Descriptions des arts et métiers
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- D U
- PREMIERE et SECONDE SECTIONS,
- CONTENANT le Devidage des Soies teintes>
- & l’Ourdiflàge des Chaînes.
- Par M. Pau t et , DeJJinateur SC Fabriquant en Étoffes dé Soie
- de la Ville de Nîmes,
- M. DCC. LXXIIL
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- RESERVE
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- A ME S SI E U R S
- LES MAIRE ET CONSULS
- de la Ville de Nismes.
- Messieurs,
- E n vous priant d! accepter U hommage du fruit de
- mes travaux, je ne fais que porter à leur fource les
- connoiffances que fai puifées parmi Vous, & qui me
- procurent cet honneur. Jaloux de pouvoir me dire
- votre Concitoyen, f ai cherché à n en être pas indigne. Étoffes de Soie. /. Paru *
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- Honoré du fuffrage de la première Académie de tEurope en tout genre de Sciences, fai cru qu’il ne manqueroit rien à ma gloire, Ji l’Art du Fabriquant d'Étoffes de Soie, pouyoit obtenir l’aveu des Artifies les plus éclairés qui me l’ont enfeigné. Mes parents ont occupé ma plus tendre enfance à connoître les
- Soies dans leur origine : bientôt ils ni ont initié dans F Art de les employer ; enfin les lumières de vos plus habiles Fabriquants ont perfectionné en moi ce qui, jufques-là, n’étoit qu'ébauché. Couronne£ votre Ouvrage , Messieurs. Le Traité que je publie vous appartient à tant de titres, que le feul moyen de. lui donner quelque prix, efi de le faire paroître fous vos aufpices : heureux d’avoir pu donner à ma Patrie cette marque publique de mon amour pour elle ; & à Vous , Messieurs , celle du plus profond refpeSl avec lequel je fuis,
- MESSIEURS,
- Votre très-humble & très-obéilîant ferviteur f
- P a u L E T*
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- tâsaiWi
- C A T A LO GUE
- Ï)ÈS DIFFÉRENTS CAYERS QUI COMPOSENT
- LA DESCRIPTION DES ARTS ET MÉTIERS (
- PAR MM. DE L’ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES
- Avec Figures en taille-douce, in-folio, grand papier, broché.
- ' A PARIS,
- {' Sail làn t à* N y o n 9 Libraires, rue S. Jèan-âe-Beaüvais , vis-à-vis le Collegei; Veuve Desaint y Libraire, rue du Foin S, Jacques*
- V^harbonnier , pat M. Duhamel du Monceau ........... 2^ i £
- Ancres , ( Fabrique des ) par MM. de Seaumur & Duhamel........................ S $
- Chandelilis. , m, Duhamel du Monceau. .............. . i ..*..... ;........... ; B 12
- Epinglier , par'MMi de Keaumur ôc Duhamel. 7
- Papetier s par M. de la Lande......... _. . 4 ^ ................... 14 2
- Fer j ( Forges & Fourneaux à ) Ireî & IIe. Serions , par mm. a« r'.^.^t-ivron ^Ôc
- Bouchu................... è
- Ardoisier , par M. Fougeroux de Bondaroy.... $ B
- Cirier , par M. Duhamel du Monceau.... » *.................... p 6
- ParcheminiEr , par M. de la Lande ;........................ a . ;. 3 16
- Cuirs dorés , par M. Fougeroux de Bondaroy..... .j ......;.... 3 6
- Fer, (Forges ôc Fourneaux à) IIIe. Seftion, par MM. de Courtivron Sc Bouchu.... 13 16
- — IVe. Seélion , par les mêmes . *..i;.. 13 18
- Cartier , par M. Duhamel du Monceau *....;........... 4 6
- Cartonnier , par M. de la Lande............ *..*... 2 6
- Teinture en Soie, par M. Macqüer........................................... 7 10
- Fer fondu, ( Art d’adoucir le) par M. de Reàumur..... 10
- Chamoiseur , par M. de la Lande4 #
- Tuilier ôc Briquetier, par MM. Duhamel, Fourcroy & Gallon.7 8
- Tonnelier, par M. Fougeroux de Bondaroy ...................... ^ 4
- Rafinage du Sucre, par M. Duhamel du Monceau .. i... i. ; -. - - -J •*--•••• • 8 6
- Tanneur , par M. de la Lande s •• ••.... i..... i.... i. ;........ ;. 8 14
- Cuivré rouge converti ©n jaune, par Jvt. Gallon ................................ p 2
- Drapier , par Mi Duhamel dû Monceau ....................................... 13 18
- ChàPELIÉR , pâr M. l’Abbé Nollet.7 16
- Mêgissier , par M. de ia Lande.......^; 3 12
- Couvreur , par M. Duhamel du Monceau.. 4 16
- TaFis de la Savonnerie, par lé même ............i................... i^. i... 3 6
- Ratine des Etoffes de Laine , par ie même............... 2 18
- Maroquinier , par M. de la Lande.. i. ;........................................ 2 2
- Hongroyeür , par lé même 2 R
- Chaufournier , par M. Fourcroy ....... 16 2
- Orgues , Seffion Irei par D. Beddsi .i...........;...;...;....... 30
- Paumier & Raquétier $ par M. dé Garfauît ..................... 4 4
- Corroyéur , par M. de la Lande .. : . 4 8
- Tuilier Ôc Briquetier ( Supplément ) , par M. Jars .................. I
- Meunier y Vermicellier, Boulanger, par M. Malouin.................... 2 i id
- Perruquier * Baigneur-Ecuvifte, par M. de Garfauît..i ^; 4 1 $
- 274tt iS
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- 274tt *6
- Serrurier , par M. Duhamel du Monceau............v...• ••'•....... .v. .... 33 12
- "Cordonnier , par M. de Garfault............................................... 5,
- Instruments de Mathématiques, (divifion des) par le Duc.de Chaulnes,........... 12
- Charbon de Terre, par M. Morand, Ire. Partie................................... 15* 10
- Fil d’Archal, par M. Duhamel du Monceau........................................ 4
- Menuisier , par M. Roubo , Menuijier, Ife. Sedion...........................* • « 28 18
- Tailleur , par M. de Garfault...............................,.................... 9
- Orgues, par D. Bedos , IIe. & IIIe. Sedion. ............................... 34 4
- Menuisier , par M. Roubo, IIe. Sedion.......................................... 1S 1 &
- Brodeur , par M. de Saint-Aubin, DeJJïnateur.................................... ^
- Indigotier , par M. de Beauvais de Rafeau............................»......... 10 *6
- Charbon de Bois ( Suppîém. ) , par M. Duhamel................................ • • * •
- Colles , ( Art de faire les ) par le même...................................... 3,
- Menuisier Carroffier, par M. Roubo, IIIe. Sedion............................... 33 %
- Pipes à Tabac, par M. Duhamel.................................................. 6 10
- Lingere , par M. de Garfault..................................................... 4
- Coutelier , par M. Perret, Coutelier, Ire. Sedion..............................- é2 16
- Porcelaine , par M. le Comte de Milly................................- ........ 9 *6
- Relieur, par M. Dudin.......................................................... 12
- Coutelier en ouvrages communs , par M rv^gvioUX................................ 6 4
- Coutelier pour les Inltruments de Chirurgie , par M. Perret, IIe. Sedion. ..... 4
- Menuisier en Meubles, IVe. Sedion, par M. Roubo................................ 32
- Fabrique des Etoffes de Soie, Ire. & IIe. Sedions, par M. Paulet, Fabriquant....... 34
- Pesches, ( Traité des) par MM, Duhamel & de la Marre , Ire. Sedion
- — .— IIe. Sedion , par les mêmes..............................
- » —. Suite de la IL Sedion , par les mêmes.....................
- — - IIIe. Sedion , par les mêmes.............................
- ?—-...- IIe. Partie, Ire. Sedion, par les mêmes.................
- Sous PreJJe:
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- ï9
- ,13 8
- 1 p 18 804* 2
- I^mïdonnier, par M. Duhamel..................;.....................
- Bourrelier, par M. de Garfault.........................................
- Coutelier, fuite des Inltruments de Chirurgie, IIIe. Sedion, par M. Perret..,
- Fabrique des Etoffes de Swîc, III> Sedion , par M. Paulet..............
- Menuifier en ouvrages d’Ebenilterie , Ve. Sedion , par M. Roubo........
- Fadeur d’Orgues, IVe. Sedion, par DomBedos.............................
- Savon , ( Art de faire Te ) par M. Duhamel.............................
- Traité des Pêches, par MM. Duhamel 8c de la Marre, IIe. Partie. IIe. Sedion
- Poêles , ( Art de faire les ) par M. le Comte de Milly..................
- Tourneur , par M. Hulot, Tourneur...............................•......
- Plombier-Fontainier , par M. * * *......................................
- Charbon de Terre, IIe. Partie, 'par M. Morand............................
- Potier de Terre, par M. Duhamel........................................
- Diamantaire, par M. Daubenton..........................................
- Diftillateür ’en Eaux-fortes , par M. Demachy............................
- Verniflèur, par M. Mittoire..........................................
- Forges 8c Fourneaux à Fer, ( Supplément ), par M. Defmarais.....;......
- Fautes à corriger dans la "Préface.
- JP âge viîj, ligne première, cette Prince, life% : cette Princeflè. Page 10, lig. 20, La perte, life% : La pefte.
- Page 18, lig. 35a faux points h retors, lifez : deux points de retardi
- PRÉFACE,
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- P RÉ FA C E.
- L’histoire de la découverte de la Soie, & l’époque de fon intro* duâion en Europe, femblent ne pouvoir être mieux placées qu’à la tête de la defcription d’un Art dont l’induftrie des hommes a fait une des plus importantes branches de commerce. Curieux de connoî-tre ce que nos Auteurs modernes ont écrit de l’origine de ce beau travail, j’ai été fort furpris de voir qu’ils fe font copiés dans le peu qu’ils en ont dit : le Diâionnaire de Trévoux rapporte trois ou quatre anecdotes peu intéreiïantes, qu’on retrouve mot pour mot dans celui du Commerce. L’Encyclopédie même , ce vafte monument de la plus hardie , 3c en même-temps de la plus belle entreprife qu’on ait jamais formée en matière de littérature, mais dont l'execution trop précipitée n’a pas permis de traiter chaque objet dans toute l’étendue dont il étoit fufceptible , l’Encyclopédie les a auffi copiés quant à l’origine ; car j’aurai occafion de relever par la fuite des erreurs groffieres dans lefquëlles les Auteurs d’articles concernant la Soie font tombés.
- Il me paroît difficile de fixer Vépoque de l’Invention de la Soie# Comme il n’eft point d’établiffement auquel on ne donne une origine merveilleufe, on raconte ( je copie ici ce qu’eu difent l’Encyclopédie, le Diâionnaire de Trévoux & celui du Commerce) que ce fut dans rifle de Cos , que Pamphila,fille de Plans, trouva la première> [invention de mettre la Soie en oeuvre. Tout ce que j ai pu apprendre de cette file de Cos, eft quepluGcui^ cëogmphesmodernes l’appellent autrement Stanchio ou Stq&cou : c’eft une file de l’Archipel, près de la Natolie, patrie du fameux Hypocrate le Médecin. Si cette file eft la même où Pamphila travailla en Soie, les Chinois n’auront pas l’honneur de l’invention; mais pour un ou deux Auteurs qui racontent cette fable, tous les autres conviennent que la Soie a été découverte par des peuples nommés Seres, qui font les Chinois ; le mot Serica qui fignfi fie Soie , eft en même-temps celui qui rend en latin le Catay, partie Orientale de l’Afie , que plufieurs Géographes difent être le nom des fept Provinces Septentrionales de la Chine. Navarette, Voyageur dont les Mémoires font très-eftimés, affure que le mot Chine vient de celui de Chin, qui lignifie Soie, comme qui diroit pays de la Étoffes de soie. L Part.
- a
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- ij PRÉFACE.
- :Soie. Voffius rapporte que les Perfes ont appris des Chinois à travailler la Soie , Sc qu’enfuite ils Pont tranfmis aux Grecs , puis aux Italiens. Saumaife dit que la première Etoffe qu'on ait vue en Europe, fut après la conquête de la Perfe par Alexandre. Le P. Kirker affure qu’on connoiffoit à la Chine le travail de la Soie, plus de 800 ans avant Jefus-ChrifL Quoique les Romains ayent eu très-anciennement connoiffance de la Soie, ils ne s’en procuroient que par la voie du, commerce avec les Perfes Sc les Grecs ; elle fe vendoit au poids de l’or , ainfi que Vopifcus, dans la vie d’Aurelien, le dit expreffément ; {Hbra auri tune > Vibra ferici fuit). Les loix du Code, au titre d& Vejîibus Holofericis, nous apprennent que les Romains avoient une très-grande connoiffance des Teintures, tant en Laine qu’en Soie ; les Empereurs Valentinien , Valens, Sc Gratlen , défendirent de faire des habits tout de Soie pour qui que ce fûi, Sc ne permirent ce travail que dans l’appartement de leurs femmes, Sc pour eux-mêmes; mais Juftinien qui rapporte à l’endroit cité, la conflitution de ces trois Empereurs , n’en défendit l’ufage qu’aux hommes; Sc pour donner aux Ouvriers de l’émulation, il empêcha de vendre de la Soie aux Etrangers, & n’en permit l’achat que fous l’autorité du Magiftrat qui préfidoit au commerce ; enfin ce Prince voyant avec peine la cherté exhorbitante de cette denrée, envoya en 55 j, deux Moines en Chine pour y apprendre l’Art d’élever les Vers à Soie, d’en tirer la Soie Sc de l’employer, Sc pour en apporter avec eux. Le retour des Moines ne fut pas fort heureux ; car il paroît que s’ils s’étoient chargés de ces Vers, ils moururent en chemin: mais l’Empereur crut qu on tranfporteroit plus aifément des œufs, & les y renvoya; ils en apportèrent en effet des millions, Sc cette efpooedo cvdtmenefit qu’augmenter de plus en plus, On avoit cru jufqu’alors quq*la Soie venoit fur les arbres comme le Coton : peut-être avoit-on déjà connoiffance de cette efpece de Soie plante , dont parlent les Naturalises, & que Trévoux , le Di&ionnaire du Commerce Sc l’Encyclopédie rapportent encore en fe copiant tous trois ; peut-être aufïi avoit-on connoiffance d’une efpece d’Araignée ou Efcarbot y qui entortille un peu de Soie autour de petites branches d’arbreséjQuoi qu’il en foit, la Soie étoit fi précieufe en ces temps reculés, que Lampride reproche à Héliogabale, comme une infâmie, d’avoir porté le premier un habit tout de Soie : quelle différence! il y en a prefque de nos jours à n’en pas porter.
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- P RÉ F A CE. Hj
- Plufieurs Auteurs prétendent que les Vers à Soie s’élèvent dans beaucoup de Provinces de la Chine fans aucun foin , St en pleine campagne, St qu’il fuffit de ramalfer les cocons quand ils font faits. Cette opinion, à en juger par les foins fans nombre que le Pere du Halde dit qu’on en prend, St par ceux qu’ils exigent dans nos climats, paroît un peu hafardée ; comment en effet imaginer que l’hiver , la pluie , le foleil , les vents & autres intempéries ne leur nuifent pas dans ces contrées, lorfqu’ici on les voit fujets à tant de révolutions diverfes, d’où vient cette inégalité dans le prix des Soies ? Cependant on ne fauroit nier que le Ver à Soie ne foit une elpece d’infeâe deftiné par fa nature à vivre dans la campagne fur des arbres, plutôt que renfermé dans des chambres où on lui fournit une nourriture champêtre. Quelques Voyageurs alfurent même que dans quelques parties de 1 Aile on les y reeu.eill<* comme les fruits.
- Il eft vrai que quelques autres Voyageurs ont dit que les Vers à Soie , qui en Àfie s’élèvent tout feuls à la campagne font une efpe-ce plus groffiere que ceux dont on prend un foin particulier, St que leur foie n’eft pas auffi belle; qu’ils fe nourrilfent des feuilles d'un arbre qui a un très-grand rapport avec notre Chêne, St que depuis le temps où ils éclolent jufqu’àce qu’ils foient en travailles Chinois à qui ils appartiennent, portent des enfants autour pour épouvanter les oifeaux qui font fort friands de ces animaux, St écarter les mouches qui lailfent fur les feuilles dont les Vers fe nourrilfent, un venin qui leur eft mortel, comme, à-peu-près, dans les Provinces de France où on cultive le Chanvre , on fait ^rard^ l®e chenevieres. Ces cocons, ajoutent ces Voyageurs, font plus gros que les autres , St la Soie qui les compore en eft moins belle. Auffi les Etoffes qu’on en fait font-elles femblables à celles de Soie filée au rouet ou à la main.
- Le récit de ces Voyageurs eft affez conforme avec des Deffeins Chinois qui nous font parvenus, & dont j’ai vu quelques-uns chez M. Delatour, Imprimeur à Paris. Ce font eux dont j’ai parlé au commencement du Traité de l’Ourdiffage, pag. 37 : l’un d’eux repréfente de petits Chinois qui paroiffent rôder autour d’une plantation d’arbres , St chaffer les oifeaux qui veulent en approcher, ainli que les mouches. Au bas de quelques-uns de ces Deffeins font des explications de ce qu’ils repréfentent, conformes à ce que je viens d’en dire. Sur quelques autres font repréfentés des cocons en affez grande
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- zv PRÉ FA C E.
- quantité, far des arbres ou leur couleur aurore les fait diflinguer faffifamment; oo y voit auffi des Chinois occupés à les recueillir : d'autres enfin repréfentent la maniéré de tirer la Soie & d’ourdir les chaînes, ainfi que je l’ai rapporté à l’endroit cité.
- D’autres Voyageurs prétendent qu’à la Chine & dans le Japon on isourrk les Vers à Soie de toutes fortes de feuilles, tant de Mûriers que d’autres arbres fruitiers ; mais ce qui paroîtra incroyable à ceux qui connoiffent ces infedes , ce fl qu’on leur falfe manger des feuilles de choux , de falade 8c autres légumes. Il faut cependant avouer qu’on efl venu à bout en France d’en nourir avec des feuilles de laitue, 8c qu’on les a conduits au point de faire leurs cocons ; ruais le nombre qui y eft parvenu en eft fi petit, que ce n’eft qu’un effai de pure curiofité.
- Les Auteurs du DiéK^nnaire de Trévoux, du Commerce & de TEncyclopédie, en fe répétant, ont rapporté tous trois un procédé qu’on emploie pour tirer la Soie , tant dans l’Inde que dans le Levant ; mais je n’aurai pas de peine à en démontrer la fauffeté. Ils difent que dans ces endroits-là on tire la Soie fans décodion 8c à fec. Sans doute que celui qui le premier a avancé ce fait a été induit en erreur pour avoir vu tirer à fec la bourre qui environne la bonne Soie fur le cocon, & qui étant filée au rouet compofe ce que nous appelions Fleuret ou Filofè/e ; 8c cependant tous ceux qui s’occupent à cette partie le fervent de feu & d’eau pour la tirer, & affinent que l’opération en efl beaucoup plus aifée, & la matière beaucoup plus belle.
- On diitingue en Europe la Soie fous trois noms différents, félon les différents procédés qu’on lui fait lufoir. .La Soie greçe ou grège , la Soie crue ou écrue , & la Soie cuite ou teinte.
- La Soie gre^e efl celle qu'on emploie telle qu’on l’a tirée des cocons,& elle conferve ce nom tant quelle relie en cet état.
- La Soie crue ou écrue efl celle qu’on a moulinée, ce qui confifle à l’apprêter en la tordant & retordant félon fa deflination.
- On nomme Soie cuite celle qu’effedivement on a fait cuire en la faifant bouillir pendant trois ou quatre heures dans une eau de favon, afin qu’à la teinture elle prenne une plus belle couleur; car celle qu’on teint fans la faire cuire, ne prend qu’une couleur faulfe & terne.
- Le détail des différentes fortes de Soie dans lequel je fuis entré,
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- PRÉFACE: v
- n’a pour but que de relever Terreur où font ceux qui prétendent quon peut tirer la Soie fans décoûion 8c à fec ; mais ils n’ont pas ' fait attention que la Soie * quand le Ver en forme le cocon* eft imprégnée d’une matière vifqueufe qui colle immédiatement tous les brins les uns aux autres. 11 eft peu de perfonnes , qui* au moins dans leur jeuneffe, n’aient élevé quelques Vers à Soie ; on fait quelle peine on a à devider les cocons, parce que le fil collé fur ce petit œuf ne s'en détache qu’avec un certain effort * 8c comme ce travail eft fort long* beaucoup de gens ont effayé d’en devider plufieurs à la fois; mais on n’en vient à bout qu’avec beaucoup de peine, encore n’en peut-on pas devider plus de trois. Les fils de Soie* tels que ceux pmploye dans la Fabrique des Etoffes*font ordinairement
- compofés depuis fîx brins jufqu’à dix-huit* & cependant ils ne pa-roiflent en faire quun . vuicï p^ui^uoi An moyen de l’eau pref* que bouillante dans laquelle trempent fans ceffe tous les cocons cette gomme dont la Soie efl; enduite fe diffout * & ce nombre de brins plus ou moins grand* paffepar une filiere où ilsfe collent en-fernble & ne forment plus qu’un feul fil ; comment feroit-il poffible d’opérer une telle union fans détremper cette gomme? Auffi quelque nombre qu’on en dévidé à la fois à fec* ils ne s’unifient jamais.
- Je penfe avoir démontré Tabfurdité de l’affertion des Auteurs que je réfute; les bornes de cette Préface* ne me permettent pas d’en dire davantage ; le Traité abrégé de la culture des Soies * que je me pro-pofe de mettre en tête de cet Ouvrage * ne lailfera rien à defirer là-deffus. Je crois devoir dire un mot d’une Sol° nous
- comioiflons dans ce pays * 8c dont plufieurs perfonnes penfent qu’on peut tirer parti.
- L’Auteur du Di&ionnaîre du Commerce* rapporte que dans le Levant, on emploie une autre efpece de Soie que produit une certaine plante dans des gouffes, à-peu-près comme le coton * & qu’a-près l’avoir filée * on en fait des Etoffes prefque aufli belles que celles de Soie.
- Peut-être n a-t-on pas encore apporté de ces Etoffes en Europe où on ne les connoît pas * à moins que l’Auteur n'ait voulu parler dé cette efpece d’Etoffe qu’on nomme Ecorce d'arbre, parce quelle efl faite d’une écorce qu’on enleve par longs filaments fur un certain arbre, à-peu-près comme les Anciens prenoient leur papier fur l’arbre qu’on nommoit Papyrus. Si c’eft-là la production que l’Auteur cité Étoffes dé soie, L Partk
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- vyj PREFACE; .
- a eu en vue , îl fe trompe, puifque ce ne font point des gouffes qui la donnent, mais une pellicule ou fécondé écorce d arbre : du refie, elle eft fort belle & reffemble affez à de la Soie.
- Peut-être auffi parle-t-il de ce quon nomme Ouateche'riè, 8c qui reffemble affez à ce qu’il en dit : je n’en connois pas la plante , mais la gouffe, dans laquelle on trouve cette matière, que bien des gens prétendent être de la Soie, eft commune même à Paris, où je m’en fuis procuré chez un Grainier-Fleurifte; elle a environ deux pouces de long, & reffemble à une coffe de pois feche, mais brune; en l’ouvrant , on n’y voit d’abord que la graine rangée avec un art admirable; mais au centre eft la Soie, qui y tient fi peu de place , qu’après l’avoir écharpie, on eft furpris qu’une fi petite gouffe en fU;/Tc contenir autant.
- A examiner cette métier» aveu attention, on ne fauroit nier que •ce ne l'oit plutôt un duvet que de la Soie ; fa blancheur eft éblouif-fante, & fon éclat l’emporte fur celui de la plus belle Soie. Ajoutez à cela une finelfe extraordinaire qui la rend plus douce que le Velours le mieux fabriqué : mais on connoît cette plante fous le nom de Chardon , & on la compare à ces chardons fauvages qui, quand ils font très-murs, s’épanouilfent & remplilTent l’air d’un duvet de même efpece, moins beau à la vérité, & dont on a elfayé en vain juf qu’ici de tirer quelque parti.
- On alfure que les peuples du Levant filent cette efpece de Soie * de en font de très-belles Etoffes. Quant à nous, malgré les tentatives réitérées, nous u’cu +<v<-,nc pm-ore aucun avantage en Europe, &» quoique quelques Particuliers aient prétendu en avoir trouvé l’emploi , elle entre pour fi peu de choie dans les Etoffes où on la met, qu’on peut dire que ce n’eft que cacher fous un nom nouveau un procédé très-ancien. On voit dans la ,Forêt de S. Germain en-Laye, près d’un Couvent que tout le monde connoît fous le nom des Loges, une Manufacture de Velours, dans lequel les Ouvriers aflurent qu’il entre du chardon. Comme ce travail eft leur fecret, il ne m’appartient pas d’y porter des yeux indiferets. Je dirai feulement que le Velours qu’on y fabrique m’a para femblable à celui de coton, quelle qu’en foit la matière ; mais je ne penfe pas qu'on ait encore pu jufqu'à pré-fent former de ce duvet, en le filant, un brin d’une certaine confifi tance, Sç d’unç étendue capable de compofer ni trame, ni chaîne, ni poil.
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- PREFACEi vlj
- Quelques autres perfonnes ont aulli effayé de cultiver cette plante & d’en tirer parti ; mais je ne crois pas que jufqu’à ce jour l’événe-ment ait répondu à leur attente : le Velours eft la feule Etoffe dans laquelle on ait, à ma connoiffance, effayé de la faire entrer , encore n’en emploie-t-on qu’avec le poil ; car dans l’Etoffe que j’ai vue, la chaîne & la trame étoient de fiîofele, & quant au poil, j’ai cru voir un coton collé; ce qui m’a fait conjeâurer qu’en filant le coton on y avoit mêlé de ce duvet, & que pour pouvoir le fabriquer , on avoit paré (*) , ce poil afin que les frottements que le peigne & le rémijjè lui font éprouver quand on fabrique l’Etoffe, ne puiffent féparer ce duvet du coton auquel il eft fi artiftement adapté.
- La ndiuro de ce duvet femble devoir le proferire pour jamais ; du moins pour en faire des Etoffes; il eft fi liffe & fi court, qu’à moins que quelque Voyageur n a^j.tonnfi des Levantins la maniéré de le mettre en oeuvre, & ne nous en inftruife, on ne peut guere le flatter d’en former de longs fils, comme il en faut pour le genre de travail auquel on s’obftine à l’employer.
- Ce n’eft pas que je blâme les recherches qu’on peut faire à ce lu-jet ; quand on a l’utilité publique pour but, quelle que foit la réufi fîte , on doit être làtisfait ; Si quand il feroit impoflible d’en faire des Etoffes, je connois des perfonnes qui l’emploient avec avantage au lieu d’Edredon pour piquer des couvre-pieds & autres chofes femblabies. Je reviens à l’introduûion des Soies en Europe.
- Nous avons dit plus haut que Juftinien envoya des Moines à la Chine pour apporter en Europe des oeufs de Ver* » mais je ne vois pas pourquoi ce Prince envoyoit fi loin chercher ce qu’il pou-voit trouver chez les r erres <x chez les Grecs , qui avoient déjà des Manufactures : car dans la fameufe guerre que ces peuples eurent enfemble , & où les Grecs eurent l’avantage, ils leur enlevèrent leurs Ouvriers & l’Art de cultiver la Soie. L’Hiftoire nous apprend que Lucullus, amateur des beaux Arts, quand les Romains fe furent rendus maîtres de la Grece, fit tranfporter à Rome, pour décorer fon triomphe, toutes les richeffes d’Athènes, parmi lefquelles plufieurs Auteurs ont cpnjeûuré qu’on trouva des Soies Si des Etoffes fabriquées.
- Vopifcus rapporte que l’Empereur Aurelien refufa à l’Impératrice
- (*) On nomme Parer, l’aftion de réunir le duvet d’un brin de Soie ou autre chofe avec une clpece de colle ou de gomme 9 pou* que
- le frottement qu’il éprouve dans la fabrication ne le faife pas écarter,
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- viij PRÉFACE;
- fon époufe une robe toute de Soie, quoique cette Prince la lui demandât avec indance» parce quelle coûtoit trop cher.
- Environ l’an 1130, Roger, Roi de Sicile, établit à Palerme Sc en Calabre des Manufactures d’Etoffes de Soie, qui furent dirigées par des Ouvriers qu’il avoit amenés d’Athènes, de Corinthe, &c, dont ce Prince avoit fait la conquête lors de fon expédition de la Terre-Sainte. Mezeray ajoute qu’infenfiblement, le relie de lTtalie & l’Ef pagne apprirent des Siciliens Sc des Calabrois , la maniéré de gouverner les Vers à Soie, & l’Art de travailler la Soie.
- Mezeray rapporte encore que les François, comme voilins des Italiens & des Elpagnols,commencèrent à les imiter dans ce précieux travail un peu avant le régné de François premier „• qui ne fait pas remonter bien haut l’origine de cette partie de nos connoifi fances , à laquelle nous avons depuis donné tant de perfection.
- Louis XI, en 1470, fit venir à Tours des Ouvriers de la Grèce, de Gênes, de Venife & de Florence, pour y établir des Manufactures d’Etoffes de Soie, & en 1480 , il leur accorda de très-beaux Privilèges qui leur furent confirmés par Charles VII, fon fils, en 1407. Diclionn. du Comm»
- Ilparoît, par ce rapport, que c’eft à Tours que fe font fabriquées les premières Etoffes de Soie en France, Sc cependant les Avignon-nois prétendent être les plus anciens dans l’Art de traiter les Vers à Soie, & de fabriquer les Etoffes : voici comment ils le prouvent. Lorfque le Comtat Venaiflîn fut donné au Pape, environ l’an 1268; fes Légat» c« cotte contrée . introduifirent, félon eux , à Avignon de la Soie, des Vers a Soie & des Mûriers ; Sc par la fuite les Papes ayant établi dans cette ville le S. Siégé Apoft<jlîipj.c, encouragèrent cette Manufacture naiffante où on ne faifoit alors que des Doucettes, ef-pece d’Etoffe dont la chaîne étoit de Soie, Sc la trame de laine. Bientôt après, on parvint à y fabriquer des Etoffes toutes de Soie , Sc .même de façonnées, telles que le Damas. Ils affurent que quelques Ouvriers Ayignonnois mécontents, fe joignirent à d’autres Ouvriers Italiens, Sc établirent des Manufactures à Lyo^i vers le régné de François I, qui, par la protection qu’il accorda aux Manufactures, donna lieu à ces migrations.
- Les Fabriquants de Nîmes conviennent de bonne-foi qu’ils tiennent d’Avignon leurs Manufactures. Quoiqu’il y ait très-long-temps que ce travail y foit en vigueur, on ne fauroit fixer l’époque de fon
- établiffement
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- P RÉ F AC E. &
- ëtabliffement à Nîmes 5 à caufe des guerres civiles quelle afouvent effuyées,& qui ont toujours nui aux progrès de cette importante tranche de Commerce.
- Malgré les foins que François I, Charles VII, 8t fes Succeffeüra fe font donnés pour procurer aux Manufactures l’aceroiffement quelles ont pris depuis, elles n’ont pas fait de grands progrès dans ces temps-là. Il étoit réfervé à Henri IV , de fournir à fon peuple cette nouvelle reffource pour l’induftrie : il appella en France les meilleurs Ouvriers Sc Fabriquants , Sc les y fixa par des Privilèges utiles Sc des diftinCtions flatteufes ; il encouragea les Fabriques de Lyon, reCtifia les Réglements de celles de Tours , accorda de nouvelles Lettres-Patentes à la ville de Nîmes , & établit des Manufactures dans la Capitale. Quelques-uns prétendent même quil accorda des Lettres de Noblelfe à quatre Particuliers , avec une fomme confît derable pour loutenir cet erablijfiLemciii., ocu* ^'-ommerce n’étoit pas alors dans cet état d’avililfement où la Noblelfe l’a plongé depuis » Sc d’où la bienfaifance éclairée du meilleur des Rois, vient de le tirer en accordant aux Commerçants des diftinCtions honorableSà Louis XIII, & fes Succelfeurs ont auffi conftamment donné aux Manufactures des marques de la protection quelles leur ont parur , mériter ; Sc depuis cette heureufe époque, celles de Paris, fur-tout*' 1 ont toujours été en augmentant. Les Gazes y ont cependant encore plus fait de progrès que les Etoffes , puifqu on ne compte gueres à Paris que fix cents métiers pour les Etoffes, Sc qu’on en compte environ quinze cents à faire des Gazes : enfin on peut dire que les Manufactures d’Etoffes de Soie paroîiTpnf- pax venues dans ce Siecle au plus haut point de perfeûion ou elles puiffent atteindre * • puifqu’on compte de nos jours plus de deux cents fortes d’Etoffes différentes, entre lefquelles plus de cent-cinquante ont été inventées depuis 1730. Nous devons un accroiffement auffi confidérable à la fageffe des Loix qu’on a faites depuis cette époque pour cette branche de Commerce. La collection de Lettres-Patentes, d’Edits & de Déclarations du Roi qui la concernent, feront à jamais l’hiftoire la plus exaCte de fon avancement ' en France.
- La prétention des Avignonnois fur l’ancienneté de leürs Manufad-* tures n’eft pas fans fondement. Quelques Eglifes de cette ville ont des ornemens très-anciens Sc très-riches qu’on prétend ÿ avoir été fabriqués; de plus, la perfection de leurs Etoffes prouve affe# Étoffes de soie, L Paru
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- 5 PRÉFACE. 8
- l’ancienneté da travail : ceft , à mon avis, l’endroit de l’Europe où la Fabrique efi la plus parfaite , du moins quant à la bonté des Etoffes.
- On fabriquoit à Avignon , il y a environ cinquante ans, les Etoffes les plus riches , comme fonds d’or, tiffu, Brocards, Damas brochés
- 6 lizerés, Perfianes, Brocatelles, &c ; c eft-là que les Génois ont porté les premiers Damas qu’ils tenoient eux-mêmes de Damas en Syrie, d’où cette Etoffe à pris fon nom. Les Avignonnois parvinrent à les fabriquer fi parfaitement, qu’on les préféroit à ceux de Gênes même. Pendant ce temps-là, Lyon faifoit en ce genre des progrès confîdérables ; la variété & la beauté des Deffeins, auxquelles elle s’eft toujours attachée, lui mérita en peu de temps cette réputation qu’elle conferve encore aujourd’hui à jufle titre- Néanmoins deux qualités effentielles dans les Avignonnois, leur donnèrent de tout temps beaucoup d’umbrage; leur efprit inventif pour le méeanifme des métiers, & la culture des Soies qui fourniffoit à leur Fabrique; au lieu que Lyon n’en recueilloit prefque point du tout : aufîi Avignon eut-il fait des progrès bien rapides, fi la nature ne l’eût affligée * autant que l’ambition des Lyonnois chercha à lui nuire.
- La perte qu’Avignon éprouva dans ce temps, lui emporta dans l’efpace de neuf à dix mois plus de trente mille Citoyens ; le tiers fur taux , efpece d’impôt qu’on croit communément à Avignon n’avoir été mis fur la fortie de fes Etoffes qu’à la follicitation des Lyonnois, 8c qui n’a été levé que depuis quelques années, acheva de ruiner de fond en comble le commerce d’un pays, qu’on regar-doit alors comme étranger ; tous les Ouvriers furent trop heureux de trouver à Lyon 8c à Nîmes des reffources dans ce malheur uni-verfel. La France dès-lors tiroit cependant de cette Ville beaucoup de Soie pour fes Manufactures, & y faifoit mouliner toutes celles qui entrent dans la Fabrique, ainfi qu’on fait encore aujourd’hui. On y voyoit dans ce temps environ dix-huit cents métiers , dont plus de cinq cents pour le Damas & autres Etoffes façonnées pour meubles ; aujourd’hui que le Commerce y a un peu repris vigueur, à peine en compte-t-on huit cents ou mille.
- Ce fut-là pour Lyon l’époque du degré d’élévation auquel elle efl parvenue depuis, 8c où nous la voyons : les Ouvriers s’y réfugièrent de toutes parts, &les meilleurs uftenfiles des métiers à la tire,y furent vendus à vil prix»
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- $ RÉ F ACE;
- Quant aux Nîmoïs, ils n eurent pas affez dadrefTe pour profiter de cette révolution eu faveur de leurs Manufactures.
- Tous les faits que j’avance ici, font à la connoiffance de perlon-nés qui en ont été témoins oculaires, Sc qui vivent encore ; au fur-plus , cefl peut-être à cette émulation que produit la rivalité entre deux Villes célébrés, que Lyon doit toute fa renommée.
- Tel a toujours été le bon goût des Avignonnois, qu’un auffi trifle révolution n’a rien diminué de la beauté des Etoffes qu’ils nous four-niffent. Cela efl fi vrai, que leurs Taffetas Florence, leurs Armoijîns Sc leurs Taffetas dAngleterre, ainfi que leurs Damas, font préférés à ceux de Lyon même, puifque bien des Marchands à Paris font paffer, leurs Taffetas d’Angleterre pour des Taffetas d’Italie , Sc que leurs Taffetas Florence, font préférés à ceux de Florence même.
- Cette décadence n’influa pas moins fur le moulinage des Soies* que fur les Etoffes 5 car Avignon avoic alors cjviatri» cents M^oulins à mouliner la Soie, Sc à peine y en trouve-t-on à préfent cent cinquante ; le refle s’efi difperfé dans Nîmes, dans le Vivarais, dans le Dauphiné Sc dans la Provence. Ce qui prouve encore parfaitement combien le moulinage des Soies étoit en vigueur à Avignon , c’efl que les bons moulins qu’on trouve dans les endroits que je viens de nommer , en font fortis, Sc que les bons Ouvriers en ce genre font à Avignon, ou font des Avignonnois.
- Il efl certain qu Avignon a rendu de grands fervices aux Manufactures, tant pour le tirage des Soies, que pour leur moulinage J qu’il n’y a pas encore trente ans que dans le Languedoc, la Provence, le Dauphiné & le Vivarais ^ les meilleures Ouvrières qu’on employât à tirer la Soie , y venoient d Avignon, Sc qu aujourd’hui même on les y vient retenir quelque-temps avant cette efpece de récolte, & même on leur donne des arrhes, tant on craint quelles jne manquent de parole»
- Nous avons auffi puifé la connoiffance du moulinage chez-eux ; car ce n’eft que depuis la grande révolution arrivée à Avignon, qu’on u établi à Lyon & à Nîmes les Mouliniers en Maîtrifef avant cette époque, Lyon n’avoit pas plus de dix Moulins, Sc Nîmes plus de quarante. 11 efl vrai qu’à Lyon le nombre n’en efl pas beaucoup augmenté, puifque les douze ou quatorze Maîtres qui y font actuellement , n’ont pas entr’eux plus de vingt ou vingt-cinq Moulins ; mais Nîmes peut en contenir environ cent trente, dont plus de cent ont été faits à Avignon, ou par des Avignonnois.
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- xÿ P R E F A C E:
- Ce qui .pouvoit avoir procuré à cette Ville tant d’avantage dans cette branche de culture, c’eft qu’elle eft lituée fous le plus beau ciel de l’Europe ; fon terrein eft fertile en tout genre de productions, & environné d’eau de toutes parts : d’un côté pafle le Rhône , & de l’autre un bras delà Durance; de plus , une branche de la Fontaine de Vauclulè , fi fameufe par les amours de Pétrarque & de Laure, traverfe la Ville d’un côté , & une petite riviere qu’on nomme Du-ranfole, la traverfe d’un autre. Avec de fi belles eaux, eft-il furpre-nant que les teintures y aient été de tout temps aufli belles qu’on les y voit encore aujourd’hui ? fes couleurs fines y vont de pair avec celles de Lyon.
- On peut dire que f introduction des Soies, & les genres d’induf trie qu’elles ont déployés, ont opéré un changement total dans le fyftéme politique de l’Europe ; il eft peu de Provinces qui n’en aient reflenti les douces influences, &., quoiqu'il n’y ait point d’Etat qui ne fe foit empreffé d’introduire dans fon fein des Manufactures, il paroît que le deftin de la France eft de l’emporter conftamment fur tous fes voifins, qui, loin de lui nuire , entretiennent une émulation néceffaire pour faire éclore ces chef-d’œuvres qu’on admire chaque jour, 8c qui font les fruits des recherches éclairées des Fabriquants de Lyon. Je fuis Nîmois, fans doute; mais la vérité eft de tous les pays ; & je fuis forcé de convenir que ce n eft qu’à eux-mêmes, qu’aux foins infatigables qu’ils fe donnent fans ceffe pour répandre fur leurs Etoffes cette élégance dans le goût, cette richeffe dans les deffeins, cette variété dans les compofitions qu’aucune autre Ville ne porte à un auffi haut dcgrc, qu’ils doivent leur célébrité, qui a fait plus de progrès dans ce fiecle feul qu’elle n’en avoit fait pendant? trois cents ans. Les moyens qu’ils employcm pour cela, font, à la vérité , très-difpendieux ; mais rien ne leur coûte pour les effais, Soie, Dorure, façon d’Ouvriers, travaux de Deflinateurs ; tout eft facrifié à un nouveau goût; 8c, quoiqu’on ne réulfiffe pas toujours, on n’eft jamais rebuté ; fouvent même, tel Fabriquant qui n’occupe que cinquante ou foixante métiers, a cinq ou fix Deflinateurs, auxquels il donne des appointements confidérables; encore a-t-il foin d’envoyer tous les ans à Paris le premier d’entr’eux pour prendre connoiffance de tout ce que chaque faifon précédente a fourni de nouveau dans tous les genres. On lent combien cette politique contribue à perfectionner le goût de chacun, 8c quelle émulation en
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- V R Ê FA C Ë. cùif
- eft nécê/Tafrement la fuite ; mais malgré cette avidité de connôiflan-ces 8c de nouveautés, on ne peut que louer leur attention à ne le jamais copier les uns les autres. Les Fabriquants ont même fait un Réglement, qui défend à qui que ce foit défaire exécuter le Défi-fein d’un autre, fous peine de mille écus d’amende, & d’être dégra* dé de Maîtrife en cas de récidive : qu’on s’étonne après cela de la beauté de leurs productions.
- Un autre foin qui ne tend pas moins à ^avancement des Manu* factures, eft d’encourager par des récompenfes les recherches qui peuvent diminuer les opérations , fimplifier le mécanifme 8c autres de cette efpece (*). Pourrois-je moi-même, fans ingratitude , palfer fous filence un bienfait que je tiens du Corps des Fabriquants de Lyon, dans le féjour que je fis dans cette Ville* il y a quelques années. Je propofai une invention qui fut accueillie, & les fuffrages fe réunirent en ma faveur,* plût à Dieu que mon paftage dans chaque Ville de Manufactures eût été marqué par un femblable bonheur ! ftérile, à la vérité , pour moi; mais plus fatisfaifantpour mon cœur que les récompenfes pécuniaires.
- Après un tel aveu, tout le bien que je rapporte de cette Fabrique paroitra peut-être fufpeâ; mais on verra par la fuite que,fi les connoiffances que j’ai acquifes m’ont mis à portée de prodiguer les éloges , elles me fendront aufïï à éclairer la critique que l’Ouvrage que j’ai entrepris me permet de faire de tous les différents procédés*
- C’eft à ces récompenfes que la Fabrique de Lyon a dû l’invention du métier à la Maugis ; ainfi que celui à la Falconne, chef-d’œuvre de l’Art, qui, fans la dépenfe exceffîve qu’exige fon lifage, l’empor-teroit fur tous les autres.
- La perfection de la petite tire, eft encore un des fruits des encou* ragements que Lyon prodigue fans relâçhe aux inventeurs ; les noms de Galantier & de R lâche, tous deux Avignonnois, & tous deux émules contemporains , auxquels on doit l’ordre admirable des métiers montés à bouton, feront à jamais mémorables dans cette Ville. Le lifage de cette partie a été fi fort perfectionné par eux, qu’il eft difficile de le porter à un plus haut degré, ainfi que la fimplicité du mécanifme. C’eft au génie créateur de Galantier, qu’on doit plus de cent efpeces d’Etoffes qu’il a inventées lui-même , ou dont il a
- (*) On perçoit aux Douanes de Lyon deux i & le produit en eftaffeUé aux nouvelles inven* fols fix deniers par livre de Soie qui y entre , I tions qui peuvent intéreffer les Manufactures*
- Étoffes de soie. L Part. d
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- xiv PRÉ FA C E.
- occafionné l’invention, & dont la perfection qu’il a donnée à la petite tire a facilité l’exécution. Il feroit trop long de rapporter les découvertes qu'on doit en grande partie à la fagacité des Lyonnois.
- Si les Ouvriers de Lyon font habiles , fi les Deflinateurs y excellent, il faut convenir aufii que les Fabriquants qui les mettent en œuvre, réunifient les connoiflances de tout genre. Le Fabriquant le plus riche n’abandonne pas à des mains étrangères le fort de fa fortune & de fa réputation ; il commande par lui-même ; & s’il le falloit il exécuteroit ce qu'il ordonne ; aufii comme il connoît les difficultés , il récompenfe les talents avec générofité, & s’attache les plus habiles Ouvriers. Il feroit à fouhaiter que les Deffinateurs euffent une parfaite eonnoifîance de la Fabrique , les defîeins toujours d’accord avec l’exécution en tireroient un nouveau luftre.
- Malgré cette fage conduite pour l’avancement de leur Manufacture, c’eft pourtant à eux-mêmes que les Lyonnois doivent imputer le paflage de quelques-uns de leurs meilleurs Ouvriers en pays étranger. Trop de durete dans le traitement , leur a fait prendre le parti d’aller porter ailleurs leurs lumières & leurs talents. Ce n’eft pas aufii que, tôt ou tard, on n’ait dû s’attendre à de pareils établifîements; mais ils ont dû leur rapidité à la fcience de ceux qui ont été mis à la tête. Tout le monde fait que les Fabriques d’Allemagne , de Suifle & d’Efpagne , ne doivent leur origine qu'à des Lyonnois , ou Âppren-tifs de Lyon. Depuis environ trente ans, il s'eft monté chez l’Etranger plus de quinze mille métiers. Le fieur T,.,..... un des plus habiles Ouvriers de Lyon a établi & conduit à Berlin , où on n'avoit pas la
- moindre connoiiTance de la Soie, plus de mijle métiers. C’eft à lui à qui Lyon a dû l’invention des Péruviennes piquées, qui dans ce temps furent très-eftimées ,r& plufieurs petits mécanifmes très-utiles à la fabrication des Etoffes. Il emmena avec lui plufieurs bons Ouvriers de Lyon , avec une partie defquels il parcourut toute l’Allemagne Se partie de la Hollande, laiffant par-tout des éclairciffements utiles fur la fabrication des Etoffes, & vendant fort cher fon talent pour monter les métiers, quand on vouloit fabriquer de nouvelles Etoffes ; & malgré tout cela, il eft mort à Paris, il y a environ quatre ou cinq ans, peu favorifé de la fortune, comme fi la Providence eût pris plaifir à punir en lui la trahifon dont il étoit coupable envers fa Patrie.
- Vienne en Autriche q,ui n’avoit pas deux cents métiers il y a trente ans, & dont les Manufactures ont été fondées par des Génois Se
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- PREFACE. &
- Plémontois, en a à préfent plus de deux mille cinq cents, dont plus de la moitié fabriquent des Etoffes riches dans le genre de celles de Lyon, & même on y voit encore aujourd’hui des Lyonnois habiles dans le Deffein, 8c dans l’art de monter les métiers.
- On ne connoît en Hollande la maniéré de fabriquer le Velours que par les Lyonnois. Rouillere à attiré en Efpagne un nombre in-fini d’Ouvriers de Lyon , pour y établir la Manufacture de Talaver-la-Reine , lorfqu obligé de quitter fa Patrie, il choifit ce Royaume où il fut reçu à bras ouverts , & fait enfin Noble Caftillan.
- Fsançois, raffurez-vous, toutes ces déferlions ne porteront à notre Commerce que de légères atteintes; le goût dominant de notre nation nous affure la victoire dans ce genre d’indufirie , 8c nos voi-fins feront toujours réduits à nous copier ; du moins, c’eft ainfi que j’aime à le préfager. 1 •
- Les Anglois feuls paroiffent avoir porté leurs Manufactures à un très-haut degré de perfection ; Londres feul contient environ huit mille métiers , & voici quelle eff la raifon de ce grand nombre : comme les Ouvriers qui s’y donnent à un genre d’Etoffes n’en fabriquent jamais d’autres, les métiers une fois confacrés à telle ou telle Etoffe , ne font jamais montés pour une autre ; ainfi tel Ouvrier qui fait du fatin ne fera jamais de Taffetas ou de Velours, & ainfi du refie : par ce moyen chacun d’eux acquiert dans fon genre une précifion à laquelle nul autre ne peut atteindre ; parce que le Fabriquant ne change jamais la qualité de la Soie; c’eft toujours au. même apprêt bu au même denier pour l’organfin, 8c à la même groffeur pour la trame ; il y en a même qui refuferoient de prendre des commifîions de Satin, de Taffetas , 8cc, fi on exigeoit d’eux de changer la quantité ou la qualité de la Soie qu’ils ont coutume d’employer. Un pareil trait peint mieux le génie de cette Nation eftimable, qu’une longue differtation.
- il y a environ neuf ans , qu’on établit à Manheim, en Allemagne * une Manufacture d’Etoffes de Soie, à la tête de laquelle étoient un Deffinateur 8c un Monteur de métiers , que je puis affûter être tous deux très-entendus dans leur partie; car j’ai occupé l’un à Nîmes, & j’ai travaillé à certains ouvrages avec l’autre.
- Ce que j’ai dit jufqu’ici conftitue ce me femble Lyon pour la première Ville de Manufacture de l’Europe ; c’eft une. juftice qu'elle obtiendra toujours de tout Ecrivain judicieux : nJanmoins on ne
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- mj • PREFACE.
- fauroit nier que Nîmes & Tours ne fe difputent l’honneur du fécond rang ; Nîmes emploie plus de métiers, 8c Tours eft plus varié dans les genres d’Etoffes ; celle-ci copie Lyon dans le riche , 8c l’autre dans les ouvrages de petite tire, dont le mécanifme y eft auffi bien connu qu à Lyon.
- Le travail dominant à Tours eft la grande tire ; aufli ils y réuftîlTent ft bien, que ce qu'ils y envoyent à Paris p'affe.pour venir de Lyon, parce que le Réglement pour les Deffeins, fi ftriâement obfervé dans cette derniere Ville, n’a pas lieu dans les autres. 11 en eft de même à Nîmes pour la petite tire , les Ouvriers y excellent ; mais les Fabriquants n’ofant produire de nouveaux Deffeins, ne font exécuter que ceux quon leur envoie ; aufli leurs Deflinateurs font-ils découragés par le peu de confiance qu’on a dans leurs productions. Le feul re-mede qu’on puiffe apporter à cet? inconvénient, eft d’établir dans chaque Ville une Académie de Delfein relative aux Fabriques; fans cela elles feront toujours réduites à copier , & le goût du François eft tel, qu’une Etoffe n’eft fouvent plus de mode quand on penfe à Limiter.
- Je le répété, le Deffein, en fait d’Etoffes, eft la route à la célébrité. Les Deffeins de Damas |du fameux Dacier font immortels, envain a-t-on voulu les imiter ; on en revient toujours aux liens , & on doute encore que quelqu’un puiffe l’égaler dans ce genre : aufli les Fabriquants les achetent-ils encore fort cher à ceux à qui ils appartiennent ; car à Lyon les Deffeins font aufli précieux pour les Fabriquants, que des effets commerçables pour ceux qui fe mêlent de banque ; ceux fur-tout à nuances 8c qui imitent le naturel, font autant de prodiges admirables.
- Les Deflinateurs peuvent choifir parmi fix principaux genres, celui pour lequel leur goût penche davantage. v
- Les Etoffes riches brochées.
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- Les Etoffes brochées à nuances.
- Les Etoffes courantes.
- Celles de la petite tire.
- Les Velours.
- Et les Etoffes chinées.
- Chacune de ces divifions offre encore du choix ; car dans les Etoffes riches, on diftingue le petit & le grand riche ; le riche accompagné de nuances, & celui kqui n eft foutenu que par des
- couleurs;
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- P R E FA C E. xnj
- couleurs ; les habits & les veftes à bordures tiennent à Cê genre.
- Les Etoffes brochées à nuances, n’ont de variété que par les différents genres d’Etoffes où elles entrent; comme le Taffetas, le Gros* de-Tours , le Satin , la Luftrine > &c, & la partie des bouquets détachés.
- Dans les Etoffes courantes , font les Damas pour meubles à une* deux Sc trois couleurs > Sc ceux pour robes ; les grandes Florentines, les Perfianes, les Raz-de-Sicile, les Brocatelles, les Brocards* quelques genres de Moëres * & c : quoique toutes ces Etoffes n’em-ployént pas plus de trois ou quatre couleurs, un Delïînateur peut encore y briller.
- Dans les Etoffes qui dépendent de la petite tire, on peut faire bien desdivifions ; les Droguets ordinaires, les Droguets farinés , les Pruf fiennes, les petites Florentines, <&c, font une partie qu’on peut fé-parer des Péruviennes grandes & petites, des Droguets liferés, des Satins deux lacs, Sc c; on peut encore traiter à part lesfTaffetas façonnés , les Viennoifes , les Taffetas à l’Àngloife, les Taffetas Luf* trinés, Scc.
- On doit aulfi traiter à part tout ce qui concerne les Moeres qui dépendent de la petite tire.
- Les Velours fe divifent en trois claffes, les Velours frifés , leg Velours cifelés qu’on appelle communément Velours frifés & coupés ou Velours à jardin, & les Velours mignature ; Sc dans tous ces genres , on traite féparément les Velours pour habits Sc veftes à bordures en foie, en or & en argenté
- Quant aux Deffeins pour les Etoffes chinées, c’eft encore un goût tout particulier, Sc quil faut traiter d’une toute autre maniéré que les autres Etoffes: les opérations Sc les Deffeins de- ce travail font fî finguliers , que bien peu de Deffmateurs y réulïiffent, Sc malgré ces difficultés les Lyonnois l’ont porté à la plus haute perfeélion.
- Tels font les moyens de produire des beautés dans chaque genre; il faut en adopter quelques-uns ; mais qui voudroit les fuivre tous, ne fortira jamais de la médiocrité.
- Nîmes\ certainement en elle-même tout ce qu’il faut pour aller de pair avec Avignon, tant par la quantité de Soie qu’on y recueille* que pour fes bonnes teintures ; il eft vrai que les drogues qui y entrent font un peu cheres en ce pays, à proportion du prix qu’on donne aux Etoffes, Sc c’eft ce qui y a retardé cette partie d’induftrie*
- Etoffes jde soie. /. Paru
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- xvîij PREFACE.
- Il y a quelques années qu’un Fabriquant de Nîmes y fit teindre en noir les Soies qu’on employoit pour le Velours dans fa Fabrique, St la réuffite a été on ne peut pas plus parfaite ; l’expérience ne nous permet pas de douter que la qualité de l’air St de l’eau n'entrent pour beaucoup dans la beauté des teintures ; les noirs de Lyon, tout vantés qu’ils font, n’approchent pas de ceux de Paris.
- Un ufage qu’ont les Ouvriers de Nîmes, St qui rend leurs Etoffes défeétueufes, eft de mouiller les chaînes de leurs Etoffes avec de l’eau gommée, de la colle ou autres ingrédients. Je defire bien fin-cérement qu’ils abandonnent une pratique qui ternit la beauté de leur travail, & diminue la valeur de leurs Etoffes de dix ou quinze fols par aune ; je fais bien que c’eft une ancienne habitude à laquelle on tient, St dont les Ouvriers font efclaves. Mais fî les Fabriquants leur donnoient de la Soie bien ouvrée , St que les rémijjes fulfent de coufii St faits à petite couliffe, on parviendroit à fe paffer de gomme.
- Ce que je dis ici eft fondé fur ma propre expérience : affervi par ma naiffance aux préjugés de mes Concitoyens dans le temps où j’a-vois chez moi douze métiers travaillants , j’ai d’abord fuivi la méthode commune du pays ; mais bien-tôt je reconnus l’erreur, & avec les attentions que je recommande, je fuis parvenu à m’en écarter. Il ne faut pas non plus pour cela n'employer que les premières qualités d’Organfin de Piémont ; quel que foit celui dont on fe fert, il fuffit qu’il ait l’apprêt, qu’en terme de Mouliniers on dit : depuis dix-Jèpt jufquà vingt-un points de filage, & depuis jïx jufquà huit points de retard au tors.
- En vain objeéteroit-on le renchériffement des Soies, fi on lui don-noit cette façon; tant parce que la Soie plus torfe fe raccourcit, & qu’à pareille longueur il y en a davantage au poids, ou bien à caufe de la main-d’œuvre que je recommande ; mais cet objet ne fauroit être de grande conféquence: car les Mouliniers de Languedoc, de la Provence & du Vivarais, moulinent les Organfîns àraifon de deux livres quinze fols la livre au plus, & fouvent à moins : or , pour ce prix > ils mettent au filage treize à quatorze points , St point fur point ou deux points de retors : il eft certain que moyennant dix fols par livre , ils donneroient à ces Soies l’apprêt que je recommande , Sc cette différence qui ne reviendroit guere qu’à un fol par aune , rendroit aux*Etoffes l'éclat que la gomme leur ôte, St permettroit de les vendre au moins cinq fols de plus.
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- PRÉFACE. xix
- Quant à l’objeCtion du raccourciffement de la Sole , on peut employer de la Soie à trente-deux deniers, au lieu d’une à trente-Jix ; par-là on gagne lur la fineffe au-delà de la longueur que celle de trente-fix auroit perdue ; de plus, on gagne toujours d’employer de la Soie bien montée, en ce que la Devideufe & l’Ourdiffeufe font moins de déchet ; au lieu que la Soie mal apprêtée donne fouvent demi-once & quelquefois une once de déchet par livre, ce qui met le Fabriquant en perte de cinq fols par aune.
- On me reprochera peut-être d’entrer dans des détails minutieux ; mais je n’écris que pour l’avancement de mon Art, & fi quelqu’une de mes obfervations peut tourner à l’avantage des Fabriques, je ferai amplement récompenfé des foins que mon travail exige de moi ; d’ailleurs, qu’on me permette de faire remarquer en palfant, que c’eft à mes Compatriotes que je fais part de mes réflexions, & le me- ' rite que j’ambitionne le plus, eft celui de l'impartialité.
- Je prie mes Ledeurs de me pardonner une aulïï longue digref-fion au fujet de deux Villes, qui après celle de Lyon tiennent un rang diftingué dans celles de Manufactures. J’ajouterai qu’outre plus de dix-huit cents métiers qu’on compte à Tours, on y recueille encore beaucoup de Soie , & on y occupe environ quatre-vingt Moulins pour l’apprêter, tant pour les Etoffes que pour la Paflementerie.
- Nîmes occupe environ trois mille métiers pour les Etoffes , cent-vingts Moulins pour ouvrer les Soies dont elle recueille une grande quantité : la Paffementerie n’y eft pas confidérahle ; mais en récom-penfe on y compte environ huit mille métiers à faire des bas de Soie.
- D’après tous ces détails, il eft aifé de juger de l’étendue de nos Manufactures; car outre celles dont j’ai parlé, qui font les plus confi-Mérables, celles de Paris & de Rouen ne leur cèdent gueres dans leur genre: nous avons encore celles de Lavaur, de Narbonne, d’Auch, de Marfeille, du Puy-en-Velay ,d’Amboife, deTouloufe, &c, quine font pas aufli fortes , parce que leur établiffement eft plus moderne.
- h y a encore beaucoup d’autres Villes où on ne fabrique pas , mais dont l’unique emploi eft de recueillir de la Soie ; c’eft la richefi fe de toutes nos Provinces Méridionales, telles que le Languedoc , la Provence, le Vivarais, le Dauphiné, le Comtat Venaiflîn , la Touraine & les Provinces voifines ; & pour donner une idée précife de l’Etat de nos Fabriques, on compte en France plus de quinze cents Moulins à apprêter les Soies, vingt-huit mille métiers à fabri-
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- a# T R É F A C E.
- quer les Etoffes, plus de douze mille à faire des rubans & galons, & environ vingt mille à faire des bas ; enforte que le travail des Soies occupe direûement environ deux millions de perfonnes, fans compter les Ouvriers qui font occupés à conftruire ou réparer toutes les machines.
- Tant de fuccès de notre part ont nui fans doute à ceux de plu-fieurs Fabriques, autrefois accréditées, de l’Italie; Lucques , Pife, & quelques autres, ont été obligées d'appeller des Lyonnois, pour remonter leurs Manufactures, encore ne font-elles que languir.
- Jacques I, Roi d’Angleterre, ne ceffa toute fa vie d’engager fes fujets à faire des plantations de Mûriers, & à fe livrer à la culture des Vers à Soie, pour augmenter leurs Manufactures qu’il vouloir élever au pair de celles de France. Peut-être me faura-t-on gré de faire connoître par une anecdote finguliere, combien l’introduCtion d’Eûoffes de Soie étrangères eft rigoureufement défendue en Angleterre : il y a environ huit ans qu’on effaya de paffer un habit de Velours mignature, fabriqué à Lyon pour M. le Duc de Cumberland, frere du Roi; il fut faifi aux frontières, & par Sentence juridique, il fut brûlé publiquement, malgré fa deflination: auffi on peut dire que fi les Manufactures y font moins brillantes, du moins elles y éprouvent moins de viciflitudes que chez nous, où on s’obftine à tirer du Levant , & des Indes, des Etoffes que nous fabriquerions aufii belles & à meilleur marché.
- Les différentes opérations qui concernent la Soie font, l’art d’élever de cultiver les Mûriers; l’art de conduire les Vers à Soie depuis l’infiant de leur naiffance, jufquà celui où ils s’enferment dans le magnifique tombeau dont nous tirons de fi grands avantages ; l’art de tirer la Soie de deffus les cocons, 8c de la mouliner ; l’art de la teinture, fi difficile, & d'où dépend le fuccès de tout le travail des Soies ; celui du devidage , de l’ourdiffage , & enfin de l'emploi de cette Soie, qui, jufqu’à cet inftant a déjà fubi tant d’opérations.
- Il auroit peut-être été à propos de commencer l’Ouvrage que je donne aujourd’hui au Public, par le détail des premières opérations qu’on fait fubir à la Soie, & de ne traiter l’emploi qu’on en fait, qu’après ; mais en cela je me fuis conformé au goût des perfonnes éclairées , qui penfent que le travail des Etoffes eft fi curieux , qu’il n'eft pas de LeCleurs pour qui il ne foit intéreffant ; au lieu que la préparation des Soies, toute curieufe quelle eft , n’intéreffe pas un
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- PREFACE. xxj
- aufii grand nombre de perfonnes. Au furplus, l'accueil du Public pour cette partie, me déterminera à donner fucceffivément toutes les autres, ou à m’en tenir à cet effai ; 3c néanmoins pour donner quelque teinture de ces opérations, je joindrai à cette première Section un Traité abrégé delà Culture des Vers à Soie, déjà maniéré de tirer les Soies, 3c de leur Moulinage.
- Il y avoit déjà long-temps que je m’occupois du projet que j’exécute aujourd'hui , quand j’appris que mon Art étoit traité dans l’Encyclopédie : curieux de voir comment on l’avoit décrit ,• je le parcourus avec avidité, 3c fus fort furpris qu’on n’en eût donné qu’un extrait très-fuccinél, Sc même plein d’inexaétitudes : je fentis renaître mon zèle, 8c formai le deffein d’en faire un Traité complet, qui ^ faifant fuite aux Arts 3c Métiers décrits par MM. de l’Académie Royale des Sciences, ne fût pas indigne des modèles qu’ils offrent en tout genre. Je ne le cache pas , je fuis Fabriquant, j’ai plus encore travaillé par mes mains, que je n’ai fait travailler; c’eftla feule qualité qui me puilfe mériter quelque éloge : peu accoutumé à rédiger mes idées par écrit, j’ai fait la trille expérience qu’il y a loin d’un bon Ouvrier à un Auteur, même médiocre ; mais fi je me fais entendre, fi mes defcriptions font claires, j’aurai atteint mon but* D’ailleurs , la quantité des termes techniques, les répétitions néceF faires, tout cela concourt à rendre le ftyle peu agréable.
- La néceffité de répandre dans plufieurs articles d’un Diûionnaire des procédés qui, quoique différents, devroient être préfentés fous un même point de vue, a fans doute encore nui aux defcriptions qu’on trouve dans l’Encyclopédie : j'olè contredire bien des principes qu’on y avance, 3c je ne crains pas qu’on me releve : le dirai-je enfin, il n’eft prefque pas d’opérations dans la Fabrique que je n’aye exécutées moi-même; point de machines que je n’aye vues > mefurées 3c fouvent corrigées. Peu attaché aux méthodes de mon Pays, quand elles font inférieures à d'autres, je les condamne par cela feul quelles font inférieures.
- Tels font les fentiments dans lefquels j’entreprends de décrire un des Arts qui faffe le plus d’honneur à l’indufirie des hommes; tout y efl beau ; le principe de notre travail efl: une des merveilles du Créateur ; la nature efl le livre où nous puifons nos idées ; les fleurs, les fruits, les oifeaux, tout nous y offre fans celfe des images riantes, tout nous y porte à admirer la grandeur de Dieu : Cœli enar* Étoffes de soie. L Paru f
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- rantgloriam Del. Nos uftenfiles même font des Fruits du génie ; chez nous un métier eft d’autant plus eftimé que fes opérations font plus fimples. La Phyfique 8c la Mécanique font fans relâche mifes en ufage, pour leur procurer cette importante qualité. M. de Vaucanfon, dont le nom eft fon éloge, a rendu les plus importans fervices aux Manufactures dont il s’occupe fans celfe.
- Quelques perfonnes ont voulu me détourner de mon entreprife , fous prétexte que c’eft répandre chez l’Etranger des connoiffances que nous devons faire tourner à l’avantage de nos Manufactures ; mais à Cette frivole objection, la réponfe eft péremptoire : malgré l’état floriffant de cette elpece de commerce en France, à faire le dénombrement de la quantité de métiers dans chaque Etat voilin » on trouvera que la France en a moins que l’Angleterre, l'Allemagne 8c l’Italie enfemble, 8c quand ce nombre augmenteroit chez-eux , où en feroit le débouché ? D’ailleurs , c’eft moins la quantité de nos métiers, que notre goût qui fait notre richelfe. Ce goût iné-puifable fe produit fous mille formes , & une Etoffe eft déjà vieillie chez nous, quand elle arrive à l’Etranger. Qui ne fait que l’éloge d’une mode ou d’un Etoffe chez nos voifins, eft quelle vient de France ?
- Au furplus, je vais propofer un raifonnement bien fimple : on vient de voir à-peu-près l’état de nos Manufactures comparées avec celles de nos voifins ; leurs mécanifînes font certainement les mêmes, puifqu’ils fabriquent les mêmes genres, & qu’on n’a jamais pû arrêter les transfuges. Qu’apprendront-ils dans mon Ouvrage ? Que le Satin fe fait de telle ou telle maniéré? ils en font : Que le Velours doit être traité de telle façon ? ils en fabriquent d’auflt beau que nous : Connoiflent-ils donc la petite ou la grande tire ? oui, fans doute, toutes deux. Eh bien que ne produifent-ils donc des chef-d’oeuvres pareils aux nôtres ? Que leur manque-t-il ? la Soie leur eft commune avec nous. Faut-il le dire , il leur manque d’être François , d’avoir ce goût qu’ils nous envient ; 8c quand tous les Ouvriers de Lyon pafferoient chez l’Etranger, des François s’établiroient à Lyon , & y feroient des chef-d’oeuvres qu’on nous envieroit encore. Enfin en traitant cet Art, je trace un point au cercle qu’à projetté l’Académie des Sciences; fans mon Art les deux bouts de ce cercle ne fe toucheront jamais : & puifque le projet a paru beau, & digne d’une telle Compagnie , a-t-on pu concevoir un tout à qui il manquât quelque partie ? '
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- XXUJ
- INTRODUCTION
- A LA FABRIQUE DES ÉTOFFES DE SOIE.
- Contenant un Traité abrégé de la Culture des Mûriers, des Vers à Soie, du Tirage SC du Moulinage des Soies.
- ♦ * *
- Abrégé de la Culture des Ven à Soie en France^
- ü i Croiroit que fart d’élever les premiers artifans de notre luxé y eft entre les mains de gens à qui ce travail donne.à peine la fubfiftance ! Et pourquoi mon habit de Velours n’a-t-il procuré que du pain à tant de malheureux qui y ont travaille , avant qu il vint rclmufler mon peu de mérité , aux yeux d’hommes qui en ont auffi peu que moi.
- C’eft à des gens de la campagne qu’eft abandonnée la culture des Vers à Soie ; les plus riches d’entr’eux ont en propriété des plantations de Mûriers * d’autres en louent y d’autres enfin achètent les feuilles au poids, au tas ou bien à la fâchée, félon les différents pays.
- Il eft certain que l’ulàge d’acheter des feuilles de cette maniéré eft très-pernicieux , parce que l’expérience a appris qu’il falloit admettre du choix parmi les Mûriers, fùivant les différents âges des Vers à Soie : ainfi ceux dont les feuilles font plus tendres Conviennent aux plus jeunes ; & on a foin d’en donner de plus dures , & peut-être à caufè de cela plus nourifîantës, aux plus avancés en âge. Il eft difficile , pour ne pas dire impofîible, de fiiîvre cette gradation avec des feuilles ramaftees indiftinélement de tous côtés , louvènt gardées , & prefque toujours flétries par le feul tranfport ; auffi les Vers à Soie meurent-ils en très-grande quantité , & ceux qui parviennent à faire leurs cocons, ou bien n’en font que de très-minces, ou bien leur Soie eft de moindre qualité.
- Les foins qu exigent ces précieux infeéles font fans nombre ; le. froid, le trop grand chaud, l’humidité, la fraîcheur, la mauvaife odeur, le bruit, font pour eux autant d’ennemis mortels, ou pour le moins leur portent un préjudice confidérable. Les Chinois, félon le P* du Halde * en prennent encore de bien plus grands foins, & même en comparant la maniéré qu’il rapporte des Chinois dans le traitement des Vers à Soie avec la nôtre , on feroit tenté de croire que notre climat leur convient mieux que l’Afie* Voici comment on s’y prend chez nous.
- Généralement parlant, on choifit la quinzaine de Pâques pour faire couver
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- ixxiv ' INTRODUCTION.
- les œufs des Vers à Soie, parce que ce n’eft guère que dans ce temps qü’oh voit paroître en ce Pays-là les feuilles de Mûriers ; il y a même des Payfans qui , foit dévotion, foit je ne fais quelle autre idée, les mettent couver le Vendredi Saint.
- On emploie plufieurs méthodes pour faire éclorre ces œufs ; les uns les mettent dans une boîte qu’ils placent dans la cheminée, de maniéré que la chaleur ne fe falle fentir que par gradation, Sc les y laiflent huit ou dix jours 9 au bout duquel temps on juge qu’ils doivent être éclos , félon la chaleur qu’on leur a fait éprouver ; d’autres mettent cette boîte derrière le four d’un Boulanger ou d’un Fournier^ quelques autres mettent les œufs dans un petit linge bien blanc , puis affemblant les quatre coins, ils les lient de façon qu’aucun œuf ne puiffe fe perdre , fans pourtant les prefîèr: alors une femme les portant dans fon fein, lans difcontinuer, leur communique la chaleur de fon corps, & n’a d’autre foin que de ne les pas écrafer jufqu’à ce qu’ils foient éclos 3 quelquefois un homme les met dans fa chemife contre la chair ; quelques-uns les mettent dans leur lit; ceux-ci dans le lit des enfants, comme devant éprouver une chaleur plus faine; & ceux-là les font couver par des chiens. Voilà toutes les méthodes que j’ai vu employer.
- Il n’eft prefque perfonne qui ne connoiife les Vers à Soie, & qui n’ait vu de leurs œufs ; ce font de petits corps Iphériques un peu applattis , gros comme des grains de millet, & d’une faufle couleur lilas foncé*
- Quand les Vers à Soie éclofent ils reflemblent à des fourmis, & cherchent auffi-tôt à manger : il n’eft pas poffible qu’ils éclofent tous dans une même journée ; auffi quand on prévoit qu’ils ne tarderont pas, on met dans la boîte ou dans le linge quelques feuilles de Mûrier fur lefquels ils graviffient auffi-tôt ; on a foin de lever ces feuilles deux fois par jour, & on les met dans une autre boîte ou fur quelque planche fort propre , Sc garnie de papier, ou on leur donne à manger trois ou quatre fois par jour.
- Comme .tous ces œufs n’éclofent pas en un même jour, on a foin de mettre à part tous les foirs ceux de la journée , Sc on ne les mêle jamais avec ü’autres. v
- La durée de l’exiftence des Vers à Soie , depuis leur naiffimce jufqu’à leur travail eft de cinquante jours ou environ , & pendant ce temps ils éprouvent quatre fois une même maladie, qui eft le changement de peau , à-peu-près tous les dix jours ; la durée de cette crife eft d’environ vingt-quatre heures ; ils font pendant ce temps comme dans une elpece de fommeil & fans mouvement^ Ils fè cachent fous les feuilles qu’on leur a données ou fous les débris de celles qu’ils ont déjà mangées, de forte qu’on ne les apperçoit point. Ces maladies font très-dangereufes pour eux ; Sc quoiqu’ils foient fujets à d’autres accidents ; c eft-là qu’ils périflent le plus. Depuis leur naiffance jufqu’à leur première maladie , on les nourrit avec foin des plus tendres feuilles, Sc des Mûriers de l’elpece
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- INTRODUCTION. XXV
- ïa plus tendre ; après chacune de ces quatre maladies, on les nétoye, car ils aiment beaucoup la propreté, & pour y parvenir , on leur jette autant de feuille? qu’il en faut pour les couvrir entièrement ; deux ou trois heures après on s’ap~; perçoit qu’ils ont quitté les vieilles & qu’ils font venus chercher les fraîches ; on enleve avec précaution ces nouvelles feuilles , Sc par ce moyen on les transporte aifément dans une place nette : Sc il ne refte au fond que les cotons des vieilles feuilles , ainfi que les ordures*
- Le P. du Halde rapporte une méthode très-ingénieufe , dont fe fervent les Chinois pour changer les Vers à Soie , Sc dont on pourroit tirer parti en Europe. Quand ils font dans une de leurs maladies périodiques, ils ont coutume de fe cacher fous leurs feuilles ; lorfque les Chinois prévoient que cette crife tire à fa fin, ils les couvrent d’un léger filet, fur lequel ils arrangent des feuilles fraîches ; quand ils font lords de leur efpece de léthargie, ils cherchent avec avidité de la nourriture , & montent à ces nouvelles feuilles ; au bout de quelque temps, quand on eft afluré qu’ils y font tons, ou à-peu-près, on enleve le filet, Sc on les change ainfi de plate Luis les tourmenter par des mouvements qui leur font infupportables. -
- Il faut à mefure que ces animaux groffiftent, les loger plus au large ; car c’efi encore un des moyens de n’en pas perdre beaucoup que de les mettre à i’aifej yoici comment on fe conduit à cet égard dans nos Provinces méridionales.
- Chaque Particulier qui s’occupe de ce genre de culture , leur defline les chambres de fa maifon qu’il croit le plus convenables , Sc fi la température de l’air n’étoit pas telle qu’il la leur faut , on y fupplée au moyen d’un peu de feu dont la chaleur doit être très-douce. On place tout autour Sc au milieu de cette chambre plufieurs rangées de tablettes d’environ quatre pieds de largeur & à plufieurs étages ; & pour fixer à-peu-près le nombre qu’on en peut mettre * il fuffit de dire que dans une chambre de neuf pieds, hauteur ordinaire, on met fept rangées de tablettes.
- Ces tablettes ne font pas toutes faites de même matière ; les uns les font de planches affemblées ; d’autres prennent des claies d’ofier ou de rofeaux refendus* Sc dont la furface lilfe eft d’un même côté ; on foutient le bord de ces claies avec des lattes, pour y former des rebords ; d’autres font un tifîu avec de la paille & de la ficelle de jonquille, quelques-uns avec de petits rofeaux entiers de deux lignes & demie ou trois lignes de grolfeur; enfin d’autres tendent de la toile fur de petits chalfis faits avec des lattes, & s’en fervent comme de tablettes pour placer les Vers à Soie.'
- Il faut avoir attention à chaque changement de peau, de leur donner plus de place qu’ils n’en occupoient auparavant ; car leur accroifîement eft très-fenfible ,
- Sc fans cette précaution ils fe trouveroient trop à l’étroit, Sc fe gêneroient les uns les autres. Un Ver à Soie, quand il fort de l’œuf, eft prelque noir , Sc n’a guere plus d’une ligne de longueur, Sc quand il eft prêt à faire fa coque îl Étoffes de soie. 1. Part, g
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- scxvj INTRO DU CT ION.
- & environ deux ponces, ce qui fait à-peu-près une ligne d’accroî(Ternent pat pur. Lorfque je recommande de les tenir à i’aife, ce n’eft pas qu’ils puillenc s’échauffer les uns les autres , car ils font en tout temps très-froids , mais leurs excréments dont l’exhalaifon leur eft très-préjudiciable , étant plus renfermés, •fomenteroient & leur deviendroient mortels.
- Depuis la première jufqu’à la troifieme maladie, on leur donne à manger trois fois par jour ; de la troifieme à la quatrième on leur en donne cinq fois,-à-peu-près toutes les quatre heures Sc demie, autant la nuit que le jour ; Sc depuis la quatrième jufqu’à la montée , on leur en donne toutes les deux heures.
- Lorfqu’on a de toutes les efpeces de Mûriers qui leur conviennent, on leur donne d’abord de l’efpece la plus délicate tant qu’ils font jeunes, Sc enfoite de plus dure qui les nourrit davantage ; car alors ils ont plus de force pour ronger les feuilles qui ont acquis for. l’arbre plus de confiftance.
- Outre les maladies auxquelles les Vers à Soie font fojets , on craint encore beaucoup pour eux les orages , for-tout apres leur quatrième crifo, & 1 expérience a appris qu’un fort orage peut détruire en un inftant 1 efpérance de la plus belle récolte.
- Après,leur quatrième maladie on redouble de foins pour eux Sc lorfqu’orï Voit qu’ils commencent à mûrir, on difpofe les cabannes dans lefquelles ils doivent faire leurs cocons. On connoît leur maturité en ce que non-feulement ils ceffent de manger , mais encore ils deviennent tranfparents , ce qui eft un ligne non-équivoque qu’ils vont inceiïamment faire leurs cocons. J’ai même remarqué en ouvrant un Ver à Soie prêt à faire fa coque, dans la partie antérieure de fon corps, vers fa tête , une petite botte de matière verte , & ductile que j’ai cru reconnoître pour la quantité de Soie que chacun doit fournir pour fà tâche; mais quoique cette Soie foit jaune ou blanche quand ils font leur cocon , la couleur verte que j’ai vue m’a fait croire ou que je n’avois pas fait mes obfervations for des Vers allez prêts à faire leur coque, ou qu’en paf* fant par leur bec elle prenoit cette couleur jaune avec la gomme dont toute Soie eft imprégnée. Je fonde ce raifonnement for la facilité avec laquelle on lui fait perdre cette teinture & cette gomme en la débouillant.
- Quand les Vers veulent faire leurs cocons, ils montent à de petites branches de genet ou de bruyere , qu’on leur arrange fur leurs tablettes comme autant de berceaux, de la maniéré foivante.
- On prend ces branches par poignées, on les aiïemble par le pied comme un balai, Sc on les place entre les tablettes, de maniéré qu elles y tiennent debout, Sc même par le haut elles s’arrondiflent fous la tablette fopérieure , parce que ces petits faifoeaux font plus longs que la diftance d’une tablette à l’autre : ces berceaux ont à-peu-près quatorze à quinze pouces d’écartement, Sc font appuyés les uns contre les autres comme autant d’arcades, puis on leur continue la nourriture, Sc ils montent travailler quand leur période eft arrivé.
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- INTRODUCTION. 5CXVÏ]
- Quand un Ver à Soie fe difpofe à faire fon cocon, il Commence à placer €n tout fens des fils auxquels il en attache d’autres, & toujours en s’approchant Ju centre jufqu’à ce qu’il fe foit enfermé dans fon riche tombeau ; on le voit travailler pendant deux ou trois jours , mais quand le cocon deyient plus épais on ne voit plus rien.
- Le temps qu’il met à conflruire cet admirable édifice eft d’environ huit jours, au bout duquel temps il fe change en Chryfàlide, puis en Papillon , Sc alors il perce là coque qui feroit perdue fi on n’y obvioit comme on le verra , Sc enfin il ne fonge plus qu’à perpétuer fon efpece en s’accouplant avec un Papillon d’un autre genre que le fien. Ces Papillons ont d’affez grandes ailes , mais ils ne fauroient cependant voler , quoiqu’on les leur voie battre affez fouvent & rapidement ; & Pinftant où ils les agitent le plus eft quand ils font accouplés, à-peu-près comme les Pigeons quand ils s’approchent,Telle eft en abrégé l’éducation dés Vers à Soie ; nous allons voir maintenant la maniéré de tirer la Soie de deilùs les cocons.
- Nous ne répéterons pas ce que nous ayons dit de Pimpoffibilité de tirer la Soie à fec & {ans feu ; quoi qu’il en foit, le P. du Halde nous a donné une de£ cription de cette opération chez les Chinois , Sc il alfure qu’ils fe fervent d’une chaudière'& d’eau prefque bouillante; quand aux machines qu’il rapporte pour cet ufage , la complication que nous avons été forcés de donner aux nôtres, permet à peine de croire que ce qu’il en dit {oit pofïïble ; mais nous ne nous y arrêterons pas, il nous fuffit de décrire les opérations qu’on pratique en Europe,
- On a vu plus haut qu’on fait trois fortes de Soie, la greze , Pécrue & la cuite. Voici comment on leur donne les divers apprêts qui les différencient entr’elles.
- Lorfque les Vers à Soie ont achevé leurs cocons , on choifît les plus beaux pour en avoir de l’efpece pour Pannée fuivante ; ( c eft ce qu on appelle choijir les cocons pour graine. ) On en prend moitié de mâles & moitié de femelles 9 qu’on reconnoît à la forme des cocons ; chaque livre produit une once de graine , c’eft-à-dire, d’œufs, & cette once produit,'année commune, cinquante livrés de cocons.
- Quand ce choix eft fait, il faut de toute néceffité faire périr le Ver dans les cocons ; car autrement étant changé en Papillon il perceroit fa demeure dont on ne pourroit plus tirer aucun parti. Il y a trois maniéré de faire mourir les Vers ; les uns les expofent à l’ardeur du foleil, d’autres à la vapeur de Peau bouillante , d autres enfin les font paffer dans un four fuffifàmment chaud ; cette derniere méthode eft la plus fûre , & la moins nuifible pour la Soie.
- Les Vers qu’on expofe au foleil ne périffent pas tous ; ceux qu’on met à la vapeur de 1 eau bouillante périiTent à la vérité, mais cette vapeur dilate la gomme dont la Soie eft imprégnée , Sc les cocons'étant les uns fur les autres
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- s’écrafent, & -la Soie n’eft pas auffi facile à tirer : ceux quon met au four périment & les cocons confervent leur confiftance ; il eft vrai quil faut prendre garde que la chaleur du four ne foie trop forte, mais ordinairement les Ou-i yriers qui emploient cette méthode font fort au fait , & ne manquent pas leur: coup.
- Il eft certain que ces trois opérations nuifent à la beauté de la Soie ; mais il eft indifpenfàble de fixer ainli le Ver dans fa coque , 8c fans cela la Soie dont le Papillon eft forti nefl; bonne qu’à filer à quenouille. Ce n’efi pas, comme le prétend l’Auteur du Diélionnaire du Commerce , qu’il y ait à craindre que les Papillons s’envolent , & aillent dépofèr leurs œufs ailleurs ; quiconque en a vu , fait que malgré les efforts qu’ils femblent faire pour s’envoler, à peine en voit-on un feul qui quitte le papier fur lequel il font pour s’élancer à un demi-pouce plus loin. , .
- Il faudroit un volume entier polir décrire les différentes machines qu’ori emploie pour tirer la Soie ; c’eft toujours une roue dont la forme & la grandeur varient fuivanc la coutume des pays où l’on s’en fert. Nous donnerons par la fuite dans un Traité particulier le détail de ces opérations. U fiiffit préfern* tement de dire qu’on tire de trois fortes de Soie ; l’organfin, la trame & le poil : chacune de ces efpeces peuvent être tirées plus ou moins fines félon leur defrination ; mais il eft confiant que quelque fines qu’on les veuille , un feul brin de cocon ne peut jamais faire un fil ; le moins qu’on en réunifie eft ûx pour Forganfin f neuf 8c dix pour les trames, 8c treize ou quatorze pour les poils.
- Pour réunir ainfi pîufieurs. brins de Soie, on met une certaine quantité de cocons dans une baffine de cuivre rouge, d’environ dix-huit pouces de diamètre , 8c de cinq ou fix de profondeur , pleine d’eau, & portée fur un fourneau bâti avec de la brique 8c de la chaux ou fur tel autre qu’on juge à propos ; mais il doit y avoir à ces fourneaux un tuyau par où s’en va la fumée ; car on l’échauffe avec du bois auffi bien qu’avec du charbon.
- H faut nécessairement deux perfonnes pour ce travail, l’une pour conduire les brins venant des cocons, & l’autre pour tourner la roue fur laquelle on dévidé la Soie en écheveaux.
- La Tireufe eft affife à côté du fourneau à une hauteur convenable , pour faire, fans être gênée, autour de la baffine tous les mouvements néceflàires ; % fa droite eft placée la roue fur fon chevalet, ainfi que la Tourneufe.
- Un des bouts du chevalet eft appuyé fur le fourneau, & porte deux guides de fer ou de fil de fer dans lefquels paffient tous les brins de Soie, & où ils fe réunifient pour n’en faire qu’un : ces deux premiers guides excédent le chevalet qui les porte, de trois ou quatre pouces , de façon qu’ils font au-deflùs du milieu, à-peu-près, de la baffine. A ceux-ci répondent deux autres qui font fur un Va-vient, auquel la roue communique le mouvement, Pour faire les
- organfins
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- 1 NT R O D Ü CT ION.
- ôrganfîns 8c les trames comme il faut, on tire deux écheveaüx à la fois, de la maniéré quon va voir.
- Tireufe affife comme on vient de le dire , met dans la badine une cer-^ taine quantité de cocons , puis avec un petit balai de bouleau ou de bruyere taillé également par le bout , elle effleure en fouettant la foperficie des coconà qui furnagent, & les bouts s’attachent au balai ; enfuite elle les prend dans la main gauche & les dépouille d’abord en totalité , & après cela chacun en particulier, de la mauvaife Soie qui les couvre, ce quon appelle purger la Soie ; enfin elle choifit avec là main droite parmi tous les fils un nombre fuffi-fànt pour compofer celui qu’elle veut tirer, les pafle dans le trou d’un des deux guides, en pafle autant dans l’autre , & aflemblant au fortir des guides ces deux brins , elle les tord d’environ douze ou quinze tours, puis les fépafe Sc les pafle chacun dans un des deux autres guides qui font fur le Va-vient ; delà elle les attache à la roue ou Afple fur lequel fe forment les écheveaüx , & à laquelle la Tourneufe imprime le plus rapide mouvement qu’il lui efl
- Le Va-vient reçoit fon mouvement U® la iouc, ï o*v faïf- variet' la. combinai-* fon de là courfe à l’infini, afin que chaque tour de Soie n’aille pas fe coucher fur le précédent ; fins cette fage précaution la gomme de la Soie que l’eau prefque bouillante d’ou elle fort a dilatée, colleroit néceflairement tous Ces brins les uns aux autres, au lieu que chaque tour va occuper une place nouvelle , ou dont la gomme à pu fe fécher par la rapidité du mouvement.
- On conçoit aflez aufeul récit de cette opération-que chacun des guides forme un écheveau , & comme les brins des cocons peuvent finir ou fe cafler, la Tireufe ne doit pas les perdre de vue pour en fubftituer de nouveaux quand il en manque, & for-tout elle n’en doit pas mettre à chaque brin plus ou moins qu’il n’en faut ; elle a foin auffi d’entretenir dans la bafllne un nombre foffi-îàntde cocons prêts à devider, & de tenir, en modérant ou pouflànt fon feu à propos, l’eau prefque bouillante , fans jamais bouillir , & fi elle fe trouve for-prifo de trop de chaleur, elle verfe dans la bafllne de l’eau froide qu’elle a a pôté d’elle. C’efl: de cette attention que dépend la beauté de la Soie.
- Il faut avouer que c’eft un travail bien pénible de tirer de la Soie ; car on ne peut fe difpenfer d’avoir continuellement les mains dans de l’eau prefque bouillante ; aufîi voit-on les femmes qui s’y occupent avoir les doigts tout pelés, ce qui augmente encore leur douleur ; en vain ont-elles quelques foibles topiques qui pallient un peu leur mal ; & cependant la modicité du prix qu’on leur donne n’eft pas capable de les dédommager ; que de réflexions affligeantes pour un Philofophe fenfible !
- La gomme dont la Soie eft naturellement imprégnée fort à lier for les co-icons les brins les uns avec les autres, de façon qu’ils faflent un tout fclide tel qu on le voit ; elle fort encore à lier enfomble tous les brins particuliers donç Qtqffes de SOIE, I%Parcs à
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- %C%% INTRODUCTION.
- au tirage on Forme un feul brin, qui, quand il eft fec, ne peut plus fe di* "vifèr, à moins qu’on ne le fît bouillir de nouveau. Qu’on juge à préfent fi, comme le prétendent plufieurs Auteurs, il eft poiïible de tirer la Soie à fec.
- Il y a encore une autre maniéré de tirer la Soie, fur-tout celle qu’on nomme poil ; on n’en fait qu’un écheveau à la fois , & par conféquent il ne faut <qu*un feul guide ; mais pour procurer au brin de Soie le frottement qu’il éprou-voit en fe tordant avec le fécond, fuivant la méthode qu’on a vue plus haut , on le fait paiïèr dans le premier guide , de là il va faire un tour fur chacune de deux petites bobines, dont les têtes fe terminent en talus vers le milieu de la longueur , & ne forment entr’elles qu’une rainitte circulaire arrondie » d’environ une ligne de large , {ans laquelle ces deux plans inclinés fe rencontre-roient ; & de là va pafter dans le guide qui eft fur le Va-vient : le refte de l’o-* pération eft le même qu’à celle que nous avons détaillée ci-deflus.
- S’il étoit befoin de démontrer la néceflîté de l’eau chaude, tant pour tiret plus facilement la Soie , que pour unir plufieurs brins en un feul, on pourroit s s’en convaincre par quelques expériences que je vais indiquer. Plufieurs per-fonnes, à Paris fùr-tout, s’amufènt chaque année a élever des Vers à Soie,1 & font faire de petits dévidoirs pour tirer la Soie des cocons à fec : aucune d’elles n’a jamais pu faire ufage de cette Soie, fi ce n’eft pour des bas, ou des gants, encore faut-il la filer au rouet ou à la quenouille comme du Lin, & pat conféquent les brins féparés au de vidage font confondus & mêlés ; mais pour plus de certitude, voici quelques expériences très-aifées à faire, & qui démon-' trent l’impoftîbilité de la tirer à fèc.
- Fremiere épreuve. Doublez en huit ou dix un brin de Soie tiré à fec, mouil* lez-le avec de l’eau froide en le paflànt plufieurs fois entre les doigts, puis faites le fécher fans feu ; il eft certain que tous ces brins auront entr’eux und ^certaine adhérence foible , que la moindre humidité détruira, & de plus la Soi© en fera très-terne * parce que le frottement qu’on lui aura fait éprouver n’eft pas capable de tendre les replis tortueux que la dureté de la gomme a fait contracter au brin, dont un cocon eft compofé dans {on pelotonnage.
- Seconde épreuve. Doublez de même un brin de Soie, trempez-le dans de Peau bouillante en le paflànt entre les doigts, & laiflez-le fécher tout natu-; tellement ; la Soie fera plus brillante , parce que l’eau chaude en détrempant davantage la gomme, jointe aux frottements qu’on lui aura fait fubir, aura dé-i truit les crêpillonnements qu’il avoit en fortant de deflus la coque : ainfi il approchera davantage de la Soie tirée par la méthode reçue.
- Troijîeme épreuve. Doublez deux brins en pareille quantité & {ans les frot^ ter entre les doigts, trempez l’un dans de l’eau bouillante, & l’autre dans de l’eau froide; on n’aura de tous deux qu’une elpece de filofele, dont l’un fera plus adhérent & l’autre prefque pas ; mais tous deux feront bourrus , ce qui prouve la néceiïké du frottement dans le tirage*;
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- ÏNTRO DUCTIO N.
- Ënfin , fuppofons quun brin foit compofé de huit brins primitifs, & qu on lait tordu; fuppofons aufïî qu’on ait tiré par la méthode ufitée un brin com* pofé auffi de huit brins unis à beau bouillante : attachez~les par un bout à quelque point folide , & fufpendez à chacun un poids égal ; on verra que celui qui eft tordu fe rompra bien plutôt que le fécond qui peut fbpporter une charge prefque du double.
- Dans toutes ces expériences lorfqu’on aura uni les brins à l’eau chaude, on ne pourra les féparer qu’à l’eau chaude, au lieu que la moindre humidité fé-parera les autres.
- Je ne me fuis un peu appéfànti fur tous ces détails, que pour faire fentir l’impoffibilité des procédés que rapportent plufieurs Auteurs eftimés , 8c dont par cette raifon les erreurs font plus répandues : ainfi toutes ces connoiflànces mettent en état tout Leéteur de lavoir ce que font les Soies grêfes.
- Les Soies crues ne font autre chofo que des Soies grêfos , qu’on a fait tordre & retordre fur des moulins deftinés à cet ufàge, au point qu’exige le genre d’étoffes pour lequel on les defline. Après avoir donné la maniéré d’élever les Vers a Soie , 8c de tirer la Soie , il ne relie» plus donner une idée du moU"® Image,
- Traité abrégé du Moulinage des Soies*
- L e Moulinage des Soies eft un apprêt qu’on leur donne après le tîragê pour pouvoir les teindre, 8c leur donner une confiftance capable de réfiftet aux efforts qu’elles fubiffent dans les différentes opérations où elles paffent jufqu’à l’entiere fabrication des Etoffes.
- Cette partie du travail de la Soie eft un Art très-curieux ; & cette opération qui, au premier coup d’œil, paroît très-fimple* a mérité l’attention d’un des plus habiles Mécaniciens de l’Europe. Le Moulin qui fort à cet ufàge , quoique très® compliqué dans fes parties, eft fimple dans fies opérations ; 8c quoique ce ne foit pas ici le lieu d’en donner la defoription détaillée, nous tâcherons d’en dire allez pour mettre le Leéteur au fait de cet important travail.
- Prefque tous les Moulins font ronds ; ceux des Efpagnols font quarrés ; mais ceux qu’à inventés M. de Vaucanfon, font longs, 8c fans contredit les plus parfaits de tous. Comme les ronds font le plus en ufàge, je ne parlerai que de ceux-là: il ne m’appartient pas de donner le détail de celui de ce grand Mécanicien ; quant à ceux des Efpagnols ils font en fi petite quantité que je me, crois difpenfé d’en parler.1
- C’eft des Italiens & des Piémontois que nous avons reçu les Moulins dont nous nous forvons communément en France ; leur hauteur & leur diamètre varient à l’infini. On en fait chez nous qui contiennent depuis une Vargue jufqu’à quatre ; mais dans le pays d’où nous les tenons ils font communément? tous à quatre.
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- «xwÿ INTRODUCTION.
- 'Le diamètre de ces Moulins efl de onze, treize , quinze & dix-fept pieds ; Tnais les plus ordinaires en Piémont font de quinze pieds, Sc en France de "treize. *
- Les Moulins de onze pieds de diamètre ont douze guindres ou Afp es pour chaque Vargue ; ceux de treize en ont quatorze , ceux de quinze en ont feize ,
- ceux de dix-fopt en ont dix-huit ; par ce moyen les premiers ont foixante-douze fufeaux à chaque vargue , les féconds en ont quatre-vingt-quatre, les croifiemes en ont quatrevingt-foize, & les derniers en ont cent-huit.
- La hauteur des Moulins à une vargue efl; d’environ fept pieds , celle de ceux â deux vargues efl: de neuf, ceux à trois vargues en ont douze, & ceux a quatre en ont quinze. Telles font les dimenfions générales de cette machine: nous allons donner la defcription des principales parties qui la compofent & la maniéré de les faire mouvoir ; celui que je vais prendre pour exemple efl un Moulin à quatre vargues, dont deux font deftinées à donner le premier apprêt à l’organfin, & les autres pour le focond, Sc pour les trames Sc les poils. Il contient quatorze guindres ; fon diamètre efl: de treize pieds, for quinze de haut ; le haut Sc le bas de ee. Moulin font compofés de deux cercles égaux qui en déterminent la circonférence. Ils font divifés for cette circonférence en quatorze parties égales, à chacune defquelles efl: aflemblé un pilier ou montant ; chaque vargue contient une rangée de quatre-vingt-quatre fufeaux de fer, pofés verticalement tout autour du Moulin, ainfi qu’on va le voir.
- Ces fufeaux font placés fix par fix entre chacune des quatorze divifions formées par les quatorze piliers. Ils font fopportés par deux cercles d’un diamètre un peu plus petit que ceux du haut Sc du bas du Moulin, qui font formés de quatorze portions de cercle qu’on ailèmble aux montants de la maniéré foivante.
- Ces deux cercles ne font pas d’un égal diamètre entr’eux ; celui d’en-bas efl: le plus grand, on le nomme cercle des Voltes9 Sc chacune des quatorze parties qui le compofent efl fofpendue par fes bouts dans une entaille pratiquée à chacun des piliers, au moyen d’une plaque de fer qui les tient le plus horizontalement qu’il efl poffible ; chaque portion de ce cercle eftdiyifée en fix parties égales, à chacune defquelles efl un trou d’un demi-pouce de diamètre qui perce toute fon épaiffeur ; dans chacun de ces trous on place un Carcagnol qui efl un bouton de verre fervant de crapaudine au fufeau dont la pointe porte dans un petit trou conique qui s’y trouve.
- Le fécond cercle, qu’on nomme cercle de Survolte, dont le diamètre efl plus petit que celui du précédent, efl auffi compofé de quatorze parties qu’on attache avec des vis for la face intérieure des montants : & pour cet effet on les tient un peu plus longues que la diftance de ces montants ; ce cercle efl écarté de celui d’en-bas d’environ quatre pouces > & ü circonférence répond
- à-peu-près
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- INTRODUCTION. xxxîi}
- à-peu-près au quart de la largeur de celui d’en-bas, de maniéré qüe fi la fur-face de ce dernier étoit divifée en quatre parties égales par trois cercles concen* triques , la circonférence de celui d’en-haut répondroit perpendiculairement au plus petit de ces cercles. .
- C’eft par ces deux cercles que font retenus verticalement lès fufeaux à chaque vargue, au moyen de deux pièces de bois à chacun , dont une qu’on nomme Coquette, eft percée d’un trou, de maniéré que le fufeau paiTe jufqu’aux deux tiers de fà hauteur. Cette Coquette eft retenue fur le cercle de Survolte 9 par la fécondé piece de bois quon nomme Pontelet, qui eft entaillée de façon que la Coquette entre dedans en largeur & profondeur.
