Descriptions des arts et métiers
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- DÉTOFFES DE SOI
- CINQUIEME SECTION,
- Contenant
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- L’Art du Remiffeur ou Faifeur de Liffes, tant pour les Etoffes de Soie, que pour les autres Etoffes , comme Draps, Toiles, Gazes, &c«
- Par M. Pau le t , Deffinateur ôC Fabriquant en Étoffes de Soie
- de la Ville de Nîmes.
- M. DCC. LXXIV.
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- DU FABRIQUANT
- DE SOIE
- Par M. P a uz e t , DeJJînateur SC Fabriquant en Étoffes de Soie>
- ûfe /æ Fi//e <fe Nîmes.
- CINQUIEME PÀKTIE.
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- >4/t cfü Remiffeur ou Faifeur de Liffes, tant pour les Etoffes de Soie, que pour les autres Etoffes , comme Draps , Toiles, Ga^es, SCc.
- INTRODUCTION.
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- D es Liffes en général, SC de leur ufage.
- Il n’eft aucun genre d’Etoffes , foie de Toiles, de Draps, de Gazes , Scc. quon puiffe former fans Liffes ; c eft par le fecours de cet uftenfiie qu’on parvient à divifer le nombre des fils dont une chaîne eft compofée, en autant de parties qu’il eft néceffaire pour en former le tilfu au moyen de la trame qu’on y incorpore. Ce (impie expofé fuffit pour prouver que l’Art de taire les Liffes, eft aufli ancien que celui de fabriquer les Etoffes.
- On .nomme en termes de Manufacture Remiffe9 une certaine quantité de Liffes, qui n’eft jamais déterminée pour quelque Etoffe que"ce foit ; & les Liffes fopt un affemblage de mailles faites de fil ou de foie, à l’aide defquelles on fait lever telle partie de la chaîne d’une Etoffe , Toile , &c. que le deffein ou le genre de tiffu exige.
- Comme il n’eft pas de fils dans une chaîne qui ne doive fe combiner avec ce qu’on nomme trame, on conçoit que tous doivent alternativement lever & baiffer pour donner entr’eux paffage à cette trame ; ainfi il n’en eft pas un qui pour ce mouvement ne doive avoir une maille particulière dans les Liffes ; nous aurons oçcafion de voir que fouvent ces fils en occupent même deux.
- Étoffes de soie. V• Part. LUI
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- 3i4 L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- Pour prendre une idée jufte de la définition que je viens de donner , il faut concevoir le tiflit d’une Etoffe, Toile, Drap, &c. fans aucun deffein 9 fleur ni rayure ; car je n’entends parler ici que du corps de l’Etoffe, parce qu’on verra par la fuite, que les deffeins dont on veut les orner fe multiplient à l’infini.
- Si l’on fe rappelle le grand nombre de fils, dont on a vu dans l’Ourdiflàge qu’une chaîne eft fbuvent compofée, quel doit être celui des mailles dont un aflémblage de Liftés eft lui-même formé ? Et pour donner une idée précifè de cette quantité, fi une chaîne contient 3000 fils , &que chacun paffe dans deux mailles, ce font 6000 mailles, qui jouent dans l’efpace allez étroit de la largeur de l’Etoffe ; encore je ne parle pas ici des Lilfes qui font deftinées à produire des fleurs fur l’Etoffe , & qui augmentent en raifon de la multiplicité de ces fleurs tant qu’elles ne fe répètent pas.
- Il eft vrai qu’on a trouvé le moyen de mettre ces mailles fur plufieurs lignes ; car il feroit phyfiquement impoflible de placer fix à neuf mille mailles dans une largeur de vingt pouces ou environ, Se encore moins de lés y faire mouvoir.
- Si, comme dans les Taffetas, les Toiles & autres Etoffes de ce genre, on n’a befoin que de faire alternativement lever Se bailfer la moitié de la chaîne, deux Liffes peuvent fans doute fùffire ; & s’il eft d’ufage d’y en employer davantage, c’eft , comme je viens de le dire , pour donner de la liberté au jeu de chaque maille.
- Voici maintenant en peu de mots la maniéré de placer les Lilfes & de s’en fervir. ^
- Je fuppofe que la chaîne d’un Taffetas uni foit de mille fils , on en palfe Cinq cents dans autant de mailles dont eft compofée l’une des deux Liftés que je fuppofe auflï qu’on emploie, & les cinq cents autres dans autant de mailles de la fécondé ; mais ce travail doit fe faire dans l’ordre qui fuit.
- On place ces deux Lilfes garnies de leurs lifferons, ( ce font deux tringles de bois fur lefquellca on les attache par le haut Se par le bas, voye^ Fig. 4, PI. 6, ) l’une contre 1 autre ; puis commençant par le premier fil d’un des bords de la chaîne , on le palfe dans la première maille d une des deux Lilfes, le fécond dans la première de la fécondé, le troifieme fil dans la féconde maille de la première Lilfe, & ainfi de fuite, alternativement dans les mailles de chaque Lifté ; puis on attache les deux bouts du lilferon à une ficelle qui palfe fur une poulie, au haut du métier , ou tient à quelque levier, Se dont l’autre bout eft attaché aux deux bouts du lilferon de l’autre Lilfe ; le lifléron d’en-bas eft attaché à une marche, fur laquelle on met le pied pour faire baif-fer la Lilfe, Se par une fuite de l’arrangement qu’on vient de voir, l’autre Lille leve ; ce qui fépare la totalité de la chaîne en deux parties égales dans un fèns horizontal, entre lefquelles on fait gliflér la navette qui forme la trame, ainfi
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- Cinquième Partie, Des Liffes en général 9 & de leur ujage. 31 y qu’on le verra en fon lieu : enfin mettant le pied fur une fécondé marche, on fait baiffer la Lifle qui étoit levée, ce qui fait lever l’autre & procure encore à la chaîne une féparation dans laquelle on paffe un fil de trame qu’on nomme Duite, & qui fe trouve féparé du précédent par un croifement des fils de la chaîne,
- Lorfqu’au lieu des deux Liftes qu’on vient de voir, on juge à propos d’en employer quatre , voici l’ordre qu’on leur fait tenir.
- On pafle le premier fil de la chaîne dans la première maille de la première Lifle, le fécond dans la première de la fécondé, le troifieme dans la première de la troifieme, 8c le quatrième dans la première de la quatrième , après quoi on revient à la première Liffe, & on continue ainfi jufqu’à la fin ; & quand on fait mouvoir les Liflès, on fait baifler la première & la troifieme d’un leul temps, puis la fécondé & la quatrième d’un autre, ce qui procure alternativement l’ouverture du pas de la chaîne par moitié, & renferme à chaque croifement une duite de la trame pour le dire en pafîànt, à chaque coup de navette , c’eft-à-dire, à chaque croifement, on donne un coup de battant qui tient le peigne 8c qui Terre chaque duite.
- Les Satins exigent dans leur fabrication plufieurs Liffes, & c’eft du plus ou moins de ces Liffes, qu’ils tirent leur dénomination. On y en emploie depuis cinq jufqu’à douze 5 mais le nombre de huit eft le plus ordinaire dans les Satins de foie, & celui de cinq dans ceux de laine ou de coton ; par ceux-ci on pourra juger de tous les autres.
- Si le Satin eft à huit Liffes, on paffe chacun des huit premiers fils dans les premières mailles de chacune des huit Liffes ; puis on en paffe huit autres dans la fécondé, puis dans la troifieme, continuant ainfi le courfe jufqu’au dernier fil : ainfi la totalité des mailles de ces huit Liffes doit répondre exactement au nombre des fils de la chaîne.
- îi n’en eft pas de cette Etoffe comme de celles dont j’ai parlé plus haut : chacune de ces huit Liffes doit lever à fbn tour, mais aucune pendant ce temps ne baille ; & pour obtenir ce mouvement, chacune d’elles eft fùfpendue à l’un des bras d’un levier dont l’autre reçoit une corde qui communique à un fécond levier placé au-deffous des Liftes , & celui-ci à l’autre bras a auffi une corde fixée à une des huit marches qui le met en mouvement : parce moyen l’Ouvrier en appuyant le pied fur la marche, fait lever un huitième de la chaîne , & paffe fa navette dans cette ouverture. v
- Si ce Satin eft à cinq Liffes, foit en foie, foit en laine , (celui en laine s’appelle Calemandt ) le nombre des mailles de ces cinq Liftes doit être égal à celui des fils de la chaîne , & chacune en contient un cinquième : on paffe les fils dans le même ordre que ci-deffus, & on les fait lever de la même maniéré.
- Les Etoffes de laine qui font fabriquées en ferge, celles de foie qu’on nomme Ra[-de- Saint-Cyr 8c de-Saint-Maur> les Toiles appellées Cordas, font fabriquées
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- 316 VA R T DES ÉTOFFES DE SOIEé avec quatre Lifles ; on les place de même que nous l’avons dit pour les Taffetas à quatre Liffes; on y paffe les fils de la chaîne dans le même ordre ; mais le mouvement qffon leur donne n’eft pas réglé de la même maniéré. Il faut que ces quatre Lifles lèvent deux par deux, dans Tordre qui fuit : la première marche fait lever la première & la fécondé Lifle ; la fécondé fait lever la deuxieme & la troifieme , la troifieme fait lever la troifieme ôc la quatrième ; la quatrième marche fait lever la quatrième & la première Lifles , après quoi on revient à la première marche ; mais il faut remarquer qu’ici la même marche qui fait lever deux Liffes en fait defcendre deux, pour procurer une plus grande oi& verture pour le jet de la navette.
- Les Serges de foie exigent fix Lifles, qu’on fait mouvoir trois par trois , & dans lefquelles les fils de la chaîne font placés fuivant les réglés qu’on a éta-
- blies plus haut : voici le mouvement qu’on leur donne.
- La première marche fait lever les j er< J 3e &4e Liffes.
- La fécondé. . . . . . les 2. 4. 5-
- La troifieme. . , . . . les 3 S 6•
- La quatrième. ... les 4 JL .
- La cinquième. . * . . . les 5 x 2:
- La fixieme. . . . • les 6 2 3.
- Dans ce travail, il faut que chaque marche en faifànt monter trois Lifles, fafle defcendre celles qui ne montent pas.
- Quant aux Gazes , Linons, Marlis , & tout ce qui a rapport à ce genre de tiffu , on n’y emploie que deux Liffes qui font l’ouvrage du Remiffeur ; on y en ajoute une troifieme qu’on nomme Lijjede perle , & qui doit être faite par l’Ouvrier : c’eft par elle que le tiffu de la Gaze différé de celui des autres Etoffes , en ce que par la maniéré de paffer les fils de la chaîne dans les mailles des deux Liffes & dans les perles de la troifieme , qui reçoit delà fon nom , un fil de la chaîne forme un tour ou deux fur fon voifin ; au lieu que dans les autres tiffus, un fil fe croife feulement à côté d’un autre en embraflànt chaque Duke de la trame.
- Dans la fabrique de la Gaze, on fait lever alternativement une des Lifles du fond, & la Liffe de p.erle ; l’arrangement des fils de la chaîne eft tel dans les Liffes, que ce font toujours les mêmes fils qui lèvent pour former l’ouverture dans laquelle on lance la navette.
- Les Gazes ou Linons à fleurs font faits avec une feule Liffe , que conftruit le Remiffeur, une Liffe de perle conftruite par l’Ouvrier , & un corps à maillon qui reçoit la moitié des fils de la chaîne.
- J’ai cru devoir entrer dans le détail qu’on vient de voir fur la nature des Liffes & fur l’emploi qu’on en fait , pour donner au Leéleur une connoiflance exaéle de Tuflenfile que je me propofe de décrire. J’ai été embarraffé, je l’avoue , pour placer cette defcription ; mais il me femble que des notions
- générales
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- Cinquième Partie. Des Lijfes en général, & de leur üfage. 317
- générales telles qu’on vient de les donner, n’ont pas de place marquée ; & peut être même feroient-elles moins bien à la fin de ce Traité où on fe fut attendu de voir expliquer à fond l’ufàge de l’uftenfile qu’on venoît de décrire : d’ailleurs je me fuis rendu en cela aux avis de perfonnes à qui je dois les plus grandes déférences. Les Artiftes n’en ont pas befbin fans doute ; mais ceux qui lifent la defcriptîon d’un Art par pure curiofité , feront charmés de trouver ici quelques connoiiïànces fur l’ufàge des Lifles , avant d’entrer dans les détails qui feront placés dans la partie de cet Ouvrage où je traiterai de la fabrication des Etoffes.
- On ne peut fabriquer aucune Etoffe avec une. feule Lîfîe, à moins de quelque arrangement particulier qui produifè l’effet de plufieurs ; mais cette refïburce n’a lieu que dans certains cas, ainfî qu’on le verra par la fuite.
- Il n’eft pas poffible non plus de déterminer le nombre de Liffes qu’exigent les Draps, les Toiles , les Gazes & autres Etoffes ; chaque genre a un nombre à-peu-près déterminé qu’on fuit ordinairement*
- Les Lifles qu’on emploie à la fabrique des Draps, des Toiles, Sec. font, généralement parlant, faites avec du fil de lin monté a trois bouts, Sc qu’on connoît dans le comnipr^p />mo K- num cu> pL de LiJJe. Ce fil doit toujours être d’une gLuflèur convenable au nombre de brins dont une chaîne eft compofée. Ainfî, pour une chaîne dont le nombre des brins qui la compofent eft moindre que celui d’une autre, on doit employer du fil plus gros ; c’eft la pratique qui a établi fur cela des réglés dont on ne s’écarte jamais dans les Manufactures. Tout ce que la théorie la plus éclairée peut prefcrire de plus certain ^ eft que le fil dont on fait les Liffes doit être d’une groffeur proportionnée aux efforts qu’il a à vaincre de la part de la tenfion de la chaîne , Sc de la groffeur des brins quelle fait mouvoir ; auffi emploie-t-on pour la fabrique de certaines Etoffes groflieres, des Liffes faites avec de la ficelle.
- D’après ce que je viens de dire, on voit qu’il ne m’eft pas poffible de déterminer les groffèurs néceflàires à chaque genre ; il faudroit entrer dans de trop grands détails qui feroient déplacés ici ; il me fliffit maintenant de donner au Lecteur la connoiflànce des qualités , & des rapports des différents fils dont on fe fert pour faire les Liffes.
- Les fils de Liffe fe vendent par paquets d’une demi-livre chaque ; & leurs groffèurs fuivent une gradation infenfible depuis le N°. 1, jufques Sc même au-delà du N°. 80. On eft convenu que les numéros les plus bas indiqueroient le plus gros fil, Sc par conféquent les plus élevés appartiennent au plus fin : voici comme il faut entendre cela.
- Un paquet de fil de Lilfe du N°. 10 , par exemple, contient cinq écheveaux, Sc pefe une demi-livre. Un paquet de ce même fil du N°. 20. Contient dix écheveaux Sc ne pefe auffi qu’une demi-livre ; ainfî le fil du N°. 10, eft moitié plus gros que celui du N°. 20. Quoique ces deux numéros foient compofés Etoffes de soie. F* Pare. Mm mm
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- 3i8 L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- d’écheveaux d’une même longueur , puifque ordinairement tous ont été faits fur des Afpies d’un même diamètre , & qu’ils ont un égal nombre de tours. D’après ces notions, il eft fort aifé de déterminer la groffeur du fil qu’on veut employer , relativement à celui dont on s’eft déjà fervi 9 ou dont on a reconnu la pro* priété.
- Quoiqu’il femble que chaque Ouvrier doive avoir toutes les connoiflànces relatives à fon Art, & que , par exemple, un Liffeur doive connoître les rapports des différentes groiïeurs de fils dont il forme les Liftes, avec les chaînes auxquelles on les deftine ; cependant c’efl au Fabriquant éclairé à diriger les procédés qu’on fuit dans l’exploitation de la foie, de la laine ou du coton, ainfi que dans la préparation de l’or & de l’argent qu’on fait entrer dans les Etoffes , dans tous les degrés où ils paffent, ainfi que le jeu des machines qu’on y emploie. C’efl donc à lui qu’appartient de déterminer les groffeurs des fils de Liffe , parce que lui foui fait la force qu’il fo propofo de donner à la chaîne, & que l’expérience a du lui apprendre que tel numéro conviendra mieux à telle chaîne qu’un autre , & fera lever plus aifément la quantité de fils dont il la compofora.
- ne doit pas le ciiflimuler que les loins donc fl chargé un Fabriquant habile font fans nombre ; & qu’on n’impute pas Amplement au bonheür la fortune de tel dont la Manufaélure ell fi brillante : Qu’il eft heureux ! tout lui rit ! dit un concurrent dont le débit eft moindre: Ignorant ou négligent! fais-tu à quel prix il l’emporte fur toi l d’abord , capable par fos lumières de porter un coup d’œil éclairé fur toutes les opérations auxquelles il préfide , rien ne lui échappe ; jamais un à-peu-près ne le fatisfait ; forupuleux jufqu’à la rigueur , tous fos Ouvriers font furs1 de trouver en lui un Cenfeur févere , à la vérité 9 mais un Maître libéral, qui fait apprécier le talent. Ce n’eft pas tout, car l’habile homme languit quelquefois dans l’indigence ; foigneux jufques à la méfiance , il ne s’en rapporte à perfonne de ce qui le regarde ; & prévient par des ordres précis , des bévues auxquelles il n’eft pas toujours aifé d’apporter un remede : comme il connoît la maniéré d’opérer d’un bras mercenaire qui n’eft prefque jamais conduit que par un vil intérêt, & fur qui l’honneur ne fait aucune impreffion ; s’agit-il de déterminer une opération, il la met lui même en train , & l’Ouvrier n’eft jamais afluré d’un inftant où il nen revienne voir l’exécution. Qu’on me pardonne cette courte digreflion ; mais je n’ai pu me défendre de répondre à ce langage vulgaire que l’envie a imaginé, & que la pareffe accrédite. Je ne crains pas de le dire, la beauté d’une Etoffe dépend autant de la matière qu’on y emploie que de l’exaélitude qu’on apporte à toutes les opérations qu’on lui fait fubir.
- Comme l’Art dont je vais donner la defoription n’eft pas feulement mis en ufage pour les Fabriques d’Etoffes de Soie , mais que celles de Draps , de Toiles, de Gazes, &c. l’employent auflï ; j’ai cru qu’en donnant les réglés
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- CinqüîeMë Partie. Des Lifies en générât, ér de leur ufagê. 5 ïp
- de conftruélion de Liftés pour la matière la plus précieufe , on en déduiroit aifément celles dont on fe fert à d’autres ulàges. Je donnerai cependant quelques notions fur la conftruétion des Liftés quon emploie à la fabrique des Etoffes les plus groffieres.
- Le fil de Lilfe pour les Etoffes de Soie , doit être très-doux & fur- tout très-1 uni ; & même dans les Villes où les Fabriques font pouffées à un certain degré de perfeétion, on fe fert de foie qu’on nomme foie de Remijfe ou Coufi i elle eft compofée de plufieurs brins tordus enfemble à-peu-près comme celle qu’on nomme à Paris foie d'Angleterre.
- Voici en abrégé, la maniéré de préparer la foie de Remiffe.
- On la fait tordre au moulin à un ou deux brins tout au plus , & du même fens que le premier apprêt de l’organfin ; on lui donne enfuite un apprêt tel que fa grofléur l’exige; enfuite on la double ou triple ; après quoi on la repaffe au moulin, en tordant les brins fur eux-mêmes, comme quand on donne le fécond aprêt à l’organfin ; après cela on la double ou triple encore , puis on la paflé une troifieme fois au moulin, & enfin on en tord encore les brins fur eux-mêmes, mais dans un fens contraire à la derniere fois : ainfi pour faire une foie de Remiffe convenable, il faut qu elle pâlie trois fois au moulin , & c’eft ce triple apprêt qui la rend unie & égale.
- Je fais bien qu’il y a des perfonnes qui fe contentent des deux premières opérations pour la foie de Remiffe ; mais aufli l’ufer n’en eft pas aufîi bon , & au bout de fort peu de temps on la voit fe cotonner Sc pelucher comme les mauvais bas de foie.
- Il y a des Ouvriers qui font de la foie de Remiffe à Y Ovale , auflî bien qu’au moulin : cette opération, ainfi que la première, demanderoit fans doute à être détaillée ; mais je fuis forcé d’en fiippofer au Leéleur la connoiflànce, ainfi que beaucoup d’autres , pour ne pas me perdre dans des deferiptions où chaque nouvelle opération m’entraîneroit infenfiblement.
- Après que la foie de Remiffe eft moulinée , on la décrue avant de s’en fervir ; par ce moyen on lui donne une douceur & une foupleffe que le tors 8c retors lui avoient ôtées , & par-là on la rend capable de fe prêter à tous les mouvements nécelTaires pour être mife en œuvre.
- Il eft aifé de comprendre par tout ce qu’on vient de dire, qu’on fait du Coufi de plufieurs grolfeurs ; malgré cela les Mouliniers ne font pas dans l’u-fage de le numéroter, comme nous avons vu qu’on numérote le fil de lin ; & cependant ce feroit rendre un fervice important aux Fabriquants, & leur épargner la peine de choifir les groffeurs pour les afîbrtir félon le befoin.
- La foie de Coufi ne fe prépare en France qu’à Nîmes & à Avignon ; le furplus qui s’y emploie nous vient du Piémont & de quelque Villes d’Italie.
- On prépare à Paris une forte de foie qui approche fort du Coufi , mais on ne lui donne pas le même apprêt : c’eft de cette foie qu on fait les Liftés de perles dont les Gaziers fe fervent.
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- 3ao FART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- Plufieurs Fabriquants prétendent que des deux maniérés de préparer la foie de Remiffe, celle qui fe fait à l’ovale eft plus parfaite qu’au moulin : je ne lais fur quoi ils fondent leurs raifons de préférence ; j’ai examiné de près l’une & l’autre de ces deux opérations , & j’ai toujours trouvé que , pourvu qu’on donne un apprêt convenable à la foie dont on compofe le Coufi , il eft également bon pour les Liftes.
- Toutes les précautions que j’ai recommandées pour mettre le fil de Lifte en proportion de la chaîne qu’il doit faire lever, doivent être obfervées auffi fcrupuleufement quand on fe fert de Coufi ; & pour donner un exemple qui appuie la théorie que je viens d’établir, je foppofe que dans une largeur de dix-huit pouces, on emploie une Lifte qui contienne 960 mailles d’un fil de lin du N°. 60, ou d’un Coufi de grofteur proportionnée à ce numéro ; d’un autre côté fi dans une même largeur on fait une Lifte d’un égal nombre de mailles & d’un fil du N°. 30, ou d’un Coufi de même grofteur , il eft évident que ce dernier fil qui fera d’un tiers plus gros que le premier, ne laiflera pas entre chacune des mailles qui compoferont cette Lifte un intervalle auffi grand que le premier qui eft d’un tiers moins gros. Ainfi les frottements deviendront fi Confidcrablcs que les fila de la ckcdne mus entre Ces mailles ne pourront y réfifter , ou au moins ne pourront pas glifler , à caufe du ferrement qu’ils éprouvent ; d’où fuivra une perte confidérable de foie pour le Fabriquant, & de temps pour l’Ouvrier.
- On peut juger maintenant de quelle conféquence il eft d’aflortir le fil de Lifte aux chaînes félon chaque genre d’Etoffes. Cette conféquence n’eft cependant pas auffi efîentielle pour le Coufi , parce que la fouplefle & la douceur de la foie fuppléent à ce quelle pourroit avoir de trop gros ; mais il n’en eft pas de même du fil de Lifte qui conforve toujours une certaine rudeflè qui déchire la chaîne quand il eft trop rapproché.
- CHAPITRE
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- CïNQüïeme Partie. Des Rtmijjes & des L ffis. Chap. !.
- S39
- CHAPITRÉ PREMIER.
- De ce qiüon entend par les termes de Remiffe de LilTe , de Ligatures * ûutrement dites Liftes pleines ou Liftes à jour: Ce que c’efl que des Mailles, SG de combien il y en a de fortes. I
- Section P rxe m v i e r i*
- Des Remijfes & des Lifjeè.
- O n appelle Remijje à Nîmes Sc à Avignon, &c. ce qu’à Paris, à Tours j à Rouen & dans plufieurs autres Villes de Manufaéture, on connoît fous lé nom de Harnois ou £ Equipage.
- Un Remiflè eft un affemblage de plufieurs Lifles, Sc cès LifleS qui le com^ pofent font celles qui appartiennent ordinairement au fonds de l'Etoffe ; car lbuvent on emploie encore d’autres Lifles à part dans la fabrique * foit des Etoffes de foie demi-façonnées, foit des Toiles, Draps , &c. Sc ces Lifles reçoivent differents noms félon les differents pays ; parce qu’ordinairement elles fervent à former des defleins ou de petites façons fur les Etoffes ; elles y tiennent la place d’un aflemblage de maillons que les Fabriquants en Etoffes de foie appellent corps à maillons.
- Il y a cependant aufli des Remiflês formés de Lifles qui ne fervent pas précifément au fonds de l’Etoffe, quoiqu’elles faflent Corps avec les autres ; ils forment des Liages * adaptent des poils à l’Etoffe, ou bien ils fervent à rabat* tre une partie de la chaîne que la tire fait lever pour former fur l’Etoffe là defleîn qu’on y a lû ; alors il arrive que pour une feule Etoffe oh emploie deux corps de Remiffe & quelquefois trois, ainfi qu’on le verra dans les articles des Moè’res farinées double fond, & de plufieurs autres Etoffes*
- Le nombre de Mailles dont une Lifle eft compofée , ne peut être déterminé que par rapport au genre d'Etoffe qu’on a deflein de fabriquer ; ainfi c’eft Je nombre des fils de la chaîne qu’on veut employer qui fixe celui des Mailles des Lifles.
- On ne fauroit fabriquer toutes fortes d’Etoffes avec le même nombre de Lifles, & cependant il y en a plufieurs en qui ce nombre eft fixe* Je vais ren«* dre compte des raifons de cette variété*
- Pour fabriquer une toile dont la chaîne eft de 1320 fils, par exemple, fin trente-trois pouces de largeur, on ne fe fert que de deux Lifles > compofées chacune de 660 mailles: fuppofons qu’un fil de Lifle du N°* 30 , convienne à cette Lifle pour faire lever la chaîne fans trop de frottements, il eft certairt $tqffe$ £>e soie* V. Parti Nnnn
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- g»- VA RT DES ÉTOFFES DE SOIE.
- que la beauté du tilîu ne dépendra plus abfolument que de l’habileté de fOu* vrier. Maïs fi dans une même largeur de trente-trois pouces, au lieu de 1320 fils que contient la chaîne fùppofée, on veut en mettre 2000, il eft éyident que deux Liflès de mille mailles chacune, faites d’un fil de même numéro que celui quon a fuppofé, ne pourront pas convenir 5 parce que dans un même efpace il y a 340 mailles de plus fur chaque Liflè, qui fe trouvant beaucoup plus rapprochées, le frottement en deviendra plus confidérable , & les fils de la chaîne ne pourront plus gliffer entre ces mailles fans qu’il s’en caiTe une grande quantité ; ce qui caufè un préjudice notable à l’Etoffe , Drap , Toile , &c. & comme ce trop grand frottement occafionne un crépillonnement au tiflù , il faut, pour prévenir cet inconvénient, ou bien choifir un fil de Lifle plus fin > ou bien mettre quatre Liflès au lieu de deux avec un fil du même numéro.
- Il eft aifé de fèntir que fi on prend un fil plus fin , ou fi l’on met un plus grand nombre de mailles $ ces mailles ne font pas fi ferrées , & la chaîne leve plus facilement : dans le fécond cas , chacune de ces deux rangées de mailles eft auffi fort à fon aile.
- Ce que je viens de dire dune toile, ou en général d’un tiflu , peut s’appliquer à toutes les Etoffes dont le fond eft formé comme un Taffetas ; loit Etoffes de laine , foie de cotton, loit enfin les Etoffes de foie : mais pour ce qui concerne les Etoffes dont le fonds eft fergé ou fatiné, on ne fauroit fiiivre cette méthode ; parce qu'en général chacun de ces deux genres a un nombre de Liflès déterminé ; qu’il eft eflèntiel, autant qu’on le peut, de n’en point augmenter la quantité, puifqu’il faudroit de toute nécelfité la porter au double.
- J’ai dû faire ici cette obferyation, parce qu’il n’eft pas indifférent d’augmenter ou diminuer à volonté le nombre des Liflès, dont la trop grande quantité eft nuifible à la fabrication d’une Etoffe. Ainfi, fi pour une ferge qu’on fait ordinairement â Jîx Lijfes, on veut en employer douze, le travail de l’Ouvrier & l’embarras s’en trouvent confidérablement augmentés. U en feroit de même d’un fatin auquel on mettroit dix Liffes, tandis qu’il peut-être fabriqué avec cinq feulement.
- Lorfqu’on dit que le nombre de Lifles eft ordinairement fixé pour chaque genre d’Etoffes , voici comment cela doit s’entendre ; en fait de ferge ou de fatin, on n’eft pas libre de mettre quelques Liflès de plus pour diminuer les frottements > il faut néceflàirement les doubler , tripler, &c, ainfi s’il faut fix Liflès pour une ferge , & qu’on trouve les frottements trop durs f il n’eft pas poflible d’en mettre huit ou dix, on eft forcé d’en mettre douze ou dix-huit ; de même pour un fatin à huit Liflès, il en faut mettre feize ou vingt-quatre.
- Quant aux Taffetas, comme deux Liflès fufiifent ordinairement, on peut les augmenter par deux, & quelque nombre qu’pn en emploie, pourvu qu’il foitpair, l’opération fera toujoürs aifée.
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- Cinquième Partie. Des Üemïjfes & des Lifles. Chat, t 323
- Quoique ce foie au Fabriquant à guider le Remifleur, il y a plufieurs Villes de Manufacture où on ne fait que leur donner un échantillon fur lequel ils doivent établir le nombre de Lifles néceflàire pour exécuter le deflein qui s’y trouve. C’eft ainfi qu’on en ufe à Paris parmi les Fabriquants de Gaze , qui né prennent pas la peine de décompofer le deflein d’une Gaze faite à la marche î ils abandonnent ce foin au Remifleui; dont l’emploi eft de faire des Lifles pareil^ les à celles qu’il apperçoit avoir fabriqué l’échantillon. Par ce moyen cette partie eft pour ainfi dire bornée à une certaine quantité de deffeins produits par le mécanifme des Lifles à jour ; de forte que fi quelqu’un veut faire exécuter un nouveau deflein, quoique fouvent d’un même genre de Lifle , les Ouvriers qui ne connoiflent que quelques armures & quelques conftruélions générales , font obligés de faire une efpece d’apprentiifage pour fo mettre au fait de ce deflein ; attendu que la plupart d’entr’eux n’ont fur cet objet qu’une foible routine, dont-ils ne peuvent fortirfims s’égarer. Mais lorfqu’un Fabriquant qui connoît toutes les parties de fon Art , ne dédaigne pas de tracer lui-même la route que le Remifleur doit fuivre , il n eft aucun deflein dont il ne puifle rendre l'exécution prompte 8c facile en Amplifiant toutes les opérations ; l’Ouvrier n’a plus qu’à former les mailles telles qu’on les lui demande , 8C fur les marques qu’on lui donne , en obfervant les diftances qui y font déterminées pour chaque parties de ces Lifles.
- Il ne faut pas croire non plus que les moyens que j’ai rapportés pour rem dre l’ufàge des Lifles plus facile, doivent engager à les multiplier fans mefure : pourvu que les fils de la chaîne coulent facilement , moins on met de Lifles , plus une Etoffe eft exaélement tiflue , & moins l’Ouvrier rencontre de difficultés. Ainfi , autant qu’il eft poffible , il faut fe contenter de deux Lifles pour les Toiles de lin , de coton, & autres dont le tiflù eft le même. Quant aux Etoffes de foie , les petits Taffetas doivent fe fabriquer avec deux Lifles, ou quatre au plus; mais pour les gros Taffetas qu’on nomme gros-de-Naples9 gros-de-Tours , gros-de-Florence , poux-de-Soie, Moires, &c. on peut en em® ployer julqu’à huit.
- Pour les Raz-de-faint-Cyr , de les Raz-de-faint-Maur , il ne faut, pas plus de quatre Lifles , & fix pour les Serges de foie.
- Quant aux Satins, on en fabrique de fept façons , lavoir depuis cinq Lifles jufqu’à douze, & c’eft le nombre de Lifles qu’on employé à fabriquer un Satin qui conftitue fà qualité 8c là beauté. Ce n’eft pas ici le lieu d’expliquer en quoi confifte cette perfeélion ; comme chaque elpece exige un travail particulier , tout détail feroit déplacé ; je renvoie le Leéteur à la partie de cet Ouvrage où je traiterai à fond la fabrique de tous les Satins.
- Comme il y a des Etoffes de laine, de fil &de coton qui tiennent du genre de Serge ou de Satin, le nombre de Lifles qui leur convient eft proportionné au genre auquel elles ont rapport, & on ne doit s’en écarter que lorfqu’on y eft contraint.
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- Planche
- z.
