Descriptions des arts et métiers
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- LART
- DU
- DISTILLATEUR
- DEAUX-FORTES, «c.
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- Par M. D em ac h y , de VAcadémie des Curieux de la Nature , de celles des Sciences de Berlin SC de Rouen ; <3C M’Apothicaire de Paris,
- M. DCC. LXXIIL
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- S O U s le titre unique d'Art du Diftillateur d'Eaux-for tes, le Leéteüf trouvera dans cet Ouvrage la Defcription d’un nombre aflez confe dérable d'Arts ifolés, qu’il eût peut-être été embarraffant de publier chacun dans un cahier féparé. (
- Ces Arts font pour la plupart connus dans un petit nombre dé Fabriques ; il y en a tel, comme celui de faire l'huile de Vitriol, dont je ne connois que deux Fabriques; une à Nantes, & une autre à Rouen : tel autre, comme celui de faire le fel Ammoniac , n’exiûe qu’à Charenton, près Paris; la Fabrique de Verdèt diftillé n’a lieu qu’à Grenoble ; & comme je 1’obferve dans le corps de l’Ouvrage , chaque Fabriquant ne connoît que fon travail, & n a aucune communication avec fon plus analogue.
- Cependant tous ces Arts font des démembrements de la Chimie proprement dite, à laquelle ils doivent leur première exiftence; ils ne s’en font écartés dans la pratique, que parce que leurs Fabriquants ont dû avoir recours, pour travailler en grand, à d’autres relfources que celles des Chimiïtes. Ceux-ci non-feulement travaillent fur de beaucoup moindres malfes, mais encore font Ipécialement occupés du foin de faifir tous les phénomènes nouveaux qui peuvent fe rencontrer dans leur travail. Le premier but de nos Fabriquants , au contraire, eft l’abondance ; le fécond, la vénalité de leur produit, fans fonger beaucoup à la'plus grande perfectibilité , tant quelle n’eft pas compatible avec la plus grande économie. Comme d’autre part, les plus répandus de ces Fabriquants d’opérations de Chimie, ceux qui en exécutent une plus grande quantité , ceux qui exiftent en plus grand nombre fous un nom connu, font les Diftillateur s d’Eaux-fortes, j’ai pris leur travail pour fervir de bafe à la Defcription que je me propofois de donner de toutes les Fabriques de Préparations Chimiques qui font à ma connoilfance.
- Pour exécuter cette Defcription, je me fuis permis de ne faire entrer dans le texte aucune mention des Planches ou Figures qui doivent éclaircir mes Defcriptions ; j’ai cru rendre, par ce moyen , là leétu* re de l’Ouvrage moins coupée , & j’y ai fuppléé par l’Explication détaillée de ces Planches & Figures mifes à la fuite de l’Ouvrage , Distillateur, &c.
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- avec le foin d'indiquer dans cette Explication , à quelle page de
- l’Ouvrage ces Planches & Figures ont rapport.
- J’ai pu omettre quelques fabrications , quelques pratiques particulières ; mais je puis affurer que ce n’eft pas faute de m’être informé de tout ce qui pouvoit entrer dans mon plan : on eft fouvent arrêté pour les chofes de la moindre conféquence. Croiroit-on bien que j’ai été refufé, dans Paris même, pour la fabrique de Noir de fumée, & que les deux feuls Particuliers qui en falfent dans cette Capitale , m’ont fait entendre qu’il y alloit de leur fortune à laiffer voir leur Fabrique; comme fi c’étoit un fecret. A plus forte raifon, les Fabriques éloignées, des manipulations étrangères , ont-elles pu, ou m’être cachées , ou n’être pas parvenues à ma connoiffahce. Du moins puis-je affurer que j’ai le plus fouvent acquis par mes propres expériences, la certitude des Procédés que je n’ai pu vérifier, avant de les configner dans ma Defcription. Je n’exalterai ici, ni le nombre de ces expériences, ni leur exactitude ; encore moins parlerai-je de mes démarches, de mes peines de tout genre, des refus, toujours mortifiants, que j'ai effuyés. Il m’eft plus commode ,il eft plus dans mon inclination, d’être reconnoiffant envers ceux qui, comme MM. Charlard , Prozet, Bomare & autres , que je n’ai jamais manqué de citer dans l’occafion , m’ont prêté des fecours efficaces & nombreux.
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- TABLE
- DES CHAPITRES ET ARTICLES
- DE V ART .
- DU DISTILLATEUR.
- Introduction. Pager
- PREMIERE PARTIE. De la Prépa-
- ration des Eaux-fortes, Ù* autres acides. 3
- CHAPITRE PREMIER. Des Attelier , Fourneaux & Ufienfiles du Dijlillateur à3 Eaux-fortes* ibid*
- CHAPITRE II. Des matières employées par les Dijlillateurs d'Eaux-fortes } pour tirer les acides y & de leur choix. 8
- Des Argilles. ibid.
- Des Vitriols. 10
- De l’Alun, il
- Du Salpêtre. ibid.
- Du Bois. 12
- CHAPITRE III. Du Gouvernement dune Galere9 & des trois Procédés d'ufage pour retirer l'Eau forte* 14.
- Premier Procédé. ibid.
- Second Procédé. 18
- Troifieme Procédé. 20
- CHAPITRE IV. Des différentes efpeces d’Eaux-fortes, de leurs choix y purification y épreuve 9 & préparations. 21
- CHAPITRE V. De quelques appareils ufités ailleurs qu'a Paris9 pour obtenir l'Eau-forte y dr du moyen dont on retire à l'affinage celle qui a fervi au départ. 27
- CHAPITRE VI. Des Préparations en grand de l'Efprit de fel* 31
- CH API i RE VII. De la difiillation du
- Vinaigre. 3 f
- CHAPITRE VIII» Expofé de ce qu'on fait Jur la Préparation de l'huile de Vitriol par le Soufre. 57
- CHAPITRE IX. Obfervations & expériences fur les corrections & améliorations économiques y & autres dont ejl fufceptible l'Art des Eaux-fortes. * 42
- SECONDE PARTIE. De la Préparation en grand des Produits chimiques fluides. 47
- CHAPITRE I. Du Laboratoire 5 Alambics dr Ufienfiles y propres à la difiillation en grand* ibid.
- Fourneaux pour les Alambics. 48 Fourneaux à bain de fable. ji
- Fourneaux à badine» yf
- Fourneaux de fufîon & de fofge* £4 Des Alambics. 5*7
- Des Serpentins. 5*9
- CHAPITRE IL Gouvernement d'un Alambic pour la difiillation de l'Efprit-de-vin* 6 i Efprit-de-vin ordinaire. 62
- Efprit-de-vin de mélaffe. 64
- CHAPITRE III. 67
- Section I. De la Préparation en grand des Efprits Aromatiques. ibid.
- Eau-de-vie de Lavande. 68
- Eau des Dames de Trefneî» ibid.
- Eau ou Efprit d’Anis. 69
- Eau de MélilJe compofée. 7a
- Eau Vulnéraire fpiritueufe. 71
- De l’Ether & liqueur anodine minérale d’Hoffmann , préparés en grand. 72 Section II* De la Préparation en grand de certaines Huiles ejfentielles. 76
- Huile effentielle d’Anis* ibid4
- Huiles de Canelle & de Gérofle. ibid.
- De la purification du Camphre. 78 De l’extraâion en grand de l’huile d’AL pic* 81
- De l’huile de Cade» 82
- CHAPITRE IV. Difiillation en grand des Eaux Aromatiques. 82
- Eau Kofe. ibid.
- Eau de fleurs d’Orange. 8y
- CHAPITRE V. Des moyens imaginés pour mafquer les Efprit s-de-vin 9 & leur rendre leur première pureté. 87
- CHAPITRE VI. Accidents qui peuvent arriver dans les travaux précédents 9 & moyens d'y remédier. 91
- CHAPITRE VIT. Des épreuves par lefquelles on s'ajfure dans le commerce des degrés de force des Efprits-de-vin 9 & de ce qu'on pourrait faire pour le mieux. 94
- Fable de comparaifon pour jauger les Efprits * & autres liqueurs avec tel Aréomètre qu on voudra. 100
- TROISIEME PARTIE. De la Préparation en grand des Produits chimie
- ques folides. 101
- SECTIONI. Préparations chimiques en grand de fub-fiances terreufes. 102
- Article Premier. Du Ciment» ibid.
- Art. II. De la Terre à polir. 105
- Art, III. De la Magnéfie blanche^ 104
- Art. IV. Des yeux d’Ecrevlffc* 10$
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- TABLE DES CHAPITRES, Sic.
- iv
- Art. V. De la corne de Cerf. 108
- SECTION IL De la Préparation en grand de plu-fleurs Sels. 1 109
- Art J. Du fel retiré du ciment d’Eaux-fortes. ibid. Art. II. Du Tartre vitriolé tiré des Eaux-fortes.
- i io
- Art. III. Du fel de Glauber. 112
- Art. IV. Du Cryflal minéral. 114
- Art, V. Fabrique de l’AIkali fixe. 115
- Art. VI. Fabrique du fel de Seignette. 118
- Art. VII. Fabrique du fel Ammoniac. 120
- Art. VIII. De l’Efprit ôc du Sel volatils Ammoniac. 124
- Art. IX. Fabriques du Sucre de lait & du Sel d’Ofeille en Suiffe ôc en Lorraine. 128
- Art. X. Fabrique du Sel de Succin par les Hoï-landois. 130
- Art. XI. Raffinerie du Borax. 132
- SECTION III. Fabrique £ Antimoine. 13 6
- Art. I. Uftenfiles propres à la fabrique de PAn~ timoine. ibid.
- Art. II. Calcination de l’Antimoine. 140
- Art. III. Régule d’Antimoine* 141
- Art. IV. Du Verre d’Antimoine ôc du Tartre émétique. 142
- Art. V. Du Crocus metallorum. 144
- Art. VI. Fabrique du Kermès minéral. 146 SECTION IV. Fabrique de quelques Préparations de Mercure. 148
- Art. I. Du Mercure. ibid.
- Art. II. Fabrique du Cinabre 5c du Vermillon.
- 150
- Art. III. Du Sublimé corrofif. i J2
- Art. IV. Fabrique du Précipité rouge. 1 y7
- Art. V. Fabrique du Précipité blanc. ip8
- SECTION V. Fabrique de quelques Préparaions de Plomb, Cfc. 160
- Art. I. Fabrique du Minium ôc du Mafficot.
- ibid.
- Art. II. Fabrique de la Litharge. '162
- Art, III. Fabrique de la Cérufe. 164
- Art. IV.Fabrique du Sucre de Saturne. 166 Art. V. Fabrique du Verd diftillé. 168
- ADDITIONS. 170
- 1. De l’Alun brûlé. I711
- 2.. Du Noir de fumée. I72
- 3, Obfervations fur Phuile de Vitriol. Comlujîon, , I7SJ
- Fin de la Table des Matières.
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- EXTRAIT DES REGISTRES
- DE L’ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES.
- Du 16 Décembre 1772.
- essieurs-Malouin’et Macquer, qui avoient été nommés pour examiner la Defcription de l'Art du Diftillateur d’Eaux-fortespar M. Demachy, en ayant fait leur rapport; PAcadémie a jugé que cet Ouvrage étoit travaillé avec tout le foin , tout le zélé ôc toutes les con-noiffances qu’il exigeoit pour être bien fait, qu’il méritoit fon approbation ôc fes éloges , ôc qu’il tiendroit un rang diftingué dans la fuite de la Defcription des Arts , dont elle a entrepris la publication. En foi de quoi j’ai ligné le préfent Certificat. A Paris, le 2 Mars 1773.
- GRANDIE AN DE-FOUCHY,
- Secrétaire perpétuel de l’Académie Royale des Sciences,
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- Fautes à corriger.
- Page 6> lignes 7 & 14, lames ; lifez : barres.
- Page 7 , ligne ai, terreufès; lifez : poreufes.
- Page %i y ligne 34 , confumée ; lifez : employée.
- Page 39 aligne x6 , rempli de vapeurs rouges, &c; lifez: rempli de vapeurs blanches qui le rendent opaque , comme dans le Procédé de l’Efprit de fel fumant.
- ?age 4Î » ligne 33 , pefè-liqueur ; lifez: pefè-liqueurs, & de même par-tout oii ce mot fe trouve.
- Page 47 > ligne 9 , Touris ; lifez : Touries.
- Ibid, ligpe 31, 8c toutes garnies; lifez: & toutes (ont garnies.
- Page i 3 , ligne 4 / Pots à able ; lifez : Pots à fable.
- Page 61, ligne 1 , fuppléez au commencement de la ligne ses mots : les chapiteaux.
- Page 69 > ligne 31 > fix-onces ; lifez : fîx-onze.
- Page 76 , ligne derniere , le tirer ; lifez: les tirer.
- Page 89, ligne 34, fur cett enouvelle ; lifez : fur cette nouvelle. ‘
- Page 97 > ligne 17 , Hygromètres ; lifez : Hydrometres.
- Page 100 , dans la Table , à la colonne intitulée Baumé, U huitième numéro ; lifez : au lieu de 3of.
- Page 107 , ligne 33 , plus longue ; lifez : plus long.
- Page ifi, ligne 34, courant ; lifez : coulant.
- Page 157» ligne la, une jarre; lifez : un jarre , & de même par-tout oit ce mot fe trouve.
- Page IJ9 , ligne » , Langenfatza; lifez : Langenfaltza.
- Page 165 , ligne 14 , cent foixante ; lifez : Ceize cents.
- Ibid, ligne 31, converti en cendre ; lifez : converti eiî cérufe.
- Page 177 > ligne 3 > les premiers ; lifez : ces premiers.
- L’ART
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- L A R T
- DU DISTILLATEU
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- D’EAU X-F O RTE S, &c.
- Par M. D EMACHY,
- INTRODUCTION.
- Lé commerce des Eaux-fortes étoît depuis long-temps une branche de celui des Hollandois & de quelques villes Flamandes. On ignore abfolument le nom du premier Artifte qui en introduifit la Fabrique en France ; il paroî-tra même par ce que je dirai par la fuite que ce n’a pas été par imitation du travail des Hollandois que le font établies les Manufactures Françoifos. 1 Bien-tôt les premiers Fabriquants d’Eaux-fortes , étendirent les objets de leurs travaux ; ils fo chargèrent de fournir aux différents Ouvriers les liqueurs fpiri-tueufes & les autres préparations chimiques , que ces Arriftes 9 ou ne fe procu-roientqu’à grands frais , ou compofoient plus ou moinsmal-adroitement. De-là la diftribution naturelle de l’Art que je décris , en trois Parties.
- Dans la première que j’intitule , Préparation des Eaux-fortes Ù* autres acides * je traite de tout ce qui eft néceflàire pour fe procurer en grand , les Eaux-fortes , l’elprit-de-fel, l’huile de vitriol & même le vinaigre. Les laboratoires, fourneaux, uftenfiles , matériaux , manipulations , y font décrits , ainfl que le choix , les moyens d’éprouver & de reconnoitre les chofes mal préparées , fans omettre de parler des fignes qui caraélérifent la bonne marchandifo , dans le fens que l’entendent toutes les elpeces d’acheteurs.
- Je traite dans la fécondé Partie, avec le même ordre & dans le même dé^ tail, de la diftillation des Eaux-de-vie pour les convertir en Efprit-de^vin. J’y décris les procédés d’ufage pour préparer & diflinguer lés efprits & eaux aromatiques ; ce qui me donne occafion de parler des méthodes fingulieres 8c peu connues pour l’extraction de certaines huiles, & notamment du rafinage du camphre par les Hollandois. Je n omets pas les accidents auxquels ces travaux Distillateur > &c. A
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- St L'ART DU DISTILLATEUR.
- en grand font fiijets, ni les moyens, ou de les prévenir, ou d’y remédier : j’intitule cette Partie, Préparation des produits Chimiques fluides.
- La troifieme Partie , que j appelle Préparation des produits Chimiques Joli-des 9 contenant une très-grande quantité de travaux de nature abfolument différente , fe trouve divifée en plufieurs Seélions. Dans la première, il s’agit des fubftances fàlines que les Diftillateurs d’Eaux-fortes, ou retirent de leurs premiers travaux, ou font dans l’ufàge de préparer en grand, que ces fubftances foient neutres ou alkalines. Les produits terreux de ces mêmes Artiftes , tels que le ciment, la terre à polir , &c. occupent la fécondé Seétion : je parle dans la troifieme des travaux en* grand fur l’antimoine , & dans les fui vantes des mêmes travaux , fur le mercure, le plomb , le cuivre , &c.
- En exécutant chacune de ces parties, je ne me fuis pas contenté d’expofèr ce que chaque Artifte a pu me dire , ou ce que j’ai pu voir dans leurs laboratoires & vérifier par mes propres travaux ; j’ai dû rendre compte à ceux pour qui cet Ouvrage eft deftiné, de tout ce qui peut les éclairer, Ainfi les Savants s’apperçevront que j’ai développé les motifs phyfiques de quelques manipulations fecretes ; les Artiftes verront peut-être avec plaifir des moyens de perfeélion-ner ou d’économifer leurs travaux ; les Ouvriers des differents genres me fuiront gré , je l’efpere , de leur avoir indiqué à quels lignes reconnoître la bonne qualité des marchandifes dont ils ont befoin.
- J’aurois cru ne pas entrer dans les vues de l’Académie fous les aufpices de laquelle doit paraître cet Ouvrage, fi je m’étois borné à la defcription fimplo de l’Art du Diftillateur d’Eaux-fortes. L’invention eft fon point de vue , la per-feétion eft fon occupation journalière ; prefque tout ce que j’ai à dire étant inventé , il ne me refte que l’avantage de bien voir, de décrire clairement, Sc de fournir des vues nouvelles ; & c’eft à quoi j’ai mis toute mon attention.
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- PREMIERE PARTIE.
- De la Préparation des Eaux-fortes & autres acides.
- CHAPITRE PREMIER.
- Des Atteliers , Fourneaux SC Uflenjîles du Diflillateur
- d’Eaux-fortes.
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- O N ne peut rien dire de déterminé fur la grandeur de remplacement où Ton veut établir une Manufaéture d’Eaux-fortes , parce que cette grandeur dépend de la quantité de fourneaux ou Galères qu’on a deflein d’y conftruire , & de celle des galeres même. Il fuffic que ce lieu foit aflez efpacé pour que les Ouvriers puiffent, fans fe gêner mutuellement, tourner autour de leurs fourneaux & y manipuler : ainfi un laboratoire dans lequel on voudroit, par exem-* pie , conftruire fix galeres , doit être un quarré long, ayant pour longueur deux fois & demi celle d’une galere, & pour largeur fix fois l’épaifleur de ce fourneau. On fait en forte que la porte foit ouverte dans le milieu dune des faces, afin que les bouches ou têtes des galeres , qui font toutes alignées vers le milieu de l’attelier, reçoivent uniformément l’air de dehors : on dreflè fur les quatre murs une fimple charpente recouverte de tuiles, en forte que le faîte foit à fix ou huit toifes au-deflus du fol. Cette proportion eft eflentielle , non qu’on ne puilfe l’exhaulîer davantage, mais parce que fi le toît étoit plus bas, les fumées plus rapprochées incommoderoient les Ouvriers*
- Dans quelques laboratoires on ouvre for le mur oppofé à celui où eft la porte une fenêtre de chaque côté, à laquelle on donne huit à dix pieds en quarré ; dans d’autres on ne ménage aucune efpece d’ouverture que celle de vaftes tuyaux de cheminées conftruits le long des deux murs latéraux ; mais ces conftruéHons ne valent pas celle qui eft le plus en ufage & qui confifte à ouvrir for le toît une douzaine de faîtieres environ vers chacune des extrémités du toît: par ce moyen les fumées ont une iflue folfifinte, & le paftàge de l’air extérieur par la porte pour fo diftribuer enfoite dans les fourneaux allumés eft modifié de maniéré à ne pas donner au feu plus d’aélivité qu’on n’en défire.
- Le fol du laboratoire eft ordinairement de terre battue. On fofpend au milieu, c eft-à-dire , vis-à-vis la porte, une petite lampe de cuivre à deux meches qui fuffit pour éclairer les Ouvriers lorfque le travail eft continué dans la nuit.
- J ai vu dans quelques laboratoires des efpeces de hottes renverfées, de tôle ,
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- 4 DART DU DISTILLATEUR.
- avec leurs tuyaux placés au-deffus de chaque gaiere, à deffein de recevoir les
- fumées ; mais ces mêmes laboratoires m'ont toujours paru plus enfumés que les
- autres.
- Il eft avantageux pour la facilité du travail que le bâtiment foit dans une vafle cour, & qu’aux environs il y ait quelques autres petits bâtiments pour y tenir les différents matériaux dont je parlerai plus bas.
- Le fourneau dans lequel fe traitent les Eaux-fortes eft appellé Gaiere , vraifemblablement à caufe de la reffemblance que les premiers Conftruéteurs ont cru appercevoir entre ce fourneau lorfqu’il eft garni de droite & de gauche de fes récipients , & le bâtiment marin de ce nom dont toutes les rames feroient actuellement en montre.
- On trouve un modèle de Gaiere dans un Livre Italien intitulé la Pyrotechnia di Birlnguccio, volume* in-40. imprimé à Venife en 155°* On voit dans le Frontifpice que T Auteur étoit Noble Siennois ; Ion ouvrage a été traduit en François par feu Maître Jacques Vincent en x j152 , date du Privilège , quoique celle de l’Epître Dédicatoire {bit de lyj'j , & celle du Frontifpice de Ce Livre précieux eft fupérieurement bienfait pour fon temps, & on tient de lui beaucoup de chofes qu’on a voulu donner depuis pour des nouveautés.
- Comme la grandeur 8c la capacité des Galeres varient au point qu’il y en a telles qui ne porte que vingt-quatre vaiffeaux , douze de chaque côté ; d’autres qui en portent trente-deux ; d’autres enfin où on en place jufqu’à quarante-quatre ; je vais prendre pour modèle de conftruétion une Gaiere de trente-deux, parce que c’eft celle dont les Artiftes de cette Capitale fe fervent plus volontiers.
- On établit fur le fol du laboratoire un premier maffif en moëlons ou en pierre de tuf 8c ciment ; on lui donne trois pieds de profondeur en terre, 8c lorfqu’on eft au niveau du fol on achevé de l’élever en pierres taillées à un demi-pied au-deffus. C’eft for ce mafîif que fe conftruit enfoite le fourneau en briques de bon choix. Ce maffif porte quatre pieds fîx pouces de face , afin qu’il y ait de droite 8c de gauche de la Gaiere un trottoir d’un bon pied de large ; ainfi cette dimenfion varieroit, fi, de hazard, le Conftruéleur donnoit moins d’épaiffeur à fe Gaiere.
- Sur ce maflif ou immédiatement au niveau du fol, fi on ne fe foucie pas de ménager un trottoir , on range un premier lit de briques auquel on donne douze pieds de long for vingt-huit à trente pouces de face : for ce premier lit agencé à chaux & ciment, on en établit un fécond en pofent les briques debout au lieu de les pofer à plat, ce qui doit donner à-peu-près neuf à dix pouces d’élévation au-deffos du maffif ou du fol ; parce que dans la foppofition où les briques pofées debout par leur largeur ne donneroient pas la hauteur dé-lirée , on les placeroit debout par leur longueur.
- A cette hauteur de neuf à dix pouces on divife là largeur de la Gaiere en
- trois
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- ï. Partie. De ta T réparation des Eaux-fortes, &c. f
- trois parties égales dont le milieu doit relier vuide. On y place far la face un chaffis de fer fondu auquel font attachés à droite deux forts pitons pour y fat pendre une porte de tôle garnie d’un loquet qui va fe fermer dans une mentonnière placée à gauche. Ce chaffis porte dix pouces de haut far onze de large * il détermine julqu à quelle hauteur on doit exhauffèr les deux parties latérales f qui febâtiflènt, ainfi que le relie du fourneau, à briques & ciment. Lorfqu’on eft parvenu à la hauteur du cadre de fer, on bâtit en plein far la face , de l’é-paifleur de trois briques , & on donne neuf à dix pouces d’élévation ; mais, lq relie, c eft-à-dire, les deux murs latéraux du fourneau, s’élèvent, avec cette attention d’en diminuer l’épailîeur de celle d’une brique ou même de deux pouces de chaque côté ; & on met le tout de niveau.
- Si l’on veut donner plus de falidité à la Galere , on en garnit la tête & les côtés avec des bandes de fer fcellées de diftance en dillance. Quelques Confa truéleurs font au-deflus de la porte ou bouche de la Galere une elpece de parapet ceintré, dont l’inutilité eft abfolument démontrée ; il nuit même dans certains cas au gouvernement de la Galere.
- Le fond de la Galere s’appuie toujours contre le mur de l’attelier, où elle eft terminée par un contre-mur en briques , dont les proportions font les mêmes que celles de la tête. Le fleur Damois, Dillillateur d’Eaux-fortes, eft un des plus intelligents Conftruéleurs de Galeres que je connoillè ; on peut en juger par celles de fan laboratoire rue de la Lune , & par celles de l’affinage de la Monnoie, qu’il a conftruites depuis peu.
- Une Galere eft, comme on voit, un quarré long compofé d’unmaffifou fol , de deux murs latéraux, d’un mur de face dans lequel eft ménagée la porte, & d’un mur de fond. La Galere qui réfulte de cette bâtifle fe divife naturelle-ment en deux parties, dont la plus profonde, jufqu’à la hauteur de la porte, a quatre pouces de moins large que la partie fapérieure. Telle eft la portion demeurante de ce qu’on appelle une Galere ; mais cette Galere a une partie elfentielle qui fe conftruit à chaque fois qu’on la fait travailler, & qu’on détruit à la fin du travail.
- Une Galere neuve bien conftruite , garnie faffifamment de bandes de fer, y compris fan maffif, les briques, les journées d’Ouvriers , eft un objet d’environ 450 liv. de dépenfa, & le moins qu’on puifle en avoir eft le couple , ce qui fait une avance de 900 livres; elles ne travaillent chacune qu’un tiers de l’année , & leur entretien annuel eft de douze francs au moins ; à l’aide de cet entretien elles peuvent durer vingt ans fans qu’il fait befain de les reconfa truire à neuf.
- On étoit autrefois dans l’ufage de fceller de diftance en diftance & tranfa verfalement des barreaux de fer, à la hauteur où j’ai dit qu’on diminuoit Té-paiffeur des murs de deux pouces pour chaque.'On en afenti l’inconvénient, parce qu a mefure que le feu venoit à détruire quelques barreaux , il falloic
- Distillateur , &c. B
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- 6 DA R T DU DISTILLATEUR.
- démolir une partie de la Galere pour en replacer d’autres, ce qui rendoit la réparation difpendieufe & longue. On y fobftitue maintenant des elpeces de chaffis de fer fondu , qui portent onze pouces de long fur quatre de large, & qui font traverfés par une bande dans le milieu. Ces elpeces de chaffis lont 'd’un feul jet & ont à-peu-près un pouce d’équarriflàge, de maniéré à avoir les quatre angles de cet équarriflàge en lofange , placés haut & bas , & latéralement. Les premiers qu’on ait fait conftruire n étoient que deux lames jointes par le milieu à faide d’une traverfe. Il réfoltoit de cette forme que le feu les amol-iifloit affèz pour fe chantourner ou'perdre' leur parallélifme. On ne craint plus cet inconvénient maintenant qu’ils ont trois traverfés , une au milieu & une autre à chaque extrémité. Outre l’avantage de les remplacer facilement en cas de befoin, les Ouvriers y trouvent celui de pouvoir les placer à leur gré à des diftances variées que déterminent la capacité des Cuines ou Bêtes qu’elles doivent fupporter.
- On fe précautionne encore de fers pareillement fondus qui portent environ neuf pouces de long fur deux pouces d’équarriflàge, & qui font montés à la hauteur de trois pouces fur quatre petits pieds de fer ; le tout eft fondu d’un feul jet & porte le nom de Chevrettes. Leur ufàge eft d’être placées tranfver-fàlement à la tête de la Galere, à peu de diftance de la porte pour recevoir les bûches & les foutenir au-delîùs du fol ; car on a pu obforver que nos Galeres différent des autres fourneaux en ce qu’elles n’ont abfolument rien qui faffe fonétion de cendrier. Il y a quelques Artiftes qui trouvent plus d avantage à placer une fécondé chevrette à deux pieds de diftance de la première.
- Pour le fervice de la Galere, il eft encore befoin d’avoir une lame de fer d’une longueur proportionnée à celle de la Galere, emmanchée par une de fes extrémités , qui fait la douille, à un morceau de bois rond , léger, facile à ' empoigner & de la longueur de deux pieds environ. L’autre extrémité de cette barre eft terminée en crochet formant une courbure de dix bons pouces. On connoît cet inftrument dans d’autres atteliers fous le nom de Fourgon ; mais nos Diftillateurs le nomment le Rable. On trouve auffi chez quelques-uns une autre tige de fer de même longueur, & pareillement emmanchée , dont l’extrémité fupérieure, au lieu d’être en crochet, eft garnie d’un morceau de fer plat, de fept pouces de long for deux pouces de large & un peu tranchant par fos bords ; on peut l’appeller le Rateau : nous verrons en traitant du gouvernement de la Galere , de quel ufage font ces deux inftruments.
- J'ai parlé ci-deyant des Cuines ou Bêtes, ce font les deux noms que donnent les Diftillateurs d’Eaux-fortes à un vafe de grès fait en forme de poire , fermé de toutes parts, & ayant latéralement vers fon extrémité la plus large une efpece de goulot d’un pouce de long for un grand pouce de diamètre, dont la direction eft de bas en haut. Ces cuines ont leur bafo moins large , toute plate, & elles fe pofent droites par cette bafè for les traverfés de fer fondu.
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- I. Partie. De la Vréparation des Eaux-fortes, &c. f
- La capacité dè ces cuines eft ordinairement de cinq pintes, elles portent pouces de haut fur 6 pouces de plus grande largeur. On les fabrique pour Paris au village de Savigny près Beauvais, lieu où la Poterie de grès eft fu-périeure à celle de tous les autres endroits connus du Royaume.
- Les Ouvriers qui les fabriquent ont foin de les mettre deux fois au four ; ce qui n’empêche pas qu’il ne s’en callè toujours quelqu’une durant le travail* Les Diftillateurs ont en conféquence le foin de luter ou garnir ces cuines avec une pâte mêlée de terre à four & de crotin de cheval ; & on les fait fécher immédiatement fur la Galere tandis qu’elle travaille, ou fur des planches dref fées au-dellus. Lorfque j’indique la terre à four & le crotin, ce n efl: pas à dire qu’on ne puilfe fe forvir d’autre lut ; toute terre un peu tenace étant très-foffilànte pour cet ufege ; ni même qu’il foit nécelfaire de luter. M. Charlard , par exemple , ne lute jamais ; mais il a grande attention à choifir des cuines non-feulement bien feches, mais encore qui n’ayent point été mouillées. C’eft en effet un abus, que 1’ulàge où font plufieurs Artiftes d’eflàyer les cuines , cornues & cucurbites de grès qu’ils veulent acheter , en y introduilànt de l’eau Sc fouf-flant fortement par l’orifice. Il efl: vrai que s’il y a quelque trou , fêlure ou accident pareil, l’eau en s’y infinuant à l’aide du fouffle, les fait appercevoirj mais les vaifleaux de terre ainfi mouillés fe fêlent fi-tôt qu’on les chaufe allez fortement pour réduire en vapeurs l’eau qui eft demeurée comme cachée dans les parois terreufes du vafe.
- Quelques Diftillateurs font dans l’ulàge de recommander dans la Fabrique de Savigny, qu’on faffe les cols des cuines longs julqu à trois & quatre pouces , pour éviter de fe fervir des Goulots, qui font de petits vafes de terre pareille, d’à-peu-près trois pouces de long, évafés en forme de godet à deux pouces de diamètre jufque vers le milieu de leur longueur , en formant pour le refte un petit canal de demi-pouce de diamètre. On ajufte la portion la plus large aux cols des cuines, pour rendre plus facile la jonétion de ces cuines avec les Pots ou Récipients. D’autres Diftillateurs prétendent au contraire avoir appris par l’expérience que l’ufege des goulots étoit préférable aux cols longs. J’aurai par la fuite occafion d’expofer leurs raifons réciproques.
- Les Pots ou Récipients ne different point des cuines pour la forme ; ils font feulement moins ventrus, toute proportion égale ; mais au lieu d’un col latéral , c’eft une ouverture ronde de trois pouces de diamètre : on fe dilpenfe de luter ou garnir ces derniers. On acheté les cuines & les pots trente-cinq livres le cent l’un dans l’autre, & les goulots fe fourniffent par-deflus le marché & fans compte.
- Un laboratoire d’Eaux-fortes eft encore garni de différents uftenfiles , tels qu une pelle de forte tôle large & plate, emmanchée dans un manche de bois, des étouffoirs à braife, des marmites de fer , une hache à fendre du bois , des coins, un maillet, des marteaux, des cifeaux, une auge à Maçon, une truelle
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- S L'ART DU DISTILLATEUR.
- de fer, de la terre à four, un panier ou corbeille d’ofier ferré, longue & à anfes, un crible pareillement d’ofier, des battes à ciment, qui font des billots ronds garnis de clous fur une de leurs faces & emmanchés de biais par l’autre face. Tous ces inftruments qui font trop connus n ayant rien de particulier pour les Diftillateurs, je ne dois pas m’arrêter à les décrire.
- Enfin on trouve dans les laboratoires d’Eaux-fortes, un petit infiniment de fer de demi-pouce d’équarriflage , finiflànt en pied de biche , & s’aminciflànt tant pour la largeur que pour l’épaifleur ; les Ouvriers lui donnent auffi le nom de Batte. Il leur fort foit à réparer le dôme, dont je vais parler au Chapitre troifieme , lorfquil vient à fe crevafler dans le travail, foit à le percer lorfqu’ils veulent donner de l’évent, foit enfin à le détruire lorfque leur opération eft finie.
- CHAPITRE SECOND.
- Des matières employées par les Diftillateurs d’Eaux-fortes pour
- tirer les acides, ÔC de leur choix.
- Sans entrer encore dans le détail des circonfiances où le Diftillateur d’Eaux-fortes emploie chacune des matières dont je vais parler , ce que je dois faire dans le Chapitre fuivant, je me contenterai dans celui-ci d’expofor ces matières , en indiquant les lignes auxquels on les reconnoît , les lieux ou magafins qui les fournilfent à nos Artiftes , & le choix qu’ils en font pour le travail dont ils s’occupent. Ces matières font les argilles, les vitriols , l’alun , le ïàlpêtre, l’huile de vitriol & le bois ou fubftance combuftible.
- Des Argilles*
- Autant qu on peut le conjecturer en lifant Libavîus, Agricola, Rubæus* Biringuccio , l’Auteur des fecrets & fraudes de la Chimie dévoilés, & en un mot, la plupart des Ecrivains Chimîftes , il paroît que les Eaux-fortes fe trai-toient autrefois rarement par les argilles. On trouve même quelques Auteurs affoz modernes qui en blâment l’ufàge , fous le prétexte que l’Eau-forte qui en réfolte eft trop foible. J’ai fous les yeux une lettre de M. Roland de la Platiere, Infpeéteur des Manufactures à Amiens, qui me marque, qu’au contraire une Fabrique d’Eaux-fortes traitées par le vitriol avoit paru donner de l’Eau-forte trop foible ; mais il paroît que c’eft moins la faute de la chofe que celle de l’Entrepreneur, qui avoit déjà échoué dans le Brabant.
- Quoi qu’il en foit, l’expérience a démontré à nos Diftillateurs François qu’ils dévoient préférer les argilles , puifqu’il y a tel Art pour lequel l’Eau-forte
- traitée
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- I. Partie. De lu P réparâtion des E&ux-Jbrtes, §
- traitée autrement eft abfoiument rejettée ; j'en ferai plus longue mention êti parlant du choix des Eaux-fortes.
- L'argille qu'emploient nos Diftillateurs d'Eaux-fbrtes eft plus connue des Naturaliftes fous le nom de Glaîfe, & le village de Gentilly près Paris, en fournit non-feulement aux Diftillateurs de la capitale , mais encore à ceux de plufieurs Provinces éloignées. Ce n eft pas que les villages de Vaugirard Sc d’Ifiy, ne fourniflent auffi de la glaife qui pouroit entrer ên concurrence avec celle de Gentilly; mais comme elle s'émiette, tandis que celle de Gentiliÿ refte en mafles, elle fait trop de déchet dans le tranfport. -,
- Quoique abfoiument parlant l'argille grife ou bleue, cette argille qui fert a la conftruéHon de nos fourneaux portatifs, puilfe, à défaut de toute autre -, être employée par nos Diftillateurs , ils né s’en chargent pas volontiers, à caufe dé la quantité de pyrites qui s'y rencontrent : les pyrites, autrement appellées par les Ouvriers feramines , y font pour la plupart dans un état de décompofition qui fourniroit peut-être un acide étranger à l’Eau-forte. Ce font les raifons que donnent les Artiftes intelligents dans cette partie pour ne pas s'en fervir ; ils donnent la préférence à une glaife dont le lit eft au-deflous de celle dont je viens de parler ; elle eft d’un gris plus blanc , abondamment marbrée de rou-f ge, plus compaéle & par conféquent plus denfe.
- Les Diftillateurs achètent cette argille à la voiture compofée de cinquante-deux cubes d'un pied de large & d’épaifleur, fur un pied & demi de long, Sc qui pefent de cinquante à foixante livres chaque. Il n'en eft livré que cinquante pour le compte du vendeur , les deux autres font le pour-boire du voiturier ; > on les lui paye à part, Sc la voiture coniplette coûte onze livres ; fàvoir , dix livres dix fols pour le vendeur, Sc dix fols pour le voiturier. '
- Cette terre arrivée, refte dans un hangar jufqu'à ce qu'on en ait befoin ; & voici comme on la prépare.
- A la fin du travail d’une Galere, ce qui arrive ordinairement vers les cinq heures du foir quand le travail a commencé à cinq heures du matin, après qu’on a retiré toute la braife , on enfourne les mottes d'argille, coupées feulement en deux, & on les laifle jufqu'au lendemain matin , qu'on achevé de dégarnir la Galere. Cette terre fe trouve aflez feche pour .être brifée avec les battes à ciment en poudre groffiere qu'on pafle au crible d’ofîer , pour être mélangée Sc empotée dans la journée. Cette defltccation de la glaife lui fait perdre près d'un tiers de fon poids. On étoit autrefois dans l’ufàge , avant de la faire fécher, d’y mêler le fàlpêtre dans la proporcion d’une partie contre fix ; onfor-moit des boules du total en les humeélant avec de l'eau ; mais on a reconnu que cette manipulation confumoit inutilement du temps, & que d'autre part l’Eau-forte qu’on obtenoit n'a voit jamais une force, égale ; on fè contente donc’ de la préparation de l'argille marbrée que je viens de décrire.
- Dzstiilatëz/r,
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- DART DU DISTILLATEUR.
- Des Vitriols,
- On donne le nom de Vitriol à la difïolution du fer, du cuivre & de zinc par l’acide vitriolîque. Lorfque cette difïolution eft réduite en eryftaux, le premier fe nomme Vitriol martial ou verd 9 le fécond Vitriol bleu ou de Chypre , & le troifieme Vitriol blanc ou de Goflard. On lesconnoît encore mieux dans le commerce fous le nom de Couperofes ; & indépendamment de leur couleur qui les diftingue fuffifamment, les Négociants les défïgnent quelquefois par le nom des pays d’où ils les tirent, ainfi ils difent , Couperofe S Angleterre, d'Allemagne, de Dant^ick, &c.
- De ces trois couperofes ou vitriols, le verd eft celui dont fe fervent plus ordinairement les Diftillateurs d’Eaux-fortes. Si quelquefois ils emploient le Vitriol de cuivre , ce n’efl que pour fàtisfaire quelques Particuliers qui le leur commanderoient; le troifieme n’eft jamais en ufàge dans l’Art dont il s’agit.
- Le vitriol ou couperofe verte eft une maffe faline, verdâtre, tranfparente , compofée de eryftaux plats , amoncelés les uns fur les autres. Lorfqu’ il eft fec & un peu ancien, fà furface jaunit, &, foit l’intenfité de cette couleur, fbit fà quantité , peuvent fervir à déterminer fon degré de féchereffe &'de vétufté. Je décris ici ce vitriol moins en Chimifte qu’en Marchand, parce que les Diftillateurs ont plus d’intérêt à le connoître fous la forme qu’il a dans les magafins que fous la configuration régulière que lui donnent les Chimiftes dans leurs laboratoires ; fi l’on défiroit connoître cette derniere configuration, on peut conful-ter la Cryftallographie de M. Rome de Lille, & mes Procédés Chimiques.
- La faveur du vitriol verd eft acerbe fuivie d’un goût d’encre infiipportable; On le trouve dans le commerce venant en tonneaux de différentes capacités d’Angleterre, d’Italie , d’Allemagne & de quelques-unes de nos Provinces, entre autres du Lyonnois. Il importe peu aux Diftillateurs de quelle contrée vienne leur couperofe, pourvu qu’elle foit à bon compte : fon prix courant eft, pour l’inftant où j’écris, de 12 liv. le quintal. Il ne leur eft pas également indifférent que cette couperofe foit pure, & ne contienne pas de cuivre ; on en fendra la xaifon lorfque je parlerai de la terre à polir
- Pour s’aflurer de cette pureté, on frotte un échantillon du vitriol fur une lame de fer fraîchement récurée, Sc il eft pur lorfqu’il ne laifle aucune trace de cuivre fur le fer. Ce vitriol fe conferve tel qu’on l’achete dans les maga-fins, & l’on a foin de le tenir dans un lieu qui ne foit ni trop fec ni trop humide. Dans le premier cas il perdroit trop d’eau , dans le fécond il en confèrveroit trop.
- Comme il peut arriver , ainfi que je le difois il n’y a qu’un inftant, qu’on fe ferve de vitriol bleu ou de cuivre pour la diftillation des Eaux-fortes , il eft bon d’obferver que ce vitriol doit être d’un bleu d’azur, en petites pierres les
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- I Partie. De la Préparation des Eaux-fortes, îf
- moins poudreufes poffibles > & fur-tout abfolument exempt de teinte verte % ce dernier vitriol dont la faveur eft corroiive tient beaucoup moins d’humidité que celui de fer.
- Comme il y a dans cet Ouvrage un Chapitre entier deftîné à décrire la fa^ brication de l’Huile de Vitriol & fon choix, il feroit inutile d’en parler pour le préfent ; il fuffit quon fâche ici que cet acide eft un des intermèdes dont nous aurons befoin dans le prochain Chapitre.
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- De £ Alun.
- C* £ § T encore plutôt par une fuite du caprice de quelque particulier qud par un ufàge habituel que fe fait la dîftillation des Eaux-fortes par l’intermede de l’alun. Ce fel eft une quatrième efpece de vitriol, qui eft en malles blam* ches, tranfparentes comme du cryftal, qui fe prépare dans le Nord, & qui vient abondamment de Dantzick 8c d’Angleterre. Il a une faveur fucrée d’a-* bord, puis auftere 8c nauféabonde. Il eft reconrioiflàble à la propriété qu’il a de fe bourfoufler fur le feu.
- On choifit par préférence celui qu on appelle dans le commerce Alun de roche, qui eft de toute blancheur, à moins qu’on ne délire particuliérement X Alun de Rome, qui eft caraétérifé par une légère teinte rouge.
- Le prix de ces différentes fubftances eft trop fujet à variations pour donner ici aucun tarif. Il n’en eft pas de même du fàlpêtre dont nous allons parler.
- Du Salpêtre.
- D u travail des Salpêtriers réfulte un fel roux qu ils font obligés de porter aux Arfenaux. Les prépofés aux poudres & fàlpêtres ont feuls le droit dé vendre & de rafiner ce fel. Dans fbn état roux on le Connoît fous le nom de Sal*-pêtre de première cuite ; lorfqu il eft rafiné & purifié, il porte le nom de fel de nitre ou de fàlpêtre de fécondé & de troifieme cuite. Sans prétendre entrer ici dans aucun détail fur l’Art du Salpêtrier ou du Rafineur de Salpêtre , il eft cependant elfentiel de faire quelques remarques principales fur leur travail.
- On fait que lorfque le Salpêtrier cuit £es eaux ou leflïves , il y a un inftant où il fe précipite durant l’ébullition une fubftance grenue, que même ils appellent le grain. Ce n’eft autre chofe que du fel marin uni prefque toujours à un peu de fchiot. Tout le fel marin n’eft pas enlevé dans cette opération. Le nitre rapproché trop précipitamment, non-feulement en conferve dans les interfe tices de fa cryftallifation confufe , mais même dans fa combinaifon. Il conferve outre cela une quantité confidérable d’une liqueur rouffe, épaifle qui fàlit fes cryftaux , & dont il s’agit de les débarrafler, ainfi que du fel marin.
- - ^ ce fàlpêtre chargé de fel marin , roux à caufe d’une fàumure dont nous
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- ïa VAUT r>V DISTILLATEUR.
- cxpoferons la nature inceflàmment, que les Salpêtriers prennent par prêfé*» xence. U eft taxé à dix fols la livre, & comme ils n’ont pas le droit de choifir , il y a tel falpêtre qui n’a pas été aflèz dégraifle par le Salpêtrier, Sc qui fournit quelque chofe d’ammoniacal. Le Diftillateur qui s’en apperçoit dès le commencement de fon travail, eft alors obligé de déflegmer au vent ; je dirai dans le Chapitre fuivant en quoi confifte cette manipulation.
- Le bon marché de ce falpêtre a pu , pour les premiers Artiftes, être la plus forte confidération dans le choix qu’ils en font ; mais l’expérience leur a démontré que cette efpece étoit plus aifée à décompofer que ceux des féconde Sc troifieme cuites, exigeoit moins de feu, Sc fournifloit un réfidu de défaite ; tous avantages qu’ils croyent ne pas trouver dans les autres falpêtrès.
- Les Ouvriers des Arfenaux retirent par la première purification du falpêtre dont îl s’agit une eau mere moins épaiflè Sc moins brune , que les Diftillateurs d’Eaux-fortes achètent à très-bas prix ; il ne pafle pas un fol la livre. Quelques-uns arrofent de préférence avec cette eau mere leur mélange pour la diftillation d’Eaux-fortes, & tous s’en fervent pour tirer l’efprit de fel par l’argille. On croit communément que cette eau mere qu’ils appellent entr’eux , eau fure ou aigre , ne tient que du fel marin à lafe terreufe ; mais ils lavent très-bien qu’elle contient auffi du nitre à bafe terreufe. C’eft le nom que portent ces deux fels , lorfqu’au lieu d’un alkali fixe ils ont une terre pour bafe ; dans cet état, ils ne cryflallifent jamais , Sc voilà pourquoi ils fe trouvent dans cette eau mere. Comme leur combinaifon eft plus lâche , leur décomposition devient plus facile ; mais j’en parlerai ailleurs. Obfervons feulement ici que dans prefqu’aucun des travaux dont je pourrai parler dans tout cet Ouvrage , les Diftillateurs d’Eaux-fortes n’employent le nitre ou falpêtre de troifieme cuite , à moins que leur travail ne foit pour le compte du particulier; ont-ils toujours raifbnî Nous le verrons dans le dernier Chapitre de cette première Partie.
- Du Bois.
- J e croirais manquer à' Texaélitude fi 'je négligeois de dire un mot fur le choix du bois qui fert aux Diftillateurs d’Eaux-fortes pour chauffer leurs Galères. En ftyle de Marchand de Bois, il y a le bois neuf, le bois de gravier , le bois flotté & le bois pelard, qui fe vendent à la corde. Le premier de ces bois ne convient pas à nos Artiftes, parce que confervant encore toute fà fève, il eft lent à s’allumer, Sc par confequent ne donne pas une flamme vive Sc égale. Le bois pelard qui eft toujours du chêne, mais qui a long-temps refté à l’injure de l’air, après avoir perdu fon écorce dont on fait le tan , donne bien une flamme vive, mais fe confumant trop vite , il devient trop coûteux, malgré le bas prix de fa taxe. Le bois flotté a à-peu-près le même défàvantage ; on fait que c’eft ,tout le bois qui compofe la partie fupérieure de nos trains. Quant à la partie
- inférieure
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- ï* Partie, De la Vréparation dès Ëaux-ibrtès. inferieure qui eft toujours dans la vafe, qui eft moins expofée au flot & à l'évaporation , celui que Ton nomme bois de gravier, eft préféré par nos Diftilia-teurs, parce que dans là combuftion il n’a pas la lenteur du bois neuf ni la trop grande aétivité du bois flotté ou du pelard.
- Ce bois pour être propre au fervice d’une Galere a befoin d* être fendu dans fa longueur en morceaux de trois à cinq pouces de diamètre, & on lui fait pafo fer la nuit le long de la Galere qui a travaillé pendant la journée précédente; Lorfquon donne le dernier feu , on fo dilpenfo de bois fi menu: on fend feulement chaque bûche en deux \ mais on les fend parce que par cette préparation on multiplie 1 iflue des vapeurs que donne tout bois avant de s’allumer , ÔC qu’on rend par conféquent fon inflammation plus prompte & plus générale.
- Dans le pays de Liege où Ion eft dans l’ufage du Charbon de Houille , on chauffe les fourneaux ( car ce ne font pas des Galeres ) avec cette efpece de combuftible ; il en eft de même à Amiens , où cm les a chauffés avec la tourbe. Je n’ajouterai rien fur ce chauffage à ce qu’a dit dans fon Art du Charbon dé terre ,.M. Morand le Médecin, Membre de l’Académie de Sciences, digne de toute reconnoiflance pour les foins qu’il a apportés dans la defoription très-détaillée de cet Art utile, & peu connu avant lui.
- Quoique dans leurs autres travaux les Diftillateurs d’Eaux-fortes chauffent de préférence avec le bois , ils ont cependant quelques opérations qu’ils mènent au charbon ; je dirai donc ici, pour n’y pas revenir, que le charbon doit être d’une grofleur moyenne , d un beau noir luifànt dans l’intérieur, fans écorce, léger , foc & fonore, & qu’on doit le conferverdans un endroit qui nefoit ni humide ni trop aéré. On peut confolter fur fon choix Y Art du Charbonnier, donné par M. Duhamel ; ouvrage qui jouit de l’honneur d’avoir ouvert la carrière , & d’avoir pour Auteur le plus zélé , le plus infatigable , & un des plus honnê-r tes entre les Savants Coopérateurs de cette vafte & utile Collection.
- Après ces préliminaires, nous voici en état de voir comment on gouvern# une Galere, & comme on traite le fàlpêtre avec differents intermèdes.
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- Distillateur , éc:
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- VA R T DU DISTILLATEUR.
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- CHAPITRE TROISIEME.
- Du gouvernement (Tune Galere, ôC des trois Procédés d9ufage
- pour retirer les Eaux-fortes.
- Comme les Diftillateurs d’Eaux-fortes retirent leur acide , foit à l’aide d’une argille , foit par l’intermede du vitriol martial, ou enfin par celui de l’huile ou acide de vitriol, ce Chapitre le trouve avoir naturellement trois divifions.
- Premier Procédé.
- J e fuppofe que ce foit pour la première fois qu’on falîè travailler une Galere ; l’Artifte a dû fe précautionner de cuines lutées ou garnies Sc féchées , & d’argille pareillement féchée Sc mife en poudre grofîlere ; je fuppofe en-* core qu'il monte une Galere de trente-deux cuines. On pefè fbixante & quatre livres defalpêtre de la première cuite , Sc cent quatre-vingt-douze livres d’argille toute defféchée Sc criblée. Pour éviter de perdre du temps par la fuite , on Voit combien de fois il faut emplir la corbeille, ou panier d’ofier long Sc à deux anfes, pour tranfporter cette quantité de terre, Sc tant que la corbeille dure on eftime le poids de cette terre par le nombre de fois qu’on emplit la corbeille. Ainfi je fuppofe que nos cent quatre-vingt-douze livres de terre criblée faffent cinq corbeilles ; on ne les pefera plus , mais on mefurera pour chaque garniture de Galere cinq corbeilles : tel eft l’ufàge des Diftillateurs.
- On fait un tas de cette terre fur le fol Sc contre le mur du laboratoire ; on: met le falpêtre à côté ; on l’écrafe avec la batte a ciment, & on le paffè au crible d’ofier fur le tas d’argille. Lorfque tout le falpêtre eft ainfi criblé , on verfe fur le tas le quart du poids du falpêtre, c’eft-à-dire , feize livres ou de premier phlegme des Eaux-fortes déphlegmées ou d'Eau fure , ou, à défaut de l’un ou l’autre, d’eau de puits ; ce liquide eft bien-tôt imbibé , Sc deux Ouvriers armés chacun d’une pelle de bois étroite fe plaçant de droite Sc de gauche du tas, le reverfènt par pellées où étoit le falpêtre ; ils reprennent ce nouveau tas en le rechaflànt de la même maniéré contre le mur, ce qu’ils répètent une troifieme & derniere fois. Leur mélange ainfi fait, ils le prennent par portions dans une mefùre de fer faite en boifleau qui tient à-peu-près huit livres, Sc ils introduifent chaque mefure dans une cuine à l’aide d’un entonnoir de fer-blanc, dont la douille en tôle a trois pouces de long Sc deux tiers, de pouce de diamètre. Les trente-deux cuines étant chargées, on les place dans la Galere fur les traverfes de fer fondu dont j’ai parlé dans le Chapitre premier; On les pofb debout, Sc comme elles ont plus d’un pied de haut, elles dépaflènt
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- I. Partie. De la Préparation des Eaux-fortes , <§e* if
- le rebord de la Galere de trois à quatre pouces. Dans cette fîtuation leurs coh font placés de bas en haut, c’eft-à-dire que leur orifice extérieur eft plus élevé que la portion qui tient à l’intérieur des cuines. On les range à côté Tune de l’autre à-peu-près à un pouce de diftance , & pour les tenir folidement dans cette diftance , on place entre-deux un petit morceau de tuile brifée. Cet arran-gement donne lieu à la flamme de lécher les cuines de toutes parts*
- Les cuines ainfi rangées Sc aflùjécies , le principal Ouvrier fe fait apporter de la terre à four gâchée en forme de pâte, Sc à l’aide de teflons en forme de tuiles ou de cuines caflees lorfqu’ii en a, il recouvre fon appareil de maniéré à former un dôme ou portion de cercle , dont les extrémités de la corde po-fent fur les deux murs latéraux de la Galere. On donne à ce dôme deux pouces d’épaifleur, &à l’aide de la truelle on le polit fur la fùrface extérieur Lorfqu’on eft parvenu à l’extrémité de la Galere du côté oppofé à là porte , on place quatre tuiles fur deux cuines , de maniéré à former a cet endroit un trou quarré deftiné à fervir d’iflùe à la fumée , Sc à déterminer le cou-rant de la flamme. Il y a quelques Artiftes qui ne ménagent ce trou quarré que fur la quatorzième Sc quinzième cuine de chaque côté, & qui achèvent de couvrir en dôme plein la feizieme Sc derniere. Ils prétendent que par cette conftruélion , la flamme eft répercutée vers fintérieur du fourneau avant de s’échapper par la cheminée , & qu’il doit en réfulter plus de chaleur*
- Dans ce premier arrangement des cuines Sc du dôme , les cols de chacune d’elles ne faillent que d’un demi-pouce , ce qui ne fuffiroit pas pour y aboucher les Pots ou Récipients. On place donc vis-à-vis de chaque col un Goulot qui fe trouve naturellement luté en l’enfonçant dans la bâtiffè encore molle , Sc on ajufte à chacun de ces goulots un pot que l’on incline légèrement du côté de la Galere. Alors on achevé de garnir avec la terre à four tant ces gou-lots que les têtes des pots qui ayant un diamètre moindre que les cuines ne fo touchent pas , Sc permettent à l’Ouvrier de pafler la truelle entre-deux. Ces pots font pofés par leur bafe fur le plan fupérieur des deux murs latéraux de la Galere. On a foin de luter les pots avec de la terre à four qui n’ait pas encore forvi*
- On remarquera , pour n’y pas revenir dans l’occafion, que dans les cas où on Veut obtenir de l’Eau-forte plus dephlegmée, on ne lute les pots qu’après le premier feu ; c’eft de cette attention que dépend le degré de concentration qu’on donne à l’Eau-forte ; en forte que fi on n’a retiré que le premier phlegme, l’Eau^ forte eft du fécond dégré, Sc fi on a poufle la déphlegmation jufqu’à attendre les vapeurs rouges, l’Eau-forte qu’on obtiendra fera du troifieme degré ou de la troifieme force. Les phlegmes pafles fe féparent en vuidant les pots$ & on les conferve pour arrofer le travail fuivant, par préférence à de l’eau commune.
- Ici le Diftillateur eft très-attentif à la nature des premières vapeurs qui s exhalent ; pour peu qu’il y remarque une odeur urineufe , il enleve fes
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- récipients , ou ne les met point en place , & lailîe exhaler toute cette odeur fevantde les placer 8c luter. C’eft ce qu’ils appellent Uéphlegmer au vent.
- Quelques Artiftes en conftruifant leur dôme, ménagent dans fa longueur des ouvertures circulaires dans lefquelles ils placent des marmites de fer dont le fond porte fur le fbmmet des cuines, 8c dans lefquelles ils font évaporer des liqueurs falines en cas de befoin ; mais des Artiftes économes ont cru remarquer que loin d’être une épargne , cette pratique confiimoit plus de bois pour faire marcher la Galere.
- Les chofes en état, on met à l’entrée ou tête, ou bouche , ou porte de la Galere une pellée ou deux de braife qu’on laifîe bien allumer ; alors on pofe fur la chevrette deux ou trois bûches fendues & féchées, comme nous avons dit au Chapitre fécond ; lorfqu’elies font bien allumées, on les poufle en avant dans la Galere avec de nouvelles bûches, qui, par ce moyen , fe trouvent à leur tour placées fur la chevrette ; fl-tôt que ces dernieres font bien enflammées, on les poufle avec les premières à l’aide d’autres bûches ; moyennant cela, le feu fè trouve établi dans toute la longueur de la Galere. Dans ce premier inftant le dôme en fe féchant eft fujet à crevafler, & le foin principal de celui qui dirige le travail eft de boucher exactement toutes les crevafles en paflant 8c re-paflant fur la terre molle le petit inftrument de fer appellé Batte. On entre* tient le feu à ce degré pendant une couple d’heures 8c même quelquefois d’avantage , fur-tout: lorfqu’il s’agit d’obtenir de l’Eau-forte déphlegmée ; alors on augmente le feu proportionellement en mettant le double du bois , 8c on l’entretient dans ce fécond état durant huit bonnes heures en renouvellant le bois par la même manœuvre que nous avons indiquée. On fè fert en cas de befoin du Rable, pour attifer lorfque quelques bûches fe dérangent ; c’eft pendant ce période que pafle le plus abondamment l’Eau-forte.
- Mais il arrive quelquefois que , foit défaut d’élafticité dans l’atmofphere , foit ©bftacle dans la conftruétion du dôme , le feu ne tire pas afîez , ce qu’on re-connoît lorfque la pointe de la flamme ne fort pas d’un demi-pied environ par le trou ménagé à l’extrémité de la Galere. D’autres fois aufîi l’aélivité du feu étant trop grande, toute la chaleur fe porte vers cette extrémité, 8c il arrive que les cuines placées à la tête & même jufqu’au milieu de la Galere n’étant pas chauffées, ne travaillent point, tandis que les autres travaillent trop vite.
- Dans le premier cas , on nettoye le fol de la Galere avec le rable, en enlevant le plus de braife qu’il eft poflible ; on élargit l’ouverture de l’extrémité ^ on y jette même au befoin quelques poignées de paille feche, ou bien on donne le vent. L’Ouvrier fe plaçant vers la cheminée de la Galere , y fouffle impé-tueufement 8c une feule fois avec la bouche. Ce moyen rilible* d’abord à caufe de fa médiocrité apparente, fuffit pour faire pafler la flamme, & pour communiquer fbn aélivité au refte du bois contenu dans la Galere. L’aétion de la flamme augmentant , elle prend plus efficacement fon iffue ; c’eft
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- for-tout au dernier feu qu’on emploie ce petit manege.
- Dans le fécond cas, on creve avec la batte le dôme vers la tête , afin âô diminuer l’aétivité de la colonne d’air en la divifant. Les Diftillateurs ont ob-^ fervé que ce dernier moyen leur confomoit toujours une trop grande quantité de bois, ce qui confirme leurs idées fur les marmites placées fur le dôme, donc nous parlions précédemment. C’eft pour cela que les bons Artiftes aiment mieux pofer une ou deux briques de champ for l’orifice qui fait fonétion dé cheminée ; ce qui concentre'davantage la chaleur dans l’intérieur de la Galere ; & ils les enievent lorfque le fourneau eft affez échauffé.
- Il ne refte plus qu’à donner le dernier feu pour achever de faire paffer la portion d’acide la moins phlegmatique, & par conféquent la plus difficile à chaffer de deffus fà bafo. Le principal Ouvrier commence par retirer toute la braife avec le rable, avant de donner ce dernier coup de feu ; alors il met quatre fortes bûches & continue ce feu pendant une couple d’heures , enforte que la flamme s’élève de trois bons pieds au-delfos de la Galere en fbrtant par fà cheminée. Vers la fin de ce temps l’Ouvrier détache en l’ébranlant un des récipients ou pots, vers la tête , & un autre à l’extrémité de la Galere ; Sc il juge fon opération finie, lorfqu’il ne fort plus de vapeurs par le goulot, Sc que l’intérieur de la cuine lui paraît tout rouge; il dit alors que fa fournée efi cuite.
- On fe hâte de retifer toute la braife, Sc de l’éteindre pour la mettre ênfoite dans les étouffoirs. On remplit tout de foite l’âtre de la Galere par les monceaux d’argille, âinfi que je l’ai dit au Chapitre fécond , & deux heures après on dépote l’Eau-forte dont le produit eft ordinairement, à très-peu de variétés près, égal en poids à celui du fàlpêtre employé. Les bouteilles de grès dans lefquelles on la verfe font de trois grandeurs , celles depuis Une pinte jufqu’à huit confervent le nom de Bouteilles, celles jufqu’à la capacité de feize pintes fe nomment Tourtes , Sc celles qui peuvent contenir jufqu’à quarante pintes fe nomment doubles Tourtes. La durée du travail d’une Galere , lorfqu’ei-le eft bien conduite, eft ordinairement de douze heures. On remarque que le travail a confumé les deux cinquièmes d’une voie de bois, Sc qu’on en retire cinq à fix boiffeaux de braife qu’on crible pour en féparer la poufliere. Les Artiftes charitables donnent volontiers cette derniere aux pauvres de leur voifî-nage ; quelquefois aufli, en Eté for-tout , ils la vendent à ceux qui préparent pour les Peintres le noir de charbon.
- Il faut deux Ouvriers pour la conduite d’une Galere ; mais ces deux Ouvriers peuvent fans forcharge en conduire deux enfemble , comme trois hommes foffifent pour la conduite de quatre Galeres ; en forte que plus lé Diftillateur fait travailler de Galeres à la fois, plus il épargne du côté du falaire des Ouvriers , tout médiocre qu’il eft : un Maître Ouvrier gagne quarante fols pat Distillateur, <Sv, E
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- jour au plus, & fes aides depuis vingt-cinq jufqu’à trente en proportion de
- leur force, de leur intelligence, & du travail dont on les charge.
- J’ai dit au commencement du premier Chapitre , que le laboratoire doit être conftruit proportionellement à la quantité de Galeres que le Diftillateur fe propofbit de mettre en œuvre. J’ajouterai quil doit toujours y avoir autant de Galeres de relais qu’il y en a qui travaillent ; parce que c’eft pendant le travail des Galeres actuellement chauffées, que les Ouvriers s’occupent à battre leur argille , à mêler le falpêtre, à placer les cuines , les goulots , les pots, & à conftruire le dôme ; en forte qu’il ne refie plus que le feu à mettre le lendemain matin fous les Galeres ainfi préparées, & que par conféquent le feryice n’eft jamais interrompu.
- Il eft inutile de dire ici que les cuines qui ont fervi fo vuident aifément en les renverfànt, & qu’on appelle Ciment d’Eaux-fortes la matière qu’on en retire ; je dois en parler plus au long dans la troifieme Partie.
- Il eft rare qu’à chaque travail de Galere il ne fe trouve cinq à fix cuines caf-fées , dont les teflons fervent à reconftruire de nouveaux dômes, pour lefquels on emploie auffi la terre à four qui y a déjà forvi 9 & quon détrempe de nouveau dans une auge à demeure ou foffé long ménagé dans un des coins du laboratoire.
- Les Diftillateurs qui font dans l’ufage d’arrofer leur mélange d’argille & de falpêtre avec Y Eau fùre dont j’ai parlé dans le fécond Chapitre , dans la proportion d’un quart du falpêtre employé , obtiennent par ce moyen un produit plus fort en elprit, mais dont la pureté eft beaucoup plus équivoque.
- C’eft avec la plus grande reconnoiflànce que je publie que MM. Charlard $ Azema , Damois, tous Diftillateurs d’Eaux-fortes, ainfi que M. Saugrain, Directeur des Affinages, le plus ancien de mes camarades & amis , m’ont ouvert leurs laboratoires avec empreffement, & ont répondu à toutes mes queftions avec cette franchifo qui diftinguera toujours les bons Citoyens & les vrais Artiftes. M. Damois, l’un d’eux , a pouffé la complaifànce jufqu’à me faire travailler fous fes ordres, & à me diriger dans tous les détails qu’exige la conduite d’une Galere ; & c’eft de concert avec M. Charlard, que j’ai fait les épreuves dont j’ai pu avoir befoin pour lever certains doutes qu’on trouve éclairçis dans le cours de cet ouvrage.
- Second Procédé.
- Lorsque l’on monte une Galere avec le vitriol martial & le falpêtre } ce qui eft le fécond procédé ufité ; tantôt on emploie le vitriol martial tel qu on le trouve dans le commerce, & tantôt on le fait calciner dans une marmite de fer jufqu a ce qu’il ait pris la couleur d’un blanc fale, & dans ce .casi quelques Artiftes mettent dans les pots ou récipients une quantité d’eau
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- égale à celle qu’a perdu le vitriol durant fa calcination ; d’autres l’évaluent à deux onces par livre du mélange fait.
- On écrafe l’un ou l’autre vitriol dans un mortier de fer, & on y mêle partie é gale de falpêtre de la première cuite , de maniéré à pouvoir charger cha-que cuine de trois livres de mélange fait avec une livre & demie de vitriol & autant de ce falpêtre.
- On garnit la Galere, & Ton fuît en tout point tout ce que nous en avons dit précédemment fans en excepter la première conduite du feu. Mais foit parce que le phlegme eft trop promptement échappé, foit parce qu’y ayant plus de falpêtre , il fe trouve pour chaque cuine plus d’elprit à chafler, foit enfin parce que les Diftillateurs veulent donner à la mafle qui relie dans les cuines le plus de calcination poffible, non-feulement ils font durer le feu pendant trente-fix heures en l’augmentant , mais encore la quantité de bois employé vers la fin eft double de celle qui fert au dernier feu d’une Galere travaillante à l’ordinaire.
- La calcination du vitriol étant fouvent la feule qui détermine les Diftillateurs à tirer l’Eau-forte par cet intermede ; il y en a tels qui mettent jufqu’à deux parties de vitriol contre une de falpêtre.
- Rien n’eft plus ordinaire dans cette diftillation que de voir le lut du dôme fendu vers l’endroit où il couvre les goulots ou les pots , parce que l’Eau-forte paffe en vapeurs extrêmement rouges Sc élaftiques, ce qui donne à l’Ouvrier beaucoup d’occupation pour boucher ces crevafles à mefure quelles donnent îfïue aux vapeurs rouges. Si de hazard les cuines étoient humides ou le vitriol trop phlegmatique , à l’inftant ou l’acide du vitriol agit fur le falpêtre pour le dé-compofer, l’air qui fe développe eft fi abondant Sc fi impétueux , que fbuvent il fouleve la cuine , brife le dôme & la jette hors de la Galere. On évite cet accident en redoublant de foins dans le choix des cuines, en ne les empliflànt qu’au tiers de leür capacité , en préférant le vitriol calciné , & en conduifànt le feu par degrés fans trop fe hâter de le donner vif.
- On laiffe refroidir au moins pendant douze heures les cuines & les pots avant de les déluter, Sc l’on verfe l’Eau-forte très-concentrée Sc dont le poids n’eft jamais certain , dans des bouteilles à part. On la connoît plus volontiers fous le nom d’Efprit-de-nitre.
- Quoiqu’il nitreux, Efprit-de-nitre, Eau forte, foient des fynonymes pour le Chimifte qui n y voit que l’acide du nitre plus ou moins étendu dans de l’eau ; dans le commerce on appelle Eaux fortes les acides obtenus du falpêtre par l’argille , Efprit-de-nitre celui obtenu par le vitriol, & ce dernier obtenu par l’huile de vitriol, eft connu généralement fous le nom à'Efprit-de-nitre fumant Gen eft pas qu’autrefois & même encore de nos jours les Etrangers ne croient que le mot Eau forte fuppofe un mélange d’acide nitreux & d’acide vitriolique ; on s en affinera en confultant les Ouvrages de Libavius, de Lémery Sc de Dozy.
- Comme le traitement des Eaux-fortes par le vitriol de cuivre ou par l’alun
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- ne font que des opérations de commande, nous obferverons en général qu’on les traite comme nous venons de le dire avec le vitriol verd ; mais qu’on a le foin de ne jamais employer l’alun qu’il n’ait été calciné , comme je le dirai dans la troifieme Partie.
- Troisième Procédé.
- Le troifieme Procédé pour obtenir ï Efprit-de-nitre fumant, eft généralement attribué à un Chimifte nommé Rodolphe Glaubert, qui l’a décrit dans un de fos Ouvrages intitulé Furni Plulofophici. Ce procédé ne s’exécute prefque jamais dans une Galere ; mais comme les Diftillateurs d’Eaux-fortes s’en chargent votant tiers lorfqu’on le leur commande , je crois devoir le décrire ici, & l’on me permettra de foppofer connu le fourneau dans lequel ils placent ordinairement leur appareil. Ce fourneau eft le même dont on trouvera la defoription au commencement de la fécondé Partie , & j’aurai foin alors d’avertir de l’ufage aétuel dont je vais parler.
- C’eft donc fur ce fourneau à demeure que les Diftillateurs placent un cercle de terre cuite d’un diamètre égal à celui de fon foyer. On lui donne trois à quatre pouces d’épaifleur & un pied & demi de hauteur ; il eft maintenu dans cette hauteur par deux bandes circulaires de fer doux ; il eft échancré vers un de fes bords pour faire palier le col de ce vailîeau fi connu des Chimiftes appelle Cornue ou Retorte ; après l’avoir luté comme l’on fait les cuines, on for-monte le tout d’une voûte applatie, ouverte vers fon fommet , pareillement échancrée vers fon bord , appellée Dôme & faîte de la même terre. Ce font les Fournaliftes ou Potiers de terre qui fabriquent & vendent ces pièces , dont la def-criptionplus détaillée fe trouvera dans l’Art du Potier de terre, par M. Duhamel.1
- Ayant mis dans la cornue la quantité qu’on délire de nitre bien pur, qu’on a même defféché légèrement , & la moitié de fon poids d’huile de vitriol très-concentrée , on place au col de la cornue un vafte récipient ou ballon de verre; on inet le dôme, & on lute toutes les jointures avec force terre à four.
- On prépare maintenant à Savigny près Beauvais, des ballons de grès de îa plus vafte capacité; s’ils ont le défaut d’empêcher qu’on ne voye dans leur Intérieur comme dans les ballons de verre, ils ont l’avantage d’être moins cafoels & beaucoup moins difpendieux* Il faut feulement obferver qu’ils foient faits de terre bien épluchée & fortement cuite.
- Le tout étant luté & féché, on établit le feu par degrés avec de petits éclats de bois bien fecs , fendus & coupés foivant le diamètre intérieur du foyer du fourneau. On continue & augmente le feu jufqu’à donner à la cornue une couleur rouge de cerifos ; on laifle refroidir, & on obtient une troifieme efpece d’Eau-forte très-peu phlegmatique , & plus généralement connue fous le nom d"Efprit-de-nitre fumant.
- Nous allons voir dans le Chapitre foivant les différences que ces Eaux-fortes
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- ont entr’elies, foit relativement à leur nature , foit eu égard au befoin quen ont les différents Artifans. Je remets à dire dans la troifieme Partie , ce quonfait de tous les réfidus des trois Procédés expofés dans le préfent Chapitre.
- CHAPITRE QU ATRIEME,
- Des différentes efpeces d'Eaux fortes, de leur Choix , Purification ,
- Epreuves SC Préparations.
- A N e confidérer les produits réfoltants des trois Procédés qui ont fait la matière du Chapitre précédent, que relativement au Diftillateur qui les obtient, il n'y en a que de trois efpeces, l’Efprit-de-nitre fumant , l’Efprit-de-nitre ordinaire & les Eaux-fortes ; ces dernieres ne fe foudivifent même qu’en première , fécondé & troifieme forte ou force. Mais lorfqu on confolte les Marchands , on apprend avec étonnement qu’il y a des Eaux-fortes de tous les prix depuis dix-fept fols jufqu’à trente, de que ces variations dépendent fou-vent du caprice de l’acheteur, plus que de la nature intrinfeque de la chofo. En fe rappellant en effet que les Diftillateurs arrofent leur mélange de terre Sc de falpêtre , les uns avec de l’Eau de puits, les autres avec le phlegme des Eaux-fortes déphlegmées au vent, la plupart avec de l’Eau fore , & toujours dans la proportion de la quatrième partie du falpêtre employé ; en fe fouvenant encore que le plus léger accident dans la conduite de là Galere peut varier à l’infini le produit de chaque cuine , on ne fera plus forpris fi quelques Diftil-lateurs obtiennent une Eau-forte très-phlegmatique , Sc fi d’autres l’obtiennent toujours d’une force égale.
- Ajoutons à cela que le falpêtre de la première cuite, qui eft le foui qu’enfr ploient nos Diftillateurs, eft toujours chargé de fol marin, dans des proportions qui varient, en forte que plus if y aura de ce dernier fol, moins le produit fe trouvera chargé d’Eau-forte proprement dite.
- Un vieil ufage fort prefqu’uniquement à démontrer les degrés de force de l’Eau-forte qu’on met dans le commerce. Le Vendeur en verfe une goutte for une piece de cuivre, & l’on juge à l’œil de la bonté de l’Eau-forte par la vivacité avec laquelle le cuivre eft corrodé ? par la forme ronde que conforve la goutte for la piece de monnoie, par le brillant que prend le cuivre ainfi cor-îodé, & par la profondeur de l’efpece de cavité qui en réfolte.
- Il eft inutile d’infîfter for l’incertitude d’une pareille pratique, le degré de chaleur du lieu où eft confomée l’Eau-forte * l’état plus ou moins gras de la piece de cuivre , & une infinité d’autres accidents doivent rendre cette épreuve plus que douteufo ; mais enfin on n’en a point de meilleure jufqu’à préfont.
- Il en eft bien une que l’habitude donne, for-tout pour le commerce en gros.1 J ai dit que les Eaux-fortes s’empotent dans des bouteilles appellées Touries ;
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- l’ufàge eft dans les Manufaétures de fe fervir des mêmes Touries, Sc par conféquent elles doivent toujours contenir le même poids , puifqu’elles ne changent pas de capacité. Les Ouvriers intelligents rie feroient pas un crime au Diftilla-teur fi le poids étoit plus fort , parce que ce feroit une preuve que l’Eau-forte feroit plus concentrée ; mais fi le poids eft moindre, l’Eau-forte eft accu fée d’être de trop foible qualité.
- Je ne puis m’empêcher de faire mention ici d’un moyen très-ingénieux, fans être neuf, dont fe fert M. Azema, un des Artiftes que j’ai cités. Il a appliqué le Pefe-liqueurs ou Aréomètre commun à la vente de fes Eaux-fortes y Sc voici comment il a procédé à fa graduation.
- Il prend un aréomètre ordinaire, dont cependant la tige porte huit pouces dé long fur une ligne & demie à deux lignes de diamètre ; & la boule ou corps a un pouce Sc demi de diamètre : cet aréomètre pefe , y compris fon left, dix gros Sc demi.
- Pour graduer ce pefe-liqueurs, M. Azema a pris foccefîîvement les differentes Eaux-fortes de fon commerce relativement à leur prix courant en l’année 1772, & ayant plongé d’abord fon pefe-liqueurs dans l’Eau-forte à dix-; fept fols, qui eft le prix le plus bas , Sc par conféquent l’Eau-forte la plus foible , il. a marqué le lieu où s’arrête la tige du pefe-liqueurs ; il en a fait autant de celle à dix-huit fols , Sc des autres jufqu’à celle de trente fols , qui eft la plus concentrée Sc la plus chere fous la qualification d’Eau-forte ; ces differentes marques tranfportées fur un rouleau de papier forment l’échelle dont les degrés font marqués depuis dix-fept jufqu’à trente. A l’aide de cette conftruéiion j M. Azema eft fur de vendre toujours pour le même prix la même efpece d’Eau-forte , Sc que ces prix ne font plus arbitraires, mais dépendants du degré démontré de leurs différentes concentrations.
