice eft total , ou s’il n’attaque que certaines parties. Souvent une barre caftera dans un endroit qui aura été trop chauffé, ce qui fera un mauvais figne, pendant que le refte de la barre eft d’une bonne qualité. 50. Les Marchands portent encore de ce fer dans une boutique 5 pour l’efîayer au feu ôt fous le marteau, ôt fçavoir fi étant chauffé, il cede aifément aux coups, ou s’il y réfifte : quelle quantité d’étincelles ou d’écailles il jettera. Là, ils ne manquent pas fur-tout de le faire étirer en verge , ôt façonner en doux très-pointus, ôt du plus petit volume. Quand ils font forgés, ils les tournent pour les faire cafter, afin d’examiner encore le grain, ôt de comparer l’état du fer après l’épreuve du feu, à fon état antérieur à l’épreuve. Ils en font aufîi battre en feuilles minces, qu’ils plient enfuite Ôt replient , ayant foin de compter combien de fois elles auront efluyé cet effort, pour en juger Ôt décider sûrement du degré de ténacité du fer. Ils le font encore chauffer ôt tourner en fpirales, en fils grofliers, ôt autres menus ouvrages de différentes efpeces, qui, à force d’être pliés Ôt repliés, montrent la réfiftance ôt la force du nerf ferrugineux : enfin, lorfqu’ils font venus à bout de les cafter, ils jugent de fa qualité par l’ordre des grains Ôt des fibres, ainfi que par leur dimenfion ôt leur couleur.
- Au refte , comme on peut, à l’infpeêfion feule des grains, bien juger de la qualité du fer forgé, ôt que M. de Réaumur a exactement comparé les caflures du fer Ôt celles de l’acier, Ôt qu’il les a même fait deffiner, je vais rapporter ce qu’il nous en a dit, ainfi que les Planches qu’il a fait graver.
- Des indices , qui fuivant M. de Réaumur, fe prennent à la caffure du fer pour juger de fa bonne ou mauvaife qualité.
- Nota. Swedemborg n’ayant fait que copier M. de Réaumur dans cet article & le fuivant, ainfi que dans le paragraphe cinquième, où il examine les caraâeres diftinâifs du fer & de l’acier, & compare les différentes qualités de l’acier, nous n’avons pas crû devoir donner cette partie : nous allons donc tout de fuite paffer au fixieme paragraphe : i°. Farce que pour les parties non traduites on peut avoir recours àl’Qu-vrage de M. de Réaumur.20. Parce que nous ferons ufàge,dans nos Mémoires particuliers, des connoiflànces de cet illuftreAca-démicien comme étant un bien appartenant à la Nation.
- MINES.
- §. VI.
- De la mine de fer, & de fes différentes efpeces dans la Sue de.
- Les mines du fer, qui fe trouvent dans le royaume de Suede , ne font pas fort différentes les unes des autres : leur extérieur eft affez égal, ôt d’une couleur qui les annonce ; car, à proprement parler , elles ont toutes, plus ou moins, la couleur du fer, les unes un peu bleuâtre , les autres verdâtre. La principale différence qui les diftingue, c’eft i°. qu’une efpece plus riche en fer qu’une autre, tire plus fur le noir ou le bleu : ce qui ordinairement vient de la pierre qui y eft attachée, ou de fa matrice. Si c’eft une pierre de corne noire ou autre, la mine paroît plus noire. Si c’eft une pierre à chaux, ou une efpece de fMx, de fpath , de quarts, elle tire fur le bleu. Il y en a même qui tire un peu fur le verd, ce qui vient de la pierre verte, qui y eft jointe : quelquefois elle eft couverte d’une efpece de croûte ou fils d’amiante. D’autres fois la gangue eft très-ferme , ôt fe caffe en rhomboïdes : c’eft la plus noble ôt la plus riche efpece. Elle eft compofée de plans égaux, polis ôt doux au toucher , comme s’ils avoient été frottés d’huile. Suivant fa matrice, la mine eft plus feche, plus difficile, ou plus aifée à fondre : ôt quelquefois pour en détacher le fer, on eft obligé de la mêler avec Une autre efpece, ou d’y ajouter plus ou moins de chaux. 2°. Que les unes font riches, les autres pauvres : leur variété, en ce point, eft fi grande, que les unes donnent 10,20,30, 40, Ôt les autres £0, 60, 70, 80, Ôt même90 livres de fer par quintal. 30. Qu’une efpece eft gâtée par beaucoup de foufre ôt de cuivre, de façon que l’on voit briller ça ôt là les particules du foufre, lefquelles font enfermées dans la contexture intérieure, ce qui donne du fer caffant à chaud, tandis qu’une autre efpece n’a prefque point de foufre ni de cui- • vre, eft ordinairement riche Ôt donne du fer caffant à froid. En un mot, la mine de fer de nos pays froids, a toujours quelque chofe de défagréable dans fa figure, ôt ne réjouit point les yeux par fes différentes couleurs, comme dans les autres contrées. Cependant, nous en trouvons prefque par-tout, ôt nous avons de très-grands efpaces, des montagnes entières , qui ne font autre chofe que des amas de mine. Tel eft le mont Taberg en Oftro-othie, le territoire de JVorberg en Dalécar-e, ôt fur-tout à Gringierde, où une montagne entière dans l’étendue de plufieurs mille pas, tant en longueur que largeur, Ôt ' à quelque profondeur que l’on creufe, renferme une mine de fer qui rend do à 80 livres
- par
- p.136 - vue 141/218
-
-
-
- DES M
- pâr quintal : on peut dire que c’eft une montagne de fer. Pour s’en procurer, on n’a d’au-tre peine que de faire fauter, avec de la poudre , de très-gros quartiers, ôt de les rouler au bas de la montagne. Un Poëte diroit que c’eft le rnagafm de Mars, capable de fournir des armes à tout l’univers pendant plufieurs fiecles, s’il n’étoit pas caffant. Le gouvernement a donné à ceux qui font valoir des fourneaux à proximité des parties de cette montagne , Ôt a diftribué à chacun fon canton, comme un Propriétaire de fonds partage fes champs à fes Fermiers : fuivant l’effai qui en a été fait, la qualité de la mine eft la même au bas de la montagne qu’au-deffus.
- On trouve de la mine de fer mêlée avec des mines d’autres métaux, comme i°. avec la mine de cuivre à Fhalun, Schilo, ôt pref que dans toutes les minières de cuivre. Quelquefois , il y a moitié de chaque efpece différente, comme à Schilo ou BSddarkyttan, en Suede ôt ailleurs : on a aulïi trouvé du cuivre natif, mêlé à une mine de fer très-riche. D’un côté, étoit rangé le cuivre natif très-pur, de l’autre le fer, ôt dans le milieu du fafran de mars, ou du fer diffous par l’acide du foufre, remplacé à la fin par du cuivre , de façon que dans ces morceaux, on voyoit clairement la naiffance du cuivre : le fer étoit d’abord changé en une efpece de fafran, auquel le cuivre fuccédoit. 20. On trouve fouvent du fer dans les pyrites, lef-quelles en donnent depuis 5 jufqu’à 40 livres par quintal, ainfi qu’on peut l’éprouver dans la minière tendre ôt fulfureufe de Fhalun. 30. On trouve aufîi du fer en abondance dans la mine d’argent : telle eft celle de Sala, ôt autres en Suede. Il y a des minières, dont le quintal de mine donne 20 à 30 livres de fer, Ôt cinq onces d’argent : ôt d’autres 011 il rend 70 à 80 livres de fer, avec une ou deux onces d’argent. 40. On a trouvé en Suede de la manganèfe, dont le quintal procuroit 12 livres de fer.
- Il y a aufîi des mines de fer dans les marais, ainfi que nous l’avons expliqué au troi-fieme paragraphe de la première Glaffe. On peut l’appeller à jufte titre veine de fer, parce quelle parcourt les lieux marécageux , comme autant de veines ou d’artères. On la trouve principalement dans les lieux fepten-trionaux les plus froids, Ôt expofés à la neige. Son régné favori eft dans le Jempterland, la Dalécarlie ôt la Bothnie occidentale : on en trouve ailleurs encore quelques traces. Elle reffemble à une terre rouge ou ochre , qui, raffemblée en maffe, eft cachée fous la première couche de terre des marais. Cette efpece eft d’abord de couleur rouge-obfcur, ou châtain, ou roux ; mais féchée, ou expo-fée a l’air, elle rougit, ôt fa couleur s’éclaircit. Elle eft plus pefante que les autres terres Fourneaux 3 f. Section.
- INES. ï 3 7
- ou limons. Dans quelques endroits^ comme dans la Parodie de Jarboauhs dans le Wer* meland, on tire de cette mine, non-feulement dans les marais Ôt les lieux humides, mais même dans les prés ôt les bruyères les plus feches ; dans les bois , ôt fur-tout dans le plan incliné des collines ; dans les vallons maintenant defféchés , apparemment où des eaux ftagnantes formoient anciennement un marais, qui, en fe defféchant, a laiffé le fond à fec. La preuve eft, qu’aujourd’hui fur le penchant des bords d’un ancien marais, on remarque que la terre eft enrichie de cette ochre ferrugineufe: elle eft de même de couleur rouffe , mais tirant fur le blanc. Jufqu’à préfent, aucune herbe graffe ne peut croître dans ces endroits. Les marais qui poffedent ces richeffes , font ceux dont les bords vont en pente, ôt regardent le midi. Çeft-là où on trouve la meilleure mine : mais fi le bord incliné du marais eft au nord, la mine eft moins bonne, n’a aucun foufre, ôt donne du fer caffant. Il y en a de la noire comme du charbon : c’eft la plus mauvaife efpece. Il y en a de la verte, comme du buis ou du poireau : elle a quelque chofe d’aigu Ôt approchant du fel. Cette efpece eft plus à fond dans la terre : on l’appelle mine verte. Elle eft d’une qualité médiocre , ôt cependant plus riche que la derniere : il y en a encore d’un rouge-obfcur. Au ta£l, on la prendroit pour du fel grofïiérement broyé : elle eft tenace fous la dent, comme de la réfine. Elle fond fans addition, eft riche , ôt donne 4,9 livres de fer par quintal. En Angermanie, il y a trois efpeces particulières de cette mine marécageufe : l’une de couleur fauve ou pref que brune, qui donne du fer caffant à chaud ; la fécondé rouge-brune, très-riche en fer: la troifieme d’un brun tirant fur le noir, ôt qui donne du fer caffant à froid. A la figure ôt au fol des marais, les habiles Mineurs fça-vent s’ils contiennent du fer ; ils tirent auilî des indices des arbuftes ôt des plantes qui y croiffent ; cette mine s’attache par préférence aux racines qu’elle embraffe : l’aimant n’a point d’aêfion fur elle, à moins quelle n’ait été calcinée. Comme c’eft de cette mine que nous tirons des connoiffances de la génération ôt formation du fer, je nie fuis attaché dans le troifieme paragraphe de la première Claffe, à en déduire tout au long les différents caraêteres. Voyez les pages 6$, 66 , SC autres qui fuivent.
- On trouve aufh de cette efpece de mine, dans prefque tous les lacs de laSmalandie ôt de l’Oftrogothie , d’où on les tire. Il y en a encore en Angermanie : elle eft d’un tiffu rude ôt inégal, femblable à une éponge de couleur brune. On en trouve de différentes formes, tantôt en morceaux grands comme la main, tantôt plats, tantôt ronds : dans fa
- Mm
- p.137 - vue 142/218
-
-
-
- Ï3S DES MINES.
- fracture, elle reflenible a du cuir coupé. Elle eft fi peu dure, que l’on peut aifément l’écra-fer entre les doigts : c’eft un marais voifin qui la fournit> d’où elle vient fe dépofer dans l’eau, fous la forme d’un fuc très-fubtil. Elle fe place ordinairement à 18 aunes (*) du bord, & ne va pas plus loin. Elle s’attache aux pointes de rocher ôc menues pierres du fond, ce qui fait qu’en la caflant, on trouve quelle enferme une pierre , ou y tient par quelque côté. On la trouve aufli à travers les racines des cannes ôc des rofeaux, quelle femble chercher Ôc embraffer par préférence. Cette mine des lacs eft de différentes figures, ronde , ovale, granulée inégalement. Les parties les plus rondes reffemblent à des grains de bled, d’orge , à des fèves : dans le milieu ôc dans la fracture, ces grains font de couleur de rouille, ôc jaunes. Ils font très-légers , Ôc quelquefois enveloppés d’une croûte ou écorce légère, comme une noix ou une amande font couvertes de leur fili-que. Souvent on y remarque des convolu-tions de coquillages : cette mine eft très-légere. Son poids ôc fa couleur n’annoncent pas quelle contienne de fer : mais voyez ce que nous avons dit au paragraphe quatrième de lapremière Clajje, page 72 SC j hiv antes.
- On découvre de l’ochre de différentes figures ôc couleurs dans une multitude d’endroits , fur-tout dans le voifinage des eaux vitrioliques ôc médicales , dont il y a un grand nombre. Elle eft jaune ou jaunâtre, ou tirant fur le rouge. Si-tôt quelle eft calcinée , elle eft attirable par l’aimant. On trouve des mines de fer par toute la Suede, ’ de façon qu’il n’y a point de minéraux ou de mines d’autres métaux, qui ne contiennent aufli de la mine de fer. On pourroit peut-être en conclure que , plus on approche du nord , Ôc par conféquent des lieux froids ôc expofés aux neiges, plus on trouve de fer, ôc meilleur il eft ; comme fi cette expofition étoit plus favorable à fa formation ôc à fa maturité.
- Outre cela, il y a quelques lacs , dans lesquels on trouve un véritable fable de fer, gris ôc noir comme le fer même, très-pefant ôc très-riche.
- Il y a encore en Suede d’autres efpeces de mines que je paffe fous filence, parce quelles ne font pas abondantes : on croiroit que ce font quelques parties de fer répandues çà ôclà. Le célèbre Médecin Ëromell, d’heu-reufe mémoire , en avoit une magnifique colleêtion, ainfi que des autres minéraux de Suede , qu’il avoit promis de donner au Public.
- On trouve aufTi de l’aimant dans la Lappo-nie, la Dalécarlie Ôç dans différentes minie-
- res, d’où l’on en tire des morceaux très-con-fidérables. J’en ai vû un compofé de trois parties de quartz jaune, fur lequel on voyoit des grains de fer. Il y a encore, mais en petite quantité, des terres bolaires rouges, de l’hématite , du fchift , des grenats : ces derniers font riches en fer. Je n’ai point encore vu en Suede de fleurs, ni de cryftallifations martiales , parce qu’il n’y a ni grottes, ni cavernes , ni fentes de rocher, par où le fer puiffe chercher à s’étendre.
- Dans la Siléjie, SC aux environs du Danube,
- V
- Volckman , dans fon Ouvrage intitulé Silejîe fous-terreine , fait l’énumération des minières de fer de cette Province, Ôc dit qu’à Schreijberfan la mine eft en grains* rougeâtres , qui contiennent du fer ôc de l’or ; qu’à Lehn, on tire une pierre brune ou de la man-‘ ganèfe, qui contient du fer ; qu’à Modlan9 la mine eft rouge ôc jaune 3 qu’à Bunt^lau } elle eft grife ; qu’à Grünthal, elle eft rouge , tant dans les fontaines que dehors ; qu’à Goldberg , la mine eft fablonneufe ôc d’un rouge-obfcur : d’autres ajoutent qu’on trouve encore en Siléfie de la mine en grappes, ôc de l’hématite.
- Louis-Ferdinand Comte de Marfilly, dans fon tome troifieme du Cours du Danube dans la Hongrie ôc la Mœfie, donne la defcription de plufleurs minières, entre autres de Konijlberg, Ôc en a fait graver les figures. Il dit avoir dans fa polfeflion une mine de fer enrichie d’or, ôc qu’on peut, fuivant les principes de l’art, extraire des grains d’or une portion d’argent. i°. Il parle d’une autre tirée d’une minière au-deffus de Neudal, fur les bords du Gran, La forme de fon échantillon eft admirable. Il y en a de figure ronde, d’autres cylindrique. L’extérieur des morceaux ronds eft garni de plufieurs pointes , comme le cryftal de roche ; ils contiennent ordinairement des marcaflites. Les morceaux cylindriques font percés par le milieu dans toute leur longueur. 20. Il poffede un morceau péfant de fer, qui par fa contexture ôc fes fibres repréfente un morceau de chêne. Le fer en eft de la meilleure qualité ; fa couleur eft jaune-foncé. 30. Un autre morceau plus pefant de couleur jaune. 4°. Un autre jaune-clair. $°, De couleur ob-fcure , noire, tachetée de blanc. 6°, Un morceau couleur de fang du côté qu’il te-noit à la terre, couleur qu’il a reçue d’un tuf rouge , mêlé de fer, dont il étoit proche ; ôc lequel morceau ne paroiffoit à l’extérieur qu’une véritable pierre rouge : mais il étoit bien plus dur. 70. Des fleurs de fer, imprégnées de cinnabre. Ces morceaux
- (1)31 pieds & demi.
- p.138 - vue 143/218
-
-
-
- DES MINES.
- croiflent dans les vuides que laiflent les pierres. Ils font fragiles comme du verre. Le cinnabre eft joint au fer. 8°. Un morceau de fer qui fert de bafe à du cinnabre , puif-que dans le milieu de ce morceau on découvre du cinnabre pur. ’ La pierre de ce morceau relfemble à du gypfe. 5>°. Un morceau de mine de fer, mêle avec beaucoup de plomb. Sur l’article des fleurs de fer il dit que l’on n’en trouve que dans les minières qui ont des crevaffes ou fentes, qui communiquent à la furface de la terre, i o°. Un morceau alfez grand de pierres de fer, qui caffé en deux, montre des grains de minium, ou de cinnabre natif, répandus çà ôt là. La couleur n’en eft pas fl vive que dans les autres mines de cinnabre. 11°. Un autre morceau dans lequel on découvre du plomb ôt du cinnabre d’uné couleur très-vive. 12°. Une pierre couleur de foufre , trouvée dans la minière de Solts , de forme oblon-gue , ôt contournée en S, S, S, entourée d’une couche de cinnabre très-vif. 130. Un autre fragment de la même minière. G’eft une couche de pierres favoneufes, qui entoure Ôt enveloppe des grains de fer Ôt de cinnabre natif entremêlés : le mercure eft en plus grande quantité que le fer. Il a aufli donné la figure de plufieurs marcafiites, telle que celle dont la bafe eft de quartz : la mar-caflite encroûtée, parce qu’elle s’eft amallée fur un filex, comme du tartre s’attache au vafe ; on dit que c’eft un fédiment des eaux qui fe trouvent dans le plus profond des minières de Schemnit.£ , ôt qu’il tient en quelque façon de la nature du plomb : la mar-caflite compofée de grains irréguliers de la nature de fon minérai propre , défendue par une enveloppe de fer : une autre marcafiite compofée de grains plus unis, ôt tenant de la nature de fon minéral propre, avec une pareille enveloppe de fer.
- En Angleterre.
- Lister , dans fon Traité des Eaux médicales d’Angleterre, fait l’énumération des mines de fer , dans lefquelles il comprend celles quifuivent: i°. L’aimant. 20. Une mine rouge, brillante comme du fable. 30. Une autre également rouge , ôt quelquefois aufli tendre que de l’argile. 40. L’hématite, dont nous allons parler. 30. Du fer dans du fable fin , ôt dans le grais. 6°. La mine de fer qui fe trouve dans le voifinage , ôt même au milieu des charbons foiïiles , entre les couches ôt les fentes des rochers. 70. La marne. 8°. L’ochre de couleur roufle , provenant de la décompofition des pyrites. p°. Les pyrites elles-mêmes. D’autres Auteurs ajoutent qu’en Angleterre on trouve encore de la mine de fer jaune , ôt en Ecoffe de la noire ; d autre brillante comme de l’acier ;
- *39
- de la rouge avec une enveloppe blanche; du crayon rouge, Ôte.
- En Stirie.
- On prétend que l’on y trouve, quoiqu’af* fez rarement de la mine d’acier natif, brillante comme l’acier lui-même, qui n’eftpoint attirable par l’aimant avant que d’avoir paflé par le feu. On dit aufli qu’indépendamment des efpeces ordinaires de mines de fer, il y en a une dans laquelle on trouve des grains d’or : qu’on trouve aufli dans les fleuves des rains de fer natif, ôt des fleurs de fer très-lanches , dont nous parlerons ci-après : qu’il y en a qui affeêtent la figure de bois de cerf, ou de branches de corail, dont on trouve quelquefois des morceaux qui pe-fent jufqu’à 20 ôt 30 livres.
- En Eranconie.
- On afîiire qu’en Franconie on trouve de l’acier ôt du fer natifs ; ôt qu’il y a des mines fphériques , cendrées, noires, en grappes, que l’on nomme Schw art\kopff,* d’autres blanches ôt jaunes; d’autres noires, fiftuleufes, jaunes ôt aufli légères que la terre ordinaire ; d’autres jaunes ôt brillantes, qui repréfen-tent diverfes figures; d’autres rouges ôt dures, mêlées avec des mines de cuivre ; d’autres qui dans leur couleur repréfentent l’arc-en-ciel, ou une queue de paon; d’autres d’un bleu d’azur ; d’autres polies, brillantes ôt rouges comme du fer ; d’autres violettes ; d’autres fpéculaires, avec des points brillants couleur de fer , on l’appelle £ ifenglimmer , Eijen-marin ; d’autres fpéculaires de couleur brune , mêlées avec des mines de cuivre ôt de fpath, ôt dont aujourd’hui on ne fait plus d’ufage.
- A Ilmenau, fur la Sala.
- On y trouve de la mine rouge, ôt d’autre couleur de fer. Il y en a avec des points rouges ôt brillants, qui, regardés au travers du microfcope, reffemblent à des rubis. Il y a encore la pierre martiale, en forme de pois, ôt ondulée. Elle a quelque rapport avec un crâne, ôt l’on y trouve de petites dendrites. Cette mine eft de la meilleure qualité.
- Dans le Comté ^Hohenftein.
- Brüchmann rapporte qu’à Zuerg, dans la Bohême, on trouve du fehift ou Glaskopff: qu’il y en a aufli, ôt en plus grands morceaux, à Eifchbach, Bennikenflein ôt Ilart\nig : que celui de Krippenberg relfemble à du fer natif. Dans les montagnes d'Ilefeld, il s’y en trouve encore du plus groflier en morceaux ronds comme des pois ou de l’orge. Il y en a même qui eft tiflu comme le cerveau, partie rouge, partie couleur d’ardoife.
- p.139 - vue 144/218
-
-
-
- 140 DES
- A Lindenberg y Brandenberg, Braufend-waffer, Holunder, le fchift eft en plus petits grains. Le quintal produit 60 livres de fer , ôc celui du minerai dTlefeld , en donne jufqua 92. On trouve de temps en temps dans ces minières du jalpe, &un minéral rare, que Ton appelle Eijenmann (1 ), ôc qui eft fort recherché par les Alchymiftes.
- Dans £ Archevêché de Trêves.
- On dit que dans cet Archevêché il y a une roche blanche ôc brillante, qui étant fondue, donne du fer: quà Stahl-Ert^y il y a une minière de cuivre qui rend 80 livres par quintal: enfin, que le minerai des minières de Muffen donne une livre d’argent, 42 de plomb ,12 d’acier, ôc 3 4 de cuivre par quintal.
- Différentes autres efpeces de mines.
- Indépendamment de l’aimant, l’hématite, le fchift, Ôc les autres mines les plus riches, 011 en trouve en plufieurs endroits qui different ties mines ordinaires. Il y en a des grifes, des blanchâtres, avec des teintes de jaune, reffemblantes au fpath, ôc donnant 24 à 3 2 livres de fer par quintal.
- On trouve du fer dans les terres bolaires, les marnes, les ochres, fouvent dans l’argile ôc antres efpeces de terre. Les dendri-tes, ou pierres herborifées, ôc les autres pierres figurées, tiennent aulfi communément du fer. Il y a une efpece de mine, qui fe trouve en plufieurs endroits, ôc qui approche beaucoup du fer natif. L^es morceaux en font ou unis, ou anguleux,.ou cubiques, ou arrondis. On trouve des cubiques, ôc de ceux applatis ôc unis dans plufieurs endroits de la Suede, tels que les minières de Gren-gierd, Danmorie, ôc autres qui donnent 70 a 8 $ livres de fer par quintal de mine. On dit qu’en Suiffe il y a une efpece de mine qui reilemble à des fèves. Dans le Marqui-fat de Bareith, il y en a une autre efpece, couleur de foie, qui contient des paillettes d’or très-pur. A W'onfiedely on trouve du fer natif Ôc de la mine noire, très-riche ôc brillante comme l’or.
- Konig, dans fon Régné Minéral, fait l’énumération de plufieurs efpeces de mines de fer, Ôc dit que dans la montagne de Gunt-\en y au Comté de Sarun, il y a des galle-ries très-anciennes, dans lefquelles on a trouvé, i°. une corne d’Ammon entièrement de fer, non pas quelle eût été coulée, mais parce quelle étoit enfermée dans fa matrice, fous cette forme extraordinaire, que la mine de fer avoit remplie. Il ajoute que lorfquon l’eut ouverte ôc féparée de fon moule, on trouva une corne d’Ammon de
- MINES.
- la derniere beauté , faifant fix circonvolutions qui charmoient les yeux ; que le moule ou la matrice avoit confervé l’empreinte de ce coquillage, ôc que l’on y voyoit diftinête-ment les linéamens des fix volutes. 20. Une pierre Syriaque, ou Judaïque, changée en fer. A cette occafion, il dit qu’il y a beaucoup de différence entre les pierres Syriaques ôc les Judaïques ; qu’on en trouve en Suiffe quelques-unes de cette derniere ef-ece y que celle dont il eft queftion, reffem-loit affez à une prune fauvage qui auroit perdu quelque chofe de fa rondeur ôc de lès ftries, Ôc que celles de Suiffe fe trouvent au Mont Saint-Leger, canton de Zurich. 30. De petits dez ou cubes de fer, ou fi l’on veut, des grains de mine en cubes. Il dit encore que le même Mont Saint-Leger en eft rempli. 40. Des légumes convertis en fer, comme des fèves, des lupins, des pois. Le même Auteur avance qu’il y a une autre mine de fer dans le finage de Bollenw aar au-deffus de Bruge, dans le pays d’Argow, fur l’Aar, canton de Berne, dans une montagne formée d’ochre pâle. On y trouve de la mine de fer en globules, ou en forme de pois, dans une telle abondance, qu’on pour-roit l’appeller la montagne des pois. Une terre jaune ôc friable fert de matrice à ces globules, ôc prend différentes figures, de fèves, de lupins, de pois chiches, ôc de pois communs, gros ôc petits, tous de couleur de fer. <y°. Un morceau de mine en forme de teftacée, Ôc une coquille, convertis en fer. La coquille reffembloit à la pinne-marine, contournée fur elle-même en forme de cor, ôc étoit digne d’admiration par fa beauté Ôc fa rareté. Selon Konig, le Mont Saint-Leger , dont nous avons parlé, produit aulli de femblables coquilles converties en fer, ôc admirablement travaillées. 6°. Des coquilles en forme de vis, une grande ôc plufieurs petites, le tout changé en fer, Ôc ayant confervé la délicateffe de leurs contours, ôc leurs pointes. Notre Auteur prétend encore que le Mont Saint-Leger renferme de femblables coquilles, auffi recommandables par leur beauté que par leur rareté. 70. Des fruits étrangers, du poivre muf-qué, tout de fer ; le Mont Saint-Leger en produit auffi, qui, par leur grandeur, leur couleur, leur forme ôc leur queue, repré-fentent ce fruit exotique. 8°. Des grains de poivre, ronds, noirs, ôc barbus, changés en fer, admirables par leur grandeur, comme par leur figure. p°. Un anacarde de fer. La montagne de Gaut^en ôc celle de Saint-Leger, font remplies de femblables morceaux de fer qui repréfentent à merveille ce fruit étranger. 1 o°. Des grains de coriandre,
- ( t ) C’eft une mine fpéculaire que l’on trouve auffi en Franconie,
- de fer.
- p.140 - vue 145/218
-
-
-
- DES
- de fer. Ces globules ferrugineux par l’élégance & le brillant de leur figure, reflem-blent parfaitement à la graine frifée de la coriandre ; & par un jeu fingulier de la Nature, fe trouvent aufli dans la montagne de Saint-Leger. ii°. Des morceaux de cannelle changés en fer. Konig dit enfin que ces morceaux de mine de fer font noirâtres, affez finguliers pour que l’on en falfe mention > & que le Mont Saint-Leger en renferme de pareils parmi fes curiofités.
- Des fleurs de fer.
- La fleur de fer elï une pierre couleur de neige, quelquefois d’argent, tirant fon origine d’une mine de fer, & femblable à une cryftallifation. Voye^ la PL IX. fig. y C’eft principalement en haut que cette fleur pouffe dans les pierres de fer. Elle imite dans fa figure, ou de jeunes rameaux, ou des branches de corail, ou des groupes de cryftaux, ou autres deffeins. On en trouve beaucoup dans les minières de la haute Stirie joignant l’Autriche, ainfi que dans celles dont la matrice eft de pierre calcaire, ce qui fait que la fleur de fer n’eft point dure mais friable comme cette pierre. La preuve quelle contient du fer, c’eft quelle eft attirable par l’aimant, & qu’elle eft aftrin-gente (*). Je paffe fous filence les végétations ou cryftaiiifations ferrugineufes de couleur brune, ou noirâtre, allez fembiables aux cryftaux des autres métaux ; de même que celles qui font en croûtes, en écailles, celles qui paroiflfent être rongées, vermoulues , & plusieurs autres.
- Du fer natif
- Plusieurs Auteurs prétendent qu’en différents pays il y a des minières qui fournif-fent du fer natif, ou pur en grains, comme en Saxe : d’autres le révoquent en doute. Les premiers difent que dans les montagnes de Siléfie, dans l’Archevêché de Saltzbourg, êt à Eifef il fe trouve des grains de fer , qui, fans aucune préparation préalable, peuvent être étendus fous le marteau, W'or-mius dit aufli qu’il y en a dans les minières de Norvège, & Ruland dans celles de Stirie, même dans les fleuves de cette province. Enfin, fi l’on en croit quelques Modernes , on en trouve dans bien d’autres endroits. Malgré tout cela, je doute fort que ce fer foit aufli pur que celui qui eft fondu dans les foyers ordinaires. Au refte, il y a en Suede une mine cubique de fer fi riche qu’on pourroit la comparer au fer natif, quoique ce n’en foit pas.
- MINES. 141
- Du 1 mélange du fer dans le minerai des autres métaux.
- Le fer a coutume de fe mêler au minerai de tous les autres métaux, enforte que l’on n’en trouve aucun fans fer. i°. On en trouve, comme nous l’avons déjà obfervé, dans les mines de vitriol & de foufre, au point qu’un quintal de pyrites donne fouvent depuis 10 jufqu’à 40 livres de fer. Henckel a mer-veilleufement traité ce fujet, fur-tout dans le fixieme Chapitre de fa Pyritologie, où après différentes preuves , il conclud que même dans le foufre crud, il fe trouve une certaine terre ferrugineufe , attirable par l’aimant , & qui peut être réduite en fer ; car fi on fond dans un creufet les fcories qui ref-tent, après la purification du foufre, on aura, félon le même Auteur , une cendre ferrugineufe que l’aimant enleve , & dont on peut faire un régule de fer, ajoutant que fi l’on efîaie quelque pyrite que ce foit, on aura toujours beaucoup de fer, quand même la pyrite effayée & du genre fulfureux , paroî-troit abfolument dénuée de fer. Au refte, nous en parlerons plus amplement, & nous examinerons à fond la nature des pyrites, dans notre Traité fur le foufre & le vitriol : 20. On trouve ordinairement du fer dans le cuivre. L’art de purifier ce dernier métal, confifte principalement à le purger du fer qui y eft inhérent, ce qui s’exécute par la calcination, quelquefois par la fufion ou purification. Dans les fourneaux purificatoires du cuivre, on trouve beaucoup de fer attaché au fond & aux angles : 30. Les mines d’argent recèlent aufli beaucoup de fer. On l’éprouve aiïez dans.les endroits où l’on affine l’argent : il eft même rare de trouver une mine de fer fans quelques parcelles d’argent. En Norvège où l’on trouve de l’argent natif, on dit que l’on n’en tire point fans le trouver accompagné d’une mine de fer. Dans la minière d’Utho en Suede, on trouve parmi la mine de fer, çà & là, des morceaux & des couches de mine d’argent. C’eft la même chofe dans la minière de fer qui eft à Dan-inor ; ôt, ce qui eft encore plus remarquable, on a , dans la minière de fer de Noormarck dans le Vermeland , découvert une couche de quelques pouces d’épaifleur qui traverfoit cette minière, & qui a fourni une àflez grande quantité d’argent natif. On en conferve encore des morceaux dans le Collège Royal de Métallurgie, établi à Stockholm : mais nous en avons parlé plus haut aflez amplement , page 77 & fuivantes. 40. Le fer fe trouve toujours mêlé avec les mines d’étain, de plomb, d’antimoine, de mercure, & autres métaux ; ce dont on donneroit des preu-
- (1) Valentini ex Beflero, & Mîfcell. Acad, Nat. Curxo£
- Fourneaux , 4e. Section, N n
- p.141 - vue 146/218
-
-
-
- DES MINES.
- 142
- ves fans nombre, s’il étoit néceffaire : l’or lui-même n’eft pas fans fer, même en affez grande quantité, ôcc.
- Du fer qui fa trouve dans la terre en pouf-Jiere > le limon SC P argile.
- Dans les endroits marécageux, on trouve fouvent des matières ferrugineufes dans le - limon , la terre végétale, l’argile : dans d’autres endroits, c’eft de l’ochre martial. On trouve auffi du fer dans les terres bolaires, comme dans la terre figillée de Laubach. Hellmont le jeune, affine qu’il fçait une méthode pour extraire du fer de toutes les efpeces de limons ou de foufres. Bêcher a fait du fer avec du limon , Ôc de l’huile de lin. Geoffroy a réitéré cette expérience. Après avoir féché du limon, l’avoir réduit en
- Foudre, Ôc en avoir fait une pâte, à l’aide de huile de lin qu’il avoit verfée deffus : il forma de cette pâte plufieurs petits globules, qu’il fit calciner à feu ouvert, ôc qu’il pila enfuite dans un mortier. Le réfultat de fon expérience fut de trouver au fond du mortier de petits morceaux noirs, attirables par l’aimant : c’eft ce qu’on lit dans les Mémoires de l’Académie Royale des Sciences , année 1704. On dit qu’un autre Curieux a encore répété la même expérience, avec de la terre de Laubach , ôc qu’il a eu le même fuccès ; ôc quen Sibérie, comme en Rufiie, on ne tire la mine de fer que de l’argile, qui lui fert de matrice. Il n’y a point de métal qui fe ré-duife auffi facilement en terre que le fer : la (Impie humidité le fait tomber en fafran ou en ochre. A Norberk en Suède, j’ai vu une tenaille qui, pour avoir été cachée en terre, pendant 40 ou yo ans, étoit changée en pyrite : en la caffant, on vit que c’étoit une pyrite aquatique , c’eft ainfi qu’on l’appelle, qui fe réfout facilement en terre ôc en pouffiere.
- Du fer quife trouve dans les animaux SC les végétaux.
- On obferve que la terre qui recele une minière de fer, produit abondamment des arbres Ôc de l’herbe. On peut s’en convaincre à la feule infpeêfion des environs d’une minière, d’un craffin de forge, ou d’autres endroits remplis d’ochre, ou de quelque matière ferrugineufe : c’eft une chofe facile à voir en Suede. On en peut conclure , que les particules de fer contribuent à l’aliment des végétaux , & on le confirmeroit par l’u-fàge où font les Japponois, fi l’on en croit les Voyageurs, de faire croître une certaine efpece d’arbres dans la limaille de fer & le fable.
- Lémery, par différentes expériences , s’eft efforcé de prouver que les plantes ont des particules de fer. Pour cela, il en a ré-
- duit en cendres quelques-unes, & a trouvé , à l’aide d’une pierre d’aimant, qu’il y avoit réellement du fer. Il a fait la même découverte dans quelques parties du caftor réduit en cendres ; car ces cendres Ôc celles des plantes , donnoient au miroir ardent les mêmes phénomènes que la limaille de fer , c’eft-à-dire, quelles jettoient des paillettes, ôc fe raffembloient en gouttes : ce qui a fait naître la queftion de fçavoir, fi on peut avoir des cendres fans fer, & fi le fer eft dans les plantes, avant ou après l’incinération.
- Le célèbre TFo/^parle d’un certain bois , qui, par la fucceffion des temps, n’étoit point pétrifié , mais qui, par la grande abondance de vitriol qui y étoit caché, tomboit en pourriture. Mylius fait mention d’un autre morceau de bois changé en fer, Scippius dit, que dans des cavernes proche de Pieremont9 on a trouvé un morceau de bois imprégné de pierre ôc de mine de fer : que deux onces de ce bois pulvérifées ôc fondues , avec le fecours d’un flux noir, ont donné un culot attirable par l’aimant, ce qui dénotoit que ce bois pétrifié contenoit auffi du fer. Liebek-necht, de fon côté , parle d’un certain bois dont il donne la defcription, changé en mine de fer, Ôc dont il a fait un Traité particulier, L’Auteur , témoin oculaire, affure avoir reconnu que c’étoit du bois, par l’écorce ôc les fibres qui fe détachoient facilement. La maffe entière étoit très~compa£te 5c très-dure, Ôc frappée contre l’acier , elle jettoit de petites étincelles. lia, dit-il, aifément féparé le cœur du bois de tout le refte, Ôc l’a réduit en pouffiere. Il paroiffoit qu’anciennement ç’avoit été un tronc de hêtre , ôc il étoit de couleur de fer auffi brillant que s’il avok été poli. En le pilant dans un mortier, il fai-foit du bruit, ôc réfiftoit aux coups. Sa pe-fanteur fpécifique étoit plus grande , que celle de la mine même : pour fe confirmer encore davantage , que ce morceau de bois étoit converti en fer, il pila dans un mortier, parties égales, de ce bois ferrugineux, Ôc d’une autre mine de fer, mit de l’eau fur cette pouffiere pilée, afin d’en féparer les particules de terre, ôc remarqua que les parties du bois defcendoient plus vîte dans l’eau que celles de la mine, ôc qu’enfin après plufieurs lotions réitérées , elles defcendoient prefque auffi vîte l’une que l’autre. Après avoir purifié cette pouffiere par la calcination, il verfa deffus de l’eau Ôc de l’huile de vitriol ; ce qui caufa une grande chaleur ôc effervefcence , avec beaucoup de vapeurs, tandis que la mine ordinaire du fer s’échauffoit beaucoup moins. Non-feulement les parties du bois ferrugineux étoient mifes en ébullition par l’huile de vitriol, mais l’aimant les attiroit. Liebeknecht réduifit encore en poudre grof-fiere, un morceau de ce bois ferrugineux.
- p.142 - vue 147/218
-
-
-
- DES
- Après cela , il la calcina ôc la mêla avec du fel fixe de tartre : il mit ce mélange dans un creufet , ôc f expofa à un feu de fufion. Quand il fut fondu, il frappa doucement le creufet, & verfa la matière en fufion dans un cône , propre à cet ufage, chauffé ôc graiffé de fuif : le régule martial s’affembla au fond du cône, ôc au moyen dun ou deux coups de marteau,fut féparé des fcories.
- On peut auffi voir à Londres des os humains devenus du fer véritable.
- Du renouvellement des mines de fer.
- Voici ce qu Agricola nous dit d’un certain endroit de fa patrie. En Allemagne , proche de la ville de Sagan , on tire la mine de fer dans les prés. On y fait des foffes de deux pieds de profondeur, qui fe remplif-fent au bout de dix ans , comme il arrive aux minières de fille d’Elbe. Gérard expofe de fon côté que , fi on doit ajouter foi aux rapports , un Mineur lui a dit, que proche de la ville SAmberg, on fépare la mine de fer de la terre inutile, qui s’appelle gummer : qu’a-près l’avoir mêlée avec des fcories de fer, nommées finder, on en fait de gros tas , quon laiffe expofés au foleil Ôc à la pluie pendant quinze ans, au bout defquels, on remet au feu ces fcories, qui produifent un fer fi tenace, qu’on l’emploie tout entier à le battre en feuilles. Non-feulement les Anciens , comme Pline ôc Strabon , nous ont parlé des mines de fer , qui fe renouvellent dans une ifle de la Méditerranée, fur les bords de la Tofcane : mais les Métallurgif-tes modernes, tels que Fallope ôc Céfalpin, attellent encore précifément la même chofe : ceci ell tiré de Boy le.
- A Mallmit^, en Siléfie , on a remarqué qu’une minière de fer, dont la mine étoit filluleufe, s’étoit remplie dix ans après avoir été tirée, ôc que la même chofe étoit déjà arrivée auparavant \Laufnit.Stanifl. Rein. Acktellmejer raconte la même fingularité arrivée dans l’ifle d’Elbe, non loin de Florence. Cette mine filluleufe ell de couleur jaune , tirant fur le brun, très-dure, épaiffe ôc longue comme le doigt, à en juger par le delfein que nous en a donné Aldovrand dans faColleélion Métallurgique : il l’appelle bois fijluleux. On la calfe en morceaux, ôc on la mêle avec une autre efpece de mine pour les fondre enfemble, Ôc s’en procurer un fer de bonne qualité. George Fabriciusfa plufieurs autres Auteurs, alfurent qu’en Siléfie les minières de fer fe renouvellent après avoir été tirées : que la terre même, les troncs ôc les racines des arbres fe chargent d’une matière ferrugineufe , femblable d’abord à une liqueur épailfe , mais qui fe durcit enfuite de plus en plus. Henclcel confirme ce témoi-gnage, en difant, qu’en Siléfie, à Sagan, on
- M INES. 143.
- tire la mine de fer dans les prés, ôc qu’elle s’y reproduit au bout de dix ans , d’où on la tire une féconde fois, comme à fille d’Elbe, ou comme on tire le plomb de la montagne de ïiejoli, ôc le cuivre en Daimatie, proche delà ville d’Apollonie. Quant à ce qui regarde la mine de Siléfie, dont nous avons parlé plus haut, on lit dans un Ouvrage intitulé , Breflauif. natur-und~medicin-Gejchichten , que fa couleur tire fur le jaune-brun ; quelle efl friable ; que la plus pefante ell la meilleure , fur-tout celle qui efl d’un bleu-clair, ce qui la fait reffembler au fmalt : il s’y rencontre , par-ci par-là , des morceaux durs comme des pyrites , ôc qui feroient prefque inutiles, s’ils ne fervoient pas de fondants.
- Il'efl fort commun en Suede, fur-tout dans la Smalandie ôc f Oflrogothie, devoir renaître dans les fleuves ôc les lacs, la mine de fer, précifément aux mêmes endroits d’où, on l’a tirée, ôc cela dans l’efpace de 1 y à 20 ans. On a coutume de l’y pêcher de nouveau , comme un fédiment que les eaux affîuentes d’un marais voifln, ont dépofé au fond de ces places déjà tirées. La même chofe arrive dans les endroits marécageux : mais nous avons détaillé affez amplement ce renouvellement des mines, dans les paragraphes 3 ôc 4 de la première ClafTe, auxquels nous renvoyons.
- S. VIL
- De ÏHématite & du Schijl,
- Puisque fon a mis l’hématite au nombre des mines de fer, j’ai cru devoir en parler ici féparément : ôc comme Joh. Laur. Baufch, dans fon Ouvrage , où il parle de l’hématite ôc de la pierre d’aigle, a tiré à cet égard beaucoup de chofes àlAgricola, Encelms , Boodty Pline ôc autres, je vais d’abord rapporter ce qu’ils nous en ont dit, fur le témoignage de Baufch, dont voici les propres termes.
