Descriptions des arts et métiers
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- SIXIEME SECTION
- Contenant
- L’Art du Peigner, ouFaifeur de Peignes, tant pour la Fabrique des Etoffes de Soie, que pour toutes autres Etoffes & Tiflùs,
- comme Draps, Toiles, Gazes, &c.
- Par P-A v l et , Deffnateur SC Fabriquant en Étoffes de Soie
- de la Ville de Nîmes,
- M. D C C. L X X V,
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- EXTRAIT DES REGISTRES
- DÈ L’ACADÉMIÉ ROYALE DES SCIENCES.
- Du 20 Mai 177y*
- Nous Commîflaîres nommés par l’Académie ÿ avons examiné Y Art dk Peigner ou dtt Faifeur de Peignes, pour la fabrication des Etoffes, formant la fixieme Partie de Y Art dû Fabriquant d*Etoffes de Soie 3 que M. Paulet a entrepris de décrire.
- Cette Partie eft divifée en deux Serions : la première traite des Peignes de Canne ; 6Ë la fécondé des Peignes d1 Acier liés, Ôc de quelqu’aütres Peignes particuliers ; Ôc enfin de l’entretien Ôc du raccommodage de ces différents uftenfiles.
- L’ufage des Peignes dans la fabrication des Etoffes, eft de ferrer les duites de la trame les unes contre les autres à inefure qu’on les incorpore avec la chaîne, ôc de retenir pendant ce temps-là les fils de la chaîne dans l’ordre convenable. Il y a trois chofes à confidéret dans cet uftenfile ; les dents 3 les jumelles , ôc les gardes : les jumelles font des tringles doubles, entre lefquellcs les dents font attachées avec du lîgneul par le haut ôc par le bas ; ôc les gardes font les montants qui affemblent les jumelles entr’elles : ce nom de gardes, .vient de ce que 7 <3ane l’ufage , elles défendent les dents du chuu de la navette.
- M. Paulet commence par traiter des jumelles : ,on les fait en bois ou en canne ; celles de bois font faites ordinairement par les Menuifiers ; celles de canne , qui font les feules fur lefquelles l’Auteur foit entré dans quelque détail, fe paflent à la filiere pour y faire tlifparoître les noeuds. On verra dans l’Ouvrage même Ce que c eft que l’outil que les Peigners nomment filiere. On fait les gardes en bois, ou en canne > ou en ivoire , ou en laiton.
- L’Auteur fait quelques obfervatîons fur chacune dé ces efpeees de gardes ; enfin il développe dans quatre Articles les préparations des dents de canne» Il faut d’abord couper les cannes en tuyaux de longueur convenable, Ôc trier ces tuyaux ; il faut enfuité les refen* dre , ce qui fe fait avec un outil particulier qu’on nomme rofetté. Après cela on tire chaque dent a la filiere pour la mettre de largeu* Su d’^paiiïeuf : ôc enfin on les fait pafTer dans un bain particulier pour leur donner plus de douceur ôc de fouplefîe. - '
- Le ligneul qui lie les dents aux jumelles , déterminant par fon épàiffeur, l’écârtement entre les dents, il importe beaucoup que cette épàiffeur foit égale : M. Paulet examiné donc les méthodes de tordre le ligneul ; il décrit une machine ingénieufe employée à cet ufage, Ôc il examine enfuité la maniéré de le poifter.
- Ces préparatifs difeutés, il s’agit du montage du Peigne: on emploie * pour cela différentes efpeees de métiers. Les jumelles étant fixées fur lé métier, on fe fert d’un inftru-ment nommé foule , pour régler la hauteur du Peigne à lîiefure qu’il avance, ÔC d’un autre nommé batte, pour placer de force les dents comme il'convient * ôt l’on fixe chaque dent par un tour de ligneul des deux côtés.
- Le Peigne étant monté , il faut rogner les extrémités des dents qui excédent les jumelles, planer les furfaces du Peigne, ôc enfin excarner, c*eft-à*dire, emporter avec le canif une portion fuperflue fur un des côtés de chaque dent.
- Il ne refte plus apres cela quà coller dés bandes de papier fur les jumelles , alors couver* tes de ligneul, ôc a redreffer les dents qu’on a pu fauffer en planant ou en excarnant.
- Les détails que renferme la fécondé Se&ion fur les Peignes d1acier liés, confîftent principalement dans la defeription des différents laminoirs propres à applatir le fil-d’archal,
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- ôc à lui donner du premier coup la largeur 6c l’épaifTeur convenables : enfuîte l’Auteur examine les méthodes pour couper les dents de longueur, ôc les façons à leur donner quand elles font coupées : enfin comme le montage des Peignes d’acier fe fait en général avec un foin plus particulier, on y emploie des métiers plus compofés, & M. Paulet emploie plufieurs Articles à les décrire.
- On trouve enfuite un Chapitre fur la conftru&ion des Peignes pour les Rubans, pour les Chenilles, pour les Galons ; ces derniers fe montent d’une maniéré particulière ÔC très-expéditive. L’Auteur décrit entr’autres un monture de ce genre, inventée par le fleur Gourdet, ôc qui eft connue dans les Provinces fous le nom de monture, de Paris, Enfin l’Ouvrage eft terminé par un Chapitre fur l’entretien ôc le raccommodage des Peignes : on y trouve tous les détails néceffaires à ce fujet, ôc en particulier la defcription d’une méthode pour remonter les Peignes fur le Métier, même fans couper la chaîne ; cette méthode eft peu connue, parce que les occafions de l’employer font rares; mais il étoit utile de la publier.
- Quant aux Peignes d’acier fondus , qui font les plus parfaits de tous, les Anglois font, jufqu’à préfent, les feuls en pofTeflion de la maniéré de les faire. M. Paulet promet à la fin de fon Ouvrage de communiquer inceflamment au Public le fruit- Sc fes recherches fur cet objet : il a fait des eflais en petit ; mais il attend que l’exécution en
- grand , ait confirmé entièrement les fuccès de fon procédé.
- Il réfulte de l’Expofé ci-delius, que la publication de cet Art fera utile, ôc nous croyons que l’Académie peut permettre à M, Paulet de la faire paroître fous fon Privilège,; Signé y de Vaucanson, de Montigny , et Vandermonde. /
- Je certifie F Extrait ci-dejfus conforme à fon original SC au Jugement de F Academie, A Paris j
- le 22 Mai 177c. _
- GRANDJEAN DE FOÜCHY,
- Secrétaire perpétuel de l’Académie Royale des Sciences,
- L’ART
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- L ART
- DU FABRIQUANT
- d êtoffes de soie
- Par M. ulet , Deffnateur ôC Fabriquant en Etoffes de Soie
- de la Ville de Nîmes.
- SIXIEME PARTIE.
- Contenant l’Art du Peigner , ou Faifeur de Peignes, tant pour la Fabrique des Etoffes de Soie, que pour toutes autres Etoffes 8c tiffus ; comme Draps , Toiles, Gazes , 8cc.
- PREMIERE SECTION.
- Des Peignes de Canne.
- A VERT1SSEMENT.
- T J ustensile dont j’entreprends ici la defcription , eft connu dans les différentes Manufactures où il eft en ufage, fous différentes dénominations ; le nom fous lequel j’ai préféré de le défigner eft celui qu’on a le plus univer-Tellement adopté. Les Drapiers appellent communément Rot cet uftenfile , que plufieurs Etoffiers nomment à leur tour Ratelet ; mais le plus grand nombre > comme Fabriquants en Etoffes de Soie , Tiflerands, Rubanniers , Gaziers, Galonniers, &c. lui ont confèrvé le nom de Peigne ; c’eft pourquoi j’ai cru devoir intituler ce Traité Art du Peigner, comme plus généralement reçu. J’aurai donc attention de ne mé fervir dans le cours de cet Ouvrage que du terme de Peigne y fous lequel je prie mes Lecteurs de comprendre les deux autres dont je viens de parler , comme étant trois fynonimes, qui préfentent l’idée d’un même objet.
- Étoffes de soie. VI. Fart, K 5
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- L’ART DES ETOFFES DE SOLE»
- I NT RO D U CTI O N.
- J a i die au commencement de l’Art du Remifleur, que les Liftes étoient d’u-ne nécelîité indifpenfable pour la fabrique des Etoffes , Draps , &c. le Peigne dont je vais détailler la conftruétion & faire connoître les ufàges , eft tout auffi néceflàire à ce travail. C’eft au moyen de cet uftenfile , qu’on conferve l’ordre que doivent garder entr’eux les fils de la chaîne, & qu’on vient à bout de placer chaque Duite de la trame dans-la pofition où elle doit être : ce font les Liffes qui confervent la largeur qu’occupe la chaîne foivant celle de l’étoffe ; mais le Peigne , en même-temps quil lie la trame avec la chaîne, détermine irrévocablement la largeur de l’étoffe en un mot, c’eft lui qui proprement parlant fabrique l’étoffe ; & tous les autres font des accefloires , indif-penfàbles à la vérité ; mais on aura occafion de voir par la fuite , que de la plus ou moins grande perfection du Peigne, dépend abfolument celle de l’étoffe.
- L’Art du Peigner que je compare ici à celui du Remiffeur n’a cependant rien de commun avec lui ; l'ouvrier qui fabrique l’un n’eft pas obligé d’avoir la moindre connoiflance dans le travail de l’autre.
- On a pu remarquer que les plus grandes difficultés qu’on rencontre dans le travail des Liffes, font l’exaélitude dans le compte de mailles, dans leur diftribution & dans la hauteur qu’il convient de leur donner ; mais la fabrique des Peignes, fufceptible d’une grande délicateffe dans toutes fes parties, l’eft encore d’une très-grande précifion. Quelle jufteffe ne faut-il pas pour faire entrer dans des efpaces fouvent fort petits, un nombre confidérable de parties qu’il fembleroit impoflible d’y faire tenir ? encore chacune d’elles doivent-elles être artiftement traitées pour pouvoir v/Ljcc, ce concourir
- a la perfection totale de 1 uftenfile ; 1 on peut afforer que de tous ceux qui font en ufage dans la fabrique des Etoffes en général, le Peigne eft fans contredit celui qui exige le plus de foins pour être conftruit comme il faut,
- La forme qu’on donne aux Peignes, pour quelque genre de tiffu qu’on les deftine, eft toujours la même ; mais ils varient dans leur grandeur , dans leur conftruétion, & dans le nombre de dents qu’ils contiennent. Cette variété n’a pas feulement lieu dans les différentes étoffes auxquelles on les employé; mais dans une feule , les largeurs font, comme on le fait, très-différentes les unes des autres ; & pour offrir au Leéleur des idées qui lui foient familières , je lui rappellerai ce que j’ai dit dans l’Ourdiflàge, que telle Etoffe dont le Peigne for une largeur de 18 pouces contient 8oo dents , pourrait for une même largeur être fabriquée par un qui en contînt jufqu’à neuf cents ou mille. Il en eft de même de chaque genre de tiffu ; & pour ne laiffer rien à délirer fur une matière, qui a un rapport fi immédiat avec -toutes les fabriques
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- INTRODUCTION. 403
- dont le plan que je me fuis tracé ne me permet pas de parler ici , je vais feulement faire l'énumération des Arts auxquels les Peignes font utiles. i°. Les Tifferands : on comprend fous ce nom les Fabriquants de Toiles de lin, & de coton , de Mouffolines, Linons, Batiftes, &c. 2°. Les Fabriquants de Draps, qui comprennent toutes les Etoffes de laine, les Pannes, 8cc. 30. Les Rubanniers qui ne font qu’un foui 8c même corps avec les Paflementiers & les Galonniers, 8c autres parties du Tiflàge. 40. Les Gaziers qui fabriquent les Gazes, Marlîs , Crêpes, Toiles de crin pour les tamis, Toiles d'or, d'argent , 8cc. 8c enfin le Fabriquant d'Etoffes de Soie, qui lui foui fabrique plus de deux cents genres.
- Il eft aifé de juger par le détail dans lequel je viens d'entrer , de la variété que le Peigner eft obligé de mettre dans la fabrique d’un même uftenfile * puifqu'on l'emploie à tant d'ulàges. Il n eft pas polfible de détailler toutes les largeurs que chacun des genres exige pour le Peigne , ainfi que tous les comptes de dents dont on le compofo. Je choifirai trois ou quatre exemples des plus difficiles, pour éclaicir ce que j'en dirai par la fuite : 8c quoique ces exemples foient pris fur les Peignes des Etoffes de Soie, ils n'en feront pas moins applicables à toutes les autres ; puifque la régularité 8c la perfeéliôn qu'ils exigent ne peut que contribuer à en faire fentir les difficultés. D'ailleurs le Traité que je donne ici de l’Art du Peigner , étant particuliérement deftiné à faire fuite à celui des Etoffes de Soie, qui eft mon principal objet, j’ai cru qu'il convenoit de puifor les principes que j'établis dans le fonds même du fujet que je traite.
- Malgré l'énumération que je viens de faire de l'ufage auquel on emploie les Peignes, il eft à propos de lavoir qu'il n'y en a, à proprement parler , que
- de fix efpeces, qu’on diftingue tant par la matière dont on les compofo , que par la maniéré dont ou Ica conltrui*.
- Un Peigne eft une efpece de rateau pareil à ceux dont le Plieur de chaînes pour les Etoffes de Soie fe fort, ainfi qu'on l'a vu dans le Traité qui porte ce titre. Son ufàge eft de forrer les duites de la trame les unes contre les autres à mefure qu'on les place dans les croifements que le mouvement qu'on donne à la chaîne au moyen des Liffes, préfente fans ceffe. C'eft en appuyant plus ou moins fort ce Peigne contre l'étoffe , quelle acquiert plus ou moins de force & de roideur ; mais ce n'eft pas ici le lieu d'entrer dans un grand détail lur ce fujet. Cette opération fera traitée à fond lorfqu'il s'agira de la fabrication de 1 étoffe ; ainfi ce que j'en dis ici n'a pour but que de donner une legere idée de l'emploi de l'uftenfile dont on va voir la defoription.
- Il y a donc, ainfi que je l'ai dit, fix fortes de Peignes, qui font i°. les Pei* gnes de Canne , 20. ceux de Rofoau, 30. ceux d'ivoire ou d'Os , 4°. ceu# de Cuivre , $°. ceux d Acier liés ; 8c enfin ceux d'Acier fondus*
- Les Peignes de Canne font ceux dont les dents font faites avec de la
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- 4o4 L'ART DES ETOFFES DE SOIE.
- canne; de même que ceux d’ivoire, d’os, de cuivre, d’acier font ceux dont ces dents font faites avec de l’ivoire, de l’os, du cuivre ou de l’acier. Mais les Peignes qu’on nomme d''acier, fondus, font ceux dont les dents font d’acier comme aux précédents, mais où ces dents font retenues dans deux tringles de métal qui fe jettent en moule. Ces deux tringles fo nomment en terme de Manufacture Coronellts ou Jumelles.
- Tous les Ouvriers qui fe fervent de Peignes , peuvent fe fervir de ces fix
- efpeces indifféremment ; mais comme chaque talent à fes ufages, & chaque
- profeflion fes outils particuliers, il eft affez ordinaire de voir les Galonniers
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- ou Rubanniers employer des Peignes d’ivoire & de cuivre, pour certaines parties de leur fabrique feulement, & ceux d’acier ou de canne pour tous les autres ouvrages, ainfi que les autres Ouvriers en tiflus.
- La canne eft la matière dont on a le plus anciennement fait des Peignes ,* on n’imagina de les faire en acier que parce que les dents des lifieres, quoique plus fortes, mais toujours de canne, plioient plus facilement que celles du corps du Peigne. On avoit dès-lors pris le foin qui fobfifte encore , de les faire en fer ; Sc comme on s’eft apperçu cLut% «->£^1 réufîiftoit très-bien, les Fabrf* quant* ne tardèrent pas à fubftituer les dents de fer à celles de canne.
- Il n’y a pas long-temps qu’on a imaginé en Angleterre de faire les Coro+ miles des Peignes avec une matière femblable à celle dont on fait les caractères d’imprimerie. Cette invention ingénieufe eft remplie de difficultés pour y réuffir comme il faut, attendu qu’on a befoin pour cela, d’un moule dans lequel on arrange les dents d’acier dans un ordre bien précis, après quoi on les fixe en y coulant la matière qui en forme la monture ; mais dans le relie de l’Europe on monte les Peignes d’acier comme ceux de rofeau, de canne , d’ivoire, &c.
- On fera peut-être forprîs de ce «pu’ayant à traiter iArt du Fabriquant d’Etoffes de Soie, j’entreprends de donner ceux du Remiffeur & du Peigner, Mais obligé pour completter les connoiffances relatives à mon Art, de me procurer auffi celles des Arts qui y ont rapport, j’ai cru devoir entreprend dre la defeription de ces deux-ci, que j’ofe affurer qu’il n eft pas poffible à un Fabriquant intelligent d’ignorer.
- Pour faciliter l’acquifition du Peigner & du Remiffeur aux perfonnes que ces deux Arts feuls peuvent intérefler, j’ai eu foin d’en former un cahier qu’on pourra fe procurer fans être obligé d’acheter les précédents ni les foivants, qu’autant qu’on fera curieux de les connoître. Mais comme mon objet principal eft la fabrique des Etoffes de Soie , j’ai pris mes exemples, dans ce que cet Art exige de plus difficile en fait de Peignes ; perfuadé qu après avoir décrit la maniéré de les faire pour l’ulàge le plus précieux, on n’auroit pas de peine à faire ceux qui ne demandent pas abfolument une auffi grande pré-çifion, C’eft ainfi que j’en ai ufé pour les Liffes que j’ài toutes rapportées
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- aux Etoffes de Soie , fins qu'on puiffe me reprocher de n’avoir traité que celles qu'on y emploie.
- Je traiterai à part chacune des fix efpeces de Peignes que fai annoncées plus haut, & j'aurai foin de faire connoître àmefure, les ufages auxquels on les emploie particuliérement: je dis particuliérement, car à la rigueur on peut fe fervir indifféremment de tous fortes de Peignes , pour toutes fortes d'ouvrages ; mais il en eft quelques-uns que l'habitude à fait adopter par préférence à d'autres qui#femblent plus propres à tel ou tel ouvrage*
- Il me refte à me juftifier d'avoir ofé entreprendre la defcriptîon d*un Ait qui femble totalement étranger, du moins pour la main-d'œuvre, à celui dû Fabriquant en Etoffes de Soie, dont je me fuis donné le titre au commencemeut! même de ce Traité. Mais s'il m'eft permis de le dire , occupé depuis longtemps à ramaffer des matériaux de toute efpece fur cec Art immenfe,je nd m'en fuis pas tenu aux connoiffànces direéles de la fabrique des Etoffes : pour rechercher dans leurs principes les moyens de la perfectionner , j’ai cru nd devoir pas men tenir aux opérations qui font même un bon Ouvrier ; & fi mes recherches ont été fouver»t pénibles , fouvent aulii j'ai eu la fitisfaétion do trouver la caufe d'un défaut auquel je cherchois un remede , fort loin de l'endroit où il eût été affez naturel de l'attribuer. J’ai donc tout mis en ufige pour approfondir l'Art du Peigner dans toutes fes parties ; car tel Ouvrier qui fou-vent réuffit fort bien à faire des Peignes de cannes , rien fera pas d'auffi bons en acier, &c. & tel autre qui en fait faire pour les Toiles , ou les Etoffes, rien fera que difficilement pour tout autre tiffu. Je tacherai donc, fins entrer dans des détails faftidieux , de ne rien laifler à défirer au LeCteur, & fOuvriet trouvera de quoi fitisfaire fi curiofité. Heureux fi je remplis mon projet ayeg autant dv lUcoàc rwt* fans d’ardeut à l'entreprendre»
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- Etoffes de soie. VU Paru
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- L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- CHAPITRE PREMIER.
- Defcrlption des Peignes en général.
- T æ Peigne eft une efpece de rateau > au travers des dents duquel paffent tous les fils d’une chaîne, & qui confèrve leur pofition refpeétive : c eft lui qui, comme je l’ai déjà dit, fixe la largeur de l’étoffe. Les dents qui le com-pofènt font placées les unes à côté, des autres fur une même ligne, entre quatre tringles quon nomme Jumelles ou Coronelles, & retenues dans un écartement parfaitement égal & déterminé , au moyen d’un fil de lin enduit de poix, qu’on nomme Ligneul, pareil à celui dont fe fervent les Cordonniers. / La Figure r, PL I, repréfente une partie de Peigne dans fa grandeur naturelle. Les dents A , font retenues par un bout entre les deux jumelles a, a 9 8c par l’autre entre celles b , b , au moyen des bouts de ligneul c, c, qui font un tour fut cca jumelles entre chaque dent , 8c confervent par ce moyen, un écartement uniforme entr’elles.
- Ce n eft pas affez pour la folidité d’un Peigne d’avoir ainfl arrêté toutes ces dents l’une après l’autre haut & bas entre les jumelles ; il faut encore garantir les extrémités de ce Peigne contre la pointe de fer dont eft armée une navette, qui endommagerait confidérablement les premières dents, lor£ que l’Ouvrier lance cette navette de droite à gauche & de gauche à droite.1 On a pour cet effet imaginé .deux montants qu’on nomme Garées B, 8c D9 D, flg. 2 , qui en même-temps quelles préfervent les dents, contribuent encore à la folidité du Peigne.
- La haufeui de ces gardes détermine celle du Peigne , en même-temps quelles fervent à fa confervation. Voyez leur pofition 8c leur forme en D , D , fig. 2 9 même Planche , qui repréfente un Peigne dans toute fà longueur dans les proportions de quatre pouces par pied.
- Ces gardes font faites de canne , de bois , d’os, d’ivoire, & quelquefois de laiton ou de bronze. Après avoir fait connoître leur ufàge, il eft aifé de fentir, que la matière la plus dure eft toujours la meilleure, quoiqu’elle n’influe en rien fur la bonté intrinfeque du Peigne : il fuffit quelles foient bien faites, égales entr’elles, &fùr-tout qu’elles foient placées bien d’équerre avec la jumelle, 8c foüdement arrêtées en leur place.
- La Figure 3 , même Planche , repréfente une Garde, à part : les tenons d9 d, qu on y voit haut 8c bas doivent avoir pour épaiffeur la largeur des dents , 8c leur largeur dépend de la forme qu’on donne à la garde elle-même. L’épau-lement qu’on voit au bas du tenon contre le corps E, eft la place des jumelles. Comme il eft à propos d’éviter que la navette ne frappe contre les deux
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- Sixième Partie. Chap. I. Defcription des Peignes eh gênêrah 407 boucs du Peigne , ona tâché de donner à ces gardes , une forme extérieure qui pût remédier à cet inconvénient. C’eft pourquoi on leur donne l’arron^. diflement d’un grand cercle , tel qu on le voit figure 3.
- Quelques Ouvriers donnent aux deux gardes mifes en place, la formé oélo-gone dont les deux faces principales font plus larges que les fix autres. Voye% fig. 4. Mais cette forme eft abfolument défeétueufo par les raifons que je viens de détailler. D’autres encore lui donnent une forme elliptique, telle que repréfente la figure y ; mais la première eft fans contredit préférable. Quant à la pofîtion de cette garde , il ne faut pour la concevoir comme elle doit être, que jetter les yeux fur les figures 6 Sc 7 , où G Sc H font voir le fens fuivant lequel on doit la tourner.
- Il eft vrai qu’il n’y a à craindre quejle bout de la navette * quoiqu’il foiÉ d’acier , ne s’^émoufîe contre les gardes du Peigne , que quand elles font d une matière fort dure, comme de cuivre d’acier ou de bronze , mais fi l’on préféré de les faire de canne , d’os ou d’ivoire , elles feront elles-mêmes endommagées par la pointe de la navette, Sc en peu de temps les premières dents de chaque côté du Peigne ne manqueront p** ^ar^nêes : auffi femble-t-il que le
- nom de Garde, qu'on a donné à ces deux pièces , leur vienne de l’emploi qu’elles ont fur un Peigne, qui eft d’en garder ou préferver les dents.
- Lorfqu’on veut abfolument faire les gardes des Peignes avec de la canne ^ il eft certain que les faces extérieures arrondies fo trouvent tout naturellement fur cette canne , Sc alors pour l’avoir plus dure , on doit prendre les tuyaux du bas, parce qu’ils ont plus de corps ; mais on ne làuroit dans ce cas leur dor^ ner une forme plus avantageufo que celle fig. 8 , où la partie ronde de la canne fo trouve en-dehors pour rejetter la navette lorfque l’Ouvrier la lance mal-adroite ment.
- Plufieurs Peigners ont l’habitude de faire jumolies qui contiennent les dents, avec de la canne, comme les dents mêmes ; Sc pour cela ils ont foin dé la refendre , de l’unir & de tenir ces jumelles d’une égale épaiftèur dans toute leur longueur. Quelque foin qu’on y apporte, les nœuds dont la canne eft remplie de diftance en diftance , ne permettent pas qu’on les drefîè comme il convient. Le bois eft préférable à plufieurs égards ; il eft fofceptible de fo drefler parfaitement ; Sc avec de l’attention on peut lui donner une égalité d’épaifleur à laquelle on ne parvient prefque jamais avec de la canne : d’ailleurs le ligneul fo trouve bien plus fixe lorfque ces jumelles font bien dreffées.
- La largeur des dents dont un Peigne eft compofé * doit être parfaitement égale ; mais la grande difficulté confifte à leur donner une égale épaifleur i chacune de ces lames eft fi mince , que le moindre coup d’outil les réduit à rien, fi 1 on n’y porte la plus grande attention, fur-tout lorfqu’on les fait de canne. Quant à leur longueur , on n’eft pas obligé de foivre précifément celle quelles doivent avoir fuivant k Peigne > oxj les tiejot toujours un peu plus
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- 4o8 PART DES ETOFFES DE SOIE.
- longues ; & quand le Peigne‘efl: fini, on les rogne à une égale hauteur* Pour applanirles difficultés &faciliter les opérations, on a imaginé plufieurs
- outils, tant pour les jumelles & les gardes , que pour les dents. On fe fort auffi idun Métier pour monter 1-e Peigne, lorfque toutes fies parties font préparées j Sc pour les arrêter commodément avec le ligneul. C'efl: de la defeription de tous ces outils, ainfi que des procédés auxquels on les emploie que nous allons nous occuper dans le Chapitre luivant.
- CHAPITRE SECOND.
- De la manière de faire les Jumelles SC les Gardes ; de refendre la Canne SC de tirer les Dents. Defeription des Outils ÔC des Métiers propres à faire les Peignes*
- Article Premier»
- De la maniéré de faire les Jumelles.
- jLoRSQtfoN fait les Jumelles avec du bois, on fe fert ordinairement de bois de hêtre, parce qu’il efl très-liant, que fès fibres font courtes & fes pores refferrés, ce qui lui donne de l'élafticité en même-temps que de la confif-ïance : il faut croire que l'expérience a déterminé les Ouvriers à fe fervir de ce bois par préférence après en avoir eflàyé plufieurs autres.
- Les Jumelles des Peignes defiinés à la Fabrique des Etoffes de Soie n'ont gueres plus de deux lignes & demie d’épaiffeur, fur trois ou trois & demie de largeur. Quant à leur longueur, rV.ft celle qu'on veut donner au Peigne, comme trois on quatre pieds Sc quelquefois davantage : mais cette longueur n’eft pas celle dont il faut les faire d’abord ; on a coutume, pour la facilité du travail, de leur donner environ un pied 'de plus quil ne faut, ainfi qu’on le verra dans le Chapitre foivant.
- Le côté des Jumelles qui doit appuyer for la rangée des dents, doit être applatie, & bien dreffée, & le côté extérieur efl: arrondi, ainfi que le repré-fentent les fig* 12 & 13,P/. I, où l'on voit cette piece dans toutes fes proportions.
- U y a quelques Peigners qui font eux-mêmes les Jumelles, mais la plupart les font faire par des Menuifiers. Auffi font-elles fouvent mieux faites , parce que ces Ouvriers ont plus d'habitude de travailler le bois, & font plus en état de juger de celui qui efl: le plus convenable à cet ufage. Voici comment on doit s'y prendre. On dreffe quatre réglés de bois, chacune fur leurs quatre faces, voyei fig. 14, puis les pofant à plat fur un établi, on abat les angles r for
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- Sixième Partie. Chàp. IL De la maniéré de faire les Jumelles, &c, 409 fur une face ; & enfin on arrondie cette face^ avec un rabot dont le fer foit d'une courbure convenable, & qu'en terme de Menuiferie on nomme Mouche ue. Foye{ fi g» 12 <& 13 , la forme quelles doivent avoir quand elles font achevées.
- Lorfque les Peigners font les Jumelles avec de la canne , ils n’ont pas recours au travail du Menuifier, parce que cette matière a par-dehors à-peu-près la forme requife Elle, préfente une furface unie interrompue par des nœuds, & c’eft à les applanîr que le Peigner doit s'occuper avant tout. Il faut bien fe donner de garde d'entamer cette furface qui eft très-dure, & lorfquon applanic les nœuds qui ne font autre chofe que les aiflelles des feuilles de cette plante, on doit ne toucher qu’au nœud ; & même quelques Ouvriers négligent d'oter ces inégalités , mais cela ne porte aux Jumelles aucun préjudice lenfible.
- L'ufage des Peignes dont toutes les parties font faites de canne, eft plus univerfellement reçu dans le Languedoc, la Provence , le Comtat Venaiffin Sc dans les Provinces Méridionales de France , où les cannes naiflent en abondance. On a dans ces endroits-là la facilité de choifir les cannes les plus droites , ainfi que les plus grofles £*> «oo«dc font le plus écartés les
- uns des autres pour en faire les Jumelles ; celles enfin qui par parfaite maturité ont acquis une plus grande confiftance qui les rend propres à être amincies pour former les dents.
- Pour faire ces jumelles de canne, l'Ouvrier coupe une tige à-peu-près à la longueur convenable ; puis l’ayant refendue en quatre parties égales , il les y trouve toutes quatre ; par ce moyen les nœuds fe rencontrant au même endroit à chaque couple, on eft alluré que le ligneul embraflera parfaitement chaque dent, & les tiendra plus également ferrées, que fi les nœuds de différentes tiges fe trouvoient dans différens endroits de leur longueur.
- La précaution que je recommande ici n ett pas aulii indifférence à la bonne conftruélion d’un Peigne , qu’on pourrait peut-être le penfer ; il pourroit s’en fuivre une inégalité dans l'écartement des dents, & de là une très-grande dé-feéluofité dans l’étoffe : car pour le dire en partant, de quelle autre fource procèdent ces défauts qu’on voit aflez fouvent fur la longueur d’une étoffe, finon de la mal-façon du Peigne qui réglé la pofition refpeétive de tous les fils de la chaîne ? fouvent même un Ouvrier perd beaucoup de temps à chercher d’où peut venir un défaut dont il ignore la caufe.
- Lorfqu’on a fendu en quatre parties égales une tige de canne, on les paflè l’une après l'autre dans une efpece de filiere , jig. iy , PL I, pour les mettre d'égale largeur ; après quoi on les rend le plus unies qu’il eft poffîble, fur la face intérieure de la canne, en les partant dans une autre filiere,^. 16, pour les rendre par-tout dune égaie épaifleur. Voici comment font ordinairement faites ces filières.
- Dans une pièce de bois A , fig. 16 , PL 1 , eft folidement fixée la lame Etoffes de soie* FI. Pary M y
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- 410 L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE. d'un rafoir, ainfi qu’on le voit en B> Sc vis-à-vis un morceau de fer C, dont l’écartement avec la lame détermine l’épaiffeur de la Jumelle , en le rapprochant à volonté par le moyen de la vis a ; lorfqu’on dégroffit les Jumelles , on a‘ foin de tenir fur l’un Sc l’autre lens plus écartées ces deux pièces B , C, Sc lorf-qu’il ne s’agit plus que de les finir, on arrête la vis au point qui paroît le plus convenable.
- Si la différence de la largeur qu’il convient de donner aux Jumelles eft trop grande par rapport à leur épaiffeur pour qu’une feule filiere puiffe opérer l’un Sc l’autre effet , on peut en avoir deux , dont l’une fervira pour la largeur , jig. i63 & l’autre pour l’épaiffeur ; mais comme l’une Sc l’autre de ces dimenfions peuvent varier confidérablement, il eft plus à propos de placer à chacune deces filières un morceau de fer , qui, avançant Sc reculant à volonté au moyen de la vis a , affure invariablement, la largeur ou l’épaifleur qu’on a déterminée.
- * Comme le tirage de la canne à la filiere ne fauroit fe faire fans quelques efforts , on réferve au bas de la piece de bois ,7%. 15 , Planche 1 , dont' on la forme, un fort tenon quarré, au moyen duquel on la place dans l’une des mortaifes pratiquées fur table rx, fîg. 1, /y. dont nous allons nous en* tretenir 7 ainH qu’on le voit en I K..
- Il eft aifé de fentir, que le moyen le plus fimple pour empêcher que cetto table Sc la filiere ne vacillent aux efforts multipliés qu’on leur fait éprouver , eft de la faire fort lourde & fort folide ; auffi a-t-on coutume de prendre pour cela un morceau de bois quarré en furface, Sc dont l’épaiffeur lui donne de l’a£, Cette : on le monte fur 4 pieds G G G G, entrés à force dans des trous pratiqués vers les quatre angles, Sc fur cette table on perce différentes mortaifes pour recevoir le tenon de la filiere qui doit y entrer jufte ; par ce moyen l’Ouvrier peut pour plus grande commodité la changer de place , & même avpr «ne feqonde filiere un autre Ouvrier peut travailler à la même table.
- La grandeur quon doit donner à cette table peut varier fuivant l’idée des Ouvriers ; mais ordinairement elles ont 2 pieds & demi de long, fur 18 à 20 pouces de large ; Sc étant montée fur fes 4 pieds, elle doit avoir du deflus 2 pieds 2 pouces , ce qui , avec environ ro pouces qu’on donne aux filières., fait une élévation totale de 3 pieds : cette hauteur eft fuffifante pour qu’un Ouvrier puiflè paffer les Jumelles , étant debout ’, pour plus de commodité»
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- Sixième Partie. Chap. IL De la maniéré de faire les Gardes ; 41 r
- Article Second.
- De la maniéré de faire les Gardes»
- §. 1. Des Gardes en Bois.
- C e que j’ai die des gardes en général dans le Chapitre précédent, fuffitpour en donner une idée ; je n’ai plus ici qu’à détailler la maniéré de les faire de chacune des matières que j’ai dit qu’on y employoic.
- Lorfqu’on les fait de bois , il eft à propos de les faire toutes deux à un même morceau pour qu’elles foient plus parfaitement femblabies , voye[ PL 2 , fig. 2; où A repréfente l’endroit où on les fépare quand elles font finies, & pour pouvoir les couper fans crainte , on les tient un peu plus longues ; de maniéré que lorfqu’on a marqué fur cette piece la longueur exaéte des deux gardes , on les coupe en A , & on fait les quatre tenons a , b , c>d un peu plus longs qu’il ne
- faut, même figure, & fig. 3,4 ^ J > * •
- Il faut avoir grande aicention de donner aux tenons Pépaîfleur fiufBfimte pour
- que les Jumelles puifient contenir les dents fansballoter ; ainfi cette épaiffeur doit être égale à la largeur des dents : il faut auffi que le corps des gardes contenu entre les deux tenons dy d, foit parfaitement égal, & ait la hauteur qu’on veut donner de foule au peigne ; car ce font ces gardes qui la déterminent ; & lorf-que le peigne eft achevé , les dents excédent d’environ une ligne au'deifus des Jumelles pour retenir chaque tour de ligneul.
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- §. 2. Des Gardes de Canne.
- Les gardes qu’on fait avec de la canne doivent être faites à peu près comme celles de bois , fi ce n’eft qu’on ne touche point à la partie polie de la canne , & qu’on a foin de les choifir entre deux nœuds ; du refte il eft à propos de les prendre aufîî toutes deux au même morceau , refendu en plufieurs parties égaies. On y forme les tenons comme on vient de le voir ; mais ils ne font pas aufli faciles à faire qu’aux gardes en bois r il faut choifir des morceaux de canne gros & épais , entamer la partie polie qu’on met en dehors du peigne , P/. X fig* 8 , & y pratiquer un tenon , tant fur la partie convexe que fur la partie concave, fans quoi on ne pourroit fixer folidement les deux Jumelles à un écartement convenable.
- §. 3. Des Gardes dt O s ou d! Ivoire.
- Les gardes d’os ou d’ivoire font faites de la même maniéré que les pré-
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- 412 DES ÉTOFFES DE SOIE.
- cédentes ; on fe fort pour les travailler de râpes à bois ou de limes, dont les dents foient un peu fortes : fi les os font affez longs pour qu’on puifle trouver les deux gardes l’une au bout de l’autre, il eft à propos de les faire ainfi, elles en font toujours mieux traitées ; d’ailleurs les perfonnes qui ont quelque ufage du travail des mains , favent par expérience qu’une piece un peu longue fe façonne plus aifément qu’une courte qu’il n’eft prefque pas pofllble de faire féparé-; ment deux pièces parfaitement femblables. Lorfqu’elles font finies on les coupe, & on fait les tenons comme on l’a dit pour celles de bois & de canne.
- §. 4. Des Gardes de Laiton ou de Bronze.
- Les gardes de laiton ou de bronze fe jettent en moule dans du fable, comme toutes les pièces de fonte ; mais il n’eft aucun Ouvrier, du moinspourl’ordinaire, qui puiffe faire lui-même ce travail ; ainfi on fait faire un modèle en bois comme on veut qu’elles foient, ayant foin de le tenir un peu plus fort, parce que la croûte que forme le fable , & qu’il faut ôter à la lime, diminueroit trop ces pièces fi on n’y avoit pourvu d'avant » donne au Fondeur , qui fbuvent même étant pourvu des uftenfiles nécefîàires pour travailler le métal, tels qu’un étau, & des limes de toute efpece, peut mieux que le Peigner, la finir comme il convient ; mais dans ce cas on lui donne un fécond modèle de bois, dont les dimenfions foient juftes, Sc il n’a qu’à fe régler deffùs. Il faut que ces gardes foient polies furie devant pour diminuer les frottements qu’y éprouveroic fans cela la pointe de la navette.
- Article Troisième.
- De la maniéré de couper les Cannes à la longueur que les dents doivent avoir, ^ pour monter les peignes, & d’en Jaire le choix.
- Dans les villes voifines des endroits où l’on cultive les cannes, ori les vend aux Peigners toutes couvertes de leurs feuilles ; elles fe confervent mieux dans cet état que fi elles en étoient dépouillées. Quand on veut choifir les tuyaux les plus propres à faire des dents , on a foin de les. effeuiller d’abord & de les bien racler & polir pour les mettre en état de fervir. Mais quelque befoin qu’on ait de canne, on ne les dépouille jamais de leurs feuilles qu’un an après avoir été coupées fur pied ; & quoiqu’on les cueille fuffifamment mûres, il leur faut encore cet intervalle pour les bien fécher & leur procurer la confiftance & la dureté qu’on leur voit. Pendant qu’elles font en magafin , il faut les préferver de toute humidité, car fi l’écorce avoit fouffert la moindre atteinte de moififlùre, elles ne pourroient plus fervir à faire des dents de peigne.
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- Sixième Partie. Chàp. De la manière de couper les Cannes, 415
- Pour ôcer les feuilles de defius les cannes, on commence par les arracher avec les mains le plus qu il efl pofîible , ce qui efl afîez facile , puis avec un couteau, on coupe tout ce qui tient davantage aux nœuds qui s’y rencontrent de diftance en diftance , & qui féparent les tuyaux dont la canne femble être compofée comme d’autant de bouts. Enfin, on coupe chaque canne en deux fur fa longueur, faifant attention de féparer le côté le plus mince du plus gros ; car la moitié vers le pied efl: d’une bonne grofleur , & l’autre efl: ordinairement trop menue ; & pour cela on prend garde fi les tuyaux dont on veut fe fervir peuvent ou non, fournir aux dents une écorce fuffifamment longue , large & épaifle ; car ce n’eft que de l’écorce qu’on fe lert pour faire les dents d’un peigne.
- Lorfq ue les cannes font ainfi coupées par moitié, on coupe toutes celles qu’on deftine à faire des dents, en autant de bouts qu’on y rencontre de nœuds fur la longueur ; & fi quelques-uns de ces bouts font a fiez longs pour donner deux longueurs de dents , on les coupe le plus près des nœuds qu’il efl pofîible pour leur donner le plus de longueur qu’on le peut / ce qui en facilite le travail ; mais cependant fins anticiper fur la partie non vernie que la feuille a découverte; ôl iuiApfü n’eft pas poffible d’en trouver deux longueurs, on les coupe le plus loin des nœuds que la longueur des dents peut le permettre.
- Pour couper les cannes comme il faut, on fe fert d’un couteau en forme de ferpette 9fig 3., pareil à celui dont on fe fert pour racler les nœuds. On tient ce couteau de la main droite^ , fig. y, enforte que le tranchant foit en deffus ; puis prenant une canne de la main gauche B, on appuie le pouce droit a , fur la canne, qui , par ce moyen , fe trouve preflee fortement contre le tranchant du couteau. Voyez ,fig. 6> lapofition du couteau & du pouce de la main droit : : on a ôté la canne de cette figure, que l’on a repréfentée fous de fortes proportions pour rendre 1 operation plus fenfible : en même temps on fait tourner la canne fur elle-même avec la main gauche , ce qui imprime fur l'écorce une entaille circulaire ; après quoi on fépare les deux morceaux au moindre effort, en les tenant des deux mains , ainfi que le repréfente la figure 7, qui fait voir les deux bras d’un Ouvrier qui tient la canne à deux mains & appuie le pouce de chacune près de l’entaille , pour prévenir les éclats qui pourroient fe faire fans cette précaution^ Chaque fois que l’Ouvrier coupe les cannes pour en féparer les tuyaux , il a foin de féparer les nœuds des tuyaux qu’il jette à terre , comme on le voit à fes pieds, ou épars dans l’endroit où cette opération fe fait : comme les nœuds rie font propres qu’à être brûlés , on ne prend aucun foin de les ranger, & on les ramafîe en balayant.
- Aux pieds de l’Ouvrier efl repréfentée une corbeille f fig 8 , dans laquelle il jette les bouts à mefijre qu’il les coupe , pour, après cela, en faire un choix ainfi qu’on le dira en fon lieu.
- J ai dit ci-deffus que quelques Ouvriers commençoient par féparer en deux Étoffes de Soie, VI. Part. N y
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- 4i4 L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- les cannes fur leur hauteur , & qu’ayant mis à part la partie d’en bas qui peut feryrir , ils la coupent enfuite par longueurs , ainfi qu’on vient de le voir ; mais d’autres ne prennent pas cette précaution , & coupent les cannes par bouts, jufqu’à ce qu’ils voyent que ce qui relie à gauche ell trop menu pour l’ufàge auquel ils le deftinent, alors ils jettent cet excédent en un tas devant eux , comme on le yoitfig. ç , qui repréfente une quantité de ces parties fupérieures & rebutées, placées au hazard en un tas.
- L’expérience a appris qu’une même canne n’avoit pas l’écorce également dure dans toute là longueur ; & en fuivant la nature dans fa marche , il ell aifé de s’appercevoir que le bas doit toujours être plus fort : en effet, placé plus près de la racine , il efl plus abreuvé de lues nourriciers qui lui donnent en peu de temps une perfeélion que le fommet de la plante n’acquiert jamais, n’étant nourri que des fucs les plus fubtils qui ont la force d’y atteindre. D’après cette obfervation, les tuyaux qu’on coupe par bouts, auront leur écorce d’autant plus dure qu’ils approcheront plus près de la racine ; & c’ell cet aflortiment qu’il efl: à propos de faire en choilîlîant, & mettant enfemble ceux d’une même qualité; mais on ne fàuroit fur cela établir J© régi© générale, & conclure quaune même hauteur les tuyaux feront également forts : car dans une même touffe de cannes, il y en a toujours de mieux nourries que les autres, & c’eft à l’Ouvrier intelligent à déterminer celles qu’il doit mettre enfemble.
- Pour bien connoître l’égalité des tuyaux qu’on choifît pour un genre de peigne , on regarde l’écorce par le bout coupé, & on compare ceux où elle efl d’une même épaifïèur, dont le brillant & la couleur font les mêmes, la fineflè ou la groflîereté des filaments fèmblables, & dont enfin l’écorce femble également lâche ou compaéle. Par ce moyen on parvient à appareiller les qualités autant qu’il efl poffible, & dans un nombre infini de tuyaux, il n’eft pas difficile d’en trouver de y ou 6 efpeces, plus ou moins, félon la quantité de tuyaux qu on a coupés , ou la nature des cannes où on les a pris. Ces différentes efpeces font bonnes chacune pour différente forte de peigne ; & pour donner là-defliis des idées générales, on convient que ceux dont l’écorce efl: plus fine & plus mince que les autres, doivent être employées à des peignes où dans une longueur donnée, on doit faire entrer une plus grande quantité de dents qu’à d’autres : ainfi, par exemple, fi dans 20 pouces on doit faire entrer mille dents, il efl: évident quelles doivent être plus minces que fi, fur une même longueur, on n’en mettoit que 800. Par cet exemple on comprendra que les dents qu’on tire des tuyaux dont l’écorce efl: la plus épaiffe 8c la plus groffiere , { 8c elle peut être l’une fans l’autre ) doivent entrer dans les peignes qui, en comparaifon des mêmes longueurs , exigent un moindre nombre de dents.
- Lorfque les qualités font bien alforties, il faiit encore , autant qu’on le peut, aifortir les tuyaux pour la groffeur ; ce choix efl: fort difficile à faire, à moins qu’on ne s’y prenne comme je vais l’expliquer.
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- Sixième Partie. Chap. In De la maniéré de couperiez Cannes > êc. 4* J
- Quand on fait le premier choix , ( celui des qualités ) ori ha aucun égard à la groffeur des tuyaux 5 parce que 9 par les raifons que j’ai déduites ci-deffus * fouvent l’écorce de deux tuyaux eft d’une même épaîffeur, dune même finêfîè 9 Scc9 8c cependant étant pris fur des cannes de différents diamètres du des à hauteurs différentes, ils 11e font pas d’une même grofleur ; alors il faut faire le fécond choix entre les qualités déjà choifies ; Sc fi , par exemple * on a féparé cinq qualités différentes , il peut y avoir dans chacune , des tuyaux de trois ou quatre groffeurs dont chacune doit être employée à différens peignes* Cette précaution eft d’autant plus importante pour la perfeélion d’un peigne * que , quoiqu’on divife un gros tuyau en plus de parties qu’un petit, les dents qui proviennent d’un petit font plus épaifïes que celles d’un plus gros , parce que la circonférence du gros donne une furface moins convexe que l’autre ; Sc pour rendre cette remarque plus fenfible 9 Sc fe convaincre de la vérité de cette affertion , tracez deux cercles , dont l’un ait , par exemple , deux pouces de diamètre , Sc l’autre trois , un même efpace de deux lignes pris fur la circonférence du petit, fera beaucoup plus Convexe que fur le grand ; Sc fi l’on Veut donner une égale épaifleur à ces deux parties, il faut que la première devienne néceflâirement plus étroite, ou que la féconde refte plus épaliïe : voilà la raifon pour laquelle les Peigners prennent un aufli grand foin pour aflortir les groffeurs des tuyaux deftinès à un même emploi*
- Indépendamment du triage dont je viens de parler y il y a encore des défec* tuofités particulières qui empêchent un tuyau de pouvoir fervir ; ceux qui font tarés, c’eft-à' dire, percés de vers, dont l’écorce eft raboteufe ; car on a vu plus haut qu’on ne fe permet pas d’y toucher , même pour la polir ; ceux dont le fil n’eft pas droit 3 ce qu’on reconnoît lorfque quelque nœud ou œil, autre que ceux que lai fient les feuilles de la canne, fe trouve fur la partie vernie ou enfin qui ont d’autres défauts , doivent être entièrement rejettes.
- U y a encore des tuyaux dont l’écorce eft trop tendre * & qui fe réduit en pouffiere en la frottant ou la grattant avec l’ongle : il faut abfolument les mettre de côté , parce que les dents qui en proviendraient n’auroient pasaflëz de'con^ fiftance pour foutenir le frottement continuel de la chaîne d’une étoffe : on ne doit pas même hafarder d’employer un tuyau dont l’écorce paroît poudreufe 9 parce qu ordinairement cet effet eft produit par quelque humidité qui a fejourné entre la feuille & le tuyau , & que c eft l’indication d’un commencement de pourriture ; & quand même ce défaut ne fe rencontreroit que dans une partie du tuyau , il eft plus prudent de n’employer aucune des parties, même celles qui paroiffent n etre aucunement afïeéiées , de peur qu’elles ne participent du défaut qui leur eft fi voifin ; d’ailleurs la canne n’eft pas une marchandife fi chere , pour qu on doive rifquer la perte de plufieurs aunes d’étoffe , pour avoir voulu faire une aufli legere économie ; & l’Ouvrier lui-même, pour un aufïi petit gain, rifqueroit de décréditer fà Fabrique.
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- 4i 6 Ü ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- On ne feuroit prendre trop de précautions pour donner aux peignes toutes les qualités néceffaires, puifque c’eft de tous les uftenfiles qui fervent à la fabrication des étoffes , celui qui contribue le plus à fa perfection ; c’eft pourquoi fai dû prévenir tous les inconvéniens qui peuvent réfulter du choix des matières qu’on y emploie. Il me refte àobferver , qu’il faut avoir grande attention que les endroits où Ton tient la canne en réferve, ainfi coupée par longueurs , ne foient aucunement humides : l'humidité attaque d’abord la partie intérieure du tuyau » qui eft fort fpongieufe, puis ternit & altéré en peu de temps l’écorce , & la met hors d’état de fervir : on connoîtra fi la canne qu’on emploie eft dans un endroit trop humide , par l’œil terne qu’elle prend fur fa furface , & même en y paffant le doigt on s’appercevra d’une fleur, aflez femblable à la yapeur qui, l’hiver , couvre les vitres d’un appartement.
- On doit avoir la même précaution pour les cannes, & les conferver dans des endroits aérés, comme des greniers ou chambres hautes, loin de l’humidité , & mêm^il eft à propos de les tenir plutôt debout contre le mur, que couchées ftir le plancher.
- J’ai vu fdes Peigners qui coupoient d'abord les car nés à l’endroit où leur grofleur permet de les employer aux dents de peigne, comme on l’a vu, fans la dépouiller de leurs feuilles ; puis les ayant liées par bottes de fept ou huit, les mettoient en tas debout contre un mur, de haut en bas, c’eft-à-dire, le côté de
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- la racine en haut, Sc l’autre contre terre.
- Quelques autres, avec les mêmes précautions, au lieu de les drefîer par bottes contre un mur , les fufpendoient par paquets au plancher avec toutes leurs feuilles , & prétendoient qu’il étoit également nuifible de les dreffer contre le mur dans le fens où elles croiflent, parce qu’il y a toujours dans l’ailfelle de chaque feuille un peu d’humidité, qui ne peut que contribuer »n dépériflement des cannes à fe longue, & de les effeuiller entièrement, parce que le grand ai* altéré en peu de temps l’écorce. Cette obfervation eft due au hazard, qui, ayant découvert quelques cannes de leurs feuilles , tandis que d’autres en font reftées couvertes, celles-ci ont confervé toute leur beauté & tout leur luifant, au lieu que les autres ont dépéri fenfiblement & ont noirci confidérablement : il eft donc à propos , de les mettre de bas en haut, & même encore plus fur de les fiif-pendre au plancher fens ôter les feuilles.
- Nous avons vu plus haut que l’Ouvrier qui coupe les cannes par bouts, les jette à mefure dans un panier, fig. 8 ; lorfque ce panier eft plein , on ren-verfe à terre tous ces tuyaux, fig. 11, & un autre Ouvrier ayant autour de lui autant de corbeilles qu’il veut faire de parts différentes, fe met à genoux, ainfi qu’on le voit, & choififfant tous les tuyaux, les uns après les autres, il les met dans les paniers ^4, j9, C, D, E,F; &lôrfquele triage eft fini,on met des étiquettes fur les corbeilles pour reconnaître les différentes qualités des tuyaux qu’elles contiennent.
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- Sixième Partie. Chap. II. De là manière de couper les Cannes * êc* 417
- Ceux qui font commerce de cannes pour les faire paflèr dans^ les parties feptentrionales de la France, où il n’en croît pas, les coupent par tuyaux, comme nous avons dit que les Peigners le font eux-mêmes ; mais comme ils n ont pas une connoiflànce bien particulière des parties qu’on peut employer ou non, ils ne prennent pas la peine d’en faire le choix; & apres les avoir fait débiter par bouts , comme on Ta vu pius haut, ils les emballent dans de grands fàcs , & les envoyent à leur deftination où on les achette à la livre. C’eft pour épargner les frais de voiture, ainfi que les droits dont cette denrée eft charj gée, qu’on a trouvé convenable de n envoyer que ce qui peut fervir à peu-près , fans quoi ce qui eft inutile feroit à pure perte , & augmenteroit d’autant le prix de la partie utile. Qu^ques Commerçants ont la précaution de faire faire des paquets de ces tuyaux, ou par compte , ou au poids , Sc les emballent par ce moyen bien plus facilement.
- A Paris, ces tuyaux fe vendent depuis huit jufqu à douze fols la livre ; cette différence de prix vient du plus ou moins d’abondance de cette production , plutôt que de la qualité de la marchandife ; quoiqu’on prétende que les cannes qui nous viennent d’Efpagne font meilleures que celles qui viennent du Languedoc Sc de la Provence. Il eft vrai quo du coté de Perpignan on en cultive beaucoup , Sc qu'on en fait de grands envois dans toutes les parties de l’Europe , qui, n’étant pas également propres à en produire , ne peuvent s’en procurer que par la voie du commerce : du refte , comme je me fuis apperçu qu’il y avoit encore beaucoup de choix à faire dans les unes Sc dans les autres, je m’abftiendrai de décider de la préférence qu’on doit accorder à celles-ci plutôt qu’à celles-là Sc je m’impofe la loi, en éclairant les Arts, de ne point nuire au commerce ; ainfi on ne trouvera jamais dans mon Ouvrage aucun prix déterminé de denrée j de machine, ni de journées d’Ouvrier: d’ailleurs, peut-on établir fur ces objets des prix réglés ; l’abondance des vivres dans une Province , la rareté de l’argent * la population, ne font-elles pas des fources de variations infimes dans tout ce qui s’appelle main-d'œuvre.
- J’ai dit ci-deffus que les cannes fe vendent à la livre, auffi les Marchands qui en tiennent de grandes provifions, ont-ils intérêt de les tenir dans un endroit plutôt frais que fec ; mais pour ne pas nuire à leur qualité, ils doivent en même-temps les préferver de l’humidité qui, comme nous l’avons dit, leur portefoit un dommage fenfible : il eft bon d’être averti, parce qu’un Ouvrier qui acheté un cent pelant de. marchandife, par exemple, feroit fort furprîs de ne plus trouver fon compte au bout de quelque temps ; Sc le bas prix auquel on a
- acheté, n’eft "pas capable de dédommager de la perte réelle qu’on éprouve enfuite. *
- Mais en général les Marchands ne fàuroient tenir les cannes dans un état d humidité habituelle j car à moins que d’en avoir un très-prompt débit, elles depériroient par la fuite pour leur compte > & ils ne pourroient bien-tôt plus Etoffes de soie. VI. Pan, O y
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- 4i8 VART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- les vendre ; car il n eft prefque pas poffible de cacher leur mauvaife qualité , en fo fervant des moyens que j’ai indiqués pour s y connoître.
- On me pardonnera fans doute ces obfervations en faveur des perfonnes qui pourront en tirer de l’avantage , foit des Ouvriers eux-mêmes , foit des Cultivateurs , foit enfin de perfonnes qui défireroient entreprendre cette efpece de commerce , & à qui cette ignorance feroit très-préjudiciable. D’ailleurs il y a beaucoup de Peigners qui travaillent fupérieurement & dont les Peignes dépendent très-promptement, non pas par la mal-façon , mais par la maiivaife qualité de la canne qu’ils y ont employée, faute d’avoir les connoiflances né-ceflàires pour diftinguer la bonne de la mauvaife , comme fi toute forte de canne pouvoit indiftinélement remplir le même objet. 9
- Les Commerçants en canne & les Peigners ont un intérêt particulier de tenir leurs cannes dans des endroits fecs ; c’eft pourquoi ces derniers qui font obligés de les acheter coupées par tuyaux, ont foin de les placer fur des planches fixées au haut des ateliers en forme de rayons, afin que ces tuyaux ne reçoivent aucune atteinte de l’humidité ; & comme ils ont la précaution de faire le choix des qualités & des groffeurs, ils diftribuent ces planches par cafés , enforte que chacune contient une différente qualité ou une différente grofîèur de tuyau ; cct arrangement eft fait comme on en voit un fîg. 12; Sc pour reconnoître les qualités particulières qu’on y a placées, chaque café eft numérotée, de telle façon que le Peigner fait tout de fuite dans quelle café de fes rayons, il doit prendre les tuyaux de canne qu’il doit employer pour faire les dents du compte de peigne qu’il veut exécuter.
- Article Quatrième.
- Y .. . XL
- De la maniéré de refendre les tuyaux de Canne pour leur donner à-peu-près la largeur que les dents doivent avoir lorjquon monte un Peigne.
- Defcription des Outils nécejj'aires à cette opération.
- §. 1. Maniéré de refendre la Canne.
- . Lorsque tous les tuyaux font coupés par longueurs de dents, ainfi qu’on vient de le voir, on les met tous en pièces à-peu-près de la largeur qu’on veut donner aux dents, pour les paflèr enfuite à la filiere & leur donner une parfaite égalité de largeur & d’épaifîèur ; il faut donc refendre ces tuyaux fur leur circonférence en autant de parties que cette circonférence peut en pro-duire. Mais pour faire cette divifion avec quelque précifion, il a fallu employer des outils, toujours plus fors que la vue fimple ; encore n obtient-on que des à-peu-près que la filiere corrige enfuite : voici comment on s’y prend.
- Si les dents du Peigne qu’on veut monter doivent avoir deux lignes de
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- Sïxîeme Partie. Chap. IL De la maniéré de refendre la Canne * êa 419 largeur quand elles feront finies 3 il eft à propos de leur donner d abord deux lignes & demie quand on les refend * de peur qu’en les refendant du premier coup au point jufte ou il les faut, le fil ne fe trouvant pas parfaitement droit* la fente ne fè jette à droite ou à gauche * ce qui augmenteroit la largeur des unes aux dépens des autres : auffi avec une demi-ligne de plus quil ne leur faut, quand la Canne eft bien choifîe , on ne craint pas cet inconvénient 9 St on les amene aifément à n avoir que deux lignes jufte en les paflànt par plu^ fieurs filières s’il eft néceflâire, comme on le verra, par la fuite : mais voyons maintenant quels font les moyens & les inftruments qu’on employé pour les fendre à une égale largeur.
- On fe fervoit anciennement pour refendre les tuyaux des Cannes * d’une méthode à laquelle quelques Ouvriers tiennent encore, St qui eft repréfentée par la figure r, PL 3 ; elle confifte à prendre un couteau de la main droite a, St tenant debout un tuyau b , appuyé fur le billot ou table A * devant laquelle l’Ouvrier eft affis , ou pour mieux dire, qu’il place entre fes jambes * comme on le voit dans la figure , puis appuyant le couteau fur le tuyau * toute fbn attention confifte à le divifér en deux parties bien égales fans les féparerè Voye1 jig. 2., la pofition du couteau St de la Canne repréfentés plus en grand pour en faire mieux fentir l’opération. Lorfque la fente eft defcendue à trois ou quatre lignes du bas , voye% üg. 3 , en a ; ce qui ne demande pas que le couteau defcende auffi bas 3 à caufe de fon épaifleur qui fait l’office d’un coin, il retire le couteau de la fente b 9 St le place fur le même bout fupérieur de la Canne à environ deux lignes & demie de la même fente, comme le repréfènte la figure 4, où l’on voit le tuyau géométralement, & les deux fentes a 3 a , produites par le premier coup de couteau ; St ce même couteau placé à deux lignes & demie ou environ des premières fentes. Il ne faut pas placer le couteau du meme côté 9 St décrire fur cette circonférence ce que les Géome-* très nomment une Corde, mais le couteau doit toujours en paflànt par le -centre donner un diamètre; voyez le couteau B, fur le centre b 9 St formant avec la pofition qu’il tenoit à la première opération des angles oppofés au fommet % égaux. L’Ouvrier continue ainfi fur toute la circonférence à fendre la Canne à desdiftances de deux lignes & demie * enfaifànt toujours defcendre la fente au même degré qu’on a dit de la première, jufqu’à ce qu’enfîn il ait divifé toute cette circonférence comme on le voit fig. y , qui repréfente un tuyau de quatorze lignes de diamètre vu géométralement, divifé en quatorze parties égales de trois lignes moins un quart ou environ chacune ; car il n’eft pas poffible par cette méthode de rencontrer parfaitement jufte. Lorfque la Canne eft ainfi divifee, on finit de la feparer avec les doigts 9 ou bien on fait entrer le manche du couteau , qui dans ce cas eft un peu conique , voye£ figt 3 ; & pour peu qu on force un peu , toutes les parties fè féparent aifément ; St fi * comme il ne manque pas d arriver, toutes les parties ne fe féparent pas * on
- m—imMuiafe
- Planché
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- 420 L’ART DES ETOFFES DE SOIE. les achevé avec les doigts. Mais comme en fe fervant du manche du couteau pour écarter toutes le*s parties, on pourroit fe couper avec la lame , il eft à propos d’avoir un Repoufifoir tourné , de la forme de celui qu’on voit fig. 6 > avec lequel on ne court aucun rifque de fe blèlîer, Sc Ton produit un écartement de toutes les parties qu’on a repréfenté fig. 7, où B eft le même repoufloir qui entre dans la Canne A 9 Sc en écarte toutes les parties. A me-fure qu’on refend ainfi des tuyaux , on met les morceaux fur une table 9fig* 8 , & enfuite on en forme des paquets pour s’en fervir au befoin ; voyez fig. 9 : après quoi, pour les préferver de l’humidité, il eft bon de les ferrer dans des boîtes ou tiroirs,/zg. 10, qu’il vaut cependant mieux tenir découverts pour donner de l’air aux Cannes.
- La boîte qu ’on voit ici a deux parties, dont l’une eft remplie de morceaux de Canne & l’autre eft vuide ; en voici la raifon : comme il eft effentiel de ne pas mêler les qualités des tuyaux qu’on a triés avec foin, il feroit impoffible de s’y reconnoître fi on les mêloit après les avoir refendus : c’eft pour éviter cette confufion qü’on a coutume d’avoir des boîtes à double compartiment, parce que quand on pafîe ces pièces à la filiere on les remet finies dans l’autre côté du tiroir , & on eft afluré de fe reconnoître pour l’emploi qu’on en veut faire.
- Comme les fibres de la Canne font placées fuivant la longueur des tuyaux j Sc que fi l’on n’y prenoit garde, les parties fe fépareroient fort aifément pour peu qu’on fît entrer le couteau , il faut éviter cet inconvénient qui empêche-roit qu’on ne pût continuer la divifion -fur la circonférence : il eft vrai que le mal qui en réfulteroit n’eft pas de grande conféquence ; maison divife beaucoup mieux Sc beaucoup plus vite toutes les parties enfèmble que quand elle font féparées ; voici comment on doit s’y prendre : dès que le couteau eft placé, à l’endroit néceflàire, on éleve les deux mains, lavoir celle qui tient le couteau , Sc la gauche qui tient le tuyau fortement par en bas, Sc on frappe quelques coups fur le billot : en peu de temps le couteau entre , Sc la main gauche empêche la fente d’aller tout du long du tuyau ; ce qui ne manquerait pas d’arriver, malgré cela, fi on n’enfonçoit le couteau quautant qu’il eft néceflàire pour conduire la fente au point a, fig. 3 ; car le couteau étant néceflàire-' ment plus épais vers le dos que vers le tranchant, il fait l’office d’un coin ; Sc la fente eft déjà fort ouverte en C, quoique le couteau ne foit pas encore à moitié, tandis qu’à peine y a-t-il la plus petite fente vers a. r Malgré les foins de ceux qui employent cette méthode, leur promptitude* à refendre les Cannes, & leur 'exaéïitude à les bien divifer, jamais on ne peut avancer autant, ni divifer aufîi également, qu’avec l’inftrument qu’on nomme Rofette, Sc dont on va voir 1’ufàgç dans l’article fuivant, v
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- Sixième Partie. Chap. IL Description des Rofettes * 4&I
- $. a. Defcripdon des Rofettes pour refendre les tuyaux de Came.
- Quoique j'aie dît dans l'article précédent, que le couteau dont l'Ouvrier fe fertpour refendre eft courbe , ainfi que la figure le repréfente , néanmoins ce n'eft pas une néceffité ; & le premier couteau , pourvu cependant qu'il foit un peu mince , peut très-bien opérer le même effet, mais jamais il ne peut rendre le même fervice que les Rofettes.
- Les Rofettes font de petits cylindres de fer autour defquels font diftribués à égale diftance des rayons tranchants par un côté, & pris au même morceau. La figure 13 , PL 3 , repréfente une Rofette vue géometralement, compofée de 16 rayons écartés entr'eux d'environ 2 lignes & demie vers leur fommet; car tous rayons divergents doivent être plus rapprochés vers leur bafe. On conçoit que fi ces rayons d’acier font bien tranchants , & qu’on les pofe fur le bout d’un tuvau de même diamètre à-peu-près , ils le diviferont en feize parties égales d'un feul & même coup.
- Au centre de cette Rofette eft un trou quarré qui reçoit le tenon A , du manche de fer fig. 14, abattu à huic pans inégaux, pour que les vives-arêtes ne bleffent pas les main:» dans 1 ufage. La queue B , terminée en pointe , qu'on voit à ce fer, fert à le planter dans un billot pour s'en fervir , comme on le
- verra plus bas.
- Le tenon quarré A , du manche de fer fig. 14, entre jufte dans le trou de la Rofette qui repofe fur l'épaulement a ; & pour pouvoir changer cette Rofette au befoin , on tient ce tenon un peu plus long que la rofette n'eft épaiffe, & on le termine en pointe à quatre pans un peu arrondis.
- Comme le diamètre des tuyaux varie confidérablement, il eft nécefîàire d'avoir plufieurs Rofettes de différentes grandeurs,, & les plus grandes ont plus de rayons ou pointes que les autres, parce qu’il eft clair qu’un plus grand cercle fe divife en plus de parties données qu'un petit. On a ordinairement des Rofettes depuis dix lignes de diamètre jufqu'à dix-huit & vingt, & depuis dix rayons jufqu'à vingt ; & ce diamètre fe prend fans compter les rayons, qui doivent être tous également éloignés les uns des autres pour divifer les tuyaux en parties bien égales entr'elles. La figure 16 , repréfente en perfpeélive la Rofette fig. 13 , montée fur fon manche, & compofée de feize rayons.
- Quoique le nombre des rayons varie fuivant la grandeur des Rofettes, ainfi que nous venons de le dire, il ne faut pas pour cela que l'écartement de ces rayons foit le même à toutes les Rofettes, car comme on a befoin de différentes largeurs de dents fuivant les Peignes qu'on veut faire, il y âu-roit trop de perte fi toutes les parties refendues avoient la même largeur.
- Sans entrer ici dans des calculs de mathématiques qui feroient déplacés, ori (ait que le rapport du diamètre à la circonférence eft à peu^près comme x 13 à Étoffes de Soie. VL Part. P j
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- 422 DES ÉTOFFES DE SOIE.
- 35 J. Mais pour la pratique il fuffit ordinairement aux Ouvriers de favoir que le diamètre eft un peu plus du tiers de la circonférence. Cela établi, je luppofe qu’une rofette ait 18 lignes de diamètre, elle en aura'J 5 ou environ de circonférence , ce qui fait 4 pouces & demi & quelque chofe. Si donc on veut que récartement des rayons foit de deux lignes & demie , on en trouvera 22 fur la circonférence, & les tuyaux qu’on refendra avec cette rofette, feront partagés en 22 parties égales ; mais fi l’on veut leur donner 3 lignes d’écartement, ôn n’en trouvera que 18, qui diviferont les tuyaux en 18 parties.
- Si elle n’a qu’un pouce de diamètre, ce qui donne trois pouces, ou 36 lignes pour la circonférence, & qu’on veuille encore donner aux rayons deux lignes St demie d’écartement, on n’en trouvera que quatorze, un peu à i’aifè, attendu là fraétion qui refte. Et fi on leur donne trois lignes d’écartement on n’en aura que douze , & ainfi pour les autres groffeurs, où ce que je viens de détailler fera fuffifant pour l’entendre ; & quelle que foit la largeur qu’on veut donner au£ dents , on fera le calcul de la* circonférence de la rofette d’après cette largeur* 8c on fera toujours fur d’une parfaite réulîite.
- Il faut donc fe pourvoir de rofettes de tous les diamètres pour toutes fortes de tuyaux ; car fi on veut en refendre un grand avec une petite rofette , le nombre des parties fera trop petit, ces parties trop grandes , ôc on aura beaucoup dè perte. Mais pour ne pas multiplier à l’infini la dépenfe , on a imaginé de faire faire des rofettes qui peuvent fe placer toutes fur un même manche, quand on le fait comme celui que nous venons de voir ; car nous aurons occafion de parler d’autres rofettes qui reftent toujours montées fur leur manche.
- Il y a des Peigners qui, avec les mêmes rofettes obtiennent des parties plus otl moins larges dans les tuyaux qu’ils refendent, parce que les lames des rofettes font plus étendues qu’à l’ordinaire ; il eft facile de concevoir qu’alors fur une même rofette on refend des tuyaux de plufieurs diamètres, 8c que, ceux dont les diamètres font plus grands, n’étant divifés qu’en un nombre dé parties égalés à ceux dont le diamètre eft plus petit, les parties doivent en être plus larges ; mais cette méthode eft fujette à un grand inconvénient, en ce qu’on rifque de ne pas avoir toutes les parties d’une égaie largeur , à moins d’apporter à cette opération une attention très-particuliere : en effet, fi l’on place le tuyau en le refendant un peu plus d’un côté de la rofette que de l’autre, le côté de la circonférence du tuyau qui fera le plus éloigné du centre produira des parties fenfiblement plus larges que celui qui en fera plus rapproché, ce qui peut devenir conféquent pour la fuite de l’ouvrage ; c’eft-à-dire, qu’il peut occafionner un dégât à la canne St une difficulté à tirer les dents de largeur & d’épaiffeur, parce que fi lé tuyau de canne n’a pas été pofitivement placé fur la rofette dans un écartement égal du centre, aucune des parties refendues ne feront égales entr’elles en largeur, à caufe qu’elles auront été refendues chacune au point de ces lames plus ou moins éloigné du centre , St par cette railbn elles auront acquis
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- Sixîem Partie. Chap. II. Defcriptidtt des Rofette è * 413
- chacune plus ou moins de largeur ; puifque l’écartement des deux cannes entre lefquelles chacune de ces parties ont été forcées de paflêr eft plus large en sàéloi-gnantde labafequi les contient qu’en s’en rapprochant, & que cette différence de largeur eft l’effet de tous les rayons divergents.
- Comme il eft affez difficile de rencontrer jufte la rofette qui convient à chaque tuyau, on a imaginé un moyen très-ingénieux, qui en même temps qu’il pré-* vient toute méprife à ce fujet, rend encore plus folide la pofition de la rofette fur fbn manche, dont le tenon à force de changer de rofette diminue infenfl^ biement, 8c les rofettes n’y tiennent bien-tôt plus. Voici ce#que c’eft.
- On fait le tenon de ces manches un peu plus long qu’il ne faut, on en taraude le bout, & quand la rofette eft à fà place , on l’y arrête avec un écrou qui fo termine par dehors un peu en cône ; voy.fîg. ij 8c 18. Le quarré qu’on voit en à, au manche fig. 18, qui n’eft repréfonté qu’en partie, pour ne pas multiplier dans une Planche les mêmes objets, entre dans la rofette, & eft un peu moins haut qu’elle n’eft épaifle , pour donner lieu à l’écrou de la ferrer. La partie b eft taraudée jufqu’aü bout pour recevoir l’écrou fig. 17, qui étant terminé en cône,’ fert à régler la rofette qui convient à tel ou tel tuyau , puifqu’il ne lui permet pas de fendre un tuyau « dans le creux duquel elle ne fàuroit encrer ; ôc de plus elle fert auflî à centrer comme il faut cette rofette , que fans cela on pourroit placer d’un côté ou d’un autre. Il eft vrai que pour mettre ce moyen en ufàge , on doit avoir autant d’écrous différents qu’on a de rofettes ; 8c qu’étant fyr le même pas-de-vis, ils iront tous fur le même manche : fans cela il faudroit autant de rofettes, de manches &d?écrous qu’on auroit de tuyaux differents à refendre.’
- Il faut encore avoir foin que cet écrou, qu’il feroit à propos de faire au tour , ne prenne point fur les rayons, & ne couvre abfolument que la partie pleine de la rofette , 8c prenant la figure 13 pour exemple, il ne doit venir que jufqu’au cercle cl , b, c, fans cela il generoit 1 office des rayons coupants. On peut voir for la figure 19, même Planche, l'effet de cet écrou A, conique, mis en place, qui ne fàuroit entrer dans un tuyau, pour permettre aux rayons de le fendre, qu’il n’ait le diamètre a, b ; par ce moyen la rofette defcend bien perpendiculairement dans le tuyau, & forme des parties bien égales en tout fens.
- Quelques Peigners fe fervent encore d’un écrou entièrement conique & terminé en pointe, comme celui que repréfente la figure 20 ; mais il n’eft pas taraudé en dedans plus avant que ceux dont je viens de parler plus haut ; il n a rien, à mon avis, qui doive lui donner la préférence for l’autre, & le choix m’en paroît fort arbitraire.
- Les entailles qu’on voit en a, a, à Yêctoufig. vj, fervent à recevoir le tourne-yLS>fiëm 2I- ^ont a eft la tige, b la palette, 8c c eft le manche femblable à celui d une vrille , au milieu duquel eft emmanchée bien folidement & rivée par-deflus, la tige quarrée a, pour réfifter aux efforts qu’on eft obligé de faire . pour ferrer l’écrou for la rofette.
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- §. 3. Première maniéré de refendre les tuyaux de Cannes avec les Rofettes.
- Apres avoir donné la defcription des Rofettes & de leur emploi, il me femble à propos de détailler la maniéré de s'en fervir ; 8c comme les Ouvriers même qui en ont de pareilles s'en fervent différemment les uns des autres , je vais les paflèr en revue le plus fuccinétement qu il me fera poflible.
- On doit fe rappeller que le manche de la Rofette, f\g. 14 PL 3 , a par le bas une partie terminée en pointe B ; c eft par-là qu’on la plante debout dans une table , comme on le voit en A, £g. 1 PL 4. Ce tenon quarré entre dans l'un des trous a3 ay a9 &c. qu'on voit fur cette table; la Rofette repofe fur l'épaulement qu’on a pu voir être formé par la forte partie du manche ; & par ce moyen réfifte aux coups multipliés de la canne qu’on appuyé fur la rofette ; fans quoi, elle auroit bien-tôt aggrandi fon trou, & pâlie au travers de la table : lorfqu’à la fuité du temps les trous s’aggrandiffent, les rofettes ne tiennent plus fblide-ment ; on y remédie en les affujettiffant par de petits coins faits avec de petits morceaux de canne ou de bois, ou bien on enveloppe le tenon avec une bande de papier, de façon qu’il entre bien jufte dans fon trou.
- Il y a des Ouvriers qui, au lieu de pointes quarrées , font terminer en vis 1© bas du manche comme le repréfènte la figure 2, où la vis a tient lieu du tenon , & le corps du manche fert dépaulement pour appuyer fur la table. Mais on conçoit que ces vis, à force de ferrer, auroient en peu de temps mangé les pas de leur écrou, fi la table feule leur en tenoit lieu ; pour obvier à cet inconvénient , on fait faire des écrous, comme celui que repréfente la figure y dont la tige eft quarrée, & tient à une plaque aufli quarrée, qu’on voit de toute fon épaifleur ,pour la faire affleurer en entaillant la table, 8c on la fixe au moyen de quatre petits clous aux quatre coins b , è3 by b ; le dedans eft taraudé au pas de la vis : comme la tige a entre jufte 8c même un peu à force dans un trou quarré de même groffeur qu'on pratique dans l'épaiffeur de la table , il n eft pas poflible que la rofette fe dérange , lorfqu avec une clef,^. 3, dont l’étrier B embraflè le corps du manche, l’Ouvrier la ferre vivement fur la table, ainfî que le repréfente la main A , fig. 4 : on a placé fur cette table les 3 différentes efpeces de rofettes dont nous avons parlé, & trois autres trous de même efpece pour chan* ger les rofettes de place fuivant la commodité ou le befoin.
- On fait encore des Rofettes dont les manches font faits ^ du moins pour la partie fupérieure, comme celui dont on voit le haut fig 6 ; la différence confifte en ce qu’au lieu que le bout qui excede la rofette foit taraudé en vis, il l'eft en écrou, pour recevoir le chapeau fig. 7, dont on voit la vis en E, la rondelle F qui appuie fur la rofette, le quarré G, qui fert à le ferrer au moyen du tourne-yis pareil à celui de la figure 3 , & enfin le bout conique qui le termine, le tout fait d’un feul morceau de fer. Après avoir recommandé que les écrous avec
- lefquels
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- Sixième Partie. Chap. IL Maniéré de refendre les tuyâux de Cannes , êc* 42 f lefquels on fixe les Rofettes, n’excedent point le plein, & ne couvrent point les rayons , il eft prefque inutile d’avertir que la rondelle F , ne doit pas couvrir les même rayons. Du refte ces rofèttes fe placent fur la table fig. 1 & 4, comme je lai déjà dit, & même l’Ouvrier a coutume d’en avoir de trois ou quatre groflèurs differentes,& conféquemment de differents nombres de rayons, pour s’en fervir à mefure que les tuyaux qui fè préfentent font plus ou moins gros, & ne pas changer de place fouvent, ou bien n’être pas obligé de ne fendre que ceux qui* feroient de groflèur convenable à la rofètte qu’il auroit actuellement fous la main ; ce qui feroit encore un nouveau triage & prendroit beaucoup de temps.
- La hauteur de ces manches la plus ordinaire eft telle, qu’étant en place, les Rofettes fe trouvent élevées à environ quatre pouces de la table ; cette hauteur eft très-commode & affez univerfellement adoptée. Voyons maintenant l’opération.
- L’Ouvrier eft aflis devant fa table Z?, ou font plantées trois ou quatre Rofèttes fig. 9 ; à fà gauche eft une corbeille C, remplie de tuyaux, & pour qu’elle foit plus à fa portée, il la place fur un tabouret D ; mefore qu’il en a fendu une certaine quantité, il jette toutes ces parties dans une autre corbeille qu’il a à fà droite. Pour les fendre il en prend une de la main gauche, la place for la Rofette qui lui convient, ôc frappe quelques coups de la pal ette c, qu’il tient de la main droite, for le bout oppofé b de ce tuyau, qui bientôt eft feparé en autant de parties qu’il y a de rayons à la Rofette. J’ai fait repréfenter à part fig. 10, l’effet en grand de la Rofètte, à mefore qu’elle entre dans le tuyau: on voit au travers des fentes les rayons a,a9a9 & c. qui quoiqu’à peine au milieu du tuyau, ont déjà conduit les fentes prefque au bout. L’Ouvrier ne fe donne pas la peine de ramaffer les parties à mefore qu’il les refend, pour ménager le temps ; mais il les laiflè tomber au hafàrd foHa table ; & quand il y en a une grande quantité qui pourroit lui nuire , il les jette par poignées dans la corbeille E , placée à terre à fà droite fig. 9.
- La palette c eft faite de bois & a la forme qu’on lui voit fig. ir ; on au-roit fans doute pu fe fervir d’un inftrument de fer, mais en bois il ménage mieux le bout des tuyaux, on eft plus maître de diminuer la force du coup; & fi par inadvertance on frappoit plus fort qu’il ne faut, & que la Canne fe fendit promptement, onrifqueroit de donner for la Rofette un coup qui l’en-dommageroit ; au lieu qu’étant de bois, la palette feule reçoit le dommage 9 ce qui n’eft pas de grande conféquence : quelques-uns lui donnent la forme d’une petite pelle, fig. 12 ; au refte tout cela eft indifférent : d’autres fe fervent d’un maillet fig. 13 ;mais il femble que la palette frappe plus également.
- Comme les morceaux refendus reftent fur la table, & qu’on eft obligé de temps en temps de les ramaffer, ce qui perd du temps, j’ai vu des Peigners qui avoient une table dont la furface forme deux plansjnclinés, Sc au fommet defquels font plantées les Rofèttes ( voye^fig* 14 ) : par ce moyen, à mefore Étoffes de Soie. VL Fart. Q y
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- que les tuyaux font fendus , les parties tombent à terre par leur propre poids & TOuvrier n’eft obligé de les ramaffer quà l'heure des repas ou au bout de la journée; quelques-uns économifent le temps, jufqu’à étendre une toile par terre pour ramafler tous ces morceaux dans un inftant, & les mettre dans la corbeille ou autre part tout à la fois. Il me relie à décrire une autre maniéré de monter les Rofettes, & de refendre les Cannes ; cette méthode eft aulïï expéditive que la précédente, ainfi je remplis en la rapportant, une double obligation , & de décrire toutes les parties de mon Art, & de marquer la pré-férence quon doit accorder à tel procédé fur tel autre moins avantageux.
- §. 4. Dejcripdon d'une autre maniéré de monter les Rofettes ,
- & de la maniéré de s'en fèrvir.
- Chaque pays à fes ufeges ; mais pour décrire un Art, faut-il rapporter toutes les méthodes, détailler tous les procédés l Non, fans doute : on n auroit jamais fini. Faut-il donc fe contenter de rapporter les principales & négliger le relie J Tel dont l’ufàge eft le plus vicieux, ( & c’elt dans tous les talents le plus grand nombre ) , croira que fon Art nseft qu’efquiffé , parce que fa maniéré n’y ell pas rapportée ; comment donc faire 1 Voici ce que j’en penfe. Offrir au Leéteur judicieux les meilleurs procédés, les décrire avec ordre & clarté, & laifler parler la critique. Voilà mon but. L’ai-je atteint ? Je n’ofe m’en flatter ; mais j’y vife.
- Les Peigners de certaines Provinces fe fervent d’une autre forte de Rofette dont la différence avec les précédentes ne confille que dans la maniéré dont elles font montées fur leurs manches. Ce manche dont on n’a pu repréfenter dans la Planche 4 , fg. 1J , que les deux extrémités , & qui eft cenfé brifé par le milieu , eft fait de maniéré qu’on place à chaque bout une Rofette d’une grandeur & d’un nombre de rayons différents.
- On conçoit à la feule infpeélion de cette Rofette, que chacune tient lieu de deux des autres ; mais en revanche il faut être bien adroit & bien attentif; la moindre négligence peut blefler l’Ouvrier ; cependant leur commodité les a fait adopter dans beaucoup d’endroits, & même un des principaux Peigners de Paris s’en fort par préférence.
- On peut voir, fg. 16 & 17, même Flanche, ces Rofettes toutes montées, & retenues fur leurs manches des différentes maniérés dont j’ai parlé à l’occafion des précédentes : celle figure 16, eft retenue par un chapeau ou bouton conique , tel que repréfente la figure 7 ; & celle figure 17, eft retenue par un écrou plat. Au refie on peut pour les fixer fur leurs manches, choifir celle des maniérés qu’on a rapportées ci-deflus qui conviendra le mieux.
- Les manches de ces Rofettes ont ordinairement dix pouces de longueur, ou environ ; & pour être tenus plus commodément, on obferve au milieu un
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- Sixième Partie* Chap. II. Maniéré de monter les Rofettèl, $cr. 4 renflement qui va en mourant vers chaque bout jufqu’aux Rofettes ; ce renflement, qu’on nomme poignée de i outil, fert à deux ufages ; premièrement, comme je lai dit, on les tient plus facilement, Sc en feôond lieu ,.cette grofe feur contribue à faire éclater les tuyaux quand la Rofette eft entrée jufqu’à un certain point.
- Comme ces Rofettes font doubles , il eft certain qu’on ne feuroit aflez les garantir contre l’approche de tout corps dur , ou de tomber à terre , ce qui briferoit leurs lames en très-peu de temps ; auflî eft-il dangereux de les garder dans des boîtes les unes contre les autres, & les Ouvriers ont-ils grand loin de les fofpendre à des râteliers 9fig. 1, PL $ , dont les chevilles font faites comme on le voit fig. 2. Cette cheville eft une piece de bois de cinq à lîx pouces de long , fans le tenon A 9 Sc de quatre de largeur ou environ for un pouce ou quinze lignes d’épaifleur. Au milieuxeft percé un trou rond, plus petit que le renflement du manche des Rofettes, Sc auquel communique une entaille plus petite que lui pour qu’une fois mifes en place , ces Rofottes ne puifle pas en fortir. Cette cheville eft aflemblée dans une mortaife qu’on pratique for la piece de bois A 9 fig. 1, qui eft fixée contre un mur au moyen des pattes coudées e 9 e , e, Sc elle y eft chevillée , pour plus de foreté.
- Quelquefois on accroche les Rofettes aux chevilles, comme on le vok fig. 3 , ou elles repofent for les Rofettes mêmes 9 qu’on n’a pu repréfenter pour obferver la perfpeétiye qui les tient cachées derrière le plat de la cheville.1 Mais cette méthode eft moins bonne que la première, parce que les rayons de ces Rofettes doivent être très-minces, & par conféquent fofceptibles de fe gâter au moindre choc qu’on ne pourroit guere éviter en les ôtant & remet-, tant fou vent à leur place. D’autres enfin lient ces Rofettes plufieurs enfemble,' & les fofpendent hors de toute atteinte.
- Lorfqu’on veut fe fervir de ces dernieres Rofettes , on en prend for une table près de foi un aflez grand nombre, pour n’être pas obligé de fe déranger à chaque inftant (voye[ fig. 4 , ) puis ayant la table à là droite , l’Ouvrier place entre fes jambes un billot D, monté for trois pieds, Sc appuyant de la main gauche les tuyaux deflus > il préfente pour les fendre la Rofette qui leur convient, & élevant un peu le tuyau & la Rofette enfemble, il frappe quelques coups for le billot, au moyen de quoi la Rofette entre dans cette Canne*: Alors il la lâche de la main gauche, Sc continue de frapper de la droite, jufqu’à ce que les parties foient entièrement féparées Sc tombent de tous les côtés. Voye^ fig. 5 , l’opération de la Rofette en grand ; quoique cette Rofette n ait pas pu être repréfentée en fon entier à caufe des bornes de la Planche , on en a fait voir aflez pour rendre fenfible une opération qui n’eft pas fort compliquée. On y voit en a fia, a, Scc. les rayons de la Rofette au tra*v vers des fentes qu elles ont faites ; Sc pour peu que l’Ouvrier frappe encore un coup for le billot, cette Canne va bien-tôt être féparée en autant de parties , que la Rofette a de rayons.
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- 4*8 L’ART DES ETOFFES DE SOIE,
- On a coutume de donner au billot D , fur lequel l’Ouvrier fend fes tuyaux , la forme d’un cône tronqué dont la partie fupérieure a peu de diamètre , & feulement ce qu’il en faut pour frapper deflus fans craindre de tomber à faux, à droite ou à gauche. Cette forme eft très-commode pour que les morceaux tombent à terre à mefiire qu’ils font fendus, & ne point gêner l’Ouvrier , qui les ramaiïê quand il y en a une très-grande quantité; au lieu que fi le bloc avoit une grande furface , ou s’il fe fervoit d’une table comme celle fig. 8 , ainfi que le font quelques Peigners, il ne trouveroit plus de place pour frapper fes tuyaux.
- Quand on a refendu tous les tuyaux dont on a befoin, on ramafle toutes les parties , on les met d’abord dans une corbeille fig. p, puis on les met en paquets qu’on lie au milieu avec de la ficelle, comme on le voit en A,fig. io, puis on les range ainfi liés fur des tablettes fig. il, pour s’en fervir au be-foin. Les parties ainfi débitées ne font qu’ébauchées, il faut les pafler à la filiere pour les tirer d’égales largeur & épaiflèur : c’eft-là le travail le plus délicat de la préparation des dents , & dont nous allons donner la defcription dans l’article fuivant.
- Article Cinquième.
- De la maniéré de tirer les Dents à la Filiere , pour leur donner la largeur
- & l’épaijjeur qu elles doivent avoir•
- §. i. Première façon.
- J’ai dit ci-deflus en décrivant les Filières, qu’il eft à propos d*en avoir plufieurs, foit pour la largeur , foit pour i’épaiffeur qu’il eft à propos de don* ner aux dents.
- U eft facile de concevoir que 1fs dents doivent être minces à proportion de la quantité qu’on doit en placer dans un peigne de longueur déterminée ; ainfi le travail du„rirage à la filiere confifte à leur procurer cette épaiflèur.
- U y a tant de différents comptes de peignes, c’eft-à-dire, de nombre de dents,1 fur une longueur qui varie prefque à l’infini , qu’il a été néceflàire aux Peigners de fe faire des régies pour les épaifleurs qu’il eft à propos de donner aux dents, fuivant ces différents comptes, ainfi que leur largeur ; & pour donner une idée de cette variété , il faut favoir qu’il y a des peignes qui for vingt pouces de largeur ont jufqu’à 1400 dents, tandis que d’autres for trois aunes & demie, n en ont quelquefois que neuf cents , ce qui, pour le premier, donne foixante & dix dents par pouce, tandis que les autres n’en ont pas tout-à-fait fix.