- Ce n’eft pas ici le lieu de difcuter fi le pefe-liqueurs en général a acquis toute la perfeélion dont il eft fufeeptible, Si fi l’on peut obtenir un aréomètre univerfel. Il fuffit d’avoir montré qu’outre les moyens d’eflâi mis en ufàge par les Commerçants d’Eaux-fortes, celui que je viens d’expofer mérite d’être préféré , parce qu’il indique des points certains de variations, & qu’il doit par conféquent être propofé aux autres Diftillateurs.
- J’ai infinué dans le précédent Chapitre que les Diftillateurs nommoient Efprit-de-nitre, le produit de la décompofition du falpêtre par le vitriol ; mais je dois ajouter pour plus d’exaélitude que quelques Artiftes donnent le même nom à leur Eau-forte la plus concentrée.
- Avant de terminer ce que j’ai à dire fur le choix des Eaux-fortes relativement à leur concentration , il eft jufte d’avertir que les Eaux-fortes fe pefent dans des plateaux de bois, Sc non dans des plateaux de cuivre ; & qu’on a grand foin que le même plateau ferve toujours à recevoir les bouteilles ou touries, afin que les poids de fer mis dans l’autre plateau ne foient fujets à aucune altération!'
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- par l’acide qui peut tomber durant la pefée. Examinons maintenant ce qui concerne la pureté des Eaux-fortes.
- J’ai infinué dans le fécond Chapitre, que le falpêtre employé par les Diftilla-teurs étant toujours celui de la première cuite, fe trouve contenir , outre une grande quantité de fel marin à bafe alkaline , une autre portion, tant de ce fel que de nitre, à bafe terreufe.
- Ces fortes de fels font plus Faciles à décompofer, parce qu’ils font toujours déliquefcents , Sc que cette bafe leur eft foiblement unie ; en forte que s’il étoit pofîible d’avoir à aufiî bon compte du nitre de houflâge ou du nitre à bafe terreufe , l’Artifle économiferoit beaucoup , Sc fur le temps & for la confomma-tion du bois.
- Il réfolte de ces obfervations que la décompofition du nitre dans les Galères fe fait dans l’ordre fuivant : d’abord l’Eau de cryftallifation pafle infipide , puis légèrement acidulé vers la fin, enfuite les efprits acides produits par les fels déliquefcents , & enfin l’acide dû à la décompofition du vrai falpêtre.
- Lorfque le feu a été trop brufquement ou trop violemment pouffé , il fe dé^ compofe un peu du fel marin dont efl: chargé le falpêtre , Sc ce forcroît d’acide étranger rend de plus en plus impure l’Eau-forte qui en réfulte ; car tout le ' fel marin à bafe terreufe efl nécefîairement décompofé prefqu’en même temps que le falpêtre à pareille bafe ; mais nous verrons dans le Chapitre fixieme que le fel marin pur exige pour fe décompofer une chaleur plus grande que celle qui foffit pour opérer la décompofition du nitre par i’argilie.
- Toute Eau-forte contient donc plus ou moins d’Efprit-de-fel ; & c’efl la préfence de cet acide qui fait dire à nos Artiftes que leur Eau-forte tourne au. blanc. L’Eau-forte de la troifieme force en contient cependant moins que les autres quand le feu a été bien adminiftré.
- Les Diftillateurs font dans l’ufàge d’éprouver leurs Eaux-fortes en y verfànt quelques gouttes de diffolution d’argent faite dans l’acide nitreux ; & ils jugent par l’épaiffeur du blanc qui fe forme for le champ , de la quantité d’acide marin mêlé à leur liqueur. Il efl fort fingulier que toutes les Ordonnances défendant expreffément aux Diftillateurs de faire aucune Eau régale, ce foit cependant toujours cette efpece d’acide compofé qui réfulte du travail des Dif tillateurs.
- L’Efprit-de-nitre obtenu par le vitriol efl bien autrement chargé d’Efprit de fel, tant parce que la chaleur qu’on donne à la Galere efl plus vive & plus longtemps continuée, qu’à caufe del’aélion évidente & énergique de l’acide du vitriol for le falpêtre. Indépendamment de cet acide marin , l’efpece d’Efprit-de-nitre dont nous parlons tient de l’acide vitriolique ; c’efl même pour cela que la plupart des Diftillateurs ne font aucun cas d’un pareil Efprit-de-nitre. Comme cependant il efl très-concentré, quelques-uns l’étendent dans de l’eau, & le
- pa ent a ceux des Ouvriers dont le travail n’exige pas d’Eau-forte bien pure , comme les Relieurs, &c.
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- r VA RT D U DISTILLATEUR.
- Je parlerai, dans le' dernier Chapitre de cette première Partie, des moyens que propofent les Chimiftes pour purifier.cet Efprit & celui qu’on nomme Efpnt-de-nitre fumant, & leur enlever l’Efprit-de-fel ; quant à l'acide vitrioli-que , on l’y découvre en y jettant quelques gouttes de la diflolution de mercure , qui forme un précipité plus ou moins jaunâtre en raifon de la quantité d’acide vitriolique qui y eft contenu.
- Eft-il poffible d’obtenir dès le premier travail de l’Eau-forte abfolument pure , en prenant, par exemple, du falpêtre bien purifié? J’ai vu un Diftillateur qui m’a affuré que fon Eau-forte blanchiflbit toujours, même en prenant la précaution que j’indique. Il ne fait même pas difficulté d’attribuer cet accident à l’Eau de puits dont on fe fert dans les Arcenaux à purifier le falpêtre , & dans les laboratoires à humeéler le mélange de terre & de falpêtre : je ne difcuterar point ici ce qu’on doit penfer de cette opinion.
- Si 1 Efprit-de-nitre obtenu par le vitriol contient de l’acide vitriolique, à plus forte raifon l’Efprit-de-nitre fumant en contiendra-t-il, lui qui doit fon exiftence fous cette forme à l’acide nud & concentré du vitriol.
- Je viens de détailler ce que les Diftillateurs eux-mêmes obfervent fur les degrés, foit de concentration , foit de pureté des Eaux-fortes; il me relie à parler du choix qu’en font les Ouvriers qui les achètent pour les employer ^ ainfi que de quelques manipulations particulières qu’exécutent nos Artiftes avant de les leur livrer.
- On doit fe rappeller ici qu’indépendamment de leurs différents degrés de concentration, les Eaux-fortes fe peuvent dillinguer en deux dalles , ou comme mêlées à de l’Elprit de fel feul, ou comme mélangées de celui-ci Sc d’acide vitriolique.
- Je ne parlerai pas des Ouvriers fans nombre pour lefquels il eft indifférent quelles Eaux-fortes ils emploient, pourvu qu’elles mordent, comme font les Relieurs , les Chaudronniers , les Fondeurs en cuivre Sc plufieurs autres qui ne fe fervent ordinairement de l’Eau-forte que pour commencer à nétoyer les ouvrages fortis de leurs mains , ou pour les préparer à être ouvrés.
- Les Orfèvres * les Teinturiers, les Foureurs, les Graveurs , les Chapeliers } font ceux des Manufacturiers qui ont le plus befoin d’Eau-forte, & pour lef-, quels il faut que nos Diftillateurs la travaillent avec plus de foin : je rais en parler dans l’ordre où je viens de les citer.
- Lorfque je dis les Orfèvres, j’entends parler aufli des Affineurs : il importe! pour les uns & les autres que l’Eau-forte foit abfolument débarraffée d’acide marin, parce que le but de leur travail étant de féparer l’or d’avec l’argent ; la portion régalifée de l’Eau-forte diffoudroit en proportion de ce métal précieux.1 On donne le nom if Eau Régale au diffolvant de l’or compofé d’acide marin' Sc d’Efprit de nitre.
- Les EJîàyeurs remarquent que l’Eau-forte, quelque bien purifiée qu’elle foit i
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- I. Partie. De la Préparation des Eaux-fortes, <&o. emporte toujours un peu de fin dans luffinage, ce qui fait un déchet dans le produit. Ce déchet eft connu des Allemands fous le nom d’lnterhalti nous n’avons pas l’équivalent de ce mot dans notre langue , 8c nos Affineurs n’ont aucun terme qui le repré/ènte. On trouvera dans Cramer, Schindler, Gellert, Juncker & autres, comment on procédé en Allemagne à donner à l’Eau forte bien pure le degré de force /iiffi/ànt pour qu’elle faffe le moins d’interhalt
- En France voici comment on purifie l’Eau-forte pour les affinages : après avoir elîàyé par quelques gouttes de diflolution d’argent, combien il peut y avoir d’elprit'de-fel, on met depuis un /crupule jufqu’à un gros d’argent par livre d’Eau-forte de la première force ; on met le tout dans un matras fur le feu. L’Eau-forte en diffblvant l’argent le répand dans le refte du liquide où il rencontre l’acide marin avec lequel il fe précipite /bus forme d’un caillé blanc qu’on laifle bien rafleoir ; on ver/è par inclination l’Eau-forte qui fumage ; elle prend alors le nom & Eau for te de départ, 8c a acquis un degré de force fupérieur, à cau/è du phlegme qui s’eft diflïpé pendant û purification. Quoique par le fait la préparation , foit pour la force , /oit pour la pureté, de l’Eau-forte de départ, appartienne à l’Art de l’Affineur , je n’ai pu me di/pehfer d’en donner le Procédé, parce qu’on charge fouvent de ce travail les Diftiilateurs d’Eau-forte. Je ne parle pas ici de la maniéré dont on retire l’argent du précipité en caillé blanc , parce que cette manipulation tient eflentiellement 8c uniquement à L’Art de l’Affineur.
- Le plus d’ufage d Eau-forte que faflent les Teinturiers, c’e/i pour toutes les couleurs à cochenille dont on rehaufle 1 éclat avec de la râclure d’étain St de l’Eau-forte ; mais comme la diflolution de l’étain fe fait beaucoup plus efficacement dans l’Eau régale que dans l’Eau-forte, plus nos Eaui-fortes tournent au liane , plus elles méritent pour eux la préférence.
- Il n’en eft pas de même des Eaux-fortes qui contiennent f acide vitriolique.-La plus légère trace de cet acide fuffiroit pour noircir une cuve d’écarlate ; les Teinturiers s’en rapportent cependant fur cela à la bonne-foi du Diftillateur, 8c n’ont abfolument aucun moyen connu pour s’en aflurer avant d’en faire leur provifion. Celui que j’ai indiqué à la page précédente, qui confifte à y verfer, une dilfolution faturée de mercure dans l’Eau-forte, pouroit leur fervir.
- Ils ont bien d’autres couleurs pour le/quelles il leur /èroit indifférent d’avoir de l’Eau-forte vitriolifée ; mais ils s’en tiennent toujours à une même e£ pece, & cette Partie de l’Art du Teinturier paroît mériter encore beaucoup de recherches, que fera fans doute l’Auteur auquel on eft déjà redevable de 1 Art du Teinturier en Soie ; on peut d’ailleurs confuker ce qu’ont déjà écrit fur cet Art, MM. Hellot & Macquer, tous deux de l’Académie des Sciences*
- Si 1 on jette un coup d’œil /ur les différents écrits où il eft queftion dé 1 Art du Graveur en Eau-forte , on verra avec étonnement d’abord, que leuï
- Distillateur , <Sv. G
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- aS , VA R T DU DISTILLATEUR.
- Eau-forte étoit un fecret ; enfuite que tous les Ecrivains recommandent quil y ait du vitriol dans le mélange dont ils la retiroient ; aufîî les Eaux-fortes de Hollande 8c de la Flandre Autrichienne, leur ont-elles long-temps paru mériter la préférence fur nos Eaux-fortes de France. S’ils étoient encore dans ce préjugé , il eft encore aifé de les fatisfaire en livrant aux Graveurs l’Efprit-de-nitre du fécond Procédé ; mais l’expérience les a détrompés , & ils fe conten-: tent de l’Eau-forte de première force , qu’ils font même obligés d’étendre dans de l’eau pour en diriger l’aélivité, en raifon de la délicatefle des traits fur le£ quels elle doit agir.
- C’efl: ici le lieu de parler de l’efpece d’Eau-forte qui originairement étoic le refte de l’aélion incomplette de cet acide fur un métal, 8c qu’on noyoic d’eau, ou de la précipitation que l’on fait de l’argent .par le moyen du cuivre ; elle fè nomme Eaufeconde dans le commerce. Comme cette marchandé eft à vil prix, elle fè trouve fous toutes fortes d’états chez les Epiciers détailleurs. J’en ai vu de verte, de bleue , de jaune ; fen ai vu qui avoit l’odeur de la térébenthine , d’autre qui étoit louche. C’efl: vraifemblablement cette confufion qui a déterminé les Ouvriers pour lelquels l’Eau-feconde eft nécep faire , à la préparer eux-mêmes comme nous venons de dire que les Graveurs préparent leurs Eaux-fortes. Ils mêlent à de bonne Eau-forte la quantité d’eau qu’ils jugent néceflaire pour la mettre au degré de foiblefîe convenable à leurs travaux, 8c par ce moyen leur Eau-feconde eft pure 8c exempte de tout mélange étranger ou nuifible. On ne confondra pas cette Eau-feconde avec la leffive alkaline à laquelle les Peintres donnent aufîî ce nom.
- C’efl: l’Eau-forte de la troifieme force que les Foureurs ou Pelletiers emploient , foit pour luftrer & dégraiffer les peaux d’Ours, foit pour entrer dans le mélange d'une fauce avec laquelle ils teignent en brun ou en noir certaines Pelleteries. Enfin les Chapeliers demandent aux Diftillateurs de l’Eau-forte toute préparée pour faire ce qu’ils appellent leur fecret, & voici comment ceux-ci procèdent à cette préparation.
- Pour une livre d’Eau-forte du plus bas prix, on fait difloudre une once de mercure. L’Eau-forte chargée de cette difîblution fe trouve plus lourde , & le pefe-liqueurs y plopge jufqu’au degré vingt-quatre, qui eft précifément le prix qu’on leur vend leur Eau fecrétée. Il eft inutile de dire ici à quoi 8c corn’* ment les Chapeliers emploient cette liqueur; mais dans le neuvième Chapitre je ferai obferyer fon danger.
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- I. Partie. De la Préparation des Eaux-fortes , ôe.
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- CHAPITRE CINQUIEME.
- De quelques appareils ufités ailleurs quà Paris ; pour obtenir l'Eau-forte, SC du moyen dont on retire à Vaffinage celle qui a fervi au départ.
- J) è s le commencement de cet Ouyrage , j’ai dit qu’il y avoit grande apparence que nos Manufaétures n’avoient pas été élevées à l’imitation de celles des Hollandois. C’eft qu’en effet le traitement des Eaux-fortes par les argilles , 3c dans les fourneaux appellés Galeres , n’eft pas èncore ufité dans cette partie de l’Europe. A Liege même qui fe rapproche beaucoup de la France , à Oftende & à Bruges, la diftillation des Eaux-fortes fè fait dans des vaifîeaux de fer, & avec l’intermede du vitriol. Si l’on fe rapproche davantage , on voit efpece d’appareil confervé dans la Capitale de la Flandre, à l’Ifle, à
- Roubais, &c. / m
- Pour ne point multiplier les defcriptîons, je me contenterai de décrire ici l’appareil des Diftillateurs de Roubais.
- Sous une vafte cheminée on établit un fourneau long de huit pieds, qu’on divife en quatre ouvertures larges chacune d’un pied , fur un pied & demi de haut ; c’eft le cendrier ; le foyer a neuf pouces de haut ; le bas du foyer efi garni d’une grille , & le haut d’un cercle rond qui fert à placer les Potins ; c’eft le nom qu’on donne aux marmites de fer fondu , dont le diamètre eft de quinze à feize pouces dans le fond, & qui va en diminuant infenfiblement jufqu’à n’avoir à leur orifice que trois à quatre pouces ; ces marmites portent ordinairement deux à trois pieds de hauteur. Les marmites pofées fur leur cercle , on achevé la conftruélion du fourneau jufqu’aux deux tiers d‘e leur hauteur , en laiflant entr’elles & les parois du fourneau un pouce 8c demi à deux pouces cFefpace vuide. Ces marmites ou cucurbites de fer doivent être recouvertes chacune par un vafte chapiteau de terre cuite , conforme à ceux que connoif fent tous les Chimiftes, à l’exception qu’il a deux becs 8c que chaque bec a un pouce de diamètre.
- On met dans chaque potin ou marmite depuis quatre jufqu’à dix livres de falpêtre de première cuite, & depuis huit jufqu’à vingt livres de vitriol calciné en jaune, c’eft-à-dire le double du poids du falpêtre, 3c le tout proportionnellement à la capacité des marmites qui ne doivent être pleines que }u£ qu’à moitié. On lute les chapiteaux avec de la terre détrempée, & on ajoute des pots ou ballons de terre à chacun des becs. Alors on établit dans le foyer 9 fous les quatre marmites, le feu avec du charbon de tourbe ; c’eft de la tourbe qui a perdu fa première humidité-.
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- aS VART DU DISTILLATEUR,
- Oa trouve dans les Mémoires de MM. Jars & Morand le Médecin , les Procédés pour convertir en charbon la houille ou lythanthrax ; mais je ne connois jufqu’à préfent aucun Ouvrage qui donne la méthode de convertir la tourbe en charbons ; quoique cette méthode foit très-commune en Picardie , 8c dans tous les endroits oui ce combuftible eft en ufàge. NCar on ne peut faire aucun fonds fur les Ecrits qui parurent il y a près de trente ans dans Paris, où Ton vouloit introduire la tourbe pour chauffage.
- Après trois heures de premier feu donné avec le charbon de tourbe, on met dans le foyer, à laide d’une efpece de pelle longue 8c plate, de la tourbe en fubftance, en ayant le foin de la ranger de maniéré à n’être pas empilée; On augmente le feu jufqu’à faire rougir le fond des marmites , 8c on les entretient en cet état durant huit heures. On lailïe refroidir, & lorfqu on dé-i lute, on trouve dans les ballons une Eau-forte très-concentrée que le Diftil-lateur mêle à de l’eau pour la mettre au degré de force que lui demande fa-cheteur. A l’appareil près, cette Eau-forte eft, comme on voit, dans le cas de celle obtenue par le fécond Procédé , décrit au troifieme Chapitre, pour la nature du produit 8c celle du caput mortuum dont il fera queftion dans la troifiieme Partie.
- Un Flamand nommé Lagache, eft le dernier qui ait fait ufage de cet appa-, reil dans la Capitale de la Picardie. On traite actuellement les Eaux-fortes à
- t
- Amiens par l’argille 8c dans des Galeres ; mais ce Lagache étoit allez peu intelligent pour croire fon opération finie, lorfqu’en débouchant les tubulures non de fes potins, mais de fes récipients, il ne voyoit plus de vapeurs. Comme il faifoit toujours un feu égal, il n’achevoit jamais la décompofition de fbn fal-pêtre, & fes Eaux-fortes avoient à peine la force de l’Eau-feconde. Son entre-prife n’a pas été heureufe, 8c il falloit fbn époque pour introduire le nouveau Procédé dans Amiens & Abbeville , où cependant tous les matériaux fe payent plus cher , puifqu'on fait venir l’argille des environs de Paris ; 8c que, malgré le voifinage, la Poterie de Savigny s’y vend, pour Amiens, plus cher qu’on ne l’achete à Paris même. On droit auflî de Paris l’Eau-forte dans le temps que Lagache en fabriquoit de fi foible ; 8c ce n’eft que depuis qu’un Ouvrier de 3VL Godin a établi fes Galeres à Amiens, que les Teinturiers entr’autres de cette ville confomment fon Eau-forte ; encore plufieurs ont-ils confervé l’ufàge de la faire venir des Fabriques de Paris. Je dois ces détails fur le travail des Eaux-fortes à Roubais 8c Amiens, à M. Roland de la Platiere, Infpeéleur des Ma-, nufaélures de Picardie, & à M. Godde , mon ami 8c mon confrère dans VA* Êadémie de Rouen, ville dont il eft Commifîàire des Guerres.
- Ce monument de la diftillation des Eaux-fortes par l’intermede du vitriol ; conforme à ce qu’on trouve dans tous les Auteurs qui ont parlé de ce travail, ~ fuffit pour prouver que la méthode de diftiller les Eaux-fortes par les argilles eft très-moderne} 8c pouroit être une invention Frangoife.
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- I. Partie; De la Préparation des Eàux-fortès; &c. ap
- Je pourois bien inférer ici la deféription que nous ont laiffé du travail des Eaux-fortes la plupart des Ecrivains Chimiftes ; mais je m’en difpenfé pour éviter l’examen que je ferois obligé de faire des delàvantages de leurs procédés,’ Jobferve feulement qu’il paroît que la préfence de l’acide vitriolique dont eft imbue l’Eau-forte obtenue par ces procédés divers y, n’a jamais été pour leurs Auteurs un obftacle à l’opération du départ. Aucun d’eux n’indique comment enlever cet acide ; plufieurs fé plaifent à en recommander la préfence ; c’effi aux Affineurs de nous dire jufqu’à quel point les Chimiftes en queftion peuvent avoir railon.
- Ces mêmes Affineurs font ufàge de la Galere, telle à-peu-près qu’on la trouve décrite dans cet ouvrage , & comme on la trouve dans l’Auteur Italien Biringuccio, dont j’ai déjà parlé. ' s
- Pour expliquer comment la Galere fert aux Affineurs à retirer l’Eau-forte, il m’eft indifpenfable de dire un mot du départ en grand.
- Sous une vafte cheminée font placés des fourneaux compofés uniquement d’un foyer , qui doit être chauffé avec du bois fée Sc bien fendu, Sc d’une marmite de fer encadrée dans la maçonnerie ; ces marmites fént pleines du fable qui entoure les matras ou plutôt les cucurbites de grès dans lefquelies on a mis le métal à départir réduit en grenaille , Sc l’Eau-forte bien pure & bien * graduée pour ronger le moins de fin pofîible. Le feu de bois eft affez vif ; la liqueur travaille fortement, Sc l’Artifle juge fén opération finie; 10 9 lorfqu’il ne fort plus de vapeurs rouges ; 20 , lorfqu’on n’entend plus que le bruit d’un liquide bouillant au lieu du fifflement que produit l’Eau-forte tant quelle réagit fur l’argent. Alors comme la dofe de l’Eau-forte eft allez communément fuffi-fànte , tout l’argent y eft diffout Sc l’or ou fin, ft trouve au fond des cucurbites en forme de poudre noire.
- Pour enlever maintenant l’argent à l’Eau-forte , on le précipite, à l’aide du cuivre. Dans de grands vaiffeaux en forme de cuves de la capacité d’un à deux muids , on place des briques de cuivre rouge d’un pied & demi de long fur huit pouces de large Sc deux pouces d’épais ; elles fervent jufqu’à ce quelles foient amincies au point de fé rompre par morceaux. On les fait rougir au feu , puis refroidir d’elles-mêmes ; après quoi on les arrange dans la cuve pofées à claire-voie les unes fur les autres ; on emplit les cuves jufqu’aux deux tiers d eau commune & pure , puis on achevé de les remplir avec l’Eau-forte chargée de l’argent qu’on veut précipiter : ainfi délayée elle mord fur le cuivre, Sc l’argent fé précipite en forme de chaux. La liqueur qui fumage eft de couleur verte & chargée du cuivre; mais ce procédé feroit encore très-difpendieux s’il falloit perdre une fi grande quantité d’Eau-forte & le cuivre.
- On met dans une grande cuve de cuivre montée fur un fourneau toute cette Eau verte, & on l’y fait évaporer jufqu’à ce qu’on s’apperçoive qu’elle réagit fur le cuivre ; on a pour cet effet une petite piece de cuivre décapée Distillateur, " H
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- 30 Ë A R T DÜ DIS*!! ILATEUR.
- 8c recuite , quon y plonge de temps à autre. En cet état onia tranfvafe dans des efpeces de cucurbites qui relTemblent aiïez bien à des pots à beurre, capables de tenir chacune vingt pintes à-peu-près de ce liquide. Elles font placées deux à deux fur la Galere , & le dôme efl: fait de la même maniéré que pour les cuines, à l’exception que le tiers de la hauteur des pots ou cucurbites dépafle, pour êcre recouvertes par des chapiteaux de grès qu’on lute, & auxquels on adapte des bouteilles de grès & même des cuines en guife de récipients , qui pofent par leur bas fur le mur de la Galere. Il y a eu un temps où l’on chargeoit immédiatement les cucurbites avec l’eau non-évaporée, & on ne plaçoit les chapiteaux qu’à l’inftant où les vapeurs rouges fe faifoient appercevoir ; on a abandonné cette pratique, parce quelle employoit trop de temps , & que l’évaporation n’étoit jamais uniforme ; ce * qui faifoit traîner la conduite de la Galere.
- La Galere de raffinage de Paris, ainfi chargée de l’Eau-forte déjà évaporée en peut tenir environ fix cents pintes ; on établit un feu égal qui faife monter l’Eau-forte en vapeurs, & on donne un dernier coup de feu vers la fin pour chafler plus énergiquement le refte de l’Eau-forte. On trouve le cuivre au fond des cucurbites en poudre noire quand l’Eau-forte efl: toute chaffée , & parfè-mée de taches vertes , lorfqu’il en efl: relié un peu.
- Lorfqu’on veut, on change de récipients vers la fin, & alors on obtient à part une Eau-forte des plus concentrées ; d’autres fois on charge des cornues de grès de la matière deflechée , & on poulie au feu de réverbere cette derniere Eau-forte ; mais ces procédés ne font rien moins qu’économiques ; la pratique ordinaire efl: celle que j’ai décrite d’abord,
- La totalité d’Eau-forte qu’on trouvé dans les cuines ou bouteilles de grès qui ont fervi de récipients efl: beaucoup trop concentrée; les Affineurs s’en fervent pour animer leur Eau-forte fimple ; c’efl: leur expreffion. Une Galere de trente-deux cucurbites rend ordinairement quatre cents cinquante livres de cettè bonne Eau-forte. Quelque foin que prennent les Affineurs , il fe perd toujours une portion de l’Eau-forte ; mais la pureté, le degré de concentration de la grande portion qu’ils confervent par le, procédé que je viens d’expofèr, fait plus que les dédommager des frais de la Galere & de fon travail ; ajoutons à cela qu’ils retrouvent près de cent cinquante livres de cuivre en chaux qu’ils refondent dans le fourneau à manche.
- Je ne quitterai pas ce Chapitre fans faire mention d’une efpece de Galere à bain de fable que j’ai trouvée dans le laboratoire de quelques-uns de nos Dif-tillateurs, & qui peut en cas de belbin fervir, foit pour des fublimations dont nous parlerons dans la troifieme Partie, foit pour les Affineurs qui n’auroient qu’une petite quantité de liqueur cuivreufè à difliller, foit enfin pour ceux qui voudroient difliller des Eaux-fortes dans des vailîeaux de verre.
- A l’endroit où la Galere fe trouve élargie pour former un fùpport ilur le-
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- ï. Partie. De la Préparation des Eaux-fortes , quel pofent les traverfes de fer fondu qui foutiennentles cuines, à cet endroit-là , dis-je , on établit de diflance en diflance des barreaux de fer connus, dans le commerce fous le nom de côte de vache , Sc longitudinalement on en place un autre qui coupe ceux-ci par le milieu ; on pofe fur cette efpece de chafïis de la tôle de la plus forte épailîeur, on garnit le tout deffus & deffous avec de la terre corroyée de maniéré à recouvrir entièrement les deux fùrfaces de la tôle. Depuis cette tôle on rieleve les murs latéraux de la Galere que de fix pouces, au lieu de neuf que portent ceux des Galeres ordinaires, & en élevant ces deux murs on en diminue l’épaiffeur infenfiblement du côté de leur face intérieure, de maniéré à fè terminer par une épaifleur de cinq à fix pouces; A l’extrémité de cette Galere, on ménage un trou rond dont le diamètre doit être proportionné à l’ouverture de la porte ou bouche. Cette forte de Galere pouvant être conftruite depuis les proportions de nos Galeres ordinaires jufqu’à deux pieds de longueur, les épaiflèurs, ouvertures & hauteurs doivent être dans le même ordre. Sur la tôle dont le lut eft bien féché, on verfe du fable , dans lequel fe pofent les yaifîeaux de verre néceflàires pour le travail qu’on s’y propofe. Comme dans cette conftruélion les murs latéraux ne peuvent fer-vir à foutenir les récipients ; s’il en écoit befoin , on fait faire par le Menuifier deux bancs de la longueur de la Galere & d’une hauteur proportionnée * pour remplir cette fonction lorfque le cas y échbit.
- CHAPITRE SIXIEME.
- Des Préparations en grand de UEfprit de Sel.
- C e Chapitre fera d’autant plus court que je n’ai rien à ajouter , foit pour la préparation des matières , foit pour le gouvernement du-feu , à ce que j’ai dit en traitant de l’Eau-forte. En aucun des trois Procédés pareillement ufités pour l’Efprit de fel, il n’y a de différence que pour la matière qu’on décom-pofe, & pour l’intenfité du feu qu’on eft quelquefois obligé de donner dans le premier Procédé, celui qui confifte à dégager les acides par l’intermede des argilles.
- J’ai remis à la troifleme Partie de cet Ouvrage à détailler la nature des fub-ftances que laifîe en arriéré la diftillation des Eaux-fortes par les argilles ; j’ob-ferverai feulement d’avance qu’après avoir fourni une quantité allez confidé-rable de fel marin bien configuré, il relie une liqueur ou Eau mere que tous les Diftillateurs s’accordent à regarder comme un fel marin à bafè terreufe ou de facile décompofition. L’Eau fure ou aigre qu’ils achètent à bon compte dans les Arcenaux , eft en grande partie du fel marin de même nature ; c’eft pourquoi les plus intelligents des Diftillateurs blâment ceux qui s’en fervent pour arrofer leur mélange dargille & de falpêtre avant de les mettre dans la
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- 32 L’ART DU DISTILLATEUR.
- Giiine,. Us prétendent avec jufte raifon que plus il fe trouve de ce fel marin dans le mélange, plus l’Eau-forte qu’on obtiendra doit tourner au blanc. Ceci eft démontré par leur propre manipulation , lorfqu ils traitent l’efpeCe d’acide dont il s’agit dans le préfènt Chapitre , 8c remplit la promeflè que j’ai faite précédemment d’expofer leurs raifons réciproques.
- Toutes les fois que les Diftillateurs peuvent fe procurer fhffifàmment de ces fortes d3 Eaux mere ou Jure, ils s’en fervent uniquement pour la préparation de leur Elprit de fel. Ils en imbibent une quantité d’argille feche , proportionnée de maniéré à en équivaloir trois parties contre une de fel ; iis chargent leurs cuines de ce mélange , garnirent la Galere 8c procèdent en un mot avec les mêmes précautions que pour l’Eau-forte. Dans ce premier cas, ils n’ont même pas befoin d’un feu plus violent ; ils ne confument pas plus de bois , 8c la fournée eft d’une égale durée.; tellement qu’ils mènent fouvent enfemble dans la même Galere l’Eau-forte d’un côté & l’Efprit de fel de l’autre.
- Mais lorfqu’ils emploient le fel marin lui-même, celui quia pour bafe un. alkali fixe particulier, ils font obligés pour obtenir leur efprit, d’hümeéter davantage leur mélange , & de donner vers la fin un feu plus violent. Cette pratique eft fondée fur ce que j’ai dit dans le troifieme Chapitre que l’Eau-forte ne tournoit au blanc qu’à caufe du peu d’Efprit de fel ou fourni ou développé par le dernier coup de feu. Cela deviendra encore plus fenfible par ce que je dirai dans la première Seétion de la troifieme Partie.
- Quelques Diftillateurs, croyant abréger leur befbgne , 8c quelques Amateurs qui penfent l’améliorer, recommandent d’ajouter au mélange une portion de fel ammoniac ; c’eft le même Efprit de fel combiné avec l’alkali volatil ; il en fera-fait mention dans la « troifieme Partie ; mais par le fait ils ne font qu’augmenter leur dépenfe , & l’Efprit de fel qu’ils retirent, n’eft ni plus fumant ni plus pénétrant que l’autre ; encore moins eft-il chargé de cet efprit diflblvant univerfel que les Alchimiftes cherchent par-tout, 8c ne trouvent nulle part.
- Dans le fécond Procédé , celui où l’on traite le falpêtre , ou le fel marin , avec le vitriol martial, non-feulement il eft indifférent d’employer le fel marin le plus pur , mais on remarque qu’il ne faut pas plus d’effort de la part du feu pour opérer fa décompofition.
- Comme je n’ai rien à ajouter relativement au troifieme Procédé, à ce qui a été dit pour l’Efprit de nitre fumant, que toute la différence eft qu’en fubfti-tuant le fel marin on retire Un Efprit de fel fumant ; je prie le Leéleur de trouver bon que j’expofe ici fur la décompofition , tant du falpêtre que du fel marin , lorfqu’on en retire les acides, une théorie que j’enfeigne depuis longtemps 9 8c dont j’ai configné les fondements dans mes Injlituts , Ouvrage élémentaire qui fuppofe & ne fupplée pas les développements que j’ai donnés publiquement pendant plus de dix ans , foit dans mon laboratoire, foit dans celui du Jardin des Maîtres Apothicaires de Paris*
- J’attribue
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- I. Partie. De là Préparation des Eaux-fortes, &c. f | J
- J attribue la décompofition du fel marin & du falpêtre par les argilles non à l’acide vitriolique que je fuis certain n’y être que fortuitement quand il s’y ren* contre, mais à la très-grande divifion méchanique que donne à ces deux fols j fondus par la chaleur, la préfonce de trois parties d’un corps infufible au degré de chaleur employé , contre une d’une fubftance quife liquéfie facilement à ce même degré.
- L ufàge ou font nos Diftillateurs de rechercher de préférence l’argilie pri-yée de J'eramines ou pyrites, celle qui contient le plus de fubftance martiale dans l’état de chaux, foffiroit pour appuyer ce que j’avance ; je pourrois encore invoquer le fuffrage de M. Pott, l’un de nos plus célébrés Chimiftes ; mais mes propres expériences vont donner le plus grand degré de certitude à cette théorie.’
- J’ai mis en fufion dans des creufets des quantités égales de nitre purifié ; dans cet état fluide, il fe perd très-peu de vapeurs acides. Au bout de deux heures ^ j’ai mêlé dans un premier creufot le triple du poids de nitre en quartz concafle -que j’avois au préalable fait rougir ; les vapeurs rouges fe font développées fubitement, & n’ont ceffé de pafler qu’après l’entiere décompofition du nitre.'
- Dans un fécond creufet, à peine le nitre a-t-il été fondu, que' j’y ai yerfé trois parties de verre blanc connu fous le nom de Cryjial d* Angleterre , en poudre greflîere ; le nitre s’eft promptement décompofé, & en moins d’une demi-heure il ne s’exhaloit plus de vapeurs.
- Dans un troifieme enfin, j’ai ajouté au nitre en fufion du ciment D’Eaux-fortes épuifé de toute fubftance faline par des ieflîves réitérées, & la. prompte décompofition du nitre a eu pareillement lieu : voilà des fubftances à l’abri du foupçoa de contenir l’acide vitriolique & qui n’en décompofent pas moins le nitre.
- Quoiqu’on difo que l’argilie qui a fervi à cette décompofition fournit, à l’aide /de quelques manipulations , du tartre vitriolé, formé par l’alkali du nitre & par l’acide vitriolique contenu dans les argilles ; tous les Diftillateurs font d’accord fur ce point. Le ciment d’Eau-forte ne leur fournît pas un atome de ce fel ; il ne s’en trouve ni dans les eaux-meres ni dans le ciment. Mes trois réfîduÉ ne m’ont femblablement donné que de l’alkali fixe cauftique , & une liqueur gélatineufo , toute femblable au Liquor Jllicum. L’expérience par laquelle on dit retirer le tartre vitriolé du ciment ne m’a jamais réuffi, & je ne m’en fuis pas rapporté à moi feul ; j’ai prié des Artiftes intelligents Sc incapables de préoccupation de répéter l’expérience, & aucun n’y a apperçu même les yefti^ ges de tartre vitriolé.
- Pour découvrir d’abondant fi cet acide réfide dans les argilles qu’emploient nos Diftillateurs , j’ai traité une partie d’argille marbrée de Gentilly, 3c deux parties d’alkali fixe en poudre, avec un quart de charbon, dans un creufet au feu de ma forge pendant un quart - d’heure. La mafle retirée du creufet navoit aucune forte de reflèmblance à du foie de foufre; j en ai leflivé une partie, & quelqu’acide que ce foie n a développé l’odeur d’œuf couvé ;
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- l’efpece de précipité qui a lieu , eft une pure terre qui ne brûle pas , ce que feroit certainement le foufre. La même expérience à été répétée fur l’argilie blanche d’Alençon, & fur celle de Saint-Yriex , fans y découvrir plus de foufre. Ces deux argilles décompofent très-bien le nitre.
- J’apprends que M. Spieiman , mon confrère dans l’Académie de, Berlin 8c dans celle des Curieux de la Nature , pénétré des mêmes idées, a fait une fuite de recherches qui tendent toutes à prouver que l’argilie ne tient point eflen-tiellement d’acide yitriolique ; je tiens à honneur de m’être rencontré avec ce Chimîfte, dont la probité eft auffi reconnue que le favoir , pour prouver la même vérité dont je pourois au befoin accumuler les preuves , en y joignant les expériences faites l’année derniere par M. le Veillard, Propriétaire des Eaux de Paffy, qui les a communiquées à l’Académie.
- Mais il me fuffit d’avoir montré , que le nitre & le fel marin peuvent être clécompofés par l’intermede de fubftances qui font connues pour ne contenir aucun acide vitriolique ; qu’il n’eft pas de l’effence de l’argilie de contenir cette clpece d’acide, & que par conféquent la décompofition du nitre & du fel marin par les argilles eft due à ce que la préfence volumineufe de ce corps infufible empêche les fels fondus de fe réunir en un corps liquide , & facilite ainli leur évaporation ou celle de leur acîde, phénomène propre à tout corps fluide chauffe fortement.
- Je n’infifterai pas à répéter fur le fel marin en particulier les expériences précédentes; leurs réfûltats font les mêmes. Un obforvateur précis remarquera feulement que le fel marin en fufion répand plus de vapeurs que le fàlpêtre ; peut-être à caufe de la portion de ce fel qui eft à bafe terreufe ; mais ce n’eft point ici le lieu de difcuter cet objet. On trouvera plus loin une derniere preuve faite en grand qui prouve que les fels en queftion ne font pas décompo-fés par l’acide vitriolique contenu dans les argilles que nos Diftillateurs emploient dans leurs travaux ; auffi quelle différence entre les produits du premier Procédé par l’argilie, & celui par les vitriols. Dans le premier cas, ces fels ne fe décompofent qu’en raifon de la facilité que chacun d’eux peut avoir pour entrer en fufion , & de l’adhéiîon de fes parties entr’elles dans cet état fluide : delà la durée de l’opération & l’intenfité de chaleur nécefîaire. Dans le fécond cas au contraire , comme c’eft un agent puiflànt qui agit évidemment & pref-qu’également fur les deux fels , ils font décompofés en même temps & avec la même énergie , fans même entrer en fufion ; ainfi s’il y avoit un atome d’acide vitriolique dans l’argilie de nos Diftillateurs, ils ne retrou veroient pas de fel marin dans leur ciment.
- Si j’ai trouvé quelque Cttisfaélion à développer dans cette circonftance mes idées, trop rapprochées peut-être dans mes Inftituts, cette fotisfaélion augmente parce que j’ai répondu au défir des plus intelligents de nos Diftillateurs, que cette explication fatisfait ? parce qu’ils ne concevoient pas comment dans un
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- I. Partie. De la Préparation des Eaux-fortes , &t: cas l'acide vitriolique ne décompofoit pas l'acide marin, tandis que dans l'autre il opéroit cette décompofition ; ce qui faifoic pour eux un problème inex-t plicable.
- Le choix de l’Efprit-de-fèl ne s’établit que fur fa couleur plus ou moins là-franée , & fur les vapeurs blanches & abondantes qu’il répand à l’air libre ; en forte qu’après l’Efprit-de-fel fumant dont les vapeurs fortent fpontanément des flacons de cryftal dans lefquels on l’enferme , le meilleur Efprit-de-fel eft celui dont on fait fortir plus de vapeurs blanches en pouflant fon haleine vers le goulot de la bouteille. L acide marin a la propriété de donner à cette haleine une confiftance remarquable , pareille à celle qu’on lui voit dans les temps froids. L’Aréométre ou pefe-liqueurs dont j’ai parlé pour l’Eau-forte ne peut fervir pour fEfprit-de-fel ; il s’y précipite entièrement*
- CHAPITRE SEPTIEME.
- De la dijlillation du Vinaigre.
- S i fon jette les yeux fur les différents Ecrits des Auteurs Chimiques, on ne' verra qu’embarras & inconvénients dans les Procédés qu’ils donnent pour la diftillation du Vinaigre ; c’eft, comme l’on fait une liqueur vineufe qui a contracté l’état acide à l’aide d’une fermentation particulière. Cet acide dans l’état naturel du Vinaigre fe trouve noyé dans beaucoup de phlegme , & accompagné d’une matière colorante Sc d’une fubflance muqueufe. Il s’agit de laiffer en arriéré ces deux fubftances, Sc d’enlever le plus poflible de l’acide proprement dit, qui toutefois n’eft jamais dépouillé de cette fubflance muqueufe, au contraire , elle l’accompagne en s’atténuant avec lui, Sc on la retrouve dans les produits les plus compliqués de cet acide.
- Ce peu de mots eft fuflifànt pour ce que nous avons à dire de la diftillation en grand du Vinaigre.
- Les Diftillateurs ont deux maniérés d’y procéder. La première confïfte â placer fur un fourneau ou fur une petite galere deux ou trois cucurbites de cuivre contenant chacune dix à douze pintes ; ces cucurbites pofees fur les traverfes de la galere font lutées vers le milieu de leur hauteur, comme nous avons dit en traitant du Procédé des Affineurs. On y ajufte des chapiteaux de Verre ou de terre, Sc l’on procédé à la diftillation en établiflant un feu qui fafle bouillir le Vinaigre. Lorfqu’on a retiré les deux tiers à-peu-près, on verfe dans les cucurbites par une tubulure placée fur leur côté, Sc bouchée durant la diftillation avec un bouchon de liege, autant d’eau qu’on a retiré de produits , & 1 on reçoit le produit de cette fécondé diftillation dans les mêmes Vaifïeaux qui ont reçu les premiers, qu’on a eu le foin de vuider dans des
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- DA RT DU DISTILLATEUR; bouteilles à part. La fécondé diftillation fe continue jufqu’à ce quil ne refie plus qu’une livre à-peu-pres de matière dans les cucurbites. Sitôt quon ceftè le feu, on verfè dans chaque cucurbite de l’eau froide pour détacher plus efficacement,^ l’aide de la chaleur reliante du fourneau, la matière qui pouroie être adhérente aux parois de ces cucurbites. Cette matière donneroit au nouveau Vinaigre qu’on diflilleroit par la fuite un .goût de feu qui mettroit obfta-cle à fon débit.
- On obfervera qffavec la précaution de tenir les cucurbites bien étamées& d’y placer des chapiteaux de terre ou de verre , le Vinaigre qui diftille n’emporte avec lui rien de métallique. Si par hazard l’Acheteur avoit quelque foup-çon, il peut & doit même l’éprouver en verfant fur un eftki quelques gouttes d’alkaii volatil ; la couleur bleue manifefteroit le cuivre, Sc l’étain feroit dévoilé par la couleur d’opale.
- ^Quelques Difiillateurs, pour éviter jufqu au foupçon de poifon, établifient fur leur galere it bain de fable de grandes cornues de verre dans lefquelles ils font la même diftillation , avec cette différence que ne pouvant ajouter de l’eau durant le travail ils diftillent jufqu’aux trois quarts Sc même plus du Vinaigre contenu dans chaque cornue, Sc verfènt les réfidus dans un vaîlîeau commun pour les diftilier enfui te féparément, Sc après les avoir noyés d’eau;
- Ces deux manipulations procurent, comme l’on voit, deux fortes de Vinaigres diftillés l’un plus acide que l’autre, Sc le Fabriquant en établit le prix à raifoia de cette différence.
- Les Diftillateurs font encore dans l’ufàge de donner à leur Vinaigre diftillé •plus de force eni’expofànt à la gelée ; Sc plus il a été expofé de fois à cette gelée , plus ils en augmentent le prix , en raifbn de la diminution qu’ils trou* vent dans la quantité. Ainfi s’ils ont pris cinquante pintes de Vinaigre diftillé dans le prix de vingt fols la pinte , & que par des congélations réitérées ils l’ayent réduit à vingt-cinq pintes ; ils l’établiront dans le prix de quarante fols qui eft le double du premier prix, comme les vingt-cinq pintes font la moitié de cinquante.
- Mais comme tout tend à l’économie dans leurs travaux, que ce n eft même que par cette grande économie qu’ils trouvent le bénéfice dû à l’honnête in-duftrie; ils ont foin de porteries glaçons du Vinaigre dans un lieu où il ne gele pas: ces glaçons en Le réfol vant reftituent la portion d’acide qui s’étoit pour ainfi dire cachée entre leurs lames, & ils mêlent cet acide avec leur Vinai* gre diftillé du plus bas prix. Par une fuite de cette économie, ils ne diftillent pas le premier Vinaigre venu. Les Vinaigres rouges trop chargés de tartre &de matière muqueufe font plus difficiles à diftilier Sc contraélent le goût de feu; Les Diftillateurs donnent fa préférence au Vinaigre blanc, & parmi ces derniers im Vinaigre d’Orléans.
- Si je puis parvenir à obtenir quelques détails fur la fabrique du Verdet
- , diftillé
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- I. Partie. De la Vréparation des Eaux-fortes > Créé diftillé, elpece d’art pour lequel le Vinaigre diftillé eft finguliérement necef» faire , puifqu’il confille à diflbudre entièrement dans cet acide le verd-de-gris 8c à le faire cryftallifer ; je ne manquerai pas d’en faire mention dans une des Sections de la troifieme Partie.
- CHAPITRE HUITIEME. ,
- Expofê de ce quon fait fur la préparation de l’Huile de Vitriol ( par le Soufre.
- Ap rendre le mot huile de vitriol ou acide vitriolique dans là lignification la plus ftricte, c’eft l’acide retiré des flibftances que j’ai défignées dans le fécond Chapitre fous le nom de vitriols ou couperofes. Il paroît qu’en effet c’étoit de ces flibftances que les anciens Chimiftes retiroient à grands frais cec acide plus ou moins concentré.
- Depuis long-temps les Hollandois étoient en pofleflîon de diftribuer dans l’Europe cet acide à un prix fi modique qu’on étoit dégoûté de la concurrence. L’induftrie des Anglois leur a fait découvrir dans ces dernieres années, finon le procédé des Hollandois, au moins un autre fi peu dilpendieux qu’il ne peuG manquer d’avoir toujours la préférence. Je viens de dire que c’étoit depuis peu d’années ; en effet les deux fouis Auteurs qui en ayent parlé ? 8c qui vivent encore actuellement, le Docteur Lewis , dans fà Chimie abrégée de Neumann , 8c M. Dozy dans le Livre des Secrets & fraudes de la Chimie dévoilés, difent que cette invention eft toute moderne ; le dernier ajoute que l’huile de vitriol qu’elle procure ne revient pas à plus de quatre fols la livre.
- Sans vouloir affurer fi c’eft le Procédé des Anglois qui eft paffé en France * on fait qu’il s’eft établi une Manufacture d’huile de vitriol dans un des faux^ bourgs de Rouen. Elle a pour auteur M. Holker, ïnfpecteur des Manufactures , 8c pour protecteur un Miniftre qui fe fait gloire de marcher fur les traces du grand Colbert. On dit que depuis il s’en eft établi une à Nantes.
- L huile de vitriol de la Fabrique de Rouen, où l’on travaille auflî les Eaux-fortes , non-feulement fouffre la comparaifon avec celle de l’étranger, mais encore a mérité la préférence dans l’efprit de plufieurs Manufacturiers.
- On favoit depuis long-temps que lefoufre n’eft, pour ainfi dire , qu’une huile Ue vitriol rendue concrète par la préfence d’un trente-deuxieme de fon poids de matière phlogiftiquée ; mais on fàvoit auflî que ce foufre ne fe décompofe que par l’inflammation, 8c des expériences fans nombre fembloient prouver que cette inflammation ne pou.voit fe faire qu’à l’air libre ; d’ou il réfultoit une déperdition confidérable de cet acide, à laquelle fe joignoit l’inconvénient de vapeurs fuffocantes, incommodes en proportion que l’opération s’exécutoit plus
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- 38 VA R T DÛ D ISTILLATEUR.
- <en grand. Les Artiftes étoient par conféquent bien éloignés de foüpçonner jamais qu on pût tirer du foufre fon huile de vitriol avec avantage. C’efl: cependant ce quont exécuté, avec un fuccès inattendu , les Artiftes Anglois &l’Au-; leur de la Fabrique de Rouen, fans que je prétende pour cela que le Procédé de M. Holker foit celui indiqué par M. Dozy.
- Je vais donner la defcription qu’en a fait ce dernier, avec d’autant plus de «confiance que je me fuis affûté de fa valeur par ma propre expérience. Ce fera -donc l’expofé de mon travail particulier calqué fur les circonftances du travail ides Anglois décrit par M. Dozy, & comparé au travail aétuel des Liégeois -dont je rends compte dans ce Chapitre.
- Il faut fe procurer des ballons de verre de la plus grande capacité pofîible y 5comme de foixante, cent pintes 8c au-delà. L’Auteur Anglois fait entendre que le tour de main par lequel on fait dans les Verreries ces ballons d’unè capacité démefurée eft une chofe de nouvelle invention. Il confîfte, ce tour de main, à charger la canne d’une quantité fufKfante de verre , à fbufHer d’a-«bord comme l’on fait pour toutes les bouteilles, &enfuite à poufler par la canne de fer une once ou deux d’eau que le Verrier tient dans {abouche. Cette eau «efl: réduite en vapeurs avant d’arriver dans la capacité déjà foufflée de la mafle <de verre & la grande quantité d’air qui fe forme par ces vapeurs, ou, fi l’on veut ,!ia très-grande dilatation dont efl: fufceptible l’eau en vapeurs, réagit fur la mafle molle du verre, ïa diftend de toutes parts, 8c lui procure fur le champ une capacité confidérable. Gn a vu ces années dernieres dans Paris trois de ces ballons dont chacun tenoit près d’un demi-muid ; j’ai appris qu’ils avoient ’pafle dans la Fabrique de Rouen.
- On fait faire des efpeces d’efcab elles quarrées en bois bien équarri, d’aplomb 8c folides , fur montées d’une planche épaiffe , échancrée vers fon milieu d’un trou rond ayant un pied 8c plus de diamètre. On n’attache cette planche fur l’efcabelle que d’un côté par deux charnières, en forte qu’elle peut fe haufler & s’abaiffer comme un couvercle. C’eft dans l’échancrure de cette planche que l’on place les grands ballons en ayant foin d’adoucir la tranche du trou & même d’y clouer des morceaux de feutre. Le ballon efl: placé de ma-; niere que fon col {bit horizontal à la planche 8c tourné du côté où font les charnières, ce qui donne la facilité de vuider ce ballon fans y toucher, en fou-levant feulement la planche fur laquelle on a eu d’ailleurs la précaution de l’aflujétir d’une maniéré frire.
- Sur les traverfes du bas de l’efcabelle fè pofe une autre planche deftinée à porter un petit fourneau bas, évafé & furmonté d’un large bain de fable qui remonte jufqu’à un doigt près de la planche échancrée. Il efl: aifé de fentîr que toute la portion du ballon pofée fur cette échancrure fe trouvera plongée dans le fable du bain.
- On fe précautionne d’autre part de cuillers de terre bien corroyée 8c bien
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- I. Partie. De la P réparation des Eaux-fortes,
- OH£e ; creufes, larges autant qu'il fe peut pour entrer fans peine dans le col du ballon. Ces cuillers ont un manche d une longueur proportionnée à la capacité du ballon, de maniéré quêtant placées, le creux de la cuiller fe trouve dans le centre. Ce manche eft terminé par un bouchon de la même terre ajuftë fur chaque col des ballons pour les remplir exactement. Pour plus d'exactitude on peut terminer ces bouchons par un rebord plus large que n’eft le diamètre du ballon, Sc garnir dans le travail ce rebord avec un lut gras, ou même de i’argiile détrempée.
- Toutes ces chofes étant en état on a fait dans un mortier ou fous une meule un mélange des plus exacts de quatre parties de foufre fur une de nitre bien pur. L’Auteur dit un cinquième , ce qui lailîe du louche. Le cinquième du foufre feroit une livre de nitre contre cinq livres de foufre ; fi c’eft la cinquième partie du total, c’eft une livre de nitre fur quatre de foufre. Dans mes eflàis l’une Sc l’autre proportion ayant réuffi, je crois devoir indiquer la première de ces deux-ci comme plus économique; mais M. Lewis, abbréviateur de Neumann, en difànt que les ballons Anglois font de la capacité d’un muid, ajoute que fix livres <3e nitre, fuffifent pour un quintal de foufre, ce qui fait un peu plus du feizieme*
- Le mélange étant bien fait , on en charge une des cuillers en interpolant deux ou trois lits de filafîè ou étoupes extrêmement minces Sc même cardées. On a mis au préalable dans le ballon trois à quatre pintes d’eau , que l’on a chauffée par le moyen du bain de fable Sc du petit fourneau pofé fous l’efcabelle. Sitôt# que l’eau eft allez chaude pour répandre des vapeurs dans le ballon Sc l’en obfourcir ; on allume le mélange contenu dans une des cuillers Sc on la place promptement dans le ballon, de maniéré que fon col foit exaélement fermé par le bouchon ajufté au manche de la cuiller. L’intérieur du ballon eft for le champ rempli de vapeurs rouges qui le rendent rutilant comme dans le Procédé de l’Efprit-de-nitre fumant, Sc ce phénomène dure autant que laflaim me , en forte qu’il fort à indiquer quand il faut changer de cuiller.
- A l’aide de ce léger artifice, le foufre qui fe confome réduit la fïlafle dans 1 état de charbon ; ce charbon fait détonner le nitre, & ce dernier donne une nouvelle aéHvité à la combuftion du foufre; en forte que les Artiftes Anglois ont tire parti'de deux propriétés contraires remarquées par les Phyficiens entre le foufre Sc le nitre. Le premier abforbe beaucoup d’air en fe confirmant,1 l’autre en produit beaucoup lorfqu’il détonne ; de là réfolte qu’il s’en trouve toujours affez dans l’intérieur du ballon, quoique bien clos , pour ne pas étouffer la flamme.
- Lorfque la première cuiller eft confomée , on en tient une autre toute prête qu on lui fubftitue, Sc ainfi de fuite jufqu’à ce que le ballon fe trouve rempli a-peu-près à moitié de fa capacité ; alors il faudroit d’une part trop de feu pour échauffer le fluide-, Sc la capacité vuide du ballon fe trouveroit de l’autre trop circonfcrite , fi 1 on continuoit ; ainfi on tranfvafe le produit quil ne s’agit plus
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- L'A R T DU DISTILLATEUR. que de déphlegmer -s’il en eft befoin; car il paroît qu’en Angleterre on rien prend pas la peine.
- Il eft inutile de faire obferver que chaque ballon doit avoir au moins deux cuillers dont les bouchons foient ajuftés à fon col. On fent aufli , fans que j’en avertifie /que, malgré les précautions pour éviter les vapeurs fulphureufes, il s’en exhale toujours allez pour exiger que dans un travail en grand le laboratoire foit fpacieux -, bien ouvert & placé dans un endroit très-ifolé, pour ne nuire ,en aucune forte aux voifîns ni à leurs poflelîîons. ^
- Nous avons parlé dans le Chapitre précédent de la Galere à fable ; elle Convient fupérieurement pour déphlegmer l’huile de vitriol. On emplit de vaf tes cornues de verre jufqu’aux deux tiers de leur capacité avec la liqueur retirée des ballons ; on y ajufte des récipients proportionnés, on les recouvre prefque toutes entières de fable ; alors on échauffé peu-à-peu & on poufle le feu par degrés affez fortement pour chaffer le phlegme , dont les dernieres portions for-tout ont de la peine a s’élever. On s’apperçoit qu’il en efl: forti affez lorsque les gouttes qui tombent par le col de la cornue font lentes à tomber & forment un petit fifflement en tombant dans le récipient. On laiile refroidir f appareil & fon entonne fur le champ l’huile de vitriol, dont la pefànteur doiç être telle qu’unebouteille de pinte en contienne trois livres fix a huit onces. On la tranfporte pour le’ commerce dans de groffes bouteilles 'de verre verd, plus larges que hautes , & qui en contiennent* quatre-vingt à cent livres. Ces bouteil-font placées dans des paniers d’ofier à deux anfes Sc remplis, bourrés même de 'foin, pour les garantir de fraélure & faciliter le tranfport. On ne laifle paflèr que le col très-court de ces bouteilles, Sc on les bouche avec un morceau d’argîlle modelée & cuite, qu’on recouvre d’une forte toile bien ficelée & d’un maftich commun.1
- Le phlegme qu’on a obtenu durant la reélification, & qui efl plus qu’acidulé fort à charger les ballons où l’on doit brûlerie foufre , au lieu de l’eau qu’on y a mife à la première fois qu’on a travaillé : Sc voilà pourquoi les Anglois ne reétifient plus.
- Toutes travail que j’ai exécuté en petit, airifi que je l’ai dit précédemment ^ produit trois cents cinquante livres au moins de bonne huile de vitriol commer-çable, pour quatre cents livres de foufre employé. Or le foufre coûtant aétuelle-ment dix-fept livres dix fols le quintal , il en faut pour foixante-dix livres ; Sc celui de nitre rafiné des Indes revient à quatre-vingt livres; ajoutons pour la journée dedeux hommes qui peuvent en vingt-quatre heures employer cette dofo & qui, dès le fécond jour, peuvent conduire enfemble la combuftion du foufre Sc la déphlegmation de l’acide vitriolique, quatre livres : déplus pour les intérêts journaliers des avances néceflàires, douze livres; on a un total de cent foixante & fix livres de dépenfos , qui produifànt trois cents cinquante livres d’huile de vitriol, la rendent à neuf fols cinq deniers Sc deux tiers la livre. Le prix fera encore moindre fi on fuit le confeil de Le^is, qui ne demande que vingt-quatre livres
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- de nitre au lieu de cent ; ce qui donne une diminution de trois fois dix deniers par livre, & rend l’huile de vitriol à cinq fols fopt deniers & deux tiers la livre. On peut voir que j’ai porté les intérêts bien haut : douze francs par jour font r4<58o livres par an , qui à cinq pour cent fuppofent un capital de quatre-vingt-treize mil fix cents livres.
- On a eflàyé de fubftituer aux grands ballons de verre des vafes de terre de Sa vigny de même volume; mais on a cru remarquer que l’huile dfe vitriol contrac-toit dans ces derniers un état alumineux qui en altéroit la vertu pour certaines Manufaétures ; il a donc fallu revenir aux ballons de verre : encore faut-il que le verre foit de l’efpece la plus dure & la mieux recuite.
- Les Teinturiers font les plus grands confommateurs d’huile de vitriol, Sc ce font eux entr autres qui ont obfervé que l’huile de Vitriol de Rouen ne diffol-voit pas l’indigo aufîî bien que celle d’Angleterre ; peut-être cela dépendroit-il encore d’un plus grand degré de concentration qu’a cette derniere ; car il arrive quelquefois que la même bouteille qui pleine d’huile de vitriol An-gloife en contient trois livres fix onces, ne puifle recevoir que trois livres ^ trois livres une once de celle de Rouen. Cette différence pourrait à la longue nuire à la Fabrique Françoifo, puifqu’eneore aéiuellement, malgré les droits allez forts dont on a chargé cette Marchandife venant de l’Etranger , les Fabriquants préfèrent de la payer vingt & vingt & un fols la livre, Sc ne pren-^ nent pas de celle de France, qui ne leur coûterait que quatorze à quinze folsj On verra dans le Chapitre fuivant que nos Diifillateurs pourroient, en imî-i tant les Etrangers, traiter leurs Eaux-fortes par l’intermede de l’huile de vitriol ,• Sc qu’une pareille Eau-forte n’en fervîroit pas moins au départ Sc même aux: teintures en écarlate, avec une très-légere attention.
- J’ai fait en forte , ainfi que je l’ai annoncé , de concilier dans ce Chapitre les récits de MM. Lewis & Dozy avec ce que ma propre expérience a pu me faire connoître , avec ce que j’ai pu apprendre de la Fabrique d’huile de vitriol établie à Liege & enfin avec ce que d’autres Artiftes ont eu occafion de connoître en vérifiant les Procédés indiqués dans les Auteurs que jfaï cités.
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- Distillateur , &•,.
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- L’ART DU DISTILLATEUR;
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- CHAPITRE NEUVIEME.
- Obfervations SC Expériences fur les corrections SC améliorations, économiques SC autres, dont ejl fufceptible l’Art des Eaux-fortes.
- L a defcription feche d’un Art ne fuppofe ordinairement qu’une bonne mémoire ou de bons yeux ; mais il n’eft guere poffible que ceux qui ont fait quelques réflexions en vifitant les laboratoires ou atteliers, n’ayent apperçu des abus , des préjugés ou même des défauts d’économie.
- L’Art que je décris, exercé par des Artiftes de la clafle de ceux dont j’aî parlé jufquyàpréfent, peut bien être à l’abri de ces obfervations: mais obligés de fe fervir en fous-œuvre d’Ouvriers d’autant plus habiles qu’ils ont exercé plus long-temps leur métier ; ces derniers quittent difficilement leur routine Sc leurs anciennes opinions. Ils ont par conféquent befoin d’être éclairés dans leur travail, & j’avertis que fi ce Chapitre leur eft particuliérement deftiné,; il eft concerté avec plufieurs des Diftillateurs d’Eau-forte.
- Eft-ilplus avantageux, {bit du côté de l’économie, {bit pour la bonté de l’elprit qui doit en réfulter, de fe fervir, comme on eft dans l’ufage de le faire , de nitre de la première cuite ? ne vaudroit-il pas mieux prendre celui de la Sroifieme cuite , celui qui eft le plus rafiné l
- Pour réfoudre cette queftion, M. Charlard a bien voulu placer dans quatre acuines d’une de fes Galeres huit livres de ce fidpêtre rafiné * pour les faire travailler avec le refte de la fournée , & en comparer les produits à ceux des quatre cuines qui leur correfpondoient. Les unes & les autres avoient reçu la même quantité d’argille, & ces mélanges avoient été humeétés par la même quantité d’Eau pure. Les produits furent égaux en poids, mais ils étoient bien différents pour la qualité & la pefanteur {pécifique ; l’Eau-forte ordinaire don-noit dix-huit, & celle des quatre cuines d’expérience donnoit vingt-fix ; ce qui prouve qu’il étoit palTé plus d’acide nitreux proprement dit, & que la même durée de feu , la même confbmmation de bois fournit, en employant du nitre rafiné, un eiprit qu’on peut vendre vingt-fix fols , tandis que le nitre de pre-; miere cuite n’en donne un que dans le prix de dix-huit fols : il faut convenir que l’un & l’autre elprit tourne au blanc.
- Mais feroit-ce une économie de fubftituer ce fàlpêtre qui coûte dix-huit {bis la livre à celui de la première cuite qui ne coûte que dix fols ? \^
- Pour réfoudre cette fécondé queftion il eftaifé de concevoir que la difFé-v rence ne doit confifter dans la quantité ni du bois, ni de la terre, ni du produit , mais quelle roule uniquement fur le prix des deux làlpêtres. Le rafiné coûte les 4 cinquièmes de plus que celui de première cuite j & la qualité
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- ï. Partie. De la Préparation des Eaux-fortes , 45’
- fùperîeure de l’Elprit quon obtient eft dans la proportion d’un grand tiers en plus du prix de l’Eau-forte commune : il y a donc de 1 avantage , il y a donc du bénéfice à préférer le falpêtre rafiné. Il eft vrai que le Diftillateur ne tire prefqu’aucun produit fàlin de ce qui refte dans les cuines, & je vais expofèr in* ceflàmment quelle différence cela peut apporter dans le travail en grand.
- Eft-il poffible de trouver encore un moyen plus économique d’obtenir les Eaux-fortes? M. Dozy, Auteur du Livre des Secrets & fraudes de la Chimie dévoilés , nous fournit la réponfe à cette queftion ; & l’expérience que j’en ai faite confirme ce qu’il a écrit.
- Sur du falpêtre bien pur il faut verfer la moitié de fon poids d’huile de vitriol, en un mot fiuvre à la lettre le troifieme Procédé indiqué dans le Chapitre troifieme , en ayant le foin de mettre dans les pots ou récipients le double du poids du nitre en eau.
- L’Efprit-de-nitre fumant au fortir des cuines fè mêle exactement à cette eau , Sc donne une Eau-forte du prix de vingt-quatre à vingt-fix fols. Or il faut un feu beaucoup moins long pour mener à fa fin une Galere ainfi chargée ; fix heures de temps fuffifent : il y a donc économie du côté du temps ; on met dans chaque cuine plus de deux livres de falpêtre, fécondé épargne, puifque le produit obtenu dans le même nombre de cuines eft plus abondant. Il ne faut que demi-livre d’huile de vitriol pour livre de falpêtre, tandis qu’il faut trois livres d’argille féchée & calcinée, dans le Procédé ordinaire. Enfin ce qui refte dans les cuines eft un tartre vitriolé dont la manipulation pour le mettre dans le commerce n eft pas coûteufe , ainfi que nous le verrons dans la troifieme Partie, & dont le prix, quelque médiocre qu’on le fuppofe, eft toujours fupérieur à celui des fubftances reliantes après la diftillation des Eaux-fortes ordinaires. Tous ces détails font les réfultats d’expériences que j’ai faites en grand dans le laboratoire de M. Charlard.
- Il ne refte qu’un inconvénient. J’ai dit dans le quatrième Chapitre que les Teinturiers ne pouvoient faire ufàge des Eaux-fortes dans lefquelles il fe trou-voit un peu d’acide vitriolique, parce qu’il noircilfoit les couleurs écarlates. Or nous avons obfervé que le fécond & le troifieme Procédé portoient avec eux cet inconvénient. Il eft jufte cependant de le circonfcrire ; puifqu’il n’a lieu que pour le cas des écarlates , il fùffiroit pour ce cas feulement de purifier l’Eau-forte vitriolée. Car, ainfi que je l’ai déjà dit, les Affineurs & autres qui traitent l’or & l’argent dans les pays étrangers non-fèulement ne paroiflent pas occupés de ce défaut, mais ils femblent encore imbus du préjugé qu’une Eau-forte doit contenir de l’acide vitriolique, & les anciens Chimiftes attribuoient a cet acide la propriété de développer du nitre un efprit particulier qu’il étoit effentiel, félon eux, de conferver en faifànt l’Eau-forte.
- Pour y parvenir, Kunckel avoit imaginé un appareil qu’on retrouvera peut-etre içi avec plaifir, 11 faifoit fon mélange dans une cucurbite de verre placée
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- 44 L’ART DU DISTILLATEUR.
- fur un bain de fable ; le bec du chapiteau dont cette cucurbite étoit recouverte plongeoit par une tubulure dans une cornue à demi pleine d’eau , qui fervoic de premier récipient, Sc le col de cette cornue entroit dans celui d’un matras allongé. En comparant cet appareil un peu compliqué avec celui que j’ai exécuté chez M. Charlard , on voit que dans l’un & l’autre l’Eau ne fert qu’à fixer Sc retenir lés vapeurs rouges de l’acide nitreux , qui fans cette précaution s’é-; chapperoient Sc feroient en pure perte pour l’Eau-forte.
- En faveur des Teinturiers & de tous ceux qui délireront enlever à l’Eau-forte de ce dernier Procédé l’acide vitriolique qui ne peut manquer d’y être combiné , f indique avec confiance le moyen donné par M. Pott, tant parce que j’en connois par moi-même la valeur , que parce qu’il n’efl: pas difpendieux. Il s’agit de rediftiller cette Eau-forte en mettant dans chaque cuîne une demi-livre à-peu-près de nitre bien fec.. On prévoit ce qui réftiltera. L’acide vitriolique concentré vers la fin de la reélification , réagira fur ce nouveau nitre , & il paf-fera en place une nouvelle quantité d’Eaü-forte. Ce Procédé pourroit à la vérité renchérir d’un fol l’Eau-forte ainfi reéïifiée. Je ne propofe au relie ce moyen que pour montrer la poffibilité de purifier à bon compte l’Eau-forte vitrioli— fée ; car pour ce qui eft de là propriété de tourner au blanc , plus l’Eau-forte elt régalifée, meilleure elle eft pour le cas unique de nos Teinturiers, & leur conformation pour ce genre de couleur fait une bien foible portion de la confbmmation totale de l’Eau-forte.
- Quoique je n’aye encore parlé qu’en pafîànt de la nature des produits du travail des Galeres , que je dois examiner dans la troifieme Partie , je vais les mentionne^ dans le Tableau fui vaut ou Devis que je vais expofe r en fuppo-fànt une Galere de trente-deux cuines chargée; io, en argille Sc falpêtre de première cuite ; 20 , en argille Sc falpêtre rafiné ; 30, en falpêtre rafiné Sc huile de vitriol.
- Premier Devis.
- $4 liv. Salpêtre à iof. 32** 115)2 liv. Argille feche formant un fixieme de voiture. . . ... 2 Jes de voie de bois. . . 8
- tournée d’Ouvriers. . . 3
- Faux-frais. . . ... 6
- Dépenfe...........j'i*.
- Produits.
- Second Devis.
- 64 liv. Salpêtre à 18 f. 37tti2f. Bois, argille, )
- journée, frais ,, > 1 p
- comme au ier- Devis.)
- Dépenfe. . . . 76* 12p.
- Produits.
- Troifieme Devis.
- 128 liv. Salpêtre à i8f. 115^4^ 6\ livres Huile de vitriol à 10 £ . 3 2
- Faux frais, Bois ôc Ouvriers..............lé
- Dépenfe. .. . . 163* 4k
- Produits.
- <64 liv. Fau-forte à 18 f. 37* 12f. 6 Boiffeaux braife. . . .12
- 2 Quintaux ciment
- lavé..................
- [j 6 liv. Sel marin à $ f. 4
- Déduction de dépenfe. 51*
- 64 liv. Eau-forte à 26 f. 83* 4C
- Braife. . ...............12
- Ciment à Paveurs, deux quintaux non lavé.. 3
- 86«Ii5fr
- Déduélion de dépenfe. 76^ 12 Profit net. . . . iott 4F
- Profit net, . . • • 13* ± : •
- 1-60 liv. Eau-forte
- à 26 f. . . . 208^
- Braife. . ... • 8fi*
- po liv. Tartre vitriolé à $ f. . . 22 10
- 22ott18 £ Déduc. de dépe^fes. 163* 4F Profit net. . . . £7* 14F.
- On
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- I. Partie. De la Préparation des Eaux-fortes , dre. 4 J.
- On obfervera que dans le fécond Devis le profit net devient plus marqué; fi Ton établit cette Eau-forte dans le prix de dix-huit fols, en la noyant de, vingt-deux livres d’eau ; & que le troifieme Devis donne un profit fi marqué } que quand même il faudroit perdre moitié pour la rectification , le peu de bois, de temps qu’il exige, 8c la bonté de l’Eau-forte qu’il produit, auroient dû depuis long-temps lui mériter la préférence, ainfi qu’au Procédé fait avec du falpêtre rafiné. . ~~ ' ‘ * i
- J’ai averti que l’Eau-forte obtenue avec ce falpêtre tournoit un peu au blafic ; feroit-il poffible de le procurer un nitre aflez pur pour ne contenir ahfolumenç point de fel marin! J’effayerai de réfoudre cette queftion dans la troifiemç Partie, lorfque je décrirai le travail du cryftal minéral en grand. ^ ,
- On eft dans la perfuafion qu’une argille ne peut pas fervir deux fois , c eft-à-dire , qu’après avoir été retirée d’une cuine fous la forme de ciment, puis leflivée & féchée, on la mêleroit inutilement avec de nouveau falpêtre ; ce dernier , dit-on, ne feroit pas décompofé. Envain j’ai demandé aux différents Diftillateurs , s’ils en avoient la preuve par leur propre expérience. Aucun ne fa acquife ; ce qui m’a engagé à prier M. Charlard d’exécuter en grand ce que j’avois déjà fait en petit. On peut fe rappeller ce que j’ai dit dans le Chapitre fixieme en difeutant la nature de i’argille 8c fa maniéré d’agir fur le falpêtre, lors de la formation de l’Eau-forte. _
- Quatre cuines furent en conféquence chargées avec une partie de falpêtre de première cuite, & trois parties de ciment bien lavé & bien defféché ; elles ont été placées au milieu d’autres cuines dans la même Galere , 8c l’on a fuivî pour le travail de la Galere tout ce quî eft d’ufage 8c décrit dans le troifieme Chapitre ; en dépotant, nous avons trouvé pour quatre livres de falpêtre deux livres 8c demie d’Eau-forte qui tournoit à peine au blanc 8c qui donnoit vingt-trois au pefe-liqueur de M. Azema ; ce qui fait cinq degrés de plus en force , ou près d’un tiers de plus pour fon prix, que l’Eau-forte des autres cuines, & une livre & demie ou les trois huitièmes, de produit de moins.
- Le plus grand abus qui fe commette dans le débit des Eaux-fortes, confifte à les étendre dans plus d’eau qu’il ne leur convient, à deffein de les affoiblir en bonté, & non pas en prix ; cet abus ne fe pratique que par ceux qui la revendent en détail ; il feroit affez difficile d’indiquer, outre le pefe-liqueur qu’il n eft pas poffible d’employer dans ce cas, d’autres précautions pour s’en garantir que d’acheter toujours les Eaux-fortes chez ceux qui les fabriquent.
- f^uifque je parle d’abus, je dois faire mention d’un dont les Diftillateurs font les caufes involontaires.' J’ai annoncé que le fecret des Chapeliers étoit une diiïolution d’une once de mercure dans une livre d’Eau-forte , & que les Distillateurs leur tenoient tout préparé ce prétendu fecret. Un Fabriquant de Chapeaux , au fli recommandable parla probité que par fon humanité, M. Châtelain , m a fait parta ce fujet de deux remarques importantes que je communique Distillateur M
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- 46 VA RT DU DI STI LLATE U R.
- avec empreflement. La plupart des Ouvriers , ceux qui coupent le poil, comme ceux qui fècretent les peaux * & même les Fouleurs qui doivent feutrer , font ftjets à des tremblements de membres qui fe terminent par des 'paralyfies incurables, & ces maladies ne font connues parmi les Chapeliers que depuis qu’on fait ufage de mercure dans les Fabriques. La fécondé obfervation eft que l'Eau-forte toute fimple Sc fans aucun mélange ni de mercure ni de ce qu’ils appellent la Vtifanne, étendue feulement dans une quantité fuffifànte d’eau pour modifier fon aétion, a toujours fufE à ce Fabriquant ainfi qu’à fon pere pour fecre-ter les peaux. Pourquoi donc ajouter à cette liqueur aétive, mais incapable d’altérer la fànté de ceux qui l’employent avec précaution, un fuperflu dangereux & capable de priver des Ouvriers du moyen unique qu’ils ayent de gagner leur vie, Sç de foutenii: une famille fouvent nombreufe & prefque toujours indigente
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- V
- SECONDE PARTIE.
- De la Préparation en grand des Produits Chimiques, fluides.'
- w , 1 ^ i s..,.1.1.1.1'-1..." " - — »
- CHAPITRE PREMIER.
- JD es Laboratoire f Alambics ÔC ujlenjiles propres à la Dijlïllati'on
- en grand.
- L e laboratoire deftiné aux opérations dont nous allons être occupés dans cette fécondé Partie, ne peut ablolument pas être le même que celui où Ton traite les Efprits acides. Il régné dans ce dernier à l’inftant du dépotement où verfement des liqueurs dans les Touris, une atmolphere qui corroderoit inlen-fiblement les vaiffeaux de cuivre ou d’étain. On choifit donc un emplacement qui fera lufHlàmment grand, iorlqu’il aura à-peu-près le double de profondeur que l’efpace occupé par les fourneaux qu’on doit y conftruire.' Autant qu’il eft poflible on s’arrange de maniéré que le grand jour vienne en face de la che*. minée, en tenant la face du laboratoire prelque toute ouverte & garnie de vitres. Cette cheminée peut avoir plufieurs tuyaux , fi par hazard on a la facilité de les conftruire ; mais à la rigueur un leul fuffît, pourvu qu’il foit large & bien per-; cé. La portion qui dans les cheminées ordinaires fe nomme le manteau doit occuper toute la longueur de l’elpace dans lequel feront conftruits les four* neaux ; on lui donne la forme d’une hotte renverfée, & on la tient affez élevée pour que l’Artifte puiffè paffer à l’aile deffous ; pourvu toutefois que là baie falTe une bande large & plate dont on va connoître l’utilité» Au refte, cette conftruélion eft l’affaire du Maçon, qui doit lavoir comment conftruire avec folidité & légéreté ces fortes de manteaux.