- L’hématite a tiré fon nom de la reflfemblan-cede fa couleur avec du fang ; on dit que broyée avec de l’eau, elle donne un fuc femblable à du fang: on ajoute même quelle arrête l’épanchement du fang.
- On diftingue l’hématite, par les différents pays d’où on la tire. Il y en a en Moravie, en Bohême, en Italie, en Pologne, en Ethiopie , en Afrique, en Arabie : dans tous ces pays, on la tire dans des minières qui lui font particulières. C’efl la même chofe en Allemagne, dans la Forêt noire, à Northau-fen, à Mart^erode ; dans la Mifnie, à Anne-berg, à Geury à Zebllic : en Saxe, à Hildes-heim ôc à Gojlar. Celles que fon tire en Italie dans le Breflan, font moins bonnes que celles qui nous viennent des pays étrangers.
- p.143 - vue 148/218
-
-
-
- DES MINES.
- *44
- On trouve encore l’hématite parmi les terres rouges, d’où, fuivant Agricola, elle tire fon origine, & finguliérement dans celles de Si-no pe , de Mifnie, & de Sultfbach en Bavière. Enfin, on la rencontre auffi dans les minières de fer, comme à LeJJa en Bohême, proche de Schlackewerda, ôt dans la partie de la Bavière , qui eft en-deçà du Danube.
- ï°. On peut faire du fer avec l’hématite, qui en contient une fi grande quantité, que Ton feroit tenté de croire que cette pierre eft toute de fer. On la trouve aufli dans les minières d’aimant, dont on dit qu’elle eft une efpece ; ôt comme il y a une grande affinité entre le fer ôt l’aimant, on remarque que quelquefois l’hématite attire le fer, mais foi-blement : auffi n’a-t-elle pas , pour ’ cette attraction, une auffi grande vertu que l’aimant , qui eft attiré lui-même par l’hématite d’Ethiopie. On trouve encore des hématites dans les minières, ôt parmi les petites pierres , d’où l’on tire l’étain ôt le plomb blanc , ainfi que dans les mines d’argent du Val Saint Joachim : dans le territoire d’Hildesheim, la nature change Toftracite en hématite.
- 2°. il y a des hématites de différentes figures. Les unes ont des ftries, comme l’antimoine : plus ordinairement elles font globu-leufes , & quelquefois garnies de petites cavités : telle eft l’hématite d’Hildesheim* D’autres croiffent en forme de raifin, comme celles de Bohême. Cette efpece d’hématite s’appelle hématite en grappes , ôt par les Mineurs glaskopff. Quelquefois elles ont la figure d’une cervelle découverte : telles font les hématites de la Forêt noire, de Northau-%en Ôt d5 Marthe rode , que l’on trouve dans une pierre dure, couleur de cendres, enduite d’une efpece de croûte ferrugineufe, dont la fuperficie eft toute pleine de trous. Voyez la Flanche IX.fig. 3 7. Dans la vallée de Saint Joachim, on trouve des hématites noires en pyramide, en ftala&ites, Ôt armées de pointes comme un ourfbn. Ailleurs, il y en a des noires Ôt des contournées ; telles font celles de Geur, Anneberg ôt de Salfeld. Au fur-plus , voyez la Flanche IX.
- 50. Les hématites different entr’elles par la couleur de leurs pierres,& par le fuc qu’on en peut tirer. Quant aux pierres, elles font ou couleur de fang , ou couleur de fer, ôt alors on voit quelquefois à leur extérieur, des taches de couleur femblable à celle qu’on trouve à Mifene. Les pierres d’hématites font auffi quelquefois noires , comme à Gojlar, Anntberg, Salfeld, Amberg, ou couleur de pourpre, comme dans la Heffe, ou d’un jaune antipathes (l) : cette derniere efpece, qui eft noire , fans être tranfparente , n’eft autre chofe qu’une hématite noire , quoique
- plufieurs penfent que c’eft du corail noir*
- Quant au fuc des hématites , les unes donnent aifément leur teinture, & c’eft le plus grand nombre : les autres, comme celles d’Arabie Ôt de Mifene, ne le peuvent faire que difficilement à caufe de leur trop grande dureté. Quoique ordinairement cette teinture foit couleur de fang, cependant celle qui provient des hématites d’Arabie, eft couleur de fàfran. Une partie des hématites de Gojlar, celles qui font en grappes , donnent une teinture noire, les autres en donnent une jaune mêlée de noir. L’hématite noire de Goflar , donne une teinture fafranée; c’eft fans contredit le medus niger d’Albert.
- On apporte auffi d’Afrique, une pierre particulière d’hématite , appellée trichrus : elle eft noire, Ôt donne trois teintures différentes , blanche par le haut, couleur de fang au milieu ôt noire dans le bas, fi nous en croyons Pline. Suivant Encelius , on peut auffi trouver des hématites de trois couleurs, coniques Ôt dures à Geur, Anneberg ôt Salfeld. Plufieurs Auteurs donnent le nom 4W-droas au trichrus noir, qui eft recommandable par fon poids , ôt que l’on regarde comme une efpece de pierre précieufe. Au refte , le trichrus n’eft autre chofe qu’une pierre compofée de deux hématites, lune noire ôt l’autre rouge ; ôt encore, fuivant qu’il pa-roît, d’une ftala&ite Ôt autre pierre femblable : Boodt met le véritable trichrus entre les pierres inconnues.
- Lorfqu on arrofe de vin l’hématite calcinée , fi elle étoit couleur de fang caillé, elle prend la couleur du minium ou du cinnabre. Si au contraire fa couleur étoit noire, fa noirceur augmente. On calcine l'hématite en l’arrofant de vin, comme celle de Phry-gie, quoique quelques Chymiftes prétendent que l’on doit fupprimer le vin. Si l’on veut attraper le véritable point de la calcination, il faut quelle foit légère, Ôt il fuffit que l’hématite jette quelques bulles. Après la calcination , on la lave ou dans de l’eau fimple, ou encore mieux dans de l’eau diftillée de plantin ou de pourpier1, avec l’attention de changer fouvent d’eau. Quand bien même on ne calcineroit pas l’hématite, il faut toujours la pulvérifer ôt la laver, comme nous venons de le dire : il y a de la différence pour la force ôt la qualité, entre l’hématite lavée , ôt celle qui ne l’eft pas.
- L’hématite faêlice fe fait avec de l’aimant ou décompofé, ou calciné au feu. Quelques-uns croient qu’il n’y a qu a calciner de l’aimant , ôt que ce qui en provient, peut leur tenir lieu d’hématite.
- Le fchijl reffemble fi fort à l’hématite, ôt a tant d’affinité avec elle, quon le regarde
- {1) De corail noir.
- comme
- p.144 - vue 149/218
-
-
-
- DES MINES.
- comme une efpece d’hématite : on ne l’appelle jchijl, qu’à caufe des gerfures ôt petites fentes , dont il paroît rempli. Par la contexture de fes parties, qui font droites, comme les fibres du bois, il reffemble, fuivant Agricola, au fel ammoniac. Les lignes, qui divifent le fchift, font en long comme les dents d’un peigne, au lieu que celles de l’hématite font placées au hafard. Oribas dit, que cette pierre eft couleur de fafran , lorf-qu’elle eft de la meilleure qualité ; qu’autre-ment, elle tire fur le noir; quelle eft com-
- Î>ofée de feuillets minces, collés les uns fur es autres, comme la pierre fpéculaire, brillants ôt tranfparents : ôt que fi on regarde le foleil au travers , il paroît couleur de fafran. Il femble que le fchift foit une efpece de talc, dont il différé néanmoins en ce qu’il fe divife en lames droites, au lieu que celles du talc font flexibles, ôt entrelaffées de plufieurs maniérés.
- Le fchift ôt l’hématite étant compofés de la même matière, ôt ayant la même origine, il eft naturel que les efpeces du fchift aient entr’elles les mêmes différences, que celles que nous avons remarquées entre les diver-fes efpeces d’hématites. Ces deux pierres ne different donc effentiellement entr’elles, que par la figure ôt quelques autres accidents. La première différence vient des endroits où le fchift s’engendre. On trouve le véritable à Rome dans les fondements du Vatican, ôt encore proche Anglarium, dans un petit monticule, dont tout le fommet eft de fchift. On en trouve aufli, que l’on dit contenir de l’or, en Mifnie, à Anneberg, à Zeblic ôt à Bohetanne , à un mille de Freyberg. On tire le fchift dans ce dernier endroit, dans une minière qui lui eft particulière. Enfin, on trouve du fchift dans le territoire de Marien-berg, dans la Forêt noire, proche Hacekoro-de y ôt ailleurs, comme en Bohême, en Saxe, en Efpagne, en Afrique, ôte. 20. Le fchift différé encore de l’hématite par la figure : car il fe termine en pointes par un , ôt quelquefois par fes deux bouts. Ces pointes font tantôt larges , tantôt étroites, tantôt grandes, tantôt petites. Laurent Baufch dit avoir vu une pierre de fchift venant de Mifene, qui pefoit 14 livres. Le fchift eft compofé de ftries , comme la Bélemnite, ou comme celui de Gojlar, de Bohêm'e, ôt celui qu’on trouve dans les minières de fer dtLejfa ,* ou bien, il fe forme en grappes,comme celui de la Forêt noire, ôt quelquefois celui de Gojlar y qui eft très-noir ; ou bien , il eft demi-fphérique , reffemblant à un crâne : ou enfin, il eft plus large que long, comme celui de Bohême. Ordinairement, il eft uni ôt brillant comme du fer poli : quelquefois, il a une tache de cinnabre. Lorfqu’il eft caffé , il ne laiffe pas que de briller intérieurement, mais moins Fourneaux , 41e. Section.
- qu’àjla furface. D’autres fois,le fchijl ne brille point à l’extérieur , ôt intérieurement il reffemble au minium faêlice, que les Peintres appellent cinnabre, ôt brille comme lui : la Forêt noire en donne de cette efpece. Si on le réduit en poudre, il brille comme s’il avoit été enduit de vif-argent. Dans le fchift de Mifene, il y a de certains nœuds de la groffeur d’une noix, ôt fi durs que, mis fur l’enclume, ils réfiftent aux coups de marteau. Les Orfèvres, après avoir bien uni ces nœuds, s’en fervent pour polir l’argent qu’ils ont couvert d’une mince feuille d’or ; ôt, fuivant Agricola, ils s’en fervent encore à polir ces petites lames colorées qu’ils mettent fous les pierres précieufes , pour en relever l’éclat : quelquefois ces nœuds font naturellement polis ôt arrondis. Ces morceaux durs ôt ronds s’appellent les racines du jchijl : autrefois on les calcinoit, ôt on s’en fervoit pour contrefaire l’hématite. 30. Le fchift: différé encore par la couleur, foit de la pierre qui lui fert de matrice, foit du fuc qu’on en peut tirer. La couleur de la pierre eft, ou fafranée, ou noirâtre, tel que le fchift d’Afrique , qui, parce qu’il a la couleur d’un charbon éteint, a été appelié anthracite ; ou très-noire, comme le fchift en grappes qui fe trouve à Gojlar. Nous avons déjà obfer-vé , avec Oribas , que la pierre du fchift , de la meilleure qualité, eft couleur de fafran ; qu’autrement, elle tire fur le noir : quelle eft compofée de feuillets minces, collés les uns fur les autres comme la pierre fpéculaire , brillants ôt tranfparents ; & que fi on regarde le foleil au travers, il paroît couleur de fafran : on le diftingue de l’hématite, par fa couleur plus pâle. S’il eft de couleur d’un fangcaillé, il prendra, à la calcination, la couleur du cinnabre ; Ôt s’il eft noir, il noircira encore davantage : tout autre fchift calciné a la couleur vive. Quoiqu’il donne une teinture couleur de fang, cependant la racine de celui d’Afrique en donne une noire, ôt le refte , une fafranée. De même, le fchift en grappes de Goflar donne une teinture, partie noire, partie fafranée, tirant fur le noir. Broyé fur une pierre à aiguifer, il donne une teinture aftringente, couleur de fang ou de fafran. 40. Il diffère encore par fa dureté. Comme il eft ordinairement dur ôt compaêl, plus il eft brillant ôt approchant de la couleur du fer, plus il eft dur : tel eft celui qu’on tire de la Forêt noire ôt de Mifene.
- Il y a trois efpeces de fauffes hématites. i°. Celle de Siléfie qui eft friable, Ôt que l’on nommtblutjlein, braujlein. On en trouve proche de la Citadelle de Lehn fur le Bober, ôt aux environs de Neydeck en Bohême. Les Potiers de terre s’en fervent, en y ajoutant de la mine de plomb, pour colorer en noir leurs Ouvrages. En y mêlant des
- O o
- p.145 - vue 150/218
-
-
-
- DES MINES.
- i 46
- écailles de cuivre ; elle fert à donner au verre une couleur rouge ou fafranée, & une d’écarlate aux verres : calcinée , elle reffemble au fafran de mars, ôc par la couleur Ôc par les effets. La fécondé efpece de fàuffes hématites, fe trouve dans les mines de fer : elle eft fphérique, ôc par la couleur reffem-ble à une mine de fer noirâtre, ou au crayon rouge. Voyez la Planche IX. Quoique dure , cette efpece eft friable à caufe de fes inégalités. La troifieme eft une pierre fer-rugineufe, pefante, enduite d’une couche de fanguine rouge, ôc par-deffus d une craie pâle ; le tout couvert d’une croûte, comme la pierre d’aigle , mais plus petite ôc plus caftante, qui, comme une couverture l’enveloppe du haut en bas. Broyée fur une pierre à aiguifer, cette efpece de fauffe hématite donne une teinture couleur de fang ou de fafran. On en trouve à Aret, où il y a des eaux minérales froides ; elle reffemble à l’of-tracite : tout ceci eft tiré de Laurent Baujch.
- De fon côté, Ruland compte fix eipeces d’hématites ; î°. La foflile très-rouge. 20. La noire, qui donne une teinture fafranée, Ôc qui eft plus dure que les autres. 30. L’hématite foflile couleur de pourpre. 40. Celle fofl-file ôc plus belle que les autres, dont les Orfèvres fe fervent pour polir leurs ouvrages. L’hématite foflile, noire, ôc appellée trichrus, qui, broyée fur une pierre à aiguifer , donne trois teintures différentes. 6°. Enfin, la rouge qui vient d’Afrique, ôc qui eft très-belle.
- Lémery, dans la defcription qu’il nous a donnée de l’hématite, dit que c’eft une pierre dure Ôc pefante, d’un rouge-brun, qui s’éclaircit lorfqu’on la pulvérife. Il en vient d’excellente de Compoftelle en Efpa-gne. Elle y eft pure ôc pefante : fes pointes font d’un rouge-brun : par dehors elfe a des ftries ôc des lignes noirâtres ; mais au-dedans elle reffemble au cinnabre. Il en vient aufli d’Angleterre qu’il faut regarder comme de fauffes hématites. Elles different des véritables, en ce quelles ne font ni pointues ni aufli dures ; car on les coupe en morceaux comme de la craie ; aufli les appelle-t-on de la craie rouge. Il faut choifir dans les hématites celles qui font d’un rouge-brun, pelantes, compactes, égales par-tout, Ôc douces au toucher.
- Barchufen prétend que fi on fait cuire enfemble, ôc long-temps, du vitriol de mars ôc du fucre de faturne, on aura une matière rouge fort femblable par la figure à l’hématite native ; aufli dit-il que plufieurs Auteurs font portés à croire que l’hématite tire fon origine de ces deux principes.
- L’émeril a beaucoup de reffemblance avec l’hématite couleur de fer : ôc comme il eft aufli dur que le diamant, on s’en fert pour couper le verre, ôc polir le fer. Broyé fur la pierre à aiguifer, il donne, comme l’hématite, une teinture couleur de fang.
- Fin de la fécondé Clajfe.
- TROISIEME CLASSE-
- De la Limaille
- Plusieurs Chymiftes parlent de la limaille, du fafran de mars ôc des teintures martiales, ôcc. de façon que les uns les appellent d’acier, ôcles autres de fer. Ceux-ci veulent que l’on y emploie du fer, ceux-là de l’acier. Il en eft de cet ufage comme de celui où l’on eft d’appeller miroirs Facier, certains miroirs dans lefquels il n’y en entre point du tout, Ôc que l’on fait avec trois livres d’étain, une livre de cuivre, fix onces de tartre rouge, une once ôc demie de nitre, deux drachmes d’alun, ôc deux onces d’ar-fénic. Le réfultat de ce mélange, lorfqu’il eft fondu, a beaucoup de reffemblance avec l’acier.
- Quant à la limaille d’acier, ou à celle de fer, dont les Chymiftes, ou pour mieux dire, les Médecins, font beaucoup de cas, ce n’eft autre chofe que des pouflieres, foit de fer
- de fer ou d’acier»
- foit d’acier, qu’il eft aifé d’avoir bonnes chez les Ouvriers qui les mettent en œuvre, fur-tout dans une manufa&ure d’aiguilles. Voici comment on éprouve la qualité des limailles. On rejette comme inutile, celle qui, approchée de la flamme d’une chandelle, ne s’allume qu’à moitié, ôc éteint la chandelle. On préféré celle qui eft en poudre impalpable , comme la fleur de farine. Il y en a qui eftiment plus la limaille de fer, que celle d’acier. Voyez Kœnig dans fon Ouvrage fur le Régné Minéral : il dit que la limaille de fer fimple, réduite en poufliere fine, eft meilleure que celle d’acier, qui eft plus dur que le fer, parce que l’acier a été altéré ôc raréfié par le feu, qu’il y a perdu beaucoup de fes efprits ôc de fon foufre volatil, Ôc que fa contexture naturelle eft changée. Selon le même Auteur, on peut encore préférer à la
- p.146 - vue 151/218
-
-
-
- SAFRAN DE FER limaille d’acier , les battitures de fer, ou parce que l'acide dont on les arrofe, y conferve fa faveur, ce qui n arrive pas avec la limaille en général ; ou parce que ce même acide, au bout de quelques heures, s’adoucit dans les battitures ; ou enfin parce que les humeurs âcres ôt mordicantes agiflent plus facilement fur cet acide, fe cachent plus profondément dans les pores des battitures, s’appri-voifent, pour ainfi dire, avec elles, ôc contrarient enfemble une plus grande affinité : enforte que ces battitures, détrempées d’acide , font préférables à tous les fafrans de mars apéritifs & aftringents. Je penfe de même, quelles ne font pas inférieures au fafran de mars préparé avec le foufre.
- D’autres préparent autrement la limaille : ils la lavent dans l’eau, enfuite dans le vin , ôt la font cuire Ôt bouillir avec du vinaigre, après quoi ils la pulvérifent fur le marbre.
- Si Ton eft curieux de fçavoir les autres préparations ôt mélanges de la limaille de fer, on n’a qu’à confulter Kœnîg dans fon Ouvrage déjà cité, ôc autres Chymiftes.
- 5. II.
- Safran apéritif de fer ou d’acier.
- i°. En employant la limaille que nous venons de dire, il eft aifé de préparer avec du foufre le fafran de mars apéritif : pour cela il ne faut que brûler parties égales de limaille Ôt de foufre. D’autres veulent qu’on fuive le procédé fuivant.
- 2°. Faites une pâte de limaille de fer, ôc de foufre pulvérifé ; mettez cette pâte dans un pot de terre, ôt tenez-la en digeftion pendant 4 ou $ heures ; placez enfuite le pot fur le feu, ôt avec une baguette de fer, remuez la pâte : à la fin, elle s’enflammera, la partie de foufre fe brûlera, ôtil ne reliera qu’une matière noire. Si on la pouffe à un grand feu, Ôt qu’on la remue pendant deux heures, elle prendra une couleur de fang: cela fait, laiffez-la refroidir, ôc confervez-la. Si l’on prépare à la fois 25 ou 30 livres de fafran de mars, le mélange s’échauffe Ôt fe calcine de lui-même ordinairement jufqu’au point de fouffrir un déchet de moitié de fon poids avant que d’être expofé à l’ardeur du feu. Avec une demi-livre de limaille de fer, on peut faire au moins une livre quatre onces de fafran de mars. Lémery.
- 3°. D’autres prennent un morceau d’acier bien enflammé, ôc en approchent des bâtons de foufre ; ce qui fait fondre le fer ou l’acïer
- OU D'ACIER: i47
- 4°. Prenez une barre de fer que vous ferez chauffer dans une forge ou dans un fourneau garni d’un foufflet, ôc expofez-la au feu le plus violent de fufion, jufqu’à ce qu elle foit chauffée au blanc : alors, à l’aide d’une tenaille, tirez du feu cette barre enflammée, ôc, fans le moindre retardement, approchez-en deux ou trois bâtons de foufre. Dans le moment, le foufre en s’allumant fera fondre la barre de fer, qui jettera des étincelles brillantes, ôc tombera gouttes par gouttes que vous recevrez dans un vafe rempli d’eau de fontaine. Quand vous aurez ce que vous defiriez de fer fondu, décantez l’eau ; ôtezles particules de foufre, qui, comme des filaments, font adhérentes à celles du fer ; prenez enfuite les grains de fer fondu, ôc pulvérifez-les en poudre impalpable fur le porphyre. Vous aurez du fafran de mars apéritif. Hoffmann.
- $°. Prenez parties égales de foufre ôc de limaille de fer non rouillée; broyez-les, ôc arrofez-les d’eau commune en allez grande quantité pour en former une pâte, que vous mettrez dans un pot de terre. En moins d’une heure, elle s’échauffera prodigieufement ; ôc lorfqu’elle fera refroidie d’elle-même, vous aurez du fer changé en fafran de mars. Si, fur ce fafran vous jettez de l’eau, ôc que vous fafliez bouillir Ôt réduire cette folution, lorfqu’elle fera épaiflie, fuivant les réglés de l’art, ce fera du vitriol de mars. Boerhaave.
- 6°. Expofez pendant plufieurs jours des lames de fer à la rofée du matin, ou à de l’eau de rofée, vous les verrez petit-à-petit couvertes de rouille. Otez-la, ôc expofez de nouveau à la rofée les lames de fer ; continuez même jufqu’à ce que vous ayiez la quantité que vous defiriez de rouille, ou de fafran de mars. Cette préparation eft la meilleure de toutes. D’autres fe contentent d’ex-pofer les lames de fer Amplement à l’eau de pluie. Lémery.
- 7°. Mettez de la limaille de fer dans un pot de terre non verniffé, ôc expofez-la à l’eau de pluie jufqu’à ce quelle forme une elpecede pâte : mettez enfuite le pot dans un lieu fec, ôc à l’ombre ; le fer fe réduira enrouillé, que vous pulvériferez. Expofez-la de nouveau à la pluie, jufqu’à ce quelle acquière une certaine confiftance épaiffe ; après quoi remettez le pot au fec Ôc à l’ombre, pour avoir encore de la rouille. Vous pourrez répéter cette opération jufqu’à 12 fois. Alors la limaille fera aflez réduite en fafran. Au lieu d’eau de pluie, on peut fe fer-vir d’eau de miel. Lémery.
- comme du beurre, dans un vafe plein d’eau 8°. Faites une leffive de cendres d’herbes que l’on tient deffous. Enfuite on expofe la apéritives, telles que le chardon bénit, la matière fondue à un feu de réverbere , juf- fumeterre, l’aigremoine, l’abfinthe, ôcc. Ver-qu’à ce quelle foit changée en une poudre fez cette leffive, ou pour mieux dire, partie rouge. VdLENTiN. d’icelle, fur la limaille que vous ferez fécher :
- p.147 - vue 152/218
-
-
-
- î4s SAFRAN APÉRITIF arrofez-la enfuite de la même leflive, jufqu’à ce que la limaille foit changée en une poudre jaunâtre ôc fubtile , que Ton peut tenir quelque temps au feu de réverbere, pour lui faire prendre une couleur rouge. F'edelius enfeigne la maniéré de compofer ou préparer le fafran de Mars, emménagogue fpéci-fique j en faifant dilfoudre du borax dans de l’eau de mélifle ôc d’armoife, dont on arrofe le fer à plufieurs reprifes, jufqu à ce qu’il foit réduit en fafran. Hoffmann.
- 5>°. Prenez deux drachmes de limaille de fer, que vous mettrez dans un vafe de verre un peu élevé, ôc que vous arroferez d’eau-forte , goutte à goutte. Lorfque l’ébullition ceflfera, Ôc que la limaille commencera à fe dilfoudre, vous remarquerez que le verre s’échauffe, que la liqueur écume ôc rend une mauvaife odeur ; enfin, que l’acier fe diffout de plus en plus. Laiffez la matière en digef-tion pendant la nuit, Ôc faites enfuite évaporer jufqu’à ficcité, vous aurez une poudre rougeâtre, qui rougit encore, 6c devient une poudre de fafran infipide, fi vous la mettez dans un creufet au feu de réverbere. Voici comment il faut faire effuyer le feu de réverbere à cette efpece de chaux. On doit, après qu’elle eft bien feche , la mettre dans un crêiifet que l’on pofera fur les charbons ardents, enforte que la flamme frappe l’intérieur du creufet : lorfque la fumée fera paf-fée, tenez votre creufet dans le même degré de feu, 6c remuez fans difcontinuer la matière avec une baguette de fer, jufqu’à ce que vous jugiez quelle l’a été fuffifamment. Après cela, retirez la chaux en queftion, 6c pulvérifez-la comme de la fine fleur de farine , qui doit être legere , rouge, 6c infipide. C’eft ce qu’on appelle du fafran de Mars apéritif. Collect. de Leyde.
- io°. Prenez du fafran préparé, comme nous venons de le dire ; fondez du falpêtre dans un creufet, 6c mettez-y de ce fafran à différentes reprifes, puis laiffez-les enfemble en fufion pendant une demi-heure : verfez-les enfuite, ôc féparez le nitre du fafran ; après quoi, faites lécher ce dernier, 6c pul-vérifez : vous aurez le fafran de mars fubtil, 6c de couleur de pourpre. Collect. de Leyde, 6c Kœnig.
- i i°. Prenez la quantité que vous voudrez de vitriol d’acier préparé avec l’huile de vitriol. Calcinez-le d’abord à un feu doux que vous augmenterez enfuite ; la matière doit être dans un pot de terre à fond plat. Pouffez le feu jufqu’à ce que vous ayez une poudre rouge. Collect de Leyde.
- 12°. Mettez du vinaigre diftillé, 6c le plus fort, dans un vafe de terre à col étroit, dans lequel vous fufpendrez une lame d’acier. Mettez enfuite le vafe au bain de fable : les vapeurs raferont la lame fufpendue, qu’il
- DE FER OU D'ACIER. faudra nettoyer pour en détacher la rouille, ou le fafran, qui y eft furvenu.
- 43°. Prenez une once de vitriol faêlice, foit de fer, foit d’acier; faites-la dilfoudre dans une quantité d’eau fuflifante, enfuite précipitez la folution par le moyen d’une demi-once d’huile de tartre par défaillance. Il fe précipitera en premier lieu une poudre blanche, qui, édulcorée 6c féchée plufieurs fois, prendra une couleur rouge. Collect. de Leyde.
- Au refte, à l’aide de l’efprit de fel, ou de fel ammoniac, on fait un fafran de mars très-fubtil, qui devient fixe lorfqu’on emploie l’huile de vitriol, l’efprit de nitre, 6c l’eau-forte,
- III.
- Du fafran ajlringent de fer ou d'acier.
- i°. C’eft avec le fecours d’un feu violent de réverbere, que l’on parvient à faire du fafran de mars aftringent. Kunckel le prépare en mettant dans un pot de terre de la limaille de fer, de l’épaiffeur du doigt, couvrant bien exaêfement le pot, 6c le mettant à un feu très-violent, dans un fourneau de cémentation. Le fer s’enfle , 6c par fublima-tion, il s’élève une fleur rouge 6c très-tendre. On enleve cette fleur, 6c on continue de faire agir le feu de réverbere fur la limaille , 6c de réitérer l’opération, jufqu’à ce qu’on ait une quantité fuflifante de fafran. K®nig.
- 2°. On fait très-facilement ôc avec le feul feu de réverbere, du fafran aftringent. Pour cela, il faut placer les lames d’acier dans le four, de maniéré que la flamme les puifle toucher de toutes parts. Si l’on continue pendant quelques jours la calcination, on verra fur la furface des lames d’acier, un fafran léger 6c très-beau, que l’on détachera avec une patte de lievre , lorfqu’il fera refroidi.
- Si vous ne voulez pas brûler des charbons pour cette opération particulière, il n’y aura qu’à placer tranfverfalement vos lames d’acier dans un four de verrerie, ou les placer deflus 6c defîous la retorte dans un four deftiné à la diftillation de l’huile de vitriol.
- On trouve aufli de ce fafran chez les Ouvriers en fer, qui ont foin de le ramafler fur les morceaux de fer, qu’ils expofent à un feu très-violent.
- D’autres ajoutent du fel commun à la limaille de fer, ou la font dilfoudre dans l’eau-forte , puis la tiennent au feu de réverbere, jufqu’à ce qu’il s’élève au-deflus un fafran, aufli rouge que léger. Hoffman in Laborat.
- 3°. Rolfincius le prépare en mettant du fafran de Mars fucré dans un creufet, avec un peu d’efprit de vitriol ou de foufre. On le fait encore par le moyen d’une légère calcination :
- p.148 - vue 153/218
-
-
-
- S A FR A N ASTRINGE NT nation : il eft bon de remarquer qu a la calcination , il augmente de poids.
- 4°. Prenez du foufre préparé, comme nous l’avons dit au nombre deux du paragraphe fécond de cette Claffe ; lavez-le cinq a fix fois dans du fort vinaigre ; ôt à chaque lotion, laiflez-le pendant une heure en digef-tion ; calcinez-le enfuite dans un fort feu ou fur une tuile creufe, ou dans un pot de terre, ôc cela pendant l’efpace de cinq ou fix heures ; après quoi laiffez-le refroidir, ôt confervez-le avec foin : plus le fer eft calciné , plus il eft aftringent. Dans les fourneaux de diftillation de l’eau-forte , fi elle a duré long-temps Ôt a été faite à un fort degré de chaleur , on voit fur les lames de fer qui portent la retorte, une poudre fubtile , fine, rouge ou brune , qu’on peut aifément en détacher : lavez cette poudre dans de l’eau bouillante, ôt faites fécher. Lemery.
- f. Mettez du vitriol de mars dans un creu-fet, pour le faire fécher. Si-tôt qu’il eft fec, il perd fa couleur verte, ôt fe change en une poudre blanche , ou bien il fond, ôt fe met en une maffe folide , ôt enfuite en cendres, qui s’appellent du vitriol de Mars, calciné au blanc. Si on pouffe cette cendre à un plus grand feu, elle fe changera en une poudre rouge, qui s’appelle colchotar de vitriol, ou chaux rouge. Si on fait fouffrir un feu de la derniere violence à cette chaux ainfi préparée , ôt que l’on appelle fafran ajlringent du vitriol de Mars, elle fe tourne en véritable fer. Boerhaave.
- Si l’on met cette chaux rouge du vitriol de Mars fur une lame de verre, ôt qu’on l’expofe en plein air,alors elle attire l’humidité comme le fel alkali fixe, Ôt tombe en deliquium fous la forme d’une huile rouge : on l’appelle en ce cas huile de vitriol de Mars par défaillance.
- 6°. Faites fondre du falpêtre dans un creu-fet, mis fur des charbons ardents ; lorfqu’il fera en fufion, mettez-y des petits morceaux de fer, autant qu’il en pourra tenir ; tenez le tout fur le feu : bientôt le falpêtre s’enflammera. Retirez alors le creufet, Ôt édulcorez la poudre dans l’eau chaude : le fer reftera au fond du creufet. Après avoir remué l’eau, laiffez-la pendant 24 heures, vous trouverez au fond une poudre rouge : lorfqu’elle eft féchée, le poids d’une drachme fuffit pour emplir la main. Collecl. de Leyde.
- 70. Il y a encore une autre méthode pour tirer du fer ôt de l’acier, un remede aftrin-gent. Verfez fur de la limaille de fer de l’ef-prit de fel de l’épaiffeur de trois ou quatre doigts, Ôt laiffez le tout en digeftion, jufqu’à ce que l’effervefcence foit paffée , ôt que la limaille foit devenue douce. Faites évaporer a moitié, ôt ajoutez-y parties égales de fucre de Saturne : mettez le tout dans une retorte, t oURNEAUx, f. Section,
- DE FER OU D’ACIER. H9 ôt faites fécher à un feu doux, fans quoi il y aura ébullition , Ôt la matière emplira toute la retorte. Lorfque la matière eft entièrement delféchée, on a une maffe de couleur rouge, que l’on enferme, avec foin, dans un lieu fec, de crainte quelle n’attire l’humidité de l’air.
- 8°. Le fel facilite la calcination ; c’eft pour cela que quelques-uns arrofent d’abord le fer avec de l’urine d’enfant ou de l’eau fa-lée, ou du vinaigre : on le fait enfuite fécher , après quoi, on le met à la calcination. Par ce moyen , on a du fafran de Mars en un ou deux jours ; ôt de crainte qu’il ne fe diflipe ôt ne fe noircifïe, il faut l’efluyer ou le nettoyer tous les jours. Lorfqu’il y a quelques parties qui ne font pas allez calcinées , ‘ on peut verfer de l’eau defliis, remuer ôc laiflfer le fafran fe précipiter au fond : en décantant l’eau , on aura un fafran très-léger.
- Pour en faire une grande quantité, qui coûte peu, ôt que l’on puilfe donner à bas prix, il faut faire la calcination de la limaille dans un four à potiers ou à briques : ôt fi dès la première fois la poudre n’eft pas aflez fine, on en fera quitte pour la mettre à une fécondé fournée. On peut encore, pour la calcination dont il s’agit, profiter du feu del-tiné à la diftillation de l’efprit de vitriol ou de nitre, en plaçant fur le ventre de la retorte , une tuile ou une mince lame de métal, chargée de limaille. Dans ce cas, comme le fer calciné prend un petit goût de vitriol , pour l’en dégager ôt en faire un remede aftringent, il faut laver la poudre dans de l’eau. Barchusen,
- S. IV.
- De la maniéré de préparer le Safran de Mars pour ïufage de la Verrerie.
- Le fafran de Mars eft très-utile pour la verrerie , fur-tout pour colorer le verre. C’eft ce qui a déterminé Kunckel, Neri, Meret ôt autres, à donner des méthodes pour en préparer, qui foit non-feulement du meilleur ufage, mais encore capable de procurer les plus belles couleurs : ce motif d’utilité m’a engagé à rapporter ici féparément leurs différentes méthodes , qui d’ailleurs fe reffemblent en bien des points.
- Après la calcination du fer, la teinture que l’on en tire ôt qui eft très-rouge dans le verre, agit tellement, que non-feulement elle fè manifefte lorfqu’elle eft appliquée fur le verre, mais encore qu’en décélant toutes les autres couleurs métalliques qui y étoient cachées , elle leur donne de l’éclat ôc de la beauté. On peut donc regarder cette teinture comme le furet des autres métaux,
- pP
- p.149 - vue 154/218
-
-
-
- P RÉP ARAT10 N DU SAFRAN DE MARS, *Cc: *
- quelle met à découvert. Neri enfeigne quatre procédés pour fe la procurer.
- i°. Prenez de la limaille de fer, ou pour le mieux d’acier , que vous mêlerez avec trois parties de foufre en poudre , Ôc que vous calcinerez dans un creufet. Vous brûlerez tout le foufre, ce qui ne durera pas longtemps , ôc tiendrez le creufet pendant quatre heures fur les charbons ardents. Retirez en-fuite le creufet, pulvérifez la matière, ôc tamifez-la par un tamis fin ; remettez après cela la poudre dans un large creufet, fur lequel vous luterez un couvercle, ôc placez-le dans un four de verrerie, proche de l’ouverture , qu’on appelle ochio ; laiffez-l’y au moins pendant quinze jours ; la matière, qui étoit prefque rouffe , y prendra un rouge éclatant j prefque pourpre : confervez-la foi-gneufement dans un vafe fermé, Ôc fervez-vous-en pour teindre le verre, où elle produira plufieurs effets admirables.
- 2°. Prenez de la limaille de fer, ôc encore mieux d’acier , que vous mettrez dans des pots de terre, ôc que vous arroferez de fort vinaigre, jufqu’à ce que toute la limaille foit bien détrempée. Etendez-la enfuite dans un vafe, ôc faites-la fécher au foleil ou à l’air. Lorfqu elle fera féchée , écrafez-ia ; car elle fe fera mife en globules ; ôc arrofez-la une fécondé fois de nouveau vinaigre , puis fé-chez ôc pulvérifez comme ci-devant : recommencez l’opération jufqu’à huit fois. Lorfque la limaille aura été bien pulvérifée Ôc p allée par un tamis fin, vous aurez une poufïiere très-fubtile, couleur de brique pilée , que vous renfermerez avec foin dans un vafe bien bouché, ôc que vous emploierez à colorer le verre : le fafran de Mars, ainfi préparé, donne au verre une couleur de rouge foncé comme du fang.
- 3°. Mettez dans un vaiffeau de terre ver-niffé, de la limaille de fer ou d’acier, que vous arroferez avec de l’eau-forte, puis laiffez-lafé-cher au foleil : après cela,pulvérifez,remettez de l’eau-forte, féchez ôc réitérez cette befo-gne plufieurs fois. Lorfque la matière aura pris une couleur prefque rouffe, comme il arrive au fafran de Mars, fait avec du foufre, il faut la pulvérifer , la tamifer, ôc la confer-ver pour teindre le verre. Avec du fafran, ainfi préparé, la couleur du fer fe développe à un point qui n’eft pas croyable , comme il eft aifé de s’en convaincre par le verre.
- 4°. Dans un vaiffeau de verre bien bouché , faites diffoudre de la limaille d’acier ou de fer, par l’eau régale préparée à l’ordinaire , avec du fel ammoniac. Laiffez ce mélange pendant trois jours, ayant foin de le remuer tous les jours. Il eft bon d’avertir qu’il faut mettre la limaille peu-à-peu, parce qu’elle fe gonfle confidérablement. Sans cette précaution, le verre feroit en danger
- de caffer, ou la diffolution s’échapperoit par-deffus les bords. Au bout des trois jours, faites évaporer l’eau à un feu lent ; vous rou-verez au fond du vaiffeau du fafran de Mars de la meilleure qualité , qui teindra le verre d’une façon à vous étonner, Ôc que vous con-ferverez pour le befoin : tels font les procédés de Neri, extraits de fon Ouvrage intitulé £ Art de la Nzrrerie.
- 5*0. Toutes ces méthodes font très-bonnes fans doute : il faut cependant leur préférer, celle qui peut procurer la teinture de fer , fans l’addition d’aucuns corps étrangers. Mettez dans un pot de terre de la limaille de fer ou d’acier, de l’épaiffeur d’un doigt feulement, Ôc mettez ce pot dans un foyer de calcination, foit au cendrier, foit à la flamme. Le deffus de la limaille rougit à merveille, Ôc s’enfle au point que, non-feulement il emplit tout le pot, mais encore qu’il en fait fauter le couvercle. Il faut enlever cette efpece d’écume ferrugineufe ; après quoi, la limaille qui eft reftée au fond s’enfle de nouveau. On recommence cette opération jufqu’à ce que l’on ait une quantité fuffifante de teinture de fer, qui, fuivant cette méthode, eft excellente. Cependant, l’Auteur n’ofe affurer que ce fafran de Mars, ainfi préparé, foit d’un auffi bon ufage pour la teinture du verre, que celui fait avec du vinaigre : car l’un ôc l’autre donnent des couleurs différentes. Kunckel.
- 6°, Les préparations du fafran peuvent fe réduire aux trois principales, que voici : i °. A la Ample calcination au feu de réverbere, fans addition d’aucuns mélanges. Telle eft celle qui arrive naturellement aux barres de fer qui foutiennent les fourneaux : c’eft par cette raifon que celles d’un fourneau où l’on travaille continuellement à diftiller l’eau-forte , fourniffent la meilleure teinture de fer, en fe diffolvant petit-à-petit en fafran de Mars, dont on peut ramaffer une affez bonne quantité en raclant les barres. 2°. A la même calcination au feu de réverbere, avec addition de fel, de foufre, d’urine, ou de vinaigre. 3°. A la diffolution dans l’eau-forte, l’eau-régale, ôc l’efprit de fel ou de nitre. Toutes ces matières, après l’évaporation de la partie aqueufe, procurent un fafran de Mars très-rouge. Le fer diffous dans de l’efi-prit de vitriol ou de foufre, devient un véritable vitriol de Mars, prefque femblable, en bonté, à celui qu’on nous apporte d’Angleterre , quoique cependant un peu inférieur en force à ce dernier, pour la teinture ôc la médecine. En calcinant ce vitriol, on fait le colchotar affez femblable au vitriol ordinaire , ôc qui peut fournir aux Peintres de quoi compofer une couleur fauffe. Elle n’eft d’aucun ufage dans la verrerie, parce que le colchotar eft mêlé de parties terreftres, qui
- p.150 - vue 155/218
-
-
-
- PREPARATION DU SAFRAN DE MARS, SCc
- rendent le verre craffeux & obfcur. Pour ce qui regarde la teinture de Mars , tous les acides , tous les fucs corrofifs , tout ce qui agit fur le cuivre , a fur le fer la même aêfion, de façon néanmoins qu’agiffant fur le fer , ils produifent toujours une couleur rouge, excellente , & plus ou moins brillante, d’un grand ufage pour nuancer les couleurs, ôc que l’on peut différemment mélanger avec les autres couleurs métalliques. C’eft ainfl que le fafran de Mars, fait avec du vinaigre, convient à la couleur verte ,. à celle d’émeraude, & au verre de plomb : on l’ajoute aufli quelquefois au verd-de-gris. Pour avoir un beau rouge, il faut du fafran de Mars fait avec le foufre : pour l’avoir encore plus beau, il faut qu’il foit fait avec l’eau-forte. Au refte, comme le vitriol de Venus eft une magnifique couleur qu’on tire du cuivre, de même la première & la plus belle couleur que donne le fer ou l’acier, eft celle qui fe fait avec l’eau-régale, ce qui provient fans doute de l’addition du fel ammoniac, ou parce que la diffolution eft plus parfaite. Meret dans fon Ouvrage fur l’Art de la Verrerie de Nery.
- 7°. Suivant Stahl, fi on réduit en verre noir, qui, caffé en petits morceaux ne paraîtra plus que de couleur obfcure , de la mine de fer par l’intermede de la litharge & du caillou , ou bien avec le fecours du minium, de la cérufe & des pyrites , ou enfin avec le fable de riviere, on fe procurera un verre de gradation (r). Pour cela, il faut qu’un Chy-mifte prudent, en mettant la dofe convenable, ait attention , i°. que fon verre fbit affez fluide : 20. qu’il refte long-temps en bain, avec le métal le plus noble. S’il s’é-paifïit, il doit ajouter dans le moment ce qui convient pour le rendre liquide, & l’y tenir très-long-temps : tout cela bien entendu & bien exécuté, il doit s’affurer qu’il poffede un grand tréfor. Stahl.
- 8°. On peut fe procurer une affez grande quantité de fafran de Mars dans les fourneaux , où on fublime le foufre, & où les retortes, dont on fe fert, font de fer. Après l’opération, on trouve toujours le dedans de ces retortes, rongé par l’acide du foufre ; & en récelant le dedans, on peut aifément fe procurer une certaine quantité de fafran de Mars ; d’autant plus, qu’après la fublimation achevée, les retortes font corrodées au point qu’elles ne peuvent plus fervir à rien : c’eft une chofe que l’on peut voir à Dylta en Suede.
