Descriptions des arts et métiers
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- LART
- DE
- L’INDIGOTIER.
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- DE L INDIGOTIER.
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- LIVRE PREMIER.
- CHAPITRE PREMIER.
- Notions préliminaires. Plan de VOuvrage.
- JL’Indigo ou fAnil, eft le produit d’une plante qui a macéré & fermenté dans une fuffifànte quantité d’eau, & dont l’extrait, après avoir reçu Une longue & violente agitation, dépofe aflez promptement une fùbftance qui dès-lors porte le nom $ Indigo, lequel étant delTéché convenablement, fournit abondamment
- & fous peu de volume, une couleur bleue très-belle & très-folide. Ces excellentes qualités lr»nr ranfp lf=»c P^înt-ri»c Ar l^ç TTeînturiers en font un fréquent ufage, comme on peut s’en inftruire dans l’Art du Teinturier, donné par l’Académie des Sciences, dans le Diélionnaire Encyclopédique, & dans plufieurs autres ouvrages concernant le Commerce, les Arts & Métiers.
- Cette matière diiloute en petite quantité, & mêlée au fàvonnage dans beaucoup d’eau, a auffi la propriété de faciliter & de perfectionner le blanchifîàge de la foie , du linge & du coton ; ce qui en augmente encore la confommation tant en Europe que dans nos Colonies, où l’on voit rarement des Teinturiers en exercice ; mais comme cette fùbftance ne s’acquiert qu’après de grands travaux , & quelle vient de fort loin, elle eft auffi d’un grand prix.
- Cette denrée fait depuis un temps immémorial, une des principales branches du commerce de l’Afie, & elle eft devenue une fource d’accroiflèments & de ri-chefles pour les Colonies que les Européens ont dans le nouveau Monde.
- L’Indigo étoit autrefois regardé en Europe, comme une efpece de pierre naturelle de l’Inde, & portoit en effet le nom de Pierre indique, ou Amplement d’lndlc ; il a pris enfùite confufément celui $ Inde 8c ÜAnil avec le nom qu’il porte aujourd’hui. Ce n eft que depuis les grandes découvertes de l’Amérique & des Indes, qu’on en a bien connu la nature, ainfi que la fabrique. On ne peut Indigotier. A
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- % INDIGOTIER. Livre!.
- cependant guere douter que dès avant ce temps, on ne fît de flndigo en Arabie ( i ), en Egypte ( 2), & même dans llile de Malthe ( 3 ) ; mais comme on en cachoit avec foin forigine & le procédé, notamment dans ce dernier lieu tout celui qui fe confommoit ci-devant en Europe, étoit réputé venir des Indes. On croit encore avec beaucoup d’apparence, que les anciens naturels du Mexique , en fabriquoient une efpece qui, jufqu à ce jour, a porté le nom <ÜInde, qu'on lui a confèrvé pour les raifons que nous rapporterons dans la fuite ; mais foit que les Mexiquains en connuflent la préparation, foit qu'elle leur ait été communiquée par lés Caftillans revenus des Moluques, il eft toujours certain que les premières matières fabriquées en ce genre à l'Amérique, font forcies de la nouvelle Efpagne : il eft encore fort vraifemblable que de toutes les Ifles de l’Amérique , celle de Saint-Domingue eft la première où l’on ait cultivé la planté de l’Indigo : ce qui paroît fondé fur le rapport de Lopes de Gomès, qui dit (4) , que de fon temps il fo faifoit de très-belles couleurs d’azur dans l’Hifpagnola ; & fur quelques paflages du Pere Labbat, dont nous allons faire le réfùmé. Cet Auteur raconte ( j ), qu’étant à Saint-Domingue en 1726, il fut au quartier du fond de l’Ifle à Vache, que les François commençoient à peine à défricher , & il ajoute : Les anciennes Indigoteries qu’on rencontre dans l’intérieur du pays, prouvent que toute cette côte a été autrefois habitée par les Efpagnols , qui font abandonnée pour aller s’établir au Mexique, après la conquête de Fernand Cortès (6). Or, en fixant l’époque de cette entière défertion, aux ravages qui précédèrent & accompagnèrent notre invafion dans l’Ifle, ou feulement au temps du gouvernement de M. le Chevalier de Fontenay, c eft-à-dire, en 1652, on en doit au moins J*».—*—-Enj^agnola dans cette
- partie de l’Ifle de Saint-Domingue ^concourent avec |es plus anciens établiflè-ments de cette efpece dans nos Ifles, dont la date ne remonte qu a l’année 1644 9 temps auquel M. de Poînci, Commandeur de l’Ordre de Malthe, & zélé Cultivateur , commença à en encourager le travail dans toutes nos Ifles, dont il eut le gouvernement. Il refte maintenant à favoir fi les Efpagnols ont tranfporté quelque plante d’indigo de Guatimala, dans l’Ifle de Saint-Domingue, s’ils ob-fervoient dans leur travail la méthode des Mexiquains, & de qui nous tirons la nôtre ; mais c eft fur quoi les Auteurs ne nous offrent que des conjeétures peu fàtîsfaifintes. Le Pere Charlevoix, ou plutôt le Pere le Pers , fur les Mémoires duquel il a travaillé, dit dans fon Hiftoire de Saint-Domingue ( 7 ) : Il y a deux fortes d’herbes appeliées Indigo. Il en croît une efpece qu’on nomme Indigo
- ( 1 ) Henri Midelton, cité dans Purchas, Chap. XI. verfet 3 , page 279 ; & Douton, dans Purchas , Chap. 12, verfet 2 » pagç 271.
- ( 2 ) M. Marchand, dans les Mémoires de l’Académie des Sciences, Année 1718, page 94. Relation du Voyage de Cæfar Lambert en Egypte, page j, in-40.
- ( 3 ) Burchard, dans la Defcription de l’Ifle de Malthe, Chap, 6, page 23 , Edit, de 1660.
- (4) Chapitre 26.
- (3) Hiftoire générale des Voyages, Livre 7, Tome $9 , pages 2 , 141 âc 143.
- (6) La ville de Mexique fut prife le 13 Août 1J21, après 93 jours de fiege. Jean Barrow, Abrégé Chronologique, ou Hiftoire des découvertes faites par les Européens. Vol. 2*pag. 423, C 7 ) Volume 2, page 489.
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- Chapitre I. Notions préliminaires. 3
- bâtard , Sc qu’on a cru long-temps n être bonne à rien. Un habitant de PAcul, nommé Michel Périgord, s’avifa il y a 20 ans, (ce qui revient 9fuivant VAuteur * à Vannée 1704), d’en faire un effai qui lui réuffit ; il s y eft enrichi, & tout le monde la imité. Aujourd’hui cet Indigo efl: au même prix que celui des Indes. (V Auteur entendparler ici de l'Indigo qui fe tire à Saint-Domingue , de la plante nommée Indigo franc, qui pajfe pour avoir été apportée des Indes proprement dites). Il faut pourtant avouer que celui-ci, ( cefl-à-dire, ! Indigo qu on tire delefpece du franc), a un tout autre coup d’œil ; /’Auteur e(l ici tombé dans une erreur de . prévention : mais en récompenfe , celui-là ( le bâtard) vient dans plufieurs terrains qui refufent le premier. On a tenté d’en travailler plufieurs autres qui font venus de Guinée , mais fans fuccès. Au refte , quand je dis que l’ancien Indigo , (VAuteur auroit plutôt dû, en ce cas, Uappeller le nouveau) , efl venu des Indes orientales, je parle avec le plus grand nombre des Auteurs qui en ont traité ; mais ce fentiment n’eft pas fans contradiélion : plufieurs prétendent qu’il efl: originaire du Continent de l’Amérique, & fur-tout de la province de Guati-mala.
- Toutes ces opinions rapportées par le Pere Charlevoix, paroiffent cependant peu foutenables, quand on confidere qu’aucun Auteur des différentes Hiftoires Naturelles de la nouvelle Efpagne, ne fait mention de ce tranfport, & que parmi les efpeces qu’ils nous repréfentent avec leurs noms Mexiquains, comme originaires de la nouvelle Efpagne, celle de l’Indigo franc ne fè trouve point du tout. Il efl vrai que George Rumphe, auteur de l’Herbier d’Amboine (1) , parlant de l’Indigo des Malayes, nommé Tarron , dont la defcription faite par P Auteur , £*ra peu rapportée . dit aue les Efpagnols Pont tiré des Moluquês pour l’introduire dans les Ifles de l’Amérique, ou il en croît une grande quantité ; mais on verra que cette plante différé en plufieurs points, & fur-tout par la forme de fès Cliques 9fg. 2 , PI. 3 , de celle de l’Indigo franc de nos Colonies ; ce qui affoiblit de beaucoup le poids de cette autorité. On ne cachera point non plus que George Wolff Wedelius ( 2 ) , penfe que les Portugais & les Efpagnols, après avoir cultivé cette plante dans les Indes, en ont porté la graine dans leurs pofTeffions de l’Amérique ; mais il ne donne ce fentiment que pour une fimple conjeéture de fa part. Après ces différentes remarques, il ne nous refte autre chofè à penfèr, fi ce neft que les François ont apporté l’ef-pece dont il efl queftion, des côtes de la Méditerranée ou de la Mer rouge , ou que 1 ayant trouvée dans les Ifles de l’Amérique , ils font les premiers qui Payent cultivée ; ce qui femble en effet être indiqué par fbn furnom Aq franc , & confirmé par l’adoption quen ont fait les Anglois ( 3 ).
- Nous n avons pas été plus heureux dans les recherches que nous avons faites
- ( 1 ) T-Partie , Chaç. 39, page 220.
- (2) Exercices médicophilologiques, Décade 4>W47;<
- C 3 ) William Burck, Hiftoire des Colonies
- Européennes dans l’Amérique, Tome 2 , page 282 , appelle cette efpece, Indigo de France, ou d'Hifpagniola.
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- 4 INDIGOTIER. Livre L
- pour apprendre de quelle maniéré les Efpagnols travailloient leur herbe à Saint-Domingue , ni d’où nous tirons la méthode qui s’eft répandue dans toutes nos Colonies. Mais nous obféryerons que fi les inftruélions fur la fabrique de l’Indigo, nous euflent manqué du côté des Efpagnols ou des Portugais du Bréfil, M. de Poinci qui pouvoit avoir connoiflance de celles de Malthe & d’Egypte, ou même des Indes, par la voie des flibuftiers qui revenoient fouvent de ces dernieres contrées à nos Ifles, n’auroit point manqué de l’enfeigner à nos Colons qu’il excitoit de tous côtés à ce travail, dont l’émulation devint bientôt fi con-fidérable entre les Efpagnols & nous, qu’au rapport de Jofeph Acofta ( i ) , la flotte enleva des ports delà nouvelle Efpagne en 1547 y 5663 arrobes(2) d’A-nil ou d’indigo ; & en 1586, 2^260 autres arrobes de même marchandife (3). D’un autre côté nous liions dans l’Hiftoire de Saint-Domingue ( 4 ) , que cette fabrique avoit fait de tels progrès dans cette Me, que le produit de la vente de fon Indigo montoit en 1724, à trois millions de livres de notre monnoie.
- Voilà ce que nous avons pu recueillir de plus intéreflànt lur l’hiftoire de cette fubftance. Il convient maintenant de faire connoître les differentes plantes & les divers moyens qu’on emploie pour fabriquer cette matière , & de prévenir le Leéteur lur l’ordre que nous comptons obferver dans l’expofition de ces différents objets. Pour cet effet, nous obferverons d’abord que la'plante d’où on tire l’Indigo, eft extrêmement variée dans fes efpeces , & qu’il en croît quelques-unes en des pays très-éloignés les uns des autres. Nous remarquerons en fécond lieu , que la maniéré de travailler ces plantes, & quelquefois la même efpece , n’eft point toujours lèmblable chez tous les Peuples ni dans le même canton ; d’où réfùlte néceffàirement une grande diverfité dans les produits. Pour ^vpnfer ces objets dans Tordre le plus naturel, Sc les rapprocher autant qu’il eft polfible félon leur rapport local, nous nous fommes propofésde préfenter féparément les Indigots de chaque Continent, & de joindre à leur defcription celle de leurs Ma-nufaétures, avant de paffer à celle d’une autre contrée. Et comme notre deflèin eft de nous replier vers la fabrique de l’Indigo dans nos Mes , que nous avons principalement en vue dans cet Ouvrage ; nous commencerons par rapporter fuccefi fivement ce que l’Europe, l’Afrique, l’Afie & le Continent de l’Amérique nous offrent de plus important & de plus effentiel fur ces différents fujets que nous ne nous flattons point d’avoir épuifés, fur-tout en ce qui regarde la defcription des plantes. Au refte, nous avouerons qu’il nous conviendroit peu de traiter ici des plantes étrangères à nos Mes, fi nous n’euflîons trouvé dans les plus célèbres Auteurs les fecours néceffaires pour remplir cette partie, & fi nous n’euf-fions cru que le Leéleur inftruit du caraétere de ces plantes, verroit avec plus de fatisfaélion ce que nous avons à lui dire fur leurs manipulations. D’ailleurs on
- ( 1 ) Cité par Hans Sloane, Voyage à la Jamaïque , Vol. 2 9page 34 & fuiv.
- ( 2 ) L’arrobe pefe 2 $ livres poids de marc.
- ( 3 ) Jofeph Acofta, Liv. 4 » page 2 J y. (4) Çharlevoix, Tome 2, page 48$.
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- Chap. 11» Des Indigos & Fabrique de VEurope. $
- nous a repréfenté que la connoiffance de ces plantes, pourroit en occafionner quelque tranfport avantageux dans nos Colonies, & ce motif a achevé de nous faire furmonter la répugnance que nous Tentions pour une pareille entreprife.
- CHAPITRE SECOND.
- Des Indigos SC Fabrique de VEurope.
- J / Indigo croît naturellement dans tous les pays qui font fitués entre les tropiques , & on peut le cultiver avec fiiccès dans ceux qui ne font éloignés que do 40 dégrés de la ligne ; mais il ne réuflit que très-rarement un peu au-delà de ces bornes.
- Cette rareté à laquelle on efl: fujet dans un climat tel que celui des environs de Paris , a fait inférer dans les Mémoires de l’Académie une defcription des plus complettes de l'Indigo. L'Auteur ne dit point d'ou il a tiré la femence de la plante dont il efl; queftion, ni le nom particulier de fon efpece ; mais fi nous en Jugeons par {à defcription , il paroît qu'il avoit fous les yeux l'Indigo franc. On obfervera cependant qu'il fe rencontre quelques différences entre cette defcription & celle que nous en ferons dans la fuite, lorfque nous ferons prêts à entrer dans le détail de fa manipulation dans nos Ifles; mais il fera facile de les concilier, en considérant dans quelles vues & dans quels pays l’une & l’autre ont été faites.1
- Defcription de VIndigo , par M. MARCHAND , de IAcadémie des Sciences^ 1);
- Comme l'Indigo efl; une plante qui rarement porte des fleurs & des graines dans ce pays-ci ( la France, ) & que l'année derniere nous l'avons vu croître dans fa perfeélion, j’en rapporterai ici la defcription, & les remarques que nous avons faites fur les caraéteres génériques de cette plante, Fig. r y PL r.
- Son port repréfente une maniéré de fous-arbrifleau de figure pyramidale , garni de branches depuis le haut jufques vers fon extrémité revêtue de plufieurs côtes feuillées, plus ou moins chargées de feuilles, fuivant que ces côtes font fkuées fur la plante. Sa racine efl: groffe de trois à quatre lignes de diamètre , longue de plus d'un pied, dure, coriace & cordée, ondoyante , garnie de plu-, fleurs groffes fibres étendues çà & là & un peu chevelues, couverte d’une écorce blanchâtre, charnue, qu’on peut facilement dépouiller de defliis la partie interne dans toute fa longueur. Cette fubftance charnue étant goûtée , a une faveur âcre & amere; le corps folide a moins de faveur, & toute la racine a une légère odeur tirant fur celle du perfil.
- De cette racine s’élève immédiatement une feule tige, haute d'environ deux
- ( 1 ) Mémoires de l’Académie Royale des Sciences, Année 1718 , page <?2,
- Indigotier,
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- 6 INDIGOTIER. Livre I.
- pieds ou davantage , de la grofleur de la racine, droite , un peu ondoyante de nœuds en nœuds, dure 8c ' prefque ligneufe, couverte d’une écorce légère** ment gercée 8c rayée de fibres, de couleur gris-cendré vers le bas, verte dans le milieu , rougeâtre à l’extrémité , 8c fans apparence de moelle en dedans.
- Cette tige eft fouvent branchue depuis là naifTance jufqu’aux deux tiers de la hauteur ou plus , & les plus longues branches font ordinairement fituées vers le bas de la tige. Les branches & les épis des fleurs que porte cette plante, lortent pour l’ordinaire de l’aiflelle d’une côte feuillée , qui à fa naiflànce forme une petite éminence en maniéré de nœud ; 8c chaque côte , félon là longueur, eft garnie depuis cinq julqu’à onze feuilles rangées par paires , à la réferve de celle qui termine la côte, laquelle feuille eft unique, & Ibuvent la plus petite de toutes celles qui ornent la côte.
- Les plus grandes de ces feuilles font fituées depuis le commencement jufques vers le milieu de la côte : elles ont près d’un pouce de long fur cinq à fix lignes de large, 8c entre les petites il s’en trouve qui n’ont que le tiers de la grandeur des précédentes. Elles font toutes de figure ovale, Mes, douces au toucher 8c charnues. Leur couleur eft verd foncé en deflus, plus pâle ou blanchâtre en deflous, fillonnées ou quelquefois pliées en goutiere en deflus, & attachées par une queue fort courte, qui, en fe plongeant le long de la feuille , y diftribue plufieurs fibres latérales peu apparentes.
- Depuis environ le tiers de la hauteur de la tige jufques vers l’extrémité, il fort de l’aiflelle des côtes, des épis de fleurs , longs de trois pouces , chargés de douze à quinze fleurs, alternativement rangées autour de l’épi. Chaque fleur
- commence à paroître lous la forme d’un petit bouton ovale, de couleur verdâtre , d où fort par la luite une Heur ( A ) , qui étant ouverte ÔC étendue a
- quatre ou cinq lignes de diamètre, toujours compofée de cinq pétales ou feuilles difpofées en maniéré de fleur en rôle, quelquefois plus ou moins foiblement teintes de couleur de pourpre, for un fond verd blanchâtre. La plus grande de ces cinq pétales ( B ), fituée au-deflus des autres, eft à peu-près ronde, légèrement fillonnée dans le milieu, un peu recoquillée en dedans par les bords, terminée en pointe à là partie fupérieure par une elpece d’aiguillon , 8c garnie d’un onglet à fa partie inférieure. Les deux feuilles inférieures ( C ) , font de figure oblongue , échancrées, failànt chacune deux oreillettes vers leur naif-lànce, & creufées en cuilleron à leur extrémité. Les feuilles latérales ( D ) , au nombre des précédentes, font les plus étroites, les plus pointues 8c les plus colorées d’entre les feuilles ou pétales de cette fleur. Le milieu de la fleur eft garni d’un piftil verd ( E ), relevé par la pointe 8c environné d’une gaîne membraneufo ( F*), de couleur verd blanchâtre, découpée à l’extrémité en huit lanières en forme d’étamines ( G ), chacune terminée par un fommet de couleur verd jaunâtre. Cette fleur fort d’un calice en cornet verd pâle ( H) , découpé par le bord en cinq pointes, & foutenu par un pédicule fort court, La fleur n’a
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- Chap. 11. Des Indigos & Fabrique de t Europe. 7
- point d’odeur ; mais les feuilles de la plante étant froiflees ou mâchées , ont une odeur 8c une laveur iégumineufe, ainfi que là fleur. Lorfque les pétales font tombées, le piffcil s’alonge peu-à-peu, 8c devient une Clique cartilagineufe (/) > longue de plus d un pouce, groiTe d une ligne ou davantage, courbée en faucille , prefque ronde dans fa circonférence, toutefois un peu applatie des deux côtés , ordinairement terminée en pointe , articulée dans toute là longueur, & laquelle étant mûre, eft de couleur brune , liJîe 8c luifante , rayée d’un bout à l’autre , tant lur là partie convexe que dans fa partie concave , d’une grofle fibre de couleur brun-rougeâtre. Cette filique eft blanchâtre en dedans , & contient fix à huit graines renfermées dans des cellules (£) , féparées par de petites pellicules ou cloifons membraneufes ( M) , blanchâtres, tranfparentes & rayées de fibres. Les graines ( iV) , font en forme de petits cylindres , à-peu-près longues d’une ligne, inégalement rondes dans leur circonférence, applaties par les deux bouts, & de couleur grisâtre, ou quelquefois blanc-roulfeâtre, fort dures & d’un goût légumineux. Ces graines produifent d’abord deux feuilles fimples ( O ) , de figure ovale, auxquelles luccedent deux autres feuilles un peu plus grandes ; puis après paroifïent les côtes feuillées.
- Cette plante eft annuelle ici : on dit qu’elle dure deux années & davantage dans les Indes occidentales, dans le Bréfil & au Mexique , où on la cultive en abondance , ainfi qu’on fait depuis long-temps dans l’Egypte. On feme ici cette plante lur une couche au mois de Mars ; elle y fleurit en Juillet & Août, lorf* que l’été eft fort chaud : mais elle n’y porte de bonne graine que très * rarement , non plus qu5en plufieurs autres endroits ; auffi ne làis-je aucun Botanifte
- qui nous ait donné une exaéle defcriprion des fleurs & des fruits de cette plante, quoiqu'elle foxt foxt tunnuc depuis long-temps pat le grand ufiige qu’on en fait, particulièrement dans les teintures.
- Par ce qui vient d’être dit, on voit qu’il n’eft pas facile d’examiner toutes les parties qui caraélérifent cette plante, qui ne vient bien que dans certains climats , ce qui apparemment eft caufe que les Botaniftes qui en ont parlé, n’ayant pas eu occafion de confidérer attentivement fes parties, ne conviennent pas du genre auquel cette plante appartient ; car les uns l’ont mifie fous le genre de la Colutea, les autres fous celui de Glajlum ; & d’autres enfin, fous le genre de YEmerus, où en dernier lieu elle eft employée dans les ïnftitutions Botaniques : genre auquel, en apparence , elle femble avoir plus de rapport qu’aux deux précédents , mais qui cependant ne lui convient pas, ainfi que nous allons le faire Voir.
- Par la defcriprion que nous venons de lire, on peut donc reconnoître que les parties qui caraélérifent l’Indigo, font différentes de celles de YEmerus, en ce que premièrement, l’Indigo eft une plante qui ne fubfifte pas long-temps, des feuilles de laquelle on tire des fécules à l’ulàge des teintures, ce qu’on ne fait point des
- efpeces de YEmerus, qui font des arbrifleaux fort ligneux 8c de très-longue durée.
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- 8 IN DIG0T1E R. Liv&eL
- Secondement, que l’Indigo porte une fleur dont les pétales s’étendent en maniéré de fleur de rofe, 8c dont le contour garde la proportion des fleurs , qu’on appelle fleurs régulières ; flruélure differente de la fleur de ÏEmerus dont les pétales font ramaflees en fleur légumineufe, 8c couvrent toujours le piftil.
- Troifiémement, que les Cliques de l’Indigo font vraiment articulées, 8c quelles renferment chaque graine en particulier dans une cavité ou cellule exactement fermée par une pellicule membraneufe , rebordée , blanchâtre , luifante 8c rayée de fibres, laquelle fe détache d’elle-même quand on ouvre la Clique lorfqu’elle eft mûre.
- Cette pellicule ou cloifon étant examinée de près, on voit qu’elle a la figure d’un difque environné dans fa circonférence d’un anneau membraneux, dont les bords s’élèvent au-defliis des deux furfaces du même difque ; au lieu que la Clique de ÏEmerus n’eft point articulée , & que les graines y font contenues fins , aucune cavité ni membrane ou cloifon qui les féparent entr’elles le long de la Clique ; ce qui doit faire conclure que l’Indigo ne peut être rangé dans les efpeces à'E me rus , ni fous aucun autre genre de plante connue : c’eft pourquoi nous en conftituerons un genre de plante nouveau, que nous appellerons And ou Indigo , nom que lui donnent prefque toutes les Nations étrangères qui le cultivent.
- Fabrique de £Indigo dans lifte de Malthe.
- La fabrique de l’Indigo dans flfle de Malthe, décrite par Burchard ( r ) en l66o, efl la feule qui, à notre connoiflance, ait exifté en Europe, 8c nous ignorons fi elle y fubfifte encore, ce tjue Hou» uc £<a defeription qu’en
- fait cet Auteur, n’eff pas fort étendue; mais elle fiiffit pour conftater ce fait, fa date , & en indiquer l’origine, qui paroît toute Afiatique , fi on en juge par les termes de l’Art, employés par l’Auteur, 8c ceux que nous aurons occafion de rapporter , en parlant des fabriques de l’Afie. Voici ce qu’il en dit :
- Il croît auflî dans ce pays ( Malthe ) , une efpece de Glaflum, qui porte chez les Efpagnols le nom àlAnil, 8c chez les Arabes & les Malthois, celui d’Ennir, d’où on tire une teinture dont l’ulàge efl: connu de toute l’Europe. ( L’Auteur décrit ici la plante d’une maniéré aflez fuperficielle ; mais au peu qu’il en dit, on ne peut méconnoître l’Indigo franc ou bâtard de Saint-Domingue, dont il fera amplement traité par la foite ; puis il ajoute ) : Cette herbe efl aflez tendre la première année ; la fécule qui en provient ne donne qu’une pâte imparfaite tirant fur le rouge, & trop maflîve pour fe foutenir fur l’eau. L’Indigo de cette qualité s’appelle Nouti ou Moud ; mais celui de la fécondé année efl violet, & efl fi léger qu’il flotte fur l’eau. Il porte fpécialement le nom de Cyerce ou de
- ( i) Chap. 6 , page 23 6c fuiv. Edit, de 1660. Description de l’Ifle de Malthe.
- Ziarie
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- ChaP. III. Des Indigos & manipulations de l'Afrique. P
- Ziarie. La troifieme année il décheoit de fà perfeélion ; fà pâte eft lourde, d une couleur terne Sc la moins eftimée de toutes les efpeces. On appelle celle-ci
- Cateld.
- On coupe la plante, & on la met dans les citernes ; puis on la charge de pierres, & on la couvre d eau. On 1 y laifTe quelques jours jufqu a ce quelle aie tiré toute la couleur & la fubftance de l’herbe ; on fait alors paifer cette eau dans une autre citerne, au fond de laquelle il s’en trouve une autre plus petite ; on l’agite fortement avec des bâtons ; puis on la foudre peu-a-peu, jufqu a ce qu’enfin il ne relie plus au fond que la lie ou la fubftance la plus epaifle, quon • retire & qu’on étend fur des draps pour l’expofer enfuite au foleil. Des qu elle commence à prendre une certaine confiftance, on en forme des boulettes ou des tablettes qu’on met à deffécher fur le fable ; car toute autre matière en ab-forberoit ou en gâteroit la couleur: fi la pluie vient par hafàrd a tomber deflus, elles perdent tout leur éclat. Quand 1 Indigo eft dans cet état, ils 1 appellent Aaliad. Celui de la meilleure qualité eft fec, léger , flottant fur l’eau, d’un violet brillant au foleil 5 fi on 1 expofè fur des charbons ardents , il donne une fumée violette, & laifle peu de cendres.
- L’avantage de ceux qui font cet Indigo, confifte dans le fecret qu’ils gardent far ce procédé, dont ils font part à peu de perfbnnes, quoiqu’il fbit peu de chofe en lui-même, craignant, s’ils le rendoient public, de perdre tout leur profit, comme il arrive fbuvent dans la plupart des chofès qui ne font eftimées qu’à proportion de leur rareté.
- En terminant cet article, je dois ajouter, pour la fàtisfaéliôn du Leéteur, que j’ai planté de la graine d’indigo franc de nos Ifles , en pleine terre, dans un lieu de la Provence, fitué fous le quarante-quatrieme dégré de latitude , & quelle y a très-bien levé. Mais le temps & la commodité m’ont manqué pour obferver le refte de fà crue qui étoit déjà affez avancée.
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- CHAPITRE TROISIEME.
- Des Indigos SC manipulations de l’Afrique.
- Avcv N Auteur ne nous ayant jufqu’à préfènt donné de defcdption détaillée des Indigos de ce continent, nous n’aurions rien ou très-peu de chofe à en dire * fi M. Adanfon, de l’Académie des Sciences, n’avoit eu la complaifànce de noué communiquer quelques-unes des obfervations qu’il a faites à ce fujet dans le Sé-* négal, où fon zèle pour la Botanique & l’Hiftoire Naturelle, l’a attiré & retenu pendant cinq ans.
- Cet illuftre Académicien nous a dit avoir remarqué dans dette partie de l’Afrique , plufieurs plantes qui paroilfent être dé la famille des Indigoferes ; il a Indigotier. q
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- INDIGO T I E R. Livre L
- reconnu par nombre d'expériences auffi curieufes qiuntéreflantes, dont nous devons elpérer quil fera part au Public, que plufieurs elpeces ne donnoient qu’une teinture roulTe plus ou moins forte , mais qu'il s'en trouvoit quelques autres, & lur-tout une qui, travaillée fuivant la méthode de nos Colonies , produit l’Indigo le plus magnifique, approchant de l’azur & toujours flottant quelques efforts quil ait faits pour réufïir à en tirer de l’Indigo cuivré. Cette ef* pece vient fort bien dans les terreins ingrats & fablonneux de ce pays. L’Indigo bâtard dont il avoit fait venir la graine de nos Colonies, femé à fon côté, n’at-teignoit qu’à la moitié de fà hauteur, qui efl: celle d'un homme. Cette plante efl; d’ailleurs fort touffue ; la feuille de couleur d’un verd bleu foncé qui en annonce toute la propriété, efl: d’environ un quart plus large que celle de l'Indigo franc de Saint-Domingue, fur-tout vers le bout extérieur qui va en s’élargiflànt, & dont les bords rentrent un peu fur eux-mêmes en fe joignant au milieu de cette extrémité , direélement à la pointe de la côte qui régné fur toute la longueur de la feuille : l'arrangement des feuilles efl: d'ailleurs égal à celui des autres Indigos. La goufïè une fois plus longue & beaucoup moins courbée que celle de l'Indigo franc, efl: jaunâtre & parchemineufe comme celle des pois, c’eft-à-dire, qu’elle efl: un peu fouple & ne fe caflfe point nettement comme celle de la précédente efpece. Les graines à peu-près de la longueur de deux lignes & moitié moins groffès, font rondes au milieu, ovales ou terminées en pointe d’œuf par les deux bouts 5 & jaunes. L’intérieur de cette plante efl blanc ; fà tige efl fouple & ne fe rompt point auflî facilement que celle de l’Indigo de nos Colonies. On peut voir la forme à peu-près de fà feuille & de fà goufle for la PI I, fîg. 2 8c 3 ? M. Adanfon fe réfèrvant la fàtisfaélion légitime de donner au Public une ample defcription de toutes ces plantes. Les Negres du Sénégal appellent cette plante Guangue ; leur maniéré de la travailler efl fort fimple : ils arrachent avec la main la fommité des branches de l’Indigo; ils pilent ce feuillage jufqu’à ce qu’il foit réduit en une pâte fine, dont ils compofent de petits pains qu’ils font fécher à l’ombre. Voilà en quoi confifte tout fon apprêt, qui efl à peu-près égal chez tous les Negres de l’Afrique.
- François Gauche ( i ) ? rapporte que le bleu efl la couleur qui plaît le plus aux Infolaires de Madagafcar : elle vient de l’arbriffèau Indigo, ainfi le nomment les Portugais, qui l’appellent auflî Hevra d’Anir. H croît comme le Genêt , ayant femblables racines longuettes 8c étroites, la feuille approchant du Séné, mais plus large. Cette feuille a une côte au milieu, d’où il fort de petites membranes qui s’étendent par ondes égales jufqu’aux bords.
- Sa tige, de la groflfeur du pouce, n a pas plus d’une aune de long. Lorfque l’arbriffèau a trois ans, fa fleur tire à la Jacée, & fa graine au Fenouil : elle fe recueille en Novembre ; & fe feme en Juin. Cette plante meurt au bout de trois ans, ou bien on la coupe après ce temps comme inutile.
- ( i) Relation de fon Voyage à Madagafcar, en i6$6tpage i
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- Chap. III. Des Indigos & manipulations de l'Afrique. î r
- Ce que l’Auteur dit ici de cette plante , doit s’entendre de quelqu Indigo de l’Inde, ou des côtes de la Mer rouge, où il avoit été,
- La defcription quil fait de fa fabrique , & les termes dont il fe fert, fe trouvant tous femblables à ceux que nous avons rapportés au fujet de rifle de Malthe > nous nous difpenferons d’en faire le récit. Il ajoute enfuite : Le Pajlel ou Anir de Madagafcar, a beaucoup de rapport à celui que nous venons de décrire. Le tronc 8c les branches de couleur verte, tirent fur le bleu de même que les feuilles qui font femblables à celles des Pois chiches ; les fleurs d’un blanc jaunâtre , produifènt des goufles pendantes par floccons, lefquelles font pleines d’une femence noire femblable à nos lentilles. Les Madagafcarois n’apportent pas tant de façons à tirer le Paftel que les Orientaux ; ils pilent les feuilles avec leurs branches encore tendres, & en font des pains , chacun de la pefanteur de trois livres, qu’ils font fécher au foleil, Lorfqu’ils veulent faire quelque teinture , ils en broyent une , deux ou trois livres, félon le befoin , & en mettent la poudre avec de l’eau dans des pots de terre, qu’ils font bouillir un certain temps ; ils laiflent enfuite refroidir la teinture , 8c ils y trempent leur coton ou leur foie, qui en étant retirés, deviennent d’un beau bleu foncé.
- U y a encore à Madagafcar, fuivant cet Auteur, une efpece d’indigo ou d’Anir, qui ne s’élève pas comme l’autre, mais qui rampe à terre , & s’y attache par de petits filaments qui font autant de racines ( i ). Les feuilles font op-pofées deux à deux ; les branches s’élèvent jufqu’à trois pieds, portant des rameaux longs d’un doigt , couverts de petites fleurs d’un pourpre mêlé de blanc , de la figure d’un calque ouvert, & de bonne odeur. La plante de l’Indigo s’appelle en cette Ifle Sangliers, 8c fa pâte Banghets ( 2 ).
- M. de Reine, ancien habitant de l’Ifle de France, connu par les fervices qu’il a rendus à cette Colonie, pour y avoir procuré le Creflon de fontaine, 8c pour y avoir introduit la culture du Manioc & de l’Indigo, m’a affuré que les Ifles de France & de Bourbon en produifent une autre efpece dont la feuille efl: plus large que celle de la Luzerne, & dont les coffes plates, approchantes du Séné, ont à peu-près un pouce de longueur & 4 à y lignes de groffeur ; on n’en fait aucun ufàge en ces pays.
- Nous aurions bien fouhaité terminer cet article par la defcription de l’Indigo qu on cultive en Egypte, & par fa fabrique en ce pays ; mais nous n’avons rien de précis à rapporter à ce fujet.
- Cæfar Lambert ( 3 ), dans la Relation de fon voyage en Egypte , imprimée en 1627, nous dit que 1 y ans auparavant, on alloit prendre beaucoup d’indigo au Caire , d’où on le tranfportoit en Europe , & qu actuellement on y en porte. Le Doéteur Pocoque, Evêque Anglois d’Oflory, rapporte (4) qu’il vit fur fà
- ï* -, ^te dè celle de François Lauche. fécondé
- {2) JrlUtoire generale des Voyages, Tome 32, Partie , page 7.
- Mandeflo, page 206. (4 ) Abrégé des Voyageurs modernes, traduit
- relation de ce Voyage fe trouve à la de l’Abrégé Anglois, Tome 1,page 10.
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- ïü INDIGOTIER. Livre!.
- route par eau de Rofette au Caire, la maniéré de faire le bleu d’indigo ^ avec une herbe appellée Nil. Le procédé eft peut-être décrit dans l'original, mais nous n’avons pu le voir. M. Marchand, de l'Académie des Sciences, nous donne pour certain ( x ) , qu'on cultive depuis long-temps en Egypte, la plante nommée Indigo.
- Nous ajouterons à ceci, d’après Henri Midelton ( % ), quon fait de l'Indigo à Tayes & à Mouflà , villes de la Mer rouge, entre Moha & Zennan ; enfin Douton ( 3 ) nous apprend qu’on en fait à Aden.
- CHAPITRE QUATRIEME.
- Des Indigos de VAJie , SG de leur fabrique*
- JE N T R e les Auteurs qui ont traité des Indigos de TAfie, il n’y en a aucun qu’on puifle comparer à ceux du Jardin Malabare & de l'Herbier d'Amboine J & nous nous ferions bornés à ces deux Ouvrages, fi Baldæus (4)5 Man-delflo (5)5 Schouten ( 6 ) , & l’Auteur de l’Hiftoire générale des ^Voyages (7), ne nous paroifloient avoir décrit une efpece d’indigo differente de celles qu’on trouve dans les deux premiers. Il faut cependant convenir que les quatre derniers s’expriment d’une maniéré fi fùperficielle & fi abrégée ? qu’on ne peut décider fi leurs delcriptîons ont pour objet la même plante ou non ; c’eft pourquoi nous rapporterons en deux mots ce que chacun en a
- écrit.
- Baldæus, faifànt la defcnptioft des cotes de Malabar, dit : Il y a diverfes e£ peces d'indigo fuivant les differents endroits. C’eft un arbriflèau de la hauteur d'un homme, avec une petite tige femblable au Mûrier des haies , ou à la Ronce d'Europe. La fleur eft pareille à celle de l’Églantier ou Rofier fàuvage, Sc la graine reflemble à celle du Fenu-grec. L’efpece la plus large croît près du village Chircées, dont on lui donne le nom, & à deux lieues d’Amadabat, capitale du Guzaratte.
- Voici comme Mandelflo s’exprime :
- Le meilleur Indigo du monde vient auprès d’Amadabat, dans un village nommé Girchies > q^ui lui donne fonnom^herbe dont on le fait reflemble à celle
- ( 1 ) Mémoires de l’Académie, année 1718 ; page$ 4.
- ( 2 ) Cité dans Purchas, Chap. 11 , verfet 3 , page 259.
- ( 3 ) Dans le meme Auteur ( Purchas ), Chap. 12 , verfet 2, page 281.
- ( 4 ) Defcription des côtes de Malabar , com-prîfe dans le fîxieme Tome des Découvertes des Européens, page 322.
- ( 7 ) Voyage aux Indes Orientales, à la fuite du voyage d’Oléarius, Tome 2 ,page 228 , in-40. fécondé Edit. 1
- (6) Voyages des Indes Orientales , qui ont fervià l’établiflement de la Compagnie des Pays-Bas , Tome 7 , page 246.
- (7) Au Chap. de l’Hiftoire Naturelle des Indes ; Tome ,page 328.
- des
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- Chap. IV. Des Indigos de t A fie , & de leurfabrique. J3
- des Panais jaunes ; mais elle eft plus courte & amere, pouffant des branches comme la Ronce , & croiffant dans les bonnes années julqu à la hauteur de fix Sc fept pieds. Sa fleur reflèmble à celle du Chardon, Sc là graine au Fenu-grec.
- Gaultier Schouten, dit que fa feuille reffemble à celle des Panais blancs, fa fleur au Chardon, Sc fa graine au Fenu-grec.
- L'Auteur de fHiftoire générale des Voyages, dit au Chapitre de i'Hiftoire Naturelle des Indes : Il croît de l'Indigo dans plufieurs endroits de ces contrées. Celui du territoire de Bayana, d’Indoua Sc de Corfa dans l'Indouftan , paffe pour le meilleur. Il en vient aufll beaucoup dans le pays de Surate, fur-tout vers Sar-queffe, à deux lieues d'Amadabat, On feme l'Indigo aux Indes après la faifon des pluies. Sa feuille approche des Panais jaunes ; mais elle eft plus fine. Il a de petites branches qui font de vrai bois. Il croît jufqu'à la hauteur d'un homme. Les feuilles font vertes pendant quelles font petites ; mais elles prennent enfuite une belle couleur violette tirant fur le bleu ; la fleur reffemble à celle du Chardon, Sc la graine à celle du Fenu-grec.
- Cette plante , ainfi caraétérifée, forme , comme on va le voir , une elpece différente de celles qu'on trouve décrites dans le Jardin Malabare Sc dans l'Herbier d'Amboine. Nous ne pouvons cependant nous empêcher de témoigner ici notre lùrprife de cette omiflion, qui nous paroît fort étrange de la part d’Auteurs fi exaéls dans leurs recherches, dont voici le détail.
- a
- Défie ription de £ Amer i ou Neli ( i ). Par M.Rh E D È.
- L’Ameri (2) , qui en langue Brame, s'appelle Neli , eft un arbufcule des la hauteur de l'homme , dont les branches font fort écartées , Sc qui croît dans les endroits pierreux & fabloneux. Sa racine eft blanchâtre Sc couverte de fibres épaiffès.
- Sa fouche eft groffe comme le bras Sc d'un bois dur. Ses feuilles attachées fur de petites côtes qui fortent parallèlement des branches , font renflées par-deflus & cannelées par-deflous : elles viennent fur deux rangs , les unes vis-à-vis des autres. Elles s'appuient fur des pédicules au nombre de cinq à fept paires de fuite, avec une feule au bout ; elles font petites & de forme ronde oblongue, avec les bords des deux extrémités arrondis. Leur tiffu eft fin & ferré , Sc leur furface unie & très-douce. Elles ont au milieu du revers une petite côte, d'où il en fort quelques autres affez remarquables. Leur couleur eft d'un verd bleuâtre foncé par-deffus , clair par deffous & fombre des deux côtés : elles ont un goût amer Sc piquant quand on les a mâchées quelque temps. Du pied des côtes qui portent les feuilles , fortent d'autres petites côtes qui pouffent un paquet ou un
- ( 1 ) Jardin Indien Malabare, Tome 1, page 101 ,fig. <4.
- (2) Voyez fg. ï } pi. 2.
- Indigotier. D
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- 14 INDIGOTIER. Livre I.
- épi de plufieurs petites fleurs femblables à celles des fèves, compofées de quatre feuilles, dont Tune de couleur verte, & de la figure d'un onglet crochu, efl: terminée par une pointe en forme de griffe. Les deux feuilles qui embraflent l'onglet font étroites , minces & droites vers leurs bords intérieurs, qui font d'une couleur de rofe foncée. La quatrième qui efl: fituée en face de la courbure de l'onglet , efl: oblongue aflez large , mince , lavée de verd & retournée en dehors, du côté du pédicule commun à toutes les fleurs, qui n’ont aucune odeur. Il s'élève de leur milieu un piftil verd, creufé en forme d'étui, dans lequel efl: renfermé un petit filament qui fort du germe de la filique. Ce piftil attaché vers la partie creufo par un filet, fe divife vers le haut en petites & fines étamines garnies de petites pointes blanches.
- Le calice qui renferme les feuilles des fleurs , efl compofé de cinq feuilles vertes & pointues. Le bouton des fleurs efl de figure ronde oblongue, & un peu applatie du côté le plus large, par lequel il commence à s’ouvrir.
- A la chute de ces fleurs, foccedent de petites filiques longues à peu-près d'un pouce, droites , aflez rondes & ferrées de près for la côte où elles font at„ tachées par de petits pédicules. Ces filiques font d’abord vertes, 8c enfin d'un rouge foncé en brun; chacune d'elles efl renfermée du côté de fon pédicule, dans le calice à cinq feuilles.
- Le femences d'un rond oblong, font couchées dans leur longueur , conformément à celle de la filique : elles font dans le temps de leur maturité d’un brun brillant.
- Cet arbufoule fleurît deux fois par an, lavoir : une fois dans la faifon des pluies , 8c une autre dans celle de l’été.