- Il n’eft pas aufiî indifférent de le laifler le maître de la conflruéHon des fourneaux ; 1 Artifte leul doit donner les proportions & même lurveiller le Maçon durant là bâtifle ; ce dernier trop fouyent accoutumé à une routine, a bien de la peine à s’en écarter.
- La bafe ou rebord du manteau de la cheminée eft garnie d’une planche large , & le long de la hotte renverfée on • en établit d’autres en forme d’amphithéâtre, dont les unes font pleines , les autres percées de plufieurs trous & toutes garnies d’un rebord fur le devant. Ces planches fervent à placer les diffé-ïents vaiffeaux de verre dont l’Artifte pourra avoir befoin dans Ion travail ; ils font à la vue, Sç ajoutent à la décoration de la cheminée l’avantage de pouvoir -
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- 4§ UART DU D ISTILLATEUR.
- choifir ceux qui conviennent, fans déranger les autres , Sc de les remettre en place avec la même commodité: en face de la cheminée au bas des fenêtres d’où vient le joue 3 on établit une table longue Sc folide qui fert à placer les produits Sc autres uftenfiles actuellement de fervice , comme terrines pleines de fels à cryftaltifer, bouteilles pleines de liqueur diftillée ; évaporatoires , Sce.
- Piufietirs des opérations dont je traiterai dans la troifieme Partie , s’exécutant dans un pareil laboratoire, je vais décrire de fuite ce qui concerne la conftruc-tion de tous les fourneaux qu’on a coutume d’établir fous la cheminée. Dans les travaux en grand on fe fert rarement de fourneaux portatifs ; 8c dans le cas ou l’on s’en ferviroit, on les acheté chez le Potier Fournalifte , dont l’Art vient d’être publié par les {oins infatigables de M. Duhamel ; il e(l feulement eflentiei de recommander au Fournalifte de les cercler avec des bandes de tôle , d’un pouce de large, & non avec ces brins de fil d arçhal que le plus petit accident brife ou détruit. On place les fourneaux portatifs de petit volume , fur la table du laboratoire , & ceux qui font plus vaftes ou qui doivent fbuffrir une chaleur plus vive, fe d retient fous la cheminée fur les fourneaux à demeure dont on couvre les ouvertures avec une forte planche.
- Sur le fol & au-deffous du manteau de la cheminée , on établit un ma.ffif en briques pofées de champ d’un demi-pied à-peu-près de haut, & on le fait dé-paffer d’un bon pied en avant de la cheminée. Ce maffii fe nomme la Paillajp ; on fait recrépir le mur qui fert de cœur à la cheminée en plâtre fin pour y tracer les hauteurs & traits des différents fourneaux qu’on fe propofe d’y élever. Je ïùppofe que ces fourneaux font r°, un double fourneau à alambic % 2.0 9 un fourneau à bain de fable ; 30, deux Fourneaux défîmes l'un à recevoir oies baffines ou chaudières, 8c l’autre qui contient une marmite de fer cimentée à demeure ; 40, un fourneau de fufion ; 50, un fourneau de forge.
- On obfervera d’abord que tous ces fourneaux, excepté les deux derniers, font conftruits pour être chauffés en bois & non en charbon ; qu’ils doivent être tous alignés pour être d’une même hauteur ; ce qui fuppofe dans la bâtifîe que ceux dont les proportions feroient d’une moindre élévation font conftruits fur un maflif qui les tient tous au même niveau , ou bien que le fijrplus de leur hauteur, à prendre depuis la paillaffe , eft voûté pour fervir à placer le bois, le charbon, pinces Sc autres uftenfiles groffiers du laboratoire*
- Fourneaux xpour les Alambics.
- Afin de donner des proportions juftes ftir cet article, îl faut convenir duft volume déterminé ; ainfi {ùppolbns aux alambics une capacité de cent pintes, ils auront quatorze pouces de diamètre & quinze pouces au plus de hauteur , t Sc il s’agit d’en placer deux. On éleve donc fur la paillaffe trois murs parallèles depuis le cœur jufqu’au devant de la cheminée. Celui du pailieu a trois fois
- fépaifteur
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- II. Partie. De la T réparation en grand des Produits Chimiques , êc. 49 l'épaiflèur des deux autres ; or les deux ayant chacun l'épaiflèur de deux briques y celui du milieu a celle de cinq à fix briques au moins. On les tient éloignés l’un de l'autre de quatorze pouces, qui eft la proportion du diamètre des alambics. Du côté du cœur de la cheminée on établit pareillement un mur de briques auquel on ne donne , fi Ton veut, qu’une brique & demie d epaiflèur; le mur de face a comme les deux murs latéraux deux briques d'épaifleur ; ces épaiflêurs jointes aux diamètres des deux alambics qui doivent y être placés , déterminent la longueur & largeur du quarré long que ces deux fourneaux en-fèmble doivent former. On éleve le tout en plein jufqu’à la hauteur de fix pouces , à l'exception du mur de face , dans le milieu duquel on laifle un elpace yuide de quatre pouces de large fur cinq de haut ; ce quarré vuide eft rempli par un cadre ou chaflîs de fer garni de fa porte de tôle; ce chaffîs eft fcellé dans la bâtifle par quatre à fix pâtes de fer qui y font clouées.
- A la hauteur de fix pouces , on place tranfverfàiement des barres de fer d'un demi-pouce d’équarriflàge Sc qu’on tient diftantes de quatre à cinq lignes en les plaçant fur leurs angles & non fur leurs faces ; d'autres Artiftes font faire exprès une feule & même grille qui pôle à cette hauteur fur des portions de briques qu’on fait faillir à ce deflein. Cette derniere méthode a le même avantage que celle des chaflîs de fer dont nous parlions à l'article de la conf truétion des Galeres.
- On continue d’élever les murs' à la hauteur de cinq à fix pouces, & l'on ménage pareillement fiir le mur de devant une ouverture quarrée de quatre pouces en tout fens , qu’on garnit d’un chaflîs avec fà porte de tôle. On Icelle le chaflîs de maniéré que fà bafè foit de niveau avec la grille.
- Parvenu à cette hauteur de cinq pouces, on Icelle deux fortes barres qui partagent le diamètre intérieur en trois parties à-peu-près égales. C’eft fur ces barres que doit pofèr la bafe de l’alambic. D'autres Conftruéieurs au lieu de barres ménagent un rebord d'un pouce faillant en briques pour recevoir l'alambic qui y pofe dans toute fa circonférence ; ils prétendent que l'alambic lui-même eft moins fatigué dans cet appareil ; dans ce cas on a le foin de comment cer le foupirail dont je vais parler dès la hauteur de la grille. Il en eft d'autres encore qui ne placent ni barre de fer ni rebord en briques ; l'alambic dans cette derniere conftruétion pofë uniquement par fon collet fur le cercle de fer qui termine le diamètre intérieur du fourneau. Pour les très-grands alambics , tels que celui de l'Hôtel-Dieu de Paris, qui débite un demi-muid on deux cents cinquante pintes d’eau par jour , & dont le chapiteau ne peut fe lever qu'à l’aide d'un levier , le corps de l'alambic eft garni de diftance en dilatance d’oreilles fortes & larges par lefquelles il eft maintenu dans le corps du fourneau, qui, foit dit en paflànt 3 n’a point de cendrier.
- Revenons à notre première conftruétion. On éleve encore le fourneau de oouze pouces ou un pied toujours dans les mêmes proportions, A cette hauteur Distillateur , N
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- 50 U A R T DU DISTILLATEUR:
- on s’eft pourvu d un cercle de fer qui embrafïe exactement Talambic au défaut de fon collet, & on le fcelle en recouvrant le fourneau de maniéré quil n’y ait d ouverture que celle que laifle ce cercle de fer ; mais à mefure que l’on bâtit d’à-plomb pour l’extérieur on ménage en dedans œuvre une voûte douce qui fait que de quarré qu’étoit l’intérieur du fourneau depuis la paillaiïe juf-qu’aux barres tranlverfales, il fe trouve à cette hauteur prendre une forme fonde Sc fe rétrécir vers le cercle qui détermine cette rondeur*
- Vers un des angles du fourneau, prefqu’au niveau des barres tranlver files, on ménage obliquement un foupirail qui vient s’ouvrir fur le fourneau, & qu’on termine par un tuyau de* poêle , dont le diamètre doit être proportionné à celui de la porte du cendrier, fins quoi l’on ftroit infeété de la fumée du bois qui doit brûler quand les fourneaux travaillent ; car on ne doit pas oublier qu’il s’agit de deux fourneaux qu’on éleve enfemble, Sc que ce que fai dit pour un doit s’entendre de tous les deux.
- On achevé de revêtir l’extérieur de ces fourneaux avec du plâtre fin , Sc le defius avec des carreaux à carreler. On donne ordinairement plus de folidité à ces fourneaux en plaçant de diftance en diftance de bas en haut des bandes de fer d’un pouce de large Sc de deux lignes d’épaifleur que l’on aflujettit avec deux cercles ou bandes pareilles qui, fcellées horizontalement, prennent l’une au niveau du defius de chaque fourneau & l’autre entre les deux portes du mur de face.
- En conftruifint le mur du milieu celui qui fépare les deux fourneaux Sc dont l’épaifleur eft confidérable, on l’arrondit lur fi face de maniéré à former une niche deftinée à recevoir le lèrpentin latéral dont je parlerai inceflamment.
- On eft dans l’ufige d’appeller cendrier l’elpace d’un fourneau quelconque qui prend depuis le loi julqu’à la grille ; on nomme foyer l’elpace contenu entre la grille Sc les deux barres tranfverfiles, parce que c’ejft le lieu où l?on place la matière combuftible ; enfin le laboratoire eft l’elpace voûté du fourneau dans lequel doit plonger le ventre de l’alambic ; & quelle que foit Telpece de fourneau , le lieu qui contient le vafe, creufet, marmite , bafïïne , Scc: dans lequel eft la matière que l’on veut travailler, ce lieu conferve le nom de laboratoire, ( ergaflulum,) en changeant quelquefois de fituation, Sc fe confondant même avec le foyer comme dans les fourneaux de fufion, Gommé dans la conftruélion particulière que nous donnons, le fourneau eft double , on fait en forte que les deux loupiraux fortent chacun par l’angle poftérieur Sc le plus près du mur du milieu, parce qu’on les fait rendre plus aifément à une feule Sc même embouchure fur laquelle on place le tuyau de tôle.
- Le choix des.briques n’eft pas choie indifférente pour un Artifte économe Sc intelligent ; il préféré avec raifbn les briques provenantes de la démolition d’anciens fourneaux , parce qu’étant plus cuites Sc privées de toute humidité elles durent davantage ; à leur défaut, on çhoifit les briques de Bourgogne, Ce
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- IL Partie. De la Préparation en grand des Produits Chimiques, 5 r
- ne feroit peut-être pas une dépenfe fuperflue , quoique confidérabie , d'imiter les Entrepreneurs des grands ateliers, comme de Forges , de Verreries, &c. qui font dans l'ufage de faire faire par leurs propres Ouvriers le mélange de bonne argille, & de la même terre déjà recuite, qu on fait cuire de nouveau , pour la paîtrir avec de nouvelle argille, on répété cette préparation jufqu'à fept fois pour former enfin leurs briques, dont la durée & la réfiftance aux feux les plus violents exigeant moins de reconftruétion, dédommagent bien de cette première main-d oeuvre» Les Fournaliftes de Paris fabriquent à la vérité des briques pour les fourneaux de nos Diftillateurs ; mais elles n'ont fouvent que l'élégance extérieure de la forme , & font d'une pâte groffîere & peu confiflante.
- Pour unir les briques on met entr elles le moins poffible de terre à four détrempée en pâte bien liquide. Le plâtre fe brûlant bien-tôt n'y vaut abfolu-ment rien ; il ne fert qu'à revêtir les dehors , auxquels on donne un air de brique , en les peignant avec de l’ochre rouge ou jaune, & traçant des lignes blanches, qui figurent la pofè des briques les unes furies autres. La terre à four elle-même n'efl: pas préférable à un bon ciment de chaux Sc fable qui feroit bien corroyé ; mais il faudroit laifîer un fourneau confiruit ainfi pendant trois mois fans le faire travailler, pour donner au ciment le temps de prendre corps ; c'efl ce qui fait que la plupart font bâtis à l'argille détrempée*
- Fourneau a Bain de Sable*
- C e fourneau neft,à bien dire, quune Galere d'une très-petite dimenfion * il peut même à la rigueur fe pafïer comme elle de cendrier , & n'être garni que d'une petite chevrette pour placer le bois. Cette obfèrvation convient auffi à tous nos autres fourneaux qui ne doivent chauffer qu'au bois ; on prétend même que de cette façon ils font plus économiques.
- On ne donne ordinairement au fourneau à fable que l'épaifleur d'une brique à fes quatre murs, & un tiers de moins de largeur que n'en ont les fourneaux précédents , c eft-à-dire, qu'il a dix pouces de large fur dix-fept à dix-huit pouces de profondeur, ce qui donne la forme d'un quarré long dont le petit côté eft fur le devant. On ne donne que quatre pouces de haut à fon cendrier & cinq à fix à fon foyer ; ces deux parties font féparées par une grille longue dont les barreaux font efpacés à quatre lignes de diftance ; il importe peu que ces barreaux foient en travers ou dans la longueur ; le cendrier & le foyer ont chacun une porte proportionnée en tôle , & montée fur fon chaffis.
- Le bain proprement, dit confifle en une forte tôle, plus longue Sc plus large que la capacité du fourneau ^afin de pouvoir en relever les bords , Sc on 1 établit de cette maniéré. On trace fur la tôle un quarré long qui en pccupe le milieu dans les mêmes proportions du diamètre du fourneau ; cela fait, on coupe les bords vis-à-vis chaque angle de ce quarré jufquau point de réunion
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- 52 L'ART DU DISTILLATEUR»
- des deux lignes tracées qui forment cet angle ; les quatre coupes faites oïi ployé la tôle à coups de marteau en fuivant les lignes tracées ; & quand les bords ainfi ployés font rapprochés de maniéré à former une efpece de boîte , on la pofe for le fourneau en fy enfonçant jufqu’à quatre pouces à-peu-près ; le furplus des bords eft de nouveau reployé en fens contraire pour former un îebord qui pofo extérieurement for les briques ; enfin on achevé de garnir le deffus du fourneau avec un rang de briques , ou des carreaux à carreler.
- davantage de cette méthode de conftruire le bain de fable eft aifé à fentir : lorfque la tôle eft détruite à force de fervir, il n’y a qu’un rang de briques à enlever pour ôter toute la boîte de tôle & en replacer une autre. Cependant quelques Artiftes préfèrent encore la conftruélion foivante. A la hauteur de cinq pouces qui forment le foyer on établit intérieurement une faillie de briques de deux pouces environ, for laquelle on pofe fans l’affujettir une plaque de fer fondu de la dimenfîon requife. On la tient feulement plus courte Sc moins large d’un pouce , pour éviter un effet dont fe font apperçu les Artiftes.
- Le premier effet de la chaleur eft, comme on fait, de dilater tous les corps $ les métaux & le fer entr’autres d’une maniéré plus énergique. Si la plaque de fer étoit juftement de la dimenfîon du fourneau , lorfqu’on l’échaufferoit, elle ne manqueroit pas en fe dilatant de pouffer les briques , & par conféquent de détruire la bâtifle. En la tenant plus étroite , l’effet de la dilatation ne trouve aucun ôbftacle* & n’a rien à repouffer ni à renverfer.
- J’ai vu dans le laboratoire de M. Léguillé , au fauxbourg S. Martin, deux très* grands fourneaux à bain de fable, dont le bain eft fait avec un plancher de briques taillées en bifeau for les côtés , pour s’agencer & fe foutenir mutuellement en forme de voûte plate. Le premier rang tient dans l’épaiffeur des murs du fourneau de maniéré à faillir du tiers de leur largeur , & elles fervent d’appui à tout le refte de la voûte. M. Léguillé qui eft l’Auteur de cette efpece de bain de fable, trouve que fon plancher n’eft pas trop épais , & vaut mieux que tout autre fait avec du fer ; ce dernier fe détruit Sc dégrade le fourneau plus ou moins vite.
- Je n’infifterai pas ici ni par la fuite fur le befoin de portes de tôle , Sc d’un foupirail, parce que c’eft une chofe eflentielle à tous les fourneaux, Sc que leurs dimenfions, leur polition, fe comprennent aifément par le détail de chaque efpece de fourneau.
- L’expérience a démontré aux Diftillateurs qu’avec un fourneau à bain de fable conftruit dans les proportions que je viens de décrire, on fait avec un dixième de voie de bois autant de befogne qu’on en feroit avec une voie de charbon ; ce qui fait une économie de plus de moitié dans la dépenfe, fans compter celle du temps , la flamme du bois chauffant bien plus énergiquement que le charbon.
- Quelques
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- II. Partie. De la T?réparation en grand des Produits Chimiques ; '&c. y 3 Quelques opérations dont je parlerai dans la troifieme Partie s'exécutent en 'Angleterre dans des efpeces de marmites de fer , plus profondes que larges 9 pofées fur le fourneau par un rebord. Les Anglois nomment ces bains des Pots à able . Ils y trouvent la facilité d’enfabler profondément les, vaiffeaux fublimatoires ; mais nos marmites de fonte placées à demeure , nos bains de fable un peu profonds, ont le même avantage que ces pots à fable, qui ne paroiflent commodes que pour quelqu’objet de petit volume, 8c dans ce cas le premier creufet large & bas fait l’affaire.
- Afin de n’y pas revenir dans la defcription d’opérations qui s’exécutent dans le fourneau à bain de fable, j’obferverai ici qu’on préféré pour charger le bain , une efpece de fable connue fous le nom de Sablon dEtampes ; mais qu’en général tout fable fin & d’un grain uni, quel qu’il foit, peut fervir, pourvu qu’on ait la précaution de le faire rougir avant de s’en fervir la première fois. Le fable eft fujet à tenir des grains de la nature du caillou qui s’éclatant fortement fe-roient dangereux pour les vaiffeaux de verre qu’on y place. Une fois rougis, ces cailloux ont fait leur effet , 8c les vaiffeaux ne font plus en danger d’en être maltraités.
- Fourneaux a Bajjrie*
- O n conffruît ordinairement deux fourneaux à-peu-près pareils à côté fun de l’autre. Quelquefois on fe difpenfe de leur donner un cendrier \ mais il eft mieux d’en faire un qui meme ait le double de hauteur. Ainfi on donne douze pouces de hauteur au cendrier, 8c fix pouces au foyer ; le refte du fourneau eft élevé de cinq pouces 8c circulairement, de maniéré à faire pour l’un des deux une efpece d’évafement de feize à dix-fept pouces de diamètre terminé par un cercle de fer garni de trois oreilles fur lefquelies doivent pofer les marmites 8c baflines ; les oreilles font placées quelquefois fur le bord extérieur du cercle en faillant au-deflùs du fourneau, d’autres fois elles font arrangées de haut en bas en s’avançant vers le centre & le foyer du fourneau. Quelques Artiftes fe contentent de ménager fur la circonférence qu’occuperoit le cercle de fer , trois efpaces placés à des diftances égales , de deux pouces de longueur 8c d’un pouce 8c demi de largeur qui viennent fe perdre dans l’intérieur du fourneau , & font, lorfque la bafline eft placée, autant de petits foupiraux, qui dif» penfent de faire un foupirail ou cheminée pareil à ceux des autres fourneaux,
- 8c dont à la rigueur on fe paflê dans l’efpece que je décris. Un de ces fourneaux n a quun cercle de fer fans oreille 8c fert principalement à placer l’appareil dont j’ai parlé en décrivant le troifieme Procédé pour faire l’Efprit-de-nitre. Ce fourneau garni de la piece de terre 8c du dôme que j’ai décrits alors, fait un vrai Fourneau de Réverbere , dont les ufages font aflèz nombreux pour mériter d’ê^ .tre remarqués ici.
- Les autres fervices quon tire de nos deux fourneaux à baftlne, font de rece-Distillateur , Q
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- voir, les marmites, chaudières , baffines, qui pofènt fur le cercle de fer ou plongent dans le fourneau jufqu’au tiers de leur hauteur ; comme ces marmites* Scc , ne font pas toutes d’une égale capacité, on a des triangles de fer de différente grandeur, pourvu que leurs oreilles puilfent poler fur le rebord intérieur du fourneau, & on choifît dans l’occafîon celui qui convient à la grandeur du vafe qu’on veut faire travailler.
- A côté de ceux-ci on conftruit un autre fourneau, qui leur reffemble en tout," & dont le laboratoire eft rempli par une marmite de fer , enchaffée par fes oreilles, & cimentée à demeure dans le fourneau. Comme cette marmite eft particuliérement deftinée à la fonte du fàlpêtre , on prend toutes les précautions portables pour éviter qu’il ne vienne à y tomber, lorfque le feu eft allumé , la plus petite étincelle. Cette marmite peut néanmoins fervir au befoin, pour diftilier au bain de fable, pour faire quelques fiiblimations, ou même pour évaporer des liqueurs chargées de fel , &c.
- Y
- Fourneaux de fujîon & de forge.
- Comme les deux fourneaux dont il s’agira ici, ne chauffent jamais au bois, 8c que d’autre part ils doivent être confiants de maniéré à pouvoir donner la chaleur la plus vive ; on pourra y remarquer une différence notable , par la defeription que je vais en faire.
- Les fourneaux qui vont au bois ont un cendrier plus petit que n’eft le foyer,1 & n’en ont même pas toujours ; les fourneaux à charbons ont le foyer plus petit que n’eft leur cendrier. La raifon de cette différence tient à la matière du chauffage. Le bois en chauffant darde une flamme d’autant plus vive que les fluides qu’il cônferve toujours font plus vivement réduits en vapeurs ; il n’a par conféquent befoin de l’air extérieur que pour aider feulement la flamme à s’entretenir 8c pouffer les fumées par le foupirail ou cheminée. Cette flamme frappe les corps qui font expofés à fon aélion avec une énergie comparable à fa vivacité plus qu’à fa mafle. Les charbons au contraire ne chauffent que par ieuffmafle ; & pouvant fe confumer fans flamme , ils ont befoin d’un courant d’air, tant pour demeurer incandefcents que pour communiquer leur chaleur aux corps- qu’ils environnent. Ce courant d’air, plus il eft aélif, plus il porte d’humidité qui fait naître la flamme & augmente la chaleur. Or rien n’eft plus pro-, pre à procurer ces avantages que les vaftes cendriers; ils nuiroientau contraire à la combuftion du bois en lui donnant occafion de fe détruire trop vite, & à la flamme celle de porter peut-être fon aélivité au delà du corps fur lequel elle doit agir.
- . Un fourneau de fufion eft une efpece de tour quarrée dont chaque mur a l’épaiffeur de deux briques. On lui donne dans œuvre de huit à feize pouces de diamètre , & il porte dans la fuppofition du laboratoire que nous décrivons j deux pieds de haut ; la grille ne fe pofe qu’à la hauteur de quinze pouces ,
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- IL Partie. De la Préparation en grand des Produits Chimiques , &ù.
- & les neuf pouces reliants forment le foyer. Le cendrier a fur le mur de devant une ouverture ou fente d’un quart de briqué de largeur, &de dix à douze pouces de hauteur. Quelques Artiftes conftruifent cette ouverture plus large en dehors qu’en dedans , enforte qu’elle reflemble allez bien aux fenêtres des fortereffes. D’autres font vers le bas du fourneau & fur un des murs latéraux un trou en forme d’entonnoir , auquel on ajufte des tuyaux de poêle rampants & qui vont rendre hors du laboratoire , quelquefois dans une cave : cet artifice donne un courant d’air très-vif iorlque le fourneau travaille ; mais il faut avoir loin de murer l’ouverture du cendrier. Labâtifle de ce fourneau a fur-tout befoin d’être maintenue par des cercles de fer. On forme la grille avec des barreaux d’un quart de pouce d’équarriflàge , & elpacés d’un bon demi-pouce, afin que les cendres, le menu charbon ou braifil ne mettent aucun obflacle au courant d’air* Depuis la grille jufqu’à la plate-forme du fourneau on fait en forte que l’intérieur du fourneau fbit arrondi, & même que cet arrondifiement ait la forme d’une portion d’ellipfe, afin qu’avec le dôme mobile qui a une figure pareille f tout l’efpace où doit brûler le charbon ait une figure ovoïde*
- Si l’on ne fe foucie pas de fe fervir de dômes mobiles qu’on trouve tous faits chez les Potiers Fournaliftes, Sc dont les dimenfions font déterminées par celles du foyer du fourneau, on achevé de conftruire une brique d’épaiffeur autour du cercle de fer qui en détermine le diamètre; le mur du fond efbd’à-plomb , 'mais en diminuant infenfiblement de largeur jufqu’à n’avoir plus que celle d’une demi-brique : les deux murs latéraux fe conftruifent de maniéré à venir rejoindre cette demi-brique à angle droit ; & enfin le mur de face , après s’être élevé d’à-plomb , fe continue lùr les deux murs latéraux pour fe terminer avec eux Sc à la même hauteur par une demi-brique , ce qui forme un trou quatre de quatre pouces environ de diamètre. A l’endroit où les murs en queftion s’éloignent de l’à-plomb , on les maintient par une forte bande de tôle, Sc le mur de face ne s’établit qu’apres avoir placé un câdre garni de fa porte de tôle, câdre qui porte les deux tiers de la largeur de ce mur & toute la-hauteur de l’à-plomb. Quelquefois on commence la pente douce des deux murs latéraux dès leur bafe , Sc par cette conftruélion le mur de face ainfi que Ion cadre fe trouvent pofés en pupitre. Comme la porte de tôle de ce cadre eft très-expofée à être tourmentée par la chaleur, on la conftruit ordinairement avec des rebords rentrants d’un bon pouce, Sc on garnit l’elpece de boîte que forment ces rebords avec de l’argilie, & de la brique pilée, dont on fait une pâte qui donne à la porte elle-même un pouce d’épaifteur. Il eft inutile d’avertir que .c’eft par cette porte qu’on introduit le charbon > qu’on place les creufets , qu’on y verfe les mélanges qu’on veut traiter par la fufion, parce que c’eft chofe généralement connue, ainfi que la précaution de placer les creufets fur des e/peces de valets de terre cuite , appeliés des fromages , & de les couvrir de couvercles faciles à enlever avec les pinces# La forme , la matière , le choix de ces
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- VART DU DISTILLATEUR.
- inftrumentS de Chimie font du reflort de l’Académicien refpeélable qui a publié l’Art du Potier Fournalifte.
- Quant au fourneau de forge , û bonté dépend de fon foufflet ; car rien neft plus fimple que fa conftruélion. Sur un maflif quelconque , quon ne conftruit pas en plein, mais avec une voûte comme font tous nos fourneaux de cuifine ; for ce maflif, dis-je , plus long que large, on établit à un de fes côtés un contrecœur folide, d’un pied de haut & de quatre à fix pouces d’épaifleur , en briques bien recuites, ou garni d’une forte plaque de fer fondu. Cette plaque eft trouée ou échancrée à un pouce Sc demi au-deffus du niveau du maflif dans ce contre-cœur , & par ce trou pafle un canal long & étroit connu généralement fous le nom de Tuyère, dont le diamètre dépend de la capacité du foufflet. Cette tuyere ou tient immédiatement a ce qu’on appelle le neç du foufflet , ou n y] communique que par un tuyau de même diamètre qu’elle, coudé fuivant les circonftances , & dont il eft effentiel foulement d’arrondir les coudes Sc non pas de les tenir à angles aigus ou droits, comme font la plupart des Placeurs de fbufflets de forge.
- La capacité du foufflet neft pas indifférente; plus il eft grand, plus il donne "de vie à la flamme , & fon effet tient à ce que nous difions de la maniéré dont le charbon chauffe & donne de la flamme. Peut-être eft-ce le foui moyen de produire la chaleur artificielle la plus vive ; toujours eft-il certain que pour les. effets il n’y a pas de comparaifon entre un fourneau de Verrerie , par exemple , ou de Faïencerie ou même de Porcelaine, qui chauffent exceflivement, & une forge animée par quatre vaftes foufflets ; on fondra à cette forge des chofos que le feu de Porcelaine n’aura pas même amollies.
- Pour ce qui eft delà conftruélion du foufflet, on en connoîtdedeux fortes : l’un eft connu fous le nom de foufflet à deux vents ; il eft en bois léger, de forme d’un quarré long, compofé de feuillets liés enfomble par des peaux très-minces , & de trois planches, dont une , c’eft celle du milieu, eft immobile, garnies d’une •foupape & du bout dormant d’un reflort ; les deux autres font mobiles, la fo-périeure fans foupape reçoit le bout élaftique du reflort qui la fait tendre à fo lever, & l’inférieure n’a point de reflort, mais une foupape. Au refte une plus longue defcription anticiperoit for l’Art du Boiflelier, Art trop intéreffant pour ne pas mériter fa place parmi ceux que l’Académie publiera. La fécondé efl-pece de foufflet, plus connue des Maréchaux & autres Ouvriers en fer, fo nomme la Vache ; il eft rare qu’on s’en forve dans les laboratoires de nos Diftillateurs.
- On place le foufflet au haut du laboratoire , & on l’aflujétit par fa planche immobile; on établit au-deflus une bafoule dont la branche la plus courte eft attachée par une chaîne à la planche mobile inférieure, qu’on charge dailleurs d’un petit poids pour faciliter le travail du Souffleur. A la branche la plus longue pend une autre chaîne terminée par un étrier ou une poignée, quefaifit
- * celui
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- IL Partie. De la Préparation en grand des, Produits Chimiques, &c. $7
- celui qui fait agir le foufflet. La planche mobile fupérieure du foufflet eft chargée de poids qui faffent une réfiftance proportionnée à l’aétion de Pair qui s’y infinue, & concourt au jeu alternatif de la machine, d’où naît le fouffle continuel qui en fort. L’énergie de ce fouffle dépend du diamètre de la tuyere , de la capacité du foufflet 8c de la compenfàtion de là charge avec i’élafticité du reflbrt.
- Les chofos en place, on a des pièces de terre cuite demi-circulaires, d’é-paiffeurs & de diamètres différents, qu’on nommefer à cheval, parce qu’en effet ils en ont la figure. On place vis-à-vis de la tuyere celui qui convient au volume du creufet qu’on veut chauffer , & voilà le fourneau de forge conftruit ; il ne s’agit plus que de placer le creufot, de fenvironer de charbons qu’on allume, 8c de faire mouvoir le foufflet. . .
- Les Artiftes économes ne manquent pas de fo procurer de CQs/ers à cheval en fer, ceux de terre cuite font trop fojets à fe brifor.
- Comme je me fuis fort étendu for les détails de conftruélion, pour le premier fourneau dont j’ai parlé ; j’ai évité les répétitions, en fupprimant pour les fui van ts les mêmes inftruélions détaillées.
- On doit fe fouvenir que j’ai fuppofé un laboratoire en grand , dans lequel deux perfonnes peuvent être occupées journellement; j’ajoute que j’ai pris pour les fourneaux une dimenfion moyenne. Avec le nombre de fourneaux que je viens de décrire , un Diftillateur eft en état d’exécuter non-feulement les opérations qui vont être expofées dans cette fécondé Partie, mais encore plufieurs de celles dont il fera queftion dans la troifieme.
- Des Alambics; ' 1
- Les vaiiïèaux ou inftruments les plus eflentiels pour les travaux qui font l’objet dont nous devons nous occuper dans cette Partie , font l’alambic & le ferpentin, auxquels il faut ajouter d’autres inftruments moins confidéràbles dont je parlerai à mefore que l’occafion s’en préfentera.
- Je crois inutile de remonter à l’origine de l’alambic ; je difouterai encore moins fi la forme moderne qu’on lui donne eft ou n’eft pas une imitation des Arabes, parce qu’il faudroit diminuer des prétentions de ceux qui paroiflent jaloux de pafler pour en être les inventeurs. L’alambic moderne eft compofé de quatre pièces eflentielles. La première eft une cuve de cuivre étamé qui, contenant cent pintes, doit avoir quatorze pouces de diamètre à fon fond, & autant de hauteur depuis ce fond jufqu’à fon orifice. La piece va en s’élargilîant jufo qu’aux trois quarts de cette hauteur. Là elle eft bombée de maniéré à faire un rebord faillant terminé par un cercle de cuivre jaune tourné, d’un demi-pouce d épaiffeur, & qui a pareillement quatorze pouces de diamètre. Sur la partie la plus bombée de ce rebord, on ménage une ouverture occupée par un tuyau
- Distillateur yêc. P
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- ouvert par fes deux.bouts, qui a deux pouces à-peu-près de long Sc un bon pouce de diamètre ; ce tuyau qui eft foudé à l’ouverture en queftion fe nomme Tubulure , Sc toute la piece de cuivre que nous venons de décrire eft appellée la Cucurbite lorfque l’alambic travaille à feu nud , Sc Cuve quand on la fait fer-vir de Bain-marie. Cette piece doit être d’une bonne épaiifeur, comme d’une lïë ne , de cuivre rouge battu à froid Sc fondée à foudure forte.
- La fécondé piece eft un yafe d’étain, épais de deux lignes environ, devant contenir cinquante-deux pintes, quand la première eri contient cent ; elle a deux pouces de diamètre Sc de profondeur de moins que la première piece ; mais jfon rebord ou collet eft double au dehors, de maniéré que par la moitié de fon épaifleur il pofe fur le cercle de cuivre jaune de la cuve. On fonde extérieurement fur ce collet deux poignées d’étain, comme on en a attaché deux de cuivre fur la partie bombée de la cuve. Cette féconde piece ne fert que dans les cas où l’on diftille au bain-marie , Sc conferve toujours le nom de Cucurbite.
- Ce n’eft pas que pour plufieurs infufions on ne s'en ferve fouvent, ïndépen* damment de fon ufàge pour l’alambic ; alors on a foin d’y ajufter un couvercle plat de pareil étain , qui puilfe le fermer exaélement.
- La troifieme piece qui fe nomme le Chapiteau , eft un cône pareillement d’étain dont la bafe a le même diamètre que l’orifice de la cuve Sc celui de la cucurbite , Sc dont l’épaifleur eft un peu amincie d’abord pour pouvoir s’aboucher avec ces deux pièces en y plongeant de deux pouces; à cette diftance; ce cône eft renforci par un rebord d’étain pareil à celui de la cucurbite, Sc ces deux rebords venant à fe rencontrer quand le chapiteau eft en place , concourent par leurs faces, bien unies fur le tour, à fermer exaélement l’alambic. Le cône s’élève perpendiculairement jufqu’à la hauteur de huit pouces en confervant le même diamètre ; là il s’élargit d’un pouce, Sc forme en s’enfonçant d’un pareil pouce une gouttière , puis il fe termine en pointe, à une dif-tance égale à fon diamètre. Vers un des points de la gouttière on creufè dans là bafe un trou auquel on foude un canal pareillement d’étain, appellé le Becf il peut avoir un bon pouce à fon ouverture, Sc n’avoir que trois à quatre lignes à fon extrémité oppofée, fur une longueur de deux pieds à-peu-près.
- Dans quelques alambics on tient ce canal fort court pour y ajouter à volonté d’autres tuyaux d’étain dont quelquefois le bout eft recourbé.
- Je fuis dans l’ufàge de placer à la pointe du cône qui forme mes chapiteaux un tuyau d’étain de demi-pouce de diamètre; ce tuyau ouvert dans toute fà longueur va par une des extrémités à fleur du réfrigérant dont il va être quef* tion, & de l’autre defcend jufqu’au niveau du rebord intérieur de la gouttière. Ce tuyau dont la portion extérieure eft fermée par un bouchon de liege, me fert à donner iflue à l’air trop dilaté, s’il en eft befbin ; à reverfer la liqueur pour la diftiller de nouveau, ce qu’on appelle cohober ; à remédier, s’il le faut, aux
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- II; Partie. De la Préparation en grand des Produits Chimiques ; &c. yp accidents affez fréquents dont je parlerai au Chapitre VI ; a agiter les matières avant leur ébullition ; enfin j’y trouve plus de commodité qu’à la tubulure latérale; j’en dois l’idée à un Amateur très-intelligent M. le Veillard , Propriétaire des nouvelles Eaux de Paffy.
- On revêt le chapiteau du Réfrigérant, qui eft la quatrième pièce d’un alambic ; c’eft un feau de cuivre étamé , foudé exactement à la bafe du cône , de maniéré à embrafler la gouttière, & dont la hauteur dépaflè d’un pouce en-viron la pointe du cône ; on lui donne une forme agréable en l’évafint un peu plus vers le bas : on place au même endroit un'robinet qui foit du plus grand débit poffible ; quelques Artiftes fe contentent même d’un iîrnple Degor qu’ils tiennent bouché avec un tampon de bois, La place de ce robinet n’eft pas indifférente ; il Faut toujours que l’alambic étant non-feulement monté > mais en place fur fon fourneau , le robinet foit fur le devant, quelle que foit d’ailleurs lapofition du bec. Voici maintenant l’ufage de ce feau ou Réfrigérant. On femplit d’eau froide , pour tenir le chapiteau le moins chaud poffible êc faciliter la côndenfetion des vapeurs qui s’exhalant de la cucurbite, viennent y reprendre l’état fluide, & fe gliffent le long du plan incliné intérieur du cône fe rendent dans la gouttière que forme fe bafe, d’ou elles tombent en liqueur par le bec de cette même gouttière dans le récipient qu’on y a adapté. Gomme cette eau froide du réfrigérant ne tarde pas à s’échauffer , on la fait écouler par le robinet & on lui en fubflitue de fraîche. On trouve un avantage réel à pouvoir dilpofer d’un vafle réfervoir qui puifîe fournir à peu de frais beaucoup d’eau , parce que dans ce cas on rafraîchit le chapiteau de la manière foivante. On ouvre au-deflus du chapiteau le robinet du réfervoir de maniéré à donner un filet d’eau tombante continuellement fur la pointe du cône ; & comme l’eau froide efl; évidemment plus pefante que la même eau échauffée 5 celle-ci fe trouve toujours au haut du réfrigérant, d’ou elle s’échappe continuellement par un degor ou tuyau de cuivre placé au bord fupérieur du réfrigérant ; on le tient affez long pour que l’eau en coulant tombe au-delà des fourneaux, que cette chute ne tarderoit pas à dégrader.
- Des Serpentins.
- O N étoit anciennement dans l’ufege de donner à roiiverture des cucurbb tes, & à la bafe des chapiteaux un diamètre fort étroit ; & on les ' éloignoit lun de l’autre à l’aide d’une colonne de même diamètre en cuivre étamé ou
- en étain, dont la hauteur varioit depuis deux pieds jufqu’à quinze. Ôn voyoit encore un de ces alambics il y a quelques années dans les laboratoires publics; s il s’en rencontre encore, ils ne font plus que des inftruments curieux.
- L intention de leurs Auteurs étoit de déphlegmer les elprits plus énergîque-nient, parce qu’ils penfoient que plus le phlegme avoit haut à monter , plus il
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- étoit obligé de le condenfet en route. D autres ne fe contentoient pas de cette colonne pure & Impie, ils y contournoient une ou deux fpirales qui multi-plioient, fuivant eux, la difficulté de monter pour lephiegme ; Sc c’eft ce qu’ils appelloient plus particuliérement Serpentin. Il exifte dans Paris un monument fingulier de ce préjugé de nos anciens. Un alambic d’une très-vafte capacité eft furmonté d’une colonne à fpirale de feize pieds de haut, le bec de fon chapiteau a cinq ou fix pieds de long ; il fe courbe pour venir plonger dans une vafte piece d’eau où fe trouve une autre fpirale de deux pieds de diamètre, Sc qui a au moins vingt pas ; c eft après avoir parcouru cent vingt pieds au moins que fort enfin l’Efprit-de-vin plus ufé que reétifié.
- Quelques expériences avoient déjà détrompé plufieurs de nos Diftillateurs, & peu-à-peu ces ferpentins coloftàux ont fait place à ceux qui font d ufage maintenant. Qu’on ne les croye cependant pas d’invention moderne. Ray-* mond Lulle les eonnoiffioit, Libavius, Biringuccio, les ont fait graver dans leurs ouvrages ;les Brûleurs d’Eau-de-vie ne s’en font jamais fer vi d’autres. Il eft vrai que leur ferpentin n’étoit pas fi élégant , fi propre Sc fi folide que ceux dont nous nous fervons.
- On fait un feau de cuivre rouge Sc étamé de deux pieds environ de diamètre ; ion fond eft fur un rebord qui le dépafle de trois bons pouces ; il a ordinairement deux pieds Sc demi de haut en le fuppofànt deftiné à nos alambics de cexit pintes : vers Ion fond eft un robinet deftiné au même ufage que celui du réfrigérant ; on le garnit au dehors de deux poignées de cuivre pour faciliter fon tranfport. Dans ce feau font placés deux tuyaux d’étain d’environ un1 tiers de pouce de diamètre , ‘tournés en fpirales, dont on foutient les pas à des' diftances égales par trois tringles d’étain perpendiculaires , auxquelles elles font fondées ; le diamètre des fpirales eft d’un pied ; chaque orifice eft élargi en entonnoir , placé de manière à dépaffier de deux pouces le bord fupérieuif du feau , fur lequel ces deux tuyaux font foudés l’un vis-à-vis de l’autre. Leurs extrémités inférieures fortent vers le fond du feau de droite Sc de gauche du' robinet, en forte que, le feau en place, les deux becs font fur le devant, mais également diftants de ce robinet qui eft dans le milieu précis ; ces deux becs faillent de deux à trois pouces, & on a des ajutages plus étroits , Sc quelquefois recourbés pour placer au befoin & fervir à conduire la liqueur dans les bouteilles quon doit mettre au bas.
- Qu’on s’imagine maintenant nos deux alambics placés chacun dans fon fourneau , & notre ferpentin monté fur une efcabelle & mis dans la niche que fait le mur de milieu de ces deux fourneaux , chaque bec de l’alambic entrant dans l’extrémité fupérieure des fpirales du ferpentin ,<& une bouteille ou récipient à chacune de leurs extrémités inférieures, le réfrigérant ainfi que le feau du ferpentin remplis d eau froide, & Ton aura l’idée de l’appareil d’une diftillation en grand. Les vapeurs quelles qu’elles foient ne feront pas plutôt parvenues dansr
- les
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- II. Partie. De là Préparation en grand des Produits Chimiques, &c. Sï qu'on apperçoit aifément quelles vont fe condenfer, attendu la fraîcheur du réfrigérant, & que s'écoulant par un canal fort court, elles fe trouvent plongées de nouveau dans un bain très-froid, où elles achèvent de fe condenfer, 8c confère vent au fluide qui en réfulte , plus de fes parties tant conftituantes qu odorant tes.
- Ce n’eft pas que la diftillation par le forpentin n'ait quelquefois fes inconvé-; nients, SC j'aurai foin de les faire remarquer dans l’occafion.
- Les Chauderonniers 8c Potiers d’étain font dans l’ufàge de préparer ces fortes d’inftruments lans qu'on les dirige ; mais j'ai cru en entrant dans ces détails faire plaifir aux Artiftes qui n auroient fous la main que des Ouvriers peu intelligent s. On paye ces pièces, depuis quarante fols jufqu’à un écu la livre ; 8c avant de recevoir un ferpentin on eft dans l’ufàge de l'eflàyer : i° , on emplit d’eau les fpirales, pour voir fi elles ne fuient pas par quelqu’endroit ; %°, on y fait tomber une balle de plomb qui doit fortir par en bas fans s'y être arrêtée, fi le canal intérieur eft bien égal 8c uniforme.
- Je ne dois pas infifter for le befoin de pelles , pincettes, fourgons 8c autres uftenfiles dont le befoin eft évident 8c la forme trop connue.
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- CHAPITRE SECOND,
- Gouvernement d9un Alambic pour la dijlillâtion de VEfprit~dè-vïîil
- J'a u r o i s pu, en commençant ce Chapitre , décrire des laboratoires unique* ment deftinés à la diftillation des Efprits-de-vin ; mais comme ils ne font pas de néceflîté ablblue , que les commodités qu'on y trouve ne font point dépens dantes de réglés certaines 8c néceflàîres, je me conte nte d’indiquer Je labora* toire du fuccefleur de M. Camus, rue Saint Denis,près la fontaine du Ponceau $ comme un des mieux diftribués qu'on puifle voir. Je ne m'occupe ici que de la converfion des Eaux-de-vie en Efprit-de-vin, quel que foit le lieu où fe trouve établi l'appareil propre à ce travail.
- Quoique je fuppofe l'Art du Brûleur dPaüX-de-vie décrit par ün autre Chh mille , je ne puis traiter du travail en grand, des Efprits-de-vin, fans faire obfer* ver que ces Brûleurs ou Bouilleurs font des Eaux-de-vie de qualité fingulié^ xement diverfe, quoique brûlées dans le même Pays,
- Indépendamment des Eaux-de-vie de lie 8c de marcs ; il y a-t-élle venue qui fournit une Eau-de-vie d’épreuve , tandis que la foivante, faite du même vin 8c dans la même chaudière, en donne une au-deflous de l’épreuve. D’autre part les vins d’une contrée donnent des Eaux-de-vie agréables, telles font celles de Coignac; d’autres, comme l’Orléanois, donnent une Eau-de-vie plus féche; enfii* les Eaux-de-vie de nos Provinces Méridionales font âcres 8c défàgréables. Distillateur, Q
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- «a VA R T DU DISTILLATEUR.
- Il n’eft donc pas indifférent au Diftillateur de favoir de quel Pays il doit tifer TEau-de-vie qu’il veut convertir en Efprit-de-vin.
- Une autre obfervation effentielle encore, quoiqu’elle tienne aulïi à l’Art du Brûleur d’Eau-de-vie, c eft qu’il dépend de lui de fabriquer fes Eaux-de-vie de différentes forces ; & fans expofer ici comment ils s’y prennent, & les précautions que le Gouvernement a fagement ordonnées pour circonfcrire la cupidité j je me contente d’expliquer, comment le Brûleur & le Négociant s’entendent dans cette branche de commerce. Il y a donc des Eaux-de-vie trois-cinq, quatre-; fept, cinq-neuf3 & fix-onze ; ce qui lignifie qu’avec les Eaux-de-vie ainfidénotn* mées, on fera de l’Eau-de-vie potable, oufaifant preuve aux termes desordon* nances, fi à trois , quatre , cinq ou fix pintes de pareilles Eaux-de-vie , ori ajoute deux, trois , quatre ou cinq pintes d’eau , il réfultera, félon eux, cinq> fept , neuf ou onze pintes d’Eau-de-vie fimple.
- Je ne veux pas difcuter jufqu à quel point une pareille Eau-de-vie fimple différé de celle qu’on auroit tirée immédiatemént de la chaudière dans fon état fimple ; ni quelle porte ce jargon ouvre aux abus; encore moins fi le Fermier $ pris le vrai moyen pour y remédier.
- Efprit-de-vin ordinaire.
- Lorsqu’un Diftillateur fe propofè de fabriquer de bon Efprit-de-vin j non-feulement il choifit l’Eau-de-vie Coignac, mais il donne la préférence à1 celle qu’on appelle fx-onye , parce qu’elle contient moins de phlegme , Sd qu’elle paffe prefque toute entière en Efprit-de-vin.
- Dans chacun de nos alambics on place la cucurbite d’étain en ayant foin dé mettre dàns la cuve allez d’eau pour que la cucurbite y plonge jufqu’auxdeux tiers de là hauteur ; on met dans chaque cucurbite quarante-huit pintes de i’Eau-de-vie qu’on veut diftiller , on la recouvre du chapiteau, dont le bec entre dans l’orifice fupérieur de chaque fpirale du ferpentin ; on lutte les jointu-res avec un linge fin enduit de colle , ou avec du papier pareillement enduit * on emplit le réfrigérant & le fèrpentin d’eau froide , & oh place à l’orifice iru* férieur des fpirales , des bouteilles ou récipients. Quelques Diftillateurs tiennent , pour plus d’exaélitude , fur le dehors & le long de. leurs bouteilles une bande étroite de papier blanc, qui y eft collé, & fur lequel on a marqué par des lignes tranfverfiiles l’efpace qu’y occupe chacune des pintes que peut contef nir la bouteille , en numérotant chaque ligne par un , deux, trois, 8cc$
- Le tout étant en état, on établit un feu clair dans les fourneaux, Sc oh l’augmente infenfiblement, jufqu’à ce qu’on s’apperçoive que le bec des cha-; piteaux eft dune chaleur allez vive; alors il tombe déjà quelques gouttes dans les bouteilles, ou on n’en laifle couler qu’une chopine au plus qu’on retire pour la reverfex fur le champ dans l’alambic. Cette première portion n’eft pas
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- IL Partie. De la Préparation en grand des Produits Chimiques, êc. ’eflentiellement phlegmatique comme dans la diftillation du vin pour avoir dé l’Eau-de-vie ; mais elle a entraîné néceflàirement le peu d’eau reliée dans le chapiteau Sc dans le ferpentin, qu’on a toujours foin debién nétoyer & de rincer avant de s’en fervir, indépendamment du même foin qu’on prend en ceflànt de diftiller.
- Après cette première précaution , on replace les bouteilles & on entoure leur orifice Sc le bec du ferpentin qui y entre avec un linge Amplement humide* Le feu le continuant, la liqueur ne tarde pas à couler en forme de filet, 8c en fuppolànt quarante-huit pintes d’Ean-de-vie fix-onze dans la cucurbite , on a dans chaque bouteille fix pintes de liqueur diflillée ; on la tranfvafè dans de vaftes bouteilles de verre de la continence de vingt à vingt-quatre pin-* tes, entourées de paille nattée , & on l’emmagafine ; c’eft: ce qu’en terme d’Ou-j vrier , on appelle la mere goutte.
- La diftillation fe continue, Sc l’on retire de fuite trente pintes d’elprit qu’on verlé dans d’autres bouteilles, c’eft l’Elprit-de-vin ordinaire. Enfin on continue la diftillation jufqu’à ce que l’eau de la cuve , au lieu de frémir comme elle à fait jufqu’alors , forme des bouillons ; ce qui annonce que tout l’Elprit ell palfé. On réferve cette derniere portion ou pour de l’Elprit très-commun ou pour être reélifié une féconde fois.
- Pendant tout ce temps on ne renouvelle l’eau du réfrigérant que lorfqu’on s’apperçoit qu’elle fume trop confidérablement ; mais quant à celle du ferpen-; tin, il eft rare qu’elle s’échauffe au-delà du tiers de fa hauteur.
- On retire parce moyen les dix onzièmes de l’Eau-de-vie enElprk-de-vin de1 trois qualités.
- Le premier eft très-fuave Sc autant reélifié qu’il eft pofîible , comme on peut s’en aflurer par tout pefe-liqueur qui ne plongera ni plus ni moins qu’il faifoic dans ce premier elprit, quand même on le reélifieroit quatre fois ; ces reélifica-tions réitérées font feulement perdre une partie de l’elprit qui fe diftipe ou fe décompofe , fans améliorer celui qui relie.
- La féconde forte eft: de bon Elprit commerçable * celui-ci pourra bien par une féconde reélification devenir plus Jec, mais il n’acquerrera jamais l’odeur fiiave & agréable du premier.
- Le troifieme enfin eft plutôt de forte Eau-de-vie qu’une Efprit-de-vin.
- Le grand Art du Diftillateur dans cette opération confifte à maintenir fon feu égal Sc pas plus fort qu’il ne faut pour établir le filet, Sc à changer à pro-pos de récipient pour féparer exaélement fes trois fortes.
- Ce premier Procédé n’eft pas le feul; il y a des Diftillateurs qui prétendent avoir un Elprit plus fec & meilleur, entr’autres pour les vernis, en diftillant leur Eau-de-vie à feu nud ; ils fuppriment la cucurbite d’étain, mettent quatre-vingt pintes d Eau-de-vie dans la cuve de cuivre étamé, & fept à huit pintes d’eau. L opération eft beaucoup moins longue Sc il faut convenir qu’au premier
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- C4 VAUT DU DISTILLATEUR;
- produit, les dix premières pintes d’Efprit, font d’un bonne qualité; mais qiieîqu’àfc* tendon qu’apporte l’Artifte, il ne lui eft pas poffible d’empêcher que fon Efprit-de-vin de fécondé forte, & à plus forte raifon le dernier, ne contra&e ou ne conferve une âcreté que lui communique la chaleur immédiate.
- Je ne fais quel préjugé a fait imaginer aux Chimiftes que l’Efprit-de-vin tontenoit quelquefois une furabondance d’huile ; ils attribuent à cette huile une âcreté qu’ont quelques Efprits, & qu’ils ne doivent qu’à la combuftion d’une matière réfineufe. Kunckel a contribué à perpétuer cette erreur en prétendant avoir vu fur de l’Efprit-de-vin noyé d’eau , des gouttes d’huile. vCen’eft pas le lieu de differter plus longuement fur cet objet ; je pourrai prouver ailleurs combien cette opinion eft erronée , & que l’Efprit-de-vin ne contenant ’eflentiellement rien qu’on puifle appeller huile , il n eft pas vraifomblable qu’il puifle y en avoir par furbondance.
- Dans cette opinion , quelle qu’en foit la valeur , ces Diftillateurs reélifient leur Efprit & fur-tout celui de fécondé forte en le noyant dans la cucurbite d’étain avec partie égale d’eau ; & féparent foigneufement la première moitié du produit qu’ils regardent comme pareil en bonté à la mere goutte. Il peut bien être aufli fec ; mais les connoiffeurs ne s’y méprennent pas, fur-tout lorfqu’il s’agit d’en faire choix pour des liqueurs potables.
- On trouve dans quelques Livres de Chimie une énumération de fous-di-vifions des produits fpiritueux, qu’on reélifie fans ceffe jufqu’à ce que la totalité d’une venue d’Efprit-de-vin ait acquis, dit-on , la première qualité de celui que j’ai rècommandé de mettre de côté.
- Tous les Diftillateurs font d’accord que ces fpéculations peuvent être fort belles dans les gros Livres , mais ne valent rien dans de bons laboratoires ni du côté de la chofe ni du côté de l’économie ; le tout fe réduit donc à obtenir trois fortes d’Efprit-de-vin , le premier qui joint une odeur exquife à toute la légéreté & la féchereffe poffible ; celui-ci fort pour les opérations délicates de Chimie & d’OfEce, tels que l’Æther , les liqueurs fines, &c.
- L’Efprit-de-vin de fécondé forte a bien le degré de fécherefle ou de reélifica-tion fuffifante pour être employé dans les vernis 8c autres préparations où il importe feulement que l’Efprit-de-vin ne foit pas phlegmatique. Enfin lorfque la troifieme forte eft tirée de i’Eau-de-vie fix-onze ; il peut forvir aux lampes à Efprit-de-vin & à la préparation de quelques Efprits aromatiques, ainfi qu’il va être dit dans le Chapitre fuivant.
- Efprit-de-vin de Mélaffè.
- Mais avant de quitter celui-ci, je ne dois pas négliger, pour la plus grande utilité dont je défire que foit mon Ouvrage , de parler d’une pratique ancienne à la vérité 8c très-connue dans toute la Flandre, que la difette de vins
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- IL Partie, De la Fréparation en grand des Produits Chimiques > &c. 6$
- 8c par conféquent d’Eaux-de-vie, a rendu plus commune en France vers ces dernieres années ; c’eft la fabrication des Eaux-de-vie & Efprics de mélafTe ou firop de fucre. Les Raffineurs de fucre appellent ainfi la liqueur épaifie , brune, incryftailifable qu on fait écouler des moules, lorfque le fucre eft grené» 8c qu’on l’a Terré. Voyez fur cet objet l’Art du Raffineur de Sucre qu’a publié M. Duhamel.
- On vendoit autrefois Cette mêla fie cinq livres dix fols à fix livres le cent ; elle vaut actuellement vingt-cinq francs, & je fai que le Fermier, voyant i’ufage plus abondant dont elle eft, en a fait cette année une levée confidérable à Orléans pour en augmenter encore la valeur en diminuant fa quantité. Il ne faut pas confondre la mélafie avec le vin de Cannes des Mes, qui fermente fi aifément, ni avec la liqueur épaifie écoulée des moules à caftonade , dont les Colons de Saint Domingue , & autres, préparent le Tafia, dans l’endroit de la fucrerie qu’ils nomment la Vinaigrerie. La mélafie de nos Raffineries Fran-çoifes eft moins vifqueufe , 8c ayant un bien plus grand nombre de codions , paroît avoir fes parties conftituantes d’une ténuité plus grande 8c plus homogène,
- Dans une barrique qui contient quatre cents cinquante à cinq cents pintes, on met fix féaux de mélafie, qui font foixante douze pintes , 8c fix féaux pareils de lie-de-vin , ce qui fait cent quarante-quatre pintes de matière fermen-telcible ; on achevé de remplir la piece ou barrique avec de l’eau plutôt chaude «que froide, 8c on mélange le tout avec un bâton. On ne fe met à travailler que 'dans le mois de Juin, pour continuer julqu’en Septembre , c’eft-à-dire , dans la fàifon où l’atmolphere eft le plus chaud. On a placé les barriques dans un endroit bien expofé à la chaleur , & avec ces précautions la fermentation s’établit très-promptément. Comme toutes les parties de la fubftance à fermenter: font à-peu-près également tendantes à la fermentation , celle-ci n’eft pas plutôt commencée qu’elle s’acheve en trente-fix ou quarante-heures au plus.
- Dès que la liqueur commence à s’affaifler, on n’attend pas quelle le foit entièrement , parce que ce retard fait perdre du produit Ipiritueux ; en général * on tire plus d’Eau-de-vie en prenant les liqueurs à cet inftant où la première fougue eft pafiee, que lorfqu’on les laifie rafleoir entièrement. On charge une chaudière, en tout femblable à celle des Brûleurs d’Eau-de*vie, 8c on établit un feu clair & vif ; au bout du ferpentin eft pofé le petit barril appellé le Bajffiot. Il pafie d’abord un phlegme infipide , puis il commence à devenir un peu Spiritueux ; enfin la liqueur bout dans la chaudière , & il fort un filet continu ; alors on retire promptement la liqueur phlegmatique du Baflïot, qui va quelquefois a trois ou quatre pintes, & on la rejette comme inutile ; on ferme exactement la porte du foyer, & la liqueur continue de diftiller au filet, Lorlqu’on en a re~ tue un peu plus de quatre-vingt-dix pintes ,^on eflàie celle qui pafie, en la répan* dantlur le chapiteau de y préfentant un papier allumé \ fi la vapeur s’enflamme
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- 66 L'ART BU DISTILLATEUR.
- aulîi, ceft une preuve que ce qui diftillé tient encore du fpiritueux, Sc Ton ne cefle la diftillation que lorfque le papier n’allume plus la vapeur. On a obtenu ordinairement de cent à cent cinq pintes d’Eau-de-vie, pour la dofe de mélaftè que j'ai indiquée , & elle fournit en la traitant comme d’autre Eau-de-vie , conformément à ce qui eft dit au commencement de ce Chapitre, de foixante à foixante Sc dix pintes d’Efprit-de-vin. Il eft inutile de répéter que tant pour l’Eau-de-vie que pour fi converfîon en Efprit-de-vin, le Diftillateur a le foin de faire des fraéiions de fon produit, pour ne pas gâter par le mélange des derniers produits trop phlegmatiques, la bonté Sc la force des premières venues. Je ne préviendrai pas non plus que1 l’Eau-de-vie de mélafte , eft toujours âcre & n’a jamais la fiveur agréable qui donnera toujours la préférence à notre Eau-de-vie de vin fur toutes les autres Eaux-de-vie poffibles.
- Deux chofes font eflentielles à obferver dans cette manipulation pour le Chimifte , pour le Diftillateur & même pour le Brûleur d’Eau-de-vie. La première eft la quantité de phlegme qui coulé coujours avant l’Eau-de-vie , Sc qui eft trop grande pour qu’on puiffe l’attribuer , ainfi que je l’ai déjà dit Sc qu’il eft vrai, pour la reélification de l’Elprit-de-vin, à l’humidité provenante des chapiteaux & ferpentin rincés. J’ai été témoin dans une Fabrique en grand, qu’auffi- tôt après une première diftillation finie , ona chargé la chaudière de nouvelle liqueur fans rien laver , ona diftillé fur le champ, & on n’en a pas moins obtenu la première portion de quatre à cinq pintes en phlegme. Indépendamment de cette expérience , on fait que fufage des Brûleurs d’Eau-de-vie eft conforme à mon obfervation ; j’y ajoute que j’ai diftillé plufieurs fortes de liqueurs fermentées , telles que de raifin , de mûres , de cerifes , de cynor-ïhodon, de grofeilles, d’épine-vinette, Sec. que j’avois toutes faites moi-même, avec l’attention d’avoir refliiyé avec la plus grande exaélitude mon chapiteau Sc le ferpentin, d’avoir coulé dans l’un & l’autre de l’Efprit-de-vin très-reélifié, de lui avoir donné le temps de s’écouler entièrement & même de laiffer fé-cher ces pièces ; je n’ai jamais obtenu d’Eau-de-vie qu’il n’ait paffé d’abord un phlegme, plus abondant, quand les liqueurs doivent moins fournir d’Eau-de-vie.
- La fécondé obfervation eft, que pour avoir de l’Eau-de-vie, il faut que la liqueur dont on veut l’extraire foit bouillante 9 fins quoi on n’obtient qu’un phlegme très-peu fpiritueux. J’ai eu la curiofité de rafraîchir fiibitement une chaudière qui bouilloit, & de prendre la liqueur qui a coulé depuis ce refroi-diftement fubit ; ce n’étoit plus de l’Eau-de-vie de la même force : on rallumoit le feu ; la liqueur bouilloit , & le produit reprenoit fi première qualité. J’ai fait fur différents vins l’expérience fuivante : j’en diftillois une quantité au bain-marie Sc à feu très-lent, & une autre quantité à feu nud Sc en la faifint bouillir. Le premier appareil me donnoit un produit à peine fpiritueux, le fécond étoit prefque toute Eau-de-vie de la meilleure qualité. Ceci m’a fait xeconnoître que
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- II. Partie. De la Vrêparation en grand des Traduits Chimiques, <&c. 6 J
- les vins chauds de Rouffillon, Barcelone & autres pays femblables & Méridio naux , ne font chauds que parce que dans le pays on y ajoute de l’Eau-de-vie pour les tran/porter plus furement ; aufïî donnent-ils leur Eau-de-vie avant le phlegme, ainfi que les vins auxquels on les mixtionne. .
- J’infifte fur ces deux obfervations faites en grand, parce qu’elles prouvent Sc développent ce que j’ai dit dans mes Inftituts, que l’Eau-de-vie n’exifte pas dans le vin en tant qu Eau-de-vie, mais quelle eft le fruit de l’aétipn de la chaleur fur quelques parties du vin déjà fermenté; mon intention eft de détruire dans l’efprit des gens honnêtes un préjugé défavorable qu’on a répandu fur ces Inftituts, en di/ant que c’étoit bien dommage qu’ils continfïent trop de choies nouvelles. Il n’y a pas un de ces dommages-là que je ne fois en état de réparer de la même maniéré.
- CHAPITRE TROISIEME.
- Section Premier e. ~l s • " *
- J -• •_ . •
- De la Préparation en grand 9 des Efprits Aromatiques. ~
- f ~ i (
- O N appelle EJprit Aromatique toute liqueur /piritpeufe., quelle qu’en foit la force, chargée de l’odeur d’une ou de plufieurs /übftançes végétales. Les recettes en font fans nombre ; les Diftillateurs fe bornent à préparer celles d,e ces liqueurs qui /ont les plus fimples , ou dont* le débit eft plus répandu. Ainfi l’Eau ou E/prit de Lavande, l’Eau ou Efprit d’Anis, l’Eau vulnéraire Ipiritueufe , l’Eau de Mélifle compofée, paroiftent être les E/prits qu’ils préparent de préférence ; depuis que l’Æther vitriolique & la liqueur anodine minérale d’Hoffmann , /ont devenus plus ufités dans la pratique ; entre ceux de nos Diftillateurs qui ont acheté le droit de faire les Pharmaciens, quelques-uns préparent en grand ces deux dernieres liqueurs. Je vais expofer de fuite leurs Procédés.
- Comme il eft indifférent pour la plupart de ceux qui achètent de pareils Ef-pritsaromatiques, que ces Efprits ayent le degré de féchereffè de l’E/prit-de-vin le mieux reétifié , pourvu que la liqueur foit inflammable , & porte avec elle une forte odeur de ce qui la doit compofër, on trouve ces E/prits à des prix finguliérement différents dans les Magafins, & ce n’eft pas toujours le mieux préparé qui fe vend le plus cher. L’habileté du Diftiilateur & fa bonne foi, dans cette circonftance comme en beaucoup d’autres , ne font pas toujours mifes en confidération par l’acheteur*
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- L'ART DU DI ST 1 LL AT EU R.
- Eau-de-vie de Lavande; ]
- Mettez dans la cuve de cuivre de Falambic les lommités fleuries de la' Lavande des deux elpeces, de celle fur-tout qu on appelle YAJpic. Vingt Ü-; vres, par exemple ; verfez deflus vingt-cinq pintes , tant d’Eau-de-vie fix-onze y que d’Elprit de la troifieme venue, fi vous n’avez pas d’autre occafion d’en avoir le débit. Ayant chargé l’alambic le loir, on le laifle julqu’au lendemain matin? couvert de Ion chapiteau qu’on a luté. Alors , avant de mettre le feu dans le fourneau, on verfe dans l’alambic dix pintes d’eau pure ou d’Eau de lavande» fimple,de l’année précédente , pourvu toutefois quelle n’ait pascontraélé lo-* fleur de térébenthine, à quoi elle eft fort lujette. On procédé à la diftillation comme il a été dit pour l’Elprit-de-vin, fle on met de côté les fix premières pintes, pour être vendues fous le nom dEfprit de Lavande ; on continue de' fliftiller au filet jufqu’à ce qu’il ne forte plus d’Elprit, & c’eft Y Eau-de-vie de Lavande. Comme il refte beaucoup de phlegme, on diftillé encore , en augmentant un peu le feu, pour retirer deux à trois pintes d’Eau, dont la première pinte qu’on réferve eft laiteufe & abondamment furchargée d’huile elfentielle de lavande. Cette pinte fe diftribue avec économie dans les deux portions d’Ef-prits qui ont diftillé; c’eft elle qui y porte vraiment l’odeur ; car ces deux Ef; prits, le premier fur-tout, n’ont par eux-mêmes qu’une odeur très-fuperficielle^
- Ce phénomène tient à ce que l’Efpritde-vin a une légéreté Ipécifique beaucoup plus grande que les huiles elfentielles les plus légères ; enlorte qu’il ne s’élève de ces dernieres avec lui, que la portion la plus légère , ou celle que l’Elprit à rendue plus volatile ; ou celle qui eft naturellement plus approchante de ce que les Chimiftes appellent Efprit recleur.
- J’ai dit qu’on diftribuoit cette Eau avec économie , parce qu’il y a telle perfonne qui veut fon Elprit de lavande plus aromatique que d’autres ne le {ouf-friroient. Ordinairement cette diftribution fe fait ainfi : on met un demi-feptier de l’Eau laiteufe fur les fix premières pintes, & les trois autres demi-feptiers dans les dix-neuf à vingt pintes du fécond produit*
- Eau des Dames de TrefneL
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- I l exifte dans Paris une Eau de lavande fameufe à caufe de la forte odeur de lavande qu elle porte ; on la nomme Y Eau des Dames de Treÿhd, & nos Diftillateurs ne fe font aucun fcrupule de limiter. Si l’on allume une once de cette Eau dans une cuiller d’argent, il refte une grande demi-once dephlegmè âcre, laiteux & même chargé de plufieurs gouttes d’huile. Au lieu d’Eau-de-vie forte, on verfe fur la lavande du vin blanc deux tiers, Sc un tiers feulement d’Eau-de-vie ordinaire ; on laflTe digérer (Jeux à trois jours, & on diftillé à bon
- feu f
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- II. Partie. De la Préparation en grand des Produits Chimiques , &c. feu, fans rien féparer. Il monte plus que moitié de phlegme chargé d'huile eflentielle qui fé refout à la longue avec l’efprit.
- On trouve dans quelques Livres la prelcription fui vante, pour avoir, dit-on ^ les meilleurs Elprits aromatiques ; c’eft de les rectifier, ou diftiller de nouveau fur beaucoup d'eau , pour en féparer, à ce qu’on prétend, une huile âcre quî altéré l’aromat, Sc on donne pour preuve que ces Efprits font meilleurs , l'exi périence de les jetter dans de 1 eau qu’ils ne rendent point laiteufé , tandis que les Efprits faits par nos Diftillateurs la blanchiflent fortement. Quoique l'exemple de l’Eau de Lavande de Trefnel, à laquelle prefque tous les Amateurs de cette odeur donnent la préférence, ajoute beaucoup à l'idée que j’ai, que cette âcre-té d'huile eft une chimere , j'ai cru devoir fur cela confulter les Fabriquants & les Marchands, dont l’intérêt eft d’avoir, au moins pour aflortiment, les meilleurs Efprits poffibies. Ils m’ont tous dit, que cette délicatefle d’écrivain ayoit un peu l'air d’une charlatanerie ; que les meilleurs Efprits aromatiques, ceux qu’on pré-feroit d’acheter, étoient toujours les plus chargés d'odeur , Sc que l'odeur réfi-dantdans l’huile eflentielle, leurs Efprits étoient d'autant fupérieurs qu’ils te-noient plus de cette huile. J’expoferai au Chapitre cinquième une autre méthode pour fabriquer fur le champ des Efprits aromatiques, qui confirme ce que difent les Diftillateurs.
- Ce que je viens de dire de la diftillation de l’Eau & Efprit de Lavande , s’applique naturellement à l’Eau de la Reine de Hongrie, à l’Efprit de Citron, & c. en fubftituant à la Lavande pour la première, les fleurs Sc feuilles du Romarin , & pour le fécond les zeftes frais du Citron.
- Ëau ou Efprit d’Anis; 1
- Il n y a peut-être pas de liqueur dîftillée qui fe prépare plus abondamment chez les Diftillateurs que ï Efprit d* Anis, attendu la confommation étonnante qui s’en fait chez les Vendeurs de Ratafiats.
- On met dans la cucurbite de cinquante pintes, depuis cinq jufqu’à vingt livres de femence d’Anis, bien feche, d’une couleur verte , d’une odeur aromatique , point vermoulue, & de l’année. On emplit la cucurbite jufqu’à fon rebord avec de l’Eau-de-vie fix-onces ou de la meilleure qualité, en y ajoutant une couple de pintes d’eau ; on place & lutte le chapiteau, Sc on établit la diftillation au filet qu’on entretient jufqu’à ce qu’il ait paffé autant de liqueur qu’on a mis d’Eau-de-vie. Les Limonadiers qui préfèrent d’acheter cet Efprit à le diftiller eux-mêmes comme ils en ont le droit, jugent rarement l’Efprit d’Anis par fon degré de rectification, mais par l’odeur & plus encore par la faveur d’Anis dont il eft chargé ; mais comme ils veulent fou vent avoir cet Efprit à très-bas prix , les Diftillateurs en font de plufieurs fortes qui ne varient que par la proportion d’Anis dont on charge la cucurbite , comme je l’ai dit précédemment* Distilla teur , 5
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- 70 VA RT DU DISTILLATEUR.
- Il ne monte dans cette diftillation qu’une très-petite portion de l’huile efîen^ tielle d’Anis , celle qui eft la plus fluide. Les huiles eflentielles de l’Anis , du Fenouil & de leurs analogues , font fujettes à prendre une confiftance folide, 8c ont plus de pefanteur fpécifique que l’eau, au-deflous de laquelle elles fe tiennent. Toutes ces circonftances s’oppofant à ce que l’Efprit-de-vin qui eft d’une tenuité extrême, s’en charge beaucoup, les Diftillateurs tirent fou vent leur Efprit d’Anis à feu nud , c eft-à-dire, qu’au- lieu de mettre l’Eau-de-vie 8c l’Anis dans la cucurbite d’étain, ils les mettent dans la cuve étamée , 8c parce moyen la chaleur plus vive fait monter vers la fin, 8c plus de phiegme 8c plus d’huile elfentielle. Si l’Efprit d’Anis préparé de cette maniéré eft moins coûteux , & plus chargé de fon aromat, la quantité d’huile qui a paflfé eft toujours très-médiocre ; aufli les Diftillateurs vraiment Artiftes ne négligent-ils pas de continuer la diftillation après avoir verfé promptement de l’eau chaude dans la cuve.
- Comme cette manipulation donne un nouveau produit & m’a conduit à des expériences pour tirer avec profit certaines huiles eflentielles , je donnerai dans la fécondé Seéiion de ce Chapitre, l’expofition de tout ce qui concerne les Procédés de cette efpece , toujours confidérés comme objets de commerce fur lefquels un Diftillateur doit être éclairé.
- Eau de MéliJJe compofée.
- Dans la diftillation de l’efpece d’eau compofée connue maintenant fous le nom if Eau de Mélijje y8c qu’on reconnoît dans toutes les Pharmacopées, quelque variés qu’en foient les titres , les Artiftes obfèrvent de fe fervir par préférence de l’Eau-de-vie la plus forte , 8c dans le cas où ils n’en auroient pas, ils prennent de l’Efprit du fécond Produit. Ils ont l’attention de recevoir tous les Efprits qui diftillent, & de laifïèr paflTer un fixieme du total en phiegme laiteux. Le point eflèntiel, pour donner à cette eau toute fà perfeétion, c eft qu’elle ait affez vieilli pour que les differentes fubftances aromatiques ayent pris avec l’Efprit, un ton uniforme d’odeur.
- Lorfque le Diftillateur eft prefle, il concilie en apparence cette perfeétion en laiffànt fa bouteille ou fon matras pendant à-peu-près douze heures dans un bain d’eau tiede, & la faifànt féjourner enfuite durant le même-temps dans une glacière , ou dans de l’eau qu’on frappe de glace. Il faut avoir attention que le matras ou bouteille foit bien bouché avec un parchemin où l’on ménage feulement un trou d’épingle , 8c qu’il refte un bon tiers de fà capacité vuide. Ce Procédé des Diftillateurs imite & perfeétionne ce qu’a obfervéM. Géofroy, l’Apothicaire, fur de l’Eau de fleurs-d’orange. Le féjour dans l’eau tiède en dilatant toutes les parties du fluide facilite 8c achevé la combinaifon des fubftan-ces, odorantes. Le féjour dans la glace en concentrant ces mêmes parties les rend inféparables, & procure un autre avantage dont il fera queftion dans le chapitre fixieme de cette fécondé Partie.
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- IL Partie. De la Vréparation en grand des Produits Chimiques, &c. yr
- Rien n’eft plus commun que cecte Eau de Méliiïe compofée ; on peut s en afîùrer en parcourant le Corpus Pharmaceuticum Junckenii & le Bibliotheca Pharmaceutica Mangeti, Elle a pris en France une réputation nouvelle entre les mains de certaines perfonnes qui font parvenues à lui prêter tant de vertus & à lui donner une valeur numéraire fi exceflîve, que perfonne ne s’eft avifé de foupçonner le piege. Il neft même prefque pas permis d’en vendre à un prix modique fans courir le rifque d’être taxé d’impéritie ou de bafle concurrence.
- Les drogues qui entrent dans l’Eau de Méliflè fpiritueufe , font de la Méliflè feche , deux livres ; Ecorce fraîche de Citrons , une livre ; Coriandre & Noix mufeade, de chacune demi-livre ; Gérofle, Canelle & racine d’Angélique, de chaque quatre onces pour feize livres de bon Efprit-de-vin , qui font à vingt-quatre onces la pinte, dix pintes & deux tiers de pinte, & pour quatre pintes d’Eau de Méliflè fimple, On concaflè ces différentes drogues, on les met infu-fer pendant deux à trois jours dans l’Elprit-de-vin ; on ajoute l’Eau de Mélifie à l’inftant de la diftillation qu’on gouverne ainfi qu’il eft dit au commencement de cet article.
- Quelques Diftillateurs ne fo font pas de fcrupule de fùbftituer de l’Eau pure à l’Eau de Méliflè fimple ; d’autres qui tirent à la quantité , doublent la dofo d’Efprit-de-vin prefcrite & prétendent qu’il n’y en a pas trop pour la quantité de fubftances aromatiques ; d’autres enfin, & l’on en foupçonne les premiers Fabriquants, fongeant plus à l’odeur qu’à la vertu , fuppriment de la recette la racine d’Angélique dont l’aromat a une arriéré odeur défitgréable,
- L’Eau de Méliflè compofée doit être d’une très-grande limpidité, d’une odeur gracieufe & pénétrante ; frottée dans la main elle ne doit pas développer un aromat plus que l’autre, & ne s’évaporer pas trop vite , fans cependant iaiffer d’humidité. On la diftribue dans de petites bouteilles longues , de verre blanc, contenant une ou deux onces de cette liqueur.