- Les deux exemples que je viens de rapporter ne font pas encore les extrémités de finefle & de grpflièreté qu on rencontre afiez fouvent dans les peignes ;
- car
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- Sixième Partie. Chap. II. Manière de tirer les Dents à la filiere, &c., qiO car il y a des étoffes tellement fines , qu’on eft obligé de faire entrer jufqffà quatre-vingt dents par pouce, & d’autres où quatre dents fufiifent ; ainfi en faifant des Peignes à tous les termes moyens entre ces deux extrêmes , on trouvera qu il faut des dents deplusdefoixante-dix épaiffeurs différentes , parce qu’il y a encore fort fouvent des fraéfions dans le nombre des dents, comme de douze & demi ,
- 20 & un quart ,& ainfi du refte.Toutes ces différences font du refibrt du Peigner* le Fabriquant n’a d’autre foin que de commander un peigne d’une telle ou telle largeur qui contienne tel ou tel nombre de dents ; fans même prendre garde fi ce nombre de dents s’accorde avec les réglés de l’Art du Peigner, à qui feu! il appartient de faire des calculs pour les différents nombres qu’on lui demande : il lui fuffit que la demande qu’il fait, s’accorde avec le genre d’étoffe qu’il veut fabriquer. C’eft donc au Peigner de connoître l’épaiffeur qu’il doit donner aux dents à raifon du nombre qu’il en doit faire entrer par pouce au peigne^
- Ce n’eft pas encore là la feule difficulté que les Peignersayent à vaincre; il faut aufli qu’il fâchent de quelle matière doit être la chaîne de l’étoffe qu’on veut fabriquer avec ce peigne ; car il eft certain qu’une chaîne de laine , par exemple , n’exige pas une aufli forte épaifleur de dents 9 qu’une de fil ; quoique dans Tune comme flans l’autre étoffe , on foit convenu qu’un peigne d’une longueur égale à un autre , doive contenir le même nombre de dents : car ce n’eft pas encore l’épaifîèur des dents qui doit feule remplir la longueur du peigne ; & chaque dent doit, ainfi que nous le verrons autre part, être retenue entre les deux jumelles par un tour de ligneul haut & bas * qui fort fouvent eft plus épais lui-même que chaque dent. Mais ce n’eft pas ici l’endroit d’entrer en détail fur cet objet ; j’en traiterai dans un article féparé. Il me fuffit maintenant d’obferver que les dents doivent fouvent être d’une épaifleur bien différente • quoique devant remplir un même efpace dans un même nombre, fuivant les différentes matières qu’on fe propofe de mettre en œuvre. v
- Pour tirer les Dents d’épaiffeur , on fe fert des filières repréfentées par les figures 13 & 14 , PI. J, qui ne font autre chofe qu’un bout de fer large d’en- taBem^:TOaî> viron un pouce , & long de quatre à cinq , planté dans une piece de bois B 9 Planche ronde ou quarrée , à côté d’une lame de rafoir. Il faut avoir attention en faifant *' entrer de force ces deux pièces, de leur conferver un parallélifme parfait en-tr’elles ; fans quoi il eft aifé de fentir que les Dents feroient plus épâiffès par un côté que parffautre. La figure 14, repréfente géométralement le même uftenfile , fur lequel on voit en D la pofition refpeélive des deux pièces qui préfentent une efpece de V, dont la pointe offre une ouverture, par oùpaffe la Canne, qui par ce moyen ne fauroit être plus épaiffe en aucune partie de fa longueur qu’en l’autre. On peut remarquer fur les figures * que la piece de fer eft plus élevée que la lame de rafoir ; cette élévation qui doit être d’environ deux pouces, eft néceflaire pour l’opération , ainfi qu’on le verra en font Heu.
- Étoffes de Soie. FL Part. r ^
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- 43° L’ART DES ETOFFES DE SOI E.
- Après avoir placé la filiere dont on veut fe fervir fur une table fig. 1$ , ou fur un billot, fig. 6 ou 7 , au moyen des entailles qui y font pratiquées , 1 Ouvrier met à fos cotés des boîtes dont Tune contient les morceaux de Canne qui ne font que refendus , Sc l’autre les reçoit à mefore qu’il les met d’épaiflèur. La pofition des filières devant l'Ouvrier doit être telle que le bout de fer B , fe trouve à droite , Sc la lame de rafoir à gauche , le dos vers l’Ouvrier , qui procède comme on va le voir.
- Il prend dans la boîte D , une poignée des Dents qui ne font que refendues, Sc les met fur la table ; il les pafle à la filiere l’une après l’autre, ayant foin que l’écorce touche le bout de fer, Sc non pas la lame de rafoir, parce que , comme nous l’avons déjà dit, c’eft cette écorce qui par fà dureté donne de la confif-tance aux Dents, Sc quelquefois même lorfqu elles doivent être fort minces, cette écorce relie prefque feule.
- Il n’eft pas poflible de tirer la Dent d’épaiflèur d’un bout à l’autre , du premier coup ; car il faut toujours la place des doigts qui la tiennent ; & même à caufe de l’effort qu’on a à faire, cette place peut avoir un pouce ou un pouce Sc demi de long : on ne fait donc gueres pafler dans la filiere de la première fois qu’environ les deux tiers de la longueur , enfùite on la retourne bout pour bout, l'écorce toujours du côté du fer, Sc on enlève fépaiffètir qui étoit refiée entre les doigts.
- Cette façon n’eft pas fùffifante pour donner aux Dents l’épaifleur qu’elles doivent avoir, Sc quelque foin qu’on y apporte , on ne fàuroit du premier coup les rendre parfaitement égales d’un bout à l’autre : il faut de toute néceflité les pafler dans d’autres filières qui ne mangent que fort peu , Sc par ce moyen on eft affiné d’une égalité d’épaiflèur qu’une opération trop précipitée ne pour-roit jamais leur procurer.
- Quoique la filiere femble foffifante pour donner aux Dents la largeur & l’épaifleur qui leur font néceflàires, il eft certain que l’adrefle de l’Ouvrier y contribue beaucoup , ainfi fans une grande attention & même beaucoup d’ha« fcitude de ce travail, il eft aflez difficile de tirer les Dents d’une largeur & d’une épaifleur bien égales: l’Ouvrier termine d’abord toutes les Dents fur leur largeur, puis fur leur épaifleur, & les met dans une boîte E >fig. 15 , PL 5 , pour conferver l’aflortiment qu’il en avoit fait d’abord en les refendant à la rofette ou autrement. Eoye[ fig. 16 > même Planche, l’attitude de l’Ouvrier en travail ; Sc fig. 17, la maniéré dont il tient de la main gauche une poignée de Dents qu’il va y pafler, pour n’être pas obligé de les prendre une à une.
- Comme ce travail eft aflez fatiguant pour les mains, il eft à propos d’avoir un doigtier de peau au pouce & à l’index, pour n’etre pas coupé par les vives-arêtes des Dents qui gliflent tant foit peu entre les doigts.
- On a vuci-deflus qu’il falloir que le fer A, fig. 13 , des filières, fût plus élevé que la lame de rafoir d’environ deux pouces ; il eft à propos d’en ufex
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- Sixième Partie. Ghap. II. Maniéré de tirer les Dents à la filiere, &c. 43 j ainfi à toutes, Sc même au moyen d’un petit coin de bois placé entre ces deux pièces, on leur procure un peu plus d’écartement par le haut que par le bas, afin qu en paflânt une Dent entre, on ne foit pas obligé de la réduire du premier coup a lepaifleur quelle doit avoir; & comme il eft plus à propos pour la perfection du travail d’y parvenir petit à petit, on en vient à bout en delcendant infenliblement la Dent dans la partie plus étroite, ce qui mange peu-à-peu l’excédent de ce qu’elle doit avoir de grofîeur.
- Pour être fûr de delcendre toujours à un même point, on a foin de tenir ce morceau ou coin de bois un peu en pente du côté de l’Ouvrier; par ce moyen il n’y a que la partie élevée qui arrête la Dent à une même élévation, ce qui ne ferait pas auffi exaét fi l’on s’y prenoit de toute autre maniéré. Ce moyen fournit un expédient prompt & fûr pour donner aux Dents un peu plus, ou un peu moins d’épailfeur ; car en mettant un coin moins haut, ou bien en ajoutant un morceau de bois d’une épailfeur convenable fur le coin qui y eft déjà, la Dent delcendra plus ou moins bas, Sc fera par confisquent plus ou moins épaifte , félon la volonté & le befoin de l’Ouvrier. On fera donc maître par ce moyen, de déterminer à un degré bien exa& lepaifTeur des Dents. Mais il faut faire attention de ne pas faire décrire par la lame de rafoir & la piece de fer un angle bien ouvert ; car alors les Dents fur leur épailfeur au lieu d’être planes, fe trouveraient avoir une furface inclinée à l’autre, ce qui ferait défeélueux ; & quand même on- chercherait à y remédier en faifant palfer au fond de la filiere le côté qui avoir été au premier coup en-defîùs on n’obtiendrait pas pour cela une furface plane , mais on verrait au milieu un angle formé par la rencontre de deux plans inclinés, ce qui devient infenfi-ble lorfque l’écartement qu’on a donné aux pièces de la filiere eft peu confia à érable*
- On peut encore par un autre moyen donner plus ou moins d’épai/feur aux Dents, lors même qu’on n’a pas de filières de tous les écartements poffibles Sc c’eft ainfi que les Ouvriers en tout genre, viennent à bout de fuppléer au nombre d’outils dont ils ne font pas fuffilàmment pourvus par un peu d'indu f-trie ; ce moyen confifte à tirer la Dent obliquement à la filiere, du côté du fer. Ce plus ou moins d’obliquité fait mordre la lame de rafoir plus ou moins, d’où fuit une épailfeur telle qu’on la défire. Il ne faut cependant pas ufer de cet expédient habituellement; car comme onnefauroit régler parfaitement l’obliquité qu’on prend, on auroit des Dents plus minces, & d’autres plus épaiffes, ce qui eft d’une très-grande conférence, comme nous le dirons lorfque nous en ferons au montage des Peignes.
- Comme cette première opération ne fert qu’à ébaucher les Dents, on n’y apporte pas tous les foins poffibles , c’eft à les finir qu’on donne toute l’atten-tion qui leur eft néceflàire.
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- l’ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- Planche
- <5.
- §. 2. JDe la maniéré de paffer les Dents en largeur.
- Après avoir tiré les Dents d'épaiffeur, comme on vient de le voir, on les pafle en largeur ; & pour cet effet on fe fert d'une fiiiere , telle que la repréfente la figure y , PL 6. Elle eft ordinairement compofée de deux lames de rafoir, & toute la différence ne confîfte que dans l'écartement de ces deux pièces, qui eft plus confidérable fuivant la largeur qu'il eft à propos de donner aux Dents. Les tranchants de ces lames doivent être pôles obliquement l'un à l'autre , comme les deux jambages d'un V , qui ne feroient pas réunis par en bas, mais qui tendroient feulement à fe réunir , & c'eft l'efpace qui refte entre ces deux lames qui détermine la largeur des Dents. Voyons maintenant la maniéré de paffer les Dents par cette fîliere.
- On pl ace la fiiiere A par fon tenon fur la table B , fig. 6 ; l'Ouvrier s’af lied en face de la table , & prenant les Dents l'une après l'autre dans une boîte Cf de la main droite, il les fait paflèr dans la fîliere en tirant à lui 5 & pour être plus fur de ne pas varier dans ce travail, il tient de la main gauche un petit bâton qu'il appuie fur la Dent, ce qui la force d'être bien à plat fur le petit morceau de bois a , qui, comme à la fîliere dont nous nous entretenions fur la fin de l'article précédent, détermine l'écartement, en forçant les lames d'être un peu plus écartées du haut pour faciliter l'entrée de la Dent ; & par ce procédé il eft fûr de donner une largeur parfaitement égale à toutes celles qu'il pafle dans cette fiiiere* . >
- Il ne faut pas que le petit bâton avance avec la Dent, à roefure que la main droite la tire, mais il doit toujours être appuyé ferme fur le coin de bois entre les deux lames , pour empêcher la canne de s'élever à droite ou à gauche , & fixer plus fûrement l'opération.
- Lorsque la Dent eft mife de largeur par un bout, on la pafle par l'autre avec les mêmes précautions , & ce procédé qu'il eft aflez long de bien décrire eft fort Court par lui-même.
- Il faut avoir attention en fînifîànt, que l’écorce de la Dentfe trouve en*deflbus; & pour ne rien laifler à délirer fur cette opération , il eft à propos de lavoir qu'on doit paffer chaque Dent pour fa largeur, quatre fois à la fîliere au moins, lavoir deux fois par un bout, l'écorce en-deflus, puis en-defïous , & deux fois de la même façon lorlqu'on l'a changée bout pour bout.
- Il femble qui! devroit luffire de ne les paffer que deux fois en tout dans la fiiiere ; mais fi Ton fait attention que les lames font plus écartées par le haut que par le bas, on fentira la néceffité de corriger par un fécond pafîàge l'angle que le premier a laifle.
- Je n'ai infifté lur les détails de cette opération , que parce que beaucoup de Peigners ne portent pas jufques-là leur attention ; le bifeau ou talut qui refte
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- Stxieme Partie. Chap. IL Maniéré de pajfer les Dents à la filière, &c. 433 aux Dents , les rend plus foibles à cet endroit , & quand on vient à monter les Peignes , la force dont on ferre le fil pour arrêter les Dents entre les jumelles , fait écailler cette partie qui fe trouve trop foible ; les jumelles fe rapprochent, le ligneul qui les entoure fe relâcheles Dents vacillent &fe couchent enfin d’un côté ou de l’autre. C’eft ainfi qu’en rapportant les ufàges je tâche toujours de corriger les erreurs. Heureux fi j’y peux parvenir.
- Quel remede efl-il poffible d’apporter à cet inconvénient, s’il arrive pendant la fabrication d’une piece d’étoffe, de toile ? Comment dépaffer la chaîne ?Et quand cela feroic facile , le changement de Peigne n’opéreroit-il pas toujours quelque défaut à l’étoffe. Que de raifons pour donner aux Peignes toute l’attention dont ils font fufceptibles.
- Il faut donc faire avec foin toutes les opérations qu’on fait fubir aux Dents, & prendre garde de ne pas trop en emporter fur la largeur ni fur l’épaiffeur : fi elles font trop étroites , elles n’appuyeront pas fur les jumelles , & ballottant fans ceffe , elles dépériront promptement ; fi elles font trop minces , une même longueur de Peigne n’en contiendra pas une même quantité : enfin le moindre défaut dans les parties, entraîne la défeéluofité totale du Peigne. Voyons maintenant la derniere façon qu’il convient de donner aux Dents avant de monter le Peigne.
- §. 3. De la maniéré de paffer les Dents à la filiere,pour leur donner V ipaiffear convenable à tel ou tel compte de Peigne auquel on les dejline.
- Les filières dans lefquelles jufqu’ici nous avons dit qu’on paffoit les Dents ne fervent qu’à les préparer, du moins pour leur épaiffeur. La première fois qu on les paffe s appelle ébaucher ou dégrofjïr les Dents, la féconde fert à les tirer de largeur, Sc la troifieme fert à les finir ou affiner. C’eft de cette derniere opération qu’il faut maintenant mettre le détail fous les yeux du Leéteur.
- La filiere qu’on emploie à cet ufage eft repréfentée par la figure 7 , PL 6 ; elle diffère de celles qu’on a vues plus haut en ce que le bout de fer  , eft mobile , &peut s’avancer ou fe reculer par le fecours de la vis a ; & la lame de rafoir B, eft immobile comme aux autres. Par ce moyen on eft affuré de donner à toutes les Dents une parfaite égalité d’épaiffeur qu’aucun autre moyen ne pourroit leur procurer. La piece de fer C, dans laquelle paffe la vis pour faire mouvoir l’autre piece A , étant très-forte, ne permet aucun écartement forcé, d’où fuivroit de la variété dans l’épaiffeur, des Dents. Du refte , on paffe les Dents comme aux autres filières. Il faut dans toutes les opérations qu’on fait fubir aux Dents pour les tirer d’épaiffeur, avoir foin que l’écorce foie toujours du côté du fer, & jamais ne touche à la lame de rafoir.
- Etoffes toe Soie. VL Part. S 5
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- 434 V À RT DES ÉTOFFES DE SOIE.
- J’ai fait repréfènter à part cette efpece de fiiiere, & les pièces féparées un peu en grand fig.S, pour rendre fenfible la différence qu'elle a avec une quon a déjà vue figure 15 , PL 1 ; mais ici la vis pafle dans la piece de fer C, qui eft taraudée, & poufle la piece A, dans laquelle entre un collet qu’on pratique au bout de la vis , & qui étant rivé par-defius , fans cependant avoir per-• du la liberté de tourner, rappelle cette piece quand on détourne la vis pour dom ner plus d’écartement à la filiere.
- La méthode que je rapporte ici eft fans contredit la meilleure pour s’afîurer - de l’épaiifeur des Dents ; mais par un malheur attaché à tous les bons procédés , elle n’eft prefque pas en ufage : les Peigners fe fervent ordinairement des -filières à ébaucher, aveclefquelles ils terminent les Dents,en s’aflurant du mieux qu’il leur eft poffible de l’écartement dont ils ont befoin. Mais que m’importe que le plus grand nombre des Ouvriers foit ignorant , & par conféquent obftiné ; j’efpere que la perfeélion qui vient à pas fi lents arrivera enfin , & -que les principes que j’établis ici, feront reconnus pour ceux qu’on auroit dû fuivre.
- Puifque nous en femmes au point eflentiel de la fabrique des Peignes , je veux dire l’épaiifeur qu’il convient de donner aux Dents, félon le nombre qu*on doit en faire entrer dans une longueur donnée du Peigne, il eft à propos de remarquer que c’eft à ce travail qu’on diftingue l’habile homme de l’ignorant, l’Ouvrier que guide le génie , de celui qui ne fuit qu’une aveugle routine. La détermination de l’épaiflèur convenable aux différentes Dents n’eft pas une chofe aifée à faire, & les lumières de la raifon ne font pas fuffifantes pour cela : il femble naturel que celles dont on fera tenir une plus grande quantité dans un pouce de Peigne, par exemple, doivent être plus minces que fi dans le même efpace on en faifoit entrer beaucoup moins ; ce n’eft cependant pas toujours cette réglé qu’il faut fuivre : mais il ne s’agit pas ici de l’épaiffeur des parties que le Peigne doit contenir , mais de leur nature. Ainfi il faut dift-tinguêr fi le Peigne qu'on fe propofe de faire , doit fervir aux Etoffes de Soie , à celles de laine , aux toiles de fil, ou enfin à celles de coton ; & pour donner là-deffus quelques notions générales, on fait que les brins de Soie font tout d’une longueur, 8c qu’étant dépourvus de leur gomme par le décruage de la teinture , ils font réunis par un double tors qu’on leur donne. Ainfi des feize & quelquefois vingt brins dont on compofe chaque divifion d’une chaîne, & qui palfent entre deux Dents, on n’en forme pas un feul & même brin ; & ils ont la liberté de fe porter fuivant la hauteur des Dents : on n’eft donc pas gêné pour l’écartement, & on peut en faire entrer jufqu’à cinquante dans un pouce de long. Les Ouvriers fe fervent dans ce cas de cette exprefîion ; la matière de la chaîne n emplit pas.
- Le fil de lin ou de chanvre dont on fait des toiles, quoique dans la filature chaque brin ne foie pas couché de toute fa longueur, mais pris par fon milieu
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- Sixième Partie. Chap. IL Maniéré de pajfier les Dents a la filière , &c. 43 5 8c couché double , eft cependant plus dur 8c plus ferré. Il n'eft perfonne qui 11 ait vu travailler un Cordier ; voici comme il s'y prend: il entoure fon corps d'une certaine quantité de fils de lin , ou de chanvre qui ont été paffes au firany 8c font par conféquent entr'eux à-peu-près parallèles ; il noue les bouts des plus longs derrière fon dos , & arrête ainfi le tout à la hauteur de fa ceinture , il prend fon fil au milieu de tous les brins qu’il a devant lui , & qui par ce moyen fe trouvent làns celle doubles : une femme à la quenouille s'y prend de la même façon, elle ne tire jamais fon fil des bouts de la filaffe, mais du milieu , raifon pour laquelle on voit au fil moins d'élallicité & plus de roideur qu'à toute autre matière. Aufli les Dents du Peigne pour les toiles doivent .avoir plus de confiftance 8c d’épaifleur que pour les toiles de coton ou les étoffes de laine, dont la matière eft par elle-même très-élaftique ; les parties qui en compofent les brins font toujours féparées les unes des autres, & on ne parvient à les unir qu'à force de les tordre , Sc encore s'apperçoit-on que pour peu qu'elles ceffent d'être tendues , le brin grofîît à vue d'œil. Auffi dans la fabrication a-t-on fouvent befoin de les coller ou de les huiler , pour qu'elles fe prêtent plus aifément à l’emploi qu’on en veut faire.
- De toutes ces obfervations, il foit que les Dents pour une Etoffe de Soie ne doivent pas être auffi minces à proportion que pour une étoffe de laine ou de coton : & en fuppofànt qu'on voulût faire un Peigne pour une Etoffe de Soie qui exigeât vingt Dents par pouce, il ne faudrait pas laiffer un auffi grand efpace entre chaque Dent, que fi pour une même étoffe on devoit y faire entrer cinquante Dents : ainfi il faudrait que les premières fuffent une fois 8c demi plus épaiffes que les autres. Mais fi avec le premier Peigne on vou-loit fabriquer une étoffe de laine , on n'en pourrait pas venir à bout à caufe de l'épaiffeur de ces Dents, ou plutôt parce quelles n'auroient pas allez d'écartement entr'elles. Il faut donc que le Peigner fâche ce qu’il convient de déterminer pour le genre auquel on deftine le Peigne qu'il entreprend , 8c qu'il tire les Dents d'une épaiffeur convenable à chacun, & d’une largeur en proportion ; car c'eft un principe reçu que ce qu'elles perdent en épaiffeur, on le leur donne en largeur; par ce moyen la force en eft un peu augmentée.
- Telle eft la méthode que l'expérience , de concert avec la théorie la mieux entendue, a fait adopter par nos plus habiles Peigners , 8c ils ont fur cela établi des réglés dont ils ne s'écartent que dans quelques occafions.
- Pour fuivre la méthode dont je viens de parler , on fe fort d'une jauge fig.$y PL 6 , dans l'entaille A , de laquelle on place un nombre déterminé de Dents; mais on a eu foin auparavant de s'affurer que pour tel compte de Peigne cette entaille, qui n a ordinairement qu’un demi-pouce de large, doit contenir un nombre connu de Dents. Si elle en contient moins que le nombre connu , c'eft un ligne afluré qu elles font un peu trop épaiffes pour le Peigne qu'on veut faire ; fi au contraire elles tiennent trop au large, on en conclut avec raifon
- Planche
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- 430 L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- cju’elles font trop minces ; il faut donc refferrer ou relâcher la filiere jufqu’à ce que la jauge fe trouve être la mefure exaéle de ce nombre de Dents.
- Il eft certain que par un femblable procédé on ne rifque pas de faire fouvrage au hazard. On n’emploie que les Dents qui ont été jaugées , celles qui fe font trouvées trop épaiflês peuvent être repaffées à la filiere, mais celles qui font trop minces doivent être abfolument rejettées du Peigne auquel on les deftinoit, Sc mifês en réferve pour un autre auquel elles pourront certainement convenir.
- Il arrive fouvent que l’entaille ou jauge doit contenir un plus petit nombre de Dents par rapport à certains Peignes, que par rapport à un autre : je m’explique.'
- Comme nous venons de voir que l’épaiffeur des Dents ne dépendoit pas toujours du nombre qu’il doit en entrer dans un efpace déterminé du Peigne , mais de l’emploi quon doit leur donner ; Sc que les efpaces qui doivent les fé-parer les unes des autres font tout l’objet auquel on doit faire attention. Toutes chofes égales d’ailleurs, Sc les combinaifons étant une fois faites de l’épaif-feur des Dents Sc de l’écartement qu’on doit conferver entr’elles , il eft toujours à propos de vuider un Peigne autant qu'il eft pofîible, pourvu que ce ne foit pas aux dépens de la folidité ; car il eft confiant que plus les Dents font larges Sc épailfes , plus le Peigne a de folidité. D’ailleurs en .cherchant à vuider ainlî les Peignes , on peut donner aux Dents une courbure qui leur foit préjudiciable, & les fils de la chaîne ne feront pas mus auffi librement que fi l’efpace à parcourir étoit libre ; il fuit de ce défaut une raie occafionnée fur toute la longueur de l’étoffe , Sc fi le même défaut fe répété plufieurs fois dans un même Peigne , ce font autant de défeéluofités, telles qu’on en voit fouyent dans les petites étoffés qui en font plus fufceptibles, telles que les Taffetas des Indes, Sc c.
- Ce que je dis ici eft fî vrai, que j’ai connu plufieurs Peigners qui n’ont jamais pu réuffir à faire un Peigne paflàble dans les comptes fins , & j’ai eu oc-cafion de m’appercevoir que ce défaut provenoit de l’inégalité dans l’épaifléur des Dents, ainfi que dans leur largeur.
- La connoiffance effentielle pour les Peigners, eft donc l’épaiffeur relative à donner aux différentes Dents fuivant les différents Peignes; fans cette con-noiflànce ils ne parviendront jamais à travailler que par routine.
- Lorfqu’on a tiré une certaine quantité de Dents à l’épaifléur qu’on croit convenable dans la derniere filiere, on en met un nombre connu dans la jauge,
- fig. 10, PL 6 9 Sc fi elle en contient plus qu’il ne faut, l’Ouvrier écarte un
- tant foit peu la lame de la filiere, Sc les rend par ce moyen un peu plus épaif-fes ; il la refferre au contraire fi elles fe font trouvées trop épaiflês , mais il eft certain que les Dents trop minces ne fàuroient qu’être mifes à part pour -un autre Peigne. Quant à celles qui font trop épaiflês , on peut auffi les réfer-ver pour un autre Peigne, ou les repaflêr à la filiere à la volonté de l’Ouvrier.
- La
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- Sixième Partie. Chap* IL Maniéré de pajfer tes Dents a la filière , 437
- La variété d epaifleur des dents ne provient pas toujours de lecartement de la filiere : la main de l'Ouvrier y contribue beaucoup; car fi, Comme nous lavons déjà dit, il ne tire pas bien droit à lui les dents qu’il fait pafler à lafiliere, il leur donne plus ou moins d’épaifleur félon qu’il s’eft plus ou moins écarté dé cette ligne direéle ; mais pour n être pas obligé de recommencer la befogne faite, quand on en a beaucoup , on les jauge, & ce qui eft bon, eft mis à part pour le peigne aéluel, Sc toutes les jaugées où il s’en trouve plus ou moins, (ont ferrées dans des boëtes avec des numéros pour fervir aubefoin, & c’eft delà befogne d’avance. On a repréfenté pg. il & 12, ces boëtes à double compartiment qu’on place fur des rayons contre le mur, & dont on peut former un corps de tiroirs, tel que le repréfente la figure 14.
- Si l’on fuppofe que les'dents font parfaitement tirées à l’épaiflèur convenable, on n’a pas encore pour cela atteint le but qu’on fe propofe par rapport à la précis lion que ce travail exige. Et fi les dents font d’une telle épaifleur qu’elles rempli fient le compte que le peigne exige, il faut encore avoir attention à la grofleur du fil ou ligneul qui doit les entourer Sc qui doit lui-même être afliijetti à des grofleurs différentes, félon les differens comptes ; fans cette précaution , vingt dents, par exemple, qui doivent occuper un demi-pouce, en occuperont un tout entier, iî le fil donc on les entoure eft trop gros. Maïs ce ligneul varie lui même de grofleur félon qu’il doit entrer un plus ou moins grand nombre de dents dans un efpace déterminé, Sc félon l’efpace qu’il convient de réferver entre les dents.
- Nous venons de voir que le moyen qu on met en ufage pour s’aflurer de l’é-paiffeur des dents, eft de les pafler à la jauge ; c’eft auffi une jauge dont on fe fort pour melurer la grofleur du ligneul ; mais elle eft d’une conftruéUon toute différente.
- La figure 15, même Platlche,repréfente cette jauge en perfpeéHve, & la figure 17, vue dé face 5 voici en quoi confifte cette opération: on couvre de ligneul le cylindre A> depuis a9 jufqu’en b; voye^fig. 169 un cylindre couvert de ligneul ; on le ferre comme il doit l’être fur le peigne, on compte le nombre de tours qu’il contient ; & après s’être affùré du rapport de cet infiniment avec les jumelles, on fait que telle grofleur conviendra ou ne conviendra pas au peigne dont il s’agit. Lorfque je traiterai de la maniéré de faire le ligneul, je me propofe de donner quelques combinaifons de l’accord des dents avec ce ligneul fuivant le compte & la grofleur de l’un Sc de 1 autre. Il me refte à parler de la derniere préparation qu’on donne aux dents avant de monter le peigne.
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- Étoffes de Soie. VI. Pan.
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- 4$ L'ART DES ETOFFES DE SOIE.
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- Article Sixième.
- De la dernierefaçon qiïil faut donner aux Dents avant de les employer.
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- Lorsqu'on deftine les peignes à des Etoffes groffières , on emploie les dents dans l’état ou la derniere préparation dont je viens de parler les a mifes ; il n'y a que les Etoffes de Soie qui exigent une plus grande délicateffe : auffi lorfque c'eft à ces Etoffes qu’on d'eftine un peigne, les Ouvriers ont-ils foin, après leur avoir donné l'épaifteur & la largeur que les opérations que nous avons décrites leur ont procurées, de leur donner une douceur 8c une fbuplefîe capables de ménager une matière auffi délicate. Cette derniere façon n’eft pas la même chez tous les Ouvriers, chacun fait myftere de la fienne ; à l'entendre c'eft un fecret que fon voifin ne poffedc pas au même degré que lui ; tant il eft vrai que le nombre des Charlatans ne fe borne pas à ces gens qui exercent la Médecine fans connoiflances, au grand dommage de l'humanité.
- Quoi qu'il en foit de ces prétendus fëcrets, que chacun cache avec grand foin, j'en ai découvert quelques-uns ; 8c pour ne pas me rendre complice de charla** tanerie , je vais les publier tels que je les ai appris.
- Quelques Peigners font fondre du fàvon gras dans une certaine quantité d'eau bouillante , & dès qu'il eft fondu , ils jettent dans cette chaudière ou marmite une poignée ou plus de dents qui avent reçu toutes les préparations ordinaires 8c la font bouillir deux ou trois heures environ ; ils retirent la chaudière du feu , laiffent refroidir le tout, & retirent les dents pour les mettre fécher à l'ardeur du foleil, fi cela eft poffible , ou bien devant un feu modéré fi le foleil ne donne pas , ou bien au moyen d'un poêle ; 8c quand elles font bien feches, on les ferre dans des boëtes ou tiroirs,comme nous l'avons déjà dit,en les préfervant foigneu-fement contre l'humidité. Il eft certain que cette préparation donne aux dents une foupleffe & une élafticité très-avantageufès à la Soie, & qui contribue beaucoup à la durée des peignes; & que, fans cette précaution, la vive-arête que conferve chaque dent, & la rudefle qui eft inféparable delà canne, font très-préjudiciables à la chaîne, jufqu'à ce qu'un peu de travail les ait émouffécs & adoucies ; & c'eft pour cela que quelques Ouvriers frottent les peignes neufs avec du bois blanc comme du faule ou de l’ofier, quand ils n'y fàvent pas donner d'autre façon.
- On peut encore préparer les dents avec une leffive compofée d'urine 8c d'eau dans la quelle on met fondre du favon & du fuif de chandelle ; on y ajoute une quantité affez confidérable de fuie ; & lorfque le fàvon & le fuif font fondus , on y jette les dents, & on les y laifïe jufqu'à ce qu'elles aient acquis une couleur brune ; alors on les retire & on les met fécher comme on l'a vu ci-deffus.’ Comme on en prépare ordinairement beaucoup à la fois, on a foin de les tenir en garde contre l'humidité dans des boëtes ou tiroirs dans des lieux fecs.
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- Sixième Partis;. Char.II. Derniere façon quil faut donner aux Dents, &c< 439 Des deux procédés que je viens de rapporter, il eft certain que le fécond eft préférable au premier, 1 expérience m’en a fait porter ce jugement*
- Il y a une troifieme préparation qui approche affez de la derniere, & qui rend les dents â peu-près aufîl douces : toute la différence confifte à mettre dans la compofition un peu de fel dans l’eau, au lieu d’urine ; mais on y met la même dofè de fuie, de favon & de fiiif : ceux qui préfèrent cette derniere recette n’ont pas le défagrément de fentir l’odeur infiipportable de l’urine, qui eft très-* forte quand qu’elle eft chaude.
- Tels font les procédés que j’ai recueillis de divers Peigners. Quelques-uns m’ont alluré qu’à ces ingrédients on pouvoit ajouter de l’alun de Rome ; d’autres m’ont dit que fa nature cauftique nuifoit plutôt quelle n’étoit favorable : mais ceux qui l’employent, affurent que lalun n attaque aucunement l'écorce de la canne & qu elle ne s’attache qu a la partie intérieure : que comme il eft effentiel de ne laiffer aux dents que l’écorce, on s’aflure par ce moyen de la durée des dents dans les frottements multipliés que leur emploi leur fait efliiyer.
- Cette remarque n eft pas dépourvue de fondement; car en examinant un vieux peigne, on s’apperçoit qu’il n’y a que la partie intérieure de la canne qui foit endommagée, & que l’écorce n’eft prefque pas attaquée. Quoi qu’il en foie de la préférence qu on veuille donner à ces recettes, il eft certain que les dents ainfi préparées rendent un peigne bien meilleur, plus fouple & plus doux. J’af cependant connu des Peigners qui ignoroient qu’on pût donner aux dents d’autres préparations que de les pafler a la fiiiere & d en faire un choix convenable.
- Je n’ai jamais eu occafion de favoir, fi pour les étoffes de laine, pour les toiles, &c 5 on préparoit les dents des peignes comme je viens de le rap-; porter ; mais je penfe que cette méthode ne fauroit être qu’avantageufe à tous les peignes 9 puilque ce n eft pas 1 étoffé feule qui en reçoit de l’avantage , mais que le peigne lui-même eh acquiert plus de folidité , 8c dure davantage*
- Je dois cependant avertir que les recettes que je viens de rapporter m’ont été données par des Ouvriers dont j’admirois les Peignes; mais je ne les a! jamais pratiquées moi-même* En comparant leurs ouvrages avec ceux des autres*’ je n’ai pu me défendre de leur accorder une très-grande fupériorité fur eux.
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- 44o / L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE:
- CHAPITRE TROISIEME.
- De la maniéré de faire les Ligneuls qui fervent à tenir les Dents, dans leur écartement refpeclif, SC à les contenir entre les
- Jumelles ou Coronelles.
- Article Premier.
- /
- Moyens dont on fe fert pour afifiembler Us fils des Ligneuls , & pour leur{
- procurer la grojjeur qiiils doivent avoir*
- Première méthode pour tordre les Ligneuls*
- J-/ e Ligneul eft, comme on Pa déjà dît, le fil qui fixe les dents haut Bt bas entre les quatre jumelles, & qui fert en même temps à les efpacer comme il faut.
- Cela pofé, on doit fèntir que la grofleur de ce Ligneul varie félon Pécari tement quon veut obferyer entre les dents : il faut donc lui donner cette grofleur par des procédés que je vais détailler.
- Ce que je vais dire du Ligneul propre aux differents Peignes dont j’auraî occafion de parler, ne doit s’entendre que du corps du Peigne ; car quant aux dents des lifieres, on a coutume de les arrêter avec du Ligneul au moins double en grofleur, tant pour la force que pour fécartement ; auflï a-t-orf coutume de faire deux tours à chaque dent pour les tenir plus écartées.
- Le fil dont on fait le Ligneul peut être indifféremment de chanvre ou dé lin , file au rouet ou à la quenouille, peu importe; mais on ne lui donne aucun apprêt : il doit être d’une certaine finefle, pour qu’en ajoutant au brin qu’on veut compofer un ou plufieurs fils, on fuive une gradation plus infen-fible, & par ce moyen faifir plus précifément la grofleur dont on a befoin/ Ainfi, fi à fix brins le Ligneul étoit trop fin, & que le feptieme qu’on ajoute-' roit fût lui-même un peu gros, ilarriyeroit qu’à fix il feroit trop fin, & trop
- gros à fept.
- Pour faire l’aflèmblage des brins, il faut que le fil foït dévidé fur des - rochets , comme on en voit un, fig. i, PL 7 , & rempli comme le repré-Planche fente ]a figure 2. On met une quantité convenable de ces rochets fur une pe-;
- tite cantre ou jet fig* 3 , & aflèmblant les bouts du nombre de ces rochets qu’on a déterminé , voye% en A , même figure, on tord tous ces brins l’un fur
- l’autre avec un rouet à filer fig* 4, & on les couche ainfi ne faifant plus
- qu’un
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- Sixième Partie. Chap. III. Manière de faire les Llgneuh , <§c; '441
- qu’un brin fur le rochetr B, qu’on place for la broche c. On ne donne à ce Ligneul qu’autant de tors qu’il lui en faut pour affèmbler ces brins, & n en faire qu’un ; mais il eft ellentiel que dans toute fà longueur il foit également tordu , ce qu’il eft allez aifé de régler en comptant le nombre de tours de roue qu’on donne pour tordre la longueur qui eft entre la broche & la main de l’Ouvriere. Quand cette longueur a reçu fbn tors , on le couche for le rochet, on en prend une nouvelle, qui eft réglée par l’étendue du bras : mais il faut avoir grand foin de ne pas defferrer les doigts dans cette opération , fans quoi le tors pafforoit au-delà de la main , for la partie comprife entre la main de la cantre ; par ce moyen on s’aiîure de l’égalité de tors, & le fil eft très-uni dans toute fà longueur.
- On obferve de ne pas trop tordre le Ligneul, parce qu’il devient trop dur, ce qui le rend difficile à employer, ainfi qu’on le verra lorfque nous en ferons au montage des Peignes.
- Il ne faut pas tordre également le Ligneul de toutes les groflèurs ; car le plus fin feroic trop mou , & le plus gros trop dur : on a chez les Peigners des à-peuq>rès qui font toujours foffifànts, & dont les femmes à qui ce travail eft ordinairement abandonné ne s’écartent gueres. Sans cette attention l’Ouvrier en montant fon Peigne 11e fèroit pas maître d’applatir ce fil pour le forcer à ne pas tenir plus de place qu’il ne faut entre les dents : il ne m’eft pas polïible d’établir de réglés précifes pour la grofleur de ce fil; car les Peignes varient fi fort dans le compte des dents qu’ils contiennent, & dans l’écartement qu’on obferve entr’elles, que l’expérience foule peut inftruire un Ouvrier qui cher-cheroit ici à s’en rendre parfaitement au fait.
- Second moyen pour tordre le Ligneul.
- Les Peigners de Tours & des villes voifines, ont une autre méthode pour tordre les Ligneuls, du moins quant à la machine dont ils fo fervent pour cela; car l’aflemblage des fils fo fait à-peu-près de la même maniéré; mais le rouet eft d’une conftruétion tout-à-fait finguliere, & le mouvement de rotation eft produit par un moyen auffi ingénieux qu’il eft fimple.
- La figure 6, PL 7, repréfonte ce rouet tout monté : je vais d’abord en décrire la conftruétion. A A f font deux montants d’environ fix pouces de haut, à chaque bout defquels eft afïèmblée une traverfo B £ h queue d’a-ronde, ainfi qu’on le voit. Les montants A A, font percés au milieu de leur hauteur & de leur largeur d’un trou de huit à neuf lignes de diamètre, dans lefquels pafife l’axe d, repréfenté féparément fig. 8, qui n’eft pas d’une grofo four égale d’un bout à l’autre ; mais en a & en b> font pratiqués deux collets du diamètre des trous qui les reçoivent, de maniéré cependant qu’ils puiflent y tourner à l’aife. Et pour mettre cet axe en place il faut démonter la ma-? Etoffes de Soje. FI. Part. V j
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- 44a VA R T DES ÉTOFFES DE SOIE.
- chine ; car le cylindre F, étant plus gros que les collets , St à-peu-près égal en longueur à la diftance qui fe trouve entre les montants, ne fàuroit fortir dès qu’il eft placé. Après le collet b , qu’on a foin de tenir un peu plus long que l’épaiffeur du montant dans lequel il paffe, pour que la roue dont nous allons parler ne frotte pas contre ce montant, eft pratiqué un quarré c , defti-;ié à recevoir la roue C, dont l’office n’eft autre que de donner 4e l’impulfion à Taxe dès qu il eft une fois mis en mouvement. On a foin de pofer cette foue à l'équerre avec l’axe St de l’y arrêter au moyen de deux petites chevilles , Tune devant, l’autre derrière. Il refte maintenant à lavoir de quelle maniéré on met cette machine en mouvement : on pafte deux tours de corde fur l'arbre en f9 St on en attache les deux bouts au bâton E, fig. 6 ; St prenant la machine de la main gauche, & le bâton de la droite , en ferrant un peu la corde fur Taxe , on baille rapidement le bout d 9 ce qui fait tourner cet axe ; & pour ne pas s’oppofer à fa rotation par le frottement, on approche un peu la main droite vers la machine , ce qui lâche la corde & permet à cet arbre de tourner tant que dure fimpullion que lui donne la roue. Dès qu’on la voit fe ralentir , on donne un nouveau coup de poignet, & ainll de fuite, ce qui produit un mouvement continu.
- Il nous refte maintenant à voir comment on fe fert de cette machine pour tordre le fil ; c’eft ce que nous allons eflâyer de rendre fènfible.
- L’Ouvrier fixe un rochet fur une broche de fer b, fig. p, qui eft plantée au haut d’un montant A , qu’on a fait entrer à force dans le billot ou pierre B, qui lui fert de bafe. Ce rochet eft arrêté fur là broche, de façon qu’il nepuifle fe dérouler fans un effort affez grand. L’Ouvrier en prend une certaine longueur félon l’endroit où il travaille, fixe le bout fur l’arbre du rouet Ayfig. 10, qu’il tient de la main gauche , St fait tourner l’arbre St la roue , ainfi que nous l’avons vu plus haut ; & lorfque cette longueur eft tordue au point convenable,
- 11 la dévidé fur l’arbre en s’approchant du rochet, Sc prenant une nouvelle longueur, il la fixe au bout par un nœud-coulant, St réitéré cette opération tant qu’il y a du fil fur le rochet , ayant foin que ce qui eft tordu St placé fur l’arbre ne communique pas fon tors à la longueur qu’il va tordre, fans quoi il y auroit des parties plus, & d’autres moins tordues, ce qui, comme nous l’avons dit, nuiroit à l’égalité que doit avoir le Ligneul ; & quand le rochet eft fini on peut lui en fubftituer un autre félonie befoin.
- Si l’on craint que le rochet ne fe déroule , à mefure qu’on tord les longueurs de ce fil, on peut fe le faire tenir par un enfant ou autre perfonne, comme le fait voir la fig. i1 , même Planche, où on a repréfenté deux mains dont le pouce de chacune s’oppofe au déroulement du rochet, ou bien au haut du montant Jîgv
- 12 , on met un cheville b, fur laquelle on fait faire deux ou trois tours au fil ce qui fuffit pour l’arrêter ; ou enfin on met un petit coin de bois dans le trou du rochet contre la cheville ( voyez en a, même figure, ) St on le retire à chaque nouvelle longueur qu’on veut tordre.
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- Sixième Partie. Chap. III. Marâtre de faire les Ligne uls, 3 c» 443 Il eft certain que cette méthode eft plus expéditive que celle du rouet à filer ; mais elle n’eft pas auffi fûre pour donner au fil une égalité de tors dans toute fa. longueur dont on eft affiné avec le rouet: on ne fàuroit ni compter les tours de roue, ni juger du tors ; & quoiqu’on puifiè compter le nombre de coups de poignet qu’on donne à larbre , comme les frottements font très-inégaux; tel qui aura été plus vif, produira moins de tours qu’un autre qui quoique plus lâche, aura été plus libre ; ainfi tout engage à préférer, le rouet à filer.
- Cette méthode , toute défeétueufe qu’elle me paroît, eft fi univerfellement adoptée dans quelques Provinces où j’ai voyagé, que je n’ai pas cru pouvoir me difpenfer de la rapporter. J’ai fait repréfenter cette machine toute montée & en perfpeélive dans la figure 6 9 Scen action entre les mains de l’Ouvrier fig» 10 pour ne rien laiiler à délirer au Lecteur curieux de connoître toutes les machines 8c tous les procédés. La figure 13 la repréfènte vue de côté, 8c tout auprès eft la corde qui fert de moteur à la roue 8c à l’arbre.
- Troifeme moyen pour tordre le LigneuU
- S1 la bifàrreric du genie des hommes eft fouvent caufe des différentes méthodes qu’on voit adoptées dans telle ou telle Province, il faut convenir auffi que le défîr de perfectionner les Arts a de tout temps animé quelques Ouvriers plus intelligents que les autres , & c’eft à eux qu’on doit le degré où ils font portés de nos jours.
- Les deux méthodes que je viens de rapporter font très-imparfaites pour donner au fil dont on fait le Ligneul, l’égalité de tors qui lui eft fi effentiel. C’eft fans doute cette confidération qui a fait imaginer le Moulin dont je vais rendre compte, 8c qui à mon avis atteint le but propofé, autant qu’il eft poffiu ble de l’atteindre. J’ignore quel en eft l'Auteur ; je rn empreiïerois d’en publier le nom ; mais je n’en ai vu qu’un, d’abord chez un Peigner à Avignon , puis bientôt après un fécond à Nîmes , ma Patrie. La reffemblance que je lui ai trouvée avec quelque partie du moulinage des Soies dont j’ai toute ma vie été fort curieux, me Ta fait examiner de fort près. Et quoique alors je ne penfafie pas que ce fut un objet auffi effentiel, de s’occuper du tors du Ligneul avec autant d’application que je le voyois faire , je ne pus me refufer à admirer un moyen auffi ingénieux, qu’on fubftituoit à la méthode ordinaire de faire tordre le fil du Ligneul au fufeau par des femmes. Il n’eft pas de branche dans les Arts qui ne mérite les foins de l’Artifte le plus entendu : telle eft l’in-juftice des hommes, que qui n’a pas inventé une grande machine, mais feulement perfectionné un procédé uluel, puifle à peine prétendre à la reconnoiftànce de fes contemporains ; mais la poftérité eft plus judicieufe ; & dès que le concours des intérêts perfonnels celle , on rend juftice au génie , & l’homme utile reçoit la récompenle due à fon mérite,
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- 'L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- Defcription du Moulin.
- La machine que fentreprends de décrire eft une des plus îngénieufes de celles qu’on employé aux opérations de la Soie, & mérite une attention particulière ; elle eft fort compliquée, mais je doublerai d’attention pour me rendre intelligible à tous mes Leéleurs.
- —La figure i, PL 8 , repréfente la cage de cette machine : fur une forte table Planche form|e d’une planche A, épaiffe d’environ deux pouces, & montée fur quatre pieds B9B9B9B9 affemblés par autant de traverfes C9C9C9C ; font plantés quatre montants D9D9E9E9 dont deux, favoir ceux de devant D9D9 font plus épais que les deux autres pour des raifons qu’on déduira par la fuite. Ceux 2s, 2s, font affemblés à fixou huit pouces de leur extrémité fupérieure par la traverfo Fy à tenons & mortaifes, & les deux autres D9 Dy le font à quatre à cinq pouces du bas par la traverfo L, dont nous aurons occafion de parler encore. Chaque couple de ces montans eft lui-même affemblé par les traverfes H9 H9 à la hauteur de celle L ; mais outre les tenons & mortaifes qui forment cet affomblage * on a foin de pratiquer une entaille de l’épaiffeur des traverfes où elles entrent jufte , pour réfifter mieux à l'ébranlement que reçoit fans ceffie cette machine quand elle eft en mouvement. Sur l’extrémité des montants D E, D E9 font placées & chevillées, les traverfes G , G 9 fur la largeur defquelles eft pratiquée une large rainure, profonde d’un demi-pouce ou environ: ces traverfos excédent la longueur de la machine de quelques pouces de chaque côté pour l’ufige dont nous parle* rons. Les deux traverfes /, K, qu’on voit au haut des montants D 9 D 9 y font attachées, non pas à tenons & mortaifes, mais clouées, ou chevillées fondement , l’une K, par dedans, & l’autre /, par dehors, de maniéré que celles Gy G9 fomblent repofer deiïus ; au moyen de quoi il fe trouve entre ces traverfes /, K, un elpace déterminé par i’épaiftèur des montants D, D, qu’on a faits plus épais à ce deffein pour y placer un pignon ou lanternon dont nous parlerons dans un autre moment.
- Si le Leéleur veut fe donner la peine d’examiner à part dans la même Planche toutes les pièces féparées dont nous venons de parler, il y verra d’abord la maniéré dont les quatre montants de la cage font entaillés outre les mortaifos pour recevoir les trois traverfes d’en bas ; il verra auffi l’entaille avec épaulement qu’on pratique au haut des montants D, D, pour y placer plus folidement la traverfo I, car celle K n’eft que clouée contre ces mêmes montants ; mais pour lui donner plus de foiidité, on attache fous cette traverfo & contre chacun de ces montants D, D, un goulfet N9 fur lequel elle repofe.
- On peut remaquer auffi aux montants E9 E9 un enfourchement pratiqué dans le fens de la traverfo F, qui ne doit pas y être aflemblée, mais dans une mortaife qui fe trouve au deflous : cet enfourchement fort à recevoir la traverfo
- mobile
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- SIXIEME Partie. Chap. III. Maniéré de faire les Ligneuls , &c. 44 y
- mobile M9 repréfentée à part fig. 5 , dont je vais détailler la conftruéliorï & l’ufàge.
- Cette traverfe a vers le milieu de fa longueur fix ou huit pouces de largeur Sc fes extrémités font réduites à deux pouces ou environ. Les trous a, a , qu’on y voit, fervent à recevoir les chevilles B , B , qui paffant en même temps dans les trous pratiqués au haut des montants E, E, tiennent cette traverfe M9 à différentes élévations fuivant le befoin : 1 entaille A , qu’on voit au milieu de cette traverfe, & qui eft profonde d environ un pouce ou un pouce Sc demi, fert à recevoir l’axe d’un guindre; &pour l’empêcher de fortir de fa place , on ferme cette entaille au moyen de la petite traverfe O, quand le guindre y eft placé, au-deffus de la figure 5 à part, Sc à la même place fur la figure 1 : cette traverfe eft retenue par le fecours des chevilles p, p9 qui entrent dans la traverfe F, en c, c9 fig, 5>en paffant au travers des trous de la petite traverfe qui leur correfpondent.
- L’autre bout de l’axe du guindre eft porté par la traverfe K , dont nous avons déjà dit un mot ; mais telle qu’on la voit fur la figure 1 , elle ne fauroit fe prêter aux différents degrés d’élévation que nous avons vu qu’on pouvoir donner au guindre avec la traverfe M: il a donc fallu lui donner cette propriété ; Sc c’eft à quoi on a pourvu, en pratiquant fur fon épaiffeur ( voyeç la figure féparée9 même Planche ) deux mortaîles a , a , qui la traverfent d’un côté à l’autre , Sc dans laquelle entrent les deux clefs b 9 h 9 de la piece de bois fig. 7 , qu’on peut tenir à l’élévation convenable, au moyen des chevilles qu’on place dans les trous c9 c9 c9 Sc c. de la traverfe M. On pratique à cette piece de bois une entaille pareille à l’autre pour recevoir l’axe du guindre , & on l’y retient au moyen de la traverfe r, & des chevilles S, S.
- Dans la diftance que l’épaiffeur des montants D 9 D 9 a réfervée entre les traverfes /, K 9 on place le lanternon C 9 fig. 2 , qui eft fixé folidement fur une partie quarrée ; Sc les deux collets a, b , roulent, lavoir celui a, dans un conduit de fer</, attaché au-defîous de la traverfe /, de Tautre b9 dans un trou qui répond horizontalement à ce conduit, dans la traverfe K9 Sc en dedans de la machine : après le collet, eft une partie quarrée prife fur l’arbre, fur laquelle eft fixée une roue dentée D , & retenue par fécrou c. La figure 3 repréfente le plan géométral de ces deux traverfes /, K9 du lanternon (7, Sc de la roue dentée D.
- Sur la face extérieure Sc au milieu de la traverfe ./, eft un autre conduit de fer dans lequel roule le collet d’un autre axe fur une partie quarrée duquel eft enarbrée la roue B9fig. 6, PL 8 , & d9fig. 3 Sc 69 PL p , qui fe meut horizontalement , Sc engrene dans le lanternon C, au moyen des alluchons dont elle eft garnie. Il eft aifé de fentir que cette roue palfe par deilous la traverfe /, pour rencontrer le lanternon qui eft lui-même au-deftous de cette traverfe, ainfi que nous l’avons dit. Au haut de cet axe eft une partie quarrée, voye^fig. 8 PL 9, qui reçoit la piece de bois E, fig. 11, même Planche, au milieu de la-Etoffes de Soie. FE Paru X 5
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- ; quelle efl un trou quarré à cet effet. Sur la partie allongée de cette pièce de bois efl: un autre trou dans lequel on plante folidement une cheville, après avoir enfilé une poulie longue e, qui y efl retenue par une tête qui efl réfervée. C’eft cette poulie , qui produit une révolution excentrique autour de Taxe quand la roue efl en mouvement, & fait aller les deux va-vient dont nous parlerons bientôt.
- La partie inférieure de l'arbre defcend environ au tiers de la diftance entre les traverfes / & L, 8c efl terminée par une partie quarrée qui entre dans la mani-velle C9fig. 4 , PL 8, qui efl parfaitement femblable au fut d'un vilbrequin.
- Au milieu de la traverfe inférieure , & fur fon épaiffeur , efl attachée un autre conduit, qui doit être bien à-plomb avec celui d'en-haut. C'eft-là que pafle le collet d'un autre arbre, fur lequel efl réfervée une partie quarrée pour recevoir la poulie T, à double rainure ; le bas de cet arbre efl terminé en pointe, & roule dans une grenouille de cuivre entrée de toute fbn épaiffeur fur la table A , de la machine, 8c le haut efl un quarré propre à entrer dans la manivelle : nous verrons ailleurs l'ufàge de cette poulie.
- Il efl à propos de pratiquer fur l’épaifleur de la poulie T, une double rainure^ pour y placer deux cordes fans fin, dont l’une fait mouvoir la poulie R, à droite , 8c l'autre celle S, à gauche ; mais en fixant ces 2 dernieres fur leur arbre , il faut avoir foin de les mettre chacune à la hauteur de la rainure de la grande poulie , à laquelle elles doivent correfpondre. La pointe de l'axe de ces trois poulies repofe dansune grenouille entrée de toute fon épaifîeur dans la table,& les axes des poulies R} S7 font tourner les deux rochets P, Q, dans les trous defquels ils entrent à frottement dur. C’eft la rotation de ces rochets qui donne au ligneul le tors qui lui convient ; mais il ne fuffit pas qu'on parvienne à le tordre , il faut encore qu'il fe déroule également pour qu’aucune partie ne foit plus tordue qu'une autre : nous allons pas à pas découvrir les moyens qu'on a mis en ufàge pour obtenir cet effet.
- Sur l'axe ou fufeau qui reçoit les rochets P, Q, & qu’on a reprefènté à part, PL y , fig. 5,8c au-deflus de ce rochet, efl une piece de bois, tournée, de la forme qu’on voit fig. 4, même Planche, qu’on nomme coronelle : elle a la liberté de tourner fur cet axe qui l’enfile par fon centre ; & pour donner à cette piece un peu plus de pefanteur , on l'évide par-delîous, en la tournant, de maniéré à en former une efpece de taffe dont l'entrée efl plus étroite que le fond, 8c qu’on remplit de plomb fondu : mais pour ne pas perdre le trou du centre par lequel elle roule fur l’axe, on fait entrer dans ce trou une cheville de bois qu’on retire quand le plomb efl refroidi, & par ce moyen on peut aifément la mettre en place. Ce n’eft pas aflez d'avoir garni cette coronelle de plomb ; on ne donne par là qu’un peu de frottement fur la tête du rochet, pour que le fil ne fe déroule pas trop vite, mais elle pourroit encore fortir de fà place ; c’eft pour cela qu’on l’y arrête au moyen de la petite cheville de bois qui entre dans un trou pratiqué au haut de l’axe, & qui le perce de part en part.
- Si l’on eut abandonné le déroulement du fil du rochet au mouvement de
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- f afple qui l'attire , comme nous le verrons plus bas, il en feroit Peuvent fort! dans le plus grand défbrdre, comme une pelotte de ficelle qui s'éboule ; c eft à quoi on a pourvu au moyen des deux bras a, b> qu'on voit fur la figure 6, PL 8 , 8c dans de fortes proportions fig. 4, PL 9. Ces bras ne font autre chofe qu'un bout de fil d'archal, à chaque extrémité duquel on forme un anneau ; mais avant on le pafle par fes deux bouts à la fois dans deux trous pratiqués obliquement fur la partie convexe de la coronelle, de façon que les côtés par où ils Portent fo trouvent diamétralement oppoles l'un à l'autre , après avoir fuivi l'elpece d'enlacement qu'on voit en a, b , même figure 4 ; c’eft après cet arrangement qu'on fait les anneaux dont il a été parlé , 8c on les dirige l'un en haut, à peu-près perpendiculairement à l'axe , & l'autre environ vers le milieu du rochet ; par ce moyen le fil en fe développant eft toujours dans une pofition à peu-près perpendiculaire , ce qui empêche qu’il ne fe mêle. Je reviendrai fur tous ces détails, lorfque pour les faire mieux fentir, je ferai voir au Leéteur la machine entière en mouvement,
- L'objet de toute cette mécanique , eft de tordre le fil, & de le recevoir à mefure fur un guindre ou afple, qu'on voit au haut de la machine. Avant de paflfer plus loin, il eft à propos de connoître la ftruélure de cet uftenfile ; & quoiqu’on puifîe le «UAinguer aflez diftinélement for la figure 6, PL 8, je crois qu'il eft plus à propos d'en aller chercher l'enfemble & les détails dans la PI. 9*
- B, B, fig. 16, font deux croix ou Croijieres de bois, aflemblées par le milieu à mi-bois, & dont chaque rayon eft à angles droits avec les deux autres ; au bout de chacun eft pratiquée une entaille de deux pouces de profondeur ou environ, & d'une épaiffeur propre à recevoir les aîl es A, A 9 A, A> qui y font ordinairement chevillées : je dis ordinairement, car quelques Ouvriers plus intelligents ont quelquefois foin de n’en cheviller que deux, pour l'ulàge que je rapporterai ailleurs. Au centre des deux croifieres , eft un trou quatre, lervant à recevoir l’axe D, fur lequel.tourne le guindre ; mais cet axe n’eft pas cont truit d'une façon ordinaire, & a belbin d'être détaillé.
- La partie C, dont la longueur détermine l'écartement des croifieres entr'elles,' eft cylindrique & de bois ; à chacune de fes extrémités eft un trou comme la figure féparée & cotée C, le repréfente au bas de la Planche ; ce trou eft équarri vers fon entrée , & va en diminuant vers le fond , pour recevoir la tige de fer, fig. 18, dont les % bouts font terminés en pointe, &quarrés pour entrer avec plus de force dans le cylindre & ne point tourner dedans. La partie pleine A , entre jufte dans les croifieres qui font retenues en place au moyen d’un autre cylindre fig. 20, & coté D9fig. 16; ce cylindre eft fixé fur le guindre au moyen de l'autre bout de la broche qui y entre comme à celui C ; &par cet arrangement qui fe répété à chaque bout, ainfi que nous l'allons voir, les croifieres font retenues folidement en place, fans pouvoir fe déranger : le bout de cette partie de l'axe eft terminé par un colletjf, fig, 20, par où le guindre repofo dans l’entaille de la
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- traverfe mobile de derrière la machine , voye^fig. 6, PI. 8. La partie antérieure de Taxe eft toute de fer & quarrée , atnfi que le repréfente la figure 19, où Ton voit en b, la queue qui entre dans le cylindre c, Sc retient les croifieres contre l’épaulement e ; & le quarré cydy va en diminuant infenfiblement vers d, pour que la roue dentée qu’on place deflus ne puifle pas s’éloigner vers le guindre : enfin on voit en c, un collet par où repofe le guindre fur la traverfe mobile du devant de la machine. J’ai eu foin de faire repréfenter à part les pièces féparéès pour en rendre la conftruétion plus fenfible : la figure 22, PL 9, repréfente le guindre prêt à être mis en place, & garni de fa roue dentée; Pour voir la machine en mouvement, retournons à la figure 6 , PL 8.
- Au bout de l’arbre^, qui porte le lanternon C,fig. 2, eft fixée fur un quarré fait exprès, une roue dentée D , qui eft retenue en place par le boulon à tête c , au moyen de quoi le lanternon C fè trouve entre les deux traverfes /, K , dé la machine , & l’arbre roule fur les deux collets dans l’épaifîeur de ces traverfes: la roue D eft en dedans , fans autre appui que ces collets, elle engrene dans celle qui tient à l’axe du guindre , & lui communique le mouvement qu’elle reçoit de la roue horizontale dont les alluchons font tourner le lanternon.
- Au haut de l’arbre de la roue horizontale, eft une partie quarrée qui reçoit la piece excentrique d 9 au bout de laquelle eft un trou dans lequel entre à vis le petit boulon de fer p , qui pafle au centre d’une poulie qui a environ un pouce de haut, & reçoit les boucles formées aux bouts des ficelles c,c, qui mènent les va-vient b , b, & paflent fur les poulies /, /, pour communiquer le mouvement dans la direétion des coulifles G, G : on fent aifément que lorfque l’excentrique eft à gauche , par exemple , le va-vient de ce côté recule vers le bout de la machine, puifque la ficelle à laquelle il eft attaché eft lâchée de ce côté ; & par un effet oppofé , l’autre eft attiré en devant : pour contrebalancer c es mouvements, on met au bout de chaque va-vient un contrepoids fufpendu à une ficelle qui pafle fur les poulies/*, f9 dont, celle à droite eft cachée par le guindre. Il me refte à faire voir la machine en mouvement.
- Toutes les pièces étant mifes en leur place , ainfi que repréfente la figure 6 ; PL 8 , l’Ouvrier s’aflled au devant de la machine , & prenant de la main droite la manivelle , il la fait tourner de gauche à droite, & opéré deux mouvements , l’un en haut pour le guindre & les va-vient, & l’autre en bas pour les rochets qui contiennent le fil.
- Il eft, je crois, inutile d’avertir que le fil doit être doublé à la quantité de brins néceffaires quand on met les rochets fur ces fufèaux ; car cette machine ne fert uniquement qu’à le tordre.
- D’abord par en haut, la roue horizontale B, fait tourner le lanternon, & pat conféquent la roue dentée qui eft au bout de fon arbre : cette derniere fait tourner la roue qui eft fur l’arbre du guindre & lui procure un mouvement plus ou moins rapide, félon que cette derniere eft plus ou moins grande. C’eft ici le lieu de faire
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- Sixième Partie. Chap. III. Maniéré de faire les Ligneuls, &c. qip fentiri utilité des traverfes mobiles qui reçoivent Taxe du guindre ; car fi Ton veut mettre une roue d’un plus grand diamètre au bout du guindre, il faut de toute nécefiité le haufîèr, & c’eft à quoi fervent les trous pratiqués fur la hauteur des queues b, b, de la traverfe de devant fg. 7, & ceux pratiqués dans la traverfe de derrière M9 Scfig, ÿ ; le guindre tourne donc de droite à gauche, & fi on y attache les bouts du fil qui font fur les rochets P9 Q9 il les attirera à lui, Sc en formera deux écheveaux : jufques là le fil fe développeroit fans fè tordre , fi le mouvement des poulies R, S, T, ne lui procuroit cet avantage au moyen des deux cordes fans fin qui les embraffent , lavoir , l’une à droite , & l’autre à gauche; la poulie S> fait tourner le fufeau 09 fiir lequel elle effi enarbrée , ainfi que le rochet qui y eft fixé. La fixation de ce rochet fur fon fufeau * feroit un obftacle au développement du fil, fi la coronelle r n’étoit mobile z. elle fait moins de tours que le rochet, parce que le fil que le guindre appelle {ans cefle, l’en empêche , pour fe prêter au développement. U n’eft pas du tout indifférent de quel côté on fafle dérouler le fil de deffus le rochet, & en fuivant le mouvement de gauche à droite à la manivelle, on verra que le rochet tourne de droite à gauche, qu’il femble envelopper le fil au lieu de le développer, ce qui convient parfaitement * pour ne le laifler échapper qu’à mefure que le guindre le demande Sc que les coronelles le permettent : c’eft donc du même fens où le fil a été mis fur le rochet, qu’il doit être placé fur la machine.
- Le fil ainfi attiré par le guindre en fortantde deffus les rochets qui font placés l’un vis-à-vis l’autre , formeroit un écheveau double dont les brins fe mêleroieht enfemble, fi on n’y avoit pourvu par un moyen très-ingénieux , je Veux dire les va-vient ; il a fallu d’abord placer un guide immobile k , fur chaque traverfe Gy G9 au haut de la machine, perpendiculairement à chaque fufeau , pour que les bras a, b9 des coronelles r, ne fufïènt pas fatigués par un tiraillement dont la direction variât fans ceffe ; Sc pour empêcher la réunion des écheveaux au même point fur le guindre, on met fur la longueur des va-vient, à différents trous quon y voit, un guide qu’on change de place quand on le juge à propos; mais il faut toujours avoir foin qu’ils ne fe rencontrent jamais fur une même ligne, car on tomberoit dans l’inconvénient qu on a deffein d’éviter, la réunion des écheveaux.
- Il ne faut pas croire que le plus ou moins de tors qu’on veut donner au fil puiffe fe déterminer par la force ou la lenteur du mouvement de la manivelle motrice de toute la machine ; car fi le mouvement eft très-rapide , il eft claie, que les fufeaux tournant fort vite, le fil femble devoir être très-tordu ; mais en revanche il eft appellé fort vite par le guindre qui tourne lui-même très-', rapidement. On réglé le plus ou moins de tors par la grandeur de la roue dentée qu’on met fur l’axe du guindre : & en effet' dans un nombre donné de tours de la manivelle, il eft évident qu’une grande roue au guindre lui aura fait faire moins de révolutions qu’une plus petite : il ne faut pour s’en Étoffes de Soie. VL Part. y.j
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- 4jo L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- convaincre que fuivre les révolutions de chaque piece. Suppofons que le lanter-non faffe vingt tours, la roue qui eft fur le même arbre en aura fait autant ; foppofbns encore que cette roue ait quarante dents , fi celle du guindre n’en a que dix, à chaque révolution de la grande , l’autre en aura fait quatre $ mais fi elle en a elle-même quarante, elle fera tour pour tour , & moins fi elle en a, plus. L’explication des Planches que je joindrai à la fuite de cet Ouvrage, feppléera à ce qui pourroit manquer à ma defeription, & rendra un compte plus particulier des pièces qui compofent toute la machine. Je n’ai plus qu’à ajouter un mot fur un ufage très-vicieux qu’on a adopté pour retirer les éche-veaux de deflus le guindre , & à propofer un expédient aulîi fimple qu avantageux pour y remédier.
- , La figure 3, PL 10. repréfente un guindre couvert d’écheveaux à tous les degrés où les guides des va-vient ont permis d’en placer : lorfqu’il s’agit de les retirer, on ne fàuroit en venir à bout qu’avec force, ce qui en peu de temps fatigue & brife la machine. Ne fer oit-il pas plus fimple de ne cheviller fer les croifieres du guindre, que deux des quatre ailes, & de faire aux deux autres ; les entailles qui les reçoivent plus profondes pour recevoir une traverfe comme celle qu on voit enC, O9fig. 23 9PL 9 : ces traverfes font par un bout amincies, & par l’autre réduites à une pareille largeur, au moyen de l’entaille i, h; de façon qu’en la frappant vers le bout a, elle tombe fur la partie étroite & dans l’entaille b ; & la traverfe H y en s’enfonçant aufli dans l’entaille donne de la liberté pour retirer les écheveaux ; mais il faut avoir attention que ces encoches ou entailles fbient faites à l'écartement des croifieres ; Sc quand on veut les remettre en place , on frappe fur le bout e, qui les fait remonter ainfi que la traverfe H.
- On pourroit encore pour ne retirer les écheveaux dont on a befbin que par un bout, mettre quatre coins comme le repréfente la figure r, PL 10 , & en n’ôtant que ceux d’un bout, voyez en A, jig. 4, ne retirer les écheveaux que par là.
- L’expédient que je propofe pour retirer les écheveaux de deflus leguindre a quelques avantages fer les traverfes entaillées dont j’ai parlé plus haut; entr’autres de ne donner iflfie aux écheveaux que par le bout qu’on veut, au dieu que les traverfes une fois baiffées, tous les écheveaux deviennent lâches & courent rifque de tomber ou de fe mêler. Il eft vrai qu’en ne retirant les coins que par un bout, l’autre s’élargit un peu , & la cheville qui retient les ailes fe cafle aifément à caufe de l’écartement forcé : ainfi tout confidéré, je penfe qu’il vaut mieux fe fervir des clefs entaillées, on en fera quitte pour un peu d attention ± & les Mouliniers ne préfereroient pas cette méthode pour la Soie qui eft infiniment plus précieufe , fi les avantages ne l’emportoient pas fer les inconvénients.’
- Lorfque le fil a reçu par le moyen de cette machine un tors convenable, il eft nécelfaire de le redevider fer des rochers pour lui donner un autre apprêt, qui
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- Sixième Partie, Chap. III. Maniéré de faire les Ligneuls, &c. ^ t
- confifte à le poifler, ainfi que nous allons le voir. Mais quoique ce devidage ne {oit ni difficile, ni compliqué ; comme chaque Art a fes procédés différents, même lorfqu’on fe propofe le même but, il eft à propos de décrire ceux que les Peigner s employent à cet effet.
- Article Second.
- Maniéré de devider le fil tordit au Moulin ci-deffus»
- Il efl: certain que le tors qu on vient de voir quil eft à propos de donner au fil pour en former le ligneul, lui donne beaucoup de roideur & de dureté ; c’eft la raifon (ans doute pour laquelle les Peigners n’ont pas adopté les dévidoirs dont l’ufàge eft fi ordinaire par-tout ; ils en conftruifènt de très-forts & très-folides , tels qu’on en voit un fig. 7, PL 10. Sur la circonférence d’un moyen B , font pratiqués quatre trous à angles droits, deux par deux, fur deux lignes, pour qu’ils ne fe rencontrent pas au travers du moyeu : ces trous doivent être quarrés ; ils reçoivent à frottement un peu jufte les quatre allés A, A, A3 A 3 qui forment la croix ,& au bout defquels font afîembiés à tenons 8c mortaifes quatre croiflànts C, Ç, C, C, placés fuivant la longueur du moyeu. On connoît à la fimple vue de cette tournette, qu’elle peut changer de diamètre à volonté , & fe prêter à la grandeur des écheveaux qui varie fuivant les guindres où ils ont été faits ; il ne s’agit pour cela que de pouffer ou de tirer à foi chacune de ces ailes : voyez la figure 8, qui repréfènte un pareil dévidoir vu de face, avec un écheveau deffus. Il eft encore néceflairede poufîer une des ailes, quand on veut mettre un écheveau fur ce dévidoir ou l’en retirer, & quand il y eft placé on doit la retirer au point convenable.
- Ce dévidoir tourne verticalement fur un axe qui paffe par le centre <Iu moyeu h\ voyez en a fig. 9, la place du moyeu ; & pour quil n’approche pas trop du montant JF, on réferve à cet arbre un renflement E, qui pofe contre le montant, & à l’autre bout eft un tenon quarré par où il entre dans ce montant qui lui-même eft planté dans un billot ou dans une pierre C, affez lourde pour donner de la foliditéà toute la machine : toutes les pièces font repréfentées à part fous les mêmes lettres. On arrête la tournette fur fon axe au moyen d’une cheville de bois qu’on met dans le trou f9 qui eft au bout de Taxe. La figure 10 , repréfènte une Ouvrière occupée à devider avec cette tournette ; mais elle tient fur fès genoux une autre machine dont il eft à propos de rendre compte.
- Sur une planche K, fig. 1 r , font plantés deux montans L, L, à huit ou dix pouces de diftance Tun de l’autre ; au haut de chacun eft une entaille m , m , propre à recevoir les collets de l’arbre M, où il eft retenu par les chevilles n, n\ enfuite du collet eft réfervée une partie quarrée fur laquelle on place la roue iV, dont l’office n’eft autre que d’accélérer la rotation de la machine ;
- Planche
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- Sc enfin l'arbre fe termine en pointe de quatre à cinq pouces de long, d un diamettre fuffifimt pour y pouvoir placer un rochet O, fur lequel on dévidé le fil. L’Ouvriere tient de la main gauche le fil qu'elle conduit fur le rochet, pour qu’il s'y répande également, Sc de la droite elle frape du plat de la main, en retirant le bras à elle, fur l'arbre entre les deux montants, & procure par-là une rotation très-rapide à cet arbre , & conféquemment au rochet ; elle répété ces coups de main aufîi fouvent qu'il efl: nécelîàire pour entretenir le mouvement.
- L'arbre de cette machine efl: compofé de trois pièces, ainfi que la figure 16, & les pièces qui font au-de (Tu s l'indiquent :1e gros de l’arbre efhde bois; à droite efl: un collet qui y entre avec effort, Sc qu'on a repréfenté à parc en R 9 ou l'on Voit un de fes bouts terminé en pointe. Dans l'autre extrémité du cylindre P, entre une tige de fer appointie en o à cet effet, enfuite arrondie pour fervir de fécond collet ; enfuite efl: un quarré qui reçoit la roue, Sc enfin efl la pointe fur laquelle on place le rochet. Au moyen de cet uftenfile le devidage fe fait fort yîte; après quoi on paffe le fil à la poix, comme on va le voir,
- .Article Troisième,
- Manière de poijjer le Fil pour en faire le Ligneul.
- 1e Fil avec lequel on arrête les dents fur les jumelles ne prend le nom de Ligneul que lorfquaprès toutes les préparations dont j'ai rendu compte juf-qu'ici, on l'a enduit de poix fondue ^préparée pour cela.
- Lapoixdontonfe fert n'eft pas pure, c efl ordinairement de la noire:; on y mêle;, une certaine quantité de ,pDix-réfine Sc de fàin-doux ou de fuif de chandelle • quant aux dofes dont ce mélange efl compofé, il n'y a rien de déterminé; chaque Peigner le compofé à fa fantaifie ; quelques-uns m'ont affuré que fur une livre de poix noire,, on mettok deux onces de poix-réfine neuve , & environ une once de fàin^doux ou de fuif; il faut faire fondre cela dans une marmite de terre verniffée neuve, Sc quand on veut s'en fervir, on met la marmite fur le feu , ayant foin que la matière bouille -continuellement ; alors on pafle le fil dedans jSc il n'en prend que ce qu'il lui faut pour parvenir à la groflèur dont on abefoim; mais ce n'eft pas affez de l'abandonner ainfi au hazard, on a imaginé diverfes méthodes pour régler cette groffeur dans toute fa longueur. Parmi ces méthodes il y en a fans doute de meilleures les unes que les autres , mais je me contenterai d'en faire voir trois des plus ufitées & des plus commodes , telles que je les ai vu pratiquer aux Peigners les plus habiles, de qui je les tiens.
- Première maniéré de poijjer le fil.
- On place dans une cheminée,/g1. I, PL n , unemarmite A, fur un trépied B y & on entretient deffous un feu de bois fuffifant pour tenir la liqueur
- bouillante,;
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- Sixième Partie. Chap.III. Maniéré de faire les Ligneuls, êc; 455 bouillante* Au côté droit de la cheminée & en dedans, font fcellés deux forts pitons £ , é, dans Panneau defquels paffe une broche de fer fur laquelle eft placé le rochet C , qui fe déroule à mefure qu’on en a befoin.
- L’Ouvrier prend un bout de ficelle un peu grofle , & fait un nœud au milieu ; dans lequel il fait pafler le fil du rochet, Sc à mefure que ce fil fort de la marmite fig. n -, ce nœud lui fert de filiere pour en régler la groflfeur : voyez l’Ouvrier tenant cette ficelle de la main gauche , & tirant de la droite le fil qui fè déroule à mefure de defîus le rochet.
- Il falloit un moyen pour déterminer le fil à aller fe plonger dans la poix qui eft dans la marmite ; c’eft ce qu’on obtient au moyen d’une fourchette de fer F * fig. 3 ? au bout de laquelle eft un tenon qui pafle dans un trou pratiqué au milieu d’un morceau de bois E, qui, appuyé contre les parois intérieurs de la marmite, retient cette fourchette dans une pofition perpendiculaire ; au moyen dequoi le fil qu’on pafle d’abord entre les deux pointes C, C * fe plonge dans la marmite, Sc s’y imprégné d’une quantité fuffifante de poix, dont enluite la filiere ôte le fuperflu.
- Il faut dans ce travail avoir attention d’enduire les doigts de la main droite avec un peu de faindoux pour empêcher que la poix ne tienne aux mains, Sc à mefure qu’elle fe difîipe on en reprend dans une terrine qu’on place à cet effet fur la cheminée, ainfi qu’on le voit en G 9fig. 2. >
- La poix dans cette opération ne fe fige pas très-promptement ; c’eft pourquoi il faut avoir foin de placer chaque tour par terre , & non les unes fur les autres , du moins autant qu’on le peut, attendu qu’ils fe collent enfemble, & que ceux qui font dans une pofition inclinée occafionnent l’écoulement de la poix vers la partie inférieure, & le fil par ce moyen devient dans toute là longueur plein d’inégalités ; inconvénient auquel le but de la filiere étoit de remédier, & qu’on ne làuroit éviter malgré toutes les précautions que je viens de recommander; on n’eft jamais aflfuré d’une parfaite égalité dans la longueur du ligneul parce que, comme nous l’avons déjà dit, quelque foin qu’on prenne pour étendre les tours par terre , à mefure qu’on le tire ; comme la poix refte long-temps chaude , elle defeend par fon propre poids Sc fe trouve plus épaifle d’un côté que de l’autre ; mais ces défauts n’empêchent pas beaucoup d’Ouvriers de mettre cette méthode en pratique.
- Parmi ceux qui en tirant le ligneul le laiflent tomber à terre, il y en a qui fe fervent pour filiere d’une palette de bois, au milieu de laquelle il y a un trou de la groflèur qu’on défire fig. 4 , même Planche. On tient cette palette de la main gauche tandis que la droite qu’on enduit de faindoux, tire le ligneul, ainfi que la figure le repréfente.
- Cette fécondé méthode eft, fans contredit, préférable à la précédente quand à la filiere dont le trou peut être très-rond , ce que la ficelle nefauroit produire. On graiffe cette palette de temps en temps avec un peu de faindoux , pour que Étoffes de Soie. VL Parc. Z 5
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- Pl /‘NCHFS I 1 & 12,
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- la poix ne s’y attache pas : on a autant de palettes qu'on veut de différentes grofleurs de ligneul , Sc on les numérote pour les diftinguer plus aifément au be/oin.
- Quand on a poiflè une certaine quantité de ligneul, & qu’il eft bien refroidi, on le dévidé par petits paquets entre le pouce & l'index de la main gauche fig. 6, ou bien fur les trois premiers doigts fig. y , en le conduifànt avec la main droite ; on lie enfuite ces paquets par le milieu fig. J , avec la fin de chaque bout, & on l'arrête par un nœud-coulant pour le ferrer ainfi fans craindre qu'il ne fe mêle.
- Seconde maniéré de poijj'er le fil,
- Les Peigners qui emploient la méthode que je vais râpporter, placent une marmite remplie de poix 6c autres ingrédients fur le feu dans une cheminée, comme on l'a déjà vu ; ils fe fervent d’une palette dont le trou eft plus ou moins grand , fuivant la gro fleur qu'on veut donner au fil, &, faifànt de la main droite tourner Yafple fig. i, PL 12, ils l'enveloppent de ligneul à mefure qu'il fort de la marmite, & en forment par ce moyen un échevau en fort peu de temps.
- Cet afple fig. FL i r, eft porté fur un chevalet fig. io , dont la conP truéliôn n'a befoin que de folidité.
- Sur un chaffîs formé de deux pièces de bois A, A, fig. io, aflêmblées par les traverfes B , B , s'élèvent deux forts montants C, C, retenus par les arcs-boutans E , E, E , E, qui s'affemblent haut & bas à tenons & mortaifes , ainfi que toutes les autres pièces. Au haut de ces montants eft une entaille où repofè l'axe c , d, de l'afplejî^. 9 , & leur écartement eft déterminé par la longueur du moyeu D , au milieu duquel font percées deux mortaifes qui fe rencontrent au centre fi l’on veut pour plus de juftefle , car les tenons des quatre bras G, G , Gy Gy n'y entrent guere que d’un pouce ou un pouce & demi; St chaque bout de ce moyeu eft convexe pour diminuer les frottements contre les montants C y C. Au bout de chaque bras eft un tenon qui reçoit les ailes F y F, F, F , au moyen d'une mortaife pratiquée fur leur épaifleur ; Sc pour plus de folidité, ces ailes y font chevillées. L'axe c9 d9 eft fait de deux pièces, ainfi que les figures féparées le repréfentent : la partie C a un tenon quarré qui reçoit la manivelle, & toutes deux font arrondies pour fervir de collet, 6c ont leurs extrémités appointes pour entrer quarrément dans le moyeu. La manivelle H eft faite le plus Amplement poffible ; c'eft un morceau de bois b, de quatre à cinq pouces de long, à l'un des bouts duquel eft un trou quarré au calibre du quarré de l'axe , & a l’autre eft un trou rond qui reçoit la cheville à tête e, laquelle entre dans la ppignée a. Toutes les pièces de cette machine qu'on voit en aétion dans la figure 1, PL 12, font repréfentées fous les mêmes lettres tant dans les fig. 8,9 O* 10 , PL 11 , que féparément dans la même Planche.
- Cette méthode n'a que l’avantage de la fiiiere de bois' ou palette pouç
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- Sixième Partie. Ckap. III. Maniéré de faire les Ligneuls , &c. donner au ligneul une égalité de grolTeur dans toute fa longueur ; encore fi TOuvrier n y prend garde, le trop de poix que la petiteife du trou force de refluer contre la palette, s’y fige , fe durcit, Sc diminue infenfiblem en t le diamètre du trou, au point que fi on n’avoit foin d’approcher la palette du feu de temps en temps le fil fe trouveront à la fin réduit à un tiers au plus de la grofleur quon avoit deffein de lui donner : on peut auffi l’enduire de fàindoux à mefure que la poix paroît s’y amaffer.
- Il y a un autre inconvénient auquel il n’eft pas fort aifé d’apporter remede ; c’eft que les fils couchés fur l’afple fe trouvent plus chargés de poix, & par conféquent plus gros près des ailes ; en voici la raifon : la poix conferve a fiez long-temps fà fluidité , & le mouvement de rotation la fait tendre à sechaper ; mais retenue par une furface. qui eft l’aile, elie s’y fixe, Sc de proche en proche le fil s’en trouve plus chargé que dans les entre-deux.
- Mais, dira-ton, la poix eft-elle tellement néceflaire à ce travail qu’on ne puifle lui fubftituer des réfines ,des gommes & autres fubftances femblabies ? oui, fans doute , il faut que la matière dont on enduit le fil foie dure fans cafler y réfifte aux frottements, Sc fur-tout puifle fe prêter aux contours que le ligneul décrit fiir les jumelles, fans éclater ou s’égrener ; d’ailleurs lorfique le peigne eft fait & qu’on le met en oeuvre dans les rainures du battant qui le reçoit, il y éprouve des faccades Sc des ébranlements multipliés à l’infini , & fi la matière dont le fil eft enduit n’étoit pas liante, elle feroit bien-tôt anéantie au grand dommage du peigne dont les dents font comme amalgamées avec les jumelles par le moyen de la poix. Il faut croire qu’on ne s’en tient à cette fubftance qu’après ayoir eilàyé de beaucoup d’autres qui n’ont fans doute pas rempli le même objet.
- Je difois il n y a qu un inftant que l'ufàge de Fafple fur lequel on dévidé le ligneul étoit fujet à un très-grand inconvénient ; cependant on trouve beaucoup d’Ouvriers qui s’en fervent, Sc lorfqu’ils le jugent fuffifàmment rempli , ils redevident ce ligneul par longueurs entre le pouce & l’index de la main gauche en croifànt chaque tour, ou bien fur quatre doigts, comme je l’ai dit plus haut. Voyons maintenant une autre méthode.
- Troifeme maniéré de poijjer le LlgueuL
- La maniéré de poifler le ligneul dont je vais parler neft pas entièrement différente des précédentes ; l’Ouvrier place la marmite dans une cheminée fur un trépied, comme on l’a vu, Sc le rochet fur une broche au côté droit en dedans de la cheminée; mais au lieu d’une palette de bois, il pofe fur la marmite même une planche B, fig9 2, PL 12, fixée avec des clous Tur des taffeaux C, Cy dont l’écartement eft à peu-près égal au diamètre fupérieur de la marmite, pour quen tirant le fil la planche ne puifle pas fe déranger. Au milieu de cette planche font pratiqués plufieurs trous de différens diamètres pour toutes les
- Planche
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- L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- grofieurs de ligneul qui peuvent fe rencontrer. Au moyen de cette planche J on a les mains libres pour diriger le ligneul fur l’üftenfiie qui le reçoit à mefur® qu’on le tire, fur un afple 5 comme à la précédente maniéré, ou fur un rouet fig*
- 4, qui ma pas le même inconvénient : un autre avantage que procure l’ufàge de la planche qui fert de filiere , eft d’y attacher la fourchette entre les pointes de laquelle paffe le fil au fond de la marmite. Gn eft dilpenfé par-là d’arrêter cette fourchette , comme on l’a vu précédemment ; voye^ la figure 3 , qui en reprëfonte l’effet & la pofition dans la marmite dont on a ponélué le profil, & qui eft cenfée tranfparente pour cela. Ainfi quand on veut pafler le fil fous la fourchette , on enleve la planche & la fourchette à la fois. Un autre avantage eft que cette planche fer vaut de couvercle à la marmite, s'échauffe , & le trou pàr où pafte le ligneul n eft jamais bouché par la poix qui retombe à meftire dans la marmite.
- Ilfaut avoir foin de placer le rouet fig. 4, bien en Face de la marmite , afin que le ligneul ne tombe pas à droite ®u à gauche ; Sc même pour le placer plus également, on fe fort d’une baguette fur laquelle il glifle Sc qui le dirige à volonté.
- La conftruélion de ce rouet qui eft contenue toute entîere dans la Hanche 12 , eft on ne peut pas plus fimple ; ce n’eft autre chofe qu’un bâtis de bois, compofé des deux pièces de bois A , A , afîemblées pat les traverfos
- 5, B , à tenons &. mortaifes, fur lequel s’élevant quatre montants CfC 4 C, C, affemblés par le haut au moyen des traverfes D, D, au milieu desquelles eft une entaille où fo place l’axe du rouet : cet axe eft retenu par un tafleau qu’on fixe avec deux chevilles d, d, fig. y. Quant à la roue, c eft à peu-près celle d’un rouet ordinaire, compofée d’un moyeu fig. 8, au centre duquel pâlie l’arbre b ; Sc far fa circonférence font afîemblés fix rayons, au bout defquels eft retenue la cerce ou cercle de bois mince avec quelques clous d’épingle ; les deux bouts de ce cercle font amincis pour être l’un fur l’autre > fans en augmenter l’épaiffeur. La manivelle eft formée d’un morceau de bois de fix à fopt pouces de long , à l’un des bouts duquel eft un trou quarré qui reçoit le bout de l’arbre, & l’autre reçoit une longue cheville à tête ^ , qui pafle au travers du manche E, Sc lui permet de tourner quand on la tient dans la main. Voyez fig. 7, la machine toute montée, Sc le chevalet fig. y : les autres pièces font fous les mêmes lettres.
- Il eft certain que l’ufage de ce rouet eft préférable à celui de l’afple , parce que la forface fur laquelle fe couche le fil, étant continue > force la poix de fe fixer à l’endroit où la filiere l’a placé 5 au lieu que, comme nous l’avons vu > les vuides qui fe trouvent à l’afple , lui permettent de couler vers les ailes. La maniéré de relever k fil de deffus Ce rouet eft la même dont on a parlé précé* demment,
- Obfervations
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- Sixième Partie. Char. III. Maniéré de faire les Ligneüls, ô'C-, ObJervations fur les trois procédés qu on vient de décrire.
- On vient de voir trois maniérés dont les Ouvriers fe fervent pour enduire le ’ ligneul. La première Confifte à l'étaler par terre à mefure qu*on le retire de la marmite, fig. 2 , PL 11 ; la fécondé en le dévidant fur un afpîe, fig. £, PL 12 ; la troifieme enfin en le recevant fur un rouet fig. 4, même Planche. Ces trois opérations exigent que ce travail fe faffe dans une chambre, oùle feul remede contre l'odeur forte & infùpportable que cette compofition exhale , a été de placer la marmite dans une cheminée, par ou le courant de l'air en emporte la plus grande partie ; mais cette odeur fe fait encore bien fentir à tout le voifinage, malgré cette précaution ; e'eft pour cela que plufieurs Peignera ont coutume de faire ce travail dans une cour ou jardin ou le grand air diflîpe promptement cette odeur : on pourroît même conftruire un hangard propre à cela, qui ne demanderoit pas beaucoup de place. Je vais rapporter le procédé dont on fe fert dans ce cas.
- Article- Quatrième»
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- 'Autre Maniéré de poijfer le fil dans une cour ou jardin. î
- Lorsqu'on poifle le lignèul en plein air, commè dans une cour oü un jardin £ îl faut fubftituer un fourneau à la cheminée , non pas cependant que cela foie indifpenfable, puifqu’on pourroît en conftruire une fous un hangard ; mais pour plus de commodité on fe fert de fourneaux. Chaque pays a encore les uftenfiles particuliers ; ici on fe fert de fourneaux de tôle , là de terre, Sc autre part dé ceux qu'on voit communément dans les euiftnes 9 conftruits en plâtre & montés fur quatre pieds pour être plus portatifs.
- Ceux de tôle ne font autre chofe qu'un cylindre de fer battu qu'on nomme tôle, tels qu'on en voit un fig. 2 , PL 13 : le fond èft monté fur trois pieds, : & emboîte à recouvrement le corps du cylindre, qui y eft attaché avec des rivures. On a auflî coutume , pour plus de folidité, de mettre fur la hauteur deux cercles de fer, l'un au bord fupérieut , & l'autre en bas.