- Il efl inutile de rapporter ici que l’Anil fort à faire l’Indigo, parce que perfonne n’en doute ; mais les Auteurs font peu d’accord for la clafle de cette plante. C. Bauhinus la range avec ïlfatis pinacle, ou avec le Glaflum, à la famille duquel il dit quelle appartient. Dans un autre endroit, Liv. 9 , Seél#
- 3 , Chap. des Haricots de l'Inde, il décrit ainfi là filique : La filique 8c la fo-mence qui efl enveloppée dans ce parchemin, fort de l’herbe Anil, qui n’eft point une efpece de Glaflum, mais un légume.
- M. Hermans nous a envoyé de Ceilan, une plante dont les fleurs font petites, d’un pourpre mêlé de blanc 8c d’une odeur agréable, laquelle efl vraifomblable-ment celle que Pifon appelle Banghets, dans fon Hiftoire de Madagafcar, avec les feuilles de laquelle on fait l’Anil ou l’Indigo ; mais l’Indigo de Ceilan efl moins bon & moins eftimé que celui qu’on apporte de Malabare & du Coromandel à Négapatan. Les Cingalais l’appellent Awari.
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- Ch a p. IV. Des Indigos de UAJie, & de leur fabrique. Defcription du Colinil ( I ). Par M. R H E D E.
- Le Colinil ( 2) , qui en langue Brame, s’appelle Schéra-Puncà, eft un petit arbufoule haut de deux ou trois pieds.
- Sa racine, couverte d’une écorce fibreufe , d’un blanc rouflèâtre, eft d’un goût amer 8c tant foit peu âcre. L’intérieur en eft ligneux, blanchâtre & {ans odeur ; elle poufle une Touche de la grofleur de quatre doigts , & des branches fort écartées. Cette louche eft d’un bois dur ; 8c Ion écorce de couleur cendrée entremêlée de verd, a un goût amer & piquant. Ses petites feuilles de figure ronde oblongue, viennent fur de menues côtes angulaires 8c vertes, où elles {ont attachées par de petits pédicules. Les bords des feuilles {ont ronds par le bout ; puis ils s’élargiflent confidérablement en cette partie, 8c ils fe rapprochent en ligne droite de leur petit pédicule. Le deflus de ces feuilles eft d’un verd foncé ordinaire , & le deflous d’un verd bleuâtre , l’un 8c l’autre {ans éclat* Elles ontungoûtun peu âcre, amer & piquant quand on les a mâchées trop longtemps. Elles ont une petite côte qui régné particuliérement deflous toute leur longueur, du travers de laquelle il fort de petites veines droites & obliques, qui, par une ligne parallèle , vont fe réunir aux bords, 8c dont le prolongement fe voit en deflus comme en deflous, leur divifion fe faifant, quand on le rompt, fuivant le trait angulaire des veines qui fe réunifient à la côte du milieu. Le goût de ces côtes eft , comme celui des feuilles , amer & piquant.
- Ses petites fleurs, femblables à celles des fèves , confiftent en quatre feuilles, dont l’une ayant la figure d’un petit onglet fermé 8c très-courbé, eft terminée par une pointe qui fait le crochet. Cette feuille eft d’un verd blanchâtre ; les deux autres qui ont lètir bord intérieur droit, {ont, du côté qu elles embraflent l’onglet, d’une couleur de rofe foncée. La quatrième de ces feuilles s’élargit en faifant face à l’onglet du côté qu’il eft courbé 8c ouvert: elle embraflè d’abord le$ feuilles des deux côtés avec l’onglet ; mais lorlque la fleur eft ouverte, elle fe renverfe en dehors, & fe courbe vers la tête du pédicule qui foutient la fleur.
- Le piftil eft verd & creufé en forme d’étui ; il embrafle un filament verd qui fort du germe de fa filique. Ce piftil eft divifé en haut, en petites & fines étamines qui font garnies de petites pointes jaunes, & il eft bouché au fond de la partie concave, par un petit filet dégagé, terminé par une petite pointe jaune. A la chûte des fleurs,,fuccedent des filiques oblongues, étroites, fines, plates, polies, un peu relevées par le bout , 8c longues de deux à trois pouces. Ces filiques font d’abord vertes ; mais elles deviennent rouges à leur maturité.
- Les femences ou fèves quelles renferment, font féparées les unes des autres
- ( 1 ) Jardin Indien Malabare, Tome 1, page iog , fig. < <r.
- ( 2 ) Voyez fig, 2 , PI, 2. 33
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- ï6 INDIGOTIER, Livre I.
- par la fobftance propre de la fllique. Elles font d’un rond oblong, plates & étendues dans leur longueur folon celle de la goufle. Elles ont un umbilic par lequel elles font attachées au ventre de la filique : elles font vertes au comme n-ment, 8c enfoite noirâtres.
- Excepté le temps où les filiques font vertes * on obferve que les graines du Nouthi ( i ) font velues, aifez dures, percées d’un trou par en haut, creufos en dedans, & qu’elles font fouvent appuyées fur un pédicule.
- Cette plante porte fleurs & fruits deux fois par an, lavoir : dans la fôifon pluvieufe & dans celle de l’été.
- Elle paroît avoir un grand rapport avec la précédente par plufieurs de fes parties ; c’eft pourquoi nous penfons qu’on peut, fans inconvénient, lui donner le nom de Polygala moyenne des Indes, à Jîhques recourbées. Mais je nofo, malgré la vraifemblance, aflùrer qu’on en fafle de l’Indigo, & encore moins que ce foit le Banghets de Madagafcar, auquel on attribue une odeur très-agréable , tandis que l’autre n’en a aucune. Hernandes & Recchius, dans leur Hiftoire du Mexique , Liy. 4, font aufli la defoription de deux plantes qui for-vent à teindre en bleu, à l’une & l’autre defquelles ils donnent le nom de Xi-huiquilitlpityahac , ou d’Anir à petites feuilles , & ils appellent la pâte bleue ou l’Indigo qu’on en retire, Mohuitli, 8c Tlevohuitli. Aucune de ces deux plantes ne cadre avec la derniere dont on a donné ici la defoription ; mais celle dont on a parlé auparavant, paroît fo rapporter au Çaachira fécond de Pifon.
- Defcription du Tarron ( 2 ).
- Personne, autant que je le puis lavoir, n’a encore décrit exactement l’Indigo Tarron ( 3 ). Ceux qui ont été à Guzaratte, 8c qtii ont vu croître cette plante dans les champs, font comparée tantôt au Romarin, tantôt à d’autres plantes. Je ne doute point que ce ne foit la même plante que les Malayes appellent Tarron, quelle n’ait la forme de celle qu’on voit à Amboine, dont la femence étrangère a été apportée ici, & for laquelle je me fois réglé pour en faire la defcription.
- On en rencontre ici ( à Amboine ) deux elpeces : La première, ou la plus commune eft domeftique; l’autre que je n’ai point encore vue, eft fouvage. La première eft une plante très-belle , très-élégante, & dont la forme a la même grâce que celle du Romarin. Elle croît jufqu’à la hauteur de trois pieds 8c plus dans un bon terrein. Elle ne poufle qu’une foule fouche groflè comme le doigt, droite, ferme & ligneufe. Son écorce eft d’une couleur roulfe entremêlée de verd. Elle s’étend fort vite en jettant de tous côtés des branches de la
- ( 1 ) Nom du Pays qui paroît commun à toutes les plantes de cette efpece, & à la pâte quon en retire.
- C 2 ) Extrait de l’Herbier d’Amboine , par
- Georges Evrhard Rumphe, cinquième Partie ; Chap, 220.
- (3 ) Voyez7%.
- grofTeur
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- C tî a P. IV. Des Indigos de t A fie de leur Fabriqué. *7
- groffeur dun tuyau de froment, qui font fermes & folides ; ees branches pouC fent fur leurs côtés de petits rameaux ou côtes un peu plus longues que le doigt, auxquelles font attachées fix , fopt, huit, 8c rarement neuf ou dix paires de feuilles directement oppofées les unes aux autres avec une impaire a iex* trémité. Ces feuilles reflemblent parfaitement à celles de la Caméchrifta, ou du Tamarin ; mais elles font plus petites & arrondies , à-peu-près comme celles de la Faucille. Elles font tendres & unies , mais fans éclat ; dune couleur de bleu de mer, approchant du fer bronzé, & agréable à la vue. Ces feuilles ont chacune un court pédicule avec lequel elles s’appuient for la côte ou rameau. Si Ton vient à le rompre , elles fe reflerrent & fe ferment allez facilement ; mais elles s’ouvrent 8c fe déplient aufli-tôt qu’on les met dans l’eau.
- A chaque aiflelle de ces côtes feuillées attachées aux branches , il fort une grappe en forme d’épi, compofée de plufieurs petites têtes pointues, qui en s’ouvrant préfentent des fleurs femblables à celles de la Velle > mais plus petites , compofées de quatre petits pétales, dont le plus élevé &aufli le plus large, eft courbé en arriéré : ces pétales font d’un jaune pâle ou verdâtre ; ceux des deux côtés tirent un peu fur le rofe, 8c recouvrent l'inférieur ou le quatrième par leur pointe en forme de crochet. Peu de ces fleurs s’éclofent à la fois , 8c elles tombent bien-tôt fans donner aucune odeur.
- A ces fleurs, foccedent de petites filiques rondes & noueufos, à peu-près de la longueur d’un tiers de doigt, de la groflèur tout au plus d’un tuyau de froment , dures & tournées en haut. Elles viennent plufieurs enfemble, & forment comme une grappe qui feroit remplie de queues de fcorpion. D’abord elles font vertes , elles bruniflent enfoite , 8c deviennent enfin noirâtres. Ces filiques renferment des graines femblables à celles de la Moutarde ; mais au lieu d’être exaélement rondes , elles ont la forme d’un tambour, comme le Fenu-grec , & font d’un verd noirâtre.
- Quoique les feuilles dont nous avons donné la defcription, foient douces au toucher, elles ne s’humeélent point dans l’eau. Celles qui font détachées & pliées, s’ouvrent de rechef après avoir trempé un demi-jour dans l’eau, 8c conforvent toute leur fraîcheur julqu’au troifieme jour.
- Sa racine s’étend beaucoup & eft très-ferme en terre, parce qu’elle pouflè beaucoup de petites fibres garnies de tubercules blanchâtres. Toute la plante étant for pied dans les champs , répand for le foir , une forte odeur. Les feuilles ont un goût fade & dégoûtant ; mais il n’eft point amer comme quelques-uns 1 ont dit ; & quand elles ont macéré dans l’eau pendant trois ou quatre jours 9 elles répandent une odeur délâgréable 8c de pourriture : cette odeur augmente par la chaux qui entre dans la préparation de fa pâte, dont le travail eft aufli diffiU cile que défàgréable.
- Son nom latin eft Ifatls Indica ; mais cette plante deflechée & la pâte qu’on en tire pour en former des gâteaux, s’appellent vulgairement Indigo. Les Portu-Indigotier. E
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- S8 ï N D I G Ô T I E R. L i v r e L
- gais lui donnent auflî ce nom. Les Arabes appellent cette plante Nil 8c Àniï\ les feuilles Chit£ 8c Wasmat J la pâte 8c les gâteaux Nilag. Chez les Perfes elle porte le nom de Nila ; chez les Malayes , Tarron ; à Banda, Tenaron ; à Java, Tom ; à Baleya, Tahum ; à Ternate, Tom ; à Mandao & à Siauwa, Entu; à la Chine , Tschen , qui fignifie puits ; dans le Guzaratte, Gali. L’Àuteur du Jardin Malabare , Tome i ,fig. y 4, dit que les Malabares l’appellent Améri ; 8c les Brames y Neli.
- Cette plante tire Ion origine de Cambaye ou du Guzaratte, particuliérement d’un village nommé Chirches , qui eft éloigné de deux milles d’Amadabat : fon vrai nom eft Tsjirtsjes, 8c l’Indigo de la plus belle elpece porte ce lurnom. On cultive aulîi cette plante en d’autres Provinces de l’Indoftan, de même qu’à la Chine, à Java, à Baleya, & dans prefque toutes les Ifles des bafles Indes habitées par les Chinois, qui ont tranlporté la graine de cette plante aux Mo-luques & à Amboine, d’où les Eîpagnols l’ont tirée pour l’introduire dans les Ifles de l’Amérique , où il en croît une grande quantité.
- On rencontre dans le Guzaratte, une elpece d’indigo fauvage , nommé Guin* guai, dont il paroît qu’on mêle les feuilles avec celles du précédent ; le relie de ce travail m’eft inconnu.
- Georges Rumphe ajoute : Les deux elpeces d’indigo décrites par Guillaume Pilon , dans fon Hiltoire Naturelle du Bréfil, Liv. 4, Chap. 39, fous le nom de Caachira, ont peu de rapport à celui des Indes Orientales, fi ce n’eft celui de la fécondé elpece , ou l’Indigo rampant, qui vient aufîi en quelques endroits des Indes Orientales, liir-tout à Mandano ; mais je ne l’ai point encore vu. Cette plante qui croît lur les côtes du Brélil, efl: {ans doute celle que les Portugais appellent Anir ou AniL L’Auteur de l’Herbier d’Amboine en fait ici une courte delcription ; mais nous ne la rapporterons point, parce que nous en traiterons amplement à l’article des Indigos du Continent de l’Amérique* Nous obferverons feulement que François Cauche en fait aulîi mention dans {à Def* cription des Plantes de Madagafcar.
- Guillaume Pilon rapporte, que félon Jules Scaüger, NU ou plutôt Nir 3 fignifie en langue Arabe le bleu auquel les Elpagnols ont donné le nom S Anir 8c à3AniL Scaüger ajoute que les Arabes appellent aulîi la plante de l’Ilatis, Nil.
- Gardas ab Horto, Liv. 2 9 Chap. 26 , dit que la plante à laquelle les Arabes * les Turcs 8c plufieurs autres Nations ont donné le nom ÜAnil, 8c quelquefois celui de Nil , s’appelle Gali , dans les Fabriques du Guzaratte.
- Herbelot, dans là Bibliothèque Orientale , au mot Nil, page 6j2,6, dit que les Perfiens 8c les Turcs appellent Nil, la plante que les Grecs 8c les Latins nomment Ifatis 8c Glajlum, dont le fuc fait la couleur bleue ou violette , que nous appelions vulgairement Indic ou Indigo, 8c par corruption Annil au lieu de Al~Nil, qui eft le mot Turc avec l’article Arabe AL
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- Chap. IV. Des Indigos de ï A fie, & de leur Fabrique. îp
- La maniéré de travailler cette herbe , n eft point uniforme dans l’Afie ; & il n eft pas rare de voir les Fabriques d’un même canton, différer confidérabiement entr’elles : ce que les Auteurs en difent ne nous laiffe aucun doute à ce fujet* Parmi ces diverfes pratiques, à la multiplicité defquelles la fantaifie a peut-être eu autant de part que la nature de la plante , on en remarque deux principales , dont les produits fe diftinguent par les noms $ Inde 8c ülndigo. Là manipulation de l’Inde différé effentiellement de celle de llndigo, en ce qu’on ne met que les feuilles de la plante à infufer dans l’eau pour obtenir l’Inde ; au lieu qu’on met toute l’herbe, excepté là racine, à macérer à peu-près de la même maniéré pour avoir l’Indigo. Outre ces deux procédés, fort variés dans leurs circonftances, il y en a encore un autre ufité dans les Indes, qui con-lifte dans la feule trituration 8c humeélation des feuilles de cette plante , dont on forme une pâte ou efpece de paftel, qui porte aufïi le nom d9 Inde * Quantité d’Auteurs nous ont donné des defcriptiens de la Fabrique de l’Indigo & de l’Inde dans l’Afie. Dans ce nombre, il s’en rencontre quelques-unes de très-exaétes; mais il y en a d’autres où l’on trouve des omifïions fi elfentielles, fur-tout à l’égard de la manipulation de l’Inde, que l’exécution en paroîtroit comme impraticable, fi l’on ignoroit ce que les premières renferment d’important à ce lu jet. Ainfi il n eft point furprenant que quelques Auteurs , traitant de la Fa* brique de l’Indigo de nos Colonies, nous ayent donné à penfer que l’Inde & l’Indigo fe fabriquoient tous deux de la même maniéré, & que leurs différents noms ne dévoient s’admettre que pour diftinguer les qualités de cette denrée ou le lieu de là Fabrique. Mais comme indépendamment de ces négli* gences , auxquelles il eft aifé de fuppléer, on trouve prefque toujours dans ces deferiptions quelque détail étranger aux autres , & fouvent très-inftruélif ; nous nous fervirons indifféremment de toutes celles qui nous paroîtront propres à nous inftruire fur ces différents travaux.
- La defeription que M. Tavernier a faite de la Fabrique de l’Inde, ayant donné lujet aux foupçons dont on a parlé ci-deffus, nous avons jugé devoir commence? par rapporter ce que cet Auteur en a écrit. Voici comme il s’exprime :
- Les habitants de Sarqueflè , village à 80 lieues de Surate, & proche d’Ama-dabat, après avoir coupé cette herbe , dans le temps que les feuilles s’en déta-chent aifément,la dépouillent de tout fon feuillage, 8c le mettent à infufer dans une certaine quantité d’eau qu’on verfe dans un vaiffeau nommé la Trempoire (A)t fig* 4 y PI* 4 y °ù laiftent pendant 30 ou 3^ heures ; au bout de ce temps, ils font paffer cette eau, qui eft chargée d’une teinture verte tirant fur le bleu, dans un autre vaiffeau nommé la Batterie (B), fig. 4, PL 4, où ils font battre cet extrait pendant une heure & demie, par quatre forts Indiens, agitant des cuillères de bois, dont les manches de 18 à %o pieds de long, font pofées fur des chandeliers à fourche.
- Pour éviter d’employer à ce travail plufieurs hommes, ils le fervent, en quel-
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- INDIGOTIER. Livre L qu es endroits, d un gros rouleau (R) fig. 6, FL y , de bois, taillé à fix faces - des deux bouts duquel fortent des aiflieux de fer qui tournent fur des collets de même matière, enchafles dans les deux côtés de la batterie (B) ,fig.
- VL y.
- Aux deux faces inférieures , près les de (Tous de ce rouleau, font attachés fix’ feeaux ( G ) 9fig* 6, PL y , en forme de pyramide renverfée 8c ouverte par en bas. Un Indien ( /) ,fig, 6 , PL y , remue continuellement ce rouleau à l’aide d’uné manivelle fixée à un de fes aiflieux ; enforte que trois fceaux s’élèvent d’un côté, tandis que trois s’abaiflent de l’autre : continuant toujours de la même façon jufqu’à ce que cette eau foit chargée de beaucoup de moufle. Ils jettent alors avec une plume fur cette écume tant foit peu d’huile d’olive. Ils emploient pour ces afperfions environ une livre d’huile fur une cuve qui peut rendre 70 livres d’Inde.
- Auflî-tôt que cette huile eft jettée fur l’écume, elle fe fépare en deux parties, à travers lefquelles on apperçoit quantité de petits grumeaux, comme ceux qui fe voient dans le lait tourné. On cefle pour lors le battage de l’extrait ; & quand il a aflez repofé , on débouche le tuyau ( 7") de la batterie ( B ) , fig,. 6, PL y , afin d’en écouler l’eau qui eft claire , & en retirer la fécule qui refte au fond de ce vaifleau en forme de boue ou de lie de vin : l’ayant retirée, ils la mettent dans des chaufles de drap ( Z ) ,fig. 1 & 2, PL 5, pour en faire fortir le peu d’eau qui pourroit s’y trouver ; après quoi ils renverfent la matière dans des caiftes ( A ) , fig. 3 , PL 5 , d’un demi-pouce de haut pour la faire fécher. Cette matière une fois féche, eft ce que les Marchands Droguiftes de Paris appellent Inde.
- Dans les pays où l’on obferve cette méthode, l’Inde de la première cueillette palfe , fuivant cette Relation , pour la meilleure. Celui de la fécondé eft moins beau, 8c ainfi des autres ; la couleur du premier étant d’un violet plus vif & plus brillant que celui des coupes fuivantes. Voici ce qu’on objeéle à cet Ecrit. Quelle apparence y a-t-il, que des hommes dont l’indolence eft extrême, s’a-mufent à éplucher les feuilles de chaque plante ? Quel temps ne faudroit-il pas pour remplir une cuve de feuilles moins grandes que celles de notre Bouis d’Europe ? Suppofànt même que la chofe puiile s’exécuter, eft-on certain du fuccès de la diffolution l Toutes les feuilles entaifées les unes fur les autres , ne feroient-elles pas un maftic capable d’empêcher l’eau d’y pénétrer ! Mille Indiens pourroient-ils couper & éplucher affez d’herbe pour remplir une cuve capable de rendre 70 livres d’Inde ? On ne dira pas qu’au lieu d’un jour on en mettroit trois ; puifque la première herbe fèroit tellement rôtie au foleil, quelle fe pulvériferoit au moindre attouchement.
- Ces réflexions feraient fans répliqué, s’il étoit indifpenfablement nécelîàire d’employer ces feuilles toutes fraîches pour en tirer parti ; mais il s’en faut de beaucoup que les choies foient ainfi: pour s’en convaincre , il fuffit de jetter les yeux fur la defeription fidvante. Maniéré
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- Maniéré de femer , de cultiver & d!extraire la couleur de l herbe tiommée
- Indigo, dans les pays de V O rient , voifins du Tsinfai , entré les côtes dé
- Coromandel & de Malabare 9 par HERBERT DE Jager. ( i ).
- Les terrains trop gras Sc trop humides, ne conviennent pas à l'herbe qu’on appelle Indigo ; car, ou il pouffe trop vite Sc neft rempli que dun lue aqueux, ou il eft étouffé par les mauvaifes herbes. C'eft pourquoi on choifit pour le cul-* tiver, les pièces de terre les plus élevées, Sc qui ne font pas fujettes à trop de pluie, ou à de trop fortes rofées. On recherche de préférence les Fonds, dont une partie de bonne terre foit mêlée avec deux de fable : il vient même dans le fable pur, aux environs de Devenapatan ; mais il ne profite pas fi bien. Lorf-que les pluies du mois de Septembre commencent à tomber, on laboure une ou deux fois la terre avec la charrue , & après cette façon on la laiffe repofet jufq u au mois de Décembre ; on repafle alors la charrue , & au premier beau temps on jette la femence dans les filions , & on les applanit avec la herfe. Lorjf qu après les làrclaifons convenables, l'herbe vient à porter fleurs Sc graines, ce qui arrive vers le mois de Février , Sc que fes feuilles commencent à jaunir, on la coupe de maniéré qu’il refte encore aux branches qu'on laiffe fiir la fouche , une palme de hauteur, au moyen de quoi elle repouffe aux premières pluies favorables, Sc fournit au bout de trois mois la matière d’une fécondé coupe, qui, étant faite comme la première , eft luivie d'une troifieme, après laquelle on la laiffe pouffer pour en recueillir la graine, qu’on fait fécher, afin qu'elle foit propre à être mife en terre dans le temps convenable. Enfin on brûle la plante comme incapable d’une nouvelle reproduction, Sc on en répand les ceiv dres fur les champs en guifè de fumier.
- On ne coupe l’herbe que d’un beau temps, afin de pouvoir f expofer au foleil depuis le quart du jour jufqu'à quatre heures après-midi, & la faire defféchet parfaitement : on la bat enfuite jufqu'à ce que les feuilles fe détachent toutes dé leur pédicule, & on les ramaffe dans un lieu à l'abri du vent, où elles reftent jufqu'à ce qu'il faffe un temps affez calme pour qu'on puifle de nouveau les faire fécher au foleil & les réduire en pièces avec des bâtons ; quand elles font en cet état, on les porte dans une aire , renfermée de tous côtés 5 on les couvre
- de clayes & de nattes, & on les conferve ainfi pendant vingt ou trente jours, On les met enfuite dans des chaudières , où l’on verfe de l'eau douce ou falée ; car
- cela eft indifférent. On expofe ces chaudières à l’ardeur du foleil ; depuis dix heures du matin jufqu à deux heures après-midi. Les feuilles commencent alors à s'enfler , & il s’élève une écume d'une légère couleur de pourpre, On filtre la teinture à travers un drap bien net. On verfe enfuite de l'eau fur les feuilles qu on a eu foin de ferrer fortement avec les mains ; Sc on réitéré ce travail, juf
- qu a ce que 1 eau ne paroiffe plus teinte en verd. Après quoi on bat ces tein-
- ( i) Mélangés curieux,ou Ephémérides de l’Académie des Curieux delaNature. Décurie fécondé, nnee fécondé, 1683 > à Nuremberg. Obfervarion
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- INDIGOTIER. Livre /.
- tures à différentes reprifes à peu-près de la même maniéré qu’on bat le beurre en notre pays, jufqu’à ce que l’écume , qui eft en commençant d’un violet clair, devienne toute bleue, 8c que l’eau foit prefque noire. On la laiffe enfuite repofer pendant deux heures , lequel temps pafîe, on l’agite deux ou trois fois avec une palette ; on couvre le vafe d’un drap , & on n’y fait plus rien jufqu’à ce que la matière épaiffie, qui eft de véritable Indigo, foit toute dépofée au fond. Le lendemain vers les huit heures du matinon fépare le fédiment d’avec l’eau , qui a pour lors une couleur rouffâtre. On remue deux ou trois fois ce fédiment avec les mains, & on le tranfporte fur un lit de fable , un peu en pente vers le milieu, couvert d’un drap mouillé qui a déjà été expofé pendant deux heures aux plus forts rayons du fbleil, 8c on le répand fur ce drap ; par ce moyen l’eau s’échappe 8c abandonne ce qui eft le plus épais, dont la fùperficie fe couvre d’une pellicule tirant fur le pourpre ; & afin que la matière prenne de la confiftance , on la laiffe ainfi environ deux heures , c’eft-à-dire, jufqu’à ce qu elle commence à fe fendre. On prend alors les coins du drap, & on le plie en deux, afin de doubler l’épaiffeur de la matière ; on la rompt avec les mains, on la met dans une chaudière, 8c on la pétrit bien avec les mains qu’on trempe auparavant dans l’eau ; puis on en fait des gâteaux, qui , étant parfaitement fecs, fe vendent enfin de tous côtés comme un Indigo de toute beauté, propre aux différents ufàges de la peinture & de la teinture des draps en bleu.
- Maniéré de cultiver & de préparer T Indigo dans le Guyaratte. Par Baldœus (i)*
- O n feme l’Indigo en Juin 8c Juillet, & on en fait la récolte aux mois de Novembre 8c de Décembre.
- L’efpece la plus large croît près de Chircées , village dont on lui donne le nom , à deux lieues d’Amadabat, capitale du Guzaratte. On le recueille trois fois en trois ans ; après quoi il n eft plus que de très-peu de valeur, & même la fécondé & la troifieme récolte ne font pas autant eftimées que la première. La première année on coupe les feuilles environ à un pied au-deffus de la terre, on les fait fécher vingt-quatre heures au foleil, 8c on les met enfuite dans de petits vaiffeaux remplis d’eau falée. On charge de groffes pierres cette mixtion pendant quatre ou cinq jours , en entretenant toujours l’eau dans un mouvement continuel ; après quoi on la tranfporte dans des vaiffeaux plus grands, où on la tient aufîi dans l’agitation , en foulant l’eau fans intermifîîon , jufqu’à ce qu elle commence à devenir épaifle, & que l’Indigo tombe au fond. Alors on le tire de l’eau : on le fait paffer au travers d’une toile claire, 8c on le couvre de cendres chaudes pour le faire fécher. Les gens de la campagne l’alterent par de l’huile, ou avec de la terre de la même couleur, pour qu’il paroiffe meilleur fur l’eau.
- Les marques de la bonté de l’Indigo, font quand il eft brillant 8c fec, qu’il
- (i) Defcription des côtes de Malabare, comprife dans le fixieme Tome des Découvertes des Européens , page 3^,2.
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- nage fur l’eau , qu’il donne une fumée de couleur violette en le mettant au feu , & qu’il ne refte que très-peu de cendres. Il faut laifler repofer la quatrième année le terrein qui a produit l’Indigo, que le peuple de Guzaratte nomme Amiel de Biant. Il vient particuliérement dans les faifons pluvieufes de Juin, Juillet, Août & Septembre 9 quoique l’excès de la pluie lui foit pernicieux. Il faut avoir grand foin que le terrein des environs foit nettoyé de Chardons & de Ronces ; Sc les Acheteurs doivent bien prendre garde qu’il foit très-fec, autrement ils perdent trois livres fur dix en huit ou neuf jours.
- L’Indigo Laura, ou Indigo de Bayane 9 eft de trois elpeces differentes. La première qui s’appelle Vouthy, eft d’un bleu brillant, & tire fur le violet, quand on l’exprime au foleil fur l’ongle du pouce. La fécondé , nommée Gerry , eft d’autant plus eftimée, quelle approche plus de la couleur violette. Enfin la troifieme , appellée Cateol, eft la moindre de toutes : la couleur en eft d’un rouge obfcur ; & elle eft fi dure , qu’à peine peut-on la broyer.
- Defcription de la culture de U Indigo y & de fa Fabrique à G ir chies , près d! Amadabat, Bar Mande(lo ( 1 ).
- L e meilleur Indigo du monde vient auprès d’Amadabat, dans un village nommé Girchées, qui lui donne fon nom. Il croît dans les bonnes années juf* qu’à la hauteur de fix à fept pieds.
- La graine de cette plante fe met en terre au mois de Juin, & on la coupe en Novembre & Décembre ; on ne la feme que de trois ans en trois ans. La première année on la coupe à un pied de terre ; on en ôte le bois , & l’on met les feuilles fécher au foleil ; après quoi on les fait tremper dans une auge de pierre, où l’on met fix ou fept pieds d’eau, que l’on remue de temps en temps, jufqu à ce qu’elle ait attiré la couleur & la vertu de l’herbe. On fait enfùite couler l’eau dans une autre auge, où on la laifle raffeoir une nuit. Le lendemain on en tire toute l’eau ; on pafle par un gros linge ce què l’on trouve au fond, on le met fécher au foleil, & c’eft le meilleur Indigo. Mais les payfans le fal-fifient en y mêlant une certaine terre de la même couleur ; & d’autant que l’on juge de la bonté de cette drogue par fa légéreté , ils ont l’adreflè d’y mêler un peu d’huile pour la faire nager fur l’eau.
- L’herbe vient bien la fécondé année aux troncs que l’on a laifles à la campagne ; mais elle n eft pas fi bonne que celle de la première année. Néanmoins on la préféré au Gingey, c’eft-à-dire, à l’Indigo fàuvage. C’eft auflï dans la fécondé année qu’on en laifîè monter une partie pour en recueillir la graine. Celle de la troifieme année n’eftpas bonne ; & ainfi n’étant point recher-chée par les Marchands étrangers, ceux du pays l’employent à la teinture de
- ( 1 ) Extrait du Voyage de Jean Albert Man-dello, aux Indes orientales 3 incorporé dans la
- Relation du Voyage d’Adam Oléarius en Mof-covie, Tome 2,, fécondé Edition , page 228.
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- INDIGOTIER. Livre 1. leurs toiles. La couleur du meilleur Indigo tire fur le violet, & il lent auflî la violette quand on le brûle. Les Indoftans l'appellent Anil , & laiflent repo-fer la terre un an, avant d'y en femer de nouveau.
- Description de la culture de f Indigo, & de fa manipulation dans le Gu^aratte. ParWan-Twifi ( i ).
- Premier Ex- Après avoir recueilli les feuilles de la première récolte de l'Indigo , on les bfer ^d’Am exP°^e Pendant le jour au foleil pour les faire fécher; & lorfqu'elles font féches, boine. on les met dans des cuves de pierre confiantes à cette fin : on les remplit d'eau pure à la hauteur d'un homme ou environ ; on brouille de temps en temps cette eau , afin de lui faire prendre la vertu & la couleur de la plante ; & lorfqu’elle en eft bien imprégnée , on la fait pafler dans un autre vaifleau joignant le premier. On la lailfe repofer toute la nuit, afin quelle s'éclaircifle & quelle fe fé-pare d’une matière épaifie qui va au fond. On retire enfuite ce réfidu, qui eft la fubftance grofliere de l’Indigo , & on la filtre à travers un drap peu ferré ; puis on met la fine matière qui en fort, dans des endroits bien propres, pour la faire fécher au foleil. Cette matière ainfi purifiée , eft ce qu'on appelle Indigo : Elle eft quelquefois altérée par les payfans , qui, pour en augmenter le poids , la mêlent avec un peu de terre qui approche beaucoup de l'Indigo ; & ils y joignent encore de l'huile, afin quelle flotte mieux fur l'eau.
- Les fouches de la plante qu'on a laiflees dans les champs , poufïent l'année fuivante des rejettons qui donnent un Indigo dont la qualité eft auflï bonne 8c même meilleure que celui qu’on retire du Gingay, c'eft-à-dire, de l'Indigo fàuvage.
- L'Auteur de l'Herbier d’Amboine ( 2 ) , ajoute : J'ai appris des Chinois um autre maniéré de faire l'Indigo, dont voici le procédé.
- On prend les tiges & les feuilles de l'herbe verte, quelques-uns mêmes y trait de rHer- joignent les fouches avec la racine, & on les met dans une cuve ou un fort ton-boiLe. m” neau > dans lequel on ver& une quantité d'eau allez grande pour que l'herbe en foit entièrement couverte. On laiffe macérer cette herbe vingt-quatre heures , pendant lefquelles l'eau en extrait toute la couleur, & s'épaiffit comme celle d'un marais. On jette enfuite toutes les tiges avec leurs feuilles, & on verfè dans chaque cuve trois ou quatre mefures, qu'on nomme Gantang, de chaux fine palfée au tamis, qu’on remue vigoureufement avec de gros bâtons , jufqu'à ce qu'il s'élève une écume pourprée. On lailîe alors repofer la cuve pendant vingt-quatre heures ; on en tire l'eau & on en fait fécher au foleil la fubftance qui fe trouve au fond ; on en facilite le defféchement en la divifant en gâteaux
- ( 1 ) Chef du .Commerce de la Compagnie Foîlandoife des Indes, dans fon Itinéraire ou Defcription du Guzaratte, Chap. 10. Voye^ l’Herbier d’Amboine. cinquième Partie , Chap. yj ,
- page 220 6c fuivantes; par George Everhard Rumphe.
- ( 2 ) Partie 5e. Chap. 39, page 220 & fuiv.
- ou
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- Chap. IV. Des Indigos de l’A fie , & de leur Fabrique. $$
- ou carreaux, lefquels étant bien fecs, forment un Indigo propre à être vendu & tranfporté dans les pays étrangers.
- On m’a auffi donné la préparation fuivante, ufitée aux environs d’Agra. Troifieme
- Lorfque l’Indigo planté dans un terrein frais, a reçu les pluies du mois î^erryef de Juin, & lorfqu’il a atteint la hauteur d’une aune, on le coupe & on le met d’Amboine. dans une tonne nommée tanck , qu’on remplit d’eau. On charge cette eau d’au-tant de poids quelle en peut porter. On la laifle dans cet état pendant quelques jours, jufqu’à ce qu’on s’apperçoive que l’e.au ait acquis une forte couleur bleue. On met deflous , ou tout auprès , une autre tonne dans laquelle on fait palier la liqueur au moyen d’un canal, & on l’agite avec les mains. On examine fécume pour juger quand il convient de celfer l’agitation. On y verfe alors un quarteron d’huile, & on couvre la cuve jufqu’à ce que toute la partie bleue qui , en cet état reflemble à de la boue, fe dépofe au fond. Lorfque l’eau eft écoulée, on ramalfe la fécule, on l’étend fur des draps, & on la fait fécher fur un terrein fablonneux ; mais tandis qu’elle eft encore humide , on en forme-avec la main des boules ou des mottes, que l’on renferme enfuite dans un lieu», chaud. Cette matière bleue eft alors en état d’être vendue. On l’appelle dans l’Indoftan Non, 8c chez les Portugais Bariga; cet Indigo ne tient que le fécond rang pour la qualité ; car, lorfque les pluies de la fécondé année ont humeélé la terre, 8c que les fouches de l’Indigo coupées l’année précédente ont re-pouffé, les rejettons coupés & traités comme ci-devant, donnent un Indigo de première qualité, qui s’appelle dans l’Indoftan Tsjerri, 8c chez les Portugais Cabeca.
- j
- On fait la troifieme année une dernière coupe des rejettons, que les pluies ont encore fait naître, 8c on les traite de la même maniéré que ci-deffus ; mais l’Indigo qu’on en retire eft de la plus baffe qualité : on lui donne le nom de Saffala ou de Pée. Pour diftinguer ces trois efpeces, il faut remarquer que le Tsjerri ou Cabeça eft très-bleu, & qu’il a une très-fine couleur ; la fubftance en eft tendre ; elle flotte fur l’eau : elle produit une fumée très-violette lorf-qu’on la met fur les charbons ardents , & laifle' peu de cendres.
- Le Noti ou Barriga, eft d’une couleur tirant fur le rouge, lorfqu’on l’examine au foleil.
- Le Saflala ou Pee, eft une fubftance très-dure, & il a une couleur terne.
- Defcription de la culture de 1!Indigo & de Ja préparation, tirée du Chapitre de l Hijloire Naturelle des Indes ( i
- ’* Il croît de l’Indigo dans plufieurs endroits des Indes. Son apprêt dans le territoire de Bayana , d’Indoua & de Corfa dans l’indouftan, à une ou deux journées d’Agra, paffe pour le meilleur. Il en yient auffi dans le pays de Surate,
- 15 ) Hiftoire générale des Voyages, Tome ^ > page 328.
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- n6 INDIGOTIER. Livre I.
- fur-tout vers Sarqueffe, à deux lieues d’Amadabat ; c’eft de-là qu’on tire particulièrement l’Indigo plat. On en fabrique de la même façon & à peu-près de même prix fur les terres de Golconde. Le Mein de Surate , qui eft de 42 ferres ou 34 8c demie de nos livres, fe vend depuis 15 jufqu’à 20 roupies. Il s’en fait auflî à Baroch, & de la même qualité que le précédent. Celui du voifinage d’Agra, fe paitrit par morceaux en forme de demi-fphere. Il s’en fabrique auffi dans le Canton de Raout, à 3 6 lieues de Brampour, & dans plufieurs autres endroits du Bengale, d’où la Compagnie Hollandoife le fait tranfporter à Mazulipatan. Mais toutes ces efpeces d’indigo y font à meilleur marché de vingt pour cent , que celui d’Agra. On feme l’Indigo aux Indes Orientales après la faifon des pluies. L’ufàge général des Indiens, eft de le couper trois fois l’année. La première coupe fe fait lorfqu’il a 2 ou 3 pieds de hauteur , & on le coupe alors à demi-pied de terre. Cette première récolte eft fans comparaifon meilleure que les deux autres. Le prix de la fécondé diminue de 10 à 12 pour cent, & celui de la troifieme d’environ 20 pour cent. On en fait la diftinélion par la couleur , erf rompant un morceau de fa pâte. La couleur de celle qui fe fait la première , eft d’un violet bleuâtre plus brillant & plus vif que les deux autres ; 8c celle de la féconde eft plus vive auffi que celui de la troifieme. Mais outre cette différence, qui en fait une confidérable dans le prix, les Indiens en altèrent le poids & la qualité par des mélanges.
- Après avoir coupé ces plantes, ils féparent les feuilles de leur petite queue en les faifànt fécher au foleil. Ils les jettent dans des baffins faits d’une forte de chaux, qui s’endurcit jufqu’à paroître d’une feule piece de marbre. Ces baffins ont ordinairement 80 à 100 pas de tour. Après les avoir à moitié remplis d’eau fàumache, on achevé de les remplir de feuilles féches , qu’on y remue fouvent jufqu’à ce qu’elles fe réduifent comme en vafe ou en terre grafte. En fuite on les laiffe repofer pendant quelques jours , & lorfque le dépôt eft allez fait pour rendre l’eau claire par-deffus , on ouvre des trous qui font pratiqués exprès autour du baffin, pour laiffer écouler l’eau. On remplit alors des corbeilles de cette vafe ; chaque Ouvrier fe place avec fa corbeille dans un champ uni, & prend de cette pâte avec les doigts pour en former des morceaux de la grofleur d’un œuf de poule coupé en deux, c’eft-à-dire, plat par en bas & pointu par en haut.
- L’Indigo d’Amadabat s’applatit & reçoit la forme d’un petit gâteau. Les Marchands qui veulent éviter de payer les droits d’un poids inutile, avant de tranf porter l’Indigo d’Afie en Europe, ont foin de le faire cribler pour ôter la pouf fiere qui s’y attache. C’eft un autre profit pour eux ; car ils la vendent aux ha-bitans du pays , qui l’emploient dans leurs teintures. Ceux qui font employés à cribler l’Indigo, y doivent apporter des précautions. Pendant cet exercice y ils ont un linge devant leur vifàge , avec le foin continuel de tenir les conduits de la refpiration bien bouchés, & de ne laiffer au linge que deux petits trous
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- Chap. IV. Des Indigos de VAJie , & de leur Fabrique. 27
- vis-à-vis des yeux. Iis doivent boire du lait à chaque demi-heure, & tous ces préfervatifs n’empêchent point qu après avoir exercé leur office pendant 8 ou io jours, leur fàlive ne foit pendant quelque temps bleuâtre. On a meme ob-fervé que fi Ion met un œuf le matin près des criblures , le dedans fe trouve tout bleu le foir lorfqu’on le cafte. A mefiire qu on tire la pâte des corbeilles avec les doigts trempés dans de l’huile , & qu on en fait des morceaux , on les expofe au foleil pour les fecher. Les Marchands qui achètent Plndigo, en font toujours brûler quelques morceaux, pour s’affùrer qu’on n y a pas mis de fable. L’Indigo fe réduit en cendres , & le fable demeure entier. Ceux qui ont befoin de graine pour en femer, laiffent la fécondé année quelques pieds debout ; ils les coupent lorfque les goufles font mûres, les font fécher fiir la terre , & en recueillent enfuite la femence. Quand une terre a nourri l’Indigo pendant trois ans, elle a befoin d’une année pour fe repofer avant qu’on y en feme d’autre.
- Description de la culture & fabrique de VIndigo. Far Franc. Pelfart ( i ),
- Ils fetnent leur Indigo au mois de Juin , qui eft le temps où il commence à pleuvoir, & ils emploient ij* livres de graine pour chaque Biga, qui eft une mefure de terre de 60 aunes de Hollande. L’Indigo croît à la hauteur d’une aune quand la fàifon eft favorable. On le coupe en Septembre ou au commencement d’Oétobre.
- Lorfqu’on tarde trop long-temps à en faire la récolte , les froids fiirviennent ; cette plante qui ne peut les fouffrir, change de couleur , Sc la pâte qu’on en retire eft brune Sc fans luftre. On coupe l’herbe à quatre doigts de terre, & on met dans une cuve toute celle d’un Biga. Ce vaifleau 338 pouces en quarré , & la hauteur d’un homme. Ils y laiftent pourrir l’herbe l’efpace de 17 heures; après ce temps on fait couler l’eau dans un puits qui a 32 pieds de circuit, & 6 pieds de profondeur ; deux ou trois,hommes qui font dedans, la remuent avec les pieds & les bras , & par ce mouvement lui font tellement changer de couleur , qu elle devient dun bleu obfcur. Ils la laiftent après cela repofer 16 heures. Pendant ce temps la matière la plus épaifle defcend dans un creux en forme de cloche qui fe trouve au fond du puits. Ils font écouler l’eau , & ils retirent 1 Indigo qu ils étendent fur des linges jufqu’à ce qu’il foit fec.Ils met-
- tent dans un pot de terre ce qu’ils ont ramaJfé dans chaque puits, & le bouchent foigneufement, de peur que l’air ou le vent venant à donner deflus, ne le deffeche....... On en recueille tous les ans à Bayana 800 paquets , & 1000 à
- Meeuwat, quartier dépendant d’Agra ; mais l’Indigo en eft huileux, Sc n’eft
- traHn?rf^un^uVo^eauxrndes°rientaîcs» I Faveur delà Compagnie de Hollande pour les ruiv AvicAr p,cuy*> Tome 2, page | I des Orientales, année 1621, fur la Province
- fuiv. Avis & Bemarques de Fr. Pelfart, principal | d’Agra & de Bayhana.