- Eau Vulnéraire fpiritueufe.
- Nous n’avons rien à ajouter fur la compofition de cette Eau, finon qu’on la tient moins feche que l’Eau de Méliflè , & que les Diftillateurs ne font entrer dans fà recette que celles des plantes vulnéraires qui portent de l’odeur. Je ne dois cependant pas paflèr fous filence deux pratiques différentes qui font en ufo* ge, tant parmi les Diftillateurs que dans certaines Communautés Religieufes où il s’en fait un débit aflèz confidérable.
- Les uns verfent fur leurs plantes épluchées, hachées & pilées, autant de vin blanc d’une bonne qualité , qu’il en faut pour quelles y nagent à l’aife. Après quelques jours de digeftion on diftille à feu nud, & on retire d’abord un tiers de vin blanc, qui fe trouve être une véritable Eau-de-vie, chargée de la partie aromatique , on l’appelle Eau Vulnéraire fpiritueufe : fitôt que le phlegme commence à paroître on change de récipient, ôç on continue de diftiller en tenant
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- 7a VA RT DU DISTILLATEUR.
- la chaleur un peu plus vive, juiqu a ce que 1 eau qui pafle ne {oit plus odorante 5 on la connoît fous le nom d9Eau Vulnéraire Jimple, ou à £ eau. Il eft fopperflu de faire obferver l'inutilité du ferpentin dans cette derniere partie de la diftil-lation, Sc le befoin de rafraîchir fouvent le chapiteau.-
- Je crois avoir obfervé que l’Eau Vulnéraire fimple obtenue par ce moyen ; n’a voit pas autant d’odeur que celle préparée comme il va être dit ; mais quelle étoit moins fujette à fe corrompre.
- Dans le fécond Procédé on fait macérer les plantes vulnéraires dans l’eau , & lorfqu’011 vient à diftiller à feu nud & aflez vif s Sc fans ferpentin, on met de côté les quatre premières pintes du liquide qui diftille ; il eft ordinairement laiteux Sc chargé d’huile furnageante ; on ajoute à ces quatre pintes, autant de bon Efprit-de-vin du fécond produit, & l’on a huit pintes d’Eau Vulnéraire fpiritueufe. On continue la diftillation , & ce qui pafle eft de lEau Vulnéraire fimple ; mais j’anticipe fur ce qui doit être traité dans le Chapitre fiiivant.
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- De £ Ether & de la Ligueur Anodine minérale <£ Hofman, préparés en grand.
- I l fuffit qu’un médicament ait une certaine vogue , pour faire naître l’envie de le rendre , pour ainfi parler, commerçable ; car il y aura toujours cette différence entre les préparations Chimiques faites par les Artiftes chargés d’en faire la diftribution pour l’ufàge des malades, Sc les mêmes préparations faites à deflein de les répandre dans le commerce ; les premiers mettent toute leur application à donner un degré de perfection fupérieur à ce qu’ils préparent , Sc n’y épargnent aucune dépenfe , leur honneur y eft intérefle puif qu’ils font par état, auprès du Malade Sc du Médecin les cautions des médicaments qu’ils fourniflent. Le commerçant au contraire n’a d’autre objet que d’avoir le plus de débit poftible , c eft le principal reflort de là concurrence , aufli lui fufîit-il fouvent que ce qu’il reçoit dans fon magafin porte avec le nom, les qualités les plus frappantes , & que l’Ouvrier qui les lui prépare ait aflez d’adreffe pour lui en livrer beaucoup pour peu d’argent. Sa marchandifo une fois fortie de fes magafins , il n’en répond plus ; ainfi ne rifquant rien pour là réputation , il ne remplit d’autre objet que celui de fon plus grand débit ou de fon plus fort bénéfice. Je ne demanderai pas fi un pareil commerce doit être toléré, puifqu’il y va de la vie des hommes. On ne peut ignorer l’intérêt chaudi que j’ai à en démontrer les dangers ; il y a toujours à rougir pour l’Artifte honnête de voir compter pour rien, fes foins , fes études, û vigilance continuels , Sc d’entendre parler de valeur intrinfeque, comme fi la valeur intrinfeque du métal employé dans une montre, fuffifoit pour apprécier le mérite de l’Horloger*' Une chofe étonnante, c eft que ces elpeces de marchandifos foient achetées dans les Provinces par des gens qui ont .exercé la Pharmacie dans les
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- II. Partie. De la P réparation en grand des Produits Chimiques, &c. 73 grandes Villes, Sc qui ont plus de loifîr qu'il ne leur en faut pour s’occuper , s’ils le vouloient, à préparer des remedes certains , au lieu d’acheter des mar-chandifes infidèles, à laide defquelles ilsabufent de la confiance de leurs Concitoyens.
- Ces réflexions générales font finguliérement placées pour l’objet que je traite dans cet article. Depuis que l’Ether vitrioliquç & la liqueur Anodine minérale d’Hofman, font devenus un médicament néceflaire au Médecin , il n’y a pas une boutique d’Apothicaire , en quelqu’endroit que ce foit, qui n’ait l’une & l’autre liqueur , mais combien y a-t-il d’Apothicaires qui ayent fait celle qu’ils débitent ?
- Je ne crois pas néceflaire de décrire ici la maniéré légitime de les préparer; quand je dis légitime , je n’entends pas parler du Procédé que je vais expofer Sc que je tiens pour fort bon, c’eft celui que mettent en pratique les Diftilla-teurs Anglois , Sc que j’ai fouvent exécuté moi-même ; je veux dire feulement que je ne parlerai pas de la méthode adoptée par les Auteurs de la Pharmacopée de Paris, Sc qu’on pratique par toute la France.
- Dans un bain de fable on place quatre cornues de verre de la capacité de fix à huit pintes chacune , 8c l’on fait chauffer le fable en allumant dans le fourneau un feu aflez vif. Pendant ce temps on mêle dans chaque cornue la valeur de deux pintes, en mefure 8c non en poids, d’huile de vitriol du commerce , de cette huile que M. Dozy prétend ne revenir qu’à quatre fols la livre, Sc qui en France doit coûter au Fabriquant fix à fept fols au plus , Sc deux pintes d’Ef-prit de mélafle, ou à fon défaut d’Efprit de grain très-reétifié. On obferve que les deux pintes d’huile de vitriol pefent plus de fix livres, 8c que les deux pintes d’Efprit pefent au plus cinquante-deux onces ou trois livres un quart. On fait le mélange en verfimt d’abord dans la cornue l’Efprit de mélafle, puis l’huile de vitriol en quatre ou fix reprifes ; on agite la cornue, tant pour faciliter le mélange , qu’afin de l’échauffer uniformément ; & dès que la chaleur eft au point de ne pouvoir tenir le vailfeau long-temps dans les mains , on peut ver-fer le refte de l’huile à grande dofe , Sc fans rifque ; on tâte fi le fable a une chaleur à-peu-près égale à celle de la cornue , il vaut mieux qu’elle foit un peu moindre que plus forte; on y place la cornue, on l’enfàble jufqu’à la hauteur de la liqueur ; on y adapte promptement un vafte ballon tubulé par le ventre , Sc à cette tubulure on place ou un flacon ou un autre petit ballon ; on lutte les jointures avec de la veffie môuillée, où l’on laiffe feulement un trou d’épingle. Le petit ballon fe plonge dans un feau rempli de glace ou d’eau très-froide ; on couvre le vafte ballon avec des linges qu’on entretient pareillement le plus froids poffible en les plongeant de temps à autres dans de l’eau froide. On continue le feu en l’augmentant jufqu’à faire bouillonner la liqueur ; alors elle diftilie abondamment Sc en trois ou quatre heures au plus il a paffé près de qu&* rante onces de fluide dans l’un & l’autre ballon.
- Distillateur , &c.
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- 74 VART DU DISTILLATEUR.
- On éteint le feu , & lorfque le tout eft refroidi on enleve d’une part la liqueur diftillée pour la traiter comme il va être dit ; de 1 autre on verfe dans chaque cornue trois pintes d’Efprit de mélafie, qui peut être moins reétifié que le premier. Le mélange s’échauffe de nouveau ; on replace & on lute le même appareil, on établit la diftillation comme dans le premier, on réitéré ce Procédé jufqu’à fîx fois, en ajoutant à chaque fois trois pintes d’Efprit de mélaffe , en remuant le mélange, & en mettant de côté le produit de la diftillation , ce qui fait dix-huit pintes d’Efprit de mélaflê qui diftillent fur deux pintes d’huile de vitriol., fans compter les deux premières pintes réfervées pour eh faire de l’éther. Dans cette fuite de diftillations , on remarque que la chaleur diminue à chaque mélange , & que durant les dernieres diftillations, on eft obligé de diriger le feu plus doucement pour éviter des foubrefauts qui arrivent dans la liqueur <3t feroient pafïer hors la cornue de la matière colorante.
- Les dix-huit pintes mifes en diftillation fuccefïivement font autrement altérées par l’acide vitriolique, qu’elles ne le feroient fi on les mettoit toutes à la fois ; parce qu’à chaque opération l’acide vitriolique reprend un degré de concentration qui lui donne une énergie qu’il n’a jamais en tant qu’acide délayée Ces dix-huit pintes en ont produit à-peu-près quinze ; on les met dans un alambic ordinaire monté pour le bain-marie ; au fonds de la cucurbite on met environ quatre livres de ce que les Anglois appellent de la cendre gravelée 3c qui eft notre potaffe ; ils diftillent au ferpentin , comme fi c’étoit de rEfprit-’ de-vin ordinaire.
- Comme on a mené quatre cornues pareilles à la fois , il s’enfuit qu’on à à-peu-près foixante pintes de liqueur à reétifier à la fois, dont on retire près de cinquante, Sc c’eft ce que les Anglois diftribuent dans f Allemagne & dans la Hollande fous le nom de Liqueur minérale Anodine d’Hofman, dans le prix de deux à trois fchellings, ou quarante-deux fols , à trois livres trois fols dq notre monnoie pour la livre.
- Pour apprécier au jufte cette liqueur, ce n’eft que de l’Efprit-de-vin légèrement éthéré & chargé d’un peu d’huile douce du vitriol , qui n’ayant été diftillée dans aucune occafîon, fie diflout à chaque fois dans la nouvelle dofe d’Efprit de mélaffe qu’on y ajoute.
- Quelque loin qu’il y ait de cette liqueur Angloife à la véritable liqueur d’Hofman , encore eft-elle dans fon genre plus parfaite que n’eft celle que vendent les Colporteurs en France. Sur une pinte d’Efprit-de-vin on verfe un gros d’huile douce de vitriol, & fouvent l’Efprit eft tiré des Eaux-de-vie de vernis ; voilà ce que des Apothicaires de Province achètent & vendent, voilà ce qu’ofent préparer, je ne dis pas des Ouvriers obfcurs, mais des gens qui .prétendent à la plus haute réputation.
- Il eft temps de paiTer à la reélification de la liqueur obtenue par la premiers diftillation. Les quarante-deux onces de liqueur fournie par chaque cornu
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- II. Partie.. J9<? la T réparation en grand des Produits Chimiques , &c. donnent pour les quatre cornues près de neuf livres de fluide à reélifier. On met le tout dansune vafte cornue avec deux onces au plus, de gravelée Angloife, & Ton diftille au bain de fable à un feu extrêmement doux ^ de maniéré cependant qu’il y ait un léger frémïflement dans le fluide. L’appareil du récipient eft le même que pour la première diftiilation. On celle lorfqu’on voit que les ftries qui fe forment dans l’intérieur de la cornue, ont une certaine onéluofité qu’elles n’ont pas dans le commencement. On retrouve ordinairement de fix à fept livres d’Ethcr, ce qui donne à-peu-près la moitié du poids de FEfprit de nié-' îafle. La nature de cet Efprit concourt avec la dofe d’huile de vitriol à fournir cette grande quantité d’Ether , que FEfprit reÙlifié du vin ne fournit jamais ; cet Efprit eft encore la caufe de la quantité allez confidérable qui fe forme d’huile douce de vin ou de vitriol, & qu’on obtiendroit fi l’on vouloit en continuant la première diftiilation, au lieu d’y verfer de nouvel Efprit ; mais ce n’eft pas le lieu de diflerter fur la nature ou l’origine de cette huile.douce.
- L’Ether obtenu par le procédé Anglois efl: à toute épreuve , c’eft-à-dire , qu’il fumage l’eau & qu’il fe diflipe fans laifler d’humidité. Il n’a qu’un défaut , c’eft de porter avec lui «une odeur bitumineufe qu’on a eflàyé en vain de lux enlever en le noyant dans l’Efprit-de-vin bien pur & le diftillant de nouveau. - L’Efprit-de-vin demeure, à la vérité, chargé d’odeur, mais l’Ether n’en efl: pas dépouillé, parce que ce n’eft qu’en diflolvant une portion de ce dernier que l’Elprit-de-vin eft odorant. Les mêmes qui vendent la liqueur Anodine à nos Colporteurs, leur fournifîent auflî de l’Ether qui fe reffent de leur méthode ; fur fix onces de bon Ether ils ajoutent deux onces d’Efprit-de-vin, & ont grand foin de recommander qu’on ne verfe pas d’eau fur cet Ether dans la crainte , difent-ils, de le gâter , mais, pour dire la vérité, de peur qu’on ne découvre la fraude ; c’eft ainfi qu’ils abufent d’une précaution phyfique publiée par un Ar-.-rifle qui a beaucoup écrit fur cette matière. En effet l’unique moyen de recon-'noître le mélange de l’Efprit-de-vin dans l’éther, eft d’avoir une phiole longue , comme celles où fe débite l’Eau de mélifïè , on y met de l’eau jufqu’aux deux: tiers de là hauteur. On colle à cette hauteur & extérieurement une petite bande de papier ; on achevé d’emplir avec l’Ether foupçonné ; la bouteille bouchée on la fecoue fortement, puis on la laiffe repofer ; l’Efprit-de-vin feul fe mêle à l’eau, & l’Ether dégagé de cet Efprit fumage, ce qui fait remonter le limbe au-deflus de la bande de papier, parce que le volume de la liqueur furnageante diminué, tandis que celui de la liqueur de defîous eft augmenté à fes dé^ pens.
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- VAUT DU DISTILLATEUR.
- Section Seconde,
- De la Vréparation en grand de certaines Huiles effentielles.
- E N parlant dans la première SeéHon de l’Elprit d’Anis , j’ai annoncé une fuite du travail par lequel les Diftillateurs retirent l’huile eflentielie de l’Anis, après avoir obtenu de deflus cet Anis l’Elprit-de-vin chargé d’une très-petite quantité de cette huile ; & je me fuis réfervé de donner fur les manipulations propres à traiter en grand certaines huiles eiïèntielles, des éclairciflements d’autant plus néceflaires, que plufieurs de ces manipulations font mifes en pratique par des gens ifolés, que d’autres font encore un myftere, & que j’ai fait en forte de porter fur le total, les lumières dont une étude affidue & un travail fuiyi m ont pu rendre capable*
- Huile ejjentielle d’Anis.
- L e Diflillateur après avoir retiré à feu nud fon Efprit d’Anis fe hâte de ver-fer dans l’alambic autant d’eau chaude qu’il y avoit d’Elprit ; il lupprime le ferpentin dont la fraîcheur nuiroit à fon opération; il augmente le feu & reçoit dans un matras fix à fept onces d’huile eflentielie , s’il a mis vingt-cinq livres d’Anis ; cette huile paffe avec une eau laiteufe & abondante ; il faut obfervec que le réfrigérant foit plutôt tiede que froid ; on place le matras dans un feau plein d’eau froide ; toute l’huile d’Anis fe congele ; on fépare l’eau ; puis à la plus douce chaleur l’huile redevenant fluide , on la verfe dans un flacon pour la conferver : les vingt-cinq livres d’Anis fourniflent par ce moyen huit onces au moins d’huile eflentielie, en comptant celle qu’a diflbut l’Efprit-de-vin. Ce produit m’ayant paru plus abondant que lorfqu’on diftille l’Anis immédiatement à l’eau , fans l’avoir traité d’abord avec l’Elprit-de-vin , j’aî fait fur d’autres huiles quelques expériences qui tiennent de trop près à l’Art du Diflillateur pour les négliger.
- Huiles de Canelle & de Girofle*
- O n {ait que les huiles de Canelle & de Gérofle indépendamment de leur prix confidérable, font à jufte titre au moins foupçonnées de falfification lorf-qu’elles ont pafle par les mains des Commerçants , & peut-être par celles des Fabriquants. Les Artiftes qui ont elfayé de les tirer eux-mêmes ont été dégoûtés par la petite quantité de produit qu’ils obtenoient.
- Ayant foupçonné que cela dépendoît de l’état réfineux ou peu fluide dans lequel les huiles eflentielles font contenues , foit dans le fruit, foit dans l’écorce d’où l’on veut le tirer ; ayant remarqué d’autre part que l’Elprit-de-vin
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- IL Partie. De la Préparation èn grand des P réduits Chimiques , êc. fÿ en donnant plus de fluidité à l’huile d’Anis étoit la eaufe que les Diftillateurs en obtenoient une quantité fi confidérable ; j’ai ëflàyé d appliquer à la Canelle & au Gérofle la même manipulation que pour 1 huile d Ariis.
- Pomet nous dit que les Hollandois viennent en Picardie acheter les vins/ qui par parenthefe y font très-rares ; qu’ils débondonnent les pièces pour y yer-fer dans ehaque une pinte de liqUeur compofée, dont ils font un fecret ; ils laiflent la bouteille renverfée par le trou du bondon, & au bout de quelques jours elle fe trouye pleine de la portion la plus fubtile du vin ; ils l’emportent loigneufement & abandonnent le refte du vin qui fe trouve putride & gâté ; avec cette liqueur précieufe ils traitent la Canelle 8c le Gérofle pour obtenir toute l’huile. Voilà jufqu’où va la crédulité du Marchand Pomet : paflons à quelque chofè de plus intéreflant*
- J’ai fait mettre en poudré groflîere quatre livres de Canelle, j’ai arrofé cettë poudre , 8c je l’ai mife dans la cuve de l’alambic avec une chopine au plus de bon Efprit-de-vin , autant qu’il en a fallu pour la mouiller feulement. Au bout de deux jours j’ai ajouté douze pintes d’eau , 8c j’ai diftillé fans fèrpentin à une chaleur allez vive , avec le foin de ne pas trop refroidir le réfrigérant , 8c de yerfer de nouvelle eau bouillante à chaque fois que j’en âvois retiré quatre pintes ; je n’ai cefle de diftiller que lorfque l’eau a paru s’éclaircir ; la diftil-lation a duré près de fix heures , & j’avois à-peu-près douze pintes d’eau laiteufe , au fond de laquelle s’eft ramaflee l’huile que j’en ai féparée avec le plus grand foin ; 8c j’ai obtenu onze gros 8c demi d’huile de Canelle, ce qui fait trois gros moins douze grains par livre.
- La même opération faite fur le Gérofle m’a donné plus de trois onces d’huile par livre, puilque les quatre livres en ont donné treize onces bon poids.’
- Vogel un des plus exaéts Auteurs qui nous ayent donné le poids des huiles eflentielles obtenues par livre de fubftances, ne donne pour la Canelle que deux gros, & pour le Gérofle que deux onces deux gros par livre* Il efl: donc évident que le produit par mon procédé efl: plus abondant ; mais fuffit-il pour dédommager le Commerçant, c’eft-à-dire, pour les lui pouvoir livrer à un prix concurrent de celui qu’il le payeroit à l’Etranger !
- La Canelle donnant trois gros par livre, trois livres donneront une once 8c un gros; or trois livres de Canelle coûtent aéluellement quarante-cinq livres ; ajoutons fi l’on veut douze francs pour la main-d’éeuvrë, cette huile reviendra à einquante-fept francs l’once ; je néglige le gros enfiis, pour rendre le calcul plus aife. Suppofons que quelques elpeces de Canelle, ou quelque défaut de manipulation portalfent l’once au prix de foixante & dix livres, le Commercant efl* encore en état de la livrer à quatre-vingt livres prix acStuél de cette huile luper-fine. Qu’on fubftitue maintenant à la Canelle venue de Hollande, celle qu’on a vue dans Paris il y a cinq à fix ans , & qui a valu depuis cinq livres jufqu’à neuf francs au plus; qu’on autorife nos Négociants dans l’Inde à s’en charger ^ Distillateur f &c* y
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- 78 L'ART DU D1STILLATEUR.
- que l’Artifte compare fon produit en huile avec celui de la Canelle Hollan-
- doife, & Ton verra combien il fera facile d’avoir à bon compte l’huile de Canelle^
- & combien il efl: gracieux pour les Artiftes François d’être fûrs que cette huile a une pureté qu’on n’a jamais été tenté d’accorder à celle qui vient de TE-, tranger.
- Ce que je dis ici de l’huile de Canelle eft bien plus évident encore pour l’huile de Gérofle , & je me flatte d’avoir ouvert aüx Diftillateurs une nouvelle branche de commerce & de travail. Je vais parler d’une autre fubftance bien répandue dans le commerce , & dont la purification a long-temps paffé pour un fecret.
- De la purification du Camphre.
- Quelle que foit la nature des arbres auxquels on doit la lùbftance particulière appellée Camphre, fins difputer ici s’ils font d’une feule & même efpece % ou fi l’on retire cette matière de certains Canneliers & de certains Lauriers , fans même vouloir difcuter fi le_Camphre du commerce efl: femblable, ou en quel point il différé de celui que quelques Chimiftes ont trouvé dans l’huile effentielle du thim, & que j’ai moi-même obfervé dans l’huile effentielle de cubebes J moins difpofé encore à difouter dans cet Ouvrage fi le Camphre appartient aux réfines ou aux huiles eflentielles, ou s’il le faut regarder comme un corps a part ; il nous fuffira de dire que la traite du Camphre brut fe fait par Sumatra SC Borneao , & que ce dernier efl: plus onétueux , moins fec que celui de Sumatra ; c’eft un compofé de petits corps ifolés blancs, folides , demi-tranfparents * il efl friable, & répand une forte odeur quand on le chauffe ; il brûle & s’enflamme avec une lenteur & une efpece d’obftination qui permet difficilement < de l’éteindre avant qu’il foit confomé. Il efl mêlé de morceaux de paille , de bois , de terre Sc autres ordures. Dans cet état on l’appelle Camphre brut,
- & depuis que les Vénitiens ont abandonné plufieurs branches de commerce les Hollandois font les feuls qui le prennent fous cette forme pour le raffiner chez eux.
- La Raffinerie du Camphre a long-temps été regardée comme un fecret * tandis que ce n’étoit qu’un myftere d’Ouvrier. La préoccupation à cet égard a été fi grande qu’un de nos Chimiftes9 qui dans fon temps a fait beaucoup de bruit 9 a prétendu que les Hollandois fe contentoient de faire fondre le Camphre 9 Sc que c’étoit pour en impofer qu’ils donnoient aux pains de Camphre la forme convexe, & le bouton qu’on y voit ; il a perfifté dans fa prévention, même après avoir vu le travail des Hollandois exécuté par M. Bomare, qui ayoit eu occafion de le fuivre dans fes plus petites circonftances.
- En expofànt cette méthode , je ne ferai que donner le précis de l’Ouvrage de M. Bomare, & de fes manipulations , dont j’ai été le témoin.
- Le laboratoire qui fert à Amfterdam pour la purification du Camphre eft une
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- II. Partie. De la P réparation en grand dés Produits Chimiques, &c» piece quarrée, plus longue que large, éclairée de dix fenêtres , lavoir, trois fo£ chacun des deux côtés, deux au fond, Sc deux fur le devant à côté de la porte ; elles font toutes à-peu-près au tiers de la hauteur du bâtiment, à prendre depuis le fol, fermées par des chaffis qui peuvent, à l’aide de cordons, s’ouvrir Sc fe fermer à volonté dans leur totalité ; ce détail n’eft pas indifférent : la porte eft grande Sc au milieu dun des côtés étroit du quarré long. L’intérieur eft garni de vingt fourneaux adoffés le long des murs, huit de chaque côté Sc quatre dans le fond. Chaque paire de ces fourneaux a une cheminée commune qui fe perd dans le toit. Le cendrier en eft fort bas ; le foyer qui ne doit être chauffé qu’avec du charbon de tourbe , eft garni for le devant dune porte plus large que haute, Sc peut tenir au plus un tiers de nos boiffeaux de charbon ; for le foyer eft établi à demeure un pot à fable de douze pouces de diamètre for cinq de profondeur ; chaque fourneau a encore au-deflus de lui, attaché contre le mur, un petit thermomètre à Efprit-de-vin for lequel font marquées en traits fort apparents les hauteurs auxquelles la liqueur doit être dans les différents inftants de l’opération.
- Sur le devant du laboratoire, c’eft-àdire, aux deux côtés de la porte, font deux grands mortiers de fer fondu qui fervent à faire le mélange dont nous allons parler ; dans le milieu eft une table longue ; & l’efpece de grenier que forme l’efpace entre le toît Sc le plafond du laboratoire fort de magafin pour ferrer entr’autres les ballons ou vaiffeaux foblimatoires qui font d’un verre blanc Sc mince , ayant la capacité de huit à dix livres, Sc d’une forme fphérique applatie par le col Sc, le fond ; ce col a lui-même trois à quatre pouces de long for un pouce d’ouverture.
- Deux Ouvriers foffifont pour la conduite d’un laboratoire tel que je viens de le décrire ; un d’eux, qui eft le chef, prend tantôt partie égale de Camphre brut de Sumatra & de Borneao , tantôt deux parties de celui-ci contre une de Sumatra , félon le degré de féchereflè Sc d’onétuofîté qu’il remarque dans chacun de ces Camphres ; fon Aide les mêle exactement dans les mortiers, tandis qu’il prépare fos ballons ; il tient d’une main un entonnoir à tige courte Sc large, Sc de l’autre une fobille de bois qui peut contenir fîx livres du mélange ; il place l’entonnoir fur un ballon, verfo ce qui eft dans la fobille, &paflè de fuite à un autre ballon: le fécond Ouvrier prend le ballon chargé, le porte dans le pot à fable , & l’en recouvre jufqu’à deux travers de doigts au-deflus de la matière qui y eft contenue : cet ouvrage eft par où l’on finit chaque journée.
- Le lendemain, dès fîx heures au plus tard, on commence à établir le feu dans les fourneaux, vis-à-vis chacun defquels le fécond Ouvrier a placé un panier contenant ce qu’il faut de charbon de tourbe pour parfaire le travail. Pendant ce temps la porte & les fenêtres font exactement fermées ; fitôt qu’en augmentant le feu l’Ouvrier apperçoit les thermomètres montés au plus haut degré necelfaire , il juge que fon Camphre eft fondu Sç commence à fe foblimer ;
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- So *UA R T DU DISTILLATEUR.
- en effet, on voit le long des parois du ballon , dans fa partie vuide, des ftries onélueufes qui retombent fans cefle fur le refte de la matière. L'Ouvrier faifit cet inftant pour ouvrir toutes les fenêtres & la porte , & fe procurer ainfi un courant d'air frais ; il va paffer le doigt autour de chaque matras , pour le dé^, fabler légèrement, & il bouche chaque orifice avec un tampon léger de coton cardé. Alors la partie fupérieure des ballons blanchit intérieurement, les thermomètres baillent, & fitôt quils font defoendus à la ligne qui indique le point de chaleur convenable à la lublimation, il referme quelques fenêtres ou toutes, & tant que l'opération dure, il n'a d'autre attention que de vifiter les thermomètres pour ouvrir ou fermer, félon la circonftance, celles des fenêtres qui doivent procurer le frais à celui des ballons qui en a befoin. L'opération dure ordinairement huit à neuf heures. Quand il ne fe fublime plus rien, l'Ouvrier foififlânt chaque ballon par fon collet, le tire hors du fable 8c le pofe feulement deffus ; puis il ouvre de nouveau porte 8c fenêtres : on retire le feu des fourneaux, & deux heures après on tranfporte les ballons l'un après l’autre fur la table longue , où l'on achevé de caffer le ballon pour en féparer les pains blancs & tranfparents de Camphre rafiné, qu'on enveloppe fur le champ dans une feuille de gros papier rouge dont les bords font repliés dans la partie concave du pain foblimé ; c'eft en cet état que les Négociants le débitent en-’ fuite à leurs Correlpondants.
- Le refte de la journée eft employé à préparer le travail du lendemain, à ra-?
- tiflèr les pains qui auroient quelque faleté , à achever d'enlever ce qui en refte
- quelquefois d'adhérent au verre, à examiner fi ce qui eft au fond du ballon eft
- bien épuifé de Camphre ; ces ratiflures & relies du ballon fo fubliment a part*
- & on attend pour le faire qu'on en ait de quoi faire un travail entier.
- ♦
- Comme l'elpece de verre dont on fait ces ballons eft un peu rare en Hollande, on met à part les débris des ballons, & on les fait paffer au Verrier qui eft dans l’ufoge de fournir la Fabrique.
- L'eflentiel de la purification du Camphre confifte à faifir l'inftant où cette fubftance volatile fe liquéfiant commence à fe réduire en vapeurs ; tandis qu'on le conferve dans cet état dans le fond du ballon, on en rafraîchit la partie fù-périeure pour donner aux vapeurs l'occafion de fe condenfer & de faire une croûte première à laquelle les autres vapeurs s’attacheront plus facilement. Sans cela ces vapeurs trop échauffées confervent l'état fluide , & retombent dans le fond du matras fans prendre confiftance. Cet accident arrivé au Chimifte dont je parfois au commencement de cet article l'a induit en erreur, mais je ne fois ce qui l'y a fait perfévérer.
- Je parle, ainfi que je l'ai dit, d'après ma propre obforvation ; M. Bomare imitant la Raffinerie Hollandoife, faifoit naître 8c dilparoître l'état concret du Camphre fublimé à volonté.
- Pour donner plus de poids encore à ma defoription d'un Art ifolé & ignoré
- prelque
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- IL Partie. De la Préparation en grand des Produits Chimiques, &c. Si prefque généralement, je termine par annoncer que M. Model , Chimifte de Péterfbourg, a fait les mêmes obferyations dans fon laboratoire fur du Camphre brut qu’on lui avoit adrefle ; il a donné le détail de fon travail, en tout fembla-ble à ce qui précédé, dans fon Livre Allemand, qu’il a intitulé Récréations Chimiques, & dont M. Parmentier, Apothicaire Major des Invalides, a fait à ma follicitation, une traduélion, qu’il fo propofe de donner incefîàmment au Public.
- i
- De îextraction en grand de thuile d'Afpic.
- Puisque j’ai'eu occafion de parler de plufieurs travaux fur les huiles e£ fentielles, je ne laiflerai pas échapper celle de parler d’un Art d’autant plus ignoré, que d’une part les Auteurs ont beaucoup contribué à écarter les Savants 8c les Diftiilateurs de la vérité, & que de l’autre on ne fe doute pas quelle efpece d’Ouvriers tient cette Fabrique, & encore moins où ils établif-fent leur laboratoire. Cette huile prefqu’auflî commune que celle de téré~ benthine , avec laquelle prefque tous les Auteurs l’ont confondue , ou l’ont foupçonnée d’être falfifiée , fe prépare en pleine campagne par les Bergers & autres Paftres du Languedoc 8c de la Provence.
- Lorfque l’efpece de lavande appellée Lavande Sauvageon Afpic, qui croît avec profufion fur les coteaux & dans les prairies un peu élevées de ces deux Provinces, eft en pleine fleuraifon, les Bergers viennent à la ville prendre chez les Négociants qui font ce commerce, un grand alambic de cuivre , avec fà tête ou chapiteau étamé 8c un trépied un peu exhauffé : ce trépied eft leur fourneau. Ils s'établiffent dans la prairie près d’unruifleau , 8c les voilà Diftiilateurs d’huile d’Afpic. Ils coupent fur pied les épis fleuris de l’Afpic, en emplif fent leur alambic ; ils y ajoutent de l’eau, placent le chapiteau , allument bon feu avec des plantes feches fous le trépied , 8c reçoivent dans une grofle bouteille de verre , ce qui coule au filet. Lorfqu’ils ont retiré ce que l’habitude leur a montré que donnoit une charge d’alambic, ils vuident leur chaudière , la rempliflent de nouvelle fleur 8c fe remettent à diftiller, foit en changeant de place , foit en allant plus au loin cueillir la fleur d’Afpic, & ils continuent ce manège jufqu’à ce que l’Afpic ne foit plus fleurie. A chaque fois ils ont eu le foin de retirer l’huile 8c de la verfer dans des outres de cuir. La faifon paflee , nos Diftiilateurs reviennent à la ville , rendent leur appareil chimique à fon propriétaire , 8c lui vendent à un prix très-modique le fruit de leur défœuvre-ment. On fait qu’un Paftre ne peut quitter fes troupeaux de vue ; 8c ce travail qui ne les aftujettit pas , eft tout bénéfice pour eux. Croiroit-on que malgré la modicité du prix , il y a encore à fe méfier de ces travailleurs ; ils ont quelquefois la malice de bien remuer l’huile à l’inftant où ils vont la livrer, pour y mêler de l’eau qu’ils y ont laifle exprès ; 8c qu’on leur payeroit pour huile , fi on n’avoit l’attention de laifler repofer les outres deux à trois jours avant de Distillateur, &c. X
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- S2 L'ART DU DISTILLATEUR.
- les dépoter & de pefer l’huile. On y joint le foin de renverfer l’outre pendant ce repos fur l’endroit par où on l’emplit ; lorfqu’on vient à l’ouvrir-, l’eau fort la première , 8c dévoile la petite fraude.
- Cette huile, comme il eft aifé de le préfumer, n’eft pas des plus fines pour l’odeur ; mais elle différé de l’effence de térébenthine par une couleur jaunâtre 8c par fon odeur de lavande. Il eft vrai que je fais quelques Pays où l’on fait de l’huile d’Afpic en infufànt pendant vingt-quatre heures, un quarteron de lavande feche dans une pinte d’eflence de térébenthine. On reconnoît cette fraude en frottant l’huile dans la main. Si l’huile d’Afpic eft pure, l’odeur de lavande refte jufqu’à la fin fi elle eft mêlée d’eftence de térébenthine , cette odeur de lavande fe difîipe la première, & on ne fent plus que la térébenthine. Les Peintres Vernifleurs en emploient beaucoup, & la tirent du pays ou la-chetent chez nos Diftiilateurs d’Eaux-fortes, qui paflent pour en être les Fabriquants.
- On fait pafîèr l’huile d’Afpic , qui vaut dans le commerce de douze à quinze ïols la livre, dans des vafes de cuivre rouge très-minces , ayant une forme quarré long dont les angles font arrondis ; on les nomme des Eftagnons. Ceux pour l’huile d’Afpic tiennent de foixante à quatre-vingt livres. Les* Négociants de Provence & de Languedoc envoient dans des eftagnons plus petits l’Eau de fleur d’Orange, l’eflence de Citrons, 8cc. Il ne faut pas les croire lorfqu’ils difent qu’il y a une différence entre la marchandée en eftagnons & celle en bouteilles ; la différence n’eft que dans le prix qu’ils y mettent, 8c point dans la chofe. Je ne dois pas anticiper fur l’Art du Parfumeur, en ajoutant ici le travail des effences, & les moyens fècrets de les allonger.
- , De thuile de Cade.
- Les mêmes raifons qui m’ont décidé à donner ici cet Art ifolé de la Fabrique d’huile d’Afpic, me déterminent à parler auflî de l’huile de Cade que les Maréchaux achètent chez nos Diftiilateurs. La plupart des Auteurs font dans la perfuafion que c’eft une huile tirée à la cornue ; nos plus modernes ^Ecrivains l’ont dit, 8c cependant voici le fait ; ce font encore les payfàns du Languedoc qui en font les Fabriquants.
- Il y a dans cette Province une efpece de grand Genévrier appellé par les Botaniftes, Juniperus baccârubefcente. On fait un abatis de bois de ce Genévrier, 8c on le brûle fur le lieu. On place les fagots, un bout trempant dans un petit foffé qu’on creufe exprès & qu’on tient plein d’eau ; l’autre bouc eft plus élevé,1 8c c’eft celui-ci qu’on allume ; tandis que la flamme le confume il fuinte par l’extrémité plongée une huile noirâtre & légère qui fumage l’eau ; lorfqu’on a brûlé fucceflïvement tout l’abatis , on recueille l’huile & on la porte en ville. Je n ai pas befbin d’avertir que nos Paftres Chimiftes ont l’inftinél d’arranger
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- II. Partie. De la Préparation en grand des Produits Chimiques, &c. 83
- leur feu de maniéré que le vent ne dérange pas leur appareil, foie qu ils dit-tillent i’Aipic, foie qu ils brûlent leurs fagots de Genévrier.
- CHAPITRE QUATRIEME.
- Dijlillation en grand> des Eaux Aromatiques.
- Quelque nombreufe que foit la lifte des Eaux diftillées, les Diftillateurs dont nous expofons le travail, fe bornent à celles qu’on retire- de^delîus les plantes aromatiques ; encore ne s’occupent-ils que de celles dont lodeur eft plus connue & le débit plus certain. L’Eau Vulnéraire à l’eau qui eft le réful-tat du mélange d’un aflez bon nombre de plantes aromatiques ; l’Eau Rofe Sc celle de Fleurs d’Orange que les Pâtiftiers, les Parfumeurs entre-autres emploient abondamment, font les trois principales que les Diftiilateurs préparent.
- Après ce qui a été dit à l’article de l’Eau Vulnéraire fpiritueufe , Sc fur-tout en indiquant le dernier Procédé, ce ferait tomber dans une répétition inutile, que d’entrer fur l’Eau Vulnéraire à l’eau dans quelques détails ; il fuffit de faire fouvenir ici , quelle eft ou la fuite de la diftiliation de l’Eau Vulnéraire Ipiritueufe , en ayant foin de remplir i’alambic avec de l’eau, ou le produit immédiat de la diftiliation à l’eau dont on a feulement enlevé les premières pintes pour les mêler à de l’Elprit-de-viii, & en faire l’Eau Vulnéraire fpiri-tueqfe.
- iEau Rofe. :
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- Pour diftiller de l’Eau Rofe, les Diflillateurs prennent la Rofe à cent feuilles ; ils en empliffent un alambic en les y foulant même à l’aide de quelques coups de pilon ; ils verfent de l’eau tant qu’il en peut entrer, & placent le chapiteau dont le réfrigérant fe remplit d’eau froide. Le feu doit être clair, point lent, mais vif & cependant d’une chaleur moyenne ; on l’entretient jufqu’à ce que la liqueur diftille au filet, & tombe immédiatement, c eft-à-direy fans l’interpofition du ferpentin, dans la bouteille qui fert de récipient. Lorfque pour un alambic chargé de quarante livres de Rofes, & d’à-peu-près autant de pintes d’eau, on a retiré fix pintes de liqueur ; on garde ce premier produit fous le nom à’Eau double de Rojes.
- Les Rofes alors font amorties, dans l’alambic, & prefqu’en bouillie ; elles font on ne peut plus difpofées à monter avec l’eau , ce qui gâterait le produit. On introduit autant .d’eau que cet amortiflement & la partie de liquide déjà paffée le permettent. On tient le feu égal, l’eau du réfrigérant plus que tiede ; & on retire depuis douze jufqu’à vingt pintes d’Eau Rofe fmple : on eft averti
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- §4 L'ART DU DISTILLATEUR.
- de cefier la diftillation en flairant l'eau qui coule ; dès quelle eft foible ou
- tout-à-fait fans odeur, on retire le récipient, & tout eft fini.
- Je connois un Diftillateur, qui, par une théorie peu éclairée, fait fon Eau de 1Rofes double en verfant dans fon alambic plein de Rofes fraîches , de fEau de Rofes fimple, & il croit que parce quil la diftille deux fois, elle eft double ; il n’en fait pas plus ; aufiî eft-il le feul.
- Les autres Diftillateurs en fuivant la pratique indiquée ci-deflüs, lavent très-bien que toutes chofes égales , la partie la plus tenue de ce qui conftitue l'odeur pafle, 8c la première , 8c le plus abondamment, & que par conféquent le premier produit eft toujours du double odorant plus que celui qui le fuivra, & que cette odeur va toujours en diminuant à mefure que l'on diftille. Les Ar-tiftes qui joignent la probité à l'intelligence , ne tirent pas à la quantité , & aiment mieux cefler de diftilier lorfque l'odeur eft foible, que d'altérer la bonté de ce qui eft pafle en y laiflànt mêler trop de phlegme inodore. Ceux au contraire qui font allez cupides pour donner leur Eau Rofe au rabais, comme à quinze fols la pinte , font prodigues de ce dernier produit inodore.
- Les uns 8c les autres font dans l'ufage de mêler dans un feul & même vaifi-leau tous leurs produits d'Eau Rofe quand le temps de la diftillation èn eft pafle , à l'exception de l'Eau double , & par ce moyen ils ont une Eau Rofe dont l'odeur eft égale.
- Comme plufieurs de nos Diftiilateùrs font dans F ufàge de fournir auflî en grand certaines préparations de Pharmacie; ceux-là, au lieu de jetter le réfidu de la diftillation des Rofes, renverfent la cuve de l'alambic fur un tamis de crin placé fur une grande terrine , & expriment le marc avec les mains, ou même à la prefle ; la décoélion louche , acide, 8c défagréable qui en découle, mêléo; à deux tiers de caflonade & un tiers de miel, devient entre leurs mains un fyrop qu'ils vendent fous le nom de Syrop de Rofes pâles ; je laifle penfer quel fyrop : & je m'abftiens de toute réflexion , afin qu'on ne dife pas fecit indigna-tio verfum. Les Diftillateurs honnêtes font bien éloignés de tripoter ainfi.
- Je me fuis engagé à indiquer dans le cours de cet Ouvrage des manipulations tendantes ou à la perfeélion ou à l'économie. J'ai déjà rempli cette promefle, 8c je vais le faire dans cette nouvelle circonftance pour l'un & l'autre objet.
- Je prends quarante livres de Rofes que je fais piler dans un mortier de marbre avec un pilon de bois ; je les mets à la prefle, & je tire près de quinze livres de fuc , avec lequel je prépare le fyrop de Rofes pâles, en fuivant les mêmes proportions que pour le fyrop de noirprun , c'eft-à-dire, une partie de caflonade fur deux de fuc de Rofes, que je clarifie & fais cuire en confif-tance.
- Le marc qui en réfulte porte avec lui une odeur de Rofes finguliérement développée ; je le fais éparpiller , on le met dans l'alambic , je verfe par-deflus le fuc de Rofes de Fannée précédente, lorfque par hazard il m'en refte, ou à
- fon
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- IL Partie. De la Préparation en grand des Produits Chimiques, êc. 8$ fon défaut de l'Eau fimple, de maniéré que le tout ait la confiftance de bouillie très-claire ; je laiflè macérer pendant vingt-quatre heures ; au bout de ce temps j’acheve de remplir l’alambic, & en diftillant avec les mêmes précautions que j’ai trop de fois indiquées pour y revenir, j'obtiens feize pintes d'Eau Rofe , non-feulement très-odorante , mais finguliérement chargée de la matière fébacée connue fous le nom à!huile de Rojes. Comme cette fubftance , quel-qu’abondante qu’elle paroifle, eft difficile à féparer , parce quelle s'attache aux parois des bouteilles, je fuis dans 1 ufàge , ^orfque toute mon Eau Rofe eft diftil* lée, de la verièr, comme font les Diftillateurs dans un vafe commun ; puis avant de la reverfer dans fes bouteilles de quatre pintes, je mets dans chacune à-peu-près une once d’Elprit-de-vin très-reélifié ; il diflout toute cette matière fébacée, & la répand uniformément dans le fluide , d’où réfulte une odeur plus durable & plus forte. Je crois y avoir remarqué un autre avantage, dont j'ai déjà fait mention dans l'article de l'Eau Vulnéraire au Chapitre précédent ; cette petite quantité d'Elprit-de-vin femble garantir de la moififfure toutes les Eaux Amples. Une pareille Eau Rofe ale double d’odeur qu’a celle des Diftil-laceurs , même celle qu’ils vendent comme Eau double ; il y a donc, comme on voit, dans mon Procédé un double avantage , celui de l'économie & celui de la meilleure qualité de la chofè. Le même marc ainfi privé de fbn fuc, me fert auffi à préparer les deux compofitions Pharmaceutiques appellées l'huile & tonguent Rofat ; mais je ne m'amuferai pas à décrire ce travail particulier quî n’a avec mon but principal aucun rapport évident.
- Eau de fleurs dt Orange,
- O n faifoit autrefois plus qu'à préfènt des Eaux de fleurs d’Orange de qualité & de prix finguliérement variés , depuis deux louis jufqu'à trois livres la pinte ; mais les Diftillateurs du Languedoc en ayant fourni tous les magafins prétendus de Montpellier établis à Paris , dans un prix encore au-deflous de trois livres, puilqu'on en a vu ne valoir que vingt-quatre lois , & que le prix courant eft de trente à trente-fix fols, nos Diftillateurs ont appris d'eux à courir à la quantité en négligeant la qualité.
- L'Eau de fleurs d'Orange des Languedociens, vient dans des eftagnons ; elle eft extrêmement limpide ; elle a une odeur âcre herbacée, tourne facilement à l'aigre ; on n’y trouve jamais d’huile ; pour dire en un mot la vérité fins prévention, le bon marché en fait tout le mérite. Outre nos Diftillateurs, les Confifeurs qui emploient beaucoup de pétales ou feuilles de fleur d'Orange % ainfi que les Officiers de maifon & les Liquoriftes, ont pris l'habitude de dit tiller les calices & étamines de ces fleurs qu'ils rejettoient autrefois ; les Eaux de fleur d’Orange ainfi préparées ayant les mêmes inconvénients que celle des Languedociens, j’ai cherché à découvrir la méthode de ces derniers.
- Distillateur, &c. Y
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- 26 VART DU DISTILLATEUR.
- Leurs Orangers font non-feulement abondants en fleurs, mais encore en jeunes fruits ; la trop grande quantité de ceux-ci nuiroit à la maturité de ceux qu’on veut faire parvenir au dernier période ; on fait donc à leur égard ce que dans nos vergers les Jardiniers intelligents font dans les années d’abon* dance ; ils font main-baife fur de jeunes fruits mal placés, ou qui ne paroiffent pas d’une belle apparence ; les Languedociens en jettant par terre les jeunes fruits des Orangers, les joignent aux fleurs & aux feuilles que le vent ou l’excès de maturité fait tomber ; on ne cueille rien fur l’arbre , on porte à la diftillation les feuilles palfées, les fleurs fanées , les fruits avortés , & voilà ce qu’ils donnent après pour de l’Eau de fleurs d’Orange. Eft-il étonnant mainte^ nant que cette eau foit li tranfparente & d’un goût fi défagréable l Joignez à cela le peu de foins qu’on apporte à la conduite du feu dans la diftilla? tion.
- Nos Diflillateurs de Paris font ordinairement de deux fortes d’Eau de fleurs d’Orange ; l’une qu’ils appellent double , & l’autre qu’ils nomment Jîmple. Ils y procèdent comme nous avons dit pour l’Eau Rofe , avec cette différence qu’ils ne tirent pas leurs deux eaux focceflîvement. Quand ils chargent pour l’eau double , for trente livres de fleurs , ils verfont vingt pintes d’eau & en retirent quinze. Lorfque c’efl: pour l’eau fimple , fur vingt livres de fleurs, ils mettent trente pintes d’eau & en retirent vingt-cinq. L’eau qu’ils obtiennent eft un> peu louche, blanchâtre Sc chargée d’une huile brune qu’on en fépare le plus exactement poflible ; parce qu’à vieillir elle devient confiftante, une partie s’en rediifout dans l’eau, la colore d’une maniéré défagréable & lui concilie de l’amertume.
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- IL Partie. De la Préparation en grand des Produits Chimiques > &c. 87
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- CHAPITRE CINQUIEME.
- Des moyens imaginés pour mafquer les Efprits-de-vin, SC lent
- rendre leur première pureté.
- J l fut ua temps ou les Languedociens & les Provençaux avoient la repu** tation d’être les feuls qui entendiflent à préparer les Efprits odorants ou aromatiques. Efprit de Lavande , Efprit de Thym , Eau de la Reine de Hongrie tout venoit de chez eux. Les effences, pomades de la ville de GrafTe fur-tout y ont confervé encore la réputation dont elles jouiffent, Ils faifoient leurs Ef-prits aromatiques d’une maniéré fort fimple. Leur Efprit-de-vin étant tiré de vins très-liquoreux, eft toujours âcre & fec ; c’eft à quoi on reconnoît les liqueurs de Montpellier ; ils y mêloient à volonté l’efpece d’huile effentielle qu’ils jugeoient à propos, & l’envoyoient avec le nom d’Efprit de telle ou telle plante»
- Comme cette pratique peut être de reflource dans un cas preffé , 8c eft imitée par nos Diftillateurs quand ils ne veulent pas fe donner la peine de diftiller; je fuppofe qu’ils veuillent faire de l’Efprit de Lavande ; ils mettent fur vingt pintes d’Efprit-de-vin de la première force une livre d’huile elfentielle de Lavande & dix pintes d’eau ; le mélange repofé eft clair & d’une fortè odeur.' U faut convenir cependant que ces Efprits faits impromptu, n’ont pas la fi-nefle de ceux qu’on a diftillés, parce que cette opération achevé une combi-naifon qui n’eft jamais qu’ébauchée par le fimple mélange.
- Ce n’eft pas qu’on n’ait pouffé l’art de marier les odeurs dans ces fortes d’e£ prits, de maniéré à y faire pafïer l’odeur fugace des plantes , telles que la jonquille & le jafmin, après l’avoir fixée fur des huiles exprimées ; mais la connoif* fance de ces manipulations appartient à l’Art du Parfumeur, & je n’ai aucun deftein d’envahir fur le travail d’un autre Auteur.
- Nos Diftillateurs n’eurent pas plutôt été en état d’établir une concurrence avec les Provençaux dans cette branche de commerce , que ces derniers s’ap-perçurent que leur confommation diminuoit fenfiblement. On ne continua pas moins de tirer des Efprits de Montpellier , mais avec une précaution qui deve-noit lucrative à nos Artiftes.
- Par une diftinéHon dont on ne peut deviner la caufe , l’Adjudicataire des Fermes ne recevoit à l’entrée de Paris , pour les Efprits odorants de Montpellier qu’un droit très-médiocre ; tandis que l’Efprit-de-vin pur payoit comme aujourd’hui des droits exorbitants. Pour fàuver ces droits, nos Négociants re-commandoient à leurs Correfpondants de ne mettre pour chaque bouteille ou rouleau tenant à-peu-près chopine qu’une goutte d’huile elfentielle quidonnoitlë nom a toute la liqueur ; d’autres fe contentoient de frotter feulement les bouchons
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- :38 L'A itT DU DISTILLATEUR.
- des rouleaux avec cette huile : les Prépofés Tentant Todeur étrangère à celle de l’Elprit-de-vin n’en demandoient pas davantage , & l’Elprit-de-vin entroit fans payer des droits que Tinduflirie trouvera toujours onéreux , puifqu’ils nuifent à là perfeélion, & nécelfitent l’homme indullrieux à ne porter là fagacité que vers la fraude & autres moyens nuifibles à la fociété en général, plus encore qu’ils ne font de tort prétendu au Fermier en particulier.
- Pendant long-temps ces fortes d’Elprits-de-vin ne fervoient que pour le vernis ; leur odeur empêchoit, quelque légère quelle fût, qu’on ne les employât, ou pour les liqueurs potables , ou dans les préparations de Chimie; Un Frere Bénédiélin nommé Frere Mathurin, fut pendant long-temps le feuî qui eût ou qui pratiquât à Paris le fecret d’enlever l’odeur à de pareils Efprits; & ce fecret lui donnoit occafion de faire un bénéfice confidérable, parce que vendant fon Elprit-de-vin toujours quelques fols au-deilous de fon prix courant dans le commerce , il en avoit un débit très-grand. N’examinons pas fi le commerce de notre Moine étoit bien légitime ; ce fut à qui pourroit l’imiter & enfin on s’apperçut que deux livres de cendres de farment délayées dans douze pintes d’Elprit aromatifé de Montpellier , fuflifoient pour fixer l’huile étrangère & donner un Elprit-de-vin diftillé de nouveau , abfoiument inodore* Voici le détail de l’opération.
- On mettoit la cendre de farments au fond de la cucurbite d’étain ; on y verlbit deux taupettes ou rouleaux d’Elprit odorant pour délayer uniformément la cendre ; & quand le mélange étoit bien fait, on achevoit de remplir la cucurbite avec le même Elprit, en le verlant de haut & remuant le total. On pro-cédoit à la diftillation ; fur douze pintes on retiroit la première chopine qui le trouvoit encore odorante & qui fervoit aux Vernis, Baumes, Eaux aromatiques , &c. Les dix pintes qui fuivoient, étoient de pur Elprit-de-vin de la meilleure qualité ; il n’y avoit que la pinte & demie qui pafloit en dernier ,Y qu’il falloit encore mettre de côté, fi l’on vouloir làuyer une laveur amere que cette derniere portion enlevoit & auroit communiquée au total. Un vrai Phyficien conçoit aifément ce qui fe pafîè alors ; la partie la plus éthérée , la plus volatile de l’huile étrangère aidée par l’Elprit-de-vin monte avec lui, & fe fépare du relie; puis ce relie d’huile devenu pour cela même moins volatil , demeure dans l’alambic , jufqu’à ce que la durée de la chaleur , l’effort quelle fait pour enlever les dernieres portions d’elprit qui, je le répété , font toujours moins ténues que les premières, agifîent fur le relie de l’huile, en détachent quelque portion & l’entraînent par le même effort avec ces dernieres portions* Voilà toujours fiir douze pintes d’Elprit, dix pintes d’excellent Elprit inodore ; & les deux autres pintes propres à être employées, foit par le Chimifte , Ibit par le Vernifleur : j’ai dans le temps répété plufieurs fois ce Procédé , & je me fuis allure de Ion fuccès. Je l’ai même étendu plus loin conjointement avec M. Bataille, Apothicaire également recommandable pour fon indullrie 8c pour fa probité ; j® yais en parler dans un inftant,, Nos
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- II. Partie. De la Préparation en grand des Produits Chimiques, &C. 8ÿ Nos Diftiüateurs pofledant le fecret du Frere Mathurin , ne jouirent pas long-temps de leur découverte. On impofa fur les Efprits odorants le même droit que fur l’Efprit-de-vin ordinaire ; enforte que je ne fais mention de cette première induftrie, qu’afin de ne rien laifler à délirer fur l’Art que je décris.
- Depuis ce premier moyen avorté , pour ainfi dire, on fait entrer dans Paris des Eaux-de-vie de la première qualité , fous le nom de Vernis /impies , & qu’on auroit mieux fait d’appeller EJprit a vernis , parce qu’en effet on ne peut difconvenir , rü, que ces Eaux-de-vie ne contiennent des fubftances propres à faire du vernis, comme font Farcanfon , le galipot & autres ; 2°, que la quantité de ces fubftances n’eft rien moins que foftîfànte pour les qualifier vernis , puifque le vernis le plus fimple tient au moins un tiers de fon poids de matière réfineufe , tandis que les prétendus vernis Amples du commerce n en tiennent pas une once par pinte.
- Les conteftations nouvelles entre le Fermier Sc le Négociant à propos de cette elpece de vernis, ont fait naître la curiofité de voir fi , comme le prétend le Fermier, Fefprit qu’on en retire eft de toute qualité, Sc voici l’expérience fort fimple que j’ai eu occafion de faire avec M. Bataille, auquel j’en dois l’idèe toute entière.
- Nous avons mis dans un alambic une pinte de vernis fimple & une pinte d’eau 5 nous avons diftillé à feu nud , avec l’attention de fractionner ou féparer le produit par demi-feptiers ; le premier étoit chargé d’huile & louchifloit avec l’eau ; les deux fuivants étoient de toute qualité , focs , inodores , fo mêlant à l’eau fans y blanchir; le dernier étoit âcre , d’une faveur amere mêlée d’un goût de fuif, Sc louchiflant légèrement l’eau ; nous avons laiffé ce dernier de côté , Sc ayant mis les trois premières portions dans la cucurbite d’un bain-marie , avec moitié d’eau, nous avons procédé à une nouvelle rectification , en ayant le foin de fractionner le produit par deux onces; les deux premières onces blanchiftoient légèrement avec l’eau , mais tout ce qui paflà enfuite étoit de très-bon Efprit-de-vin , tellement bon qu’un Chimifte qui eut occafion de le confronter avec le fien propre, & qui avoit fans doute alors quelque diftraction , prit le fien pour l’Efprit rectifié des vernis fimples. Mais que forviroit à nos Diftillateurs ce nouveau procédé plus fimple & auffi fûr que celui du Frere Mathurin? Le Fermier n’eft-il pas aux aguets pour folliciter à fon profit un impôt foj: cettenouvelle induftrie l
- Ce qui précédé fuffiroit fans doute pour détruire le préjugé où Fon eftque FEfprit-de-vin contient de l’huile, Sc qu’il lui doit fon inflammabilité, quand elle y eft en jufte proportion , Sc fon acrimonie fi elle y eft furabondante. J’ai ofédirele contraire dans mes Inftituts, & le prouver dans mes Cours , ce qui n’empêche pas qu’on ne m’ait fait le reproche de m’être trompé ; il eft vrai qu’on a oublié d’en fournir la preuve. Comme je ne^ tiens jamais obftinément à mes opinions, mon premier foin, lorfqu’on m’a critiqué ? a toujours été de Distillateur > &c, Z
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- revoir fi je ne m’étois pas trompé. Pour cet effet j’ai ajouté à de bon E/prit-de-vin bien reCtifié depuis une goutte jufqu’ à deux gros par once d’huiles effentiel-les les plus odorantes Sc les plus analogues à l’Elprit-de-vin pour la volatilité , telles que i’eftènce de térébenthine, l’huile de Citron, celle d’Alpic & celle de Lavande. En traitant l’Elprit-de-vin par le procédé que je viens d’indiquer, non-feulement l’huile effentielle n’a pas monté avec rEfprit-de-vin , mais elle s’en eft féparée ; enlorte que malgré ce mélange, en le diftillant, l’Elprit reprend là première pureté, & n’en conferve pas la moindre trace d’odeur.
- J’ai noyé une pinte d’Efprit-de-vin dans fix pintes d’eau , dans un vaiffeau fermé ; il ne s’y eft formé aucun atome des prétendues gouttes huileufes de Kunckel; j’ai débouché le vafe, & au bout de huit jours il y avoit quelques taches que j’ai enlevées avec foin ; ce n’étoit rien moins que de l’huile, mais une matière tenace & réfiniforme qui pefoit au plus trois grains ; or la préfen-ce de cette réfine ne fùppofe pas même implicitement celle d’une huile.
- En comparant au pefe-liqueurs l’huile la plus volatile <Sc i’Efprit-de-vin le mieux reCtifié, la plus grande pefanteur de l’huile eft finguliérement fenfi-ble.
- Pour ne rien omettre, fans cependant entrer dans la fuite d’expériences que j’ai confignées dans mon Mémoire Jur les differentes Tables des Rapports, j’ai voulu dépouiller de l’Elprit-de-vin de cette prétendue huile par un nouvel intermède dont on vantoit finguliérement l’efficace pour deshuiler l’Elprit-de-vin» Sc M. Charlard a eu la complailànce de faire avec moi cette épreuve en grand. Nous avons mis dans la cucurbite d’un de fes alambics de l’Elprit-de-vin à rectifier en le noyant de moitié d’eau, & dans la cucurbite de l’autre , le même Elprit-de-vin noyé avec une pinte de lait pour feize pintes, & le furplus en eau ; la diftiilation a été établie en même temps , le feu conduit par la même perlonne , Sc les produits reçus en même temps par chacun des tuyaux du lèr-pentin , & nous avons mis de côté le premier quart. On prétend que rien ne deshuile mieux l’Elprit-de-vin que le lait : le pelè-liqueurs m’a prouvé que bien loin de cela, l’Elprit reCtifié à l’eau étoit d’un quatorzième plus léger que celui reCtifié au lait.
- Si l’on réunit ce précis d’expériences avec les faits expofés dans ce Chapitre ^ Sc ce que j’ai dit dans le lècond Chapitre de cette Partie , rien ne lèra plus démontré que la propofition fuivante : l’Elprit-de-vin ne contient effentiellement aucune lubftance à qui le nom d9huile convienne ; & l’Auteur du Dictionnaire de Chimie a eu bien railbn d oblerver qu’il falloit bien prendre garde à l’abus qu on fait trop fouvent du mot huile, pour défigner des fubftances qui n’en ont aucun caraétere. Uoye^ Dictionnaire de Chimie au mot Huiles.
- Cette légère dilcuffion lèroit luperflue , fi nos Diftillateurs n’étoient des Artiftes bien capables de fentir les moyens de perfection qu’on leur propofè* Sc d’en apprécier les raifons.
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- CHAPITRE SIXIEME.
- Accidents qui peuvent arriver dans les travaux précédents,
- SC moyens dy remédier.
- L e foin des alambics dans les laboratoires de nos Diftillateurs étant confié pour l’ordinaire à des Ouvriers qui ne fe conduifent que par routine, & qui d’ailleurs ont fouvent plufieurs travaux à conduire en même-temps , il n’eft pas poflible que leurs diftillations entr’autres ne foient fujettes à quelques inconvénients. Le plus fréquent eft celui qui naît de leurs diffractions ; un coup de feu inopiné & trop violent fait fouvent gonfler les matières contenues dans l’alambic au point de les faire pafler avec la décoction par le bec du chapiteau : cet accident eft fur-tout fréquent, lorfque la diftillation s’exécute à feu nud , que les ingrédients font en poudre trop fine , ou que les plantes font muqueufes , enforte que les Hofes, par exemple , y font plus fujettes dans leur état entier , que lorfqu’elles ont été mifes à la prefle conformément au procédé que j’ai indiqué : dans quelqu’état qu’on les diftille, elles y font plus fujettes que la fleur d’Orange. Lorfque cet inconvénient a eu lieu, il en réfulte toujours un mal irréparable ; c’efl: l’odeur herbacée que contracte toute l’eau qui diftillera enfuite , & la plus grande tendance à fe corrompre qui s’enfuit.
- Quoi qu’il en foit, dès qu’on s’apperçoit que l’eau qui diflille eft colorée , le premier foin doit être de fupprimer promptement le feu , de laifler couler la liqueur jufqu’à ce qu’elle reprenne fa tranfparence ; alors l’Ouvrier reverfe tout ce qui a diftillé par une des tubulures dans l’alambic, nétoie bien fon récipient , rallume fon feu en le ménageant avec un foin d’autant plus grand que cet accident eft précifément plus prompt à renaître parce qu’il eft arrivé une première fois.
- L’attention à prévenir tout ce travail, en conduifànt bien fon feu , eft bien autrement importante quand on diftille des huiles eflentielles ; une grande partie de l’huile eft réabforbée par la liqueur colorée & acide qui pafle , & le, déchet devient d’autant plus confidérable que les huiles qu’on veut obtenir font plus précieufes.
- Le fécond accident qui puifle arriver aux Eaux diftillées n’eft pas toujours la fuite du premier ; c’efl; cette tendance à contracter la moififlure qui liippofè ou que le feu a été trop vif, fans que pour cela la liqueur ait dépafle , ou que la plante qu’on a diftillée eft trop abondamment vifqueufe. C’efl: par conféquent toujours un défaut qu’écrafer fous le pilon les plantes fraîches (ans les exprimer enfuite. Les premiers Auteurs de la Pharmacopée de Paris, celle qui a été imprimée fous le décanat de Jacques Hardouin, avoient en partie fenti l’avantage
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- du procédé d’écrafer & exprimer les plantes ; mais en mettant indifféremment le fuc récent de toutes les plantes qu’ils vouloient qu’ on diftillât, ils retom-boient dans l’inconvénient que leurs eaux étoient furchargées du muqueux de la plante, 8c par conféquent fufceptibles de fe gâter très-promptement. Cétoit pour prévenir cette inoififfure , que quelques Auteurs prefcrivoient de verfer dans les Eaux diftillées quelques gouttes d’acide fulphureux.
- J’ai déjà eu occafion de faire obferyer dans les Chapitres précédents que pour toutes les Eaux aromatiques , une once d’Efprit-de-vin par quatre pintes , procuroit deux avantages , l’un de diffoudre toute l’huile éparfe , & par conféquent de donner à l’eau une odeur plus marquée & plus confiante , 8c l’autre de les garantir de la mucofité. Ce moyen peut donc être employé avec fuccès pour toutes les Eaux de ce genre ; & je laiffe aux Diftillateurs à fe décider pour celui-ci, ou à continuer l’ufage dans lequel ils font d’expofer les bouteilles pleines d’Eaux diftillées, aromatiques ou non, pendant les trois mois de l’été au grand foleil, en les tenant bouchées d'un fimple papier ou d’une patte de verre à boire. On s'apperçoit qu’au bout de quelques jours elles louchiffent; enfuite elles s’éclairciffent infenfiblement en dépofant une légère quantité de fédiment terreux ; alors elles font plus à l’abri de contraéler aucune mucofité.
- Pour les maintenir dans cette bonne difpofition , il faut obferver de ne jamais boucher les bouteilles pleines d’Eaux diftillées avec des bouchons de lie-ge , fous lequel l’Eau la mieux diftillée ne tarde pas à fe corrompre.
- On a même remarqué , & j’ai eu occafion de l’obferver pour de l’Eau double de fleurs d’Orange , que les Eaux aromatiques qui ont perdu leur odeur quand on les a bouchées avec du liege, reprennent cette odeur fi on y fubfti-tue le bouchon de papier ou quelque chofe d’équivalent.
- Le même moyen d’expofer au foleil les Eaux diftillées, fert efficacement à nos Diftillateurs pour enlever à leurs Eaux Y odeur de Jeu dont eft empreinte toute liq ueur fraîchement diftillée. C’eft une odeur défàgréable , que les ChimifteS appellent l’Empyreume, mêlée de celle de la plante, & de l’odeur que répand un végétal qui brûle. Elle eft le réfultat néceflâire de l’aélion du feu ou violent ou long-temps continué. Cette odeur fe contraéle d’autant plus volontiers qu’il y a'eu dans l’alambic une plus grande quantité de la plante à diftiller ; elle fe paffe. bien à la longue , mais elle eft plus promptement diffipée en expo-fant les Eaux au foleil.
- Cette odeur de feu paroît une fuite néceflâire de la forme & de l’appareil des vaiffeaux diftillatoires. Quelle que foit la chaleur extérieure, celle qui naît dans l’intérieur de ces vaiffeaux fermés de toute part, eft toujours trop confi-dérable ; les vapeurs , avant de fe condenfer ou d’avoir enfilé le bec du chapiteau pour s’écouler , fe refoulent ; 8c on fait de quelle chaleur font capables les vapeurs dans cet état, qui approche plus ou moins de celui qu’on leur donne dans la fameufe machine de Papin. Auffi l’eau la plus pure qu’on diftille feule,
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- Sc fi Ion veut dans des vaiffeaux neufs, contraéle-t-elle cette odeur de feu.
- • Auffi les Efprits-de~vin fait purs , foi-t aromatiques , quoique diftillés au bain-marie , emportent-ils cette odeur qui contribue à leur faveur âcre. Comme nous avons obfèrvé que ce qu’on appelle la mere-goutte paflè à un degré de chaleur ni long, ni vif, on fènt pourquoi cette mere-goutte confèrve toujours l’avantage fur les autres portions du même efprît qui paffent enfuîte, Sc qui demeurent plus long-temps Sc plus vivement chauffées. Qu’ajouteront les rectification réitérées tant recommandées par quelques Auteurs 1 un goût de feu de plus, ou plus fortement adhérent. Ajoutons que la mere-goutte eft compofée de portions les plus uniformément atténuées de l’Eau-de-vie qu’on diftille , Sc que les rectifications ne peuvent jamais donner cette uniformité de ténuité , d’où réfulte la finefle & l’excellence de ce premier produit.
- Le foin de garder long-temps les liqueurs diftillées , fur-tout celles qui étant fpiritueufès, ont en outre leur aromate produit par des plantes diverfes ; ce foin concourt auffi tant à détruire cette odeur de feu qu’à donner un ton plus égal Sc mieux combiné aux aromates divers.
- J’ai indiqué fuffifàmment au Chapitre quatrième , comment on remplit promptement la même intention lorfqu’on eft preffé. Il s’agit d’expofer la liqueur qu’on améliore , d’abord à une douce chaleur , puis à un froid exceffif.
- Dans la diftillatîon des liqueurs fpiritueufes on court un rïfque très-grand * lorfqu’en diftillant à feu nud, la liqueur vient à bouillir fortement & à s’échapper par toutes les jointures ; ou lorfque l’Ouvrier en travaillant dans l’obfcu-rité approche de trop près une chandelle ou une lampe allumée. Dans le premier cas, il faut jetter beaucoup d’eau froide fur l’alambic, & dans le feu pour éteindre celui-ci & rafraîchir l’autre fùbitement. Il faut beaucoup de fang-froid dans l’Ouvrier ; il y a trop d’exemples de malheurs arrivés lorfqu’il perd la tête ; le feu le gagne , il brife tout, fè trouve étouffé par l’air trop raréfié , brûlé par la flamme de l’Efprit-de-vin , Sc paye ainfi de la vie ou par des fouffrances très-longues un moment d’inattention : heureux celui qu’on peut fàuver en l’enveloppant au plus vîte dans des draps mouillés, pour éteindre la flamme Sc lui rendre la refpiration.
- Dans le fécond cas, le danger eft plus grand & plus fubît ; la vapeur qui fort par le bec du chapiteau s’allume Sc communique la flamme à la liqueur contenue dans l’alambic ; le fracas, le renverfement du chapiteau ne font rien en com-paraifon du danger que l’Ouvrier court d’être renverfe Sc fuffoqué fur le champ par l’effort de la vapeur qui s’échappe. Le plus fur, s’il en a le temps , eft de boucher exactement le bec du chapiteau, d’éteindre le feu , Sc de rafraîchir très-promptement. Quand il eft affez heureux pour avoir étouffé la flamme , il doit attendre une bonne heure avant de recommencer fa diftillatîon. Il peut encore, s’il a quelqu’un pour l’aider, enlever promptement le chapiteau , Sc Distillateur 9&c. A a
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- couvrir la cuve d’un drap mouillé. Ce dernier accident étant le plus dangereux , on fent combien il eft eflentiel de veiller les Ouvriers quand ils travaillent de nuit à ces fortes de diftillations.
- CHAPITRE SEPTIEME.
- Des épreuves par lefquelles on s’ajjïire dans le Commerce des degrés de force des Efprits-de-vin , SC de ce qu'on pourroit
- faire pour le mieux.
- C e qui eft dit jufqu’à préfent far le choix des Eaux-de-vie , & fur les fortes fous lefquelles les Efprits-de-vin doivent fe trouver dans le commerce , laiffe afïèz à entendre que le prix de ces différents Efprits devant être établi fur leurs variétés , il a été naturel d’imaginer des moyens prompts, faciles à exécuter, pour s’aflurer des degrés de force des Efprits répandus dans le commerce.1 Pour dire la vérité, tous ces moyens ont leurs imperfeétions même aux yeux du Commerçant, qui n eft pas à cet égard auffi fcrupuleux que le* doit être le Phylicien.
- Une belle tranfparence cryftalline, une mobilité finguliere , un bel œil, font des premières preuves qui fatisfont l’Acheteur. Si en fecouant la bouteille qui contient l’efprit, il naît des bulles qui fe portant avec rapidité, & comme des perles détachées vers le haut, y crèvent fur le champ, cette marque eft èncore de bon augure. Si Ton prend un peu d’Efprit-de-vin dans la main, & qu’en Y y frottant fortement il fe diffipe fins laiffer d’humidité , fins donner d’odeur défigréable, & en communiquant aux mains un froid très-fènfîble , on préfume encore avec raifon qu’un pareil efprit eft de bonne qualité.
- Tous ces lignes ne caraélérifent point une comparaifon marquée & certaine entre les efprits qu’on marchande dans les magafins ; &, quoiqu’à force d’habitude , ils puiffent fuffire à la rigueur entre Commerçants de bonne-foi, ils ne fuffifent réellement pas en bonne Phyfique, & l’Adjudicataire des Fermes les a trouvés encore plus infuffifants depuis l’introduéHon dans le commerce des Eaux-de-vie 6- n , &c. Par une rafinerie dont lui feul a la clef, il a prétendu que plus les Eaux-de-vie approchent de l’état Efprit-de-vin , plus l’impôt qu’il perçoit doit être fort. Puifque lui-même atoit l’Auteur de la prétention, il au-roit fallu lui impofer la loi de déterminer évidemment à quel point une liqueur fpiritueufe doit cefler d’être Eau-de-vie pour porter le nom d’Efprit-de~vin, & à quels fignes on doit reconnoître ce dernier.
- On s’eft beaucoup attaché dans ces dernieres années à faire des recherches fur les pefe-liqueurs, jugés l’inftrument le plus commode, mais manquant d’une uniformité ou d une précifion comparable , pour remplir & les ^ues du
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- IL Partie. De la ? réparation en grand des Produits Chimiques, &c, pf Négociant & l’intérêt du Fermier ; mais avant de parler de ces pefe-liqueurs , je dois faire mention des deux fortes d’épreuves dont on le fer voit autrefois à Paris ; on difoit que l’efprit étoit à répreuve de l’huile ou à celle de la poudre, & voici comme on conftatoit ces deux épreuves.
- Dans une bouteille longue de deux à trois pouces, d’un demi-pouce de diamètre , arrondie vers fon fonds, & ayant un col étroit & renverfé qu’on ap~ pelloit Y Eprouvette, on verfoit quelques gouttes d’huile d’olives & à-peu-près jufqu’aux trois quarts, de l’efprit qu’on éprouvoit ; en fecouant l’éprouvette, fi l’huile tomboit au fond en confervant fà tranfparence, c’étoit de l’Efprit-de-yin ; & la promptitude avec laquelle l’huile tomboit, indiquoit le degré de bonté de cet efprit.
- D’autres faifoient fervir l’éprouvette en y mettant un peu d’alkali fixe bien fec, & verfimt deflùs l’efprit à éprouver. On agitoit fortement ; & après avoir laifle raflèoir, on voyoit fi l’alkali étoit devenu pâteux ou liquide , ce qui indiquoit que l’efprit étoit phlegmatique ; à peine l’efprit bien fec fait-il pelotonner l’alkali fixe ; mais les vendeurs fubtils avoient toujours l’alkali prêt, & ne fourniffoient pour l’épreuve que de l’alkali tiré de la potafïè qui contient juf-qu’à un tiers de fon poids de tartre vitriolé, & eft d’autant moins fujet à s’hu-meéler. L’éprouvette fert encore pour les Eaux-de-vie, & lorfqu’en la fecouant elle forme un chapelet de gouttes perlées , détachées & uniformes, on dit que cette Eau-de-vie fait preuve de Hollande ; ce qu’on reconnoît aufli en ver-fant l’Eau-de-vie de bien haut dans une tafle. Il eft bon de remarquer que les Eaux-de-vie {impies faites avec le 6-1 r, &c, ne font la preuve de Hollande que pendant peu de temps après leur mélange , & qu’au bout de douze heures elles ne foutiennent plus cette efpece de probation.
- L’épreuve de la poudre fe faifoit de la maniéré fuivante. Dans une cuiller d’argent ou dans une gondole légère de même métal, on mettoit une pincée de poudre à canon , on verfoit deflus de l’Efprit-de-vin qu’on allumoit. Lorfqu’il cefloit de fe confumer, la poudre devoit prendre feu ; & fi elle ne le faifoit pas, c’étoit une preuve que l’efprit trop phlegmatique avoit humeéié la poudre.
- Indépendamment de l’incertitude d’une pareille épreuve, puifque la chaleur de l’Efprit-de-vin enflammé fuffit pour difïiper une bonne partie du phlegme , les Marchands avoient grand foin, quand l’Acheteur n’étoit pas fur fes gardes , de mettre beaucoup de poudre & peu d’efprit ; la fommité du tas de poudre s’allumoit avant que le refte de l’efprit fût confumé. C’étoit pourtant une pareille épreuve dont le Fermier inquiet vouloit encore fe fervir à Paris il n’y a pas deux ans.
- L’incertitude de tous ces moyens n’échappoit cependant pas au Phyficien qui ne peut être trop fcrupuleux, au Fermier qui voudroit que tout fût Efprit-de-vin, & au Marchand qui veut bien favoir comment faire illufion à l’Acheteur, mais
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- qui ne veut pas que le Fabriquant lui en impofe. Le pefe-liqueurs s’offroit à tous trois ; mais lequel choifir î fera-ce celui de Homberg l fera-ce celui de Fahrenheit l s’en tiendra-t-on au pefe-liqueurs commun en le rectifiant ?