- A peu-près au tiers de fa hauteur eft attaché en dedans un cercle de fer, ou au moins des portions de cercle , pour foutenir la grille fig. 4, qui n'eft elle-même qu'un cercle dé fer affez fort , fut lequel eft fôudée à la forge ou rivée une quantité plus ou moins grande de tringles auffi de fer, qu'il eft 'à propos de placer triangulairement, & non à plat, afin que la cendre trouvant deux plans inclinés, tombe & ne bouche pas les intervalles, ce qui ralentit l'aétivité du feu.
- Sur le devant du fourneau , ( & j’appelle devant, le côte oppofé à la jointure des deux bouts de la tôle ) eft pratiquée une ouverture plus haute que large f Étoffes de Soie. FL Paru A 6
- n—m ümti'fflHiiiir nuÿ j
- Planché
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- L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- qu’on ferme au befoin avec la porte cintrée C ; & même à cette porte qui fort à mettre le bois ou le charbon dans le fourneau, on en pratique une plus petite E y comme à un poêle ordinaire ; cette derniere fert à donner de 1’ air au feu, qui fans cela s’éteindroit ou du moins fe ralentiroit beaucoup. La maniéré dont on ferme ces deux portes avec de petits loquets, eft connue de tout le monde*
- Pour pouvoir tranlporter ce fourneau plus commodément, on y attache ! deux points oppofes de là circonférence des anfos de fer M, qu’on fàiiît avec des poignées de bois ou quelques chiffons pour ne fe pas brûler.
- Il y a des Ouvriers qui, quand ils placent la marmite fur ce fourneau , avant d’allumer le feu , lutent les bords avec de la terre, à four ou autre pour concentrer mieux la chaleur fous la marmite. Cet expédient eft fort bon en lui-même; mais fi l’on n’avoit pas attention ou de laifler une un deux ouvertures oppofées fur la circonférence, ou de pratiquer quelques trous au haut du fourneau , tels qu’on en voit en a, a, fig. 7 & 8 , on yerroit infonfiblement le feu s’éteindre ^ ou pour mieux dire, on ne fouroit venir à bout de l’allumer , car tout le monde fait qu’il lui faut un courant d’air. Pour ne pas me répéter , je me fuis contenté de faire graver dans la même Planche toutes les pièces fous les mêmes lettres ; elles font il connues de tout le monde que je n’ai pas cm devoir en donner dp defcription particulière : l’explication des Planches fuffira, ce me femble.
- La marmite étant for le fourneau, il eft indiipenfàble d’avoir un point d’appui pour placer le rocher for lequel eft le fil ; c’eft à quoi on a pourvu en imaginant de fe fervir d’une eipece de petite cantre, telle que la figure 9, meme Flanche, le repréfente ; & quand on veut travailler , on place au-deffus de la marmite , la même planche dont nous avons déjà parlé, 8c qui y eft retenue au moyen de deux taflèaux qui y font attachés.
- Le rouet fur lequel on enveloppe le iigneul eft entièrement femblable à celui dont nous avons déjà donné la defcription ; mais comme fo fourneau fur lequel on place la marmite eft beaucoup plus haut que le trépied for lequel on ta mettoit, & qu’il eft néceflàire que cette marmite foit beaucoup plus baffe que le rouet, il a fallu exhauflèr ce rouet au moyen des quatre pieds qu’on a plantés fous fa bafe.
- de dis qu’il faut que le rouet foit plus haut que la planche ou filiere qui eft fur la marmite : en effet la direction fuivant laquelle il faut que le fil en forte pour que le Iigneul foit rond, eft la ligne perpendiculaire, fans quoi ni la ron* deur ni la grofleur des trous qu’on auroit déterminés, n’influeroient fur celles du Iigneul qui fe trouveroit d’autant plus applati & menu, que cette direction feroit plus oblique. Auffi le bâton que tient l’Ouvrier à fa main gauche fore autant à relever le fil en fortant de la filiere qu’à le diftribuer également fur le rouet.
- On voit dans cette Planche, l’Ouvrier en opération; à côté de lui eft une cor*
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- Sixième Partie. Chap. III. Maniéré de faire les Ligneuls, &c. 45^
- beille remplie de rochets pleins de fil, & plus loin une autre panier rempli de
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- charbon pour entretenir un feu égal fous la marmite.
- Lorfqu’on ne veut pas faire la dépenfe d’un pareil fourneau, on peut fe fervîr d’un réchaud de terre de creufet, dont l’ufige eft fi commun, & qu’on voit/%. 13; d’autres fe fervent de Celui que repréfente la figure 14, qu’on voit dans prefque toutes les cuifînes ; mais on y a joute une double porte pour régler plus fûremenc la force du feu.
- On peut avec ces fortes de fourneaux tirer le ligneul des trois maniérés donc J’ai parlé ci - devant. On fe place où Ton veut ; l’odeur s’évapore plus aifément, le jour eft plus beau, & la poix efl bien plutôt refroidie, ainfi tout engage à préférer cette méthode,
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- Remarques fur les différentes maniérés de poiffer le LigneuL j
- Les Peigners à qui il importe fi fort que le ligneul foit d’égale grofïeur dans toute fa longueur, préfèrent celui qui a été fait dans un temps froid, à celui qu’on a fait dans l’été ou dans une chambre échauffée. Il eft certain que quand il fait froid, la poix eft fur le champ figée, & que le ligneul eft à la grofteur ou la filiere l’a mis. Cette obfervation m’a fait penfer que dans Tune & l’autre fàifon , fi on avoit foin de faire paffer le ligneul dans de l’eau en fortant de la filiere, on lui procureroit cette égalité fi recherchée , 8c qu’on obtient fi difficilement. Je vais propofer au Leéteur mes idées à ce fujee, & fi elles peuvent être de quelque utilité je ferai fatisfait.
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- Premier moyen. ^
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- Le premier moyen propre à refroidir promptement le ligneul, eft de monter lafple ou lerouet^g. 2 & 5 y PL 14, fur une auge de bois remplie d’eau : pour cela il fuffit de pratiquer au milieu de l’épaifleur des deux grands côtés une mor-taife affez profonde pour recevoir les tenons arrafés des montans a , a , dans le£ quels eft une entaille ou repofe Taxe. On voit que le fil ne feroit pas plutôt fur i’a£ pie qu étant porté dans l’eau,il feroit promptement refroïdi>& que la poix acquer-roit de la confiftance. D’ailleurs, même avant d’arriver à l’eau, le fil placé à côté d’autre déjà très-froid & mouillé, feroit lui-même refroidi, & ne pourroic s’attacher au fil voifin.
- Ce moyen eft fujet à un inconvénient, c eft que la rotation élève l’eau & en répand au loin de tous côtés : par rapport à l’afpie, il n’y a de remede qu’a tenir la manivelle un peu longue, & à s’éloigner de l’auge pour n’être pas mouillé. Quant au rouet, on peut fe fervir du même remede, & de plus, placer à quelque diftance de la roue fur le bord de l’auge une planche ou autre chofe qui rabatte la plus grande partie de l’eau ; ce que les Couteliers, dont la meule trempe fans ceffe dans l’eau, appellent Rabat-eau.
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- Planche
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- 4<?Q L'ART DES ETOFF ES DE SOIE.
- Second moyen,
- L e fécond moyen que je propofe eft un peu plus compliqué ; mais il n’eft pas fujet aux inconvénients du premier, les figures 8, 9,10, 11 & 12, en repréfentent tout le détail.
- D’abord on place le rocher B, fur une broche de fer D, au haut d’une cantre ' C, Cyfig. 8 ; de là le fil A, va au fond de la marmite E , fig. 9 , s’abreuver de poix , 8c pafle paT la filiere dont j’ai déjà parlé. J’ai placé cette marmite fur un des fourneaux qu’on a vus dans la planche précédente, A côté du fourneau eft
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- placée une auge de bois fur fon pied, fig. 10 ; & fur le bout près de la marmite s’élève un montant aflemblé à tenon &mortaife, au haut duquel eft un enfourche-ment qui reçoit une poulie de deux ou trois pouces de long. Cette poulie a la liberté de tourner fur une broche de fer qui paffe dans l’épailfeur du montant : au fond de l’auge eft attaché un bâtis de bois , tel que le repréfente la figure 63 qui porte une poulie fous laquelle pafte le ligneul au fond de l’eau, & enfin ce ligneul va fe devider fur l’afple que l’Ouvrier fait tourner avec la main droite au moyen dune manivelle , tandis qu’avec une baguette il dirige le ligneul delrv la main gauche.
- Le bâtis du fond de l’auge fig, 6 , eft compofé d’une piece de bois 2?, fut ? laquelle s’élèvent deux montants percés par le haut pour recevoir l’axe qui porte; la poulie ; ainfi l’écartement de ces montants doit être à peu-près égal à la lon-i gueur de cette poulie. La figure 13 repréfente le chemin que parcourt le fil depuis le rochet i? , en paflànt dans la marmite F, de là dans la filiere G , enfhite fur la poulie B, au haut du montant qui eft au bord de l’auge , & enfin dans l’auge fous la poulie C, après quoi il va envelopper l’afple qu’on n’a pas xepréfonté.
- Il eft abfolument nécefiaire de faire paifer le fil fur une poulie avant d’entrer -dans l’eau j car comme alors la poix eft encore liquide, fi on le faifoit gliflerfür le bord de l’auge ou autre part, il perdroit toute la poix qui a pafle par la filiere & s’applatiroit du côté du frottement.
- CHAPITRE
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- Sixième Partie. Chap. IV, De là mahterè de monter les Peignes: agi
- ' ’ 111 - ; - - -=^==£5== 1 ' v "Tri.,/
- CHAPITRE QUATRIEME.
- De la maniéré de monter les Peignes*
- Section Premier è*
- Du Métier à monter lès Peignes•
- Le Métier à monter les Peignes eft une table peu élevée fig. r, PL rj j montée fur quatre pieds A, A, A> A, aflemblés par le bas au moyen des traverfes B yB , C, C, & par le haut à tenons & mortaifès dans la planche D ; cette table eft unie au rabot & entourée d’un rebord dont la largeur, outre celle de la planche , eft environ d’un pouce ou d’un pouce & demi, pour qu’aucun des outils ou autres pièces qu’on met fur la table ne puifle tomber à terre.
- Au milieu de la largeur de cette table, & fur fk longueur , font pratiqués quatre trous quarrés propres à recevoir les tenons des montants ou poupées F y F, qu’on y arrête au moyen de clefs ou coins qui entrent dans leurs entaii* les, en deflous de la table, comme les poupées d’un tour.
- Au haut de ces poupées & fùivant la longueur de la table, eft pratiqué un trou dun diamètre fuffilànt pour recevoir le canon de fer b, c, fig. 2, à l’un des bouts duquel eft foudée une piece quarrée d, qui entre de toute fon épaifleur dans une des faces de la poupée, & y eft retenue par quatrevis à tête noyée , au moyen de quatre trous qu’on y voit. La longueur totale de ce canon, y compris là tête eft égale à l’épaifleur de la poupée qui le reçoitè
- C’eft dans ce canon que palfe le boulon de fer fig. j1, dont urte partie eft ronde & unie , & le refte eft taraudé dans toute là longueur 5 à la partie pleine ^ eft une mortaife quarrée un peu allongée, dans laquelle paffe la clavette ff dont on connoîtra bien-tôt l’ulàge. On conçoit que le diamètre de ce boulon £ tant de la partie pleine que de la partie taraudée , doit être tel qu’il puiffe couler aifément dans le canon à mefure que l’écrou à oreille g l’appelle*
- Les clavettes/”, f> fervent à contenir les jumelles du peigne, & le boulon étant attiré par l’écrou, leur donne autant de tenfion qu’on en a befoin pour monter le peigne.
- La figure 6 repréfente la pofition du boulon dans fon canon , félon la place qu’ils occupent tous deux dans la poupée que j’ai fait voir par des lignes ponétuées.
- La longueur des boulons doit être telle qu’on puifle s’en fervir pour toutes les longueurs de peigne, en changeant les poupées de place. Je m’explique : il faut qu’on puifle tenir avec les clavettes un peigne qui feroit plus court que depuis la première entaille de la table d’un côté, jufqu’à la féconde de l’autre côté^ Étoffes de Soie. VL Paru B 6
- Planche
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- Planche
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- 4fe HART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- & plus long cependant que l’intervalle compris entre les deux du milieu î pat ce moyen il n’eft pas de longueur qu’on ne puiflè faifir.
- Cette maniéré de monter les poupées du métier eft làns contredit la meiL leure ; mais ces boulons coûtent un peu cher ; 8c pour épargner la dépenfo , beaucoup de Peigners fe contentent d’un, comme ceux dont nous venons de parler ; ils le placent à droite , 8c l’autre eft un boulon à tête, tel que celui que repréfente la figure 8. Cette tête repofe contre la poupée & foutient l’effort que fait le tirage de l’autre qui .eft à vis. On qe làuroit abfolument blâmer cette méthode qui remplace fort bien l’autre ; & même on pourroit y trouver de l'économie de temps, puifqu’on ne touche qu’au montant à droite, l’autre r^ftant immobile.
- , La Table ou le Métier dont je viens de donner la defcription, n’eft pas d’une grandeur fuffifànte pour y fabriquer des Peignes de toutes les longueurs ; auflî plufieurs Ouvriers ont-ils, chacun félon fbn génie, cherché à fe procurer les commodités nécefîàires à ce travail. Les boulons à vis, que nous venons de voir, font on ne peut pas plus commodes ; on donne par leur moyen autant & auflî peu de tenfion quon en a befbin. Cette tenfion, qu’on croiroit avoir déterminée d’une maniéré fûre au moyen des vis , augmente à mefùre qu’on place des dents dans le peigne, ainfi qu’on le verra en fon lieu : il faut donc que l’Ouvrier lâche la vis infenfiblement , fans quoi les coronelles ou jumelles ne pouvant plus fupporter un pareil effort, cafferoient bien-tôt. De plus, pour faire un Peigne, on a befoin de paffer entre ces jumelles un infiniment qu’on nomme Foule, & qui leur donne l’écartement convenable : cet uftenfile en les écartant les racourcit encore 8c augmente la tenfion. Je paffe à la defcription de la figure 9 , même Planche.
- Ce Métier réunit aux avantages du précédent, qui font de pouvoir tendre & détendre infenfiblement les jumelles au moyen du boulon â vis qu’on voit dans le montant A 9 celui de pouvoir fe prêter plus facilement à toutes les longueurs des Peignes. Voici comment.
- Chaque montant eft fixé folidement, au moyen de tenons à eftfourchement ; fur une palette B, qui le déborde de trois côtés, fàvoir des deux côtés parallèles aux boulons, d’environ deux pouces, & fur la face intérieure de quatre pouces au moins. Sur les deux petits côtés eft pratiquée une feuillure telle qu’on la voit en d,fig. ir , qui repréfente une poupée ou montant féparé. Ces feuillures gliffent fous une autre pratiquée en fens contraire fous les tringles C 9 C, au moyen de quoi ces poupées peuvent s’avancer d’une auflî petite quantité qu’on le juge à propos le long de ces tringles qui doivent être clouées fur la table bien parallèlement entr’elles ; & lorfqu’on veut les fixer, on forre contre la table une vis à tête quarrée^,qui entre dans un écrou placé folidement par-deffous la planche ou bafe de la poupée de toute fon épaifïeur, qui doit être ^cependant moindre que cette planche. On fe fort pour ferrer cette vis de la clef
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- Sixième Partie. Chàp. ÎV. De là maniéré de monter tes Peignesi 4Ô3 jHg. 10,8c pour ne pas ufer le bois à force de viiïer 8c déyiffer, on mec fous ia tête de cette vis une rondelle de cuivre qui en fupporte tout le frottement; Là figure 12, qui repréfente une coupe de cette table , fait voir la maniéré dont les poupées 8c leur palette gliflent fous la feuillure des tringles; Je ne dirai rien de plus de ce métier.
- En parcourant les différents attellers pour y prendre toutes les connoiflànces qui me font néceffaires, j’avois regardé le Métier que je viens de décrire comme le plus parfait 8c le plus commode ; mais j’en vais décrire un autre que la plus grande partie des Ouvriers eftiment davantage , à caufe de fa grande fimplicité.
- Planche
- lSi
- La table de ce Métier reffemble parfaitement au banc d un tour. On pratique au milieu une rainure de dix-huit lignes de large ou environ, 8c prefqué auflî longue que la table même : les montants dont on fe fort ne font autrë chofe que les poupées d’un tour. Voyez la figure 13 , qui repréfente le Métier tout monté , & la figure 14 , eft une poupée ou montant féparé : la clef E 4 qu’on y voit, eft fur fa largeur, faite un peu en coin pour ferrer la poifpée fur la table en entrant dans l’entaille , comme on l’y voit par-deflous ; du refte j les boulons paflent dans les poupées, comme aux autres Métiers. Il y a cependant quelques Ouvriers qui, pour diminuer la dépenfe , fonc faire ces boulons en bois, tels que la figure 17 en repréfente un. On y voit un collet percé d’une mortaife où entre la clavette fur laquelle on met les jumelles ; enfuite eft une partie cylindrique de la groflèur du trou de la poupée, & enfin le refte eft taraudé à la filiere en bois ; & on fefert, pour tendre les jumelles , de l’écrou de bois repréfenté par la figure 18. Le Métier, ainfi monté * n’eft certainement pas auflî folide qu’en fer ; mais auflî la dépenfe eft bien moindre : c’eft ce qui Rengage beaucoup d’Ouvriers à le préférer.
- Les Métiers dont j’ai parlé jufqu ici, font communément conftruits dans la proportion de quatre pieds ou quatre pieds & demi ; mais cette longueur n’eft pas fuffifànte pour beaucoup de Peignes qui ont fouvent jufqu’à trois aunes Sc demie de long. U faut des Métiers capables de les contenir ; mais comme ils tiendroient trop de place * on les fait ordinairement de plufi'eurs pièces, qu’on affemble & qu’on démonte à volonté fuivant le befbin.
- Les figures 1, 2 & 3 , PL 16 , font trois parties féparées d’un feul Métier, ....."""
- dont les deux premières font les extrémités , 8c la figure 3 eft le milieu ; elles ^LA^CHÊ s’affemblent au moyen des tenons b > b, c, c, qui entrent dans des mortaifos d, dy pratiquées fur l’épaiffeur de celui fig* 3 ; 8c quand elles font afïèmblées, elles n’en compofent plus qu’un, comme on peut le voir fig. 4, même Planche. fAux parties de droite & de gauche eft pratiqué un certain nombre d’entailles, pour recevoir les montants fuivant la première méthode que j’ai rapportée 3 8c le boulon à vis fupplée à leur mobilité. La longueur totale de ces trois parties idoit être de quatorze pieds trois pouces, pour y fabriquer à l’aife un Peigne de
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- Planche
- n->
- 4Ô4 L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- trois aunes & demie de long, qui ne font que 12 pieds 10 pouces ; il refte donc dix-fept pouces tant pour les montants, que pour la diftance des premières entailles aux extrémités»
- D’autres Ouvriers conftfuifent ce banc dé la manière qué le repréfente là figure ) , ou la partie du milieu eft afiemblée avec des charnières à Tune des deux autres, & fe replie par-deflus comme la figure 8 le fait voir ; & quand on veut s’en fèrvir, on abaiflece milieu qui vient fe joindre à l’autre , fig. 6, au moyen des tenons b, b, & mortaifes C, C : on peut encore féparer la partie du milieu en deux, & en faire tenir une à un bout & l’autre à l’autre , comme la figure 7 le fait voir : la partie C, G, fe replie vers A, 8c celle G , F, fe plie vers E.
- On fe fert encore d’une autre elpece de Métier avec lequel on peut faire des Peignes de toutes les longueurs ; ce n’eft autre chofe que deux montants fig. 1 & 2 , PL 17, plantés folidement chacun dans une planche B, B , un peu large, pour pouvoir les retenir à l’écartement dont on a befoin, au moyen d’une grofle« pierre dont on les charge, ainfi que le repréfente la fig. 3 , ou en place de pierre, le montant à droite eft fixé au moyen d’un crochet de fer a, enfoncé dans le plancher, & l’autre eft chargé d’une pierre.
- Comme l’Ouvrier en travaillant a befbîn de plufieurs uftenfiles, ainfi que d’une certaine quantité de dents qui doivent compofer le Peigne , on a imaginé de conftruire une table fort petite qu’on promene de tous côtés, 8c qui eft beaucoup plus bafle que les boulons des montants , voye^figure 3.
- Lorfqu’on fait de ces Peignes de longueur extraordinaire, il eft néceflàire de tenir les jumelles un peu plus larges & plus épaiffes, 8c même on leur donne un peu plus de foule, ( qui eft la hauteur du Peigne ) : leur longue portée les fait plier, 8c fi l’on n’y apportoit remede, le Peigne après être fait fèroit un peu courbe ; c’eft pour prévenir cet inconvénient qu’on place fous les jumelles un fupport qu’on voit à côté de la table^^r. 3,8c auquel on eft maître de don--net telle élévation qu’on délire par les moyens qu’on va voir.
- On prend une planche à peu-près quarrée E ,fig. J , au milieu de laquelle ori fait une mortaife qui reçoit le 'tenon du montant D, & au haut de ce montant eft une entaille en enfourchement propre à recevoir la planche fig. 6, fur fon épaifleur : cette planche eft retenue en place au moyen de la cheville qui pafle dedans 8c dans le montant ; mais pour atteindre plus exactement la hauteur des jumelles, au lieu d’un trou rond dans la planche, on y fait une rainure,& on la fait monter ou defcendre à volonté au moyen de coins de bois ou de canne plus ou mois épais dont on la calle par deflous.
- On foutient encore ces jumelles avec un Coujfin, qui n’eft autre quun morceau de bois de la forme d’unparallélipipede, fig. 7, qu’on met fur la table àme-fure que le Peigne avance, tandis qu’avec le fupport on foutient la partie faite, 8c fouvent même on en met un fécond entre la table & l’autre montant, lorfque
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- Sixième Partie. Chap. IV. De la maniéré de monter les Peignes , &c. 46$ les peignes font fort longs ; mais il faut avoir grand foin de conferyer au peigne une pofition bien horizontale & bien droite.
- Section Seconde.
- Du Montage des Peignes.
- Après avoir décrit toutes les opérations & uftenfiles nécelfaires à la Fabrication des Peignes, je pafle à la maniéré de les monter.
- La figure 8, PL 17, fait voir un métier difpofé à monter un peigne : dans la mortaife du bout de chaque boulon, on place un tenon de fer plus long que la plus grande hauteur des peignes , & dont l’épaiffeur doit être égale à la moindre largeur des dents ; & lorfqu’on a befoin de plus d’épaiffeur, on y ajoute une ou plufieurs dents de canne : au lieu que s’ils étoient trop épais, on ne pourroit pas s’en fervir pour des dents plus étroites. Il faut d’abord avoir foin que les jumelles foient placées bien horizontalement, ce qui dépend en* grande partie de la hauteur des poupées & de la pofidon des tenons. Il faut auflî que les jumelles dont l’écorce eft en dehors foient bien parallèles , & faffent un angle droit avec les tenons a , a, car de là dépend la perfection du peigne.
- La figure 11, même Planche, reprélente d’une maniéré plus fenfible comment on attache les jumelles deux à deux par leurs bouts avec de la ficelle ; & pour que la tenfion des boulons ne la puifïe pas faire gliffer, on fait une encoche , au bout de ces jumelles 9fig. 9 & 10, où fe loge la ficelle qui ne peut plus en fortir. Dans cet état il n’eft plus queftion que de mettre les dents en place.
- Pour s’afliirer d’un écartement égal entre chaque couple de jumelles, on fo fert d’un infiniment fig. 12 , qu’on nomme Foule , qui n eft autre chofe qu’un morceau de bois entaillé defîus Sc deiïbus de rainures qui reçoivent les jumelles: ces rainures doivent être bien parallèles entr’elles, & avec celles de l’autre face; c’eft leur écartement qui réglé la hauteur du [peigne, & la ligne a9b, détermine ce qu’on appelle en terme de Fabrique la hauteur de la foule. On ne court aucun rifque de faire ces entailles un peu plus larges que les jumelles qu’on y place, car comme elles appuyent vers les faces intérieures , comme je l’ai fait repréfenter dans la figure 13, c’eft toujours la ligne a9 b9 qui réglé l’écartement, les quatre portions de cercle d9 d9 d9d9 reprëfentent la coupe des quatre jumelles, & l’on peut voir qu’elles appuyent d’un côté, tandis que l’autre eft vuide.
- Les Peigners ont ordinairement plufieurs foules fuivant les différentes hauteurs qu’ils veulent donner aux peignes : ces hauteurs font quelquefois données par les Fabriquants eux mêmes ; mais communément elles varient fuivant le genre d’étoffe auquel on doit employer le peigne, ou félon l’épaiffeur qu’on doit Étoffes de Soie. FL Pan. C 6
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- 466 L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- donner aux dents. Voici comment cela doit s’entendre.
- Si le peigne doit contenir des dents très-fines, & par conféquent pins larges qu’à l’ordinaire, ou qu’on ait befoin de plus de hauteur, c’eft la foule qui la réglé ; fi au contraire les dents doivent être minces Sc étroites, il faut que le peigne foit moins haut, pour qu’il puiffe réfifter aux coups multipliés qu’il éprouve contre la trame ; & fi l’on ne fuivoit pas de réglés certaines là-deffus , Un peigne dépériroit bientôt. On ne peut s’en écarter qu’en donnant plus de largeur aux dents quand elles font minces, Sc ce qu’on perd d’un côté fe retrouve de l’autre. Il eft vrai que les fils de la chaîne effuyent plus de frottement entre des dents larges, que quand elles font plus étroites ; mais la folidité du peigne cft une loi dont on ne fàuroit s’écarter. La réglé générale eft que, toutes les dimenfions obfervées, il eft bon de donner plutôt plus de hauteur que moins.
- Une autre difficulté que tous les Peigners ne font pas en état dé furmonter , c’eft le rapport de la hauteur qu’on doit donner aux peignes avec leur longueur ; car fi l’on veut donner deux pouces Sc demi de foule à un peigne qui doit avoir vingt pouces de long, Sc qu’avec de pareilles dents on veuille en faire un de trente pouces, de la même foule, il eft certain que le peigne ne fera pas affez folide, puifqu’avec les mêmes dimenfions il eft d’un tiers plus long. Il faut donc dans ce cas tenir les jumelles un peu plus larges, Sc donner un peu moins de foule. Ce que je dis ici de ces deux peignes doit s’entendre en cas qu’ils foient auflî en proportion par rapport aux dents, & que celui de vingt pouces en ait huit cents l’autre douze-cents. Tous ces foins font du reflort du Fabri-; q[uant , puifqu’il y a fi peu de Peigners en état de conduire des peignes liiivant ces réglés ; & quand j’en ai eu befoin , j’ai été obligé de les diriger.
- Il faut encore éviter un défaut dans lequel on tombe, pour vouloir donner de la folidité à un peigne, c’eft de laiffer trop de canne : on doit l’évider autant qu’il eft poffible; car fi la Soie eft bouchonrieufe\ ou quelle n’ait pas tout l’apprêt convenable ; fi les dents font trop larges ou trop épaifles, elles ne permettent pas aux boucons de pafier, Sc même elles écorchent la Soie dont le peu de tors ne lui permet pas de réfifter.
- Ce que je dis ici eft appliquable à toutes fortes de peignes, tant pour les Etoffes de Soie que pour tous les autres tiffus, parce qu’il n’eft point de matière où il ne fe rencontre des inégalités ; ainfi on ne fauroit y donner trop d’attention. J’en reviens au montage des peignes.
- Nous venons de voir que le principal objet de la foule eft de déterminer la hauteur du peigne ; un autre avantage, non moins confidérable , eft de procurer a (Te z d’écartement entre chaque couple de jumelles pour y pafier la batte B, jîg. 8, avec laquelle on forre les dents les unes Contre les autres, Sc qu’on a repréfentée à part fig. 14 ; cette batte n’eft autre chofe qu’une lame de fer à peu-près de l’épaiffeur des dents qu’on emploie, Sc dont la largeur d’environ deux pouces eft égaie d’un bout à l’autre : fà longueur eft de fopt à huit pouces.
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- Sixième Partie. Chap. IV. De la maniéré de monter les Peignes. 467
- On y réferve une Soie pour l'emmancher comme un couteau.
- Lorfque tout eft difpofé comme on vient de le dire, on place la première garde A ,fîg. I , PL 18, & on en arrête les tenons entre les quatre jumelles au moyen de trois ou quatre tours de ligneul qui fo croifont les uns les autres , & qu’on ferre avec force: il eft effentiel que les tenons de ces gardes excédent la largeur des jumelles, tant pour arrêter le ligneul que pour fervir de mefure à la hauteur des dents dans toute la longueur du Peigne ; 6c le corps de ces gardes doit être parfaitement égal à la hauteur de la foule, puifqu’une fois placées par un bout, elles en fervent elles-mêmes.
- Qusind la première garde efl: ainfi arrêtée, on fait encore deux ou trois tours de ligneul , tant pour lui donner plus de folidité, que pour mettre une diftance entr’elle&lapremière dent; on ferre ce ligneul; & prenant la batte de la main droite on la fait palier entre les quatre jumelles , & l’on frappe fur le ligneul pour approcher les tours les uns des autres : on fe fert de battes de différentes epaiffeurs félon la largeur des dents, pour que le coup porte par-tout également.
- La première dent qu’on nomme dent de force, n’eft pas une de celles qui compofèront le peigne, & efl: beaucoup plus épaiffe fur la même largeur ; on l’arrête par deux tours de ligneul, en frappant à chacun ; puis on met huit ou dix dents de lifiere , entre chacune defquelles on place un tour de ligneul en frappant toujours avec la batte : ces dents de lifieres doivent avoir environ le double d’épaiffeur de celles du corps du Peigne. La méthode de ceux qui font ces dents avec du fil d’archal proprement applati, eft préférable à celle de ne mettre que de la canne 5 parce que ces dents fupportent la plus grande fatigue ; il feroit même plus à propos de les faire avec du fil d’acier applati, qui eft toujours plus uni que le fer.
- Il faut, après avoir mis les dents des lifieres en place, examiner fi elles occupent l’efpace quelle doivent y occuper fur chaque couple de jumelles, & fi elles font plus écartées fur les unes que fur les autres; on les force avec la batte à s’arranger comme il convient. Quand cette opération eft faite, on marque fur chaque jumelle en-deflùs, tout contre la derniere dent qu’on vient de placer, un point a, a9 fig. 10, & c eft deffà qu’on fixe la longueur que le Peigne doit avoir,enpofant fur ce point le bout de la mefure qui doit lui fervir de réglé, & l’extrémité de cette mefure qu’on marque par un point, eft l’endroit où on doit placer la derniere dent du Peigne : enfuite avec un compas on prend la diftance qu’occupent les dents des lifieres qu’on a déjà placées, & on la porte à l’autre bout pour ne rien faire que de trèsffymmétrique & d’égal. La figure 3,repréfènte les deux bouts d’une jumelle qu’on fuppofe brifée par le milieu, pour ne laiftèr voir que les points d, à gauche, qui font la place des dents de lifieres de ce côté, & ceux e, e, qui font celles des pareilles dents de l’autre côté ; au moyen
- de quoi tout l’efpace compris entre ces extrémités eft deftiné à contenir les dents du Peigne,
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- 468 L’ÀRT DES ÉTOFFES DE SOIE.
- Il faut après cela divifer tout cet efpace en pouces, demi-pouces Sc quarts de pouces , Sc marquer toutes ces divifions par des lignes différents pour ne les pas confondre. On peut, par exemple, marquer toutes les diftances d'un pouce par des a , toutes celles de demi-pouces par b, Sc enfin les quarts de pouce par c * comme on le voit fur les jumelles de la figure io,
- Cette maniéré de marquer les divifions fur les jumelles varie à l'infini Fuivant l'idée de chaque Ouvrier; les uns font toutes les diftances égales, fig. 4, Sc ne les marquent que par des points : d'autres font trois points en largeur aux pouces , deux aux demi-pouces , Sc un aux quarts de pouce , fig. J,
- D’autres divifent leurs Peignes par portées Sc par demi-portés : ces portées ne font autre chofe qu'un nombre déterminé & connu de dents, comme par vingt ou par quarante : il y a des Provinces où la portée eft de quarante dents ; dans d'autres elle eft de vingt, & dans d'autres enfin elle eft de dix. Ainfi ceux qui divifent la portée en quarante dents, ayant à fabriquer un Peigne de mille dents , par exemple , l'appelleront de vingt-cinq portées, ceux qui la divifent en vingt , l’appelleront de cinquante portées, Sc enfin fi la portée en contient dix, ce même Peigne fe nommera cent portées : j’ai dû prévenir de toutes ces différences pour rendre compte des ufages de tous les pays.
- Cette détermination des portées eft fufceptible de repréfènter différents nombres , même parmi les Ouvriers d'une même Province , fuivant le dénominateur des fraétions qu elles repréfentent ; ainfi la portée que nous venons de voir être le vingt-cinquieme d'un Peigne de mille dents, Sc en Contenir quarante; S le Peigne eft à huit cents, la portée de quarante dents fera un vingtième, celle de vingt un quarantième, Sc c. enforte que ce rapport fuit celui de la fraétion à la portée.
- On aauffi coutume de fe fervir dans les Fabriques d'expreffions qui indiquent le nombre de dents dont un Peigne eft compofé, la portée étant, comme on dit, un vingt de Peigne, un quarante, Sc c. fans les lifieres, ou avec les lifieres, parce quelles paffent ordinairement pour un, pour deux ou pour quatre portées. Ceux qui comptent les portées d'un Peigne par 40 dents, regardent les 2 lifieres comme une portée ; ceux qui les comptent par 20, la comptent par 2 portées, Sec*
- On a jugé à propos de divifer ainfi les dents des Peignes par portées, par xapport au nombre des fils des chaînes aux quelles ils doivent fervir, & fi l'on fè rappelle ce que j'ai dit dans le traité de l'ourdiflâge , on trouvera que dans la Fabrique des Etoffes de Soie, Sc dans certaines Provinces, les portées font de quarante fils, Sc dans d'autres elles font de quatre-vingt , tandis que beaucoup de Fabriquants d'Etoffes de laine Sc de Tifferands les fixent toutes à vingt.
- Il eft peu de genre d'Etoffe , de la chaîne de laquelle on puifle placer moins de deux fils dans chaque dent du Peigne qui fert à la fabriquer : il fuit de là que ce font les comptes des portées des chaînes qui ont déterminé ceux des dents ;
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- Sixième Partie. Chap. ÏV. De la maniéré de monter les Peignes. $6p Sc pour1 s'en convaincre il ne faut que faire attention qu’une portée de quatre-vingt fils occupe quarante dents dans le peigne, une de quarante en occupe vingt, & ainfi des autres : de-là vient que ceux qui compofont la portée d’une chaîne de quarante fils, par exemple, appellent un peigne de mille dents du nom de cinquante portées; & fi ces portées de la chaîne font compofées de vingt fils, le même peigne le nommera de cent portées.
- Cette variété de noms & de nombre de dents caufe un embarras affez grand à ceux qui parcourent les différentes Provinces où font les Manufaétures , pour pouvoir s’y reconnoître : il feroit à fouhaiter que les dénominations 6c les idées qu’on y attache fuffent uniformes. Les Fabriquants de Paris ont remédié à cet inconvénient ; ils défignent leurs peignes par le nombre de dents dont ils font compofés ; ainfi on dit un mille, un neuf-cents, Scc ; la feule difficulté eft que quelques-uns comprennent dans ce nombre les lifieres, & les autres ne les y comprennent pas ; mais plus ordinairement, quel que foit le nombre par lequel on défigne un peigne, on n’y comprend pas les lifieres ; & l’on regarde comme étrangère à l’étoffe cette partie , qui ne fert qu’à en faciliter la fabrication, puilqu’en aucun cas, dans l’ufiige, on ne s’en fert, on la coupe ou remploie toujours.
- Cette digreflion qui m’a interrompu dans la deforiptïon du montage des Peignes étoit néceflàire, Sc de voit, ce me fomble, être placée ici, parce que je penfo qu’il vaut mieux épuifor ce qu’on a à dire fur un objet, lorfque cela peut fervirà expliquer l’opérâdon qu’on décrit, que de le rejettera la fîn^ où la file des idées étant interrompue , les obfervations deviennent des hors-d’œuvre dont on ne font plus la néceffité : je reviens à mon fujet.
- Les Peigners qui divifont la longueur des jumelles par portées, doivent fur-tout connoître combien il en faut placer entre les lifieres ; & alors ils divifont cette diftance en autant de parties égales qu’elle doit contenir de portées : par exemple , fi l’on veut faire un mille de peigne Ç exprefîion adoptée qui fignifie un peigne à mille dents , Sc non pas un millier de peignes comme il feroit plus exaél ), on divife fon étendue en vingt-cinq parties égales ; pour un huit-cents on le divife en vingt, pour un neuf-cents en vingt-deux & demi dont chacune contiendra quarante dents 2 mais comme il feroit difficile de les y placer toutes, parce qu’on ne fouroit juger dans un auffî grand elpace fi on les ferre comme le nombre l’exige, il eft plus fur de fubdivifer chaque divifion en deux parties dont chacune doit contenir vingt dents : il y a même des Peigners qui pour plus d’exaélitude, fobdivifont en quatre & même en huit parties ; ils font plus fors d’obferver l’écartemenÊ convenable entre chaque dent ; au lieu que les divifions étant grandes, on ne s’apperçoit qu’à la fin, fi le nombre requis de dents pourra ou ne pourra pas y entrer, & s il ne fauroit y entrer, on force avec la batte les dernieres à fo rapprocher plus qu’il ne faut, tandis que les premières font trop efpacées* Étoffes jde Soie, FI. Part♦ D 6
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- Cette régularité peut cependant devenir minutieufe , fur-tout lorfque les comptes de peignes font fort fins ; car fi* pour un mille, for vingt pouces de largeur, on fait une divifion pour chaque cinq dents, chaque divifion aura à peu-près une ligne de large , puilque chaque pouce doit contenir cinquante dents, ce qui fait quatre dents Sc un fixieme dans chaque ligne ; & il faudroit dans l’elpace de vingt pouces deux cents diftances , dont chacune contînt un peu plus de quatre dents.
- Il me femble qu’il feroit plus à propos de divifer la longueur des jumelles en pouces, demi-pouces, & quarts de pouce , parce qu’on peut avoir une mefure d’une aune toute divifée , qu’il fufîit de préfenter aux jumelles pour y tracer les divifions qui font toutes faites ; Sc moyennant cette operation, il fufîit au Peigner de lavoir combien le peigne qu’il va faire , doit contenir de dents par pouce ; Sc comme on a vu que les dents Sc le ligneul ont dû être jaugés fuivant la place qu’il doivent occuper fur le peigne, il lui eft facile de s’y accorder. Suppofons qu’il ait à faire un douze-cents fur trente pouces % il entrera quarante dents par pouce ; Sc fi c’eft un neuf-cents fur vingt pouces, il y en entrera quarante-cinq. Et pour tous les cas il fufîit de lavoir le total des dents, Sc le nombre des pouces ; on en concluera aifément pour les demi Sc les quarts de pouce.
- Il eft à propos de divifer les jumelles en demi & en quarts de pouce , comme je l’ai dit, pour être plus fur de la juftefïe des opérations ; néanmoins comme ces foufdivifions donnent fou vent des fraétions, je vais prendre pour exemple deux cas où il s’en rencontre.
- Nous venons de voir qu’un neuf cents, fur vingt pouces de largeur, doit contenir quarante-cinq dents par pouce, ce fera vingt-deux Sc demi par demi-pouce , & onze un quart par quart de pouce ; il faut avoir attention à chaque quart de pouce fi on remplit à infiniment peu-près l’elpace déterminé , de même aux demi-pouces, & enfin on vient à bout par-là de tomber jufte aux pouces.
- Le fécond exemple que je vais propofer eft tel, que les fraétions qui viennent à chaque pouce , s’accordent avec quelques-uns Sc ne s’accordent pas à d’autres : je m’explique. Ces fraétions font telles , que de pouce en pouce elles ne tombent pas jufte, Sc ne compofontpas un nombre entier de dents * mais dans un retour égal d’un certain nombre de pouces, les fraétions s’évanouit fent : voici cet exemplë.
- Soit un huit-cents de peigne fur dix-huit pouces de longueur; chaque pouce Contiendra quarante-quatre dents j, & ces fraétions ne formeront de nombre complet qu’à la moitié du peigne, parce que de tous les nombres dans lefquels on peut divifer dix-huit pouces , il n’y a que 9 qui donne un nombre entier a & que les autres font tous fraétionnaires.
- On ne fauroit éviter ces fraétions ni fe dilpenfor de cette exaétitude, lorf* qu’on monte un peigne ; car comme les largeurs des étoffes font ordinairement
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- Sixième Partie. Ciïap. IV. De la maniéré de monter les Peignes. qjt limitées , on ne s’en écarte que très rarement : d’ailleurs les Peigners ne font pas maîtres d’ajouter des dents ni d’en retrancher, pour rendre leurs nombres ronds, parce que le nombre de dents doit s’acorder avec celui des fils qu’on met à la chaîne & avec la largeur de l’étoffe. Il eft vrai cependant que fur une quantité de dents fort minces, on peut en ajouter une ou deux ; mais fi dans le dernier exemple on négligeoit la fraélion *f par pouce , il manqueroit fur la totalité du peigne huit dents ; & que fi on vouloir les ajouter enfuite au bout du peigne , on le rendroit trop long d’environ deux lignes&demie ; ainfi on tomberoit toujours dans le même inconvénient.
- Plus le nombre de dents eft confidérable dans la totalité du peigne , moins les fraélions deviennent fenfibles fi on les néglige, & quand ce nombre eft petit, il faut en tenir compte foigneufement. On vient de voir que fur un peigne de huit-cents dents les fraélions négligées faifbient une différence de plus de deux lignes ; fi ce peigne n’avoit que cinq-cents dents fur la même largeur , il contiendroit vingt-fept dents J par pouce ; cette fraélion f étant négligée à chaque dent, donneroit un déficit de quatorze dents ; & fi on vouloit les ajouter enfuite , le peigne auroit près d’un demi-pouce de plus qu’il ne doit avoir.
- On peut éviter les fraélions dans beaucoup de cas, en rempliftànt néanmoins la longueur du peigne du nombre de dents qu’il doit avoir ; voici comme il faut s’y prendre.
- Je fuppofe que le nombre de dents donne une fraélion par pouce, qui rende le travail difficile ; on peut alors abandonner la divifion par pouces & fe fervic de celle par portées , demi-portées , quarts , &c, & la portée contiendra quarante dents, la demi-portée vingt, &c. ou tel autre nombre.
- Les fttbdivifions que je recommande font très-utiles pour corriger les erreurs que l’inégalité des coups de batte occafionne fou vent ; Sç lorfqu’à chaque fubdivifion on s’appercoit qu’on ne fe rencontre pas jufte ftir chaque paire de jumelles , on frappe un peu plus fur le côté qui avance trop.
- Il peut arriver aufli, quoique très-rarement, qu’on ait trop frappé avec là batte, & qu’alors les dents occupent moins d’efpace que la fubdivifion ne marquoit ; lorlqu’on s’en apperçoit, c’eft une preuve, non pas qu’on a trop ferré % car on ne fàuroit trop le faire , mais que le ligneul eft trop menu , & alors il faut en prendre de plus gros.
- Lorfqu’un Ouvrier a une fois adopté une maniéré de divifer la longueur de fon peigne, il doit continuer de s’en fervir, fans quoi il rifque de confondre l’une avec l’autre & de fe tromper dans le nombre de dents. Il eft certain que la divifion par pouces, demi-pouces, &c. eft plus fôre que celle par portées % parce que celle-ci ne contient pas un efpace égal dans toutes fortes de comptes de peignes, & qu’elle varie dans prefque tous. Je vais rendre cela fenfible par des exemples,
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- 47* L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- Ayant à conftruire deux peignes, dont l’un ait mille dents fur vingt pouces J & l'autre quinze-cents for trente,les portées de l’un fe rapporteront aveccelles de l'autre ; mais fi Ton veut faire un neuf-cents fur vingt pouces , ou un mille fur dix-neuf ou fur vingt-deux pouces, ou un neuf-cents fur dix-huit pouces, il n’efl pas poflible de trouver de rapport entre les portées des uns & des autres : il faudra donc autant de différentes mefùres pour divifer chacun par portées ; ou plutôt il faut à chaque changement de peigne , combiner les moyens de divifer les jumelles en autant de parties qu elles doivent contenir de quarantaines , de vingtaines , de dixaines de dents , &c.
- Cette difficulté n exiftoit pas autrefois , parce que les comptes des peignes étaient prefque fixés pour toutes fortes d'étoffes ; les largeurs & le nombre des brins dont une chaîne devoit être compofée étoient même fixés par des Arrêts & Edits, ainfi qu’on peut le voir par les Statuts & Réglements de toutes les Communautés de Fabriquants d’Etoffes qui font en Jurande. Les Peigners avoient des divifions faites pour chaque compte de peignes en particulier ; mais à préfent que les Fabriquants ont la liberté de donner aux Etoffes la largeur qu’ils jugent à propos , Sc d’employer des chaînes à tel nombre de brins qu’ils veulent, on trouve une variété infinie dans la longueur des peignes , parce que tel Fabriquant eft libre de mettre foixante portées pour un Taffetas en demi-aune de largeur, pour lequel fon Confrère n’en met que cinquante-cinq > il faut donc que le Peigner, qui travaille pour tous deux , faffe deux peignes différents pour un même ufàge. Un autre Fabriquant fera fon Taffetas de la même largeur qu’un autre ; mais pour trouver moyen de lâcher quelque chofe du prix courant fans y perdre , il affamera la chaîne du nombre de brins qu’elle devroit avoir, ce qui rend l’étoffe moins bonne ; & l’Acheteur croit avoir bon marché d’une étoffe dont la largeur le féduit & la modicité du prix le détermine, ne pouvant apprécier à la main la différence des deux.
- Cette liberté a fes inconvénients, fans doute, mais c eft à l’Acheteur à fe tenir fur fes gardes : du refte , elle a influé beaucoup fur la perfection des Manufactures , en répandant une variété infinie fur les tiflus de tout genre, & le génie n’a plus connu de bornes à fos productions.
- Les Ouvriers fe fervent ordinairement d'un compas pour divifer la longueur de leurs jumelles. Cet inftrument repréfenté fig, 2, PL 18, efl; trop connu pour que je m’arrête à le décrire : il faut avoir grande attention dans cette opération que le compas ne varie pas, & que la main foit bien fore ; la plus petite erreur devient de la plus grande conféquence , parce que d'erreurs en erreurs les différences deviennent très-fenfibles. Indépendamment de l’égalité que doivent avoir les divifions & fubdivifions entr’elles & fur les jumelles, il faut encore que chacune réponde à là correfpondante fur l’autre jumelle , bien à angles droits, fans quoi le peigne feroit plus long par un bout que par l’autre, & les dents ne feroient pas bien perpendiculaires aux jumelles, Occupé fins celle de
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- Sixième PaïiTie. Chaï*, IV. De la maniéré de monter les Peignés. 47% mon Art * fai fait différentes recherches ; qu’il me foie permis de propofer un inftrument de mon invention, à laide duquel il neft pas poffible de faire mai
- ees divifions fur les jumelles*
- Cet inftrument eft fort fimple ; c’eft une réglé de bois, divifée fur la longueur tres-exaélement en pouces % demi-pouces Sc quarts de pouces , en cette
- maniéré : prenez une réglé de bois 9fig. 6 , PL 18, fur i’épaiffeur de laquelle on fait une rangée de trous à trois lignes d'écartement les uns des autres ; puis à toutes les diftances d’un pouce , on y fiche une lame tranchante de deux lignes de largeur environ : à tous les demi-pouces * on en met une pareille pour le tranchant, mais un peu moins large ; enfin aux quarts de pouces font de petits poinçons , qui, quand on les appuie , ne marquent qu’un point* L’eftentiel, dans la conftruétion de cet uftenfile , eft d’obferver un écartement
- égal entre toutes les parties, & de tenir toutes les lames à une égale hauteur , pour être bien fur quen appuyant Un tant foit peu cette réglé fur les jumelles 9 toutes puiffent faire une empreinte* La figure 6 repréfente cet inftrument tout monté & garni des lames 9 que j’ai fait voir à part 9 figures 7, 8 & p,
- Il eft à propos de faire cette réglé en couteau du côté des lames, pour pouvoir , quand on l’applique fur les jumelles , voir aifément où on place les tranchants ; trop d’épaiffeur les cacherait.
- La figure 10 repréfente une partie de peigne fur la jumelle duquel font des traits fins, qu’on fuppofe avoir ét é empreints par la réglé. Il faut avoir foin de placer la première lame précifément à l’endroit où , après les dents des lifieres 9 doit être la première du corps du peigne. J’ai fait marquer ces traits par les lettres a9 b, c9 comme les lames même fur l’inflrument. On peut voir que toutes les marques a 9 font à égale diftance , qu on fuppofe être d’un pouce ; celles b font à la moitié entre les premières, aufïï entr’elles à un pouce ; & enfin celles c > font à la moitié de celles b, ce qui fait le quart du pouce. On peut conftruire de ces réglés de plufieurs longueurs, pour ne pas s’embarraffèr d’une grande, quand on a un petit peigne à faire, & parce qu’une petite ne conviendrait pas pour un grand peigne*
- On pourra peut-être trouver un peu de difficulté à appuyer cette réglé fur les jumelles qui plient au moindre effort ; mais en mettant deflbus , le fupport ou le couffin , dont nous avons parlé plus haut, on en viendra facilement à bout. On peut même , pour plus d’exaélitude , faire ces marques fur les jumelles , avant de les mettre fur le métier ; il ne s’agira plus que de les bien placer vis-à-vis les unes des autres , ce qui fera aflèz facile en réglant l’encoche par où elles font retenues fur le tenon, à une diftance égale des dernieres marques à chaque bout ; du refte, chacun s’y prendra comme fon génie lui fuggérera.
- La longueur qu’il eft plus à propos de donner à ce divifeur eft de trente pouces ; car il eft inutile de penfer à en faire de trois aunes & demie qu’on donne aux plus grands peignes ; & après avoir marqué une longueur de réglé * Étoffes de Soie. FL Part, E 6
- Planché
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- 474 FART DES ETOFFES DE SOIE.
- on placera la première lame fur la derniere marque , & ainfi de fuite ; par ce moyen on viendra à bouc de divifer toutes fortes de peignes.
- Quant aux peignes qui auront moins de trente pouces, la réglé peut encore fervir ; car il fiiffira de compter vingt elpaces d'un pouce , & de contremarquer le relie pour n’y avoir aucun égard : aînfi cet uftenfile me paroît devoir être fort utile. Il feroit bien poffible d’ôter & de remettre les lames à volonté, pour n’en laiffer que le nombre dont on auroit befoin : mais de deux chofes l’une ; ou les trous qui les reçoivent foroient en peu de temps aggrandis, & par con* féquent les écartements peu juftes ; ou bien ce qu’il en coûteroit pour le faire conftruire en cuivre ou en acier, où chaque dent feroit retenue à vis, ne com* penferoit par l’avantage qu’on en retireroit 8c le temps qu’on perdroit à le monter & le démonter.
- Si la conftruélion de ce divifèur , tout firnple qu’il eft, pardît trop difpen-dieufc, je vais en propofer un fécond moins embarraflànt, mais qui va moins vite. La figure 11 le repréfente tout monté : c’eft une palette d’environ quinze ' ou feize lignes de long , fur l’épaifïèur de laquelle font placées cinq lames, fàvoir les deux des extrémités , larges, & écartées d’un pouce ; celle du milieu * moins large, pour marquer le demi-pouce , 8c enfin les deux points c c qui marquent les quarts de pouce. Cette palette eft faite en couteau, & n’eft, à proprement parler , qu’une partie de la réglé que je viens de propofer. Sur le côté épais H, & au milieu de fà longueur, eft un trou propre à recevoir le tenon du manche /. Pour divifer un peigne avec cet infiniment, il faut l’appuyer fur la longueur des jumelles autant de fois qu’elles ont de pouces , en mettant toujours la première lame fur la derniere marque.
- Il ne m’appartient pas de faire l’éloge de cet inftrument ; mais à le comparer avec l’ufage du compas, qu’il faut porter quatre fois dans l’elpace d’un pouce, & que le moindre choc peut déranger, je penfe qu’il ne peut manquer d’être adopté.
- Il étoit néceflàire de faire connokre toutes les divifions qu’on peut faire for la longueur d’un peigne ; achevons maintenant d’en décrire la conftruélion.
- Lorfqu’on a placé la derniere dent de lifiere, on fait deux tours de ligneul fur les jumelles pour la retenir en place & la féparer de la première de celles du corps du peigne ; enfuite on place une dent qu’on arrête par un tour de ligneul 9 puis une fécondé, puis la troifieme, & ainfi des autres jufqu’à la fin, ayant foin de mener enfemble les deux bouts des dents, qui fans cela occafionneroient une confufion infinie, fi Ton fe contentoit de lier le premier bout d’abord,
- & qu’on voulût enfuite en venir au fécond. A chaque deux dents on frappe avec la batte des coups égaux pour que les unes ne foient pas plus ferrées ou ou plus lâches que les autres, puifque la bonté d’un peigne dépend en grande partie de l’égalité qui régné entre les dents. Une difficulté que rencontrent aflez fouvent beaucoup d’Ouvriers dans l’ufàge de la batte, eft de frapper également
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- Sixième Partie. Chap. IV. De la maniéré de monter les Peignes. 47J à chaque bout des dents ; il faut de l'habitude pour régler le coup 8c ne pas ferrer plus en haut qu en bas, encore eft-il à propos d’examiner fans celle fi Ton fe rapportera aux marques ; 8c lorfquon y eft arrivé, l’attention quon a eue doit diminuer les erreurs, & la derniere dent de chaque portée doit être vis-à-vis des marques fur chaque couple de jumelles: fi elle avance plus par un bouc que par 1 autre , on frappe un peu plus de ce côté ; & fi' l'on ne pouvoir venir à bout de la faire rentrer, il n’y a de remede qu’en défailànt quelques dents , & corrigeant l’erreur déplus loin : fi ce défaut vient de l’inégalité de grolîeur du ligneul , on coupe la partie trop groffe , & on ne fe fert que de ce qui convient.
- A mefure que le peigne avance, les jumelles font d’un côté couvertes de ligneul ; ainfi des quon eft arrive a une marque quelconque on ne peut plus juger de Ion écartement avec la fuivante , puifqu’on ne la voit plus ; & alors on ne peut pas, à la vérité, fe tromper pour faire bien rapporter les dents ; mais faute de favoir ou eft la derniere marque, on ne fauroit s’afïurer du nombre de dents ; il a donc fallu fe procurer des moyens de s’y reconnoître : quelques Ouvriers mettent entre les deux dernieres dents de la derniere divifion une dent debout qui forme une tête par defliis ; & comme ils font allurés de la marque qui fuit, ils comptent les dents depuis cette marque. D’autres attachent un fil à la garde du bout du peigne par où ils te commencent, & chaque fois qu’ils arrivent à une 4 divifion, ils placent ce fil fur la derniere dent, au moyen de quoi ils ne peuvent fe tromper.
- Il faut avoir foin de bien forrer le ligneul fur les dents quand on les entoure ; mais il faut encore le tenir tendu quand on entoure les autres jumelles, 3c quand on fe fert de la batte ; fins quoi ce fil venant à fe lâcher rendrait le peigne abfolument défectueux. Pour être le maître de diriger le fil comme on le délire , comme les bouts font aflez longs, il ne faut pas le laifler pendre , ce qui le dépoifferoit à force de frotter fur les dents, 8c on ne manquerait pas de mêler les deux bouts enfemble : il eft donc à propos d’en faire de petits paquets qu’on tient facilement dans la main, & qu’on fait pafler & repafTer plus commodément à mefure qu’on l’emploie ; & même ces petits paquets font plus commodes à tenir de la main quand on fe fert de la batte.
- Comme en coupant la canne pour refendre les dents, on a foin de les tenir pl us longues qu’il ne faut, on n’eft pas obligé en montant le peigne à les placer bien également les unes aux autres par leur bout entre les jumelles, elles ne pourraient fe rapporter que d’un côté , puifqu’on ne s’aftreint pas à leur donner une égale longueur : il eft donc fort inutile de chercher à aligner les bouts, & lorlque le peigne eft achevé de monter, on les rogne tous comme nous le verrons bien-tôt.' On peut même profiter de ce trop de longueur pour placer d’un côté ou d’un autre, une dent à l’un des bouts de laquelle on apercevrait quelque léger défaut ; car, comme je l’ai déjà dit, s’il eft un peu confidérable, il eft toujours
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- 47^ 'L'ART DES ETOFFES DE SOIE*
- plus prudent de la rejetter , pour que le peigne n en foit pas endommagé.
- Il faut*avoir foin quand on monte une peigne, que Técorce des dents foie tournée d’un même côté, jufqu’à la moitié du peigne ; & les Peigners ont coutume de la tourner du côté du bout par où ils commencent ; & lorfqu’on eft parvenu à la moitié de la longueur du peigne , on les change de direéïion', de façon que l’écorce de la moitié des dents regarde un des bouts du peigne , Sç celle de l’autre moitié regarde l’autre bout ; ainfi les deux dents du milieu font à plat vis-à-vis l’une de l’autre, & le dedans de la canne fe regarde à chacune : en voici la raifon.
- Lorfque le peigne eft en travail, ce font les deux extrémités qui fatiguent le plus , enforte que le milieu n’éprouve cette fatigue que par gradation. Or comme le frottement vient des extrémités vers le milieu, il a fallu lui oppofor une plus grande réfiftance , je veux dire l’écorce de la canné, que j’ai dit ailleurs être peu fufceptible de s’endommager. Ce que je dis ici eft fi connu de tous les Ouvriers en tout genre de tilïùs, qu’il n’en eft: pas, depuis les plus délicats, jufqu’aux plus groffiers , aux peignes defquels les dents des lifieres ne foient plus du double plus fortes, comme devant fupporter les plus grands efforts ; & par la même raifon , les Fabriquants de toute efpece ont foin de faire les fils de lifieres trois & quatre fois plus forts que.ceux de l’étoffe. C’efl; pour cela que non-feulement elles font plus groffieres dans tous les tiffus, mais auffi qu’on les fait d’une couleur oppofée à l’étoffe.
- J’ai recommandé de faire les dents des lifieres plus fortes à» tous les peignes : ce foin regarde les Ouvriers. Les Fabriquants lavent qu’il faut que les brins des lifieres foient auffi plus forts ; les premiers peuvent en ignorer la raifon * fins conféquence pour leur ouvrage : l’expérience l’a aprifo aux autres ; mais il eft à propos d’inftruire le commun des Leéleurs de la raifon phyfique de cette pratique. '
- Toutes les Etoffes retréciflênt à mefiire qu’on les fabrique : la première caufe qui produit cet effet, eft la tenfion qu’on donne à la trame : mais ce qui y contribue le plus , c’efl: la preffion que les fils de la chaîne font fur cette trame ; preffion qui, jointe à celle qu’y fait le coup de battant, lorfque pour en joindre les duites, on frappe le peigne contre avec allez de force, la raccourcit nécelîairement, parce que cette trame fo replie un tant foit peu entre chaque brin de la chaîne. Et même chaque dent du peigne produit auffi autant de repliements. Tous ces repliements, multipliés à l’infini ne peuvent fe faire qu’aux dépens de la longueur de la trame. D’un autre côté il n’efl: pas poffible d’ajouter à chaque coup de navette de quoi fuppléer à ce raccourciflèment, parce que cet effet eft opéré fi rapidement qu’on à peine à l’apercevoir; d’ailleurs le battant frappe à la fois fur toute la largeur de l’Etoffe , 8c quelque foin qu’on y apporte, on ne fauroit éviter tous ces replis. U y a cependant des Etoffes qui fe retréciiTent fi fort qu’il a fallu imaginer des moyens pour en prévenir une
- partie ;
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- Sixième Partie. Chap. IV. De la maniéré de monter les Peignes* 477,
- partie : mais comme je îe dis , on ne le prévient qu’en partie.
- Les Etoffes qui le rétredfient le plus, font celles qui font le moins fournies en chaîne ; ce qui prouve d’une maniéré lenfible le repliement de la trame t car pour prendre des exemples parmi des Etoffes de Soie, les Gros-de-Naples ni les Gros-de-Tours dont la chaîne eft très-fournie, ne fe rëtreciffent qu’à propôr^ tîon de la grofleur de la trame qu’on y emploie ; &, pour le dire en paflànt * plus on trame gros une chaîne , 8c plus l’étoffe conferve la largeur que le peigne lui à donnée ; & fi à cette groffe trame on joint une chaîne fournie > le rétreciflement eft de peu de conféquence : mais fi Ÿon fait Un Taffetas à deux fils par dents & qu on ne trame qu’à deux bouts de foie fine , on eft forcé de travailler de la maniéré quen terme de fabrique on nomme à pied ouvert ; ïans cette précaution, les lifieres quoique très-fournies en foie en compatailon idu refte de l’étoffe, fe caffent & l’étoffe fe déchire.
- On appelle travailler a pied ouvert lorsque la chaîne d’une étoffe eft peu fournie, & la trame très-fine , l’attention qu’a FOuvrier qui fabrique l’étoffe, de donner le coup de battant fur la trame , fans faire joindre les deux parties de la foie de la chaîne qui Font reçue, qu’après que le coup eft donne ; je m’explique : ôn lait que pour incorporer la trame dans une étoffe , il faut féparer la chaîne en deux parties égales, oü autrement, finvant l’étoffe, par le moyen des liftes, 8c qu’on lance dans cette féparation la navette qui y porte cette trame ; il eft certain que fi on laiffe rejoindre ces deux parties de la chaîne avant que de ferrer la trame avec le battant, cette trame fera retenue par la chaîne, & le coup de battant ne pourra la faire joindre aux duites déjà paffées , fans l’obliger à fe raccourcir à caufè des replis que nous avons déjà vu que le peigne lui fait faire : mais fi au contraire ôn donne le Coup de battant avant que d’avoir fait rejoindre les deux parties de la chaîne , ôn eft affuré que lès replis qu’occafionne le peigne à la trame , feront pris en grande partie fur la longueur non encore fixée de cette trame qui neft retenue que du coté d’oit vient la navette, 8c aucunement de celui ou elle fè trouvé ; c eft pourquoi elle fournit de la longueur àu repliement qu’occafionne le peigné. Ceux qui ont fabriqué ou vu fabriquer, lavent la facilité qu’éprouve l’Ouvrier qui travaille a pièd ouvert, 8c au contraire la peine qu’il éprouve quand il travaille à pied closj qui eft le contraire.
- Il faut donc travailler à pied ouvert toutes les étoffes qui ne font pas beaucoup fournies en chaîne, ou Celles qui l’étant convenablement ne font pas tramées en proportion de leur chaîne; 8c par ce moyen, non-foulement ôn trouve plus de facilité dans le travail, niais encore l’étoffe en a beaucoup plus déclat J 8c fi Fon adopte foùvent l’autre maniéré de travailler, ce neft que pour faire pàroître l’étoffe pliis forte qu’elle neft eh effet*
- Pour le convaincre de la vérité de Ce que j’avanCe, il fuffit d’effiler une certaihè quantité de fils de trame ; on verra que chaque fil de la chaîne y eft marqué pa^ Étoffes de Soie. FL Paru F 6
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- autant de finuofités : il n’eft perfonne qui n’ait effilé de la toile, & qui n ait
- remarqué cet effet.
- Malgré les précautions que je recommande, l’étoffe tend toujours a fe rétrécir ; auffi les Ouvriers en contiennent-ils la largeur au moyen d’un uftenfile qu’on nomme Tempia, qu’ils placent fur l’étoffe faite 8c qu’ils avancent tout contre le bord à mefore qu’ils en ont fait un pouce ou deux tout au plus.
- Voilà pourquoi les dents des lifieres doivent être plus fortes que celles du" corps de l’étoffe ; voilà pourquoi on tourne l’écorce vers les bout du peigne • encore malgré ces précautions s’ufent-ils beaucoup plus 8c plus promptement aux extrémités : 8c lorfqu’un peigne eft hors d’état de fervir , on fe contente de changer les dents, d’un pouce ou deux de long à chaque bout, ce qui le rendi prefque neuf: on appelle cette opération enter un peigne.
- S’il eft quelquefois néceffaire d’enter un peigne parce que les dents des extrémités font ufées, fouvent auffi ne le fait-on que parce quelles ont contracte un peu decourbure, ou qu’elles font devenues trop fouples 8c trop foibles ; fouvent même cette réparation , quand elle eft bien faite, rend un peigne meilleur qu’un neuf, 8c elle eft très-économique. J’enfeignerai dans la fécondé Partie la maniéré d’enter les vieux peignes.
- Quand on a rempli le peigne du nombre de dents qu’il doit contenir, on le finit par un nombre de dents de lifieres égal au premier, & de la même grofleur; puis on en met une très-grofle comme la première de l’autre bout, & enfin on met la garde de la même maniéré qu’on a pratiqué en commençant le peigne qui fe trouve ainfi terminé, du moins quant au montage ; car il a encore dans l’état où nous le fuppofons à préfent bien des façons à recevoir. On commence parle démonter de deffus le métier , ce qui fe fait d’abord en fciant les jumelles du côté où on vient de finir ; car j’ai oublié en parlant des jumelles, d’avertir qu’on doit les tenir beaucoup plus longues que le peigne ne doit être, tant pour pouvoir les arrêter fur les montants du métier par des points qu’on ne met point à profit, que pour donner du jeu à la batte dont on fe fert julqu’à la derniere dent, & de la place à la foule qui y refte jufqu’à la fin.
- L’Ouvrier foie donc les jumelles à environ trois quarts de pouce des gardes par chaque bout du peigne, en le tenant toujours tendu ; d’autres lâchent les vis ; mais de l’une & de l’autre maniéré il faut tenir le couteau-fcie de la main droite, 8c foutenir ferme le peigne avec la gauche, fans quoi on îilqueroit de le cafter.
- Voilà quels font les procédés qu’on emploie ordinairement pour monter un peigne : il y en a quelques-uns de particuliers dont j’aurai occafion de parler dans la fécondé Partie de ce Traité, au quel je me référé pour éviter les répétitions# Voyons maintenant comment on rogne les dents.
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- Sixième Partie. Chap. IV. De la maniéré de monter les Peignes. 47^
- Section Troisième. Maniéré de rogner les dents (Pun Peigne.
- On a vu dans la fuite des opérations que je viens de décrire, que les dents n étoient jamais coupées à la longueur quelles doivent avoir , parce que quand on coupe les cannes on ne fait pas à quel peigne elles font deftinées, & qu®. cette hauteur varie ; de plus, on ne prend aucune attention à couper ces cannes d’une égale longueur : ainfi il eft ordinaire lorfqu’un peigne eft fait, de voir déborder les dents fur les jumelles plus ou moins, comme on le voit fur la figure r r PL 19 , qui repréfente un peigne dans Tétât où on vient de le démonter de delTus le métier. On fe fort pour rogner cet excédent des dents , d’un couteau courbe fig. %, & on ne laiffe au-defllis des jumelles qu’une ligne ou une ligne & demie. On ne coupe pas ces extrémités à angles droits, mais à pans, comme on le voit fig. 3, ou bien en pointe fig. 4 ; par ce moyen, le peigne qu’on place debout dans la rainure du battant, elfuie moins de frottement à caufe de fon peu de furface à cette partie, de fe prête plus aifément à tous les mouvements qu’on lui fait efîuver ; fi les dents étoient coupées quarrément , comme on le voit en c, e\ fig. y , il y aurpit à craindre ^quelles ne s’accrochaf font en quelqu’endroit de la rainure du battant où le peigne ne tient que par fon propre poids, • ^
- Pour rogner un peigne, l’Ouvrier s’affied devant une table, & appuyant un des bouts du peigne contre fon eftomach , il abat tous les bouts du côté droit à, cingle aigu, avec le couteau qu’il tient de la main droite en le tirant vers lui f tandis qu’avec la gauche ils foutient le peigne. Ce côté étant coupé , il retourne le peigne bout pour bout, & coupe l’autre côté de la même façon ; après quoi les dents ont la forme dé celle que repréfente la figure 4.
- Ceux qui veulent que les dents foient pointues, n’ajoutent rien à cette opération; ils fe contentent d’en faire autant de l’autre côté : mais ceux qui veulent que les dents foient arrondies, abattent la pointe que les deux premiers coups de couteau avoient laiflee. Mais pour bien fairé cette opération, il faut tenir le peigne bien horizontalement fur fà longueur , & verticalement fur fà hauteur ; fans quoi on rognerait plus par un bout que par l’autre.
- Il y a des Ouvriers qui rognent leurs peignes en les tenant perpendiculairement fur une table, fur un banc ou autre uftenfile femblable,& ils fe fervent pour cela d’une lame de rafoir plantée folidement dans un manche fig. 8 , et* commençant par le haut du peigne, comme la figure 7, le repréfente. Cette maniéré paroît plus commode que la précédente, parce que le point d appui efl plus ferme ; mais chacun fuit à cet égard l’habitude qu’il a contractée.
- En faifant l’opération qu’on vient de voir il n eft prefque pas poflible de ne
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- 480 HART DES ÉTOFFES DE SOIE. pas lailïer quelques rebarbes, quelque net que coupe l’outil dont on fe fert ; on les ôte pour approprier le peigne , avec un canif un peu courbé, comme on en voit un fig. 6 & 7 , fur la table*
- Il eft une troifieme méthode dont quelques Peigners fe fervent pour rogner les peignes, <5cqui me femble la plus fûre; elle confifte à contenir le peigne entre «deux tringles A, A, dans l’entaille de deux montans B, B,fig. 9. La conftruétion Üe cette efpece de métier, repréfenté par la figure 10 de face, eft très-fimple ; le peigne ainfi arreté ne fàuroit vaciller, & Ton eft alluré de couper toutes les dents très-également & fans fatiguer le peigne 5 mais pour cette opération on ne fe fert pas des inftruments qu’on vient de voir , mais d’une efpece de planzfig. Il , qui n’eft autre chofe qu'une lame tranchante, aux deux bouts de la quelle eft une fiole qui reçoit les manches H9 H: la figure 9 repréfente un Ouvrier occupé à rogner félon cette méthode.
- La longueur des tringles Af A, doit être pareille à celle du banc, pour que l’Ouvrier puifle être en force en les appuyant contre fon ventre, & même pour pouvoir fervir à différentes longueurs de peigne. Leur largeur doit être moindre de peu de chofe que la hauteur de la foule, pour que le peigne étant fàifi contre les dents, repofèfur les jumelles; au moyen de quoi l’entaille des montants qui reçoiventle tout, doit être à peu-près de cette largeur ; 8c fî les tringles n’y font pas contenues un peu jufte, on les force avec un coin de bois ou de canne par chaque bout, il ne faut pas que les tringles preffent les jumelles, parce qu’elles dérangeroient le ligneul, & par conféquent les dents.
- Le peigne étant ainfi arrêté fur le métier, l’Ouvrier coupe toutes les dents en bifeau avec la plane , en commençant par le bout du peigne qui lui eft oppofé, 8c quand ce côté eft fait, il coupe l’autre aufîî en bifeau, foit en reftânt à fa place , foit, comme quelques Ouvriers le font, en allant à l’autre bout du métier : enfin quand ces deux côtés font rognés , il ébarbe la pointe qui eft reftée, par un coup de plane donné à plat, & termine les inégalités qui peuvent fe rencontrer avec le canif y comme on l’a vû.
- Quand ce côté du peigne eft rogné, il retire les tringles des entailles, fans déranger le peigne , & le remet fens deffus deflous, les afîujettit de même & y fait la même opération.
- Il eft bon d’arrondir le bord extérieur des tringles , pourqu’en penchant la plane à droite & à gauche on n’en rencontre pas la quarre : voye^fig. 12, la coupe de ces tringles * & fig. 13, qui les repréfente terminées en chanfrein;
- Le métier que je repréfente ici, ne fert que pour des peignes de 27 à s8 pouces, qui font la longueur ordinaire : lorfqu’on en a de fort longs, il n’eft pas néceflàire d’avoir de métiers faits exprès, on fe fert Amplement de celui fur, lequel on a monté le peigne, en fubftituant aux montants qui portent les boulons à vis, ceux qu’on voit ici fig. 9, & les y fixant de la même maniéré, c’eft-à-dire, avec des clefs ; mais dans ce cas, la longueur du peigne ne lui permet pas de fe
- mettre
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- Sixième Partie. Chae.ÏV. Dè la maniéré iè fhbhtër ieè Peignesi mettre au bout du métier, comme on vient de le voit , mais il fe met au milieu d’un coté, & fe penche de maniéré que fes deux bras fe trouvent à peu près dans là même pofition que s’il étoit au bout, & s’y prend à plufieurs fois en reculant à chaque*
- Cette maniéré eft fans contredit, la meilleure qu’on puiffe mettre en ufage * & la plus expéditive.
- En parlant des différentes méthodes ufitées pour rogner les peignes, jè n’ai rien dit des gardes ; il eft à propos de les couper d’abord à part, à la hauteur qu’on juge à propos de leur donner : cette hauteur eft ordinairement celle des dents mêmes, ainfi que leur forme ; mais je penfe qu’il feroit plus avantageux dé les tenir d’une bonne demi-ligne plus longues, pour que le peigne étant placé dans la rainure du battant, elles en efluyaffent tout le poids, ainfi que lés chocs multipliés qu’il y éprouve $ les dents feroient par là ménagées, & on né les verroit pas, au bout de fort peu de temps, percer le papier dont nous verrons bientôt qu’on entoure les jumelles & le bout des dents , & toucher, édmme on dit en termes d’Ouvriers, ce qui arrive quand elles rongent le papier en touchant au fond de la rainure.
- Quant à la longueur des jumelles, on leur donne ordinairement un demi-pouco après les gardes ; 8c on aura occafîon de voir par la fuite qu il eft de quelque conféquehce que cette longueur (bit la même aux deux de chaque bout pour placer le peigne bien au milieu du battant.
- Section Quatrième*
- De la maniéré de Planer les Peignes*
- Lorsqu’un peigne eft monté, il n’a pas pour cela atteint la perfeétion donë îl eft fufceptible , & quelque foin qu’on ait pris pour tirer les dents de largeur à la fîliere, & pour les placer comme il faut dans les jumelles , on ne fiurdit dû premier coup leur procurer cet alignement refpeétif qui fait que chaque duite de la trame, frappée par le peigne, va fe placer en ligne droite contre la précé-* dente ; fins l’opération dont nous allons nous occuper, cette duite feroit remplie de finuofltés qui rendroient l’étoffe défeétueufè.
- Il a donc fallu planer les peignes pour les égalifèr, & même pour diminuer un peu de la largeur que la filiere adonnée aux dents. Cette opération demande beaucoup de foins, & exige des outils bien tranchants pour couper vif & fins rebarbes, les bords des dents.
- Prefque tous les Peigners ont chacun une méthode particulière, & des outils différents : il feroit fans doute trop long de palier le tout en revue ; & parmi les différentes méthodes, j’en rapporterai quatre qui m’ont paru les meilleures* Étoffes de Soie. VL Pan, G 6
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- L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
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- Première méthode.
- L e couteau dont on fe fert pour planer, eft repréfenté par la figure X, PL 20} il reiïemble affez au tranchet des Cordonniers ; il ny a que la partie courbe A B, qui foie tranchante , & le bifeau ,neft que d’un côté, fur la partie concave ; car indépendamment de la courbure A B fur l’élévation, il y en a une autre en plan qu’on na pu repréfenter que par le moyen de l’eifet de l’ombre. La longueur totale de cet outil {ans fbn manche eft d’environ dix pouces.
- Pour fe fervir dé ce couteau, l’Ouvrier le tient par le milieu de la lame, la courbure A B tournée vers lui, & la convexité pofée fur le peigne ; au moyen de quoi, pour couper , il le tire à lui ; le bifeau fe trouve en dehors, & le vif de l’outil pofe fur l’ouvrage : l’Ouvrier tient le peigne de la main gauche ayant ,1e coude appuyé fur la table, comme on le voit, tandis qu’avec la droite il eft occupé à planer : il faut couper la canne fïiivant la longueur des dents, car fi on fuivoit celle du peigne, on rifqueroit de les écorcher. On ne coupe pas ces dents de toute leur longueur d’un même coup, mais en commençant à quelques lignes près des jumelles extérieures ; on ramene le couteau contre celles qui touchent à la poitrine; & quand ce côté eft fini, on retourne le peigne bout pour bout, & on enleve ce que la première opération avoit laifïe ; mais en amenant ainfi les copeaux près des jumelles il faut avoir foin de les dégager par un coup de la pointe de l’outil donné fur toute la longueur du peigne contre les jumelles ; & pour ne pas endommager les dents par une coupure trop profonde ^ il vaut mieux y revenir à plufieurs fois jufqu’à ce que tous ces copeaux tombent d’eux-mêmes. Il faut auffi dans cette opération prendre bien garde d’endommager le ligneul qui retient toutes les dents : la perfeétion de cette opération confifte à ne lailïèr fur la longueur du peigne aucune inégalité provenant de ce qu’on en auroit ôté plus dans certains endroits que dans d’autres ; enfin après avoir plané une des faces du peigne, on en fait autant à l’autre.
- Cette méthode eft fujette à plufieurs inconvéniens : premièrement le peigne n eft pas alfez folidement retenu dans les mains de l’Ouvrier pour qu’il n’en fouffre pas quelque atteinte, enfin le coup de couteau n’eft pas fur, & l’on rifque de couper le ligneul au grand dommage du peigne. La méthode quon va Voir me paroît infiniment préférable.
- Seconde méthode,
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- Pour fe fervir plus fûrement du couteau dont je viens de parler,' quelques Ouvriers fixent le peigne fur une table jig. 3 y fous une couliffe dont un côté eft immobile, & l’autre fe meut au moyen des vis a, a > a, a, qui gliifènt dans
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- Sixième Partie. Chap. IV. De la maniéré de monter tes Peignes , ôc. 483 les entailles b , b, b , b, pour fe prêter aux différentes largeurs de peignes t en defîbus de la table font quatre écrous, comme celui qu’on voitfig. 4 ; & autant de vis, fig. 5 , dont le chapeau repofe fur la tringle mobile, vont s y loger ; & comme leur tête eft quarrée, on les ferre & defferre à volonté par le moyen de la clef fig. 6 ; & pour que les écrous ne puifïènt pas tourner avec la vis , on y pratique de chaque côté un épaulement qui les rend capables de couler dans les entailles: l'Ouvrier, pendant cette opération, a la faculté de travailler aflîs * comme on le voit fig. 7,8c n’a d’autre foin que de bien conduire fbn couteau pour n enlever fur les dents que ce qui convient. Lorfqu'un côté du peigne eft fini fur une même face , on fôte de fa place, & on le retourne bout pour bout pour achever cette face.
- Il paroît qu’il feroit plus {impie ou de porter là chaife de l’autre côté de la table, ou de retourner cette table qui n’eftpas fort lourde ; mais les têtes des vis gêneroient la main de l’Ouvrier , & même on a foin de terminer en bifèau la tringle immobile C, fur fa longueur, pour que le couteau puilfe approcher de plus près des jumelles fans gêner l’Ouvrier.
- La longueur de cette table eft proportionnée à celle des peignes qu’on fabrique le plus communément. J’aurai occafion de dire ailleurs comment on s’y prend pour ceux d’une longueur extraordinaire.
- Quelques Ouvriers fe fervent du métier lur lequel il fabriquent leurs peignes comme de cette table ; mais ils fe contentent d’appuyer les jumelles contre la tringle de devant, & tiennent le peigne à plat avec la main gauche, tandis qu’avec la droite ils fe fervent du couteau pour le planer.
- Trolfieme méthode.
- La méthode que je vais rapporter ne différé prefque des précédentes que par les inftruments qu’on y emploie ; car les métiers fur lefquels on arrête les peignes font à peu-près les mêmes : au lieu du couteau en forme de tranchet, dont nous avons parlé , quelques Ouvriers fe fervent de celui que repréfente la figure 8 ; ce couteau reffemble affez à un outil fort commun qu’on nomme plane, il 11’a qu’un bifeau & deux tenons pris fur la même piece. A l’un eft un trou c ; fig. 1 r , qui reçoit la goupille par où il eft arrêté d’un bout fur les deux pièces de bois ou de corne au moyen d’une goupille qui eft rivée de chaque côté, de façon cependant que, comme la lame d’un rafoir, il ait la faculté de tourner à frottement dur ; l’autre tenon va repofer fur l’une des deux autres goupilles qu’on voit à l’autre bout fig. 14 ; & pour tenir cette châfie dans un écartement convenable, en même temps qu’on met les goupilles a , a , fig. 14 , on y enfile une languette de fer fig. 12 , au moyen des trous g, g 9 qui corref-pondent à ceux du manche, & on les rive ainfi qu’on l’a fait à l’autre bout : l’épaiffeur de cette languette doit être égale à celle de la lame, pour que quand
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- Planche
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- L'ART DES ÉTOFFES VE SOIE.
- on travaille, elle ne balotte pas ; & pour plus de fureté , on erlfilè dans chaque bout du manche, un cercle de forte peau ou de cuir E, E 9fig. iy.
- La maniéré de fe fervir de ce couteau n’eft pas la même parmi tous les Ou** vriers : quelques-uns le tiennent d’une feule main , comme on le voit fig. 9 , d’autres le tiennent à deux mains ,Jig. 10 ; l’habitude feule peut déterminer en faveur de Tune & de l’autre méthode ; mais dans tous les cas* le tranchant doit
- être contre les dents & le bifeau en deffus.
- On emploie encore au même ufage un autre couteau dont la différence avec celui qu’on vient de voir , neft pas affez grande pour que j’aie cru néceflàire de le rèpréfenter ; la lame eft à peu-près la même , mais le manche fe fépare en deux fur la goupille de la tête, comme une lancette & neft point arrêté par le bas, au moyen de quoi on peut donner à la lame tel degré d’obliquité , par rapport au manche , qu’on juge à propos, & on en retient les deux parties avec un anneau de cuir comme au précédent : la longueur du manche de chaque couteau eft de neuf pouces, favoir trois à chaque bout & trois pour la lame, ce qui fuffit, foit qu’on le tienne à une ou à deux mains.
- La figure r , PL 20, repréfente un Ouvrier tenant l’outil de la main droite ^ tandis qu’avec la gauche il tient le peigne ; & la figure y , même Planche + repréfente l’ufàge du même couteau tenu à deux mains, 8c alors le peigne eft retenu du côté de l’Ouvrier fous la feuillure de la tringle A, 8c de l’autre, fixé au moyen des tenons à coulifle C, C, dans lefquel paflent les vis de bois; à tête D , D+
- Lorfqu’on a uni les dents autant qu’on le peut avec le couteau, on y donne le dernier coup avec un canif, fig. 2 & 3 , & on enleve tous les copeaux en paf-fant ce canif le long des jumelles, prenant bien garde à endommager le
- J’ai fait repréfenter dans la figure 4 la table de la figure y, pour qu’on eni fentît mieux la conftruétion.
- Je paflè à la quatrième & derniere méthode en ufàge pour planer les Peignes*1
- Quatrième méthode.
- La quatrième méthode dont il me refte à parler, confifte entièrement dans l’ufàge d’un outil qui eft particulier à quelques Ouvriers ; cet uftenfile, qu’ils nomment plane, eft repréfenté par la figure 7 ; c eft un parallélogramme tran-f chant par l’un de fes grands côtés, & à l’autre font deux manches recourbés quî entrent dans les poignées A, A, qu’on tient des deux mains, comme la figure 8, dont j’aurai occafion de parler ailleurs, le repréfente.
- Avant de pafler aux opérations qu’il eft néceflàire de faire aux peignes pour leur procurer une entière perfeétion, je crois qu’il eft à propos de donner la maniéré de planer les peignes d’une longueur extraordinaire,
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- Sixième Partie. Chaê. IV. De la manière de'monter les Peignes.
- Il n’eft pas poffible aux Ouvriers de fe pourvoir de tous les uftenfiles dont ils peuvent avoir befoin dans des cas extraordinaires ; il leur feffit d’avoif les plus courants : aullî lorfquil fe préfente un peigne plus long que de coutume, à faire , nous avons vu de quelle maniéré on febftitue aux poupées ou montants à boulons qui fe placent fur la table d’autres montants qu’on fixe à tel écartement qu’on le délire , au moyen de pierres dont on les charge, ou de crampons plantés dans le plancher. La figure 8 fait voir ces montants, fur lefquels il faut fuppofer qua été monté le peigne qu’on y voit, 8c que l’Ouvrier eft occupé à planer.
- Les efforts du -planage font plus confidé'rables que cèux du montage , auffi eft-il néceflaire de ioutenir ces efforts au moyen de l’efpece de table fig. 9 , qu’on voit fous le peigne ; cette table eft formée par l’affemblage de deux potences D ,9 D9 plantées fur la planche C9 8c qui portent celle E 9 qui fe trouve parfaitement à la hauteur du delîbus du peigne"; & comme les efforts de l’outil portent auffi contre les jumelles qui font du côté de l’Ouvrier, on ÿ remédie en attachant fur la petite table une tringle a , qui retient les jumellesw
- Lorfqu’on a plané d’un côté , il faut de toute néceffité que l’Ouvrier paffe de L’autre, 8c change fà table de pofition , âcaùfe delà tringle qui doit toujours? fe trouver de fon côté ; 8c quand toute une face du peigne efl: finie , on le? retourne fens-deiTus-deiTous de la maniera fuivànte :
- L’Ouvrier lâche la vis du boulon d 9 8c comme en faifànt tourner le peignes fur lui-même,, on rîfqueroit de le caffer, ou au moins de le gauchir , un fécond Ouvrier fe met à un bout 8c l’autre à l’autre , & tous deux enfemble font tournée te peigne avec beaucoup d’attention , puis on refferre la vis pour tendre le peigne ; on remet la table, & on achevé de le planer.
- J’ai oublié, en fuivant l’ordre des opérations, de dire qu’avant ’de planer lé le peigne , il efl à propos de rogner les dents , ce qu’on ne fàuroit faire qufen tournant le peigne fur fon champ ou fur la hauteur, & fuivant la maniéré qu’on a enfeignée plus haut, & pour cela il faut auffi lâcher la vis , 8c être deux. Ce îfeft pas qu’on ne pût le rogner après qu’il eft plané ; mais comme nous venons de voir quon le retient contre la tringle de la petite table, une ligne droite s’adapte mieux fur une pareille ligne droite, 8c on évite les tremblements.
- Lorfque le peigné eft parfaitement plané , l’opération fuivànte confifte â l’excarner z nous allons voir en quoi elle confifte.
- Les dents ayant été' folidement arretées entre lés jumelles, on ne fâüroit diminuer de leur largeur fer chaque face du peigné, fans qu’elles prennent la forme qu’a la figure 10, où les parties è 9 f9 repréfentent la largeur qu’avoient d’abord les dents, & telle quelle eft reftée entre les jumelles ; la diminution qu’on voit de à en b 9 8c de c en d, repréfente l’effet du planage & l’état où elles ont été réduites»
- ^Planchr
- Il femble bifarre de tirer les dents avec tant de loin à une certaine largeur y Étoffes de Soif, VI. Pan, U <$
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- 4SS DAR T DES ÉTOFFES DE SOIE. pour les réduire enfuite à la moitié de cette largeur, car ce qu'on en ôte fur chaque face du peigne , va à peu-près au quart ; mais on peut rendre plufieurs raifonsde ce procédé.
- La première eft , que ces tenons qui refient larges entre les jumelles les y retiennent plus folidement, parce que plus un levier a de longueur, & plus il a de force ; l'expérience a donc appris que cette largeur mettoit les dents plus à portée de réfifter aux chocs multipliés quelles éprouvent de la part des boit* chons ? des nœuds , des tenues , & autres accidents; & que fans cette précaution un peigne ne rendroit pas la moitié du fervice qu'on eft en droit d'en attendre.
- Une autre raifon, eft qu’étant obligé de procurer aux peignes une égalité parfaite dans toute leur longueur, & n’étant pas poffible de tirer les dents d’une largeur parfaitement égale , il a fallu fuppléer à ce défaut par une opération particulière ; de plus , fi les dents étoient trop larges, elles fatigueraient trop la chaîne , & ona mieux aimé leur en donner d'abord un peu plus, pour les réduire enfuite à celle qui leur convient.
- Il me refte en finiffant cette article , à prévenir que les outils dont on le fert pour planer les peignes , doivent être d’une bonne trempe & bien affilés , tant parce que la matière qu’on a à couper eft fort dure, que pour que les dents loient coupées vif, & làns rebarbes ; auflî les Ouvriers ont-ils coutume d’avoir devant eux une pierre qu’on nomme affiloir, avec lequel ils avivent de temps en temps le tranchant de ces outils.
- Quelque foin qu’on prenne à bien planer un peigne , il n’eft paspofTible de' n’y pas laifler de petites arêtes qui nuiroient à la chaîne ; il a donc fallu excarnes les dents ainfi qu’on va le voir.
- Section Cinquième.1
- De la maniéré d'Excarner les dents et un Peigne.
- Le terme à’Excarneraux yeux des perlonnes inftruites,indique la fîgnificationj il préfente l'idée d’une opération par laquelle on ôte la chair ou le bois des dents, pour ne laiffer que l’écorce : c’eft de ce travail que nous allons nous occuper.
- Le foin qu’on apporte à amincir les dents quand on les tire à la filiere, ne les fauroit réduire à n’avoir que l’écorce , dont on a uniquement belbin ; la largeur à la quelle on eft obligé de les tenir, ne les réduit pas au degré d’épaifleur où on a befoin de les porter ; je vais eflàyer de me faire entendre.