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- pas de grande valeur. On y trouve ordinairement du fable. Us ne le font point à la maniéré de ceux de Bayana, mais fuivant celle de ceux de Circhées, qui en pilent les feuilles pour en tirer enfuite la fùbftance , en les mettant & en les remuant continuellement dans un puits qui a la forme des vaifïèaux où Ton bat le beurre en Hollande. Ils en ôtent ce qui fumage. ( L'Auteur ne dit rien du relie de la façon ). Cet Indigo ne fe vend que 20 roupies le Manon, quand celui de Bayana en vaut 30..... Dans les villages qui dépendent de Bayana, les puits où ils le mettent fe rempliffent d'eau falée, ce qui fait paroître leur Indigo plus dur lorfqu'on le rompt. Il fe rencontre quelquefois que de deux ~ puits qui feront proches l'un de l'autre, l'un fera d'eau falée & l'autre d’eau douce ; & l'Indigo d'une même terre , qui aura été préparé dans un puits fàlé , fe vendra une roupie par Manon plus que celui qui aura été préparé dans un puits d’eau douce.
- J’ai lu dans un Auteur, dont le nom m'a échappé , les deux Obfervations fuivantes :
- Les Indiens de Guzaratte & de Gambaye , après avoir coupé leur Indigo , le font fécher pour le battre & en retirer toutes les feuilles, qu'ils broyent dans un moulin femblable à ceux dont on fe fert pour écrafer les pommes ou les olives ( 1 ). Ils mettent enfùite la poudre de ces feuilles à infufer pendant 24 heures, dans une quantité d'eau allez grande , pour que la dillolution puilfe fè filtrer à travers une étoffe. Ils lailfent repofer cette liqueur ainfi filtrée, juf-qu'à ce quelle ait formé fon dépôt. Ils foutirent l'eau qui le fumage ; & ils retirent le fédiment pour le mettre à fécher fur des toiles tendues à l'ombre fur du fable fin 8c bien fec. Lorfque cette matière a acquis une certaine confiftance, ils en forment des tablettes peu épaiffes, qu’ils achèvent de faire fécher fur des planches à l'abri du foleil. Il réfulte de cet apprêt une marchandife d'une qualité fupérieure. Quant à ce qui refte fur le filtre , il ne fe vend point aux Étrangers; mais les gens du pays s'en fervent pour teindre les étoffes les plus groflieres.
- Il y a des quartiers où l'on prépare le Paftel d'Inde de la maniéré fùivante : On fait fécher & réduire en poudre les feuilles de l'Indigo, ainfi que nous avons dit ci-deilùs ; puis on détrempe cette poudre de façon à en former une pâte qu’on fait fécher tout de fuite : mais comme il s'en faut de beaucoup qu’elle ait toute la beauté quelle doit acquérir, on la broyé de nouveau & on l'arrofè comme la première fois , pour en former de nouveaux pains , 8c on réitéré tout cet apprêt jufqu'à ce que la marchandife ait atteint l'éclat 8c la fînefîè qu'on veut lui procurer ( 2 ).
- Il convient maintenant de tourner nos regards fur les Indigos que nous pré-fente la Terre ferme de l’Amérique, & fur les différents travaux qu’ils occa-fionnent.
- ( 1 ) Voyez PL II,fig. 1,2 & 3, & leur expli- Voyages de François Pirard, troifîeme Partie; cation qui eft à côté. page 13.
- ( 2 ) On voit l’Abrégé de ce procédé dans les
- CHAPITRE
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- Chap. V. Des Indigos & Fabriques du Continent de £ Amérique*
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- CHAPITRE CINQUIEME»
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- Des Indigos SC Fabriques du Continent de VAmérique.
- Nous n’entreprendrons point de compter toutes les elpeces d’indigos qui croiflent dans cette partie du Monde, ni de diftinguer celles qui lui font communes avec l’Afie & l’Afrique, foit naturellement foit par tranlport. Nous ne déciderons point non plus fi toutes les elpeces qui viennent dans les Ifles de l’Amérique, fo trouvent dans le Continent ; mais nous pouvons aflùrer qu’il en croît dans le Bréfil Sc dans la nouvelle Elpagne, deux elpeces totalement differentes de celles qu’on trouve dans nos Ifles , & une troifieme qui a un très** grand rapport avec l’Indigo bâtard de Saint-Domingue , ou à une autre elpece qui croît dans la même Ifle, à laquelle on donne le nom de Guatimala.
- Ces trois efpeces , qui font les feules dont François Ximenès ( i ) , Guillaume Pifon ( i ) , François Hernandès Sc Antoine Recchus ( 3 ) ? Jean de Laet (4 ) 9 Sc George Margrave ( 5 ) , ayent traité à fond, font ainfi décrites par ces Auteurs.
- Defcription de tAnnir à petites feuilles»
- L e Xihuiquilitl-Pitzahuac , d’eft-à-dire, l’Annir à petites feuilles * eft un ar-> brifleau qui, d’une fimple racine , pouffe plufieurs Touches hautes de fix palmes , grofles comme le petit doigt, rondes , polies Sc de couleur cendrée. Ses feuilles reflemblent à celles des Pois chiches (6). Ses fleurs font très-petites Sc de la couleur d’un blanc-rougeâtre. Ses filiques qui font attachées par floccons aux Touches, reflemblent à des vermifleaux qü’on appelle Afcorides. Elles font affoz grofifieres & pleines de femence noire. Cette graine reflemble à celle du Fenu-grec, plate des deux côtés comme fi elle étoit coupée à chaque bout i cette plante eft un peu amere. Les Naturels de l’Amérique, font avec Tes feuilles , une teinture qu ils appellent Tlauhoyhmihuitl, dont ils fo fervent ’poür noircir leurs cheveux. Cette plante vient d’elle-même dans les plaines ainfi que dans
- ( 1 ) Commentaire des Plantes de la nouvelle Efpagne. Cet Ouvrage imprimé au Mexique, eft très-rare, & nous ne le connoiffons que par les Extraits qui en ont été faits par les Auteurs dont nous faifons mention ci-deflus.
- (2) Tréfor des Matières Médicales, Liv. 4
- page 109 , & Hift. Nat. du Bréfil, Liv. 4, pa^e 198. * F o
- C3) Tréfor des Plantes de la nouvelle Efpagne, imprimé au Mexique en 16$ 1, pages 108 & 10o-(4 ) Hiltoire du Nouveau Monde , imprimé à Leyde en 1640, Article de la Province propre-
- Indigotier%
- ment dite de Cuatintala, Liv.*/ Chap. 29, page 240.
- (5) Hiftoire Naturelle du Bréfil * par Guillaume Pifon & George Margrave; mife au jour & augmentée par Jean de Laet, en 1548, Liv. 2; Chap. 1, page 57*
- ( 6 ) Il fe trouve ici urie contradidion entre là Gravure & la Defcription ; car on voit, dans Hernandès , page 108, Edition de Rome , Cette Plante repréfentée avec des feuilles longues $c très-pointues des deux bouts: c’eft pourquoi nous n’en avons point fait copier la figure t crainte de méprife*
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- 3o INDIGOTIER. Livre I.
- les montagnes. Quoique quelques-uns la regardent comme une herbe ; il me paroît cependant qu'on doit la ranger dans la claflè des arbrifleaux, puifqu'elle fo foutient pendant deux ans avec beaucoup de vigueur. Or, la maniéré de faire cette couleur bleue, que les Mexiquains nomment Mohuitli Sc Tlecohuitli9 & les Caftillans A{ul, vulgairement Annil, eft telle. Ils mettent les feuilles tirées de cette plante dans un vaifleau d'airain, Sc par-deflùs ces feuilles de l'eau tiède, quoique, fuivant quelques-uns, l'eau froide foit préférable. Ils l'agitent violemment jufqu à ce quelle foit chargée d'une forte teinture, après quoi ils la verfont doucement dans un autre vaifleau qui a un trou allez élevé au-delîiis du fond, par lequel le plus clair de l'eau s'échappe. Celle qui eft la plus trouble Sc qui eft imprégnée de la fiibftance la plus épaifle des feuilles , demeure au fond , & on la filtre à travers un fac de toile de chanvre. On expofe au foleil la matière qui refte dans le fac ; puis on en forme des gâteaux, & on achevé de les deflecher en les mettant dans des baflins fur des charbons ardents jufqu à ce qu ils deviennent bien durs.
- Defcripdon du Caachira , faite par les Auteurs précédents , & principalement
- par Guillaume Pifon ( i ).
- L a célébré Plante que les Portugais appellent Evra d! Anir, Sc les Naturels du pays Caachira, vient ici ( au Bréfil) par-tout, quoiqu'on néglige de la cultiver pour les ufàges de la Médecine Sc de la Teinture. Il s'élève de la racine de cette plante (2), diftribuée en quantité de rameaux ligneux, longs & couchés , plufieurs tiges rondes, longues de deux à trois pieds Sc quelquefois davantage , rampantes fur la terre où elles jettent ça Sc là des filaments qui y prennent racine , Sc s'élèvent enfoite vers leur extrémité.
- De ces tiges, qui pour la plupart font couchées for terre, il fort differents jets qui pouffent en haut, for chacun defquels* il en vient encore huit ou neuf, Sc plus fou vent dix autres également ronds , ligneux Sc un peu roux d'un côté. Tous ces jets font garnis de rameaux longs d'un doigt, placés alternativement, dont chacun porte fopt ou huit paires de feuilles oppofées deux à deux avec une impaire au bout. Ces feuilles ont au milieu de leur longueur une nervure : elles font un peu plus larges que celles du Trifolium de Dodone, auxquelles elles reflèmblent, Il croît à l'aifïelle des rameaux, de petits pédicules qui portent cinq à fix petites fleurs & plus, de couleur de pourpre, lavé de blanc, de la figure d’un calque ouvert, comme celles du Lierre terreftre ou de l'Ortie morte, & d’une agréable odeur. Cette plante vient ça Sc là dans le Bréfil.
- ( 1 ) Tréfor des Matières Médicales, Liv. 4,page iop.Hift. Nat. du Bréfil, Liv. 4, page ip8, St en quelques Editions, pages 57 & 58. '
- ( 2 ) Fig. 4. PL I.
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- Chap. V. Des Indigos & Fabriques du Continent de Ü Amérique. 31
- Defcripdon de i’Indigo riche de la terre ferme.
- Xi mené s , Pifon & les autres que nous avons déjà cités, ayant donné à la plante dont nous allons parler, le même nom qu’aux deux précédentes, nous nous fournies déterminé à diftinguer celle-ci par un furnom relatif à fa qualité, en attendant que les Botaniftes lui en ayent affigné un propre à fon caraélere. Cette plante (1) croît jufqu à la hauteur de deux ou trois pieds. Sa tige eft ronde & noueufe, effilée, pleine de fùc, fpongieufe comme les rofeaux, verte & couverte ça & là de poils roux. Elle pouffe fur fà tige & fur fes branches, des feuilles fans pédicule & fo touchant de fort près, oppofées deux à deux, longues de quatre doigts , étroites & vertes comme celles de la Lyfimaque : elles font couvertes de petits poils blancs des deux côtés & un peu rudes au toucher. Il fort des mêmes nœuds où les feuilles font placées , deux pédicules à côté l’un de l’autre, droits & longs de deux ou trois doigts , portant à leur extrémité une fleur ronde de la grandeur de la Pâquerette, entourée de diftance à autre de petites feuilles blanches, au milieu defquelles fe trouvent de petites étamines blanches. Sa racine qui peut avoir environ un demi-pied, eft un peu courbe ; elle jette d’autres petites racines couchées, ligneufès & couvertes d’une écorce brune qui peut facilement fo détacher. Toute cette plante, de même que fà racine , eft tellement pleine de fuc, que fi on vient à rompre une partie de l’une ou de l’autre, il en fort auffi-tôt une couleur bleue.
- On fait de l’Anir en pilant feulement cette herbe, & en la laiflànt infufer dans l’eau. On la laifle tranquille pour lui donner le temps de former fon dépôt, qu’on fait deflecher au foleii 8c qui fo vend au poids de for.
- On trouve encore une autre plante qui porte le même nom que la précédente , ( de maniéré que celle-ci fait la quatrième dont il foit parlé au fiijet de la nouvelle Efpagne & du Bréfil). Elle donne un bleu foncé, dont les femmes fe fervent pour teindre leurs cheveux en noir. Celle-ci différé beaucoup de la précédente par la grandeur & la forme ; car c’eft un arbrifleau mé-> diocre qui jette plufieurs racines comme le Sarment, accompagnées de beaucoup de fibres, defquelles fortent plufieurs fouches de couleur cendrée. Ses feuilles reffomblent à celles du Poivre long; mais elles font un peu plus* grandes , & elles ont quelques nervures qui s’étendent fur toute leur longueur. Ses fleurs font blanches. On en tire la couleur de la même façon que de la précédente efpece ; mais elle eft moins belle & moins chere.
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- INDIGOTIER. Livre h
- Description de la Culture & Fabrique de U Indigo à la Caroline.
- Par William Burck ( i ).
- L* I n d i g o eft une matière que Ton tire d’une plante du même nom, que Ion a vraifemblablement appellée ainfi de l’Inde, où on l’a cultivée pour la première fois , Sc d’où, pendant un temps confidérable, on a tiré tout celui qu’on confommoit en Europe.
- * On cultive trois fortes d’indigos dans la Caroline ( i ) , qui demandent chacun un terrein différent. Le premier, favoir celui de France ou d’Hifpagniola , poulie un pivot fort long Sc demande un terrein gras, d’où vient, que bien qu’il foit excellent dans Ion efpece, on le cultive peu dans les cantons maritimes de la Caroline, qui font en général fablonneux. Mais il n’y a aucun pays dans le monde où l’on trouve de meilleures terres que celles qui font ici à cent milles de la mer. Une autre raifon qui empêche de le cultiver, eft qu’il ne peut réfifter au froid de la Caroline. ( Nous ne rapportons point la deforip-tion que l’Auteur fait de cette efpece , parce que nous en parlerons amplement en traitant des Indigos de nos Ifles ).
- La fécondé efpece, favoir , le faux Guatimala ou le vrai Bahama, fopporte mieux le froid , parce que la plante eft plus forte & plus vigoureufo , Sc d’ailleurs il eft plus abondant. Il vient dans les plus mauvais terreins , Sc c’eft ce qui fait qu’il eft plus cultivé que le premier , quoiqu’il foit moins bon pour la teinture. ( L’Auteur n’entre dans aucun détail for cette plante ni for la foivante ).
- Le troifieme eft l’Indigo fauvage, qui étant naturel au pays, répond auflï mieux aux vues du Cultivateur, tant pour la durée de la plante, & la facilité de la culture, que la quantité du produit. On n’eft point d’accord for la variété de fes qualités, Sc l’on ignore encore fi elle provient de la nature de la plante , de la température des faifons, qui ont beaucoup d’influence for la perfection de cette denrée, ou de la maniéré dont on le prépare.
- On plante ordinairement l’Indigo après les premières pluies qui foccedent à l’équinoxe du printems. On feme fà graine dans de petites rigoles efpacées l’une de l’autre de 18 à 20 pouces. Lorfque le temps eft favorable, il eft en état d’être coupé au commencement de Juillet. On fait une fécondé récolte vers la fin d’Août, & lorfque l’Automne eft tempérée, une troifieme à la Saint-Michel. Il faut farder tous les jours la terre où on le plante, en ôter la vermine & donner tous fos foins à la plantation. Une vingtaine de Nègres foffifont pour foigner une plantation de 50 acres, & pour entretenir la Manufadure ; encore ont-ils
- ( 1 ) Hift. des Colonies Européennes, Tome 2, page 282.
- (2) Cette Province eft fituée dans l’Amérique
- Septentrionale, entre les 31 ÔC 4.1 e dégrés de la-v titude feptentrionale.
- allez
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- Chap. V. Des Indigos & Fabriques du Continent de l’Amérique. 33 âfîèz de temps pour pourvoir à leur fubfiftance & à celle de leur Maître. Lorfque la terre eft bonne, chaque acre donne 60 à 70 livres d’indigo, qui Valent à prix moyen 50 livres fterlings. On coupe la plante dès quelle commence à fleurir ; mais après quelle eft coupée, il faut prendre garde de ne point la prefler ni la lecouer en la portant dans 1 endroit ou on la met a rouir , parce qu’une grande partie de la beauté de l’Indigo dépend de la farine qui eft at-tachée à fes feuilles»
- L'appareil pour faire l'Indigo eft confidérable, mais peu difpendieux. U con-fifte en une pompe & quelques cuves & tonneaux de bois de cyprès, lequel eft très-commun & à bon marché dans le pays. Après avoir coupé l'Indigo, on le met dans une cuve d'environ 12 à 14 pieds de long, fur quatre de profondeur, à la hauteur d’environ 14 pouces, pour le faire macérer ; on remplit enftdte la cuve avec de l’eau; au bout de 12 ou 16 heures, félon le temps, l'Indigo commence à fermenter , s'enfle, s'élève & s’échauffe infenfiblement. On l’arrête alors avec des pièces de bois mifes en travers pour empêcher qu’il 11e monte trop , & l’on marque avec une épingle le point de fa plus grande crue. Lorsqu'il baifle au-deflous de cette marque, on juge que la fermentation eft à fon plus haut dégré, Sc quelle commence à diminuer. On ouvre alors un robinet pour faire écouler l’eau dans une autre cuve qu’on appelle le battoir. L’herbe* ï qu'on retire de la première cuve , fert à fumer la terre & fait un engrais excellent. On continue à y mettre de nouvelle herbe, jufqu’à ce que la récolte foit * achevée.
- Après avoir fait couler toute Peau, ainfi imprégnée des particules de l’Indigo dans le battoir , on fe fert d'elpeces de baquets fans fonds , armés d’un long manchp pour la remuer & lagiter, ce que l’on continue de faire jufqu’à ce quelle s’échauffe , qu elle écume , fermente & s'élève au-deflùs des bords qui la contiennent. Pour appaifer cette fermentation violente , on verfe de l'huile deflus à meftire que l’écume monte, ce qui la fait bailler auffi-tôt. Après qu'on a ainfi agité l'eau pendant 30 ou 3 y minutes, félon le temps ; car il faut le battre plus long-temps lorfqu’il fait froid, il commence à fe former de petits grains, ce qui vient de ce que les fels & les autres particules de la plante que l'eau avoit divifées & qui s’étoient incorporées avec elle, font alors réunies.
- Pour mieux découvrir ces particules, & lavoir fi l’eau a été fuffifamment battue , on en met de temps en temps quelque peu fur un plat ou dans un verre ; lorfqu elle paroît telle qu elle doit être, on fait couler dedans de l'eau de chaux qui eft dans un autre vaifleau, & on agite le tout légèrement, ce qui facilite 1 opération. L’Indigo forme des grains plus parfaits ; la liqueur acquiert une couleur rougeâtre : elle devient trouble & boueufe, & on la laiflè repofer. On fait enfuite couler la partie la plus claire dans différents autres vaifleaux, d’où on la tire des qu elle commence à s’éclaircir au-deflus, jufqu’à ce qu'il ne refte qu un limon qu'on met dans des fàcs de groflè toile ; on le fùfpend durant quel* Indigotier, I
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- 34 INDIGOTIER. Livre I.
- que temps, jufqu’à ce que l’humidité en foit entièrement diffipée. Pour achever de fécher ce limon , on le tire des lacs , 8c on le paitrit for des ais faits d’un bois porreux avec une Ipatule de même matière, Texpolànt foir & matin au foleil à différentes reprifes , mais peu de temps. On le met enfuite dans 'des boîtes ou cailles que l’on expofo au foleil avec la même précaution, jufqu’à ce que l’opération {oit finie & que l’Indigo foit fait. Il faut beaucoup d’attention 8c d’adrefîe dans chaque partie de ce procédé , autrement on court rilque de tout perdre. On ne doit point lailïer l’eau ni trop long-temps ni trop peu de temps dans le rouifloir ni dans le battoir : il ne faut la battre qu’autant de temps qu’il eft néceffidre ; & prendre garde en faifànt fécher la fécule, de ne tomber ni dans le défaut ni dans l’excès. Il n’y a que l’expérience qui puifle mettre au fait de ces fortes de chofes.
- Il n’y a peut-être point d’article for lequel on faffo de fi grands profits en ce pays ( la Caroline ) , que for l’Indigo , ni qui exige moins de dépenfe ; & il n’y a point de pays où on puifle le faire avec autant d’avantage que dans cette Province, vu la bonté du climat. On peut dire à la louange de fes habitans , que s’ils continuent comme ils ont commencé, & qu’ils s’attachent à le faire auffi bien qu’il doit l’être, ils en fourniront dans la foite à tout l’Univers.
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- Si notre exaélitudea répondu à notre intention, le Lçéleur doit connoître à préfent une grande partie des Indigos qui croiflent dans les quatre Continents ; nous avons même porté le fcrupule jufqu’à faire calquer la figure de ces,plantes, quand nous les avons trouvées dans les Auteurs qui réfervent quelquefois pour les Planches, l’expofition des différences les plus eflentielles, fans en prévenir le Leéleur : il trouvera ce qui concerne les Indigos de nos Ifles, dans un Chapitre deftiné pour elles feules.
- Nous avons auffi tâché de lui faire connoître tout ce que les Auteurs nous apprennent d’intéreflant for les Fabriques étrangères ; mais on n’auroit qu’une idée bien foperficielle de celle de l’Indigo dans nos Colonies, fi l’on fe bor-noit à cette fimple connoiflànce. Car , fi d’un côté notre pratique eft en prefque tous fes points beaucoup plus expéditive, d’un autre côté notre méthode demande auffi beaucoup plus de fcience que toutes les autres ne paroiffent en exiger. C’eft ce qui va faire le fojet du Chapitre foivant.
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- Chap. VI. éléments de la Fabrique de VIndigo*
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- CHAPITRE SIXIEME.
- Eléments de la Fabrique de UIndigo.
- J v A théorie de cette Fabrique, eft fondée for la fermentation des végétaux qui font fojets à pafler de fétat ardent ou Ipiritueux, à l’état aigre ou acide , Sc de là au putride, lorfqu’ils font long-temps à infufer dans une certaine quantité d’eau.
- Suivant ces principes , l’Indigo peut éprouver focceffivement ces trois révolutions ; mais la pratique enfoigne que le genre Ipiritueux eft le feul convenable à fa manipulation , parce que la crife acide étant peu fenfible, l’herbe femble pafler tout d’un coup de l’état le plus Ipiritueux & le mieux marqué, à * la putréfaélion qui lui eft entièrement & uniquement préjudiciable ; ce qui eft caufe que les Indigotiers ne font aucune mention du genre acide dans leur procédé ; ils divifont feulement la fermentation ardente en deux temps ou degrés.
- Ils nomment le premier dégré pourriture imparfaite, & le fécond, bonne ou par* faite pourriture. Quant au genre putride ou alkalefcent , ils l’appellent pourriture excédée , 8c ils n’omettent rien pour l’éviter.
- La pratique enfoigne encore , que pour tirer parti de l’extrait, il faut le fou-tirer de la cuve où il eft confondu avec la plante , & enfoite le battre ou l’agiter pour réduire tous les principes propres à la formation de l’Indigo , à l’état d’un petit grain diftinét Sc d’un facile égout, auquel on ne parvient sûrement, que par la voie du battage. Car, fi on abandonnoit une cuve de l’extrait à elle-même, à deflein d’obtenir la fécule fans le focours du battage , elle tomberoit en putréfaélion, & les principes imperceptibles du grain, deftitués de leur apprêt néceflàire pendant le temps convenable , ne fe dépoforoient que fous la forme d’une vafo fluide & incapable de s’égoutter ; c eft pourquoi on ne différé guere le battage d’une cuve, à moins qu’on ne foit dans le cas d’attendre l’extrait d’une autre pour les battre tous deux dans le même vaifleau, lorfqu’i! n y a pas grande différence entre leurs bouillons ; ou bien quand on s’apperçoic que l’extrait pafle dans la batterie, n’a pas aflez fermenté, alors on en foA pend l’opération, afin de lui donner le temps de fe perfectionner. Cette dernière manœuvre démontre que la décantation n’arrête point le cours général de la fermentation de l’extrait, & la néceflité de le battre fùivant l’ufage ordii naire. Mais l’Art n’indique point de réglé précife for la durée de la fermentation & for la mefore du battage, parce que ces deux points dépendent de la qualité ou du corps de l’herbe, & cette qualité de la nature des veines de terre où 1 herbe a crû, & de l’altération des faifons quelle a éprouvée tandis quelle
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- 3<S INDIGOTIER. Li v âe I.
- étoit fur pied. Le terme de la fermentation & du battage, dépend encore du temps froid ou chaud , pluvieux ou fec , pendant lequel l'herbe ou fon extrait reçoivent ces différents traitemens , & du degré de chaleur ou de fraîcheur de l’eau dont on fe fert ; ce qui rend la pratique de cet Art variable, obfcure & fujette à beaucoup d’erreurs.
- Ces difficultés dont nous rendrons un compte plus exaét par la fuite, & des précautions convenablesà ce fujet, font caufo qu’on a cherché piufieurs fois le moyen de fopprimer une partie de ce travail, appellé le battage deIextrait. Mais il parole que jufqu à ce jour aucune de ces tentatives n’a parfaitement réuffi , ce qui n’eft point forprenant ; parce qu’il faudroit vraifemblablement trouver un précipitant qui pût agir également fur les principes de l’Indigo , foit dans le temps qu’ils éprouvent la fermentation vineufo, foit dans celui où ils fubiffent l’impreflîon de la fermentation acide, puifque l’extrait fe trouve fouvent dans ce dernier cas, fans qu’on s’en apperçoive.
- Il faut cependant convenir que Rumphe (i), Burck (2) & Han-Sloane (3) , nous difent que la poudre de chaux vive paffée au tamis, entre dans la préparation de l’Indigo des Indes ; que l’on fe fert à la Caroline d’eau de chaux, pour le dépouillement ou la clarification de l’extrait ; & qu’à la Jamaïque , on répand de l’urine fur une petite partie de l’extrait, pour connoître la difpofition des principes ou des molécules à une aggrégation qui conftitue le grain. On doit encore ajouter que l’effet de ces mélanges n’eft point entiérement ignoré dans nos Ifles ; mais les premières tentatives qu’on a faites avec la chaux, n’ayant peut-être point été faites avec toute l’exaéiitude & la fcience requifes , il en a réfolté un Indigo blanchâtre qui a dégoûté de les renouveller.. Quant à l’urine, on reconnoît aflez communément qu’elle a la propriété de précipiter le grain plus ou moins parfaitement, fuivant la perfeélion de la fermentation & du battage ; mais il ne paroît pas qu’on ait cherché à tirer parti de cette connoilîànce. On font d’ailleurs combien il foroit difficile & défàgréable d’en vérifier toute l’efficacité par des expériences plus grandes & mieux approfondies, & encore moins celle de lafalive, à laquelle on attribue la même propriété. M. Duhamel, de l’Académie des Sciences , dont les vues s’étendent à toutes fortes d’objets utiles , & qui avoit autrefois été confulté for celui-ci, penfo qu’une difîblution d’alkali phlo-giftiqué, à peu-près comme celui dont on fo fort dans la préparation du bleu de Pruffe ( 4 ) , foroit un des moyens qu’il conviendroit le plus d’efîayer d’après les indications ci-deflus mentionnées.
- Il nous paroît cependant qu’entre toutes les matières tirées du régné animal , ou végétal, celles qui ont une qualité vifqueufe ou mucilagineufo, font au
- (1) Voyez le fécond Extrait de l’Herbier d’Am-boine, Fabrique des Chinois.
- ( 2) Voyez Fabrique de la Caroline.
- ( 3 ) HiftoireNatureUe delà Jamaïque, Vol. 2, page 33; Çrfufa
- (4) On peut voir dans le Didionnaire de Chimie , par M. Macquer, de l’Académie des Sciences, au mot Bleu de Prujje, la maniéré dephlogiftiquec l’alkali, & les métamorphofes que produit le phlo» giftique.
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- Chap. VI. Eléments de la Fabrique de l'Indigo. 37
- moins très-propres à aider l’Art dans cet objet. Car, indépendamment de ce qu’on pourroit dire à ce fojet touchant la colle de poiflon dont on fe fert pour clarifier le vin , & de l’analogie de cette colle avec les autres mucilages, don on pourroit inférer une égalité d’effets de la part de ceux-ci, pour la clarification des liqueurs végétales qui viennent de fubir la fermentation ardente ; des perfonnes dignes de foi ( 1 ), m’ont encore affùré que de jeunes branches de Bois-canon (2), concaffées puis battues dans une terrine remplie d’eau avec quelques racines de Sénapou (3)5 pareillement concaffées , forment un mucilage qui a la propriété de faire caler ou dépofer en très-peu de temps toutes les parties de l’extrait que le battage a réunies fous la forme de grain ; mais, comme on vient de le dire , il faut toujours qu’un battage convenable précédé l’addition de la liqueur combinée du Bois-canon & du Sénapou, & qu’on la mêle enftdte pendant quelque temps avec celle de l’extrait de l’Indigo pour en obtenir fur le champ le réfidu ; après cette opération , la liqueur qui le fumage, quoique colorée en jaune devient très-claire , & c’eft le temps ou il convient de l’écouler pour retirer la fécule qui refte au fond du vaiffeau.
- Les perfonnes de qui je tiens ce procédé , dont ils n’ont point fiiivi les détails , n’ont pu me dire la quantité de Bois-canon & de racine de Sénapou qu’on doit employer pour clarifier une cuve ; mais il entre toujours dans cette compofition beaucoup plus du premier que du dernier ; au refte deux ou trois expériences faites fur de petites quantités, fufiifent pour mettre un Indigotier au fait de la dofe, qui n’exige pas une extrême précifion. Nous indiquerons par la fuite les occafions où il feroit le plus à propos d’en faire ufàge ; parce qu’à la rigueur on peut s’en paffer, & qu’on fait tous les jours de l’Indigo fans cet ingrédient.
- La queftion fur la découverte du véritable précipitant, refte donc indécifo ; mais il y a tout lieu de croire qu’un habile Chimifte parviendroit à la réfoudre , s’il étoit fécondé dans une opération fi intéreflànte pour tous les Indigotiers.
- Les éclairciffements que fourniffent la théorie & la pratique , fur les objets dont nous avons parlé ci-devant, font, que la fermentation eft abfolument né-ceffaire au développement de tous les principes de l’Indigo :
- ( 1 ) M. Des Rofes, le cadet, Officier des Troupes Nationales à Cayenne, & un Millionnaire de cette Colonie, qui ne m’a pas permis de le citer.
- (2) L’arbre qui porte ce nom à Cayenne, s’appelle à Saint-Domingue Bois-trompette. Quand cet arbre, qui devient fort haut, a acquis une certaine grandeur, il eft tout creux, & on en fait aflez fouvent des dales en le fendant fur fa longueur. Le charbon de ce bois eft très-léger & propre aux feux d’artifice. Quelques réflexions nous font penfer que les gouffes deGombeau, dont la décoétion forme une fubftance extrême-
- Indigotier.
- ment filante & approchante du mucilage du Boîs-canon, pourroient, àfon défaut, lui êtres fubfti-tüées.
- (3) Efpece de petit arbriffeau qui porte à Saint-Domingue le nom de Bois à enivrer. Laconfiftancc & la fubftance de fa racine reffemblent à celles de la Guimauve; quand on s’en frotte les dents, elle produit avec la falive une efpece d’écume ; fon goût approche du Greffon de fontaine , mais il eft bien plusftimulant, & j’ai fouvent éprouve qu’il excitoit une longue falivation. On fe fert généralement à l’Amérique de cettexacine pour enivrer le poiffon*
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- 38 INDIGOTIER. Livre I.
- Que plus elle eft violente, plus l’abondance de fes efprits forme d’obftacles à la prompte réduélion de fes principes en grain :
- Que l’objet eifentiel du battage, eft de favorifer & d’accélérer l’évaporation de ces efprits, afin de faciliter l’aggrégation des molécules du grain:
- Et qu enfin le paflàge de l’extrait de l’état fpiritueux à l’état acide & putride , avant la formation ou la liaifon complette du grain , eft la caufè principale de toutes les variétés du battage.
- Nous allons maintenant rendre compte du plan & de l’ordre du refte de cet Ouvrage, qui n’a plus pour objet que la Fabrique de l’Indigo proprement dit, tel qu’il fe fait dans nos Ifïes de l’Amérique , & particuliérement à Saint-Domingue. C’eft ce qui va faire la matière du fécond & du troifieme Livre.
- Dans le fécond, j’expoferai la fabrique de l’Indigo, & je parlerai de la Plante qui le produit. Dans le troifieme, j’examinerai la théorie de cette fabrique.
- Dans le premier Chapitre du fécond Livre , j’ai renfermé tout ce qui a rapport à la conftruétion 3c fabrique des bâtiments, des vaifleaux & uftenfiles né-ceflàires à une Indigoterie , parce que ce travail précédé tous les autres, Sc afin qu’on ne foit plus dans le cas de perdre de vue les opérations fùiyantes, qui ont tine liaifon intime entr’elles.
- Le fécond Chapitre s’étend fur les différentes efpeces & qualités d’Indigoferes, Connus dans nos Ifles, & fur les accidents auxquels chaque efpece eft particuliérement fiijette, depuis la plantation de là graine jufquà fa récolte.
- La nature & l’expofition du terrein le plus favorable à l’Indigo, fà culture & la maniéré de l’arrofèr, font le fùjet du troifieme.
- Le quatrième expofe la qualité des eaux les plus propres à fà fabrique, avec les préparatifs 3c la defcription générale de la fermentation & du battage. Ce Chapitre eft terminé par une inftruétion générale fur l’économie & l’exploitation d’une habitation à Indigo.
- Le troifieme Livre renferme deux Chapitres. Le premier a pour objet eifentiel la fermentation de l’herbe, & le fécond traite direélement du battage ou manipulation de l’extrait. Nous avons placé à la fin de cet Ouvrage, un Tableau des qualités & des prix de l’Indigo. On trouvera enfuite les Planches des figures avec leur explication à côté , & en dernier lieu une Table alphabétiqüe des Matières.
- On me reprochera peut-être les longs détails & les fréquentes digrefîions où je fuis tombé dans le cours de cet Ouvrage ; mais je les ai cru nécefîàires pour confèrver des particularités intéreflàntes, & les progrès d’un Art qui décline tous les jours dans nos Colonies de l’Amérique, & qui ne fe relèvera dans la fuite que par le prix exceffif de l’Indigo, occafionné par la chûte & la diminution de quantité de fes Fabriques.
- Au furplus, j’ai puifé le fond de la pratique de cet Art, dans les meilleurs
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- Chap. VI. Éléments de la Fabrique de t Indigo.
- Auteurs que j’ai pu connoître ; le refte eft tiré de mes obfèrvations , pendant une adminiftration de plufîeurs années d’une Indigoterie, & des avis qui m’ont été communiqués par d’habiles Indigotiers que j’ai conlultés depuis que j’ai entrepris cet Ouvrage, fur lequel j’ai réuni toute mon attention pour le rendre utile à nos Colons, digne du Public y & des liiffrages de l’illuftre Académie à qui j’ai l’honneur de le préfenter.
- Fin du Livre premier.
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- livre second.
- CHAPITRE PREMIER.
- Des Bâtiments , Vaiffeaux 3C Uftenjiles.
- L e terme d3Indigoterie fèrt à défîgner en général un terrein où Ton cultive rindigo avec les Bâtiments, Vaiffeaux, Negres, &Uftenfiles propres à fi Fabrique ( t ) ; & il s’applique fpécialement aux cuves de maçonnerie deftinées à ce travail. Dans ce dernier fens , chaque Indigoterie eft un compofé de trois vaii-feaux attenants l’un à l’autre, êc fe joignant ordinairement par des murs mitoyens (2). On foppofe ici que les cuves font de maçonnerie , quoiqu’on n’ignore pas qu’en certains pays on les fait en bois, ce qui doit néceflairement occafionner, dans les difpofitions dont nous parlerons ci-après , quelques différences auxquelles le Leéleur & l’Ouvrier fuppléeront d’eux-mêmes. Ces trois vaiffeaux font difpofés par dégrés, de maniéré que l’eau verfée dans le premier , tombe par des robinets dans le fécond, du fécond dans le troifieme, Sc du troifieme dehors ( 3 ).
- Le premier de ces vaiffeaux A, PL 4, fig. y , s’appelle Trempoire ou Pourri-turc : c eft dans cette cuve qu’on met l’herbe, afin de l’y laiffer macérer Sc fermenter.
- Le fécond vaiffeau B 9 PL 4 , fig. y , fe nomme Batterie, parce que oeffi dans celui-ci qu’on fait paffer l’extrait qui a fubi la fermentation , afin de le battre & de le traiter de la maniéré qu’il convient.
- Le troifieme vaiffeau C 9 PL 4 , fig. y , qui, à proprement parler, ne forme qu’une efpece d’enclos , s’appelle Repofoir ; le fond de ce vaiffeau préfonte dans fi plus grande partie un plan, & vers un des côtés de ce plan, un petit bafîin K9 PL 4, fig. 4 & y y appellé Bajfinot ou Diablotin.
- Le Diablotin ou Bafîinot, creufé dans le plan du Repofoir , eft un petit vaif feau particulier defti’né à recevoir la fécule fortant de la Batterie. Il doit être pratiqué au-deffous du niveau du fond de ce plan, & de maniéré à toucher le mur de la Batterie. On le place ordinairement droit au milieu de ce côté , & quelquefois dans une des encoignures, mais toujours du côté de la Bàtterie. Il eft muni d’un petit rebord, afin d’empêcher l’eau, qui pourroit fe trouvêr for le fond du Repofoir , d’y refluer.
- ( 1 ) Voyez PL 6. !
- ( 2. ) Voyez PL 4 9fig. 1 > 4 & 5*
- ( 3 ) Voyez PL 4, $.A,BtC.
- Ce
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- Chap. I. Des Bâtiments y VaiJJ'eaux & XJflenJîles. 41:
- Ce que nous venons de dire ici touchant l’affemblage de ces trois vaifleaux , n a rapport qu’aux Indigoteries Amples ou détachées les unes des autres ; car lorfqu’il convient d’établir plusieurs Pourritures enfemble , on diminue de moitié le nombre des Batteries , & conféquemment celui des Diablotins. On trouvera dans le plan des Indigoteries compofées, toutes les difpofitions relatives à cette économie ( 1 ).
- Le fond de ces trois grands vaifleaux eft plat, avec une pente d’environ 2 à 3 pouces, pour faciliter l’écoulement des uns vers les autres.
- Le fond du Diablotin K , PL 4, fig. 4 & y , préfente une figure concave, dont le contour eft rond ou ovale. On avertit qu’il doit encore fè trouver dans le fond même du Diablotin, une autre petite foflètte jP, ou forme ronde reflèm-blante à celle d’un chapeau ; c’eft dans cette efpece de forme ou follette, que l’on achevé de puifer , avec un côté de calbaflè , le refte de la fécule qui y descend naturellement.
- Le premier vaifleau A, PL /±yftg. $ y doit avoir au moins une bonde Xy avec fon robinet ou daleau E y de trois pouces de diamètre y le tout fuivant la grandeur de la cuve. ,
- Le fccond vaifleau B y PL 4, fig. y 9 préfente une bonde F 9 perpendiculaire au Baflinot, avec trois robinets ou daleaux d’environ 3 pouces de diamètre. Ces robinets font élevés de 4 pouces les uns au-deflùs des autres : les deux premiers fervent à écouler en deux reprifes l’eau qui fumage la fécule après le battage.
- Le troifieme daleau y qui eft néceflàirement perpendiculaire au Diablotin, eft deftiné à l’écoulement de la fécule dépofée au fond de la Batterie y au niveau duquel il doit être & même tant fbit peu plus bas.
- Le plan du fond du troifieme grand vaifleau C y PL ^9fig. y, au lieu de bonde, a une ouverture Qy au bas du mur, d’environ 6 pouces en quarré, toujours libre , qui répond au canal de décharge , nommé la vuide.
- Le Diablotin K , & la petite forme P y qui fe trouvent enclavés dans le troifieme vaifleau C, PL 4 yfig. y , n’ont befoin d’aucune iflue, puifqu’on en retire toute la fécule jufqu’au fèc par leur ouverture.
- Les bondes X font de bois incorruptible, équarries & placées dans le courant de la maçonnerie , à la demande de l’écoulement de chaque vaifleau. Ces bondes font percées félon leur longueur pour former les daleaux ; la hauteur & la largeur de chaque piece, font proportionnées à la quantité & à la largeur des trous qu on y fait, & leur longueur fè mefure fur l’épaifleur du mur où elle eft placée > obfervant que les deux bouts fè trouvent de niveau aux deux côtés du mur* Les chevilles avec lefquelles on bouche les daleaux font rondes, & de même bois que les bondes.
- Les habitations où l’on fabrique l’Indigo ont, fuivant leur étendue , plufieurs
- ( 1 ) Voyez fig. 1, pi, 1%
- Indigotier. L
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- 42 INDIGOTIER. Livre IL
- corps de maçonnerie femblables, proches ou éloignés les uns des autres , pour la commodité de l'exploitation , Sc alors on les défigne quelquefois par le terme de pourriture ou $ équipage , au lieu d’Indigoterie.
- La Planche 7, figure 1, repréfente plufieurs de ces équipages réunis ; & l’on voit que par leur afïemblage on peut diminuer de moitié le nombre des Batteries Sc des Diablotins.
- Lorfqu’on a defïein de conftruire une Indigoterie en quelqu endroit, on doit examiner avant toutes chofes, s’il eft poffible d’y amener l’eau de quelque riviere ou de quelque ravine pour remplir les cuves ; car, fi on eft privé de cet avantage * il faut indifpenfeblement creufer aux environs du lieu où l’on fe propofè de former cet établiftèment, un puits fig, 2 , VL 4, fans l’eau duquel les plus beaux ouvrages deviendroient inutiles. Quand on eft sûr d’en avoir, de quelque façon que ce foit, on peut alors commencer le travail des Indigoteries, en obfervant les réglés fuivantes :
- On établit les Indigoteries fur quelque butte ou élévation naturelle ou artificielle fuffifante à un écoulement qui ne foit fujet à aucun reflux. Mais on eft quelquefois obligé de les placer fort bas, quand on eft à portée de profiter des eaux d’une riviere ou d’un ruifleau pour remplir la Trempoire. Il fuflit que la Batterie ait un débouché au-defîiis du niveau des eaux voifines, obfervé dans la feifon des pluies , afin que l’écoulement en foit toujours afliiré.
- On donne au premier vaifleau , ou la forme d’un quarré parfait, oü celle d’un quarré un peu oblong ; mais quelle que foit cette figure, les bords & la profondeur en font toujours de la maniéré fui vante. Voici les réglés qu’on obferve à l’égard des Trempoires dont l’ouverture préfente un quarré élongé.
- Si la longueur du premier vaifleau A , eft de dix pieds, là largeur eft de
- , Sc fa profondeur de 3 pieds , y compris un petit talus R , haut d’environ 6 pouces, dont la pente toute intérieure forme comme une efpece de rebord à la cuve.