- Malgré la précifion du pefe-liqueurs de Fahrenheit que M. Lavoifier a imité en quelque forte pour conftruire fon pefe-liqueurs à eaux, il eft trop incommode dans le commerce, &les Phyficiens feuls qui en ont le loifir, & qui cherchent la plus grande exactitude, peuvent s’en fervir.
- L’aréometre de M. Homberg eft une petite phiole légère garnie de deux cols, dont l’un extrêmement fin n’a que les deux tiers de la hauteur de l’autre, qui a un petit bouton extérieur à cette hauteur. On tare cette petite bouteille , c’eft-à-dire , qu’on s’affure de fon poids ; puis l’ayant emplie d’eau diftillée , on la pefe ; on lait par ce moyen une fois pour toutes quel poids d eau diftillee elle peut contenir. En y faifont paflèr focceflivement différents autres fluides, & les pelant pareillement, comme ils occupent un volume égal à celui de l’eau , on fait aifément quelle eft la différence de leur poids comparé à celui de 1 eau.
- Prefque tous les Phyficiens ont fait fur cet infiniment, & fes défauts, des obfervations critiques que je n’expoforai ni ne difcuterai ; j’obferverai feulement, qu’il foroit très-facile de rendre cet aréomètre utile dans le commerce, en convenant d’abord de lui donner une capacité toujours égale & déterminée, telle que celle qui contiendroit trois cents foixante & quatorze grains d’eau diftillée. Ce poids étant celui du pouce cube d’une pareille eau , généralement reconnu parles Phyficiens lorfque l’atmofphere eft d’une chaleur tempérée ,on fera fur que toutes les fois qu’on emplira un pareil aréomètre jufqu’à la hauteur défignée, on aura un pouce cube de tout autre fluide. La variation de denfité entre le plus grand froid & le plus grand chaud atmofphérique donne, fuivant Mufohenbroeck, pour différence de poids du pouce cube un foixante & quatrième du total : or une pareille précifion peut bien s’évanouir pour le Commercant ; d’ailleurs l’infoection du baromètre & du thermomètre dont font or-nés pour le préfont la plupart des cabinets de nos Négociants, doit fuffire pour évaluer cette très-légere différence.
- Refte l’embarras de la balance & de fon appareil, joint à la fragilité de l’a-réometre : ceci n’eft pas encore fins remede. On voit les Marchands de Piaftres porteurs d’une boîte garnie d’un trébüchet & des poids tous préparés pour vérifier la bonté de l’efpece de monnoie d’or qu’ils vendent ou achètent fur la place. Nos Négociants ne vont pas en emplette de liqueurs fpiritueufos fans avoir dans leur poche le pefe-liqueurs dont ils fe forvent, enfermé dans un étui de fer blanc. Qui empêcheroit que dans une boîte double peut-être en hauteur & moins longue que ces étuis , ils n’euflent d’une part dans un compartiment garni de coton leur aréomètre de Homberg armé d’un petit crochet pour être attaché immédiatement à un bout du fléau d’une balance trébucha, & leur
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- IL Partie. De la Préparation en grand des Produits Chimiques , éâ: pf balance ayant à l’autre bout de fon fléau un petit plateau fulpendu à des foies , 'déjà leflé pour être en équilibre avec l’aréometre vuide lorfqu’on raccrochera au fléau ; puis une douzaine ou davantage de poids marqués chacun luivant lapèfanteur que doivent avoir les differentes Eaux-de-vie , Efprits-de-vin , Ibus le volume du pouce cube qu’ils auront néceflairement dans l’aréometre : la même boîte peut, en cas de befoin , contenir jufqu’à un très-petit entonnoir pour emplir plus commodément le pefe-liqueurs. Ne pourroit*on pas encore attacher l’aréometre de Homberg à une petite romaine dont la tige feroit divifée en poids connus, ce qui abrégeroit fon fervice & en rendroit le tranfport plus facile ?
- En attendant qu’on fafte attention à mon idée, l’aréometre de Homberg n’en eft pas moins abandonné par les Négociants. On s’en tient au pefe-liqueurs commun dont on attribue l’invention à Hypacie, fille de Théon, qui brilloit dans Alexandrie au commencement du cinquième fiecle , ce qui peut bien être ; mais les Phyficiens modernes en font honneur, les uns à Amontons, les autres au Pere Merfenne. Boyle eft le premier qui fubftitua le verre au fuccin dont étoient conftruits autrefois les Hygromètres ; c’eft le premier nom que porta l’inftrument dont nous parlons. Il paroît le plus commode , & chaque Négociant s’en munit d’un, fans s’informer fur quels principes il eft conftruit, & chacun lait par là propre expérience à quel degré de fon pefe-liqueur doit fe trou*; ver l’EIprit qu’il examine ; c’eft fon petit fecret.
- Tout pefe-liqueurs eft compofé de trois parties ; la tige creufe eft groiîe au plus comme le tuyau d’une plume à écrire & longue de trois à quatre pouces; la boule, creufe aufli, d’un pouce & demi de diamètre ; & le lefte, autre boule de cinq à fix lignes de diamètre chargée en mercure & attachée à la boule creufe par une tige très-menue d’à-peu-près un pouce de long ; ce lefte fert à faire tenir l’inftrument perpendiculaire; plus il eft éloigné de la boule, plus il donne de fenfibilité au pefe-liqueurs. La boule creufe déplace une furface de liquide confidérablement fenfible , mais toujours proportionnelle au poids du corps qui la déplace ; & la tige fert à diriger l’immerfion de l’inftrument & à indiquer les degrés de cette immerfion par une* échelle tracée fur un rouleau de papier qu’on a introduit dans fon canal. Aù refte ces inftruments de toutes les formes, grandeurs & divifions poffibles , font exécutés à Paris avec une précifion & une adrefle finguliere par le fieur Capy, Ouvrier en inftruments de Phyfique pour la partie qui s’exécute en verre, Sc dont l’Abbé Nollet faifoit , avec raifon , le plus grand cas. Je crois inutile d’infifter fur la maniéré de fe fervir de cet infi-trument; il ne faut pas être bien fin pour en fentir l’ufage, & l’appliquer à l’achat des liqueurs fpiritueufes.
- La maniéré de conftruire l’échelle, arbitraire d’abord , & abandonnée le plus louvent à des Faifeurs de baromètres qui ont une mauvaife routine ; cette conftruéüon d’échelle a été foumife par bien des Phyficiens à des principes;
- D I S T I LL AT EU R , &C. £b
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- 5)8 L’ART DU DISTILLATEUR.
- Hofmann dans fes Observations Chimiques, propofe de plonger le pefe-liqueurs dans le meilleur Efprît-de-vin, feize onces, par exemple, puis d'ajouter fucceffi-yement, Sc once par once jufqu'à quinze parties d'eau contre une d'Efprit-de-vin ; chaque mélange donnant un degré d'immerfion différent, non-feulement ces différents degrés forment fon échelle , mais indiquent encore, félon lui, la proportion du phlegme & de l’efprit qui fe trouvent dans un liquide fpiritueux quelconque. M. de Réaumur a nui à cette théorie fi fimpie , en démontrant que tous ces mélanges n'avoient jamais un volume comparable à la fbmme des volumes de l'eau & de l'efprit pris féparément,
- La Juftice de Saint-Jean-d'Angely , celle de Coignac & des environs, ont un étalon auquel on fe rapporte en cas de conteftation ; le pefè-liqueurs eft d'argent ; là tige eft divifee en vingt-deux parties égales ; maïs chaque partie eft elle-même divifée en deux , Sc voici leur ufàge : en été , il faut que le pefè-liqueurs plonge jufqu au numéro plein marqué ; en hiver, il fuffit qu'il plonge jufqu'au point qui diyife le degré en deux.
- Les Fermiers, les Hôtels de Ville n'en défirent pas moins un pefe-liqueurs comparable , de conftruéiion facile ; & les premiers ont adopté dernièrement la graduation d'un fieur Cartier, qui, dit-on, prend, comme i'avoit fait déjà M. Baume, l'eau fàturée de fel marin pour principe de conftruéiion. M. de Parcieux en avoit conftruit un dont la tige très-longue & très-déliée avoit une marche fi fènfibie , que pour quelques grains de différence dans une pinte d'eau de puits , le pefè-liqueurs remontoit d'un pouce & plus. M. Lavoifier en a conftruit un pour le même objet; c’eft le pefe-liqueurs de Fahrenheit corrigé.Ces deux pefè-liqueurs ne peuvent fervir que dans les cabinets des Curieux. M. de Montigny ,Tréforier de France & Membre de l'Académie , en a propofé un très-fa vant & très-fimple. M. de Lantenay a pareillement donné une théorie de conftruéiion fort bien conçue. D'autres Phyficiens propofent de changer la graduation , & de faire les degrés inégaux en raifon de l'inégalité remarquée entre les volumes avant & après les mélanges d'eau & d'efprit. Toutes ces théories, dont je ne dois donner ici que la notice , ne paroiffent pas encore atteindre le but déliré , puifque les Etats de Languedoc en partageant entre deux Auteurs, dont le travail n'eft pas encore public, le prix qu’ils avoient promis , propofent de nouveau le même objet à traiter.
- J'indiquerai les deux moyens fuivants de fatisfaire à tout ce qu'on délire ; en attendant toutefois un moyen plus fûr & plus fimpie que fans doute les Etats de Languedoc adopteront & publieront.
- Je crois qu'un pefe-liqueurs doit indiquer non-fèulement le degré de légèreté comparable entre différentes liqueurs, mais encore le volume déplacé par ce pefe-liqueurs, volume qui varie à raifon de la denfité de chaque liqueur. Pour cet effet, je fais enforte que mon pefe-liqueurs, tout lefté,pefe jufte 374 grains, poids, alîèz généralement reconnu,du pouce cube d'eau; puis je plonge l'inftru-ment dans de l'eau diftillée, & le lieu de repos eft marqué par zéro ; le relie
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- II. Partie. De la Préparation en grand des Produits Chimiques, '&t> 99
- de la tige eft divifé en 66 parties égales, parce que je fais d autre part que le pouce cube d’Efprit-de-vin mere goutte, eft de.troîs cents huit grains, ou 66 grains en moins. J'ai donc la certitude qu'en quelque degré que mon pefe-liqueurs arrête, il me donne la différence en légéreté par grains qu'il y a entre le pouce cube d'eau & le pouce cube de la liqueur que j'examine.
- Mais quoique mon pefo-liqueurs pefe autant qu'un pouce cube d'eau , il ne déplace pas ce cube entier, parce que fon volume eft différent. En plongeant mon pefe-liqueurs dans l’eau avec les précautions requifes, je m'affure de là quantité d'eau véritablement déplacée , & traçant fur une autre échelle zéro au haut de la tige, comme repréfentant le point où doit être déplacé un volume d'eau de 374 grains, je di vife le refte de la tige de haut en bas en autant de parties égales qu'il fe manque de grains d’eau déplacée réellement pour aller jufqu'à 374 : cette fécondé échelle m'indique ce qu'il fe manque du pouce cube de tout liquide que j'examine, & j'en fais la défalcation pour apprécier jufte le degré de lé^ géreté trouvé par la première échelle. Par cette double échelle je crois qu'on eft fûr d’avoir , i°, le volume du liquide qu'on examine , eftimé ; 20 , fa différence entre l'eau diftillée Sc 1'Efprit-de-vin ; 30 , la pefanteür réelle de fon pouce cube , tandis que les autres graduations indiquent bien que différents liquides ont des pefmteurs variées , mais ne donnent pour marche de ces variations que des divifions arbitraires. Au refte , je ne ferois ni étonné ni mortifié quand il fe trouveroit que ma conftruélion fut reconnue défeélueufo ; je n'aî deffein que de concourir au bien commun fans aucune prétention, & fans en-* têtement : tel a été de tous les temps mon principe.
- Voici un fécond moyen que je foumets volontiers à l'examen des perfonnes ïntéreflees à la perfeélion du pefe-liqueurs.
- Je foppofe cette perfeélion, finon impoffible , au moins difficile ; & dans ce cas je laiffe à chacun la liberté de fe fervir de tel pefe-liqueurs qu’il jugera àpro-pos de préférer ; mais il faut que le Vendeur , l'Acheteur, le Fermier, le Brûleur , le Diftillateur, tous ces gens-là dont les intérêts particuliers font diffé-rents, puiflent au moins s'entendre en fe fervant chacun d'un pefo-liqueurs différent. Pour cet effet exécutons pour le pefe-liqueurs ce qu'on a fait depuis longtemps pour les thermomètres, une table pareille à celle que l'Abbé Rozier a inférée dans fon Journal de Décembre 1772. Pour la conftruire avec fuccès , j'aî pris les liqueurs dont il va être queftion au degré de la température moyenne ; l'immerfion fucceffive de chaque pefe-liqueurs dans le fluide fpiritueux a été faite avec toutes les précautions requifes par les Phyficiens, & j'en ai formé le Tableau fuivant, que je ne préfente que comme un eflài ; on lui donnera à volonté l'extenfion & la corxeétion fuffifàntes.
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- L’ART DU DISTILLATEUR.
- TABLE de comparaifon pour jauger les Efprits SC autres Liqueurs,
- avec tel Aréomètre quort voudra.
- Pëse-liqueurs de MM.
- i —“ 1 «'iii'M. Liqueurs à jauger. De -A Les Juges Marchands
- Lantenay , Cartier , Baume, Bussat , d’Aunis , de Paris , Demachy f
- Efprit-de-vin très-re6lifié. • ..80... .. 3 6 fort. ...40... .. IOO .. .. . 16.. . • 1 .. 130 . . 66. 0,
- 2 ç. . . ...38... .93 .. . .. Ifr . . .. 127 . . . . 121 . . 64* 62. 1.
- Efprit-de-vin ordinaire. • ••1°. * * ...74..*. . .. JJ • • • • • *33* •• • • 35 f • • ...87... ...13... 2.
- Eau-de-vie de Coignac 6-~ XX. .65... ...31... ..32|.. ...79... . ..12... .. 106 .. 52. 7*
- Tdem. Æ-'7.......... ...60... ...30... ... 32... . . 111 . . .. ïoo.. 49. $*• 9:
- Idem, de Barcelone.... ...61... ...31... .. 32J.. ..... ...79... .. IIl . . . . 102 . . 7*
- Idem, de Montpellier... ...79... • • 29 î •. ...31... ...73**.. .. II y .. . . .9(5. . . 47* 9ii
- Eau-de-vie potable ou Jim-" pie de quatre ans. .. .30... ...20... .. 30 j.. ...40... ....Si.. ...48... 231. 22f
- ...20... ‘... 40... ... ,3v.. ,..46... 22, 22
- Idem, artificielle avec le~ ,...25... _ 10 .. ..18*.. .7.34... ...,2t.. .. .40... 20. ^ 4* 23 ?•
- 6- ii.
- T/irt muop dp C.harrwapne. _... c... ...11... ...10... ..néant., ...13... 2. St Si
- JJ9‘
- T/in Ul/frtr dp Tîm/rananp .. 115 .. ...11... .. . . 9 . . . ..néant,. 2.
- • • • “X* •• • • 11 4 • •
- Vinaigre blanc d’Orléans. fous zéro ...10... ...,Q... ... .2.'.. . .néant.. fous zéro . fous
- 7 11... 1 zéro.
- ....0... .. .10... ....s..À Boule décou- 0. 344
- J \ - u verte au tiers.. JÏ*
- A faide de ce Tableau, tel quil eft, fept perfonnes , ayant chacune un des pefe-liqueurs dont il y eft fait mention , pourront fè comprendre , juger leur marchandife & fe concilier. Pour rendre ce Tableau authentique, il feroit befoin fans doute, que les expériences qui doivent concourir à fa formation fuflent fai-? tes par plufïeurs Artiftes , en préfènce de députés de chaque ordre des perfonnes intéreffées à la perfection de la chofè, afin quon ne pût fbupçonner le réfultat de ce travail d’aucune partialité ; il feroit auffi néceflàire de fe pourvoir de toutes les liqueurs fpiritueufes commerçables , dans leurs différents âges , & des différentes Provinces. Mais je craindrois d’abufèr de lapermifïïon dedifferter fur cet objet, malgré fon importance pour l’Art que je traite p fi je m’y arrêtois? plus long-temps : je paffe donc à la troifieme Partie.
- TROISIEME
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- TROISIEME PARTIE.
- De la Préparation en grand des Produits Chimiques folides,
- Les différents travaux que j’ai expofés jufques ici, font entre les mains ide la plupart des Artiftes connus fous lé .nom de Difiillateurs d’Èaux-fortes, 8cc , qui, s’ils ne font pas un Corps particulier n’en font pas moins en allez grand nombre pour que leurs opérations paflent pour appartenir à une elpece d’Artiftes connus. Si, dans l’une & l’autre Partie, j’ai ajouté quelques manipulations particulières à quelques Fabriques , ç’a été pour ne pas déranger l’ordre de l’Ouvrage , 8c traiter fous un même point de vue tout ce qui peut avoir rapport aux Produits Chimiques acides 8c fluides. Les objets qui vont nous occuper dans cette derniere Partie , appartiennent à des Fabriquants particuliers qui n’ont rien de commun avec nos Difiillateurs d’Eaux-fortes.' Difperfes 8c établis chacun dans le pays qui lui convient, non-feulement ils n’envahiflent pas fiir leurs befbgnes réciproques ; mais ils s’occupent uniquement de l’objet de fabrique qu’ils cultivent. Ainfl l’Antimoine fe prépare à Orléans par des Entrepreneurs qui feroient bien embarraffés de faire aucune autre préparation Chimique. Le Hollandoîs qui fabrique le Vermillon, n’a jamais entrepris de fabriquer le Sublimé corrofif que prépare ion Compatriote*
- Dans les préparations Chimiques folides, ilenefl Cependant qui dépendent encore du travail de nos Difiillateurs d’Eaux-fortes ; elles font le complément de leur économie , lient entr’elles les trois Parties de mon Ouvrage , 8c auto-rifent les efpeces d’excurfions que je fais dans des Fabriques étrangères à nos Artiftes ; enforte que fous le titre d’un feul Art, j’en décris un ttès-grand nombre qu’on auroit eu peine à faire connoître féparément, 8c que j’ai raflém-blés pour la plus grande fatisfaélion du Leéteur , en faififlànt l’efpece de connexion qu’ils peuvent avoir entr’eux*
- Prefque tous les Arts Chimiques ont entr’eux une liaifôn pareille qui rï’é^ chappera pas à ceux qui en entreprendront la defcription. Ainfl l’Art du Tekw turier déjà décrit en partie par M. Macquer , a encore trois branches au moins indépendantes l’une de l’autre. Ainfl l’Art du Fondeur comprend le Fondeur du grand 8c du petit moule , le Fondeur en caraéteres , <3cc.
- Foutes ces confidérations exigent que cette troifieme Partie ne foit pas di-vifée par Chapitres, qui fuppofent une fuite de travaux du même Artifte, fixais en Seélions dont chacune réunit fous un titre général, les travaux analogues à une même Fabrique , lefquels y font décrits en autant d’Articles.
- Je ne répéterai pas ce que j’ai dit en commençant cet Ouvrage fur la matière Distillateur ? &c. G c
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- ÏOÎ L’ART DU DISTILLATEUR.
- traitée dans chaque Section; j’obferverai feulement une fois pour toutes, que dans les circonftances où je n ai pu m’aiïurer par moi-même des chofes que j’attribue à chaque Manufacture, j’ai toujours exécuté en petit, & fouvenc avec les mêmes appareils, les Procédés eflèntiels. J’entre en matière.
- SECTION PREMIERE. Préparations Chimiques en grand, de fubftances terreufes.
- Article Premier.
- i
- Du Ciment.
- O N peut fe fouvenir qu’en finiflant d’expofèr le travail des Eaux-fortes pat l’argille, fai dit dans la première Partie > qu’il reftoit dans les cuines une matière rouge pulvérulente connue fous le nom de Ciment XEau-forte ; c’eft fargille elle-même durcie au point de reffembler à de la brique bien cuite ; elle contient tous les Tels que le feu n’a pu exalter ou décompofer. Les Paveurs Pachetent dans cet état fur le pied de dix-huit livres le muid , pour le mêler à de la chaux , & s’en fervir à paver les cours , réfervoirs, & autres endroits qui doivent être folidement pavés. On fait qu’un pareil ciment durcit bientôt, & fait un ouvrage de réfîftance , ce qu’il ne fait plus quand il efi lelïivé & privé de tous les fels, de la maniéré qu’il fera dit dans la fécondé Seétion. Dans ce der-* nier état, il ne fe vend plus que douze francs le muid, Sc l’ouvrage des Paveurs, qui le préfèrent à caufe du bon marché , efl bientôt dégradé ; il efl donc e£* fentiel pour les Propriétaires qui veulent avoir du pavé folide , d’acheter eux-, mêmes le ciment non lavé chez des Artiftes honnêtes.
- J’ai fait voir dans le dernier Chapitre de la première Partie , que le ciment lavé pouvoir fèrvir encore à décompofer de nouveau fàlpêtre. J’efpere que les 'Artiftes de Province qui tirent à grands frais leur argille des environs de cette Capitale , me fauront gré de cette branche d’économie que je leur préfènte.
- Ce n’eft pas le feul ufàge qu’on faflè du ciment lavé ; les Jardiniers d’orne-? ments s’en fervent pour varier les couleurs de leurs compartiments ; on s’en fèrfc encore avec avantage pour terraflèr & donner de la folidité aux lieux fouter* .rains.
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- JH. Partie. De la Préparation en grand des Produits Chimiques folides. tÔ|
- Article Second*
- De la Terre a polir.
- Cette terre efl due à la décompofîtion du fàlpêtre par ie vitriol, indi^ quée fous le nom de fécond Procédé' dans le troifieme Chapitre de la première Partie. Le vitriol martial, ou couperofe verte , efl: privé de toute humidité , & réduit par l’excès de chaleur en une fubftance rouge qu’il ne s’agit plus que de deflàler & de mettre en poudre fine*
- Pour cet effet, on vuide les cuines dans des tonneaux défoncés , & on ÿ yerfe beaucoup d’eau ; on agite de temps à autre la matière avec un bâton j on la laifle éclaircir, on la fait écouler , on en ajoute de nouvelle jufqu’à ce quelle ne porte plus de faveur avec elle. La terre efl deflâlée ; alors on remue cette mafle dans de l’eau, & lorfqu’elle efl bien trouble , on la tranfvafe promptement dans d’autres tonneaux où on la laifïè fè raflèoir ; on ne celle ce dernier travail que lorfque l’eau ne fè charge plus de couleur ; on décante l’eau claire, on laiffe bien égoutter la terre qui efl au fond , 8c lorfqu’elle n’eft plus humide qu’autant qu’il le faut pour fè paîtrir, on la moule en bâtons longs & ronds qui pefent à-peu-près cinq à fix onces ; on les met fécher au grand air s mais ni au foleil ni près du feu,
- Les Poliflèurs de glaces 8c ceux qui veulent donner à leurs ouvrages un poli très-luifànt, achètent cette terre ainfi préparée , qu’on leur vendoit autre-* fois beaucoup plus cher, parce qu’il y avoit peu de Diftillateurs qui fuflènt en tirer parti.
- On abrégé le deflàlement du vitriol en verfànt l’eau bouillante qui diflout les fels bien plus promptement. Piufieurs ne traitant leurs Eaux-fortes que pour avoir cette terre, mettent le vitriol, ainfi que j’en ai averti, jufqu’au triple de ce qui en furfit pour décompofer le fàlpêtre.
- D’autres plus économes, épargnent le temps 8c le bois , fur-tout quand ils n’ont pas befoin de l’efpece d’Eau-forte du fécond Procédé. Sous la cheminée du laboratoire on met fur le fourneau à bafîine une marmite de fer qu’on emplit à moitié de vitriol ou couperofe verte. A l’aide d’une chaleur douce qu’on donne d’abord, le vitriol fe liquéfie , fe deflèche 8c prend une couleur d’un blanc fale ; on le détache exactement des parois de la marmite , & on l’écrafè le plus qu’on peut avec une fpatule de fer ; on augmente alors le feu , la couleur devient jaune, puis lorfque le fond de la marmite rougit, la mafle fè. chan-* ge en une poudre rouge connue plus généralement fous le nom de Colcothar , & que les Diftillateurs vendent fous le nom de Terre a pohr, après l’avoir lavée & modelée comme il efl dit plus haut. C’eft en effet la même chofe ; mais il faut croire que les Poliffeurs ont remarqué que le colcothar étoit trop lavé ;il$
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- *04 l'ÀRT DU DISTILLATÈUR;
- achètent le rélîdu de la diftillation du fécond Procédé , tel qu il fort des cub?
- nés, & le préparent eux-mêmes comme il fuit.
- Us ne délayent la terre à polir que pour la débarralfer de grains fàbleux qui nuiroient à leur travail ; mais ils ne rejettent point feau : ils la font deffécher avec la terre ainfi délayée, jufqu’à ce qu’ils puifïent en former des bâtons; Par cet artifice, outre la terre à polir ils ont tout le tartre vitriolé contenu dans le réfidu des cuines, & dont je parlerai dans la Seétion fuivante. Ils conviennent tous que la terre à polir non deffalée eft plus gripante fur la glace , Sc donne un poli plus parfait : nous obfervions il n’y a qu’un inftant que le ciment d’Eaux-fortes non lavé donnoit au ciment des Paveurs une qualité plus ferme & plus dure ; voilà deux effets bien analogues & que je crois bien dignes d’être remarqués.
- Article Troisième*
- De la Magnifie blanche*
- Depuis qu un Médecin célébré d’Allemagne eut indiqué comme reme^ de une efpece de poudre qu’on droit à grands frais par la calcination de l’eau mere du nitre, poudre qu’on a appellée Magnêfie blanche, ( Voye% Hofmann , Obfervations Phyfjco-Chimiques, édition Françoife , Tome I, page 215 , ) depuis ce temps cette préparation a été d’une allez grande confbmmation pour exciter nos Diftillateurs d’Eaux-fortes à la travailler en grand.
- Je n’examinerai pas ici fi la méthode de la calcination qui n’eft pratiqués par aucun d’eux , eft cependant préférable, ni laquelle des deux Magnéfies que je vais décrire mérite la préférence ; encore moins difcuterai-je fi la Magnêfie eft due à la bafè du fel marin ou à la terre des platras qui ont fourni le nitre J je m’éloignerois trop de mon objet principal ; c’eft l’expofé du travail en grand de la Magnêfie par nos Diftillateurs.
- On fe procure de l’Eau mere de nitre de la première ou de la fécondé cuite & jamais de la troifieme : j’ai déjà dit que les Diftillateurs achètent cette Eau mere un fol la livre , tandis que les Apothicaires la payent aux Arfenaux, une pinte fur le prix de la livre de nitre , dix fols la pinte d’Eau mere de premiers cuite , &c. On étend cette liqueur lourde, rouffe & épaiffe dans une très-grande quantité d’eau , telle que vingt pintes fur une , & on y verfe le cinquième de fon poids de lefîive alkaline faite avec la potafîe , comme il fera dit à la fécond e Seèlion. Le total devient fur le champ laiteux; on l’agite fortement, puis on le laifle raffeoir. On verfe fur la portion éclaircie quelques gouttes de la lefîive alkaline ; fi la Magnêfie eft toute précipitée, l’eau refte claire ; finon elle le trouble , 8c on ajoute encore , fuivant l’exigence, quelques onces de liqueur alkaline. Quand toute la Magnêfie eft précipitée, on lalaiffe rafleoir , on tirs
- l’eau
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- III. Partie. De la Préparation en grand des Produits Chimiques folides. iô£ l’Eau à part pour la faire évaporer & en retirer un vrai nitre formé par l’alkalî qu’on y a verfé &par l’acide nitreux qui formoit avec la Magnéfie l’état Eau mere de la liqueur qu’on a précipitée. On lave à grande eau la matière précipitée, ork~ la verfe fur des filtres de papier pour l’égoutter & achever de la laver , ce qui s’ap* pelle en général édulcorer ; puis on la fait fécher à l’étuve ou au grand air, en la garantiflànt de la pouffiere par des feuilles de papier qu’on étend fur les filtres*'
- C’eft dans cet état une poudre d’un blanc éblouifîant, finguliérement légère , d’une finefîe extrême & de toute infipidité ; le nitre qu’on retire fùfSfànt lui feul pour dédommager des frais de fa préparation, la Magnéfie réfultante de ce pre-mier Procédé donne un profit prefque entier, à quelque prix que l’établifle lé Fabriquant.
- En attendant que nous parlions plus au long des préparations falides ; il fô vend dans le commerce un faux fèl d’Ebfiçm qui vient d’Angleterre, du Bou-lonnois, & qu’il faut diftinguer de celui qu’on prépare dans les falines de k Lorraine. Ce premier fel eft moins aqueux, plus mat, & plus amer que le fécond ; c’eft lui que choififïènt encore nos Diftillateurs pour en retirer 1a Magnéfie, ou bafe alkaline terreufè qui le caraélérifè.
- On le difîout donc dans beaucoup d’eau , & on y verfe une lefîive de foui de en fe comportant précifément comme dans le précédent Procédé. La feule différence eft que la liqueur furnageante évaporée donne un vrai fel de Glau-ber à bafe alkaline, au lieu de nitre que procure le premier Procédé. Quant à la Magnéfie qu’on obtient, elle ne différé de l’autre par aucune qualité reconnue ; la différence n’eft que dans la prétention de chacun de ceux qui adoptent l’un ou l’autre Procédé. Cinquante livres d’Eau mere du nitre donnent livres de nitre , & vingt livres de Magnéfie ; cinquante livres de fel d’Ebfom Anglois , donnent vingt-cinq à trente livres det fel de Glauber véritable , & vingt-cinq livres de Magnéfie.
- Quelque facile que foit cette préparation , quelqu’évident quen foit lé bénéfice pour celui qui la prépare en grand , j’ai vu un Marchand affez ofé pour faire bouillir de la craie dans de l’eau, & un autre pour faire la même chofe avec de la chaux vive effleurie à l’air libre , & vendre ces ’ deux fubftan-ces au lieu de Magnéfie ; il s’agifloit de la donner encore au-defîbus du prix méj diocre où l’établiffent les Fabriquants honnêtes. La vraie Magnéfie fe difïbut en entier dans les acides , & fans y caufer d’effervefcence fenfible ; la craie & la chaux laiflènt toujours un dépôt, & ne fe diflblvent qu’avec bruit. Si l’on frotte une piece d’argent avec la craie ou la chaux , elles s’y noircifîent très-fort ; la vraie Magnéfie s’y noircit beaucoup moins ; l’une & l’autre enfin ont fous la dent une afpérité > une maniéré de deffécher la falive que n’a pas k véritable Magnéfie.
- 3 ai vu dans Paris un prétendu Diftilkteur qui préparoit fa Magnéfie en ver-* £nt fur fonÆau mere du nitre, très-peu d’acide du vitriol ; il lavoit à l’eau froidé
- Distillateur, D d
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- *o6 L'ART DU DISTILLATEUR.
- le précipice, abondant, talqueux 8c très-blanc qui en réfultoit: la beauté apparente de cette Magnéfie prétendue n’empêche pas que ce ne foit un vraî plâtre artificiel que fabriquoit notre méchant Artifte fans s’en douter. Il eft du moins plus excufable que les Ecrivains Chimiftes qui ont preforit ce Procédé ; Il n’eft ni Chimifte , ni inftruit dans la langue Latine ; mais toujours peut-on lui demander, Pourquoi travailler aux chofes que vous ne connoiflez pas ?
- Article Quatrième.
- D es yeux d!Ecrevijjes.
- >. Rien n’eft plus commun que la diftribution de la craie trochifquée, par très Colporteurs qui craignent toujours de ne pas donner leur marchandife à afîez vil prix. Entre leurs mains 8c celles de leurs Fabriquants particuliers la craie s’appelle Yeux d'EcrevijJes , Corne de Cerf , Ecaille d*Huître , Coquille d'Œuf) Corail blanc ; enfin elle porte le nom de tous les Trochifques blancs, ufités en Médecine comme abforbants. Tant pis pour ceux qui leur donnent leur confiance. Pour ce qui regarde l’Arc que je décris, ce que j’ai à dire fur les Yeux d’Ecrevifles confifte à indiquer comment on abrégé l’art de les broyer 8c de les réduire en trochifques, après avoir dit un mot de la maniéré dont on fe les procure , & de celle de les fabriquer ou contrefaire.
- Les Yeux d’Ecrevifles font, comme l’on fait, de petites pierres dures, rondes , légèrement chagrinées, d’un blanc file , quelquefois tachetées de rouge & ayant for une de leurs faces un petit enfoncement qui reflèmble aflez bien à l’empreinte d’un cachet. En les caflànt on y diftingue des lignes tranfverfi--les qui annoncent qu’ils font formés par couches. On les retire abondamment du Boryfthene & des autres grands fleuves qui arrofont la petite Tartarie , la .Valachie & l’Ukraine. Les villes d’Aftracan & d’Oczakow font les entrepôts d’où on les diftribue enfoite dans toute l’Europe.
- Tous les Teftacés font fujets à une révolution annuelle dans laquelle ils perdent leur ancien teft : à cette époque , les Ecrevifles ont intérieurement de chaque côté, vers la bafo de leurs ferres, une concrétion qui commence par être glutineufe , parvient enfoite à être fort dure & finit par difparoître entièrement; c’eft ce qu’on appelle improprement Yeux d! Ecreviffes.
- Pour les recueillir, les habitants pêchent ces Teftacés à l’époque que je viens de dire , pour les porter dans de grands folles très-éloignés de toute habitation ; on les y écraie, & on les laifle pourrir pendant tout l’hiver ; on les lave enfoite, 8c les yeux d’Ecrevifles fe féparent aifément du refte qui eft putréfié. La quantité annuelle de cette pêche n’étonnera plus, quand on fiura que les habitants de ces contrées ne mangent point d’Ecrevifles ; leur reproduction n’eft ni interrompue ni confommée comme dans les Pays où les Ecrevifles font un co~ meftible recherché*
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- III. Partie. De la Préparation en grand des Produits Chimiques folides. ioy On a l’art de faire des yeux d’Ecrevifles artificiels, foit avec d autres T. efta-cés foit avec de la craie ; on les met en pâte avec de la colle de quelque fubftance animale , comme la colle de peau de parchemin, de poiffon , &c. on en fait de petites boules, dont on applatit une partie en y enfonçant une efpece de petit cachet, puis on les fait fécher. M. Kruger a connu un Juif qui failoit ce commerce ( voy. Ephem. natur. curiof.T. XXI, p. 2 62 , OhJ. 147).
- Ces yeux d’Ecreviflës faétices ne font jamais chagrinés à la lùrface; ils ne font pas difpofés par couches; leur elpece de cachet eft toujours uniforme ; ils font d’un blanc poudreux, fe colent fortement à la langue, font toujours très-gros, & ne font ni fi pefants ni fi fonores que les véritables yeux d’Ecrevilfes. .
- On met en général les corps durs en poudre en les broyant fur une pierre 'dure appellée le Porphyre avec une autre pierre nommée la Molette. Ici ce mot ne défigne pas l’efpece de pierre très-dure connue par les Naturaliftes fous le nom de Porphyre, mais toute pierre dure for laquelle on broyé, ce qui s’appelle Porphyrifer un corps ; ce mot vient de ce qu’en effet les meilleures pierres à broyer font les Porphyres ,vert & rouge ; après eux l’efpece de pierre appellée, je ne fais pourquoi, Ecaille de mer , puis les granits durs ; les Peintres broyeurs de couleurs ont des Porphyres de marbre, de grès, de pierre de liais, &c.
- Après avoir concaffé les yeux d’Ecrevifles dans un mortier de fer, pour les réduire en poudre groflîere, on les jette dans de 1 eau , Sc on les y fait bouillir très-long-temps, en la renouvellant, jufqu a ce qu elle ne foit plus jaune.' On les lave enfoite à l’eau froide, & on les broyé par parties, en les tenant en forme de pâte liquide, jufqu’à ce qu’on les trouve en poudre affez fobtile pour ne point crier fous les ongles quand on 1 y frotte.
- Cette longue ébullition enleve prefque toute la fubftance gélatineufe des yeux d’Ecrevifles, & les rend fi faciles à s’écrafer fous la molette , qu’entre deux hommes de force égale, auxquels on donnerait égale quantité d’yeux d’Ecre-viffes à broyer , l’une qui ne feroit pas préparée par l’ébullition, l’autre qui auroit bouilli, celui qui traitera cette derniere partie en aiira porphyrifé douze livres avant que le premier ait pu achever trois livres de là part. On réduit en trochifques les yeux d’Ecrevifles ainfi broyés, comme tout autre corps dur préparé de la même maniéré. On a un entonnoir fixé par fon colet for une planchette longue , à un pouce du colet de l’entonnoir, & en deflous il y a un petit pied pareillement fixé à la planchette, & qui eft de deux à trois lignes plus longue què n’eft le col de 1 entonnoir. On met dans 1 entonnoir les yeux d’Ecrevilfes broyés & en pâte légèrement liquide ; on a des feuilles de papier étendues for une planche , ou encore mieux des dalles de craie , for lefquelles on promene l’entonnoir à l’aide de la planchette, dont une extrémité eft arrondie pour pouvoir l’empoigner, en la frappant à petits coups par fon pied fur la feuille de papier ou for la craie ; cette fecouffe fait tomber une goutte arrondie & en pointe de la pâte d’yeux d’Ecrevilfes 5 & c’eft ce qu’on
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- -appelle des trochifques. L’artifice que je viens de décrire abrégé finguliërement le temps, & eft connu à toutes les perfonnes qui broyent des corps durs.
- Article Cinquième.
- De la Corne de Cerf.
- O n prépare la Corne de Cerf de deux maniérés, Tune par la calcination, l’autre par ébullition ; cette derniere nous occupera d’autant plus qu’elle exige plus de manipulation.
- On met dans la cucurbite d un alambic autant de cornichons de Cerf qu’elle peut en contenir ; on y met de l’eau de maniéré à les fornager ; on bouche la cucurbite avec fon couvercle d’étain, & l’on établit defibus un feu modéré jufqu’à faire bouillir l’eau. On entretient cette chaleur pendant trois ou quatre heures , en ajoutant par la tubulure de nouvelle eau bouillante, s’il eft befoin ; il n y a d’autre terme à l’ébullition que celui où quelques cornichons retirés de la cucurbite montrent qu’ils font amollis au point de pouvoir être taillés avec un inftrument tranchant. Alors fans retirer la cucurbite de delfus le feu, qu’on diminue feulement, on retire l’un après l’autre les cornichons pour en enlever promptement & à l’aide d’un canif ou de tout autre inftrument tranchant , mince & affilé, la première écorce qui eft toujours brune , & la portion de fubftance médullaire qui peut fe trouver au centre ; on les jette à mefure dans de l’eau tiede ; on les en retire pour les laver à plufieurs eaux , puis les faire fécher à une chaleur douce , afin de leur conferver la blancheur éclatante qu’ils doivent avoir. On les traite enfoite fur le porphyre & de la même maniéré que les yeux d’Ecrevifles.
- Ceux de nos Diftillateurs qui ont une machine de Papin garnie de fon Fourneau, telle que M.Tilhaye, Artifte intelligent, en fabrique & en vend, tant à Rouen qu’à Paris , ceux-là épargnent beaucoup de temps &de charbon, & obtiennent les mêmes réfultats en y traitant les cornichons de Cerf. C’eft le nom qu’on donne aux extrémités des cornes ou bois de Cerf. Il s’agit comme l’on voit, d’enlever par la chaleur & l’eau la partie gélatineufe de ces cornes, en ne confervant que la partie terreufe bien blanche ; ce n’eft pas qu’il ne refte toujours une portion de gelée quand on multiplieroit à l’infini les ébullitions & les lotions ; c’eft même cette fubftance reftante qui diftingue la corne de Cerf philofophiquement préparée de celle qui eft calcinée.
- Cette derniere confifte à prendre les morceaux de corne de Cerf reftants dans la cornue fous une forme charbonneufe après la diftillation de cette fubftance , & à détruire, par l’aétion nue & immédiate du feu, cette couleur noire.
- Pour cet effet on met dans la capacité d’un fourneau ordinaire dont on a oté la grille, un lit de charbon & un lit de cette corne de Cerf ; on continue d’emplir ainfi le fourneau en finiflànt par du charbon ; on lailfe le fourneau
- ouvert
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- III. Partie. De la 'Préparation en grand des Produits Chimiques folldes. lOp ouvert de toute part, afin de modérer la violence du feu qui fixeroit indeftruc-tiblement certaines portions de noir en donnant à quelques morceaux un commencement de vitrification : on met le feu par le bas du fourneau, & quand le tout eft confumé, éteint 3c refroidi on retrouve la corne de Cerf calcinée ; 'Sc blanche ; on fépare les morceaux qui ne feroient pas abfolument blancs , on lave les autres Sc on les broyé fur le porphyre, comme il a déjà été dit.
- Des Artiftes peu curieux de travailler loyalement broyent une partie de cette derniere corne deCerfavecde feau rendue légèrement glutineufe par desrognu- ~ res de peau blanche qu ils y font bouillir, & la vendent pour la corne de Cerf philofophique.
- Je ne dois pas quitter cet article fans faire mention d’une autre falfification que M. Dozy prête à fes Compatriotes, Sc qui eft la fuite d’un Procédé dont j’aurai inceflàmment occafion de parler. Ils diftillent les gros os de bœuf, Sc calcinent le charbon qui en réfulte, avec lequel ils préparent tous les abforbants poffibles en leur faifimt porter différents noms.
- SECTION SECONDE,
- De la Fabrique de plujieurs Sels. .
- Article Premier.
- Du Sel retiré du ciment dé Eaux-fortes*
- J e difois en commençant la précédente Seélion que le ciment devoît être confidéré ou comme chargé ou comme privé de fel. Pour le mettre dans ce dernier état, les Diftillateurs jettent leur ciment dans des tonneaux défoncés Sc placés debout fur des banquettes qui les tiennent à un pied & demi à-peu-près au-deffus de terre. Au bas & fur le devant de ces tonneaux eft un trou bouché avec de la paille , fous lequel on place une cuve ou demi-tonneau def tiné à recevoir la liqueur qui coulera. En un mot, c’eft précifément le même appareil que pour le travail de nos Salpêtriers & des Blanchifleufès. On verfe de feau lur ce ciment ; elle pénétré jufqu au fond Sc s*écoule dans la cuve mile au-deflus. Ôn la fait pafler une fécondé fois pour la charger davantage ; puis on retire cette première leffive.On verfè de nouvelle eau fur le ciment pour achever de le deflàler ; & comme cette fécondé eau eft peu chargée de fel, ôn la réferve pour la paflèr en premier fur de nouveau ciment. Lorfque le ciment eft bien deffalé, on le porte en tas fous un hangard pour le laiffer fécher à l’aife. C*effi ce ciment dont je me fuis fervi pour décompofer avec fuccès de nouveau falpê-tre , ainfi que je l’ai dit dans le dernier Chapitre de la première Partie.
- Dans des marmites de fer encadrées quelquefois dans le dôme des Galeres ,
- Distilla teur , &c* E e
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- nombre de trois , efpece de méthode dont je ne répéterai pas les inconvénients ; dans ces marmites on met évaporer la leffive jufqulfc ce qu’une goutte Terfée fur un corps froid y prenne fur le champ une confiftance folide. A ce point de concentration on verfe la liqueur dans des terrines où elle cryftallife ; au bout de trois jours on renverfe les terrines fur d’autres vuides , pour faire égoutter tout ce qui n’eft pas cryftallifé, Cette eau mere qui contient, outre le Tel marin à bafe terreufe, une petite quantité de vrai fel marin, fè réferve ou pour diftiiler l’Efprit de fei, ainfi que je l’ai dit au Chapitre IV de la première Partie, ou doit fèrvir à la fabrication du fel Ammoniac dont je vais incet fàmment décrire le procédé.
- On trouve dans les terrines égouttées quelquefois un peu de nitre non dé-; compofé qui fe diftingue par fes cryftaux en aiguilles tranfparentes ; mais la plus grande partie du fel quon retrouve eft un vrai fel marin cubique , dont j’ai averti qu’étoit rempli le nitre de première cuite. Il eft eflentiel de remarquer qu’on n’y trouve, même avec la plus exaéte recherche, ni fel de Glauber ni fel de Duobus. Comme le Diftillateur a réellement acheté fon nitre du Fermier , le fel marin qu’il en retire eft fon bien; auffi en difpofè-t-il, &le vend-il de fix à fept fols la livre. Ce fel a la propriété de rougir les viandes qu’il a fàlées , & on eft prefque d’accord à préfùmer que cette propriété eft dûe à ce qu’il conferve toujours quelque chofe de nitreux.
- Article Second;
- Du Tartre vitriolé tiré des Eaux-fortes.
- L E détail des fécond & troifieme Procédés pour obtenir l’Eau-forte , ex-pofés dans le troifiéme Chapitre de la première Partie, a laiffé à entendre qu’il reftoit dans les cuines une matière faline réfultante de l’acide du vitriol & de la bafe alkaline du nitre que cet acide a décompofé. J’ai décrit dans la Seéïion précédente, en parlant de la Terre à polir, comment on parvient à deflàler cette terre , & j’ai même averti que ceux qui vouloient conferver ce fel, fai-foient leur leflïve à l’eau bouillante ; mais les différentes proportions employées par les Artiftes, jointes à l’incertitude où l’on eft tant de la quantité précifè d’alkali qui fert de bafe à une quantité donnée de nitre, que de celle d’acide vitriolique proprement dit contenu dans les dofes employées de vitriol yerd ; ces obftacles empêchent que la liqueur tirée de deffus la terre à polir foie exaélement fàturée ; elle peche ordinairement en ce qu’elle tient plus d’acide vitriolique que d’alkali fixe. Les Diftillateurs ont donc foin, avant de la faire évaporer, d’en faire l’eflài. U confifte à y verfèr quelques gouttes de leffive alkaline ; fi la liqueur fe trouble, foit en blanc, foit en verd, c eft une preuve qu elle tient du vitriol non décompofé. On achevé cette décompofition en
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- III. Partie. Delà Préparation en grand des Produits Chimiques folidts. XIr verfant fur le total la même leffive alkaline jufqu’à ce quon s’apperçoive quil ne fe fait plus de précipité. On filtre de nouveau la liqueur , on la met évaporer dans des marmites de fer très-propres ; Sc lorfqu’elie efl en confiftance de petit firop, on la verfe dans des terrines où elle cryflallife à l’aife en un fel brillant, mat, très-dur, conformé en pointes de diamants qu’on connoît fous les trois noms d’Arcanum duplicatum, de Sel de duobus , de Tartre vitriolé; qui, quoi qu’en ayent dit quelques Purifies en Chimie font conftamment la même chofe. Avant de les fécher, on les lave avec un peu d’eau froide qu’on joint à l’Eau mere qu’on en a déjà égouttée. Cette Eau mere étendue dans de l’eau, fàturée de nouveau s’il en efb befbin, filtrée, puis évaporée , donne une fécondé venue de cryflaux pareils.
- La maflè qui relie dans la cornue après le troifîeme Procédé de l’Eau-forte ne différé de la précédente qu’en ce qu’il n’y a ni fer ni fiibflance étrangère ; c’efl une pure combinaifon d’acide vitriolique & d’alkali du nitre ; ce qui n’empêche - pas qu’il ne faille efîayer fi par hazard elle ne contient pas un excès d’acide ; on en fait la leffive, on y ajoute ce qu’il faut d’alkali fixe pour la faturer parfaitement, puis on procédé au furplus précifément comme je viens de l’indiquer ; ces deux fels dédommagent amplement d’une partfe des frais de la Galere par la quantité qu’on en retire , &par leur prix courant dans le commerce , ainfi que je l’ai expofé à la fin du dernier Chapitre de la première Partie.
- Indépendamment de ces deux moyens d’obtenir avec économie le tartre vitriolé ; les Allemands le préparent en grand par un procédé connu des Chi-miftes fous le nom de Tackenius fon Auteur. On met un quintal de couperofc verte dans de grandes cuves de bois, avec le triple de fon poids d’eau, de maniéré que tes cuves ne foient emplies qu’à moitié ; on a d’autre part préparé une leffive alkaline avec trente livres de potafle & cinquante pintes d’eau , qu’on laifle éclaircir d’elle-même ; on en prend plein une cuiller de fer appellée poche 9 de la continence de quatre à fix pintes. Lorfqu’on a verfé cette cuillerée dans la cuve où efl le vitriol en folution, on agite le tout avec une longue tige de fer dont le bout efl taillé en pelle. Il fe fait un mouvement violent dans la cuve, & on attend pour verfer une nouvelle pochée de leffive alkaline, que ce mouvement Toit paffé. Lorfqu’on s’apperçoit, i°, que la liqueur ne fe gonfle plus dans la cuve ; 2°, qu’elle s’éclaircit très-promptement fans lailfer aucune écume à la furface, c’efl une preuve que l’opération efl finie; on s en afîure définitivement en verfant fur un eflài quelques gouttes d’Efprit volatil ; il a la propriété de former un précipité d’un verd foncé , s’il refie un atome de fer.
- Sur une grande efeabelle quarrée de bois, on attache par quatre clous dont la pointe efl faillante, placés fur chacun des montants de l’efcabelle , une grolfe toile, ni trop ni trop peu ferrée, & au-delïous on place une terrine. La même
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- poche qui a fervi au mélange fort à puifer dans la cuve, tant l’eau éclaircie , que la boue qui eft au fond, pour les verfer fur cette toile. Les premières cuillerées paffont néceffairement troubles à travers cette toile ; mais bien-tôt la boue en bouche les mailles & devient un filtre à travers lequel le refte de la liqueur paffe limpide. On fait évaporer cette liqueur, & on la met à cryftalli-fer dans des terrines ; avec cette différence que les Allemands mettant plufieurs venues de liqueur à cryftallifer fucceflîvement dans la même terrine , ils obtiennent des fels en plaques dune épaiffeur confidérable ; à quoi contribuent la forte évaporation de la liqueur, & la lenteur du refroidiflement ; les cryftaux de ce fel font quelquefois très-gros, mais toujours confus & par couches.
- Le bas prix du vitriol verd & de la potaffe en Allemagne, met les Préparateurs de ce fel en état de le donner à fi bon compte que nos Diftillateurs ont pour la plupart renoncé à le retirer de leurs réfidus d’Eaux-fortes. Us n’y perdent rien ; Sc M. Charlard, un des plus induftrieux d’entr’ eux , à été le premier à préparer là terre à polir {ans la deflâler, & à la tenir à caufo de là fo-périorité à un plus haut prix.
- Les Allemands négligent de tirer aucun parti du marc qui refte fur la toile ; il eft cependant certain qu’en le faifont légèrement calciner dans une marmite de fer, on obtiendroit une terre à polir fupérieure à toute autre pour la fineffo & la beauté. J’ai eu occafion d’en préparer en grand pour un Spéculateur quï prétendoit ouvrir les entrailles du fer, & lui arracher l’or ou la matière aurifique qu’il y foppofoit cachés : j’ai peu vu de fofran de Mars plus fin , plus éclat-tant en couleur ; je dis ceci en paflànt, parce qu’on trouvera dans l’Art du Peintre fur Verre, combien le fer bien calciné eft eflèntiel pour certaines couleurs; or cet objet utile vaut bien la recherche fantaftique de mon Adepte.
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- Article Troisième,
- Du Sel de Glauber.
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- O h peut fe fouvenir qu’en parlant de l’Ëlprît de fel dans la premier® Partie, j’ai dit que nos Diftillateurs l’obtenoient parles trois mêmes Procédés qui leur donnent les Eaux-fortes, avec cette différence qu’ils fo fervent pour le premier, celui par l’argille , de l’Eau fure , ou encore mieux de l’Eau mere } dont j’ai fait mention à l’article premier de cette Seétion ; tandis que dans les deux autres , celui par le vitriol calciné & celui par l’huile de vitriol, ils emploient le fel marin cryftallifé obtenu de leur ciment. C’eft la bafo de ce fol marin décompofé par ces deux intermèdes qui s’unifiant à l’acide vitriolique donne le fel de Glauber ; car le ciment ou argille reftant du premier Procédé n’en donne pas un atome, même en le forchargeant de leffive de foude.
- Toutes les précautions détaillées dans l’article précédent pour s’afîùrer fi la
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- III. Partie. De la Vréparation en grand des "Produits ChimiquesJo/ides. ïîÿ liqueur faline eft pure & fàturée, le trouvent pareillement nécefiàires ; avec cette différence qu’à la leffive de potafle, il faut fu b Ai tuer la lelîîve de loude p qui tient un alkali analogue & fembiable à celui qui fert de bafe au fel marin.
- Tout le reAe du travail étant abfeiument fembiable à celui du tartre vitriolé , je ne crois pas devoir y infiAer. Le fel de Glauber qu’on obtient 9 eA en pyramides longues, d’une tranfparence aqueufe, de facile diAolution ôc s’effleu-riflànt à l’air avec une promptitude remarquable. Il revient à fi bas prix, que je luis étonné comment on le donne la peine de contrefaire ce fel, comme je vais le dire. En effet fi l’on a fait travailler vingt-cinq livres de fel marin avec douze livres d’huile de vitriol, il reAe dans les cornues une mafle pelant près de vingt livres, laquelle fondue & mife à cryAallifer fournit jufqu’à trente-cinq livres de fel de Glauber ; parce que ce fel en cryAaililànt prend près des quatre fixiemes , & au moins plus de moitié de fon poids d’eau. Mais comme je l’ai obfervé dans le Chapitre de l’Elprit de fel, la conlommation de cette lorte d’acide n’eA pas affez adondante dans le commerce pour fuffire à la quantité de fel de Glauber qui s’y diAribue. Ce lèl eA d’ailleurs en concurrence avec celui qu’on prépare dans quelques-unes de nos Salines , & dont je vais donner la préparation.
- Dans toutes les Fabriques ou Sauneries, ou Ton fait évaporer au feu les eaux chargées de fel marin, on trouve après la cryAallifation une Eau mere fembiable à celle de nos DiAillateurs , & un dépôt connu dans les Fabriques feus le nom de Schlot ; on mêle ces deux réfidus avec de l’alun en poudre en forme de pâte, & on porte la maffe fous des hangars où elle ne tarde pas à durcir ; on la conferve dans cet état jufqu’à ce qu’on veuille la convertir en fel de Glauber. Alors en la brifant, la lefliyant, filtrant & mettant à évaporer , on obtient par le refroidiffement un fel qui cryAallife à volonté en grandes ou petites aiguilles. Je dis à volonté , parce que l’Ouvrier chargé de cette befogne eA fur d’obtenir de grands cryAaux: c’e A du fel de Glauber, s’il tient là liqueur paifible & un peu moins concentrée ; s’il l’agite au contraire, il a de petites aiguilles ; c eA alors du fel d’Ebfem : il fe comporte à-peu-près comme font les Haffineurs de fucre pour avoir le fucre en moules , au lieu de fucre candi.
- Quoique le procédé que je viens d’expofer foit commun aux felines de Lorraine, à celles des côtes d’Angleterre & à celles du Boulonnois, il faut convenir que les fels de Glauber & d’Ebfem , de la Lorraine , différent efien-tiellement de ceux des deux autres endroits. Ces derniers fourniflent abondamment de la Magnéfie blanche, & ont une amertume particulière ; ceux de Lorraine au contraire ont plus de fraîcheur que d’amertume, ne donnent prefque point de Magnéfie, & tombent très-aifément en efflorefcence ; auffi paroiffent-ils approcher davantage du vrai fel de Glauber.
- Le fel d Ebfem refondu dans l’eau ôç cryAallife paifiblement, fe Forme tu
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- grandes aiguilles que les gens capables de cette petite fineffe vendent enfùite pour du fel de Glauber. Cependant le fei de Glauber obtenu comme il convient ne revient pas à huit fols la livre, & on paye encore dix fols la livre de fel d'Ebfom ; il y a donc moins d'économie dans ce tripotage : mais telle eft la préoccupation , que la facilité du travail & la routine l'emportent fur des vues économiques*
- Ce n eft pas le feul moyen de le procurer du fel de Glauber. Indépendant ment des cendres du Tamaris dans lefquelles M. Montet, Chimifte de Montpellier , plus habile encore que célébré , en a découvert une quantité confidé-râble ; je connois deux pays maritimes dans lefquels on eft dans l'ufàge de brûler du varec, dont l'elpece de foude qui en réfulte donne une quantité confia dérable de fol de Glauber. L'un eft la côte du Boulonnois , deux lieues au-deiïus & au-deftous de la Ville; fai retiré des foudes de ce canton près de neuf onces de fol de Glauber par livre, ce qui revient à quatre onces & demie au moins à caufo de l’eau de cryftallilàtion qu'il faut en défalquer.
- Les anfes de la baffe Bretagne donnent une autre elpece de foude que j’ai trouvée d’une odeur finguliérement dilgracieufo, parce qu’elle avoir paffé pat les mains d'un homme qui prétendoit qu’en brûlant le varec ou fa foude avec du fiel de bœuf, il convertiroit tout le fel marin en aikali. Je cite ces petites circonftances, afin qu’on fo tienne en garde contre ce Fabricateur de projets ; car il eft bon de fovoir que fon varec ainfi brûlé ne tient pas un atome de fel aikali nud, & que voilà peut-être le vingtième projet dont autant de Compagnies ruinées lui font redevables. Cette foude fournit à-peu-près trois onces par livre de fol de Glauber, fins compter l’eau qu’il prendra en cryf tallifant. Ainfi fi quelque chofe eft admirable dans le fel de Glauber, c eft moins fa nature & fes propriétés, que la quantité de fubftances dans lefquelles on le rencontre*
- Article Quatrième.
- Du Cryfial minéral.
- Toutes les Pharmacopées indiquent une prefoription qui confifte à faire Fondre du nitre très-pur, à y ajouter une pincée de fleurs de foufre, pour brûler, dit-on, les faletés qui s’en féparent en forme decume, à verfer ce nitre fondu dans des petits bafllns de cuivre, qu’on nomme âuffi des poêles p
- qu on a chauffés ; il s'y congele en forme de plaques, & voilà ce qu'on ap;. pelle Cryflal minéral.
- Le falpêtre rafiné coûtant dix-huit fols la livre, & perdant toujours un peu de fà fubftance par le procédé qui vient d'être décrit, on ne concevoir pas comment les Diftillateurs d’Eaux-fortes, pouvoient vendre ce même Cryftaî freize fols la liyre. On les a plufieurs fois accufés d’y mêler de l'alun ; mais
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- III. Partie. De la Préparation en grand des Produits Chimiques folües. TI jf raccufation tombe d’elle-même ; l’alun fe gonfle en fondant ; il eut d’ailleurs décompofé une partie du nitre ; le procédé des Diftillateurs eft beaucoup plus (impie.
- Ils mettent dans la marmite de fer (èllée à demeure, ainfi qu’il efl: dit dans le premier Chapitre de la féconde Partie, ils y mettent, dis-je , du nitre à dix fols ; en chauffant la marmite le nitre fe fond , pouffe une écume affez fale , dont une portion le deffeche quelquefois au point de faire fufer le nitre. Lorf-qu’ils voient leur nitre d’une belle fonte & bien claire, ils le puifent dans l’endroit ou il n’y a point d’écume, & le verfent par portions dans de petites poêles de fer femblables aux poêles à frire v bien feches & même chauffées* on agite la poêle pour donner une épaifleur égale à la matière qui ne tarde pas à fe réfroidir; elle fe détache de la poêle, on la dépofe fur un papier , & on continue ainfi jufqu’à ce qu’on ait épuifé la marmite.
- La précaution de chauffer les baflîns de cuivre ou les poêles de fer, efl: très-conféquente ; la plus légère humidité fait éparpiller au loin le nitre fondu qui brûle , & bkrffo dangereufement ; on a vu long-temps dans Paris un Partîcu-î lier qui avoit perdu un oeil pour avoir négligé ce loin important.
- Il efl bon d’avertir que fi le Cryftal minéral préparé de cette maniéré efl
- très-blanc , il n’eft pas pur ; les foletés font confumées, mais le fol marin y
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- efl tout entier ; or le nitre de première cuite en tient beaucoup ; aufîi un pareil jCryftal minéral s’humeéle-t-il à l’air , & efl-il fàlé au lieu d’être frais fur la langue.
- Les Diflillateurs fondent de cette maniéré le nitre qu’ils retrouvent dans la leffive de leur ciment, pour le blanchir ; ils en font des pains d’à-peu-près trois pouces d’épais, ce qui leur facilite de le conforver en tas jufqu’à ce qu’ils en ayent befoin dans leur commerce. Ils en obtiennent du nitre purifié & en belles aiguilles. Ils font réfoudre un de ces pains, par exemple, dans ce qu’il lui faut d’eau froide ; après avoir filtré & légèrement évaporé , ils placent les terrines dans l’étuve où le nitre fe forme foui en beaux cryftaux, parce que le fel marin n’a pas eu occafion de cryftallifer dans un liquide auflî peu rapproché. Cette méthode d’obtenir du nitre très-pur fatisfait à une des queftions que j’ai faîtes à la fin de la première Partie. Peut-être y parviendroit-on aufli en changeant quelque chofo dans l’appareil de la fufion du nitre. Toutes chofos égales, le fel marin efl plus lourd que le nitre. Dans l’état de fufion chaque fol jouiflânt de fapefanteur, le fol marin doit fe féparer & fo précipiter ; il ne s'agît que de rendre cette féparation plus fonfible. Subftituons à la marmite un creufet plus profond que large tenant long-temps le nitre en fufion & le laifîànt refroidir dans le creufet; on verra fi le fol marin n’eft pas dans le fond de ce creufet* Quelques effais faits en petit femblent m’autorifor à indiquer avec confiance ceite manipulation.
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- VART DU DISTILLATEUR.
- Article Cinquième.
- Fabrique de CAlkali fixe.
- J e m'écarterois de mon fiijet fi je donnois ici le détail des travaux par leC quels, les Suédois , les Habitants de la Forêt noire en Allemagne Sc ceux des Pyrénées, préparent la Potajfe, dont le nom Allemand fignifie cendres cuites ou de pot ; il m'auroit aufîi fallu rendre compte de la combuftion des Varecs Sc K ails , d'où réfultent les différentes Soudes , & de celle de la lie de vin , ou Clavelle, qui donne la Cendre gravelée. Les Mémoires de l'Académie de Suede , publiés en François par M. le Baron d'Holback, les travaux entrepris par ordre du Miniftere , par MM. Tillet, Fougeroux Sc Guettard , Sc l'Auteur qui le chargera de publier l'Art du Vinaigrier , me dilpenfent d'un détail % étranger aux Artiftes dont je décris les opérations ; il leur fuffit de le connoître en potafie , pour choifir celle qui leur donnera le plus polfible de fel blanc.
- La meilleure potaflè eft celle de Norwege ; elle doit être feche d'un blanc bleuâtre , & que lur-tout elle n'ait pas l'apparence d'être vitrifiée. Quand on doute qu'elle loît bien recuite, on la met palier la nuit dans une galere qui a travaillé le jour précédent, en l'y arrangeant comme on fait fargille pour l'y fécher. Cette chaleur füffit pour achever de détruire les matières qui ne lonC pas allez brûlées, Sc pour développer plus d'Alkali. On la concafie enluité groffiérement, on en charge des tonneaux défoncés 8c mis debout , & on jette de l'eau pour en faire la lefïive comme on l'a fait pour le ciment, On fait palier cette lelfive dans un autre tonneau où eft de la potalfè defiàlée, mêlée à un peu de chaux. Par la première manipulation on dépouille la potafie de Ton fel ; par la fécondé on en dégraifle Sc on clarifie la lelfive qu'on fait évaporer dans la marmite de fer du fourneau à marmite ; lorfque la matière commence à fe fécher, on diminue l'activité du feu , on remue inceflamment Sc on ccrafe la maffè faline avec une elpece de pilon de bois dont la tête eft garnie d'une plaque de tôle. Sitôt que le tout eft bien fec , on met le lèl dans des cruches exactement égouttées Sc lechées, on les bouche avec loin , & on les etnma-gafine dans un lieu bien lèc. Tel eft ce qu'on appelle dans le commerce le Sel jixeâe Tartre. Quand la potafie eft de bonne qualité , elle en fournit de foixante & dix à foixante & quinze livres par quintal, qui coûte le plus cinquante-cinq livres ; le quart de déchet mis pour équivaloir aux frais , un pareil fel fixe ne revient jamais aux Fabriquants à plus de lèize fols la livre. Mais ce fel n'a point de prix fixe ; il dépend du nom de la plante dont on le fait porteur ; ainfi le fel fixe de Plantin fe vend plus cher que celui d'Abfinthe , celui de Gentiane plus que le fel de Centaurée , quoiqu'ils foient tous pris dans la même çruche.
- Cette
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- ÏIL Partie. De la Prèpàràdoh en grand des Produits Chimiques Joïides. f 17
- * Cette Manufacture n’exifte point à Paris ; c’èft dans la Champagne &. fur-tout à Saint-Dizier, qu’elle eft en pleine vigueur. J’ai eu occafioh d’examiner une cailTe adrelfée de cette Ville à un de nos Droguiftes de Paris ; elle conte-noit dix-huit bouteilles de fels fixes, étiquetées chacune diverfèment ; je nè fus pas médiocrement furpris de leur trouver un air de famille , que je confirmai par des eflàis exacts, & je fus convaincu que ces dix-huit fels fixes étoiené fils d’une même mere portant feulement un nom & des prix différents.
- Il s’en faut outre cela de beaucoup que le fel fixe'préparé en Champagne Ibit un fel pur. Plus la potafle eft ancienne , plus elle tient de tartre vitriolé ; la plus nouvelle en tient une allez notable quantité ; on ne fe donne pas la peine de le retirer ; au contraire on le conferve ëc on le mêle loigneulè-ment au fel fixe en faÜànt lés leflîves avec de l’eau bouillante, qui diflbut efficacement l’un & l’autre fel. Ceux qui veulent purifier un pareil fel alkali, font obligés de le diffoudré à froid, dans le moins d’eau poflîble , de laiflèr plufieurs jours la folution dans un endroit frais; à la longue le tartre vitriolé qui va quelquefois julqu’à faire le tiers du total, fe cryftallife, & on faiÉ deiïecher la leflive reftante, qui eft un pur alkali.
- Le fel fixe des Champenois a encore un autre défaut ; il eft fouvent caufti-î que, au point de paroître une vraie pierre à cautere. Cet accident vient dé ce qu’en travaillant en grand, iis négligent de modérer le feu vers la fin de l’exficcation ; la matière s’attache aux parois de la marmite , & s’y décompofe aü point qu’en diflolvant & filtrant un pareil fel, on trouve fur le filtre beau^ coup de terre grisâtre , qui, combinée avec l’alkali, lui donnoit fa caufticité J joignez à cela l’ufage où ils font de purifier leur leflive fur de la chaux ou de; la craie.
- Les Diftiliateurs de Paris, préparent réellement un alkali fixe du tartre. Les mêmes railons qui m’ont fait fùpprimer là defbriptiôn du travail de la potaflé 6c autres, me difpenfent de faire à l’oecafion de la purification du tartre , autre chofe que renvoyer au Mémoire de M. Fizes , publié dans le volume de l’Aca-; démie des Sciences pour 1716, & à la Diflertation de M. Defmarets fur la même purification exécutée à Venife, inférée dans le Journal de M. l’Abbé Rofier.
- Pour faire l’alkali du tartre , les Diftiliateurs mettent dans des cornets de papier de la crème de tartre concaflee à la dofè de deux onces au plus J on établit dans le fourneau de réverbere , dont ôn a ôté la grille, un premier lit de charbon , un lit de ces cornets, 8c on l’emplit de cette maniéré julqu’à ce que le fourneau foit comblé. On met lé feu par le haut du fourneau. Si on 1 allumoit par le bas, la totalité du charbon s’allumant à la fois, nôn-feule* ment la calcination du tartre , mais la vitrification en partie de l’alkali formée auroit lieu. Il m’eft arrivé d’avoir une fois toute une mafiè de crème de tartre Vitrifiée au point de ne plus fournir d’aikali. Pour éviter cet inconvénient * Distillateur , &eê Gg
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- ïi8 U A RT DU DISTILLATEUR.
- quand une fois le charbon eft bien allumé, on bouche la porte du cendrier. On retrouve après l’opération les cornets convertis en une malfe fpongieufe dun blanc verdâtre , qu’il ne s agit plus que de leffiver, filtrer & faire évaporer à ficcité. La crème de tartre fournit depuis trente jufqu’à trente - trois livres d’alkali fixe au quintal, ce qui fait près du tiers ; Sc on veut nous faire acroi-re que cette quantité d’alkali eft toute dans la crème de tartre , enforte que ce ne feroit quun fel neutre avec furabondance d’un tiers d’acide. Ad popu-lutn phaleras.
- Le fel de tartre préparé de cette maniéré eft dès la première exficcation fuf-fifamment blanc , ce qui n’arrive pas toujours avec le tartre : voilà pourquoi nos Diftillateurs préfèrent la crème de tartre ; ils évitent la peine de calciner leur produit une fécondé fois. Qu’on compare maintenant les deux opérations, celle de Champagne Sc celle de Paris, le fel préparé par les Diftillateurs de Paris leur revient toujours au moins à deux livres la livre.
- Il fo prépare auffi à Grenoble dans la Fabrique de M. Molard Sc Compagnie de vrai fel de tartre. Le Dauphiné abonde en vins qui fe tranfportent rarement, & qui font très-tartareux ; cette derniere matière y étant prefque fii-perflue, met le Fabriquant à portée de livrer fon fel de tartre à un prix allez modique ; mais foit qu’il le calcine trop , comme font les Champenois , foit que l’ufage ou il eft de filtrer fes leflives fur de la craie pour les dégrailler, y combine une partie de cette terre , le fel de tartre de Grenoble a l’excès de caufti-cité de celui de Champagne, Sc dépofè beaucoup de terre lorfqu’on veut le purifier.
- Article Sixième.
- Fabrique de Sel de S eiguette,
- La combinaifon de la crème de tartre avec le fel alkalin qu’on retire delà foude , à-peu-près de la même maniéré qu’on retire celui de la potalîè ; cette combinaifon cryftallife en cryftaux allez gros, taillés en tombeau, courts , fou-vent grouppés, d’une faveur plus falée qu’âcre, Sc fe nomme Sel de Seignettei La réputation finguliere que fon premier Fabriquant lui procura, l’efpece de gloire qu’on attacha à la découverte qu’en firent dans le même temps les deux plus célébrés Apothicaires d’alors ; l’adoption prefque générale qu’en firent les Praticiens pour en faire l’alfaifonnement des prefcriptions purgatives, piquèrent bien-tôt l’émulation de nos Diftillateurs; Sc fuivant l’ufage, cette émulation dégénéra en différents abus dont il eft bon d’être inftruit.
- Pour préparer en grand le fel de Seignette, on prend cent livres de foude d’Alicante ; on la calcine légèrement comme la potafîe, s’il en eft befoin , Sc on en fait la leffive avec les mêmes précautions indiquées dans l’article précédent ; on fait évaporer cette leffive jufqu’aux deux tiers à-peu-près, & on la met refroidir ; il fe forme dans les terrines une maffe de cryftaux rangés les uns fur les
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- ïïï. Partie. Dè ta Préparation en grând des Préduits Chimiques folides. 119 autres en piles comme des jettons ; iEau mere qui refte eft ordinairement chargée de fel. marin. On s’en tient à ces cryftaux qu’on difibut de nouveau dans le double de leur poids d’eau ; on fait bouillir cette folution dans une marmU te de fer , & on y jette peu-à-peu de la crème de tartre en poudre fine. A cha* que projeéiion, il fe fait une effervefènce qu’on follicite en remuant le mélangé avec une fpatule de bois. Lorfque cette effervefcence n’a plus lieu , même en y ajoutant de nouvelle crème de tartre , on achevé de remplir la marmite avec de l’eau, Sc on fait bouillir ; alors on filtre la liqueur à travers le papier gris ; on nétoie de nouveau la marmite ; on y met à évaporer la liqueur filtrée , 8c lorfqu’elle a la confiftance de petit fyrop, on la verfe dans des terrines qu’on tient dans un lieu plutôt chaud que froid : au bout de deux jours, on égoutte ces terrines , on rince les cryftaux avec de l’eau froide qui enleve le furplus de crème de tartre qui fe dépofe quelquefois, ainfi que l’Eau touffe qui peut falic la cryftallifation ; on met le fel à fécher dans l’étuve, & on le garde pour lé befoin. Voilà la méthode ufitée par les bons Artiftes; il eft vrai que par ce moyen le fel de Seignette ne peut pas fe livrer au prix modique auquel l’é-tabliiîent certains Fabriquants; ceux-ci prennent la leflîve toute brute fans en retirer les cryftaux ; ils la mettent dans un barîl, y verfent de la crème de tartre en poudre, agitent le mélange, Sc l’abandonnent; au bout de quinze jours ou un mois, ils décantent la liqueur, Sc détachent les cryftaux , qui font attachés aux parois du baril pour faire le fel de Seignette de montre; puis évaporant le refte de la liqueur jüfqu’à ficcité, ils ont une poudre blanche qu’ils appellent le Jet de Seignette commun, & qu’ils mettent en paquets d’une once dans des papiers faits exprès pour cette efpece de fel ; s’ils s’ap-perçoivent que leur poudre s’humeéte , ils y ajoutent à vue d’œil de la crème de tartre en poudre. D’autres font encore^ plus fimplement, ils mettent des cryftaux de foude, vingt livres, par exemple, en poudre , avec trente livres de crème de' tartre , & diftribuent cette poudre Ibus le nom de fel de Seignette* La fauffè méthode du fel évaporé à ficcité fe reconnoît en le diftblvant dans l’eau , qui fe colore fenfiblement à caufe d’une portion d’Eau mere defféchée avec le fel proprement dit. En diftblvant pareillement dans l’eau le prétendu fel de Seignette de ceux qui ne font qu’une poudre de fel de fou de Sc de crème de tartre, on voit naître l’effervefcence qui annonce que les deux fubftances n étoient pas combinées. Je ne parle pas ici de ces miférables Colporteurs qui vendent du fel d’Ebfom effleuri pour du fel de Seignette ; mai3 diftinguons toujours les bons Artiftes qui procèdent loyalement à leurs prépa* tâtions , de ceux que la cupidité aveugle & rend trop induftrieux*
- La quantité d’Eau mere qui refte après les premiers cryftaux obtenus de fel de Seignette, a mérité qu’on l’examinât, Sc elle n’eft pas perdue pour l’Ar*^ tifte économe; on la noie dans le triple de fon poids d’eau: on la fait chauf-1er, on y verfe de la crème de tartre qui y fait une nouvelle effervefcence, on
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- FART DU DIST1LLATÈUR.
- filtre la liqueur quand toute effervefcence eft paffée , on la met à évaporer & à cryftallifer , & on obtient une nouvelle venue de beaux cryftaux, On répété fi Ton veut ce travail jufqu’à la fin, & on parvient à convertir en fel de Sei-gnette parfait toute la quantité de cryftaux de foude employés ; on a fouvent befoin du double 8c davantage de leur poids en crème détartré.
- En répétant fcrupuleufement ce travail, de maniéré à mettre en diffolution nouvelle tous les cryftaux dont la configuration étoit douteufe, j’ai eu à peiné pour dix livres de cryftaux de foude , & vingt-cinq livres de crème de tartre , une demi-once d’Eau mere ; encore aurois-je pu la convertir en fel de Sei-gnette. Je puis affiner qu’aucun des cryftaux n’avoit de configuration équivoque ; j’en ai rediflbus une partie à froid pour voir s’ils ne contenoient pas de crème de tartre non combinée. Après être bien certain que tout mon produit étoit du fel de Seignette, je demande à ceux qui prétendent fi libéralement que la crème de tartre contient un tiers de fon poids d’alkali fixe végétal , ce qu’eft devenu cet alkali fixe végétal, & pourquoi on n a pas du moins en proportion de cet alkali, une partie du produit configurée comme i’eft le fel végétal, celui qui réfulte de la combinailon de la même crème de tartre avec l’alkali du tartre ? Il eft bon de remarquer qu’à très-peu de choie près l’alkali de la foude & celui du tartre ablorbent une quantité égale de crème de tartre. Encore un coup que devient l’alkali inné de la crème de tartre dans la fabrique du fel de Seignette ? Il refte, me dira-t-on, combiné dans la crème de tartre , qui fe fépare toute entière & fans être altérée par les moyens connus de tous les Chimiftes : à la bonne heure. Pourquoi donc avoir dit dans le Journal de Médecine d’Avril 1773 , que l’on avoit recombiné la crème de tartre, tandis qu’on n’a fait que la précipiter du phlegme acide nitreux dans lequel elle étoit en dilïolution, en préfentant un alkali fixe à ce phlegme nitreux î
- Article Septième.
- Fabrique du Sel Ammoniac.
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- J e vais traiter dans cet Article d’un objet que fa nouveauté rendra inté-reliant. Il s’agit de faire en France du fel Ammoniac qui revienne à meilleur marché que celui d’Egypte.