- L’écorce des dents préfente Une portion de cercle : nous avons vu qu’en les paffant à la filiere on ne les entame pas de ce côté ; le dedans de la canne feul eft mangé par l’outil, ainfi l’écorce eft un arc dont le dedans eft la corde : il fuit de là j que les extrémités de la largeur de ces dents offrent un angle très-aigu ; ainfi qu'on peut le voir en jettant les yeux fur les figures I & 2 ^ PL 22, La figure r
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- Sixième Partie. Chap. IV. De la maniéré cCExcarner les Peignes. 487 repréfente la coupe tranfverfale d’une dent quand la rofette vient de divifer la canne : la figure 2 la repréfente au fortir de la fiiiere; c’eft dans cet état qu’on les place fur le peigne ; mais fi une opération poftérieure au montage, telle que le planage , vient entamer ces dents fer leur angle, elles prendront la forme d’un parallélogramme mixtiligne que repréfente la figure '3. On pouroit tirer une ligne parallèle à la droite, des deux bouts de l’arc qu’on voit fer la figure ; c’eft cette ligne droite qu’il s’agit de tracer en quelque forte en ôtant le fuper-* flu , Sc qu’on nomme excarner les dents. Ceci foit dit pour les perfonnes qui aiment à raifonner par principes , tous les procédés; mais je pafle à l’opération.
- On fe fert pour ce travail d’une efpece de canif emmanché comme on le voit fig. 4 , Sc il faut avoir grand foin de ne pas ôter plus de matière dans un endroit que dans un autre pour que chaque côté des dents foit bien parallèle à l’autre ; mais il faut bien prendre garde à ne pas endommager le côté de l’écorce auquel le canif ne doit nullement toucher*
- Première maniera
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- La figure y repréfente un Ouvrier affis à côté d'une table, & tenant de la main gauche un peigne prefque droit, & appuyé fur fes genoux, tandis que de la droite, il conduit le canif entre toutes les dents l’une après l’autre ; & pour n’en omettre aucune ,on commence par un des bouts du peigne , jufqu’à la' moitié, où on doit fe fouvenir quelles font tournées en fens contraire ; alors on retourne le peigne bout pour bout, & on fait l’autre côté : fai tâché de rendre fenfible la maniéré de tenir le canif par la figure 6 ; or) le tient entre les trois premiers doigts à peu-près comme une plume quand on écrit. Il eft bon de finir d abord le peigne fur une face , puis on le retourne pour voir s’il n’y a pas d’inégalités à l’autre furface , & fi l’on en apperçoit quelqu’une on l’ôte avec le canif* il y a même des Ouvriers qui fe piquent de travailler avec délicateife, qui le finiflent entièrement fur une face, & le repaffent entièrement fur l’autre fans cependant affamer pour cela les dents ; mais je ne faurois recommander trop d’attention pour n’en pas ôter plus à quelques dents qu’à d’autres ; car delà viennent fouvent ces raies qu’on apperçoit fur toute la longueur d’une étoffe & qui la rendent défeétueufe : il n’y a de remede à ce malheur que de rejetter le peigne.-
- Seconde manlerei
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- J
- Cette fécondé maniéré s’exécute en pofànt le peigne horifentalement fut une table, Sc l’y retenant au moyen d’un poids ou d?un plomb ; puis on fe ferc du canif, comme nous 1 avons dit ; mais cette méthode eft très-défeélueufe en ce que le peigne pofant immédiatement fur la table, ne permet pas à l’inftrumenc tout le jeu qui lui eft néceffaire ; pour peu que l’Ouvrier l’enfonce un peu plus
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- qu’il ne faut,il rencontre la table, ce qui dérangé l’opération. Quelques Pelgners Planche p[us|nteJ [jgents> ont imaginé d’élever le peigne pour qu’il fut libre par deftous * je vais rapporter les moyens qu’ils ont mis en ufege pour cela.
- La figure 8, meme Planche , repréfente un peigne pofé dans une fituationi hürifontale , Tur deux parallélipipedes de bois de 3 pouces à peu-près de grofleur, fur huit à neuf de long. Chacun d’eux femblables à C fig. 9 , eft percé aux deux extrémités d’un trou quarré pour recevoir les boulons a , a * dont la tête quon voit en delfous, les retient en place; ces boulons font taraudés de toute la longueur qui fort du bois , pour, au moyen des écrous à oreilles b9b9 ferrer autant qu on le veut la petite traverfe D , 8c par conféquent retenir folidement le peigne entr’elle & la piece de bois. C’eft dans cet état que la figure'8 le repréfente': le tout eft pofé fur une table; l’Ouvrier n’eft aucunement gêné pour excamer, & lorfqu’il a fait les parties qui ne touchent point aux fepports , il lâche les vis & change le peigne de place*
- Il fembleroit plus naturel de retenir le peigne dans cette efpece de prefle par fes extrémités ; mais la pelanteur des mains, quelque foin qu’on y apporte , ne fàuroit manquer de le Fatiguer , & de lui faire prendre une tournure défec-tueufe ; aülieu que Tefpace contenu entre ces appuis étant plus court, il ne rifque pas de fe cafter. Il y a cependant des Ouvriers qui placent le peigne fur les deux extrémités, & pour ne pas le fatiguer du poids des mains, ils fe fervent de l’expédient repréfenté dans la figure 10.
- Sur la longueur d’une table , fig, 14,8c de la moitié de ïbn épaifleur, font pratiquées deux rainures h 9h, dans lefquelles entre le côté étroit de deux couliffes F, F 9 fig. 10 , & féparément ; on voit en delfous de ces coulifles une feuillure propre à recevoir les tenons f, f9 d’une piece de bois, fig. ri, qui glilîe fer la table. La largeur des entailles g9 g, eft égale à l’épaiffeur de k partie large des coulilfes F, F quelles reçoivent, au moyen de quoi cette piece de bois ne glilTe qu’avec un peu de frottement. L’autre piece de bois A9 n’eft qu’un parailélipipede fixé fer la table au moyen des têtes quarrées des deux boulons à vis a, a, fig. rj, qui entrent dans lepaifTeur & en deftous de cette table & paîfent'au travers dans les trous i , i9 fig. 14; les tringles font appuyées par leur bout contre cette piece immobile, & l’on voit fer la figure 14, que les rainuresne commencent que de là. Dans les boulons de chaque piece de bois* l’une mobile B, & l’autre immobile A 9fig. 10, & toutes deux à égale hauteur,1 entrent deux tringles de bois comme celles qu’on a vues plus haut & dont l’office eft de retenir le peigne au moyen des écrous à oreilles b 9b9 b, b. Le foin que f aurai de détailler la ftraéture de toutes ces pièces dans l’explication des planches les rendra encore plus fenfibles : voyons le métier tout monté.
- _ La figure 1, PL £3, repréfente un peigne retenu par les extrémités entre les Planche prelfes dont nous venons de parler , qui peuvent fe prêter à toutes les longueurs poffibles de ce peigne, au moyen de la faculté qu’a celle JD* de glifler entre les
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- Sixième Partie. Chap. IV. De la maniéré d'Excarner les Peignes; 489 tringles parallèles. L'Ouvrier y eft occupé à excarner ; & pour que la longueur du peigne, & la pefànteur des mains n'y faflent aucun tort, il met un, deux 8c même trois couffins de bois, fur lefquels porte le peigne, & qu’il a la liberté de changer de place à volonté : il peut même fans crainte appuyer le coude gauche fur fon ouvrage , ainfi qu’on l’a repréfonté , fans rien craindre, en plaçant un couffin à cet endroit.
- Il eft aile de fentir que les vis de la pîece mobile ne doivent avoir aucune communication avec la table, non plus qu’avec les tringles ; mais les têtes font encaftrées de toute leur épaiffeur dans le deflous de la piece de bois, au moyen de quoi elles n’apportent aucun obftacle à ce que cette piece puiffie glifler.
- Comme ce métier eft fort étroit, il eft peu embarraflant, 8c l’on peut l’approcher d’une fenêtre pour fe procurer un beau jour ^ dont on a grand befoin pour cette opération; & quand on a fini une moitié de la longueur du peigne, on retourne le métier pour faire l’autre. Il y a même des Ouvriers qui fans rien déranger, finiffent un peigne fur toute là longueur. Comme nous avons vu que la moitié des dents eft tournée vers un bout, & l’autre vers l’autre, il faut pour cela s’accoutumer à tenir l’outil également bien des deux fens, ce que beaucoup d'Ouvriers ne peuvent faire. On excarne chaque dent en commençant par le bout a julqu’à celui b, fig. 2 ; puis reprenant au point b, on retourne le canif 8c on le mene de b en a, pour les dents dont l’écorce eft à droite, & du fens oppofé pour les autres. On en ufe ainfi pour quelles fe trouvent parfaitement évidées dans toute leur longueur ; car comme il n’eft pas poffible de commencer tout contre les jumelles, fi on n’y repaflbit le canif, cet endroit le trouveroit plus épais, & cette inégalité endommageroit la chaîne, fur tout dans une Etoffe de Soie ; mais dans tous les cas, il faut, quand une face du peigne eft finie , l'ôter de fà place pour le retourner de l’autre côté.
- On ne fauroit apporter trop d’attention à bien finir un peigne ; les difficultés augmentent en proportion du nombre de dents dont ils font compofés, & plus les dents font multipliées & fines, plus elles doivent être finies, à caufe du peu de paflàge qu'elles laiffent aux fils de la chaîne. Je pafle à une troifieme maniéré d’excarner les peignes.
- Troifieme manierel
- L a troifieme maniéré d’excarner les peignes eft , pour le fond de l’opération ; la même que celle que nous venons de voir, puifqu’il s'agit toujours d’évider les dents l’une après l'autre ; mais celle-ci confifte à placer la main en deffous du peigne , de maniéré que la lame du canif étant paflee entre chaque dent, on la faffe mouvoir de bas en haut, au lieu qu'elle avoit une direélion contraire ; mais pour cela il eft néceffaire que ces peignes foient à une certaine élévation du métier pour donner un paflàge libre à la main.
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- Planche
- 490 L'ART DES ETOFFES DE SOIE.
- La figure 4, PL 23, repréfente la pofition d'un peigne fiiivant cette méthode; Le métier dont on fe fert pour cela n’a rien de particulier, ce n’efl: autre choie que celui fur lequel on a monté le peigne. On y voit même les poupées qui ne gênent aucunement pour ce travail 5 il efl: feulement à propos de faire connoître la conftruétion & la pofition des montants qui portent le peigne.
- Chacun de ces montants efl: fait comme le repréfènte la figure 5 ; c efl: un morceau de bois à peu-près quarré, dont la longueur n’efl: pas déterminée , elle dépend de la hauteur du métier fur lequel on les place ; mais en général elle doit être telle qu’un Ouvrier affis puiffè y travailler commodément. Au bas de ce montant efl: un tenon par où il entre jufte dans une des mortaifès qui font fur le métier ; ils n’ont pas befoin de plus de folidité, car ils ne font aucun effort. Au haut de ces mêmes montants efl: une mortaifè quarrée propre à recevoir jufte le tenon du fupport C, qui repofe contre le montant, au moyen d’un fort épaule-ment, & va en diminuant vers l’autre bout, par deflbus, pour que l’Ouvrier en promenant fes mais ne rencontre rien qui le blefîè : il faut avoir attention que le defîus de ce fupport foit bien à angle droit avec le montant ou il efl: afîèmblé : on en place fur le devant du métier quatre, fix ou huit, fùivant la longueur du peigne, & pour cela on pratique fur la longueur, une rangée de trous quarrés dans une même ligne. Comme il faut que le peigne repofe fur ces fupports* on a foin qu’ils foient tous à égale hauteur. Quelques Ouvriers y arrêtent le peigne au moyen d’un poids de fer ou de plomb , comme on le voit fig. 4 ; d’autres fe contentent de retenir le peigne avec la main gauche, tandis que la droite travaille. Voye^fig. 6, où on a repréfenté la lame du canif pailànt au travers des dents du peigne.
- Il y a encore une autre maniéré de placer le peigne dans cette pofition horifontale ; elle ne différé prefque pas de celle que nous venons de voir ; mais la maniéré de placer les montants efl: plus recherchée , & peut-être plus commode.
- La figure 7, fait voir cet arrangement. Aux deux extrémités d’une table, font plantés des montants F, K , dont le premier repréfenté à part fig. p, a la forme d’une croix dont le grand croifillon s’élève au-deffus du métier, à peu-près de la hauteur des montants dont nous parlions il n’y a qu’un inftant, & reçoit le fupport C, fait à peu-près comme celui qu’on a vu, mais il efl: un peu plus large. Le croifillon oppofé entre dans la mortaifè faite au bout de la table, & ce montant, repofe fur les deux autres croifillons. A l’autre bout efl: une croix femblable à la première , & qu’on place de même , voyez la figure féparée K 9 mais le croifillon fupérieur efl: fort court. Sur les deux épaulements qui forment ces croifillons, repofent deux tringlesquarrées /, /, qui y font chevillées par les bouts. Dans l’entre-deux de ces tringles, glifïe le montant fig. 8, & pour pouvoir 1 arrêter où l’on veut, fuivant la longueur du peigne, on pratique au croifillon inférieur, &fur fon épaiftèur,une mortaifè b9 où pafle la clef ou coin
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- Sixième Partie. Chap. IV. De ta maniéré d* Excarner les Peignes , éc. de bois a, qui le ferre contre les tringles. Au haut eft une mortaife pareille celle qu’on a vue au précédent, pour recevoir un fùpport repréfenté à part en d; au milieu de la largeur de ce fupport, & affez près du montant, eft un trou où pafîe le boulon à tête f, taraudé de plus de la moitié de fà longueur ; ce boulon étant en place, la tête en-deflous, reçoit aufîi l’autre piece de bois e, qui étant prelfée par l’écrou à oreilles retient le peigne par les deux éxtrémités fur le montant, à l’écartement qui détermine fà longueur. Pour ne pas fatiguer le peigne en appuyant les mains deffus quand on travaille , on Fait palier entre les tringles plufieurs fupports comme ceux Ly Z, affez longs pour que lé peigne pofe deffus fans le forcer ; & comme rien ne les retient', on a la liberté de les faire couler à me fur e quon en a befoin.
- Le métier à excarner que je viens de décrire n’étant monté que fur une planche qui lui fert de bafe , on a la liberté de le placer fur un métier à monter les peignes , ou fur des tréteaux, comme on le trouve plus commode.
- Qu’il me foit permis en finiflànt cet article de hazarder mon fentiment. La multiplicité des uftenfiles dans tous les Arts me femble une charlatanerie dont il feroit à fouhaiter qu’on fe défît : pourquoi, par exemple , tant de métiers pour excarner les peignes ; un Peigner un peu occupé qui fe piqueroit de rafîembleü tous les uftenfiles de fà profefîion, trouverait à peine de la place pour les loger ; ne ferait-il pas plus {impie de faire l’opération dont la defeription vient de nous occuper, fur le métier même fur lequel on a monté le peigne l le dernier des métiers que nous venons de décrire, reffemble fi fort à celui à poupées,qu’il femble qu’on n’ait eu en vue que de multiplier les embarras. Je vais offrir au Leéleut quelques réflexions fur les trois maniérés d’excarner que je viens de rapporter»
- Obfervatiôns fur lès trois méthodes précédentes.
- Comme cette opération exige que le peigne ait une pofition affurée, 8c que le moindre mouvement produit des inégalités fur la longueur des dents, il efl certain que la méthode de ceux qui tiennent le peigne fur leur genoux eft défec-tueufè ; aufîi ai-je connu un habile Peigner, qui, faute de connoître les moyens de fixer le peigne, vouloir qu’au moins on l’appuyât folidement contre un mur * une table , un banc , &c.
- La fécondé maniéré eft fàns contredit préférable à la première, parce que le peigne étant fixé dans une pofition horifontaie, on eft plus affuré d’opérer égale* ment fur toutes les dents ; mais d’un autre côté, on ne peut pas juger parfaitement de la quantité de matière qu’on emporte avec le canif, puifque la main cache l’endroit où l’on travaille ; au lieu que "par la troifieme maniéré on voit à découvert tout le peigne, & l’on peut voir par degrés les dents acquérir la forme qu’on a deffein de leur donner.
- Il eft fi important de ne pas faire de dents plus épaifîès ou plus minces dans la
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- totalité de celles qui compofent un peigne, que pour peu qu’il en échappe quelques-unes, on s’en apperçoit aufli-tôt fur l’étoffe ; une dent trop mince étant preffée par la chaîne , fe rapproche de là voifîne, Sc de là viennent ces nuances qu’on apperçoit dans les étoffes qui ne fe mettent point à la foule ; ces nuances ne font produites par aucun changement de couleur réel, foit dans la chaîne foit dans la trame ; mais comme il ne fournit arriver qu’une dent foit trop proche de fo voifine d’un côté , qu’elle ne foit en même temps trop éloignée de fo voifine de l’autre côté, de là deux effets qui produifent un changement de nuances qui n’eft qu’apparent. La raie fombre eft produite par les fils qui font trop ferrés entre les dents, Sc la raie plus claire qui la foit, provient du trop d’écartement qu’ont entr’eux les fils qui paffent dans la dent écartée ; la raifon en eft que les couleurs de la trame très-ferrée entre les fils de la chaîne, qui eft très-ferrée elle-même , n’ont pas autant de jeu que lorfqu’elle eft plus lâche ; ainfi ces effets deviennent d’autant plus fenfibles à la vue, que l’étoffe eft fabriquée avec plus de régularité.
- L’inégalité d’écartement d’une ou de quelques dents dans la totalité d’un peigne , ne le met cependant, pas hors d’état de fervir. On peut en fubftituer une avftre à la place de celle qu’on a trop amincie en excarnant. J’enfeignerai dans la fécondé Partie la maniéré de remettre des dents fons démonter le peigne.
- Lorfqu’une dent eft trop épaifle, il eft Fort facile de l’amincir ; lorf* quelle eft trop écartée on ne fauroit rapprocher les autres fons ébranler tout le peigne. Mais quand'il y en a quelques-unes de trop rapprochées des autres , on peut y remédier en les rendant un peu plus minces ; par ce moyen on obtient un écartement à peu - près égal , Sc l’irrégularité devient moins fenfible : malgré tous ces foins on ne peut que rendre un pareil peigne pafîable, il ne fora jamais parfait.
- J’ai cru devoir faire ces obforvations , pour qu’on pût être en état de juger fi les raies qu’on apperçoit fur la longueur d’une étoffe, viennent des dents trop épaiffes ou trop minces, trop écartées ou trop ferrées, Sc qu’on pût aifément y apporter un remede convenable dans chaque cas. Je pafle à l’opération qui fuit ordinairement celle qu’on vient de voir.
- Section Sixième.
- Maniéré de couvrir les Jumelles avec des bandes de papier 9 Ù* de redrejfer les Dents.
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- Rien n’eft aufïi aifé que de coller des bandes de papier for les jumelles d’un peigne ; il foffit d’apporter à ce travail quelque attention, pour que ce papier en entourant les jumelles vienne tout contre les dents fons pofer deffos» Pour
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- Sixième Partie. Chap. IV. De la maniéré cCExcarner les Peicrnes A0 2
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- cela on prend avec un peu de papier ou autrement, la circonférence de ces jumelles d’une face du peigne à l’autre , ce qui détermine la largeur des bandes de papier ; on en coupe une certaine quantité que l’Ouvrier qui les colle fixe fur la table avec un morceau de plomb ou autre chofe de pefant E,fig. z,à‘N fig. 4 , puis les enduifant de colle d’un côté, il les lailTe fur la table, & pofe le peigne au milieu de chaque bande fur la hauteur, comme on le voit en /,' fig- 4 » aPrès quoi il le couche de fon côté fans perdre le milieu de la bande, & en appuyant fur la longueur des jumelles, il les force à fàifir le papier; Sc enfin il retourne le peigne de l’autre côté , ce qui achevé de coucher le papier tout autour des jumelles.
- Il eft difficile de coller ces bandes de papier fans qu il s y forme quelques plis “ auffi pour les faire difparoitre , & pour forcer le papier à prendre la forme des jumelles, on prend une autre bande de papier plus large , qu’on pofe fur celle qui eft collee, & on frotte en tous fèns pour bien 1 unir fans crainte de rien déchirer ; mais il faut pour cela que celle de delfus foit bien feche : quand cette première bande eft collée, on en place une autre au bout, & ainfi de fuite aux autres jumelles.
- Comme nous avons vu que les grofleurs du ligneul varient fuivant le genre de peignes qu’on fabrique, & par d’autres raifons qu’on doit fe rappeller, il eft évident que la circonférence des jumelles doit fuivre cette variation ; auffi les bandes de papier pour entourer cette circonférence doivent-elles être plus ou moins larges. Mais on ne fàuroit leur procurer cette égalité de largeur en les coupant avec des cifeaux , ou avec un couteau en pliant le papier par bandés ; les Peigners ont imaginé l’uftenfile que je vais décrire, tant pour aller plus vite , que pour mieux régler ces largeurs.
- La figure y reprefente un Ouvrier occupé à couper fbn papier par bandes : aux deux extrémités d une table A, font deux trous quarrés propres à recevoir les têtes quarrées des vis b, b, qui paffent dans les trous de la tringle B, qui leur correfpondent. On place une certaine quantité de feuilles de papier l’une fur l’autre, & on n’en laiffe déborder en de hors que ce qu’on veut donner de largeur aux bandes ; on marque cette largeur à chaque bout au moyen d’un compas F, puis on ferre les écrous à oreille, a, a qui, en preflànt fur la tringle, empêchent le papier de changer de pofition ; enfuite avec un outil , dont la lame reffemble affez à celle d’un grattoir, fig. 7, mais dont la foie f eft très-forte Sz entre dans le manche, fig. 8, garni de viroles, il en fépare d’un feul coup une affez grande quantité. Cette lame a deux tranchants, parce que rien n’é-mouffe autant les outils que de couper du papier ou du carton ; auffi eft-il fort fouvent obligé de les palier fur un affiloir. Lorfque toutes les feuilles de papier font coupees, on deflcrre les vis ; on reprend une autre largeur de bandes qu on coupe de meme, & ainfi de fuite jufqu’à la fin, ayant eu foin , avant 1 operation, de marquer fur la première feuille, avec le même écartement du Étoffes de Soie. FL Part, K 6
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- JPlanche
- 494 L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- compas, toutes les largeurs des bandes qu’on peut y trouver. On ferre à part toutes les bandes de chaque largeur, 8c même on a foin de s’en pourvoir abon*4 damment de toutes, depuis un pouce jufqu’à deux, de demi-ligne en demi-ligne , qu’on numérote depuis x jufqu’à 24', pour les reconnoître au befoin : les pièces font représentées à part au bas de la Planche.
- La méthode que je viens de rapporter eft en ufàge dans beaucoup de Provinces , où, faute de reffources , les Ouvriers font obligés de faire tout eux-mêmes ; mais dans les grandes Villes, ils font couper ce papier par bandes par des Papetiers ou par des Relieurs , dont la prefîe 8c le couteau à rogner font bien plus sûrs 8c plus expéditifs ; on eft affuré par ce moyen de faire ces bandes bien égales de largeur, & on en peut couper une bien plus grande quantité d’un coup , puifqu’on rogne une rame de papier à la fois.
- Il faut préferver ces bandes ainfi coupées de l’humidité ; le mieux eft de les mettre fuivant leurs numéros dans les cafés numérotées d’une grande boîte ,
- ‘ comme on le voit jîg. 1, PL 2 y. ,
- Quelques Ouvriers plus recherchés dans leur travail, fe fervent d’une autre méthode pour couvrir de papier les jumelles de leurs peignes : voici comment ils s’y prennent.
- Au bord d’une table, comme A, Jîg. 2 , on plante deux morceaux de bois dont i’enfourchement làifît jufte l’épaiftèur de cette table , & s’il devient Un peu lâche, on peut y giifler une ou deux cartes à jouer; puis avec deux chevilles de bois e, c , on y fixe le chaffis fig. 4 , au moyen des trous f y f. v Les deux montants £7, C> font aftèmblés afiez fimplement par la traverfe F, ainfi qu’on le voit ; mais au haut de ces montants eft une entaille g, g, où on place le peigne fur la hauteur. Dans cette pofition l’Ouvrier couvre fes jumelles de papier 9 8c a la liberté de faire tourner le peigne avec le chaflîs , & de régler fon papier en deflùs & en deflous à fa volonté. Cette méthode eft fort bonne ; mais avec de l’attention toutes deux peuvent très-bien remplir le même objet. Quelques Peigners s’y prennent différemment ; les uns tiennent le peigne entre leurs genoux , d’autres le font tenir par quelqu’un, tandis qu’ils collent le papier ; enfin pourvu que la perfeétion s’y trouve, peu importe comment on s’y prenne : l’eifentiel eft qu’il n’y ait point de plis fur la longueur des bandes , car elles nuiroient au peigne quanti on fabrique l’étoffe.
- Maniéré de redn ffer les Dents.
- L’opération du planage, ainfi que celle d’excarner les dents, quelque foin qu’on y apporte , fatigue nécefiairement les dents ; auflî, lorfqu’un peigne eft fini, on y voit beaucoup de dents qui ont pris un certain degré de courbure qui feroit fort nuifibie à la fabrique , fi on n’y avoit pourvu par la derniere des opérations qu’il eft à propos de faire à un peigne , celle d’en redreffer les dents.
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- Sixième Partie. Chap. IV. De la maniéré i'Excamer les Peignes. 49y
- Entre les différentes méthodes qu’on a adoptées pour cela , je nen ai remarqué que deux qui méritent d’être rapportées , les voici.
- La première eft repréfentée par la figure y, PL 2y : on voit un Ouvrier tenant de la main gauche un peigne par le milieu, & dont un bout eft appuyé contre fon eftomach, tandis que de la main droite il pafîe un drejjolr entre les dents qui fe font courbées. Ce dreffoir repréfenté à part fig. 6, ri eft autre chofe qu’une piece de fer faite comme une palette, ou comme une fpatule fort mince par le bout, pour pouvoir entrer entre les dents les plus ferrées, & qui va en épaiffiffant infenfiblement, jufqu’à l'endroit où 1W voit fa largeur diminuer par deux plans inclinés , qui eft beaucoup plus épais : la tige qui, par l’autre bout entre dans le manche, eft quarrée, 8c terminée en pointe pour qu’on puiffe l’entrer à force dans fon manche. Ces fortes d’outils s’employent chauds , 8c comme ils font fort minces ils fe refroidiffent promptement, c’eft pourquoi il eft à propos d’en avoir au moins quatre qui chauffent alternativement pendant qu’on fe fert de l’un ; 8c pour plus de commodité , l’Ouvrier a à côté de lui un réchaud de feu où on les voit ; il faut bien prendre garde de fe fervir de ces fers trop chauds, on brûleroit les dents ; il ne faut que les échauffer pour faire tant foit peu fondre la poix du ligneul, & par ce moyen faciliter la dent à fe redreffer par fà qualité élaftique.
- J’ai fait repréfenter à part, fig. 9, un de ces dreffoirs, qu’on voit terminé à peu-près en pointe pour qu’on puiffe plus aifément l’infinuer entre les dents.
- La fécondé maniéré eft abfolument femblable à la première, le dreffoir feul en fait la différence , ainfi que la pofition du peigne.
- La figure 10 fait voir cette fécondé maniéré : le peigne eft dans une pofition horizontale 8c eft retenu à l’aife dans les entailles L , L, dont on a repréfenté l’une à part fig. 12 ; le tenon qu’on voit au bas, fert à la planter dans des trous pratiqués fur la table : on conçoit que dans cette opération on a befoin que les dreffoirs foient courbés pour que la palette fe promene entre les dents parallèlement à elles-mêmes. Voyez ce dreffoir, fig. ir , qui dans fa conftruélion ne différé du précédent que par fa courbure ; il eft emmanché de même ; & comme la chaleur fait déjetter le bois , il ne tiendrait bien-tôt plus dans fon manche, fi l’on n’avoit la précaution de le river par le bout de ce manche.
- Tels font les procédés qu’on met en ufage pour porter les peignes à la perfection qui leur eftnéceffaire, Il me refte en finiffant, à rendre compte d’une derniere précaution que quelques Ouvriers plus curieux de la perfection que les autres, prennent, pour que leurs peignes ne fouffrent aucun dommage dans la rainure du battant où il éprouve des faccades confidérables & multipliées.
- Le papier dont nous avons dit qu’on couvre les jumelles, fert autant à la folidité du peigne, qu’à empêcher le poix de couler lorlqu’on redrefle les dents ; mais fans une grande attention pour bien coller ce papier, la poix durcie par la grande féchereffe s’écaillerait à force de recevoir mille contre-coups ; c’eft
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- 496 L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE:
- pour fe raflurer davantage contre un pareil événement, que quelques Ouvriers collent une fécondé bande de papier par-deffus les premières ; mais ils ont attention que le premier loit plus foible 9 fans quoi le fécond ne tiendroit pas, ÔQ même ils fe décoleroient tous deux.
- CHAPITRE CINQUIEME.
- Explication des Planches concernant la première Partit
- de VArt du Peigner.
- PLANCHE PREMIERE.
- i
- L a Figure i de la Planche première, repréfente une partie de Peigne vue de grandeur naturelle , afin de faire appercevoir comment les dents A, font conte* nues par le haut entre les deux jumelles a , a, & par le bas entre celles h, b9 au moyen des ligneuls c, c, qui en entourant les quatre jumelles deux par deux , retiennent les dents & les féparent en même temps les unes des autres. Les mêmes ligneuls entourent la garde B, haut & bas fur les jumelles > entre lefquelles font placés les tenons: les concours du ligneul font croifés fur ces te4 nons, de maniéré que la garde ne punie s’écarter de côté ni d autre.
- La Figure 2 eft un Peigne fini 8c dans fon entier: il eft repréfenté fur une échelle de 4 pouces par pied. Le ligneul ne paroît pas ici entourer les jumelles comme à la partie du Peigne précédent, parce que quand un Peigne eft fini, on en couvre les jumelles avec des bandes de papier collé.
- La Figure 3 fait voir une garde de Peigne, dont le corps eft de forme ovale.
- La Figure 4 eft une autre garde qui préfente un corps de forme oétogone.
- La Figure 5 préfente une troifieme forme de garde * dont le corps arrondi en ovale eft coupé quarrément fur fes extrémités.
- La Figure 6 lait voir la maniéré de placer les gardes dont le corps eft oélo-f gone entre les jumelles d’un Peigne.
- La Figure 7 démontre comment doivent être placées, entre les jumelles," les gardes dont le corps eft ovale & les extrémités quarrées, & comment leurs tenons font retenus entre les jumelles haut 3c bas, par le moyen du ligneul.
- La Figure 8 eft un modèle des gardes qu’on fait avec de la canne. On jr apperçoit la maniéré de conftruire les tenons.
- La Figure 9 eft la garde dont le corps eft ovale , vue par le bout*
- La Figure xo repréfente la coupe d’une garde oétogone.
- L»
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- ^ ~ ~ SiximtŸARTit.CtiAv.V. Explication des Planches! 4^7
- La Figure 11 eft le bouc d’une garde ovale coupée par fes deux extrémités^
- La Figure 12 fait voir un bout de jumelle par fe partie extérieure, SC arrondie.
- La Figure 13 fait voir une partie de jumelle repréfontée du côté intérieur g dont la furface doit être applatie & bien unie.
- La Figure 14 eft une jumelle telle quon les prépare avant que d’en arrondir un côté.
- La Figure xy repréfente une fîliere dont on fe ferc pour paffer de largeur les jumelles qu’on fait avec de la canne.
- On voit par la Figure 16 9 une autre filiere, de laquelle on fe fert poife fixer l’épaiffeur des jumelles de canne.
- La Figure 17 eft la même filiere vue par-defïus.
- La Figure 18 repréfente la filiere,^. iy, vue géométralemcnt*
- La Figure 19 eft une garde de canne vue par le bout.
- PLANCHE IL
- La Figure I de la Planche II, repréfente une table forte Bc lourde, fui laquelle on place les filières /, K, qui fervent, l’une à paffer de largeur les jumelles de canne, & l’autre fert à les paffer d’épaiffeur. On apperçoiten a9 a ÿ a , a 9 a, fur fe planche H3 qui forme le deflus de cette table, des trous propres à recevoir les tenons d’autres filières, ou à changer de place celles qui y font déjà plantées.
- La Figure 2. montre la maniéré de faire les gardes des Peignes, foit ert bois, foit en os, foit en laiton, bronze, &c. On apperçoit fur cette figuré que les deux gardes d’un Peigne fe font à la même piece , afin quelles foienc plus égales ; enfuite on les coupe en A, pour les divifer, & les parties b g c, d9 en font les tenons. -
- La Figure 3 eft un couteau en forme de fèrpette, dont on fe fert pour cou-* per les tuyaux de canne, & les mettre à la longueur qu’ils doivent avoir pout être refendus & former les dents.
- La Figure 4 eft une lame de rafoir telle quon les emploie pour former les filières, foit qu’on en mette deux pour tirer de largeur les dents ou les jumelles de canne, foit qu’on n’en mette qu’une aux filières qui font deftinées à fixer leur épaiffeur.
- La Figure 5 repréfente un Ouvrier affis, & tenant dans fi main gauche uns canne, & dans la droite un couteau, fur le tranchant duquel il appuie fe canne avec force, pour en féparer les tuyaux l’un après l’autre ; & afin que le couteau coupe avec plus de sûreté, il appuie le pouce fur la canne y pour fe preffer davantage fur le tranchant, afin qu’il entame mieux l’écorce.
- La Figure 6 repréfente la maniéré dont celui qui divife les cannes pai^ Étoffes de Soie♦ VL Paru L 6
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- 4î>8 rART DES ETOFFES DE SOIE;
- tuyaux, doit tenir le couteau de la main droite, & faire tourner la canne fut
- le tranchant, afin de Tentailler plus profondément.
- La Figure 7 repréfonte les bras de la perfbnne qui coupe les cannes pat tuyaux, dans le moment où elle fépare un tuyau après en avoir entaillé lecorce tout autour. On remarque dans cette opération , que Ton tient la canne avec les deux mains bien ferme , & qu’on pofe le pouce de chaque main , près de lentaille qu on a faite tout autour de la canne, quon fait fléchir dans le moment, comme fi l’on vouloit faire replier une partie de la canne fur l’autre. Lorlque l’écorce de la canne efl; entièrement coupée dans toute fa circonférence, on n a pas befoîn d’employer beaucoup de force pour la féparer en deux , parce que l’intérieur des cannes efl: fort tendre.
- La Figure 8 efl: une corbeille dans laquelle on met les tuyaux de canne à meftire qu’on coupe les nœuds qui font inutiles. On voit ces nœuds répandus ça & là, & on ne les ramafle que pour s’en chauffer l’hiver.
- La Figure 9 efl un tas de bouts des cannes qui ne peuvent plus fournir de tuyaux propres aux dents des Peignes , que néanmoins on ramafle pour faire des tuyaux pour les cannettes, des guindres à dévider le fil, la foie, &c. des panniers, des corbeilles & autres ouvrages.
- La Figure 10 efl un tas de cannes, où celui qui coupe les tuyaux en prend à mefiire qu’il a fini de divifor celles qu’il a commencées.
- La Figure 11 repréfente un Ouvrier occupé à trier les tuyaux de canne quand ils font coupés ; pour cet effet il les met, après les avoir choifis, dans une des corbeilles A yB >C, D, 2s, F, chacun felon leur qualité & leuf
- On voit par la Figure 12 , des rayons qu’on place ordinairement dans les ateliers de Peigners, pour y mettre les tuyaux de canne après qu’on les a choi-* fis ; ces rayons font divifés en plufieurs cafés, & chacune contient une des parties des tuyaux dont on a fait choix : ces rayons font ordinairement élevés autant que le permet l’endroit où on les met, afin que l’humidité ne gâte pas les tuyaux qui y font dépofés.
- PLANCHE I IL
- L a Figure I repréfente un Ouvrier occupé à refendre des tuyaux de canne pour difpofer les pièces qui en proviennent à être palfées à la filiere, & en former les dents des Peignes : il tient de la main droite un couteau, dont il place le tranchant fiir le bout du tuyau, comme pour le féparer en deux parties égales : il tient le tuyau avec la main gauche ; il en appuie le bout fur le bloc A , qui eft entre lès jambes , & fiir lequel il frappe, afin que le couteau entre dedans & le divilè au point où la lame eft placée.
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- Sixième Partie. ChaE. V* Explication des Planchesè qpp
- ta Figure 2 repréfente en grand Comment on place fur les tuyaux le tranchant du couteau qui fèrt à les refendre*
- On voit par la figure 3 , jufqu’à quel point il faut faire entrer la lame dû couteau, pour que les parties du tuyau quelle refend ne fè féparent pas tout-à-fait ; c’eft pourquoi Tépaifleur de la lame du couteau fait refendre un tuyau dans toute fa longueur, avant même quelle arrive au milieu.
- La Figure 4 eft un tuyau vu par le bout avec la lame du couteau qui en fépare la circonférence en deux parties égales. On voit en a, a , que cette lame a déjà fait une première divifion fur ce tuyau. G’eft pour marquer Tordre qu’on lui doit faire tenir tout autour, en divifant ce tuyau en autant de parties qu’il en eft fufceptible, que l’on a deffiné cette figure, ou l’on doit remarquer qu’en plaçant la lame du couteau de diftance en diftance fur cette circonférence , on doit toujours le faire de maniéré qu elle la divife en deux parties égaies, comme il y eft repréfènté.
- La Figure y fait voir le bout d’un tuyau refendu en 14 parties égales , qui feront 14 dents.
- La Figure 6 eft le repoufloir de bois dont on le fert pour faire éclatter les tuyaux de canne à mefure qu’on les a refendus en autant de parties qu’on a jugé qu’ils en pou voient produire , fùivant la circonférence de chacun.
- La Figure 7 repréfente ce même repoufloir placé dans un tuyau refendu j afin d’en féparer les parties avec plus de facilité, & fans craindre de fe bleflèt les mains ; car les angles de la canne, du côté de l’écorce, produifent un tranchant très-vif ; c’eft pourquoi Ton a imaginé ce repoufloir, afin de n être pas obligé de féparer ces parties de canne avec les doigts ; d’ailleurs on avance davantage l'opération avec cet outil.
- On voit, fig. 8 , une table fur laquelle on entafle les dentsou plutôt les parties de canne provenant des tuyaux quon a dépecés, pour enfùite en former des paquets, & les ranger dans les cafés des rayons , tels que nous en avons vu un, fig. 12 , PL II9 ou dans des boîtes ou tiroirs.
- La Figure 9 eft un paquet de ces parties de cannes, lorfque, fuivant la méthode de certains Ouvriers, on veut les pendre au plancher.
- La Figure 10 repréfente une boîte dans laquelle on met les morceaux des cannes qu’on a divifées : elle eft à double café, & Ton ne met de ces pièces de canne que dans une, afin que lorfqu’on prépare ces parties en les paflànt aux différentes filières dont on a befoin pour cette préparation, on les mette dans la café vuide à mefure qu’on les a tirées de largeur ou d'épaifleur.
- On voit, fig* 11, une des parties de Canne telle qu’on Ta féparée d’un tuyau : elle préfente le côté de l’écorce*
- La Figure ra eft une partie de tuyau femblable à la précédente, mais vue du côté de l’intérieur de la canne.
- La Figure 13 repréfente une rofette à feize rayons ou feize tranchants $
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- joo VA RT DES ETOFFES DE SOIE:
- propre à divifer un tuyau en 16 parties d’un feul coup ; mais il faut qu’on frappe fur le bout fùpérieur de ce tuyau , pour forcer le tranchant de ces rayons à em produire la divifion ; on ne le feroit pas avec allez de célérité li Ton n’employoit que la force du bras, & d’ailleurs on feroit fujet à fè blelîer contre les lames des rofettes.
- La Figure 14 efl: le manche de la rofette dont on vient d’expliquer les
- propriétés. A, eft le tenon qui entre dans le trou quarré de la rofette, qui vient pofer fur l'épaulement a9 du manche ; & la pointe B de ce même man- • che, efl: ordinairement placée dans un trou fur une table ou un bloc , de ma-;' niere que cette rofette tienne fur l’un ou fur l’autre,
- La Figure iy repréfènte une rofette pofée fur un manche tel que celui qu’on vient de voir, & vue en face.
- La Figure 16 efl une rofette pareille à la précédente , emmanchée do même , & vue en perfpeétive.
- La Figure 17 repréfente un écrou propre à fixer les rofettes lorfqu’elles font emmanchées , & pour* leur fervir de conduéteur lorfqu’on refend les tuyaux * afin quelles fe trouvent au centre de ce même tuyau, & par ce moyen obtenir toutes les parties d’une égale largeur.
- La Figure 18 efl: un bout de manche dont la partie quarrée a, reçoit la rofette, & le bout b efl: fait en vis pour recevoir l’écrou ,jig* 17, qui retient la rofette quand elle efl: emmanchée.
- On voit par la Figure 19 , une rofette emmanchée & retenue en place pa£ fbn écrou A.
- La Figure 20 repréfente un autre écrou, dont l’effet eft femblable à celui fig. 17 , mais dont la forme eft différente , puifqu’il efl: terminé en pointe , Sc que le précédent eft coupé parallèlement â fà bafè,
- La Figure 21 eft une clef dont on fe fert pour viflèr les écrous fig. xÿ
- 20*
- PLANCHE I K
- L a Figure I de la Planche IV, repréfènte* une forte table fur laquelle on4 place les rofettes toutes emmanchées pour refendre les tuyaux : elles y font placées debout, comme on en voit une en A ; mais la table peut en contenir * plufieurs, au moyen des trous a , a, a, &c. qu’on y pratique. On prend cette précaution, parce que lorfqu’on refend les tuyaux qu’on n’a pas feparés par groffeur , ce qui arrive à beaucoup de Peigners, on place dans ces trous des rofettes de toutes les groflèurs qui fe préfentent ; & quand on a pofe un tuyau fur une rofette qui eft plus ou moins grande qu’il ne faut, on choifît celle fat laquelle le tuyau s’accorde le mieux, & on le refend auffi-tôt ; & comme les manches ont chacun un tenon quarré à leur bout, on les fait entrer aifement idans ces trous ; & fi ces tenons font plus petits que le trou dans lequel on doit
- le
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- Sixïemè Partie. Chap. V. 'Explication des Flanches; y or
- le placer , on y mec quelque coin fait avec de la canne , ou on les enveloppe de papier.
- La Figure 2 eft le bout inférieur d’un manche de rofette, dont le tenon eft fait en vis , afin qu’en le mettant fur la table il ne chancelle pas ; alors tous les trous qui font fur cette table font autant d’écrous propres à recevoir cette vis.
- La Figure 3 eft la clef de fer dont on fe fert pour faire tourner les manches des rofettes , quand on les place dans leurs écrous fur la table qui leur eft deftinée.
- La Figure 4 repréfente une autre table, fur laquelle on place encore debout les manches des rofettes : elle différé de celle fig, 1, feulement par les trous dans lefquels on met les tenons de ces rofettes ; dans la première, les trous font quarrés , fuivant les tenons des rofettes ; mais dans celle-ci tous les trous doivent être garnis d’un tuyau de fer quarré par dehors , formant écrou du même pas que la vis du tenon qu’on doit y placer. On voit enc,c, deux rofettes déjà fixées, & en d une troifîeme , qu’on eft après à mettre en place ; la main A tient la clef B , avec laquelle on tourne le manche de la rofette d ; les plaques a, a, a, indiquent trois trous garnis de leurs écrous , & b >b , font deux trous quarrés tels qu’on les fait avant que d’y placer les écrous.
- La figure 5 eft un de ces écrous, qu’on place dans les trous de la table dont il vient d’être parlé , pour recevoir les tenons des manches des rofettes qui font faites en vis. On l’a repréfenté de grandeur naturelle.
- La Figure 6 fait voir le bout fopérieur d’un manche de rofette , dont le tenon A , qui reçoit la rofette , forme un écrou propre à recevoir le bout de la vis à chapeau qui doit couvrir 8c fixer cette rofette.
- La Figure 7 eft la vis à chapeau, faite pour le bout du manche de rofette dont on vient de parler; on ferre cette vis avec une clef femblable à celle fig, 3, qui eft la même avec laquelle on ferre les manches des rofettes, comme on l’a vu ci-devant.
- La Figure 8 fait voir en perfpeéHve une rofotte à dix-huit lames, propre à divifor les tuyaux en dix-huit parties.
- La Figure 9 repréfente un Ouvrier occupé à refendre des tuyaux de canne pour les dents des Peignes : il eft affis devant une table B , femblable à celles fig, 1 & 4 ; il tient dans fa main droite une palette de bois C, avec laquelle il frappe fur le tuyau de canne b, qu’il tient, avec fa main gauche, appuyé for une des rofettes a9 a9 a : d’un côté eft une corbeille C, pleine de tuyaux de canne , placée fur un tabouret D , à portée de pouvoir prendre de ces tuyaux à mefure qu’il a refeiÿlu ceux qu’il en a pris ; & de l’autre côté il a une fécondé corbeille, dans laquelle il jette les pièces des tuyaux qu’il a dépecés.
- La Figure 10 eft un tuyau de canne dont la rofette a fait éclatter les parties Étoffes de Soie. VL Fart. M 6
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- 502 L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- prefque jufqu’au bout. Il eft repréfènté dans toute là grandeur & grolïèur, afin qu'on en diftingue mieux les effets.
- La Figure ti eft une palette de bois ayec laquelle on frappe fur les tuyaux pour les refendre.
- La Figure 12 repréfente une autre palette au même ufàge que celle fig* ir , mais dont la forme eft différente.
- La Figure 13 eft un maillet dont plufieurs Peigners fe fervent au lieu de palette pour frapper fur les tuyaux quand ils refendent.
- La Figure 14 repréfente un bloc fur lequel on plante les rofèttes pour refendre la canne, & dont plufieurs Peigners fe fervent au lieu d'une table comme celle B , fig, 9. Ce bloc eft fait en dos-d'âne, pour que les pièces , à mefure qu'elles font refendues , puiffent tomber à terre , & dëbarraiïèr l'Ouvrier qui travaille. , *
- La Figure 15 fait voir la forme d'un manche de rofette , différent de ceux qu'on a vus jufqu'à préfènt ; c'eft un manche qu'on tient à la main quand on refend les tuyaux de canne: .on y place à chaque bout des rofèttes de différent nombre de lames, & conféquemment d’une plus ou moins grande circonférence : d'ailleurs les tenons fur lefquels on place les rofèttes, font faits indifféremment , comme ceux des manches qui ont été déjà expliqués.
- La Figure 16 eft un manche fèmblable à celui dont il vient d'être parlé , garni de deux rofettes , une à chaque bout, lefquelles font retenues par un chapeau conique, à peu-près comme celui fig. 7.
- La Figure 17 eft encore un manche garni de deux rofettes, mais dont les chapeaux font coupés quarrénlent, c'eft-à-dire , que les écrous qui les retiennent , font femblables à celui de la Figure 17, PL 3. -
- PLANCHE F.
- L a Figure 1 de la Planche V, repréfènte un râtelier fixé contre la muraille au moyen de happes qui l'y retiennent. Les chevilles de ce râtelier font conf-truites de maniéré que les rofettes qu’on y fufpend ne peuvent être endommagées ^ parce qu'on place dans l'entaille de chacune de ces chevilles le manche de ces rofettes, 8c que le renflement du milieu étant plus gros que l'entaille de la cheville n'eft large , ne lui permet pas de paflèr plus bas ; par cette précaution, les rofettes qui font fixées à chacun des bouts de ces manches , ne peuvent toucher à rien qui puifïè en émouffer le tranchant.
- La Figure 2 eft une des chevilles féparées du râtelier ; l'entaille D eft plus étroite que le trou C, auquel elle communique, pou^qu'une fois miles en place , les rofettes ne puiffent tomber en devant.
- La Figure 3 eftun râtelier femblable au premier; mais les rofettes y font différemment fufpendues , ainfi qu'on le voit.
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- Sixième Partie. Chap. V. Explication des Planches. J03
- La maniéré de refendre les tuyaux de canne avec les rofettes emmanchées comme celles qui font folpendues aux râteliers quon vient d’expliquer, eft repréfentée par la figure 4, ou l’on voit en B l’Ouvrier qui s’en occupe, en tenant dans la main droite un manche à deux rofottes, dont une pofo for le bout fopérieur d’un tuyau de canne qu’il tient dans fa main gauche, lequel appuie par fon autre bout for le billot qui eft entre fes jambes ; c’eft for ce billot qu’il frappe le bout du tuyau, afin de faire entrer les rayons des rofottes, & les divifor en autant de parties que la rofette a de rayons. A côté de cet Ouvrier , eft une table A, for laquelle font pofées des rofottes de différentes grandeurs toutes emmanchées s pour forvir aux différentes grandeurs de tuyaux qu’il a à refendre 5 & à l’autre côté eft une corbeille C, pleine de tuyaux, où il en prend à mefore qu’il les a refendus.
- On voit par la Figure y , un manche de rofette en grandeur naturelle, mais brifé en A, parce que la grandeur du deflin n’a pas permis de le repréfenter en fon entier. Ce manche eft aftemblé à deux rofettes, dont une eft au bout fopérieur, & l’autre eft dans le tuyau de canne B 9 où l’on apperçoit comment il fend les tuyaux.
- La Figure 6 eft un billot femblable à celui for lequel l’Ouvrier, fig. 4, re-fend les tuyaux. Il eft fait en cône tronqué , afin que les parties des tuyaux tombent à terre à mefore qu’ils font refendus.
- La Figure 7 eft un autre billot fur lequel quelques Peigners refendent les tuyaux de la même maniéré qu’on vient de l’expliquer ; mais comme celui-ci a une grande forface, les parties des tuyaux qu’on refend relient deffus , à moins que celui qui s’en occupe ne les retienne dans la main.
- La Figure 8 eft une table au même ufàge que le billot qu’on vient de voir.
- La corbeille 9fig, 9 , fort à recevoir les parties des cannes quand les tuyaux font refendus.
- On voit, fig. 10 , un paquet de pièces de tuyaux refendus, & lié avec une ficelle affez fortement pour pouvoir être fofpendu fans fo défaire.
- On apperçoit for la tablette, fig. r 1, une quantité de paquets de cannes refendues, qui font expofés à l’air afin que l’humidité ne leur caufo aucun dommage.
- La Figure 12 repréfonte une filiere telle que celles dont les Peigners fo for-vent pour tirer les dents de largeur & d’épaiffeur ; la piece de bois B, dans laquelle font plantés le bout de fer A 9 & la lame de rafoir (7, eft ronde.
- La Figure 13 repréfonte encore une filiere au même ufage que la précédente, de laquelle elle ne différé que quant à la piece de bois B, qui eft quarrée , ainfi que le tenon par où on la place for la table ; ce qui empêche qu’elle ne tourne quand on tire les dents , comme il arrive à la précédente, dont le tenon eft rond.
- La Figure 14 eft la première filiere repréfentée géométralement : on y voit la
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- P4 L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- pofition que doivent avoir le bout de fer & la lame de rafoir * pour procurer aux dents des Peignes la largeur & l’épaifleur qui leur font néceflaires.
- La Figure r y repréfeftte un Ouvrier qui s’occupe à tirer les dents en épaiif feur ou en largeur. Comme ces deux opérations fe font de la même maniéré; on les a réunies en une feule figure, où l’on apperçoit l’Ouvrier qui tient dans fa main droite un morceau de canne a, quil fait pafler entre le bout du fer Z?; & la lame de rafoir C de de la filiere.
- La Figure 16 eft un bras qui fait voir de quelle maniéré l’Ouvrier doit tenir les bout de canne pour les palier dans les filières, foit en épailleur, foit en largeur.
- La Figure 17 repréfente une main qui tient une poignée de bouts de canne prêts à être pâlies dans la filiere, & tels que l’Ouvrier, qui s’occupe de ce travail > doit les tenir pour n’être pas obligé de porter la main dans la boît« 0 ± toutes les fois qu’il a paffé une dent.
- PLANCHE FI.
- La Figure 1 de la Planche VI, repréfente une table dont le delfus eft per£é de deux trous quarrês a> c9 & d’un autre rond b, danslefquels on peut placer les tenons des filières dont on fe fert pour tirer les dents des Peignes en largeur ou en épailleur.
- La Figure 2 eft un billot au même ufage que la table qu’on vient de voir^
- La Figure 3 eft une table, au milieu de laquelle eft placée une filiere , Sè fur fes bords font les boîtes A 9 B, dont la première eft vuide; & c’eft-là qu’il jette les dents à mefure qu’il les pafle à la filiere ; la fécondé eft pleine de morceaux de cannes qui ne font que refendues.
- La Figure 4 eft une filiere difpofée à tirer les dents d’épaifleur.
- La Figure y eft une autre filiere propre à fixer la largeur des dents. L’und & l’autre de ces deux filières ont au bas de l’entre~deux des lames & du bout de fer , un morceau de bois c d> qui empêche que les dents qu’on tire ne defcendent plus bas qu’il ne faut.
- La Figure 6 repréfente un Ouvrier occupé à tirer les dents de largeur ; ori apperçoit qu’avec fa main droite il tient une dent placée entre les lames b f b, tandis qu’avec la main gauche il tient une baguette Z), qu’il appuie ferme fur la dent qui pafle entre les deux lames, afin que le mouvement de la main ne la fade pas vaciller.
- La Figure 7 eft encore une filiere dont beaucoup de Peigners fe fervent pour finir les dents.
- A, eft la grande piece de fer qu’on fait avancer Sc reculer à volonté au moyen de la vis a.
- C > eft la piece de fer taraudée qui reçoit la vis ; l’une & l’autre de ces deux
- » pièces
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- Sixième Partie, Cïïap. V, Explication, des Plaûchèsî pièces font vues en face, fëparées du bois fur lequel elle doivent être emmanchées.
- a , eft la petite vis qui procure le mouvement à la pièce A, quand il sagk de la faire avancer ou reculer.
- La Figure 8 repréfonte les deux pièces de fer dont on vient de parler , vues de côté Sc tenues avec la vis dans l’état où elles font quand on s’en fort.
- La Figure p repréfonte une jauge de bois en grandeur naturelle ; l’entaille TA , d’un demi pouce de large , doit contenir un nombre de dents déterminé, à raîfon de la fineflè du peigne pour lequel on deftine les dents, '
- La Figure io repréfonte la même jauge, dans l’entaille A de laquelle on apperçoit une quantité de dents déterminée fuivant leur finefle, ce qu’on appelle jauger les dents
- La Figure 11 eft une planche for laquelle les Peigners rangent des boîtes pleine de dents tirées Sc prêtes à être employées*
- La Figure 12 eft une de ces boîtes vue féparément.
- La Figure 13 eft un tiroir à double café Sc tel que les font faire plufieurs Pei-gners pour'y mettre les dents qu’on a tirées, en les y rangeant par groffeurs, afin de connoître celles qui font propres pour tel ou tel compte de peigne.
- La Figure 14 eft un corps de tiroirs deftiné à conferver les dents lorfo qu’elles font finies ; les tiroirs qui y font placés font à deux cafés, comme celui qu’on vient de voir; chacune de ces cafés contient une differente grof-feur de dents, & les tiroirs font numérotés par-deflous, afin de pouvoir au premier inftant ouvrir celui des tiroirs qui contient la qualité des dents qu’on deftine au Peigne qu’on doit monter.
- La Figure 15 repréfente une jauge propre à meforer la grofleur du ligneul qu’on doit employer, félon differents comptes dépeignes: on doit accorder cette grofleur de ligneul avec celle des dents.
- La Figure 16 fait voir la maniéré dont on entoure la jauge avec le fil qu’oh deftine pour faire le ligneul ; c’eft par la quantité de tours qu’on lui fait faire d’un bord à l’autre de la jauge, qu’on juge de la grofleur qu’il doit avoir.
- La Figure 17 eft la même jauge vue en face.
- PLANCHE VIL
- La Figure 1 eft un rochet vuide , dont fe fervent ordinairement les Peigners pour devider le fil qu’ils employent pour leur ligneul.
- r La Figure 2 eft ün rochet plein de fil deftiné pour faire le ligneul. #
- La Figure 3 repréfente un jet ou cantre à quatorze broches, pour recevoir un pareil nombre de rochets, parmi lefquels on choifit le nombre des brins qui doivent former la grofleur du fil dont on forme le ligneul.
- La Figure 4 eft un rouet à filer, dont une Ouvrière fe fort pour doubler Sç
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- Etoffes de Soie. VL Part, N 6
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- ;g6 L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE•
- tordre en même temps le fil qu’on deftine pour le ligneul des Peignes : l’Ou-vriere tourne la roue avec la main droite, & avec la gauche elle tient un certain nombre de brins de fils qui viennent des rochets qui font fur le jet fig. 3 ; elle les tord enfomble 8c n’en forme qu’un foui brin, qu’elle dévidé enfuite fur le rochet qui eft placé fur la broche du rouet.
- La Figure y eft le jet qui fort à doubler le fil, dépourvu des rochets qu’on $ met ordinairement.
- La Figure 6 repréfonte un rouet à main, avec lequel plufieurs Peignera tordent le fil quils veulent poiffor pour faire le ligneul de leurs Peignes.
- Développement de ce Rouet.
- La Figure 7 eft la cage du rouet, compofé de deux montants percés en af 8cde deuxtraverfos qui les affomblent par le haut à queue d’aronde,
- La Figure 8 eft l’axe de la roue, qui d’un bout e fort à contenir le fil quand il eft tordu, 8c de l’autre il reçoit la corde qui donne l’impulfion à la roue.
- C, eft la roue vue hors du rouet eft féparée de fon axe.
- La Figure 9 repréfente un montant planté dans une pierre qui lui fort de bafe,^ & au bout duquel on place un rochet plein de fil pour le tordre avec le rouet qu’on vient de voir ; le fil de ce rochet eft compofé doutant de brins qu’il en faut pour la grofleur du ligneul qu’on veut préparer.
- La Figure 10 eft un Ouvrier qui tient un rouet de la main gauche, 8c avec lai droite il tient un bâton aux deux bouts duquel eft attachée une corde qui en-? toure la partie de l’axe du rouet qui eft entre les deux montants ; & par un mouvement du poignet, il donne des élans à la roue & la fait tourner auffi rapidement qu’il eft poflible ; parce moyen le fil qui eft arrêté au bout de l’axe ^ fo tord for lui-même dans toute fon étendue, depuis le rochet qui eft fur les montants fig. 9, jufqu’aü rouet A ; 8c quand cette étendue eft foffifamment tordue, l’Ouvrier arrête la rotation de fon rouet & dévidé le fil for le bout a de l’axe, & enfuite il développe de delfus le rochet une autre longueur qu’il tord de même que celle qu’il a devidée , 8c de longueur en longueur il tord tout le fil dont il a befoin pour le ligneul des Peignes qu’il doit conftruire.
- La Figure 11 repréfente deux mains qui tiennent un rochet plein de fil prêt à être tordu ; ce rochet eft enfilé d’une broche de fer qui lui fort d’axe, & pour foppléer au montant ^/zg. 9 , on fait tenir ce rochet par une femme ou un enfant qui empêche le rochet de tourner avec fes deux pouces.
- * La Figure 12 eft un montant femblable à celui fig. 9 , mais dont on fo fort différemment : pour arrêter le rochet, on met un petit coin dans le trou du ' vuide de la broche qui lui fort d’axe, & lorfque cela n eft pas foffifant^ on arrête le fil for la cheville b qui eft plantée dans le montant.
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- Sixième Partie. Chap. V. Explication des Planches* PLANCHE V 11 L
- S°7
- L a Figure r repréfente la carcaile d’un moulin propre à tordre le fil dont on fait le ligneul.
- A , eft la table formée de l’affemblage de plufieurs fortes planches folidement jointes les unes aux autres.
- B , B , B, B, font les quatre pieds affemblés par le bas, au moyen des quatre traverfes C, C, C, C, & qui entrent dans des mortaifes pratiquées en-def* fous de la table.
- D, £>, font les deux montants du devant de cette cage , dont l’épaifîeur réglé l’écartement des traverfes /, K, dont nous allons parler.
- E y E y font les montants de derrière 9 moins épais que les autres, mais de la même largeur. * * . ;
- F y eft une traverfo qui affomble par le haut les deux montants de derrière.
- G y font les deux couliffes fur lefquelies pofent les va-vients.
- H y H y font deux traverfes qui joignent les montants de devant à ceux de derrière ; & pour rendre plus folide cet affemblage, on les fait entrer dans l’entaille qu’on voie à chaque montant.
- I y eft une traverfe appliquée au haut des deux montants de devant au moyen d’une entaille de toute leur épaiffeur.
- K y eft celle de derrière appliquée fur la face intérieure des montants.
- L , ?eft la traverfe d’en bas.
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- My eft la traverfe mobile de derrière ; on l’a repréfentée à part dans la même Planche, ainfi que toutes les autres pièces ; elle a la liberté de fo hauffer & baîf fer à volonté dans les entailles des montants de derrière : les deux trous a, a, qu’on y voit fig. y , fervent à la fixer à telle hauteur qu’on ^veut, au moyen des chevilles b y b, r
- N y N9 fig- i font les deux tafleaux for lefquels repofe la traverfe intérieure K y pour plus de folidité.
- La Figure 2 repréfente le lanternon C, & la roue dentée D, qui font enarbrés for le même axe A; a, b, font les deux parties de l’arbre qui paflent dans les traverfes, Sc comme le lanternon eft entre c es deux traverfes, l’arbre qui y entre quarrément ainfi qu’au centre de la roue dentée, ne les enfile qu après que ce lanternon eft en place , & le bouton c, empêche la roue de s’échapper.
- La Figure 3 repréfonte le «plan géométral de cette machine ; / eft la traverfe de devant, vue fur fon épaiffeur ; C eft le lanternon ; K eft l’autre tra-verfo, & D eft la roue dentée ; 2?, E font les deux montants de devant vus fur leur largeur.
- La Figure 4 repréfonte la manivelle qui donne le mouvement à toute la machine : A eft un arbre qui enfile quarrément la roue à aluchons D ; la partie A
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- $o8’. L’ART DES ETOFFES DE SOIE.
- eft ronde & tourne dans un conduit de fer attaché fur l’épaiflèur de la traverfe /.
- E , eft une piece de*fer à peu-près ovale rivée par un bout au haut de l’arbre en e.
- * fy eft une poulie allongée , qui a la liberté de tourner fur une broche de fer à fautre bout de cet ovale, & produit le mouvement excentrique aux va-vients*
- C , eft une manivelle femblable au fût 'd'un vilbrequin.
- F y eft une pomme qui tourne fur un collet ; elle eft de deux pièces recollées proprement en place ; car il ne feroit pas poffible de la faire entrer fans cet expédient.
- B y eft un autre arbre qui, ainfi que celui A, a une tête quarrée par où la manivellele faifit pour le faire tourner.
- T y eft la poulie à double rainure qui mene les cordes fans fin.
- - La Figure y repréfente la traverfe mobile de derrière : A eft l’entaille où repofe l’axe du guindre Sc où il eft retenu par la traverfe O y au moyen des chevilles p 9p.
- La Figure 6 repréfènte la machine toute montée ; mais comme elle eft très-compliquée , j’en détaillerai les pièces prifes féparément, & au moyen des mêmes lettres dont elles font marquées par-tout 9 on les reconnoîtra aifément*
- La Figure 7 eft une piece qui entre au moyen de fes deux queues b , b, dans la traverfe de devant K, & qu’on peut fixer à la hauteur convenable y au moyen des petites chevilles qui entrent dans les trous c, c, c , c , &c.
- La Figure 8 repréfente une roue dentée vue de face,jHg, 9.
- On peut voir fur les traverfes I & L la forme des conduits de fer qui em* braifent le collet des arbres qui tiennent à la manivelle.
- * PLANCHE IX.
- Suite du développement de la Figure 6 de la Flanche précédente.
- L a. Figure I repréfente un des côtés de la machine vu en face, & garni feulement d’un fufeau O , dépourvu de rochets.
- La Figure [2 fait voir de quelle maniéré les poulies R y R , & celles T 9 doivent être placées ; on voit*en même tems par quel moyen les cordes S, S 9 fe communiquent de l’une à l’autre des poulies.
- La Figure 3 repréfente le moulin vu en face, du côté de la manivelle.
- La Figure 4 eft la coronelle, dont les bras en fil de fer fervent au développement du fil qui eft fur le rochet.
- La Figure 5 repréfente un fufeau vu hors de la machine, garni de fon rochet A y de fa poulie B , & de fa coronelle C, tel qu’il doit être fur le moulin.
- La Figure 6 repréfènte le deiîus du moulin dépourvu de fon guindre.
- La Figure 7 eft un des deux va-vients, où l’on apperçoit le guindre /, & les
- deux
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- Sixième Partie. Chap. V. Explication des Planches. ycp
- deux chevilles nfn9 auxquelles on attache le bout des cordes qui les font aller 8c venir.
- G 9 G , font les deux traverfes dans lefquelles coulent les va~vients ; elles font garnies de pouliesf,f> fur lefquelles paftent les cordes des contre-poids # ainfi que celles des poulies /, /, fur lefquelles paftent les ficelles qui tiennent à l’excentrique 5 qui eft au bout fupérieur de l’axe de la manivelle.
- On voit Figure 8 la manivelle du moulin dépourvue de fes poulies , roues 3c excentrique.
- Développement de cette Pièce.
- La Figure 9 eft le Mandre, ou manivelle.
- A , eft la partie fupérieùre de l’axe.
- B, en eft la partie inférieure.
- La Figure 10 eft la roue à alluchons, qu’on fixe for la poulie A, de faxe.
- La Figure 11 eft l’excentrique , qu’on place au bout fupérieur de la partie A ' de l’axe.
- e, féparément, eft la poulie de l’excentrique for laquelle on met les deux cordes qui donnent le mouvement aux va-vients.
- f9 eft une cheville de fer, dont le bout inférieur eft terminé en vis ; elle fort d’axe à la poulie e,
- E, eft une plaque de fer qui reçoit la cheville^; cette plaque doit être pla-j cée au bout de la partie fupérieure de l’axe A.
- La Figure ia eft la poulie à double rainure circulaire, qu’on fixe fur la partie B de l’axe de la manivelle. '
- La Figure 15 eft un fufeau dépourvu de rochets & de poulie.
- La 14 Figure eft: un fufeau femblable au précédent, mais aftemblé avec la pouliç A. '
- La Figure iy eft un rochet plein de fil doublé prêt à être tordu.*
- La Figuré 16 repréfente un guindre tel que celui dont on fe fort pour le moulin à tordre le fil.
- Développement du Guindre.
- A$ eft une des quatre ailes du guindre*. . ' •
- B 3 B y font deux pièces qui, affemblées à mi-bois, forment une des deux croifieres du guindre.
- La Figure 17 repréfente une de ces croifieres toute montée.
- La Figure 18 eft une fiche de fer qu’on place dans le trou du milieu d’une des croifieres, au moyen de laquelle on aflemble les deux parties C, D de l’axe.
- La Figure 19 eft un boulon de fer quarré qui termine la longueur de l’axe du guindre, & for lequel on place la roue dentée qui le fait tourner. Étoffes de Soie. FL Part. O 6
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- 510 L’ART DES ETOFFES DE SOIE.
- La Figure 20 eft un boulon de bois qui forme la queue du guindre»
- C, eft un autre boulon de bois qui forme la partie de Taxe du guindrequ’on place entre les deux croifieres B, B: ces trois partie de Taxe du guindre font ici repréfentées en double grandeur de ce qu’elles font for la figure 16,
- La Figure 21 repréfente un guindre, vu en face par un de fes bouts.
- La Figure 22 repréfente le même guindre vu en face.
- F , eft une roue dentée qu’on met aux guindres pour les faire tourner.
- La Figure 23 eft un guindre , dont on ne voit que deux des ailes, qui font foutenues par les clefs G, G , au moyen defquelles on les rapproche l’une de l’autre, afin de pouvoir retirer facilement les écheveaux.
- La Figure 24 fait voir la conftruétion d’une de ces clefs.
- La Figure 25 eft une aile, dont les trous c, c, font allongés,™ afin que les chevilles qui la tiennent dans les entailles des croifieres lui laiflent la liberté de fe reculer 8c de fo rapprocher autant qu’il en eft befoin pour lâcher les écheveaux.
- L, L, font deux coins, qui dans certaine conftruétion de guindre tiennent lieu des clefs G, G , qu’on voit for la figure 23.
- PLANCHE X
- La Figure 1 de la Planche X, repréfente un guindre dont on ne voit qui deux ailes, qui font foutenues par deux coins chacune, au lieu des clefs qu’on Voit au guindre ,figure 23 de la Planche précédente.
- La Figure 2 eft le moulin entier , garni de fon guindre ; & de tout ce dont îl a befoin pour être mis en œuvre, repréfente geometralement.
- La Figure 3 fait voir un guindre for lequel font huit écheveaux du fil qu’on a tordu.
- La Figure 4 repréfente un Ouvrier qui retire les écheveaux de fil de deffos un guindre. On le voit courbé, tenant le pied droit for la croifiere inférieure du guindre, afin de tirer avec plus de fermeté les écheveaux avec les deux
- mains.
- La Figure 5 eft un maillet de bois qui fort à l’Ouvrier pour tomber le guin-? dre ; c’eft-à-dire , qu’il emploie ce maillet pour frapper for le bout des clefs , afin'de les Ôter de leur place, & que les ailes quelles fopportent fe rapprochent.
- La Figure 6 eft une cheville plantée dans le mur, où on accroche les éche--veaux de fil qu’on a tordus & noués pour empêcher qu’ils ne fe mêlent.
- La Figure 7 repréfente une autre efpece de guindre, dont plufieurs Peigners fe fervent pour devider le fil tordu : on s’en fert aufli pour devider le fil qu’on veut doubler.
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- Sixième Partie. Chap. V. Explication des Planchesi $i£
- Développement de ce Guindre;
- A, A , font deux des aîles du guindre , dont une eft emmanchée avec le croiflànt C y Sc l’autre les montre féparées.
- B, eft le moyeu du guindre.
- C, eft un des quatre croifîants, feparé de Ion aile.
- La Figure 8 eft le même guindre, tout monté , vu en face.1
- La Figure 9 eft un montant à pied fur lequel on met le guindre quand ori yeut devider.
- E, eft une plece de bois qui entre dans le montant dont on vient de parler Sc qui fert d’axe au guindre quand on dévidé. »
- F, eft le montant feparé de fa bafe.
- La Figure 10 eft un guindre porté par Ion montant, & dans l’état où il eft quand on dévidé. On apperçoit une Ouvrière qui a fur fes genoux un dévidoir qu’elle fait tourner , en frappant fur l’axe avec là main droite , tandis qu’avec la main gauche elle conduit le brin du fil fur le rochet qui le reçoit.
- La Figure 11 eft le dévidoir dont fe fert i’Ouvriere qu’on vient de voir, mais vu en plus grand.
- Développement de ce Dévidoir.
- K , eft la planche qui fert de bafe au dévidoir.
- L, L , font les deiix poupées ou montants qui portent Taxe du dévidoir*
- jV, eft la roue qui donne le mouvement de rotation au dévidoir*
- La Figure 12 eft l’axe entier de ce dévidoir.
- P , eft une piece de bois qui forme une partie de cet axe.
- Q, eft une piece de fer fur laquelle on fixe la roue du dévidoir, Sc avec laquelle on enfile les rochets.
- R , eft une fécondé piece de fer qu’on place à la partie de bois P > au côté oppofé à celui qui porte la roue.
- n , h, font deux chevilles de bois à tête , qui fervent à retenir Taxe du de-' vidoir dans les entailles des montants L, L.
- La Figure 14 eft un rochet vuide, femblable à ceux dont fé fervent les Pei-çmers pour devider le fil.
- La Figure ij* eft une tablette fur laquelle on pôfe le fil dévidé.
- S, eft un repouflbir qui fert à chaffer les clefs des guindres, ou les coins qui ’ tiennent les aîles tendues.
- PLANCHE XL
- La Figure r de la Planche XI ? repréfente une cheminée, dans laquelle eft placée une marmite de terre A, fur un trépied de fer B ; cette marmite eft pleine
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- $12 L’ART DES ETOFFES DE SOIE.
- de poix,.propre à^nduire les ligneuls : on apperçoit dans cette cheminée un rochet C, plein de fil, dont le bout vient paffer dans la marmite d’un côté „ & en fort par l’autre, après s’être enduit de poix. Le rochet qui contient ce fil tourne for une broche de fer a qui lui fort d’axe, tenue par deux pitons de fer b , b 9 plantés dans la cheminée.
- La Figure 2 repréfonte un Ouvrier aflis devant une cheminée , 8c qui s’occupe a tirer le ligneul qui fort tout poifte de la marmite : il tient dans fa main gauche une grofte ficelle E, au milieu de laquelle il a fait un nœud qui forme une efpece d’anneau dans lequel pafife le ligneul, qu’il tire avec la main droite. Cet anneau fort de filiere au ligneul, afin qu’il ne foit pas plus gros dans un endroit que dans l’autre.
- La Figure 3 fait voir la route que tient le fil en entrant & fortant de la marmite , dont on n’a repréfenté que le contour par une ligne ponétuée. On voit auffi comment le morceau de bois E tient la fourchette de fer F.
- La Figure 4 repréfonte la même opération que la figure 2 , avec la différence que l’Ouvrier qui tire le ligneul tient dans fa main gauche une palette de bois G, dont le trou d fort de filiere au ligneul qui paffe dedans.
- On voit 9jîg. $ , les deux bras d’un Ouvrier, qui, après avoir tiré le ligneul de la groffeur qu’il le faut, & l’avoir couché par terre, en entoure les trois doigts de Ùl main gauche pour en faire de petits paquets , propres à être tenus facile^ ment dans la main quand on monte les Peignes.
- La Figure 6 repréfente à peu-près la même opération que la figure J ; la différence confifte feulement, en ce qu’ici l’Ouvrier en entourant fes doigts du ligneul, le fait croîfer à tous les tours entre le doigt index & le pouce.
- La Figure 7 eft un paquet de ligneul, tel qu’on les fait, en le plaçant for les doigts. #
- La Figure 8 repréfente un afple ou dévidoir dont plufieurs Peîgners fe fervent pour recevoir le ligneul en fortant de la marmite ; de forte qu’au lieu de Tentaffer par terre ils le placent fur cet afple comme pour en faire des écheveaux*1
- La Figure 9 repréfente î*afple féparé de fon chevalet.
- tLa Figure 10 eft le chevalet. '
- A$ eft une des deux traverfos qui forment la longueur de la bafe du chc*« valet.
- Bf eft une des deux traverfos qui déterminent la largeur de cette même? bafo.
- £7, eft un des deux montants qui portent l’axe du moyeu de l’afple.
- D , eft le moyeu de l’afple. *
- E9E, font deux des quatre arcboutants qui tiennent les montants C, £7, afin que la rotation de l’afple ne puifte pas les ébranler.
- F, eft une des quatre cornes qui forment les bouts des quatre ailes de l’afple.
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- Sixième Partie. Chap, V. Explication des Planches. y 13
- (7, eft une des quatre branches qui reçoivent les cornes de l’afple 9 & qui par leur aflemblage en forment les quatre allés.
- a y eft la malnote que l'Ouvrier tient dans fa main pour faire tourner l’afple.
- b, eft la manivelle de l’afple.
- • c, eft un boulon de fer qui fait la partie de Taxe de l’afple du côté de la manivelle.
- d, eft un autre boulon qui fait la féconde partie du même axe du côté oppofé.
- e, eft une cheville qui fert d’axe à la mainote.
- PLANCHE XIL
- La Figure I de la Planche XII repréfente la même opération qu’on vient de décrire. On y voit un Ouvrier occupé à tirer le ligneul for un afple qu’il tourne avec la main droite , tandis qu’avec la main gauche il tient une palette percée qui fert de filiere , & en même temps fert de guide pour placer le ligneul à propos fur l’afple.
- On voit, fig. a , une planche percée de plufieurs trous, dont quelques Peî-gners fe fervent pour tirer le ligneul , en la plaçant fur la marmite; de maniéré que les deux morceaux de bois C 9 C, qui y font adaptés , retiennent cette planche fur la marmite afin qu’elle ne puifïè pas aller d’un côté ni d’un autre.
- La Figure 3 eft la même planche, vue de face, à laquelle eft adaptée la fourchette D dont on a expliqué i’ufàge ; on n’a que tracé le contour de la marmite avec des points.
- La Figure 4 repréfente un Ouvrier occupé à tirer le ligneul fur une roue , au lieu de l’afple qu’on vient de voir. Ici le fil paflè dans un des trous quifont pratiqués fur la planche B , qui fert de filiere , & l’Ouvrier tient à fa main une baguette b pour conduire fur la roue le ligneul tout poiffé.
- O11 voit par la figure $ le chevalet qui porte la roue fiir laquelle l’Ouvrier dévidé le ligneul.
- A 9 eft une des deux traverfes qui forment la bafè du chevalet.
- JB , eft une des deux traverfes qui déterminent la largeur de la bafè du chevalet , étant alîemblées avec les traverfes précédentes.
- C ? C , font deux des quatre montants du chevalet qui font plantés dans les traverfes A , A , & qui portent à leurs extrémités celles D, D.
- D > eft une des deux traverfes qui portent la roue fur laquelle on dévidé le
- c9 Cf font les deux petites clefs qu’on met fur les entailles des traverfes D9 D9 afin que la roue ne forte pas de fà place quand on la fait tourner.
- d9df font les quatre chevilles qui tiennent folidelaclef c9 c , fur les traverfes D, D.
- Étoffes de Soie. FL Fart. p 5
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- 5i4 L’AR T DES ÉTOFFES DE SOIE;
- La Figure 6 repréfente la roue fur laquelle on place le ligneul, vue en per£ peétive , fëparée du chevalet,
- E 3 eft la mainote que l'Ouvrier tient à la main pour faire tourner la roue.
- Cf eft la cheville qui fert d’axe à la mainote.
- H f eft la piece de bois, qui avec les deux pièces précédentes forment la manivelle.
- d f eft l’axe qui traverfe le moyeu de la roue,
- La Figure 7 repréfente la roue placée fur fon chevalet.
- La Figure 8 fait voir le moyeu de cette roue , garni de fon axe & de fo manivelle.
- La Figure 9 repréfente la roue & Ion moyeu , & la manivelle, vus géomé-oralement.
- La Figure 10 fait voir en face le moyeu de la roue , garni d’un de fes lix rayons, & d’un fécond prêt à y être planté.
- La Figure 11 fait voir la pofition de la marmite dans la cheminée, ainfi que du rochet qui eft en dedans à droite
- PLANCHÉ: XIIL
- La Figure 1 eft une efpece de marmite dont on fe fert pour faire fondre lat poix, & telle qu’il la faut pour placer fur les fourneaux de tôle quon emploie à cet ulàge.
- On voit, fig. 2 , un fourneau de tôle, tel que ceux dont fo fervent plufieurs Peigners : on place ces fourneaux en tel endroit qu’on juge convenable à l’opération qu’on fait ordinairement à découvert 9 dans un jardin ou dans une cour.
- La Figure 3 repréfente un fourneau, fur lequel la marmite qui doit contenir la poix eft placée.
- B 9 eft un des deux cercles de fer qui font placés haut Sc bas du fourneau , afin de le rendre folide.
- C9 eft la grande porte du fourneau qu’on a foin de tenir fermée quand le feu eft allumé , afin de mieux conferver la chaleur & d’économifer le charbon ou le bois,
- F f eft la petite porte du fourneau ; elle eft adaptée à la grande porte & fort à animer le feu quand le charbon ou le bois ne font pas tout-à-fait en braife : on a foin de la fermer quand on eft fur que le charbon eft bien allumé, afin de con-forver plus long-temps la chaleur.
- M 9 Mf font les deux anfes du fourneau , au moyen defquelles on le tranfporte facilement où l’on veut.
- a, eft le loquet de la grande porte du fourneau ; celui de la petite eft fait de même.
- On voit, par la figure 4 la grille de fer quon place dans le fourneau à
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- Sixième Partie. Châp. V. Explication des Planches. 51J
- environ un tiers de fà hauteur, & for laquelle on met le charbon.
- La Figure 5 eft le cercle de la grille, for lequel on voit les trous qui reçoivent les clous qui y arrêtent les barreaux de fer dont cette grille eft compofëe.
- b, repréfènte un des barreaux de la grille ; fa longueur doit être proportion-, née à la partie du diamètre du cercle for laquelle il pofe.
- La Figure 6 repréfente un cercle de fer qu’on attache en dedans du fourneau* & qui porte la grille for laquelle pofent les charbons ; 1 ouverture qu’on y ap~ perçoit eft à l’endroit de la porte du fourneau; par ce moyen la grille trouve un point d’appui prefque dans toute fa circonférence.
- Les Figures 7 & 8 font chacune une coupe du fourneau , partagé en deux pièces au milieu de fà circonférence , lefquelles en repréfentent l’intérieur, où l’on peut remarquer en I, I, comment le cercle, fig. 6, y eft placé.
- La Figure 9 repréfente une petite cantre dont fe fervent les Peigners qui poiftent le ligueul dans des endroits à découvert.
- Les Figures 10 , 11 Sc 12 repréfentent la maniéré depoifler les ligneuls en fe fervant d’un fourneau.
- La Figure 10 repréfente le fourneau ; on! voit for cette marmite la planche qui fert de filiere au ligneuL
- La Figure 11 eft la petite cantre, dans laquelle tourne le rochet qui contient le fil quon poilfe ; Sc la figure 1 2 eft le chevalet qui porte la roue A fur laquelle on dévidé le ligneul.
- On voit en C une corbeille d’ofier * dans laquelle on porte les rochets pleins de fil, tordu & prêt à être poiffé.
- D , eft une corbeille ou panier plein de charbon , dont on a belbin pour entretenir le feu dans le fourneau.
- E , eft une pelle à feu pour l’ufage du fourneau.
- N, eft une pincette pour le même ufàge,
- O , eft un foufBet»
- La Figure 13 repréfente un fourneau de terre, dont quelques Peigners fe fervent pour poiifer le ligneul, au lieu de celui de tôle.
- La Figure 14 eft un autre fourneau portatif, & fait à peu-près comme les fourneaux de cuifine*
- On voit en Q la grande porte de ce fourneau.1*
- R , eft la petite porte de ce même fourneau.
- PLANCHE XIV*
- La Figure I eft une cailfe de bois propre à contenir de l’eau, Sc dont on peut faire le chevalet d’une roue ou d’un afple * for lequel on dévidé le ligneul en fbrtant de la marmite.
- ciy ay font les deux montants qu’on place dans les mortaifeshyk de la figure précédente ; les entailles qu’on voit reçoivent l’axe de la roue ou de l’afple.
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- p6 L’A R T DES ÉTOFFES DE SOIE.
- La Figure 2 repréfente une caifle, femblable à celle dont il vient d’être parlé, garnie de fon afple.
- La Figure 3 fait voir encore une pareille caifTe , dans laquelle, au lieu d’un afple y on place une roue au même ufàge.
- La Figure 4 repréfente une quatrième caifle, dont la conftruéHon efl: pareille à celle qu’on a déjà vue ; mais dont la grandeur & l’ufàge font différents, parce que les précédentes doivent contenir l’afple ou la roue, & qu’il fuffit que celle-ci puifle donner paflàge au ligneul.
- La Figure J fait voir la route que tient le ligneul en paflànt dans la caifle, & Sc de quelle maniéré il efl: attiré au fond par la poulie C fur laquelle il pafle.
- La Figure 6 repréfènte la maniéré dont la poulie C efl: montée, pour pouvoir être fixée dan§ le fond de la caifle, fig. y.
- C, feparé de la figure, efl la poulie.
- E , efl la petite traverfe qui porte les deux montants, que l’on fixe au fond de la caifle, au moyen d’un clou à chaque extrémité en a, a.
- F , F , font les deux montants qui tiennent la broche h fur laquelle tourne la poulie.
- b y efl la broche qui fert d’axe â Cette même poulie.1
- La- Figure y fait voir la maniéré dont efl montée la poulie A fur laquelle? pafle le ligneul avant qu’il parvienne dans l’eau. ,
- A y feparé de la figure , repréfente cette même poulie en perfpeélive*1 1
- B y efl le clocher y dont le tenon entre dans l’épaiffeur de la caifle. ' *
- d 9 efl la broche de fer qui fert d’axe à la poulie.
- Les Figures 8, 9, 10, 11 <& 12 repréfèntent l’aflemblage des uflenfiles qui fervent à poifler le ligneul dans l’ordre qu’on doit leur faire tenir.
- La Figure 8 efl la petite cantre qui contient le rochet plein de fil, prêt à être poiffe.
- La Figure 9 efl la marmite pleine de poix, couverte de la planche qui fert de filiere, & placée fur un fourneau F , quarré, femblable aux fourneaux portatifs de cuifine.
- La Figure 10 efl la table , fur laquelle efl placée la caifle pleine d’eau, dans laquelle pafle le ligneul.
- La Figure 11 efl l’afple, monté fur fon chevalet , & fur lequel on dévidé le ligneul en fortant de la caifle.
- La Figure 12 repréfente l’Ouvrier en aétion ; il fait tourner l’afple de la main droite, Sc tient de la gauche un bâton qui lui fert à conduire le ligneul fur l’afple & à le diftribuer également.
- La Figure 13 repréfente en coupe la direction que prend le fil depuis le rochet E, de-là dans la marmite , enfùite au travers de la filiere G, de-là fur la poulie B , puis au fond de la caifle pleine d’eau, & enfin fiir l’afple qu’on n’a pas pu repréfencer.
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- Sixième Partie. Chap. V. 'Explication des P tanches. yr j
- La Figure 14 eft un panier plein de charbon dont on a continuellement befoin.
- S, T, font une pelle 8c une pincette;
- La Figure 15 eft un panier qui contient des rochets pleins de fil qu’on met fur lacantre à mefure qu’ils fe vuident.
- PLANCHE XF>
- La Figure 1 eft un métier dont plufieurs Peigners fe fervent pour monter les peignes : il eft garni de deux vis e , e9 avec leurs écrous g9 g9 8c de leurs te-. xionsfyf; les deux poupées F , F, peuvent être placées dans les trous h , h , qui font pratiqués fur la planche D quand les jumelles des peignes font courtes * ou quand on fait des peignes moins longs qu’à l’ordinaire, 8cc,
- Développement de ce Métier* \
- a9 eft la plaque du tuyau de fer dont on arme les poupées * afin que les vis ;ne rongent pas le bois.
- jf, eft un des deux tenons fur lefquels on fixe les jumelles quand on veut inonter les peignes.
- g y eft un des deux écrous qui fervent à rapprocher les deux vis e , e, 8c par Ee moyen tendre les jumelles.
- La Figure cl repréfente un des tuyaux de fer dont on garnit les poupées.
- La Figure 3 eft une des deux poupées , vue en perfpeétive, féparée 'du métier.
- G y eft la clef avec laquelle on ferre la poupée par-deflbus le métier.
- La Figure 4 eft encore une poupée féparée du métier, 8c dont le tuyau de fer qui garantit le bois eft vu par derrière*
- La Figure f eft une des vis du métier féparée de la poupée, dépourvue de fon tenon & de fon écrou.
- La Figure 6 eft une vis garnie de fon écrou à oreilles, du tuyau de fer dans lequel elle pafle, 8c du tenon fur lequel on fixe les jumelles : on a ponélué les contours de la poupée fur laquelle elle eft cenfée montée.
- La Figure 7 fait voir une troifieme poupée, dans le trou de laquelle eft un boulon de fer, au lieu d’une vis, au bout duquel eft un tenon pour y fixer les jumelles.
- La Figure 8 eft un boulon de fer à tête * tel que celui qui entre dans la poupée, figtj.
- La Figure 9 repréfente un fécond métier à monter les peignes, différent du précédent ; ici les poupées A, A 9 peuvent s’avancer 8c reculer , parce qu’elles font plantées fur des palettes qui gliflent fur les rebords des tringles de bois C, C* Étoffes de Soie. FL Paru Q 6
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- ji8 L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- Sc qu’on les arrête au point qu’on defire au moyen des vis a y ay qu on ferre ou Ton veut. Une des poupées de ce métier eft garnie d’un boulon avec fon tenon, & l’autre eft garnie d’une vis à écrou.
- Développement de ce Métier.
- La Figure io eft une clef propre à ferrer les vis qui affujettiffent les palettes fur le métier.
- c.
- La Figure i r reprélente une poupée féparée du métier, fixée fur fa palette ^ Sc garnie d’un boulon de fer avec fon tenon.
- A fait voir cette même poupée de côté, hors du métier, féparée de fa palette, Sc garnie de fon boulon.
- B 9 B 9 repréfentent la palette fous trois points de vue différents ; l’un la fait voir à plat : a eft le trou qui reçoit le tenon de la poupée, & b eft l’écrou,' au moyen duquel on la fixe fur la table ; l’autre repréfente cette même palette par un bout, pour faire fèntir les deux feuillures par où ellegliffe fous les tringles ; & la troifieme la repréfente vue de côté.
- C y C, font les deux tringles de bois qui forment le coulifleau des palettes.
- a y eft une des deux vis qui fixent les palettes lorfqu’on les a placées à la diftancé convenable.
- e9 eft l’écrou de la vis ; on le place dans un trou fait exprès fur le devant de la palette afin que la vis ne ronge pas le bois.
- fy eft une petite virole de fer qu’on met entre la tête de la vis & la palettt pour que le deffus n’en foit pas rongé & que la palette tienne plus folidement.
- La Figure 12 eft le métier dont on vient de faire l’explication, vu par le bout ; on peut y remarquer de quelle maniéré la palette B, qftoi porte la poupée A y eft placée dans la coulifle , formée par les tringles C, C ; on a eu foin pour cet effet de ne point mettre la tringle de bois qui ferme ordinairement le bout du banc.
- La Figure 13 eft un troifieme métier, dont la conftruétion différé des deux qu’on a vus plus haut, où la' poupée A de ce métier eft arrêtée à demeure fur la planche B ; du refte la vis, le tenon & l’écrou font de même que ce qu’on a déjà vu ; mais la poupée C peut-être avancée , Sc reculée autant que la fente D , dans laquelle elle eft placée , a d’étendue : cette poupée eft fixée par-deffous le banc , au moyen d’une clavette qu’on lâche & qu’on ferre à volonté.
- La Figure 14 eft la même poupée vue en per/peétive Sc féparée du métier : çlle eft garnie de fa clavette feulement.
- On voit, fig. 1 j1, le maillet dont on fè fert pour ferrer Sc lâcher la clef de la poupée mobile.
- La Figure 16 repréfènte le deffus du métier fig. r 3 : on apperçoit en G la mortaife qui reçoit le tenon de la poupée A , Sc en H on voit la fente , dans laquelle coule le tenon de la poupée (7. ay a , font deux rainures pratiquées
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- Sixième Partie. Chap. V. Explication des Planches.