- S&4 VA R T £>£<? ÉTOFFES DE S OLE*
- D<es différentes LijJ'es,
- O n connoît dans les Fabriques deux fortes de Lifles , favoir des Lifles pleb nés , & des Lifles à jour. Les Lifles qu’on nomme pleine s 9 font celles que repréfentent les fig. i ,2 & 3, P/. L 11 ne faut pas croire qu’elles foient repréfontées ici en proportion du nombre de mailles qu’elles contiennent ordinairement, ni de la grofleur du fil dont on les fait ; il eut fallu pour cela multiplier les planches à l’infini ; 8c encore n’âuroit-on pas pu les remplir d’objets proportionnés ; mais on a tâché dans cet ouvrage plus vétilleux que difficile , de rendre fenfible aux yeux des nœuds qui dans le travail en grand font prefque imperceptibles : ainfî d’un côté on a été obligé de diminuer les longueurs, 8c d’un autre de groffir les fils 8c les nœuds; d’ailleurs les diftances des mailles n’ont pas pu être rendues fenfibles. Par-là j’efpere que le Difoours & les Planches fo prêteront un fecours réciproque pour ne rien laifler à defirer au Leéteur le moins intelligent.
- Les Lifles à jour , qu’on nomme auffi ligatures , fervent à former des efpeces de defleins for les Etoffes. On s’en fert a.uflî dans la fabrication de certains Draps , de quelques genres de Toiles 8c de Mou (felines ; mais on s’en fert plus communément pour quelques efpeces d’Etofifes de foie, de Gazes 8c de Linons* La difpofition de ces Lifles à jour n’eft pas toujours la même , c’eft le deflein ou la rayure qu’on veut leur faire produire qui la détermine. Le nombre de mailles de chaque divifion ainfi que leur écartement refpeétif ne font pas fou-vent les mêmes. La fig. 4 , PL I, repréfente une Lifle à jour dans laquelle les mailles qui la compofent forment cinq divifions inégales entr’elles , & n’ayant qu’un rapport fymmétrique. L’infpeélion de cette efpece de Lifle fuffit pour donner une idée de toutes les Lifles à jour dont on peut avoir befoin.
- Un Lifleur entendu doit fans doute, fur la combinaifon d’un échantillon, trouver le nombre de Lifles qu’il faut pour le fabriquer, ainfi que l’écartement des mailles de chacune , & la grofleur du fil qu’il y employera : il eft cependant encore plus du reflort du Fabriquant, que du Remifleur, de déterminer toutes ces proportions; parce que la fuite de l’exécution du deflein le regarde entièrement J aufli ce font eux qui ordinairement donnent au Lifleur des ordonnances par écrit & des marques, au moyen defquelles il n’eft plus poffible de commettre d’erreurs en les exécutant. Ces ordonnances , telles qu’on en verra par la fuite , déterminent la quantité des Lifles qu’exige tel deflein , le nombre de divifions pour chaque Lifle & leur pofition réciproque, enfin la quantité des mailles dont chaque divifion ou bien la Lifle entière doivent être compofées.
- On appelle encore Liffes à jour ou Ligatures , une efpece de Lifles qui étant égales entr’elles, tant par rapport aux mailles que par rapport aux divifions^ fervent à forcer des defleins en même-temps que le corps de l’Etoffe. Telles
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- Cinquième Partie. Des Liffes enginéràl, & de leur ttfigk Cha?. ï. font celles avec lefquelles on fait les Prujjïennes ordinaires, celles qui fervent à fabriquer certaines ferviectes ouvrées , & d'autres qu'on emploie pour fabriquer une efpece de d’étoffe de laine , qu'on nomme Malborougy &c. les mailles de ces Liftes font toujours à égale diftance les unes des autres ; mais leur nombre n'eft déterminé, par rapport à telle ou telle Etoffe, que par la grandeur du deftein qu'elle préfente ; auffi plus le deffein eft grand , & plus il faut de Liftes pour l'exécuter. Il eft vrai qu'alors chacune des Liftes contient moins de mailles * parce que , quelque deffein qu'on fe propofe de faire fur une Etoffe d’un genre quelconque , la chaîne en eft toujours ourdie à un nombre de fils égal ; ainfi le nombre de mailles eft auffi déterminé , puifque chacune ne fait jamais mouvoir qu'un feul fil : il ne s'agit donc dans ce cas que de répartir un meme nombre de mailles fur une plus grande quantité de Liffes , & pour mieux me faire entendre je vais donner un exemple.
- Chacune des Liffes contient ordinairement autant de mailles ou de doubles mailles , que le deffein eft contenu de fois dans la largeur de l'Etoffe ; de forte que fi un deffein eft contenu trente lois dans la largeur, chaque Lifte aura trente mailles , doubles ou fimples : fi. le nombre des répétitions eft plus grand ou moindre , celui des mailles fera «n proportion. Supposons donc qu'on veuille fabriquer une PruJJlenne ordinaire , dans la largeur de laquelle le deffein fe trouve répété quarante fois, par exemple, il faudra quarante ligatures, de quarante doubles mailles chacune , parce que la chaîne de ces Etoffes eft cornai munément compofée de 3200 fils, & que chaque double maille en fait mouvoir, deux ; par conféquent quarante ligatures , à quarante mailles chacune, donnent 1600 mailles doubles, ou 3200 mailles fimples, nombre des fils de la chaîne; fuppofée.
- Comme pour ces fortes de ligatures on ne donne point de marques ni d'or-{ donnances de Liftes à un Remifleur , il eft à propos qu'il fâche lui-même faire’ une divifion de ligature qui foit d'accord par le nombre de mailles dont elle efi compofée , avec celui des fils de la chaîne ; de maniéré que plus un deftein elî répété de fois dans la largeur d’une Etoffe, moins il faut de ligatures ; mais dans ce cas chaque ligature contiendra davantage de mailles. Je fuppofè qu'un deftein fe répété trente-deux fois dans la largeur d'une Etoffe , pareille à celle que nous avons vue plus haut, il faudra néceftairement cinquante ligatures de 32 mailles chacune ; & s'il n'eft répété que vingt fois, il en faudra quatre - vingt de vingt mailles chacune. La raifon de cette différence eft , qu'il faut toujours la même quantité de mailles, quelque nombre de Liftes qu'on emploie ; ainfi, foit qu'on ait cinquante ligatures , à trente-deux mailles chacune, foit qu'on en ait quatre - vingt, à vingt chacune , on aura également le nombre de 1600 mailles.
- Il fuit évidemment de ce calcul, que fi on changeoit le nombre des fils d'une chaîne , il faudroit changer auffi celui des mailles , & en répartir le Etoffes de soie, V. Part. O 000
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- 316 L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- plus ou le moins fur le nombre de ligatures qu’exigeroit le nouveau compte des fils de la chaîne,
- Lorfqu’on fait des Lifles à jour pour des Ouvrages tels que ceux dont on vient de parler, tout le foin du Re mi fleur confifte à faire les mailles à égale diftance les unes des autres , & à établir entre les ligatures une parfaite égalité ; alors l’aflemblage entier de toutes ces Lifles forme ce qu’on appelle un Remijffe.
- Les réglés que je viens de preforire font générales pour toutes fortes d’Etoffès.' Il faut que ce qu’on vient de nommer Remille (qui, pour le répéter, eft i’aflem-blage de toutes les Lifles ) contienne autant de mailles que la chaîne qu’on fe propofè de mettre en œuvre contient de fils ; enforte que, par une répartition exaéle $ chaque Lifle foit compofée d’un nombre égal de mailles : par exemple , s’il s’agit de faire un Satin à huit Lifles, dont la chaîne foit de quatre - vingt portées, qui toutes enfomble donnent 6400 fils ( Voye^ le Traité de COurdif-fage ), il faut divifer ces 6400 en huit parties égales , dont chacune contiendra 800 fils , 8c par conféquent chaque Lille aura 800 mailles. Si le Satin , qu’on fe propofo de fabriquer, ne doit être qu’à cinq Lifles, & que la chaîne foit d’un nombre de fils pareil à la précédente , la cinquième partie de 6400 eft de 1280, nombre de mailles que doit avoir chacune des cinq Lifles. Le principe fondamental de tout le travail d’un Remifleur eft de regarder le nombre des Lifles qu’il doit faire pour une chaîne quelconque, comme un tout, compofé d’autant de parties qu’il y a de Lifles, dont le nombre que chacune contient de fils eft le numérateur de chaque fraétion, & le nombre total des fils de la chaîne en eft le dénominateur. Exemple : fi avec 6400 fils on veut faire un Satin-à huit Lifles , chacune répondra à cette fraélion ; à cinq Lifles, il divifera la chaîne en cinq ; à quatre, en quatre parties égales , 8c ainfi du refte.
- Section Seconde.
- Des Mailles, de leur differente conjlruclion , & de leurs differents effets.
- On a vu plus haut qu’une Lifle eft compofée d’un nombre déterminé de Mailles : voyons maintenant ce que c eft qu’une Maille, 8c comment on les conftruit.
- On connoît quatre fortes de Mailles, qu’on nomme Mailles à crochets , Mailles a petit couliffe (a') Mailles a grand couliffe, & Mailles à nœud qui fe fubdivifent en Mailles à nœud fimple, & Mailles à nœud double. Jamais une même Lifle n’admet plufieurs de ces quatre fortes de Mailles en même-temps ; ainfi , fi les Mailles font à crochet, toutes feront à crochet, à petit ou grand couliflè , & c.
- {a) J’ai cru devoir fui vre les dénominations elles font toujours conformes à la pureté du lan-alitées dans les Manufactures, fans examiner fi gage j mais je parle la langue du Pays,
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- Cinquième Partie. De la conjlruclions des Mailles* Chap. I.
- Les Mailles à crochet font formées par l’affemblage de deuxdemi-Mailles fimples ; elles font repréfentées , Fig. 1 , J & 6 , Flanche 2 : quoiqu’à l’inlpeétion elles femblent être abfolument les mêmes , leur emploi eft cependant différent ; chacune eft divifée en deux parties égales, la partie fopé-rieure A , & l’inférieure B ; mais comme il eft indifférent laquelle on met en haut ou en bas, on ne leur a pas donné de dénomination particulière , Sc une Liffe, compofée toute de Mailles à crochec, peut être placée dans le fens qu’on voudra. La Fig. 1, Planche 1 , qui reprélente une pareille Lille, fera voir quelle n’a ni haut ni bas déterminé, puifque la partie A, eft 'abfolument égale , & femblable à la partie B , & qu’on peut mettre le Lijferon D, en haut, aulieu de celui C, qui y eft.
- Nous avons vu ci-deflus que l’effentielde la conftruélion d’une Lille eft l’égalité dans l’écartement des Mailles : pour mieux régler, Sc pour fixer cet écartement, on arrête tous les contours des fils dont les demi-Mailles font formées, fur une ficelle a , b, c, d, Fig. 1,2, 3 , &c. de la Planche 2, où ces ficelles , qu’on nomme Crifteles, font repréfentées fous les mêmes Lettres. C’eft auflî au moyen de ces Crifteles qu’on change les Mailles de place, afin que la partie d’une Maille qui touche l’autre à l’endroit où elles s'embraient en formant le crochet, ne l’ufe pas fi promptement par un frottement répété, Sc toujours le même ; on a donc foin de tourner un peu fur les deux lifterons C, D, la totalité des Mailles , Sc on les y fixe en y faifànt quelque tours avec les Crifteles, Voye^ en <2, b, c >d9 Fig- 9 » même Flanche ; au moyen dequoi les Crifteles font tantôt devant & tantôt derrière les lifferons , & plus ou moins haut, à volonté.
- On conftruit quelquefois des Liftes dont les demi-Mailles ne font pas d’une égale hauteur; on en conftruit, par exemple, qui ont cinq pouces d’un côté, Sc fept de l’autre : on verra par la fuite hfeaufe de cette inégalité.
- La Fig. 2 , Planche 2, repréfente une Maille à petit couliffe ; il eft aifé de voir que ce n eft autre chofe qu’un affemblage de deux Mailles à crochets , dont la première 1, a la jon&ion a, des deux Mailles qui la compofent, plus haute que celle b, de la fécondé 2 ; que pour opérer cette inégalité il faut néceffaire-ment qu’une des deux parties qui compofent chaque Maille foit plus courte que l’autre, Sc que chaque Maille étant compofée d’une grande Sc d’une petite partie, il n’eft plus queftion que d’en mettre alternativement une en bas Sc l’autre en haut pour procurer la diftance qui reçoit le fil de la chaîne qui paffe entre chacune : il faut donc néceflàirement deux Mailles à crochet pour en former une à couliffe.
- La Fig. 3 , même Flanche, repréfente une Maille à grand couliffe ; on voit aifément qu’elle ne différé d’une à petit couliffe que par la diftance qui fe trouve entre la jonétion a, des deux parties de l’une , Sc celle b , de l’autre des Mailles à crochet qui la compofent ; & que le fil de la chaîne, qui dans toutes c es figures
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- 3i8 T ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- repréfonté par les lignes F, F, F y Scc. eft renfermé entre la jonéfioii â$ 3c celle b.
- Pour pouvoir trouver un écartement plus coniidérable dans les Mailles à grand couiifle , que dans celles à petit couiifle , il eft néceflaire que la partie inférieure B, de Tune des deux, & celle fupérieure C , de l'autre Fig. 3 9 foient plus courtes dans ces dernieres , qu’elles ne le font aux autres ; & la dit* tance qui fe trouve entre la jonétion a, de l’une & celle b > de l’autre, doit être d’environ deux pouces ou deux pouces & demi.
- La Fig. 4, même Planche , eft une Maille à nœud : cette Maille s’emploie feule comme celle à crochet ; mais on voit quelle a trois divifions A, B , E, tandis que les autres n’en ont que deux. Les divifions A, E, font formées par un feul & même fil noué au point b , d’un feul nœud * pour pouvoir aggrandir & diminuer celle du milieu félon le befoin : la divifion B , eft formée par un. fimple enlaflement avec celle E, au point a, Sc eft produite par un autre bout de fil. Les Mailles à double nœud ne different de celles à nœud fimple, qu’en ce qu’on fait deux nœuds l’un fur l’autre , afin qu’ils ne puiffent pas couler : on ne fe fort de ces Mailles que pour des Etoffes groffieres ou pour des toiles très-fortes.
- Il fuit de tout ce que je viens de dire , qu’un nombre de Mailles à grand coulifîe eft formé par deux parties de fil différentes ; l’une qui fait la divifion fupérieure & celle du milieu , & l’autre celle d’en-bas, ainfi qu’on le verra quand je détaillerai les opérations. La partie fopérieure de toute efpece de Liftes, eft fixée au lifferon par les crifteles, à une diftance plus ou moins confidérable , ainfi qu’on l’a déjà dit. Les Fig. j , 6, 7 &, 8 Planche 1 , repréfontent des Liffes de toutes fortes de Mailles. La Fig. 5 eft une partie de Liffe à crochet ; ce qu’on reconnoîtra, en ce que toutes les jonétions font fur une même ligne. Pour rendre les eniaflements du fil fonfible aux yeux, on a eu foin de repréfonter les nœuds-coulants qu’on forme for les crifteles, tellement lâches , qu’on peut aifémentles foivre dans toutes leurs révolutions ; & fi on les examine avec attention , on verra qu’entre chaque Maille eft un nœud*coulant, qui fort en même-temps à fixer leur écartement refpeélif, & à les forrer folidement for le criftele ; car on peut remarquer que les nœuds ne font que for les crifteles.
- La longueur des écheveaux de fil, quelque grande quelle foit, ne permet pas de faire une Liffe qui contient quelquefois jufqu a 1500 Mailles d’un feul bout de fil ; mais la néceffité de joindre ces écheveaux les uns aux autres, ne nuit en rien à laperfeélion des Mailles, au moyen du foin qu’on a de faire rencontrer les nœuds for les crifteles ; fans cela, comme nous avons vu ci-deflus qu’on change de temps en temps l’endroit où les Mailles s’embraffent, les nœuds accrocheroient immanquablement les fils de la chaîne , & produiroient un mai plus grand que celui qu’on veut éviter. Je tâcherai dans un autre endroit de rendre encore plus
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- Cinquième Partie. De la conflrucHon des Mailles: 329
- Fenfible la conftruétion de ces Mailles lorfque je détaillerai les opérations du Lifleur travaillant.
- La Fig,. 6 reprélente une partie de Lille, dont les Mailles font à petit coulifle. Si Ton le. rappelle l’ufage de ces Mailles , on fentira , que quoiqu’on en ait repréfenté fix dans cette figure , comme deux n’en font qu’une , il n’y en a réellement que trois, parce que, fi l’on fuppofè un fil de la chaîne pâlie fous la jonélion a, & fur celle b, lorfque la Lille fera un mouvement de bas en haut, ce fil fera élevé par la Maille b ; & lorfqu’elle defcendra, le même fil fera abailfé par celle a ; tel eft en effet l’office des Liffes , quelles font lever 8c baiffer alternativement des parties combinées de la chaîne , pour glifler la trame entre , ainfi qu’on le verra dans la fabrication des Etoffes. -
- La Fig. 7 repréfente une partie de Liffe, dont les Mailles font à grand coulifle. Après l’explication que nous ayons donnée de ces différentes Mailles , la feule infpeélion de la figure fuffit pour en faire faire la différence : le fil de la chaîne, paffé dans cet efpace , renfermé entre a 8c b, de deux Mailles prifès enfemble * qu’on nomme le coulijje d’une Maille, a bien plus de jeu, & pour le faire lever ou bailler, il eft évident que la Lifte doit faire elle - même un bien plus grand mouvement que toutes relies que nous avons vues jufqu’ici.
- , La Fig. 8 , eft une partie de Lifte , compofée de Mailles à nœud : il eft très-aifé de s’appercevoir que ces fortes de Mailles rempliffent la fonétion des Mailles à grand 8c à petit coulifle. En effet, fi on laifle les nœuds de ces Mailles dans l’écartement qu’on leur a donné fur la figure, 8c qu’elles doivent avoir naturellement , elles reffemblent fort à celles à grand coulifle ; mais quand on veut s*en fervir comme de Mailles à petit coulifle, il fuffit de taire defcendre le nœud a, près de la jonélion b, de la demi-Maille inférieure.' Les avantages qu’offre cette efpece de Liffe ne làuroient en balancet les inconvénients ; malgré cela on les préféré fouvent, parce qu’au moyen de ce qu’une fimple Maille fuffit pour contenir un fil de la chaîne , il eft évident qu’il faut moitié moins.de Mailles, & par conféquent moitié moins de Liffes : de plus , le nombre des Mailles étant confidérablement diminué , les fils de la chaîne fe trouvent beaucoup plus à leur aife. Quant aux inconvénients qu’on rencontre à s’en fervir, ce n’eft pas ici le lieu de les détailler , & je crois, pou»conferver Tordre que ma matîere me prefcrit, devoir renvoyer le Leéteur aux opérations mêmes.
- Toutes les Mailles dont on forme des Liffes , foie celles à crochet , foie celles à coulifle, foit enfin celles à nœud, ne font fixées , ainfi que nous l’avons déjà dit, qu’aux crifteles, au moyen des nœuds coulants 8c des enlaffements dont nous avons parlé. Si Ton veut fe donner la peine de fuivre des yeux fur la figure ces enlaffements, on verra qu’il n’eft rien d’aufli facile que de les défaire.
- Pour rendre plus fenfible les enlaffements des fils dont on forme les Mailles des Liffes, on a repréfenté, Fig,, 7 , 8,9 , Flanche 2 , des parties de chaque Etoffes de soie. V. Faru Pppp
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- 33o T ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- èfpece de Liffes , dépourvues de lifferons & de crifteles : fi prenant un des deux bouts de fil on le tire à foi, toutes les Mailles fe déferont avec plus de Facilité que celles d’un bas : on trouvera feulement toutes les jon&ions de la partie de chaque Maille, qui n’eft pas du même bout de fil, enfilées fur la longueur de ce fil, comme on en peut voir trois, Fig. io , Flanche i , qui repréfente les deux mains d’un Ouvrier , occupé à remettre fur une bobine d, le fil d’une Liffe qu’il défait : on voit en trois parties de Mailles, dans l’ouverture defquelles paffe le fil des Mailles fupérieures, & qui ne tiendroient plus à rien s’il paffoit fa bobine dedans.
- Comme affez fouvent on défait des LifTes , ou parce que le fil n’étant pas ufé également on veut faire refervir le meilleur, ou parce qu’étant faites fur un compte de Mailles dont on ne prévoit plus avoir befoin , on en emploie le fil à d’autres : je crois devoir donner à la fin de l’Art de faire les Liftes, celui de les défaire , quoique l’opération en foit allez fimple ; je renvoie à cet endroit le Leéteur pour ne pas entrer dans un détail déplacé.
- f Effets que produijent les différentes Mailles.
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- Les différentes Mailles dont nous venons de parler, produifent toutes des effets différents dont il eft à propos de rendre compte ; il ne faut pas croire auffique ces effets foient tellement déterminés pour chaque elpece, qu’il n’y en ait quelques-unes préférables aux autres, ou quelles puilfent remplir indif-tinélement le même objet : entrons en détail.
- Les Mailles à crochet, Fig. i, Planche i, remplilfent la triple fonétion , de faire lever fimplement les fils d’une chaîne, ou bien de ne les faire que bailfer ce qu’on appelle rabattre, ou enfin de produire alternativement ces deux effets ; ce qu’on concevra aifément à la fimple infpeélion de la Maille, qui fàififlant le fil de la chaîne ëntre la jonétion de fa partie fupérieure avec celle de fà partie inférieure,nefauroit monter ou defcendre fans faire éprouver le même mouvement au fil qui la fuit, malgré la tenfion qu’on donne à la chaîne fur le métier où fe fabrique l’Etoffe. /
- Nous venons de voir quil y a des Mailles à crochet, dont l’ulàge eft de ne communiquer aux fils de la chaîne qu’un feul mouvement : telles font celles que repréfente la Fig. y, même Planche , qui fupportant pour ainfi dire le fil F, ne 'peut le faire mouvoir que de bas en haut ; au lieu que fi on le pafloit en defïous 'de la jonélion, comme on le voit dans la Fig. 6, elle ne pourroit que le faire baiffer. ' ' *
- Les Mailles à petit coulifle font d’une conftruélion plus parfaite que la précédente , en ce quelles ne font éprouver à la chaîne aucun frottement, puifque ’ chaque fil paffe fur la jonélion de l’une, & fous celle de l’autre, Fig. 2. Il n’eft pas néceflàire qu’il touché à la7 jonélion même, Sc par conféquent il avance
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- Cinquième Partie. De la conJlruBion des Mailles. 331
- fans peine malgré les mouvements de la Lille. On ne fàuroit donc trop recommander aux Fabriquants de ne fe pas fervir de Mailles à crochet ; mais les préjugés , plus forts que la raifon, s’oppofent malheureufement à la perfeélion des Arts. Si quelque chofe peut en faire tolérer l’ufàge, c’eft qu’étant faites de Soie ou Coujîy ces Mailles ne fàuroient déchirer autant une chaîne de foie, que quand elles font de fil : encore dans ce cas empêcheront-elles les bavures ou bouchons , quil eft impoflible de ne pas rencontrer dans toute la longueur d’une chaîne, de pafler, & occafionneront-elles un dégât de foie qu’on doit toujours éviter; au lieu que les Mailles à petit coulifle n’occafionnent prefque aucun frottement.
- Je fais bien que les petites déclamations que je me permets de temps en temps contre les abus qui s’oppofent aux progrès de mon Art, ne le mèneront pas à la perfeélion où je voudrois le porter ; mais s’il en eft des talents comme de ces champs où les ronces abondent, un Cultivateur habile ne doit pas fe lafler de les couper, jufqu’à ce que la racine périfle.
- Il fembleroit au premier coup - d’œil qu’une Lille compofée de Mailles a crochets doive coûter beaucoup moins que les autres ; mais quoiqu’il faille en effet moins de Mailles, comme on prend alors du fil ou du coufi plus gros, la dépenfe revient au même ; d’ailleurs il eft de fait qu’une Lifte a Mailles à crochets s’ufe beaucoup plus vite que les autres, à caufc du frottement confidérable que nous avons remarqué s’y faire fans cefte par-tout ; au lieu que celles à' petit coulifle, par exemple, n’efluyent de frottement que quand elles font lever la chaîne, mais non pas quand elle avance; & pour le dire en un mot, les Etoffes fabriquées avec ces dernieres, toutes chofes égales d’ailleurs, font beau-; coup plus belles que quand on fe fert de Mailles à crochets, & l’Ouvrier qui fabrique gagne auflî beaucoup de temps.
- L’ufàge des Mailles à grand coulifle , qui, comme on l’a vu plus haut, font toujours compofées de deux Mailles Amples, eft de faire lever & baifler les fils de la chaîne , de même que celles à petit coulifle & celles à crochet ; mais la grande diftance quife trouve de la jonélion de l’une à celle de l’autre, permet à la chaîne de lever, lorfque pour former un deffein fur l’Etoffe on fe fert de ta tire ; car ordinairement c’eft aux Etoffes façonnées qu’on emploie les Mailles à grand coulifle. Un autre avantage qu’a encore cette efpece de Mailles, eft de retenir les fils des chaînes, afin qu’ils ne foient pas entraînés par celle des Liflès qui fe meut lorfqu on fait le tiflu d’une Etoffe. Il fuffit de jetter les yeux fur ta Fig. 3, Flanche 2 , pour reconnoître en elle toutes ces propriétés.
- Les Mailles à nœud, telles qu’on en voit une, Fig. 4, même Flanche , en réunifiant les avantages des Mailles a grand coulifle, à encore celui de tenir moins de place & de produire le même effet, quoique fimple : il fèroit à defirer que cet avantage pût compenfer les inconvénients auxquels elle eft fujette : comme le nœud b, n’eft qu’un nœud fimple, il eft aifé de fentir que la Lifle à chaque mou-? yement le fait couler, foit en haut, foit en bas; & la divifion E, dans laquelle,
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- 33* L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- pâlie le fil de la chaîne , devient trop grande ou trop petite, 8c l'Ouvrier eft: affujetti à des foins fatiguants lorfqu’il s'agit de palfer dans cette ouverture, devenue trop petite, un fil qui cafte alfez fouvent.
- Au moyen de la facilité qu'a le nœud b, de monter ou defcendre, on emploie dans les Fabriques la Maille dont nous parlons, comme Maille à grand ou à petit coulifle : il luffit pour la grande de le tenir plus haut, & plus bas pour la petite ; mais auflî quand on s’en fert comme de Maille à petit coulifle , l'inconvénient dont je viens de parler eft plus grand , parce que le nœud b, fe trouvant plus près de la jonétion a, au moindre dérangement eft bien-tôt defcendu contre elle.
- Telles font les diverfes Mailles dont on forme les Liftes. Après avoir donné Une idée de leurs propriétés, & de l'emploi qu'on en fait * voyons les moyens dont on fe fert pour leur donner une régularité convenable.
- La qualité la plus eflTentielle dans une Lille, eft une parfaite égalité entre les Mailles qui la compofent ; cette égalité n'eft pas Amplement produite par l'induftrie manuelle de l'Ouvrier ; il a encore fallu imaginer des uftenfiles, à l'aide defquels l'homme le moins intelligent pût leur donner cette perfeétion 9 & mettre à profit le temps toujours précieux.
- Il feroit trop long fans doute de décrire tous les procédés , & de rapporter toutes les Machines qu'on emploie dans la fabrique des Liflfes : chaque Ville a fes ufages ; mais comme on parvient au même but par différentes voye's, je me bornerai à décrire trois des principaux Métiers dont on fe fert dans les plus Fortes Villes de Manufacture , & je ferai remarquer les avantages & les inconvénients attachés à chacun, à mefure que j'aurai occafion de détailler les opérations qui leur font propres.
- SP
- CHAPITRE SECOND.
- Defcripdon des meilleurs Métiers dont on fe fert pour faire les Lijfes*
- Section Première.
- Defcription du Métier quon emploie à Nîmes , a Avignon, & dans quelques
- autres Villes de Manufacture.
- L a Fig. ro, Planche 2 , repréfente le Métier dont on fe fert communément a Nîmes, à Avignon , &c. tout monté.
- Sur un banc formé par une planche A , d'environ quatre pieds & demi de long, fur huit à neuf pouces de large, montée fur quatre pieds B, B, B, B 9 affemblés parles traverfes C, C> D, tenons & mortaifes, & entourée par
- quatre
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- Cinquième Partie. Delà conflmBlon des Mailles333 cjuatre tringles E , E , E > E y qui y forment des rebords, font plantés deux montants F , F , qu on a reprefontes a part de face <3c de profil fous la même lettre , meme Planche. Ces montants lotie places a environ trois pouces des deux bouts du banc, & clavetés-par-deffous, ainfi que la Fig. 11, même Planche , qui fait voir ce banc par l’un de fes bouts, le reprélente : l’entaille qu’on voit en a, a chacun de ces montants, doit etre allez profonde pour recevoir les trois tringles G, H, /, qui feules fervent à former la hauteur des Mailles , au moyen de leur latgeur plus ou moins grande quon peut varier autant qu’on le délire, félon cette hauteur, ainfi qu’on le verra: c’eft donc à proprement parler le moule des Mailles, comme celui dont nos Dames fe fervent pour faire du filet en réglé les Mailles; auffi ces deux ouvrages ont-ils enfemblc beaucoup d’affinité.
- Les trois tringles dont nous allons parler doivent entrer jufte dans les entailles des montants F 9 E, 8c n y point balotter : celles G 8c 1, font ordinairement d’une largeur égale entr’elles, & terminées en rond, l’une en bas, l’autre en haut, ainfi qu’on le voit Fig. 13 , qui les repréfente vues par le bout, toutes trois féparées. On voit auffi haut & bas , fur la partie arrondie de chacune une rainure, peu profonde, qu’on a eu foin de repréfenter fur la figurer C’eft dans cette rainure qu’on place le Criftele dont on doit fe rappeller l’ufao-e, & qu’on le fixe fur une même ligne à mefure qu’en le couvrant alternativement de mailles 8c de noeuds, on le force d’entrer dans cette rainure de la maniéré qu’on va voir.
- On peut fe rappeller que le criftele n’eft autre chofe qu’une ficelle affiez fine, fur laquelle on fixe les Mailles : voici comment on s’y prend ; on attache l’un des bouts de cette ficelle au bout de la tringle fupérieure H, à une cheville à tête c , qui entre dans le trou d, Fig. ro ê 13 ; puis ayant mis le clocher, Figj 12 ; à l’autre bout, on la place fur la poulie a, 8c elle refte tendue dans cette fituation au moyen d’un contre-poids qu’on y fufpend. Ce qu’on appelle clocher. eft un morceau de bois auquel on a pratiqué deux entailles , dont l’une C doit être affiez large pour embraffer à frottement, la tringle fupérieure G , 8c fe placer à tel endroit de fa longueur que le befoin l’exige : l’autre entaille reçoit la poulie fur laquelle repofe le criftele, ainfi qu’on l’a dit. U eft aifé de fonde que le criftele fait avec la tringle fupérieure G, un angle aigu, au moyen de l’élévation où il eft porté par l’autre bout ; c’eft dans cette féparation que l’Ouvrier fait paffer la navette ou la bobine , lorfqu’il forme fes Mailles • foit de fil, foit de coufi; & chaque Maille ferrée fur cette tringle oblige le criftele d’entrer dans la rainure à mefure que l’ouvrage avance : je reviendrai à l’opération.
- La hauteur du banc de ce Métier eft de quinze pouces , & celle des montants de 13 : quoique la largeur des trois tringles, prifos enfemble, varie en raifon de * l’ouverture qu’on veut donner aux Mailles, qu’on ne fait pas toujours de la Étoffes de soie. V. Part.
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- Planche
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- 334 L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- même foule ; cette largeur la plus ordinaire eft d’environ fcpt pouces, à moins qu’on ne forme des Mailles , dont la partie inférieure foit plus grande ou plus petite que la partie fopérieure.
- Lorfqu’on veut faire des Mailles à petit couliffe, on paffe dans les trous b , b , pratiqués au bas des montants F, F, une corde , dont je ferai connoître plus amplement l’ufàge lorfque je parlerai de l’opération.
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- Section Seconde.
- Defcription (Tun Métier a faire des LiJJes , dont on fe fert à Paris
- & dans quelques autres Villes.
- Les Métiers à faire des Liffes , dont on fe fert à Paris & dans quelques autres Villes de Manufaélure , font différents en apparence de celui dont je viens de donner la defcription, & rempliffent le même objet par des procédés à peu près femblables : on voit un de ces Métiers , Fig. i, Planche 3.
- Le banc qui fert de bafo à ce Métier, eft à peu près le même que le précé-dent , fi ce n’eft que les quatre pieds font affemblés par quatre traverfos C, C, D , D. Sur la Planche A, font plantés quatre montants E, E, E, E9 qui portent le chaflis F ,F > G 9 H > I9 qui n’eft autre chofo, à quelque différence près , que les trois tringles du Métier précédent, placées dans une pofition horifontale.