- Depuis les dernieres obfervations on ne doute plus que le fel Ammoniac ne fe fabrique dans cette contrée fi fameufe, par la fublimation des fuies d’excréments des animaux ; ces excréments font la matière combuftible la plus commode dans ce pays dénué de bois. Nous avons bien le même chauffage dans quelques-unes de nos Provinces pareillement privées de bois ; dans la baffe Bretagne la balfe Normandie , une partie du Poitou, dans le pays d’Aunis, & peut-être ailleurs on ne brûle que des bouzes de vaches qu’on a delféchées en les appliquant
- contre
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- III. Partie. De la Préparation en grand des Produits Chimiques folides. lit contre les murailles. La fuie qu'on tire de la combuftion de ces bouzes , paroî-troit avoir une analogie parfaite avec celle que Ton traite en Egypte ; mais cette contrée abonde tellement en fel marin qu'on le retrouve dans les planâtes les plus nitreufes. Une pareille différence en établit une fi confidérable fur la nature de la fuie , que fi vingt-cinq livres de fuie d'Egypte donnent de fix à huit livres de fel Ammoniac , pareil poids de fuie de nos Provinces en donne à peine une demi-livre. Je parle d’après ma propre expérience. Des fuies venant du Poitou , traitées par la fublimation , par l'analyfe , avec le fel marin , avec fon Eau mere , avec Ion acide , ces fuies m'ont toujours donné un produit de fel Ammoniac, mais toujours en trop petite quantité pour pouvoir établir une fpéculation raifonnable fur leur exploitation en grand.
- Le nouvel artifice dont je vais parler différé en tout point de celui des Egyptiens ; il eft indiqué, d'une maniéré très-claire par M. Shaw, page 443 , de la traduction Françoifè de fes Leçons de Chimie. Le fel volatil tiré des os de bœuf qu'il y indique , doit revenir prefqu'à aulïî bon marché que celui dont je vais parler, en Angleterre fur-tout où la grofle viande paroît être un aliment de première nécelfité.
- J'ai déjà eu l'occafion de parler dé l'Eau mere que les Salpêtriers Sc nos Diftillateurs appellent Eau fûre' ; on la retrouve encore après la leffive du ciment d'Eaux-fortes, & dans toutes les Salines de Lorraine, Franche-Comté & autres ; l'acide du fel marin eft fi lâchement combiné dans cette liqueur qu'on pourroit, à la rigueur, l'en tirer fans intermede ; il s'agit de faturer cet acide avec un alkali volatil, & de faire enfuite fublimer la maffe faline qui en réfulte ; le tout avec affez d'économie pour que le produit n’en foit pas coûteux.
- Pour cela on fe procure l'alkali volatil de la maniéré fuivante. On acheté v des chiffons, ou rognures de draps, étoffes de laine , & autres fubftances animales. Les Chiffonniers appellent Locques tout ce qui eft en fil, coton ou fubftan-ce végétale ; ils les vendent pour les Cartonneries Sc Papeteries ; le mot Chiffon eft confacré à tout ce qui a pu appartenir aux animaux ; ces matières fe vendent à Paris fur le pied de quinze fols le quintal. On a fait faire dans la Fonderie des efpeces de cylindres en fer fondu de vingt-deux pouces de diamètre Sc de cinq pieds de long ; un des orifices de ces cylindres eft fermé en s'arrondiflànt , Sc ayant un trou vers fon centre ; ce trou eft occupé par un bout de cylindre de huit pouces de diamètre, Sc de deux pieds de long ;
- 1 autre orifice eft terminé par une plaque quarrée précifément comme le font les tuyaux de fonte deftinés à la conduite des eaux ; cette plaque trouée dans fes quatre coins reçoit autant de chevilles de fer, fur lefquelles gliffe un mor. ceau de fer quarré, dont le milieu eft un peu bombé ; lorfque ce fer eft près du cylindre, il bouche exaélement fon ouverture Sc on l'affujettit avec des clavettes de fer qu'on entre de force dans les chevilles ; ces cylindres fe pofent au nombre de feize, fur une efpece de galere , de maniéré à être appuyés fur les
- Distillateur, &c. H h
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- i22 VA RT DU DISTILLATEUR.
- deux murs latéraux , d’un côté par le tuyau de petit calibre, & de l’autre par le corps du cylindre même ; ils font arrangés alternes, afin qu’il y ait autant de petits calibres d’un côté que de lautre, & entre chacun il y a un vuide de l’efpace d’un demi-diametre de chaque cylindre. Cette galere eft plus large que les galeres à Eaux-fortes, Sc recouverte par un dôme folide & à demeure.
- Voici maintenant leur ufàge : par l’orifice quarré de chaque cylindre, on fait entrer des chiffons tant qu’il y en peut tenir ; on bouche cet orifice en gliflânt la pièce ou bouchon quarré fur les chevilles & enfonçant les clavettes; à l’autre extrémité , on abouche au tuyau de petit calibre de grofles bouteilles figurées en ballons de terre de Savigny ; on les lute avec de l’argilie détrempée, Sc on établit le feu dans la galere ; on l’augmente jufqu’à faire rougir obfcurément les cylindres ; Sc au bout de huit heures au plus, l’opération eft finie. On ôte les clavettes, pour enlever le bouchon de chaque cylindre ; on retire avec un crochet les chiffons réduits en charbon, Sc on en introduit de nouveaux pour reboucher enfuite Sc faire une féconde diftillation ; ce qui donne par jour le produit de trente-deux cylindres chargés chacun au moins de quarante livres de chiffons. Ainfi un feul homme peut dans une journée diftiller douze cents pelant de chiffons ; Sc on trouve dans les ballons de terre neuf cents livres de produit, dont trois cents à-peu-près en huile empyreumatique inutile pour l’opération principale, & fix cents qui font le phlegme chargé du fel volatil obtenu par la combuftion des chiffons , qui en y comprenant tous les frais reviennent au plus à dix-huit livres.
- On a eu d’autre part des Eaux rneres de làlines en abondance , Sc qui coûtent au plus , à caufe des frais de tranlport, dix livres le quintal;
- * On les fait évaporer dans de grands vaifleaux de plomb , en y jettant de temps en temps un peu de chaux éteinte pour fixer l’acide marin qui pourroit s’évaporer. Quand la liqueur eft épaiffie au point que le pefe-liqueurs de M. Baume indique le quarantième degré , alors on verfe pour cinquante livres de cette liqueur rapprochée cent livres du phlegme chargé de i’alkali volatil de chiffons. La mafle devient bourbeufe ; on la laifle dépofer, on lave le fédiment, on filtre toutes les liqueurs, & on les met à évaporer jufqu’à ficcité ; cette mafle eft un nouveau compofé d’acide marin Sc d’alkali volatil ; c eft-à-dire, un vrai fel Ammoniac qu’il ne s’agit plus que de fublimer.
- On la diftribue dans des ballons de verre de la continence de fix à fept pintes,' de maniéré à ne les remplir qu’à peu près à moitié. On place ces ballons dans la galère ou fourneau à fable dont il a été fait mention première Sc fécondé Partie ; on les enfàble jufqu’à la hauteur de la matière qu’ils contiennent ; on allume le feu & on le pouflè par degrés , en obfervant de déboucher le col du ballon dans le commencement de la fublimation, pour éviter la fraéture que feroic naître le peu d air confervé dans l’intérieur du ballon. Lorfqu’une fois il a été chalfé entièrement ou tellement dilaté par la chaleur qu’il eft prefque nul, cette
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- III. Partie. De la Préparation en grand des Produits Chimiques fi Vides. 123 précaution devient inutile. .Au bout de fix heures on donne le dernier coup de feu, qui rougit obfcurément le fond des ballons ; c’eft ce qu’en Egypte ils appellent le feu d'enfer ; on le continue pendant une bonne heure, puis on laifte- refroidir ; on trouve dans chaque ballon en le caftant un pain de fel Ammoniac très-blanc & très-tranfparent, & les proportions indiquées ci-deftùs fournirent au total trente livres de ce fel, qui, fi Ton veut en établir la valeur, le trouvera revenir à dix-huit fols la livre au plus. Suppofbns qu’il coûte vingt-quatre lois, il y a encore bien loin de là à cinquante-deux fols que coûte le fel Ammoniac d’Egypte. J ai vérifié, tant en mon particulier que chez M» Charlard, tous les détails du procédé que je viens de décrire ; avec cette différence que les chiffons ont été diftillés dans une cornue de fer , au lieu des cylindres dont nous devons la connoifïance à l’Artifte qui a préfidé pendant long-temps à une fabrique en grand qu’on a établie aux environs de Paris.
- Il faut convenir que notre Tel Ammoniac n’eft pas auffi bon pour les fou-dures fortes que l’eft celui d’Egypte. Je crois avoir remarqué que cet inconvénient vient uniquement de ce que notre fel eft entièrement fait avant qu’on le füblime, ce qui donne à fa texture plus de folidité qu’à celui d’Egypte * & l’empêche de fè décompofer auffi facilement fous la main de l’Ouvrier qui veut fouder. J’appuie ma conjeélure fur un fait & fur une obfervation. J’ai fouvent refublimé du fel Ammoniac, & j’ai toujours obfèrvé plus de dureté & de confiftance dans le pain que j’obtenois. On a voulu tirer à Paris un parti des raclures & miettes de fel Ammoniac qui fe trouvent dans les magafins de nos Droguiftes, on les a fublimées ; mais les Etameurs, Soudeurs & Déca-peurs, refuferent de s’en fervir, parce qu’ils y remarquèrent la même dureté,’ qui pour eux eft un défaut. C’eft encore pour cela qu’ils refufent de prendre le fel Ammoniac de Marfeille , quoique plus blanc , & plus tranfparent ; il eft pareillement fait par la fublimation de ce qui refte au fond des caiffes dans le£ quelles arrive le fel Ammoniac du Levant. Il fèroit peut-être poffible de remédier à ce léger défaut, c’eft-à-dire, de rendre le fel Ammoniac de fabrique Françoife propre aux Chaudronniers, Potiers d’étain , Serruriers & autres, en le mêlant avec un quart de fon poids de fuie avant de le mettre à fublimer. Ainfi à tous égards l’établiflèment d’une pareille Fabrique ne peut qu’être avantageux au commerce de France.
- M. Geofroy dit que de fon temps il y avoit du fel Ammoniac venant des Indes & fublimé en forme de pain de fucre ; je n’ai pu voir de cette efpece de fel Ammoniac ; mais j’ai vu dans Paris des pains conîformes de fèl Ammoniac venant de Pologne. Ce fel eft d’un blanc à éblouir & tout formé par cryftaux & non par aiguilles , ce qui annonce que celui qui le fabrique en Pologne ne k fait pas fublimer, mais que lorfqu’il eft cryftallifé, il en emplit des moules , ou ce s entafle, fe déforme un peu, & fe lie à l’aide d’un peu d’humidité qui accompagne les cryftaux, pour prendre la figure du moule où on l’a dépofe.
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- 124 VA R T DU DISTILLATEUR.
- Article Huitième.
- De VEjprit & du Sel volatils Ammoniacs.
- L e principal ufage que faffent les Diftillateurs du fel Ammoniac , c eft d’en obtenir l’efprit & le fel volatil , dont plufieurs efpeces d’Ouvriers & notamment les Fabriquants de Perles fauffes fe fervent dans leurs Fabriques particulières. Le premier eft un liquide qui doit fa pénétration & fon état fluide à la chaux vive qui fert d’intermede à la décompofition du fel Ammoniac que nous avons vu être un compofé d’acide marin & d’alkali volatil.
- Le fel volatil Ammoniac eft plus connu chez nos Diftillateurs fous le nom de Sel volatil d'Angleterre , quoique dans la vérité ce nom n’appartienne qu’au fel volatil obtenu de la foie crue. C’eft qu’après avoir penfé pendant longtemps que les alkalis volatils différoient en raifon des febftances animales dont on les obtient, on en eft venu à croire qu’ils étoient tous parfaitement homo* gènes. A une opinion trop rigide en a fuccédé une trop relâchée , 8c il s’en eft fuivi un abus qu’il eft bon de connoître. M. Dozie , Auteur que j’ai déjà cité plus d’une fois, dit que les Diftillateurs dont il revele les fecrets & les fraudes, fe procurent une quantité confidérable de fel volatil en diftillant des os de bœuf. Il faut croire que ce n’eftpas de leur part un fecrôt, puifque M. Shaw appelle fans façon ce fel, le fel volatil ordinaire d'os de bœuf ; ce qui femble annoncer que cette préparation eft notoirement ufitée & connue en Angleterre ; mais voici ce qu’aflurément aucun Médecin Anglois ne peut approuver.
- Les Fabriquants du fel volatil d’os de bœuf le débitent à tout venant fous les noms de Sel volatil d* Angleterre , de viperes, de crapauds , de crâne humain * &c. Et pour fauver au moins l’odeur qu’ils conviennent devoir être particulière à chacun de ces fels , voici leur tour de main : ils font une diftillation de chaque efpece, pour avoir féparément un flacon d’Efprit volatil de viperes , &c. Suppofons maintenant qu’on leur demande un envoi des quatre fels volatils ci-deflus , ils empliffent quatre flacons de fel d’os de bœuf, & verfent fer chacun deux gros pour quatre onces de l’Efprit volatil particulier de viperes ,&c. puis , à-peu-près comme nous avons dit que faifbient les Champenois pour le fel fixe, on met une belle étiquette portant le nom de chacun des fels volatils demandés, & voilà la commiflion exécutée.
- Un Diftillateur de Blois s’y prend un peu différemment ; fur la quantité de mélange que je vais décrire pour retirer le fel volatil Ammoniac , il ajoute deux livres, ou de viperes , ,ou de crâne humain , ou de feie , feivant l’efpece de fel volatil qu’il déflre ; il diftille ; cette febftance animale en fe décompo-fent fournit fon fel particulier, qui fe mêle, ainfi que fon Efprit, à la très-grande
- quantité
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- ÏÏI. Partie. De la Préparàtion eh grand des Produits Chimiques filides. ïi'J quantité de fel volatil Ammoniac ; ce qui, fuivant lui, procure un vrai fel volatil de l’efpece qu'il défire. Voici maintenant les procédés légitimes de nos piftillateurs pour préparer l'Efprit 8c le Sel volatils Ammoniac.
- Dans une cornue de grès tubulée 8c de la capacité de dix-huit à vingt pintes * placée dans un fourneau de réverbere , on a introduit à-péu-près douze livres de chaux vive caifée par petits morceaux ; on a lutté au bec de la cornue un très-vafte ballon de verre ou de terre de Savigny, capable de contenir vingt à trente pintes. On a préparé d'autre part lafolution de fix livres de fel Ammoniac dans neuf pintes d'eau, qu on a filtrée enfiite pour en ôter toute fileté qui colo-reroit l'Elprit. On verfe par la tubulure un tiers à-peu-près de cette folution * puis on bouche la tubulure ; il fe fait une vive effervefcence dans l'intérieur des vaifîeaux ; on la biffe paffer, 8c pendant ce temps il diftille fpontanément $ c eft-à-dire , fins autre chaleur que celle que produit cette effervefcence , une allez bonne quantité de liqueur. Cette première fougue paffée , on verfe promptement le refte de la folution, 8c on attend pour mettre quelques charbons dans le fourneau, que la chaleur commence à diminuer : on entretient le fen très-doux jufqu’à ce qu'il ne coule plus rien, & après avoir laiffé refroidir l'appareil une bonne journée , on fépare le ballon avec précaution, & on vuide dans des flacons huit à dix livres d'Efprit très-volatil & très-pénétrant qui s'y trouve* Comme le premier effet du mélange efl: terrible, on a des ballons auxquels il y a une tubulure vers le ventre ; on la bouche 8c débouche de temps en temps pour donner iffue à une quantité prodigieufe d'air élaftique qui bri-feroit tout s’il étoit retenu. On fait maintenant ces tubulures dans les Verre-;* ries ; autrefois on les faifoit avec un poinçon bien acéré & un petit marteau * 8c j'ai vu un temps où un Chimifte qui n'auroit pas fu forer lui-même fis ballons, eût été regardé comme un ignorant, par ceux que l'habitude avok rendus habiles à ce genre de travail.
- Il faut convenir que l'Efprit volatil qu'on retire fi abondamment porte avec lui l'inconvénient de perdre très-facilement fin odeur, parce que le fel volatil dont lui vient fi force, efl: noyé dans une trop grande quantité d’eau ; ce qui le rend en outre peu propre à préparer cette liqueur laiteufi, connue fous le nom à Eau de Luce ; mais il fuffit pour être livré aux Fabriquants 8c Ouvriers qui en ont befoin 8c qui s'en contentent.
- Les Apothicaires de Paris préparent autrement leur Efprit volatil de fil Ammoniac, & il n’eft ni trop phlegmatique ni trop concentré pour l'Eau dé Luce ; dans le premier cas, la liqueur s'éclaircit en dépofint en forme de crème la fubftance qui la blanchiffoit ; dans le fécond, cette même fùbftance efl bi-; tuminifée & durcie, & fi fépare de la liqueur par grumeaux.
- On prend deux livres de chaux, par exemple ; on y verfe une livre d'eau ; on biffe le mélange dans 1a terrine , jufquau lendemain ; on le pefi alors pour y ajouter la quantité d’eau qui a dû s'en échapper pendant l’extinélion de la &z s TI LL A T EU R >&c% Il
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- chaux ; enforte qu’on ait à mettre dans la cornue toujours trois livres de ce mélange. On a d’autre part une livre de fel Ammoniac bien net, en poudre fine ; on la mêle, avec les trois livres ci-deflus, & on fe hâte de faire entrer le tout pelant quatre livres dans une cornue de grès dont le col foit large & garni d’une elpece d’entonnoir formé par une feuille de papier roulé qui garantit ce col d’être fili pendant cette intcoduélion de la matière â diftiller ; on y adapte promptement un vafte ballon tubulé qu’on lute exactement avec de la veflîe bien afîouplie ; on fait un feu très-modéré qu’on augmente à peine vers la fin ; 8c quand il ne pafle plus rien , on laifle refroidir ; on trouve une livre à-peu-près d’Efprit volatil, bien autrement pénétrant que celui des Diftillateurs, & tel qu’ils le préparent eux-mêmes lorfqu’ils le deftinent à faire l’Eau de Luce.
- Cette liqueur a joui & jouit encore d’une certaine vogue , & fa préparation etoit un de ces petits myfteres qui enrichiflent leur propriétaire tant qu’ils ne font pas révélés. J’eus occafion de lever le rideau dans le Journal de Médecine dont j’étois alors coopérateur fecret. Ma Diflertarion en fit naître beaucoup d’autres, & chacun donna fon procédé. Il n’y eut que le pofîèflèur du petit fecret qui voulut donner le change fous le nom d’un Chevalier. Malgré la no-blefle du mafque, le motif du vrai perfonnage perça, & il eft demeuré pour confiant que deux gros d’huile de fuccin rectifiée à l’eau , un gros de baume de la Mecque , & quatre gros d’alkali fixe triturés dans un mortier de verre pendant un quart-d’heure , puis mis à digérer dans huit onces d’excellent E{prit-devin forment une teinture dont quatre gros donnent à la livre d’Elprit volatil l’état conftamment laiteux qui lui a fait donner le nom d9Eau de Luce.
- Pour faire le fel volatil Ammoniac, l’intermede & le procédé font differents ; nos Diftillateurs font fécher féparément de la craie , de la potaffè & du fel Ammoniac qu’ils mêlent enftiite dans les proportions foivantes : quatre livres de craie , autant de fel Ammoniac & huit livres de potaffè. On met le mélange dans une vafte cornue de grès ; on la place dans un fourneau de réverbère , &on y lute un grand ballon. Quelques-uns mettent, avant de luter, une demi-livre de bon Efprit-de-vin dans la cornue ; d’autres regardent cette précaution comme fuperflue ; quelquefois auffi entre le ballon & la cornue on place une allonge ou un ballon à deux becs ; le tout étant bien lutté avec de la veflîe afîouplie , on chauffe le fourneau , & on en augmente par degrés la chaleur, fans cependant faire jamais rougir le fond de la cornue ; l’opération dure de quinze à dix-huit heures ; pendant ce temps , fi on a ajouté de l’Efprit-de-vin, il pafle chargé d’une certaine quantité de fel volatil, qui lui a fait donner, fur-tout fi on y ajoute des aromates, le nom à’EJprit volatil aromatique. Lorf qu on n a pas mouillé le mélange d’Elprit-de-vin , il pafle à-peu-près douze onces de liqueur très-pénétrante, qui fouvent cryftallifo après coup dans le flacon où on la tranlvafe. Les récipients fo chargent de cryftauxfilins, blancs,
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- ïïî. Partie. De la Préparation en grand des Produits Chimiques jolides. 127 tranlparents qui font 1 alkali volatil tellement accompagne de craie , que pour les quatre livres de fel Ammoniac employé *, on trouve quelquefois deux livres & demie d’alkali volatil.
- M. Duhamel qui avoir il y a long-temps connoiflunce de ce phénomène a enleigné comment reconnoitre la préfonce de cette craie ; il s'agit d’expofor à l’air un eflai d’alkali volatil foupçonné ; celui-ci le diffipe & lai lie la craie en arriéré. En me fervant d’un moyen fomblable, j’ai reconnu que tous les fels volatils des animaux emportent avec eux allez d’acide pour qu’une partie foit dans l’état vraiment ammoniacal. L’Académie eft dépofitaire de ce travail, ainfi que d’un allez grand nombre d’autres, que je me fuis fait & me ferai toujours un honneur & un devoir de lui préfenter à titre d’hommage fait aü Juge le plus compétent.
- Si on fupprime la craie , & fi à la potalîe qui rend le fel lùjet à s’humeéler on fubftitue le fel de foude, on obtient le vrai fel volatil, exempt de tout mélange ; & c’eft ainfi que le préparent les Artiftes qui ne courent pas toujours à la.quantité ; car ce procédé fournit à peine la moitié du poids de fel Ammoniac en fel volatil.
- Comme il arrive fouvent qu’à force de déboucher les flacons, l’alkali volatil perd de fa force , j’indique volontiers le moyen de la lui rendre ; en perdant fa volatilité, il a toujours perdu de l’humidité qui lui donnoit une forte de tranf parence. Je lui reftitue cette humidité en y verlànt de l’Elprit volatil de la plus grande pénétration , celui, par exemple, qu’on obtient par l’întermede du Minium , en fuivant le procédé de Neumann , qui fubftitue cette chaux métallique à la chaux vive pour décompofor le fel Ammoniac.
- On ne fera peut-être pas fâché de trouver ici le petit tour de main de ceux qui prétendent diftribuer des fels volatils de Thim , de Lavande, &c ; ce font les linges des Diftillateurs Anglois. Dans de petits flacons pleins d’alkali volatil ordinaire , ils verfont une goutte ou deux de l’huile eflentielle qui doit donner le nom au flacon. Ce petit artifice rentre dans la claflê de ces choies qu’on ne pourroit délàpprouver, fi les elpeces de Parfumeurs qui le mettent en ufage difoient qu’ils vendent du fel volatil à la Lavande , par exemple , & non pas du fel volatil de Lavande ; tant il eft vrai que la précifion & la Valeur des mots font ejftèntiels quand on veut fe faire entendre.
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- 12$ L’ART DU DISTILLATEUR>
- Article Neuvième.
- Fabrique du Sucre de Lait & du Sel d’Ofeille, en Suifle & en Lorraine*
- On apporta dans Paris pour la première fois ,il y a à-peu-près trente ans, un fel que M. Prince, Apothicaire de Berne en Suifle, diftribuoit dans des boîtes de deux livres au plus , & quil intituloit Sucre de Lait. Cette nouveauté fut accueillie fùivant l’ulàge , & on ne parloit que Sucre de Lait. U nen fallut pas davantage pour exciter lemulation ; ce fut en Lorraine vers Sarlouis que fe firent les premiers eilàis fructueux , &les Fabriquants Lorrains établirent leur Sucre de Lait à beaucoup meilleur marché que M. Prince , qui profitoit fans doute de la certitude où il étoit d’en être le feul préparateur. C’eft ainfi que Seignette vendit long-temps fon fel à un prix qui nous paroît exceflif aujourd’hui. Le Sucre de Lait eft en croûtes épaiflès d’un demi-pouce , blanches, cryftallines fans avoir de configuration régulière, ayant à l’extérieur beaucoup de reffem-blance avec la crème de tartre , mate, très-dure , ayant un goût fucré. Celui de Lorraine a les mêmes propriétés ; il paroît feulemeiït être moins compacte , plus foluble & plus làvoureux.
- Le principal ufàge de ce Sucre de Lait a été pendant quelque - temps à Paris de fervir aux parefîèux pour faire du petit Lait , en diffolvant quatre gros de ce Sucre dans une pinte d’eau , & filtrant la folution. Je n’infifte pas fur la difîemblance qu’un petit Lait de cette efjpece peut avoir avec le vrai petit Lait ; il n’en a pas moins eu fa vogue ; & cela n’étonnera pas quand on faura qu’il y a eu un homme dans cette même ville affez ofé pour faire accroire qu’il avoit trouvé le moyen d’enlever au petit Lait fon mauvais goût, 8c pour faire payer en conféquence Ion petit Lait quarante fols la pinte. Ce moyen, digne de fon inventeur, confiftoit à étendre une chopine de petit Lait bien préparé dans une chopine d’eau filtrée, lucrée avec deux gros dé fucre légèrement colorée par une feuille dé fafran qu’il y infufoit. Je n’infulterai pas aux dupes fans nombre qu’a eu ce Charlatan ; mais j’avertis ceux qui pour-roient encore s’y laifler prendre , que c’eft ainfi que procèdent ces affamés qui vont toujours offrant au rabais leur marchandifè ; on la paye toujours trop cher , ainfi que les confeils perfides de ceux qui les préconifent.
- La Suifle eft un pays de laitage ; c’eft-là où le fabriquent le plus de fromages de toutes efpeces ; ces fromages fuppofent qu’on a fait cailler le Lait , & leur fabrication apprend qu’on prive la partie cafeufe de tout le petit Lait qui s’en peut égoutter : ce petit Lait, eft beaucoup trop abondant même pour les ufages les plus communs auxquels on le deftine ; M. Prince le clarifie , le fait évaporer en confiftance de petit fyrop & l’abandonne enfuite ; lorfqu’il a par ce moyen obtenu plufieurs quintaux de cryftaux ifblés, jaunâtres , & peu confif tants, il les rediflout dans de l’eau , clarifie cette folution avec le blanc d’œufs,
- filtre
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- III, Partie. De la Préparation en grand des Produits Chimiques folides. 129
- filtre la liqueur fur des entonnoirs chargés de chaux éteinte & bien lavée ^
- puis met à évaporer de nouveau ; il elt rare que le fel obtenu de cette fécondé
- clarification foit encore très-blanc; on le rediflout, pour le clarifier, le filtrer
- & le faire cryftallifer une troifieme fois : lorfqu’il eft fufiifàmment blanc , on le
- fait fécher à l’étuve , 8c on le met dans des boîtes garnies de papier blanc. Il
- diminue ordinairement des cinq fixiemes de fon poids, c’eft-à-dire , que cent-
- vingt livres de cryftaux jaunes fe réduifent à vingt liyres de cryftaux blancs
- 8c commercables.
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- J’ai eu occafion de vérifier le fait fur trente livres à-peu-près de Sel de Lait, qui me rendirent au plus cinq livres de fel blanc , après quatre clarifications; 8c un de mes amis 8c confrères, M. Chellé , en acquit en même temps la preuve de fon côté , lorfqu’il étoic Apothicaire gagnant Maîtrife de l’Hôpital Général.
- On attribue aux Lorrains un tour de main pour avoir leur Sucre de Lait plus blanc & plus abondant; on dit que fur chaque pinte de petit Lait ils ajoutent quatre onces de Sucre blanc, ce qui augmente le poids du fel à obtenir , 8c en. rend la clarification plus aifée. J’ai eflayé en petit cette manipulation , 8c j’ai en effet obtenu un Sucre de Lait que j’ai blanchi plus facilement, mais qui fe diflblvoit suffi bien plus volontiers dans l’eau ; je n’aflurerai cependant pas que les Lorrains faffent ufàge de cette mauvaifè manipulation ; j’aime mieux préfumer que le petit Lait étant auffi abondant en Lorraine qu’en Suifle, puifque la fabrique des fromages eft également commune dans l’un & l’autre pays, dès que les Lorrains ont eu trouvé le moyen de faire le Sucre de Lait, ils l’ont établi à tm prix plus basque celui de Suifle, pour s’achalander, 8c ils ont en effet rëuffi , puifqu’ils font prefque les feuls qui en approvifionnent les Droguiftes de Paris.
- Les Suifles font dans la pofleffion de préparer encore une autre efpece de fel, appellée mal-à-propos Sel d!Oftille\ c’eft le fel eflèntiel d’Acetojella , eipece de trefle d’un goût acidulé, & très-commun dans les vallées de la Suifte.
- Zimmermann , abréviateur des écrits de Neumann, perfuadé que ce fel ne pouvoit être fi abondant dans le commerce fans être falfifié, donne plufieurs recettes, qui, fùivant lui, imitent le fel d’Acétofella : je me fuis finguliérement occupé à les vérifier toutes, & je puis certifier qu’aucune n’eft praticable, parce qu’il n’en réfulte abfolument rien de femblable au Sel d’Ofeille. Ayant plufieurs fois eflayé de traiter l’Acétofèlla elle-même , je n’en ai retiré qu’un fèl roufsâtre 8c fi peu abondant que j’ai foupçonné au moins un tour de main dans la manipulation. Comme le commerce de ce fel en France fe fait par Strafbourg,' j’en écrivis à M. Spielmann, Profefleur de Chimie, & mon Confrère dans plufieurs Sociétés favantes ; voici le précis de fa réponfe.
- » Nous ne préparons pas nous-mêmes le Sel d’Ofeille ; ce font les Suifles qui y> nous l’envoient tout préparé. La quantité qu’ils ont de cette plante, leur per-» met de perdre beaucoup de fel par les clarifications réitérées, afin d en ob-» tenir très-peu de blanc ; il n’y a abfolument aucun tour de main ; les Suifles Distillateur, K k
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- *30 VA RT DU DISTILLATEUR.
- j> font incapables de la plus légère fupercherie ; s’ils le vendent cher, c’eft \ y> caufe de la petite quantité de pur qu’ils en retirent «. J’ai reconnu depuis c[u’en filtrant la folution de ce fel impur fur une terre argilieufe un peu calcaire Sc friable, telle que la terre de Mervielle , on clarifioit cette folution de maniéré à obtenir du premier coup des cryftaux fort blancs.
- Le premier ufage du Sel d’Ofeille étoit pour enlever les taches d’encre Faites fur les dentelles Sc autres linges d’une texture délicate. Les Confifeurs Sc quelques Pharmaciens en ont compofé des tablettes acidulés, qu’on a appelles , Tablettes adJitim , Limonade féche , Tablettes de citron , Scc. Sc voici comme on les compofè. Sur quatre onces de fucre en poudre fine, on ajoute deux gros de Sel d’Ofeille pareillement en poudre fine ; on ajoute au mélange ou quatre gouttes d’effence de cifron , ou un peu d’ O leofaccharum fait en frottant fur du fucre l’écorce fraîche d’un citron ; avec un mucilage de gomme adragant, on fait du tout une pâte liée en la pilant fortement, Sc on divife cette pâte en paftilles , ou en tablettes fur lefquelles on imprime à volonté un cachet : on les féche à l’étuve. On obfervera que dans très-peu de temps l’elfence de citron acquiert un goût de térébenthine, & que ÏOleo-faccharum fe rancit ; ce qui démontre combien on a tort d alfurer au Public que ces fortes de préparations font d’une longue confervation.
- 'Article Dixième.
- Fabrique du Sel de Succin , par les Hollandais.
- L a quantité allez notable de fel volatil de Succin, d’huile d’Ambre Sc de bitume de Judée , qui fe diftribuent à un prix modique de Hollande dans toute l’Europe, a fait foupçonner les Hollandois d’une falfification dont ils ne font point coupables. Il eft vrai qu’en prenant le karabé ou fuccin le plus commun , & le diftiilant avec le plus grand foin, aucun autre Artifte ne pourroit en établir le débit à fi bas prix ; mais il faut (avoir qu’une Compagnie Hollan-doife s’eft chargée de l’exploitation de certaines mines de Succin de la Hongrie , Sc qu’après avoir retiré les morceaux aflez gros Sc tranlparents pour être employés comme bijou , après avoir trié ceux qui peuvent être bons aux Vernifleurs, tout le relie qui eft laie, grisâtre, mêlé de terre, eft fur le lieu même diftillé dans de vaftes cornues de fer tubulées ; on met de côté toute l’huile qui a pu pafler, Sc on réferve d’autre part l’Elprit & le Sel volatil ; le tout s’envoie en cet état en Hollande ; ce qui épargne les frais de tranlport d’une mar-chandile qui ne feroit pas de défaite, & ceux de la première fabrique.
- En Hollande , on diftout dans de l’eau tiede tout le fel volatil, Sc on filtre cette diflolution ainfi que le phlegme ou Efprit volatil qu’on a tranfporté ; puis on le fait évaporer très-lentement jufqu’à ce qu’on voie la liqueur épailfie.
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- III. Partie. De la Préparation en grand des Produits Chimiques folldes. i j i Alors les uns fe contentent de laifler lécher le total, & cette méthode eft xnauvaife ; les autres mêlent cette liqueur épaiffie avec du fable , placent le mélange dans un pot plus large que profond, fur lequel ils mettent un pareil pot renverfé : en chauffant le premier pot, le fel fe fublime 8c s’attache à celui qui fert de couvercle; il eft en aiguilles , d’un gris laie , très-acide , & tenant toujours un peu d’huile. On a prétendu que lés Hollandois failbient cryftalli-fer leur fel de Succin ; j ai reconnu que par ce moyen on perdoit beaucoup de fel, & que par conféquent il eft trop deftruéUf pour des Artiftes auffi économes qu’ils le font.
- D’autre part, ils mettent dans de vaftes cornues de grès toute l’huile qu’ils ont reçue des mines , & la diftiüent par un feu gradué, qui leur donne d’abord plus ou moins d’huile légère, très-peu ambrée } 8c très-odorante , luivant le foin qu’ont eu les premiers Fabriquants à ménager le feu dans leur travail, fuivant que le fuccinque ces premiers Fabriquants ont travaillé, a été plus ou moins mêlé de terre & de fable , en proportion enfin du déchet qu’ont fouffert les bouteilles qui la tranfportent : cette première huile fe vend aux Droguiftes fous le nom dshuile d'Ambre fine. En augmentant le feu, il paffe une fécondé huile , pareillement légère , mais rougeâtre 8c beaucoup moins pénétrante que la première ; auffi eft-elle d’un bien moindre prix ; ce font les Maréchaux 8c les Peintres en vernis qui la confbmment. S’ils pouiloient le feu davantage, ils auroient une troifieme huile qui n’eft d’aucun débit ; mais en ceffimt la diftilla-tion & laiflânt refroidir l’appareil, ils trouvent dans les cornues qu’ils cafîenc une maffe luifànte , feche , noire , friable , 8c qu’ils débitent pour Bitume de Judée ; c’eft une efpece d’arcanfon du karabé.
- Ce détail fuffit pour montrer comment les Hollandois peuvent établir un prix fi modique à chacun des produits du Succin. Je fuis certain du moins pour les avoir tous eiîàyés , qu’aucun des tours de main qu’on leur Impute pour allons ger le fel volatil de Succin entre autres ne réuffit.
- J’ai cru fuperflu de donner une notice hiftorique du Succin ou Karabé que chacun fait maintenant être un foffile abondant dans la Prufle Ducale, dans la Hongrie, dans le Duché de Deux-Ponts & ailleurs. Tant de Naturaliftes , d’Hiftoriens 8c de Chimiftes en ont parlé , que je ne pourrois être que leur écho ou leur abréviateur ; & ce dernier foin lui-même eft fuperflu , puifqu’on trouvera dans le Diélionnaire de M. Bomare un abrégé qui contient l’hiftoire de ce Foffile, jufqu’à la découverte qu’en a faite en Suiffe M. Stockar dans le chevelu des fbuches abbatues aux environs de Schafoufe.
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- L'ART DU DISTILLATEU R.
- Article Onzième.
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- Raffinerie du Borax.
- Tout le Borax qui fe diftribuoit autrefois en Europe, y étoit apporté 8c purifié par les Vénitiens. Quelques Auteurs accufent les Hollandois d’avoir ufé de fupercherie, pour découvrir le moyen fècret de raffiner cette fubftance fàline. Que cette accufation loit fondée ou non , lès Vénitiens ont perdu tant de branches de leur ancien commerce , qu’il n’eft pas étonnant que celle-ci leur fcit échappée. On ignore abfolument quel eft le procédé des Hollandois, & le peu qu’on en lait eft dû aux obfervations de M. Valmont de Bornare. Mais ce qui prouve qu’avec de la patience, de l’intelligence, des tentatives , on peut aifément découvrir ce fecret prétendu fi caché, c’eft le fuccès de M. Leguillé un de nos forts Négociants de Paris ; il eft parvenu à purifier le Borax : il y a à la vérité quelque différence entre le fien 8c celui des Hollandois.
- Avant d’expofer comment on peut parvenir à purifier le Borax , fans prétendre révéler la manipulation de M. Leguillé que je déclare ignorer abfolument, il eft bon d’obferver quil vient dans l’Europe par le commerce des Indes trois efpeces de Borax bruts.
- La première efpece, appel!êt Borax du Bengale, eft en petits cryftaux jaunâtres affez réguliers & comme empâtés dans une matière tenace , rance , dont l’odeur approche beaucoup de la vieille cire jaune. La fécondé efpece eft en maffes & en cryftaux plus gros, d’un bleu verdâtre , comme fàli par un peu de terre qui les entoure ; ces deux efpeces nous font parfaitement connues , & il ne s’en vend pas d’autre à l’Orient, qui eft le dépôt général de toutes les traites qui fe font aux Indes.
- La troifieme efpece eft une terre d’un verd jaunâtre que les Hollandois 8c les Négociants du Nord connoiffent particuliérement fous le nom de Tinckar ou T inquai j que lui donnent encore les Efpagnols, qu’il ne faut pas confondre avec un alliage métallique auquel on a donné un nom femblable. M. -Model ,Chimifte de Peterfbourg , obferve dans fès Récréations Chimiques , ouvrage Allemand dont nous ne tarderons pas à avoir la traduction , que quoique le Tinckal foit fujet à être mélangé de beaucoup de fable, il eft cependant d’un prix plus cher que le Borax le mieux raffiné , ce qui donne â penfer que cette fubftance ne contient que la partie inconnue du Borax, cette fubftance qu’on eft convenu d’appeller Sel fedatif, à laquelle en raffinant on ajoute la bafe alkaline de la foude qui lui donne l’état Borax. Les deux premières efpeces font au contraire du Borax tout formé ; il eft vrai que l’art de celui qui le raffine eft de voir fi cette fubftance , le fel fédatif, n’y eft pas en trop grande abondance, parce qu’alors il compenfe fes frais par la dofe de fel de foude
- qu’il
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- III. Partie. De la Préparation en grand des Produits Chimiques Jotides. 131 <ju’il y ajoute. Je parle de ceci pertinemment ; j’ai fous les yeux un Borax rafr-né, que j’ai décompofé, félon l’ufage, par de l’acide vitriolique , pour en avoir le fol fédatif, & j’ai déjà retiré prefque tout le poids de ce Borax en fol fé~ datif , fans avoir encore un atome de fol de Glauber.
- Quoique tout le monde lâche l’Hiftoire du Bracmane, qui a donné une recette de Borax à M. Knott ; recette confîgnée par M. Trew, dans un volume imprimé à Copenhague en 1753 > par M. Pott, dans le troifieme volume de ledition Françoifo de fes Diflertations Chimiques; & quelque foi que mérite le récit fait par un Allemand appellé Nœglin, à M. Géofroyfe jeune, qui l’a communiqué à l’Académie des Sciences en 1732 , je crois devoir encore donner ici les deux récits foivants , les plus modernes qu’on ait à cet égard.
- M. Durabec , ci-devant Négociant à Tranquebar, & pour le préfont un des principaux Directeurs de la Compagnie des Indes, M. Durabec a affirré M. Gauthier, qu’aux environs du Tibet, il y avoit un lac appellé Necbal , du fond duquel on draguoit le Borax , en féparant les cryftaux , 8c mêlant la terre non cryftallifée avec partie égale de caillé de lait, 8c un tiers à-peu-près d’huile exprimée appellée dans le pays Jujoline ; qu’on mettoit ce mélange dans des folles peu profondes pendant deux à trois mois , au bout duquel temps on retrou voit cette terre toute convertie en Borax.
- M. le Marquis de Beau vau qui voyageoit en 1768 & 1765? comme Officier de Marine , ayant féjourné long-temps à Tranquebar, m’a alluré que le rapport unanime des Négociants , des Officiers de comptoir , 8c des Indiens qui y apportent leurs marchandifos, étoit qu’à quarante lieues de Tranquebar , dans les terres, il fo trouve plufieurs lacs dont le fond eft argilleux , 8c defquels on retire avec des cuillers faites comme nos curettes , une vafo qu’on laifle fécher fur les bords des lacs. On en retire les cryftaux tout formés pour vendre à part, & la vafe fo vend fous le nom de Tinckal ou Tinckar. Ces deux derniers rapports fuffifent pour tenir en garde contre les fables que l’éloignement des lieux autoriferoit certains Voyageurs à nous débiter.
- En 1766 y M. le Comte de Rœdern , un des Chambellans de Sa Majefté Prulîienne, & l’un des Curateurs de l’Académie de Berlin , fo trouvant à Paris, me pria d’examiner une terre qu’un Direéteur de Mines des environs d’Halberftadt, lui avoit confiée, pour voir quelle elpece de métal elle conte-noit. Mes efïàis ne me donnant jamais avec les réagiflants 8c les fondants connus qu’un verre plus ou moins opaque y je tentai d’en fondre une partie à la lampe d’Emailleür ; la plus petite chaleur la fit fondre avec tant de facilité , je crus reconnoître dans la flamme tant de rapport avec le Borax, que je tournai nies eflais de ce côté. Sur une portion, je verfai de l’acide vitriolique délayé ; elle ie diffolvit prefqü’en entier, 8c me donna du fol fédatif très-abondamment. J en délayai une autre portion dans de l’eau où j’avois diffous du fol de foude, & au bout de quinze jours je trouvai dans cette mafTe defîechée quatre cryftaux Distilla teur 9&c. L1
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- i34 i VA RT DU DISTILLATEUR.
- bien dillinéts de Borax, tel qu’il eft dans l’état brut. Je m’afiurai de là nature fur un de ces cryftaux, & je ne pus douter que la terre d’Halberftadt ne fût une vraie terre de Borax ; elle eft d’un blanc grenu , un peu mate , à-peu, près comme la moëlle de certaines oftéocolles. J’avois prié M. de Rœdern, de m’envoyer à fon retour plus de renfeignements fur cet objet; mais foit diffraction par d’autres voyages , foit railon d’intérêt particulier, ce Seigneur a tout^ a-fait négligé de faire ce qu’il m’avoit promis.
- Pour procéder à la purification du Borax , je fuppofe d’abord que ce foit le Tinckal ; fur un fourneau de quatre pieds de haut 8c fans cendrier, on établie une grande chaudière de cuivre de trois pieds de diamètre fur trois de profondeur , dont le fond faffe le cul-de-lampe ; on l’emplit d’eau aux deux tiers , & on chauffe au bois ; en Hollande c’eft avec de la tourbe : lorfque l’eàu eft chaude , on plonge dans la chaudière une petite bafline large & creufe dans laquelle on a mis cinquante livres de Tinckal 8c cinquante livres de bonne fou-de bien mêlés enfembîe ; avec une longue écumoire de cuivre , on détache peu-à-peu ce mélange , qui, à mefure qu’il chauffe prend adhérence contre les parois de la bafline ; c’eft pour éviter que cette adhérence ne devienne confi-dérable au point de détruire la chaudière, qu’on donne à celle-ci la forme d’un œuf, tandis que la bafline eft plate ; avec cette précaution, jamais le mélange n’eft chauffé au-delà du degré d’eau bouillante. Lorfque tout eft détaché •de la bafline , on la retire de dedans la chaudière , on diminue la chaleur 8c on laifle repofer un peu ; avec une longue poche de cuivre, on puifela liqueur du fond, 8c on la verfe fur une toile montée fur un chaflis, lequel eft pofé fur une tinette de bois large de deux pieds, & haute de trois. Cette tinette eft fur une efpece de fupport qui l’exhaufle encore d’un pied & demi : toute la liqueur coule dans la tinette , & il ne refte que la terre , qu’on enveloppe dans fa toile pour la mettre fous une preflè dont le fond 8c la plaque font de pierre ; on ajoute ce qui s’écoule de cette maniéré avec ce qui eft déjà dans la tinette, & on laifle le tout jufqu’au lendemain. La tinette a fur le côté & vers fon fond trois trous diftants en hauteur l’un de l’autre d’un bon pouce , & bouchés avec des bondes de bois ; on ouvre la plus fùpérieure , & on laifle couler la liqueur, fi elle eft claire; on retire parce moyen toute la leflïve claire en débouchant lucceflîve-ment les trois bondes ; on s’aflure que la terre eft infipide, & on la jette comme inutile.
- Si au lieu de Tinckal on a du Borax brut à purifier, on fait bien la même manœuvre ; mais on ne met de cette foude que ce qu’on croit néceflaire pour parfaire la combinaifon de ce Borax; il ne s’agit plus que de clarifier. Pour cela on remplit de nouveau la chaudière avec la leflïve de Borax dépofée ; on chauffe, & à 1 inftant où la liqueur frémit, on a de la chaux éteinte & de l’ar-doife en poudre d’une part, 8c de l’autre de la colle de poiffon, ou de gand, ou du blanc d’œuf, bien battus 8c bien mouffeux ; on met plein une écumoire
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- III. Partie. De la Y réparation en grand des Produits Chimiques folides. 135 de cette écume, & on jette une poignée de chaux & d’ardoife quand le bouillon eft bien établi ; on continue ce manege jufqu’à ce que la liqueur foie bien claire ; on la paffe alors dans d’autres tinettes fur des toiles bien ferrées, & on la lailfe égoutter & s’éclaircir jufquau lendemain.
- On reprend cette liqueur pour la faire évaporer en confiftance un peu épaif-fe, telle qu’un fyrop ordinaire ; on la diftribue dans des terrines qui peuvent contenir huit à dix pintes , & encore mieux dans de petits baffins de cuivre de la même continence. Je dis beaucoup mieux , parce que le lejour dans le cuivre donne aux cryftaux un ton bleuâtre, qu’on n’eft pas fâché dans le commerce de trouver au Borax.
- On pl ace les terrines ou baffins de cuivre pleins de la liqueur évaporée dans une étuve dont la chaleur eft entretenue entre trente & quarante degrés du thermomètre de Reaumur, & on les y lailîe plus ou moins long-temps. Avec cette chaleur les cryftaux ne font pas trop-tôt frappés parle froid, & au lieu de fe former en petites maflès régulières, iis prennent une confiftance très-grofte , irrégulière à la vérité , au point que pour les détacher il faut les brifer. L’eau mere qu’on en aégoutée, les eaux qui fervent à laver tant les tinettes, que la chaudière & les toiles, enfin celles dans lelquelles on a fait rebouillir les terres pour les deflàler entièrement, tout cela fe met de nouveau dans la chaudière, qu’on travaille au Tinckal, c’eft-à-dire , dans le premier travail ; car on peutob-ferver que toute cette raffinerie confifte, i°, à débarraffer, en le fixant par l’alkali marin, le fel fédatif du refte de là terre ; 20, à bien épurer les liqueurs ; 30, à les clarifier à l’aide du blanc d’œuf, où de fon équivalent, de la chaux éteinte & de l’ardoile ; 40 , à donner une forte évaporation à la liqueur clarifiée ; 50, à ne faire naître la cryftallifàtion qu’à l’aide de la chaleur , afin qu’étant plus lente , les malles làlines prennent plus de volume.
- Lorlqu’il fe trouve des cryftaux un peu jaunes ou qui n’ont pas le degré de blancheur fuffifant, on les met dans la chaudière, lorfqu’on clarifie à la chaux, &c. Il y a grande apparence que l’ardoife ne fert ici qu’à mafquer le véritable intermede de la clarification ; cependant j’ai une expérience fur l’huile d’olives qui femble prouver que cette pierre a une propriété notable pour décolorer les fubftances graflès de cette nature.
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- V ART DU DIS TI L L AT EU R.
- SECTION TROISIEME,
- Fabrique dyAntimoine.
- Article Premier.
- Vf enfles propres à la fabrique de ï Antimoine.
- Les difputes fur les préparations antimoniées ne furent pas plutôt termi® nées à l’honneur de ce demi-métal, que chacun s’empreiîa de jouir des avanta* ges qu’il pouvoir procurer. Il paroît que les Maréchaux furent les premiers à introduire dans leur Médecine vétérinaire ou hippiatrique, Fefpece de préparation d’Antimoine appellée Crocus , ainfi que le verre d’Antimoine. Les Fondeurs en caractères d’imprimerie étoient depuis long-temps en pofleffion de faire entrer dans leurs fontes le régule d’Antimoine. Il s’eft élevé de temps à autre des Fabriques où Pon préparoit en grand ces trois objets. D’autre part quelques Artiftes ont établi à Saint-Dizier en Champagne une Manufacture de Kermès minéral, efpece de médicament dont la réputation a long-temps fur-pafle le débit.
- Nous avions autrefois à Paris une famille du nom de Fourcroy , qui tenoit Fabrique de crocus, régule & verre d’Antimoine; quelle que foit la caufe de fa defiruction, cette Fabrique, établie jadis au fauxbourg Saint-Victor, ne fub-fifte plus. Dans les dernieres années, ces trois préparations étoient tombées à un fi vil prix qu’il décourageoit tous les Fabriquants. Les Chartreux de Moulins ayant trouvé dans leur enclos une mine d’Antimoine, la firent exploiter , puis convertirent le produit en crocus, régule & verre d’Antimoine, & pour en avoir le débit, qui ne manqua pas de leur venir, ils les établirent à un grand tiers au-deflous de la valeur du commerce. Quand ils eurent vuidé leur magafin, les poffefleurs d’autres mines d’Antimoine , & notamment ceux de Brioude , qui , défefpérés de cette concurrence ruineufè , avoient négligé l’exploitation de leurs mines, voulurent la rétablir , Sc obtinrent un Privilège exclufif pour le débit de leur Antimoine , qu’à leur tour , & pour fe dédommager , ils établirent à haut prix ; il en réfultoit l’inconvénient que les préparations d’Antimoine ou manquoient ou étoient d’un prix excefllf: on y a remédié en rendant à tout particulier la permifîion d’exploiter des mines d’Antimoine & d’en vendre le produit. C’efl dans cet état actuel, que l’Antimoi-' ne fe fabrique à Orléans entre autres & à Pontoifè.
- La Manufacture de Pontoife eft inabordable ; celle d’Orléans ne l’eft pas
- plus : elle a le célébré Fournier le jeune, Fondeur en caractères pour fondateur ;
- il
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- IL Partie. De U Préparation en grand des, Produits Chimiques folides. 137 il en a efquiffe le travail dans fon Art de fondre les Caraéleres d’imprimerie, deux vol. in-80. chez Barbou. Cette defcription n’étoit pas fuffi/ante ; mais M. Prozet, Chimifte très-intelligent, Sc qui fait mettre à profit les moyens de s’inftruire, eft parvenu à avoir fur cette Manufacture des détails tels qu’on n’au-roit pu les attendre du récit des Directeurs mêmes. Il me les a communiqués avec cette générofité qu’a tout galant homme ennemi des fecrets, Sc avec cette confiance que lui donnoit fur les procédés qu’il décrit, fà propre expérience. C’efl: fur fes Mémoires , auxquels j’ai joint mes effàis pour en conftater de plus en plus la vérité Sc le fuccès, que je détaillerai la fabrication des produits de l’Antimoine.
- La principale, la première , la plus indifpenfable préparation d’où dépend le fuccès, de tous les autres travaux, c’efl: la calcination de l’Antimoine. Pour la faire en grand & avec économie, on conftruit dans un laboratoire convenable, &fous la hotte d’une cheminée, un four à-peu-près femblabie à celui des Boulangers. Ses murs latéraux ont 18 pouces d’épaiiTeur; on lui donne en dedans œuvre fix pieds de profondeur flir fix de large , & la plus grande hauteur du fol à la voûte n’eftque d’un pied, un ou 2 pouces. Ce fol eft établi en briques debout, bien cimentées Sc bien appareillées enfemble pour laiflsr entrelles le moins de vuide poflible. Le mur de fond ou pied droit, n’eft pas d’à-piomb , il va en talus ;on en fendra inceflàmment la raifbn. L’intérieur du four eft féparé en trois parties égales,depuis la bouche jufqu’au mur de fond , par deux petits murs qu’on y bâtit à la diftance de deux pieds en dedans œuvre avec des briques ; on leur donne quatre pouces d’épaiiTeur Sc huit pouces de hauteur, Sc afin de les rendre folides on les maintient par deux barres qui régnent fur leur longueur.
- L’efpace du milieu a donc par ce moyen deux pieds juftes de large, & les deux efpaces latéraux n’ont chacun que vingt pouces en largeur. Cet efpa-ce du milieu eft garni fur le devant d’une porte de pareille largeur, & fe nomme la chambre à calciner ; les deux autres n’ont qu’une porte d’un pied de large , Sc fe nomment les chambres à feu. Comme les murs qui en font les réparations ne vont pas jufqu’à la voûte , il eft aifé de fèntir que la flamme du bois qu’on y allumera , paflera dans la chambre à calciner. On les chauffe ordinairement avec du coteret bâtard.
- Ce four n’eft pas la feule piece elfentielle pour les travaux qui vont nous occuper ; dans le même laboratoire, & à la plus grande proximité poflible du four, on conftruit un fourneau long & dont un des côtés les plus larges eft fur le devant. Il doit être capable de contenir douze creufets , fix de front 8c deux rangs ; les murs de ce fourneau ont l’épaifleur de la brique , Ion cendrier a en hauteur celle de trois briques ou fix pouces, Sc le foyer a un pied ; la longueur en dedans œuvre eft de fix pieds ; la grille eft ferrée Sc faite de barreaux d’un pouce d’équariflage ; on ménage à des diftances égales cinq à fix ouvertures au cendrier , aflez larges pour y pafler une pelle, Sc on tient le fol D I s T I LL AT EU R , &C. Mm
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- î38 vart du distillateur.
- un peu creux afin d y recevoir ce qui pourroit s’écouler dans le cas de fraélure de quelques creufets.
- Ces creufets, qu’on appelle auflî pots , ont un pied de haut fur huit pouces de diamètre ; chaque pot peut contenir douze livres de matière ; leur choix n’eft pas indifférent; il faut qu’ils foient bien frappés, & bien recuits ; la Fabrique d’Orléans en a d’excellents qu’elle fait faire à Fontevrault.
- ‘ Chaque creufet eft recouvert, lorfqu’il chauffe , d’une piece de terre cuite, quarrée & plate , dont les angles font légèrement échancrés ; & dans le cas où Ton défire donner au feu plus d’aélivité, on forme un dôme poftiche en adofi fent par leur bafe deux creufets renverfés fur chaque bande de creufets ; ils pofent par leur ouverture fur ces pièces quarrées ou fur les murs du fourneau, & viennent fe rencontrer en les penchant l’un vers l’autre.
- Les Fabriquants d’Antimoine ont d’autre part des fourneaux à marmite pareils à ceux que j’ai décrits fous ce nom au commencement de la fécondé Partie ; une de ces marmites, entr’autres 3 eft garnie d’un couvercle qui la ferme exactement, & dont le milieu eft percé. On verra par la fuite i’ufàge que quelques Fabriquants font de cet appareil.
- Il eft encore effentiel pour toutes les parties du travail de l’Antimoine , d’a-J voir des mortiers de fer de plufieurs grandeurs , des filtres ou chaflîs faits pour en fervir, des terrines de grès, des tamis de fil de fer très-ferré, des cribles d’ofier , des chauffrettes de fer pour le régule , & des poêles de cuivre , pour le verre ; enfin nous avons tant de fois parlé d’une étuve dans la Seétion précédente , que nous la décrirons ici, parce qu’elle fert aufli pour le travail de l’Antimoine.
- Les mortiers de fer font deftinés à pulvérifèr l’Antimoine & les autres ingrédients , en obfervant que chaque mortier ferve uniquement à pulvérifèr la même fubftance.
- Les chauffrettes de fer font des baflîns d’un pied de diamètre & de deux à trois pouces de profondeur, reflemblant affez bien à un fond de mortier qui feroit fou tenu fur trois petits pieds ; on les fait rougir, puis on les graiflè avec du fuif pour y verfer le régule ; il y en a de plus petites fuivant l’exigence.
- Les poëlettes de cuivre font des baflîns très-bas 8c peu creux dans lefquels on verfe par cuillerées le verre d’Antimoine, à-peu-près comme j’ai dit qu’on faifoit le cryftal minéral. Le chaflîs à filtrer eft un quarré long* compofé de deux pièces de bois de deux pouces fur trois d’équarriflàge , longues de fix à fept pieds & affemblées à des diftances égales par des traverfès d’un pied 8c demi de long. Outre les chevilles d’affemblage de ces traverfès, on introduit au centre de leur union avec les deux longues pièces, d’autres chevilles de fer qui dépafient d un bon pouce , & qu’on arrondit de maniéré à fè terminer en pointe. Cette efpec® d’échelle, ( car ce chaflîs y reifemble aflèz bien , ) f©
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- III. Partie. De la Préparation en grand des Produits Chimiques folides. 139 pofe horizontalement for deux tréteaux ou quelque chofe d’équivalent, de maniéré que les pointes foient en Pair. Sur ces pointes on étend des toiles claires ou des rézeaux qui fervent à foutenir le papier à filtrer. Il nefl pas indifférent quel papier on emploie ; il faut donner la préférence à un papier fort , d’un tiffu égal, Sc qui ne foit pas collé. On plie ce papier comme on feroît un mouchoir ; c’eft-à-dire , que de quarré qu’il eft on en fait deux triangles , puis on replie encore pour former quatre triangles ; enfin à force de plier alternativement de maniéré que chaque pli aboutiffe au centre de la feuille , on parvient à en faire un cône à plufieurs pans alternes.
- U eft rare qu’un chaflis tienne plus de quatre filtres ; Sc dans les grands laboratoires ils font plus commodes que tout autre appareil, parce qu’on peut les dreffer contre le mur , comme une échelle , lorfqu’on ne s’en fert plus.
- Le Rable du Fabriquant d’Antimoine eft une piece importante pour la calcination. La tige Sc le rable doivent être d’une foule piece de fer. On donne à la tige fix pieds Sc demi de long : le rable proprement dit eft un demi-cercle de dix pouces de long for huit de haut Sc quatre lignes d’épaiffeur. Outre l’avantage de remuer exactement, fon poids procure à l’Ouvrier la facilité d’écrafer les pelotons d’Antimoine s’il venoit à fo grumeler ou fo fondre durant la calcination. Ce rable eft emmanché à un morceau de bois d’une longueur proportionnée à l’emplacement ; il paffe par une chaîne fofpendue fous le manteau de la cheminée vis-à-vis de la bouche de la chambre à calciner , Sc cette chaîne foutenant le rable donne à l’Ouvrier plus de commodité pour le remuer continuellement tant que durera la calcination.
- L’étuve eft une piece dont il a déjà été queftion pour la cryftallifàtion de certains fols; c’eft tantôt une armoire, tantôt un cabinet exactement clos , garnis dans leur hauteur de tablettes rangées contre les parois de l’étuve ; on ménage au haut de cette étuve quelques trous faciles à boucher. Quand on peut l’établir aux environs de fourneaux qui font fouvent allumés, on ménage entre ces fourneaux & l’étuve, une communication qui foffit pour chauffer cette derniere. A défaut de ce voifinage , fi l’étuve eft grande , on établit au dehors un petit poêle dont le tuyau traverfo l’intérieur de l’étuve ; ou bien on y place des bafi fines de fer pleines de braifo. Les étuves baffes Sc en forme d’armoire ont pour fond une tôle percée de plufieurs trous fous laquelle gliffe un tiroir pareillement garni en tôle, Sc qu’on emplit de braifo allumée. En un mot quelle que foit la conftruéfion d’une étuve, ce qui peut varier , foit à raifon de l’emplacement , foit à raifon de l’ufàge ou fréquent ou abondant dont elle doit être , c eft toujours un efpace bien clos & propre à conforyer long-temps une chaleur égale Sc continue.
- fo ne m’arrêterai point à décrire les pelles , pincettes, tenailles, Sc autres uftenfiles communs à d’autres Arts, dont une Fabrique d’Antimoine doit être garnie.
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- 14°
- L’ART DU DISTILLATEUR.
- Article Second,
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- Calcination de U Antimoine*
- L’Antimoine eft une fubftance minérale obtenue de fà mine par une £mplefufion,& qu’on reconnoît généralement compofée de parties égales de foufre & de régule ; on en reconnoît de deux efpeces en France , celui du Poitou & celui d’Auvergne. Malgré leur reffemblance extérieure , les Fabriquants préfèrent celui du Poitou pour fabriquer le verre d Antimoine , parce qu’il conferve plus de foufre, & choififlent pour le régule celui d Auvergne qui fe calcine plus ! énergiquement.
- Dans les différents procédés des Ecrivains Chimiftes, on n’obtient ce régule qu’avec perte ; c’eft pour cela que les Fabriquants ont une toute autre ma* nipulation.
- Ils puivérifent l’Antimoine, & le paffent par un tamis de fil de fer ; on met deux cents livres de cette poudre dans la chambre à calciner du four décrit à l’article précédent ; on allume un coteret bâtard dans chacune des chambres à feu ; fitôt que l’Antimoine fume & blanchit, on diminue le feu au point de ne mettre qu’un morceau de bois ou deux dans chaque chambre ; on paffe le rable dans l’anneau de la chaîne de fer fufpendue hors du four , & on remue fans difeontinuer f Antimoine en le ramenant du fond vers le devant, & le repoullànt enfùite au fond. Il eft effentiel de remuer fans relâche & de ne pas augmenter le feu , fans quoi l’Antimoine , au lieu de fumer Amplement, fe grumeleroit & même fe fondroit, & ce feroit à recommencer. Malgré ce foin , îorfqu’il fe fait quelque peloton , l’Ouvrier foulevant le rable s’en fert comme de marteau pour l’écrafer. Durant cette opération , il n’y a que le foufre de l’Antimoine qui fe volatilife ; mais il ne faut pas qu’il s’allume en fe volatilifânt. La calcination dure ordinairement douze heures ; mais il y a tel Antimoine qui, plus difficile à défbufrer, exige feize heures de travail. Quinze à feize cote-rets fuffifent lorfqu’on chauffe un four pour la première fois; & lorfqu’on fait des calcinations de fuite, les fuivantes ne confument que douze coterets. La calcination doit être pouflee plus loin quand on veut faire du régule que pour faire du verre ; on la juge achevée fi la poudre eft douce fous le rable , ne fe grumele plus , eft de couleur de tabac, & prend en refroidiiîant une couleur grife cendrée; il fuffit pour le verre que la poudre ait la couleur de crocus pulvérifé. Alors on éteint le feu , on remue encore pendant une bonne heure, on met la poudre en un tas & on la laifîe paffer la nuit dans le four , ce que les Ouvriers appellent laijjer fier ; mais cette derniere précaution eft au moins fuperflue. Les deux cents livres d’Antimoine donnent cent yingt-cinq à cent trente livres de chaux.
- Article
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- ÏII. Partie. De la Préparation en grand des Produits Chimiques jbllàs. 141
- .Article Troisième*
- Régule d!Antimoine.
- O n place dans le fourneau de fufion les creufets chacun fur un petit fup» port ; on garnit les interftices de charbon quon allume , & lorfque les creu-fèts font rouges, on met dans chacun douze livres à-peu-près du mélange fui-yant.
- Sur cent livres de chaux d’Antimoine , on mêle cinquante livres de lie de yin bien feche& pulvérifee. Cette lie fe trouve chez les Vinaigriers, qui l’appellent fbuvent gravelle ; ils la tiennent en pains du poids de fèpt à huit livres, 8c la vendent année commune vingt-deux francs le cent. On la fait fécher fur la voûte du four pendant qu’on y calcine l’Antimoine, & on la tamife fé-parément.
- Les creufets étant chargés , on les couvre chacun de là brique ; on emplit ie fourneau de charbons , même par - deflus les creufets ; on donne par ce moyen un bon coup de feu , pendant lequel les fcories, ( c’eft le nom qu’on donne à la matière qui fumage le Régule, ) deviennent très-fluides 8c tranfpa-rentes. On a d’autre part fait rougir autant de chaufferettes de fer qu’il y a de creufets, & on les a graiflees pour recevoir cette matière bien fondue ^ le tout refroidi, on retire les fcories , 8c on trouve de cinquante à foixante livres de Régule fourni par quintal d’Antimoine crud ; ce qui ne fait prefque pas de différence du poids de la chaux employée.
- Pour économifèr, quelques Artiftes avoient imaginé un fondant compofé de parties égales d’alkali fixe & de poix-réfine ou d’arcanfon , dont iis mêloient un cinquième à quatre cinquièmes de chaux d’Antimoine ; ils donnoient à ce mélange une vive chaleur, & lorfque le tout étoit en pleine fonte, ils le ver-foient dans les chaufferettes rougies 8c graiflees ; mais on en eft revenu au premier Procédé, à la lie de vin.
- Le Régule d’Antimoine n’eft pas toujours pur dès ia première fufion j on reprend les pains défectueux, on les concafle , on en met deux dans chaque creufet bien rougi, & on y ajoute deux à trois poignées de fcories ; on donne une belle chaude , pendant laquelle une portion des fcories fè vitrifie, ce que les Ouvriers appellent du Mâche-fer ; on le retire avec une baguette de fer, 8c on en projette de nouvelles ; lorfque le Régule eft bien fondu & bien rouge, on le verfe de nouveau dans les chaufferettes, avec la précaution de faire retenir les fcories dans le creufet à l’aide d’une tige de fer, jufqu’à ce qüe le Régule foit coulé ; puis on verfe ces fcories rapidement, afin de recouvrir le Régule tandis qu’il refroidira. C’eft de ce tour de main bien fimple que dépend U Distillateur , &c. N n
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- i4a L’ART DU DISTILLATEUR.
- beauté de l’étoile qu’on remarque fur le Régule du commerce ; étoile fur laquelle les Alchimiftes Sc les Chimiftes ont tant fpéculé.
- Il arrive quelquefois qu’on demande aux Fabriquants du Régule d’Antimoine martial. Pour le faire, on met dans chaque pot ou creufet à-peu-près trois livres de limaille de fer doux , fraîchement limée ; lorfque le fer eft rougi on y jette douze livres de chaux d’Antimoine ; & lorfque le tout commence à fondre, on y projette trois à quatre onces de nitre en poudre. La fu-lion fe fait plus difficilement ; les fcories ne font jamais fluides, & il faut refondre ce Régule au moins trois fois avant de l’avoir pur. On croyoit autrefois que ce Régule martial étoit le feul qui pût avoir fa furface étoilée ; on eft convaincu maintenant que l’étoile eft toujours la marque de l’exaéte fufion du Régule d’Antimoine, quel qu’il foit.
- Comme les Artiftes Anglois paroiflent confondre ces deux Régules, qui différent certainement, je crois devoir obferver que le Régule fimple eft en plaques larges,comme feroit le Bifmuth, à la couleur près, & que le Régule martial eft en petits grains d’un brillant argentin.
- Article Quatrième.
- Du Verre T Antimoine & du Tartre émétique.
- Les Traités de Chimie où l’on a décrit la maniéré de préparer le Verre d’Àntimoine font tous uniformes, & recommandent ou de calciner l’Antimoine au point de répandre des vapeurs arfénicales, ou de calciner fortement fon régule qui augmente fenfiblement de poids durant cette opération, pour mettre enfuite l’une ou l’autre de ces chaux dans l’état de verre , à l’aide d’une chaleur fuffifante. Quelques Auteurs modernes, tels que Lewis & Zimmermann , ob~ fervent que plus la chaux eft parfaite , plus le verre eft de difficile fufion , en-forte que pour l’accélérer il faut y ajouter du fbufre ou un peu d’Antimoine en poudre ; en un mot tous les Chimiftes ont penfé jufqu’ici que la vitrification des métaux étoit le réfultat de l’entiere deftruétion du phlogiftique au-; quel ils doivent leur éclat métallique ; nos Fabriquants d’Orléans vont bien nous détromper.
- J’ai déjà dit en traitant de la calcination de l’Antimoine qu’il fuffifok pour Ii chaux deftinée à faire du verre, quelle eût une couleur d’un gris rougeâtre , ce qui a lieu avant qu’elle foit en état pour fabriquer le régule ; St cela fuppofè que cette chaux non-feulement a gardé une portion de fon fbufre, mais encore? qu’elle a pris avec ce foufre un état approchant de celui de foie de foufre réfultant de la parfufion du foufre avec la chaux, parfufion à laquelle on doit attribuer & la difficulté de défoufrer l’Antimoine, & fa facilité à fe grume? 1er,
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- ÏII Partie. De la Préparation en grand des Produits ChimiquesJàlides. 143 On charge de cette chaux grife rougeâtre les pots & creufets qui ne fervent qu’à cette opération , de forte qu’ils ne foient qu à moitié pleins ; on chauffe fortement, même en établiflànt le dôme poftiche fait avec d autres creufets renverfés. Quand la matière commence à entrer en confiftance de pâte , on donne un dernier coup de feu qui la rend affez tranfparente St fluide pour être prife par cuillerées., St verfëe dans les poëlettes de cuivre qu’on a chauffées au préalable.
- C’étoit à ce dernier inftant, lorfque la maffe eft pâteufe, que les Auteurs Chimiftes recommandoient d’ajouter , les uns du foufre , les autres de l’Antimoine, ceux-ci du borax , ceux-là l’alkali de la foude ; mais nos Fabriquants s’épargnent cette addition en laiffant dans leur chaux une quantité fuffifante du foufre de l’Antimoine, auquel ils ne font pas difficulté d’attribuer les couleurs de leur verre ; auflï préférent-ils pour cette opération l’Antimoine du Poitou quils trouvent plus difficile à défoufrer. Dans quelques Manufactures, au lieu de poëlettes de cuivre , on verfe toute une venue de. Verre d’Antimoi-ne dans une large baffine de cuivre qu on agite dans tous les fens 5 mais 1 Ouvrier eft finguliérement incommodé de vapeurs, que je crois arfénicales, qui s’échappent du Verre ainfi agité. Les Chimiftes font la même chofe fur des plaques de cuivre ; mais ils ne travaillent que fur de petites quantités.
- On trouve toujours au fond de chaque pot une portion de régule de la plus grande beauté ; j’ai même obfervé qu’en mettant en nouvelle fonte des parcelles du Verre d’Antimoine pour en faire une feule maffe, je trouvois par reillement du régule ; enforte que le foufre furabondant paroît donner occa-fion à une partie de la chaux de prendre l’état de régule, tandis que la plus grande portion fe réduit en Verre.
- Le Verre d’Antimoine du commerce eft de couleur d’hyacinthe, très-caflànt & fonore, il fe vend toujours un fol de plus par livre que le régule d’Antimoine , quoiqu’il y ait moins de déchet dans la chaux qui fert à le préparer.' U eft inutile d’avertir qu’avant de verfer le Verre d’Antimoine dans les poè’-lettes de cuivre , on écarte avec foin le peu d’écume qui peut fe trouver à fa fùrface dans chaque pot.
- Quoique les Artiftes qui travaillent aux préparations d’Antimoine ne foient pas dans l’ufàge de préparer le Tartre ftibié ; comme ce font nos Diftillateurs d’Eaux-fortes qui le préparent en grand, St que leur art St fes dépendances font l’objet principal de cet Ouvrage, je vais indiquer la préparation de ce remede important, non pas peut-être comme le préparent tous les Artiftes, mais comme doivent le préparer ceux qui font honnêtes ; il feroit cependant à délirer que dans les Provinces on préférât de-le fabriquer foi-même, à l’ufage meurtrier ou bien des gens font de l acheter a des Colporteurs.
- Dans la marmite de fer enchalfée dans fon fourneau , & capable de contenir foixante pintes d’eau, on en met quarante pintes St vingt livres de crème
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- ^44 L’ART DÛ D ISTILLATËÜR.
- de tartre en poudre fine. On chauffe la marmite ; Sc lorfque la liqueur com* mence à bouillir, on y jette à diverfes reprifes quatre à cinq livres de Verre cTAntimoine pulvérifé; on remue,le mélange à chaque fois avec une fpatule de bois, Sc on s’apperçoit, outre le mouvement d’ébullition, qu’il fe fait dans la liqueur une effervefcence fenfible ; la crème de tartre qui n’étoit pas entié* cernent difioute, le devient parfaitement ; il ne refte au fond de la marmite que quelques grains de fable Sc une portion du Verre d’Antimoine. On laifle ralentir le bouillon pour donner le temps de fe dépofer à la crème de tartre qui ne feroit pas entrée en combinaifon avec le Verre d’Antimoine ; on filtre la liqueur, & du jour au lendemain on trouve dans les terrines une quantité no-table de cryftaux jaunâtres Sc confus ; on les lave avec un peu d’eau froide, Sc bn les lailîe égoutter. La liqueur qui n’a pas cryftallifé eft délayée dans de l’eau, évaporée, filtrée Sc mife à cryftallifer ; Sc les cryftaux qu’on obtient à cette féconde fois , fe mêlent aux premiers pour faire le Tartre émétique.
- Les Fabriquants peu délicats ajoutent à l’eau mere incryftallifàble une dofe de crème de tartre qu’ils négligent même de pefer, & font évaporer le tout à ficcité , pour avoir une poudre grisâtre, qui s’humeéte aifement à l’air, Sc qu’ils vendent comme étant du Tartre émétique, allez bon, difent-ils, pour les campagnes ; comme fi la vie de nos vigoureux Laboureurs n’étoit pas auffi pré-cieufe pour le moins que celle de tant d’oififs citadin^. Cet émétique, qu’ils vendent à vil prix, reffemble allez à celui que nous prefcrivoient nos Dilpen-faires ou Pharmacopées ; on faifoit bouillir à extinélion du Crocus, du Verre d’Antimoine Sc de la crème de Tartre, Sc on évaporoit la liqueur jufqu’à ficcité. Il nailfoit delà une telle incertitude que le Médecin étoit toujours obligé de demander à quelle dofe tel ou tel émétique faifoit fon effet.
- Les cryftaux obtenus par le procédé que j’ai décrit plus haut, font un vrai fel neutre, toujours également émétique, fur-tout lorfqu’on a eu le foin de mêler Sc de pulvérifer enfemble toutes les venues de cryftaux d’une même fa-turation de crème de Tartre Sc de Verre d’Antimoine.
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- Article Cinquième.-Du Crocus metallorum.
- L a même obfervation que j’ai faite en commençant l’Article du Verre d’Ân* xtimoine , fe retrouve ici dans toute fit force. On va voir par l’expofé du travail de nos Fabriquants de Crocus en grand, comparé aux prefcriptions de nos Au-; teurs Chimiques, de quoi l’induftrie eft capable quand il s’agit d’économie.
- Le Crocus mttallorum eft une maffe rouge, opaque , demi-vitrifiée, que les Chimiftes préparent de deux maniérés.
- La première confifte à mettre dans un pot vingt-cinq livres d’antimoine
- préparé
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- III. Partie. De laPréparation en grand des Produits Chimiques Jolides. 147 préparé pour faire le régule ; lorfqu’il eft près d'entrer en fufion , on y ajoute un tiers environ d’alkali de potafle , ou de fiel de verre ; on remue le mélange avec une tige de fer, & on donne une bonne chaude pour le faire entrer en fufion, puis on le verfc dans les poëlettes de cuivre. On a trouvé ce procédé trop embarraflànt dans nos Manufactures Françoifès, & même chez les An-? glois.
- Voici comment on prépare le Crocus en Angleterre. On met dans une grai> de marmite de fer un mélange de fcize livres d’antimoine , quatorze livres de nitre & une livre de fei marin , le tout en poudre ; on recouvre la marmite d’un couvercle percé dans fon milieu ; par ce trou on introduit une tige de fer rou-gie au feu ou un charbon bien allumé ; la matière fufe violemment, le foufre de l’antimoine fe diflipe en partie, & une autre fe recombine à la partie régu-line qui fe vitrifie , ce qui donne douze à quatorze livres de Crocus qu’on trouve au fond de la marmite quand le tout eft refroidi. On trouve à la furface une matière légère en forme de fcories qu’on fait bouillir dans l’eau , qu’on filtre & qu’on précipite enfoite avec le phlegme d’Eau-forte ; on filtre de nouveau , & le précipité d’un rouge jaunâtre qui refte for le filtre fe nomme foufre doré d!Antimoine.