- Lorfque fa longueur eft de 12 pieds, fe largeur eft de 10 fur la même profondeur, & le refte de la même façon. Quand fe longueur eft de 18 à 20 pieds, on lui donne 16 à 18 pieds de largeur , fur 3 & demi & même 4 pieds de profondeur, Cette derniere proportion paroît fur-tout convenable à ceux qui portent jufqu’à 20 pieds quarrés en tous fens, obfervant toujours la même façon que nous avons dite à l’égard des bords ; mais il eft dangereux de faire ces vaiflèaux trop grands, parce que la fermentation ne peut y être fi prompte ni fi égale que dans ceux qui font d’une médiocre étendue, & que le produit d’une grande cuve eftde.beaucoup inférieur à celui de deux autres qui contiendroient enfemble la même quantité d’herbe : aufîî l’ufege eft-il en général de fe borner à celles qui contiennent quarante charges ou paquets d’herbe, ce qui revient à la capacité de la cuve dont nous avons donné les premières proportions j ou à celles qui
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- Ch a p. I. Des Bâtiments, Vaiffeaux & UJlenJîles. 43
- ont 10 pieds tant en longueur quen largeur, & qui peuvent contenir 50 charges de Negres.
- Comme l’Indigo bâtard occupe beaucoup plus de place dans la cuve, pour les raifbns qu’on verra dans la fuite, & rend beaucoup moins de fécule que l’Indigo franc, on met celui-ci dans les plus petites cuves, & on fe fert des plus grandes pour le batard.
- Quoique l'étendue du fécond vaiffeau B , PL ^,fig* 4 & $ 9 n influe pas fur la quantité & fur la qualité de l'Indigo , il eft cependant nécefîàire, pour la manipulation du battage , d'en reflerrer les bornes & d'en relever confidérablement les bords ; mais pour le conftruire convenablement, il faut avoir égard à deux points très-eflentiels à fa parfaite exécution.
- Le premier , eft d'obferver le niveau du fond S , PL 4 , fig. 4 & 5 , de la Trempoire A, qu'on eft quelquefois obligé de tenir fort bas, pour en facb liter le rempliflàge.
- Le fécond , eft d'examiner fi, à trois pieds ou à trois pieds & demi plus bas que le niveau du fond de la Trempoire , on peut placer le fond T, PL 4 9 fis* 5 9 de la Batterie , de maniéré qu'elle ait un écoulement de fix pouces au-deftùs du plan V du Repofbir ; Sc que le Repofoir ait une décharge convenable dans quelqüe fofte ou marre voifine : car, s'il n'étoit pas poffible de remplir ces conditions préalables , il faudroit élever le fond de la Trempoire juf qu'à ce qu'on pût les accomplir. Lorfqu'on eft sûr de pouvoir les obferver, on peut alors déterminer l'étendue de la Batterie qui doit toujours être plus longue d'un y deux ou trois pieds dans un fens que dans l'autre ; mais cette étendue ne peut fe régler que d'après le calcul de la quantité de pieds cubes d'eau que doit contenir la Trempoire lorfquelle eft remplie d’herbe, Sc que l'eau eft à fix pouces de fes bords. C'eft pourquoi il faut d'abord multiplier la quantité des pieds de fa longueur, par celle de fa largeur, & multiplier enfùite le produit de ces deux grandeurs, par le nombre des pieds de fa hauteur, fans y comprendre les rebords qui font de fix pouces. Lorfqu'on a fait cette fécondé multiplication & tiré fbn produit, on en fouftrait la troifieme partie pour la place que l’herbe occupe dans ce vaifleau ; ce qui refte après la fouftraétion, égale la quantité de pieds cubes d'eau que doit recevoir le baffin de la Batterie, auquel il faut donner une telle proportion que fa longueur multipliée par fa largeur donne un produit, qui étant multiplié par trois pieds ou trois pieds & demi de profondeur , forme une quantité de capacité égale à la quantité du volume d'eau, trouvée au calcul de la Trempoire.
- Il faut fuppofer qu'on éleve enfuite fur les murs T, PL 4, fig. y , du baflin de la Batterie , une maçonnerie de deux pieds de haut, pour fervir de rebord à ce vaiiTeau , ce qui lui donne en tout j à J pieds & demi de hauteur, fur-tout quand on fe fert de Negres & de buquets pour battre la Cuve ; car on diminue les bords de fix pouces lorfqu'on fait mouvoir les buquets par un moulin.
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- 44 INDIGOTIER. Livre IL
- On obforveraici que le côté le plus étroit de la Batterie fe trouve toujours en face delà Trempoire , à moins qu’on ne foit dans le cas de faire battre plusieurs ; vaifleaux à la fois par des moulins à l’eau ou à mulets, ce qui néceflite alors une direction toute oppofée , comme B B y fig. I, PL y.
- Les bords de la Trempoire forment, comme nous avons dit , une pente intérieure , au quart d’équerre, d’environ fix pouces. Les bords du fécond vaifleau ont aufïï une petite pente, mais elle eft moins forte vers le dedans ; ceux du Repofoir font plats. Ce troifieme y ai fléau na pas une étendue déterminée, néanmoins le mur qui lui eft mitoyen avec la Batterie, fert ordinairement de mefure à fa longueur , pour ce côté là & celui qui le regarde en face ; 6 ou y pieds fufEfènt pour chacun des deux autres côtés de fa largeur.
- Le Diablotin ou le Baflînot K 9fig* 4PL 4, un peu échancré du côté qu’$ touche au mur de la Batterie, efl: profond de deux pieds y compris la forme ou follette P, & large de deux pieds & demi & même plus foivant la grandeur des premiers vaifleaux. La foflette peut porter y à 6 pouces de diamètre & autant de creux.
- La hauteur des murs contournants du troifieme vaifleau C 9 fig. 4 , PL 4, qui* vont fe réunir au mur mitoyen de la Batterie B, efl: d’environ trois pieds 8c demi à quatre pieds, en comptant le fond V du Repofoir C yfig. 5, PL 4 , à 6 pouces au-deflbus du dernier robinet de la Batterie. On pratique vers un des coins du Repofoir & du côté du mur mitoyen de la Batterie, qui lui fort d’appui , un petit efcalier L , fig, 1, PL 4, pour y defcendre 8c en fortir à volonté.
- La maçonnerie de ces vaifleaux & fur-tout du premier, doit être faite avec beaucoup de précaution 8c toute la folidité poflible, pour être parfaitement étanche 8c réfifter aux violents efforts de la fermentation ; c’efl pourquoi on en prépare les fondements par un mafllf de roches féches, bien garnies & pilonées, avant d’en maçonner le fond & les murs qui lui fervent de revêtement. On donne au mur de ce premier vaifleau iy , 20 , 8c même 24 pouces d’épaifleur, fur-tout lorfqu’il a vingt pieds quarrés ; 12 à ry pouces fufEfènt à l’épaifleur des autres vaifleaux ; mais on doit toujours en travailler le fond & tout ce qui efl: caché fous terre avec grande attention, de crainte que les fources voifines , ou les eaux qui proviennent de l’égout des terres , ne s’y infinuent. On n’emploie d'ordinaire à la liaifon de ces fortes d’ouvrages , qu’un mortier de fable & de chaux, quoique dans les quartiers où elle efl extrêmement rare ou chere, on fe fèrve avec fuccès de terre grafle pour les ouvrages qui font expofes en plein air ; mais on en recrépit toujours l’extérieur avec de bon mortier à chaux & à fable, & l’intérieur avec du ciment fait comme nous allons dire.
- Lorfque toute la maçonnerie efl bien féche , on fait un ciment compofe de chaux 8c de briques pilées 8c paflees au tamis, dont on enduit exactement tout l’intérieur & les bords des vaifleaux ; on a foin de polir l’ouvrage à mefure qu’il
- féche,
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- Chap. I. Des Bâtiments , Vaijfeaux & Ufienjiles. 45*
- féche, avec des truelles fines, & enfuite avec des cacones dont lecorce eft très-dure 8c très-polie , ou avec des galets de riviere ; ce qui demande l’application de plufieurs Negres enfemble pour preffer le ciment à mefure quil feche, & Fempêcher de laifler des gerçures.
- Comme il ne faut qu’une fente très-médiocre pour faire écouler une cuve toute chargée, on doit prendre, fitôt qu’on s’en apperçoit, des coquilles de mer de quelque efpeces qu elles foient, 8c les piler fans les faire cuire ; on les réduit en poudre, & on les paflè par le tamis. On prend enftute de la chaux vive auffi paflee au tamis ; on mêle ces deux parties enfemble, & on les délaye avec autant d’eau qu’il en faut pour en compofer un mortier ferme , dont on remplit en diligence la fente de la cuve; il en arrête fur le champ l’écoulement. D’autres réparent les fentes des Indigoteries de la maniéré fiiivante : On ouvre & on élargit intérieurement la fente en forme de rigole évafée , & de la profondeur de fèpt à huit pouces depuis le haut jufqu’en bas. On gratte les bords des petites fentes qu’on ne juge pas à propos d’ouvrir, comme le refte , & on en remplit le vuide avec un ciment compofé de parties égales de chaux vive , de brique pilée 8c ta-mifée , 8c de mâche-fer réduit en poudre, le tout délayé avec le moins d’eau qu’il eft pofiible.
- On prépare à Fille de France un maftic dont voici la compofition. On fait di£ foudre des coquilles de mer dans du jus de citron ; on tire le réfidu prove-; nant de cette diffolution * 8c on le mêle avec des blancs d’œufs pour en faire le maftic avec lequel on bouche parfaitement les fentes des Indigoteries.
- Le renom du ciment de la Chine, appellé Sarangoujli, nous engage à joindre fa recette à toutes les précédentes , quoiqu’on n’ait pu nous en donner les proportions. Ce ciment fè fait avec du Brai fec, de l’huile de Cocos, qui peut fo remplacer par de l’huile de Noix fécative, & de la chaux vive tamifée. On com-pofe de ces trois parties une pâte que l’on bat fur un billot à coups' de malle , jufq u’àce quelle devienne filante , maniable 8c propre à en faire ce qu’on juge à propos. Cette pâte devient extrêmement dure dans l’eau, & blanchit comme la porcelaine, ce qui fait qu’on s’en fert auffi pour recoller les vafes de cette efpece.
- Ceux qui n’ont pas le temps ou la commodité de compofer ces maftics * peuvent fe fervir du ciment ordinaire , qui étant bien fin, un peu clair & appliqué convenablement, produit le même effet.
- On doit outre cela avoir attention d’entretenir toujours une certaine quantité d’eau dans les vailfeaux qui doivent refter quelque temps en repos , afin que la chaleur excelfive n’y occafionne pas de femblables dommages.
- Lorfque ces travaux font finis, on drelîe , avec quelques fourches plantées en terre , un ajoupa ou efpece d’appenti fur le Repofoir, pour mettre l’Indigo fou-tire, & les Negres à l’abri. Quelques habitants font cet ajoupa allez grand pour couvrir auffi la Batterie & même la Trempoire*
- Indigotif*. M
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- 46 I N D I G O T I E R. Li r re IL
- Il eft confiant quil feroit très-avantageux d’avoir ce dernier vaiflèau à l’abri d’une pluie continuelle ou d’un violent orage ; car la fraîcheur & l’abondance de ces eaux retardent la fermentation 8c troublent les indices qui fervent à en faire connoître le jufte degré ; d’ailleurs il n’eft pas bien décidé que le trop grand air & l’extrême chaleur occafionnée par les rayons du foleil, foient les moyens les plus prompts pour exciter la fermentation ; ainfi on s’abftient de blâmer aucun de ces ufàges, qui ne paroiifent pas occafionner une différence bien fenfible fur la qualité de l’Indigo ; ce qui eft caufe que la plupart regardent cette couverture comme inutile fur la Pourriture. Il faut feulement avoir attention , quand on travaille à découvert dans un temps de pluie , de ne pas mettre tout-à-fait la même quantité d’eau dans la cuve.
- Comme il eft abfolument néceffàire d’empêcher la trop grande dilatation de l’herbe dans la Trempoire ou Pourriture A i & 4, PL 4, dont elle fùr-monteroit bientôt les bords, on plante à la profondeur de trois pieds en terre, quatre poteaux D , fig. 1 & 4, PL 4, de bois incorruptible, vers les quatre coins extérieurs du travers de la longueur de cette cuve ; lavoir, deux d’un côté & deux de l’autre, vis-à-vis le quart de la longueur du vaiffeau. Ces poteaux qu’on appelle les Clefs, s’élevant hors de terre à la hauteur d’un pied fix pouces au-deflus des bords de la Pourriture , préfentent chacun vers leur extrémité f une mortaife de fix pouces de large & longue de dix. Ces mortaifes font deftinées à recevoir des barres G 9fig, 1 & 3, PL 4, ou foliveaux qui paffent dire élément d’une clef à l’autre par-deflùs toute la largeur de la trempoire, & en même temps les coins ou couflinets par lefquels on affujétit les barres dans les mortaifes. Les barres de ces clefs font équarries de fix pouces fur les quatre faces, 8c quelque-, fois de fix fur huit.
- Lorfqu’on a chargé la cuve , ou que l’herbe y eft embarquée , on couche par-deflus & félon la longueur de la cuve, des paliflàdes ou planches 19fîg. 4, PL 4, de Palmifte tout près les unes des autres, 8c fur leur travers deux ou trois chevrons //. Les traverfes ou chevrons qui appuient fur ces paliflàdes, font des pièces de bois équarries de fix pouces fur les quatre faces ; on les affujétit en cet état par le moyen des coins ou étançons pofés entr’elles & les barres des clefs.
- La partie des poteaux ou clefs cachée en terre, doit avoir environ un pied 8c demi de diamètre ; celle qui eft dehors 8c qui furpafle la cuve d’un piçd & demi, doit avoir dix à douze pouces d’équarriflàge , afin de fupporter le travail 8c l’ouverture des mortaifes qui doivent être proportionnées aux barres dont nous avons parlé ci-deffus.
- Trois fourches N 9 fïg. I > PL 4, ou courbes de bois plantées en triangle des deux côtés de la Batterie ; favoir, deux d’un côté 8c un au milieu de l’autre bord, fervent de chandeliers ou d’appui au jeu des Buquets O M 1, PL 4 , employés à battre 8c agiter l’eau de cette cuve. Il y a des quartiers où l’on bat avec quatre buquets, 8c où par conféquent on met deux fourches d’un côté 8c deux
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- Chap. I. Des Bâtiments, Vaiffeaux & VfienfiUs» 47
- de l’autre , mais toujours dans une pofition alternative , comme les trois dont nous venons de parler.
- Le buquet efl: un inftrument compofé d’un caiflbn M, fig. î , PL 4, fans fond , uni à un manche O. Ce caiflbn efl: formé de l’aflbmblage de quatre morceaux de fortes planches. Il reflemble a une petite creche, ou a un pétrin de Boulanger, dont on auroit levé la couverture & le fond ; ainfi l’ouverture fupé-rieure en efl beaucoup plus large que l’inférieure ; mais les deux bouts de ce caiflbn font perpendiculaires ou verticaux, c’eft-à-dire, qu’ils ne s’évafent point du tout. La longueur du buquet efl: de douze à quinze pouces ; là largeur fiipé-rieure de neuf à dix pouces ; l’ouverture inférieure efl: de trois à quatre pouces, & fa profondeur de neuf à dix pouces. Au refte, ces mefures font fort arbitraires. Pour l’emmancher, il faut faire une mortaifo droite au milieu d’une des planches qui forme la longueur , & une autre au milieu de la longueur de la planche oppofée, mais un peu plus bas que le milieu, c’eft-à-dire , qu’il faut approcher cette fécondé mortaife du côté où le buquet fe ferme. Après quoi on l’ajufte par la première de ces ouvertures, à une gaule de la groflfeur du bras , gui de cette maniéré le traverfo obliquement de part en part. On arrête enfùite le buquet par une clavette qui traverfo le bout de la gaule ; après quoi on pofe cette gaule entre les branches du chandelier N 9Jfig. 1, PL 4 , placé à hauteur d’appui, & on l’y afîùjétit au moyen d’une cheville de fer qui traverfe le tout, & laiflb au Negre qui en tient le manche , la liberté de plonger & de relever le buquet.
- La longueur de la gaule depuis fon point d’appui, lur la fourche qui touche le mur de la Batterie, jufqu’au caiflbn, fe réglé fur la melure du travers entier de la Batterie , dont on retranche un pied, afin que le buquet foit franc dans fon mouvement, <Sc qu'il n’endommage pas la muraille de ce vaiflbau. Il faut que ceux qui battent la cuve avec ces inftruments, s’accordent exactement à donner leur coup enfemble , fans quoi l’eau rejaillit de plus de quatre pieds au-deflus du baflin.
- On fe fert aufli de deux efpeces de moulins pour battre l’Indigo ; les uns fe meuvent par l’eau, & les autres par des chevaux. La Planche 7, fig. 2 , 7 & 9, repréfente le plan, la coupe & la perlpeélive d’un moulin à chevaux ; & la même Planche, fig. 12 , la perfpective d’un moulin à Peau. On a mis l’explication de toutes ces figures à côté des Planches ; car le détail de leur méchanifîne qui regarde plus 1 Art du Charpentier que celui-ci, efl: trop long pour en donner ici une defcription complette. Il fuffit de lavoir que dans les uns comme dans les autres, tout le mouvement fe rapporte à un arbre couché ftir le travers de la Batterie , lequel étant terminé à chaque bout par un aiflïeu de fer, roule fur des colets de même matière , pofés fur les deux côtés de la Batterie , & que cet arbre efl: garni de quatre cuillers allez longues pour que leur caiflbn fe remplifle d’eau en tournant. Ces caillons font alors fermés par le bas , & ils doivent fe féparer de leur manche quand on le juge à propos ; parce que fi le moulin efl: fait pour
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- 48 INDIGOTIER. Livre IL
- battre plusieurs cuves, il eft inutile de lailïèr ces pièces attachées aux arbres qui ne font rien. On trouvera fur chaque Planche une échelle qui indique les proportions de ces moulins. Quelques-uns pour éviter les frais d'un moulin, placent tout fimplement fur le travers de leur Batterie , un arbre garni de palettes, fig. il, PL J, auquel on imprime un mouvement de rotation par le moyen de deux manivelles fixées à fes deux aiflieux^ On peut encore confulter, au fujet de ces fortes d’ouvrages, le méchanifme du rouleau des Indiens 9fig. 7, PL y , décrit au Chapitre des Fabriques de l’Afie , & qui paroît très-bien imaginé.
- Comme la fécule, en tombant dans le Diablotin K 9fig» 4, PL 4, eft encore remplie de beaucoup d’eau , on la retire de ce vailfeau pour la mettre à s’égoutter dans des fàcs d’une bonne toile commune, point trop ferrée.
- Ces Sacs Z 9fig. 1, PL 5 , font ordinairement longs d’un pied à un pied & demi, quarrés ou en pointe par le bas, & larges de huit ou neuf pouces en haut. On fait tout près de leur ouverture des œillets ou boutonnières, & on y palTe des cordons ou lacets courants , par lefquels on les fufpend des deux côtés aux chevilles ou crochets d’un râtelier U\fig* 1, PL y , fixé en Ufig. 1,4 <S* y, PL 4, aux murs du Repofoir. Quand les fàcs ne rendent plus d’eau, on renverfe la fécule, qui eft encore molle comme de la vafe épailfe, dans des cailTes de bois A 9fig. 3 , PL y , pour l’y faire fecher. Ces cailles font d’un bois léger, longues de trois pieds, larges d’un pied & demi, & profondes de deux pouces.
- On expofè ces cailles A, fur des établis B , fig, 8 , PL 5 , dont une partie eft à couvert fous un bâtiment S , fig, 8, P/, y , appellé la Sécherie, & l’autre en plein air.
- Ces établis font compofés de deux files ou rangées de poteaux de bois, plantés en terre jufqu’à hauteur d’appui, fur le fommet defquels on cloue tout du long des palilîades ou lifteaux de Palmifte, dont on ne marque pas les proportions ; il fuffit qu’ils foient alfez forts pour fupporter les cailTes ; mais il eft nécelîàire qu’ils foient écartés de deux pieds pour qu’on puilfe aifément palTer entr’eux, & que les extrémités des cailTes ayent un appui d’environ fix pouces de chaque côté.
- On ne peut donner ici les proportions de la Sécherie, parce qu’il n’y a aucune réglé fixe au fujet de la grandeur de ce bâtiment, qui relfemble à un han-gard ou à une grange, dont le devant d’un bout n’auroit pas de clôture. On fait à l’autre bout de la Sécherie, un petit magafin M9fig.$9PL y, pour renfermer l’Indigo lorfqu’il eft entièrement fec ; le refte de ce bâtiment fert d’abri à celui qu’on veut faire fécher lorfqu’il pleut, ou retirer pendant la nuit comme on le fait toujours.
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- CHAPITRE
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- Chap. II. Dis efpeces & différentes qualités de VIndigo, êc.
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- CHAPITRE SECOND.
- Des efpeces SC differentes qualités de VIndigo , SC des accidents auxquels U ejl fujet depuis la plantation de fa graine
- jufqu’à fa récolte.
- L’Indigofere, i*Anil ou l’Indigo, croît naturellement & fans culture dans tous les pays qui fe trouvent deflous ou près de la Zone-Torride, On en connoît cinq efpeces dans nos Colonies ; lavoir, le Maron, ou celui de Savane , le Mary , le Guatimala, le Bâtard & le Franc.
- Toutes ces efpeces ont entr’elles plufieurs traits de reffemblance, & il faut quelque étude à un nouveau venu,avant de pouvoir en diftinguer la différence au premier coup d’œil ; ainfi fur la defcription de la derniere, on peut fe former une idée générale de toutes les autres.
- L’Indigo franc de nos Colonies de F Amérique, fg. I , PL 8, eft une plante droite , déliée , garnie de menues branches , qui en s’étendant, forment d’ordinaire une petite touffe. Elle s’élève jufqu’à trois pieds de hauteur & même beaucoup plus, quand elle fe trouve en liberté dans un bon terfein, ou fà principale racine 9fig. i, VL ï , commence toujours par pivoter. Cette racine & les autres qui en proviennent peuvent s’étendre jufqu’à 12 à iy pouces de profondeur ; d’ailleurs elles font blanches, ligneufes, rondes, dures & tortueufes. Cette plante qui, avec le temps, devient ligneufe 8c cafîànte, fe divife quelquefois dès le pied, en petites tiges couvertes d’une écorce grisâtre, entremêlée de verd. Ces tiges font rondes, ainfi que leur fouche, qui peut avoir 4 à y lignes de diamètre, plus ou moins fuivant le terrein. L’intérieur en eft blanc ; les branches fe garnirent de petites côtes, dont chacune porte jufqu’à huit couples de feuilles, terminées par une feule qui en fait l’extrémité. Ses feuilles font ovales, tant foit peu pointues, unies , douces au toucher, 8c alfez femblables à celles de la Luzerne ; mais pour la couleur, la figure, la grandeur & la difpofition des feuilles fur leur côte , aucune plante n’approche plus exactement de l’Indigo , que le Galega, appellé en François Rue de Chevre, ou que le Trifolium. Le feuillage de l’Indigo répand une odeur douce affez pénétrante, mais peu flatteufe , & qui a quelque léger rapport à celle de la fécule defféchée & bien fabriquée. Sa feuille préfente auffi au goût une faveur affez approchante de celle de fa fécule , entremêlée d'une petite amertume piquante, répandue dans tout le refte de la plante. Les branches fe chargent de petites fleurs d’un rouge violet très-clair & d’une odeur légère , mais agréable. Ces fleurs font aîlées ou papillonacées, compofees chacune de Indigotier, N
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- JO INDIGOTIER, Livre IL
- cinq pétales. Le pétale fupérieur eft plus large & plus rond que les autres, & profondément dentelé tout autour ; ceux d’en-bas font plus courts & terminés en pointe avec un piftil au milieu.
- A ces fleurs reflemblantes à peu-près à celles de notre Genêt, mais bien plus petites, fuccedent des Cliques roides Sc caffantes, rondes, grainelées, un peu courbes , d’environ un pouce de longueur , Sc d’une ligne & demie de diamètre.’ Ces coflès renferment cinq ou Cx femences ou graines femblables à de petits cylindres d’une ligne de long, luifmts, très-durs , Sc d’un jaune rembruni. Le feuillage de cette efpece foifonne plus en fécule, proportion gardée , que celui des autres , Sc le grain qui la compofe eft plus gros. Je n’ajouterai point que la Marchandife provenant de l’Indigo franc, eft néceffairement plus belle que celle de l’Indigo bâtard ; car de vieux Praticiens foutiennent que la plus brillante qualité , telle que celle du bleu flottant ou du violet 9 ne dépend point de l’efpece de l’herbe, puifque les deux dont il eft queftion , donnent tantôt le bleu ou le violet 5 tantôt le gorge de pigeon ou le cuivré , &c. mais feulement de certaines circonftances plus aifées à foupçonner quà déflnir au jufte , au nombre defquelles on fait concourir la qualité du terrein, la coupe de l’herbe avant fà maturité , l’imperfeélion de la fermentation Sc du battage ; quelques-uns y ajoutent la chenille qui ronge l’Indigo , Sc qu’on met avec l’herbe dans la cuve. Il paroît ce* pendant que le plus ou moins d’onéluofité dans le feuillage, Sc la maniéré de fécher fa fécule, doivent beaucoup contribuer à la légéreté & à la beauté de ces matières ; on pourroit même foupçonner que la quantité Sc la qualité de l’huile qu’on répand dans la Batterie, y entrent pour quelque chofe.
- Au refte, l’Indigo franc fe fait avec facilité ; mais le fiiccès de fà plantation eft fort douteux. Sa tige tendre & délicate, eft expofée en naiflànt à beaucoup d’accidents : le vent ? la pluie, le foleil, tout confpire à fà deftruétion ; la terre même où il croît fenibie lui refufer fes fecours ; fi elle eft un peu ufée, il languit fiir pied 3 Sc ne produit que de foibles tiges, quipériffent dès leur naiflànce. Une des principales caufes de fà perte dans le premier mois, eft le brûlage, c’eft-à-dire, l’accident auquel il eft fujet, lorfqu’après un grain de pluie 9 le foleil vient à darder fubitement fes rayons fiir la terre ; il échauffe tellement l’eau qui n’a point affez pénétré, que cette jeune & foible plante, extrêmement fenfible à fes racines , fe couche Sc fe fanne comme de l’herbe échaudée.
- Il eft encore attaqué pendant ce temps, par un infèéle qu’on appelle J^er brûlant ou Colleux. Cet animal, dont la figure eft approchante de celle d’une petite Chenille , s’attache à fà fommité Sc l’enveloppe d’une toile à peu-près femblable à celle de l’Araignée, qui l'étouffe en la privant d’une rofée rafraî-chiflànte, & de la liberté de l’air fi nécellàire à la tranfpiration des végétaux , laquelle fe change, dans cette toile, en vapeurs brûlantes, lorfque le foleil vient à donner deflus.
- A ces accidents, il faut ajouter le fléau général des Chenilles. On voit queli
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- ’Chap. IL Des efpeces & différentes qualités de l'Indigo , &c. '
- quefois des eiîams de Papillons , les uns blancs & les autres jaunes , voler de quartier en quartier , pour dépofer leurs œufs dans les jardins à Indigo ; la chaleur y fait éclorre une quantité innombrable de Chenilles, & les fait croître, dans cette abondante nourriture, fi promptement, qu elles dévorent quelquefois en moins de quarante-huit heures des chaflès entières d’indigo. La crainte continuelle ou Ton eft d un tel accident, eft prefque toujours accompagnée d’un danger réel caufe par le Rouleur, autre efpece de Chenille plus grofte que les dernieres. Ces animaux s’attachent à ronger fécorce des fouches & les bourgeons à mefiire qu’ils repoufient : ces infeétes , par un inftinét tout particulier , fe cachent fous terre pour éviter les plus fortes chaleurs du jour, 8c ils en fortent à la fraîcheur pour travailler de nouveau le refte du jour 8c la nuit fuivante. Ce manège , qui dure quelquefois deux mois de fuite, fait tellement languir & foüf-frir les tiges, que plufieurs périiTent fans refiource ; après quoi ces infeéles fe con-vertiftbnt en chryfàlides pour devenir papillons 8c habitans de l’air. Ce malheur eft d’autant plus grand , qu’il arrive toujours dans la plus belle fàifon , 8c lorfque l’Indigo rend le plus. Les habitants qui ont des troupeaux de cochons ou de coqs d’Inde, 8c qui connoiflènt leur goût 8c leur avidité pour les Chenilles , les lâchent aiors dans leurs jardins , pour diminuer au moins le nombre de ces ennemis ; mais la chair des coqs d’Inde en contracte un goût fi défagréable, qu’il n’eft pas poffible d’en fèryir fur la table , tandis qu’ils en font leur principale nourriture, 8c même quelque temps après.
- Cet expédient tout utile qu’il puiffe être , n’approche cependant pas de celui qu’on emploie auffi avec le plus grand fuccès pour détruire la toile dont le Ver brûlant ou le Colleux enveloppe la fommité de l'Indigo. Il confifte à faire prendre à chacun des Negres un balai de trois pieds de long, compofe de branches feuillues, & de leur faire palier ce balai fur la tige des jeunes Indigos , dans le temps où le foleil eft dans toute fa force, c’eft-à-dire, entre onze heures & midi, & où la terre eft brûlante , parce que dès que la Chenille eft bleflee par la violente fecouffe de cette opération, elle tombe fur le fol dont la chaleur la fait mourir en moins de deux heures. Il en eft de même à l’égard des Chenilles qui remontent fur les fouches de l’Indigo dès qu’on vient de le couper, 8c qui en rongent toute l’écorce ; mais il faut alors employer des balais plus forts & fans feuillage, qu’on fait paflèr fur les fouches à tour de bras.
- Pour que cette manœuvre ait tout fon effet, il faut que de longue main le terrein foit net & dégarni des mauvaifes herbes. Quant à la toile du Ver brûlant, on la détruit parfaitement en paifant le balai feuillu fur la tige de l’Indigo.
- Le Mahoqua eft encore un de fes plus dangereux ennemis ; cet animai qui ne fort jamais de defious terre , eft un gros ver blanc qui devient quelquefois aufïï long 8c auffi gros que le pouce ; fes mâchoires font fi fortes, qu’il coupe 8c qu’il ronge les racines de l’Indigo, ce qui fait qu’il ne tient prefque plus à la terre,
- & quen tirant deflus on l’arrache aifément. Lorfqu’on -reconnoît la caufe de là
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- p I N D I G O T I E R. Lîfre IL
- langueur & de Ion dépérifîement, on fait fouiller la terre dans les endroits ou le mal eft le plus eonfidérable, pour découvrir Sc ramafler ces infeétes, dont les Negres ne manquent guere de remplir leurs paniers, qu’ils vont vuider enfuite dans quelque marre ou foffé plein d’eau.
- L’Indigo bâtard attire moins tous ces infeétes ; mais il eft fujet à (on tour dans la faifon avancée, où les pluies Sc les chaleurs font fortes , à décharger , c’eft-à-dire, à fo dépouiller aifément de fes feuilles ; d’où il réfolte l’obligation de couper beaucoup plus d’herbe pour remplir une cuve, & une perte eonfidérable pour le propriétaire.
- Si l’on fait réflexion à tant d’accidents qu’il eftimpoflible de prévenir, on ne fera pas forpris que la plupart des quartiers de Saint-Domingue, où le nombre de ces infeétes s’eft multiplié plus que par-tout ailleurs, en ayent abandonné la culture , qui lésa mis la plupart en état d’établir des Sucreries, dont les revenus font en effet plus folides. Les Negres mêmes en préfèrent le travail à tout autre, malgré l’af-fiduité Sc les veilles continuelles qu’ils font à tour de rôle auprès des moulins & des chaudières à Sucre , par rapport aux petits profits qu’ils font for les firops qu’on leur diftribue tous les Dimanches, & que les autres Negres achètent pour fe régaler en en mêlant une certaine quantité avec de l’eau, dont ils font une boiffon à laquelle ils donnent le nom de Râpe. Les quartiers de Saint-Domingue où l’on a vu les Manufaétures les plus floriffantes en ce genre, font Aquin, Nippes, les Arcahaix, le Boucaffin, les Vafes, Mirbalais, les Gonaïves Sc l’Ar-tibonite , où il s’en trouvoit d’affez confidérables pour occuper cinq à fix cens Negres. Le Limbé, Port-Margot, Plailànce & Saint-Louis du Port-de-Paix, font les quartiers de la dépendance du Cap, où il s’en eft fait le plus, bien que ce plus fût peu de chofe en comparaifon des précédentes. Mais la Louifianne commence à en fournir quantité de très-beau : on ne fait ce qui empêche les habitants de Cayenne de s’y adonner avec la même ardeur, le peu d’indigo qui vient de ce pays étant très-eftimé.
- L’Indigo bâtard différé de la précédente elpece, fur-tout par la fopériorité de là grandeur ; il croît par-tout, mais toujours moins haut dans une terre ingrate : fa feuille eft plus longue Sc plus étroite que celle du franc, moins épaiflè, d’un verd beaucoup plus clair, un peu plus blanc par le deffous ; le revers de cette feuille eft garni d’un poil fobtil, piquotant, facile à détacher Sc très-inquiétant pour les Negres qui s’en chargent. Ses filiques plus courbées que celles du franc, font jaunes, Sc fes graines noires, luifantes comme de la poudre à feu, & ayant, comme celle de toutes les autres elpeces, la forme de petits cylindres. U croît jufqu’à fix pieds de hauteur, Sc même beaucoup plus. S’il eft vrai, comme on n’en peut guere douter, que quelques-uns ayent réufli à en tirer parti après qu’il a atteint une extrême grandeur Sc qu’il a porté fleur Sc graine , il n’en eft pas moins vrai que c’étoit faute de mieux , & que la rareté comme la difficulté du fuccès, comparées ave'c les expériences inutilement réitérées par les meilleurs
- Indigotiers ,
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- C H a p. II. Des efpeces & differentes qualités de t Indigo, &c. 53
- Indigotiers,doivent engager àfuivre,autant qu’il eftpofïïble, l’ufage ordinaire où Ton eft de le couper lorfqu’il approche de trois pieds & qu il entre en fleur, dont lodeur fuave eft très-remarquable, & que preflànt légèrement une poignée de fon feuillage, il eft affez roide pour fe rompre un peu, & faire un petit bruit comme s^l cnoit dans la main» Ces deux dermeres remarques de la fleur du cri, conviennent également à l'Indigo franc comme au bâtard, quelque hauteur qu’ils ayent, & fervent en général de réglé pour la coupe de l’un & de l’autre. Il y a pourtant des circonftances où il eft néceflàire de l’avancer, & d’autres où il faut la différer. L’Indigo fe trouve dans le premier cas, lorfque la Chenille eft en fi exceflîve quantité, qu’on appréhende qu’elle n’ait tout mangé avant le temps convenable ; mais il rend beaucoup moins, & la marchandife qui en provient eft fujette à manquer de liaifon, dont le défaut, foppofé qu’on réuflifle dans le refte de fon apprêt, diminue toujours le prix. On fe trouve dans l’autre cas, lorfque par une trop grande abondance de pluie l’Indigo a crû tout d’un coup, & qu’il y a apparence de beau temps ; parce que huit jours de temps favorable lui donnent du corps & diflipent les difficultés qui pourroient fe préfenter à la fermentation ; fans cette précaution il embarrafferoit le plus habile Maître : on fe voit même quelquefois contraint par l’excès des pluies, for-tout dans la première faifon, de jetter toute une coupe, foit parce que Ion grain n’ayant point affez de corps, fe diflout au buquet, foit parce que ces pluies venant à battre l’Indigo dans fon état de maturité, le font décharger ou font tomber toutes fos feuilles, de maniéré qu’il ne refte plus que des balais ; alors pour ne pas occuper inutilement les Negres, on fait couper l’herbe fans différer, afin de ne pas retarder la coupe foivante.
- La fabrique de l’Indigo bâtard eft un peu plus difficile que celle du franc, 8c le grain de fa fécule n’eft pas fi gros ; mais on en eft bien dédommagé par les avantages que celui-ci n’a pas. Premièrement, l’Indigo bâtard vient par-tout, & en tout temps ; fecondement, fon herbe eft moins fujette aux Infeéles, Sc elle réfifte plus long-temps à leur attaque ; les pluies mêmes ne fàuroient l’endommager que par un excès d’autant moins commun, que les pays fe découvrent & s’habitent de plus en plus. Volume pour volume d’herbe, cet Indigo rend moins à chaque cuve que le franc, parce que fon feuillage porte for de grandes fouches qui tiennent beaucoup de place inutile dans la cuve. Mais ce défaut eft compenfé par l’étendue du terrein & la richefle de ces tiges, dont on coupe & on découvre un bon tiers de moins pour remplir une cuve. Le tout bien calculé, on trouvera que l’un revient bien à l’autre ; & comme il eft rare qu’il périffe dans fes commencements, on en plante toujours fans aucun égard à la difficulté de la fabrique, for-tout dans les vieux terreins , réfervant les meilleures terres pour le franc : mais il eft très-délicat for fon point de maturité, qu’il faut examiner avec foin, & fe bien garder d’en laiffer nouer la graine ; car pour lors il eft très-difficile a faire ; & fi l’Indigotier eft affez habile pour y parvenir, il rend fi peu, à moins Indigotier* O
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- qu’on ne foie dans les plus forces chaleurs, que la peine pafle le profit. Mais û on eft exaét à le couper à propos, on en fait de Undigo magnifique, lorfqu’on porte tous fes foins tant à la fermentation qu’au battage.
- Cette efpece d’indigo eft très-longue à croître ; c’eft pourquoi plufieurs préfèrent le franc, quand le terrein le permet; celui-ci en deux mois, quelquefois fix fèmaines, peut fe couper. Quant au bâtard, il lui faut plus de trois mois ; nonobftant cela on fait quelquefois un mélange de l’un 8c de l’autre, lorfque l’arrangement des plantations ou des coupes le permet ; le rejetton du bâtard ayant cela de commun avec le franc, qu’il pouffe fes rejettons auffi vite que celui-ci, & que fix fèmaines après on les coupe & on les joint comme fi les deux elpeces n’en faifoient qu’une. Ce mélange produit un grain ferme & de bonne groffeur, qui facilite l’Indigotier, 8c lui procure le moyen de conduire la fermentation 8c le battage du tout à fon plus jufte degré.
- Les habitants de Saint-Domingue ne travaillent que fur l’herbe de l’Indigo franc ou fur celle du bâtard, 8c la plupart regardent toutes les autres auxquelles on donne différents noms, comme des plantes dégénérées de l’une ou de l’autre de ces deux premières efpeces. Le peu d’attention qu’on donne ordinairement aux chofes qu’on regarde comme inutiles, a pu contribuer à cette opinion. Mais M. Monnereau , Auteur du parfait Indigotier, qui s’eft fait une étude du nom & des principales différences de ces plantes incultes, y a remarqué des caraéteres particuliers qui l’ont engagé à les ranger comme il convient, dans des claffes féparées dont nous allons fiiivre l’ordre 8c la diftinétion.
- L’Indigo , qu’on appelle à Saint-Domingue Guatimalo, eft une efpece qui a tant de reffemblance 8c de rapport au bâtard, qu’il feroit prefqu’impoffible de les diftinguer l’un de l’autre, fans fes Cliques 8c fa graine colorée de rouge bruni.
- Le Guatimalo eft très-difficile à faire, 8c rend beaucoup moins que le bâtard , ce qui fait qu’il n’eft guere en ufàge ; mais comme il croît avec les efpeces dont on veut recueillir la graine, 8c qu’on ne peut la trier, parce que cela demanderait un temps infini, il s’en trouve toujours de mêlé avec l’autre.
- L’Indigo fauvage ou Maron, croît dans les favanes & les terreins incultes ou abandonnés ; il reffemble à un petit arbriffeau dont le brin court 8c touffu eft fort gros, en comparaifon des autres, qui n’ont guere que trois à quatre lignes de diamètre au bas des tiges les mieux nourries, le commun étant beaucoup plus petit ; les branches du Maron font fouvent adhérentes à fà racine ; fes feuilles font plus rondes & plus petites que celles du franc, mais très-minces . on le regarde pour cette raifon comme intraitable ou peu propre à récompenfer l’ouvrier de fon travail. Quelques perfonnes m’ont cependant afluré en avoir tiré de bon Indigo. Mais il y a apparence que l’herbe étoit jeune, & qu’ils n’en avoient pas d’autre pour occuper leurs Negres en ce moment.
- L’Indigo Mary a de la reffemblance au franc par fes feuilles, excepté quelles
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- Chap. II. Des efpeces & différentes qualités de L'Indigo, 55
- foient moins charnues ; il s’en trouve rarement. Quelques-uns afTurent qu’il rend beaucoup ; mais on ne peut conftater cette prétention, puifqu’on ne con-noît perfonne qui en fabrique.
- Il y a encore une efpece d’indigo très-différente de toutes les autres, dont les branches s etendent à plus de fix pieds à la ronde, Sc dont les coffes ont un pied de long Sc la figure d’une aiguille à emballer ; perfonne , fuivant toute^ apparence , n’en a fait l’épreuve, puifqu’on ne parle point de fa qualité.
- Premier Indigo Jauvage de la Jamaïque (1).
- L a tige de cette plante, fi g. 2, PL 8 , eft ligneufe & couverte d’une écorce lifle, d’un brun noir, s’élevant à quatre pieds de hauteur, Sc pouflànt par les côtés différentes branches garnies d’une quantité prodigieufe de feuilles ailées , placées fur des côtes de quatre pouces de longueur, dont un bout eft dégarni ; le refte de ladite côte porte des feuilles accouplées vis-à-vis l’une de l’autre à un tiers de pouce de diftance, Sc une feule à l’extrémité. Chaque paire de feuilles a une petite queue d’un huitième de pouce de longueur \ la feuille a un pouce de long Sc un demi-pouce de largeur : elle eft unie Sc de couleur verte , tirant fur le bleu, femblable à celle des feuilles du Sain-foin. De l’aiffelle des feuilles fort une petite tige d’où naît un long épi, autour duquel font placées de très petites fleurs papillonacées partie rouges, partie vertes, d’où naiflènt ou pouflent plu-fieurs goufles d’environ trois quarts de pouce de long, rondes & de la forme d’une faucille , courbées en dedans de leur tige Sc contenant quatre pois & quelquefois plus, d’une forme quadrangulaire , de couleur brune , luifànte Sc de la groftèur de la tête d’une petite épingle ; il croît fouvent dans les champs & à l’entour de la ville. Il croît aufli dans les Ifles Caribes.
- Second Indigo Jauvage de la Jamaïque ( 2 ).
- Cette plante a une très-petite racine ; fà tige eft dure, ronde & verte, s’élevant à trois pieds de hauteur, ayant quelques branches de chaque côté de la cime, dont les feuilles font aîlées , au nombre de fix pour l’ordinaire ou de trois paires placées vis-à-vis l’une de l’autre , & s’élargiffant à leur extrémité à peu-près comme le Colutea Scorpioides, C. J?. Pin. Leur couleur eft d’un verd bleuâtre, & l’odeur très-défàgréable. Les fleurs d’un jaune foncé, font com-pofees de cinq pétales, formées la plupart en aîle de papillon ; la feuille pendante fur un petit pied. A ces fleurs fuccede une cofle angulaire Sc brune de deux pouces de longueur, contenant un rang de petites graines rhomboï-dales d un brun luifànt.
- -Sloane à h Jamaïque , j cette Ifle,Vol. 2, Sed.
- 9» 37.
- (2) Voyages de Han-Sloane à la Jamaïque , Sc Hiftoire Naturelle de cette Ifle, fol. %% * Vol. 2 * Sed. 21.
- * r!.lV°yaêes de Han ce Hiftoire Naturelle de
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- Cette plante fort avec abondance après la faifon des pluies, & les terreins dé la Savanne de Saint-lago de la Vega, qui font argileux, en font remplis. Elle poulie d’abord deux feuilles féminales telles que le font différents légumes.
- Rochefort (i) raconte quil en croît dans nos Mes de l’Amérique, une elpece qui n’a pas plus de trois pieds de haut, dont la fleur eft blanchâtre 8c {ans odeur, & aufli une autre dont l’elpe'ce eft femblable à celle qu’on trouve dans llfle de Madagafcar, dont les fleurs font petites, d’un pourpre mêlé de blanc & d’une odeur agréable, laquelle eft vraisemblablement la même que Pifon appelle Ban-ghets, dans fon Hiftoire de Madagafcar.