- Chaque couple des montants E, E , porte une traverfe F, qui fur fon épaif-feur d’un pouce & demi, & en dedans du Métier, a dans toute û longueur une rainure de neuf lignes de profondeur fur un demi pouce de largeur ; c’eft dans ces deux rainures que coulent les trois tringles G, H,I, au moyen d’un petit tenon de pareilles dimenfions que la rainure, qu’on pratique à chaque bout: l’écartement qu’on donne à ces tringles entr’elles, détermine l’ouverture que doivent avoir les Mailles ; mais pour conferver cet écartement d’une maniéré égale , on perce une certaine quantité de trous for le bo rd intérieur de chaque traverfe F 9F, qui répondant à de pareils qu’on a faits for les tenons des trois tringles , donnent entrée à de petites fiches de bois ou de fer qui ne permettent plus aux tringles de changer de pofition, quand on l’a une fois détermi* née. On a eu foin de donner différentes coupes & profils de ce Métier pour en faciliter l’intelligence & pour en rendre la conftruétion plus fenfible : l’explication des Planches, que j’aurai toujours foin de placer à la fin de chaque Traité , fuppléera à ce que la defcription la plus claire aux yeux d’un Auteur, plein de fes idées , peut laiffer de doute dans l’efprit des Leâeurs, qui n’ayant aucune connoiffance d’un Art, ont befoin des plus grands détails.
- La hauteur du banc de ce métier eft de feize pouces, & celle des montants eft de quatorze ; de forte que le métier fe trouve à trente pouces d’élévation,
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- Cinquième Part ie. Defcriptlon d'un Métier a Lijfes , êc. 3 3 y *
- hauteur affez ordinaire pour des machines qu'il efl: à propos de mettre à la portée des bras d'un Ouvrier afîîs.
- Les rebords qu'on pratique prefque toujours aux bancs de ces fortes d'uftenfiles, fervent à recevoir les outils propres au travail, comme navettes, rochets , 8cc* qui par ce moyen ne peuvent tomber par terre.
- Section Troisième.
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- Defcriptlon d'un Métier à Lijfes i dont on fe fert a Rouen , à Tours, &c*
- Si l'on s'accorde dans toutes les Fabriques pour la maniéré de former les mailles des différentes Lifîes, ou peut dire auflî que les méthodes qu'on y emploie different bien peu entr’elles.
- Le Métier dont on va voir la defcription , & qui efl: repréfonté par les Fig. t & 2 , Planche 4, a un rapport très-fenfible avec les deux précédents : la forme du banc, qu'on a repréfentée ici différente des autres, n'efl: pas tellement déterminée , qu'on doive s'y arrêter abfolument ; il fuffit de fe procurer une baie, à peu près femblable à celles qu'on a déjà vues. A environ trois pouces des extrémités de la Planche A, font plantés deux montants D , E, fur la face intérieure defquels efl: une rainure , dont la largeur 8c la profondeur font d'un pouce : le plus près du bord de cette face, & fur l'épaiffeur, efl: une rangée de trous percés d'outre en outre , comme ceux du Métier précédent, & dont l'ufàge efl: auffi de fixer, à laide de petites chevilles, deux tringles F, G, à un écartement plus ou moins grand, Fig. 2, félon la grandeur des mailles qu'on veut former, à crochet ou à petit coulifle; car quand on en veut faire à grand couliffe on fo fort d'une troifieme tringle /, beaucoup plus étroite que les autres, & qu'on place auffi dans les rainures ; & même on emploie à cet ufage un petit morceau de bois, dont on donnera autre part la forme & les dimenfions, & qu'on nomme chevalet ou coulijfeur ; c'efl: lui qu'on voit en H 9 Fig. 2.
- On a eu l'attention, pour l'ufage des Leâeurs , de repréfenter ce Métier fous plufieurs points de vue, ainfi que toutes les pièces qui le compofont, féparé-ment.
- La Fig. 3 en efl: une coupe , vue par dedans, & la Fig. 4 repréfente une autre coupe , vue par dehors.
- Après avoir détaillé la ftruéfure des Métiers à faire des Liffes, paffons aux opérations par lefquelles on y parvient. On doit fe rappeller que les Liffes font faites de fil qui en porte le nom , ou bien de coufi ; nous allons d'abord voir comment on dévidé ce fil ou cette foie, fur des inftruments propres à en faciliter l'emploi.
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- Planches
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- 336 L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE. ' * -j
- Obfiervadon fur U dévidage du fil & du coufi , dont on fe fert
- pour faire des Life s.
- On a vu dans l’Introduélion, que le fil de Liftes eft diftribué par écheveaux, & qu’il fuie une gradation infenfible dans l’ordre des numéros par lefquels on le diftingue. Il n’eft donc pas pofïible de le mettre en oeuvre fans le devider d’abord , foit fur des navettes, telles que la Fig. 1, PL y , les repréfente , {oit fur des bobines , pareilles à celle qu’on voit >Fig» 14 > PL 2 • quant à la préférence qu’on doit aux unes ou aux autres, elle dépend entièrement de l’ulage de chaque pays ; mais je n’en luis pas moins obligé de les décrire toutes deux.
- Quoiqu’il lèmble auffi qu’un Dévidoir quelconque doive fuffire pour cette opération, il n’en eft pas moins vrai que dans les Arts chaque genre d’Ouvriers a fes uftenfiles particuliers : c’eft ce qui fait qu’on trouve tant de variétés dans les machines donc on fe fert même à des ufages femblables. Ce que je dis ici eft à deflein de prévenir mon Leéteur, à qui dans le devidage des Soies, j’ai fait voir tant de Dévidoirs , & qui pourroit peut-être au premier coup d’œil fe rebuter d’en retrouver ici qui fembient ne devoir être différenciés des premiers que par la bifarrerie de leur conftruétion ; mais je décris mon Art, & ne crée rien.
- Le Dévidoir le plus généralement adopté par les faifeurs de Liftes , eft celui que repréfente la Fig. y , Planche 4 ; mais il ne faut pas croire qu’on doive re-jetter indifféremment tous les autres ,& je puis affurer qu’un Guindre quelconque , pourvu qu’il puifle, en s’agrandiflànt ou fe rétrécifîànt à volonté, fe prêter aux grandeurs {ans ceffe variées des écheveaux , remplira le même objet, fi cependant il n’eft pas trop foible , comme ceux que j’ai fait voir y qu’on conftruic avec de la canne ; il en eft encore quelques autres que je ne ferai qu’indiquer , de peur de fatiguèr les Leéteurs par des delcriptions auffi rebutantes qu’elles font minutieufes.
- Soit qu’on dévidé le fil ou le coufi fur des bobines ou fiir des navettes, le travail leroit fort long s’il falioit l’y placer à la main ; mais les Ouvriers , toujours exaéls appréciateurs du temps, ont imaginé différents moyens pour aller plus vite, dont je vais rendre compte.
- S E C T I O N Q ü A T R I E M E.
- Defcripdon d’un Dévidoir pour le fil ou le coufi.
- La Fig. 5 , Planche 4,, repréfente un Dévidoir fort fimple , dont la Fig. 6 fera aifément comprendre la conftruétion.
- Aux quatre coins des deux planches quarrées B , * C, parfaitement égales entr elles, on perce quatre trous, dans lefquels on place folidement, & même on colle quatre tringles de bois D, D, D 9 D, qui forment par cet affem-
- blage
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- Cinquième Partie. Defcripdon d'ûn petit Rotlet, &c. 5 3'f
- blage un parallélipipede à jour. Au centre de chaquë planche eft un troli rond, d’environ un pouce de diamètre ; celui de la bafe B, reçoit l’axe ou arbre E, tandis qu’à l’autre eft une noix ou pivot, Fig. 7, dont la partie c, terminée en pointe , repofe dans un trou conique , pratiqué au bout du bâton E , qui fert d’axe au dévidoir. On fent que ce pivot, Fig. 7, doit entrer jufte , & même être collé dans la planche C, fans quoi il fortiroit aifément de fa place.-
- Sur les quatre côtés de l’épaifteur de la bafe B , font pratiquées au milieu * quatre mortaifes pour recevoir les tenons des quatre ailes A9A9A9 A, du dévidoir, Fig. 6»
- Enfin fur la longueur de chacune de ces aîlës font percés plufieurs trous 9 dans lefquels on place les chevilles F, F, F ,F, fuivant la grandeur de l’écheveau qu’on veut devider, Fig. 5. On a‘ foin de faire fur le tour ces quatre chevilles., & de leur donner la forme de celle qu’on a repréfentée hors de fa place, Fig» 8 : dans cet état le dévidoir eft achevé , & n’a plus befoin que d’une piece de boîs H, ou d’une pierre, en forme de cube , au centre duquel on fixe l’arbre Ej pour donner de l’affiette à toute la machine. *
- La hauteur de ce guindre, fans le pied, eft d’environ dix-huit pouces; la longueur des ailes eft de quînac, éfc la hauteur des chevilles ou poupées eft de fix à fept pouces, fans les tenons.
- On conftruit de pareils guindres à fix ailes , Fig. 6 , Flanche 5 , & même on peut en conftruire à huit ; il ne s’agit pour cela que d’avoir une bafe B, à fix ou huit pans. Il eft certain que plus ils ont d’aîles, plus les côtés du polygone que forme l’écheveau deviennent petits, & par conféquent plus il approche du cercle qui peut oppofer la moindre réfiftance, à caufe de l’égalité des leviers qui font les rayons prefque égaux. On a repréfenté , 'Fig. 5 , Planche y, un dévidoir ou guindre à fix pans en perlpective, & à côté, Fig. 6, il eft vu géomé-tralement.
- Il ne faut pas croire que les Liftes reçoivent plus de perfection lorlque le fil en eft dévidé avec un guindre à fix ou huit ailes , plutôt qu’avec un à quatre ; mais comme le fil ou le coufi eft plus également tendu fur la bobine ou fur la navette, quand le devidage a été fait firns làccades, l’Ouvrier a plus de facilité pour ferrer les nœuds de chaque maille.
- Section Cinquième,
- Dejcripdon cPun petit Rouet, dont on Je fert pour devider le fil de Lijfie
- & le coufi, fur les navettes.
- Quoiqu’a l’inlpection de la Fig. Planche 4, qui reprélènte le Rouet donc je vais parler, on puifle comprendre toute fa conftruction , il contient néan: moins quelques détails qu’il eft à propos de faire connoître au Lecteur. Etoffes de soie, K. Part. Rr rr
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- 338 L'ART DES ETOFFES DE SOIE.
- Ce Rouet, ainfi qu’on le voit, n’eft autre chofè quun arbre , fur lequel on place la navette par le milieu, au moyen d’un trou pratiqué fur fon épailïeur , Sc qu’on fait tourner allez rapidement à l’aide d’une manivelle.
- Le banc a environ trois pieds de long, fur huit pouces de large ou environ , & n’eft porté fur quatre pieds auffi forts & auffi folidement affemblés, que pour avoir plus d’affiette : au refte les quatre tringles qui l’entourent & forment un rebord, ne fervent qu’à le rendre plus commode pour recevoir mille chofes, qui par ce moyen ne fàuroient tomber à terre.
- Vers l’un de fès bouts font placés deux montants C, C, au haut defquels font percés deux trous qui fe répondent bien horifontalement, & dont l’ufàge, qui efl de recevoir l’axe ou arbre fur lequel on met la navette, ne peut ère bien fènti que quand j’aurai fait voir comment cet arbre doit être fait.
- La Fig. 3 , Flanche y , repréfente cet arbre nud & hors de la place qu’il occupe dans les deux montants C, C.
- _ La partie quarrée a , efl celle où on place la navette, & dont la longueur eft égale à l’écartement qu’on veut donner aux deux montants. font deux collets faits fur le tour, par où l’arbre tourne dans les trous qu’on a pratiqués au haut des montants : mais il faut obferver que le trou qui eft du côté de la manivelle doit être plus grand que l’autre, parce que quand on retire l’arbre , le quarré y doit pafler ; ce qui ne fe pourroit pas, fi ce trou n’étoit que de la grofîèur du collet.
- j’ai fait repréfenter à part, Fig. r, Flanche y , la même machine vue de face, pour faire fentir l’écartement des montants entre lefquels la navette doit tourner à l’aife. On voit auffi en d> Fig. 3 , la maniéré dont on forme une manivelle de bois ; au bout quarré de l’arbre qui eft auffi de bois, & en E, la poignée de cette manivelle.
- La pofition refpeélive des deux Fig. y & 9, Planche 4, repréfente la maniéré de s’en fervir. L’Ouvrier eft affis vis-à-vis du Rouet, & tournant la manivelle de la main droite , il conduit le fil ou le coufi entre deux doigts de la gauche j pour modérer les fàccades, & le placer comme il convient entre les cornes de la navette. Paflons maintenant à l’autre uftenfile dont les Ouvriers fe fervent en place de celui-ci, & dont on a déjà dit un mot ; c’eft-à-dire la bobine.
- Section Sixième.
- Defcription d'un autre Rouet, à l'aide duquel on dévidé le fil de Liffe ou le coufi
- Jur des rockets.
- Dans la defcription que je vais donner du Rouet dont on fe fert pour devider le fil ou le coufi fur des rochets, je ne dirai abfolument rien du Dévidoir ou Guindre qui porte l’écheveau. Celui qui a rapport au Rouet dont je parlerai, a été
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- Cinquième Partie. Dé la maniéré defaire les Liffes 339
- ïepréfenté à fix aîles, pour forvir de modèle de ceux que j’ai dit quon fabriquoit fouvent à ce nombre daîles , & même à un plus grand : je pafle tout de fuite au Rouet.
- La Fig, y, Planche y, repréfente en perfpeétive le Rouet dont il eftqueftion \ fi bafe n’eft autre chofe qu’une planche, plus longue que large montée fur PLANCHE quatre pieds de la maniéré qu’on juge la plus convenable.
- Vers les deux extrémités de la baie * & fur la longueur , font plantés deux montants d’environ trois pieds de haut, for trois pouces de large & un d’épaif-feur. Ces montants, qui font fixés for la bafe A, parle fecours de clayettes , font arrêtés parle haut au moyen d’une traverfe E, à queue d’aronde qui les tient dans un égal écartement. A environ quatorze pouces de labafo font percés deux trous qui fe répondent & qui reçoivent l’arbre F, de la roue H : cet arbre reçoit vers l’une de fes extrémités, après un collet qu’on y a pratiqué, le moyeu G qui y entre quarrément. Sur la circonférence de ce moyeu font plantés fix rayons Cy C, Cy CyCyC y égaux, for lefquels eft fixé avec autant de clous d’épingles le cercle ou cerceau H, aux deux bords duquel font attachés aufli avec des clous d’épingle de petits cercles de bois a} a , qui en fervant de rebords forment for la roue une rainure qui empêche la lifiere I, de fortir.
- A quelques pouces de la traverfe E, & fur les faces intérieures des montants Cy D y font pratiquées de petites entailles quarrées , peu profondes, dans lefi quelles on place de petits cubes de cuivre ou de corne , forvant à recevoir les pointes de la broche K , for laquelle on fixe perpendiculairement à la roue une poulie à large rainure L, où pafle la lifiere I.
- A l’extrémité de l’arbre , oppofée à la roue, eft un autre collet, après lequel eft une partie quarrée qui reçoit la manivelle M. Dans cet état on conçoit qu’en faifint tourner la roue , la lifiere fins fin fait tourner la broche, & par confé-quent la bobine qu’on place deflus. Cette rotation de la bobine eft très-rapide ,
- & contribue à la remplir promptement d’une fort grande quantité de fil ou de coufi.
- CHAPITRE TROISIEME*
- De la maniéré de faire les Liffes;
- Obfervation fur les differentes hauteurs de Mailles«
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- ï l eft à propos, avant d’entrer en matière, de fe rappeller qu’on appelle du notri de Maille l’union des deux ou trois parties qui la compofont > ainfi nous avons vu qu’une Maille a une partie fupérieure & une inférieure J quelquefois encore p
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- 34e FART DES ETOFFES DE SOIE.
- comme 'dans celles à nœud , elles ont une ouverture au milieu ; ces trois parties font confondues fous le nom générique de Mailles.
- La hauteur totale des Mailles elt ordinairement pour les Etoffes de foie $ depuis 14 pouces jufqu’à 16 8c même 18. Cette hauteur, qu’en terme d’Art on nomme foule , ne varie gueres que dans quelques cas particuliers. Lors donc qu’on commande une Liffe à un Remijfeur, il fuffit de lui déterminer le nombre de pouces defoule qu’on veut quelle ait.
- Cette dénomination de foule , pour défîgner la hauteur totale d’une Maille î n’eft pas univerfellement adoptée dans les Villes de Manufaétures ; il en eft où les pouces de foule fe comptent doubles : ainfi quand on veut, par exemple ^ une Liffe de quatorze pouces, il faut dans ces endroits-là, la commander de fept pouces de foule. Cette méthode a un aifezgrand inconvénient, qui eftque quand on fait faire des Liffes à parties inégales, il faut déligner chaque partie à part, & dire qu’on veut une Lilfe à deux foules , l’une à cinq pouces, par exemple, & l’autre à fept, 8c 'ainfi des autres ; donnant la mefure de chaque foule à part.
- Quoique cette méthode de faire des Mailles à parties inégales foit > connue dans prefque toutes les Villes de Manufaétures, il en eft pourtant où elle eft plus adoptée que dans les autres.
- 11 y a des Etoffes dont la fabrication exige des mouvements plus multipliés de la part des Liffes, que certaines autres ; c’eft-là le cas où il eft à propos de faire à chaque Maille une partie plus grande que l’autre; fans cette précaution, les frottements fe fàifant toujours aux mêmes endroits, le fil ou le coufi s’u-feroit beaucoup plus vite ; au lieu qu’au moyen de ^précaution dont je viens de parler, on change les crifteles fouvent de pofition par rapport au lijferon, 8c les Mailles s’ufent également par tout.
- Ces fortes de Liffes font bonnes, par exemple, pour la fabrication des Etoffes dans lefquelies il n’y a que la chaîne qu’on fafîe lever, 8c pour celles où il faut des Liffes de rabat, en obfervant de faire travailler davantage la partie la plus grande des Mailles.
- Quant aux Fabriques de Toiles & de Draps, on n’y fait gueres ufàge de ces fortes de Liffes, 8c encore moins pour les Etoffes'communes & groflîeres : celles qu’on y emploie n’ont ordinairement que douze pouces de foule au plus pour la Maille entière , & fouvent même elles n’en ont que dix. Il eft vrai que ce font toujours des Liffes à nœud, & alors on eft obligé de donner à la partie de la Maille qui forme le nœud un pouce de plus qu’à l’autre.
- Les Mailles à petit & à grand couliffe font aufli fufceptibles, ainfi que nous en avons déjà dit un mot, d’avoir une grande & une petite partie ; nous nous étendrons fur toutes ces différences, & fur leurs ufages, à mefure que l’occafion s’en préfentera : voyons maintenant la maniéré de les former, en mettant, s’il eft poflible, aux yeux du Leéteur, l’Ouvrier en aélion.
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- Cinquième Partie. Maniéré de faire tes Lijfes à Mailles , êe. Section Première.
- Maniéré de faire les Lijfes h Mailles a crochet , Juivant les méthodes
- de Nîmes , JtAvignon, &c.
- On Te rappelle fars doute le Métier à Lifles dont fai donné la defcription^ PL 2 & 3 , & que j’ai dit appartenir aux ufages de Nîmes, d’Avignon, &c. ne Voulant alors qu’en faire fentir la conftruétion , je n’ai pas pu yrepréfenter l’Ou-; vrier en travail, pour rendre ma marche plus méthodique : je le reprends ici dans fbn entier pour faire voir au Leéteur le commencement de l’opération, me réfer-1 yant de ne lui en plus montrer que des parties fur lefquelles il puifle voir la fuite du travail.
- Le premier foin dun Ouvrier avant de commencer aucune Lifïe, efl de graduer très-exaélement par pouces le bord fupérieur de la tringle d’en haut entre les deux montants D, E, ainfi qu’on peut le voir, Fig. i , PL 6. Sans cette précaution, il ne lui fera jamais poffible de régler fbn travail ni de s’afliirer du nombre de Mailles qu’il convient de faire dans une longueur donnée ; & pour peu que le fil ou le coufi varient de grofleur, le nombre de Mailles fe trouvera confidérablement augmenté ou diminué : fi donc la Liffe qu’on lui a commandée doit être de 8oo Maiiles, fur une longueur de vingt pouces, il efl: évident que chaque pouce doit contenir quarante Mailles : on trouvera par le même calcul ; que fi fur la même longueur la Lifle doit avoir iooo Mailles , il doit en mettre cinquante par pouce.
- Lorfqu’un Remiflèur craint de ne pas trouver afîez de précifion dans une dï^ vifion par pouces, il peut fubdivifer en demi - pouces, & même en quarts de pouce, & alors fa marche devient plus sûre, & les diftances de chaque Mailles plus égales.
- Les trois tringles A 9 B, C, placées comme on le voit, ne font le moule que’ de la moitié de la hauteur qu’on doit donner aux Mailles quand leurs deux parties doivent être égaies ; & par conféquent quand le nombre de Mailles requis efB fait fur ce Métier, on n’a encore que la moitié de la Lille:
- Tout étant difpofé comme on vient de le voir, 8c le clocher B, étant place
- par-delà le montant E, l’Ouvrier fixe un bout du criftele à la cheville d, le pofè
- fur la poulie e, & fufpend un contre-poids f9 à l’autre bout ; puis il s’affied fur
- une chaife ou tabouret, non pas vis-à-vis du Métier, dont fes genoux l’écarte-
- roient trop, mais de façon que fbn côté droit foit tout contre, pour pouvoir agir
- avec le bras droit fans peine, ainfi que la figure le repréfente. Alors après avoir
- attaché le bout du fil ou du coufi fur le criftele, à l’endroit où commencent les
- graduations qu’il a marquées fur la tringle fupérieure , Fig. I, il prend la na-;
- vette de la main droite , & formant une boucle avec fon poignet gauche il lâche
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- Etoffes de soie, F. Part. , Ssss
- BIM—HlHlin 'Il
- Planche
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- 542 L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE. '
- aflez de fil pour permettre à cette main gauche de venir prendre, par-deflous les trois tringles , la navette ; alors il la change de main , la pafle dans la boucle, & forme autour de ces tringles une demi-Maille qui les embrafîe , en forçant le criftele d'entrer dans la rainure ; & pour procurer à cette demi-Maille une parfaite égalité avec toutes celles qu'il va faire , il leve la main gauche A, Fig. 2 , dont il tient la navette, perpendiculairemement à la pente du criftele, & ferre le fil autant que fà confiftance peut le permettre.
- Si l'on confidere avec attention le nœud que nous venons de décrire 9 on fendra qu’il n'a rien de folide, puifque c’eft un fimple nœud coulant que le moindre effort peut faire lâcher ; auffi dès que ce premier eft fait, le Liflèur a-t-il foin d'en faire un fécond , dont l'enlaflement eft repréfenté par la Fig. 3 , même PL 8c que je vais tâcher de rendre fenfible.
- D’abord il prend de la main gauche le fil <2, Fig. 2 , tout contre la Maille, pour lui conferver un peu de tenfion & en empêcher le relâchement ; puis le laiftànt tomber en cercle par dehors, Fig. 3, comme on le voit, contre la Maille, il paffe la navette fous le criftele , & la repaflànt par-deflus il la glifîe dans l'ou-Verture a , fans la quitter de la main droite pendant tout ce temps ; 8c tirant la navette par en bas dans la pofition où on la voit , il force le nœud coulant à defcendre le long du criftele jufqu'à ce qu'il foit parvenu tout contre le premier nœud de la Maille ; ce qui doit fe faire fort promptement, afin qu’étant obligé de lâcher le fil qu'il tenoit de la main gauche, le premier nœud n'ait pas le temps de fe déranger.
- On aura peut-être quelque peine à concevoir comment on peut d'une feule main paffer la navette par - deflus le criftele 8c fous le fil de la boucle ay Fig. 3 ; mais il n'eft prefque perfonne qui n'ait éprouvé comment en pareil cas les deux ou trois derniers doigts peuvent pouffer 8c foutenir cette navette, tandis que l’index & le pouce paflànt par-deflus la fàififlent aufli-tôt.
- La précaution que j'ai recommandée d’entretenir la tenfion du fil, n’a guere lieu que pour les perfonnes qui n'auroient pas un grand ufage du travail; mais les Ouvriers vont fi vite à cet ouvrage qu'ils n’auroient pas le temps de l'em-
- Toutes les Maillés dont une Lifle eft compofée fe font comme celle qu’on vient de voir ; la difficulté ne confifte que dans l'arrangement qu'il convient de leur donner, & dans le nombre auquel il faut bien prendre garde de fe tromper.
- < Il eft à propos d'obferver, que lorfqu’un Fabriquant commande une Lifle , dont il donne le compte des Mailles, ainfi que la largeur , il n'y comprend ordinairement pas les Mailles des lifières ; comme ces lifieres ufent beaucoup plus les Mailles que le refte de la chaîne, la bonne méthode eft de commencer & de finir les Lifles par les Mailles quon leur deftine, & qu’il faut faire de fil ou de coufi double.
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- Cinquième Partie, Maniéré defaire les Life s à Mailles &c* 343
- J'aurai occafion par la fuite de reprendre ce que je dis ici, & d'en faire fentir ; l'importance.
- On doit fe rappeller qu'une Maille eft compofée de deux parties , comme celle que je viens de décrire ; ainfi quand un LiflTeur a rempli fon Métier d'un nombre qu'on lui avoit prefcrit, de parties femblabes à celles qu'on y voit, Fig. 3, il n'a encore fait que la moitié de fon ouvrage ; mais pour l'autre moitié il faut de toute néceflfité qu'il foit aidé de quelqu'un, ainfi qu'on va le voir.
- Lors donc que la première moitié des Mailles eft achevée, le Liiïeur détache les deux bouts du criftele d ,jf, & retirant les trois tringles de dedans les mon-, tants D, E , il les replie l’une fur l'autre, ce qui permet à la Lille de fortir aife-ment ; enfuite il fubftitue à la tringle fupérieure A y un lifleron, Fig. 4, même, Flanche, fur lequel il attache les deux bouts du criftele Ay B, qui par ce moyen refte très-tendu ; après quoi il le met fur le banc du Métier par dehors, Fig. 1, PL 7 ; & ayant remonté le Métier il continue fon opération , ainfi qu'on va le voir.
- Cette fécondé partie n'a abfolument rien de différent de la première , car toutes les Mailles fe font de même ; & l'Aide, dont l'Ouvrier ne peut fe palier, ne fert qu'à lui préfenter tontes les premières Mailles l5une après fautre, poUj. les enfiler par chacune des fécondés ; mais il y a quelques précautions à prendre de la part de l'Aide.
- Comme dans cette fécondé opération le travail de l'Aide eft fort peu de choie, on a coutume d'y employer des femmes ou des enfants qui ne font pas en état de gagner de fortes journées. Voici en quoi il confifte : l'Aide prend dans là main gauche une plus ou moins grande quantité de Mailles , qu'il retient avec les quatre derniers doigts, en obfervant de les prendre toutes , luivant l'ouverture que leur donne le lifleron. (Voye[ Fig. 4., Fl. 6 ), & non pas en les croilànt 4 comme on le voit en A , Fig. 5 , même PL ce qu'on nomme Mailles a col tors, & qui nuifent beaucoup aux fils de la chaîne qui paflent dedans : l'Aide donc les tenant toutes dans la main gauche , les prend une à une entre le pouce & l'index de chaque main pour leur donner une plus grande ouverture, Fig. 2 , PL J y & faciliter par là le travail du Lifleur, qui pafle la navette dedans avant d'aller la donner à la main gauche par-deflous les trois tringles, ainfi qu'on l'a vu lorfque j’ai décrit l’opération qu'il ne fait que répéter ici. Voye[ Fig. r ] TL 7.
- Lorfqu'une Lille eft entièrement finie , l’Ouvrier détache le criftele à droite & à gauche, ôte les tringles du Métier pour retirer la Lilfe, en les repliant fur elles - mêmes comme la première fois ; il détache aufli les bouts de l'autre criftele qu'il avoit attachés aux deux bouts du lifleron, puis les attache en quatre . endroits différents, Fig. 3, FL 7, & prenant d'une main une divifion, & l'autre de l'autre , il les tord fur elles-mêmes dans un fens contraire, & les retient dans cette fituation, comme on peut le voir par la Fig. 4, même Planche.
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- ‘344 L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- Lorfque toutes les Liffes dont un Remiffe doit être compofé font finies , on les lie enfemble avec une ficelle, Voye[ Fig. 5 , & on en forme un paquet f pour éviter que les Mailles ne fe mêlent, & on les livre en cet état au Fabriquant qui les a commandées.
- Section Seconde.
- De la maniéré de faire les Mailles à petit & à grand coulijfe.
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- Les Mailles à petit & à grand coulilfe fe font fur le même Métier que les précédentes ; la différence ne confifte que dans les chevalets ou coulijfeurs qu’on y ajoute, & qui en formant le couliffe fervent à en déterminer la grandeur. On peut voir deux de ces Çouliffeursdans la Planche 6, Fig. 6 & 7.
- .Voici de quelle maniéré on les met en ufage.
- A la partie fupérieure A , du Couliffeur, Fig. 6, PL 6, font percés deux trous dans lefquels on paffe deux bouts de ficelle ; lorfqu’on veut s’en fervir on la place fous la tringle inférieure, on lie fortement les ficelles a, a, Fig. 6, P l. 7, par-deffus le criflele, & lorfiju’il y a deffus un nombre fùffifàntde Mailles, on les en ôte, & on fait gliffer le Couliffeur plus loin, jufqu’à la fin.
- On a déjà vu que chaque Mailles à couliffe , ( grand ou petit) font compofées de deux Mailles à crochet, dont la jonélion de l’une eft placée plus bas que celle de l’autre. On ne fauroit obferver cette différence de hauteur avec trop d’exaéti-tude dans toutes les Liffes dont un Remiffe eft compofé ; ainfi le Couliffeur qui la réglé doit être parfaitement égal dans toute fa longueur. Si donc on veut former un couliffe de trois lignes, par exemple, il faut donner trois lignes du point a, au pointé, Fig. 7 , oùfil eft repréfenté dans la grandeur naturelle,
- & en général c’eft la hauteur du Couliffeur qui réglé la hauteur des couliffes.
- Planche g; pon veur jetter les yeux lùr la Fig. 6, PI. 7 , on verra que le foin du 7’ Liffeur confifte à faire alternativement une grande &une petite Mailles; ce qui s’exécute en paffant la navette tantôt fous les trois tringles du Métier*, & tantôt fous le Couliffeur. Ce foin eft d’une très - grande conféquence, car s’il inter-tompt une fois l’ordre , il lui eft difficile d’y rentrer , la Maille double eft perdue, & dérange le rapport qui doit fe trouver avec la fécondé partie , dont
- on parlera plus bas.
- A mefure que le Liffeur avance fon ouvrage, il eft évident que les graduations qu’il avoit marquées fiir le bord de la tringle fupérieure fe trouvent couvertes , & lorfqu’il s’agit de récapituler le nombre de fes divifions il n’y verroit pas clair ; c’eft pourparer à cet inconvénient qu’il a foin, à mefure qu’une divifion fe trouve remplie, d’entourer le criftele d’un gros fil, qui lui conferve la trace de fa graduation, & qu’on nomme faufilure. On nommefigne ou fignal chaque
- divifion ainfi couverte de ce fil; de forte que s’il y en a vingt , par exemple ,
- on
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- E
- Cinquième Partie. De ta conjlruciion des Mailles* on dit, que telle Liffe a vingt fignaux , plus ou moins : la Fig. 9, FL 1 > fera fufEfamment comprendre l’effet de ces fignaux , qu’on y a marqués très-fenfible-* ment.
- Il me refie maintenant à décrire la maniéré de faire la fécondé partie deé Mailles à coulifie ; les précautions qu’il faut apporter à ce travail font prefquô toutes de la part de l’Aide , dont, comme à celles à crochets, l’Ouvrier ne peut le pafler.
- La difficulté de ce travail confifte à ne pas faire des Mailles courtes où elles doivent être longues, ou bien d’en faire de longues quand elles doivent être courtes ; Sc pour le dire , en un mot, l’Aide doit préfenter une Maille courte quand c’eft le tour de paffer la navette fous le CoulifTeur , Sc une longue quand il la pafle entre les tringles Sc le Coulifleur ; en effet il eft évident que par ce moyen les plus courtes parmi les premières fe joindront ici aux plus longues, Sc les plus longues aux plus courtes ; & fi la différence entre les premières eft dé trois lignes, Sc qu’on obferve cette même différence à la fécondé opération, il régnera une égalité parfaite dans la totalité des Mailles, ainfi qu’on peut le voir dans la Fig. 6, FL 1.
- La réglé que je viens d’établir eft commune à toutes les Mailles à coulifie , foit à grand, {oit à petit couliffe, parce que , comme on l’a déjà vu , c’eft lé Coulifleur qui réglé la hauteur du couliffe.
- Souvent lorfque le coulifie doit être fort petit, le Liffeur fe contente, ert place de Coulifleur, de pafler une corde fous les tringles du Métier, dans les montants F, G 9 comme le repréfente la Fig. 7, PL 7 ; Sc lorfqu’il forme fes Mailles, il pafle la navette alternativement fur la corde pour les plus longues , & entre la corde & la tringle H9 pour les plus courtes.
- Si la grandeur qu’on veut donner au petit coulifie permettoit toujours d’employer cette derniere méthode, l’ouvrage en avanceroit beaucoup plus , parce qu’on n’eft pas obligé d’ôter les Mailles de deflus le Coulifleur, & de le reculer à rnefùre qu’il fe remplit.