- Mais on ne pourroit pas encore donner un pareil Crocus au prix de douze fols la livre , comme il vaut dans le commerce ; voici donc le procédé de nos Manufaétures Françoifès.
- Sur cent livres de chaux d’antimoine on ajoute cent-cinquante livres d’antimoine crud , 8c depuis un quintal jufqu’à cinquante livres pour le moins des fcories retirées de la fabrique du régule ; ce mélange bien pulvérifé, on en charge jufqu’aux trois quarts de leur capacité les creufcts ou pots qu’on a placés & fait rougir dans leur fourneau. On chauffe pour faire entrer la matière en belle fufion; & iorfqu elle y eft, on la verfe dans les chaufferettes préalablement rougies & graiffées. Par ce procédé fort fimple on a deux cents cinquante ou trois cents livres de Crocus, parce qu’il n’y a point de déchet. Comme on demande fouvent le Crocus fous des nuances différentes, on varie fa couleur en changeant les dofes. Le veut-on plus brun ? on augmente la proportion de l'antimoine ; le veut-on plus brillant ? on augmente celle de la chaux.
- Le Fabriquant qui a beaucoup de fcories provenantes de la fabrication du régule , trouve dans cette occafion une grande économie ; il les met en place de la chaux d’antimoine qui eft toujours l’opération la plus difficile de la fabrique , & il en tire le même avantage. Quand , par hazard , il n’a point de fcories 9 il met en place la potaffe ou le fiel de verre , à la même dofe qu’il auroit mis de ces fcories. Quoique le fiel de verre porte avec lui l’inconvénient de laifler for le Crocus des taches rougeâtres en forme de lentilles , produites par les hétérogénéités contenues dans ce fiel, les Fabriquants le préfèrent à 1# Distillateur , &c. O o
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- ï4 6 L’ART DU D I STI LLATEU R.
- potaflè qui n'a pas le même inconvénient f parce qu il coûte un fixieme de
- que coûte la potafle.
- ce
- Article Sixième.
- Fabrique du Kermès minéral.
- C e n eft ni à Pontoife ni à Orléans, que s’eft établie la Manufacture dont je vais donner le détail ; elle a pour Auteurs quelques Apothicaires de Châlons & de Saint-Dizier ; & le premier Chimifte qui paroifle avoir indiqué le procédé qu’ils exécutent, c eft M. David Gaubius , fuccefleur du grand Boerhaave dans la Chaire de Chimie à Leyde. Mais avant de détailler ce procédé , je crois devoir dire comment Bafile Valentin préparait ce remede , qui doit les vertus à l’exaétitude dans fa préparation, & fà vogue à un Frere Chartreux nommé le Frere Simon, auquel la Ligerie,Chirurgien, en avoitconfié le procédé, que lui-même avoit trouvé dans le Currus triumphalis Andmonii de Bafile Valentin, commenté par Kerkringius.
- On prépare un alkali extemporané en faifànt liquéfier du nitre dans un creu-i fet, & le détonant avec du charbon en poudre. On fait la lefîîye de ce nitre détoné avec de l’eau la plus pure qu’on puifle avoir. On met cette leflîve dans un vafe de terre propre , & on y ajoute de l’antimoine bien pur concafle par morceaux de la grofïeur d’une aveline. On fait bouillir le tout pendant une couple d’heures à un feu clair. Lorfqu’en y trempant une cuiller d’argent, on la \retire teinte d’une forte couleur dorée, on fe dépêche de filtrer la liqueur bouillante ; elle pafle claire & colorée à-peu-près comme de la petite bierre ; mais en refroidiflànt elle fe louchit infènfiblement pour s’éclaircir de nouveau, après avoir dépofé une matière d’un rouge fanguin qu’on verfe fur un nouveau filtre pour la laver à plufieurs reprifès avec de l’eau très-pure. Lorfque l’eau pafle {ans faveur & {ans odeur , on laifle bien égoutter le filtre ; on le fufpend dans un endroit chaud, afin qu’il feche lentement, & on y retrouve une poudre d’une légéreté finguliere, d’un rouge velouté , 8c qui eft le véritable Kermès minéral. On peut répéter plufieurs fois l’ébullition avec les mêmes fub-ftances, & à chaque fois on obtient du Kermès ; mais cinquante ébullitions ont épuifé au plus la moitié de l’antimoine qu’on y a fait bouillir. Il eft vrai que c eft à cette grande diyifion de fes parties que le Kermès doit les vertus fin* gulieres qu’on lui remarque dans fes plus petites dofes, 8c qu’on ne peut pas mettre de prix à une pareille préparation ; tandis qu’on en va voir une qui fournit du Kermès depuis dix-huit julqu’à cinq livres la livre. On a remarqué que quelquefois le Kermès, quoique bien préparé, n’étoit pas velouté ;on remédie à cet accident en verfànt dans la lefïive un peu d’alkali phlogiftiqué, c’eft celui qui a digéré fur du bleu de Pruffe.
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- III. Partie. De la Préparation en grand des Produits Chimiques folldes. 147
- Il y a dans Paris un homme qui a établi pour l’ufàge de la Médecine un Kermès minéral à vingt-quatre francs la livre , & dont le procédé eft fi éloigné de celui que je viens d’expofer, que je me difpenfe de le décrire , ne pou-yant l’approuver , ni comme Chimifte , ni comme Commerçant honnête.
- Les Champenois préparent leur Kermès pour les Maréchaux & les Teinturiers de la maniéré fuivante. Sur vingt livres d’antimoine en poudre on met dix livres de fel alkali de potafle. Pour cette opération ils ont grand foin de le purifier du tartre vitriolé qu’il contient ; parce que ce dernier fel tache le Kermès , le rend grisâtre & grumeleux au point qu’il n’eft plus marchand: On met le tout dans un vafte creufet, dans lequel, à l’aide d’une chaleur a fiez douce, la matière fe trouve réduite en une pâte rouge Ipongieufe , qu’on retire avec des cuillers de fer pour la tranlporter & diftribuer dans plufieurs marmites de fer très-grandes & pleines d’eau qu’on tient chaude. Sur quatre-vingt pintes d’eau , ona jetté à-peu-près demi-livre de nitre , & on y délaye au plus quatre livres de la matière fondue 5 elle s’y délaye fur le champ ; au premier bouillon on filtre la liqueur, qui dépofe dans les terrines une quantité furpre-nante de poudre rouge , qu’on yerfe fur de nouveaux filtres, pour la laver , 8c la fécher enfuite à l’étuve. La dofe que j’ai indiquée fournit en une feule opération jufqu’à quinze livres de ce Kermès, qui diffère de l’autre en ce que fon velouté n’eft pas fi fin , qu’il eft plus lourd, & qu’il a un extérieur graveleux ; il faut convenir qu’il eft difficile à diftinguer, & qu’une grande habitude à les comparer eft nécefîaire pour n’y être pas trompé. Le moyen indiqué par M. Geofroy, qui confifte à en revivifier une portion pour juger de la quantité de régule qu’un Kermès contient, eft impoffible dans le négoce ; en voici un plus fimple : dans une once d’huile délayez douze grains du Kermès que vous voulez acheter ; laifîèz repofèr, & au bout d’une demi-heure, fi votre Kermès eft bon, vous n’y trouverez pas au fond un fédiment plus brun, plus lourd, qui eft un vrai foufre doré d’antimoine , & que contient toujours le Kermès fait fui-vant la méthode Champenoife, & fuivant celle du Commerçant de Paris dont je parlois il n’y a qu’un inftant.
- En comparant cette méthode avec celle de la Ligerie , pourroit-on imaginer qu’il y ait encore un procédé inférieur & plus vicieux ? Tant que ces préparations ne font deftinées que pour les Teinturiers, qui s’en fervent, dit-on, pour certains bruns ; tant qu’il n’y aura que les Maréchaux qui l’emploieront au lieu du crocus en poudre , ou au lieu du foufre doré d’antimoine , rien de mieux que la préparation dont je vais parler ; mais peut-on , doit-on fouffrir qu’une pareille poudre fe diftribue en médicament pour du Kermès de la Ligerie ? On fait fondre une livre d’antimoine avec demi-livre d’alkali pur de potaffe ; on verfe la matière fondue dans une baffine de cuivre où elle durcit promptement ; on la pulvérife, & pour la tamifer on place un tamis de crin au-defliis d’une de ces futailles appellées Pipes à eau-de-vie, pleine aux trois quarts d’eau prefque bouillan-
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- ï48 ' VA RT DU DI ST I LL A T EU R.
- te ; on y fait pafler jufqu’à quatre-vingt livres d’antimoine ainfi fondu, Sc pulvérifé ; puis on verfe dans l’eau une bonne quantité d'Eau-forte ou de fon phiegme, qui précipite toute cette poudre , qu’on enleve pour la laver une fois ou deux Sc la faire fécher. Un pareil Kermès ne vaut pas même le foufre idoré; ce dernier ne contient qu’un peu de régule, & la poudre qui réfulte de ce dernier procédé , contient la totalité & du foufre & du régule ; en un mot c’eft un antimoine entier auquel on a feulement donné une couleur rougeâtre en mettant par la fufion fon foufre en état de réagir Sc de difloudre le régule auquel il n’étoit, dans l’état naturel, qu’aflocié Sc point combiné ; j’oferois pref que dire que ce n’eft qu’un crocus par la voie humide.
- SECTION QUATRIEME.
- Fabrique de quelques préparations de Mercure.
- Article Premier*
- L
- Du Mercure.
- L o N g-t emp$ avant que f antimoine eût triomphé de fes adverlàires, une maladie cruelle & trop connue pour la nommer, avoit mis en crédit le Mercure Sc lès préparations. Un enthoufiafte les avoit exaltés avec un excès qui auroit pu nuire à ce médicament, fi les fuccès variés Sc toujours confiants n’avoient, pour ainfi parler , fait l’apologie des propos extravagants de Paracelfe. Ce n’eft pas qu’on ne connut le Mercure Sc Tart de l’extraire de fes mines ; mais l’ufà-ge de ce fluide métallique étoit uniquement deftiné à l’exploitation des mines d’or Sc d’argent ; ce n’eft pas que bien avant Paracelfe les Alchimiftes n’euflènt tourmenté le Mercure de diverfes maniérés, foit à deflein d’en extraire 1’ame des métaux, foit pour en obtenir des médicaments particuliers Sc fecrets. On ne peut même dilconvenir que toutes les formes fous lefquelles on a déguifé le Mercure, que toutes les préparations mercurielles dont nous allons traiter , n’ayent été, même avec les formes nouvelles qu’on eflàie de leur donner , connues des premiers Chimiftes.
- * Les Hollandois fe font emparé de la fabrication de celles de ces préparations mercurielles devenues d’un ufàge plus étendu par l’application qu’en a faite un plus grand nombre d’Artiftes pour leurs Fabriques particulières ; tel eft le cinabre artificiel que les Peintres emploient fous le nom de Vermillon ; le fii-blimé corrofif que les Pelletiers font entrer dans quelques-unes de leurs fàuces ; le précipité rouge dont les Maréchaux font leur efcarotique le plus bannal ; toutes préparations que les Teinturiers, Chaudronniers, Orfèvres, Sc autres connoiifent Sc emploient auffi.
- Il
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- ÏII. Partie. De la Préparation en grand des Produits Chimiques folldes. 147
- Il s’agira moins ici de décrire les Procédés indiqués par tous les Chimiftes > que d’expofer ceux que les Hollandois , les Anglois 8c leurs imitateurs en France ont imaginé pour traiter ces fubftances avec plus d’économie. Mais avant de parler d« chacun de ces objets 3 je dois donner un Procédé nouvellement connu par les Entrepreneurs de glaces de S. Gobin , par lequel on retire le Mercure de l’amalgame d’étain après qu’il a fèrvi à mettre les glaces au tain.
- Les Miroitiers & les Metteurs au tain f vendent cette poudre métallique depuis vingt-quatre jufqu’à trente fols la livre. La matière des Miroitiers, qui eft la poudre détachée de derrière les miroirs eft moins chere que celle des Metteurs au tain , celle-ci contient tout le Mercure écoulé de l’amalgame, tandis qu’on a paffé la glace au tain.
- On charge de cette poudre une vafte cornue de fer tubuléê & fermée par fa tubulure avec un bouchon de fera vis , laquelle efl:placée dans un fourneau foli-de, & qu’on puiftè chauffer fortement au bois ; on met au col de la cornue pour tout récipient une cruche ou quelque chofe d’équivalent , affez rempli d’eau pour que le bout du col de la cornue en fbk à quatre travers de doigt de diftance ; on chauffe fortement ; il fort de la cornue des vapeurs qui fè con-denfent dans l’eau , & prennent la forme de Mercure coulant : l’opération efl finie lorfqu’il ne pafïè plus de vapeurs. Si la cornue contenoit foixante livres d’amalgame , on retrouve de trente-fîx à quarante livres de Mercure crud, & vingt à vingt-quatre livres de l’étain le plus fin & le plus pur. On fait maintenant que l’art de réduire l’étain en feuilles aflez minces pour fervir au tain des glaces , qui étoit un fecret, conlifte à battre l’étain le plus fin comme nos Batteurs d’or battent les métaux précieux. Ce Procédé donne, comme on voit, du Mercure à très-bas prix ; il eft vrai qu’il n eit pas de toute pureté ; c’eft cependant celui que nos Fabriquants des Baromètres , même lumineux, prennent de préférence ; voici comme ils le purifient.
- Dans un matras où ils auront mis, je fuppofe, fix livres de Mercure, ils ver-fent une demi-livre de bonne Eau-forte & une livre & demie d’eau pure ; ils mettent le matras fur des cendres chaudes pour aider l’Eau-forte à travailler , & fitôt qu’ils voient la furface du Mercure, au lieu d’être terne & plombée, avoir un brillant métallique très-éclatant, ils fe hâtent de tranfvafer la liqueur & de noyer le Mercure avec de l’eau qui achevé d’enlever toute la diflblution ; & cette pureté du Mercure paroît fuffire pour les travaux de ceux qui conftrui-fent les Thermomètres & Baromètres. Je tiens ce Procédé de Toufîaint Capy,’ le premier Ouvrier de fon genrefans contredit, & auffi honnête qu’il eft habile.
- La néceflité de mettre de l’eau dans le récipient qui doit recevoir tout Mercure coulant qu’on diftille , eft connue de tous les Chimiftes, & eft fi effentielle ; que fans elle tout le Mercure fe diffipe dans l’atmofphere, au grand danger des Distillateur ,&c. P p
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- x$o L'ART DU DISTILLATEUR.
- Ouvriers; ainfi qu’on ma raconté qu’il étoit arrivé au fauxbourg Saint-Antoine dans la Manufacture des Glaces, à une efpece d’intriguant qui s etoit offert de montrer à retirer le Mercure du tain , & qui penfa faire crever l’Ouvrier qui conduifoit fon fourneau ,pour ne trouver quun peu d'étain volatilifé & réduit en poudre noire, que notre entreprenant vquloit, à toute force , convertir en Mercure. Malheur pour les Compagnies qui fe livrent au premier porteur de projet ; ü y a ^ans ce genre qui nous occupe, trop d’exemples de gens honnêtes trompés par ces beaux difeurs ; mais palfons à des objets plus intérefïânts.
- Article Second.
- Fabrique de Cinabre & de Vermillon.
- ♦
- L e Cinabre artificiel eft une lubftance très-pelànte, aiguillée, d’un rouge foncé, brillant, qui paroît compofée au moins de trois rangs d’aiguilles , ce qui annonce que dans le même vaifleau on a fait fucceffivement plufieurs fubli-mations avant d’en retirer le produit. On fait auffi que le 'Cinabre artificiel efl d’autant plus beau que la proportion du foufre qu’on a uni au mercure eft moindre , enlbrte que fuivant Kunckel & Juncker, un feizieme de foufre fijffit pour quinze parties de mercure. Mais ce lèizieme ne pouroit pas s’y mêler facilement ; on en prend donc davantage, on fait liquéfier au feu , par exemple , quatre livres de foufre dans un pot de terre large & plat ; lorlqu’il eft bien fondu, on y fait tomber en forme de pluie , trente-deux livres de mercure, qu’on y incorpore en les remuant avec une Ipatule de fer ; fitôt qu’il ne paroît plus de globules mercuriels, on réunit la matière en un tas , & on la tafle même avec la fpatule ; le feu ne tarde pas à s’y mettre fpontanément, ce qu’on ap~ perçoit à des crevafles d’où fort une flamme bleuâtre. Lorfqu’on juge qu’il s’eft confumé aflez de foufre, on éparpille la matière, 8c on recouvre le pot d’un couvercle qui s’y emboîte & qui reflemble aflez au pot, à l’exception d’un trou qui eft vers fon milieu. Le couvercle éteint la flamme ; on place le tout dans un fourneau de maniéré que le pot fcit expofé dans la totalité de là hauteur à l’aétion immédiate du feu ; chaque fourneau peut contenir quatre à fix de ces pots rangés deux à deux ; on allume le feu , quon augmente infenfiblement au point de donner aux fonds des pots un rouge obfcur ; on l’entretient durant quinze heures ; on laifle refroidir SC on enleye les couvercles chargés du Cinabre liiblimé. On fait dans les pots un nouveau mélange, on fuit le même procédé, & on le recommence une troifieme fois ; alors chaque couvercle fo trouve chargé d’un pain rond ; épais comme le couvercle eft profond, divifé en trois couches bien diftinéles, & pelant quatre-vingt à quatre-vingt-dix livres. On obforve que la première lublimation dure toujours plus long-temps que les deux fuiyantes, parce que les premières aiguilles ne
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- III. Partie. De la Préparation en grand des Produits Chimiques folldes. 151 s’attachent pas aifément au couvercle. Les Ouvriers qui brûlent le fbufre, ont fur cet article le coup d œil fi jufte , qu’on trouve à peine une légère nuance entre chaque couche.
- Le Procédé Hollandois eft encore plus économique : ils ont un grand fourneau garni de barres au-deffus de fon foyer , fur lefquelles ils placent fix ou huit jarres ou vaifleaux de terre plus hauts que larges , entièrement plongés dans le fourneau , & qui contiennent chacun un quintal de mélange fait avec une partie de foufre fondu & huit parties de mercure ; on les couvre , on éta«; blit le feu ; on le poufle jufqu’à ce qu’on voie des aiguilles fe former au trou des couvercles ; on l’entretient en cet état douze à quinze heures ; on a le foin de déboucher de temps à autre les trous des couvercles, pour éviter que les jarres ne brifènt , & après l’opération on trouve des pains de Cinabre du poids de quatre-vingt-quinze livres, quand le feu a été bien adminiftré. On attribue le premier Procédé aux Vénitiens, & M. Lewis décrit le fécond d’après ce qu’il a lui-même obfèrvé à Amfterdam.
- Il paroît que la plus grande Fabrique de Cinabre que faflent les Hollandois eft pour préparer le Vermillon ; ils le triturent daps des moulins , aflez fembla-bles à ceux dont fe fervent les Faïenciers pour broyer leurs émaux ; ce qu’ils appellent moudre le Vermillon ; puis le lavant à grande eau , ils enlèvent fuc-ceflivement la poudre la plus fine, qui eft d’un beau rouge , & qui fe débite fous le nom de Vermillon. On a toujours prétendu que durant la mouture , ils arrofoient le Cinabre avec de l’urine, d’autres difent avec de l’Elprit-de-vin , à deflein d’en relever la couleur; mais on ne peut en rien favoir que par oui-dire, attendu l’attention fcrupuleufe qu’ils ont de ne laifler pénétrer aucun étranger dans leurs atteliers.
- On les accufe d’autre part de mêler fbuvent du minium à ce Vermillon ; je fais que la Compagnie d’Amfterdam entre les mains de qui eft la Fabrique du Vermillon, eft incapable de cette friponnerie ; j’ai vu plufieurs échantillons de leur Vermillon abfolument pur & fans mélange.
- Le Vermillon mixtionné, qui eft reconnoiflable à ce que dans l’emploi il feche bien plus vite que l’autre, eft le fruit du travail de certains Juifs établis à Rotterdam, & qui font moudre du Vermillon à tel prix qu’on délire, depuis quatre livres jufqu’à trente fols, ce qu’ils ne "peuvent exécuter qu’en mêlant une dofe de minium proportionnée au prix que l’acheteur met à leur marchandife. Le. vrai Vermillon d’Amfterdam, vaut de quatre livres quinze fols à cent quinze fols la livre, à raifbn de fà fineftè, qui en releve d’autant l’éclat.
- J’ai trouvé dans les atteliers des Peintres en Carrofle de ces Vermillons, qui après être délayés dans le vernis à Vermillon, & étendus fur l’ouvrage , non-feulement y féchoient trop vite , mais formoient des points & fe noirciffoient, inconvénients qui appartiennent au minium. On ne fera peut-être pas fâché de fàvoir comment je me fais afïuré chimiquement fi le Vermillon eft ou n’eft
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- xja L'ART DU DISTILLATEUR.
- pas mélangé de minium. J’ai pulvérifé un gros de Cinabre pur ; j’ai fait avec un autre gros le mélange d’un douzième de minium ; fai placé les deux effais chacun dans une cuiller de fer au même feu. Le Cinabre en s’exhalant fe noircit un peu Sc ne laifle rien en arriéré ; tandis que s’évapore celui qui eft mêlé de minium, cette chaux de plomb prend une teinte jaune très-fènfible : on fera donc fur qu’un Vermillon eft pur , lorfqu en le chauffant il ne jaunira points Cet eflâi eft fondé fur une obfervation dont on eft redevable à M. Geofroy le fils , dernier Chimifte de ce nom; c’eft qu’au même degré de chaleur le minium devient mafficot, & le mafficot devient minium ; c’eft-à-dire, que la chaux rouge devient jaune , Sc la chaux jaune du plomb prend la couleur rou^ ge, & cela alternativement.
- Tandis que je recueillois les matériaux de cet Ouvrage , on m’indiqua un Particulier qui fe vantoit de faire à Paris du Vermillon. J’eus occafion de le voir , & il me parut fi peu au fait, que je ioupçonnai ce qui m’a été confirmé depuis par les Négociants d’Orléans , où ce même homme avoit voulu s’établir ; c’eft un de ces induftrieux qui cherchent des dupes, Sc qui manquent rarement d’en trouver,’
- : Article Troisième. , :r , ;
- c
- : : Fabrique du Sublimé corrofif. '
- On trouve dans les Mémoires de l’Académie des Sciences une Diflerta^ tion de M. Boulduc, dans laquelle il expofe une meilleure méthode de procéder à la confection du Sublimé corrofif, dont la fabrication jufqu’alors paffoit pour difpendieufe encore plus que dangereufè,
- Barchufèn qui vivoit au milieu des Hollandois, a pu entrevoir leur Procédé : mais il ne l a pas décrit ; il fe contente de reprocher à fes compatriotes une falfification dont on n’a ceffé de les foupçonner : c’eft d’ajouter à leur Sublimé corrofif de l’arfènic; Barchufèn indique pour découvrir cette fraude un moyen dont M. Boulduc démontre la fbperfluité.
- Il eft certain toutefois que c’eft le Procédé de M. Boulduc qui eft actuellement en ufàge dans les Fabriques d’Amfterdam & dans celles d’Angleterre.' Il faut obferver d’abord que les Fabriquants de Sublimé ne font pas en Hollande les mêmes que ceux qui fabriquent le cinabre ; un fèul objet fùffit dans chaque Manufacture.
- On met dans'de vaftes cornues degrés cinquante livres de mercure courant , & vingt-cinq livres d’huile de vitriol ; on place ces cornues dans les pots à fable dont j’ai donné l’idée en commençant la fécondé Partie de cet Ouvrage ; on y adapte un ballon, Sc on pouffe le feu jufqu’à faire rougir le fable. Le mercure ne tarde pas à fe diffoudre dans l’huile de vitriol, & à faire avec elle
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- m. Partie. Delà Préparation en grand des Produits Ühïmîqüès Joïiies. ïjf une maffe faline qu'on deffeche le plus qu’il eft poflible. On fe bâte de là retirer des cornues pour la réduire en poudre dans des mortiers de pierre dura ou de verre ; on a d’autre part cinquante livres de fel marin bien deffeché Sc en poudre impalpable; on fait du total le mélange qui devient bientôt pâteux. On a dans des fourneaux conftruits comme nos galeres à fable , excepté qu’ils font fans bain, douze pots de terre rangés deux à deux ; chaque pot porte quatorze à quinze pouces de diamètre fur fix à huit pouces de profondeur , tellement enfin que chacun puilîe contenir la dofo que je viens d’indiquer ; ils font enfoncés julqu au collet & pofés fur des barres ; on les recouvre avec des couvercles un peu convexes , troués vers leur milieu, Sc qui ont deux à trois pouces de profondeur ; puis après avoir luté exactement toutes les jointures & fait un dôme poftiche , on adminiftre le feu en l’augmentant julqu’à ce qu’il no forte plus par les trous des couvercles aucune vapeur humide ; on augmente alors confidérablement le feu ; Sc lorfqu’on apperçoit des aiguilles vers les trous , on les bouche & on répand du fable froid for les couvercles ; cette manipulation condenfe & fait attacher aux couvercles les premières aiguilles J on tient le fond des pots d’un rouge obfcur, & on ne ceffe de chauffer qu’après trente à trente-fix heures. Le tout refroidi, on délute ; & en enlevant les couvercles on trouve dans chacun un pain plat d’à-peu-près trois pouces d’épaifo feur , dont les bords font quelquefois tranfparents Sc rougeâtres, qui eft compo-fé d’aiguilles brillantes Sc d’un blanc mat ; il pefe à-peu-près foixante & quinze livres, Sc fe nomme Sublimé corrojîf , compofé de deux parties en poids de mercure, Sc d’une partie d’acide marin.
- La maffe qui refte dans les pots contient l’acide vitriolique uni au fel alkali du fel marin ; on en peut obtenir du fel de Glauber en s’affurant toutefois de fa pureté ; mais les Fabriquants de Sublimé ne fo chargent pas de ce travail ils vendent la maffe telle quelle eft à des Juifs qui en font leur affaire.
- On nous envoie le Sublimé corrofif dans des boîtes rondes qui ont prépifément le diamètre du pot, & chaque boîte contient un pain. Le Sublimé d’Angleterre eft en petits pains convexes comme ceux du camphre , Sc chaque pain pefe ordinairement de douze à quinze livres. La différence du Procédé Anglois * ne tient à rien d’effentiel pour les chofes Sc leurs proportions , mais pour les vafes dans lefquels fe fait la fublimation ; en Hollande ils font de terre, en Angleterre ils font de verre.
- L’ancien Procédé des Vénitiens qui a d’abord éqé en ufage à Amfterdam* différé beaucoup de celui que je viens de décrire ; on doit la découverte de la réforme aéluelle à des Fabriquants éclairés qui y ont trouvé une double économie , dans la capacité des vafes & dans la durée de leur travail ; on en va jugera
- L’ancien Procédé qu’ilparoît que Tackenius connoiffoit , confifte à mêler avec le plus grand foin , le même que celui qu’on apporte au mélange de là poudre à canon, deux cents quatre-vingt livres de mercure , quatre cents livres Distillateur , &c. Q q
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- *54 L'ART DU DISTILLATEUR.
- de vitriol calciné en rouge , deux cènes livres de nitre , cleux cents livres de fei marin décrépite , & cinquante livres de réfidu de la précédente fublimation , ou à Ton défaut du réfidu de l’Eau-forte faite avec le vitriol ; ce qui donne en tout onze cents trente livres de maffe , qu’on diftribue par égales portions dans huit vaifleaux de verre , larges & aflez grands pour n’être pleins qu a moitié ; onajufte fur ces vaifleaux, qui ont la forme de cucurbites baffes, des chapiteaux, & aux becs de ceux-ci des ballons. Les vaifleaux font rangés fur deux lignes dans un bain de fable où ils font plongés jufqu’à la hauteur de la matière qu’ils contiennent. On commence le feu très-doucement, & on l’augmente peu-à-peu Sc fans trop fe hâter; l’opération dure ordinairement cinq jours Sc cinq nuits. Sitôt qu’on voit que le Sublimé eft monté * on enleve les ballons pour en extraire l’Eau-forte qu’ils contiennent , Sc qui fert aux mêmes Fabriquants à préparer le précipité rouge ; on fouleve les vafes pour les refroidir plus vite , & on trouve que les huit ont donné trois cents foixante livres de Sublimé corrofif. L’embarras de ce Procédé eft aifé à faifir ; il faut que chaque vafe puifle contenir cent quarante Sc une livres de mafle, qui ne donnera que quarante-cinq livres de Sublimé ; dans le nouveau Procédé , au contraire, une mafle de quatre cents quatre-vingt livres au total étant répartie dans un pareil nombre de vafes, il foffira qu’ils foient de la capacité de foixante livres , Sc ils fourniront le même poids en produit. En confervant donc aux vafes leur même capacité , on double le produit, fans compter l’épargne du temps, puifque l’opération ancienne dure cinq jours & cinq nuits, & que la nouvelle eft achevée en trente-fix heures.
- En commençant cet article, j’ai dit que dès le temps de Barchufen onavoit accufé les Hollandois de mêler de l’arfenic à leur Sublimé ; M. Dozi, Auteur Anglois, fait le même reproche à fes compatriotes ; mais ni l’un ni l’autre Auteur ne dit comment fe fait ce mélange; il me paroît d’autant plus difficile à croire, que l’arfenic eft plus volatil que ne l’eft le Sublimé , Sc qu’il ne fe fublime jamais en cryftaux. On trouve dans Pomet que de fon temps il y avoir dans le commerce une efpece de Sublimé venant des mines, qui étoit plus pefant que le nôtre, Sc qu’on foupçonnoit fait avec de l’arfenic , attendu que fes cryftaux ou aiguilles étoient en miroir.
- Pour reconnoître cette falfification en la fuppofànt poflîble, M. Dozi indique de mêler un eflàidu Sublimé corrofif foupçonné, avec moitié fon poids de foufre ,&de lefublimer de nouveau ; alors ^dit-il, l’arfenic fublimera en forme d’orpiment, coloré en jaune. Voici un moyen qui eft plus prompt Sc plus certain , que j’ai éprouvé, Sc que je propofe. A foixante Sc quatre grains de Sublimé que j’avois moi-même préparé à la maniéré Hollandoife , j’ai mêlé huit grains darfenic ; & après le mélange j’en ai fait évaporer fur le feu : non-feulement l’odeur d’ail qui caraélérife l’arfenic , s’eft développée ; mais le Sublime a répandu des vapeurs blanches, tandis que celles de l’arfenic étoient obfcuresé
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- Sïï. Partie. De la Préparation èhgranâîes Produits ChimiquesYbÜèUs x Si une û petite quantité d’arfenic eft fenfible dans le Sublimé * on peut bien être affine qu on la reconnoîtra à l’odeur, de quelque maniéré quelle foit unie au Sublimé ; mats encore un coup je ne vois pas l’à-propos de cette falfification » on ne peut pouffierplus loin l’économie & la fimplicité dans la fabrique en grand -& cela fuffit pour établir le Sublimé corrofifà fix livres dix fols dans lecom-
- merce ; je puis même aflurer que la fabrication établie en France pourôit rem dre cette marchandife à un grand tiers au-deftous de ce prixw
- Comme les mêmes Fabriquants rendent dans le commerce la panacée mercurielle & le mercure doux à un prix pareillement fort au-defïous de ce qu’il revient à ceux de nos Diftillateurs qui les préparent, on n’a été fûr de la pofli-bilité de ce prix médiocre que lorfqu’on a pu lavoir comment les Hollandois procèdent à ces deux préparations médicinales , mais d’une vafte confommation , & en quoi leur procédé diffère de celui de nos Diftillateurs,
- Ceux-ci croyant avec raifon que la fublimation s’exécute d’autant plus promptement que les forfaces font plus étendues, ne connoiflànt pas d’ailleurs les pots larges & peu profonds des Manufaétures Hollandoifes, ils prennent des phioles de verre très-mince connues fous le nom de Phioles à médecine ; ils les choififtent de verre blanc , parce qu’ils ont remarqué que les malles fublimées y adhéraient moins après le refroidiffement que fur le verre verdâtre.
- Pour épargner d’autre part le travail, & faire également en quatre fubli-mations, tant la panacée que le mercure doux , quoiqu’on foit dans l’ufoge dé fublitner l’une douze à quatorze fois , & l’autre cinq à fix, ils font des mélanges Afférents pour l’une , que pour l’autre ; ainfi pour le mercure doux, à vingt-quatre livres de Sublimé, on ajoute douze livres de mercure ; & pour la panacée au même poids de Sublimé, on ajoute dix-huit livres de mercure.
- On triture l’un ou l’autre mélange dans un grand mortier de pierre , en y. ajoutant un peu de fel marin décrépité. L’Ouvrier qui triture a grand foin d’éviter une vapeur finguliere qui s’exhale dans le commencement du mélan« ge , & on le fait triturer long-temps pour rendre le mélange plus exaél, par-*, ce que delà fuit la bonté du Sublimé qu’on doit obtenir.
- La matière bien triturée eft diftribuée dans une fuffifante quantité de phio-les, de maniéré à ne les emplir qu’à moitié. On les range enfuite dans/1 e bain du fourneau à fable, & on les recouvre de fable jufqu’à la hauteur de la matière ; on a bouché leurs cols d’un léger bouchon de papier ; on allume lé fourneau ; & lorfque la chaleur augmentée peu-à-peu fait commencer à monter quelques flocons blanchâtres dans les cols des bouteilles, on l’entretient dans cet état, ce qui dure trois ou quatre heures. A mefure que le Sublimé d une phiole eft fini de monter, on la retire du fable & on la pofe deflus ; le tout étant ainfi défablé, on laifle refroidir ,& on t/anfporte fur une table chaque phiole, qui ordinairement eft toute fêlée, & le plus léger effort détache les
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- r*ÿ ' L’ART DU DISTILLATEUR.
- pains ; on met de côté les cols des phioles qui contiennent une pouffiere blanche peu confiftante. On broyé ces pains , Sc on réitéré la même manœuvra jufqu’à quatre fois , en obfervant les mêmes précautions ; Sc alors on a des pains de mercure doux ou de panacée , brillants , pelants, comme fondus vers leur bafe, compofés d’aiguilles argentines Sc comme Ramifiées. Il eft inutile de dire qu’on fublime à part tout ce qui eft tombé des pains ou qui tient aux cols ou aux débris des bouteilles. Il eft aifé de voir que l’unique différence entre ces deux préparations vient de la proportion de mercure ajouté au Sublimé corrofif plus grande dans la panacée que dans le mercure doux. Voilà déjà un pas vers l’économie de la part de nos Diftillateurs ; mais les Hollandois les ont furpaffés ; ils font leur panacée & leur mercure doux en une feule fublimation, Sc ils ont pour y réuffir deux Procédés.
- Dans le mélange pour le Sublimé corrofif, ils augmentent la dofe du mercure dans la proportion néceflàire pour en faire celui des deux Sublimés doux ou panacée qu’ils projettent de faire, puis fuivant exactement la même conduite que dans la fabrication du Sublimé corrofif, ils trouvent au lieu de ce dernier un pain de mercure doux ou de panacée.
- Leur fécond moyen confifte à faire triturer enfemble parties égales de mercure Sc de Sublimé ; le mélange mis dans le fable & dans un pot large , ils chauffent tant qu’il s’exhale du mercure furabondant; fitôt qu’il n’en paffe plus ; ils foulévent de dedans le fable le pot pour faciliter la condenfation du pain qui va fe fublimer, Sc qui fans cela pourrait fe fublimer hors du couvercle ; Sc ce moyen moins économique que le premier leur donne encore le même produit en une feule fublimation.
- Comme ils défirent que la panacée Sc le mercure doux qu’ils vendent ait un air tranfparent comme demi-vitrifié , ils les fubliment quelquefois une fécondé fois , en y ajoutant un peu de fel marin Sc de colcotar. J’obferve que cette tranfparence eft le fruit de la chaleur un peu forte vers la fin de lafubli-; mation, que le fel marin ne fait qu’altérer l’état doux du mercure doux, & que le colcotar, auquel ils pouroient auffi bien fubftituer le réfidu du Sublimé corrofif, ne fert qu’à rendre la fublimation moins facile, Sc à exiger plus de cha* leur.
- Si on confidere maintenant que le Sublimé corrofif vcoûtant fix livres dix fols , les Hollandois vendent le mercure doux de huit à neuf livres, & la panacée de quinze à fèize francs la livre, on verra en comparant la différence des prix avec leur manipulation , combien il ferait avantageux que la fabrication de ces fùbftances pût s’établir en France.
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- Article
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- JH. Partie. De la Préparàtion eh grand des Produits Chimiques folides.
- Article Quatrième, Fabrique de Précipité rouge•
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- Soit que l’efpece de poudre talqueufo, rouge, pelante , en malles très*3 friables, connue fous le nom de Mercure précipité rouge ,ferve à quelques Artif* tes pour des opérations fecretes, qu’on n’a pas encore reconnues, ou que fa confommation comme médicament efcarotique foit devenue un objet confidé-rable de commerce, les Hollandois font encore les Fabriquants de cette poudre, & la débitent dans prelque toute l’Europe. Ceux d’entr’eux qui fuivent encore la méthode Vénitienne pour fabriquer le fublimé corrofif, font dans l’ulàge de fabriquer auffi le Précipité rouge, parce que l’Eau-forte néceiïaire pour ce travail eft un des produits de leur Fabrique de fublimé.
- Pour faire le Précipité rouge, on met dans une jarre cent livres de Mercure & cent cinquante livres d’Eau-forte : on chauffe le vafo pour faciliter la diflolution du mercure , & lorlqu’elle eft achevée on continue de chauffer pour faire évaporer toute l’humidité. Il refte une mafle blanche qu’on met dans des pots de terre de quatorze à quinze pouces de diamètre for fix à huit au plus de profondeur ; ces pots font fermés par des couvercles peu convexes troués vers le milieu du bouton qu’ils ont pour les làifir plus commodément j on luteles jointures, à l’exception du petit trou. On place les pots au nombre de huit dans un fourneau , comme on a placé ceux du cinabre ; on font que ces pots étant moins hauts la partie du fourneau où ils pofont fora pareillement plus bafle ; on allume un feu allez vif, le refte de l’humidité fo difïîpe , & lorlqu’il ne fort plus de vapeurs par les trous , on les bouche avec de la terre détrempée ; on donne une derniere charge de tourbe aü fourneau , 3c on laifle le tout s’éteindre : on trouve alors dans chaque pot une mafle peu liée à la vérité, mais brillante , micacée, d’un rouge un peu pâle, dont la foperficie eft toujours jaunâtre, & qui eft augmentée du neuvième de fon poids ; c’eft-à-dire que cent livres de mercure fou mille nt cent onze livres de Précipité rouge.
- On a cru pendant long-temps que cet extérieur micacé étoit le réfoltat d’un tour de main focret ; j’ai donné au Précipité rouge que je fais pour mon ufage la même forme , en ayant foin de mettre en poudre la mafle avant de la calciner, & en couvrant de làble jufqu’à leur col les phioles dans lefquelles je fais cette calcination, fl on doit donner ce nom à la préparation du Précipité rouge. Je croîs que c’eft un mercure dont chaque molécule , pour avoir été dif-foute par l’acide nitreux, conforve une portion très-concentrée , très-corrofive par conféquent de cet acide ; & qu’il ne doit pas fa caufticité à un air fixe, ou à un acidum pingue , qu’on vient gratuitement & à i’envi rendre garants de tous les phénomènes Chimiques, dont l’explication ou l’miologie n’eft pas encore bien Distillateur , &c. R r
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- 158 L'ART DU DISTILLATEUR.
- connue, connoiflànce à laquelle ne concourra pas fûrement l’enthoufiafme de»
- tout fauteur d’hypothefès.
- On a quelquefois mêlé du minium au Précipité rouge, & ce mélangen’effi pas fi aifé à reconnoître que dans le vermillon, parce que le Précipité rouge lui-même fe colore en jaune par l’aétion du feu. Voici comment on le recom; noîtra. Dans un charbon creufé on met du Précipité rouge empâté dans de la cire ; on expofe le tout à l’aétion du feu de la lampe rendu aétif par le cha-; lumeau d’Emailleur ; par ce moyen tout le mercure fe diflipe, & s’il y a du minium , on voit le plomb refter fur le charbon après y avoir repris fa forme métaUiqueo
- Article Cinquième.
- Fabrique du Précipité blanc.
- I l eft arrivé à Lémery pour le Précipité blanc ce que j’ai remarqué qu’a-voit fait M. Boulduc pour le fublimé corrofif ; ils ont l’un 8c l’autre décrit le Procédé le plus économique, fans fe douter peut-être qu’un jour il feroid adopté par les Fabriquants en grand.
- Je n’examine , point ici fi le Précipité blanc qui réfuite du Procédé de Lé-mery eft fautif ou non : j’ai entendu dans un lieu public déclamer avec indécence contre le Précipité blanc fait à la maniéré Hollandoife ; j’avoue que je mai pas été bien pénétré par la force desraifbns qu’onalléguoit pour convainc cre l’auditoire , parce que ce furent elles précifément qu’on oublia.
- Le Précipité blanc eft toujours du mercure qui ayant été diflout par un acide, eft précipité de fa diffolution par l’acide marin. Une grande partie de ce Précipité eft redifloute dans le Procédé ordinaire, par l’eau qui fert à l’édulcorer; & c’eft ce qui rend ce Précipité d’un prix fi énorme, par comparaifon à celui du commerce. Voici le Procédé Anglois imité de Lémery. On prend vingt livres de fublimé corrofif, & autant de fel ammoniac ; on les diflout enfem-; ble dans une fufKfànte quantité d’eau, fur laquelle on verfè de l’alkali fixe difi fout, jufqu à ce qu’il ne fe faffe plus de Précipité ; on décante la liqueur , & on verfe une feule fois de nouvelle eau qu’on laifle s’éclaircir ; on la verfè encore par inclination, & on fait fécher le Précipité fur du papier, à l’abri de l’air qui le jauniroit, & d’une chaleur trop vive qui le rougiroit. Le produit en Précipité eft, à peu de chofe près, celui du mercure contenu dans le fublimé cor* rofif, augmenté d’un neuvième de fon poids. Mais je crois que ce Procédé * tant vanté par les Anglois, n’eft pas auffi économique que celui dont on fait un fecret en Hollande ; il fèroit même aifé de voir qu’attendu la quantité de fel ammoniac , ce Procédé coûte plus cher que celui que font dans l’uiâge d’exécuter les Chimiftes.
- En publiant le Procédé fuivant, je crois devoir avertir que je l’ai trouvé
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- III. Partie. De la Préparation en grand des Produits Chimiques foliées. I dans un Ouvrage Allemand fait à deffein de démontrer de plus en plus ïaci-dum pingue de M. Meyer, & dont M. Weglieb Apothicaire de Langenfat^a eft P Auteur.
- On fait une diflolution de deux livres de mercure dans fiiffifànte quantité d'Eau-forte pour avoir une diflolution faturée; c’eft le point eflentiel : on y ajoute une demi-livre de fel ammoniac , & on précipite le tout avec une livre & demie de liqueur alkaline faite avec deux parties d eau & une partie d al-kalifixe ; on la verfe peu-à-peu, & on celle fitôt qu elle ne précipite plus rien; on lave & on fèche comme ci-deflus. Ce Procédé fournit trente-fix onces de Précipité blanc , dont le prix eft autant médiocre quil eft poflîble. Je crois avoir remarqué plus de légéreté dans ces Précipités faits avec le fel ammoniac que dans ceux faits au fel marin.
- On a dit que les Négociants augmentoient le poids de leur Précipité blanc ^ avec de l’amidon ou avec de la cérufè ; quoique je doute de la vérité de l’accu-; fation , on peut s’en aflurer en faifànt rougir une fpatule de fer, fur laquelle on jettera un eflài du Précipité blanc; s’il contient de l’amidon, il brûlera en faifànt un charbon; s’il y a de la cérufè, elle y jaunira, & le mercure fera diflipé.
- Les Chîmiftes ont demandé fi le Précipité blanc étoit comparable au mer-* cure doux ou à la panacée. Je ne parle pas de ceux qui ont douté que ce Précipité fût fufceptible de fublimation. D’autres demandent s’il y a en effet une différence entre le Précipité blanc fait par le fel marin, & celui fait avec le fel ammoniac. Pour réfbudre ces queftions importantes, j’ai mis dans deux phioles à médecine deux onces de chacun de ces deux Précipités, & les ai mis à fublimer ; ils ont donné un produit de poids égal, à deux grains près , & qui pefoit pour chacun une once fix gros & quelques grains?.
- Dans autant de petites cornues, j’ai mis une once fix gros tant de fublimé corrofif, que de mercure doux, de panacée, & de nos deux Précipités mêlés chacun féparément avec le double de fbn poids de limaille de fer ; à chaque cornue étoit un récipient plein d’eau comme il convient , & je les ai diftillés à un feu convenable. Le fublimé corrofif a donné près de neuf gros de mercure, j'ai eu dix gros & demi pour le mercure doux , & quelques grains de plus pour la panacée & pour mes deux Précipités ; & dans tous les cas , la différence entr eux deux étoit fi légère que je n’héfite pas à aflurer que le Précipité blanc a beaucoup de conformité avec la panacée , & que de quelque maniéré qu oa le prépare, il ne çonferve pas plus -d’acide d’une façon que de l’autre.
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- U ART DU DISTlLLATEÜk.
- ï6ô
- SECTION CINQUIEME.
- Fabrique de quelques préparations de Plomb.
- Article Premier.
- Fabrique du Minium. & du MaJJicot.
- D» toutes les préparations Chimiques dont les Artiftes peuvent avoir beU foin, les plus anciennement connues par ces Artiftes , font celles que fournit le Plomb. Orfèvres , Raffineurs d’or 8c d’argent, Potiers de terre , Faïenciers} Verriers, Emailleurs, fans oublier les Peintres , tous font ufage de Minium , de Cérufo, de Litharge , 8cc. Ce n’eft pas à dire pour cela que la fabrication de ces différents objets foit plus connue ; ce font prelqu’autant de fecrets épars, comme font la plupart des Fabriques particulières que j’ai réunies dans cet Ouvrage, Pour avoir le Miniumil faut au préalable convertir le Plomb en chaux , 8c cette première opération ne peut s’exécuter comme celle de l’antimoine. Il né s’agit pas ici de diffiper du foufre, (le Plomb n en contient pas , ) mais de lui ôter cette fobftance particulière appellée Phlogijlique ; on y procédé de diver-; fes façons. Pomet en indique une fort fimple. Sur du Plomb fondu on jette force charbon en poudre, & on remue continuellement ; quand on juge le plomb affez divifé, on lave, le charbon fornage l’eau , 8c le Plomb fo trouve en poudre au fond ; mais ce n’eft pas là une calcination , non plus que l’aétion de le pulvé-rifer dans une boîte ronde, à l’aide de la craie & d’une agitation précipitée.
- Pour calciner le Plomb , on le tient dans des têts plus larges que profonds , qu’on chauffe autant qu’il le faut pour fondre ce métal ; on l’agite continuellement avec un rable de fer , & il fe convertit infenfiblement en chaux grife; Ceux qui ont obforyé que la calcination alloit plus vite quand on y mêloic un quart du Plomb déjà calciné, parce que la pouffiere grife féparant les molécules fondues leur donne plus de facilité à exhaler leur phlogiftique ; ceux-là , ont foin d’ajouter au Plomb, fitôt qu’il eft fondu , un quart de fon poids de chaux grifo déjà faite, & à fon défaut du blanc de Plomb. D’autres croient rendre cette calcination plus prompte en y ajoutant un dixième d’étain. Toujours eft-il vrai que cette chaux eft longue 8c difficile à préparer, àcaufè de la fufion à laquelle eft fujette la chaux du Plomb , pour peu qu’elle chauffe au-* delà du degré néceflàire pour calciner ce métal.
- Les Anglois, ( c’eft leur travail que je décris, ) prennent cette chaux 8c la broyent fous des meules comme les Faïenciers traitent leurs émaux ; 8c lorf-qu’elle eft bien fine , on la porte fous le four de réverbere , dont on aura une idée jufte en fe rappellant la conftruétion du four à calciner l’antimoine ; on
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- III. Partie. De la Préparation eh grand des Produits Chihiiques foiides. l6l le tient feulement plus bas, & les chambres à feu font plus larges , parce quelles doivent contenir plus de matière combuftible ; on y brûle du bois bien féché & mis en très-petits morceaux.
- Ce four h’efl pas le feul fourneau bon à faire le Minium ; toute autré conftruèlion fera fuffifànte , pourvu que la chaux foie chauffée fuffifàmment & conftamment par une flamme vive qui la leche. Cette derniere précaution efl même fuperflue ; il efl indifférent que le fourneau à Minium foit chauffé avec dubois, de la tourbe , du charbon de terre * pourvu qu’il chauffe fuffifàmment ; la converfion en Minium dépendant plus de fintenflté de la chaleur que de la préfence de la flamme. Le premier qui, je crois, a montré cette vérité efl IVL Geofroy le jeune , dans un Mémoire qu’il a fait pour comparer le Plomb & lé Bifmuth : mais je décris ici le Procédé Anglois.
- Dans ce four donc, allumé comme je viens de dire, on met deux ou quatre quintaux de chaux* de plomb ; on attend que la flamme foit bien vive pour remuer toutes les heures la poudre , qui devient infènfiblement d’un blanc foie , puis jaunâtre ; quand la couleur jaune efl devenue foncée, on retire ce quon a deffein de mettre dans le commerce fous le nom de MaJJicot, à i’ufage des Peintres Sc des Potiers de grofle poterie.
- On continue le feu fans l’augmenter ; & l’opération ayant duré deux ou trois jours , on trouve la chaux ayant dans l’intérieur du four la couleur du kermès, Sc prenant à l’air libre une belle couleur rouge. On fe dépêche de la retirer du four , parce qu’il efl de fait que G on la laifîbit trop long-temps elle redeviens droit jaune, Sc qu’il faudroit attendre qu’elle eût repris la couleur rouge. Ce paflage focceflîf du jaune au rouge, & du rouge au jaune , ne dépend que de la durée Sc non de l’intenfité plus grande de cette chaleur.
- Dans cet état, fi on a mis quatre quintaux de chaux de Plomb, on retrouve cinq quintaux de Minium. La difouffion de la caufe de cette augmentation de poids feroit déplacée ici ; il foffit qu’on fâche que ces cinq quintaux de Minium remis en Plomb métallique , ne donneront plus que quatre quintaux de ce métal. En comparant le prix du Plomb en faumon, Sc celui du Minium , Sc y ajoutant l’augmentation finguliere du poids, on pourra fpéculer quel bénéfice il y auroit à faire dans cette entreprife.
- Jufqu’ici j’ai donné le Procédé Anglois pour fabriquer le Minium. On dit que les Vénitiens Sc après eux les Hollandois en préparent de trois qualités , le furfin , avec la vraie cérufe ou le blanc de Plomb , le moyen avec les écaiL les reliantes , & le plus commun avec la litharge. Je doute que l’écaille reflan--te du Plomb foit propre à fournir du Minium ; car, à la rigueur, en la broyant la litharge peut fervir à faire Minium, & certainement celui qui en naîtra fora fort beau , & plus promptement fait.
- Nous avons vu dans Paris une tentative de Fabrique dé Minium ; différents obllacles qui ne tenoient pas à la chofe ont nui à cet établiffement qui a fourni
- Distillateur , &c% S s
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- ï6% VART DU DISTILLATEUR.
- du Minium de la plus belle qualité , dont on dépofa dans le temps un échantillon à l’Académie des Sciences. Ainfi on n accufera pas celui-ci de s'être détruit par lui-même , comme tant d autres dans lefquels on débute par con-fommer toute une mife en accefloires , ou en prétendus eflais infructueux, avant d avoir en magafin un atome de la matière qu’on fe propofe de fabriquer 8c de vendre. Ces cataftrophes trop ordinaires découragent les intéreffés, & font culbuter une Manufaélure , & l’Auteur du projet retombe dans l’oubli jufqu à ce qu’un nouveau projet lui donne occafion de trouver de nouvelles dupes. La fabrique du Minium à Paris n’avoit aucun de ces inconvénients, 8c méri-toit un meilleur fort.
- Il faut choifir le Minium en poudre fine d’un rouge à-peu-près velouté & finguliérement pelant, fans grumeaux jaunâtres lorfqu’on les écrafe.
- Article Second.
- Fabrique de la Litharge.
- L es Eflàyeurs des Monnoies , ceux qui affinent l’or & l’argent, les Métal-lurgiftes qui les retirent des autres fobftances avec lefqueiies ils font ou joints ou minéralifés, ceux qui exploitent des mines de plomb riches en argent, font tous 8c connoiflent depuis long-temps l’efpece de récrément demi-vitrifié ap-pellé Litharge ; mais les uns en préparent à la fois une trop petite quantité , les autres réfervent celle qui réfulte de leurs travaux pour d’autres opérations métallurgiques. Il n en paflè pas dans te commerce ; toute celle qui s’y vend fe fait uniquement à ce delfein. *
- On établit une bâtifle folide quarrée, haute de deux pieds & demi, & large de fix en tous les fens ; le plancher de cette bâtifle eft en briques ; fur ces briques on pofe un cercle ou cage de fer , qui a trois pieds de diamètre fur douze pouces de hauteur ; on emplit l’intérieur de ce cercle avec une pâte bien corroyée faite à volonté de cendres lavées, de craie, d’os calcinés ou de chaux éteinte. Quand le tout eft bien lié & que le cercle eft exactement & uniformément rempli, avec une lame de couteau, large & un peu courbe % on enleve ce qu’il faut de cette terre pour donner un creux de fix pouces de profondeur dans fon centre, le creux repréfente aflez bien le fond concave d’un mortier ; on y fàupoudre de la terre non humectée, 8c on polit en y roulant une boule de fer, à mefure que feche la coupelle ; c eft le nom que porte cet appareil ; on bouche les crevaffès, s’il s’en forme. On enleve l’anneau ou cercle de fer * 8c on la recouvre d’un dôme, qui, fuivant la volonté du Fabriquant , eft quelquefois de briques à demeure, 8c aflez haut pour y contenir un Ouvrier, ou bien eft compofê de cercles de fer & de tôle , dont on remplie lépailfeur avec de bonne terre à four. Ce dernier eft attaché par des
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- lit. Partie. De la Préparation en grand des Produits Chimiques folides. 163 chaînes de fer qu on réunie à un feul anneau , pour accrocher cet anneau en cas de befoin à un levier ou à une poulie , & ‘enlever à leur aide le dôme ; ceux de cette efpece font plus bas 8c conformaient moins de bois. On obfer-yera que le dôme porte au moins cinq pieds de diamètre en dedans œuvre ; il a une ouverture ronde à fon fommet, une porte fur un de fes côtés , & un trou au côté oppofé de la porte ; c’eft par la porte qu’on introduit le bois qui doit échauffer la coupelle & le plomb ; on introduit ce métal par la même porté pour le placer fur la coupelle ; c’eft encore par cette porte que l’Ouvrier avec fon rable retire à lui la Litharge à mefure qu’elle fe Forme ; le trou du fommet fert de cheminée, & le trou latéral fert à recevoir la tuyère d’un foufflet placé derrière le dôme, dont le bout eft à fleur de la coupelle. On peut voir dans l’Ouvrage de M. de Genfanne , intitulé, Traité de la fonte des Mines par le Charbon de Terre, pag. 198 & 226, des détails très-circonftanciés fur cette manipulation.
- Quand le bois eft allumé au point d’avoir fait rougir la coupelle ,on y fait entrer par parties , fàumon à fàumon , ce qu’elle peut contenir de plomb , qui ne tarde pas à fe fondre ; on augmente un peu le feu, le plomb devient brillant , 8c on voit fe former à fa furface une efpece d’écume qui a l’air d’huile furnageante, dont on augmente la quantité en faifant agir le foufflet à petits coups. Alors avec un rable court l’Ouvrier fait tomber devant lui cette écume au pied de la coupelle & même fur le fol, & l’y laifîe refroidir.
- L’opération fe continue de la même façon , en ajoutant du plomb autant qu’il le faut pour tenir la coupelle également pleine ; vers la fin, il faut chauffer un peu davantage ; mais on recule ce petit inconvénient le plus qu’on peut ; parce que comme la bâtiffe de cette coupelle eft longue , on la fait travailler le plus long-temps poflîble.
- Cette Litharge eft quelquefois en mafîe , & alors l’intérieur de la mafïè devient rougeâtre ; on l’appelle Litharge d!or ; d’autres fois auffi l’Ouvrier l’a éparpillée avec fon rable, & en refroidi (Tant elle devient blanchâtrè, elle fo nomme alors Litharge d! argent : voilà tout le myftérieux de ces deux dénomi-nations , qui ont fait tant d’impreflion fur certaines cervelles Alchimiques.
- Le plomb qui refte au fond de la coupelle , fi on ne l’a pas lithargiré jufqu’à la fin , eft très-riche en argent, finon c’eft un vrai bouton d’argent plus ou moins pefant foivant la quantité de plomb qu’on a lithargiré 8c le degré de richeffe de ce plomb , parce qu’il eft d’obfervation confiante qu’il n y a pas de plomb qui ne contienne plus ou moins d’argent. Lorfque la coupelle trop fatiguée eft dans le cas d’être détruite , on en réferve les débris pour le traitement de certaines mines ; ou bien on la met avec du flux noir dans des fourneaux pour la faire reffuer le plomb dont elle eft imbibée.
- Quatre quintaux de plomb rendent ordinairement quatre quintaux & demi de litharge, qu’on envoie en poudre grofliere, micacée, jaunâtre ou blanchâtre, dont les ufages dans les autres Arts font prefqu’innombrables,
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- L’ART DU DISTILLATEUR.
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- Article Troisième.
- Fabrique de la Cérufe,
- Pour débiter ce quon appelle Cérufe, il eft néceflàire de fè procurer au préalable du blanc de plomb , parce que la Cérufe n’eft point une chaux pure de plomb ; c’eft le mélange de blanc de plomb & de craie ou d’une terre qui lui eft analogue, mélange qui fe fait en broyant enfèmble ces deux fubftances , les mettant fous la forme de pâte qu’on verfe dans des efpeces de moules faits en cône, puis on les jette chacun fur une demi-feuille de papier grisâtre, dont on releve les bords pour achever d’envelopper le pain coni-forme, & on maintient le tout en cet état avec un peu de fil blanc qui pafîe en croix double fur le papier. De la proportion de craie avec le blanc de plomb , de la finefle de l’un & l’autre avant d’être mis en pain, réfultent la bonté & le prix de la Cérufe dans le commerce.
- M. Watin, Peintre Vernifleur , auquel la fociété eft redevable de la defcrip-tion auffi claire & méthodique que détaillée & fondée fur l’expérience , des trois Arts du Peintre, du Doreur & du Vernifleur, M. Watin m’a montré plufieurs échantillons de Cérufe qu’il avoit faite , & qui ne le cédoient, ni pour le poids, ni pour la finefle, ni pour la blancheur, à la Cérufe de Hollande.
- Puis donc qu’on ne peut faire la Cérufe qu’avec du blanc de plomb , voici comme on fe procure ce dernier.
- On a des pots de terre d’un pied à-peu-près de profondeur fur huit pouces de large ; on place dans chaque un rouleau de plomb , fait avec une planche de plomb de trois pieds de long fur fix pouces de large , & de l’épaifleur d’une ligne au plus; on ne fait pas ces planches par le moyen du laminoir, il applatit trop & liflè trop le métal ; c’eft en les coulant fur le fable à la maniéré des Plombiers ; on roule cette planche de maniéré à ce qu’entre chaque révolution il refte un vuide d’un bon demi-pouce ; on place ce rouleau fur une croix pofée un peu au-deflous du milieu de chaque pot ; cette croix eft en bois, pofée fur quatre autres petits piedeftaux de bois , placés au bout de chaque croifillons, & aflez longs pour tenir la croix à la hauteur indiquée ; le rouleau eft pofé fur l’un de fes bouts, & non à plat ; on recouvre chaque pot d’une plaque de plomb de même épaifleur, & plus large que neft l’orifice du pot.
- On n eft pas d’accord fur l’efpece de liqueur qu’on met au fond de ces pots,^ de maniéré que la petite croix de bois en foit diftante d’un bon pouce. Les uns prétendent qu’en Angleterre & en Hollande, on met du marc de bierre arrofé avec de la petite bierre ; & qu’à Grenoble, c’eft du marc de raifin arrofé de viçafle ; ils prétendent que l’opération de* la corrofion du plomb , n’a lieu
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- III. Partie. Dé la Préparation en grand des Produits Chimiques folides. ï6 f que par les vapeurs acides qui s’exhalent dans l’intérieur du pot par la fermentation acéteufè qui s’y excite durant le féjour des pots dans le fumier.’
- Ceux qui penfent au contraire que la corrofiori du plomb fe fait par le vinaigre lui-même , & tout formé , qui circule dans les pots à l’aide de la chaleur du fumier , difent qu’on charge les pots avec du vinaigre de bierre ou de vin félon les pays où s’établit la Manufacture.
- Quoi qu il en (bit, les pots chargés de vinaigre , ou de matière propre à devenir vinaigre , & du rouleau de plomb pôle fur la petite croix de bois, comme il a été dit, recouverts enfin de leur lame de plomb, ces pots fe placent dans une foffe , fur un premier lit de fumier , & on connoît telle Fabrique où on en place vingt de front fur vingt de profondeur. On étend du fumier fur ce premier lit, pour ranger un fécond lit pareil, enfin jufqu’à quatre , recouvrant chacun de bon fumier, & fur-tout le dernier ou le plus fupérieur ; dans cet ordre on fait travailler cent foixante pots à la fois. La propriété du fumier mis en tas eft comme on fait de s’échauffer ; on empêche la chaleur qui naît de s’exhaler au dehors * en le couvrant au befoin de fumier plus frais. Au bout de trois femaines on découvre les pots , on retire chaque rouleau qu’on déployé.fù£ une table de bois longue & étroite, pour ratifier avec un couteau peu tranchant le plomb corrodé qui a acquis beaucoup de volume ; il n eft guere poffible qu’en raclant ainfi on ne détache des portions de plomb qui paflent avec le blanc de plomb, suffi en trouve-t-on fou vent dans celui qui n’a pas été broyé : on fait la même chofe fur les lames qui ont fervi de couvercle, & on croit même que le blanc de plomb en eft plus fin.
- Un Fabriquant de Grenoble m’a dit que dans cette opération fargent dont le plomb eft plus ou moins riche n’étoit jamais corrodé , & qu’ainfi le plomb reftant le dédommageoit fouvent par l’argent qu’il contenoit prefqu’à nud , de tous les frais de l’opération. Je le fouhaite pour lui ; mais outre le défaut de vraifemblance, puifque la partie non corrodée n*eft pas éparfe , mais occupe toujours le centre de la lame de plomb, ce qui fuppoferoit que l’argent fe ra£ femble vers ce centre durant la calcination du plomb ; outre cela , dis-je, j’ai moi-même fait plufieurs eflàis de ce plomb que je n’ai pas trouvé plus riche.
- On broyé fous des meules le blanc de plomb qui doit être converti en cendre , & alors on en retire par la lotion le peu de plomb qui s’y rencontre j on mêle au blanc broyé depuis parties égales jufqu’à un quart de fon poids de craie pareillement broyée 8c lavée, 8c on en forme les pains de Cérufe dont il a été queftion au commencement de cet article.
- si r on a fait le blanc de plomb avec le vinaigre , ce qui refte dans les pots fert à faire du fucre de Saturne.
- Les Commerçants qui débitent la Cérufe ont coutume de la tenir dans un endroit un peu humide, parce qu’on eft dans l’ufàge de choifir les pains les flus lourds fous la main ; mais les gens honnêtes fe difpenfent de ce foin, 8c
- Distillateur ^ Tt
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- ^66 L'ART DU DI STI LLATEU R.
- Tendent plus cher la Cérufe où il y a le moins de craie ; ils la vendent feche, lourde, bien blanche, s’écrafànt en une poudre peu liée & point pâteufe, & ayant dans là callure une efpece de ton velouté.
- Article Quatrième.
- - Fabrique du Sucre de Saturne.
- Rien n’eft plus facile que la Fabrique du Sucre de Saturne , fi Ton eri Croit ceux qui en ont écrit jufqu’à ce jour. Lorfqu’on met la main à l’œuvre , on eft étonné du nombre d’obftacles qui s’oppofent à ce quon obtienne ce produit Chimique avec les qualités qu’on en exige dans le commerce. La fabrique de Grenoble elle-même a été pendant long-temps à n’avoir que très-peu de ce Sel de Saturne blanc ; le refte étoit jaunâtre , & les Entrepreneurs ne ven-doient jamais l’un fans l’autre. Les Vénitiens , les Anglois & les Hollandois ont préparé & débitent cette marchandife dans des boîtes garnies de papier bleu pour faire fortir davantage la blancheur de leur fel.
- Le premier obftacle qui fe préfente eft la très-petite quantité de chaux de plomb qui fe diflbut dans le vinaigre diftillé ; car il ne faut pas parler du plomb lui-même, à peine s’en diflout-il un fcrupule dans deux livres de ce vinaigre J huit onces de ce dilîolvant prennent un gros & demi de litharge, près de deux gros de cérufe & un demi-gros de minium.
- La fécondé difficulté confifte dans le belbin qu’on a d’une très-grande quantité de vinaigre diftillé , qui foit le plus blanc poflible ; s’il contient un peu de matière capable de fe brûler , le Sel de Saturne eft jauni.
- Enfin, on ne fauroit croire combien la cryftallifàtion du Sucre de Saturne demande de précautions pour s’exécuter.
- Quel que foit le lieu où eft établie une Manufaéture de Sucre de Saturne, il faut fe pourvoir de fubftances propres à former du vinaigre. En Angleterre c’eft de la bierre ; on dit, qu’outre labierre , les Hollandois ont un fecret pour faire du vinaigre artificiel : j’ai efpéré julques ici de voir ce vinaigre pour l’examiner & en découvrir, s’il fe peut, la nature ; mais j’ai été trompé dans mes efpérances ; je fais qu’ils font dans les pays d’Artois , & même dans le Borde-lois, des levées de marcs de raifins ; & comme les moyens les plus économes font connus & préférés par des Artiftes aulîi intelligents que les Hollandois, je ne ferois pas furpris quand leur fecret confifteroit à faire du vinaigre avec ces marcs. A Grenoble on fe fert & de ces marcs & du vin qui y eft très-abondant ; par toute Fabrique de Sucre de Saturne on établit donc une Vinaigre-rie , & on fuit pour cette portion du travail, les précautions qu’on trouvera décrites fans doute, dans l’Art du Vinaigrier.
- On diftilloit autrefois le vinaigre dans de grandes cornues de grès , & on
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- III. Partie. De la Préparation en grand des Produits Chimiques folides. ï6f remarquent que ce vinaigre avoic toujours un goût de feu ; les Fabriquants y ont fubftitué les cucurbites de cuivre furmontées d’un chapiteau de terre , vafte & à deux becs ; enfin on fuit la méthode indiquée dans la première Partie de cet Ouvrage au Chapitre feptieme.
- On met dans un grand jarre de terre vingt-cinq livres de blanc de plomb y ou à Ion défaut de litharge , & on verfe deftus depuis cent jufqu’à cent cinquante pintes de vinaigre diftillé ; le jarre eft placé dans un endroit chaud près des fourneaux qui fervent à la diftillation du vinaigre ; on agite ce mélange avec un long bâton , & lorfqu’on ne voit plus naître d’effervefcence , on laiiîe dépofer ; on puife la liqueur claire avec de grandes cuilliers en bois , & oti emplit une chaudière de plomb encadrée dans fon fourneau comme les cuves des Teinturiers ; on allume un feu doux , & on laifle évaporer lentement juf* qu’à ce qu’une goûte de la liqueur mife fur un lieu frais s’y congele fur le champ ; alors on a des efpeces de formes ou auges quarrées de la grandeur & de la forme des poids de fer d’un demi quintal ; ces auges font de terre cuite & vernilfée , & ont vers le fond un trou qu’on tient bouché avec un petit tampon de bois ; on emplit ces formes, on les range dans l’étuve , & on verfe fur chaque forme un poiflon au plus ou quatre onces de forte Eau-de-vie ou d’Elprit-de-vin ; cet elprit fait fur chaque forme un limbe qui empêche l’évaporation. Au bout de huit à dix jours , ou plutôt dès qu’on voit les formes pleines de cryftaux, on les retire de l’étuve ; on ôte les bondons , & on lailîo écouler ce qui eft liquide dans des cuvettes de plomb ; on verfe encore un peu d’Efprit-de-vin fur les formes, & on achevé de laifler égoutter ; on retrouve le Sel de Saturne en aiguilles déliées, confufes ; on les met à fécher un peu à l’étuve , & on le ferre dans fes boîtes.
- Ce qui eft égoutté eft ordinairement épais comme de l’huile ; c’eft une dif-folution de plomb qui n’a pas aflez de vinaigre ; en la délayant dans de nouveau vinaigre, la filtrant & la mettant à évaporer, on en retire jufqu’à la fin du Sucre de Saturne , dont à la vérité les cryftaux font un peu jaunâtres.
- Avant d’avoir ce Procédé pour l’Eau mere , les Fabriquants de Grenoble la faifoient évaporer fortement, la mettoient dans les formes à l’étuve jufqu’à ce quelle fût entièrement deflechée; c’eft ce qui leur donnoit tant de Sucre de Saturne jaune & fàle.
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- ï68 UART DU DISTILLATEUR.
- Article Cinquième, .
- Fabrique du Verd dijlillé.
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- J e ne me propofe pas d’expofer ici le travail par lequel les habitants dé Montpellier préparent le Verdet, autrement Ver-de-gris. Çe travail a été fupérieurement développé par M. Montet, dans les volumes de T Académie des Sciences ; il fuffit qu’on Tache que le Verdet efl le réfultat de la corro-fion du cuivre, par les vapeurs acides qui s’exhalent durant le temps que les marcs de raifin & la vinaffe tournent à l’aigre ; & que ce Verdet Te détache en Te gonflant de defliis le cuivre, lorfqu’on l’expofe à la chaleur du Toleil. Il y a dans le commerce plufieurs Verds-de-gris ; le premier & le plus beau efl -en poudre groffiere , d’un verd velouté , & ne blanchit jamais en Téchant. Les autres eTpeces Tont plus ou moins mêlées de fubftances étrangères qui pâlif* Tent leur couleur ; elles font ordinairement en grofles mafles dures & difficiles à rompre ; on les laide de côté quand il s’agit de procéder à la fabrique du Verd diftillé.
- Depuis long-temps les Hollandois venoient acheter à Montpellier , le plus beau Verd-de-gris Tur le pied de dix-huit à vingt Tols la livre , puis remettoient dans le commerce le Verd diftillé , c’eft-à-dire, le réTultat de la diflblution complété du Verdet dans le vinaigre diftillé ; réfultat grouppé en pyramide compofée de plufieurs cryftaux amoncelés, d’un beau verd velouté, obTcur, & de forme à-peu-près quadrilatère.
- Je fus confulté il y a vingt ans à-peu-près par un Particulier de Grenoble ; le même qui fabrique le Tel de Saturne , fur les moyens économiques de préparer le vinaigre , de lediftiller, d’y diflbudre le Verdet, & d’en faire des cryftaux qui fufîent en concurrence avec le Verd diftillé de Hollande. Je ne puis aflurer fi mes confeils ont contribué en quelque çhofe à l’établiffement de cette nouvelle Fabrique ; j’ofe le foupçonner, fondé fur le refus que m’a fait depuis le même Particulier de me donner aucune inftruélîon , & fur l’attention qu’il a prife de détruire l’opinion où j’aurois pu être de lui avoir fervi. C’eft une maniéré de reconnoifîànce plus commune qu’on ne penfe. Au refte voici ce que je fais pofitivement de la Fabrique du Verd diftillé, & je le fais tant par le récit d’un Ouvrier de Vienne en Dauphiné , que l’Entrepreneur de Grenoble a fait venir dans fa Fabrique , & qui eft mort après l’avoir inftruit à fond de ce qu’il regardoit comme un fecret, que par ma propre expérience, ayant, autant que je l’ai pu, vérifié les récits d’opérations de ce genre que je n’ai pu voir dans les Fabriques elles-mêmes.
- On fe procure par les moyens indiqués à l’article précédent , du vinaigre diftillé , qui ne fente pas le brûlé, Sç on met dans des jarres vingt-cinq livres,
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- III. Partie. De la Préparation en grand des Produits Chimiques folides. i6p par exemple, de beau Verd-de-gris , & jufqu’à vingt-huit fois fon poids de vinaigre diftillé ; ce qu’on fait à plufieurs reprifes, en tenant le jarre dans un lieu chaud & agitant la matière avec un long bâton de bois. Au bout de quatre ou cinq jours, on verfe la liqueur , qui eft d'un verd obfcur , qu'on met à dé-pofer, 8c on met en fa place de nouveau vinaigre ; il fè diflout ainfî à la longue, £c fiiccefïivement vingt livres de Verdet des vingt-cinq mifes en diflolution. On a dit que les cinq livres reliantes donnoient par la fonte un métal d une nature particulière ; pour moi je n’y ai vu que du cuivre.
- La liqueur bien éclaircie , on la met évaporer dans de grandes chaudières de cuivre qu’on chauffe, comme les chaudières à teinture ; & on réduit la liqueur en confiftance de firop un peu épais.
- On a des pots de grès , plus hauts que larges, & de la continence de douze pintes au plus : on y place des tiges de bois blanc d’un pied de long , fendues par un de leurs bouts prefque jufqu’à l’autre bout qui demeure entier ; on inféré dans les fentes de petits dés de bois qui tiennent écartées les portions fendues ; on en met au plus trois dans chaque pot, & on les emplit de la liqueur évaporée ; on recouvre d’un limbe de bonne eau-de-vie cette liqueur portée à l’étuve ; quelques-uns prétendent qu’on doit ajouter de l’urine à l’eau-de-vie. On laifle les pots pendant près de quinze jours dans l’étuve médiocrement chaude ; c’eft de cette derniere précaution que dépendent l’abondance & le volume des cryftaux qui s’amoncelent autour des tiges de bois , & forment des pyramides qu’on met à fécher légèrement à i’étuve pour répandre dans le commerce fous le nom de Verd diftillé en grappes. On dit que ces tiges de bois concourent à confèrver la beauté aux cryftaux par la facilité qu’elles ont d’attirer un peu d’humidité: je n’y vois autre intention que celle de préfenter, comme font les Confifèurs au lucre à candir , plus de furfaces au Verd diftillé pour fe groupper ; car le poids de ces tiges ne doit pas entrer en confidération, il eft de trop petite conféquence ; une pyramide pelant une livre & demie , n’a peut-être pas une once de bois.
- Il y a dans les pots contre les parois d'autres cryftaux, dont les uns font fort petits & peu confiftants ; on les enleve à l’aide d’un peu de vinaigre diftillé , qui rediflout aufll quelques portions de Verdet qui fe précipite durant la cryftallifàtion. Les autres cryftaux, gros & groupes en plaques, fe détachent pour être féchés à l’étuve 8c vendus dans le commerce.
- L’Eau mere qui refte fe délaye dans une Eau de chaux légère ; puis on eflaye s’il lui manque du Verdet ou du vinaigre , on lui en rend & on la fait cryftal-lifer jufqu’à la fin , enforte qu’il n’y a rien de perdu de ce côté. On a voulu me perfuader qu’à Grenoble ils clarifioient leur Eau mere avec du blanc-d’œuf, comme nous faifons nos firops ; je crains bien que ce ne foit une de ces pro-
- pofitions jettées en avant pour empêcher l’Obfervateur d’aller droit à fon but.
- Distillateur , &c.
- Vv
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- tjo L'ART DU DI ST I LL AT EU R. .
- Il s étoit établi à Paris une Fabrique de Verd diftillé , qui ne prétendoit à rien moins qu'à culbuter la Fabrique de Grenoble. Le Verd diftillé fourni à bien plus bas prix, félon l'ufage, par cette Fabrique de Paris, noircilfoit à l'emploi * 8c on l'a abandonné en le foupçonnant d’être mixtionné avec l'acide vitrio. lique , pour épargner les frais du vinaigre diftillé. Le foupçon eft fondé fur ce qu'en général cet acide vitriolique a la propriété de faire tourner au noir lej couleurs dans lefquelles il fe trouve ; l'Eau-forte vitriolifée noircit l'écarlate ; le vitriol de Chypre concourt à noircir , quoi qu'on en dife, la teinture des Chapeliers. Le bleu d'indigo diflous dans l'acide vitriolique eft plus noir que toute autre maniéré d'employer cette fécule.
- Le Verd diftillé vaut dans le commerce de dix à douze francs la livre ; il faut le choifir en cryftaux bien conformés, ni trop fec ni trop humide ; n'ayant fur-tout point de pouffiere d'un verd pâle fur fa furface. Le Fabriquant de Grenoble m’a dit que cette Fabrique ne valoit pas la peine d'être cultivée, à caufe de la petite quantité quife confomme de Verd diftillé ; il n'a cependant pas encore abandonné là Fabrique ; il cherche même à l'étendre , & il eft occupé à trouver à Paris une Société pour y faire le Verdet ou Verd-de-gris plus beau & à meilleur compte que celui de Montpellier : il faudra voir.