- 9°. Le fer peut de lui-même fe changer en fafran de Mars, par l’addition du foufre & de l’eau. Si l’on prépare beaucoup de ce mélange à la fois, il s’enflamme d’ordinaire ;
- & à ce moyen le fer fe calcine de lui-même, & fe change en une efpece de fafran de Mars : mais fur cela confultez mon Traité du Soufre.
- Comment on fait une couleur rouge avec les fediments SC les refes du vitriol :
- à Dylta en Suede.
- Cette couleur rouge, que l’on prépare fur-tout avec le vitriol de Mars, approche beaucoup du fafran que l’on tire du fer : cette affinité de leurs couleurs rouges , me détermine à dire quelque chofe de l’origine de celle qui fe fait avec le vitriol.
- On la prépare, tant avec les fédiments des vafes & creufets, qu’avec la matière même , qui s’épaiffit lorfqu’on réduit le vitriol. On met cette matière dans une auge quarrée de bois, ou dans une auge, & on la remue fans relâche. L’eau trouble que l’on en fait découler, eft reçue dans un autre vaiffeau de bois ; &. lorfque la partie la plus groffiere eft précipitée , on fait encore couler l’eau dans un autre vaiffeau, & de-là dans un grand réfer-voir, garni de planches , duquel toute l’eau s’échappe. On trouve au fond une matière fubtile, que l’on calcine enfuite pour fe procurer la couleur rouge dont il s’agit. Four qu’il n’y ait rien de perdu, on peut délayer la terre qui doit donner du vitriol, avec la dernière eau dont nous venons de parler, au lieu de fe fervir de celle qu’on trouve dans les minières : l’une & l’autre font également propres à cet ufage. La matière qui fert à faire cette couleur rouge, doit être très-fine : elle eft couleur de brique, & a le goût de vitriol. On en forme des boules groffes comme le poing, & on les place dans un long four de réverbere fublimatoire, ou bien éans un de ceux où on fublime le foufre ; le même feu, qui fert à la fublimation, fert auffi à calciner ces boules, qui, au bout de 24 heures acquièrent une couleur très-rouge. Voyez la conjlruclion de ces fours dans mon Traite du Soufre. Il y a dans l’intérieur un endroit élevé comme un fiége ou un efcalier. Derrière eft la porte qu’on ouvre ou que l’on ferme, fuivant le befoin : c’eft par cette porte que l’on introduit, dans le four, les boules à calciner. On dit qu’aujourd’hui, au lieu d’un fiége, il y en a deux, au moyen de quffi, avec le même feu & dans le même efpace de temps, on fe procure une plus grande quantité de couleur rouge qu’auparavant. Il faut obferver que de temps en temps, on doit retourner ces boules, fans quoi la grande ardeur du feu les coaguleroit en gros morceaux, quoique, fuivant ce qu’on en dit, ces
- ( 1 ) C’eil-à-dire, propre à donner aux verres teints la nuance que l’on juge à propos.
- p.151 - vue 156/218
-
-
-
- '(
- iC2 PRÉPARATION DU SAFRAN DE MARS, SCc.
- gros morceaux foient d’une aufli bonne qualité que les petits.
- Dans la Scanie y en Suède.
- Aujourd’hui , dans les manufadures d’a-ïun , établies dans la Scanie, on ne fait plus une fi grande quantité de couleur rouge qu autrefois : on fe contente d’en faire quelque peu , pour les ufages économiques. On trouve un lédiment ou une efpece de lie, appelléeflanun, au fond des vaiffeaux à rafraîchir , Ôc du réfervoir où tombe l’eau qui a fervi à laver l’alun. Deux ou trois fois l’année, on nettoye ces vaiffeaux ôc le réfervoir, Ôc on porte, loin de la manufadure , les fé-diments qui étoient au fond. Des Ouvriers en font ordinairement-des boules , qu’ils jettent dans le feu , fous des chaudières de plomb, où elles acquièrent la couleur rouge, au moyen de leur calcination. Ces boules ont , pour l’ordinaire, un demi-pied de diamètre. On n’en met que trois à la fois dans le feu, Seau moyen des charbons ardents dont on les entoure, elles font calcinées en huit heures de temps : on dit que cette terre rouge eû plus fine, Ôc de la meilleure qualité. Il y a quelques années qu’on bâtit un four de réverbere , defliné à ce genre de travail* Il avoit près de 8 pieds de long, f pieds 3 pouces de large, Ôc 2 pieds 7 à 8 pouces de haut. L’épaiffeur des murs Ôc de la voûte étoit de près de 2 0 pouces, ôc au fond, de 27 pouces. L’ouverture du devant avoit 17 pouces de haut, autant de largeur , ôc près de 20 pouces de long , avec des regiffcres pour donner l’air : la flamme frappoit à merveille la matière qui y étoit expofée. En deux jours, on pouvoit y calciner 12 à ï 3 tonnes de colchotar ou couleur rouge, pour lesquelles on brûloit une me-fur# de bois de trois coudées. Au furplus, on prétend que plus les boules que l’on cal-cinoit avoient été long-temps expofées à l’air, mieux elles étoient difpofées à recevoir la couleur rouge, parce que plus la partie alumineufe avoit été dégagée à l’air, plus la couleur étoit foncée ôc rouge : on humede avec de l’eau ces boules de vitriol ou de fédiments vitrioliques , avant que d’être expo fés à la calcination.
- A Gejer.
- Lorsque la leflive de vitriol a été chauffée dans la première chaudière, avant que de la paffer dans une fécondé, on trouve ordinairement au fond une matière groffiere de couleur jaune , après que le deffus de cette leflive, qui eû limpide , a été tranfvafée : on jette cette lie épaiffe dans un vaiffeau de bois, ôc on la conferve pour s’en fervir. A la longue, elle s’y épaiffit, ôc y prend la con-
- fiûance d’une argile molle. En cet état, on la met dans de vieux vaiffeaux, même dans ceux qui ont fervi aux leffives du vitriol ; on la calcine enfuite dans un four de Potier, où elle acquiert un rouge foncé couleur de fang, ôc fembkble au cinnabre : on pulvérife enfin cette terre rouge, Ôc on la met dans des barils pour la vendre.
- i i. V.
- Du Safran de Mars vitriolé & Jucré1
- On fait le fafran de Mars vitriolé, foit avec du vitriol de Mars artificiel, calciné dans un creufet jufqu’au rouge, foit avec ce qui relie fur le filtre , lorfqu’on a paffê la diffolution de Mars, pour préparer le fafran dont il s’agit, après l’avoir mis dans un creufet, ôc l’avoir expofé à une légère calcination. Dans Tune ôc l’autre efpece,ce font les parties d’ochre Ôc de foufre, qui, répandues dans le fei de vitriol forment ce fafran. Hoffmann 9 dans fon Laboratoire.
- Prenez du vitriol à diferétion, Ôc faites-le diffoudre dans de l’eau commune : faites-le enfuite bouillir, ôc dans la liqueur bouillante , plongez des lames de fer, que vous j laifferez, jufqu’à ce que vous les voyiez chargées d’une efpece de limon rouge. Alors retirez-les de l’eau bouillante , ôc ôtez-en l’enveloppe rouge, que vous ferez tomber dans un vaiffeau propre, Ôc à moitié plein d’eau: elle gagnera le fond fous la forme dira fédiment rouge. Replongez enfuite ces lames de fer dans l’eau de vitriol, que vous ferez bouillir fur le champ. Après les avoir retirées , vous en détacherez le limon rouge, ôc vous recommencerez l’opération, jufqu’à ce quelles ne donnent plus de ce limon, que vous tirerez de l’eau, ôc ferez fécher ; alors vous aurez une poudre rouge, ôc en jettant tout ce qui peut s’y trouver de noir ou d’impur , vous ne ramafferez que la rouge, que vous mettrez dans de l’efprit de vin bien rédifié, pour la conferver ôc l’employer dans le befoin : c’eû ce qu’on appelle foufre vitriolé de Mars. Voyez à ce fujet Pierre-Marie Canepar, dans fon Livre Jur les Encres.
- Pour faire le fafran de Mars fucré, prenez des lames de fer larges ôc minces ; enduifez-les 2 ou 3 fois , même plus fouvent à votre volonté , d’efprit de vitriol, ôc pofez-les fur quelques morceaux de verre creux. Au bout de quelques jours, vous y verrez une effloref-cence de fafran blanchâtre, que vous ôterez doucement, ôc que vous ramafferez, tant que ces lames de fer, de nouveau enduites d’efprit de vitriol, pourront donner de ces efflorefcences de fafran. Hoffmann , dans fon Laboratoire,
- §. VL
- p.152 - vue 157/218
-
-
-
- DU SAFRAN DE MARS FAIT AVEC L'ANTIMOINE. iS3 §. VI.
- Du Safran de Mars fait avec (antimoine.
- Prenez une partie de fafran, ôt fondez-ia lentement avec deux parties d’antimoine, en ajoutant dès le commencement ou pendant la fufion , une huitième ou une dixième partie, foit de fel de tartre , foit de cendres gravelées purifiées ; aufïi-tôt que le tout fera fondu , coulez le régule , avec fes fcories, qui jettent quelques foibles étincelles de couleur brune ; foit que vous laifïiez le tout en mafle , ou que vous le cafÏÏez , pour plus de commodité , en différents morceaux ; foit que vous l’expofiez à un air humide, à l’ombre ou dans une cave, il tombera promptement en une poudre blanche. Vous remuerez fortement cette poudre dans de l’eau froide ou tiede, de façon que fes parties fe féparent, Ôt que les plus légères, qui furna-geront, s’écoulent avec l’eau , tandis que les plus groflieres relieront au fond. Vous recommencerez ce lavage, jufqu’à ce qu’il ne fe perde plus avec l’eau aucunes parties légères , dont il fort une petite quantité , par proportion à celles qui refient dans le fond du vafe. Voici quelles font les différentes qualités de ce s deux fubflances : La plus légère , fans aucune addition, acquiert , après un foi-ble grillage, un rouge clair : ôt l’autre , par le même procédé , une couleur de pourpre, tirant fur le noir. Les parties légères, qui ont été tranfvafées en écoulant l’eau, verfées fur le triple de nitre en détonation , dans un creufet un peu rouge, après l’édulcoration, donnent une poudre d’un beau rouge, comme la plus belle fanguine. La fécondé , après le même procédé,donne une poudre plus obf-cure ôt plus noire. Tiré du Docteur Stahl , par Hoffman 3 dans Jon Laboratoire„
- 2°. Prenez parties égales de nitre & de régule Martial. Après les avoir pulvérifées, mettez-les enfemble, ôt fucceffivement dans un creufet médiocrement rouge. Lorfque tout y fera, fi le mélange paroît mou ôt pul-tacé, ajoutez-y une partie du même régule pulvérifé , jufqu’à ce que , après avoir augmenté le feu, le mélange foit dur. Laiffez-le au feu pendant une heure ou deux, prenant garde qu’il ne tombe dedans quelques charbons. Otez enfuite le creufet, caffez-le, détachez-en la matière , pendant quelle eft encore chaude, ôt ferrez-la dans des vafes de verre , qu’il faut boucher exactement : il y a plufieurs obfervations à faire fur ce fel. La preuve qu’il faut attribuer ce qu’il a de cauflique au foufre Martial , c’eft qu’il efl certain. qu’un régule d’antimoine pur , ne donne jamais de pareil fel, dont voici les propriétés fmgulieres : il efl blanc à la vue, Fourneaux3 f. Section,
- avec quelques nuances de verd ou de bleu, comme tous les autres alkalis bien calcinés ; ôt quoiqu’il contienne beaucoup d’une fubf-tance pulvérulente, comme la cérufe du régule martial , il efl cependant également brillant ôt tranfparent. On conclud qu’il eft très-fixe , de ce que après avoir été calciné pendant plufieurs heures, ôt enfuite mis en fufion à un feu très-violent, il n’a point perdu de fon poids lorfqu’il eft refroidi. Ce fel eft fi cauftique, que le moindre petit grain, légèrement humeêté, s’échauffe prodigieufe-ment ; ôt que fi on en approche la langue un moment, c’en eft allez pour exciter la fali-vation pendant plufieurs jours. Quelquefois, pour badiner, on s’amufe à en gibier dans la aume de la main de quelqu’un, un petit rin qui foit fec, A la plus petite humidité qu’il contracte, il s’enflamme & brûle comme feroit un charbon ardent. Au refte, il faut le garantir foigneufement du contaét de l’air ; car s’il tombe en défaillance , ou qu’il fe diflolve par l’addition d’eau commune, il fe précipite une grande quantité de poudre blanche ; Ôt quelle que foit l’attention qu’on apporte à féparer le fel de cette poudre, il n’eft plus aufîi cauftique qu’il l’étoit auparavant. Dans l’efpace de quelques heures, il donne à l’efprit-de-vin une couleur de fang très-foncé ôt un goût cauftique : il y produit encore l’effet fmgulier d’en chaffer les parties fpiritueufes , quelque rectifié qu’il foit, ôt de le réduire en peu de temps à près de moitié, c’eft-à-dire, à la partie phlegmati-que. Ce fel cauftique eft infufible par lui-même dans le feu le plus ardent : mais par le feul contaêt d’un charbon allumé, il fond fur le champ. Si on prend de ce fel, ôt qu’on le mette en fufion dans un creufet, en y ajoutant un charbon, le fel deviendra obfcur, & perdra toute fa caufticité : on n’aura plus qu’un régule grofïier, relativement au fel ôt au charbon employés, qui fera raboteux & devenu volatil, à caufe de l’addition des parties fiilfureufes du charbon , un régule enfin qui fera impur, par comparaifon , avec fa première pureté. Stahl dans fon Ouvrage des fondements de la Chymie dogmatique.
- $. VII.
- Mars Diaphorétique.
- i°. On le fait en prenant parties égales de limaille de fer ôt d’antimoine , que l’on pul-vérife Ôt que l’on réduit en fcories, en les remuant continuellement fur le feu, pour empêcher qu’il ne fe précipite un régule. Il faut enfuite pulvérifer ces fcories, lefquelles, par l’addition de l’efprit de fel ôt enfuite de l’eau commune, donnent du vitriol, dont on peut extraire de l’efprit, ovi pour mieux dire
- p.153 - vue 158/218
-
-
-
- MARS DIAPHORETIQUE»
- i 5*4
- la meilleure effence Martiale. Faites détonner cette poudre dans un creufet rouge ôt enflammé , en y ajoutant trois fois autant de nitre ; ôt après la détonation, il faut verfer la matière toute chaude , pour en féparer le nitre, l’édulcorer, ôt la réduire fur le por-phire en une poudre très-fine, qui eft de couleur de foie : ce qui lui a fait donner le nom de he^oard martial jaune. K<enig.
- 20. Prenez deux onces de fer ou d’acier, ôt mettez-les dans un creufet rouge. Lorsque le fer ou l’acier fera bien chaud, il y faudra ajouter quatre onces d’antimoine pul-vérifé. Tenez le mélange au feu de fufion pendant une heure, ou jufqu’à ce que le fer ' fondu, avec l’antimoine, Toit bien liquide» Cela fait, ajoutez une ou plufieurs parties de nitre, afin que la matière fe mette encore mieux en fufion, ce dont on peut s’affurer avec un crochet. Tirez enfuite le creufet du feu, Ôt faites-le refroidir , avec précaution , pour que le régule fe précipite. Lorfque le creufet fera refroidi, caffez-le. A l’égard du régule, qui ne peut être encore affez pur, il faut le pulvérifer dans un mortier, ôt le refondre fur le champ dans un creufet, en y mêlant un peu de nitre.
- 3°. Mêlez enfemble une demi-drachme de limaille de fer, deux fcrupules de foufre, ôt trois de nitre. Après la détonation , ce mélange formera une malfe noire , friable , ayant l’odeur & le goût du foufre : ajoutez-y cinq fcrupules d’antimoine , deux de nitre, Ôt mettez le tout petit-à-petit dans un creufet , ôt édulcorez comme pour l’antimoine diaphorétique fimple. On peut encore donner à cet antimoine diaphorétique Martial, une couleur blanche par le procédé fuivant : Prenez de la limaille de fer à volonté , ôt arrofez-la plufieurs fois d’eau de pluie , afin de la réduire en une efpece de fubftance mucilagineufe. Faites-la enfuite fécher, après quoi vous la broyerez en une poudre fi fub-tile , que par l’addition de l’eau, elle paroît avoir augmenté dix fois de volume. Prenez parties égales de cette poudre ôc d’antimoine , que vous ferez détonner avec le nitre ; vous aurez enfuite de l’antimoine Martial, beau Ôt blanc. Kœnig.
- 4°. Prenez une livre de clous de fer, ôt une livre du meilleur antimoine ftrié de Hongrie ; mettez ces clous dans un creufet, que vous placerez dans un fourneau à vent, juf* qu’à ce qu’ils foient fondus ; alors, mettez fucceflivement, avec une cuilliere de fer, l’antimoine pulvérifé ; ôt pouffez le feu, juf qu’à ce que le tout foit en fufion , en ajoutant , en petite quantité, mais parties égales, de nitre ôt de tartre, & de nitre détonné ; coulez enfuite le mélange fondu dans un mortier de cuivre, chauffé, ôt pulvérifez le tout enfemble ; ajoutez à cette poudre trois
- fois autant de nitre fec : faites détonner > édulcorez ôt confervez pour les befoins, la poudre brune qui fera reliée fur le filtre. Kœnig.
- 5°. Outre le régule d’antimoine Martial, fait de i J § d’antimoine, 4 fi § de limaille de fer, 9 § de fel de tartre ôt de nitre, il y a des fcories très-noires, qui, pulvérifées ôt exactement mêlées avec trois fois autant de nitre , donnent après la détonation , l’édulcoration , ôt tout ce qui convient d’ailleurs pouf achever l’opération, un beau bezoard Martial, de bon fervice, ôt d’une couleur de canelle foncée. Si l’on expofe pendant quelque-temps ces fcories à l’air libre, qu’on en tire enfuite tous les Tels ôt le foufre, ôt qu’on faffe précipiter les foufres avec le vinaigre diftillé, en y en verfant jufqu’à faturation ; fi enfin , on achevé d’opérer, fuivant l’art, ces fcories donnent la terre foliée du tartre , combinée avec le foufre le plus fubtil de l’antimoine, qui eft d’un bon ufage. L’Auteur , dans la vûe d’épargner, confeille de prendre parties égales, par exemple, 3 § d’antimoine pulvérifé, avec autant de limaille de fer , ou même, à fon défaut, de mine de fer pulvérifée, ôt 18 g de nitre le plus pur & pulvérifé ; de les mettre fucceflivement , comme pour l’antimoine diaphorétique, dans un pot ou un creufet de terre commune , mais fort grand, à caufe des ébullitions con-fidérables, Ôt préalablement échauffé ; de remuer le mélange avec une Ipatule ; de le faire détonner ; ôt après avoir tiré fur les bords du creufetles fcories mal-calcinées, ôt les efflorefcences viciées par l’antimoine, de tranfvafer la matière qui eft reliée dans le creufet, Ôt de l’édulcorer ; car il relie toujours quelques parties groffieres du fer, qui ne font pas affez fondues , enforte que le ré-fidu peut avoir perdu fi 5 ou 1 § de fon poids. Il dit que l’antimoine qui relie , ôt qui dans le combat inopiné, lors de la détonation, s’eft fuffifamment mélangé ou faturé des parties ferrugineufes ôt nitreufes, ne cede en rien, ni pour la couleur, ni pour les effets, à l’autre qui coûte un peu plus à faire. Une chofe curieufe, c’ell que le bon poids, qui fe trouve manuellement fur cette poudre édulcorée, ne fe peut qu’à peine attribuer à l’humidité extérieure, attirée parles écoulements de la chaleur, ou aux parties détachées de la fpatule. Kœnig : mais fur tout cela, voyez mon Traité de £ Antimoine.
- 6°. Prenez du fafran de Mars ou de la rouille, Ôt du fel ammoniac ; mettez ce mélange dans une cucurbite, que vous placerez dans un petit fourneau d’effai. Bouchez le bas avec de l’argile, de façon que le feu ne puiffe s’infinuer dans le four, que par quelques petites ouvertures : couvrez la cucurbite de fon chapiteau, ôt donnez le feu, d’a-
- p.154 - vue 159/218
-
-
-
- REGULE DE FER OU D'ACIER.
- bord doucement, enfuite plus fortement, jufqu’à ce quelle rougiffe. Tenez-la dans ce degré de chaleur, jufqu’à ce qu’il ne monte plus de fumée. Laiffez enfuite refroidir le vaiffeau, ôtez le chapiteau , ramalfez les fleurs, ôt faites-les difloudre dans une quantité d’eau fufïifante : filtrez la difîolution, ôt verfez deffus, goutte à goutte , de l’huile de tartre, faite per defcenfum, ou de l’efprit de fel ammoniac : vous aurez un précipité au fond du vafe. Verfez par inclinaifon la liqueur qui fumage, ôt laiffez fécher le précipité. Lémery : mais fur tout cela, voyez mon Traité de ÜAntimoine.
- 5. VIH.
- Régule de fer ou d'acier.
- i°. Prenez chez les Ouvriers en acier, quatre onces de rognures d’acier, de la meilleure qualité, que vous ferez chauffer au blanc dans un creufet, pendant un quart-d’heure, à un feu affez violent ; ajoutez-y huit onces d’antimoine pulvérifé ; tenez le creufet dans le feu, jufqu’à ce que le mélange foit fondu ; jettez-y, de temps-en-temps, un peu de nitre pulvérifé, environ une demi-once , afin de faciliter la fufion, & de la rendre liquide comme de l’eau. Retirez du feu le creufet, donnez-lui quelques petits coups, ôt laiffez-le enfuite refroidir. Après l’avoir caffé, vous trouverez au fond une maffe mé-, tallique blanche, femblable au régule d’antimoine Martial. Les fcories font, au-deffus du régule qu’il faut pulvérifer, ôt fondre en-fuite , dans un nouveau creufet, la poudre qui en provient : on n’aura pas befoin d’un grand feu pour cela. Ce régule en devient plus pur ôt plus beau, fur-tout fi l’on y ajoute une petite pincée de nitre. C’eft ainfi que les Chymiftes font ce régule, & ils s’en fervent pour préparer le beurre martial ôt bézoardi-que : ils croient aufli, que lorfqu’il eft véritable, c’eft-à-dire, bien fait, il eft capable d’augmenter l’or Ôt l’argent, ainfi que de fixer le mercure. T elle eft la préparation du régule d’acier. Collecl. de Leyde.
- 2°. Mettez dans un creufet de vieux clous de fer, des feuilles de fer ou de la limaille , ôt expofez le creufet à un feu affez vif : lorf-que le tout fera chauffé au blanc , ajoutez-y deux cuillerées d’antimoine. ( Si vous avez pris de la limaille de fer, au lieu de feuilles de fer, alors il faut la pulvérifer, avec partie égale d’antimoine, ôt la mettre, cuillerée par cuillerée , dans le creufet qui doit être rougi par la flamme : après quoi, vous mettez le refte de 1’ antimoine, relativement à la quantité des clous employés. ) Couvrez le creufet de charbons, & foutenez le feu , jufqu’à ce que tout l’antimoine foit en bouillie ; alors, ajou-
- tez une pincée de nitre, ôt remuez avec une baguette de fer ; un moment après , mettez une fécondé pincée de nitre, enfuite une troifieme, une quatrième, jufqu’à ce que vous ayez employé autant pefant de nitre que vous avez mis de métal, c’eft-à-dire , qu’il doit y avoir dans le mélange, un tiers de métal, un tiers d’antimoine, & un tiers de nitre. Pendant ce temps, ayez foin de foutenir le feu. La matière en fufion, coulée dans un cône , donnera un régule, avec beaucoup de fcories brunes, ôt prefque tranf parentes. Si on les pulvérifé, qu’on les faffe bouillir dans l’eau, qu’on filtre la décoêtion pendant quelle eft chaude, qu’on édulcore le fédiment, ôt qu’on le mette au feu de réverbère , on aura un fafran 'de Mars ou de cuivre très-fubtil.
- Autrement, mettez dans un creufet du fel alkali de cendres, ou du nitre fixe , ou du fel de tartre , que vous ferez fondre à un grand feu, dans un creufet, jufqu’à ce quelles foient liquides ; plongez dans la matière en « fufion, les clous dont nous venons de parler ; & un moment après, mettez-y le double pefant d’antimoine , relativement au poids des clous. Faites fondre le tout à un grand feu bien entretenu : vous vous affurerez de la fufion, avec le fecours d’une baguette de fer. Alors, verfez la matière fondue dans un cône, ôt vous aurez un régule ôt des fcories, qui traitées, fuivant le procédé de l’article précédent, vous donneront de même un fafran métallique très-fubtil. Il faut remarquer que dans cette préparation le poids de l’alkali doit répondre à celui de l’antimoine, ôt que l’on ne doit mettre ce dernier que par petites cuillerées, ôt fucceflivement : autrement,. il s’échapperoit par-deffus les bords du creufet, lors de fon ébullition. Le Docteur Stahl.
- 3°. Prenez deux livres d’antimoine pulvérifé, que vous mettrez dans un creufet, avec une once de fer en limaille ou en petits morceaux , faites-les fondre ; ôt pendant ce temps, jettez-y, à différentes reprifes, deux onces de falpêtre ; coulez enfuite la matière fondue dans un cône, enduit de fuif ou de cire, vous trouverez au fond un régule, qu’il faut laver pour lui ôter toutes fes impuretés , ôt par l’addition de deux onces de falpêtre que vous y jettez une fécondé fois, ce régule fera étoilé : aufli l’appelle-t-on régule étoilé de Mars, de Lancelot.
- Il faut obferver que d’autres Chymiftes prennent une partie de fer, ôt deux d’antimoine pulvérifé ; que les uns veulent du fer neuf, les autres du vieux ; que le fer fond plus facilement, fi on le fait d’abord chauffer feul dans le creufet, Ôt qu’on ne mette l’antimoine qu’après : il faut aufli couvrir le creufet. Pour que le régule fe fépare aifément
- p.155 - vue 160/218
-
-
-
- M6 RÉGULE DE FER OU D'ACÏER.
- des fcories, ôt purifier ces dernieres, on doit à trois parties de nitre ajouter 16 parties d’antimoine. Quand la dé crépitation efl cef-fée, il faut frapper le creufet pour que le régule fe détache des fcories ôt fe précipite au fond. Lorfque le régule n’eft pas bien purifié, il faut le fondre une fécondé fois dans un creufet, avec deux nouvelles parties d antimoine ^ ôt lorfque le mélange fera en fufion , on y ajoute trois parties de nitre, ce qui donne un régule Martial plus pur. On peut même le refondre jufqu’à trois ôt quatre fois , toujours avec l’addition de nitre, ce qui le purifie toujours de plus en plus, enforte que plus il a effuÿé de fufions, plus le régule efl: pur ; il devient même alors étoilé. Il y a des Chymiftes qui ont obfervé qu’il efl plus difficile d’avoir un régule étoilé quand l’air efl ferein, que quand il efl humide.
- Lémery, dans fon Traité de l’Antimoine , indique encore de meilleurs procédés pour la préparation & confeêlion des régules d’antimoine : voici ce qu’il dit. Il a mis 8 § de clous de fer dans un creufet, qu’il a laiffé enfuite chauffer jufqu’au blanc pendant une heure. Après cela il a ajouté fucceflivement, ôt par cuillerées, 16 § d’antimoine pulvéri-fé, lequel s’eft mis en fufion avec le fer. Alors il a, petit-à-petit, jetté dans le creufet 3 § de falpêtre. Après la détonation, le tout a fondu a merveille. Il a verfé la matière fondue dans un mortier chauffé, ôt qu’il frappoit pour que le régule fe raffemblât au fond. Lorfque le tout a été refroidi, il afé-paré les fcories du régule, qui brilloit admirablement, pefoit dix §, ôt étoit plus dur que tous les autres régules dans lefquels il entre de l’antimoine. Les fcories formoient une maffe noirâtre, compacte, ferrugineufe, ôt par leur poids , indiquoient que le mélange mis en fufion, avoit perdu § 4 de fes parties. Pour rendre ce régule plus pur, il l’a pulvérifé ôt fondu de nouveau avec addition de 2 1 d’antimoine & 3 § de falpêtre. Après la détonation, le mélange s’eft très-bien mis en fufion : il l’a verfé dans un mortier graiffé, ôt a obtenu un nouveau régule pefant 8 §, plus beau Ôt plus pur que le premier. Les fcories qui furnâgeoient, Ôt qui étoient de couleur cendrée, pefoient 3 § ôt 6 3. Le déchet avoit été de 2 § ôt 2 3. Il a encore refondu ce régule avec addition de 3 § de falpêtre. Après une legere détonation , il a eu un nouveau régule pefant 8 § ôt 4 b 3, ce qui faifoit un déchet de 3 b 3. A l’égard des fcories, elles étoient de couleur grife ou cendrée. Il a, pour la troifieme fois , fait refondre ce régule, ôt a verfé la fufion dans un cône ; il a eu un nouveau régule pefant 8 §, ôt merveilleufement étoilé. Le déchet avoit été de 4 b 3 : pour les fcories elles
- étoient d’un blanc jaunâtre. Lâ preuve que ce régule, tant de fois purifié, contenoit du fer, fe droit de fa dureté, Ôt de l’a&ion de l’aimant qui l’attiroit. Après avoir pulvérifé les fcories, il les a fait bouillir dans l’eau pendant une heure. La liqueur palfée à travers du filtre, étoit teinte d’une couleur tirant fur le rouge: le vinaigre la troubloit,; ôt précipitoit au fond une matière jaune de mauvailè odeur. Cette poulfiere précipitée , ôt enfuite filtrée, édulcorée, ôtféchée, pefoit 4 9. Elle étoit rouge, ôt allez femblable au foufre doré ordinaire. L’Auteur n’a pu découvrir fi cette poulfiere renfermoit encore quelques parcelles de fer.
- Autrement.
- Il faut mêler enfemble 16 § d*antimoine crud, 8 § de rognures ou limailles d’acier, pulvérifer le tout, ôt y ajouter 2 § de tartre , ôt é § de falpêtre; mettre ce mélange, cuillerée à cuillerée, dans le creufet, où après la détonation, il fondra comme il faut. Le régule, qui en provient, coulé dans un mortier chaud, pefera 12 § Ôt 7 3 : il fera brillant, compaêt, pefant, tranfparent, femblable à du marbre à l’extérieur, mais intérieurement violet, pourpre, avec des teintes de jaune. Les fcories feront noirâtres, ferrugi-neufes, d’un poids médiocre, c’eft-à-dire , 14 5, ôt le déchet de 1 3 § ôt 1 3. Si on refond ce régule avec addition de 2 § d’antimoine , ôt parties égales de tartre ôt de falpêtre, le nouveau régule que l’on aura, fera encore plus beau ôt plus pur ; il pefera 12 § ; les fcories peferont 3 b 5, feront couleur de fer, ôt le déchet fera de 3 § ôt 3 3. Refondez une fécondé fois ce même régule avec 2 § de falpêtre ôt une de tartre, il en réful-tera un nouveau régule toujours plus beau ôt plus pur, qui pefera 11 §. Quant aux fcories, qui feront partie noires, blanches Ôt jaunes, leur poids fera de2§Ôti3,ôtîe déchet de 1 S ôt 8 3. A la troifieme fois qu’on refond le régule, il en renaît un autre très-pur, étoilé, ôt pefant 9 § avec des fcories jaunes.
- Autrement.
- 16 5 d’antimoine crud, 12 § de tartre, 10 5 de nitre, ôt 8 § d’acier en poudre ôt mis dans un creufet, cuillerée à cuillerée, donnent, après la fufion, un beau régule étoilé, ôt très-pur, pefant 6 §. Les fcories pefent 22 ôt le déchet efl de 18 §. Par cette opération , on a un régule plus petit qu’en fui-vant le procédé ci-deflus ; mais aulfi on l’a plus promptement, ôt dès la première fufion il efl étoilé.
- Autrement.
- Mettez dans un creufet chauffé, 8 § de
- clous
- p.156 - vue 161/218
-
-
-
- RÉGULE DE FER OU D'ACIER;
- clous de fer^ ou feulement de pointes de clous , 3 2 J d’antimoine pulvérifé, que l’on ajoutera à différentes reprifes, & 3 § de fal-pêtre, le tout par cuillerées. Vous aurez une maffe, après la fufion, de 35) S, & le déchet fera de 4 §. De cette maffe, il y en aura 27 § pour les fcories, qui feront de couleur de fer, ou grifes, & 12 § pour le régule qui fe détache aifément. Si on le fait refondre avec 3 § de falpêtre, il donnera un beau régule du poids de 10 §, avec des fcories d’un jaune-brun, pefantes 3 § ôt 2 3; enforte que le déchet fera de 1 § ôt 6 3. Faites refondre le régule une fécondé fois avec 3 § de falpêtre ; vous aurez un nouveau régule du poids de 8 § ôt 6 3, avec des fcories couleur de boue, pefantes 2 § & 3 3 : le déchet fera de 1 5 & 7 3. Enfin, ce régule, fondu pour la troi-fieme fois avec 3 S de nitre, donne un dernier régule, étoilé, pefant 7 b §, ôt des fcories blanchâtres du poids de 2 § ôt 1 3 : le déchet eft de 2 § ôt 1 3. Ce dernier régule eft des plus beaux, avec des rayons brillants ; mais il n’y a pas tant de fer que dans les autres , puifqu’à une livre d’antimoine- on 11’a joint que 4 § de fer, au lieu que dans les autres procédés, on en a mis le double.
- Du Régule étoilé.
- On voit, dans ces régules purifiés, principalement la figure d’une étoile, qui, d’une efpece de centre, répand des rayons vers la circonférence. Ce centré eft ordinairement plus élevé que les parties adjacentes : cepen-dantql y a des régules qui ont au centre une petite cavité. Dans d’autres, tout eft également plein ôt uni. Les rayons fortent du centre comme des lames d’épées, qui d’abord s’élargiffent de plus en plus, puis fe rétréciffent en approchant de la circonférence. Ces rayons font tous différents par leur figure, ôt repréfentent ceux du foleil. Quelques-uns penfent que ces régules font étoilés tant au-dedaiis qu’au-dehors, mais en' ayant caffé un, on n’a trouvé dans l’intérieur qu’une malle confufe, remplie d’une multitude de points brillants en forme de cryftaux. Dans quelques r'égules, ces cryftaux femblent tendre à un centre commun: mais, dans tous les régules, ces cryftallifations intérieures ne paroiffent pas toujours avoir du rapport avec l’étoile extérieure, ôt ne tendent pas toutes à un même centre. L’étoile, dont il s’agit , n’eft que fuperficielle, Ôt elle tire fon origine des fcories qui tiennent au régule. C’eft par cette raifon qu’on la trouve également fur tous les régules, grands ôt petits. Le régule martial fe charge plus difficilement de cette figure étoilée que le régule d’antimoine commun : mais on eft fur de l’avoir fi la matière du régule eft en fufion bien liquide. Quelquefois on remarque de la confufion dans l’é-Fourneaux 3 4e. Section.
- toile du régule, fur-tout fi, en le verfant, on a un peu panché le mortier, ou le cône qui l’a reçu : car alors la fiirface du régule n’a pu prendre une certaine figure déterminée. D’autres fois on ne voit fur le régule que la moitié de l’étoile ; d’autres fois on y voit une efpece de végétation ; d’autres fois des rayons fans aucun ordre régulier. Il y en a même où les veftiges de l’étoile ne paroiffent que fur les bords de la circonférence. Tout ceci eft extrait de Lèmery ,fur Ü Antimoine.
- Au refte, fi l’on veut fçavoir plus amplement la maniéré de fe procurer des régules d’antimoine martial, fes différentes diftilla-tions, Ôt les autres opérations de Chymie, employées pour avoir un régule martial, on n’a qu’à voir mon Traité de l’Antimoine,
- $. IX.
- De la Teinture de Mars apéritive.
- i°. Pulvérisez Ôt mêlez 12 onces de fafran de Mars ôt 32 onces de tartre blanc : faites cuire ce mélange dans un pot de fer pendant 12 heures , avec 12 ou 17 livres d’eau de pluie. Remuez le tout avec une baguette de fer, ôt lorfque la première eau fera réduite, remettez-en d’autre bouillante : laiff fez en fuite repofer la décoCtion. Il furnâgera une liqueur noire, qui, filtrée, ôt mife dans un pot de terre fur le feu jufqu’à ce quelle ait pris la confiftance du miel, ou d’un fyrop épais , pefera 44 onces. Au fond du pot, il refte une matière blanchâtre que l’on «rejette comme inutile. C’eft un mélange des parties grofiie-res du tartre ôc du fer ; on appelle cette teinture , Teinture de Mars tartarifée, Ôt fyrop doux deMarslEllç, eft très-apéritive. Lémery.
- 20. Prenez une partie d’écailles de fer, & deux du meilleur tartre crud ; mettez-les dans un grand pot de fer, avec beaucoup d’eau, ôt faites bouillir le tout. Plus il bouillira long-temps, mieux ce fera. Si par hafard la matière s’épaiflit, il faut mettre dedans de l’eau nouvelle ; enfuite vous goûterez la décoction pour fçavoir fi elle a un goût de fel, ôt vous verrez fi la liqueur qui furnâge noircit. Si cela eft, pafiez ladécoêtion à la chauff fe xôt faites-la enfuite réduire en une efpece de fyrop liquide. Quelques Chymiftes fe fervent de cette décoêtion avec de l’efprit-de-vin reêtifié pour faire de la teinture de Mars : mais elle eft bien inférieure en bonté à l’autre. Après que vous aurez defféché le réfidu groffier qui eft refté fur le filtre, ôt lorfqu’il ne fumera plus, vous aurez un fafran de Mars d’un goût falé : telle eft la teinture de Mars tartarifée, ou la teinture de tartre martiale. Barchusen.
- 30. Prenez 8 onces de rouille de fer, qu’il faut humeCter avec de l’eau de rofée ; mêlez-
- Rr
- p.157 - vue 162/218
-
-
-
- TEINTURE DE MARS AP ERITIFE:
- les dans un pot de fer avec trois livres d’eau de miel ôc quatre livres de vin doux; ajoutez-y quatre onces de fuc de poirée ; couvrez le pot, ôc l’expofez à un feu modéré : lailfez le tout en digeftion pendant trois jours : faites enfuite bouillir pendant 3 ou 4 heures, après quoi découvrez le pot, ôc remuez le mélange que vous reboucherez fur le champ, de crainte que l’évaporation ne foit trop précipitée. Lorfque la liqueur eft noire, on la retire du feu, & on la paffe encore toute chaude par un linge ; après quoi on la met dans un vafe de verre que l’on met dans un bain de fable pour faire évaporer toute l’humidité : c’eft ainfi que l’on fait la teinture de Mars. Ce qui refte au fond du pot eft une matière terreftre ôc ferrugineufe, d’aucune utilité. Lémery. .
- 4°. Prenez deux onces de vitriol de Mars pulvérifé, mêlez-les avec autant de fel de tartre, ôc broyez le tout dans un mortier jufqu’à ce qu’il foit réduit en poudre impalpable. Il eft agréable de voir que quoique ces deux fels foient blancs, cependant lorf-qu’ils font mélangés, ils prennent une couleur rougeâtre. Il faut bien remuer le mélange, ce qui le fait mettre en écume, qui, expofée à l’air humide , fe réfout en liqueur d’un excellent ufage dans la Médecine. Il faut pefer la matière rouge avant Ôc après quelle aura étéréfolue en liqueur, ôc faire évaporer au bain marie l’excédent de fon poids , qui n’eft autre chofe que l’humidité quelle tient de l’air, ôc remplacer cet excédent par autant d’efprit de Vénus: enfuite il faut laiffer le tout en digeftion dans un bain de vapeurs pendant 24 heures. Lorfque le tout fera réduit à la confiftance du miel, il faudra verfer delfus de l’efprit-de-vin tar-tarifé de la hauteur de quatre doigts, ôc le laiffer en digeftion pendant trois jours ôc trois nuits : filtrez enfuite la teinture quand elle fera refroidie, faites-la évaporer doucement, Ôc réduifez-la à la moitié ou au tiers. En fuivant ce procédé, on fe procure un excellent remede apéritif. Febvre.
- 5'0. Ecrafez groffierement des fcories de fer, celles que rejettent les Ouvriers, ôc ver-fez deffus du vinaigre de la hauteur de trois ou quatre doigts : laiffez le tout en digeftion pendant trois jours afin que le vinaigre fe charge d’un rouge brillant ; décantez, ôc laif fez-le repofer jufqu’à ce qu’il foit bien clarifié. Décantez-le une fécondé fois ; c’eft le moyen d’avoir une teinture de Mars très-brillante. Kœnig ex Boe Silvio.
- 6°. Sur de la limaille de fer bien lavée dans l’eau claire, verfez du fuc de pommes de Borfdorff: mettez cette compofition dans un lieu chaud pendant quelques jours, ôc pendant cet intervalle ayez foin de remuer îbuvent le mélange : paffez la liqueur au tra-
- vers d’un linge, ôc laiffez-la en digeftion dans un lieu chaud jufqu’à ce qu’elle ait acquis de la confiftance : vous aurez alors ce qu’on appelle Yeffe/ice douce de Mars, ou Iextrait doux de Mars. Si vous verfez fur cette ef~ fence de l’efprit-de-vin, ôc que vous la laif-fiez encore en digeftion pour la filtrer enfuite, vous aurez l’effence ou l’extrait de Mars doux. Kœnig Ôc Hoffmann.
- Voici comment Valentini décrit cette teinture ou effence de Mars, qu’il dit n’en mériter le véritable nom, que lorfqu’on a laiffé en digeftion, dans un lieu chaud, de la limaille de fer avec du fuc de pommes de Borfdorff, jufqu’à ce que le tout noirciffe comme de l’encre, ôc que par le moyen de la cuiffon, le fuc en foit tiré par extrait , pour le faire enfuite diffoudre dans l’efprit-de-vin ou celui de cochléaria. Ualentinu
- 7°. Sur du vitriol de Mars, calciné jufqu’au blanc, verfez du vinaigre diftillé de deux doigts de hauteur : laiffez enfuite digérer ; lorfque le vinaigre aura pris une teinture rouge, filtrez-le, Ôc réduifez-le en une ef-pece de fyrop comme du miel : verfez en-fuite deffus de l’efprit-de-vin re&ifié, ôc rein ettez-le une fécondé fois en digeftion, juf* qu’à ce que l’efprit-de-vin foit bien chargé de la teinture; filtrez, Ôc faites évaporer au bain-marie jufqu’au tiers. CollecL de Leyde.
- 8°. Laiffez en digeftion, pendant deux jours,’ une partie de rognures de fer, calcinées au feu de réverbere, fur laquelle vous aurez verfé trois parties d’efprit de nitre doux, ôc jufqu’à ce que le mélange fe foit chargé d’une couleur rouge. Collect. de Leyde.
- P°. Prenez 14 onces de menus morceaux de fer, une once d’efprit de fel commun , Ôc 8 onces d’eau : laiffez le tout en digeftion durant 3 ou 4 jours, pendant lefquels il faudra remuer le mélange deux fois par jour ; ajoutez-y trois onces de cryftaux de tartre pilés, ôc de l’eau commune en fuffifance. Faites - bouillir le tout dans un pot de fer pendant deux heures, & ajoutez-y de nouvelle eau, s’il en eft befoin : faites enfuite filtrer la décoélion, ou laiffez-la repofer jufqu’à ce que les matières épaiffes foient précipitées : décantez la liqueur clarifiée qui fur-nâgera, ôc faites-la réduire en fyrop leger, que vous conferverez pour l’ufage, après avoir verfé deffus une demi-partie d’efprit-de-vin redifié.