- On nomme Vargue une rangée de fufeaux ; ainfi un Moulin à quatre var-* gués, a quatre cercles de Volte , quatre de Survolte , 8c autant de Coquettes & de Pontelets que de fufeaux; & comme chaque rangée de fufeaux eft de quatre* vingt-quatre, le nombre qu en contient un Moulin eft de trois cents trente-fix, 8c d'autant de Pontelets & de Coquettes.
- Chaque fufeau eft garni d’un rochet qu il fait tourner , de d'une Coronelle : on nomme Coronelle une noix de bois dur, arrondie par-deflus, & évidée par en-bas à-peu-près comme une demi-boule ; elle eft percée d’outre en outre , 8c reçoit la partie fopérieure du fufeau qu’on y fixe au moyen d’une petite cheville de bois qui entre dans un trou pratiqué au haut du fufeau. Cette noix eft garnie d’un fil d’archal qui forme deux bras, l’un en-bas & l’autre en-haut, pour faciliter le déroulement de la Soie àmefure quelle fe dévidé fur les Guindres ou fur les Roquelles,
- Les vargues du haut du Moulin font ordinairement deftinés à donner le premier apprêt à l’organfin : la Soie devidée fur les rochets fe dévidé de nou-; veau fur des Roquelles, (qui font des efpeces de rochets de trois pouces de diamètre for quatre pouces de longueur) à mefure qu’elle fe tord dans un fens; ces Roquelles font enfilées par une baguette , fix par fix , pour être en nombre égal aux divifions des fufeaux , de force que chacune reçoit le brin d’un des rochets qui font for les fufeaux ou il fe répand également au moyen d’un guide mû par un Va-vient, dont la courfe détermine l’étendue que ce brin doit occuper fur la longueur du rochet qui le reçoit.
- Les Roquelles tournent au moyen d’une roue dentée qui eft en-arbrée foc la baguette où elles font placées.
- Les vargues du fécond apprêt pour l’organfin fervent aufîi pour l’apprêt de la Trame & du Poil ; 8c au lieu de fe redevider fur des Roquelles comme l’Or* ganfin , c’eft for des Guindres ou Afples comme on l’a déjà dit. Ces guindres font compofes de quatres lames de bois unies 8c polies, dont le dos eft arrondi l ces lames font portées par deux croix de bois égales dont le milieu tient aux extrémités de l’arbre où elles font folidement aflemblées, 8c dont l’écartement eft d environ dix-huit pouces. Ils font placés horizontalement, 8c faits Étoffes de soie. I. Part. i
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- zcxxiv INTRODUCTION.
- ^de maniéré que la Soie fo dévidé deflùs, y forme fix écheveaux venant des fix fufeaux de chaque divifion, & y eft conduite par fix guides immobiles ; & tomme chaque face de ces guindres a neuf pouces d’écartement d une lame à l’autre, récheveau a trente-fix pouces de circonférence , & non pas quinze, comme dit l’Encyclopédie.
- Les croix font fixées à l’arbre d’un côté par une broche de fer applatie ou quarrée, à laquelle on adapte la roue dentée, & de l’autre par une autre broche de fer à deux pointes plantée dans l’arbre, & dans ce qu’on nomme la Queue du guindre ; par ce moyen l’arbre eft à la longueur fofïilànte pour tou# ner entre deux points d’appui, ainfi qu’il eft néceflàire.
- Les baguettes & les guindres tournent au moyen des roues qui font atta-j chées à fept des piliers du Moulin, de forte que chacun a quatre roues les unes fur les autres, une à chaque vargue , & toutes placées dans l’alignement du centre ; leur diamètre eft d’environ un pied, & leur circonférence qui eft divilee en huit parties égales , porte ù chaque divifion une dent de bois très-* dur, ronde Ôc longue de fix ou lept pouces.
- Au centre du Moulin eft un arbre qui porte par le haut une rangée de huit traverfes , & autant à environ trois pieds du bas ; au bout de ces traverfos font affemblés huit montants qui forment un corps cylindrique à claire-voie ; for les piliers font attachées les Serpes ou Sarpes ; ce font autant déportions die cercle d’environ cinq pouces de largeur for un pouce & demi d’épaifleur; & comme ces Serpes font pofées obliquement for les montants, elles doivent avoir environ huit pouces de plus que leur écartement. Pour un Moulin à quatre Vargues, tel que celui que je décris ici, il faut trente-deuxJarpes } huit à chaque vargue, ce qui forme for la hauteur du Moulin une vis fans fin à chacune, par le moyen de laquelle tournent les roues à longues dents dont on vient de parler, qui font elles-mêmes tourner les baguettes où font les roquelles , & les guindres.
- En général les Moulins tournent de gauche à droite , & non pas de droite à gauche comme le prétend l’Auteur du Diétionnaire Encyclopédique ; ce mouvement réglé tous les autres, de forte que pour faire tourner les fufeaux des vargues du premier apprêt, ce font quatre EJlrafins à chaque rang de fufeaux, qui, par un frottement alternatif, leur donnent allez de mouvement pour entretenir leur rotation : ce frottement fe fait dans l’intérieur du Moulin ; ainfi on ~ peut juger par fa rotation que les fufeaux tournent de droite à gauche, au lieu qu’ils tourneroient dans un fens contraire, fi l’Auteur cité ne fe trompoit pas.
- ïdEfirafin eft une piece de bois de deux pieds de long ou environ, dont la forme eft une portion de cercle 5 on l’aflemble dans l’intérieur du Moulin au bout d’une traverfe au moyen d’un tenon au milieu de là longueur, de maniéré à pouyoir balancer horizontalement ; fa partie circulaire eft couverte d’une
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- INTRODUCTION. xxx
- ou plufieurs iifieres de drap pour rendre le frottement plus doux , Sc garnie par-de/lu s d’une courroie bien tendue , dont le frottement qu’elle eflifie contre les fufeaux les fait tourner ; & du côté de la traverfè où elle eft affèmblée, Sc à fun de fes bouts, eft une corde au bout de laquelle pend un contrepoids qui porte fins cefle l’autre bout fur les fufeaux; quelquefois aufli au lieu de ce contrepoids on y met un reflort qui remplit le même objet.
- Les fufeaux des vargues du fécond apprêt tournent au moyen d’une courroie fans fin qui paffe continuellement deffus ; cette courroie eft conduite Sc fou-tenue au bout de deux traverfes qui entrent dans l’arbre, & dont la longueur eft telle qu’ayant à leur extrémité chacune une équerre de fer à laquelle tient la courroie , ces équerres & la courroie elle-même fe trouvent à la hauteur des fufeaux fur lefquels elle frotte fans cefle, environ à deux pouces au-deflus du cercle des voltes qu’on a vu plus haut être placé dans des entailles pratiquées aux montants du Moulin. On doit fentir que ce frottement de la courroie fur les fufeaux fe fait extérieurement à eux, & intérieurement par rapport aux équerres ; ainfi il eft clair que quoique le Moulin n'ait qu’un mouvement , il fait tourner ces fufeaux/du même fens que lui , tandis que l’Eftrafin fait tourner les autres fufeaux dans un fêns contraire.
- La maniéré dont on fait tourner les Moulins n’eft pas par-tout la même j plufieurs mettent un homme dans le Châtelet du Moulin, (c’eft ce que nous avons nommé Cylindre a claire-voie) \ cet homme s’appuie contre les traverfes, Sc pouffant avec fon épaule contre les montants avec une force convenable , il marche continuellement fur une même ligne circulaire ; quelqu’autres mettent des ânes ou des mulets dans les Moulins, ou les attelent à un Cabeftan qui les fait tourner.
- Ceux qui ont la commodité d’eaux courantes , comme de rivières ou fon-rainés un peu rapides, en tirent parti pour faire tourner leurs Moulins au moyen de rouages qui y communiquent ; d’autres ont une grande roue en forme de lanterne dans laquelle un homme marche fans cefle, & à l’arbre de laquelle eft un pignon qui engrene dans une roue qui mene plufieurs Moulins à h fois ; d’autres enfin ont des Cabeftans dentés dont l’effet eft le même, Sc auxquels ils attelent des boeufs, des mulets ou des chevaux.
- Telle eft la conftruétion du Moulin à apprêter les Soies : il ne nous refte qu’à donner la defeription des opérations en quoi confifte cet apprêt.
- L’organfin eft une qualité de Soie qu’on emploie ordinairement à faire la chaîne des Etoffes, Sc pour lui donner la qualité néceflàire à cet ufàge , on la paffe deux fois au Moulin ; la première à fimple brin , & non pas à double brin , ainfi que l’Auteur du Diélionnaire du Commerce le dit, & la fécondé à brin double Sc quelquefois triple, mais rarement quadruple.
- Le premier apprêt, ainfi qu’on fa vu ci-defliis , confifte à tordre la Soie fur elle-même en faifant tourner le fufeau de droite à gauche, tandis que le brin
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- mm] INTRODUCTION.
- fe redevide fur des roquelles ; quand elles font fuffifàmment remplies de Soie, on la double ou on la triple en la dévidant de nouveau de deux ou trois roquelles fur un rochet pareil à celui où elle étoit d’abord ; & quand elle eft ainfi doublée ou triplée, on met ces rochets fur le Moulin aux var* gués du fécond apprêt, qui confifte à tordre ce brin en fens contraire. Le premier apprêt de l’organfin fe nomme Filage, & le fécond s’appelle Tors,
- Les trames & les poils reçoivent leur apprêt de la même maniéré que le fécond des organfins ; mais ceux-ci, tant dans le premier que dans le fécond apprêt, ne font pas tordus également, ainfi que les trames & poils.
- Les roquelles tournent au moyen d’une roue dentée qu’on fixe à la baguette fur laquelle elles font fix par fix ; cette roue eft plus ou moins grande félon qu’on veut que la Soie fbit plus ou moins tordue, parce qu’elle tourne elle-même au moyen d’une autre roue dentée , dont le nombre des dents eft ordinairement fixé à foixante ou foixante-deux , au lieu que celui des roues des baguettes eft: depuis onze, toujours par nombre impair , jufqu’à vingt-cinq : c’eft parce moyen i|uon détermine le plus ou le moins d’apprêt qu’on veut donner à telle ou telle qualité de Soie. Ainfi fi on fait tourner une baguette qui ait une roue de onze dents avec une de foixante-deux, celle de onze fera foixante-deux tours quand l’autre en fera onze , & fi la baguette a une roue 'de vingt-cinq dents & l’autre encore foixante-deux, celle de vingt-cinq ne fera que vingt-fept tours ~ ; & pour donner des idées plus claires de ce calcul , pendant que la roue de onze dents fera quinze cents cinquante tours , celle de vingt-cinq n’en fera que fix cents quatre-vingt-deux 9 & les deux motrices de foixante-deux dents auront fait dans les deux cas deux cents fbîxante-quinz© tours.
- Il fuit naturellement de ces calculs que la Soie qui fera tordue par la roue de onze dents , le fera beaucoup moins que par celle de vingt-cinq, parce que la rotation de cette derniere étant plus lente, la Soie fe dévidé plus lentement fur les roquelles , &par conféquent reçoit plus de Tors ; & la proportion de ces deux cas eft comme un eft à deux ft : ainfi moins la petite roue aura de dents plus elle tournera vite.
- De l’attention qu’on prend dans ces différentes combinaifons, il réfiilte que les Soies dont on fait les organfins ne font pas toutes également tordues ; il ën eft de même des trames & des poils ; il y en a deux raifons la première eft qu’une Soie fine doit recevoir plus d’apprêt qu’une groflé , parce que cette opération produit dans les Etoffes où entrent ces Soies, des effets différents félon leurs differentes grofléurs ; fecondement, l’apprêt qu’on donne aux Soies dépend de l’emploi auxquelles on les deftine.
- Une Soie tordue plus qu’il ne faut eft moins forte , parce qu’alers tous les brins qui compofent le nouveau brin raccourciffent en fe tordant, mais ils ne raccourciffent pas également ; ceux de deffus s’entortillent fur ceux du milieu
- qui
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- INTRODUCTION. dcx&vtj
- qui refirent à-peu-près dans leur longueur ; ainfi fi on fait éprouver un tiraillement à ce brin, ceux de defîus font tout feffort en raifon de leur tors > Sc caftent à mefiire qu’ils font forcés , ce qui entraîne la deftruétion totale du brin ; au lieu que quand ils font peu tordus, feffort fe partage fur tous , Sc la ré-fiftance eft bien plus grande. C’eft la raifon pour laquelle telle grolfeur de Soie doit recevoir plus ou moins d’apprêt que telle autre 5 félon le genre d’étoffe ou d’emploi auxquels on la deftine. Quelle que foit la fàgefie qui a diète les Réglements des Mouliniers en France Sc en Piémont, on n’y a fixé que l’ap* prêt que les Soies exigent en général ; mais il n’a pas été pofiible de defcen-dre dans les plus petits détails , parce qu’il n’appartient qu’au Fabriquant ou à celui qui doit emploier la Soie d’en déterminer au jufte l’apprêt. Ce n’eft pas qu’un bon apprêt 11e rende la Soie à-peu-près bonne à tout ; mais même en évitant le trop ou le trop peu, un peu plus ou un peu moins donne à l’étoffe plus ou moins d’éclat, Sc à l’Ouvrier plus ou moins de facilité à l’em* ploier.
- On fait que la Soie qu on emploie aux Taffetas doit être plus tordue que pour les Satins, Sc celle pour les Serges doit tenir un jufte milieu entr elles*' On en verra les raifons quand je traiterai chaque genre d’étoffe. Souvent aufîï on donne pour les mêmes emplois différents apprêts aux Soies, félon leur na-< ture, ou félon les différents pays d’où elles viennent , à caufe des différentes maniérés de tirer la Soie.
- Le fécond apprêt qu’on donne aux organfins leur eft d’un grand fecours * tant pour conferver leur force , que pour en faciliter l’ufage. En effet, cett@ fécondé opération rend, en quelque façon, tout ce que le tors qu’on lui avoit donné , avoit diminué de fon élafticité ; la démonftration en eft à la portée de tout le monde. Prenez un fil que vous tordrez fur lui-même en arrêtant un de fes bouts ; lorfqu’il fera parvenu au point de ne pouvoir plus être tordu {ans fe vriller malgré vous , joignez les deux bouts en le prenant par le milieu pour le tenir toujours tendu , Sc empêcher qu il ne fo crocville ; puis lâchez le milieu Sc vous verrez ces deux brins fo tordre enfomble , mais le tors qu’ils prennent n’eft que l’effet du détors auquel on l’abandonne. Tel eft l’effet du fécond apprêt de l’organfin qu’on appelle tors, lors duquel on le met en petits écheveaux {ùr des guindres, qui tournent au moyen de roues dentées qui engrenent dans d’autres roues adaptées à l’axe des étoiles à huit rayons, que nous avons vu plus haut être mifos en mouvement par les ferpes qui forment la vis fins fin à chaque vargue.
- Pour les organfins ordinaires, on met deux roues à pareil nombre de dents pour que l’une faffe autant de tours que l’autre , ce qu’on appelle tant fur tant ou point fur point.
- Lorfqu’on veut donner aux organfins un plus fort apprêt, on leur donné depuis un jufqu’à huit points de retard ; c’eft-à-dire, que la roue fixée au guindre? Étoffes de soie. L Paru k
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- INTRODUCTION.
- a depuis une jufqu’à huit dents de plus que celle qui eft fixée à Taxe de la grande étoile.
- Les roues dentées des guindres, ont depuis feize jufqu’à vingt-quatre dents en augmentant une par une, & celles qui font aux grandes étoiles en ont ordi-i
- nairement feize.
- Plus on veut donner d’apprêt à l’organfin , & plus les roues du guindre doivent avoir un grand nombre de dents ; car fi on met à un guindre une roue de dix-fept dents, & que celle du Moulin n’en ait que feize, lorfque celle-ci aura fait un tour, il s’en faudra d’une dent que la première n’en ait fait autant, ce qu’on appelle un point de retard ; & fi la roue du * guindre a vingt dents, ce fera quatre points de retard, qui eft la différence de feize à vingt, & ainfi du refte. La combinaifon des dents faite dans unfens contraire s’appelle point courant ; ainfi fi on mettoit un roue de quatorze dents au guindre , & que celle du Moulin en eût feize , on appelleroit cela apprêt à deux points courants , parce que quand le guindre auroit fait un tour, il s’en faudroit de deux dents que la roue qui le mene eût fait le fien; ces calculs font toujours fort aifés à faire.
- Il ne faut cependant pas croire que des roues dentées à un nombre quelconque de dents, puiffent donner le même apprêt aux Soies par la feule différence de leur grandeur ; car quatre points de retard procurés par une roue de vingt dents qui engrene dans une de vingt-quatre, ne font pas les mêmes que d’une de feize, menée par une autre de vingt, quoique la différence foie la même : c’eft une erreur où font beaucoup de Mouliniers, & de ceux qui donnent leur Soie à mouliner ; car pour donner les points de retard & les points courants, ils fe fervent indiftinélement de roues dentées à un nombre quel-; conque, pourvu que la différence s’y rencontre, & ils prennent auffi bien une roue de feize dents, avec une autre de vingt pour avoir quatre points de retard ,
- . qu’ils en mettroient une de vingt avec une de vingt-quatre, & cependant l’apprêt n eft pas le même , ainfi qu’on va le voir.
- Je vais prouver qu il s en faut d’un vingt-cinquîeme, qu’une roue de vingt dents menée par une de feize, ne donne le même apprêt qu’une de vingt-quatre , menée par une de vingt.
- Suppofons une roue dentée de feize dents, fixée à la grande étoile du Moulin , pour faire tourner un guindre auquel eft fixée une roue de vingt dents.
- Suppofons encore une roue de vingt dents fixée à la même grande étoile^ pour faire tourner un guindre auquel eft fixée une roue de vingt-quatre dents, de forte que la roue de feize dents & celle de vingt tournent fur le même axe ; il eft certain qu’elles feront autant de tours l’une que l’autre, & cependant dans le temps où la roue de feize dents n’a fait faire à celle de vingt dents que vingt-quatre tours, celle de vingt dents qui'tient au même axe que celle de feize, a fait faire vingt-cinq tours à celle de vingt-quatre : ainfi la diffé-
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- INTRODUCTION. xxx'lX
- rence de l’apprêt qu’on donne par ces deux différentes combinaifons eft d’un vingt-cinquieme , & ce qui paroifîbit devoir produire un même effet eft tout-à-* fait différent, puifque celle qui aura fait vingt-cinq tours fera plus tordue d’un vingt-cinquieme.
- Cette obfervation peut s’appliquer à toutes les maniérés de mouliner les Soies ; car il eft certain que plus les roues qui font tourner les guindres , foit ' en points courants, foit en points de retard, auront de dents en raifon de celles qu’elles font tourner, moins la Soie fera tordue.
- J’ai cru devoir faire cette remarque, parce qu’il eft eflentiel de donner à la Soie un même degré d’apprêt, lur-tout lorfqu’on la deftine au même ufà-ge : car fi dans un même ballot on en trouve de moins tordue ou moins fila* gée j on en connoît la différence en l’employant ; mais il n’eft plus temps & ce font fans doute ces inconvénients qui ont déterminé M. de Vaucanfon à faire conftruire de très-beaux Moulins à Aubenas.
- Les trames font des Soies qu’on prépare pour forvir au tîflu des étoffes & des rubans ; elles ne reçoivent qu’un apprêt fort léger, c eft-à-dire , qu’on ne les fait prefque pas tordre, afin qu’elles ayent plus d’éclat quand elles font teintes, & pour d’autres raifons qu’on verra ailleurs.
- Pour apprêter les trames on les dévidé à fimple brin fur des rochets , en-fuite on les redevide à brin double ; c eft-à-dire, qu’on met à la fois fur un même rochet les brins de deux des premiers ; on les joint autant qu’il eft poffible , puis on les met au Moulin pour leur donner l’apprêt convenable quî eft de douze ou quatorze points courants, de forte que les roues dentées qui font à la grande étoile, font de vingt-quatre dents , & celles du guindre font de dix, de onze ou de douze dents. Cet apprêt eft fi léger qu’il ne fait que lier enfemble les deux brins, & quon pourroit aifément les féparer tant que la Soie eft crue : l’apprêt de cette Soie fe donne dans le même fens que celui de l’organfin au fécond apprêt.
- On nomme Poil> une efpece de Soie qu’on deftine auffi pour le tifîu des Etoffes ; il différé de la trame , en ce qu’on lui donne l’apprêt à fimple brinj On varie cet apprêt foivant la fineffe de la Soie, car on donne depuis huit jufqu’à quatorze points courants , & l’on fait toujours tourner les guindres par une roue de vingt-quatre dents , tandis que les leurs en ont quelquefois dix onze, douze & jufqu’à feize.
- Voilà en général l’apprêt qu’on donne aux Soies , & la maniéré de le leur donner : j’ai cru qu’il étoit néceffaire de mettre ces opérations fous les yeux desLeéfeurs qui ne les connoiffent pas, pour qu’ils fentiffent mieux les raifons de la beauté de la Soie & fes défeéluofités, Sc qu’ils euffent une idée des moyens qu’on a imaginés , pour lui donner une confiftance capable de réfifter aux opérations qu’on lui fait fubir jufqu’à l’entiere fabrication de l’étoffe.
- Lorfque les Soies ont reçu l’apprêt néceflàire, il n’eft plus queftion que d®
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- les teindre dans les couleurs dont on a belbin. Il n’eft pas de mon objet de dire par quels moyens on vient à bout de leur donner ces couleurs vives <3c brillantes qui rendent nos étoffes fi recherchées ; on peut confulter l’Art du Teinturier : mais je ne dois pas laiffer ignorer que pour pouvoir leur faire pren-, dre ces belles couleurs , il faut néceffairement les décruer.
- L’opération de décruer la Soie, confifte à la faire bouillir pendant trois ou ^quatre heures dans une chaudière remplie d’eau, dans laquelle on a mis une certaine quantité de fàvon blanc ; par ce moyen on diflout la gomme qui lui donnoit une crudité qu’on fent même en la touchant , & il ne relie plus que la pure Soie, qu’on nomme alors Soie cuite.
- Ce qui prouve encore la féparation qui fe fait de la gomme & de la Soie , c’eft que fi après l’avoir ainfi fait bouillir, & après l’avoir lavée dans une eau courante autant qu’il efl: poffible , on la fait fécher , on s’appercevra qu’elle a perdu un quart de ce qu’elle pefoit auparavant. Ce que j’avance ici eft à la connoiflance de tous les gens de l’Art ; il n’eft point de Fabriquant qui ne fâche que le Teinturier ne lui rend que les trois quarts du poids qu’on lui a donné , en quelque couleur que la Soie ait été teinte, excepté en noir : mais ce qui furprendra, fans doute, c’efl: que la Soie qui perd ainfi du côté du poids , augmente du côté du volume ; car il efl: certain que chaque brin paroît à la feule vue groffi fenfiblement. La raifon de cet événement efl: fans doute la folution d’adhérence 3 entre tous les brins des cocons dont efl: formé le brin qui pâlie à la teinture ou il perd la gomme , qui, au tirage , les avoit unis fi intimement ; au lieu qu’il ne leur refte plus que l’apprêt qui les unifie, mais iis ne font plus collés les uns aux autres.
- C’efl: le décruage de la Soie qui lui procure cette beauté & cette vivacité de couleurs qu’on admire en elle, la gomme fans cela fe mêleroit à ces couleurs , & les rendroit ternes & faufies ; d’ailleurs , elles ne pénetreroient pas aufïi bien les brins qui compofent chaque fil, parce que la gomme leur en fermeroit le paflàge : on fait par expérience que le Lin lui-même reçoit de plus belles couleurs que la Soie crue; c’efl: le décruage qui la rend blanche & po-reilfe, & tout le monde fait que le blanc efl: fùfceptible de prendre toute forte de couleurs.
- D’un autre côté , fi la Soie qu’on paflè au décruage n’avoit pas été tordue à l’apprêt, on ne retireroit de l’eau bouillante qu’un duvet dont on ne pourroit plus tirer parti, & que la cuiflon en diflolvant la gomme auroit défuni, on auroit à peine une filerie fupportable ; ainfi les opérations du décruage & de la teinture, ne font que lui ajouter un nouveau luftre.
- Bien des perfonnes mettent tout ce qui provient des cocons au même rang ; mais celles qui ont quelques connoiffances dans cette partie, favent qu’il n’y a de véritable Soie que celle qu’on tire par le moyen des procédés que nous venons de rapporter, le refte eft ce qu’on nomme fleuret, Filofele, Galette,
- Chryfandrii
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- INTRODUCTION, xlj
- Chryjantln , premiere Barbe, Fafitaijie , &c ; tout cela fe file à la quenouille ou au rouet à-peu-près comme le Lin ou le Chanvre. Après avoir donné la maniéré de tirer la bonne Soie, nous allons dire un mot de celle de faire ufoge de ces efpeces de déchets.
- D’abord ce font les cocons qu’on avoit choifis pour graine , & dont les Papillons fontfortis; comme ils font percés en un endroit, onn’en fournit faire d autre ufoge ; mais on les met en état d’être filés, & même ce qu’ils produi-fent eft ce qu’il y a de meilleur en ce genre & qui approche le plus de la belle Soie. On écharpit chacun de ces cocons en particulier, pour en former un duvet moëlleux & liant, de forte que dans la touffe que chacun produit, aucun brin ne (bit lié par la gomme à un autre ; dans cet état on en place plufieurs fur une quenouille 9 & on en fait une fort belle filerie à laquelle on donne le nom de Fantaijie. Il y en a de fi belle qu’on ne fouroit l’aprécier qu’en la mettant de pair avec la Soie pour la valeur ; mais on n’y trouve jamais la même beauté, la comparât-on aux Soies les plus inférieures : on s’en fort ordinairement pour le tiflii dune étoffé dont la ckaîne eft de Soie; quelquefois on emploie cette filerie pour la chaîne d’une autre étoffe dont le tiflù eft d’une Filofolle ou d’un Cryfontin , &c, parce que pour tous les genres d’étoffes quelconques, la chaîne eft toujours d’une matière fopérieure à la trame.
- On a encore deux maniérés différentes de préparer ces cocons percés , à être filés ; on les met for un bloc, on les bat avec un gros bâton , de façon cependant à ne les point hacher ; quand ils font amollis, on les écharpit avec les doigts ou on les carde. L’autre maniéré de les préparer eft de les faire bouillir une couple d’heures, de les écharpir un peu étant encore humides , & en-foite de les faire carder avec précaution. Cette derniere méthode rend cette matière un peu moins belle , mais elle eft beaucoup plus expéditive en tout Ce qui la fuit, parce que la décoélion dilate la gomme du cocon, l’en fépare j & ne laifle que la partie foyeufo.
- Les cocons produifont encore d’autres matières qu’on file, & qu’on appelle Cojles ou F rifons : on fépare cette partie des cocons en les purgeant lorfqu’on tire la Soie ; c eft la foperfide de ces cocons qui ne fo dépouillant pas comme le refte qui le compofo, aü lieu de rendre de bonne Soie, ne forme qu’un duvet qui devient groffier par l’irrégularité avec laquelle il fort de deffus le cocon ; ce dépouillement en entraîne fouvent d’entiers qu’on ne peut pas tirer ; car il y a des Vers à Soie qui font leur coques de maniéré qu’on ne peut pas les de-yider. De ces frifons,y Cojles ou EJlraffes, on tire les Chryfantins , les Filofelles & les premières Barbes ; pour y parvenir , on les bat, on les carde ou bien on les fait bouillir fons les battre , & on les carde enfoite , après quoi on les file*
- On tire encore une filerie groffiere des cocons qu’on ne peut tirer entièrement ; il y en a une grande quantité qu’on ne peut devider jufqu’au dernier bout, à caufo jde la trop grande finefle de leur brin ; ce qui prouve que bien des Vers produi-Etoffes de soie, /. Paru * /
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- zrRj INTRO D U CT 10 N.
- Cent de trois fortes de Soie , ou pour mieux dire , que dans la longueur du brin qui compofo un cocon, on emtrouve de trois qualités ; la première éft celle que Ton voit fans ordre au-deflus du cocon qui différé par la régularité de là forme : c’efl cette partie qui fait le Frifon, Scc, dont je viens de parler ; la fe-i conde partie eft nette , égale , & a une confiflance qui lui permet de fe joindre tout d’un trait aux brins des autres cocons, dont on forme celui de la Soie ; Sc lorfqu’il vient à la fin , ce brin, tout-à-coup , ou peu-à-peu, perd fa force, Sc on ne peut plus rien en tirer ; c’efl: quelquefois la vingtième partie d’un cocon qu’on perd, quelquefois plus Sc quelquefois moins : on a donné le nom de Peau à cette partie du cocon, qui reflemble en effet à une peau ou parchemin. Soit que les cocons foient dévidés à fond ou qu’ils ne le foient pas ,il n’eft pas moins vrai que le dernier bout de leur brin efl: toujours plus fin que leur commencement ; cela efl: fi vrai, que fi un brin de Soie doit être compofe de dix cocons , Sc que la Tireufe voye qu’il y en ait quatre qui tendent à leur fin ; elle augmente fon brin de deux autres, fans attendre que les peaux foient finies ; de forte qu’on regarde la grofleur du brin de deux cocons auxquels il ne refte qu’un douzième à devider, comme n’en valant qu’un: ainfi pour rendre le brin d’une Soie toujours égal, on augmente le nombre des cocons, fans attendre que ceux aux** quels ils doivent fuccéder foient finis. Il ne faut pas cependant croire qu’on exécute ftri&ement ce que je dis ici ; mais ceux qui entendent bien l’art de faire tirer la Soie, y font prendre autant de précaution que la beauté de la matière peut l’exiger ; ainfi les cocons qu’on ne peut pas finir de tirer font encore mis à profit ; la matière qu’on en file efl: très-groüiere, parce que le Veï qui efl: dedans fe met en poudre , Sc cette poufllere s’attache au duvet du cocon , de forte qu’on a beau la laver, il y en refte toujours allez pour la rendre bien inférieure aux autres fileries : voilà précifément tout ce qu’on tire des cocons.
- Les Vers à Soie font fi précieux , que, comme on le voit, on tire avantage de tout ce qu’ils produifent ; on fait plus encore, on tire avantage des Vers même, puifqu’on en nourrit des poules, des canards Sc des poules d’Indes ; pour cet effet on les fait fécher, & on les donne à manger à ces animaux pendant l’automne Sc l’hiver, ce qui tient lieu de grain, Sc même la volaille qui fe nourrit de ces Vers devient très-délicate Sc très-graffe. Toutes ces productions n’ont befoin d’autre apprêt que de celui qu’on leur donne en les filant ; quand on les met en teinture , on en ufe comme de la belle Soie ; il faut néceflairement les dé4 cruer; elles donnent la même diminution > quant à leur poids, excepté celles^ qu’on a déjà fait bouillir pour les carder Sc les filer plus commodément : celles-là** dis-je , quoiqu’on les faffe recuire ne perdent prefque rien , parce que la pre^ miere fois on a emporté tout ce qui étoit étranger à la Soie , & fi on la fait recuire, c’efl plutôt pour la nettoyer & ouvrir les pores des brins de Soie dont la filerie efl; compofée , que pour autre chofe; d’ailleurs, ces fileries prennent
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- INTRODUCTION* %Hlj
- bien en général la teinture qu’on leur communique ; mais elle y éclate plus ou moins à proportion de leur beauté. Telles font en général toutes les productions des cocons, & les matières avec lefquelles on fait les Etoffes de Soie. Voyons maintenant l’ordre qu’on leur fait tenir pour les mettre en état d’être fabriquées.
- Au fortir de la teinture , on les dévidé les unes & les autres , comme on le verra dans la première Partie; on ourdit les chaînes avec l’Organfin , ce quî fera le fojet de la fécondé.
- Quand les chaînes font ourdies, on les plie fur des Enfoples ; ce fera la troi-Cerne Partie.
- La trame & le poil qui font les parties quon deftinepour le tiiïu desEtof* fes, font mifes en Canettes & en Efpolins ; c’eft une forte de redevidage quî remplira la quatrième Partie. '
- Comme les Remises 8c les Peignes font deux uftenfiles dont la connoif fànce efl néceflâire à un Fabriquant, quoiqu’ils occupent particuliérement des gens qui en font leur état, ces deux Arts feront traités féparément , 8c feront la cinquième & la fixieme Parties ; & comme ils tiennent de très-près à la Fabrique à caufe de l’accord du compte de dents avec celui des fils, je les traiterai dans toute leur étendue. Je donnerai à la fuite de ces Traités , celui des Etoffes unies 8c rayées, telles que les Satins, les Serges 8c les Taffetas ; enfuite les Etoffes demi-façonnées dans tous les genres ; les Etoffes façonnées exécutées par le moyen de la petite Tire ; enfuite on verra celles qu’on exécute aux Xemples , qu’on nomme Etoffes courantes. On donnera après cela un Traité for h. grande Tire , qui efl l’Art de fabriquer les Etoffes brochées en Soie, en or & en argent, 8cc. Après ce traité on trouvera la defcription de quelques Machines qui fervent à faciliter la fabrication des Etoffes, 8c à leur plus grande perfeéHon. Cet Ouvrage fera terminé par l’Art de faire toute force de Velours , Peluches , &c.
- Quoique ce projet foit vafte & difficile à exécuter, j’ofe me flatter d’en venir à bout ; je mets ma confiance dans les expériences que j’ai faites fur toutes les différentes parties que je me propofe de traiter : j’ai travaillé généralement à toutes, & je ne crains pas d’avancer que j’ai acquis la connoifïànce d’environ deux cent genres d’Etoffès que j’ai exécutées ou fait exécuter.
- Je donnerai le moyen de connoître comment on exécute toutes les Etoffes £ en voyant feulement un échantillon: je donnerai auflî des connoifîànces à l’aide defquelles on peut inventer des Etoffes nouvelles , & je tracerai une routa facile à ceux qui cherchent à faire des inventions dans cette partie. ( On trouvera cela dans l’article des Etoffes demi-façonnées , ou l’on verra une foite de combinaifons pour concilier les trois genres d’Etoffès principaux, pour les réunir à un feul ; 8c j’y prouverai que cela peut fo porter prefque. à l’infini ).
- On ne fauroit fabriquer d’Etoffès à fleurs fans le focours du deffein ; il fauç
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- même que les defleins quon y emploie foient exécutés fur un papier réglé J ce quon appelle dejj'ein mis en carte : on trouvera la maniéré de les mettre en carte, avec tous les foins qu’on doit y prendre, foivant que je l’ai toujours exécuté & vu exécuter. J’ajouterai une explication , ou plutôt une diflertation importante fur le papier réglé , fur la maniéré de l’employer, de faire les tranf-latations qui conviennent à certaines Etoffes, & ce qui eft plus intéreflant encore , on y trouvera un moyen fur pour fè fèrvir du compte de papier réglé pour une Etoffe, afin de lui donner la qualité qu’on voudra fans altérer en aucune maniéré l’ordre des deffeins : je prouverai dans cet endroit, que quoique les Manufactures d’Etoffes ayent été poulfées bien avant, on n’a pas encore fuivi la véritable route pour connoître la Réduclion du papier réglé; qu’on ne connoît pas tous les comptes auxquels ils peuvent fè faire, & tout ceux qu’on pourroit employer ; que même on n’a pas encore trouvé le moyen de découvrir dans une Etoffe à fleurs fabriquée , le papier fur lequel le deflèin qui y eft porté , a été exécuté.
- Je fuis perfoadé que par les calculs que je donnerai à ce fujet, on fera à portée de voir que c eft un point d’autant plus eflentiel pour la perfection des Etoffes, que bien fouvent les Ouvriers font obligés de ferrer la trame plus dans un endroit que dans l’autre, afin de procurer à un deflèin la rondeur qu’il exige pour n être pas défectueux ; ce qui ne peut s’exécuter qu’en rendant l’Etoffe moins belle en elle-même, parce que l’endroit où la trame eft plus rapprochée eft moins éclatant que celui où elle eft dans fon écartement naturel.’
- Cette diflertation & les connoiflànces que je me fois propofé de donner à cet égard, m’ont paru d’autant plus néceflaires que dans toutes les Villes où les Manufactures d’Etoffes de Soie font établies , on ne trouve qu’un bien petit nombre de Fabriquants qui déterminent à propos le genre de papier qu’il faut pour une Etoffe, lorfqu’on a quelque changement à y faire , foit pour la force qu’on veut lui procurer, foit pour la groflèur de la trame qu’on veut y employer , foit pour en augmenter ou en diminuer le nombre des fils de la chaîne. : _..
- Il eft certain que mes obfervations à ce fujet ne deviendront avantageufos que pour ces changements ou pour les Etoffes qu’on ne connoît pas, parce que pour celles qu’on fabrique communément dans une Ville, on eft d’accord for le papier qu’on doit y employer ; mais comme les changements font fréquents Sc que d’ailleurs, telle Ville de Manufacture veut ou mieux fabriquer une Etoffe que l’autre ou moins bien, ou faire quelque changement dans cette même Etoffe , il faut pour la beauté du deflein que le compte du papier réglé lui ferve de bafe. Il eft donc à propos d’avoir un moyen for pour le déterminer , fans être obligé de faire des eflàis, toujours longs & coûteux. Il eft donc eflentiel aux Fabriquants de connoître cette partie, qui ne devroit fans doute Regarder que les Deflinateurs ; mais il faudroit qu’ils euffent la connoiflânee des
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- INTRODUCTION. xfr
- Etoffes , ce qui n’eft pas ordinaire ; car pour un Deflinateur qui Connoît un peu l’Etoffe, il y en a cent qui n en connoiffent que le nom : c’eft pour cela que je me fuis cru obligé d’inférer dans mon Traité le moyen de leur procurer cette connoiflance , fans qu’ils foient obligés de s’attacher au mécanifme du métier > qu’ils devroient néanmoins entendre à un certain point, pour être plus fors dans leur exécution ; d’ailleurs , quelques-uns m’ont engagé à rendre public ce procédé , & je n’ai pas cru devoir m’y refufer*
- Le mécanifme du Métier devroit être la fcience des Ouvriers en général ; mais il eft certain que tous ne peuvent pas le poffeder ; cela n’eft pas même néceffitire , parce que beaucoup de parties qui le concernent font l’occupation de plusieurs perfonnes qui ne s’attachent qu’à cela, & l’exécutent avec autant de célérité que de perfection. Il n’y a que dans des Villes où les Manufactures font peu considérables , que les Ouvriers fe donnent la peine d’entreprendre toutes les parties qui concernent ce mécanifme , & dans prefque toutes les autres, comme Nîmes, Tours , Avignon , Rouen , Paris & Lyon, on trouve des gens qui s occupent uniquement à certaines parties qui regardent le Montage des Métiers , tant pour les Etoffes unies, que pour celles qui font façonnées : voici quel eft l’ordre des connoiffances qui regardent les Métiers.
- On emploie d’abord des Monteurs de métiers: il eft certain que ces Artiftes ordinairement connoiffent & font en état d’exécuter tout ce qui dépend du métier ; mais ils s’attachent feulement à remplir les objets les plus difficiles , & îaiffent le refte à ceux qui s’occupent aux parties qui exigent plus d’exacti-tude que de foience : ainfi les uns Lifent les defîeins, les autres pajfent la Soie 9 d’autres font les Lacs , d’autres font leur unique occupation d'appareiller les corps des Maillons ; il y a encore des gens qui s’occupent uniquement a Tordre les chaînes , de forte que les Ouvriers n’ont de foin que de fabriquer les Etoffes, 8c c’eft le véritable moyen de parvenir à la perfection , parce que ceux qui veulent tout entreprendre, non-feulement ne réuflifient pas à tout, mais encore ils font forcés d’être longs dans chacune de ces différentes opérations, à caufe du peu d’ufage qu’ils en ont ; ce qui leur revient plus difpen-dieux que iorfqu’ils y emploient les gens qui ne font que cela : auffi prefque tous les Chefs de Manufactures , quand ils entendent bien leurs intérêts , ont-ils des gens propres aux diverfes opérations , ou fe fervent de ceux qui les font pour le public ; mais ils n’employent jamais leur Ouvriers à autre chofo qu’à la fabrication des Etoffes.
- Les erreurs les plus confidérables de l’Encyclopédie font celles du montage des Velours , & la préférence qu’on donne aux Génois for leur maniéré de fabriquer les Damas, afin de prouver qu’ils le fabriquent mieux que les François. Les raifons que l’Auteur en donne , prouvent qu’il n’a parlé que par oui-dire ; s il en étoit autrement, il conviendroit que fi notre maniéré d’étendre les chaînes a paru fufceptible de perfection , celle qu’il prête aux Génois eft d’autant^ Etoffes de soie. I. Part» m
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- plus imparfaite qu’il n’efl pas pofîible de s’en fervir fans que l’Etoffe y perde ; au lieu que par notre maniéré de tendre les chaînes, nous fommes moralement affurés de fabriquer toujours également ,& que fi nos Ouvriers ne nous rendent pas les Etoffes auffi parfaites qu’on devroit les attendre, c’efl à d’autres caufes qu’il faut l’attribuer.
- Il feroit trop long de prouver ici le ridicule de cette prétention ; mais on le trouvera dans l’article des Etoffes courantes , où je mettrai en comparaifon toutes les maniérés poffibles de procurer à une chaîne la tenfion qu’elle doit avoir ; on verra les raifons qui doivent faire préférer les unes Sc rejetter les autres. J’efpére que mes Leéteurs en feront fàtisfaits, Sc que les Fabriquants y trouveront quelques idées dont ils pourront profiter.
- Une erreur encore plus groffiere , c’efl la maniéré de monter les métiers propres à faire du Velours Cifelé ou a Jardin: il femble que l’Auteur ait pris plai-fir à induire fes Leéteurs en erreur, par l’idée la plus finguliere ; car il fait commencer cette opération par où tous nos plus habiles Artifles dans ce genre la finirent.
- Comme ce qui regarde le Velours dans cette partie a beaucoup de rapport avec les autres Etoffes façonnées , on n’aura qu’à comparer la maniéré de monter les uns & les autres, avec ce qu’on a dit dans ce fameux Ouvrage; je me flatte qu’on me faura bon gré d’avoir fait obferyer ce qui y efl dit à cet égard.
- Indépendamment du mauvais ordre qu’on a fait tenir aux Etoffes qu’on a traitées dans cet Ouvrage, on a fouvent confondu leurs noms, & on en a décrit certaines qui ne s’entendent pas. Je dois cependant rendre juftice à un article où l’on parle des Etoffes brochées en riche, & des fonds Guillochés ; cet endroit efl (upérieurement traité ? & j’avoue que j’y ai appris des mouvements que j’ignorois.
- La defcription du Métier à la Maugis n’efl: pas aflez claire ; j’en connoîs le mécanifme pour l’avoir vu travailler ; mais je ne l’ai pas reconnu à la defcription qu’on y en a donnée.
- On efl fcandalifé de voir décrier fi mal à propos le Métier à la Falconne ;ij femble que celui qui en a donné la critique, ait pris plaifir non-feulement à dénigrer ce chef-d’œuvre de l’Art & fon Auteur ; mais il n’a pas craint de compromettre les Maîtres Gardes d’une Communauté auflî confidérable que celle des Fabriquants de Lyon.
- Je connois le Métier à la Falconne, il mérite tous les éloges imaginables ; le feul défaut qu’on peut lui attribuer, c’efl la dépenfe du Lifage du deflein ; mais ceux qu’on lui attribue dans l’Encyclopédie n’ont aucun fondement, puif qu’un enfant de douze ans à, ce métier, peut Tirer les defleins avec plus de facilité qu’un homme de trente ne le feroit aux métiers ordinaires. Quant à labeauté de la fabrication , il efl fupérieur à tout autre ufage ; tellement que fl
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- INTROD U CTI 0 N. xlvij
- fon lifage étroit auffi prompt Sc auffi peu coûteux que celui des métiers ufités, on ne pourroit fe défendre de le préférer à tous les autres.
- Avec le Métier à la Falconne on ne craint point que le changement de temps, ni bien d’autres inconvénients qui arrivent ordinairement aux autres Métiers, embrouillent les cordes ; car fi une feule s’y dérange, elle eft tout de fuite apperçue, Sc auffi promptement raccommodée : quant à l’avancement de l’ouvrage, il eft plus grand encore ; puifqu’on a vu des Ouvriers, faire jufqu’à cinq aunes de Damas par jour, ce qui fait pour le moins un tiers de plus que les journées ordinaires des Métiers à l’ancienne méthode.
- Quoiqu’on ait ajouté que ce mécanifme n’avoit eu qu’un feul partifàn qu’en affine même fans réferve avoir vendu fes fofïrages au fieur Falcon ; cette calomnie tombe par elle-même ; car j’ai vu des Maîtres à Lyon qui en avoient jufqu’à cinq chez eux, travaillant tous à la fois, & l’on en compte aélueilement plus de cent auxquels on a adapté ce mécanifme.
- Les Fabriquants qui en connoiftènt la perfeétion , n’ont d’autres emprefle-ment que de déterminer leurs Ouvriers à monter ce Métier, particuliérement pour faire des Damas & des Lampas : ainfi il ne faut pas être fiirpris fi les Maîtres Gardes ont donné leurs fuffrages en faveur d’une telle invention ; car ils nauroient pu les refufer qu’en faifant tort à leurs lumières.
- Les gratifications qu’on a données au fieur Falcon , ont été d’autant plus méritées, qu’il a rendu un fèrvice eflèntiel à la Fabrique de Lyon, qui fe perpétuera , Sc qui par la fuite fera peut-être oublier une bonne partie des anciens mécanifmes.
- Si l’Auteur de cette critique, qui rapporte lui-même qu’un grand Mécanicien a admiré Sc préconifé cette machine , avoit fait attention que cet habile homme étoit plus en état d’en juger que lui, il n’auroit pas été aflez vain pour en dire ce qu’il en a dit; & maintenant qu’il voit combien elle trouve de partions dans ceux même qu’il dit l’avoir proforite , il devroit tout au moins faire réparation d’honneur à un ouvrage dont il ignoroit le mérite.
- U tombe encore dans un défaut auffi groffier que celui que je viens de relever , en parlant contre les Métiers à cylindre comme d’une invention fans utilité : j’ignore où il a vu ce mécanifme ; mais certainement il ne l’a pas connu dans toute fon étendue, ou bien il a pris plaifir à fe montrer ridicule en donnant fon fentiment à tort & à travers , fans approfondir les objets.
- Les Métiers à cylindre font encore un chef-d’œuvre dont on ne connoît pas le mérite, parce qu’on n’a pas voulu fans doute l’examiner : je ne fai fi la Fabrique de Lyon l’a connu ; mais je l’ai vu travailler dans Nîmes , où il a été inventé par le fieur Regnier, homme d’un très-grand génie, qui a reçu même des gratifica-; tions du Gouvernement & de la Province du Languedoc, comme innovateur.
- Ce mécanifme n’eft pas borné , comme le prétend l’Auteur qui s’eft déchaî-: né contre ; car avec un métier femblable on peut faire toute forte d’Etoffes fur
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- srfviîj INTRODUCTION.
- i:oute forte de Defleins ; & ce qui prouve l'ignorance de ce prétendu Réformateur, c’eft qu’il n’a pas prévu que fi la circonférence d’un cylindre n’eft pas iuffifante pour la hauteur d’un deffein, on peut en employer plufieurs qu’on change fùcceffivement ; de forte que fi un deffein de cent dixaines de hauteur ne peut pas être Lu fur un cylindre d’une circonférence déterminée , on le continue fur un fécond , fur un troifieme , enfin fur tel nombre que la hauteur de ce deflèin peut exiger ; de forte qu’en numérotant les cylindres , on les fubftitue les uns aux autres dans le même ordre : le changement d’un cylindre eft de trois quarts plus prompt que le montage d’un Xemple.
- Ce que j’avance fur ce mécanifme eft d’après les expériences que l’Auteur en a faites à Nîmes & à Lavaur, où le fieur Reboul , d’Avignon, avoit établi une Manufacture qui eft encore en vigueur; le fieur Régnier avoit monté dans cette Ville pour le fieur Reboul, un Métier à cylindre pour faire un Damas de quatre cents cordes de Rames, pour un delfein de quatre cents dixaines, ce qui produifoit deux mille Lacs , qu’il avoit diftribués fur un nombre de cylindres convenable à la facilité du travail.
- Si ce mécanifme n'a pas eu de partifàns , c’eft qu’il n’a pas été allez connu,1 ou pour mieux dire} c’eft qu’on ne l’a pas alfez répandu ; car fi on avoit eu foin de le faire monter chez plufieurs Ouvriers, infenfiblement il auroit prévalu fur les anciens ufàges ; & il faut convenir qu’il eft bien commode pour un Ouvrier de pouvoir faire feul ce qu’il ne fauroit faire qu’à l'aide d’un fécond , qui, non-fèulement lui coûte 8c lui emporte une partie de fon profit, mais il arrive très-fou vent qu’on ne peut pas trouver de gens au fait de Tirer , ce qui caufe une perte de temps très-confidérable. Au furplus , l’entretien d’un Métier à cylindre eft beaucoup moins confidérable que celui d’un Métier à corde, la dépenfe eft à-peu-près la même ; ainfi quand on a l’avantage de pouvoir fabriquer feul toute forte d’Etoffes, foit celles de la petite Tire 5 fort celles du Courant, foit les brochées les plus riches , il eft certain qu’on ne peut qu’y trouver de l’avantage, fur-tout quand on peut avancer l’ouvrage à proportion : car j’ai vu chez l’Auteur de cette machine , un Ouvrier qui faifoit, journée commune, quatre aunes de Prufîîenne , petite étoffe en deux lacs par la chaîne & par la trame ; c’eft la journée ordinaire de deux qui fabriquent cette étoffe a Bouton.
- Le feul défaut que j’ai remarqué à la machine dont je viens de parler, c’eft d’être trop bruyante ; mais j’ai fait part à l’Auteur dans le temps, d’un changement , qui, fans nuire à la conftruétion ni à la folidité , pourroit empêcher que le bruit ne fût plus fort que celui des Métiers ordinaires ; mais comme acette invention ne m’appartient pas, je ne crois pas devoir en parler.
- Le vif intérêt que je prends à l’avancement des Manufactures de France, méfait défirer qu’on mette tout à profit pour rendre les opérations plus faciles & plus parfaites encore qu elles ne le font;aujfi je me ferai un plaifir d’inftruire mes Lecteurs
- de
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- INTRODUCTION. xRx
- de tout ce que j’aurai pu découvrir d’intéreffant dans les diverfes Villes de Manufactures que nous avons en France, & d’y ajouter toutes les découvertes que j’aurai faites fur celles d’Angleterre, de Piémont, d’Italie , de Ruffie, '&c ,8c fi mon projet peut porter ombrage à quelque Manufacture de ce Royaume, je ne rapporterai pas leurs procédés, parce que les autres Villes, '& ce que j’en fai me fournilfent une carrière affez vafte, pour donner au Public tout ce qui convient pour parvenir à fabriquer dans toute la perfection poflîble ; mais je ne réponds pas qu’il ne s’y trouve bien des chofes communes pour le mécanifme des métiers. Je ne craindrai pas de dire ici en paflànt que fi j’avois voulu faire comme bien des Artiftes de la Fabrique des Etoffes, j’aurois pu profiter de beaucoup d’avantages qu’on m’a offerts plufieurs fois pour paffer chez l’Etranger ; mais l’amour de ma Patrie l’a emporté fur l’intérêt, & c’efl: ce même fentiment qui m’a déterminé à écrire , parce que je ne crains pas de faire connoître aux Etrangers ce qu’on ne leur a que trop en-lèigné en l’exécutant chez eux.
- Il feroit à fouhaiter que nos Voifins n’euffent jamais eu fur les Manufactures que des leçons par écrit ; au moins la France auroit encore dans fon fein tant de grand fujets qu elle a perdus, & tous les Ouvriers qu'on a débauchés fe feraient fans celle occupés à la fabrication des Etoffes, ou à quelqu’autre chofe d'utile à l’Etat, & les Manufactures Etrangères ne feraient pas parvenues au point où on les voit.
- Nota. Je n’avois pas cru devoir donner d’indication particulière, à l’endroit où j’ai parlé de la Soie plante, de l’adreflè du Grainier-Fleurifte où on en trouve; mais quelques perfonnes m’ont engagé à en faire part au Public, pour fatisfaire là curiofité.
- C’eft chez le fieur Regnier, fur le Quai de la Ferraille, au Coq de la Bonnes foi, à Paris.
- Étoffes de soie. /, Part»,
- n
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- EXTRAIT DES REGIS TRES
- DE L’ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES.
- Du 30 Mai 1772.
- N o us avons examiné, par ordre de l’Académie, un Traité manuferit du Devidage des Soies teintes , propres à la Fabrication des Etoffes, par M. Paulet. Ce Traité eft deftiné à former la première Partie de F Art de Fabriquer les Etoffes en Soie , dont le plan , tel qu’il a été préfenté en Décembre 177©, a été agréé de l’Académie *.
- Avant l'invention du Rouet à quatre Guindres , appellé communément Rouet de Lyon} la méthode de Devider étoit très-imparfaite ; outre que l’ouvrage alloit beaucoup moins vite, le luftre de la Soie étoit fenfiblement altéré : ainfî le Rouet de Lyon devroit être le feul en ufage dans toutes les Manufactures ; mais comme l’ancienne méthode fe pratique encore en plufieurs endroits, êc que d’ailleurs il eft utile de la comparer avec la nouvelle , l’Auteur a jugé à propos de décrire trois des anciens Dévidoirs des plus connus, & la maniéré dont on les emploie. De-la il palfe à une defeription très-détaillée du Rouet, de Lyon & de fon ufage ; Ôc comme la conftru&ion de ce Rouet permet à l’Ouvriere de trafufer , c’eft-à*dire , de débrouiller l’écheveau en même-temps qu’elle dévidé, il difeute les différentes maniérés de trafufer, & les avantages des différents Trafufoirs.
- Comme M. Paulet a lui-même conduit une Manufacture, & qu’il a pratiqué les différentes parties de l'Art de Fabriquer les Etoffes en Soie, fes observations font appuyées de l’expérience : au furplus , l’Académie ne porte fon attention que fur le fond des Ouvrages qu’on lui préfente; c’eft pourquoi nous croyons ce Traité digne d’être publié avec fon approbation, Signé de Montigny , de Vaucanson , & Vandermonde.
- Je certifie F Extrait ci-dejffus conforme à fon original SC au jugement de F Académie* A Earis le g Juillet iJJ 2,
- GRANDJEAN DE FOÜCHY, f Secrétaire perpétuel de l’Académie Royale des Sciences.
- ♦ L’Approbation de POurdiflage qui fait la féconde Partie de cette Seâion, fê trouvera en tête des deux Parties qui feront la Seâion fuivante*
- E RR AT A.
- Pag b 9 & fmvMies f au titre > Chai*. III. lifez: Chat. IV*
- Page T7 , & fuivantes, an titre, Chat. IV. lifez : Chat. V*
- Page xoz , ligne 7 , qui manque ; lifez : qui manquent.
- Page 114 , ligne $z , Fig. ïo ; lifez: Fig. 9 » PL *6,
- Page 163 , ligne z , rayé à 48 portées ; Itfez : à 4? portées*
- Page 166 , au-deffus du mot Remarque ; lifez: Section Troisième.
- Page zizt ligne 19 , fauter le fil D \ lifez ; fauter le fil ; D , efi la main droite, &c*
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- L’ART
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- DU
- Par M. P a u l et , Dejjinateur SC Fabriquant en Étoffes de foié
- de lu Ville de TSllïieSh
- PREMIERE PARTIE.
- Traité du Devidage des Soies teintes, trame SC organjin $ propres à la fabrication des Etoffes,
- Dep0,S l’originë des Manufactures d’Étoffes de foie, on a fucceffivementi imaginé diverfes méthodes pour le devidage des Soies teintes ; les machines qu’on a d’abord employées à cet ufàge, étoient fort inférieures à celles qu une induftrie éclairée leur a fait préférer. Anciennement le devidage étoit une opération longue & embarraflànte * d’où réfultoit une altération fenfible dans le luftré de la Soie ; mais le luxe ayant multiplié les befoins, on eft devenu plus recherché fur la qualité & la beauté des Étoffes* & plus ingénieux pour fàtisfairë cette délicateffe*
- La ville de Lyon, remplie d’excelients Artiftes, eft celle à qui on doit l’invention du Rouet à quatre guindres, communément appellé Rouet de Ly on : nous nous propofbns d’en donner un détail exaét ; mais pour mettre le Leéteur .plus à portée de juger de fà fopériorité for tous ceux dont on s’eft feryi jufqu’à préfent, nous croyons ne pouvoir nous difpenfer de donner la defcription de trois des anciens Dévidoirs qui font encore en ulàge dans certaines Villes dë fabrique, & d’expofor en peu de mots la maniéré de s’en feryir*
- Étoffes de soie* /. Parti
- A
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- L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
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- CHAPITRE PREMIER. Description du premier Dévidoir ; maniéré de s en fervir. Section Première.
- Planche
- i.
- Des différents pieds des Dévidoirs.
- U
- Les pieds de ces Dévidoirs , différents pour la forme , remplilfent le même objet : ou bien c eft une tringle de fer A , PL i, dont le bas eft fendu en trois parties, & forme une patte d’oie; pour rendre ce pied plus folide, on y paife une des pierres B B, percée par le milieu.
- Quelquefois on fe fort d’une tringle de bois C, ronde> & plantée folidement dans une bafe de pierre d’une forme à volonté.
- On fe fert auffi d’une pareille tringle de bois plantée au milieu d’un banc formé d’une planche quarrée, 8c monté fur quatre pieds, Fig. y.
- Section Seconde.
- Defcription du Guindre.
- i
- L à partie fupérieure du Guindre, Fig. 6, eft compofée de trois traverfès de rofeau E, ou autre bois léger, dont la longueur eft depuis 13 pouces jufqua IJ ; au milieu de chacunê eft un trou par où elles entrent dans la queue de la noix D, pour former l’affemblage qu’on voit Fig. 7.
- La partie inférieure eft auffi compofée de trois traverfes JF: elles font pareilles aux précédentes, mais plus longues de 2 pouces ; elles font affiemblées les unes aux autres, vers le tiers de leur longueur avec de la ficelle, & forment une figure irrégulière qu on voit Fig. 8.
- Les bouts de ces traverfes, tant du haut que du bas, font terminés en pointe pour recevoir les montants dont nous allons parler.
- G eft un des 12 montants de rofeau fendu en deux, la partie polie en dehors; il a environ 11 pouces de long : à chaque bout eft un trou par où il eft fixé fur les traverfes haut & bas.
- La noix D n eft autre chofo qu’une cheville, dont la tête ronde & un peu grofïè, a un trou au centre ; comme il eft bon de la faire au tour, le trou que laiile la pointe du tour fera fuffifànt.
- Il ne s’agit plus que de monter le Guindre : voici comment on doit s’y prendre.
- A chaque pointe de la partie fupérieure, on place deux montants qu’on y
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- •?remi~ere Partie. Chap. À 3
- arrête avec un peu de gros fil ; ce fil doit être d’une longueur fuffilàritè pour faire deux tours fur chaque pointe > & pour lier fans interruption toutes celles du haut ou du bas ; puis prenant un montant à chaque rayon voifin , on les fait entrer tous deux dans la pointe d’un rayon de la partie inférieure, & continuant ainfi on forme un double hexagone , & les montants décrivent un zig - zag circulaire i L’infpeélion de la Figure 6 y ne laiffera rien à délirer.,
- Il faut néceflairement fe pourvoir de plufieurs pareils Guindres , mais dé différents diamètres, à caufe du peu d’accord entre les Mouliniers des différentes Villes, dont les uns font des écheveaux fort grands, & les autres fort petits.
- Au moyen de ce que les traverfes d’en-bas font plus longues que celles d’en-haut, le Guindre fera un peu conique, ce qui fe pratique ainfi , afin que lêi écheveaux ne tombent pas de deflus le Dévidoir?,
- Section Troisièmes,
- Manierz de Je Jervir du Dévidoir ou Guindre.
- \
- La Devideufo ayant mis un de fes Guindres liir la tringle de fet Ou de bois qui doit lui fervir d’axe, & dont le bout terminé en pointe, entre dans le trou de la tête de la cheville, elle met un écheveau deflus, cherche le bout de la foie, puis étant aflife de maniéré que le Dévidoir foit à quelque diftânee d’elle ,St un peu à fa gauche, elle prend dans là main une broche de fér H; cette broche eft longue de 16 à* 17 pouces : elle la pafle dans ün rochet I , où une bobine K, qui y tient à frottement dur; elle monte le rochet ou la bobine jufques près de la boule , ainfi qu’on le voit en L ; & appuyant la partie inférieure de cette broche , qui eft terminée en pointe , dans l’un des trous pratiqués fur la lurface d’un petit morceau de bois quarré-long qu’on voit en M, quelle attache à fa ceinture à droite, dans cet état elle forme avec fes doigts & fon pouce, une efpece de cercle, dont, par un mouvement du poignet, elle fait parcourir tous les points à la broche, qui, par ce moyen, tourne luf elle-même ; & conduilànt de la main gauche le fil de foie, elle le diftribuè également fur le rochet dans toute là longueur.
- Comme la vîtefle s’accélère en railbn de lamafle du corps mis en mouvement, on adapte au bout fupérieur de la broche, & par-deflus lé rochet, une boule dé fer ou de plomb, qui facilite cette accélération.
- Au lieu de cette broche, on le fert quelquefois, pour dévider la loiè fur le rochet, d’une efpece de Rouet dont nous allons donner une courte delcription»
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- ZART DES ÉTOFPES DE SOIE> Section Quatrième.
- Defcription du Rouet à devider*
- L a Figure x , PL 2, repréfentè un Rouet à devider Cm une bafe A , formée par une planche plus longue que large , élevée fur quatre pieds B 9 B, B9B9 alfemblés comme on le voit , par les traverfes C, C, D, 8c vers un des bouts de cette bafe, font deux montants E, E, d’environ 19 pouces, y compris les tenons, faifent avec la longueur de cette bafe, un angle obtus, de maniéré qu’ils pen-* chent vers le bout de cette même baie.
- Au haut de ces montants eft une entaille propre à recevoir l’arbre ou axe d’une roue dont nous allons parler.
- Sur un moyeu ou noyau F, terminé par deux hémilpheres pris au même morceau , dont la longueur détermine l’écartement des montants qui le portent, font percés 8 trous qui reçoivent les 8 rayons G, G, G 9 G 9G 9 G, G 9 G 9 de la roue, dont la circonférence eft formée par un cercle H d’environ 4 pouces de large, 8c aux deux bords duquel eft une petite élévation formée par deux autres cercles i i, d’environ un pouce de large 8c cloués de/îiis. Au centre du moyeu, eft un trou dans lequel entre à force l’arbre ou axe K9 dont les parties qui portent dans les montants, font arrondies 8c limées avec foin ; l’un des bouts de cet arbre eft coudé d’un double coude pour recevoir la poignée ou manivelle Z*
- Prefqu’au milieu du banc 8c du même côté, font deux arcs-boutants M9 M± qui s’alfemblent à tendn& mortaife dans le banc A, 8c dans les montants E9 E.
- A l’autre bout du banc, font deux autres montants N, N, moins hauts que les premiers, mais pôles de façon qu’ils vont en s’écartant l’un de l’autre pour pouvoir y placer une broche de fer plus ou moins longue, qu’on voit en a même Planche.
- Cette broche eft deftinée à porter les rochets ou les bobines ; elle eft de longueur à tenir entre les deux petits montants N, N, ainli qu’on peut l’y voir - garnie d’un rochet O , & d’une poulie P ; fes deux bouts font très-pointus ; vers l’un d’eux eft réfervée une partie quarrée, for laquelle eft une poulie de bois folidement en-arbrée, & le refte de labroche eft rond*
- La broche étant placée entre les deux montants, on palîè for la grande roue 8c fur la poulie P, une lifiere Q fans fin, dont les deux bouts font coufos enfemble, au moyen de laquelle on fait tourner la broche.
- L’ufoge de ce Rouet eft facile à concevoir ; quand on tourne la roue, la broche fait autant de tours que la circonférence de la poulie P eft contenue de fois dans celle de la roue ; ainfi en accélérant la rotation de cette derniere, le dévidage va auflî vite qu’on le délire, la Devideufe n’a d’attention que de conduire la foie avec la main gauche, pour quelle fe diftribue également fur le rochet, en fortant de defliis le Guindre ou de tout autre Dévidoir.
- CHAPITRE
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- ^^SSS^SS
- Première Partie* Chap. ï L
- àê
- CHAPITRE SECOND,
- Defcription d’un fécond Dévidoir ; avec la maniéré de s’en fervif i
- L a Figure 2 , PL 2, repréfonte ce fécond Dévidoir. Sur un banc A 9 élevé fur 4 pieds, B9B>B9B> font placés deux montants C9C9 d’environ 3 FlancM pieds & demi, y compris les tenons ; ils font aftemblés par le haut par une traverfeD, d’environ iy pouces qui font l’écartement des montants, dont les tenons font à queue d’aronde , Sc par le bas , ils tiennent au moyen d’une clavette K, en de/fous de la bafe A ; fur leur hauteur & au milieu de leur lar-gueur eft percé un nombre fuffifant de trous, à ün pouce les uns des autres , pour recevoir & changer, à volonté, l’écartenient des deux tournettes E , E : fur ces tournettes eft un écheveau de foie F, dont le bout G va fe rouler for lé rochet 09 de la Figure première; ces tournettes tournent for des petites tringles de fer HH qui leur fervent daxe. 11 même plancke*. > repréfontent ces tour-nettes; ce font deux petits barillets, dont deux planches rondes forment les bouts. Près de leur circonférence , & à égalç diftance les uns des autres, font percés huit petits trous, dans lefquels on fixe de petites baguettes, ce qui forme le corps du barillet ; au centre de chacune eft un trou quarré -9 dans lequel entre une efpece de cheville à tête percée d’outre en outre, qu’on appelle noix, faite de bois dur, dans laquelle paffo une petite tringle de fer, for laquelle ils tournent. Il faut faire attention que ces barillets foient de longueur fuffifànte, pour que quand les têtes des noix qu’on met au centre , font en place, ils remplirent, à peu-près, l’écartement des montants du jDevidoir.
- Deux de ces barillets du tournettes foffifent ; oh met un écheveau deftîis ,
- & on les écarte félon la grandeur de l’écheveau. La Figure 3, même Planche , repréfente ce Dévidoir tout monté en perfpeétive, dépourvu de fes tour-nettes ; d’ailleurs, fous les mêmes lettres que celui Fig. 2 , pour en indiquer les pièces qui le compofent. V
- B
- Etoffes dé soit. /, Paru
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- S L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- CHAPITRE TROISIEME.
- Defcription d’un troijieme Dévidoir ; ÔC la maniéré de s’en Jervir.
- Planche
- !•
- Ce Dévidoir eft celui qu’on voit plus en grand , Planche III, Fig. I , & Planche IV, Fig* 6 ; c’eft fur cette derniere que portera la defcription 2 il eft monté fur un banc A, quarré-long, porté fur quatre pieds G,G,G,G; au milieu de la planche qui forme ce banc, fuivant la longueur, eft pratiquée une rainure B en queue d’aronde , dans laquelle glilfent, à frottement dur, deux pièces de bois CC9 de 4 à y pouces de long, formant un pied aux deux tringles de bois D9D 9 qui fervent d'axe aux tournettes E 9 E ; llnfpec-tion de la Figure 6, Planche IV, foffira pour en donner une idée.
- Sur les pieds qu on voit à côté en PP, font plantées deux tringles de bois <2 <2> au haut delquelles eft réfervé un trou qu'y laiiïe la pointe du tour lùr lequel elles ont été faites. Ces tringles font celles qui fervent d’axe aux tour-» nettes, Fig. 8 & 9, même Planche.
- Les deux tournettes ou barillets font, à peu-près, pareils aux précédents ; mais placés verticalement ; ils fervent à contenir l’écheveau, & par la facilité qu’on a d’écarter ces tournettes, elles fe prêtent à la grandeur toujours variée des écheveaux. Au centre de la partie inférieure de ces tournettes eft un trou rond ; mais au haut on fait un trou quarré, propre à recevoir les noix qu’on Voit en RR.
- Ces noix, dont la partie inférieure fe termine en pointe, eft un cône ren-verfé fur la bafo duquel on réferve une queue quarrée qu’on place au centre de la planche d’en haut à chaque tournette. On conçoit aifément que la bafo du cône fort de rebord qui le retient à fa place, & que le pivot roule dans le trou qu’on a réfervé au haut des tringles de bois.
- Au milieu de la longueur du banc, & for le derrière , eft un montant F percé de plufieurs trous dans lefquels on met une cheville G, dont l’office eft d’empêcher l’écheveau H de tomber de deflus le Dévidoir (*). Quant à ce Dévidoir on veut ce paiïer de ce montant, il faut que les tournettes foient faites de maniéré que la petite planche qui en forme le bas, ait 2 pouces de diamètre de plus que celle du haut ; par ce moyen , on évitera que les écheveaux defcendent plus bas que ne leur permettra leur écartement.
- (*) La rainure dans laquelle font les pièces les unes des autres , fuivant les longueurs des de bois qui fervent de pied aux pivots des tour- écheveaux qu’on veut devider. nettes, fert à les écarter ou à les rapprocher
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- £rèMîêrë î? à r f f i4 Chàp* tît y
- Observation fur tes anciens Dévidoirs*
- On voie par la maniéré d’employer les anciens Dévidoirs * qu’on ne fçaüroîê éviter que le bout de la foie qu’on dévidé, ne pafle continuellement dans là main de la Devideufo, pour être conduit & placé comme il faut for le rochet \ quelqu attention qu’on y apporte, le frottement d’une main échauffée, foante ou naturellement huileufe, peut porter au luftre de la foie une altération fen-fible ; d’ailleurs quand le bout de l’écheveau caffe, finit, oü fe dérange * il faut néceflàirement que la Devideufo porte, for ce même écheveau , ia main droite dont on eft enclin à fo forvir plus fréquemment, foit qu’elle fafle tourner la broche dans fo main , foit quelle tourne la roue du Rouet dont elle doit toujours tenir la manivelle.
- Si cette main n’eft très-propre, 8c que la Devideufo la porte for la foie, dlë ne peut que nuire à l’éclat d’une matière qu’on ne fouroit conforver aved trop de foin* ~
- Quant a 1 avancement du devidage, on en fera aîfement la différence, iôrfqffori aura vu la defoription du Rouet à quatre guindres, & la maniéré de s’en forvir.
- De plus, indépendamment de ce que la foie perd de fon luftre en paflànt continuellement entre les doigts de la Devideufo , elle perd aufii de fo force par le ferrement continuel quelle éprouve pour être roulée fortement for le rochet ou for la bobine ; ce ferrement énerve la foie & lui fait perdre beaucoup de fo qualité ; d’ailleurs ce duvet qui fait paraître aux yeux un elpece de velouté & qui en rend la vue fi agréable * eft concentré par ce même ferrement.
- Enfin quand la foie eft roulée for le rochet avec trop dé force * & qu’urt bout vient à fe perdre, il en coûte nomfoulement dü temps pour le retrouver * mais bien fouvent une perte de foie très-confidérable. Àinfi tout engage à fo forvir du Rouet à quatre guindres , & l’on en fora bien plus convaincu, quand on connoîtra qu’il n’a aucun des défauts des anciens Dévidoirs ; e’eft ce qu’on Yerra dans la defoription foivante.
- U ne faut pas cependant abandonner les anciens Dévidoirs , parce qu’on en a befoin pour le devidage des fleurets, cotons, filofelles, laine, poil de chevre, &c. Je parlerai de la maniéré de devider ces matières * immédiate-* ment après le devidage des foies.
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- L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- Planche
- S-
- CHAPITRE QUATRIEME. Defcription du Rouet à quatre Guindres.
- Section Première.
- : La Figure première de la Planche £ , repréfente le Rouet tout entier , vu un peu de côté & pardevant, dont on a ôté les quatre Guindres pour l'intelligence de cette machine.
- A, A, A, A , font les quatre montants du Rouet qui en forment les angles , Sc qui lui fervent de pied ; leur hauteur eft de 32 pouces , tout compris. Les ornements qu’on y voit ne font pas néceflaires ; il fuffit d’y réferver une partie quarrée haut & bas pour l’aftèmblage ; chaque face de Ces ' pieds a environ 3 pouces & demi de large.
- B , B , font deux des quatres traverfès d’en bas , leur longueur eft de 30 pouces fans les tenons, la largeur égale à celle des 4 pieds, & l’épaifo feur d’un pouce & demi.
- Cy C, font les deux autres traverfès d’en bas, dont la longueur, qui eft de iô pouces fans les tenons, détermine la largeur du Rouet; ces quatre tra-verfes ont chacune deux tenons à chaque bout.
- On voit que ces quatre traverfès font aftèmblées de niveau les unes aux autres, à environ deux pouces de terre.
- D y D y font deux des quatre traverfès fupérieures, dont les dimenfions font les mêmes que celles C C d’en bas, & l’aflèmblage le même, à deux pouces de l’extrémité des montants.
- E eft la traverfe fopérieure de derrière ; elle eft afîèmblée de niveau avec les deux précédentes.
- F eft la traverfe fupérieure de devant ; elle eft aflèmblée à environ 6 ou 7 pouces de l’extrémité des montants ; du refte fès dimenfions font égales à celles de la traverfe de derrière.
- Au milieu de fa longueur eft une mortaifè deftinée à recevoir le petit mon- ' tant G qu’on y voit : la hauteur de ce petit montant eft de 6 ou 7 pouces au-deflus de la traverfè ; il eft de la même groflèur des quatre pieds, & terminé de même par le haut.
- A trois pouces du bout de la traverfè 2?, & à gauche du Rouet eft une mor-taife quarrée qui reçoit un petit montant H, pareil à celui dont nous venons de parler, mais il eft placé par deflous ; il eft aufli de 6 à 7 pouces de longueur, Sc de même groftèur que le précédent.
- J y J y font deux pommettes, dont la forme qu’on voit ici ne fert qu’à
- ' donner
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- î AÉ M I H É P A îl T î Ë Chap. IlL p
- donner une idée, chacun peut les faire à fa fantaifie; elles tiennent par leur tenon dans un trou pratiqué au haut de la face extérieure des deux montants de devant; leur ufege eft de porter deux dès tringles de bois K> K , K9 K, qui fervent d’axe aux Guindres.
- Sur la longueur de la traverfe fopérieure de derrière le Rouet, {ont trois trous , l’un au milieu qui reçoit la tringle de bois L, à laquelle on attache la lampe de la Devideufe, au moyen de plufleurs trous qui y font pratiqués. Les deux autres font vers les extrémités de cette traverfe , & reçoivent les deux autres tringles K, qui fervent d’axe aux Guindres.
- Sur la face du montant de derrière qui regarde le petit montant H, & fut la face de celui-ci qui regarde le grand montant à droite, font deux coulifles pratiquées dans l’épaifleur du bois venant de l’arrête extérieure, en biaifmt du haut en bas ; on place dans cette rainure un Coulifleau de bois O , dans lequel eft enchâffee une petite piece P , de bois bien dur ou de corne, nommée gre-nouille, PL 8, dans laquelle roule la pointe de la grande broche m, Fig* 2 PL 7, dont nous parlerons bientôt.
- Les deux montants de devant, ainfi que le petit montant du milieu, doivent avoir for, les faces qui fe regardent, de pareilles coulifles, garnies dé même, & pour le même ufige*
- Les grenouilles, dont il eft parlé, font de petits cubes de corne d’un pouce ; au milieu de chacune de fes fix faces, eft un trou conique, auquel communique une rainure, pour pouvoir ôter les broches de leurs trous & les y remettre.
- N, eft une piece nommée porte-courant, & F eft le courant. Nous allons en donner le détail. •
- Le Porte-courant N eft une piece de bois de trois pieds & demi de loilg, de trois pouces de large & de deux pouces d’épaifïeur ; for là largeur eft une Planche rainure de 151 lignes de large & de p de profondeur , bien égale 8c bien unie ; à l’extrémité qu’on doit placer à droite, les deux rébotds de la rainure font abattus environ 3 pouces de long, 8c cet excédent fe termine en pente vers le devant du Rouet, jufqu’à l’arrête inférieure du Porte-courant ; c’eft for cette pente qu’on place les deux poulies L , qui ont un même axe I fait d’une cheville à tête qui entre à frottement dur dans le Porté-coürant, comme on le voit, Fig. 2, PL 6, où cette Figure repréfente le courant hors du Porte-courant , pour découvrir l’arrangement des cordes qui le font mouvoir, ainfi que des roues dentées & des lanternons ; à l’aütre extrémité du Porte-courant , & au milieu de la rainure, eft une entaille dans laquelle on placé une poulie P, dont l’axe ou cheville traverfe la largeur du Porte-eoürànt.
- Nous verrons ailleurs l’ufage de ces poulies.
- Le courant F eft une tringle de bois telle qu’elle püifle couler» àifément dans la rainure du Porte-courant N > fa longueur eft d’environ deux pieds & demi, & fon épaifleur d’environ 10 lignes ; à celui de fes deux bouts qu’on Étoffes de soie. 1. Paru C
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- ïo VA RT DES ÉTOFFES DE SOIE.
- placera à droite eft une entaille fur Ion épaiiTeur, & dans laquelle on met Planche une poulie K > d’un diamètre un peu moins fort que Y épaiiTeur du courant ; cette 6' poulie reçoit une corde, dont on détaillera l’ufàge.
- A l’autre bout du courant eft une cheville à tête , à laquelle tient une ficelle où pend un contre-poids, & qui paiTe fur la poulie du bout gauche du Porte-courant.
- Le courant eft percé dans là longueur de deux rangées de trous, diftants les uns des autres d’un demi-pouce, & en quinconce ; c’eft dans ces trous qu’on place les quatre guides.
- Les guides ne font autre choie que de petites pièces de bois rondes, au bout defquelles on plante un fil de verre ou de fer, de 3 ou 4 pouces de hauteur , tortillé en forme de fpirale, d’un tour & demi, tels qu’on les voit en R , R) R, R. Ces trous qu’on voit au courant F de cette Figure, Ibnt faits pour .changer les guides de place , afin de diftribuer plus également la foie fur les rochets.
- On a coutume de mettre une planche fur Tefpace vuide entre le porte-courant & la traverfe de derrière, pour fervir de table où la Devideufe met diverfes chofes à fon ufage.
- Entre le pied droit de derrière du Rouet, & le petit montant placé en-deflous de la traverfe liipérieure eft une broche de fer m, PL 7 , dont les deux bouts, très-pointus, roulent dans les deux grenouilles de corne dont on a parlé.
- Vers un des bouts de cet arbre ou broche, à droite, eft fixée une poulieg de bois dur, dont la rainure a environ un pouce & demi de large pour recevoir la lifiere fans fin qui paiTe fur la grande roue.
- Environ au quart de longueur de l’arbre à droite, & près de l’autre extrémité font deux autres poulies hyh> aufli de bois dur, ayant chacune trois rainures ^ étroites, dans l’une defquelles pafle une corde fans fin, qui va faire tourner les deux broches P, P, de devant, dont nous allons parler. Il eft aifé de voir qu’on pratique ainfi trois rainures à chaque poulie , pour que la corde aille toujours chercher en ligne droite la poulie de devant, Sc qu’on puifle aifément la changer de rainure.
- Les broches P, P, doivent être aiïèz longues pour entrer jufte dans les grenouilles qui les reçoivent. Le corps de ces broches eft rond, & le plus uni qu’il eft poffible ; au milieu de chacune eft une partie qu’on réferve quarrée pour retenir folidement une poulie î, qui reçoit une des cordes fans fin ,//, dont on vient de parler. La Figure 2 de la Planche 7 repréfente la grande broché de derrière avec celles de devant. Celle de derrière garnie de fà poulie g, & de celles h, h ; & celles de devant garnies chacune de fa poulie i : une de ces broches enfile deux rochets K, K, dont un eft couvert de foie. Cette même Figure repréfente les deux cordes fans fin /, /, telles quelles font quand il faut devider. C’eft fur les broches de devant qu’on place les rochets fur lefquels
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- PREMIERE Partie. Chap. 1 î /» ï i
- s^enveloppe la foie qui pafle par les guides» Ce n’eft pas ici le lieu dé parler de la maniéré dont le vacillement du courant diftrib'ue la foie fur les rochets î nous réfervons ce détail pour la fin de cet article,
- Q Fig. i > PL eft une marché, au moyen de laquelle on fait tourner la grande roue; elle eft de la largueur de la traverfe fur laquelle elle eft fixée, & femblable à peu-près à la marche d’un tour ; elle eft arrêtée par une cheville à tête, près du montant de devant à gauche du Rouet* Environ à un pouce de l’autré bout, font deux pitons folidement attachés , à vis, fi l’on veut, ou rivés par-deflous ; dans l’anneau de celui de derrière pafle une corde R , qui y tient au moyen d’un gros nœud ; cette corde va pafler de la même maniéré dans l’anneau d’un autre piton planté dans la traverfe E, par-deflous , & y eft auftî arrêtée par un nœud. Dans cet état la marche ne frotte point par ce bout fur la traverfe , à caufe de la petite élévation où la corde R la tient, elle n’a de mouvement que de devant en arriéré, & décrit une portion de cercle, parce quelle eft fixée par l’autre bout , au moyen de la cheville m qui lui fert d’axe*
- Allez fouvent on pratique fur la face de devant du pied gauche du Rouet* au niveau de la traverfe , un trou dans lequel on place la cheville n ; c’eft-là que la Devideufe met les écheveaux de foie qu’elle a préparés pour remplace^ ceux qui finilfent fur les Guindres.
- p , p, font les deux broches de devant , dont line eft garnie de deux bobb nés 0,0, avec de la foie deflus, & l’autre eft garnie de deux rochets r, r, ayant auflî de la foie.
- Section Secondé*
- Du Banc & des Rôues*
- » ... .. ..
- La Figure a de la même Planche repréfènte le banc du Rouet ; il eft farts
- roue : ce banc eft fait d’une planche A , d’environ deux pieds de long 9 fans les tenons, fur fix pouces de large, & deux pouces d’épaifleur ; à un de fes bouts font deux tenons, dont l’un entre dans une mortaife pratiquée au bas du montant de devant du Rouet, à droite, Sc l’autre dans une autre mortaife, prife fur l’épaifleur de la traverfe B du devant du Rouet ; à l’autre bout de cette planche font deux boules C, C, de bois, qui lui fervent de pieds pour la mettre de niveau avec les traverfes d’en bas du Rouet ; environ au quart de fà lon^ gueur font deux montants B 9B, d’une épaifleur convenable, & d’une largeur à proportion , folidement arrêtés fur les côtés du banc, à tenons & mortaife ; la hauteur de ces montants eft d’environ a i pouces, fans les tenons ; au haut de chacun d’eux eft une entaille arrondie au fond pour recevoir l’axe , Fig. 3 , de la roue, Figé 4.
- D) Fig, 2) eft une piece de bois qui excede le montant fur lequel il eft adapte de 1 épaifleur d’une des roues dentées qu’on voit en F, F, Fig. i, PL 6;
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- i2 L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- ceft pour tenir la féconde de ces roues dentées dans un écartement fuffifant, pour que la première puiflé tourner facilement entre elle & le montant.
- La roue efl compofée de deux planches ailemblées à languette & rainure , elle a environ trois pieds moins un pouce de diamètre ; le bois de noyer fec efl fort bon pour cela. Sur les deux bords de fi circonférence, près de chaque angle, font attachés fur le plat de la roue, avec des pointes , deux cerceaux laifîant entr’eux l’épaifleur de la roue qui fort de rainure, ainfi qu’on le voit, Fig. y , qui efl un profil de cette même roue ; a a font les deux cerceaux, & b efl le corps de la roue for lequel paiïe une lifiere fins fin, telle qu’on en voit une en F, PL 2 , Fig. 1 ; il faut que la roue ait environ 18 lignes d’épaiffour. Ces deux cerceaux excédent la forface de la roue d’environ 3 à 4 lignes , & fervent auffi à contenir l’affemblage des deux planches.
- Au centre de la roue , Fig. 4, efl un trou quarré A dans lequel entre un noyau de bois très-dur , quarré au milieu, & terminé de chaque côté par deux hémifpheres pris au même morceau fur le tour. Ce noyau a de longueur la diflance d’un des montants B, B , à l’autre , pour que la roue ne puiffe balotter en tournant : on peur voir ce noyau en B , même Planche, vu for fi longueur, & en C, vu du côté du trou qui reçoit l’axe.
- ^==is% L’axe qui porte la roue efl de fer ; on le voit, Fig. 3 , dans la pofition qu’il 1 Planche tiendrait s’il étoit au centre de la roue, Fig. y ; il efl garni de fon lan-* ternon & de fa manivelle ; à l’écartement des deux montants font pratiqués deux collets ronds fur lefquels il tourne dans les entailles des montants ; on voit cet arbre en C, Fig. 2, PL 6, le renflement qu’on voit au milieu efl quarré, & entre dans le noyau; à une de fes extrémités efl un quarré auquel on adapte une manivelle, qu’on forre avec un écrou, c’eft le côté de la Devi-deufe : a l’autre bout, qui efl celui de dehors, efl un lanternon qui tient folidemént à fon centre fur une partie qu’on a réfervée à l’arbre.
- Au bout de la manivelle, au lieu de la poignée qu’on y voit ordinairement, efl une petite poulie qui roule for une cheville de fer , dans le même fons que feroit la manivelle.
- Le lanternon efl fait de deux plaques de fer,,l’une efl toute ronde, & à l’autre efl réforvée une petite queue à laquelle efl adaptée une petite cheville de fer, qui fort d’axe à une petite poulie for laquelle l’on fixe un des bouts de la corde, qui fait mouvoir le va Ô vient, ainfi qu’on peut le voit en F 8c en G , Fig. 2 , PL 6, où l’on voit le bout de cette corde attaché à la poulie dont je veux
- Au centre E efl le trou de l’axe commun à toutes deux , enfoite font percés trois trous à diftances égales les uns des autres, dans un même éloignement du centre ; ces trois points font ceux qui déterminent un triangle équilatéral.
- On rive proprement trois fufeaux dans les trois trous qui fe correfpondent. Dans cet état on fix£ le lanternon for la partie de l’arbre qu’on a deftinée
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- PREMIERE P À R T I É. Chap. IIL ÎJ
- à le recevoir ( la poulie en dehors ) au moyen d’un écrou qu’on ferré par» deflus*
- Sur le montant de dehors de la Figure r , flanche 6, on voit une roué F dentée de 32 dents, retenue au moyen d’une cheville , dont la tête entre à fleur dans la furface de la roue ; elle tient folidement dans le montant * & cependant permet à la roue de tourner fiir fon centre, en engrenant dans le premier lanternon.
- Au centre de cette roue eft un fécond lanternon, fait comme le précédent * mais il a quatre füfeaux ; il fait tourner une fécondé roue F dentée aufli, 3c qui porte le même nombre de dents.
- Cette roue* pour venir engrener dans le deuxieme lanternon , doit être mife par-deflus la première roue dentée oit elle tourne facilement, au moyen de l’écartement que la piece de bois D donne à cette roue, afin d’éviter le frottement & l’irrégularité de la rotation qu’une feule cheville ne pourroit prévenir.
- Sur le côté extérieur de cette fécondé roue, & aufli près de fà circonférence qu’il eft poflible, on place une poulie, au mujen d’une cheville à tête, en prenant garde , toutefois, que cette poulie dans fa révolution ne rencontre Celle qü’on a mife à la queue du fécond lanternon ; on voit cette poulie en a, fur la roue A de la Figure 2, Flanche 6.
- Dans cet état la machine eft toute montée, il ne refte plus qu’à la fairé mouvoir»
- Il faut d’abord faire tourner la grande roue ; pour cela , on attache au piton de devant de la marche une corde , à l’autre bout de laquelle eft une bouclé qui pafle dans la manivelle de la roue ; 011 voit cette corde en G, Fig, r 9 FL 7 * qui eft une coupe du Rouet où eft repréfenté cet arrangement. Il fuffit pouffer la marche en avant pour faire tourner la roue.
- Comme toute la méchanique qu’on a placée fur le montant extérieur qui porte cette roue , a pour objet de faire avancer 3c reculer le va-vient, ou cou-*' rant, voici comment on y parvient. Tout ce qui concerne l’explication qui va fuivre, eft repréfenté par les deux Figures de la Planche 6 , mais là Figure 2 eft celle qui indiquera le mieux;
- On fixe dans la poulie F, du lanternon E, qui tient à l’axe C de la grandè roue , le bout G de la corde H qui doit être d’une grofleur fuffifanté pour cett© opération ; de là on la fait paffer fur la poulie i, qui eft celle du deflus des detik qui font au bout à droite du porte-courant, enfuite dans la poulie K qui tient au courant ; de là elle revient fur cellë L qui eft celle de de flous des deux qui font au bout du porte-courant ; de là fur la partie M du lanternon D, & enfin on la fixe fur la poulie a de la deuxieme roue dentée, au moyen d’une bouclé ou d’un nœud.
- A 1 autre bout du courant eft une cheville b^ à laquelle eft attachée une cordé Étoffes de soie. L Parti 0
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- 14 L'ART DES ÉTOFFES DE SOIF.
- O, de même groffeur que celle de l’autre côté ; elle pafle fur la poulie P qui eft à l’autre bout du porte-courant, & defcend au-deffous du porte-courant d’environ i J pouces ; au bout eft attaché un contre-poids Q, de plomb ou de fer, &c, & d’une pelànteur lufEfante pour attirer le courant à lui.
- U faut obferver quand on pofe la corde , que les poulies qui font aux lanternons , & celle de la fécondé roue dentée, (oient toutes du côte du Rouet % dans la même direction.
- Sur la grande roue eft une lifiere qu’on voit en C, Figure r , dont on alTem-ble les deux bouts en les coulant ; elle va paiïer fur la poulie g à large rainure , que porte la grande broche m, Fig. % , Tl. 7, derrière le Rouet, & la fait tourner.
- Deux cordes làns fin paflent lur l’une des trois rainures des poulies, A, A,1 que porte la même broche , & de là fur celles des broches i9 i, qui font devant.
- Pour faire les cordes làns fin, il faut bien fe garder d’aflembler les deux bouts avec un nœud : car chaque fois qu’il paüeroit, il arriveroit un fautillement nui-: fible, & la corde fortiroit des rainures ; le meilleur eft d’effiloquer la corde à chaque extrémité, & de les joindre l’une fur l’autre en les entortillant d’un fil; ou bien fans effiloquer, on peut coudre les deux bouts.
- Si on luppofe la machine en mouvement, on verra tourner les broches ; le va-vient ira de droite à gauche, & fera là révolution de la maniéré que nous allons démontrer.
- Dans quelqu’inftant qu’on prenne le va-vient, le calcul eft le même ; mais pour Amplifier les idées, prenons-le au bout de fa révolution ; quand la grande roue aura fait zÿ6 tours, la première roue dentée en aura fait 24, la fécondé en aura fait 3 , & le courant fera revenu au point d’où il eft parti.
- U a fallu imaginer cette opération pour coucher la foie fur les rochets dans toute leur longueur, & obtenir le bombement qu’on y voit ; encore au moyen du retour périodique & confiant des mêmes paflàges de la loie, ne peut-on parvenir à un bombement parfait ; Sc c’eft pour corriger ce défaut, que de temps en temps la Devideufe eft obligée de changer les guides de trous ; ainfi la combinailbn de ce changement de guides f jointe aux effets du rouage, devient infinie.
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- Première Partie. Chap. III* lf
- Section T r o ï s i e m è»
- Defcrlpdon des nouveaux Guindres, & de la maniéré de s en jervir>
- Les Guindres dont on fe fort pour le Rouet de Lyon, ont cet avantagé fur les autres, qu’ils fe prêtent à l’écartement qu’exige la variété dans la grandeur des écheveaux de foie, au lieu que les autres étant d’une grandeur fixe * il faut en avoir à tout étage.
- La Figure 3 , Planche 7, repréfente ce Guindre tout monté. A 8c B font de petites pièces de bois rondes, de 4 pouces & demi de diamètre, dont la circonférence eft divifée en fix parties égales ; de chaque point de divifion jufqu au centre eft une rainure en queue d’aronde » dans laquelle glifïe à frottement dur une des douze traverfes C, qui ayant la liberté de s’avancer 8c reculer, augmente ou diminue à volonté le diamètre du Guindre,
- Les fix traverfes qu’on deftîne pour le haut du Guindre ont environ 6 pou-' ces de long, ce qui donne au plus petit ^oartement environ 13 pouces de diamètre, & celles d’en bas en auront 7, ce qui donnera iy pouces de diamètre ; elles font terminés en pointes pour recevoir chacune deux des douze montants d.
- Ces montants D * D , & c. font de rofoau fendu en deux , la forface polie eiï dehors; ils ont 11 pouces de long ; à chacun de leurs bouts eft un trou qui reçoit les pointes des traverfes C C.
- La planche ronde A qui porte les traverfes qu’on deftînéra au haut du Güîn-dre, aura un trou quarré à fon centre , dans lequel entre une noix E dé bois dur, Fig. 3 , qu’on collera à fa place, terminée en pointe très-aiguë * & qui roule fur le haut de la tringle qui porte le Guindre dans un trou qu’on y pratique exprès.
- Celle d’en bas B aura feulement un trou rond pour recevoir l’axe dii Guindre.
- Pour monter le Guindre, on fera entrer dans chaque pointe des traverfes d’en haut des deux montants D, D, qu’on fixera for ces pointes avec un gros fil ; enfoite prenant un montant de chaque traverfo voifine , on les fera entrer dans une pointe des traverfos d’en bas, où on les fixera de même avec Un fil* ce qui donnera la figure d’un V ; puis prenant, à droite ou à gauche, celui que cette première opération aura laiflë feui, on le joindra dans la traverfo d’en bas, avec un de la traverfo foivante d’en haut ; & continuant ainfi jufqu’à la fin, on aura un zig-zag circulaire, & le Guindre aura la forme d’un côné tronqué.
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- I
- 16 L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- Section Quatrième»
- Des Rockets & Bobines propres à devider la Soie.
- Les Rochets font des efpeces de poulies de bois léger, dont la rainure a environ Planche pouces de long, & dont le corps eft égal & uni ; les deux ailes ou rebords font en talud en dedans du rochet, & à angle droit par dehors ; ainfi l’épaift feur de chaque aile étant près du corps du rochet de 3 lignes, donne 4 pouces 8c demi pour longueur totale : au centre eft un trou d’environ 3 lignes 8c demi de diamètre , par où paffe la broche; le diamètre des ailes eft d’environ 14 lignes, & celui du corps du rochet eft de 6 lignes. La Figure 4 , même Planche, repréfente un rochet vu de profil, 8c la Figure j en repréfente un autre rochet vu en perfpeéffve.
- Les bobines différent des rochets, en ce qu’elles font un peu plus longues que ceux-ci, 8c quelles n’ont qu’une tête ; on la fait beaucoup plus grande qu’aux rochets, pour pouvoir les placer debout quand elles font pleines; alors cette tête leur fertdebafe ;le côté oppofé à la tête augmente infenfibiement de diamètre, & fe termine en rond. D’ailleurs elles font percées comme les rochets. La Figure 6, même Planche, eft une bobine vue de profil, 8c la Figure 7 eft une autre bobine vue en perfpeéHve.
- Les rochets font deftinés pour le devidage de l’organfin, 8c les bobines pour celui de la trame.
- La raifon qui a fait préférer les rochets pour l’organfin, eft que quand on ourdit, il n’eft pas poffible d’éviter les fàccades ; par conféquent, les rochets ne tournant pas uniformément, il y a toujours des tours de foie, qui, fe fentant du relâchement, fortiroient fans le rebord qui les retient ; au contraire quand on a dévidé la trame fur les bobines, & qu’on veut faire les canettes 5 dont il fera parlé en fon lieu , on place la bobine fur fa bafe, & comme le déroulement de la foie eft continu 8c uniforme , on n’a pas à craindre qu’elle fe dérange , & l’opération en eft plus facile.
- La diftinélion des bobines 8c des rochets n’eft pas admife par-tout, il n’y a gueres qu’à Nîmes, à Avignon , 8c dans quelques Villes voifines qu’on la con-noiffe ; à Lyon on les diftingue plutôt par le terme de rochets, à une 8c deux têtes qu’autrement, & quand ils font pleins de foie , on les appelle canons , à une 8c à deux têtes.
- , A Paris, & dans les lieux voifins , les Fabriquants ont donné le nom de volants aux bobines, pour les diftinguer des rochets.
- CHAPITRE
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- Première Partie. Chap. IV.
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- CHAPITRE CINQUIEME.
- Defcription des Trafufoirs.
- On appelle Trafufagc> l'opération par laquelle on démêle Un écheveau de foie ; l'inftrument dont on fe fort pour cela, fo nomme Trafufoir s il y en a de deux fortes, celui à la Lyonnoifo , & celui à la Nîmoifo ; tous deux rem-pliflent également leur objet, mais le Trafufoir à la Nîmoifo a fur l'autre un degré de perfeélion, que le Leéteur fera en état de Connoître , lorfqu'après la defcription que je vais donner de tous deux , il pourra en faire la comparaifon.
- Section P r è m i ï ki.
- Du Trafujoir à la nnnije-
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- La Figure 6, Planche $ , repréfente ce Trafufoir for une bafo A , formée par deux pièces de bois affomblées en croix , au moyen d'une entaille à mi-bois à chacune ; au centre de cette croix eft un trou dans lequel on plante avec force un montant B, d'environ 5 pieds 3 pouces de hauteur, tel , à peu-près, qu'un pied à perruque ; on fait ordinairement ce montant au tour, foit pour y former quelques moulures, foit pour le rendre plus poli, de peur qu'il n'accroche la foie qu'on met fans Cefle defîus pour trafufor ; on peut, pour plus de propreté , former au bas de ce montant un tenon par ou il entre dans la bafo , & qui fort en même temps de cheville pour affembler la croix ; le haut du montant eft quarré , ainfi qifon le voit dans la Figure *, fur une dé fes faces eft tm trou quarré qui perce d'outre en outre, & de grofleur à recevoir jufte le tenon d'une grolfo cheville C, for laquelle on met les écheveaux pour trafufor.
- Cette cheville , longue de 3 pieds , qui a un tenon quarré , entre dans la mortaifo pratiquée au haut du montant : elle doit être néceflairement faite au tour, & le plus polie qu'il eft poflible, pour que la foie ne puiffe y être accrochée. Immédiatement après le tenon quarré eft un rebord coupé à angle droit de chaque côté , un peu arrondi par-deffos, & élevé d'environ 3 lignes for la cheville qui va en diminuant infenfîblement vers l'autre bout auquel on forme encore un rebord arrondi des deux côtés ; leur effet eft d’empêcher la foie de tomber d'un ou d'autre côté.
- Sur une face du montant , à angle droit avec la cheville C, en eft une autre D de 6 pouces de long, fans le tenon, faite en 'petit comme la grande , excepté que fon tenon eft rond, & qu'étant une fois mifo en place on ne l’en Étoffes de soie. /. Part. E
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- 18 L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- ôte plus; fon ufage eft de recevoir des écheveaux trafufés, que la Devideufe place fur les Guindres à mefure que les autres finiflent.