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- ADDITIONS SC corrections farvenues durant VImpreJJion.
- Alun calciné, première Partie, après la diflillation du Vinaigre,
- à la page 37.
- Lis Diftillateurs d’Eaux-fortes préparent encore l’Alun calciné ; c’eft le fel dont nous avons fait mention dans le Chapitre fécond de la première Partie. Ce fel appellé Alun eft en mafles informes tranfparentes, blanches, ayant une faveur fucrée d'abord, puis finguliérement acerbe ; il vient en tonneaux, & dans le commerce il fe nomme Alun de roche, pour le diftinguer d'une ef-pece rougeâtre appellée Alun de Rome, & qui ne vaut rien pour l'objet dont il s'agit ici.
- Tout Alun a la propriété de fe tuméfier finguliérement au feu , & de prendre un volume confîdérable en perdant un phlegme ou eau fi peu acidulé qu'on fe difpenfe delà recueillir, à moins que quelque Alchimiften'en ait la fantaifie.
- On met dans autant de cuines que peut en contenir une galere , cinq livres d’Alunjaour chaque cuine, ce qui fait cent foixante livres d'Alun pour trente-deux cuines. On garnit la galere comme pour les Eaux-fortes , avec cette différence qu'on ne met ni goulot ni récipient.
- On établit d’abord un feu beaucoup plus lent que pour le travail des Eaux-
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- Additions & Corrélions. xyi
- fortes , on l'entretient ainfi jufqu’à £e qu'on voie que FAlun cefle de fe gonfler; il fore pendant ce temps des vapeurs , rarement fuffocantes ; on donne un dernier coup de feu affez brufque , & on le laiiTe éteindre ; FAlun fe trouve avoir pris la forme intérieure des cuines, qui! faut cafTer pour l'en retirer, & il eft en pains d'un blanc éblouiffant, d'une légéreté Sc d'une friabilité fingu-lieres; c’eft ce qu'on nomme Alun brûlé, Alun calciné, & qui n’eft autre ebofe que l'Alun privé de fon eau de cryjlallifation ; c’eft ainfi qu’on nomme tout phlegme qui concourt à la formation & à la tranfparence de tous cryftaux falins.
- L'Alun dans cette opération a perdu les deux cinquièmes de fon poids, Sc on trouve pour cent fcixante livres d'Alun de roche , quatre-vingt feize livres d'Alun calciné. Il eft d'un grand ufage pour les Maréchaux, pour les Chirurgiens , qui s’en fervent pour brûler ou détruire des excroiffances charnues dans le traitement des plaies , ulcérés , &c.
- Noir de fumée , a la fuite des huiles efjentielles,féconde Partie * page 83.
- O n connok dans le commerce deux efpeces de Noir de fumée , le premier, Fabrique d’Allemagne, eft en efpeces de tablettes plates, très-friables, d’un noir velouté quand on le brife , & eft appellé Noir a noircir, Noir dé Allemagne , 'Noir en pierre. Le fécond, Fabrique de Paris , eft d'une légéreté finguliere , d'un noir rougeâtre à l’emploi, & fe nomme Noir de fumée léger , Noir de Paris.
- L’exiftence de ces deux Noirs eft également due à la combuftion des matières réfineufes que fourniffent abondamment les Pins Sc leurs analogues ; mais la différence dans la fabrication eft caufe de celle qu’on reconnoît dans leur texture.
- En Allemagne on établit en planches une chambre obfeure de cinq à fix pieds de dimenfion dans toutes fes parties, calfeutrée avec la plus grande exactitude par les dehors, & n'ayant que deux ouvertures , l’une vers une de fes faces latérales, au niveau du fol , Sc l’autre au centre du plancher fupérieur ou plafond. La première ouverture eft occupée par une efpece de fourneau quarré de trois pieds de long fur deux de hauteur 8c autant de largeur. La porte de ce fourneau & la moitié de fa longueur font hors de la chambre obfeure, Sc 1 autre portion eft dans l'intérieur. Cette portion n'a pas de mur de fond, & refte ouverte dans toutes fes dimenflons. Le trou ménagé au plafond a deux pieds de diamètre en rond, Sc eft bouché entièrement par un cône fait d’une étoffé de laine ferrée, & qui peut porter trois à quatre pieds de hauteur. Ce cône eft foutenu vers fa pointe qui eft ouverte , par deux bouts de bois pofés
- extérieurement fur le plafond, & qui fe rencontrent Vers une de leurs extrémités.
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- x7i VA RT DU DISTILLATEUR.
- Un enfant feul gouverne le travail ; il* allume dans le fourneau Sc fur la partie de devant des morceaux de bois réfineux bien fecs ; il y jette de temps à autre des morceaux de réfine trop chargés d'ordures, & il a feulement foin que la flamme ne foie pas trop abondante, parce que la flamme n a lieu qu'aux dépens de la fuie qu'on délire ; la fumée s'échappe dans la chambre obfcure & va gagner le cône ; lorfque le Direéteur de la Fabrique s'apperçoit que le cône efl: aflez chargé, il quitte un inftant fon fourneau, & avec une longue gaule il va frapper par dehors le cône dans tous les fens ; la fuie retombe dans la chambre obfcure fur le plancher , que le fourneau entretient dans une efpe-ce de chaleur qui permet à cette fuie de s’amonceler de prendre corps. C'eft ainfi que nous voyons dans l'hiver ceux qui ramonnent nos cheminées chauffer fortement un âtre , y étendre la fuie volumineufe telle qu'ils la retirent des cheminées, la laiflèr prendre corps , la retourner pour la fondre également , Sc réduire en maffes folides, peu volumineufes , faciles à arranger en forme de briques, cette poufiîere embarraflànte par fa légéreté 6c fon peu de confiftance.
- On fabrique autrement le Noir de fumée dans Paris, On choifît dans un endroit ifolé , une chambre dont on ferme exaélement toutes les ouvertures à l'exception de la porte; on garnit les murailles de cette chambre Sc fon plafond avec des peaux de mouton bien tendues, Sc dont la laine efl: en dehors ; au milieu de cette chambre on met une marmite de fer fondu, dans laquelle on a mis tous les rebuts des produits du Pin, Poix-réfine , Arcançon, Galipot, Poix de Bourgogne, &c. on y met le feu à l'aide de quelques morceaux de bois léger qu'on a enduits de ces matières ; on ferme la porte , & on peut regarder de temps à autre par un trou fait à cette porte fi la matière brûle toujours ; comme on fait ce qu'on a mis de matière combuftible , & le temps que doit durer la deftruétion par la flamme , fi on s’apperçoit que cette flamme ait ceffé trop-tôt, on y remédie en allumant de nouveau ce qui refte ; fi elle efl: éteinte faute d’aliment, on retire cette marmite & on lui en fubftitue une autre toute chargée des mêmes matières allumées. Le tout fe fait fans entrer dans la chambre ; on a des crochets, des pelles ou autres inftruments aflez longs pour exécuter ces petites manipulations du feuil de la porte.
- Lorfqu'on juge que le Noir de fumée efl: aflez abondant, on a au bout d'une gaule , des brins de balai bien éparpillés ; on fait pafler ce balai fur toutes ces peaux , Sc on fait par ce moyen tomber tout le Noir de fumée fur le fol de la chambre, d’où on le recueille pour le mettre dans des boîtes rondes de dix-huit pouces de haut fur douze pouces de diamètre appellées des Galons , Sc qui tiennent quatre onces de Noir de fumée , que le Fabriquant vend quatorze fols, ce qui fait cinquante-fix fols la livre. Il efl: aifé , en comparant ce travail avec celui des Allemands, de voir pourquoi le Noir d Allemagne a plus d'éclat que le nôtre , Sc comment on pouroic donner à celui-ci la même perfeétion.
- La
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- Additions & CorreâionÈ.
- £a chaleur dans le travail Allemand en donnant à l’huile empyreümàtîqüe une certaine liquidité , lui permet de fe parfondre plus uniformément dans toute là fliaffè , qui prend par-là un ton de couleur homogène.
- Addition fur la fabrication de U Huile de Vitriol par le Soufre , à la pag. qn
- On trouve dans un Ouvrage de Chimie allez volumineux , une efpece de critique du travail de M. Dozie pour la fabrication de l’Efprit de Vitriol, tiré du Soufre. On y annonce que cette pratique n efl: pas la meilleure ; que corps inflammable pour corps inflammable, le charbon efl: préférable à la filaiTé qu’on efl: dans l’ufàge d’interpofer dans les cuillers. On y dit qu’on préféré les cornues de fer tubulées dont on' fait rougir le fond, parce que les acides en vapeurs ne corrodent pas ce métal; on y voit que les cuillers doivent être de fer-blanc qu’on rougit à chaque fois, à l’aide d’un réchaud roulant, que l’Ouvrier promene avec lui ; on y apprend que c’eft avec des efpeces de mefù-res de fer-blanc qu’on puife l’acide vitriolique formé dans les balons. On y paroît donner la préférence aux récipients de terre fur ceux de verre. Tan» de chofes nouvelles m’ont paru mériter une attention fcrupuleufe de ma part, afin d’enrichir d’autant ma defeription d’un Art peu connu , & de faire homma-ge à leur Auteur des correélions utiles que j’aurois rencontrées.
- Comme l’Auteur, tout en preferivant les cornues de fer tubulées, de manie-*' re à faire croire qu’il les a mifes en expérience, dit cependant quelques lignes plus loin qu’il ne s’en efl: pas fervi, & ajoute que les cornues de terre lui ont paru les unes trop poreufes , les autres trop fragiles; on pouroit croire que Texpérience qu’il annonce efl: encore à faire. J’ai fait un mélange de huit parties de foufre , une de charbon & une de nitre ; avant de m’expofèr à aucune explofion, danger que la nature des ingrédients indique, fur-tout en fe fervant d’une cornue tubulée, j’ai cru plus prudent de faire rougir obfcuré-ment une piece de fer fondu ; j’y ai projeté mon mélange peu-à-pefu. Le fou-fre s’efl: enflammé tout d’abord , puis le furplus s’efl: liquéfié , a fait une pâte Tentant le foie de loufre ; il n’y a eu que très-peu de nitre qui ait fufé, & on ne voyoit pas le charbon fcintiller ; au bout de deux minutes la flamme étoit éteinte ; le vafte récipient de machine pneumatique dont j’avois recouvert le total, étoit parfemé d’une humidité point acide, Tentant le foie de foufre, & d’une légère poufliere. Ce fut bien pis lorfque j’examinai le morceau de fer ; l’endroit où le foufre s’étoit fondu étoit rongé au point de montrer une cavité fenfible ; & cependant il n’y avoit pas eu une once de mélange mis fur ce fer rouge.
- Cette expérience,qui m’a difpenfé de la répéter dans une cornue defer tubulée^ démontre clairement, i°. Que l’appareil d’une cornue de fer rougi, loin d’être préférable, feroit une perte réelle pour l’Artifte, puifque tôt ou tard il s’enfui vra
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- la deftru&ion , la perforation du métal à l’endroit de la projeétion. 2°. Que le charbon, loin d’être préférable à la filaflè , doit être rejetté , puifqu’il fe mêle avec le foufre liquéfié, & forme avec lui une pâte incapable de fcintiller. 30, Que cette manipulation au total eft impoflible à exécuter, puifque loin d’en obtenir un acide, on n en retire qu’un peu de foufre fublimé , & un phlegme fentant l’œuf couvi-
- C’eft bien autre chofo encore fi on fobftitue les vafos de terre à ceux de verre. J’ai eu la curiofité de faire fous une cloche de verre , & fous une très-vafte eu-curbite de grès , bien cuite & bien fonore, l’expérience fuivant le Procédé de M. Dozie, c eft-à-dire , en mettant à brûler peu-à-peu un mélange de foufre quatre parties, nitre une partie, & de l’étoupe éparpillée dans le petit teft de terre qui recevoit le mélange. Le tout mis à brûler, j’ai eu ma cloche de verre pleine de vapeurs d’un blanc épais 8c obfcur, ( 8c non rouge, comme il eft dit par erreur dans le texte du préfent Ouvrage , ) qui ont fourni une liqueur très-acide. La cucurbite au contraire n’a donné qu’un phlegme très-peu acide, & fenfiblement fade, comme eft prefque toute diffolution d’une terre par un acide délayé. Il y a au-deffous du nouveau Pont de Neuilly une maifoa où fai eu occafion de voir un appareil tout en terre imaginé pour établir une Fabrique d’Huile de Vitriol ; l’appareil n’a travaillé qu’une fois , & on a retiré fi peu d’acide que le découragement a pris les Entrepreneurs, qui ont abandonné tout au Propriétaire.
- J’ai eu le plaiflr de remarquer dans l’expérience que j’ai détaillée il n’y a qu’un inftant, la rénovation de l’air dans l’intérieur de la cloche de verre par le petit artifice que voici. J’ai placé mon appareil fur un plateau de verre dans lequel j’avois verfé de l’eau en allez grande quantité pour couvrir les bords de la cloche ; au premier inftant de l’inflammation du foufre l’eau s’eft introduite dans la cloche beaucoup au-deflus de fon niveau; puis à mefore que le nitre fufoit, l’eau baifloit, pour remonter 8c bailler ainfi alternativement tant qu’a duré lacombuftion du foufre; avec cette différence quelorfque la cloche étoit gorgée pour ainfi dire de vapeurs, cette efpece d’ofcillation n’étoit prefque pasfenfible.
- J’ai verfé un peu de cet acide obtenu fur des échantillons de fer-blanc de toute 'efpece ; aucun n’a réfifté, ils ont tous été corrodés ; il n’y a eu que les morceaux plongés dans l’acide qui ayent été plus long-temps fans être altérés ; mais le plus long-temps n’a pas été d'une heure. J’ai fait chauffer foc-ceflivement le même morceau de fer-blanc fur des charbons, fans le faire même rougir ; dès le troifieme chauffage, tout l’étain étoit écoulé , 8c au fixieme la tôle s’effeuilloit.
- De tout ce qui précédé, il s’enfuit que les uftenfiles de fer-blanc font incompatibles avec la manipulation de M. Dozie ; que ceux de terre quand ils fervent de récipient, abforbent trop d’acide pour être préférés ; que la filaflè çft effentielle dans l’opération, en ce que brûlant fucceffivement^ elle ne procure
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- Additions ô CorreBlons» pff
- pas la liquéfaélion totale du foufre , liquéfaélion qui en combinant le mélan* ge en empêche le développement fucceflif, en ce que le peu de charbon fcîn-tillantquelle fournit, fuffit pour faire fufer le peu de nitre qu’il avoifine ; que |a chaleur procurée aux cuillers, efl non-feulement inutile, mais même dan-gereufe au fuccès de l’opération ; que par conféquent on peut laifler de côté la correétion que l’Auteur de la Chimie en queftion annonce dans fon Ouvra-* ge, & quon retrouve dans le Diétionnaire des Arts & Métiers ; Sc que là manipulation indiquée par M. Dozie efl: la feule bonne, parce que l’expérien-ce la confirme dans tous fes points, Sc que dans tout fon Ouvrage M. Dozie s’énonce avec la clarté , la candeur, la droiture qui conviennent à tout Ecri-yain qui veut inftruire Sc être compris.
- On m’a appris que les Angloîs, pour abréger la concentration de leur acide $ faifbient cette concentration dans des terrines de grès placées dans un vafte bain de fable, & fous une grande cheminée ; comme la chofe ne porte avec elle que l’inconvénient de répandre au loin des vapeurs fùffocantes, je ne la crois pas impoffible. Je l’ai exécutée en petit, Sc j’ai remarqué que la concentration devient difficile vers la fin ; que les vapeurs font très-incommodes, Sc fulphu-reufes pendant tout le temps de l’opération , Sc que l’acide qu’on en obtient n’efl: jamais blanc ; d’ailleurs on peut voir ici Sc dans le corps de l’Ouvrage combien il efl: à craindre que les vafes de terre n’alterent l’acide vitriolique.
- CONCLUSION.
- Lorsqu’on réfléchit fur les révolutions qu’ont éprouvé la plupart des, Fabriques dont il efl: parlé dans cet Ouvrage , on fe demande naturellement % Pourquoi Venife a perdu prefqu’entiérement fes Fabriques anciennes ? Pourquoi les Fabriques Angloifes fe fbutiennent avec plus de fiiccès qu’en France ? Pourquoi, malgré la rivalité, celles de Hollande , bien loin de fe détruire , fè perfeélionnent journellement ? Et enfin quels obftacles s’oppofent à l’établifle* ment de nouvelles Fabriques en France ?
- Venife, poftée avantageufement avant la découverte du Cap de Bonnes Efpérance & de la nouvelle route qui mene aux Indes, étoit le feul Port où abordaflent les produirions étrangères de tout genre. Venife étoit riche, & fès Fabriques employées feules fe foutenoient par l’aélivité qu’animoit l’efpoir de vendre ce qu’elles produifoient. Les Portugais , qui ne firent, pour ainfi dire, que montrer la route du Commerce aux autres Nations de l’Europe, les Portu? gais , plus belliqueux que commerçants , plus avides de découvertes qu’intelligents à trafiquer, portèrent atteinte au Commerce des Vénitiens, Sc ne profitèrent pas de leur avantage. L’Angleterre a feule profité de leurs découvertes , au point que toute induftrie dans cette Nation efl: endormie ; je dis endormie , parce qu’aux atteintes meurtrières d’un fommeil léthargique fuccéderafàns doute,
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- !ï76 L’ART DU DISTILLATEUR.
- fous le Souverain qui la gouverne , une aéiivité , une induftrie d’autant plus Yives, que la Nation eft naturellement faite pour les grandes chofes. L’Anglois «Jonc*, fur d’être le fournifleur général de tous les befoins d’une autre Nation * l’Anglois a établi fes Fabriques avec la certitude de confommer leurs productions , & ce motif eft le fèul aiguillon qui i’excite à continuer de les faire valoir. Le Vénitien , de 'Ion côté , voyant fon Commerce diminué , partagé, prefqu’anëariti, a voulu jouir de là fortune acquife; il a fallu fe procurer des dignités ; la Magiftrature a pris la place du Commerce, & l’on a joui du fruit fans plus fonger à cultiver l’arbre.
- La richefle eft la première récompenfe du Commerce ; l’augmenter eft fà jouilfance. Dans un pays où le Commerce donne la première confidération, où les découvertes des peres ne font pas perdues pour les enfants , parce que c’eft pour ceux-ci un honneur , le premier de tous , de fuccéder à leurs peres ; eft-il furprenant que les Manufactures s’y établirent, y fleurilfent, s’y perfectionnent journellement ; jufqu’aujourd’hui voilà les Hollandois : aucune dignité, aucune charge publique n’eft incompatible avec le négoce ; celui-ci ajoute pour ainfi dire un luftre aux autres honneurs. Point d’inconftançe , d’ailleurs : le Marin voit fes enfants profpérer dans la Marine, les enfants du Banquier font la banque ; c’eft de temps immémorial une feule & même famille qui rafine le Borax , une autre qui traite le Sublimé, & ainfi de fuite.
- Dans d’autres pays on fait par goût ce qu’à Venife on a fait par néceffité; les enfants de Fabriquant enrichi courent au-devant des moyens de s’illufi» trer ; le métier du pere fait rougir le fils ; envain celui-ci a-t-il dans les commencements luté contre la fortune, les mauvais fuccès & les pertes ; envain a-t-il contraint le fort à lui être favorable, & les richefles à venir le récom-penfèr ; lès découvertes, fbn étabiiffement paftèront en d’autres mains. Un Ouvrier , va fuccéder à fbn Maître , & le fils brillera dans un rang fùpérieur, fi c’eft briller que quitter la voie de fes peres.
- Pourquoi au milieu de la France les Fabriques de Vanrobais & de Paignon fe foutiennent-elles dans leur première vigueur ? Ces dignes Citoyens font Fabriquants de Draps de pere en fils ; & toute la famille bornant à ces Fabriques fbn ambition & fbn bonheur, fe perpétue & multiplie en jouifiant d’une pro-fpérité que rien n’a encore altérée. Citoyens riches & utiles, ils font demeu-rés dans l’état fimple, mais honnête dont font iortis tant d’autres fils de Fabriquants qui ont confommé la fortune de leurs peres, deshonoré le rang qu’ils ont voulu occuper, & qui fouvent font retombés au-deflous de leur origine.
- Mais fi les principes Hollandois font incompatibles avec le génie des habitants de quelques contrées, ces derniers ont la reftource des compagnies , des conceffions, des aflociations : en deux mots, en voici l’hiftoire. Un homme hardi, plus éloquent qu’Artifte , propofe un établiftement avec cet enthou-fiafme qui gagne les efprits „ ayec cette ailurançe de fuccès qui détermine à
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- Conclujîon. ijj
- le partager , tandis qu'elle devroit produire l'effet contraire. On l'écoute , & voilà les premiers fonds allurés. Au lieu d'employer modeflement Sc avec économie les premiers deniers pour fabriquer les chofes projetées , on ne fait qu’imaginer pour faire des dépenfes ; bâtiments fuperflus , eliais infruélueux Sc toujours volumineux , fade déplacé ; on a bientôt épuifé les premières avances ; on en demande de nouvelles ; elles font données avec peine ; le décourage ment gagne les intéreffés ; ils cherchent ou à retirer leur mife , ou à la céder à perte, & l’entreprife eft décriée ayant même d avoir été en état de montrer de fçs productions.
- J'ai cependant efiayé dans cet Ouvrage de faire fentir à mes Concitoyens combien il feroit avantageux que les Fabriques Etrangères dont j'y traite, s'é-tabiiffent en France. Le produit de la plupart d'entre elles eft acheté beaucoup plus qu'il ne reviendrait dans une Fabrique Françoife ; quelques-unes font foupçonnées de n'être pas fideles. Qui que vous foyez que prendra le défie d'eflayer de pareils étabiillèments, daignez écouter ce qui fuit, & vous pouvez efpérer de ne pas courir le rifque de vous voir ruiné.
- Plus celui qui propofe un projet paraît enthoufiafte, plus il faut s'en défier ; Sc pour le juger, il faut le faire converfer avec les hommes les plus experts dans la partie qu'il veut établir ; en prenant garde toutefois que ces derniers n'ayent des motifs particuliers d'être trop indulgents.
- J'ai vu piufieurs de ces gens à projets, qui fe donnoient pour les meilleurs Chimiftes, & qui ne favoient pas diftinguer l'acide du vitriol de celui du nitre.
- Quelques e fiais qu’on vous propofe , ne fouffrez jamais , quoi qu'on en difè ; qu'ils fe fa fient en trop grande dofe ; on fait bien qu’il y aura des différences dans le travail en grand ; mais des effais difpendieux font prefque toujours en pure perte, même en réuffiflant; & avec les frais d'un feul eflai en grand , vous pouvez fou vent en faire fix en dofe fuffifànte , .avec lefquels vous confta-terez leurs fuccès , vous les améliorerez s'il eft poffible, & le tout fans faire plus de dépenfe.
- Entre tous les moyens qui fe préfenteront pour l'établillèment d’une Fabrique , choififfez les plus fimples ; jugez par les Procédés de l’Antimoine , du Cinabre, &c , fi la fimplicité & l'économie ne font pas les premiers foutiens d’une entreprife.
- Rejettez toute efpece de projet qui, fous prétexte de commodité, ne vile qu'à l'embelliffement. On n'a pas befoin de Palais pour travailler ; & un Entrepreneur n'eft pas affez fou vent hors de les Atteliers, pour avoir befoin de grands appartements & de meubles magnifiques : attendez le fuccès, & vous trancherez du Vénitien fi bon vous femble.
- Ne permettez jamais qu'on prépare plus de marchandifè que vous n'avez Distillateur , &c. Y y
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- ï78 L’ART DU D1STILLATEU R.
- de fonds : quand le premier fruit de votre entreprife fera vendu, augmentez votre fécond travail par le produit du premier ; par ce moyen ,qui eft lent, vos fonds ne rentrent pas encore , il eft vrai ; mais fans débourfer rien, votre Fabrique s’augmente , & prend confiftance.
- Enfin gardez-vous de donner à ceux que vous chargerez de perfectionner votre Fabrique des récompenfes précoces; promettez, tenez vos promeffes; fi vous payez d’avance , votre befogne fe ralentira. J'ai connu un prétendu habile homme qui, pendant fîx ans , a foutiré une rente confidérable d’une Compagnie , qui a fini par le prier de fe retirer : il n’ayoit rien fait ; fi on lui «ût promis de ne payer fà rente qu’après fes fuccès , & fondée fur la vente, il auroit été plus vite , en fuppofant toutefois qu’il en eût été capable.
- Je me fuis permis ces réflexions à la fin d’un Ouvrage où font décrits les différents procédés exécutés dans des Fabriques connues , parce que" je crois qu il ne fuflit pas d indiquer comment on doit travailler dans une Fabrique, il faut encore apprendre comment on peut fe hazarder à l’établir fans rifque.
- Fin de la troijieme & derniere Varde»
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- explication des planches.
- Comme je me fuis difpenfe de renvoyer aux Planches dans le texte , j'ai eu loin de marquer ici à quelles pages de ce texte on pourra trouver la def cription des chofes figurées dans les Planches dont je donne l'explication.
- PLANCHE PREMIERE.
- Elle reprélente un Laboratoire garni de fix Galeres , dont deux font actuellement en travail : le defleina été fait fur le Laboratoire de M. Charlard, pages 3—8.
- A 5 vue du Laboratoire, en fuppofimt qu'on foie placé fur le feuil de la porte.
- B, charpente formant le toîc du Laboratoire. Elle eft recouverte en tuiles, dont quatre douzaines de l'efpece de celles qu'on nomme faîtieres font queL quefois diftribuées aux deux extrémités du toit, page 3.
- C, fenêtres très-larges ordinairement fans vitraux ; elles éclairent le laboratoire , Sc donnent iifue à la fumée, ibid.
- D , D , D , Galeres de relais, ou qui ne travaillent pas. La Galere eft le nom du fourneau propre à la diftillation des Eaux-fortes , ibid.
- E, Galere que l’on prépare pour travailler le lendemain ; elle eft garnie de les Cuines ou Bêtes, noms xque portent les yaifteaux de terre qui contiennent les matières qu'on doit diftiller , page 6.
- F , Galere travaillante : le dôme cache les cuines , on ne voit que les Pots , vafes deftinés à recevoir le fluide qui diftille, page 7.
- G , Ouvrier occupé autour de la Galere qui travaille ; il réparé les fentes du dôme , êcc. pages 14 & Jîiiv.
- H , fécondé Galere qui finit de travailler ; on n’y touche plus.
- /, /, cheminées poftiches ménagées fur le dôme pour donner iflue à la flamme,^ 15.
- K , K, K , K , K , contre-cœurs ou contre-murs des Galeres , adofles contre les murs latéraux du laboratoire , page J. On a oublié dans le texte de dire que ces contre-cœurs s'élèvent de trois à quatre pieds en forme de pyramide tronquée, au-deflus de la Galere.
- L, L, manteaux de cheminée avec leurs tuyaux ,-que quelques Artiftes conftruifent au-deflus de leurs Galeres , page 3.
- deux auges creufes, dont l'une reçoit les teflons des cuines caflees, & l'autre l’argille du dôme lorfqu'on le défait.
- A7, lampe de cuivre à deux mèches fufpendue au milieu du laboratoire, pour éclairer l'Ouvrier lorfqu’il commence fon travail avant le jour , ou qu'il ne le finit qu'à nuit clofe , ibid.
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- ï8o Explication des Planches. 4P
- O , tas de bois tout fendu St féché, pour le fervice des Galeres allumées, pages 12 , jf & fuiv.
- JP, râble de fer pour attifer le bois dans la Galere , pag. 6.
- PLANCHE II.
- O n y a repréfenté la Galere fous différentes coupes, avec les vafes & ut tenfles qui lui appartiennent eflentieilement.
- Nota. Dans cette Planche St les fuiyantes, on n'a deflmé qu'une partie de la Galere prife dans fa longueur. -
- Figure i. Coupe tranfverfile d'une Galere.
- A, maffif établi en moëlons fur le fol, St terminé par un lit de briques pofées debout, page 6.
- B , B, première portion des murs latéraux conftruits en briques ; ils font élevés jufqu'à la hauteur où pofent les cuines , ibid.
- C, C y fécondé portion des mêmes murs, diminuée d’épaiifeur, page j.
- D y D 9 on a coupé deux cuines repréfentées avec la matière à diftiller.
- Ey E, pareille coupe de deux pots contenant le fluide diftillé, page if
- F i g. 2. Tête de la Galere.
- A , maiïif vu en plein.
- B , porte de tôle , avec Ion cadre , fes gonds St fon loquet, page J.
- C, mur de face bâti en plein , ibid.
- D y tête du dôme qui recouvre les cuines , page ij>.
- Ey vue des deux premiers pots, comme on les voit lorfque la Galere eft garnie 9 ibid. & fuiv#
- Fig, 3. Galere charge'e de fes cuines, pages 14 , & Juiv.
- A , murs latéraux, dans leurs épaifleurs. B , contre-mur de la Galere , oppofé à fa tête.
- C y foyer ou efpace qui reçoit le bois lorfqu’on chauffe la Galere.
- D, chaflis de fer fondu St mobile , fur lequel pofent les cuines : voje\
- fig• 6.
- E y cuines en place, St prêtes à être recouvertes par le dôme.
- Fig. 4. Commencement de la conflruBion du Dôme.
- A y murs latéraux de la Galere ; B , fon contre-mur ; C, fol ou foyer.
- D y chaflis de fer qui foutiennent les cuines E.
- F y F y tefîons placés fùr & entre les cuines , pour donner appui à la terre détrempée qui doit les recouvrir , page ij1.
- Gy G?G> Gy quatre tuiles quarrées placées fur les dernieres cuines , de maniéré à ne fe toucher chacune que par deux de leurs angles , d’où réfulte le trou quarré H, qui fert de cheminée pofliche. F
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- Explication des Flanches* 2g*
- Fig. 5. Chevrette de fer qui fe pofe fur le devant du fol, pour foutenir en Pair les morceaux de bois qu’on introduit dans le foyer ; elle eft compose d’une forte tige A , foutenue fur deux pieds B , B ,pages 6 & 16.
- Fig. 6. A9 anciens chaflis de fer fondu compofés de deux barrés qui ont en longueur le diamètre intérieur de la Galere, d’un mur latéral à l’autre , d’une traverfè qui les tient unies dans le milieu de leur longueur, pàgc 6.
- B > les mêmes plus modernes, & plus folides eh ce qu’ils ont trois travet-fes, une au milieu & une à chaque extrémité*
- 4
- Fig. 7. Cuine ou Bête , en grès de Savigny. Ôn ÿ remarqué fon corps A , & fon collet B.
- *
- Fie. 8. Goulot de pareil grès, ou efpece d’entonnoir qui fort à réunir les cols des cuines avec le trou des pots; il eft cômpofé de deux parties diftinéles, une large & évafée formant le godet A y & une plus étroite en forme dé tuyau B , page 15.
- Fig. 9. Pot ou Récipient ; il diffère des cuines en ce qu’il a fon. corps À plus étroit, & qu’il a un trou B, au lieu de collet.
- PLANCHE II L
- Ëll é achevé de démontrer la conftruéiion du dôme , commencée à la
- PL II, Fig. 4.
- Fig. té Galere avec fon dôme y les Cuines & les goulots.
- A y murs latéraux. B , dôme réparé avec de la terre à four qui a déjà fervL' Cy cheminée poftiche. D , collet des Cuines à fleur du dôme. E , goulots enfoncés dans la terre molle du dôme pour embraffer les collets des Cuines F y pofées fur le chaflis G , page if
- Fig. cl. Galere toute garnie 4
- A, murs latéraux. B , dôme. C, pots du récipients placés de maniéré que le bout étroit des goulots entre dans les trous de ces pots , ibid.
- D y les mêmes pots revêtus d’argille nouvelle, pour être bien lûtes. E 9 trou quarré ou cheminée poftiche. F, Cuines pofées fur le chaflis G. _
- Fig. 3. La batte du Dijîillateur y page 8.
- A y eft le bout équarri de la batte ou tige de fer. B, eft le bout finiflànt en pied de biche.
- F ig. 4* Mefure de tôle ou de bois garnie en tôle , cjui fert à charger égap lement les cuines , page 14.
- Distilla teur , &e, Z z
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- x8a Explication des Planches.
- Fig. y, Entonnoir de fer-blanc pour charger les cuines. A , eft fon ventre ; B, fbn goulot ; Sc on voit là coupe en C, page * 4*
- Fig. 6. Méthode pour emplir ou charger les Cuines.
- A , Cuines panchées pour tenir leur collet droit, afin de recevoir Ÿentoüh noir B , dans lequel on yerfe la mefure du mélange C, qui eft contenu dans le baquet D.
- PLANCHE IV,
- Ustensiles & première main-d’œuvre du Diftillateur d’Eaux-fortes * page 14, & fuiv.
- La Vignette repréfente comment fe fait le premier mélange.
- A , Ouvrier qui écrafe avec la batte B les mottes d’argille C , apres les avoir dépiécées avec la pioche D, Sc féchées dans laGalere^ voye^page 9), pour les réduire en poudre grofliere E.
- F, autre Ouvrier qui pafle au crible d’ofier G , le mélange d argille Sc làlpêtre H, pour en former un tas I, /, qu’il achevé de mêler avec la pelle K<
- L , Tonneau défoncé Sc mis debout fur un banc pour lefîiver le ciment , page 102.
- M, Baquet qui reçoit la lelîîye coulante du tonneau défoncé.
- Fig. 1 & 2. Râbles pour attifer le feu, enlever la braife & les cendres, page 16 & Jiiiv.
- A , tige de fer; B , fbn crochet fait en demi-cercle applati; le tout emmanché dans un manche de bois D.
- E9 F 9 autre Rable fait comme le rateau du Jardinier ; on a fupprimé ici le manche de bois.
- Fig. 3. Pelle à braife en tôle ; A9 eft fbn corps large & à rebords qui vont en adouciflànt julque vers la partie tranchante ; B , eft la douille qui reçoit le manche de bois C, page 17.
- F1 g. 4. Pelle à ciment ; elle eft toute en bois, large , & un peu creufe en A9 arrondie en B qui eft fbn manche, page iy ; elle fert à remuer le mélange d’argille Sc fàlpêtre.
- Fig. y. Batte à ciment, qui fèrt à écrafer l’argille féchée, ibii, A eft une piece de bois ronde, cerclée en fer, garnie fur une de fes faces de têtes de clous. B, qui eft fbn manche eft placé fur le côté d’une des faces , enfbrte que lorfque la face chargée de clous eft drà-plomb, le manche fait un angle prefque aigu avec le fol.
- Fig. 6. Marmite de fer de fonte pour leffiver les leffives, page 109, Si ailleurs.
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- Explication des Planches, tSj
- A , eft le corps de la marmite ; B , B, en font les oreilles 9 auxquelles eft attachée Tarife C.
- F1 g. 7. Tamis de crin pour piler le fàlpêtre, page 1 jr. A y eft la toile en crin. B9 eft la carcafle en bois ou monture du tamis*
- Fig. 8. Crible d’ofier , ibid. A 9 en efl: le toiir. B 9 les poignées. C9 le fond a claire-voie ; on y paffe Targille & le mélange de la même argille avec le falpêtre.
- F1 G. 9* Panier d’ofier quarré, long & étroit 9 qui fert à tranfporter le ciment 8c Targille ; il efl: étroit pour pafler plus commodément entre deux Galeres, A y eft Ion corps* B 9 fes poignées; il efl: à mailles ferrées dans fa totalité.
- Fig. 10. Etouffoir | braife , page 17. C’eft un cylindre de tôle A > que fon couvercle. B > ferme exaélement.
- PLANCHE V.
- O n a réuni dans cette Planche, deux appareils particuliers pour diftillef TEau-forte , 8c ceux qui font d’ufàge pour la diftillation du vinaigre, de Tefprit-? de-fel & de Thuile de vitriol par le foufre, pages 27-41.
- Fig. I, Appareil ujité à Roubais pour l'Eau-forte , pag, 27*
- A, vafte cheminée fous laquelle on confirait les fourneaux.
- B 9 vue d’un fourneau entier. C 9 le même fourneau jufquà la hauteur du foyer. D , le même coupé à la hauteur du cendrier.
- E , eft le cercle de fer deftiné à porter les cucurbites de fer*
- F 9 barres quarrées de fer failànt fonction de grille , & féparant le cendrier Gy G, G9 du foyer H, H, FL
- I y Cucurbites de fer qu’on nomme auffi Potins, pofées à demeure dans la bâtifïe du fourneau , jufqu’au tiers de leur hauteur, formant la partie étranglée Ly L y L y L y ou collet de la Cucurbite. K , K, K, K, chapiteaux de terre cuite , qui fè placent fur les Cucurbites ; ils ont deux becs pour recevoir cha^ cun deux matras M 9 M, M9 M, Chaque fourneau a fa cheminée particulière IV y N y N y N. Ces fourneaux s’échauffent avec de la tourbe ; & peuvent fèrvir pour comprendre la conftruétion des fourneaux dont il eft parlé dans la quatrième Seéiion de la troifieme'Partie , page 148 & Jiiiv.
- P10. a. Appareil deKunckely page 43 & fiiiv.
- A y fourneau à bain de fable B 9 avec fa cucurbite de verre C 9 8c fon chapiteau D. Le bec E du chapiteau communique par une tubulure à h cornue F, laquelle eft foutenue fur un efcabelle G.
- Le col H y de cette cornue entre dans le col très-long du matras /.
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- l§4 Explication des T tanches.
- Fig. 3. Ëfquljje du travail pour t eau de départ, page
- A , Fourneau de maçonnerie ayant un bain B, plein de fable D , dans lequeleft enfabiée une cucurbite C, qui contient l’Eau-forte de départ. On ly fait évaporer jufqu à ce quelle donne des vapeurs rouges ; alors on met les chapiteaux pour recevoir ce qui diftillera.
- F ï g. 4. Cette figure & les fiuivantes jufqu à lafieptleme , montrent /’appareil pourdlfllller ÎEfprit de filou celui de nitre fumants , pages 20 & 31.
- A , dôme de terre cuite aveç fà cheminée B , & Ion échancrure demi-circulaire latérale C.
- Fig. y. Laboratoire portatif en terre cuite , connu par les Chimiftes fous le nom latin d’Ergaflulum ; il fert à recevoir une cornue de grès qui entre dans là capacité fans la remplir exactement, & qui repofe fur deux barres tranfver-fales pofées entre le foyer & cette piece amovible ; on en voit l’épaifleur en B , & elle a une échancrure demi-circulaire C, qui dans l’appareil correfpond à celle du dôme , & fait avec elle un trou rond par lequel paife le col de la cornue.
- F1 g. 6. Cornue de grès A , dont le col C , eft recourbé en B,
- Fig. 7. A y ballon ou récipient de verre deftiné à recevoir les vapeurs très-élaftiques qui s’échapperont de la cornue ; c’eft pour cela qu’ils font toujours d’un grand volume ; fon c&l très-court commence en B, & eft ouvert en C : on pofe ordinairement ces vaifleaux & leurs pareils fur des ronds de paille D y qu’on nomme valets.
- Fig. 8 & 9. Appareil pour dlfllller le Vinaigre y page 3^ & fifiv.
- A y Cucurbite de cuivre étamé. Son orifice B eft très-large , & on ménage fà tubulure pour reverfer de nouvelle liqueur dans la Cucurbite.
- On voit dans la figure 9 9 la même Cucurbite A, furmontée de fon chapiteau de verre B.
- Fig. 10, & fui vantes. Appareil pour brûler le Soufre à dejfeln d'en obtenir Vacide ou huile de vitriol y pages 37 — 41.
- A y eft un ballon de verre de la plus grande capacité ; on en a vu qui tenoient près d’un muid ; il a un col B très-court & d’un large diamètre ; on voit hors de ce coi le manche extérieur C de la cuiller de terre D , dont le furplus eft pointé & tel qu’il fe trouve dans le ballon durant l’opération.
- E , eft une forte efcabelle de bois, dont la planche fupérieure F eft échan-crée en talus dans fon centre pour recevoir une partie du ballon ; elle tient au refte de l’efcabelle, par un de fes côtés feulement, par les couplets QyGy ce qui permet de foulever cette planche, 8c par conféquent de vuider le ballon qui y eft aftujetti, fans crainte de cafter ce dernier, que fon volume rendroit incommode à toucher fàns cette précaution. H9
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- Explication des Vlanchesi i8j
- 0, eft une planché pofée fur les traverlbs inférieures de l’elèabelle , 8c elle eft deftinée à porter le petit fourneau /*
- Fig. ir. Vue du même appareil en face.
- A , eftle vafte ballon de verre, & fon col B. C9indique l’eâü qü’ôii a be-; foin de mettre dans ce ballon pofé fur féchancrüre D D.
- E 9 eft la planche inférieure fur laquelle pofe le petit fourneau E, repré« fente en coupe afin de voir fôn cendrier F , & le foyer G, chargé de charbon allumé /, & de fon bain de fable K, dont l’ufàge eft de recevoir la portion du ballon qui pàffe par l’échancrure, & de chauffer Peau quelle contient.
- F i g. 12. Développement de la cuiller de terre.
- A, portion creufe ou cuiller proprement dite qui reçoit le mélange de ni-tre, fbufre & étoupes, quondoit allumer avant de placer la cuiller dans le ballon , comme on le voit en D yfig. io.
- B, manche de la cuiller ; fa longueur doit être telle que le creux de la cuiller fe trouve au centre du ballon lorfqu’elle eft en place.
- C y bouchon de terre cuite tenant au manche , & qui doit boucher exaéte-* ment le col du ballon quand la cuiller eft introduite ; pour rendre cette clôture plus exaéle, on y ménage en D , un rebord plus large. E, eft la poignée ou partie du manche de la cuiller qui doit toujours être hors du ballon.
- r'
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- PLANCHE V I.
- j H '
- # L e Laboratoire expofé dans cette planche , eft propre à la diftillatiôn des Êfprits ardents ; & pour éviter les répétitions , on y a joint beaucoup des cho-fes néceflàires pour les travaux décrits dans la fécondé & la troifieme Partie de cet Ouvrage.
- Fig. i. Laboratoire garni de toutesfes pièces; le dejj'ein , quoique corrigé , ejl pris Jur le Laboratoire de M. Char lard, pages 47 — 61.
- A 9 B 9 fourneaux à alambic, avec les portes a 9 a 9 des foyers 9 8c b 9 b 9 des cendriers.
- C, C y alambics dont on trouvera le développement dans la Planche fui-, vante ; ils font ici tout montés & mis en appareil de diftillatiôn. Leurs becs F y E j font abouchés aux tuyaux du ferpentin D 9 monté fiir une efcabelle dé bois b \ on voit en a , a, les deux bouteilles de verre qui fervent de récipient* F y eft un tuyau qui amene d’un réfervoir l’eau qui fert à rafraîchir les alambics * à l’aide des deux robinets c9 c, qui font au-deffus de chaque alambic, page 6x & Jidv.
- G 9 fourneau à bain de fable, avec fon foyer & cendriers fon bain dé fable H y 8c h cheminée /, page 51*
- Distillateur ,&c. À a à
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- xB6 Explication des Planches.
- K, fourneau à marmite demeurante ; il n’a point de cendrier , mais feule* ment un foyer a. L , repréfente la marmite encadrée ; c’eft la même que celle repréfentée PL IV. Fig. 6. U a là cheminée /, commune avec celle du fourneau précédent.
- My fourneau à baflïne , page 53. L’efpace N 9 eft vuide pour recevoir les bafîïnes, marmites 8c autres vafes qu’on veut y placer ; il a un foyer a 9 8c un cendrier b\ on pofe fur ce fourneau le cercle X, garni de trois oreillons a9 é, c9 ou le triangle Y, fur lefquels s’appuie entr’autres la baflïne de cuivre Z, qu’on déplace en la faififlant par fes deux poignées a , a , & qu’on pofe fur le rondeau b , quand on l’enleve du feu. Gn a placé ces trois pièces, le cercle , le triangle & la baflïne au bas des fourneaux , comme fï elles étoient prêtes à y fervir.
- O 9 fourneau de fufion avec fon dôme garni d’une large porte P, & fon vafte cendrier marqué a , page y4.
- Q, fourneau de forge, Ibid. R9 eft la voûte de deflbus , qui fert à contenir la provifion de charbon pour l’ufage de la forge. S 9 fer à cheval qui forme la café du fourneau de forge ; cette piece mobile eft tantôt faite en terre cuite & tantôt en fer ; on en voit deux de relais au bas du fourneau en £/ 8c V.
- T9 eft le contre-cœur de la forge , derrière lequel eft la tuyere du foufflet O O ; cette tuyere aboutit par un coude 8c une efpece d’ajutage au-devant de ce contre-cœur. Le foufflet eft attaché en h, par la chaîne a , à la bafcule b9 loutenue en c ; cette bafcule, à fon autre extrémité, a une chaîne 8c une poignée e , qui defcend jufqu’à la portée de l’Artifte. Il eft mobile & libre par fà partie fupérieurey', qu’on charge de poids à volonté, & eft aflujetti en g9 par une barre de fer d, qui eft attachée au plancher, page <$6, 6 Juiv.
- A A9 eft un eftagnon ou vaifleau de cuivre qui fert à tranfporter plu-fieurs marchandifes fluides , que préparent les Provençaux , pages 82 8c 8y.
- B B, manteau de la cheminée du Laboratoire, fur lequel on place différents vaiffeaux chimiques de verre , & notamment les fuivants , dont l’ufage eft décrit d’une maniéré éparfe dans le corps de l’Ouvrage, fur-tout dans la fécondé Partie.
- C C, ballon à deux becs a 8c b ; il fert d’allonge , c eft-à-dire, à éloigner du vafe diftillant le vafe récipient, dans tous les cas où les liqueurs font très-volatiles, & leurs vapeurs très-dilatables.
- D, D , deux matras Amples propres pour les teintures, 8cc. E E, ballon à deux becs b 8c c 9 8ç une tubulure a, ménagée vers le milieu de fa capacité; cette tubulure tournée en bas dans un appareil, donne iffue à une portion du produit de la diftillation; tournée en haut elle donne iffue à l’air ou aux vapeurs trop abondantes,
- F F, bouteille de cinq à fïx pintes fèrvant de récipient, ou à conferver les produits de certaines diftiilations.
- G G, K K, matras à long col. H H, ballon pouvant fervir aux
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- 'Explication des F tanches. 187
- fublimations du camphre & du fel ammoniac ; il eft très-renflé en b, & a fort col a , très-long.
- / 19 ballon à un bec h 9 Sc une tubulure a : voye{ Texplication du ballon E E.
- L L y cornue de verre ; b indique l’endroit de fa courbure , & a fon col ou bec.
- M M ? ballon fimple ; a 9 eft là voûte ; b , Ion col très-court & large, ce qui le diftingue du matras quia le col long & étroit.
- N N y entonnoir de verre; a eft le cône ; b eft la tige ou queue de i’en~ tonnoir.
- Fig. 2. Coupe perpendiculaire des fourneaux décrits dans la Fig. r.
- Coupe des deux fourneaux à alambics. A * lieu où plonge la cuve de l’alambic. B y foyer. C9 loupirail ou ouverture inférieure de la cheminée. D + grille. E , Cendrier. F , cheminée. G, mur commun. H, mur qui fépare les deux fourneaux ; il eft arrondi en creux dans là partie antérieure I.
- Coupe du bain de labié en tôle K, vue du loupirail L , du foyer M% de la grille N, du cendrier O y Sc de la cheminée P.
- Coupe du fourneau à marmite. Q, place de la marmite ; R , barres qui la foutiennent ; S y foupirail latéral ; T y foyer; U, porte du foyer ; V y cheminée*
- Coupe du fourneau à bafîine : X * eft le'foyer ; Y , la grille ; Z, la porte du foyer.
- Coupe du fourneau de fufion. A a y foyer à demeure ; B b, grille; Ce , cendrier; D d y fa porte ; E e, coupe du dôme ; F f9 cheminée de ce dôme*
- Coupe du fourneau de forge. Gg9 fol du fourneau. H h , caplè ou creux formant la cale; 1 i9 contre-cœur de la forge ; K k , voûte lous la forge; L f tuyere du foufflet.
- Nota. On n’a pas renvoyé aux pages de TOuvrage pour cette fécondé figure, parce que chaque coupe a rapport avec le fourneau plein décrit dans la première figure, où on a indiqué ces mêmes pages*
- PLANCHE VIL
- Elle tient le développement de l’Alambic, Sc quelques autres uftenfilel propres à la diftillation des fluides ,pages ,
- Fig. r. Coupe £un Chapiteau <§ de fon réfrigérant, page ^7.
- A y eft un cône d’étain évafé appeilé Chapiteau, & dont la baie B doit emboîter de deux pouces dans la cucurbite d’étain ou dans la chaudière étamëe des figures 3 & 4. C, eft le bec d’étain placé à la bafe du cône9 à l’endroit où cette bafe forme une gouttière avant de prendre la forme marquée en B.
- E 9 eft un feau de cuivre foudé par fa bafe au cône ou chapiteau, & qui
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- 188 Explication des flanches*
- TentoUre èxaéletnent ; on le nomme Réfrigérant ; il a lin robinet D, qui fert à changer feau lorfqu’elle eft trop chaude, & on y a figuré vers le haut un dégorre F 9 ou petit tuyau ouvert qui fert à la même fin dans les*cas où on peut faire tomber continuellement un filet d'eau froide dans le réfrigérant 3 page 59.
- Fig, 2. Coupe du Chapiteau réformé9 page 58.
- A 9 eft le cône ou chapiteau d’étain ; on a marqué en B la gouttière ménagée à là bafe* & en C fon bec pareillement d’étain. Z), eft la bafe dont une partie fè doit emboîter dans les autres pièces de l’alambic F. G, eft le tuyau d’étain qui traverfe le cône par là pointe ; il eft ouvert des deux bouts, dont un eft à fleur du réfrigérant E 9 & l’autre à fleur de la gouttière B ; & c’eft ce tuyau qui établit l’efpece de réforme annoncée dans la figure. H eft le robinet du réfrigérant.
- Fig. 3. Coupe dé la Cucurbite d9étain 5 page 58.
- D, eft la Cucurbite d’étain avec un collet E 9 qui a le double d’épaiflèur que le refte de la pîece, pour pofer fur le rebord de la piece de la figure fui-; vante. Comme cette Cucurbite peut fervir à autre chofe qu’à diftiller , & que fouvent avant de diftiller on fait macérer les fubftances, on y fait toujours faire un couvercle d’étain B9 & Ta poignée C, qui ferme bien exactement la Cucurbite en A.
- Fig. 4. Coupe de la Chaudière de cuivre 9 page y 7.
- A y Chaudière de cuivre étamé. B, fon collet fait ordinairement en cuivre jaune , fini au tour pour être plus exactement clos par le chapiteau ou par la cucurbite ; elle va en s’élargiflant en C, Sc on la garnit d’une tubulure D 9 & de deux poignées de cuivre E , js.
- - Fig. y. Coupe de VAlambic tout monté9 page 6r.
- A 9 repré fente le réfrigérant de cuivre. B , le chapiteau d’étain. C9 le robb net du réfrigérant. D 9 le collet du chapiteau. E 9 la cucurbite d’étain. F, la chaudière de cuivre étamé. G, le bec du chapiteau. H, l’extrémité fupérieure du ferpentin d’étain /, placé dans fon feau de cuivre K , monté fur l’efca-belle de bois M 9 Sc à l’extrémité inférieure L , eft adaptée une bouteille N 9 fervant de récipient.
- F1 g. 6, Sêrpentin double d'étain, vu hors du feau de cuivre , page 60;
- A , B, orifices fupérieurs des deux tuyaux d’étain. C9 D 9 orifices inférieurs des mêmes tuyaux dont on voit en E la marche en fpirale.
- Fi g* 7‘ Ancien Serpentin à colonne , page yp.
- A 9 alambic ; B , fà tubulure ; C 9 fon réfrigérant ; D , chapiteau d’étairi avec fon bec E ; F F F, colonne d’étain de plufieurs pieds de haut, autour de laquelle ferpente le tuyau G G G9 qui d’une part eft ouvert dans l’alambic
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- .Explication des Planches. jg^
- pQur recevoir les vapeurs, Sc de l’autre s’ouvre dans le chapiteau pour y porter ces mêmes vapeurs.
- p i g. 8 & fuiv. Pefe-liqueurs , pages 94 & fuiv# & d'abord celui de Fahrenheit y page 9 6.
- A, corps du pefe-liqueurs ; il eft léger, Sc très-volumineux. B , eft fon left chargé pour l’ordinaire , en mercure. C, eft un cul de balance, placé fur la tige D, deftine a recevoir ce qu il faut de poids pour faire plonger julqu’au point E, marqué par une goutte de verre coloré, l’inftrument qui eft tout de verre.
- Fig. 9. Eprouvette des Marchands , page 95.
- A y eft une bouteille de verre ronde, longue , dont le fond C, eft arrondi, Sc le goulot B eft renverfé pour le boucher plus facilement avec le pouce.
- Fig. 10. Aréomètre de Homberg, page 96.
- A, eft une petite phioie de verre, légère & faite ordinairement à la lampe de l’Emailleur, qui a le foin d’en renfoncer la bafe pour y faire un pontis , afin qu’elle fe tienne droite. Son col B a quelques lignes de diamètre ; mais fon tuyau latéral C eft très-capillaire, ne monte pas auflï haut que le col, & là hauteur eft marquée fur ce col avec une goutte d’émail coloré,
- Fig. il. page 9J.
- Elle repréfente la taffe ou nacelle d’argent dont ôn fe fort pour éprouver les Elprits avec la poudre à tirer.
- Fig. 12. Béfe-liqueurs ordinaire , pages 97 & fuiv.
- A, eft le corps du pefe-liqueurs. B , eft fon left. C, la tige inférieure qui le tient éloigné de ce corps. D, tige fupérieure très-longue Sc creufe pour y pouvoir inférer l’échelle particulière à chaque pefe-liqueurs , qu’on trace for un papier fin Sc qu’on fait glifler dans l’intérieur de cette tige.
- On a une idée de ces échelles par les quatre qu’on a fait tracer en déve-, lopement autour de la figure.
- L’échelle E , eft l’échelle de M. Azema, pour les Eaux-fortes : voyez page 22; chaque chiffre en indiquant les degrés de force de l’Eau-forte en indique le prix.
- L’échelle F Sc l’échelle G, font les deux échelles que j’ai imaginées propres , Tune, c’eftF’, à donner les différences entre le volume de fluide déplacé Sc le pouce cube que le pefe-liqueurs déplacerait s’il plongeoit entièrement ; l’autre, c eft G , à indiquer par grains les différences entre le poids Ipécifique d un pouce cube d’eau diftillée , & le même poids d’un pareil pouce du meilleur Elprit-de-vin, pages 98 & 99*
- L’échelle H, eft la divifion du pefe-liqueurs adopté dans le pays de Coignac; chacun de fes degrés eft divifé en deux, & leur indique la différence que Distillateur, &c. Bbb
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- ipo Explication des Planches.
- doit marquer la même Eau-de-vie dans les grands froids & dans la chaleii* d’été, page p8. '
- Fig. 13. Appareil Anglois, pour fabriquer VÆther, page 72 & fuiv.
- A , eft une vafte cornue de verre ; on y a figuré une tubulure B , avec fon bouchon C, parce qu’on s’eft apperçu que cette forte de cornue tubuiée manquoit dans la Planche 6 ; on n’a de même repréfenté qu’une cornue , quoi-, que on lâche par le texte, & le nombre de cornues>qu’on fait travailler en même-temps, & l’efpece de fourneau qui convient à ce travail.
- D , bec de la cornue entrant dans le col E , du ballon tubulé F; fa tubulure G , plongée dans un vafte flacon I, fur l’extérieur duquel eft une bande de papier divifée de maniéré à indiquer le produit par pintes. Ce flacon le pofe ordinairement pour la diftillation de l’Æther , dans un foau , dont on voit la coupe H. On fent que dans ce cas la bande de papier peut fe détacher : auffi y a-t-il un moyen plus fur de marquer les hauteurs qu’occupe chaque pinte ; c eft de tracer l’échelle fur le verre même avec une pointe de diamant.
- Fig. 14. Raffinerie Hollandoife du Camphre, pages 78 —8 r.
- A A, A A9 Fourneaux vus en plein, & dont on voit la coupe intérieur r e en B , B, qui en montrent le foyer ; C, C, qui en marquent le cendrier : D 9 D 9 font des voûtes ménagées fous chaque fourneau ; elles fervent à ferrer le peu d’outils dont le Raffineur a befoin ; E, eft un bain de fable deftiné à recevoir un ballon , comme on le voit en F FF; chaque fourneau a fon bain, & chaque bain un feul ballon ; G, G , font les tuyaux propres à chaque fourneau & dont plufieurs fo réunifient en H; /,/,/, font de petits thermomètres placés vis-à-vis les fourneaux contre le mur du Laboratoire, pour indiquer le moment où il faut rafraîchir l’atmofphere en ouvrant les fenêtres K, K.
- Nota. On n’a repréfenté qu’une portion du Laboratoire Hollandois , pour éviter la confufion & la profufion des Planches.
- PLANCHE VIII.
- Ustensiles pour filtrer, broyer, fécher, &c. pour la troifieme Partie , dC une portion de la fécondé.
- Fig. 1 Sc fuiv. Filtration, pages 138 & fuiv.
- A9 A 9 font deux pièces de longueur aflemblées par quatre traverfeé B , B 9 B, B ; outre les chevilles d’aflemblage, on voit en C, C 9 C 9 Ci d’autres chevilles de fer dont la pointe eft fàillante, & qui font deftinées à foutenir les linges fur lefquels on filtrera.
- F IG, % ibid, Filtre fait dune feuille de papier gris’', plié avec un certain
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- 'Explication des Vtanches* , îpi
- ordre qu’on a eflàyé de faire fentir en marquant par r , les premiers plis, par 3 9 les féconds , 8c par 3 les derniers dans Tordre où on doit les faire y de maniéré cependant que tous fe réunifient vers le centre commun A ; il eft bon d’obferver encore > que ces plis doivent être alternes,
- Fig. 3. Terrine de grès dont la forme & capacité eft vifible en A ; on eft dans Tulàge d’y tenir fur le rebord un bec B.
- F1 G. 4. Chafiîs à filtrer tout monté.
- Le chafiîs A, de la première figure, eft fur une table à jour compofée de deux pièces longues B 9 B , de quatre montants a, a , a, a, 8c des traverlès inférieures h, b , fur lefquelles eft la planche amovible G ,qui fert àpofer les terrines F, F, F.
- Les filtres C, C, font cenfés chargés de liqueur à filtrer; ils font aflùjet-tis par les chevilles £>, D f D 9 D 9 8c on a laifle Tefpace du milieu E, {ans filtre pour montrer comment ces filtres rempliflent les deux autres efpaces.
- Fi g. y 8c 6. Poêles pour le Cryfial minéral, ,page 114.
- La figure y, eft un petit baflin de cuivre rouge A , avec fes deux poignées B, B.
- La figure 6 9 eft une poêle de fer A, avec û queue très-courte B.
- On fait chauffer Tun ou Tautre avant d’y verfer le nitre fondu.
- F 1 g. 7. Poche ou cuiller creufe & ronde .4, de fer ou de cuivre , page nr; Elle eft emmanchée en B 9 dans un manche de bois C\ fon ulàge eft de pui-fer les liqueurs à filtrer, 8cc.
- Fig. 8. Porphyre , page 107.
- La pierre à broyer appellée Porphyre A, eft encadrée fur une table D9 dans une planche épaiflè C ; on voit défias cette pierre la molette B ; Tune 8c Tautre doivent être de la dureté la plus grande parmi les pierres connues.
- F 1 g. 9. Infirument a trochijquer, page 107.
- Un entonnoir de fer-blanc A, eft fixé par la tige B dans une piece de bois C; près du trou où cette tige traverfe dans fon épaifleur la piece de bois, il y a un petit montant ou pied D, toujours plus long que n’eft la tige de l’entonnoir.
- Fig. 10. Étuve chauffée par un Poêle, page 139.
- A, A, les deux montants ou murs latéraux ; B, mur de fond ; ils peu-! vent être de maçonnerie ou en planches revêtues de plâtre. Le long de ces murs font plufîeurs rangs de tablettes C, C. Le toît ou plancher D, 8c le fol E font pareillement de maçonnerie.
- Le poêle F eft en dehors, & fon tuyau de tôle traverfe Tétuve dans fà Fauteur pour en fortir en H. On a fuppofé la face où eft la porte, détruite pour voir Tintériepr.
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- Î0t i Explication des Planches•
- Fig. il. Étuve baffe chauffée par la braife , page 139.
- A , eft le deflùs de l’étuve , qui peut reflembler aü-deflus d’une commode B & C, èn font les deux portes dont une eft repréfentée ouverte , afin de montrer que tout l’intérieur eft garni de tôle & de tablettes D , D , D ; le fonds E eft poftiche : c eft une fimple tôle percée de plufieurs trous, & Té-* tuve reçoit à fa bafe un tiroir pareillement garni de tôle , & dans lequel fe met la braife allumée.
- PLANCHE IX
- Fabriqué du fel Ammoniac, Sc raffinerie du Borax,pages X20 &Juivi Ï32 &Jîiiv.
- Fig. I. Coupe horifintale du fourneau , pour diffiUer les chiffons , pages 121 & 122.
- A , A 9 A, À 9 murs en briques du fourneau long en forme de Galere ; B , indique la place où eft la porte du fourneau qui n’a pas de cendrier , Sc on voit en C, la cheminée qui doit fortir hors du fourneau*
- D, Dy Dy Dy D y pièces de fer fondu faifànt fonélion de cornues ; elles ont cinq pieds de long fur deux de diamètre * & le fourneau peut en recevoir douze, qui ont chacune un récipient de grès E y E y E y E.
- Ces efpeces de cornues D, font garnies par un bout d’une plaque quarrée F , F y & de quatre broches de fer G , G y G y G y dans lefquelles paffe par autant de trous , une autre piece quarrée qui tient un tampon de fer pour clore exactement ce bout ; on Taflùjettit avec des chevilles qu’on introduit dans les broches G 9 G.
- L’autre extrémité des cornues D , eft arrondie en /, Sc fè termine par un tube de fer H y de fix à huit pouces de diamètre fur deux pieds de long.
- Fig. 2. Coupe tranfverfale du même Fourneau y ibid.
- A y A y A y indiquent l’efpace vuide du fourneau ; B en eft la porte; C 9C y font deux contre-murs pour y pofer les récipients E ajuftés aux cornues D y dont le petit tuyau traverfe en E le mur latéral du fourneau pour faillir au dehors , Sc la partie G 9 eft appuyée fur le mur oppofé, de manière à laiffer au dehors les pièces néceffaires pour l’ouvrir & la fermer. On obfervera que lé dôme H, de cette efpece de Galere eft en briques & à demeure, Sc que dans la figure on a pointé en/, le récipient qui eft cenfé appartenir! la féconde cornue placée derrière la feule qu’on puiflè voir*
- Fig. 3. Sublimation du fel Ammoniac , page 122.
- A y eft la coupe d’un fourneau long, dont les dimenfions varient à raifofli du nombre de mat ras ou ballons de Verre E, qu’on met à fublimer en les plaçant dans le bain de fable D, Ce fourneau a foyer B, Sc cendrier C
- F roi
- V# ».
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- Explication des Blanches. jrpj
- pi g. 4. Raffinerie du Borax , page 132 & fuiv.
- A 9 eft le foyer du fourneau ; B , en eft la porte ; C, ouverture inférieure Je la cheminée D ; E, cuve ovale de cuivre rouge placée à demeure dans le fourneau , en y tenant par fes oreillons F, & par fon rebord G , qui pofe fur la bêtifie en H.
- F1 g. y. A , petite bafîîne de cuivre peu convexe dans fon fond , avec les poignées B 9 B ; c eft cette baflîne pleine du mélange propre à la raffinerie , qu’on plonge dans la cuve E de la figure précédente.
- El g* 6 8c L’une eft une écumoire A, de cuivre jufqu’en B , emmanchée en bois C ; l’autre eft un pot d’étain pour puifer dans la cuve.
- Fig. 8. Tlneà rajjeoir le Borax 9 page 134.
- A9 eft une tine de bois bien cerclée 8c très-haute , montée fur un pied B ; elle eft percée de plufieurs trous bouchés par des bondons comme en C, on les ôte fiiccefiîvement pour tirer la liqueur éclaircie, 8c la recevoir dans le yafe D.
- PLANCHE X.
- Fabrique d’Antimoine9pages 136— 148.
- Fig. 1. Vue Intérieure du Four à calciner VAntimoine , page 137*
- A , fol de la chambre du milieu ou à calciner, dont le pied droit ou fond B, eft en pente.
- C, C, petits murs qui coupent en trois parties le four dans fà longueur ; ils ne touchent pas à la voûte D.
- E , fol d’une des chambres à feu dont on voit en F 9 une des portes.
- G, eft le rable qui fert à remuer l’Antimoine ; il eft fu(pendu par la chaîne H, attachée fous le manteau de cheminée /.
- $ Le four eft affis fur une forte bâtiffie K , dont on a diminué la mafle en y pratiquant la voûte Z.
- Fig. 2. Coupe tranjverjale du Four.
- A, chambre à calciner ; B, B, chambres à feu féparées de la première par les deux petits murs C, C ; la voûte D D D , eft balle , & bâtie en briques debout ainfi que le QAE ; le refte de la bâtifle Z Z, eft en moellons.
- Fig, 3, Le Rable 9 page 13p. v
- A , pièce de fer fondu demi-circulaire , 8c épailïe, tenant à un manche de fer B , qui lui-même eft emmanché dans du bois C ; on voit en D, Panneau & la portion de la chaîne qui rendent la manœuvre de ce Rable très-lourd plus commode pour l’Ouvrier.
- Fig. 4. Fourneau defufion pour l*Antimoine , page 138. Distillateur , 6c. Ccc
- V
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- Ip4 Explication des Planches.
- A 9 A j font fes murs ; B9 By B , les portes du cendrier ;CC, fol un peu creux de ce cendrier ; D , D 9 barres de fer fceliées dans le fourneau fuc lefquelles fe verfe le charbon autour des creufets E , E 9E9 qu’on y a placés, Sc recouverts de leurs pièces quarrees jF.
- G 9 G y donnent fidée de l’efpece de dôme qu’on fait lorfqu’on a befoin de chauffer plus fort ; ce font, comme on voit, deux creufets renverfés quon incline jufqu à ce qu’ils fe rencontrent.
- Fig. | ,6 & 7. La figure y montre le couvercle du creufet marqué dans la figure 6 , & la figure 7 donne l’idée du culot ou fromage de terre cuite fur lequel on pofè chaque creufet.
- Fig. 8. Chaufferettes de fer fondu , page 139.
- A y eft le corps de la chaufferette , avec trois petits pieds B 9 B, B, & fes deux poignées C> Ci on y verfe le régule d’Antimoine.
- Fig. 9* Poelettes de cuivre , ibid.
- A y eft le baflîn fans pieds, & B9 By font fes anfes: on y verfe le verre ü'Antimoine.
- PLANCHE XI.
- Travaux fur le Mercure 9 pages 148 — 159.
- Fig. 1. Travail du Cinabre y page 150.
- A y corps du fourneau ; B, eft fon foyer, & C fon cendrier ; D, eft la cheminée 9 Sc E9 E9 E9E 9 indiquent les pots plongés dans le fourneau ju{qu’au niveau de leurs couvercles.
- Fig. 2. Coupe du Fourneau précédent. '
- A y eft la capacité du fourneau ; B, indique le foyer 9 Sc C le cendrier ; D 9 barres de fer fur lefquelles on verfe la Tourbe ou Charbon de terre ou le Bois pour chauffer ÿ E, murs latéraux. On voit en F 9 un pot à Cinabre entier & en place ; & en G 9 le même coupé ‘pour en montrer l’intérieur e ,e9 fiir-tout comment le couvercle H s’y emboîte.
- Fig. 3. Appareils Anglois & Vénitien9 pour le Sublimé corrofify page 153.
- A y bain de fable ; B, vafte cucurbite de verre ; C, fon chapiteau auffi de verre 9 bas & large, dont le bec D s’abouche avec le récipient E, qui reçoit l’Eau-forte qui paffe durant la fublimation qu’on opéré par cet appareil.
- Nota. On n’a figuré ici qu’un bain de fable , quoique le fourneau en tienne fix au moins ; on a pareillement fupprimé le fourneau , comme n’ayant rien de particulier.
- Fig. 4. Appareil Hollandois 9pour le Sublimécorrofif9 page iy 2 Scfiiiv»
- A y eft le corps du fourneau ayant foyer B 9 Sc cendrier C,
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- Explication des Planchesï ipy
- E), Jarre ou pot de terre foutenu par fon colet G, fur les barres H ; fon couvercle E , eft bas, Sc peu convexe ; il a un trou F à fon bouton.
- jSfota.éLz même appareil fèrt pour la fabrique de la Panacée & du Mercure doux.
- Fig. J. Sublimation de Panâcée , par les DiJlillateurs £Eau-forte, page i j*y*
- A , portion du bain de fable : ils fe fervent volontiers de la galere à fable ou du fourneau à bain de fable , décrits , la première dans la première Partie, page 30 , Sc le fécond à la page y 2 , fécondé Partie, fuivant la quantité de matière qu ils veulent fublimer, & qu ils diftribuent dans des phioles à médecine B , dont le col C eft court & étroit.
- Fi g. 6. Préparation du Vermillon, page iyr.
- Meule à broyer. A, eft la meule dormante ; B, la meule mouvante ,un peu moins large que la première ; C, trou au centre de cette meule pour recevoir le cinabre à broyer ; D , caiffe qui emboîte le tout qui eft pofé fur un établi E.
- F, bâton dont un bout eft attaché au plancher H, de maniéré à ne pas fe déplacer & à tourner à volonté; l’autre extrémité tient en C à la meule mouvante; à laide de cet appareil, un ou deux Ouvriers font mouvoir la machine en tournant le bâton.
- Fig. 7. Autre maniéré de broyer le Vermillon«
- A y eft un mortier de pierre; B , une meule arrondie qui en occupe pref* que toute la capacité. On la meut à l’aide d’un axe Cf fur lequel s’ajufte la manivelle D> qu’on tourne par la poignée E ; le tout eft fur un établi foli-de F.
- Fig. 8. Appareil Hollandois, pour le Précipité rouge, page 1^7.
- A , intérieur du fourneau avec fon foyer & fon cendrier B, C.
- D , eft un pot de terre, large Sc bas, qui contient le Mercure à calciner ; il eft bouché par un couvercle plat E 9 à l’aide de fon rebord G; Sc ce couvercle eft troué en F.
- PLANCHE X I I. v v
- Appareils pour la Litharge, le Blanc de plomb, le Verdet, Scc.^ages 160 —
- 169.
- Nota. Comme le Four à calciner l’Antimoine peut, à la rigueur, fervir à la fabrication du Minium y page 160 , on renvoie , pour prendre 1 idée de ce Four, à la Planche 10.
- Fig. 1. Appareil pour la Litharge; page 162.
- A y A, bâtifle folide en moëllons ou pierres de taille dont le fol eft en briques debout ; fur ce fol eft conftruit en briques le dôme B B, dont on voit
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- jy6 Explication des Planches.
- la porte en C; il a une fenêtre en D, qui fe ferme avec le tampon de terre cuite M ; c’eft par cette fenêtre que fe range le bois > & qu’on porte les fàu-ornons de plomb dans- la coupelle^ Ce dôme a encore à fon fommet un trou rond E , qui fait fonétion de cheminée, & à l’endroit oppofé à la porte , un trou F y exactement rempli par la tuyere G d’urç vafte foufflet. H Tuyere dont la direction eft inclinée, afin que le vent qui en fortiraleche la fiirface du plomb fondu dans la coupelle qu on voit en /, avec fon creux K, êc un petit canal L, pour faciliter l'écoulement de la Litharge, qu on enleve quelquefois auffi avec le rateau plat de fer N, emmanché en O dans Une pièce de bois F.
- Fig. 2. Appareil pour le Blanc de plomb , page 164.
- A A A , foffe quarrée revêtue en pierres , pour placer & enfouir dans le fumier B , plufieurs rangs de pots de terre G
- - F1 g. 3. Coupe des pots a Blanc de plomb.
- A, intérieur d’un pot ; B , petite croix de bois qui pofe par quatre petits pieds fur le fond C ; D eft toujours une lame de plomb qui bouche l’orifice des pots, êc non un couvercle tel qu’on l’a figuré ici.
- Fig. 4 êc y. Rouleau de plomb,
- A, Fig, 5 , eft un rouleau de plomb, dont on voit les hélices en F, &le trait dans la figure 4.
- Fig. 6, 'Développement de la petite croix de bois,
- A, eft la petite croix , dont chaque croifillon eft attaché à autant de petits pieds B, B , B , B,
- F1 g. 7. Moule à cryjlallifer le fucre de Saturne , page 166.
- A, eft une elpece d’auge quarrée en terre cuite qui a vers fon fond un petit trou ou canal B, par lequel on égoutte le fel avant de le tirer du moule.
- Fig. 8 & 9. Appareil pour le Verd dijlillé en grappes , page 168»
- A, bout de bois qui n eft pas fendu ; B, petits morceaux de bois qui tiennent écartés les bouts fendus C, Cs, C, C, du même morceau de bois.
- On voit dans la Fig. 9 , comment ces tiges de bois fendu B,B9B9B9 font arrangées dans le jarre A, pour fe charger des cryftaux de verd diftillé.
- - Fin de £ Explication des Planches.
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- DE L’IMPRIMERIE DE L. F. DELATOUR. j773.
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- SUPPLÉMENT
- Important à la Raffinerie du Borax ; page 132*
- M Bomakb ayant recouvré depuis que tout cet Ouvrage eft imprimé le Mémoire dans lequel il traite de la raffinerie du Borax par les Hollandois, il me la communiqué , & je crois devoir ajouter ici les points eflentiels qui différencient le Procédé Hollandois, ufité entr’autres dans la Fabrique deM. Smidt; de celui que j’ai expofé, & de la réuflite duquel ma propre expérience Sc celle de M. Mode! , Chimifte de Peterlbourg, & de plufieurs Chimiftes François me font garants.
- i°. Il vient du Borax en Europe, {oit par le commerce maritime , foie par les caravanes ; ces dernieres tirent leur Borax brut & leur Tincal du Mogol & de la Perfe ; il arrive à Peterlbourg, d’où il eft tranfporté à Amfterdam.
- 20. La folution du Borax brut eft très-lente, exige fouvent d’être répétée jufqu’à huit fois avant qu’il foit entièrement dilîous, & exige à chaque fois le double de fon poids d’eau bouillante»
- 30. La liqueur faturée de Borax fe paftè par des tamis de fil de laiton fur lefquels on étend des toiles.
- 40. Les vafes qui fervent à la folution du Borax font de plomb, ainfi que ceux où l’on met cryftallifer la liqueur ; ces derniers font maintenus dans un degré de chaleur allez fenfible, par de la paille & des rofeaux dont ils font environnés , & par du fumier dont on le recouvre*
- j°. La dépuration ou rectification fe fait fans intermèdes, & eft due à la longueur du temps, qui eft quelquefois de quinze jours ; enforte que la patience fupplée ici à l’induftrie.
- 6°. On obtient de la même liqueur des Cryftaux de plufieurs fortes , & dont la pureté n’eft ni la même , ni dans l’ordre des cryftallifàtions ; c’eft-à-dire> qu’après des Cryftaux jaunes, on retire des Cryftaux blancs, & fouvent après ceux-ci d’autres Cryftaux bruns , puis des blancs ou des jaunes.
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- 7°* Les Hollandois ont fait un fecret à notre Obfervateur , de ce qu’ils dî-fent être elfentiel à la purification.
- Enforte qu’en comparant les deux Procédés, celui que jai décrit d’après 1 expérience, & celui dont M. Bomare a vérifié de fon côté l’exaétitude , Distilla teur , &c* D d d
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- Iî?8 SUPPLÉMENT.
- on eft à portée de voir fi l’induftrie Françoife n’a pas pour cette fois l’avantage fur celle des Hollandois.
- Je ne quitterai pas cet objet fans obferver que M, de Rœdern eft d’autant moins blâmable de ne m’avoir pas envoyé d’autres échantillons de fa Terre d’Halberftadt, que ce Seigneur eft dans l’ufage d’entreprendre beaucoup de grandes exploitations. ‘
- J’obferverai encore à l’occafion de la raffinerie du Camphre 9 que 1 expofe 'du laboratoire & des fourneaux eft extrait du Journal manufcrit des Voyages de l’Auteur que je cite , & que j’ai oublié de faire mention de calottes de fer-blanc trouées dans leur centre $ dont eft revetu chaque ballon au com-mencement du travail ; calottes qu on enleve dans le meme-temps qu on procure le frais dans la raffinerie.
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