- fur la longueur de cette planche pour contenir les deux tringles F, F, qui
- fervent à retenir les dents ? & autres chofes , qui fans cela tomberoient par la fente. '
- La Figure 17 eft une grande vis cfe bois , dont plufieurs Peigners le fervent à la pl ace de vis de fer, fur-tout quand ils montent de grands peignes pour les étoffes grofïieres.
- On voit par la figure 18 un écrou de bois propre à la vis qu'on vient de voir.
- PLANCHE XV L
- Les Figures I , 2 8c 3 de cette Planche repréfentent trois pièces féparées, qu’on aflemble pour former un feul métier à monter les peignes.
- - La Figure 1 eft un bout du métier, porté fur 4 pieds ; il s’affemble avec la
- figure 3 , du côté F , au moyen de tenons Sc mortaifes qui fe correfpondent fur Tépaifleur de la table.
- La Figure 2 eft l’autre bout du métier qui s’affemble avec la figure 3 par fes
- tenons c, c9 avec les mortaifes d9d, qu’on apperçoit du côté E de cette derniere figure.
- La Figure 3 eft la pièce qui forme le milieu du métier, & qui s’affemble avec les deux autres.
- La Figure 4 repréfente ce métier tout monté & prêt à travailler : on voit en C, la piece repréfentée par la figure I, en û; celle qui eft repréfentée figure 2 , & B eft'la partie quev repréfente la figure 3.
- Les Peigners qui fe fervent de. ce métier ont la liberté de rapprocher les poupées quand ils veulent monter des peignes moins longs que n’eft la diftance des deux tenons b 5 b > qui font deftinés à en tenir les jumelles. Ces fortes de métiers ne font employés que pour les peignes de grandeur extraordinaire : on les fait conftruire en trois pièces, afin qu’ils foient moins coûteux , moins em- -barraffants, & plus faciles à tranfporter.
- La Figure y eft encore un métier, au même ufage que le précédent , mais dont la conftruélion eft différente : le banc de ce métier eft formé de quatre pièces dont cette figure ne repréfente que la moitié ; la fig. 6 forme l’autre* moitié , de doit être femblable à la figure y ; mais l’étendue de la planche n’a pas permis de la repréfenter en fon entier.
- Les quatre pièces du deffus de ce métier font aflèmblées deux par deux , au moyen de charnières de fer a, a 3 qui permettent aux deux parties du milieu de fe replier fur celles des bouts quand on veut les ranger en quelque coin d*e l’atelier ; & lorfqu’on veut s’en fervir, on ne fait que les tendre & les joindre l’une à l’autre par les tenons b, b , de l’une , avec les mortaifes c, c , de fautre.
- La Figure 6 eft une partie du fécond bout du métier qu’on joint à celle fig. y , pour l’avoir en entier quand on veut monter les peignes.
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- 520 L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- La Figure 7 repréfente le deflùs du métier tout monté, dont les deux parties font aflemblées en G.
- La Figure 8 fait voir comment on replie chacune des deux parties de c® métier quand on ne s’en fert pas.
- P L A N CH E XVII. *
- L'a Figure 1 repréfente un montant , dont on fe fert comme d’une poupée de métiers ordinaires pour monter des peignes d une trcs-grandc longueur. On y voit une vis de bois B, qu’on fait avancer & reculer au moyen de l’écrou D quon tourne à volonté : au bout de cette vis, & du côté oppofé à la partie taraudée , eft le tenon de fer a, fur lequel on fixe les jumelles.
- La Figure 2 eft un montant femblable au précédent ; il forme la fécondé poupée du métier : on place ces deux montants ou poupées à telle diftance qu’on juge néceftaire , feivant la longueur des jumelles , on les arrête par leur bafe avec des pattes de fer, ou en les chargeant avec des pierres , de maniéré à ne pas craindre que les efforts qu’on eft obligé de faire éprouver aux jumelles, fois en les ferrant, foit en frappant avec la batte, puilfent les ébranler.
- La Figure 3 repréfente les deux montants dans la pofition qu’ils tiennent quand on monte de grands peignes : on apperçoit les jumelles d, d, d, d * placées fur les tenons g, h, où elles font liées avec des ficelles* entre les tenons & les montants. La bafe d’un de ces montants A , A , eft arrêtée par un crochet de fer a, & l’autre eft rendue folide par une groffe pierre b qui y eft pofée.. On remarque*encore dans cette figure le fupport (7, fer lequel repofent les jumelles inférieures, & la table B, fer laquelle l’Ouvrier met les dents qu’il doit employer, la batte, le ligneul, & enfin tout ce dont il a befoin pour cette opération.
- On a repréfenté ,fig. 4 , la table dont on vient de parler.
- La Fgure J eft le pied du fupport, planté dans la bafe E, qui lui donne de l’aflïette.
- La Figure 6 eft une planche percée qui entre fur fon champ dans l’entaille du pied du montant, & fer laquelle repofent les jumelles.
- jn , eft la cheville qui la retient en place.
- Quand on ne veut pas fe fervir d’un tel fupport, on fe fert d’un couffin de bois repréfenté par la figure 7, qu’on met fur la table , & fur lequel pofent les jumelles.
- * La Fiaure 8 fait voir un métier tout prêt à travailler ; on y apperçoit les ju-nielles b , b , c, c , fixées fur les tenons a, a% comme il convient. On y remarque auffi la fouie A , qui retient ces jumelles dans un écartement déterminé, tant en largeur qu’en hauteur : on y voit encore la batte B, placée entre ces mêmes jumelles, de la même façon que l’Ouvrier l’y tient pour frapper les
- dents
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- Sixième Partie, Chap. V* Explication des Planchesy 21 dents , & ferrer les tours du ligneul les uns contre les autres;
- La Figure p fait voir l’entaille qu’on fait aux jumelles par chaque bout en a ; c’eft dans ces entailles que les contours du ligneul entrent pour les retenir plus folidement.
- La Figure io eft une jumelle fomb labié à la précédente , 8c vue par fon côté plat.
- La Figure n fait voir dans de fortes proportions comment les jumelles font fixées fur les tenons des boulons.
- La Figure 12. fait voir en perfpeâiye une Eouïe qu’on met entre les jumelles pour déterminer la hauteur des peignes.
- La Figure 13 repréfente la même foule fur là coupe longitudinale ; on voit dans les entailles les bouts d9 d , d9 d des jumelles, tels qu’ils doivent y être placés.
- La Figure 14 eft une batte, dont on fe fert pour ferrer les dents les unes contre les autres.
- PLANCHE XV lit
- La Figure ï repréfonte un Ouvrier occupé à monter un peigne ; il eft affis devant le métier A 9 & tient avec là main gauche , en deftbus du peigne, les bouts du ligneul c, c, qu’il ferre autant qu’il en eft befoin , & avec fa main droite E, il tient la batte C, avec laquelle il frappe fur les tours du ligneul 8c fur les dents, afin de les placer toutes à une égale diftance les unes des autres : il faut remarquer que la batte eft placée entre les deux jumelles a , a, & celles b 9 b y 8c que la foule F tient ces jumelles dans un écartement convenable au mouvement qu’on doit donner à la batte.
- La Figure 2 eft le compas avec lequel les Peigners divifont la longueur des jumelles , afin de n’y pas faire entrer un nombre de dents plus ou moins confidé-* rable que celui qu’on a déterminé.
- On voit par la figure 3 une jumelle brifée àcaufe du peu d’étendue du deftein fur lequel on a commencé de tracer l’efpace que doivent occuper les dents des lifieres, dont les deux points d y d > font pour la lifiere d’un côté , & ceux e , e> marquent l’efpace de la fécondé lifiere*
- On voit par la figure 4, qu après avoir fixé les dents B , d’une des lifieres fur le peigne , on en divife la jumelle A , par des points écartés de trois en trois lignes, qui doivent former autant d’efpaces, que l’étendue du peigne a de fois trois lignes, & chacun de ces efpaces doit contenir un nombre égal de dents.
- La Figure y nous fait voir de quels moyens fe fervent plufieurs Peigners pour divifer l’étendue des deux jumelles fupérieures d’un peigne , par pouces , demi-pouces, & par quarts de pouces : les pouces font marqués par trois points J9fy les demi-pouces font marqués par deux points g g ; & les quarts de pouce par un point feulement h , h ; de forte que toute l’étendue de ces jumelles foit ainfi
- r
- Etoffes de Soie. VL Part. R 6
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- 522 L'ART DES ETOFFES DE SOIE.
- divifée, au moins à la longueur du peigne.
- La Figure 5 repréfente un diyifeur , au moyen duquel on peut fe pafter d’un compas, Sc marquer d’un foui coup toute l’étendue d’une jumelle, fur-tout pour les peignes depuis 20 jufqu’à 30 pouces de longueur : ce diyifeur eft conf truit de maniéré qu’il marque très-diftinélement les pouces , les demi - pouces , & les quarts de pouces , parce que les lames a 9 a , &c. font plus larges que celles b , b , &c. Sc que ces dernieres font elles-mêmes auffi plus larges que celles c , c, &c. qui ne font que des pointes.
- La Figure 7 repréfente une des lames qui marquent les pouces, féparée du diyifeur.
- On voit par la figure 8 une lame , femblable à celles, qui dans le diyifeur marquent les demi-pouces.
- La Figure 9 eft une des pointes qui font deftinées à marquer les quarts de pouces.
- La Figure xo fait voir une partie du deflus des jumelles fopérieures d’un peigne, lefquelles ont été marquées par le diyifour , fig. 6 : on voit en a , a, fur l’une & l’autre de ces deux jumelles, les marques provenant des lames a , a9 Scc. du diyifour , qui indiquent les pouces ; en b, b , on voit celles des lames qui marquent les demi - pouces, Sc en c, c, c, c, on apperçoit les points qui défignent les quarts de pouces : le commencement de ces marques eft pofitive-ment après les dents B delà première lifiere.
- La Figure 11 repréfente encore un diyifeur, qui doit produire le même effet que celui jîg, 6, mais qu’il faut appliquer for les jumelles de pouce en pouce , qui eft toute fon étendue ; on eft plus certain de la juftefle des diyifions quand on les fait avec ces divifours * qu’en fe fervant d’un compas , tel qu’on puifle l’employer.
- /, eft le manche du fécond divifour féparé de fà palette.
- H, eft la palette, féparée du manche Sc dépourvue des lames , qui font les mêmes qu’au grand diyifeur.
- La Figure 12 eft un couteau qui fort au Peigner pour couper le bout des jumelles quand il a fini de monter fon peigne.
- La Figure 13 eft une foie à main, au même ulàge que le couteau.
- On voit 9fig. 14 , un Ouvrier occupé à fcier les jumelles après avoir fini de monter fon peigne : on apperçoit qu*après avoir fcié les jumelles a9 a, il fcie celles b ; il en doit faire autant à l’autre bout en enfoite en dt
- P L A N C H E XIX.
- La Figure I repréfente un peigne Portant du métier, fa ns être ni rogné ni excarné.
- On voit par la figure 2, un couteau en forme de ferpette, ‘dont plufieurs
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- Sixième Partie. Chap. V. Explication des Planches. 523
- Peioriers fe fervent pour rogner le bout des dents qui excede hors des jumelles.
- La Figure 3 repréfènte une dent de peigne telles quelles font toutes lorfqu’on les a rognées par trois coups de couteau fur chaque bout , qui lui donnent trois faces.
- La Figure 4 eft une dent de peigne dont on a terminé les bouts en pointe en la rognant par deux coups du tranchant du couteau.
- On voit par la Figure 5 une troifieme dent, dont les bouts font coupés quarrément ; ce qu’on fait d’un lèul coup de couteau. ^
- La Figure 6 repréfente un Ouvrier occupé à rogner les dents d’un peigne ; il tient le peigne B par un bout, appuie l’autre bout contre l’eftomach , & avec un couteau (7, qu’il tient de la main droite, il rogne les dents.
- La Figure 7 fait voir un autre Ouvrier qui s’occupe auffi à rogner les dents d’un peigne : il efl: debout devant une table, fur laquelle il appuie fon peigne par un bout, & le tient de l’autre avec la main gauche , tandis que de la droite il tient un couteau fait de la lame d’un rafoir, avec lequel il rogne les dents.
- La Figure 8 efl ce couteau , fait de la lame d’un rafoir, emmanchée folide-ment dans un morceau de bois.
- On voit encore par la figure 9 une troifieme maniéré de rogner les dents d’un peigne. Cet Ouvrier fe fert d’un couteau à deux manches , dont il tient un dans chaque main : on fe fert pour cette opération d’un métier où l’on place le peigne , fans être obligé de le tenir avec la main : il efl prefle entre les deux planches A, A, de forte que les efforts du tranchant du couteau F ne peuvent l’ébranler en aucune maniéré ; la liberté que cet Ouvrier a de gouverner le couteau avec les deux mains * lui donne bien plus de facilité pour rogner proprement fbn peigne.
- La Figure 10 repréfènte le métier qui fert à rogner les dents ; le peigne F efl placé entre les deux petites planches A , A> dont la hauteur doit être à peu-près de la largeur du peigne.
- La Figure ir efl'un couteau à deux manches , tel que celui avec lequel l’Ouvrier, /%. 9, rogne les dents.
- A, A , font les deux tringles de bois entre lefquelles on place les peignes.
- B , efl un des deux montants, dans l’entaille duquel on place les deux plan-? ches ou tringles A, A.
- a, efl une des deux clefs qui alfujettifTent les montants B, B , par-deflous la planche C.
- La Figure 12 repréfente les bouts des deux planches qui fervent à contenir le peigne ; leurs extrémités font terminées en rond par un côté, afin que la vive-arête de l’angle ne gêne pas l’opération.
- La Figure 13 repréfente encore le bout de ces mêmes planches, dont les bords font terminés en talut.
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- L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- SH
- PLANCHE XX.
- La Figure i eft un Couteau fomblable à ceux dont fo fervent les Cordonniers : les Peigners employent cet outil pour planer leurs peignes. Cette opération confifte à égalifor la furface des dents entre les jumelles, fur la hauteur du peigne , afin qu’elles fbient moins larges que lorfqu’on les y place. 1
- On voit, figure 2 , un Ouvrier affis devant une table, & tenant de la main gauche .un peigne * couché à plat le long de fon bras ; il a le coude appuyé fur la table , afin que pendant l’opération le peigne ne vacille pa§. Il tient dans fà main droite un couteau par le milieu de la lame , Sc avec le tranchant , qui eft; fait en croiffant, il entame la furface du peigne.
- La Figure 3 eft un banc qui fert à fixer le peigne : afin de n être pas obligé de le tenir avec les mains pour le planer , on place le peigne entre les tringles C, D , fous les rainures que forment ces tringles, Sc dans lefquelles entrent feulement les jumelles des peignes, de maniéré à laifler à découvert toute la fur-face des dents.
- B 9 eft la table du métier.
- C, eft la tringle de bois qu’on fixe fur le métier, Sc qui eft immobile.
- D , eft la fécondé tringle du métier qu’on fixe par des vis, afin de pouvoir la faire avancer & reculer à volonté.
- La Figure 4 eft un des quatre écrous qu’on met dans les mortaifos pratiquées dans fépaifteur de la planche qui forme le deffius du métier.
- On voit par la figure 5 une des quatre vis qui retiennent la tringle JD du métier , Sc par le moyen defquelles on la fixe, fuivant la largeur des peignes.
- La Figure 6 eft le tourne-vis dont on fe fert pour cet ufàge.
- On a repréfenté par la figure 7 un Ouvrier qui plane un peigne fur le métier ,' fig. 3 : cet Ouvrier eft affis devant le métier ; il tient un tranchet A par le milieu de la lame avec la main droite ; il pofe la main gauche fur le peigne B, afin de mieux guider les mouvements de fon opération.
- La Figure 8 repréfente un couteau à planer dont beaucoup de Peigners fe fervent.
- La Figure 9 fait voir la maniéré de tenir le couteau quand on plane avec une foule main, & la figure 10 fait voir la maniéré de le tenir avec les deux mains.
- La Figure x 1 eft la lame du couteau à planer, féparée de fon manche.
- La Figure 12 eft une piece de fer quon met entre les deux pièces du manche du couteau à planer, tant pour fixer leur écartement que pour les rendre folides.
- La Figure 13 eft le manche du couteau fans fa lame.
- La Figure 14 eft; ce même couteau, où l’on voit de quelle maniéré on ferme la lame quand on ne s’en fert pas.
- Par la Figure 15 on voit le couteau , tel qu’on le difpofo pour s’en feryir, &
- dont
- N
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- Sixième Partie. Oïàp. V. Explication des Planches. dont la lame eft arretée pat les deux viroles de peau E, E,
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- PLANCHE XXL \
- i
- La Figure I repréfente un Ouvrier occupé à planer un peigne en fe fervant du couteau , fig. 8, de la Planche XX , quil tient avec la main droite feulement, tandis que de la main gauche il retient le peigne A, qui eft appuyé d’un côté contre la tringle i?, afin qu’il ne remue pas à mefure quil fait aller & venir le couteau.
- La Figure i eft un canif à gros manche de bois, dont la lame eft courbée en forme de ferpette $ ce canif eft deftiné à couper les arêtes des dents des peignes que les couteaux à planer laiffent le long des jumelles.
- La Figure 3 fait voir les deux bras d’un Ouvrier, occupé à enlever les arêtes des dents, quen planant onlaifïè contre les jumelles du peigne 5 ce qu’on exécute avec la pointe courbée d’un canif, en tirant un trait d’un bout du peigne à l’autre le plus près poffible des jumelles, fans les endommager.
- La Figure 4 eft une table de laquelle plufieurs Peigners le fervent pour fixer les peignes quand on veut les planer , en employant les deux mains pour tenir les outils qui fervent à cette opération.
- C, eft une des deux pinces qui fervent à retenir le peigne fur la table.
- D, eft une des deux vis de bois qui ferrent les pinces pour arrêter les peignes.
- On voit par la figure y un Ouvrier affis devant une table, femblable à celle fig. 4; & fur laquelle eft fixé le peigne E , au moyen des pinces C, C. Cet Ouvrier tient avec les deux mains le couteau .Favec lequel il plane : ce couteau <eft le même que celui dont fe fert l’Ouvrier, fig. 1 ; toute la différence confiftè en ce que celui fig. 1, le tient d’une main, & celuhci le tient des deux mains. «Cette façon de planer eft plus fure & plus parfaite que la précédente.
- La Figûre 6 eft un des écrous de bois qu’on enchâffe dans la table & qui reçoivent les vis de preffion D, D : on fe fert de ces écrous afin que les vis ne rongent pas le delfus de la table.
- La Figure 7 eft une autre efpece de plane dont on fe fert pour les peignes, en place du couteau & du tranchet dont on a parlé précédemment. Cet infiniment eft tout en fer & forgé d’une feule piece ; mais le bifeau eft d acier: on y pratique deux tenons courbés où on place les deux manches A>A> afin de tenir folidement cet outil en planant.
- La Figure 8 fait voir un Ouvrier qui plane un peigné en fe fervant de l’inf-trument .fig. 7: on remarque dans cette figure que le peigne eft encore fur lé métier , & que ce métier eft celui dont on fè fert avantageufement pour faire des peignes de toutes fortes de longueurs extraordinaires, puifque les montants Ç G, peuvent être reculés autant que la longueur d’un atelier peut le permettre. Étoffes de Soie. VL Paru S 6
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- p6. L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- On voit auffi un fupporc fig. 9, qu’on fait courir fous le peigne a tel endroit qu’on juge néceflàire , pour fervir d’appui à l’endroit du peigne quon eft en train de planer.
- La Figure 10 fait voir une dent de peigne , dans l’état ou elles font toutes quand on a plané le peigne.
- La Figure 11 repréfente l’état ou elles font avant de les planer. En comparant cette figure avec la précédente , on apperçoît la différence qu il y a entre les dents planées & celles qui ne le font pas.
- PLANCHE XXII.
- La Figure i repréfente en grand le bout d’une partie de tuyau de canne, tel qu’il eft avant d’être pafïe dans aucune filiere ; les points A 9 A , indiquent l’endroit jufqu’où doit mordre la filiere la première fois qu on les tire d epaif*
- feur.
- La Figure 2. eft le même bout de canne , tel qu il eft en fortant de la filiere qui lui donne la première forme.
- On voit en /,/, des points qui indiquent les endroits que les lames de rafoir
- enlèvent quand on tire les dents de largeur.
- La Figure 3 eft encore la même dent, où l’on remarque de quelle maniéré elles font réduites toutes quand on les a mifes à la largeur quelles doivent avoir. On doit fe reffouvenir qu’en les finiflant* on enlevel’épaiffeur qui eft hors de l’écorce ot qu’on rend les deux bords de la largeur extrêmement tranchants,
- comme font les deux pointes & 9 a 9 de la figure 2. ^
- Ces trois figures qu’on vient d’expliquer ont été repréfentêes bien plus grandes que ne font aucune des dents qu’on emploie aux peignes ; mais on les a def-finées "de cette grandeur , afin de rendre plus fenfibles les effets qu’on a voulu démontrer.
- La Figure 4 eft un canif à gros manche, tel que ceux dont fe fervent les Peigners pour excarner les peignes.
- La Figure j repréfente un Ouvrier afîîs & occupé à excarner un peigne ; il tient de là main gauche le peigne B, prefqu’àune des extrémités ; l’autre bout du peigne appuyé fur fa cuifle ou il le tient de maniéré qu il ne puÜîe pas s e-chapper, & de la main droite avec un canif il excarne toutes les dents l’une après l’autre. Cette opération confifte a enlever toute l’épailTeur des dents qui excede l’intérieur de l’écorce, parce que le planage a découvert une épaiffeur aux dents , en enlevant des deux côtés la partie tranchante qui avoit été formée par la derniere filiere par où les dents avoient été pafîées.
- On voit en Cune petite table, que l’Ouvrier place à fon côté pour entrepofer les outils dont il fe fert, ainfi que les peignes , quand il en a une quantité à
- excarner.
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- Sixième Partie. Chat* V. Explication des Planches;
- La Figure 6 fait voir comment en excarnant on doit tenir le caftif avec la main.
- La Figure eft une table fur laquelle eft un peigne pofé à plat, & retenu avec un poids ; ce qui fait voir une fécondé maniéré d'excarner les peignes.
- La Figure 8 eft une table , qu'on appelle Métier à excarner, & qui fort pour une troifieme maniéré d'excarner : elle différé de la précédente en ce que le peigne eft élevé fur les couffins C * C> 3c tenu par les bandes D, D, comme dans deux preftes*
- La Figure 9 eft un des couffins, vu en face, féparé du métier > garni de fes Vis & de là bande.
- b 5 h, font les deux écrous qui fervent à ferrer la bande des couffins for les peignes pour les y affujettir.
- La Figure 10 fait voir un métier à excarner , différent de celui dont on vient de parler.; la différence qu'on peut y remarquer eft, que le couffin B eft mobile, & que ceux de l'autre métier font fixés tous les deux. Dans ce dernier métier on a rendu un couffin mobile , afin de n'être pas obligé de déranger les peignes dès qu’ils font pofés fur le métier , parce que ce font les bouts qui pofent fur les couffins ; & comme on a des peignes de différentes longueurs à excarner, on avance le couffin mouvant ou on le recule fuiyant la grandeur du peigne qu'on veut y placer.
- La Figure ri eft le couffin mouvant, vu en perfpedHye & dépourvu de fes vis.
- a j a > font les vis du couffin.
- b , b, font les écrous.
- La Figure 12 eft ce même couffin , vu en face & garni de fes vis : on apper-çoit par cette figure à quel endroit du couffin doivent répondre les trous qui reçoivent les vis afin de ne pas gêner le mouvement qu'on peut donner à ce çouffin.
- La Figure 13 eft ce même couffin, vu par deffous, où l'on peut remarquer en f9f* l’endroit où pofent les têtes des vis pour laiffer libre l'entrée des tenons dans les rainures qui leur fervent de couliffe.
- La Figure 14 eft la planche qui forme le deffus du métier, où l’on apperçok en i 9 i 9 les trous des vis qui retiennent le couffin A qui eft immobile, & en h y h , on voit les rainures dans lefquelles on enchâffe les tringles de bois F, F„ qui forment les couliffes du couffin mouvant.
- La Figure 5 eft le couffin immobile , garni de fes vis feulement.
- b , b , font les deux écrous du couffin , vus de deux façons différentes;
- D , eft une des bandes qui fervent à fixer les peignes fur les couffins.
- F 9 F, font les tringles de bois qui forment les couliffes , où l'on place les
- tenons du couffin mouvant pour le faire avancer 3c reculer à volonté.
- La Figure 16 eft le deffus du métier, jig* 8 * on apperçoit en /,/*/, /, les
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- 528 L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- quatre trous des vis qui fervent à tenir les couffins à leur place , & à fixer les peignes entre les bandes & les couffins.
- La Figure ij eft une pièce de bois qui forme un couffin , que Ton place fous les peignes de grandeur extraordinaire, entre les deux couffins fixes du métier fig, io, afin qu’en appuyant la main fur les peignes en excarnant on ne puiffe pas les endommager ; on le place à tel endroit qu’on juge à propos , & on le fait courir fous le peigne d’un endroit à un autre , afin qu’il ne gêne pas l’opération.
- FLANCHE XXI IL
- La Figure i repréfente un Ouvrier occupé à excarner un peigne , fe forvant du métier fig, 10, dont l’explication eft faite dans la Planche XXII. On a re^ préfonté dans cette figure un peigne A> d’une longueur extraordinaire* qu’on fait Ibutenir par-deflous par le couffin G, qui lui fèrt de fupport : ce couffin peut être facilement changé de place parce qu’il ne pofe feulement que fur les tringles qui forment les coulifles du couffin mouvant.
- On voit par la figure 2 le côté, dont la lame du canif qu’on emploie à excarner les peignes doit être tournée pour la moitié des dents qui eft tournée yers un bout du peigne.
- . Cette figure repréfonte un peigne , coupé for la longueur à l’endroit où eft placé le canif, pour laifler voir la pofition de la lame.
- La Figure 3 fait voir que la lame du canif doit être tournée dans un fons contraire au premier quand il s’agit d’excarner l’autre moitié des dents d’un peigne, parce que les deux moitiés font placées à l’oppofite l’une de l’autre ; c eft pour cette raifon qu’en excarnant il faut changer la lame du canif de pofition, ou retourner le peigne bout pour bout à chaque fois qu’on en a excarné la moitié.
- La Figure 4 met fous les yeux un métier particulier pour excarner les peignes* Ici le peigne eft placé fur des fupports A , A , &c. qui font fort élevés & plantés fur un métier à monter les peignes, où on peut voir encore les deux poupées en leur place.
- La Figure $ repréfente un des fupports, vu de côté.
- A , eft le montant d’un fopport,
- C,, eft l’efpece de tafleau qui s’affemble au montant 8c for lequel on pôle le peigne.
- La Figure 6 eft un Ouvrier occupé à excarner un peigne, placé de la maniéré qu’on le volt en D , fig. 4 ; cet Ouvrier eft affisdevant le métier, de maniéré que les fopports for lefquels eft pofé le peigne C , avancent prefque for foi 8c lui donnent toute la liberté de faire fon opération. On doit remarquer dans cette figure que l’Ouvrier , au lieu de tenir par-deflus le peigne, la main qui tient le canif, elle eft au contraire par-deflous ; c eft en quoi l’opération différa de celles qu’on a vues ci-devant.
- La
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- SmfeMfe Parïïe. Q*àp. V. Expticatfoii 'déà Plâncfietl ta Figure 7 repréfente un métier à excarner, fur lequel l’opération fe fait ide même que fur celui fig. 6 \ mais dont la conftruéïlon eft différente 1 ici le montant F eft fixe , celui G eft mobile ; de forte qu on le fait avancer 8c reeu~ ler autant qu’il en eft befoin, fuivant la longueur des peignes qu’on veut excarner : çe montant glifîe entre les tringles I, I, qui lui fervent de couliffe ; & quand on la mis au point où il doit être fixé, on l’y arrête au moyen de la petite clef a qui eft par-deflbus. Les fiipports L 9 L , font mouvants ; on les place à tel endroit qu’on juge néceflàire * afin que les peignes ne fléchiffent point fous les efforts du travail ou fous le poids de la main , qu’on appuie defliis pour fe donner une forte d’aifànce à opérer,,
- La Figure 8 eft le montant mobile , garni de fon fupport & de fa
- «
- vis.
- La Figure 9 eft le montant fixé, garni de même que le précédent.
- K y eft le petit montant qui porte par un bout les deux tringles /, I y qui fervent de coulifle au montant G 8c aux fupports L y L.
- L, eft un des fupports qui foutiennent les peignes fur le milieu de leur longueur , où ailleurs , afin qu’ils ne fe courbent point quand on les excarne.1
- A eft la clavette qui aflujettit lé montant G y fous les tringles de bois qui lui fervent de coulifle.
- d, eft un des fupports où pofent les bouts des peignes quand on les place fur lè métier; *
- e 9 eft une des deux petites planches qui pofent fur le bout du peigne, 8è qui par le moyen des vis, forment avec les fupports deux petits étaux qui tien- -nent folidement les peignes par leurs deux bouts.
- f9 eft une des vis qui fervent à ferrer les bouts des peignes entre les plan-thés e y e, & les fupports d, d. g , g y font les deux écrous qui ferrent les vis f , f
- PLANCHE X X IK
- Les Figures 1 8c n font deux tréteaux fur lefquels on pofe le métier, fig. 8 f qu’on a vu dans la Planche précédentey quand on veut s’en fervir.
- La Figure 3 repréfente un Ouvrier qui enduit de colle des bandes de papier avec un pinceau , pour couvir les jumelles des peignes.
- On voit par la figure 4 un autre Ouvrier qui tient un peigne avec les deux tnains par les deux bouts. Il a pofé les jumelles inférieures du peigne fur le milieu d’une bande de papier tout collé : fon foin aétuel eft de coucher le peigne en avant & en arriéré pour que la bande de papier couvre également les ju-, meltes des deux côtés du peigne. On apperçoit fur la table de cet Ouvrier un peigne K , dont les jumelles font couvertes de papier : on en voit en L â’m~ très qui ne font pas encore couverts.
- Étoffes de Soie. FL Paru T 6
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- 530 L'ART DES ETOFFES DE SOIE.
- La Figure y fait voir un Ouvrier occupé à couper des bandes de papier pour couvrir les jumelles des peignes : il eft affis devant une table , fur laquelle eft une bande de fer , contenue par des vis , & qui forme une efpece de prefle , fous laquelle on place une quantité de feuilles de papier, dont on a marqué celle de deflus avec un compas, par des points également efpacés d’un côté 8c d’autre, afin que les bandes de papier foient coupées d'égale largeur. On a foin de placer les deux points qui fe répondent d’un bout de feuille à l’autre , for une même ligne , & également diftants du devant de la bande de fer B ; enfuite avec le coupoir D , que l'Ouvrier tient dans là main droite, il coupe les bandes en appuyant la lame de cet inftrument le plus près poflible de la bande de fer, & divife par ce moyen toutes les bandes pareilles les unes aux autres.
- La Figure 6 eft le couteau à couper les bandes.
- La Figure 7 eft la lame féparée de fon manche.
- La Figure 8 eft le manche, garni de deux viroles de fer pour le rendre folide.
- La Figure 9 eft le deflus de la table for laquelle l’Ouvrier coupe les bandes de papier : on apperçoit en l, l, les écrous des vis qui fervent à tenir la bande de fer.
- La Figure 10 eft la bande de fer qu’on fixe for la table , pour former la prefle qui retient le papier , & empêche que les feuilles ne fe dépareillent quand on les divifo par bandes.
- a , a, font les deux écrous à oreilles qui ferrent la bande de fer for le papier qu’on coupe.
- b, b, font les deux vis qui fervent à forrer la bande de fer.
- PLANCHE XXV.
- La Figure 1 de la XXVe Planche, rêpréfente une forte de coffre dont fe fervent les Peigners pour forrer les bandes de papier : ce coffre eft divifé en plufieurs cafés, toutes numérotées depuis 1 jufqu’à 24 d6nt il eft compofé ; chacune de ces cafés contient des bandes de papier d’une differente largeur: on en ufe ainfi^ parce que les jumelles étant plus grofles les unes que le.s autres, ou le ligneul des differents comptes des peignes les groffîfiant , il faut né-ceflairement que les bandes de papier qu'on emploie pour les jumelles les plus grofîes, foient plus larges que celles qui fervent à couvrir les jumelles des greffe ur s inférieures ; c eft pourquoi on a de tant de fortes de largeurs de bandes de papier.
- La Figure 2 repréfente une table, au bord de laquelle eft un chaflis propre à porter les jumelles des peignes quand on les couvre de papier. Ce font deux petits montants C, C , entaillés par leur bout fopérieur où l’on place le
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- Sixième Partie. Ciïap. V. Explication des Planches53 r peigne. Ces montants font mouvants, de forte qu’ils tournent comme fur un axe, au moyen des chevilles e , e qui les tiennent contre les pinces de bois B, B; de maniéré qu en couvrant les jumelles, on fait aller & venir ces montants félonie befoin.
- La Figure 3 eft une des deux pinces qui fbpportent les deux montants C, C*
- La Figure 4 efl: l’affemblage des deux mêmes montants avec la traverfe E*
- C, efl un des deux montants féparé du métier & de fon aflemblage.
- F, efl la traverfe qui aflemble les deux montants.
- a 9 a> font les deux chevilles quiaffemblent les deux pinces B, B avec la planche A, qui forme le deffus de la table.
- e , e> font les deux chevilles qui fervent d’axe aux montants C C.
- La Figure y repréfente un Ouvrier , dont l’occupation efl de dreffer les dents des peignes avec un fer chaud , qu’il paffe entre celles que les efforts du planage ou de i’excarnage ont courbées.
- La Figure 6 efl un fer, vu en grand, femblable à celui dont fe fort l’Ouvrier , fig. y , pour dreffer les dents.
- La Figure 7 efl un réchaud de fer, dans lequel on fait chauffer les fers à drefîèr les dents : on y en met plufieurs à la fois pour ne pas perdre de temps , parce qu'à mefure que celui dont on fe fert actuellement fe refroidit, les autres fe chauffent ; par ce moyen en en quittant un froid, on en prend un de ceux qui font chauds.
- La Flgure S efl une table devant ou à côté de laquelle l’Ouvrier s’affied pour entrepofer fes outils ou les peignes , avant & après en avoir dreffé les dents.
- La Figure 9 efl le fer dont on fe fert pour dreffer les dents,, avec fon manche.
- La Figure ic repréfente un autre Ouvrier qui dreffe les dents des peignes avec un fer différent du premier : le peigne efl fupporté fur la table par deux morceaux de bois entaillés, & il efl placé deffus, de façon à ne pouvoir aller ni en avant ni en arriéré.
- La Figure 11 efl un fer à drefler les dents: il efl courbé vers le milieu de fa. longueur, ce qui le rend plus commode au travail : il efl femblable à ceux dont fe fert l’Ouvrier fig. 10. v
- La Figure 12 efl un des morceaux de bois, dans les entailles duquel on place le peigne pour dreffer les dents , ainfi qu’on en voit deux en L , L, fig, 10.
- Fin de VExplication des Planches.
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- L'ART DU PEIGNER
- OU FAISEUR DE PEIGNES,
- TANT POUR LA FABRIQUE DES ÉTOFFES DE SOIE, QUE POUR TOUTES AUTRES ÉTOFFES ET TISSUS, comme Draps, Toiles , Gazes, &c.
- IIe. SECTION DE LA VIe. PARTIE.
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- Contenant tous les procédés qu'on emploie pour faire les Peignes d9 acier liés, SC ceux de toute autre madere qui font ufage
- dans les Manufactures.
- INTRODUCTION,
- Les Peignes de canne dont on vient de détailler la conftruCHon dans k première Partie de ce Traité , font ceux dont on s’eft fervi le plus anciennement , & même univerfellement. Ils font très-bons pour fabriquer toutes fortes d’Etoffes, & font encore en ufage dans prefque toutes les Manufactures de l’Europe ; on peut même dire que pour certains genres, ils font préférables à ceux d’acier ; mais fur la fin du fiecle dernier on vit éclorre plufieurs genres d’Etoffes, dont il paroît que nos Anciens n ont jamais eu connoiflànce : la Mécanique , portée au plus haut degré de perfeétion , a fins doute applani les difficultés qu’ils n’avoient peut-être pas pu vaincre jufqu’à ce moment ; peut-être auffi eft - il dans les productions de l’efprit humain des époques affignées , qu’il n eft pas poffible d’avaficer. Quoi qu’il en foit, la néceffité d’exécuter les Etoffes qu’on venoit d’inventer, a rendu infuffifants à beaucoup d’égards les Peignes de canne , dont on ne peut cependant fe paffer pour toutes les autres, & l’obligation de refferrer dans un efpace fort étroit une quantité immenfe de dents, qu’on ne pou voit plus faire en canne fans leur ôter leur principale qualité , la force, a dû naturellement leur faire fubftituer l’acier, que l’induftrie des hommes gouverne à fon gré, & dont on eft venu à bout de former du fil auffi fin que des cheveux.
- Malgré les foins que j’ai pris pour fixer l’époque de l’invention des Peignes d’acier, & en faire connoître l’Auteur , je n’ai pu venir à bout d’en fuivre la trace ; les uns affurent que la France en a le mérite ; d’autres prétendent que Étoffes de Soie. VL Part. ,V 6
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- 534 L'ART DES ETOFFES DE SOIE. nous la devons à l’Angleterre ; d’autres enfin foudennent que les Italiens les ont les premiers mis en ufàge, 8c donnent pour preuve de cette affertion, que les François n’ont connu les Peignes d’acier que par les Lucquois, dont ils ont appris à fabriquer le Velours 8c le Damas.
- Il eft vrai que cette Ville a fourni à l’Europe entière de grandes connoiffitnces fur la fabrique des Etoffes de Soie : les Génois o.nt auffi contribué à l’avancement de nos Manufactures f 8c il paroît affez vraifèmMable que ces deux Villes, en communiquant leurs procédés, auront auffi fait part des inftruments qu’ils y employent.
- Ce que j’avance ici auroit fans doute befbin de l’appui de quelqu auteur digne de foi, ou de quelque monument hiftorique qui en conftatâflent l’auten-ticité ; mais la tranfmigration des Manufactures eft fi moderne , eft fi connue , que j’ai moi-même parlé à des Ouvriers qui ayoient connu quelques-uns de ces Lucquois qui étoient pâlies en France pour y communiquer leurs opérations • quant aux Génois, j’ai eu occafion de connoître une partie de ceux qui nous ont donné les connoiflànces les plus étendues fur les velours plein 8c à, jardin , dont nous avons tiré les velours mignature.
- Parmi ces Génois, quelques - uns font encore exiftants à Lyon : ils étoient alors deux freres qui ont fabriqué les premiers les velours plein & à jardin , & leur pere étoit employé à rafer le velours plein. Ils avoient d’abord palfé à Tours; mais attirés par la renommée de la Ville de Lyon , ils y vinrent 8c furent accueillis* comme on y reçoit ordinairement les talents fupérieurs. Ces détails que j’ajoute ici n’ont pour but que de rappeiler à ceux qui les connoiflènt * une époque qu’ils ne peuvent avoir oubliée entièrement * & de déterminer par des faits connus * ce que je n’ai pas craint d’avancer,.
- Quant au pafîâge des Lucquois en France, il paroît qu’on peqt le fixer à la fin du fiecle dernier. Ils vinrent à Avignon ; mais ayant trouvé cette Ville, déjà habile dans le talent qu’ils vouloient y exercer, ils n’y furent, par cepte raifon, reçus avec aucune autre diftinétion que celle d’habiles Ouvriers.
- Il n’eft pas vraifemblable , comme le prétendent les Avignonnois, que les premiers Peignes d’acier ayent été fabriqués dans^cette Ville ; on n’y en a trouvé aucune marque ni aucun uftenfile ; mais il peut être vrai qu’ils s’en foient fervis les premiers en France , & qu’ils les ayent tirés de l’Italie, avec laquelle iis ont toujours eu une très-grande liaifon, comme étant fous une même domination. Cette conjecture eft fondée fur un fait qui m’eft perfonnel, & qu’il, n’eft peut - être pas indifférent de rapporter pour appuyer ma conje&ure. Me trouvant un jour à Avignon, j’y achetai de vieux uftenfiles de Fabrique* dans le deffein de les faire tranfporter à Nîmes, ma Patrie : parmi ces uftenfiles il y avoir deux ou trois Peignes d’acier hors d’état de fervir, que celui qui me les vendoit, m’affura venir de fort loin; d’ou je conclus qu’ils n’avoient pas été faits en France ; car il ne m’en auroit rien dit, s’il eût été ordinaire d’en voir de pareils.
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- Sixième Partie. II. Sect. Des Peignes d'acier liés , êc. yjf J etois jeune alors, & je réfléchis peu fur cet objet, & ne tardai pas à me repentir de n’avoir pas pris là-defliis des renfeignements plus particuliers.
- Quelques Piémontois ont prétendu que la connoiflance des Peignes d’acier en Europe étoit auffi ancienne que celle de la Fabrique des Etoffes de Soie ; ils aflurent que les Vobtiens 8c les Calabrois ont les pretniers fabriqué en Europe de ces Etoffes, & qu ils ont eu en même temps connoiflance des Peignes d’acier, parce que , difent - ils , les Indiens, les Chinois 8c les Perfes s’en fèrvoient alors. .
- Il eft fans doute ppflïble que ces trois peuples, chez qui fart de fabriquer *es Etoffes de Soie eft beaucoup plus ancien qu’en Europe, puifque c’eft d’eux que les Européens en ont eu les premières connoiflànces, ayent employé les Peignes d acier dans leurs 3M anufaélures | mais du moins , rien , à mon avis, ne prouve que l’ufage de cet uftenfile foit auffi ancien en France que nos Fabriques , en adoptant même l’idée des Fabriquants, qui prétendent que l’invention nous en appartient. Ils prétendent que le dépériflement très-prompt des dents des lifieres, tant qu’on les à faites en canne , a engagé à applatir au marteau du fil de fer, pour les faire avec ce métal ; qu’enfuite le laminage de l’or & de l’argent a fait naître l’idée de laminer du fil de fer & de l’employer pour les dents dm Peignes. Il eft vrai que le laminage de for 8c de l’argent a un rapport immédiat avec celui des dents de Peignes ; mais on n’en peut rien conclure pour le temps 8c le lieu de cette invention.
- Quoi qu’iken foit de l’invention des Peignes d’acier, il eft certain qu’elle a procuré aux Manufactures d’Etoffes de Soie un avantage d’autant plus confidé-rable, que ces fortes de Peignes rendent une très-grande quantité d’Etoffes, à la fabrication defquelles on les emploie par préférence , plus parfaites que ceux qu’on fait ordinairement en canne ; mais cette utilité a fes bornes, & telle Etoffe réu(lit très-bien avec un Peigne de canne , qui n’en admettroit point d’acier ; c’eft à l’Ouvrier intelligent à faire ce difoernement.
- Les Peignes d’acier ne font en ulàge à ma connoiflance que dans les Fabriques d’Etoffes de Soie. Je ne crois pas même qu’on puifle les employer pour les Etoffes de Coton, de Laine ou de Fil ; ©u s’il y en a quelques-unes, le nombre en eft fort petit ; car ces matières font peu capables d’efliiyer le choc d’un Peigne , qui ne fauroit avoir autant d’élafticité que ceux de canne ; les frottements même déchireroient les brins de la chaîne, 8c la mettroient hors d’état de fervir ; d’ailleurs ces Etoffes ne font pas fufoeptibles d’un maniment carteux, comme le font celles de Soie : il ne s’agit dans leur fabrication* que de leur donner une certaine épaifleur, 8c de faire joindre également les duites de la trame dans toute la longueur de l’Etoffe , pour leur donner toute la perfection dont elles font fofceptibles : au furplus , les fils de la chaîne de ces fortes d’Etoffes ne font ordinairement paffes entre les dents que deux par deux, 8c n’y efluyent pas des frottements confidérables ; c’eft pourquoi les Peignes, dont les dents
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- 536 L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- font de cânne, & par conféquent flexibles , leur conviennent beaucoup plus , pourvu que leur hauteur, largeur & épailfeur foient déterminées dans ^ de juftes proportions.
- On pourroit, fans contredit, employer les Peignes d'acier à la fabrique de toutes fortes d’Etoffes de Soie, meme dans les comptes les plus fins, fans que lèur qualité en fut aucunement altérée, & même celles qui ont été ainfi Fabriquées, ont un manknent plus carteux, & un éclat au-deffus de celles auxquelles on a employé des Peignes de canne. Cet avantage eft affurément capable de déterminer les Fabriquants à ne fe fervir que de Peignes d'acier ; mais toutes les fortes de Soie ne font pas en état de fiipporter le frottement de leurs dents. Je ne parle pas même du nombre de brins qu'on mettroic entre chacune ; car deux fils d'une certaine qualité de foie pourroient ne pas pafïèr entre deux dents, tandis qu'on y en feroit mouvoir huit ou dix d'une autre qualité, & même dont les brins feroient plus gros, fans recevoir la moindre atteinte.
- Il faut, dans la fabrication des Etoffes, employer des Foies de toutes les qualités , fuivant qu'on les a préparées pour les chaînes des différentes Etoffes : elles different entr'elles en groffeur, en nerf, en apprêt; & ces différences exigent plus ou moins de ménagement dans l'emploi qu'on en fait : il faut combiner les frottements que peuvent effuyer telle ou telle efpece de foie, & que les uften-files qu'on y emploie, foient proportionnés à leur force. Si, par exemple, ou vou-loit faire une étoffe avec une foie fine, & qui eût reçu peu d'apprêt, & qu'on voulût y employer un remiffe de gros fil Sc un Peigne à fortes dents, il eft certain que les difficultés feroient fans nombre , & l'étoffe défeétueufe & fans éclat. •
- Lorfque la foie eft fine, qu’elle a reçu peu d’apprêt, <k qu'elle a été ourdie fimple , on doit fe fervir de Peignes de canne par préférence à ceux d'acier ; il y a encore une raifon déterminante pour les Fabriquants , qui leur fait préférer les premiers aux autres; c eft que ceux d'acier font moins coûteux ; mais il me femble que cette différence ne devroit faire impreffion que fur les Ouvriers qui font quelquefois obligés de fe fournir de Peignes; car les Fabriquants retrouvent aifément fur la fupériorité de leurs étoffes, ce qu'un Peigne d'acier leur coûte de plus ; auffi beaucoup de Fabriquants ont-ils pris le parti de les fournir eux-mêmes à leurs Ouvriers, à qui la modicité du gain ne permet fouyent pas de faire cette dépenfe-
- Les Peignes d'acier conviennent parfaitement à la fabrication des gros-de-Tours, des gros-de-Florence , des gros-de-Naples, des Moëres, des gros Satins , auxquels on ne donne aucun apprêt après les avoir fabriqués ; des Velours de tout genre, fur-tout quand on veut les rendre carteux ; car fi on veut les rendre moelleux, le Peigne d'acier leur devient contraire.
- On peut établir pour réglé générale , que toutes les étoffes qu’on fabrique a la tire , & qui font fefceptibles d'avoir un corps carteux, doivent être faites
- avec
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- Sixième Partie. II. Sëct. Des Peignes d'acier liés , y 37
- avec des Peignes d’acier ; mais celles qui font fufceptibles d’apprêt après leur fabrication, doivent toutes être faites avec des Peignes de canne ; car le Peigne d’acier n’a fur ceux de canne aucun autre avantage que de donner à l’étoffe une force plus confidérable, & de tenir la quantité des fils qui paffent entre chaque dent écartés les uns des autres ; en forte que fi on a mis, par exemple, huit Sis entre chaque dent, ces huit fils ne forment point un cordon , mais font diftinéts & féparés les uns des autres, 8c même on en reconnoîtra la pofition fiir l’étoffe à l’aide d’un microfcope ; par conféquent la trame eft mieux 8c plus fortement contenue par des fils qui s’étendent en furface, que par d’autres, qui ne forment pour ainfi dire qu’un feul brin ; & tous les intervalles qui régnent entre chaque fil de cet affemblage, forment une régularité fur l’étoffe qui en augmente encore la beauté.
- Les Peignes de canne ne fàuroient produire le même effet, parce que la flexibilité des dents ne permet pas aux fils de la trame de fe joindre aûfli intimement, 8c même les fils qui fe meuvent entre chaque dent, couvrent la trame en entier, parce que les dents fléchiflànt fous le coup débattant, les brins de foie fe trouvent à cet inftant moins reflerrés , s’écartent à droite & à gauche, & ne gardent aucun ordre entr’eux. Lorfqu’on apperçoit fur l’étoffe quelque trace produite par fépaiflèur des dents, on juge que le Peigne de canne qui la fabrique efl: fort de dents ; ce qui provient de ce que la foie trop gênée entr’elles n’y coule pas avec la facilité qui lui efl néceiïàire ; 8c fi ces traces font inégales, c eft une preuve que les dents n ont pas été tirées parfaitement d’épaifleur.
- J’ai dit qu’on n’employoit pas de Peignes d’acier à la fabrication des étoffes qui font deftinées à recevoir de l’apprêt ; en voici la raifon. Ces étoffes font ordinai rement les plus légères, auxquelles l’apprêt répare ce qui manque du côté de la matière ; cet apprêt dérange l’ordre que le Peigne avoit établi entre les fils de la chaîne dans toute la longueur de l’étoffe ; & l’expérience a appris, que lorfqu’une pareille étoffe efl fabriquée avec un Peigne de canne, les fils de la chaîne fe rangent pour ainfi dire d’eux-mêmes fur la trame , & ne font prefque plus fufceptibles de fe déranger, & comme ils fe trouvent moins intimement liés , ils fe pénétrent plus aifément des drogues qui entrent dans la compofition de cet apprêt.
- Toutes les étoffes, dont le fond efl fatin ,, feront mieux fabriquées avec des Peignes de canne , parce que la beauté du fatin dépend de l’égalité dans la dit perfion de la chaîne ; ce qui fait qu’on n’y voit aucunement la trame ; auflî plus la chaîne couvre la trame, plus le fatin efl velouté. Ceux qui fabriquent des Satins avec des Peignes d’acier, ont intention de leur donner de la force , que ceux de canne ne leur donnent jamais ; mais ils n’acquierent cette force qu’aux dépens de la beauté 8c de l’éclat qui caraélérifent fi agréablement le Satin.
- Il efl fi vrai que c’eft la chaîne qui conftitue l’effence du Satin , qu’on en
- fait paroître à peu-près les fept huitièmes, fur un huitième de trame, du côté
- / _______________________
- Etoffes de Soie. VI. Pan, X 6
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- 538 L3ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- de Iendroit ; mais on y emploie les Peignes les plus fins, fans crainte des irrégularités qui fe rencontrent dans le nombre des fils qu’on pafTe dans chaque dent ; les unes en contiennent fix, d’autres cinq, Sc d’autres enfin en contiennent fept ; quelquefois ces nombres fe répètent fuivant une alternative réglée ; quelquefois auffi cette alternative n’a pas lieu dans toute la largeur de l’étoffe , à caufe du peu d’accord qui fe trouve entre la quantité des dents des Peignes , Sc le nombre de fils dont la chaîne eft compofée ; Sc voici comment on en fait la répartition.
- Suppofons qu’on ait <5400 fils à paffer dans un Peigne de 800 dents ; en mettant 8 fils par dent, on trouvera l’emploi jufte de tous les fils, puifque 800 fois 8 donnent 6400 ; mais fi la chaîne n’eft que de 6000 fils, & que le peigne foit le même, il faut en mettre alternativement 7 dans une, & 8 dans l’autre, dans toute la longueur du peigne ; ainfi on aura 400 dents à 7 fils, & 400 à 8 ; les 400 dents à 7 fils en employèrent 2800 , & les 400 à 8 fils en contiendront 3200 ; ainfi ces deux fommes faifànt celle de 6000 , conviendront au nombre total de la chaîne.
- Si l’on avoit ^oofils à diftribuer dans un peigne depoodents,il faudroit mettre 7 fils dans 800 dents, & 8 dans les 100 autres : on met le moindre nombre vers les extrémités, alternativement avec les plus forts d’autres mettent les divifions de 7 fils au milieu 5 mais dans tous les cas on a foin de garder l’alternative de 7 & de 8 fils.
- Je ne fuis entré dans ces détails, qui conviendroient mieux à l’endroit où il s’agira dans la fabrique des Etoffes de Soie de monter un métier pour du fatin ; mais j’ai eu deffeinde rendre fenfible l’inutilité des Peignes d’acier pour le fatin, fî ce n’eft, comme je l’ai déjà dit, dans les petits Satins, dont l’apprêt fait toute la confiftance. Il eft cependant vrai, qu’un latin' tramé à un feul brin peut faire coucher les dents d’un Peigne de canne plus vîte que celles d’un Peigne d’acier ; mais il faut opter entre la crainte d’ulèr le peigne un peu plus vite, & celle de faire le fatin moins beau, & je ne crois pas qu’il y ait à balancer entre la dépenfè d’un peigne Sc la vente d’une étoffe ; d’ailleurs cette économie eft fort mal entendue , puifque fi un Peigne d’acier dure deux fois autant qu’un de canne , en revanche il coûte le double ; d’un autre côté une trame foible ne làuroit réfifter aux efforts d’un Peigne d’acier comme à ceux d un de canne.
- Comme l’Art du Peigner que je traite n’eft pas un Art ilolé, & qu’il tient de très-près à la Fabrique des Etoffes de Soie, dont j’ai ofé entreprendre la defeription ; fi d’un côté je ne néglige rien pour décrire tous les procédés qui le conftituent, je crois que l’on ne peut me fiivoir mauvais gré de tourner principalement mes vues du côté de l’Art le plus précieux parmi ceux auxquels il a rapport : tout ce que des Fabriquants d’étoffes de moindre conféquence pourront me reprocher, c’eft d’avoir exigé trop de foins pour les Peignes qu’ils mettent en œuvre ; mais ils peuvent fe raffiner ; les Ouvriers en rabattront
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- Sïxïemë Partie* IL Sect. Des Peignes d’acier liés, y39
- toujours aflez , & laperfeétion n’eft jamais un défaut. La perfection des Etoffes de Soie dépend de tant de foins, qu’aucun ne fauroit être négligé fans confo. quence.
- C’efl: mal-à-propos qu’on nomme Peignes P acier ceux dont la defcription va nous occuper ; car on fe fert fort peu d’acier pour faire les dents ; elles font prefque toutes de fer, foit qu’il foit moins cher, ou que le fil d’acier foie plus aifé à cafler. Quoi qu’il en foit, les Peignes d’acier, car c’eft ainfi qu’on les nomme dans toutes les Manufactures, fe montent à peu-près comme ceux de canne , & cependant les Peigners qui font les uns , ne font ordinairement pas les autres ; ceux qui entreprennent ces deux efpeces n’y réufîiffent pas également , & fouvent même ils ne réuffiflent à aucune, la préparation des dents, & la maniéré de les monter étant abfolument différentes.
- La préparation des gardes, des jumelles , & du ligneui, eft abfolument la même qu’aux Peignes de canne ; les dents font placées & retenues de la même maniéré ; ainfi je ne répéterai ici rien de ce que j’ai dit dans la Partie précédente, à laquelle je me référé à cet égard.
- Les métiers, dont j’ai donné la defcription, peuvent fervir aux Peignes d’acier ; mais comme il y a des ufàges particuliers que je fuis obligé de rapporter, je mettrai fous les yeux du Leéleur trois maniérés qui font généralement adoptées parmi les Ouvriers de ce genre.
- Les dents font, comme je l’ai déjà dit., formées avec du fil d’archal applattî ,• & mis de largeur & d’épaiffeur convenables : ce font ces deux opérations que je yais décrire, & qui feront l’objet du Chapitre fuivanu
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- 546 L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- CHAPITRE PREMIER.
- Defcription des moyens qu'on emploie pour applatir le fil de fer9 pour en régler les différentes épaiffeurs , SC couper les dents de longueur, fuivant la hauteur des foules, ôGc.
- Article Premier.
- Du choix du fil-d’archal propre à faire les dents.
- Le fil - d’archal dont on fc fort pour les dents des Peignes doit être d’un fer doux y point pailleux, & le plus égal qu on peut rencontrer. Il ne faut pourtant pas qu il foit trop doux, parce que le moindre effort feroit plier les dents, qui, n’ayant prefque pas d’élafticité, refteroient courbées; & pour en faire i’eflài on prend un bout de fil de fer de 3 pouces de long ou environ ; on le courbe un tant foit peu, comme on le voit fig. t, PL 26, en le tenant par les deux bouts j puis l’ayant lâché, il doit fo redrefler parfaitement comme il étoit auparavant* L’attention que je recommande de ne fo forvir que de fil de fer bien élaftique, eft de la plus grande conféquence ; fans cela les dents une fois courbées ne fo redreflent plus, & les fils de la chaîne, trop ferrés entre les unes, & trop écartés entre les autres, produifent fur toute la longueur de l’étoffe des rayes qu’il eft im~ poffible d’éviter. J’ai, pour rendre ce défaut fenfible , fait graver, fous de trèsj fortes proportions, fig. 3 , un Peigne, où ces inégalités de courbure font rendues très-apparentes.
- Ce n’eft pas feulement fur la largeur que les dents peuvent fo courber ; lorfo que le fil-d’archal eft trop mou, elles fe courbent aufli fur leur épaifleur , comme on le voit par la figure 4. Le défaut que cela produit fur l’étoffe eft d’uneautre ef-pece ; la trame qui doit à chaque duite être incorporée avec la chaîne fuivant une ligne droite, déterminée par l’alignement des dents du peigne, forme à l’endroit de la courbure une finuofité, qui fe répétant à chaque duite, produit fur la longueur de l’étoffe une raye aufli défeélueufe que celles dont j’ai déjà parlé. La courbure dont je parle ne fàuroit guere arriver aux dents d’un peigne que par quelqu’accident étranger à la fabrication ; car comme toutes les dents d’un peigne portent à la fois contre la trame, il eft prefqu’impoflible quelles fe fauffent dans ce fens en travaillant. Il faut donc n’employer que de très-bon fil-; d’archal, & même celui d’acier feroit infiniment meilleur à beaucoup d’égards; Premièrement il a les pores plus ferrés, & par conféquent eft fufceptible d’une plus grande élafticité ; il prend un plus beau poli, & par conféquent il ufe
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- Sixième Partie. II. Sect. Des Peignes d'acier liés , &c. s moins les fils de la chaîne , enfin il eft moins fbjet aux pailles, aux rugofités, »=====*» 8c étant mis à une très-foible épaiffeur , eft plus fufceptible de roideur & de ^LA^HE force ; mais le préjugé s’oppofe encore en cette partie à l'avancement de nos Manufaélures ; peut-être qu'un jour on reconnoîtra cette erreur.
- Un autre inconvénient auquel les Peignes de fer font très-fujets , c’eft: la rouille ; pour peu qu’un peigne ceffe de travailler, quoiqu’il refte fur le métier,
- & que la chaîne foie paffée dedans, fi l’endroit n’eft: pas parfaitement fec, il eft auffi-têt faifi de la rouille. Ceux d’acier n’y font pas auffi fujets , Sc même avec un peu de foin on pourroit les en garantir fort aifément. Il eft un moyen de dé- » rouiller les Peignes qui n’eft: pas facile à pratiquer à caufe de la fineffe des dents ; mais pour ne rien laifler à defirer fur cet Art, je donnerai à la fin de ce Traité les moyens qu’on met en ufage pour cela.
- C’eft une chofe prefqu’incroyable que l’ignorance dans laquelle les Ouvriers les plus intelligents dans leur Art, font à l’égard des autres , dont ils pourroient cependant quelquefois tirer avantage ; occupé moi-même à toutes les recherches qui concernent l’Art que je décris aujourd’hui, j’ai long-temps confondu le fer avec l’acier, & ainfi que mille autres, j’ai cru long-temps que l’acier n’étoic autre chofe que du fer trempé: & comme il eft à peine pratiquable de tremper des dents, à caufe de leur fineffe , du moins par les méthodes ordinaires , j’étois fâché qu’on ne pût pas leur procurer les qualités que j’admirois dans beaucoup d’Ouvrages d’acier. J’apprends avec une entière fatisfaélion qu’il eft poffible de convertir le fer en acier, dans un Ouvrage publié par l’Académie des Sciences : j’efpere que nos Manufaélures tireront à la fin la perfeélion à laquelle elles tendent, de ce trophée , élevé pour l’utilité publique fous les aufpices de cette favante Académie.
- Après avoir choifi la qualité du fer dont on forme les dents, il faut déterminer les groffeurs qui leur conviennent; ces grofteurs varient fuivant l’épaiflèur quelles doivent avoir. Le Peigner doit donc favoir quel numéro de fil de fer convient à telle épaiffeur de dents , fuivant le compte du peigne.
- On peut voir dans l’Art du Fil de fer ou Fil d’archal, publié par M. Duhamel du Monceau , Citoyen zélé pour le bien public, Académicien diftingué dans toutes les Sciences * & plus que tout cela encore, Proteéleur des Arts, qu’il cultive & éclaire aux dépens de la propre fortune, de quelle maniéré on tire le fer par des fiiieres de différents degrés, pour le réduire à la groffeur d’un fil très-délié. Les Tréfileurs ou Tireurs de fil le divifènt en vingt - neuf groffeurs différentes, à laquelle ils aflignent chacune un numéro, depuis i, qui eft le plus fin , jufqu’à 29 , qui eft le plus gros: c’eft dans ces différentes grofteurs que le Peigner doit connoître celle qui convient à telle ou telle épaiffeur de dents, fuivant le compte du peigne qu’il doit fabriquer.
- Tous les Ouvriers n’employent pas à un même compte de dents, du fil de fer d’une égale groffeur, ou pour mieux dire d’un même numéro: les uns prétendent Étoffes de Soie. FL Paru Y 6
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- 34* VAR T DES ÉTOFFES DE SOIE.
- qu’il faut l’employer plus fin , d’autres plus gros, & cependant tous deux remplirent le même objet. Qu’il me fbit permis d’établir ici une réglé générale, que je n’ai puifée chez aucun Fabriquant, 8c que je m’attends à voir contredire par le plus grand nombre d’entr’eux ; mais j’en appelle au public éclairé que je vais faire juge de mon fentiment.
- Je fuppofe qu’il s’agiffe de fabriquer un peigne de 800 dents, fur 20 pouces de longueur , & qu’il réuffifte très-bien avec du fil de fer du numéro 3 : il eft allez ordinaire de rencontrer des Ouvriers qui le feront avec un fil du numéro 4; mais pour peu qu’on y réfléchifle , les dents de ce dernier feront plus épailîès ou plus larges , puifque dans une même longueur donnée il y a plus de matière : fi elles font plus épaiffes , la chaîne n’aura pas la même liberté entre les dents , & fi elles font plus larges, elle y effuiera plus de frottement ; il vaut cependant mieux tomber dans le défaut de plus de largeur , que de trop d’épaiffeur, on en eft quitte pour tenir la foule un peu plus haute ; ce qui y remédie en partie.
- On tomberoit dans un défaut oppofé, fi , au lieu d’un fil du numéro 3 , que je fuppofe être celui qui convient, on vouloit en employer un du n°. 2 ; les dents feroient trop foibles, les Etoffes ne prendroient pas fuffifàmment de qualité ^ les dents au moindre effort fe tortueroient & deviendroient courbes, & le peigne entier fe coucheroit dans toute fa longueur : il faut donc éviter avec foin ce double inconvénient qui peut faire un tort égal à un peigne ; & comme il n’eft pas de mal-façon à laquelle on ne puifte apporter quelque remede, nous avons vu que quand les dents font trop larges, il faut tenir la foule un peu plus haute ; on emploiera l’expédient contraire fi elles font d’un fil un peu trop foible, & par ce moyen on leur rend un peu de la confiftance que trop de hauteur leur auroit ôtée.
- De quelque compte de dents que foit un peigne , il ne faut leur donner guere plus d’une demi-ligne de large ; mais par rapport à la finelîe, il n’eft pas poffible de la déterminer exactement ; c’eft d’après le nombre de dents & la longueur du peigne qu’on doit fe régler, & c’eft alors qu’on varie avec intelligence la groffeur du fil de fer. Il eft certain, par exemple, qu’un peigne de mille dents fur 20 pouces, ne doit pas être fait avec le même numéro que celui de 800 fur la même longueur ; & pour opérer avec certitude, les Peigners ont une jauge , telle que la repréfente la figure 5, PL 26, dont l’entaille A doit contenir un nombre connu de dents ; & fi elle en contient 72 pour un mille dents, fur 20 pouces , elle n’en contiendra que 52, d’un 800 fur la même longueur , & toutes à la même largeur. La différence 11e doit donc naître que de lepaiffeur, & par conféquent des différents numéros du fil de fer ; & l’Ouvrier doit donc favoir à quelle largeur & épaifteur fera réduit tel ou tel numéro de-fil au fortir du laminoir, que pour me conformer aux termes reçus dans les Manufactures j’appellerai dorénavant Moulin.
- Toute l’attention du Fabriquant de Peignes d’acier eft, de n’employer qus
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- Sixième Partie. II. Sect. Des Peignes d*acier lies, &c. des dents, dont la groflèur foit proportionnée à leur nombre ; 8c quoiqu’il foit poflible de faire un peigne d'un moindre nombre de dents avec des dents plus .fines, puifqu'il fuffit alors d'employer de plus gros ligneul,& de tenir la foule un peu plus baffe, il vaut toujours mieux affortir les grofleurs aux comptes de peigne, 8c ne donner de la foule que convenablement à leur finefle: fi l'on veut donner la même foule à un 800 qu'à un mille , le premier fera trop fort % & l'autre trop foible ; i un oppofera trop de réfiftance aux fils de la chaîne, & l'autre fléchira trop aifément : de-là vient, pour le dire en paflànt, que certains Fabriquants font furpris que tel qui pafle pour bon Ouvrier, ne fabrique pas chez eux d’auflî belles Etoffes qu'il en fabriquoit ailleurs : on s'en prend à la qualité des Soies , à i'Ouvrier ; c’eft au peigne qu'il faut imputer les défauts dont on fe plaint.
- Comme dans la defcription d'un Art, ce qu'il y auroit de plus avantageux, fèroit d'établir des réglés générales fur tous les procédés, 8c que cela n'eft pas fouvent poflible ; je ne manquerai jamais de faire connoître celles qu'on peut admettre. On peut donc dire en général qu'un Peigne d'acier de 1000 dents, fur 20 pouces de hauteur, doit avoir de 18 à ip lignes de foule ; & que ceux à 800 dents doivent en avoir depuis 20 jufqu'à 22 : cela fuffira je penfe pour fervir de réglé à tous les autres ; & plus les comptes font fins, moins on doit donner de foule, pour compenfer par la hauteur ce qu'on ajoute en force.
- • ..Article Second.
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- De la fnaniere cfapplatir le fil-Par chai pour les dents des Peignes , & des moyens de connoître les differentes épaiffeurs quil convient de lui donner fuivant le compte des Peignésê
- Les Peigners en canne ont coutume, comme on l’a vu dans la Seftion précédente , de faire en acier les dents des lifieres ; mais comme le nombre de ces dents eft fort petit, relativement à celui des dents du peigne, ils fe contentent d'applatir le fil de fer avec un marteau à'tête plate , fig. 7, PL 26 9 fur une bigorne ,fig. 8 , montée fur un billot à la hauteur convenable à un Ouvrier qui travaille aflis.
- Cette maniéré d'applatir les dents eft très - imparfaite ; mais elle fuffit pour celles des lifieres quand les Peignes font de canne ; d'ailleurs la dépenfe d'un laminoir ou moulin , tels que ceux dont on va voir la defcription, eft trop forte pour un ufage aufîi borné : les moindres reviennent à 400 liv. ou environ, 8ç lorfqu'ils font bien traités ils vont jufqu'à 600 liv.
- Cette différence de prix vient aufli de la différence de leur conftruétion ; car la variété que nous avons déjà vue parmi les uftenfiles dont on a donné la def-cription , régné encore dans les moulins que nous allons paffer en revue : tous fuffifent à la rigueur ; mais ceux qui font plus parfaits contribuent bien plus
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- m l'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- fûrement à la perfeélion des Peignes , ainfi qu’on le verra lorfqu en détaillant Planche ^ différences, je ferai remarquer les inconvénients & les defauts.
- i §. I. Defcription d’un Moulin propre à appladr le fil de fer.
- * LE moulin dont on fe fert le plus ordinairement pour applatir le fil de fer, eft celui que repréfente la figure 9, PL 26 , & dont je vais détailler la conf-
- truélion.
- f Sur une forte planche B, affemblée par fes deux extrémités dans les pièces de bois C, C, qui débordent fa largeur pour donner plus d’affiette à la machine , font plantés deux forts montants auffi de bois A , A , retenus par -defîbus labafeau moyen des clavettes A, qui entrent dans les tenons a de chacun : toute cette cage eft portée par quatre pommelles D, D , D, D , ainfi qu’on le voit fur la figure.
- Au haut de ces montants eft une entaille qui defcend prefque jufqu au ren-• flement qu’on y voit fur leur largeur. Cette forme a été jugée convenable pour donner plus de force à l’empattement dans la bafe ; mais comme trop de largeur 'par le haut, auroit entièrement caché les meules, on a diminue de cette largeur, Comme on le voit : c’eft dans cette entaille que font placées les deux meules, dont il faut faire connoître la forme avant de parler du chaffis qui les porte. Chacune de ces meules eft d’acier très-fin, d environ 6 pouces de diamètre , for 2 pouces d’épaiffour ; elles doivent etre faites au tour, Sc parfaitement cylindriques : après qu’on les a forgées & dreffées à peu - près à la lime , on perce au centre un trou quarré d’environ 1 pouce de grandeur ; on y fait entrer a force
- la partie quarrée d’un arbre, fig. 13 & H > qu’on a forgé ’ limé & tourné à part ; je dis tourné, car les deux collets qu’on y voit, doivent être parfaitement
- ronds ôi d’un égal diamètre. Vers un des bouts d’un des arbres, on a réfervé un peu de longueur, où on pratique un tenon, dont le quarré eft infcrit au cercle du collet, & qui fo termine en vis pour retenir la manivelle en là place , comme on le détaillera plus bas. Il faut en finiffant cet arbre conferver les deux points de centre fur lefquels on l’a mis au tour, car c’eft fur les mêmes qu’il faut tourner la meule. Il faut avoir grand foin de tourner l’arbre avant de tourner la meule ; fans cela on ne rendrait pas les collets auffi ronds. On termine donc ces meules fur le tour, & on les polit fur leur circonférence autant qu’il eft poffi-ble ; après quoi on les trempe, & c’eft à quoi il faut apporter la plus grande attention pour quelles ne gauchiflent que le moins qu’il eft polïïble ; mais on ne leur donne point de recuit, & on les lailfe de toute leur force ; après quoi on les remet fur le tour pour corriger ce qu’il pourrait y avoir de gauche, ce qui eft très-difficile , attendu leur dureté & la difficulté de les entamer; je fuppofe qu’elles n’ont pris aucun gauche, & s il y en avoit quelqu un, on pourrait changer l’arbre de centre & chercher celui qui convient aux meules, en fo jettant un
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- tant foit peu de côté ou d’autre ; dans ce cas il faudroit retourner les collets , qui, étant de fer, n a-uroient pas pris de trempe. Je ne fuis entré dans ces détails que pour fotisfaire la curiofité de ceux qui défirent connoître la maniéré de traiter ces fortes d’ouvrages ; mais comme la fabrication de ces pièces eft toute entière du reflort du Tourneur Mécanicien, j’engage les Leéteurs qui voudront prendre là-deffus les connoiflances les plus amples, à lire l’Art du Tourneuï Mécanicien , par M. Hulot , Tourneur du Roi , & publié fous les aufpices de l’Académie Royale des Sciences.
- Planché
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- Quelques Peigners ont eflàyé de faire forger les meules 8c leur arbre d une feule piece, & de les faire tourner dans cet état : on ne fâuroit difoonvenir qu’elles ne foient par ce moyen beaucoup plus folides ; mais lorfqu’à la longue la meule s’ufe, & qu’il faut en fobftituer une autre , on perd l’arbre 8c la roue ; au lieu qu’en les faifimt de deux pièces, on en eft quitte pour changer de meule, 8c l’arbre fert toujours.
- Les meules font placées l’une aü-deffus de l’autre dans un chaïîîs , qui lui-même le place dans les entailles des deux montants A, A , fig. 9 : pour faire mieux fontir la conftruétion de cette machine, je vais la prendre par détails.
- Au haut de chacun des deux montants , fig. 10, eft une entaille A , fur l’é-paiffeut de laquelle eft une rainure g , g, à droite 8c à gauche, qui reçoit les languettes f > f de la piece de fer, fig. if, qui y entrent jufte , tant pour la hauteur & largeur , que pour l’épaiffeur. Cette piece de fer eft elle-même en* taillée en i, comme le montant, & a en dedans de l’entaille, fur fon épailîèur , des rainures/, l, comme celles qu’on a vues au montant : c’eft dans ces rainures que glifie jufte, & fans balotter, la piece G, qui, par ce moyen a la faculté de fe Lauffer & baiffer. On peut voir, fig* 16 9 fous de plus fortes proportions , & la conftruétion de ces pièces & leur affemblage. Les pièces F9 F9 font dans là pofition qu’elles tiennent fur les montants, & le chaflis mobile qui eft au-deflus eft compofé de deux pièces G, G , dont on vient de parler , affemblées au moyen des mortaifes^, a, qui reçoivent les tenons delà piece Z, qui au moyen de la vis M qu’on y voit, conduit toute la machine.
- Les pièces F, F, une fois mifes en place dans leshnontants, n’en changent plus ; aufli la meule inférieure , dont les collets entrent dans les trous 72, n y qu’on voit au bas , eft immobile , tandis que l’autre meule, dont les collets entrent dans de pareils trous n , n, du chaffis fupérieur , a la liberté de monter 8c defcendre , pour que les plans de ces deux meules puilïènt s’approcher plus ou moins félon le befoin.
- Toutes ces pièces étant mifes en place dans l’entaille des montants, il ne s’agit plus que de couronner le tout par une piece de bois quarrée, & aux qua* tre coins de laquelle, foivant fà longueur, eft une mortaife qui reçoit les tenons qu’on von, fig. 1 o, au haut des montants ; & pour que l’effort du travail ne puiffé pas faire fortir cette piece de fa place, on la cheville, comme on peut le voir Étoffes de Soie. FL Paru Z 6,
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- fig. y ; enfin on ajufte au centre de cette planche un fort écrou de ïcï9fig. 11 3 dans lequel entre une vis à tête , comme la figure 18 le repréfente. Cet écrou a de hauteur toute l’épaifleur de la planche dans laquelle il doit être encadré : les rebords quon voit tout autour entrent de toute leur épaifleur dans celle de la planche N9 fig• p , & y font retenus par quatre vis aux quatre coins ; de façon que quand cet écrou eft en place , fa furface affleure celle de la planche.
- Au haut de la vis efl: un anneau, dans lequel on paffe un levier pour la faire tourner , & à l’autre bout efl un collet r , qui entre dans le trou de la traverfe IL, fig. 16 9 Sc repofè fur fbn épaulement ; enfuite efl une partie de moindre diamètre f9 qui reçoit la rondelle p , qu’on fixe en fa place, au moyen d’une clavette q, qui entre au bout de cette vis en t, par-deflous la rondelle.
- La machine étant ainfi montée, fi l’on tourne un tant foit peu la vis, elle monte ou defcend dans fbn écrou, qui efl immobile ; mais comme cette vis efl retenue dans la traverfe L , il faut de toute néceffité qu’elle l’emmene dans fon mouvement , & avec elle le chaflis & la meule ; par ce moyen lorfqu’on veut amincir plus ©u moins du fil de fer, on defcend plus ou moins la meule fupérieure, & on obtient l’effet defiré.
- Pour rendre plus fenfible la maniéré dont la meule H peut être éloignée ou rapprochée de celle /, j’ai fait repréfenter, )fig. 17, le moulin vu de face : on y reconnoîtra la piece de fer L, menée par la vis M, qui tournant à droite ou à gauche, fait defcendre ou monter le chaffis , dans lequel roule la meule H, tandis que l’autre refle immobile. J’ai auffi tâché de rendre fenfible une diftance qu’il efl à propos d’obfèrver entre les meules & les montants, de 3 lignes ou environ de chaque côté.
- On ne fàurcit conftruire ces fortes de moulins avec trop de précifion, & s’il étoit fujet à fe lâcher , on ne pourroit jamais compter fur l’épaiffeur des dents qui varieroit à chaque inftant, & le peigne feroit par conféquent rempli d’irrégularités. Telle efl la conftruélion du premier moulin à tirer les dents d’épaiffeur. Je vais en faire connoître l’enfemble.
- §. IL Maniéré de monter le Moulin;
- Pour monter le moulin, tel qu’il efl repréfenté fig. 9, on alïemble les pièces C, C, avec la planche B , pour former la bafe ; on y place les quatre pommelles D9D9D9D9 &on place les deux montants dans desmortaifès ; deftinées à cet effet ; puis on ferre la clef E par-deflous ; après cela on fait entrer les pièces de fer dans l’entaille des montants, ayant eu foin auparavant d’y placer la meule ; & en faifant defcendre ces deux pièces, il faut obferver de bien garder le niveau ; car fi l’une baifloit plus que l’autre , on rifqueroit de faufler l’arbre.
- Il s’agit maintenant de mettre l’autre meule en place, & pour cela on aflemble
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- Sixième Partie. II. Sect. Des Peignes et acier liés, ùjc0 les deux pièces G, G5 à la traverfe Z, en y mettant en même - temps l’autre meule dans les trous n, n, qui doivent fe correfpondre bien parfaitement, & gardant encore la ligne de niveau, on fait entrer le chaffis dans les rainures des pièces de fer qui font déjà en place ; après cela on fait entrer la vis M dans fon écrou , qu’on a voit eu foin de mettre dans l’entaille pratiquée à la piece de bois N , flg. 9 , où il eft retenu par quatre vis : on fait entrer cettè piece dans fos quatre tenons, qu’on y cheville folidement ; il ne faut plus dans cet état que mettre la rondelle p fur fon tenon S ; car on doit fo fouvenir que celui r entre jufte dans la traverfe L ; 8c enfin on met la clavette y en fo place t ; après quoi le métier eft monté & prêt à fervir. On a repréfenté dans la même planche, differentes coupes ou profils des mêmes pièces, pour en faire fentir la conftruéffori ou la pofition ; par exemple , la figure 23 repréfente l’inftant où le chaffis fu~ périeur , tout monté & garni de fo meule üf, entre dans les coulifîès des pièces qui font déjà en place. La figure 19 repréfente les pièces de fer qui tiennent la première meule, vues hors des montants ; enfin la figure 9 repréfente le moulin tout monté & vu de profil : on peut y reconnoître toutes les pièces dont on vient de rendre compte. Par derrière, en k, eft une partie de la manivelle qui tient à l’arbre de la roue inférieure , à laquelle beaucoup d’Ouvriers ont l’habitude de donner la forme d’une S, & d’autres celle d’un C, croyant chacun gagner de la force par ces differentes formes ; mais depuis que la faine Phyfique eft venue éclairer les Arts & la Mécanique, on a reconnu qu’une manivelle n’eft qu’un levier, au manche duquel la puiflànce ou le bras du Moteur, décrit un cercle ; que c’eft fuivant le rayon de ce cercle qu’il faut eftimer la force ; & que c’eft par une ligne droite, tirée du centre au point où s’applique cette puiflànce, qu’il faut compter ce rayon , & par conféquent, qu’une manivelle droite ne le cede en rien à celle dont les contours font le plus variés.
- La conftruétion de ce moulin le rend très-facile à démonter toutes les fois qu’on en a befoin : on a coutume de mettre beaucoup d’huile à toutes les parties qui frottent , comme aux collets des deux arbres & aux couliffes des pièces mouvantes ; mais c’eft encore une mauvaife habitude, qu’il foroit à defirer qu’on profcrivit dans l’ufoge de toutes les machines : en voici les inconvénients*
- Premièrement, le trop d’huile coule le long des montants & les folie horri* blement ; fecondement, toute la machine eft tellement remplie d’huile, qu’on ne fouroit y toucher fans fe noircir les mains, & les vêtements d’un cambouis qui pénétré très-avant ; mais ce qui mérite le plus d’attention, la grande quantité d’huile qu’on met à toutes les pièces retient la pouffiere, qui dans les ateliers eft confidérable, forme une pâte , qui en très-peu de temps ufe les collets, les trous dans lefquels ils tournent, & donne du jeu aux pièces qui ayoient été le mieux finies. Il faut huiler les pièces des machines, fons doute, puifque les Montres ne fauroient s’en pafler ; mais le moins qu’on en pourroit mettre eft le meilleur, encore je defirerois qu’au moins une fois par femaine on démontât
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- 548 L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE. esse=*s~ toute la machine , 8c qu’après avoir effuyé toutes les pièces avec foin, on y ^L^CHE mît de nouvelle huile, & de la meilleure ; car c’eft encore un abus que de fe fèrvir de mauvaife huile ; elle eft plus épaiffè, & ne facilite pas autant les frottements ; 8c fi Ton épargnent fur la quantité, pour la qualité , la dépenfe re-viendrait au même : tant d’Artiftes éclairés ont crié contre cet abus, que je ne me flatte pas de réufîir plus queux ; mais on dira tant de fois les mêmes vérités dans toutes les branches des Arts , que peut être à la fin le préjugé cédera à l’expérience.
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- Le moulin qu’on vient de voir n’eft pas le feul dont on fe fèrve dans l’Art du Peigner: il en eft d’autres qui ne different de celui-ci que de fort peu de choie > il en eft suffi dont la conftruédon eft tout à fait différente. Je me garderai bien de les décrire tous ; je n’aurois jamais fait ; mais je vais indiquer en peu de mots en quoi ils diffèrent les uns des autres.
- La figure 1 , PL 27 , repréfente une autre maniéré de faire mouvoir les couliflès qui portent la meule fupérieure: elles s’élèvent au-deffus de la couverture N, qui eft entaillée pour les lai fier paflèr ; alors, c’eft la traverfe L qui eft taraudée le bas de la vis roule dans un trou pratiqué fur cette ouverture , & y eft retenu de la même maniéré qu’à l’autre moulin, au moyen d’une rondelle de fer, dont le trou eft quarré , ainfi que le tenon de la vis qu’elle reçoit f & qui eft retenue en place par la clavette f On peut voir , fig. 2, une des couliflès , dont c, c, font les languettes, 8c dy eft un des trous qui reçoivent le collet de la meule. La figure 4 repréfente le même moulin , vu de profil, dont on reconnoîtra aifément toutes les pièces ; mais il faut avoir attention de fixer très-folidement lapiece de bois qui couvre les montants delapiece.de fer d ; parce que, dans ce dernier cas, elle fait effort, tant en deflus qu’en deflous , pour preffion , & pour remonter le chaffis.
- Pour peu qu’on .réfléchiffe fur la nature de l’opération, à laquelle font deftinés les moulins , dont nous fournies maintenant occupés , on fendra que pour peu qu’une meule penche plus d’un côté que de l’autre,le fil de fer ne fauroit être d’égale épaiffeur quand il eft applati, & qu’il doit néceffairement prendre la forme d’une lame de couteau ; mais pour leur procurer cette égalité refpeélive de leur circonférence, il faut d’abord s’afliirer que la première meule eft pofée bien horizontalement, ce qui dans tous moulins n’eft pas fort difficile,puifqu’on peut caler
- à droite ou à gauche le chaffis qui la porte, jufqu’à ce qu’on ait atteint le véritable point. Il n’en eft pas de même de la meule fupérieure ; car à moins qu’on ne fafle paffer le fil de fer abfolument au milieu de la furface que préfente leur circonférence , il eft certain qu’elle ne peut manquer de pencher du côté oppofé , 8c c’eft à quoi eft fujet le moulin qu’on vient de voir ; ce qui n’empêche pas le plus grand nombre des Ouvriers de s’en fervir. Quelques Peigners plus intelligents ont fènti cet inconvénient, & ont fend qu’une feule vis de preffion né toit pas &ffi(ànte pour là perfection de cet uftenfile, 8c c’eft ce qui a fait
- imaginer •
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- Sixième Partie. IL Sect. Des Peignes d'acier liés, âc. yqp
- imaginer le moyen que repréfente la figure y , où Ton voit le même moulin , auquel on met une vis au-defîùs de chaque coulifle ; mais ce moyen , tout ingénieux qu'il eft , ne remédie pas encore à tous les inconvénients, 8c néanmoins , comme il eft adopté par un aftez grand nombre ^ d'Ouvriersje crois devoir en dire quelque chofè.
- Je n'inflfterai aucunement fur la conftruélion des autres pièces de ce moulin s non plus que fur leur difpofition ; on peut reconnoître à Tinfpeclion de cette figure qu'elles font abfolument les mêmes qu'àl'autre : je ne m'arrêterai donc qu'aux deux vis.
- Nous avons vu précédemment, que les deux couliftes qui portent la meule inférieure , .étoient aifemblées par une traverfe, au milieu de laquelle pafte la vis de prefîion. Ici chaque couliffe eft menée féparément par une vis qui lui eft adaptée de la maniéré fuivante.
- Au haut de chaque couliffe , fig. 8 , eft une entaille E, à laquelle répond un trou fait au bout fupérieur de cette coulifte comme on peut le voir au haut de la figure 6 : c'eft dans ce trou qu'entre le tenon du bas de la vis, fig. j , qui y eft retenue par le même moyen qu'à l'autre moulin, par une rondelle e 9 en de (Tous de laquelle eft une clavette f, ainfi qu'on le peut voir : il eft certain qu’on eft plus affliré par cet expédient de la pofïtion horizontale de la meule ; mais eft-on toujours fur de la faire marcher parallèlement à elle-même t 8c un dixième de tour de vis de plus d'un côté que de faütfe^^dé^ange toute l'écono-nomie de cette machine. On a~ cherché à corriger ce défaut^ il ne m’appartient pas de fixer l'invention des laminoirs d’or & d'argent; mais c€jlui que je vais décrire leur re(Tenable fi fort % qu'il me paroît impoffible quç l'un n'ait été fait d'après l'autre.
- Les Figures 9 , 10, ir , xa, 13 8c 14r repréfentent différentes maniérés de faire & de poferles écrous des deux vis de prellion b, b, fig. y. l'écrou, fig. 10, au moyen des deux feuillures qu'on y voit, fe place en deflbus de la piece de bois, fig. 9 , & remplit une des entailles a f & les feuillures r,r, qu'on y voit ; toutes les autres pièces font des variétés dans les mêmes écrous , imaginées 5 ou pour les rendre folides, ou pour plus de commodité. Pour ne pas m'arrêter en defcriptions faftidieufès , le Leéteur voudra bien, pour prendre une plus ample intelligence de ces pièces, confulter l'explication des Planches de cette Seconde Partie.
- Je pafle à l'explication des pièces d’un autre moulin, où les deux vis de preffion font unies par une roue dentée qui eft entre deux , & qui réglé aftez bien la montée 8c la defcente des deux vis de côté. La figure 15, même Planche, repréfente ce même moulin , coupé un peu au-deflous des meules ; parce que, comme il eft abfolument femblable à celui fig. y , pour la pofition des pièces , & à celui qu'on a vu monté dans la planche précédente pour la conftruélion des montants 8c du pied j ç'eût été perdre de la place que d en repréfènter ici la bafè* Étoffes de Soie. VL Part. A 7
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- - On voit bien par cette figure que les vis mènent avec elles les coulilTes, fem-blables à celle fig. 6, & que la pofition des meules eft abfolument la même qu’à l’autre moulin : la différence confifte, en ce que les têtes des vis de pref-fion font quarrées au-deflus du chaperon d, fig. 19, pour recevoir chacune une roue dentée a, a , fig. 15 > qui y eft folidement fixée & arrêtée par-deflus au moyen d’un chapeau chevillé ou d’un écrou : le nombre des dents de ces deux roues eft égal, pour qu’on puiffe être affiné d’un parallélifme parfait dans le mouvement des deux coulifles : la roue du milieu B a beaucoup moins de dents pour pouvoir gagner de la force. Il faut que ces trois roues foient parfaitement finies, & que leur denture engrene bien également.
- Les deux roues a, a , étant fixées fur les têtes des deux vis de preflïon , ne fauroient tourner fans communiquer aufli-tôt leur mouvement aux vis ; mais comme elles fuivent ces vis dans leur marche, il eft certain qu’elles s’élèvent & s’abaiflent, félon qu’on les fait tourner à droite ou à gauche ; il a donc fallu que la petite roue du milieu qui les mene , les fuivît dans cette marche ; fans quoi, au bout de deux ou trois tours, leurs dents auroient ceffe d’engrener : voici comme on monte cette roue. Au haut d’une vis de 5 à 6 pouces de long, on forme une tête , en deflus de laquelle eft une tige quarrée qui reçoit le centre de la petite roue ; & comme la tête eft plus large que la tige , elle fert d’appui à cette roue, qui eft fixée par un chapeau qu’on y cheville , comme on peut le voir par la figure 21. Au haut de ce chapeau eft un anneau , dans lequel on pafle un levier, comme le repréfente la figure 16, & qu’on retient à l’endroit qui convient le mieux de toute la circonférence de la roue, au moyen de la cheville e qu'on peut changer de place f dans tous les trous qu’on voit au-deflus du moulin que cette figure repréfente. On a foin que les pas de cette vis foient les mêmes que ceux des vis de preflion ; par ce moyen à mefore que celles-ci en tournant montent ou defcendent, l’autre la foit : cette vis du milieu pafle dans un fort écrou , qu’on noyé de toute fon épaiflèur dans la piece à feuillure du deflus du moulin , & à un écartement égal des deux vis de preflion, pour que la roue n’effuyepas plus de frottement d’un côté que de l’autre.
- J’ai fait repréfenter géométralement la pofition de ces trois trous dans la figure 17 , pour faire fentir le rapport qu’il convient de donner des deux grandes roues D , D, à la petite E, & pour rendre fenfible leur pofition refpeétive.
- Le deflus de ce moulin eft beaucoup plus grand qu’aux autres , tant pour contenir plus folidement les roues, & empêcher qu’en débordant on ne les accroche ou heurte contre les murs ou autre part ; que pour pouvoir placer la cheville qui fixe le levier, & par conféquent la roue du milieu.