- Parmi les habitants qui fabriquent de l’Indigo , il y en a peu qui s’occupent à faire de la graine , c’eft- à-dire, à planter de l’Indigo pour en recueillir la fe-mence. Ces deux elpeces de travaux forment, pour ceux qui s’y appliquent, comme deux états féparés. Mais comme malgré la différence de leurs pratiques, ils ont un rapport eflentiel l’un à l’autre, nous nous croyons obligés de rapporter ici tout ce qui eft capable d’inftruire ceux qui voudraient entreprendre le travail de la graine. Les habitants qui s’adonnent à cette culture , fe placent ordinairement dans les Mornes ; les uns récoltent la graine du franc, les autres celle du bâtard ; quelques-uns font de la graine des deux elpeces, 8c jamais d’autres. Voici comme on parvient à la récolte du franc : Lorfque le terrein eft préparé ,.les Negres A, fig. 2, PL 9 , fouillent avec le coin de leur houe yfig. 4, PL 9 y des trous D, fig. 2 > PL 9 > profonds de deux pouces, & diftants l’un de l’autre de 8 pouces, dans lefquels on met 4 ou y graines d’indigo qu’on recouvre avec le pied ; on le làrcle lorfqu’il a quatre travers de doigt de hauteur , & on réitéré enfoite les fàrclaifons autant qu’il eft befoin. Au bout de quatre mois fa fleur tombe 8c fait place à fa gouffe $ c eft ainfi qu on appelle la filique de l’Indigo qu’on laifle for pied jufqu’au temps de là maturité, c’eft-à-dire , juf* qu’à ce quelle commence à noircir ; on coupe alors la plante à deux pouces de terre , & on la porte telle quelle eft for une elpece d’aire ou terrein battu & bien balayé, for lequel on la laifle fécher ; mais on la retire de deffus l’aire, & on la met à l’abri quand il pleut ; lorfqu elle eft féche, on l’abat avec un gros & long bâton pour en rompre les goufles & les détacher de la plante. Quand cet ouvrage eft achevé, on enleve la plante, & on la jette comme inutile, après quoi on ramafle les goufles 8c la graine qui en eft déjà féparée, 8c on conferve l’un & l’autre en tas Fyfig. 10, Pi. y , dans des magafins. Lorfqu’ils ont fini leur récolte 8c qu’ils en veulent vendre, ils la font piler dans un mortier C,fig. n , P/, y, de bois. Ce mortier eft fait d’un gros rouleau de bois creufé par un bout de la profondeur de deux pieds ; fon entrée a un pied de diamètre , 8c elle va toujours en diminuant jufqu’à fon fond , ce qui repréfente en creux la figure d’un pain de fucre renverfé. Le manche ou pilon D ^fig. 12 9 PL J , eft un morceau de bois dur de quatre pieds & demi de longueur, & de la grofleur d’environ ( 1 ) Jardin Indien Malabarc, par M, Rhede, Tome I, page 101 & frivantes.
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- C H a P. IL Des efpeees ô différentes qualités de V Indigo , êc. 57
- deux pouces 8c demi de diamètre , arrondis par en bas ; lorfqu on a rempli de goufles le pilon, on met à l’entour deux ou trois Negres E,fig. 13 , PL 5,avec chacun un manche tel quon vient de le décrire , & ils la pilent jufqu à ce que la graine foit féparée de là gouflè ; apres quoi ils la vannent, la netoient 8c la mettent enfuite dans des banques défoncées par un bout ; cette graine fe vend par barils aux habitants Indigotiers. Ces barils font les mêmes que ceux dans lefquels on met la farine qu’on envoie de France à l’Amérique.
- Les louches de l’Indigo pouflent après la coupe, de nouveaux jets quipro-duifent comme les précédents, 8c dont on ramaffe la graine comme ci-defius.
- L’Indigo franc coupé de cette façon, peut réfifter environ deux ans ; mais comme il périt toujours quantité de fouches à chaque coupe, on remet l’année fuivante de la graine dans les endroits dégarnis.
- La plantation 8c les làrclailons de l’Indigo bâtard fe font de la même maniéré que celles du précédent ; mais la graine le ramaflè tout différemment, parce quelle ne mûrit jamais tout à la fois, les baffes branches fleuriflànt 8c donnant leurs gouffes bien plutôt que celles d’en haut. Lorlque ces goufles mûriffent elles font d’un rouge noir , ou d’un verd noir, ainfi que celles du franc. Si on la laiiîbit trop long-temps for la branche, elle noircirait tout-à-fait, & cet excès de maturité endurciffant trop la graine, la rendrait plus difficile à lever. Lorf-qu’on s’apperçoit aux remarques ci-deflus , qu’elle eft bonne à prendre, on fait porter des paniers aux Negres for le lieu où ils doivent la ramaffèr. Lorlqu’ils y font rendus , ils fuivent les pieds d’indigo l’un après l’autre, & ils en détachent les gouffes qui font mûres, à pleines mains ; car elles viennent par paquets ou floccons de diftance en diftance le long des branches ; ils apportent à midi & le foir leurs paniers qui en font remplis. On expofe cette graine au foleil for des draps de toile , jufqu’à ce quelle foit bien féche ; après quoi on en pile les gouffes ainfi que celles du franc ; on la vanne enfoite, & on la ferre dans des banques défoncées par un bout. Aufli-tôt que la cueillette générale des bafles branches eft finie, on travaille à celle des branches fupérieures 8c de la cime, qui fe fait comme la précédente. Cette fécondé cueillette efl: à peine terminée , qu’on en recommence une nouvelle fur les premières branches, où il fe reproduit bien vite d’autre graine qui a mûri dans cet intervalle, & ainfi de foite.
- Mais comme l’Indigo bâtard végété beaucoup , & qu’il croît jufqu’à 12 pieds de haut dans les bons terreins, ce qui rend la cueillette de fa graine extrêmement difficile , 8c que la vieilleffe de là tige pourroit nuire à fon rapport, on a foin de la couper tous les ans à 4 ou 5 pouces de terre, afin que là fouche donne des rejettons qui produifent la même quantité de graine, dont on fait la récolte beaucoup plus aifément. Cette herbe fe foutient ainfi plufieurs années.
- La graine de l’Indigo franc 8c celle du bâtard, ont exa&ement la même figure cylindrique, c’eft-à-dire , ronde for fa longueur & plate par les deux bouts. Indigotier. P
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- La couleur du franc eft d’un jaune rembruni tirant un peu lur le verd, quelquefois fur le blanc quand elle n’eft pas bien mûre.
- La couleur de la graine du bâtard eft noire lorfqu elle efl: bien mure, & Ce noir tire un peu fur le verd lorfqu’elle l’eft moins. La graine du franc efl: toujours un peu plus grofle que celle du bâtard.
- L’Indigo qui vient dans les montagnes , de même que celui qui croît dans les plaines , eft fujet à être endommagé par une multitude d’infèétes, aînfl que nous l’avons fait voir dans le commencement de ce Chapitre. Mais comme nous n’avons rien dit du tort que la Punaife fait à fa graine, nous allons en parler ici. Le corps de cet infeéle qui a plufieurs pieds, eft gros comme le bout du petit doigt. Il eft de figure ovale depuis la tête jufqu’au derrière, & un peu applati par defliis & par deflbus. Ilyadesefpeces qui font brunes & d’autres noires ; mais la plus nom-breufè eft verte, 8c toutes font extrêmement puantes; quand elles font grofïès & vieilles, elles volent par bônds de 20 ou 30 pieds & plus. Cet infeéle n’exerce fit malignité que for la graine de l’Indigo dans le temps quelle n’eft que formée & encore en lait ; elle fait un petit trou à la gonfle par lequel elle en foce toute la fobftance ; cela n’empêche pas cette goufle de refter attachée par là queue à la branche , fans pour ainfi dire changer de couleur, 8c fans paraître beaucoup différente de celles qui n’ont point été focées. Mais lorfqu’on vient à la cueillir, on ne trouve plus rien dedans. U fe rencontre des années ou ces animaux fo multiplient fi prodigieufement, qu’on ne ramaflè que peu ou point de graine. Lorfqu’on craint un pareil événement , on envoie les Negres à la place, c’eft-à-dire, for le lieu de la plantation, où ils les écrafont fans cérémonie entre les doigts.' Il eft cependant un autre moyen pour les détruire : c’eft de mettre un troupeau de Pintades dans la place, 8c de les faire garder par des Négrillons 8c Négrittes , dans le temps que la graine eft en lait, 8c même jufqu’à ce qu’elle foit cueillie ; car , quoiqu’elle foit mûre, elles ne laiflènt pas que d’y faire encore beaucoup de dommage. Les Pintades en font très-avides & fort adroites à les attraper, même dans leurs bonds, en partant après elles de plein vol 8c d’un trait à l’infi* tant qu elles les apperçoivent.
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- Chap. III. Du Terrein, de la Culture § de la Coupe de l'Indigo. SP
- CHAPITRE TROISIEME.
- Du Terrein, de la Culture ôC de la Coupe de VIndigo.
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- L e lieu le plus favorable à la plantation de l'Indigo eft une terre neuve, parce quelle eft ordinairement remplie de fèls propres à la végétation , que les infeétes qui lui font plus de tort, ne s'y font point encore établis , & que les mauvaifès herbes , pendant près de deux ans, y font peu de progrès. Il arrive cependant quelquefois que le feu qui a paffé fur certains terreins nouvellement défrichés, qu'on appelle dégras, (parce quon a l'habitude de brûler en ces pays tout le bois de haute-futaye & autres fur le lieu même ou on l'a abattu ,) & les cendres qui en proviennent en trop grande abondance, forment un obf-tacle confidérable à la végétation , ce qui fait que l'Indigo n’y vient pas auffi épais ni auflî beau qu'on devroit s'y attendre; mais il ne faut point s’en étonner, parce qu'on eft amplement dédommagé de ce retard par la fuite*
- Quoiqu’il fe trouve d'excellents fonds de terre rouge & blanchâtre, il faut cependant convenir qu'on préféré en général à toutes les autres celles qui font noires, légères, en coftieres où en pente douce, parce que cette pofition les préferve du féjour des pluies très-nuifibles à cette plante , qui fè flétrit, jaunit & meurt lorfquelle fe trouve fur un fond de terre plate où l’eau croupit ; c'effi pourquoi l'on doit avoir attention, quand on eft dans ce cas, d'élever le milieu des carreaux qui font fùjets à cet inconvénient, & de pratiquer de petites rigoles tout autour qui s’écoulent dans une plus grande, & celle-ci dans un fofle ; en prenant ces précautions, on peut tirer bon parti des terreins bas & plats ; mais ils ont toujours cela d’incommode, qu'il faut attendre que la faifon des fortes pluies * qui caufe fouvent des débordements, foit paftee avant de planter ; car une inondation capable de couvrir l'Indigo pendant cinq ou fix heures, fuffit pour le faire périr , par le limon quelle dépofe fur fes feuilles. D'ailleurs, la trop grande humidité & la chaleur font pourrir la graine ou végéter avec elle une quantité prodigieufè de mauvaifès herbes qui étouffent la jeune plante, fans qu'on puifle y porter les fecours des fàrclaifons, qui font impraticables dans un terrein trop mol.
- La délicatefle de cette plante exige en outre toujours beaucoup de propreté & de ménagement ; c’eft pourquoi on débarraffe, autant qu’il eft pofîible , le terrein qu on lui deftine, de toutes les pierres qui pourroient la gêner, & de toutes les mauvaifès herbes , comme les deux efpeces de Mal-nommées, grande & petite , le Pourpier fauvage, dont les feuilles ont en ce pays la vertu répro-duélive ou végétative ; le Chiendent, Y Herbe a balai & celle à Bled, l'Herbe a Calalou, le Pied de poule, & autres qui afieélent finguliérement fà Compagnie ;
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- 6o INDIGOTIER. Livre II.
- on rencontre auffi fouvent dans les terreins à Indigo , d'excellentes truffles blanches , remarquables par quantité de petits filaments blancs étendus en rond & adhérents à la fuperficie de la terre dont elles font couvertes. Cette plante profite cependant très-bien dans des terreins remplis de petite rocaille blanche , qu'on appelle Roche a chaux, parce que cette terre eft ordinairement très-lé-gere & pleine des fels fertiles de cette roche qui y entretient la fraîcheur. Mais en général on tâche de nétoyer & d’unir même les terreins défeétueux autant qu’il eft poflible ; cette grâce contribue toujours à l’avancement de la plante & au foulagement de ceux qui la cultivent. Comme l’Indigo n’aquiert toute fà grandeur & fà qualité qu’à l’aide des pluies douces & des grandes chaleurs 9 l’air tempéré, les quartiers pluvieux, les terreins trop frais & ombragés lui conviennent peu. Ainfi la méthode de le planter entre les jeunes Cafés lui eft très-préjudiciable. On ne peut le cultiver long-temps fur les hauteurs, à moins qu’il ne s’y trouve des platons, parce que les pluies dégradent la terre meuble - de la fuperficie, qui eft toujours la meilleure , laquelle étant emportée, ne pré-fènte plus qu’un fol aride & rempli de pierres.
- Les habitants dont les terreins font fil jets à fe reffentir des pluies que la fraîcheur de l’Automne amené , & qui ne veulent pas rifquer leur graine en cette Jàifon, commencent à planter leur Indigo à la fin de Décembre, Sc peuvent continuer jufqu’au mois de Mai. Cette derniere plantation eft même la plus favorable , n’étant pas fi fujette au brûlage ; mais comme la faifon eft trop avancée dans ce dernier temps , elle ne produit que deux ou trois coupes, après quoi l’arriere* fàifôn arrivant, la plupart des louches meurent d’épuifement ; mais on coupe jufqu’à cinq fois celui qui eft planté dès le commencement de Novembre. L’u-fage veut qu’on dife planter, & non pas faner ; en effet, au lieu de jetter la graine à l’aventure , on la répand avec mefure dans chaque trou D 9fig. 2, P/. <? , fait exprès ayec la houe : mais auparavant il faut arracher avec cet inftrument les vieilles fouches ; après quoi on les rafîemble avec le rabot ou un rateau fans dents ,jig. 8, PL p , & on y met le feu. On retravaille enfuite à fond tout ce terrein avec la houe, qui doit y entrer d’un demi-pied.
- La houe 9fig. 4 , P/. 9, eft un inftrument à peu-près fèmblable ,à celui dont les Maçons fe fervent pour gâcher leur mortier, à l’exception que le fer en eft plus large. Quelques-uns prétendent que la pelle ou bêche eft d’un ufàge bien fupérieur à la houe ; d’autres s’eftiment heureux d’avoir pu accoutumer leurs Nègres à travailler la terre avec la charrue. Il eft de fait que la beauté de l’herbe dépend en grande partie de la profondeur de la fouille des terres ; on doit cependant avertir qu’une plantation faite dans une terre trop ameublie par le labour ou par le rapport des terres dépofées par les pluies dans les bas-fonds , eft fujette à plufieurs inconvénients ; car il eft certain que fi les Negres n’aiguifent pas bien les couteaux ,fig. 7, PL 9, dont ils fe fervent pour couper l’Indigo, ils en arracheront une grande partie , ou lui cauferont un ébranlement mortel ; d’ailleurs
- cette
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- C H a p. Il I. Du Terrein, de la Culture & de la Coupe de VIndigo. 6l Cette vigueur des tiges, remarquable par leur grandeur & leur groffeur, en caufe quelquefois la perte totale, après une première coupe très-avantageufe, foit parce que les fibres de leur fouche ont acquis une trop grande folidité ligneufe, Ibit que l'ardeur du foleil en furprenne les racines accoutumées à un ombrage continuel , foit enfin que la végétation épuifée par un fi grand effort, fe re* fu/e â une nouvelle reproduétion.
- Au fiirplus, nous n époufons aucun fyftême particulier au fujet de fi emploi de ces divers inftruments , étant évident qu'on ne peut, fans la plus groffiere igno-rance, afîùjettir à une même façon tant de terres différentes ; il eft cependant confiant que la houe eft celui dont l'ufàge eft le plus univerfel.
- Outre cette première façon dont nous venons de parler, il eft encore in-difpenfàble de donner enfiiite à ce terrein trois ou quatre fàrclaifbns préparatoires , fi on veut le mettre en état de recevoir la graine aux premières pluies convenables. Si le terrein eft déjà un peu ufé ou maigre de fa nature , on répand defîus dès le premier labour , de l'ancien fumier d’indigo ou autres engrais ; les avantages qu’on en retire dédommagent amplement de cette pratique, qui n’eft pas auffi ufitée qu'elle devrok 1 etre. < v
- On vient de dire qu’il faut arracher les vieilles louches, quoiqu'on n'ignore pas qu'il pourrait en réfifter une partie jufqu'à la fin de l'année fuivante. On parle ici de l'Indigo bâtard ; car l'Indigo franc périt afîez communément au bout de l’année. Mais il y en a peu qui ayent recours à cette reffource, qui exige alors un recourage de graine pour remplacer les fouches qui font mortes ; auffi prè-fere-t-on généralement la méthode de replanter tout à neuf. Pour cet effet, on lepare d'avance le terrein par divifions F, fig. I, PL 6 ; on partage enfuite d'un bout à l'autre , les quartiers renfermés entre ces divifions, pour former fur toute leur longueur des carreaux ou des planches Q,fig. I, PL 6, de 13 à 14 pieds de large, auxquelles on donne auffi le nom de Chafies. Lorfqu'on eft fur le point d'en faire la fouille, les Negres A 9fig. % , PL 9 , fe rangent fur une même ligne à la tête du terrein tiré de tous côtés au cordeau , & marchant à reculons, ils font de petites foffes D, fig. 2, PL 9, avec le coin du fer de leur inftrument, diftantes de 5 à 6 pouces en tous fens, de la profondeur d’environ deux pouces, & en ligne droite, s’il eft poffible, au point d’où ils font partis ; mais les Negres d'un attelier font rarement capables d'obferver cette régularité fi propre à faci-* liter le làrclage. A mefure que les Negres font des trous, les Negreftes B ,fig» a, PL 9, qui tiennent un Coui ou côté de calebaffe C, fig. 9 , PI. p 9 plein de graines, y en biffent tomber 5 à 6, & crainte d'erreur, les recouvrent tout de fuite en paffant lepiedpar-deflùs, ce qui laiffe moins d'incertitude que lorfqu’on les fait recouvrir par d'autres avec le rabot, dont l'expédition eft, à la vérité , plus prompte. Mais de quelque façon qu'on le pratique, il faut toujours avoir attention de faire pafler environ un pouce de terre par-deffùs la graine. Cinq 011
- fix graines fuffifent pour l'Indigo franc > & trois à quatre pour le bâtard. Quand Indigotiert O
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- la terre eft bonne , la diftance des trous, leur profondeur & la quantité des graines quon y met, varie d’un quartier & fou vent d’une habitation àTautre.
- Certains habitants, pour économifer leur graine & prévenir la négligence des Negres fur ce point, la font mêler avec de la cendre ou du fable fin ; ce dernier eft le plus commode pour les Négrefîes, qui les diftinguent & en féparent mieux le nombre qu elles jugent à propos de répandre. On emploie ordinairement la moitié des Negres à fouiller les trous, & l’autre moitié à planter la graine.
- On ne peut fe dilpenler en ce lieu de parler d’un inftrument ufité en certains quartiers pour aligner & pour accélérer la plantation. Cet inftrument eft un râteau A 9fig. io , il (S* 12 , PL 9,armé de 9 à n dents R^fig* 11, PL 9 , de fer droites, écartées l’une de l’autre de quatre pouces : l’avant-train de ce rateau eft compofé de deux branches E 9fig. 1 z> PL 9. écartées d’un pied 8c demi 3 dont les extrémités traverfont une barre F, fiir laquelle on applique trois Negres, g , j%. 1, pl 9. r arriere-train de ce rateau préfente deux manches Hy féparés, entre lefquels fe place un quatrième Negre I, PL 9, qui
- dirige la marche de cet inftrument.
- Lorfqu’on a préparé & uni le terrein , en rompant les mottes & en battant la terre, ce qui s’exécute très-bien avec un bâton , on aligne les divifions & 011 fait tirer le rateau for un côté du travers de toutes les planches Q , fig. 1, PL 6, qui font renfermées entre ces divifions P , fig. 1, PL 6. Ce premier tirage forme neuf petits filions, K, fig. 1 , PL g. profonds de deux travers de doigt. Quand le rateau eft au bout de ce côté de la piece de terre , on le retourne & on en pofo la première dent dans le petit fillon dont il eft le plus près : on continue de labourer ainfi toute la piece qui, par ce moyen, eft bientôt fouillée 8c expédiée avec? peu de Negres. S’il étoit pofïîble d’établir for ce rateau le méchanifme de quelqu’un des Semoirs inventés par différents Auteurs célébrés , on pourroit dire qu’il ne manqueroit rien à la perfection de cet inftrument , & à l’expédition de ce travail.
- La plantation de ces filions fe fait aufli fort promptement 8c exactement. Chaque NégrefTe L ,fig. I, PL 9 , fe met en face des rayons quelle doit en-femencer , qui font au nombre de y ou 6, & en baifïànt un peu la main devant le fond de chacun des filions , elle y répand deux ou trois graines en peloton : elle continue ainfi en avançant le corps & la main de quatre en quatre pouces. Les Négrefîes qui font à fes côtés en font autant, 8c la piece eft plantée de cette maniéré très-vîte 8c très-exaClement. Pour couvrir enfoite la graine , on fait pafïer deflùs le terrein un balai extrêmement rude , dont les branches font écartées 8c égales par leur extrémité. Le manche de ce balai doit être très-long, afin que les Negres lui faffent parcourir un grande efpace, & ne fe baiffent pas beaucoup. Au refte, dans les quartiers où l’on obferve à-peu-près ce que nous venons de dire, on ne fait paffer ce balai qu’affez légèrement fur la foperficie du terrein, parce qu’ils font perfoadés qu’une ligne de
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- Ch ap. III. Du Terrein, de la Culture & de la Coupe de ? Indigo. 63
- terre fur la graine de l’Indigo eft fuffifante ; plufieurs même fe difpenfent de cet ouvrage, quils regardent comme fait par la marche & le mouvement des Né-grelïes qui ont paffé deflùs la graine en la plantant : ceux qui ont 1 avantage de pouvoir arrofer leurs terres , s en difpenfent encore plus volontiers, parce que les inondations artificielles quon leur procure fuffifent pour enfevelir la graine autant qu’ils le défirent. La maniéré d’arrofer les terres fera le fùjet d’un autre
- article.
- Le temps eft très - précieux dans nos Colonies, & fur-tout celui où la pluie invite à planter l’Indigo ; c’eft pourquoi on prépare & on diligente ce travail afin d’en profiter; car la terre étant une fois feche,ilfaut ceflèr de planter.
- On eft cependant quelquefois obligé de planter à fec, c’eft-à-dire , dans une grande féchereffe, afin d’avancer la plantation, un grain de pluie ou deux de fuite n’étant pas fùffifànts pour planter un vafte terrein ; mais on ne rifque cette façon de planter, qu’aux approches d’un temps où vraifemblablement on aura de la pluie. On fait donc des trous dans cette terre féche pour recevoir la graine qu’on y plante , de qu’on recouvre fur le champ : c’eft une grande avance pour l’habitant, lorfque le fuccès répond à fon attente. Il voit lever cette graine tout à la fois , pendant qu’il a le temps d’en planter d’autre par l’occafion du même grain de pluie : mais fi au contraire le temps perfifte au fec, plus ou moins, il court rifque de perdre toute fà graine , qui s’échauffe ou fe durcit par l’extrême chaleur ; il paffe même fouvent de faux grains de pluie dans cette fàifon qui, ne faifànt qu’effleurer la terre, font fortir & pourir le germe de la graine , qui n’a pas la force d’en fbulever la fuperficie ; ce qui caufe une perte d’autant plus grande à l’habitant, quelle comprend le temps perdu des efclaves , un retard confidérable à fès revenus, Sc enfin le prix de la graine, qui eft un objet intéreflant, fiiivant; la quantité qu’il en a planté, & l’enchériffementde cette denrée, lorfque czts contre-temps font généraux.
- Quand l’Indigo franc eft planté à propos :i le troifieme jour après la pluie on * le voit lever ; mais la graine bâtarde eft quelquefois plus de huit jours avant de pouffer, tantôt plutôt, tantôt plus tard, fui vant fon dégré de maturité , & par cette raifon, jamais tout à la fois : à chaque grain de pluie il en fort de terre ; il n’eft pas même rare d’en voir lever d’une année à l’autre, quand elle eft trop mûre ; auffi a-t-on foin de prévenir cet excès de maturité, en cueillant la goufle, lorfqu’elle commence à, fécher. Cette herbe ufè beaucoup la terre, & par conféquent demande à être feule ; ainfi il ne faut pas s’endormir fur les fàr-claifons. On lui donne cette première fa^on quinze jours ou trois femaines après qu elle eft fortie de terre, & enfuite le s autres de quinze jours en quinze jours.
- Comme les Negres n obferv-ent pas t oujours une grande fymmétrie en fouillant les trous pour planter l’Indigo , ils marchent fouvent deflùs , lorfqu’il eft queftion de le nétoyer ; mais quand le terrein eft dégarni de pierres, cela ne lui fait aucun tort 9 Sc la jeune plante fe releve tout de fuite.
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- Ces farclaifons fe font, quand le cas l’exige, à la ifiain , Sc plus communément avec la Gratte, fig. 14 & 15 , PL 9. C’eft un petit infiniment de fer, dont chaque extrémité s'élargit de deux ou trois doigts en forme de patte d'oie , & dont un bout eft courbé en tour d'équerre. On fe fert quelquefois d'un morceau de cercle de fer courbé tout Amplement, ou du bout de la ferpe 16, PL 9. On a foin de ramaffer dans des paniers & de faire jetter à chaque fois hors des entourages Sc fous le vent, toutes les mauvaifos herbes qu'on arrache , étant bien perfuadés que les racines Sc les feuilles mêmes qui ont refté , ou les graines que les grands vents répandent, focondées par les abondantes ïofées & la chaleur, fourniront, fous peu , matière à une fomblable récolte : ce qui eft caufe que certains habitans pouflent la propreté Sc l'exaélitude juf* qu'à faire balayer leur terrein à chaque larclaifon , afin d’enlever jufqu'aux
- moindres brins d'herbe , dont la plupart ont , comme nous l'avons expofé ci-
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- deffus, la vertu réproduélive*
- Cet ouvrage fi fréquent eft très-pénible pour les Negres, qui font obligés d'avoir toujours la tête baiflee , pour vacquer à ce travail, qui fo continue juf-qu'à ce que l'Indigo foit en état de couvrir la terre de fon ombre. Lorfqu'il eft parvenu à fon point de maturité , on le coupe à un bon pouce de terre avec de grands couteaux courbes, en façon de faucille , à l'exception qu'ils n'ont point de dents. Koy. fig. 7 9 PL 9. Mais dans les fonds de terre excellents, ou l'Indigo bâtard croît quelquefois jufqu'à fix pieds auparavant la maturité de fon/herbe, la fouche en eft fi grolfe Sc fi forte, qu'on eft obligé de laycouper^vec la ferpe ,fig. 16 , PL 9. on fe fert enfuite du couteau pour en abattre for le lieu les menues branches, qu’on réferve pour en charger la cuve, Sc on jette le refte, qui ne peut qu embarraftèr. Tous ces détails n'alongent cependant pas beaucoup l'opération, parce que tous çes travaux fe font avec une grande aélivite.
- L'Indigo étant coupé,l'ufage eft defe fervir en quelques habitations de ba-landras pour emporter la petite comme la grande herbe ; ces balandras font des morceaux de ferpilliere ou groffe toile , de la longueur d'une aune Sc de la même largeur, afin qu'ils foient quarrés, aux coins delqueis on met des liens : chaque balandra ainfi rempli fait la charge d’un Negre. On fe contente for d'autres habitations d'en faire Amplement des paquets qu'on attache avec l'Indigo même ou avec des cordes ; puis on délie cette herbe dans la cuve , où on la répand également fans y lailfer de ynide. On obfervera ici que l’Indigo a une fi grande'difpofition à fermenter , que pour peu qu'on le lailfe lié en paquets , il s'échauffe Sc devient tout brûlant. Auffi en prévient-on les fuites , qui feroient très-préjudiciables à la fabrique, en failànt porter fans différer ces paquets par les Negres ; mais dans les grandes habitations où les Indigoteries font fouvent fort éloignées du lieu où l’on a coupé l'herbe , Sc où l'on fait quelquefois 4 ou 500 paquets à la fois, dont le transport feroit auffi long que
- pénible,
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- Chap. III. Du Terrein, de là Culture & de la Coupe de l'Indigo. 6Jf pénible , on charge ces paquets fur des cabrouets à mulets. Chaque cabrouet doit voiturer 50 paquets, qui font la charge ou le rempliffage d’une cuve. Lufage de ces grandes habitations eft dembarquer leur herbe vers le foir & au commencement de la nuit, afin de mieux juger a la clarté du jour qui fuit, du degré de la fermentation, Sc du temps ou il convient de couler les cuves* Au relie, on doit aifémeftt concevoir qu’il ne conviendroit pas de remettra rembarquement de tant d’herbe à la nuit, fi Ton n avoit en même temps la commodité de pouvoir remplir enluite tout d’un coup les cuves avec l’eau de quelque rivière voifine de la maniéré qui va être expliquée , après que nous aurons expofé ce qu’il eft néceflaire de faire pour en retenir les eaux, les diftribuer & les employer à l’arrolàge de l’Indigo.
- L’époque de la retenue des rivières pour arrofer l’Indigo n eft pas fort ancienne à Saint-Domingue. Le préjudice & la défolation qu’une extrême féche* relie ne caufe que trop fouvent à une plantation, ayant engagé , il y a environ 40 ans , un habitant des Arcahaix, voifin d’une rivière , à en détourner un filet fur une partie de fon terrein , planté en Indigo ; le fuccès de fà tentative engagea plufieurs Riverains à 1 imiter , Sc la rivière fut bien-tot a fec y les plus éloignés y qui en furent privés , s’étant plaints de cette appropriation , on convoqua une aflemblée générale des habitants, où l’on drelïà des Réglements pour réformer cet abus , & pour établir un ordre conAant au fùjet de la prile de ces eaux , dont l’ufàge devint bien-tôt général. v
- Nous allons donner le précis le plus fuccinél qu’il nous fera poffible de ces réglements, des travaux qui y ont rapport, & de la conduite qu’on doit obferver dans l’arrofage de l’Indigo.
- Précis des Réglements enregijlrés au Conjeil Supérieur du Port-au-Prince, pour fervir de Loix touchant la dijlrihution de Veau des Rivières.
- Les rivières d’un même quartier feront partagées entre tous les habitants, proportionnellement à la quantité de leurs terres arrofàbles ; pour cet effet on conftruira fur chaque riviere une digue avec un baflin, autour duquel on formera les éclufes d’où partiront les canaux qui fè rendront à des baffins particuliers, où l’on fera la répartition des eaux conformément aux régies ci-deflùs.
- On établira un Arpenteur hydraulique Juré pour régler les ouvertures de ces différens baflîns, & veiller aux rétablilfements de leurs bornes, lorfqu’elles feront endommagées.
- L Arpenteur fera préfent lorlqu on pofera les pierres des ouvertures de ces baffins , & les grifons qui doivent fe trouver dans les baflîns de diftribution , pour que l’eau fe partage de tous côtés avec égalité.
- L habitation fùpérieure fera obligée de donner un pafîage convenable à l’eau de fes inférieures, qui ne feront tenues de lui payer que la valeur de la terre quelle Indigotier. R
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- traverfe, fans avoir égard au dommage que ce canal peut lui caufer.
- , Le Propriétaire de l'habitation fupérieure ne pourra dilpofer en aucune maniéré de Peau de fon inférieur, ni y conduire aucun égout capable de la gâter, fous peine de punition corporelle.
- Tous les habitants qui tireront leur eau d’une même rivière feront obligés d’envoyer une certaine quantité de Nègres proportionnée à leur prife d’eau, pour en nettoyer le lit, les baffins & les canaux généraux. Mais les baffins & canaux particuliers foront entretenus foivant les mêmes proportions par les fouis Nègres de ceux qui font affignés pour y prendre leur eau.
- Chaque habitant entretiendra à fos dépens les canaux qui font pour le for-vice unique de fon habitation ; mais il ne fora point tenu du foin des autres, auxquels il fora obligé de livrer pafîàge pour l’utilité de fos inférieurs.
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- Les habitants des quartiers de Saint-Domingue qui participent aux ouvrages dont on vient de parler, ont foin d’établir un gardien tout auprès du baffin £} , jzg. I, PL 6 y à éclufe, auquel on donne 2foo ou 3000 livres (1) d’ap-pointement par an, avec une maifon O , un magafin, & une ou deux cafés à Nègres, trois ou quatre efolaves & cinq ou fix carreaux de terre de 100 pas quarrés de 3 pieds & demi le pas; le tout acheté à frais communs des af fociés à la même rivière, foivant les proportions ci-deffiis. Le devoir de ce gardien eft de terur les éclufos ouvertes dans les beaux temps , 8c de les fermer lorf qu’il tombe des pluies d’avalalfo dans les hauteurs du quartier & les environs de la rivière, afin de l’empêcher alors d’enfiler les canaux & les habitations , où elle ne manqueroit pas de caufer des dommages infinis , dont il eft relponlabie.
- Il eft pareillement obligé de prévenir les habitans du dégât de ces inondations & autres préjudices faits au Batardeau Sc aux autres ouvrages qui en dépendent , afin qu’ils les faffont réparer ou nettoyer foivant le befoin. Nous allons maintenant parler de la difpofition & de la façon de tous ces ouvrages.
- A la tête de la digue B , PL 6. eft le courfier C qui conduit l’eau de la riviere A au baffin Dy dont la hauteur des bords fe régie for la quantité d’eau qu’on veut retenir pour le fervice des habitations : ce baffin a ordinairement trois éclufos E, v'à l’entrée defquelles on pratique des couliffos pour recevoir les pelles F qu’on leve dans les beaux temps, & qu’on abaiffie lorfqu’il pleut d’avalafiàde. Deux de ces éclufos font deftinées au paflàge des eaux qui vont fe rendre à des baffins Hy où l’on en fait la diftribution convenable à chaque habitation. Ces deux éclufos font placées aux deux côtés du baffin D ; la troifieme eft droite au milieu de la digue, Sc la fépare en deux parties, depuis le haut jufqu’au niveau du fonds du baffin. Cette éclufe dont la largeur eft ordinairement d’environ 2 pieds y ne s ouvre que lorfqu’on veut nettoyer le baffin ou les deux autres éclufos. '
- C1) 5000 liv. dans nos Iftes de l’Amérique ne font que 2000 livres, argent de France.
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- Chap. III. Du Terrein , de la Culture & de la Coupe de î Indigo. 6f
- Les maffifs de la digue des éclufes & du courfier doivent être faits de groffies pierres dures convenablement à l’ouvrage. Le fonds du baffin eft pavé de fem-blabies pierres taillées, & bien de niveau jufqu’à la moitié du courfier. Les bords du baffin, du courfier, de la digue & des éclufes, doivent être revêtus d une forte maçonnerie , couverte par de larges pierres , arrêtées par des liens de fer pour réfifter à f effort du courant le plus violent*
- Chaoue éclufe des côtés, plus étroite en dedans qu’en dehors, doit fe décharger dans un canal féparé G, qui va fe rendre par un courfier particulier , au baffin H, qu’on appelle de difiribution , parce que c’eft à ce baffin que fe fait la répartition des eaux. Le contour de ce baffin eft rond , & le fond plat, & parfaitement de niveau : toutes ces parties font maçonnées, comme celles du premier dont nous avons parlé ci-deffus ; mais les differentes ouvertures I qu’on y fait pour la diftribution des eaux n’ont point de pelles, parce que dans le temps des grandes pluies on doit fermer celles du baffin D à éclufe, tandis qu’on leve celle qui eft au milieu de la digue B.
- On plante vers l’entrée de chaque baffin de diftribution, trois grifons K debout en forme de trépied , contre lefquels vient frapper l’eau qui arrive direéte-rnent fer eux. Ces grifons font des pierres de taille quarrées qui fervent à ralentir le cours de l’eau & à la faire s’étendre avec égalité vers les ouvertures de distribution , auxquelles on donne moins de largeur du côté du baffin H, que du côté des canaux L particuliers qui vont la porter à chaque habitation.
- Comme une petite quantité ou un filet d’eau peut être aifément abferbé en parcourant un terrein d’une étendue confidérable pour fe rendre à fà deftination ? les habitants les plus éloignés du baffin de diftribution H, en tirent par une même éclufe toute leur eau en commun, & ils l’amenent par un canal commun M, jufqu’à un autre baffin N de convenance , où la fubdivifion s’en fait par les mêmes moyens que dans le précédent, & feivant les mêmes régies.
- Lorfqu’on veut arrofer un terrein Q,fig. 2 , PL 10, on amene l’eau dans la rigole R qui eft à côté du carreau P, qu’on a deflein d’humeéter ; on enleve enfui-te d’un coup de houe la terre du rebord du carreau P à l’endroit où l’on feppofe que commence l’arrofage, & l’on met cette terre dans la rigole R , vis-à-vis & au-def-fous de l’ouverture T qu’on vient de faire, ce qui forme un petit batardeau V qui oblige 1 eau de s’élever & de fe répandre fer le carreau qui doit avoir une pente infenfible. C eft pourquoi on a fein de barrer l’eau qui coule fer le carreau, de diftance en diftance , avec de longues torques Y faites de feuilles de Banannier entortillées, afin que l’eau s’étende également fer tout le travers de la planche , & qu elle ait le temps de féjourner fecceffivement fer toutes les parties d’une étendue d environ 100 pieds de long plus ou moins ; après quoi on débouche la rigole pour amener 1 eau a 100 pieds plus bas, où l’on recommence la même manœuvre que ci-deffus , obfervant toujours de conduire & d’arrêter l’eau avec la même douceur, par rapport à la pente des carreaux : car fi l’eau couroit trop vite ,
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- elle brouilleroit la terre , emporteroit la graine ça & là & formëroit un limon qui Tempêcheroit de pénétrer à la profondeur nécelfaire. Cette profondeur doit être au moins d’un pied , parce que fi la terre ne fe trouvoit imbibée que de deux ou trois travers de doigt, la graine quelle renfermerait ferait précifément dans le cas d’un faux 'grain de pluie qui ne manquerait pas d’en faire périr le germe : car on ne lui donne point de nouvelle eau jufqu’à ce qu’elle foit
- levée & fardée.
- Le premier arrofage doit fe faire vers le milieu de l’après-midi, afin que l’eau ait le temps de pénétrer la terre avant que le foleil donne defius ; mais quand l’Indigo eft levé, on ne fe gêne pas fur cet article (i).
- Dans les quartiers dont nous venons de parler où l’on a de l’eau à fon commandement , on pratique encore deux chofes fort effentielles, l’une à l’égard de la plantation des vieux terreins abandonnés & empoifonnés de mauvaifes herbes, &T autre à l’égard du ménagement des tiges d’un Indigo ravagé par la chenille.
- Pour parvenir à nettoyer parfaitement un terrein empoifonné , on fouille, on farcie , & on drefle la terre pour la difpofer à un arrofage complet qu’on lui donne incontinent après ce travail. On voit bientôt après cette terre toute couverte d’herbes. Mais on les lailfe croître allez pour pouvoir les arracher aifé-ment avec la main ; ce qui eft facile quand la terre a été ainfi préparée. On renouvelle une fécondé fois tous ces ouvrages , depuis le premier jufqu’au dernier pour achever de nettoyer le terrein.
- Enfin , on réitéré ces travaux pour la troifieme fois, avec la différence qu’on plante l’Indigo à celle-ci avant l’arrofàge. On le farcie quelque temps après > c’eft-à-dire, lorfqu’il a environ un pouce & demi de hauteur ; car s’il étoit trop petit, on courroit le rifque de le confondre & de Farracher avec les herbes qu’on veut extirper.
- Après les farclaifons convenables, un des principaux objets de l’attention des Indigotiers eft la chenille. Ils tâchent d’en prévenir le ravage en coupant autant qu’ils peuvent, l’Indigo avant qu’elle y ait fait trop de dégât. Mais lorf-que malgré toute leur vigilance & leur aélivité , la chenille a fait trop de progrès , ils lui abandonnent le refte de la plante, qui n’a bientôt plus que la forme d’un balai ; après quoi ces infeétes meurent faute de nourriture & d’abri.
- Quand les chofes font en cet état, on ne coupe point les tiges, comme on le fait ailleurs en pareil cas, pour avoir un rejetton propre à la cuve au bout de fix femaines ; mais on les conferve en faifant venir l’eau fur le terrein, & on lui donne un ou deux arrofàges, fuppofé qu’il ne vienne point de pluie. La plante reprend vigueur, & repouffe un nouveau feuillage qui la rend bonne à couper au bout de quinze jours ; ce qui fait une grande différence. Mais après la coupe de l’herbe, on doit bien fe garder d’arrofer les louches avant qu’elles «aient boutonné ; car fi on le faifoit plutôt elles périraient infailliblement. On
- CO Voyez à l’explication de la Planche xo, une petite Addition relative à cet article.
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- ’Chap. III. Du Terrein, de la Culture & de la Coupe de ïIndigo. 6<) ne coure cependant aucun rifque de les arrofer au bout de dix jours. Lorfqu’on deflouche un terrein dont les grandes rigoles fe trouvent trop minées par le cours des eaux, on comble celles-ci, & on en refouille de nouvelles à côté, avant de replanter la pièce. La profondeur Sc la largeur des grandes Sc des petites rigoles le règlent lur la quantité de 1 eau qu on a.
- Comme il eft très-avantageux d amener un filet d’eau vers les Indigoteries, afin de couvrir fherbe dont on remplit la trempoire, on a attention de les placer en un lieu propre à recevoir cette eau par-deflus les cuves , Sc d’en fou-tenir le cours Sc Je niveau par un petit aquéduc r, qui va fe rendre juf qu’à la trempoire ; s’il y a plufieurs de ces vaifleaux côte à côte, on fait une dalle f en maflone tout du long d’un côté fiir le rebord même des Indigoteries. Cette dalle doit avoir vis-à-vis le milieu de chaque vaiflèau , une ouverture g ou dalleau qui s’ouvre Sc fe bouche fùivant que l’on veut donner l’eau à l’une ou à l’autre de ces cuves.
- CHAPITRE QUATRIEME. Préparatifs & Dejcription générale de la Manipulation de /Indigo.
- 3Le s eaux influent beaucoup lur la fabrique de l’Indigo ; celles des rivières & des ravines claires font les plus propres à pénétrer & à difloudre le plante,lorfqu’elles ne font point trop froides, ni crues ; c’eft pourquoi on doit préférer celles-ci à celles de puits qui font fouvent déjà chargées de fels,& cesdernieres aux eaux troubles de rivières , parce que leur limon en fufpend l’aaivité, Sc que leur dépôt altéré con-fidérablement la qualité de l’Indigo , comme les habitants des bords du Mifliflîpi l’ont éprouvé avant qu’ils eulfent pris le parti défaire rafloirles eaux limoneufes de cette rivière, pour l’employer à la fabrique de leur Indigo. Il eft néceflaire à cette occafion de remarquer que des eaux gardées trop longtemps dans des ré-fervoirs, pour avoir 1 avantage de remplir une cuve tout d’un coup, Sc dont quelques-uns fe fervent pour réchauffer celles qu’on doit bientôt employer , peuvent en fe corrompant par la chaleur du foleil, & par les infeéles qui s’y mettent, retarder ou gâter la dillblution qu’on en attend ; quoique cette méthode foit en elle-même très-utile Sc très-avantageufe.