- Ou bien faites bouillir dans autant d’eau que vous voudrez 3 parties de fer en rognures, ôc 8 parties de cryftaux de tartre, ôc cela pendant trois ou quatre heures. Remuez comme il faut le mélange, ôc remettez-y de nouvelle eau jufqu’à ce qu’elle foit allez colorée. Faites-le réduire en confiftance de fyrop, en prenant garde de le laiffer brûler. Les parties groflieres ôc pefantes occuperont
- p.158 - vue 163/218
-
-
-
- TEINTURE DE MARS A P É RIT I VE. i*p
- le fond du pot, tandis qu’au-deffus furnâgera filtrez enfuite. 4°. Il faut aufli faire cas de
- le plus clair, qu’il faut décanter ôc réduire à celle dont on attribue l’invention à Lemort.
- la confiftance de l’huile, ôc qui vous donnera Prenez d’écailles d’acier 4 1, de tartre Liane
- la teinture de Mars. 12 §, d’efprit de fel ammoniac 2 fi § , d’eau
- Ou bien à deux ou trois onces d’eau-de- 3 §. Mettez le tout dans un vaiffeau de terre
- vie commune, mêlez une once de fleurs de ou de verre à col large ; remuez deux fois
- fer ou d’hématite, ôc pour avoir la même par jour, avec une baguette de fer , en ajou-
- teinture, procédez comme nous venons de tant chaque jour deux drachmes d’efprit-de-l’enfeigner. vin ordinaire, ce qu’il faut continuer pen-
- io°. On vante beaucoup comme excel- dant deux ou trois femaines. Après ce temps,
- lente, belle & couleur de lang, la teinture il faut ajouter chaque jour quatre onces de
- 1 '' ’ ^ 1 •-•-11»*---®- ce qUj fuit 9 d’eau rofe 12 1, d’efprit de
- fel ammoniac 8 §, & à la fin ajouter dix grains d’huile de géroffle : filtrez enfuite. Barchusen.
- de Mars qui fe fait avec le vitriol de Mars, ôc le feleffentiel du vin, par l’intermede de l’ef-prit-de-vin, fuivant le procédé qui fuit de Volfincius. Prenez parties égales de tartre, ôc de poudre d’efprit de Mars non-calciné : mêlez-les ôc expofez-les à la cave ou dans un lieu humide, pendant trois jours ôc trois nuits. Au moyen de ce que l’air s’infinue dans les pores, la couleur fe change, ôc devient en quelque façon fluide. A ce mélanr
- S. X.
- Teinture de Mars de Ludovic.
- Prenez une partie de vitriol de Mars bien ge, ajoutez de l’efprit-de-vin : fur le champ préparé, quatre de cryftaux de tartre, ôc vous aurez une couleur magnifique , qui, vingt d’eau ; faites bouillir le tout enfemble , mêlée dans du vin, donne une odeur agréa- jufqu’à ce que la matière foit épaiflie ; mettez-ble, Ôc exalte les autres couleurs. Kœnig. la dans un vafe élevé ; verfez deffus douze 11°. Sur des morceaux d’acier , nettoyez, fois autant d’efprit-de-vin, qui aura été recti-verfez , autant qu’il en faudra, de vinaigre fié une fois : faites bouillir pendant 24 heu-fait avec du vin tendre ôc doux. Laiflez ce res Ôc plus. Il furnâgera une teinture rou-mélange pendant une heure ou deux : tirez geâtre, qui fe fera féparée des matières enfuite doucement la liqueur, ôc verfez de groflieres qui fe font précipitées. Si par la nouveau du vinaigre, ce que vous réitérerez diftillation on réduit cette teinture à moitié , plufieurs fois. Mêlez enfemble tous les diffé- ilfe forme au fond des cryftaux, qui, fondus rents extraits, ôc laiffez repofer tranquille- de nouveau dans l’efprit-de-vin, donnent la ment, afin que les parties groflieres fe pré- teinture de Mars. Boerhaave. cipitent. Verfez, par inclinaifon, la partie la Æ .
- plus claire, Ôc confervez - la : on l’appelle 2 einture deMars avec desQomgSyCydoniata.
- Ejfence noire de Mars SC apéridve. Prenez 1 § de limaille de fer très-fine ÔC
- 12°. Voici ce que Barchufen nous enfei- bien lavée ; verfez deflus dans un vafe de
- gne fur la maniéré de fe procurer ces teintures apéritives. 1 °. Sur des fleurs martiales préparées par Le fel d’antimoine , verfez de l’alkool de vin de la hauteur de deux ou trois doigts. Laiflez digérer à une chaleur modérée : la teinture filtrée à travers le papier fe nomme teinture de Mars apéridve volatile. 20. La teinture de Mars, celle que Zwelfer appelle la véritable, fe fait, quand, à parties égales de vitriol de Mars ôc de terre foliée du tartre , ou pour le mieux, lorfqu’à une once de vitriol de Mars, Ôc à une demi-once de terre foliée, expofées à un feu doux dans un vafe de fer, jufqu’à ce que la couleur verte foit enlevée, on ajoute fix ou huit fois autant d’efprit-de-vin, laiffant digérer pendant quelques jours ; ôc après avoir filtré, confervant cette matière dans une bouteille
- verre , à fond large ,6 ou 7 § de fuc de coings par expreflion ; laiflez digérer pendant quelques jours , jùfqu’à ce que le tiers ou la moitié foit évaporée, Ôc que ce qui refte montre au goût qu’il eft fuflifamment chargé de vitriol ; filtrez ; ôc après avoir ajouté un peu d’efprit-de-vin ôc d’efprit de cochléaria , laiflez à une digefiion ' douce, remuant de temps-en-temps le vaiffeau : vous aurez ainfi la teinture de Mars que nous avons dite. Hoffman.
- 5. XI.
- Teinture ajlringente de Fer ou d’Acier,
- Prenez trois onces de limaille de fer bien nettoyée, mettez-les dans une cucurbite de
- de verre. 30. PTedelius eftime beaucoup la verre: verfez-y affez d’efprit de Vénus pour teinture qu’on appelle and-fcorbudque, ôc les humecter, ôc en faire une mafle. Mettez dont voici la préparation : Mêlez parties éga- le chapiteau à la cucurbite, Ôc diftillez juf-les de vitriol martial, ôc de fleurs martiales, qu’à ficcité. Cohobez , s’il y a de la faveur ; de fel ammoniac; verfez fix fois autant d’ef- finon, mettez plus d’efprit de Vénus fur le prit de cochléaria bien re&ifié ; digérez, ôc fer, ôc pouffez à ficcité, comme nous venons
- p.159 - vue 164/218
-
-
-
- Uo TEINTURE ASTRINGE NT E DE 1ER OU D'ACIER.
- de dire, ce qui fe répété trois fois, ou juf-qu à ce que le fer foit changé en fafran fubtil ôc rouge, qu’il faut enfuite broyer fur le porphire, pour le remettre dans la cucur-bite, avec de l’efprit de Vénus de la hauteur de quatre doigts, ôc le diftiller au bain-marie, jufqu’à ce qu’il monte de l’efprit de couleur rouge. Séparez; la teinture, mettez de nouveau menftrue, mêlez toutes les teintures, faites-les réduire en confiftance de fyrop, fur lequel vous verferez de l’efprit-de-vin, de la hauteur de trois doigts, qu’il faut lailfer digérer à la chaleur du bain, verfer, filtrer ôc remettre du menftrue , jufqu’à ce qu’on ait toute la teinture. Filtrez toutes les teintures, faites-en évaporer les trois quarts : ce qui reftera, eft la teinture de Mars aftringente. Le Febvre.
- cl0. Prenez des récréments ou fcories de fer, ou ce qu’on appelle le mache-fer, que les Ouvriers rejettent, & dans lequel il y a encore du fer : calcinez, pulvérifez , mettez dans un vafe , ôc verfez de l’efprit de vinaigre. Laiffez le mélange en digeftion dans un vaiffeau de verre bouché pendant quatorze jours ôc quatorze nuits, ou jufqu’à ce que l’efprit de vinaigre foit chargé d’une couleur brune-rouge. Séparez la liqueur : laiffez -la repofer , pour que le plus épais fe précipite. Décantez la partie la plus claire, ôc vous aurez une teinture rouge pure ôc limpide, qu’on appelle teinture ajlringente. Colleci. de Leyde.
- 3°. Prenez 2 § de fer ou d’acier, ôc trois onces d’efprit de vinaigre, mettez-les dans un vafe de verre, ôc les faites digérer au bain de fable, pendant 24 heures ; augmentez le feu par degré, Ôc pouffez-le jufqu’au troi-fieme ; en un jour, vous aurez une couleur rouge; filtrez par le papier, ôc confervez. Colleci. de Leyde.
- 4°. Mettez ôc mêlez dans un creufet, deux onces de poudre d’hématite ôc de menus morceaux de fer, avec trois onces de fel ammoniac : tenez le creufet au feu pendant deux heures, jufqu’à ce qu’il ne donne plus de fumée. Que le feu foit doux dans le commencement , Ôc dans l’efpace d’une demi-heure, pouffez la matière au blanc: pulvérifez ce qui refte. Prenez de cette poudre, ou deux onces àncaput mortuum, qui refte après la fublimation des fleurs d’hématite. Verfez fix onces d’efprit-de-vin de France : plus vous laifferez en digeftion, mieux vous ferez. Séparez la teinture de ce qui s’eft précipité. Colleci. de Leyde.
- Verfez vingt parties de bon vin du Rhin, fur de la limaille de fer récente ôc fans rouille. Laiffez-les pendant trois'ou quatre femaines au frais, dans un vafe bouché, Vagitant fouvent. Le vin prendra une couleur noire avec un goût fucré, ftiptique,
- qu’il faut garder pour l’ufage. Si on met du vin fur le réftdu , il ne prendra prefque plus de cette couleur ; ou faites bouillir le fer dans un vaiffeau élevé , ôc vous aurez la même teinture : filtrez ôc gardez pour l’ufage. Boerhaave.
- 6°. Si au lieu du vin du Rhin, on met fur le fer douze parties de vinaigre diftillé, on aura une teinture très-faturée, couleur de fang d’une odeur naufabonde,ftiptique,douce,très-chargée de fer. Il faut les faire bouillir enfem-ble pendant quelques heures. Si on met de nouveau du vinaigre fur le réfidu,on n’obtiendra plus la couleur du fang, mais fimplement une matière compofée finguliérement. Si on met une once de cette teinture ou de la précédente , dans quelque fyrop épaifti, on aura un fyrop potable de Mars. Boerhaave.
- 70. L’eau d’acier ou celle dans laquelle on éteint l’acier, eft d’autant meilleure ôc d’autant plus propre aux ufages de la Médecine, que les extinctions ont été plus nombreufes.
- 8°. Choifîffez des fleurs de fel ammoniac les plus pures, ôc de la couleur la plus foncée : verfez deffus de l’efprit-de-vin reêtifié* Par le moyen d’une chaleur digeftive, vous obtiendrez une teinture de couleur d’or , que vous filtrerez ôc conferverez dans un vailfeau de verre bien bouché. Hoffman.
- Ou bien prenez le quart d’une livre de limaille de fer, une demi-livre de fel ammoniac , fublimé au bain de fable, confervez à part les fleurs jaunes,.ôc garantiflez-les de l’air, de crainte quelles ne tombent en deli-quium. Confervez aufli à part les fleurs noires , qui fe diffolvent à l’air : elles font fort aftringentes.
- $°. Des fcories de fer , que les Ouvriers abandonnent, on tire une liqueur aftringente, en les arrofant de vinaigre, ôc laiffant en digeftion, jufqu’à ce que le menftrue rougifle. Alors mettez-le dans un pot de fer, ôc le faites réduire à la confiftance de miel, duquel on tirera la teinture, par le moyen de l’efprit-de-vin. On en fait encore en verfant de l’alkool de vin fur le réfidu de la fublimation des fleurs martiales , principalement fur les petites fleurs noires, qui s’arrêtent au milieu du vaiffeau de verre qui a fervi à la fublimation : mais ces teintures, ôc bien d’au- -très que l’on vante, font des opérations fort douteufes , ce qui fe prouve par le peu d’accord des Auteurs entr’eux, l’un difant de la ' même teinture, quelle eftapéritive, ôc l’autre quelle eft aftringente. Barchusen.
- Extrait de Mars ajlringent.
- Prenez 8 onces de fafran pulvérifé ; mettez-les dans un pot de fer ; verfez deffus 4 onces de vin rouge ; ( on peut employer celui qu’on appelle vin de teinte ; ) couvrez le pot, ôc mettez-le fur le feu pour cuire la matière ;
- remuez
- t
- p.160 - vue 165/218
-
-
-
- EAU MARTIALE OU EAU ACIDULE ARTIFICIELLE. i*i
- remuez-la avec une fpatule , Ôc réduifez-la au tiers : paflez ce qui eft clair par un linge, ôc faites évaporer jufqu’à ficcité. Lémery*
- 2°. Prenez 4 livres de vinaigre , une livre de fuc de tamarins , faites-les bouillir enfem-bie dans un pot de fer : paflez à la chauffe* ôc éteignez dans la liqueur filtrée une livre de fer. Faites cuire une fécondé fois dans un pot de fer * jufqu’à ce que le fuc ait un goût de vitriol : filtrez de nouveau * ôc faites évaporer jufqu’à la confiftance d’un fyrop épais. Barchusen,
- $. XII.
- Eau Martiale femblable à ïeau acidulé > ou Eau acidulé artificielle.
- Vous aurez de l’eau martiale artificielle en arrofant la mine de fer, qui a été pendant plufieurs années expofée à l’air, pour reproduire du vitriol (’) d’eau de rofée du mois de Mai y ou de quelqu’aütre eau diftillée * & filtrant ce qui fe diffout. On rejette fur la mine vitriolique ce qui a été filtré * jufqu’à ce qu’il ne puiffe plus fe charger d’une plus grande quantité de fels : alors cette liqueur eft une eau acidulé artificielle. Pour fe procurer plus promptement du vitriol * il faut broyer la mine, ôc la mettre dans un lieu humide pour qu’il fe détache. Par ce moyen, on dégage ôc on fait partir la matière graffe du foufre * Ôc l’acide du foufre ronge le fer, ce qui produit du vitriol. Lorfqu’on a extrait le vitriol, on le met dans un vafe de terre non verniffé * qu’on place dans une cave ou autre lieu humide. Le vitriol le plus pur paffe à travers le vafe y fous la forme de fils très-déliés* Avec une plume on détache ces fils * & on les fait diffoudre dans de l’eau de rofée de Mai, pour avoir la liqueur dont nous parlons.
- 20. On tire par la diftillation de la mine de fer récente, mieux encore de celle qui a été quelque-temps expofée à l’air, comme celle de Heffe, Ôcc. une liqueur fpiritueufe, qui * verfée fur le caput mortuum, ôc re&ifiée par plufieurs cohobations, donne, à ce qu’on dit> une odeur femblable à celle de l’ambre Ôc du mufc , ôc peu différente de l’odeur de l’efprit vitriolique de Mars, amené à un goût acidulé * agréable par l’addition de l’eau de fontaine. Cette eau mêlée de même imite les acidulés, ôc eft très-falutaire dans certaines effervef-cences dans les humeurs du corps humain.
- JC&NIG.
- 3°. Mêlez parties égales de poudre de fer ou d’acier * avec du tartre de vin du Rhin ; verfez deffus de l’eau de pluie filtrée : vous pourrez former des boules * que vous ferez fecher, comme le fel, dans un four ordinaire
- à cuire pain. Pulvérifez-les de nouveau, ôt formez-en des boules, à l’aide de l’eau de pluie : faites fécher dans le four, ôc répétez jufqu’à ce qu’il femble que lacier puiffe fe réfoudre en une efpece de liqueur.
- 4°. Pulvérifez une partie de poudre d’a-cier, deux de fleurs de foufre ; ajoutez de l’eau de fontaine, pour réduire le tout en une efpece de pâte : laiffez en digeftion pendant 12 heures ÿ verfez de nouvelle eau de la hauteur de 3 ou 4 doigts : faites Cuire * jufqu’à ce que vous ayez une teinture jaune ; verfez, filtrez, réduifez à un quart : après quelques jours, vous aurez une très-belle couleur rouge. Collecl. de Lejyde.
- f °. Voici comment Hoffmann prépare les eaux acidulés artificielles : Il dit qu’il eft difficile de préparer les eaux acidulés , au point non-feulement d’avoir la même odeur, 6c de fermenter, avec les acides, comme les véritables ; mais encore de leur donner une grande quantité d’efprit élaftique , éthéré , ôc de les amener au point de jetter des bulles, ôc d’exhaler une odeur pénétrante : cirConftan-ces qui fe trouvent dans les eaux de Selter, Bucfi, Arron Ôc Hïldung. Pour en venir-là, voici comment il s’y prend : J’ai mis, dit-il, dans un vafe de terre, à col étroit, une quantité d’eau fimple la plus pure : d’abord, j’y ai mis une drachme ou un peu plus de fel de tartre bien calciné, 6c tombé en défaillance. J’ai ajouté de l’efprit de vitriol, plus ou moins,fuivant qu’il étoit diffous,mais en allez grande quantité, pour l’emporter, après le-bullition,fur des alkalis que j’y ai joints : après la fermentation , j’ai bien fermé le vafe. Par cet artifice, j’ai obtenu une odeur femblable aux acidulés, avec des bulles qui s’élevoient très-haut, lorfqu’on verfoit la liqueur : j’ai aufli obtenu les autres vertus 6c qualités, âu; point que je m’en fuis fervi utilement dans les maladies qui demandoient l’ufage des eaux acidulés, lorfqu’il n étoit pas poffible de fe les procurer. C’eft pâr cette raifon, que je crois qu’on peut imiter les eaux ôtErns, en fe fervant de l’eau la plus légère Ôc la plus pure, ôc mettant un peu plus de fel de tartre. Si on veut en faire, comme celles de Pyrmont , qui font fort chargées d’ochré martial, il n’y a qu’à prendre des eaux martiales naturelles ou artificielles, ôc y ajouter un peu plus de fel de tartre, ÔC d’efprit de vitriol, de façon cependant que la partie alkaline ait le deflus. Hoffmann.
- 6°. Il y a encore des acidulés qui ont une vertu purgative : comme celles d*Egrà, qui, quoiqu’elles faflent effervefcence avec les acides, donnent, après l’ébullition, une troi-fieme efpece de fel qui eft amere. On peut les imiter * en y ajoutant une partie de fel
- ^ ( t ) C’eft ce qui fe pratique pour que lamine de fer, dont on a tiré du vitriol, puiflë en donner de nouveau. Ce caput triôr-tmm qu’on laiffe long-temps à l’air ,eft du véritable fafran de Mars qu’il eft aile de réduire en fêr par la fufton.
- Fourneaux , 4e. Section. S s
- p.161 - vue 166/218
-
-
-
- 162 EAU MARTIALE OU EAU ACIDULE ARTIFICIELLE.
- d’Ebfom ou deSedlits, ou deGlauber, ou de celui que je tire de la magnéfie & du vitriol. Par la même raifon , on peut imiter les eaux imprégnées de fel moyen, & qui font très-purgatives , en mettant dans de l’eau Ample , d une bonne qualité, du fel de Glauber, Ôc fy laiffant fondre ; ou encore mieux, fi on tire du fel du mélange de la magnéfie ôc de l’huile de vitriol, par l’intermede d’une terre calcaire ôc de l’acide vitriolique, comme le fel de ces eaux fe forme naturellement en mettant de ce fel dans l’eau, à la même quantité que la nature en a mis dans les eaux naturelles, quantité connue par leur évaporation ôc le poids. Enfin, fi quelqu’un eft curieux d’imiter les eaux de Carljbad, qui font laxatives ôc très-alkalines, il pourra réufîir, non pas en choififfant l’eau la plus légère, mais en prenant de celle qui eft chargée de matière calcaire, & en y ajoutant d’abord une diffolution de fel de tartre, enfuite de vitriol, jufqu’à ce que la partie alkaline fe manifefte, afin que la terre calcaire, marchant avec l’efprit de vitriol, ôc formant un fel neutre, donne à l’eau une vertu purgative. Hoffmann.
- 7°. Mars potable de W'illis. Prenez parties égales de tartre calciné à blancheur , ôc de limaille de fer très-pur ; pilez-les finement dans un mortier de fer ; verfez deffus de l’eau de thériaque ôc de vers de terre ; pilez fortement ce mélange pendant une demi-heure ; formez-en une boule, que vous envelopperez d’un double papier, que vous lierez fortement : fufpendez-la dans un lieu chaud Ôc fermé pendant trois ou quatre jours, jufqu’à ce quelle foit très-dure. Pulvérifez enfuite, criblez; ôc pour un fcrupule de cette matière , mettez deux livres d’eau : vous aurez l’eau ferrugineufe acidulé de JFillis , qu’on peut, avec le temps, préparer en aufli grande quantité qu’on le fouhaite. Kœnig.
- 8°. On fait encore le Mars potable de JVillis , en mettant parties égales de fer ôc de crème de tartre pulvérifé , ôc y ajoutant de l’eau, ou un autre liquide, comme du vin, du vinaigre , ôcc. On en forme des boules , qu’on fait cuire à la fumée. Le grand travail, eft de pulvérifer ces boules, y mêlant quelque liquide pour les former de nouveau, ce qu’il faut recommencer, jufqu’à ce que la matière foit aufîi fubtile que l’eau. Ce Mars potable eft femblable parle goût, les qualités ôc la compofition , à la teinture d’acier tartarifée, dont nous avons parlé. Leurs principes font les mêmes. Barchusen.
- S- XIII.
- Fleurs de fer ou d'acier.
- Prenez parties égales de fafran de Mars ÿ calciné avec le foufre, ôc de fel ammoniac
- pulvérifé ; mettez ces matières dans une eu-curbite de verre, couverte de fon chapiteau , les jointures bien lutées, ôc placée au bain de fable : donnez par degrés le feu de fublimation. Lorfqu’une partie du fafran ôc du fel ammoniac fera élevée fous la forme de fleurs jaunes, il faut tirer ces fleurs, les broyer ôc les mêler avec ce qui refte dans la cucurbite, ce que l’on répétera cinq à fix fois, ôc même jufqu’à ce que le fafran de Mars foit entièrement monté fous la forme de fleurs, avec le fel ammoniac. Hoffmann.
- 2°. Prenez parties égales de limaille de fer non rouillée, Ôc de fel ammoniac fec ; met-tez-les enfemble en poudre très-fine ; fubli-mez dans une cucurbite de verre, garnie d’un chapiteau de même matière, mife au bain de fable. Il fortira d’abord une liqueur enflammée, très-vive, volatile, prefque fuffo-"cante, après laquelle il montera des fumées blanches, qui fe condenferont en fleurs de fel ammoniac. En augmentant le feu, il s’élève des fleurs de toutes efpeces ôc de différentes couleurs, que leur variété fait appeller fleurs de Mars. Le corps du fer refte au fond, fi fort pénétré par le fel ammoniac, que mis à l’air , il entre prefque en fermentation. Sa fubftance eft donc changée, puifqu’il s’enfle, qu’il devient fpongieux, fe décompofe, ôc fe réfout en liqueur oléeufe : fi on expofe ces fleurs à un air humide, elles fe réfolvent en huile, ôc ce qui eft refté au fond donne la teinture. Boerhaave.
- Prenez des écailles de fer, de celles qui tombent quand on bat le fer à chaud, avec parties égales de fel ammoniac. Pulvérifez le fout, ôc mettez-le dans une cucurbite bien lutée ; fublimez enfuite à feu ouvert, comme c’eft la coutume ; il viendra d’abord de l’efprit urineux du fel ammoniac; à la fin.il montera des fleurs couleur d’orange, qu’il faut ôter fitôt que l’opération eft finie, pour les conferver dans un vaiffeau de verre. L’air les fait changer de couleur ôc de figure. On fait de pareilles fleurs avec la pierre hématite broyée en poudre impalpable, comme nous le dirons. Ces dernieres ont une couleur plus brillante que lorfqu’on a employé du fer. Le réfidu de la fublimation tombe à l’air en liqueur, qui eft aftringente ; appliquée en dehors, ôc apéritive prife intérieurement. Barchusen.
- S. XIV.
- Huile de Mars.
- Prenez du fafran de Mars faitpar réverbération; verfez deffus de l’efprit de vitriol bien concentré : laiffez digérer ; tirez plufieurs fois la teinture, en y mettant de nouvel efprit-de-vin, avec de l’eau de fontaine : faites réduire ces teintures à la confiftance du
- p.162 - vue 167/218
-
-
-
- HUILE ET SEL DE MARS, SCô. t6t
- miel; faîtes enfuîte fublimer cette matière dans une cucurbite peu élevée, ôt vous aurez des fleurs, qui, expofées à l’air , fe réfou-dront en une liqueur couleur d’or* qu’on appelle Huile de Mars.
- 2°. D’autres prennent du fafran de Mars fait par l’eau-forte, qui diiïbut toute forte de fer. Ils y ajoutent deux livres de cailloux calcinés, ôt diftillent dans une retorte bien lutée, donnant un feu doux pendant 12 heures; enfuite en augmentant le feu, ils ob* tiennent une huile couleur de fang.
- 3°. Prenez du fer à volonté, que vous ferez difloudre dans de l’efprit de fel ammoniac ; diftillez la folution dans une retorte, vous aurez un efprit chargé de la vertu du fer, de faveur douce : il s’appelle huile blanche de Mars.
- 40. Vitriol de Mars par défaillance. Si vous mettez de la chaux rouge de vitriol de Mars dans un vaiffeau ouvert de verre, ôt que vous l’expofiez à l’air libre, elle attire l’humidité, comme le fel alkaii fixe, ôt fe réfout en forme d’huile rouge. C’eft une production des huiles métalliques. De-là il pa-xoit que l’Art peut tirer de tous les métaux, du beurre ou de l’huile par défaillance. Plus vous laifferez liquéfier de fois le fer, ôt le Pécherez, plus vous dégagerez fes parties , de façon qu’à la fin il deviendra volatil. Boerhaave.
- §. XV.
- Du Sel de Mars, ou du Vitriol préparé avec le fer.
- Il n’eft pas queftion ici du vitriol de Mars proprement dit, mais du fel de Mars. Nous parlerons du vitriol dans un autre endroit.
- i°. Si d’un morceau de fer, chauffé au blanc, ôt jettant des étincelles, on approche un bâton de foufre jaune ; dans l’inflant l’acide du foufre ronge le fer, ce qui le fait fondre. On reçoit les gouttes dans un vafe où il y a de l’eau, ôt cette eau prend fur le champ le goût du vitriol. Ayant fait évaporer cette eau,lorfqu’ilparoît deffiiSjUne efpece de croûte, ôt qu’enfuite on la place dans un endroit frais, il fe forme du vitriol. Barchusen.
- 20. La méthode la plus ordinaire eft de verfer de l’efprit de fel ou de l’huile de vitriol fur des écailles de fer. Lorfque la fermentation eft paffée, on ajoute de l’eau, ôt on les fait cuire dans un pot de fer, enfuite on filtre Ôt on évapore fuivant l’Art* On fait de même un concret falin avec le fer, enverfant deffus ou de l’efprit de fel, ou de l’efprit de mtre, ou du vinaigre diftillé, ou quelque autre acide. Les vitriols cependant font différents, fuivant les différentes efpeces des acides ; car chaque acide a un arrangement,
- une configuration qui lui eft propre, Ôt qu’il communique au fer, ainfl qu’il eft aifé d’en juger à la couleur ôt au goût.
- Si vous préfentez un morceau de papier allumé à des écailles de fer, fermentantes avec l’acide vitriolique, vous verrez à la fu-perficie une flamme accompagnée d’un certain bruit, ôt qui s’éteindra à l’inftant. Barchusen.
- 3°. On en obtient de la précipitation du vitriol qui eft fort chargé de fer. On plonge des morceaux de fer rouge dans ce vitriol, diflbus dans l’eau, jufqu’à ce qu’on ait fait partir une faveur amere qui vient des parti- ' cules du cuivre, ôt que la diiïolution foit d’une faveur douce. Le vitriol d’Angleterre > ou tout autre qui fera doux Ôt verd, convient mieux à cette opération que celui de Goflar, de Hongrie ou du Tirol , qui eft chargé de cuivre. Cependant fi l’on fait cuire quelque vitriol que ce foit dans un pot de terre avec des écailles de fer, ôt une quantité d’eau fuffifante, les particules de cuivre fe précipitent, ôt s’attachent au fer. Si, à la première cuiffon, il refte du cuivre, il faut en répéter une fécondé, avec de nouvelles écailles de fer, jufqu’à ce que vous ayez lieu d’être content. Barchusen.
- 4°. Avec d’es lames minces de fer, on fait aifément le vitriol de Mars, en verfant deffus, comme on l’a dit, de l’efprit de vitriol ou de foufre qui corrode les particules fa-lines du fer, fur-tout lorfqu’il eft en cryftaux : mais il faut préférer au foufre l’efprit de vitriol , ou celui qui a beaucoup de parties métalliques. Cet efprit de vitriol, joint à la limaille, mis dans un vafe de verre, ôt ar-rofé d’eau, s’échauffe au bout de fix heures, ôt forme une maffe brune tirant fur le noir, qui, tirée du vafe, ôt allumée avec un charbon , donne du vitriol blanc d’un goût très-agréable.
- JVillis dit que le fel ammoniac, tombé en défaillance, diffout de même le fer, Ôt le difpofe à la cryftallifation, Ôt que le vitriol a une faveur douce, avec une efpece d’afpé* rité ftiptique. Kœnig.
- 5*°. Dans de l’eau pure, qui foit chauffée, mettez la quatrième partie d’huile de vitriol, en y ajoutant de la limaille de fer: elle s’échauffera dans l’inftant avec une grande ef-fervefcence Ôt une odeur de foufre, pareille à celle que l’on fent dans les minières. Le vafe caftera fi on 11a pas eu foin de le boucher. Alors la liqueur n’eft plus acide, mais d’un goût vitriolique doux. L’acrimonie a été entièrement féparée par l’huile de vitriol* C’eft ce qu’on appelle la calcination des métaux par la voie humide ,* opération qui les rend capables de fe mêler à l’eau, ôt par conféquent potables. Lorfqu’à ce mélange on ajoute un peu de limaille de fer non
- p.163 - vue 168/218
-
-
-
- ï<?4 SEL DE MARS OU rouillée, il y aura dans Imitant une violente effervefcence, avec une odeur d ail ou d'œufs pourris. La liqueur deviendra fur le champ toute laiteufe. Il faudra continuer en jettant toujours de la limaille y jufqu’à ce qu’il n y ait plus d’effervefcence notable. Cette liqueur eft douce, fans acidité : elle eft la bafe de toutes les couleurs noires. Si on la filtre, elle devient verdâtre. Réduite à pellicule par *un feu doux, elle donnera des cryf-taux verds d’une faveur douce. On donne différents noms à ces cryftaux. Ils font entièrement folubles dans l’eau , ôc fondent aifément au feu. Ce vitriol diffous dans une grande quantité d’eau, relfemble fi fort aux eaux de Spa, qu’on ne peut les diftinguer. Pour cela, dans trois livres d’eau pure , il faut mettre trois grains de fel, Ôc une goutte d’huile de vitriol. Boeruaave.
- 6°. Si on met de l’eau fur du fafran de Mars y fait avec parties égales de limaille de fer ôc de fleurs de foufre, qu’on tire la diflo-lution, ôc qu’on la faffe épaifïir fuivant l’Art, on obtiendra du vitriol de Mars.
- 7°. Si on met parties égales d’efprit-de-vin ôc d’huile de vitriol dans un pot ou vafe de fer; qu’après l’avoir expofé quelque temps au foleil, on le mette à l’ombre, on verra comment la liqueur s’unit au fer du vafe, ôc forme un fel. Séchez, tirez ce fel du pot, ôc confervez-le dans une bouteille bien bouchée. Il eft à propos de fe fervir d’un pot neuf de fer. De deux onces d’efprit-de-vin, ôc deux onces d’huile de vitriol, on obtient cinq onces de vitriol de Mars. Si on employoit le vitriol de Mars feul, comme il pénétré aifément le fer, ôc qu’en peu de temps il le brûle, on n’obtiendroit qu’un fel ou vitriol impur. On peut mettre de la liqueur d’un doigt de hauteur, & la laifTer pendant deux jours. On prépare ce fel plus aifément l’été que l’hiver, il faut quelquefois iy jours dans cette dernière faifon. Si on met à la cave ce fel ou ce vitriol, il tombe en une liqueur qu’on appelle huile de Mars. Rémery.
- 8°. Mettez 8 onces de menus morceaux de fer dans un grand matras ; verfez defiiis deux livres d’eau commune, Ôc une livre d’efprit de vitriol ; remuez le mélange : mettez en digeftion au bain de fable pendant 24 heures. La partie la plus pure du fer fera dif-foute. Décantez la liqueur, ôc jettez la matière terreftre qui eft au fond. Filtrez la liqueur, mettez-la dans une cucurbite au bain de fable, Ôc réduifez à pellicule. Placez en-fuite ce vafe dans un lieu frais, il fe formera des cryftaux verds, qu’on peut tirer en ver-fant la liqueur doucement Ôc avec précaution. Faites une fécondé fois évaporer cette liqueur jufqu’à pellicule , ôc mettez enfuite à cryftallifer dans un lieu frais ; ce qu’il faut réitérer jufqu’à ce qu’on ait tiré tous les cry f-
- VITRÎOL PRÉPARÉ.
- taux, qu’il faut fécher Ôc conferver pour l’ü-fage dans une bouteille bouchée. Pendant que fe fait ladifïolution, la liqueur s’échauffe beaucoup, Ôc fe purifie. Lémery.
- 90. Mettez en digeftion de la limaille de fer avec dix fois autant de vinaigre diftillé, jufqu’à ce quelle foie difîoute en entier, ou pour la plus grande partie : la folution a un goût fucré, finon il faut ajouter une nouvelle portion de limaille. Diftiilez la folution au bain-marie jufqu’à ce qu’il n’en refte que le tiers ou le quart, que vous mettrez tout chaud dans un vafe bien bouché. Laiflez-la refroidir, ôc mettez-la à la cave : au bout de quelques jours, elle vous donnera des cryftaux , qu’on appelle fel de Mars. En verfant la liqueur, on tire les cryftaux avec un fil de fer ; on les met fécher fur du papier, ôc on les enferme. Stahù,
- 1 o°. Mettez dans une cucurbite de verre de la limaille d’aiguilles très-pure ; verfez défi fus, à plufieurs reprifes, de l’efprit acide de vitriol non déphlegmé, jufqu’à ce que la limaille en foit bien pénétrée : remuez avec une baguettede fer, prenant garde que le vafe de verre ne cafte. Verfez fur le champ de l’eau de pluie diftiliée, ou non, mais recueillie dans le temps des équinoxes. L’eau doit préalablement être chaude Ôc prefque bouillante. Mettez la cucurbite au bain de fable ; tenez le tout en digeftion pendant 12 heures ; après cela, filtrez la liqueur très-chaude , ôc faites évaporer à moitié, puis laifi fez cryftallifer dans un lieu frais. A la longue, vous verrez au fond les cryftaux, ainfi qu’aux parois du vafe. Ils font beaux, de couleur verte : on les fait fécher en les plaçant dans un papier roulé. Si on en veut une plus grande quantité, il n’y a qu’à continuer l’opération , en verfant de l’efprit de vitriol fur la limaille qui refte, y mettre de l’eau chaude , filtrer, évaporer ôc cryftallifer jufqu’à ce que toute la fubftance métallique foit changée en vitriol. Quand le fer eft pur, il refte peu de terre ; mais la quantité de vitriol eft beaucoup plus confidérable que celle de la limaille. Quelquefois cela va au triple, ce qui vient de l’efprit de vitriol qui s’incorpore avec le fer. Il faut aufli obferver que la meilleure efpece fe fait avec le vitriol commun ; elle eft même plus efficace en Médecine, ôc agit plus promptement. Ceux qui veulent faire le meilleur fafran de Mars, ôc le plus utile, doivent calciner quatre onces de cë vitriol, à feu ouvert, dans une boëte de fer, ôc continuer la calcination jufqu’à ce qu’on ait une très-belle poudre fubtile, rouge, ôc fans faveur. Febvre.
- ii°. Prenez une demi-livre de limaille de fer ou d’acier, fine Ôc pure ; mettez-la dans un vafe de terre ; arrofez-la de vinaigre diftillé , jufqu’à ce quelle foit réduite en pâte,
- qu’il
- p.164 - vue 169/218
-
-
-
- SEL DE MARS OU VITRIOL PRÉPARÉ. atf*
- qu’il faut faire fécher au bain-marie. Lorf-qu’elle fera feche, il faut la porphyrifer, en-fuite l’hume&er avec du vinaigre, fécher, pulvérifer, ôc humeêter jufqu’à ce qu’au goût on puiffe être affuré qu’on a un fel doux : mettez enfuite la poudre dans une cucurbite ; verfez deffus du phlegme de vinaigre de la hauteur de fix doigts. Mettez la cucurbite au bain de fable ; chauffez jufqu’à ébullition pour mieux extraire la partie du fer. Il faut obferver que l’on doit mettre de nouveau phlegme de vinaigre en place de celui qui s’évapore, jufqu’à ce que le menftrue foit affez chargé. La liqueur refroidie, il faut la filtrer, & la remettre enfuite au bain-marie pour la réduire au tiers ou au quart : mettez enfuite la cucurbite dans un lieu frais pour que le fel fe cryffallife. Faites encore évaporer la liqueur qui furnâge les cryftaux, ôc continuez ainfi à évaporer ôc cryftallifer pour en obtenir une plus grande quantité. Faites fécher ces cryftaux, ôc lorfqu’ils feront fecs, verfez deffus de l’alkool de vin, à la hauteur de trois doigts. Lutez bien le vafe, ôc laiffez en digeftion pendant fept jours. Ouvrez en-fuite le vafe, mettez-y le chapiteau, ôc fu-blimez l’efprit-de-vin au même degré de chaleur. Vous trouverez au fond du vafe le fel de Mars, excellent pour les obftruêtions. Febvre.
- 12°. Il faut d’abord préparer de la meilleure eau-forte, avec parties égales de vitriol ôc de falpêtre. Dans une livre de cette eau-forte , faites diffoudre quatre onces de fai-être , pur ôc fec ; enfuite mettez une cucur-ite fur des cendres chaudes, Ôc dans la cucurbite, fix onces d’acier. Les morceaux d’acier peuvent avoir deux doigts de longueur ôc un d’épaiffeur. Verfez delfus l’eau-forte , Ôc laiffez-la travailler. Il faut que la cucurbite foit grande, parce qu’il vaut mieux diffoudre de la limaille d’acier, que des morceaux plus gros. Dans ce cas, le vafe s’échauffe promptement ; il fe fait une grande ébullition ; au lieu que quand les morceaux d’acier font plus gros, ils ne font pas fi aifé-ment pénétrés, Ôc l’eau-forte agit plus lentement. Néanmoins la diffolution prend un certain degré de chaleur. Lorfqu’elle eft faite, il faut verfer deffus deux livres de vinaigre diftillé , chaud, mais par reprifes, ôc en petite quantité à chaque fois. Il faut auffi un peu remuer la matière du fond. Laiffez digérer au bain-marie pendant trois jours, ce qui fait beaucoup rougir la folution. En-fuite filtrer, réduire au tiers par la chaleur du bain ôc la diftillation, ôc mettre la cucurbite dans un lieu frais. Il fe formera des cryftaux rouges, qui ont encore quelques impuretés, dont il faut les priver. Faites évaporer la liqueur qui refte, afin d’avoir tout ce qui peut fe cryftallifer. Mettez tous Fourneaux, fl. Section.
- les cryftaux enfemble; verfez deffus une quantité convenable de vinaigre diftillé : filtrez la folution, ôc la réduifez à moitié au bain-marie ; mettez à cryftallifer : continuez cette opération, diffolvant, filtrant, diftillant ôc cryftallifant jufqu’à ce que vous ayez de beaux cryftaux rouges ôc tranfparents, ôc qu’il ne refte plus rien dans le vafe où fe fait la cryftallifation. Faites fécher les cryftaux dans du papier roulé, à une chaleur douce ; mettez-les dans une bouteille, ôc confervez-les pour l’ufage. Ce fel apéritif eft excellent : on l’appelle vitriol de Mars, ou cryflaux de Mars. Febvre.
- 130. Faites diffoudre du tartre dans de l’eau qui a fervi aux Ouvriers à éteindre l’acier : mettez-y des morceaux de fer. L’acide du tartre les attaquera. Filtrez , évaporez , mettez à cryftallifer dans un lieu frais. C’eft un excellent apéritif: on le compte parmi les meilleurs fecrets.
- Brandt rapporte que fi on a fait diffoudre de la limaille d’acier dans l’eau-forte, qu’en-fuite on ait fait évaporer à ficcité la folution, ôc chaffé le phlegme, en mettant le réfidu dans une cucurbite, d’abord à un feu lent, ôc enfuite plus fort, il monte un efprit brûlant, ôc aufïï fort que l’huile de vitriol.
- x Remarques.
- Je paffe fous filence cette quantité im-menfe de préparations Chymiques, qui fe font avec du vitriol de Mars, ôc dont je parlerai en traitant des vitriols, comme les divers efprits tirés du vitriol; le doux, le tartarifé, le fulphuré, le coagulé, l’apéritif de Penot$ le tartre vitriolé ; fon efprit volatil, philo -fophique, anti-épileptique de Paracelfe, ôc de Quercetan, anodyn ôc narcotique de Pi-nerius Ôc de Mynjickt ,* le foufre de vitriol anodyn, fixe ôc volatil ; la teinture ôc l’effen-ce de ce foufre, fon baume foporifique; les fleurs du foufre rouge par le vitriol ; la terre métallique ou ochre du vitriol ; la terre douce du vitriol ; le fel de vitriol ; l’eau ftiptique ; la pierre médicinale ôc admirable ; la pierre philofophique de Hellmont; Marcanum dublicatum ,* les huiles du vitriol de Mars, fes teintures; les fafrans; l’ame de Mynjickt \ la panacée du vitriol ; la poudre de fympa-thie, ôc plufieurs autres, pour lefquels vous pouvez recourir à mon Traité du Vitriol.
- §. XVI.
- De F Hématite.
- Sublimation de IHématite en fleur si
- Quelques-uns penfènt qu’on peut fubli-mer le fer en fleurs très-fubtiles, qu’ils appellent neige de fer : d’autres prétendent
- p.165 - vue 170/218
-
-
-
- 166 D E U H È
- qu on ne peut avoir ces fleurs , ou neige de fer 5 que lorfqu’il eft mêlé avec de l’antimoine. '
- i°. Prenez une partie d’hématite fubtile-ment pulvérifée, deux parties de fel ammoniac aufli pulvérifé : mêlez-les bien enfemble, ôc faites fublimer dans un alambic , par un fort feu de fable : mettez à part l’efprit de fel ammoniac qui fortira le premier ; délayez dans de l’eau ce qui montera enfuite : filtrez au papier brouillard; faites précipiter par l’infufion de l’huile de tartre par défaillance, jufqu’à ce que l’eau devienne blanche ôc claire; édulcorez le précipité, ôc vous aurez les fleurs de la pierre hématite.
- 2°. Prenez une partie d’hématite, une demi-partie de fel ammoniac ; réduifez en poudre impalpable ; filtrez, Ôc mêlez-les dans un mortier pendant un quart d’heure. Mettez ce mélange dans une cucurbite; lutez les jointures : augmentez le feu par degrés jufqu’à ce que la fublimation fe faffe. Au feu doux , monte l’efprit de fel ammoniac ; en-fuite, le feu étant augmenté, les fleurs d’hématite montent ôc s’attachent aux parois de l’alambic, ôc font de couleur d’orange : quand tout eft refroidi, on ôte le chapiteau, on tire les fleurs, ôc on les conferve en les gara ntiflant de l’air. On trouve au fond le caput mortuum de l’hématite, brillant de lames très-belles. A l’aide d’un violent degré de feu, on pourroit en tirer du fer. Collecl. de JLeyde.