- Le Trafufoir eft placé devant le Rouet, au côté gauche de la Devideufe de maniéré que la grande cheville foit fuivant la longueur du Rouet, pour que la Devideufe puiffe trafufer en dévidant. La Fig. i, PL 8, repréfente le Rouet vu géométralement : on voit en B la place du Trafufoir , qui doit être fort prés du Rouet, fans nuire au mouvement des Guindres. La Fig. I, PL 9 , repréfente l'opération : on y voit la Devideufe occupée à trafufer pendant qu'elle dévidé , parce que la feule aélion du pied^ met en mouvement toute la machine.
- Section Seconde. *
- Du Trafufoir à la Nîmoife.
- La Figure 2 , PL 9, repréfènte ce Trafufoir attaché à deux cordes, foli-Planche dement fixées au plancher au moyen de deux pitons ou clous : on voit une cheville A , à peu-près pareille à la précédente , excepté qu'au lieu du tenon quarré, on en pratique un petit rond à deux rebords, par où elle tient à une des deux cordes B, B; l'autre corde a à fon extrémité une boucle, que le rebord de l'autre bout empêche de glifîer , & qui permet de mettre & d'ôter de deffus la cheville , les écheveaux de foie à la volonté de la Devideufe. Ce Trafufoir eft fufpendu au-de/Tus du Rouet, & dans le même fens que l'autre, de façon à ne. point gêner le mouvement des Guindres , & à une hauteur convenable y pour que la Devideufe, étant afllfe, puilfe trafufer facilement. Tel eftleTra-fufoir à la façon de Nîmes : on voit jufqu’à préfent qu'il a fur celui de Lyon le mérite de la fxmplicité ; nous verrons autre part s'il eft plus commode.
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- Première Partie. Chap. VI,
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- CHAPITRE SIXIEME.
- Maniéré de devider SC de fe fervir du Trafufoir, foit de Lyon,
- foit de Nîmes.
- Section Première.
- L’un des deux Trafufoirs étant mis en place, la Devideufe s’afîied fur une chaife A, Fig. i, TL 9 , un peu haute, & a foin, avant de commencer, de mettre un peu d’huile aux pointes de toutes les broches, & à Taxe dé la grande roue , puis paflfant un mateau dans la broche du Trafufoir , elle fépare les pan* times qui le compofent.
- Le mateau eft compofé de plufieurs panâmes, & la pantime contient plu-fieurs echeveaux 5 la quantité de. pannmes dont eft compofé un mateau n’eft pas déterminée. C’eft le Teinturier qui le plus fouvent réglé cela : cependant, pour l’ordinaire les mateaux font compofés depuis 4 jufqu’à 6 pantimes, & les pantimes auffi depuis 4 jufqu’à 6 écheveaux. Le foin de ce détail regarde plus particuliérement le Fabriquant, parce que ces différentes combinaifons font de fïirs moyens de reconnoître promptement fi le Teinturier, qui prétend que la foie a fouffert du déchet du côté du poids, ne le trompe pas.
- Quand la Devideufe a féparé les pantimes & les écheveaux, elle trafufè ces derniers un à un, & voici comme elle doit s’y prendre. Elle paffe les deux mains dans l'écheveau, & le faifant tourner fans celle fur la cheville & dans fes mains , elle fépare avec le pouce , & le premier doigt de chaque main, les brins de foie , que la teinture peut avoir collés les uns aux autres , avec beaucoup de foin ; enfuite elle cafte la centaine (*) , & la refait d’une maniéré plus fimple. Quand elle a ainfî trafufé 4 écheveaux, elle en met un fur chaque Guindre, place les guides où il convient qu’ils foient, paffe la foie dans leur anneau , & en fixe le bout fur chaque rochet, qu’elle a auparavant mis fur les broches, en leur faifant faire avec la main quelques tours dans le fens où ils doivent tourner. Quand tout eft ainfi préparé , elle donne avec la main l’impulfion à la roue, & en continue la rotation au moyen de la marche avec fon pied, ainfî qu’on l’a déjà vu.
- Quand le devidage eft en train, elle continue de trafufer , afin d'avoir toujours des écheveaux prêts à remplacer ceux qui finiffent. Lorfque la foie en dévidant cafte , finit ou s’arrête, la Devideufe plie fon écheveau , le met fur
- (*) La centaine eft une Capiure faite par le Moulinier fur chaque écheveau, afin d’en arrêter le bout, qui fans cela s’embrouilleroit aifément, détenir tout le corps de l’écheveau, & d’en
- conferver l’ouverture ; par ce moyen on n’a pas à craindre qu’un écheveau fe mêle , à moins d’un accident particulier,
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- 20 L9 ART DES ETOFFES DE SOIE. la cheville du Trafufoir, de façon que rien ne puiffe accrocher ni gâter la foie , & remédie aux divers accidents qui peuvent arriver. Ceft ainfi quelle s’y prend, quand elle fe fert du Trafufoir à la Lyonnoife , mais 11 ceft de celui à la façon de Nîmes, elle peut y remédier fans quitter l’écheveau des deux mains ; car alors tenant l’écheveau de la main gauche, elle pâlie fon bras dans l’écheveau qu’elle trafufo , & s’en fert comme d’un point d’appui, d’où elle va remettre en ordre ce qui s’étoit dérangé , au moyen de la faculté qu’a ce Trafu-foir de fe prêter aux divers mouvements du corps ; & ceft en quoi il eft préférable à celui de Lyon, avec lequel il faut quitter fans celle l’écheveau pour porter remede à ce qui fe dérange.
- La Devideufe ne doit pas garder, fur la cheville du Trafufoir, un grand nombre d’écheveaux trafufés qui fe mêleroient enfomble ; mais il eft à propos qu’elle fafîe un double nœud coulant à chaque écheveau , 8c quelle le place , oulùr la cheville du montant du Trafufoir à la Lyonnoife, ou for celle du montant à gauche du Rouet,
- Elle doit aufïi avoir attention de changer de rochets ou bobines, quand ils font fuffifamment pleins de foie.
- Il eft certain que ce Rouet à quatre guindres eft beaucoup plus expéditif que les autres, puifqu’une Devideufe y fait l’ouvrage de quatre autres ; d’un autre côté la foie ne fouffre aucune altération dans fon luftre, puifqu’elle ne fait d’autre effort que celui qu’occafionne le mouvement qu’on imprime au guindre ; au lieu qu’avec l’autre méthode de devider, elle paffe fans ceffe entre les doigts de la Devideufe , ce qui ne peut que nuire à fon éclat.
- Envain objeéleroit-on que dans le trafufage, la foie paflè dans les mains de la Devideufe ; il fuffit de comparer ces deux fortes de frottements, l’un eft continu & échauffe les doigts , au lieu que le fécond n’en eft pas un, c’eft un fimple contaél des doigts, qui étant fait avec ménagement, ne peut faire aucun tort à la foie,
- Au moyen de ce Rouet la foie fe roule fur les rochets bien moins ferme que lorfqu’elle pafle dans la main, 8c quand quelque bout fe perd , on le trouve plus aifément & avec bien moins de déchet.
- - On peut devider de la trame & de l’organfin, tout à la fois ; on peut auffi devider de la foie de différentes couleurs, car chacun des guindres peut être varié, tant en qualité qu’en couleur.
- J’ai dit qu’il falloit que les trous des rochets 8c bobines, fuflent plus grands que la broche du Rouet, qui les porte , n’eft grofîe ; c’eft par ce moyen que lorfqu’il fe forme une tenue à l’écheveau qu’on dévidé, le bout ne peut caffer, parce qu’alors le rochet refte immobile, & la broche continue de tourner ; de plus, quand quelqu’un des bouts fe caffe ou finit, la Devideufe n’eft point obligée d’ôter le rochet de deffus la broche, pour le renouer, pui£ quelle peut arrêter le rochet ou la bobine pour en chercher le bout
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- £ r e M i fe R e Par t i t. Chap. VL àî
- fins être obligée d'arrêter la broche. Ce n'eft pas quil ne puïfïe àfrivef qu'on foit obligé de retirer les rochets, ou bobines de deffus la broche , cortimê dans le cas d’un bout perdu for le rochet, de façon à ne pouvoir le trouver qu'avec la pointe d'une épingle.
- La longueur ordinaire des rochets Sc des bobines étant de 4 pouces & demi ou environ , il eft évident qu’elle ne peut remplir celle des broches ; ainfi pouf empêcher que ces bobines aillent à droite ou à gauche, ce qui nuiroit aux combinaifons du va-vient & des guides, dont l’effet eft de produire un bonv* bernent ainfi qu'on l'a vu , on retient le rochet à la même place au moyen de 1 petites rondelles de liege qu'on paiTe dans la broche ; ainfi le rochet n'ayant entr’elles que 3 ou 4 lignes de jeu , ne peut pas trop s'écarter.
- On ne fauroit difconvenir que cette méthode de dévider ne {bit, en tout * préférable à toute autre ; & même la dépenfe d’un Rouet, tel que celui dont je viens de parler, ne fiuroit détourner ceux qui vondroient s'en fervîr , puifque le Rouet le mieux fait, de la main des plus habiles Tourneurs de Lyon, né coûte que 36 livres; cette fomme eft fûrement trop modique pour en ém* pêcher 1 ufàge, fur-tout dans des villes ©vilec Manufaétures prennent quelque accroifement, car l'avancement de l'ouvrage eft fuffifint pour indemnifor en peü de temps d'une auffi petite dépenfe.
- Par la différence que je mets entre les anciens Dévidoirs & le Rouet de Lyon, que j'ai annoncé comme une nouvelle méthode de de vider, il paroîtroit que ce dernier eft abfolument nouveau ; il ne i'eft que pour les fabriques qui ne l'ont adopté que depuis peu'de temps, & pour celles où l’on ne s’en fert pas encore ; car le Rouet à quatre guindres eft connu depuis le milieu du dix-* feptieme fiecle, dans la perfeélion où il exifte actuellement ; il y a même apparence qu'on ne trouvera rien de mieux, puifque bien des recherches à ce fujet ont échoué : tout ce qu'on avoit pu trouver de mieux, après celui-là, a été le Rouet à huit guindres > dont on a efiàyé de fè fervir ; mais il devient fi compliqué, & fi incommode > qu'on a été obligé de l'abandonner totalement. Je crois qu'on auroit peine à en trouver deux de ces derniers dans tout Lyon , encore ne s'en fert-on pas ; le tableau qu'on m'en a fait eft fi peu avantageux, que j'ai cru ne devoir pas prendre la peine de le décrire.
- Au commencement de ce fiecle, un Tourneur, à Lyon, Imagina un Rouet à trente-deux guindres, mais il eût encore moins de fuccès que celui à huit.’
- Voici la meilleure notion que j'aie pu tirer de ce Rouet, & l'idée que l'Auteur en avoit conçue : il penfoit que trois ou quatre filles, tout au plus, pour-roient fiiffire pour faire aller tous les guindres ; il en deftinoit une pour tourner feulement, une fécondé pour trafufer les foies, & les deux autres pour avoir foin chacune de feize guindres, c'eft-à-dire, pour veiller à ce qu'il ne manquât jamais de foie fur les guindres, pour dégager les tenues qui fe forment for les écheveaux, pour nouer les bouts caffés ou finis, Sç pour changer les rochets Etoffes de soie. /. Paru F
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- M VARTl DES ÉTOFFES DE SOIE.
- ou bobines , quand les uns ou les autres font fuffifammênt pleins de foie.
- Quant à là forme, ceux qui en ont vu quelques fragments, m'ont dit qu’il étoit long, autant que foize guindres peuvent tenir d'efpace l'un à côté de l’autre, y compris l'intervalle nécefiàire pour agir librement , ce qui devoit faire, tout au moins, une longueur d'environ 19 pieds. Il devoit y avoir cônfé-quemment deux rangées de guindres', placés de maniéré que des deux filles qui en prenoient foin , chacune fût d'un côté de la longueur du Rouet, Sc en face de l'autre* * /
- Chaque côté avoit huit broches femblables à celles du Rouet à quatre guindres ; elles tournoient par le moyen de huit roues, portées for un foui axe, lefquelles correfpondoient aux poulies des huit broches par le focours d'une corde fans fin à chacune des roues. Une fille affife à une extrémité du Rouet fai-foit tourner les roues , pat le moyen d'une manivelle à Un des bouts de leur axe ; à l'autre bout étoit un lanternon qui engrenoit dans une roue dentée , pour en faire tourner trois , les unes fur les autres, par autant de lanternons attachés à ces roues ; à ces lanternons étoient attachés des ficelles qui faifoient mouvoir deux courants & leurs guides, au bout de chacun defquels étoit un contre-poids*
- La longueur de cette machine, qui ne pouvoit être, comme je l'ai obforvé,
- 1 'moindre de 19 pieds , &fa largeur moindre de 4 pieds & demi, faifoient fans doute une difficulté pour trouver des emplacements convenables ; d'ailleurs, fans entrer dans le détail des défauts que, fans doute on a pas fçu corriger , celui de la dépenfo a pu feule le faire négliger.
- D’après la defcription qu'on m'a donnée de ce Rouet, j'ai jugé que l'idée en avoit été tirée des devidages des foies grefos, communément appellés tavelles*
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- Premier Partie. Chap. VIL
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- CHAPITRE SEPTIEME.
- Ufage qu’on doit faire des anciens Dévidoirs, décrits dans lè
- premier Chapitre.
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- SêctioH PreMiere,
- J’ai dit fur la fin des obferVations faites au fujet des anciens Dévidoirs, qu’on pouvoit les employer au devidage des filofolles , fleurets , laines, cotons , fils * poils de chevré, &c. On le doit même , parce qu’on ne fàuroit devidér ces matières différemment ; le fécond dévidoir eft le plus convenable pour cela , à caufe des différentes grandeurs des écheveaux des unes & des autres ; car les écheveaux de filofelle ont autant de différentes grandeurs, que de différentes fileufes les ont travaillés, Il en eft de même du fil & du coton dont les écheveaux différent fouvent entr eux de plue rlf* la moitié en grandeur, cela vient des différentes perfcnnes qui fe mêlent de filer ou de faire filer , ôc des diffé^ rents pays où l’on fait ces filatures.
- Il n y a que la laine & le poil de chevre qui aient à peu-près léurs écheveaux-égaux 3 parce que l’une & l’autre font montés au moulin pour leur donner lé double apprêt qui leur eft néceflàire : leur variété n’ëft guère plus confiée-râble que celle des écheveaux de foie.
- Toutes ces différentes matierés font employées dans lès Manüfaélures des étoffes de foie 9 elles y fervent de trame ; c’eft pourquoi je mé fuis cru obligé d’indiquer aufli à la fuite du devidage de la foie les moyens néceflaires pour les devider.
- J’ai déjà dit que le fécond [Dévidoir y étoit le plus propre , parce qu’il fo prête aux différentes grandeurs des écheveaux ; & qu’au cas que celui dont j’ai parlé ne foït pas allez élevé & affez fort , quant aux tournettes , il eft facile d’y pourvoir. Cependant tous les trois peuvent être mis en ufage en les renforçant de même.
- Le premier eft celui qui convient le moins, & malgré cela on peut Ÿemployer facilement ; mais au lieu de fe fervir d’jjn güindre fait Comme les pre-* miers, il en faut un qui s’élargiffe & fe rétreciffe félon la grandeur de l’échevëàü qu’on lui deftine. La modicité de la dépenfe peut mettre des Devideufes dans le goût de s’en fervir, quoique les autres ne foient pas bien coûteux*
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- *4 L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE>
- Section Seconde.
- De/cription du Guindre ci - dejjiis.
- NCHÈ
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- Ce Guindre eft celui qu5on voit Planche 4, Fig. r ; il eft compofé de deux pièces de liege A A, quarrées & de l’épaiflèur 4 plus forte i fur une des faces de l’épaiffeur, font pratiqués deux trous, aux deux extrémités de cette face , 8c traverfent cette épaifleur d’outre en outre : fur l’autre face à angle droit font pratiqués deux femblables trous, qui ne fe rencontrent point au milieu de leur longueur, & cependant fe croifent avec les deux premiers, Fig. 3 , & 4.
- Une de ces pièces de liege a au centre, fur le plat, un trou de grandeur fuffifante pour tourner fans gêne fur la tringle B, qui doit fervir d’axe au Guindre : cette piece fervira pour la bafe du Guindre.
- L’autre piece a auffi un trou rond, au milieu de fa largeur, mais moins grand que le précédent ; & quoiqu’il traverfe auffi la piece d’outre en outre , il efl: plus grand par-deflous que par-deflus : il efl deftiné à recevoir une noix a ; faite de bois très-dur, eu forme de cône. Au milieu du diamètre de fà bafe en deffous , efl un petit trou de deux lignes de diamètre & d’autant de profondeur , terminé en pointe pour recevoir la pointe de la tringle B , qui fèrt d’axe au Guindre, & fur laquelle la noix doit tourner. Cette piece, dans cet état, fervira de couronnement au Guindre.
- Quatre baguettes C, C, C, C, de bois, fort unies, & pointues par un bout, font placées chacune dans un des trous de la piece de liege que j’appelle le couronnement du Guindre ; & quatre autres baguettes D, D9 D, D , font dans les trous de celle qui en forme la bafe*
- Aux bouts pointus des baguettes C CGC9 D D D D , on fixe avec de la ficelle les montans E E E E Sec, faits de rofeau, de la maniéré qu’on voit Fig. r, qui repréfente le Guindre tout monté.
- Les baguettes doivent être d’une longueur convenable , pour qu’en les faifànt couler dans les trous du liege , dans lefquels elles entrent avec un peu de force , on puifle agrandir ou diminuer la circonférence du Guindre , félon la grandeur de l’écheveau.
- Avec tous ces Dévidoirs, on pourra fe fervir de la broche à la main, ou du Rouet, par préférence, à caufe de fon avancement ; mais on pourra fe fervir avec bien plus d’avantage de l’efcouladou.
- TROISIEME
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- ï R I M I Ë R É ï À R T I Ëi Chap• VIL Troisième Section*
- Ûefcription de tEfcouladou ; 6 de la maniéré de s en ferviri
- L’escouladou, Fig. 3, PL 3 , eft cdmpofé d’une planche longuê d’environ 20 pouces , & large de 4 : au milieu de fa largeur, & à un demi-pouce de chacun des bouts, efl: planté folidement un petit montant de fer B , B, applati, d’environ quatre pouces de hauteur, dont le bout arrondi & recourbé forme une demi-boule. Chacune de ces demi-boules efl: placée eri face de l’âütre, à la même hauteur, au moyen d’un écrou par deflous ; au centre de chacune de ces demi-fpheres , efl: un petit trou rond, terminé en pointe, d’une ligne, tout au plus, de diamètre, & d’autant de profondeur , au trou d’un des deux montants communique une petite rainure d’une demi-ligne de largeur , dont le fond forme un angle aigu , par la rencontre des deux côtés* Fig. 4 ; cette rainure vient joindre le trou obliquement du deflus du montant* Ces trous font deftinés à recevoir les pointes d’une broche de fer C, qui doit être d’une longueur égale à la diflànce qui fe trouve entre les deux montants, dont les boules doivent fervir de grenouille à cette broche ; fà longueur efl divifée en deux groffeurs différentes ; au milieu elle efl quarrée ; la partie à droite & jufqu’à un pouce du bout efl oétogone , & plus groffe du double , pour le moins, que la partie gauche, qui efl: aufli oélogone, quoique de beaucoup moins grofle ; chacun des bouts efl: rond , & terminé en pointe très-aiguë,
- La petite portion quarrée qui efl: au milieu de la longueur* porte une roue * qui n’eft formée D que par un cercle de fer affemblé fur une croix auffi dé fer, percée au centre d’un trou quarré, pour être pofée fur la broche qui lui fert d’arbre*
- Sur le côté mince de la broche on place les rochets à ou les bobines b pour le de vidage, & l’autre côté fert à faire tourner la broche. La roue dé fer qu’on voit ici, ne fert qu’à accélérer & continuer le mouvement à chaque impulfion.
- De quelque Dévidoir que fe fërve la Devideufe, elle s’aflied & lé placé devant elle ; enfuite prenant i’efcouladou, elle le met für fes génoux , & placé un rochet ou bobine fur la broche ; il faut que le côté ou efl le rochet, foie à la gauche de la Devideufe, & eonféquemment le gros côté de la broche à fa droite, ainfi qu’on le voit fur la Figuré 3 ; le rochet du bobine fur lequel on dévidé , doit tenir ferme fur la broche de I’efcouladou * afin qu’il ne s’arrête pas lorfque la Devideufe tient le bout de foie un peu ferré.
- La Devideufe prend enfuite le bout de l’écheveau, le roule un peu fur lé * rochet, Sc avec fa main droite qu’elle tient à plat autant quelle peut, elle Étoffes de soie. L Paru G
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- 26 L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- frappe fur la broche de l’efcouladou , en retirant fa main à elle , & produifànt le frottement le plus rude qu’il lui eft poffible, elle imprime à la broche un mouvement de rotation quelle entretient en continuant toujours de frapper ; par le plus ou le moins de force , ainfi que par le plus ou le moins de fréquence dans les coups de main, elle réglé la vîtefle de la rotation de fa broche , félon que la matière qu’elle dévidé l’exige.
- La Devideufe tient avec fà main gauche le bout de foie, qu’elle conduit fur le rochet ou fur la bobine, fur laquelle elle dévidé , & elle a foin , fi c’eft fur un rochet , de le garnir de foie également par-tout, en promenant fouvent fà main d’un bout à l’autre du rochet, jufqu’àce qu’ilfoitplein, c’eft-à-dire , juf-qu’à ce que la matière qu’elle dévidé fbit à la hauteur des ailes du rochet ; après quoi, en conduifànt bien le bout, elle peut en mettre encore deflùs, obfervant d’aller en diminuant jufqu’à une certaine élévation quelle termine en arrondiflànt. Voye^la Fig. 5 , PL 3.
- Si c’eft fur une bobine qu’elle dévidé , le côté de l’aile de la bobine doit être près de la roue de l’efcouladou $ elle doit conduire le bout de foie de maniéré à former un cône, c’eft-à-dire, groffiflànt toujours du côté de la tête de la bobine, & allant en diminuant du côté de la pointe : quand la matière dévidée eft portée à la hauteur de la tête , & à la diftance convenable de l’autre côté, elle conduit fbn bout de maniéré à groffir le milieu , & l’élever bien au-» deflus de l’aile, & elle le termine en arrondiflànt.
- Quelque matière qu’elle dévidé, & fur quelque machine que ce foit, c’eft-à-dire , fbit fur bobine ou rochet , elle doit en ferrer le bout auffi fortement qu’il eft poflibie, & donner à l’un ou l’autre ait allez de fermeté pour empêcher la matière qui ,eft deflous, d’en fortir d’elle-même, ce qu’on appelle faire bien-dur les bobines ou rochets, afin qu’ils n’éboulent point.
- Les bobines & rochets qui fervent à devider des filofelles , laines, &c, doivent être plus longs & plus gros que ceux fur lefquels on dévidé la foie , & d’un bois plus dur, autant qu’il eft poffible.
- Comme c’eft pour trame que ces matières font deftinées, du devidage elles vont aux canettes. On ne devroit fe fervir que de bobines pour les devidet 5 parce qu’on en fait plus aifément les canettes. Il eft vrai qu’avec le rochet on craint moins le dégât que peut occafionner un devidage mal fait ; mais en y faifant apporter toute l’attention qu’exige ce travail, on ne doit rien avoir à craindre.
- En dévidant avec l’efcouladou , on eft fur de faire, au moins, trois fois autant de devidage qu’on en feroit avec les autres machines ; & d’ailleurs la rapidité avec laquelle on en fait ordinairement tourner la broche , fert extrêmement à rendre les rochets & bobines très-durs. Cette rapidité ne fàuroit convenir au devidage des foies teintes, auffi n’emploie-t-on jamais l’efcouladou à cet ufàge.
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- Première Partie. Chap• VIII.
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- CHAPITRE HUITIEME.
- Explication des Planches concernant les trois anciens Dévidoirs f dont la defcription ejl dans les Chapitres précédents*
- Section Premier®*
- Explication de là première Planche%
- La Figure première de la Planche première, repréfente une Devideufe qui travaille avec le Dévidoir à tournettes. A eft la Femme qui dévidé ; B eft la broche de fer qu'elle Fait tourner dans là main droite , garnie d'un rochet liir lequel elle place la foie ; C eft le morceau de bois qui eft attaché à la ceinture de la Devideufe, dans un des trous duquel p©f© la pointe de la broché de fer ; D eft le Dévidoir à tournette ; E E font les deux tournettes ; F eft l’écheveau de foie qu'on dévidé , il eft pofé fur les deux tournettes ; G eft le bout de foie de l'écheveau que la Devideufe tient entre les doigts de la main gauche, de maniéré à le guider, pour qu'il fe roule à propos fur le rochet.
- La Figure 2 eft une autre Devideufe qui travaille avec le Guindre. A eft la Femme qui dévidé ; B eft la bafe du Rouet placé devant elle ; C eft la grande roue de ce même Rouet, quelle tourne avec là main droite ; D eft le Guindre ; E eft la tringle qui fert d’axe au guindre ; F eft la bafe de la tringle 5 G eft un écheveau de foie placé fer le guindre ; H eft le bout de l'écheveau que la Devideufe tient avec fà main gauche y de maniéré à le conduire à propos * pour que la foie fbit bien devidée.
- La Figure 3 eft un paquet de trois mateaux de foie pendus à une cheville J qui eft plantée dans un mur ; ce paquet tient à cette cheville au moyen d'un écheveau qui lie les mateaux par le haut.
- La Figure 4 eft une planche portée par deux tafleaux , fer laquelle la Devideufe pofe fes rochets & bobines.
- La Figure 5 eft un banc porté fer quatre pieds, c’eft la bafe d'une tringle de fer ou de bois qui fort d'axe aux guindres pour devider.
- La Figure 6 eft un guindre de rofeau.
- La Figure 7 eft le couronnement de ce même guindre.
- La Figure 8 en eft*la bafe.
- A eft une tringle de fer qui fe tient droite d'elle-même, au moyen de ce que fà bafe eft faitç en patte de poule } elle fert d'axe aux guindres.
- B, B, font deux pierres percées qu'enfilent les tringles de fer ou de bois qui fervent d'axe aux guindres.
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- 28 EXPLICATION
- C eft une autre tringle de fer plantée dans une piece de bois arrondie, qui lui fert de bafe ; la hauteur de ces deux tringles eft d’environ 3 pieds & demi,
- D eft la noix dun guindre , elle eft de 2 pouces & demi.
- E eft une des trois traverfes du couronnement dun guindre.
- F eft une des trois traverfes de la bafe d'un guindre.
- G eft un des douze montants d’un guindre. ^
- H eft une broche de fer avec laquelle on dévidé.
- / eft la même broche de fer garnie d'un rochet fur lequel eft un peu de foie*
- K eft une bobine vuide.
- L eft un rochet vuide.
- M eft le morceau de bois que la Devîdeufe tient attaché à là ceinture , d ans un des trous duquel elle pofe la pointe de la broche de fer avec laquelle elle dévidé.
- Section Seconde.
- Explication de la fécondé Planche*
- La Figure première repréfente le Rouet à devider, décrit dans la quatrième Seélion du premier Chapitre du De vidage, vu en perlpeétive du côté de la manivelle. «
- La Figure 2 repréfente le dévidoir à tournettes* décrit dans le Chapitre Second tiu De vidage , vu en perlpeétive, garni de fes deux tournettes 8c d'un écheveau de foie, dont le bout fe roule fur le rochet o du Rouet, Fig. 1.
- La Figure 3 eft le même dévidoir, vu prelque en face * mais fins tournettes;
- i9 i9 font les deux tournettes , dont une vue en perlpeélive , & l'autre vue en face.
- I eft une des tringles qui fert d'axe aux tournettes ; l'elpefce d’anneau quelle forme à un de fes bouts, eft pour pouvoir le prendre avec plus de facilité pour la fortir & la remette.
- m eft une des huit petites tringles qui forment la circonférence d'une tournette.
- n, n font les deux petites planches rondes qui forment les deux extrémités d’une tournette.
- 0,0, font les deux noix d’une tournette.
- a eft la broche de fer du Rouet, Fig. 1, fer laquelle on place le rochet ou les bobines quand on veut devider ; elle eft garnie de la poulie fer laquelle paffe la lifiere qui la fait* tourner.
- h eft la même broche fer laquelle on voit la partie quarréè qui retient la poulie.
- c eft le moyeu de la roue de ce même Rouet} garni de fon axe & de fa mani-^ velle.
- i eft
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- DES PLANCHES. 19
- , d eft Taxe de ce même moyeu vu de fà place , fur lequel 011 voit la partie qùarrée qui l’empêche de tourner dans le moyeu où il doit être fixement arrêté.
- e eft le même moyeu , vu en face du Coté du trou de Taxe;
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- f eft un des huit rayons qui font plantés au moyeu par le côté dè léür tenon , & de l’autre, ils portent le grand cerceau avec lequel ils forment là iroue du Rouet.
- g9g9 font les deux arc - boutans qui foutiennent les deux montants qui portent le Rouet. - , . '
- h, h, font les deux petits montans du devant du Rouet, qui tiennent chacun Une des pointes de la broche fur laquellè on placé les rochets, à laquelle ils fervent de grenouille?
- La Figure 4 repréfente les deux montans qui portent la roue 5 ils font Vus dans le même fens qu’ils font plantés fur la bafe du Rouet, & de la maniéré dont ils font retenus par-deflbus, au moyen d’une clavette?
- Section Troisième;
- Explication de la troifieme Planche;
- La Figure première eft une Femme qui dévidé du fil ou dé la laine, &c. avec l’efcouladou. A eft la Devideufe ; B eft le Dévidoir à tournettes, décrit dans lê troifieme Chapitre du devidage , C eft l’efoouladou , D eft la chaife de la Devi-deufo, E eft une boîte dans laquelle elle place fes rochets pleins & vuides.
- La Figure 2 eft encore une Femme qui dévidé du fil, &C. à l’efoouladou} A eft la Devideufe, B eft l’efoouladou, C eft une pierre qui fort de bafo au guindre D : ce Dévidoir eft décrit dans la fécondé Seélion du fixieme Chapitre du devidage.
- E eft une autre boîte dans laquelle la Devideufe met fes bobines Sc rochets; La Figure 3 repréfente l’efoouladou décrit dans la troifieme Seétion du fixieme Chapitre, vu en perfpeétive, garni dune bobine prête à recevoir du fil| de la laine , & c.
- La Figure 4 repréfenté le même efcouiadoü dépourvu de fà broche;
- La Figure y eft un rochet plein de fil, de laine, &c;
- La Figure 6 eft une bobine pleine? v
- a eft un rochet vuide for lequel on peut devider les fleurets, les cotons, b eft une bobine au même ufage que le rochet.
- C, Dy eft la broche de l’efcouladou, vue de profil; e eft la roue de l’efoouladou, vue en face.
- /eft la broche de l’efcouladou, vue fans roué;
- ÉTOFFES DE SOIE. /. Parti H
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- 3°
- EXPLICATION g, g9 font les deux montants de l’efcouladou.
- h eft un des écrous qui tiennent les montants de l’efcouladou par-deffouslabafej Section Quatrième.
- 'Explication de la quatrième Planche.
- La Figure première repréfente le guindre ou Dévidoir décrit dans la fécondé Seétion du fixieme Chapitre de cet Ouvrage.
- La Figure i eft le couronnement de ce guindre vu en plan*
- La Figure 3 en eft la bafe, vue de même.
- La Figure 4 eft cette même bafe, vue en perfpeétive.
- La Figure j* eft le couronnement vu de même.
- La Figure 6 eft le Dévidoir décrit dans le troifieme Chapitre;
- La Figure 7 eft la bafe de ce même Dévidoir, vue par une des extrémités de fà longueur.
- La Figure 8 eft une des tournettes de ce Dévidoir, vue en face;
- La Figure 9 eft une autre des tournettes, vue en perfpeétive. pp,QQ, font les bafes & les tringles qui fervent d’axes aux tournettes de ce Dévidoir.
- R, R9 font les noix des tournettes, dont une vue en face, & l’autre en perfpeéüve.
- S, eft le montant percé du Dévidoir, dans les trous duquel entre la cheville T, qui retient les écheveaux lorfqu’on dévidé, afin qu’ils ne tombent pas du Dévidoir.
- a eft la noix du guindre, Fig. r, vue en perfpeélive. b eft la même noix, emmanchée dans la piece de üege ^ vue de profil* c eft un des montants du guindre. d eft une des baguettes du même guindre.
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- V
- DES PLANCHE Si |t
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- CHAPITRE NEUVIEME.
- Suite de VExplication des Planches de VArt du Devidagê des Soies teintes ; de celles concernant le Rouet à quatre guindres.
- /
- Section Première.
- Explication de la cinquième Tlanche.
- Là Figure première de cette Planche repréfente le Rouet à quatre güîndrë^i Vu en perfpeélive pardevant ; il efl dépourvu des guindres , du banc & des roues ; il porte les 4 tringles qui fervent d’axe aux guindres 8c le veilloir ; fin? le devant font deux broches, dont l’une efl garnie de deux bobines, & l’autre de deux rochets ; ce Rouet a été ainfi repréfenté pour en rendre la conftruc^ tion plus intelligible*
- La Figure 2 efl le banc qui porte la grande roue &les roues dentées qui font varier le courant dans fes révolutions ; C, C, font les deux pieds du banc ; E efl le montant extérieur qui porte la grande roue , & par lequel les deux roues dentées font portées ; F efl le montant intérieur qui fert à porter la même grande roue.
- La Figure 3 efl l’axe de la grande roue , garni de fon lanternôn & de fa manivelle ; B , efl le moyeu de la grande roue , vu de profil; C, efl le même moyeu vu en face.
- La Figure 4 efl la grande roue , vue en face.
- La Figure J efl la grande roue, vue de profil.
- La Figure 6 efl le Trafufoir à la Lyonnoife ; G, G font les deux pièces dé bois qui forment fà bafe ; H efl la grande cheville du Trafufoir, vue en perfpeétive.
- Section Seconde;
- Explication de la Jixieme Vlanche*
- La Figure première de cette Planche repréfente le bout du Rouet à quatre guindres , vu en face du côté de la grande roue. Cette figure préfente les roues dentées, telles quelles font fur le rouet, ainfi que les lanternons ; elfe préfènte aufîi la direélion de la corde qui fait aller le va-&-vient r?par le mouvement de ces mêmes roues & de ces mêmes lanternons : on voit auffi m G la lifiere qui fait tourner la broche de derrière ; on voit en outre deux guindres , garnis chacun d un écheveau de foie, & portés chacun fur la tringle qui lui fert d’axe.
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- 3s EXPLICATION
- La Figure 2 repréfente le courant hors du porte-courant, & placé par-deffus pour rendre plus intelligible l’arrangement des cordes qui le font mouvoir : ôn voit dans cette Figure Taxe de la grande roue garni de fa manivelle & de Ion lanternon, avec les deux roues dentées, dans le même fens que quand elles font en travail ; on a ôté la grande roue & le banc , pour les faire voir à découvert , afin de mieux faire concevoir leur arrangement : c’eft de ce même arrangement que dépend le bon ou le mauvais'effet du devidage , à caufe de la diiperfion de la foie fur les bobines & for les rochets.
- Section Troisième*
- Explication de la feptieme Planche*
- La Figure première de cette Planche représente une coupe du Rouet à quatre guindres, vue en face. Par le moyen de cette Figure, on voit 1 arrangement intérieur des cordes qui font mouvoir toute la machine : on voit en F la lifiere fins fin ; en G la corde qui fait tourner la grande roue; elle eft attachée à fa manivelle par un houe , ék, par l'autre bout, au piton extérieur de la marche S on voit en // la corde qui fofpend cette même marche , elle eft attachée par le haut à un piton qui eft au-deffous de la traverfe fopérieure, & par le bas, au piton intérieur de la marche ; I eft une des cordes fans fin qui fa il tourner les broches de devant : on voit dans cette Figure le prolongement du banc qui porte les roues aù niveau des traverfes inférieures; on y voit auflï deux guindres, garnis chacun d’un écheveau de foie, & portés par les tringles qui leur fervent d’axe.
- La Figure 2 repréfonte la grande broche de derrière , garnie de là poulie à large rainure , for laquelle pafte la lifiere fans fin ; 8c de fos deux poulies à trois rainures, for lefquelles paflent les cordes fons fin qu’on y voit ; ainfi que les broches de devant, que chacune de ces cordes fait tourner. On a repréfenté dans cette figure les mouvemens que la grande roue communique aux broches.
- La Figure 3 eft un des guindres for lefquels on place les écheyeaux de foie pour devider ; il eft tout monté.
- La Figure 4 eft un rochet for lequel on dévidé la foie, vu de profil.
- La Figure^y eft un autre rochet, vu en perfpeélive..
- La Figure 6 eft une bobine for laquelle on dévidé la trame ; elle eft vuë de profil.
- La Figure 7 eft une autre bobine , vue en perlpeétivë.
- La Figure 8 eft la bafo du guindre, vue en plan.
- La Figure 9 eft le couronnement du guindre, vu auffi eft plan*
- A eft la noix du guindre, vue en perfpeétiye.
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- DES PLANCHES* * ||
- 8 eft la petite planche du haut du guindre, vue en plan.
- C eft la petite planche du bas du guindre , vue aufli en plan.
- Section Quatrième*
- Explication de la huitième Planche.
- La Figure première repréfente le Rouet à quatre guindres, vu géométrafo* ment, garni de fes quatre guindres, avec l’arrangement de la corde qui fait aller le -vient ou courant, de celle qui fait tourner la grande roue, de la lifiere fans fin , & des deux cordes fans fin qui font tourner les broches de devant ; on Voit ces broches, dont Tune eft garnie de deux rochets, & l’autre de deux bobines*
- A , eft la chaife de la Devideufe , dans la place où elle doit être lorfqu’ello travaille ; on voit en B’la bafe du Ttafufoîr à la Lyonnoife, à la place où elle doit être quand on travaille : le refte de la Planche repréfente la fuite du développement des pièces dont le Rouet eft compofé.
- C, C, font les deux montants du devant du Rouet ; ils font fomblables l’un à l’autre.
- D eft le montant de derrière à gauche.
- E eft le quatrième montant ; c’eft celui qui eft à droite.
- F eft la traveffe inférieure du devant du Rouet, vue en plan.
- G eft la traverfe inférieure de derrière , vue en perfpeélive.
- H eft la traverfe fopérieure de devant, vue aufli en perfpeélive* '
- J eft la traverfo fopérieure de derrière, vu en plan.
- K, K, font deux des quatre traverfes des bouts du Rouet, vues en perfpeélive*
- L , L, font les deux autres traverfes , vues en plan.
- M eft le petit montant de devant qu’on fixe for la traverfe H ; il eft vu en perfpeélive.
- N eft le petit montant de derrière qu’on place fur la traverfe I ; il eft auffi • vu en perfpeélive. ,
- O eft un des fix porte-grenouilles qu’on place dans les rainures des montants*
- P eft une des fix grenouilles.
- .Section Cinquième.
- ... <%
- Explication de la neuvième & dernière Planche , concernant le Devidagc
- des Soies teintes.
- 7 ' La Figure première de cette Planche repréfente une Devideufe travaillant au Rouet à quatre guindres : A eft le Rouet, vu en perfpeélive , garni de fes quatre guindres, portés chacun fur la tringle qui lui fort d’axe ; ces guindres ont chacun un écheveau de foie : B eft le Trafufoir , garni de quelques éche-veaux de foie ; C eft la Devideufe : on la voit ayant fà main droite paflee dans Etoffes de soie. /. Paru I
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- 34
- EXPLICATION , &c.
- un écheveau de «foie, placé fur la grande cheville du Trafufoir ; elle pop* te fa main gauche for un- écheveau de : foie - pour.'y dégager une tenue J :Cette derniere aélion lui fait fofpendre le trafuïage où il faut néceflairemënt les deux mains ; c’eft pour ne pas perdre tout le* térrïps dont elle peut profiter * ' qu’elle n’abandonne pas l’écheveau de foie qu elle trafufo ; D eft la chaifo for laquelle la Deyideufe eft aflîfo : cet ouvrage ne peut fe faire fans être afîis.
- •La.Figure 2 repréfente le Trafufoir à la Nîmoife ; on le voit, comme il a été dit,;folpendu au plancher avec deux cordes-, ce qui prouve qu’en trafufànt on peut conduire les mains qui font dans un écheveau, à celui des quatre guin- ... dres du Rouet où l’on a befoin, parce que ce Trafufoir, par Sa folpenfton , fe prête à tous les mouvements. • r ’
- £ eft un rochet plein de foie que la Devideufo à jugé a propos de retirer -de deflùs la broche. . , . . . v * / t ; . *__________ .
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- F eft une bobine auffi pleine de foie. _ / 1 1 ' ^
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- Fin de VExplication des Planches ôC de la Première Partie.
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- SECONDE PARTIE.
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- L’ART DE LOURDÏSSÈUR
- POUR LES ÉTOFFES DE SOIE.
- INTRODUCTION.
- L’au+ d’ourdir les chaînes & les poils pour les Étoffes de foie, confiée à afïèmbler tous les brins de foie, dont une chaîne ou un poil doivent être compofés.
- Les chaînes font compofées d’une quantité déterminée de brins de foie * fuivant le genre d’étoffes pour lefquelles on les deftine ; car toutes n'ont pas la même quantité de fils, ni là même longueur. Ce font les chaînes, qui 3 avec la trame, forment le corps des étoffes au moyen de la fabrication.
- Les poils font de fécondes , troifiemes, quatrièmes, Scc. chaînes qu’on ajouté aux premières; ils font rarement corps avec fétoffe à laquelle on les adapte ; le plus fouventon les deftine à former des deffins, des cannelés , des carrelets , &c; fou-yent même dans un grand nombre de poils à une même étoffe, partie y forme des deffins, & le refte entre dans le corps de fétoffe. Le velours ne peut fe fabriquer fans un poil au moins ; il y en a même qui font fufoeptibles d’en avoir quatre * & même cinq ; il ne faut pas cependant confondre les uns avec les autres 9 à caufo du terme de fabrique qui défigne la fopériorité des velours , par le plus grand nombre de poils ; ainfi, quoiqu’on dife, un velours deux poils 9 un velours trois poils, &c. il n’y en à néanmoins qu’un, dont le nombre des brins qui le com^ pofe, eft plus ou moins grand ; mais les poils des velours dont je veux parler * font féparés les uns des autres, & d’une Couleur oppofée;
- Il y a des poils dont i’ufàge efl: de lier à l’étoffe la foie 9 l’or , l’argent 9 lë cordonnet, &c. qui forvënt à former les deffins qu’on y voit.
- L’ourdi ftàgë dé ces poils s’exécute de même que celui des chaînes 9 ainfi là chaîne ne différé du poil 9 & ne porte un nom particulier9 que par rapport à l’emploi qu’on en fait : je prie mes Leéleurs de ne les entendre que fous fo nom de chaîne 9 parce qu’à leur emploi on verra la fonélion de chacun.
- Il a fallu trouver des moyens pour faire l’aflemblage des brins dont on compofe les chaînes 9 de maniéré à pouvoir les féparer les uns des autres, afin de parvenir facilement à fabriquer les étoffes ; il a fallu en même temps trouver d’autres moyens pour donner à tous les brins d’une chaîne une longueur égalé >>
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- 36 U ART DES ETOFFES DE SOIE.,
- Scles multiplier autant quen eft fufceptible une étoffe pour laquelle on veut ourdir.
- Il étoit enfin nécefîàire de donner aux chaînes toute la longueur dont on a befoin.
- On n’a pu parvenir à préparer ces chaînes comme il le falloir, qu’au moyen des machines que l’induftrie a fait imaginer.
- Chacun a cherché à fuivre les méthodes les plus faciles , félon les machines qu’il avoit adoptées, 8c malgré cela les méthodes ont encore varié , ainfî qu’on le verra par la fuite.
- Les différents goûts qu’on a introduits dans les étoffes de foie , ont beaucoup multiplié les difficultés dans les ourdiflàges.
- Les étoffes rayées en font des preuves certaines ; il faut pour ourdir les chaînes pour les étoffes, dont les rayures font nuancées, bien entendre l’art d’ourdir ; il faut y être encore plus expert pour vaincre les obftacles qu’on trouve dans l’ourdifîàge des rayures doubletées, tripletées & quadrupletées ; on ne peut parvenir à ourdir les unes 8c les autres , qu’en multipliant une des principales machines dont on fe fort pour cette opération , je veux dire la cantre. On trouve des rayures dans le genre de celles que je viens d’indiquer, ou il faut jufqu’à trente de ces cantres pour un foui Ourdiflbir , afin d’éviter les fautes dans l’ordre qu’on doit faire tenir aux couleurs des foies qu’on eft obligé d’y employer ; cette multiplicité de cantres n’eft nécefîàire qu’en ourdiflànt à la Lyonnoifo; car il y a des Villes de Manufaéture ou-par une intelligence plus éclairée on fuit une méthode plus expéditive , beaucoup moins embarrafîànte, & avec laquelle néanmoins on parvient à ourdir toute forte de chaînes, de quelque genre qu’elle foit, & de quelque nombre de couleurs & de nuances que les rayures foient compofées ; une foule cantre fùffit alors pour un Ourdiflbir. Nîmes, Avignon , & quelques autres villes tiennent à cette méthode.
- Il eft furprenant même que Lyon , qui eft fans contredit la première ville de l’Univers pour la fabrication des étoffes de foie, ne fuive pas cet ufàge, que je peux dire, non-feulement cl’après mon expérience , mais de l’aveu des plus habiles Fabriquants 8c des premiers Ouvriers, être la plus facile 8c la plus parfaite de toutes celles qu’on a fuivies jufqu’à préfent, ainfi qu’on le verra en fon lieu.
- Il a fallu que les Ourdiffeurs de Lyon , ainfi que ceux des Villes qui ont adopté leur maniéré d’ourdir, aient imaginé des cantres moins volumineufos que celles dont on fe fort communément, afin que la quantité qu’on eft obligé d’en avoir, ne tînt pas un aufïî grand efpace. Toutes les cantres 8c tous les Our-diffoirs ne font pas conftruits les uns comme les autres, ainfî qu’on le verra par les deforiptions 8c par les Planches où feront repréfontés les uns 8c les autres;
- La maniéré d’ourdir les chaînes pour les étoffes de foie, tient en général de celle d’ourdir les chaînes pour les toiles de fil^ ou pour les étoffes de laine;
- leur
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- Seconde P àr t îé. ï)ê tOurdljfagc. leur analogle eft, quant à laffemblàge des brins , 8c quant à l'ordre principal qu'on y obferve pour les longueurs des chaînes, pour l’égalité de là longueur de chaque brin, 8c pour que ces brins puiffent être fépàrés, fans que l'un nuife à l’autre dans fa fonction. La différence qu’il y a entre l’ourdiftàge des chaînes de foie & ces dernieres, vient des ourdifloirs 8c des cantres. Les Tiflerands 8c les Drapiers nomment cette derniere machine canelien
- Il eft vrailemblable que la maniéré d’ourdir les chaînes de foie , eft tirée de celle d’ourdir celles de laine & de fiTpour les toiles, puifque anciennement on fe fervoit pour celles des étoffes de foie d’un Ourdiilbir femblable, à peu-près, à celui du Tiflerand, mais plus parfait & plus régulier , comme devant fervir à une matière plus délicate 8c plus précieufe que le fil : nous avons encore en France des villes de Manufaéture, telles que Tours, où l’on emploie cet Ourdiffoir.
- De plus, il eft certain qu*en Europe on a Connu les toiles 8c les étoffes dé laine avant que celles de foie y fufient introduites ; c’eft de la Chine , de là Perfe, 8c de quelqu’autre partie de l’Afîe, que nous avons reçu la maniéré de cultiver les foies ; les procédés qu’on employoit dans la fabrique des étoffes de laine 8c des toiles, a fans doute donné des lumières pour fabriquer celles de foie ; mais je ne crois pas que nous ayons pénétré dans la méthode des 'Asiatiques, pour les ourdiflàges, &c. Je fonde ce que j’en dis fur quelques rapports vagues qui m’en ont été faits, 8c encore plus fur des deffeins que j’ai vus au fujet de tout ce qui concerne les foies dans l’Aiïe ; ces defleins viennent de Kangton, ville capitale d’une des plus confîdérables Provinces de la Chine i un de ces deffeins repréfente une opération d’ourdiflàge, qui diffère totalement des nôtres ; il paroît par ce deftèin que l’ourdiftàge & le pliage fe font tout à la fois. Cette maniéré d’opérer me paroît d’autant plus impoffible, qu’il faudroit, pour y parvenir , qu’une cantre contînt autant de rochets qu’il faut de brins de foie pour compôfer une chaîne ; les rochets qu’on voit à la cantre de cet ourdiftàge, y font debout, ils ne tournent pas ; la foie fort par le haut en fe déroulant ; tous les brins paffent fur de petites tringles de fer qui font placées horifontalement par-deflus, de forte que les rochets étant placés fer plufieurs rangs, il y a une tringle pour les brins de foie de chaque rang ; ces tringles font plus élevées les unes que les autres, & forment entr’elles une efpecë de gradin, dont la plus haute eft la plus reculée.
- J’ai d’autant plus de doute de la poflibilité d’un ourdiftàge dé cette nature ^ qu’il eft incompatible avec le foin qu’il faut donner à quatre mille rochets à la fois, 8c quelquefois à un nombre bien plus confidérable ; car il y a des chaînes compofées de quinze mille fils. Par la maniéré dont les rochets font placés, il régneroit une inégalité de tënfion fi grande entre les brins de foie , qu’on ne pourroit aucunement fabriquer les étoffes : ce qui augmente encore mon doute, c eft que dans le deffein, il n’y a rien qui fervé de guide aux brins! de foie, pour les faire pofer par ordre fer YEnfuple qui fort d’burdilfoiri Étoffes de soie. IL Paru K
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- j3 VA R T DES ÉTOFFES DE SOIE.
- J’ai préfumé que ces deflèins avoient été faits fur des rapports vagues ; Car de tous ceux que j'ai vus fur cette matière , c'eft-à*dire, fur ces différentes opé-rations des foies, il n'y en a pas un qui préfente une maniéré poffible d'opérer#
- J’ai jugé par celui qui repréfente l'ourdiflàge, qu'on avoit pour méthode d'ourdir portée par portée, comme 80 fils par 80 fils, ou autre nombre déterminé fur chaque rochet, & qu'enfuite on mettoit à la cantre autant de rochets qu'il falloit de fois, pour une chaîne, le nombre de fils que contient un rochet ; par ce moyen on peut parvenir à finir l'ourdiflàge en pliant ; mais il faut une machine qui ferve de guide aux portées, pour qu'elles foient placées en bon ordre fur l’enfuple ; il faut aufîî trouver quelque moyen par rapport aux rochets , pour que toutes les portées foient également tendues, fans quoi on ne fauroit fabriquerl' étoffe.
- J'ai cru devoir donner une idée de cet ourdiflàge , pour que ceux qui auront vu cette maniéré d'ourdir, en la comparant avec la nôtre, ne relient pas en .doute fur fon impoffibilité à caufe de la grande différence qu'ils trouveront entre l’un & l'autre.
- Les différentes conftruélions des deux efpeces d'Ourdiflbirs dont nous nous fervons en France ; ( car outre l'Orudifloir long dont j'ai déjà parlé, nous employons encore l'Ourdifloir rond ), & les variétés qu'on rencontre dans la conflruélion des cantres , m'a fait juger que fi l'on a atteint à la perfeélion de l'ourdiffage, ce n'a été que par degrés.
- J'ai dit plus haut que dans certaines villes on employoit l'Ourdifloir long ; mais dans les villes où la fabrication des étoffes eft mieux entendue , on fè fert par préférence de l'Ourdifloir rond ; non pas que le premier foit inférieur au fécond, car il a l'avantage fur lui, de rendre les longueurs des portées dont une chaîne eft compofée beaucoup plus égales ; mais il eft moins expéditif, & beaucoup plus fatiguant pour ceux qui s’en fervent*
- L'Ourdifloir rond a plus de propreté que le précédent, il tient moins d’efi* pace , la longueur des chaînes eft plus facile à déterminer, & la foie étant plus aifée à conduire , donne une forte de perfeélion aux chaînes que l'Our-difloir long ne fauroit leur donner.
- A Paris, 8c dans quelques autres villes de Manufaélure, on emploiel'Our* difloir rond ; mais on fe fert avec cet Ourdifloir de la cantre droite, ou du jet qui eft une efpece de cantre droite inférieure à l'autre.
- A Lyon , à Nîmes , à Avignon , &c. on fe fert aufli de l'Ourdifloir rond, mais on y joint la cantre couchée : la cantre droite lui eft beaucoup inférieure 8c n’a en fà faveur que l'habitude que l'on a de s'enfèrvir , & l'avantage de tenir moins de place que l'autre.
- Avec l'Ourdifloir long on ne pourroit employer la cantre droite que très-difficilement ; c'eft-à-dire, qu'en ajoutant quelque chofe à fa conflruélion : j'en donnerai les raifbns quand je traiterai de l’ourdiflàge avec cette cantre ; mais avec l'Ourdifloir rond on peut fe feryir de toutes deux.
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- Seconde f a r f ï ï. De tOürdlffagèk Chap. ïr 39
- Il faut nécefïàirement employer un des deux Ourdifïbirs , 8c une des deux efpeces de cantres ; quels que foient ceux qu’on adopte,on parvient également à ourdir toute forte de chaîne ; la différence confifte feulement dans le plus ou le moins de célérité & de perfection qufon y trouve.
- Il faut avoir fait l’expérience de l’un & de fautre des deux Ourdiffoirs j ainfi que celle des différentes cantres, pour décider de la préférence qu’on doit leur accorder ; car en général, chacun tient à la méthode qu’il a adoptée : j’ai dit mon fentiment à ce fujet, il eft fondé for les expériences que j’ai faites des uns 8c des autres ; au forplus, pour mettre le Leéteur à portée de comparer les deux différents Ourdiffoirs, ainfi que les deux cantres, je donnerai une defcription exaéte de chaque elpeee de l’un 8c de l’autre , 8c après que j’aurai relevé leurs défauts 8c leurs avantages, chacun adoptera ce qui lui paroîtra le plus convenable»
- CHAPITRE PREMIER.
- Defcription de l'Ourdijfoir long.
- L’O ürdïSsoir long n’eft autre choie qu’un éhaffîs de bois dechêné* afîez folide pour pouvoir être démonté fans rifque ; il eft repréfentê, Fig. 1 $ PL 1 , dans toutes fes proportions» J’ai eu foin de faire graver à part toutes les pièces qui le compofent, fous les mêmes lettres, afin que le Leéteur puifîe aifément les reconnoître*- J’aurai dans la fuite attention d’en ufer ainfi dans les deforip-tions des machines que je donnerai ; c’eft le moyen que j’ai cru le plus for pour contribuer à l’intelligence de celles qui font le plus compliquées*
- Pour ne pas charger mes defcriptions de détails des dimenfions , j’ai mieux aimé mettre au bas de chaque planche une échelle graduée avec foin, dont on pourra fe fervir*
- Deux longues traverfes A& B font aflemblées haut & bas par leurs tenons aux montants C, Z), qui portent les mortaifes. Sur leur longueur, qu’on divifo en trois parties égales, font deux autres montants E > E, affemblés auffi à tenons & mortaifes.
- Tel eft l’Ourdiflbir long qu’on place contre un mur ou on le retient folide-ment au moyen de pattes ou happes de fer.
- Au milieu de la largeur des deux montants C, D, dés extrémités, font prati« qués fur leur longueurj environ 22 trous à égalé diftance les uns des autres * dans lefquels°on fixe à demeure autant de chevilles pareilles à celles G, Gi
- La première cheville du montant C, doit être placée for la même ligne que celles a, a, /qu’on voit à la traverfe d’en haut, & dont on expliquera l’ufage.
- Aux montants du milieu E * E> font deux rangées de trous pareils aux autres $
- PlAftCHE
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- Planche
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- 40 L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- dans lefquels on place les chevilles errantes b, b. On les appelle errantès^
- parce qu’elles nont point de place fixe * ainfi qu’on le verra.
- Toutes les chevilles ont la même forme que celles quon voit en G) 3c leur longueur fans le tenon eft de 6 pouces ; il eft à propos de les faire au tour, pour plus de propreté ; alors on y réferve deux rebords pouf empêcher la foie de fortir de deflus, & le tenon qu’on y voit eft de la groffeur du trou qui le reçoit.
- La plaça nécefTaire pour cet OurdilToir n’eft pas indifférente, il faut, autant qu’on le peut, qu’il foit en face d’une ou de plufieurs fenêtres ; on pourroit même le placer au milieu d’une chambre, fi le mur étoit trop loin du jour ; alors on le fixeroit par bas avec des pattes dans le plancher , & par le haut avec des étaiesroidies contre le plafond dans tous les fons.
- On a, pour plus de clarté, repréfenté fur cet Ourdiffoir une chaîne ourdie ; il eft évident que fi la longueur de l’Ourdifibir eft déterminée & connue, pour ourdir une chaîne d’une longueur donnée , il foffira de compter les allées Sc venues : tout ceci s’entendra mieux quand on détaillera 1 opération.
- Le croifement qu’on voit entre les chevilles a, a, s’appelle envergenre, ainfi que celui que retiennent les chevilles errantes b, b. L’envergeure eft un moyen très-ingénieux de réduire à un ordre affez fimple , une immenfité de fils dans lefquels , fans cela, il ne feroit pas poffible de fe reconnoître ; aufîi nous verrons quel foin on prend pour la conferver jufqu’à la fabrication entière de l’étoffe pour laquelle on ourdit une chaîne.
- CHAPITRE SECOND.
- Defcription de la Cantre couchée, propre à VOurdiffoir long.
- On nomme cantre un bâti de bois for lequel font diftribués des rochets pleins de foie dont on forme la chaîne d’une étoffe.
- La Figure 1, PL 2, repréfente une de ces cantres, vue un peu de côté ; on la nomme Cantre couchée , pour la diftinguer de celles où les rochets font en hauteur, & qu’on verra par la fuite.
- A, A, font les deux montants de devant, & B 9B, font ceux de derrière ; ces derniers ont environ y pouces de hauteur plus que ceux de devant ; on verra bientôt pourquoi : à environ 3 pouces du bas, ils reçoivent, à tenons Sc mortaifes , les deux traverfes C9C9 qui déterminent la longueur de la cantre $ & celles D , D , qui en fixent la largeur. •
- Au milieu de la hauteur des montants de derrière , font affemblées d’autres traverfes E9E9 F9F9 parallèlement à celles du bas; le parallélogramme qu’elles forment au milieu eft féparé en deux parties égales, par une autre traverfe G9
- affembléç
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- Seconde Partie. De C Ourdiffage, Cmap. IL 41
- affemblée par les deux bouts dans celles E, E. La traverfe G eft percée fur fa longueur, & au milieu de fa largeur de vingt trous , de deux ou trois lignes de diamètre , dont on va faire connoître l’ufage.
- A pareilles diftances & pofition font pratiqués fur les faces intérieures des traverfes E, E, de femblables trous , 8c en même quantité ; mais ils né percent point ces traverfes d’outre en outre, & ne vont qu’environ à moitié de leur épaifleur ; à chacun de ces trous communique une petite rainure qu*on a eu loin de repréfenter fur la figure , &dont l’ufage eil: de dorlner entrée à cha-que broche de fer qui enfile ces trois trous ; ainfi on conçoit Combien il eft elîèntiel que ces trous des trois traverfes foient dans un même alignement.
- Au haut de chacun des quatre montants eft un tenon qui reçoit les traverfes H y H y auxquelles on aflemble les deux traverfes /, J * ces dernieres, auxquelles on attache autant d’anneaux ou d’agraffes de verre qu'il y a de broches , doivent répondre perpendiculairement au milieu de chaque divifion de la cantre , formée par la traverfe G.
- Lorfqu’on emploie des anneaux, on voit en L, la maniéré dont on les attache ; fl on préféré des agraffes, on a repréfenté en Ai, le nœud dont on les embrafîe 5 puis on noue les deux bouts de la ficelle par-deiîus la traverfe, aflez forcement , pour que par la fuite ils ne puiffent aller d’un ou d’autre coté , chaque anneau devant répondre perpendiculairement à chacun des rochets.
- Indépendamment des pièces détachées qu’on a mifes fous les mêmes lettres qui les diftinguent à la machine toute montée , on a repréfenté dans la Figure 2 la même cantre, vue par l’extrémité à droite ; car la traverfe a anneaux, la plus baiie , détermine le devant de la cantre , afin que les deux hauteurs différentes des rangées d’anneaux puiflent préfenter, au premier coup d’œil, deux divifions ; on verra dans l’opération l’ufage qu’on en doit faire.
- La Figure 3 repréfente le devant de la cantre.
- N repréfente une des broches de fer qui fert pour les deux divifions, & qu’en terme de Manufaéture on nomme Ejliffïïres„
- On peut, pour plus de commodité, fermer le deflous des deux divifions avec des planches fort minces, de forte que les rochets paraîtront être dans un double tiroir.
- La hauteur des montants de devant eft de 2 pieds 8 pouces, ceux de derrière ont 3 pieds ; la longueur totale de la cantre eft de 4 pieds 4 pouces & fà largeur de 19 pouces j les rochets font environ à 21 pouces du bas de la cantre#
- Etoffes de soie. II. Part.
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- H1HIIM1IH II aumgirmcujJUW
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- CHAPITRE TROISIEME.
- Maniéré d’ourdir avec l’Ourdiffoir long, en fefervant de la cantre
- décrite dans le Chapitre précédent.
- L’Ourdisseuse place la cantre en long, en face de l’Ourdiiîoir, & à environ 4 pieds de diftance, de la maniéré qu’on voit en la Planche 3. Fig. 1.
- La première opération eft de déterminer le nombre de rochets qu’exige la chaîne ou le poil qu’elle va ourdir.
- Pour Amplifier les idées dans une matière affez compliquée ; je ne parlerai pour le préfènt que des chaînes unies , me réfervant de parcourir dans un autre temps , tous les genres de rayûres dont une chaîne peut être compofée.
- La quantité de fils dont on forme une chaîne , fe divife en portées & en mujettesi
- Communément parlant, chaque portée eft compofée de 80 fils, & on nomme mufette la moitié d’une portée. Ce nombre déterminé de 80 fils ne regarde directement que le Fabriquant, qui doit (avoir de combien de portées la chaîne de telle étoffe ou de tel poil doit être compofée. A Paris, & dans quelques autres villes , la portée n’eft compofée que de 40 fils ; mais comme les villes où les fabriques font les plus fortes & le mieux entendues ont adopté la portée de 80 fils, j’entendrai toujours ce nombre, quand je parlerai de portées.
- Les poils ne different des chaînes que parles divers emplois qu'on en faitj on ourdit les uns ainfi que les autres, fimples , doubles, triples , &c. la méthode eft la même pour tous, & le calcul du nombre de fils, muféttes & portées , doit quadrer avec la fommc des fils , dont une chaîne ou un poil doivent être compofés.
- Ourdir fimple, c’eft compter un fil pour un.
- Ourdir double ou triple, c’eft compter 2 ou 3 fils pour un, & ainfi du refte ; de lorte que, quand on dit qu’on a ourdi telle étoffe à 40 portés fimplts, cela fignifie que le nombre de fils, à raifon de 80 par portée, fera de 3200; fi les portées font doubles , le nombre des fils fera de 6400, & ainfi des autres; & néanmoins dans l’ordre de l’ourdiflage, les portées doubles, triples, &c. ne font comptées que comme fimples : on en verra les raifbns, quand je traiterai de la fabrication des étoffes.
- J’ai dit qu’en général la portée étoit compofée de 80 fils ; cela eft vrai, relativement au calcul qu’en doit faire le Fabriquant; mais par rapport à l’Our-diffeur, elle n’eft point fixe ; elle peut auffi bien être de 60, 100 fils, &c. que de 80: à l’Ourdiffoir long , ce qui la détermine eft l’aller &le retour; c’eft-à-dire , pour la longueur de l’Ourdiffoir, le double du nombre de rochets avec
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- Seconde Partie. De tOurdijJage. Chaï>. III. 43 lequel on ourdit. Quand à la mufette, elle ne varie point, c eft toujours la moitié d’une portée. Il peut arriver que le nombre des portées d’une chaîne, {oit pour le Fabriquant de 40 , & que pour l’Ourdiflèufe il foit de jo, ou plus ou moins, cela dépend du nombre de rochets avec laquelle elle ourdit : je m’explique.
- Si pour 40 portées , elle ourdit à 40 rochets , elle n’aura juftement que les 40 portées à ourdir, puifqu’alors elle remplit le calcul du Fabriquant ; mais fi elle n’emploie que 30 rochets, il faudra nécelîàirement qu’elle ourdifte un plus grand nombre de portées, pour completter le même nombre de fils ; ainfi elle ourdira 53 portées, & un tiers de portée. Pour cela, il fuffira à la première mufette de la portée, de mettre 20 fils, au lieu de 30.
- Récapitulation.
- à 40 Rochets.
- 40 portées font 80 mufettes, lefquelles à 40 rochets chacune, donnent pour nombre total de fils............................ 3200*
- a 30 Rochets
- y 3 portées font 106 mufettes , lefquelles à 30 rochets chacune,
- donnent un nombre de fils de ...................................
- Le tiers d’une portée équivaut aux deux tiers d’une mufette, qui font de 20 fils , ci........................................
- 3180.
- 20.
- Total des fils.... 3200.
- Si au contraire l’ourdîfîage fe faifoit avec yo rochets, il faudroit bien moins de portées. Il eft vrai que la cantrequ‘on a vue ne peut pas contenir ces 50 rochets, mais on verra, par la fuite, qu’on en fait même de plus grandes encore ; ainfi, fuppofons quon en ait une de ce nombre, il luffira d’ourdir 32 portées; car 32 portées font 64 mufettes, qui à 50 rochets, donnent 3200 fils.
- J’ai jugé à propos de préfenter au Leéteur ces calculs , pour que dès les premières notions d’une opération qui va devenir de plus en plus difficile, on eût fous les yeux les principes qui lui fervent de bafè.
- U ferait, fans doute, plus à propos que l’opération de l’Ourdifleur s’accordât avec les calculs du Fabriquant ; mais outre les méthodes que chacun adopte, & dont on ne veut pas fe départir , une partie de foie peut venir à manquer, ou bien on peut n’en avoir pas fuffifàmment de devidée; alors quelques Our~ diffeurs préfèrent de multiplier les portées, à ce que d’autres appellent trancanage.
- On nomme Trancanage, une opération qu’il eft à propos de faire quand la foie manque ; elle confifte à tranfporter en parties égales, fur un nombre détermine de rochets, la foie qui refte fur quelques-uns.
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- 44 ÏAKT DES ETOFFES DE SOIE.
- Quand on ourdit avec un plus grand nombre de rochets que les portées du Fabriquant ne le marquent , l’ourdiflâge en va bien plus vite ; car alors, ainfi qu’on la vu , le nombre des portées n eft pas fi grand ; mais cette précipitation ne peut qu’être nuifible à l’étoffe, attendu que la mufette devenant plus grofle, le pliage de la chaîne eft moins parfait ; on verra dans le traité du pliage, la raifon de ce que j’avance ici.
- On ne fàuroit donc allez recommander d’ourdir à petites mufettes ; Tour-diflàge, le pliage 8c conféquemment l’étoffe ne peuvent qu’y gagner.
- Dès que l’Ourdiffeufe a déterminé le nombre de rochets qu’il convient d’employer, il ne s’agit plus que d’encantrer.
- On appelle Encantrer, l’aétion déplacer les rochets pleins de foie fur les broches de la cantre dans les deux divifîons. ( On voit, Fig. 2 , P/. 5, deux rochets fur chaque broche ; ), enfuite on paffe le bout de foie de chaque rochet dans l’anneau de verre qui lui eft perpendiculaire ^comme on le voit, Fig. 2, PL y , ayant foin que la foie fe déroule toute du même côté ; par ce moyen, il eftaifé d’appercevoir fi quelque rochet cefîe de tourner, ce qui, fans cela, feroit fort difficile ; d’ailleurs , comme l’Ourdiffeufe eft obligée d’avoir fans ceffe les yeux fur les rochets en ourdiftant, cette diverfité lui fatigueroit la vue.
- Comme lçs anneaux de verre font en deux rangées, dont l’une eft plus élevée que l’autre, il eft évident que les bouts de foie de chaque divifion font dans un même alignement, & que, quoiqu’on tienne la totalité de ces bouts, on diftingue encore la féparation venant de chaque divifion, produite parla hauteur différente des traverfes à anneaux : on verra par la fuite quel précieux avantage on tire de cette féparation.
- Quand tous les bouts de foie font ainfi pafles, l’Ourdifteufe les réunit & les noue tous enfemble ; puis tenant ce nœud de la main gauche, elle paffe la droite dans la féparation que forment les deux traverfes à anneaux, la conduit jufqu’au nœud , & accroche la foie par cette féparation, à la premiers cheville du montant à gauche de TOurdiftoir, & reprenant de la main gauche la totalité des fils qu’on nomme Bra[fe, elle les y fait gliffer jufqu’à ce que fà main foit parvenue à une hauteur convenable pour Enverger plus commodément.
- Enverger ou Encroifer font deux termes dont la lignification eft la même ; mais comme celui d’enverger eft plus généralement reçu dans les Manufactures, je m’en fervirai habituellement.
- Cette opération , fort difficile pour la bien faire , confifte à placer fur deux doigts de la main droite, par ordre, tous les fils de la braffe, de maniéré que chaque couple de fils forme une croix ou fautoir ; on a eu foin de repréfen-ter dans la Planche 24 cette opération, de différentes maniérés pour la rendre plus intelligible.
- Le nom à’encroijer vient de la croix que forment ces fils, & celui & enverger
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- Secondé Ïarti e. De ï'OurUffagè. Chap. IÎλ 4$ Vient de ce que quand l'Ourdifteufè à tout envergé , elle place la chaîné dans cet état fur l'Ourdiftoir, en fobftituànt à fes deux doigts , les deux verges bu chevilles qu'on voit au haut for la traverfe, près de celle où tient le bout de la chaîne.
- Nous avons dit que l'envergeure étoit un moyen for de donner de Tordre à i'immenfité de fils dont une brafle eft compofée ; comment, en effet, trouver autrement la véritable place d'un fil qui fe caflè l Plus le Leéteur ira en avant * plus il connoîtra l'utilité de cette invention : je vais entrer dans le détail dë l'opération.
- L'Ourdifleufe tient la brafle de la main gauche, & enverge âvec la droité de la maniéré foi vante. Pour mieux me faire entendre, j'appellerai première divifion de la cantre, celle qui eft plus près de l'Gurdifloir, & l'autre fora la fécondé ; elle pofe l'index for le premier fil de fon côté appartenant à la fécondé divifion , & relevant le pouce , elle le prend deflus ; puis elle releve l'index fur lequel elle place le premier fil de la première divifion qu'elle met fous lé pouce ; dans cet état, il eft évident que ces deux fils fe croifent entre fes deux doigts , & c eft ce qu on appelle enverger ; elle n'a plus qu'à continuer la.même opération jufqu’au dernier fil ; après quoi y fi on veut y faire attention, on Verra que le premier fil de la foconde divifion fera fous l'index & for le pouce J le premier, première divifion, for l'index & fous le pouce ; le fécond , fécondé divifion, fous l'index & for le pouce ; le fécond , première divifion, for l'index & fous le pouce, & ainfi des autres : de forte que quand l'ënvergeure fora finie , tous les fils de la première divifion feront for l'index & fous le pouce , & tous ceux de la fécondé feront for le pouce & fous l'index.
- Cette opération une fois bien entendue , n’exige plus que de l'attention ^ pour ne pas changer Tordre prefcrit;
- Comme , par ce moyen, chaque fil eft placé à l'envergeure dans ün fonà contraire à celui qui le pré.cede ou le fuit, il eft clair que chacun fort dë réparation à fos deux voifins , qui, làns lui fe trouveroient dans une même direélion. Cette pôfition relpeélive de chaque brin de foie procure un moyen fûr de reconnoître fi quelque fil s'eft cafte, ou fi i'Ourdifleufe a manqué à l'ai* ternative ; ce qui feroit, fans cela, prefqu'impoffible à réparer , devient on ne peut plus aifé ; fi e’eft un fil cafte, on peut aifémerit le renouer ; fi l'en* vergeure eft mal faite, il faut la recommencer de l'endroit où eft la faute.
- On a dû voir, par le détail dans lequel je fuis entré, que les deux divifions de la cantre font d'un grand fecours poür faciliter l'envergeure ; ce n'eft cependant pas pour cela qu'on les a imaginées, puifqu'on peut aifément enverger les fils d'une feule divifion y en prenant for un doigt le premier fil, fur l'autre le fécond, & ainfi du refte ; deux autres raifons les ont rendu néceflàires ; la pré5* îniere, eft qu'il faut conferver, autant qu'il eft poflible, les deux pas d'envergëuré Étoffes de soie, IL Pan. M
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- 4<$ L'ART des étoffes de soie>
- pour celui qui fabriquera l'étoffe , afin qu'il faffe couler fes verges plus facilement i on verra lors de la fabrication , en quoi cela confifte.
- La fécondé raifbn eft qu'une cancre ferait trop longue , fi elle éontenoît ÿo ou 60 rochets dans une feule divifion, & les fils des extrémités devant être réunis au même point entre les doigts, feraient trop en rifque de caffen
- Quand l'Ourdifîeuffe a envergé toute la braffe, elle va placer cette enver-geure , comme elle eft fur les deux chevilles qu'on voit au haut de l’Ourdif foir long, près du montant à gauche, ce qui confifte à mettre la cheville à gauche en place du pouce, & l'autre en place de l'index. Enfuite tenant de la main droite une cheville à deux têtes, telle qu'on la voit, Fig. 6 r PL r , elle l'appuie contre la braffe, Sc marchant vers l'autre bout de l’Ourdiffoir * Fig. I , PL 3 , elle fait couler la foie fur fa cheville jufqu'à ce qu'y étant arrivée, elle la place fur la première cheville en haut, & reprenant encore cette braffe, elle revient fur fes pas de l'autre côté, 3c continue ainfi d'un bout à l'autre , jufqu'à ce qu'en comptant le nombre de chevilles, & calculant le nombre d'aunes, elle ait atteint la longueur qu'on lui a ordonnée pour la chaîne qu'elle termine aux chevilles errantes , ainfi qu'on le voit, Fig. i, PL
- On a déjà vu dans la defcription de l'Ourdiffoir long, ce que font les chevilles errantes ; ce font elles auxquelles on plie l'extrémité d'une chaîne de la maniéré qu'on va voir.
- On voit, Fig. i , PL 3 , ces deux chevilles errantes. L'Ourdifteufe pafifë la braffe fur la première des deux qu'elle rencontre , de quelque côté qu'elle Vienne , de là fous la fécondé où elle fait prefque un tour, & va repaffer fous la première. La figure que ce croifement décrit, reffemble on ne peut davantage à l'envergeure dont nous avons parlé ci-defîus ; c'en eft une en effet, mais au lieu que l’une eft formée par les fils un à un, celle-ci fera formée par les mufettes , puifqu'à chaque bout de la chaîne l’Ourdifîeufe mettra la braffe fur ces chevilles de la même maniéré.
- Cette fécondé envergeure eft abfolument néceflàire pour le bon ordre de l’Ourdiflàge ; car quand on veut fa voir combien on a déjà ourdi de portées, il fuffit de compter cette envergeure ; mais elle eft encore plus indifjbenfàble pour le pliage, puifque fans elle on ne fauroit plier une chaîne fur fenfuple. On verra ce que c'eft qu'un enfiiple dans le traité du pliage des chaînes qui fuivra immédiatement celui de l'ourdiffage.
- Après cette fécondé envergeure, l'Ôurdiffeufe retourne fut fes pas dans un ordre rétrograde à celui qu'elle avoit tenu d'abord ; ainfi, fi onfuppofe qu'elle a occupé dix chevilles tant à droite qu'à gauche, elle repaffe par la vingtième , puis par la dix-neuvieme , enfuite la dix-huitieme * & ainfi de fuite jufqu'à la première d'où elle eft partie*
- Quand l'Ourdiffeufe eft parvenue en rétrogradant aux chevilles d'envergeure
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- Seconde Partie. De tOurdiffage. Ghap. ÏIL 47 én haus, comme alors elle fe trouve avoir la cantre à fa gauche * elle paffê fous la braffe pour Pavoir à fa droite ; puis quittant la cheville , elle prend cette brafïè de la main gauche, & enverge de la droite 9 comme la première fois | ( ce quelle répété à chaque tour, tant en haut qu'en bas ; avec cette différence 9 qu’en haut l’envergeure fe fait de fil à fil, au lieu qu’en bas , c’eft de mufèttë par mufette ) ; elle place cette envergeure fur les chevilles b, PL ï 3 Fig. i ; mais comme après avoir placé fà brafie fur la première cheville du montant à gauche, il faudroit enverger de nouveau en revenant aux chevilles d’envergeu-re, & qu’il eft toujours avantageux de Amplifier les opérations : voici comme elle s’y prend ; elle pafîe la main gauche dans l’envergeure en mettant l’index à la pl ace du pouce , & le pouce à la place de l’index, puis pafîànt un doigt 9 n’importe lequel, dans l’ouverture du pouce gauche, elle la fait glifîer plus loin que la première cheville du montant à gauche, place fon envergeure fiir les chevilles, & met la braffe entière fur la première cheville du montant à gauche; & comme la féparation quelle a confervée forme naturellement avec la fépa-ration des travers à anneaux de la cantre , une féconde envergeure, elle la place fur les chevilles deftinées à la recevoir , ayant foin de faire fauter le fil„ On appelle faire fiauter lefil, une opération qui n’a lieu que dans les chaînes unies, & qui confifte à faire paffer le dernier fil enverge par-defîbus la brafie ^ pour le faire devenir le premier de toute la mufette, fans lui faire perdre la pofition qu’il tenoit ; autrement on feroit un fieulere en devant. J’efpere fiippléef à ce qui manque à cette defcription, par une explication détaillée de la Planche vingt-quatrieme 9 qui contiendra tous ces différents procédés*
- Lefieulere, que quelques-uns nomment femelle, eft occafionné lors qu’eri envergeant on prend deux fils de fuite du même fens ; & comme le nombre dë rochets eft ordinairement pair, il eft évident que deux fils pris ainfi pour un | le rendent impair , 8c par conféquent occafionneront un fécond fèulere ; quand le Remetteur ou le Tordeur s’en apperçoivent, ils les comptent pour un, & font obligés d’ajouter aux bords de la chaîne autant de fils qu’il s’eft trouvé de
- Avec toutes ces précautions, l’Ourdiffeufé continue fori travail jufqu’à ce qu’elle ait completté le nombre de portées rléceflaire pour la chaîne ou poil qu’elle ourdit ; quand elle a fini, elle coupe fà brafïè, l’arrête à la cheville où elle a accroché le premier bout, paffe un cordon de foie dans les féparations de, l’envergeure que tiennent les chevilles , ainfi qu’on voit $ PL x 9 Fig. 4 9 en noue les deux bouts , & en fait autant à l’envergeure des mufettes, Fig. y.
- Dans cet état, il ne s’agit plus que de lever la chaîne de deffus l’OurdiiIoir| pour cet effet l’Ourdifleufe fe îert d’une cheville H, PL 1 9 d’environ 2 pieds de long j faite au tour , polie autant qu’il eft pofîîble, allant en diminuant vers les deux bouts 9 & au milieu de laquelle eft une rainure : on a coutume de percer
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- 4§ VAUT DÈS ÉTOFFES DÈ SOIE.
- un trou à Tune de Tes extrémités, Sc d’y pafler un bout de ficelle pouf pou*
- voir la placer contre un mur, à un clou ou autrement.
- D’abord l’Ourdifieufe ôte la chaîne de defius les chevilles errantes , Sc prenant la boucle que laifle au bout la dernïerè de ces deux chevilles , elle tord un peu là foie fur elle-même, puis pafiant la main dans cette boucle , elle fàifit la chaîne qu’elle fait palier par-là en retirant là main , Sc forme un nœud coulant dans lequel elle met la cheville à relever à l’endroit de la rainure ; enfuite par une forte tenfion j elle ferre ce nœud , Sc fixe le bout de la chaîne folidement fur cette cheville.
- L’Ourdifieufe roule la chaîne fur là cheville avec force , Sc en fait crôifot
- tous les tours de la même maniéré que les Arpenteurs relevent leur cordeau 9
- & les enfans la corde de leur cerf-volânt. On a repréferité cette opération dans
- la Planche 4, où la pofture de l’Ourdifieufe exprime la force qu’elle y emploie :
- quand elle eft arrivée au premier bout de la chaîne, elle retire la foie de defius
- les chevilles de la première envergeure, ainfi que de defius la première che-*
- ville , puis pafiant le doigt dans la boucle que forme cette derniere ; elle tord
- ce bout comme elle a fait à l’autre , Sc le roule fur la chevillé en venant vers
- une de fes extrémités, Sc enfin pafie le bout de la chaîne fous un des derniers
- tours, Sc ferre ce nœud en tirant fortement à elle : on voit, PL y , Fig. 9,
- une chaîne relevée fur la cheville , Sc la maniéré dont on en arrête le bout.
- »
- Maniéré de nouer les fils qui caffient en ourdifiant, £$r de fiubfiituer des rochet$
- a ceux qui finirent.
- Lorsque l’Ourdifieufe efl occupée à conduire fa brafle d’un bout à l’autre de l’Ourdiflbir , il arrive fouvent que quelque fil caffe, ou que des fochets fe vul-dent ; auflî doit-elle toujours avoir les yeux fur la cantre, afin de voir ce qui s’y pafie, Sc d’y remédier fur le champ.
- Dans l’endroit où l’on ourdit, vers les montants du milieu de l’Ourdiflbir, on fufpend au plancher deux bâtons-, tels qu’on les voit en //, PL 1, au moyen de deux pitons dans lefquels on pafie la ficelle qui efl: à un de leurs bouts, 8c à l’autre efl un tenon qui entre dans une cheville à deux têtes i comme le paflàge de l’Ourdifieufe doit être libre, il faut que ces deux bâtons foient plus près de la cantre que de l’Ourdiffoir.
- Si quelque fil cafle ou qu’un rochet finifib , Sc que l’Ourdifieufe ne s’en foit pas apperçue dans l’inftant, Sc même qu’elle ait fait plufieurs tours depuis, c’eft à l’un de ces bâtons qu’elle attache fà brafle pour remettre en ordre, de la marliefe fùivante, les fils qui fe font dérangés.
- L’Ourdifieufe prend d’une main à la cantre la féparation qüe forment les deux divifions à l’endroit où le fil ne va plus , Sc de l’autre elle arrête au bout du bâton le plus prochain, en faifant quelques tours fur la cheville, la brafle qui
- doit
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- S-econde Partie. De tOuriijfa'ge. GtfÀp^ lïL *j.<)
- doit être tendue entre l’Ourdifloir & cette cheville ; enfuite elle fait couler cette réparation flir fon ourdifîàge , en rétrogradant jufqu’à ce quelle ait trouvé le bout fini ou cafle , & tâchant de le placer dans la féparation qu’elle tient , elle le noue avec celui du rochet qui n alloit plus, auquel elle fait fuivre Tordre de Tourdifîàge, le mettant par-tout où il manque, & le conduit jufqu’au bâton , d’où elle retire la brafîe à laquelle elle joint ce fil, & continue d’ourdir.
- Une attention que doit avoir TOurdifTeufe en allant & venant d’un bout à l’autre de l’OurdifToir 3 efl de ne paffer aucune cheville, & de ne pas prendre plufieurs fois la même ; en effet, on conçoit que la longueur de cette portée feroit confîdérablement augmentée ou diminuée. Il efl: aifé de s’appercevoir d’une pareille erreur, car dans l’un de ces deux cas, cette mufette croiferoit fur les autres
- Obfervatwn fur les longueurs quon peut donner aux Chaînes & Poils:
- J’ a i dit plus haut que c’efl: le nombre des chevilles qu’on emploie, qui détermine la longueur d’une chaîne ou d’un poil : cela pofé , fi on connoît une fois la longueur d’un Ourdifîoir, il efl: très-aile de fixer le nombre de chevilles que doit occuper telle ou telle chaîne.
- L’OurdifToir qu on a vu, Planche r , efl: fbppofé avoir trois aunes de long ; chaque montant du milieu le divife par aunes, au moyen dequoi il fera aifé d’ourdir une chaîne à telle longueur qu’on voudra ; on peut ajouter une ou deux aunes, en fixant au premier ou au fécond montant les chevilles errantes ; ainfi,* fi TOurdiflbir porte 22 chevilles de chaque coté , Sc qu’on les emploie toutes,* on aura trois fois 44 aunes, qui font 132 aunes. Un Ourdiffoir fuffit ordinairement dans cette proportion ; cependant il efl: aifé d’en conftruire un plus haut & plus long, ou bien de rapprocher davantage les chevilles les unes des autres, & alors le nombre en fera augmenté.
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- Etoffes de soie. II. Part:
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- Planche
- 6.
- L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- CHAPITRE QUATRIEME.
- Defcription de l’Ourdijfoir rond, SC des différentes pièces
- qui le composent.
- Section Première.
- De la Cage de l’Ourdijfoir.
- La Cage del’OurdilToir qui eft repréfentée, Fig. I, PL 6, eftcompose pat le bas des deux traverfes A , B affemblées au milieu en croix, au moyen d’une entaille prife fur leur épailTeur à mi-bois. Deux autres pareilles traverfes affemblées de même, forment le fommet de cette cage. Dans des mortaifes pratiquées à quelque diftance des extrémités de ces traverfes, haut & bas, font alîèmblés les quatre montants E, E, E, E, dont la largeur 8c 1 epaiffeur font égales à celles des traverfes mifes en croix. Pour mieux faire comprendre les dimenfions de ces pièces, & leurs mortaifes, ainfi que leurs tenons : on les
- a repréfentées à part fous les mêmes lettres.
- Comme on eft dans le cas de changer quelquefois cet Ourdiffoir de place, les pièces qui en compofont la cage ne font point chevillées, mais on la rend folide en mettant au bout de chaque bras de la croix fupérieure, deux étaies qu’on roidit obliquement, tant for le cote que for le devant, contre le plancher ou contre la muraille la plus Yoifine de la maniéré qu on juge le plus Convenable.
- Il faut que cette cage, ainfi que l’OurdilToir, foient pofés bien à-plomb'; & pour la monter, comme elle doit l’être , on pofe d’abord la croix inférieure par terre, le plus de niveau qu’il eft poffible ; enfuite on met deux montants fur la traverfe A, 8c on y affemble la traverfe Cpar le haut, après cela les deux autres montants, & enfin la traverfe D ; ayant foin de paffer dans le montant qu’on deftineà être en devant, le plot F, dont on donnera plus bas l’explication.
- Le petit montant G qu’on voit au - deffus de celui qui reçoit le plot eft affemblé à tenon & mortaife, à environ 6 pouces du bout de la traverfe D, 8c y eft chevillé j au haut eft une entaille dans laquelle on met une poulie ou paffe une corde à boyau dont on verra l’ulàge.
- Au bout de cette même traverfe D , eft une petite mortaife qui la perce d’outre en outre , & dans laquelle on met aufli une poulie dans le même fens que la précédente.
- C’eft alors qu’on peut placer les étaies pour rendre cette cage folide ; mais une attention qu’il faut avoir, eft que le trou qu’on a pratiqué au centre de
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- $ e £ o Nf i> Ë Partie. De tOurdiJJage. Châp. t V. 11 la croix fupérieure , foit bien perpendiculaire avec celui d en bas ; lufage de celui d’en haut eft de recevoir un boulon qui y tourne, ainfi il doit être rond; mais celui d’en bas n’eft quune entaille quarrée dans laquelle on place un cube b, de fer ou de cuivre , qui fert de grenouille, & fur lequel tourne le pivot de l’Ourdifloir.
- Quand cette cage eft folidement arrêtée, on pofe l’arbre en paftant fon boulon dans le trou d’en haut , & on l’abandonne à fon propre poids, en mettant la pointe de fon pivot dans le trou de. la grenouille b : fi l’arbre eft bien fait, & que la cage foit de niveau , il doit tourner aifémerft, & ne pas s’arrêter toujours d’un même côté, ce qui feroit voir que la cage penche par-là.
- La hauteur totale de cette cage eft de 6 pieds & demi, & la longueur des traverfes eft de j pieds 2 pouces,
- Section' Seconde.
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- Dejcripdon de L’OurdiJfoir rond*
- On a cru, pour fimplifier la defcription de cette machine très-compofée par elle-même, devoir la repréfenter hors de la cage dont on vient de donner l’explication.
- La Planche 7 repréfente l’Ôuf diflqjr rond tout monté, & vu en face hors ' de û cage : on a repréfonté à part, dans cette planche, les différentes pièces qui le compofent, dans leurs proportions, fuivant l’échelle graduée, & fous les mêmes lettres.
- La piece du milieu A eft l’arbre ; c eft une piece de bois à huit pans comme rOurdiffoir, dont la hauteur détermine celle qu’on veut donner à l’Ourdifloir, mais qui doit avoir environ 6 à 8 ponces de moins que la hauteur de la cage ; fon diamètre eft d’environ 8 pouces.
- Au centre d’un de fes bouts eft planté folidement un boulon de fer Z, d’environ 2 pieds de long, dont un bout eft terminé en pointe & quarré ; à l’autre bout de l’arbre eft plantée, aufîi au centre, une piece de fer N, quarrée , pointue par un bout, & percée de l’autre : c’eft dans ce trou qu’entre le pivot de fer M, au moyen du tenon qu’on y voit. Il femble qu’il feroit plus fimple de faire le pivot tout d’une piece, mais la pointe venant à s’émouffer, il faudroit démonter l’Ourdiffoir pour mettre un autre pivot, au lieu qu’on change celui-ci très-facilement.
- Sur la hauteur de l’arbre font trois divifions de mortaifes qu’il eft à propos de détailler.
- A environ 6 pouces du haut de l’arbre on tire un trait à l’équerre for cha-, que pan, ce qui indique que toutes les mortaifes font à égale hauteur ; on en tire plus bas un fécond , à 1 pouce & demi de diftance du premier, qui en fixe la longueur. Sur une des faces de l’arbre on trace une de ces mortaifes *
- Planche
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- 52 L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE. de 3 pouces plus longue que les autres, & comme elle va par le diametrè for la face parallèle, elle n’a de ce côté que quatre pouces ; on peut voir fur l’arbre féparé , en haut, cette mortaife plus longue que les autres.
- Sur la face de l’arbre qui eft à angles droits avec celle dont nous venons de parler, la mortaife n’a qu’un pouce & demi, comme on l’a dit ; mais elle perce d’outre en outre , & rencontre la première au centre, les quatre autres n’ont qu’environ deux pouces de profondeur.
- A pareille diftance de l’autre bout de l’arbre, & au milieu de fa longueur > font de pareilles mortaifes. On voit fur cet arbre que celles qui font plus longues font placées fur le même pan, & que leur excédent eft pris vers le bas.
- On conçoit aflez à l’infpeétion de la Figure première que ces trois divifions de mortaifes reçoivent les trois hauteurs de rayons qu’on y voit ; mais examinons de qu’elle maniéré ils y font afïèmblés.
- A chaque divifion font deux traverfos qu’on voit en By B, dont la longueur détermine le diamètre de l’Ourdiflbir; au milieu eft une entaille à mi-bois par où elles s’aflemblent en croix au centre de l’arbre, de la maniéré Clivante :
- On pafle d’abord une de ces deux traverfos dans la plus petite des deux mor-taifos qui percent l’arbre d’outre en outre ; enfoite on met la fécondé dans la plus longue, jufqu’à ce qu’étant arrivée entaille for entaille, on oblige avec un coin, ou autrement, celle-ci de monter jufqu’à ce quelle rencontre le trait qui met toutes .les mortaifes au même niveau.
- Quand ces traverfos font placées par-tout, on prend exactement la longueur de leur faillie hors de l’arbre ; on y ajoute 2 pouces, & c’eft la longueur des quatre petites traverfos qu’il faut mettre à chaque divifion, for les quatre pans qui n’en ont pas encore.
- Il ne faut pas oublier, avant de mettre aucune de ces traverfos en place, de faire à leurs extrémités un tenon, tel qu’on le voit en B, B, C, C.
- Au-deflous de chaque divifion de rayons eft une planche, telle qu’on la Voit repréfontée féparément en Z), & qu’on nomme tourteau ; elle eft à 8 pans* & percée au milieu de même, pour recevoir jufte l’arbre. Sur fa forface font huit entailles concentriques , de la largeur des rayons ou traverfos qu elle reçoit, Sc profondes de la moitié de fon épaiflèur ; quand elles font en place, on met par-deftous une clef, ou coin de bois, dans la mortaife qu’on a pratiquée à l’arbre , plus longue que les autres ; par ce moyen on ferre à une égale hauteur tous les rayons, & comme ceux qui n’entrent que de deux pouces dans l’arbre, n’y tien-droient pas aflez folidement, on les fixe for le tourteau chacun avec deux chevilles à tête , qui peuvent s’ôter quand on veut démonter l’Ourdiflbir.
- On voit au fond de quatre des huit rainures du tourteau , les trous de ces chevilles, ainfi que for deux des quatre petits rayons C, C.
- On n’a pu repréfonter for l’Ourdiflbir tout monté, ces tourteaux & leurs clefs, qu’aux rayons du haut & du bas, à caufe du point de vue qui ne permet pas de voir celui du milieu* Sur
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- Seconde Partie. De tOurdiJfage. Chap. IV. j J
- Sur chaque pan de l'arbre dans toute fa hauteur font, ainlî qu'on vient de le voir , trois rayons , au bout de chacun defquels on a réfervé un tenon ; c’eft-là qu'on aftemble un des huit montants F 9 F, F, &c , un peu plus larges qu'épais ; les mortaifes qu'on y pratique fur l'épaiftèur, font au même écartement que celles qu'on a tracées fur l'arbre ; l'autre face de leur épaifteur eft arrondie & très-polie pouf ne point accrocher la foie.
- Dans cet état l'Ourdiftoir eft à peu-près fini; mais comme dans l'ourdiflagè la foie venant à en ferrer les ailes, pourroit les faire écarter à droite ou à gauche , ce qui diminueroit le diamètre de la machine, & en hâteroit la deftruc-tion ; il a été néceftàire de conferver ces ailes dans un même écartement refo peétif, au moyen des traverfes G, G, Hy H ,1,1, qui font en totalité au nombre de 24 de même longueur ; lavoir, 12 comme celle qu'on voit à part en G, 8 comme celle qu'on voit en H > 8c 4 comme celle L
- Sur quatre pans de l'Ourdiftoir , à angles droits , les ailes font retenues pat trois traverfes égales 8c femblables G, G, G ; mais l'ulàge 8c la conftruélion des autres ont befoin d'être expliqués.
- On fe rappelle fans doute avoir vu à l'Ourdiftoir long deux montants au milieu, deftinés à porter les chevilles errantes qui terminent la longueur des chaînes ; on n'en a repréfenté que deux ici en K % K, les deux autres ne pouvant fe voir comfne il faut, '
- La longueur de ces montants qu'on voit féparément en K, fans les tenons * eft égaie à la diftance d'une traverfe H 9 fupérieure, à celle d'en bas, prifo jufte ; leur largeur doit être fufiifante pour y percer deux rangées de trous qu'on y voit, 8c leur épaifteur eft moindre que celle des traverfes H9 H9 au milieu defquelles ils font aflemblés à tenons 8c mortaifes : on voit cette mor-taife fur la traverfe féparée H \ la traverfe du milieu I a une entaille de plus de la moitié de fon épaifteur, & de la largeur du montant qui doit y entrer fans effort. Toutes ces pièces doivent être coupées aftez jufte pour tenir les ailes dans un écartement convenable , fans trop les forcer.
- Il ne refte plus qu'à percer au bas de chaque montant F, un trou dans lequel on met une cheville faillante d'environ 9 lignes , dont l’office eft d’empêcher la corde fins fin qui fait tourner l'Ourdiftoir de tomber par terre.
- Les chevilles qui portent la chaîne, dont on voit une en O , font en tout pareilles à celles de l’Ourdiftoir long, ainfi nous nous difpenferons d'en rien dire de plus.
- La hauteur de cet Ourdiftoir eft de 6 pieds, 8c fon diamètre de 4 pieds 4 pouces ; comme il n'eft pas poflible de le mettre dans fa cage tout monté * on y place d'abord l'arbre, & on monte enfuite toutes les pièces : un pareil inftru-ment, quand il eft folidement conftruit, doit durer très-long-temps ; mais le bois le plus fàin fe gerce à la longue ; ainfi, il eft bon d'avoir la précaution de garnir les deux extrémités de l'arbre de deux cercles de fer qu on fait entrer É TO FF ES DE SOIE. IL Fart* O
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- 54 . ÏARf DÈS ÈfOFFÊS DE SÔ1È:
- avec force dans une certiffure entaillée fur larbre, &qui affleurent fàfuperlîcie! on a eu foin de les repréfenter fur la Figure.
- Section. Troisième
- Dejcripiion des différents Plots qu on èmploie avec l’Ourdiffoir rond•
- On nomme Plot une piece de bois qui coule le long du montant de la cage de l’Ourdiffoir, Planches 6 & io , & dont l'effet eft de conduire la brafle haut & bas , tandis qu’elle fe place fur l’Ourdiffoir qui tourne : on fait de ces plots de plufieurs efpeces, qu’on a toutes raftemblées dans la Planche 9 , & dont il r/eft pas poffible de fe difpenfer de donner le détail, pour faire connoître les différentes maniérés d’ourdir dans différentes Provinces.
- Celui qu’on voit fur l’Ourdifloir de la Planche 10 , eft repréfenté, Fig» * i Planche 9 ; il eft, ainfi que les trois autres qu’on voit fur la même ligne > formé d’une piece de bois plus longue que large & haute , 8c d'une figure que les Géomètres appellent parallélipipede : à peu-près à la moitié de là longueur , on donne un trait de fcie qui fe^rencontrant à angle droit avec un autre qu’on fait fur un de fes bouts, produit l’échancrure qu’on voit aux Figures 1,2, 3 & 4: fur la partie qui eft reliée en fon entier, on perce une mortaife d’outre en outre , propre à recevoir le montant de la cage ; ainfi, on ne peut lui donner ici de dimenfion fixe ; lorfqu’il s’agit d’en conftruire un, il fuffit de prendre celles du montant, pour qu’il puifle y entrer à l’aife. On doit avoir foin quand on conftruit l’un' de ceux , Fig. 1,2*4, de réferver un peu plus d’épaifteur de bois en devant, pour y pratiquer la mortaife qu’on voit à ces plots. C’eft dans cette mortaife qu’on place une poulie qui doit la remplir fans être gênée , & fur laquelle paffe une corde à boyau, dont nous verrons bien-tôt l’ufàge.
- Pour plus de clarté, nous allons reprendre en détail la conftruélion de chacun des plots qu’on a repréfentés dans la Planche 9.