- Onfe croit encore obligé d’avertir ici que l’Indigo fabriqué avec des eauxfàlx-nes eft dune dangereufe acquifition ; car, quoiqu’il ait un très-beau coup d’œil quand il a ete longtemps expofé au grand air, les principes fàlins dont il eft corn-»
- pofé confervent ou attirent une humidité qui fe développe toujours dès qu’il eft
- renferme quelque temps ; ce qui le rend beaucoup plus pelant qu’un autre,
- lorfqu on 1 acheté, Sc d’une mauvaife défaite quand on vient à le débarquer des vaifleaux.
- Indigotier. S
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- 70 indigotier. Livre il.
- Quand l’herbe eft coupée , on l’embarque dans la Trempoire ou Pourriture A yjîg. 4 , PL 4, & on l’y répand de façon à ne faire aucune maffe, ni aucun vuide. On couche enfuite par-deflus , & félon la longueur de la cuve, des pa-lilîàdes I de Palmifte, fur lefquelles on pofe en croix de fortes barres H ; on arrête ces barres par des coins ou de petits étançons pafles entr’elles & les barres G des clefs D, fig. i. PL 4. Si les barres de clefs D font trop libres dans leurs mortaifes, on les gêne par quelques coins ; mais on a attention de ne point trop comprimer l’herbe, afin de ne pas s’oppofer aux bons effets de la dilatation & du développement que la fermentation doit occafionner.
- Lorique ces préparatifs font achevés, on remplit la cuve, jufqu’à fix pouces du bord , avec l’eau de quelques puits p, fig, 2 , PL 4 , ou ravine voifine , au moyen d’une gouttière^, ou d’un canal qui communique de l’un à l’autre; peu après qu’on a verfé l’eau qui formonte l’Indigo de trois à quatre pouces, il s’élève du fond de la cuve, avec un certain bouillonnement, de grofles bulles d’air, & une liqueur qui, en retombant, forme des bouclettes 8c répand à la foperficie une petite teinture verte , qui par dégrés change l’eau en un verd extrêmement vif: lorfque le verd eft à Ion plus haut dégré, la forface de la cuve fe couvre d’un cuivrage foperbe , lequel à fon tour eft effacé par une crème d’un violet très-foncé , quoique la maffe entière de l’eau refte toujours verte ; la cuve ayant alors le dégré de chaleur qui lui eft propre, jette par-tout de gros floccons d’écume en forme de pyramides. Cette écume eft tellement Ipiritueufe, que fi on y met le feu f il fe communique rapidement à toute celle qui fe fuit, & l’Indigo fait quelquefois des efforts fi yiolents , qu’il rompt ou fouleve les barres , & arrache les clefs lorfqu’elies ne font pas bien enfoncées ou affermies dans la terre. Quand la cuve produit de pareils effets, on dit alors quelle foudroyé.
- Cette fermentation qui dure plus ou moins foivant la qualité ou le corps de l’herbe, 8c foivant la làifonfroide ou chaude, féche ou pluvieufe, en développe tous les focs & les parties propres à former l’indigo. Lorfqu’on veut juger de la difpofition de tous ces principes à une union prochaine, on fonde la cuve, dont la matière eft pour lors fi épaiffe qu’elle eft en état de fopporter un œuf. Cette expérience fe fait au moyen d’une taffe d’argent 9 fig. 6, PL 4, ronde , garnie d’une anfe , femblable à celles des Marchands de Vin , qu’on remplit de cette eau au tiers ou environ : le dedans de cette tafle doit être bien clair ; car c’eft for ce fond qu’on doit juger de l’état de la cuve : s’il eft crafleux, il fait paroître l’eau embrouillée 8c différente de ce qu’elle eft effectivement, de forte qu’on s’imagine que l’Indigo eft trop diflous, tandis qu’il ne l’eft pas affez ; & bien qu’on puiffe s’en appercevoir enfuite au battage, il en réfolte toujours une perte, quand même on reconnoîtroit cette erreur qui provient cependant d’un rien ; c’eft pourquoi l’Auteur de la Maifon ruftique de Cayenne confeille d’employer une tafle de çryftal, comme plus propre à cet examen.
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- Chap. IV. Préparatifs & Defcription de la Manipulation de ïIndigo.
- On obtient l’éclaircilfement déliré , par le mouvement de la talTe, dont Fa- ' gjtation produit peu près ce que le battage opéreroit en pareil cas, dans la fécondé cuve , c eft-à-dire , que fi la matière avoit alfez fermenté dans la première cuve ^ pour que fes parties ayant les dilpofitions les plus prochaines à Funion , s’y déterminalîènt par le battage , il fe forme également dans la talïe de petites malfes, ou grains, plus ou moins diftinéts, fuîvant la qualité de Fherbe , de le dégré de fon développement dans la fermentation préfente, Quand ce grain qui n’eft pas plus gros que le moindre grain de moutarde eft bien’foriné , il cale ou fo précipite par fon propre poids , au fond de la talTe,
- Sc ne lailfe d’ordinaire à l’eau qui le fumage , qu’une couleur claire & dorée, à peu près femblable à de vieille eau-de-vie de Coignac ; c’efl: ce qu’on remarque, lorfo^u’après avoir agité la talTe, on la panche tant foit peu, pour lailfer un côté du fond à découvert : on voit non-feulement les effets ci-defïus, mais encore un grain fubtil rouler ou s’éloigner du bord le plus élevé, qu’il doit lailfer net, Sc Feau formant vers ce bord un filet bien clair Sc bien déta„ ché du grain. On continue de temps en temps cette manœuvre, jüfqua ce que ces indices fe montrent aulïï clairement que le permettent les circonftances, dont on renvoyé le détail en fon lieu. Mais l’importance de ces indices nous oblige d’avertir qu’il ne fuffit pas de fonder la cuve par en haut, lorfqu’on veut en avoir une connoilîànce exaéte ; car l’Indigo des mornes ne préfente bien fouvent qu’un faux grain à la foperficie ; d’ailleurs Fherbe qui eft en bas entre bien plutôt en fermentation que celle du delïiis qui refte près de deux heures avant d’être couverte : Sc dans les temps pluvieux où l’Indigo n’a befoin que de dix ou douze heures de fermentation, le haut de la cuve change fi peu , qu’envain y chercheroit-on un grain qu’elle n’a pas la force d’y développer ou d’y foutenir. Il eft donc du devoir d’un Indigotier de fonder également fa cuve par en bas, au moyen du cornichon , Jzg. 7 , PL 4, qui va prendre de Feau au fond, ou encore mieux, en lâchant le robinet, afin d’en confronter la différence, Sc continuer alternativement, jufqu’à ce qu’il lui trouve. les qualités requifes. Lorfque la talTe offre à peu près le grain", Sc Feau qu’on peut attendre de la qualité de l’Indigo , il eft de la prudence de ne pas expofor les principes de ce grain à une plus longue fermentation, qui les feroit tomber dans une dilfolution, dont le battage ne pourroit les relever, ce qui entraî-neroit la perte de cette cuve ; c’efl: pourquoi il convient de làifir ce moment, pour couler la cuve Sc en retirer toute Feau qui tombe, chargée d’un verd foncé, dans la batterie. Quoiqu’il importe peu en apparence aux Indigotiers de lavoir que la couleur verte eft le réfultat de la combinaifon du jaune Sc du bleu , il neft cependant pas moins vrai que tout leur travail a un rapport direét & elfentiel à la connoilîànce de cette loi, & quelle n’a rien de frivole pour eux ; puifque tout leur art ne confifte qu’à développer les principes de ces couleurs, afin d avoir la facilité de les définir, & d’éconduire enfoite la partie
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- rj<ï INDIGOTIER. Livré II.
- jaune en réfervant la bleue, dont l’exaéte divifion fait toute la perfeétion du métier. Il feroit à fouhaiter que cette remarque engageât quelqu’un de nos Colons, ou quelque amateur des Arts établi en Languedoc, à faire diverfes épreuves fur la Maurelle ,appellée Heliotropium Tricoccum (i), dont on fait le Tournefol, & à tâcher de la traiter comme l’Indigo , avec qui elle a beaucoup de rapport par Ion produit. En effet, lorfque la Maurelle eft en fleur, on la broyé pour en exprimer le jus qui eft extrêmement verd. On trempe dans ce jus des morceaux de toile ou drapeaux, on les étend au foleil pour les fécher . on réitéré deux ou trois fois cette manœuvre ; après quoi on expofe ces chiffons ou drapeaux à la vapeur des alkalis volatils de furine putrifiée ou d’un fumier chaud, qui de verds les rend tout bleus. Ces drapeaux fortement chargés de cette couleur fe vendent aux Holiandois, qui ont le fecret d’en faire l’extraélion, & d’en compofer de petites mafles qu’ils nous revendent • fous le nom de Bleu de Hollande. Cette préparation pourroit faire préftimer que la fermentation développe beaucoup d’efprits alkalins dans l’Im digo. L’cfdeur nauféabonde approchante du, foie de Ibufre que là fécule exhale pendant le cours de là préparation , & qui fe ranime encore lorfqu’on fait refluer flndigo après qu’il eft fec ; la pouffiere ou fleur blanche dont il fe couvre de plus en plus en féchant, femblent indiquer encore plus l’abondance des alkalis que renferme cette matière.
- On peut aufli préfumer que les alkalis fervent de bafe à la partie jaune de l’extrait, & qu’ils concourent avec les acides aux differents développements de la fermentation ; mais nous nous arrêtons ici, crainte de pouffer trop loin des con-jeétures hafàrdées. Au refte , ce que nous venons de dire au lu jet des eflàis que nous propofons à l’égard du Tournefol, nous le difons de même à l’égard de la plante du Paftel, dont on fe fert fouvent en France pour teindre en bleu
- Cette plante fe cultive en Languedoc, Sc principalement aux environs d’Alby ; elle fe travaille ainfi. On cueille fes feuilles, on les met en tas fous ,un hangard pour qu’elles fe flétriflent fans être expofées à la pluie ni au foleil ; on porte ces feuilles au moulin, où on les réduit en pâte que l’on pétrit avec les pieds & avec les mains ; on en fait des piles dont on unit bien la fiirface , la battant afin qu’elle ne s’évente pas. La fuperficie de ces tas fe féche , il s’y forme une croûte, & au bout de quinze jours on ouvre ces petits monceaux, on les broyé de nouveau avec les mains, & l’on mêle dedans la croûte qui s’étoit formée à la fuperficie ; on met enfùite cette pâte ainfi broyée en petites pelottes ; c’eft là le Paftel de Languedoc. L’intérêt qu’on peut prendre au travail de ces deux plantes nous en fait placer une efquifle à la Planche II, fig. 4,2" our-nejol, & fig. 5 , Paflel. (2),
- (1) Cette plante eft aufli nommée Tournefol Gdlorum dans les Mémoires de l’Académie » annee <712 , page 17*
- (2) M. de Jüftïeu, de l’Académie des Sciences, vient de me dire, qu’un Membre de la même Académie , avoit tenté inutilement de tirer une fécule du Paftel* & qu’un autre fçavant n’avoic pas mieux réufli à l’égard de la Maurelle.
- Pour
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- Chap. IV. Préparatifs & Defcription de la Manipulation de îIndigo. 73
- Pour revenir à notre fujet, lapprêt que reçoit l’extrait dans le vaiffeau de la Batterie , confifte dans la violente agitation & le boule verfement qu’occa-lionne la chute des Buquets : par ce mouvement, toutes les parties propres à la compofition de la fécule fe rencontrent, s accrochent & le concentrent en forme de petites malles , plus ou moins grofîes , fuivant les differents états de Therbe , de la fermentation & du battage. Ces petites malles font ce qu’on appelle le Grain.
- Par ce bouleverfement, l’eau qui paroilîoit d abord verte, devient infenlible-ment d’un bleu extrêmement foncé. Pendant le cours de ce travail, on jette à differentes reprifes un peu d’huile de poifîon, ou une poignée de graine de T aima Chrijïi écrafée, qui eft fort huileufe, dans la Batterie, pour diflîper l’écume épaille qui s’élève fous le coup des Buquets, dont elle empêche l’effet. La grofleur, la couleur & le départ plus ou moins prompt de cette écume fervent, avec les indices tirés de la taffe , à faire juger de la qualité de l’herbe, de l’excès ou du défaut de fermentation, & à régler le battage.
- Lorfque le grain tarde à fe préfenter fous une forme convenable, on l’excite par la continuation de ce travail, qu’on gouverne tou jours a 1 aide des indices ci-deffus, jufqu’à ce qu’on en foit fàtisfait. Quand il eft fur fon gros , on examine la diminution que le battage doit nécelïàirement lui occafionner, c’eft ce qu’on appelle le Rafinage ; par ce moyen il s’arrondit Sc fe concentre de maniéré à caler & à rouler parfaitement au fond de la talïe. Lorfqu’il eft à ce point, on ceffe le battage ; l’eau qui tient en dilïolution la partie jaune & le s autres principes fuperflus , fe fépare quelque temps après de la fécule & s’éclaircit peu-à-peu en la fiibmergeant tout-à-fait. Deux ou trois heures fuffifent au repos de la cuve, quand rien ne lui manque ; mais fi on n’eft pas prelïe , il vaut mieux la laiffer tranquille pendant quatre heures, afin que le grain le plus léger ait le temps de fe dépofer, & qu’il fe trouve moins d’eau mêlée avec le fédiment ; après quoi on ouvre le premier robinet F ,fi g. y , PL 4 , feulement pour que l’écoulement n occafionne aucun trouble dans la cuve ; lorfque toute l’eau qui étoit à cette portée s’eft écoulée , on lâche le fécond, qui met la fécule étendue fur le fond de la cuve à découvert.
- M. de Reine , ancien Habitant de l’Ifle de France, que j’ai déjà cité , m’a dit qü il lailïoit repofèr la Batterie pendant 24 heures , & que Ion Indigo étoit comparable au plus beau des grandes Indes.
- Les eaux fortant de ces deux robinets tombent naturellement dans le Baflinot ou Diablotin K , fig. y, PL 4, lequel étant bien-tôt rempli, dégorge fur le plan V, du Repofoir, d’où elles s’écoulent par fon ouverture Q, qui, fuivant les loix du pays, doit déboucher dans quelque folle ou marre perdue, parce que cette eau eft capable d’empoifonner les animaux qui boi-roient d une ravine ou d’un ruiffèau avec lefquels on auroit eu l’imprudence de la meler. J ai même obfervé en Europe, que la pouffiere de l’Indigo étoit Indigotier. T
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- pernicieufe à la poitrine, occafionnant des crachements de fang aux gens qu’on employoit long-temps au triage de cette denrée. Quand l’eau de ces deux premiers robinets, qui eft d’une couleur ambrée 8c claire lorfque l’Indigo eft bien fabriqué, eft écoulée, on lâche un peu le troifieme, afin de laifler pafler d’abord celle qui eft mêlée avec la fécule ; on le repoufle dès qu’elle fe préfènte : on continue ce petit manège jufqu’à ce qu’il n’en ‘ vienne prefque plus ; après quoi on vuide toute l’eau du baflinot pour y recevoir la fécule. Quelques autres fè fervent alors d’une cheville quarrée à la place de celle qui ferme la troifieme bonde ; la fécule s’arrête jufqu’à ce que l’eau fe foit échappée par les iflues que forme le quarré : on la retire enfin pour que toute la fécule, qui reffemble en cet état à une vafe fluide d’un bleu prefque noir, tombe dans le Bafiînot qu’on a eu foin de vuider auparavant, & on fait descendre un Negre dans la Batterie, pour achever d’amener avec un balai le refte de la fécule vers la bonde ; on place au devant de cette troifieme bonde un panier pour intercepter tout ce qui lui eft étranger ; s’il en pafle encore dans le Diablotin, on enleve ce qui fumage avec une plume de mer, on retire enfuite la fécule au moyen d’un Coui, ou moitié de calebafle, d’où on la tranf* vafe dans des fàcs de toile Z ,fig. i & 2 , PL y , garnis de cordons par lefquels on les fùfpend des deux côtés aux crochets du râtelier £/, fig. 1, PL 4 : on laifle l’Indigo s’y purger jufqu’au lendemain. Lorfque les fàcs qui doivent être lavés 8c féchés à chaque fois qu’on en fait ufage , ne rendent plus d’eau, on en partage le nombre en deux, & on fufpend chaque moitié en réunifiant les cordons de chaque lot ; ce commun aflemblage les prefle & achevé d’en exprimer le refte de l’eau ; puis on renverfe & on étend la fécule, qui eft encore très-molle , dans des cailles A , fig. 3 , 4 & y , PL 5 , fort plâtres, qu’on expofè pendant le jour au foleii fur des établis B , fig. 8 ^ PL 4 , dont une partie eft à l’abri de la fécherie S, 8c l’autre en plein air. C’eft là que l’Indigo fe defleche infenfiblement. Sitôt que le foleii l’a pénétré ,, il fe fend comme de la vafe qui auroit quelque confiftance. On doit préférer le foir au matin pour le commencement de cette opération, parce qu’une chaleur trop continuelle furprend cette matière, en fait lever la fuperfide en écailles, & la rend ra-boteufe, ce qui n’arrive point, lorfqu’après cinq ou fix heures de chaleur, elle a un intervalle de fraîcheur qui donne le temps à toute la maflê de prendre une égale confiftance. On pafle alors la truelle, fig, 14, PL y , par-deflus, pour en comprimer 8c rejoindre toutes les parties fans les bouleverfer, cette manœuvre préjudiciant à la qualité de l’Indigo, comme nous l’expliquerons ci-après ; enfin, lorfqu’il a acquis une confiftance convenable , on en polit encore la fuperficie, 8c on le divife par petits carreaux A >fig. 5, PL y , d’ui> pouce & demi en tous fens : on continue de l’expofer au foleii, non-feulement jufqu’ à ce que les carreaux fe détachent fans peine de la caifle, mais encore jufqu’à ce qu’il paroiffe entièrement fec. Il n’eft cependant, fuivant les Loix.j
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- Chap. IV. Vrèparatifs & Defcription de la Manipulation de l'Indigo. 7/ livrable ^ marchand qu il 11 ait reflue , car fl on 1 enfutailloit exaélement dans cet état, on ne trouveroit au bout de quelque temps , que des fragments de pâte détériorée & de mauvais débit ; ceft pourquoi on le met en tas dans quelque barique recouverte de Ion fond defàflemble, ou de torques de feuilles de Bannanier deflechées * Sc on 1' y laiffe environ trois femaines ; pendant ce temps il éprouve une véritable fermentation, il s'échauffe au point de ne pouvoir y fouflfir la main, il rend de grofles gouttes d'eau, il jette une vapeur défàgréable , & fe couvre d'une fleur qui reflemble à une efpece de fine farine: enfin , on le découvre, & {ans. être expofé davantage à l'air , il fe refleche en moins de cinq ou fix jours. Tous ces effets proviennent vraifemblablement de l'état de fécherefle Sc de contraction qu'a éprouvé cette matière, laquelle étant une fois à l'abri , tend naturellement à fe dilater, Sc donne occafion à l'air extérieur qui s'y infinue , d'y introduire en même-temps l'humidité dont il eft chargé. Cette action de l'air intérieur, qui tend àfe débander, Sc de l'air frais extérieur qui s'y infinue avec fon humidité , fe communiquant à toutes les parties de chaque mafle, doit néceflàirement occafionner entr'elles un dérangement & un mouvement fuivis d'une chaleur affez grande pour produire tous les phénomènes de la fermentation dont nous venons de donner la defcription.
- On peut même préfiimer que l'Indigo éprouve plus d'une fois cette efpece de crifè, fur-tout quand il paffe la mer, à moins qu'il ne foit embarqué extrê^ mement fec Sc bien clos.
- Ce qu’il y a de confiant, Sc ce que peu de perfonnes obfervént, c'eft que l'Indigo pefe beaucoup moins avant d'avoir reflué , que fi-tôt après avoir reçu cette derniere façon.
- Lorfqu’il a pafle par cet état, il eft entièrement conditionné , & il eft important de ne pas en différer la vente, fi Ion ne veut pas fupporter la diminution à laquelle il eft fujet, les fix premiers mois après cette crifè , qu'on peut bien évaluer à un dixième de déchet, Sc fouvent beaucoup au-delà.
- Quelques habitants le font lécher à l'ombre dès que les carreaux quittent la caiffe; il eft vrai que c'eft un ouvrage de longue haleine, & qui demande plus de fix femainés avant qu'il foit en état de refluer : mais cette façon de le faire fécher lui eft très-favorable ; il femble en acquérir une nouvelle liaifon 9 8c fon luftre fe perfectionne par la diflipation lente des diverfes lueurs , qui le couvrent dans cet intervalle d'une fleur auflî blanche que la pouffiere de la chaux. Il eft confiant que cette méthode n'eft pas fujette au même déchet que 1 autre, & quelle procure une qualité fupérieure. C'eft pourquoi on ne peut trop inviter les Indigotiers à fuivre cette pratique. Ceux dont les établis font couverts d une quantité confidérable de caifles, ne pourraient cependant guère 1 adopter, à moins qu ils ne vouluflent faire un plancher Sc des étageres fous le faitage Sc tout autour de leur fécherie pour l'étendre deflus ; cela fait, on le met à refluer, comme nous l'avons dit ci-deflus. r
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- Il convient de retoucher un mot fur le pétriflage de l'Indigo. Lorfqu'il commence à fécher dans les caifTes, on s'imagine que cette efpece d'apprêt lui donne de la liaifon : mais c’eft une erreur ; car cette liaifon ne dépend uniquement que du degré de la fermentation & du battage qu'il a éprouvé, & notamment de ce dernier, ce qui eft facile à vérifier par l'Indigo d'une cuve qui pèche dans l'un & l'autre cas ; il s’écrafè au moindre choc, parce que la façon qui étoit néceflàire à fà liaifon lui manque, & il efl: abfurde de croire qu'on lui reftitue ou qu’on perfectionne cette qualité en en pétrifiant des parties défeélueufes ; au contraire il en réfulte fouvent une perte ; car fi on mêle la fuperfîcie de la caiflè avec le deflbus, cette fuperficie, ( en fuppofànt qu'on ait laifle faire des croûtes ) altérée par le fbleil, fe trouvant confondue avec le relie de la pâte , forme des veines ternes & ardoifees qui en diminuent beaucoup le prix. Ceux qui regardent de près à leur intérêt féparent leur Indigo dans la caiflè le lendemain ou le fur-lendemain, ce qui fait une différence de fix jours fur le terme qu’il faut aux autres pour le fécher ; ils y trouvent encore leur compte , en ce que , plus l'Indigo tarde à fécher, plus la force de fon odeur augmente & attire les mouches qui y dépofent leurs œufs : ces œufs fe changent fous moins de deux fois vingt-quatre heures en vers qui s'infinuent dans les crevafies de l'Indigo, dont ils mangent une partie, & altèrent l’autre, en y répandant une humeur vifqueufè qui l’empêche de fécher, d’où il réfulte une përte réelle, tant à l'égard du poids que de la qualité, & un grand retard , fur^tout dans la fàifon pluvieufe, où il convient que les uns & les autres entretiennent un feu continuel dans la fécherie , afin que la fumée en écarte tous les infeéles.
- On éviteroit prefque tous ces inconvénients fi , comme dans certains endroits des grandes Indes, où l'on efl: dans l'ufage de le pétrir & de le fécher entièrement à l'ombre, on mettoit l'Indigo dans des caifles d'un demi pouce de haut; & fi, après l'avoir féparé par carreaux, on les mettoit dans d'autres caifles féchées au foleil : cette méthode, à la vérité , exigeroit un plus grand nombre de caifles ; mais comme l'Indigo fécheroit beaucoup plus vite, les caifles feroient plutôt délibérées ; ainfi cette augmentation ne feroit pas auflt confidérable qu’on peut d’abord fe l'imaginer ; & comme, félon toute apparence, l'Inde de l’Afie doit une grande partie de là belle qualité à l'obfer-vation exaéle de ces différentes pratiques, on doit en efpérer à-peu-près un femblable fùccès à l’égard de l'Indigo , en donnant même aux caifles un pouce de hauteur. Il efl: vrai que les Marchands, accoutumés à acheter l'Indigo de nos Colonies en gros carreaux, feront d'abord fùrpris de la différence du volume de ceux-ci ; mais fi la denrée efl réellement plus belle, ils ne s'arrêteront pas long-temps à la forme.
- Quand on retire l'herbe de la pourriture , la tige & les branches n'en paroiffent pas autrement altérées ; mais le feuillage qui y tient à peine , efl fi
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- Chap. IV. Préparatifs & Defcription de la Manipulation de l'Indigo. 77 flafque & fi livide, qu’il eft aifé de difcerner que le fuc des feuilles contribue feul à la formation de la fécule ; il eft cependant permis de penfer qUe le corps & l’écorce de la plante fourniflent quelques flics propres à la fermentation & à la coloration du jaune. Mais on ne doit pas croire qu’ils foient feuls capables de compofer le grain, puifque lorfque la Chenille a rongé toute la verdure, le refte de la plante ne rend plus rien ; ou s'il rend quelque peu de fécule, on doit plutôt le regarder comme le produit de la partie verte de l'extrémité des branches , qui participent de la qualité des feuilles , que comme celui de 1 écorce.
- Les habitations où Ton manque d’eau dans les fécherefles extrêmes , tâchent de conferver celle qui doit fe perdre dans la vuide , & on en remet le plus qu’on peut fur la nouvelle herbe , afin d’éviter une partie du tranf port qu’il faut faire pour remplir la cuve. Ces fortes de cas font bien rares ; mais on prétend que cet ulàge ne préjudicie point à la fabrique de l’Indigo. On doit cependant préfumer que l’eau de cette nouvelle cuve fera beaucoup plus foncée que toute autre, 8c moins propre à une nouvelle diflolution.
- Le corps de la maçonnerie d’une Indigoterie fimple 8c telle que nous l’avons décrite dans le premier Chapitre peut revenir à 3000 liv. y compris le travail des Negres de l’habitation , qu’on peut bien évaluer à près de la moitié ou environ. On ne peut fixer le prix du moulin, de la fécherie & des autres ouvrages qui y font relatifs. Il fuffit de favoir que chaque Negre de place peut coûter environ 1800 à 2000 liv. le tout argent de l’Amérique, qui k fe réduit à deux tiers de la valeur numéraire en France.
- Chaque cuve chargée de quarante paquets ou charges d’un Noir, lorfqu’on eft dans la belle làifon , peut rendre trente livres d’indigo, qui fe vend à préfent en France, fuivant la qualité, depuis fix jufqu'à onze livres de notre monnoie. Je parle de l’herbe des habitations fituées dans les plaines ; car celles des Mornes donne beaucoup moins , l’air y étant plus tempéré , 8c par conféquent moins propre à lui donner du corps.
- Ce revenu ne laifleroit pas d’être confidérable fi chaque coupe étoit égale ; mais il y a une grande différence entre leurs produits. La première rend peu, 8c l’herbe ne fournit pas. La foconde coupe eft la meilleure ; la troifieme diminue d’un tiers , la quatrième des trois quarts, & la cinquième fe réduit prefque à rien. Ceci fouffre cependant de grandes exceptions, tant par rapport à l’excellence des terreins qu’à l’influence des temps.
- On doit encore remarquer que l’Indigo bâtard rend fouvent près d’un tiers moins , pour les raifons que nous avons expliquées ci-devant. Ainfi il faut beaucoup rabattre de la première eftime dont nous venons de parler, fans entrer en compte des accidents de la plantation dont on eft déjà inftruit.
- Pour achever le détail de cette Manufacture , on doit ajouter que deux Indigoteries 8c trente Negres travaillant, fufïifent à l’exploitation d’un terrein Indigotier. y
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- de carreaux de 100 pas quarrés de Saint-Domingue, où la mefùre dupas eft de trois pieds 8c demi de France ; on fuppofe ici que le terrein où Ton peut cultiver ces x 5 carreaux en Indigo eft déjà bien net 8c pris dans la plaine où l'exploitation eft beaucoup plus facile que dans les mornes.
- U faut au refte lavoir que dans nos Colonies les bâtiments, les favanes où Ton entretient le détail, les places à vivre pour le Maître & les Efclaves occupent près d’un quart du terrein d’une habitation, 8c qu’il en refte fou vent autant en friche > ou en bois de bout, pour fervir de relïource quand la terre où l’on plante l’Indigo vient à s’épuifer.
- Dans les habitations où l’on n’a plus de bois de bout pour remplacer les terreins ufés, 8c où l’on eft obligé de faire fervir les vieux défrichés, on a recours à différents artifices pour les relever de cet épuifement & pour leur redonner une nouvelle vigueur. Un des principaux eft de répandre fur les carreaux qu’on retravaille, un peu d’ancien fumier d’indigo, qu’on appelle à l’Amérique Fatras-Indigo, dont on a déchargé les cuves. Cet engrais, lortant même de laTrempoire, eft excellent 8C produit toujours un bon effet ; mais fi l’on veut rétablir le fond d'une piece de terre 9 & la rendre propre à fe foutenir long-temps fans le fecours des fumiers, il faut y planter du gros-petit Mil, ou Mil à panache 9fg. % , PL 6, dont la tige & le feuillage reflemblent beaucoup au Maïs, mais dont la graine ronde eft quatre ou cinq fois plus grofle que celle du Millet de France. On coupe ce Mil au bout de fix mois, & on laifle la tige avec tout Ion feuillage à pourrir fur la terre. La fouche repouffe alors de nouvelles tiges, dont on recueille le grain dans le temps de fà maturité. On c.oupe enfuite le pied de la plante, & on l’abandonne fur le terrein pour s’y deffécher ; 8c lorfque la grande faifon des plantations s’approche , on y met le feu. On deJfouche enfuite le refte de la plante , qu'on brûle après avoir fouillé toute la piece avec la houe ; on retravaille encore ce terrein autant de fois qu’il eft nécefliire , jufqu’à ce qu’il foit en état de recevoir de nouvelle graine d’indigo, ce qui fait à peu-près un intervalle de 15 mois. Lorf-qu’un terrein a été ainfi relevé, il produit une très-belle herbe, & il eft en état de réfifter à la culture de l’Indigo prefqu’auffi long-temps qu’un bois neuf ; car 9 c eft ainfi qu’on appelle les terreins dont on a abattu les bois depuis peu. Quelques habitants , pour relever un terrein en friche 8c couvert de gazon , en font lever toute la fiiperficie par pièces ou par mottes, dont on forme des tas ou des piles de diftance en diftance ; lorfque ces mottes , qui font un peu écartées les unes des autres , font féches, on y met le feu, & on en répand la cendre fur la terre de ce défriché, qu’elle fertilife pour long-temps.
- La bonne économie demande , qu’après avoir planté la moitié d’un terrein en Indigo, on obferve un intervalle d’un mois ou fix femaines avant d’enfemen-cer le refte. Cette précaution eft néceflaire pour parer à l’inconvénient des pluies, qui font fouvent différer la coupe de l’herbe, Sc pour que fes différents âges donnent le moyen de la couper alternativement au point convenable de fà ma-
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- C«ap. IV. Préparatifs & Defcripdon de la Manipulation de l'Indigo. J 9 turité ; on profite du relâche que donne cet intervalle, pour vacquer aux premières làrclaifons & aux autres ouvrages indilpenfables. C eft pourquoi on le fert de ce délai pour faire un bois neuf ou fabbatis des arbres qui couvrent une terre vierge , conftruire des bâtiments, planter des vivres (i) 8c des hayes, ou les farder, réparer les entourages & les foffés, ou pour finir les travaux qu’on ne peut remettre au temps de la coupe qui donne a peine le moment de larder, 8c d’empêcher les mauvaifes herbes de fe multiplier dans l'Indigo.
- Les hayes Z,fig. 6, PL io , fe plantent en Citronier ou en Campêche, foit de graine, loin de bouture, à deux, trois ou quatre rangs ; & lorlqu’on a de i’êau à fa difpofition, on y en fait palier un filet liiivant la néceffité , ou bien on fait apporter de l’eau exprès dans de grandes calebaffes pour arrofer ce plan. On a foin d’entrelacer les jets de ces arbres à mefure qu’ils croiflent, afin qu’ils Ibient en état de réfifter à l’effort des animaux. Quand le corps de la haye eft à la hauteur de 4 pieds, on la taille par-deffus 8c par les côtés avec un bon couteau à Indigo garni d’un manche, ou bien avec une efpece de coutelas , qu’on appelle manchette ; 8c quand la haye eft trop forte, avec une ferpe ajuftée à un long manche.
- Comme les hayes font la sûreté 8c l’ornement des habitations, on doit les tailler tous les trois mois, & veiller tous les jours à leur entretien , en failant la ronde pour examiner fi les animaux n’y ont point fait quelque brèche.
- A l’égard des places à vivres r y fi g* i, PL 6 , on les arrofe comme l’Indigo, quand le terrein le permet, On obforvera ici que fi l’on eft dans l’ufàge de dif*^ tribuer de la terre aux Negres , afin d’y faire des vivres pour eux & pour leurs familles , on doit leur alfigner des quartiers ni trop focs ni trop humides, ou bien leur donner un terrein dans les hauteurs pour leur nourriture pendant la làifon des pluies, & un autre dans les bas-fonds pour les temps de fécherefte.
- Quant aux Jardins potagers s, fig. i, PL 6, on y creufe un ou plufieur baf-fins où l’on fait venir l’eau dont on fe fert pour arrofer avec des arrofoirs , & on éleve par-deffus les planches qui ont befoin d’abri, des tonnelles , fur lesquelles on met comme un lit de branches de bois noir, ou de feuilles de Palmifte.
- Lorfque le temps de la coupe approche , il convient que l’Indigotier fafle une vifite générale des Indigoteries & de ce qui en.dépend, pour s’affurer de leur état, s’il n’y a point d’écoulement à craindre, foit % par les robinets, foit par quelque fente ; fi les poteaux des Clefs 8c ceux des Buquets font folides ; on fait auffi une révifion de l’échaffaud e 9 fig. 2 9 PL 4 , du puits & de fon chaffis; un de fes travers gâté, fuffifant pour faire périr un Negre. On vifite auffi la Bringueballe ou bafcule b du fceau , 8c fon fouet ou cordage /; enfin les barres des Clefs de chaque Indigoterie, afin de n’être pas obligé d’arrêter au milieu de la coupe , & donner par là occafion à de grands dérangements à la
- (1) Terme uGté qui comprend toutes les Plantes d’où les Negres tirent leurs aliments.
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- 8o / N D I G O T I E R. Livre IL
- fabrique de l'Indigo , par le refroidiflèment des cuves & les pluies qui peuvent fur venir ; ces inconvénients étant caufe qu on efi: après cela trois ou quatre jours fans retrouver le point de leur jufte fermentation. Un pareil ordre établi, l'Indigotier ne s'occupe plus qu’à couper, embarquer & farder, jufqu’à ce qu’on ait fini la première coupe ; après quoi il vacque aux travaux les plus preflànts , dans l’aflurance qu’il ne tardera guere à faire une féconde coupe qui demande bien plus de vigilance, tanta caufe du ravage de la Chenille Sq des autres infeétes dont le nombre fe multiplie de plus en plus, qu’à caufe du corps de l’herbe qui exige plus de pourriture, mais qui rend auffi beaucoup plus que la pre^ miere.
- Fin du Livre Second*
- LIVRE
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- LIVRE TROISIEME.
- Théorie pratique de la Fabrique de ITndigo.
- A V A N T-P R O P O S.
- Co m m e le terme de pourriture , appliqué à la fabrique de flndigo, renferme chez nos Colons fidée de tous les degrés de fermentation par lefquels une cuve de cette herbe peut paffer, & que la plupart de ceux qui ne font point inftruits de cette convention en Europe, font accoutumés à diftinguer par des noms particuliers , les trois différents genres de la fermentation, dont l’effet du dernier porte le nom de pourriture , je me fervirai, autant qu’il me fera poffible , pour éviter toute équivoque, du terme de putvcficlion, lorfqu il s agira du dernier degré de la fermentation , qui eft connu de tout le monde pour être défavorable à l’Indigo ; & j’emploierai celui de défaut ou de jufeffe de fermentation , pour exprimer l’état des deux autres, en dérogeant ici à l’ufàge des Indigotiers.
- On peut voir la railbn de cet avertiffement, & les éléments de cet art, ail Chapitre VI. du premier Livre , page 35 & Jiiivantes.
- La fabrique de l’Indigo fe divife naturellement en deux parties; lavoir , la fermentation 8c le battage. La fermentation fe manifefte par deux effets principaux. Le premier, porté jufqu a un certain dégré, développe tous les principes aélifs & paffifs qui doivent contribuer à la formation du grain , & les dilpofe à une liaifon qui doit fe perfectionner dans la Batterie, où ils acquièrent une confiftance & une forme propre à s’égoutter.
- Le fécond effet de la fermentation, ou fon excès détruit le reffort des principes actifs , & occallonne la défunion de tous les autres, dont le battage ne peut plus qu’augmenter la diffolution, & leur mélange avec l’eau, qu’il eft enfuite impof fible d’en feparer.
- Ces deux différents effets fe produîfent plutôt ou plus tard , félon les différentes circonftances dont nous parlerons ci-après.
- On a vu des cuves arriver à une fermentation parfaite en fix heures ; mais cela eft très-rare, & c’eft une preuve certaine que l’Indigo rendra fort peu. Le terme ordinaire eft de dix, douze, quinze à vingt heures, quelquefois trente , meme cinquante, prefque jamais au-delà ; encore ne fe trouve-t-on gueres dans ces derniers cas, fi ce n’eft lorfqu’on embarque l’herbe dans une cuve neuve, ou dont on a celle de faire ulàge depuis long-temps, 8c lorfque la circonf Indigotier. X
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- s* INDIGOTIER. Livre III.
- tance d’un hiver fec Sc froid qui rallentit la fermentation , ou celle des grandes chaleurs de l'été , qui rendent l’herbe fufceptible d une longue effervefcence , concourent à cet effet.
- Le Battage ou l’agitation de la matière dans la Batterie, produit aufli deux effets principaux. Le premier bien ménagé , détermine & perfeélionne la liaifon des parties & la formation du grain, que la fermentation bien conduite, n’a fait qu’ébaucher ou préparer.
- Par cette opération, toutes les parcelles propres à la formation du grain, noyées & difperfées dans cet amas d’eau , fuivant leur pefanteur Ipécifique, fe rencontrent, fe joignent & fe pelotonnent en petites mafles plus ou moins groffes & différemment configurées, félon l’abondance & la qualité des fucs & luivant la force ou la duré ede l’agitation qu’elles éprouvent.
- L’huile de poiflon qu’on répand avec un brin d’herbe à deux , trois ou quatre reprifes dans la cuve pendant le cours de l’opération, fert à abattre le volume de l’écume qui s’oppofe au coup du buquet. On peut aufli fuppofer quelle contribue à l’union des principes qui nattendent peut-être que cette addition pour former de nouveaux corps, ou qu elle fèrt du moins à perfectionner l’unité de chaque mafle, & qu elle les préfèrve de l’imprefllon de l’eau , ce qui, joint à leur forme particulière, les diftingue les unes des autres julque dans leur dépôt, & en facilite le plus parfait écoulement. Je ne tairai cependant pas que dans certains quartiers on a totalement fupprimé l’ulàge de l’huile , fans qu’il en ait réfulté aucun inconvénient à l’égard du battage ou de la qualité de l’Indigo.
- L’excès du battage produit à-peu-près le même effet que l’excès de fermentation. Il rompt méchaniquement le reflbrt & l’union du grain, Sc il le réduit en fi petites parties, que lors du repos dans la cuve de dans les fàcs, l’eau n@ peut trouver aucune iffue pour s’en échapper.
- Ainfi l’on peut établir comme une réglé générale que tout Indigo qui ne s égoutte pas bien, pèche par excès de fermentation ou de battage.
- Comme la fermentation & le battage n’ont aucun temps ou terme fixe, on parvient à fàifîr fucceflivement le jufte point de l’une & de l’autre, par l’obferva-tion de la qualité de l’herbe qui influe généralement fur la durée & fur la me-fiire de ces deux objets, & par l’examen de certains indices connus qui fe pré-fentent dans le cours de chacune de ces opérations ; mais comme ces deux objets ne peuvent fouffrir un plus long détail en commun, nous allons les divifer en deux Chapitres, dont l’un regardera la fermentation & l’autre le battage,
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- Théorie pratique de la Fabrique de ITndigo.
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- avertissementl
- Pour lever toute obfcurité fur le contenu du Chapitre fuivant, nous obferve-rons que dans les temps chauds la fermentation fe déclare bien plus promptement que dans les temps froids , d’où il refaite que l’herbe embarquée dans une làifon chaude, exige moins de temps pour parvenir à Ion premier dégré de pourriture , qu’une herbe embarquée dans une faifon froide, & que celle-ci par conféquent doit féjourner plus long-temps dans la cuve que la première , pourvu qu’il n’y ait pas une extrême différence entre le corps de l’une & de l’autre. Car , il eft confiant que S le froid contribue à la longueur du féjour de l’herbe dans la Trempoire, l’aifoibliffement dans le corps de l’herbe occafionné par le froid, abrège d’un autre côté le temps de fon bouillon ; ainfi en s’accordant fur cette diftinétion, on peut dire que l’herbe demande plus de pourriture ou de féjour dans la cuve fi l’hiver eft fec, quen été , fuppofant une égale qualité entr’elles, & même dans le cas où l’herbe de l’hiver auroit un peu moins de corps ; mais il faut auffi convenir que cette diminution de qualité dans la plante, néceffite toujours une diminution fur le temps de la fermentation réelle, & abrège d’autant fon féjour dans la cuve.
- Mais la pluie contribue encore plus que le froid à la diminution de fa qualité, & elle ne tombe pas également par-tout dans les mêmes faifons. Ainfî dans les quartiers de la dépendance du Cap François, il pleut par intervalle toute l’année , mais beaucoup plus conftamment dans le temps des Nords, ou des vents qui fouffient du côté du Nord de lifte de Saint-Domingue , depuis environ le milieu d’Oélobre jufques vers le commencement d’Avril ; au contraire , dans ceux du Port-au-Prince de la même Ifle , il ne pleut que pendant le printemps l’été & une partie de l’automne , enforte qu’après le huit ou le quinze de Novembre on a du fec jufqu’au mois de Mars, ce qui fait trois ou quatre mois % pendant lefquels on n’a fouvent que trois ou quatre grains ou pluies d’orage , tandis qu’il pleut pour ainfi dire fans cefte jour & nuit dans cette même faifon vers la partie du Cap. Il réfulte de ce contrafte une différence confidérable fur la qualité de leur herbe dans ces mêmes temps ; cette différence de qualité Sc auffi de température , fait qu’on ne s’accorde point alors fur la maniéré de traiter les cuves, & que la méthode des uns femble oppofée à celle des autres, quoique au fond tous conviennent des mêmes principes , auxquels je tâcherai de rapporter tout ce que j’ai à dire fur cette matière, efpérant qu’au moyen de cet Aver-tiiïement, chacun entendra le fens de mon difcours, Sc en fera l’application convenable à ces cas, dont la diverfité eft fi commune dans la fabrique de l’Indigo;
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- INDIGOTIER. Livre III.
- CHAPITRE PREMIER.
- I
- De la Fermentation de üIndigo.
- JL/a r T n indique point , comme nous l’avons dit au Chapitre VI. du premier Livre , page 3^ , de réglé précife fur la durée de la fermentation, parce que ce point dépend de la qualité ou du corps de 1’herbe , & cette qualité de la nature du terrein où l'herbe a crû, & de l'altération des faifons quelle a éprouvée tandis qu’elle étoit fur pied. Nous avons ajouté que le progrès de fbn développement dépend encore du temps froid ou chaud, pluvieux ou fcc, pendant lequel l’herbe eft à cuver , & du degré de chaleur ou de fraîcheur de l’eau dans laquelle on la fait macérer; mais comme entre toutes ces circonftances la qualité de l’herbe eft celle qui influe le plus généralement fur la durée de la fermentation & fur la force des indices qui fervent de réglé à l’Indigotier pour couler la cuve , & que les caufes dont nous avons parlé peuvent faire varier à l’infini les qualités de l’herbe , nous en choifiron s trois principales pour en faire le fùjet de trois Articles féparés, dans lefquels on trouvera fucceflivement tout ce qui a rapport à ce travail & aux circonftances capables d’en ralentir ou d’en accélérer l’effet.