- L’ufage de cet uftenfile eft très-commode & très-fur ; & lorfqu’on a trouvé le degré de preflion convenable à l’épaiffeur qu'on doit donner aux dents, il faut y aflii jettir le levier, au moyen de la cheville qui l’empêche de céder aux efforts du laminage qui tendent à le faire retourner en arriéré, & laminer toutes les dents dont on a befoin à cette épaiflèur.
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- Sixième Partie. II. Seot. Des Peignes d*acier liés , &c, yyi
- Tel eft le point de perfeétion où le laminoir des Peigners a été porté par gradation. Quelques Ouvriers fe font apperçus, que fouvent la meule, à l'arbre de laquelle eft adaptée la manivelle , faifoit plus de révolutions dans un temps donné, que l'autre ; d’où s’enfuit une irrégularité dans les deux furfaces des dents ; l'une eft lifte & plane , au lieu que l'autre eft remplie de finuofités , qui proviennent du retardement de la meule ; & pour parer cet inconvénient, on a adapté au centre, & fur l'arbre même de chaque meule, une roue dentée A, B> jig. 22, qui ne permettent pas à l'une d'aller plus vite que l'autre: elles font de plus retenues en place au moyen de quatre vis à tête perdue, dans l'épaiffeur de chaque bras de la croix a , a, qui portent la roue.
- Cet expédient a beaucoup de partions , Sc mériteroit d'en avoir encore plus s'il n’étoit fojet à un très-grand inconvénient 9 qui confifte en ce que c eft un principe de Mécanique, & fur-tout d'Horlogerie, que les roues dentées ne font fufoeptibles que d'un foui & même écartement pour fe mouvoir comme il faut : or, comme à notre Machine, les meules s’écartent & fo rapprochent plus ou moins l'une de l’autre ; trop près, les roues effuyeront des frottements con-fidérables, & trop écartées, elles n’engreneront plus ; mais comme la différence de l'épaiffeur des dents ne fàuroit être d'une ligne , on peut à la rigueur s’en fervir, en tenant la denture un peu plus profonde.
- L'idée d'adapter des roues dentées fur les meules, ne difpenfe pas de l’iifage de celles qu'on met au-deflus du moulin pour régler leur montée & leur de£ cente ; & même les trois trous qu’on y voit, indiquent affez que cet ufage eft univerfellement obforvé. La figure 24 repréfente la même Machine de profil où H, H y font les roues du haut des vis , & / celle du milieu : A Sc B , celles qu'on applique fur les meules C , D : K eft la manivelle qui fait mouvoir les meules , placées du côté oppofé aux roues , pour laifler voir ce qui fe pafle dans l'engrenage & entre les meules. •
- Pour laminer au moulin que je viens de décrire , il faut être deux ; l'un qui tourne la manivelle, & l'autre qui guide le fil de fer, & le reçoit au fortir d'entre les meules. Je vais mettre fous les yeux des Leéleurs un troifieme moulin , qu'un foui homme peut mettre en œuvre, & dont la Mécanique, pour s'affiner de l'épaiffeur du fil de fer , eft toute différente. Les Ouvriers par qui je l'ai vu employer, le préféroient à tous les autres : je ne préviendrai pas le jugement des Artiftes ; ils ne feront en état de le porter que quand j'en aurai donné la defcription.
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- An tic le 'Troisième.
- JDeJcrlption cCun autre Moulin a applatir le fil de fer.
- Le moulin que je vais décrire n'eft prefque autre chofe que le précédent ; auquel on a fait quelques changements , & qu'on a monté dans une cage différente,
- La figure r, PI. 28 , le repréfente tout monté, A, A , font deux montants , qui s'affemblent haut & bas dans les traverfes D , E: celle d'en haut E reçoit fur fa largeur deux autres traverfes M 9 M 9 dont l'écartement eft déterminé par celui de la cage qui porte les meules, dont nous parlerons plus bas. Ces deux traverfes vont par l'autre bout s'aflembler dans deux autres montants C9 C9 dont fécartement, ainfi que celui des traverfes mêmes , eft fixé par la piece G par le haut, & le bas entre dans celle F dont la longueur eft égale à celle D de l'autre côté. Au milieu des traverfes M , M , & fur leur largeur , font deux autres montants, dont la hauteur eft telle, que quand par les deux bouts le moulin repofe fur cinq pommelles, ils viennent repofer fur le plancher ; & pour plus de folidité, ils font retenus par quatre traverfes L, L, Z, L : cette bafè ainfi affemblée ne fàuroit manquer d'êtrê très-folide pour réfifter aux ébran-^ lements multipliés que reçoit toute la machine*
- En defius des traverfes M, M, 8c au milieu de leur longueur, font plantés les deux montants Q 9 Q 9 qui, au moyen de la large e ntaille qu'on y voitfig. 9, femblent en former quatre. Leur furface intérieure affleure celle de l'épailfeor des traverfes qui les portent ; & par le haut ils s'aflemblent à tenons & mortaifes dans la piece de bois X, comme la figure 9 le repréfente.
- Sur les faces intérieures des entailles de chaque montant Q, Q, eft pratiquée une rainure , dans laquelle gliffent les languettes de pièces de fer , pareilles à celles du Moulin précédent, qui portent la meule inférieure dans une fituation bien horizontale. Ces pièces R, R, font elles-mêmes à rainures pour recevoir les couliffes S, 5, qui portent la meule fiipérieure : la différence de ces pièces, avec celles du Moulin précédent, confifte, en ce que le haut de ces couliffes n eft point preffé par des vis; mais on a foin de les tenir un peu moinslongues que la hauteur de la cage. Il ne refte plus qu'à rendre fenfible la maniéré dont les deux meules font déterminées à fe rapprocher fuivant l'épaiffeur qu’on veut donner aux dents.
- Prefque au bas de chaque coulifle S, S, eft fixée folidement une cheville de fer qui a une tête par-dehors ; c’eft-là qu'on place les étriers de fer c9 c9 dont le fécond ne peut être vu puifqu'il eft derrière la machine. Au bas de cet étrier, dans une partie qu'on a réfervée pleine, eft un pareil boulon à tête qui reçoit la boucle
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- Sixième Partie. II. Sect. Des Peignes cf acier liés l &cï jyj tîb la corde e, e, qui attire la meule fupérieure en en - bas Sc la prelTe contre
- l’autre. Planche
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- Sur les deux travorfes L , L, du devant de la bafe, font plantés deux petits montants P, P , percés par le haut pour recevoir Taxe a de la bafcule N> en deflous de laquelle, & vis-à-vis des montants B , B, eft une traverfe de bois fi qui déborde de chaque côté, pour recevoir une boucle, pratiquée à l’autre bout des cordes qui font le tirage ; & pour que cette traverfey’ne fe dérange pas , on fait fur la face intérieure des montants B, B, une large rainure , dans laquelle elle gMe de haut en bas.
- Dans cet état il ne s’agit plus que d’avancer ou reculer le long de la bafcule le poids O, pour obtenir plus ou moins de preffion entre les meules. On peut |
- voir dans la figure 3 le jeu de la bafcule , fa pofition 9 Sc le tirage des cordes , ainfî que le poids dont on la charge.
- L’ufàge du contre-poids fur la bafcule eft très-commode ; on obtient par ce. moyen une preffion auffi forte qu’on le defîre en l’avançant vers le bout ; & fi ^
- ce poids n’eft pas fuffifànt, on peut y en ajouter un autre, comme on le voit fig. 3 ; on ne doit même pas craindre que les meules penchent d’un côté ou d’un autre , pourvu que les cordes e, e , foient fur leur cheville tout contre la bafcule.
- L’ufàge des boucles de fer c, c > fig, 13 9 qui tirent la meule fupérieure , n’eft pas auffi arbitraire qu’on pourroit peut-être fe le figurer, Sc à la première vue il femble que les cordes pourraient elles-mêmes aller fàifir les deux bouts de l’axe ; cependant, en y faifànt attention, on verra que cet expédient eft fort ingénieux, puifque dans la longue ouverture qu’elles préfentent, on faitpafler d’un côté le bout de,l’axe de la meule inférieure, Sc de l’autre la tige, fur laquelle on place la manivelle, & qui eft l’autre bout de l’axe ; Sc il eft aifé de fentir que la corde ne pourroit pas fe prêter à tous ces mouvements, qui l’u-feraient en fort peu de temps.
- Il eft je penfe inutile de faire obferver que les cordes e, e, pafïent au travers des traverfes fupérieures M, M> pour aller chercher la bafcule : cela fe voit afièz fur la figure même.
- Il refte maintenant à décrire une commodité qu’on a adaptée à cette machine,
- Sc qui fait qu’un feui Ouvrier peut en tournant la meule, tirer le fil de fer de-paifïèur. Aux autres Moulins qu’on a vus jufqu’à préfent, il falloir qu un fécond Ouvrier dirigeât le fil de fer entre les meules ; mais ici il ne fauroit fe déranger, au moyen de l’invention qu’on va voir.
- Sur la hauteur des montants Q, Q , Sc préciférftent vis-à-vis de l’entre-deux des meules, font deux écrous r, r, fig. 8 , folidement fixés dans l’épaiffeur du bois 9 Sc qui reçoivent les vis fi9 f, dont l’office eft d’affujettir le guide ç > comme on le voit fig. p, Sc qui dirige le fil de fer entre les meules : ce guide * repféfenté à part fig. 10 , eft tout en fer ; fà longueur eft déterminée par Etoffes de Soie. FL Part. . B 7
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- 554 r ART DES ÉTOFFES DE S 01 £.
- l’écartement des deux montants. Ses deux extrémités t, t, font pliées à angles droits pour s’appliquer fur les montants, & percés en V, V, pour recevoir les vis qui l’arrêtent en place : fa largeur peut avoir environ 5 à 6 pouces ; au milieu de fa partie antérieure font ajuftées deux pièces de tôle, qui, diminuant par le bout, font terminées en gouttière , & qui, s’appliquant l’une fur l’autre , forment au bout feulement x, une efpece de tuyau de deux lignes de diamètre au plus, par où pâlie le fil de fer, qui par ce moyen ne fauroit fo déranger a droite ou à gauche : on conçoit qu’il eft elfentiel que le bout de ce guide foit bien au milieu de la largeur, & vis-à-vis l’entre-deux des meules. Le fil une fois paffé dans le tuyau , & faifi entre les meules, eft appelle fans ceiTe par la rotation qu’on leur imprime : ce moyen eft très-ingénieux & très fimple. Je vais maintenant faire connoître quelques correélions que differents Ouvriers ont faites à ce moulin , chacun Juivant fon génie ; on fora à portée de juger de leur mérite, & d’accorder la préférence à celle qui le mérite le plus.
- Quelques perfonnes ont remarqué, que la boucle a laquelle le poids eft fof-pendu, éprouvoic trop de frottements fur la bafcule , & le rendoit difficile a changer de place t on y a fobftitue la méthode que reprefonte la figure 6, ou la bafcule eft percée d’une entaille , fuivant fa longueur, dans laquelle glilfe la corde qui tient le poids : on y fait un nœud, dans lequel on palfe une cheville, applatie par-delfous, & ronde par-deflùs , qui a la liberté de parcourir tout l’efpace contenu dans l’entaille : au bout de la même corde on fixe une autre cheville , qui fort à tirer le poids à foi plus commodément. A l’autre bout de la bafcule eft un trou qui la traverfe d’un côté à l’autre fur fon épailfeur, & dans lequel entre la cheville de fer a, qu’on y voit fur la machine, fig. 1 : quelques-uns au lieu des montants P, P, en fubftituent deux autres, femblables à celui qu’on voit en n,fig. 8, qui entre dans la traverfe L, qui eft arrêté pardeflbus au moyen de l’écrou à oreilles p , qui procure la facilité de lâcher ou raccourcir le montant, félon que les cordes e , <r, du tirage deviennent plus ou moins lâches , félon la fécherelfe ou l’humidité, 8c par-là ils empêchent le contre-poids de
- traîner à terre dans des temps fort focs.
- Quant à la traverfe qui palfe fous la bafcule, & que faifilfent les boucles des deux cordes e, e , elle doit être applatie fur la face par où elle touche la bat cule , & arrrondie par-delfous, pour ne pas couper la corde par de vives arêtes ; du refte elle doit couler aifément dans les entailles des montants B, B, qui lui fervent de guide.
- On a encore cherché à rendre l’ufage de la bafcule plus fur pour régler le laminage , & pour cela on a imaginé de lui fubftituer un levier, pareil à celui d’une romaine ou pefon, dont les Bouchers des grandes Villes fo fervent pour pefor la viande : on peut le voir ,fig. 7, même Planche, avec toutes les pièces qui y ont rapport ; a, eft un palonnier, aux extrémités duquel font les boucles des cordes de tirage b tb 5 au milieu de ce palonnier eft un boulon a crochet c,
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- Sixième Partie. II. Sect. Des Peignes $'acier liés 9 êci y y y qui reçoit une S , et, laquelle entre dans le trou d’un tenon quon a pratiqué * en deffus du corps du levier e : au bout eft un trou quenfile un anneau k > dans lequel on met une autre S , i , qui s’accroche à un boulon à crochet h , fixé dans la traverfe g, & cette traverfe eft elle-même fixée aux deux montants fy fy pareils à ceux qu’on voit en P 9 P, fur la machine 9fig. 1. La branche du levier eft graduée par de petites encoches , fur un des angles de la forme lo-fànge qu’elle préfente ; & comme cet angle de la branche eft en deflus, l'anneau, auffi de forme lozange qui fe promene deftus, étant un peu tranchant en dedans, fe fixe dune maniéré certaine à chacune des entailles où on le defire , & par ce moyen on eftafluré d’une preffion toujours égale.
- Le défaut que je trouve dans cette bafcule eft, que pour peu que le tirage ne fe fafle pas parfaitement au milieu du palonnier a, ( & la moindre chofe peut le déranger ), un des bras dè ce levier devenant par-là plus long que l’autre, la meule ne manque pas de pencher de ce côté, & l’on tombe dans le défaut qu’on avoit le plus grand intérêt d’éviter.
- Je penfe que l’idée de ce levier gradué eft fort bonne, s’il étoit fubftitué tout fimplement à la bafcule ordinaire : au refte, il en eft de cette machine comme de toutes les autres ; ceux qui s’en fervent ne manquent pas de raifons pour la trouver préférable à celles qu’ils ont rejettées ; & quant à moi, ma tâche eft je crois remplie, quand j’ai décrit les inftruments & rendu fenfibles les opérations ; chacun eft le maître de n’en prendre que ce qui lui convient. Qu’il me foit du moins permis en finiffant cet Article, de propofer mon avis fur l’ufàge des cordes qui opèrent la preffion des meules. Ces cordes font, fufceptibles de s’allonger & de fe raccourcir félon la température de l’air :me vaudroit - il pas mieux leur fubftituer deux tringles de fer , terminées par un bout en étrier i, i, jig. y , & par l’autre, par un œil quarré /, /, qui embrafïèroit jufte la traverfè de delfous la bafcule h ? & pour plus de légéreté on pourroit en amincir la tige g 9 g; on n’auroit par ce moyen aucunes variations à craindre, 8c la preffion ferait toujours égale.
- Planche
- aS,
- Parallèle des deux Moulins précédents,
- En comparant les deux Moulins que nous venons de voir, on trouvera que ceux dont les meules font conduites par des vis règlent bien plus fûremenc l’épailfeur des dents : ceux au contraire , dont la preffion eft déterminée par la bafcule , tendant toujours à prefler le fil de fer, ne déplacent de la matière que ce que i’efîai qu’on a dû en faire, avoit fait voir qu’on peut déplacer : s’il fiirvient quelque inégalité dans la texture du fer ou de la part de la matière , ou quelque irrégularité dans fa grofteur , la preffion pouvant fe prêter à toutes ces variations, produit des inégalités dans l’épaifleur. Il paroît donc que l’écartement des meules, produit par des vis, eft plus fur à tous égards que l’ufige du contre-
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- poids. D’un autre côté ne peut-on pas dire , que le moulin à vis ne permettanc aucune variété dans l’épaiffeur, fait caflèr le fil de fer lorfqu’il s’y rencontre quelque endroit plus aigre, & que s’il ne caffe pas, la furface des lames efl: ondée & le poli altéré ? A juger de la préférence qu’on doit accorder à l’un fur l’autre, par l’ufage plus ou moins reçu de l’un des deux , on efl: tout aufîi embarraffé ; car j’ai vu l’un adopté dans certaines Provinces toutes entières, St profcrit dans d’autres , où le fécond étoit en ufàge. Les uns vantent celui à vis , par l’égalité des lames qui en fortent, St croyent, qu’avec le foin de bien choifir le fil-d’ar-chal, ou de s’affurer du pays d’ou il vient, on peut compter fur un allez grande uniformité de douceur St de liant de la part de la matière : les autres prétendent qu’avec les mêmes précautions, l’inégalité qu’on craint de la part de la bafcule fè réduit à rien. Quant aux différentes épaiffeurs des lames, ils prétendent con-noître affez bien l’elfet de la bafcule , pour qu’en plaçant le poids à tel ou tel point de fa longueur, ils foient affinés de cette épaiffeur.
- A juger maintenant du mérite de ces deux uftenfiles par l’ufage qu’on en fait dans l’Orfèvrerie & la Bijouterie , où on efl: venu à bout de laminer des feuilles d’or & d’argent à des épaifleurs prefque furprenantes, puifqu’on y réduit ces métaux à n’être que du clinquant , & ce qui mérite encore plus d’admiration,fur des largeurs de 4, y , St même 6 pouces. Quelle perfection n’a-t-il pas fallu leur donner pour que les plans de ces meules fuffent St bien droits St bien parallèles ; car dans l’état où on réduit ces lames, un peu plus de preflîon dans un endroit que dans l’autre , les réduiroit à rien , St fendroit en plufieurs endroits le bord le plus mince : or la conftruétion des laminoirs en or & en argent, beaucoup plus parfaite que celle des uftenfiles que nous avons décrits, tient de celui que repréfente la figure 15, St nullement de celui à bafcule : on peut donc pen-fer qu’en perfectionnant celui-là, il feroit feul digne d’être adopté.
- Néanmoins les Moulins à bafcule font d’un ufage plus général parmi les Pei-gners ; ils connoiffent parfaitement l’effort de leurs contre - poids par des graduations qu’ilsfe font eux -mêmes, d’après leur expérience, St dont chacun fait un myftere ; St s’il faut juger des uftenfiles par l’ouvrage, il femble, à voir la précifion qui régné dans les Peignes d’acier dont les dents ont été tirées au Moulin à bafcule, qu’on 11e puifle rien y defirer. Ils prétendent qu’avec le Moulin à vis on ne fauroit jamais atteindre à une épaiffeur parfaitement égale à celle qu’une opération intermédiaire a fait perdre, & qu’on voudroit retrouver.
- On peut répondre à cette objection, qu’en adaptant un cadran immobile au-deffus de la roue du milieu , qui mene celle des vis, & fixant une aiguille à l’axe de cette roue , on pourroit avec la plus grande juftefle retrouver une même épaiffeur , en la mettant au numéro qui a donné l’épaiffeur qu’on veut avoir : mais comme les efforts qu’effuie cette Mécanique font confidérables & multipliés , au bout de fort peu de temps les pièces prennent du jeu , St on ne peut plus compter fur la juftefle du régulateur ; d’un autre côté les meules s’ufent
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- Sixième Partie. II. Segt. Des Peignes d’acier liés , êc. yyy Tur leur circonférence , Sc tel numéro qui a donné telle épaifleur il y a deux ans, & qu’on veut affortir aujourd’hui, ne la donnera plus; défaut auquel n’eft pas fojette la bafoule graduée.
- Je me fuis un peu étendu for tous ces effets, parce que l’uftenfile dont jfentretiens le Leéleur eft dans l’Art du Peigner en acier, le plus effentiel pour faire un peigne avec précifîon : j’ai beaucoup vu de moulins ; j ai conféré avec les plus habiles Ouvriers, & je ne rapporte ici que le réfoltat des obforvations des uns & des autres ; enfin, Sc pour me déterminer, je penfo que chacune de ces machines exiger oit que quelque Artifte éclairé leur procurât la perfeétion qui lui eft nécefîâire; mais telles qu’elles font, je penfo que l’ufage du moulin à bafoule eft préférable : chacun en jugera foivant fes lumières : je n’ai porté mon jugement que foc le concours de ceux des Artiftes les plus habiles dans l’Art que je décris.
- Il faut maintenant voir l’opération du laminage. Pour que le fil de fer ne fo mêlât pas, il a fallu prendre quelques précautions & le placer fur un cylindre avant de palier fous les meules ; c’eft pour cet ufige qu’on pratique for la trave rfe fupérieure E 9 du moulin , fig. i, PL 28 , deux mortaifes i, i, propres à recevoir les montants A, A 9 qui portent le cylindre B, qui repréfente la figure £ , PL 29. Ce cylindre a à chacun de fes bouts, au centre, une cheville de fec a , entrée à force , qui lui fort d’axe ; c’eft - là qu’on place les paquets; de fil de fer , comme des écheveaux de fil for un guindre ; mais comme ce fil de fer s’échapperoit à droite Sc à gauche, on perce fur la circonférence du cylindre deux rangées de trous circulairement, comme on le voit fig. 3 ; & comme ces trous ont une inclinaifon vers le milieu de la longueur du cylindre , les chevilles e , e, e , e, &c. qu’on y place yfig. 4, vont en s’écartant, comme on le voit. Le nombre de ces chevilles n’eftpas déterminé ; mais plus on en met, mieux le fil eft contenu, Sc moins il eft fojet à fe mêler, ou à fe plier en petits nœuds ; ce qui peut faire tort au laminoir même. .
- Tous les numéros de fil de fer ne font pas dévidés fur des rouleaux de même diamètre dans les Manufactures ; Sc quoiqu’il parût plus commode à ceux qui l’employent , qu’il fût uniformément dévidé ; avec un peu de réflexion, on verra qu’un fil fin , s’il offroit un cercle de grand diamètre , foroit fojet à fo plier au moindre choc ; au lieu que quand il eft d’un très-petit diamètre, il eft fofoep-tible d’une très-grande réfiftance qui le garantit : d’un autre côté , le gros fil de fer ne fauroit être dévidé aufli fin, puifqu’il offre plus de réfiftance à être courbé, Sc que par la même raifon on auroit plus de peine à le redreffer. On peut voir dans l’Art de l’Epinglier la maniéré auffi ingénieufe que fimple dont on fe fert pour redreffer parfaitement, tant le fil de fer, que cel% de laiton , pour en former des épingles & des clous-d’épingies : il a donc fallu augmenter le diamètre des cercles que décrivent les paquets de fil de fer dans la même proportion que leurs numéros. Les Peigners doivent donc avoir des cylindres de Étoffes de Soie. VL Paru C 7
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- 558 VAUT DES ÉTOFFES DE SOIE. toutes les grofïeurs, fuivant les numéros qu’on emploie ordinairement 9 du moins à peu près, car la régularité n’eft pas fort néceflaire.
- On pourroit à la rigueur fo fervir de poulies fort étroites , ou de cercles montés comme la roue d’un rouet ; mais ces machines n’ayant pas aflêz de pefanteur, laifleroient le fil fe dérouler trop vite , & ne lui conferveroient pas la tenfion dont il a beloin pour être droit au fortir du laminage.
- Il eft vrai qu’on pourroit donner du frottement à l’axe , ou fur la circonférence de ces roues trop légères, à peu-près comme nous avons vu lors de l’our-diflàge , qu’on empêchoit les roquetins qui contiennent l’or ou l’argent en lame de tourner trop vîte, ou par les moyens dont on fo fort en pliant les chaînes, pour empêcher le tambour de fe dérouler trop vîte ; mais comme ces moyens ne font point en ufiàge dans les Fabriques , je ne les propofe ici que comme un objet de perfeétion, qu’il feroit à defirer qu’on adoptât ; il ne faudroit pour cela que tourner un collet, en forme de poulie, qu’on envelopperoit d’un ou deux tours de corde , au bout de laquelle feroit un contre-poids.
- Article, Quatrièmes
- V Des differentes maniérés de laminer le Fil de ferj
- §. I. Ufige du premier Moulin fans Dévidoir ni Gumdrei 9
- Il n’eft perforine qui ne connoilfe la maniéré dont le fil de fer eft roulé dans les Manufactures, 8c tel qu’on nous l’envoie pour les ufages ordinaires. La figure < repréfente un de ces paquets, dont le dernier bout entoure la totalité dans un endroit, tant pour empêcher qu’il ne fe mêle, que pour qu’on puiffereconnoître le bout par lequel on a fini de le devider ainfi, & par lequel il faut commencer à l’employer : l’autre bout n’eft pas à beaucoup près auffi aifé.
- La fjgUre rj } pi, , repréfente deux Ouvriers occupés à laminer du fil de Flanche per. mais p0Ur lailfer voir le jeu des meules 8c la tenfion du fil, on a fupprimé 29‘ tout le corps de celui qui tourne, & on n’a repréfenté que fes deux mains A, A. L’autre Ouvrier B , ayant jetté à terre fon paquet de fil , le tient dans fes deux mains ; favoir, de celle G , qui tire un tant foit peu pour le drelfer, 8c l’autre C, qui le dirige entre les meules, pour qu’il garde toujours le milieu. L’attention de cet Ouvrier confifte à nelaiffer gliffer le fil de fer, qu’autant qu'il eft appelle par le moulin ; de façon cependant à entretenir toujours une tenfion égale ; delà dépend la régularité ou l’irrégularité du laminage.
- Quant à l’Ouvrier qui tourne les meules, il doit avoir foin de n’aller pas plus vite dans un inftant que dans l’autre ; & dès qu’on a commencé à laminer une partie de fil de fer, il ne faut pas quitter 1 ouvrage qu il ne foit entièrement fini ; car il n’eft pas poffible que ces deux reprifes donnent au fil une égale
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- Sixième Partie. IL Sect. Des Peignes d'acier liés, &c. épaifleur ,, même fans qu’on touche aucunement à la vis. !
- Il faut auffi tourner plutôt vite que doucement, & l’égalité de mouvement n’eft pas indifférente. L’expérience a appris que le fil qui a été laminé vite eft plus épais que celui qui l’a été plus lentement : voici la raifon phyfique de ce phénomène.
- Il ne parole pas poflîbie au premier coup d’œil, que du fil qui pafïe entre deux meules, dont l’écartement eft déterminé , puiffe en fortir plus épais dans un cas que dans un autre ; mais fi l’on y fait attention, on fendra que quand les meules tournent doucement, les molécules déplacées, étant retenues plus longtemps en preflîon , ont la faculté de s’arranger les unes avec les autres , & qu’a-lors c’eft l’écartement des meules qui détermine , à bien peu de choie près , l’é-paîffeur du fil ; au lieu que quand la rotation eft plus vive , les parties font bien également déplacées, mais elles n’ont pas le temps de s’arranger , & reprenant une partie de leur reftbrt , elles tendent à occuper la place qu’elles avoient auparavant ; de forte qu’il n’y a que les moins élaftiques qui ayent entièrement cédé à la preflîon des meules.
- . Avant de paffer le fil à la filiere, il faut développer le bout qui entoure chaque paquet ; & comme ce commencement eft plein de finuofités, il vaut mieux couper ce bout à l’endroit où commence la courbure du cercle du paquet même : on fe fert pour cette opération des mêmes cifèaux ,fig. r , PL 30, avec lefquels nous verrons plus bas, qu’on coupe le fil applati par longueurs pour en former les dents , & que dans tous les Arts on connoît fous le nom de CifailleSi On applatit enfuitè le commencement du fil avec un petit marteau, fig. 1, fur un tas, fig. 3 , que , pour pouvoir s’en fervir commodément, on monte fur un morceau de bois de figure reétangle, ou fur un billot peu élevé : il faut faire cet applatiffement fuivant la courbure du fil de fer , que l’on préfente enfuite au moulin , du fens qui paroît devoir envelopper la meule inférieure. Cette attention n’eft point du tout indifférente ; autrement, en abandonnant au hazard le paiTage du fil entre les meules, on ne feroit jamais afluré d’avoir des dents bien droites fur les bords ; ainfi il faut qu’en paftânt par le lamnioir ce fil fe redref-fe parfaitement ; ce qu’on obtiendra toujours avec le foin que je recommande.
- Il eft difficile avec l’ufagë du moulin dont je parle , qu’on parvienne aifément à laminer le fil du feris de fa courbure ; car fr l’on prend garde à la pofition du fil qui repofe à terre ; on verra qu’il doit néceflàirement entrer de côté , par rapport à cette courbure , fous le laminoir : l’attention de l’Ouvrier ne fauroit guere corriger qu’en partie cet inconvénient ; & pour l’anéantir entièrement, il faudroit que l’Ouvrier tirât tellement le fil depuis le point où il eft fàifi entre les meules, qu’il pût le redreffer parfaitement, ce qui n’eft pas poffible ; au lieu que la méthode qu’on va voir procure cet avantage au laminage, au moyen du guindre ou cylindre horizontal , qui, en développant le fil, le préfente du fens où il doit être. Un guindre , pour s’en fervir commodément, doit être
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- très - fort $ autrement il plieroit, & fe cafleroit très - promptement;
- 5* II* Ufage du Moulin à bafcule.
- *«***»*.*.* La figure 4, P/. 30, repréfente le moulin à bafcule en travail: on voit Planche PQuvrier qui n’eft occupé qu’à tourner les meules , entre lefquelies il a eu foin ^ * en commençant de placer le bout du fil de fer, après l’avoir applati au marteau i comme je l’ai dit plus haut. On voit aufli de quelle maniéré le cylindre , fur lequel a été dévidé le fil de fer , eft porté par deux montants D > D > dont la hauteur eft telle qu’il fe trouve à celle du guide. Ce fil, appelié fans celle par la rotation des meules, fe déroule, & paflant dans le tuyau que forme le guide, fe préfente en ligne droite pour entrer fous les meules. Il fort du moulin en lame; ainfi qu’on peut le voir en F; &par un ufage très-blâmable, mais univerfelle-ment adopté , on l’abandonne à fon propre poids au fortir du moulin ; de forte qu’il traîne à terre pendant l’opération, après laquelle on le recueille en rouleaux pour s’en fervir au befoin.
- J’ai dit qu’on a tort d’abandonner le fil laminé à fon propre poids ; il vaudront inieux-qti’un enfant, une femme, ou quelqu’un dont Tinduftrie ne fût ni cher© ni'précieufe , le tînt par le bout, & reculant à mefure qu’il fort du laminoir j f étendit par terre par longueurs. Après avoir coupé les dents de longueur, il faut s’occupera les redrefïèr parfaitement : cette opération ne feroit ni fi longue ni iî difficile , fi on avoit pris la précaution dont je viens de parler : c’eft ordinairement le Maître, ou du moins un Ouvrier habile & de confiance à qui on aban-v donne l’opération de redrefïer les dents, tant elle eft efTentielle à la perfection du peigne ; mais enfin, c’eft ainfî qu’on en ufo ; & je ne puis que faire connoître ce qu’il y a de vicieux dans chaque ufage.
- Pour fuivre f idée que je propofe , fi l’on trouve que le temps du fécond Ouvrier eft afTez inutilement employé à cet ouvrage, on peut fubftituer à ce moyen une infinité d’autres moyens qui dépendront du local de l’atelier & de l’induflrie des Ouvriers. On peut, par exemple , pofer à une difiance convenable du moulin une efpece de cantre, comme le repré fente la figure y , au haut de laquelle eft une poulie où paffe une ficelle , qui d’un bout tient à la piece L, fig» 6 , & de l’autre à un contre-poids, qui , à mefure que le fil fe lamine , l’attire à lui.
- La cantre dont il eft ici queftion , n’eft autre chofe que l’afiemblage de deux montants, plantés folidement dans une planche longue, large & épaiffe fuffi-famment, pour donner à cet uftenfile afTez de folidité : ces montants font percés par le haut pour recevoir une broche de fer , qui fert d’axe à une poulie , auffi longue que les montants ont d’écartement , & fur laquelle glifîe la ficelle , au bout de laquelle eft le contre-poids.
- Si cet atelier où on lamine eft un peu long ; on peut écarter la cantre à quelque
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- Sixième Partie. II. Sect. Des Peignes déacier liés , ôc. y£r diftance du moulin , & comme le contre-poids fèroit trop tôt arrivé en bas, on 2 peut fè fervir de divers moyens, ou pour lui faire parcourir de plus grands efpaces, ou pour, dans une moindre courfe , lui faire déployer beaucoup de corde. Pour le premier moyen, il fuffit de doubler la direétion de la corde ^ à peu-près comme la figure 8 le repréfente. R eft la poulie féparée de la cantre ; V eft une autre poulie , attachée par fa chappe au plancher , ou autre endroit élevé ; alors le poids parcourt dans fa defcente un affez grand efpace , qui eft le même à la lame.
- On pourroit, fi batelier eft au haut d'une maifbn , faire defcendre le poids par la fenêtre ; mais ce qui réufîîra le mieux, c’eft d'attacher une poulie au plancher , comme on le fuppofe en V, fig. 8 ; 8c au lieu que le poids fût attaché au bout de la corde, comme on le voit, ce poids porteroit une poulie , & le bout de la corde feroit fixé au plancher : par ce moyen le poids, en parcourant un afTez court efpace , développeroit beaucoup de corde ; on pourroit auffi moufler toutes ces poulies ; mais je reviens à l'opération.
- La piece avec laquelle on faifit le fil de fer , eft repréfentée,^; 7 : elle fait reflbrt par le bout inférieur, & tend à refter ouverte. Le coulant ou boucle c, glifîe fur fa longueur, & la force de refter fermée quand on y a pincé la lame dans l'ouverture b : à l'autre bout eft un crochet que faifit un nœud , qu'on pratique à un bout de la corde, comme on le voit en dy fig. 6 ; à chaque longueur on coupe la lame, & on la couche par terre en un tas , fig. 5? , 8c enfuite on en fait un paquet, lié de plufieurs liens , comme e ,/*, g , g>f> e 9fig 10.
- Je ne fuis entré dans tous ces détails que pour apporter quelque remede aux défauts , de tous les procédés qu'on emploie. Quelques Peigners placent en devant du moulin un fécond guindre horizontal fur lequel ils enveloppent le fil à mefiire qu'il fort du moulin : lorfqu’on fe fert du moulin fans bafcule , on monte ces guindres fur des pieds , tels qu’on en voit un , fig. 3 , Pl. 29, dont la hauteur égale celle des meules ; mais quand on fe fert du moulin à bafcule f on peut fur les deux montants de devant placer un cylindre comme on voit celui de derrière, & pour les faire mouvoir tous deux, voici comme on s"y
- La figure r, PL 31 , repréfente cette mécanique; les deux cylindres ne font pas tout-à-fait femblables à ceux que nous avons déjà vus. A l'un des bouts de chacun eft une poulie , placée fur l'axe du cylindre, & dont le diamètre eft plus petit à celui B , qui reçoit la lame, qu’à celui A, qui contient le fil de fer, & cela afin qu’il aille un peu plus vite : en voici la raifon. Le fil en pafîànt par le laminoir s'applatit, tant aux dépens de fon diamètre , que de fa longueur ; il faut donc que le cylindre que recueille la lame , aille un tant foit peu plus vite que l’autre ; puifqu'en fuppofant qu’il y eut quarante tours de fil de fer , on peut trouver quarante-cinq ou quarante-huit tours de lame. Ces deux cylindres font menés par le moyen d'une corde fans fin Ey qui pafte fur les Étoffes de Soie. VL Paru D 7
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- 1 deux poulies, & la lame qui attire le fil de fer eft elle-même attirée par l'autre cylindre.
- Il n’eft pas aifé de déterminer au jufte le rapport du diamètre dune poulie, à celui de lautre poulie ; mais il n’y a pas un grand inconvénient à craindre. Il vaut mieux que la poulie du cylindre qui reçoit la lame , foit plus petite que plus grande : car fi étant un peu petite elle eft déterminée à tourner plus vite que la lame ne lui permet, en tenant la corde fans fin un peu lâche , elle gliflera fur fa poulie , Sc n’ira pas plus vite qu’il ne faut. On a coutume de fè précautionner d’un certain nombre de poulies, qu’on change à volonté , félon que l’un des deux cylindres va trop vite ou trop doucement ; & pour cela chaque poulie a à fbn centre un trou quarré , jufte à la grofteur du quarré, pratiqué fur l’un des bouts de l’axe des cylindres : on retient ces poulies en place au moyen d’une cheville d qui paffe au travers de l’axe, en dehors de la poulie , qui par ce moyen fe trouve retenue folidement.
- Il ne nous refte plus qu’à lever la difficulté qui réfulte de l’inégalité du diamètre des poulies ; c’eft le trop ou le trop peu de tenfion de la corde fans fin : l’une Sc l’autre extrémité eft nuifible ; il a donc fallu la corriger. Voici comment on en eft venu à bout.
- Remettons fous les yeux la figure ï 9 Sc voyons de quelle maniéré les montants F, F, y font placés : nous y remarquerons que ces deux montants font mobiles ; de maniéré qu’on peut les avancer & reculer à volonté par le fècours de deux vis, comme celle G , qui adaptent à la traverfe H deux pièces de bois , femblables à celle /, qui portent la traverfe K ; mais comme la force de ces vis ne feroit pas fuffifante pour fupporter une maffe auffi forte que le cylindre D , on a ajouté une piece de bois L> qui tient folidement dans la traverfe F, & qui entre avec une certaine force dans le milieu de celle H. Comme l’enfemble de la machine ne permet pas quon apperçoiye l’arrangement de ces pièces, j’ai cru qu’il étoit néceflaire de faire voir cette partie du moulin féparément ; ainfi la figure y va nous mettre tout-à-fait à portée de voir tout ce mécanifme , qui devient interrefïànt, pour connoître à fond le moyen qu’on a employé pour tendre ou pour lâcher la corde fans fin F. Les montants F, F, de cette derniere figure y font folidement plantés dans la traverfe K : cette traverfe eft aflemblée avec celle H y de maniéré à pouvoir être menée en avant Sc en arriéré , parce que les pièces de bois /, /, L, peuvent glifîer dans les entailles ou dans les mortaifes qui les contiennent. Les deux premières de ces pièces font un peu plus larges dans leur épaifleur par-deflous que par-defius 9 Sc l’entaille que chacune d’elles occupe, eft faite en conféquence ; ce qui commence à donner un premier point d’appui pour s’oppofer à la lourdeur du cylindre quelles doivent aider à fupporter : on apperçoit à chacune de ces pièces une longue rainure g, g y dans laquelle entre une des vis Gy G, par le moyen defquelles on affùjétic ces pièces ; de façon que lorfqu on a déterminé la longueur qu’il faut donner à la
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- Sixième Partie. IL Sect. Des Peignes et'acier lies , &c. $63
- corde iàns fin , on les ferre ; les vis aident auffi a lùpporter le fardeau ; mais comme on a apperçu que ce moyen n étoit pas fufiilànt pour oppofer une force Planché majeure, 011 y a ajouté la troifieme piece L, qui entre dans une mortaife pratiquée au milieu de lepaifleur de la traverfe H à frottement dur, de forte que iorf-qu on veut reculer ou avancer le cylindre , on efl; obligé de frapper deflus, afin de la faire entrer ou lortir : cette piece elle feule oppofe plus de force que les deux précédentes. Pour finir de connoître cette machine il faut voir la figure 6 , qui repréfente la traverfe H, feparée du moulin : on y voit les entaillesh>h y où Ton place les pièces de bois 1,1: on apperçoit au fond de ces entailles un trou taraudé qui fert d’écrou aux vis G, G, qui fixe les pièces qu’on met dans ces entailles ; la mortaife l reçoit la piece de bois L, & les deux mortaifes m 9 m y font pour les tenons des grandes traverfe s M, M, du moulin. Cette traverfe efl: elle-même fupportée par deux montants qui fervent de pied au moulin , de même que ceux N y N y fig. 4, P L 30. Voilà le feul moyen que j’aye vu pratiquer pour tendre les cordes fans fin qui font tourner les cylindres ; mais je dois prévenir encore d’un autre foin que doit avoir le Lamineur ; il confifte à prendre garde de faire diftribuer également la lame fur le cylindre, entre l’elpace des chevilles , afin qu’elles ne s’entaflent pas trop f une furl’autre, parce que la quantité augmenteroit bien-tôt le diamètre du cylindre, 8c alors il tireroit davantage de lame que n’en fourniroient les meules ; on feroit forcé de changer la poulie B , pour une d’un plus grand diamètre , afin quelle fît tourner moins vite le cylindre.
- Quoique cette façon de laminer foit adoptée par plufieurs Peigners , je ne feurois l’approuver, parce que la lame qui fe roule fur ce cylindre contraéle une courbure nuifible , que fon élafticité, quelle qu’elle foit, ne feuroit lui faire perdre : il faut donc que, lorlqu on a coupe les dents de la longueur qu’elles doivent avoir, on ait foin de les redreffer, en faifant le choix de celles qui pourront fervir.
- Je reviens encore à mon premier fentiment, qui efl: de faire tirer la lame par longueurs : il faudroit même que le fil de fer qu’on emploie à l’ufage de cet uflenfile n’eut jamais été en maffe : je voudrois que les Peigners euffent correfe pondance eux-mêmes avec les Tréfileurs ; qu’ils leur demandaffent de tirer le fil de fer dans les numéros convenables ^ par longueur de 8 à 10 pieds, & qu’on les empaquetât comme je l’ai dit ci-devant pour les longueurs laminées , conformément à la figure 10 de la planche précédente, & que dans cet état ce fil fût envoyé aux Peigners , qui le lamineroient longueur par longueur; alors on n auroit aucune courbure à craindre, on fe ferviroit feulement de la méthode que j’ai propofée & établie par les figures (5 & 8 de la Planche 30.
- J’ai dit plus haut que 1 on fe fervoit d’une jauge, fig*5 & 6 y PL 26, pour apprécier l’épaiffeur des dents qu’on avoit à employer pour tel ou tel compte de peigne ; cet ufage efl: adopté généralement par tous les Peigners en acier $
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- j&j L’AR T DES ÉTOFFES DE SOIE.
- = mais il faut obferver que cette jauge n’eft pas fuffifànte pour cette appréciation, parce qu’elle ne peut décider que d’une grande quantité enfemble ; c’eft-à-dire, qu’il faut que fon entaille foit remplie de dents’pour favoir le nombre qu’elle en contient. Ce moyen n’eft pas propre à décider de l’épaiflèur qu’il leur faut donner , parce qu’il faudroit laminer tout de fuite une longueur de fil, aflez grande pour la couper & en faire des dens, & les jauger enfuite toutes à la fois: cette opération exige trop de temps, & je doute même qu’elle foit aufli précife qu’une méthode'que j’ai vu pratiquer chez un des meilleurs Peigners en acier qui ait encore paru , & que la Fabrique de Lyon a eu le malheur de perdre prefqu’à la fleur de fon âge : je veux parler du fleur Mangeot pere ; fa réputation étoit fi bien établie, qu’il étoit connu dans toutes les Manufactures d’Etoffes de Soie de l’Europe : il ne pouvoit pas même remplir toutes les commiffions qu’on lui donnoit, parce qu’il n’admettoit aucun aide dans fon travail , tant il comptoir peu fur le travail des autres : fes Peignes balançoient prefque la bonté 8c la beauté des Peignes Anglois. Mon deflein n’eft pas de déprimer les talents de quelques autres habiles Peigners qui fe font fait un nom dans leur état; mais j’ofe avancer qu’il n’y a aucun Fabriquant qui ait employé des Peignes du fleur Mangeot, qui ne les ait préférés à tous autres du même genre.
- C’eft chez cet habile homme que j’ai puifé les principales lumières que j’ai acquifes fur l’art de faire les peignes. Je reviens à la méthode du fleur Mangeot, pour régler fon moulin , & pour fe procurer les épaifleurs des dents, convenables aux comptes des peignes qu’il vouloit exécuter ; outre les connoiflances particulières fur les moulins à vis, 8c fur ceux à bafcule* dont il pofledoit parfaitement les propriétés, il avoit des procédés particuliers , & entre autres une jauge, telle que celle qu’on voit fig, 7, PL 31, qui n’eft autre chofe qu’un gros fil de fer formant une efpece d’S , dont une des ouvertures n 9 0 , détermine l’épaiflèur des dents : il avoit plufîeurs de ces jauges, dont chaque bout numéroté indiquoit les différentes épaifleurs qui pouvoient y entrer. On peut avoir une jauge qui comprenne de fuite tous les numéros poflibles : elle eft connue parmi beaucoup d’Ouvriers fous le nom de Calibre , & eft repréfentée par la figure 13 ; on y voit de quelle manière les écartements de chaque tour vont en diminuant infenfiblement depuis A, jufqu’au bout B.
- Quoique j’aie reconnu dans le fleur Mangeot tout le talent imaginable pour la conftruélion des peignes, je ne me fuis pas borné à ne voir que lui feul fur cet objet ; car, foit par occafion, foit par recherche, j’en ai vu autant qu’il m’a été poflible, & j’ai tâché de découvrir leur fentiments fur les differentes maniérés de travailler ; 8c comme par mes recherches j’avois aflez d’expérience pour dif-cerner les bons , des mauvais procédés , je n’ai jamais eu pour but que de con-noître à fond l’Art que je décris aujourd’hui.
- Comme je n’ai jamais exercé cet état, on pouroit imaginer que j’ai avancé bien des chofes au hazard, ou que je n ai pas aflez pris de connoiflances dans cec
- Art
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- Sixième Partie. IL Sect. Des Peignes d'acier liés, &c. y C’y
- Art pour ofer le mettre au jour. Quoique je n’aie jamais exercé le talent de Peigner, j’ai néanmoins fait les expériences les plus difficiles , & toutes les fois que j’ai cru que fur les différentes opérations qu’on m’expliquoit, il y avoit quelque choie à defirer, j’ai engagé ceux à qui je m etois adreffé, non - feulement d operer devant moi , mais de me lailler opérer foui, ou pour le moins de permettre que ) aidaffe à l’opération ; de forte qu’il n’eft aucune des opérations principales que je n’aie exécutée & vue exécuter ; & à force de recherches, j’ai réuni en moi les connoiffan'ces des différents genres d’Ouvriers ; c’eft en prenant des lumières chez les uns & chez les autres, que j’ai trouvé toutes les différentes façons de travailler que je rapporte : l’opération du laminage , étant en quelque façon la partie la plus effentielle du peigne , j’ai cru auflî que ce feroit l’endroit où ceux qui la connoilfont porteroient plus d’attention, & que par conféquent il falloit y apporter plus de foin. Je dois prévenir le LeCteur, que toutes les fois que je mettrai en avant quelque chofe , dont l’ufage ne fera pas reçu dans quelque partie que ce foit de l’Art du Fabriquant d’Etoffes de Soie, &c. j’en défignerai les Auteurs ; & fi c’efl: quelque chofe qui vienne de ma part, j’en uferai, comme j’ai déjà fait : au furplus, je ne parlerai de ces procédés , généralement ignorés ou nouvellement inventés , qu’autant que je les connoîtrai préférables aux procédés ordinaires , foit à caufe de la célérité, foie pour la plus grande perfection de la chofe en elle-même ; j’aurai foin de les donner pour tels qu’ils font. Je ferai obferyer, avec la plus exaéte vérité , les avantages qu’ils peuvent avoir fur les autres ; d’après cela , je crois que je ne dois pas être en peine de ce qu’en peut dire la critique.
- Qu’on ne foit pas furpris fi j’entre ici dans une differtation qui paro!t étrangers à mon fujet ; mais comme je fai que quelqu’un a voulu contre-dire les procédés que j’ai rapportés dans ce qui a déjà paru de mon Art, où l’on n’a pas finement pris garde aux avantages qui en réfultoient : je fais que non-feulement on n’a pas trouvé bon que je donnaffe des moyens de perfection, tant aux machines, qu’aux opérations ; mais on a trouvé mauvais que je rapportaffe les méthodes reçues dans de principales Villes de Manufacture, à caufe qu’on les ignoroit dans d’autres.
- Quelques perfonnes ont penfé que j’aurois dû m’en tenir aux feules méthodes ufitées à Paris & à Lyon, fans faire aucune mention de celles d’Avignon , de Tours & de Nîmes ; mais j’ai toujours cru qu’il n’étoit pas poffibie de traiter la Fabrique des Etoffes de Soie avec quelque clarté , fans rapporter les différents procédés des principales Manufactures : la plus favante doit fans doute éclairer l’autre, qui peut à fon tour lui communiquer quelques éclairciffements ; au furplus, j’ai pris là-deffus l’avis de perfonnes très-éclairés, & je ne crains pas de m’égarer.
- Il eft bon avant de finir l’article du laminage, d’obforver que, quand par malheur on s’apperçoit que le fil n’a pas été réduit en lames 9 de l’épâifîèur requifo,j Étoffes de Soie* FL Part* E j
- Planche 3 u
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- ]66 VA RT DES ETOFFES DE SOIE.
- on peut le paffer une fécondé fois au moulin ; mais il faut à cette fécondé fois apporter beaucoup d’ateention, & ne pas abandonner la bafcule au même poids, fans quoi il deviendroit tout de fuite trop mince : il faut donc effayer à quel point le contre-poids doit être placé pour donner l’épaiffeur convenable ; & fi c’eft au moulin à vis quon lamine , on court moins de rifque à la vérité ; mais il faut encore tâtonner , en ferrant peu à peu , jufqu’à ce qu’on ait acquis le degré jufte. L’inconvénient le plus ordinaire quand on repafîe le fil une fécondé fois au moulin , eft de lm occafionner des finuofités fur le tranchant de la lame , qui le rendent entièrement défeétueux & le mettent hors d’état de fervir ; mais enfin , quand le mai eft fait, il faut y chercher un remede ; 8c quand par oubli ou par négligence on a manqué fon épaiffeur du premier coup , il faut s’y reprendre , & tout ce qu’on peut employer eft autant de moins de perdu.
- Le laminage des Bijoutiers & des Orfèvres eft tout différent du nôtre ; ici il faut obtenir du premier coup l’épaiffeur de la lame , qui n’a fouvent qu’une demi-ligne de large ; au lieu que le clinquant, ou autre partie d’or ou d’argent qu’on paffe au laminoir, a fouvent 6, y, & même 8 pouces de large , & on ne la réduit auffi mince qu'on la voit, que par degrés, & en changeant fans celle la
- Nous venons de voir les moyens ufités pour mettre les dents d'épailïèur ; Voyons maintenant ceux qu’on emploie pour les couper de longueur.
- Article Cinquième,
- De la maniéré de couper les dents de longueur.
- §. I. Première Méthode.
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- Quelle que foit la maniéré dont on reçoit la lame au fortir du moulin , l’opération fuivante confifte à la couper par longueurs pour en former les dents : cette longueur, comme on l’a déjà dit, varie fuivant la hauteur de la foule ; c eft-à-dire , que cette foule elle-même change fuivant la fineffe des dents ; mais enfin cette hauteur de foule une fois déterminée , il faut faire le calcul fiiivant. Je fuppofe que cette hauteur doive être de 19 lignes ; chaque jumelle peut avoir environ 3 lignes 8c demie , ou 3 lignes 3 quarts de largeur, ce qui fait 7 lignes & demie pour les deux : le ligneul peut occuper une demi - ligne, & enfin les dents doivent déborder d’une ligne haut & bas; ce qui, compté tout enfemble, fait 29 lignes. Ce calcul eft néceffaire chaque fois qu’on fait un peigne d’une hauteur de foule différente , & les Peigners un peu occupés ont toujours des dents coupées à toutes ces longueurs , fuivant leur degré de fineffe.
- Il n’en eft pas des dents de fil de fer comme de celles de canne, que nous
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- Sixième Partie. II. Sect. Des Peignes £ acier liés, êc. $6j avons vu qu’on n'eft pas obligé de couper auflî exactement de longueur, puif-que , quand le peigne eft fini, on rogne l'excédent des dents par chaque bout: ici cela n eft pas pratiquable , ou du moins on ne le fait pas ; auffi faut-il apporter la plus grande attention à les couper parfaitement de longueur : voici comment il faut s'y prendre. Je fuppofe d'abord qu'on a reçu le fil par longueur au fortir du laminoir : l'Ouvrier que je fuppofe affis, tient de la main gauche un petit morceau de bois a, fig. 8 , dont la longueur eft connue, & détermine celle qu'on doit donner aux dents ; il applique deftus la lame, ayant foin quelle affleure exactement par le bout celui de la mefure, & avec des cifaillesy", qu'il tient de la main droite, il coupe toutes les longueurs, ayant foin de ne pas laifler échapper le bout qu'il feroit obligé de ramaffer à terre à chaque dent. La figure io, même Planche , repréfènte un Ouvrier qui coupe les dents de la même maniéré ; toute la différence confifte , en ce qu'il a enlevé le cylindre qui a reçu la lame de deffus le moulin , & l'a placé fur deux montants B 9 B , plantés folidement dans une planche, à côté de lui , où il fe déroule à mefure qu’il 1’ attire à lui : à mefure que cet Ouvrier coupe les dents , il les jette dans une boîte qu'il a à côté de lui, pour empêcher qu'elles ne fe gâtent en traînant par terre.
- Je ne fàurois trop recommander de couper toutes les dents fur la mefure qu'on s'eft faite, 8c non pas fur des dents qu'on coupe à mefure, comme le font beaucoup d'Ouvriers. Il n'eft pas pofiible que lepaifleur de la cifaille lui permette d'approcher tout contre le bout de la mefure ; d'où s’enfuit un peu plus de longueur ; & comme on a compté ou dû compter fur cet excédent, les dents ne fe trouvent qu'à la longueur néceflàire ; au lieu que fi l'on fe fèrt pour mefure indifféremment des dents dernieres coupées * chaque excédent ajouté à la fomme des précédents , fait qu’au bout d'une certaine quantité on trouve les dents d'une, & quelquefois deux lignes plus longues que les premières ; ce qu’il eft toujours aifé d'éviter quand on ne change pas la mefure.
- Je n'ai vu employer dans les ateliers que j'ai parcourus, que la méthode que je viens de rapporter ; mais un très-habile Fabriquant m'a donné la defcription d'une méthode qu'il a vue pratiquer, & que je ne fàurois laifler ignorer au Leéteur. Cette méthode eft préférable à la précédente, & pour la juftefle qu'elle procure aux dents , & pour la célérité ; puifqu'un Ouvrier, même ordinaire , peut y couper quatre fois plus de dents dans un temps donné , que le plus habile n'en fàuroit faire dans le même temps ; encore ne lui eft-il pas poffible fans une mal-adreffe extrême, ou une inattention impardonnable de les couper plus ou moins longues qu'il ne faut : c eft de quoi nous allons nous entretenir dans le Paragraphe fuivant.
- Planche
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- $6$ . L'ART DES ETOFFES DE SOIE.
- §. IL Seconde maniéré de couper les dents des Peignesê /
- ' Pour couper les dents fuivant la fécondé méthode, on fe fert d’un infiniment , repréfenté par la figure 1, PL 32 , que je nommerai Coupoir, faute de favoir le nom que fon Auteur lui a donné. Ce font deux lames A9 B , jointes enfemble en un point £7, comme des cîfeaux , au moyen d’une vis, aflez forte pour réfifter aux efforts multipliés qu’on leur fait éprouver. La lame A eft terminée par un de fes bouts par une queue F 9 à l’extrémité de laquelle eft un trou , dont on fera connoître autre part l’ufage ; l’autre bout, qui, quand on l’a forgé, a été réfervé femblable au premier, eft relevé & arrondi dans la partie D, & va fe terminer en une pointe, aflez fine pour entrer dans toute la longueur du manche E, garni d’une virole par un bout 9 & par l’autre d’une contre-rivure9 fur laquelle eft rivé le bout de la queue ou foie C. L’épaifleur de cette lame peut être de 5 à 6 lignes 9 Sc a fa partie inférieure fe termine en bifeau très-obtus , pour que le tranchant ne s’émoufle pas aifément , feulement depuis d , jufqu’en e 9 dont i’inclinaifon eft dirigée vers le milieu de la largeur de cette lame , ainfi qu’on le voit : l’autre lame B 9 repréfentée par fa face extérieure > fig. 3 9 eft un parallélogramme de même épaifleur que la première lame 9 Sc beaucoup plus long 9 ainfi qu’on peut en juger. A peu-près au milieu de fa largeur eft un bifeau de i en k9 auflï long qu’à l’autre lame 9 & fait de même : eft le trou taraudé, dans lequel entre la vis C 9 & enfin aux quatre angles eft un trou par où on fixe ce coupoir fur les montants deftinés à le porter.
- Pour que la lame A ne defcende pas trop bas quand on l’abandonne à fbn propre poids 9 on réferve un épaulement à la naiflance du manche en f 9 par où elle repofe fur l’autre lame. Il ne s’agit plus que de faire fentir de quelle maniéré ce coupoir doit être monté.
- Comme l’objet de la figure 7 9 qui le repréfente en œuvre, eft de faire fentir faction de l’Ouvrier , les pièces de ce coupoir y font trop peu fenfibies-pour pouvoir fervir à notre explication ; je vais le préfenter fous différents points de vue * félon les pièces que j’aurai à faire connoître.
- Sur une bafe 9 forte & pefante , comme K 9 fig. 4, eft aflemblé à tenons Sc mortaifes, un très-fort montant 13 au haut duquel font fixées toutes les pièces qui compofent ce coupoir. Les angles de devant des deux joues de l’entaille M9> qu’on y a pratiquée, font armés de fortes équerres de fer Z, L 9 telles qu’on en voit une 3 part en L 9 Sc qu’on peut auflï voir en L 9 L 9 fig. y. Ces équerres font fixées en place par-deffus, au moyen d’une vis qui entre dans un trou qu’on y voit, & qui fe viffe dans le bois ; & par-devant, au moyen d’une broche de fer, qui, partant dans l’épaifleur de chacune des joues du montant, enfile un trou correfpondant, pratiqué fur le côté de l’équerre, comme on le voit en /, dans celle qu’on a repréfentée à part. Quant aux deux trous, pratiqués fiir le
- devant
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- devant de l’équerre, ils font taraudés, & au même écartement que ceux qu’on voit au bout de la lame , fig, 3 , pour fervir à la tenir en place : cela pofé, je penfe que la fixation du coupoir fur (on montant, doit être intelligible. Il me relie à décrire un autre moyen, aufti fimple qu’ingénieux , qui fert à déterminer la longueur qu’il convient de donner aux dents félon le befoin , & pour cela le Leâeur voudra bien jetter les yeux fur les figures 5 & <5, dont on a ôté le coupoir , pour ne plus laifler voir que ce dernier objet dont nous allons nous occuper.
- Sur les deux angles intérieurs des deux joues du montant, fig. 6, eft une entaille x, x , refouillée, comme on le voit en y , y, qui reçoit le couiiffeau q, repréfenté à part fous la même lettre. Cette piece, qui eft de fer , eft faite de façon qu’elle puifle remplir les entailles x, x, y, y ; 8c elle eft fixée par des vis qui entrent dans les quatre trous a 9a , a, a , pratiqués fur fa hauteur , & ceux b, b, font entièrement taraudés pour recevoir les vis de preftion S, S9 qui, ferrant les deux tringles de fer r, r , forment une efpece de prefle dont on va voir l’ufàge. La figure R n’eft autre chofe qu’une plaque de tôle d’une épaiffeur convenable, aux deux côtés de laquelle font attachés folidement à une égale hauteur les tenons t, r, qui fàifis entre les deux tringles de fer q , q, r, r9 peuvent être aifément. fixés à l’endroit ou on le defire pour déterminer la longueur des dents, qui, appuyant contre cette plaque , font toutes coupées à |a longueur qui fe trouve entre le coupoir 8c la plaque : au bord inférieur de cette plaque eft un rebord , dont l’utilité eft d’empêcher que le fil de fer ne defcende plus bas qu’il ne faut , &par conféquent ne varie de longueur ; ce qui arriveroit infailliblement, à caufe de la courbure qu’a néceiîàirement contractée le fil fur le cylindre, ou en le laiflant traîner à terre : au moyen de cette précaution l’Ouvrier n’a plus de foin que de préfenter fon fil bien perpendiculairement à la plaque s car il eft aifé de fentir que toute ligne qui ne feroit pas la perpendiculaire , feroit plus longue quelle 9 & que par conféquent les dents feroienc tantôt longues & tantôt courtes. L’Ouvrier occupé à cette opération, comme on le voit fig. 7, prend de la main droite le manche du coupoir, & étant affis , il pofe fes pieds fur la bafe de cette machine, & de la main gauche , il avance la lame à mefure qu’il coupe les dents, qui, par leur propre poids tombent dans un tiroir , qui entre dans un élargifîement fait entre les deux joues du montant, jig. 6 ; 8c pour qu’il n’ait pas la peine de relever fon outil, ce qui au bout d’une journée ne laifle pas de fatiguer, au bout de la tige F, fig. 7 , eft une ficelle , à laquelle pend un contre-poids qui ouvre les cifeaux tout naturellement, au moyen de quoi l’Ouvrier n’a d’effort à faire que pour couper les dents, en appuyant autant qu’il eft néceflàire.
- On voit dans cette figure 7, que l’Ouvrier a placé par terre à fà gauche le cylindre B, monté fur la bafe , dont nous avons déjà eu occafion de nous entretenir.
- Étoffes de Soie. VL Paru F 7
- I. IWIM11» «I
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- Flanche
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- î7o L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- Pour ne rien laifîer à defirer fur la conftruction de cette machine , j ai fait repréfenter dans la figure 6 les entailles {, {, dans lefquelles on loge les équerres de fer, fur le devant defquelles on fixe la lame immobile du coupoir, au moyen de quatre vis, dont les têtes font noyées dans fon épaiflèur pour ne pas nuire au mouvement de l’autre lame. Le montant de cette figure, ainfi que celui de la figure 5 , eft repréfegté brifé fur fa hauteur, parce que nous n’avions belbin pour notre démonftration que de là partie fùperieure.
- On a foin pour gagner du temps, de tracer fur les deux tringles q, q, qui rem-pliflent les longues entailles des deux joues du montante des lignes parallèles, Sc peu diftantes entr’elles ; au moyen de quoi, quand une fois on s eft mis au fait de ces marques, on y fixe les deux tenons qui fupportcnt la plaque, & on eft
- affiné d’obtenir des dents d’une longueur connue.
- Quelle que loit la méthode dont on s eft lervi pour laminer le fil de fer , il faut avoir grand foin de le préfenter au coupoir, de façon que la courbure foit du fens que repréfente la figure 7, comme s’il fortoit de deflus un cylindre : le rebord qu’on a pratiqué au bas delà plaque, indique aflèz combien cette précaution eft néceflàire ; fans cela le fil montant plus ou moins haut, on tomberoit dans l’inconvénient qu on a un fi grand interet d éviter.
- Je ne penfe pas que la première méthode puiflè liipporter la comparailon avec celle-ci ; l’une eft lente, ennuyeule , & fatigue extrêmement la main droite qui tient la cifaille ; au lieu que l’autre méthode n’ayant pas befoin de mefure , eft plus aifée & plus expéditive. On pourrait même , en tirant le fil par longueurs, paflèr dans le coupoir trois ou quatre lames à la fois, & alors il fuffiroit de s'affiner quelles appuyent exactement toutes contre la plaque, pour leur procurer une égale longueur ; enfin , foit prévention ou autre fentiment mieux fondé, je ne penfe pas qu’on puiflè imaginer de méthode plus fimple & plus expéditive. Il me refte à décrire l’opération qu’on fait aux dents après qu’on les a coupées de longueur.
- Article Sixième.
- Des façons à donner aux Dents quand elles font coupées de longueur.
- Pour peu que l’Ouvrier aille un peu vite en coupant les dents de longueur, il faut qu’il vuide fon tiroir aflèz fouvent, fans quoi elles monteraient jufqu’au-près du tranchant du coupoir, & lui nuiraient infailliblement ; il a donc loin’ de temps en temps de les mettre dans quelque grande boîte ; & quand cette première opération eft finie, il les choifit une à une, les redreflè fi elles ont contracté un peu de courbure, & les examine attentivement pour voir fi elles n’ont point de pailles, de fentes ou de gerçures ; auquel cas il faut abfolument les mettre au rebut.
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- Sixième Partie. IL Sect. Des Peignes d’acier liés y &c, 571
- Parmi les dents où Ton apperçoit des gerçures , il y en a en qui ce ne font que des pailles fort légères : on ne met point celles-là au rebut ; mais les ayant toutes mifes fur une table bien unie , on y jette un tant foit peu de pierre de ponce en poudre, & avec un morceau de liège de la forme d'un bouchon, mais un peu plus gros , on les frotte fur leurs deux faces ; de comme cette opération .feroit trop longue fi on les poliflbit Tune après l’autre, on en prend piufieurs à la fois , & on les retourne fens deflus defîbus, 8c bout pour bout. Quand on les a ainfi toutes frottées , on les examine de nouveau , Se on met à part celles en qui cette opération a fait difparoître les pailles, & on rejette abfoiument les autres ; on les efîuie , on ôte cette ponce , & on les nettoie avec un autre bouchon, qu'on frotte fur une plaque de plomb ; d'autres les frottent avec un morceau de plomb même y en les tenant toujours bien à plat fur la table pour ne leur faire contracter aucune courbure ; enfin on les elTuie parfaitement & on les met parmi les autres , dont elles ont par ces préparations acquis la perfection.
- Je n’ai jamais pu concevoir quelle pouvoit être la raifbn de l'ufàge du plomb pour polir les dents : la pierre-ponce eft très-incifive, & a la propriété d'ufer en fort peu de temps la forface à laquelle on l'applique, avec le moindre frottement ; mais fi cette poudre raye les dents , a-t-on prétendu remplir ces rayes ou ces Inégalités avec le plomb ; je n'en crois rien : d'ailleurs, en prenant ainfi le plomb à fimple frottement, on n'en enleve que des parties fi déliées, qu’on n'en a guerequela teinture>& le moindre attouchement qu’efluyeront les dents, la leur fera perdre. Je crois pouvoir ranger cette recette parmi ces vieux procédés que l'ignorance a introduits , que l’ufage perpétue , & dont on ne fauroit donner aucune raifon. Nos peres avoient tant de bonhommie! & quand on fe rappelle toutes les puérilités dont on s'occupoit férieufement il n'y a pas encore longtemps , doit - on être forpris que les Arts s'avancent à pas fi lents vers la perfection. Voulez-vous polir les dents , confoltez ces Àrtiftes, qui d'un nombre Infini d'efpeces de têtes de clous, nous font autant de miroirs à facettes , dans lefquelies le foleil fe multiplie, au grand dommage de notre vue, fur les habits des hommes : je fais cependant que les roues de plomb font un des intermèdes dont on fe fert pour parvenir à ce beau poli ; mais ce n’eft pas immédiatement après la ponce , qui raye fi fort tout ce qu'elle approche , & encore faut - il un frottement très-rapide & confidérable, dont n'approchent pas ceux qui frottent un tant foit peu les dents avec du liège.
- L’ufage de certains Ouvriers de mêler enfemble les dents, qui du premier inftant fe font trouvées bonnes , avec celles à qui il a fallu donner l'apprêt dont nous venons de parler , pour qu'on pût s'en fervir, eft très-défectueux : quelque peu que ce poli diminue for chaque furface , il diminue enfin ; & for la quantité de ces dents on ne fauroit manquer de s'en appercevoir : le mieux eft donc de les mettre à part pour fervir à l'épaiffeur où elles fe trouvent réduites.
- Quoique l'ufage de la jauge en S foit fort bon, il eft toujours plus fur, après
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- que les dents ont été coupées de longueur, de les jauger encore dans l'entaille A , fig. 5, PA 26 ; après cela on les range dans des boîtes ou tiroirs numérotés, fuivant les numéros des dents elles-mêmes , 8c dans lelquels on doit les pré-ferver avec grand foin contre la moindre humidité. Qu'il me {oit permis de le dire en paflant, il ne faut jamais recevoir de ces tiroirs que les Menuifiers font avec des douves de tonneaux ; le vin qui y a féjourné y dépofe des fels, qui quelque feches que foient ces douves, en fe volatilifant, rouillent tous les inC truments de fer ou d’acier qu'on y entrepole : le mieux eft de les faire en chêne neuf ou en noyer. Les Ouvriers ont la précaution pour empêcher la rouille, d’enterrer les dents dans du fon, où elles fe confervent très-bien : le parti le plus fur eft de ne pas tirer beaucoup plus de dents d’épaiffeur qu’on n’ena befbin; & j’infifte un peu là-deftus , parce que j’ai vu beaucoup de Peigners, dont l’u-fàge eft de faire de très-grandes provifions de toutes longueurs & épaifleurs : il eft vrai qu’on peut les envelopper librement dans un papier gris, un peu imbibé d’huile d’olive, & même il eft bon d’en répandre quelques gouttes fur les dents 8c de les remuer enfuite pour répandre également cette huile ; 8c quand on veut monter un peigne , il faut les fécher avec grand foin, fans quoi la poix du ligneul ne prendrait pas, 8c elles feroient fujettes à gtifler lors même qu’elles feraient entre les jumelles*
- C’eft donc une attention, qu’on ne feu r oit avoir trop grande pour préfervet les dents de la rouille ; 8c fi , malgré toutes les précautions elles en font prifes , il faut faire un choix de celles où il n’y a que la fuperficie d’entammée, d’avec celles, où ayant pénétré un peu avant dans l’épaiffeur , il faudroit fe fervir de limes aux dépens de cette même épaifleur , ce qui les mettroit hors d’état de fervir ; & fi la finefle , à laquelle elles le trouveroient réduites ne les rendoit pas entièrement dëfeétueufes, le temps qu’on employeroit à les limer 8c polir , ne feroit pas compenfé par leur valeur întrinfeque. Quand à celles qui ne font que légèrement attaquées de la rouille, voici la maniéré doter cette rouille : on enduit ces dents d’huile d’olive ; enfuitè on les met dans une boîte dans de la farine , 8c on les expofe deux jours de fuite à l’ardeur du foleil ou à un grand feu pendant l’hiver ; 8c quand on voit que la farine, qui s’étoit attachée autour de chaque dent, eft un peu tachée par la rouille, on les retire, 8c en les eftuyant on a la fetisfaélion de voir difparoître prefque toute cette rouille. Si cette opération ne réulïït pas de la première fois, on la répété une fécondé , 8c on peut être afluré d’une parfaite réuflite. Si quelqu’une réfifte à ces opérations, il faut voir fi c’eft que la rouille eft trop enracinée ,, ou fi le frottement de la pierre-ponce en poudre , comme nous l’avons vu plus haut, ne la feroit pas entièrement dilparoître ; mais quoique dans tous les Arts on polifle l’acier & le cuivre avec la ponce 8c de l’huiie, les Peigners ont l’habitude de l’employer à fèc : ils prétendent que la ponce, s’imbibant d’huile, fait une pâte qui émouflè le tranchant de cette poudre, & l’empêche de mordre aulïï bien. Us ont raifbn à cec
- égard ;
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- égard ; mais c’eft par-là qu’on empêche que l’ouvrage nefoit rayé, ce quî à fec ne peut manquer d’arriver ; c’eft auffi par la même raifbn , que quand on polit à la lime douce , on l’enduit de quelques gouttes d’huile pour polir plus fin ; l’ufage eft contraire , je dois fans doute le rapporter ; mais je ne me crois pas obligé de l’approuver*
- Je ne me fuis jamais annoncé que pour un Artïfte ; en cette qualité je dois rendre compte de tous les procédés mis en ufâge dans chacune des parties que j’entreprends de décrire : le Savant 8c le Phyficien auroient une toute autre tâche à remplir. Aflidus obferyateurs & fcrutateurs des fecrets de la nature , on attend d’eux de rendre compte de toutes les productions & de fes écarts même : cette tâche eft certainement bien au-defîus de mes forces & de mes connoifîânces* & lorfqu’il m’échappe quelques réflexions fur les caufes phyfiques des effets que je décris , je ne fais que propofer modeftement mon avis , que je foumets entièrement aux lumières fupérieures. Sans être Phyficien , j’ai comme tout homme fage réfléchi fur les caufes ; je m’en rends compte du mieux que je puis, & c’eft* là ce que je propofe au public. Mais ce ferait pour le Chimifte un objet de recherches ^ que d’expliquer pourquoi les dents rouillées, mifes pendant fore long-temps dans l’huile , ne fe dérouillent pas à beaucoup près auffi bien que quand on y joint de la farine : ne s’y établirait - il pas une fermentation , qui, donnant du mouvement aux parties, arrête d’abord la décompofition du fer qui produit l’ocre de la rouille , & bientôt déterge , s’il m’eft permis d’employer ce mot ces mêmes parties ulcérées. Je vois d’ici le Leéleur crier après le Fabri-quant-Chimifte ; mais les Arts font freres , & s’ils ne fe connoiiTent pas bien tous c’eft que la parenté eft un peu longue.
- Voilà en général ce qui concerne la préparation qu’il convient de donner aux dents * & le foin de les préferver ou de les guérir de la rouille. Je pafle à l’emploi qu’on en fait pour monter les Peignes*
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- CHAPITRE SECOND.
- De la maniéré de monter les Peignes d'acier.
- Les Peignes, donc les dents font d’acier, fe montent fur leurs jumelles avec du ligneul, tel que celui dont on a parle pour les Peignes de canne : il feroit fans doute très-déplacé d’entretenir ici le Leéleur de tous les procédés qui font communs aux uns & aux autres ; le plus fimple eft d’y renvoyer. La maniéré de monter les peignes eft à peu-près femblable à la première : je ne ferai donc ici que rapporter en peu de mots les particularités adoptées par les Peigners en acier ; particularités qui confiftent en quelques machines, Sc quelques procédé^ qu’ils fe font rendus propres à eux feuls.
- A la rigueur on peut donc monter les peignes d’acier for les mêmes métiers où on monte ceux de canne ; mais on va voir que les moyens dont on fe fert pour frapper les dents, ainfî que les autres opérations , font fort ingénieux.
- J’aurois déliré pouvoir rendre un compte un peu drconftancié d’un moyen très-heureux qu’un habile Peigner de Rouen a imaginé pour monter un peigne fans le fecôurs des mains. Ce moyen eft très-expéditif; il confifte à faire entourer les jumelles par le ligneul à mefore que les dents prennent leur place y par une mécanique bien entendue , & enfoite à frapper for la dent qui vient d’être placée. ; . ,
- L’Auteur de cette invention prétend que des machines mues également travaillent bien plus régulièrement que les bras d’un homme , dont la volonté feule réglant l’aétion des mufeles, ne feuroit produire une parfaite égalité. Cette machine , dont l’Auteur fait myftere, n’eft pas venue à ma connoiflànce ; il ne Ta communiquée qu’à l’Académie des Sciences, Sc tout ce que j’ai pu en apprendre , c’eft que les jumelles font enfermées dans une boîte où fe pâlie toute l’opération J’ai craint de commettre une indiferétion en cherchant à pénétrer l’intérieur de la boîte ; Sc quand l’Auteur veut s’envelopper dans la nuit du myftere, eft-ce à moi d’y porter le flambeau de la curiofité. Je configne ici ce fait; heureux qui pourra en acquérir de plus grands éclaircilTements, Sc fi j’eulîe déliré de connoître ce chef-d’œuvre , c’étoit pour en faire part au public & le tourner à l’avantage de mon Art. Si l’amour de la gloire doit inviter les Artiftes à publier leurs découvertes, on peut fans crainte de reproches, fe réferver celles dont le foccès peut indemnifer des dépenfes Sc du temps qu’elles nous ont coûtés : tout ce que la patrie a droit d’exiger, eft qu’on n’enfevelilfe pas ces utiles fecrets. Il faut elpérer que les raifons d’intérêt particulier celîànt, l’Auteur nous laiflera le détail de fes procédés. J’apprends qu’un Peigner d’Aix en
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- Sixième Partie. IL Sect. Des Peignes d'acier lies , &c. yyy Provence vient d'inventer une Machine qui produit les mêmes effets : ont-ils employé les mêmes moyens ? c'eft ce que la fuite nous apprendra fans doute.
- Ces deux inventions prouvent la néceffité de perfectionner cette partie de la Fabrique des Etoffes de Soie , puifque des gens de génie s'en occupent avec fuccès. Le but de cette Machine n'eft pas la célérité de l'ouvrage feule ; des perfonnes qui ont vu des peignes qui fortent de cette Fabrique, aflurent qu'ils font très-réguliérement faits. Je reviens aux opérations qu'on met en ufàge pour monter les peignes.
- Article Premier.
- Première maniéré de monter les Peignes d9acier*
- §. I. Defcription du Métier.
- La figure i, PL 33, repréfente un métier à monter les peignes, dont le ssbêks** Leéteur peut reconnoître la conftruétion pour l'avoir vu employer à monter les ^L^CHE peignes de canne. On a feulement à celui-ci le foin de tenir la table de ce métier un peu plus large, pour y placer les deux couliffes i9 i, formées par les rainures de deux tringles c , c. C'eft fous ces couliffes que gliflè la planche d , qu'il eft à propos d’examiner à part pour en fentir mieux la conftruétion , fig* 2 : aux deux bouts de cette planche eft une feuillure g9 g> dont l'épaiffeur de la languette h , h , coule aifément dans la rainure des deux tringles : au milieu de cette bafe eft plantée une équerre de fer e, qui porte la batte m , dont nous allons parler ; mais comme cette pièce eft fans ceffe en mouvement, & qu'elle frappe fans ceffe des coups redoublés contre les dents du peigne , elle a befoin d'être très-folidement fixée dans fa bafe ; pour cet effet le bout inférieur de cette équerre 9 fig* 3 * eft taraudé , comme on le voit en o 3 8c entrant dans le trou p de la piece de fer quarrée 3fig* y , fans cependant s'y viffer, le quarré de cette piece entre jufte dans une entaille de pareilles dimenfions q , pratiquée fur l'épaiffeur de cette plaque , d'environ 3 lignes , 8c par-deffous eft arrêtée au moyen d’un écrou quarré fig* 6 ; enfuite de quoi eft une autre plaque de fer de 2 ou 3 lignes d'épaiffeur , fig. 9 9 entrée en-deffous de la bafe de toute lon épaiffeur dans le bois, & arrêtée par les quatre coins : cette plaque reçoit dans le trou y du centre, le bout 0 de l’équerre fig* 3 ; au moyen de quoi la batte ne fauroit s’incliner en devant ou en arriéré : la plaque de ïet9jîg. y, eft aufïî noyée de toute fon épaiffeur en-deffus de la bafe pour plus de propreté : à l'autre bout de l'équerre eft un tenon qui reçoit la piece de fer l, fig. 4 , aux deux bouts de laquelle on a réfervé une maffe de fer £ , [, pour lui donner de la pefanteur. La mortaife / qui reçoit le tenon k , fig. 3 , doit être bien jufte à.ce tenon, & bien au milieu de la longueur de la piece ; de-là dépend l'égalité desr
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- dents par rapport à leur épaifleur, comme nous le verrons dans l'opération. Cette piece eft fixée en place , au moyen d une cheville de fer qui entre dans Je trou m y fig. 2, qui repréfente la batte toute montée. Quand on veut mettre cette batte en place, on fentre par le bout des tringles A , qui ne vont pas contre la poupée à gauche ; mais elles y vont tout-à-fait par l'autre bout pour donner plus de courfe à la batte. On conçoit à l’infpeétion feule, que la piece de fer, représentée par la figure 4 , gliffe entre les jumelles , pour aller frapper contre les dents, dont elle doit avoir tout au plus fépailTeur ; mais pour gagner de la folidité on la tient fort large, fans quoi elle plieroit au moindre choc , & ne rempiiroit pas Ion objet. Le plan de la table de ce métier, & celui de deiîous ta bafe </, ne fàuroient être trop unis pour diminuer les frottements, & même il eft à propos de frotter de favon , tant ces deux plans, que les deux coulifîès ; la hauteur de cette batte doit être telle , que la lame puifie glilfer parallèlement aux deux jumelles, Sc pour fe régler , on peut prendre la hauteur des tenons g 3 g y des deux poupées E, E, fig. r. Il faut encore avoir grand foin que l’é-querre foit montée fur fa bafe , parfaitement à angles droits avec les poupées, pour qu’en frappant fur les dents, on foie fûr de leur procurer une pofition perpendiculaire avec les jumelles, comme je l’ai dit en parlant des peignes de canne, où je recommandois de frapper avec la batte , également fur les deux bouts des dents. Je paffe à la maniéré de fe fervir de ce métier ainfi monté.
- §. IL De la maniéré de monter les Peignes en fe fervan t de la batte
- quon vient de décrire.
- Les préparatifs néceflaires avant de monter les peignes d’acier font abfolu-ment les mêmes que pour les peignes de canne : le métier eft le même ; les montants font garnis de vis & de tenons, for lelquels on fixe les jumelles en les attachant l’une à l’autre avec une ficelle dans des encoches, ainfi qu’on l’a vu plus haut : les gardes fe pofent de la même maniéré , & on les fixe , ainfi que les dents des lifieres, comme aux peignes de canne. Il faut aufli avant toutes ces opérations, marquer for les jumelles de delfus, les divifions par pouces, demi-pouces , &c. ou par portées , demi-portées, avec les inftruments qu’on a rapportés à ce fojet : les dents fe placent enfuite de la même maniéré , en les entourant chacune d’un tour de ligneul, & frappant avec la batte pendant qu’on tient les deux petits paquets de ligneul de la main gauche un peu tendus ; mais comme cette opération ne différé des précédentes que par l’ufage & la forme de la batte , car les dents, quoique d’une autre matière , fe placent de même ; c eft à cela feul que nous nous arrêterons.
- L’Ouvrier prend la batte au milieu de là hauteur, & la failànt gliffer for fà bafe, il appuie & frappe le plus également qu’il lui eft poffible contre les dents, ôc pour cela il a plufieurs précautions à prendre. Premièrement, comme
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- le frottement qu’efluie la bafe de la batte dans fà couliffe diminue la force qu’on lui imprime ; il faut s’habituer à bien régler ion coup, &pour cela prendre fon élan à une égale diftance ; fècondement , avoir attention de prendre la tige au milieu delà hauteur ; car, fi pour avoir plus de force , on vouloir la prendre un peu plus haut, la bafe ne fuivant plus un mouvement parallèle , s’engageroit entre les tringles, & l’opération feroit retardée ; fi au contraire on la prend trop bas, le levier de la réfiftance étant plus long que celui de la puifiànce, on ne frappera plus, même avec d’afiez grands efforts, que de foibles coups , Sc l’on ne pourra ferrer les dents autant qu’il eft néceflaire.
- Il y a des Ouvriers, qui, pour ne pas prendre les dents l’une après l’autre fur le métier, ou dans une boîte qu’ils ont à côté d’eux , en prennent une petite poignée de la main gauche, quoi qu’ils tiennent de cette main les deux petits: paquets de ligneul : cette pratique eft fort expéditive quand on peut en prendre l’habitude ; mais la main droite doit être libre pour empoigner la tige de la batte.
- Il y a pourtant un inconvénient dans cet ufage pour certaines perfonnes qui fuent des mains, & donnent par là lieu à la rouille ; dans ce cas, il vaut mieux placer les dents fur une tringle de bois fur le métier, pour qu’ayant un bout en l’air on puîffe les prendre {ans peine. Chacun en ufo fuivant l’habitude qu’il a contractée ; mais je penfe qu’en effet cet inconvénient mérite confidération ; car les dents une fois placées, ne peuvent plus être effuyées , & avec beaucoup de foins depuis que le peigne eft fait, on eft fort furpris de le voir rouiller.
- Les attentions que je recommande fi fort paroîtront fans doute minutîeufes à bien des perfonnes ; mais elles font effentielles pour l’Ouvrier, qui ne peut trouver fon bénéfice que dans la célérité*
- S’il s’agiffoit de me déterminer fur la préférence qu’on doit accorder à l’une des battes dont nous avons indiqué i’ufage, tant pour les peignes de canne, que pour ceux d’acier : il me femble que la dernlere eft préférable à beaucoup d’égards ; mais d’un autre côté l’habitude peut rendre l’Ouvrier aufîi habile avec l’une qu’avec l’autre : un avantage réel avec la derniere, c’eft que , fi elle eft bien faite, & pofée bien d’équerre en tout fens, elle difpenfe du foin par^ ticulier de placer les dents b"k angles droits avec les jumelles, puifque cela ne peut manquer d’arriver. L’Ouvrier n’a d’autre attention que de bien ferrer fon ligneul, & de Faire tomber jufte fur chaque divifion marquée, le nombre de dents qui leur convient. Quelle attention ne faut-il pas pour frapper également fur chaque extrémité des dents, lorfque le bras qui conduit la batte décrit un arc de cercle? il eft fort difficile de corriger cette courbure, & le moindre défaut eft confidérable. Enfin nous avons vu que pendant que l’Ouvrier place & entoure les dents de ligneul, la batte repofe entre les jumelles , & ce poids, quoique peu confidérable, imprime infenfiblement au peigne une courbure, que tout Peigner qui démonte le métier a foin au premier inftant de redrefîèr, fans Étoffes de Soie. FL Part. H 7
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- meme s’inquiéter de cette caufe ; mais cet inconvénient qui paroît de fi peu de conféquence, devient confidérable , 8cn’arrive-t-il pas par-là que chaque dent change de pofition refpeétive avec les dents voifines, 8c que le ligneul fe lâche & ne les faifit plus avec autant de force, fur-tout au milieu du peigne où la courbure étoit plus grande & le déplacement plus confidérable. Ce n’eft pas quand le peigne fort des mains de l’Ouvrier qu’on peut juger de ce dérangement ; mais il devient plus fenfible quand il a travaillé quelque temps. Il nous refte à parcourir quelques méthodes particulières pour monter les peignes, qui ne com fiftent que dans la maniéré de frapper les dents, & dans les machines qu’on a inventées pour cet ufage.
- Article Second,
- Defcription d'un fécond Métier d monter les Peignes d'acier,
- & de la maniéré de s'en Jervir.
- §. I. Defcription du Métier.
- La figure 1 r , PL 3 3 , repréfente un métier à monter les peignes , que j’ai vu mettre en ufage dans quelques Provinces, & qui a fes avantages , ainfi que fes inconvénients, La table ou le banc de ce métier eft monté à peu - près de la même maniéré que les précédents ; mais au lieu des poupées qu’on y a vues, on fe fert de deux montants A, A, qui en font l’effet, 8c de plus vont à environ 4 pieds s’affembler dans les bouts des deux traverfes F, F ; à la hauteur des poupées qu’on a vues, ces montants font percés 8c garnis de fer pour recevoir les boulons à vis D , E , que le Leéleur doit parfaitement reconnoître, & dont par conféquent je ne dirai rien, Il ne me refte à décrire que la batte /, qui fe meut par le moyen d’un balancier, comme on va le voir. Au haut de chacun des montants A, A, & fur leur épaiffeur, font deux entailles ou feuillures qui reçoivent les tenons des crémaillères de fer i7, F, qui y font attachées. Ces tringles ont peu d’épaiffeur ; mais pour ne pas perdre de la force, on leur donne une certaine largeur ; leur épaiffeur eft abattue en chanfrein des deux côtés , & forme un bifeau, fur la longueur duquel eft une certaine quantité d’encoches anguleufes, c’eft-à-dire, de la forme d’un V ; mais comme il faut que ces encoches fe répondent parfaitement l’une à l’autre, on faifit les deux tringles dans un étau ou dans une entaille , puis on trace , 8c l’on forme chacun de ces crochets d’un même coup. Je paffe au balancier.
- A environ 4 pouces du bout fupérieur de la tige de fer H, eft une mortaifo d> fig. 13, dans laquelle entre jufte la petite traverfe, fig. 12, qui y eft chevillée, comme on peut en juger par les trous e de l’une , 8c f de l’autre : les deux bouts de cette traverfe ont leurs plans abattus en bifeau, & forment une efpece de
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- Sixième Partie. IL Sect. Des Peignes Æ acier liés , êc> 579 lame de couteau b 9 b9 fig, ïz , d’environ 1 pouces de long chacun > 8c la ion- j gueur comprife entre les épaulements c , c , efl: à peu-près égale à la diftance qui régné entre les deux crémaillères F, F: à l’autre bout de la tige H 9 ou fig* 13, efl: un tenon quarrég, taraudé au centre, formant écrou n , pour recevoir la vis / de la piece L ; de manière que quand ces deux pièces font vilTées enfemble, . elles ne iaiiTent d’écartement fur leurs quatre faces que la longueur du tenon g, dont on connoîtra bientôt l’ufage. L’autre bout de la piece L efl; suffi taraudé , & va fe viffer dans un écroup, pratiqué fur la boule de fer K , ou fig. 17 , qui ne fert qu’à donner de la pefimteur au levier, & par conféquent plus d’impulfion à la batte.Cette batte qu’on voit en l9fig. 11, & qui efl: repréfentée à part fig> 14, efl: une lame de fer ou d’acier, dont l’épaifleur efl: à peu-près égaie à la largeur des dents , & au centre de laquelle efl: une mortaifè , jufte aux dimenfions du tenon quaré g9 qui y entre fans balotter ; on fent aifément que ce tenon, n’ayant tout au plus de longueur, que l’épaiffeur de cette lame ou batte , quand on vîflfe la piece L% cette batte fe trouveprife folidement en tout fens: toute l’attention qu’il faut avoir confifie, à ce que cette batte, quand elle efl: à fa place, foit parfaitement à la hauteur des boulons D , E, des montants A9 A ; fans quoi., en gliffant entre les jumelles, elle les fadgueroit confidérablement : quelques-uns font faire la piece L, cylindrique comme la figure 18 la repréfente , & interpofent entre elle & la batte une rondelle , fig. 19 ^ en place de la plaque , fig. 1(5, que d’autres mettent à la tige quarrée au-deflous de la batte.
- Cet ajuftement de pièces multipliées me paroît fujet à fe déranger fort aifément ; ne {eroit*il pas meilleur & plus fimple de pratiquer après le tenon quarre du bas de la tigQ*jîg* 13 , un long tenon qui paflat au travers de la tige L, qu’on perceroit pour cela, Sc qu’a près y avoir enfilé la boule, qu’on pourroit auffi faire de plomb, on fixât le tout en place par le moyen d’un écrou à pans ou à oreilles par-deflous la boule ! mais l’ufage en a décidé autrement.
- D’autres ont fait faire tout d’une piece la tige & la boule, 8c pratiquant à la hauteur du peigne un épaulement fur chaque face , ils enfilent la batte qui vient y repofer , & efl: enfuite arrêtée par une clavette qui preiï® une rondelle fur la batte.