- Quelques Remifîeurs ont imaginé de fùbftituer au Coulifleur, dont on a coutume de fe fervir pour faire les Mailles à grand coulifie, une tringle de fer M9 Fig. 8, PL 7, à l’inftàr de la corde dont nous venons de voir l’ufàge. Cette tringle eft arrondie Sc polie pour ne pas arracher le fil ou le coufi , & on la paflé au bas des montants F, G, dans des trous qu’on y pratique exprès ; mais il faut avoir attention que cette tringle foit bien parallèle avec le bord fupérieur de la tringle d’en haut, fans quoi les Mailles prendroient un accroifïèment in-fenfible, qui de la première à la derniere pourroit devenir confidérable. Cette méthode ne change rien à la régularité des Mailles, Sc l’on peut voir fur la figure, que le Liffeur paffe fà navette, tantôt fur la tringle, & tantôt entre elle Sc celle O.
- Etoffes de soie. V. Fan.
- T tt t
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- 34<S HART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- Section Troisième.
- Des Mailles à noeud.
- Pour peur qu’on veuille faire attention à la maniéré dont les Mailles à nœud font formées , Fig. 3 & 8 , PL 1, on s’appercevra aifément que leur partie inférieure eft abfolument femblable à chacune de celles à crochet ; ainfi comme cette partie fe fait de la même maniéré , & par les mêmes moyens que ceux que j’ai rapportés en parlant des Mailles à crochet, je n’en dirai rien ici* ne devant entretenir le Leéteur que de la partie où eft le nœud.
- Il ne faut pas croire qu’il foie indifférent de commencer une Lifte a nœuds par la partie fîmple ou par la partie nouée* (yoye^ Fig. 9, PL 7). l’Aide qui doit, comme aux précédentes * préfonter au Lifleur les Mailles les unes après les autres * auroit trop de peine à reconnoître le fens dans lequel la navette doit 1 enfiler, au lieu qu’il eft bien plus facile de diftinguer l’ouverture lorîqu elles ne font que Amples. N
- Opération.
- L’Ouvrier attache le bout du fil au criftele en a, Fig. 10, & formant avec fon poignet gauche la boucle qu’on voit en F, de la même maniéré qu’on l’a déjà vu , il defoend avec la main droite la navette en dehors du Métier, puis enfile en pafîànt la Maille Ey que l’Aide lui préfonte ; enluite il pafle le fil fous la tringle C, en changeant de main la navette qui fo trouve dans la main gauche , Fig. 11. Il pafte la navette entre les deux traverfos B * C * Fig. 12 ; Sc par ce moyen la navette fo trouve dans la main droite ; après quoi il croifo le fil D , fur celui G, Fig. 13 , & forme un nœud au croifement de ces deux fils en pafîànt la navette fous celui G, 6c dans la boucle D , G ; puis reprenant la navette de fon côté , de la main gauche , il la paffe dans la boucle qu’il a con-fervée de cette main pendant tout le temps de l’opération , Fig. 14, & termine ainfi fà Maille en ferrant le fil * Fig. 9, ainfi qu’on l’a déjà vu autre part.
- Je ne m’apéfantirai pas davantage fur une defeription, toujours très - difficile à rendre, de peur de rebuter les Leéteurs par des répétitions minutieufes : ceux qui n’auront pas entièrement compris l’opération par ce que je viens d’en dire , trouveront dans l’explication des Planches de quoi fuppléer à ce qui manque ici, car je m’apperçois qu’il eft bien difficile d’être court quand on veut fo faire entendre.
- Il n’eft pas poffible pendant le travail qu’on vient de voir, que les nœuds b y b, b y qu on forme entre les deux tringles du Métier, foient réglés à une même hauteur, à moins d’un foin particulier , qui confifte à paffor defîus & delîbus ces nœuds, Fig. 4, PL 10, deux baguettes A, B, qui, lorfqu’on les
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- Cinquième Partie. De la conftruclion des Mailles: 547
- rapproche lune de l’autre leur procurent cette importante qualité ; c’eft lorfquè la Lifte eft entièrement finie qu on s occupe de ce foin, quand ils font tous dans un parfait alignement, on fubftitue à ces baguettes une ficelle E, Fig. y , meme Planche, qui après avoir pafle deffous , repafle par-deflus, & qu’on arrête par des nœuds alun des deux bouts ; par ce moyen on eft sûr que rien ne fe dérangera,
- & la LilTe étant ainll finie l’Ouvrier démonte fon Métier pour l’en retirer, la tord , comme on l’a vu , & l’arrête folidement pour la livrer au Fabriquant, fans rifque d’être mêlée.
- Section Quatrième.
- De la maniéré de faire les Liffes fuivant la méthode de Paris , &c.
- Des Mailles à. crocheta
- Apre’s avoir donné la defcription des Métiers à Liftes , dont on fe fert dans les plus célébrés Villes de Manufacture , il ne nous refte plus qu’à détailler les opérations qu’on exécute fur ces différents Métiers , dans ces différentes Villes. _____ On reconnoîtra aifément, Fig. 1, PI, 8, celui que nous avons dit être en ufàge ~p^NChe à Paris ; mais on a oublié de parler de la maniéré dont on place le clocher D , en dehors du montant E, dans une rainure à queue d’aronde qui le retient foli-dement ; la figure le fera fuffifàmment comprendre.
- Le Lifleur ayant donné à fesdeux tringles A, B, l’écartement convenable, attache le criftele à la cheville b, le met fur la poulie e , & fufpend à l’autre bout un contre-poids , qu’on ne fàuroit voir fur cette figure, mais dont on doit fe rappeller la pofition ; enfuite ayant attaché au criftele le bout du fil ou du coufi , qui, fuivant la méthode de Paris , &c. eft fur un rochet, il forme fes enlaffements delà maniéré qu’on a détaillée plus haut, & dont il eft inutile de s’occuper ici de nouveau; car aux tringles près , la maniéré dont il forme la première partie de fes Liftes, n’a rien de different de celle dont j’ai rendu compte ; c’eft à la fécondé partie que je m’arrêterai le plus, parce que c eft-là qu’on trouve uniquement la différence des méthodes déjà rapportées.
- Lorfque la première partie d’une Lifte eft finie, l’Ouvrier en pafle toutes les Mailles dans une tringle A, Fig. 1 , PL 9 , qu’il arrête à un écartement convenable , au moyen des chevilles b , b; enfuite il attache les deux bouts du criftele fur cette tringle, comme on le fait fuivant la première méthode fur le lifleron ; alors ayant placé le criftele comme à l’ordinaire, excepté que c’eft fur le plat de la tringle C, où il pratique une graduation , comme celle dont on a parlé , il forme fes Mailles les unes après les autres, en prenant chaque fois une de celles dont l’Aide lui préfente l’ouverture. Je me réferve de propofer ailleurs mes réflexions fur le mérite de ces différentes fortes de Métiers , & fur leurs inconvénients & avantages. ,
- ;
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- 348 L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE;
- Après que la Lille eft finie on ôte les chevilles des tringles , qu’onfait glifleU
- dans leurs rainures, & on la plie comme on la dit pour les autres.
- Des Mailles à petit & à grand coulijffe.
- On fe fert allez ordinairement à Paris d’un petit CouHffeur , comme celui qu’on a vu pour faire les Mailles à petit coulilfe ; mais celles à grand coulilfe fe fontprefque toujours fur un Métier comme celui que repréfente la Fig. 2 , PL 8, où l’écartement des tringles A , B, fixe la longueur des plus courtes parties, & celui des tringles B9 C, détermine la longueur des plus grandes. Je n’entrerai point dans le détail de l’opération de cette première partie , je me contenterai de faire remarquer au Leéleur la maniéré dont l’Ouvrier embrafle avec fon fil alternativement deux & trois tringles , pour avoir autant de Mailles longues que de courtes.
- Auffi-tôt que cette première partie eft achevée on démonte le Métier pour l’ôter de defîus, & l’ayant remonté, comme on le voit Fig. 2 , PL 8 , on paffe toutes les Mailles qu’on vient de faire fur une quatrième tringle, qu’on n’a pas jugé à propos de repréfenter ici, parce que la Fig. 1, PL 9, qui repréferite des Mailles à crochet, fufîit pour faire entendre celles-ci; enfuite ayant tendu fur cette tringle le criftele, l’Aide a foin de préfenter toutes les Mailles dans leur ordre & bien ouvertes au Liffeur, qui doit en joindre une courte à une longue , & en faire une longue quand on lui en préfente une courte, ainfi qu’on l’a déjà vu ; après quoi on retire la Liffe, & on la plie comme je l’ai enfeigné.
- Des Mailles à nœud.
- Comme la première partie des Mailles à nœud efl: compofée comme celles à crochet, je ne dirai abfolument rien de leur conftruâion, & fuppofant qu’on les a enfilées fur la tringle C, Fig. 2 , PL 9, où elles font fixées au moyen des crifteles, je paffe tout de fuite à la formation de la partie qui contient les nœuds. Je ne m’arrêterai pas non plus à décrire comment on forme les nœuds ; ce que j’en ai dit lorfque j’ai traité de pareilles Mailles , fuivant la méthode de Nîmes , d’Avignon, &c. fuffif, ce me femble , fans fatiguer le Leéteur par des redites toujours faftidieufes. Je penfe même qu’après ce que j’en ai dit alors, l’inlpeéHonj de la figure en fera fuffifamment comprendre le travail : l’Ouvrier écarte les tringles A, B , félon la grandeur qu’il veut donner à cette partie des Mailles qu’il fe propofe de faire ; puis les ayant fixées , & placé le criftele de la maniéré dont on le voit, il procédé d’une façon tout-à-fait femblable à celle que j’ai rapportée , à cela près, que ce Métier-ci eft horifomalement placé , au lieu que l’autre l’étoit verticalement. J’ai même, pour ne rien laifier à defirer, fait delfiner les nœuds & les enlalfements dans une forte proportion , & même le
- dernier
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- Cinquième Partie. Maniéré de conflraire les differentes Liffes. dernier nœud a , paroîc n’être aucunement ferré pour faire fentir que le fîl venant par-deflus le Métier embrafler la demi-Maille C, pafle enfaite par-deflous la tringle B ; enfuite vient Faire un nœud au point a, puis s’en va rentrer dans la boucle qui avoit été réfbrvée par le poignet gauche ; après quoi l’Ouvrier n’a qu’à ferrer tout cet enlaflement.
- Dans toutes les Mailles à nœud on ne fàuroit, après les avoir faites, fe difpenfef
- de les régler de hauteur avec les deux baguettes dont j’ai parlé pour les autres ,
- ainfi je ne fais qu’indiquer ici cette attention ; mais quand les Mailles doivent
- remplir l’office de Mailles à petit coulifle, il faut que ce nœud foit bien plus
- près de la jonétion que de l’autre partie, alors on ne fe fert que d’une baguette C,
- Fig. y , PL io , qu’on place entre les nœuds & la tringle Ay Fig. 2 ,
- PL p ; alors on procure à toute la Lifle une tenfion convenable en reculant la
- tringle C, puis on ôte celle B , après avoir pafle dans l’ouverture qu’elle forme
- aux Mailles une ficelle E, Fig. y , PL 10 ; & enfin on amene avec la ba*
- guette C, même figure, aufïï près de la ficelle qu’il eft néceflàire , pour former
- des efpeces de Mailles à petit coulilfe. Telle efl: la maniéré qu’on emploie pour
- fubftituer les Mailles à nœud à celles à petit ou à grand coulilfe , & qui confifte
- à avancer ou reculer le nœud.
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- Section Cinquième.
- Maniéré de conjlruire tes differentes Liffes , en employant les Métiers de Rouen $
- de Tours, &c.
- Des Liffes dont les Mailles font à crocheti
- . La Fig. 1 > PL iô, repréfente un Ouvrier occupé à faire la première partie d’une Lille , dont les Mailles feront finies à crochet : quand cette partie efl achevée, on ôte les chevilles des deux tringles & la LifTe fort aifément ; puis ayant fubftitué un lilîeron à la tringle A, on attache les crifteles par les deux bouts , ainfi qu’on l’a déjà dit plufieurs fois ; après quoi on met cette partie fur le banc % & l’Aide préfente toutes les Mailles les unes après les autres à l’Ouvrier , qui en faifimt la deuxieme partie les enfile une à une, ainfi qu’on le fait. Cette première opération n’a rien qui mérite d’être détaillé , ainfi je pafle aux Mailles à petit coulifle.
- Des Mailles a petit cou liffe.
- On ne fe fert à Rouen & à Tours, pour faire les Mailles à petit coulifle ; d’aucun uftenfile ni d’aucun procédé particulier ; le petit Coulifleur, tel que nous l’avons décrit en rapportant l’ufage d’Avignon, ou la corde détermine la hauteur du coulifle, comme les tringles A , B , détermine l’écartement des parties* Etoffes de soie. V. Part. V vvv.
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- J
- 35o L'ART DES ETOFFES DE SOIE.
- Des Mailles à grand couliffe.
- Je ne fépare l'article des Mailles à grand couliffe de celui qui précédé, que pour conferver l'ordre que je me fuis tracé ; car toute la différence efl, qu'ici on fe fert du grand Couliffeur, & là du petit.
- Des Mailles a noeud.
- Les Mailles à nœud n’ont rien de particulier, fuivant l'ufàge de Rouen, de Tours , &c. que le Métier fur lequel on les fait; ainfî nous n'en dirons rien de plus.
- Remarques Jür les differents Métiers , & fur les differentes Méthodes.
- J'ai dit ce me femble dans le corps de cet Ouvrage affez fouvent mon avis fur les défeéluofités des machines , Sc fur l'inluffifànce des procédés , pour pouvoir , {ans être taxé de partialité, dire encore ce que je penfe des différentes méthodes que je viens de rapporter.
- J'avoue que le Métier de Nîmes, d'Avignon, &c. eft fujet à un inconvénient qui l'empêche de fabriquer des Liffes de toutes les grandeurs, à moins qu'on n'eût des tringles du milieu de toutes les largeurs poffibles , ce qui n'eft affûré-ment pas pratiquable ; mais d'un autre côté les trois tringles une fois aflèmblées, fi l'Ouvrier s'aflure d'une parfaite égalité dans leur largeur totale , d'un bout à l'autre, rien ne fàuroit faire varier les Mailles qu'on fait deflus. îl n'en efl: pas de même des tringles qu'on voit aux autres Métiers, l'expérience apprend qu’à force de ferrer une Maille, puis la fiiivante, Sc ainfi de fuite, elles fe rapprochent, infenfiblement à la vérité , mais cette fomme de rapprochements ainfî multipliés devient très-fenfible ; & lorfqu'une Liffe efl en œuvre , on efl fortfurpris de voir les Mailles du milieu tendues , tandis que celles des extrémités font fort lâches ; on en cherche fort loin la caufe , Sc l'Etoffe elle-même en éprouve des défec-tuofités dans la fabrication , parce que la chaîne ne leve pas également, & que ces Mailles flottantes contribuent à faire caflèr la foie , parce quelles bouclent Sc qu’elles produifeAt des accrochements qui la font arracher.
- Quant à la facilité du travail avec tel ou tel Métier, je penfe que l'habitude en efl toujours la mefure ; ainfi à cet égard point de préférence.
- J’ai trouvé en conftruifant des Liffes moi-même, que l'ufàge du rochet étoit plus commode que celui de la navette ; mais encore une fois l'habitude ôte toutes ces différences.
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- Cinquième Partie. De la maniéré de faire les Lifes à jour, âc. 3 jft
- sr .
- CHAPITRE QUATRIEME.
- jDe la maniéré de faire les Lifes a jour ou ligatures, & de marquer toutes fartes de Lijfjes pour en faire les Ordonnances*
- Section Première.
- : r-
- Maniéré de faire les Lifes à jour ou ligatureSé
- Les Lifles à jour qu’on emploie à la fabrication des Etoffes de foie , ont oir-^ dinairement leurs Mailles à petit couliffe , quelquefois à crochet , & rare-* ment à grand couliflè ou à nœud ; mais lorfque ces Lifles font deftinées à fabriquer toutes les autres efpeces d’Etoffes, elles ontprefque toujours leurs Mailles à nœud : ainfi pour quelque Lifle à jour que ce foit, on difpofè le Métier comme pour les Lifles pleines ; la différence confifte dans la diftance qu’on doit mettre entre les Mailles Sc entre les divifions.
- J’ai dit en quelqu’endroit de ce Traité, que les Lifles dévoient avoir la même largeur que l’étoffe ; ainfl cette largeur une fois déterminée, il eft facile de faire la répartition des Mailles que le Fabriquant veut donner à fa Lifle. Si donc fur vingt pouces de large on veut vingt doubles Mailles , il eft clair que la diftance de l’une à l’autre fera d’un pouce, & s’il en faut faire entrer trente, la diftance fera de huit lignes.
- Ce que je viens de dire ne doit s’entendre que des Lifles à jour , qui en for-* mant un deflein , forment aufïî le corps de l’étoffe ; car quant à celles qui n’ont rien de commun avec le fonds d’une Etoffe , & ne fervent abfolument qu’à former un deflein , il faut fuivre une toute autre route dans la maniéré de les faire. Il n’y a là-deflus de réglés fixes que celles que prefcrit le deflein à réexécution duquel on les deftine , parce que tel deflein exigera vingt Lifles, tandis que tel autre n’en exigera que dix, douze, &c. & que parmi toutes ces Lifles 9 il n’y en a quelquefois pas deux de femblables: il faut donc autant de difpofîtions particulières que de différentes Lifles, & c’eft le deflein feui qui doit en cela fervir de guide.
- Qui que ce foit du Fabriquant ou du Liffeur qui détermine la quantité de Lifles néceflàires pour l’exécution d’un deflein, il ne fàuroit en venir à bout fans former un plan , qu’on nomme Ordonnance de Life > qui n’eft autre chofe que les proportions , prifes fur un deflein, pour favoir combien il faut de Lifles pour l’exécuter, de combien de divifions chaque Lifle doit être compofée , & à quelle diftance ces divifions doivent être les unes des autres.
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- Planche
- ii.
- 3yi L'ART DES ETOFFES DE SOIE. x
- Comme les divifions d'une même Liflè ne tiennent prefque jamais des dit tances égales, il faut apporter à les marquer & à les exécuter les plus grandes précautions, fans quoi l'Ouvrier qui doit fabriquer l'étoffe feroit arrêté ; & pour le dire en pafïànt, il faut que chaque divifion fe rencontre au point de la largeur de l'étoffe où fe lie la partie de la chaîne ou du poil qu'elle fait mouvoir; attendu que ces fortes de Lifles font mouvoir le poil ou la chaîne , quelquefois tous deux enfemble, mais plus communément le poil que la chaîne.
- S'il arrive que ces divifions ne fe rencontrent pas exactement avec le point de la chaîne auquel elles doivent correfpondre , elles occafionnent lors du travail des écartements aux fils de la chaîne , à ceux du poil qu'elles font mouvoir • ce qui nuit à la perfection l'étoffe.
- Pour rendre plus fenfible la maniéré dont doivent être faites les Liffes à jour ou ligatures, &la précifion que je viens de recommander, j'ai fait graver un échantillon d’Etoffe de foie façonnée , dont le deffein puifîe fe faire par le fecours des Liffes à jour : ce moyen m'a paru le meilleur que je puffe employer pour donner une jufte idée du rapport des Liffes aux Etoffes.
- L'échantillon dont je vais parler eft repréfenté par la Fig. i, PL 11 ; & pour ne pas multiplier les Planches à finfini je fai réduit à trois pouces huit lignes ; ( telle eft du moins la proportion que je lui ai fait donner fur la Planche de cuivre ; car on fait qu’en mouillant le papier, fes dimenfions augmentent, & qu'il ne les reprend jamais bien exactement en féchant ) , au lieu de fept pouces quatre lignes qu'il devroit avoir réellement, pour être répété trois fois dans une largeur de vingt-deux pouces que je fuppofe à l'étoffe ; ainfi je préviens le Lecteur, que pour éviter une Planche double, toutes les proportions que lui préfente celle-ci font réduites à moitié.
- Le deffein qu'offre aux yeux l'échantillon fuppofé , eft formé par un poil ; que des Liffes à jour font mouvoir ; par conféquent il faut en confidérer l'effet dans le lens de la longueur de l'étoffe, afin de découvrir l'ordre dans lequel elles le produifent.
- Il faut, pour rendre fur une étoffe un deffein de l'elpece de celui qu'on voit ici , plufieurs combinaifons , dont les principales dépendent des Lifles & du Métier fur lequel l'étoffe eft fabriquée : ne croyant pas à propos de rien dire ici du méchanifme du Métier , je renvoie mes Lecteurs à la partie de cet Ouvrage; où je traiterai de la fabrication des Etoffes, & ne parlerai pour le préfent que de l'effet des Liffes.
- La largeur de notre échantillon doit le prendre du point A , au point B , & la hauteur dans le fens du point A, au point C. Il faut auffi confidérer l'effet de Ion deffein liir la hauteur, afin de connoître par quelle combinaifon les Lifles peuvent lui faire produire fon effet, & quel nombre de Liffes on doit y me-
- Il faut autant qu’on le peut, diminuer le nombre des Liffes à jour dans
- l'exécution
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- Cinquième Partie. Maniéré de faire les Lijfe's a Mailles, èc. ^exécution d’un deffein, par-là on diminue beaucoup la peine de celui qui monte le Métier, & de l’Ouvrier qui fabrique ; & pour donner fur cela quelques notions générales, il faut placer fur une Liffe toutes les divifions qui s’accordent fur l’étoffe par l’effet du deffein , fans prendre garde fi elles dépendent de la même partie ou non ; par exemple, en voulant mettre toutes les Liffes que le deffein de notre échantillon paroît exiger , on trouvera qu’il en faut trente-trois ; puif-qu’il y a autant de parties féparées, ainfi qu’on peut s’en convaincre par les lettres qui les difiinguent : au lieu qu’en combinant à propos* on pourra l’exécuter avec dix Liffes feulement, comme on va le voir. Pour faire mouvoir les fils par unè feule Liffe , il ne faut pas s’arrêter au nombre qu’en contient chaque partie , il fuffit de les comparer les unes aux autres pour voir fi leur effet eft le même ; par ce moyen on connoîtra les parties qu’il faut plaçer fur une même Lifîe , attendu qu on verra dans la hauteur du deffein le même travail produit par une combh* naifon jufte des mouvements qu’on fait faire aux Liffes lorfqu’elles font ert travail.
- Les parties ay a9 b9byb9b9b9b> produifent fur l’échantillon un mêmë effet, qui ne peut être rendu que par un même mouvement qu’on leur a fait éprouver ; ainfi une feule Lifié peuc fèrvir à les taire mouvoir. Les parties c, c $ font égales entr’elles , & leur effet veft produit par un même mouvement ; ainfi elles feront menées par la fécondé Liffe : par la même raifon les parties d9 d9
- e, compoferont la troifieme ; celles J, fy g, g, feront la quatrième ; celles h , A, la cinquième ; i fera la fixieme ; k , k , la feptieme ; /, /, /, /, la huitième ; m, m, m, m, rempliront la neuvième ; & enfin les parties n, n ^ occuperont la dixième.
- J’ai dit que le deffein fèroit répété trois fois dans la largeur de l’étoffe ; on {aura aifément par-là combien chaque divifion doit contenir de Mailles, puifque fur chaque partie du deffein eft marqué le nombre des dents que chaque partie occupera dans le peigne, avec lequel l’étoffe fera fabriquée : il eft même à propos de favoîr que chaque dent contient deux fils, Sc que chaque fil occupe une Maille.
- Je vais mettre fous les yeux du Leéleur le Tableau de la quantité des dn vifions, du nombre de Mailles que toutes c es dix Liffes doivent contenir*
- *
- Etoffes de soie, V. Tan.
- Xx xx
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- TA R T DES ÉTOFFES DF SOIE.
- La première Lifte fera compofée de vingt-deux divifions, dont dix - huit de fix Mailles , deux de huit, & deux de feize, faifant en tout i $6 Mailles, ainfi que la Fig. n°. i;
- Flanche 1i , qui repréfente la réglé fur laquelle on dirige
- les Liftes à jour, le fait voir ; ci, ...... ; 22 Divifioas.
- La fécondé fera de fix divifions, de fix Mailles chacune ;
- voye{N°. 2 : en tout. . . ......................6
- La troifieme contiendra douze divifions , dont fix de feize Mailles, & fix de douze, N°. 3 : en tout. . . .12
- La quatrième contiendra douze divifions , dont fix à douze Mailles , à fix chacune, N°. 4 : en tout. . ..12
- La cinquième aura fix divifions , de fix dents chacune , ou, ce qui eft la même chofe, de douze Mailles chacune,
- N°. 5 v en tout. . .... . .6
- La fixieme aura trois divifions de quatre dents, N°. 6 ;
- 01. . . . . ...
- La feptieme contiendra fix divifions, de quatre dents chacune, ce qui donnera quarante-huit Mailles, N°. 7; ci. • • • • ... é
- r 56 36
- Mailles?
- l88
- I08
- 72
- 24
- La huitième, douze divifions, à quatre dents chacune 9 N°. 8 ; ci. . . . . . . . .' 12
- La neuvième, douze divifions à fix dents , N° p ; ci. . 12 La dixième & derniere Lifte contiendra fix divifions, à huit dents chacune, ce qui fait quatre-vingt-feize Mailles; voye[ JV°. 10 ; ci. . * . * 6
- __ Divifions,
- 144
- p6
- p68 Maille?<
- On a eu foin de graver au bout de chaque tringle, Planche 11 , le nombre des Mailles ; & celui des divifions eft au milieu de chacune.
- Il eft eflentiel, ainfi qu’on doit le fentir à préfent, de favoir combien chaque Lifte doit contenir de divifions , afin de pouvoir marquer les diftances qu’elles doivent garder entr’elles ; & comme ces diftances ne font pas égales , c’eft à l’échantillon à fervir de guide là*deflus, puifque c’eft en droite ligne de chaque partie que les divifions des Liftes font mouvoir la foie , qui forme ces mêmes parties. Il faut auffi connoître la quantité de Mailles que contient chaque di-vifion, pour la porter fur la marque qu’on donne au Remifleur; on doit connoître enfin la quantité des Mailles que toutes les Liftes enfemble contiennent, pour déterminer par-là la quantité de fil ou de coufi qu’on y employera, & pour voir^ fi l’on eft d’accord en tout avec le poil qu’on fait ourdir pour tel ou tel deflein.
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- Cinquième Partie, Manière de marquer les Llffes , ère*
- Section Seconde.
- Manière de marquer les Lijfes pour en faire V Ordonnance*
- Indépendamment de l'Ordonnance générale qu’on donne au Lifleur, on ÿ joint encore des marques féparées pour chacune des Liftes , relatives à chaque deffein. Ces marques font numérotées , & les divifions y font placées fùivant les diftances que l’Ouvrier doit obferver en faifant fes Liftes. On le fèrt ordinairement pour cet ulàge de tringles de bois , plates & minces, de réglés , ou de Ion* gués bandes de papier. Voici de quelle maniéré on s’y prend*
- Comme ces réglés ou bandes ont pour longueur toute la largeur de l’étoffe , lé Fabriquant marque très-exaélement par des lignes, l’endroit où fur le delïèim eft placée chaque divifion, 8c autant qu’il eft poftible, en marquant le nombre de Mailles que chacune contient, bn tâche qu’elle n’excede pas les lignes qui ter-* minent ces divifions, de la même maniéré qu’on le voit obfervé fur les dix bandes , Fig. y , PL 11, qui repréfentent ces réglés*
- Si pour faire ces Mailles on fe lert d’un échantillon où le defiein folt contenu en entier, on le préfente fur la longueur de la bande ou fur les réglés, autant de fois qu’il doit être répété dans la largeur de l’étoffe , en commençant par un bout de la réglé & finiffant par l’autre, & l’on marque fur la bande en droite ligne toutes les parties qui doivent être reçues par une même Lille 9 & ainli de fuite pour toutes les autres.
- Par exemple, pour la première Liffe de l’échantillon, Fig. i, FL ir. Il fuffit de comparer la marque, N°. i, au deffein de l’échantillon, en la pré-fentant trois fois fur fa longueur , 8c l’on trouvera que les parties a $ a 9 byb9b9b9b9b9 font contenues trois fois dans la largeur de vingt-deux pouces qui efl: celle de l’étoffe. On reconnoîtra encore par le même moyen, que les parties c, c, font contenues trois fois fur la réglé , N°. 2 , & ainfi des autres ; ce qui a lieu pour toutes fortes de Liffes 8c de deffeins.
- Tout ce que je viens de dire ne peut avoir d’exécution que lorfqu’on copie un échantillon ; car fi le deffein qu’on veut exécuter efl: mis en car;e, il faut fe fervir de moyens tout différents : il y en a plufieurs ; mais ceux que je vais rapporter iuffiront pour comprendre aifément tous les autres , ou pour fe faire des méthodes à foi - même. Je me bornerai à trois exemples, que je tiens des plus habiles Fabriquants, & que j’ai depuis mis moi-même en ufage.
- Le deffein d’une étoffe, mis en carte, porte lui-même le nombre des divifions & des Mailles que chacune doit contenir; il n’y a plus qu’à en déduire les diflan-ces, en proportion du trop de grandeur qu’elles ont fur le defiein, pour les réduire au point où il doit être fur l’étoffe. Si la cane eft deux fois aufîî grande qu’il ne faut, en prenant la moitié des diftances qui y font marquées, on aura
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- 3f6 r A R T. DES ÉTOFFES DE SOIE.
- exaélement la mefore néceflaire, & il fera facile de faire la réduction des parties* & de trouver la place & la grandeur de chaque divifion ; mais comme il arrive fou vent que la carte n’a aucune proportion ( du moins facile à aflîgner ) avec l’étoffe * le moyen que je viens d’indiquer eft abfolument infuffilant.
- Le fécond exemple * ou pour mieux dire le fécond des trois moyens que j’ai annoncés , confite à faire recopier ce deflein pour le mettre dans les proportions qu’il doit occuper fur l’étoffe* & alors on s’en fort comme de l’échantillon dont j’ai parlé , en le préfentant fur les réglés de Liftes qu’on a vues ; & malgré cette précaution il ne faut pas négliger le premier deflein mis en carte * parce qu’il donnera plus exactement le nombre des dents du peigne * & par conféquent celui des Mailles.
- Le troifieme moyen confifte à lavoir d’abord, combien de dents contient le deflein qui a été mis en carte* foivant les parties qui le compofent, & combien il refte de dents libres dans les diftances qui féparent les parties du deflein ; ainfi il eft très-aifé de trouver exactement la quantité de lignes ou de pouces que telle diftance qui contient tant de dents, doit occuper ; & on n’a plus befoîn que d’un compas & d’un pied-de-Roi pour tracer ces rapports for la réglé ou for une bande de papier, ainfi que je l’ai dit * & on aura en peu de temps des marques de Lifles pour donner à l’Ouvrier.
- Lorfqu’on donne au Lifleur les réglés ou bandes dont je viens de parler, on y joint ordinairement une ordonnance de LifTe , conçue comme celle qu’on voit ci-deflous , qui convient à l’échantillon que j’ai rapporté : j’ai cru qu’en donnant pour modèle une ordonnance * qui eût un rapport avec les marques de Liffes que le Leéieur a fans doute encore fous les yeux * l’un & l’autre deviendrait plus intelligible.
- Ordonnance pour les Ligatures ouLijJes à jour, du dejfein ou de téchantillon
- rapporté ci-dejjus.
- La marque N°. i contient 22 divifions ij6 Mailles.
- celle N°. 2 6 divifions 3 6 Mailles.
- celle N°. 3 12 divifions 188 Mailles.
- celle N°. 4 12 divifions 108 Mailles.
- celle NG. y 6 divifions 72 Mailles.
- celle N°. 6 3 divifions 24 Mailles.
- celle N°. 7 6 divifions 48 Mailles.
- celle N°. 8 12 divifions 2 6 Mailles.
- celle N°. s> 12 divifions 144 Mailles.:
- celle N°. io 6 divifions Mailles.
- 27 Divifions. 768 Mailles.
- Comme
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- CirfQüiEMË Paîitîe. Manière de marquer les Liffès, ê'Ci 3 Gomme les marques de cette Ordonnance n'ont aucun rapport entr'elles, 8c quiln'y a rien de fi ordinaire que de ne leur en voir aucun , il faut apporter la plus fcrupuleufe attention pour les faire exécuter avec précifion ; c'eft pour cela qu'on a coutume de donner féparément une marque pour chaque Lille, à moins que dans le nombre de celles qu'un delfein exige, il n'y en ait de pareilles les unes aux autres, alors on met quelques différences dans l'Ordonnance , mais les marques font toujours faites de la même maniéré ; 8c pour trois ou quatre Lilfes qui font femblables en tout, on ne fait qu’une feule marque , qu'on dift tingue dans l'Ordonnance comme ci-après;
- Il faut 4 Lilfes fur la marque N°... elle contient 6 divifions 48 Mailles |
- ce qui fait 24 divifions , ci.......24 divifions ips Mailles :
- on obferve de placer le total des divifions fous les nombres de celles qu'on a marquées pour les autres Lilfes, 8c le total des Mailles fous le nombre des Mailles qu'on a auffi marquées, afin de pouvoir additionner les uns 8c les autres, & par ce moyen on eft fûr de ne faire aucune erreur*
- Voici de quelle maniéré le Lilfeur exécute les Liftes à jour , félon les diP polirions contenues dans l'Ordonnance 5 8c fur les marques.