- ‘ Celui qu’on voit dans la Figure première a fur chaque angle de fa partie inférieure une tringle de fer très-polie , fur laquelle paffe la foie tant du côté de la cantre que de l’Ourdiffoir ; on en a repréfènté une à part en e, dont un bout recourbé & applati en patte, fe met fur le bout du plot, ou on le fixe avec un clou ; l’autre eft aufti applati, & s’attache de même fur la partie du plot qu’on a laiiîee en fon entier ; il a fallu ainfi garantir les angles qui n’étant que de bois, fe feroient promptement ufés : l’autre tringle qu’on y voit eft celle qu’on a repréfentée en f\ elle eft arrondie par un bout & applatie par l’autre, avec trois trous par où on la fixe fur le devant du plot ; mais comme cette partie du plot eft un point où viennent fe réunir des fils de toute la longueur de la cantre , il a fallu les y tenir affemblés ; c’eft ce qu’on a obtenu au moyen des deux efpeces de rochets qu’on voit en i, & qui tournent fur une
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- Seconde Partie. De ÏOurdiffage. Chàp. IV* || cheville à tête h ; ainfi de quelque coté que tourne l’Ourdiflbir, une dé ces deux poulies ou rochets empêche que la brafTe ne forte de deflus le plot , tandis que les deux tringles la retiennent entr’elles. Voyons maintenant-de quelle maniéré on fait monter & xlefcendre le plot. Pour cela , il faut nous reporter à la Figure i , Planche io.
- Il faut, avant que de planter le boulon dans l’arbre de FOurdifîbir, avoir eu là précaution d’y percer un trou .qui doit fe trouver un peu au-deffus de la cage ; on y paffe une corde à boyau, au bout de laquelle on fait un nœud; ôn met cette cordé -fur la poulie du petit montant, puis fur celle du bout de la traverfe, de là dans là" mortaife du plot ; après quoi on y met la poulie, que l’on y retient avec Une petite cheville ; on fixe l’autre bout aujnoyend’ùn nœud, dans un trou qu’on fait aü bout de la traverfe d’eri haut à côté de la poulie. Fig. I, PL io.
- Quand on pofe cette corde, il faut pour faire le dernier nœud , que le plot fe trouve au bas du montant, au-deflùs des chevilles qui retiennent la corde fans fin , fur l’Ourdiflbir.
- Dans cet état l’Ourdiflbir eft complet, & prêt à travailler. Nous paierions tout de fuite à la defcriptîon de la cantre , fans laquelle on ne peut ourdir , fi ce n’étoit ici le lieu de parler des divers plots , dont on fait ufàge dans beaucoup de Manufactures ; nous en verrons de Amples & de compofés ; tous ont leurs avantages & leurs inconvéniens : mais comme la defcription d’un Art n’eft complette, qu’autant que tout ce qui le concerne eft détaillé, nous allons remplir la néceffité que notre engagement nous impofe. i
- Le plot que repréfente la Figure % , mime planche, ne différé du précédent, qu’en ce qu’au lieu de la tringle füpérieure, & des poulies ou rochets qu’on ÿ a vus, onfe contente de mettre, au milieu de fa partie entaillée , une tringle de fer poli, terminée en fpirale , telle à peu-près qu on en met aux guides du courant du Rouet de Lyon, pour le devidage, & qu’on peut voir en a , même planche ; du refte, les angles intérieur & extérieur font, comme au précédent, garnis d’une tringle de fer poli, faite & placée de même.
- Comme aux deux plots qu’on vient de voir, la poulie eft fur le devant, il eft évident que fa pefimteur eft toute en arriéré, ce qui augmente le frottement ; on a cherché à remédier à ce défaut, & c’eft ce qui a donné lieu à celui que repréfente la Figure 3.
- C’eft un principe invariable de Phyfique, que dans un corps de forme régu^ liere, le centre de gravité eft au centre de la figure, ce qui ne peut avoir d’application rigoureufe dans un plot, puifque fon poids fe trouve diminué d’url côté par l’entaille ; mais en reculant un peu fon point de fufpenfion , l’équilibre renaîtra ; il a donc fallu que ce plot fût fufpendu par Cet endroit, & c’eft ce qui arrive dans celui dont nous allons donner la defcription.
- Au lieu d une mortaife pour le montant, on en pratique deux, entre lefquelles onréferve la place de la poulie de fufpenfion; ainfi on conçoit que ce plot gliiîo
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- 5 <5 VA R T DES ÉTOFFES DE SOIE.
- le long de deux montants; c’eft ce qu’on peut voir dans la Figure ii , qm repréfonte ces deux montants vtis-de face , aflemblés haut & bas dans les tra-verfes de la cage ; on voit au bout de la traverfe d’en haut la poulie fur laquelle paffe la corde , & à côté, le point ou elle eft fixée par le bout.
- Entre les deux montants eft une poulie placée dans une mortaife faite fur le plot, & dont la cheville fe met avant de le placer : par ce moyen la montée & la defoente de ce plot font uniformes ; au lieu que les autres vont par fàuts à caufe du frottement oblique.
- Sur les angles de fa partie entaillée font des tringles de fer poli, de deux ou trois lignes de diamètre ; à environ un pouce au-deflus de celle de devant en eft une féconde arrondie par un bout 8c applatie par l’autre, qu’on fixe for ’ le devant du plot parallèlement à celle de l’angle, avec trois petits clous : on la voit en Flanche y , ainfi que for le plot ; au milieu de ces deux tringles en eft une troifieme fichée dans le côté de l’entaille, à environ un demi pouce de la forface fur laquelle efl: clouée la précédente. La propriété de cette derniere efl de conferver à la brajfe la féparation formée par les deux divifions de la cantre ; au milieu de la partie entaillée , & à un demi-pouce l’une de l’autre font deux poulies longues ou rochets, dont la rainure efl arrondie, comme on le voit en i, & qui tournent for une cheville à tête h. Quoique le plot repréfenté , Fig. 3 , PL 10 , ne fbit pas précifément celui dont nous parlons ici, la maniéré dont les trois tringles , ainfi que les poulies ou rochets, y font pofés, ne laide rien à defîrer.
- Ce plot efl, fans contredit, le plus parfait de tous ceux dont on fe fort dans les Manufactures : il foroit à fouhaiter que tous les Ourdiffeurs l’adoptaflent ; mais le préjugé & l’habitude, ennemis du progrès des Arts, ne permettent à la plupart des Ouvriers que de foivre la route qu’on leur a frayée.
- La Figure 4 , même planche , repréfonte un plot qui coule for un foui mon* tant ; les angles de fa partie entaillée font garnis de tringles de fer: mais au lieu des deux autres que nous venons de voir au troifieme plot, ce font deux rouleaux de bois dur c , c, qui tournent par un bout dans le côté de l’entaille, 8c par l’autre, dans un petit montant d, qu’on plante au bout de l’entaille : on met aufli deux poulies ou rochets, ainfi qu’aux autres plots pour retenir la braffo en un même point.
- L’idée de ces tringles tournantes efl très-ingénieufe, mais elle efl fofoep-tible dJ une perfeélion qu’on ne lui a pas encore donnée. Il foroit à fouhaiter que ces rouleaux fuifent de fer, percés dans toute leur longueur, & qu’ils tour-naiïent fur des tringles de fer faites au tour ; il efl certain que de cette maniéré la bralfe en paflànt fur ces rouleaux n’y efiuyeroit prefque aucun frottements On pourroit encore, pour plus de perfeélion , au moyen de deux autres rouleaux mis un peu plus loin, conferver la féparation des divifions de la cantre.' La Figure y qui repréfonte ce plot, tel que je lai imaginé, vu par le bout,
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- S e fcoN c e Partie. De tOkrdîjfagh Chap. IV. ff
- fait voir l’effet de ces rouleaux, en en montrant la coupe ; comme il faut à chaque inftant retirer la brafîe de deffus ces tringles , elles ne peuvent être fixées que par un bout fur la partie forte du plot. On pciurroit aulfi faire couler ce plot fur deux montants, comme le précédent, il feroit alors le plus parfait de tous ceux que nous avons vus jufqu’ici.
- Il nous relie encore un plot à décrire , c’eft celui que repréfehte la Figuré 6 \ ce qu’il a de particulier eonlifte à réfèrverdans l’endroit de fa grande mortaifè^ deux languettes aux deux bouts, ainfi qu’on les voit fur la figure ; alors il eft ouvert par derrière, & le devant efl double d’épaiffeun On conçoit à la fimplë infpeétion qu’il doit couler dans une rainure qu’on pratique au montant de là cage ; & pour pouvoir l’ôter & le remettre en place, fans démonter cette cage * on entaille un des côtés de la rainure au haut du montant à droite & à gauche , de toute l’épailfeur du plot : au furplus , ony voit un petit mon^ tant dans l’entaille duquel efl: une poulie où pafle la corde à boyau; Les deux angles du plot font garnis de tringles de fer, comme les autres * & portent auflï deux poulies entre lefquelles paffe la braffe ; mais pour la mieux retenir haut & bas , on place la tringle courbée g, par fon tenon î9 dans un trou qu’oît pratique exprès au plot en a ; l’autre bout de cette tringle efl: arrondi ; & quand on veut pafler la brade entre les deux tringles de devant & les deux: poulies ; on tourne en devant celle qui eft courbée * & enfuite on la retourne jufqu’à Ce qu’elle foit parallèle à celle de deflbuS;
- t i
- On a auffi repréfenté en K une coupe géoniétrale du montant, fur lequel coule le plot ; on y voit les deux rainures qui en reçoivent les languettes.
- Dans l’obligation où je fuis de parler des différentes maniérés d’ourdir, je n’ai pu me difpenfer de donner une defcription des différents plots qui font en ufàge ; chacun choifka celui qui lui paroîtra le plus commode.
- On a vu dans la defcription du troifîeme plot, que fa perfection étoit de monter & defcendre bien parallèlement à lui-même , au moyen de l’équilibre qui s’y trouve; quelque foit celui des autres qu’on adopte, on peut lui donner cét équilibre en le chargeant avec du fer ou du plomb du côté où il eft twÿ léger ; c’eft ainfi qu’on en ufe dans les Manufactures*
- Section Quatrièmes
- Maniéré de Je fervir du P loti
- h ^ ; «« * * > *
- On à vu, ën jparlant du premier plot, de quelle manière on le place fur lë montant, & comment on pafle la corde à boyau fur le boulon & fur les poulies pour le faire monter & defcendre.
- Le plot étant tout eh bas du montant, en qüelque fëns qu’on fafle tourner l’Ourdifloir, comme la corde à boyau fe roule fur le boulon qui tient à 1 arbre j il eft évident que lë plot doit monter, & qu’il doit defcendre, fi on tourne Etoffes de soie* IL Parti P
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- j8 VART DES ETOFFES DE SOIE.
- l’Ourdifloir en fens contraire ; mais il eft généralement reçu que pour le fairê monter on doit tourner rOurdiflbir de gauche à droite , Sc qu’en tournant de droite à gauche , il defcend ; parce moyen les Ourdifleurs font d’accord enfemn ble, Sc û quelqu’un veut continuer un ourdiffage commencé par un autre , il n’a pas de peine à foivre fa maniéré»
- Le plot dansl’ourdiflàge eft le guide de la brafle, fes révolutions font tou-*! jours exactement les mêmes, Sc la foie en fe roulant fur l’Ourdifloir y décrit une hélice.
- Le premier foin qu’on doit avoir eft de meforer la circonférence de l’Ourdifo foir ; car il fuffira enfuite de compter les tours pour connoître la longueur de la chaîne qu’on ourdit.
- On fent aifément que , plus le plot monte vite, & plutôt il eft arrivé au haut du montant, dans un nombre déterminé de révolutions, moins il y a de tours de foie fur l’Ourdifloir; ainfi, par exemple , fi l’Ourdifloir fait 20 tours dans le temps que le plot parcourt la longueur du montant, il y aura 20 tours de foie ; s’il montoit de moitié moins vite, il y en auroit le double. Par cette même raifon la diftance qui fe trouvera entre chaque tour de foie for l’Ourdifloir , dépend dé la grofleur du boulon ; ainfi 9 s’il a 3 pouces de diamètre , la corde étant doublée, comme on l’a vu, le plot defoendra d’un pouce Sc demi par tour ; par conféquent l’écartement de chaque tour fera d’un pouce Sc demi. Ce calcul a lieu pour le cas où la corde à boyau eft doublée ; car fi le plot étoit Amplement folpendu au bout, il defcendroit de 3 pouces par tour. Auflî quand on veut ralentir la montée Sc la defoente du plot pour multiplier les tours, on triple la corde au moyen d’une poulie qu’on place au haut du montant , comme on le voit en la Figure 8 ; on peut même la quadrupler : voyez la Figure p , Sc le plot montera Sc defoendra en même raifon inverfo.
- Je ne penfe pas que ce foit ici le lieu de donner la démonftration "géométrique de ces combinaifons de la corde ; les Ouvriers n’en ont pas befcin, 8c les gens d’étude la connoiflent.
- Ordinairement la corde n’eft que doublée for un Ourdifloir , on ne la triple ou quadruple gueres que dans le cas où on auroit à ourdir une chaîne plus longue que l’Ourdifloir ne le permet à corde doublé.
- Au lieu de doubler ou tripler la corde , il fufût de mettre un boulon beaucoup moins gros 9 Sc même avec un tel boulon, fi on double la corde , on aura a fiez de longueur for l’Ourdifloir , quelle que foit la chaîne. Il fuffit ici d’indiquer les moyens dont on peut fe fervir ; e’eft à l’induftrie à en tirer parti , Sc à imaginer ce qu’il eft à propos de faire dans chaque circonftance.
- Au moyen de ce que le retour périodique du plot eft toujours le même for tous les points de la circonférence, il eft évident que le diamètre de l’Our-» diflfoir doit augmenter à chaque tour , conféquemment, les dernieres portées feront plus longues que les premières. On a cherché à remédie/ à ce défaut.
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- Seconde Partie. De tOurdijfagè. Chap. ÎV. qui nuiroic à la fabrication de l’étoffe : voici le procédé dont on fe fert pour cela.
- On fixe au montant une petite crémaillère, telle qu’on la voit Fig. 14 . VL 9 , on pafîe le bout de la corde à boyau dans le petit trou du double anneau /, & après un certain nombre de portées on change de cran , ce qui alonge ou racourcit la corde ; alors la foie fè couche un peu à côté des tours précédents. Il faut pourtant avoir attention de ne pas tellement ufer de cette refîource, qu’on,ne voie plus d’intervalle entre les tours de foie, car il ne feroit plus pofîible de les compter.
- Quoique ce moyen de rétablir l’égalité entre les portées foit fort connu 4 il n’eft cependant pas autant en ufàge qu’il devroit l’être ; combien d’excellentes inventions ne font pas admifes, parce que dans tous les Arts > les Ouvriers tiennent fans difcernement à la méthode qu’on leur a enfeignée , & rejettent tout ce qu’on leur propofe fans examen, <& par cela feul qufil eft nouveau. Il faut pourtant convenir qu’à moins que les tours de la chaîne fur l’Ourdifîbir, ne Ibient fort éloignés les uns des autres, on ne fauroit gueres faire ufàge de la crémaillère,
- Section Cinquième.
- Ohfervation fur les differents Ourdiffoirs.
- L’Ourdissoir rond dont on vient de donner la defcription eft dans les pfd-2 portions de 4 pieds 4 pouces de diamètre , ce qui fait, à peu-près ,12 pieds de circonférence, qui équivalent à trois aunes un quart par chaque tour ; la hauteur de l’Ourdifîbir, en prenant celle de fes ailes, eft de y pieds & demi.
- Tous les Ourdiffoirs ronds ont, à peu de chofe près, la même forme que celui-ci, mais ils varient dans leurs grandeurs ; celui dont nous parlons eft plus convenable , & fa conftruétion la mieux entendue.
- Quelques-uns n’ont que deux montants pour recevoir les chevilles errantes $ mais il vaut mieux qu’il y en ait quatre, ‘car on ourdit plus exactement une chaîne de longueur prefcrite ; autrement il faut ourdir un peu plus ou un peu moins de longueur, ce qui peut donner un faux aunage ou quelque perte de foie*
- D3 autres n’ont aucun de ces montants, mais on place à volonté entre les ailes de l’Ourdiffoir une traverfe de longueur exacte , qu’on y retient avec deux bouts de ficelle, & on y met les chevilles errantes. Cette méthode feroit fort bonne, fi pour placer cette traverfe, comme il faut, on n’étoit pas obligé de forcer quelquefois les aîles pour la faire entrer , tandis quelle feroit trop lâche entre d’autres*
- Une différence qui fe rencontre aflez fouvent entre lès Ourdiffoirs ordinaires ; & celui dont nous avons donné la defcription, ceft quelles traverfès auxquelles font attachés les montants qui en forment les aîles, ne font pas placées fur l’arbre
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- èo L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- en trois parties ou rangées, comme on Ta vu ; alors, comme chaque traverfè eft double de longueur, elle pafîe au tr^ers de l’arbre, & par conféquent les mortaifes font pratiquées les unes au-defïus des autres, 8c les traverfes font placées par-tout indifféremment fur l'arbre. Cette conftruélion eft très-incom^ mode , en ce qu’il faut, pour faire les mortaifes fur les montants, prendre exactement la pofition des traverfes auxquelles ils appartiendront ; 8c comme un montant une fois ajufté , ne peut convenir qu'à fes trois rayons ou à ceux qui font diamétralement oppofés , il faut de toute nécefîité marquer , & ces traverfes & les montants , pour que , quand on démonte un Ourdiffoir * on puiffe s'y reconnoître, & le remonter aifément.
- D'ailleurs , cet arrangement préfente à la vue une irrégularité qui déplaît. Enfin, il fe trouve entre les traverfes une diflance qui ne retient pas foffifàm-ment l’effort concentrique de la foie; un montant peut plier aux derniers tours, les premiers godent, la foie s'arrache, ou bien les portées font de différentes longueurs» On peut encore ajouter que , fi une ou plufieurs traverfes viennent à gliffer dans leur mortaife, l'aile s'écarte de l’arbre par ce côté, le diamètre de l’Ourdifîoir & par conféquent fà circonférence en font tout changés. On ne fauroit donc conftruire trop folidement & trop régulièrement* une machine deftinée à une opération aülîi importante.
- D'autres Ourdiflbirs ont au bas de l’arbre une poulie d'un afîez grand diame-* tre* for laquelle pafïe la corde fins fin qui le fait tourner, comme on le verra, au lieu des petites chevilles que nous avons vu qu'on met au bas de chaque montant»
- Cet ufage, qui au premier coup-d’œil paroîtroit préférable , a Tes inconvénients ; la corde fans fin qui fait tourner l’Ourdifîoir, peut quitter très-aifément la rainure de cette poulie, ou de celle du banc dont nous parlerons ; il faut fins celle s'occuper à la remetre en place, & fi les deux roues ne font pas parfaitement de niveau, la corde prend le bord d’une des deux rainures & s'échappe d’un autre côté ; à moins que cette poulie n'eut toute la circonférence de l’Ourdiffoir , il ne feroit pas poffible d'éviter que fà rotation ne fût trop rapide ; car foppofons que la circonférence de la roue du banc foit contenue trois fois dans celle de l’Ourdiflbir, au bout de trois tours de cette roue, l’Our-difloir n'en aura fait qu’un ; mais fi les roues font égales, elles feront tour pour tour, & de cette maniéré l’Ourdifîoir fera difficile à faire tourner, à caufe de l’inégalité des leviers, & de la réfiftance de la part de la foie.
- De quelque plot qu'on veuille fe fervir , l’emploi qu’on en fait dans diffé-1-' rentes Manufaétures, prouve afîez qu'on peut également parvenir à ourdir une chaîne ; mais le plus parfait eft* fans contredit, celui que repréfente la Figure 3 Planche p»
- Au moyen des trois tringles de fer qu’on y voit, la braffe eft divifée en deux parties égales dans toute la longueur de la mufette, c’eft la divifion de la
- cantro
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- s É c o N k E Partie. De IDurdiJfage. Châ£. VY '% i
- ^àntre que donnent les traverfes à anneaux par leur différente hauteur. Cette féparation facilite l'envergeure , ainfi qu'on fa déjà vu : de plus, fi quelque fil vient à cafler entre le plot & la cantre , elle lert à faire connoître quelle direction il doit tenir dans fenvergeure , tous avantages qu'on ne rencontré point aux autres plots oii il n’eft pas poffible de former cette réparation.
- L'ufàge de ce plot ne devient difficile que quand , pour ourdir, on emploie une cantre droite > dont nous n’avons pas encore parlé ; la féparation qu’y forment les deux divifions étant perpendiculaire, ne pourroit palier aufli aifément par une tringle, dont la pofition efl;horifontale. Mais, à la rigueur, en tordant la bralfe d’un quart de toiir, on peut encore l'y faire palier*
- On n'a encore vu de cantre, que celle qu’on nomme couchée ; chaque Province de Manufaéture en a, ou de particulières, ou qui ne different que peu les unes des autres ; celle dont nous avons parlé fuffifoit pour faire entendre l’ourdilfage, qui efl le même avec toutes les cantres ; nous nous propofons de les réunir toutes fous un même point de vue , dans un même Chapitre.
- Tous les plots le placent fur le montant, de la maniéré dont ils font repré-fentés fur la Planche 9, l'entaille à gauche. Je croîs que ce que nous venons de dire de leur conftruélion & de leur pofition, ne laiflè rien à defirer : on aura occafion de les voir bientôt en œuvre*
- CHAPITRE CINQUIEME,
- Defcription du Banc à roue.
- e Banc efl: formé d’une planche montée fur- quatre pieds, ainfi qu’on le itfnrTrwTiiriTiiiwi'ri riiiwiiiiiiiiiVii:'1i n voit, PL 10 , Fig. 1 : ces pieds font aflemblés folidement, au moyen de trois Planche traverfes : fur celle du milieu Z), & vers un de fes bouts, font deux petits montants 1
- '££, fur lefquels efl affemblée, à queue d'aronde, la traverfe M, qu’on ne voit pas fur la Figure 2, à caufe de la roue qui la cache. Entre ces deux montants, fur la traverfe D, efl une entaille quarrée & peu profonde, propre à recevoir un cube de fer, ou mieux encore de cuivre, fur lequel tourne le pivot de la roue. Perpendiculairement à ce cube efl percé fur le banc un trou rond, dans lequel pafle l'arbre de cette roue.
- Fy efl cet arbre, qui doit, quand il efl fur fon pivot, furpaffer la hauteur du banc de deux ou trois pouces : on l'a repréfenté à part pour qu'on pût y distinguer une partie quarrée , fur laquelle on fixe la roue /. Le refie de l’arbre efl à pans ou rond, à volonté ; au-deflous du quarré qu'on y a réfervé efl un trou qui reçoit une piece de fer ou d'acier trempé légèrement, terminée en pointe, qui fert de pivot à la roue ; & là partie fupérieure de cet arbre efl applatie Étoffes de soie. IL Paru Q
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- Planche
- .11.
- -fe VA R T DES ÉTOFFES DÈ SOÎË>
- à la lime fur deux faces, pour recevoir la piece de bois K, fur laquelle eft 11 poignée ou mainotte de la manivelle.
- On doit dilpofer ce banc de maniéré que la poulie loit à un pouce au-defluS du niveau des chevilles quon a mifes au bas de l’Ourdifloir, pour que la corde fans fin, qui pafle dans là rainure, foit un peu plus haut qu’elles. On peut voir dans la Planche io, la pofition de ce banc par rapport à fOurdifibir.1 L’Ourdifteule s’affied defliis ayant la manivelle à là gauche, & la cantre à là droite ; de cette façon elle peut avoir l’œil fur l’Ourdifloir & fur la cantre.
- La meilleure maniéré de fixer ce banc en là place , eft de le charger de pierreg à lautre bout lur la rencontre des traverfes C, Z?.
- CHAPITRE SIXIEME.
- Defcription des C antres droites„
- «
- Section Première.
- De la cantre droite Jimple.
- On nomme cantres droites , celles ou les rochets font placés en hauteur pour les diftinguer de celles qu’on nomme couchées où ils font placés en long ; la Figure r, PI. 1i, repréfente une cantre droite fimple, formée par trois montants C, C, D , d’environ y pieds f de haut, y compris les tenons. Ils fon tarrêtés par le bas fur une elpece de petit banc 5 monté fur 4 pieds qui vont en s’écartant dans tous les lens, au moyen d’une clavette chacun par-delîbus ; ôc par le haut 9 au moyen d’une traverfe E, à queue d’aronde par les bouts , & à tenons & mortaifes au milieu ; le montant D9 eft percé dans là longueur & lur là largeur de trente trous , de deux ou trois lignes de diamètre , auxquels correlpondent bien horilontalement d’autres trous faits lur la face intérieure des montants C9 Cf julqu’à un quart de leur épaiflèur ; à chacun de ces trous communique une petite' rainure venant obliquement de devant la cantre 9 par où on met en place les tringles lur lelquelles tournent les rochets.
- Une pareille cantre contient, au moyen des deux divifions qu’on y voit, 60 rochets, nombre aflbz ordinaire pour l’ourdiflàge.
- La bafe a environ 2 pieds de long lur un de large , l’écartement entre chaque montant eft de 7 pouces & demi, & la longueur de chaque broche eft d’environ 8 pouces ; il faut 60 de ces broches pour cette cantre.
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- Seconde Partie. De FOurdijfage. Chap. VL* 63 Section Seconde;
- Defcription de la Cantre double en largeur.
- La Figure 2, Pl. ir, repréfènte une cantre, dont la largeur eft double dé la précédente , de qui par conféquent contient le double de rochets ; fa bafe , femblable à la première, eft auffi double furlà.longueur , & na rien de différent pour la conftruétion , fi ce n’eft que le montant du milieu qui fembleroit pouvoir être percé de trous , comme fes deux voifins , ne l’eft pas entièrement par ceux qu'on voit fur fes deux faces, qui ne fe rencontrent pas ; aînfi on pratique à chaque trou une rainure oblique fur chaque face. La ràifon pour laquelle ces cinq montants ne font pas tous percés de trous qui fe correfpondent, eft que, quand on voudroit ôter un rochet d'une des deux divifions du milieu , il faudroit néceflàirement en ôter un de. la divifion du bout ; la diftance des deux montants extrêmes eft d'environ 2 pieds 8 pouces. Comme l'infpeélion de la figure fijffit après les dimenfions de la cantre précédente , nous ne nous y arrêterons pas davantage.
- Section Troisième.
- Defcription de la Cantre a deux faces fimphs;
- L e grand nombre de cantres dont on a quelquefois beloin pour ourdir une chaîne, en a fait imaginer de doubles, de quadruples, &c. pour éviter l'embarras ; celle qu'on voit, Fig. 3, même planche, n’eft autre chofe que deux cantres fimples, mifes l’une devant l'autre , fur un même pied ou banc, à environ 6 pouces de diftance. Pour ne pas fatiguer le Leéteur par des deferiptions inutiles, nous nous contenterons d’indiquer la fuivante.
- Section Quatrième.
- Defeription de la Cantre double à deux facesi
- La cantre que repréfente la Figure 4, meme planche, eft un afîemblage de deux pareilles à celle quon a vue dans la Seétion fécondé, Fig. 2 , mifes l’une devant l’autre ,à 6 poyces de diftance ; les dimenfions des doubles font les mêmes que celles de leur fimple, aux bafes près, qu’il eft très-aifé de conftruire dans les proportions convenables.
- «CÜP
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- $4 VAUT DES ÉTOFFES DE SOIT
- Section Cinquième*
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- Objervations fur une Cantre a trois divifons , comparée à celte qui rien a que deux*
- Rien n eft aufli facile que1 d’augmenter le nombre des divifons aux eantres "droites , un montant de plus eft tout ce qu’il faut. On a imaginé d'ajouter un quatrième montant à la cancre fimple, pour avoir une troifieme divifion ; mais l’ufoge en eft fi|défeéïueux, que je n’ai pas jugé à propos de la repréfonter. On ii’a eu pour but que de diminuer la hauteur de la cantre limple ; mais il n’eft pas poflible de s’en fervir , fans courir rifque de faire des fautes très-groffieres dans les rayûres ombrées , à caufe du mélange des teintes, dont je traiterai amplement. Il n’y a donc que les chaînes unies qui puiffent y être ourdies ; encore l’entre-laflement que produitl’envergeureparmi tous les fils, ne peut fo débrouiller qu’avec beaucoup de peine, for-tout, quand les qualités de foie ne font pas bien moulinées, ou qu’elles font trop fines, de l’Ouvrier qui fabrique l’étoffe ne peut faire couler les verges qui retiennent les réparations de l’en-; vergure, fuis cafter quelques fils : d’ailleurs, quoique le plot raffemble en un point toute la b rafle ; on apperçoit toujours for la chaîne la marque des trois divifions , à caufe de la direétion qu’elles ont foivie : au contraire , les deux divifions d’une cantre ordinaire fo faifont fentir jufqu’à la fin de l’our-diflàge, facilitent l’envergeure, & au bout de chaque portée, chaque fil reprend fo direétion naturelle.
- Ce qu’on vient de dire de la cantre à trois divifions, ne doit pas s’entendre' de celles qui en ont quatre, & davantage ; car alors, comme on fo fort des divifions, deux à deux, chaque couple de divifions dent lieu d’une cantre fimple, & une des deux forme conftamment la partie fupérieure de l’envers geure, Sc l’autre fo partie inférieure.
- Quoique les cantres droites ne foient pas toutes conformes à celles qu’on7 vient de voir, on peut dire que celles-ci font plus parfaites. On en fait de tant de combinaifons différentes, que je ne me crois obligé de faire con-^ noître que celles qui font généralement en ufoge.
- Souvent elles ne different que dans la quantité de rochets dont on les garnit ; je crois que le nombre le plus convenable pour chaque divifion eft de trente ; un plus grand ne peut que nuire à la perfeélion de toutes les opé'* rations qu’on fait fobir à la foie jufqu’à la fabrication même.
- Quand à la forme, au lieu d’un efpace vuide & inutile au-deffous des rochets, quelques Ourdiffeurs ont imaginé d’en faire une armoire, dans laquelle on met la foie & les rochets à l’abri de ia pouflîere & des mains infidelles ; d’autres fo contentent de faire, du bas , une caifle dans laquelle on jette les rochets yuides.
- De
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- Seconde t a ^ t i ï, De POurdiJfage. ChaP. Vï,' ê>£
- De quelque maniéré qu’on emploie cette bafe , l’ourdilîàge n’y perd rien ; ainfi, chacun peut là-deflus confiilter fon goût, il foffira de lui confèrver allez d aflîette pour ne pouvoir être aifément renverfée par terre*
- Section Sixième.
- Defcription du. Jet Jlmple.
- On nomme Jet, un montant de bois garni de chevilles de petites tringles de fer3 tel qu on le voit Fig. i, PL 12 , fur lefquelles on place les rochets pour ourdir, & dont l’ufàge eft le même que celui de la centre.
- Il eft planté fur un petit banc élevé fur 4 pieds pofés obliquement ; ce montant, dont la hauteur eft d’environ $ pieds, la largeur de 3 pouces, & l’épaifleur de 2 , eft percé fur là largeur de trente trous obliques, dans lefquels on met autant de broches de fer d’environ 6 pouces & demi de faillie.
- On conçoit que l’obliquité de ces broches fert à empêcher les rochets de fortir de defliis, & que par ce moyen leur poids les ramene toujours vers le montant.
- L’ufage de ce jet eft fort connu à Paris 8c dans quelques autres Villes de Manufactures ; on en a même imaginé de doubles & de quadruples de plufleurs fortes, que nous ne pouvons nous difpenfer d’indiquer.
- Section Septième.
- Dejeripiion du Jet double«
- Il y a deux fortes de jets doubles, fun eft compofé de deux jets fimples | tels que le précédent , & c’eft celui qu’on voit, Fig. 2 , PL 12 rût conftruc^ tion s’entendra aifément, d’après la connoiflànce qu’on a de celui dont on a déjà parlé.
- L’autre eft double, parce que fur un même montant, on met deux rangées de tringles au lieu d’une, 8c pour cela on le tient d’environ 3 pouces plus large ; il faut obferver entre ces tringles allez d’efpace en tout fens , pouic que les rochets ne puiflent jamais fe toucher ; le montant eft claveté comme le précédent par-deflous fa bafe , qui doit être un peu lourde pour réfifter aux efforts réunis des brins de foie.
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- •2. •
- Étoffes de soie, IL Parti
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- D'ART DES ÉTOFFES DE SOIE*
- Section Huitième,
- Defcription des Jets quadruples.
- A
- Ïl y a auffi deux fortes de jets quadruples ; la Figure 4 en repréfonte un qui n eft autre chofo qu’un aflemblage de deux jets doubles , comme celui de la Figure 2 , mis for une même bafo à côté l’un de l’autre. Ce foroit ennuyer le Leéleur que de donner les dimenfions de celui-ci, il foffit d’avertir qu’un couple de montants eft éloigné de l’autre de 21 pouces, pour pouvoir ôter & remettre aifément les rochets, fans toucher aux chevilles d’à-côté, & chaque montant eft éloigné de fon pareil de 4 pouces feulement ; ainfi les broches parallèles fo trouvent écartées de 6 à 7 pouces.
- Quant à l’autre jet quadruple, ce font deux montants pareils à celui de la Figure 3, mis à côté J’un de l’autre ; ainfi, comme on a vu que chacun de ces montants porte deux rangées de tringles de chaque côté, ce jet en contiendra quatre ; il n’eft perfonne qui, après cette defoription de tous les genres de jets, ne foit en état d’en conftruire de fomblables : au forplus, on ne peut trop recommander de faire les bafes un peu lourdes pour réfifter aux efforts de la foie.
- Section Neuvième.
- Obfervations fur la multiplicité & la variété des Cantres Ù* des Jets*
- Dn fera peut-être forpris d’une multiplicité de cantres fi variée ; mais on verra par la foite de quel ufoge elles font pour ourdir des chaînes un peu confidérables*
- Il eft certain que fi on n eût eu befoin d’ourdir que des chaînes dune feule cou* leur, on auroit pu fo contenter d’une feule cantre ou d’un foui jet pour chaque Ourdiilbir ; mais la néceffité de fabriquer des étoffes rayées a fait imaginer des moyens d’en ourdir les chaînes avec plus de célérité & d’exaélitude. Autrefois quand on avoit ourdi une raye ou une partie de raye, on ôtoit de la cantre les rochets de cette couleur, & on y en fobftituoit d’autres pour la rayure foivante^ & ainfi de fuite, rayure par rayure , ce qui caufoit beaucoup d’embarras, faifoic perdre du temps, & occafîonnoit fouvent des fautes dans l’ordre des rayures , d’où réfoltoient des défeéluofités dans l’étoffe ; mais aujourd’hui que l’induftrie ne laiifo rien défirer aux Arts , avant de commencer l’ourdiflàge, on peut encan-, trer toutes les couleurs dans l’ordre quelles doivent tenir for l’étoffe, & il n’y a plus de difficulté qu’à les faire fuccéder les unes aux autres , comme il convient, au moyen de quoi il n’eft prefque pas poffible de faire des fautes en ourdiflànt.
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- Seconde Partie; De tOürdijJage. Chaê. Vî;
- II y a certaines rayures qui exigent jufqu’à vingt encantrages, St plus t quelles précautions ne doit-on pas prendre pour ne pas fe tromper dans la conduite d’un tel ourdiflage, fur-tout s’il falloir encantfer & défencantrer à chaque baguette \ Mais fi les cantres font toutes prêtes , St qu’on n’ait plus qu’à s’en fervir par ordre , l’opération en fera plus exaéte plus fore, & plus prompte. Il n’y a plus d’inconvénient, que pour la place qu’exige une pareille quantité de cantres ou de jets.
- On voit maintenant ce qui a donné lieu au doublement des cantfes & des jets. Une cantre double ne tient gueres plus de place qu’une fimple, & un jet ou une cantre quadruple n’en occupent pas beaucoup plus qu’une double j ainfi, fi pour une rayure, o%foppofe qu’il faille douze cantres ou jets, trois cantres quadruples feront l’affaire ; fans cela , il auroit fallu un emplacement immenfe.
- On peut objeéler qu’en augmentant le volume de ces cantres, on augmente leur pefànteur, & qu’il efl très-difficile de remuer fouvent St promptement, une machine devenue ; par-là, fort lourde ; mais un peu d’induftrie va lever la difficulté : ne peut-on pas, fous chaque pied, mettre une roulette, au moyen de quoi un enfant pourra avancer St reculer la plus lourde cantre !
- Quoique les différentes cantres droites qu’on a décrites fomblent remplir le même objet que les jets, il efl: cependant certain que l’ufage des cantres efl: préférable : en effet, l’obliquité que fouffrent les rochets for les jets, leur fait éprouver, contre le montant, un frottement qu’ils n’efluyef oient pas for la cantre ; d’ailleurs, ce frottement efl: encore augmenté par la tenfion des brins de foie réunis en un foui point, qui les tient fans Ceflè appuyés contre ce montant ; auffi au moindre choc voit-on plufieurs fils fe caffor. S’il efl néceflaîre de renouer fans ceffo les bouts, la foie fouvent maniée perd de fon luftre , St l’étoffe ne peut que perdre de fon éclat*
- La fopériorité qu’obtient fur les jets la cantre droite * fera bientôt effacée par le parallèle que nous ferons plus bas de cette derniere, & de la cantre couchée. Néanmoins, comme il y a beaucoup de Manufactures ou on tient à la cantre droite, qu’on me permette de propofer ici une cantre droite quadruple que j’ai imaginée , St dont le fervice efl très-facile*
- Section Dixième*
- Description d'une nouvelle Cantre droite quadruple*
- Sur une Planche A, Fig. ï , PL 14, de deux pieds en quarré, & de deux pouces d’épaiffeur, fervant de bafe, efl percé au centre un trou quarré qui Planche reçoit le tenon de l’arbre B, fait for le tour, de y pieds 8 pouces de haut ou environ, & de deux pouces de diamètre. C’eft for cet arbre que tourne , comme for un pivot, la cantre à quatre faces dont on va donner les dimen-fions ; ainfi il ne peut être planté trop foÜdement for fà bafè.
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- ISS rAET DES ÉTOFFES DE SOIE.
- Sur deux planches C, D, de moindre longueur & largeur que la bafe, maïs urë "peu plus minces , on fait à quelque diftance, de chaque côté, trois rtiortaifes de deux pouces de long ou environ , ainfi qu’on les voit en Z), dans lefquelles on aflemble les montants E+ F, haut & bas ; au milieu de celle qu’on deltine à être en bas D, on fait un trou dont le diamètre eft égal à celui du bas de l’arbre : on en fait un auifi au milieu de celle d’en haut, mais il eft plus petit, & propre à recevoir le tenon qu’on voit au haut de ce même arbre.
- Quatre montants comme E, font placés dans les mortailès du milieu de chaque côté , & quatre autres comme F, occupent celles des angles de la cantre, ils font tous huit affemblés dans les «planches C, D. Sur chacune des faces de ces huit montants qui fe regardent, font percés trente trous de 6 lignes de profondeur ; mais à chacun de ceux des angles communique une rainure oblique par où on met en place la tringle de fer qui fert d axe a chaque rochet. — ^ '
- Il eft aifé de voir que chaque côté de cette cântrè en prélente une fimple J telle qu’on l’a vue plus haut ; ainfi, au lieu de déplacer fans cefîe une machine fort lourde, il fuffit de faire tourner celle-ci, pour fe fervir du côté dont on a befoin ; & comme en pafiânt, Se même en travaillant elle pourroit varier fans celle, on la fixe au moyen d’un crochet de fer a , dont la tête percée eft retenue par la vis h 9 fur un des côtés de la bafe , & là partie crochue entre dans un piton c, qu’on met fur chaque bord de la planche d’en bas Z?, à l’écar* tement qu’exige la longueur du crochet pour que la cantre foit parallèle à fa bafe.
- La hauteur totale de cette cantre eft d’environ 6 pieds ; étant pleine de rochets., elle en contiendra 240 en tout, ce qui fait 60 pour chaque face f nombre avantageux pour l’ourdiflàge des chaînes rayées.
- On a, pour mieux la faire comprendre, rëprélènté cette cantre, Eig. 2 i même planche, garnie de rochets , telle quelle eft quand on travaille.
- ObJèrvations fur les propriétés de la nouvelle Cantre quadruple.
- Il eft certain que la cantre qu’on vient de voir a fiir les cantres droites ordi--naires un double avantage, celui de tenir moins de place, & de fe mouvoir plus aifément.
- De quelque elpece de cantre qu’on le ferve, il faut nécelîairement pour ourdit une chaîne rayée, les changer dans l’ordre que preferit le retour des rayûres ; ainfi, fi on doit employer huit cantres, chaque fois qu’on aura pris fur une d’elles ce qu’elle doit fournir, il faudra néceflàirement en changer ; ce qui, félon l’ordre fymmétrique qu’on obferve ordinairement dans la compofition des rayures^ donnera au moins quinze mutations : & fi dans la combinaifon une même cantre devoit avoir un double emploi, le nombre de ces changements feroit confii durablement augmenté. Mais au moyen des cantres quadruples, il fuffira d’en
- changer.
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- § É c o N d è P À r t ï e. De IOûrdijfage. Chap. VIL 6g fchanger quatre fois , parce que quatre fois quatre faces font feize, & qu’on fuppofe qu’il n en faut que quinze ; encore peut-il arriver qu une divifion d une de ces cantres contienne la couleur dont on a befoin, & que l’autre moitié foit contenue dans une des divifions d’une pareille cantre , ce qui diminueroife les changements.
- On peut aufli mettre lous là bafe quatre roulettes, ainfi qu’on l’a déjà dît pour les autres -, 8c l’Ourdiflèule > fans quitter là place 9 pourra le la faire approcher, même par un enfant.
- Ce n’eft pas qu’une pareille cantre influe en rien fur l’Ourdiflàge plus que tout autre cantre droite ; mais la facilité du tranlport fait gagner du temps ^ dont l’emploi eft toujours précieux î au relie , je penfe , qu’en fait d’Ourdiflàge $ les cantres couchées lont infiniment préférables aux droites, quelle que loit leur perfeétion. Je me propofe de donner la delcription de plufieurs elpeces de cantres couchées, dont l’ulàge eft très-commode.
- CHAPITRE SEPTIEME.
- Section Première.
- De la maniéré <Tourdir les chaînes SG poils Jimples unis $ ou à une feule couleur, avec UOurdiffoir rond,
- 3C la cantre droite ou le jet.
- L’Ourdisseüsè place la cantre ou le jet en face du montant oit eft le * plot, à environ 4 pieds de diftance, voyez la Fig. 1, FL xy, puis elle encantre le nombre de rochets convenable , Fig. 3. (On fe louvient que l’encantrage doit être réglé par la quantité de portées dont la chaîne doit être compofée, pages 42 & 43.) 1
- Sï on veut ourdir à quarante rochets , on eh met vingt dans chaque divifion de la cantre ou du jet ; ( comme l’ourdiflàge fe fait également avec l’un ou l’autre, on doit entendre de tous deux, ce que je dirai d’un feul ) , & eri général, quand on veut ourdir fimple , page 42 , on met la moitié des rochets dans chaque divifion ; ayant foin que la foie fe déroule du même lens. Ënfiiite l’Ourdifleulè noue enfemble tous les bouts de foie , pafle là main dans la lepa-ration que forment les deux divifions de la cantre, puis elle accroche cette braflfe à la cheville j, qu’on voit en haut de l’Ourdifloir, PL iy, Fig. r ; enlùite elle enverge avec la main droite.
- La maniéré d’enverger à la cantre droite eft à peu-près la même que celle qu’on a vue à la cantre couchée ; on a fait pafler fous l’index 8c fur le pouce , le premier fil de la divifion fupérieure des anneaux, & mis fur l’index &fous le pouce le premier de la divifion inférieure j comme à la cantre droite les Etoffes de soie. II. Fan» S
- fn-nrrir—rm»j
- Planche
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- 70 VART DES ÉTOFFES DE SOIE. divifions font perpendiculaires, cette diftinétion de fupérieure Sc d inférieure ne peut avoir lieu ; ainfi la maniéré de commencer l'envergeure eft un peu différente : on commence par le fil du rochet le plus bas de la première divi-fion ; ( on nomme ici première divifion celle qui, la cantre étant à la droite de l'Ourdifleufe, fe préfente la première ), on le met fous findex Sc fur le pouce : de-là on va à la fécondé divifion, dont on met le fil le plus bas fur findex Sc fous le pouce ; Sc ainfi de fuite en remontant on prend alternativement dans le même ordre tous les fils de chaque divifion, de forte que tous ceux de la première fe trouveront fou s findex Sc fur le pouce, Sc tous ceux de la fécondé fur findex Sc fous le pouce.
- Cette opération qu'on a repréfentée, PL 24, Fig. 5 , doit toujours fe faire de la main droite , & pendant ce temps la gauche tient la braflè à poignée * ainfi deux doigts de la main droite fùfîifent pour cela.
- Comme la main en envergeant avance & recule pour aller d'une divifion à l'autre , Sc qu'on pourroit, en la retirant, laifîer échapper quelques fils, on prévient cet inconvénient en relevant les doigts Sc baiflant le poignet: un peu d’ufage en apprend plus là-deflus, que les préceptes les plus clairs. Tel eft l’avantage de la pratique fixr la théorie , qu'on conçoit mieux l'opération la plus compliquée , par un coup d'œil, qu'on n’entend la plus fimple , le mieux expliquée. On a repréfenté dans la Planche 24 tous les effets de f envergeure , Sc pour ne laifîer rien à defirer, on efpere que l'explication des Planches fuppléera à ce qui manque ici.
- Quand tous les fils font envergés, elle met cette envergeure fur les chevilles qui font deftinées pour la retenir b9 c, Fig. 1, lavoir celle b, en place du pouce, Sc celle c, en place de findex, Sc les croifements qui étoient entre les doigts fiibfiftent encore entre les deux chevilles.
- Après cela l'Ourdifleufe place là braflè fur le plot*/, foit entre les deux poulies, foit dans le guide, &c. félon la difpofition de celui dont elle fe fert ; Sc comme le plot à trois tringles efl: le plus parfait, fi c’eft de lui quelle fe fert, elle y place la braflè de façon que la tringle du milieu foit mife dans la fépa-ration des deux divifions de la cantre, pour les raifbns qu’on a déduites en parlant des plots.
- Quand la braflè eft ainfi placée, l'Ourdifleufe s'aflled fur le banc, Fig. 2, fait tourner la manivelle avec la main gauche, de maniéré que f Ourdifloir tourne de droite à gauche , pour que le plot defeende ; ( car on doit avoir foin , avant de commencer l'ourdiflàge, de le faire monter tout en haut ).
- L'Ourdifleufe qui fait à quelle longueur elle doit ourdir, doit avoir calculé , d'après la circonférence de fbn Ourdifloir, combien il doit faire de tours pour remplir cette longueur, & la terminer en plaçant les chevilles errantes. Ainfi, fùppofons quelle ourdiflè à fbixante aunes, Sc que f Ourdifloir ait trois aunes de circonférence, elle doit lui faire faire vingt tours ; Sc comme il y a quatre
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- Seconde Partie. De fOurdiffage. Chap. VIL 71 montants pour les chevilles errantes fur cet Ourdifloir, il eft certain quelle terminera fi chaîne ou elle voudra, en y ajoutant à volonté trois quarts de plus * ou en les diminuant, félon qu'il fera néceflàire.
- Comme il eft rare de rencontrer plufieurs Ourdifloirs dans les mêmes dimen-» fions, il eft néceftàire, avant de s'en fervir, d'en connoître la circonférence , pour ne pas faire fur l'un , un calcul qui ne convient qu'à un autre.
- L'Ourdifleufe doit aufli lavoir fi la longueur qu'on lui demande eft celle qu on veut à la chaîne , ou fi c'eft celle qu'on prétend donner à l'étoffe, ce qui eft fort different ; car la chaîne doit être plus longue que ne doit être l'étoffe ; ainfi l'Ourdifleufe doit s'informer du genre d'étoffe pour lequel elle ourdit; fi elle séboit de beaucoup ou de peu , & le le faire expliquer par le Fabriquant , afin d'ourdir aflez jufte pour ne pas perdre de loie, ou faire une piece trop courte. Il eft vrai qu'à la rigueur on pourroit, fi la chaîne étoit trop courte , en ourdir de nouveau une certaine quantité ; mais il n eft pas poflible de le faire fins perte de foie ; ainfi il faut néceffiirement qu'elle y apporte tous fes foins.
- Il y a encore une raifon, purement d'économie , qui engage à prendre toutes ces précautions ; c eft que fouvent un Fabriquant fait ourdir une partie de foie qui lui refte , & il ne feroit pas poflible de faflortir parfaitement, foit pour la couleur , foit pour la qualité ; dans ce cas , on n'en peut venir à bout qu'en pefint la portée , & fur la quantité qu'il en faut, on détermine la longueur : voici de quelle maniéré on pefè cette portée.
- On ourdit une portée de la longueur qu'on croit devoir fuffire, à peu-près ; on la pefe très-exaélement après l'avoir levée de deflus l'Ourdifloir, & on voit par-là fi on aura aflez de foie pour continuer à cette longueur , ou s'il faut diminuer ou augmenter la chaîne. Suppofons donc qu'on ait une partie de foie de deux livres Sc demie, qui font quarante onces , & qu'on ourdifle à quatre-vingt portées; fi la portée d'eflài pefe fix gros, il eft évident qu'elle fera d’un tiers trop longue , puifque chaque portée , fùivant le calcul, doit peler quatre gros*
- Perfonne n'ignore ce que c'eft, en fait de poids, que tarer ; cette opération confifte à connoître le poids de l'inftrument ou vaifleau qui contient ce qu'on veut pefèr, & à le déduire du poids total ; par exemple, les rochets font en général aflez égaux entr'eux, & leur poids ne varie gueres ; fi donc on veut fivoir au jufte combien pefe la foie que contiennent cinquante rochets, on les mettra tous dans un plateau de la balance , & de l'autre côté on mettra autant de rochets vuides ; tout le poids excédent fera certainement celui de Ja foie ^ à peu de chofe près.
- On fe rappelle, fins doute, comment fè fait à l'Ourdifloir long l'envergeure des mufettes aux chevilles errantes ; comme celle qu'on fait au bout de la chaîne fur l'Ourdifloir rond eft abfolument la même , je crois pouvoir répéter ici ce que j’en ait dit alors. Quand la mufette eft aflez longue, on va jufqu'au montant à chevilles le plus prochain; on y en place deux, ainfi qu'on le voit en
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- 7* VA RT DES ÉTOFFES DE SOIE.
- Fig. I, P/, ip. On pafle la brafle fous la première en venant, de là fur la féconde,' fur laquelle on faitprefqu un tour en paflant par-deflous, & enfin fur la première, après quoi on tourne FOurdifioir dans un fens contraire , pour faire remonter le plot & retourner aux premières chevilles d’en haut où elle enverge de nouveau , ainfi qu’on va le voir.
- Lorfque le plot eft monté à peu-près à la hauteur des chevilles d envergeure, elle arrête FOurdifioir ; puis prend la brafle tout contre le plot, de la main gauche , & elle enverge de la droite, ainfi quon Fa vu la première fois ; elle fait fortir la brafle du plot fans quitter Fenvergeure , Sc la place fur les chevilles d’envergeure, comme elle a déjà fait.
- On doit fe rappeller la maniéré dont on a vu à fOurdifibir long, que FOurdiffeufe faifoit couler l’envergeure, en profitant de celle que lui offrent les divifions de la cantre ; comme cette opération eft fort di Sicile à décrire, on va eflayer de nouveau de la rendre fenfible : elle pafle un des doigts de la main gauche dans la féparation de Fenvergeure que tenoit le pouce droit, & fait couler cette féparationqufqu’à ce quelle ait placé la brafle fur la première cheville où elle a accroché le bout de la chaîne : la Figure 6 de la Planche 24, fait aflez comprendre que les divifions de la cantre forment, avec la féparation qu’elle vient de conferver, une nouvelle envergeure dont elle profite , en ayant foin de faire fauter le fil ; on fe rappelle auffi que cette opération confifte à prendre le fil qui, quand Fenvergeure eft fur les deux doigts de de la main droite , fe trouve le dernier vers le bout des doigts , en le faifant pafler par-deflous la brafle pour le placer avant celui qu’on a pris le premier en envergeant ; Sc comme on change Fenvergeure de main, il fe trouve , quoique changé de place , au bout des doigts de la main gauche. On remarquera qu’on ne peut faire fauter le fil qu’aux chaînes d’une feule couleur ; en effet, il n’eft pas poflible dans une rayure, de porter un fil à côté d’une baguette ou raie de couleur fbuvent oppofée. De plus, la raie dont on le retireroit, auroit par-là un fil de moins. Dans ce cas, il faut à chaque portée enverger de nouveau , comme la première fois, & ne tirer aucun parti de cette fécondé envergeure*
- La maniéré d’enverger qu’on a vue, page 45*, eft celle qu’on fuit dans tout Fourdiflage : je crois que c’étoit-là le lieu de donner une définition générale ; mais je dois obferver ici qu’à la première mufette de chaque portée, on enverge dans un fens contraire ; c’eft-à-dire, qu’au lieu de prendre d’abord le premier fil de la divifion fupérieüre, ( qui eft la fécondé ) , Sc enfuite le premier de l’inférieure, (q ui eft la première ), on doit prendre à cette première mufette le premier de la première, qui eft celle d’en bas, puis celui de là féconde & ainfi de fuite , ce qui eft une exception de la réglé générale.
- La raifon de cette maniéré d’opérer eft facile à concevoir : on n’a befoin de fécondé envergeure, que lorfqu’arrivé aux chevilles d’en haut qui retiennent celle qu’on vient de faire en remontant, on eft dans le cas d’en faire fur le
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- Seconde Partie; Di ÎOutdifiagel CttÂiN Vïîè champ une fécondé , quand après avoir placé la brafle fur la cheville du haut de TOurdiflbir, on va repaffer par ces mêmes chevilles en defcendant, & qu’on auroit befoin d’enverger de nouveau ; enfe fervant de l’expédient qu’on a vu , on à une demie envergeure après quon a fait couler la féparation du pouce, &les divifionsde la cantre la complettent auffikôt ; ainfi, ce nefi que pour mettre le temps à profit qu’on emploie cette méthode ; & lorfque dans les chaînes rayées ' on ne peut profiter de cette fécondé , on fe fert de .la méthode générale qu’on a donnée,pag. 4 J. Lors donc qu’on defcend pour aller trouver les chevilles errantes, on n’a pas befoin de cette demie envergeure, & elle ne feroit que mêler les fils, ce qui empêcheroit l’Ouvrier de faire couler les verges , comme il le doit, en fabriquant l’étoffe ; auffi cette méthode n’en donne-t-elle pas.
- On eft cependant maître, en ourdiflant, de profiter, ou non, de cette fécondé envergeure ; dans ce cas on enverge à chaque fois tout-à-fait, ce qui n’empêche pas que l’Ourdifîâge foit auffi bon ; on repafïe la bralfe dans le plot, comme elle doit l’être, de on continue d’ourdir.
- L’Ourdifleufe doit avoir grande attention de voir fi quelque fil caffe , ou fi un rochet finit ou quitte la brafie avant que d’arriver au plot ; car fi le bout étoit déjà fur l’Ourdiffioir , elle ne pourroit fe difpenfer de le détourner pour renouer ce fil de la maniéré qu’on va voir.
- Section Seconde.
- Maniéré de reprendre les fils c a fiés en ourdi fiant avec la cantre droite ou le jet*
- Lorsqu’en ourdifiant on s’apperçoit qu’un fil cafle, il eft très-facile de,le renouer fur le champ ; mais fi on ne le voit que long-temps après, & que l’Ourdiifoir ait déjà fait quelques tours depuis 9 il faut néceflairement dérouler la braffe en tournant dans un fens contraire, jufqu’à ce qu’on ait trouvé le bout ; on le noue & on remet la foie comme elle étoit.
- Il y a trois maniérés de réparer cet accident ; mais toutes ne font pas égale-; ment bonnes, quoiqu’elles parviennent au même but.
- Quelques Ourdiffeufes déroulent la brafie & la couchent par terre, de peur quelle ne fe mêle, jufqu’à ce quelles trouvent le bout caflé.
- D5 autres en déroulant palfent un doigt de la main gauche dans la féparation des deux divifions, pour mieux connoître à laquelle des deux il appartient ; cette méthode eft préférable à la précédente.
- D’autres enfin, en même temps qu’elles paffent un doigt dans la féparation des divifions de la cantre, en font couler un fécond entre les fils où devroit être celui qui ne va plus ; cette précaution eft infiniment meilleure: par-là on ne peut manquer de placer le fil où il doit être ; mais quelle que foit celle de ces trois maniérés d’opérer qu’on fuive , on ne peut empêcher la brafie de fq Etoffes de soie, //, Paru T
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- 74 L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- mêler, les brins s’entordent les uns avec les autres, & 1 Ouvrier qui fabrique l’étoffe eft quelquefois obligé de couper des mufettes entières pour remettre ces fils en ordre. On fent quelle perte de temps & de foie réfulte de-là, & l’étoffe elle-même ne peut qu’en fouffrir, quelque foin qu’on y apporte. D’ailleurs , la foie en traînant par terre , fe falit & s’accroche par-tout, même aux habillements de l’Ourdiffeufe ; & fî quelqu’un paffe , qu’on ouvre une porte ou une fenêtre, le vent fait envoler toute la foie Sc augmente le défordre ; alors le 'feul remede eft de couper toute la braffe & de la renouer plus bas, ce qui perd beaucoup de foie.
- Quelques Ourdifleufes en cherchant un bout fini ou caffé, ont la précaution d’entortiller la braflë for les quatre doigts de la main droite , & conduis fent deux doigts de la gauche dans les féparations, ainfi qu’on vient de voir ; mais quand le bout eft trouvé, elles ont befoin de leurs deux mains pour le renouer ; la foie qui les couvre s’accroche par-tout, Sc quand elle la remettent for l’Ourdiflbir, il eft impofîible d’éviter que quelque brin ne foit arrêté, mêlé ou cafte de nouveau. Cette méthode n’eft pas encore la meilleure, quoique préférable aux trois autres.
- Quoique prefque tous les Ourdifleurs Sc Ourdiffeufes, connoiflent une cinquième méthode, infiniment préférable à toutes les autres , je ne fais par quelle obftination, qui femble concertée contre le progrès des Arts , c’eft la feule qu’ils ne veuillent pas mettre en ufàge, la voici :
- Quand un bout eft cafte ou fini , on roule la brafle for une Mainotte , dont on va donner la defoription.
- On appelle Mainotte une piece de bois dur, d’environ 6 pouces de long, fur un pouce & demi de diamètre, faite au tour, très-polie, un peu plus groftè par le haut quex par le bas, Sc terminée par les deux bouts en arrondiftànt, telle qu’on la voit, Fig. 4, /7. iy ; à l’un de fes bouts eft un trou d’environ 3 pouces de profondeur, un peu plus large à l’entrée qu’au fond, & d’environ 10 lignes de diamètre ; c’eft fur cette mainotte qu’on entoure la braffe à mefure qu’on la déroule, & quand l’endroit où eft le bout eft trouvé , on met cette mainotte for un pied qui eft fait de la maniéré foivante.
- Au centre d’une planche quarrée ou oétogone, d’environ-i pied de diamètre, Sc un peu épaifle pour lui donner de l’afîiette , on plante un bâton fait au tour , fi on veut, d’environ 2 pieds, ou même plus de hauteur , terminé en' pointe par un bout, pour recevoir aifément la mainotte quand on renoue la foie. La place de cette mainotte eft entre la cantre & l’Ourdiftoir, ainfi qu’on le voit en la Planche 15, Fig. 4, pour que l’Ourdifleufe puiftè aifément l’atteindre quand elle veut s’en fervir.
- Lorfqu’un fil eft cafte l’Ourdiffeufe pafle un doigt de la main gauche dans la féparation des divifions de la cantre, & un autre dans celle du fil qui manque j on fé fert ordinairement, pour cela, du pouce Sc de l’index ; on doit obferyer;
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- Seconde Partie. De l'OurdijJagt. Chap. VIL auflî que la pofîtion la plus convenable eft d’avoir l’Ourdiflbir à gauche , & la cantre à droite ; elle prend la mainotte entre l’index & le pouce de la main droite, & ferrant la partie de la brafle qui va depuis là main jufqu’à la cantre < entre le troifieme & le quatrième doigt, de façon que cette brafle pafle par dedans la main , & forte par-deflus les deux derniers doigts ; elle la tient ainfî fixée à cet endroit, pour que les rochets ne tournent plus ; enfuite elle fe fert des autres doigts de la main gauche qui font reflés libres, c’eft-à-dire, des troifieme , quatrième & cinquième , pour rouler la brafle for la mainotte en détournant peu-à-peu l’Ourdiflbir jufqu’à ce qu’elle ait trouvé le bout cafle ; alors elle met la mainotte fur fon pied, noue le fil caffé avec celui qu’elle prend au rochet en le paflànt dans fon anneau, & tournant l’Ourdiflbir avec la main gauche, elle tient dans fà droite , perpendiculairement fur la mainotte, la brafle quife déroule fans fe mêler, parce qu’on a vu que cette mainotte étoie plus groffe du haut que du bas, & rétablit ainfi le défordre que ce fil avoit caufé.
- De quelque cantre qu’on fe ferve, cette maniéré de renouer les fils eft fans contredit la meilleure, c’eft celle qui ménage le plus la foie ; mais on ne peut s’en fervir qu’à l’Ourdiflbir rond : on doit fe rappeller qu’à l’Ourdiflbir long on fe fert, pour cela, du bâton pendu au plancher, page 48 & foivantes.
- Section Troisième.
- De la maniéré de lever les chaînes ou poils de dejfus tOurdiJfoir rond.
- On a déjà vu plus haut que l’opération qui fuit immédiatement l'ourdîflage j eft de relever la chaîne de deflus l’Ourdiflbir ; on fait auflî qu’on doit conferver les envergures avec de petits cordons de foie faits exprès pour cela ; ces cordons , quand ils font arrêtés avec un nœud, prennent eux-mêmes le nom d’en-vergeure, parce qu’ils femblent ne faire qu’un avec elle , & qu’ils reftent en place jufqu’à ce que le Plieur ait pris l’envergeure des mufettes, ou du bout inférieur de la chaîne avec fon compajleur, & que le Tordeur ait pris, avec fes verges, l’envergeure , proprement dite, du bout d’en haut.
- On nomme compajleur, une petite verge de bois que le Plieur met à la place de la derniere des chevilles errantes , dans la boucle quelle formoit au bout de la chaîne ou du poil ; à l’un des bouts de ce compafteur eft un trou dans lequel on pafle un cordon de foie, & qu’on y retient au moyen d’un nœud ; on pafle ce cordon dans la féparation que tenoit l’autre cheville errante, & par ce moyen l’envergeure des mufettes fè trouve confervée d’une maniéré invariable. Je ne fais qu’annoncer ici cette opération, me réfervant de la décrire à fond dans le Traité du Pliage, qui foivra immédiatement celui-ci.
- Quand l’Ourdifleufo a foigneufement noué les envergeures, elle fait défi* cendre le plot jufqu’aux chevilles errantes, d’où elle retire la chaîne * la tord
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- y6 L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- un peu à F endroit de la boucle que forme la derniere cheville , Sc la mec entre les deux poulies où étoit la brafîe, ainfi qu’entre deux tringles ; puis repaflant la main dans cette boucle , elle fait paffer par-là la chaîne, Sc forme un nœud-coulant , comme on la déjà vu, quand il s’eft agi de lever une chaîne à rOurdillbir long, & qu’on peut voir de nouveau, Fig. 2, PL 16 , ainfi que la maniéré dont la chaîne eft arrêtée par le bout, fur une cheville pareille à celle dont on a déjà parlé, ou elle eft fixée folidement.
- L’Ourdiffeufe s’afiled fur une chaife, & non pas fur le banc, entre fOur-dififoir Sc la cantre , au devant du montant du plot, de maniéré à pouvoir retenir avec le pied l’Ourdiflbir, Sc ne le laifler tourner qu’autant qu’il efl: néceflaire.
- On a repréfènté, Fig, 1, PL 16, une Ourdiiïeufè relevant une chaîne; elle a le pied contre FOurdifToir , & fà pofture exprime la force qu’elle emploie pour relever la chaîne fur la cheville, avec le plus de tenfïon poflible. On peut voir de quelle maniéré chaque tour eft couché fur la cheville dans le même ordre, Fig. 3 , même Planche.
- On conçoit que le plot, dans cette opération, fert de guide à la brafle,^ en ne montant qu à mefiire que FOurdiflbir tourne ; Sc quand il eft parvenu vis-à-vis des chevilles d’envergeure, elle entortille le cordon qu’elle a placé lur la chaîne entre ces deux chevilles : voyez, Fig. 4, PI. 16, la maniéré dont ces cordons entourent la chaîne ; enfuite elle retire la foie de ces mêmes chevilles , ôte la chaîne de defîus le plot, ainfi que de la cheville d’en haut,' tord fur elle - même l’ouverture qu’elle y faifoit, Sc l’arrête au bout fur la cheville en paflant quelques tours , Fig. 3 , fous leurs précédents , ainfi qu’on pratique à i’QurdifToir long, pour que la foie ne puiffe s’échapper ni s’accrocher*
- CHAPITRE
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- Seconde Partie. De l’ÔurdiJpigi. Chap. VIIL ff
- CHAPITRE HUITIEME.
- I
- Section Première.
- De la manière d’ourdir les Chaînes ou poils doubles ; les Chaînes doubles SG Jimples ; celles doubles SG triples , ÔGc. SG la différence quil y a dans cet Ourdiffage, entre Éufage de la Cantre droite SG celui de la C antre couchée.
- L’Ourdissage des chaînes doubles fait avec la cantre droite, ne différé de celui des chaînes fimples, dont ont vient de parler, que par rapport à fenvergeure & au double nombre de portées.
- Par rapport à fenvergeure , en ce qu’au lieu de prendre un fil fimple , on en prend deux dans la même divifion qui ne comptent que pour un ; ainfi , on commence par prendre fous l’index & fur le pouce, les deux plus bas fils de la première divifion ; enfoite for l'index de fous le pouce , les deux plus bas de la foconde , 8c ainfi des autres, & l’on voit que quoiqu’il n’y ait encore qu’un croifement ou envergeure , il y a quatre fils de pris.
- Maintenant la différence , quant au double des portées , confifte en ce que ces deux fils étant joints à fenvergeure, ne comptent que pour un dans f Our-diflâge & dans la fabrication ; ainfi, fi on doit ourdir à yo portées pour un taffetas à chaîne fimple , il en faudra ioo pour un à chaîne double , ou ce qui revient au même , on dit ordinairement qu’il faut yo portées doubles. Il en eft de même pour les chaînes triples 8c quadruples, les fils doubles ou triples n’étant comptés que pour un. Ainfi les uftenfiles dont on fe fort pour les unes , fervent auffi pour les autres ; le nombre des portées foui augmente en raifon de l’augmentation des fils : je vais donner quelques exemples.
- Nous avons vu que fi on ourdit une chaîne fimple à 40 rochets, la portée fora de 80 fils , & fi cette chaîne efl: deftinée pour un taffetas à yo portées, il eft certain que 40 rochets là pourront fournir ; mais fi c’efl; poür une chaîné double d’un taffetas à yo portées, il efl: clair qu’il faudra 100 portées.
- Si on veut fe rappeller, qu’ourdir triple, c’efl: prendre trois fils pour ün 5 on fondra que fi on ourdiffoit de cette maniéré à 40 rochets, il y en auroit un de trop, ou deux de moins y parce que 13 fois 3 font 35? ; il en refte un, ou bien il en manque deux : dans ce cas 3 il faut encantret à 42,48 , yq, ou 60 rochets, & on fo trouvera jufte.
- Plus on prendra de fils pour un, moins le nombre de rochets ordinaire foffira; ainfi , pour une chaîne triple de yo portées, 48 rochets donneront iô fils triples ; une chaîne à yo portées doit avoir 4000 filsj ( car la portée a Étoffes de soie. IL Paru Y
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- 7g VART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- 'toujours 80 fils), la portée à 48 rochets ne produit que 16 fils; il faut divifer 4000 , nombre des fils, par 16, & on aura 125 portées,
- Pour enverger ces fortes de chaînes, on s’y prend comme aux autres, en mettant l’index fur les trois plus bas fils de la première divifion de la cantre, & les prenant fur le pouce, puis fur l’index & fous le pouce, les trois plus bas de l’autre divifion , & ainfi de fuite, en remontant, trois par trois.
- Quoiqu’il arrive rarement qu’on ourdifle une chaîne quadruple ; néanmoins, comme certaines étoffes en font fufceptibles , & qu’on en fabrique par extraordinaire, ainfi qu’on le verra dans le Traité de la fabrication des Étoffes unies : je doisen faire mention ; on les ourdit comme les doubles & les triples, en prenant quatre fils pour un. Le calcul qu’on a fait pour les fils triples doit fe faire pour les quadruples ; c’eft-à-dire , que la cantre doit contenir dans chaque divifion, un nombre de rochets multiple de quatre, 8c qui s’accorde avec la quantité de portées dont une chaîne eft compofée. Ainfi, fi on ourdit à 48 rochets, en les envergeant par quatre, on aura 12 fils ; c’eft-à-dire, 24 par portées ; & fi cette chaîne eft deftinée à un taffetas à 40 portées, fùppofons quelle fût fimple & ourdie à 48 rochets , il faudroit 3 3 portées 3c un tiers ; mais étant ourdie quadruple, il en faudra quatre fois autant, ce qui fait 133 portées Sc 8 fils. Après tous ces exemples, je ne crois pas qu’il puiffe y avoir rien d’obfcur fur la maniéré dont on ourdit toutes les chaînes. Il ne refte plus à traiter que celles où le nombre de rochets eft inégal dans les divifions de la cantre : c’eft ce que nous allons faire de la maniéré la plus méthodique.
- On verra dans la fuite que la variété des étoffes exige des • ourdiflàges de bien des efpeces ; mais il doit nous fuffire , pour le préfènt, de lavoir qu’on ourdit des chaînes fimples & doubles, fimples & triples, fimples 8c quadruples , doubles Sc triples, doubles & quadruples, & enfin de triples 8c qua-druples : on ne fàuroit nier que l’encantrage de ces chaînes, leur envergeure & leur ourdiftàge, ne demandent la plus grande attention , fur-tout quand on fe fert de la cantre droite ; les figures qu’on va mettre fous les yeux duLeéteur ne laifleront rien à defirer fur ces difficultés.
- - -, La Figure première , PL 17 , repréfente une des faces d’une cantre droite:
- Planche le détail dans lequel nous, allons entrer fera fuffifàmment comprendre l’ordre 17. qu’on a fuivi en y plaçant les rochets.
- Suppofons qu’on veuille ourdir double 8c fimple, la divifion à gauche contient 30 rochets, & l’autre n’en contient que 15 ; on voit que deux bouts de foie viennent fe croifer fur un de l’autre divifion, ce qui indique que pour un fil qu’on prend dans l’une, on en prend deux dans l’autre. Quand à l’ordre des rochets fur deux broches, on en laifîè continuellement une vuide, ainfi qu’on le voit ; & quand on enverge on prend, fans avoir égard au nombre, un & deux fils alternativement.
- Depuis rOurdiflàge jufqu’à l’entiere fabrication de l’étoffe, ces deux fils
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- Seconde Partie. De tOurdijJage. Chap. VIH. jn ne feront jamais comptés que pour un , & les portées dans l’Ourdiflàge feront augmentées d’un tiers de plus qu’il n’y en auroit, fi on ourdiffoit fimple ; ainfi on mettra 30 îochets dans une divifion, & r y dans l’autre ; ce nombre de qy fils ne fera compté que comme 30 , fayoir 1 y doubles & 15 fimples ; & chaque portée, quoique contenant po fils, fera réputée n’en contenir que 60.
- Quant à la maniéré d’enverger, nous ne croyons pas qu’il foie nécefiâire de répéter ce que nous avons détaillé dans les chaînes doubles, triples & quadruples, nous y renvoyons le Lecteur ; la feule différence eft, qu’alors on prenoit deux fils par-tout, ou trois ou quatre, & qu’icion en prendra deux Sc un, deux Sc trois, Scc.
- Si la chaîne doit être fimple & triple, on placera dans une des divifions de la cantre trois fois autant de rochets que dans l’autre ; la Figure 2 de la même Planche repréfente cet encantrage, où l’on voit que le rochet feul eft vis-à-vis , fur la même broche de celui du milieu des trois de l’autre divifion ; ainfi, 1 une contiendra 30 rochets, & 1 autre 10, & en envergeant on prendra trois fils d’un côté à la fois, & un de l’autre.
- Si la chaîne doit etre double & triple , on mettra deux rochets d’un côté ^ fur trois de 1 autre; par exemple, 2.0 dans la première divifion , Sc 30 dans la fécondé : voyez la Figure 3 , meme planche, où fur trois broches, deux font garnies, & la troifieme eft vuide ; ainfi on prendra trois fils d’un côté, Sc deux de l’autre.
- Quoique Ion ait employé yo rochets a cet encantrage, lavoir 30 Sc '20 j la mufette ne fera comptée que pour 20, nombre plus foible ; Sc d’après ces calculs, on pourra connoitre le nombre de rochets qu on doit employer pour l’Ourdiflàge propofé.
- Pour les chaînes doubles & quadruples , la Figure 4 fait voir la maniéré de mettre quatre rochets d’un côté Sc deux de l’autre, de façon que les deux feu 1s foient vis-à-vis de ceux du milieu des quatre; par ce moyen il fe trouvera toujours deux broches vuides, & deux pleines alternativement; & pour vingt-huit fils dans une divifion, on en mettra quatorze dans l’autre; cet encantrage ne donnera à la mufette que quatorze fils ; favoir fept doubles, & fept quadruples , auflî on fe réglera là-delfus pour compléter le nombre qu’exigera la chaîne qu’on veut ourdir.
- Il nous refte encore une combinaifon à faire, c’eft celle de triple Sc quadruple repréfentée par la Figure y. Tout ce que nous venons de dire des autres, nous difpenfe d’entrer dans aucun détail fur celle-ci. On ne peut fe tromper fur le nombre de fils à prendre en envergeant ; comme vis-à-vis des quatre broches il y en a une vuide ; on pourra reconnoître 1 endroit où commencent & Unifient les brins de foie qu’on doit prendre enfemble.
- Nous ne nous fommes un peu appelants fur tous ces détails, que pour faire fentir les difficultés Sc l’attention qu’on doit y apporter, quoique les fautes
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- So L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- quon pourrait y faire ne foient pas d’une conféquence infinie, il en rêfulte
- toujours une imperfeélion dans l’étoffe qu’il efl à propos de prévenir.
- La cantre couchée n’offre pas tant de difficultés dans ces fortes d’ourdifîages , *parce qu’en envergeant on fuit à peu-près l’ordre des chaînes Amples-, ainfî qu’on va le voir.
- Section Seconde.
- Maniéré Xencantrer' les chaînes quon vient de voir, en fe Jervant de la
- cantre couchée.
- Les encantrages que nous avons vus jufqu’ici, ont été fuppofés faits fur des cantres droites ou des jets ; nous allons maintenant voir de quelle maniéré on opéré Air des cantres couchées.
- De quelque combinaifon que foit cet encantrage, on met le plus grand nombre de rochets dans une des deux divifions , & le plus petit dans l’autre -, mais, ce qui rend l’envergeure bien plus facile, ce fl qu’on paffe les fils dans les anneaux de verre, en ne les comptant jamais que pour un. <
- Suppofons donc qu’on veuille ourdir fimpîe & double , on met le double de rochets dans une des deux divifions, & prenant les fils deux à deux , on les fait paffer dans un des deux anneaux qui font perpendiculaires à leurs rochets, faifànt attention de foivre toujours le même ordre : je veux dire que fi on a pafîe ces deux fils dans le premier anneau d’un des bouts de la cantre on paffera les deux foivants dans le troifieme, enfuite dans le cinquième, le foptieme , 8cc. fi c’eft dans le fécond, on continuera par les quatrièmes, fixiemes, huitièmes , &c. ainfi, il y toujours a alternativement un anneau occupé, & l’autre vuide. Il efl aifé de fontir que l’envergeure devient par-là très-facile , puifqu’on n’a plus qu’à prendre fil par fil, fans avoir égard fi les uns font doubles & les autres fimples. La Figure 6, FL 17 , repréfente les deux divifions de cette cantre, dont l’une efl pleine de rochets, & l’autre n’en contient que la moitié. Ce moindre nombre efl: arrangé de façon que les anneaux dans lefquels leur foie pafîe, foient en ligne droite avec ceux où pafîe celle de la^ divifion précédente, de forte que chaque broche & fon anneau qui refient, yuides, foient vis-à-vis de celui qui efl refié vuide à l’autre divifion.
- La Figure 7, même planche, repréfente un encantrage fimple 8c triple : on peut voir de quelle maniéré on pafîe trois fils dans l’anneau du milieu des trois qui leur correfpondent, de forte que deux anneaux refient toujours alternativement vuides, 8c dans l’autre divifion on met un rochet fur la broche du milieu de ces trois.
- Pour une chaîne double & triple, repréfentée par la Figure 8, même planche, , on met un tiers de rochets dans une divifion plus que dans l’autre ; dans l’une on pafîe trois fils dans un anneau, & dans l’autre on en*paffe deux. L’ordre
- qu’on
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- Seconde Partie» De /’Ourdiffage. Chap* VIH, 8£
- quon leur fait tenir s’entendra mieux en voyant la figure, que par le difoours ; la feule réglé générale quon peut établir, eft qu’il faut que les fils, foit Amples , foit doubles, triples , 8cc. Portant des anneaux , foient vis-à-vis fun de l’autre ; par ce moyen les écartements étant les mêmes, l’envergeure le fait très-aifément.
- On pourra aufîi prendre l’idée d’une chaîne double & quadruple for la Figure 9, 8c d’une triple 8c quadruple fiir la Figure 10: comme la difficulté ne confifle qu’à placer les rochets 8c à paffer dans les anneaux , il n’eft pas poffiblë qu’on rencontre encore aucun obflacle après l’infpeélion de ces figures : tout ce que nous dirions ici ne pourroit qu’ennuyer.
- On a, pour plus de clarté , repréfenté les envergeures de ces encantrages
- dans la même Planche, Fig. 11, 12, 13 , 14 eir 15.
- /
- Section Troisième
- Obfervation Jar les deux ejpeces de Cantres, droite & couchée, par rapport 'aux ourdijfages dont on vient de parler.
- On peut dès-à-préfont avoir fènti la différence qui le rencontre entre les deux efpeces de cantres , ainfi que la fùpériorité de la cantre couchée for la cantre droite ; dans celle - ci , en ourdifîànt les chaînes dont on vient de parler * malgré le vuide des rochets qu’on a obfervé, les fils ne font pas affez diftinéts pour qu’on ne foit pas obligé de les compter quand on les enverge ; ainfi la moindre erreur devient de la plus grande conféquence, 8c cette attention retarde l’opération. Mais avec la cantre couchée , comme le nombre de fils, quel qu’il foit, eft réuni dans les anneaux, on enverge fans précaution en comptant tous ces fils pour un, & on ne peut fo tromper, à caufe de l’efpace yuide qu’on rencontre fouvent, 8c qui fort à fo reconnoître.
- Dans les exemples que j’ai donnés dans la feéHon précédente , je n’ai fait aucune mention de nombre de fils, ni de genre d’étoffe , parce que pour établir une réglé générale, on n’a pas befoin d’application particulière*
- J
- ;
- Etoffes ï>e soie. IL Pan.
- X
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- Planche
- iS.
- 8a L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- CHAPITRE NEUVIEME.
- Description de la Cantre couchée à la Lyonnoife , propre
- à l'OurdiJfoir rond.
- La cantre à la Lyonnoife a beaucoup de reifemblance avec celle que nous avons décrite dans le Chapitre Second de cet Ouvrage, & qu’on a vue PL 2 ; mais elle a for elle des perfections qu’on fera à portée de connoître quand on l’aura vue en œuvre.
- Quatre montants A y A, A, A y Fig. r, PL 18, de 22 pouces de haut, formant les angles de la cantre, font afïemblés en bas par les traverfos B y By Cy C% & par le haut au moyen de celles Dy DyE, E ; celles quiconftituent la longueur de la cantre B, B yDy Dy ont y pieds de long fans les tenons ; les autres qui en forment la largeur, ont environ 15 pouces, auffi fans les tenons.
- Au milieu du parallélogramme que forment au haut de cette cage les traverfes fopérieures, eft aflemblée une troifieme traverfe F y à tenons & mortaifos , qui le divife en deux parties égales, & qui forme les deux divifions de la cantre.
- Sur chacune des deux traverfes E yE, font alîemblés, à tenons & piortaifes , deux montants GyGyHyHy précifément au milieu des deux diyifions; la hauteur de ceux HyHy eft d’environ 18 pouces, fans leurs tenons; lès autres GyGy de devant ont environ 6 pouces de moins ; ils font retenus dans leur écartement par les traverfes /, /, à tenons & mortaifos ; l’extrémité lupérieure de ces quatre petits montants reçoit à queue d’aronde les deux traverfes K, Ky qui portent les anneaux qu’on y place de la maniéré fuivante.
- • On perce fur chacune , dans fa longueur, trente trous à égale diftance les uns des autres ; enfuite on prend un bout de ficelle d’environ 8 à xo pieds de long, qu’on arrête au moyen d’un nœud par-deffus à un des bouts de ces traverfes : voyez la Planche 13, Fig. 4, qui repréfente un bout de traverfe ou font places des anneaux. On pafle la ficelle dans un anneau, puis on la repalfe dans le même premier trou, & par ce moyen l’anneau eft fixé contre la traverfe ; enfoite on pafle cette ficelle dans le fecond trou par-deflùs ; on prend un anneau, on la repafle dans le même trou, & on continue ainfi jufqu’au bout. Cette maniéré d’enlafler les anneaux que repréfente la même Figure 4, eft le moyen le plus fur de les fixer invariablement fous les traverfes; On pourroit de même fe fervir d’agrafifes en paflànt la ficelle dans leurs deux yeux, mais le ferrement pourroit en faire cafler, ainfi les anneaux font préférables.
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- § Ë g o N d E Partie. De LÔurdiffagë, Ch ap. IX; 83
- Les trois traverfes du haut de la cantre doivent auffi être percées fut leur longueur de trente trous qui répondent perpendiculairement à ceux des traverfes à anneaux ; c’eft-là qu’on place les broches fur lefquelles tournent les rochets; ainfi chacun doit être dans un même alignement avec ceux des deux autres traverfes.
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- On doit fe rappeller qu’aux autres cantres on met les broches à leur place j au cnoyen d’une rainure pratiquée à chaque trou qui n’entre qu’à mi-bois de la traverfe; à celle-ci, le moyen de retenir ces broches en place eft moins vétilleux 8c plus Jimple.
- L eft une tringle de toute la longueur de la cantre & d’un pouce & demi de largeur, qu’on fixe deflus chacune des deux traverfes d’en haut de chaque côté, au moyen de deux morceaux de cuir a a, Fig. I, FL 18, qui font l’office d’une charnière ; cette tringle étant abandonnée à fbn propre poids, vient s’appliquer fiir la traverfe à laquelle elle eft attachée , ferme les trous où font les broches , & les empêche de fortir d’un ou d’autre côté. Quant on veut encantrer ou changer quelque rochet, il fijffit de la lever, & enfùite de la Lifter retomber.
- La Figure 3 , même planche, repréfènte un des deux bouts de la cantre.
- On a auffi repréfènté, Fig, 2 , l’aflemblage des deux traverfes B, D, qui forment le devant de la cantre avec les montants A, A ; on y voit les trous dont celle d’en haut eft percée, pour recevoir les broches ou ejliffures.
- Comme c’eft la plus baffe traverfe à anneaux qui détermine le devant de la cantre, on la met du côté de l’Ourdifloir, ainfi qu’on le voit, PL 19, où elle eft repréfentée garnie de rochets, dont les bouts paflent dans leurs anneaux, 8c vont fe réunir en un point au plot a ; on voit auffi la pofture de l’Ourdiffeufè , & la place du banc, ainfi que celle de la mainotte dont elle fe fert quand un bout vient à fe cafter où fe perdre, ainfi qu’on l’a vu plus haut.
- La Figure 4 , eft une table fur laquelle l’Ourdiffeufe place quelques inftru-ments à fbn ufàge , comme un compas , du papier pour calculer fes portées, 8c un peigne dont on verra autre part l’ufàge. A 8c B font deux corbeilles , dont l’une eft pleine de rochets vuides, 8c l’autre contient ceux qui font pleins.
- C,D, font deux chevilles à relever une chaîne, dont on a auffi parlé.
- On peut remarquer auffi enE,£, &c. dans cette Flanche la maniéré dont les étaies ou ponteaux font roidis contre le plancher pour affermir en tous fens l’Ourdifloir.
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- 84 L’ART DES ETOFFES DE SÔItï
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- CHAPITRE DIXIEME.
- Maniéré d’ourdir les Chaînes à une couleur avec l’Ourdijfoir rond, en fe fervant de la cantre à la Lyonnoife.
- Section Première.
- L’Ourdisseuse place la cantre devant l’Ourdiffoir, de maniéré que le montant du plot ioit vis-à-vis le milieu de la cantre, qui en eft éloignée d’en-....... viron 4 pieds : voyez, Fig. 1,2,3, PL 19.
- Flanche -A droite de l’OurdilTeufe, entre le banc & la cantre, il doit y avoir une diftance liifSfànte, pour pouvoir pafler librement.
- Quand le nombre de rochets avec lequel doit fe faire l’Ourdiflàge eft déterminé , elle prend à côté d’elle une corbeille dans laquelle ils font, & tirant prefque hors de la cantre toutes les broches, (peu importe de quel côté elle falTe cette opération ) : voyez la Figure 2 , PL 20, de façon quelles ne paflent Planche en dedans d’une divifion, que de 2 pouces, étant tout-à-fait ôtées de l’autre -20* elle place les rochets fur toutes ces broches, de maniéré qu’ils puiffent le dérouler du même fens, & les repoulfe dans le trou de la traverfe du milieu, en les faifànt encore excéder d’environ 2 pouces ; puis elle en fait autant dans la fécondé divifion , pouffant les broches à mefure, St quand l’encantrage eft fini / elle laiffe tomber la traverfe qui bouche les trous St retient les broches.
- Quand ils font tous ainfi placés, elle palfe chaque bout de foie dans l’anneau qui lui eft perpendiculaire ; à moins qu’il ne s’agifïe d’ourdir fimple & double, double & triple, &c. auquel cas elle en mettroit 2,3 ou 4, dans un même anneau, ainfi qu’on l’a vu ; puis prenant tous ces bouts à côté les uns des autres, elle les égalife autant qu’elle peut, St les noue tous enfemble ; enluite elle approche ce nœud de l’Ourdiffoir pour leur donner une égale tenfion; puis paflànt la main droite dans la féparation des deux traverles à anneaux, elle accroche par-là là bralfe fur la première cheville, au haut de l’Ourdiffoir,,St prend dans là main gauche toute la brafte à une certaine diftance des chevilles, de peur qu’en envergeant elle ne s’échappe ; après quoi il ne s’agit plus que d’enverger.
- Nous ne répéterons point ici ce que avons déjà dit de l’envergeure : on doit avoir compris cette opération ; ainfi, nous renvoyons le Leéteur aux endroits ou nous en avons parlé , fur-tout à l’article de l’Ourdiftoir long où nous avons donné l’exemple d’une cantre couchée , peu differente de celle-ci.
- Quand l’envergeure eft placée fur les chevilles b 9 c , Fig. 1, PL 19, qui lui font deftinées, l’OurdilTeufe reprend, avec la main droite, la féparation
- des
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- Seconde Partie. De VOurdiffage. Chap. X. 8y
- des traverfes à anneaux, 3c prenant de la main gauche la braflè entière, elle la fait pafîer entre les deux poulies du plot, & met dans la féparation qu’elle tient, la tringle du milieu qui la confèrve, après quoi elle s’affied.
- On fe rappelle que pour faire defcendre le plot, il faut faire tourner fOur-diffoir de droite à gauche. Quand elle a fait le nombre de tours qu’exige la longueur de la chaîne, elle paffè la braflè fùr les chevilles errantes, de la maniéré qu’on a vu Chap. 8, & fait remonter le plot jufqu’à l’envergeure quelle fait toujours de même, en profitant de la fécondéainfi qu’on l’a vu. Pendant tout ce travail, l’Ourdiffeufe a continuellement les yeux fur l’OurdiiToir & fur la cantre pour remédier aux accidents qui peuvent arriver.
- Comme cette cantre à la Lyonnoifè n’eft autre choie que la cantre couchée qu’on a déjà vue, à laquelle on a donné plus de perfeétion , tous les encantra-ges 3c les ourcfiiïages qu’on a fait avec l’une, peuvent fe faire aufll aifément avec l’autre : ainfi nous n’entrerons dans aucun nouveau détail là-deflus.
- Section Seconde.
- De la maniéré cCencantrer les Chaînes a deux couleurs, qiion nomme
- Pas d’un 3c Pas d’autre.
- La maniéré d’encantrer les chaînes de deux couleurs, qu en terme de manu* faélure on appelle Pas d'un & Pas d'autre , confifte à mettre toute une couleur dans une divifion, & toute une autre dans l’autre, Ainfi, fi la première divifion contient des rochets bleus & que l’autre en contienne des blancs, on aura un pas d'un, 3c un pas d'autre.
- C’eft une réglé générale dans la fabrique des Etoffes, que celles qui font de deux couleurs , font ourdies doubles ; 3c néanmoins l’Ourdiflàge fe fait comme aux chaînes unies, on peut même y faire fauter le fil pour profiter d’une féconde envergeure comme dans les chaînes à une feule couleur, & alors les fils feront mis deux par deux dans les anneaux.
- Section Troisième,’
- Méthode dont on Je fert à Lyon pour lever les chaînes ou pôils
- de dejjiis l'Ourdiffoir rond*
- La méthode qu’on emploie à Lyon pour lever les chaînes des Etoffes du plein, c eft-à-dire, qui n’ont ni fleurs ni defTeina eft la même que celle qu’on a décrite Planche dans le Chapitre 8. Seélion II E : on s’y fert de la cheville ; on confèrve les enver- 20%. geures de la même maniéré ; mais quant aux Etoffes façonnées, on les leve à chaînette : voici en quoi confifte cette opération, qui eft répréfentée par la figure 3 de la Planche 20.
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- Y
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- 86 L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- Quand l'Ourdifleufe a fini d'ourdir fa chaîne, quelle a coupé & arrêté par un nœud fa brafle, après l'avoir retirée de defFus le plot, elle le fait defcendre à la hauteur des chevilles errantes qu elle retire ; enfuite elle pafle les doigts dans la boucle que forme au bout de la chaîne la derniere de fes chevilles, tord la foie un peu fur elle-même, place la chaîne entre les poulies & entre deux tringles du plot; & paflànt fa main dans cette boucle, elle prend avec l’index Sc le doigt du milieu, dont elle fo fert dans toute cette opération, la chaîne, quelle fait paffer par-là en retirant là main, ce qui forme une autre boucle, ( Voye£ lafig. 3. où cette opération eft repréfentée ) ; alors elle prend la première boucle de la main gauche, puis paffant fes deux doigts dans la fécondé, elle fait encore paffer la chaîne par-là, ce qui en forme une troifieme, par laquelle elle en forme une quatrième , puis une cinquième, & ainfi de fuite jufqu'au bout de la chaîne. Pour faire mieux comprendre l'efpece d'enlaflement que décrit cette chaînette, on a eu foin de repréfenter dans de fortes proportions une chaîne levée , & qu'on a placée fur les étaies de deux Ourdifloirs.
- Une précaution qu'il faut avoir en relevant ainfi, c eft de mettre le pied droit au bas de rOurdilîbir pour en retenir les aîles ; fans quoi 9 comme on tire la chaîne affez fortement, fOurdiffoir tourneroit trop vite, & on n'auroit plus de tendon*’ La chaîne ainfi relevée, eft réduite environ au tiers de fà longueur , & quand l'Ouvriere a une fuite de chaînons égale à l'écartement de fes deux bras , elle la replie fur elle-même en la tenant de la main gauche, de peur qu'elle ne traîné par terre, ce qui endommageroit la foie. On voit tout ces détails dans la Figure 5 de la même Planche. Il peut néanmoins arriver que la chaîne foit dune telle longueur qu'on ne puifîè la tenir dans la main ; alors elle a près d'elle une corbeille dans laquelle elle met la chaîne à mefure qu'elle la releve.
- Il eft certain que cette maniéré de relever les chaînes eft plus facile ; d'ailleurs il eft plus aifé de pefer la foie, & plus commode de ferrer dans une armoire ou dans un tiroir une telle chaîne, en l'enveloppant de papier pour garantir les couleurs , que quand elle eft for une cheville, dont la longueur embarraffe ; & néanmoins malgré tous ces avantages, l'autre méthode me paroît préférable, attendu que le pliage en eft plus parfait, ainfi quon le verra.
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- Seconde Partie. De POnrdiffage. Chap. XI.
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- CHAPITRE ONZIEME.
- Comparaifon des differentes méthodes qu’on emploie pour ourdir les Chaînes SC Poils, SC particuliérement celles qui font rayées.
- J^n fuivant la maniéré d’ourdir que nous avons vue jufqu’ici, on ne peut éviter la multiplicité des cantres : en vain a-t-on efîayé de les doubler, quadrupler, &c. il n’eft pas poffible de les réduire à un affez petit nombre pour quelles ne caufent point d’embarras. Il faut en convenir, malgré la fupériorité des talens que Lyon réunit dans tout genre d’Ouvriers, les villes de Nîmes, d’Avignon, Sc quelques autres qui ont tiré de celles-ci leurs manufaélures,ont un ufage d’autant plus avantageux, qu’en évitant le grand nombre de cantres, on y limplifie les opérations, Sc on gagne beaucoup de temps ainfi qu’on va le voir.
- Dans toutes ces Manufaélures une feule cantre, même fimple, fuffitpour l’ourdiflàge le plus compofé; on y emploie beaucoup moins de rochets à la fois & on va bien plus vite ; cette maniéré s’appelle ourdir à plufieurs parues, ou a plufeurs compafieurs\ ces deux exprelïions qui lignifient la meme choie, ont cependant befoin d’être expliquées.
- On appelle ourdir à plufieurs parties, lorfque pour ourdir la chaîne d’une étoffe rayée, au lieu de fe fervir de plufieurs cantres fuivant la méthode de Lyon, de Paris, &c. & de les changer même plufieurs fois, on ourdit tout de fuite tout ce qu’une cantre doit fournir pour une rayure quelconque , dont alors on combine les répétitions; après cela on place une cordon de foie dans les envergeu-res,comme fi c’étoitune chaîne entière; puis on défencantre les rochets, Sc on leur fubftitue ceux qui doivent-fuivre. On ourdit cette nouvelle partie comme la précédente, on conferve de même les envergeures, & on continue d’ourdir ainfi partie par partie , en les regardant toutes comme autant de chaînes particulières ; puis on palfe un cordon dans la totalité des envergeures. On leve la chaîne comme à l’ordinaire fur une cheville, ou à chaînette, de la maniéré qui a
- été expliquée plus haut. J
- On appelle auffi cette méthode ourdir à plufieurs compafteurs, parce que le Tlieur fe fert pour plier la chaîne fur Yenfuple, d’autant de compafteurs quelle eft compofée de parties différentes.
- On eft peut-être lùrpris que j’aie avancé, qu’il ne faut pour cette maniéré d’ourdir qu’une feule cantre „ & beaucoup moins de rochets ; mais on va s en convaincre facilement en fuivant un tant fait peu l’opération.
- Je fùppofe que félon la méthode de Lyon, on ne puifîe ourdir la rayure d une chaîne à moins de fix cantres, & que cette rayûre exige des foies blanches, rôles Sc vertes. Je fùppofe encore que la première cantre contienne cinquante
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- 88 L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- rochets, partie de foie blanche & partie de verte; que la féconde en contienne quarante-huit, partie de foie rofe Sc partie de blanche; latroifieme,foixante de foie blanche; la quatrième, cinquante-quatre, partie de verte Sc partie de blanche * la cinquième, quarante de foie rofe ; 8c la iîxieme, cinquante-huit moitié de blanche Sc moitié de rofe. Le nombre de rochets qu’occuperont ces fix cantres, fera de troîs-cents-dix, dont cent-foixante-cinq de foie blanche, quatre-vingt-treize de foie rofe, & cinquante-deux de verte. N’eft-il pas fenfible qu’un tiers, environ, de ces rochets ferafuffifant avec la méthode de Nîmes, pour ourdir la chaîne propofée ; parce qu’on ourdira avec la couleur blanche toutes les portées de foie blanche qu’exigera la rayure, enfuite la rofe, & enfin la verte ; au lieu de répéter ces trois couleurs de la maniéré qu’exige chaque combinaifon de rayure.
- On peut m’objeéter que pour prouver l’opinion que j’avance, j’ai choifi un' exemple fi fimple , qu’on ne peut pas en conclure une .réglé générale; mais je n’ai dû apporter de preuves que celle que le Leéleur eft en état d’entendre par ce que nous avons vu jufqu’ici : je me propofe de fuivre mon hypothèfe dans l’Ourdiffage depoils doublais, triplais, quadruplais, Scc. C’eftalors que la multiplicité des cantres paraîtra indifpenfable ; & cependant comme j’entrerai dans les détails les plus curieux fur ces chaînes compofées, on verra que mon affertion n’aura rien perdu de fa vérité.
- La Forme volumineufe Sc embarraffante des cantres dont onfe fert par-tout, a fait imaginer les cantres & jets doubles & quadruples, ainfi que tous les moyens dont on fe fert pour gagner delà place : on a plus befoin à Lyon qu’autre part d’économifer de ce côté, à caufe de la quantité de celles qu’on y emploie, ainfî qu’on l’a vu dans un des Chapitres précédents ; auffi a-t-on imaginé de fe fervir de cantres à tiroirs, dont on donnera la defcription dans le Chapitre fuiyant.
- CHAPITRE
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- Seconde Partie. De l’OurdiJfage. Chap. XII.
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- CHAPITRE DOUZIEME.
- Defcription de la Cantre à tiroirs9 SC de tout ce qui la compoje.
- Section Première.
- De la carcajfe de la Cantre à tiroirs.
- Q n nomme Cantre a tiroirs, un bâtis de bois compofimt une certaine quantité de fourreaux, dans lelquels on met des elpeces de tiroirs garnis de rochets prêts à travailler. Rien n’efl: aulîi commode 8c ne tient auffi peu de place que cette Cantre dont nous allons donner la defcription.
- La Figure x, Planche 20, repréfente cette carcaffe; quatre montants Àf A, A9 A, font affemblés par le bas au moyen de deux trayerfes B, B, qui déterminent la longueur de cette Cantre.
- Seize trayerfes C, C, C, C, &c. affemblent les deux côtés à tenons 8c mor-tailes; les crans qu’on voit for la face intérieure de chaque montant font autant de rainures qui doivent affleurer le deifos de chaque traverfo dont l’ulage efl: de recevoir chacune une planche fervant de fond à chaque fourreau, & qui repofe par les bouts fur les trayerfes C, C: neuf lignes font fuffifimtes pour la profondeur de ces rainures.
- Sur les trayerfes fopérieures font affomblés deux montans D, D, dont Fun efl: plus haut que l’autre de 6 pouces, 8c qui reçoivent à queue d’aronde les deux trayerfes à anneaux E 9 Ë ; on les entretient dans leur écartement au moyen de deux autres petites trayerfes F, F. La connoiflance qu’on doit avoir prife des autres cantres couchées, nous dilpenfe d’entrer dans un plus grand détail for celle-ci , dont l’ufage & la forme font à peu-près les mêmes.
- Quand les fopt planches font mifos en leur place , ainfî qu’on l’a repréfonté même planche, on a autant de fourreaux qui contiennent chacun un tiroir tel qu’il efl: représenté Fig. 3 : ces planches ont peu d’épaiffeur, attendu qu’elles ne font aucun effort, & ne forment que des féparations.