- 1
- Le premier nous indiquera les raiforts pourquoi une herbe qui a éprouve les inconvénients de la faifon pluvieufe ou d’un terrein trop humide exige une courte fermentation, les effets qui l’accompagnent jufques dans fa putréfaction , 8c les moyens d’en éviter les inconvénients. Nous joindrons à cet Article le détail des caufes qui peuvent déterminer, non pas une plus longue effervefcence, mais un plus long féjour de l’herbe dans la cuve.
- Dans le fécond , nous fournirons les mêmes éclairciffements fur la néceflité d’une plus longue fermentation à l’égard d’une herbe venue dans les circonftances les plus favorables de l’été , & dans une bonne terre.
- Nous expoferons dans le troifiéme les motifs qui déterminent une fermentation moyenne , lorlqu’il s’agit d’une herbe qui a long-temps fouffert du fec, ou dont on a laiffé paffer le temps de la coupe ; nous y joindrons les inftruétions de convenance comme aux précédents Articles.
- Article Premier.
- Tout bon Praticien , avant d’ordonner la coupe de fbn Indigo, doit jette r un coup d’œil attentif fur fon herbe, fur le terrein où elle a crû, & bien réfléchir fur les accidents quelle a éprouvés jufqu’alors, afin de juger du point où il doit en pouffer la fermentation, & enfuite le battage.
- La
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- Chap. I. De la Fermentation de VIndigo. 8ÿ
- La méthode de ces préemptions eft d'un grand fecours quand on a affez d'expérience pour rectifier & corriger à propos les petites meprifes qui peuvent s’y glifler. Cette révifion traitée fuivant l'ordre des circonftances & des travaux 5 nous conduit naturellement à l'examen de la première coupe & de-la a la première cuve. C’eft toujours la plus embarraflante , parce que 1 eloignement du foleil, les pluies fréquentes de la première fàifon, & la trop grande fraîcheur de la terre ayant attendri la plante, & l'ayant remplie de fucs mal digérés , le développement en efl: fi prompt & l’effervefoence fi foible , qu'il efl: difficile de connoître & de faifir le véritable point où il faut en arrêter la fermentation.
- Les lignes qui accompagnent cette fermentation & Ion produit, répondent à la foiblefle de leurs principes ; elle rend peu d’écume, & quelquefois il n’en paroît prefque point du tout. La chaleur & le développement des parties font prefque tous concentrés au fond de la cuve. Le grain en efl: petit ; il change & fe dilfout d'une manière imperceptible prefqu’auflîtôt qu'il efl: formé, & il donne une apparence de trouble à l'eau dans laquelle il efl: trop divifé.
- Les doutes qu’occafionnent la foiblelfe & l'obfourité de ces indices, lors même qu’on en a faifi le jufte point, les légères apparences de conformité qu’ils ont avec ceux d’une cuve de bonne herbe qui n'eft pas aflez fermentée ou qui l'eft trop , & les inconvénients qui réfultent de la confufion qu'on en peut faire , nous obligent d'entrer dans le détail de tous les éclairciffements propres à les faire éviter.
- On connoîtra que la cuve dont il efl: queftion, efl à fon jufte point de fermentation & dans le meilleur état poflible, fi le grain, tout mal formé qu'il ëft , fe fépare aifément après avoir battu la tafle, & fi l’eau devient d’un verd paillé brillant.
- On diftinguera celle-ci d'une Cuve de bonne herbe qui n*a pas afiez fermenté ? dont la couleur de l'eau efl quelquefois roufle approchant de la bierre, & prefque toujours d'un verd vif & qui ne laifle à la fùperficie de la tafle aucune crafle. L'indice de l’eau roufle ne doit cependant point être regardé comme une marque infaillible de défaut de fermentation ; car il fe rencontre des coupes entières dont les eaux font toujours roufles, quoiqu'elles ayent le degré de fermentation convenable. C efl pourquoi j’ajoute ici trois autres remarques sûres , dont 1 Indigotier peut faire ufàge toutes les fois qu'il aura quelque doute fur l'état de fà cuve. La première efl tirée de l’eau qui rejaillit de la tafle ou de la cuve fur la main, laquelle, dans le cas de putréfaélion , ne fait aucune imprefiion , ou du moins elle efl fi foible , qu'elle s’efface d'elle-même à mefùre qu’elle féche ; mais lorfqu elle manque de quelques heures de fermentation convenable, elle
- efl fi âpre que le fàvon nefàuroit en effacer la tache fans réitérer plufieurs fois fon ufage.
- La fécondé confifte dans l’odeur delà cuve, qui efl défàgréable, quand elle efl excédée.
- Indigotier. Y
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- 86 INDIGOTIER. Livre III.
- La troifieme dépend de l’infpeétion de l’eau qui anticipe fur les bords de la cuve , tandis que la fermentation augmente, & dont la retraite laifle une trace qui annonce que la crife de la fermentation eft paflee.
- Pour tirer avantage de cette trace, il faut auparavant avoir obfervé le point ou feau montoit lorfqu’on a achevé de remplir la cuve, & prendre le moment ou le ralenti flement de la fermentation permet de voir la moitié ou les deux tiers de cet intervalle à découvert, pour lâcher la cuve.
- Si, faute d’attention à ces avis, & fur les premières apparences de la conformité du grain d’une herbe de foible qualité bien fermentée, avec celui d’une bonne herbe qui ne l’eft pas afîez, on fe détermine à pouffer la fermentation dans l’idée de perfectionner ce grain, la cuve tombera en putréfaction, & on la perdra fans reffource.
- Mais fi une cuve eft tombée dans cet état pendant l’abfence d’un homme expérimenté , il en reconnoitra aifément l’excès , malgré la conformité & la reflèm-blance de ce grain embrouillé, à celui dont la fermentation n’eft qu’ébauchée ; car le premier ne fe fépare point comme l’autre , & il refte à flot entre deux eaux, dont la couleur eft quelquefois d’un jaune pâle , d’un verd fale & le plus fouvent bleuâtre. Il verra de plus fe former à la fuperficie de la tafle, une fleur qui 3 en fe réunifiant, préfente un demi-cercle en maniéré d’arc-en-ciel, & aufli une pellicule ou craffe blanchâtre fur la cuve, ce qui eft une preuve d’excès. Il eft vrai que cette fleur peut également fe préfenter dans la taffe & fur la cuve, quand les flics de la plante fe trouvent altérés par les pluies continuelles qui l’ont noyée, ou quand l’herbe a trop de maturité, ce qui arrive lorfqu’on en laifle nouer la graine ; mais cette fleur ne s’entretouche pas comme celle d’une cuve dont la putréfaélion eft ébauchée.
- On doit inférer de tout ceci, que l’Indigotier doit s’attacher particuliérement à la netteté & à la belle qualité de l’eau pour gouverner la fermentation de la première cuve, quand elle fe trouve chargée d’une herbe telle que nous l’avons décrite au commencement de cet article , fans avoir trop d’égard au petit grain , pourvu qu’il cale bien, & qu’il ait foin d’y conformer le battage qu’il doit lui donner enfuite avec toute la circonfpeélion poflïble. C’eft dans la Batterie qu’il en verra & corrigera le défaut, fur lequel il jugera du temps de la fermentation de la cuve d’herbe fuivante & de la qualité du grain qu’il doit en attendre, lequel ira vraifemblablement en fe perfectionnant.
- Ces éclairciflements font d’autant plus intéreflants, que bien des gens rif-quent de perdre la première cuve pour aflurer le fuccès de la fécondé , qui eft comme la bafe de toute la coupe. Si celle-ci réuflît, le refte ne fera qu’une routine tandis que le temps fe tiendra au beau ; car s’il devient pluvieux, ce fera une circonftance de plus pour accélérer la fermentation. Je ne dois pas omettre à la fuite des circonftances qui précédent & occafionnent une plus courte fermentation , le rayage de la Chenille : il eft tout naturel qu’une herbe dépouillée
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- Chap. I. De la Fermentation de l'Indigo. 87
- de la moitié de fon feuillage, travaille moins long-temps qu’une autre bien garnie • Sc qu’une cuve remplie de cesinfeétes, tende bientôt à la putréfaction. On ne laifle cependant pas d’en tirer parti en les mettant, autant qu il eft poffible, deffous l'herbe avec laquelle ils rendent quelquefois de bon Indigo. Mais on doit s’attendre, pour peu qu’on tarde à lâcher une cuve de pareille herbe , quelle jettera bientôt à là fùperficie une craffe ou pellicule qui efl: l’indice d’un prochain relâchement dans la liailon du grain ; ainfi il faut en arrêter de bonne heure la fermentation 9 & prendre garde de ne pas confondre cette pellicule de la taffe & de la cuve avec celle d’une bonne herbe trop fermentée, ou avec celle d’un Indigo coupé en graine , ou d’une autre enfin qui n’a point de corps.
- Après avoir expofé les caufes qui déterminent une prompte & infenfible fermentation , ainfi que les moyens d’en éviter l’illufion Sc les inconvénients, il eft néceffaire d’entrer dans le détail d’une circonftance étrangère à l’Indigo, qui peut en déranger Sc reculer confidérablement le point : c’eft des vaiffeaux que j’entends parler.
- La fraîcheur des cuves neuves, Sc peut-être auflî l’aétion de la chaux , ralentirent confidérablement la fermentation du premier Indigo qu’on y met. Son efferveicence ne paroît quelquefois qu’au bout de quarante heures , tandis que la fécondé n’en demandera pas vingt. Lés vailfeaux dont on n’a point fait ulàge depuis plufieurs années, produifent à-peu-près le même effet ;on apperçoit même toujours quelque différence à cet égard dans les cuves qu’on emploie d’ordinaire, lorfqu’on leur donne quelque repos , particuliérement celui des plantations ; ce retard de fermentation, caufé par les vaiffeaux , mérite d’autant plus d’attention , qu’il fe rencontre fouvent avec la coupe de la première herbe, dont la prompte Sc infenfible diftolution, femble entrer en contradiction avec cette ciconftance. Dans ce cas, il vaut mieux retrancher quelques heures , que d’en donner une de trop ; parce que fi l’on perd quelque chofe fur la quantité, on efl: au moins dédommagé par la qualité qui n’en fouffrira point, s’il ne manque rien au refte de fon apprêt, & s’en tenir au premier grain qui paroîtra capable de fouffrir le buquet, qu’il faut toujours dans ces rencontres ménager avec prudence.
- On doit encore mettre au nombre des circonftances qui retardent le plus ordinairement la fermentation , la fraîcheur de l’eau dont on remplit les cuves, Sc celle de 1 air pendant le temps qu’elles travaillent. Mais comme nous nous fommes fort étendus fur les effets de cette derniere caufe, dans l’Avertiflemenc qui précédé ce Chapitre , le Leéleur peut y avoir recours. Nous ne l’entretiendrons ici que de la fraîcheur de l’eau , qui dépend en grande partie de celle de lair. Il efl: évident que plus l’eau eft froide, plus la cuve doit tarder à bouillir • c eft pourquoi la plupart de ceux qui font en état de faire la dépenfe d’un baf-fin pour expofer leur eau au Ibleil pendant vingt-quatre heures, ne négligent guere d employer un moyen fi propre à accélérer le progrès de la fermentation. Cette méthode leur procure deux avantages. Le premier eft de gagner près de
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- 88 1 ND IGOT1E R. Livré III.
- cleux ou trois heures fur ceux qui ne remplirent leur cuve qu’à fur & à mefure
- avec des féaux.
- Le fécond eft de retirer1 plus d’indigo par la fermentation complette de* Therbe qui fe fait tout à la fois. Mais lorfqu une cuve a été réchauffée par un ou deux bouillons, 8c avinée par la force de la matière qui la pénétré , elle rentre dans Tordre naturel ; la fécondé fe fait plus promptement & ainfi de fuite , juf-qu’à un certain point. C’eft pourquoi l’Indigotier doit vifiter cette fécondé cuve de bonne heure , afin de s’y trouver avant qu elle foit paffée ; car s’il ne vient qu’après avoir donné au grain le temps de fe diffoudre, il trouvera en arrivant que celui-ci reflemble beaucoup au grain de la cuve précédente, qui n’étoit réellement pas formé à pareille heure , & il tombera dans l’inconvénient dont nous avons parlé ci-defius , en différant , dans l’efpérance d’un changement favorable. A la fécondé vifite, il fera furpris de trouver le même grain , s’il n’y a du pire ; dans cette perplexité, il s’aventure à lui donner encore quelques heures, & il gâte tout. Ce qui lui fait le plus de tort dans cette occafion , c’eft que s’apperce-vant enfin de fon erreur, il ne peut pas également connoître depuis quxel temps elle eft tombée dans cet excès, ou combien elle a déjà d’heures de trop ; ce qui eft d’une grande conféquence pour la troifieme cuve. Un homme qui fait deux fautes de fuite, ne doit point s’entêter davantage , ni rougir de demander l’avis d’un autre ; quand il fèroit moins habile, il pourra le remettre fur la voie, parce qu’il y va de fens froid, 8c qu’il n’a pas l’efprit troublé par deux bévues confécutives. Les vifites doivent fe faire de bonne heure ; mais il ne faut pas les réitérer coup fur coup : car on s’imagine toujours voir la même chofe. Si donc après la première vifite de la cuve , on préfume quelle a encore dix heures à courir, 8c qu’on y aille les deux premières fois enfuite de quatre heures en quatre heures, ne doit-on pas favoir à quoi s’en tenir à la troifieme, 8c en diftinguer mieux la différence que fi on n’avoit mis aucune diftance raifonnable entr’elles ? Si à la derniere fois la cuve fe trouvoit par hafard paffée, il n eft pas difficile de s’en appercevoir aux remarques que nous avons données ci-devant pour ce cas.
- Article Second.
- f Supposons maintenant que l’Indigotier travaille fur une herbe qui a profité des circonftances les plus favorables, beau temps, chaud, petites pluies douces, bonne terre, belle expofition, peu de chenilles, & très-peu d’autres accidents, confequemment fur une herbe pleine de fubftance. Dans cette cir-confiance la fermentation devient nécéïîairement fort longue, parce qu’il faut beaucoup de temps à l’eau pour en pénétrer & en développer toutes les parties, 8c des plus violentes par l’abondance des lues qu’elle met en aélion.
- La chaleur de la cuve 8c l’écume confidérable dont elle eft couverte, la
- grofteur
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- Ch a p. I. De Fermentation de VIndigo. 89
- grofTeur & la rondeur du grain, font les indices 8c la preuve de 1 abondance 8c de la force de ces principes & de leur difpofition à une parfaite liaifon.
- Lorfque la fermentation a amené le grain à ce point, Feau en eft nette 8c d’un clair doré , femblable à de belle eau-de-vie de Coignac ; d autres fois elle eft roufle , ou d’un verd doré clair ; mais il ne faut pas s’obftiner abfolument à une couleur, fur-tout à la dorée, qu’on ne trouve guere à la première & à la dernière coupe. Il fiiffit que l’eau foit claire & nette, & que le grain s’en détache bien, lorfqu’il cale ou defcend au fond de la tafle. Vous noterez que quand l’eau efl: de nature à être rouffe, elle prend & conferve cette couleur après comme avant le terme de la jufte fermentation ; mais en général elle eft d’un bon pré-fàge : la fécule s’en égoutte bien , parce que la qualité de cette eau eft propre à former un bon grain, & le bon grain une belle marchandée.
- La fabrique d’un pareil Indigo n’offre rien de difficile , & il faut fe bien peu connoître au métier pour manquer une cuve, tandis que les chofes relieront au même état ; mais fi le temps change, elles changeront aulîi de face. Il ne faut pas s’étonner que trois jours de pluie caufent une différence de deux ou trois heures de moinsfur la fermentation ; fi au contraire le beau temps continue , la fermentation fera feulement un peu plus longue. On doit etre prévenu à ce fujet, que deux ou trois* heures de fermentation ne font pas plus d’effet dans les beaux temps, 011 l’herbe a beaucoup de corps, qu’une heure dans une fàifon dérangée où elle en a fi peu.
- Ce que nous avons dit dans l’article précédent fur les indices 8c les erreurs d’une fermentation trop foible ou trop forte , relativement à une herbe de bonne ou foible qualité, ne pouvant caufer quune répétition ennuyeufe , nous y renvoyons le Leéfeur, 8c paflons tout de fuite à l’examen d’une herbe qui par elle-même n’exige qu’une fermentation moyenne entre celles des deux premiers articles.
- Article Troisième.
- L’h e r b e qui a fouffert long-temps le fec , fur-tout dans des terreins élevés ou fàbloneux, manquant de fubftance, ne préfente à la fermentation qu’un feuillage épuifé & flétri. Ces qualités font caufe que l’eau la diflout affez facilement, & que la fermentation en eft moins longue que la précédente, à moins qu’on ne foit dans un temps froid & fec, auquel cas elle eft toujours, comme nous l’avons dit, beaucoup plus lente.
- Les lignes qui accompagnent cette fermentation font auflî beaucoup moins violents ; ces fortes de cuves font fujettes à jetter une crafle ; le grain en eft mal forme, & il fo montre comme élongé & en forme de pointe, quoique cette figure ne foit pas une circonftance abfolue. Conféquemment à tout ceci, le produit d une telle herbe eft très-mince , 8c il arrive fouvent quen prolongeant le Indigotier. Z
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- 5>o INDIGOTIER. Livre III.
- temps de fa fermentation , afin d’en tirer parti, on approche trop près de la putride ; d’où réfolte la diflblution du grain, une fécule qui ne s’égoutte point, & des fucs crafleux, lignes ordinaires de putréfaétion.
- L’herbe qui eft palfée ou qu’on n’a pas coupée en fon temps, eft encore plus difficile, for-tout celle de l’Indigo bâtard, dont on a lailfé nouer la graine. Pour Tamener à fon vrai degré de fermentation Sc en tirer bon parti, il faut de grandes chaleurs Sc beaucoup de fcience, fans ces conditions on s’expofe à un travail inutile.
- Nous ne pouvons nous dilpenfer de joindre à ce Chapitre , la maniéré dont on doit fe comporter lorfqu’une cuve embarquée de jour doit être battue pendant la nuit.
- Comme il n’y a rien de plus fatiguant que d’être debout pendant une partie de la nuit aux rifques de contracter des maladies dangereufos , Sc que d’ailleurs on ne peut faire aucun fond liir l’examen de l’eau que la lumière fait paroître bleue , tandis qu’elle eft verte, Sc le grain trop peu diftinét pour ceux qui ont la vue courte , on doit fonder fa cuve avant que le foleil fe couche ; Sc fur la comparaifon de fon eau avec celle de la cuve précédente examinée à pareil terme, on fe décidera for le temps qu’on lui donnera.
- Mais s'il eft queftion d'une première cuve, on en eftimera la durée par le changement que la fermentation a produit jufqu’à ce moment ; après quoi il ne s’agit plus que de confulter la montre, & d’ordonner de lâcher la cuve un peu avant l'heure où l’onfoppofequelle fera parfaite, & ainfides fuivantesqui feront dans le même cas ; l’expérience ayant montré que cette méthode eft préférable à celle de veiller la cuve au rilque égal de la manquer. Mais pour éviter tout inconvénient on doit en réferver le battage au lendemain, parce quelle fe perfectionne dans cet intervalle, & qu'on eft en état à la pointe du jour de la traiter convenablement.
- Ne peut-on pas ajouter en finiftànt ce Chapitre, que fouventplus les moyens de parvenir à un objet font fimples, plus on néglige de les employer ?
- En effet, on fe fort d’indices la plupart du temps très-fulpeéls, pour juger du point important de la fermentation, tandis qu’à l’aide d’un thermomètre fof-pendu dans la cuve, on pourroit acquérir la connoiflànce la plus exaéte du progrès & du déclin de la fermentation, qui ferviroit de réglé pour chaque qualité d’herbe & chaque température de la fidfon , fi on joignoit à cette foible dé-penfo , celle d’un baromètre & thermomètre particuliers, pour obferver le point de la chaleur extérieure, & les variations de l’atmolphere qui influent fi fort for 1 opération, fans toutefois négliger les autres remarques, puifqu’on ne peut apporter trop de précaution pour conferver un bien qui tend à s’échapper de tous côtés.
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- Ch ap. II. Du Battage de t Indigo.
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- CHAPITRE SECOND.
- Du Battage de Vlndigo.
- L e Battage eft l'opération la plus délicate de toute la manipulation de l’Indigo. Pour répandre fur un objet fi intérelîànt toute la lumière dont il eft fufceptible , & en rendre l’intelligence plus facile , nous allons expofer dans l’ordre le plus exaél qu’il nous fera poflible , les inftruétions les plus eflentielles de la pratique, qui forment comme un corps de réglés pour cet Art.
- Quand la fermentation & le battage ont été poufles à leur jufte degré, la partie jaune ne fe confond point avec la bleue ; ainfi il eft aifé de reconnoître li ces opérations font bien faites, à la couleur de l’eau ambrée, plus ou moins dorée ou paillée , tirant quelquefois tant foit peu fur le verd, & toujours claire ; mais une mauvaife cuve ne produit jamais de belle eau , & plus elle paroît embrouillée & chargée en brun ou en bleu, plus elle eft fufpeéle d’excès de fermentation ou de battage.
- L’écume d’une cuve qui n’a point allez fermenté, eft verdâtre, pétillante, légère , mais quelquefois fort grofle , vive à l’afperfion de l’huile , & elle eft fu-jette à fe reproduire & à revenir promptement. Celle dont la fermentation eft parfaite & qui n’a point encore affez de battage, eft violette dans les coins, lég ere, fonore fous le coup des Buquets , & fe diflîpe tout d’un coup à l’attouchement de l’huile ; mais lorfqu’après avoir parti nettement d’abord, elle vient enfuite à lui réfifter, c’eft une marque qu’il faut en arrêter le battage.
- Les cuves qui mou fient beaucoup, dont l’écume épaiffe ne cède point entièrement à l’afperfion de l’huile, & dont la partie qui refts dans les coins, eft d’un bleu célefte , dénotent la putréfaélion.
- L’excès de putréfaélion fe diftingue toujours par un grain plat & évafé, qui refte fufpendu entre deux eaux, ou qui ne cale pas bien. Le grain affeéle aflez communément differentes formes fuivant la diverfité des faifons : le temps pluvieux occafionne un petit grain plat & évafé ; le temps favorable, un grain rond comme le fable ; les temps de fécherefle , un grain élongé en forme de pointe. L’Indigotier doit avoir attention de ne pas confondre le petit grain plat & évafé, provenant de la qualité propre de l’herbe , avec celui que le défaut ou l’excès de fermentation d une bonne herbe rendent à peu-près femblables ; car s’il attribue mal-à-propos la foibleffe ou petitefîe naturelle de ce grain à l’une ou l’autre de ces circonftances accidentelles , il court rifque, en ménageant trop le battage comme pour une herbe trop fermentée , de n’en pas tirer tout le parti qu’il pourroit, & en le forçant comme s’il manquoit de fermentation, de perdre totalement la cuve, ou d’en altérer confidérablement lep roduit.
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- ÿ2 INDIGOTIER. Livre III.
- L’Indigotier obfervera encore que toute diffolution du grain , principalement celle qui eft caufée par excès de battage, occafionne toujours une crafle noirâtre ou ardoifée for les facs dans lefquels on met la matière à s'égoutter, & que la diffolution putride fe manifefte fur la cuve après le battage, par une pellicule blanchâtre, d'un luifant plombé qui luit & enveloppe la fécule jufques dans les lacs, dont elle bouche les pafîages en les couvrant d'un femblable enduit. Ainlî il regardera en général la crafle d'un brun ardoifé , comme 1 effet d un grain difîous par trop de battage , & la pellicule blanchâtre ou plombée , comme provenant d'un excès de fermentation. Or , comme la putréfaélion s’opère non-feu.. lement par un trop long féjour de l’herbe dans la Trempoire , mais encore pendant le cours d’un trop long battage , qui du moins en produit tout l'effet ; il n’eft point forprenant de voir les lacs d'une cuve trop battue , couverts d’une crafle ardoifée entremêlée de veines plombées.
- La pellicule qui fe produit fur la Batterie , n’annonce au relie la putréfaélion que dans les cas où elle fe divifo quelque temps après le battage , en petites pièces qu’on appelle Crapeaux ou Caillebottes.
- On donne auffi quelquefois pour marque d’une cuve qui manque de fermentation ou d'un battage luffifant , l’enduit cuivré dont les lacs font couverts ; mais il n’y a guere que celui qui fait l'Indigo qui puiffe en diflinguer la caufo , fi ce n’efl dans les cas où le cuivrage eft entremêlé de veines ardoifées ou plombées ; tous ces lignes, fur-tout le dernier , étant fort douteux & incertains, parce que l'indice de la crafle plombée eft fojette à plufieurs exceptions dont nous parlerons à mefure que l'ocçafion s'en préfentera. L'Indigo molaffe , c'eft-à-dire , fans aucune confiftance , après qu’on l’a verfé dans la caiffe , prouve auffi un vice , foit dans la fermentation, foit dans le battage.
- Le défaut de l’Indigo, qui étant fec devient friable , ou s’écrafo aifément provient, quand d'ailleurs la qualité n’en eft pas mauvaifo, de la coupe d'une herbe qui n’étoit pas affez mûre , ou de la foibleffe du battage d'une cuve dont l’herbe n'avoit pas affez fermenté ; mais la pâte d’un Indigo tout noir & celle d'un Indigo ardoifé , picotté de blanc, d'un grain fùivi ou fans liâifon , dénote toujours un excès de fermentation ou de battage.
- L’Indigotier tiendra pour maxime invariable, que fi l'herbe eft déjà un peu trop fermentée, il doit en ménager le battage ; que fi elle ne l'eft pas allez , il doit le poufler ; & que fi la cuve eft à fon jufte point, il ne doit point le forcer.
- Il obfervera de plus que le battage fe réglé non-feulement fur la fermentation ' mais encore fur la qualité de l’herbe. Ainlî, quoiqu’il convienne en général de pouffer le battage d’une herbe qui n’a point allez fermenté, il faudra cependant le ménager un peu lorfque l’herbe eft affaiblie par les pluies ou l’humidité de fon terrein. Il fùivra la même regle’à l’égard d’une herbe qui a éprouvé trop de foc , en tenant un milieu entre celui de la bonne herbe & d’une herbe qui a eflùyé trop de pluie ; il en conclura enfin que, hormis les régies qui font propres à
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- Ch a p. II* Du Battage de t Indigo. '
- ces fortes de cas particuliers , on doit en général conformer le battage à la fermentation , c eft-à-dire, que fi une herbe eft de qualité à exiger une longue fermentation , on doit pareillement lui donner un long battage, quand d’ailleurs elle a éprouvé la jufte fermentation dont elle a befoin. On en agira ainfi proportionnellement à l’égard de celle qui demande une moins, longue digeftion. On doit répéter à cette occafion , que plus les chaleurs font fortes, plus l’herbe auffi a de corps & de fiibftance, & que la longueur de fon féjour dans la cuve par rapport à là qualité * ne doit pas le confondre avec celle qui eft caufee par le re-froidiffement de fair 9 dont la continuation affoiblit infenfiblement le corps de la plante, qui demande en ce cas moins de battage, quoiqu’elle refte dans la Trempoire auffi long-temps que l’autre ; mais fi elles ont autant de corps l’une que l’autre, il eft vifible que la derniere doit cuver plus long-temps , quoiqu’il ne faille leur donner qu’un battage égal. 1
- Ce rapport évident du battage à la fermentation & à la qualité de l’herbe, occasionne différentes combinaifons & par conféquent divers traitements dont le détail nous engage à partager ce Chapitre en trois articles.
- Dans le premier, nous fiippoferons trois cuves prifes également à leur jufte point de fermentation, dont la première contiendra une herbe de bonne venue 9 la fécondé, une herbe altérée par les pluies, & la troifieme par le fec. Nous y joindrons les indices particuliers à la Batterie, propres à faire connoître ces différentes circonftances & le battage qui leur convient.
- Nous repréfenterons dans le fécond article , trois cuves d’herbe femblables à celles de l’article précédent, mais qui toutes trois n’ont point allez fermenté.
- Nous expoferons dans le troifiéme article les mêmes objets relativement à une fermentation peu excédée 9 ou dont la putréfaction n eft qu’ébauchée.
- Article Premier.
- Du Battage d'une herbe qui a bien cuvé.
- L’Indigotier qui traite une cuve de bonne herbe prife à fon jufte degré de fermentation , doit bien fe garder d’en forcer le battage ; car pour peu qu’il en donne trop, il ôte fon plus beau luftre à l’Indigo. Le moyen de ne pas l’excéder, eft d obferver exactement le grain lorfqu’il eft fur fon gros, ou que les parties eparfes commencent à s’accrocher & à former de petites malles ; c’eft alors qu’il doit examiner 1 effet du raffinage, ou la diminution que l’agitation du Buquet occalîonne fur elles : car peu après leur plus grand amas, leur étendue change de forme & de volume ; elles fe refferrent, s’arrondiffent & s’appéfantiffent de manière à rouler les unes fur les autres comme des grains de fable fin, au fond de la taffe où elles calent en fe dégageant diftinélement de la liqueur, qui doit paraître alors claire 8c nette : les particules du grain les plus ffibtiles qui couvrent Indigotier. A a
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- INDIGOTIER. Livre IIL le fond de la tafle cherchent, quand on la penche , à rejoindre le gros grain, & en laiflent le côté le plus élevé bien net & fans aucune craflè ; c efl: ce quon appelle faire la preuve. On fait encore cette preuve d’une autre maniéré; on met le pouce dans la tafle, lorfqu’elle efl; penchée & prefqu’à moitié pleine , fur l’endroit où l’eau efl le plus bas ; fi elle remonte tout d’un coup vers le bord qui efl nud & découvert, c’eft un pronoftic du fuccès de la cuve. Cet effet fe manifefte encore plus clairement quand on appuie le pouce un peu ferme fur le fond de la tafle.
- L’écume entre auflî dans la clafle des indices ; en effet, quand l’herbe efl: bien fermentée & bien battue , l’écume qui participe aux qualités de l’extrait, en efl légère , vive, pleine de groflès empoules pétillantes, & lorfqu’on jette de l’huile deffus, dans le cours du battage, elle fe diffipe fur le champ avec un certain frémiffement fèc & très-facilç à diftinguer de loin ; enfin elle difparoît naturellement d’elle-même, lorfque le battage ayant été amené à la perfection, on laifle la cuve tranquille. Si au contraire une demi-heure ou une heure après qu’il efl cefle , il refte comme une petite bordure d’écume tout autour du quarré de ce vai fléau , c’eft une marque que l’herbe n’a point affez fermenté. Mais fi on force le battage lorfqu’il efl parfait, on détache les parties les plus légères du grain, & on rompt celles qui ont le moins de liaifon. De la divifion des premières , il réfulte un grain volage qui refte entre deux eaux & s’écoule en pure perte , & de la divifion des fécondés un dépôt qui remplit les intervalles du gros grain, & s’oppofe à Ion épurement dans la cuve & dans les facs dont il bouche les iflues en enduifànt les dehors d’une craflè ardoifée qu’on ne voit point fur ceux d’une cuve fermentée & battue à propos, dont les lacs font toujours fecs & bien nets. De-là vient une caille de fécule liquide qui, avant d’avoir acquis fà confiftance, éprouve tous les inconvénients dont nous avons parlé à la fin de la defcription de la manipulation , diminue de moitié & ne produit qu’un Indigo de peu de valeur.
- Ainfi il vaut mieux pécher par défaut de battage que par excès ; car, fi ce défaut caufe une diminution fur le produit, la qualité de ce qui refte le fera du moins eftimer & palfer parmi le bon ; d’ailleurs on peut remédier à ce défaut, comme nous le ferons voir à la fin de ce Chapitre.
- Si l’Indigotier traite une cuve d’herbe venue dans un terrein humide, dont il ait heureufement rencontré le jufte point de fermentation , il doit beaucoup diminuer du battage de la précédente , crainte d’altérer & de détruire la foible liaifon de fon grain ; du refte il fe rappellera ce que nous avons dit dans l’Intro-duélion de ce Chapitre, au fujet de l’efpece de reflèmblance qu’a naturellement le petit grain de cette herbe avec celui d’une bonne herbe trop ou trop peu fermentée , & il en arrêtera le battage dès qu’il verra le grain formé & l’eau bien nette. S’il travaille fur une herbe qui ait éprouvé trop de fec, ou dont le temps de la coupe foit pafle, & qu’il parvienne à l’amener à fon jufte point de
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- C h a p. II. Du Battage dé tlndigd* pf
- fermentation , il en modérera le battage , ainii que nous avons dit , afin de ménager la foible liailon d’un grain apauvri, quil trouvera d ordinaire élongé en forme de pointe ; au relie il fe fervira des indices ci-deflus pour en arrêter lé battage.
- Article Second.
- Du Battage d!une herbe qui ria pas a£e{ fermenté,
- L a crainte où l’on eft d’excéder la fermentation * fait qu’on en atteint rarement le jufte point ; il eft aifé de reconnoître ce cas par l’écume de la Batterié qui eft verdâtre, le plus ordinairement légère , quelquefois cependant fort grofle, mais qui difparoît dans le moment quon y jette de l’huile. Cette écumé eft fujette à fe reproduire bientôt, & il en relie fouvent dans les coins qui pa^ roît dun violet foncé ; mais il ne faut pas s’en inquiéter, & fe porter lur la foi-blefle du grain, fulpeét en apparence d’un excès de fermentation, à en ménager le battage ; on doit au contraire, fi l’herbe eft de bonne qualité , le pouffer quelquefois jufqu a n’en plus voir du tout, Sc jufqu a ce qu’il s’en préfente un autre bien formé avec une eau bien nette ; cette eau fera alors le plus fouvent d’un verd clair ou d’une couleur roufle comme de la bierre, d’autant plus foncée que la fermentation aura été plus foible : au relie les lacs en feront bien nets* Mais fi par égard à fa foibleffe, on ménage ce petit grain errant, qui ne demande qu’une façon de plus pour fe délivrer des obftacles qui s’oppofent à une jonélion plus confidérable ; ce défaut d’apprêt occafionnera la perte de quantité de principes non formés qui s’écouleront lorlqu’on lâchera la cuve, une imperfection de liailon dans le grain, qui en rendra le dépôt très-difficile à égoutter , & l’Indigo qui en proviendra, friable au moindre choc ; défaut auquel eft fujette la fécule d’une herbe qui n’a point alfez cuvé, & ' dont l’extrait n’a point été allez battu. On appercevra après le battage une eau verte qui provient des lues que la foibleffe de cette opération a lai fies dans leur état naturel, & les lacs feront cuivrés. Ce dernier indice fert à faire connoître fi l’eau verte de la cuve pro-* vient d’un ménagement de battage ou d’un excès de fermentation, ce qui eft de conféquence pour régler le battage luivant.
- Si par la circonftance d’un terrein bas & humide, ou par celle de la faifon pluvieufe , on vient à travailler lur une herbe dont la qualité fulpeéte d’une diftolution infenfible, oblige de prévenir le jufte point de la fermentation, les foibles obftacles qui s’oppofent à la liailon des parties font bientôt dilïîpés , 8c le grain qui par la qualité de cette herbe eft naturellement petit, ne tarde pas à fe former. Ces deux circonftances, qui peuvent faire préfumer qu’il n’eft point encore a là perfection, Ibnt fouvent caufe qu’on en excede le battage, quoi-* quilfoit déjà parfait. Mais on préviendra les inconvénients de cette méprife, en vifitant la cuve de bonne heure ôc en celîànt de la battre dès que le grain en
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- $6 I N D I G O T I E R. Lî r rê III.
- fera fuffifamment formé , que l’eau s’en féparera nette, & fur-tout, fi Ton
- s’apperçoit que l’écume réfifte à 1 huile.
- Lorfqu’on doit battre une cuve d’herbe ravagée par la Chenille, dont on auroit retranché jufqu’à une ou deux heures de fermentation, par la crainte d’en altérer la qualité , il faut aulîî en ménager le battage , & fe donner de garde d’en trop rafiner le grain ; car la craffe quelle aura pu jetter fur la Trempoire , annonce une difpofition prochaine à la diffolution putride, avec tous les inconvénients qui en réfultent. Les lacs de cet Indigo feront cuivrés comme ceux de toutes les cuves qui manquent de fermentation , & dont on a épargné le battage.
- Enfin s’il eft queftion de battre une cuve d’herbe qui ait elîuyé une trop longue féchereffe , ou dont on a laififé paffer le temps de la coupe, & dont on ait arrêté trop-tôt la diffolution , on en forcera raifonnablement le battage, & on fe fervira des indices ordinaires pour en régler la mefure,
- Article Troisième.'
- Du Battage d'une herbe dont la diffolution eft excédée d'une ou deux heures
- dans les beaux temps.
- Il eft important de ne pas confondre le grain plat & embrouillé d’une cuve de bonne herbe qui a trop de pourriture, avec celui de la même herbe qui n’a point affez fermenté , ou d’une herbe de mauvaifo qualité, quoique bien fermentée , ou encore d’une cuve trop battue. On connoîtra l’état & le vice de celle dont nous parlons, par fon écume graffe & épaiffe que l’huile ne fait pref* que point diminuer, 8c par celle qui s’amaffe dans les coins de la Batterie , dont la couleur eft d’un bleu célefte, par fon grain évafé 8c qui fe forme beaucoup plus vite qu’à l’ordinaire, de même que par fon eau plus ou moins chargée de bleu , laquelle ne peut dans la taffe ni dans le vaiffeau, même après le battage , fe clarifier & fe féparer comme celle d’une bonne cuve, & qui brunit de plus en plus à mefure qu’on pourfuit ce travail. Sur ces remarques, preuves infaillibles de fon excès, & for la conformité que la cuve peut avoir avec ces indices, l’Indigotier doit prendre toutes fes précautions, & meforer le battage en confié-quence. Voici ce qu’il obfervera dès que le grain fera for fon gros : il ne faut pas qu’il quitte la taffe, parce que chaque coup de Buquet y fait imprelîîon. Lorfqu’il a trouvé le moment où le grain eft paflablement rond, il doit celïer le battage , fons chercher à rafiner ou refferrer la liaifon dq fes parties. Quand il eft parvenu à ce terme , il trouvera que l’eau brunit dans la taffe à vue d’œil à mefure quelle fe repofe ; cela n’empêchera pas qu’elle ne foit verte & brune dans la cuve, à l’exception de la foperficie for laquelle il fe forme une elpece de crème ou glacis qui la couvre quelques heures après le repos , & fe divife enfoite en pièces qu’on appelle Caillebottes, C’eft là d’où provient cet enduit plombé *
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- G H A P. II. Du Battage de tIndigo. 57
- qui paroît fur les facs, qu’on doit attribuer ici à la diffolution des parties , Caufée par excès de fermentation, dont l’effet eft de remplir tous les intervalles du grain le mieux formé, & de l’empêcher de s’égoutter ; c’eft pourquoi dans toutes ces rencontres on tâche d’enlever, autant qu il eft poffible, cette crafîe avec une plume ou fougere de mer. Maigre ces précautions Sc la bonne qualité de l’herbe , on ne peut fouvent en tirer qu’un Indigo terne ou ardoifé & de mau-vaife confiftance. Cette craffe fur les facs dénote une heure d’excès de fermentation Sc même deux ou trois, fi l’on eft dans la belle faifon où l’herbe produifant une plus grande quantité d’efprits , faélion des autres principes qui tendent à la putréfaélion complette, eft plus long-temps fufpendue.
- L’eau qui après le battage paroît brune , eft une preuve infaillible de putréfaction. Il y a encore une efpece de putréfaélion dont les indices font différents de ceux-ci : on trouve après le battage une eau clairette ; on a même quelquefois bien de la peine à s’appercevoir de fon vice : l’eau refte nette & fans craflèé Ces fortes de cuves écument beaucoup Sc font faciles à battre, parce que le grain fe forme promptement ; mais elles font difficiles à égoutter.
- S’il eft queftion d’une herbe de foible qualité déjà paffée en putréfaélion , rarement fera-t-elle en état de fupporter le battage ; ainfi il fera nul ou le plus foible de tous , Sc l’Indigo, fi on en retire de cette cuve, fera de plus mauvaife.
- Si l’herbe eft de l’efpece de celles qui ont fouffert le fec, ou dont le temps de la coupe foit pafte, & qu’on en ait laiffé effleurer la putréfaélion 9 on en ménagera finguliérement le battage.
- Nonobftant tous ces foins, on ne doit s’attendre à rien de bon de des fortes de cuves. Si cependant la pourriture n’eft excédée que d’une ou deux heures dans les beaux temps, ce defauc rfoccafionnera que la perte de quelques livres d’indigo , & fa qualité en fouffrira très-peu.
- On peut comprendre, d’après tout ce que nous avons dit dans le cours de cet Ouvrage , combien il eft important de ne pas confondre les indices , afin de ne pas diminuer ou augmenter le battage au lieu de la fermentation, & la fermentation au lieu du battage ; Sc afin de juger fàine-ment des cas où l’on doit recommencer cette derniere opération. Un Indigotier peut fo rencontrer dans le cas de recommencer le battage d’une cuve qu’il aura craint de trop poufîer , foit qu’il ait foupçonné mal à propos fon herbe d’être trop fermentée , tandis qu’elle ne l’eft pas aftez, Sc que faute d’un battage convenable le grain tarde trop long-temps à fe préfenter ; foit qu’il paroifte d’une foiblefte ou d un embrouillement propre à faire croire qu’il a déjà trop fouffert du Buquet : on peut alors fufpendre le battage, Sc laiffer repofor la matière une ou deux heures , afin de s’en éclaircir plus amplement par la qualité de l’eau. Si au bout de ce temps, pendant lequel la fermentation fe perfeélionne, on remarque une eau chargée fur le yerd Sc un filet d’écume tout autour de la cuve, comme Indigotier. B b
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- I
- 9S INDIGOTIER. Livre 111.
- celle d'un pot qui commence à bouillir, il convient de recommencer le battage : fous peu il renaît un fécond grain bien plus gros que le premier ; mais comme il eft d’abord plat & informe, on le rafine & on l'arrondit à force de battage. L’eau , de quelque couleur quelle foit, s'en fépare alors nette & claire, & s’égoutte enliiite parfaitement. On n'ufera cependant de ce moyen que dans le cas où l’on obfervera une eau d’un verd tirant fur le jaune, ou d'un roux qui fera d’autant plus fort que le degré de fermentation aura été plus foible. Mais comme cette couleur qui eft d’un bon préfage , fe rencontre quelquefois avec la plus jufte fermentation , & même en certaines circonftances avec la putréfaélion, l’Indigotier fe rappellera s’il n’a apperçu qu’une légère écume fur la cuve lors du battage, & li elle eft partie nette lorf qu'on l’a celfé. Ces remarques , jointes à celles du grain informe & errant, indiquent un fécond battage ; mais il ne doit pas faire partir un premier grain pour en faire venir un fécond , fi , après le terme de fon repos, l'eau paroît d’un brun bleuâtre fur un fond verd : ces couleurs annoncent un excès de fermentation & la néceffité d’un foible battage qu’il a reçu & auquel on doit fe borner ; car la couleur bleue répandue dans la cuve, provient d’une partie du grain trop affoibli par la fermentation & ’dilîous par le battage, ce qui en détermine le ménagement. La couleur verte prouve que la putréfaélion & le battage ne font point achevés, puifqu’il exifte encore des lues qui n’aurojent point cette couleur fi la pourriture étoit exceffive, ou fi par un battage convenable à leur qualité, ils avoient acquis la forme de grain.