- De quelque Métier qu'il fe ferve, il le difpofe comme s'il alloit faire une Lilîd pleine, obfervant néanmoins l'arrangement convenable au genre de Mailles qu'il doit fabriquer ; enfuite il place fur la tringle fupérieure de celles qui fervent de moule aux Mailles , une bande de papier, ou autre chofè qui en tienne lieu $ puis il trace fur cette bande les mêmes divifions, qui font marquées fur les bandes ou réglés qu'on lui a données, 8c travaille enfuite comme à l'ordinaire , en faifant attention de ne placer fur chaque divifion que le nombre de Mailles qui y eft marqué.
- Il eft indifférent pour l'exécution des Lilfes qui concernent un delfein , de: fuivre les marques par l'ordre des numéros ; il fuffit que chacune foit faite avec beaucoup de foin ; 8c quand toutes celles deftinées à un même delfein font finies, on les embraffe avec une ficelle, pour ne les pas mêler avec d'autres, & c'eft alors qu'on les range fuivant leurs numéros, pour qu'on les puifts reconnoître j 8cles placer dans un ordre convenable fur le Métier ou elles doivent travailler*.’
- Si les marques qu'on donne au Lilfeur font fur des réglés ou tringles de bois , il peut les attacher folidement par les deux bouts avec un peu de fil fur la tringle fupérieure du Métier, en place de la bande de papier dont nous avons parlé ; par çe moyen il n'a qu'à fubftituer les unes aux autres d'abord quelles font finies.1
- A mefure qu'on a rempli chaque divifion d'une marque du nombre de Mailles qui y convient, il faut avoir attention d'arrêter le fil par deux ou trois nœuds fur la derniere Maille, de maniéré que dans aucun cas il ne puifle glilîer ; car les Mailles venant à fe relâcher, fe rapprocheroient infenfiblement * 8c les divifions fe confondaient enfin.
- Si lorfque la diftance d'une divifion à l'autre eft peu confidérable , on peut Étoffes de soie. V. Pan, Y y y y
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- 358 L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- après avoir arrêté le fil , ainfi qu’on vient de le dire , fé difpenfer de le cafTet pour la divifion fuivante, il fuffit de Fétendrefur le criftele, & del’y arrêter par deux ou trois nœuds , jufqu’à la divifion fuivante ; de maniéré que le dernier fe trouve placé précifément fur le bord de la divifion qu’on va couvrir de Mailles , Sc l’on continue comme auparavant. Lorfqueles divifions font un peu plus écartées, on caffe le fil après l’avoir arrêté fur le criftele par deux ou trois nœuds , on l’y attache de nouveau , & on continue le travail comme à l’ordinaire.
- La féconde partie des Liftés à jour fe fait abfolument comme on l’a vu pour les Liftés pleines, excepté que les divifions font les mêmes qu’à la première partie ; d’ailleurs on fe fait aider de quelqu’un qui'donne les Mailles les unes après les autres , comme on l’a dit.
- Lorfque dans les Liftés à jour les Mailles font également diftantes les unes des autres , on fait entre chacune autant de nœuds fur le criftele que la diftance en peut contenir , & fi cette diftance étoit fi grande , qu’il en fallût faire trop, on fe contente de les arrêter chacune par deux nœuds , puis étendant le fil fur le criftele on va jufqu’à la Maille fuivante , ayant foin de faire deux autres nœuds avant de faire la Maille ; de façon que cette Maille fe trouve exactement fur le point de la divifion, & entre quatre nœuds, deux d’un côté , & deux de l’autre;
- Quant aux Ligatures dont les Mailles font placées à égale diftance les unes des autres, on ne donne ni marque ni réglés au Liflêur pour les conftruire ; c’eft à lui à divifér la longueur des Liftés qu’on lui demande, fuivant le nombre de Mailles qu’il doit y mettre ; & il obferve les diftances au moyen des nœuds dont il les remplit fur le criftele avec le fil ou le coufi. La féconde partie de ces ligatures fe fait comme on l’a vu pour les Liftés pleines. Voye% Fig. i, PL 9 & il.
- J’ai avancé dans la première Section de ce Chapitre, que fort fouvent dans le nombre de Liftés néceflaire pour exécuter un defléin, il n’y en a pas deux de femblables ; fi l’on jette les yeux fur les dix marques de la Planche 1 x, on pourra aifément s’en convaincre , pour peu qu’on les compare les unes aux autres. Pour rendre cette vérité plus fenfible, j*ai fait graver dans la même Planche des Liftés à jour , Fig. 2,3 & 4, dont les différences vont devenir de plus en plus fenfibles.
- La Fig. % eft une Lifté fuppofée faite fur la marque N°. r.
- La Fig. 3 eft une autre Lifté faite fur la marque N°. 6.
- Enfin la Fig. 4 repréfente une Lifté dont le compte revient à la marqué N°. 10.
- Les différences de ces trois Liftés font aftéz marquées pour donner une idée claire des variétés dont je parle ; & en effet la variété des Liftés venant de celle des defléins qu’on voit fur les Etoffes, comme la combinaifon de ceux-ci eft infinie , l’uftenfile qui les produit doit fuivre la même proportion.
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- Cinquième Partie. Des Lififes S Ligaturés, propres pour les poils, &c.
- Section Troi
- s i e m ë.
- Des Liffes & Ligatures propres pour les poils ô les chaînes en or *
- argent filé, & lame.
- Il n’eft perfonne qui n ait vu d’Etoffes d’or ou d'argent ; les unes préfenten des rayûres, d’autres des cannelés, celles-ci reffemblent à une ferge d’or, celles-là font dilues comme du latin, ou repréfentent des deffeins tout en or ou en argent ; enfin il en eft de couvertes par une fécondé chaîne* en or ou en argent* dont l'effet eft de produire quelque deflèin particulier.
- C’eft par le moyen des Liffes ou des Ligatures qu’on produit tous ces effets fur les Etoffes, en incorporant à la chaîne de diverfes maniérés, les fils d’or ou d’argent qu’on y emploie à mefure qu’on forme le tiffu. Ces Liffes ne font pas faites comme celles dont je viens de donner la defcription ; ainfi ce feroit iaiffer incomplet l’Art que je traite, que de ne pas donner la maniéré de faire celles-ci* Ce ne font ni des Mailles à nœud ni des Mailles à crochet, ni des Mailles à cou-liffe ; mais elles font conftruites avec de petits Maillons de verre, dans l’ou-verture defquels paffe le fil d’or ou d’argent, qui ne làuroit s’y accrocher.
- On appelle Maillon une efpece d’anneau de verre, tel que le reprélènte la Fig. 2, PL 12. La forme de celui qu’on voit ici n’eft pas la même à tous; mais ce n’eft pas ici le lieu d’entrer dans un grand détail à cet égard ; il me fuffit pour l’inftant, de dire que tous les Métiers fur lefquels on fabrique des Etoffes façonnées , en ont d’à-peu-près fomblables. Leur grandeur varie auffi, & je ne me fuis pas appliqué à les repréfenter ici dans leurs proportions, pour pouvoir plus facilement en diftinguer les différentes parties, & faire mieux connoître leur, ulàge.
- Chaque Maillon a trois trous fur fa hauteur, & eft terminé en pointe par les deux bouts : les trous a , b, des extrémités, font deftinés à recevoir le fil des Mailles , dans la ftruéture defquelles ils entrent, ainfi qu’on le voit en d, e, Fig. i, même Planche. Quant au trou du milieu c, c’eft par-là que paffe le fil d’or, qui ne fauroit s’y accrocher à caufe du poli, qui fait tout le mérite de ce petit uftenfile de verre fondu.
- • Un avantage qu’on rencontre encore à retenir les fils d’or ou d’argent dans de pareils Maillons, eft le paflâge qu ils procurent a ces fils de métal , toujours raboteux, en prévenant les accrochements, & le déchirement de la chaîne elle-même, qu’il ne feroit pas aifé d’éviter, à caufe du mouvement continuel que cette immenfe quantité de fils éprouve de haut en bas.
- Voici comment on s’y prend pour faire Les Liffes & les ligatures à Maillons^
- On paffe le fil, qu’on defline à former la Liffe, dans l’un des trous du bout d’une grande quantité de Maillons ; puis fe feryant de tel des Métiers dont on
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- a vu plus haut la defcription, on forme la'première moitié des Mailles, ayant foin de mettre à chacune un Maillon , voye[ Fig. 5 ; & lorfqu’un côté de la Lille eft fait, on démonte le Métier, & on s’y prend pour l’autre partie comme on l’a dit plufieurs fois pour chaque efpece de Lille.
- Il eft cependant à propos d’obferver, que la maniéré de former les Mailles de cette fécondé partie , ne fàuroit être entièrement femblable à la première ; car , comme il faut enfiler les Maillons les uns après les autres, il eft certain quon ne peut fe fervir de navette ou de rochet ; il faut dans ce cas, de toute nécelîité, couper le fil par longueurs fuffifàntes pour faire cinq ou fix Mailles ; 8c alors on enfile chaque Maillon à mefure qu’on forme les Mailles, avec l’aide d’un Ouvrier , qui, au lieu qu’il préfentoit les Mailles ouvertes , ainfi que nous l’avons dit, préfente les Maillons dans l’ordre où ils doivent être , & l’Ouvrier noue chaque nouveau bout de fil avec celui qu’il vient d’employer, ce qui lui donne de la continuité.
- Outre' l’attention que l’Aide doit apporter pour préfenter les Mailles à l’Ou* vrier , félon leur ordre, il faut encore que ces Maillons foient enfilés , de maniéré qu’ils fe préfentent à plat lorfque la Lifte eft faite, afin que le trou fe rencontre droit au fil d’or ou d’argent qui l’enfile : voye[ Fig. 7, où cette précaution eft rendue fenfible , mais fans proportion.
- Quelques Ouvriers intelligents ont l’habitude de conftruire les Liftes à Maillons à fil double ; on ne peut qu’approuver cette méthode : comme l’office d’une Lifte eft de monter 8c defcendre fans cefle, les pointes des Maillons n’étant pas fuffifamment couvertes par un feul fil, rifquent d’accrocher la foie delà chaîne, au travers de laquelle ils vont & viennent continuellement. Peu de Fabriquants, que je fâche , ont jufqu’à préfent adopté cette excellente méthode, dont on ne fàuroit aftèz leur recommander l’ufàge. La beauté d’une Etoffe , fur-tout en foie, tient à de fi petits détails, qu’il n’en eft aucun qu’on puifle négliger impunément;
- Il eft encore à propos de fe fervir plutôt de Maillons un peu plus gros, que de plus petits ; en voici la raifon : fi l’on y fait attention on trouvera que toute la dorure ( on comprend aufli fous cè nom l’argent ) qu’on emploie dans les Etoffes, eft remplie d’afpérités , qui ne fàuroient monter & defcendre entre les fils d’une chaîne aflez ferrée, fans y caufer quelqu’accrochement ; mais au moyen des Maillons un peu larges, on vient à bout de procurer entre chacun de ces fils un écartement fuffifànt pour prévenir cet inconvénient.
- Je ne me fuis autant étendu fur cette derniere efpece de Liftes, que parce que j’ai eu occafion de voir que fort peu de Fabriquants en connoiftènt la ftruéture , & que plufieurs fe font dégoûtés de fabriquer certaines Etoffes, faute de pou-; voir lever les difficultés qu’ils y ont rencontrées.
- Pour completter autant qu’il eft en moi l’Art que je décris , je crois devoir dire quelque chofe de la maniéré d’entretenir lés Liftes , & de refaire les mailles qui peuvent cafter en travaillant ; j’y joindrai quelques obfervations fur
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- Cinquième Partie. ObservationsJïir les Métiers à faire les Liffes , &c. 361 la nature des différentes Mailles , ainfi que fiir la préférence qu’on doit accorder aux unes fur les autres.
- Obfervadons particulières fur les Métiers à faire les Life s , & fur les différentes
- opérations qui y font relatives.
- Lorsqu au commencement de ce Traité j’ai déduit les raifons qui me déter-minoient à ne choifir parmi les différents Métiers à faire des Liffes, que les trois qui m’ont paru mériter cette préférence , j’aurois dû faire mention d’un quatrième, qui na befoin d’aucune defcription particulière , attendu là fimplicité , & là reffemblance avec celui de Paris. Il me fuffira donc ici de renvoyer le Lee. teur à ce que j’ai dit du dernier , en ajoutant cependant que celui dont je veux parler, a, par-deflus celui de Paris, la commodité de fe monter avec des vis t au lieu de chevilles, ce qui en rend le tranfport bien plus facile ; je n’en dirai pas davantage , 8c je crois qu’il n’efl perlonne qui ne puiffe le faire exécuter , s’il le defire , après avoir décrit celui auquel je renvoie.
- Les grandeurs que j’ai données aux Métiers, dont on a vu la defcription, ne font que celles dont on le fèrt communément. On verra par la fuite qu’on a louvent befoin de Liffes de trois aunes, & même trois aunes & demie de long : il faut alors fe procurer des Métiers qui ayent environ treize pieds ôc demi, car le Métier doit toujours exceder d’un demi-pied à chaque bout, la plus longue Lille. Quant à la hauteur des Mailles , elle ne palîè jamais dix-huit pouces ; ainfi cette dimenfion eft à tous les Métiers toujours la même. On peut bien en faire de moins hautes ; mais , comme on l’a vu, on eft toujours maître de varier cette hauteur par la pofition des tringles.
- Les étoffes qui exigent de fi longues Liffes , font les couvertures de laine , les toiles pour [les voiles des vailïèaux, quelques tentures pour les appartements , Sec.
- En général les Liffes qui fervent à fabriquer les draps font de deux aunes Sc demie de longueur, parce que c’eft à cette largeur qu’on les fabrique ordinairement. Ceux qui n’ont pas de connoiflànces fur l’apprêt des draps, feront làns doute furpris d’une auffi grande largeur, d’après celle que nous leur voyons ordinairement ; mais il eft certain que l’opération du Foulon , d’où dépendent le corps Sc la beauté des Draps , ne leur procure ces importantes qualités qu’aux dépens de leurs dimenfions en tous fens ; ainfi tel drap, qui, quand on Tachette, n a qu’une aune un quart de large, avoit au fortir du Métier deux aunes Sc demie * Sc fi la même piece dans cet inftant avoit vingt aunes de long , elle fe trouve réduite à dix.
- Je n’ai parlé de ce phénomène fingulier, que pour faire voir de quelle longueur dévoient être les Liffes , fur-tout lorfqu’on fe propofe de fabriquer des Draps d’une largeur extraordinaire. Il ne faut donc pas juger des Liffes par la largeur Étoffes de soie. V. Part, Zzzz
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- aétuelle d’une étoffe, mais par celle quils avoient avant de recevoir de l’apprêt.
- Le Foulon n’eft pas feulement mis en ufage pour les Draps ; il eft certaines Etoffes foie & coton, qui y perdent plus ou moins, félon leur efpece, ainfi que les couvertures de lit, & les moletons de foie : ces étoffes n acquièrent cette épaiffeur & cette confiftance que nous leur voyons, que par l’effet du Foulon ; après quoi on leur procure ce duvet qui les rend peluchées, en en tirant le poil avec des chardons, pareils à ceux dont on fe fert aux Draps avant de les tondrê.
- Il eft donc indifpenfable de connoître parfaitement la quantité dont telle ou telle étoffe perd au Foulon , pour lui donner en la fabriquant une largeur proportionnée à celle qu’on veut qui lui refte : il faut auffi connoître le nombre de brins , dont leur chaîne doit être compofée.
- J’ai dit, en parlant de la hauteur qu’on doit donner aux Mailles, dont on forme les Liftes , quelle ne pafle communément pas dix-huit pouces ; mais je n’ai-pas prétendu par-là qu’elles euftent toutes cette hauteur ; elle varie, en raifbn de ce que la chaîne eft compofée d’une plus ou moins grande quantité de brins ; & l’on peut établir pour réglé générale, que plus elle eft fournie, plus les Mailles doivent avoir de hauteur ; & au contraire, quand elle l’eft moins , on fo permet de leur en donner un peu moins. On ne diminue cette hauteur que par raifon d’économie , parce qu’il entre moins de fil ou de eoufi dans une Lifte de douze pouces de haut, que dans une de feize ; par exemple, ou de dix - huit ; encore cette économie n’eft-elle pas le fruit d’un calcul fort exaét ; car avec l’attention de retourner de temps en temps les Mailles fur les lifterons, on ménage le fil, & ce qu’on gagne à les faire plus courtes devient bien peu de chofo J d’ailleurs comme les frottements font bien plus durs quand elles font courtes, je penfe que ce qu’on ménage d’un côté , peut très-bien fe difliper de l’autre. Mais il y a là-deflus dans les Fabriques des préjugés dont il n’eft pas aifé de faire revenir les Ouvriers ; auffi voit-on peu de Fabriquants qui fuivent cette méthode : & rien n’eft fi ordinaire que des Mailles très-courtes, qui fe meuvent toutes dans un fort petit efpace , & s’ufent par ce moyen en fort peu* de temps. La dé-monftration de ce que j’avance eft à la portée de tout le monde ; il n’y a dans cette mauvaife méthode que le fil d’épargné ; car peu importe à un Ouvrier de donner trois ou quatre pouces de plus ou de moins à fes Mailles; la dépenfe de plus eft donc bien peu de chofè.
- Les obfervations que je place ici ont pour but de faire connoître bien des défauts , auxquels peu d’Ouvriers en Liftes prennent garde, & qui cependant peuvent tirer à conféquence, fur-tout dans la Fabrique des Etoffes de laine , où ces uftenfiles ne font pas auffi bien traités que pour les Etoffes de foie : on fe contente fouvent de leur donner huit pouces de haut , & l’on cherche après cela bien loin, remede aux inconvénients qui fe multiplient abondamment.
- Ces Mailles, dont le frottement fe pafle toujours au même endroit, font en peu de temps ufées, & fi l’Ouvrier n’a' pas foin de les raccommoder for le
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- Cinquième Partie. Objervationsfur les Métiers a faire des Lffes, êc. champ , les fils de la chaîne ne lèvent & ne baillent plus, & l’étoffe eft pleine de ces défauts , qui n y font que trop communs.
- Des différentes opérations.
- On doit fe rappeller les opérations que j’ai décrites à mefure que j ai traité chaque elpece de Mailles. Je n’y ajouterai rien ; mais je me crois obligé de parler des inconvénients qui naiflent de la négligence des Ouvriers à fuivre les méthodes que j’ai enfeignées : les deux premiers Métiers que j’ai rapportés y font moins fujets; mais le Métier à la Parifienne, ainfi que la maniéré dont on s’en fert, font fouvent très-vicieux.
- Quelques Ouvriers ont l’habitude de faire la fécondé partie des Liftes fins employer les tringles que je recommande, pour fervir de moule aux Mailles ; ils fo contentent de placer la Lille à une diftance approchante de celle qu’il faut, & croyent pouvoir luppléer à ces tringles , en confervant l’écartement auquel ils l’ont d’abord placée ; de maniéré qu a mefure qu’ils font leurs Mailles elles fo trouvent tendues.
- Il paroît au premier coup-d’œil que ces Mailles ne fouroient manquer d’avoir cette égalité de longueur, qu’il eft li elfentiel de leur donner ; mais en faifant attention à la difficulté, pour ne pas dire l’impoffibilité , de placer la première partie bien parallèlement aux tringles qui font la fécondé, ou conviendra que cette méthode eft-très défeétueufe , & les Liftes ne peuvent manquer d’être fen-fiblement plus hautes d’un côté que de l’autre, ainfi elle doit être abfolument rejettée , ou du moins elle devroit l’être; car je n’ai droit que de faire remarquer les défauts, & je fois bien qu’il n’eft pas de raifonnements qui tiennent contre la routine des Ouvriers. Un autre inconvénient aftfez confidérable, c’eft que le fil de cette fécondé partie , efluye un frottement qui fait rétrograder, fon tors ; de façon que certaines parties en ont beaucoup , & d’autres point du tout. Enfin, ces Mailles fe couchant les unes fur les autres, il eft clair quelles ne peuvent avoir un même degré de tenfion ; aulfi rien n’eft plus ordinaire dans les Fabriques que de voir des Liftes dont une partie eft tendue , tandis que l’autre eft fort lâche ; au moyen de quoi la chaîne ne leve pas également, & la trame ne s’y place pas" comme elle devroit l’être ; fource de ces imperfections & elpeces de canelures qu’on rencontre tous les jours dans des étoffes, dont le mérite particulier eft de préfenter une furface parfaitement unie.
- Il n’eft prefque pas d’Ouvriers, même parmi ceux qui foivent cette mauvaife méthode , qui ne conviennent de ces défauts ; mais, ou bien ils la tiennent de leurs parents ou de leurs maîtres, & n’en connoilfont pas d’autres ils la pratiquent telle qu’ils l’ont reçue, avec cette obftination, toujours compagne de l’ignorance ; ou bien ils trouvent dans ces procédés des moyens de gagner un
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- 364 VA R T DES ÉTOFFES DE SOIE.
- peu de temps , pour compenfer par - là la modicité du prix que leur donnent ceux qui les employent.
- On a tellement pris l’habitude de faire la féconde partie des Liftés à Maille tendue, que beaucoup d’Ouvriers ne font pas autrement toutes les leurs, 8c même ils en font les deux parties à la fois : telle efl: la coutume des Lifléurs qui travaillent pour les Remiflés des gazes. Ces Remiflés font compofés de LifTes à nœud fimple ; & pour les faire, deux Ouvriers, placés l’un devant l’autre 3 ayant le Métier entre eux, travaillent à la fois : l’un fait la partie ou fe trouve le nœud, & l’autre celle où il n’y en a pas : voici quelle efl: l’opération.
- Le Métier fur lequel fe fabriquent ces Liftés, eft placé horizontalement comme celui de Paris, Fig. i, PL 8 ; la différence confifte, en ce qu’au lieu des trois tringles, avec lefquelles on forme la première partie des Mailles , fuivant la méthode de Paris, ici ce font deux fortes tringles, feulement retenues dans les mêmes traverfes , mais dont l’écartement efl: égal à la hauteur totale des Mailles ; puis on paflé au milieu de cet écartement une tringle de fer poli, d’environ quatre lignes de diamètre ; de maniéré qu’elle n’approche pas plus d’un côté que de l’autre des tringles de bois. Dans cet état on conçoit aifément, qu’à mefure qu’un des deux Ouvriers fait une moitié de Maille, l’autre auffi-tôt paflé fà navette dans cette première moitié, & fait la féconde ; mais il faut prendre quelques précautions dont je vais parler.
- Il eft évident que fi l’un des deux Ouvriers faifoit de fuite une moitié de fa Lifté, fans que l’autre fît en même-temps la fécondé , le ferrement de chaque Maille feroit plier infenfiblement la tringle de fer, qui par ce moyen décriroic une courbe : les Mailles du milieu fe trouveroient , quoiqu’au total d’une longueur égale, partagées en deux moitiés inégales, à eau fe de la courbure de la tringle , & la plus courte feroit la première faite ; au lieu que fi l’on fuppofe qu’à mefure qu’un Ouvrier fait une demi - Maille, le fécond fait l’autre moitié, le tirage de l’une fur la tringle fera contre-balancé par celui de l’autre, & ainfi la Lifté fera parfaitement égale dans toute fà longueur, & c’eft-là ce qui a fait imaginer de faire à la fois les deux parties d’une Lifté : mais il s’en faut de beaucoup que les chofes n’aillent ainfi. J’ai dit ci-deflus que les Liftés qu’on fabrique ainfi à Paris font deftinées au Gaziers, 8c que ce font des Mailles à nœud fimple. On doit fe rappeller que des deux parties dont elles font compofées, l’une comprend le nœud, & l’autre n’en a pas. Or, il eft évident, que celui des deux Ouvriers qui fait la partie qui n’a pas de nœud, doit aller à peu près le double plus vîte que l’autre ; par conféquent il ne pourra pas éviter la courbure de la tringle & l’inégalité des Mailles ; c’eft pour parer à cet inconvénient qu’on a coutume de foutenir cette tringle contre l’effort qui tend à la courber, au moyen d’un arc-boutant de bois un peu échancré par chaque bout, pour mieux tenir en place : cet arc - boutant doit avoir de longueur l’écartement exaét de deux tringles, & à mefure que l’Ouvrier avance fon ouvrage, il le place contre l’en-
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- Cinquième Partie. Obfervatlons fur les Métiers a faite les Lljfes, &e. 3 6$ droit ou il en eft ; l’autre continue fon opération , Sc net! arrêté par aucune difficulté. L’opération de foutenir la tringle de fer , qu’en terme d’Ouvriers on nomme caler, eft , comme on le voit , indtfpenlàble pour remédier à la défec-tuofité de la méthode que je viens de rapporter.
- Outre le nœud que le fécond Ouvrier eft obligé de faire pouf ces fortes de Liftes, Sc qui ralentiflènt fa marche ( je n’entends pas parler ici du nœud que chaque Ouvrier fait de fon côté fur le criftele , mai« de celui qui conftitue les Mailles à nœud) , il eft encore arrêté par l’attention qu’il faut apporter pout paflèr la navette dans l’ouverture de la première partie, dans le fens convenable , pour ne pas faire de Mailles à col tors, Sc pour les bien prendre les unes après les autres, fans en paflèr aucune : comme fouvent ces Mailles font fort ferrées for la tringle de fer , & qu’elles font fort tendues , il n’eft pas aifé de paflèr la navette dans un aufïi petit elpace, & dans une aufli petite ouverture ; ce qui ne manque pas de retarder l’Ouvrier.
- C’eft auffi la difficulté de pafler la navette, qui fait que pour cette fécondé partie on fe fort de fort petites navettes, auxquelles on ne donne guere qu’une ligne & demie d’épaiflèur, encore a-t*on foin de n’y mettre que fort peu de fil ; au lieu que l’autre Ouvrier, qui dans fon opération n’eft gêné par rien , peut à fbn choix fe fèrvir d’une navette ou d’un rochet.
- Peut-être que ce qui a donné lieu à l’ulàge de la tringle dont je viens de parler pour les Mailles à nœud, vient de l’idée qu’ont eue certains Ouvriers , da rendre par ce moyen l’ouverture de ces nœuds égaie dans toutes les Mailles ; mais s’ils avoient voulu faire quelque attention à la maniéré dont on augmente ou diminue à volonté ces nœuds , au moyen des baguettes, dont j’ai indiqué l’ulàge dans un autre endroit ; ils auroient fenti que cette légère précaution te-noit lieu d’une méthode aufli vicieufe, & en exclu oit tous les inconvénients.'
- Si quelqu’un veut abfolument fe fervir de la méthode dont je viens de parler, au moins doit-il entièrement abandonner l’ufage de travailler deux Ouvriers à la fois pour mener les deux parties enfemble : il faut dans ce Cas commencer par la partie qui n’a pas de nœuds , & pour l’autre il faut fe faire préfènter les Mailles l’une après l’autre, feul moyen d’éviter les croilèments, auxquels cette méthode eft fujette, ainfi qu’à prendre deux Mailles pour une, ce qui change entièrement l’ordre Sc les difpofitions des Liftes, Sc y jette une confufion qui tourne toute au préjudice de l’Ouvrier Sc dé l’Ouvrage. J’ai eflàyé par moi-même toutes les maniérés que je rapporte ; & quoique cette derniere foit encore très-imparfaite , j’ai remarqué que le feul moyen d’en tirer quelque parti, eft de faire les deux parties des Liflès l’une après l’autre, & même je puis aflurer qu’on y gagne du temps , non pas relativement à une Lille, qui, faite par deux à la fois, va né-ceflàirement plus vite ; mais par rapport à la journée de deux Ouvriers, qui fé» parément font beaucoup plus d’ouvrage, Sc le font d’une meilleure qualité.
- En comparant la dépenfe d’une Liflè, dont les Mailles font à nœud , avec Etoffes de soie. K Part. A 5
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- 366 L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE. celle d’une autre ou elles font à grand ou à petit coulifle, on eft fupris avec rai-fon, qu’un auffi mince objet ait pu jufqu’à préfent déterminer les Fabriquants à donner la préférence aux premières. Il eft certain qu’y ayant moins de Mailles , la- quantité du fil ou du coufi qu’on y emploie n eft pas auffi grande, & par con-féquent la dépenfo première auffi forte ; mais auffi les frottements portent tout entiers for un fort petit efpace, qui eft la partie du nœud, & par conféquent cet endroit eft très-promptement ufé ; au lieu que les Mailles à grand ou à petit coulifle ont la facilité de fe changer en baillant ou retournant les crifteles for leurs lifterons; d’ailleurs l’une des deux Mailles ne frotte qu’en élevant la chaîne, 6c l’autre ne frotte qu’en la baillant ; il eft donc évident que ces frottements , ainfi répartis, font beaucoup moins fenfibles : une Maille à nœud vient-; elle à cafter, l’Ouvrier a toutes les peines imaginables à la refaire , encore ne fauroit-il la faire comme il faut dans une auffi grande quantité de Mailles, de fils & d’embarras de toute efpece ; ainfi tout engage à rejetter une méthode auffi vicieufo.
- 1 Une autre difficulté non moins eflentielle dans l’ufàge des Mailles à nœud , ceft lorfqu’il s’agit de pafler les fils d’une chaîne dans des nœuds, qu’un rien peut ouvrir ou fermer ; & tel Ouvrier ne remettra qu’une chaîne dans un temps donné dans des Mailles à nœud, qui dans le même temps en remettrait trois dans des Mailles à grand ou à petit coulifle. On eft obligé pour les premières, de fe fervir d’un inftrument d’ivoire ou de laiton, qu’on nomme pafjette , de peur d’aggrandir l’ouverture des nœuds,comme on le feroit fi l’on fe fervoitde fes doigts pour le même ufage; au lieu qu’on n’a d’autre précaution de l’autre maniéré qu’à ménager le fil ou le coufi ; précaution commune aux deux méthodes.
- Un Ouvrier attentif doit , après avoir fabriqué environ vingt-cinq aunes d’étoffe quelconque , changer un peu les crifteles de place for le liflèron ; .par ce moyen les fils de la chaîne rencontrent des parties de Mailles qui n’ont encore effuyé aucun frottement, & les Liftes en durent beaucoup plus long-temps, ce qui ne peut fe pratiquer aux Mailles à nœud ; & à travailler également, une Lifte à grand ou à petit coulifle peut durer trois ans, tandis qu’une à nœuds aura peiné à finir fon année.
- Il rie faut pas croire que je prétende par-là fixer la durée des Liftes ; cela eft impoffible, & dépend de plufieurs circonftances qu’il n’eft pas facile de faire rencontrer. Premièrement, l’adreflè de l’Ouvrier, qui peut les ménager plus ou moins ; fecondement, la bonté du fil ou du coufi qu’on ne peut jamais garantir, 6c plufieurs autres événements qui concourent à leur deftruétion ou à leur con-fervation.
- On aura occafion de voir par la foite qu’il y a dans les Manufactures, des Ouvriers dont l’unique occupation eft de remettre les chaînes dans les Mailles des Liftes • lors donc qu’une fois une chaîne eft ainfi paflee, l’Ouvrier n’a qu’à fabriquer fans aucun autre foin ; cependant, comme il eft poffible que quelque fil de cette
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- Cinquième Partie. Offerv allonsJur les Métiers afaire les Lijfes, &c. 367 chaîne vienne à caiîèr , il ne làuroit aller chercher un autre Ouvrier pour le repaffer : on conçoit qu’il a beaucoup plus de peine lorfque les Mailles font à nœud , n étant pas accoutumé à ce genre de travail, que quand elles font à coulifle, qui donnent un libre paflage aux doigts de l’Ouvrier le moins à droit*
- Je n’oferois prononcer auffi affirmativement fur la préférence qu’on doit accorder à telle ou telle méthode , lî je n’avois pris foi n de me mettre au fait des opérations de chacune ; il ne me manque que cette pratique 9 qu’on ne peut acquérir que par un long travail , & qui ne confifte que dans la prompte exécution des préceptes que je donne fur toutes les parties qui peuvent avoir quelque rapport avec l’Art dont j’ai entrepris de donner la defcripcion. U ne m’a cependant pas été poffible de pratiquer de mes mains toutes les opérations que je rapporte ; mais connoiiïànt par moi - même les principales 5 j’ai parcouru les Ateliers & les Fabriques, j’ai conféré avec les différents Ouvriers, qui, ne fe doutant pas du deflèin que j’avois de publier mon Art , ne m’ont regardé que comme un Artifte qui veut s’éclairer ; au lieu que je n’eulfe trouvé en eux que diffimulation & éloignement* Ce que je dis ici eft à deflein de prévenir la critique que je m’attends à voir faire de toutes mes delcriptions: mais avec des intentions droites, des connoiflànces sûres * un courage infatigable, j’efpere me captiver la bienveillance de cette partie refpeétable du public , qui juge làinement, & làns partialité, & pour laquelle feule j’écris.