- On doit fo rappeller qu’aux cantres couchées, on s’efl: feryi pour fermer les trous de chaque broche, d’une traverfo de toute la longueur, 8c de chaque côté de la cantre, qu’on attache for les trayerfes d’en haut avec de petits morceaux de cuir ; mais comme à cette cantre chaque tiroir qu’on met en haut en forme une à lui foui, & que ces fopt tiroirs rendent le feryice de font cantres, il faudroit met, tre à chacun une pareille traverfo ; il a été plus fimple de fixer ces trayerfes aux montants Ay A, A yA, au moyen de deux pitons, dans les anneaux defquels entrent deux petites pointes de fer qui font fichées for les bouts de chaque traverfo, 8c qui font l’office de charnières , ainfi qu’on peut le voir en a? même planche.
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- Planche 20,
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- Section Seconde,
- Defcripdon des Tiroirs*
- On nomme Tiroir, un chaffis de bois qui eft, à proprement parler, une cantre; mais qui en efFet relfemble à un tiroir fans fond, divifé fur fa largeur en deux parties égales, ainfi que le repréfente la Fig. 3 , FL 23.
- Trois traverfes A> A9 B , formant les deux divifions de ce tiroir, font affem-blées à leurs extrémités par celles C, C, à queue d’aronde , & celle du milieu à tenons & mortaifes. Chacun de ces tiroirs relïemble parfaitement à la partie de la cantre à la Lyonnoife, PL 18, qui contient les rochets; ainfi la facilité de fubftituer dans l’inftant un tiroir à un autre, rend l’ufàge de cette cantre très-commode. Les trois longues traverfes font percées de trente trous qui fe corref-pondent parfaitement, & dans lefquels on place les ejiijjures ou broches ; & pour pouvoir ôter & remettre facilement ces tiroirs en place, on attache fur le devant de chacun, deux poignées de cuir b, b, par où on les prend.
- Quoique nous ayons vu que la carcaffe fur laquelle on place ces tiroirs contient fept fourreaux, on n’y met cependant que fix tiroirs pour plus de commodité ; en effet, quand il s’agit de changer un tiroir, fi tous les fourreaux étoient remplis, il faudroit mettre à terre celui qu’on ôte pour le remettre à la place que lui laifle celui qu’on vient de lui fubftituer ; au lieu qu’y ayant toujours une place Vuide,on y met du premier coup celui dont on ne fe fert plus , & on évité par-là de l’embarras; ainfi chaque tiroir qui travaille devant reprendre fa même place, on peut les numéroter tous, & par-là, reconnoître l’ordre qu’on doit leur faire tenir dans i’Ourdiflâge.
- Section Troisième;
- Defcripdon de la carcaffe de la Cantre fans tiroirs.
- Il eft encore une autre efpece de carcafïè, mais comme elle ne porte jamais à la fois qu’un feul tiroir, que dans cet inftant elle reflemble à une cantre à la Lyonnoife, & cependant que c’eft une efpece de carcaffe comme la précédente, on la nomme carcafle fans tiroir; elle eft repréfentée par la Fig. 1, PL 23.
- Deux traverfes B, B9 de toute la longueur de la cantre, affemblent les montants A, A, A, A, par le bas , Sc deux autres C, C, les affemblent par le haut à 3 pouces de leur extrémité ; ils font aufli affemblés par les côtés au moyen de deux traverfes E, E, par le haut, & de deux autres D, D, par le bas ; on peut même pour plus de folidité mettre deux traverfes a9 a9 fur la longueur de celles C, C, à queue d’aronde, pour retenir leur écartement, & qui les divifènt en trois parties égales: la planche K porte fur les traverfes du haut, qui par confé-
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- quent doivent toutes être de niveau. C’efl: for cette efpece de table qu’on place les tiroirs les uns après les autres, à mefore que i’ourdiffage l’exige ; & comme les quatre montants font élevés de ttois pouces, les tiroirs ne peuvent plus avoir de mouvement que de devant en arriéré, encore quand ils font en place, font-ils retenus par les traverfes V, V 9 quiforvent autant à les y fixer qu’à empêcher les broches de fortir : ces traverfes V 9 V 9 font fixées avec des pitons aux montants, ainfi qu’on l’a vu à la carcaiïè à tiroirs.
- Auforplus, les traverfes à anneaux font portées comme dans les cantres couchées qu’on a vues jufqu’ici, par les montants F, F, G >G , plantés fur les tra-verfos E, E, 8c retenus par celles H9 H* Il efl inutile de rien dire de la maniéré de placer les anneaux , qui efl: abfolument la même que celle qu’on a vue.
- Cette cantre efl: la plus commode de toutes celles dont on a parlé jufqu’à pré-fent, quoiqu’elle ne contienne qu’un tiroir ; comme elle efl: fort légère on peut la déplacer fans peine ; & avec un nombre foffifànt de tiroirs dont on combine l’ordre auparavant , on vient à bout de l’ourdiflàge le plus compofé. Il ne nous refte plus qu’à dire un mot de la maniéré dont on place ces tiroirs pour éviter l’embarras.
- Avec une douzaine de tiroirs, comme celui qu’on vient de voir, il efl: aifé d’ourdir une chaîne ordinaire, & fi la rayure en efl: très-compofée, on peut, ou bien en avoir davantage, ou bien défencantrer à mefure que les couleurs font épuifées.
- La Figure 2 , P/. 23 , repréfente une douzaine de tiroirs mis fur des chevilles les uns au-deflîis des autres contre un mur , de la maniéré foivante.i
- Sur deux montants comme A, Fig,. 2^3, qu’on fixe folidement contre un mur , au moyen de pattes ou happes de fer a, a9a9a9b 9b9 font percés autant de trous qu’on veut y placer de chevilles, diftantes les unes des autres d’environ quatre pouces, & un peu plus longues que les tiroirs ne font larges ; c’efl: fur ces chevilles qu’on pofe les tiroirs quand on ne s’en fert plus, pour les changer à volonté fur la cantre, & comme le corps de tiroirs à une certaine élévation , on fe fert d’un marche-pied, Fig. 4, pour y atteindre plus commodément : on a repréfenté dans la Fig. 3 , un des montants & fes chevilles vu de côté. Pour plus de folidité il efl: à propos de faire les trous des chevilles quarrés, & d’appointir un peu & quarrément un bout de chaque cheville, ainfi qu’on le voit for celle qui efl: à part en B (1).
- Quelque nombre de tiroirs qu’on ait dans une même chambre, ils ne tiennent
- { 1) Je fais bien que dans beaucoup d'endroits , au lieu de mettre contre le mur deux montants pour recevoir les chevilles , on fe contente de percer des trous dans le mur , & d’y fceller ces chevilles ; mais cet ufage eft fujet àplufieurs inconvénients que les montants n’ont pas ; chaque fois qu’on déménage il faut ôter ces chevilles & reboucher les trous j & fi plu-
- fieurs Ourdiffeurs viennent les uns après les autres occuper le même logement, le mur à la fin fe trouve criblé d’une infinité de trous : ainfi j ai moins rapporté l’ufage établi, que celui qu’il feroit à propos de fuivre ; d’ailleurs beaucoup de Propriétaires de maifons pourroient bien s’op-pofcr à cette dégradation.
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- p* VART DES ÉTOFFES DE SOIE:'
- à beaucoup près, pas tant de place qu’une bien moindre quantité de cantres ; de plus, on rencontre dans l’ufiige de ces tiroirs l’avantage des cantres couchées : ainiî tout engage à préférer d’ourdir de cette maniéré, fur-tout dans un Atelier ou il y a plusieurs Ourdifloirs.
- ~ Il me femble inutile de m’étendre davantage fur la préférence qu’on doit accorder aux carcaffes, ou en général à l’ufage des tiroirs, fur celui de tout autre genre de cantres; en effet, comme dans les grandes Villes de Manufaétures * telles que Lyon, Nîmes , Avignon, Scc. l’ourdiflàge fait l’occupation unique de plufieurs perfonnes, & qu’il eft ordinaire de voir dans une même chambre jufo qu’à trois ou quatre ourdifloirs, fi chacun employoit cinq ou fix cantres , il ne foroit pas poffible de trouver d’emplacement capable de les contenir*
- CHAPITRE TREIZIEME.
- Explication de Vordre que tiennent les rayures , SC de leur diverjîté ; pourquoi il faut plufieurs cantres pour les ourdir ; la maniéré de les combiner fur les échantillons ,fur les efquijfes SC fur les dejfeins, SC d’en encantrer certaines en employant la cantre droite ou le jet, SC de les ourdir«
- S E CT I O H PREMIERE*
- Çj & n É r a l em e n T parlant, routes les combinaifons de rayures ont une diftribution fymétrique, de cette diftribution eft combinée au goût du Compo-fiteur : il en eft de la compofition des rayures dans les étoffes comme de leurs defleins , le goût eft le meilleur maître.
- Ordinairement une même rayûre eft répétée plufieurs fois dans la largeur d’une étoffe, celui qui compofe & deffine l’échantillon eft maître de les répéter 3,4, 5 fois, & même beaucoup plus, félon fon idée.
- Toutes les étoffes rayées ont un fond pour bafe. On nomme fond, la couleur qui dans une étoffe fait valoir les raies ; 6c un aflemblage de plufieurs raies compofe ce qu’on appelle rayûre.
- Les largeurs de ces raies varient à l’infini; fouvent elles font égales entr’elles; quelquefois la diftribution en eft telle, qu’on ne diftingue prefque plus le fond , {bit parce que leur largeur eft égale à lui, foit aulïï parce que les intervalles qui féparent les couleurs font égaux entr’eux , quoique les raies foient' de différentes largeurs. Néanmoins dans toutes les étoffes 3 quelles qu’en foient les rayûres*, on diftingue toujours le fond , quand même la plus grande largeur de l’étoffe feroit employée par la rayûre. On reconnoît celle-ci à la variété des couleurs ; car toutes les fois , par exemple que la chaîne d’une étoffe n’aura que deux couleurs, la partie la plus confidérable
- conftituera
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- Seconde Parïïë. De FOurdiffagê, Chap. XIII, conftituera le fond , ainfi fi la chaîne eft ourdie de foie rôfe & dé blanche , 8& qu’il y ait plus de blanche que de l’autre, on nommera fond la partie blanche , 8c la rôle fera la rayure ; fi c’eft un Taffetas on le nommera Taffetas blanc raye rôle , 8c ainfi des autres dans les différentes couleurs. La Figure ï , PL 26 , repréfente une rayure à une couleur : toutes les parties fous le n°. I , font les raies, & celles fous le no. 2, font le fond. La Figure 2, même P tanche, repréfente une rayure à deux couleurs ; les parties numérotées 1, font une raie, celles 2 > en font une autre & celles 3 , font le fond.
- Il y a auffi des rayures ombrées , c’eft-à-dire , que les raies qui les con'ipolenü font de plufieurs nuances d’une même couleur , & ces nuances font rangées de façon que la teinte la plus foncée eft d’un côté , & la plus claire eft de l’autre , 8c vont par gradation comme la fuite des ombres dans la peinture ; fouvent on place du côté de la nuance foncée une couleur rembrunie , & même quelquefois du noir, pour faire fortlr les couleurs d’une rayure* de même que dans la Peinture, on donne des coups de force , fouvent auffi on met à côté de la teinte la plus claire quelques fils de foie blanche, afin que les extrémités faffent fbrtir le milieu* La Figure 3 , même Planche, repréfente une rayure dans laquelle on a mis des raies ou baguettes ombrées , 8c d’autres d’une feule couleur : celles 1, font d’une feule couleur ainfi que celle 2, mais celles 3 , 3, 3 , 3 , font ombrées , 8c 4 eft le fond.
- Les raies ombrées qui ne font Compofées que de nuances d’une feule couleur font appellées rayures Camay eu, telles que celles qu’on voit, Fig. 4, où, quoique la' gravure ne permette de rendre que le blanc & le noir , on peut fentir l’effet d’une même nuance qui vient en mourant julqu’au clair ; 8c même dans la taie numérotée 3 , on peut voir au milieu quelques fils de foie blanche : celles numérotées 2 , où l’obfour eft au milieu, ont de mêmes fils blancs fur leur bordures , 1 , 1,8c une raie d’une feule couleur ; 8c 4,4, eft le fond.
- Les rayures dont les raies font fous des nuances de plufieurs Couleurs font du rang des ombrées, ainfi que celles dont quelques raies font nuancées , & les autres ne le font pas. Dans la Figure 5 , la raie numérotée 1, n eft pas nuancée ; celles numérotées 2,2,3, 3, le font ; 8c 4 , eft le fond*
- Quoique les raies foient de plufieurs couleurs , il peut fe faire , comme dans la Figure 2 , qu’elles ne foient pas ombrées.
- La Figure 6, repréfente une efpece de rayure dans la compofition de laquelle il entre des raies ombrées, d’autres d’une feule couleur , & d’autres auffi de deux couleurs qu’on nomme Pas d’un & Pas d’autre ; quelquefois auffi un de ces deux Pas eft ombré, 8c l’autre eft d’une feule couleur.
- Il y a beaucoup d’étoffes façonnées qui exigent un poil pour en former la deffein ou pour l’accompagner, telles que les Taffetas façonnés, doubletés & tripletés, certaines Moëres, des Taffetas brillantes , des Velours , des Droguets $c autres.
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- $4 U ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- Quand on ourdit les chaînes des rayures dont je viens de parler, on ns làuroit le difpenlèr d’employer plufieurs cantres , aux unes plus, aux autres moins. La Figure 18 , repréfente une étoffe dont le deffein quon y voit dépend de l’ourdiflage.
- Les rayures à une feule couleur ne s’ourdiffent pas toujours avec le même nombre de cantres ; cela varie félon la dilpofition de la rayure : ainfi l’une pourra être ourdie avec deux cantres, tandis qu’il en faudra quatre pour une autre ; c’eft à l’Ourdiffeur intelligent, ou à celui qui conduit l’ourdiffage, à déterminer le plus petit nombre de cantres avec lequel il puiffe ourdir fa chaîne , pour éviter les mutations. Il peut arriver qu’une Ourdilïèulè fans intelligence le ferve de quatre cantres pour une chaîne, où une autre n’en employeroit que trois ; car fouvent une cantre qui contiendra 60 rochets^ peut remplir diverfes raies d’une rayure , fur-tout fi elle eft fans nuances.
- Suppofons que , voulant ourdir une rayûre dont le fond foit blanc & le$ raies rôles, une cantre contienne de ces deux couleurs que fur 60 rochets dont elle eft garnie, no contiennent de la foie blanche & 40 de la rofe ; luppofons encore que pour compléter une des raies qui compofent cette rayûre , il faille 30 fils rôles, ou que pour le fond il en faille no blancs ; comme la cantre contient l’un & l’autre de ces deux nombres, & même au-delà , on pourra, au lieu d’employer une nouvelle cantre , retrouver dans la même , la raie qu’il fembleroit qu’on eut dû encantrer exprès, & par-là on évitera un double emploi. C’eft ainfi qu’un Ouvrier ingénieux trouve des rellburces pour économifer le temps & la foie. Il faut cependant pour fe lèrvir de cet expédient, que les rochets d’une même couleur loient placés de fuite à la cantre ; fans cela il feroit difficile de les prendre de côté & d’autre 4 parce que l’agitation des uns feroit voltiger les bouts de foie des autres, ôc les mêleroit tous.
- Section Seconde.
- De la maniéré de combiner les Efquiffes , les Echantillons & Ici
- Dejfeins des Rayûres.
- Avant que d’encantrer , il faut connaître la difpofition de la rayûrd qu’on doit ourdir, & pour quel genre d’étoffe on la deftine ; il faut lavoir fi c’eft pour un Satin , pour un Taffetas , ou pour une Serge , & connoître Iii£ quel compte de peigne l’étoffe pour laquelle la chaîne fera ourdie , doit être faite, & à combien de fils par dent.
- Le Peigne eft un des uftenfiles principaux, avec lequel on fabrique les étoffes de foie ; c’eft lui qui détermine la largeur de l’étoffe, c’eft par lui que la foie fe trouve divifée en autant de parties égales que l’étoffe l’exige, chaque divifion eft féparée par une dentj les uns en ont plus, & les autres moins£
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- §ecônï)è Partie. De t Q urdijjage. Ch AP. Xlît. 9f leur largeur varie encore beaucoup , Sc dans une même largeur les dents peuvent être plus Ou moins rapprochées les unes des autres*
- Cet article fera traité à fond dans l’Art du Peigner , qui précédera la defcription des autres uftenfiles propres à la fabrication des Etoffes de foie.
- Il faut nécefïàirement pour ourdir une chaîne quelconque, fçavoir le nombre de dents dont le peigne qui doit fervir à fabriquer l’étoffe eft compofé , St combien on doit mettre de fils à chaque dent.
- On verra , lorfque je parlerai des différentes combïnaifbns dès rayures , que cette connoiflànce eft encore plus effentielle pour les chaînes rayées.
- Lorfqu’on a fur un échantillon la rayûre qu’on veut ourdir, fi cet échantillon eft tiré d’une étoffe femblable en tout à celle pour laquelle on veut ourdir > la combinaifon de la rayûre fe trouve toute faite ; il ne faut, pour fçavoir le compte, des fils dont chaque raie , ainfi que chaque partie de fond font conîpo^ fées, que mefurer la largeur de chacune , & la comparer à la largeur dü peigne dont on doit fe fèrvir , Sc en les ajoutant les unes aux autres , on aura la fomme des fils dont la chaîne eft compofée. Si cette addition ne fe trouve pas jufte avec le nombre des fils dont on a befoin , il fera évident qu’on aura fait quelqu’erreur ; ainfi on ne doit commencer l’ourdiflàge que lorfque le calcul de la fomme des raies avec celui des parties du fond fera un nombre de fils égal à celui dont doit être compofée la chaîne que l’on veut ourdir.
- Lorfqu’il faut faire une tranfpofition de rayures , c’eft-à-dire , lorfqu’on vêtit ourdir pour un Taffetas une rayûre quon a fur un échantillon de Satin , il faut procéder d’une autre maniéré que celle dont je viens de parler. Il faut, ou connoître exactement la largeur du peigne qu’on doit employer, ainfi que le nombre de dents dont-il eft compofe, ou bien préfenter l’échantillon devant le peigne , marquer toutes les largeurs tant des raies que du fond , enfuite prendre le nombre des dents de chaque partie en particulier, Sc en faire un total ; par ce moyen on voit fi l’on eft jufte dans fon opération. Quand on a trouvé que le nombre des dents des différentes largeurs des raies, Sc de celles des parties du fond en produit un égal à celui de la totalité du peigne, on détermine i’encantrage.
- Les efquiffes pour les rayûres fe combinent de même que je viens de dire y en les préfentant devant un peigne égal à celui pour lequel on deftine la chaîne qu’on veut ourdir , & le calculant de même. En rayûre comme en delfein, les efquiffes repréfèntent pofitivement l’étoffe telle quelle doit être ; ainfi fur efquifle on doit prendre la largeur d’une raie, comme fi on la pre-noit fur un échantillon auquel on voudroit faire une tranfpofition de rayûre dont on veut profiter pour une autre étoffe. Il eft facile de remarquer qu’un efquifle peut, au moyen de ce que je viens d’en dire, repréfenter toute forte d’étoffe , du moins dans le genre des rayûres.
- Les deffeins pour les rayures font différemment traités ; ils portent leurs
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- $£ VART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- combinaifons toutes faites, il ne faut que les calculer , parce que le nombre des dents dont chaque raie Sc chaque partie de fond font compofées , eft pofïti-yement marqué par le papier fur lequel ils font faits.
- Les defleins, foit de rayure, foit de fleurs, font ordinairement faits for du papier réglé. Ce papier eft tout tracé de lignes noires imprimées , & extrêmement fines, à égales diftances les unes des autres ; il y en a dont 30 de ces lignes occupent l’efpace d’un pouce , d’autres plus, d’autres moins : ces lignes font croifées par d’autres qui confervent auffi des diftances égales entr’elles> ce qui forme une quantité de petits carreaux, qui quelquefois ont leurs côtés égaux , & quelquefois font des quarrés longs , plus grands ou plus petits félon le befoin.
- L’article du papier réglé fera traité avant celui des defleins propres à là fabrication de toute forte d’étoffes de foie & dorure.
- On fe fort pour les defleins des rayures, de différent papier , félon que le cas fexige. Si le deflein eft pour une étoffe dont les dents du peigne font extrêmement rapprochées les unes des autres, on fo fort d’un papier dont les lignes font également rapprochées ; fi au contraire les dents font beaucoup éloignées les unes des autres, on fe fort d’un papier dont les lignes font éloignées à proportion ; Sc pour mieux faire comprendre ce que je viens de dire chaque entre-deux des lignes du papier réglé, doit être égal à la diftance de deux dents du peigne qui doit fervir à fabriquer l’étoffe.
- On fait les defleins de rayures for le papier réglé , lorfqu’on craint que les Ourdiffeufes ne faflent quelques fautes d’ourdiflàge, fi on leur donnoit l’efquifïè feulement.
- Deflïner une rayure for le papier réglé , s’appelle , en terme de Deffinateur} mettre une rayûre en carte.
- Par le moyen de ce papier, l’Ourdiifoufe n’a qu’à compter les intervalles des lignes qui fe trouvent dans la largeur d’une raie, ou dans celle d’une partie du fond, & parcourir fon deflein d’un bout à l’autre, pour être au fait dans l’inftant de fon ourdiflàge ; elle doit obferver feulement qu’à certains endroits du deflein tout l’intervalle de deux lignes n’eft pas plein, ou n eft plein qu’à demi d’une des couleurs qui compofent la rayûre ; alors au lieu de compter deux dents pour cet intervalle elle n’en compte qu’une, & celle qui refte eft attribuée au fond ou à la raie avec laquelle cette partie fe trouve liée. C’eft un foin auquel elle ne doit pas manquer pour foivre de point en point l’intentiop du Deffinateur, & rendre la rayûre avec le plus d’exaétitude.
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- Section
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- Seconde
- Partie. De tOurdiJfage. Cha?. XIII. Section Troisième*
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- Suppojlùon cTun Echantillon pour un Taffetas rayé à une couleur ;
- & combinaifon de Ja rayûre.
- J e fuppofe un échantillon de taffetas rayé pour lequel la largeur du peigne eft de 20 pouces, & dans laquelle il doit y avoir 1000 dents ; on voit cet échantillon Fig. 7, PL 26. %
- On appelle ce compte de peigne, un 2 j* portées , en terme de peigner ;
- ( car il y a des gens dont Tunique emploi eft de faire des peignes. ) Dans plufieurs villes de Manufactures, les Fabriquants leur donnent ce même nom; dans d’autres on lui donne celui d’un yo portées, & dans d’autres encore les Fabriquants le nomment un mille. Ce nom paroît plus analogue , parce qu’il porte avec lui là valeur, & qu’il fe fait entendre plus facilement. La raifon de ces divers noms fera donnée dans V Art du Peigner.
- Dans chacune des dents du peigne dont il s’agit, il doit y avoir 4 fils ; ce qui donne 4000 pour toute la chaîne. Je fuppofe que la rayûre de l’échantillon dont je parle fbit répétée quatre fois dans la largeur de l’étoffe ; alors la dif~ pofition entière de cette rayûre fera fur £ pouces de largeur ; cette largeur qui fait le quart de l’étoffe, donnera 250 dents, & conféquemment mille fils. Je ïuppofe maintenant que le goût de cette rayûre fur la largeur de J pouces foit 'compofé de 6 raies ou baguettes de différentes largeurs ; je me fervirai du terme de baguettes pour diftinguer les parties de rayûre, de la rayûre elle* même ; toutes les parties de la rayûre qui feront d’une couleur oppofée à celle du fond, & qui feront divifées par le fond , aurontr le même nom ; celles qui feront ombrées & jointes par d’autres qui ne le feront pas , feront nommées raies ombrées à baguettes; celles à plufieurs couleurs qui ne font pas ombrées ni féparées par aucune partie de la couleur du fond, feront appellées raies a baguettes. ïl eft à propos de mettre le Leéteur au fait des termes ufités dans ,cette partie, pour éviter les répétitions , & me faire mieux entendre. .
- * J’ai fuppofé que la rayûre dont je veux parler étoit compofée de 6 baguettes ; je fuppofe qu’une des baguettes foit de 30 dents de largeur, que deux foient de 4, deux autres de 2 , & que la detniere fbit de 12 : ce qui fera en tout !^4 dents, ainfl qu’on peut le voir par l’exemple fidvant.
- Une baguette de trente dents , ci. . . .30
- Deux de 4 dents , ci...................... 8
- Deux de 2 dents, ci...................... 4
- Une de 12 dents, ci. . ................12
- * Total 54.
- < Je fuppofe à préfent que la baguette de 30 dents foit au milieu de la largeur Étoffes de soie, IL Paru B h
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- ^8 U A R T DES ETOFFES DE SOIE.
- de l’échantillon dont il s’agit, que cette baguette en ait une de chaque côté des deux de 4 dents , que ces deux dernieres foient féparées chacune de la première par 3 dents de fond, que les deux baguettes de 2 dents foient chacune à un des côtés des deux dernieres, & féparées d’elles par 2 dents de fond feulement, & que la fixieme baguette foppofée de 12 dents, en la partageant en deux parties égales, foit moitié for chaque extrémité de l’échantillon ; cette difpofition doit donner deux intervalles de fond très-confidérables, eu égard à ceux qui régnent entre les baguettes précédentes; puifque de 250 dents je n’eft ai employé que 64, il doit en refter 1S6 : je les diviferai en deux parties égales, que je place dans les deux intervalles entre les dernieres baguettes 5 de forte que chacun de ces intervalles fera de 93 dents de fond,
- Ainfi 54 dents pour les baguettes.
- 6 dents pour les deux premiers intervalles du fond,
- 4 dents pour les deux féconds.
- 186 dents pour les deux derniers.
- Total 250 dents, qui forment le quart de la largeur du Taffetas dont if s’agit : conféquemment ce quart répété quatre fois, produira un total qui fera de mille dents.
- r <
- J’ai dit quelque part que les rayures étoïent toujours compofées dans un ordre fymétrique ; on peut l’avoir remarqué dans celle que je viens de donner, foit par la grande baguette qui eft au milieu de la rayure , foit par celle qui eft partagée fur les deux bords, foit enfin par celles que j’ai placées entre celle du milieu & celle des deux bords ; car il faut pour que cet ordre foit bien obfervé, qu’une rayûre ait fes deux bords égaux , Sc que de chacune de fes deux extrémités à fon milieu on trouve les objets répétés également,1 ainfi qu’on le voit dans la rayure ci-deffus, puifque ces deux bords ont chacun 6 dents d’une baguette de 12 qui y eft partagée ; enfuite en venant des deux côtés vers le milieu , ce font deux fonds égaux de 93 dents chacun : en fuivant encore, on trouve deux petites baguettes de 2 dents chacune, qui font aufli féparées par deux dents de fonds, d’une autre baguette de 4 dents , & ces dernieres font féparées de la baguette du milieu chacune par 3 dents de fond.
- e»
- Par cet exemple , on doit trouver que la compofition de la rayûre , que nous! venons de voir a 13 parties, foit en baguette, foit en fond; il ne s’enfuit pas de là, qu’en la répétant quatre fois dans la largeur de l’étoffe, elle en ait 54 j parce que la moitié de la baguette de 12 dents qui a été partagée , pour eni placer la moitié for chaque bords de la rayûre, fe joignant à une rayure fombla-; ble à elle-même , fe trouve faire une baguette entière : cette jonétion étant ainfi faite trois fois dans la largeur du Taffetas, reproduit trois fois cette même baguette entière ; elle refte feulement partagée fur les deux bords de l’étoffe.1 Il faut le pratiquer ainfi, pour que, quand on affemble plufieurs laides dq
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- Seconde 1? à r f i e. De ïQurdifjage. Chajp* XIII. 99
- f étoffe pour en faire l’ufàge auquel on le deftine, ces moitiés jointes , Forment par-tout des baguettes entières; &c’eft ce qu’on appelle, en terme de l’Art, Rapport de dejfein ou Rapport de rayure.
- Je vais donner un fécond exemple pour la même rayàre qui meparoît plus clair encore, que les précédents; ce fera de lui feul, c’eft-à-dire , de l’ordre que je lui donnerai, que je me fervirai pour toutes les fîippofitions de rayures, que je vais parcourir par la fuite , pour remplir la promefle que j’ai faite dè traiter à fond la maniéré d’ourdir toutes les fortes de rayures. On verra dans cet exemple qu’en prenant les parties dont une raÿûre eft compofée par les deux extrémités , & les conduifànt au milieu , on trouvera les mêmes objets régulièrement placés & répétés, de même quen allant du milieu aux deux extrémités»
- 6 dents de baguette;
- 93 dents de fond.
- 2 dents de baguette;
- 2 dents de fond.
- Exemple pour la Jymêtrie de la Rayure fuppofée , prife par fis extrémités.
- 4 dents de baguette; 3 dents de fond.
- <30 dents de baguette»
- 3 dents de fond.
- 4 dents de baguette. 2 dents de fond.
- 2 dents de baguette*
- 93 dents de fond.
- 6 dents de baguette»
- Total 2yo dents.
- Cette derniere méthode de calculer une rayure en donne par elle-même l’ordre fymétrique , fi l’on fait attention qu’à commencer par les extrémités, & venant au milieu, les nombres également éloignés de* ce même milieu font toujours égaux.
- Ce même exemple nous donne le quart de la chaîne ; ainfî l’Ourdiffeufe n’a plus qu’à répéter quatre fois le même ourdiflàge pour la compléter ; ainfî comme il faut quatre fils par dents, & que dans l’exemple propofé, il y a 2yo dents, ce fera mille fils pour chaque quart : ce qui donnera quatre mille pour le tout.
- Dans l’exemple que je viens de donner , je n ai pas parlé des couleurs, pour faire mieux entendre l’opération: je vais maintenant en fiippofer pour la même rayûre, & faire voir comment on doit l’ourdir : les baguettes feront toutes çramoifies, & le fond blanc.
- Quelque rayûre qu on veuille exécuter , il faut que l’Ourdiffeufe en faffe
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- 5r©o £'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- ou en ait ) une ordonnance, afin de ne point être expofée à fè tromper en ourdiflànt une couleur pour une autre , & à prendre le fond pour les baguettes, Sc réciproquement. Cette ordonnance doit être faite avec toute l'exactitude poflible. L'ordre de celle qu'on va voir, fervira de modèle à toutes celles que je me propofe de donner, pour ne rien laiffer à délirer fur la maniéré «l'ourdir toute forte de rayures ; on rappelle, en terme de l'Art Ordonnance d'Qurdiffage. Prefque dans toutes les villes de Manufactures, où l'on a la méthode d’ourdir les chaînes rayées avec plufieurs cantres, le Fabriquant donne les ordonnances toutes faites aux Ourdiflèufès , de maniéré qu'elles n'ont qu'à diftribuer la foie dans tel nombre de cantres qu'elles jugent néceflàires : il faut cependant qu'on connoifle ces Ourdiffeufes capables de régler leurs cantres ; fans cela on leur donneroit avec l'ordonnance d'ourdiflàge , une ordonnance Ü'encantrage , qui feroit foutenue de l’ordre quelles doivent faire tenir aux cantres dans leur différentes mutations. A Lyon , à Paris , à Tours , & dans les villes qui en ont tiré l'origine de leurs Manufactures, on en ufe ainfi ; mais dans d'autres où l'on a pour méthode de n'ourdir qu'avec une feule cantre toute forte de rayures & de chaînes, telles que Nîmes, Avignon, &c. c'eft aux Ourdifleurs à fçavoir déchiffrer un échantillon, combiner la rayure, ,& en faire l'ordonnance eux-mêmes pour l'exaélitude de l'ourdiflàge ; ce qui fera expliqué en fon lieu.
- Soit que les Fabriquants donnent les ordonnances d'ourdiflàge , ou que les Ourdiffeufes les faflent elles-mêmes , elles doivent toutes tenir l'ordre de celle qui fuit.
- On doit fe rappeller que c’eft l'exemple que j’ai promis pour la rayûre que 'nous avons déjà vue.
- 'Ordonnance dOurdiffage pour un Taffetas rayé cramoiji & blanc dont le peigne ejl un mille dents.
- 24 fils cramoifis. 372 fils blancs.
- 8 fils cramoifis. 8 fils blancs.
- 16 fils cramoifis. 12 fils blancs. 120 fils cramoifis. 12 fils blancs.
- 16 fils cramoifis: 8 fils blancs.
- 8 fils cramoifis. 372 fils blancs. 24 fils cramoifis.
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- Total 1000 fils.
- On ourdira quatre fois le Contenu en cette ordonnance. Il eft clair que cet
- lourdilîàge
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- Secondé Partie, De l’Qurdiffagc. Chap. 5CEIÎ; ïof burdiftàge produira une chaîne de 4000 fils ; ce qui eft conforme à Celle dit Taffetas que j’ai fuppofé : il relie feulement à fçavoir de quelle façon l’Our^ diffeufe accordera fes cantres, pour quadrer avec le nombre des fils quil lui faut pour çompletter la rayure, de quelle maniéré elle encantrera, & comment elle fuivra & finira fon ourdiffage.
- Section Quatrième
- De la maniéré (Feiïcantrer les Rockets , pour difribuer tes couleurs à propos |
- en employant la camre droite ou le jet, quand on ourdit félon la méthode
- de Taris, de Lyon , êc>
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- Pour ourdir lés chàînes Bc les poils des Ètofîes rayées, én fuivant là méthode de Paris, de Lyon, &C. on ne peut fe paffer de plufieurs cantres % fuivons l’ordonnance de la rayûre ci-deflus, & nous verrons combien elle doit en employer.
- Le premier article de l’ordonnance eft de 24 fils cramoîfis ; il faut indilpeh-ïàblement mettre 24 rochets cramoifis dans la première cantre * douze dans chaque divifion, à commencer par les broches fupérieures*
- Le fécond article eft de 372 fils blancs : il faut* autant quôn le pourra ; divifer ce nombre en parties égales , & de maniéré qu’une d’elles puiffe occuper feule une cantre : fix fois 60 font 360 ; on mettra donc 60 rochets blancs dans la fécondé cantre avec laquelle l’Ourdiffeufe fera trois portées, qui produiront le même nombre de 360 fils ; il en manquera 12 pour çompletter le nombre de 372 ; on ajoutera à la première cantre 12 rochets blancs qu’on mettra après les 24 cramoifis qui y font déjà ; & par ce moyen, nous aurons les 372 fik blancs dont on a befoin , fuivant l’ordonnance d’ourdiflagev.
- Le troifieme article eft de * * . 8 fils cramoifis*
- Le quatrième de. * . * ï * 8 fils blancs;
- Le cinquième de. ; j ; ; . 16 fils cramoifis*
- Le fixieme de ... ; 5 . ; 12 fils blancs;
- En tout 44 fils*
- Ces quatre articles doivent occuper une troifieme cantré en les ÿ plaçant dans l’ordre fuivant.
- 8 Rochets cramoifis dont 4 dans chaque divifion*
- 8 Rochets blancs , 4 dans chaque divifion.
- 16 Rochets cramoifis, 8 dans chaque divifion*
- 12 Rochets blancs, 6 dans chaque divifion*
- 44
- Cela nous donne le nombre de 44 rochets contenus dans les quatre articles dont il vient d’être parlé, & ce fera la troifieme Cantre*
- Etoffes de sqie% IL Part» C q
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- «tt 17ART DE5 ÉTOFFES DE SOIE:
- te feptieme article eft compofe de 120 fils ; il faut neceflairemeftt une quatrième cantre dans laquelle on placera foixante rochets cramoifis.
- Suivant Tordre fymétrique de la rayure, il eft aifé de voir que les rochets Æans la troifieme cantre font placés de maniéré à remplir les 8%^, 10e, & II® articles de l’ordonnance ; que la fécondé cantre peut en faire le 12e article, & que la première cantre peut en faire le 13e, & completter les douze fils -qui manque dans le 12e; & cela, parce que les 8e , <pe , iôe , & IIe articles font conformes aux 6e, ^, 4e, & 3e; que le 12e article eft conforme au fécond, Sc que le 13e eft conforme au premier ; il s’agit feulement devoir de -quelle maniéré il faut conduire cet ourdiflage pour le mener à fa perfection*'
- S.E CTION CINQUIEME.
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- De la manière £ ourdir la Rayâre qu’on vient d'encantren
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- L’Our diss e use fera d’abord une mufette avec la première cantre : elle Soit commencer fon envergeure par les fils du bas, & faire attention qu’en defeendant le plot, la foie qui eft au haut de la cantre , loit pofée du côté de Tourdifloir, & qu’en montant, cette foie fe trouve du côté oppofé* Cette obfervation eft générale pour toutes fortes de cantres. Quand elle aura ourdi cette mufette , elle coupera là brafle, dont elle arrêtera le bout aux deux che-* villes errantes ; elle changera de cantre , Sc fera 3 portées avec la fécondé , en commençant par le bas de Tourdifloir, c eft-à-dire, aux chevilles errantes ; enfùite elle paflera à la troifieme cantre avec laquelle elle fera une mufette qu’elle commencera auffi aux chevilles errantes ; après cela elle ourdira une portée avec la quatrième, puis elle reprendra la troifieme cantre avec laquelle elle ourdira encore une demie portée : de là elle ourdira trois portées avec la fécondé ; & enfin elle reprendra la première avec laquelle elle ourdira une mufette ; alors elle aura ourdi la valeur de la rayure qui fait le quart de la chaîne : elle doit répéter cette opération trois autres fois, & fuivre la même route pour ourdir les trois autres quarts l’un après l’autre.
- Section Sixième;
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- Obfervations fur la maniéré d'Enverger, de couper les brajfes & de les placer^ Jîir les chevilles lors de là mutation des cantres.
- L’Ourdisseuse doit toujours commencer fon envergeure par les fili les plus'bas de la cantre quand elle en change ; fi le plot fe trouve au bas de Tourdifloir, c’eft-à-dire, fi le nombre des mufettes ou portées que doit produire celle avec laquelle elle vient d’ourdir , finit aux chevilles errantes, elle recom-> mencera les portées ou mufettes que doivent produire la nouvelle cantre aux
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- Seconde Partie. De tOurdiffagl. Chap. XlïL ïd£ blêmes chevilles ; fi au contraire c eft par le haut quune cantre ait fini fon produit, elle commencera par le haut avec la nouvelle cantre ; & pour mieux me faire entendre, je reprends Tordre des mutations de cantre, qu’on a vues dans la Seétion précédente. La première ne devant produire en commençant qu’une mufette, elle a dû couper la braflè aux chevilles errantes, & y en arrêter lè bout ; alors pafiânt à la féconde cantre , elle commencera aux même chevilles *’ & ce produit devant être de trois portées qui font fix mufettes , finira auflî aux chevilles où il a commencé : avec la troifieme cantre, elle commencera encore aux mêmes chevilles ; mais comme le produit de cette derniere n eft que d’une mufette , il finira à la cheville fupérieure de Tourdifloir ; alors la quatrième cantre commencera fon produit à la cheville où Tautre a fini, 8c finira à cette même cheville, parce quune portée fait deux mufettes, & ainfi des autres. De cette maniéré, on verra que lorfqu on aura ourdi un quart de la chaîne qui forme la valeur d’une rayure, & qu’on voudra continuer, le plot fe trouvera toujours en haut.
- J’ai dit qu’il falloir commencer Tenvergeure par les fils des rochets les plus bas de la cantre ; mais les couleurs doivent être placées fur Tourdifloir dans un ïèns contraire ; par exemple, quand le produit d’une cantre va du haut en bas de Tourdifloir, ( je fuppofe une cantre où il y ait plufieurs couleurs ) , la couleur qui fe trouve tournée du côté de Tourdifloir , doit être du côté oppofe * quand le plot va remonter, afin que la fymétrie de la rayûre foit parfaite*’ Pour parvenir à faire cette opération avec facilité, malgré qu’on enverge toujours de même a on obferve de tourner la braflè lorfqu’elle eft envergée, de maniéré que la couleur qui doit être du côté de Tourdifloir, s’y trouve placée, en pofàne Tenvergeure fur les chevilles qui doivent la tenir, & ceft ce qu’on appelle tourner la main. Cette opération doit s’entendre aifément, fl Ton fait attention quon peut faire paflèr fur les chevilles les premiers fils qui on été envergés ; de maniéré qu’ils foient du côté de Tourdifloir ou dans un fens contraire ; ainfl de quelque maniéré qu’ils foient placés à la defcente du plot, on les placera dans un fens contraire quand il remontera.
- Il s’agit maintenant de démontrer comment la quantité des portées ourdies par les différentes mutations des cantres peut produire la valeur de la rayûre ; une récapitulation du nombre total de ces mêmes portées & des différentes? mutations va nous en inftruire.
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- RÉCAPITULATIONé
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- *o4 L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE;
- R É CA P I T U L A T Z O N.
- Une mufette avec la première cantre Trois portées avec la fécondé .
- Une mufette avec la troifieme . :
- Une portée avec la quatrième . ;
- Une mufette avec la troifieme *
- Trois portées avec la féconde , ï Une mufette avec la première . . *
- ; . 3 6 'fils*
- . 360.
- . 44.'
- • 120*
- • 44*
- . 360»
- • 3 S *
- Total 1000.
- Cette fomme de mille fils donne , ainfi que j ai dit, le quart de la chaîne fuppofée ; il faut donc ourdir quatre fois la même chofe pour la completter; ainfi en faifànt quatre fois les mêmes mutations de cantre, & prenant fur chacune le même nombre de mufettes & de portées qu on a déjà ourdies pour l’exemple précédent, on aura 4000 fils , nombre auquel la totalité de la chaîne du Taffetas dont il s’agit a été fuppofée.
- Section Septième;
- De la maniéré de combiner les Rayures fur les Échantillons;
- O N n’efl pas toujours dans le das d’ourdir de nouvelles rayures , on fe fèrf bien fouventde celles d’un genre d’étofïè pour la mettre à un autre , c’eft-à-dire , qu’on fait fbuvent Un Taffetas fur la rayure d’un Satin, un Satin fur celle d’une Serge, & une Serge fiir celle d’un Taffetas, Sc ainfi du refte , félon que le goàt & l’idée d’un Fabriquant l’exigent ; d’ailleurs il peut arriver qu’un Fabriquant prenne la rayure d’un autre, & qu’on fafle ourdir plufieurs fois la même rayure quoique dans d’autres couleurs ; fbüvent on en fait des affemblages pour en former de nouvelles, c’efl>à-dire, que tirant une partie de la rayure d’un échantillon avec une partie d’un autre ou de plufieurs , on en fait une rayure nouvelle.
- Quelque rayure qu’on ait à ourdir, & pour quelque genre d’étoffe que ce îbit, il faut en faire une combinaifon qui s’accorde jufte au nombre de fils dont on doit compofèr la chaîne; il faut fçavoir i°, fur quel compte de peigne doit être fabriquée l’étoffe pour laquelle on veut ourdir ; 2° , quelle en eft la largeur; 30, combien il doit y avoir de fils par dents ; 40, le nombre de fils que la totalité des dents doit produire, & enfin à combien de portées fe réduit le nombre total des fils.
- On doit fçavoir fur quel compte de peigne doit être fabriquée l’étoffe, parce que c’eft par le compte des dents qu’on détermine l’ourdiflàge ; on doit en connoître la largeur , parce que le compte des dents dont toutes les baguettes
- d’une
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- Seconde Partie. De t-Qurdiffagè* Chap. SClîL iôjf d’une rayure font compofées , doit être large en proportion de la partie qu’elles doivent y occuper; on doit lavoir combien de fils chaque dent du peigne doit contenir pour pouvoir connoître le nombre dont la totalité de la chaîne fera compofée ; on doit enfin lavoir le nombre total des fils pour pouvoir les réduire en portées : ainfi il devient très-nécëfîàire de connoître tous ces détails pour déterminer un ourdiflàge comme il faut.
- Pour donner une idée pofitive de la combinaifon des rayures fur les échantillons , j’en fuppoferai un dans la rayure duquel on veut ourdir un Satin , dont le compte du peigne eft un mille dans la largeur de 20 pouces, & dans chaque dent duquel il doit y avoir y fils : Ion produit fera de y000 fils pour la largeur de 20 pouces ; il eft évident que chaque pouce doit contenir yo dents , ce qui fait précifément 4 dents , de un fixieme pour chaque ligne.
- yooo fils réduits en portées en donneront 62 f en les comptant de 80 fils chacune, ainfi qu’on doit généralement les compter , en fe conformant amè ufàges de Lyon , Nîmes , Avignon, Scc. Si on veut fe conformer à ceux de Taris, Rouen , Scc. les portées ne font que de 40 fils ; alors au lieu de 62 - le nombre de yooo fils en donnera I2y : ainfi comme la portée à Paris eft la moitié de celle de Lyon, Scc. je me difpenferai de faire aucune explication là-deftùs, & me fervirai toujours de la porrée de Lyon qui eft de 80 fils ; ce que j’aurai dit d’une de ces portées, s’entendra de deux des autres qui font de moitié moindres*
- Je fuppofè que la rayure de l’échantillon dont il s’agit comprenne le quart de la chaîne à ourdir, ce qui la réduit au nombre de 2yo dents, & confé-
- -N, * » ,
- quemment à celui de isyo fils, qui doivent être employés dans y pouces de largeur, qui font le quart de celle de l’étoffe.
- Je fiippofe encore que la rayure dont il s’agit, foit d’une feule couleur , & le fond d’une autre , & qu’elle foit divifée en onze parties, tant baguettes que fond ; le nombre de fils dont chaque partie fera compofée, doit fe prendre fur la largeur qu’elle occupera, non pas fur l’échantillon, mais fiir la chaîne à ourdir , en comparant chacune des parties à la largeur qu’elle doit tenir danâ le peigne, Sc faifant le calcul en raifon de cette .même largeur.
- Etoffes de soie, //. Paru
- Dd
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- L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- Section Huitième.
- Largeur des parties qui doivent compofer la Rayure à ourdir.
- Une baguette de quatre lignes, ci. * . . .
- Un fond d’une ligne, ci......................
- Une baguette de deux lignes , ci. . . . .
- Un fond d’un pouce & fix lignes , ci. I pouce Une baguette de quatre lignes, ci . .
- Un fond de deux lignes, ci...................
- Une baguette de quatre lignes , ci . ,
- Un fond d’un pouce fix lignes, ci. . i pouce Une baguette de deux lignes , ci. . . . .
- Un fond d’une ligne, ci......................
- Une baguette de quatre lignes, ci. . . .
- 4 lignes.
- I.
- 6.
- 4.
- 2.
- 4. 6.
- 2.
- I.
- 4.
- Total y pouces.
- Les onze parties qui compofent cette rayure, produifènt enfèmble y pouces de large , faifànt le quart de 20 pouces , largeur totale du fàtin dont on veut ourdir la chaîne ; ainfi ces onze parties répétées quatre fois donneront la largeur totale de l’étoffe.
- La largeur déterminée du peigne étant comparée à celle des parties qui compofent la rayure, chaque article doit employer un nombre de dents proportionné à fa largeur, 8c tous enfemble doivent en employer un égal au quart du peigne, ainfi qu’on va le voir par l’exemple fuivant.
- Le premier Article eft de 4 lignes de largeur, il doit occuper 16 dents f,
- Le fécond eft de 1 ligne......................... 4}.
- Le troifieme eft de 2 lignes. ....... 8 f.
- Le quatrième eft de 18 lignes. ....... 75’.
- Le cinquième eft de 4 lignes. . . . . . . . 16 £.
- Le fixieme eft de 2 lignes. ................... 8 -J.
- Le feptieme eft de 4 lignes................. . 16 £.
- Le huitième eft de 18 lignes. . . , . . . . 7;.
- Le neuvième eft de 2 lignes...................... 8
- Le dixième eft de 1 ligne....................... 4 -j.
- Le onzième eft de 4 lignes................. . 16
- Total $ pouces. 250 dents.
- Les 2$o dents contenues dans l’exemple d-delfus, font, comme on vient de le voir la fbmme exaéte des largeurs des onze parties contenues dans la rayure de notre Satin ; ce nombre eft égal, ainfi qu’il doit l’être, au quart de celui des dents dont le peigne eft compofé, mais on rencontreroit beaucoup de difficultés
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- Seconde Partie. De tOurdijJage. Chap. XIIL 107 en fuivant cette méthode auffi fcrupuleufement que je viens de le faire dans ce dernier exemple, par rapport aux fraélions dans lefquelles une dent fe trouve divifée, l'exécution en devient moralement impoffible, ainfi qu'on peut le voir fi Ton fait attention que chaque dent du peigne fuppofé ne doit contenir que y fils, & que chacun de ces fils efl indivifible j conféquemment, on ne fàuroit avoir le fixieme d'une dent qui ne contient que 5 fils , de même qu'on n’en fauroit trouver le quart ni le tiers, Sec ; on en trouveroit feulement le cinquième , & il faudroit alors accorder ce cinquième de façon que la largeur de toutes les parties qui compofent une rayûre, occupât le nombre de dents convenable , 8c de plus un cinquième de dent. Il en feroit de même aux autres étoffes pour les diverfes largeurs 8c les différents comptes de peignes , ainfi que pour tous les nombres de fils qui doivent être contenus dans chaque dent. Dans ce cas , un peigne, outre les 4 ou 5 fils qu'il doit contenir par dent, devroit auffi avoir des tiers , des quarts, &c, de dent pour s’accorder aux baguettes ou au fond , ce qui jetteroit toujours dans le même embarras pour l'exécution ; ainfi pour éviter toutes ces difficultés, on fuit la méthode que je vais expliquer.
- Pour lavoir combien un échantillon contient de dents dans la largeur de chacune des parties qui en compofent* la rayûre, il faut le mefurer fur un peigne égal à celui qui doit fabriquer l’étoffe ; alors , on note chaque partie dans l'ordre que jai expliqué ci-defîus , en fupprimant les fraélions de dents.
- Il faut toujours faire la conibinaifon des parties de la rayûre d’un échantillon ou d’un deffein en dents entières, pour quelque genre d’étoffes que ce foit, 8c quelque nombre de fils que chaque dent puiffe contenir ; par ce moyen on évitera toutes les difficultés : ce n'efl pas cependant qu’en divlfant quelquefois les fils d’une dent pour en mettre une partie dans le fond 8c l’autre dans une raie , on y trouve moins de perfeélion ; mais par-là, on évite des calculs qui deviennent d’autant plus embarrafïânts que la moindre erreur y occafionne fouvent des fautes très-confidérâbles dans l'ordre d'une rayûre. Ainfi en préfentant un échantillon rayé ou un deffein de rayûre devant un peigne femblable à celui qui doit fabriquer l’étoffe qu’on fe propofe de faire, on notera fur combien de dents portent chacune des baguettes & chaque partie de fond, on remarquera chaque partie, tant de fond que de baguette , par le nombre des dents quelles doivent occuper dans le peigne, félon l'ordre quelles doivent y tenir, & de maniéré à pouvoir les additionner ; enfuite on détermine le nombre de fils que chaque baguette & chaque partie de fond doivent contenir; enfin on les place de maniéré à pouvoir en faire un nombre total, égal, à celui qu'on a déterminé.
- En fuivant à-peu-près l’ordre de l’échantillon ou de la rayûre que je fuppofe, on verra que la première baguette porte fur environ 16 dents 4. Comme cette fraélion fùrpaffe la moitié d’un entier qui vaut 4 ; il faudra le lui donner de plus & la regarder comme portant 17 dents, fàuf à retrancher fur uné partie moindre.
- On ne doit pas être furpris qu’il faille retrancher fur les petites parties plutôt
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- to8 TA R T DÈS ÉTOFFES DË SOIE.
- que furJes grandes, la raifon eft qu’en ôtant les fraétions d’une grande partie pour l’ajouter à une petite, cette petite rifque de devenir trop grande, eu égard au goût de la rayure, ce qui peut la rendre moins agréable : car tout ce qui tient du deflein, & principalement pour les étoffes, ne flatte pas tant lorfqüe les parties qui les compofènt font à-peu-près égales entr’elles ; il faut, autant qu’il eft polïîble, que l’un cede à l’autre en grandeur quand la forme eft la même. Les rayures tenant du deffein font fofceptibles du même ordre & de la même variété ; il faut même que les baguettes qui les compofènt aient entr’elles une différence fenfible dans leur largeur, afin que l’une faffe valoir l’autre : c eft par cette raifon qu’on ne doit pas charger les petites baguettes des fraétions des grandes, pour ne pas leur faire perdre la proportion qu’elles ont entr’elles, ou les rendre trop égales les unes aux autres ; ainfi pour être plus précis dans ces fortes d’opérations, fans égard pour les baguettes, ni pour les fonds, on complettera une dent pour une baguette , lorfque les fraétions feront au-deflus de la moitié d’un entier, foie au dépens du fond, foit au dépens des baguettes ; mais plutôt au dépens du fond, for-tout lorfque la fraétion fera pofitivement une demi dent. L’exemple fuivant i qui eft le même que celui qu’on a vu plus ‘haut, fera voir la route qu’on doit foivre dans ces fortes de réduétions de frétions.
- U faut regarder le premier article de cette combinaifon comme prenant par fà largeur. . . . 17 dents.
- Le fécond . . 4
- Le troifieme. p Le quatrième yy Le cinquième 16 Le fixieme .. 8 Le feptieme. 16 Le huitième.
- Le neuvième p Le dixième . . 4 Le onzième. 17
- On voit que j’ai rempli l’objet des fraétions en complettant un entier au premier article, un au troifieme , un au neuvième & un au dernier ; par ce moyen j’ai levé une difficulté qu’on ne fàuroit éviter dans les combinaifons qu’en compliquant les ourdiiïàges au point d’y faire fou vent des fautes groflieres.
- Après avoir démontré le produit des dents par les différentes largeurs des baguettes & des fonds qui compofènt la rayure foppofée, on va voir combien chaque partie produit de fils- en les mut*
- Total 2 Jo
- tipliant par cinq. L’exemple que je mets ci-après va nous le donner.
- ;
- Premier Article. . Second Article . . *
- Troifieme Article . Quatrième Article. Cinquième Article. Sixième Article. Septième Article . Huitième Article . Neuvième Article. Dixième Article . Onzième Article .
- 17 dents à $ fils chaque. . . 8f fils.
- 4................................20.
- 9.............................. 4*-
- 75“........................ 37S-
- 16 .......................... . 80.
- 8 40.
- 16..................................
- 7*.............................. 31$.
- 9 • • « • 4J.
- 4..................................
- 17 8;.
- Total 2$ o dents.
- Total 1250 fils.’
- On
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- Seconde Partie. De tOurdiffage. Chap. XIII. lop ’ On a vu par les exemples ci-delîùs que le quart de la largeur du peigne eft de y pouces, & que ces cinq pouces contiennent 250 dents, ce qui produit 125*0 fils.
- Section Neuvième.
- Article I. De la maniéré d’Encantrer & d’Ourdir , quand il fe trouve des nombres impairs dans les baguettes ou dans les parties de fond qui * compofent une rayûre , pour une Etoffe quelconque•
- E N général, de toutes les étoffes de foie, il n y a que les Satins qui foient fujets à avoir des nombres de fils impairs dans les parties qui en compofent les rayures, parce que , dans ce genre d'étoffe , le compte de peigne n'eft jamais déterminé , & encore moins le nombre dô fils contenu dans chaque dent, de maniéré qu'elle n'a de réglé particulière pour fàcompofition que l'idée du Fabriquant. Je donnerai dans un autre endroit quelques comptes tant généraux que particuliers, dont on fait ufàge pour cette étoffe ; ainfi que les différentes largeurs qu'on lui donne.
- Pour ces fortes de chaînes, l'Ourdifïeufo doit avoir une Ordonnance d'ourdif-ïàge , qui contienne les différentes combinaifons dont on eft convenu & dans laquelle les couleurs foient défignées. Je reprends encore l'exemple de la rayûre ci-deflus, où je fuppofe que les baguettes font bleues & le fond blanc, & je vais donner un modèle de ces Ordonnances.
- Article II. Ordonnance <£Ourdiffage pour un Satin rayé a jf fils par dent
- en mille de peigne.
- 20
- 45
- 375
- 80
- 40
- 80
- 375
- 45
- 20
- 85
- fils bleus , cî. ; . . * • 8 j fils.
- fils blancs, ci. . 20.
- fils bleus , ci. • • 45*
- fils blancs, ci. • 37J-
- fils bleus , ci. . . . 80.
- fils blancs, ci. • *' . 4O.
- fils bleus , ci. • • . 80.
- fils blancs, ci. • 4 • 375-
- fils bleus , ci. • # • 45 *
- fils blancs, ci. . 20.
- fils bleus , ci. ... • « . 8;.
- Total 1250 fils.
- Total 12^0 fils.
- U faut ourdir quatre fois cette ordonnance ; elle produira un nombre de fils fuffifant pour la totalité de la chaîne déterminée, mais il faut encantrer dans 1 ordre qu’on va voir.
- Ee;
- Etoffes de soie. IL Paru
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- ÏÆ-O
- VART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- Article III. Encantrage.
- \
- Le premier article eft de 8^ fils bleus, la première cantre doit avoir 40 rochets bleus ; on en ourdira une portée à laquelle il manquera cependant 5 fils pour compléter ce premier article, puifqu’il eft de Sÿ fils, & que le produit d'une portée à 40 rochets ne peut être que de 80 ; on joindra ces 5 fils aux 20 qui compofent le fécond article qu’on mettra dans la fecon.de cantre ; on y ajoutera encore les j fils du 33 article, qui excédent le nombre de 40 , afin qu’avec la première cantre on puifle ourdir fans y rien changer le 3e article de l’ordonnance : de cette maniéré en ourdira une mufette avec la première cantre , & une avec la fécondé ; pour le 4e article, il faudra une troifieme cantre à jo rochets avec laquelle on ourdira 7 mufettes & demie, c’eft-à-dire, que lorfqu’on aura ourdi 7 mufettes , en fupprimera la moitié des fils qui compofent la brade pour en ourdir une mufette â fils , fans cependant ôter aucun rochet de la cantre ; pour le £e article 01 fe fèrvira de la première cantre avec laquelle on ourdira une portée : ( on doit fe foUvenir qu’une portée eft compofée de deux mufettes. ) Pour le 6e article on employera la troifieme cantre avec laquelle on ourdira une mufette, en y fiipprimant 10 rockets, parce qu’il ne faut que 40 fils pour cette mufette, <§ç, que cette cantre contient jo rochets ; la première fervira pour ourdir le 7e article dont on ourdira une portée dans le nombre des rochets que la cantre contient ; pour le huitième article on employera la 3e cantre avec laquelle on ourdira 7 mufettes & demie de la même maniéré qu’on l’a dit pour le 4e article ; pour le 9e article on employera la première cantre avec laquelle on ourdira une mufette ; le 10e article fera ourdi avec la 2e cantre , une mufette fuffira ; & le dernier article fera ourdi avec la première cantre avec laquelle on fera une portée.
- Pour rendre l’ordre de cet ourdiflàge plus clair, en fuivant les encantrages Su’ on vient de voir, il faut fe conformer à l’exemple fuivant.
- Une portée avec la première cantre. *
- Une mufette avec la fécondé.
- Une mufette avec la première.
- Trois portées trois quarts*avec la troifieme.
- Une portée avec la première.
- Une mufette avec la troifieme en y fupprimant 10 fils.
- Une portée avec la première.
- Trois portées trois quarts avec la troifieme.
- Une mufette avec la première.
- Une mufette avec la fécondé.
- Une portée avec la première.
- Cette quantité de mufettes & de portées doit faire le quart de la chaîné
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- Seconde Partie. De fOurdijJage. Chap. XIII; ïït Sont il eft queftion. Conféquemment pour la compléter, il faut ourdir quatre fois la même chofe.
- Pour lavoir fi le nombre des mufettes & portées ci-deflùs produit un nombre de fils égal au quart de la chaîne , il faut en faire une récapitulation de la maniéré fuivante.
- Article IV. Récapitulation.
- Une portée à 40 rochets.......... 80 fils.
- Unemufette à 30 rochets. ..... 30.
- Une mufette à 40 rochets. ..... 40.
- Sept mufettes & demie à yo rochets. 37^.
- Une portée à 40 rochets........... 80.
- Une mufette a 40 rochets. ..... 40.
- Une portée à 40 rochets.......... 80.
- Sept mufettes & demie à 50 rochets. 375'.
- Une mufette à 40 rochets. ..... 40.
- Une mufette à 30 rochets......... 30.
- Une portée à 40 rochets....... 80.
- Total 1250.
- Quatre fois 1250 fils font 5000, qui eft la valeur de la chaîne dont il s’agît*’
- Par l’ordre que je viens d’établir , on doit s’appercevoir que lorfquune cantre a un nombre de rochets d’une feule couleur on peut s’en fervir pour un nombre moins grand que celui qu’elle contient ; par ce moyen elle peut remplir diverfes parties contenues dans une rayûre, il s’agit feulement d’en lavoir faire l’application lors de la combinaifon pour les encantrages ; on peut auffi lorlque la quantité des fils contenus dans une partie de rayûre eft un peu confidé-rable ? ourdir avec une cantre qui n’auroit qu’une partie des rochets néceflâires, cette même partie , en en multipliant les mufettes ; il s’agit feulement d’examiner fi le nombre de celles à ourdir peut balancer l’embarras d’une cantre de plus.
- Pour ourdir la rayûre ci-deftùs comme elle eft difpofee, il n eft pas beloin de tourner la main à l’envergeure pour faire rapporter les couleurs , parce que par l’ordre de l’encantrage tout y eft naturellement placé ; on doit prendre garde en envergeant la demi mulette, ( qu’on reconnoîtra dans l’exemple précédent, où la fomme des deux fraétions } jointes , font un entier & demi ), que les fils ne falfent un feulere par leur rencontre , ce qui peut s’appercevoir avant que de l’enverger ; alors on commence cet envergeage par le premier fil de la deuxieme divifion au lieu de la commencer par celui de la première* «Toutes les fois qu’en ourdiftànt une mufette on rencontrera un nombre de fils impair, on ne profitera de la féconde envergeure produite naturellement par les deux divifions de la cantre avec celle que les doigts ont compofée , qu’en
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- sis L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- faifimt fauter le fil Sc en changeant fa direélion pour éviter un feulere ; a moins qu on n’aime mieux tourner la main. ( Cette opération confifte a faire trouver du côté de l’ourdifibir les fils qui feroient du côté de TOurdifleufe, félon Tordre naturel, ce qui fe fait en renverfant la bralfe, de forte que le deffus (oit deftous ), Cette méthode ne peut avoir lieu que pour les chaînes à une couleur, mais pour les rayées, on doit non-foulement enverger de nouveau, il faut encore que la direétion du premier fil qu’on réenverge loit oppofée à celle du premier fil qu on a envergé ; de forte que fi lors de la première envergeure on a pris le premier fil de la première divifion en le faifant pafler fous le doigt index Sc fur le pouce, on prendra pour cette fécondé envergeure le premier fil de la même divifion qu’on placera for le doigt index Sc fous le pouce ( ce qu’on appelle renverfer £ envergeage ) , au moyen de quoi on évitera les feuleres,
- La Figure 7, PI. 24, repréfente une mufette dont le nombre des fils eft foppofé impair, on n’a qu’à placer l’envergeure A, B , for les chevilles de Tour-diffoir; replier la brafïe fur la ligne C, D 9 Sc mettre for les mêmes chevilles l’envergeure E, F, on verra la néceffité de faire fauter le fil en changeant là direélion , ou de tourner la main, ou enfin combien il eft indifpenfàble de réen-verger & de foivre Tordre que je viens de prefcrire.
- Je prie mes Leéleurs de voir l’explication de cette Planche pour l’intelligence de tout ce qui regarde les envergeages & les envergeures.
- Quoiqu’il fomble au premier coup d’œil que ces deux termes envergeages Sz envergeures foient fynonymes , & même que le premier paroifle plutôt barbare que françois, ils font cependant reçus tous deux dans les Manufaétures , avec cette différence : envergeage y défigne l’aélion d’enverger , & envergeure fignifie la chofo envergée ; ainfi envergeage eft ce que fait TOurdiffeufe quand elle enverge, Sc envergeure eft le croifement que retiennent' les chevilles ou les cordons de foie.
- J’ai dit ci-devant que la fécondé cantre auroît 30 rochets dont 20 blancs &
- 10 bleus ; les 10 bleus doivent être aux deux extrémités de la cantre *
- 5 en haut & 5 en bas, & les 20 blancs feront conféquemment au milieu :
- 11 faut un ordre particulier pour cet encantrage , fans quoi lors de l’envergeage un fil blanc pafleroit devant un fil bleu à la jonékon des deux couleurs ; pour éviter cet inconvénient, il faut néceflàirement que des y rochets qui doivent être au bas de la cantre il y en ait 3 dans la première divifion & deux dans la fécondé 9 Sc que des y du haut il y en ait 3 dans la fécondé divifion Sc deux dans la première ; car lorlqu’on enverge, comme on commence par le fil le plus bas de la première divifion, &que par ce moyen les cinq fils bleus feroient pris de foite, Sc que fi l’encantrage étoit fait dans un ordre inverfe, le 7e fil bleu feroit envergé le 6e de la mufette ; par cette raifon, les cinq fils bleus d’en haut font pris de même ; puifqu’il eft impoffible , à moins de faire une faute, de prendre le premier fil bleu avant que le dernier fil blanc foit envergé : par
- v çonféquent
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- Secondé Partie. De POurdijffage. Chap. X ï IL I r J
- conféquent les cinq derniers fils bleus feront envergés de fuite.
- Cette ôbfervation doit avoir lieu toutes les fois qu’on encantrera des rochets de plufieurs couleurs , dont lune fera d’un nombre impair.
- * Section Dixième.
- De la maniéré cFencantrer les Rayures ombrées & de les ourdir, ,
- L À combinaifon des rayures ombrées fe fait de même que pour celles qui ne le font point, il n’y a de différence que dans l’exaélitude que demande l’encan* trage pour faire à propos le mélange des couleurs, c’eft-à-dire, le mélange des différentes teintes dont une couleur eft fufoeptible pour ombrer par gradation les baguettes d’une rayure.
- Un échantillon peut être compofé, comme on l’a déjà dit, de baguettes ombrées & de baguettes unies ; il peut avoir auffi des baguettes fous les nuances de trois ou quatre couleurs & plus, c’eft-à-dire , qu’une feule baguette peut être partie nuance verte, partie nuance lilas, partie nuance aurore , &c.
- Les rayures qui contiennent des baguettes de cette nature exigent un grand nombre de cantres, il eft aifé de le concevoir , puilque celles à une couleur en emploient déjà beaucoup.
- En terme de fabrique & d’ourdilîàge on appelle les rayures ombrées, rayûres a nuances ou rayûres nuées, pour les diftinguer de celles qui ne le font pas & qui ne font que d’une couleur , c’eft-à-dire, d’une feule teinte ; car les couleurs qui font fufceptibles de nuances font toujours défignées par leur nom principal, à quelque teintes quelles foient s on les nomme ainfi pour les diftinguer de celles qui, quoique de plufieurs couleurs , font làns nuances : comme quand on 'dit une baguette compofée d’une teinte rofe, d’une teinte verte ou d’une teinte
- Ülas.
- Dans l’ordre des couleurs on connoît fept nuances, qui font, la nuance rofe.
- la nuance verte.
- On pourroit y ajouter encore la nuance noire qui en feroit fans doute une huitième , parce qu’avec les divers gris en montant du clair au foncé on trouve le noir, dont toutes les teintes dépendent abfolument.
- Chacune de ces nuances, pour ce qui concerne les ourdiffages des étoffes de foie , eft divifée en huit teintes par gradations très-fenfi-bles ; on lait que par gradations infenfibles on les porterait prefqu’à l’infini ; mais on a penfé que 8 teintes étoient fuffilàntes pour quelque largeur que puifle avoir une baguette dans une rayûre ; il eft vrai que par le mélange qu’on en fait, 8 teintes produifent l’effet de 24 au moins , ce qui rend les gradations infenfibles. Le bon effet qu’on doit attendre de la diverfité des combinaifons de ces teintes Étoffes de soie. II. Part. * F f
- la nuance bleue, la nuance aurore, la nuance lilas, la nuance violette; la nuance jaune.
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- xï4 £’ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- dépend du foin particulier qu’on doit y apporter en encantrant ; car c’eft dans cette opération que fo fait le mélange dont il s’agit.
- Parmi les nuances que j’ai défignées, le verd en fournit dans fon efpece une quantité qu’on ne fàuroit nombrer , 8c chaque verd produit fa nuance en particulier ; c’eft pourquoi il faut obforver quand on fe fert d’une nuance verte, de ne la point mélanger avec une autre nuance quoique verte : car le verd d’herbe, par exemple, produit une nuance verd d’herbe, le verd olive produit une nuance verd olive, le verd de canard produit une nuance verd de canard, & ainfi des autres ; il ne faut donc pas pour faire une nuance parfaite mêler du verd d’herbe avec du verd de canard, &c, parce que la nuance qui en fortiroît feroit défec-tueufe & même infupportable.
- Indépendemment des teintes dont une nuance eft compofëe, on a le fecours de certaines couleurs fixes dont l’affinité dans l’obfour fait valoir toute une baguette dans une ravûre ; on fe fert bien fou vent du noir pour donner du jeu à certaines nuances, en faire fuir le clair avec plus de vivacité & donner plus de feu aux teintes.
- Quand les rayures ne portent pas fur des fonds blancs, on les éclaire avec du blanc pour les rendre plus agréables ; ce qu’on ne fàuroit faire for un fond blanc, parce que ce blanc fe confondroit avec le fond, Sc ne paroîtroit plus être une partie de la baguette.
- Les mor-dorés, les cramoifis , les ponceaux, félon leurs teintes, fervent très-fouvent pour les parties les plus foncées d’une nuance, il s’agit feulement de comparer les couleurs les unes aux autres pour connoître l’effet agréable ou défàgréable qu’elles peuvent produire.
- Par l’exemple qui fuit on connoîtra plus particuliérement ce que font les rayûres nuées, & de quelle façon on doit faire le mélange des couleurs ou pour mieux dire le mélange des teintes.
- Section Onzième»
- Article I. Suppojîtion d’un Échantillon à rayure nuée.
- Je vais choifir un échantillon pour un taffetas en grande largeur, c’eft-à-dire, à 30 pouces, dont le peigne eft un 1 joo à quatre fils par dent ; ces fortes de taffetas font communément appellés Pékins ; c’eft celui quon voit Fig. 10. PU 26e•
- Jefuppofe une composition de rayure qui prenne le Je.de la largeur de l’étoffe, ce fera 6 pouces de largeur qui occuperont 300 dents, lefquelles produiront 1200 fils.
- ij 00 dents for trente pouces de largeur font à raifon de mille for un pei-; gne de 20 pouces , ce qui devient égal à celui de l’échantillon de fàtin ci-devant foppofé ; ainfi il aura de même 50 dents par pouce.
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- Secondé Parti ë. De VOufdijfage. Chap. XIII. îrÿ
- Dans la combinaifon de cet échantillon je ne me fervirai d’aucune fraétion pour les dents qui feront occupées par les parties du fond & des baguettes ; j’accorderai tout aux entiers fifivant la méthode que j’ai détaillée dans les articles précédents.
- Je ne ferai pas même mention des largeurs de chaque partie de réchantillon luppofe ; je mettrai feulement le nombre des dents que chacune de ces largeurs doit occuper. * *
- Il eft bon de (avoir qué châqué baguette d’une rayure peut être conipofée de plufieurs nuances, que ces nuances quoique fous les mêmes teintes font défi-* gnées de maniéré à ne les pas confondre les,unes avec les autres.
- On diftingue la nuance fermée & la nuance ouverte , l’une & l’autre font compofées de deux nuances au moins. .
- La nuance fermée eft alnfi nommée, parce que chacune des deux nuances qui la compofent eft placée à côté de l’autre de façon que les teintes claires fe touchent au milieu, & font renfermées par les teintes obfcures ; ainfi une baguette en deux nuances rofes où le clair de chaque nuance fe touche au milieu, & l’obfcur les renferme par chaque côté en touchant le fond, s’appelle nuance fermée ; la nuance ouverte eft une baguette de deux nuances dont le plus foncé eft au milieu, & le clair vient toucher le fond par chacune de fes extrémités.
- U y a des baguettes compofées de quatre nuances ouvertes ; d’autres de quatre nuances fermées, les unes & les autres different entr’elles parce qu’une baguette à quatre nuances fermées peut être compofée de deux dont la jonéffon n’en forme qu’une, & elle peut l’être auffi de maniéré qu’au milieu de fa largeur le clair de deux nuances fe joigne, & que deux autres nuances extérieurement placées, une à chaque côté de la largeur des deuxpremieres, portent leur teintes claires fur les teintes foncées des deux premières, & par une raifon inverfè , les baguettes à nuances ouvertes font compofées dans un fens contraire ; de forte que les deux nuances du milieu font adoflees par leur teintes brunes, & leurs teintes claires joignent chacune le brun d’une des deux autres nuances ; l’ordre des encantrages donnera encore des idées plus précifès, mais fuivons le détail de l’échantillon fuppofé.
- La combinaifon que je vais faire pour la rayure dont je vais donner l’ourdif* fàge ne comprendra que la quantité des dents qu’occupent les parties de fond & les baguettes, chacune féparément, ainfi qu’on va le voir par l’exemple ci-après qui contiendra ip articles tant en fond qu’en baguettes.
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- y
- txS HAUT DES ETOFFES DE SOIE,
- (
- La rayôre de l’échantillon que je fuppofe eft compofée de
- 2 dents de fond à 4 fils chacune 8 dents de baguette.
- 2 dents de fond. • . . .
- 3 dents de baguette.
- So dents de fond. ....
- J 2 dents de baguette.
- 18 dents de fond..............
- y dents de baguette.
- 4 dents de fond. . .
- 32 dents de baguette.
- 4 dents de fond. . . .
- y dents de baguette.
- 18 dents de fond. ...
- ( 12 dents de baguette.
- 80 dents de fond. ....
- 3 dents de baguette.
- 2 dents de fond. ...
- 8 dents de baguette.
- 2 dents de fond. ....
- 8 fils.
- • • O llldt 32. 8
- • • ' 12.
- • 320.
- « 48.
- « 72.
- . • 20.
- • 16.
- 128.'
- * 16.
- • 20.
- • 72.
- • 48.
- • 320.
- • 12.
- * 8.
- • 32.
- • 8.
- Total 300 dents. Total 1200 fils.
- Ces 1200 fils compofent un cinquième de la chaîne du taffetas fuppofe j le nombre de fils qui y eft contenu fera confequemment ourdi cinq fois pour que la totalité de cette chaîne fbit complété.
- J’ai fuppofe dans l’exemple ci-deflus que la rayûre à ourdir étoit compofée de ip parties tant en fond qu’en baguettes ; le nombre des dents que chaque partie contient fùffit pour n’être point obligé d’indiquer leur largeur ; il refte feulement à lavoir dans quelles couleurs on doit ourdir : je fuppofe que le fond du taffetas dont il s agit fera blanc , & que les baguettes feront des couleurs qu’on va voir.
- L’exemple fuivant eft un difpofitif abfblument néceflàire pour déterminer l’ordonnance d’ourdiflàge, parce que les couleurs dont chaque baguette peuc être compofée doivent y être défignées avec toute la précifion poffible, comme
- on va le voir.
- 2 dents de fond.
- 8 dents pour une baguette rofe , nuance fermée.
- 2 dents de fond.
- 3 dents pour une baguette verte fans nuance, 4e teinte.
- 80 dents de fond.
- J2 dents pour une baguette lilas, nuance ouverte.
- 18 dents de fond.
- $ dents pour une baguette rofe fans nuance , iere teinte.
- 4 dents de fond.
- 32 dents pour une baguette verte à nuances ouvertes, 4e teinte. 4 dents de fond.
- 1 5 dents pour une baguette rofe fans nuance, iere teinte.
- 18 dents de fond.
- 12 dents pour une baguette lilas, nuance ouverte.
- 80 dents de fond.
- 3 dents pour une baguette verte fans nuance, 4e teinte.
- 2 dents de fond.
- 8 dents pour une baguette rofe a nuance fermée.
- 2 dents de fond.
- Total 3 oq dents.
- Les
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- Seconde Partie. De POurdiJfagè* Ch*ap. XIIÎ. 117 Les couleurs étant déterminées dans Tordre qu’on vient de voir, on fait l’ordonnance d’ourdilîàge dans la forme qui luit.
- Art. II. Ordonnance d'ourdljfage pour un Pékin rayé a nuance & fans nuance,
- Il faut oudir cinq fois le contenu eii l’ordonnance ci-delîus.
- On doit entendre par la première teinte celle qui eft la plus foncée de la couleur ; je les défîgne ainfi, afin qu’on n encantre pas une teinte pour une autre ; ainfi la première teinte étant la plus foncée de la nuance 9 la féconde, la troifie-me, Sec 3 font celles qui viennent après par gradation jufqu’à la plus claire ; par ce moyen , quand on encantrera on faura de quel côté doit être placé le clair & l’obfcur 3 lorfqu il s’agira d’une nuance ouverte ou d'une nuance fermée ; cependant je vais donner l’encantrage de ce même échantillon pour ne laiffer rien à -délirer fur une partie auflî difficile ? & qui demande la plus grande précifîon.
- Section Douzième.
- Maniéré d'encantrer P échantillon quon vient de voir Jiiivant P ordonnance
- d'ourdijfage ci-dejfus.
- x. Pour la première Cantre. ~
- Les 8 fils blancs contenus au premier article de cette ordonnance 3 avec les 32 fils nuance rofe contenus au fécond , feront pour la première cantre 3 & ils y feront encantrés dans l’ordre fuivant, en commençant toujours par le haut de la cantre.
- 8 rochets blancs’, dont 4 dans chaque divifion de la cantre.
- 2 rofes de la 8e teinte, un à chaque divifion.
- 1 rofe de la même teinte dans la première divifion,
- 1 rofe de la 7 e teinte dans la fécondé. a rofes de la 7e teinte, un dans chaque divifion,
- 'i rofe de la 7e teinte dans la première.
- 1 rofe de la.6e teinte dans la première divifion. a rofes de la même teinte, un dans chaque divifion,
- 1 rofe de la 6e teinte dans la première. <• - "
- 1 rofe de la.£e teinte dans la fécondé.
- 2 rofes de la ye teinte, un dans chaque divifion.
- 1 rofe de la 5e teinte dans la première. * , r L-'
- 1 rofe de la 4e teinte dans la feconcle. *
- 2 rofes de la 4e teinte, un dans chaque divifion* ^ "
- 2 rofes de la 4e teinte, 1 dans chaque divifion. / *
- 4 rofes de la 2e teinte , 2 dans chaque divifion.;1 4 rofes de la iere teinte, 2 dans chaque divifion?
- ______4 ponceaux, 2 dans chaque divifion.
- Total 40 rochets. ^ G "T*
- Etoffes de soie. II. Fart. G g
- 8 fils blancs.
- 32 fils rofes nuance ouverte.
- 8 fils blancs.
- 12 fils verds, 4e teinte.
- 320 fils blancs.
- 48 fils lilas nuance ouverte.
- 72 fils blancs.
- 20 fils rofes, iere teinte.
- 16 fils blancs. '
- 128 fils verts, 4 nuances ouvertes. 16 fils blancs. .
- 20 fils rofes, iefe teinte.
- 72 fils blancs., ' . - -
- 48 fils lilas nuance ouverte.
- 320 fils blancs.
- 12 fils verds, 4e teinte.
- 8 fils blancs.
- 32 fils rofes nuance ouverte.
- 8 fils blancs,
- Total 1200 fils.
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- ïiB VA R T DES ETOFFES DE SOIË>
- La première' cantre aura donc 40 rochers. Il faut remarquer que la couleur ponceau avec laquelle je termine cet encantrage fert à faire mieux fbrtir la nuance rofe ; on peut mettre auffi en place du ponceau du mor-doré vif ou une couleur Cfamoifie , ces trois couleurs ont beaucoup d’affinité avec certaines nuances , c’eft pourquoi on en trouve toujours aux baguettes ombrées, fur-tout avec le rofe, l’aurore & le lilas.
- 2. Pour la deuxieme Cantre.
- Les 8 fils blancs contenus au troifieme article de l’ordonnance, avec les 12 fils verds contenus au quatrième, feront tout ce vque la fécondé cantre pourra contenir, & y feront placés dans l’ordre fuivant.
- 8 rochets blancs, 4 dans chaque divifion;
- 12 rochets verds, 6 dans chaque divifion.
- Total 20 rochets.
- Cette cantre contiendra en tout 20 rochets.
- 3. Pour la troifieme Cantre.
- Les 320 fils blancs contenus dans le ÿ article feront ourdis avec la troifiemé cantre par 40 rochets, 20 dans chaque divifion.
- 4. Pour la quatrième Cantre;
- Les 48 fils nuance lilas contenus dans le 6e article feront ourdis avec la 4? cantre , & y feront placés dans Tordre fuivant.
- Cet encantrage fera compofé de
- 4 rochets noirs, 2 dans chaque divifion;
- 1 rochet noir dans la première, il rochet lilas, iere teinte , dans la féconde;
- 4rochets lilas, iere teinte, 2 dans chaque divifion;
- 1 rochet lilas, iere teinte, dans la première,
- |i rochet lilas, 2e teinte, dans la fécondé.
- , 4 rochets lilas, 2e teinte , 2 dans chaque divifion;
- \i rochet lilas, 2e teinte, dans la première.
- ' 11 rochet lilas, 3 e teinte, dans la fécondé.
- 4 rochets lilas, 3e teinte, 2 dans chaque divifion^
- 1 rochet lilas, 3e teinte, dans la première, i rochet lilas, q6 teinte, dans la fécondé.
- 4 rochets lilas, 4e teinte , 2 dans chaque divifion»
- 1 rochet lilas, 4e teinte, dans la première.
- 1 rochet lilas, fe teinte , dans la fécondé, ^
- 4 rochets lilas, ye teinte, 2 dans chaque divifion»
- ,1 rochet lilas, teinte 7 dans la première, j rochet lilas, 6e teinte, dans la fécondé. ^
- 4rochets lilas, 6e teinte, 2 dans chaque divifion.1 1 rochet lilas, 6e teinte , dans la première,
- 1 rochet lilas, 7e teinte, dans la fécondé.
- 2 rochets lilas, 7e teinte, 1 dans chaque divifion;
- 1 rochet lilas, 7e teinte, dans la première, rochet lilas, 8e teinte, dans la fécondé.
- 2 rochets lilas, 8e teinte, 1 dans chaque divifion.1
- Total 48 rochets.
- Cette cantre contiendra 48 rochets;
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- Seconde Partie. De tOurdiJJage. Chàp. XIII. np Le feptieme article de l'ordonnance fera rempli par la troifieme cantre , pour lequel on ourdira une portée, en lupprimant 4 fils fiir chaque mufette.
- y. Pour la cinquième Cantre.
- Les 20 fils rofes fans nuances contenus dans le huitième article, avec les 16 fils blancs contenus dans le neuvième , feront ourdis avec la cinquième cantre ; on commencera l’encantrage par les 20 fils rofes , ïq dans chaque divifion , & enfuite les 16 fils blancs , 8 dans chaque divifion ; on y ajoutera 4 fils verds 8e teinte, faifant partie de la nuance verte contenue dans le 10e article de for-*' donnance, & par ce moyen on aura une cantre de moins à remplir, ainfi la cinquième cantre contiendra.
- 20 rochets rofes fans nuances*
- 16 rochets blancs.
- & 4 rochets verds, 8e teinte*
- En tout 40 rochets.
- 6. Pour la Jixieme Cantre*
- Les 128 fils verds contenus dans le 10e article de l’ordonnance doivent être 'partagés en deux parties égales qui feront chacune de 64 fils; les quatre avec lefquels on a rempli la cantre précédente font pris fur ce nombre, ce qui le réduit à 60 qui feront encantrés dans la 6e cantre. Comme cette derniere cantre contiendra pour le nombre de fes rochets la valeur d’une nuance, en y comprenant les 4 fils qui font dans la cantre, une portée d’ourdiiîàge complétera la baguette en entier, il faut que l’encantrage foit fait dans l’ordre fuîvant*
- St rochets verds, huitième teinte , i dans chaque divifion.
- .1 rochet verd, huitième teinte , dans la première»
- 1 rochet verd, feptieme teinte, dans la fécondé.
- 6 rochets verds, feptieme teinte, 3 dans chaque divifion.
- 1 rochet verd, feptieme teinte, dans la première.
- 1 rochet verd, fixieme teinte, dans la fécondé.
- 6 rochets verds, fixieme teinte, 3 dans chaque divifion.
- 1 rochet verd , fixieme teinte dans la première.
- 1 rochet verd, cinquième teinte, dans la fécondé.
- 6 rochets verds, cinquième teinte, 3 dans chaque divifion*
- 1 rochet verd , cinquième teinte, dans la première.
- 1 rochet verd , quatrième teinte, dans la fécondé.
- 6 rochets verds, quatrième teinte, 3 dans chaque divifion*
- 1 rochet verd, quatrième teinte , dans la première.
- 1 rochet verd, troifieme teinte, dans la fécondé.
- 6 rochets verds, troifieme teinte , 3 dans chaque divifion*
- 1 rochet verd , troifieme teinte, dans la première. *
- 1 rochet verd, deuxieme teinte, dans la fécondé.
- 6 rochets verds, deuxieme teinte, 3 dans chaque divifion*
- 1 rochet verd, deuxieme teinte, dans la première.
- 1 rochet verd, première teinte, dans la fécondé.
- 4 rochets verds, première teinte, 2 dans chaque divifion*
- 1 rochet verd, première teinte, dans la première*
- 1 rochet noir, dans la fécondé.
- 2 rochets noirs, 1 dans chaque divifion.
- 1
- Total 60 rochets*
- Cette cantre contiendra 60 rochets 8c terminera la rayure. Il peut paroître
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- I 20
- L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE*
- fùrprenant qu’on n’ait pas parlé de tous les articles de l’ordonnance 5 puifqu on a fini d’encantrer par le dixième ; mais on doit fe rappelier que j ai dit dans un des Chapitres précédents que l’ordre des rayures étoit fymétrique, & que comptant les parties qui le compofent en partant du milieu" de la rayure pour aller aux deux bords y on trouvera même égalité de fond & de baguettes ; confé-quemment en venant des deux bords au milieu on rencontre encore le même ordre ; dans ce dernier cas on ourdit deux fois avec la même cantre, puis on reprend l’avant-derniere, puis l’antépénultieme , Sc ainfi de fuite en rétrogradant 3c finiffant par celle par laquelle on a commencé 9 Sc par ce moyen une rayure qui ne paroît répétée que cinq fois dans la largeur d’une étoffe fe trouve l’être dix au moyen de cette fymétrie.
- Il eft aifé de comparer les articles d’une ordonnance avec ceux d’une cornbf naifon , deux à deux ; par exemple, le premier article avec le dernier, le fécond avec l’avant-dernier, Sc de l’un à l’autre approchant celui du milieu, on doit les trouver tous égaux dans l’ordre fymétrique , en nombre Sc en couleur s’ils font nuancés ; toute la différence eft que d’un côté le clair de la nuance porte à droite , Sc que de l’autre côté il porte à gauche.
- Soit qu’on trouve au milieu de la largeur d’une rayure une baguette ou une partie de fond, de quelque nombre de fils que l’un o.u l’autre foit compofé, en divifint ce nombre en deux parties égales , on trouvera le milieu de la rayure.'
- Si on veut couper cette rayure à ce point du milieu Sc affembler fes deux extrémités, alors ce qui étoit le milieu de cette rayure en devient le bord, & réciproquement. Pour ne rien laiffer à délirer fur cette explication, il fuffit de jetter un coup d’œil fiir l’exemple {lavant , qui compare les articles de la der-r niere ordonnance entr’eux.
- Le premier & le dernier article de'cette ordonnance font égaux entr’eux en nombre de fils Sc en couleur.
- Le 2e. eft égal au 18e.
- Le 3e. . . . au 17e.
- Le 4e. . . . auide.
- Le 5e. . . . auiye.
- Le 6Q. . . . au 14e.
- Le 7e. . . . au 13e.
- Le 8e. ... au 12e.
- Le 9e. . . . au 11e.
- &Leioe étant feul de fon elpece ne peut être comparé à aucun ; d’ailleurs le milieu de la largeur eft le centre d’où il faut voir l’ordre fymétrique qui en compofe la rayure.
- Si toutes les rayures font dans l’ordre qu’on vient de voir, il n’eft pas douteux qu’une rayure qui ne paroît d’abord contenue que cinq fois dans la largeur d’une étoffe y eft réellement contenue dix ; par-là il eft aifé de comprendre comment on doit continuer l’ourdiftàge puifqu’on n’a encantré que jufqu’au milieu des articles de l’ordonnance.
- En général la compofition de toutes les rayûres eft faite de maniéré que chacune de fes extrémités n’eft autre chofe qu’une partie de fond ou une baguette partagée en deux ; on peut s’en convaincre en joignant les deux bords d’une étoffe : chaque jonction des deux parties extrêmes d'une rayure n’en forme
- qu’une
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- Seconde P a r t i Ei Dè tOürctiffage.. C'hàp. XIII. Ï2I qu’une feule , ainfi une rayûre qui paroît être compofée , pàr exemple , de Xÿ parties tant en baguettes qu en fond > étant jointe à fa femblable -, elles ne produiront enfemble que 37 parties, & fi on y en joint encore une troifieme elles ne produiront que 5 5 parties 5 quoiqu’elles femblent devoir en produire 58 ou 3‘6; ainfi fi Ton ajoutoit à l’infini on n’âugmenteroit jamais qu’à raifon dè j 8 parties pour la valeur de chaque rayûre, parce que les deux parties qui en compofent les extrémités n’en font réellement qu’une qui fe trouve partagéè en deux, & fi on veut joindre les deux bords d’une rayûre, on trouvera que celle . qui préfente 19 parties n’en a effectivement que 18, & ainfi des autres,
- La raifon pour laquelle on partage* en deux parties égales une raie contre là lifiere d’une étoffe, eft que l’ordre fymétrique s’y trouve obfervé * & que par ce moyen la vue en efl; * plus flatée ; d’ailleurs cet ordre donne une grande aifimce à l’ourdiflàge, fbit dans les combinaifons , fbit dans la maniéré d’ourdir, ainfi qu’on peut l’avoir remarqué dans les rapports qui régnent entre les parties * eu égard à leur fy me trie.
- J’ai dit que fix cantres {ùffifoient pour ourdir la rayûre du taffetas que j’ai fuppofé ; voyons maintenant de quelle maniéré on doit les conduire pour cet ourdiflàge.
- 7. De la manière d!employer, pour ourdir la Rayûre ci-deffiis 9 Us Jîx Cantres
- qui la contiennent.
- On ourdira une mufette avec la première cantre*
- Une mufette avec la fécondé.
- Quatre portées avec la troifieme.
- Une mufette avec la quatrième.
- Une portée avec, la troifieme en fupprimant 4 fils fiir chaque mufettei * Une mufette avec la cinquième *
- Une portée avec la fixieme.
- Une mufette avec la cinquième.
- Une portée avec la troifieme en fupprimant 4 fils fur chaque mufettes Une mufette avec la quatrième.
- Quatre portées avec la troifieme*
- Une mufette avec la fécondé*
- Une mufette avec la première.
- Comme ce n’eft-là que la ÿe partie de la chaîne qu’on doit ourdir 5 on répétera cinq fois la même opération pour la compléter.
- Cette maniéré d’employer les cantres fuit l’ordre marqué dans l’ordonnance dont l’encantrage dépend, il faut abfolument qu’une Ourdifleufe l’ait marquée de la maniéré qu’on vient de voir pour pouvoir fuivre comme il faut fon ourdif-fàge5 il faut même qu’elle ait une récapitulation de toutes les mutations de cantre, ' Étoffes de soie. IL Pan. ‘ H h
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- ï2* L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- pour voir li le nombre des portées qu’on ourdira en fuivant cet ordre doit pro-duire le nombre de fils néceflàire pour la p partie de la chaîne qu’on yeut ourdir ; cette récapitulation doit être faite dans l’ordre fuivant.
- 8. R É C A P' ITULATIO N.
- Une mufette avec la première cantre..............
- Une mufette avec la fécondé...................
- Quatre portées avec la troifieme. ......
- Une mufette avec la quatrième. ... ..
- Une portée avec la troifieme , 8 fils fiipprimés. . .
- Une mufette avec la cinquième. ... ; . .
- Une portée avec la fixieme.............. .
- Une mufette avec la cinquième..................
- Une portée avec la troifieme 8 fils fiipprimés. . .
- Une mufette avec la quatrième................. .
- Quatre portées avec la troifieme. ................
- Une mufette avec la fécondé......................
- Une mufette avec la première.................. .
- 40 fils. 20. 320.
- 48.
- 72.
- 40.
- 120.
- 40.
- 72.
- 320.
- 20.
- 40.
- Total 1200 fils.
- Il efl: évident que ces 1200 fils étant ourdis cinq fois, donneront 6000 fils nombre total de la chaîne.
- La maniéré de combiner , d’encantrer & d’ourdir la rayure qu’on vient de voir peut fervir pour toute forte de rayures à nuance, quelle qu’en foie la dilpofi-' tion ; la différence ne confifte que dans la quantité des baguettes, & dans le plus ou le moins de largeur des différentes parties qui les compofent , ainfi que dans la largeur totale de la rayure ; car toutes ces parties peuvent varier à l’infini, & une même rayure peut être repétée plus ou moins de fois dans la largeur d’une étoffe.
- Comme le principe des combinaifons efl: fondé fur la quantité de dents que peut prendre la largeur d’une baguette, ou celle d’une partie de fond pour toute forte d’étoffe, la combinaifon que j’ai faite pour le taffetas que j’ai fuppofé peut fervir d’exemple pour toute étoffe ; il n’y aura de différence que dans la quantité des fils que chaque dent du peigne doit contenir : tout le refte fuit l’ordre que nous avons vu.
- Il faut maintenant voir de quelle maniéré on ourdit & l’on encantre les rayûres à diverfes couleurs fans nuances, ainfi que les rayures Pas (Tun Pas d’autre.
- Je fuppoferai un échantillon, ou l’une & l’autre de ces deux rayûres puilfent entrer, afin de ne pas multiplier les objets, c’efi: celui qu’on voit Fig. 10, PL 26 ; ce fera encore un Pékin , dont le peigne fera un 1600 , à quatre
- Ms
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- Secondé Partie. De HOurdiJfage. Chap. XIÎÎ. 125 fils doubles par dents ; c’eft ce qu’on appelle chaîne double ; la largeur de ce peigne fera de 27 pouces , & pour que les objets que -j’y veux faire entrer' puifient mieux y trouver leur place, la rayure que je fuppoferai occupera le quart de la largeur : ce qui fera 6 pouces 9 lignes. Cette largeur contiendra conféquemment 400 dents, qui à quatre fils chacune , produiront 1600 fils ; on doit fe refîbuvenir que chaque fil double dans une chaîne ne doit être compté que pour un.
- Pour donner une intelligence parfaite de Ces rayures ; je joindrai à celle-ci comme aux précédentes des exemples convenables à toutes les rayures de la nature de celle qu’on va voir.
- Section Treizième.
- ï. Maniéré d'e ne antrer & d'ourdir les Rayûres à plujîeurs couleurs & à double
- Pas , fans nuance•
- Les rayures à plufieurs couleurs fans nuances peuvent entrer dans toute forte de genre d’étoffe ; mais le double Pas ne peut entrer que dans ce qui eft taffetas, à moins que dans un autre genre , on ne veuille l’ajouter pour en faire un compofé de plufieurs étoffes. t
- On appelle double Pas, une chaîne, ou une partie de chaîne, ourdie en deux couleurs l’une fur l’autre, & non à côté l’une de l’autre ; & pour mieux me faire entendre , quand on veut ourdir une chaîne ou une baguette de rayure , Pas d'un , Pas d'autre, on met des rochets d’une même couleur dans une di-vifion de la cantre, & d’autres d’une couleur oppofée dans l’autre, de forte qu’en envergeant, tous les fils d’une couleur fe trouvent fur le doigt index & fous le pouce , & la couleur oppofée eft placée dans un le ns contraire.
- Ce n’eft pas qu’on ne rencontre des chaînes ourdies Pas d'un Pas d'autre , & qui cependant ne font point encantrées comme je viens de le dire , il y a même des rayures qui fortent de cet ordre : la raifon de cette différence eft que l’on veut, par le moyen de ces deux Pas y faire préfenter au fond d’une étoffe ou dans une raie, de petits carreaux ; c’eft l’ordre de l’ourdiflàge qui produit cet effet. La maniéré d’encantrer ces fortes de chaînes mérite d’être appuyée d’un exemple, qu’on verra dans la Seétion fuivante. On donne à ce fond ou à la raie dont il s’agit, le nom de fond paonne , ou celui de raie paonnée.
- Les baguettes dont le double Pas prend toute la largeur fans interruption de carreau, font nommées baguettes cannelées ; mais comme dans les étoffes on fait entrer des raies cannelées dans une toute autre difpofitîon , on conforvera pour celle-ci le nom de raie ou de baguette doubletée ; d’ailleurs le nom leur eft plus propre par le rapport que ces raies ont avec les bandes doubletées des poils pour les taffetas façonnés , dont je me propofe de parler en temps & lieu.
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- *24 VART DES ÉTOFFES DE SOÏËt
- 2-» Suppojîtion d'une Rajûre pour un taffetas ourdi double à flujïeurs couleurs ) pour les baguettes fans nuance, & pour les baguettes doubletées*
- L a rayure que je fùppofe eft encore pour un Pékin en idoô de peigne , fur 27 pouces de large, à 4 fils par dent, chaîné double ainfi que je fai déjà dit ; cette rayure eft celle qu'on voit Fig. 10, FL 26 ; elle prendra le quart de largeur dé l'étoffe, ce qui lui donnera 6 pouces p lignes de largeur 8c occupera 400 dents du peigne.
- Comme les combinaifons fe font toujours de la maniéré quon a vue, je pafferai tout de fuite au détail de la difpofition des baguettes ? en fuppofant les couleurs dans l'ordre ci-après fur un fond blanc,’
- 2 dents de baguette rofe , iere teinte.
- 6 dents de baguette verte , 4e teinte.
- 6 dents de fond.
- 2 dents de baguette rofe , iere teinte.
- 60 dents de fond.
- 6 dents de baguette violette, 6e teinte.
- 3 dents de fond.
- 11 dent de baguette verte , 4e teinte.
- 2 dents de baguette violette, 6e teinte.
- 1 dent de fond.
- 1© dents de baguette, chamois & mor-doré 5 doubletés.
- 1 dent de fond.
- 2 dents de baguette verte, 4e teinte.
- 72 dents de fond.
- 2 dents de baguette rofe, iere teinte.
- 2 dents de fond.
- 1 dent de baguette verte , 4e teinte.
- 2 dents de fond.
- 1 dent de baguette verte, 4e teinte;
- 2 dents de fond.
- 1 dent de baguette verte, 4e teinte.
- 2 dents de fond.
- 2 dents de baguette rofe , iere teinte.
- 1 dent de fond.
- , 3 dents de baguette violette, 6e teinte;
- 14 dents de baguette , chamois & mor-doré, doubletés;
- 3 dents de baguette violette , 6e teinte.
- 1 dent de fond.
- 2 dents de baguette rofe, iefe teinte.
- -* 2 dents de fond.
- a dent de baguette verte, 4e teinte.
- 2 dents de fond.
- 11 dent de baguette verte, 4e teinte;
- 2 dents de fond.
- !i dent de baguette verte, 4e teinte.