- Dans la fublimation, il vient d’abord un peu d’efprit volatil urineux; à la fin, les fleurs jaunes montent; il faut les conferver, après l’opération , dans une bouteille bouchée. Elles attirent aifément l’humidité, ôc pâlif-fent : dans ce cas, il faut les mettre dans un vafe, Ôc les fécher doucement fur le feu; elles reprendront leur couleur vive. Bar-
- CHUSEN.
- Liqueur Jlip tique étHématite.
- Exposez à l’air le réfidu de la fublimation jufqu’à ce qu’il foit réduit en liqueur ; ou bien ajoutez-y allez d’eau pour qu’il foit en liqueur épaifle, qu’il n’y a plus qu’à filtrer, pour la conferver. Barchusen.
- Teinture d Hématite*
- La meilleure hématite, pour les ufages de la Chymie, eft celle qui fe cafle aifément, qui eft friable, d’une dureté égale, fans taches , qui a des veines, ôc qui eft de couleur de fang caillé. Lavez dans plufieurs eaux le caput mortuum, refté au fond de la cucurbite après la fublimation des fleurs d’hématite, jufqu’à ce qu’il ne donne plus de teinture : filtrez chaudement ces diflolutions ; faites-les coaguler à un feu violent ; tirez en-fuite la couleur en y ajoutant de l’efprit-de-
- M AT I T E*
- vin, ( il vaudroit mieux employer l’efprit de coings ou de prunes fauvages, ) ôc cela autant de fois que vous colorerez la teinture, qu’il faut filtrer à travers le papier. A la longue, il fe précipite une poudre très-fubtile, qu’il faut fécher après avoir verfé la teinture. Lorf* quelle eft féchée, il faut y verfer de l’eau, qui fe chargera du fel ammoniac, dont elle eft encore imprégnée. Enfin, il faut fécher cette poudre, ôc la conferver feule pour l’u-fage de la Médecine, ou la mêler aux fleurs de l’hématite. On doit faire évaporer l’eau pour que le fel ammoniac puifle fe coaguler. Quand on l’a purifié, c’eft un diaphorétique pour les fievres, parce qu’il eft compofé de fel ammoniac Ôc d’hématite, ce qui fait qu’on l’appelle Jelammoniac diaphorétique d!hématite. On pourroit encore calciner ôc laver le dernier réfidu ou caput mortuum de l’hématite, ou de la fubftance qui a fourni les fleurs ôc la teinture. Crollius, des fcories de l’hématite ou du fchift, dont on a tiré le fer, comme des fcories bleues, tire d’abord une teinture, enfuite de l’eflence de fafran de Mars. Perfonne ne doute même qu’on ne puiffe obtenir de la teinture. Bausch.
- 2°. Sur le réfidu de la diftillation, mettez de l’efprit - de - vin de la hauteur de deux doigts : laiflfez digérer pendant plufieurs jours ; filtrez la teinture, Ôc confervez-la dans une bouteille bien bouchée. Dans l’efpace de l’alambic, qui eft entre le caput mortuum Ôc les fleurs, il s’attache de petites fleurs noirâtres d’un goût très-auftere, qui, mifes dans l’efprit-de-vin, augmentent la force aftringen-te de la teinture. Barchusen.
- 3°. Prenez deux parties de la pierre hématite broyée, trois de fel ammoniac, mêlez exaêtement dans un creufet que vous tiendrez à un feu doux pendant une heure ou deux, jufqu’à ce que les vapeurs parodient ceflfer. Augmentez le feu, ôc foutenez-le pendant un jour, au point que le creufet foit rouge. Pulvérifez le réfidu, Ôc mettez-en une drachme dans trois d’elprit-de-vin reêti-fié : laiflez digérer pendant 24 heures : tirez-le clair que vous conferverez pour l’ufage. Hoffmann.
- 4°. Prenez du caput mortuum après la fublimation des fleurs d’hématite, avec le fel ammoniac ; mettez-le trois femaines à la cave, où il tombera en défaillance. Cette liqueur eft de couleur d’or, ou jaune, Ôc très-aftringente. Si on la fait évaporer àficcité , on obtient un menftrue, à l’aide duquel on diflout les métaux, en le préparant de la maniéré fuivante. Prenez douze onces de ce fel, ôc fix onces d’efprit-de-vin rectifié, que vous mêlerez ôc taillerez digérer pendant quelques jours. Mêlez avec une quantité fufi fifante de terre ordinaireou d’argile, le fel qui reftera. Diftillez dans une retorte de
- p.166 - vue 171/218
-
-
-
- DE r H E M AT I T E. l6y
- verre au point que la retorte foit rouge , vous aurez un efprit acide quil faut conferver dans une bouteille de verre. On l’emploie pour tirer les parties les plus fubtiles , ou les ibufres, des métaux, comme l’or, l’antimoine. Collect. de Lejyde.
- <y°. Verfez fur des fleurs d’hématite grof-fiérement broyées, de l’efprit-de-vin rectifié de la hauteur de deux doigts. Laiflez digérer fix ou fept jours. Le plus long-temps efl: le mieux. Vous aurez une teinture de couleur d’or, qu’on appelle ejfence apéritive. Si la teinture ôt les fleurs ne font pas belles, on peut fublimer ces fleurs avec de nouvelle hématite, au lieu de fel ammoniac. On obtient du caputmortuum une pareille teinture* Collect. de Leyde.
- Maglftere d* hématite.
- Calcinez 6 § d’hématite en poudre avec 8 § de foufre très-pur jufqu’à ce que le fou-fre foit confumé : pulvérifez la mâtiere, verfez deflus du fort vinaigre diftillé, animé d’efprit de vitriol : après avoir laifTé digérer pendant quelques jours, dans un lieu chaud, ou fur du fable chaud, la liqueur qui a été tirée, faites précipiter par le moyen de l’huile de tartre en défaillance ; édulcorez plufieurs fois le précipité avec de l’eau chaude ; féchez Ôt gardez pour l’ufage le réfldu qui efl: de couleur rouge. Bausch.
- Efprit d’hématite SC de fer.
- L’hématite donne, par la retorte, un efprit femblable au vitriol, par l’odeur ôt le goût. Bausch.
- 20. Diftillez enfemble de l’hématite Ôt du fel ammoniac, fubtilement pulvérifés, Ôt mélangez avec foin , il monte d’abord l’efprit de fel ammoniac, ardent, urineux. Si on augmente le feu, le fel ammoniac fe fubli-me, ôt entraîne des fleurs d’hématite, colorées comme des écorces d’oranges. Rédui-fez en poudre fine ces fleurs j verfez deflus de l’efprit-de-vin reèbifié, pour tirer la couleur ; ce que vous répéterez, tant que l’efprit-de-vin fera coloré. Diftillez ces différents ef-prits au bain de fable, il reliera au fond de la cucurbite un fel magnifique en couleur , qui aura l’odeur du fafran, ôt qu’il faut conferver. Mettez en poudre le caput mortuum j verfez deflus du meilleur efprit-de-vin ( on pourroit fe fervir de celui qui a été diftillé des cryftaux ) pour tirer la couleur ; répétez tant qu’il y aura de la couleur : diftillez au bain ; il reliera au fond un Tel comme la première fois. Ce fel diftillé à un feu doux dans une retorte de verre, lutée au fourneau à vent, donnera l’efprit de fel ammoniac acide corrofif: en augmentant le feu, on obtient des fleurs. Après la diftillation, mêlez l’efprit corrofif avec J es fleurs qui font reliées dans
- le col de la retorte ; diftillez lentement dans une retorte de verre ; l’efprit fortira, ôt les fleurs relieront au fond : mêlez ces fleurs aux premières , ôt mettez-les à la cave pour quelles tombent en défaillance. Bausch.
- 3°. On peut du vitriol de Mars, tirer un efprit acide, en le diftillant dans une retorte * au feu de réverbere, comme on fait pour le vitriol. Cet efprit a la même force, que celui du vitriol ordinaire. Le caput mortuum efl: un compofé de fer , qui peut être dégagé de l’efprit de vitriol : c’eft l’efprit acide de Mars* Rémery.
- 4°. Au vitriol de Mars, fait avec la mine du fer, mêlez partie égale de fel ammoniac ; verfez deflus de l’efprit-de-vin commun, de la hauteur de quelques doigts ; laiflez en di~ geftion pendant huit jours ; décantez la diflo-lution ; remettez de l’efprit-de-vin, Ôt réitérez jufqu’à ce que toute la couleur Ôt la faveur foient extraites ; mettez ces diflolutions dans une retorte ; faites partir l’efprit-de-vin, par le moyen du feu ; ayant augmenté la chaleur, vous aurez l’efprit de Mars acide avec des nuages blancs, d’une odeur très-agréable de foufre. Kœnig ex Hoffmann.
- Huile dhématite.
- Pulvérisez fubtilement l’hématite, ôt calcinez, avec parties égales de verre ou de foufre ; lavez plufieurs fois dans l’eau de pluie, ôt féchez \ verfez de l’elprit-de-vin, ôt laiflez en macération : diftillez une fécondé fois ; calcinez ce qui refte au fond , lavez, diftillez jufqu’à ce que le réfidu fonde dans l’efprit-de-vin, comme de la neige : enfin , par la cuiflon, on obtient un fel, qui, mis dans un lieu humide, tombe en défaillance. Bausch.
- Réduction de /’hématite en quintejfence SC en fel.
- Mettez en poudre impalpable de l’hématite , avec le double de foufre ; cémentez pendant fix heures ; calcinez ôt remuez la matière fous la moufle, pendant deux heures , dans un fourneau d’eflai; jettez la matière enflammée dans le plus fort vinaigre diftillé ; édulcorez la poudre dans de l’eau commune ; féchez ; faites-en enfuite des hou-* les avec de l’eau rofe, fur lefquelles vous verferez de l’efprit-de-genievre ; digérez un peu de temps, jufqu’à ce que toute l’eflence foit extraite ; filtrez par le papier ; tirez l’ef-prit au bain-marie, afin que l’eflence demeure au fond ; édulcorez le réfidu ; jettez deflus de l’eau corrofive de miel ; ôtez l’eau ; par une fécondé diftillation, édulcorez le fel avec l’efprit-de-vin. Bausch.
- Ame de lé hématite.
- Sublimez une partie d’hématite, ôt deux
- p.167 - vue 172/218
-
-
-
- *6$ OBSE RFATIONS SUR LE FER.
- de fel ammoniac ; vous aurez un beau fubli-mé rouge. Edulcorez ; vous trouverez au fond du vafe , ce qu’oA appelle Pâme de Mars, ou ce qu’il y a de plus fubtil dans le Mars : faites l’extraction du fel d’or ; fixez cette ame de Mars pendant fix femaines ; le réfidu fe changera en argent : ce fel, qui aura été tiré, eft aufli brillant que les rubis.
- JBAUSCH ex IPiTTIGHIQ.
- Hématite brûlée.
- Préparez l’hématite en la chauffant, ôc l’éteignant dans du fiel de bœuf : c’eft ce qu’on appelle P hématite brûlée. Bausch.
- F Ulules éPhématite.
- Pulvérisez finement l’hématite, faites-la cuire dans de l’eau commune Ôc de plantin : diftillez pendant 7 ou 8 heures, afin quelle devienne comme une terre graffe. L’eau évaporée , on peut en faire despillules, & les marquer. Galénus les prépare, en frottant l’hématite fur une pierre à aiguifer , ôc ra-maffant le fuc.
- s. XVII.
- Recueil de différentes objervations touchant le Fer.
- De la pefauteur fpécifique du fer% SC de P augmentation de Jon poids.
- L’eau de pluie eft au fer forgé ,. comme 1000 eft à 7817. D’autres, fondés fur l’expérience, ont trouvé que le rapport étoit de 1000 47645 , ou de 1000 à 7.914. D’autres, de 1000 à 8000, ou à 8166. Ces différences viennent du différent poids ôc de l’eau Ôc du fer qui ont fervi aux expériences, ôc qui n’ont pas tous la même pefanteur.
- Le poids de quatre drachmes de menus morceaux de fer, tenus dans un creufet fous la moufle, pendant deux heures, a augmenté d’une drachme fix grains un quart, fiiivant Boyle.
- La grande affinité du fer avec le vitriol, eft caufe que nous parlerons ici de la pefanteur fpécifique des vitriols, de leurs huiles , de leurs efprits. Le vitriol de Dantzic eft à l’eau, comme 1815 eft à 1000 : celui d’Angleterre, comme 188 eft à 100.
- L’huile de vitriol eft à l’eau de pluie, comme 1877 -g- eft à 1000. D’autres difent, comme 1700 eft à 1000. Comme on a fait ces expériences en différentes faifons, on a découvert qu’en été le poids eft de 7 gros 59 grains , ôc en hyver de 7 gros 71 grains : l’efprit de vitriol eft en été 5 gros 3 3 grains, êc l’hyver 5 gros 3 8 grains.
- Pour ce qui eft des autres efprits acides, :on a remarqué que celui de nitre , eft l’été
- de 6 gros 24 grains, ôc l’hy ver 6 gros 44 grains ; l’efprit de fel, l’été 5 gros 45) grains , l’hy ver 5 gros 5 5 grains ; l’eau-forte , l’été 6 gros 2 3 grains, l’hyver 6 gros 3 5 grains ; l’efprit de foufre, l’été 5 gros 34 grains, l’hyver 5 gros yp grains ; le vinaigre, l’été 5 gros 15 grains , l’hyver 5 gros 21 grains ; le vinaigre diftillé, l’été 5 gros 11 grains, l’hy-ver y gros 1 y grains : toutes épreuves faites , fur un pouce cubique de France. Quant à la proportion de ces liqueurs fpiritueufes avec l’eau; l’eau-forte eft a l’eau, comme 1300 eft à 1000; l’efprit de nitre, comme 13ip eft à 1000 : ôc l’huile de vitriol, comme 1700 eft à 1000.
- Il eft confiant, que certains corps tirent du contaét de l’air, de nouvelles particules dont ils fe chargent. Cela eft prouvé par la chaux vive, le caput mortuum du fel, du nitre, de l’alun, du vitriol, Ôc par l’épreuve qu’une terre , dont on a tiré du vitriol, s’en recharge de nouveau, fi elle eft mife à l’ombre ôc en tas pendant fept ans. Il y a eu une belle expérience de faite fur l’huile de vitriol. L’Auteur a pris trois drachmes d’huile dé-phlegmée, au point quelle diffolvoit un fil de fer affez gros ; il les a mis dans un vaiffeau de verre découvert, de trois pouces de diamètre ; ôc a placé, avec foin, ce vafe fur une balance, dans un endroit à l’abri du foleil ôc de toute autre chaleur : enfuite , il a remarqué plufieurs fois, ôc tenu un état du poids, en marquant les orages ôc changements de vent. Il a reconnu que le poids augmentait tous les jours , au point qu’en 17 jours , les trois drachmes d’huile de vitriol pefoient p drachmes Ôc 3 o grains : cet accroiffement de poids n’a pas été égal chaque jour ; il alloit au contraire en diminuant. Celui du premier jour a été d’un grain , pendant que celui du dernier, à peine a été d’un demi-grain. Plus la liqueur a été faturée, moins l’augmentation de poids a été fenfible, fans cependant fuivre de proportion certaine, puifqu’il a obfervé qu elle avoit été plus grande par les orages, pendant l’humidité Ôc la neige, que durant les gelées ôc un temps fec, pendant la nuit que pendant le jour. La couleur de cette liqueur, avant que d’être faturée, étoit rouge : elle eft devenue enfuite plus claire. Cette matière mife à la diftillation, a d’abord donné une liqueur aufli infipide que l’eau daire. En pouffant le feu, il eft venu des gouttes acides : l’huile demeurée dans la retorte, étoit aufli corrofive qu’auparavant. On a encore obfervé, qu’à quantités égales , plus la liqueur a préfenté de furface à l’air, plus l’accroiffement a été prompt. C’eft ainfî que trois grains de cette huile, mis de la largeur de trois quarts de pouce, fur un morceau de verre, ont, dans les fix premières heures, attiré trois autres grains; ôc en moins
- de 4§
- p.168 - vue 173/218
-
-
-
- 0 B S E R FAT ÎO NS SUR LE FER. i6o
- de 48 heures, la liqueur , qui n’étoit pas encore pleinement faturée, avoit acquis le triple de fon premier poids. On dit quil arrive la même chofe à l’huile de foufre, tirée par la cloche ; à l’huile de tartre , par défaillance; à la liqueur du nitre fixe, ôte. Voyez JVilh. Gouldy dans les Tranfacl. PhiloJ. ÔC A cl. de Leypjîc , année 1 <5"S 5*.
- Le vitriol deVenus expofé à l’air pendant quelques femaines, va d’une once à une once quatre grains Ôt demi , ôt de fix onces calcinées au rouge , expofées à l’air pendant fix mois, à fix onces cent grains, à ce que dit Boy le. Voici fes paroles : Il a mis huit onces de vitriol, calciné à blancheur , dans un vafe de métal plat, mais peu large ; Ôt fur un autre vafe de métal, plus large, il a expofé à l’air deux onces de colchotar, Ôt cela dans le mois de Juin. Les huit onces ont augmenté d’une drachme ôt dix-fept grains, les deux onces d’autant moins un grain. Au mois d’Août, ces deux onces étoient augmentées de quarante-deux grains, de façon qu’en moins de fix mois, elles l’étoient de cent, par conféquent de plus de la dixième partie du poids principal. Boy lu.
- Il a pris du colchotar du vitriol de Venus, bien édulcoré , qu’il a laiflê dans fon Laboratoire pendant les mois de Janvier ôt de Février. Il en a pefé une once jufte , qu’il a expofée à l’air ; après quelques femaines, il a trouvé que le poids étoit augmenté de quatre grains un quart, fans compter un peu de pouffiere qui étoit attachée au verre. Sur deux portions de chaux de vitriol de Dantzic, bien édulcorée, après en avoir retiré l’huile par une longue diflillation, on a verfé de l’eau qui devoit fe charger des particules vitrioliques reliées dans la chaux. Quand l’eau, d’une de ces portions, a été allez imprégnée, on l’a filtrée ; ôt après avoir enlevé la partie humide, elle a donné plu-fieurs drachmes d’un certain fel vitriolique, qui différoit peu du vitriol calciné. Quant à l’eau qu’on avoit verfée fur l’autre portion de vitriol calciné , elle fut expofée à l’air, dans un ample vafe , pendant quatre ou fix femaines. Après ce temps, comme il y en avoit beaucoup d’évaporée , elle a donné plufieurs drachmes de fel qui, ni alors, ni depuis, n’avoit point la figure du vitriol ordinaire , ni du fel précédent : mais qui don-noit des cryllaux prefque femblables au nitre , ou à quelqu’autre fel fans couleur. Boyle.
- Le poids d’une marcaffite, partie brillante , partie obfcure, chargée de deux onces de vitriol, ôt expofée à l’air, dans une chambre , pendant 7 femaines, a augmenté de 12 grains. Boyle. \
- Voici ce que dit Hoffmann: Si vous expo-fez long-temps à l’air de l’huile de vitriol, Fourneaux , ff. Section.
- que vous aurez pefée exa&ement, Ôc qu en-fuite vous la repéfiez, vous en trouverez le poids augmenté du double ou du triple* Gomme elle attire les parties humides de l’air, elle peut fervir à faire connoître l’humidité de l’atmofphere : mais quand cette huile a tiré de l’air une quantité d’eau fufii-fante, elle 11e s’échauffe plus quand on y ajoute de l’eau. La même chofe arrive à la chaux-vive, qu’on a laiffée trop long-temps expofée à l’air. C’efl un phénomène fingu-lier, que l’huile de vitriol, qui a été tirée par la force de la calcination, reêlifïée enfuite dans une retorte de verre, au bain de fable, qui efl tranfparente , claire ôt limpide comme de l’eau , prenne cependant aifément une couleur affez rouge, foit au contaêl de l’air, foit par l’addition de quelqu’autre fub-fiance, qui contienne un peu du principe inflammable.
- Des diffolutions du fer dans les acides, êCc.
- Voici les obfervations du Doêleur Brandt, faites dans le Laboratoire du Collège Royal de Stockholm. Il a fait difïoudre une once de menus morceaux de fer dans vingt onces d’efprit de vinaigre : la folution étoit de couleur rouge* En y ajoutant de falkali fixe, il n y avoit aucune eflervefcen-ce, ce qui dénotoit que le fer étoit intimement mêlé à l’acide* La couleur de la foiu-tion ne fe changeoit pas, Ôc il ne fe précipi-toit rien : mais un alkali volatil, comme l’efi prit de fel ammoniac , troubloit la folution , ôc il fe faifoit un précipité.
- Ayant fait difïoudre une once de morceaux de fer, dans deux onces & demie d’eau-forte, la folution s’échauffoit ôc paffoit à la couleur verte obfcure. Après la filtration, ôc y avoir verfé de l’huile de tartre par défaillance, il fe précipitoit une chaux d’un brun obfcur : la folution du fer, diiïbus dans l’eau régale, étoit rouge-brune. L’huile de tartre n’occafionnoit aucune effervefcence, même en agitant le vafe : cependant, la couleur paffoit au blanc obfcur, ôc il fe précipitoit une chaux de la même couleur. Outre ces menflrues, le fer fe diiïoivoit encore dans l’huile de vitriol, dans l’efprit de vitriol, dans l’efprit de foufre, tiré par la cloche , dans l’efprit de fel, celui d’alun, Ôc autres acides.
- Du fer calciné , mis dans vingt parties de vinaigre, donnoit une teinture jaune-brune. L’huile de tartre n’y occafionnoit aucune effervefcence, ni ne troubloit la folution. Il ne fe faifoit pas non plus de précipitation : mais l’efprit de fel ammoniac faifoit un précipité.
- Il n’a pu diffoudre du fer calciné dans l’eau - forte ; ce menflrue n’avoit aucune a&ion fur lui, ôc la couleur n’en étoit pas
- Vv
- p.169 - vue 174/218
-
-
-
- OBSERVATIONS SUR LE FER*
- changée : l’addition de l’huile de tartre, a occafionné une afFez grande effervefcence , mais fans précipité.
- L’efprit de fel de Glauber, qui cependant eft acide, n’a pu diffoudre le fer calciné, quoiqu’il diffolve ôc ronge bien celui qui n’eft pas calciné.
- L’eau régale a diffous la quatrième partie d’une once de fer calciné ; la folution étoit rouge : mais après quelques heures, elle eft devenue d’un rouge pâle, ôc alfez fembiable à une huile légère. L’huile de tartre a fait effervefcence; la folution a pris une couleur brillante de rubis, mais fans précipitation. L’efprit de fel ammoniac a troublé la folution : il y a eu une efpece d’effervefcence avec chaleur, & il s’eft précipité une chaux d’un brun obfcur. Brandt.
- D’autres ont obfervé que l’efprit de fel diffout le fer Ôc l’acier : mais s’il eft réduit en fafran, quoique finement pulvérifé, il ne l’attaque plus, & la teinture eft jaune, pref-que rouge, pendant qu’avec les autres la folution eft verte. Ce fafran réfifte aufti aux attaques de l’huile de vitriol, qui diffout le fer, avec écume ôc effervefcence. Voilà ce qu’en a dit Stahl.
- Selon Hoffmann , l’efprit de fel différé de l’efprit de vitriol 6c de nitre , en ce qu’il ne diffout pas fi promptement la limaille de fer, 6c qu’il n’agit pas fur l’hématite 6c le fafran de Mars, quoique réduit en poudre très-fine ; pendant que le fel commun, ou pour mieux, le fel ammoniac, agit beaucoup plus vivement ôc plus promptement fur les mines du fer, l’hématite 6c la limaille ; ôc qu’en les diffolvant fortement, il en fait du vitriol aftringent, pourvu qu’étant mêlés en-femble, on les tienne au feu, dans un creu-fet, ôc pendant un certain temps : ce qui n’arrive , ni avec le vitriol, ni avec le nitre.
- Musschenbroek dit qu’à l’efprit de nitre, on a ajouté une drachme de limaille de fer, qui a donné une grande effervefcence , avec écume 6c des fumées jaunes, abondantes 6c fœtides ; que la chaleur a été de 4 6 à 145' degrés, Ôc que la maffe s’eft réfolue en une efpece de pâte. On a mis une même quantité de limaille, avec de l’efprit de nitre dans lé vuide, qui a de même beaucoup bouilli, ôc jetté d’épaiffes fumées jaunes ; la chaleur a monté de 46" à 120 degrés, 6c la maffe étoit, comme celle ci-deffus, de couleur de rouille, épaiffe ôc remplie d’écume : les fumées étoient élaftiques , ce qui fit defcendre le mercure de quatre pouces 6c demi. Il n’y a pas de danger à faire cette expérience avec de l’efprit de nitre : mais lorfqu’on la fait avec l’efprit de nitre préparé à la maniéré de Geoffroy ou de Glauber , il s’excite une chaleur fi violente ôc fi fubite, quelle fait foulever le thermomètre, ôc l’on ne peut
- plus juger du degré de chaleur. Il % encorp ajouté une drachme de pierre hématite à l’efprit de nitre, ce qui n a point occafionné d’effervefcence ni de couleur. Cependant la couleur de la pierre fut changée , le degré de chaleur un peu augmenté de 46 f à 47 £ , 6c il n’a pas pu fçavoir s’jl y avoit quelque chofe de diffous. Il mit de même de la pierre hématite avec de l’efprit de nitre dans le vuide : la pierre effuya une grande ébullition, mais fans écume. A la longue cependant, elle donna une teinture comme rouge, 6c la chaleur monta de 46 ~ à 47 ~ ; la couleur de la pierre qui reftoit, étoit d’un rouge plus éclatant : le baromètre n’ef-fuya aucun changement. Ayant mis trois drachmes d’efprit de fel marin, fur une drachme de limaille de fer , on a remarqué une foible effervefcence avec chaleur. La folution eft devenue trouble ôc jaune : mais avec le temps le métal s’eft précipité, Ôc l’ef-prit s’eft éclairci ; la chaleur a augmenté de 47 à 57. Il a répété la même expérience dans le vuide ; le fer a donné une grande effervefcence, avec écumes, effervefcence qui a duré long-temps , ôc qui a diffous plus de métal. La folution étoit opaque, noire : la chaleur a augmenté de 47 à 70, fans que le baromètre ait varié. Il a mis deux drachmes de limaille de fer dans une once d’eau-forte ; fur le champ, il y a eu une forte effervefcence , qui a jetté beaucoup de fumées rouges ôc chaudes, néanmoins en plus petite quantité que l’étain n’en jette :•!a chaleur a augmenté de 44 à 188. La maffe étoit noire, très-épaiffe : elle eft reftée dans cet état pendant un mois, la partie métallique occupant le deffous. Il n’a pas remarqué jufqu’à pré-fent, que l’eau-forte ait produit aucune effervefcence plus chaude. Huygens a mis une égale quantité d’eau-forte dans deux vafes ; il a expofé l’un à l’air, ôc a mis l’autre dans le vuide, après avoir mis dans l’un ôc dans l’autre une partie fembiable de fer, pour voir lequel feroit plutôt diffous ; il a remarqué qu’il arrive le contraire du cuivre : le fer, dans le vuide, a été plutôt diffous que celui qui étoit à l’air. Il a mis une once d’eau-forte fur une marcaffite jaune : il y a eu fur le champ une grande effervefcence, avec quelques écumes ôc fumées épaiffes, jaunes, abondantes ; la chaleur a monté de 44 à pp : dans l’efpace d’un mois, prefque tout le métal a été diffous.
- Mêlez une partie de limaille de fer, une demie d’huile de vitriol ôc dix d’eau; faites préalablement chauffer à un feu doux l’huile de vitriol ; mettez enfuite la limaille de fer : il fe fait une grande ébullition , qui donne long-temps l’odeur de foufre : elle a auffi un petit goût de vitriol. Si on évapore à pellicule, on obtient des cryftaux verds
- p.170 - vue 175/218
-
-
-
- OBSERVATIONS SUR LE FER;
- très-brillans > qui fondent aifément à Feau ôc au feu. On les appelle cryflaux, fucre , vitriol, ÔC fel de fer. Ce fel perd au feu fa couleur verte , fa tranfparence , ôc jaunit au-delfus. Si on le pouffe à un plus grand feu, il blanchit ôc fe calcine. Si on augmente encore le feu, il devient ce qu’on appelle Jafran de Mars aflringent. Si on expofe à l’air le fafran rouge, il fe diffout en une huile de couleur d’or. Il eft foluble par le vinaigre, le vin du Rhin ôc même Feau ; mais il faut le faire bouillir douze heures.
- Si, fur deux drachmes de fer ou d’acier , on verfe de Feau-forte, goutte à goutte, jufqu’à ce que l’effervefcence foit paffée &c le fer diffous, ce qui échauffe le vaiffeau de verre, le fer s’enne, donne de l’odeur, ôc devient de plus en plus friable. Laiffez la folution en digeftion pendant une nuit, puis faites évaporer à ficcité, vous aurez une malle rouge , qui calcinée , fait une poudre rouge ôc infipide : c’eft le fafran de Mars apéritif, ou la chaux de fer ou d’acier. Collecl. de Leyde.
- Si vous faites une diffolution de fer par l’eau-forte, qu’enfuite vous faffiez évaporer à ficcité, qu’ayant mis la matière dans une retorte, vous ayez chaffé le phlegme, par un feu doux, en augmentant le feu, il monte un efprit qui eft brûlant ôc fort comme l’huile de vitriol. C’eft à caufe de cette affinité que je vais parler de la vertu corrolive du vitriol, principalement du martial & de fon huile. Le plus fort acide liquide ôc le plus corrofif, peut devenir infipide , par la feule mixtion, avec une terre infipide,"pénétrée de phlogiftique. Hoffmann.
- Différentes effervefcences, couleurs, changements , précipitations, tant du fer que
- du vitriol de Mars., fon huile SC J on
- efprit.
- Si par la diftillation on extrait l’huile de vitriol des corps fulfureux, du régné végétal ou animal, par exemple , du fuc de pavots, de l’orpiment, de l’antimoine : ce violent acide eft fi fubtil, qu’il fe réfout en un efprit volatil prefque entièrement privé de toute acidité : il en refte feulement un peu dans le caput mortuum. Cet efprit qui, joint aux huiles diftillées, excite de la flamme, eft fi fort corrofif, qu’en peu de temps, il ronge 6c détruit les métaux les plus durs , ôc qu’il s’évapore entièrement dans l’air, lui, que les plus forts obftacles ont bien de la peine à contenir. Hoffmann.
- Si vous frottez légèrement quelques parties de la main d’huile de vitriol , vous reffentez une grande douleur, une ardeur brûlante, ôc un déchirement, au lieu que fi vous en employez une plus grande quantité, ôt que vous la preffiez fortement contre la
- main, vous ne fendrez prefque point de douleur ni de brûlure. Idem.
- Quoique l’huile de vitriol puiffe diffoudre jufqu’à un certain degré tous les métaux, il n’y en a cependant point fur qui elle agiffe^ plus promptement que fur le fer : enluite vient le cuivre ; ôc comme elle attaque beaucoup plus aifément le cuivre que l’argent, on peut tirer de la monnoie, qui eft faite de cuivre ôc d’argent, toute la partie de cuivre, en verfant deffus de l’huile de vitriol, qu’il faut un peu chauffer pour lui donner de Faction. De limpide quelle étoit, elle devient oblcure, noire, & comme de la poix, rendant une forte odeur de cuivre. Quand on a lavé dans de Feau de la monnoie qui en a été rongée, elle reprend fa couleur d’argent. Idem.
- L’huile acide de vitriol précipite toutes les diffolutions métalliques pierreufes, animales, les écailles, coràux, perles, par Fef prit de fel ou de nltre : pour celles faites avec le tartre, elle les réduit en poudre légère, plus brillante que tous les autres précipités, fur-tout les coraux, les perles, la *mere-perle, les coquilles, dont la poufliere eft auffi brillante que les perles orientales* Cette poudre fera encore plus belle fi on la précipite par l’efprit acide du foufre, de façon quelle pourra fervir (de çofmétique.
- G L AU BER.
- A une chaleur médiocre, l’huil,e de vitriol change le mercure en chaux blanche. En y ajoutant de Feau, elle le change en chaux jaune. Le feu & l’agitation contribuent à la diffolution quelles facilitent. Parties égales d’huile de vitriol ôc d’efprit-de-vîn digérées ôc diftillées, donnent une liqueur un peu corrofive, comme fi Fon avoit mis une partie d’huile de vitriol dans dix parties d’eau*
- L’huile de vitriol diffout le fel gemme, le cuivre, le fer, l’antimoine, le zinc, le pain, le camphre, la pierre calaminaire, les chairs, les coquilles, la craie, les cornes de cerf* Elle n’a point d’aêlion fur le fafran de Mars fait par le feu, pendant quelle diffout le fer avec effervefcence & écume.
- Il faut bien du temps à l’huile de vitriol pour diffoudre le vif-argent, précipité par lui-même.
- Elle diffout le fel commun avec bruit, en jettant des vapeurs Ôc des bulles.
- Le caput mortuum de l’eau-forte, ou du vitriol, fert de menftrue dans la fufion des métaux, ôc les rend plus fluides.
- Si on mêle de Feau à de l’huile de vitriol , ôc qu’on la verfe fur du cuivre ou du fer, elle en tire un nouveau vitriol, bleu & verd.
- La folution du plomb avec le vitriol de Mars, donne une couleur d’opale jaunâtre* Hiærne.
- Le fublimé fait d’une folution de fer par la
- p.171 - vue 176/218
-
-
-
- ij2 O B S E R H T10 N S
- . chaux vive Ôc les cendres gravelées, donne une couleur fafranée,comme la gomme gutte.
- La folution de Mars par l’alun, avec le fel de tartre, donne le plus grand blanc.
- Le fucre de Saturne avec la difTolution de Mars * donne un beau rouge, comme le grenat.
- L’efprit de tartre avec la diffolution de Mars, donne le rouge obfcur tranfparent.
- Le nitre fixe avec la diffolution de Mars, donne la couleur châtain, blanc, noyé dans le brun.
- Le nitre fondu avec les cendres gravelées Ôc la chaux vive, mêlé à la folution de Mars, donne la couleur de fumée noirâtre.
- Le vitriol de Mars Ôc la folution de Mars , avec l’efprit de fel ammoniac ôc l’ef-prit-de-vin, donne un verd obfcur.
- Les noix de galle avec la pierre martiale de Sparmarin, donnent un verd noirâtre.
- De l’urine avec du vitriol de Mars , ôc de la folution de Mars ; les fcories du régule d’antimoine avec le vitriol de Mars, donnent la couleur de la poix.
- Les fcories du régule d’antimoine avec la folution de Mars par l’alun, donnent le gris obfcur. Hiærne.
- La folution du fer par l’efprit de nitre, donne une odeur plutôt douce que défa-gréable.
- La folution de fer donne au cryftal la couleur d’hyacinthe.
- Le fer jetté dans le vinaigre, rongé par fon acidité, ôc paffé dans fa fubftance, convertit fon âcreté en une douceur fucrée, fuivant StahL L’eau-forte diftillée par une retorte de fer, prend une couleur d’or plus haute, Ôc en devient plus pure.
- Ayant mis pendant 4 jours deux clous de fer dans deux onces d’eau commune, rendues acides par l’addition de l’huile de foufre, on y a encore ajouté de la noix de galle : au bout d’une heure on a remarqué du noir ; ôc dans un jour, la liqueureft devenue noire comme de l’encre. Grisonius.
- Huile de vitriol. Quand on mêle de l’huile diftillée de lavande à de l’huile de vitriol bien concentrée, le mélange s’enflamme légèrement , ôc jette une fumée qui fent le foufre : néanmoins le réfidu refte clair, ôc n’acquiert point une conftftance épaiffe.
- Il arrive la même chofe avec l’huile de marjolaine, avec cette différence que la couleur eft plus délayée ôc la confiftance plus fluide.
- L’huile de menthe acquiert une couleur obfcure noirâtre : mais la fumée a une odeur de foufre plus pénétrante.
- L’huile de cédra de Bergamotte ne fait pas beaucoup d’effervefcence : le mélange ne s’épaifïit pas; il eft d’une couleur entièrement j^une.
- SUR LE FER*
- Si on mêle à cette huile de l’huile pure de gérofle, ôc en égale quantité, il furvient une grande chaleur, ôc une odeur pénétrante de foufre : le mélange prend la couleur du fang > ôc la matière fe coagule promptement comme une réfine.
- Cette huile mêlée à l’huile pure de faffafras, diftillée par l’intermede de l’eau, fe coagule en une matière noirâtre, tenace, d’une couleur chargée, ôc d’une mauvaife odeur.
- L’huile pure de genièvre jaunit ôc prend une confiftance épaiffe, mais avec moins de chaleur ôc de fumée. Si l’on emploie de cette même huile falfifiée, il furvient une très-grande chaleur, avec beaucoup de vapeurs, ôc la matière s’épaiflit fortement. Si on fe fert d’huile faite avec le bois du genévrier, en agitant le vaiffeau, la couleur fe charge ôc devient noirâtre. Il fe fait une grande ébullition qui fait monter la matière jufqu’aux bords du vafe.
- L’huile de térébenthine, mêlée à celle de genièvre, lorfqu’on agite le vafe, fait effer-vefcence, avec une très-grande chaleur Ôc des bulles, donnant beaucoup de vapeurs de foufre.
- Le baume de Copahu fait avec cette huile une ébullition chaude ôc forte, lorfqu’on a agité le vafe, ôc donne une couleur rouge obfcure, tirant fur le noir, avec une fumée défagréable Ôc fœtide.
- Avec le baume du Pérou, il réfulte un mélange très-rouge, comme de Y écarlate , fans chaleur, ayant la confiftance d’un fyrop.
- L’huile de vitriol concentrée attaque même le camphre, qui eft comme une huile diftillée, ôc fous une forme feche ; elle le diffout en une liqueur épaiffe, d’un jaune tirant fur le rouge.
- Les huiles par exprelîion des raves , des olives, des amandes douces, mêlées à cette huile, rougiffent à la vérité, mais fans chaleur ôc fans ébullition. Hoffmann.
- Des fleurs légèrement teintes, comme celles du bluet, de la lavande, de la violette , de la marguerite, des rofes infufées dans de l’eau chargée d’efprit de vitriol, donnent une teinture rouge, brillante, très-belle. On découvre par-là pourquoi tous les elprits acides ou oléagineux, diftillés, avec le temps , ou par la digeftion, deviennent très-rouges, ayant d’abord été très-limpides, comme cela arrive avec l’efprit de tartre, de manne, de fucre, de miel.
- L’huile de vitriol, ou l’huile de fel, ou l’efprit de fel très-concentré, produifent par l’addition d’une quantité convenable d’eau très - froide , une forte effervefcence avec grande chaleur. La glace même jettée dans de l’huile de vitriol, produit une chaleur qui approche prefque de celle du feu. Il faut ob-ferver que fi on emploie une trop grande
- r quantité
- p.172 - vue 177/218
-
-
-
- OBSERVATIONS SUR LE FER,
- quantité d’eau, la chaleur eft beaucoup moins confidérable, & quelle eft d’autant plus forte qu’il y a moins d’eau, cependant jufqu’à une certaine proportion. Si, dans une demi-once d’huile on ne met qu’une drachme d’eau, il n’y a pas tant de chaleur ni d’effervefcence que fi on en avoit mis deux drachmes. Le degré feroit encore plus grand avec une demi-once , Ôc une once entière d’eau : mais fi on emploie une plus grande quantité, comme deux ou quatre onces, pour une demi-once d’huile de vitriol, l’eflfervefcence eft très-foible. idem.
- Si on mêle de l’efprit-de-vin très-reêlifié dans de l’huile de vitriol, il y a chaleur fans beaucoup d’ébullition, avec changement de couleur qui paffe au couleur de rofê : la chaleur eft moins grande que fi on avoit ajouté de l’eau. L’huile diftillée mêlée à l’huile de vitriol ôc à l’efprit de nitre fumant, bout fortement, fans grande chaleur Ôc fans changement de couleur. Il fe fait de même une effervefcence très-chaude avec l’efprit acide du nitre, ôcrefprit-de-vintrès-reâ:ifié, de même qu’avec les huiles diftillées. Idem, Si on mêle de l’huile de vitriol au fel ammoniac ou au fel commun, il s’élève fur le champ une fumée blanche très-pénétrante, pendant que du mélange de cette huile Ôc au nitre fec, il s’élève une vapeur rouge, jaunâtre, ôc très-pénétrante. Sur quoi il faut remarquer que l’huile de vitriol jointe à ïar-canum duplicatum, au tartre vitriolé, ou au nitre antimonié, qui font des fels neutres, ne produit point cet effet : le mélange refte tranquille ôc entier. Idem,
- L’efprit de fel fumant, très-concret, fait avec le fel ammoniac ôc l’huile de vitriol, mêlé à l’huile de vitriol, fait une violente ébullition avec bruit, ôc fait partir des fumées blanchâtres, pendant que nul autre acide, pas même l’efprit de nitre fumant, n’occa-fionne cet effet. Idem,
- Si on mêle au point de faturation de l’huile de vitriol avec du fel de tartre, il vient un efprit qu’il faut diftiller dans une retorte à feu doux : il eft infipide, néanmoins très-fubtil, puifqu’il fe volatilife à un moindre degré de chaleur que l’eau commune. On l’ap-elle efprit purifié de Niedner, qui a gagné eaucoup d’argent à le vendre. Idem,
- L’huile de vitriol, verfée fur de la limaille de fer, pure Ôc fans rouille, par l’addition d’une quantité d’eau convenable, fait une grande effervefcence avec chaleur. Il en part une odeur fulphurée, qui, retenue dans le vafe avec le pouce, prend feu avec grand bruit à l’approche de la flamme d’une chandelle , ôc part comme un éclair , brûlant même dans l’orifice de la bouteille. Idem,
- Si on met dans une cucurbite poids égal d huile de vitriol ôc de fel commun, par Fourneaux, 4e. Section,
- exemple, une demi-livre, il s’élevé fur le champ de la fumée, ou une grande vapeur blanche, fubtile, d’une odeur acide pénétrante. En mettant le chapiteau, ôc fe fervant du bain de fable, il monte un efprit d’ünè odeur très-acide ( ce qui eft rare dans les efprits acides minéraux ) très-concentré ôt très-volatil, qui, allumé, donne une vapeur fubtile* Voilà le véritable efprit de fel, qui fe tire fans peine au bain de fable , ôc qui mérite la préférence fur tous les acides minéraux. Idem.
- Quand on verfe dans une cucurbite de l’huile de vitriol fur du nitre de la meilleure qualité, telle que celui de Ruffie ou des Indes, il s’élève fur le champ unê abondante fumée rouge. Si on met à diftiller au bain de fable, il part un efprit qui donne à l’alambic , ôc au récipient Une couleur de feu. Cet efprit eft très-concentré ôc très-acide : ce n’eft autre chofe que de l’eau-forte très-fa tu* rée, qui monte à un feu doux. Comme elle n’a point de phlegme, fi on lui donne l’air, elle fume. Il refte au fond du vafe un fel coagulé , très-dur, tranfparent comme la glace, mais très-acide. Cet efprit bien préparé , non - feulement fermente vivement avec toutes les huiles diftillées ôc l’efprit-de-vin reêlifié, donnant beaucoup de vapeurs rouges, mais même il enflamme les huiles pefantes aromatiques diftillées, qui ne fur-nâgent point l’eau, ôc il les réduit en cendres feches, comme nous l’avons dit. Idem.