- Je ne finirois pas û je voulois répondre auxobjeélions que chaque Ouvrier m’a faites en particulier ; il n’en eft pas un qui ne loutienne la maniéré d’opérer comme la meilleure de toutes , Sc c’eft cette obftination qui n’admet pas même d’examen, qui apporte le plus grand obftacle aux progrès des^Arts. Je prends donc le parti de ne répondre à perlbnne, & je me perliiade que les foins que j’emploie feront la réponfe la plus latisfailante que je puifle donner.
- On trouvera peut-être déplacées les obfervations que je fais ici fur la nature,’ l’emploi, & les différentes qualités des Lilfes ; ' mais j’ai mieux aimé épuiler tout ce que j’avois à dire fur ce fujet, dans le Traité même , que de me livrer à ces mêmes réflexions, lorfque je traiterai de la fabrique des Etoffes , où on fera en état de lèntir les défauts que j’aurai remarqués, & par-là je rendrai ma marche plus rapide & mes defcriptions plus claires ; d’ailleurs pour completter ce Traité en faveur des perlonnes qui ne voudront pas acquérir celui des Etoffes de Soie, j’ai dû ne rien laiffer à defîrer de tout ce qui lui eft relatif. Il ne me reliera , lorfque je décrirai les opérations de fabrique, qu’à indiquer les Liffes qu’il eft plus à propos d’employer , & le Leéieur laifira auffi - tôt les railons de préférence.
- Pour revenir à mon fujet il faut lavoir, que de toutes les elpeces de Mailles, dont j’ai donné la defcription, on n’eft pas maître d’employer indifféremment les unes ou les autres , fur-tout dans la fabrique des étoffes. Ce feroit entrer dans un détail inutile que de faire l’énumération de toutes les Etoffes de Soie, ainfl
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- que des Lifles qui conviennent à chacune. Je crois que cette indication fera mieux placée à mefure que je traiterai de la maniéré de fabriquer chaque efpece d’Etoffe en particulier ; mais je puis dire en général quelles font celles qui font particuliérement admifes dans les genres que je ne dois pas traiter.
- En générai onfe fort de Mailles à nœud dans la Fabrique des Gazes.
- Pour les Toiles on emploie ordinairement celles à nœud & à crochet.
- Pour les Draps & toutes les Etoffes de laine, on préféré communément les Mailles à nœud ; & pour ce genre feulement, des Mailles à double nœud, que je n’ai pas cru devoir décrire dans un article féparé, mais dont je dirai inceflàm-ment quelque chofo.
- Je n’ai pas connoiflance qu’on fo fervede Mailles à couliflè, autre part que pour les Etoffes de foie ; mais je fois perfoadé que fi les autres Fabriquants en connoifîoient les avantages, iis les auroient bien-tôt adoptées.
- Dans une matière auffi vafte, les réflexions abondent & fo multiplient à chaque pas : heureux qui fait les préfonter au Leéteur avec ordre ; je fons ce qu’il faudroit faire, mais mes forces ne me permettent pas de l’exécuter ; & je m’apperçois que je me fuis écarté de mon fujet principal, je veux dire la conftruéïion des Lifles ; j’y reviens.
- Lorfqu’on m’a vu blâmer avec tant de force la maniéré de faire les Lifles à deux Ouvriers à la fois, pour que les deux parties marchent à peu près enfom-ble , je n’ignorois pas ce qu’on peut dire pour foutenir cette méthode : les Ouvriers qui la mettent en ufàge prétendent, qu’en les faifant l’une après l’autre on peut aifément fo tromper , en paffant le fil deux fois de fuite deflus ou deflous le couliffeur ; ce qui formeroit deux Mailles longues ou deux courtes de fuite. Ils prétendent encore qu’en faifant la fécondé partie, on peut aifément fo tromper de Mailles, & joindre une partie courte avec une fomblable , ou une longue avec une longue , ce qui met les Lifles hors d’état de forvir ; au lieu qu’en travaillant à Maille tendue on n’a pas cet inconvénient à craindre.
- Cette objeétion eft féduifante , mais facile à réfuter ; il faut pour fo tromper auffi groffiéretnent, perdre de vue les Jignaux dont j’ai rapporté l’ufage, & qui indiquent foffifamment à quelle partie on en eft ; & comme pour fo rencontrer jufte avec le nombre de Mailles qu’une Lille doit contenir, il faut connoître celui des fignaux, ainfi que la quantité de Mailles que chacun d’eux doit contenir, il paroît difficile de fo tromper affez groffiéretnent pour faire deux Mailles pareilles de fuite, fans s’appercevoir bien-tôt de cette erreur au premier fignal ; & les Mailles à coulifles étant compofées de deux Mailles à crochet, ainfi qu’on l’a vu , elles doivent toujours marcher à nombre pair, & par conféquent il eft difficile de fo tromper jufqu au fignal, à moins que dans l’efpace de l’un à l’autre, qui renferme ordinairement vingt ou quarante Mailles, on n’en ait fait de fuite deux longues & deux courtes ; ce qui pourroit arriver à caufo du nombre pair, & impair, fur lefquels le Remifleur doit fe guider , de la maniéré foivante.
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- Cinquième Partie. Obfervationsfiir les Métiers à faire les Lijfesy &c. 369 Il doit avant tout établir que le N°. 1 , qui répond à une partie , fera rempli de Mailles courtes, 8c celui 2 , ne le fera que des longues ; il lui fera très-facile par ce moyen de reconnoître promptement quand ce fera le tour d’une Maille courte ou d’une longue ; 8c fi l’on ne fuppofo pas d’erreur d’une autre efpece de la part de l’Ouvrier , il n’eft pas poflîble que chaque vingtième ou quarantième Maille qui finira lé lignai ne^doive fe rencontrer courte ou longue, félon qu’il l’aura déterminé en commençant ; alors il examine foigneufoment en arriéré jufqu’à l’endroit où il s’efl: trompé , que les Ouvriers appelle trompage , cafle la demi-Maille fautive, après avoir défait toutes celles de devant, noue le fil fur le crif-tele, & continue fon ouvrage.
- Il y a plufieurs genres d’Etoffes dans la fabrique defquelles on ne {àuroit gueres employer d’autres Lifles que celles à crochet; mais il foroit à defîrer que les fils y fulTent paffés d’un autre maniéré que celle que repréfente la Fig. I, PL 2; comme je l’ai déjà dit, les fils de la chaîne , ferrés entre les deux demi-Mailles, efluyent un frottement confidérable qui s’oppofo à Ion paflàge ; 8c pour peu qu’il vienne quelque bouchon, la foie fe déchire, 8c l’étoffe en eftbien-tôt altérée. Sans la difficulté qu’on éprouve à pafjer 8c à remettre aux LiiTès à nœud, je trouverois leur ufàge fans contredit préférable : d’un autre côté ces nœuds en hauffant 8c baiflànt fans ceffe, font augmentés ou diminués à chaque inftant, ainfi tout engage à fe fervir des Mailles à petit coulifle. 1
- Les Mailles à grand coulifle ont plufieurs avantages , qui les font préférer par beaucoup de Fabriquants , 8c entr’autres celui de faire mouvoir de bas en haut les fils de la chaîne, fans leur ôter la liberté d’être mus par les maillons du corps de la tire ; mais on ne fait par-là que diminuer le nombre des Liffes, & non pas la quantité de fil ou de coufi ; car elles doivent avoir au moins deux pouces de foule de plus que les autres , 8c elles doivent contenir autant de Mailles qu’une plus grande quantité de Lifles en comiendroit fi elles étoientà crochet.Je dis que ces Lifles doivent être plus hautes que les autres, car , attendu que les Mailles en font très-ferrées, elles éprouvent plus de frottement de la part de la chaîne, '& on vient about de le diminuer un peu en ledivifànt fur plus de hauteur : lorf-qu’au contraire on fe fort de Mailles à crochet , elles ne defoendent pas pour rabattre îa chaîne, ni ne lèvent pas pour la faire lever, autant que font obligées de faire les Liffes à grand coulifle ; 8c comme cette chaîne eft répartie dans un plus grand nombre de Liffes, le travail de l’Ouvrier en devient encore-plus aifé : tout concourt donc en faveur des Mailles à crochet pour les Etoffes façonnées. Il efl: temps que je dife un mot des Mailles à double nœud, que je n’ai fait qu’annoncer : comme l’ufàge de ces fortes de Mailles ne s’efl: encore borné qu’à des eflàis, je n’ai pas cru devoir les mettre au rang des uftenfiles reçus 8c utiles.
- Quelques Ouvriers rebutés de voir que les Mailles à nœud qu’ils conf-truifoient avec du coufi , étoient fujettes à l’inconvénient de glifler, de façon que l’anneau efl: toujours ou fermé ou trop grand , on a effayé de fixer lepremier Étoffes de soie. F. Part. B 5
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- 37o L'ART DES ETOFFES DE SOIÇ.
- nœud ordinaire , par un fécond nœud qui l’embraflat & confervât l’ouverture dans un même degré ; mais dans ce cas il eft à craindre que ces nœuds, dont la groiTeur eft toujours trop forte, ne nuifent au mouvement de la chaîne , 8c même ne la rongent à la fin. Il n eft gueres poffible d’employer ces fortes de Liftes à fabriquer d’autres Etoffes que celles de foie , encore dois - je convenir que je n’en ai jamais vu faire que des eflais , 8c que celles à nœud fimple n’ont réufïï que lorfque , pour éviter que l’anneau ne changeât de grandeur, on avoit eu la précaution de frotter le coufi avec de la cire.
- On fait aufïï des Mailles à double nœud pour les Fabriques d’Etoffes groflieres, comme couvertures, tapifteries de Bergame, & autres ; mais alors on fe fort de ficelle fort menue, 8c c’eft je crois le foui cas où on puifle fo forvir de pareilles Mailles ; attendu que, comme dans ces Etoffes les chaînes font beaucoup moins ferrées qu’aux étoffes fines, les nœuds ainfi doublés trouvent un pa(Tage pl us libre entre chaque fil de ces chaînes.
- L es Remiffeurs qui ont cherché à perfectionner tous les genres qu’ils em-ployent , ont fu donner au double nœud une forme qui diminuât un peu fà groffeur ; ils les font de maniéré qu’ils font applattis, 8c les Fabriquants les connoiffent fous le nom de nœud plats ; par ce moyen ils préfontent une moindre réfîftance pour paifer entre les fils de la chaîne.
- Telles font les réflexions que j’ai cru devoir préfonter au Lecteur, fur les défauts 8c les avantages des différentes Mailles : je defire quelles tournent à leur perfection.
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- De maniéré d'entretenir les Lijfes pour les conferver plus long-temps
- dans leur entier.
- S’il eft avantageux pour les Ouvriers d’avoir des uftenfiles en bon état, il eft néceflfaire de les y entretenir ; mais il en eft peu qui daignent en prendre foin quand ils n’en ont plus un befoin actuel ; c’eft [ainfi que beaucoup d’entr’eux en ufont à l’égard des Lifles, 8c l’on eft fouvent fort fiirpris lorfqu’on veut en faire forvir d’anciennes, de les trouver en très-mauvais état faute de les avoir entretenues.
- Le détail que ces foins exigent n eft pas du reiïbrt du Remifleur, auffi pourra-t-on trouver déplacé ce que j’en dis ici; mais fi ce Traité eft intitulé , Art du RemiJJeur, il me paroît qu’il appartient autant à l’Ouvrage qu’à l’Ouvrier, & que tout ce qui concerne les Liftes n’y eft pas déplacé.
- Il y a des Ouvriers entre les mains defquels un Remiflè peut forvir trois, & même quatre ans de fuite, tandis que d’autres l’uferoient en moins d’un an, encore feroient-ils moins d’ouvrage avec. Voyons donc en quoi peut confifter un foin fi avantageux aux Fabriquants.
- Il y a plufieurs précautions à prendre pour tirer des Liffes tout le parti poffible,
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- Cinquième Partie** De la maniéré c?entretenir les LlJJes, &c. 5*71
- ïân$ les trop fatiguer. Un Ouvrier qui, dans l’arrangement de fon Métier , lait régler à propos le mouvement des Lifles , doit avoir attention à ne donner aux cordes qui les font mouvoir que le degré exaét d’étendue qu’elles doivent avoir, pour les faire monter ou defcendre bien perpendiculairement, foit qu’elles fe meuvent feules > ou plufieurs à la fois, ou qu’elles relient immobiles ; mais fi une Lifle eft dans fon mouvement tirée en avant ou en arriéré, elle efluye un frottement confidérable , puifque fouvent elle entraîne avec elle les autres Lifles , qui ne doivent pas fe mouvoir dans cet înftant ; fl une Lifle eft mal diipofée, il eft certain que toutes les autres doivent être montées de la même maniéré ; & fi quelques-unes feulement ont un mouvement vicieux , elles iront néceflàirement ronger les Mailles de leurs voifines, foit quand elles le meuvent, foit quand les autres fe mouvront, & les fils de la chaîne eux-mêmes en feront altérés. Il eft peu d’Ouvriers qui portent jufques-là leur attention, parce que le plus grand nombre fe contente à?obtenir l’effet dont il a befoin pour l’inftant, lans ih mettre en peine de la durée de l’uftenfile qu’il met en oeuvre ; mais, comme je l’ai dit bien des fois , il n’efl: pas de mince épargne pour un Fabriquant qui veut vendre fes étoffes au prix courant, avec quelque bénéfice.
- Suppofbns que les Lifles foient bien armées, elles peuvent encore être en très-peu de temps détruites par la maladrefle de certains Ouvriers , qui, quand ils fabriquent, pôfent brufqucment le pied fur les marches qui les font mouvoir, ou les lèvent de maniéré que la totalité des Lifles eft dans une agitation perpétuelle , accompagnée d’un bruit confidérable , occafionné par des chocs des unes contre les autres : en faut-il davantage pour ruiner en peu de temps les uftenfiles les plus folides, & les Mailles même ne fauroient réfifter à des fac-cades aufli fortes 8c auffi multipliées.
- Il eft rare, pour ne pas dire impofîible , que toute une Maille cafte dans un même inftant ; & ordinairement on ne voit guere cafter qu’une demi - Maille : il eft à propos, aufli-tôt que l’Ouvrier s’apperçoit que le fil de la chaîne qui y répond ne lève ou ne delcend plus , d’aller la racommoder ; pour peu qu’il le néglige, l’étoffe en eft altérée fenfiblement en cet endroit. Voici la maniéré de refaire cette Maille.
- On cherche dans la Lifle la Maille caflee ; on tient en main un bout de fil, d’une longueur & d’une grolfeur convenables pour faire une demi-Maille ; on le paffe dans la demi-Maille qui réfte , & on le noue au - deflus du lifleron, de maniéré que cette Maille ne foit ni plus ni moins tendue que toutes les autres ; puis prenant les deux bouts de la vieille demi-Maille , on les noue folidement fur le criftele de la Lifle à laquelle elle appartient, afin que les Mailles voifines, dont ce fil eft la continuation, à droite & à gauche, ne fe lâchent pas ; enfin on paffe fur le criftele un des bouts de la nouvelle demi-Maille dans le même endroit où on a noué la vieille , 8c on fait un double nœud en joignant ce bout à
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- lautre ; par ce moyen cette nouvelle Maille remplace celle qui vient de manquer , 8c l’Ouvrier continue fon travail.
- Qu’on juge après cela de l’importance du foin qu’on doit avoir pour les Remifles , & de la dépenfe qu’on peut épargner. Il y a des Fabriquants qui , pour engager les Ouvriers a ménager davantage les Lifles , aiment mieux leur donner un prix plus fort, & les obliger à fe fournir eux-mêmes de cet uftenfile. Ce moyen n’eft pas à rejetter entièrement ; mais ne peut* il pas fe faire auflî que pour économifer davantage , cet Ouvrier fe ferve de LifTes en trop mauvais état, & alors l’Etoffe elle-même en devient défeélueufe ?
- * Il y a certains Remiffes dans lefquels il entre jufqu’à quarante once s de coufi, qu’on vend communément trois livres quinze fols l’once; & fi l’on joint à cette dépenfe la façon de l’Ouvrier , cet objet peut monter environ à 160 liv.
- U eft certain que fi un Ouvrier, à qui on confie un pareil uftenfile, l’ufe en un an.& demi, comme il arrive très-fouvent, c’eft un entretient de plus de ioo 1. par an par chaque Métier , tandis qu’avec un Ouvrier foigneux il ne devroit pas * excéder 2 y liv.
- Les Remiffes de fil, qui coûtent beaucoup moins , ne laiffent pas d’être d’une dépenfe affez confidérable, parce qu’ils s’ufent beaucoup plus vite que ceux de foie , & même avec un foin égal, l’expérience a appris qu’un de foie duroit autant que trois de fil. Il eft étonnant que dans les Villes les plus florif-fautes pour les Manufactures d’Etoffes de Soie, on continue à fo forvir de Lifles de fil, puifque la dépenfe des unes ne fauroit entrer en comparaifon avec celle des autres. Je dis des Etoffes de Soie, car il eft certain qu’on ne fauroitfe fervir d’autres Lifles que de fil dans prefque toutes les autres Etoffes ; il n’y a donc que la premiete dépenfe qui coûte , & lors qu’un Fabriquant s’y eft une fois déterminé , l’entretien eft fort peu de chofe : il eft même certain qu’une Etoffe fabriquée avec des Lifles de foie, en acquiert une beauté, qui peut la faire valoir environ trois pour cent plus qu’une autre. Si c’eft l’Ouvrier qui eft chargé de fournir le Remifle, pour peu qu’il foit habile, il peut faire par jour au moins une aune de plus à certaines étoffes, s’il le fait faire avec de la foie : quand cette aune ne lui vaudroit que fix fols par jour , il augmente le prix de fon travail journalier d’un cinquième , puifque les journées ordinaires font de trente fols ; il peut donc fe procurer , par fon induftrie , un bénéfice d’environ dix-huit pour cent de plus, qu*en fe fervant de celles de fil ; & fi 1 on foppute ce qu’un Ouvrier peut gagner dans un an , en fuppofant trois cents jours ouvrables, à une livre dix fols chaque, on aura un produit de quatre cent cinquante livres ; à quoi ajoutant quatre vingt-une livre du bénéfice qu’il peut faire en fe fervant des Lifles de foie , on aura la fomme totale de cinq cents trente-une livres, qu’il peut fe procurer {ans forcer aucunement fon travail, & qui dans une famille peu fortunée ne laifle pas de faire quelqu effet.
- Je crois avoir démontré l’économie qui réfulte de l’ulàge des Remifles de
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- Cinquième Partie De ta 'manière cf entretenir les Liffes, &c* yj^ foie ; fi Ion y joint la dépenfe qu’on eft obligé de faire pour remettre là chaîne à chaque Lille nouvelle, & qui fo monte à fix livres , à moins que l’Ouvrier ne fat en état de faire lui-même cette opération , auquel cas il perdroit encore fon temps ; plus, fix livres pour la façon de chaque Lille ; on trouvera que d’un côté fon bénéfice eft beaucoup augmenté, & de l’autre confidérablement diminué, & par-deflus tout cela l’étoffe en eft beaucoup mieux fabriquée.
- Après avoir établi des réglés générales fur la meilleure conftruélion dés Liftes * je reviens fur mes pas, & j’avoue que toutes celles dont on fe fert dans les Fabriques , même d’Etoffes de Soie, ne doivent pas être de coufi, {ans exception 5 les frottements qui nuifent le plus à la durée des Liftes, ne font pas aufli multipliés dans toutes les Etoffes, Sc alors on peut les faire avec du fil dans les cas donc je vais parler*
- Les perfonnes qui ont quelque coiinoiflànce de la fabrique, lavent qtie les étoffes brochées font d’autant plus longues à fabriquer, qu’elles font plus chargées de brochure : il en eft même dont l’Ouvrier le plus habile ne fàuroit faire par jour plus d’un quart d’aune , d’autres une demi aune , d’autres trois quarts, ou une aune, plus ou moins, en proportion de leur richeffe de deflein : or , dans ces cas , il eft certain que la trame n’avance pas beaucoup, & que par conféquent les Liftes qui font lever la chaîne n’éprouvent pas des mouvements fréquents ; je m’explique : lorfqu’une étoffe eft fort chargée de deflèins * qu’on exécute en brochure, ces defleins s’exécutent à la tire ; & pendant ce temps-là les Liftes qui font mouvoir la chaîne , relativement à la trame, relient tranquilles, & ce n’eft qu’après que tous les coups üefpolins font donnés , que l’Ouvrier donne un coup de trame ; telle eft la raifon pour laquelle j’ai dit qu’un très-habile Fabriquant n’en peut fouvent faire qu’un quart d’aune, &c. Lorfque j’ai recommandé de conftruire les Liftes en foie , cela fe doit entendre de celles qui font deftinées aux étoffes courantes * dont on peut faire plufieurs aunes dans un jour, & où la chaîne eft dans une agitation perpétuelle ; ainfi donc, dans l’autre cas , on pourra les faire avec du fil pour gagner fur la première dépenfe , & parce que de pareilles Liftes font en état de durer très-long-temps ; d’ailleurs ces Mailles ne font ordinairement pas à couliflè,mais bien à crochet, & par conféquent n’éprouvent pas de grands frottements ; ainfi les Liftes de foie doivent être réfervées pour les étoffes courantes, ou celles en plein.
- U y en a encore quelques-unes pour lefquelles on peut fe fervir de Liftes de fil, quoiqu’elles foient façonnées, & quelles ne foient pas brochées ; telles font les Prufliennes, les Droguets libérés ordinaires, les Satins deux lacs > làns liage, les petites Florentines , & quelques autres étoffes à peu près du même genre , parce que le nombre des Liftes ne paflè pas fix ou huit, & que d’ailleurs les fils de la chaîne ne font pafles que fur les Mailles , qui ne fervent qu’à les faire lever.
- On met aufli quelquefois des Liftes de fil avec celles de foie, commâ Étoffes de soie. K. Parc* C y
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- 374 L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- dans la fabrication des Moëres fatinées , ainfi que des Moëres double fond ; parce que , pour bien fabriquer les premières, on eft forcé de faire les Liffes de fond en coufi, & celles du Satin en fil, fi on le juge à propos. Il feroit pourtant mieux de les mettre auffi de foie ; mais ce changement n’eft pas d’une grande conféquence, tant pour la beauté de l’étoffe que pour la promptitude du travail. ^
- Pour les Moëres double fond on fait auffi les Liffes de fond en coufi, 8c celles du Satin & du liage, en fil, fi l’on veut ; cependant, comme ces dernieres font plus fatiguées que les autres, il vaudroit mieux les faire en foie.
- On fera peut-être furpris qu’il foit poffible d’entre-mêler ainfi des Liffes auffi différentes ; mais il faut lavoir, que de quatre Liffes, deftinées pour le fond dans les Moëres fatinées, deux doivent mouvoir alternativement avec les deux autres ; c’eft-à-dire, que deux lèvent deux fois de fuite , & enfuite les deux autres en font autant ; au lieu que pour quatre fois que celles du fond fe meuvent, celles du fàtin ne lèvent qu’une fois ; ainfi fur huit coups de navette qu’on paffe pour former le corps de la Moere, chacune des huit Liffes du fa tin ne fait qu’un mouvement : de plus , chacune des Liffes qui fervent à former le fond de l’étoffe, fait mouvoir le quart de la chaîne , au lieu que celles du fatin n’en font mouvoir chacune qu’un huitième. On peut donc s’attendre que les Liffes du fond doivent s’ufèr Huit foie pins vîte que celles du fàtin, fi on les faifoit toutes de foie , ou toutes de fil. Tout ce que je viens de dire peut s’appliquer aux Moëres double fond.
- Il y a encore d’autres genres d’étoffes où on fe fërt d’une partie de^Remîfles en foie, & l’autre en fil ; je n’en ferai pas ici l’énumération, mais j’établirai comme réglé d’écônomie, que lorfque dans une étoffe on eft contraint de mettre deux corps de Remifle , dont l’un doit travailler beaucoup plus que l’autre , quoiqu’il foit compofé d’un moindre nombre de Liffes : s’il contient une auffi grande quantité de mailles que l’autre, il eft à propos de faire l’un en fil (ceft celui qui doit travailler le moins ) & l’autre en foie ; par ce moyen toutes les Liffes fe trouvent ufées à peu près enfembie, & le travail de l’Ouvrier en eft plus régulier.
- Il n’eft aucun Fabriquant, & même aucun Ouvrier , pour peu qu’ils ayent quelque expérience, qui ne foient en état de déterminer, quelles Liffes il convient de faire en foie ou en fil ; il fuffit pour cela de juger de la quantité de mailles que l’étoffe qu’ils projettent d’exécuter exigera, de la partie plus ou moins confidérable delà chaîne que ces Liffes doivent faire lever ou rabattre ; enfin, de la multiplicité plus ou moins grande des mouvements qu’elles doivent éprou* yer.
- On peut dire en générai que les étoffes de foie unies doivent être fabriquées avec des Remifles de foie, parce que ce font les plus difficiles a rendre parfaites, & que les moindres défauts y paroiffent ; c’eft par cette raifon que chaque fil de
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- Cinquième Partie^ De la maniéréd* entretenir les Lîjfes * :&c» yjÿ la chaîne doit être retenu par-deflus & par-deflbus dans les mailles des Lifles % & qu’on ne fauroit y en employer quà crochet ou à petit coulifle ; par ce moyen > la chaîne leve & baiiTe uniformément, donne un paflàge égal à la navette , & chaque Duite de la trame s’y trouve placée comme elle doit l’être. Si lès mailles font à petit coulifle, comme leur nombre efl: double de celui des fils dè la chaîne, ainfi qu’on l’a dit, il efl à propos de les faire en coufi pour diminuer les frottements ; avantage qu’on ne rencontreroit pas en les faifànt avec du fil.
- Si l’on préféré les mailles à crochet, il efl encore plus à propos de les faire en foie , car un Remifle qui ne contiendrait que quatre Lifles, dont chacune aurait quatre cents Mailles > fur vingt-deux pouces de largeur, & qui ferait dé fil, même le plus analogue au compte de foie & à la force de l’étoffe ? fi les mailles en étoient à crochet , donnerait plus de difficultés pour le travail qu’un Remifle de foie, pafle de même, & dont les Lifles auraient chacune mille Mailles fur la même largeur ; cependant je crois avoir démontré qu’un Remifle de fil bien combiné, fait à petit coulifle , donne pour la fabrication beaucoup plus de facilité qu’un de loie, dont les mailles font à crochet, & en balançant fes avantages & fes inconvénients 5 on trouvera que d’un côté l’Ouvrier va plus vite avec ce Remifle de fil ; 8c de l’autre fétoffè n’eft pas fabriquée avec autant de propreté ? & les fils de la chaîne ne font pas aufli fujets à fe cafler ; mais une longue expérience a fait connoître qu’il altérait infenfibiement cette chaîne * en forte qu’au bout de quelque temps les Lifles font couvertes d’un duvet allez confidérable, dont la fource ne fauroit être douteufe , puifqu’il efl abfolument de la couleur de la chaîne ; & ce qui n’eft pas emporté de ce duvet par les Lifles* ne réfifte pas en paflant entre les dents du peigne, ou il fe fixe contre les jumelles ; on en apperçoit même en quantité par terre fous le Métier. Rien n’eft donc aufli fenfible que cette altération, à laquelle il eft eflentiel d’apporter remede*
- Mais, dira-t-on , comment peut-on connoître fi ce font les Lifles & le peigne qui tirent de la chaîne ce duvet qu’on y remarque fouvent ; & ne fauroit-on attribuer à une toute autre caufe un effet aufli ordinaire \ à cela la réponfe eft bien fimple : qu’on fe ferve de toutes autres Lifles que de celles que je condamne , & ce duvet n’aura plus lieu : on n’en voit jamais aux Lifles de foie ; quelle preuve plus fenfible puis-je donner du tort que font aux étoffes les Lifles de fil, excepté dans les cas que j’ai indiqués, où on ne peut gueres s’en pafler !
- Dans plufieurs Villes de Manufaéiure d’étoffes de foie on eft forcé de gom~ mer ou coller les chaînes des étoffes, &fàns cette précaution on ne fauroit venir à bout de les employer. Les Ouvriers qui font dans cet ufàge en attribuent la néceflité au peu d’aprêt qu’on donne à la foie, ou à la trop grande vivacité de l’air & ne foupçonnent pas même la véritable caufe de ce déchet. Qui ne font que les fils très-fins d’une chaîne ? ferrés entre des Mailles à crochet, faites de fil *
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- ne fauroient y gliffer fans éprouver quelque déchirement, qui ne peut manquer de nuire à la beauté de l'étoffe en lui donnant un coup-d’œil velu ?
- Pour m’afîurer par moi - même de la vérité de ce que j'avance ici, j'ai fait employer à un même genre d'étoffes façonnées , de pareilles qualités de foie * & d'une même couleur, pour que le degré de teinture fût le même, moitié avec des Liffes dont les mailles étoient à crochet, & moitié avec d'autres où elles étoient à petit couliffe : on a été forcé de gommer la partie à laquelle on em-ployoit des mailles à crochet, & l'autre n'a fouffert aucune difficulté avec celles ~ à petit couliffe : j'ai eu la fatisfaélion de voir confirmer, par des expériences ré-» pétées, ce que j'avois imaginé ; Sç pour ne rien omettre de ce qui pouvoit faire varier mes réfultats , j'ai pouffé l'exactitude jufqu’à faire exécuter les mêmes deffeins par un même Ouvrier, pour qu'on ne pût pas attribuer au plus ou moins d'habileté , la fatigue que pouvoit éprouver la foie dans le travail ; enfin j'ai moi-même fabriqué des deux façons, & jamais je n'ai trouvé de différences. Je puis donc affurer que la méthode de gommer les chaînes pour empêcher qu'elles ne s’éraillent en paflànt dans les mailles à crochet, eft très-nuifible à la beauté & à la qualité de l'étoffe, & qu'elle doit être entièrement profcrite.
- Comme cette partie de l'Art que je décris eft deftinée toute entière aux Ob* fèrvations, fur les défauts & avantages des différentes méthodes de faire les Liflès ; j'ai dû m'appéfantir un peu for les abus qui font le plus univerfellemenc adoptés , pour faire voir la préférence qu'on doit donner aux Remiffes de foie fur ceux de fil, & aux Mailles à couliffe fur celles à crochet. Tous les faits que j’avance font aifés à vérifier, & les expériences n'en font pas fort coûteufes.
- Après avoir rapporté les raifons qui me font préférer les Remiffes de foie a ceux de fil ; comme ceux-là coûtent beaucoup plus , je crois qu'on me foura bon gré de donner ici quelques moyens pour les entretenir long-temps dans un bon état. Ces moyens, s'ils font connus des Fabriquants, font du moins fort négligés , car je ne les ai jamais vu mettre en ufage que par un feul, dans une Fabrique que j'entretenois alors dans ma Patrie: c'eft de lui que je les tiens, & quinze années de foins aflidus pour tous les uftenfiles qui m'appartenoient, m'ont convaincu, qu'il n'en eft pas dont on ne puiffe fe fervir très-long-temps pourvu qu’on y apporte quelqu'attention.
- Je l'ai déjà dit quelque part, fi je me permets de temps en temps de dire mon avis fur les vices des méthodes en ufège, je dois en récompenfe rendre hommage aux talents. L'Ouvrier, dont je viens de vanter les foins & le lavoir, a un droit acquis for ma reconnoiflànce : c'eft un Avignonnois, nommé Jofeph Chauvet, fils d'un ancien Fabriquant de la même Ville.ïl portoit fi loin l'intelligence dans toutes les parties qui concernent les Fabriques d'Etoffes de Soie , qu'un Métier dont il s'étoit fervi fans relâche pendant deux ou trois ans, étoit au bout de ce temps en auffi bon état que le premier jour ; & ce qui paroîtra peut-être furprenant, il
- joignoit
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- Cinquième Partie. De la maniéré d'entretenir les LiJfeS ) èb. 377
- joîgnoit à la théorie la plus éclairée, la main-d’œuvre la plus recherchée & la plus parfaite.
- Entre tous les uftenfiles auxquels il donnait une attention lcrupuleufè , les RemilTes lui fembloient les plus eflèntiels à conferver en bon état ; de-là dépend , difoit-il y en grande partie, la beauté des étoffes : auffi ne commençoit-il aucune journée fans les vifiter toutes avec foin ; & fi quelque maille lui paroifîoit trop foible,il la cafloit lui-même, 8c en fubftituoit une autre à fa place ; mais il avoit une maniéré particulière pour refaire les mailles, & bien différente de celles que j’ai rapportées ci-deflus : la voici.
- Avant de caffer la maille qu’il vouloit refaire, il prenoit un bout de coufî d’une longueur fuffifante pour la remplacer ; puis l’ayant caffée il nouait à l’un de fes bouts le nouveau ; de maniéré qu’en le retirant du côté du criftele il $’y trouvoit rangé , & pouvoit empêcher les mailles voilines de glifler ; puis coupant la vieille maille à quatre ou cinq lignes près du criftele, il y ajoutait le nouveau bout par un nœud à l'ongle , autrement nommé nœud du Tifjerand; enfuite ayant embrafle la demi-Maille, s’il en reftoit une, il nouoit l’autre bout avec celui de la vieille maille par un nœud tirant ou par un nœud plat , en lui donnant une tenfion égale à toutes celles de la Lille ; &pour s’aflurer davantage de cette égalité, ilattachoit au milieu du lilferon d’en bas un contre-poids fuffifant pour remplir fon intention. Dans cette opération la perfeétion confifte à lailfer toujours les crifteles libres 8c à découvert; de forte que fi les nouvelles mailles qu’on fait de temps en temps venoient à caffer, on pût les remplacer , fans ôter aux Liftes leur propreté, comme fi elles étoient neuves ; ce qui contribue beaucoup à la confervation des Remififes.