- §. IL Ufage du Métier.
- L a fig ure r, n. 34, repréfente un métier à monter les peignés, garni de la bâte, en forme de balancier: cette batte efl entre les jumelles, & au milieu de l’efpace compris entre les dents & la foule , dans l’état d’inertie 011 tout corps grave qui fe meut autour d’un centre, tend à fe placer. L’Ouvrier qu’on n’a pas jugé à propos de repréfenter, feroit ici derrière le métier. Après avoir fixé les jumelles fur les tenons bi b> qui font aux boulons à vis, il attache la garde du côté gauche du peigne, enfuite les dents des lifieres, & enfin les dents du peigne ; & à mefure qu’il les place l’une après l’autre, il les arrête d’un tour de ligneul haut
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- Planche 3h*
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- 580 L'ART DES ETOFFES DE SOIE.
- & bas , & ne cefle d’en tenir les bouts de la main gauche, tandis que de la droite Planche •[ écarte [e balancier un peu vers fa droite, & le ramene avec un peu de force frapper contre les dents c; mais dans ce travail il faut apporter quelques foins.
- La batte étant fixée en un point de la longueur du balancier , ne fàuroit décrire quune portion de cercle dans le mouvement quon lui imprime ; or cet arc tend à faire écarter les jumelles ; il faut donc que la foule A leur procure un écartement fuffifant , & que le point de repos du balancier foit aflez près des dents pour ne pas fatiguer cesunêmes jumelles ; il feroit donc à fouhaiter que le point même de repos fût contre les dents, & que l’Ouvrier l’écartât un tant foit peu pour placer fà dent ; alors l’arc de cercle auroit un de fes bouts contre les dents, & pourrait s’étendre à l’aife de l’autre côté entre les jumelles écartées : auffi l’art des Ouyriers eft de tenir la batte à la plus petite diftance poffible des dents.
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- Il eft aife de fentir qu’à mefure que le peigne fe garnit de dents ; la batte ce (Te d’être perpendiculaire ; aufïi a-t-on imaginé l’ufàge des crémaillères, fur les dents defquelles on peut reculer à volonté fon point de fufpenfion.
- Réflexions fur la maniéré précédente de frapper les dents.
- Quelque ingénieufe que foit l’invention du balancier qu’on vient de voir, il eft certain qu’elle eft fujette à de grands inconvénients ; j’en ai déjà annoncé quelques-uns , Sc je crois y en appercevoir d’autres. La batte , dans fon mouvement circulaire , ne préfente pas le côté de fon épaifleur qui frappe les dents , parallèlement à elles ; ou fi le parallélilme s’établit à la fin, ce n’eft que parce que les dents ont pris l’obliquité de la fùrface qui les frappe ; ce défaut eft d’autant plus fenfible, que nous avons fait voir que le côté des dents devoir être perpendiculaire aux plans des jumelles , pour que les fils de la chaîne trouvaient moins de réfiftance. On pourrait ce femble corriger ce défaut, en donnant un peu d’obliquité au côté de la batte qui touche les dents; mais pour peu qu’on fafle réflexion à ce qui fe pafle dans la fuite de cette opération , on fentira, qu’à mefure qu’on place des dents, l’arc de cercle que décrit la batte raccourcit infenfb blement, & qu’on ne fauroit changer la fufpenfion du balancier aflez fouvent pour réduire à zéro ces variations : il n’y aurait abfolument que le moyen dont j’ai déjà touché quelque chofe, de fufpendre le balancier, de façon que fon point de repos fût toujours celui où la batte toucherait les dents ; alors on feroit presque fur du parallélifme entre le côté frappant & la dent qui reçoit le coup. J’ai vu plufieurs Peigners à qui ce défaut avoit fait chercher les moyens de le corriger ; chacun s’y prend félon fon génie : voici un de ceux qui m’ont paru mériter le plus d’être rapportés.
- La figure 2, même Planche, repréfente un métier à monter les peignes , qui ne ditfere du dernier qu’on vient de voir que par la maniéré dont le balancier
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- raife en mouvement ; du refte les boulons à vis font placés de même dans les " trous qu'on a repréfentés en i , i : on a, pour fimplifier les objets , fupprimé toute la table du métier, parce qu'on n’en a pas befoin pour le faire entendre. A la partie inférieure de la balcuie en G, eft un tenon quarré , femblabié à celui qu on a vu, & qui entre jufte dans un trou de mêmes forme Sc dimenfion,' fait au centre de la batte qui y eft retenue parla piece H qui reçoit le bout de ce tenon , & y eft arrêtée, au moyen de deux chevilles ou clavettes de fer , allez follement pour empêcher que la batte ne balotte ; ( la batte n’eft pas repré-‘ fèntée ici ) ; le bas de la piece de fer dont on va faire connoître la forme Sc les ufages , eft armée d’un poids très-lourd /, Sc lorfqu’on veut s’en fervir, l’Qu-; vrier place le balancier, de façon que fon repos foit à 2 ou 3 lignes de la dernière dent ; Sc comme il nuirait à l’opération , fur l’épaifleur du petit chaffis de fer H, eft un trou qui reçoit la cheville g, à laquelle on attache le bout d’une corde M, dont l’autre va palier fur la poulie N > Sc fe fixer par un nœud en de flou s de la marche L, quelle tient à 7 ou 8 pouces d’élévation de terre. L’au-.tre bout de cette marche a une entaille ou enfourchement d > par ou elle repofe contre une cheville e, qui eft plantée dans le plancher & l’empêche de reculer.
- On fent que quand l’Ouvrier pofè le pied fur la marche , le contre-poids Sc la batte font attirés à droite 8c écartés des dents ; pendant ce temps - là , il place une dent, l’entoure de ligneui haut Sc bas, 8c laifte aller la marche ; au moyen de quoi le poids , par là tendance à la ligne perpendiculaire à l’horifon , vient frapper contre les dents un coup , dont on eft afiuré de la force, puifque l’élan eft toujours à peu-près le même. Lorfqu’on a placé un nombre de dents > 3 peu-près égal à l’écartement des encochés des crémaillères, on recule d’un cran le point de fufpenfion.
- Quelques Ouvriers ont trouvé, que d’abandonner ainfi le poids à lui-même, ne lui donnoit pas allez de force pour preffer convenablement les dents ; ils ont at« taché à la même cheville g, une fécondé corde, qui, pallant fur une autre poulie R tient fulpenduparle bout un contre-poids P, qu’on peut rendre plus lourd ou plus léger à volonté : par ce moyen, quand on laifte aller la marché, Fnon-feule-ment la pefanteur du poids /, le porte vers les dents, mais le contre-poids l’ap-i pelle encore.
- Il reftoit une difficulté à vaincre, c’eft qu’à mefure qu’on fait avancer le point de fufpenfion V, la corde qui tient à la marche devient trop longue , Sc l’autre trop courte. Voici comment on y a remédié : la figure 3 reprélente le même poids / fous de plus fortes dimenfions, & fous les mêmes lettres. A un des bouts de la cheville g, eft enarbrée une roue à rocket n, dans les dents de laquelle repofe une efpece d’encliquetage m, pôle fur le plat de la cage comme le loquet d’une porte. Il tourne par un bout fur une vis 0, eft retenu par le milieu contre la cage, au moyen d’une gâchette, en terme de Serrurerie ; l’autre Étoffes de Sqte♦ VI. Part. I7
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- 582 L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE. bout tombe par fon propre poids entre les dents : on voit que le bout de chaque corde étant paffé dans un des deux trous pratiqués fur le corps de la cheville , au milieu de la cage , de maniéré que Tune enveloppe le cylindre, tandis que l’autre fe déroule , quand on tournera la roue dentée, la cprde de la marche fe raccourcira, Sc l’autre s’allongera ; ce qui convient parfaitement à l’ufage qu’on en attend. L’entaille de la cage dans laquelle les cordes s’entortillent, doit être capable de les contenir, {ans que les tours de l’une chevauchent fur ceux de l’autre ; au ferplus, comme on fe fert de cordes à boyau d’une ligne ou^ine ligne & demie de diamètre , pour peu qu’ôn y prenne attention , on ne court pas rifque de tomber dans cet inconvénient.
- Ceux qui ne fe fervent point de contre-poids font également ufàge d#e la roue à rochet, à la tête de la cheville g ; & alors ils fe contentent de développer la corde delà marche à mefure que le peigne avance. U refte une difficulté, c’eft que quand la traverfe à couteaux qui fufpend le balancier dans les encoches des crémaillères, efl: une fois au fond des encoches, plus le poids efl lourd, &plus on a de peine à la faire fortir de ces encoches ; ilfaut que l’Ouvrier fe leve, qu’il fbu-leve la tige,& la place dans les encoches fuivantes; ce qui le dérange Scie fatigue beaucoup : pour remédier à cet inconvénient, il me femble qu’on pourroit employer l’un des deux moyens fuivans. Le premier, eft de tenir les encoches d’un angle plus obtus, Sc au lieu d’un couteau à chaque bout de la traverfe V yfig. 2, on y pratiqueroit un tenon bien rond Sc bien poli, qui, entrant dans de petites roulettes, pafferoit aiférçtent d’une encoche à l’autre , comme on le pratique à certains métiers d’Etoffes de Soie, & comme on le voit repréfenté, fîg. 4 , ou q , repréfente la roulette dans une entaille.
- L’autre moyen confifteroit à faire les dents précifément comme celles d’une crémaillère ou d’une fcie , penchées toutes vers un bout, Sc à angles droits , par rapport à l’autre. On placeroit une poulie au milieu de la largeur du montant à droite, Sc avec une corde, dont le bout feroit attaché au milieu de la traverfe J/, on tireroit la bafcule de cran en cran, à mefure que l’ouvrage avanceroit.
- Il faut avoir attention de placer le poids, de maniéré que fon centre de gravité foit au centre de la figure, ainfi que s’expriment les Phyficiens ; fans cela la batte frapperoit plus fort fur un bout des dents que fur l’autre. Voyons maintenant le parallèle de ces deux méthodes.
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- Parallèle des deux lattes precedentes.
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- Eh comparant ces deux méthodes, on trouvera qu’elles ont des avantages Sc des inconvénients : toutes deux donnent affez d’expédition à l’ouvrage ; l’une frappe toujours les dençs dans la ligne perpendiculaire, au lieu que l’autre ne le frappe qu’au bout d’un arc, qui fatigue toujours les jumelles ; enfin la derniere paroît préférable, en ce que l’Ouvrier a les deux mains libres pour placer fes
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- Sixième Partie. II. Sect. Des Peignes d*acier liés , &c. ygj dents, & n’a qu’à lever le pied pour les frapper. Encore une fois ce n’eft pas à moi à prononcer fur la fupériorité de ces fortes d’uftenfiles & d’opérations : les Ouvriers qui ont long-temps pratiqué l’un & l’autre , font feuls compétents pour porter ce jugement.
- Je penfe cependant que l’ufàge de la batte à la main eft préférable ; car, quelque égaie que foit la force qui vient frapper fur les dents, il faudroit avoir réglé le poids avec une jufteffe mathématique, pour être fur que tel nombre de dents entrera exactement dans la divifion marquée fur les jumelles ; & fi Ton s’apper-çoit qu’on ne pourra pas l’y faire entrer, l’Ouvrier en lâchant la marche, ne fauroit donner à la bafcule plus de force que l’écartement, à laquelle il famene, ne peut lui en procurer ; il faudroit l’écarter davantage à la main, & l’appuyer plus fort ; ce qui ne fauroit avoir lieu. La première méthode remédieroit mieux à cet inconvénient ; mais la batte à la main eft plus fûre, parce qu’on peut redoubler le nombre de coups, & augmenter leur intenfité, jufqu’à ce qu’on voie que les dents prennent l’arrangement qu’on veut leur procurer.
- Il eft fi vrai que la méthode qu’on vient de voir eft fujette à des inconvénients; qu’on a cherché à la perfectionner, en procurant à la batte la liberté du mouvement pour la faire frapper plus ou moins fort, félon le befoin ; mais cofftmâ l’ufàge de la marche eft très-avantageux, puifqu’il laiffe la liberté aux deux mains, on a fdapté à ce mécanifine le mouvement de la même marche , comme on va le voir à l’inftant.
- La néceffité feule de décrire l’Art du Peigner dafts toutes fes parties, a pu me déterminer à rapporter tous les procédés que je fais palier en revue : les méthodes qu’on vient de voir n’ont pas lieu pour la Fabrique des Etoffes de Soie ; les peignes n’en feroient pas alfez parfaits ; mais en Flandres ou on fabrique beaucoup de Toiles & de Mouffelines ; ceft ainfi qu’on fait les peignes; Sc je ne fais aucun autre endroit où on les falfe de cette maniéré. J'ai toujours cru qu’un Art n’étoit complet, qu’autant qu’on y confignoit tous les ufages, pour qu’il en réfultât une malfe de connoiflànces dont chacun pût tiret avantage. Verfé dans la Fabrique des Etoffes de Soie , je ne me crois pas juge compétent des uftenfiles & des procédés qu’on emploie dans les autres Arts qui y on rapport ; auffi je m’abftiens d’en porter aucun jugement.
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- L’ART DES ETOFFES DE SOTE<
- Article Troisième.1
- Defcrlpiion d’un troijîeme Métier a monter les Peignes 9 & de la maniéré de s’en fervir.
- §. I. Defcripdon du Métier*
- Le métier que je vais décrire me fèmble le plus ingénieux de tous ceux que j’ai vus & cependant je dois avouer , que dans nos grandes Villes de Manufactures il n’eft aucunement mis en ufage, 8c peut-être même n’y eft pas connu. Il n’y a pas dix ans qu’un Peigner d’Anvers l’inventa 8c en fit contraire un : fon exemple fut auffi-tôt fuivi par tous fes confrères de la même ville. Je ne l’ai pas vu > & je ne le cormois que par les détails que je m’en fuis procurés : la bonne-foi exige de moi cet aveu ; 8c fi la defcription que j’en donnerai n’eft pas entièrement conforme à celle de l’original , je crois par mon aveu me mettre à l’abri de tout reproche.
- £a figure 5 , PL 34 , repréfente uq troifieme métier à monter les Peignes ; on voit à la fimple’ infpeéilon que fa conftruétion eft fort compliquée ; mais avec un peu d’ordre j’efpere la rendre fenfible.
- La bafe de ce métier eft une efpece de tréteau , compofé de deux pièces de bois A y A } montées fur quatre pieds B , B , B, B. Au milieu des pièces de bois A , A, eft une entaille en queue d’aronde , de 4 à 5 pouces de large à fa partie fupérieure, qui eft plus étroite, & de a pouces de plus large au fond.Tout contre les deux joues de cette entaille, qu’on peut voir en N, fig. 7, font affemblées deux longues traverfes C, C, dont on peut voir le bout des tenons i i fur la même figure , qui repréfente la coupe tranfverfale de la machine : les faces intérieures de ces traverfes font inclinées comme celles de l’entaille N, 8c c’eft-ià que glifte une autre piece de bois dont nous parlerons bien-tôt. Sur l’é-paiffeur de chacune des traverfes C, (7, & en dehors, eft une rainure à 2 pouces de fa face fupérieure , dans laquelle s’aiïemble à languette, ainfi que fur l’é^ paifleur des pièces A 9 A, une planche , fur le bord de laquelle on attache avec des clous, une tringle P, qui affleure le defliis 8c le bout des pièces de bois A, A, 8c forme une efpece de tiroir, dans lequel on entrepofe les dents 8c autres outils.
- Dans la coulifle que forment les deux traverfes C, (7, eft une longue piece de bois D , à queue d’aronde qui y glifte ni trop jufte ni trop aifément ; à chacun de fes bouts eft planté un montant E, ou poupée, femblable à celles qu’on a vues aux métiers précédents ; à chacune eft un boulon à vis avec un tenon , comme aux autres ; & quand le peigne eft foiidcment retenu entre les deux poupées, il a la liberté d’avancer 8c de reculer au moyen de la crémaillère m,
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- Sixième Partie, H. Sect. Des Peignes d’acier liés > &c. y8y qui eft fixée par les deux extrémités fur la piece mobile D , & à qui le réglet de fer Q ne permet pas de changer de place fans la volonté de l’Ouvrier.
- Tout contre l’entaille de la piece de bois A, à droite , font plantés deux montants H 9 H 9 au haut defquels eft un enfourchement qui reçoit une des poulies b ,s b , fur lefquelles paffe la corde qu’on y voit : cette corde pafle au travers d’un trou , pratiqué fur l’épaiffeur de la batte I, 8c eft arrêtée de l’autre côté au moyen d’un nœud ; l’autre bout de ces cordes , après avoir pafle dans un anneau R, de peur quelles ne fe dérangent, va paffer au travers de la marche K, en defîous de laquelle elles font auflî arrêtées par un nœud.
- La marche K ne doit pas être plus longue que les deux tiers du métier ou environ , parce que fi elle étoit de toute fa longueur , le pied auroit trop de chemin à parcourir pour lui faire décrire un arc égal à celui qu’elle décrit à la longueur que je recommande. On la fixe en un point, au moyen d’une broche de fer d qui pafle au travers de fon épaifleur, & roule daus les pitons e , e9 qui font enfoncés dans le plancher. La batte que la figure 8 repréfènte à part, eft une planche large & mince , au milieu de laquelle eft réfervée une épaifleur, dans laquelle on pratique un trouj, £ , où paffent les deux corder f9f9 auxquelles font fufpendus les contre-poids M 9M9 & qui font retenus par un nœud en y 9 fig. y : à peu-près au tiers de la longueur des deux traverfes C 9 C 9 eft plantée une piec® de bois , telle qu’on le voit jîg. 6, & en L, fig. y , en. dehors de laquelle , & près de fes angles , {ont deux poulies h yh : au - deflus font deux autres poulies , placées h orifbntalement g, g 9 fur lefquelles paffent les cordes f9 fj avant de paffer fur celles h , h. Les traverfes C9 C9 font percées perpendiculairement aux poulies pour laifler paffer les cordes, auxquelles quand elles y font, on attache les contre-poids : pour achever de décrire cette machine, je vais la fuppofer en mouvement.
- Suppofons donc qu’entre les deux poupées E 9E 9 on a placé les jumelles d’un peigne aux deux tenons a , a , ainfi qu’on l’a déjà vu plufieurs fois : on tend ces jumelles ail moyen de l’écrou G qu'on voit au boulon à vis de la poupée à gauche : l’Ouvrier attache les gardes de ce côté , 8c appuyant le pied fur la marche, il place les dents des lifieres , puis celles du peigne même , & chaque fois qu’il en a placé une , il leve le pied de deflus la marche , qui eft aufll-tôt attirée par les contre-poids ; 8c comme le peigne peut avancer 8c reculer à volonté avec la piece de bois qui porte les jumelles, on le met au degré convenable par le moyen de la crémaillère qu’on fixe par le réglet n, qui, pris lui-même entre les deux entailles Q, ne fauroit éprouver ni permettre aucun balottement. La batte eft placée entre les jumelles, 8c n’a pas plus d’épaiffeur que les dents, 8c étant appellée fortement contre les dents, elle ne fauroit s’é-carrer du parallélifme , & frappe auflî fort qu’on le defire ; après quoi l’Ouvrier remet le pied fur la marche, & attire la batte vers l’autre bout du métier , ce qui lui donne de la place pour opérer commodément , & placer une* Étoffes de Soie. VL Paru
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- nouvelle dent, qu'il frappe de même, & ainfi des autres ; mais comme le peigne fe garnit infenfiblement de dents , la batte na bien-tôt plus affez de courfe : l’Ouvrier fouleve le réglet n, & fait gliffer d’un cran la piece de bois D , & par conféquent avancer le peigne ; ce qui donne toujours la même force pour frapper les dents : il faut cependant prendre garde de ne pas trop tirer le peigne vers la droite, car la marche pourroit toucher à terre , fins appuyer fuffilàmment ou même aucunement contre les dents ; un peu d’expérience met bien-tôt au
- fait.
- Je penfe avoir rendu fenfible la defcription de cette machine ; je n’ajouterai plus que quelques mots fur la conftruélion de quelques - unes des pièces qui la compofent : C y au bas de la planche, eft une des deux traverfes qui s’affemblent aux deux tretaux A , A. La face contre laquelle gliffe la piece D qui porte les poupées, eft cenfée derrière : j’ai fait repréfonter la rainure dans laquelle on fait entrer la languette d’une des planches , qui forment le tiroir dont j’ai parlé. O y eft le trou par où pafle la corde d’un des contre-poids ; p , eft la mortaife , où l’un des tenons du chevalet L, ou fig. 6, entre à force ; & q eft celle qui reçoit le tenon d’une des entailles Q , Q. La piece qu’on voit tout au bas de la planche tepréfente la traverfe qui entre jufte dans les entailles Q, Q , par lès parties quarrées x , x9 & les deux plans inclinés s , r, qui fe rencontrent au milieu du plan inférieur, forment un bifeau qui entre dans les crans de la crémaillère , & rendent folide la piece mobile D 8c les poupées.
- La figure 7 représente le métier vu par un de fes bouts ; on y voit la coulifîè à queue d’aronde N; les bouts des tenons z, i, des traverfes C> C; ceux /, /, des planches qui forment des efpeces de tiroirs, & enfin les montants- H, H y & les poulies dans leurs entailles.
- On peut remarquer fur la figure y, que la poupée à gauche eft tout près du bout de la piece mobile D, tandis que l’autre en eft à une certaine diftance ; je n’en fais pas précifément la raifon ; mais je ne crois pas qu’elle puifle être autre que d’empêcher cette’piece , quand on la pouffe tout-à-fait vers la gauche f de tomber à terre, fi elle fortoit de l’entaille faite fur le treteau ; ainfi , quelque avant qu’on la poulie à gauche , on n’a pas à craindre qu’elle forte de l’entaille.
- Il eft nécefîàire dans la conftru6lion de cette machine d’en difpofer les pièces de maniéré que la batte fe meuve bien parallèlement au banc du métier, ou, pour mieux m’exprimer, dans la même ligne des boulons à vis qui tiennent le peigne ; & pour cela il faut avoir égard aux épaifleurs des bois, des cordes, & à la pofition des poulies ; ainfi , quoique la pofition des montants H, H y foit à la hauteur des boulons à vis , il faut encorequeles entailles qu’on y voit, foient telles , que les poulies débordent un peu leur bout, pour que l’axe de la corde réponde bien parallèlement aux deux tenons a 9a ; fans quoi la batte frottera contre les jumelles de deffus ou de defîbus. Maintenant il faut prendre d’autres
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- Sixième Partie. IL Sect. Des Peignes £'acier liés, <§r. ^87
- dimenfions pour placer les poulies g, g; car comme les cordes f9 f9 qui [paffent deffus prennent leur origine au *» deflùs de l’épaiffeur de la batte , il faut tenir 3±* compte de cette épaiffeur, & que les rainures des poulies g9 g, répondent au trou où paffent ces cordes. Ce n eft pas tout , il faut pofer une réglé fjir chaque bout des tenons a , a de chaque boulon des poupées* après s’être affùré de leur paral-lélifme , & voir fi la batte fuit bien également le bord de cette réglé : avec toutes ces précautions on peut être alluré de i’exaélitude de la machine, & des peignes qui y feront fabriqués. Pour un Artifte intelligent il n’y a rien à négliger ; une femme d’erreurs infenfibles , eft une erreur confidérable qu’on apperçoit bien, Sc dont on ne peut feuvent pas deviner la caufe. Il eft à propos en finiflant, d’avertir que l’Ouvrier doit être en travaillant affis, plutôt plus haut que trop bas , fans quoi le mouvement du pied fera gêné ; au lieu que plus la jambe & la cuiffe approcheront d’être en ligne droite , moins les mufeles emploieront d’efforts pour obtenir de grands effets.
- Ce métier me paroît mériter la préférence fur tous ceux qu’on a vus jufqu’ici ; il n’y a d’inconvénient que l’attention qu’il faut avoir pour mettre des contrepoids M9 M9 égaux de pefanteur , fans quoi un bout des dents fera plus preffé que l’autre. Au dernier métier qu’on a vu, l’Ouvrier étoit obligé de fe déranger aflez feuvent pour reculer la bafeule d’encoches en encoches : ici il eft obligé d’arrêter fon travail pour avancer la piece mobile qui porte le peigne. Ne feroit;-il pas poffible d’adapter en deflous du métier une roue ou pignon denté , qui , au moyen d’une manivelle, fît avancer 8c reculer cette piece à volonté, à l’aide d’une barre dentée, comme Teft celle d’un cric , que tout le monde connoît ? mais ce qui me paroît plus facile encore, on pourroit y adapter le moyen fi fimple & fi ingénieux dont on fait mouvoir le train d’une prefle d’imprimerie en caraéteres : ce n’eft autre chofe qu’un cylindre , fer lequel font arrêtés les deux bouts de deux cordes* dont l’une tient à une extrémité du train ;
- Sc l’autre , après avoir fait plufieurs tours fer le cylindre, va fe fixer à l’autre extrémité : à l’axe du cylindre eft une manivelle, 8c enfaifant tourner le cylindre à droite ou à gauche, on fait avancer ou reculer la piece qui y eft fixée.
- Il paroîtra peut-être ferprenant, qu’un métier auffi-bien entendu 8c auflî commode , foit à peine connu dans les principales Villes de Manufactures, & qu’il n’y foit pas mis en ufage ; mais voici la raifcn que j’en fcupçonne. Le nombre des Ouvriers en peignes n’eft pas fort confidérable , & comme chacun d’eux eft à peu-près fixé dans la Province où le fort ou bien fà maiffance l’a placé ; attaché aux méthodes qu’il a adoptées, il les préféré à celles dont il n’a d’autre occafion pour les connoître que d’en entendre parler.Un Ouvrier un peu habile peut faire un peu plus d’un peigne par jour ; ainfi le nombre de Maîtres dans cet Art qui fei-vent les Villes de Fabrique , eft toujours feffifant pour les entretenir de cet uftenfile.
- Les métiers dont je viens de donner la defcription dans cette partie, conyien-
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- ~ droient certainement à la Fabrique des Peignes de canne ; j’aurois peut-être pu les décrire dans la première Partie ; mais pour mettre de l’ordre dans mon Ouvrage , j’ai cru qu’il étoit plus à propos de parler des peignes de canne avec les métiers dont on fe fert pour les Fabriquer, & de ceux qui fervent aux peignes d’acier féparément : le Leéteur , & ceux qui chercheront dans ce traité des lumières fur leurs méthodes , feront à portée de comparer les différents ufages : Vai mis chaque chofe à là place ; c’eft à celui qui en a befoin à l’y aller prendre.
- Chaque pays a fes ufiigês , chaque Nation {es avantages ; c’eft 1 aliment de l’émulation : nous aurons beau nous évertuer ; le velours de Gênes aura long-temps la préférence fur tous les autres : Lyon n’atteindra peut-être jamais à la perfeélion du Satin des Indes. L’Angleterre l’emporte fer nous dans la Fabrique des Moëres: peut-être ces préjugés , fondés en raifen dans leur origne , ne font-ils plus entretenus que par leur ancienneté : la prévention fafcine les yeux , Sc lorfqu’on m’a cru aveuglé par l’amour de ma Patrie , lorfque j’afferois à la Ville de Lyon la primauté fur les autres Fabriques, on avoit tort : prêt d’avouer que nos voifins l’emportent fer nous dans quelques parties, j’ai prétendu démontrer que nous leur femmes fepérieurs dans runiverfalité. Je ne déclame pas, je raifonne , je calcule ; je ne fuis ni patriote outré ni cofmopolite \ je cherche la vérité , & j’ai le courage de la publier. Revenons à nos métiers.
- J’ai dit que le dernier métier étoit préférable aux autres ; en effet, l’Ouvrier ayant à placer des dents, auxquelles on eft forcé de donner du premier coup l’alignement quelles doivent avoir, a bien plus de facilité à les aligner lorfqu’il a les deux mains libres que quand il eft obligé de quitter & de reprendre fans celle la batte :il peut, s’il le veut, avoir devant lui une réglé qui s’appuie fer les dents déjà placées^ & détermine la pofition de celles qu’il va mettre : à la monture des peignes de canne, ce foin n’eft aucunement néceffaire, on a la facilité de les rogner quand le peigne eft fini ; mais les dents d’acier, une fois mifes en place, ne peuvent plus recevoir de façon, Sc fi ce peigne eft mal, c’eft un peigne gâté, ou qu’il faut démonter.
- J’ai dit en parlant des peignes de canne, qu’il étoit à propos que la longueur des gardes excédât par chaque bout celles des dents d’une ligne ou environ : il faut biefi fe garder d’en ufer ainfi aux peignes d’acier ; les dents , ébranlées fans ceffe parles fecouffès qu’elles éprouvent dans la rainure du battant, defeendroient infenfiblement, fer-tout quand le papier qui entoure les jumelles feroit ufé : on n’a pas cet inconvénient à craindre à celles de canne ; leur légéreté eft fi grande, l’extrémité par où elles fent prifes entre les jumelles eft bien plus large ; ainfi tout s’oppofe dans les unes à ce quelles changent de place, Sc tout les y invite dans les autres.
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- Sixième Partie. II. Sect. Des Peignes d'acier lies, Article Quatrième.
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- De la maniere.de polir les Peignes d'acier
- Quand un peigne eft monté, l'opération foivante confifte à le polir avec de
- I . i r» • i • h Planche
- la pierre-ponce : quelques reigners intelligents couvrent auparavant les jumelles ^
- avec des bandes de papier, comme nous l'avons enfeignéà la fin de la première
- Partie de ce Traité, en parlant des peignes de canne ; d'autres aiment mieux ne
- les couvrir qu'après les avoir polis. S'il m'efl permis de dire ce que j'en penfo ,
- ces derniers ont tort, parce que la ponce, mifo en poudre , s'attache au ligneul,
- Sc le ronge infenfiblement , à caufe des frottements réitérés que le peigne
- éprouve dans la rainure du battant. Je ne répéterai ici rien de ce que j'ai dit
- dans la première Partie, des moyens ufités pour couper les bandes de papier Sc
- pour en couvrir les jumelles ; cette répétition ne fàuroit être que très-faftidieufo
- Sc déplacée.
- Lorfque j'ai détaillé la maniéré d'appiatir les dents au laminoir ou moulin ÿ .j'ai dit que leur épaüTeur ne recevoit aucune forte d'apprêt : ordinairement elles font fur cette dimenfion très-minces , & à les regarder chacune en particulier après que le triage en eft: fait, on n'y apperçoit rien ; cependant quand le peigne eft monté,on voit qu'elles ont befoin dune légère façon pour préfente r enfem* ble une furface unie : cette opération tient lieu du planage qu'on fait aux dents de canne. Voici comment on s’y prend. *>
- Quelques Ouvriers fo contentent de pofor le peigne à plat fur une table , Sc le tenant de la main gauche, ils frottent les dents avec la pierre-ponce ; cette méthode eft vicieufe , en ce que, quelque force qu'on y emploie , on ne {àuroic empêcher le peigne de remuer fur un plan, où rien ne lui fort de point d’appui : la ponce fo met en poudre , qui en peu de temps ronge le papier, •& même le ligneul qui entoure les jumelles.
- D’autres fixent le peigne fur la table, par les mêmes moyens que ceux qu'on a vu employer pour placer les peignes de canne fous la feuillure d'une tringle fixe Sc d'une mobile qu'on arrête avec des vis : avec cette attention ôn ne craint pas que les jumelles reçoivent aucune atteinte. Il refte à dire comment on fe fort de la ponce: on choifît les pierres les plus légères, Sc qui foient fans veines, on les dreffe fur une face avec une groffe lime plate , & on frotte les dents fuivant leur longueur, Sc non pas fuivant celle du peigne. Il faut avoir grande attention de ne pas aller frapper contre les jumelles ; car l'angle aigu qui forme le plan inférieur de la pierre avec fes côtés , auroit bien-tôt coupé le ligneul, & c'eft pourquoi il eft à propos d'y mettre une bande de papier , qu'on peut renouveller ou recouvrir fi elle fe trouve un tant foit peu endommagée. Il ne faut pas promener la pierre fuivant la longueur du peigne , parce que les Etoffes de Soie. VL Paru hj
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- 5ÇO L’AR T DES ÉTOFFES DE SOIE. dents contraéleroient une courbure qu’il ne feroit plus pcflible de redrefler; d’ailleurs, en ufant un tant foit peu fu r l’épaifleur, ce mouvement jètteroît entre les dents une rebarbe qui déchireroit la foie qu’on y enfile ; ainfi tout engage à prendre les plus grandes précautions dans ce travail.
- Lorfque le peigne eft pofé fur une face , on l’ôte de là place , & on retire avec un balai de plume la ponce que ce travail a mife en poudre, & on la garde pour le befoin : on remet le peigne fur l’autre face , & on y donne la même façon ; après quoi on le retire encore pour nettoyer la place, Sc ramaffer la x poulîiere, qu’on pafle au tamis de foie, pour qu’elle foit plus fine. Pour nettoyer le peigne parfaitement, on fe fert d’une forte vergette ou broffe à poil de fàn-glier qui pénétré entre les dents, & ôte toute la ponce qui pourroit y être reftée ; alors on remet encore le peigne fous les tringles ; puis amincifîànt en forme de bifeau un morceau de bois blanc, tel que du faule, qui eft fort bon pour cela, d’un pouce ou un pouce & demi de large, & enterrant pour ainfi dire le peigne dans cette pouffiere fort fine , on frotte les dents avec ce bâton , jufqu’à ce que les dents entrent dans le bois, & qu’on foit fûr de leur avoir procuré une forme arrondie fiir leur épaifleur. On paffe enfuite à d’autres , mais fans abandonner celles qui font finies , dont on prend encore quelques-unes pour que le peigne ne foit pas ondé fur fà longueur, & on continue jufqu’au bout en prodiguant la pouffiere , qui n’eft pas perdue, & qu’on ramaffe pour une autre fois : à mefure que le bâton s’ufe, & que le bifeau qu’on y avoit formé eft fendu par les dents, on le refait avec un couteau pour s’en fervir jufqu’au bout. On fait la même opération fur les deux faces du peigne, après quoi on le brofle bien ; de maniéré que les poils de la brofle s’infinuent entre les dents & contre les jumelles ; ce qui n’eft pas difficile s’ils font longs & roides ; Sc quand on eft afluré qu’il ne refte plus de ponce, on refait le bifeau du bâton de fàule , & on le pafle à fec fur les dents, fui vaut leur longueur , comme on l’a toujours dû pratiquer ; Sc ' enfin l’ayant refait une autre fois, on y met un tant foit peu d’huile, & on le repafle encore fur les dents. On prétend que cette derniere façon préfèrve les dents de la rouille : cela eft aifé à concevoir ; mais il faut mettre bien peu d’huile, autrement la chaîne de l’étoffe en feroit tachée.
- Il y a des Ouvriers qui, au lieu d’huile pour derniere façon à donner aux dents , préparent un morceau de plomb de la forme du bâton de faule , Sc les frottent aflez fort. J’ai déjà dans un endroit de cette Partie dit ce que je penfè de cette recette/digne d’Albert-ie-Grand; mais une autre qui n’eft pas dépourvue de bon fens , c’eft de prendre un bouchon de liège, de le faire un peu brûler à la chandelle, & d’en frotter les dents ; Sc quand la partie charbonneufe eft ufée , on le brûle de nouveau pour répéter la même opération. Ici le liège brûlé eft une poudre impalpable , qui, à l’aide du liège qui n’a pas été brûlé, peut produire un peu de luftre ; au furplus je rapporte un procédé reçu. Quand toutes ces opérations font finies, on prend une vergette à longs poils, & on
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- Sixième Partie. II. Sect, Des Peignes £ acier liés , 59 r
- l’infinue de tous fois dans l'intervalle des dents , & fur-tout entre les jumelles, pour en faire fbrtir la ponce ou le liège qui pourraient s’y être introduits.
- Le Leéteur qui n’a aucune connoilîànce de la fabrique des peignes , croira aifémentce que je dis ici de la difficulté qu’on rencontre à fabriquer un peigne, pour le porter au point de perfeétion où 11 doit être ; mais parmi les Ouvriers, ceux qui n’ont pas porté leurs vues au-delà des bornes ordinaires, croiront que je me forme des monftres pour les combattre : voici ma réponfè ; elle eft, je crois, fans répliqué. A l’inftant où j’écris ceci, j’ai fous les yeux un peigne d’acier, provenant d’une Manufaélure très-bien uftenfilée ; j’avoue que je n’y ai pu diftin-guer aucun défaut, ainfi que plufieurs bons Ouvriers a qui je l’ai montré , & cependant en l’envoyant à Paris on a écrit deflus dans la Fabrique même : il ne peut fervir comme il ejl , on Va ejfayé de tomes les façons : on s’eft enquis des défauts qu’il occafîonnoit à l’étoffe ;&ona répondu qu’il fabriquoit fort bien , que l’étoffe n’avoit aucune inégalité, aucune rayure ; mais qu’il faifoit cafter les brins de la foie : on a cherché fi les dents fur leur plat ne feroient point pailleufes ou écorchées, mais à l’aide d’un microlcope on n’y a rien pu découvrir: ce qu’il y a de fort fingulier c’eft, qu’ainfi qu’à beaucoup d’autres peignes que j’ai vus, la feule opération qu’il foit à propos de lui faire, ferait de le démonter & de le faire remonter par un autre Ouvrier. Qu’on foit après cela furpris de me voir tant infifter fur les foins qu’on doit apporter à la fabrication de l’uftenfile qui contribue peut-être le plus à la perfeélion des étoffes. J’ai cru que l’exemple que je viens de rapporter répondrait mieux aux objeétions, qu’un long raifome* ment.
- Il y a encore des Ouvriers qui poliffent leurs peignes avec de l’oignon blanc* Il eft à peine croyable qu’on ofe appliquer fur une fùrface polie, 8c fur un métal , un acide auffi violent : qui ne fait l’effet que produit fur la lame d’un couteau le jus d’un oignon, qu’on a coupé avec fans le bien effuyer ; & peut - on effuyer parfaitement un peigne , fur-tout entre les dents l Oh ! fous combien de formes fe produit la folie ! Ce qu’il y a de plus furprenant, c’eft que, quoique vous difiez à ces gens-là , ils ne le rendent pas ; ils ne manquent pas de réponfe à tout c« que vous leur démontrez........Laiflons-les faire.
- Il eft à propos en finiftànt cet Article de faire remarquer, que pendant qu’on polit les dents fur une face du peigne, l’autre face fe trouve porter à faux , puisque les jumelles font une épaiffeur : il ferait bon de faire une cannelure de chaque côté fur la longueur d’une planche, pour que les dents pailànt deffus ne puffent recevoir aucun dommage.
- Dans l’état où nous venons de quitter le peigne, il n’eft pas encore fini ; la nature du métal dont font faites les dents, ne lui permet pas d’être auffi docile aux volontés de l’Ouvrier qu’on le defîreroit : on a beau dreffer-parfaitement les dents , les monter avec beaucoup de loin , on eft tout fiirpris après tout cela de les voir fe porter à droite ou à gauche , 8c en touchant leur voifine, empêcher
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- la chaîne de fe mouvoir comme il eft néceflàire. Nous avons vu qu'on redreffe celles de canne avec un fer chaud : nous allons enfeigner la même opération pour celles de fer ; mais il y a quelques manipulations particulières qu'il ne faut pas obmettre.
- Le Leéteur doit fe fou venir de la maniéré dont fai fait voir qu’on redrefle les dents des peignes de canne ; alors la courbure venoit de la nature élaftique 8c fibreufe de la canne ; mais au peigne d'acier on ne fauroit venir à bout de redrelfer que les dents , qui, ayant été un peu forcées par le ferrement du ligneui ont contracté une légère courbure : il faut donc apporter une très-grande attention pour ne les forcer contre aucun corps dur ou autrement : les dents , qui ayant été d'abord bien dreffées , ne fe font courbées que par la gêne où les tient le ligneui, doivent néceflâirement par leur élafticité , tendre à fe redreffer , pour peu qu'on leur en facilite les moyens ; c'eft ce qu’on fe procure au moyen d’un fer chaud qui , faifànt fondre le ligneui, permet aux dents de s'étendre. On fe fert donc de fers à dreffer , femblables à ceux qu'on a déjà vus : on les fait chauffer plus fort que pour la canne ; mais cependant pas aiTez pour donner du recuit aux dents ; ce qui leur feroit perdre de leur élafticité , & les empêcheroit de fe redrelfer quand les chocs qu’elles éprouvent en travaillant les courbe un tantfoit peu.
- A moins d'avoir l'ufàge de travailler les métaux , on fera peut-être en peine des moyens de s'appercevoir quand une dent s'échauffe trop : voici à quoi on peut s'en tenir. Le fer ou l'acier, quand ils font polis* prennent au feu différentes couleurs * fui van t le degré de chaleur qu'on leur donne ; quand on y fait attention* on les voit devenir petit jaune, enfuite couleur de paille , puis couleur d’or * puis gorge de pigeon , enfuite violet, après cela bleu, & enfin gris: c'eft d'après ces différentes couleurs que les Ouvriers en métaux s'aflurent de la dureté qu’il convient de donner à leurs outils tranchants, ou autres. On peut fe convaincre aifément du tort que fait le recuit aux lames de fer dont on fait les dents ; il fuffit pour cela de prendre une dent non chauffée par un bout, entre les doigts , 8c avec l’autre main de la tirer un peu en devant ; fi elle eft de bon fer ou d’acier, elle doit retourner à fa place, c’eft-à-dire, en ligne droite, après une certaine quantité de vibrations ; mais fi la chaleur l’a plus ou moins détrempée , elle fera très - peu de vibrations * 8c reliera plus ou moins courbe, félon quelle aura été plus ou moins recuite.
- Il y a des Peigners qui pour redreffer les dents , au lieu de les chauffer avec un fer , comme je viens de le dire , font chauffer les jumelles d’un bout à l’autre , & quand ils jugent que la poix peut être très-amollie , ils tordent le peigne en différents fens , & prétendent par - là rendre aux dents la facilité de fe redreffer : ils ont raifon à cet égard ; mais fi le ligneui conftitue l’écartement des dents , la poix y entre affurément pour quelque chofe ; 8c quand elle eft fondue, elle s’infinue par-tout indifféremment,
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- Sixième Partie, II. Sëct. Des Peignes d'acier liés , &c. ^93
- 8c Ton ne peut être afiuré que le peigne étant refroidi, foit auffi folidement monté qu’il l’étoit auparavant.
- J’ai rapporté cette méthode , toute vicieufe qu’elle eft , pour l’oppofer à celle dont fai précédemment rendu compte.
- Le poli que je viens de faire voir qu’il convient de donner aux dents , eft la derniere opération qu’on y fait. Quelques Ouvriers terminent leur ouvrage par coller de fécondés bandes de papier fur les jumelles ; cette précaution eft fort bonne 8c les conferve très-bien. Il ne relte plus qu’à lerref ces peignes dans des boîtes bien clofes , & à l’abri de toute humidité dans du fen * pour prévenir la rouille. Je paffe à d’autres fortes de peignes qui fervent pour les Paffementiers , les Rubaniers, 8c pour les Galonniers.
- CHAPITRE TROISIEME.
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- De la fabrique des Peignes , propres aux Paffementiers 3 :;
- aux Rubaniers SC aux Galonniers»
- J J e titre de ce Chapitre annonce trois fortes d’Artifens qui pourroient paroître faire trois corps différents , 8c qui cependant n’en font qu’un. Le Rubanier eft celui qui fabrique tous les rubans, tant en foie qu en fil , unis & rayés > ainli que les chenilles de foie & de laine. Le Paflementier fabrique les rubans I fleurs brochés , ou autrement , 8c le Galonnier fait les galons , les Jyflêmes 8c les livrées. Chacun de ces Artifans emploie des peignes différents tant pour les dents que pour la monture, qui fe font par les mêmes Ouvriers. Les uns fe fervent de peignes d’os , d’autres de cuivre, 8c d’autres enfin d’acier. La façon de ces derniers ne reffemble guere à ceux dont on vient de voir la defeription ; les dents fe préparent ddne toute autre maniéré , & même depuis quelque temps on a adopté une nouvelle maniéré de les monter ; c’eft ce que je vais décrire affez brièvement. Je commence par les peignes des Rubaniers 8c des Paffementiers ; car ceux de cuivre, d’acier 8c d’os, appartiennent aux Galonniers.
- Etoffes de Soie. FL Paru
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- L’A R T DES ETOFFES DE SOIE.
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- Article Premier.
- Des Peignes propres à la Rubanerie & a la P affementerie.
- , §. I. Des Peignes pour les Rubans.
- On peut dire en général que les peignes, propres à fabriquer les rubans, font, à la longueur près, femblables en tout à ceux des Etoffes de Soie ; les dents en font ordinairement de canne, les jumelles de bois ; on les monte avec le ligneul, &la fineftè des dents dépend de la finefïè des rubans qu’on veut fabriquer. Les rubans fe diftinguent par numéros, & les plus larges ont le plus fort nombre : il eft encore généralement vrai 9 que les numéros des rubans, & par conféquent leur largeur , ne change rien à leur finefïe, & le grain en étant une fois déterminé, un ruban large relfemble parfaitement à un plus étroit. Ces largeurs font ordinairement fixées pour chaque numéro ; mais i’ufàge a introduit des largeurs bâtardes , qui font moindres que celles dont elles portent le numéro ; ainfi , fuppofons quun ruban d’un pouce foit du numéro 8 , on en fait de io ou 11 lignes qui portent le même nom: il ne m’appartient pas d’en deviner la raifon précifè ; peut-être a-t-on voulu par la pouvoir donner à meilleur marché un ruban qui paffe pour le numéro que l’acheteur defire ; peut - être bien auflî a-t-on eu en vue de gagner davantage for celui qu’on vend pour le numéro dont il ne porte que le nom.
- On diftingue dans la Rubanerie, les rubans de taffetas 9 unis & bordés ; les nompareilles 3 les faveurs, &c. les rubans à gros grain, les rubans à cordon bleu , ceux pour les bourfes à cheveux , Scc. Scc. Après eux viennent les rubans fatinés, cannelés 9 Sc ceux à grain d’orge. Les rubans façonnés par une double chaîne, ceux brochés en foie , les brochés en or Sc en argent. Toutes ces efpeces de rubans exigent autant de fortes de peignes particuliers , tant dans le compte de dents, que dans les largeurs ; c’eft au Peigner intelligent à les connoître toutes, pour n’être point embarraffé dans leur fabrication. Il y a cependant des Rubaniers qui ont des comptes de peignes particuliers ; dans ce cas, il eft de toute néceffité d’en donner l’explication aux Peigners, qui ne les font que quand ils leur font commandés ; au lieu qu’on trouve des peignes, tout faits pour les efpeces courantes de Rubanerie, for-tout dans le pays ou ce genre de commerce eft en pleine vigueur , comme à Paris, à Lyon, à Tours9 à Saint-Etienne-en-Forez ,, à Saint Chaumont, &c.
- Comme le nombre des dents, dont un peigne à rubans eft compofé, eft peu confidérable , il ne feroit pas poffible, ou du moins il feroit trop vétilleux de monter fans celle ces peignes l’un après l’autre ; c’eft pour cela que quand les jumelles font une fpis montées for les poupées, comme on l’a vu , tant aux
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- Sixième Partie. IL Sect. Des Peignes et acier liés , &c* ypy peignes de canne, qu’à ceux d’acier, & comme le repréfente la figure i , PL 3y, on fait tout de fuite 3 5 iq , 12 , plus ou moins de peignes , comme on peut le reconnoître par les lettres a , a y a > 8tc. qui chacune en repréfentent un fé-paré de fes voifins ; & quand iis font tous finis , on les fépare les uns des autres avec une foie, comme on le dira en fon lieu.
- On n’eft pas aftreint à faire tous ces peignes du même compte , ni d’une même largeur ; comme ils n’ont rien de commun entr’eux, que les jumelles, on eft abfolument maître d’efpacer les dents à volonté.
- Lors donc qu’un Peigner fe propofe de monter un certain nombre de peignes, Il met fes poupées au plus grand écartement poffible, & il y proportionne fes jumelles pour y trouver un plus grand nombre de peignes. Il divife les jumelles en autant de parties qu’elles peuvent contenir de peignes , y compris un demi-pouce ou environ de diftance qu’il doit y avoir entre chacun , puis il marque la place des gardes, 8c enfin celle des deux ou trois dents de lifieres ; & pour être plus fur d’efpacer comme il faut le petit nombre de dents, qu’un auffi petic peigne contient, il divife l’elpace deftiné aux dents en parties égales, dans chacune defqueiles il puifîe placer un nombre connu de dents ; ou fi le nombre étoit impair, ou ne fe pouvoir pas divifer en parties égales, il fera des divifîons égales, & mettra le relie dans un efpace qui y ait rapport.
- Il n’eil je crois pas néceffaire de dire qu’il faut commencer par le peigne du bout à gauche ; ce qu’on a déjà vu de la maniéré de monter ceux dont nous avons parlé, foffit pour faire comprendre qu’on ne peut s3y prendre autrement : lorfqu’ils font tous finis , on les fépare avec une foie les uns des autres, & alors iis reffemblent tous à celui que repréfente la figure 2 , qui eft double de gran-i deur à ceux de la figure 1. Les peignes étant ainfi féparés, on les rogne, enfuite on les plane <§c on les excarne, & enfin on les couvre de bandes de papier , comme ceux des étoffes qu’on a vus.
- Si pour ces fortes de peignes, pour la Rubanerie ou la Pafîementerie, on emploie des dents d’acier, on peut fe fervir de celles des peignes d’étoffes , pourvu que le compte fe rapporte.
- Ce que j’ai dit qu’il falloit monter tout de fuite le nombre de peignes que peuvent contenir les jumelles, ne doit pas fo prendre à la lettre ; on pourroit les monter les uns après les autres, & les féparer à mefore ; mais on perdroit trop de temps à remettre les jumelles for les tenons, & à les bien drefter; d’ailleurs on perdroit auffi de la longueur des jumelles ; ainfi ce que j’ai recommandé n’a pour but que l’économie du temps & de la matière.
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- §. II. Des Peignes pour faire les Chenilles.
- Je ne répéterai rien ici de ce que j’ai dit de la nature de la chenille & de la maniéré de la fabriquer : quoique je ne fois entré dans aucun détail confidérable*
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- 596 L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- le Lecteur peut confulter l’Art de faire les Canettes, Chapitre V, Seétion 7 , page r96 : j’y ai dit que les peignes pour la chenille étoient formés par quatre dents , placées comme à l’ordinaire, 8c qu’on laifîoit entr’elles & les quatre fuî-vantes un efpace de deux dents ; mais pour parler d’une maniéré plus générale , on réferve entre chaque couple de dents un efpace égal à elles, & à la diftance quelles tiendroient avec leurs voifines. On faifira mieux cet effet en jettant les yeux fur la figure 3 , qui repréfente une partie de peigne à chenille * de grandeur naturelle. La foule ou hauteur de ces peignes efl plus forte qu’à tous autres, ce qui donne plus d’aifance à les fabriquer; mais en revanche les dents font beaucoup plus grofles, 8c le peigne a très-peu d’étendue: quand au nombre de paires de dents, il varie fuivant l’idée des Fabriquants, & félon les groffeurs des chenilles qu’on veut fabriquer ; cette groffeur provient plutôt de la longueur qu’on laiffe au poil qui veloute , qu’à la grofleur du fil qui le contient ; plus les paires de dents font écartées les unes des autres, plus la chenille efl grofie ; parce que ces intervalles étant plus confidérables, laifient plus d’étendue à la trame , 8c que c’eft la trame qui forme le velouté de la chenille ; ainfi on met ordinairement depuis fix , jufqu’à douze & quatorze paires de dents, & delà réfulte une chenille très-groife ou très-petite. Voyons maintenant la maniéré de monter les peignes.
- §. III. Manière de monter les Feignes pour la Chenille.
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- La maniéré de monter les peignes pour la chenille efl: abfolument la même que pour le ruban ; mais comme les efpaces qu’il convient d’obferver en conftituent toute la différence, je vais en peu de motspafler en revue l’opération.
- On a coutume, comme aux précédents, de faire fur une longueur de ju* melles , à la fuite les uns des autres, autant de peignes qu’elles en peuvent contenir : on place d’abord une garde au bout à gauche ; 8c comme on a dû marquer fur les jumelles les effaces qu’il faut obferver , on entoure les jumelles de ligneul l’efpace de 8 à 9 lignes, comme le repréfente la figure 4, & à chacun 011 le frappe avec la batte, comme fi l’on plaçoit des dents : on met enfuite deux ou quatre dents, félon l’idée du Fabriquant pour qui le peigne efl: defliné , 8c à chaque deux ou quatre dents on fait un efpace réglé par trois,’ quatre, plus ou moins de tours de ligneul, ainfi qu’on le voit fur la figure; quand le nombre de dents néceflaire efl: rempli, on finit par autant de tours de ligneul qu’on en a mis en commençant ; enfuite de quoi vient la fécondé garde, qu’on attache auffi folidement que la première : on laiiîe enfuite un efpace de 6 à 8 lignes ; après quoi 011 met une nouvelle garde pour un fécond peigne , 8c ainfi de fuite , jufqu’à la fin. Quand les peignes font montés , on les fépare, on les rogne , excarne 8c plane comme les autres, [8ç enfin on y colle des bandes de papier.
- Certains
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- Sixième Partie. IL Sect. Des Feignes d'acier lies, &c. 597
- Certains Fabriquants prétendent que les peignes à quatre dents font plus parfaits que ceux à deux : on ne laifle entre chaque quatre dents que fefpace dune dent. La raifon de fupériorité qu’ils en apportent efl;, que les trois fils de foie qui lient la chenille , c’eft-à-dire, la trame qui la forme, étant plus reflerrée au milieu de ces quatre dents par le mouvement des deux fils de lin qui font paffés dans les deux voifines, font plus folidement retenus en leur place, Sc conféquemment le velouté de la chenille efl: plus fin Sc plus beau ; d’ailleurs * difent-ils , le fil de lin qui pafle dans la diftance , obfervée entre chaque aflem-blage de dents , tient le tiflu plus large en cet endroit, & facilite davantage le paflage des cifeaux ou forces dont on fo fert pour découper les cordons qui forment autant de brins de chenille ; ce qui n’arriveroit pas fi ces deux fils fo mouvoient entre deux dents , efpacées comme à l’ordinaire. Cet détails , qui, s’ils étoient plus confidérables 3 foroient déplacés ici , fuflifent pour faire fentir la fupériorité des peignes ^ dont les dents font affemblées quatre à quatre ; mais pour avoir là-deflus des idées bien nettes , il faudroit que les perfonnes qui défirent connoître cet Art, euflent quelque connoiflànce de la Rubanerie Sc de la Paflementerie.
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- Article Second. ' "
- Des Peignes S Acier , ù* de ceux en Cuivre ou Laiton.
- I. Préparation des Dents de cuivre,
- Lis dents de laiton Sc celles d’acier, dont on fait les peignes pour le$ Gaionniers, ne fe préparent pas comme celles pour les Etoffes de Soie : ici ce ne font plus des brins de fil-d’archal quon pafle au laminoir, Sc qu’on monte enfoitc : voici comment on s’y prend. Je commence par les dents de cuivre.
- Les Peigners ne fe chargent pas de régler l’épaifleur des dents , ou du moins des pièces de cuivre dans lefquelles on les prend : ils achètent du cuivre en plaque, battu & forgé à une certaine épaiflfeur qu’ils ordonnent ; Sc quand ces plaques font fuffîfamment écrouiesils les diftribuent par lames de trois lignes de largeur ou environ, par le fecours de fortes cifailles, femblabies à celles avec lefquelles les Chaudronniers coupent ou rognent leurs pièces. \
- Les Ouvriers qui fe chargent de préparer le cuivre pour les dents, ont coutume de prendre une plaque de 1$ à 20 pouces de longueur, fur un pied ou même moins de largeur. Iis forgent cette plaque fur un tas bien drefle , Sc avec un marteau convenable, jufqu’à ce qu’ils Tentent que la matière, ne cédant plus, répercute les coups qu’on lui donne : l’ufage apprend à ne s’y pas tromper. On font bien que cette opération, qui diminue l’épaifleur, doit néceflàirement augmenter les deux autres dimenfions , longueur & largeur ; aufli la plaque après cela a-t-elle acquis 24 ou 26 pouces, fur x£ ou 16 de large ; enfuite on Étoffes de Soie. VL Paru N 7
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- V)% L'A R T DES ÉTOFFES DE SOIE.
- s polie cette plaque , tant pour dreffer parfaitement fes deux plans, que pour les unir parfaitement ; après quoi on la coupe par longueurs de 4 pouces fur la largeur , & de toute la longueur de la plaque ; c’efl: dans cet état que le Peigner acheté le cuivre , & c’efl: à lui à couper les dents à même cette plaque, à la mefure qu il juge convenable.
- Cette opération , quelqu intelligence & quelque habitude qu’on fuppofe à l’Ouvrier , ne fauroit procurer des dents d’une égale épaiffieur ,8c je fuis furpris que la perfection où les Arts Mécaniques font portés de nos jours, n’ait pas engagé quelque Artifte à perfectionner cette branche : le laminage efl fi fort perfectionné , qu’il n’efl: rien qu’on ne foit en droit d’en attendre ; mais enfin on s’en contente, comme je viens de le faire voir.
- La feule réponfe qu’on puiffe faire à mon objection , c’efl que les peignes des Galonniers n’exigent pas une régularité auffi grande que pour les Etoffes de Soie ou pour la Rubanerie ; mais pourquoi abandonner la perfection à laquelle tous les Arts doivent tendre ; eh, n’en décheoit-on pas toujours alfez l
- La largeur à laquelle on coupe ces dents à même les plaques , n’efl: pas celle' qu’il convient de donner aux dents ; on aime mieux les tenir trop larges pour les drelfer 8c les polir fur leur épaiffieur ; car la cifaille ne fauroit couper alfez net, & l’on n’efl: jamais affiné de les couper allez droit , pour qu’on ne foit pas obligé de leur donner une façon avant de les empirer ; c’efl: de quoi nous allons nous occuper dans le paragraphe fuivant.
- §. IL Maniéré de meure les Lames de cuivre a égales longueur & largeur 9
- pour en former les Dents•
- Pour donner aux dents de cuivre la largeur qu’elles doivent avoir , on en prend une certaine quantité entre les deux tringles de fer A 9 B, fig. y : à chaque bout de ces tringles efl: un renflement circulaire, au centre duquel efl: un trou, uni à l’une des tringles ,8c taraudé à l’autre. Il faut que ces quatre trous fe correfpondent parfaitement deux à deux pour recevoir les vis h, h , à l’aide defquelles on faifit entre les tringles les dents i ,fig. 6. Les furfaces fupérieures & inférieures de ces deux régies doivent être bien dreffées ; car de là dépend la perfection des dents. Pour fe fervir de cet outil, on defîerre les deux vis ; on place entre les tringles quatre ou fix dents, plus ou. moins, de maniéré qu’elles débordent toutes autant en-defïus qu’en deffous : on les ferre en place , puis mettant le tout entre les mâchoires d’un étau, on lime l’excédent avec une lime, dont le grain ne foit ni trop fort ni trop fin, jufqu’à ce qu’on affleure la fuperficie des* dents, fans cependant l’entammer, 8c quand on a limé un côté, on retourne l’outil fens-deffus-deflous, & on en fait autant de l’autre côté. Pour ne pas multiplier les Planches, je n’ai pas fait repréfenter cette opération , qui d’ailleurs • peut être aifément entendue de tout le monde. Il y a des Peigners, qui au lieu
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- Sixième Partie. IL Sect. Des Peignes 'etacier liés 9 599
- de vis pour retenir les dents entre ces tringles, ne fe fervent que de goupilles, & les affujettiflënt dans l’étau d'une maniéré invariable ; d'autres ne fe fervent point d’étau, 8c fe contentent du ferrement produit par la vis ; mais comme ils ne peuvent limer qu'avec une main , l'autre étant occupée à tenir l'ouvrage , ils ne font jamais affurés de drefler parfaitement les dents.
- Après avoir rapporté la méthode & l’uftenfiie, je vais en faire fentir la défec-tuofité. Il n'efl: perfonne qui ne fente , que quelqu'attention qu’on y apporte , il n'eft pas poflible de ne pas endommager infenfiblement les régies : au bout de fort peu de temps elles deviennent ondées, & les dents contrarient la même inégalité*' Pour remédier à cet inconvénient, je voudrois que ces régies fulfent d'acier trempé ; alors quand on auroit ufé tout le cuivre excédent, on ne pourrait entamer leur furface , & toujours les dents feroient parfaitement droites. Je fais bien auffi qu'il n’efl: pas poflible d’affleurer les dents aux deux régies , fans que la lime ne les touche un tant foit peu, & que cette lime touchant un corps très-dur, perd de fon âpreté Sc ne mord bientôt plus 5 mais à cela deux réponfes. i°. On peut acquérir aflez d’habitude pour que l'attouchement de la lime fe ré-duife prefque à zéro ; fecondement une lime n’efl pas un objet fort cher, & les Ouvriers qui en confomment beaucoup, trouvent encore à les vendre quand elles ne peuvent plus leur feryir.
- Il eft rare que les dents n’ayent pas contracté une certaine courbure lorfqu'on les coupe à la cifailie ; auffi eft-il à propos de les redrefler avant de les mettre à la largeur , & le ferrement qu'on leur fait éprouver dans l’étau , eft fuffifant pour achever de les rendre droites : on les drefle fur une enclume ou tas , garni d’acier trempé de tout fbn dur & poli, avec un marteau uni, qui ne gâte aucunement le poli qu’on a d’abord donné à la plaque.
- Quant à la maniéré de couper les dents à la longueur qu'elles doivent avoir les Peigners ont prefque tous des méthodes différentes, les uns fe fervent de cifàilles, avec la mefure dont on a parlé à l’Article des dents d’acier ; d’autres , mais c eft le plus petit nombre', oat un inflrument, qu’ils nomment appareilleur, & qui me femble le plus fur de tous : il eft repréfenté par la figure 7. Cet inf» trument n'eft autre chofe qu’un fragment des régies, entre lefquelles nous venons de voir qu’on égale les dents de largeur. Les deux tringles K, X, tournent fur un clou a, qui entre jufte dans leur tête , & font l’effet d’une charnière. On' voit aifément que les dents qu'on peut, pour plus de diligence, y placer par quatre ou iix à la fois, pofant contre le clou, ne {auraient être rognées à une plus ou moins grande longueur que le bout t, t des réglés ne le permet. Quand les dents font failles entre ces régies, on met le tout debout dans un étau, le plus près de 11 qu’il eft poflible , pour empêcher le tremblementavec une lime .moyenne on ufe le bout jufqu’à ce qu’il affleure les régies.
- Les têtes de ces deux régies ne font pas également percées : l’une,fig. 8, a un trou quarré rn , dans lequel entre jufte la piece 0 , p , fig. 10, & l'autre régie
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- (<oo VAUT DES ETOFFES DE SOIE.
- r eft taraudée , comme on le voit en n9fig. y , 8c reçoit la vis q , de la même piece 9fig. 10 ; mais en fabriquant cet inftrument, il faut avoir attention , que quand la vis repofè fur fon épaulement o , la face la plus large du tenon o , p , réponde à angles droits, aux faces intérieures des deux régies, pour que les dents repofent fur cette face d’une maniéré fixe. Il eft aifé de faifir entre ces deux régies une quantité plus ou moins grande de dents 9 pourvu qu’on ait eu foin de dreffer d’abord le bout qui repofe fur la tringle, 8c en rognant l’excédent r, fig. 7 , en ne craint pas d’en trouver de plus courtes les unes que les autres. Lorfqu’à force de fervir la vis vient à s’ufèr , & que la face de la tringle n eft plus d’équerre avec la longueur des deux régies, on y remédie aifé ment, en enfilant entre la tête & l’épaulement de la vis, une rondelle de carte ou de papier , plus ou moins, & mieux encore de-cuivre mince ,au centre de laquelle on fait un trou.
- Quelques Ouvriers, pour s’aflurer davantage que les bouts des dents font; limés bien d’équerre , par rapport à leur longueur, après avoir rogné les dents par un bout , les retiren t d’entre les tringles , & les y remettent bout pour bout ; 8c comme elles n’excéderoient pas l’extrémité des régies , fi l’on fuppofe qu’elles y ont déjà été affleurées, ils mettent entre le clou ou tige , fig. io, & le bout déjà dreffé des dents, une calle plus ou moins épaiffe, félon la longueur que les dents doivent avoir ; l’autre bout des dents excede d’autant, 8c offre de la matière à rogner.
- Il eft certain qu’au fort!* Je cette opération les extrémités des dents font très-vives ; auffi a-t-on foin de les pafîer une à une fur une lime bien douce , pour émou fier les angles & les vives-arêtes : on en ufè de même fur la longueur des dents. Je paffe à la préparation des dents d’acier.
- Article Troisième*
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- Maniéré de préparer les dents d!acier'pour les Galonniers.
- Les dents d’acier dont on fait les peignes pour les Galonniers, font prifes en grande partie dans des bouts de relïorts de pendules. Quelques Taillandiers qui fabriquent des lames de feies, font auffi des plaques d’acier ou de fer à l’épaiffeur qu’on leur commande , & enfuite c’eft l’affaire du Peigner de les débiter par longueur & largeur , félon les dents; mais foie difficulté ou manque d’ufage, on ne trouve guère de ces plaques plus larges que 2 pouces & demi, 8c par conféquent, au lieu de prendre la longueur des dents en travers de ces plaques, comme nous avons vu qu’on le pratique aux plaques de cuivre : on coupe les plaques d’acier par longueurs, fuivant celles des dents, & on les refend fur leur Lrg eur pour y trouver plus ou moins de dents. Comme la matière eft fort dure, on apporte la plus grande attention à les couper à fort peu près de la largeur
- convenable ,
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- Sixième EaRtie. II. SrcT* Des Peignes £ acier lies, &c. 6ot
- convenable , à quoi on ne prenoit pas garde de fi près aux dents de cuivre , ’ tant parce que la matière n’eft pas fort dure , que parce que la cifàille les force un peu fur leur longueur. Quand on a coupé un certain nombre de dents, on les lime à la largeur convenable dans un outil, femblable à celui dont on fè fert pour celles de cuivre ; & pour le dire, en un mot, on y fait les mêmes préparations. Les vives-arêtes qui le trouvent néceflàirement fur l’épaififeur des dents, ne s’abattent pas à la lime, mais avec la ponce en pierre, quand le peigne eft monté 9 comme nous fayons vu aux peignes d’acier. Après ce que j’ai dit de la maniéré de monter toutes fortes de peignes, je n ai rien à ajouter de particulier pour ceux-ci ; je me réferve feulement de rapporter une invention ingénieufe, qui m’a été communiquée par l’Auteur même , habile Peigner à Paris ; mais il faut auparavant parler des dents d’os & d’ivoire.
- Article Quatrième.
- Des Dents <ï O s & dtIvoire*
- L’üsage des dents d’os & d’ivoire n eft pas fort commun dans les Fabriques ; mais enfin il y a des Fabriquants qui tiennent à cette méthode , & je dois en dire quelque chofe.
- Il n eft pas du reffort du Peigner de refendre l’os ou l’ivoire en lames, propres aux dents ; il feroit difficile qu’ils s’en acquitafTent auffi-bien & à fi bon marché que les Marchands de qui on les tire ; ce font les Tabletiers, ou du moins quelques-uns d’entreux, qui débitent en lames de toutes longueurs & épaiffeurs, de fort gros morceaux d’ivoire, & les vendent à fi bon marché, que ce feroit duperie de s’en occuper. Ces lames fervent pour des jettons, des évantails , & beaucoup d’autres objets qu’il eft inutile de rapporter ; on peut comprendre par-là comment un Ouvrier, qui travaille à un même objet toute fà vie, y acquiert une perfection que l’Art imiteroit avec peine. Ces Ouvriers font tellement habitués à mener leur foie , que les lames qui en fortent ont l’air d’avoir été polies ; & ce qu’il y a de plus furprenant encore, c eft la parfaite égalité d’é-paiffeur à laquelle elles font refendues : j’en ai vu qui n’avoient pas même un tiers de ligne , & fans un parallélifine parfait dans le mouvement de la fcie f1 elles viendroient à rien fur le bord : c’eft à ces Ouvriers que les Peigners fe fourniffent de lames dont on fait les dents. On les commande à l’épaifTeur quon veut, & pour être phyfiquement fur de cette épailfeur, il fuffit de les jauger, & de racler un tant fcit peu celles qui en ont befoin.
- Quand au montage des peignes d’ivoire, il eft le même qu’aux autres ; quelques Peigners cependant fe fervent de ligneul, moitié plus fin qu’il ne faudroit, pour faire deux tours à chaque : ils en ufent de même pour les peignes de cuivre, & quelquefois pour ceux d’acier : ils prétendent par-là remédier à l’effort de la Étoffes de Soie. VL Part. O 7
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- s batte, qui frappant quelquefois la dent à faux, en cafïè quelques-unes.
- Les Galonniers qui fè fervent de peignes d’acier, de cuivre ou d’ivoire, na-bandonnent pas pour cela ceux de canne ; il y a même certains galons qui ne peuvent fè fabriquer qu’avec de pareils peignes ; ils reflèmblent à ceux deflinés aux étoffes ; mais on les tient plus larges & plus épais.
- Article Cinquième.
- Nouvelle méthode pour monter les Peignes , propres aux Galonniers , inventée par le Sieur Gourdet, Peigner à Paris«
- La maniéré de monter les peignes, propres aux Galonniers, inventée par le fleur Gourdet, efl: fi ingénieufè, que dans la Province même elle eft très-connue , quoique fous le nom de monture de Paris ; auffi les matériaux qu’on emploie pour ces peignes , font les mêmes que pour les autres ; ce n’eft que la maniéré de les monter qui la fait rechercher.
- La figure r , PL 36 9 repréfente la monture de cet uflenfile, dépourvue de dents; voici en quoi elle confifte. Deux pièces de bois A9 A, fervent de jumelles , & au bout de chacune efl: une mortaife, dans laquelle entrent les tenons pratiqués à chaque extrémité des deux gardes : la feuillure de chaque piece fèr-vant de jumelles , efl: aflez profonde , comme on le voit à part , fig. 4 , pour recevoir la traverfe dentelée, fig. 6 , dont TépaifTeur efl telle, qu’elle affleure les épaulements qu’on voit en i9i,fig. 4 : elles font retenues en place par le moyen de deux petites tringles qui s’appliquent fur celle qui entre dans la feuillure, comme on peut le voir fur la figure 2 : on conçoit aifément que quand ces tringles font en place , elles appuyent contre l’épaifîèur des dents, qui par conféquent ne peuvent plus fortir de place ; mais ces tringles font elles-mêmes retenues par trois vis e9 e, e 9 fig. 1, tant en haut qu’en bas, qui tournent dans autant de trous, formés fur les tringles, fig. 3 <& d, & dont les pas prennent dans les jumelles en m9 m 9fig. 4. Il faut affembler les gardes, de façon qu’elles affleurent l’intérieur des feuillures pour que la tringle ne foit pas écartée, & même pour plus de folidité , les deux vis dés extrémités entrent en même-temps dans les tenons des gardes, auxquelles elles fervent de chevilles. On a imaginé de ne placer ces dents que d’une maniéré aifée à démonter, pour les changer de place à volonté, ainfi que nous le verrons incefïàmment : il faut, avant de fixer les tringles dentelées dans leur feuillures, s’affurer que les entailles fupérieures correfpondent bien parfaitement avec celles d’en-bas, pour que les dents foient placées bien à angles droits avec les jumelles ; auffi , pour plus d’exaélitude , fait-on ces entailles aux deux tringles d’un même coup, en les pinçant dans un étau ; après quoi on les fixe en place avec de la colle forte , ou bien avec des clous d’épingles. Je n® crois pas que l’infpeélion des figures, tant principales,
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- Sixième Partie. II. Sect. Des Peignes i'acier liés, êc. 6of que de développement, laiflent rien à defirer ferla conftruélion de ce peigne , î dont on fendra de plus en plus la perfeéHon quand nous le verrons en travail : il fuffit d avertir que toutes ces pièces doivent être conftruites dans la plus grande perfeéHon ; qu’elles foient toutes bien dreffées pour qu’elles appliquent parfaitement les unes fur les autres , & par-là éviter le ballotage ; & quand ce peigne eft tout monté , les pièces A > A, jîg. r, doivent être arrondies extérieurement & reflembier allez bien aux jumelles d’un peigne.
- De toute cette machine, c eft aux tringles dentées qu’on doit apporter le pliis grand foin ; il ne faut même pas juger de l’écartement qu’elles doivent avoir par celui que je leur ai donné fur la figure ; mais ne pouvant rendre fenfibles ces entailles , fous d’auflï foibles proportions , j’ai pris le parti de les groflir confidéra-blement. L’attention de l’Ouvrier doit rouler prefqu e toute fur la divifion , la largeur & la profondeur des dents : comme j’ai recommandé de faire les pièces qui tiennent lieu de jumelles , rondes par dehors feulement, elles n efluient prefque pas de frottements dans la rainure du battant quand on fabrique l’étoffe.
- L’uftenfile que je viens de décrire, a fur tous les autres peignes beaucoup de fupériorité; lorfque la monture en eft bien faite, elle peut ufer quatre garnitures de dents, fuffènt-elles d’acier. La faculté qu’on a de changer les dents, d’en ôter & d’en ajouter, feit par uftire, foit fui van t l’ouvrage, lui afferent l’avantage fer tous les autres : on peut avec un tel peigne fabriquer toutes fortes de galons, dont le compte de fils fe rapporte avec celui de» dents ; mais fl le nombre vient à changer, on peut aifément aux tringles fy f9 fig. 2, en febftituer d’autres , dont la divifion foit conforme au nombre defiré, quoique fur les mêmes di-menfions extérieures ; du refte quand on veut faire un galon étroit, on peut ne mettre au peigne que le nombre de dents néceflàire, & l’augmenter ou diminuer à volonté. Ces peignes font ordinairement faits pour les plus forts nombres de dents qu’on puiffe employer au galon ; ainfi dans tous les cas on n’eft jamais embarraffé*
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- Article Sixième.
- De la maniéré de monter les Caftes pour les Qalonniers.
- Les Galonniers appellent Caffes, ce que les autres Fabriquants en tiflus nomment Peignes. La néceffité où ils font pour ce genre de travail, d’élargir & de rétrécir fans cefle leurs galons, & par conféquent les peignes, a fait imaginer cette machine : voici en quoi elle confifte. La figure 8 fait voir une efpece de râtelier , formé de l’aflemblage de deux planches D>D, dont la figure p repréfente l’une à part : vers les deux extrémités F, F, eft une entaille quarrée, propre à recevoir les tenons de l’efpece de garde qu’on voit fer la figure 8, & à part, fig. 10, où les tenons p , p , font repréfentés d’une maniéré fenfible : chacune de ces planches eft entaillée , comme on le voit fur ces figures, d’un
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- nombre détermine de traits de foie danslefquels on place les dents : ces planches $6, font retenues en place fur l’épaulement des tenons des gardes, & fixées par le moyen de deux tours de ligneul, croifés comme on le voit en 0,0,0,0: il faut for-tout avoir foin que les deux planches à entailles affleurent parfaitement les gardes , & pour que le ligneul ne nuife pas à cet effet par fa groffeur , on entaille un tant foit peu la place qu’il doit embrafler haut 8c bas : les chofes étant en cet état, on recouvre les dents d’une petite tringle L, L 9fig. il, qui les empêche de tomber en devant ; fans leur ôter la faculté de s’enlever par en haut, foivant les cas. Comme on n’a pas befoin pour déplacer les dents d’ôter les tringles Z, Z, on les fixe très-fortement avec un ou deux tours de ligneul, comme t9 t9 t9 r, le repréfente : voyons maintenant comment on place 8c déplace les dents. Les dents dont on garnit cette caffe font d’acier ordinairement, comme celles des autres peignes ; mais elles font plus longues & plus larges , telles enfin que celle qu’on voit repréfentée à part 9fig. 11, qui eft coupée quarré-ment par un bout, & terminée en pointe par l’autre: elles ne font que paffer dans les entailles des deux rateaux D9 D> haut & bas, & n’y font retenues que par-devant, au moyen des deux tringles de fer Z, Z : dans cet état il ne foroit prefque pas poffible de changer ce peigne déplacé fins crainte que les dents ne gliflaffent de leurs entailles, où elles font ordinairement peu ferrées ; auffi a-t-on coutume de coller en-defîbus des tenons inférieurs des deux gardes, une bande de fort papier , qui en même temps qu’elle leur fort d appui, réfléchit un peu de lumière dans la rainure du battant, pour faire appercevolr les entailles quand on déplace quelqu’une des dents : il eft aifé de voir que cette maniéré de fupporter les dents eft vicieufe. Comme elles ne font pas retenues fortement dans leurs en. tailles , & quelles éprouvent à chaque coup de battant des fecouflesconfidéra-bles, le papier eft bien-tôt percé & c’eft toujours à recommencer : j’en ai conféré avec le fieur Lemaire , habile Peigner à Paris, de qui je tiens tous les détails & tous les procédés que je rapporte fur les peignes de Galonniers ,, 8c de concert nous avons imaginé les correétions qu’on va voir, & qu’il a lui-même exécutées. Les deux rateaux M9 M 9 fig. 13 , qui contiennent les dents , & dont on voit une à part,^. 14, ont par leurs extrémités des tenons à enfourche-ment qui entrent dans des mortaifes 8c entailles pratiquées à chaque bout des gardes. La figure 1 y repréfente une de ces gardes, où b, b, font deux mortaifes qui traverfent d’outre en outre, & qui reçoivent le tenon du milieu des bouts de chaque rateau ; & c, c, font des entailles deftinées au même ufàge : quand ces pièces font en place , on les y retient au moyen de clefs d, d9 en dehors des gardes. Au-deflous de ces rateaux eft une traverfe qui s’affemble aufli à tenons & mortaifes , à 6 lignes plus bas qu’eux dans les gardes, & qui fort à fupporter les dents ; & pour ne pas perdre l’avantage du papier blanc qui réfléchit les rayons du jour pour faire appercevoir les entailles , on peut la couvrir également d’une bande de même papier, qui fera le même effet ; mais comme rien n’eft auffi
- gênant
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- Sixième Partie, IL Sect. Des Peignes d'acier liés , &c* 6b |
- gênant que de faire le nœud de la ficelle qui retient les tringles de fer L, L , en devant, nous fommes convenus de faire repofer ces tringles fur deux crochets de fer chacune g, g, &c. qui en même - temps les tînt ferrées & contre les gardes & contre les dents ; 8c comme ces tringles pourroient gliffer à droite ou à gauche, on réferve à chaque rateau ,fig. 14 , un épaulement aux deux bouts, jufte à la longueur de ces tringles ; par ce moyen le peigne fera rendu on ne fauroit plus folide.
- Quant à la matière dont font faits les rateaux, c’eft ordinairement de corne ; la préparation qu’on leur donne n’eft pas du relfort du Peigner; ils achètent ces morceaux de corne chez les Tabletiers qui font les peignes à cheveux ; mais cette matière n’eft pas fort bonne & fe déjette en peu de temps à l’humidité ou à la chaleur ; auffi le fieur Lemaire m’a-t-il fait part de la monture qu’il fubftitue à celle de corne. Je crois devoir aux perfonnes qu’un long ufàge détermine à fe fervir de ces dernieres 5 le détail des moyens qu’on emploie pour les redrelfer lorfqu’ils fe font courbés: on chauffe un peu fort ces pièces de corne fur un réchaud , & on les met réfroidir entre deux planches, dans une prelîe fi l’on en a la commodité ; il vaudroit mieux encore les preflêr entre deux plaques de fer ou de cuivre un peu épaiftè qu’on auroit fait chaufï er.
- Planchs 3**
- Article Septième Nouvelle maniéré de monter les Caftes.
- Comme la maniéré de monter la nouvelle cafte pourrait embarrafier quelques Ouvriers, je vais en peu de mots leur en indiquer les moyens. On fait couper , à même une planche de cuivre d’une ligne & demie d’épaifleur 9 deux régies , de longueur & largeur fuffifantes ; ( on trouve de cette efpece de cuivre dans toutes les grandes Villes) ; on le bat fortement avec un marteau uni fur un tas ou enclume, aulfi très - uni ; ce qu’on appelle forger une piece ou lèçrouir : lorfqu’après avoir palfé le marteau fur tous les points de la fuperficie 9 on fent que la matière réfifte, le morceau eft fuffifàmment dur: à la fuite de cette opération on doit s’attendre de voir augmenter en longueur & en largeur chaque piece ; ce qui fe fait aux dépens de l’épaifTeur qui eft considérablement diminuée* On fait avec un foret d’acier trempé 5 à chaque bout, un trou qui correfpond aux deux plaques ; ou pour mieux dire, on les pince dans un petit était, & on les perce par chaque bout toutes deux à la fois dans un endroit, où par la fuite on n’ait ni dent ni entaille à pratiquer, mais dans une partie qui doive refter pleine : avec un clou de cuivre ou de fer on rive ces deux réglés l’une fur l’autre pour être plus afluré de les faire égales entr’elles. Ôn fait d’abord les deux épaulements f9f> puis ayant marqué très - exaélement avec un compas les divifions des dents, on refend les entailles avec une fcie trempée, dont la Etoffes de Soie. VI. Part. ’Sj
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- ~ denture foit un peu fine ; enfuite avec la même foie on refend les entailles a, à $ à chaque bout aune égale profondeur : ce n eft pas affez, il faut que les entailles foient également profondes, & pour s’en affurer mieux, on enchâife entre deux régies de cuivre un bout de lame d’acier dentée très-fine, de maniéré quelle déborde de la quantité dont on veut enfoncer ces entailles ; & comme le bord de devant a dû être bien drefTé, on fait entrer cette fcie , qu’en terme d’ateliers de Mécanique on nomme lime à dojfier, jufqu’à ce que les régies appuyent fur le bord de la piece : on drefle l’autre bord des plaques , on recule les tenons pour qu’ils foient bien droits, Sc enfin on fait avec un forêt deux trous en e, e , aux deux bouts ; mais comme ces trous font ronds, Sc qu’il les faut quarrés, voici la maniéré de les équarrir ; on lime un petit morceau d’acier de la forme qu’on veut donner à la clavette, plus gros que le trou qu’on a fait : on le met au feu de charbon , & quand il eft d’un rouge couleur de cerife, on le jette précipitamment dans de l’eau froide Sc nette, puis on polit un tant foit peu ce man-* drin% non pas avec des limes qui n’y mordroient pas, mais avec un peu de pierre-ponce ou de grès, Sc quand il eft blanchi for fes quatre faces , on le tient au-delfos d’un feu de charbon fur un morceau de tôle , le remuant fans ceffe pour qu’il chauffe également : dans cette derniere opération il ne faut pas perdre la piece de vue un fcul moment ; car on la voit d’abord devenir petit jaune, enfuite plus foncé , que les Ouvriers appellent couleur d! or 9 bien-tôt pourpre, Sc enfin bleu, ce qui fe fait prefon’en un elin d’œil : dès qu’il commence à bleuir on le jette dans de la graifle ou de l’huile , Sc on peut être affuré de la trempe fi l’acier eft bon. Comme on a dû lorfqu’on a formé ce mandrin à la lime, le faire plus menu d’un bout que d’un autre, on le fait entrer quarrément, c’eft - à - dire, fuivant le quarré de la plaque, dans le trou qu’on rend quarré à coups de marteau, ce qu’on nomme étamper un trou : on lime enfuite ces pièces fur toutes les parties qui leur font communes, & enfin on lime les rivûres Sc on fépare les deux rateaux : on les lime fur le plat deiïus & deflous avec une lime bâtarde , puis avec une lime douce on abat toutes les vives-arêtes ; Sc dans cet état il ne s’agit plus que de faire les gardes en bois ; mais il feroit bien plus propre Sc plus folide de les faire en cuivre ; dans ce cas on en fait une en bois , Sc on la donne pour modèle au Fondeur , qui en coule deux toutes pareilles, que l’on repare & ajufte aifément enfuite : quant aux tringles o9 o , qui retiennent les dents, elles feront mieux en acier, dont on trouve chez les Marchands de petites tringles d’un pied de long Sc de toutes grofleurs ; enfin la régie fur laquelle reposent les dents , peut être de cuivre ; mais, je le répété, il faut être un peu habitué à travailler les métaux, ou bien adroit, pour monter comme il faut une pareille cafte, dont tout le mérite eft la folidité qui dépend de l’ajuftage des pièces qui la compofent. Je penfe que cet uftenfile étant fait foigneufement, ne biffera rien à defirer aux Ouvriers qui le mettront en oeufre.
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- Sixième Partie. IL SecT. Des Peignes etacier liés 9 &c.
- Article Huitième,
- Defcription d’un Peigne particulier à certains tijJitS,
- L e peigne dont je vais détailler la confîruétion 9 fert pour quelques étoffes , ÔC pour des gazes à bandes : dans les étoffes il fert à fiippléer aux inégalités des bandes qui font quelquefois plus & quelquefois moins fournies que le fonds. Il a donc fallu mettre plus de brins à la chaîne dans certains endroits que dans d’autres ; quant aux gazes, où l’on ne met gueres qu’un ou deux fils par dent, il a fallu fournir les bandes un peu plus , ou quelque-, fois le fond plus que les bandes.
- - Quoique dans la Fabrique des Etoffes on ait coutume, quand le befoin l’exige , de faire pafîer plus de fils dans certains endroits d’un peigne que dans d’autres, il efl: certain qu’on ne réufîït jamais auffi - bien que quand le peigne efl: fait exprès ; mais la dépenfe deviendroit immenfe fi l’on voulait faire faire un peigne chaque fois que telle ou telle rayure l’exige. Ce n’eft pas ici le lieu d’expliquer ce mécanifme, il fuffit pour faire entendre le peigne qui y fert 9 d’en donner une legere notion : on doit donc favoir qu il y a des étoffés où 9 pour varier agréablement 9 on fait une bande de taffetas , une de latin , une de ferge ou de cannell, 8c qu’il feroit à délirer que dans un même peigne chaque partie de la chaîne fût fabriquée par une partie de peigne propre à chaque genre ; d’autres fois c’eftlorlqu’on fabrique des étoffes à bandes, en or ou argent 9 3c il efl: certain que la lame tient plus de place que de fimples fils de foie. En voilà affez pour le préfent, je me référé à ce que j’en dirai dans le Traité de la Fabrication des Etoffes 9 qui fuivra immédiatement celui-ci.
- La figure r PL 37, repréfente un peigne 9 où les dents font diver-fement efpacées ; il efl defîîné dans la proportion de 4 pouces par pied : les dents des parties a 9 a9 Sec. qui doivent former les bandes, font plus ferrées que celles b 9 b 9 &c. qui font deftinées à former le fond : on peut aifément concevoir un peigne où les dents fufïènt dans une difpofition inverfe de celui-ci ; telle efl: la différence qui fe trouve entre ces fortes de peignes r qui d’ailleurs fe fabriquent de la maniéré qu’on a vue, & ceux dont nous avons traité jufqu’ici : il faut cependant avouer que ce peigne , qui fervoit beaucoup autrefois 9 commence à être proferit de la Fabrique des Etoffes de Soie , & qu’il efl prefque entièrement abandonné aux Gaziers, qui même, à caufe de la variété qui s’efl: introduite dans ce genre de tifîu > ne fort pas très** fouvent.
- On monte ces fortes de peignes abfolument comme tous les autres ; on y obferve feulement de tenir les dents un peu plus fortes dans les endroits
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- 2s ou elles font plus elpacées ; & pour trouver plus d'écartement entre les unes qu’entre les autres, on le lert d’autant de fortes de ligneul, qu’on a d’écartements différents à produire, Suppolons, par exemple, un peigne où la partie des bandes foit en proportion de huit cents dents 5 fur vingt pouces ; les dents qui y entreront-feront celles qui auroient compofé un peigne plein du même compte, ainfi que le ligneul dont on s’y lèroit fervi : -fi le fond répond à un douze cents fm la même largeur , les dents & le ligneul feront dans la même proportion. Il fuffit donc dans ce cas au Peigner de bien faire lès divifions , pour que les bandes Sc le fond occupent les places qui leur font deflinées , & qu’il n’y entre pas plus ou moins de dents qu’il n’y.
- en doit avoir.
- C’eft ordinairement le Fabriquant lui - même qui donne au Peigner les proportions du peigne qu’il veut faire conftruire ; ces divifions le marquent fur une bande de papier ou fur une régie de bois , & à chaque divifion on écrit le nombre de dents qui doit y entrer»
- Après avoir parcouru toutes les fabrications de peignes dans tous les genres, il ne refte plus qu’à parler en finiflànt de la maniéré d’entretenir les peignes , & de les raccommoder lorfqu’il leur arrive quelque accident.
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- Sixième Partie, II, Sect, Des Peignes dïacier liés , &ci
- CHAPITRE CINQUIEME,
- Del entretient SC du raccommodage des Peignes, tant par les Ouvriers Fabriquants, que par les Peigners,
- Article Premier;
- Du raccommodage des Peignes par les Ouvriers Fabriquants,
- *
- J'a i dit en quelque endroit de la première Partie de ce Traité , que les dents des bords d’un peigne s’ufent beaucoup plus vite que celles du milieu il faut dans ce cas leur en fubftituer d’autres; c’eft de quoi nous allons nous occuper en peu de mots.
- En réfléchiffant fur les effets de l’incorporation de la trame dans la chaîne % on voit que cette trame tend fâns cefîe à faire rétrécir l’étoiïè, Sc que ce rétré-ciiTement fe fait particuliérement reflentir fur les bords ; delà viennent ces dé-, fauts, fouvent légers, qu’on apperçoit aux étoffes, près des deux lifleres : ce même rétréciffement entraîne avec lui les dents , & leur fait contracter une courbure qui nuit au mouvement des brins de la chaîne 3 fur-tout dans les Etoffes de Soie. Les dents de canne s’ufent en fort peu de temps ; celles d’aciej; même à la longue n’y fauroient réfifter, & font fujettes à fe coucher fur les bords.
- C’eft improprement qu’on a donné à ce défaut du peigne le nom de couchure: La véritable couchure eft celle qui provient de la foibleffe du montage d’un peigne, dont le ligneul venant à fe relâcher, fait perdre aux dents la direction d’équerre quelle forme avec les jumelles % Sc dans ce cas une jumelle s’avance par un bout, & l’autre par l’autre.