- Quand on diftille au bain de fable dans une retorte de verre, de l’huile de vitriol, mêlée avec de l’orpiment pulvérifé, il en réfulte une liqueur glacée, épaiffe comme du beurre d’antimoine, avec une odeur très-pénétrante de foufre. En peu de temps cette odeur fuf-focante s’évapore, ôc faille un réfidu acide comme l’efprit de vitriol, fans faveur, fur lequel nâgent des feuilles de foufre. On voit dans le col de la retorte des fleurs, qui refi femblent parfaitement à celles du foufre. Il y en a en afifez grande quantité, de façon que de 4 onces d’orpiment, Ôc 3 onces d’huile de vitriol, on a au moins une once de ces fleurs. Elles font infipides, fudorifiques. La vapeur quelles exhalent eft blanche, avec odeur de foufre. Le caput mortuum eft brun* fale, fans odeur: approché de la flamme, il brûle en quelque façon. Idem.
- L’huile de vitriol verfée fur des pavots cruds ôc hachés en petits morceaux, mile à la diftillation, à la quantité de fix onces pour les deux matières enfemble, donne environ deux onces d’une liqueur très-fûetide ôc tranfparente, d’un goût acide défagréa-ble. Le caput mortuum eft de couleur noire : la matière en eft légère, fpongieufe, prefque infipide. Approchée de la flamme, elle donne l’odeur du foufre ordinaire.
- X x
- p.173 - vue 178/218
-
-
-
- OBSERVATIONS SUR LE FER.
- Si vous tenez pendant quelques mois de Fhuile aromatique de vitriol doux dans une bouteille bien bouchée , ôc garnie d’une vef-fie, petit-à-petit elle ronge Ôc diffout le verre, Ôc ce qui relie dans la bouteille, prend une couleur rouge ôc une faveur acide. 20. Si on y ajoute du vif-argent, il s’échauffe, ôc en eft attaqué. 30. Cette huile aromatique récente fe diffout parfaitement dans l’efprit-de-vin redifié, 6c lui donne une faveur , une odeur, une vertu anodyne 6c fédative. 40. Cet efprit imprégné d’huile de vitriol doux, mêlé en petite quantité à une folution d’or, fait une teinture jaune, qui, mife fur le fer, lui donne la couleur de l’or. y0. Quand on lailfe repofer pendant 12 heures cette folution d’or, il tombe au fond une poudre noire qui marque que le foufre du vitriol eft joint à la poudre du fel, 6c qu’ils fe précipitent enfemble.
- Si on verfe de fhuile de vitriol fur une lef five de fel, furie champ ilyagrande effervef-cence, avec exhalaifon d’un efprit de fel très-fubtil, comme il arrive avec la leflive de nitre. La matière fe change en un coagu-lum blanc, auquel ajoutant une quantité convenable d’eau commune, on trouve au fond beaucoup de poudre blanche. Hoffmann jufqiiicL
- Ce qui fuit eft deMusschenbroeck. Il dit' qu’il a fait fes expériences au mois de Juin, le baromètre étant à 2p degrés par un vent de bife, 6c un temps fec & ferein.
- Il a mis dans un vafe ouvert trois drachmes d’huile de vitriol, avec pareille quantité d’eau commune : il n’y a eu ni mouvement ni effervefcence. La chaleur a monté de 48 à p2.
- Il a joint trois drachmes d’eau de cochlea-ria à trois drachmes d’huile de vitriol : il n’y a eu ni effervefcence ni mouvement ; mais la chaleur a été plus grande, 6c a monté de4 8à p 8 : le mélange eft refté limpide.
- A trois drachmes d’eau de fureau, il a joint trois drachmes d’huile de vitriol ; nulle effervefcence : la chaleur de 48 à 70..
- Lorfque les deux mélanges précédents ont été refroidis le lendemain jufqu au 43 degré, il les a mêlés enfemble : dans l’inftant de la mixtion, il y a eu un mouvement fans écume 6c fans effervefcence : la chaleur a monté à do.
- Il a mêlé trois drachmes d’huile de vitriol avec autant de vin du Rhin dans un vaif-feau ouvert: il n’y a point eu de mouvement fenfible ; mais la chaleur a monté de 4P à pp - : la couleur s’eft obfcurcie.
- Il a mêlé trois drachmes d’huile de vitriol avec fix de vin du Rhin ; point de mouvement : la chaleur a monté de yp àpy. Enfin, à trois drachmes d’huile de vitriol, il a mêlé neuf drachmes du même vin du Rhin ; la chaleur a monté de yp à py ~.
- Sur trois drachmes d’huile de vitriol il a verfé trois drachmes d’efprit-de-vin reûi-fîé : il n’y a point eu d’effervefcence, mais une prompte chaleur, qui a monté de yoà po.
- A trois drachmes d’huile ,de vitriol, il a ajouté une drachme de tartre pulvérifé, obtenu du vin du Rhin ; point d’effervefcence ; la chaleur a augmenté lentement de douze degrés.
- Il a pris trois drachmes d’huile de vitriol, dans lefquelles il a verfé autant de vinaigre de France : il n’y a pas eu d’effervefcence notable, mais une chaleur confidérable de y4 àp8. Il a répété cette expérience dans le vuide; il y a eu une grande effervefcence avec écume, 6c chaleur fi confidérable qu’il n’a pû la remarquer, fur-tout parce qu’il y avoit une écume épaiffe qui a duré longtemps.
- Sur une drachme de marbre blanc pulvérifé , il a verfé trois drachmes d’huile de vitriol ; il y a eu grande effervefcence, Ôc chaleur de 5*4 à 58 : le marbre a été diffous.
- Une drachme de pierre bleue de Namur mêlée à trois drachmes d’huile de vitriol, a donné une grande effervefcence, avec chaleur de 34 a 55.
- Du mélange d’une drachme de pierre rouffe de Brême, à trois drachmes d’huile de vitriol, il n’eft réfulté aucune effervefcence: à peine y avoit-il de la chaleur.
- Une drachme de craie blanche 6c trois de vitriol, grande effervefcence ; chaleur de 34 à 85. Craie rouge, nulle effervefcence, ni chaleur.
- Le mélange d’une drachme de charbon foffile de Bretagne 6c trois d’huile de vitriol, a donné, fans effervefcence, une grande chaleur de y 4 à 37
- Celui d’une drachme de corail rouge avec trois drachmes d’huile de vitriol, a occafion-né une forte effervefcence, 6c une chaleur de 34 à 78.
- Une drachme de pierre calaminaire mêlée à trois drachmes d’huile de vitriol, a procuré un certain mouvement, ôc une effervefcence à peine vifible, quoique la chaleur ait monté de 5o à 7p.
- Dans trois drachmes d’huile de vitriol il a jetté une drachme de limaille de fer, à peine y a-t-il eu un mouvement ôc une effervefcence fenfible. On a feulement eu une petite chaleur de 54 à 71 : à peine paroiffoit-il que le fer fut rongé. Cette huile craffe ne peut agir fur les métaux ; c’eft pourquoi il a délayé dans trois fois autant d’eau de nouvelle huile de vitriol; il a laiffé paffer un jour pour refroidir, parce qu’avec l’eau il y a chaleur. Dans trois drachmes de cette huile, noyée d’eau, il a mis une drachme de limaille de fer, qui fut le champ a fermenté Ôc
- p.174 - vue 179/218
-
-
-
- O B SE R FA T10 NS donné des écumes. La fermentation a toujours augmenté pendant une heure, au bout de laquelle elle a monté au plus haut point. La chaleur a été de 64 à 80, avec une forte odeur de foufre, diffolvant le métal, ôc l’opération ayant duré plus de lix heures. Enfin , dans de l’huile de vitriol il a mêlé fix fois autant d’eau ; au bout d’un jour il a mis de la limaille de fer, comme dans la précédente expérience, le thermomètre a monté lentement de 64 à 72 : mais il y a eu effer-vefcence, avec des fumées blanches, qui prenoient feu à la flamme d’une chandelle, ôc qui fulminoient avec bruit, comme le dit Duhamel,Hift. de l’Acad. des Sciences, année 1700.
- Avec trois drachmes d’huile de vitriol, ôc une de limaille de cuivre, point d’effervef-cence ni de folution ; le cuivre ayant con-fervé fon éclat pendant 24 heures : il doute qu’il y ait eu chaleur ; en tout cas, elle n’a pas été fenfible.
- A trois drachmes d’huile de vitriol, il a ajouté une drachme de marcaflite jaune : point d’effervefcence ; mais pendant l’efpace de trois jours, il n’a vu aucune diflolution : il y avoit une petite chaleur de 59 à 61. Il a mis trois fois autant d’eau dans l’huile de vitriol ; alors il y a eu une petite fermentation , avec un petit mouvement, ôc un peu de diflolution : à peine la chaleur a-t-elle augmenté de f p à 60
- Il a encore ajouté une drachme de nitre pulvérifé à trois d’huile de vitriol ; il eft monté fur le champ des fumées corrofives jaunes, qui ont élevé le thermomètre de trois degrés. Enfuite, il a pris de l’huile de vitriol, qu’il avoit la veille mêlée avec trois fois autant d’eau; & dans trois drachmes, il en a jetté deux de nitre : il n’a pas vû de fumées; mais il a remarqué du froid. Le baromètre eft defcendu de p degrés. Lorf-que les deux mélanges ont eu repris le degré de chaleur ordinaire (60), il les a mêlés enfemble : ils ont donné de la chaleur juf-qu’à 75 , parce que la même quantité d’eau fe trouvant dans plus d’huile, le menftrue a dû avoir plus de force, Ôc donner de la chaleur.
- A trois drachmes d’huile de vitriol, il a ajouté deux drachmes de fel ammoniac; il y a eu fur le champ grande eflervefcence avec écume, jettant d’abondantes fumées , qui ont rempli toute la chambre, avec une odeur très-âcre, fi chaudes, que le thermomètre a monté de 1 o degrés, pendant que le même thermomètre, préfenté à un autre mélange , defcendoit, par rapport au froid, de 60 à 48 : après l’effervefcence, il y avoit beaucoup de fel diflbus. Si pendant que l’huile eft en eflervefcence avec le fel, ôc que le baromètre defcend , on ajoute un peu d’eau ; fur le champ, il furvient de la chaleur, ôc la li-
- SUR LE FER. i7?
- queur du thermomètre monte. Sur un pareil mélange, il fufpendit un thermomètre, de façon qu’il fût éloigné de 4 à $ pouces de la hauteur à laquelle l’écume montoit : il plaça un autre thermomètre dans un vafe, dans lequel il avoit mis une drachme de fel ammoniac. Il mit trois drachmes d’huile de vitriol dans une phiole qu’il pouvoit remuer aifément. Tout cet appareil placé fous le récipient, il pompa l’air, ôc laifîa le tout en repos pendant une heure , pour que tout prît un égal degré de chaleur : enfuite il verfa l’huile de vitriol fur le fel ammoniac. Il y eut dans le moment grande eflervefcence , avec beaucoup de fumées, qui empliffoient tout le vaiffeau , au point qu’on diftinguoit à peine les degrés du thermomètre. Au bout d’une demi-minute , la plus grande partie des vapeurs s’attacha' aux parois du verre, partie tomba au fond, partie emplifloit le récipient, qui étoit néanmoins encore allez tranfparent. Le thermomètre placé dans le mélange , étoit defcendu pendant l’effervef-cence de 67 à 46. L’autre thermomètre étant refté au même degré 67,qu’il avoit avant l’expérience. Le thermomètre refta pendant une minute au degré 46" ; enfuite il commença à monter ; lorfqu’il fut au 5 8 , l’autre thermomètre étoit à 6p. Quand le premier fut à 60, le fécond fut à 69 - ; mais après deux minutes, le premier à-68, le deuxieme à 70 : une minute après, l’un ôc l’autre à 70. Cinq minutes enfuite, la liqueur de celui qui étoit dans le vafe fut à 72, ôc l’autre refta à 70. Après un quart-d’heure, n’y ayant plus d’effervefcence, le premier étoit à 74, le fécond toujours à 70 : l’effervefcence dura au moins 20 minutes. Pour plus grande sûreté , il a répété deux fois cette expérience, ôc il eft arrivé la même chofe : la vapeur qui monte dans le vuide, a donc trois degrés de chaleur, ôc le mélange 21 degrés de froid.
- En mélangeant trois drachmes d’huile de vitriol Ôc une drachme de fel gemme, point d’effervefcence : néanmoins pendant que le fel fe diffolvoit petit-à-petit, la chaleur a monté de 60 à 63.
- • Trois drachmes d’huile de vitriol, Ôc une drachme de fucre brun ordinaire, ne donnent point d’effervefcence : il fe diffolvoit un peu de fucre. La chaleur a été augmentée de trois degrés ôc demi : dans le vuide, le fucre a donné une petite eflervefcence, avec 4 degrés de chaleur.
- Après avoir mêlé trois drachmes d’huile de vitriol, avec trois drachmes d’efprit de fel ammoniac, il y a eu grande effervefcence qui s’eft appaifée fur le champ. La chaleur a monté de 42 à p2, le mélange reftant limpide ôc fans couleur : cette expérience a été faite en hyver.
- Il a mêlé les matières des deux expérien-
- p.175 - vue 180/218
-
-
-
- i76 ob se rfations sur le fer.
- ces précédentes , faites avec le fucre & l’ef-prit de fel ammoniac ; il y a eu de la chaleur qui a monté au 42e degré. Elles ont donné une efpece d’effervefcence avec beaucoup de bulles d’air , & une augmentation de chaleur julqu’au cinquante-deuxieme degré : le fucre s’étoit raffembîé , & nâgeoit au milieu de la liqueur, n’ayant pas fon diffoîvant.
- Ayant mêlé une drachme de fel volatil d’urine à trois drachmes d’huile de vitriol, il y a eu une effervefcence froide confidé-rable, donnant des écumes & de la fumée : le thermomètre eft defcendu de 60 à 44 ; tout eft demeuré limpide.
- Il a mêlé trois drachmes d’huile de vitriol, à une drachme d’huile jde fenouil diftillée ; le mélange s’eft parfaitement fait fur le champ ; il n’y a point eu d’effervefcence} mais la chaleur a monté de 62 à 70. Il a ajouté à ce mélange des yeux d’écreviffes ; il y a eu fur le champ grande effervefcence, & la chaleur a été pouffée jufqu’à 8 6. La matière eft devenue femblable à de la poix, de allez unie, mais fans être inflammable : elle a même éteint à moitié des charbons ardents.
- Il a enfuite mêlé une drachme d’huile d’anis diftillée, dans trois drachmes d’huile de vitriol, ce qui s’eft parfaitement mêlé ; mais une partie, qui s’eft réduite en une maffe noire , pouvoit être allumée & brûler : il n’y a point eu d’effervefcence, mais un peu de chaleur de 62 à 69.
- A trois drachmes d’hüile de vitriol, il a ajouté une drachme d’huile diftillée de rofée du matin ; il ne fçait, fi dans le commencement de la mixtion, il n’y a pas eu un peu de froid, mais enfuite la chaleur a monté de 62 à 70, fans effervefcence notable : la plus grande partie de l’huile de rofée fe mêla exaêlement avec l’huile de vitriol.
- Enfin, à trois drachmes d’huile de vitriol, il a ajouté un fcrupule d’huile de briques : la matière s’eft raffemblée en une fubftan-ce homogène , fans effervefcence , mais avec dix degrés de chaleur. Jufqidici Musschenbroek.
- L’efprit de vitriol, tenu pendant quelque-temps fur du fer , produit une efpece de vitriol fixe, comme lorfqu’on mêle de l’efprit de nitre avec du fel de tartre, il réfulte une efpece de nitre. Lémery.
- Si on a de forte huile de vitriol, & qu’on la mêle à d’autre huile de vitriol, ou à un efprit acide de vitriol , ou à de l’eau de vitriol, ou à de l’huile de térébenthine, il fe fait une fi grande chaleur, que fouvent le vafe en eft caffé. Idem.
- Si on verfe quelques gouttes d’efprit de vitriol, ou de fon huile, dans un peu d’eau chaude, dans laquelle on aura fait infufer des rofes rouges , en peu de temps l’eau
- prend une couleur de vin rouge. Idem*
- Si l’on emplit une phiole de verre d’une décoêtion purifiée de bois néphrétique, lorf* qu’on regarde à travers, la lumière pâroît jaune : mais fi vous tournez le bas de la phiole à la lumière, elle paroit bleue. Si on y verfe quelques gouttes d’huile de vitriol, elle paroît jaune par-tout, & bleue avec une petite portion d’huile de tartre. Si dans une teinture de violette ou autre teinture bleue , vous verfez quelques gouttes d’efprit de vitriol, elle rougit fur le champ : fi vous y mettez quelques alkalis, elle reprend fa première couleur. Si dans une teinture bleue vous mettez une liqueur alkaline, comme de l’efprit volatil de fel ammoniae, dans l’inftant elle verdit : fi vous ajoutez un peu d’efprit de vitriol , elle prend un rouge obfcur. Si vous verfez de l’efprit de vitriol fur une décoêtion de bois d’Inde, elle jaunit: fi vous ajoutez un peu de fel ammoniac, fur le champ elle noircit. Si vous faites digérer pendant trois ou quatre heures du bois dinde dans du jus de citron, la couleur n’en eft pas altérée : ajoütez-y quelques gouttes d’huile de tartre par défaillance, elle prend fur le champ une couleur brune. Si vous ajoutez de nouveau de l’efprit de vitriol, elle reprend fa première couleur ; fi vous verfez quelques gouttes d’huile de tartre dans du vin rouge, il verdit : fi vous ajoutez de l’efprit de vitriol, il reprend fa première couleur. Idem.
- Le vitriol de Vénus découvre tous les alkalis, fur-tout les volatils. Tous les alkalis fixes, mêlés à une folution de vitriol de Vénus, fe précipitent fous la forme d’un fé-diment bleu & verdâtre. Les volatils, au contraire , donnent un précipité d’une légère couleur de faphir : de façon qu’il n’y a rien qui découvre les fels volatils comme ce vitriol. Celui de Mars découvre de même les alkalis, mais non pas fi clairement. Ce qu’il y a de fingulier dans le vitriol de Mars, c’eft qu’il développe dans un inftant, tout ce qu’il a de force & de qualité : voilà pourquoi il donne aux folutions une couleur noire ou noirâtre, ou violette obfcure. Les diffolutions de Vénus & de Mars par l’eau-forte , & étendues dans de l’eau de pluie diftillée, donnent les mêmes effets que les vitriols, avec cette différence cependant, que s’il n’y a pas une affez grande quantité de fels volatils, elles ne fouffrent pas un grand changement , mais fimplement un mouvement inteftin prefque infenfible : la couleur & la confiftance demeurent les mêmes. Biærne.
- Le fucre de Saturne, avec une once d’eau diftillée, en y ajoutant une goutte d’efprit de vitriol, donne une couleur diaphane un peu trouble, comme de l’eau un peu chargée de vâfe. Idem.
- p.176 - vue 181/218
-
-
-
- OBSERFÀTIONS SUR LE FER.
- Le mercure fublimé avec une liqueur faite de vitriol & de chaux vive, donne une couleur d’opale. Idem.
- L’efprit de vitriol, avec l’efprit-de-vin ordinaire, donne une couleur plus foncée d’opale. Idem.
- La diffolution d’étain, avec le vitriol de Mars, donne la couleur d’opale jaune. Idem.
- Le vitriol de Chypre, avec une lefîive d’é-caille, donne une couleur d’opale, tendant à la couleur de rouille. Idem.
- Le fel de rhue, avec l’efprit de vitriol, donne une couleur jaune, claire & diaphane. Idem.
- Les fcories du régule d’antimoine mifes dans une once d’eau, où l’on aura verfé cinq gouttes d’efprit de vitriol, donnent la couleur du fafran. Idem.
- Le fel de faule, avec l’efprit de fel ou l’ef-prit de vitriol, donne une couleur jaune, tirant fur le rouge. Idem.
- Le fel de chardon-bénit, avec l’efprit de vitriol , donne une couleur jaune-obfcur. Idem.
- Le fel de pulmonaire, avec le fel de vitriol, donne une couleur jaune enfumé. Idem.
- Si à une diffolution de foufre, avec la chaux vive, on ajoute de l’efprit de vitriol, digéré dans l’huile d’anis, on obtient une couleur grife tirant fur le blanc, comme les étincelles du feu : les huîtres calcinées, avec le vitriol de Mars, donnent une femblable couleur. Idem.
- Le vitriol de Mars, avec le fel ammoniac, donne une couleur verdâtre, comme celle du frefne ou du peuplier. Idem.
- L’efprit de vitriol digéré dans l’huile d’anis, avec des cendres gravelées, donne une couleur ponceau, comme les fleurs de grenats. Idem.
- Le fel de fcabieufe, de fauge, rd’aurone, avec l’huile de vitriol, donne une couleur brune-claire. Idem. •
- La folution du bol d’Arménie , avec l’ef prit de vitriol, par l’addition du fel de tartre, donne un gris-clair. Idem.
- Le vitriol de Vénus diftillé , avec de l’eau de rofée du mois de Mai, donne une couleur jaune, tirant fur le verd. Idem.
- Les fels fixes, avec le vitriol de Vénus, donnent une couleur verd-céladon ou de Venife. Idem.
- Le fel de chardon-bénit, avec le vitriol de Vénus, donne la même couleur, mais plus claire. Idem.
- L’efprit de vitriol digéré dans l’huile d’anis, avec une folution de lune, donne une couleur verte de bouis. Idem.
- L’efprit de vitriol, avec le fel de fanicle, de même que le fel d’aneth, le vitriol de Mars, & la folution de Mars, avec l’efprit de fel^ammoniac , & l’efprit-de-vin.: enfin, l10 URNE AUX , Seclio/l.
- 177
- le vitriol de Vénus, avec le fucre de Saturne > donnent tous une couleur verte plus foncée , comme celle du poireau. Idem.
- Le vitriol de Mars & la folution de Mars, avec l’efprit de fel ammoniac & le fel diftillé par le minium, donnent le verd de palmier. Idem.
- Le fel d’aneth, avec le vitriol de Vénus, donne une couleur verte défagréable. Idem.
- Le fel ammoniac & le tartre diftillé par le minium, avec le vitriol de Vénus, donnent une couleur bleu célefte. ( l’azur. ) Idem.
- Le fel de tartre, avec le vitriol de Vénus, donne la même couleur plus claire. Idem.
- Tous les fels purement volatils, avec le vitriol de Vénus, donnent une couleur bleue, tirant fur le pourpre. Idem.
- Le vitriol de Vénus, avec le nitre fixe, donne une couleur bleue , tirant fur le rouge. Idem.
- Le fel de fumeterre, avec le vitriol de Vénus, donne un bleu tirant fur le verd. Idem. 1
- L’urine, avec le vitriol Ôt la folution de Mars, donne la couleur de la poix. Idem.
- Les fcories du régule d’antimoine, avec le vitriol de Mars, donnent de même une couleur de poix. Idem.
- L’efprit d’euphorbe , avec le vitriol de Mars, donne une couleur noire, tirant un peu fur le verd. Idem.
- Le vitriol de Mars, avec la diffolution des métaux, faite par l’eau-forte, en y joignant desurineux, par exemple, l’eau diftillée de l’argile cubique, donne d’abord une couleur obfcure qui s’éclaircit enfuite. Idem.
- L’efprit de vitriol, avec une diffolution de foufre, par le fel de tartre, donne une couleur de chair, d’un rouge un peu grisâtre. Idem.
- La folution du foufre , par la chaux vive mife dans du vitriol de Mars, donne une couleur d’abord noire, enfuite cendrée. Idem.
- Faites une forte teinture de noix de galles. En agitant cette infufion , mettez une quantité de forte folution de vitriol, vous aurez une encre très-noire. Si vous y ajoutez une petite quantité d’huile de vitriol ; en remuant le vafe, vous verrez que la liqueur reprendra fa blancheur & fa tranfparence : mais vous la ferez repaffer au noir, avec une petite quantité de fel de tartre. Il n’en eft pas de même de l’encre, à caufe de la gomme qui y eft jointe, & qui, par fa ténacité, réfifte à l’opération qui doit s’exécuter fur les fels. Boyle.
- Si, à de l’huile de vitriol reêtifiée, vous mêlez une quantité convenable d’huile effen-tielle, par exemple, d’abfinthe, avec de l’eau, que vous faffiez diftiller, il reftera une quantité furprenante d’une matière feche, & noire comme du charbon. Si, au lieu d’abfinthe,
- Y y
- p.177 - vue 182/218
-
-
-
- *78 OBSERVATIONS SUR LE FER,
- vous*employez de l'Huile'.pure effentielle de fariette, en mêlant petit-à-petit à cette liqueur poids égal d’huile de vitriol rectifiée, ôt qué vous mettiez le mélange, à la«diftilla-tion dans une retorte, indépendamment de ce qui paffe dans le récipient, ces deux liqueurs, limpides par elles-mêmes , laiffent une quantité de fubftance noire comme de la poix, que l’Auteur dit qu’il conferve comme une chofe rare. Boy le.
- L’huile de vitriol précipite plufieurs fubf-tances, tant minérales, que celles qui ont été difioutes , non-feulement dans l’eau-forte , mais fur-tout dans l’efprit de vinaigre : la chaux ou la poudre qui a été précipitée par cette liqueur, eft très-blanche ôt très-belle. Idem.
- Si on met une diffolution de minium dans une teinture de rofes rouges, faite par l’eau, la liqueur fe change en une fubftance verte, comme il arrive par l’huile de tartre : en ajoutant de l’huile de vitriol, il fe fera une pareille opération : le plomb fe précipite en poudre blanche , ôt la liqueur s’éclaircit : la couleur rouge reparoît, & prend beaucoup de force. Idem.,
- Le vitriol dans le fuc de rofes noircit : par l’addition de l’efprit de fel ammoniac , il jaunit. Si on fait macérer des rofes rouges fe-ches dans de l’huile ou de l’elprit de vitriol, l’eau rougit.
- La teinture bleue rougit ordinairement par l’efprit de vitriol : en y ajoutait du fel alkali, on lui rend fa couleur. La teinture bleue, par l’efprit-de-vin ôt les efprits urineux, verdit : par l’efprit de vitriol, elle rougit. L’efprit de vitriol jaunit ordinairement ce qui eft rouge : l’efprit urineux le noircit.
- Le vitriol de Mars devient verd-brun, ôc donne un précipité noir, par la diffolution du mercure dans l’eau-forte.
- Si, à l’huile de vitriol, on mêle de l’huile de tartre par défaillance, après l’effervef-cence le fel fë précipite. Si on filtre l’eau, qu’on l’évapore, ôt qu’on cryftallife, on aura des cryftaux de tartre vitriolé, non pas acides ou âcres, mais tenant des deux.
- Le fel commun change la couleur de la folution du vitriol de Vénus en verd clair.
- L’efprit ôt l’huile de vitriol fermentent beaucoup avec les alkalis ; ôt s’il y a quelque chofe de fulfureux, l’elprit de vitriol en devient plus obfcur ôc plus gris.
- Les alkalis font de la folution du vitriol de Vénus un précipité verd, ôc plus épais que les urineux : le fel commun précipite le vitriol de Mars, ce qu’il ne fait pas dans les pays froids.
- Le fucre de Saturne diffous dans une oncë d’eau diftiliée, par l’addition d’une goutté d’efprit de vitriol, prend une couleur diaphane nébuleufe.
- Le mercure fublimé, aveo une folution de vitriol-ou d'e chaux vive, donne une couleur d’opale.
- La folution d’argent, par le* vitriol de Mars, prend une couleur- d’opale tirant fur le jaune.
- La» folution du vitriol de Mars^par l’efprit de fel ammoniac, prend une couleur grife ou blanche. Le vitriol de Mars ôc la folution de Mars, avec l’efprit de fel ammoniac ôt l’efprit-de-vin , prennent une couleur verte : les fels urineux, avec le vitriol.ou la folution de Mars, font une couleur noire.
- L’efprit de vitriol, avec une folution de1 foufre par le fel de tartre éprend d’abord une couleur d’incarnat, qui fe change enfuice en rouge-brun.
- Si on mêle une partie d’huile de vitriol, avec trois parties d’eau, Ôt qu’on remue le mélange, il fe fait,; fiir le champ, une chaleur qui dure long-temps. Si on met un morceau de glace dans l’huile de vitriol, l’huile s’attache à la glace,ôt la réduit en fumée, de façon que le vafe s’échauffe beaucoup1 : mais fi on met l’huile de vitriol fur la glace, elle fe coagule avec la glace.
- Hcmkjbée y après Hook , a obfervé que le volume de l’eau, par l’addition de l’huile de vitriol, occupe moins d’efpace, jufqu’à ce que l’eau s’échauffe, mais qu elle ne perd point de fon poids. A cl. de Léipjîc, année 171p.
- Deux parties de colchotar ou de vitriol calciné au rouge , avec deux parties d’huile de vitriol, s’échauffent en une minute.
- L’huile de pétrole reèlifiée, ôc partie égale d’huile de vitriol, l’une agit fur la fur fa ce de l’autre, avec mouvement ôc ébullition ; enfuite elle s’échauffe.
- L’huile de vitriol, avec des œufs durs, du pain, delà viande, s’échauffe beaucoup.
- Si du mercure , diffous dans l’huile de vitriol, vous tirez l’huile par la diftillation , le réfidu pulvérifé donne à l’eau une chaleur fenfible.
- L’huile de vitriol devient froide, par l’addition du fel ammoniac. Une partie d’huile de vitriol ôt douze parties d’eau, font un mélange qui s’échauffe : mais en y ajoutant une petite partie de fel ammoniac, le thermomètre, que vous y aurez plongé, baillera. Douze parties de fel ammoniac ôc douze d’eau, donnent du froid : en y ajoutant 12 parties d’huile de vitriol, elles s’échauffent fur le champ.
- Si vous jettez du fel commun dans l’eau, on fent du froid : mais fi à huit parties de fel, vous en ajoutez trois d’huile de vitriol, l’eau s’échauffe.
- Si on mêle une partie d’huile de vitriol, avec une demi-partie d’efprit-de-vin , ôt qu’on agite la liqueur , elle s’échauffe ôc donne de la fumée. Plus l’efprit eft reêtifié,
- p.178 - vue 183/218
-
-
-
- OBSERVATIONS
- plus la chaleur, eft grande : elle eft encore plus grande, lorfqu’on mêle de l’huile de vitriol , avec de l’huile de térébenthine.
- L’huile de vitriol digérée, avec le vin d’Efpagne, donne une odeur agréable.
- Parties égales d’huile de vitriol ôt d’efprit-de-vin,, digérées pendant un mois , étant diftillëes-, donnent une odeur brûlante ôt très-douce, quelles répandent au loin.
- Des petites perles, diffoutes. avec l’efprit de vitriol ,, répandent une odeur de mufc, lorfqu’on débouche la phiole où elles font.
- Parties égales d’huile de vitriol ôt d’huile de térébenthine diftillées, donnent un caput mortuum noir* comme du charbon ôt très-fixe. Si, après avoir lajffé digérer , on tire l’huile de l’efprit d<e vitriol ôt de l’efprit-de-vin rectifié, on a une grande quantité de cette matière noire fixe.
- Le camphre ôt l’huile de vitriol diftillées, relient au fond de la cucurbite comme un caillou, ôt on n’en peut rien fublimer.
- Si on calcine du vitriol bleu, jufqifà ce qu’il foit friable, il devient blanc : fi on pouffe la calcination , il' prend une couleur bleu-turquin, enfuite jaunâtre, puis rouge, bientôt après pourpre-obfcur, enfin noire.
- Si on mêle de l’huile de vitriol reêlifîée , avec de l’huile effentielie d’abfinthe, qu’on diftille enfuite avec de l’eau, on a un caput mortuum très-noir.
- L’efprit d’urine mêlé à de la poudre de cuivre devient yerd ; mais en y ajoutant un peu d’huile de vitriol, il fe tourne en une efpece d’eau.
- Deux ou trois parties de mercure ôt d’huile de vitriol, pafféesàlaretorte, font une chaux blanche comme la neige. Si on verfe deffus beaucoup d’eau claire, elle paffe de la couleur laiteufe a une couleur jaune, fi magnifique, qu’on ne peut pas en voir uqe plus belle.
- L’huile de graine d’ams, avec l’huile de vitriol, donne fur le champ une couleur de fang.
- Dans la diftillation du vitriol verd, il monte des vapeurs blanches, ôt dans celle du nitre la fumée eft rouge pendant un temps.
- Le vitriol de Vénus mis fur une barre de fer y laiffe des taches rouges. Il n’en eft pas de même du vitriol de Mars.
- Le camphre pulvérifé avec l’huile de vitriol, prend d’abord une couleur bleue, en-fuite il rougit, enfin il devient rouge pbfcur, fans odeur. Par l’addition de l’eau, le camphre fe dégage, $t gagne le deffus. Quand on diftille un mélange de camphre ôt d’huile de ,vitriol, le camphre reprend fon .odeur. Le réfidu eft de couleur tres-noire.
- Si on met une lam.e de fer ou d’acier dans une folution de vitriol bleu, il fe précipite quelque chofe du cuivre fur la lame de fer
- S17R LE FER: I7P
- en forme d’écailles, qui s’épaifliffent de plus en plus. Si on jette du fer dans une eau bleue vitriolée avec du mercure, le cuivre fe pré-* cipite, le fer fe diffout, ôt le cuivre s’amalgame avec le mercure. L’eau bleue devient parla d’un bleu pâle. Si tout le cuivre eft précipité, la liqueur prend une couleur verte. Le vitriol précipite le plomb au fond du vafe ; après cela le plomb précipite le fer. De meme le mercure eft précipité par l’huife de vitriol, après que fa folution par l’eau-forte' a eu précipité l’or. * '
- Le mélange de nitre ôt de vitriol donne l’odeur de l’eau-forte.
- L’or, diffous dans, l’eau régale, ôt précipité par l’huile de tartre, fulmine Ôt donne une odeur brûlante de mufc. . "
- L’huile de vitriol avec la poudre de camphre, donne d’abord une couleur bleue, en-îuite rouge, rouge foncé, ôt perd fon odeur. Si on verfe de l’eau, le camphre fe dégageT, ôt vient au-deffus. Ce mélange diftillé. reprend fon odeur: le réfidu eft très-noir.
- De l’efprit de vitriol ôt de vin, lentement diftillés pendant quinze jours ou trois femai-nes, donne d’abord une odeur agréable, en-fuite une odeur forte ôt fulphureufe. Le réfidu eft comme de la poix, ôt fragile ; il ne peut brûler fans odeur, ôt refte très-longtemps dans l’eau avant que de s’y diffoudre.
- jDu mélange du fer avec les métaux, SC avec le foufre.
- Le fer ne peut point s’amalgamer avec le plomb, mais le furnage toujours : cependant le fer peut entrer dans l’étain, avec lequel il fait un régule blanc, fur lequel l’aimant agit fortement. Le fer avec le zinc, fait un régule dur, malléable, femblable à l’argent. Il s’amalgame aufii à merveille avec le bifmuth , ôt donne un régule aufii fragile que le bifmuth : quoiqu’il y ait trois quarts de bifmuth, l’aimant ne laiffe pas que d’avoir de la prife fur lui. Henckel dans fa Pyritolo-gie. Le fer ne peut s’amalgamer à l’or ni à l’argent fans l’ihterniede du cuivre, dont les particules s’accrochent fortement au fer : c’eft ce qu’on éprouve en frottant du fer avec du vitriol de cuivre ; on voit la partie frottée de couleur du cuivre. Barchusen.
- . . -• f ' T- - -f .y
- Le mercure ne peut point fe mêler au fer. Le fer ôt le cuivre ne peuvent s’amalgamer avec le mercure, ôt être enfuite réduits en poudre très-fubtile. Si on mêle du cuivre ou de l’argent au fer, ils s’accrochent très-foli-demerit. Le cuivre mêlé au fer ne peut être battu en feuilles minces, ôt il rend le cuivre dur.
- Voici les expériences faites fur le mélange du fer avec le foufre. Lémery a mêlé du foufre, de la limaille de fer, ôt de l’eau ; il a mis de ce mélange dans différents pots, pe-
- p.179 - vue 184/218
-
-
-
- iBo OBSERVAT 10 h
- tits, grands, ôc élevés. La matière s’eft échauffée , ôc a voulu paffer par deflùs les bords. Il a, pendant l’été, empli un des grands pots, de cinq livres de cette matière. Après avoir enveloppé le pot d’un linge, il l’a mis en terre, d’une demi-aune de profondeur, Ôc l’a recouvert de terre. Au bout de 8 ou p heures, la terre a commencé à s’enfler ôc à s'échauffer : il a paru non-feulement des vapeurs fulphurées, mais même de la flamme, qui a dilaté la crevaffe, quelle avoit occa-fionnée. Enfin, il s’eft fait une ouverture, d’où il eft fort! une poudre jaune, tirant fur le noir. La terre a confervé de la chaleur aflez long-temps. En retirant le vafe, on trouvoit encore une poudre noire. Cette expérience réuflit mieux l’été que l’hiver. Menckel.
- Le même Lémerya cherché à démontrer par une expérience la génération des éclairs ôc du tonnerre. Si on met de l’eau pure dans de l’efprit de vitriol, Ôc qu’on y ajoute de la limaille de fer, il part une vapeur fulphu-xeufe, qui s’enflamme au contaêl d’une bougie allumée, ôc qui fait du bruit comme un coup de tonnerre. On a aufli expérimenté que fi on ferme le vafe de verre, la vapeur le perce. Ayant mis une allez grande quantité de ce mélange dans un grand vaiffeau de verre, ce vailfeau fut réduit en pièces, avec un fi grand fracas, que les afliftants en furent affourdis pendant un certain temps. La matière une fois allumée fe dilïipe, ôc par conféquent peut fervir à former un nouveau tonnerre. Mém. de P Acad. des Scien. Voyez les A clés de Léipfic, année IJIO page 10^.. ,
- Si vous mêlez parties égales de fer Ôc de foufre, ôc qu’on humeêle le mélange avec de l’eau pour en faire une pâte, cette pâte prend d’elle-même un certain degré de chaleur. Si on la met dans un pot fur des charbons ardents , ordinairement elle prend feu, Ôc acquiert une couleur rouge. Le réfidu eft du véritable fafran. Si la matière eft en une certaine quantité, elle peut d’elle-même s’échauffer ôc fe calciner jufqu’à ce qu’il ne refte que du fafran. Elle diminue prefque de moitié. Quoique cette malfe foit diminuée de moitié, cependant d’une.partie de fer on obtient une partie ~ de fafran ; ce qui montre que l’acide du foufre eft palfé dans la fubftance du fer. Au furplus voyez mon Traité du. Soufre.
- Recueil cPobfervations fur le fer.
- Il faut que le fer qu’on expofe au miroir brûlant foit en lames minces ; une pareille lame rougit dans le moment, ôc*eft percée de plufieurs trous. Actes de Léipfic, année
- ( i ) On peut voir ce pyrometre dans les Leçons de M, l’AI
- S SUR LE FER. lApj. Le miroir brûlant a fondu un clou de fer en 3 o fécondés.
- Il eft connu que le fer enflammé, mis fous le marteau, tandis qu’il fe refroidit, Ôc que la couleur s’en obfcurcit dans la partie qui eft au-delà de l’enclume ôc du marteau, blanchit cependant fous le marteau, ôc même de plus en plus, ainfi qu’il eft aifé de le remarquer dans les manufactures, fur-tout dans celles où on l’étire en barres minces pour être réduites en fils. De même le fer s’échauffe beaucoup fous le marteau, la lime, le cifeau. On dit qu’un nommé Hautfch a eu l’art de faire rougir le fer en cinq ou fix coups de marteau. Le fer s’échauffe aifément fous le marteau s’il eft de forme quarrée, ôc que les coups tombent fur le plan, ôc non fur les angles; ce que les Ouvriers habitués à le manier peuvent faire aifément. Le fer refroidi de lui-même au fortir de l’enclume ôc du marteau, eft plus propre au travail que celui refroidi dans l’eau.
- Il eft confiant que la chaleur raréfie le fer, ôc que par l’augmentation de fon volume, elle le conduit, par degrés, à la diffolution ôc féparation de fes parties : mais quoique le fer ôc tous les métaux puiffent être raréfiés , Ôc leurs parties dégagées des liens qui les accrochent ôc les retiennent, relativement au degré de chaleur qui les pénétré, cependant , fuivant leur nature , un métal cede plus aifément au feu qu’un autre métal, c’eft-à-dire, que l’un entre plus aifément en fufion qu’un autre: D’ailleurs l’ex-panfion que donne la chaleur, eft un degré de liquation ; car les particules les plus fub-tiles commencent le plus facilement à fe mettre en mouvement, Ôc les parties qui tiennent le moins, fondent aufli le plus aifément. Pour mefurer la raréfaction de chaque métal ôc l’inftant delà fufion, relativement aux différents degrés de chaleur, MuJJchen-broek a imaginé une machine très-curieufe, compofée d’un cadran mobile par le moyen de roues dentées Ôc de pignons comme une horloge, ôc d’une réglé aufli dentée, ôc appliquée aux roues, que le moindre degré de chaleur pouvoit mettre en mouvement. Il a appliqué à la réglé, fuivant fa longueur, un fil de métal, d’un diamètre bien égal. Ce fil étoit d’un bout appuyé fur une entaille faite dans un refibrt, ôc de l’autre fur la réglé qui pouvoit faire mouvoir les roues. Deffous il y avoit cinq meches à l’efprit-de-vin, par le nombre defquelles, lorfqu’elles étoient allumées, on voyoit au jufte l’effet du plus ou moins de chaleur (’). Voici les expériences qu’il a faites avec cette machine, qu’il appelle fon pyrometre, le thermomètre étant au 32 e. degré par un vent d’oueft, le
- bé Nollet » Tom, 4.
- ciel
- p.180 - vue 185/218
-
-
-
- O B SE R FA T10 NS SUR LE F Ë R>
- Ciel couvert ÿ 6c le baromètre à 29
- Le fer, par une meche à l’efprit-de-vin > étoit raréfié à 80 degrés ; par deux, à 117; par trois, à 142 ; par quatre, à 211 ; par cinq, à 230. L’acier par une flamme, à 8 3 ; par deux, à 123; par trois, à 168 ; par quatre, à270, & par cinq à 3 10.
- Il a obfervé que le fer eft celui de tous les métaux qui fe raréfie le moins, foit qu’il y ait une ou plusieurs flammes: voilà pour-qui il eft très-commode pour conftruire les machines qui ne-doivent point varier, fuivant lesdifférens degrés de chaud & de froid, comme les pendules des horloges, les mefures, les aunes, les pieds.
- L’expanfion du plomb & de l’étain, à la même flamme, eft prefque double de celle du fer.
- Il a pris la valeur de la ténacité des métaux , comme elle eft évaluée dans le Traité de Firmitate Corporum. Le cuivre 299 ~ ; le cuivre jaune 3 60 ; le fer 430 ; le plomb 29 ~ ; l’étain 49 ~ ; dont les gravités fpécifiques font du cuivre pooo ; du cuivre jaune 8000 ; du fer 7643 ; du plomb 11323 ; de l’étain ,7320. Il a pris des fils de fer de différentes groffeurs, & qui étoient dans la raifon de 1, 2,3,4 ; il les a marqués par les lettres A, B, C , D. A eft le dixième d’un pouce. Le fil de fer A , paffant dans un cône tronqué du diamètre de 0.07. pouces a été lentement, & un peu allongé par 430 livres. B , par un poids de 310, a été amené au diamètre de o. 08. pouces. Le diamètre du cône tronqué étant 0*06. pouces. Le ferC, par 230 livres, a été amené au diamètre de 0.06. pouces ; & D, par un poids de 130 livres, a été amené au diamètre de 0.03. pouces ; de façon que la ténacité, félon l’épaiffeur des fils, a été A = 430 ; B=* 337; C — 223 ; D = 112 ~ : il ajoute que les fils de tous les métaux dans la fiiiere fe font fortement échauffés.