- 2 dents de fond.
- ' 2 dents de baguette rofe, iere teinte;
- 72 dents de fond.
- 2 dents de baguette verte, 4e teinte. *
- 1 dent de fond.
- 10 dents de baguette, chamois & mor-doré, doubletés.
- 1 dent de fond.
- 2 dents de baguette violette, 6e teinte.
- 1 dent de baguette verte, 4e teinte.
- 3 dents de fond.
- 6 dents de baguette violette, 6e teinte.
- <60 dents de fond.
- 2 dents de baguette rofe, iere teinte.
- 6 dents de fond.
- 6 dents de baguette verte, 4e teinte.
- 2 dents de baguette rofe, iereteinte.
- tTotal 400 dents.
- Cette rayûre eft compofée de yi parties, tant en fond quen baguettes.
- Les
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- Seconde Partie. De t O urdiffage. Chap. Xlll. îiy Les couleurs pour les baguettes Sc pour le fond étant décidées , on fait Tordonnace d’ourdiiîàge dans Tordre de celle qui fuit. Beaucoup de Fabriquants y mettent en tête un numéro qu’ils portent fur un régi lire; pour les reconnoître, on y ajoute le nom de l’Ouvrier qui doit fabriquer l’étoffe avec cette chaîne, la quantieme dumoîs & l’année, afin de n’être pas obligé d’en refaire la combinaîfbn ; on y attache aufîi un échantillon de la rayure, ou le deflein d’ou on Ta tirée ; alors on n’a plus qu’à confronter cet échantillon avec celui que Ton demande*
- Du 16 Novembre 1772.
- 3* Ordonnance d'ourdiffage N°. 3 6, pour un Taffetas h chaîne double en f de largeur fur un 1600 de peigne fans les lifieres, à fils par dent, pou?
- Jacques Fabrot, félon la
- 8 fils rofes, iere teinte.
- 24 fils verds, 4e teinte.
- / 24 fils blancs.
- 8 fils rofes, iere teinte* •
- 240 fils blancs.
- 24 fils violets, 6è teinte.
- 12 fils blancs.
- 4 fils verds, 4e teinte*
- 8 fils violets, 6e tginte.
- 4 fils blancs.
- <40 fils chamois Sc mor-doré doubletés.
- 4 fils blancs.
- 8 fils verds , 4e teinte.
- 288 fils blancs.
- 8 fils rofes , iere teinté*
- 8 fils blancs.
- 4 fils verds ,4e teinte.
- 8 fils blancs.
- 4 fils verds, 4e teinte.
- 8 fils blancs.
- 4 fils verds, 4e teinte*
- 8 fils blancs.
- 8 fils rofes , iere teinte.
- 4 fils blancs.
- 12 fils violets , 6e teinte.
- 56 fils chamois & mor-doré doubletés. 12 fils violets 6e teinte*
- 4 fils blancs.
- 8 fils rofes , iefe teinte*
- 8 fils blancs. v
- 4fils verds, 4e teinte.
- 8 fils blancs.
- 4 fils verds , 4e teinte*
- 8 fils blancs.
- 4 fils verds, 4e teinte#
- 8 fils blancs.
- 8 fils rofes , iere teinte.
- 288 fils blancs.
- 8 fils verds, 4e teinte»
- 4 fils blancs. , ,
- 40 fils chamois Sc mor-dore doubletes. 4 fils'blancs.
- 8 fils violets, 6e teinte.
- 4fils verds,4e teinte, ï 2 fils blancs*
- 24 fils violets , 6e teinte*
- 240 fils blancs.
- 8 fils rofes, iefe teinte*
- 24618 blancs.
- 24 fils verds, 4e teinte.
- 8 fils rofes, ïere teinte.
- Total 1600fils, qu’on ourdira quatre fois pour compléter la chaîne.
- Étoffes de soie. IL Part*
- difpofition de Jon métier*
- Cette méthode m’a parti fi tfonttô que j’ai cru devoir la rapporter telle qu’on la voit ci-contre; d’ailleurs il n’en coûte que peu de foin , & le moindre 'avantage qui en réfulte, eft de maintenir l’ordre danslemagafin d’un Fabriquant.
- Ceci n’a lieu que pour les Fabri-*' quants qui font eux-mêmes leurs or^ donnances, ou qui les font faire pour les donner aux Ourdifleufes : car dans les villes où ce loin fait partie de la fcienee de l’Ourdiffeur , il n’eft pas poffible d’en ufèr ainfi , parce qu’ils font cette combinaîfbn pour eux-* mêmes , Sc qu’ils craindroient qu’en communiquant ces ordonnances foutes faites au Fabriquant 9 il ne les donnât une autre fois à un autre Ourdiffeur pour faire ourdir cette même rayûre ; d’ailleurs , comme chacun penfe que fà maniéré d’opérer efl un fecret pour un autre 9 ôn croit ne lui en devoir point faire part, foit pour ne pas l’inftruire $ foit par la crainte de.perdre quelqu’une de fes pratiques*
- Tous les fils qui font Contenus en l’ordonnance ci-à-côté font, doubles, ce qui efl: conforme à fon titre de chaîne double*
- II
- rT
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- I
- VART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- On doit expliquer exactement fi tout ce qui compofe une chaîne eft double , ou fî elle efî partie double 8c partie fîmple ; parce qu’ il arrive' fouvent que les chaînes pour certaines étoffes de foie rayées , font doubles 8c fîmples , quelquefois même fîmples 8c triples ; mais ceci n'a pas lieu pour celles qu’on a vues jufqu ici ; quand il s’en rencontrera on aura foin d’en prévenir le Leéteur.
- Les chaînes rayées, doubles <St fîmples, font celles dont la trame qui doit entrer pour tiflu efl: de la couleur du fond ; ce fond efî: ourdi fîmple & cependant l’étoffe ne paroît pas affamée de chaîne dans cet endroit, parce que la trame qui s’unit à elle ne faifant qu’une feule couleur, ne laifîè pas apper-‘ ce voir que la chaîne dans cette partie là n’efl; pas aufîî fournie que dans la partie qui compofe les baguettes ; ce neft pas pour faire l’étoffe meilleure ni plus belle qu’on la fait ainfi fabriquer, elle devient même y par ce, moyen * inférieure à tous égards ; mais le feul but que le Fabriquant fe propofe en ce cas, eft d’économifer de la foie, afin de pouvoir donner l’étoffe à moindre prix , ou pour bénéficier davantage, *
- La maniéré d'encantrer ces fortes de chaînes, n’a d’autres difficultés que d’en-verger le fond à fil fîmple, comme pour une chaîne fîmple, 8c les baguettes à fil double , comme pour une chaîne double. J’ai cru devoir faire remarquer en pafîànt cette maniéré d’opérer pour qu’on puifle en tirer avantage dans les diverfes maniérés d’encantrer & d’ourdir lorfque le cas l’exige.
- Voyons maintenant la maniéré dont on encantrera pour ourdir la chaîne contenue en la derniere ordonnance.
- 4, Four la première Cantre.
- En commençant toujours par le bas on mettra • 16 rochets rôfes , 8 dans chaque divifîon.
- 24 rochets verds, 12 dans chaque divifîon.
- En tout 40 rochets.
- Cette cantre aura 40 rochets pour ourdir le premier, 2e, 4e, 48e yoe & y Ie articles de l’ordonnance.
- y. Four la fécondé Cantre.
- On y mettra 60 rochets blancs ,30 dans chaque divifîon , cette cantre fervira à ourdir le 3e, le 5% le 14e , le 38e , le 47e & le 49e articles de l’ordonnance.
- 6. Pour la troifieme Cantre.
- 48 Rochets violets, 24 dans chaque divifîon ; cette cantre fervira pouf ourdir le 6e, le le 27 e & le qye articles de l’ordonnance.
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- Seconde Partie. De tàurdijjage. Ciïàp. XIII; X 27
- 7. Pour la quatrième Cantre*
- 8 Rochets verds , 4 dans chaque divifion*
- 16 rochets violets, 8 dans chaque divifion.
- 8 rochets blancs, 4 dans chaque divifion.
- En tout 22 rochets. v
- J b \
- Cette cantre fervira pour ourdir le 8e, le pe, le 10e , le 42e * le 43e & le 44e article de l’ordonnance.
- 8. Pour la cinquième Cantre.
- 28 Rochets chamois dans une divifion.
- 28 rochets mor-doré dans l’autre.
- \
- En tout jfô rochets. g
- Avec cette cantre on ourdira le 1 Ie, le 26e & le 41e articles de l’ordonnance,
- p. Pour la Jlxieme Cantre.
- 8 Rochets blancs, 4 dans chaque divifion.
- 16 rochets verds, 8 dans chaque divifion*
- En tout 24 rochets.
- Cette cantre feryira pour ourdir le 12e, 13e, 3pe*& le 40e articles de l’ordonnance.
- * 10. Pour la Jeptieme Cantre'
- 16 Rochets rôles , 8 dans chaque divifion.
- 16 rochets blancs, 8 dans chaque divifion. ' '
- 8 rochets verds , 4 dans chaque divifion.
- 16 rochets blancs, 8 dans chaque divifion. * *
- 4 rochets verds, 2 dans chaque divifion. ' o yy;
- En tout 60 rochets.
- Cette cantre fervira pour ourdir le 15e, 16e, 17e, 18e, ipe, ^ôe, 21e,
- 22e,23e,24S2p%3o%3ie>32e>33e>34%35S 36* & 37e articles de l’ordonnance.
- ir. Pour la huitième & derniere Cantre.
- 8 Rochets blancs, 4 dans chaque divifion.
- 24 rochets violets, 12 dans chaque divifion* y
- Cette cantre fervira pour ourdir le 24e , le 25e, le 27e & le 28e articles de l’ordonnance.
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- \
- iriS L’ART DE S' ET O F F E S DE SOIE.
- JDe tordre qii on doit donner aux Qantres en ourdljjant, & lu quantité dt portées & de mufettes qiion doit faire avec chacune•
- / •
- On commencera par la première cantre , avec laquelle on ourdira une portée* 'dont la première mufette fera compofée de tous les rochets quelle contient, & à la fécondé on fupprimera tous les rochetsTofes.
- Il -faut à la première mufette que le rofe foit du côté de fourdifloir ; quand on la placée fur les chevilles de fenvergeure , on obfervera aufli que tous les fils doivent être envergés doubles dans tout f ourdiflàge de cette chaîne.
- On ourdira une mufette avec la fécondé cantre en y fupprimant 12 rochets.
- Une mufette avec la première cantre en y fupprimant tout le verd.
- Huit portées avec la fécondé avec tous fes rochets.
- Une mufette avec la troifieme.
- Une mufette avec la fécondé en y fupprimant 3 6 rochets*
- Une mufette avec la quatrième.
- Une portée avec la cinquième en fupprimant fur chaque mufette, 8 rochets chamois & 8 mor-dorés.,
- Une mufette avec la fixieme : il faut que le côté blanc de la mufette foit du côté de fourdifloir.
- Dix portées avec la fécondé cantre en fupprimant 24 rochets aux deux dernieres mufettes , 12 à chacune.
- Une,portée avec la feptieme cantre, obfervant qu’à la première mufette le rofe foit du côté de fourdifloir, 8c à la fécondé il fera du côté oppofé.
- Une mufette avec la huitième cantre, le blanc fera du côté de fourdifloir*
- Une portée avec la cinquième cantre.
- Une mufette avec la huitième cantre, & fur les chevilles d’envergeure le blanc fera du côté de f Ourdifleufe.
- Une portée avec la feptieme cantre , à la première mufette le rofe fera du côté de fourdifloir, & à la fécondé il fera mis du côté oppofé.
- Dix portées avec la fécondé cantre, en fupprimant ,24 rochets aux deux dernieres mufettes , 12 à chacune.
- Une mufette avec la fixieme cantre.
- Une portée avec la cinquième cantre, en fupprimant à chaque mufette 8 rochets chamois, 8c 8 mor-dorés.
- * «i
- Une mufette avec la quatrième cantre.
- Une mufette avec la fécondé cantre , en y fupprimant 3 6 rochets.’
- Une mufette avec la troifieme cantre.
- Huit portées avec la fécondé cantre fans y rien fupprimer.
- Une mufette avec la première cantre, en y fupprimant tout le verd.
- Une mufette avec la fécondé cantre, en y fupprimant 12 rochets.
- Enfin
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- Seconde Partie. De V Ourdifjage. Chap. XIII. ïip
- Enfin on ourdira une portée avec la première cantre , dans la première mufette on lupprimera tous les rochets rofes, & la fécondé fera ourdie avec tous les rochets que la cantre contient, obfervant feulement que le rofe foit du côté de rOurdifleufè.
- Il faut répéter quatre fois tout cet ourdiifage.
- On doit entendre que dans les articles ou il efl: dit qu’on fbpprimera des rochets, il ne s’agit pas de les ôter de la cantre, mais feulement de ne les pas faire travailler, afin que l’ourdiflàge fe trouve d’accord avec l’ordonnance , 8c cela fè fait en mettant de côté les fils des rochets dont on ne doit pas fe fervir , & lorfqu’on en a beloin on les reprend ; on prend cette précaution pour ne point multiplier ni les cantres ni les encantrages , ainfi que les mutations des cantres que la différence des rayures ne multiplie déjà que trop.
- Voyons fi l’ordre que j’ai donné à l’ourdiflàge efl: fait de maniéré à produire jufte le nombre de fils dont doit être compofé le quart de la chaîne à ourdir.
- Récapitulation.
- Une portée avec la première cantre, dont une mufette à 40 fils , 8c l’autre à 24. ........
- Une mufette avec la deuxieme cantre , moins 12 fils. . Une mufette avec la première cantre, le verd fupprimé. Quatre portées avec la deuxieme cantre. .....
- Une mufette avec la troifieme cantre. ...
- Une mufette avec la deuxieme cantre , moins 3 6 fils. . Une mufette avec la quatrième cantre. . .
- Une portée avec la cinquième cantre, moins 32 fils. .
- Une mufette avec la fixieme cantre................
- Dix portées avec la deuxieme cantre , moins 24 fils. .
- Une portée avec la feptieme cantre................
- Une mufette avec la huitième cantre. . , .
- Une portée avec la cinquième cantre...............
- Une mufette avec la huitième cantre.. . . j . ..
- Une portée avec la feptieme cantre. ......
- Dix portées avec la deuxieme cantre, moins 24 fils. .
- Une mufette avec la fixieme cantre................
- Une portée avec la cinquième cantre, moins 32 fils. % Une mufette avec la quatrième cantre. . .
- Une mufette avec la deuxieme cantre, moins 3 6 fils. . Une mufette avec la troifieme cantre. ......
- Quatre portées avec la deuxieme cantre. . . . .
- Une mufette avec la première cantre, fans le verd. . Une mufette avec la deuxieme cantre, moins 12'fils. . Une portée avec la première cantre, dont une mufette à 40 fils, & l’autre à 24.........................
- 64 fils fimples. 48.
- 16,
- 480.
- 48.
- 24*
- 32.
- 80.
- 24.
- n6-
- 120.
- 32.
- II 2.
- 32. y-/ 12°.
- 57"
- 24.
- 80.
- 32.
- 24.
- 48.
- 480.
- l6.
- 48.
- 64.
- Total 3200.
- Les 3200 fils fimples contenus dans la Récapitulation ne doivent etrexegardé: Étoffes de soie. II. Part. Kk
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- *3° L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- dans 1 ourdiflage que comme 1600 , parce qu’ils font envergés doubles , 8c qu’on doit fe fouvenir que les fils doubles ne comptent que pour un.
- L’ordonnance pour laquelle je viens de faire la récapitulation ne doit faire qu’un quart de la chaîne , dont la totalité fora de 12800 fils fimples , qui ne doivent être regardés que comme 6400 fils, ainfi qu’on vient de le dire, 8c parce qu’un métier ’qui aura les uftentiles propres à fabriquer une étoffe, dont la chaîne foroit de 6400 fils fimples , pourra fabriquer celle dont il eft ici queftion fans être obligé d’y faire aucun changement, ni aucune augmentation.
- Quand une chaîne eft finie d’ourdir , quelle qu’en foit la rayure , on doit placer un petit cordon de foie dans chaque envergeure, de la même maniéré qu’on obforve pour les chaînes unies , & on la lève for une cheville comme celles à une feule couleur en y apportant les mêmes attentions.
- Section Quatorzième.
- De la maniéré (Tencantrer & <îourdir les chaînes Paonne'es.
- Les chaînes paonnées fe traitent comme celles qui font rayées, c eft-à-dire , qu’il faut fàvoir à combien de dents doit fe terminer le petit carreau qu’on veut faire paroître for l’étoffe au moyen, de l’ourdiiîàge ; comme ces petits carreaux ne peuvent fe terminer que par un contre-Pas dans l’encantrage, il eft à propos d’en donner un exemple qui fervira de réglé générale pour l’ourdiftàge de ces fortes de chaînes , & pour celui des raies qui font fouvent une partie de rayure : il faut d’abord obferver que ces fortes d’ourdiflàges fe font toujours à chaîne double.
- Je foppofe que pour une chaîne ou pour une raie, on veuille un carreau de 6 dents à quatre fils par dent, le carreau aura 24 fils, ce qui donnera 48 rochets pour un carreau feul ; on eft forcé d’ourdir ces carreaux l’un après l’autre , de maniéré que chaque mufette en faffe un , on doit aufïï à la cantre, mettre 24 rochets d’une couleur dans la première divifion, & 24 d’un autre dans la fécondé; alors en ourdiffant à plot defeendant, on place l’envergeure telle qu’elle fe trouve, mais à plot montant, on tourne la main pour que ce qui eft d’une couleur à la première mufette for une des chevilles de l’envergeure fe trouve à côté d’une couleur oppofée du contre-Pas de la féconde ; cela fe fait en tournant la main ou en commençant d’enverger par un autre fil que celui qu’on a pris d’abord ; c eft-à-dire , que fi pour l’envergeure de la première mufette on a pris le premier fil de la première divifion ou de la divifion fopérieure, quand on en-vergera la mufette foivante, on prendra le premier fil de la deuxieme divifion ou de la divifion inférieure ; & - fi cette opération donne des fieuleres , on les évitera en faifant fauter le fil de la maniéré qu’on a vue ci-devant dans les chaînes à une couleur, pour profiter de la fécondé envergeure que les deux divifions de la cantre donnent naturellement.
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- Seconde Partie. De F Ourdlffage. Ciîap. XIII. 131
- Cette maniéré d’encantrer, eft, comme on le voit,£ujette à quelques difficultés pour Tenvergeure; je vais en rapporter une autre qui les évite toutes.
- En fùppolànt le même carreau ou même un plus grand, il faut encantrer de maniéré que la moitié de chaque couleur loit dans une divifion par un bout de la cantre, 8c l’autre moitié dans l’autre divifion, par l’autre bout.
- Par exemple, je fuppofe que le paonné dont il eft queftion foit compofé de foie verte 8c de foie blanche , 8c d’un carreau femblable à celui dont je viens de parler ; il faut mettre 12 rochets verds au côté gauche, & les 12 blancs au côté droit dans une même divifion de la cantre, & mettre 12 rochets verts au côté droit, 8c 12 rochets blancs au côté gauche, dans l’autre divifion, 8c ourdir tout Amplement comme l’encantrage le préfente ; on eft alors fûr que les carreaux feront de 6 dents chacun, au moyen de ce que fur les chevilles d’en-vergeure la jonélion des deux mufettes donnera 24 fils de chaque couleur pour les deux Pas; il n’y aura de différence que le partage du carreau fur chaque bord de la chaîne au raz de la lifiere.
- On ne peut, avec cet encantrage , profiter de la fécondé envergeure , parce quon ne pourroit faire fauter le fil qu’en ôtant d’un carreau pour aggrandir l’autre ; ainfi on doit dans ce cas enverger chaque fois comme pour les chaînes rayées.
- Avec cet encantrage, fi l’on veut des carreaux moitié moins grands que ceux que je viens de défigner, on n’aura qu’à tourner la main en plaçant l’en-vergeure d’une des deux mufettes qui compofent la portée d’ourdiflage, & fi l’on ne veut tourner la main que de deux portées une , on aura des carreaux de 6 dents, & des carreaux de trois dans la même chaîne.
- Cette maniéré d’encantrer 8c d’ourdir doit être la même pour les rayes paonnées qui fe trouvent faire partie d’une rayure.
- Ce que je viens de dire des carreaux que j’ai {hppofés, peut s’entendre de tous, quelle qu’en foit la longueur, & de quelque nombre de dents qu’ils foient compofés, on doit toujours {ùivre une de ces deux méthodes pour l’en-cantrage & pour l’ourdilîàge.
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- 1$2
- L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- CHAPITRE QUATORZIEME,
- jDe la maniéré d’Ourdir à Lyon. .
- Section Première.
- Pour les Chaînes à une feule couleur.
- O n doit fe fouvenir que toutes les cantres de Lyon font couchées.
- Les encantrages pour les chaînes unies , ainfi que les envergeages , font les mêmes que ceux dont il a été parlé pour l’ourdiffoir long ; quand à la fuite de l’ôurdiilage, on tient le même ordre qu’avec les cantres droites.
- On doit placer la cantre à environ trois pieds 8t demi du montant de Tour-difloir , par lequel le plot eft enfilé , de maniéré que le devant de cette cantre foit tourné du côté de l’ourdiffoir ; ( on doit fo rappeller que le devant de la cantre eft déterminé par la plus bafle traverfe à anneaux ) ; on fait en forte que le milieu de la longueur de cette cantre foit en ligne droite avec les deux poulies du plot, entre lefquelles la braffe doit paffer continuellement.
- En foppofànt que l’Ourdiffeufe n’employe pas toutes les broches de la cantre , elle doit en iaifler un nombre égal à chaque bout, pour que ce qui eft occupé tienne toujours le milieu de fa longueur.
- Lorfqu’elle a encantré, elle prend tous les fils par le bout, les noue enfom-ble , accroche la brade à la cheville feule au haut de l’ourdiffoir par la réparation que forment les deux divifions d e la cantre ; enfoite elle enverge , puis place fon envergeure for les deux chevilles deftinées à la recevoir , & reprenant la même féparation formée par les deux divifions de la cantre , elle place la braflè for le plot entre les deux poulies , fait paffer la tringle du milieu dans la féparation qu’elle à confiervée, & continue fon ourdiffage de la maniéré qu’on a vue plus haut.
- Ce n’eft pas fans raifon que nous avons donné au plot à 3 tringles la préférence fur tous les autres dont nous avons donné la defoription ; à Lyon, Nîmes, Avignon, Scc. on n en emploie pas d’autres.
- Section Seconde.
- L’usage des cantres à la Lyonnoife ne différé de celui des cantres droites ou des jets, qu’en ce qu’aux premières le bout le plus prochain du banc à roue répond au bas d’une cantre droite ; ainfi tout ce que nous avons dit de celles-ci peut s’entendre des autres au moyen de cette efpece de convention : la maniéré
- d’encantrer
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- Seconde P à r y r é. Dé tOurdijfagè. Chap. XIV. ï-jÿ tî'èncantrer eft la même à toutes deux, 8c les rayures y font placées dans lemêmô ordre aux deux divifions.
- Avec un peu d attention il eft aifé de fentir que les premiers fils qu’ôn oürdit* 'dans toutes fortes de chaînes, fe trouvent contre la lifiere , & fur-tout dans les chaînes rayées : ainfi on commence toujours une Ordonnance par les articles qui avoifinent cette lifiere , 8c le bout de la cantre oppofé au banc les contient J tranfportons nous à l'opération.
- L'Ourdiffeufe commence l'envergeage par le côté gauche dé la cantre ; ( pour éviter les répétitions j'appellerai dorénavant côté gauche celui qui eft? proche du banc , & l'autre fera le côté droit ) ; quand elle a envergé fa brade ^ les derniers fils qui fe trouvent placés fur fes doigts , vers le bout, font ceux qui fin les chevilles d'envergeure feront contre l'ourdiffoir ; mais il eft clair que ce font les derniers du côté droit de la cantre ; & comme rourdifloir tourne de droite à gauche en commençant une chaîne > il faut donc 9 pour la facilité dè l'ourdiffage , établir des réglés invariables pour l'encantage, fans quoi l’Ourdifo feufe feroit obligée d'apporter la plus fcrupuleufe attention pour faire rapporter les couleurs fuivant la dilpofition d’une rayure.
- îl faut nécessairement dans les encantrages , tels que Ceux que j'ai fuppofés , prendre garde fi telle partie doit s'ourdir à plot montant 8c telle autre à plot defcendant.
- La partie qui fe fera à plot defoendant doit être encantréè dè maniéré que les fils qui doivent fe trouver du côté de l'ourdiftoir fur lès chevilles d'ènvergeure * foient placés à la cantre au bout, à droite , 8c qu'à plot montant ils foient placés à gauche.
- On objectera peut-être que de quelque maniéré qtfiôn place les rochéts ori commence toujours l'envergeage par un même bout de la cantre, ( le bout gauche ) , 8c qu’ainfi la précaution que je recommande n eft d'aucune confié^ quence ; mais la réponfe eft facile ; en effet quand le plot defcend, l'ourdiffoir tourne de droite à gauche, & les fils du côté droit dé la cantre fe couchent les premiers fur l'ourdiffoir ; & quand il tourne en fens contraire, ce font ceux du bout oppofé : d’ailleurs, il paroît naturel que les derniers fils envergés foient placés fur les chevilles de maniéré à être contré l'ourdiftoir, & quand lé plot monte , il faut néceflàirement préfenter fur ces chevilles la braffe qu'on vient d'enverger par le côté qu’on a commencé d'enverger ; parce qu’il faut fairè monter le plot aufîi haut que ces chevilles pour l'accrocher à la première dé toutes , & delà, retourner fur fes pas. Il eft donc à propos que, puifque ces fils fe font roulés du côté de l’ourdiftoir pendant toute la montée du plot, ils foient placés fur les chevilles de l’envergeure dans le même fens, pour éviter que la braffe éprouve un demi tour d'entordage ; ce qu’on ne pouroit éviter fï les fils étoient placés dans la cantre autrement qu'on vient de le recommander*' cela ne feroit pas grand tort à la chaîne , mais bien à l'ordre de l'ourdiflâge. Étoffes jde soie. IL Paru L l
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- i34 vart des étoffes de soie.
- On obfervera que dans toutes les ordonnances d’ourdiflàge en général quelle que foit la combinaifon d’une rayûre , il faut toujours qu’une cantre fafle deux fois la même fonélion ,‘une fois avant l’article qui fait le milieu de la rayûre, & une autrefois après ; ainfi, II quand on ourdit la première moitié de la rayûre, on ne doit faire qu’une mufette , & qu’elle foit faite à plot defcen-dant, on la fera à plot montant dans la fécondé, De cette maniéré , il n’eft pas poffible que fi les fils font bien placés pour la defcente du plot, ils ne le fôient pour la montée, parce que l’ordre des rayûres eft fymétrique, & que chaque couleur doit être à égale diftance du point milieu; fi donc un partie de foie verte qui fera dans une cantre, doit fe trouver du côté de l’ourdiflbir à plot defcendant, elle doit fe trouver par la même raifon du côté oppofé à plot montant. ^
- Si les encantrages étoient faits dans un fens contraire à celui que je viens deprefcrire, & qu’on n’y voulût rien changer, on le pourroit encore ; mais il faudroit alors tourner la main à l’enyergeure.
- ' . . A
- '•V * •
- Section Troisième.
- Moyen de connottre par quel bout de la Cantre on doit commencer les encantrages.
- L’o r u R e des encantrages doit néceflàirement s’accorder avec celui de l’ourdiflage : cet accord ne peut réfulter que de l’attention qu’on doit avoir en commençant cette opération par le bout de la cantre qui convient le mieux : à la cantre droite on doit fçavoir fi c’efl: par le haut ou par le bas , & à la cantre couchée , fi c’efl: par le côté droit ou par le gauche.
- Pour connoître par quel bout de la cantre on doit commencer l’encantrage d’une rayûre, il faut fixivre les articles de l’ordonnance d’ourdiflàge qu’on a faits pour la rayûre qu’on veut ourdir ; fçavoir, fi ceux qui occupent une cantre, doivent faire dans la moitié de la rayûre quelques portées entières, ou ne faire qu’un mufette.
- Si la première cantre ne doit faire qu’une mufette , la féconde commencera par le bas de l’ourdiflbir, & fera fa mufette à plot montant: conféquemment l’encantrage de cette fécondé cantre doit être fait du côté oppofé à celui de la première : c’efl: une attention qu’il faut avoir à toutes les cantres ; ainfi fi une cantre doit commencer par le haut de l’ourdiflbir, & qu’elle n’ait qu’un nombre impair de mufettes à fournir, la cantre fuivante commencera indif- / penfàblement par le bas.
- Quand on eft en peine de fçavoir par où commence l’envergeure, par le bas ou par le haut , par la gauche ou par la droite • fi une cantre doit commencer par le haut de l’ourdiflbir , on commencera fon encantrage par fon côté droit, fi c’efl: une cantre couchée; & par le haut fi c’efl: une cantre droite,
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- Seconde Partie. De t Ourdijfage. Chap. XlV. Ï3J & toutes les fois qu’une csntre commencera fon opération par le bas de f our-diffoir ? fi c’eft une cantre couchée , fencantrage fera commencé par le côté gauche , Sc fi c’en efl une droite, on commencera par le bas.
- Il peut arriver que dans certaines difpofitions de rayure on emploie une cantre pour plufieurs parties différentes ; alors on fait fencantrage de la plus forte partie à laquelle elle doit être employée dans l’ordre qu’on vient de prefcrire , fàuf à tourner la main pour les moindres , plutôt que d’ajouter une cantre de plus * ou de faire remonter ou defcendre le plot vuide pour prendre f ourdiflàge dans le fens de l’encantrage.
- Il efl: facile de comprendre par quel côté dé fourdiflbir une cantre doit commencer fon opération, fi f on veut faire attention à l’ordre que les cantres doivent tenir pendant le cours de f ourdiflàge ; cela ne change rien dans le nombre des rochets ni dans l’ordre qu’on doit faire tenir aux couleurs que chacune doit contenir; la différence confifte feulement dans la place que celles-ci doivent occuper dans chacune.
- Je fuppofe que la première cantre doive faire une portée ; elle né fàuroit être faite qu’à plot defcendant pour la première mufette , & à plot montant pour la fécondé ; conféquemment la fécondé cantre commencera par le haut de l’ourdifioir comme la première , Sc fera encantrée dans le même fèns ; mais fi cette fecpnde cantre ne fait qu’une mufette ou tout autre nombre impair , la troifiemé cantre commencera fbn opération par le bas de l’ourdifîbir; dans ce ‘ cas} il faut quelle foit encantrée par le côté oppofé à celui des deux premie-; res, & de même pour toutes les autres cantres.
- Section Quatrième.
- Obfervation fur tordre quon doit faire tenir aux Cantres en ourdijjant*
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- Il ne faut pas confondre l’ordre qu’on doit obfèrvet dans fencantrage < avec celui que les cantres tiennent dans f ourdiflàge , parce qu’une cantre peut faire plufieurs parties dans une rayure , & par-là l’ordre des encantrages efl interrompu , ainfi qu’on peut l’avoir remarqué tant dans les encantrages que dans l’ordre des ourdiflages, au Chapitre précédent , où la première cantre * fait le premier article de la rayure , la fécondé en fait le fécond, la premiers en fait le troifieme , & la fécondé en fait le quatrième ; & par-là on voit que chaque cantre peut remplir plufieurs parties dans une rayure, quoique ces parties ne foient pas égales en nombre de fils ni même en couleur, puifqu’on a vu qu’on fupprime des fils à quelques-unes pour certains articles, & même des couleurs entières à d’autres ; d’ailleurs on peut avoir remarqué que dans chaque rayure en général le nombre des cantres deftinées à les ourdir, efl: beaucoup moindre que le nombre des articles contenus dans une ordonnance d’ourdiflâge*
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- «rjS DA RT DES ÉTOFFES DE SOIE.
- «depuis un des bords jufqu’au milieu ; car on fè fouyient que l’autre moitié n efl qu’une répétition de la^premiere.
- L’ufàge des cantres à tiroirs efl: préférable pour fourdiflage des chaînes îayées ; mais la cantre couchée ordinaire fiiffit pour celui des chaînes unies ainfi que pour tous ceux qui fuivent la méthode de Nîmes, d’Avignon , &c. où une feule cantre fiiflit, ainfi qu’on l’a vu plus haut.
- Toutes les villes de fabrique où les Ourdiffeurs n’ont point voulu adopter cette derniere maniéré d’ourdir les chaînes , ont été obligés d’avoir recours à la multiplicité des cantres, ainfi que je fai déjà dit : les uns ont multiplié les cantres droites, & ont tâché de les rendre moins volumineufes. Quelques Fabriquants de Lyon ont cherché à Amplifier les cantres couchées, & c’effc ce qui a donné naiflànce aux cantres & aux carcaffes à tiroirs.
- Section Cinquième»--
- De la maniéré de fe fervir des cantres à tiroirs, pour tourdijjage des
- chaînes rayées.
- s,
- L’o r d r e de l’encantrage aux tiroirs efl: abfolument le même qu’à la cantre couchée, puifqu’on doit regarder un tiroir comme une cantre ; ainfi fi on fiippofe qu’une rayure doive occuper fix cantres, elle occupera de même fix tiroirs, avec cette différence que dans le même volume d’une cantre, on en trouve fix par les fix tiroirs qu’elle contient.
- L’Ourdiffeufe doit numéroter fes tiroirs ou les marquer autrement, afin de fè reconnoître dans l’ordre qu’elle doit leur faire tenir en ourdiflànt ; ainfi toutes les combinaifons des rayûres ôc toutes les ordonnances qu’on a rapportées dans les Chapitres précédents, peuvent fervir d’exemples pour les cantres à tiroirs , de même que pour les cantres couchées.
- Il me refte à traiter de l’ôurdi (Page des poils ombrés de toutes couleurs , & pour mieux faire comprendre de quelle maniéré on fe fert des cantres à tiroirs, j’en donnerai les encantrages, je détaillerai les opérations , & confié-quemment l’ordre des ourdiflagelS. ^
- Obfervation fur les chaînes Communément appellées Poils.
- Toutes les Etoffes qui font fufceptibles d’une fécondé chaîne font ordinairement façonnées ; cette fécondé chaîne efl: généralement appellée Poil ; il y a même des étoffes qui en ont trois, Sc quelquefois quatre ; cela dépend du goût ou du deflein qu’on veut leur donner. Il y a de ces poils qui fervent pour faire des bandes cannelées,- d’autres pour des guirlandes à fleurs , &c.
- Parmi tous ces différents poils , il y en a à nuance , ( ce font les ombrés ) , & d’autres qui ne le font pas ; il y en a de doubletés, de tripletés, & même
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- Seconde Partie. De HOurdifiage. Chap. XIV: tij
- de quadrupletés ; tous fervent à former quelque delfein fur letoffe pour laquelle on les deftine.
- n y3 encore un autre genre de poils qui fervent pour les étoffes dont les defleins dépendent de leur trame, 8c qui en font le corps ; d'autres pour des étoffes, où ce font des trames brochées qui en font les fleurs ; d'autres enfin où c'efl l'or 8c l’argent qui forment le deflein. La fonélion de ces poils dans les étoffes dont je viens de parler, efl de lier de près la foie ou la dorure, &c. de maniéré que les parties qui forment le deflein , ne puiffent s’accrocher par leur trop grande longueur, ainfî qu’on la verra en fon lieu.
- Ces fortes de poils font ordinairement d’une feule couleur, & toujours de celle de la chaîne, à moins qu’ils ne fervent à lier quelque dorure. Dans ce cas , ils font ou couleur d’or, ou blancs pour lier de l’argenture; cette partie fera auffi traitée à part. ;
- La maniéré d’ourdir ces poils efl: la même qu'aux chaînes unies : il fiiffit que l’Ourdifleufe fâche le nombre de fils dont chacun efl compofé.
- On leur donne prefque toujours un nombre de fils beaucoup moins confidé-rable que la chaîne à laquelle ils font deftinés. Ce qui demande en ourdiflànt une précaution eflentielle , c'efl qu’il faut toujours les ourdir avec le plus petit nombre de rochets poflible , afin que, lorfqu’on les plie , on trouve un plus grand nombre de mufettes à divifer : la raifon en fera donnée dans le traité du Pliage.
- Il y a cependant des étoffes pour lefquelles les poils ont un nombre de fils aufïï confidérable que la chaîne pour laquelle ils doivent fervir ; il y en a d'autres dont le nombre efl double de celui de la chaîne , d’autres encore où il efl plus grand d’un tiers. Ces fortes de poils font ordinairement de la couleur de la chaîne , quoiqu’ils fervent à former des defleins fur l’étoffe à laquelle ils font deftinés ; quelques-uns de ces poils ont aufli des rayures à nuances 8c fans nuances : leur combinaifon , leur encantrage 8c leur ourdiflage fe traitent comme ceux des chaînes rayées doubles.
- Des Poils a bande*
- Les Poils à bande font ceux qui dans une étoffe forment un deflein ou une raie cannelée , 8c qui n’occupent pas toutes les dents du peigne ; ces dents laiffent des intervalles d’une partie à l’autre, comme font les baguettes des rayûres qui font féparées par les parties de fond : c’efl par cette raifon qu’on les nomme Poils à bande.
- Parmi les Etoffes de foie , il y en a beaucoup dont les defleins exigent de ces poils , fiir-tout dans le genre des Taffetas, tels que ceux qui font cannelés, brillantés 8c façonnés, plufieurs genres de Moëre , de Velours, &c. la combinaifon de ces poils n’eft pas la même que celle des poils dont nous Etoffes de soie. IL Paru M m
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- ï38 L’ART D ES ETO FFE S D t SO I £.
- venons de parler, non plus que des chaînes rayées ; & pour la faire comme il faut, on a abfolument befoin d’un deffein fait, ou d’un échantillon de 1 étoffe qu’on veut faire ; car iln’eft prefque pas poflible de fe fervir de celui d’un genre d’étoffe différent, pour le faire fur un autre ; la raifon en eft qu’il faut nécef-fàirement fe trouver d’accord fil pour fil avec le defîein ou avec l’échantillon , de maniéré qye fi le defîein porte une bande de 20 dents , il faut l’ourdir de 20 dents , & fiiivre l’idée du Defîînateur, & fi l’on omettoit quelques dents , le deffein ne pourroit s’exécuter qu’en partie, ce qui rendroit l’étoffe très-défec-tueufe : fi au contraire on employoit des dents de trop , on tomberoit encore dans une de ces défeéluofités infùpportables parle dérangement des couleurs, & il s’en fuivroit un dégât confidérable de foie, quelque précaution qu’on y apportât, parce qu’il faudroit fupprimer la foie des dents qu’on auroit ajoutées , 8c que cette fuppreffion ne fàuroit fe faire que lorfque les chaînes 8c poils font fur le , métier , attendu qu’il eft impoffible de s’appercevoir ailleurs de ce trop de foie , puifque ce n’eft que par le rapport exaél qu’il doit y avoir entre le nombre des fils qui compofent un poil, les uftenfiles qui doivent le mettre en œuvre , 8c l’accord que le tout doit avoir avec le deffein ou avec l’échantillon.
- J’ai dit çi-defîus qu’on pouvoit ourdir les poils fur une efquifîe , mais cet ourdifïàge ne peut avoir lieu que pour la première chaîne ou pour le premier poil, qui doit faire le defîein porté par cette efquifîe ; encore faut-il que ce foit fur l’ordonnance d’ourdifîàge, qu’on accorde les uftenfiles du métier, pour en fabriquer l’étoffe ; ou que ce foit de l’ordonnance des uftenfiles, qu’on tire l’ourdifîage ; au fiirplus , cette derniere méthode ne fàuroit avoir lieu que pour quelques poils à bande cannelée ou fatinée , ou pour quelque brillanté ; le plus fur eft de ne s’en point fervir , tant parce quelle eft très-embarrafîànte, que parce qu’il eft difficile d’éviter d’y faire des fautes très-grofïieres : la meilleure de toutes les méthodes pour les poils à bande & même pour les poils en plein & à nuance, eft de prendre les ourdifïàges fur les deffeins , parce qu’on n’a qu’à calculer 8c non à combiner. Pour donner une idée de l’aifànce que procure le deffein pour l’ourdifîage de ces poils , il fuffit de fçavoir que les deffeins de toute £>rte d’étoffe façonnée font exécutés fur du papier réglé tel que celui dont il a été parlé dans la Seélion 2. du Chapitre XIII. de cet Ouvrage.
- Si le deffein eft fait pour un tiers de la largeur de l’étoffe à laquelle il doit fervir, fa largeur contiendra autant de petits carreaux que le tiers l’étoffe peut contenir de dents , ou le double de ces petits carreaux, 8c même pour certains genres d’étoffes ce deffein doit contenir le triple de petits carreaux de ce que le tiers de l’étoffe peut contenir de dents ; cette différence ne doit point embar-raffer, puifque c’eft, comme je viens de le dire, le genre d’étoffe qui détermine le nombre de petit carreaux qu’il faut occuper fur le papier réglé pour chaque dent du peigne qui doit la fabriquer. Ordinairement le Deffinateur explique fur l’enyers du deffein, combien chaque dent contient de carreaux ; alors
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- Seconde Partie. De VOurdiJJage. Chap. XIV* 139 TOurdiflèufe ria qu'à calculer en conféquence pour fo mettre au fait de fon
- ouvrage.
- On fe fort pour les deflèins à bande d’un papier réglé aufli large que pour un defTein plein , ou tous les carreaux en largeur font occupés ; par ce moyen on voit dans fondant combien de fois le deflèin doit être contenu dans la largeur de l'étoffe , & on n a plus quà calculer tous les carreaux quoccupe, for la largeur du papier feulement, la couleur qui forme le deflèin, conformer l'ourdifo {âge à ce calcul, & le répéter autant de fois que le deflèin doit fe trouver dans la largeur de l'étoffe ; & dans ces poils à bande les intervalles qui relient entre les parties dont la couleur détermine le deflèin, eft le fond de l'étoffé ; c’eft pour cela qu’on emploie autant de papier en largeur pour un deflèin à bande que pour un deflèin en plein.
- Section Sixième.
- De la combinaijon , encantrage & ourdi JJ âge des Poils a plujieurs couleurs,
- & des Poils ombrés.
- » , /
- Pour traiter méthodiquement tous les articles annoncés dans le titre de cette Seétion, je vais parcourir plulieurs exemples tant en échantillons qu’en deflèins ; & pour rendre les opérations plus fenfibles, j’en expoferai tous les détails.
- Exemple.
- L’Echantillon que je choifis pour exemple eft un Taffetas à bande cannelée , dont le peigne eft un mille , à quatre fils par dent ; la foppofition que je fais convient à toute rayure , foit que fa chaîne foit enrichie d’un poil 9 ou que ce poil la compofe ; je fuppofe aufli que chaque baguette foit une bande cannelée , & que ces bandes foient* en deux couleurs & fans doubleté : cet échantillon eft celui qu’on voit PL 26 , Fig. ir.
- Si la chaîne eft à rayure, on en fait la combinaifon comme on l'a dit pour les chaînes rayées ; on l'encantre & on l'ourdit de même que s'il ne devoir pas y avoir de pqil ; enfoite on calcule for l’échantillon le nombre des dents du peigne que ce poil doit occuper dans l'étoffe : ( on a vu ci-deflus de quelle conféquence il eft de n’y en mettre ni plus ni moins ) ; on peut même pour plus d’exaélitude compter ces fils à l'aide d’un microfoope.
- On fait une note, bande par bande 9 des dents que chacune contient 9 ainfi que de leurs différentes couleurs , afin de les ourdir comme il faut : quand on fait le difpofitif d'une rayûre de chaîne ou d'un poil, on ne doit tenir aucun compte des couleurs dont le deflèin de l’échantillon qu’on foit eft compofé, à moins que le hazard ne le donne.
- %
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- 140 L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE;
- Je fuppofe maintenant que la rayure de l'étoffe pour laquelle on deftine le" poil, jfoit répétéé trois fois dans une largeur de 20 pouces ; le tiers de cette même largeur fera celle de la rayure dont il s agit ; ainfi elle aura 6 pouces & 8 lignes ; 8c comme on a fuppofé que le peigne eft un mille , on aura pour le tiers de ce nombre 333 dents , en évitant les fractions qui font d’autant plus inutiles que l’on ne fàuroit les accorder : on rejettera fur la lifiere le produit des trois fraétions formant une dent, 8c Ton regardera le peigne comme n’ayant que 999 dents.
- Sur les 333 dents qui compofent le tiers des mille du peigne , je fuppofe que le poil par ces diverfes parties en occupe 112, 8c que ce nombre foit divifé en cinq parties ou bandes. ^
- Je fuppofe la première bande de . . . . 24 dents.
- La fécondé de............................9.
- La troifieme de........................46.
- La quatrième de..........................9.
- Et la cinquième de ........ . 24.
- Total 112.
- Les poils lîmpletés ont toujours 2 fils doubles par dents , quelquefois ils en ont trois ; on fabrique même aujourd’hui des étoffes, où Ton en met quatre : nous verrons ailleurs les réglés des doubletés , des tripletés 8c des autres.
- Le poil dont il s’agit ici doit donc être regardé 8c exécuté fur le pied de 2 fils doubles par dent, & c’eft dans cette proportion que l’ourdiiîage en fera fait dans toutes les parties.
- Il eft évident que, fùivant la rayure fuppofée , les 112 dents qui y font contenues doivent être ourdies trois fois , puifque le deflein pour lequel elles font deftinées doit être répété trois fois dans la largeur de l’étoffe.
- Il faut, pour l’ourdiflage des poils , que l’Ourdiffeufe ait une ordonnance pareille à celles des chaînes ; & comme nous avons vu plus haut, que les chaînes auxquelles on joint un poil n’ont rien de particulier , je lùppoferai que la chaîne pour laquelle ce poil doit fervir eft déjà ourdie.
- *
- Ordonnance d? ourdi JJ âge du Poil d! un Taffetas à trois répétitions, dont la chaîne ejl fous le N°. 7, pour le métier de Jean Dugas.
- m
- 48 fils cramoifis.
- 18 fils verds , quatrième teinte.
- 92 fils cramoifis.
- 18 fils verds , quatrième teinte. s 48 fils cramoifis.
- Total 224 fils.
- Il faut ourdir trois fois le contenu en cette ordonnance.
- Tout double.
- De
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- Seconde Partie. De tOurdijfage. Chap, XIV,
- De la maniéré d’encantrer pour l'ordonnance du Poil dont il s agit ; en employant la cantre à tiroirs.
- L e premier tiroir aura 48 rochets cramoifis , 24 dans chaque divifion;
- Le fécond tiroir aura 3 6 rochets verds de la quatrième teinte , iS dans chaque divifion.
- Ces deux tiroirs font fuffifants pour Tourdiflage de ce Poil.
- Ordre qiion doit obferver dans VOurdiffage♦
- Une portée avec le premier tiroir. ,
- Une mufette avec le fécond.
- Deux portées avec le premier, en fupprimant 8 rochets à la dernier® mufette.
- Une mufette avec le fécond.
- Et une portée avec le premier.
- En répétant trois fois cet ourdiffage, on aura le nombre de fils fuffifànt pour la totalité du poil ; il eft inutile d’avertir qu’en envergeant on doit au lieu d’un fil en prendre deux à la fois , puifqu ils doivent être paffés deux à deux dans les anneaux de la cantre , & que ces deux fils n’en valent qu’un.
- RÉCAPITULATION.
- Une portée avec le premier tiroir. ï ; * y y y 48 fils.
- Une mufette avec le fécond. ; 4 . . * . . 18*
- Deux portées avec le premier , 8 fils füpprimés. * ; 92.
- Une mufette avec le fécond. ....... 18.
- Une portée avec le premier. . * . 48.
- Total 224 fils doubles;
- Lefquels répétés 3 fois, donneront 672 fils doubles, qui fe trouvent d’accord avec la difpofition de la rayûre fuppofée.
- Obfervadon Jur tordre quon fait tenir aux Tiroirs.
- Quelque nombre de tiroirs qu’une rayure puifle employer, foit pour une'chaîne ,foit pour un poil, on leur fait toujours tenir le même ordre qu’aux cantres, c’eft-à-dire, que lorfqu’avec le premier tiroir on a ourdi la partie que la foie qu’il contient doit remplir , en fùivant les difpofitions de la rayûre l’une après l’autre , on l’ôte de deflus la cantre , & on le place dans fbn fourreau: (on doit fe refîouvenir que la cantre à tiroirs eft compofée de 6 tiroirs 4 & de 7 fourreaux , pour qu’il y en ait toujours un de libre ) ; enfuite on lui Étoffes de soie. II. Paru N n
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- L’ART DES ÉTOFFES DF SOIE.
- fubftîtue celui qui doit fournir la partie fiiivante de la rayàre.
- Avant que d’ôter de fa place un tiroir qui vient de travailler, on coupe la braflè , & on roule tous les bouts de foie chacun fur le rochet auquel il appartient ; & comme ces rochets font encantrés tous du même fens , il fuffit de tenir dans la main gauche la moitié de la brafle compofée de tous les bouts d’une divifion ,8c de paflêr rapidement la main droite fur le bord de tous leurs rochets; on leur imprime un mouvement de rotation, & cette opération qui fèroit fort longue, s’il falloit prendre les rochets les uns après les autres, fè fait dans un inftant : il ne faut cependant pas les rouler tout-à-fait, parce que, lorfqu’on voudroit remettre ce même tiroir en œuvre , on aüroit beaucoup de peine à les retrouver pour les paflèr dans les anneaux ou ils doivent être ; il faut nouer tous les bouts enfèmble , moitié . d’un côté , moitié d’un autre , pour qu’ils ne fè mêlent point, & de maniéré que le nœud puiflè fè défaire aifement pour ne point perdre de foie , & les reprendre quand on veut fè fervir! du même tiroir.
- On fait fuivre aux tiroirs qu’on emploie pour ourdir une rayûre, l’ordre qu’on a déterminé dans l’ordonnance. Quand ils ont rempli leur* fonélion, & qu’on en a roulé les brins comme on vient de le voir, on en fubftitue un autre , & on en paflèles bouts dans les anneaux comme on l’a vu.
- S’il arrive qu’une rayûre emploie plus de tiroirs qu’une 8c même deux cantres ne peuvent en contenir , on peut fè difpenfer de prendre une nouvelle cantre ; il fiiffit alors de mettre des tiroirs d’un autre cantre fur celle qui eft en place : c’eft ce qui a fait imaginer la carcaflè à tiroirs dont on a parlé dans le Chapitre XIII, Seétion 3. On voit par-là combien il eft néceflàire que chaque tiroir, puiflè aller à toutes les cantres, ainfi qu’à la carcaflè, & que tous ayent le même nombre de broches. Comme il eft rare que des Ourdiflèufès faflènt faire leurs uftenfiles en même temps, il arrive fouvent qu’en achetant partie par partie, elles fe trouvent de differentes dimenfxons ; mais j’ai dû avertir de ce qu’il eft plus à propos de faire.
- Section Septième.
- De tourdijjage de Poils à plujieurs couleurs fans nuance , doubletés & à bande.
- J e fiippofè un deflèin de rayûre pour le poil d’un taffetas cannelé fèmblable au précédent (c’eft celle qu’on voit Fig. iz9Pl. 26) du même compte de peigne quant à la largeur , 8c qui prenne la moitié de celle de l’étofîè, ce qu’on peut nommer rayûre à deux répétitions ; car on appelle dans plufieurs villes de fabrique rayûre à trois ou quatre répétitions, &c, celles dans lefquelles la rayûre eft répétée trois ou quatre fois & même plus dans la largeur d’une étoffe. On fè fèrt auflî de la même expreffion pour les étoffes à fleurs, & l’on dit un taffetas, un fatin
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- Secondé Parïiê. De tOurdiffage. Chap. % IV. Î4S ou autre étoffe dont le deflèin eft à trois, quatre répétitions; mais dans d’autres villes , telles que Lyon , Nîmes , Avignon , &c. on nomme chemin Ce qu ailleurs on appelle répétition •; de maniéré qu’une étoffe dans la largeur de laquelle le deffein fe trouve trois fois répété, eft nommée étoffe à trois , quatre , â?c* chemins. *
- Cette obfervation m’a paru nécelïàîre*, pour prévenir le Leéteür for l’ufagè de deux exprelîîons fynonymes.
- La rayûre foppoféé étant à deux répétitions fur UH mille de peigne, dontierâ yoo dents fur 10 pouces de largeur; mais on ne doit avoir égard ni à la largeur de l’étoffe, ni à la quantité des dents que Cette largeur contient: la combinaifon fera faite fur la quantité qu’en offre le deflèin pour Ce qui concerne ce poil * & la chaîne eft fuppofée ourdie , puifqu’il n eft ici queftion que des poils ; ainfi je n’ai befoin de connoître que le nombre des bandes que ce poil doit occuper dans la largeur de la rayûre, du nombre des dents pour chaque bande , & de quelle couleur chacune doit être ourdie.
- Pour les couleurs , je fuppoferai que parmi les bandes fimpletées, il y eri aura des vertes & des rofes, & que les bandes doubletées feront chamois & mordoré : les unes & les autres feront diftinguées dans l’ordre de la Combinaifon , par bandes doubletées & bandes fimpletées. La bande fimpletée eft celle qui eft faite avec une feule couleur à laquelle il ne faut que deux fils doubles par dents ; mais la bande doubletée eft à deux Couleurs & à quatre fils doubles pat dents, ou, pour mieux me faire entendre, la bande doubletée eft compofée de deux bandes l’une for l’autre, qu’on pourroit ourdir féparément, s’il n’en réfoltoit un peu plus d’embarras pour l’Ouvrier qui fabrique l’étoffe.
- Le deffein formera 13 bandés, ainfi qu’on va le voir dans la combinaifon qui foit.
- Première bande . • 4 dents vêrtes, cinquième teinte , fimpletée.
- Deuxieme bande . . 24 dents rofes, troilieme teinte , fimpletée.
- Troifieme bande. . 16 dents vertes, cinquième teinte, fimpletée.
- Quatrième bande . 12 dents chamois & mordoré , doubletée.
- Cinquième bande . 8 dents rofes , troifieme teinte, fimpletée.
- Sixième bande . . 4 dents vertes, cinquième teinte , fimpletée;
- Septième bande * 60 dents chamois & mor-doré , doubletée.
- Huitième bande * 4 dents vertes, cinquième teinte, fimpletée.
- Neuvième bande ; 8 dents rofes, troifieme teinte, fimpletée.
- Dixième bande . . 12 dents chamois & mor-doré , doubletée.
- Onzième bande . 16 dents vertes, cinquième teinte, fimpletée.
- Douzième bande . 24 dents rofes, troifieme teinte, fimpletée.
- Treizième bande . 4 dents vertes, cinquième teinte, fimpletée.
- Total 196 dents.
- C’eft fur cette combinaifon qu’il faut que l’ordonnance d ourdifiàge foit faite dans l’ordre qui foit.
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- *44
- L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE.*
- Ordonnance d’ourdi ffage d’un Poil de Taffetas "doublctè à deux répétitions, pour la chaîne N°. 15, four le métier de Simon Robinoti '
- .r ’ "i r
- 8 fils verds, cinquième teinte.
- 48 fils rofes y troifieme teinte.
- 32 fils verds, cinquième teinte.
- 48 fils dont 24 chamois , 8c 24 mor-doré , doubletés;1 ' 5
- ï6 fils rofes, troifieme teinte. • .. ,
- 8 fils verds, cinquième teinte. .
- *240 fils dont 120 mor-doré, & 120 chamois, doubletés;
- 8 fils verds, cinquième teinte.
- 1 (5 fils rofes, deuxieme teinte. >
- 48 fils dont 24 chamois , ♦ & 24 mordoré, doubletés, ' b
- 32 fils verds, troifieme teinte. /:f; b -r ^ r ,;p*
- 48 fils rofes , cinquième tpinte, * * v 4, ~ 1
- . 8 fils verds, cinquième teinte. ..5 ' : Lb
- Total 5 6 o fils, tous doubles. ’ .
- On ourdira deux fois le contenu en l'ordonnance. ' '
- Cet ourdiflàge produira 1120 fils doubles, & c’efl: le même nombre dont le poil doit être compofé, fuivant la combinaifon qui en a été faite,
- t
- , •, .
- . , J V- I ’
- . Encantrage, premier filiroir* f . v! »
- ... 32 Rochets verds, 16 dans dans chaque divifion.’
- Second Tiroir*
- \ • * ,
- 48 Rochets rofes, 24 dans chaque divifion;
- Troifieme Tiroir*
- 24 Rochets chamois dans une divifion;
- 24 Rochets chamois dans l’autre.
- Ces trois tiroirs feront fuffifants pour i’ourdi/Tage du poil dont ilefi queflion, en leur faifant tenir à chacun l’ordre convenable.
- Ordre
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- Secondé Partie : De t Ourdifage*, Cha?. XIV.
- Ordre quon doit faire tenir aux Tiroirs dans ?ourdiffagè*
- On ourdira une mufette avec le premier Tiroir , en ÿ fupprimant la moitié des fils.
- Une portée avec le fécond*
- Une portée avec le premier*
- Une portée avec le troifieme*
- Une mufette avec le fécond, en y fupprimant 16 rockets*
- Une mufette avec le premier, en y fupprimant la moitié des fils*
- Cinq portées avec le troifieme.
- Une mufette avec le premier , en y fupprimant la moitié des fils*
- Une mufette avec le fécond, en y fupprimant 16 fils*
- Une portée avec le troifieme.
- Une portée avec le premier*
- Une portée avec le fécond.
- Une mufette avec le premier > en y fupprimant la moitié des fils.
- Le nombre des portées & mufèttes comprifes dans tout cet ourdiflâgedoît produire la quantité de fils dont le poil fera compofé , ainfi qu’on peut le • voir par la récapitulation fui vante* '
- Récapitulation*
- /
- Une mufette avec le premier Tiroir , dont on à fupprimé là moitié «• «*•*»*•••*. 8 fils*
- Une portée avec le fécond* . ... . . * . 48*
- Une portée avec le premier.................32.
- Une portée avec le troifieme*..............48.
- Une mufette avec le fécond , moins 16 rochets. . 16*
- Une mufette avec le premier , moins la moitié . . 8.
- Cinq portées avec le troifieme. . . * * . . 240*
- Une mufette avec le premier, moins la moitié. . • 8*
- Une mufette avec le fécond } moins 16 fils. . * . ï6*
- Une portée avec letroifieme. ....... 48.
- Une porté avec le premier. 32.
- Une portée avec le fécond. .......................48.
- Une mufette avec le premier 9 moins la moitié. . 8*
- Total y<5o fils doubles*
- Comme on ourdit deux fois la même chofe , on aura les nïo fils dont on a befoin.
- Jufqu à préfent les exemples qu’on a vus ne prouvent pas beaucoup la nécefs Étoffes de soie. IL Part, Oo
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- x46 U ART DES ETOFFES DE SOIE. fité de la multiplicité des cantres ou des tiroirs pour l’ourdiflàge des poils ; on verra dans l’exemple qui va foivre combien certains poils peuvent en employer; mais j’ai cru devoir venir du fimple au compofé , pour parcourir par dégrés tous les genres d’ourdilîàge*, Sc donner de l’ordre à cet Ouvrage. On peut avoir remarqué que tous les exemples que j’ai déjà donnés ont entr’eux une différence marquée, pour laquelle ilfaut néceflairement changer quelque chofe dans chaque opération ; la connoifîànce de ce changement ne peut s’acquérir que par la multiplicité des exemples, qui fouis peuvent inftruire de l’ordre qu’on doit tenir à chaque différente rayûre, foit pour les chaînes, foit pour les poils.
- i
- Section Huitième.
- Des Poils ombrés & doubletés pour les Taffetas hrillantés.
- Les taffetas brillantés ne différent des taffetas cannelés que par de petites façons qu’on voit dans les bandes, & qui y forment des efpeces de deffeins ; l’ourdiflàge ne contribue à ces façons que par rapport au nombre des fils qu’on met à leur poil pour les former ; mais le refte eft produit par le mécanifine du métier fur lequel on fabrique l’étoffe ; il eft vrai qu’ordinairement ces fortes de taffetas ont le poil plus confidérable que les taffetas cannelés, & que d’ailleurs ils ont auffi des bandes nuancées , même de celles qui font doubletées, ce qui n’arrive prelque jamais dans les taffetas cannelés.
- La combinaifon , foit fur des deffeins , foit fur des échantillons doit être faite pour les poils des taffetas brillantés de la même maniéré que pour ceux des taffetas cannelés.
- Les ordonnances , l’encantrage & l’ourdiffage font auffi les mêmes, la différence ne confifte que dans le nombre de bandes, celui des fils dont chacune eft compofée, & le plus ou le moins de cantres ou des tiroirs qu’il faut employer pour les ourdir.
- Dans les taffetas brillantés, ainfi que dans les taffetas à bande cannelée , il peut y avoir autant de variété dans leur compofition, qu’il peut y en avoir dans les rayures qui entrent dans les diverfes étoffes qui en font fufceptibles ; c’eft pourquoi il ne faut pas croire qu’en fuivant un des exemples que j’ai déjà donnés , ou de ceux que je me propofe de donner par la foite, on ait connoif-fance de tout ce que l’on peut faire en ce genre : on aura occafion de fe convaincre , que chaque rayûre pour les étoffes, & chaque deflein pour les poils, four-niflent autant de combinaifons différentes; les exemples que j en donne forviront feulement à frayer la route qu’on doit tenir dans chaque efpece, afin d’y arriver
- fôreroent.
- Il faut une grande exaélitude dans toutes les opérations qui concernent les poils , foit dans le calcul, foit dans l’arrangement des couleurs ; la moindre omiffion de l’une de ces deux précautions rend l’étoffe défeéhieufe , le meil-
- /
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- Secondé P a ït ? î e. De tOurdiffage. Chap. XÎV. 147 leur remede alors eft d’ourdir de nouveau 8c à part ce qui y manque ; car bien fouvent les correélions n’y réuffiffent qu’en faifant des dégâts de foie, 8c en donnant beaucoup de peine à l’Ouvrier qui fabrique l’étoffe , encore n’eft-elle jamais aufïi parfaite qu’elle devroit l’être.
- jExemple d'un Dejffein pour un Taffetas brillanti,
- J e fuppofe un delfein pour un taffetas brillanté dont le peigne foit un iyoô fur 27 pouces de largeur , & à 4 fils par dent pour la chaîne; ce delfein aura trois répétitions, ce qui donne pour le tiers, 9 pouces de largeur 8c $ 00 dents de peigne j on en voit l’échantillon Fig. 13, PL 26.
- Je fuppofe encore que pour ce tiers, le delfein foit divifé en dix bandes , 8c que parmi ces bandes il y en ait d’une feule couleur , d’autres nuancées, d’autres doubletées , & que dans les bandes doubletées il y ait un Pas nuancé.
- Il ne faut pas être furpris que dans l’exemple que je fuppofe , la rayure que je choifis foit compofée de dix bandes , quoique dans toutes les combinaifons de rayûres que j’ai fuppofées , & même dans celles des poils qu’on a vues , le nombre des parties qui les compofent fbient impairs ; tous les poils à bande peuvent être pairs, parce qu’aucune des bandes n’eft partagée contre la libéré fur le bord de l’étoffe, 8c malgré cela ni l’ordre delà rayûre, ni celui du poil même ne perdent rien de leur fymétrie , fi on fuppofe que le poil en rende fiifceptible la chaîne pour laquelle ce poil eft deftiné.
- U peut arriver cependant qu’une bande foit partagée fur les lifleres , 8c que néanmoins le nombre des bandes foit pair, fur-tout quand dans le milieu de la difpofition , deux bandes fe trouvent égales, 8c font féparées par le fond de la chaîne ou par une baguette appartenant à la rayûre de la même chaîne, la corn-binaifon fuivante nous en fournira un exemple.
- Combinais o n.
- Première bande . Seconde bande Troifieme bande ,
- 1 Quatrième bande * Cinquième bande Sixième bande Septième bande . Huitième bande . Neuvième bande. Dixième bande .
- 6 dents blanches.
- 20 dents violettes, 2 nuances ouvertes.
- 12 dents vertes 8c rofes fans nuances, deux dents vertes à chaque côté du rofè.
- 32 dents aurore, 2 nuances ouvertes.
- 60 dents nuance verte fermée, doubleté blanc/
- 60 dents vertes , nuance fermée, doubleté blanc. 32 dents aurores,' >2 nuances ouvertes.
- 12 dents vertes & rofes, comme la troifieme*
- 20 dents violettes, 2 nuances ouvertes.
- 6 dents blanches.
- Total 260 dents.
- Suivant cette combinaifon , le tiers du poil fuppofé occupe 260 dents.
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- 148 VART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- Si on confîdere ces 260 dents feules & fans doubleté* elles ne produiront pour le tiers du poil que y 20 fils doubles ; mais les deux bandes doubletees qui font chacune de 60 dents doivent augmenter ce nombre , & le faire regarder comme fl la combinaifon portoit deux fois 60 dents de plus, parce que les bandes dou-bletées ont chacune 4 fils par dent, & que les bandes ordinaires qu’on nomme jîmpletées n’en ont que deux; ainfi deux fois 60 dents donnent 120 dents qu’il faut ajouter à 260, ce qui fait en tout 380 dents, & malgré ce nombre le poil n’en occupera dans la totalité du peigne que 780, &c’eft d’après cela que l’ordonnance d’ourdiflàge doit être faite.
- Ordonnance d! ourdiffâge du Poil d!un Taffetas brillante a trois répétitions j
- pour la chaîne N°. 19 , pour le métier de Jean Verdier.
- 12 fils blancs.
- 48 fils violets, nuance fermée.
- 4 fils verds, deuxieme teinte.
- 16 fils rofes , cinquième teinte.
- 4 fils verds , deuxieme teinte.
- 64 fils aurore , deux nuances ouvertes.
- 480 fils, moitié de nuance fermée verte, & l’autre moitié en blanc.
- 64 fils aurore , deux nuances ouvertes.
- 4 fils verds , deuxieme teinte.
- 16 fils rofes, cinquième teinte.
- 4 fils verds, deuxieme teinte.
- 48 fils violets, nuance fermée.
- 12 fils blancs.
- Total j6o fils doubles, pour un tiers du poil.
- Il ne faut pas être furpris que l’ordonnance d’ourdiflàge porte trois articles de plus que la combinaifon dont elle dépend; cela doit être ainfi, parce que les deux bandes du milieu font égales entr’elles, qu’on n’en forme qu’une de deux , que la troifieme & la huitième bande de la combinaifon contiennent du verd & du rofe, & que le verd borde les deux côtés du rofe à chaque bande ; conféquemment les 3e, 4e & ye articles de l’ordonnance font feulement la troifieme bande de la combinaifon , & les pe, 10e & 11e articles de cette même ordonnance en font la huitième bande : de cette maniéré les deux bandes du milieu de la combinaifon réduifent le nombre de 10 , à celui de 9 ; mais la troifieme & la huitième bande donnant chacune 3 articles à l’ordonnance, la font monter au nombre de 13. Si cette rencontre de plufieurs couleurs jointes en-femble fe trouve dans la rayure dune chaîne, on regarde la mafîe de chaque couleur comme une baguette ; mais dans les poils à bande, plufieurs couleurs réunies enfemble ne forment qu’une feule bande ^ dans les poils qui paiîent
- dans
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- Seconde Partie, De ÜOurdiJfqge. Chae* XIV. 149 dans toutes les dents du peigne, 6c qui font de diverfes couleurs , on traite de raie ou de baguette conformément aux chaînes rayées, chaque couleur féparée par une autre, ou par ce qui peut être regardé comme le fond , 6c on en fait les combinaifons dans le même ordre, ainfi que fordonnance pour leur ourdi flage • il fuffit de fçayoir fi on doit ourdir fimple ou double.
- Encantrage, Premier Tiroir.
- t - --
- 24Rochets blancs, 12 dans chaque divifion.
- / Second Tiroir;
- /
- 40 Rochets contenant la nuance violètte i 20 dans chaque divifion 5 on commence par le clair de la nuance à un bout du tiroir, & on finit par le brun à l’autre bout : en plaçant les 20 rochets dans chacune dés divifions du tiroir, on obfèryera de faire fiiivre exactement les teintes, & de faire un mêlahgé à chaque jonction d’une teinte à une autre, de maniéré quun ou deux rochets d’une teinte {oient dans cet endroit mêlés avec autant de ceux de la teinte lui-vante ; il faut aufîî dans ces mélanges que la même broche n’ait pas deux rochets de la même teinte ; de forte que fi dans le mélange dont je veux parler, une broche a un rochet de la deuxieme teinte dans une divifion, elle en aura un de la première ou de la troifieme dans l’autre.
- Troijiem e Tiroir.
- 8 Rochets yerds , 4 dans chaque divifion;
- 32 Rochets rofes, 16 dans chaque divifion. -
- 8 Rochets verds , 4 dans chaque divifion*
- • Total 48 rochets.
- Quatrième Tiroir. ~ .
- 32 Rochets, nuance aurore , 16 dans chaque divifion;
- On n’emploiera que les quatre teintes les plus claires, en les plaçant de fuite ^ & obfervant le mélange des teintes à chacune de leur jonction , comme il eil dit pour le deuxieme tiroir.
- Cinquième \'tiroir.
- », K
- 32 Rochets, nuance aurore, 16 dans chaque divifion; f Ce tiroir contiendra les quatre teintes foncées ; on les encantrera dans l’ordre du tiroir précédent, & de maniéré à fe lier avec lui pour ourdir une feule nuance avec les deux tiroirs.
- Etoffes de soie. IL Paru Rp
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- IfO
- L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- Sixième Tiroir.
- 60 Rochets , dont 30 pour la nuance verte dans une divifion > & 30 pour le double té blanc dans l’autre , obfervant que des rochets de la nuance verte , il y en ait 24 de la première teinte placés de fuite , & que les fix autres fbient compofés de 3* de la première & de 3 de la fécondé ; & pour faire ce mélange, ces 6 rochets feront placés alternativement dans la divifion du tiroir qu’ils doivent occuper ; c’eft-à-dire, un d’une teinte & un de l’autre.
- Septième Tiroir. '
- 60 Rochets, dont 30 pour fuivre la nuance verte, Sc 30 blancs pour doubleter ; des 30 rochets delà nuance verte, on en mettra 24 de la deuxieme teinte de fuite & 3 de cette même teinte mêlés avec 3 de la troifieme, dans 1© même ordre que ceux du tiroir précédent.
- ? Huitième Tiroir.
- • v
- /-
- 60 Rochets, dont 30 pour lùivre la nuance verte , Sc 30 pour double-ter ; des 30 rochets verds, il en faut 24 de la troifieme teinte de fuite Sc 3 mêlés avec 3 de la quatrième teinte , de même que ci*deflus.
- Neuvième Tiroir.
- 60 Rochets, dont 30 de la nuance verte , & 30 blancs pour double-ter; des 30 rochets verds, il en faut 24 de la quatrième teinte de fuite & 3 mêlés avec 3 de la cinquième teinte. ;
- Dixième Tiroir.
- 60 Rochets, dont 30 pour la nuance verte, & 30 blancs pour doubleter ; des 30 verds, il en faut 24 de la cinquième teinte de fuite & 3 mêlés avec 3 de la fixieme teinte. *
- Onzième Tiroir.
- 60 Rochets , dont 30 pour la nuance verte, & 30 blancs pour double-ter ; des 30 verds, il en faut 24 de la fixieme teinte de fuite Sc 3 mêlés avec 3 de la feptieme teinte.
- Douzième Tiroir.
- 60 Rochets, dont 30 pour la nuance verte, Sc 30 blancs pbur double-ter ; des 30 rochets verds, il en faut 24 de la feptieme teinte de fuite Sc 3 mêlés avec 3 de la huitième teinte.
- X
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- Seconde Parti é. De fOurdiffagè. Chap. XIV* Ijr
- Treizième Tiroir\
- 60 Rochets, dont 30 pour la nuance verte, huitième teinte , & 30 blancs pour doubleter.
- On mettra toujours dans tous les tiroirs, les rochets blancs dans une de leur divifion, 8c les rochets verds dans l’autre.
- Ces encantrages doivent être faits de maniéré que la nuance verte foit fuivie teinte par teinte, pour qu’en ourdiflant, les rochets blancs fe trouvent toujours dans la divifion de derrière ou dans celle de devant ; obfervant que ce {bit tou* jours la même ; c’eft-à-dire, que fi on a commencé d’encantrer les tiroirs, pour que les rochets blancs foient dans la divifion de devant, on doit continuer de façon que les autres foient placés de même. Tout doit être ourdi double.
- Il faut indifpenfablement treize tiroirs pour ourdir le poil dont il s’agit, 8c on aura attention de les faire fuivre par ordre à l’ourdifiàge.
- On doit voir par l’exemple de cet encantrage, que la multiplicité des can-tres eft très*néceflaire ; & cependant on verra par la fuite que ce poil n’efl: pas un de ceux qui en occupent le plus ; on en verra même qui en exigeront jufqu’à 30, fur-tout dans les poils des taffetas façonnés.
- De l'ordre qu on doit tenir dans l'ourdijfâge du Voit dont on vient de parler f
- en Juivant ïencantrage qu on en a fait.
- o N ourdira une mufette avec le premier tiroir.
- Une portée avec le fécond ; f obfcur de la nuance qu’il contient fera placé du côté de l’Ourdifleufe.
- Une mufette avec le troifieme. •
- Une mufette avec le quatrième ; l’obfcur de la nuance ducôté de fOurdifieufe.1
- Une portée avec le cinquième ; la nuance qu’il contient fera liée avec la nuance du précédent.
- Une mufette avec le quatrième , même précaution.
- Une mufette avec le fixieme, le côté fans mélange des deux teintes qu’il contient, fera placé du côté de l’Ourdiiïeufè.
- Une mufette avec le feptieme ; le côté du mélange des teintes fera placé du côté de l’Ourdiffeufe.
- Une mufette avec le huitième ; le côté du mélange fera oppofé au précédent. '
- Une mufette avec le neuvième ; le côté du mélange fera placé du côté oppofé au fixieme.
- Une mufette avec le dixième ; le côté du mélange fera aufïï oppofé au cinquième.
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- L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- Une mufette avec le onzième; le côté du mélange fera oppofé au quatrième.
- Une mufette avec le douzième ; le côté du mélange fera oppofé de même au troifieme.
- Une portée avec le treiziéme ; le mélange fera oppofé à celui du fécond.
- On continuera l’ourdiflàge dans le même ordre, pour la pofition des tiroirs. Les oppofitions que je fais faire aux fépt derniers tiroirs font indilpenlables, parce qu’une mufette par l’un fe fait à plot montant , & par l’autre la mufette qui fuit fe fait à plot defcendant; ainfi il faut que chaque tiroir prenne la pofition la plus convenable à l’ourdiffage, celle que je leur fais tenir eft la meilleure qu’on puiife fuivre ; & dans tout le relie de fourdiflage de cette rayure , on continuera en rétrogradant pour les tiroirs dans l’ordre ci-contre.
- On ourdira trois fois tout ce qu’on vient de voir, pour compléter la totalité du poil, ainli qu’on pourra le voir par la récapitulation finvante ; on obfervera toujours que les tiroirs foient placés dans l’ordre qui a été marqué ; afin que les nuances prennent naturellement leur pofition.
- Une mufétte avec le douzième. Une mufétte avec le onzième. Une mufétte avec le dixième. Une mufette avec le neuvième. Une mufette avec le huitième. Une mufette avec le îeptieme. Une mufette avec le fixieme. Une mufétte avec la quatrième. Une portée avec le cinquième. Une mufette avec le quatrième; Une mufétte avec le troifieme. Une portée avec le fécond.
- Une mufette avec le premier.
- Récapitulation.
- Une mufette avec le premier tiroir à vingt-quatre rochets Une portée avec le fécond à quarante rochets. . . .
- Une mufette avec le troifieme à quarante-huit rochets. Une mufette avec le quatrième à trente-deux rochets. Une! portée avec le cinquième à trente-deux rochets. . Une mufette avec le quatrième à trente-deux rochets. . Une mufette avec le fixieme à foixante rochets. . î Une mufette avec le feptieme à foixante rochets. . «
- Une mufette avec le huitième à foixante rochets. .
- Une mufette avec le neuvième à foixante rochets. . .
- Une mufette avec le dixième à foixante rochets. . . .
- Une mufette avec le onzième à foixante rochets. . .
- Une mufette avec le douzième à foixante rochets. .
- Une portée avec le treizième à foixante rochets. . .
- Une mufette avec le douzième à foixante rochets. .' . Une mufette avec le onzième à foixante rochets. . .
- Une mufette avec le dixième à foixante rochets. . ,
- Une mufette avec le neuvième à foixante rochets. . .
- Une mufette avec le huitième à foixante rochets.
- Une mufette avec le feptieme à foixante rochets.
- Une mufette avec le fixieme à foixante rochets. .
- Une mufette avec le quatrième à trente-deux rochets. . Une portée avec le cinquième à trente-deux rochets. . Une mufette avec le quatrième à trente-deux rochets. . Une mufette avec le troifieme à quarante-huit rochets. Une portée avec le fécond à quarante rochets. . > .
- Une mufette avec le premier à vingt-quatre rochets.. .
- 12 fils doubles, 40.
- 24.
- 16.
- 32.
- 16.
- 30.
- 30.
- 3°.
- 30.
- 30. *
- 30.
- 30.
- do.
- 30.
- 30. *
- 30.
- 30. •
- 3 o.
- 30.
- 3°.
- 16,
- 3 2.
- 16,
- 24.
- 40.
- 12.
- Total y60 fils doubles.
- Par
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- Second e Partie. De I Ourdiffage. Chap. XIV. IJ3
- Par cette Récapitulation on voit que les 2.60 dents qui compofent les dix bandes de la combinaifon qui doivent faire le tiers du poil fuppofé , produifent félon l’ourdiflàge 760 fils doubles , & que ce nombre répété trois fois donnera celui de 2280 fils doubles, compolànt la totalité du poil.
- Les combinaifons, les ordonnances d’ourdiflàge , & les récapitulations que j’ai rapportées ne fervent pas feulement à prouver que je n’ai fait d’erreur dans aucune de mes opérations ; mais elles peuvent aider ceux qui voudroient entreprendre cette partie, & qui ne la connoiflent qu’imparfaitement ; ils verront par-là, quelle exaéiitude ils doivent apporter pour ne point faire de faute en ourdiflànt , ou dans quelqu’une des opérations que j’ai détaillées.
- On doit avoir remarqué par tous les procédés que nous avons fuivis , que toutes les opérations de lourdiflàge dépendent du calcul le plus exaét, 8c qu’on n’y fauroit apporter trop d’attention.
- On fera peut-être furpris que dans l’encantrage que j’ai fait ci-deflus , je n’aie déterminé pour aucun des tiroirs , par quel bout il falioit commencer d’encan-trer les nuances de chaque rayure ; je me fuis arrêté feulement à les faire placer à propos dans l’ordre convenable, parce que pourvu qu’un encantrage foie commencé comme il faut, & qu’on ait fuivi l’ordonnance d’ourdiflàge , il eft facile de placer le tiroir comme il doit l’être fur la carcafle ; en effet les tiroirs n’ayant ni devant ni derrière marqué , il eft facile d’en placer les bouts dans le fèns que l’ordre de l’ourdiflage l’exige : ainfi fi une nuance claire fe trouve à droite , & qu’on veuille l’avoir à gauche , il fuflira de changer le tiroir bout pour bout.
- Cette maxime cependant ne peut avoir lieu que pour l’encantrage des bandes fimpletées, foit à nuance , foit à plufieurs couleurs.
- Les bandes doubletées demandent une exaéiitude fcrupuleufe pour les én-cantrages , foit avec les tiroirs , foit avec les cantres ordinaires ; parce qu’il faut comme je l’ai déjà dit, qu’en ourdiflànt, ladivifion d’un tiroir qui contient une couleur foit toujours placée du même côté , devant ou derrière, pour que les tiroirs ou cantres qui fuivent & qui font deftinés à continuer la bande commencée par un tiroir , fbient placés dans le même fens ; ainfi fi la divifion d’un tiroir dans laquelle feront encantrés des rochets blancs eft placée derrière en ourdiflànt, les tiroirs ou les cantres qui feront deftinés à ourdir la même bande ; feront placés de maniéré que la divifion qui contiendra des rochets blancs fe trouve aufli derrière ; & pour n’être arrêté en cela par aucune difficulté , il faut prendre garde en encantrant, filorfqu’on ourdira, la première mufette doit fe faire à plot montant ou à plot defeendant, & par là on connoîtra par quel bout d’un tiroir on doit commencer d’encantrer, fuivant la réglé que j’ai donnée à ce fujet pour les cantres dans un des Chapitres précédents.
- Cette précaution n’a lieu pour ce qui concerne les tiroirs , que loriqu’il faut Étoffes de soie. IL Part. Qq
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- *54 L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- ourdir des poils ou des chaînes doubletées ou tripletées, afin de les diverger comme les poils ordinaires.-
- Section Neuvième.
- Objervation Jîir les genres de P oils double tés, & fur les Poils triple tés.
- On appelle doubleté, un poil ou la partie d’un poil dont le deffein qu’il forme lùr l’étoffe , offre fur la longueur de cette même étoffe , une couleur coupée pat une autre qui dépend du même poil ; les poils tripletés, font ceux qui ont trois couleurs dans le même fens des doubletés ; car dans les uns comme dans les autres, jamais les parties doubletées ainfi que les tripletées, ne travaillent enfemble dans un même point de l’étoffe : & pour m’expliquer plus clairement, je fuppofè que dans une partie de bande doubletée , il doive y avoir un Pas blanc & un Pas verd ; par les obfervations déjà faites , on fait que chaque dent du peigne qu’occupe cette bande, doit avoir deux fils blancs doubles & deux fils verds doubles auffi : & dans le doubleté, jamais les fils blancs d’une'] de ces dents ne lèvent pour former la partie qu’ils doivent faire dans le deffein au même in& tant que les fils verds , parce qu’ils doivent fe fiiccéder l’un à l’autre ; de forte que fi dans la même bande il doit y avoir une rofette blanche fuivie d’une rofette verte , la foie verte reliera fans mouvement jufqu’à ce qu'elle doive commencer fà rofette , après que la rofette blanche fera entièrement finie , ainfi que l’intervalle qui les fépare, fi elles doivent l’être ; de forte qu’une couleur prend la pl ace de l’autre en fùivant l’ordre du deffein pour lequel le poil eft ourdi : il en eft de même des poils tripletés ; une couleur fuccéde auffi à une autre dans l’ordre que le deflein exige.
- Pour donner encore une idée plus nette des poils doubletés & des poils tri-pietés , il faut les regarder comme plufieurs poils réunis enfemble c’eft-à-dire, qu’il faut regarder le poil doubleté comme deux poils , & les tripletés comme trois poils qu’on pourroit ourdir féparément, en en faifant fur les defleins ou fur les échantillons une combinaifbn particulière pour chacun.
- Quelques particuliers ont voulu fuivre cette méthode & multiplier les poils ; mais ils en font bien-tôt revenus à l’ancien ufage , & ont reconnu que la multiplicité des enfuples fur lefquels chacun de ces poils doit être roulé , caufoit trop d’embarras ; & que comme il eft prefque impoffible de tendre également tous ces poils , il réfulte de là beaucoup d’imperfeélions 1 dans l’étoffe ou dans le deflein, ôc quelquefois même dans tous les deux ; en effet pour un poil fimpleté , il faut un enfuple, deux pour un poil doubleté, 3c trois pour un poil tripleté , & ainfi du refte : il eft clair que la complication du métier qui fabrique l’étoffe , ne peut que lui nuire & retarder les opérations ; l’ourdif-fage à la vérité en devient bien plus aifé , mais beaucoup plus long à exécuter.
- Comme les poils tripletés demandent un foin très-grand dans toutes les opé-
- i
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- Seconde Partie. De VOurdijpige. Chap. XIV* ïj>£ Tâtions néceflaires pour les ourdir, je crois qu’il eft à propos d’en donner un exemple pour en faire connoître les parties les plus eflentielles, qui font l’en* cantrage 8c fenvergeage; quant au relie, on n a quà luiyre Tordre des combinai*, fons & celui des ourdilfoges dont j’ai déjà parlé.
- Pour que l’exemple que je donnerai foit plus facile à concevoir, je foppo* forai un échantillon de peu d’étendue 8c fons nuance , 8c pour cela je choifirai un tripleté à trois couleurs Amplement.
- Je prendrai auffi pour cet exemple une bande qui puilfe être ourdie avec une foule cantre; d’ailleurs je dois obferver que ces fortes de poils ne font gueres en ufoge ; c’eft pourquoi je me bornerai .à un fort petit détail*
- Exemple.
- o
- Une bande tripletle pour un taffetas cannelé ou pour un brillanté for dix dents de largeur , ce qui fera 20 fils doubles pour chacune des trois couleurs , qui font, le blanc, le verd 8c le rôfe. La Fig. 15, PL 26, eft un échantillon d’un taffetas tripleté.
- Encantrage. '
- O N commencera Tencantrage par le côté gauche de la cantre ou du tiroir dans Tordre qui foit; on mettra 2 rochets blancs dans la divifion de derrière , 2 rofes dans celle de devant , 2 verds dans celle de derrière , 2 blancs dans celle de devant, 2 rofes dans celle de derrière , 2 verds dans celle de devant, & Ton répétera cinq fois cet encantrage dans le même ordre pour arriver julqu’à do rochets , Içavoir 20 de chaque couleur*
- On nomme Cours une quantité déterminée de rochets, compofont une des parties lymétriques d’une rayûre : ici les 60 rochets nécelfoires produifent cinq cours égaux, dont chacun doit être encantré du même fens , & eft compofé de '12 rochets, deux par deux. Il foffit de prendre garde par quelle couleur 8c par quelle divifion on a encantré le premier cours, pour placer les autres dans le même fens.
- Les tableaux que je joints ici, rendront encore plus fenfibles les exemples que je propofo. Cet encantrage doit être fait dans une cantre ou dans un tiroir de trente broches au moins , il faut le compter par les broches , comme il foit*’
- 2 Rochets blancs fur les deux premières broches dans la divifion de derrière.
- 2 Rochets rofes for les mêmes broches dans celle de devant.
- 2 Rochets verds for les troifieme 8c quatrième broches de derrière.
- 2 Blancs for les deux mêmes broches de devant.
- 2 Rofes for les cinquième & fixieme broches de derrière.
- 2 Verds for les mêmes broches de devant.
- U faut répéter cinq fois cette opération, en foivant Tordre des broches deux
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- ^6 L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- par deux jufqu’à fix dans chaque divifion, & ainfi continuer de fix en fix. Il eft aifé de voir que chaque couleur revient périodiquement de fix en fix broches * tant dans la divifion de derrière que dans celle de devant.
- Pour ne rien laifler à délirer là-delîus , je vais préfenter le même exemple fous une autre face en deux colonnes, dont Tune repréfente la divifion de der^
- riere & l’autre celle de devant,
- /
- Exemple,
- Premier Cours.
- Second
- Troifieme
- Quatrième
- Cinquième
- Divifion de derrière 2 Rochets blancs.
- 2 Rochets verds.
- 2 Rochets rofes.
- 2 Rochets blancs.
- 2 Rochets verds.
- 2 Rochets rôles.
- 2 Rochets blancs.
- 2 Rochets verds.
- 2 Rochets rofes.
- 2 Rochets blancs.
- 2 Rochets verds.
- 2 Rochets rofes.
- 2 Rochets blancs.
- 2 Rochets verds.
- 2 Rochets rôles.
- Divifion de devant. 2 Rochets rofes.
- 2 Rochets blancs.
- 2 Rochets verds.
- 2 Rochets rofes.
- 2 Rochets blancs.
- 2 Rochets verds.
- 2 Rochets rofes.
- 2 Rochets blancs.
- 2 Rochets verds.
- 2 Rochets rôles.
- 2 Rochets blancs.
- 2 Rochets verds.
- 2 Rochets rofes.
- 2 Rochets blancs.
- 2 Rochets verds.
- 30 Rochets.
- 30 Rochets.
- On doit voir par cet exemple que dans la totalité de l’encantrage , le même cours eft contenu cinq fois tant dans une divifion que dans l'autre ; on doit voir aulfi que l'oppofition des couleurs d’une divifion à l’autre eft toujours la même dans chaque cours.
- Comme cet encantrage eft très-difficile à concevoir & encore plus à bien exécuter, je vais donner encore un exemple dans lequel le blanc fera repré-Tenté par le n0. 1, le rofe par le n°. 2 , & le verd par le n°. 3 , le parallélogramme repréfente la cantre où la ligne du milieu forme les deux divifions.
- Côté gauche.
- Première divifion.
- Seconde divifion;
- 3
- -3-
- 3
- De
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- Seconde Partie. De VQurclijjage* Chap. XIV. 157 De la maniéré £ Emerger.
- L a maniéré cTencantrer pour toute forte d’ourdiflàge n’eft que la première opération pour l'arrangement des couleurs ; mais l’encantrage des tripletés doit êtrefuivi d’une maniéré d’enverger fi exaéte , quelle ne puiffe jamais être dérangée par rapporta l’ordre que les couleurs doivent tenir entr’elles ; ce n eft pas que la maniéré d’enverger foit en elle-même différente de celle que nous avons vue > mais il faut commencer invariablement par le premier fil à gauche de la divifion fupérieure formée par les deux traverfes à anneaux de la cantre, parce que, quand on voudra féparer les fils pour les mettre en œuvre , il faut à l’envergeure prendre les couleurs dans un même retour, le blanc , le rofe 8c le verd , & ainfi de fuite de trois en trois : ce n’eft pas aufli que dans les couleurs il y en ait une de préférence qui doive paffer la première, il importe fort peu laquelle c’eft ; mais il faut néceffairement que celle qu’on a prife la première en commençant, fùive le même ordre jufqu’à la fin.
- Pour les Poils quadrupletes.
- S1 pour un ouvrage il falloir un poil quadrupleté , il fèroit toujours plus avantageux de l’ourdir pour un feul enfuple que de le divifèr en quatre , ou du moins de ce poil quadrupleté en faire deux doubietés, pour qu’on n’eut que deux enfùples pour cet objet au métier qui fèrviroit à fabriquer l’étoffe.
- Cet ourdiflàge arrive encore plus rarement que le tripleté , mais il peut fe Faire qu’on en ait befoin ; c eft pour cela que je me crois obligé d’en donner une idée.
- S’il s’agit d’encantrer un poil tel que celui-ci, on doit faire fiiivre les couleurs à l’encantrage, après leur ayoir donné un ordre déterminé, ainfi qu’on l’a fait pour les poils tripletés ; & pour ne point entrer dans un détail trop minutieux , ni multiplier les exemples , j’en donnerai feulement un femblable au dernier des poils tripletés , & je lùppofèrai pour cela quatre couleurs , telles "que le noir, le bleu , le jaune 8c le lilas ; ces quatre couleurs feront repré-fentées chacune par un chiffre différent, 1 fera le noir, 2 le bleu, 3 le jaune & 4 le lilas : cet exemple fera entre trois lignes qui marquent les trois grandes traverfes, qui forment les deux divifions dé la cantre ; celle des deux divifions quirepréfentera la première fera celle de devant, & l’autre fera celle de derrière.’
- Première divifion
- Seconde divifion
- Cet exempte eft pour un encaritràge à* 48 rochets deux fous chaque chiffre," qui donneront 6 fils doubles de chaque couleur } fi on obferve 1 ordre de Étoffes de soie. //• Part, " R k
- i...3...r...3...i...3...r...3...i.,.3...i...3
- 2...4...2...4...2...4...2...4...2...4...2...4
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- 158 VA RT DES ÉTOFFES DE SOIF.
- l’encantrage on trouvera que la première divifion ne contient que du noir Sc du jaune, Sc que la fécondé ne contient que du bleu Sc du lilas ; par cette railbn, l’encantrage devient plus facilej>our le quadrupleté que pour le tripleté.
- L’envergeage des poils quadrupletés eft fufceptible d’autant d’exaétitude > pour l’ordre des couleurs, que celui des poils tripletés.
- Si parmi les couleurs des poils tripletés & des quadrupletés, il y en a qu’il faille nuancer, on compte le nombre des rochets que la nuance peut prendre pour Ion entier, on la range féparément comme fi on devoit l’encantrer ailleurs , & enfuite on la place par ordre dans la cantre avec les autres couleurs , en la regardant comme une feule teinte. Cette opération demande plus d’exaétitude que de fcience. La Fig. 16, PL 26 y eft l'échantillon d’un cannelé quadrupleté.
- Je vais donner quelques notions fur les poils brillantes Sc farinés, dont je n’ai pas encore parlé ; on en fait aflez d’ufàge pour qu’ils méritent d’être traités avec attention. ,
- Section Dixième,
- Des Poils brillantés & fatinês.
- Les poils brillantés Sc farinés différent des autres poils 9 en ce que la par-, tie qui fait le brillanté eft ourdie double , Sc que celle qui fait le fatin eft ourdie fimple ; ce qui demande une opération différente dans l’ourdiflage , & beaucoup de précaution dans les çombinaifons, ainfi que dans les ordonnances d’ourdiflàge ; c’eft pour cela que j’ai cru néceflàire d’en donner un exemple ^ afin qu’on puilfe en prendre une idée plus nette: ainfi je fuppoferai un petit échantillon qui fuffira pour donner une connoiftànce entière des plus grandes parties ; c’eft celui qu’on voit Fig. 14 , FL 26.
- L’échantillon que je fuppofe n’aura que cinq bandes, dont trois pour le fatin Sc deux pour le brillanté ; la combinaifon qu’on va voir en contiendra la largeur ; mais je dois obferver auparavant que les bandes brillantées, fimpletées ; font toujours à 2 fils doubles par dent, Sc que les farinées font ordinairement à 8 fils Amples ; ainfi celles que je fuppofe feront fur ce compte-là, quoique je fâche bien que dans certains poils où il entre des bandes farinées, on met depuis j fils jufqu’à 8 dans les dents que ces bandes doivent occuper ; Sc pour les çombinaifons comme pour les ordonnances, il faut qu’on fâche combien chaque dent de la bande farinée doit contenir de fils , fans quoi il ne fèroit pas poftible de Ce trouver d’accord avec les uftenfiles du métier qui doit mettre en étoffe la chaîne qu’on veut ourdir.
- . . . . Combinaison,
- f Première bande/ ... 8 dents pour fatin blanc.
- r ^ ^ 1 Second bande.......1 y dents aurore pour brillanter.
- I*a partie de Satin eft à 8 fïls.< Troifiemé bande, r . . 25 dents pour fatin blanc.
- | Quatrième bande. ... 15 dents aurore pour brillanter.
- F Cinquième baade* . . . 8 dents pour fatin blanc.
- En tout 71 dents.
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- Secondé Partie. De ÎOurdijfage. Chap. XIV. I59 Si le nombre des dents contenues en la combinaifon étoit déterminé pour une étoffe, on fàuroit le nombre de fois quil devroit y être répété ; mais ce qu’on voit ici fùffit pour me faire entendre , & Ton fe contentera des ordon^ nances d’encantrage Sc d’ourdiflàge, pour cette partie feulement.
- Ordonnance £ Ourdi jpige.
- 64 fils blancs Amples.
- 30 fils aurore doubles, aoo fils blancs fimples.
- 30 fils aurore doubles»
- 64 fils blancs fimples.
- Total 388 fils tant fimples que doubles.
- Encantrage.
- Pour l’ordonnance dont il efl: ici queftion, il ne faut que deux cantres ou deux tiroirs.
- ¥ rentier Tiroir.
- 40 Rochets blancs, 20 dans chaque diyifion; les bouts de fcie de ces rochets feront paffés fimples dans les anneaux.
- Second Tiroir.
- 60 Rochets aurore ,30 dans chaque diyifion ; les bouts de foie de ces rochets feront paffés deux à deux dans les anneaux.
- Maniéré £ ourdir fuivant V encantrage des deux Tiroirs précédents
- Une portée avec le premier, en fupprimant 8 rochets à chaque mufette»:
- Une mufette avec le fécond.
- Deux portées & demie avec le premier tiroir.
- Une porté avec le premier, en fupprimant 8 rochets fur chaque mufette.
- Te nombre de portées prefcrit pour cet ourdifîage doit donner la quantité des fils contenus en l’ordonnance , comme on le verra par la récapitulation qui fuit.
- Récapitulation»
- Une portée avec le premier tiroir ou on fupprime 8 rochets fur chaque mufette, ce qui fera * . . 6^4 fils Amples*
- Unejmufette avec le fécond. . . « * . 4 • 30.
- Deux portées & demie avec le premier, .... 200*
- Une mufette avéc te fécond. . . . . . . . 30.
- Une portée avec le premier, eft fupprimant 8 rochets fur chaque mufette. ......... 64.
- Total 38^ fiisfimpl es»
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- *6o VA RT DES ET O FFE S DE SOIE,
- Telle eft la méthode dont on fe fert pour ourdir les poils à bande brillantee , & à bande farinée ; ên fuppofànt que le nombre des bandes défignées ci-deflus fût contenu quatre fois dans la largeur de l'étoffe-, on le multiplieroit par quatre & Ton fàuroit ce qu'il faut de poils pour quatre répétitions plus ou moins.
- Il peut fe rencontrer des difpofitions de deffein où par l’encantrage on auroit à craindre de mêler des fils deftinés pour le latin avec ceux deftinés pour le brillanté, en voulant éviter le nombre des cantres ; je ne crois pas en devoir donner d'exemples, d’autant que par tous ceux que j'ai donnés on peut comprendre l’exécution de ce que je ne fais qu'annoncer.
- On peut encore trouver des deffeins dont les bandes foient nuancées, tant celles du latin, que celles du brillanté ; on peut aufli en trouver de doubletées dans le brillanté ; alors on ourdit comme il a été dit dans l'article des poils doubletés, Sc les bandes latin toujours fimples : cependant quelquefois on les ourdit double.
- CHAPITRE QUINZIEME.
- De la méthode d’ourdir à Nîmes , à Avignon , ÔC dans les
- Manufactures qui ont tiré leur origine de ces deux villes.
- *
- v ‘ Section Première,
- î j a méthode pour les ourdiflages à Nîmes, à Avignon, Scc. quant aux chaînes à une couleur , eft la même que celle de Lyon, loit pour les chaînes fimples , loit pour les doubles ; pour les doubles & fimples, Scc. mais pour les rayures elle eft toute différente, en ce qu’avec une feule cantre, ainfi qu'on l'a dit plus haut, on en ourdit de toutes les façons. Cette méthode eft préférable à toutes les autres, parce «qu'elle eft plus expéditive, plus parfaite Sc beaucoup moins embarraflànte; elle eft plus abrégée, en ce qu'il n’y a de changement de cantre pour une rayure, qu'autant de fois qu'il faut qu'il y ait d'encantra-ges différents pour ce qui concerne la même rayûre ; c'eft-à-dire, que fi pour une rayure il falloit dix cantres en fuivant la méthode de Lyon , de Paris , Scc. avec celle dont je parle, il faudroit feulement dix encantrages pour la totalité de la même rayûre, Sc jamais qu'une cantre.
- ftOn verra par la fuite que chaque encantrage fait une partie féparée de l'our-diflàge , ou pour mieux dire ce qu'on a encantré pour faire une baguette , ou un fond doit être ourdi tout de fuite ", pour compléter la quantité de portées ou de mufettes qu'il faut / pour le nombre de fois que la rayûre fera répétée dans la largeur de l’étoffe. . „ , • •
- Cette méthode eft plus parfaite en ce que l'on n'eft pas fi fujet à faire des
- fautes
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- Seconde Partie. De FOurdijffage. Chap. XV. n6z fautes dans Tordre de Tourdifîage ; d’ailleurs, comme il faut employer beaucoup moins de rochets, ainfi quon le verra, on peut tirer un plus grand avantage de la diftribution des couleurs, qui par ce moyen abonde en nombre de rochets.