- Il n'eft point étonnant que la multiplicité de tant d'obftacles fafîè quelquefois échouer le plus habile Indigotier, & à plus forte raifbn ceux qui n’ont pas autant de fcience ; c'eft pourquoi quelques-uns ont imaginé deux moyens pour ne pas perdre entièrement le fruit de leurs travaux, foit qu’ils ayent erré dans la fermentation ou dans le battage.
- L’un eft de remettre l’eau ou l’extrait entier d’une cuve trop battue fur la cuve d’herbe fuivante , dans l’efpérance de rendre le produit de celle-ci plus confidé-rable. J’ignore le fitccès de cette expérience; mais je préfume qu’elle n’a conduit à rien de bon, &‘je penfe qu’on ne doit jamais rilquer de gâter une fécondé cuve pour réparer la perte de la première.
- I/autre moyen ufité par quelques-uns, eft de faire écouler par le premier daleau de la Batterie, toute l’eau embrouillée qui fe préfente à cette hauteur; ils réfervent le refte qui eft toujours beaucoup plus épais, le tranfvafent dans une chaudière mife fur le feu, & en font évaporer la plus grande partie. Quand cette matière, qui répand une odeur fort défagréable, eft un peu épaiffie, ils la mettent dans les facs qui rendent d’abord une eau extrêmement roufle ; au bout de vingt-quatre heures ils l’étendent fur les cailles, fans qu’elle ait beaucoup perdu de fà fluidité ; lorfqu elle a été expofée quelques jours au foleil, elle fe fend comme de la boue, mais ils ont foin de la réunir avec la truelle ; enfin ils la coupent
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- Ch ap. IL Du Battage de l'Indigo. 99
- par carreaux, qui deviennent enfuite fi durs, qu’il eft impoflible de les rompre avec la main, & leur fradhire ne préfente qu’un noir foncé.
- Ce produit après tant de peine & de travail, paroît fi ingrat & fi dégoûtant, que prefque tous ceux qui manquent une cuve, preferent de 1 écouler entièrement fur le champ ; lmfeélion que répand une cuve trop pourrie, doit les engager à n’y avoir aucun regret. ^
- Obfervation fur lufage des Mucilages dans la Fabrique de VIndigo.
- Lorsque nous avons rapporté dans le fixieme Chapitre du lÀv.l9pag. 368c 37, les différents moyens qu’on a imaginés pour précipiter la fécule de l’Indigo, nous avons particuliérement cité le Bois-canon ou trompette , la racine de Sénapou ou de Bois à enivrer, & nous avons rapporté la propriété de leur mucilage pour cet objet. Nous avons ajouté dans la Note qui eft au bas de la page 37, que les goufïès du Gombeau fournifloient aufli en décoélion, l’on peut même dire fans décoétion, une matière mucilagineufe qui nous paroît très-propre à remplacer le Bois-canon ; nous aurions pu y joindre l’Herbe à balai, puifqu’elle contient un mucilage qui produit le même effet, lorfqu’on en mâche un brin & qu’on lai fie tomber la fàlive mêlée avec Ion lue dans la tafle, pour connoître les progrès de la fermentation, &c. Au furplus je n’ai point vu ni entendu dire à Saint-Domingue , où il fe fabrique encore une grande quantité d’indigo , qu’on ait fait ufàge de cet ingrédient ni des autres, pour précipiter la fécule d’upe cuve entière. Nous ne doutons cependant pas de Ion efficacité ; mais nous n’en croyons pas l’emploi aufli avantageux que quelques perfonnes venues de Cayenne, & qui n’en ont vu que fiiperficiellement la manipulation dans des demi-barriques , le prétendent : car pour tirer tout le grain qui peut fe former dans une cuve, il faut la battre, & quand elle eft battue convenablement, tout ce que l’extrait contient de principes propres à donner de l’Indigo, fe transforme entièrement en grain ; dans ce cas il n’eft plus néceflâire de recourir à l’artifice pour le précipiter , puifqu’il cale de lui-même au bout de deux heures ou quatre tout au plus, & que pendant ce temps il eft indifférent que la Batterie foit vuide ou pleine , puifqu’en fuppofant qu’on embarque de nouvelle herbe dans la Trempoire aufli-tôt qu’on en a tiré la précédente , on a au moins dix à douze heures à courir avant quelle foit bonne à larguer ou à couler. Mais fi l’on verfe le mucilage dans l’extrait avant qu’il ait reçu un battage convenable, & capable de produire tout l’effet que nous avons dit ci-deflus ; le réfeau que forme le mucilage, n’entraînera que les parties de l’Indigo formé fur lefquelles il peut avoir prife, & il n y a pas d’apparence qu’il transforme en grain les principes de l’Indigo que le battage auroit réduits fous cette forme ; ainfi dans ce fécond cas l’addition du mucilage ne préfente point encore un avantage réel ; au contraire, cette matière gluante qui fe précipite avec la fécule qu elle entraîne, doit la rendre très-diffi-
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- IOO INDIGOTIER. Livre III.
- cile à égoutter, & il neft pas même bien sûr qu'en prenant la précaution de la faire fécher en tablettes très-minces , fa qualité n'en fût pas altérée. Mais nous penfons qu’on pourrait fe fervir utilement des mucilages lorfqu'on a trop laifîe fermenter une herbe , & qu'on eft obligé d'en ménager le grain qui ne peut fouf-frir un long battage ; ou quand, par un excès de battage, on a diiîous le grain qu'il ferait impoffible de retenir fans cet expédient, qui nous paraît alors très-convenable & bien fupérieur à tous ceux que nous avons rapportés avant d’entamer ce dernier article.
- TABLE
- Des Noms , Qualités & Prix de t Indigo.
- E E s habitants de Saint-Domingue diftinguent les qualités de l’Indigo de la maniéré fiiivante, Sc l'eftime qu'ils en font eft relative à l’ordre dans lequel nous allons les expofer.
- Le Bleu flottant ou nageant fur l’eau, dont le grain tendre & peu ferré forme une fubftance légère & très-inflammable.
- Le Violet, qui a un peu plus de conftftance.
- Le Gorge de pigeon, dont l’éclat approche d’un violet purpurin, eft encore plus folide.
- Le Cuivré, ou celui qui a l’apparence d’un cuivre rouge quand on pafle l’ongle fur un morceau qu’on vient de rompre , eft le plus ferme de tous.
- lé Ardoifé & le Terne picotté de blanc, compofés d’un grain fuivi ou fans liai— fon , font les dernieres qualités. ^
- } Nous ne faifons point entrer dans ce rang l'Indigo dont la pâte eft entremêlée de veines ardoifées , parce qu’à proprement parler cette efpece intermédiaire ne forme point une qualité décidée.
- , Prix en France des differentes qualités d’indigo, extrait de la Galette dé Agriculture , Commerce, Arts & Finances, du 23 Janvier 1770.
- Indigo bleu & violet de S. Domingue, 8 liv. 10 f. à 9 liv.
- dito mêlé...................... . . 7 . . . j1.. à 8 . . ^ C
- dito cuivré fin . .......... . . 6 . . 1 j1............
- dito ordinaire ................ . . 6 ... 8 . . à 6... 10
- à Bordeaux.
- Indigo cuivré fin . . . dito cuivré ordinaire dito mélangé . . . dito bleu ......
- ... 6 liv. 10 f. à 6 liv. 15 f.''
- . . . 6 ... 8 . à 6 . . 10
- >.. 8.........ap . . . .
- . . 10......à 11 , , ,
- à Nantes;
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- Noms & Prix de t Indigo. Tor
- I l nous vient quelquefois de l’Etranger ‘des Indigos dont j’ignore le prix ; les uns ont des noms relatifs à leurs qualités, & les autres aux lieux de leur fabrique. De ce premier nombre font le Laure, le Flor, le Cordcolor 5 le Sobre-Jaliente, Scc ; 8c du fécond, font flndigo dit Guatimalo, du crû de l’Amérique ; le , le Bayana, & tous ceux que nous avons cités dans le fïxieme Chapitre du premier Livre, en parlant de la culture & de la fabrique de flndigo, dans les différentes parties de la haute Afie & des Ifles adjacentes.
- fin.
- Indigotier,
- Ce
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- EXPLICATION DES FIGURES
- CONCERNANT L’ART DE L’INDIGOTIER-
- Planche Première.
- Figure première.
- Indigo élevé en France, calqué fur la figure d’après nature, inférée dans les Mémoires de l’Académie des Sciences, année 1718 ,page ps,
- Figure 2.
- Feuille d’une efpece d’indigo du Sénégal, dont M. Adanfon , de l’Académie des Sciences, nous a dit avoir toujours tiré un Indigo bleu flottant 9 d’une couleur approchant de l’azur.
- Figure 3.
- Goufle ou Clique de l’Indigo dont nous venons de parler dans l’explication de la figure 2.
- Figure 4.
- Efpece d’indigo rampant qui croît au Bréfil & dans la nouvelle Efpagne, dont on a copié la figure dans l’Hiftoire Naturelle du Bréfil, par Pifon, Liv. 4, page 198. Tréfor des Matières Médicales, Liv. 4, page iop , & en quelques Editions, pages & y 8.
- Figure y.
- Efpece d’indigo riche & précieux de la terre ferme de l’Amérique, dont il découle un fuc bleu lorfqu on rompt la plante copiée dans Pifon comme ci-defliis.
- Planche IL
- Figure 1.
- Indigo nommé Ameri : Jardin Indien Malabare, par M. Rhede, Tome r, figure 54.
- Figure 2.
- Indigo nommé Colinil, dont les Cliques font recourbées : Jardin Indien Malabare , par M. Rhede, Tome 1, figure yy.
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- Explication des Figures.
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- Planche III.
- Figure I.
- Indigo nommé Tarron. Herbier d'Amboine , par Rumphe, cinquième Partie, Chap. 39 ,page 220.
- Figure 2.
- Rameau & Cliques de grandeur naturelle , détachées de la plante ci-deflus.
- PlancheIV.
- Figure 1.
- Perspective d'une Indigoterie Cmple, dont la Pourriture eft chargée ôc barrée, & la Batterie montée & prête à battre au Buquet.
- A , Trempoire ou Pourriture, vaiifeau où Ton met l'herbe à fermenter.
- B y Batterie, vaiffeau où Ton bat 1 extrait.
- C y Repofoir, troiCéme grand vaiifeau , ou elpece d’enclos qui fert à renfermer le Baffinot ou Diablotin K, fig. 4 & 5 , & le Râtelier U y fig, 1,4 ^ j 5 auquel on fulpend les facs remplis de la fécule de l'Indigo.
- D y Poteaux ou Clefs de la Trempoire.
- E y Daleau de la Trempoire, qui fe débouche quand l’herbe a fermenté lùf-* fifamment.
- F y Daleaux de la Batterie, qui s'ouvrent les uns après les autres après le battage & le repos de l’extrait.
- G y Barres des Clefs de la Trempoire.
- H y Travers ou Barres de la Pourriture qui appuyent fur les Paliiïades /, Voy+
- fig• 4-
- I y Palilfades ou planches de Palmifte couchées fur l'herbe quand la cuve eft chargée ou pleine, iVoye^fig. 4.
- L y Efcalier du Repofoir.
- My Caiflon du Buquet MO y avec lequel on'bat l'extrait.
- N y Fourches ou Chandeliers des Buquets.
- O y Manche du Buquet M O.
- Q y Daleau quarré du Repofoir. Ce Daleau qui eft toujours ouvert, répond au canal de décharge nommé la Vuide.
- U y Râtelier où l'on fulpend les facs pleins de la fécule de l'Indigo.
- Figure 2.
- Perfpeélive de l'échaffaudage drefle for un puits d'Indigoterie pour en tirer 1 eau & remplir la Pourriture après qu elle a été chargée & barrée. a y Fourche de la Bafcule.
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- io4 INDIGOTIER.
- b, Chevron qui forme la Bafcule.
- € , Echaffaud.
- J'y Fouet ou cordage du Seau. g, Dale ou Gouttière qui conduit l’eau à la Cuve.
- Negre qui prend un Seau pour en verfer l’eau dans la Gouttière; n , Negre qui fait monter un Seau qui eft attaché à un des bras de la Bafcule. p y Puits de l’Indigoterie.
- Figure. 3.
- Perfpeétive de la Sécherie Sc des Établis fur lelquels on met les cailles rem^ plies de l’Indigo qu’on veut faire fécher. r y Bâtiment de la Sécherie.
- t, Établis qui fe prolongent fort avant dans l’intérieur du Bâtiment.
- On trouvera à la Planche y & dans fon explication, tout ce qui concerne le détail de ces deux objets.
- Figure 4.
- 'Plan géométral d’une Indigoterie fimple, dont la Pourriture eft chargée & barrée , & la Batterie montée & prête à battre au Buquet.
- L’Échelle qui eft fur la Planche en indique les proportions.
- A y Trempoire ou Pourriture , vaiffeau où l’on met l’herbe à fermenter;
- B y Batterie , vaiffeau où l’on bat l’extrait fortant de la Pourriture.
- C y Repofoir, troifieme grand vaifleau ou elpece d’enclos qui fèrt à renfermer le Baffmoc ou Diablotin K , & le Râtelier U y auquel on fulpend les lacs remplis de la fécule de l’Indigo.
- Dy Poteaux ou Clefs de la Trempoire.
- E y Daleau de la Trempoire, qui fe débouche quand l’herbe a fermenté . fuffifamment.
- F y Daleaux de la Batterie, qui s’ouvrent les uns après les autres après le battage & le repos de l’extrait.
- Gy Barres des Clefs de la Trempoire ou Pourriture.
- H y Travers ou Barres de la Pourriture , qui appuyent fur les Paliiîades /.
- I y Paliflàdes ou planches de Palmifte couchées fur l’herbe quand la Cuve eft chargée.
- Ky Diablotin ou Baffinot qui reçoit la fécule Ibrtant de la Batterie.
- L y Efcalier du Repofoir.
- My Caiffon du Buquet MO y avec lequel on bat l’extrait.
- N y Fourches ou Chandeliers des Buquets.
- OManche du Buquet M O.
- P \ Petite forme ou foffette qui fe trouve au fond du Diablotin K.
- Q y Daleau quarré du Repofoir. Ce daleau qui eft toujours ouvert, répond au Canal de décharge nommé la Vuide.
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- 'Explication des Figures, roj
- U Râtelier auquel on fufpend les lacs remplis de la fécule de l’Indigo»
- 9 Fond du Repofoir.
- Figure y.
- , L’Echelle qui eft fur la Planche en indique les proportions.
- Coupe verticale d une Indigoterie.
- A , Trempoire ou Pourriture , yaifleau où Ton met l’herbe à fermenter.
- B y Batterie, vailfeau où l’on bat l’extrait Portant de la Pourriture.
- C y Repofoir, troifiéme grand vaiffeau ou efpece d’enclos qui fert à renfermer le Diablotin K Sc le Râtelier U y auquel on fufpend les facs remplis de la fécule de l’Indigo.
- D y Poteaux ou Clefs de la Trempoire.
- E y Daleau de la Trempoire, qui fe débouche quand l'herbe a fermenté filffi-fàmment.
- F y Daleaux de la Batterie , qui s’ouvrent les uns après les autres après le battage & le repos de l’extrait.
- G y Barres des Clefs de la Trempoire.
- K Diablotin ou Baffinot qui reçoit la fécule fortant de la Batterie.
- ' *
- L y Efcalier du Repofoir.
- N y Fourches des Buquets.
- P y Petite forme ou follette qui fe trouve au fond du Diablotin K.
- Q y Daleau quarré Sc toujours libre, qui répond au canal de décharge nommé la Vuide.
- U y Râtelier auquel on fufpend les lacs remplis de, la fécule de l’Indigo»
- Vy Fond du Repofoir.
- X y Les Bondes de bois dans lefquelles on perce les trous des Daleaux.
- Figure 6.
- Cette figure repréfente la taflè d’argent dont on fe fert pour faire la preuve ; c eft-à-dire, pour examiner l’état du grain qui fe forme dans l’extrait pendant la fermentation, & qui fè perfectionne par le battage.
- Figure 7.
- Cette figure repréfente le cornichon qui eft compofé d’un bout de corne de bœuf ajufté à un manche de bois. Cet infiniment fert à puifer au fond de la Pourriture Sc de la Batterie, un peu de l’extrait qu’on verfe dans la taflizfig. 6 , ou dans la cuve même, lorfqu’on veut finalement connoître par 1 epailfiftement de la liqueur, les progrès de la fermentation.
- Indigotier.
- Dd
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- ro6 INDIGOTIER.
- Planche V*
- Figure r.
- U, Râtelier, aux crochets duquel on fùlpend les Sacs Z pleins de la fécule de Tlndigo, mile à égoutter.
- Figure 2.
- Truelle fine pour accommoder llndigo dans les caillés.
- Figure 3.
- A y Caifle à Indigo vuide, vue dans fes proportions.
- Figure 4.
- A, Caifle nouvellement remplie d'indigo.
- Figure y.
- A y Caille pleine d'indigo qui commence à fécher.
- Figure 6.
- Cette figure repréfente un Vailïeau détaché , ou Ton bat Tlndigo à la maniéré des Indes , décrite par MM. Tavernier Sc Pomet. t .
- B y Batterie ou vailïeau dans lequel on bat Tlndigo.
- G, Godets ou Seaux ouverts par en bas, Sc attachés à Tarbre de la Batterie* Voye{G,fig. 7.
- 1, Indiens qui donnent le mouvement à TArbre & aux Godets, par le moyen d'une Manivelle.
- R, Arbre de la Batterie.
- T, Daleaux de la Batterie.
- Figure 7.
- B y Coupe de la Batterie , fig. 6.
- G, Godets ou Seaux ouverts par en bas.
- R, Arbre de la Batterie.
- Figure• 8.
- Cette figure repréfente la Sécherie. Ce Bâtiment couvre une partie des Éta- “ blis fur lefquels on fait fécher Tlndigo dans les cailfes.
- A, Cailfes à Indigo.
- B y Établis.*
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- Explication des Figures. 107
- Af, Magafîn où l’on renferme l’Indigo lorfqu il eft fec.
- Bâtiment de la Sécherie.
- Figure p.
- Front du bout de la Sécherie.
- A , Cailles pofées fur les Établis.
- E y Établis.
- Figure 10.
- F, Tas de Goufles d’indigo , étendues fur un drap.
- Figure ir.
- Coupe du Mortier de bois où l’on pile les goufles d’indigo.
- Creux St largeur du Mortier, qu’on appelle improprement Pilon.
- Figure 12.
- D y Manches ou Pilons du Mortier C.
- Figure 13.
- Cette figure repréfènte la maniéré de tirer la grainê des goufles de C, Mortier.
- 9 1
- D y Manches ou Pilons du Mortier.
- Ey Negres qui pilent des goufles d’Indigô.
- Planche VI.
- 1 *
- Figure 1.
- Plan d’un terrein où il fe trouve une riviere barrée par une digue, afin d’en diftribuer l’eau à différents quartiers. Ce plan repréfente une habitation où l’on fe fert de cette eau pour arrofer l’Indigo, & une Indigoterie compofée de huit Pourritures & de quatre Batteries où l’on bat l’Indigo dès deux côtés avec un moulin a mulets ou a chevaux, tel qu’on le voit dans la Planche 2,7 & 9.
- A, Riviere.
- B, La Dig ue.
- C y Le Courfier.
- D y Le Bafîin à éclufes.
- E y Éclufes.
- G, Canaux du Baflin à éclufes.
- H, Baffin de diftribution, où fe fait la répartition des eaux.'
- L, Canaux particuliers des Baffins de diftribution.
- M, Canal commun de convenance ou de fociété, auquel on eft obligé de donner paflàge quand le cas le requiert.
- * *
- Fïndigo;
- /
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-
- INDIGOTIER.
- 108
- N9 Baffîn de fubdivifion.
- O y Café du Gardien de la Digue, avec un Magafin & deux Cafés à Negres.
- Explication des différentes Fardes de tHabitation,
- a y Barrière ou entrée de l'Habitation. b, Cafés à Negres.
- d, Parc à Bœufs, & qui fert aulfi pour les Vaches.
- e, Hôpital.
- f y Parc à Cochons.
- g , Parc à Moutons : il y a au milieu une petite Cale pour le Gardien; h, Parc des Veaux : il fe trouve à côté d'une petite Café pour le Gardien; j 9 Grande Cale ou logis du Maître.
- I y Quatre Magafins pour fervir à differents ufàges. m y Sécherie, Bâtiment où l'on fait fécher l'Indigo.
- n y ïndigoterie à double équipage y avec un Moulin au milieu qui bat des deux côtés.
- p y Divifion du Terrein planté en Indigo. q y Planches ou Carreaux plantés en Indigo.
- r $ Place à Vivres des Negres, ou Terrein que les Negres cultivent pour leur nourriture. s y Jardin potager.
- t y Places à Vivres de la grande Café, ou Terrein cultivé pour les belbins du Maître & de l'Hôpital.
- u y Bannanerie ou Terrein planté en Bannaniers yfig* 3. x y Bois de bout, ou Terrein en friche.
- y y Piece de Magnioc, plante dont la racine grugée ou râpée & defféchée y fe mange en farine ou en galettes, qu’on appelle Caffaves. j, Hayes ou entourages de l'Habitation ; en dedans font les fofîes par lefquels s’écoulent les eaux fuperflues de la Riviere & autres,
- Z y FolTés de l'Habitation.
- Figurè a ;
- Pied de gros petit Mil 9 ou Mil à panache;
- Figure,3.
- u y Pied de Bannanier. y y Pied de Magnioc.
- Figure 4;
- Planche
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- 'Explication des Figures. ' iop
- Planche VIL Figure i.
- Plan géometral d’une Indigoterie compofée de quatre Pourritures, dont la derniere eft chargée 3c barree, de deux Batteries , dont les cuillers fo meuvent par des Arbres qui reçoivent leur.mouvement d’un Moulin à chevaux,fig. 2 , & d’un foui Repofoir qui renferme deux Diablotins.
- L’Echelle qui eft fur la Planche indique les proportions de toutes les parties de cette figure & des fuivantes.
- A , Trempoire ou Pourriture déchargé'e, dont on a levé les Barres des Clefs, pour mieux faire voir la pofition des poteaux, qu’on .appelle les Clefs.
- AA , Pourriture chargée d’herbe & barrée.
- B, Batterie , vaiflèau où l’on bat ici l’extrait de deux Pourritures.
- C y Repofoir, ou elpece d’enclos qui fort à renfermer les Diablotins K 3ç le Râtelier U, auquel on fulpend les focs remplis de la fécule de l’Indigo.
- D y Poteaux ou Clefs de chaque Pourriture.
- E y Daleaux de la Pourriture. l *.
- Z7, Daleaux de la Batterie. -
- G y Barres des Clefs de la Trempoire AAs ^
- H y Travers ou Barres de la Pourriture.
- ï, Paliffodes ou planches de Palmifte couchées for l’herbe, quand la cuve eft chargée.
- K y Diablotin ou Baflînot qui reçoit la fécule fortant de la Batterie.
- L y Efoalier du Repofoir.
- M y Caifïbn des Cuillers avec lefquelles on bat l'extrait. Ce Caifïbn n eft point ouvert par deflous comme celui des Buquets ; le fond en efl: plein & a Semblé comme les côtés. Lorfque ce caiflbn eft joint à fon manche, il forme un infiniment à qui on donne Ipécialement le nom de Cuiller.
- N y Colets de bronze ou de bois incorruptible, qui fopportent les aiflleux des Arbres qui traverfont chaque Batterie.
- O, Manche de la Cuiller M O.
- P y Petite forme ou foffotte qui fo trouve au fond du Diablotin K.
- Ç, Daleau quarré du Repofoir: ce Daleau qui eft toujours libre, répond au canal de décharge nommé la Vuide.
- P y Arbre de la Batterie , à travers lequel paifont les manches des Cuillers,
- S y Rigole qui fournit l’eau à chaque Pourriture. Cette Rigole 3c fos bords font élevés en maçonnerie le long des Pourritures, & couverts d’une couche de ciment. Pour mettre l’eau dans une cuve , il ne s’agit que d’enlever la terre 1 grade qui bouche la petite éclufe g, & de fermer en même temps celle des autres cuves avec de pareille terre. /
- Indigotier. Ee
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-
- IIO
- indigotier.
- T y Rigole par laquelle on fait pafler dans la Batterie la plus proche ou la plus éloignée, l’extrait des cuves qui ont afTez fermenté. Cette Rigole eft en maçonnerie comme la précédente ; fes bords font tournés en fer à cheval devant les Daleaux. Les fers à cheval qui correfpondent aux Daleaux des Pourritures qui ne font point placées devant les Batteries , ri ont point aufîi d’éclufe ou d’ouverture fur le devant de leur rondeur ; mais les autres fers à cheval qui font fur le bord des Batteries, ont une éclufe droit au milieu de leur demi-cercle.
- U, Râtelier où l’on folpend les focs remplis de la fécule de l’Indigo;
- V y Fond du Repofoir. g y Éclufos de la Pourriture. h y Eclufes de la Batterie. m y Aquéduc qui conduit l’eau aux Indigoteries.
- Figure z. ,
- \
- Plan géométral d’un Moulin à chevaux pour battre l’Indigo;
- A y Diamètre de l’emplacement du Moulin un peu creufé en terre;
- JB y Chaffis du Moulin.
- C, Balancier ou grande roue horifontale qui engraine for les Lanternes E.
- D y Bras du Balancier. Ces Bras font au nombre de quatre : ils forment une croix ; mais il rien paroît que deux, les deux autres étant cachées fous les queues G.
- E y Lanternes des Arbres F.
- F 9 Arbres des Lanternes, couchés horifontalement.
- G y Queues ou Bras de l'Arbre vertical X.
- H y Palonniers où s’attachent les traits des Mulets.
- X y L’Arbre de la grande Roue ou du Balancier.
- Figure 3.
- Hors des proportions de VEchelle.
- Cette figure repréfente l’aflemblage & la liaifon de l’Arbre d’une Lanterne avec l’Arbre d’une Batterie, par le moyen de l’aiflîeu qui eft enchafle dans une entaille faite aux extrémités de ces deux Arbres. Lorlque le bout de l’aifo lieu eft placé dans fon entaille, on le couvre d’un tafleau qui remplit le refte du vuide, & on lie cet aflemblage avec un cercle de fer.
- A y Bout de l’Arbre de la Lanterne.
- B y Bout de l’Arbre de la Batterie. 1
- C y Aiflieu emboîté & lié dans les extrémités des Arbres A & B.
- L y Cercles de fer qui fervent à aflùjétir l’aiflieu & le tafleau qui le couvre.
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- f
- Explication des Figures.
- ÏII
- 'éV$l
- Figure 4.
- //ors des proportions de tEchelle.
- C,
- Aiflieu de communication entre les différents Arbres des Lanternes & des
- Batteries, *
- Figure y.
- Hors des proportions de t Echelle.
- D , Repréfente fentaille que Ton fait dans l'extrémité des Arbres A & B 9fig;
- 3 , pour recevoir f Aiflieu C9 fig. 3 & 4, & le Taffeau E9fig. 6.
- L9 Cercles de fer néceffaires à la liaifon de T Aiflieu & du Taffeau, quand l'un & l’autre font couchés dans l’entaille.
- Figure 6.
- E9 Taffeau ou piece de bois qui remplit exaétement le refte de l'ouverture D 3 fig. 5 , ou Ton a couché auparavant l’extrémité de T Aiflieu C9fig. 3 ê 4.
- Figure 7.
- Coupe géométrale d'un Moulin à chevaux pour battre l'Indigo; ^
- A 9 Diamètre de l'emplacement du Moulin.
- B 9 Chaflis du Moulin.
- C 9 Balancier ou grande Roue horifontale qui engraine fur les Lanternes E.
- E, Lanternes des Arbres F.
- F9 Arbres des Lanternes.
- G, Queues ou Bras de l’Arbre vertical X.
- H, Palonniers où s’attachent les traits des chevaux.
- I, Piliers de maçonnerie , fur lefquels font jenchaffés les colets qui reçoivent les Aiflieux des Arbres horifontaux F.
- K 9 Pilier de maçonnerie, fur lequel on enchaffe la Platine qui fupporte le cul-d’œuf de l’Arbre vertical X.
- L , Chapeau ou couverture du Moulin. Ce Chapeau & toutes les pièces qui en dépendent, tournent avec l'Arbre vertical X, qui leur fert de fupport.
- X, Arbre vertical du Moulin,
- Figure 8.
- Coupe géométrale des deux Batteries dont les Cuillers reçoivent leur mouvement du Moulin fig. 7, qui eft à côté.. On voit derrière ces deux Batteries, & en fuivant du côté droit, l'élévation du mur de quatre Pourritures ; & devant les deux dernieres Pourritures , on voit l'élévation d’un petit mur fur lequel eft
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- ira INDIGO T I É R.
- la Rigole T yfig. i, PL 7, par laquelle on fait palier dans la Batterie la plus éloignée ou la plus proche 1 extrait des cuves qui ont allez fermenté. Voyez pour plus grand éclaircilfement l’explication de la figure 1, PL 7.
- A, Mur des quatre Pourritures.
- AA, Pourriture barrée.
- B , Batteries.
- D, Poteaux ou Clefs de Pourriture.
- G , Barres de la Pourriture.
- M O y Cuillers dont le manche trayerfe l’Arbre qui eft Couché fur chaque Batterie.
- R y Arbres des Batteries.
- T, Mur de la Rigole.
- Figure 9.
- Hors des proportions de tEchelle»
- Perfpeétive d’un Moulin à chevaux qui eft en action pour battre l’Indigo. On ne peut voir la partie balle de cet ouvrage , parce qu’elle fe trouve environnée & couverte d’une butte de terres rapportées pour la marche de Mulets ; mais auparavant on a foin de mettre par-delïus les Arbres des Lanternes, de longues & larges planches, afin de les mettre à l’abri de l’éboulement des terres & de tous les autres inconvénients qui pourroient les gâter ou en empêcher le mouvement.
- B y Cage du Chalîis.
- C y Balancier ou grande Roue horifontale.
- E y Lanternes.
- G 5 Queues ou Bras du Moulin, auxquels on attele les Mulets.
- H y Mulets ou Chevaux, qui en marchant fur la Butte R y donnent le mouvement à toutes les pièces du Moulin & de la Batterie qui y correfpondent.
- L y Chapeau ou couverture du Moulin. #
- My Butte de terre élevée tout autour du Moulin, après qu’on a couvert les Arbres des Lanternes qui paflfent deflous, par de fortes planches ou madriers.
- X y Arbre vertical du Balancier.
- Figure 10.
- Hors des proportions de P Echelle.
- Perlpeélive d’une Indigoterie compofée de plufieurs Pourritures. On voit dans cette figure deux Batteries dont les Cuillers reçoivent leur mouvement du Moun lin fig. 9 qui eft à côté.
- A y Pourritures.
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- 'Explication des Figures. nj
- B, Batteries.
- C, Repofoir.
- D 9 Clefs ou Poteaux de Pourritures.
- M9 Caifion de la Cuiller MO.
- O 9 Manche de la Cuiller MO.
- Q 9 Daleau de la Vuide.
- Voyez pour plus grand éclairciflfement, l’explication de la figure X de la même Planche.
- Figure il.
- Cette figure repréfente une Cuve détachée où l’on bat l’Indigo par le moyen d’un Arbre à palettes, terminé par deux manivelles qu’on fait tourner à ' force de bras.
- La vue de cette figure foffit pour en comprendre le méchanifiné.
- Figure 11.
- Moulin à l’eau pour battre l’Indigo. On a fupprimé tout ce qui pouvoit cacher fon méchanifme 8c fa correfpondance avec les pièces qu’il fait mouvoir dans les Batteries qui font à côté. Voyez pour plus grand éclairciflèment 9 l’explication des figures i, 8 & io de la même Planche.
- Planche VIII.
- Figure i.
- Branche d Indigo franc calquée for la figure qu’en a donné M. Hans-Sloane > dans fon Hiftoire Naturelle de la Jamaïque , Planche 3-
- Figure 2.
- Branche d’indigo fàuvage de la Jamaïque, dont on a fopprimé une partie du feuillage pour en laiffer voir les filiques, copiée fur la figure qui fe trouve dans l’Hiftoire Naturelle de la Jamaïque , par Hans-Sloane, Planche 179 9fig. 2.
- Planche IX.
- Figure 1.
- Perfpeélive d un terrein travaillé au Rateau 9 pour le planter en Indigo.
- A, Rateau. Voyez auffi les figures xo, n & 12 de la même Planche.
- E9 Branches du Rateau.
- F9 Barre du Rateau.
- G y Negres qui tirent le Rateau.
- H y Manches du Rateau.
- Indigotier.
- Ff
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-
- iï4 I N D I G O T I £ R.
- /, Negre qui dirige la marche du Rateau.
- R, Sillons tracés par les dents du Rateau.
- L , Négrefles qui plantent la graine de l’Indigo dans les filions tracés par le Rateau.
- Figure 2.
- Perfpeélive d’un terrein plein de trous faits avec la houe y fig. 4, pour y planter de l’Indigo.
- A y Negres qui font des trous avec la Houe.
- B y Négrefles qui plantent la graine de l’Indigo dans les trous D.
- Cy Coui ou côté de Calebafle, fig. 9 , dans lequel les Négrefles portent la graine d’indigo qu’on doit planter.
- D y Trous fouillés dans la terre avec la Houe.
- Figure 3.
- Perfpeélive d’un Terrein où l’on coupe l’Indigo, dont on fait des paquets qu’on porte à la Cuve.
- M y Planche d’indigo bon à couper.
- N y Neg res qui coupent l’herbe avec leurs couteaux à Indigo, fig. 7,
- O y Négrefle qui fait un paquet d’herbe.
- P y Negre qui porte un paquet d’herbe vers la Cuve. "
- , Figure 4.
- Voye£ Echelle pour les proportions.
- Cette figure repréfènte une Houe, inftrument dont on fe fert généralement dans nos Ifles de l’Amérique pour travailler la terre. Cet inftrument eft compofé d’un manche de bois pafle dans la Douille du fer de la Houe proprement dite.
- Figure y.
- Fer d’une Houe vue de côté.
- Figure 6.
- Fer de la Houe vue par G face intérieure.
- Figure 7.
- Couteau à Indigo, ou Ferrement avec lequel on coupe l’Indigo^
- Figure 8.
- Rabot, inftrument de bois avec lequel on rabat la terre dans les trous où l’on a planté l’Indigo.
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-
- 'Explication des Figures•
- Figure p*
- \
- C, Coui ou côté de calebafle, dans lequel les NégrelTes portent la graine d’in-
- digo quondoit planter. ^
- Figure io.
- Cette figure préfènte le côté du Rateau avec lequel on trace des filions fiir un Terrein où Ton veut planter la graine d’indigo. Voye^fig. I, de la même Planche.
- A , Bafe du Rateau.
- E, Branches de l’Avant-train.
- H 9 Manches de l’Arriere-train. V
- R, Dents du Rateau.
- Figure il.
- Cette figure repréfente TArriere-train du Rateau vu en face. A , Bafe du Rateau.
- H, Manches du Rateau.
- R > Dents du Rateau.
- Figure 12.
- Rateau vu dans fà longueur.
- A, Bafe du Rateau.
- E , Branches de f Avant-train. » _. *
- F y Barre de YAvant-train.
- H, Manches de fArriere-train, -
- ' X-'_ . i
- R P Dents du Rateau.
- Fig ure I3-
- Cette figure repréfente une dent du Rateau.
- Figure 14.
- A- v
- Gratte vue de côté. La Gratte eft un infiniment de fer avec lequel on farcie l’Indigo.
- Figure 15.
- Gratte vue de plat.
- Fig ure 16.
- Serpe, inftrument de fer d’un fréquent ufàge dans toutes les habitations.
- Figure 17.
- Cifeaux imaginés par M. de Saint-Venant, Ingénieur au Cap François, pour couper 1 Indigo ; l'effet ne m’en eft point connu.
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-
- indigotier.
- Planche X.
- ii 6
- Voyez l’Echelle pour les proportions des ouvrages qui font repréfentés fur cette Planche. On a été obligé de racourcir la longueur des canaux, afin de re-préfenter toutes les autres parties dans leurs proportions.
- Plan d’un Terrein où fe trouve une Rivière barrée par une Digue pour en diftribuer les eaux à differents quartiers. On voit au bas de ce plan trois bouts de planches ou carreaux 5 travaillés avec le Rateau, ^/zg. i, PL 9 , dans lefquels on a tout nouvellement planté de la graine d’indigo , & le commencement de leur arrofàge fur le carreau P. Les lettres T 8c R indiquent les endroits où l’on a déjà mis l’eau fur ce carreau. Les lettres S 9T9 V, Y, repréfentent la maniéré de détourner l’eau de la Rigole R, 8c le moyen dont on fe fert pour la faire s’étendre fur toute la largeur du carreau P.
- Figure 1.
- A ? Rivière.
- B, Digue.
- C 9 Courfier.
- D 9 Baffin à éclufes.
- E y Êclufes.
- F , Pelles des Éclufes.
- G , Canaux du Baflîn à éclufes.
- H y Baffin de diftribution, où fè fait la répartition des eaux.
- 1 y Ouvertures ou embouchures des canaux de diftribution. .
- K y Grifons ou pierres de taille plantées en trépied dans le Baflîn de diftribution pour ralentir le cours de l’eau, 8c la faire s’étendre avec égalité vers les embouchures 7.
- L y Canaux particuliers des Baflîns de diftribution.
- M y Canal commun de convenance ou de fociété, auquel les Habitations fu-périeures font obligées de donner paflàge quand le cas le requiert.
- N y Baffin de fubdivifion.
- O , Café du Gardien de la Digue , avec un Magafin & deux Cafés à Negres.
- Figure 2.
- P, Coin d’une divifion qui renferme le bout de trois planches ou carreaux de terre travaillée avec le Rateau, fig. 1 , PL 9 , & nouvellement plantée en Indigo.
- Ç , Bout d’une planche de terre qu’on arrofè.
- R y Rigole dont on détourne l’eau fuF la Planche q.
- S y Negre qui détourne l’eau fur la planche^, par le moyen de la Torque^, qu’il étend en travers du terrein.
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- Explication des Figures. 117
- T Ouverture faite au bord de la planche pour y amener l'eau.
- V> Petit batardeau de terre fait pour barrer Peau & la détourner vers la planche. Y, Torque de feuilles de Bananier, étendue fur le travers de la planche pour y retenir leau, & lui faire parcourir toute la largeur de la planche.
- Z , Haies de PHabitation.
- Z y Foflés de PHabitation.
- Addition relative a la Note de la page 68.
- Les planches ont 13 à 14 pieds de large, fiir 120 à 200 pas de longueur ; elles font féparées par des rigoles dont les bords s'élèvent un peu au-delïiis du niveau du terrein. A Pextrémité fupérieure de toutes ces planches, eft une petite rigole dans laquelle on met Peau quand on veut commencer à les arro-fer ; puis on continue par un de leurs côtés. A l'autre extrémité inférieure des planches, eft une autre rigole plus grande que celle d'en haut, parce qu'elle reçoit le fuperflu de l'arrofage & des pluies. Au-delîous de cette rigole inférieure , on doit toujours laifter un petit chemin pour la commodité du paflâge, & afin de n'être pas obligé de marcher fur l'Indigo. On fait ce chemin plus large fur les grandes Habitations où l'on charge les paquets d’herbe , pour les Indigoteries, fur des Cabrouets, que nous appelions en France Charrettes
- Planche XL
- Figure x.
- Perfpeétive d’un Moulin pour broyer les feuilles deflechées de l'Indigo, fui-vant l'ufàge de quelques endroits des Indes;
- Figure 2.
- Coupe du même Moulin, dont on a fupprimé l'auge ou le Baffin, afin de faire voir l'aélion d'un Rateau qui remue les feuilles qui font au fond de l'Auge , & fait retomber au milieu celles qui font fur les côtés. Ce Rateau eft attaché par deux branches aux aiflieux de la Roue.
- Figure 3.
- Plan du même Moulin»
- Figure 4.
- Tournefol des François, ou Heliotropium Tricoccum, plante qui croît dans le Bas-Languedoc, aux environs de Montpellier. On broyé cette plante dans un Moulin comme celui dont on a parlé ci-dellus, ou de toute autre maniéré,
- & on en tire un fuc qui devient bleu. Voyez le procédé & le réfùltat de cette Indigotier. G g
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- ïi8 INDIGOTIER, &c.
- opération dans les Mémoires de l’Académie des Sciences, année 1712, page 17. La figure de cette plante eft tirée de l’Hiftoire générale des Drogues, de Pomet le pere.
- Figure y.
- Paftel, plante qui croît en Languedoc, aux environs d’Albi. C’eft avec cette plante que fe fait le Paflel dont on fe fert fréquemment pour les Teintures en bleu. Voyez à ce fujet l’Art du Teinturier, donné par l’Académie des Sciences. Cette figure efl également tirée de l’Hiftoire générale des Drogues, par Pomet pere,,
- Fin de FExplication des Figures.
- Extrait des Regiflres de VAcadémie Royale des Sciences.
- Du 50 Août 1769.
- Nous avons été chargés par l'Académie, M. Cadet ôt moi -, de lire un Traité de l’Art de l’Indigotier, par M. de Beauvais Rafeau, ancien Capitaine de Milice à Saint-Domingue , & de lui rendre compte de cet Ouvrage. Il nous a paru que toutes les pratiques de cet Art font bien décrites par l’Auteur, qui a été lui-même Directeur d’une Indigoterie pendant plu-fieurs années. M. de Beauvais entre dans tous les détails qu'il efl: eflfentiel de connoître pour réuflir dans la Fermentation , le Battage & la Defïiccation de l’Indigo ; il indique les lignes par lefquels on peut fe guider pour bien conduire ces opérations ; il s'occupe aufli de la def-cription des différentes efpeces d'Anil dont on tire l’Indigo, & de la culture de ces Plantes. Enfin nous croyons que M. de Beauvais a rempli avec fuccès l’objet qu'il s'étoit propofé, ôc que fon Ouvrage mérite d^être imprimé avec l'Approbation de l’Académie.
- Je certifie le préfient Extrait conforme à fion original & au jugement de F Académie, A Paris , £e I I Août I
- GRAND JE AN DE FOUCHY, Secrétaire perpétuel de l'Académie Royale des Sciences.
- J3 AI lu la Deficription de F Art de FIndigotier, par M, de Beauvais Raseau , ancien Capitaine de Milice à Saint-Domingue ; & je trouve cet Ouvrage digne à tous égards de Fimpreffion, A Faris > ce 14. Décembre 17 69»
- MACQUER,
- DE L'I M P R I M,E R I E D E L. F. D E L A T O U R. i77o,
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- Fautes à corriger dans VArt de VIndigotier.
- Pj<îe 14, ligne io, Le fèmences; lifez:Les Æmences.
- 20 y ligne zo y fig. j & z ; lifez : figure i. z j, dans la note lifez : ( i ).
- *8, dans la premkre note, PI. i» X & 3» & leur explication qui efi à côte; lifez î PI. XI
- leur explication.
- 46, ligne 11 ,fig. 1 & 3 Vlifiz :fig. 1 & 4.
- 66y lignes 1? & *8 , Tl. 6 ; /i/ëz: PJ. 6 & 10.
- ^ 9 i Par un petit aquéduc r ; ajoutez : fig. 1, p/. 7,'
- 71, //gne 3 7. P/. II ; /zyëz : Pi. XI.
- 74, /zgwc iS. fig. 1 & 2 ; /i/ëz : fig. 1.
- Ibid. /igné 16, P/. 4 ; /*/ëz : PI. j.
- Ibid, ligne 34._/zg. 14 ; ///ez : fig. 1.
- 79, ligne 8,2, fig. 6. Pl. 10 ; /i/ëz : z, P/. 6, jfg, 1. j io? ligne 13 j m> Aqueduc j lifez ; r 1 Aquéduc.
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