- Il a aufli cherché quel étoit le degré de chaleur du plomb, qui commençoit à fondre. Pour cela, il a appliqué le bout d’une
- \t\
- baguette de fer à fon pyrometre, ôc mis l’aip-tre bout dans le creufet qu’il deftinoit à fondre le plomb. Au commencement de la liqué* faCtion, & le plomb fondant à peine, il a étendu la baguette de fei au 217e degré ; l’étain à 109, moitié moins que le plomb ; le bifmuth liquide à 300 ; la marcaflite jaune à 169 ; le fer de l’eau commençant à geler à l’eau bouillante, a été raréfié de 33 degrés, l’acier de 3é. Il faut fçavoir que chaque degré vaut —j— de pouce, ce qui fait voir que dans l’eau bouillante, le fer a augmenté de 77V7 de pouce : la longueur dé la baguette 3 pouces f.
- Il a encore obfervé le temps qu’il falloit au fer, pour être raréfié , à une mèche allumée. Par une flamme en 9 fécondés un degré ; une minute ôc 2 fécondés 19 degrés,
- 2 4 , 34 3 4 9 47 4 2 r 3 S 5 3 t 62° 6*\6n, 68° 7' 2", 710 8' 2;/, 730 y 3", 76° io' 13", 78°, l’expanfion a ceffé : mais lorfque le fer étoit chauffé par cinq flammes , voici le réfultat, 3", 30 d 3" , 8o° 2' 6U , I43° 3/ 3"•> 2oo° 4' 9" ,250°. Il y a encore plufieurs expériences, qu’on peut voir dans l’Auteur. En Comparant ces expériences, il a remarqué que les temps & les expanfions varient perpétuellement ; que même les expanfions ne fuivent pas la proportion des flammes, mais que proportionnellement elles font plus grandes deià2,2à3, 3 à 4 , & ainfi de fuite.
- Il z encore remarqué, que l’étain fe raréfie très-promptement, ainfi que le plomb, le cuivre jaune, enfuite le cuivre rouge : le fervent plus de temps. En 4 fécondés, l’étain a pris 3 degrés. Le fer en 9 fécondés, n’en a pris qu’un , de façon que l’étain eft 9 fois plus prompt que le fer, c’eft-à-dire , que l’étain fe râréfie à un neuvième de la chaleur, que demande pour cela le fer froid au trente-deuxieme degré du thermomètre» La vîteffede la première expanfion du plomb, eft à celle du fer, comme 9 eft à 1 ; du cuivre jaune, comme 3 eft à 1.
- J^oici la Table qui en a été drejjee.
- EXPANSION. Fer. Acier. Cuivre rouge. Cuivre jaune. Etain. Plomb.
- 1. Flamme dans le milieu z. Flammes dans le milieu près l’une de 80 8* 8, 10O 1S3 1SS
- l’autre 117 123 *ss 200 - 274
- z. Flammes à z pouces l’une de l’autre. IO£ 5)4 9 2 141 2I_9 263
- 3. Flammes au milieu proches. 142 168 193 277 -- —
- 4. Flammes dans le milieu proches.... 211 270 270 361 — —
- ?. Flammes 230 310 310 377 . - -
- ^r.^e moYen de ce pyrometre, il a encore expérimenté comment le fer & les autres métaux, pouffés à une grande chaleur, font condenfes par un grand froid. Il a choifi un Fourneaux , Section.
- jour qu’il commençoit à fe former de la glace ; le thermomètre étoit au trente-deuxieme degré, dans un endroit fpacieux, mate exactement fermé. L’expérience a été faitê
- Z Z
- p.181 - vue 186/218
-
-
-
- 182 OBSERVATIONS
- fur le fer & les autres métaux > chauffés pref que au rouge/Il a remarqué que* plus les métaux étoient chauffés , plutôt ils fe con-denfoient au fortir du feu : de même que plus un métal eft aifé à raréfier au feu , plus aifément il fe condenfe. Il a aufîi examiné dans le vuide, ces rapports ôc ces degrés ; pour cela, il a pris des cubes d’un pouce ,
- SUR LE FER. >
- qu il a plongés dans des temps égaux dans du plomb fondu , pour leur faire effuyer le même degré de chaleur : enfuite, il en fuf» pendit un à l’air, ôc fautre dans le récipient, privé d’air. Il a obfervé que le corps fuf-pendu dans le vuide, a confervé fa chaleur plus long-temps que celui qui étoit à l’air. Voici la table qu’il a donnée :
- DEGRÉS DU PYROM ETRE.
- BT ni iMPlI IMM
- B Fer dans le 1 vuide. Fer à l’air. Acier dans le vuide. Acier à l’air. Plomb dans le vuide. Plomb à Pair.
- O O O O O O
- 12 IO 11 IO 11 IO
- 23 20 22 20 22 20
- 3S 30 32 3° 3S 30
- 44 40 42 40 47 40
- SS s° S2 s° — —
- *s 60 62 60 74 4f
- 70 6S 12 10 60 S°
- 7 S 70 82 80 6S SS
- 80 1S 87 8 r 70 60
- 81 1$ 5)2 5>o 74 dy
- * 11 91 9S 19 70
- 82 i 78 102 100 83 1S
- — 19 IO7 10s 87 80
- 83 i 80 I 12 110 9i SS
- 84 81 113 ni 92 86
- -- 82 I I4 112 92 7 87
- 8* »? 11S 113 93 88
- < 84 — 114 - 8p 1
- 86 87 II<Î i **S - -
- — 86 116 9 4 9°
- 87 87 117 117 — 91
- — 88 - 118 — 92
- — 89 « - - 93
- 88 90 — np 9S 94
- — 91 118 120 — 9S
- 8ÿ 92 -- 121 96 96
- — 93 — 122 — --
- 9 4 IIP 123 - —
- — 9S — 124 — --
- - 96 120 125* — —
- 91 1 £2 91 58 - . : J
- Il dit avoir fait des pyrometres , abfolu-ment femblables, au moyen defquels il a fait des obfervations dans l’air ôc dans le vuide, ôc qu’il s’eft fervi de baguettes de mêmes dimenfions. Jufqiüici JIusschenbroek.
- Zanichellus dit, que le fer fondu ôc refroidi , montre de petites particules pyramidales à quatre côtés, dont il a donné la figure.
- J’ai vu du fer qui étoit refié en terre, dans un endroit humide, environ 70 ans : il étoit, comme décompofé ôc très-fragile. Dans la caffure, il reffembloit à une marcaflite aquatique , avec des taches brillantes, d’une couleur jaune.
- Un morceau de vieux fer, mangé par la rouille, ôc placé dans le feu fous la cendre , donne une odeur très-fubtile de foufre, ôc
- une flamme très-légere qui dure fort longtemps.
- Si on met de la mine de mercure fur le feu dans un pot*, afin que le mercure s’évapore en fumée, on juge, quand la fumée eft noire, tirant fur le jaune, qu’il y a de la mine de fer qui y eft jointe.
- Si vous tenez long-temps le fer à un grand feu, il peut, par lui-même, être vitrifié.
- Geoffroy a foutenu, que par le moyen du feu, on produit du fer nouveau, par le mélange de l’argile, avec l’huile de lin, comme avec l’huile de vitriol ou de térébenthine. Il ajoute que de tous les métaux, le fer eft le feul qui diffous dans l’elprit de nitre, par l’addition de l’huile de tartre par défaillance, monte au-deffus du vafe, en végétant, en forme d’arbufte. Il prétend encore que la
- p.182 - vue 187/218
-
-
-
- DES PARTICULES DU FER ET DU VIT RIOL DE MARS.
- différence du vitriol 6c la couleur noire de l’encre ,' vient des feules particules du fer, que l’acide du foufre extrait des nôix de gai* les, autres concrets terreux pareils, 6c des alkalis fulfureux. De P Acad, Royale des Sciences. Voyez les Actes de Léipjîc, année *7°9-,
- §. XVIII,
- De {élément & des particules du fer , & du vitriol de Mars, dans les eaux des lacs, des fleuves, & des fontaines >fui-vant différents Auteurs.
- Je ne parlerai que des eaux, qui font imprégnées de fer, fans entrer dans le détail des lacs au fond defquels on trouve de la mine de fer en forme de fable. Il ne fera ici queftion que des eaux 6c des fontaines chargées des parties élémentaires du fer ; on trouvera plufieurs chofes là-deffus, dans le Traité du Vitriol : mais comme les eaux , avec du vitriol 6c du foufre, font aulïi chargées de particules de fer, qui font leurs premiers éléments 3 elles méritent à ce titre de trouver place ici.
- On fe fert des aftringents, pour effayer fi les eaux contiennent du vitriol de Mars : ce qui fait que la folution eft noire ou pourpre, fuivant que l’acide du vitriol diminue, ou étend la couleur des particules alkalines. Sur l’effai des eaux, voyez ce qui fuit : Il eft connu que le vitriol fait avec du fer pur, mêlé à des noix de galles, donne à l’eau une couleur rouge, tirant fur le noir : mais fi le cuivre eft mêlé au fer, alors la folution eft très-noire.
- On trouve en Suede plufieurs eaux médicinales Ôc acidulés ; elles font prefque toutes imprégnées de vitriol de Mars, 6c ont un goût d’encre : on a fait, fur ces eaux, plufieurs expériences, qu’il feroit trop long de rapporter en entier.
- Des Eaux de Pajjy.
- Vous trouverez dans les Mémoires de l’Académie des Sciences, bien des chofes fur les Eaux minérales , fur-tout fur celles de Paffy 6c d’AuteuiL On conclud quelles font un peu imprégnées d’efprit vitriolique fulfureux, de ce que la noix de galles en poudre, mife dans ces eaux , nouvellement puifées, leur donne une couleur rouge, qui difparoît fur le champ , lorfqu’on lui donne un degré de chaleur. L’efprit de fel ammoniac , qui a été tiré du tartre calciné , verfé dans cette eau , lui donne une couleur lai-teufe, ôc il fe précipite un peu de poudre blanche 6c fubtile. De-là, on peut conjeêtu-rer que ces eaux contiennent quelque chofe de vitriolique, puifque les noix de galles
- leur donnent la même couleur que le vitriol ferrugineux, finon que la couleur qui en provient, tire davantage fur le noir. Mais, par la couleur qui part, lorfqu’on l’a fait chauffer, il eft aifé de voir, que ce qu’il y a de vitriolique, confifte dans quelque efprit volatil. On conclud encore, que cet efprit n’eft pas acide, de ce que l’efprit vitriolique, mêlé à l’eau avec la noix de galles, ne.lui fait pas perdre fa limpidité. Ayant çiiftillé au bain-marie fept livres de cette eau $ on trouva au fond de la cucurbite environ cinq fcru-pules d’une terre jaune, compofée de fibres brillantes , Ôc de lames affez femblables au talc. Cette matière, purgée par plufieurs lotions , après que la couleur jaune fut enlevée , reffembloit à de la poudre de talc brillant mais placée fur un fer rouge, 6c vue au microfcope, elle avoit perdu fon brillant ôc fa tranfparence : elle reffembloit alors à du gypfe calciné. La poudre jaune 6c légère, provenue de cette matière gypfeufe, mife dans un autre vafe de verre rempli d’eau, fe dépofa comme un limon jaune : cette poudre ne paroît pas avoir la vingtième partie de la pefanteur du gypfe. Placée fur un fer rouge, elle reffembloit à de la rouille de fer, de façon qu’on a conjeâuré , que cette rouille venoit des marcaffites ferrugineufes, qui font en grande abondance en cet endroit : on ne découvrit rien de faiin, ni de vitriolique, ni rien de nitreux. Au refte, il eft démontré que ces eaux ont un peu de fer 6c beaucoup de gypfe, 6c quelles font peu utiles.
- Eaux de Forges.
- Les eaux renommées de Forges, en Nor* mandie, font imprégnées d’une mine naif-fante de fer, ou, fuivant le langage ordinaire, de parties élémentaires du fer. On en juge par l’effet que font fur elles les noix de galles, ôc par le fel ôc le foufre qu’on en retire ; elles teignent en verd le fuc épaiffi de l’iris ; l’efprit de fel ammoniac n’en fait rien précipiter ; à la diftillation , on en tire un peu de fel foufré.
- M. Morin a effayé les eaux de Forges , 6c il a trouvé quelles étoient chargées de fer 6c de vitriol. Il dit qu’il eft confiant, par les expériences ordinaires, que la folution de vitriol, mêlée à une teinture de noix de galles, noircit dans l’inftant, ce que ne fait pas l’efprit du même vitriol : que la même teinture de noix de galles, mêlée à de la limaille de fer , prend la même couleur noire, mais pas fi promptement, que fi elle étoit mêlée à la folution de vitriol. Lorfqu’on met de la poudre de noix de galles dans l’eau de Forges, elle prend fur le champ une couleur rouge-foncé, qui, en une demi-heure fe charge encore plus , jufquà ce quelle devienne noirâtre ; ce qui prouva que
- p.183 - vue 188/218
-
-
-
- i84 des p articules du fer.
- ces eaux ne font pas chargées de vitriol, mais de particules de fer très-déliées, ou d’une efpece d’efprit vitriolique, qui a la nature du fer. Dans cet endroit, il y a trois fontaines, la Cardinale, la Royale, la Rey-nette. En quatre ou cinq jours l’efprit de vitriol , dont ces eaux font imprégnées , s’évapore ; après ce temps, elles perdent la couleur que l’infufion de noix de galles leur avoit donnée : cette teinture s’évanouit avec l’efprit de vitriol. Ces trois fontaines jettent continuellement de petits floccons de matière , de couleur de rouille ; ils font fi légers , qu’au tad on ne les fent pas , fans que l’eau les diffolve, ni qu’ils perdent leur figure ; ils ont beaucoup de reifemblance avec le fafran de Mars, qui n’eft autre chofe que de la rouille de fer, faite à la rofée ou à la pluie ; la fuperficie des mines de fer, fur lefquelles ces eaux paffent, en eft fenfiblement rongée : c’eft de-là, que ces eaux détachent ces membranes légères de rouille.
- Eaux de Vichi
- Geoffroy a effayé les eaux de Vichi, & autres. Il a remarqué que celles de Bourbon , mifes féparément dans des bouteilles, à la quantité de 18432 grains, après avoir été réduites en vapeurs à un feu doux, laiffoient au fond du vafe 63 grains d’une certaine matière terreftre & faline, & que les eaux de Vichi font plus pefantes, & donnent, en même quantité, le double d’une efpece de matière minérale. Ce réfidu n’eft autre chofe qu’un fel âcre, lixiviel, femblabié en tout à celui qu’on tire des plantes, & qui fermente avec tous les acides ; qu’il y a quelque chofe qui tient du foufre ; ce qui fe connoît à la lumière, affez fenfible & durable, que donne cette matière faline, fl on la met dans un lieu obfcur fur un morceau de fer chauffé. Les eaux de Vichi contiennent une plus grande quantité de ce fel, & outre cela quelque portion de fel vitriolique. Burlet a aufïi examiné les eaux de Bourbon & de Vichi. Il y a fept fources ; mais il n’en a effayé que fix* L’eau des deux puits des Capucins, eft très-chaude. Dans le bafïin de la fource même, elle paroît obfcure & filanchâtre ; néanmoins dans un verre , on la trouve affez limpide. Elle a une odeur forte, femblable à celle du foufre brûlé. Au goût, elle eft très-falée ôc défagréable. Elle conferve longtemps fa chaleur. Il avoit un thermomètre de p pouces de longueur, au-deffus de la phiole. A l’air libre , il étoit à la vingt-quatrieme marque. Plongé dans le grand puits quarré, il monta à 30 , & dans le petit ayï 7. Cette eau, mêlée à une diffolution d’alun & d’efprit de vitriol, a fait une grande effervefcence. Avec l’eau de chaux, elle s’eft Simplement troublée: elle n’a point rougi le
- papier bleu, & a pris une foible couleur âveê la teinture de noix de galles. Elle n’a point changé la teinture de tournefol, & a changé en verd le fyrop de violettes. Quatre livres de cette eau évaporées dans un vafe de terre, ont donné deux drachmes 60 grains de matière terreftre. Chamel , de huit livres de ces eaux, en a tiré cinq drachmes & demie : en-fuite , il a mis à évaporer fur des cendres chaudes fix drachmes & trente-deux grains de cette eau. Après l’évaporation, il a trouvé une matière blanche & feche, tant au fond du vafe qu’attachée à fes parois. Le poids du vafe étoit augmenté de trois grains ôt demi, d’où il a conclu qu’une bouteille ordinaire de cette eau , contient environ vingt grains de cette matière. La fource de Grille,eft moins chaude que celle des Capucins. En y plongeant le thermomètre, il a monté à la cinquantième ligne. Elle a donné à peu-près au-* tant de matière terreftre : elle a l’odeur du fel lixiviel, & eft très-tranfparente. En fortant de fa fource, elle donne des bulles, avec une odeur de foufre fondu ; elle conferve fa chaleur , comme celle des Capucins, & on n’a point remarqué de différence entr’elles. La fource de Gros-Bullet eft tiede, très-limpide, d’une faveur plus piquante que celle de Grille. Son odeur femble participer du fer en quelque chofe. La terre fur laquelle coule cette eau, ôc dans laquelle l’eau même fe dépouille,eft noire.On a remarqué,que l’aimant attire quelques parties de cette boue defféchée. Par l’infu-fion de noix de galles, elle prend une couleur forte, & elle fe trouble. Une bouteille de cette eau évaporée, a donné dix-huit grains de matière terreftre plus que celle de la Grille. Elle fermente avec tous les acides. Ces eaux ont rendu la couleur à du papier bleu, paffé au rouge par les acides. Le fel, dont les eaux de Vichi font chargées, eft le même dans toutes les fources. C’eft un fel alcali minéral, qui dans les eaux thermales eft probablement compofé de parties volatiles jointes à des parties fulphureufes ; cependant l’art n’a pû en tirer aucune partie de foufre. L’Auteur croit avoir découvert du foufre dans le réfidu de ces eaux, parce qu’en ayant jettéfur des charbons allumés, dans un endroit obfcur, outre le bruit que les parties falines ont fait en décrépitant, elles ont donné quelques fumées bleues, qui, allumées, avoient l’odeur de poudre à canon. Outre cela, ayant confervé pendant quelque temps de ce réfidu diffous dans de l’efprit-de-vin, il a vû nager fur la liqueur quelques particules graffes. Enfin, ce qui eft un indice encore plus affuré du foufre, il a jetté cette matière terreftre bien purgée de tout fel, dans de l’efprit-de-vin. Après quelques jours il a vû fur la fuperficie une efpece de membrane huileufe. Avec le foufre, il y a quelques
- particules
- p.184 - vue 189/218
-
-
-
- ET DU riTRIOl
- Îarticules de fer, fur-tout dans la fource de a Grille, du gros Bullet, Ôt celles de Gor-gnier. L’aimant en a attiré quelques parties. Enfuite il a elfayé l’eau de la fontaine des Buveurs, ôc celle du petit puits quarré des Capucins ; par du papier bleu, de la teinture de tournefol, il a vu que l’ayant laiffé pendant une nuit entière dans l’eau, la couleur n’avoit reçu aucune altération. Il a donné à ce papier la couleur rouge par le moyen des acides ; en le mettant dans î’eau le jour fui-vant, ce papier a recouvré fa couleur bleue, ce qui démontre que ces eaux ne contiennent point d’acide volatil.
- Eaux de Carenfac.
- LiÉMERr a examiné l’eau minérale de Carenfac dans le bas Rouergue ; il l’a trouvée froide Ôc fans odeur, avec un goût un peu âcre ôc vitriolique. 12 onces de cette eau évaporées, ont donné 18 grains d’une efpe-ce de fel gris tirant fur le blanc, falé, & un peu vitriolique.
- Eaux de Fougues.
- Les eaux de Pougues, dans le Nivernois, n’ont pas par elles-mêmes beaucoup d’acidité , ôc ne rougiffent pas à l’infufion de noix de galles : cependant lorfqu’elles font fraîchement puifées, elles rougilfent par la poudre de noix de galles, ôc elles font très-acides. Avec quelques gouttes d’efprit de fel ammoniac, il fe fait un précipité blanc & compaèt L’eau évaporée, le réfidu étoit feuilleté ôt falé. Dîlfous dans de l’eau commune chaude, ôt filtré, il a teint en verd le fuc de fleurs d’iris. Il n’a fait aucune effer-vefcence avec l’huile de vitriol, mais feulement un petit frémilfement ; ce qui a fait foupçonner que cette eau traverfe des terres bitumineufes, dans lefquelies néanmoins il y a plus de vitriol que de bitume.
- s Eaux des bains £ Avignon.
- Grisonius a écrit fur ces Eaux, Ôt a ob-fervé que fraîchement puifées, elles font limpides ôt d’un goût auftere. M e n gu s dit quelles contiennent plus d’alun que de fer. Savon arole a cru qu’elles étoient imprégnées de fer, d’alun Ôt de cuivre. Baccius les a de même jugé ferrugineufes ôc alumi-neufes. L’Auteur doute qu’il y ait du fer, mais par les expériences fuivantes, il veut prouver qu’indépendamment du foufre, il y a du tartre vitriolé: mais il exclut le fer, quoiqu’il foit rare de trouver des pyrites ôc du vitriol qui n’aient quelque portion de fer. L’eau mêlée à la décoêtion .de noix de galles a pris une couleur jaune Ôt non pas noire. Une portion du dépôt durci, qui fe trouve au fond de ces eaux, pulvérifée, ôc mife dans de l’eau commune avec de la poudre Fourneaux , f. Section.
- D E JM A RS, SCc. 18 5*
- de noix de galles , n’a donné aucune couleur noire à l’eau. Il a mis de l’huile de tartre dans une once de cette eau : elle s’eft troublée, mais s’eft promptement éclaircie, ôt a pris une couleur jaune, tirant fur le rouge. Ver-fée dans un vailfeau de terre Ôc delféchée, elle a pris une couleur d’orange mûre ôc feche, ou de rouille de fer. Cela arrive avec l’eau omphatique de Mathiole, mais non pas avec celle des bains d’Avignon, qui, mêlée à l’huile de tartre, a fur le champ pris une couleur blanche comme du lait, jufqu’à ce qu’il fe foit précipité une petite quantité de terre blanche. Enfuite il a mis parties égales d’eau dans deux vafes de verre : dans l’un il a verfé quelques gouttes d’efprit d’urine , dans l’autre quelques gouttes d’efprit de fel ; l’une Ôc l’autre ont paru laiteufes, fans être rouges ni jaunâtres, comme il feroit arrivé , à ce qu’il dit, s’il y avoit eu du fer.
- A une demi-once d’eau il a mêlé une drachme de chaux vive, ôt au bout de huit heures l’eau étoit encore blanche : enfuite elle a pris la couleur jaunâtre d’une eau ferrée. Il a mis dans un vafe de verre un peu d’efprit de vitriol romain ; l’addition de quelques gouttes d’huile de tartre a occafionné une grande ébullition ôt effervefcence, qui étant pallée, il s’eft précipité une fubftance falîne, de couleur rougeâtre, qui eft le fer caché dans cette liqueur. Il a encore mêlé delà poudre de noix de galles à quelques gouttes de cetefprit de vitriol, jointes à une once d’eau commune ; aufli-tôt la couleur noire s’eft montrée. Ayant fublimé une partie d’une certaine terre jaunâtre de la vallée de Roze dans le territoire de Sienne, qui paffe pour ferrugineufe, avec une égale portion de fel ammoniac, le tout refroidi a pris une couleur d’orange mure & delféchée ; ayant trouvé dans la partie concave du chapiteau des particules falines de la même couleur, ce qui n’arrive pas avec le fédiment de l’eau des bains d’Avignon, mais qui donnoit une couleur blanche à la matière qui reftoit au fond , comme à celle qui étoit attachée au chapiteau de l’alambic. L’intérieur de ces matières étoit rouffâtre ; ôc pour mieux s’affurer qu’il n’y avoit pas de fer, fur un grain tiré par le feu, il verfa de l’huile de tartre, fans que la couleur ait changé ; elle devoit cependant en prendre une jaune, ou de rouille. Il eft aufti démontré qu’il n y a point d’alun ; car ayant tiré de la teinture de bois de Bréfil, mis en menus morceaux, ôc infufé pendant une nuit dans de l’eau commune, cette teinture , mêlée avec une partie d’alun de roche, diffous dans de l’eau commune, perdit beaucoup de fa couleur rouge, ce qui n’arrive pas lorfqu’on la mêle avec du fédiment de l’eau des bains d’Avignon. Outre cela l’addition d’alun fubtilement pulvérifé dans du
- A a a
- p.185 - vue 190/218
-
-
-
- tZ6 BES PARTICULES BU FER
- vin fait avec des grenades, n’a occafionné aucune fermentation, ni aucun changement de couleur, au lieu que la poudre du fédi-ment de ces bains, mêlé à ce vin, a fait une grande fermentation, avec ébullition ôc écume. Un peu après le vin fut plus clair qu auparavant. Ayant fait évapprer une grande quantité de cette eau, il eft refté deux onces de fédiment de couleur fauve-obfcur, ap-pellée lèontme, d’une faveur douce, Ôc un peu falée. Si elle tenoit du fer ou de l’alun, on auroit trouvé des parties noires ôc rougeâtres, proportionnellement aux parties du fer, ôc des cryftaux attachés aux parois du verre proportionnellement à la quantité d’alun : car de la diffolution d’une livre d’alun faite dans un vaiffeau de chêne avec fix livres d’eau commune, ôc lailfée pendant plu-fieurs jours dans ce vafe, l’eau palfe goutte à goutte à travers les pores, ôc laiffe l’alun cryf tailifé. II a obfervé la même chofe dans une portion d’alun de roche dilfoute, Ôc lailfée dans un vafe rempli d’eau commune ; enfuite fur de l’alun de roche pulvérifé, ôc mis dans un vafe de verre, il a verfé quelques gouttes d’huile de foufre, çe qui n’a rien donné de nouveau. Après cela, fur du fédiment des eaux d’Avignon pulvérifé, il a mis un peu d’huile de foufre, ôc il y a eu une grande fermentation. Par les expériences fuivan-tes, il a prouvé qu’il n’y avoit point de cuivre. Il a mis dans l’eau pendant trois jours un anneau de fer poli, lequel ne s’eft point chargé de rouille. Il a dilfous dans de l’eau tiède un peu de vitriol de Chypre, dont on peut tirer du cuivre ; ayant plongé une lame de fer dans cette eau, fur le champ la rouille s’eft manifeftée. Outre cela, cette eau, par l’addition de quelques gouttes de fel ammoniac, a pris une couleur bleu turquin, comme on l’appelle, ce qui n’arrive pas à l’eau des bains d’Avignon, qui devient laiteufe par l’addition de l’efprit de fel ammoniac. Six livres de cette eau, pafféepar le papier,^ ont laiffé fur le filtre une très-petite quantité de terre blanche, infipide, & de la confif-tance du beurre : enfuite, l’eau évaporée à un feu doux, il eft refté trois drachmes de fédiment de la confiftance du miel, d’une faveur douce, défagréable; diffoutes dans de l’eau commune ôc évaporées, on a trouvé un fédiment de la même couleur, faveur Ôc confiftance ; tenues dans le vafe de verre pendant deux jours, defféchées ôc calcinées pendant un quart d’heure, elles ne fe font point allumé, ni n’ont point fait de bruit : mais tirées du feu, elles ont donné fur le champ, même après leur refroidiffement, une odeur de foufre, ôc au goût une fenfa-tion de fel ; ce qui n’arrive pas avant la calcination,parce que les particules falines ôc ful-phureufes en étoient enveloppées ôc détenues
- dans les parties terreftres. Enfuite il a mjs pu peu de cette chaux cjans une teinture de fleurs d’amarante ; à l’mftant le rouge a dif“ paru, ôc a été remplacé par une couleur jaune foncée. Il a encore éprouvé fi cette eau, verfée fur une teinture d’amarante, lui rendroit fa couleur rouge, ôc la chofe a réufïi à merveille. Il a remarqué que l’eau-forte, ni l’efprit-de-vin tartarifé, ôc bien dé~ phlegmé, n’ont aucune prife fur des morceaux de cette matière fulphureufe ôc faline* Il a diffous dans de l’eau commune le fédiment de quinze livres de cette eau évaporée , ôc a tenu ce mélange pendant trois heures proche le feu, afin que la diffolution fe fît mieux; il a filtré par le papier, ( ce qu’il a recommencé trois fois ), il a trouvé une demi-once d’une terre un peu falée, couleur d’am*? bre gris. Cette eau évaporée au bain ordinaire , a laiffé un fédiment de couleur léonine obfcure , de faveur falée ôc âcre, pref-que comme le fel marin, qui prenoit un goût doux, à mefure qu’il fe diffolvûit davantage dans la bouche. Le refte du fédiment fe durcit beaucoup pendant une nuit, ôc pefoit environ trois drachmes, avec une faveur falée. Une demi-drachme calcinée à un feu violent a donné l’odeur de foufre, ôç s’eft évaporée en peu de temps ; d’où on con-î clud quelle abonde en parties extrêmement volatiles. L’autre partie calcinée à un trop grand feu a fait une forte ébullition : re-? tirée du feu, après un quart d’heure, elle étoit encore d’une faveur falée. Pulvéri-fée de nouveau fubtilement, ôc dilfoute dans onze onces d’eau commune, pendant une heure, à une chaleur modérée, une once ÔC demie filtrée par le papier, a donné un peu de terre falée, de couleur bleu-célefte. Evaporée derechef à ficcité, on a trouvé une once de fel un peu acide, blanc comme le tartre vitriolé. Ces calcinations n’ayant donné aucune odeur fœtide, on conclud qu’il n’y avoit point de foufre impur, mais du volatil. Enfin, il dit qu’outre le fel Ôc le foufre, il y a beaucoup de terre travertine, ou autre femblable, ôc que le fédiment du bain eft compofé de ces trois matières : car ce fédiment , de même que la terre qui a été extraite de l’eau, ou qui refte fur le filtre, bouillonne ôc fermente par l’addition de l’huile de foufre, qui eft prefque privé de fon acidité : mais dans cette terre il n’y a point de parties âcres cachées, comme dans celle de travertine. On découvre en quelle proportion font le fel ôc le foufre dans l’eau des bains d’Avignon, en ce que neuf livres de cette eau diftillée jufqu’à ce qu’il n’en refte qu’une livre ôc demie, qui filtrée a donné prefque onze drachmes d’une terre infipide > couleur d’ambre gris. L’eau filtrée, étant enfuite évaporée, a laiffé cinq fcrupules d’une
- p.186 - vue 191/218
-
-
-
- ET DU FITRIO L DE MARS, SCc. 187
- matière mielleufe, qui , étant calcinée, n’a donné qu’une demi-drachme, ayant perdu trois fcrupules ôc demi de fes parties volatiles ôc épaiffes. Il a encore dilTous ce réfidu dans deux onces d’eau ; après la filtration, il eft demeuré furie filtre quinze grains d’une terre infipide de couleur bleue. L’eau évaporée au bain accoutumé, il eft refté vingt grains femblables au tartre vitriolé, tant par la faveur que par la couleur.
- . Fontaine de Lauchjlad*
- Voici ce qu Hoffmann nous en a dit* Elle jettoit fur fes bords de l’ochre jaune : mife dans un verre, elle étoit un peu trouble, & laifloit fur la langue une faveur martiale & vitriolique. La poudre de noix de galles lui donnoit une couleur pourpre. Il a cherché à connoître fa pefanteur par un hydro-metre de fon invention. Il a remarqué qu’au fortir de la fontaine, elle furpaffoit le poids de l’eau de pluie, ôc que portée à la maifon, elle étoit plus légère. Il y joignit de l’efprit de vitriol ôc de nitre, qui n’occafionnerent aucun mouvement ; ce qui n’arrive -jamais lorfque l’eau eft imprégnée de l’élément qui donne la nature aux matières alkalines. Il a ajouté une folution de mercure fublimé : il n’en eft point réfulté de teinture rouge, jaune, ou laiteufe, comme auroit fait l’alkali fixe, ou combiné avec un acideou un élément volatil. Il a ajouté de la folution de Mars fans qu’il foit arrivé de changement. Cette folution, lorfqu’elle produit de petites fleurs jaunes, ou quelle donne une couleur noire, eft l’indice d’une matière calcaire ôc aftrin-gente. Outre cela il y a mis des gouttes d’huile de tartre par défaillance, ce qui n’a occa-fionné aucune ébullition ; cette addition a feulement un peu troublé fa tranfparence, ôc a fait foulever quelques fleurs légères à caufe du fubtil élément terreux qui étoit dans l’eau. Enfin, il a ajouté de finfufion de noix de galles, qui a donné une teinture brune foncée : cependant il n’en eft rien forti qui puiffe fervir d’indice afluré que l’eau con-tenoitun principe martial: mais il a mieux reconnu l’élément du fer en ce que les che-mifes des baigneurs étoient tachées de jaune, ôc que la coque des œufs qu’on y met-toit,prenoit la même teinture. L’élément du fer fe manifeftoit fur-tout par cette terre bo-laire rouge , qui non-feulement s’attache aux parois des canaux, par lefquels l’eau coule, mais encore qui fe dépofe ôc fe recueille abondamment au fond du réfervoir de pierre, dans lequel on tient l’eau pendant l’hiver. Cette terre n’eft autre chofe qu’une vraie terre fulphureufe martiale, ôc un vrai fafran de Mars, ainfi qu’il l’a démontré par les expériences fuivantes. Il a pris deux onces de cette terre lavée, ôc pri-
- vée des parties les plus groflieres de fable ; il les a féchées dans un creufet. Au bout d’un quart d’heure cette terre a pris une couleur grife de fumée» Le feu augmenté, ôc calciné plus fortement, elle a commencé à rougir , ôc a formé un véritable fafran de Mars. Après l’avoir laiffé refroidir, il l’a tirée du creufet; ôc en lui ajoutant feulement la moitié de fon poids de fel ammoniac, il l’a remis à un feu convenable : il en a retiré des fleurs très-blanches du poids de quatre fcrupules. Sur ces fleurs il a verfé de l’efprit-de-vin très-reêlifié ; il a obtenu une magnifique teinture martiale, qu’il a employée , foit feule , mieux encore avec des effences ameres pour fortifier l’eftomach. Outre cet élément martial , il a reconnu que cette eau avoit encore le principe commun à toutes les eaux minérales , que la Médecine emploie avec fuc-cès, c’efbà-dire, le foufre fubtil, ôccet efprit. éthéré, dont plufieurs phénomènes démontrent la préfence» Il a déjà fait voir ci-def-fus par fon hydrometre que cette eau, nouvellement puifée, a une gravité, qui difpa-roît par le mouvement ôc le contaôl de l’air. Cette eau mife dans un vafe de verre, ou pour le mieux, d’étain, placé fur des charbons allumés, jette beaucoup de bulles, dont une grande partie s’attache au fond Ôc aux parois du vafe. Ces bulles ne font autre chofe que des parties éthérées, très-fubtiles, que l’eau contenoit. Outre cela on tire une preuve de la préfence de ce fubtil élément par la vapeur légère qui fort de ces eaux, au point que fi l’on en infpire trop abondamment, la tête en eft engourdie, & comme endormie» C’eft par la même raifon quelles ne gelent point par les plus grands froids, ôc qu’enfermées dans une bouteille bien bouchée, elles fe confervent très-long-temps.
- Il y a encore eu d’autres expériences de faites fur les eaux de Lauchftad ; avec la folution d’alun, d’abord il ne paroît aucun changement: mais enfuite il s’élève quelques bulles. Avec la folution de lune, elles prennent une couleur d’opale qui tourne au rouge. Nul changement avec la folution de mercure, ni avec l’efprit de vitriol ou de nitre. L’huile de vitriol par défaillance pro« duit des flocons blancs, qui furnâgent. Avec la diflolution du cuivre jaune par la chaux vive, elles prennent une couleur verte , fans perdre leur tranfparence. Par la folution du foufre, par la chaux vive, il fe fait un précipté gris-noir. Avec la folution de noix de galles, elles prennent une couleur rouge tirant au noir. Enfin, avec la folution de gomme lacque, elles tournent un peu au rouge.
- Eaux thermales de Caris h ad.
- Berger , en fe propofant de chercher la
- p.187 - vue 192/218
-
-
-
- DES P ARTICULES DU FER
- matière Ôc la nature de ces eaux, prétend qu’il faut d’abord examiner les différents foffiles de cette contrée , perfuadé que leur chaleur vient de la pyrite , du fer, d’un certain fel nitreux , de la pierre calcaire, quon appelle gypfe > & fur-tout des mines qui y abondent. Dans environ une livre d’eau, for-tant de la fontaine , fi vous jettez deux ou trois grains de poudre de noix de galles , aufli-tôt l’eau rougit,& par l’addition de l’huile de tartre par défaillance , elle devient toujours laiteufe : elle fe mêle fans trouble avec le falpêtre ôc le fel commun. Avec le fel ammoniac, le fel volatil fe dégage : avec la folution de vitriol, elle fait effervefcence. Une livre d’eau évaporée a donné un fédi-ment blanc d’une demi-drachme ; ôc en retirant la folution, on obtient environ vingt-cinq grains cryftallifés de faveur nitreufe. L’Auteur montre enfuite, qu’en général ces eaux contiennent quelques petites portions de fel de nitre , de gypfe , de pyrites fulfu-reufes ôc ferrugineufes, ôc ce, dans la proportion fuivante : Pour une livre d’eau, au moins vingt grains de fel, 4 ou $ de gypfe, ôc un peu moins de pyrites : quant à l’elpece du fel, il croit que le fel nitreux des bains chauds, eft le fel mural, Aphronitrum.
- Non loin de-là, dit-il, il y a des minières d’alun qui donnent une grande quantité de pyrites. La pierre , qui fe trouve dans les canaux, eft rouge comme de la brique : c’eft du fer venu des pyrites. Si on calcine, Ôc qu’on pulvérife cette pierre, en verfant deffus de l’eau, Ôc remuant le vafe, on verra fe précipiter une poudre pefante, brillante ôc ferrugineufe, ôc furnâger une poudre rouge ôc brillante. Il dit que l’aimant a attiré cette poudre , qui y reftoit attachée, comme de la limaille d’acier. En jettant de la poudre de noix de galles dans cette eau chaude, fur le champ elle prend une couleur rouge , comme il arrive a une infufion de noix de galles, dans laquelle on jette de la limaille de fer: cette couleur part, fi on fait chauffer l’eau. La poudre des noix de galles tombe au fond ; elle eft d’abord d’un verd défagréable, à caufe de la jonêlion de l’ochre, qui eft un peu rouge, ce qui dure quelques jours : mais cette couleur paffe à celle de l’or, ou à celle du fuccin. Ces eaux étant refroidies, fi on y jette de la poudre de noix de galles, on ne voit aucune nuance de pourpre : mais petit-à-petit l’eau fe trouble ; enfuite elle s’éclaircit , ôc laiffe tomber au fond une matière couleur de lait. En la laiflant une nuit dans cet état, d’abord elle paffe au verd, enfuite à la couleur d’or. Si vous faites chauffer une fécondé fois ces eaux, les noix de galles ne leur donnent plus de couleur pourpre : mais fucceftivement ôc dans le même ordre que ci-deffus , elles acquièrent une couleur blanche , verte ôc jaune. Quelles foient froides
- ou chaudes, l’huile de tartre, par défaillance, ou autre fel femblable, les rend, fans effervefcence, laiteufes comme une émul-fion. Elles teignent en verd le fyrop de violettes , ôc le fuc de choux rouge ; exaltent la teinture rouge du bois de Brézil ; réta-bliffent la couleur bleue du tournefol, paffée au rouge par les acides ; précipitent le mercure fous une couleur dorée, ôc fe mêlent, amicalement, avec la folution du fel commun , l’efprit de fel ammoniac, Ôc les autres efprits volatils. Enfin , elles dégagent l’or de l’eau régale, fermentent avec tous les acides , ôc jettent beaucoup de bulles qui durent long-temps. Les efprits de foufre ôc de vitriol, leur donnent une faveur, femblable à celle des acidulés, fans rien changer à leur couleur. Réduites à moitié, par la diftilla— tion , elles rendoient une odeur âcre, volatile ôc fulfureufe, fi confidérable , Ôc dont on étoit fi frappé , qu’il n’étoit pas poffible de la foutenir. Le fédiment étoit blanchâtre , avec quelques taches rougeâtres, jaunes, de faveur alkaline ôc falée, fans nulle odeur , faifant grande effervefcence avec les acides, A l’approche de l’aimant, il a donné quelques particules ferrugineufes. Délayé dans de l’eau pure Ôc filtré, il a donné un fel alkalî fixe , nitreux, ftrié, ôc en plumes, partie de couleur blanche, partie jaune clair. Diffous une fécondé fois, on a obtenu une odeur agréable de violette, comme la lefiive de fel de tartre, Ôc de nitre fixé. La liqueur évaporée convenablement, le fel étoit plus pur ÔC mieux cryftallifé : il paroiffoit fous la forme de fils longs ôc fins de nitre, mêlés avec les cubes du fel marin. Il avoit une faveur pénétrante , alkaline, falée, avec une certaine amertume nitreufe, refroidiffante , laiffant fur le filtre une poudre blanche, de la même nature calcaire que celle qui nâge dans les eaux des bains, ôc dans les folutions des tufs calcinés. Il eft à remarquer, que ces fels don-noient les mêmes phénomènes que les eaux mêmes, avec le fyrop de violette, le mercure fublimé ; que même ils réuffiffoient mieux. Ils faifoient auffi une grande fermentation avec tous les acides, ôc une fi furieufe avec l’efprit de vitriol, que le vafe en étoit échauffé. On obtient un fel neutre, femblable au nitre vitriolé, ou à Yarcanum dupli-catiun, en joignant ce fel à l’acide du vitriol, ou du nitre à Ta terre foliée du tartre, en faifant le mélange par l’acide du vinaigre. Il fermente auffi avec la folution du vitriol, d’où il réfulte , par la féparation de l’ochre, une efpece de nitre vitriolé ; mais il fermente plus vivement, avec la diffolution d’or dans l’eau régale ; il précipite l’or fulminant : ôc fi au lieu de fel de tartre, on ajoute deux parties de foufre, ôc trois de falpêtre , il donne une poudre fulminante. Ce même fel, placé fur une barre de fer rouge , fond fur le
- champ s
- p.188 - vue 193/218
-
-
-
- ET DU VITRIOL champ ; il' s’enfle Ôt forme des bulles ; lorf-qu il eft calciné, il donne quelque chofe d’un lèl alkali blanc, avec l’amertume ordinaire : fi on le remet fermenter avec les acides, ôc qu’on l’expofe de nouveau à un fer rouge, il ne fond pas ; mais il décrépite ôc faute. Berger.
- Eaux de Prudel, aux environs de Carljbad.
- Deux livres d’eau évaporées ont lailfé une drachme de matière, qui a donné un fcrupule ôc 8 grains de fel, avec i £ grains de terre. La folution d’alun ne faifoit pas beaucoup de précipité : celle de .lune la rendoit laiteufe , pour paffer enfuite à la couleur bleue. Elle devenoit laiteufe par la folution du fucre de Saturne, ôc fe précipitoit fur le champ. Par la folution du vitriol de Mars, on avoit un précipité verd pâle, faifoit grande effervefcence par l’efprit de vitriol, moins grande par l’efprit de nitre. L’huile de tartre par défaillance, donnoit des fleurs blanches : la chaux vive faifoit un précipité. Par la folution du cuivre jaune, avec la chaux vive, il fe faifoit un précipité blanc, mais en petite quantité ; devenoit laiteufe, par la folution du foufre , avec la chaux vive, ôt fe troubloit ; par la folution du foufre, avec le fel de tartre , prenoit une couleur jaune trouble : avec la folution de noix de galles, point de changement ; avec le fyrop de violette , jaunilfoit.