- Je prie le Leéleur de me pardonner cette digfefîion ; mais j’ai làifi cette oc-cafion de faire voir , par un exemple qui m’eft perfonnel, que je ne hazarde aucune réflexion dont je ne me fois alluré , 8c pour qu’on veuille bien me diftinguer d’un froid donneur de préceptes, qui n’a rien vu de ce qu’il rapporte, que par les yeux d’autrui* 1
- L’homme dont je viens de parler rie bornoit pas à cette partie les foins qu’il y donnoit ; il fe connoilfoit très-bien à tout, & étoit en état de conduire la foie depuis le de vidage jufqu’à la fabrique de l’étoffe la plus difficile à exécuter, il montoit lui-même fes Métiers, lifbit les deffeins, & deflïnoit même allez pafia^ blement : il étoit contemporain du célébré Galantier , dont j’ai parlé dans la Préface que j’ai mife en tête de cet Ouvrage : 8c qu’on ne croye pas qu’un intérêt perfonnel ou une liaifon intime me diéie ce que j’écris ici ; depuis le temps qu’il a travaillé chez moi il s’eft écoulé bien des années , 8c quand il quitta Nîmes il avoit déjà foixante - trois ans ; à cet inftant je ne fais s’il eft mort ou vivant ; mais pénétré pour fes talents en tout genre, delà plus fincere admiration, je dois la juftice à fes lumières, dont j’ai profité , d’en faire un aveu public.
- Il avoit rédigé par écrit fes connoiflànces fur les maniérés de monter toutes Étoffes de soie* V. Part. D y
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- fortes de Métiers; toutes les armures , tous les lifages y étoient décrits ; il s’étoit fait des tables raifbnnées des différents comptes de fils qu’exigeoient les chaînes de telle ou telle étoffe , & Ion peut dire qu’il étoit un des plus habiles de fon temps , non pas pour inventer , comme il en convenoit lui - même , mais pour exécuter. Il poufloit à un degré éminent l’arrangement qu’il convient de donner aux cordes pour le lifage ; il n’ignoroit que le montage a bouton , encore y fuppléoit-il par une profonde connoiflance des mouvements qu’on doit faire faire aux Xemples dans les Etoffes riches ; & j’ai eu occafion de voir des Métiers montés a bouton, par lui, d’une maniéré toute différente des nôtres, & qui lui étoit particulière; enfin on peut dire de lui, qu’en toutes les parties il égaloit les plus habiles , & qu’il les fiirpafloit en plufieurs.
- Son Manufcrit n’étoit pour lui qu’un memento, pour fervir au befoin ; & quoiqu’il ne le confiât à perfonne , je dois avouer avec reconnoifïànce qu’il m’a offert plufieurs fois de m’en laifîer prendre copie. Malgré tout fon fàvoir il n avoit aucun amour-propre, & fi , travaillant enfemble chez moi à monter un Métier 9 ou à quelqu’autre opération, j’imaginois quelque procédé plus fimple ou plus expéditif, il en convenoit auffi-tôt, &l’écrivoit dans cet important Recueil.
- Que la jeunefîe n’a-t-elle donc quelque prévoyance pour l’avenir ! Et quel ufàge je ferois aujourd’hui de ce précieux Ouvrage! Mais uniquement appliqué alors à faire valoir une Manufacture, & contenc des lumières que mes parents m’avoient communiquées, je ne penfois pas avoir jamais à remplir une tâche auffi pénible que celle que je me fuis impofée , & où, pour tenir mes engagements , comme je le devrois, il feroit néceflàire de réunir toutes les connoif-fances relatives à un des Arts les plus étendus ; mais enfin, devenu depuis plus prudent à mes dépens, je me fuis vu forcé d’aller de Provinces en Provinces mettre tous les Ateliers à contribution , & d’y recueillir avec bien des peines , des matériaux pour l’édifice dont je jettois dès-lors les fondements.
- Je n’ai parlé jufqu’ici que de la maniéré de refaire les demi-mailles lorfqu’elles viennent à cafter : comme le procédé pour les faire toutes entières lorfqu’elles périffent eft un peu différent, je vais en dire quelque chofe.
- De la maniéré de faire les Mailles entières lorfquil en càjfe une ou plufieurs à la fois , ou quand, par quelque faute de Remettage, on efl obligé d’en ajouter quelques-unes à des Lifies.
- Il arrive quelquefois qu’en travaillant, le haut & le bas d’une maille viennent à fe cafter ; quelquefois auffi par des accidents imprévus il en cafte plufieurs ; enfin on eft fouvent obligé d’ajouter une certaine quantité de Mailles entières pour réparer des erreurs commifès par les Remifleurs, & dont on ne s’apper-çoit que lorfqu’on a fini de remettre , c’eft-à-dire , lorfque la chaîne eft preA qu’entiérement paffée dans les Liftes.
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- Cinquième Partie. De la manière de faire Les Mailles entières, 379
- Si la Maille qui manque eft à crochet , & qu’elle fe foie caffée 9 on pafte dans la partie fupérieure des Mailles, fuivant l’ouverture qu’y forme le lifleron , une baguette unie, dont le milieu réponde à peu près à l’endroit où manque la Maille qu’on veut refaire ; puis pour donner à ces Mailles une égalité de tenfion , on fulpend à cette baguette un contre-poids d’environ une demi - livre , attaché à un bout de ficelle de douze ou quinze pouces de long, à l’autre bout duquel eft un petit crochet de fer qui embraife la baguette ; dans cet état il eft aifé de fentir que la première demi-Maille qu’on va faire ne fàuroit manquer d’avoir là hauteur, l’ouverture & la place convenables : après cette précaution, on noué un bout de fil ou de coufi à celui de la Maille caffée , tout contre le criftele ; puis après avoir paffé ce fil fous la baguette on va le nouer avec l’autre bout de la vieille Maille aufli fur le criftele , ayant foin de ne tendre cette demi-Maille, ni plus ni moins que toutes celles qu’embraffe la baguette. Il eft évident qu’ici la baguette fert de moule aux Mailles , de même qu’on a vu les tringles fur les Métiers dont nous avons parlé. Lorfqu’on a bien alluré cette première partie par des nœuds folides, on fait la fécondé partie de la même maniéré * fans cependant avoir befoin de baguette.
- Si le fil de la chaîne qui paftoit dans la vieille Maille n’eft pas caffé, on a foin en faifant la nouvelle Maille , que les bouts de fil ou de coufi dont on la corn-pofe, embraffent le fil de cette chaîne de la même maniéré qu’il étoit pris par les autres ; 8c enfuite on coupe les bouts de l’ancienne Maille après les avoir arrêtés avec la nouvelle.
- S’il manque quelque Maille , foit dans le corps d’une Liffe, foie pour les lifieres, ce qui peut arriver de la part du Liflèur, qui, quelquefois fe trompe de quelques-unes, on s’y prend de la façon qu’on vient d’enfeigner, en fe fervant de la baguette ; mais comme il n’y a pas de Maille caffée à laquelle on puiffe attacher le bout du coufi, on l’attache fur le criftele , en lui réfervant au - delà du nœud un bout d’environ deux pouces , qui fert à nouer l’autre bout lorfque le fil ayant paffé fous la baguette revient au criftele , où on le fixe folidement* Quant aux fécondés parties des Mailles on s’y prend comme on l’a déjà dit.
- Si l’on a eu foin de donner à la première partie des Mailles un degré fu& filant de tenfion, il eft certain qu’en ne donnant à la fécondé que celui qu’on voit à toutes les autres, les Mailles qu’on eft obligé de refaire n’auront aucune différence avec le refte de la Liffe ; mais il faut pour plus de précaution, pour la partie inférieure, tenir la Liffe tendue avec quelque contre-poids.
- Il peut encore arriver qu’il cafte un nombre affez confidérable de Mailles, ( ce qui cependant indique que la Liffe tire à fa fin ) ; mais enfin, je lùppofe qu’un Ouvrier la croyant meilleure, l’ait mife en œuvre ; il eft certain qu’on a beaucoup plutôt fait de refaire les Mailles que de dépaffer & repaffer la chaîne , ce qui feroit à peine pratiquable : on fe fert dans ce cas, comme dans le premier, d’une baguette, mais on la charge d’un plus fort poids ; 8c comme le fil ou coufi dont
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- 380 L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- on fert, doit avoir une certaine longueur , on en met une certaine quantité fur un tuyau de buis ou de canne , & on procédé à l’opération ; mais il faut avoir foin d’ôter de deflus le criftele tous les nœuds des anciennes Mailles , & nouant le fil ou coufi à la derniere d’un côté , on les refait toutes, comme on l’a dit, jufqu’à ce qu’étant arrivé à celle qui refte de l’autre côté on y arrête folidement ce fil. Il faut encore avoir foin à chaque Maille d’arrêter le fil lur le criftele , comme font les Lifleurs ; fans cette précaution toutes les Mailles glifleroient lëf unes fur les autres, & n’auroient aucune confiftance.
- Il n’en eft pas de cette derniere opération comme quand on ne refait qu’une Maille ; mais lorfqu’il y en a plufieurs , elles ne manquent pas lorlqu’on a ôté la baguette pour faire la fécondé partie , de fe tordre toutes fur elles-mêmes ; auffi faut-il en ce cas qu’un Ouvrier préfente à celui qui les refait, les premières parties dans l’ordre quelles tiennent fur le criftele , de fuivant l’ouverture que le lifleron leur donne. Voilà les moyens de remédier aux accidents qui peuvent arriver aux Liftes, dont les Mailles font à crochet : voyons maintenant comment on s’y prend pour celles à coulifle.
- Lorfq ue les accidents dont je viens de parler arrivent aux Mailles à coulifle , on fe fert au lieu d’une baguette , de deux bouts de fil de fer de la groflèur des éguilles à tricotter : on en pafte une fur la jonélion des grandes demi - Mailles , & l’autre fur celle des petites, en les y aflujettiflànt avec un contre-poids chaque; enluite on noue les bouts de deux bouts de fil ou de coufi fur le criftele Ilîpé-rieur , ou bien on le joint aux bouts des Mailles caflees, & on fait paflèr l’un fous l’éguille la plus bafle > & l’autre fous la plus haute , & remontant les bouts, on la lait paffer fur le lifleron, & on les noue avec l’autre bout des vieilles Mailles auxquelles ils correfpondent ; & s’il n’y en a point, on les attache furie criftele, on retire les éguilles, & on fait les demi-Mailles inférieures à peu près comme on a fait aux Mailles à crochet ; car il eft évident que la plus grande demi-Maille en aura pour fécondé une courte, & l’autre une longue.
- S’il falioit faire plufieurs Mailles à coulifle tout de fuite, le procédé feroit abfolument le même ; mais comme il faudroit beaucoup de fil, & qu’il eft inutile de multiplier les bouts, on en met une certaine quantité fur un tuyau de buis* ou de rofeau, comme je l’ai dit ailleurs , ou de telle autre maniéré que l’induftrie peut fuggérer la plus convenable ; mais on ne fauroit dans ce dernier cas, fe dit-penfer d’avoir un Aide qui préfente les Mailles les unes après les autres pour éviter les erreurs. Il faut encore bien prendre garde de fuivre l’ordre des Mailles fur les Lifles, & il ne fùffit pas de faire alternativement une Maille courte & une longue ; il faut encore que la longue vienne à fon tour dans l’ordre des anciennes , & la courte de même.
- Il ne m’eft pas poflible d’abandonner cet Article fans dire un mot de la maniéré de réparer toutes les efpeces de Mailles ; je vais donc parler de celles à nœud. Si la Maille qu’on a à faire eft caflee entièrement, on fe fert de la
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- Cinquième Partie. De la Manière de fàirè les Mailles eûtUtes , &â. 381
- baguette comme d’un moule pour l’anneau ou nœud qu’il convient d’y obferver. Voici comment on s’y prend.
- On attache un des bouts du fil ou coufi à la vieille Maille, tout contre lé criftele; puis paflant par-deflous la baguette, on remonte de l’autre côté, enfuité on fait un nœud-coulant qui embrafle la baguette , Sc enfin on attache le bout fur le criftele à celui de l’ancienne Maille, Sc l’on fait la partie inférieure , comme on l’a vu pour les Mailles à crochet. Mais fi on a une fuite de Mailles à refaire, il faut abfolument fuivre une autre méthode , Sc alors il faut commencer par la partie inférieure, dans l’ouverture des Mailles de laquelle on place la baguette, en la faifànt remonter jufqu’à la jonétion des demi-Mailles, à l’oppo-fite du lifteron inférieur ; Sc pour qu’elle puifle y tenir plus fûrement, on en attache les deux bouts avec une ficelle, & on la fufpend au lifleron fupérieur , pour que la partie inférieure demeure fuffifamment tendue , Sc s’aflurer de l’égalité des demi-Mailles qu’on va y faire ; mais il eft à propos pour cette opération que les nœuds foient en haut, Sc c’eft de cette partie que j’entends parler, lorf* que je nomme la partie fhpérieure.
- Lorfquela baguette eft placée , comme on vient de le dire , on fait les demi-Mailles de la même maniéré que celles à crochet ; après cela on place la même baguette dans quelques-uns des nœuds voifins , à droite Sc à gauche de celles qu’on veut finir , Sc on en fait la féconde partie à mefure que l’Aide préfènte les Mailles fuivant leur ouverture : on forme le nœud fur la baguette, comme on l’a déjà dit ; Sc enfin on arrête le fil à chacune par des nœuds - coulants fur le criftele, comme on l’a vu dans l’opération du Remifleur. Si l’on fait les opérations ‘dont je viens de parler fur le Métier même , on a foin , à mefure qu’on fait une Maille , d’y prendre les fils de la chaîne de la maniéré dont ils doivent être pafles ; & fi cette attention devenoit trop gênante , on pourroit les cafter Sc les paffer enfuite de nouveau après avoir réparé les Liftes.
- Les foins dont je viens de faire le détail paroîtront peut-être un peu minutieux ; mais les Liftes font dans une Fabrique un objet de dépenfè Sc d’entretien aftez confidérables pour qu’on doive y donner quelqu’attention ; il vaut mieux réparer que de conftruire ; & lorfqu’un Remifle devient vieux il y a toujours des parties plus ufées que les autres , & on vient à bout avec ces précautions de faire travailler des Liftes quelque mois de plus qu’elles n auroient fait fans cela. Je defîre bien fincérement que mes réflexions puiflent être de quelque utilité à toutes efpeces de Fabriquants, tant en étoffes qu’en toiles, &c.
- ES
- Etoffes de soie. F. Part:
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- Planche
- i.
- 9«a L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- Section Quatrième.
- De la maniéré de défaire les Lijfes.
- Soit qu’on ne veuille plus fe fervir de LifTes, qui font devenues inutiles, foit qu’on veuille mettre à profit le fil des vieilles, il eft bon de favoir les défaire fans rien couper , & d’un feul bout, par une méthode contraire à celle qu’on a em-ployée à les conftruire.
- * La Fig. xo, PL x, repréfente un Métier, dont on fe fert pour défaire les LifTes; ce n’eft pas autre chofe qu’un montant de bois, planté folidement fur une croix , femblable à un pied à perruque , & fur la hauteur duquel font placées plufieurs chevilles, telles qu on les voit ici.
- On place la LifTe fur les chevilles A, B; on arrête les crifteles a, c, aux chevilles e, /; enfuite on prend le bout du fil b , qu’on fait fortir du bout a , du criftele , de la partie E, de la LifTe : on dévidé ce fil fur le rochet F, qu’on tient commodément au moyen de la broche G, de qu on fait tourner avec la main droite, tandis qu avec la gauche on en conduit le bout.
- On peut voir par la figure, qu’il eft très-aifé de défaire tout d’un trait toutes les Mailles de la partie E , fans que le côté K, de la LifTe y apporte aucun obftacle; & pour peu quon fe rappelle la maniéré dont ces Mailles font enlafTées, on fendra que toute la partie inférieure fe rangera à mefure qu’on dévidera, comme les Mailles L , le font déjà.
- On ne perd dans ce travail que les crifteles, dont l’Ouvrier coupe le bout, à mefure que les Mailles qui fe défont le découvrent ; par ce moyen cette opération devient très-facile. .
- Il eft évident que quand cette première partie de la LifTe eft défaite, elle eft diminuée de moitié de fa hauteur ; c’eft pour pouvoir la remettre fur ce même Métier pour défaire le refte, à tel écartement qu’on le defire, qu’on a pratiqué des trous le long du montant M, voye{ Fig. 8, PI. ia, qui repréfente la .partie fupérieure de ce pied feulement ; la Fig. 9 , même Planche, le repréfente tout entier.
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- Cinquième Partie. Explication des VlancheL
- 383
- CHAPITRE CINQUIEME.
- Explication des Planches concernant U Art du Remiffeur*
- Planche Première.
- L A Planche première repréfonte des Liftes fans proportions : on a été obligé d'en ufor ainfi pour abréger un grand nombre de Planches qui auroient rendu cet Ouvrage trop dilpendieux ; on a cherché néanmoins tous les moyens poflibles •pour rendre les Figures intelligibles.
- La figure 1 repréfente une Lifte, dont les Mailles font faites à crochet ; elle eft placée fur les lifterons C , D , tels qu’on les prépare ordinairement pour les employer au travail, mais de laquelle les bouts a 9b , c , d9 des crifteles* ne font pas encore arrêtés for les lifterons. * -
- A, défigne la partie fupérieure des Mailles dont la Lille eft: compofée.
- B, défigne la partie inférieure des mêmes Mailles.
- La figure 2 eft: une Lifte, dont les Mailles font faites à grand coulifle ; elle eft: paffée for les lifterons, Sc les bouts a , b, c ,d 9 du criftele ne font point arrêtés for ces lifterons, ainfi qu’on les y fixe ordinairement lorfqu on veut fe fervir des
- Liftes.
- La figure 3 repréfente une Lifte , dont les Mailles qui la compofent font faites à nœud : elle eft tendue fur les lifterons , de même que les deux précédentes. Ces trois Liftes ne different abfolument entr’elies que par la jonction des parties de leurs Mailles, ainfi qu’on l’apperçoit : dans la première, les jonctions font toutes for la même ligne ; dans la feeonde, elles font placées for deux lignes, & alternativement de Maille à Maille ; c’eft-à-dire, que la jonction d’une Maille eft plus haute que celle de l’autre ; en forte que cette différence de hauteur fe trouve exactement fur deux lignes feulement, dans toute la largeur d’une Lifte : la troifieme paroît avoir deux jonctions à chaque Maille ; mais il n’y en a qu’une qui eft en A ; celle qu’on croit appercevoir en B 9 font des nœuds, pratiqués à chacune des Mailles , qu’on a foin de faire couler for une même ligne, de la maniéré qu’on doit lavoir vu dans le difcours , & qu’on reconnoîtra dans une des Planches fui vantes.
- La figure 4 eft une ligature ou Lifte à jour , de laquelle les Mailles font à petit coulifle ; elle eft mife fur les lifterons , de même que les trois Liftes précédentes ; le petit coulifle ne différé du grand , que parce que les jonctions des Mailles qui le compofent font plus rapprochées.
- La figure 5 repréfente une partie de Lifte , dont les Mailles font faites
- à crochet.
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- 384 EART DES ETOFFES DE SOIE.
- La figure 6 eft la partie d’une Lille, dont les mailles font faites à petit cou-lifle.
- f \
- La figure 7 eft une partie de Lifte , de laquelle les mailles font à grand cou-lilïe.
- La fig ure 8 eft aufîi une partie de Lille , qui a fes mailles faites à nœud. Ces quatre dernieres figures fervent à faire apperceyoir par quel arrangement on arrête les mailles fur les crifteles ; on n’a qu’à remarquer chacun de ceux d’une de ces figures, on trouvera que le fil qui forme les mailles les entoure par des efpeces de nœuds-coulants, & des enlaflements qui font deflinés de maniéré à pouvoir les parcourir d’un bout à l’autre de la Lifte ; en forte que , commençant par le bout*?, de chacune de .ces quatre figures, qn verra facilement que les mailles & les contours que le fil forme fur le criftele a , b , n’eft . que d’une feule longueur jufques au bout b, & que cette même longueur fait toutes les parties fupérieures des mailles dont une Lifte eft compofée ; il en eft de même pour la partie inférieure , on n’a qu’à parcourir le fil, depuis le bout c, jufqü’à celui d, dans tous fes contours , 8c l’on appercevra qu’il eft auflî d’une feule longueur.
- Ces figures n’ont pas été repréfentées feulement pour démontrer que le fil, dont le côté d’une Lifte eft compofé , doit être d’une feule longueur ; elles l’ont été<auffi, pour prouver qu’il n’y avoit aucune différence dans la conduite du fil entre les Liftes dont les mailles font faites à crochet, 8c celles faites à petit couliffè , à grand couliffè , ou celles faites à nœuds.
- La figure 9 repréfente une Lifte pleine, placée fur les lifterons A, B, fur lefquels les bouts a 9b, c, d, des crifteles, font arrêtés dans l’ordre qu’il convient pour mettre la Lifte en travail : on voit le fil i , k , qui entoure le cri£ tele fupérieur , & celui /, m , eutoure le criftele inférieur; ce font ces fils qui forment les Jignaux qui fervent de guide au Remiflèur pour l’aiïurer du nombre des mailles qu’il a faites , fans être obligé de les compter une à une, parce que chaque contour du fil embraflè un nombre de mailles égal à l’autre ; par ce moyen il n’a qu’à compter les fignaux feulement pour fa voir ce qu’il a fait d’une Lifte , 8c ce qui lui en refte à faire.
- La figure 10 eft un Métier à défaire les Liftes lorfqu’elles ne peuvent plus fèrvir 9 lorfque 1 on veut du fil ou du coufî des unes, en reconftruire d’autres.
- Planche IL
- La figure 1 eft une maille faite à crochet ; \A en eft la partie fupérieure ; 8c B y la partie inférieure : cette figure repréfente en même-temps la maniéré de pafter les fils d’une chaîne dans les mailles , pour que les Liftes les faflent mouvoir lorfqu on veut fabriquer l’étoffe ; la ligne F9 fuppofe un fil de la chaîne, paffé à la jonétion des deux parties de la maille, dont une le retient par - deflus^
- 8c l’autre par-deffous , ainfi qu’on le voit en a ; c’eft ce qu’on appell s fils paffes
- %
- a
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- Cinquième Partie. Explication des Planches. yÿf
- â crochet j car c eft du nom de la maille que cette maniéré de paflèr les fils tire le Tien.
- La figure 2, eft une maille a petit couliftè ; elle eft compofee de deux mailles a crochet ; les jonctions des parties qui les compofent font plus élevées l’une que l’autre , de façon à iaiflèr une elpace de trois lignes pour que le fil F, qui y eftpafle, ne foit aucunement gêné.
- A, C, font les parties fupérieures de cette maille; B, D , font les parties inférieures ; a, b, indiquent les jonétions des deux mailles à crochet, donc celle à couliftè eft compofée : c’eft la diftance qui fe rencontre entre ces deux jonétions qui détermine la hauteur du couliftè.
- La figure 3 eft une maille à grand couliftè; elle diffère de la précédente en ce que les jon étions a, b, des parties qui compofent les deux mailles à crochet, dont celle - ci eft formée , font placées a une bien plus grande dif* tance l'une de l’autre, & cela eft ainfi pratiqué, afin que le fil F, qui eft paffé dans cet elpace, puiflè être mû librement.
- Les Lettres A , B , C, D, & les chiffres 1 & %, indiquent les mêmes parties que dans la figure précédente.
- La figure 4 eft une maille à nœud ; elle rend à l’étoffe le même fervice que les mailles à petit & à grand couliftè; elle eft diyifée en trois parties, à caufo du nœud qu’on voit en b ; mais lesdivifions A,E, font formées avec le même fil, & celle B , ne tient aux autres que par un enlaflèment, comme on l’apper-çoit en a; le fil F, qui eft paffé dans la divifion E, eft dans la même liberté que celui F, de la maille précédente ; & fi l’on rapproche le nœud b, fur la jonéffon a, on fera faire à cette maille l’office de celle figure 2 , qui eft à petit couliftè.
- La figure y eft une maille à crochet, femblable en tout à celle figure 1 • mais elle a été repréfentée, à caufo que le fil F , quelle fait mouvoir, n’eft paffé que dans la partie A ; ce n’eft donc que quant à fon emploi quelle diffère de l’autre ; c’eft ce qu’on appelle fil paffé par-deffus.
- La figure 6 eft encore une maille à crochet, conforme aux figures r & y : ce n’eft auffi que dans l’emploi quelle diffère des deux autres, parce que le fil F quelle contient eft paffé dans la divifion B : on nomme cette façon de placer les fils , p a (fer par- dejjous.
- La figure 7 eft une partie de Liffe, dont les mailles fonc faites à crochet • elle eft dépourvue de lifferons & de crifteles ; il ne lui refte que les contours que le fil qui forme ces mailles, décrit fur les uns 8c fur les autres ; en forte qu’en tirant le bout c, ou celui d, de la partie fupérieure, on aura le fil qui la compofo d’une foule longueur , fans qu’aucun des contours puiflè y former aucun nœud; il en arrivera de même fi l’on tire le fil de la partie inférieure par le bout e ou par celui fi; mais filon place le criftele tel qu’il doit être dans les petits anneaux a, a, a, a, ou dans ceux btb, b, b, que le fil forme Etoffes de soie. F. Fan, p -
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- 3S6 L'ART DES ÉTOFFES DE S'ft IE."
- ces mailles s’y trouveront arrêtées, de la même façon que le font celles des
- parties de Liftes, figures y , 6 , 7 & 8 de la Planche première.
- La figure 8 eft une portion de Lifte , dont les mailles font faites à petit couliffe ; elle eft aufti dépourvue de lifterons & de crifteles, & en en tirant les bouts c 9 dy ou ceux e >f9 on opérera le même effet qu’on vient de dire pour la figure 7, & on y trouvera le même ordre fi on y place les crifteles & les lifterons de la maniéré qu’on l’a expliqué.
- La figure 9 eft encore une portion de Lifte ; les mailles dont elle eft compofée font à nœud ; elle eft aufti comme les deux précédentes , dépourvue de crifteles & de lifterons: en étendant le fil de la partie fupérieure par le bout c, ou par celui dy on obtiendra le même effet qu’on a déjà détaillé for les figures 7 & 8 ; mais il n’en fera pas de même fi l’on veut étendre le fil de la partie inférieure par quelque bout qu’on le retire , parce qu’on verra former for le fil autant de nœuds qu’il y aura de mailles, & cela à caufo des divifions A, A , A , A, A, qui font formées par les nœuds g y g y g y g\ g y qui, en tirant le fil, ne manqueroient pas de fe fermer , de maniéré à ne pouvoir plus fe fervir du fil ; il refte dans les nœuds feulement le moyen de contre - pafler le rochet for lequel on dévidé ce fil, ce qui rend cette opération longue & ennuyeufo ; du refte cette portion de Lifte eft aufti dans une telle difpofition, que fi l’on y plaçoit les crifteles & les lifterons, comme on l’a dit pour les deux figures précédentes , on aflujettiroit le fil autant qu’il le faudroit pour la folidité d’une Lifte.
- La figure 10 repréfente le Métier à faire les Liftes, duquel on fo fort à Nîmes, à Avignon, & dans quelques autres Villes de Manufactures, pour les Etoffes de Soie & autres : il eft vu en perfpeélive , tout monté & prêt à travailler.
- Gy FI y I y font trois tringles de bois , placées dans les entailles des montants F y F ; elles fervent de moule aux mailles,
- K y eft une navette , fur laquelle on dévidé du fil ou du coufi pour faire les Liftes : elle eft fur le banc du Métier où on la laifle ordinairement , pour s’en fervir au befoin ; elle eft vue en proportion de la grandeur du banc.
- L y eft un rochet, au même ufàge que la navette.
- La figure 11 eft un Métier à faire les Liftes, vu en face par un bout, & dépourvu de fos tringles.
- FyFy font les deux montants qui tiennent les tringles qui fervent de moule , pour déterminer la hauteur des mailles ; l’un d’eux eft vu en face du côté de l’entaille dans laquelle on place les tringles, & garni de fa clavette M9 qui le rend folide, en le tenant pardeffous le banc, & l’autre eft vu du côté qui préfonte le trou qui reçoit la clavette.
- M, eft la clavette féparée de fon montant.
- Figure 13 , G y H y I y féparés du banc, font les trois tringles du Métier,’ vues par leur bout plus en grand que celles qui font for le Métier, afin qu’on puiffe mieux appercevoir la forme qu’on doit donner à chacune,
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- Cinquième Partie. Explication des Planches. 387
- K> K* hors du Métier , font deux ligures qui repréfentent la navette en grand , Tune vue en face fur Ion plat, & l’autre vue de côté fur fon épailfeur ; elles font au même ufage que celle qui eft fur le Métier.
- Fig. 14 , L , eft un rochet, vu en grand ; mais au même ufàge que celui qui eft vu en petit fur le Métier*
- La figure 12 eft le petit clocher qui fert à tenir élevée la ficelle qui forme le criftele aux Liftes, pour faciliter le paflàge de la navette quand le Remifleur travaille.
- ( Planche III.
- »
- A, eft la Planche qui forme le deflus du banc du Métier à faire les Liftes qu’on vient de voir dans l’explication de la figure 10 de la Planche fécondé.
- G , eft la tringle fupérieure des trois, qui fervent de moule aux mailles des Liftes qu’on fait au Métier que je viens d’expliquer.
- H, la tringle du milieu , du même moule.
- I, la tringle inférieure.
- La figure 1 eft le Métier dont on fe fert à Paris pour faire les Liftes : il eft vu en perfpeétive , tout monté , 8c tel qu’on le difpofe pour travailler ; c’eft fur les tringles G, H, I, qu’on place le fil ou le coufi , dont on fait les mailles d’une Lifte, enforte que ces trois tringles en déterminent la hauteur.
- Développement de cette Figure,
- * .
- Figure 2 , font deux des quatre montants E, E E; E , vus en perfpec* tive hors du banc du Métier , dépourvus de la traverfe F, & aflemblés par le bas au moyen de la clavette L , qui rend ces montants folides lorfqu’ils font placés fur le banc du Métier*
- E , E , font les deux montants dont il vient d’être parlé, dont un vu en ‘perfpeétive , & l’autre vu en face du côté du trou qui reçoit la clavette.
- F, F , font les deux traverfes qu’on fixe à l’extrémité des montants E , E, E y E 9 dans la rainure defquelles'on place les trois tringles qui fervent de moule aux mailles des Liftes.
- G eft une des trois tringles qui déterminent la hauteur des mailles ; elle eft femblable à celle H.
- / eft la troifieme de ces tringles ; celle-ci n eft employée que lorfqu’on fait les mailles à grand coulifle ; les deux autres fuffifent pour faire les mailles à crochet 8c celles à nœud.
- Figure 3 , eft le Métier à faire les Liftes, vu en Face par un de fes bouts.
- La figure^ eft une coupe du même Métier , vue intérieurement & en face.
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- 388 L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- Planche IV,
- La 'figure I repréfente un Métier à faire des Liftes, duquel on fe fert à Rouen, à Tours , &c. il eft vu en perlpeétiye, dépourvu des tringles, qui fervent de moule aux mailles.
- Développement de cette Figure.
- Fi g u re 2 eft un aftemblage des montants D , E avec les tringles F, G ; fur lefquelles on fait les mailles des Liftes : ces mêmes tringles , par leur écartement , en déterminent la hauteur. Cet aftemblage eft vu hors du banc du Métier, mais tel qu’il doit y être lorfquon veut faire une Lifte : on apperçoit en H le petit clocher, placé fur le montant E , & for la poulie duquel paife la ficelle qui fert de criftele à la partie de la Lifte quon fait.
- A, eft la Planche qui forme le banc du Métier ; elle eft vue par-deflus, garnie des tringles qui font un rebord d’un pouce tout autour.
- D, un des deux montants qui portent les tringles F, G, vu par le côté.
- E , le fécond de ces montants, vu par derrière, garni de fa clavette /, qui lq rend folide lorfqu’ii eft planté fur le banc du Métier.
- F, eft une des deux tringles qui déterminent la hauteur des Liftes.
- Gy eft la fécondé de ces deux tringles.
- H y eft le petit clocher, vu en face , dépourvu de fi poulie.
- I, I, font les deux clavettes qui retiennent chacune un des montants D, E ± en-deflbus du banc du Métier.
- Figure 3 , une coupe du Métier , vue en face intérieurement, où Ton apperçoit en plein la rainure a , du montant D , dans laquelle on place les tringles F, G y par un de leurs bouts, lorfqu on veut fabriquer une Lifte.
- Figure 4, le bout du banc , vu en face du côté du montant E, à l’extrémité duquel on voit la rainure b, qui reçoit le tenon du petit clocher H lorfquon prépare le Métier au travail.