- Elle eft moins embarrafïàiite, en ce qu’il ne faut qu’une feule cantre & qu’il n’y a conféquemment point de mutation à en faire :car chaque fois qu’une cantre a rempli fa fonéïion dans la rayure , on la des-encantre, on encantre la fuyante,’ 8c on n'a pour la fuite de Tourdiflage qu’à continuer ainfi félon le difpofitif delà combinaifon 8c le précis de l’ordonnance d’ourdifïàge qu’on doit en avoir tiré.
- Pour prouver combien cette méthode eft au-defîiis des précédentes, je vais préfenter deux exemples d’ourdifïàge , l’un pour une rayure de chaîne , & l’autre pour le poil d’un taffetas , façonné & doubleté ; par ce moyen on verra la préférence que mérite cette maniéré d’ourdir fur toutes les autres, en les comparant les unes aux autres.
- Jechoifis la rayure d’un petit taffetas , tel que ceux qu’on fabrique dans les endroits dont je donne la maniéré d’ourdir.
- Section Second i.
- Suppofition d'une rayûre pour un petit Taffetas , én 18 pouces de largeur , dont le compte du peigne eff un $60 dents.
- L a rayûre du taffetas dont il s’agit eft fùppofée à trois répétitions, elle fera conféquemment un tiers de l’étoffe ; fà largeur fera de 6 pouces , & elle occupera fur le peigne 320 dents, lefquelles à quatre fils chacune produiront 1280 fils ; c’eft celle qu’on voit Fig. 17, PL 26.
- La combinaifon de cette rayûre doit fe faire de-même que pour les rayûres précédentes , il faut de même en défigner les couleurs.
- Notre taffetas aura fur un fond blanc, des baguettes lilas , de vertes & de rofes à nuance ; la combinaifon que j’en vais faire eft abfolument la même que celles qu’on a déjà vues; jedéfignerai article par article, 8c couleur par couleur* Sc j’en tirerai l’ordonnance d’ourdifïàge, ainfi que j’ai fait pour les ourdifïàges des rayûres dont les exemples font dans les Chapitres précédents.
- s*
- Étoffes z>e soie. IL Paru
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- sr&î L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE:
- Cette combinaifon répétée trois fois Combinaison. donnera 960 dents, qui eft le nombre
- 2 dents de fond,
- 4 dents vertes, 3 e teinte.
- 5 dents lilas , $e teinte.
- 2 dents vertes ,3e teinte.
- 6 dents de fond.
- 2 dents lilas, ye teinte.
- 2 dents de fond.
- 8 dents vertes ,3e teinte.
- 2 dents de fond.
- 2 dents lilas, ye teinte.
- 80 dents de fond.
- 8 dents rofes, nuance ouverte.
- 2 dents de fond.
- 9 dents vertes, 3e teinte.
- 3 dents de fond.
- 40 dents rofes, nuance fermée.
- 3 dents de fond.
- 9 dents vertes ,3e teinte.
- 2 dents de fond.
- ’ 8 dents rofes, nuance ouverte. 80 dents de fond.
- 2 dents lilas, 5e teinte.
- 2 dents de fond.
- 8 dents vertes, 3e teinte,
- 2 dents de fond.
- 2 dents lilas, ye teinte.
- 6 dents de fond.
- 2 dents vertes ,3e teinte.
- • 8 dents lilas, 5e teinte.
- 4 dents vertes, 3e teinte.
- 2 dents de fond.
- Total 320 dents.
- contenu au peigne, fans y comprendre les lifieres; car il'faut prendre garde que dans aucune des ordonnances, ni dans aucune combinaifon des rayures que j’ai fuppofées jufqu’ici, je nai jamais compris les lifieres , parce que c eft une partie qu’on ourdît à part de la chaîne aux deux côtés de laquelle on doit les placer.
- Pour ourdir le difpofitif de la combinaifon que je viens de donner, il faut en tirer une ordonnance d’ourdiflàge ; mais je dois obferver que dans les villes où les ourdiflages font tels que ceux dont je parle ici, c eft TOurdiiTeur ou rOurdiflèufe qui font eux-mêmes cette ordonnance comme ils en ont fait la combinaifon ; parce que les Fabriquants , ou pour mieux dire , ceux qui font fabrique rdans ces endroits-là,ou ne connoiffent pas à fond les ourdiflages ou ne veulent pas fe donner la peine d’en faire les difpofitions ; ils fe bornent à la connoifîànce des foies qu’ils doivent faire employer dans les divers genres d’étoffes qu’ils veulent faire fabriquer, & n’ont ordinairement d’autre foin que de faire teindre ces foies , de les faire devider ; & comme fouvent ils ne font devider que ce qui concerne la chaîne , il y a beaucoup de Fabri-
- quants à Avignon qui chargent leurs Ouvriers du devidage des foies, & de
- l’ourdiffage des chaînes; ils fe contentent d’expliquer à chaque Ouvrier le genre d’étoffe pour lequel ils deftinent la foie teinte qu’ils lui donnent, pour qu’il ourdifle ou faffe ourdir conformément à la rayure que porte cet échantillon.
- L’Ourdiflèur a foin de faire fes ordonnances de maniéré à pouvoir les réourdir en cas qu’on lui redemande la même rayure ; c eft pourquoi il les ‘note de la maniéré fùivante.
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- Seconde
- Partie. Z
- Ordonnance £ourdi ffage pour un taffetas rayé à 48 portées, pour M. Dumas.
- 8 fils blancs.
- 16 fils verds , teinte.
- 32 fils lilas, 5*e teinte.
- 8 fils verds, 3e teinte.
- 24 fils blancs.
- 8 fils lilas, 5e teinte.
- 8 fils blancs.
- 32 fils verds , 3e teinte.
- 8 fils blancs.
- 8 fils lilas ,5e teinte.
- 320 fils blancs.
- 32 fils rofes , nuance ouverte 8 fils blancs.
- 3 6 fils verds , 3 e teinte.
- 12 fils blancs.
- 160 fils rofes , deux nuances fermées. 12 fils blancs.
- 36 fils verds ,3e teinte.
- 8 fils blancs.
- 32 fils rofes, nuance ouverte*
- 320 fils blancs.
- 8 fils lilas, 5e teinte.
- 8 fils blancs.
- 32 fils verds, 3e teinte.
- 8 fils blancs.
- 8 fils lilas, 5e teinte.
- 24 fils blancs.
- 8 fils verds, 3e teinte.
- 32 fils lilas, 5e teinte.
- 16 fils verds , 3e teinte.
- 8 fils blancs.
- t________________
- Totali28o fils, r ï 1
- î Ourdi ffage. Cha?. XV. 163 Il faut ourdir trois fois le contenu en l’ordonnance, pour la tota-lité de la chaîne : nous allons voir de quelle maniéré l’Ourdiffeur doit dilpofer fes parties pour en-cantrer.
- Il faut combiner fur l’ordonnance , le moyen le plus fur d’éviter la multiplicité des parties de, fencantrage ; il faut pour cela faire tous les affemblages poffibles, afin de donner plus de célérité à l’ouvrage ; peu importe par quel article de l’ordonnance on commence d’encantrer & d’ourdir, pourvu que ce foient ceux qui s’accordent à donner plus de pré-cifion 8c moins d’embarras 5 & que l’ordonnance fe trouve com-plettée; cependant, autant qu’on le peut, il eft à propos de commencer par les premiers articles , non pas pour plus grande perfection de l’ourdiflàge , mais parce qu’au pliage des chaînes on efl: plutôt au fait de la connoifîànce de la rayure , pour fe conformer au delfein ou a l’échantillon d’oii on l’a tirée.
- J’ai dit que cet ourdifîàge fe faifbit partie par partie, & que chaque encantrage particulier en formeroit une féparée ; c’eft ce qu’on va voir par les exemples qui vontfuivre.
- v
- J
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- r&4 L’ART DES ÉTOFFES DE SOI Et.
- Encantrage pour la première partie.
- O N commencera cet encantrage par le côté droit de la cantre, & on mettra * 8 Rochets blancs , 4 dans chaque divifion.
- 16 Rochets verds, 8 dans chaque divifion,
- 3 a Rochets lilas , 16 dans chaque divifion.
- En tout $6 Rochets pour l’encantrage de cette partie; avec cette cantre, oft fait tout de fixité 3 portées qui donnent 336 fils : il fuffira de fùivre Tordre que préfente Tencantrage, fans jamais tourner la main en pofant T envergeure fur le§ chevilles,
- Cette partie comprend les 1 e*9 2e Sc 3e articles de l’ordonnance.
- Pour la féconde partie.
- O n commence toujours par le côté droit de la cantre, & Ton mettra 8 Rochets verds , 4 dans chaque divifion.
- 24 Rochets blancs, 12 dans chaque divifion.
- 8 Rochets lilas , 4 dans chaque divifion.
- 8 Rochets blancs, 4 dans chaque divifion.
- Total 48 Rochets.
- On ourdira tout de fuite trois portées qui donneront 288 fils.
- Cette partie comprend les 4e ,* , 6Q & 7e articles de l’ordonnance.
- /
- , * U / '
- Pour la troifieme partie. j ;
- 32 Rochets verds, 16 dans chaque divifion.
- 8 Rochets blancs , 4 dans chaque divifion»
- 8 Rochets lilas, 4 dans chaque divifion; »,
- En tout 48 Rochets.
- On ourdira tout de fuite avec cet encantrage trois portées qui produiront encore 288 fils.
- Cette partie comprend les8e,p« & 10e articles de l’ordonnance.
- Pour la quatrième partie.
- 32 Rochets rofes nuancés, 16 dans chaque divifion;
- 8 Rochets blancs, 4 dans chaque divifion.
- En tout 40 Rochets.
- On ourdira trois portées tout de fuite qui produiront 240 fils;
- Cette partie comprend le 12e Si le 13 e articles dé l’ordonnance.-On encantrera cette partie de maniéré que le clair de la nuance rofe fokdat
- côté
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- Seconde Parti e. De tOurdijpige, Chap. X V* ïÿj côté droit de la cantre , en obfervant les mélanges des teintes, autant qu’il fera poflible, à la jonélion de chacune. Comme la totalité de la nuance ne prend que 32 rochets, on peut éviter de mettre les huit teintes, & faire avec fix fèulement*-des mélanges à toutes les jonétions ; cependant fi Ton veut les employée toutes les huit, on peut fe paifer de faire de mélange aux quatre teintes les plus claires , & ne mettre que trois rochets de chacune ; alors il s’y trouvera un mélange naturel par Tordre quon fera forcé de leur faire tenir*
- Pour la cinquième partie.
- 3 6 Rochets verds ,18 dans chaque divifion*
- 12 Rochets blancs, 6 dans chaque divifiom En tout 48 Rochets.
- Avec cet encantrage on ourdira trois portées tout de fuite qui produirons 588 fils.
- Cette partie comprend le 14e & le 1Je articles de Tordonnance*
- Pour la Jixieme partie.
- J "" ' »
- 40 Rochets rofe nuancé ,20 dans chaque divifion*
- ïl faut que le brun de la nuance foit du côté droit de la cantre , & pour mieux faire valoir la nuance on la commencera par 2 fils noirs & 6 mor-dorés ; les 32 fils reliant feront pris dans les quatre premières teintes, en les faifànt fuivre à propos ; on fera les mélanges par des nombres impairs.
- Cette partie comprend le quart du i6e article ; ce quart fera feulement la moitié de la première nuance , pour laquelle on ourdira trois portées qui pro^ duiront 240 fils.
- Pour la feptieme partie*
- 40 Rochets rofe nuancé * 20 dans chaque divifion;
- Le brun de la nuance fera du côté droit de la cantre ; il faut que les 40 rochets foient pris dans les 4 teintes les plus claires de la nuance rofe ; ces 4 teintes doivent fuivre* les quatre qui compofent Tencantrage précédent ; Sc pour que ces deux encantrages puilfent mieux être liés par rapport à la nuance quils doivent compofer entr’eux * on commencera celui-ci par trois rochets de la 4e teinte, dont 2 dans une divifion & un dans Tautre , de ma=* niere que cet arrangement falfe un mélange , & Ton finira le refte de T encart* * trage par 37 rochets pris dans les 4 teintes fùivantes; & comme ce font deux nuances fermées pour une feule baguette, on peut terminer Tencantrage par 2 rochets blancs pris fur le nombre des 37 rofes.
- Cet encantrage comprend le fécond quart du l£e article; ainfi ces deux Etoffes de soie. IL Paru T c
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- i66 VA RT DES ÉTOFFÉS DE SOIE. dernier s encantrages font entr eux la moitié d’un feul article , & par l’ordre dans lequel ils font encantrés , ils font fuffifants pour le tout ; on en fera auffi trois portées tout de fuite, qui produiront 280 fils commel’encantrage précédent;
- Pour la huitième partie.
- 40 Rochets blancs , 20 dans chaque divifion.
- Avec cet encantrage on ourdira tout de fuite 24 portées qui produiront
- Ip20 fils. ;
- Cette partie comprend le IIe & le 26e articles de l’ordonnance. Ces deux
- articles font les plus considérables de l’ordonnance pour le fond ; les autres petites parties de fond font comprifes avec les baguettes, ce qui ne fàuroit être autrement exécuté ; quoique les grandes parties foient précédées ou fùivies par d’autres, elles doivent, dans la réglé, être ourdies Séparément, autrement il faudroit plufieurs cantres, ou augmenter le nombre des parties, ce qui eft fort inutile ; ainfi en fuivant l’ordre que je fais tenir aux encantrages , on verra la raifon pour laquelle huit parties fùffifènt pour l’ourdiflàge de toute cette chaîne , quoique tous les articles de l’ordonnance ne foient pas traités à part dans les 8 encantrages.
- Si l’on fe rappelle que l’ordre des rayures eft {ymétrique , on fentira aifement que l’encantrage de la moitié des articles contenus dans une ordonnance d’ourdiilàge fuffit pour la totalité d’une rayûre, ainfi qu’on va le voir par la remarque fuivante. -
- Remarque.
- L’encantrage de la première partie comprend le premier , le fécond Sc le troifieme articles de l’ordonnance ; l’ordre {ymétrique de la rayure' doit donner le premier article égal au dernier , le fécond égal au trentième , le troifieme égal au vingt-neuvieme ; par cette raifon l’encantrage qui fait les trois premiers articles, fait aufîi les trois derniers ; il nev refte plus que la difficulté apparente de la pofition inverfe des articles dont il s’agit ; mais elle fera bien-tôt levée.
- Tous ces encantrages en générai, en fuivant cette méthode d’ourdiflage , doivent être commencés d’un même côté ; c’eft-à-dire , que de tous les articles dont une ordonnance d’ourdiflage eft compofee , il faut que le premier foie placé du côté droit de la cantre, parce que fur les chevilles d’envergeure il fera par ce moyen tout contre l’ourdifïbir, puifqu’il doit faire un des bords de la rayûre dont il dépend, & qu’il doit fè trouver à une des extrémités de la largeur de l’étoffe. Toutes ces raifons ont lieu pour les trois premiers articles contenus dans la première partie , & font voir que le fécond encantrage qui comprend les 4e, 5e, 6e &ye articles, comprend auffi les 28e, 27e, 2 6e & 25e, &
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- Seconde Partie. De ÎQurdijJage. Chap. XV, ainfi des autres en fmvant l’inverfion des articles jufqu’au milieü de l’ordonnance ; ceft pour cela que dans les huit encantrages dont j’ai parlé je n’en ai comprit que la moitié de cette ordonnance. . " ,
- Au moyen de cette maniéré d’ourdir on n’eft obligé de tourner la main dans aucun cas, parce qu’une rayûre eft ordinairement contenue un nombre cxaél de fois dans la largeur d’une étoffe, Sc jamais une fois 3c demi ; ou une fois & trois quarts, Scc ; ainfi en confervant l’ordre - fymétrique , on trouvera qu un encantrage fera les portées entières : il faut ordinairement autant , ou le double ou le triple , & c. de portées qu’une rayûre eft répétée de fois dans l’étoffe , parce qu’on doit ourdir les parties paralelles encr’elles avec lé même encantrage ; ainfi s’il faut pour trois articles d’une ordonnance qui feront d’un côté, une mufette, il en faudra une autre pour le côté oppofé, à caüfe du parallélifine des rayures * ainfi pour une rayûre feule tout fe réduira à avoir des portées complétés , & fi elle eft répétée trois fois * on fera obligé d’ourdir trois portées, une pour chaque répétition ; fi donc chaque répétition exigeoit trois portées , on en auroit neuf pour les trois, 8c ainfi du reftê pour tous les autres cas.
- On ne peut avoir de demi-portées avec cette maniéré d’ourdir, que dans le cas où l’article du milieu d’une ordonnance feroit encantré feul , c eft-à-dire, où il pourroit fe faire par une feule mufette , ce qui peut fe rencontrer dans certaines difpofitions de rayûres ; il faut auffi que le nombre des répétitions foit impair, fans cela on ne rencontreroit aucune partie différente des autres * d’ailleurs, quand cet ourdifïàge produiroit des portées & des demi-portées , pourvu que l’encantrage foit fait dans l’ordre preferit , on n’a aucun dérangement à faire en envergeant, la defcente Sc la montée du plot fait tout le refte*
- Chaque partie doit commencer à plot defeendant, de forte que fi par hazard une finifibit à plot defeendant, il faudroit remonter le plot à vuide pour commencer la partie fuivante comme toutes les autrespour ne point changer l’ordre de l’encantrage.
- Observation*
- Lorsqu’on a fini d’ourdir une partie, on 1 place un petit cdrdon de foie a chaque envergeure fans y rien déranger, Sc avec la même exaélitude que fi l’on vouloit retirer cette partie de deffus l’ourdifloir ; outre le nœud ordinaire qui doit joindre lesdeux bouts du cordon , ona foin d’en faire un qui marque la première partie, i pour marquer la fécondé, 3 pour la troifieme, &c. de forte que chaque partie doit être défignée par un nombre de nœuds égal au rang qu’elle tient parmi les autres , afin que le Plieur avec le même échantillon de l’Ourdifîeur, puifle mettre facilement les couleurs dans la place que chacune doit occuper.
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- %6S DA RT DES ÉTOFFES DE SOIE:
- Quand on a placé un cordon à chaque envergeure, ainfi qu’on vient de le dire * ondefencantre les rochets de cette partie , on encantre pour la fuivante Sc Ton continue dourdir partie par partie , en mettant à chacune un cordon pour les féparer les unes des autres.
- Lorfqu’on a fini d’ourdir toute la chaîne , on met encore un cordon à chaque envergeure ; mais celui-ci doit embraffer toutes les parties de maniéré qu elles? ne puiflent fe féparer , lors même qu’on leve la chaîne de deflus Tourdifloir.
- La maniéré de lever ces chaînes eft la même que celle des chaînes unies dont on a donné le détail dans un des Chapitres précédents.
- Pour voir fi on eft jufte dans le compte des fils qu’on a ourdis par les divers fes parties, on doit aufli faire une récapitulation en fuivant le nombre des fils que chacune des parties a dû produire.
- Il eft même plus à propos de faire cette récapitulation avant de commencer Tourdiflage, pour fçavoir fi on fe rencontrera jufte avec le nombre des fil $ dont la chaîne doit être compofée.
- Récapitula t i o n*
- 3 portées de la première partie à $6 rochets. 3 portées de la fécondé à 48 rochets. . . 3 portées de la troifieme à 48 rochets. .
- 3 portées de la quatrième à 40 rochets. . .
- 3 portées de la cinquième à 48 rochets. . .
- 3 portées de la fixieme à 40 rochets. - .
- 3 portées de la feptieme à 40 rochets. . ,
- 24 portées de la huitième à 40 rochets. . .
- > 4J portées.
- v ^ 33 6 fils.
- . , 288.
- . . 2S8.
- • • 2i/£.Oa
- • » 288*
- . . 240.
- • * 24O.
- . . ipSO.
- Total 3840 fils/
- Le total des fils qu’offre cette récapitulation eft égal à celui que doit avoir la chaîne propofée , ainfi qu’on peut le voir en multipliant par trois celui de l’ordonnance, Sc en multipliant par quatre le nombre de dents contenu au peigne ; chacun de ces deux produits doit être égal à celui de la récapitulation* Je n’ai pas encore parlé de l’ourdiflage des poils pour les taffetas façonnés Sc à bande ; je vais donner un fécond exemple à la maniéré de Nîmes, £Avignon , &c; & pour faire voir combien cette méthode exige peu decantres, je choi-firai le deflein d’un taffetas doubleté Sc ombré, dans lequel je ferai entrer des bandes doubletées par nuances, c’eft-à-dire , que les deux Pas qui feront dou-bletés, feront l’un d’une nuance Sc l’autre d’une autre.
- Quand pour Tourdiflage de ces fortes de poils on fe fert de plufieurs cantres; la combinaifon ainfi que l’encantrage fe font comme pour ceux dont il a été parlé ; mais quand on ourdit avec une feule cantre , il faut comme on a déjà
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- Seconde Partie, De FOurdffage. Chae. XV. t6p VU , tenir une route toute différente ; ceft ce dernier procédé que j’employeraî pour les deffeins du taffetas façonné que je me propofe de donner.
- Section Quatrième.
- Suppojïtlon. d9 un Dejjein pour un Taffetas façonné à poil, dont tes bandesfront
- à fimples couleurs, ombrées , & doubletées.
- L e taffetas que je fuppofe , eft de la même largeur 8c du même Compte de peigne que le précédent, la chaîne aura de même quatre fils par dents. Ce$ taffetas font façonnés , par le moyen d’un poil à bande ou en plein, quelquefois doubletés, tripletés ou fîmpletés, &bien fouventils tiennent de fun & de l’autre; l’exemple que je vais traiter eft de ce genre, & je l’exécuterai avec une feule can-tre ; je ne parlerai pas de la chaîne de ce taffetas, on peut fuppofer qu’elle eft déjà ourdie, parce que fon ourdiflàge n’a rien de commun avec le poil, ou s’il y a quelquefois quelque chofe de commun entre l’un & l’autre, ce ne peut êtrô que quant aux combinaifbns, à caufè de l’analogie qu’il peut y avoir entre les raies de la chaîne & celles du poil ; mais comme les exécutions des uns 8c des autres font totalement féparées, on n’a aucun mélange à faire dans tous les articles qui le concernent.
- Il peut fe faire qu’on ne puiflè ourdir ni la chaîne ni le poil fans prendre la combinaifon de l’un & de l’autre fur le defîein ; pour la chaîne , parce qu’il y a des raies qui font tout-à-fait analogues aux effets que doit produire le poil ; 8c pour le poil, parce qu’il faut néceflairement le rapporter jufte avec la quantité de petits carreaux que la couleur du defîein qui le défigne y occu* pe dans fa largeur ; connoître en outre qu elles font les bandes qui doivent être doubletées, 8c quelles font les fimpletées ; il faut diftinguer encore celles qui font d’une feule couleur & celles qui doivent être nuancées ; toutes ces différences ne peuvent être connues que par le moyen du deffein , ou par quelque chofe qui en tienne lieu : je dois dire en paflànt que lès Defllnateurs qui font jaloux de bien faire exécuter leurs defleins, en tirent eux-mêmes une efpece de rayure , qui met l’Ourdifleur à portée de le faire avec plus d’aifànce ; le moyen qu’ils employent pour cela eft de prendre une bande de papier réglé pareil à celui fur lequel le defîein eft porté , 8c dont la longueur égale la largeur du deffein; ceft-à-dire, quelle contient un nombre de carreaux égal à celui qui fe trouve dans la largeur de ce deffein; ils peignent fur l’étendue de cette bande, la même quantité de carreaux que ce qui eft deftiné pour le poil fur le deffein en peut occuper ; on laifîe à part les intervalles que doit occuper le fond : s’il doit y avoir quelques parties doubletées , ils mettent deux couleurs l’une au-defïiis de l’autre > de façon à les bien diftinguer en*., tr elles.
- Étoffes de soie*. IL Paru V v.
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- x7o L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- Si de ces deux couleurs lune doit être nuancée , ils l’ombrent.de la nuance la plus convenable , 8c fi toutes les deux couleurs doivent l’être , il les marquent de même; fi dans le deflein il doit y avoit quelque partie fimpletée nuancée , il pofent aufli la nuance dans le fens ou elle doit être fur l’étofFe, & ainfi du refte pour ce qui concerne le poil : comme cette même bande de papier doit encore porter la rayure de la chaîne, elle y eft peinte auffi , &dans les endroits où le poil doit palier où la partie de la chaîne n’eft pas de la couleur du fond , il faut quils la marquent comme fi c’étoit une partie du poil qui fût doubletée, pour que l’Ourdiffeur ou celui qui difpofe l’ourdiflage ne puiflènt pas fe tromper ; ils ont enfin la précaution d’écrire au dos de cette bande , que telle couleur eft pour le poil, & telle autre appartient à la chaîne, que telle bande eft doubletée, Sc telle autre fimpletée ; quant à ce qui doit être nuancé , ils n’ont pas befoin de l'écrire , parce que la peinture doit allez défigner que telle bande eft nuancée, & que telle autre ne l’eft pas.
- Toutes les efpeces de raies formées fur cette bande de papier réglé doivent être numérotées , parce qu’on donne à l’Ourdiffeur une ordonnance qui lui indique les couleurs de la foie qu’il doit employer pour chacune de ces raies , tant pour la chaîne que pour le poil ; cette ordonnance eft féparée de la bande de papier réglé , & doit être conçue comme on va le voir.
- La raie N°. I , appartient au poil, & doit être ourdie en couleur de rofe
- teinte.
- La raie N°. 2 , appartient à la chaîne ; elle doit être ourdie dans la nuance lilas.
- La raie N°. 3 appartient au poil, elle eft doubletée, & doit être ourdie à nuance bleue , & fon contre-Pas doit être ourdi en couleur aurore , 3e teinte , & ainfi des autres raies. Par ce moyen l’Ourdifteur, ne peut pas commettre d’erreurs , quant aux couleurs , puifqu’elles font toutes déterminées, & que d’ailleurs , on ne lui en donne que de celles qu’il convient qu’il y ait.
- En général tous les poils, for-tout ceux des taffetas façonnés qui ont plufieurs nuances dans une feule bande, doivent être traités dans l’ourdiflage comme fi chaque nuance compofoit autant débandés , parce que chacune étant d’une différente couleur, on n’a pas befoin de les mettre enfemble ; au forplus, on ne pour-roit aifément les expliquer ni for les combinaifons ni for les ordonnances d’oui-diflage'.
- Il arrive aufli que dans les bandes doubletées , il y a des nuances & des couleurs foules qui ne forment enfemble qu’une foule bande ; on doit dans ce cas les féparer, quand même elles ne feroient que d’une feule dent.
- J’ai parlé dans un des Chapitres précédents, de l’exaélitude qu’il faut nécefo fiirement apporter dans les calculs des defleins ou des échantillons dont dépendent les poils qu’on veut ourdir; mais pour les taffetas façonnés, il faut en apporter encore plus, s’il eft poflibie, pour ne faire aucune faute ; car ce feroit
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- Seconde Partie. De rOurdiJfiige. Chap. XV. Tÿï lin dérangement confidérable, pour l’Ouvrier qui fabrique l’étoffé, s’il en èchap* poit aucune , quelque petite qu’elle parût. Pour prévenir tous ces inconvénients , il faut que l’Ourdiffeur ait fous les yeux tant qu’il fait fes opérations , ou le deflein ou la bande de papier réglé dont j’ai parlé.
- Quant un Deflinateur connoît bien la partie de l’ourdiffàge , il ne doit s’en fier qu a lui-même pour l’exécution; c’eft-à-dire, qu’en donnant la bande de papier réglé, quoiqu’en bon ordre , il doit auflî donner la combinaifon toute faite , de forte que l’Ourdiflèur n’ait plus qu’à en tirer fon ordonnance d’our-diflàge.
- Le deflein que j’ai fuppofé fera à trois répétitions, c efl: celui qu’on voit ï*ig. 17, PL 26, il prendra 320 cordes de rame : je donnerai ailleurs l’explication détaillée de ce qu’on nomme corde de rame ; qu’il me foflîfe ici d’avertir qu’en fait d’ourdiflàge des taffetas façonnés, chaque corde de rame répond à chaque dent du peigne, ce quiferoit 320 dents , tiers du peigne &de l’étoffe. Il efl cependant plus à propos de dire, par rapport à l’ourdiffàge, 320 dents , que 320 cordes de rame ; parce qu’il peut arriver que’for le même nombre des dents il ÿ ait 500 cordes de rame, à caufo d’un doubleté ; je n’expliquerai cela que dans le Traité de la fabrication de ces Taffetas.
- U y a cependant des taffetas façonnés , où ce qu’on appelle corde de rame n efl: regardé dans l’ourdiffàge,que comme une demie dent ; l’Ourdiffeur neft pas obligé de fçavoir quand on la regarde comme dent entière où comme demi dent ; c’eft au Fabriquant ou au Deflinateur à l’en prévenir , & fur cet avertiffement il doit diriger fos opérations.
- Ce que je dis ici ne regarde que les Ourdifleürs qui font obligés de faire eux-mêmes les combinaifons fur les échantillons ou fur les defleins qu’on leur donne, & qui font en état de mener à là perfeétion tout ce que les ourdiflàges offrent de difficultés.
- Je foppofe que for le deflein que je propofo il y ait neuf bandes dans l’of^ dre & dans les couleurs de la combinaifon foivante.
- Combinais o n.
- Première bande* . . 6 dents chamois.
- Seconde bande. . . 3 dents vertes, 3e teinte.
- Troifiemebande. . . €14 dents aurore, nuance ouverte.
- Quatrième bande. . 40 dents bleues nuance fermée doubletée blanc*
- Cinquième bande. * 100 dents rofes, 4 nuances dont 2 ouvertes 8c
- celles du milieu fermées doubletées vertes, nuances oppofées.
- Sixième bande. ; *' 4° dents bleues, nuance fermée doubletée blanc*
- Septième bande. . 24 dents aurores , nuance ouverte.
- Huitième bande. . 3 dents vertes', 3e teinte*
- Neuvième bande. . 6 dents chamois.
- Total 246 dents.
- Par le nombre des dents comprifes dans la combinaifon, on voit que le
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- .*7* V ART DES ETOFFES DE SOIE.
- poil foppofé eft à bande, puifqu’il n’occupe dans le tiers du taffetas que 246 dents, 8c que ce même tiers doit en avoir 320 , ce qui fait une différence de 74 dents que le poil occupe de moins , par conféquent ces 74 dents reftent en fond.
- Il importeTort peu à 1’ Ourdifleur de fçavoir en combien de parties font di-vifées ces 74 dents , 8c combien elles forment de féparations pour les parties du poil , pourvu qu’il ait bien ourdi la chaîne, 8c qu’il faffe comme il faut toutes les opérations pour lourdiflàge de ce poil.
- Si la combinaifon que je viens de donner étoit faite for un deflein de taffetas façonné fimpleté, l’ordonnance d’ourdiflàge qui en feroit tirée ne produiroit que 492 fils doubles ; mais à caufe des bandes doubletées elle doit en produire davantage, parce que 9 comme je l’ai déjà dit, les bandes doubletées font la valeur de deux poils , 8c que conféquemment elles ont 4 fils doubles par dent ; il faut donc pour cela augmenter le nombre des fils de l’ordonnance , de celui que peuvent produire les bandes doubletées.
- Si une bande doubletée eft de 40 dents , elle doit produire 160 fils doubles à l’ordonnance d’ourdiflàge, dont 80 d’une couleur & 80 d’une autre , ainfi qu’on va le voir dans l’ordonnance foivante.
- Ordonnance d’ourdiffage pour le poil d'un Taffetas façonné double té, dejjein à trois chemins, pour M. André,
- , 12 fils chamois;
- 6 fils verds ,3e teinte;
- 48 fils aurore nuance ouverte.
- 160 fils dont 80 bleus nuance fermée, & 80 blancs pour doubleter;
- 400 fils, fçavoir 200 rofos en 4 nuances dont 2 ouvertes 8c les 2 du milieu fermées, 8c 200 verds en 4 nuances auffi , mais oppofées aux précédentes pour doubleter.
- 160 fils dont 80 bleus nuance fermée, 8c 80 blancs pour doubleter, 48 fils aurore nuance ouverte.
- 6 fils verds, 3e teinte.
- 12 fils chamois.
- Total 8^2 fils, }
- On ourdira trois fois le contenu en cette ordonnance.
- SL Ourdifleur après avoir fait fon ordonnance, doit chercher en encantrant le moyen de ne point multiplier le nombre des parties, autant qu’il lui eft poffible, il doit toujours commencer fon encantrage par le côté droit de la caritre 9 8c s’il le commence par le côté gauche, il doit le faire en prenant les rochets dans un ordre inverfe à celui qui eft marqué dans l’ordonnance', afin de s’y trouver conforme , 8c de n’être pas obligé de tourner la main à l’envergeure.
- Encantrage
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- Seconde Partie. De FOurdiffagti Chap. XV; 175.
- 'Encantrâge pour la première partie;
- 24 Rochets chamois ,12 dans chaque divifion; - '
- 12 Rochets verds de la teinte décidée , 6 dans chaque divifion.1
- En tout 3 6 Rochets pour le premier encantrage, avec lequel on ourdira trois portées * qui produiront 108 fils doubles.
- Cette partie comprend le Ier, le 2e, le 8e & le .9e articles de l’ordonnance * par rapport à Tordre fymétrique de chaque dilpofition de defleins^qui foivent ordinairement celle des rayures. -
- /
- Pour la fécondé partie*
- 48 Rochets de la nuance aurore, 24 dans chaque divifion;
- On employera les quatre dernieres teintes de cette nuance pour cette par-* tie , on commencera d’encantrer par la plus claire, oblervant de bien conduire les gradations, & de bien faire les mélanges des teintes à leur jonéliôn.
- Il eft beaucoup plus aifé de faire les mélanges des teintes, quand les fils font ourdis doubles que lorfqu’ils font ourdis fimples , parce qu’à la jonélion des teintes on peut mettre un brin de Tune & un brin de l’autre enfemble pour n’en faire qu’un feul, au lieu que dans les ourdiftage à fils fimples on ne peut avoir cet avantage , parce que chaque fil fait fon effet en particulier. Quand l’étendue de la nuance fo trouve confidérable, on mêle 4 brins de chaque teinte dans un nombre impair, Ôc par ce moyen cette nuance fuit parfaitement : lorfque ces nuances font encore plus grandes, on fait les mélanges depuis 6 jufqu’à 8 ; lorfqu’elles font moyennes on n’en mêle que deux ou trois , & lorfqu’elles font petites on n’en mêle qu’un ou point du tout, joignant feulement les teintes à un nombre de rochets impair.
- Dans la nuance dont il eft ici queftion, on peut en mêler 4 dans chaque teinte, puifqu’elle contient 24 dents de largeur , & que le tout ne fait qu’une feule nuance , dont le clair doit porter du côté des lifieres ; c’eft pour cela qu’on la nomme nuance ouverte.
- Avec cet encantrage on ourdira 3 portées qui produiront en tout 144 fils doubles.
- Cette partie comprend la moitié du 3e & la moitié du 7e articles de l’ordonnance.
- Pour la troifieme partie•
- 48 Rochets nuance aurore, 24 dans chaque divifion.
- Pour cette nuance on employera les quatre premières teintes , afin de faire fuite à la partie précédente, puiique celle-ci eft deftinée pour compléter la Etoffes de soie. IL Paru X x
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- 574 'L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- nuance comprife dans le 3e & le 7e articles de l’ordonnance ; on aura Cependant foin en commençant cet encantrage, de mêler quelques roehets de la derniere teinte de la partie précédente, afin que leur jonétion ne fe rende pas fenfible.
- On doit obferver que tout ce qui eft nuance pour les poils des taffetas façonnés, ne fbuffre guere de couleurs étrangères ; c’eft-à-dire , que pour le foncé de la nuance on ne met ordinairement que la première teinte, qu’on tâche d’a-voir la plus obfcure poffible ; cependant fi le defiein exigeoit qu’une nuance fût bien forçante , on feroit forcé d’y avoir recours ; mais on ne doit jamais y employer du noir ; le mor-doré, le cramoifi, le pourpre , peuvent bien fervir pour foncer les nuances rofes, jaunes, aurores ; mais les lilas , les verds , les bleus & les violets n’ont befoin d’aucun fecours, parce que leurs premières teintes font portées prefquau noir.
- Ces remarques font générales pour tout ce qui eft nuance dans les poils des taffetas façonnés, à moins que pour quelque defïèin on ne fut obligé de fortir de cette réglé ; ce'qui ne fe fait ordinairement que par l’ordre du Deffinateur ou du Fabriquant.
- Avec les 48 roehets de cette partie, on ourdira trois portées qui produiront 144 fils doubles.
- Cette partie complétera le 3e & le 7e articles de l’ordonnance d’ourdiflàge;
- Pour la quatrième partie.
- 0.6 Roehets bleus de la première teinte.
- 4 autres, dont deux de la première teinte, deux de la fécondé mêlés & plaçés tous dans la première divifion.
- 30 Roehets blancs dans la fécondé.
- En tout 60 Roehets pour l’encantrage de cette partie.
- On en ourdira trois portées qui donneront 180 fils doubles.
- Cet encantrage comprend une partie du 4e & du 6Q articles de l’ordonnancer
- Pour la cinquième partie.
- y xo Roehets bleus de la deuxieme teinte.
- 4 autres bleus mêlés, dont 2 de la 2e teinte, 8c 2 de la 3 e;
- 16 Roehets de la troifieme teinte : tous ces roehets feront placés dans la première divifion dans l’ordre marqué.
- 30 Roehets blancs dans la fécondé divifion.
- En tout 60 Roehets pour l’encantrage de cette partie.
- On en ourdira trois portées qui produiront 180 fils doubles.
- Cet encantrage comprend encore une partie du 4e & du 6e articles de l’or-: donnance.
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- I
- Seconds Partie. De VOurdiffage. Chàp« X V. xjf
- i
- Pour la fixieme partie%
- 4 Hochets bleus de la ttoifieme teinte. ‘ '
- 4 autres bleus, dont 2 de la 3e teinte mêles avec 4 de la 4e.
- 20 Rochets bleus encore de la quatrième teinte.
- 2 autres bleus, dont un de la 4e teinte, & 1 de la 5e : tous ces rochets feront placés dans la première divifion de la cantre dans Tordre marqué.
- 30 Rochets blancs dans la deuxieme divifion pour doubleter.
- En tout 60 Rochets pour Tencantrage de cette partie pour laquelle on ourdira '3 portées , qui produiront 180 fils doubles.
- Cet encantrage comprend encore une partie du 4e Sc du 6e articles, de l'ordonnance.
- Pour la feptieme partie.
- 2 Rochets bleus , dont un de la 5e teinte, & un de la 6e mêlés.
- 20 Rochets bleus de la 6e teinte.
- 4 Rochets bleus, dont 2 de la 6e teinte mêlés avec 2 de la 7e.
- 4 Rochets bleus de la 7e teinte.
- Tous ces rochets feront placés dans la première divifion de la cantre dans Tordre marqué.
- 30 Rochets blancs pour doubleter dans la 2e divifion.
- En tout 60 Rochets pour Tencantrage de cette partie, pour laquelle on ourdira 3 portées , qui produiront 180 fils doubles.
- Cet encantrage comprend auffi une partie du 4e Sc du 6e articles de l'ordonnance.
- Pour la huitième partie.
- 16 Rochets bleus de la 7e teinte.
- 4 Rochets bleus, dont 2 de la 7e teinte Sc 2 de la 8e mêlés;
- 10 Rochets bleus de la 8e teinte.
- Tous ces rochets feront placés dans la première divifion de la cantre dans Tordre marqué.
- 30 Rochets blancs dans la ac divifion pour doubleter.
- En tout 60 Rochets pour Tencantrage de cette partie , pour laquelle on ourdira 3 portées,qui produiront 180 fils.
- Cet encantrage comprend auffi une partie du 4e &du 6e articles de 1 ordonnance.
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- L’ART DES ÉTOFFES DE SOIEi
- Pour la neuvième partie.
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- ïo Rochets bleus de la 8e teinte dans la première divifion*
- .10 Rochets blancs dans la 2e divifion,
- En tout 20 Rochets pour Tencantrage de cette partie, pour laquelle on ourdira 3 portées qui produiront 60 fils doubles.
- Cet encantrage finira le 4e & le 6Q articles de l'ordonnance.
- Pour la dixième partie*
- ïo Rochets rofes de la 8e teinte.
- 4 Autres rôles, dont 2 de la 8e teinte , & 2 de la 7e, mêlés; ïo Rofes de la 7e teinte.
- 2 Autres, dont un de la 7e Sc un de la 6e, mêlés.
- Tous ces Rochets feront placés dans la première divifion de la cantre dans leur ordre.
- 10 Rochets verds de la première teinte.
- 4 Autres dont 2 de la première teinte mêlés avec 2 de la fécondé, ïo Rochets verds de la féconde teinte.
- 2 Autres dont un de la 2e, Sc un de la 3e, mêlés.
- Ces derniers Rochets occuperont la 2e divifion de la cantre dans Tordre marqué.
- En tout ^ 2 Rochets pour Tencantrage de cette partie , pour laquelle on our~ dira 6 portées , qui produiront 312 fils doubles.
- Cet encantrage comprend une partie du article de Tordonnance.
- Pour la onzième partie.
- ^ 4 Rochets rofes, dont un de la 7e teinte & un de la 6e, raêlési
- 10 Rochets rofes de la 6e teinte.
- 4 Rochets rofes, dont 2 de la 6e teinte & 2 de la j;e, mêlés.
- 10 Rochets rofes de la j’e teinte.
- Tous ces Rochets feront encantrés dans la première divifion de la cantre fuivant leur ordre.
- 2 Rochets verds, dont un de la 2e teinte Sc un de la 3e* mêlés.
- 10 Rochets verds de la 3e teinte.
- 4 Rochets verds, dont 2 de la 3 e teinte & 2 de la 4e, mêlés.
- 10 Rochets verds de la 4e teinte.
- En tout 52 Rochets pour Tencantrage de cette partie, pour laquelle on ourdira 6 portées, qui produiront 312 fils doubles.
- Cet encantrage comprend auffi une partie duj^ article de Tordonnance;
- Pour
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- Seconde Partie. De l'OurdijJage. Chap. XV* tJJ
- Pour la douzième partie»
- 4 Rochets rofes, dont 2 de la je teinte & 2 de la 4e, mêles*
- IO Rochets rofès de la 4e teinte.
- 4 Autres rôles, dont 2 de la 4e teinte & 2 de la 3e, mêlés.
- 5 Autres de la 3e teinte.
- Tous ces Rochets feront encantrés dans la première divifion de lâ cantre fuiyant leur ordre.
- 4 Rochets yerds, dont 2 de la 4e teinte & 2 de la Ÿ 9 mêlés» xo Autres verds de la 5e teinte.
- 4 Autres verds , dont 2 de la 5e teinte & 2 de la 6e , mêlés.
- 8 Autres verds de la 6e teinte.
- Tous ceux-ci feront encantrés luivant leur ordre dans la féconda divifion de la cantre.
- En tout 52 Rochets pour l'encantrage de Cette partie * pour laquelle ôn our-; dira 6 portées, qui produiront 312 fils doubles.
- Cet encantrage comprend encore une partie du 5^ article de l'ordonnance*
- * •
- ’ ' * Pour la treizième partit*
- 4 Rochets tôles, dont 2 de la 3 e teinte, & 2 de la féconde , mêlés*1 * * 4 * 6 8 Rochets de la 2e teinte.
- 4 Autres, dont 2 de la 2e teinte & 2 de la première, mêlés.
- £ 1 : 6 Autres encore de la première teinte.
- Tous ces Rochets feront encantrés dans la première divifîon de la cantre dans l'ordre marqué*
- 4 Rochets verds , dont 2 de la 6e teinte & 2 de la 7e 9 mêlés»
- 8 Rochets verds , de la 7e teinte & 2 de la 7e, mêlés. ^
- ‘ 4 Autres, dont 2 de la 7e teinte & 2 de la 8e, mêlés*
- 6 Autres de la 8 e teinte.
- En tout 44 Rochets pour l'encantrage de cette partie, pour laquelle on ourdira
- 6 portées, qui produiront 264 fils doubles.
- Cet encantrage* finit l'article 5e de l'ordonnance , & tout l'ourdiflàge.
- Le poil dont je viens de parler efl: ourdi en 13 parties ; à chaque partie oit doit en avoir ufé de même que pour la chaîne de l’ourdiflàge précédent ; c'eft-à-' dire, quoriaura defencantré toutes les parties après en avoir ourdi le nombre des portées qu'il convient, & on aura mis un cordon de foie à chaque enver-geure de chaque partie, pour féparer les portées, comme ôna vu dans four-diffagé des chaînes ; ainfi tout doit être exécuté pour un poil comme pour une chaîne , foit pour les envergeures , foit pour les lever de deffus four-Etoffes de soie. IL Part. Y 7
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- i78 VA R T DES ÉTOFFES DE SOIE:
- difloir ; il refte feulement à voir fi les 13 parties qu’ou aura ourdies pour ce poil feront fiiffifàntes pour le nombre de fils qu’il doit y avoir ; pour cela il faut en faire une double récapitulation, pour voir fi fordonnance quadre bien avec la combinaifcn, & fi l’ourdiflàge a été fait exaéiement fur fordonnance.
- " 1
- Récapitulation pour accorder T ordonnance d’ourdijjage avec la combinaijbn.
- Le premier article de la combinaifon eft de 6 dents fans doublets , qui pro-duifent pour fordonnance d’ourdifïàge.............. 12 fils doubles.
- Le fécond article eft de 3 dents fans doubleté quiproduifent 6 fils doubles, ci.......................................6.
- Le troifieme article eft de 24 dents qui produijfènt pour fordonnance........................................... 48.
- Le quatrième article eft de 40 dents doubletées qui pro-duifent 160 fils, ci.............................. . 160.
- Le cinquième article eft de 100 dents doubletées qui pro-duifent 400 fils, ci..................................400.1
- Le fixieme article eft de 40 dents doubletées qui produi-fent 160 fils ^doubles, ci. . . ............... ido.
- Le feptieme article eft de 24 dents fimpletées qui produi-fent 48 fils doubles, ci.............................. 48.
- Le huitième article eft de 3 dents fimpletées qui produi-fent 6 fils doubles , ci. ............ . 6.
- Le"neuvième article eft de 6 dents fimpletées qui produi-fènt 12 fils doubles , ci. ...... ï ... ; 12.
- Total 852 fils.
- Ce nombre eft pofitivement celui qu’exige fordonnance d’ourdilîàge y & qu'il faut exécuter trois fois.
- Trois fois 852 fils donnent 2fils doubles, à quoi la fbmme des pa ties ourdies doit monter.
- Récapitulation pour accorder Vordonnance déourdijpige avec les treize parties
- qui compofent le Poil.
- Trois portées de la première partie à 3 6 rochets. ï 108 fils.
- Trois portées de la fécondé partie à 48 rochets. . . 144.
- Trois portées de la troifieme partie à 48 rochets. . 144.
- Trois portées de la quatrième partie à 60 rochets. . 180. ’
- Trois portées de la cinquième partie à 60 rochets. . 180.
- Trois portées de la fixieme partie à 60 rochets. . . 180.
- Trois portées de la feptieme partie à 60 rochets. . . 180.’
- Trois portées de la huitième partie à 60 rochets. . . 180.
- Trois portées de la neuvième partie à 20 rochets. . 60.
- Six portées de la dixième partie à J2 rochets. . . 3T2.
- Six portées de la onzième partie à ^2 rochets. . . 312.
- Six portées de la douzième partie à 52 rochets. . . 312.
- Six portées de la treizième partie à 44 rochets. . 264;
- Total 2556 fils.
- Par cette récapitulation on voit qu’il n y a d’erreur dans aucune des opérations concernant Pourdiiîâge du poil fiippofé.
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- Seconde Partie. De ÏOurdiJfage. Chap. XV. 179
- Objervation fur cette derniere maniéré d!ourdir, comparée avec les précédentes.
- O n voit que cette derniere méthode d’ourdiflàge s’exécute avec une feule cantre, & qu’il fuffit de defencantrer toutes les fois qu’on a ourdi une partie pour encantrer la fuivante ; il n’eft pas douteux qu’elle emploie bien moins de temps que les autres , puifque moyennant huit encantrages pour la chaîne, St treize pour le poil, on n’a aucune mutation de cantre à faire : car pour la chaîne qui eft ourdie en huit parties il auroit fallu huit cantres , dont -fept auroient été changées à chaque mufette, ce qui auroit occafionné 42 mutations , & la huitième auroit été changée fix fois , ce qui auroit fait en tout 48 mutations ; de plus , il auroit fallu à chacune couper la brafle , pafler les bouts dans les anneaux, St rouler ces mêmes bouts fur les rochets 48 fois, fi on fe fût fervi de cantre à tiroirs.
- Dans l’ourdifiàge du dernier poil il auroit fallu 13 cantres , dont neuf auroient été changées 6 fois chacune, & les 4 dernieres l’auroient été 12 fois chacune, ce qui auroit fait en tout 102 changements de cantres, pour une chaîne longue, comme pour une courte. Le loin de ce changement de cantre emporte avec lui un temps confidérable, qui ne laifle pas de retarder l’ouvrage ; d’ailleurs, il eft prefque impoffible qu’il n’arrive toujours quelque petits acci-* dents , ce qui en augmente le retard.
- Comme on eft obligé de couper la brafle, & de rouler les bouts de foie for les rochets, afin de ne leur laifler que la longueur convenable , il arrive fouvent qu’on gâte de la foie, malgré tout le loin qu’on y apporte $ en outre , il n’eft pas polfible que les nœuds qu’il faut faire toutes les fois qu’on coupe la brafle pour l’arrêter, foit aux chevilles errantes, fbit à la cheville fopérieure, ne donnent une inégalité de tenfion aux mufettes, fi le nœud eft fait trop loin ou trop près.
- L’ourdifiàge avec plufieurs cantres a encore un grand défaut, que celui à une feule cantre n’a point, c’eft d’occuper un trop grand nombre de rochets : car fi le .premier des deux qu’on vient de voir avoir été fait avec 8 cantres, il auroit occupé dans la totalité des encantrages 360 rochets à la fois,à moins qu’on n’eût préféré d’encantrer St defencantrer toutes les mufettes les unes après les autres ; mais avec une feule cantre on ne peut jamais avoir befoin d’un auffi grand nombre, puifque les rochets blancs qui entrent dans la prèmiere partie ,'ceux de la fécondé , de la troifieme , de la quatrième, Stc. font toujours les mêmes, à moins qu’ils ne fe foient vuidés dans l’opération ; il en eft de même des autres couleurs, comme on peut le voir dans toutes les parties : ainfi fi dans la première -il entre 20 rochets verds , St que dans la féconde il en entre 16 de la même couleur, il petit arriver qu’une partie des rochets verds fe trouve bien placée pour la fécondé; au lieu qu’à la pluralité des cantres il faudra 20 rochets verds
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- 180 VA RT DES ÉTOFFES DE SOIE.
- pour la première cantre, & 16 delà même couleur pour la fécondé, ce qui fait fur ces deux articles une différence de rochets qu’il faudroit de moins-en le fervant de la derniere méthode.
- ' Il arrive fouvent quune rayure à plufieurs baguettes eft fous la même nuance , Sc que ces nuances ne font pas dune égale largeur, c’eft-à-dire qu’elles occupent plus ou moins de dents ; il faut alors en ourdifîànt avec plufieurs cantres , autant de fois la nuance répétée fur des rochets , quil y a de cantres qui doivent la contenir ; au lieu qu’en ourdifîànt avec une- feule, on y met un nombre fuffifànt de rochets pour la plus large des baguettes , Sc on en a pour toutes les autres, au moyen de ce qu’on encantre & defencantre à me-fùre.
- Il y a encore dans les ourdifîàges à plufieurs cantres, un inconvénient qu’on ne fàuroit prévenir que difficilement ; c’eft qu’outre le nombre des rochets , il faut beaucoup plus de foie devidée que la chaîne qu’on veut ourdir n’en exige ; car il n’eft pas poffible de faifîr ce point jufte du poids des foies pour les chaînes rayées , fur-tout à caufe du grand nombre de rochets qu’il y faut employer ; alors il faut avoir la précaution comme j’ai déjà dit, de defencantrer & de réencantrer toutes les mufettes , ou de trancaner les rochets, pour en faire un nombre fùffifant, Sc fournir à ceux qui peuvent fè vuider ; on feroit forcé d’en ufer ainfi, quand même dans certaines circonftances on voudroit ourdir avec moins de rochéts, ce qui ne peut avoir lieu que pour les baguettes à une feule couleur ou pour les fonds : car cela eft impraticable pour les baguettes nuancées , parce que s’il manque de foie de la 3 e teinte , on ne peut en fubftn tuer de la 4e, ni de la ye , &c.
- : L’ourdiiîàge à une cantre n’a pas cet inconvénient ce n’eft pas qu’on puiflè fe rencontrer à une once près ; mais du moins on approche autant qu’il eft poffible, parce qu’il ne faut qu’un petit nombre de rochets, eu égard à celui qu’exigent les ourdifîages à plufieurs cantres, & que par ce moyen la dîftribu-tion n’en étant pas fi confidérable, on peut mieux apprécier le poids de la foie fiir 20 rochets que fur 40. '
- : ' - Ces’obfèrvarions y & la préférence que j’accorde én certains procédés , n’ont pas pour but de m’ériger en réformateur des méthodes établies, fur-tout dans des.villes de Manufaétures, telle que celle de Lyon , où préfide fans contredire le’génie .de là fabrique des Etoffes de Soie, foit pour l’exécution , fbît pour lé goût; mais'comme je les. ai pratiquées toutes, je connois combien la méthode de Nîmes,9 d*Avignon j &c. eft fupérieure en tout aux autres,
- , * Le mérite, de la célérité eft le plus précieux dans l’ourdifîàge ; en effet il n’eft prefque pas poffible de remettre au lendemain une pareille opération ; quand, une fois on l’a commencée, les variations de température dans l’air changent fans ceffe le diamètre de l’ourdiffoir, & ce qu’on croiroit n’être que de peu dç conféquençe, allonge ou raccourcit la chaîne fenfiblement. Auffi les
- Fabriquants
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- Seconde Partie. De TGurâifJâgé. CkâP‘. XV;
- Fabriquants de Lyon , quand ils font ourdir pour un taffetas chiné , ont-ils grand foin de faire commencer l’ourdiflage des chaînes qu’ils y veulent faire employer, de maniéré qu il foit achevé dans la même journée, Mais , m'objeélera-t-on , chaque tour venant fe coucher fur le précédent, augmente néceflairement le diamètre de l’ourdifloir , au point que la derniere mufette eft beaucoup plus longue que la première ; j’en conviens : auffi pour corriger cette inégalité a-t-on imaginé de fe fervir des cremailleres dont nous avons parlé à l’article des plots 8c des montants de l’ourdifloir rond; par ce moyen en baillant cette cre-maillere d’un cran, on allonge la corde à boyau , & la brafle ne fe roule plus
- fur les tours précédents.
- / •
- Obfervatlon fur t ourdifjâge des Liferes.
- Quoique j’aie , ce me femble, traité fort au long tous les genres d’our-diflàge, je me fuis réfervé de parler dans un article à part de celui des lifieres qu’on n’ourdit jamais avec le corps de l’étoffe.
- Cette opération peut fe faire de plufieurs maniérés ; les uns les ourdiffent à fîmples fils, les autres à fils doubles, & d’autres à fils triples ou quadruples, 8c tout cela bien fouvent fins ordres
- Quelques Fabriquants les font ourdir avec la chaîne pour être pliées enfemble , & d’autres les font ourdir féparément ; tous ces ufages ont leur pour & leur contre, par la raifbn que telle lifiere ourdie avec la chaîne d’une étoffe ne lui convient pas, & quelle conviendroit a une autre.
- Pour ourdir les lifieres comme il convient qu’elles le {oient, il faut fçavoir pour quel genre d’étoffe on les deftine, afin de déterminer fi l’on doit les ourdir doubles, triples ou quadruples , ôc fi elles doivent occuper 4,6, 8 ou îo dents ; il faut {çavoir encore fi ces lifieres doivent être partie en taffetas 8c partie en fatin, ou ferge , & fi l’on doit les ourdir à chaînette , c’eft-à-dire rayées, ou d’une feule couleur.
- Il faut remarquer que plus une étoffe eft fournie en chaîne, moins on a befoin de rendre les lifieres fortes., & qu’au contraire moins la chaîne eft fournie & plus on doit les renforcer ; par la raifon qu’une étoffe bien fournie en chaîne fe foutient par elle-même, 8c que celles qui ne le font pas ont befoin de deux fortes lifieres pour les foutenir ; ainfi la décifion des lifieres eft plutôt l’affaire du Fabriquant que de l’Ourdiffeur , parce que c eft à lui de fa voir qu’une étoffe de telle ou telle force de chaîne, doit avoir telle ou telle lifiere. 'Il eft cependant vrai que pour quelqu’étoffe que ce foit, on ne rifque jamais rien de mettre les lifieres plutôt trop fortes que pas affez ; parce que jamais .une forte lifiere ne {àuroit lui nuire. Si l’on en ufo autrement c’eft pour éco-nomifer la foie, & même on a raifon; car dès que le nombre de fils qu’on détermine pour une lifiere eft fuffifant pour l’étoffe, tout ce qu’on mettroit de plus eft en pure perte.
- Étoffes de soie* IL Parti Z z
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- 182 L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- J’ai dit qu’on ourdifloit quelquefois les lifieres à fils fimples, cela arrive très-fouvent ; mais il ne faut pas entendre cela de ce qu’on doive les palier fimples dans les anneaux comme la chaîne ; c’eft au contraire pour voir en pajfant les fils dans les liffes, ou en tordant, à quel nombre on pourra les aflembler. Cependant il eft plus à propos d’ourdir les lifieres , for-tout en employant la cantre couchée, de maniéré que tous les brins de foie qui doivent en compofer un fil {oient paffés dans le même anneau, que d’être féparés, parce que cet afîèmblage fe conferve tout le long de la chaîne, Sc qu’il devient avantageux à l’Ouvrier quand il arrive quelqu’accident aux lifieres.
- CHAPITRE SEIZIEME.
- Obfervations fur les differents Ourdijfoirs.
- Section Premiers.
- De £ Ourdi ffoir Long.
- O N doit fe rappeller qu’à l’ourdifloir long , l’Ourdifîèufe va {ans celle d’un bout à l’autre pour placer la brafïè fur les chevilles , & que quand elle eft parvenue à la derniere elle retourne fur fes pas, & continue toujours ainfi julqu’à ce qu’elle ait ourdi toute là chaîne ; on fe rappelle aulîi la maniéré dont elle accroche fa braiïe aux bâtons pendus au plancher, quand un fil cafle ou qu’un rochet finit : on ne {àuroit nier que cette opération ne foit très-fatiguantej en effet, qu’on juge du chemin que fait dans fa chambre chaque jour cette Ouvrière ; joignez à cela l’attention qu’il faut avoir continuellement fiir la cantre pour voir fi tous les rochets travaillent, ou fi quelque fil ne cafle ou ne finit pas ; à cela près, cette méthode d’ourdir eft {ans contredit la meilleure, puifqu’avec un peu de foin onv peut rendre toutes les mufettes parfaitement égales entr’elles en les plaçant for les chevilles, non pas les unes for les autres, ce qui en augmenterait la longueur ; mais les unes à côté des autres, avantage qu’on ne rencontre pas avec l’ourdifloir rond, ou malgré l’ufiige de la cre-maillere , on ne peut que diminuer cet inconvénient. Malgré toutes ces railons de préférence, il n’eft pas d’un vfage aufîî univerfellement reçu que l’ourdifloir rond, parce qu’il n’eft pas aufîî expéditif que lui, Sc que la foie en fe dévidant de deffus les rochets éprouve un tiraillement multiplié, & des làccades quî lui nuifent beaucoup, for-tout quand elle eft trop tendre, ou brûlée par la teinture.
- Avec l’ourdifloir long, on peut ourdir toute forte de chaînes & de poils, tant unis que rayés, avec une ou plufieurs cantres, & félon la méthode de Lyon
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- Seconde Partie. De ÏOurdiffage. Chap. XVï, 185 ou celle de Nîmes ; toute force de rayûrés peuvent par ce moyen y être exé^ cutées, 8c pour cela on n’a pas d’autres opérations à faire que celles qu'on exécute pour l’ourdifloir rond , telles que les combinaifons, ordonnances, &Ci-
- Quand ont ourdit avec plufieurs cantres, il faut les mêmes mutations , 8c le même ordre qu’avec l’ourdifloir rond.
- Dans les ourdiflàges à une feule cancre, il faut à toutes les parties d une chaîne rayée ou à celles d’un poil, mettre des cordons aux envergeures , marquer les parties par le nombres des nœuds, afin que le Plieur connoiflè for l'échantillon ou fur le deflèin qu'on lui prélente, lelquelles ont été les premières ourdies, pour pouvoir les placer fuyant l'ordre qu’elles doivent tenir dans la rayure.
- Il faut pourtant avouer qu'en fe fervant de l’ourdifloir long on ne fauroit employer les cantres droites ni les jets, tels que je les ai décrits pour l'ourdit foir rond, parce que les uns 8c les autres ne peuvent fervir qu'autant que les bouts de foie des rochets en font tirés par l’ourdilïoir en ligne droite * & ü eft évident qu’à cet ourdifloir, les bouts de foie font toujours tirés obliquement, tantôt à droite 8c tantôt à gauche, à moins qu'on n’imaginât de placer des guides pour la foie, ce qu'on exécuteroit facilement au moyen de deux tringles de fer polies placées à un pied de dillance de la cancre ,& au milieu de chaque divifion J elles feroient plantées dans la bafe 8c retenues par le haut de la maniéré qu’on jugeroit la plus convenable ; on ne laiflèroit entr’elles qu’environ deux ou trois pouces ; ainfi entre chaque couple de ces tringles pafleroit la moitié de la brade , 8c par ce moyen de quelque côté que l’Ourdifleufe dirigeât là brafle , les bouts de foie trouveraient toujours un point fixe qui faciliteroit le déroulement des rochets.
- La remarque que je fais fur le moyen de fo fervir de la cantre droite avec l’ourdilfoir long, n’a pas pour but d’en confeiller l’ulàge ; je n’ai voulu que faire voir comment avec un peu de génie, il n’eft pas de machine, quelque défeélueufe qu’elle foit, dont on ne puifle tirer parti.
- , Nous venons de voir quelles précautions il faudroit prendre pour fe fervir des cantres droites à l’ourdifloir long ; en revanche, toute forte de cantre couchée peut y être employée , foit celle à la Lyonnoife, foit la cantre à tiroirs* foit enfin la carcaffe à tiroirs.
- Section Seconde.
- De /'Ourdiffoir Rond.
- L’o urdissoir rond doit être placé de maniéré que la cantre reçoive une clarté convenable, parce que l’Ourdifleufe, ne doit pas quitter les rochets de vue. Nous ne répéterons pas ici ce que nous avons dit au commencement
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- t$4 VARt DÈS ÉTOFFES DE SOIE.
- du Traité de l’Ourdiflàge , où nous avons détaillé toutes les précautions qu oti doit prendre pour que l’ourdifïbir foit placé de niveau & folidement.
- Le banc à roue qui fait tourner l’ourdifloir , n’eft jamais allez pefant par lui-même pour demeurer en place, & réfiAer à la force de larTotation de l’ourdit-foir; ceft pourquoi on a coutume de mettre une pierre allez lourde fur la grande traverfo d’en bas, entre la roue 8c fes deux pieds , du côté oppofé à l’ourdilîbir,
- On pourroit fixer le banc à roue fur le plancher avec des crochets, des happes, ou autrement , &fe pafîer de pierre ; mais la variété de la température de fair donneroit plus ou moins de tenfion à la corde qui fait tourner l’ourdilîbir ; comme il ne feroit pas pollible d’avancer ou de reculer le banc dans certains temps , la corde feroit trop lâche ou trop tendue, & dans l’un & l’autre cas l’our-dilîoir ne tourneroit plus, à moins qu’on ne la rallongeât ou raccourcît; il eA bien plus aifé de reculer ou d’avancer ce même banc au* point de tenlîon convenable, que d’allonger & d’accourcir la corde.
- On a vu de quelle importance il eff qu'une chaîne foit ourdie en un feul
- jour , il ne l’eA pas moins qu’elle le foit par une même perfonne ; la vîteflè que
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- reçoit l’ourdilîbir ne peut être la même produite par deux perfonnes differentes , & l’expérience a démontré que la foie eff beaucoup plus tendue for un ourdiflbir qui tourne vîte que for un qui tourne lentement ; la raifon en eA fonfîble : les rochets, quelqu’uniforme que foit la rotation de l’ourdifïbir, ne fe déroulent que par faccades , d’autant plus ou moins fortes, que la rapidité eA moindre ou plus grande ; ainfi chaque brin éprouve fans ceffè une tenfion foivie d’un relâchement proportionnés" à cette vîtelîe ; la chaîne eA plus ou moins fortement tendue fur Y ourdiflbir , delà vient l’inégalité de longueur qu’on y remarque très-fouvent.
- „ Ces obfervatidns paroîtront peut-être minutieufes , auffi ne feront-elles peut-être pas fenties par des Ouvriers qui travaillent machinalement ; mais ceux qui fe feront donné la peine d’y apporter quelque attention conviendront aîfément qu’il eff très-eflentiel de prendre toutes les précautions poffibles, pour donner à l’ourdiflàge des chaînes 8c des poils, toute la perfeétion qu’ils peuvent recevoir, & les connoifleurs verront que les raflons que j’en donne font conformes à la faine Phyfique,
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- CHAPITRE
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- Seconde Partïe. De lOurdljJkgeGhap. XVIL ï8y
- CHAPITRE DIX-SEPTIEME.
- Delaméthode d}ourdir les Chaînes ou les Poils en Or, SC en Argent.
- Section Première.
- To„tb s les étoffes de foie font fufceptibles d’une féconde chaîne, ôil pour mieux dire, d’un poil, pour leur donner quelqu’agrément, fi ce n’eft pour y former des defleins entiers; on ajoute quelquefois à ces étoffes des poils en or ou en argent, qui doivent être ourdis de même que ceux en foie ; mais pour y parvenir les procédés font différents.
- Le nombre des fils d’or ou d’argent qui complètent un poil, eft indéterminé pour quelque genre d’étoffe que ce foie, parce que ces fortes de poils font prelque toujours à bande, & que les comptes de peignes dans lefquels font faites les différentes étoffes varient à l’infini.
- La combinaifon pour l’ourdiiîage de ces poils eft très-aifée, il fuffit de voir* foit fur un deffein , foit fur un échantillon, quel nombre de bandes compofe la rayure, & combien de fils, ou pour mieux dire, combien de dents contient chaque bande ; car ordinairement on ne met qu’un fil d’or ou d’argent dans chaque dent, & en fupputant la valeur de chaque bande, on ourdit la totalité de ces fils,’ autant de fois que la rayure eft contenue dans la largeur de l’étoffe à laquelle on la deftine; ainfi fi une rayûre prend 80 fils d’or, Sc qu’elle foit répétée fix fois dans la largeur d’une ^étoffe , le poil en or fera compofé de fix fois 80 fils, qui produiront 480 fils pour le tout.
- Si le poil eft en plein, c’eft-à-dire, s’il occupe toute la largeur de l’étoffe fans aucun intervalle , pour en faire la combinaifon, il fuffit de fçavoir le compte des dents contenues au peigne avec lequel on doit fabriquer l’étoffe dans laquelle doit entrer ce poil, & alors on ourdit autant de fils que ce peigne contient de dents. x
- Il arrive quelquefois que l’on met deux fils d’or ou d’argent dans chaque dent d’un peigne ; cet ufage n’a lieu que dans quelques cas particuliers , ou lorfque les fils fe trouvent n’être pas d’une groffeur fuffifimte pour remplir leur objet ; alors ces deux fils font ourdis enfemble & n’en font qu’un , ( c’eft ce qu’on appelle dans i’ourdifîàge des chaînes de foie, ourdir double ) ; ainfi on enverge ces fils deux par deux, ou bien on les pafle deux par deux dans les anneaux de la cantre.
- On rencontre des deffeins qui exigent qu’on ourdîfte des poils en or & en argent tout à la fois , ils fe traitent comme les rayures en deux couleurs, la Étoffes de soie. II. Part, Aaa
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- j8<S L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- combinaifon en eft la même ; elle fert auffi d'ordonnance d'ourdiiîage, aînfi qu'on va le voir.
- Je fuppofe un échantillon à fèpt bandes , tant en or quen argent pour le, genre d’étoffe qu'on jugera à propos.
- Combinaison.
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- Première bande. .... 6 fils en or.
- Seconde bande. . . . . 4 fils en argent.
- Troilîeme bande. . . . . 22 fils eif or.
- Quatrième bande. . . . . 8 fils en argent.
- Cinquième bande...........22 fils en or.
- Sixième bande. . . ... 4 fils en argent.
- Septième bande. . ... 6 fils en or.
- Total 7 2' fils.
- Il faut ourdir ce total autant de fois que la rayure eft répétée dans la largeur de l'étoffe où elle doit entrer.
- Si l'ourdiffage des poils en or ou en argent n exigeoit pas de différentes précautions que celles des poils de foie , une feule cantre fùffiroit pour ourdir l'ordonnance que je viens de donner ; mais ordinairement on n'ourdit ces fortes de chaînes ou poils qu'à dix rochets , ce qui eft même fuffifànt, pour que la difperfion puifle en être faite comme il faut lors du pliage ; par cette raifon l'ordonnance que je viens de donner ne peut être ourdie à moins de trois cantres. ^
- La raifon pour laquelle on eft obligé de multiplier les cantres , eft qu'il y auroit à craindre qu’au pliage il ne fe fît quelque dégât fi on ourdifîbic àplufieurs
- parties.
- Quand je dis que cet ourdifîàge doit être fait avec plufieurs cantres , on doit l'entendre par rapport à l'ordre qu'on doit tenir ; car il feroit facile de mettre le tout dans une feule cantre, & de n'ourdir que la quantité de fils nécefîàire ; cependant j'en donnerai l'encantrage comme fi l'on devoit employer trois cantres.
- Quant au coté par où l'on doit commencer d’encantrer, la réglé eft la même que pour les chaînes de foie, c'eft-à-dire, qu’il faut pour la cantre droite commencer par le haut, & pour la cantre couchée commencer par le côté droit.
- Première Cantre.
- 6 Rochets or, 3 dans chaque divifion.
- 4 Rochets argent, 2 dans chaque divifion.
- En tout 10 Rochets.
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- StcoKDE Partie. De FOurdijfiage. Cîïap. XVII* 187
- Seconde Cantre.
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- Il Rochets or, 6 dans une divifion & $ dans Fautrer
- Troifiem e Cantre.
- 8 Rochets argent 4 dans chaque divifion.
- En lùppofànt que la rayûre foit contenue cinq fois dans la largeur de Fé-toffe pour laquelle on deftine le poil , le nombre des fils qui le compoftra fera de 360 fils, St pour compléter ce nombre il faudra ourdir,
- Une mufotte avec la première cantre. . . 10 fils.
- Une portée avec la fécondé...... 22.
- Une mufette avec la troifieme. ... ; 8.
- Une portée avec la fécondé. . , . . . 22.
- Une mufette avec la première. ♦ * . n 10.
- En tout 72 fils.
- U faut ourdir cinq fois la même chofo , 8c on aura 36b fils dont on abefoin pour le total du poil luppofé.
- Section Seconde.
- Obfervation fur les Poils en or & en argent filé , ou or & argent lame.
- Les fils en or ou en argent dont on fe fert pour ourdir les poils dont iî eft ici queftion font nommés filé ; il arrive cependant que dans des étoffes il entre des poils en or St en argent filé, accompagnés d'autres fils en or St en argent lame ; ces derniers ne font jamais ourdis enfemble , chaque fil dé lame foit en or ou en argent , eft placé fur un petit roquetin, St tous ceux qui peuvent être employés par un poil, font placés dans une cantre femblable à celles qui fervent aux roquetins de foie pour les velours cifelés, ainfi quon le verra dans fon lieu; de forte qu'on emploie autant de roquetins qu'on voit de fils de lame fur un échantillon , & on répété cela autant de fois que la rayûre eft contenue dans la largeur de l'étoffe ; ainfi fi une rayûre prenoit 30 fils lame en or ou en argent, St que cette rayûre fût répétée fix fois dans la largeur de l’étoffe , le métier qui fabriquera cette étoffe aura 180 roquetins.
- Les fils lame ne peuvent être ourdis comme lés autres, parce qu'ils ne font pas alfez confiftants , & que d'ailleurs ils ne préfenteroient bien fouvent fiir l'étoffe que leur tranchant, ce qui les empêcheroit de rendre le brillant qu'ils doivent naturellement produire.
- Si une rayûre indépendamment des fils lame, contient des fils filets or St
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- *88. L'ART DES ÉTOFFES DE SOIEr
- argent, ori fait la combinaifon de ces derniers fans avoir égard aux fils lame, Sc on ourdit ce que cette combinaifon peut produire pour la rayure, fans s’arrêter aucunement à ce que deviendront les fi)s lame , parce qu’il n’eft pas du reflbrt de l’ourdiffàge d’en régler l’ordre , ainfi qu’on doit l’avoir remarqué par l’arrangement qu’on en fait au métier qui doit fabriquer l’étoffe.
- Section Troisième.
- Des précautions quil faut nécejfairemênt prendre pour ourdir les poils , en or & en argent*
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- J’a i dit que la dorure qui fervoit pour les poils tant en or qu’en argent eft appellée filet ou filé ; ce filet n’eft autre chofe qu’une lame d’or où d’argent qui couvre un brin de foie dont il reçoit toute fà confiftance ; il eft évident que cette lame ne peut couvrir ce brin de foie qu’en l’enveloppant dans toute fa longueur, & que fon élafticité ne permettant pas au filet de s’étendre ' en ligne droite , elle lui fait au contraire toujours décrire une ligne courbe ; il a donc fallu pour le foumettre à l’ourdifîàge , trouver un moyen de lui donner un degré de tenfion convenable à cette opération.
- Les rochets dont on fe fert pour ourdir les poils d’or & d’argent , avec la même groffeur & longueur que ceux qu’on emploie pour la foie, doivent avoir chacun à un de leurs bouts, deux rebords féparés d’un demi-pouce l’un de'l’autre, par une rainure circulaire en forme de poulie, comme on le voit Fig. i, & jFig. 2 , PI. 2ÿ. Cette rainure doit être moins profonde que le corps du rocher fur lequel le filet or ou argent eft dévidé : on voit Fig. 3 , même planche un de ces rochets plein d’or ou d’argent.
- On doit faire attention en dévidant le filet fur ces rochets, que la poulie fe trouve toujours du même côté à chacun, afin qu’en ourdifïànt la dorure fe déroule du même fens.
- De quelque cantre qu’on fe ferve pour l’ourdifîàge des poils en or ou en argent, on met à chaque rochet, dans la poulie, une corde à laquelle pend un contre-poids, à-peu-près de même force, pour que la tenfion foit la même à tous ; on doit même obferver , quel que foit le nombre de ces rochets , de les diftribuer également dans les deux divifions de la cantre , à moins que, le nombre n’en fût impair. Il faut aufîi faire attention en envergeant, que les fils s’accordent à la jonéîion de chaque mufette, afin de ne point faire de fieuleré ; car dans les encantrages à nombre impair, on peut profiter de la fécondé enver-geure, fi on a bien commencé la première, fans craindre de faire de fieulere, & fans être obligé même de faire fauter le fil ; mais il faut avoir la précaution de tourner la main en prenant la fécondé envergeure, ou en plaçant la première; car autrement le feulere fe feroit,à moins qu’on ne donnât au fil une
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- Seconde Partie. De fOurdijffage. Chap. XVII; i8p direction oppofée à celle quil tient. La remarque que je fais ici peut fervir pour les envetgeages de la foie , comme pour ceux de la dorure.
- J’ai dit que pour donner une tenfion convenable aux fils d’or ou d’argent , il falloit un contre-poids à chaque rochet ; il importe fort peu de quelle matière on les fafle ; cependant on doit choifir pour cela la moins volumineufo ainfi le plomb doit être‘préféré ; la forme en eft arbitraire , pourvu qu’elle ner foit pas incommode , Sc qu’ils foient fuffiftmment pelants : voici comment on s’en fort. - ~ ~
- On noue les deux bouts d’une ficelle d’environ 4 ou y pouces de long , ce qui forme une boucle telle qu’on la voit en a, Fig. 4 , même planche , d’en-viron 2 pouces d’ouverture , qu’on fixe à chaque contre-poids ; enfoite on pafle dans la poulie de chaque roquetiii une autre ficelle fort unie, d’environ 20 pouces de long, on lui fait faire deux tours, & on noue fes deux abouts après l’avoir paffée dans la boucle qu’on a attachée au contre-poids. La Fig, 4 fait voir en h la maniéré dont cette ficelle eftpaflee & arrêtée. On fait la même opération à tous les contre-poids. La Fig, y, même planche, repréfente une cantre droite dans laquelle on a mis 10 roquetins avec chacun un contre-poids tels qu’ils doivent être.
- Si c’eft d’une cantre couchée qu’on fe fert, il faut nécefîàirement que le fond de la cantre foit ouvert, afin que les contre-poids puiftent agir librement Sc pour qu’ils aient plus de liberté, on a le foin de laifler un intervalle de deux broches ou plus s’il le faut, d’un rochet à l’autre ; cependant ce n’eft qu’au-tant qu’on craindroit que les contre-poids ne fuflent pas fuffilànts, pour donner toute la tenfion néceflaire. La Fig, 6 , eft une coupe de la cantre couchée ou l’on voit en a , a , deux rochets avec leur contre-poids b, b9 fulpendus par les ficelles c , c, *
- Si l’on veut employer la cantre droite , il faut un intervalle de broches bien plus confidérable, afin que le contre-poids du rochet fupérieür ne puifie toucher au rochet de deflous : voye£ la Fig, y.
- Pour n’être pas obligé d’obferver un fi grand intervalle entre les rochets , à cette cantre , on peut diminuer la longueur des ficelles ; on peut même faire les contre-poids de forme applattie comme celui Fig, 7, ou ronde comme dans la Fig. 4, ou bien conique, Fig. 8 ; il fuffit que le point de leur folpenfion foit à-peu-près au centre de la figure. Tels font les moyens dont on fo fert pour ourdir les poils en or ou argent.
- On pourroit , au lieu de contre-poids, attacher un rellort à chaque broche pour opérer un frottement dans le trou de chaque rochet, Sc ralentir la vîtefie de fa rotation. La Fig. 9, repréfonte une broche à deux refibrts , dont un pour chaque divifion de la cantre ; mais cet expédient eft trop difficile à exécuter : ainfi on doit s’en tenir à l’ufoge établi.
- Il eft aifé de fontir que le déroulement du rochet ne peut jamais occafionneir Étoffes de soie. //. Paru B b b
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- i9c> VAUT DES ÉTOFFES DE SOIE. fentortillement de la ficelle qui ne fait que gliffer dans la poulie, Sc augmenté la tenfion , en proportion de la pefanteur du contre-poids.
- Du refie , Fourdiflàge fè traite comme celui des chaînes de foie. Avec une cantre couchée , on pafle les fils fimples ou doubles dans les anneaux, mais fl ceft une cantre droite, on ourdit comme à l’ordinaire , foit à Fourdiffoir long, foit à Fâide du plot, ainfi quon l’a vu.
- r Quand on a’achevé d’ourdir ce poil, on place à chaque envergeure un petit bout de ficelle, la plus unie qu on puiiïe trouver , au lieu d'un cordon de foie que la dorure arracheroit infailliblement, & on leve ce poil fur une cheville comme les chaînes & poils de foie ; mais on ne doit jamais les lever à chaînette, de peur què les entrelaffements n’arrachent la dorure.
- Nous terminerons ici le Traité de l’Ourdilîàge. Nous aurions défîré le relier-rer dans des bornes plus étroites ; mais il nous a femblé qu’un Art doit plutôt être décrit abondamment qu’obfcurément : heureux celui qui peut atteindre le degré de perfection*
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- EXPLICATION DES PLANCHES
- Concernant l’Ourdiffage des Chaînes pour les Étoffes de Soie*
- CHAPITRE DI X-H U I T I E M E.
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- Explication des Flanches de UOurdiffoir long, de fa c antre $ SC des differentes opérations qui y: font repréfentées*
- Planche Première*
- L a Figure première repréfente l’Ourdifloir long vu en face ; on ÿ voit ütlê chaîne F, toute ourdie 9 dont la longueur, fuivant les proportions de cet our? difloir, eft de vingt aunes , ce qui le luppofe à trois aunes de longueur.
- A 9 eft la traverfe inférieure de l’ourdiftoir.
- B9 eft celle d’en haut ; les deux trous qu’on y voit reçoivent les deux chè? villes a9 b9 de l’envergeure.
- C9 D 9 font les deux montants des extrémités ; les trous qu’on voit fut Ceux qui font féparés reçoivent les chevilles qu’on voit en place fur l’ouf-difloir tout monté. -
- E , E , font les deux montants du milieu, féparés ; les deux rangées de trous qu’on apperçoit for chacun font deftinées à recevoir les deux chevilles errantes, telles qu’on les voit enc, d for la Figure ; elles tiennent les féparations de la derniere envergeure.
- G 9 G 9 font deux des chevilles qu’on met for les montants C 9 D , de la Figure première.
- La Figure 2 eft une corbeille a’ofier contenant des rochets pleins de foie;
- La Figure 3 eft une pareille corbeille qui reçoit les rochets à mefore qu’on les vuide.
- La Figure 4 repréfente le bout fopérieur d’une chaîne ourdie : on voit en A 9 for cette Figure , les entrelaflements formés par les mufettes 9 entre l’ouverture C9 8c celle D ; celle qu’on voit en C, eft la place de la cheville par où l’on commence l’ourdifîàge. L’ouverture D9 & celle E9 font les deux féparations de l’envergeure formées for l’ourdiftoir au moyen de deux chevilles a9b 9 Fig. 1 : ici c’eft un cordon de foie B 9 qui les retient & conforvé cette envergeure. On voit en F9 les deux bouts de ce cordon noués enfomble * afin qu’il ne puifle pas s’échapper. On a aufli repréfonté à l’ouverture C 9 la ma? niere dont on tord for lui-même ce bout de la chaîne quand on la leve.
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- ïpi L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- La Figure y repréfènte le bout inférieur d une chaîne ; on voit en A, la foie tordue fur elle-même; C, D , font les deux réparations de l’envergeure des mufettes, formées par les deux chevilles errantes , à la place defquelles on a mis auffi un cordon de foie B, dont les deux bouts font noués enfemble } comme on le voit en D , pour conferver auffi cette efpece d’envergeure.
- La Figure 6 repréfente la cheville que tient dans fa main l’Ourdiffeufè, Sc au moyen de laquelle elle pouffe la foie devant elle en ourdifïant.
- H 9 eft une cheville fur laquelle on leve la chaîne lorfqu elle eft ourdie.
- /, /, font les deux bâtons quon attache au plancher pour accrocher la braffia lorfq u’on veut reprendre un fil de foie qui s’efl cafte en ourdiffant.
- >
- Explication de la seconde Planche.
- L a Figure I repréfènte la cantre couchée, propre à l’ourdifloir long, vué, en perfpeétive.
- A9 A , font les deux montants de devant, plus courts de fîx pouces que les? deux de derrière.
- B 9 B , font ces deux montants de derrière.
- C9C9 font les deux traverfes d’en bas fur la longueur.
- D 9 D 9 font celles des côtés.
- E 9 E 9 font des traverfes de même longueur qui s’aflèmblent aux quatre montants au milieu de la hauteur de ceux de derrière, & forment les côtés de la cantre.
- F , F , font les deux traverfes de devant & de derrière du milieu de la' hauteur de la cantre ; on voit fur chacune vingt petits trous dans lefquels on paffe les broches de fer qui fervent d’axe aux rochets ; les petites rainures qui communiquent à ces trous fervent à faciliter l’entrée du bout de ces broches.
- G 9 eft la traverfe qui forme les deux divifîons de la cantre : elle a auffi fur fa longueur vingt trous en ligne droite avec ceux des deux précédentes traverfes.'
- H9 H , font les deux traverfes qui aflemblent les montants de la cantre par le haut.
- 19 1, font les deux traverfes à anneaux.
- L 9 eft un anneau rond, de verre, attaché à une ficelle, tel quon le place fur la traverfe en faifant un double nœud par-deflus.
- M, eft un anneau de verre en agraffe, attaché auffi à une ficelle, & au même ufàge que le précédent.
- N eft une des vingt broches de fer ou eftifîures, qui fervent d’axe aux rochets^
- La Figure % repréfènte la cantre vue de profil.
- La Figure 3 repréfente le devant de la cantre vu en face ; toutes les pie-^ ces féparées font fous les mêmes lettres.
- Expjl icatio n
- t
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- Seconde Partie. Explication des Planches, Chap. XVÎIÏ. i.p 3 Explication de la troisième Planche*
- G e t te Planche repréfente l’Atelier d’une Ourdilfeufe.
- La Figure 1 repréfènte l’ourdiffoir long vu en perfpeélive.
- A, eft l’Ourdiflèufe : on la voit qui pouffe devant elle la bralfe avec la maiii droite ; elle fe fert pour cela d’une cheville contre laquelle elle fait gliiTer la foie avec un léger effort ; & marchant le long de l’ourdiffoir , elle fcutient la brafîè avec là main gauche, après en avoir accroché le bout à la première cheville a, & avoir placé l’envergeure fur celles a , b, enfoite elle va vers l’autre bout de l’ourdiffoir pour accrocher cette même brafîè à celle a , & continue fon ourdifîàge en allant de droite à gauche , ainfî qu’on l’a détaillé.
- B, eft la braffe compofée d’un nombre de fils venant de la cantre;
- C ,C $ font les deux bâtons ou l’on arrête la brafîè lorfquon veut chercher un fil caffé ou fini.
- La Figure 2 repréfènte la cantre couchée vue en perfpeétive ; elle eft garnie de 40 rochets pleins de foie ; chaque brin eft paffé dans un des anneaux de verre qui lui fert de guide ; elle eft éloignée de l’ourdiffoir d’environ cinq
- La Figure 3 eft une table fur laquelle on voit en Â, une corbeille d’o-fier contenant des rochets vuides, 3c en 2?, une autre corbeille contenant des rochets pleins de foie.
- La Figure 4 eft une cheville de bois for laquelle on releve les chaînes lorfqu’elles font ourdies ; elle eft accrochée à un clou contre la muraille au moyen d’un cordon ou d’une ficelle.
- Explication de la quatrième Planche.
- La Figure 1 repréfentel’Ourdiffeufe qui releve forune cheville la chaîne qu’elle vient d’ourdir.
- A 3 eft l’Ouvriere tenant de fes deux mains une cheville B, fur laquelle elle roule la chaîne C, avec toute la force poffible, & croife chaque tour l’un for l’autre.
- La Figure 2 repréfente la même cheville for laquelle eft une chaîne rele* vée , dont le bout n’eft pas arrêté.
- La Figure 3 repréfente auflî une chaîne relevée , & dont le bout eft arrêté comme il doit l’être pour ne point échapper.
- La Figure 4 eft une corbeille qui contient des rochets vuides & pleins*
- Étoffes de soie. IL Part.
- C c c
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- L'ART DES ETOFFES DE SOIE.
- rp4
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- Explication de la cinquième Planche.
- L a Figure i repréfente une coupe de l’ourdifloir long , vu de profil appuyé contre un mur, dans l’état où Ton a coutume de le placer.
- A 9 eft une des chevilles de l’ourdifloir hors de là place ; elle eft fèmblable à toutes les autres.
- La Figure a eft la cantre de cet ourdiflmr, vue auffi de profil ; a, a, font deux rochets de foie , fur la broche qui leur fert d’axe. On a eu foin de repré-fenter la maniéré dont la foie en lortant de chaque rochet va paflèr dans l’anneau de verre c > c, qui lui eft perpendiculaire & lui fort de guide : on voit en b y b, ces deux brins de foie faifint partie de la braflè, & dont le bout eft accroché à la cheville d> de l’ourdifloir, Fig. i.
- La Figure 3 repréfente dans de très-fortes proportions, une partie de la cantre qui contient les rochets ; ce font les trois traverfes qui en forment les deux divifions. Par cette Figure on voit comment font placées les broches, on y voit des rochets pleins de foie Sc d’autre vuides ; on a aufli laiffé une broche .vuide, & d’autres qui ne contiennent qu’un rochet ; on apperçoit encore un elpace dont les trous ne font point occupés. B , eft la broche qui peut remplir Ce vuide.
- La Figure 4 eft un rochet plein de foie, vu en face.
- La Figure 5 en eft un autre vu en perlpeélive.
- La Figure 6 eft un rochet vuide.
- Les proportions des Figures 3,4, $ & 6 > font en raifon de trois pouces pour pied.
- CHAPITRE DIX-NEUVIEME,
- Explication, des Planches concernant VOurdijfoir rond, fes contres
- SC toutes fes opérations.
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- Explication de la sixième Planche.
- L A Figure 1 de cette Planche repréfente la cage de l’ourdifloir vue en perlpeélive ; le montant de devant eft celui auquel on voit le plot F.
- A , eft la traverfo qu’on place en-deflus de la croix inférieure de la bafo de cette cage.
- B, eft celle qu’on place par-deflbus , & qui avec la précédente forme la croix,' C & D, font les deux traverfes qui forment la croix fupérieure de cette même cage. On voit au milieu en a$ le trou dans lequel entre le boulon de l’arbre.’
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- Seconde Partie. Explication des Flanches* Chap. XIX* Xyf
- E, E 9 E , E, en font les quatre montants.
- G , eft le petit montant quon met au-deflus de la traverfe D>
- H, eft un des deux montants quon place à la cage d’un ourdiflbir rond, lorlqu’on veut employer un plot à deux mortaifes égales.
- /, eft une des deux traverfes qui forment la croix inférieure de la cage* lorfqu’on veut employer les deux montants dont je viens de parler*
- b, eft une petite grenouille dans le trou de laquelle tourne le pivot de l’arbre , elle eft placée dans un trou quarré au milieu de la traverfe A.
- c, eft une petite poulie qu’on place dans fentaille du petit montant
- d, eft la cheville qui lui fort d’axe.
- i ,
- Explication de la septième Planche.
- L a Figure i repréfente un ourdiflbir rond tout monté, vu en face hors de fà cage.
- A, eft l’arbre garni de fon boulon L, & de Ion pivot M; voyez la piece détachée : on voit à chacune de les extrémités un cercle de fer a , a, qui ferc à empêcher le bois d’éclater.
- B , jB , à part, font deux des 6 traverfos qui s’affemblent en croix au centre de l’arbre.
- C, C, font deux des 12 autres traverfos qui s’aflbmblent à l’arbre par le bout oppofé au tenon ; elles portent avec les précédentes les 8 montants F y F, &c.
- D , eft une des planches ou tourteaux à 8 pans, qui foutiennent les traverfos à chaque rayon ; elle vue en perlpeélive.
- E j eft une des trois clefs qui foutiennent les tourteaux.
- F, F y font deux des 8 montants qui forment les 8 ailes de l’ourdiflbir.
- G, eft une des 12 traverfos femblables qui fervent d’arcboutants aux ailes de Tourdifloir, afin qu’elles ne changent pas de pofition.
- H, eft une des 8 autres traverfos qui fervent aufîi d’arcboutants aux ailes de rourdifloir , & qui portent en même-temps les 4 montants K * K, &c.
- /, eft une des 4 traverfes qui fervent encore d’arcboutants aux mêmes ailes; élles font entaillées à mi-bois pour recevoir le montant K, au milieu de fa hau* leur : ces quatre montants ont à leurs extrémités des tenons, au moyen defquels ils entrent dans une mortaifo pratiquée dans les traverfos H, haut & bas.
- K, eft un des 4 montants qui reçoivent les chevilles errantes dans les deux rangées de trous qu’on voit for leur largeur reçoivent ces chevilles errantes à la hauteur qu’exige la longueur de la chaîne qu’on veut ourdir.
- L, eft un boulon de fer qui eft placé au centre du bout fopérieur de l’arbre.
- M, eft le pivot for lequel tourne l’arbre,
- N s eft un bout de fer terminé en pointe & quarré, qu’on place au centre du bout inférieur de Tarbre, & qui reçoit le tenon du pivot de maniéré qu’il ne puilfo tourner dedans.
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- i$6 L’A RT D ES ÉTOFFES DÉ S O I Ei
- O, eft une des 5 chevilles qui fervent à retenir les bouts de la chaîne $ & les réparations des envergeures.
- P 9 P ? font deux des 24 chevilles qui retiennent les 12 traverfes c, c, &c. fur les tourteaux D, D 9 D 9 afin qu’elles foient plus folides dans l'arbre*
- Explication êe, la huitième Planche.
- L a Figure 1 repréfente la maniéré dont deux des huit ailes de rourdiflbir rond font formées par trois des grandes traverfes qui fo croifont au centre de larbre ; elles portent à chacune de leurs extrémités un montant ; on a , pour rendre cet effet plus fenfible , repréfonté l’arbre coupé par la moitié for fon diamètre ; on voit le boulon, le pivot, les tourteaux 8c les clefs, ainfi que les entailles qui reçoivent à angles droits, de pareilles traverfes.
- La Figure 2 repréfente un affemblage de trois des petites traverfes de l’oür~ difîbir , qui en forment une aile.
- La Figure 3 eft l’afîemblage des deux grandes traverfos ; on y voit la maniéré dont elles font placées au centre de l’arbre.
- La Figure 4 eft une autre croix qui préfente l’afîemblage de quatre des petites traverfes, telles qu’elles font placées dans l’arbre , 8c retenues par les tourteaux.
- Explication de la neuvième Planche.
- La Figure 1 eft le plot à deux tringles fur le devant, 8c à deux poulies droites, entre lefquelles pafïe la brafïe ; il eft aifé de fontir l’imperfeétion de ce plot, qui n’a pas affez de tringles, pour conferver pendant Fourdifïàge la féparation des deux divifions.
- La Figure 2 eft le plot à guide, formé d’une tringle recourbée en fpirale 9 dans l’anneau de laquelle paffe la brafïe.
- La Figure 3 eft le plot à trois tringles for le devant ; celle du milieu fort à féparer la brafïe en deux parties égales : ce que nous en avons dit le fera aifé-ment reconnoître pour le meilleur de tous : on y voit deux grandes mortaifes qui font enfilées par deux montants , ce qui rend là montée & fà defcente beaucoup plus uniformes. Du refte il a deux poulies entre lefquelles coule la braffe.
- La Figure 4 eft un plot dont les tringles de devant font de bois , & tournantes , ce qui donne une forte d’aifance à la brafïe , en ce quelle ne fouffoe aucun frottement.
- La Figure 5 eft un plot dont nous avons donné l’idée, vu par le bout du côté des tringles ; il en a quatre a , a, b, b, toutes tournantes , indépendamment de deux poulies droites entre lefquelles paffe la braffe ; les deux petites
- tringles
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- Seconde Partie, Explication des Planches. Chap. XIX, 1577 Cringles b , b y divifent cette braffe en deux, ainfi qu’on le voit par les fils x & 2, qui repréfentent une braffe paffee entre les deux tringles a , a : on a dû voir en Ion lieu pourquoi ce plot feroit préférable à tous les autres ; mais je ne lâche pas qu’il ait jamais été exécuté.
- La Figure 6 eft un plot qui différé de tous les autres par fà conftruétion ; la braffe paffe entre les deux poulies droites ; elle y eft retenue au moyen d’une tringle de fer coudée, comme on le voit en g ; on place le petit bout 1, de cette tringle dans le trou a du plot , & Ion bout 2 s’étend fur fa longueur du côté des poulies *, ce plot n’a point de mortaifes, mais il eft entaillé , ainfi qu’on le voit, de maniéré à couler le long d’un montant à rainures , dont on a repréfenté un bout en K.
- a, eft le guide du plot Fig. a.
- b9 eft une tringle de fer recourbée fur fes* deux bouts , telle qu’on s’en fert pour les bords du plot Fig. 6.
- c y c $ font deux tringles de bois tournantes, fervant au plot Fig. 4.
- dy eft une palette de bois, percée de deux trous, qu’on fiche dans le plot 'Fig. 4, pour tenir par un bout les tringles c , c, qui tournent dans les trous de cette palette , ainfi que dans ceux du plot avec lelquels ils font exactement de niveau.
- e% e9 font deux tringles de fer telles qu’on les place for les angles de tous les plots pour adoucir le frottement de la foie.
- /, /, font d’ autres tringles de fer qu’on place for le devant d’un plot ÿ au-deffos d’une des précédentes, pour retenir la braffe ou pour la divifer en deux.
- g y eft une tringle de fer coudée qu’on met au plot, Fig. 6, pour retenir la braffe ; elle y eft placée de maniéré à tourner for fon petit bout x , comme for un pivot, & pour cet effet on le diminue un peu pour y former une ef pece de tenon rond ; cette tringle peut auffi fervir à d’autres plots au même ufage , fa place eft en a, Fig. 2 & 6 , dans un trou qu’on pratique exprès.
- h y eft une cheville de bois qui fert d’axe à la poulie i.
- i y eft une des deux longues poulies, qu’on met debout for tous les plots, entre lefquelles on fait paffer la braffe , & qui la retiennent de droite à gauche , & de gauche à droite, foivant le côté où tourne l’ourdifloir.
- k y eft le bout d’un montant, le long duquel on fait monter & defoendre Je plot, Fig. 6.
- La Figure 7, eft un montant de la cage de l’ourdiflbir for lequel le plot A y monte & defcend à corde fimple.
- La Figure 8, eft un pareil montant le long duquel le plot A, monte & def tend à corde triple.
- t La Figure 9, eft encore un montant le long duquel le plot B , monte & defcend à corde quadruple.
- jEtof^es de soie. II. Paru
- Ddd
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- i9S VART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- La Figure io repréfente deux montans affembiés haut & bas, par unetra-yerfe de la cage de l’ourdiffoir , encre lefquels le plot A , monte & defcend à corde fimple ; au bout de la corde qui le tient , eft attachée la gance d’une cre* maillere de fer, dont on a foffifamment fait connoître fufage ; cette cremaillere eft fixée fur le plot affez folidement pour ne point fo déranger,
- La Figure 11 repréfente encore deux montants fembiabies 'aux précédents * le long defquels monte defcend à corde double le plot A ; on doit fe fôü-yenir que ce doublement de la corde retarde la montée du plot 8c fa defcente* • La Figure 12 eft une chape de bois ou moufle à une feule poulie qui fert au redoublement des cordes à boyau qui font monter les plots.
- La Figure 13 eft une autre poulie dont la monture eft en fer , & la queue eft en vis ; ces deux pièces font vues en double proportion des montants ; à la première eft paftee un corde nouée par les deux bouts , au moyen de quoi on Fattachë à un clou ou à une cheville , ainfi elle ne peut fervir que pour le haut de fourdiffoir; mais la fécondé dont la queue eft en vis, peut aulTi s’attacher au plot en place de celle D 9 Fig. 2.
- La Figure 14 eft la gance de la cremaillere qu’on a coutume de faire en fer.