- "Acidulés chaudes aux environs de Prudel.
- L’eau , par la folution d’alun, blanchilfoit ; par celle de lune, devenoit laiteufe ; enfuite prenôit une couleur bleue d’améthifte ^ au fond, il fe précipitoit des flocons blancs. Par la folution du mercure fublimé, il n’arri-voit aucun changement. Par celle du fucre de Saturne, elle devenoit laiteufe, ôc fe précipitoit promptement : par l’efprit de vitriol faifoit grande effervefcence, ôt très-peu par l’efprit de nitre. Par l’huile de tartre par défaillance, devenoit laiteufe , enfuite fe précipitoit fous une forme blanche : étoit troublée par l’eau de chaux vive, enfuite fe cia-xifioit. Par la folution de cuivre jaune, avec la chaux vive, il fe précipitoit quelque chofe de blanc. Par la folution du foufre , avec la chaux vive, elle prenoit une belle couleur d’opale. Par la folution de foufre, avec le fel de tartre, elle prenoit une couleur jaune-blanchâtre , & il fe précipitoit peu de chofe. Avec la folution de noix de galles , il ne fe faifoit aucun changement : le fyrop de violette eft relié bleu.
- Eaux FEgra.
- De trois livres ôt demie d’eau évaporées, il eft relié une drachme deux fcrupules , lef-quels étant féparés, on a eu quatre fcrupu-FoURNEAuXy^I. Seclion,
- DE MARS) SCci i8p
- les trois grains de fel, & dix grains d’ochre. Cette eau fermentoit avec la folution d’alun , ôc demeuroit blanche avec des flocons épais ; avec la folution de mercure fublimé blanchilfoit un peu, avec écume & pellicule; devenoit laiteufe avec la folution de fucre de Saturne, ôc s’éclaircilToit promptement; avec la folution de vitriol de Mars , fe précipitoit en poudre blanche, avec les couleurs de l’arc-en-ciel ; avec la folution de Vénus, fe précipitoit en blanc, tirant fur le verd ; fermentoit médiocrement avec l’efprit de vitriol : s’échauffoit peu avec l’efprit de nitre. Avec l’huile de tartre, par défaillance , donnoit un précipité blanc ; avec l’eau de chaux vive demeuroit limpide ; avec la folution de cuivre jaune, par la chaux vive, noirciffoit, ôt donnoit une odeur d’œufs pourris ; avec la folution de foufre, par la chaux vive, il fe faifoit un précipité blanc, dont le defliis étoit noir : avec la folution de noix de galles , d’abord elle étoit jaune , enfuite , par différentes nuances, elle prenoit la couleur de rouge-brun, ôc verdiffoit avec le fyrop de violette.
- Acidulés à Klein Engflinger;
- Par la folution d’alun, cette eau a pris, à la longue, la couleur d’opale ; enfin, il s’eft fait un précipité en forme de flocons ; par la folution de lune a un peu fermenté , mais a pris des teintes de rouge par degrés, ôc a rougi entièrement ; avec la folution de mercure fublimé, elle eft reftée limpide, ayant néanmoins une efpece de pellicule ; avec la folution de fucre de Saturne , elle a pris fur le champ la couleur d’opale opaque, Ôc il s’eft fait un précipité ; avec la folution de vitriol de Mars , d’abord nul mouvement, à la fin un précipité ; par la folution de Vénus, elle devenoit enfin d’un verd-céladon ; par l’efprit de vitriol, faifoit effervefcence avec bulles ; fermentoit peu avec l’efprit de nitre ; par l’huile de tartre, par défaillance, fe troubloit , enfuite s’éclaircilToit, ôt fe retrou-bloit, fi on y en ajoutoit de nouveau ; par la folution de foufre, par la chaux vive , à la longue, elle prenoit une couleur jaune, Ôc il fe faifoit enfin un précipité blanc, avec mauvaife odeur ; par la folution de foufre , par le fel de tartre, elle jaunilfoit lentement, ôc enfin blanchilfoit ; par la folution de noix de galles, elle eft devenue obfcure par degrés , avec pellicule ; a verdi avec le fyrop de violette : avec la folution de gomme lac-que, a d’abord été limpide, a enfin paffé au rouge.
- Fontaine de TJchagun.
- Vicarius , dans fon nouveau Traité des Eaux, parle aufli de la Fontaine de Tfcha-gun.il dit que dans le deffus de cette Fon-
- Bbb
- p.189 - vue 194/218
-
-
-
- J
- i
- DES P ARTICULES DU FER
- taine, il y a deux mines , une de foufre , l’autre de vitriol ; que l’eau puifée & mife dans une bouteille, donne une odeur acidulé , mais quelle laiffe à peine fur la langue quelques indices d’âcreté , 6c que prife au-delà de la mefure ordinaire, elle excite l’appétit ; qu’à l’endroit où la Fontaine jette , il s’eft dépofé une quantité de terre rouge bolaire, ou jaune tirant fur le rouge ; que cette eau n’eft point propre à faire vivre les poiffons , ni à cuire les légumes quelle durcit : elle coagule le lait. Chaque once de cette 1?au, donne prefque deux grains de matière minérale. Diftillée à la maniéré des Anciens , elle donne un vrai phlegme infipide, ôt inaltérable par tous les autres liquides. Le caput mor-tuum eft aulli infipide. Evaporée , elle a donné de petits cryftaux pointus infipides , qui n’ont fait effervefcence , ni avec les alka-lis y ni avec les acides. Ils ont cependant été diffous par les acides, mais fans bruit. A la longue, l’eau a été troublée par l’huile de tartre par défaillance, ôt l’efprit d’urine, avec un précipité prefque blanc, femblable au précipité qu’on obtient ordinairement du vitriol blanc ; les acides fpiritueux, ni les diffolutions de nitre, de fel commun ôt d’alun , ne l’ont point troublée.
- Fontaines de Spa.
- Parmi les Fontaines de Spa, celle qu’on appelle GeronJlery à caufe du fer, du foufre ôt du vitriol, eft fort chargée de mine de foufre ôt de fer. On remarque que l’eau des quatre Fontaines de Spa, mife dans un vafe de terre, montre à fa fuperfîcie une matière huileufe de plulieurs couleurs, comme l’arc-en-ciel : cette matière relfemble à un fuccin liquide par fon odeur, ôt par l’inflammabilité que le foufre , qui y eft contenu, lui donne. Elles ônt aulli cela de commun, que leurs réfervoirs Ôt canaux font teints de rouge ou de jaunâtre, ce qui vient d’une minière de fer ou de crayon rouge. Outre cela, elles font mourir les grenouilles ôt les petits poiffons qu’on y jette : ce qu’on n’a pas encore éprouvé avec de gros poiffons.
- Ces eaux ont une faveur acide ôt ferrugi-neufe ; par l’addition des noix de galles, elles prennent la couleur du vinaigre rouge ; fef-prit de fel ammoniac n’y fait point de précipité : après la diftillation, il refte une poudre, comme de la rouille de fer, dont on tire du fel martial.
- Eaux de Provins.
- Guire9 dans fon Traité des Eaux minérales, parlant de celles de Provins, dit qu’el-les ont la même faveur que celles qui ont fervi à éteindre le fer des Ouvriers. Il a remarqué que les différents fédiments de ces eaux étoient teints, fuivant les différents de-
- grés de chaleur qu’ils avoient effuyés : leS un£ paroiffant rouges, d’autres jaunes, ôt quel* quefois noirs. Ayant expofé pendant deux jours cette matière ferrugineufe au foleil, elle eft reliée molle, comme une argile détrempée dans de l’eau : mais defféchée au feu, elle avoit l’odeur du fer. Lorfque cetté mine eft molle, ôt qu’on la détrempe dans de l’eau, elle reffemble à de la lie d’huile. Lorfqu’on l’expofe long-temps à l’air , elle fe durcit ôt fe granule : ôt ces grains ne donnent aucune qualité à l’eau.
- Eaux minérales tf Ilmington*
- Derrham , écrivant des eaux d’Ilming-ton, penfe quelles tiennent du vitriol de Mars, parce qu’elles font d’une couleur fort pâle, ôt que mêlées avec le fyrop de violette , elles prennent une couleur verte. Avec la poudre de noix de galles , elles acquièrent une couleur, tantôt pourpre, tantôt noire. La feizieme partie d’un grain de noix de galles , a donné à une pinte d’eau, une couleur prefque pourpre, que l’addition de la huitième partie d’un grain de noix de galles, a rendu aulli foncée ôt brillante que du fyrop de rofes rouges, délayé dans de l’eau. Une plus grande quantité a donné une couleur obfcure , Ôt prefque noire comme de l’encre. Cette eau, dans un temps fec, pefe à peu-près une demi-drachme, plus que l’eau commune : mais par un temps humide , l’ochre étant dépofé , leurs poids étoient égaux : d’où il conclud , qu’il eft bien difficile de trouver le poids jufte de l’eau des fontaines. Par la comparaifon qu’il en a faite avec les eaux alumineufes, il conclut qu’el-les ne tiennent point d’alun. Les eaux alumineufes font cailler le lait, ce que ne fait pas l’eau d’Ilmington. Quelquefois le fédiment qui fe trouve dans le baflin de ces eaux, eft noir, comme celui des eaux imprégnées d’a-» lun ; ce qui feroit croire qu’elles en contiennent , fi elles faifoient effervefcence avec les efprits urineux, par exemple, de corne de cerf, pendant que la poudre rougeâtre, que ces eaux laiffent après l’évaporation , ne fermente qu’avec les acides : cette poudre pa-roît auffi être fort différente du nitre. Partie de ces eaux paffe entièrement à la diftillation , comme une liqueur infipide, Ôt fans odeur de foufre ; partie donne un fédiment, qui, placé fur un fer rouge donne une flamme, femblable à celle du foufre commun. Pour ce qui regarde la pellicule ondueufe , qui fe ramaffe fur la fupèrficie de ces eaux, lorfqu’elles ont été en repos pendant un temps, ôt l’odeur fœtide qui en exhale, il ne l’attribue pas tant au foufre commun, qu’à la putréfadion des principes du foufre, un peu exaltés par le minéral qui y eft joint. Des changements que les noix de galles
- p.190 - vue 195/218
-
-
-
- ET DU FIT RIO L DE MARS, SCù;
- OCcafionnent à ces eaux, il concîud qu’elles font vitrioliques : ôc comme on en obtient une ochre, qui tient plus du fer que du cuivre , il inféré que ce vitriol eft un vitriol de Mars. Pour le prouver, il ajoute i°. que ces eaux laident fur la langue la même im-prelïion que l’eau commune, imprégnée de vitriol de Mars ; i°. que cette eau factice ôc celle de la fontaine, ont pris une couleur de pourpre, par l’addition d’une très - petite quantité de noix de galles , avec cette diffé* rence, que la couleur pourpre de l’eau natu-relie , tendoit plus au rouge, ôc celle de la. fa&ice au violet ; ce qui venoit de i’ochre rougeâtre , dont la naturelle étoit imprégnée : il fait tous fes efforts, pour prouver qu’elles ne contiennent pas d’autre matière. 30. L’une & l’autre, par une plus grande quantité de noix de galles , ont pris une forte couleur d’encre : il leur a rendu leur tranfparence, par l’addition d’un acide, ôc leur a redonné la couleur d’encre, par l’addition d’un alkali. 40. L’une Ôt l’autre caillent le lait. 5*°. Elles donnent toutes les deux peu de précipité, par l’huile de tartre par défaillance. d°. La terre rouge , laiffée après l’évaporation , de même que I’ochre, qui fe dépofe de lui-même, font effervefcence avec écume & fumées , par faddition de quelques gouttes d’efpxit de vitriol ôt de nitre , comme il arrive au vitriol de Mars par l’efprit de nitre ; ce que ne fait pas l’efprit de vitriol, parce que dans ce vitriol de Mars, le fer eft plus parfait que dans l’eau minérale, où il eft faturé par un acide. 70. Le fel tiré de la terre qui refte après l’évaporation, a une couleur pâle ôt une figure irrégulière , ôt a produit les mêmes effets que le vitriol de Mars.
- Bains de Pife.
- Zambeccari , penfe que dans les bains de Pife, il y a du fel commun, du nitre , du talc , du gypfe , ou de la terre blanche, ôt du vitriol mêlés enfemble. La chaleur au trentième degré du thermomètre, eft, par la chaleur du bain , montée au trente-fixiéme, qui eft le même que celui de la canicule Ôt du corps humain. 20. L’eau a la tranfparence du cryftal. 30. Elle eft prefque infipide, n’excitant aucune naufée quand on en a bû. 4°. Diftillée dans des vaiffeaux de plomb, ôt mêlée à la foiution de mercure fublimé , ou à l’huile de tartre, elle donne une couleur de lait tirant fur le jaune, fi l’on emploie une foiution de vitriol dans de l’eau commune. j°. A la diftillation, chaque livre d’eau fournit un fédiment, du poids d’un denier, qui s’attache , partie au fond, partie aux parois du verre, fous la forme d’un voile blanc, ou couleur de gypfe , dans lequel on voit des filaments, en maniéré de cryftaux.
- 6°. Avant que ce fédiment fût totalement defféché, il avoit la faveur d’un fel piquant, qui, s’évaporant aifément , refte infipide* 70. Avec l’efprit de nitre, il fait là même effervefcence, que l’huile de tartre avec le même efprit. 8°. Ce fédiment diffous dans de l’eau de vitriol, paffe du verd clair au verd obfour, ôc jaune foncé. p°. Mêlé à la noix de galles, il prend une couleur verte obfcu-re, avec un précipité couleur de cendres, comme du gypfe, qui même délaye la teinture de noix de galles. io°. Ce fédiment édulcoré Ôc privé de fes fels, a produit les mêmes effets. n°. Il eft précifément la même chofe que le gypfe, qui fe trouve dans le voifinage de ces bains, ôc que la nature emploie à former ces eaux thermales. 12°. Ses fils menus Ôc brillants viennent du talc, qu’on appelle ordinairement fpeckio cl ajino , miroir £ âne > qui eft très-abondant dans les environs. 130. En filtrant l’eau, qui a édulcoré ce fédiment, jufqu a l’infipidité , on a obtenu du fel gemme ou fel commun, qu’il a été aifé de reconnoître au goût ôc à fa figure cubique. On a aufll trouvé du fel de nitre, reconnu par fes cryftaux héxago-nes, ôc une certaine faveur piquante ôc ra* fraîchiffante. Il conclud que ce qui s’attache aux parois, Ôc ce qui eft au fond en forme de fils entrelaffés, eft peut-être la matrice du nitre, avec fes prifmes héxâgones. 140. Cette eau a une force finguiiere. Elle donne au linge blanc une couleur, entre le jaune ôc le rouillé, comme feroient des eaux vitrioliques. Les pierres mêmes qui font au fond du bain, fe chargent de cette couleur.
- 1 j°. Autour des murs, qui font à fleur d’eau, il y a une efpece de fubftance de couleur de vitriol, ôt d’une faveur auftere ôc ftiptique.
- 16°. Enfin, il y a une matière onêhieufe qui furnâge, Ôt qui, répandue fur la terre, la rend extrêmement gliffante. Il croit que le fel de ces eaux thermales eft inflammable, parce qu’il eft compofé d’une efpece d’huile de foufre ou de bitume , femblable à l’huile de pétrole, ou autre huile de cette nature.
- Le même Auteur décrit encore les bâinè de Pife du Mont-S.-Julien. Le premier ba~ gnetto, s’appelle petit bain : il a fait monter la chaleur d’un thermomètre, divifé en 50 degrés, au 3 7e. Le fécond bain chaud, la-gno caldo, à 3p. Le troifieme autrement, le grand bain, bagno grande , ou bain pour la galle, à 37. Le quatrième, appellé le petit puits du grand bain , elpo^getto del bagno grande, au 37e degré. Le cinquième ôc le fixieme bain du Duc ôc de laDucheffe', Vè Duccii > de la Duccia , l’un pour les hommes , ôc l’autre pour les femmes, au 3d* Le 7e bain de la Reine, à 40. Le 8e, la fource de ce bain au 37. Le pe bain poùr les nerfs, au 34 degré. Le 1 oe bain pour la teigne, au 3de.
- p.191 - vue 196/218
-
-
-
- l$Z
- DES PARTICULES DU FER
- Comment feroit-il poffible qui! y eût entre tous ces bains beaucoup de différence , puif-que les matières qui les forment font prefque les mêmes ? A cela près, que ces bains ne contiennent point de crayon rouge, ni de talc, ils font femblables aux autres bains, ôc leurs eaux ont du fel commun , du nitre, du vitriol, du bitume, du foufre, du gypfe, qui fe trouvent abondamment dans le Mont-S.-Julien : elles donnent l’odeur du foufre, mais légèrement, ôc fans offenfer l’odorat. Dans leurs canaux, le fel de nitre fe cryftallife. Il fait effervefcence, avec chaleur , avec le cuivre jaune. Il fe détache du fond ôc des parois des vaifleaux qui contiennent de ces eaux, une certaine onêiuofité bitumineufe qui furnâge, dont le réfidu, obtenu par le feu, & mêlé à l’huile de tartre, ne fait aucune effervefcence, ôc ne jette ni bulles, ni écume : cè qui fait décider que dans ce mixte, il n’y a point d’alun. Cette eau mêlée avec de l’eau de vitriol, prend une couleur jaune , mais plus foncée, lorfqu’on emploie l’eau du petit puits. Elles blanchiffent avec la diffolution du fublimé. Mêlées à la folu-tion de noix de galles ou d’alun , leur couleur ne change pas. L’huile de tartre ôc l’eau-rofe les rendent laiteufes. Les fédiments de ces eaux, different par la quantité. Treize livres du petit puits du grand bain, ont donné treize deniers. Pareille quantité du bain de la Reine, cinq feulement. Tous ces fédiments , excepté ceux du petit puits, font inftpides : on y découvre à peine quelques veftiges de fels, pendant que ceux du petit puits font falés, mais d’un fel très-foluble dans la bouche, ôc peu piquant. Ce fédiment du petit puits donne à l’eau de vitriol une couleur jaune très - vive. Diffous dans de l’eau, avec du fublimé, il prend une couleur blanchâtre, ôc paffe au verd par la teinture de noix de galles : ce qui eft une grande preuve ^qu’il y a du vitriol.
- Il y a une partie de foufre en diffolution dans le bain pour les nerfs, ce qui fe recon-noît en ce que l’eau donne à l’argent une couleur d’or, comme les eaux de Bath en Angleterre. Le tartre qui s’attache au Bain du Duc, eft de deux efpeces. L’une compacte. & fixe eft parfaitement femblable au tartre du vin ; l’autre eft très-légere, & fe montre fous la forme d’une vapeur qui s’eft élevée de l’eau, ôc qui enfuite s’eft raffem-blée fur la fuperficie, fous la forme d’une matière compofée de fils très-déliés, aifés à réduire en pouffiere , avec une légère faveur de nitre : cette poudre , mêlée à l’eau commune, eft excellente pour laver les ulcères , & en ôter l’inflammation.
- Aquæ Blandulœ. Eaux F~alisnerius , ayant fait évaporer au fo-
- leil de ces eaux, dit qu’il trouva au fond du vafe un fédiment noir, gluant, tendre, ôc femblable, par le goût & la couleur, aux: fleurs de caffe ; il frappoit la langue d’une acidité agréable ; il ne s’eft point durci au foleil, mais eft toujours refté un peu mou: de-là, il conjecture que ce fédiment pouvoit être compofé de bitume balfamique, ôc de fleurs de vitriol.
- Eaux dans le Modénois.
- Ualisnerius dit que ces eaux font fi chargées de parties vitrioliques , qu’elles teignent en noir les linges blancs qu’on y plonge : cependant elles font limpides, fans faveur, donnant une couleur jaune à la terre, Ôc aux herbes quelles touchent. Il furnâge une matière légère comme une toile fine, avec toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, qui, féchée, imite une pouffiere d’or. La boue du fond eft très-noire, ôc utile pour la teinture. Les payfans fe fervent de ces eaux pour teindre en noir des toiles, des laines, après avoir employé quelques préparations préliminaires , afin que la couleur pénétré plus profondément.
- Fontaine de même qualité dans la W^efirogothie.
- En Weftrogothie il y a une efpece de réfervoir d’eau, comme un petit lac, qui reçoit les eaux de trois fontaines qui font proches les unes des autres de 7 a ÿ pieds. La première donne de l’eau douce Ôc fans faveur ; la fécondé, de l’eau un peu vitrioli-que : ôc la troifieme, de l’eau extrêmement vitriolique,ce dont il eftaifé de fe convaincre par l’abondance d’ochre ôc de crayon rouge qu’on peut recueillir autour de fes bords , ôc fur le terrein que fes eaux arrofent. Toutes ces fontaines fe mêlent ôc fe raffemblent en un endroit dont la terre du fond eft noire. On l’emploie à teindre en noir les habillements ; elle leur donne une couleur noire ôc luifante: mais il faut auparavant quelques .préparations, comme pour les eaux du Modénois, dont nous venons de parler.
- Fontaine de Lœhus.
- Gratien de Bergame a parlé de cette fontaine, ôc l’a examinée. Les eaux en font tranfparentes comme du cryftal, avec une odeur de foufre ôc de fer, ôc une faveur qui excite fur la langue un picotement agréable. Au taêl, outre leur fraîcheur, on y fent une certaine afpérité, comme fi on y avoit diffous du cuivre jaune ou du nitre. Leur poids eft plus léger que celui de l’eau commune , ce qui a été reconnu avec le fecours
- p.192 - vue 197/218
-
-
-
- ET DU UITRIO
- de l’àréometre ôt de la balance. Enfuite après les avoir éprouvées par les couleurs, il les a foumifes à l’évaporation, au defféchement, à la putréfaction, à la diftillation. Il n’a découvert autre chofe qu’un certain efprit fub-til, pénétrant, acide, très-diffoluble, 6c une mine de fer décompofée, 6c fe précipitant par elle-même ; tous effets que le vitriol a coutume de produire.
- Des fontaines SC bains d’Italie.
- Bac c lus en fait l’énumération, ôt dit quune bonne partie de la campagne de Rome, ôt de la terre de Labour, dans le Royaume de Naples, eft couverte d’une poudre noire, feche, femblable à la mine du fer , dè façon qu’il eft difficile d’y trouver des eaux pures. Elles font prefque toutes ou acides, ou falées, ou d’un goût ferrugineux. Dans le territoire de Baies, il y a plufieurs mines de fer. Autrefois on les connoiffoit fous le nom du foleil ôt de la lune qu’on leur âvoit donné.
- Le bain d’Avignon dans le Siennois, eft d’une nature ferrugineufe, 6c les matières qui s’attachent à fes canaux montrent de la rouille, tantôt durcie, tantôt vifqueufe, verte, 6c livide.
- L’eau de Ficuncella eft médiocrement chaude, 6c très-limpide, fans odeur défa-gréable : elle a feulement un petit goût ferrugineux 6c fec. Elle abonde en fer, qu’il eft aifé de découvrir par le goût ôc la rouille, ou par l’ochre qui fe dépofe par tout où cette eau paffe.
- L’eau du bain de Buxo eft également chaude, mais moins piquante 6c moins efficace que celle ci-deffus. Elle a beaucoup de fer, avec un peu d’or, à ce qu’on croit.
- L’eau du grand Bain, 6c celle de Saint George, participent, à ce que l’on croit, du fer 6c du cuivre, ce qui fait que le fédiment eft verd, 6c que féché au foleil, il noircit*
- Il en eft de même des eaux de Calda-nelle ôc des bains appellés de Rufellis, dont la derniere eft plus claire Ôc moins chaude* Etant refroidie, elle eft fi agréable qu’on ne la prendroit jamais pour de l’eau minérale. On la boit avec plaifir lorfqu’elle eft mêlée avec le vin.
- Une des meilleures de toute l’Italie, eft celle de Villa dans le territoire de Lucques : elle eft fur-tout imprégnée de fer. L’eau eft claire ôc chaude, quoiqu’on y apperçoive une e£ pece de couleur de fer, avec un goût ferrugineux ôc ftiptique ; ce que la boue qui fe trouve aux environs des bains confirme bien, puifqu’elle eft de fer pur, mêlée de quelques particules d’une pierre alumineufe, ce qui lui donne un goût ftiptique*
- Les eaux de Caldanæ, dans le Pifan * font Fourneaux , f. Section*
- 4 DE MARS, SCc, 193
- chaudes ôt compofées de mines de fer ôc d’alun. L’eau des bains de la Reine, dans le territoire de Pife, participe auffi du fer ôc de l’alun.
- L’eau du bain Cardinal, dans le VéronnoiS; eft fur-tout imprégnée de fer, d’alun ôc dé fel, ou plutôt d’une fubftance nitreufe, Ôc d’une vapeur de foufre.
- L’eau du bain long, dans Bulhcano, tire des matières fur lefquelles elle paffe, des particules de fer Ôc d’alun*
- Il eft étonnant de voir qu’à chaque infiant ces eaux changent de couleur, tantôt dorées ôc brillantes, comme c’eft leur ordinaire, tantôt troubles ôc noires parles vapeurs étrangères qui les tourmentent.
- L’eau du bain proche de la riviere de Nera, en Ombrie, eft claire, froide, avec un peu de faveur, ôc fans nulle odeur. Un Curieux a diftillé cette eau avec foin, ôc a examiné le réfidu qui étoit blanc, d’un goût âcre, ôc qui décrépitoit dans le feu. Ce réfidu con-tenoit plufieurs particules falines, nitreufes ôc alumineufes ; il participoit auffi du fer ôc de l’alun.
- Baccius continue la defcription des eaux ferrées 6c vitrioliques des autres pays; ôcdit: L’eau de Tongres eft aujourd’hui dans la principauté de Liège : fuivant Pline, cette fontaine eft renommée ; l’eau donne des bulles, fe trouble, ôc enfin devient rouffe, avec une odeur de fer qui ne fe fait fentir que quand on l’a bue. Cette eau, mife au feu, s’épaiffit, fans doute parce quelle eft imprégnée de fel ou d’alun, comme on le reconnoît au goût après la diftillation. Elle rougit fur la fin comme celle ci - deffus dans le territoire de Narni fur la Nera, à caufe du limon ferrugineux que l’une Ôc l’autre dé-pofent.
- L’eau ferrée dans le territoire de Baies, d’où elle a tiré fon nom, ôc autres eaux dans la même contrée.
- Il y a encore de l’eau ferrée à Cucul-liano , proche Naples. La fource à droite donne une eau limpide, quoique peu de temps après elle blanchiffe dans le vafe, avec une faveur âcre, acidulé, ftiptique, ôc peu agréable, ôc une fubftance grade, ôc de pareille odeur. Celle à gauche donne une eau laiteufe, plus graffe ôc moins âcre. Cependant lorfqu’on en laiffe repo-fer dans un verre, elle prend à la furface une certaine couleur violette, brillante, couleur que les deux fontaines, jointes enfem-ble, donnent à un fédiment très-dur quelles dépofent. Comme elles font imprégnées de plufieurs minéraux de différentes qualités, elles dépofent une matière comme réduite en cendres, Ôc Galcinée, dans laquelle ori découvre une certaine quantité de foufre,
- C CG
- p.193 - vue 198/218
-
-
-
- DES PARTICULES DU FER
- ôc un peu de fer. Les lieux plus élevés que ces eaux ôc les puits foufrés, qui font plus bas, indiquent allez quelles contiennent du fou-fre , qu’il eft aifé d’ailleurs de reconnoître par l’onôhiofité qui engraiffe ces eaux &. par une petite odeur de foufre. .
- Les indices du fer fe tirent de la nature de la montagne , dont les pierres y la roche ôc la glebe font très-pefantes , de couleur brune 3 avec des lames longues ôc brillantes y comme celles de l'antimoine, qui communiquent leurs qualités à l’eau , puifque le canal, par lequel elle paffe, eft encroûté de ce crayon rouge qui y eft très-adhérent, Ôc que les matières , qui font proche de l’eau, peuvent être ramaffées comme un fable d’antimoine, livide, brillant ôc pefant ; ce qui refte après la diftillation de l’eau, ne paroît plus fi analogue à la nature du terrein, puisqu’on n’en retire qu’une poudre blanche ÿ ce qui vient de ce que cette matière, qui eft détachée d’une pierre, ne fe mêle point à l’eau, mais par fa pefanteur tombe au fond ; au lieu qu’expofée au feu , elle fe ramollit : la partie grafle monte, & il ne refte au fond qu’une poudre fine, ôc très-blanche : il y a aufli des eaux ferrées dans rifle d’Ifchia, Ôc dans la Campagne de Rome. Jufqiù ici Baccius.
- Des eaux de Stirie.
- Dans le Duché de Stirie, Ôc fur-tout dans le Comté de Cilley, fur les confins de la Croatie , proche la ville de Rohitz , on trouve des fources qui ont l’odeur du foufre ôc du fer, femblable en tout à celle que donne l’infufion d’efprit de vitriol, verfé fur des écailles ou de la limaille de fer ; elles frappent agréablement l’odorat : relativement à leur acidité agréable, on boit, avec plaifir, ces eaux qui font tranfparentes comme du cryftal. Le fyrop de violette Ôc les rofes fe* ches leur donnent une couleur verte, que quelques gouttes d’efprit de vitriol changent en rouge, ôc que de l’huile de tartre par défaillance, ramene au verd : ce qu’on peut réitérer, jufqu’à ce qüe la liqueur blanchiffe comme du lait. L’infufion de noix de galles leur donne une couleur obfcure ôc noirâtre, d’autant plus foncée qu’on les gardera plus long-temps : en leur ajoutant quelques grains de vitriol, on obtient de l’encre propre à l’écriture.
- Des Fontaines F Angleterre,
- Martin Lister , parlant des Fontaines d’Angleterre, nous dit qu’on y trouve rarement du vitriol formé, ou pour mieux dire , qu’on ne trouve jamais de vitriol dans les eaux médicinales d’Angleterre ; mais il fou-tient que comme, par leur propre qualité , les pyrites expofées a l’air fe changent entiè-
- rement en vrai vitriol ; ces pyrites oü ceS pierres métalliques, qui ne font compofées que d’efprits Ôc d’exhalaifons fulfureufes ôc d’ochre, doivent leur formation aux efprits de foufre ôc de pierre calcaire, qui pénétrent aifément Ôc intimement les bois qui fe trouvent dans les eaux de certaines Fontaines : il fait tous fes efforts, pour prouver que la chaleur des eaux thermales d’Angleterre vient des mêmes exhalaifons.
- Fontaine de Raderberg.
- Le hmann æ fait pîufieurs expériences fur cette Fontaine, ôc a trouvé quelle contenait beaucoup de mine de fer ou de vitriol : d’où il conclud quelle eft très-ferrugineufe. L’eau eft limpide, claire ôc tranfparente. Quoiqu’on la tienne 6 ou 8 femaines dans une bouteille bouchée , elle ne fe trouble ni ne fe gâte point ; mais expofée à l’air, en 24 heures elle dépofe fur les parois du vafe un fë-diment, qui eft une efpece d’ochre : elle donne quelques bulles qui fe tiennent au fond, & non aux côtés du vafe. Elle ne contracte point de mauvaife odeur, quoiqu’on la porte au loin, pourvu quelle foit dans un vaiffeau fermé : mais s’il n’eft pas bien bouché, elle répand une odeur de fou-fre'de vitriol de Mars. Son goût n’eft pas dé-fagréable , ôc elle 11e provoque aucune nau* fée. Elle change le fyrop de violette, ôc le rend feulement un peu plus pâle. Elle n’al-tere pas la couleur violette du tournefol. Par l’addition de l’efprit de fel, elle ne fait monter aucunes bulles ; avec l’efprit de vitriol, elle demeure limpide, fans aucune chaleur ni écume ; l’efprit de nitre ne la rend que plus limpide ; la foiution d’alun n’y fait rien ; le vin du pays la trouble un peu. Par la diflfoiution du foufre, avec le fel de tartre , elle jaunit ; chauffée avec le lait de vache, elle ne fe coagule pas ; elle diffout la poix, qui s’y unit bien, de façon que dans la re-torte, elle monte avec la poix, ôc donne à l’eau fon odeur ; la déco&ion de bois de Bré-fil la fait rougir ; la foiution de vitriol de cuivre la trouble, ôc il fe précipite une chaux bleue : le fer s’y rouille, mais fans taches de cuivre. La foiution du fucre de Saturne la trouble ; mais elle fe clarifie fur le champ , par l’addition de la foiution du mercure fublimé. L’eau de chaux fait précipiter la partie de fer : le tartre en fait autant, mais plus lentement. L’efprit de fel ammoniac la trouble, mais non fur le champ. L’infufion de thé lui donne une couleur grife-brune ; la décoêfion de fleurs de grenade, une brune ; par l’infufion de noix de galles, du jaune elle paffe au brun-obfcur ; dans le vuide, elle jette plus de bulles que l’eau commune : fon ochre calcinée eft attirable
- p.194 - vue 199/218
-
-
-
- y ET DU VITRIOL DE MARS, SCS,
- par l’aimant, & un miroir ardent la convertit en fcories de fer. /
- CONCLUSION*;
- J’aurois pu rapporter bien d’autres expériences , qui ont été faites fur les eaux vitrio-liques ou ferrugineufes : mais comme ce ne feroit que répéter toujours la même chofe, je craindrois d’ennuyer le Leêteur* II n’y a point de pays qui ne pofféde des mines de fer, & des eaux qui tiennent du fer & du vitriol, avec cette différence néanmoins , que dans les unes le vitriol eft plus pur, plus
- *9$
- mûr, mieux formé, que dans les autres. Dans quelques-unes, il fe trouve mêlé avec des particules fulfureufes, falines, calcaires : dans d’autres, il n’eft pas mûr * & on n’y recon* noît que les parties élémentaires, qui, avec le temps, forment le fer ou fon vitriol. Ce font ces différences, qui m’ont fait croire qu’il n’étoit pas hors de propos de rapporter plufieurs des expériences qui ont été faites , afin qu’on pût diftinguer les différences qu’il y a dans les eaux vitrioliques , & fçavoir comment d’habiles Chymiftes s’y font pris pour les examiner.
- FIN
- TABLE DES TITRES
- CONTENUS DANS LE' TRAITE’ DU FER
- DE SWEDEMBORG.
- QUATRIÈME SECTION. DE L’ART DES FORGES.
- PREMIERE CLASSE.
- §. I. JLA E la maniéré de calciner, fondre SC affiner la mine de fer, ufîtée en plu-fleurs endroits de la Suède , Page 1
- Calcination ou préparation de la mine crue au feu de fujion, 2.
- Des fondemens d'un fourneau de fujion, 3
- Conftrutdion du corps du fourneau , c'ejl-à-dire , du mur qui entoure le vuide qu'on laijfe dans le milieu d'un fourneau de fujion, y
- Formation de la cheminée ou du vuide qui occupe le milieu d'un fourneau, 8
- De la fondation du foyer, 11
- Du foyer & de fa confiruElion, 12
- De l'ouverture antérieure du fourneau, & de la tym-pe, ' ip ,
- De l'endroit dans la cheminée au-dejjus du creufet, appellé foyer fupérieur, ibid.
- Des foufflcts du vent, 16
- Comment on met un fourneau en travail, comment on emplit la cheminée de charbon du haut jufqu'en bas, Or comment on la bouche enfuite pendant quelques jours, 20
- Du débcuchement du fourneau quand il ejl échauffe, 21 Comment & dans quelle proportion on met dans le fourneau la mine & les charbons pour que la fujion fe fajfe bien , 22
- Des fgnes fur lefquels le Fondeur juge de la quantité de mine & de charbons qu'il faut mettre au fourneau , 23
- De la trop grande chaleur ébullition du fer dans le foyer, 27
- Indices extérieurs de l'intérieur d'un fourneau, & de la fujion dans le foyer tirés principalement de la flamme, g 2
- Des fcories, de leur fortie du fourneau j ibid* Comment on fait fort ir du fourneau le métal fondu, 34. Obfervations fur le fer de fonte quand il eft coulé refroidi > ^6
- Des accidents ou cas imprévus concernant la fujion, 38 Fin de l'œuvre de la fujion, Ibidà
- De l'état du fourneau quand lefondage ejl fini, 39 Obfervations touchant un fourneau ruiné,
- Enumération des fourneaux & des forges en Suede, <3,1 Argent natif trouvé en 1726 dans la mine de fer de Noormark en Wermlande, des obfervations faites
- tant fur cet argent, que fur l'argile qui lui fervoil de matrice, ibid.
- §. II. Des forges, de leurs foyers, de la. liquation SC affinage de la fonte, SC de textenfion du fer fous le marteau en •Suede, .j. j
- Maniéré de mettre en barres les morceaux coupés % 60
- De la maniéré d'endurcir les greffes enclumes, 63 Du mouvement plus vif ou plus lent du gros marteau, 6^> §. III. De la mine de marais 3 de la maniéré de la préparer SC de la travailler en Suede, principalement en Angermanie SC en Dalécarlie 3 ou du fer qiùen Suede on appelle Myrjern,
- §. IV. De la mine fluviatile en Suede , SC de fa réduction en fer, 72 & fuiv.
- §> V. Du fer quen Suede on appelle Off mund, SC de fa préparation, 7^
- §. VI. De la maniéré de griller, fondre SC cuire la mine de Danmorie en RqflagieJ
- 76 & fuiv*
- §. VII. Des forges de Rofiagie, de la IL quation SC cuiffon du fer crud, SC de fon extenfion fous le marteau, 81 & fuiv.
- §. VIII. De la maniéré de fondre la mine de fer en France, 87 & fuiv*
- §. IX. Fourneaux des environs de Liège, 90 §. X* Maniéré de traiter la mine de fer en
- p.195 - vue 200/218
-
-
-
- i 96
- TABLÉ DES TITRÉS.
- Italie j de la calciner, SC de la fondre en Brefife, . 3>o
- §. XI. De la mine de fer SC des forges aux environs de Lejfo SC de Palagio , pas loin de S, Sèbajlien, 92
- §. XII. De la maniéré de fondre la mine , SC de recuire le fer crud en Angleterre, .93 Nouvelle tentative faite en Angleterre pour fondre la mine de fer dans des fours deréverbere, avec des charbons de pierre i ou des charbons fojjîles, 9 6
- §. XIII. De la maniéré de fondre la mine de fer SC de recuire le fer crud dans le Maryland SC la Penfilvanie > ainfi que dans les Indes Occidentales , 5)8 & fuiv.
- §. XIV. Des Fourneaux SC des Forges de RuJJie SC de Sibérie , ibid.
- §. XV. Des fourneaux de fufion, des forges SC autres foyers à fer de Norvège, 1 o 1
- §. XVI. Maniéré de traiter la mine de fer en Siléfie, 102
- §. XVII. De la maniéré de cuire SC recuire la mine de fer en Saxe, 103
- 5. XVIII. De la maniéré de cuire SC recuire la, mine de fer en Bohême, 103
- §. XIX. De la maniéré de fondre la mine à Fordenberg y en Stirie } enCarinthie, 10 6 §. XX. Maniéré particulière de travailler la mine de fer auprès de Flaclre y dans d Evêché de Saltfourg, 110 ÔC fuiv.
- §. XXI. Maniéré de traiter la mine de fer fuivant Agricola , 112
- §. XXII. EJfai de fondre la mine avec du bois mis en menus morceaux , SC de la terre Combufiible mêlée avec des charbons y
- ibid.
- §. XXIII. Maniéré de faire de Iacier dans les Indes avec du ferforgé, 113
- §. XXIV. De la maniéré de convertir le fer crud en acier 3 tant en Suede qF ailleurs par le feul travail dans un foyer de forge 3
- 116 & fuiv.
- Defcription plus exalte de la maniéré de convertir le fer crud en acier fuivant M. de Réaumur, 123
- §, XXV. IJ art d'adoucir SC purifier le fer fuivant M. de Réaumur, 126
- §. XXVI. Efiais SC expériences fur tadou-cififementy la trempe 3 la fufion 3 SC la foudure du fer y 127
- §. XXVII. De la maniéré de fondre SC couper le fer en baguettes, ainfi que de détendre SC Üapplatirfous les cylindres,
- telle qu'elle fe pratique dans le pays de Liège y en Angleterre SC en Suede3.129 & £
- SECONDE CLASSE.
- Des Mines SC Pierres de fer 3 SC des différentes maniérés de les efidyer, 13 1
- §, I. De deffai des mines de fer par l’aimant, ibid.
- §. II. De lefiai de la mine de fer dans le àreufet 3 132
- §. III. De défiai du fer SC de fa mine pour fçavoir Ce qidily a For SC F argent 3 133 §. IV. De la maniéré F éprouver SC de connaît)'e la qualité du fer Crud SC du fer forgé, _ 134
- §. VI. De la mine de fer SC de fes différentes efpeces en Suede, * 136
- §. VIL De dHématite SC du Schifi, 143
- TROISIEME CLASSE.
- §. I. De la limaille de fer ou F acier, 14 6
- §. II. Safran apéritif de fer ou d’acier 3 147 §. III. Du fafran afiringent de fer ou F a-ciery ' j 48
- §. IV. De la maniéré de préparer le fafran de Mars pour dufâge de la Vîrrerie, 149 §, V. Du fafran de Mars vitriolé SC fucré y
- 132
- §. VI. Du fafran de Mars fait avec dand-moine y 133'
- §. VII. Mars diaphorétique , ibid»
- §, VIII. Régule de fer ou F acier, 133^
- §. IX. De la Teinture de Mars apéritive, 137 §. X. Teinture de Mars de Ludovic, 159
- §. XI. Teinture afiringente de fer ou F acier,
- ibid.
- §. XII. Eau martiale femblable à d eau acidulé , ou Eau martiale artificielle 3 \6i §. XIII. Fleurs de fer ou F acier, 162
- §. XIV. Huile de Mars , ibid.
- §, XV. Du Sel de Mais, ou du vitriol préparé avec le fer, 163
- §. XVI. De d Hématite, 16*3
- §. XVII. Recueil de différentes Obfervations touchant le fer, i£>8 & fuiv.
- §. XVIII. De d élément SC des particules du fer, SC du vitriol de Mars, dans les eaux des lacs 3 desfleuves, SC des font aines, fuivant différents A uteurs, 183 ôt fuiv.
- FIN.
- p.196 - vue 201/218
-
-
-
- pl.1 - vue 202/218
-
-
-
- p.n.n. - vue 203/218
-
-
-
- pl.2 - vue 204/218
-
-
-
- p.n.n. - vue 205/218
-
-
-
- pl.3 - vue 206/218
-
-
-
- p.n.n. - vue 207/218
-
-
-
- pl.4 - vue 208/218
-
-
-
- p.n.n. - vue 209/218
-
-
-
- pl.5 - vue 210/218
-
-
-
- p.n.n. - vue 211/218
-
-
-
- »
- PL VL
- Fÿ.iB,
- F{.9,17
- 4-fiS&c,
- pl.6 - vue 212/218
-
-
-
- ;
- O
- . .1,
- ' ' > .V
- -r v
- 'î.
- i
- ;
- /
- 'i
- il
- sf
- : ;i
- *
- V
- ' ' -S
- y
- p.n.n. - vue 213/218
-
-
-
- pl.7 - vue 214/218
-
-
-
- p.n.n. - vue 215/218
-
-
-
- pl.8 - vue 216/218
-
-
-
- c*
- i P 4
- *
- •*
- v
- > * * •• • . ^
- '-t
- \
- I
- . :x\ . ..
- 'r V - ' '
- t
- - VV-,
- Ÿ\l+ -v
- £*;
- ï \ï.'t <•
- î3W*\‘
- r
- ;
- f
- p.n.n. - vue 217/218
-
-
-
- pl.9 - vue 218/218
-
-