- La figure 5 repréfente un guindre propre & aflêz fort pour deyider le fil & le coufi qu’on emploie à la conftruétion des Liftes.
- Développement de cette Figure*
- La figure 6 eft la bafe de ce guindre : on voit en A y A, A 9 A, les quatre ailes où font placées les poupées F, F, F, F; deux de ces ailes font démanchées de la petite Planche B , où toutes les quatre doivent être aflemblées & tenir folidement.
- C, eft la petite Planche qui forme le couronnement du guindre.
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- Cinquième Partie. Explication des Planches. 3§p
- D y D , D y D y font les quatre petites tringles de bois qui aflemblent le couronnement du guindre à fa bafe, &en forment une elpece de cage.
- Figure 7 y eft la petite noix qu’on place dans le trou quarré qui eft pratique au milieu de la Planche C, comme on le voit en a y fur la figure 5 l cette noix efl pointue en c.
- Figure 8, eft une des quatre poupées FyFyFyFy qui font plantées aux quatre ailes du guindre, lefquelles tiennent l’écheveau de fil G y dans un écartement & dans une tenfion néceflaires pour le devider facilement, Cette poupée eft vue hors de l’aîle du guindre qu’elle doit occuper.
- La figure 9 eft un petit Rouet, propre à devider le fil ou le coufi fur une navette.
- Le développement de cette figure eft dans la Planche fuivante.
- Planche V.
- Développement du Rouet , figure 9 , de la Planche 4.
- La Figure I, repréfente le même Rouet, qu’on vient de voir dans l’explication de la Planche précédente ; il eft ici vu en face par un de les bouts, afin de mieux appercevoir la pofition de la navette D , de la manivelle E 9 Sc de l’axe a.
- La figure 2. eft une navette , fur laquelle on dévidé le ftl ou le coufi pour la conftruétion des Liftes ; elle eft vue en grand , afin qu’on apperçoive plus facilement le trou b, par où l’on pafle l’arbre , qui lui fert d’axe , pour la faire tourner lorfqu’on veut devider.
- La Figure 3, eft l’axe, au moyen duquel on fait tourner la navette pour devider deflus le fil ou le coufi qu’on emploie pour les Liftes. Il eft garni de fa manivelle E.
- La figure 4 eft une tringle, plantée dans une piece de bois, ou dans une pierre qui lui fert de bafe pour la tenir debout, comme un pied de tête à perruque : cette tringle fert d’axe aux guindres lorfqu’on dévidé.
- La figure y eft un guindre hexagone , au même ufage que celui figure y de la Planche précédente ; il a fix ailes , au lieu que l’autre n’en a que quatre ; à cela près fa conftruétion eft dans le même goût ; mais avec celui-ci on doit devider plus commodément. Ce guindre eft vu travaillant, porté fur fon axe A, & garni d’un écheveau B , retenu par les poupées £7, C, C, C, C, C, dans l’écartement & dans une tenfion néceflaires au devidage.
- Figure 6 , eft un guindre pareil à celui dont je viens de paler ; il eft vu géo-métralement, & garni d’un écheveau de fil.
- Figure 7, eft un Rouet avec lequel les Remifleurs dévident le fil & le coufi qu’ils employent pour faire les Liftes, lorfqu’en place d’une navette ils fe fervent d'un rochet.
- Étoffes de soie, V\ Pan. G y
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- 39°
- L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- V
- Développement de cette Figure.
- A , eft la Planche qui forme le banc du Rouet.
- B , B , B, B y font les quatre pieds du banc.
- Ci eft un des deux montants, vu en face de côté , 8c hors du banc, garni de fa clavette JV. • v
- D y le fécond montant, vu en perfpeélive hors du banc.
- E, la traverfe qui aflemble par le haut les deux montants C , D.
- F, farbre qui fert d’axe à la roue H\ il eft vu hors des montants & de la roue, & dépourvu de fa manivelle.
- G, le moyeu de la roue H, vu féparément, dépourvu de fes rayons.
- FI, la roue à claire-voie, vue géométralement, garnie de fesfix rayons 8c de fon moyeu.
- K, la broche de fer, fur laquelle on place le rochet lorfqu’on veut devider du fil ou du coufi : elle eft vue hors du rouet, & féparée de fa poulie.
- L, la poulie qu’on place fur la broche K, dans la rainure de laquelle pafle la îifiere fans fin , que la roue H fait,marcher , & qui fait tourner la broche ; cette poulie eft ici vue hors du rouet, & féparée de fà broche.
- M, les deux pièces qui compofent la manivelle , au moyen de laquelle on tourne le rouet : ces deux pièces font vues féparées l’une de l’autre.
- iV, une des deux clavettes, qui tiennent folides en-deflous du banc du rouet les deux montants C, D.
- b y b 9 les deux crapaudines, dans les trous defquelies pofent les pointes de la broche K.
- Planche VI.
- La figure i repréfente le Métier à faire des Liftes, dont on fè fert à Nîmes , à Avignon , & dans quelques autres Villes ; c’eftle Métier qui eft décrit dans la première Seétion du deuxieme Chapitre de ce Traité, & qui eft repréfenté dans la Planche deuxieme , par la figure 10 , tout monté : mais ici on apperçoit le Liiïeur qui tient dans fa main droite une navette h, garnie du SIg, qu’il déroule, de maniéré à envelopper les tringles A y B, C, pour former la première maille : le fil g, eft attaché par fon bout à la ficelle F, qui fert de criftele à la Lifte qu’on va faire; cette ficelle eft tendue , au moyen du contre-poids/, & pafle fur la poulie e, du petit clocher B.
- La main gauche du Lifleur eft enveloppée par le fil , dont elle forme une grande boucle, dans laquelle il doit faire pafler la navette pour faire le premier enlafîement & fixer les mailles fur le criftele.
- La figure 2 eft une partie de Métier, fur lequel eft repréfèntée l’aétion du Remilfeur, lorfquil a pafle la navette dans la boucle qu’il a formée avec le fil, &
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- Cinquième Partie. Explication des Planches* v 391
- clans laquelle il avoit pafle fa main gauche : on voit par la fuite de cette opération qu’il a fait paiTer la navette dans cette boucle, & qu’après avoir retiré fa main gauche , c’eft le fil lui-même qui eft pafTé dans cette boucle ; & l’attitude du bras A, fait voir qu’il tend le fil avec une certaine force , & ferre la maille au-tant qu’il eft convenable : on voit par cette figure que le Lrfleur leve le bras gauche en tenant à pleine main la navette, & fait former un angle droit à la jonétion du fil a , avec le criftele b.
- La figure 3 repréfente un Métier fur lequel fe fait le nœud - coulant , qui fert à arrêter fblidement la maille ; on n’a qu’à fifivre le fil dans fes révolutions on trouvera qu’il eft arrêté une fois entre lui-même Sc le criftele, & qu’enfuite on a pafTé la navette fous le criftele A ; que par une diftance combinée on a laifîe une efpece de boucle a, dans laquelle on a pafTé la navette o, en lui faifànt faire Un tour fur le criftele, ce qui forme un nœud-coulant y qu’on voit en b : il ne refte plus qu’à ferrer ce nœud fur le criftele A ; & bien-tôt il fe fixera au point c j à côté de celui qui forme la maille e.
- La figure 4 eft la moitié d’une Lifte, placée fur un lifleron Ay Sc prête à être mife fur le Métier pour en faire l’autre moitié. Les deux bouts a, a , du criftele font arrêtés folidement fur le lifleron , afin de faciliter à l’Aide du Remifleur , le choix des mailles.
- La figure y eft une maille à crochet, qui eft repréfentée dans une pofition à prouver , que toutes celles d’une Lifte auroient leurs parties fupérieures ou leurs parties inférieures, croifées comme on le voit enA} fi l’Aide n’étoit pas attentif à donner les mailles dans un fens convenable.
- La figure 6 eft ce qu’on appelle le grand coultjjeur ou le grand chevalet ; il eft vu dans fa grandeur naturelle ; A, B, font les deux cordes qui fervent à l’attacher au Métier , comme on le verra en A, Fig. 6, PL 7.
- La figure 7 eft le petit chevalet ou le petit couliffèur ;A9 B, font les cordes avec lefquelles on le fixe au Métier, lorfqu’on veut faire des Liftes , dont les mailles foient à'petit coulifle, on l’attache de même que le grand coulifleur : l’un ou l’autre font ordinairement employés, lorfqu’avec le Métier , dont il eft ici queftion, on veut faire des mailles à petit ou à grand coulifle.
- Planche VIÎ.
- La figure 1 eft le même Métier dont on vient de parler dans la Planche précédente 5 il eft ici repréfenté dans le moment où l’on fait la féconde partie d’une Lifte. On voit un Aide A 9 qui tient avec fes deux mains une maille a , b , ouverte , de maniéré que le Remifleur va paffer dans cette maille c ,1a navette qu’il tient à la main , afin de former tout de fuite l’autre partie de la maille. Il en ufe de même à toutes les mailles, qu’on doit lui préfenter avec beaucoup de précaution jufqu’à la dernier e.
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- 33>a L'ART DES ETOFFES DE SOIE.
- La figure % eft un fupplément à la figure i , parce qu’on a craint de ne pas donner aflez de clarté à l’opération : A, B , repréfentent les bras de la perfonne qui donne les mailles au Remifleur ; on apperçoit que la main gauche tient à poignée une quantité de mailles , que les quatre doigts de cette main font paffés dans la même ouverture que le lifleron c, & que le pouce , en dégageant les mailles qu’on a choifies avec la main droite , retient en même - temps celles qui ne doivent pas encore être préfentées ; par ce moyen on eft aflûré de foivre exactement l’ordre & l’ouverture des mailles, obforvant fcrupuleufoment de ne point faire pafler les unes devant les autres.
- La figure 3 eft une Lifte , finie Sc attachée à quatre endroits par les bouts u9b9c9d9 des deux crifteles : on prend cette précaution afin que les mailles ne s’entremêlent pas, & pour éviter qu’elles ne s’accrochent à quelqu’endroit, on les tord for elles-mêmes.
- La figure 4 eft une Lifte finie , attachée comme la précédente , & dont les mailles font tordues for elles-mêmes , comme il vient d’être dit.
- La figure y repréfente quatre Liftes préparées, comme on vient de le dire 9 enfilées dans la corde ,A, & fofpendues à une cheville B, foppofée plantée dans le mur.
- Ces quatre Liflfes foppofent un Remifte fini.
- La figure 6 repréfente encore le même Métier à faire des Liftes , for lequel on en a commencé une , dont les mailles doivent être à grand coulifle 9 ce grand coulifle eft déterminé par le grand coulifleur A 9 qui eft attaché au Métier par les cordes E 9E9 qui font paflees dans les trous a , a 9 du coulifteur, Sc qui em-braflènt les tringles B 9 C, D.
- La figure 7 eft un Métier , for lequel on a commencé de faire une Lifte, dont les mailles font à petit coulifle : ici au lieu du petit coulifleur on fe fort d’une corde E 9 qui eft paflee dans les trous b 9b 9 des montants F 9 Gm
- La figure 8 eft encore le même Métier, for lequel on fait une Lifte, dont les mailles font à grand couliiTe : ici à la place du grand coulifleur on emploie la tringle de fer M, qui eft paflee dans les trous a , a , des montants F, G.
- La fig. 9 eft un Métier dilpofé pour faire les Liftes à nœud : en parcourant les révolutions du fil, qui eft conduit par la navette A, on apperçoit facilement de quelle maniéré on parvient à former un nœud à chaque maille. Toutes les parties des mailles qui font for le Métier ont leur nœud formé entre la tringle B Sc C. Pour mieux donner à connoître la marche qu’on fait tenir à la navette pour former ce nœud, il faut voir les cinq figures foi vantes, & l’on *appercevra les différents mouvements qu’il faut faire néceflairement pour atteindre au but propofé.
- La figure 10 donne la première aélion, qui eft de former une boucle F9 avec le fil D , & d’avoir pafle le fil dans la maille E.
- La'
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- Cinquième Partie. Explication des Planches. 395
- La figure n repréfente la fécondé aétion ; elle a de plus que la précédente » d’avoir fait paffèr le fil Z? , derrière la tringle C
- La figure 12 eft la troifieme aâion ; elle a de plus que laderniere, le fil D9 pafle entre les tringles B 9 C,
- La figure 13 eft la quatrième aétion ; elle confifte à faire pafler la navette Ai de maniéré que la partie du fil D9 croife fur la partie G9 de la maille commencée*
- La figure 14 repréfente la derniere aélion qui forme le nœud : on pafle la navette A 9 derrière la partie du fil G, & devant celle U9Sc tout d un trait aans la boucle F9 formée par la partie du fil D ; de façon qu’il n’y a plus qu à tendre le fil 9 & la maille fe trouvera formée comme celle D 9 figure 9 9 & failànt tout de fuite le nœud d’enlaflement qu’on voit en a 9 b 9 fig. 3 9 pi 6 9 on obtiendra une maille , telle que le font les autres qui font fur le même Métier ^ figure 9 de cette Planche.
- Planche VIIL
- La figure X repréfente un Remifleur fai fan t la première partie d’une Lille * dont les mailles feront faites à crochet, fur un Métier 9 tel que ceux dont on fe fert à Paris , &c. Il fe fert d’un rochet E 9 au lieu d’une navette ; on voit en F9 une partie de la Lille , faite fur le criftele A, paflee fur la poulie c , du clocher d9 & il efl; tendu par le fecours du contre-poids b ; c’eft la difpofition ordinaire qu on donne à ce Métier lorfqu’on veut fabriquer les Liftes.
- La figure 2 efl un Métier, pareil à celui qu’on a vu dans la figure précédente* il eft difpofé pour faire des mailles à grand coulifle : on apperçoit par les mailles 1,3,y & 7, que les tringles A 9 B 9 forment les parties des mailles les plus courtes ; & par les mailles 2,4, 6 & 8 , on voit que c eft la tringle A 9 & celle C 9 qui règlent la hauteur des grandes parties des mailles.
- Planche IX.
- La figure 1 eft encore un Métier, comme ceuxquon a vus dans la Planche précédente ; il eft ici repréfenté dans l’inftant du travail, ou le Remifleur D $ avec fon Aide E 9 font la fécondé partie d’une Lifle. Us fuivent la même réglé qui a été établie pour les autres Métiers.
- La figure 2 eft un Métier de la même forme du précédent ; il eft dans la diP pofition qu’on lui donne pour faire les Liflès dont les mailles font faites à nœud* On voit huit mailles, dont les nœuds font formés entre la tringle A, Sc celle B % pour parvenir à former ces nœuds, il faut fuivre la même marche qu’on a expliquée 9 par rapport aux figures 10,11 ,12, 13 & i4dela feptieme Planche: ces opérations ne different que quant à la fituation du Métier ; du refte elles fonc en tout femblables.
- Étoffes de soie. K. Part, H y
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- 394 ZART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- On doit fe fouvenir qu’ il n’y a qu’une des deux parties des mailles d’une Lifte qui ayent des nœuds ^ l’autre partie eft faite comme les mailles à crochet j c’eft ce qui eft repréfenté par la partie des mailles qui eft enfilée par la trin-
- gle C.
- P L A N C H E X.
- La figure i eft un Métier , tel que ceux dont on fo fert à Rouen, à Tours y & dans quelques autres Villes , pour faire les Liftes, On voit ici le Remifleur qui tient dans fa main droite la navette , & ferre le fil entre les doigts de fa main gauche, afin de tendre la maille ou le nœud-coulant qu’il vient de former J la difppfition des tringles A, B , eft telle qu’il la faut pour faire les Liftes , dont les mailles font faites à crochet ; on apperçoit en c une partie de Lifte déjà formée. L’autre côté de la Lifte fe fait de même qu’au Métiei* qu’on emploie à Nîmes, &c.
- La figure 2 repréfente un Métier femblable au précédent, difpofé pour faire la fécondé partie d’une Lifte, dont les mailles doivent être à grand coulifte.5 On apperçoit par les dix mailles qui font entièrement formées fur ce Métier , que lorfqu’on a fait les demi-mailles fur les tringles A, B, C, on a eu la précaution de prendre fur la tringle E, une maille courte ; 8c lorfqu’on a fait une demi-maille fur les tringles A 9 B , feulement, on a eu foin de prendre une grande maille Ru la uiuglc E , €k, a en nette attentipn à toutes les mailles,
- ainfi qu’on doit l’avoir, tant pour les mailles à grand coulifte, que pour celles à petit coulifte.
- La figure 3 eft le même Métier encore ; mais il eft difpofé de maniéré à faire le côté des Liftes , dont les mailles font faites à nœud. Les opérations font ici v les mêmes que pour tous les autres Métiers ; ainfi on n’a qu’à les voir détaillées dans l’explication des figures 10 , n7 ia 13 8c 14 de la feptieme Planche.
- La figure 4 repréfente les moyens de mettre tous les nœuds d’une Lifte for une même ligne ; cette opération fe fait en rapprochant les deux baguettes A9 B9 l’une de l’autre, ce qui fait couler les nœuds à telle hauteur de la Lifte où l’on defire les placer ; on ufe de deux baguettes lorfqu’on veut fe fervir des Liftes à nœud, à la place de celles à grand coulifte.
- La figure y donne le moyen de mettre les mailles à nœud, au point de s’en fervir comme de celles à petit coulifte ; ce qui fe fait en ferrant la baguette C proche la tringle B , autant quil le faut pour ne laifter entre la jonéHon des mailles 8c les nœuds, pas plus d’efpace qu’on n’en donne à l’ouverture du petit coulifte ; on voit par cette figure, la précaution qu’on prend de pafTer un fil ou une ficelle E , pour tenir toutes les ouvertures des nœuds dans une pofition
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- Cinquième Partie. Explication des Flanches» jpy
- convenable, & néceflaire pour faciliter le paffage des fils de la chaîne qu’ils doivent recevoir.
- Planche XI.
- Cette Planche contient tous les moyens de faire les ligatures ou îes Liftes à jour , & donne une idée générale pour faire toutes celles qu’on peut employer à quelques deffeins que ce foit , par le fecours de cette forte de Liffe.
- La figure i repréfente un échantillon de taffetas, qui porte un deflein qu’on peut exécuter par le fecours des Liffes à jour ou ligatures ; cet échantillon eft ici repréfenté dans un quart de fa grandeur naturelle , en forte quil devroit être de 7 pouces 4 lignes de longueur, tandis qu’il n’a que 3 pouces Sc 8 lignes ; ce qui donne pofitivement la moitié de fa largeur : il n’a que 14 lignes de hauteur , & devroit en avoir 28 , ce qui lui ôte la moitié de fà hauteur ; ainfi ayant fupprimé la moitié de fa largeur & la moitié de fa hauteur, il ne relie qu’au quart de ce qu’il feroit s’il étoit dans fbn entier : on a réduit en conféquence l’effet du deffein , fans en fiipprimer aucune partie 5 il eft donc en proportion de l’étoffe. On a fait cette réduction , parce qu’il auroit fallu une Planche de gravure trois fois auffi grande que celle où le delfein eft repréfenté : on a jugé qu’il convenoit mieux de priver le Leéteur du plaifir de voir les objets , tels qu’ils doivent être reprcfcntés , que do le conltituer dans de grands frais.
- Cette Planche néanmoins contient tout ce qui eft néceflaire pour faire les Liffes, propres à exécuter le defîein qu’on a mis fous les yeux du Leéteur.
- Ce deffein doit être répété trois fois dans la largeur de l’étoffe ; il faut nécei? fàirement pour l’exécuter dix Liffes à jour : chacune des bandes numérotées qui font dans cette Planche, fert à la conftruélion d’une de ces Liftes ; de maniéré qu’on fait fur chaque Lifte autant de divifîons qu’il y en a de marquées en noir fur chaque bande ; & au même endroit où ces marques font placées , on a foin de faire fur chaque marque autant de mailles à petit couiiffe , que le nombre des chiffres qui font placés au - deffous l’indique ; en forte que la bande, N°. r , contient fur fà longueur 22 divifions; la Lifte à laquelle elle doit fervir de guide, aura 22 divifions ; elle contient en totalité un nombre de 1$6 mailles ; la Lifte aura donc de même i$6 mailles.
- La bande , N°.2 , a 6 divifions & 36 mailles , la Lifte aura 6 divifions & 36 mailles ; par la même raifon la troifieme Lifte aura 12 divifions & 188 mailles ; la quatrième aura 12 divifions & 108 mailles ; la cinquième aura 6 divifions & 72 mailles ; la fixieme aura 3 divifions & 24 mailles ; la feptieme aura 6 divifions & 48 mailles ; la huitième aura 12 divifions 96mailles ; la neuvième aura 12 divifions & 144 mailles ; enfin la dixième aura 6 divifions & 96 mailles ; en force qu’en total il y aura 97 divifions & 968 mailles.
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- 396 L’ART DES ETOFFE S DE SOT E.
- Les figures 2 , 3 & 4 vont donner encore une plus grande intelligence.
- La figure 2 eft une Lifte à jour, faite fur la marque N°. 1 ; on y compte 22 Vivifions, comme fur la bande : on apperçoit que fi Ton n’avoit pas réduit encore en bien plus petit efpace ces Liftes, on auroit été obligé de faire autant de Planches de gravure de plus qu’il y a de bandes ; ainfi ces Liftes font réduites à un pouce & demi par pied , eu égard à la grandeur qu’elles doivent avoir ; con-féquemment la grandeur des divîfions, & celle des intervalles qui les féparent, font en même proportion : cette Lifle doit avoir en total i$6 mailles.
- La figure 3 eft une Lifle faite fur la marque N°. 6 ; elle n’a que trois divifions ; en la comparant à la fixieme bande, on trouvera quelle n’en doit pas avoir davantage , & qu’en tout elle doit avoir 24 mailles.
- La figure 4 eft une LiflTe , faite fur la marque N°. 10 ; elle a fix divifions , de même que la bande qui lui fert de guide , & elle doit avoir en tout $6 mailles.
- On a cru que ces trois Liftes étoit fuffifimtes pour faire comprendre comment les autres feroient traitées, parce qu’en voyant les marques, on voit les divifions,1 & le nombre de mailles qu’elles contiennent.
- Les bandes, dans leur grandeur naturelle , feront toutes de 22 pouces de longueur ; mais elles font réduites à moitié ; de telle maniéré, quelles ont de longueur trois fois jufte celle de l’échantillon 9 figure première ; par conféquent elles ont chacune 11 pouces, tandis que dans la grandeur naturelle elles devroient avoir 22 pouces, qui elt la largeur de l'étoffe, dont l'échantillon eft ici repréfenté, ce qui fait demi - aune.
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- Planche XII.
- La figure i eft une maille de fil qui pafle haut &bas dans les trous extrêmes d’un maillon de verre ; cette maille eft telle que le font celles d’une Lifle à maillon , faite pour faire mouvoir les fils d’une chaîne en or ou en argent.
- La figure 2 eft un maillon de verre, vu trois fois plus grand que ne le font ceux qu’on emploie ordinairement pour les Liftes à maillons, qui fervent aux poils ou chaînes en or , &c.
- La figure 3 eft une maille à maillon , au même ufage que la précédente ; on, voit en f9 la maniéré avec laquelle font pafles les fils d’or que ces mailles font mouvoir.
- La figure 4 eft un rochet dont on fe fert comme d’une navette pour faire les Liftes ; il eft chargé de fil ; avec le bout de ce fil on a enfilé une certaine quantité de petits maillons, propres à faire une Lifle à maillons pour les chaînes en or ; & quand le nombre de ces maillons eft fini, on arrête le fil, on le coupe, & on enfile de nouveau une autre quantité de maillons : ces maillons font à peu près
- de la grandeur qu’on les emploie ordinairement ; le fil qui les enfile eft auffi de
- la
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- Cinquième Partie. Explication des Planches. 397
- la grofleur qu’il le faut, il n’y a que le rochet qui eft reprélenté un peu plus de la moitié moins gros qu’il ne devroit l’être.
- Les maillons font ainfi enfilés , pour qu’en fabriquant le premier côté de lâ Lifte on ait foin d’en faire couler un à chaque maille.
- La figure y eft un Métier à faire des Liftes , fur lequel on a commencé de faire le premier côté d’une LifFe à maillon ; on apperçoit que toutes les mailles qui font déjà faites , enfilent chacune un maillon : tel eft le foin qu’on doit avoir tout le long de la Lifte ; c’eft-à-dire , qu’il y en ait un à chaque maille.
- La figure 6 eft un Métier , femblable au précédent, fur lequel on fait la féconde partie d’une Lifte à maillon ; ôn apperçoit que toutes les mailles de la partie de la Lifte , qui eft placée fur le lifteron Ay font pourvues d’un maillon 4 & qu’on a eu foin en faifant l’autre partie de la Lifte, d’enfiler tôus les maillons ; en forte que chaque partie haute & baffe des mailles tienne à un maillon ; cette précaution doit être continuée jufques à la fin tant qu’il y aura des mailles à faire,
- La figure 7 eft une Lifte à maillon dans l’ordre des Liftes pleines; elle eft dans l’état où elles font ordinairement quand on les prépare pour les mettre en oeuvre.
- La figure 8 eft un Métier à défaire les Liftes ; il eft vu ici avec une partie d*unê Lifte feulement, ce qui fuppofe que l’autre partie eft déjà devidée ; on apperçoit qu’on eft après à tirer le fil & le mettre fur un rochet A , qui eft au bout d’une broche de for R 9 que celui qui dévidé fait* fournir dans fi» main droite C ^ Sc avec la main gauche £*, il conduit le bout du fil fur le rochet, afin qu’il s’y roule à propos. 1
- La figure 9 eft le Métier à défaire, vu fans travailler ; il eft garni de fes deux chevilles A, A, plantées dans le montant B ; ce montant tient debout fur fon pied D , qui font deux pièces de bois entaillées, & placées en croix l’une dans l’autre , qui lui fervent de bafe ; les petites chevilles c, c , font pour tenir les bouts des crifteles des Liftes qu’on place fur les chevilles A , A, lorfqu’on les veut défaire.
- Fin de t Explication des Planches*
- Etoffes de soie. V\ Partm 1 s
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- 3î>8
- TABLE
- DES CHAPITRES ET TITRES
- DE L’ART
- DU FABRIQUANT D’ÉTOFFES DE SOIE*
- CINQUIEME P A RT I E.
- Xmtrodüction. Page 313
- CHAPITRE PREMIER. De ce quon entend par les termes de Remiffe , de LifTe , de Ligatures , autrement dites LifTes pleines ou LifTes à jour : Ce que c efl que des Mailles , & de combien il y en a de fortes. 321
- Section Première. Des Remiffes & des LifTes.
- ibid.
- Des différentes Liffes. 324
- Sect. II. Des Mailles, de leur différente conf-tru&ion , & de leur différents effets.
- 32 6
- ~ Effets que produisent les différentes Mailles, 330 CHAPITRE II. Defcription des meilleurs
- Métiers dont on fe fert pour faire des Liffes.
- 33*
- Sect. I. Defcription du Métier qu’on emploie à Nîmes, à Avignon, ôc dans quelques autres Villes. ibid.
- Sect. II. Defcription d’un Métier à faire des Liffes, dont on fe fert à Paris & dans quelques autres Villes. 334
- Sect. III. Defcription d’un Métier dont on fe fert à Rouen, à Tours, &c. 33 7
- Obfervation fur le devidage du fil du coufiy dont on fe fert pour faire les Liffes. ^ 336
- Sect. IV. Defcription d’un Dévidoir. ibid. Sect. V. Defcription d’un Rouet, dont on fe fert pour devider le fil ou coufi fur des navettes. 337
- Sect. VI. Defcription d’un antre Rouet, à l’aide duquel on dévidé le fil ou le coufi fur des rochets. 338
- CHAPITRE III. De la maniéré de faire les
- Liffes. 339
- Obfervations fur les différentes hauteurs de Mailles.
- ibid.
- Sect. I. Maniéré de faire les Liffes à maillesà crochet, fur les méthodes de Nîmes, d’Avignon, &c. 341
- Sect. II. Maniéré de faire les Mailles à petit ôc ôc à grand couliffe. 344
- Sect. III. Des Mailles à noeud. 346
- Opération. ibid.
- Sect, IV. De la maniéré de faire les Liffes fui-
- vant la maniéré de Paris, Scc. 347 Des Mailles à crochet. ibid.
- Des Mailles à petit à grand couliffe. 3 48
- Des Mailles à nœud. ibid.
- Sect. V. Maniéré de conflruire les différentes Liffes en employant les Métiers de Rouen, de Tours, &c. 349
- Des Liffes dont les Mailles font à crochet. ibid.
- Des Mailles à petit couliffe. ibid.
- Des Mailles à grand couliffe. 3^0
- Des Mailles à nœud. ibid.
- CHAPITRE IV. De la maniéré de faire les Liffes à jour ou ligatures, & de marquer *r\tAtpt fortes dp Liffes pour en.faire les Ordonnances. 3ji
- Sect. I. Maniéré de faire les Liffes à jour ou ligatures. ibid.
- Sect. II. Maniéré démarquer les Liffes pour en faire 1 Ordonnance. 3 yy
- Sect. III. Des Liffes Ôc Ligatures propres pour les poils & les chaînes en or, argent, filé ôc lame. 379
- Obfervations particulières fur les Métiers à faire des Liffes , & fur les différentes opérations qui y font relatives. ^6i
- Des différentes opérations. 3 63
- De la maniéré df entretenir les Liffes pour les conferver plus long - temps en leur entier. 3 70
- De la maniéré de refaire les Mailles entières lorfqu’il caffe une ou plu {leurs. 378
- Sect. IV. De la maniéré de défaire les Liffes.
- 382
- CHAPITRE V. Explication des Flanches de ïdrt du Remiffeur. 38.3
- Planche I. ibid.
- Planche II.
- Planche III. 387
- Planche IV. 388
- Planche V. 380
- Planche VI. 390
- Planche Vil. 391
- Planche VIII. 393
- Planche IX. ibid.
- Planche X. 394
- Planche XI. 397
- Planche XII ôc derniere. ' 396
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- Fin de la Table de la cinquième Partie.
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- 399
- EXTRAIT DES REGIS TRES
- DE L* ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES.
- Du 22 Janvier 1774*
- o ü s avons examiné, par ordre de l’Académie , l’Art du Remiffeur , ou du Faijeut de Liffes, pour les Etoffes de Soie , par M. Paulet.'
- Les Liffes font des affemblages de fils, au moyen defqueîs on parvient à élever une partie de la chaîne d’une étoffe dans tel ordre qu’on veut, pour introduire dans l’écartement le fil de la trame qui doit s’y incorporer : & on appelle Remiffes dans plufieurs Villes de Manu* faôtures , le fyftême de plufieurs Liffes , néceffaires pour un certain objet.
- M. Paulet, qui a entrepris , avec l’agrément de l’Académie, de traiter dans le plus grand détail de la fabrication des Etoffes en Soie, a cru devoir traiter en particulier ce qui concerne le choix ôt l’emploi des Liffes, ôt la maniéré de les faire.
- Il adiviféce Traité en quatre Chapitres, précédés d’une Introdu&ion,
- Il difcute dans l’Introdu&ion les qualités Ôt les groffeurs du Fil Ôt de la Soie de Remiffâ que l’on peut employer dans les différents cas.
- Dans le premier Chapitre il donne une defcription détaillée des Liffes pleines, des différentes fortes de Liffes à jour 9 ôt de leurs différentes efpeces de Mailles ; favoir, les Mailles à crochet, les Mailles à petit ou \ grand couliffe ôt les Mailles à nœud : dans chaque Se&ion de ce Chapitre, l’Auteur a foin de difcuter les avantages ôt les inconvénients des dif* férentes pratiques.
- Le Chapitre deuxieme renferme la defcription des meilleurs Métiers dont on fe fert pout faire les Liffes, & eft terminé par des obfervations fur le devidage du fil de Liffe ou de la Soie de Remiffe, Ôt fur les différents dévidoirs qu’on y emploie.
- Le Chapitre troifieme traite de la maniéré de faire les Liffes ; il contient la defcription des différentes opérations de l’Ouvrier , dans les différents cas. Le développement de ces opérations dans les figures , jointes à l’Ouvrage, donne à cette defcription toute la netteté néceffaire.
- Enfin , dans le quatrième Chapitre , on trouve les InftruôUons néceffaires fur la maniéré de difpofer les intervalles dans les Liffes à jour, ôt le nombre de ces Liffes, de façon à les faire cadrer exa&ement, avec un échantillon ou un deffein déterminé , en évitant les doubles emplois.
- L’Auteur applique fes remarques à ce fujet, à un exemple qui exige dix Liffes, Ôt il le traite avec un détail qui doit mettre à portée de fe diriger d’une maniéré femblable dans tout autre cas.
- Ce Traité nous paroît mériter d’être imprimé, avec l’Approbation de l’Académie, ôt comme faifant partie de la defcription des Arts qu’elle a entrepris de publier. Signés 9 de Montigny, de Vaucanson ôt Vandermonde.
- Je certifie l'Extrait ci * défias, conforme à fort original , SC au jugement de L Académiei A Paris, le 23 Janvier 1774..
- GRANDJEAN DE FOUCHY,
- Secrétaire perpétuel de l’Acadéraie Royale des Sciences*
- DE L’IMPRIMERIE DE L. F. DELATOUR. 177^
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