- La Figure xy eft la cremaillere qu’on peut faire de cuivre ou de fer ; l’une & l’autre de ces deux dernieres figures font vues en double proportion des autres pièces repréfentées dans la même Planche.
- Explication de la dixième Planche.
- La Figure r repréfonte FOurdiftoir rond tout monté dans là cage & prêt à travailler ; on n’y a point fait voir les étayes , pour ne point multiplier les objets.
- La Figure 2 eft le banc à roue fur lequel s’affied l’Ouvriere pour faire tourner l’ourdiffoir , ce qui s’exécute au moyen de la manivelle K , qui fait tourner la roue /, dans laquelle pafle la corde L , qui embraifo tous les montants de l’ourdiffoir.
- Développement du Banc.
- A , eft la grande planche qui forme le deffus du banc.
- B 9 B 9 B 9B 9 font les quatre pieds du banc.
- C, C y font les deux trayerfos qui affemblent les quatre pieds du banc for la largeur.
- D , eft la grande traverfe qui eft alfemblée aux deux précédentes à tenon & mortaife : on voit fur cette traverfe un petit cube de fer qui fort de grenouille ou pilete, au pivot de l’arbre F.
- E , E, font deux petits montants aflemblés for la traverfo D, & qui portent la petite planche g, qu’on ne peut pas voir for la figure à caufo de la roue
- (
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- Sec P a r f t t Ëxplicatïofi des Ptanches• Chap. 3CI3L ïpp
- I y qui la cache , mais qu’on a repréfentée à part : le trou qu’on y voit fert à contenir f arbre’F-, afin que le pivot ne puifle lortif de là grenouille.
- F , eft l’arbre liir lequel la roue du banc eft folidement fixée.
- G 3 G 3 font les deux pièces de fer dont le pivot eft compofé ; elles {ont vues en grand, eu égard à la proportion des autres pièces repréfentées dans cette planche, afin de les rendre plus fenfibles ; celle de deflus entre dans le bout dé l’arbre, 8c celle de deflous eft afîemblée avec la première par Ion tenon, de maniéré qu’on peut l’en fortir facilement lorlque là pointe eft émouflee par la force dü frottement qu’elle éprouve dans le trou de la grenouille.
- H 3 eft la grenouille , dans un dès trous de laquelle le pivot tourne.
- J,/, repréfentent la roue vue en plan 8c de profil.
- K , K 3 font lés deux pièces de bois qui compofent la manivelle de l’arbre^
- L'â Figure 3 repréfente ie plot à trois tringles & à une feule grande mortai-fe ; on l’a rêpréfenté ici en double proportion des autres pièces de cette Planche;. il eft garni de toutes fies tringles & de fes deux poulies droites.
- La Figure 4 reprélente le même plot dépouillé de toutes fes pièces , &dan$ les mêmes proportions que le précédent.
- La Figure 3“ eft 1e même plot vu géométralement.
- M, eft une poulie qu’on place dans la petite mortaife en devant du plot lut fon épaifteur ; c’eft dans là rainure que paile la corde à boyau iorfqu’on fait monter lé plot à corde double , triple ou quadruple.
- N y N y font les deux poulies entre lefquelles pafie la Erafle Iorfqu’on our«* dit ; elles font dans les mêmes proportions du plot.
- O y O y font les deux chevilles à tête qui leur' fervent d’axe.
- 4.
- Explication de la onzième Planche.
- L A Figure 1 repréfente une cantre droite fimple, à deux divifions.
- s
- » Développement de cette Cantre.
- A y eft la planche qui fert de baie , montée fur quatre pieds B, B , B y B*
- C y C y lont les deux montants des extrémités.
- D y eft le montant du milieu.
- E y eft la trayerfe qui alfemble les trois montants par le haut.
- La Figure 2 repréfente une cantre droite double en largeur 3 avec cinq mon*^ tants ; elle équivaut à deux cantres comme la précédente.
- La Figure 3 eft une cantre droite double , différente de la précédente en ce quelle eft formée par deux cantres fimples placées l’une devant l’autre, & portées fur la même baie.
- La Figure 4 eft une cantre droite quadruple , compofée de deux cantres doubles comme celle Figure % ; elle vaut quatre cantres fimples*
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- L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE% •
- Explication de la douzième Planche.
- L a Figure i repréfente un jet fimple à 60 brocheSj ou tringles, 30 de chaque côté.
- La Figure 2 eft un jet double compofé de deux jets pareils au précédent * placés fur la même bafe , l’un devant l’autre, à fix pouces de diftance.
- La Figure 3 eft un autre jet double , qui différé du précédent en ce qui! n’a qu’un feul montant, Sc que fur chacune de fes faces , fur la largeur , on met deux rangées de trente tringles chacune, placées à quatre pouces de diftance l’une de l’autre.
- La Figure 4 eft un jet quadruple, ou pour mieux dire, ce font quatre jets Amples comme celui Fig. 1, portés fur une même bafe, & placés .de la maniéré la plus convenable , pour pouvoir encantrer & ourdir facilement. Chaque jet, confidéré comme Ample, contient 60 rochets 9 ainfi le jet double en contient 120, & les autres à proportion.
- Explication de la treizième Planche;
- Les trois pièces néceftàires à lourdif^ge qu’on voit dans cette Planchejt font placées comme quand elles travaillent.
- La Figure 1 repréfente l’Ourdiftbir rond vu géométralement.
- La Figure 2 repréfente le banc à roue vu auffi géométralement ; cette figure ne repréfente rien dont le détail foit fort nécefîàire : on voit un peu de la roue dont on a continué la circonférence par un cercle ponétué.
- On diftingue afïez la manivelle à l’infpeélion, il faut remarquer le croife-ment de la corde, qui n eft nécefîàire que pour qu’elle efluie un plus grand frottement fur la roue, fans quoi elle ferok fujette à gliffer : en effet fi au fortir de cette roue elle alloit tout de fuite embraffer l’ourdifloir , elle ne poferoit jamais que fur une moitié de la roue, au lieu que de cette façon elle s’applique fur prefque toute fa circonférence.
- La Figure 3 repréfente aufll la cantre droite vue par-deffus.
- 19 eft la traverfe d’en haut qu’on fiippofe tranfparente pour laifïèr voir deux rochets qu’on a ponétués.
- 2y 2 9 font les montants des extrémités.
- 4, eft celui du milieu. '
- On n’a pas „cru pouvoir mieux faire fentir la pofition refpeélive de ces trois pièces que par un plan géométral.
- La Figure 4 repréfente la maniéré dont on fixe les anneaux fur les traverfès qui leur font deftinées ; on voit dans cette figure un bout de traverfe , avec trois anneaux déjà placés ; on a eu foin de repréfenter la ficelle qui les em-braffe fort lâche , afin d’en faire mieux fentir l’effet : on voit par ce moyen que
- k cette
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- Seconde Partie. Explication des Planches. Chaf. XIX. 20 f cette ficelle pafle & repaftè dans le même trou après avoir enfilé un des anneaux.
- La Figure y repréfente la cantre à la Lyonnoife vue géométralement, garnie de 6o rochets pleins, &les bouts de la foie de chacun des rochets rangés comme quand on vient d’encantrer.
- Explication de la quatorzième Planche;
- L a Figure r repréfente une cantre droite tournante, imaginée par l’Auteur de cet Ouvrage , pour faciliter les ourdiftàges des chaînes. On a vu les propriétés de cette cantre dans la dixième Seélion du fixieme Chapitre.
- Développement de cette Cantre.
- A , eft la planche qui forme la bafe de la cantre tournante.
- B , eft l’arbre qui lui fert d’axe.
- C y D y font les deux planches qui en aflemblent les montants haut 8c bas.
- E y eft un des quatre montants du milieu de chacune des quatre faces de la cantre.
- F y eft un des quatre montants qui en forment les angles.
- G y eft une des 240 broches qui fervent d’axe aux rochets.
- a y eft un crochet, au moyen duquel on fixe la cantre, afin qu’en ourdfilant aucun mouvement ne la fafle tourner.
- b y eft une vis, qui fixe le crochet fur la bafe de la cantre.
- c9 eft un des quatre pitons en vis, qu’on place for l’épaifleur de chacune des faces de la planche D ; c’eft dans le trou de ce piton qu’on fait entrer le bout recourbé du crochet, lorfqu’on veut fixer la cantre.
- La Figure 2 repréfente la même cantre en perfpeétive où l’on voit deux faces garnies chacune de 60 rochets pleins de foie.
- Explication de la quinzième Planché.
- La Figure 1 repréfente l’Ourdifloir rond en mouvement, fur lequel on vient de commencer d’ourdir une chaîne dont on ne voit qu’un tour & demi de la premiete mufette.
- La Figure 2 eft le banc fur lequel l’Ourdifteufe eft aflife ; elle tient de là main gauche la manivelle au moyen de quoi elle fait tourner l’ourdiftoir.
- La Figure 3 eft la cantre droite avec laquelle on ourdit à 40 rochets ; la diftance qu’il y a entre l’ourdiftoir 8c la cantre eft ici plus grande qu’elle ne devroit être dans de juftes proportions ; mais on a cru devoir en ufer ainft pour rendre l’opération plus fenfible , & la pofition de l’Ourdifteufe plus apparente.
- La Figure 4 eft la mainotte portée fur fon pied ; c’eft de cet uftenfiie qu’on ; ________________________________________________________
- Etoffes de soie, IL Paru E e e
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- 202 L’ART DES ÉTOFFÉS DE S01Ê.
- fe fert pour chercher un fil cafle dont le bout a déjà pafle fur l’ourdifloir.
- La Figure y repréfente une Ouvrière occupée à encantrer ; elle a déjà mis quinze rochers , 8c on voit la maniéré dont elle courbe la broche pour pafler le feizieme, & la remettre enfuite dans fon trou par la rainure.
- Les Figures 6 8c j font deux corbeilles où font des rochets pleins de foie qu’on employé en encantrant.
- La Figure 8 eft une autre corbeille pleine auffi de rochets à côté de l’Our-difleufe ? pour remplacer ceux qui fe vuident en ourdiflànt.
- Explication de la seizième Planche.
- L a Figure i repréfente l’opération par laquelle on releve la chaîne de deflus Fourdifloir ; mais avant d’entrer dans le détail de cette figure, il faut voir en B , Fig, 2, même planche , le nœud coulant qu’on met dans la rainure de la cheville à relever, 8c que l’Ourdiflèufe ferre de toutes fes forces , en tendant la chaîne A. Retournons à la Figure I.
- L’Ourdiflèufe eft affile fur une chaife A , devant l’ourdifloir , 8c tend la chaîne By quelle a ôtée d’entre les tringles du plotC, mais qui pafle entre les deux poulies droites ; & avec le pied droit D , elle retient l’ourdifloir , qui fans cela tourneroit d’une vîtefle extrême ; ainfi elle ne le laifle aller qu'à meffire quelle pelotte la chaîne fur la cheville E : on a tâché de rendre fenfible aux yeux l’effort qu’elle fait.
- On a repréfenté cet ourdiflbir dans une chambre, pour faire voir la maniéré , dont on roidit les étayes ouponteaux F, F, F, F> Fy dans tous les fens contre le plancher G, Gy G y 8cc.
- H y eft une corbeille remplie de rochets qui ont fervi à f ourdiflage de la chaîne.
- La Figure 3 reprélente une cheville ftir laquelle eft une chaîne relevée; on peut voir le bout A , tordu fur lui-même, & pafle fous le dernier tour B , vers un des boucs de la cheville : on a vu dans fon lieu la raifon de ce procédé.
- La Figure 4 repréfente le bout fupérieur de la chaîne A , avec la maniéré dont on place le cordon B, pour conferver l’envergeure b, b : l’étendue de la planche ne permettant pas de voir toute la chaîne, on a fùppofé qu’elle en for-toit pour revenir enfuite montrer comment au bout inférieur C, on tord fou-x verture d ; & enfin de quelle maniéré on met auffi un cordon F> , pour conferver l’envergeure des mufettes dy e ? produite par les chevilles errantes. Les cordons B y D 9 font ordinairement tournés autour de la chaîne pour plus de facilité ; mais on les a repréfèntés étendus pour faire voir leur effet.
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- Seconde Partie. Explication des Flanches. Chap, XIX. 203 Explication de la r> i x-$ eptieme Planche,
- L a Figure i repréfente une cantre droite dont on a fupprimé la bafe ; l’en-cantrage des rochets qu’on y voit efl celui des chaînes doubles & fimples dont nous avons parlé ; dans une divifion font 30 rochets , 8c 1 £ dans l’autre ; on a réuni les bouts de foie , pour faire voir comment on les prend en envergeant.
- La Figure 2 repréfente une pareille cantre dont l’encantrage eft pour une chaîne fimple & triple ; on voit que pour 30 rochets dans une divifion on en a mis 10 dans l’autre : on a aufîl réuni les bouts dé foie ,pour faire fentir l’effet de l’envergeure.
- La Figure 3 èfl: encore une cantre droite pour une chaîne double & triple ; la première divifion Contient 30 rochets, 8c l’autre n’en contient que 20 : voyez les bout des foie prêts à enverger.
- La Figure 4 repréfente l’arrangement des rochets pour une chaîne double & quadruple.
- La Figure J repréfente un encantrage de chaîne triple & quadruple. Telles font les différentes maniérés dont on combine l’encantrage des diverfes chaînes dont nous avons parlé. Comme jufqu’ici nous n avons préfenté aux yeux que les effets d’une cantre droite, nous allons les offrir de nouveau avec la cantre couchée ; & comme on y pafle les fils dans les anneaux, l’aflèmblage des fils deviendra bien plus fenfible.
- La Figure 6 repréfènte les deux divifions d’une cantre couchée , ou bien un tiroir de cantre ou de carcafîè ; on y voit l’encantrage d’une chaîne double 8c fimple, les fils font paffés doubles dans une rangée d’anneaux 8c fimples dans l’autre, en lai fiant à chaque divifion toujours un anneau vuide , avec cette différence que dans l’une paffe un fil double, 8c dans l’autre il efl; fimple. La maniéré dont on a repréfenté le croifement de ces fils ne permet pas à l’Ourdifîeufe de fe tromper : on a deflîné les fuivantes de même.
- La Figure 7 répond à la Figure 2 , & repréfente un encantrage fimple & triple.
- La Figure 8 en repréfente un double & triple.
- La Figure 9 efl: un encantrage double & quadruple.
- Enfin la Figure 10 en repréfente un triple 8c quadruple'.
- Pour ne laiifer rien à délirer fur un objet affez difficile , nous allons fùppo-fer une coupe de chaque cantre, & faire voir l’effet du croifement des fils au fortir de chaque rangée d’anneaux.
- La Figure 11 repréfente un encantrage double & fimple.
- a, b, font les traverfes à anneaux.
- c, d, font les anneaux.
- é, e, font deux rochets qu’on prend à la fois dans une divifion.
- f> efl; le rochet fimple de l’autre divifion.
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- 204 ‘ L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- Le fil de chaque rochet va au forcir de l’anneau fe croifer en g, avec deux ^ trois ou quatre , &c. autres, félon fencantrage.
- La Figure 12 repréfonte un encantrage fimple & triple ; les mêmes choies y font défignées par les mêmes lettres que dans la figure précédente, ainfi que dans les fuivantes , pour éviter d’ennuyeufes répétitions.
- On remarquera la jonétion de trois fils avec un, en g.
- La Figure 13 eft un encantrage de chaîne double & triple J vcye[ la jonc^ tion des fils en g.
- La Figure 14 eft un encantrage double & quadruple ; les fils font repréfentés de maniéré à faire voir leur jonéiion en g*
- Enfin la Figure iy , même planche, eft un encantrage triple & quadruple où quatre fils font croifés en g, par trois d’une autre divifion.
- Nous aurions defiré pouvoir nous difpenfer d’entrer dans un auffi grand détail ; mais nous penfons qu’il vaut mieux être abondant qu’obfour.
- Explication de la dïx-huitieme Planche.'
- La Figure I repréfente la cantre à la Lyonnoife vue en perlpeétive ; la longueur eft de y pieds y pouces, là hauteur de 22 pouces, làns comprendre les traverfes à anneaux ; les montants à anneaux les plus élevés font de iy pouces, ils font plus haut de 4 pouces que les autres , de lorte qu’en tout cette cantre eft de 3 pieds 1 pouce.
- Développement de cette Cantre.
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- A, A, A , A , font les quatre montants qui forment les angles de la cantre^
- B y B y lont les deux grandes traverfes inférieures qui aftemblent les mon^ tants par le bas devant & derrière, & qui déterminent la longueur de la cantre.
- CyC y font les deux petites traverfes qui aftemblent les montants B , B y &c* par le bas , & qui déterminent la largeur de cette même cantre.
- D y D y font les deux grandes traverfos qui aftemblent les mêmes montants par le haut ; elles font percées chacune de trente trous à un pouce de leur bord fupérieur.
- E y E y font les deux petites traverfes qui aftemblent auflî les montants • B y B y &c. par le haut, lefquelles avec les deux précédentes forment un quarré long*
- F y eft la traverfo qui divife le quarré long , formé par les quatre précédentes , en deux parties égales fur fa largeur ; c’eft par elle que font formées les deux divifions de la cantre dans lefquelles on place les rochets.
- G y G y font les deux montants qui portent la traverfo à anneaux la plus baftè^ H\ H y font les deux autres qui portent l'autre traverfo à anneaux.
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- Seconde Partie. Explication des Planches; Chap. XIX. îôÿ
- /, /, font les deux petites traverfes qui tiennent les montants G , H dans un écartement convenable Sc les rendent folides.
- K, efl une des deuxtraverfes à anneaux,percée de trente trous pour recevoir la ficelle qui retient les anneaux ; ces trous répondent perpendiculairement à ceux des traverfes D, D Sc F.
- Z, efl une des deux traverfes , qui fixées chacune fur celles D, D, en ferment les trous par le côté extérieur , afin que les broches qui fervent d’axe ne pui£ fent fortir en aucune maniéré ; celle de derrière ne fàuroit être vue.
- a, a , font deux petits morceaux de cuir qui fervent de charnière aux traverfes Z, Z.
- b y efl une agraffe de verre qui fert d’anneau *
- c, efl un anneau de verre.
- d, efl une des trente efliflures ou tringles, qui fervent d’axe aux rochets.
- La Figure 2 efl un alfemblage qui repréfente le devant ou le derrière de la
- cantre.
- La Figure 3 repréfente un des côtés de cette même cantre.
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- Explication de la dix-neuvieme Planche.
- Cette Planche repréfente l’Ourdifloir rond en mouvement avec la cantre à la Lyonnoife.
- La Figure 1 efl l’Ourdifloir fur lequel font 20 tours & demi de chaîne , ce qui, en fuppofant cet ourdifîoir à trois aunes de circonférence , donne foixante-une aunes Sc demie de longueur à cette chaîne. On voit par la pofition de la main de l’Ourdifleufe, Sc par la maniéré avec laquelle la brafîe fè roule , que l’ourdifloir tourne de droite à gauche ; on peut décider "par-là que le plot defcend , ce qui efl vifible par la pofition de la corde à boyau qui le fait mouvoir. ( On doit fe rappeller la détermination qu’on a donnée à cet égard. )
- a, efl le plot à trois tringles : on peut remarquer que celle du milieu fépare la brafîe en deux parties ; c’eft-à-dire , que les fils de foie qui viennent de la divifion fupérieure de la cantre paffent fur cette tringle, & que ceux qui viennent de l’autre divifion pafîent defîous.
- L’ourdifloir efl ici repréfenté folîdement arrêté au moyen des étayes ou pon-teaux E9E9E9E,E9 E, E9 E, qui font placés en tous fens contre le plancher.
- La Figure 2 repréfente l’Ourdifleufe aflife fur le banc à roue, dans la pofition ou elle doit être.
- La Figure 3 efl la cantre garnie d’autant de rochets quelle en peut contenir : l’intervalle qui fe trouve entr’elle Sc l’ourdifloir efl plus grand qu’il ne doit être fuivant les proportions ; mais on a eu deflein de mieux repréfenter l’opé-tion; car dans l’ordre naturel, la cantre ne doit être éloignée du montant du plot que de trois pieds Sc demi ou environ.
- Etoffes de soie. IL Part.
- F f f
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- ao5 L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- La Figure 4 eft une table ffir laquelle on voit en £,une écritoire, du papier en b y l’échantillon d’une étoffe rayée en c 9 un peigne du même compte de celui qui doit fabriquer l'étoffe pareille à l’échantillon en d9 8c en e, un compas.
- Tout ce qui eft fur cette table eft néceftàire dans un atelier d'ourdiflàge où Ton eft obligé de combiner les rayures. Le peigne & le compas font auffi très-néceflàires pour meffirer le nombre de dents que doit employer telle partie de fond ou de rayure ; on fe fort auffi du microfoope lorfque la précifion eft tellement indifpenfable qu’on doive tenir compte même d'un fil fur l'échantillon.
- - La Figure y eft la mainotte avec fon pied , ffir laquelle on roule la braffe pour trouver ffir l'ourdiffoir le bout d'un fil caffé.
- A , eft une corbeille pleine de rochets qu’on a vuidés en ourdiflànt.
- JB, eft une corbeille qui contient des rochets pleins de foie pour ffibftituer à ceux qu’on vuide en travaillant.
- C, D, font deux chevilles à relever les chaînes.
- Explication de la vingtième Planche.
- Cette Planche repréfente un atelier d’ourdillàge où deux Ouvrières font occupées à différentes opérations dont nous allons rendre compte.
- La Figure 1 eft un ourdiflbir rond pareil à ceux qu’on a déjà vus.
- La Figure 2 repréfonte une cantre à la Lyonnoife ; on y voit une Ourdifleufo occupée à encantrer ; elle tient de la main gauche un rochet qu’elle place dans la divifîon de devant, ( on fo fouvient comment on détermine l’une ou l'autre ) 8c avec la main droite elle poufîe une eftiffure pour en enfiler le rochet qu’elle tient. Cette figure dé ligne allez qu'on ne place les rochets de fuite que dans une divilion, 8c que lorfqu’on y en a mis fuffifamment, on en place à l'autre c’eft l’ufàge ordinaire.
- A 8c B, font deux corbeilles qui contiennent des rochets pleins de foie pour l’encantrage.
- La Figure 3 eft une Ourdiffeufe qui releve à chaînette une chaîne ourdie ; elle tient dans la main gauche une partie repliée plufieurs fois , & avec là main droite elle forme autant de boucles que cette opération l’exige.
- C, eft une corbeille dans laquelle l’Ourdifleufe met la chaîne quand elle eft trop longue , & que tous les replis ne peuvent pas tenir dans là main
- La Figure 4 eft l'ourdiflbir de deiffis lequel on releve la chaîne ; elle eft paffée entre les poulies du plot à l’endroit où paffe la braffe en ourdiflànt. L’Ourdifleufe eft obligée de retenir l’ourdiflbir avec le pied, afin qu’il déroule à propos la chaîne à meffire qu’elle en forme les chaînons ou boucles de la chaînette.
- La Figure y eft le banc à roue.
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- Seconde Partie. Explication des Planches. Chap. XIX. 26J
- La Figure 6 efl: une partie de chaîne levée à chaînette, on Ta placée fur les étayes de deux ourdifloirs , afin qu’on pût mieux fuivre la forme des enlafle-ments, Sc pour cela on Ta deflinée hors de proportions; fi on veut prendrela peine d’examiner Tordre des chaînons , on verra que chacun efl: replié de maniéré que les deux bouts qui fe croifont en s’enchaînant par-deflus , laiflent par-deflous un troifieme chaînon qui va pafler dans les deux voifins , de forte qu’en retirant le dernier bout palfé du côté A ,1a chaîne fe dépliera tout d’un trait jufques au côté B, fans que rien s’y oppofo ; mais fi on vouloit tirer par le côté B, chaque chaînon formerait un nœud qu’on aurait beaucoup de peine à défaire.
- Cet enchaînement procure à une chaîne une forte d’avantage dont la foie à befoin lorlqu’elle n’eft pas roulée fortement fur quelque cheville ou autrement; parce que chaque chaînon coupe la longueur de la foie à une diftance fi courte , qu’il en forme autant d’efpeces d’échevaux qu’il y a de ces chaînons ; par ce moyen la foie ne peut pas plus fe mêler que lorfqu’elle efl: en mateau avant le devidage. Cette méthode de relever les chaînes efl: la même dont fe fervent les Drapiers , les Tilferands , &c.
- La Figure j efl: une chaîne levée à chaînette ; elle efl: pliée par petites longueurs Sc ferrée de maniéré à former une petite botte de foie dont le lien efl: un des bouts même , avec lequel on a fait plufieurs tours ; le dernier efl: entouré par ce bout plufieurs fois, afin qu’après avoir ferré avec une force fiiffi&nte , on n’ait pas à craindre qu’aucune partie puiffe s’échapper.
- Explication de la vingt-unieme Planche.’
- L a Figure i repréfonte la cantre à tiroirs garnie de cinq tiroirs ; on y voit un fourreau vuide dans lequel on peut placer le fixieme tiroir , Fig. 3 , qui devrait être fur la cantre, mais qu’on a repréfonté à part pour en donner les dimenfions.
- La Figure 2 efl: la carcafle de cette cantre dépouillée de fes tiroirs & des planches qui en forment les fourreaux.
- Développement de la cantre à Tiroirs.
- O N peut voir les pièces féparées fous les mêmes lettres.
- A, A y A, A , font deux des quatre montants qui forment les angles de la cantre à tiroirs.
- B, B, font les deux grandes traverfes qui aflemblent c es mêmes montants par le bas ; leur longueur détermine celle de la cantre.
- C, C, font deux autres traverfes qui les aflemblent aulîï le bas , Sc qui déterminent la largeur de la cantre.
- D , D , D , Sec. font les douze traverfes , qui aflemblées moitié d un côté
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- ao'8 L’ART. des étoffes de soie.
- moitié d’un autre avec deux des montants A, portent les fept planches qui forment les fix fourreaux de tiroirs , 8c le deflus fur lequel on place celui qui travaille.
- E, E, font les deux traverfes qui affemblent auffi les quatre montants par le haut, de forte que de feize traverfes dont on vient de parler, huit affem-blées avec deux des montants A , forment un côté de la cantre, & les huit dernieres avec les deux autres montants A, forment l’autre côté.
- F 9 F, font les deux petits montants aflemblés à tenons 8c mortaifes fur les traverfes E, E, qui portent une des traverfes à anneaux.
- G , G , font les deux grands montants qu’on place fur les mêmes traverfes,
- 8c qui portent la traverfe à anneaux la plus élevée.
- H, H, font les deux petites traverfes qui s’aflemblent chacune avec un . des montants F y F 8c G , G , pour la folidité & pour conferver le même écartement. .
- /, /, font les deux traverfes à anneaux, percées de trente trous, afin de contenir autant d’anneaux de verre pour l’ufage de cette cantre.
- K , eft une des fept planches qui forment les fourreaux de la cantre.
- L y eft une des deux traverfes qui fervent à fermer extérieurement les trous des tiroirs quand ils font en ouvrage, afin que les eftifliires qui fervent d’axes aux rochets n’en puiffènt fortir.
- La Figure 3 eft un tiroir tel que ceux qu’on place dans les fourreaux de la cantre.
- Développement du Tiroir.
- A y A y font les deux traverfes qui forment les deux grands côtés du tiroir.
- . B y eft une autre traverfe qui le divifè en deux parties égales fur fà la*- f geur.
- CyCy font les deux petites traverfes qui affemblent les trois précédentes par leurs extrémités, 8c forment deux quarrés longs qui font les deux divifions femblables à celles d’une cantre à la Lyonnoife , & au même ufàge.
- La Figure 4 eft une coupe de cantre à tiroirs vue de profil en travail.
- La Figure 5 eft une partie d’ourdifloir vue de profil, travaillant avec la cantre à tiroirs.
- On voit en a , un fil de foie qui défigne la divifion fupérieure de la cantre,
- & en b y un autre fil qui indique la divifion inférieure ; ces deux fils fuppofènt une brafle vue de profil comme la cantre.
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- Explication de la vingt-deuxieme Planche.
- La Figure 1 repréfente la cantre a tiroirs vue par derrière ; on voit deflus un tiroir ou font encantrés 60 rochets, dont tous les fils font pafies dans leurs
- anneaux
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- Secondé Partie. 'Explication des Flanchet. Chaf. XIX. 2Qp anneaux 8c réunis au plot A : on peut voir en B, la braflè divifée en deux parties égales par la tringle du milieu , & retenue par celle de deflûs. Cette diviüon eft marquée en C, derrière le plot , à l’endroit où l’on doit fuppofer l’ourdifloir, fur lequel la braffe fe roule.
- On a repréfenté en D, le montant de la cage d’un ourdiflbir fur lequel gliflè le plot A.
- La Figure 2 eft un tiroir garni de 60 rochets pleins de foie, tels qu’ils font placés dans les fourreaux de la cantre.
- La Figure 4 eft un tiroir vu géométralement garni de trente eftiflures fans aucun rochet.
- Explication de la vingt-troisième Planche.
- L a Figure r repréfente la carcaflè fans tiroir ; ceft une elpece de cantre plus légère que celle dont on vient de parler : on place les tiroirs fer cette carcaflè à mefere qu’on en a befoin.
- Développement de cette puce.
- A , A, A y A , font les quatre montants qui Forment les angles de la carcaflè.
- Toutes les pièces font repréfentées à part fous les mêmes lettres.
- B, B , font les deux traverfes qui aflèmblent ces premiers montants par le bas.
- Cy C9 fent deux autres traverfes qui aflèmblent les mêmes montants par le haut y & qui avec les deux précédentes déterminent la longueur de cette cantre*
- D 9 D y fent les deux traverfes qui aflèmblent les montants par le bas, & forment les côtés de la carcaflè.
- E y E y font deux autres traverfes de même longueur que les précédentes , qui aflèmblent ces montants par le haut.
- F y F y font les deux petits montants qui reçoivent les traverfes à anneaux.'
- G y G y fent deux autres montants plus grands que les précédents, placés fer les mêmes traverfes , 8c qui portent la fécondé traverfe à anneaux.
- H y H y font les deux petites traverfes qui aflèmblent chacune un des montants F y F y avec un de ceux G y G.
- 1 y Iy font les deux traverfes à anneaux, percées chacune de trente trous pour recevoir autant d’anneaux de verrei
- L y eft une planche pofée fur les traverfes C, C, qui forme une elpece de table fur laquelle on place les tiroirs lorfqu’on veut s’en fervir.
- a y a y font les bouts des deux petites traverfes qui fent aflèmblées à celles C y Cy pour foutenir la planche Z, & pour prévenir les écartements des Étoffes de soie, IL Paru Ggg
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- 210 VA RT DES ÉTOFFES DE SOIE.
- deux traverfes C 9 C, qui la portent ; on peut en voir une en a, à part.
- La Figure 2 eft un corps de douze tiroirs, portés chacun par deux chevilles fichées dans des montants d'une force fuffifante, qu'on retient contre un mur au moyen de happes de fer a, a, b, b.
- Développement du corps de Tiroirs.
- A9 A 9 font les deux montants fixés contre la muraille : on en a repréfenté un à part dépourvu de toutes fes chevilles ; il a fur là longueur treize trous quarrés propres à en recevoir chacun une.
- B , B , font deux des chevilles qui portent les tiroirs hors de leurs trous.
- La Figure 3 eft un montant pareil aux deux dont on vient de parler, garni de treize chevilles, & vu de profil.
- La Figure 4 eft un marche-pied propre à atteindre aux tiroirs les plus élevés qui font placés à la Figure 2.
- Les pieds de cet efcalier font pliants pour qu'il tienne moins de place , & retenus par deux crochets de fer, pour prévenir un trop grand écartement.
- Explication de la vingt-quatrieme Planche.
- Cette planche reprélente toutes les opérations de l'envergeage , & les effets que les envergeures bonnes 8c mauvaifes peuvent produire.
- La Figure i_ repréfente la coupe d’une cantre à la Lyonnoife, où l'on voit la maniéré d’enverger par deux fils qui repréfentent une brafle.
- A , fuppofe la cheville de l’ourdifloir où l'on accroche le bout de la pre--miere mufette.
- B 9 eft le plot où pafle la braffe.
- C y eft la main gauche d'une Ourdiflèufe qui tient la brafle à poignée pendant que l’autre enverge.
- D y eft fa main droite qui tient l'envergeure entre l'index & le pouce.
- a y 8c b y font les deux fils qui repréfentent tous ceux des deux divifions: on n'en a mis que deux pour *mieux faire fentir l'effet de l'envergeage ; on voit en a 9 le premier fil de la divifion fupérieure qui pafle fous le doigt index & fur le pouce de la main D, & le fil b, pafle fur le doigt index & fous le pouce; Cette maniéré d’enverger, comme on le voit, produit à la fois deux envergeures , une entre le doigt index 8c le pouce, 8c fautre entre le même doigt index & la cantre. C'eft de cette fécondé envergeure qu’on peut profiter lo.r£ qu'en ourdiflànt les chaînes unies, on ne veut pas fe donner la peine de réen-verger pour le retour de la mufette, ce qui fe pratique en faifant fauter le fil, comme on le verra dans l'explication de la Figure 6 de cette Planche.
- La Figure 2 repréfente les mêmes envergeures que nous venons de voir, auxquelles on a fupprimé les mains qui les tenoient ; pour faire fentir la maniéré de les placer fur les chevilles de l’ourdifloir.
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- Seconde Partie. Explication des Planches. Chap. XIX. 211 A 9 B 9 eft l’envergeure que l’Ourdifteufe a formée ; C, D, eft celle que produit naturellement la première avec les divifions de la cantre; E9 F, fuppofe l’endroit où la braffe fera pliée quand on la placera fur la cheville G.
- On doit voir qu’en quelque fens qu’on replie la braffe , les fils derniers ou premiers envergés fe rencontreront en même direélion fur les chevilles H, //,L; car qu’on replie cette braffe du côté du fil a, il formera un feulere avec lui-même ; qu’on la replie du côté du fil b , même inconvénient ; il n eft donc d’autre moyen pour prévenir ce défaut que de renverger ou de faire fauter le fil.
- La Figure 3 repréfente deux fils envergés , 8c placés fur les chevilles de l’ourdifloir, tels que le premier envergeage en a déterminé la direétioxu La Figure 4 repréfente la maniéré d’enverger quand on ne veut pas profiter de la fécondé envergeure, ou qu’on ne le doit pas , ( comme quand on ourdit des chaînes rayées.) A, fuppofe encore la main gauche de l’Ourdiffeufe qui tient la braffe à poignée, de même qu’à la Fig. t. B , eft la main droite qui enverge; l’envergeure formée entre le doigt index & le pouce de cette dernière main fait voir qu’on a commencé cet envergeage par le même fil que celui de la Figure 1 : là on a commencé par le fil de la divifîon fùpérieure, & on l’a fait pafîer fous l'index 8c fur le pouce , voye^ Fig. 1 ; ici on a pris le premier de la divifîon inférieure, & on lui a donné la même direélion. Par quelque fil qu’on commence d’enverger à la fécondé fois , pourvu qu’on lui donne la même direélion qu’au premier , on évite le feulere ; mais pour la plus grande perfeélion de l’ourdifiage , il faut opérer comme cette Figure l’indique, fans quoi la feçonde envergeure produite par la première, non-feulement de-viendroit inutile , mais elle donneroit à l’Ouvrier qui fabrique l’étoffe la peine de la faire couler tout le long de la chaîne.
- Le fil a , qui paffe fur la cheville e , 8c fous celle f9 efl le même que celui b , qui paffe fous le doigt index & fur le pouce de la main B ; & le fil c, qui paffe fur la cheville f9 & fous celle e , eft le même que celui d 9 qui paffe fur le doigt index & fous le pouce. Si l’on compare leur derniere direélion à leur première 9 on verra qu’il a fallu néceffairement les changer de place pour donner à cette opération toute la perfeélion quelle exige ; en effet au premier envergeage le fil c 9 d9 a été pris le premier , & à celui-ci c’eft par le fil a9 b, qu’on a commencé : cependant, ils ont chacun confervé leur direélion dans l’une 8c dans l’autre ; fans cela , on ne fauroit éviter les feuleres. Lorfqu’on commence une chaîne quelconque, on doit toujours en enverger la première mufette de la maniéré que repréfente cette Figure , ainfi que lorfqu’on ne profite pas de la fécondé envergeure produite par la première.
- La Figure y repréfente une braffe compofée de dix fils , vue dans le moment où l’on enverge ; A 9B9 repréfente une divifîon de cantre dont on a ôté une traverfe pour laiffer voir les rochets ; C, D , fuppofe l’endroit où les fils
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- font pliés en fortant des anneaux ; E eft la main gauche qui tient’ à poignée la braflè ; F eft la main droite qui enverge, elle a déjà pris les fils a & b, fui-vant Tordre qu’elle doit continuer en envergeant ; elle va prendre le fil c, auquel elle donnera la même direction quà celui a ; enfuite elle prendra le fil d9 dans le même fens de celui b, & elle fifivra cet ordre jufques à la fin de fà brade, de maniéré que les fils a, c 9 e , g9 paiferont fous le doigt index &' fur le pouce, 8c que ceux b , d ,f, h , k , feront placés fur le doigt index & fous le pouce ; on peut même , pour plus d’exaélitude , fuppofer que les fils a9c9e9g9i9 viennent de la première divifion de la cantre droite ou de la divifion fupérieure de la cantre couchée, 8c que ceux b 9d 9f, h 9k9 viennent de la fécondé divifion de la cantre droite ou de la divifion inférieure de la cantre couchée ; en bornant cet exemple à dix fils , on Ta cru fuffifànt pour donner au Leéleur toute l’explication que demande cette opération , quil eft très-aife de concevoir auffi grande qu’on voudra.
- La Figure 6 repréfente la maniéré de faire fauter le fil lorfqu’on veut profiter de la fécondé envergeure produite par la première ; on voit fur les chevilles A9 B , les deux fils a, b 9 envergés, qui fuppofent une brafîe entière ; C 9 eft une main gauche qui tient la féparation de la fécondé envergeure ouverte après en avoir fait fauter le fil D, & la main droite qui va prendre fiir le doigt index & fur le pouce les ouvertures de cette envergeure E 9 pour la placer fiir les chevilles A , B , dans la même pofition où elle fè préfènte : on peut remarquer que cette envergeure placée telle quelle eft , ne peut point former de feulere ; parce que la direction du fil c, eft oppofée à celle du fil b, avec lequel il doit fe croifer en ’ le joignant ; par la même raifbn , celle du fil d 9 eft oppofée à celle de celui c9 étant égale à la direction de celui b.
- J’ai dit que pour réufîir dans la fécondé opération on avoitfait fauter le fil, c eft ce qu’on peut voir clairement en comparant la direétion de ces fils avec ceux de la Figure a ; le repliement des fils de cette figure, en plaçant les deux envergeures telles qu’elles font, produit un feulere à la jonélion des deux premiers fils : mais ici , après avoir fait fauter le premier fil de maniéré à le faire devenir le dernier , on n’a plus à craindre le même inconvénient ; en effet fi Ton fait attention que le fil a 9 eft le même que le fil c, qu’il devroit dans Tordre naturel de la première envergeure fe trouver devant le fil d9 8c que comme on le change de place, il fe trouve derrière , de forte que de dernier qu’il étoit, il eft devenu le premier , & que néanmoins en le changeant de place , il n’a pas changé de direéHon.
- Le fil qu’on fait fauter enveloppe la bralfe par un demi-tour qu’il fait fur elle , ainfi qu’on peut le voir fi Ton prend la peine de faire remonter l’ouverture e de la derniere envergeure pour la faire rejoindre à celle f de la première ; on verra qu’à leur rencontre fur la cheville E , le fil qu’on a fait fauter empêchera que ces deux ouvertures n’en faffent une nette ; 8c les deux fils
- repréfèntés
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- 'SecoKDE Partie. Explication des Flanches. Chai*. XIX. 213 repréfentés fur cette figure produiront un effet femblabie à celui de la Figure 8 J cependant dans une brade où il y a une bien plus grande quantité de fils, ces deux ouvertures n en produiront qu’une fi on prend foin d’en écarter le fil qu’on a tranfpofé.
- La Figure 7 repréfente l’envergeage lorfqu’on ourdit une chaîne avec un nombre de rochets impair ; dans ce cas, on doit prendre des précautions particulières, non-feulement pour profiter de la fécondé envergeure produite par l’effet de la première , mais encore en envergeant chaque portée.
- On voit ici, de même qu’à la Figure 2 , qu’en repliant la bralîe fur la ligne C y D , on aura inévitablement un feulere à la jonction de l’envergeure A , B , avec celle E , F; fi on fait fauter le fil a , pour le placer à côté de celui c 9 ou qu’ori tranfporte ce dernier à côté du premier, on aura encore un feulere, à moins qu’on ne change la direétion du fil qu’on tranfportera , de maniéré que lï après avoir placé l’envergeure Â, B, fur les chevilles de l’ourdifloir , on veut profiter de celle E, F, on donnera à ce fil une direétion oppofée à celle qu’elle tient ; & fi l’on veut ne pas fe donner le foin de faire le tranfport d’aucun fil , il faut après avoir placé la première envergeure fur les chevilles, tourner la main pour placer la fécondé , c’eft-à-dire, tourner la brafle de maniéré que les fils de la divifionfupérieure fbient par-deflous , & ceux de la divifion inférieure par-deffùs. Cela entordra néceflairement la mufette d’un demi tour , mais on préviendra cet inconvénient, fi on veut prendre la peine en envergeant toujours comme il eft repréfenté par cette figure, de tourner la main en plaçant la première envergeure , & de placer la fécondé telle qu’elle fe trouvera.
- Julqu’ici on peut opérer de cette maniéré pour les chaînes unies ; mais comme pour les chaînes rayées, il faut abfolument enverger de nouveau , ainfi qu’on l’a vu, voici la précaution qu’on doit prendre.
- On fera la première envergeure comme celle A , B ; mais pour la fécondé au lieu de faire pafler le fil a deffous, il faut le faire^paffer deffus , en le prenant dans un fens contraire à celui par où on l’a envergé la première fois.
- On doit voir que lorfqu’on a formé l’envergeure A , B , on a fait paiïer le fil a fous le doigt index 8c fur le pouce ; il faudra en formant la fécondé / faire palier ce même fil fur le doigt index 8c fous le pouce ; par ce moyen la direction de ce même fil deviendra contraire à fà première pofition , 8c conféquem-ment plus de feulere : c’eff ainfi qu’il faut en ufer à toutes les portées de la chaîne ; alors la première mufette fera toujours dans un fens contraire à la fe-conde par la direétion de fes fils.
- Toutes les fois qu’on ourdira avec un nombre de fils impair, on commencera d’enverger par le premier fil de la divifion qui contiendra le plus grand nombre de rochets, fans quoi à la fin de la braffe, il fe trouveroit deux fils de la même divifion a enverger ; ce qui ne manqueroit pas d’induire à erreur une Ourdiffeufe peu Etoffes de soie. IL Fart. H h h
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- 214 L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- intelligente, & même quelquefois de faire prendre par inadvertence ces deux fils pour un feul.
- La Figure 9 repréfente fix fils envergés tels que tous ceux d’une chaîne doivent fêtre ; ils font roulés d’un côté fur une efpece d’enfuple A , 6c de l’autre ils font retenus par une baguette B ; les verges C , D , font placées dans les féparations de l’envergeure, afin que les croix que ces fils forment entr’elles puiflent être apperçues.
- Le fil r pafle fur la verge C 6c fous celle D, le fil 2 pafle fous la verge C & fur celle D , de forte que par leur direétion oppofée ces deux fils forment une croix entre c es deux verges ; le fil 2. en forme une avec le fil 3 , ce dernier en forme aufîi une avec le fil 4, qui en forme un avec celui y , & enfin celui-ci en forme une avec le fil 6. Toutes ces croix ne peuvent être formées que parce qu’un des deux fils pafle deflùs une verge 8c fous l’autre , 6c que par une direétion contraire , l’autre fil fe croife avec le premier ; ainfi tous les fils dont une chaîne eft compofée doivent être dirigés moitié comme ceux x 9 3 & 5 , & moitié comme ceux 2,4 6c 6.
- Par l’effet de cette envergeure il eft facile de concevoir qu’on ne peut faire fortir le fil 2 de deffus les verges , fans auparavant en avoir retiré le fil 1 , en fuppofant qu’on voulût le faire fortir du côté a , car pour le faire fortir du côté h 9 il faudroit avant en avoir retiré ceux 3, 4,y 6c 6 ; cela prouve que l’envergeage eft un moyen infaillible pour que les fils reftent à la place qu’on leur a donnée , tout le temps que l’on met pour faire d’une chaîne une étoffe. On voit auflî par cette même opération , qu’on peut facilement prendre les fils les uns après les autres dans l’ordre exaét qu’on leur a donné en ôurdiflànt, fans craindre que le fécond , fe préfente avant le premier , ni que le quatrième puifle prendre la place du fécond quoiqu’en même direétion, parce que letroifiemea qui on a donné une direétion oppofée fe trouve placé entr’eux , & ne leur permet pas defe joindre, à moins qu’on ne le caffe; dans ce cas ces deux fils for-meroient un feulere , qu’on détruira en remettant le fil cafle à fà place.
- La Figure 10 repréfènte encore 6 fils envergés , 8c retenus par une efpece de rouleau A , d’un côté, & par une baguette B , de l’autre ; l’envergeure eft confervéepar les verges C, D : on voit par ces fils l’effet des chaînes ou en envergeant on a fait des feuleres ; on y voit aufli comment un feulere, produit par l’envergeage, en occafionne inévitablement un autre , en joignant la brafle mal envergée à une mufette déjà ourdie, &c.
- Le fil 1, eft bien envergé avec le fil 2 , puifqu’ils forment enfemble une croix entre les deux verges C, D; ce dernier avec le fil 3 font encore bien dans leur direétion ; mais le fil 3 & celui 4 ont tous deux la même direétion, ce qui forme le feulere ; car il eft facile de faire paffer le 3e devant le 4e, comme de laiffer le 4e devant le 3e, pour que rien ne s’oppofe entr’eux , ainfi qu’on
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- Seconde Partie. 'Explication des Planches. Chap. XIX. 21 f peut réprouver par les fils 1, 2 & 3 ; en effet il eft impoffible fans déranger Tordre naturel de Tenvergeage, qu'on fafle joindre les fils I & 3, à moins de cafler celui 2 ; & de même on ne fàuroit joindre le fil 4 avec celui 6 , fans retirer le fil y. Il eft évident qu’un feulere eft une faute qu'on ne fàuroit trop prévenir ; la foie eft une matière fi fine, qu’on peut bien fans s’en apper-cevoir prendre les deux fils qui le forment pour un foui, ce qui fait qu’à la fin du nombre de fils qu’on croit avoir ourdis , il en faut ajouter autant qu'on a formé de fouleres. Ce défaut eft moins confidérable pour les chaînes unies que pour les rayées.
- Si en envergeant on a fait un feulere, il en produit un fécond ; qu’on fe fouvienne que le dernier fil d’une braflè bien envergée a là direction oppofée à celle du premier, ainfi qu’on peut le voir par la Figure 9 ; mais lorfqu’en envergeant on a fait un feulere, le dernier fil envergé prend la même direction que le premier, ce qui fe voit par le fil 1 , & le fil 6 de cette figure ; & fi on veut prendre la peine de réenverger depuis le fil 4 jufqu’à celui 6, on corrigera les deux fouleres qui fe trouvent for cette même figure , parce qu’on leur fera prendre à chacun une direélion oppofée à celle qu’ils tiennent ; ainfi lorfqu’en ourdiflànt on s’apperçoit qu’on a mal envergé, on doit ou recommencer Tenvergeage, ou du moins le reprendre au focond fil du feulere.
- Un feulere induit fouvent un Tordeur ou un Remetteur en erreur, ou pour le moins en doute , parce qu’ils ne peuvent pas déterminer fi c’eft une faute d’envergeage, un fil qui manque, ou un fil double , & qu’un fil qui fe trouve caffé par quelqu’accident produit un foulere, ce qu’on peut voir fi Ton retire le fil 2 de la Figure 9 ; le fil r, formera un foulere avec celui 3 ; alors on n’a d’autre reffource pour fçavoir fi c’eft un fil qui manque ou un feulere produit par une faute d’envergeage , que de compter exactement tous les fils de la mu-fette dans laquelle ce feulere fe rencontre; avec cette précaution on ne peut pas fe tromper , parce que fi c’eft un fil qui manque on trouvera un impair dans le nombre de ceux qui compofont la mufotte ; fi c’eft une faute d’envergeage le nombre des fils l’indique ; & fi par hazard ce qu’on prend pour un fil manquant ou pour un feulere, eft un fil doublé par le devidage, on le reconnoît parla même opération, parce que lenombre des fils qu’on trouvera excédera celui de la mufotte : il eft vrai qu’il faut fçavoir à combien de fils les mufottes font ourdies , ce qu’il eft facile d’appercevoir en en comptant une ou deux de celles où on n’a point trouvé de fautes, ou en comptant le nombre des portées dont une chaîne eft compofée.
- Explication de la ving t-cinquieme Planche.
- La Figure 1 repréfente un des rochets for lefquels on dévidé le filé or ou argent qu’on emploie dans Tourdifïàge des chaînes ou des poils pour les étoffes de foie.
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- ii6 VA RT DES ÉTOFFES DE SOIE.
- La Figure 2 eft un rochet pareil au précédent, mais il eft vu en plan;
- La Figure 3 eft encore un rochet, tel que les deux précédents, vu plein de dorure ; ces trois rochets font dans leur grandeur naturelle.
- La Figure 4 repréfente la maniéré dont on fufpend les contre-poids pour donner aux fils d'or & d'argent la tenfion néceflàire ; a , eft une boucle de gros fil de fer ou de ficelle qu’on adapte par le bas au contre-poids c, & par le haut à la corde b ; cette corde repréfente par le double contour qu’elle forme, la maniéré dont elle embraffe les efpeces de poulies A , qui font aux rochets Figures 1,2 & 3.
- La Figure y repréfente une cantre droite dont la bafe eft fopprimée, & ou font encantrés dix rochets pour ourdir une chaîne en or ; on voit à chacun un contre-poids tel qu'on doit le placer ; afin que celui de defius ne touche pas à celui de defîous. ,
- La Figure 6 eft la coupe d une cantre à la Lyonnoife vue de profil où font deux rochets de dorure, tels quils doivent être encantrés avec leur contre-
- La Figure 7 eft un contre-poids de forme quarrée.
- La Figure 8 eft un autre contre-poids dont la forme le rend propre à la cantre droite , parce qu’elle eft moins longue que les autres , Sc conféquem-ment moins fojette à toucher les rochets qui font par-deflous.
- Tous ces contre-poids peuvent être de plomb, ou de fer, ou de pierre ; mais il eft plus à propos de les faire en plomb à caufo de leur peu de volume.
- La Figure 9 eft une broche de fer fur laquelle font attachés deux petits refforts qui eftuyent un frottement affez fort dans le trou du rochet, pour donner aux fils d'or une tenfion néceflàire pour les ourdir.
- Explication de la vikg t-sixiemé Planche.
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- Concernant les differentes rayûres dont on a parlé dans cette fécondé Partie ,
- & les échantillons dont on a détaillé V ourdiffage.
- L a Figure r repréfente un échantillon d'étoffe ou un deffein de rayure à une couleur fur un fond ; il eft compofé de fept baguettes, & de fix parties de fond. 1, 1,1, &c. font les baguettes , & 2,2, Sec. compofent le fond ; cette rayure peut fervir à toute forte d’étoffes, & on peut l'ourdir dans les couleurs qu'on défire ; a, a, font les deux extrémités de l'échantillon, qu'on doit regarder comme les deux lifieres , parce que pour quelqu'étoffe qu'on veuille employer cette rayure , les deux baguettes a, toucheront toujours les bords de l'étoffe , quelque nombre de fois qu'on la répété dans fà largeur.
- La Figure 2 eft un deffein de rayûre à deux couleurs fans le fond; il eft compofe de huit baguettes Se de fept parties de fond, les quatre baguettes fous le nQ. x ,
- font
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- Seconde Partie. Explication des Planches. Ghaf. XIX. 117 font d’une même couleur, les quatre autres fous le n°. 2 , font d'une couleur oppofée, & les fept parties marquées 3 , font celles qui compofont le fond ; cette rayure peut auffi fervir à toutes fortes d’étoffes , & on peut lui donner les couleurs qu’on jugera à propos , b , b, en fuppofont les deux lifieres.
- La Figure 3 eft une rayure de deux couleurs en plufieurs nuances for un fond à volonté, convenable à une étoffe quelconque; elle eft compofée de neuf baguettes , Sc de dix parties de fond : les quatre baguettes marquées r , font toutes d’une même couleur, celle cotée 2, eft une baguette d’une couleur oppofée,
- Sc les quatre cotées 3 , font nuancées ; ces dernieres peuvent être prifes dans une foule des huit nuances dont j’ai parlé dans le cours de cet Ouvrage ; elles peuvent aufti être prifes dans deux ; c’eft-à-dire , que pour conferver un ordre fymétrique dans cette rayure , on pourroit faire les deux baguettes nuancées dont une eft à chaque bout de la rayûre d’une nuance , Sc celles qui font à côté de la baguette 2, d’une autre : les dix parties cotées 4, compofont le fond :
- C, C, font les deux lifieres.
- La Figure 4 eft encore un deffein de rayûre pour l’étoffe à laquelle on jugera à propos de l’employer; il repréfonte ce qu’on appelle nuances fermées , & nuances ouvertes, il eft compofée de cinq baguettes, dont deux d’une feule couleur , Sc les autres à nuances, &de deux parties de fond ; les deux baguettes 1,1, font d’une foule couleur ; celles 2,2, font celles qu’on nomme nuances ouvertes ; parce que le brun de chacune de ces deux nuances eft adofie l’un contre l’autre , & que le clair de chacune fuit à droite Sc à gauche ; ainfl 9 chacune de ces deux baguettes eft appellée baguette a deux 'nuances ouvertes.
- La baguette 3 , eft à quatre nuances fermées, parce que les deux nuances du milieu ont leur teintes claires qui fe joignent, Sc les deux autres font tournées dans le même fens que les premières, c’eft-à-dire, de façon que le clair fe joindroit fi les nuances du milieu ne les en empêchoient. On peut mettre dans des rayures, des baguettes compofées de fix, huit, nuances fermées Sc davantage, en les rangeant dans l’ordre de celle qu’on vient de voir , comme auffi on pourroit en compofer de huit, dix nuances ouvertes en les rangeant dans un ordre inverfo. Il fofEt de fçavoir que dans la compofition de ces baguettes, le Deflinateur n’eft pas affervi à donner la même largeur à toutes les nuances qui compofont une baguette, ni à les exécuter dans la même couleur; car une nuance fermée ou ouverte dans les teintes rofes peut être foivie d’un autre dans les teintes vertes , ou dans un autre couleur , &c. Cette obfervation peut fervir pour le Fabriquant qui, fans changer l’ordre de là rayûre , veut faire quelque changement dans celui des couleurs qui en compofont les baguettes: 4, 4 * font les deux parties de fond de la rayûre ; d9 d, font les lifieres.
- La Figure 5 eft un autre deffein de rayûre à nuances ouvertes différentes de celles du précédent : il eft compofé de cinq baguettes, dont une à une feule couleur, Sc les autres à nuances, Sc de quatre parties de fond; la baguette Etoffes de soie. //. Paru Iii
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- 2î8 L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- i, eft dune feule couleur ; les deux baguettes 2,2, font compofées chacune de deux nuances où Ton voit que le clair de chacune va fe perdre dans le fond, & l’obfour de Tune efl: adoffée à celui de Fautre ; ainfi toutes les fois qu’on trouvera dans les rayures des nuances qui tiendront cet ordre , quand même il y en auroit dix, on les nomme baguettes a tant de nuances ouvertes : les deux baguettes 3,3, font aulîl des nuances ouvertes par la même raifon ; e , e, font les baguettes qui touchent aux lifieres. Toutes les parties du fond de cette rayure font cotées 4.
- La Figure 6 efl: un deflein de rayure dont les baguettes font les unes à nuances 8c les autres paonnées , c eft-à-dire Pas d’un , Pas d’autre. Cette rayure efl compofée de fept baguettes, quatre à nuances 8c trois paonnées , & de deux parties de fond. Les quatre baguettes 1,1,1,1, font à'nuances ouvertes , deux étroites 8c deux plus larges; les trois baguettes 2,2,2, font celles qu’on nomme paonnées , parce qu’elles font ourdies à deux couleurs oppo-fées , dont l’une forme un pas , & l’autre forme l’autre : on fait marquer des petits carreaux à ces baguettes pour les rendre plus diftinétes des autres ; cependant on leur fait quelquefois faire cannelé. Dans le deflein dont il efl ici queftion, les carreaux font marqués plus grands qu’ils ne le font ordinairement dans lés baguettes de cette efpece ; mais je les ai ainfi repréfontés afin qu’on en apperçoive plus facilement l’effet. Ces baguettes font toujours ourdies doubles , par ce moyen elles font plus marquantes , 8c rendent mieux ® l’effet qu’on en attend , il s’agit feulement d’employer deux couleurs qui s’op-pofent bien l’une à l’autre. L’ourdiffage de ces baguettes efl ce qu’on nomme doubleté 13,3 font les deux parties de fond de la rayure dont il s’-agit ; f9 font les côtés des lifieres.
- Les fix rayures que je viens d’expliquer doivent fufiire pour donner une idée nette de toutes celles ; qu’on peut faire 8c ourdir. Sur celles-là on peut en com-pofer à l’infini , en ajoutant ou diminuant la largeur des baguettes ou leur nombre, de même que les différentes nuances , en les renverfànt félon qu’on penfe que leur pofition deviendra agréable.
- Suite de Vexplication de la mente Planche , concernant les Dejjeins des differentes rayures dont l’ourdijjage ejl rapporté dans cet Ouvrage.
- L a, Figure 7 efl le deflein de la rayûre foppofée dans la troifieme Seétion du treizième Chapitre ; ce deflein efl compofé de fopt baguettes & de fix parties de fond; les baguettes font toutes fuppofées de la même couleur ; il a été déterminé pour un taffetas ourdi en blanc , & les baguettes cramoifies : les deux baguettes 2,2, font de fix dents chacune , celles 3,3, font de deux dents, celles 4,4, font de quatre dents , 8c celle y efl de f rente dents ; les deux grandes parties de fond 6, 6, font de 5)3 dents chacune ; les deux parties
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- Seconde Partie. Explication des Planches. Chap. XIX. 2îp 7 ,7, font de deux dents , 8c les deux 8,8, font de trois dents: la largeur de cette rayure du point a, au point b eft de cinq pouces, ce qui produit le quart de l’étoffe pour laquelle elle eft deftinée ; le nombre de dents qu’elle doit occuper au peigne eft de 250, qui font le quart de mille que doit avoir ce.même peigne.
- - La Figure 8 eft le deflein de la rayure fuppofée à la neuvième Seétion du Chapitre treizième ; là difpolition eft faite pour un fatin de 20 pouces de ‘ large for un 1000 de peigne, dont la rayure prend le quart de cette largeur 8c du nombre des dents , ce qui nous donne y pouces, & 250 dents qu’on a déterminées à cinq fils pour chacune : la largeur des baguettes eft la même que dans la huitième Seétion du même Chapitre. Cette rayure eft compofée de fix baguettes 8c de cinq parties de fond ; la largeur des deux baguettes 1, r , eft de quatre lignes, & contient dix-fept dents ; celle des deux parties y , y, qui foivent ces deux baguettes font d’une ligne chacune , & elle comprend quatre dents ; la largeur des deux baguettes 2, 2 eft de deux lignes chaque , elle elle comprend neuf dents ; la largeur des deux parties de fond 4, 4, font de dix-huit lignes , elles comprennent foixante-quinze dents chaque ; la largeur des baguettes 3,3 eft de quatre lignes 8c comprend foize dents ; la largeur du fond 6, eft de deux lignes , & comprend huit dents. J’ai donné ces largeurs 8c le nombre de dents que chacune contient, pour faire voir l’exaétitude qu’on doit apporter à ces fortes de combinaifons : quoique cette rayure foit déterminée pour un fatin, elle peut-être employée à tout autre étoffe , en en failànt une combinaifon convenable. La largeur de cette rayure eft le quart de celle du peigne pour laquelle elle eft deftinée ; ainfi du point c, au point d, elle a cinq pouces ; elle eft foppofée à fon ourdiflàge pour un fond blanc, 8c les baguettes bleues.
- La Figure 9 eft la rayure foppofée à la onzième Seétion du même Chapitre : parmi les neuf baguettes qui la compofent, il y en a d’une feule couleur , & d’autres à nuances ; elle eft fuppofée pour un Pékin à trente pouces de largeur, dont le peigne eft de iyoo dents ; elle doit être répétée cinq fois dans la largeur de l’étoffe, ainfi elle aura fix pouces du point e au point ce qui eft le cinquième de cette largeur.
- Les deux baguettes 1, 1, qui forment les extrémités de la rayure font fop-pofées nuances rofes ; les deux baguettes 2,2, font vertes ; les deux baguettes 3,3, font nuances lila ; les deux baguettes 4 , font rofes d’une feule teinte ,
- & la baguette y eft en deux nuances vertes 8c ouvertes ; les fonds 6 $ 6,7,7* \ 8, 8 & 9, 9, font foppofés blancs.
- La Figure 10 , eft le dellèin de la rayure foppofée à la treizième Seétion du même Chapitre : elle eft compofée de vingt-neuf baguettes 8c de vingt-deux parties de fond ; les baguettes font de plufieurs couleurs , 8c paonnées , mais fans nuances. Celles i,3r9&i3> font foppofées couleur de rofe première
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- 520 L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- teinte ; celles 5, y,8,io,ii&i2, font vertes quatrième teinte ; celles 4, 6 8c 14, font violettes fixieme teinte; celles 7 8c 15, font mor-doré & chamois par leur doubleté. Les parties 16,17, 18, 19,20,21 , 22,23 ,24 & 25 , {ont celles qui compofent tout le fond. Les baguettes doubletées font nommées paonnées , canelées, parce que chaque couleur efl: dans toute la largeur de la rayure. Ce deflèin a été encore deftiné pour un Pékin large de vingt-fept pouces, ou autrement dit en cinq huitièmes d’aune. Le peigne de cette étoffe eft un 1600 dents, à quatre fils doubles par dents : la largeur de la rayure prend le quart de celle de l’étoffe, ainfi elle doit être répétée quatre fois dans cette même largeur, ce qui lui donne fix pouces & neuf lignes, du point g au point h : F écartement qui fe trouve dans les deux couleursqui fuppofent le paonné,eft plus grand de plus de la moitié de ce qu’il doit être ; il efl; ainfi repréfenté pour en mieux faire fentir l’effet : les deux baguettes 1, 1 font de deux dents chacune , celles 2,2 font de fix dents, celles 3,3, font de deux dents, les deux baguettes 4 font de fix dents, celles y, y, font d’une dent, celles 6,6, font de deux dents , celles 7,7, font de dix dents 8c paonnées , celles 8,8, font de deux dents , celles 14,14, font de trois dents , 8c celle iy , efl; de quatorze dents doubletées.
- Les deux parties de fond 16, 16, font de fix dents chaque , celles 17,17 font de foixante dents, celles 18,18 , font de trois dents, les quatre 19,19, 19,19 , font d’une dent ; 20 , 20 , font deux parties de fond de foixante-douze dents chaque; les parties 21, 23 & 24 , font de deux dents, 8c celles 25,25* , font d’une dent.
- > J’ai cru' devoir donner le détail exaét du nombre de dents dont toutes les parties de la rayure font compofées , afin qu’on puiffe d’un coup d’œil en connaître toute la valeur, pour en faire l’application à telle étoffe qu’on voudra.
- La Figure 11 efl; un defîèin de rayûre dont l’effet efl; produit par un poil qui forme un cannelé continuel de chaque baguette ; le fond de la chaîne efl; d’une feule couleur, excepté l’endroit fur lequel le poil fe place , qui efl; ordinairement de fa couleur : fi l’on ne prenoit pas cette précaution , la couleur de la chaîne, jointe à celle de la trame , abforberoit beaucoup celle du cannelé ; ainfi fi l’on veut enrichir une étoffe par un poil qui lui efl; abfolument étranger , à moins que ce ne foit pour lui donner un agrément de plus , il faut que ce poil rende tout fon effet, autant qu’il efl; poffible ; c’eft cette raifonqui détermine à former fur la chaîne les mêmes bandes ou baguettes que le poil doit enrichir quand il efl; placé deffus.
- Ce deffein préfente cinq baguettes & fix parties de fond ; les cinq baguettes font toutes canelées ; celles 1 , 1, forment chacune une bande de vingt-quatre dents cramoifi ; la bande 2 , eft compofée de quarante-fîx dents auffi cramoifi, 8c les deux bandes 3 , 3, font compofées chacune de neuf dents
- vertes
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- Secondé Partie. 'Explication des Planches. Chap. XIX. dit vertes de la quatrième teinte, les fix parties de fond ne font point déterminées dans la fixieme Seélion du quatorzième Chapitre , où cette rayure efl fùppofée , parce que l’ourdiflàge de la chaîne n’y efl pas rapporté ; cependant comme j’ai déterminé le gènre d’étoffe pour lequel ce poil efl ourdi, j ajouterai que les parties de fond 4,4, font de fèpt dents chacune, que celles 5 > 5 > font de quatre-vingt-dix-huit dents chaque , 8c que celles 6,6, font de vingt-cinq dents ; cette rayure efl difpofée de maniéré à prendre le tiers de la largeur de l’étoffe, de forte que du point l, au point k, elle a fix pouces & huit lignes.
- La Figure 12 efl une rayure pour un poil doubleté 8c fimpleté à bande cannelée , dont on a parlé dans la feptieme Seélion du même Chapitre ; elle comprend treize bandes cannelées entre lefquelles il y en a trois doubletées ; le fond efl de dix parties. Les deux bandes 1,1, font de quatre dents chacune , elles font foppofées vertes de la cinquième teinte ; les bandes 2,2, font de vingt-quatre dents chacune , & font rofes de la troifieme teinte ; les bandes
- 3.3, font de feize dents toutes vertes , de la cinquième teinte ; les bandes
- 4.4, font de douze dents doubletées , elles font chamois 8c mor-doré ; c’efl-à-dire * un Pas d’une couleur un Pas d7un autre ; les bandes 5, y , font de huit dents ^ elles font rofes de la troifieme teinte; les bandes 6,6, font de quatre dents chacune & toutes vertes, de la quatrième teinte ; la bande 7, efl de foixante dents, elle efl doubletée par un Pas mor-doré & un Pas chamois ; la rayure produit deux couleurs l’une fur l’autre dans les bandes doubletées qui s’oppofont l’une à l’autre ; dè forte que dans ces bandes, on voit un cannelé d’une couleur furmonté par un d’un autre alternativement ; tel efl l’ordre que fuivent ordinairement les doubletés cannelés : dans les bandes vertes 8c rofes qui com-pofent celles qui ne font pas doubletées , on a le foin d’ourdir à la chaîne, des baguettes de la même couleur pofitivement à l’endroit de cetté chaîne où ces bandes doivent être placées ; mais fous celles qui font doubletées , on ne fàu-roit placer deux couleurs qui puiffent s’accorder avec les deux du poil qui doivent les couvrir , ainfi on laiffe fubfifler dans cette place la couleur du fond de la chaîne, à moins qu’on ne veuille y mettre celle des deux couleurs du poil qu’on veut faire dominer.
- Quoique dans l’ourdiflàge du poil dont il efl queftion je n’aye donné que la combinaifon des bandes dont la rayure efl compofée, fans marquer les diflait-ces qu’elles doivent avoir de l’une à l’autre, parce que j’ai fuppofé la chaîne ourdie , on pourrait en me forant la largeur de chaque partie de fond, favoir non-feulement quelle efl la diflance d’une baguette à l’autre , mais on fauroit aufli combien cette même diflance occupe de dents dans le peigne ; je fais cette obfervation, non pas par rapport à la rayûre fùppofée, mais pour que dans toute autre rayûre , on fâche de quelle maniéré il faut s’y prendre pour connoî-tre l’étendue des fonds à raifon des étoffes pour lefquelles on veut ourdir ; ainfi Étoffes de soie, IL Part, Kkk
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- 522 U ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- les deux parties de fond 8,8, qui féparent chacune une des bandes i, x, d’avec une des bandes 2,2, font de douze dents ; les fonds 9 , 9 , font de quatorze dents ; ceux 10 , 10 , font de foixante-feize dents ; les deux II , 11 , font de quarante-fix dents, & les deux 12, 12, font de huit dents ; par ce moyen on peut voir que le nombre des dents comprifes dans les différentes parties du fond , avec celles qui font comprifes dans les bandes , font la fomme de. cinq-cents dents formant la moitié du peigne pour lequel la rayure a été fuppofëe» La diftance du point l au point m , eft de dix pouces , qui eft la moitié de la largeur de l’étoffe.
- La Figure 13 eft un deffein pour un taffetas brillanté dont l’ourdiftàge du poil eft donné dans la huitième Seétion du même Chapitre ; ce poil for le deffein eft divifé en dix bandes, dont les réparations donnent onze parties de fond ; les deux bandes 1,1, font foppofées blanches, & prennent fix dents ; celles 2,2, font violettes à nuance ouverte ^ elles font de deux dents ; les bandes 3,3, font rofes fans nuance , elles font de douze dents ; celles 4,4, font aurores nuances ouvertes, & occupent trente-deux dents ; & celles 5,5', font de foixante dents nuances vertes, fermées & doubletées blanc. Dans l’ourdiftàge du poil, il n’eft pas fait mention de la largeur des parties du fond qui en féparent les bandes , par la même raifon que ci-defliis, & cependant voici le nombre de dents qu’elles employent ; les parties de fond 6 9 6 9 font de huit dents ; celles 7,7, font de dix dents ; celles 8,8, font de foixante dents; celles 9,9 , font de dix-huit dents; celles 10, 10, font de douze dents, & celle 11, eft de quatorze dents. Dans les bandes j1 , ÿ , on doit appercevoir une couleur qui s’oppofo à l’autre, c’eft ce qui marque le doubieté. Ces fortes de defleins peuvent être enrichis par des raies à la chaîne qui accompagnent les bandes du poil ; les taffetas cannelés en font aulïi fofceptibles.
- J’ai donné un exemple de taffetas brillantés, quoiqu’ils foient à-peu-près du même genre des cannelés, parce que l’on pourroit croire fur les deffeins ou fur les échantillons que l’ourdiftàge en eft plus difficile ; cependant, comme on peut le voir, l’un eft égal à l’autre, la différence conlifte dans l’ordre du deffein feulement, & la difficulté eft pour celui qui monte le métier qui doit en faire l’étoffe, & pour l’Ouvrier qui la fabrique , mais non dans l’ourdiftàge.
- Le deffein dont il s’agit ici, eft pour un taffetas de vingt-fept pouces de largeur à trois chemins , de forte qu’il a neuf pouces de largeur en le mefurant du point n au point 0 : je dois obferver qu’il y a des brillantés fous plufieurs defleins ; on peut en varier le goût à l’infini, de même que ceux des autres rayûres.
- La Figure 14 eft un deffein pour un taffetas brillanté enrichi par des bandes ou baguettes fatinées ; ce deffein n’eft aucunement déterminé pour là largeur , l’ourdiftàge qui en eft rapporté n’eft que pour le poil feulement ; ce n’eft pas que l’on ne puiffe l’employer pour quelques taffetas ; mais je ne le rapporte
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- Secondé Partie. Explication des Planches. Chap, XIX. £23 que pour faire voir qu’on peut faire accorder des raies fàtinées avec des raies cannelées dans toutes fortes de taffetas ; il s’agit feulement que les parties qui compofènt les cannelés qui forment le deffein du brillanté fbient d’accord avec t armure du fatin, ainfi que celles qui compofènt les cannelés ordinaires. ( On verra la maniéré de faire cet accord dans le traité de la Fabrication de cette Etoffe. ) L’ourdiflàge du poil qui forme les baguettes ou bandes de ce deflein, eft celui qui eft rapporté à la dixième Seétion du Chapitre quatorzième ; les deux bandes 1, 1, font fàtinées , elles font chacune de huit dents en les comparant à un taffetas de vingt pouces de largeur en mille dents de peigne ; la bande 2 , eft fàtinée auffi, elle efl: de vingt-cinq dents ; les deux bandes 3,3? font brillantées , elles font de quinze dents ; quant aux parties du fond, on peut les apprécier en les comparant aux bandes en proportion de la largeur du peigne , tel qu’il vient d’être fuppofé : cette rayure a du point p au point q , trois pouces de largeur.
- La Figure 1 ^ efl: un deffein de rayure pour le poil d’un cannelé à bandes tripletées : ce deffein efl: compofé de quatre bandes, & de cinq parties de fond; chacune cfe ces bandes efl: tripletée , c’eft-à-dire, qu’elles produifènt dans le fèns de la longueur de l’étoffe trois couleurs différentes , fans y comprendre celle du fond ; c’eft pour montrer à-peu-près l’effet des tripletés dont il eft parlé dans la neuvième Seélion du quatorzième Chapitre , que je rapporte ce deffein ; on doit remarquer que chaque bande produit trois couleurs les unes fur les autres ; celles 1, 1 , r, 1 , marquent une couleur claire ; celles 2,2, marquent une couleur moyenne , & celles 3,3, marquent une couleur foncée : ces trois couleurs ne font pas ordinairement de la même nuance, au contraire elles font très-oppofées ; les parties 4, 4, 4 , 4, font celles qui compofènt le fond.
- Quoique je préfente ce deffein fous des bandes cannelées , ce n’eft pas qu’ordinairement on fa fie des étoffes dont les bandes cannelées foient tripletées , c’eft feulement pour faire voir la différence qu’il doit y avoir d’une couleur à l’autre ; car on ne fait ces fortes de taffetas qu’avec des deffeins à fleurs. Je ne donne point de proportion pour les bandes qui compofènt la rayure de ce deffein , ni la quantité des dents que chacune peut occuper dans un peigne, parce que cela eft indéterminé.
- La Figure 16 eft un deflein de rayure pour le poil d’un taffetas quadru-pleté ; ce deffein eft compofé de trois bandes toutes quadrupletées, ainfi qu’on peut le voir par l’effet que produit chacune d’elles : ces effets font déterminés par quatre couleurs différentes qui ne doivent pas être, non plus que celles du tripleté, de la même nuance; les mêmes raifons qui fubfiftent pour le tripleté, m’ont fait donner ce deflein fous des bandes cannelées, quoique l’on ne faffo jamais de taffetas dont les bandes foient à quatre couleurs les unes fur les autres, ces fortes de taffetas font ordinairement fous des deffeins à fleurs >
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- 224 L’ART DES ETOEFES DE SOIE.
- mais ils font rares ; je ne les ai rapportés que pour prouver la poflibilité de l’ourdiflàge : les parties x, r, i, des bandes défignent une couleur claire ; celles 2, 2 y 2, en marquent une plus foncée que la première ; celles 3, 3, 3 , marquent une couleur qu’on diftingue des deux précédentes ; & celles 4,4, 4 ^ en marquent une qui eft oppofée à toutes les autres.
- Les tripletés & quadrupletés peuvent être faits à plufieurs nuances pour chacune de ces bandes , ainfi que par des couleurs différentes fans nuances ; lattention la plus grande quon puiflè y apporter, c’eftd’avoir foin que non-feulement les couleurs qu’on y emploie, ne foient pas de la même nuance ; mais que chacune de ces couleurs ne foit pas dans leur genre au même dé-gré de teinte; parce que les rapports que les-couleurs ont entr’elles dans l’égalité de leur teinte, rend les couleurs mornes & ne leur donne aucun jeu, attendu que l’une abforbe l’autre ; au lieu que lorfqu’on donnera dans les trois couleurs des tripletés, ou dans les quatre des quadrupletés des teintes qui feront fenfiblement oppofées les unes aux autres, on eft fûr du foccès de fes defleins par le jeu différent de chacune des couleurs, ainfi qu’on peut le voir en comparant les teintes d’une couleur à celles d’une autre : je fup’pofe qu’on employât pour un tripleté le verd , le lilas éfe l’aurore , & qu’on prît la troifieme teinte de chacune, il eft certain que ces trois couleurs produiroient un effet très-égal entr’elles , parce qu’aucune ne céderoit à l’autre , étant toutes les trois au même dégré ; mais fi des mêmes couleurs on employoit la première teinte du verd , la quatrième du lilas & la huitième de l’aurore, on trouveroit un effet bien différent, parce que l’une feroit valoir l’autre. La même raifon exifte pour les quadrupletés ; quand pour des deffeins tels que ceux dont il s’agit ici, on employera des nuances pour chacune des couleurs , on pourra, fi on veut voir un effet flatteur, ne point employer la nuance entière de chacune , on fo contentera de cinq teintes en mettant d’une des nuances depuis la première jufqu’àla cinquième , de l’autre depuis la quatrième jufqu’à la huitième , & en variant ainfi, on trouvera que les effets feront plus animés que fi des unes Sc des autres on employoit les nuances entières.
- Ces obfervations ne regardent pas l’ourdiflàge directement, mais elles inté-reffent les Fabriquants qui cherchent à répandre de la fraîcheur dans leurs étoffes, elle ne peut s’y rencontrer que par l’ordre que l’ourdiflàge donne aux couleurs par là diftribution.
- On peut appliquer ces mêmes obfervations à toute forte de rayure, tant pour le jeu des couleurs que pour la largeur des baguettes dont elles font compo-fées , ainfi , foit pour l’Ourdifleur, foit pour le Fabriquant & pour le Deffina-teur, on ne fera rien de bien qu’en foivant cette maxime , qui eft connue de tous ceux qui fe piquent de faire du beau.
- La Figure 17 eft un deffein de rayure qu’on fuppofo pour un taffetas de dix-huit pouces de largeur en $60 dents de peigne ; c’eft de cette rayûre
- qu’on
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- Seconde Partie. Explication des Planches. Chap* XIX* 221 qu*on a parlé à la quatrième Seétion du quinzième Chapitre , où l'ourdiflage en eft rapporté ; elle prend un tiers de la largeur de l'étoffe, 8c conféquemment un tiers des dents du peigne, qui montera à 320 dents : elle eft compofée de dix-fept baguettes, entre lefquelles il y en a d'une feule couleur, d'autres à plufieurs , 8c d'autres à nuance; elle contient auffî quatorze parties de fond; les baguettes 1, 1, font de quatre dents de largeur chacune, elles font vertes ;les baguettes 2,2, font de huic dents couleur de rofe ; les baguettes 3,3, font de deux dents vertes : ces trois baguettes dans le véritable ordre de la compo-lition n en forment qu'une , qu'on pourroit nommer baguette à deux couleurs , mais dans celui de l'ourdiflage il faut la diftinguer par trois à caufe de la distribution des couleurs :les baguettes 4,4, font de deux dents en lilas ; celles 5,5 , font vertes & de huit dents ; celles 6, 6, font de deux dents , elles font lilas; celles 7,7,.font de huit dents couleur de rofe nuances ouvertes ; celles 8,8, font de neuf dents, elles font vertes 5 la baguette 9, eft de quarante dents ,& toute couleur de rofe en deux nuances fermées; les fonds 10, 10; font de deux dents ; les fonds 11 , font de fix dents; ceux 12 , 12 , font de deux dents ; ceux 13,13, font de deux dents auffî ; les fonds 14, 14, font de quatre-vingt dents chacun ; les fonds 15, , font de deux dents, & ceux
- 16 , 16 9 font de trois dents.
- L'ourdiffage de cerre rayure eft celui qu'on a rapporté lùivant la méthode de Nîmes, Avignon, & des Manufactures qui tiennent à leurs uïages*
- Je donne exactement le détail de la quantité des dents qu'occupent les ba« guettes de chaque rayûre que je rapporte , ainfî que la quantité qu'en occupent les parties de fond, non-feulement pour prouver l’accord qui le trouve avec l'ourdiflage que j'en ai donné, mais encore pour fournir un exemple de la néceffîté de cette même exactitude, dans toutes les opérations qui en dépendent ;car fi dans les parties de fond qui doivent être de deux dents , on en met trois , cette grandeur fera trop forte, eu égard à l'effet qu'elle doit produire , puifque c eft une moitié de plus que ce qu'il doit y avoir : ce défaut eft auffi fenfible dans les baguettes, fur-tout lorfqu'elles font petites, 8c qu’il faut qu'elles cèdent à d'autres ; on ne lauroit y apporter trop de précautions, principalement quand on veut affortir la rayûre à un échantillon ou à un deffein, puifqu’il arrive très-fouvent qu'on a des commiffions fur des échantillons , auxquels il faut fe confor-» mer, tant en couleurs qu'en baguettes , pour aflortir des ameublements ou auj très choies de cette nature*
- La Figure 18 eft un deffein pour un taffetas façonné, doubleté; ces fortes de deffeins fur les taffetas font formés au moyen d'un poil qui porte les nuances 8c couleurs convenables aux fujets qui les compofent ; l'ordre de ces couleurs 8c nuances dépend de celui de fourdiffage, on le fait comme celui des poils précédents , quant aux combinaifons 8c ordonnances , ainfî qu'on peut le Voir dans la quatrième Seétion du quinzième Chapitre, où cet ourdiflage eft Etoffes de soie. IL Paru Lll
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- 2Ï.6 VA RT DES ET O FFE S D E SOIE. rapporté, & dans ce même Chapitre , on voit aufli qu’on fuit la méthode de ' Nîmes , <1Avignon , &c. Dans le refte de l’ourdiflage le deffein dont il s’agit eft compofé de neuf bandes ; ompeut remarquer que leur ordre eft lymétrique, de même que celui des rayures en général.
- Les 'deux bandes i , i, {ont chamois & de fix dents chacune ; la partie du poil qui les compofo forme des elpeces de petits pois féparés les uns des autres par un petit point ; les deux bandes 2,2, font vertes Sc de trois dents chacune, les parties de poil qui les compofent , forment de petits quarrés longs, féparés aufli les uns des autres par un petit point. Ces deux bandes n en forment qu’une à caufe de leur jonétion ; car elles ne font féparées l’une de l’autre que par la différence des couleurs , & par le différent effet que produit le deffein, & non par aucune partie du fond : les deux bandes 3,3,' font aurores en deux nuances ouvertes , elles font de vingt-quatre dents chacune , leur effet fur le deflein eft de produire chacune une bande en cannelé, dont les deux bords forment un fefton tout au long 54, 4, font deux bandes doubletées , dont une partie efl: bleue en deux nuances fermées, Sc l’autre doubletée blanc ; l’effet que produit le poil fur chacune de ces deux bandes dans le deflein, efl: de former de petits bouquets foutenus par un ef~ pece de ruban qui montent en ferpentant tout au long de l’étoffe ; ce ruban efl: formé par le Pas blanc du poil, Sc les bouquets font formés par les deux nuances bleues de l’autre Pas ; de forte que chaque bande par ces deux couleurs produit deux effets, un dans le ruban & l’autre dans les bouquets; la largeur de chacune de ces bandes eft de quarante dents : 5 eft la bande qui compofe le milieu du deffein ; elle eft doubletée fous deux nuances ouvertes ,
- & deux nuances fermées ; les deux nuances ouvertes font vertes, & c’eft la partie de cette bande qui forme les tiges & les feuilles des branches de la guirlande , & même les cœurs des plus grandes fleurs de cette même guirlande , Sc les deux nuances fermées forment les fleurs qui compofent cette partie ; la largeur de cette bande comprend cent dents ; ce deffein, ainfî qu’on peut le voir, a huit parties de fond qui ne font point déterminées dans l’article de l’ourdif fage qui le concerne , mais que l’on peut déterminer en les meforant ; ainfî on peut regarder les deux parties de fond 6,6, comme ayant cinq dents chacune ; celles 7,7, font de quatre dents; celles 8,8, font de douze dents, Sc celles 9,9, font de fix dents ; ainfî le nombre de dents qui eft occupé par les huit parties de fond , & celui qui eft occupé par les neuf bandes du deflein doivent en produire un égal au tiers du peigne qui fort à fabriquer l’étoffe ; il eft donc de 320 dents , puifque celui du peigne eft de 960.
- Il n’y a prefque que les genres de taffetas auxquels on donne des poils pour former les deffeins qui les enrichiflent ; car on n’en donne jamais aux forges n’y aux fatins, à moins que la partie des dents que chaque bande du poil occupe ne faffe taffetas par-dejjous ; c’eft-à-dire , à moins que le fond de ces mêmes bandes ne foie taffetas.
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- Secondé Partie. ‘Explication des Planches. ChàK XlX.
- Il eft poflible de concilier tous les genres d étoffés dans une feule * ainfi on peut par ce moyen mettre un poil doubleté ou fimpleté dans un fatin comme dans une fèrge , en obfervant ce que je viens de dire ; par-là on peut confervet le genre d’étoffe auquel on donne le poil, par ce que le fond qui en eft la partie dominante le lui donne ; ainfi quand le fond fera taffetas 8c que l’étoffe aura un poil qui formera le defîein, cette étoffe fera nommée taffetas , 8c quand le fond fera latin, elle fera nommée jatin.
- Je dois avertir qu’on trouvera beaucoup d’étoffes dont le deffeîn eft forme par un poil, & qui ne portent néanmoins aucun des noms que je viens dé défigner, par la raifon que chacun de ceux qui font fabriquer donnent un nom à leurs étoffes qu’ils croyent leur être le plus avantageux pour la vente ; ainfi fi l’on veut connoître de quel genre d’étoffe eft un échantillon , c eft le fond qui doit décider.
- Je fais ces obfèrvations pour que dans l’ourdiflage on ne loit pas arrêté pat le nom des étoffes dont le deffeîn fera formé par un poil quelconque.
- L’on connoîtra fi le defîein dans une étoffe eft produit par un poil, lorfquon verra que la foie qui le forme eft dans le fèns de la longueur de l’étoffe , c’eft-à-dire, dans le fens de la chaîne ; mais fila foie qui rend le defîein, s’étend dans le fens de la trame, ce n’eft point un poil qui forme ce defîein , c eft au contraire la trame, ou une îoïe hrorhée qui en rend
- Je dois prévenir encore que dans une étoffe, on peut trouver Fun & l’autre J c eft-à-dire, qu’il peut fe trouver qu’une partie^ du defîein foit formée par un poil, & l’autre partie par la trame ou par une foie brochée ; la raifon de cela fera donnée dans le Traité des étoffes ; mais je me fuis cru obligé de faire faire ces remarques pour qu’on ne confonde pas fur une étoffe , l’effet d’un defîein produit par un poil, avec celui que produit la trame ou une (oie brochée, & qu’on ne faffe point d’erreurs dans les calculs des combinaifons qu’on eft obligé de faire pour l’ourdiflage.
- Fin de VExplication des Planches & de la féconde Partieé
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- KKmmmr?
- 2.7.$
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- TABLE DES MATIERES
- DE LA PREMIERE SECTION
- D E L'A R T
- DU FABRIQUANT D’ETOFFES DE SOIE-
- PREMIERE PARTIE. Devidage.
- H A P I TR E î. Description du anciens Dévidoirs décrits dans le premier premier Dévidoir ; maniéré de s en fervir. Chapitre», Page 25
- Page 2, Section I. Raifon de préférence des uns fur les Section I» Des différents pieds des dévidoirs. autres. ^ ^ ibid.
- ibid. Section IL Defcription du Guindre ci-deffus. 'Section II. Defcription du Guindre. ibid* 2\
- Section III. Maniéré de fe fervir du Dévidoir. Section III. Defcription de l’EfcouIadou, & de
- ou Guindre. 3 la maniéré de s’en fervir. 2$
- Section IV. Defcription du Rouet â dévider, 4 CHAPITRE VIII. Explication des Planches CHAPITRE TL. JD^iption d'un fécond De- concernant les trois anciens Dévidoirs. 28
- vidoir ; maniéré de s en fervir. f Sectiôn I. Explication de la première Planche.
- CHAPITRE III. Defcription d*un nvif.*,,**, ut, implication de là fécondé Planche*
- Dévidoir ; maniéré de s'en fervir. 6 ^
- Obfervation fur les anciens Dévidoirs. 7 Section III. Explication de latroilîeme Planche.
- CHAPITRE IV. Defcription du Rouet à quatre Guindres» 8
- Section I. Développement du Rouet. ibid. Section II. Du Banc & des Roues. 11
- Section III. Defcription des nouveaux Guin-dres; maniéré de s’en fervir. iy
- Section IV. Des Hochets & Bobines propres à devider la foie. 16
- CHAPITRE V. Defcription des Trafufoirs*
- 17
- Section I. Du Trafufoir à la Lyonnoife. ibid. Section II. Du Trafufoir à la Nîmoife. 18 CHAPITRE VI. Maniéré de devider & de fe fervir du Trafufoir foit de Lyon ,foit de Nîmes. ~ ip
- CHAPITRE VII. Ufage quon doit faire des
- Section IV. Explication de la quatrième Plan* che. o0
- CHAPITRE TX. Suite de £ explication des Planches y de celles du Rouet à quatre G uindres. ^ t
- Section I. Explication de la cinquième Planche. md.
- Section. II. Explication de la fixieme Planche;
- ibid.
- Section III. Explication de la feptieme Planche. # ’ 32
- Section IV. Explication de la huitième Planche.^ ^ ^
- Section V. Explication de la neuvième & dernière Planche concernant le devidage des Soies. ihi^
- SECONDE PARTIE. U An de tOurdiffhur.
- Jifjv TRonucTioiïk 3$
- CHAPITRE L Defcription de l'OurdiJJ'oir long• 39
- CHAPITRÉ II. Defcription de la-Cantre couchée propre à l'Ourdiffoir long* 40
- CHAPITRE III. Maniéré d'ourdir avec l'OurdiJJ'oir long en fe fervant de la Canne précédente• ‘ ±2
- CHAPITRE IV. Defcription de tOurdffoir rond ,& des différentes pièces qui le compo-fint.
- Section I. De la cage de l’Ourdiffoir. ibid.
- Section IL Defcription de l’Ourdiffoir rond, ç 1
- Section III. Defcription des différents Plots qu on employé avec l’Ourdiffoir rond. <4.
- Section IV. Maniéré de fe fervir du Plot, sn
- Section V, Obfervation fur les différents Our-diffoirs, S9
- CHAPITRE
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- TABLE DES M ATIERES
- CHAPITRE V. Defcription ~du Banc à Roue.
- CHAPiTRE VI. Defcription des Cantres
- droites. . 62
- Section I De la Cantre droite fimple. ibid. Section II. De ta Cantre double en largeur. 63 Section III. De la Cantre à deux faces Amples. ibid.
- Section IV. De la Cantre double à deux faces. x ibid*
- Section V. Obfervation fur une Cantre à trois divifions comparée à celle qui n’en a que deux.' 64
- Section VI. Defcription des Jets Amples. 6y Section Vil. Defcription du Jet double ibid.
- Section VIII. Defcription des Jets quadruples.
- 66
- Section IX. Obfervation fur la multiplicité & la variété des Cantres & des Jets. ibid.
- Section X. Defcription d’une nouvelle Cantre quadruple. 67
- Obfervation fur les propriétés de la Cantre précédente. 68
- CHAPITRE VII. 69
- Section I. De la maniéré d’Ourdir les Chaînes & Poils Amples, unis ou à une feule couleur, avec l’Ourdiffoir rond & la Cantre droite ou le Jet. ibid.
- Section II. Maniéré de reprendre les Als caATés en ourdiffant avec la Cantre droite ou le Jet.
- 73
- Section III. Maniéré de lever les Chaînes ou Poils de deffus l’Ourdiffoir rond. 7$
- CHAPITRE VIII. 77
- Section I. Maniéré d’ourdir les Chaînes ou Poils doubles, les Chaînes doubles & Amples, doubles & triples,&e. & la différence qu’il y a dans cet ourdiffage entre l’ufage de la Cantre droite & celui de la Cantre couchée. ibid.
- SectionII. Maniéré d’encantrer les Chaînes qu’on vient de voir enfe fcrvantde la Cantre couchée. 80
- Section 111. Obfervation furies deuxefpeces de Cantres droite & couchée, par rapport aux ourdiffages. 81
- CHAPITRE IX. Defcription de la Cantre couchée à la Lyonnoije propre à Wurdffoir rond.
- CHAPITRE X. 84.
- Section I. Maniéré d’ourdir les Chaînes à une couleur avec I’Ourdiffoir rond en fe fervant de la Cantre à la Lyonnoife. ibid.
- Section II. Maniéré d’encantrer les Chaînes à deux couleurs qu’on nomme Pas d'un & Pas d'autre. 8y
- Section III. Méthode dont on fe fert à Lyon pour lever les Chaînes ou Poils de deffus l’Our-diffoir rond. ibid.
- CHAPITRE XI, Comparaifon des différentes méthodes quon emploie pour ourdir les Chaînes & Poils y & particuliérement celles qui font rayées. 87
- CHAPITRE XII. Defcription de la Cantre à Tiroirs , & de tout ce qui la compofe, 89
- Section I. De la carcaffe de la cantre à Tiroirs. ibid.
- Section II. Defcription des Tiroirs. 90
- Section III. Defcription de la carcaffe de la cantre fans Tiroirs. ibid*
- Etoffes de soie. IL Part.*
- CHAPITRE XIII. 92
- Section I. Explication de l’ordre que tiennent les rayûres , & de leur diverAté ; pourquoi il faut plufieurs Cantres pour les ourdir ; la maniéré de les combiner fur les échantillons, fur les Efquiffes & fur les Deffeins, & d’en encantrer certaines en employant la Cantre droite où le Jet, & de les ourdir. ibid.
- S e c t i o N II. De la maniéré de combiner les Efquiffes, Echantillons 6c Deffeins des rayures. 94
- Section III. SuppoAtion d’un échantillon pouc un Taffetas rayé à une couleur, 6c combinai-fon de la rayure avec les ordonnances.
- 97>&fuiv*
- Section IV. Maniéré d’encantrer les Rochets pour diftribuer les couleurs à propos en employant la Cantre droite ou le Jet fuivant la la méthode de Paris, Lyon, &c. 101
- Section V. Maniéré d’ourdir la Rayûre qu’on vient d’encantrer. 10a
- Section VI. Obfervation fur la maniéré d’en-verger, de couper les braffes 3c de les placer fur les chevilles lors de la mutation des Cantres. ibid.
- Section VII. De la maniéré de combiner les Rayûres fur les échantillons. 104
- Section VIII. Largeur des parties qui doivent compofer la Rayûre à ourdir. 106
- Section IX. De la maniéré d’encantrer 6c d’ourdir quand il fe trouve des nombres impairs dans les baguettes ou dans les parties de fond qui compofent une Rayûre pour une Etoffe quelconque. 109,
- Section X. Delà maniéré d’encantrer les Rayûres ombrées, 6c de les ourdir. 113
- Section XL SuppoAtion d’un échantillon à Rayûre nuée. 114
- Section XII. Maniéré d’encantrer rEchantillon qu’on vient de voir fuivant l’ordonnance d’our* diffage qui en a été donnée. 117
- Section XIII. Maniéré d’encantrer êc d’ourdie les Rayûres à pluAeurs couleurs, 6c à double Pas , fans nuance. 123
- Section XIV. Maniéré d’encantrer & d’ourdir les Chaînes paonnées. 13a
- CHAPITRE XIV. De la maniéré d*Ourdir à Lyon. 132
- Section I. Pour les Chaînes à une feule couleur. ibid.
- Section II. Différence de l’ufage des Cantres droites 6c des Jets avec celui de la Cantre couchée. ibid.
- Section III. Moyen de connoître par quel bout de la Cantre on doit commencer les en-cantrages. 134
- Section IV. Obfervation fur l’ordre quon dois faire tenir aux Cantres en ourdiffant. 133 Section V. De la maniéré de fe fervir des Cantres à Tiroirs pour l’ourdiffage des Chaînes rayées. 13 6
- Obfervation fur les Chaînes appellées Poils, ibidw Des Poils à bande. 137
- Section VI. De la combinaifon , encantrage 6c ourdiffage des Poils à pluAeurs couleurs, & des Poils ombrés. 1395
- Ordre qu’on doit faire tenir aux Tiroirs. 141 Section VII. De l’ourdiffage des Poils à plu-. fleurs couleurs fans nuance doubletés 6c à bande. 14.**
- Section VIII, Des Poils ombrés 6c doublétéi
- M mm
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- $3© TABLE DES
- pcmr les Taffetas brillantés. 146
- Détail de toutes les opérations, 147 , & fuiv. Section IX. Obfervation fur les genres de Poils ‘doubletés, & furies Poils tripletés. 154
- "Détail des opérations. 15 $ >& fuiv.
- Section X. Des Poils brillantés & fatinés. 158. Opérations. ibid. &fuiv.
- '•CHAPITRE XV. De la méthode d3 Ourdir à Nîmes, à Avignon & dans les Manu-factures qui ont tiré leur origine de ces deux Villes. , 160
- Section I. ibid.
- Section IL Suppofition d’une Rayûre pour un Taffetas en dix-huit pouces de largeur dont le Peigne eft un 960 dents. 161
- Détail des Opérations, 162, & fuiv.
- - I
- 'Explication
- MATIERES.
- Section HL Remarque. 16£
- Section IV. Suppofition d’un Deffein pour un Taffetas façonné à poil, dont les bandes font à fimples couleurs ombrées 6c doubletées. 169 Détail des Opérations. 170, & fuiv.
- CHAPITRE XVI, Obfervation fur les différents Ourdiffoirs. 182
- Section I. De l’Ourdiffoir long. ibid.
- Section II. De l’Ourdiffoir rond. 183
- CHAPITRE XVII.
- Section I. De la méthode d’ourdir les Chaînes ou les poils en or & en argent. 18 j
- Section II. Obfervation fur les Poils en or 6c en argent filé, ou or & argent lame. 187 Section III. Des précautions qu’il faut prendre pour ourdir les Poils en or 6c en argent. 188
- des Planches.
- CHAPITRE XVIIX. Explication des Flanches de îOurdijfoir long 9 de fa Cantre &
- de différentes opérations qui y font repré-fentées. 191
- [Planche première; ibid.
- Planche fécondé. . >192
- Planche troifieme» 192
- Planche quatrième, ibid.
- Planche cinquième, 1^4.
- CHAPITRE XIX &c dernier. Explication des Planches concernant /’O urdijfoir rond 9 les C antre s, ér toutes fes opérations. 154
- Planche fixieme. . ibid.
- Planche feptieme. ipy
- Planche huitième. 196
- Planche neuvième. ibid.
- Planche dixième. , ip8
- flanche onzième. . , ' 1 9Sl
- Planche douzième. <200
- Planche treizième. ibid.
- Planche quatorzième. 201,
- Planche quinzième. 202
- Planche feizieme. ibid.
- Planche dix-feptieme. 205
- Planche dix huitième. 204
- Planche dix-neuvieme. 205*1
- Planche vingtième. 206
- Planche vingt-unieme. 207
- Planche vingt-deuxieme; _ 2u8[
- Planche vingt-troificme. 1 20?
- Planche vingt-quatrième. 210
- Planche vingt-cinquieme. ^ 215*1
- Planche vhjgi-fïxicine ôc dernière, concernant les différentes Rayûres dont on a parlé dans • cette fécondé Partie , 8c les échantillons dont on a détaillé Pour diffage. 216, & fuiv.
- Fin de la Table des Matières.
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- DE L’IMPRIMERIE DE L, F, DELATOÜR. ,m.
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- 1,'AkT HE L OURDISSAGE DES CHAINES TOUR EES ETOFFES HE SoiE
- PI 1.
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