- Lors donc que quelque dent du corps du peigne ; ( car celles des lifleres étant beaucoup plus fortes , ne font pas fujettes à ce défaut ) , vient à fe courber , fauffer, ou contracter quelqu’autre défectuofité , il faut la changer; & û Ton étoit obligé d’aller chercher un Peigner pour cette opération , on n’auroit jamais fini. H eft à propos qu’un Fabriquant lui-même fâche remettre les dents, parce qu’aucun Ouvrier n’eft en état comme lui de ménager la chaîne de l’étoffe, cet ouvrage devant fe faire fur le métier même. Ce n’eft pas un fecret, quoi qu’en difent quelques Ouvriers ,' ou s’ils en font un, voici en quoi il confifte.
- On commence par retirer le peigne de la rainure du battant pour travailler plus à fon aife, & ayant choili quelque bonne dent d’un vieux peigne, du même compte de dents Sc de la même fouie, on les fubftitue aux mauvaifês ; pour
- Etoffes de Soje. VL Part. Q7
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- £to L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- cela on coupe au milieu la dent qu on veut oter, 8c 1 on en fait fç>rtir les deux parties, l’une par en haut, l’autre par en bas ; ce qui n’eft pas difficile fi l’on fie rappelle que les dents de canne forment par leurs deux bouts une efpece de pelle'; mais il faut auparavant avoir déchiré le papier, qui couvre le ligneulà cet endroit feulement. Il n eft pas poffible de mettre la nouvelle dent dans la place de l’ancienne ; il faut agrandir cette place : on fe fert pour cela d’un poinçon applattï, que l’on enfonce entre les jumelles en haut & en bas , & quand on juge que la place eft fuffifante, on fait entrer la dent, & dès quelle pafle en dedans de la foule du peigne , on la faifit avec des pinces fort plates & fort minces,on l’amene vers les autrés jumelles, & on la fait entrerdans le fécond trou: on peut faciliter la defcente de la dent par quelques petits coups ; mais comme cela fatigue le peigne, il vaut mieux s’en abftenir.On change ainfi de fuite toutes les dents qu’on a à fubftituer, & comme le poinçon leur forme une ouverture , dans laquelle elles balottent, on fe fert d’un autre poinçon, avec lequel on écarte un peu les dens voifines, pour rendre aux dernieres 1 ecartement uniforme a toutes celles du peigne ; avec un peu d attention dans ce travail on n eft pas obligé de caffer les brins de la chaîne , & fi l’on a eu foin de conferver la fé-paration de chaque dent qu’on déplace, on en remet une nouvelle dans le même endroit, & l’étoffe n’en eft aucunement endommagée.
- U n’eft guere poffible au Fabriquant de raccommoder ainfi plus de trois ou quatre dents de fuite , attendu la difficulté de rencontrer les memes hauteur, largeur & épaiflèur , <5c d’obferver les mêmes écartements ; mais comme il arrive quelquefois à des Ouvriers de crever des peignes, ceft-à-dire, de caffer ou fauffer des dents l’efpace d’un pouce ou même plus, on peut le raccommoder fur le métier même , ce qui eft très-difficile à bien faire , ou enfin on coupe la chaîne pour remonter le peigne plus à fon aife. Cette opération eft du refîbrt du Peigner & il eft rare qu’un Ouvrier ordinaire foit affez entendu pour la bien exécuter ; dans ce cas on ne prend point de dents à un vieux peigne ; on en fait de neuves, que l’on égalife d’épaiffeur & de largeur autant qu’il eft poffible, 8c on les rogne , plane, 8c finit d’excarner quand elles font en place, même fans fortir du métier ; mais , je le répété , cette opération eft très • difficile & demande la main la plus légère & l’Ouvrier le plus intelligent.
- Ce que je viens de dire , de fubftituer des dents neuves à celles qui font caffées, doit s’entendre du milieu du peigne ; car quand ce font celles des bords qui font ufées, on ente , ou te (le les deux bouts : ces deux expreffions, qui font fynonymes, ne font cependant pas adoptées dans toutes les Fabriques de peignes, je les rapporte pour les faire entendre. Cette opération fè fait de plufieurs maniérés ; mais je n’en rapporterai que deux ; l’une eft fuivie par tous les Ouvriers, quoique moins bonne ; la fécondé m’a été enfèignée par le fieur Lemaire , Peigner de Paris, dont jai déjà parle , & qui a eu la complaifànce de la faire exécuter à loifir fous mes yeux : ce font ces deux méthodes qui vont faire la matière des deux Articles fuiyants.
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- Sixième Partie. IL Sect. Des Peignes d'acier liés, &e; Article Second.
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- Première maniéré de tefter ou enter les Peignes.
- Pour enter un peigne, on commence par ôter la garde d’un des bouts par ou Ton veut commencer , enfuite on retire les dents des lifieres, que Ton garde fi elles font d’acier , fims quoi on les néglige ; enfin on coupe avec un fort canif les dents de canne jufqu’à l’endroit où le peigne à befoin d’être raccommodé ; mais avant toutes ces opérations il eft néceflâire de s’aflurer du compte de dents #que contient le peigne , & pour ne commettre aucune erreur, on compte bien exactement les dents qu’on retire pour n’en remettre ni plus ni moins : on coupe les dents haut & bas, prefque tout contre le ligneul , qui, ne trouvant plus d’obftacle, fè déroule aifément, pour peu qu’on le tire fuivant la longueur des jumelles, au moyen de quoi les extrémités des dents qui étoient reliées entre les jumelles, tombent à terre. Quand on a fait cette opération haut & bas, on coupe le ligneul qui ne peut fervir , tout contre la première des dents qui relient, & on le joint au nouveau * dont on va fe fervir par le moyen d’un nœud très-fblide, comme de Tilîèrand ou de Charretier, 8cc. En plaçant les dents, qu il doit avoir apprêtées du même compte, ou prendre dans un vieux peigne ou elles foient encore bonnes, l’Ouvrier doit fe guider fur les anciennes marques qu’il doit retrouver fur les jumelles, 8c qui ont réglé le premier montage: dès qu’il s’eftafluré du nombre que chaque divifion doit contenir de dents, il procédé à remettre des dents; mais fi les marques étoient totalement effacées, il doit," fuivant la méthode qu’il pratique ordinairement, les remarquer, pour ne pas travailler au hazard : tout étant ainfi difpofé, il s’affied devant une table, Jïg, qy fur laquelle eft tout ce dont il peut avoir befoin, comme de dents A , d’un canif B, de la garde qu’il a retirée, 8c ainfi du refte ; puis prenant fous fon bras le peigne D, comme on le voit fig. y , il tient contre fà main gauche le bout où il va opérer, & en même-temps tient dans cette main les deux bouts de ligneul, puis il place une dent, l’entoure de ligneul haut 8c bas, & frappe avec la fourchette, qui tient ici la place de la batte. Cette fourchette eft repréfèntée à part fig, 6 : elle eft fort commode pour cette opération ; l’Ouvrier la prend par le manche F, & fait pafler la lame entre les jumelles, & frappe autant de coups qu’il eft néceflâire pour donner aux dents l’écartement qui leur convient, précifément comme on a fait avec la batte. On répété cette opération à chaque dent, 8c quand elles font toutes en place , on remet les dents des lifieres fi on les a confervées, finon des neuves ; 8c pour les efpacer comme il faut, on les entoure de deux tours de ligneul, après quoi on met la garde , que l’on arrête très-folidement ; 8c enfin on rogne les dents, on les plane & excarne, comme on la dit plus haut, 8c Ion en fait autant à l’autre bout du peigne ; car il eft rare
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- 6î2 L’ART DES ETOFFES DE SOIE.
- ‘ quil n’en ait befoin que par un bout, néanmoins il y a des Ouvriers qui ne l’ufènt que d’un coté*
- Il peut paroître fürprenant que le peigne s’ufe plus d’un bout que de l’autre comme tout ce que j’ai à traiter concourt au tut général, je veux dire l’intelligence de l’Art qui fait mon principal objet, celui des Etoffes de Soie : je vais en faire fentir la raifon. On peut fe rappeller ce que dit des Ouvriers qui travaillent à pied ouvert, & d’autres à pied clos : il eft rà^e que chacun d’eux, même travaillant à pied ouvert, fuive cette même méthode des deux mains, & j’en ai obfèrvé un très-grand nombre qui tiennent la marche baiffée en frappant fur la trame lorïqu ils ont lancé la navette de droite à gauche, par exemple, & frappent à pied clos après avoir lancé la même navette de gauche à droite. Si, j’ai fait voir que le trame tire beaucoup plus les lifîeres à pied clos que de l’autre maniéré,il efl évident que travaillant toujours à pied ouvert d’un côté, & à pied clos de l’autre, ce dernier côté ufera le peigne beaucoup plus vite par ce bout. Cette maniéré de travailler eft très-vicieufe, & eft tellement paffée en habitude chez certains Ouvriers, que rien ne pourroit les en détourner. On peut aifément fe convaincre de la vérité de ce que je dis, en examinant quelques étoffes ; celles où l’on trouvera une lifiere plus étroite, indiquera que l’Ouvrier travailloit à pied clos en lançant la navette de ce côté. Au refte toutes ces obfervations n’ont pour but que l’avantage du Fabriquant, qui fe trouvera à portée de conferyer les uftenfiles en lâchant d’où procédé le mal 5 c’eft à lui à s’oppofer à de pareilles habitudes lui/qu’il forme de jeunes Ouvriers, Je pafïb à la fécondé méthode de tefter les peignes»
- Article Troisième,
- Seconde maniéré ^tefter les Feignes,
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- Cette maniéré de tefter ou enter les peignes, ne différé de la précédente que par la pofition du peigne pendant l’opération : il faut commencer par défaire les vieilles dents, comme on l’a vu, après quoi on place le peigne H, fur une piece de bois I, fig. 7, qu’on met fur le banc K du métier à monter les peignes. Cette piece de bois eft repréfentée à part >fig* 8 : on la fixe par ïbn tenon L y dans une mortaife, pratiquée exprès fur la longueur du banc, où on rafîujettir, au moyen de la clavette il/.Le peigne eft fàifi entr§ la piece de bois & celle de fer N y comme dans une prefle, puifque les écrous a, a , la ferrent à volonté, au moyen des vis b, b, dont la tête eft placée dans les entailles c, c9 de la piece de bois, fig. 8 * 8c recouverte par un morceau de bois qui y entre à force. Ces vis font repréfentées à part, fig. 9, & la piece de bois qui les recouvre , fig. 10. Cette derniere eft fixée par quelques vis à bois, au moyen de quoi on peut aifément démonter toutes ces pièces. Les lignes h, h, qui font tracées fur la figure 8, fervent à placer le peigne dans un alignement convenable,
- comme
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- Sixième Partie. Iï. Sect. Des Peignes <£acier Ués 9 &c. 613
- comme elle l’ont entre les deux poupées des autres métiers. La piece de bois O n’eft placée là que pour y pofèr la batte, quand la main eft occupée à placer une dent. On met la batte à cette hauteur pour imiter mieux la pofition qu’elle tient entre les jumelles quand on fait un peigne neuf, & parce que l’Ouvrier eft habitué à cette hauteur: à chaque dent qu’il place, il glifle la batte entre les jumelles , & frappe convenablement à l’écartement qu’il faut donner aux dents ; il les entoure toutes d’un tour de ligneul, qu"il tient tendu de k main gauche pendant qu’il frappe, Sc enfin il met les dents des lifieres Sc les gardes comme on l’a déjà dit ; Sc quand le peigne eft ainfi raccommodé par les deux bouts , il recouvre les jumelles avec une ou deux bandes de papier.
- Cette méthode eft infiniment préférable à la première, en ce qu’elle eft plus expéditive Sc ne fatigue pas tant les peignes ; je fuis perfuadé qu’elle n’a befoin pour être univerfellement adoptée que d’être connue de tous les Ouvriers.
- Quoique je n’aie promis de rapporter que deux maniérés de enter les peignes, je ne fàurois réfïfter à l’envie d’en rapporter une troifieme , que je ne tiens que par le récit qu’on m’en a fait : la voici.
- Après avoir défait les dents par un bout, auffi avant qu’il eft néceflàire, on monte l’autre bout qui refte encore entier, fur le tenon du boulon à vis des poupées fur lefquelles on monte ordinairement un peigne, Sc profitant de l’entaille, qui , au bout de chaque jumelle fert à retenir le lien des gardes , on y attache quatre bouts de jumelles de 6 à 8 pouces de long, auxquels on fait auffi des entailles pour qu’ils ne s’échappent pas : les ©tant en cet état, on monte ce
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- peigne fur les poupées, comme fi on en alloit monter un neuf; on le tend autant qu’il eft néceflàire, Sc on a la facilité de raccommoder le peigne , comme fî on le finiflbit neuf ; mais comme la batte ne pourrait pas gliffer aifément entre les jumelles , on fait les quatre bouts qu’on y ajoute, du double plus épais que les jumelles même ; & ayant pratiqué une entaille au bout qui tient ces jumelles leurs faces intérieures s’affleurent Sc ne préfentent aucun obftacle à la batte quand on la fait gliffer.
- Quand un bout du peigne eft fini, on le retourne bout pour bout, & on en fait autant à l’autre, fe feryanc des premières faufles jumelles, ainfi que des fécondés, pour le fixer fur les poupées, & lorfque le peigne eft achevé, on le démonte entièrement pour y mettre les gardes ; ce que le peu de longueur qui refte ne permet pas de faire fur le métier même.
- Quoique les dents d’acier foient bien plus deréfiftance que celles de canne, on pourrait très-bien enter les peignes d’acier comme ceux de canne; mais il eft rare qu’on les raccommode parles bouts feulement; on préféré de les faire remonter entièrement, en ne confèrvant que les dents Sc les gardes : j’en dirai un mot dans la fuite , après avoir rapporté les moyens mis en ufàge pour dérouiller les peignes , qu’on n’a pu défendre contre cet accident.
- Étoffes de Soie. VL Paru R j
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- 614 L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- Article Quatrième,
- Maniéré de dérouiller les Peignes d'acier.
- Les peignes d’acier exigent le plus grand foin pour n’être pas en peu de temps attaqués de la rouille. J’ai recommandé de les tenir dans des lieux fecs ; cette précaution eft bonne quand ils ne travaillent pas ; mais quand ils font placés for le métier , pour peu que l’endroit foit humide , ou qu on foit quelque - temps fans s’enfervir, ils deviennent tout touillés^ 8c pourraient même déchirer les fils de la chaîne fi l’on n’y remédioit.
- On ôte le peigne de fa place , & avec attention on frotte les dents d’huile d’olive , de maniéré qu’il n’en vienne pas jufqu’aux jumelles, car la poix feroit en peu de temps rendue liquide, & le peigne fe lâcheroit : on couvre les dents de ce côté avec de la farine ; on en fait autant de l’autre côté, & on laifle ce peigne au foleil ou à la chaleur d’un poêle ou d’un feu modéré , pendant deux ou trois fois vingt-quatre heures , jufqu’à ce qu’on voie que la farine devient roufsâtre & tombe par petits grumeaux ; alors on met le peigne à plat, avec les précautions que j’ai déjà rapportées, & on le frotte avec un bâton de foule , coupé en bifeau de chaque côté : fi l’on s’apperçoit que l’opiniâtreté de la rouille ne lui permette pas de céder du premier coup , on réitéré l’opération, & enfin on fe fert de la pierre-ponce û ces ejfîàis font infructueux. Quand les peignes font revenus à leur ancien poli, on recouvre les jumelles avec de nouvelles bandes de papier, attendu que les anciennes imbibées d’huile ne peuvent plus fervir, & gâteroient la foie.
- Comme les dents des peignes peuvent, par une interruption de travail, fo rouiller fur le métier, lors même que la chaîne y eft paffée ; fi cette rouille eft confidérable, il faut couper la chaîne pour y faire l’opération qu’on vient de voir ; mais fi ce ne font que quelques parties, on peut employer les moyens indiqués, furie métier même, en prenant beaucoup de précautions pour ne faire aucun tort à la chaîne.
- Lorlque les dents d’acier des lifieres, aux peignes de canne, font très-rouillées, on ne fe donne pas la peine de leur faire cette opération; on démonte le peigne par les deux bouts, & on y met d’autres dents, foivant les méthodes qu’on vient de rapporter.
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- Sixième Partie. II. Sect. Des Peignes d!'acier liés, &c. 6î$
- Article Cinquième.
- Maniéré de remonter les Peignes d’acier.
- Pour peu qu’on réfléchifle fur la maniéré dont la chaîne eft placée, pat rapport au peigne, far-tout dans l’inftant fans cefle répété du coup de battant , on verra qu’il doit s’u fer beaucoup plus vîte par les deux bouts, qu’au milieu : il y a de cet effet plufieurs raifons à donner ; mais ces détails feront beaucoup mieux placés lorfque je traiterai de la Fabrique des Etoffes : il me fuffit de dire pour l’inftant que l’ufure, produite par la chaîne, ne rend pas les dents tellement défeélueufes , qu’elles ne puiflent plus fërvir ; au contraire même, & il y a des Fabriquants qui, quand ils font faire un peigne neuf, recommandent au Peigner de fè pourvoir de vieux peignes, dont ils prennent les dents pour en faire un nouveau ; alorsJl fuffit de mettre les dents des extrémités au milieu, & celles-ci à la place des premières : on eft afluré que le poli que leur a procuré la chaîne, fans cefle en mouvement, les a rendues infiniment préférables à toutes celles qu’on pourroit avoir polies par d’autres moyens.
- J’ai dit en quelque endroit de ce Traité, que le ferrement du pas de la chaîne faifoit tendre les dents de chaque bout vers le milieu du peigne , à peu - près comme une infinité de triangles, dont les fils de la chaîne font les côtés , Sc le peigne eft la bafe ; mais par une fuite de cette obfervation, on trouvera que les dents feront d’autant plus ufées, qu’elles approcheront plus des bouts du peigne* Sc qu’ellesYeront ufées, non pas parallèlement à leur largeur, mais' du côté qui regarde l’étoffe ; auflî quand un Peigner intelligent démonte un vieux peigne, ne mêle-t-il pas les dents, Sc ne les replace-t-il pas indiftinétement. Indépendamment de l’ufure qu’on y apperçoit, elles ont contraété une certaine courbure que leur élafticité ne fàuroit leur faire perdre * Sc qui les dirige toutes vers le centre. Par une raifon inverfe il faut remonter le peigne dans un ordre oppofé, & par ce moyen on difpofera toutes les courbures en fens contraire vers chaque bout, Sc le^côté ufé vers la face de derrière du peigne ; ainfi on profite de la perfection qu’a procurée aux dents un long travail, & on réduit à zéro les défauts qu’il leur avoit occafionnés : telles font les reffourçes de l’intelligence. Je n’ai infifté fur ces détails, que parce que fort peu d’Ouvriers les connoiflent & les mettent en pratique, & que je ne cefferai d’avoir devant les yeux l’avancemenc de mon Art.
- Quelques Fabriquants ont imaginé de faire monter les dents des vieux peignes qu’ils font défaire , à d’autres, d’un compte plus fin , puifque, difent-ils, l’ufage a aminci les dents. Ils ont raifon à quelques égards ; mais les têtes de ces dents, enfermées entre les jumelles, n’ont affurément pas changé ; ainfi fi l’on n’a la précaution de faire remonter les peignes avec du ligneul plus fin
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- ’6t6 L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- qu’il ne faudroit pour le compte qu’on demande , les dents fe trouveront trop
- écartées.
- C’eft une raifon d’économie qui engage les Fabriquants à faire remonter leurs vieux peignes ; il ne leur en coûte que la façon , & c’eft toujours une épargne des deux tiers de la valeur d’un neuf : il eft vrai que quand ils font changer le compte des dents de leurs peignes, pour les remettre dans de plus fins, ils doivent fournir les dents qui y entreront de plus, & qu’il eft toujours vicieux de mêler des dents neuves avec des vieilles, quelque bien calibrées qu’elles fbient j alors on fait fervir deux ou trois peignes ; comme, par exemple , de trois huit cents , on fera deux peignes d’un mille, & les dents de fùrplus compenfent celles qui fe trouvent toujours fauffées , ufées, ou autrement hors d’état de fervir.
- Pour monter à neuf un vieux peigne, l’Ouvrier déchire le papier qui couvre les jumelles, puis avec la lame d’un canif il coupe le lîgneul d’un bout à Tautre haut Sc bas ; au moyen de quoi les dents ne tenant plus à rien, il peut en faire le choix convenable ; mais s’il veut garder l’ordre que je viens d’indiquer, il met ce peigne ainfi démonté devant lui fur le métier ; & pour pouvoir placer celles des bouts au milieu, & celles du milieu aux bouts, il coupe ce peigne exactement par la moitié, Sc prend par - là les dents 5 qu’il met au bout à gauche , après celles des lifieres. Quand il a fini cette première moitié, comme il fe trouve au milieu du nouveau peigne, il doit continuer par le bout de la féconde , qui fè trouvera ainfi placé au milieu, de ainfi de fuite, jufqu’à la fin. On ne rejette que les dents hors d’état de fervir ; du refte le peigne fe finit comme on l’a dit en enfeîgnant à les monter.
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- Article Sixième.
- Maniéré de remonter les Peignes de canne ou d’acier fur le Métier même,
- fans couper la chaîne.
- Il n’eft point de talens, point d’Arts , où des accidents inopinés ne viennent quelque fois déranger les précautions les plus fages, renverfer les mécanifmes les mieux entendus. Quand la chaîne d’une étoffe eft une fois paffée dans un peigne, que par un bout il y en a une certaine quantité de fabriqué , Sc de l’autre le refte de la chaîne roulé fur f enfuple ; quel remede apporter à un peigne, à qui fubitement il arrive quelque accident ? on n’en a long - temps connu d’autre que de couper la chaîne pour jfubftituer un autre peigne. Enfin , après m’être occupé dès mon enfance de ce que la fabrique a de plus curieux Sc de plus in-téreflànt, j’avoue qu’il n’y a pas plus d’un an que j’ai appris qu’on pou voit fubftituer un autre peigne fans couper la chaîne. Je tiens cette utile découverte d’un habile Fabriquant d’étoffe de Paris, qui l’a vu mettre en œuvre par le fieur Bordier,
- ancien
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- Sixième Partie. IL Sect. Des Peignés etacier liés, êe. 6iy
- ancien Peigner à Tours, fur un métier de damas broché.Voici le cas où cet expédient eft neceflâire. Un Ouvrier négligent dans la conduite de fon étoffe, lailîe perdre la quarrure de fon metier j ce qui provient de ce que les étayes qui affujettiffent quarrément le métier en tous fens, fe relâchent fur quelqu’un des angles, alors le battant qui ne frappe julle fur la largeur de l’étoffe, qu’autant que le métier eft quarrément pofé ; s’il vient à prendre une pofition hors d’équerre, le peigne frappant plus d un cote que de 1 autre, 1 étoffe n’avance que de ce côté, tandis que l’autre eft fort lâche : bientôt le peigne fatigué des coups redoublés que lui donne l’Ouvrier pour regagner cette inégalité, fe couche entièrement vers un bout, & ne peut plus lèrvir. Cet accident peut arriver dans la longueur d’une demi - aune d’étoffe : j’ai même vu dans une Fabrique qui m’ap-partenoit, un peigne de canne fe caffer au milieu des dents, d’une longueur de trois ou quatre pouces en fabriquant du damas. J’ai vu une autrefois les jumelles {b cafter. J avoue que je n ai Içu trouver d autre moyen pour placer un autre peigne , que de couper la chaîne. Cette perte eft toujours très-confidétable pour le Fabriquant. Je perdis la première fois un aunage conftdétable d’un ameublement qu’il fallut recommencer ; car ce qui eft fait eft de fauffe mefure , & la chaîne- pliée fur 1 enfuple n’eft plus à la longueur requilè. La fécondé fois je perdis une robbe de prix , dont l’argent qu’on m’auroit demandé pour remettre un peigne , quel qu il eut ete, m eut amplement dédommagé. L’inconvénient dont je parle peut arriver à tous les Ouvriers, & fur-tout en fabriquant des étoffes riches, & par conféquent fortes, plutôt que fur de petites étoffes, où le coup de battant eft infiniment moindre.
- Dès qu’on s’apperçoit de l’entiere couchure d’un peigne, qui le met hors d’état de fervir, il faut difcontinuer l’ouvrage & avertir promptement le Peigner. Celui-ci fabrique un peigne de la même largeur, de la même foule, & du même nombre de dents, & prenant devant le métier où eft le peigne caffé, la place de l’Ouvrier, il coupe le vieux peigne par le milieu pour le féparer en deux parties fur fa longueur , fans endommager la chaîne, après en avoir ôté les gardes & les dents des lifieres fi elles font d’acier ; enfuite il coupe le ligneul tout du long des jumelles fupérieures du nouveau peigne, retire ces jumelles, &le met dans l’état de celui qu’on voit, fig. 13 , PL 37, dont les dents ne font plus retenues que dans les jumelles d’en - bas : il remet ce peigne à l’Ouvrier qui fabrique l’étoffe , à qui appartient le foin de diftribuer là chaîne dans les dents du nouveau peigne. Il fufpend fon peigne en-deftous de la chaîne les dents en haut, entre la partie qui eft fabriquée , & le remilîe qui fait mouvoir la chaîne, de maniéré que les dents puiffent entrer comme d’elles-mêmes entre les fils de la chaîne , qui, pendant cette opération, doit être un peu lâche, afin de la pouvoir divifer en petites parties , fans craindre de rien cafter ; 8c pour plus de facilité, il ne donne pas à fon peigne une pofition horizontale mais un peu penchée de droite à gauche, au moyen de quoi la moitié du peigne à peu-Étoffes de Soie. FI. Part. S _
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- «staff*
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- m L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- ï près, paffe au travers de la chaîne, tandis que l’autre moitié eft par-deffous : f Ouvrier prend une cinquantaine de fils, & les place dans une dent près des lifieres » puis une autre cinquantaine , qu’il place dans une autre, & ainfi de fuite , juf. qu’au dernier fil, fans obferver dans cette divifion aucune réglé , finon que chaque cordon foit placé à peu-près en ligne droite , & non pas dun ou d’autre côté, ce qui tirailleroit la chaîne : à mefure qu’on diftribue ainfi toutes ces parties, on releve le peigne , jufqu a ce qu’étant arrivé à la fin, il fe trouve dans une pofition à peu-près horizontale. Quand toute cette première divifion eft faite , l’Ouvrier place entre chaque dent tous les fils à la place qu’ils oc-cupoient dans le vieux peigne , & pour cela il doit favoir exaélement combien chacune doit contenir de fils, tant de la chaîne que du poil, s’il y en a un, pour n’en pas déranger un feul, en commençant par un des bouts du peigne. La aniere la plus folide & la plus commode de faire tenir le peigne pendant cette opération , eft de l’attacher à deux montants, femblables à des pieds à perruque, parce qu’on eft fur & de l’égalité & de la Habilité.
- Il eftaifé de fentir, que les dents n’étant retenues que par un bout, ne pré-Tentent pas un écartement bien uniforme , & que par conféquent rien n’eft auffi difficile que de faire entrer ces fils entre les dents : voici comment on y remédie* L’Ouvrier tient de la main gauche le fil qu’il veut placer , & ouvre les dents où il veut le mettre avec la pointe d’un poinçon, & continue ainfi jufqu’à ce que toute la chaîne foit remile en place ; mais pendant tout ce travail il faut que la chaîne foit un tant foit peu tendue, pour que les fils fe tiennent à la place où on les met ; alors le Peigner recommence l’opération qui eft de fon reflort, c’eft-à-dire, de finir de monter le peigne. Il prend la place de l’Ouvrier Fabriquant, qui eft la plus commode; il fixe les deux jumelles qu’il avoir ôtées, fur les gardes, par chaque bout, & attache le peigne très-lolidement fur deux montants, pour qu’aucun effort ne le puiffe faire mouvoir en devant ou en arriéré ; enfuite il place entre les jumelles un petit morceau de bois d’un pouce de groffeur, ou environ, pour les tenir écartées, Sc avoir plus de liberté à faifir avec la pointe du poinçon le bout de chacune, à mefure que vient fon tour d’être entourée avec le ligneul', qu’on ferre fortement. A chaque dent l’Ouvrier appuie avec un des bouts de la même fourchette,^. 6, dont j’ai déjà parlé en traitant la maniéré de enter ou tefter les peignes ; mais il doit fur-tout prendre bien garde à fe rencontrer jufte avec les marques qu’il à faites fur les jumelles, & qu’il doit avoir devant lui, & fur-tout il doit prendre garde que les dents foient bien à angles droits avec les jumelles.
- Quand le Peigner eft à peu-près au milieu de la longueur du peigne , il détache les jumelles de deffus la garde de ce côté, pour que l’écartement, produit par le petit coin de bois, ne force pas trop les jumelles ; & quand on eft à 2 ou 5 pouces de la fin, on ôte entièrement la garde , pour avoir plus d’aifànce à opère*, & on ne la remet que quand toutes les dents font en place; après quoi
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- Sixième Partie H. Sect. Des Peignes et acier liés, &cé Sïp £>n couvre ces jumelles de bandes de papier ; celles qui ont refté, ayant dû en être couvertes auparavant*
- Quelque attention qu’on apporte à cette opération, le peigne n’eft jamais aulîî folide que quand il eft monté fur le métier : j’ai cependant entendu dire , qu’on avoit fabriqué beaucoup d’étoffes avec un pareil peigne. Quoiqu’il en foit, c’eft beaucoup que d’être venu à bout de réparer un pareil accident ; 8c le peigne ne finît-il que là piece commencée, c’eft beaucoup gagner ; cette invention eft une des plus heureufes de toute la Fabrique des Etoffes.
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- Article Septième,
- Obfervations générales fur £ Art du Peignen
- Les Peigners qui veulent traiter leurs peignes avec toute la régularité poffibîe, au lieu de faire leur ligneul avec du fil de lin, comme nous l’avons vu , choifif» fent la foie la plus égale dans les foies fines , & en affemblent plufieurs brins , jufqu à ce qu’ils ayent atteint la groffeur néceflâire, ils tordent tous ces brins , pour n’en former qu’un feul, qu’ils poiffent enfuite delà maniéré qu’on a vue. On fe fert de ces fortes de ligneuls pour les peignes deftinés à faire des chenilles très-fines qui demandent la plus grande régularité de la part du peigne.
- Quand à l’emploi du ligneul , cé que j’en ai rapporté ne contient que les régies générales ; on s’en écarte quelquefois. Dans l’hiver, par exemple, la poix fe brife & s*en va en pouffiere en tournant en tout fens le fil ; aufll les Ouvriers , curieux de leur ouvrage , ou ne font point de peignes dans les gelées, ou mettent fur le métier des réchauds remplis de feu, qui entretiennent autour du peigne une température modérée : l’été, au contraire , le ligneul eft fi mou, qu’on ne fauroit y toucher fans changer la grolfeur que la filiere avoit réglée ; suffi trempe t-on les paquets de ligneul dans de l’eau fraîche , & l’Ouvrier, quand il fent que les doigts s’échauffent, les y trempe auffi de temps en temps.
- Le fieur Lemaire , dont j’ai parlé, à coutume de mettre d’autant plus de réfine dans la poix, que le froid eft plus grand, & il en diminue la dofe , jufqu’à l’anéantir même quand il fait chaud. On pourroit l’hiver travailler dans un endroit, où la chaleur modérée d’un poêle rendît la température convenable * on peut fè régler au moyen d’un thermomètre.
- Les Peigners ont coutume de marquer fur les gardes le nombre de dents que contient le peigne ; 1 es uns marquent le nombre de portées , & d’autres celui des dents : cette méthode eft fort bonne ; mais on pourroit marquer fur la longueur du peigne chaque centaine, par une dent teinte dans de la fuie , ou bien mettre une dent d’acier aux peignes de canne , ou une de canne à ceux d’acier ; par ce moyen on ne confondroit jamais les peignes.
- Cette précaution feroit très-avantageufe aux Fabriquants d’Etoffes de Soie qui
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- Planche
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- '620 VART DES ÉTOFFES DE SOIE. fournirent leurs Ouvriers de peignes, dont les comptes varient prodigieufement. Il arrive fouvent que quelques Ouvriers ufent les gardes, d’autres en font mettre d’autres-, & dans tous ces cas le numéro marqué fe perd, on n’a plus de refîource qu’à compter les dents; ce qui eft fort difficile, fur-tout lorfque les Fabriquants, à qui on rend ces peignes , les mêlent tous enfemble ; d’autres écrivent fur les jumelles, comme on le voit fur celle du peigne yfig. 13 , PL 37 ; mais cette précaution eft bientôt anéantie lorfque les Ouvriers , voyant le papier s’ufer, en recollent allez fouvent de nouveau.
- L’expédient que je propofe n’eft pas de mon invention, je l’ai vu mettre en ufàge très-avantageufement, & rien n’eft auffi rebutant que de compter lix ou huit peignes de fuite pour trouver celui qu’on cherche*
- Lorfque les gardes font de cuivre ou de bronze on n’a pas à craindre cet inconvénient , fur-tout fi l’on met ce numéro au-deflbus de la portée du coup de navette ; au furplus on peut les marquer devant & derrière.
- Bien des Peigners ont coutume de mettre leurs noms fur leurs peignes ; cet ufàge eft fort utile, & met les Fabriquants dans le cas de juger lèquel de plufieurs Peigners travaille le mieux.
- AVIS AU LECTEUR.
- J3 Al au commencement de cet Art annoncé trois Parties , dont là dernier e doit contenir La maniéré de faire les Peignes dont les jumelles font jettées en moule* Cefecret ejl du aux Anglois, qui le pratiquent depuis fort long-temps,fans qùon ait jamais pu le 'pénétrer ; enfin il y a un certain nombre £ années que les Ly onnois firent venir che£ eux un Anglois qu ils penfionnent, &qui feul en France en fournit a nos Manufactures : néanmoins jof me flatter de Vavoir découvert : toutes mes recherches y & les effiais que j3ai faits jufqiiici, m annoncent la réuffite la plus fuis fa if ante. Ce ferait manquer au Public que de lui offrir des à peu-près Ô* des effais informes. Occupé journellement à la defcription de t Art, qui fait mon principalfoin, je ri ai pas encore pu répéter mes expériences affe^ en grand pour entreprendre de décrire cette operation. Je promets de donner par fupplément cette troifieme Partie y auffi-tût quunfort grand moule y auquel je travaille y fer a fini, je n ai encore fait de pareils peignes que de quelques pouces de long, qui pour beaucoup di autres fer oient une réujfite parfaite ; mais je veux tnaffurer que ce qui me réuffit bien en petit, ne manquera pas en grandeur naturelle. Je paffe à la Fabrique des Etoffes de Soie•
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- CHAPITRE
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- CHAPITRE SIXIEME.
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- Explication des Planches de la fécondé Partie de VArt du Peigner#
- PLANCHE XX VL
- T j a Figure I de la Planche 2.6, efl: un bout de fil de fer décrivant une ligne courbe pour éprouver fon élafticité.
- La Figure % , efl: encore un bout de fil de fer qui fuppofe celui fig. x , qui s’eft redrelfé par fà propre élafticité,
- La Figure 3 repréfente une partie de Peigne au-deflus la grandeur ordinaire , dans la longueur de laquelle on apperçoit des dents courbes fur leur largeur, & d’autres qui font droites , pour faire fentir combien la courbure des dents peut nuire à la fabrication des Etoffes , puifqu elles appuyent contre leurs voifines, & qu’elles ne laiflent pas la liber téaux fils de la chaîne de fe mouvoir avec autant de liberté qu’il leur en faut.
- On voit par la Figure 4 une dent courbée fur fon épaifïèur. Défaut qui nuit à la fabrication de 1’Etoffe.
- Par la Figure y, on a repréfenté une jauge pour déterminer l’épaifleur des dents , en les y plaçant comme on le voit en B y fig, 6.
- % Cettederniere Figure contient dans Ihn ©ntaill© <juleft de demi-pouce, une quantité connue de dents, ce qui fait juger de leur épaiffeur , parce que l’entaille dans laquelle on les met toutes fur leur champ à côté Tune de l’autre, doit contenir un nombre de dents fixe, pour chaque compte de peignes ; c efl: le moyen le plus précis qu’on ait trouvé pour avoir des dents égales dans toute l’étendue d’un peigne * & pour rendre les procédés du laminage plus allures.
- La Figure 7 , fait voir un marteau dont fe fervent plufieurs Peigners pour applatir les dents des lifieres.
- La Figure 8 , efl: un tas d’acier , planté dans un billot de bois ; c’eft fur ce tas que les Peigners battent le fil-d’archal pour en former des lames dont on fait les dents des lifieres.
- La Figure 9 repréfente un moulin propre à laminer le fil-d’archal, pour en faire les dents qu’on emploie aux peignes d’acier ; ce moulin efl réglé par la feule vis M, qui fait mouvoir , c’eft-à-dire , monter & defcendre la meule H, pour obtenir telle épaiffeur de dents qu!on juge à propos, conformément aux comptes des peignes pour lefquels on veut laminer.
- Développement de cette machine.
- L a Figure 10 efl: un des deux montants faits en bois, entre lefquels on
- Étoffes de Soie. VL Paru T 7
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- €22 L'ART DES ETOFFES DE SOIE.
- place les deux meules /, H, & dont les enfourchements reçoivent les pièces de fer G , F, qui portent ces meules.
- On voit par la Figure 11, une de ces deux meules féparée de fon axe,
- - La Figure 12 eft une pièce de fer à quatre faces égaies , dont la grofîeur eft telle qu’elle doit entrer avec force dans le trou C de la figure précédente , pour être enfuite mife for le Tour pour former les collets de l’axe.
- La Figure 13 eft l’axe de la meule fopérieure H9 vu féparément.
- La Figure 14 eft Taxe de la meule inférieure /: cet axe différé du précédent en ce que fbn bout d eft terminé par un quarré, & enfoite par une vis : c’eft for ce même bout qu’on emmanche la manivelle K du moulin; e eft un petit écrou dont le taraudage eft égal au pas de vis d de la figure précédente, & dont on fe fert pour arrêter la manivelle du laminoir, lorfqu’on la place for la petite portée quarrée du même bout /, de l’axe que nous venons de voir;
- On voit par la Figure 15 une des pièces F , F , qui placée dans les enfourchements des montants A, A d u laminoir, portent entr’elles la meule/.
- La Figure 16 repréfente l’aflemblage qui compofe le chaflîs fopérieur du laminoir , formé par les deux pièces G, G, & celle L qui reçoit le bout de la vis M.
- G, eft une de ces pièces vue féparée de l’aflemblage & hors du moulinf dans les mêmes proportions de la figure 16 , qui eft d’un tiers plus forte que celle du moulin.
- F 9 F 9 font les d©ua pîceea de for <jui étant placées dans les montants du laminoir, reçoivent 1 aflemblage repréfenté par la figure 16 , qui doit porter la -meule//; ces deux pièces font placées au-deflous de cette figure , comme pour recevoir dans leur enfourchement A y A y les deux pièces G, G, quelles doivent contenir étant placées au laminoir.
- La Figure 17 repréfente le laminoir vu en face fur le profil des meules, pour faire voir la pofition de ces mêmes meules & celle de la piece L qui guide celle/, qu’on a cru devoir repréfenter.
- La Figure 18 repréfente la vis M, qui fert à régler les diftances qu’on eft obligé de donner entre les meules du laminoir, pour obtenir par-là les épaif* feurs des dents qu’on fe propofe de tirer : cette vis eft ici contenue dans fon écrou O y qui doit être lui-même encaftré dans la couverture N du laminoir.
- La Figure 19, fait voir en face un des chaflîs féparé du moulin , & portant la meule I, au point de hauteur où elle doit être lorfqu'elle eft placée dans le moulin.
- Par la Figure 20 , on remarque à quel point doit être placée la meule H, par les pièces G, G, qui la contiennent ; elle eft ici vue en face, & la piece qui la porte , eft tenue par la vis M qui pafle dans la couverture iV du moulin.
- La Figure 21, fait voir l'écrou de cette vis dans les proportions de la moitié à-peu-près de ce qu’il doit être en toute grandeur ; on apperçoit fur cet
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- Sixième Partie. II. Sect. Explication, des Planches: 623
- écrou par quel moyen on l’encaftre dans la couverture du moulin, & comment on l’y arrête folidement.
- On voit par la Figure 22 > la couverture iV du moulin féparée de toutes les pièces qu’elle doit aflembler ; on y remarque les mortaifes a, a , a y a, qui fervent à recevoir les tenons des montants A , A du moulin ? & le trou y, qui reçoit l’écrou que nous venons de voir.
- La Figure 23, fait voir de profil l’affemblage des pièces G, G, avec celles F, F, après avoir placé entr’elles les meules H, I, & après avoir arrêté la vis M , dans la piece L dont la pofition de la figure ne permet de voir que le tenon ; cet aflemblage ne fe fait ordinairement qu’après avoir fixé l’écrou de la vis dans la couverture N; c’eft ainfi qu’il faut que cet arrangement foitfait pour qu’on puiffe monter le laminoir tel qu?il eft , avec la différence qu’en le plaçant dans les enfourchements des montants du moulin, les meules font totalement rapprochées l’une de l’autre.
- On voit en £, la clavette qui tient fojidesles deux montants du laminoir en les traverfànt en-deffous de la bafo B, dans le milieu de leur tenons.
- r- )
- PLANCHE XXVII.
- L a Figure 1 repréfente le haut d’un laminoir, dont la conftruétion diffère de celui que nous venons de voir, par les pièces de fer qui portent la meule fupérieure ; cependant c’eft toujours par la vis M qn<* ces pièces font menées ; mais la traverfe L , eft en-deffus de la couverture N; auffi cette couverture a une différence fenfible dans fa conftruélion : il faut prendre garde encore qu’à ce laminoir, le bout de la vis entre dans une piece de fer qui eft encaftrée dans la couverture {ans être taraudée ; c’eft précifément la traverfe L , qui fort d’écrou à cette vis.
- Développement de ce fécond Laminoir.
- L a Figure 2 eft une des pièces G , G qui portent la meule H : on doit appercevoir à la feule infpeétion quelle diffère de celles de l’autre moulin, en ce que les languettes c, c , ne vont qu’aux deux tiers de fà hauteur , tandis qu’à celles qui font la même fonction dans le laminoir qu’on a déjà expliqué, ces languettes portent d’un bout à l’autre de la piece. ^
- La Figure 3 9 fait voir la couverture de ce dernier moulin feparée de fon af-femblage ; elle différé de la couverture du premier laminoir par fes entailles b, b, & par la piece de fer d qui y eft encaftrée , & dans laquelle tourne le collet de la vis.
- La Figure 4 repréfonte le haut de ce moulin*,vu en face du côté des meu-; les ; on n’a pas jugé à propos de mettre la manivelle, parce quelle doit être
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- to* rART DES ETOFFES DE SOIE.
- placée de même que fur le premier laminoir. On a feulement rendu fenfible fur cette figure le point d'appui de la vis, afin de faire connoître par quel moyen elle pouvoit attirer ou faire defcendre la meule fupérieure.
- La Figure repréfente le haut d’un troifieme laminoir dont les pièces de fer qui portent la meule fupérieure font différemment mues que celles que nous avons vues jufqu’à préfent ; chacune d’elles monte & defcend par le moyen d’une des vis b, b , qui lui eft propre.
- Développement de ce Moulin
- * Là Figure 6 eft une des deux pièces C, C, qui portent la meule fupérieure ; on peut appercevoir qu’une des vis entre dans fcn épaifîèur fans cependant lui fervir d’écrou.
- La Figure 7 fait voir une des vis du moulin.
- On voit par la Figure 8, de quelle maniéré cette vis eft affemblée avec une des pièces C, C; elle tourne dans l’épaiffeur de cette piece de la même maniéré que la vis M tourne dans la couverture y’ de la figure 4 ; elle n’y eft fixée que par le bouton G, & par la petite clavette d> qui l’empêchent de fortir de fon trou où elle a cependant la liberté de tourner.
- La Figure p , fait voir la converture du moulin ; fa conftruflion différé de celle fig, 3 , en ce qu’elle n’eft point percée fur le milieu, & en ce que celle-ci eft entaillée par-defl^ua eu «, «, ou elle forme une languette de chaque
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- cote.
- La Figure 10 eft un des deux écrous qui reçoivent les vis b9 l, qu’on affemble avec la Couverture ; ces écrous entrent très-jufte chacun dans une des entailles a, a , de la couverture que nous venons d’expliquer.
- La Figure ri repréfente une autre forme d’écrou qu’on affemble de même que le précédent avec la couverture, mais dont la forme différé en quelque chofe, parce qu’indépendamment des languettes, il eft entaillé en d d par-deflous ; ces entailles reçoivent le bout fupérieur des pièces B >B , qui portent la meule F.
- La Figure 12 repréfente le même écrou que nous venons devoir, maïs vu en plan par-deffous ; il a été ainfi repréfenté afin qu’on pût appercevoir par quel moyen on le fixe au-defliis des pièces B , B 3 par de petites vis qui entrent dans l’épaiffeur de ces mêmes pièces, ainfi que les trous e, e, l’indiquent.
- La Figure 13 eft une troifieme forte d’écrou qui prend toute la largeur du laminoir ; les trous qui reçoivent les vis répondent dans les entailles g, g, & ces mêmes entailles s’emboîtent avec les bouts fupérieurs des pièces B> B : cet écrou exige une couverture différente pour le moulin , que toutes celles que nous avons vues jufqu’à préfent \ c’eft ce que nous allons voir par la figure fuivante.
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- Sixième Partie. IL Sect. Explication des Planches; 62$
- La Figure 14 , eft une partie de couverture de moulin propre à être affemblée avec l’écrou qu’on vient d’expliquer ; ce n’eft précifément que la moitié de la couverture : il faut une autre partie femblable, pour, avec l’écrou , faire la couverture entière, & on les aflemble de maniéré que la languette A, pofe fur une des languettes fi9f9 de la figure précédente. Ces deux dernieres figures font vues par-deffous.
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- La Figure iy repréfente un moulin à deux vis C, C9 qui ne peuvent pas marcher l’une fans l’autre ; elles marchent par une troifieme vis B , fur laquelle eft enabrée une roue dentée h, qui mene les deux autres roues aufîi dentées a, & ; c’eftpar ce moyen qu’on réglé le plus ou le moins de féparation quon veut mettre entre les deux meules dumoulin. Ce font les vis C, C, qui condui-fentces pièces de fer qui portent la meule fupérieure ; les roues dentées qui font adaptées à ces vis étant égales en nombre de dents, comme en diamètre, ne peuvent que tourner également, puifqu’elles ne font mues que par celle qui eft adaptée à la vis b : on peut voir dans la defcription qui en a été faite , les avantages que ce laminoir a fur les autres.
- La Figure 16 repréfente le deffus du même moulin dépourvu des deux vis C, C, & de ces roues dentées. Cette figure fait voir la conftruétion de la couverture du moulin & en même-temps par quel moyen on arrête les vis afin qu elles ne marchent en aucune façon par les efforts du laminage. La couverture de ce moulin eft femblable à ^ 1U fig. 13 , Sc rie deux pièces de bois femblables à celle fig. 14, ce qu’on peut reconnoître en remarquant là maniéré avec laquelle font affemblées ici les deux pièces de bois d9 d9 & l’écrou e , qui compofent cette couverture.
- La Figure 17 fait voir en plan le deffus d’un moulin à deux vis & à trois roues dentées, mais dont les dents font taillées différemment que celles des roues du moulin fig. 15. Voyt{ ce que j’en ai dit dans le cours de l’Ouvrage»
- On voit par la Figure 18 une des roues dentées de ce dernier deffus de moulin vue en double proportion de grandeur en perf leélive, & dépourvue de fa vis.'
- Par la Figure 19 , on apperçoit la forme d’une des vis des moulins fig. iy & 17. Cette vis eft féparée de fe roue dentée 8c du moulin, elle eft conforme par fon bout inférieur à la vis fig. y , parce que fon aflemblage avec la piece qui porte la meule fupérieure eft le même, mais la tête n’eft pas conftruite de même, & comme elle doit être affemblée avec' une roue dentée, il y a par-deffus une elpece de chapeau qui les rend folides, de maniéré que lorlque ces vis font jointes avec les roues , on les fait retenir par-deffus avec ces chapeaux qui forment une fécondé tête , qui s’élève de trois à quatre pouces au-deffus des roues;
- La Figure 20, eft un des deux chapeaux des roues dentées qui font adaptés à la tête des vis.
- La Figure il, eft encore une vis vue en face , féparée du ftioulin, garnie de fe roue dentée & de fon chapeau; cette vis n’eft pas faite comme celle Etoffes de Soie. VL Part. v7
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- $26 VART DES ETOFFES DE SOIE.
- fig. ip. Auffi n’eft-ellepas au même ufàge ; car la première eft une de celles qui font monter & defcendre la meule fupérieure d’un laminoir , & cette derniere eft celle qui eft aflemblée avec la roue dentée du milieu qui fait marcher les deux autres.
- La Figure 22 , fait voir un moulin tout fomblable à celui fig. 1 $ , excepté que les meules C > D > font adaptées fur des roues dentées dont le diamètre & le nombre des dents font égaux. On a pris foin de repréfenter cette figure avec un des montants brifé, afin qu’on apperçût entièrement par quel moyen une des roues dentées fait mouvoir l’autre ; du relie la defcription que fai faite de cette machine prouve la fupériorité qu’elle a fur tout ce que nous ayons vu jufqu’à préfent. *
- Par la Figure 24, on volt ce dernier moulin en face du côté du profil des meules, où l’on peut remarquer l’ordre qu’on fait tenir, tant aux roues dentées du deftùs qu’à celles qui font adaptées aux meules.
- La Figure 2 y , efl: une des meules vue en perlpeélive féparée du moulin & de fa roué dentée fur laquelle on apperçoit les quatre trous C, Cÿ C,C9 qui fervent d écrous aux quatre petites vis qui lui adaptent fa roue dentée*
- PLANCHE XX FIIL
- La Figure première reprélente un laminoir dont la conftra&oti eft toute différente du précédent. Au lieu des vis de prelîîon qu’on a vues au premier , cette preffion fe fait ici par la bafcule N, chargée du poids O.
- Développement de la machine.
- A, A, font les deux montants du devant, & D yE , font les deux tra-yerfes dans lefquelles ils s’emmanchent à tenons & mortaifos.
- C, C, font deux autres montants de derrière qui s’aflemblent par le bas for la traverfo F, à environ fix pouces de diftance l’un de l’autre.
- H y H, I % K , K y font cinq pommelles faites au Tour, dont le tenon entre dans des trous pratiqués en-deffous des pièces D , F, pour élever un peu la machine ^ & faciliter le paflage des ordures.
- G y eft une traverfe qui aflemble par le haut les montants C, C.
- My My font deux larges traverfes qui par un bout s’aflemblent, & affleurent de trois côtés les montants C, C, & par l’autre dans celle E, qu’elles affleurent en-deffus.
- B y B y font deux montants qui par le haut s’aflemblent en-deffous des traverfes M M des côtés, Sc parle bas reçoivent les traverfes L, L, Z, L , qui les entretiennent dans un écartement convenable. Ces deux montants defoen-dent au niveau des pommelles.
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- Sixième Partie. IL Sect. Explication des Planches. ÿ2j
- P, P, font deux petits montants aflemblés à tenons & mortaifes dans les deux traverfes de derrière L , L , où ils font folidement chevillés ; au haut de ces montants efl: un trou rond ou œil dans lequel pafle une tringle de Fer a9 qui tient la bafcule N, par un bout.
- Q 9 Q 9 font deux chaffis d’une feule piece, qui avec la piece de bois X f dans laquelle ils font aflemblés, forment la cage de cette machine ; ils font plantés folidement au milieu des traverfes M> M, qu’ils affleurent par leur face intérieure.
- R, R y font deux pièces de fer qui rempliflent exaélement les entailles des chaffis 9 Sc qui y entrent à rainure & languette, Sc au bas defquelles efl: un trou qui reçoit l’axe de la meule inférieure V,
- S y S, font deux autres pièces de fer qui rempliflent les entailles des pièces précédentes, où elles gliflent auffi à rainure & languette , & qui portent la meule fupérieure»
- b y efl: l’un des boutons ou chevilles de fer entré à force au bas des pièces précédentes au-deflous des meules, & où s’accrochent les étriers de fer C, qui attirent la meule en en-bas. L’autre étant derrière la machine, ne peut-être vu*
- dy efl: un autre bouton attaché au bas des étriers de fer, Sc qu’embrafle la boucle de la corde e.
- e y en dedans de la machine, efl: une partie de la même corde, qui par fort autre bout va faifir la traverfo J^y qui palîo foua la halcmle , Sc güfle dans 1 en*^ taille pratiquée fur les faces intérieures des montants B , B.
- T de. K y font les deux meules fur l’un des côtés defquelles font fixées parfais tement au centre les roues dentées qu’on y voit.
- z y t y font deux mortaifes pratiquées en-deflùs de la traverfo de devant Eÿ pouf recevoir le guide dont on verra plus bas les détails.
- La Figure 2 repréfonte le profil de la cage qui contient les meules, & la ma-» niere dont le tirage produit par la bafcule, fe fait au moyen des deux cordes ey e.
- QyQ y font les deux chaffis de bois ; T F 9 les deux meules ; N y la corde à laquelle efl: fufpendu le contre-poids qui pafle par-defîus la bafcule , dont on ne voit ici que l’épaifleur.
- c, c y font les deux étriers de fer qui s’agraffent fur les boutons du chaffis qui porte la meule fupérieure ; e , e , font les cordes qui paflent en-deflbus Sc vont en f9 embrafler la traverfo qui porte la bafcule ; o, efl: le contreqx Ids.
- La Figure 3 , fait voir en perfpeélive la pofition de la bafcule où toutes les pièces font fous les mêmes lettres pour être mieux reconnues.
- y y efl: un poids qu’on ajoute au premier pour augmenter à volonté la pefom teur en le reculant ou avançant.
- La Figure 4 repréfonte un des deux montants B , B, vu par fà face inté -rieure fur laquelle efl: une coulifle g y ou glifle la traverfo qu’embraflent les cordes e, e*
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- VA RT DES ÉTOFFES DE SOIE.
- La Figure y repréfente une autre efpece d’étrier qu’il feroit à propos defubftî-tner aux premiers & aux cordes. Celui-ci eft tout en fer, & la traverfe h , pafle dans deux yeux quarrés l, /.
- La Figure 6, fait voir une maniéré de fufpendre le contre-poids plus commode , pour le faire avancer ou reculer à volonté.
- . La Figure 7 eft une autre efpece de bafcule qui reflemble aflez à cette forte de balance qu’on nomme Romaine, dont le levier l efl: gradué pour mieux apprécier le degré de preflîon qu’on veut donner : A, b, font les deux cordes de tirage ; a, efl: une traverfe au milieu de laquelle pafle un boulon à crochet C; d, efl: une S qui entre dans le trou e , du levier ; k , efl: un anneau au bout du même levier; i > efl une fécondé S ; A, un autre boulon à crochet au milieu de la traverfe g, qui eft aflemblée aux deux petits montants j>f> qui font plantés fur les trayerfes L, L 9 delà machine.
- La Figure 8 repréfente une maniéré plus folide de retenir par un bout la bafi cule au moyen de deux tringles de fer n 9 dans l’œil defquelles pafle la broche de cette bafcule. Ces tringles s’arrêtent à vis en-deflous des traverfes L, comme on le voit.
- La Figure p repréfente de profil & de côté la cage qui contient les meules; comme toutes les pièces en font fous les mêmes lettres y on fe difpenfèra dd rien répéter. Ici l’on voit de quelle maniéré la manivelle Z, pafle dans l’étrier, pour que le tirage fe faflè p^rp/»n<4îr*nÎAîrement: on peut aufîi remarquer les écrous r , r, qui reçoivent les vis au moyen defquelles on fixe le guide dont ori Va parler.
- La Figure 10 repréfente le guide qui eft de fer & d’une feule piece, à l’exception du conduit x, qui eft formé par le concours de deux pièces de tôle qui le terminent en gouttière par le bout. V9 H 9 font les trous des deux vis par ou on attache cette piece fur le devant de la cage qu’on voit toute placée dans la figure 12.
- La Figure repréfènte une des couliflès qui portent la meule fupérieure : on voit en a , a 9 les languettes au moyen defquelles elle glifle dans les entailles où font les rainures pour la recevoir.
- La Figure 14 eft un étrier de fer vu en grand : au bas eft le bouton qu’em-brafle la boucle d’une des cordes de tirage.
- PLANCHE XXIX.
- L a Figure 1 repréfente un cylindre fur lequel on place le fil de fer pour quil ne fe dévidé qu’à propos pour pafler au laminage ; les deux tenons des montants A, A, qui le portent, entrent dans les mortaifes i9 i, de la traverfe de devant du moulin de la figure I, de la Planche précédente.
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- Sixième Partie. IL SecT. Explication des Planches. 6zÿ
- La Figure 2 repréfente un pied fur lequel on peut placer le cylindre quand on ne le met pas fur le métier même.
- Â y eft (à bafe ; B , B, font deux montants dont la hauteur eft égale à celle de l’entre-deux des meules ; & C y C 9 font deux arcboutants qui rendent folides les deux montants.
- La Figure 3 eft un autre cylindre fur la circonférence duquel font deux ran^ gées de trous percés en biais, dans lefquels on met des chevilles qu’on voit en e , e9 e, e , fig. 4, pour remédier aux inégalités de diamètre auquel font dévidés les paquets de fil-de-fer.
- Les Figures y 8c 6, font deux paquets de fil-de-fer 9 dont l’un eft lié en un feul 9 8c fautre en deux endroits.
- La Figure 7 repréfente l’opération du laminage au premier des moulins dont on a parlé.
- A y A y font deux mains d’un Ouvrier qui eft cenfé tourner la manivelle * & qu’on n’a pas jugé à propos de repréfènter pour laifîer voir la figure. B 9 eft un autre Ouvrier qui dirige le fil-de-fer D, entre les meules F, F ; ce fil-de-fer eft à fes pieds Hy & fe déroule à mefure qu’il eft appellé par le moulin.
- La Figure 8 , eft une cheville plantée dans un mur dans l’atelier, & fur la-^j quelle on met des paquets de fil-de-fer,
- P LANCIA,F T ir T,
- Il a Figure r repréfente une paire de cifàilles avec lefquelles on coupe le' fil-de-fer applati à la longueur néceffaire pour en former les dents.
- La Figure % , eft un marteau dont on fe fèrtpourapplatir les dents des lifieres*
- Et la Figure 3 eft un tas, ou petite enclume fur laquelle on applatit ces dents , &pour cet effet le deffus eft d’acier trempé de tout fon dur3&poii : on voit qu’il eft planté dans un morceau de bois B , d’une certaine épaiffeur pour lui procu« rer de l’aftiette.
- La Figure 4 repréfente le moulin dont on a donné le détail en expliquant la Planche précédente en œuvre.
- A y eft l’Ouvrier , qui d’une main fait tourner la manivelle B.
- Cy eft le cylindre fur lequel eft un paquet de fil-de-fer monté fur deux pièces de bois D 9 D ; on voit qu’après avoir pafte dans le conduit E , & de là entre les meules , il va fe coucher par terre au hazard 9 en décrivant une ligne courbe p 9 qUe l’on a vue dans le détail de l’opération être nuifible aux dents ; du refte toutes les pièces font très-fenfibles & peuvent aifément être reconnues.
- La Figure y repréfente une longue poulie/, tournante fur une broche K, & élevée aune certaine diftance de terre au haut des montants G, G) portés fur une bafe folide H ; c’eft le moyen que j’ai propofé pour tirer le fil par longueur*
- La Figure 6 repréfente le détail de cette opération*
- Étoffes de Soie. FL Pan* X 7
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- VA R T DES ÉTOFFES DE SOIE.
- L, éft une pince à coulant C9 au bout de laquelle eft attachée une corde JH,en d9 qui paffànt fur la poulie P de la figure y, a à fon extrémité un poids Q, qui tient le fil-de-fer à tendu & l’attire à mefure qu’il pafle entre les meules N9 O, & fe déroule de deflus le cylindre y.
- La Figure 7 repréfente plus en grand la pince à coulant c, entre laquelle oti laifit le fil-de-fer en g.
- La Figure 8 eft la même opération , à laquelle feulement on fait un renvoi de tirage au moyen des deux poulies R9V: S, font les deux meules ; X, lapince à coulant ; 1, la corde qui paffe fur la poulie R , de là fur celle V, & enfin eft attirée par le contre-poids Z.
- La Figure 9 eft une quantité de ces lames coupées par longueurs ;
- Et la Figure 10 les repréfente aflembiées en un paquet au moyen de plusieurs lieps e 9f9 g, g >f>e•
- La Figure 11 repréfente la maniéré dont il foroit à délirer qu’on retînt les lames C entre deux entailles A , B, à la longueur de fix à dix pieds, pour conferver aux dents leur ligne droite* D9E9 font deux pièces de bois mobiles fur lefquelles font plantés les montants A, B.
- PLANCHE XXXI.
- L a Figure x teprefonte «« moulm A pcu-près pareil au précédent} fi ce n’efl que la lame au fortir du moulin eft recueillie fur un autre cylindre.
- A , eft une poulie fixée for l’arbre d’un des cylindres*
- B 9 eft celle fixée for l’arbre de l’autre cylindre.
- C 9 D 9 font les deux cylindres.
- E 9 eft la corde fans fin qui les fait mouvoir.
- F 9 F 5 font les deux montants qui portent le cylindre de devant.
- G , eft une vis qui fert à retenir le chafîis qui porte le cylindre à l’écartement convenable pour tendre la corde fans fin.
- H 9 eft la traverfe immobile dans les entailles de laquelle glifîènt les coulif-fes /. L’autre vis & l’autre couliffe ne peuvent être vues; K, eft la traverfe mobile qui porte les montants au haut defquels tourne le cylindre.
- L, eft une mortaife dans laquelle entre le tenon d’une traverfo qui gliffè dans la traverfe immobile H 9 pour donner plus de force à la partie mobile.
- M 9 M, font les deux traverfes qui forment la longueur du moulin, &for le milieu de laquelle eft plantée la cage du moulin : comme les pièces féparées font fous les mêmes lettres, nous ne ferons que les indiquer.
- La Figure 2 , eft une des poulies ; a, eft le trou quarré du centre par où on la fixe fur l’arbre du cylindre.
- La Figure 3 repréfente l’arbre de ces cylindres ; b , eft le quarré où fo place la poulie ; c , eft la clavette qui en entrant dans la mortaife d9 retient la poulie en
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- Sixième Partie, il. Sect. Explication des Planches. 63 r
- place ; e, eft le collet de cet arbre ; f9 eft le corps quarré fur lequel on place le cylindre; & enfin g efl: l’autre collet.
- La Figure 4 repréfente une poulie en place fur un boutée l’arbre.
- La Figure y repréfente la partie mobile qui porte un cylindre,avec la traverfe du devant du métier dans laquelle elle gliflè.
- F, F, font les deux montants ;<?,(?, les deux vis de prefîlon ; H9 la traver» fe immobile ; /, /, les coulifles ; iv, la traverfe qui porte les montants , 8c L efl une autre traverfe qui gliflè dans une mortaife pratiquée fur l’épaifleur de celle H.
- La Figure 6, efl la traverfe immobile repréfentée à part pour faire voir les entailles & mortaifes qu’il faut y pratiquer.
- h, ky font les deux entailles en queue d’aronde ; i9 les trous taraudés des vis de preffion ; l, la mortaife où gliflè la traverfe4 ; L Sc m9 m9 les mortaifes d’aflèm-blage avec le métier.
- La Figure 7 repréfente un calibre pour mefurer l’épaifleur des dents dans les diftances n , 0.
- La Figure 8 repréfente l’opération de couper les dents de longueur ; la main gauche tient la mefiire a, & la droite tient les cifulles f
- La Figure ^ «epréfente cette mefure d9 e, plus en grand, & le fil-de-fer h 9 c ( )eft couché deilus.
- La Figure 10 fait voir de quelle maniéré l'Ouvrier ayant ôté de deflus le mé~ tier le cylindre fer lequel s’étoit dévidé la lame , le place auprès de lui fer deux montants B 9 B, plantés dans une planche C, & coupe la lame avec des cifeil-les i, par longueurs.
- La Figure ir repréfente les montants où on met le cylindre.
- La Figure 12 , efl une boîte dans laquelle l’Ouvrier jette les dents à mefure qu’il les coupe.
- La Figure 13 , efl une autre elpece de calibre plus commode que celui qu’on a vu : tous les replis du fil-de-fer dont il efl formé font diftants inégalement & par gradation infenfible,pour mefurer plus exaétement l’épaifleur des dents.
- PLANCHE XXXII.
- L a Figure r , efl une efpece de couteau dont la lame A efl mobile, & celle B , s’attache fur le coupoir fig. 4,
- C9 efl la vis fer laquelle tourne la lame comme fer fon centre ; D 9 efl la partie courbée qui entre dans le manche E*
- F 9 efl l’autre bout de cette lame : on y voit en a 9 un trou dans lequel pafle une corde à laquelle pend un contre-poids pour que cette ciüaiile foit moins fatigante à ouvrir.
- La Figure 2 repréfente la partie de la lame mobile qui reçoit le manche.
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- L’ART DES ÉTOFFES VE SOIE.
- La Figure 3 repréfente la lame immobile par-derriere : on voit en i > k , uti, bifeau correfpondant à celui d9 e, de l’autre lame ;g9 g, g y g y font les quatre trous au moyen defquels on Fattache fur le montant.
- La Figure 4 eft le montant ou coupoir qui ncft garni que de la cifaille pouS en faire fentir la polition.
- La Figure | repréfente le même coupoir garni de toutes fes pièces excepte de la cifaille.
- L, L 9 font deux fortes équerres de fer entaillées de leur épaiflèur font les vis qui les tiennent en place.
- p p 9 font deux trous qui en traverfint fépailfeur de chaque joue du montant reçoivent une cheville de fer qui palTe auffi dans Fépailfeur des équerres LyL, q y q y font deux tringles à languette qui entrent dans une feuillure refouillée fur Fépailfeur des joues , & fixées avec des vis dont on voit la place fur la longueur de celle à gauche , Fautre ne pouvant'être vue.
- r y r 9 font deux réglés de fer qui au moyen de quatre vis s, s yS3s9 font fixées à la diftance dont on a befoin fur les tringles q , q.
- ty ty font les tenons de la piece R, qui étant retenus entre ces tringles, déter* minent la pofition de cette piece, & la longueur qu’on veut donner aux dents* On a eu loin de repréfenter toutes ces pièces à part fous fos memes lettres 4 & en plus fortes proportions.
- R P eft la piece de tôle avec les deux tenons.
- L y eft une des équerres fur lefquelles fe montent les cifailles.
- La Figure 6, eft le coupoir dépourvu de toutes fes pièces , mais où on voî^ toutes les entailles qui reçoivent les pièces.
- La Figure 7 repréfente un Ouvrier en aélion.
- La Figure 8 , eft un cylindre fur lequel eft la lame. iV,à part* eft un tiroir qui reçoit les dents à me fore qu’on les coupe : onpeut voir fa place en My fig. 4, & il eft en place dans la figure y.
- PLANCHE XXXIII.
- L a Figure 1 repréfente un métier à monter les peignes, & ne différé de ceux qu’on a vus dans la première Partie, que par la batte ey qui gliflè entre les deux couliffes € 9 c.
- La Figure 2 repréfente cette batte ; e, eft une équerre de fer au bout de la-? quelle eft un tenon m, qui entre dans la piece de fer fig. 4 , en L
- Cette Figure 4, eft la batte proprement dite : on voit aux deux bouts des maftés de fer réferyées à même la piece pour donner plus de poids & de force aux coups qu’elle imprime.
- La Figure 3 repréfente l’équerre toute nue ; k, eft le tenon qui reçoit la batte y Sc 0 y eft Fautre tenon taraudé par où elle fo monte for la couliflè.
- U
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- Sixième Partie. Iï. Sect. Explication des Planches. 633
- La Figure 5 , eft une piece quarrée de fer-où la tige de l'équerre entre jufte, & le trou fond qu'on y voit n'eft pas taraudé.
- La Figure 6, eft l'écrou qui le ville par-deflous.
- La Figure 7 repréfente l'équerre, la piece Jig. j‘, en r,& celle fig, 6, en s ; & le petit bout r * eft retenu par la piece quarrée^. 9, au moyen du trou y ± qu'on y voit.
- ^ La Figure 8 repréfonte la bafo ou coulilïe ou fo plante l'équerre ; la première entaille v , quon y voit, reçoit la piece quarréej^. ^ , enfuite le trou xy reçoit la tige ; par-dellous eft l'écrou , & enfuite la fécondé piece quarrée.
- La Figure 10 repréfente l'Ouvrier en aétion : on voit un peigne fur lequel eft un certain nombre de dents ; à chacune l'Ouvrier gliflela batte G, dans l'entre-deux des jumelles conforvé par la foule F, & la frappe fortement contre les dents.
- La Figure 11 repréfente un autre métier où les dents font frappées par un balancier.
- font les deux montants qui en même-temps fervent de poupées ; B, eft le banc ou métier ; C, C y C, C , font les quatre pieds ; D,D , eft un bou-^ Ion fans vis , 8c E, eft le fécond boulon à vis.
- F *F, font deux tringles de fer plates, dentées fur leur longueur pour recevoir le levier en conrftau Q s qUi pafle dans une entaille pratiquée au haut du balancier H.
- /, eft une lame de fer fixée for le balancier à la hauteur des boulons qui portent le peigne.
- K y eft un poids de plomb ou dé fer pour donner plus d'impulfion au contre-* poids.
- La Figure 13, eft le balancier ; d9 eft la mortaifo ou palTe le levier ; e, eft le trou pour le cheviller.
- La Figure 12, eft ce levier en couteau b,b;c9c> font les épaulements, & f, eft le trou de la cheville.
- La Figure 14, eft la batte ; h, eft une mortaife quarrée pour recevoir le tenon g9 du balancier 13 ; cette batte eft ferrée contre l'épaulement if par la piece fig. 1 jf , dont la vis / entre dans le trou n 9fig. 13, & l’épaulement m9 preffè le delfous de la batte. £ %
- La Figure 16, eft une piece quarrée qu'on place en-deflous de la batte.
- La Figure 17, eft la boule de plomb dans laquelle eft un écrou/?, qui reçoit la vis o ; le refte des pièces eft aifé à entendre.
- PLANCHE XXX IF.
- L a Figure 1 repréfente en perlpeétive le métier de la Planche précédente.
- A, eft la foule ; B , la batte ; C, un certain nombre de dents ; D , la tige du balancier viffée en-delfous de la batte; E,E9 les deux traverfes à crans for la Étoffes de Soie. VL Part, Y 7
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- #34 L’ART DES ETOFFES DE SO/F.
- longueur defqueiles on promene la traverfe à couteaux ; F, G, eft la tige du balancier.
- a, a , a , æ, font les jumelles du peigne \ hyb , font les tenons fur lefquels elles font arrêtées ; le refie eft connu.
- La Figure 2 repréfente le même métier à-peu-près : on n’a repréfenté que les montants & les traverfes T, T, avec le balancier K , au-bas duquel eft un contre-poids dont le détail fuit.
- La Figure 3 repréfente ce contre-poids à part; t, eft une mortaife qui reçoit le tenon du bec du levier K , où il eft chevillé, ainfi qu’on peut le voir.
- h, eft le bas du bloc de fer dont cette piece eft compofée, & l’entaille quarrée dans laquelle paffe le cylindre qui reçoit les cordes.
- g 9 eft ce même cylindre fur lequel font deux trous où paflent les bouts des deux cordes.
- 19 eft une roue dentée à rochet qui eft enarbrée fur le cylindre.’ rn , eft un petit loqueteau qui entrant dans les dents du rochet l’empêche de tourner.
- n, eft une tête de vis plate , qui en retenant le rochet à fa place fert à fairç tourner la roue & le cylindre.
- i 9 eft une efpece de cube de plomb fur lequel eft planté la piece H y & qui eni raioürdîftant donne plus de force aux coups que cette batte r* frapper contre les dents.
- G yfig* 2 , eft la place de la batte qui fe trouve faille entre la piece H,8c l’é-’ paulement de la tige du balancier.
- n, même figure, eft une poulie fur laquelle pâlie la corde M, qui va s’arrêter'
- à la marche L.
- R, eft une autre poulie fur laquelle pafle la féconde corde a , qui par un bout tient au cylindre h, & par l’autre porte le contre-poids P.
- La Figure 4, eft une des deux traverfes à crans du haut du métier dont les dents font d’un angle plus obtus pour faciliter la courfe de deux roulettes 9 comme celle q9 en place des couteaux de la traverfe V' 9fig. 2.
- La Figure y , eft un autre métier affez compliqué où la batte fè meut parallèlement aux jumelles.
- A y A y font deux fortes pièces de bois fous lefquelles font plantés les quatre pieds B y B y B y B.
- C y C y font deux traverfes qui s’alîemblent aux pièces de bois A y A, Sa dont l’écartement eft fuffilànt pour lailïer palfer la piece de bois D, à queue d’aron-de, au moyen de quoi leurs deux faces qui fe regardent vont en s’écartant par le bas.
- D y eft la piece de bois à queue d*aronde qui glifle entre les pièces précédentes , elle eft beaucoup plus longue que le métier, pour qu’en aucun cas elle ne quitte les entailles des deux pièces A y A.
- E y E y font les deux poupées folidement plantées fur cette piece.
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- Sixième Partie. IL Sect. Explication des Planchesi 6^
- F, eft le boulon fans vis.
- G , eft l’autre boulon à vis.
- H, Hy font deux montants plantés fur la piece à droite A y dont la hauteur eft telle que les cordes C,C> qui palfent fur les poulies b, b y foient parallèles aux jumelles.
- a, a y font les clavettes fur lefquelles on fixe les jumelles*
- I y eft la batte dont on voit la conftruéiion à party^*. 8.
- L y eft une piece de bois fixée debout fur les traverfos C, C; en-deffus font deux poulies gy g y placées horifontalement & fur lefquelles paffent les cordes fyfy dont on voit le bout en y 3 en-devant de la batte /; fur la face exté* rieure de la même piece de bois L, font deux autres poulies où paffont les mêmes cordes au bas defquelles font fofpendus les contre-poids M3 M.
- m y eft une efpece de cremaillere attachée par les deux bouts fur la piece de bois D y 8c qui ne lui permet de gliffor que quand on leve la tringle n 9 qui entre dans les entailles des deux montants Q y Q.
- O y O, font deux planches aflemblées for les côtés des traverfes C, C9 un peu plus bas que leur deffus, & qui forment deux efpeces de tiroirs au moyen des tringles P, qu’on attache contre.
- R y eft un des pitons dans lefquels paffent les deux cordes c 9 c'y & delà vont fe fixer par un i*<*>ud fous Ja marche K.
- d 9 d y font deux pitons où paffont les deux bouts de la broche e y e y qui paffo au travers de l’épaiffeur de la marche.
- La Figure 6 repréfente en face la piece L, qui eft for le métier: on y voit les deux poulies horifontales g 9 g y les deux debout h, h, & le chemin que prennent les cordesfyfy au bout defquelles font les deux contre-poids.
- La Figure 7 repréfente le même métier vu par un bout, & dépourvu de la longue piece de bois qui porte les poupées.
- La Figure 8 * eft la batte vue en grand : l’épaiffour qu’on y voit eft en-deflbus quand elle eft en place, & le trou qu’on y voit fort à palier les cordes
- Q y à part, eft un des deux montants à entailles dans lefquels paffo la traverfo n y x y x y au bas de la planche : ôn y voit au milieu deux bifeaux s, r.
- Cy eft une des deux traverfes du métier qui s’affemblent dans les pièces A f A* o y eft le trou d’une des cordes f9f; p , eft la mortaife de la piece L ; & q, eft celle d’un des montants Q.
- ‘PLANCHE XX XK
- L a Figure 1 repréfente deux portions de poupées d’un métier fur lefquelles font des jumelles qui contiennent 10 peignes à rubans ou pour la Paffomenterie ; cl y a y a y &c. font les dents de chacun, & b, b, b 9 Scc. font les gardes avec une diftance entre chacune.
- La Figure 2 repréfonte un de ces peignes à part.
- La Figure 3 , eft une partie de peigne pour les chenilles, ainfi que celui fig< 4;
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- 6$6 L’ART DES ETOFFES DE SOIE:
- La Figure y, eft un Appareilleur donc on fe ferc pour égaler les dents de cul-* vre de largeur en les ferrant entre les deux tringles A&B, au moyen des vis h II*
- La Figure 6, eft le même inftrument où on voif des dents L
- La Figure 7, eft un inftrument à-peu-près femblable, au moyen duquel ont les égalife de longueur.
- La Figure 8, eft Tune des deux tringles où la tête quarrée de la vis, fig. 10 entre en 772, & la Figure p eft l’œil taraudé de l’autre tringle qui reçoit la vis q de lamaême tringle^?. 10.
- PLANCHE XXX FL
- L a Figure r , eft une monture de peigne propre aux Galonniers , inventée par le fleur Gourdet, Peigner à Paris.
- La Figure a, fait voir l’intérieur de cette monture.
- A , A , font les deux tringles fur l’épailfeur defquelles eft une feuillure affez profonde pour recevoir les rateaux jf, f
- On voit l’une de ces tringles figm 4 ; g, h9 font deux épauleménts contre lefquels repofent les gardes, en même-temps que leurs tenons entrent dans les mortaifes i9 i; de maniéré que quand elles font en place, elles affleurent les deux épaulements.
- La Figure 3 , eft une des traverfes qui s’appliquent iur les rateaux, & y font fixées par le moyen de vis qui emicnc dans les trous /,/,/, paflent au travers des rateaux , 8c vont fe vifler dans les tringles à feuillure, dans les trous taraudés m, m , m, qu’on y voit.
- La Figure y, eft une garde.
- La Figure 6 , eft un rateau, & la Figure 7 eft une des fix vis à tête noyée.
- La Figure 8 , eft une Cafie dont fe fervent les Paflementiers.
- D, D 9 font deux planches aftemblées dans les deux montants E, E, fig, 10 , au moyen des tenons P, P, qu’on y pratique.
- G, G, font les entailles dans lefquelles on place les dents.
- La Figure ri , eft une de ces dents pointues par le haut pour qu’on puiflè les ôter & remettre plus aifément.
- La Figure 12 repréfente une calfe toute montée : les dents y font retenues haut & bas par le moyen des traverfes L, L, qui font fixées par deux tours croifés de fil t, r, t, r.
- I, eft une bande de papier qu’on colle en-delïous pour empêcher les dent$ de glifler.
- - La Figure 13 repréfente une cafte de nouvelle invention, & toute en cuivre; les deux montants N, N, font faits comme celui qu’on voit fig. r y ; b, b, font deux mortaifes qui reçoivent le tenon du milieu des deux traverfes M, M, ou fig. 14, & les entailles C, (7, C} C, reçoivent les autres tenons dont ceux à
- épaulement
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- Sïxîëme Partie. II. Sec?. Explication âes Planches.
- Ipaulement f 9f * fig. 14 * fervent à retenir la tringle de devant O, ô9Jig* 134 tés quatre crochets de fer g 9 g, g, g , travérfent les mêmes tringles^ & if empêchent pas qu’on les puiflfe ôter à volonté.
- La Figure 16, éft une traverfe large qu’on met au-deflous du rateau d’en-bas* dont les tenons entrent dans la mortaife i 9fig. 15 , & retiennent les délits à leur place, au lieu de la bande de papier qu’on a vue à l’autre.
- La Figure 17, eft une tringle qu’on met devant les rateaùxen place de celles Ü, Q, qu’on y voit : on les arrête avec des vis qui entrent dans les trous l des deux tenons_/7z, m 9 8c fe vilfent fur les montants*
- PLANCHE XXXFÏÏ, & deïnieHx
- L A Figure I repréfente un peigne à bande ; les dents ÿ font fines 8c épaiiïe^ félon les effets qu’on veut produire fur l’étoffe.
- La Figure 2, éft une pince à bec-de-canne dont on fe fert pour retirer uné dent ou la remettre en place quand on veut en fubftituer fur un peigné ou il s’en eft cafte*
- La Figure 3 , eft un poinçon applati avec lequel dn fait la placé d’ürié déni qu’on véufc remettre*
- La Figure 4, eft un Ôuvriér occupé à remettre des dents aux dèüx bouts d’ufl peigne ; il occupé à frapper avec la batte qu on a repréfentée en grand fig* 6 ; à Coté de lui eft: uné table >des outils 8c des dents*
- La Figure 7, eft: un métier propre à remonter de vieux peignes par les bouts i il eft arrêté fur là piece de bois A , au moyen de deux vis b, b, dont la tété entre dans l’entaille qffdrt y voit : ces vis font enfilées par la tringle N * qui re« tient le peigne dans une pofition folide au moyen des écrous à oreilles a, a.
- La piece de bois O, ne fert qu’à tenir la batte P, à la hauteur des jumelles /,/,/*/, pour qu’on puiffé l’ÿ introduire plus aifément*
- La Figure 8 repréfente la même piece de bois A ; dn ÿ voit les entaillés oS entrent les vis à longue têtë.
- La Flgufe p eft une de ces vis* & là Figure 10 éft liné pièce de bois dd même forme que l’entaille* & qui fert à les fermer*
- La Figure 11 * eft la tringle qui ferre le peigne, avec les deux trous qui doit* nent paffagé aux vis.
- La Figure 12 , eft le cube de bois qu’oü Voit én O * fur le métier*
- La Figure 13 * eft un peigne auquel on a ôté les deux jumelles d’un côté après l’avoir monté * pour le placer fur une chaîne dont le peigné eft caffé ou couché de maniéré à ne pouvoir plus fervir. Ôn a coutume d’écrire au Bas de tous les peignes le nombre de dents qu’il contiennent, ainfi quon le voit fur une dés ju*» tnelles * pour ne pas être obligé de compter lés dents quand on veut s’en fervir*
- Fin de Explication des Planches4 N
- Etoffes m Soie, VI. Paru Z7
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- TABLE
- DES CHAPITRES ET ARTICLES DE L’ART DU PEIGNER.
- PRE MI E R E SECTIO N,
- A VERTISSEMENT. Page 403 Introduction. 404
- CHAPITRE PREMIER. Defcription des Peignes en général, 406
- CHAPITRE IL De la maniéré de faire les Jumelles & les Gardes, de refendre la Canne & de tirer les Dents : Defcription des Outils & des Métiers propres à faire les Peignes,
- 408
- Article Premier. De la maniéré de faire les Jumelles. ibid.
- Article IL De la maniéré défaire Us Gardes, 411 §. I. Des Gardes en bois. ibid,
- §• IL Des Gardes de Canne. ibid.
- §. III. Des Gardes d’Os ou dTvoirc. ibid. §. IV. Des Gardes de Laiton ou de Bronze.
- 412
- Article III. De la maniéré de couper les Çannes à la longueur que les dents doivent avoir pour monter les Peignes d’en faire le choix. ibid.
- Article IV. De la maniéré de refendre les Tuyaux de Canne pour leur donner à-peu-près la largeur que les dents doivent avoir lorfqu’on monte un Peigne. Defcription des Outils propres à cette opération.
- 418
- §, L Maniéré de refendre la Canne. ibid. §. IL Defcription des Rofettes pour fendre les tuyaux de Canne. 421
- §. III. Première maniéré de refendre les Tuyaux de Canne avec les Rofettes. 424
- §. IV. Defcription d’une autre maniéré démonter les Rofettes a & la maniéré de s’en fervir.
- 42 6
- Article V. De la maniéré de tirer les Dents à la Filière , pour leur donner la largeur l’épaijfeur
- quelles doivent avoir 428
- §. I. Première façon. ibid,
- , §. IL De la maniéré de paffer les Dents en largeur. 43 2
- §. III. De la maniéré de paffer les Dents à la Filiere, pour leur donner l’épaiffeur convenable à tel ou tel compte de Peigne auquel on les deftine. 433
- Article VI. De la dernier e façon qu il faut donner aux Dents avant de les employer 438
- CHAPITRE IIL De la maniéré de faire les
- Ligneuîs qui fervent à tenir les Dents daHs leur écartement refpefîif, & à les contenir entre les jumelles ou coronelles, 440
- Article L Moyen dont on Je fert pour ajfembler les fils des Ligneuîs , 6* pour leur procurer la grojfeur qu’ils doivent avoir. ibid.
- §. I. Première méthode ' pour tordre les Ligneuîs. ibid*
- $. IL Second moyen. 441!
- Troifïeme moyen. 443]
- Defcription du Moulin. 444
- Article II. Maniéré de devider le Fil tordu au Moulin ci-dejfus. 4S *1
- Article III, Maniéré de poiffer le fu pour faire U Ligneul. 45*21
- Premiers maniéré. ib 'ldà
- Seconde maniéré. 454
- Troifïeme maniéré. 4^
- Obfervations fur les procédés précédents. 45*7 Article IV. Autre maniéré de poijfer le Fil dans une cour ou jardin. ibid»
- Remarque fur les différentes maniérés depoiflèr le Ligneul. 4^
- Premier moyen. ibid!
- Second moyen. 460
- CHAPITRE IV. De la maniéré démonter les Peignes. 4 6t
- Section I. Du Métier à monter les Peignes. ibid,
- Section IL Du montage des Peignes. 46^
- Section IIL Maniéré de rogner les Dents d'un Pei-gne. 47?
- Section IV. Maniéré âepkmerles Peignes, 481
- Première méthode. 482
- Seconde méthode. ibid.
- Troifïeme méthode. 48^
- Quatrième méthode,
- Section V. De la maniéré d’excarner les Dents d'un Peigne. 4S6
- Première maniéré, 4 g y
- Seconde maniéré. ibid!,
- Troifïeme maniéré. 48^
- Obfervations fur les trois méthodes précédent tes. 4pi
- Section VI. Maniéré découvrir les Jumelles avec des bandes de papier, &* de redrejfer Us Dents. 492
- Maniéré de redreffer les Dents. 4574
- CHAPITRE V. Explication des Planches*
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-
-
- TABLE DES CHAPITRES ËT ARTICLES , &ë4
- — ..... .
- SECONDE SECTION.
- I
- INTRODUCTION.
- 534
- CHAPITRE I. Defcription des moyens qu’on emploie pour applatir lé Fil-de-fer, en régler les différentes épaffeurs,pour couper les Dents de longueur fuivant la hauteur des foules.
- *4°
- Article I» Du choix du Fil-Marchai propre à faire les Dents. ibid.
- Article Iî. De ta maniéré &applatir le Fil-d3drchal pour les Dents des Peignes , £r les moyens de connaître les différentes épaiffeurs qu’il convient de lui donner fuivant le compte des Peignes. 543
- §. I. Defcription d’un Moulin pfopre à applatir le fil-de-fer. 544
- §. IL Maniéré de monter le Moulin. 546
- Article III. Defcription d'un autre Moulin propre à applatir le fil-de-fer. 3 y 2
- Parallèle des deux Moulins précédents. 5 53 Article IV. Des différentes maniérés de Laminer le fil-de-fer. 998
- §. I. Ufage du premier Moulin fans dévidoir ni guindre. ibid.
- §. II. Ufage du Moulin à bafcule. $60
- Article V* Delà maniéré de couper les Dents de longueur. y£6
- §. I. Première Méthode* , ibid.
- §. IL Seconde Méthode. y 58
- Article VI. Des façons à donner aux Dents quand elles font coupées de longueur 5*70
- CHAPITRE IL De la maniéré de monter les Peignes d’acier. 574
- Article I. Première Maniéré. 577
- §. I. Defcription du Métier* ibid.
- §. II. De la maniéré de monter leS Peignes avec la batte. 57 6
- Article II. Defcription d*un fécond Métier à monter les Peignes d’acier * & la maniéré de s’en fervir. 978 §. I. Defcription du Métier. ibid.
- §. II. Ufage du Métier* , 979
- Réflexions fur la maniéré précédente de frapper les Dents. 9 80
- Parallèle des deux Battes précédentes. 585 Article III. Defcription d’un troifieme Métier à monter les Peignes, & la maniéré de s'en fervir. 4 §. I. Defcription du Métier. ibid.
- Article IV. De la manière de polir les Peignes d’acier* 589
- CHAPITRE III. De la fabrique des Fei£ propres aux P ajfementiers $ aux Rubanniers tér aux Galonniers. $93
- Article I. Des Peignes propres à la Rubdnnerie &* à la PaJJ'ementerie. y94
- §. I. Des Peignes pour les Rubans; ibid. §. II. Des Peignes pour faire les Chenilles.
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- §. III. Maniéré de monter les Peignés pôur les Chenilles. 5 96
- Article II. Des Peignes en acier± & de ceux en cuivré ou laiton. 997
- §. I. Préparation dés Dénts de cuivre. ibid*
- §. II. Maniéré de mettre les Lames de cuivre â égales longueur 6c largeur pour en former les Dents. 998
- Article III; Maniéré de préparer les T)ehts d’acier pour les Galonniers. 6q&
- Article IV. Des Dents d’os ou d’ivoirèi 601
- Article V. Nouvelle méthode pour monter lei Pei-
- gnes propres aux Galonniers j inventée parle jîeur Gourdet * Peigner à Paris. 602
- Article VI; De la maniéré de monter Us Caffes pour les Galonniers. 6q$
- Article VII. Nouvelle maniéré de monter les Caffes„
- 609
- Article VIII. Defcription d’un Peigne particulier à certains tiffus. 60 j
- CHAPITRE V. De l’entretien & du rdccom» modage des Peignes, tant par les Ouvriers fabriquants que par tes Peigner s. 609
- Article I. Du raccommodage des Peignes par les Ouvriers fabriquants* ibid*'
- Article II. Première maniéré de enter ou tefter les Peignes. 6 m
- Article IIL Seconde manière. 612
- Article IV. Maniéré de dérouiller les Peignes d’acier * 614
- Article V. Maniéré de remonter les Peignes d’acier4
- 61$
- Article VI. Maniéré de remonter les Peignes dé canne ou d’acier fur le Métier même fans couper là chaîne. 616
- Article VII. Obfervations générales fut l’Art dit Peigner. 6j(ÿ
- Avis au Lecteur* 620
- CHAPITRE VI. Explication des Planches*
- 621
- Fin de la Table des Chapitres*
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