Descriptions des arts et métiers
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- SEPTIEME. SECTION.
- PREMIERE PARTIE
- Contenant la Fabrique des Taffetas, Serges & Satins unis ^ & de toutes les Etoffes façonnées à la Marche & à la petite Tire.
- Par M. P a v l et , DeJJinateur ÔC Fabriquant en Étoffes de Soie de La Ville de Nîmes.
- M. D C G. XX XVI.
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- L’ART
- DU FABRIQUANT
- DÉTOFFES DE SOIE.
- Par M. Paulet , DeJJinateur 3G Fabriquant en Etoffes de Soie
- de la Ville de Nîmes.
- SEPTIEME SECTION.
- PREMIERE PARTIE-
- Contenant la Fabrique des Taffetas, Serges & Satins unis, 8c de
- toutes T^S Etoffes façoiiii^cà à. 1- Sb- \ lu petite Tire.
- INTRODUCTION.
- T a N t que l'homme n’eut quà fe défendre des intempéries des fàilons * fes habillements répondirent à la fimplicité de fes mœurs ; mais devenu plus induf trieux à mefure quelles fe corrompoient, l’Art de fê vêtir, qui ne connoiffoit de réglés que le befoin, devint un Art important ; & le Luxe, fuite nécef-faire de cette dépravation, établit entre les habitants de la terre, une elpece de rapport auquel on donna le nom de Commerce.
- 11 étoit naturel, fans doute, d’envier aux animaux les épailîes toifons dont la nature les a pourvus -, pour les garantir des froids exceffifs auxquels ils font Étoffes de Soie. VIL Part. A
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- L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE. expofés : auffi ce fut-là le premier habillement de l’homme. Bientôt îl en forma des fils, & fe fit un tiflù, qui, tout groffier quil dût être, ne laifla pas de flatter fa van^é ; & comme il eft de la nature des inventions humaines de s’accroître par la communication des idées ; tel qui n’auroit pas eu allez de génie pour inventer cette groflïere étoffe, eut aflèz d’adrefle pour la perfectionner. Ennuyé de la bigarure des différentes nuances des matières dont il fe fèrvoit, fins doute , il chercha à les aflortir pour en former différents defîins , jufqu’à ce que quelque herbe ou quelque minéral, en imprimant des taches fur fis habits, ou en en changeant la nuance, lui apprit à les teindre. Telle a du être, ce me femble, la marche de l’induftrîe de l'homme dans les découvertes qui l’ont conduit à pas fi lents à la perfeétion où elle eft arrivée aujourd’hui. Un peu de fer rouillé aura indiqué la couleur jaune ; & le même hafard , auquel nous devons l’origine de prefque toutes nos connoiffinces, y aura mêlé quelqu’acide vitriolique, & aura donné du noir , ou au moins du brun.
- J’invite ceux de mes Lecteurs qui voudront en fivoir davantage, à con-fulter un excellent Traité fur V origine des Loix y des Arts & des Sciences , par feu M. Goguette , Confeiller au Parlement de Paris, qui ne laiffe rien à defirer fur cette matière.
- Quoique le nombre des Etoffes femble fe multiplier de jour en jour pour fatisfaire la légéreté des Confommateurs, il eft cependant impoflïble d’en reconnoître plus de trois genres, qui font le Taffetas, la Serge Sc le Satin. Le Taffetas n’eft autre chofe qu’une toile de foie. La Serge eft une efpece de croi-fure , qu’on peut avoir empruntée d’une toile qui lui refîemble ; mais quant ail Satin, ce genre eft neuf, & ne tient rien des deux autres.
- Quoique la France tire une affez grande quantité de Soie de l’Etranger, il eft certain que fi cette branche de Commerce, étoit cultivée, nous n’aurions pas befbin de recourir à nos Voifins. Il en eft cependant une qualité qui nous vient des Indes & de la Chine ; c eft celle dont on fabrique la Gaze & les
- Blondes. Le Cina ou Nanguin. eft une de Soie naturellement blanche ;
- & ce qu’il y a, de fingulier, c eft que cette efpece eft d’une nuance égale non-
- feulement dans une même partie qu’on nomme moches, mais encore toute la Soie qui vient d’une même contrée eft parfaitement affortie.
- L’Italie s’occupe depuis long-temps à imiter les Soies de Nanquin ; & quoiqu’on ne puiffe dire quelle y foit parvenue, on ne fiuroit nier cependant quelle n’ait acquis une blancheur très-uniforme, & dont nos Manufactures de Soie tirent un très-grand avantage.
- Pour donner quelqu’ordre à ce Traité, je commencerai par les Taffetas qui font de la fabrication la plus fimple : de-là je pafferai aux Serges, qui deviens nent plus compliquées ; & enfin le Satin remplira la troifieme Partie. Je terminerai cette première Partie, par un Traité de toutes les Etoffes façonnées à la Marche & à la petite-Tire.
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- INT RO D U.C.T.1 0 N. v r_ ' 3
- Forcé par la néceffité des circonftances, & pour déférer aux avis de péronés inftruites, j’ai donné d’abord la fabrication des principaux uftenfiles & des préparations de la Soie, qui font dçs préliminair es indifpenlàbles de la fabrique des Etoffes mêmes. Ces Arts , qui, peut-être , n ont pas eu, pour la plus grande partie du Public curieux tout l'attrait quil s’étoit promis du titre qu’annonçoit d’abord mon Ouvrage, etoient nécelïàires à décrire; mais enfin m’en voilà venu à cette Partie riche & intéreflànte, qui va faire pafîèr en revue une infinité de procédés pleins de génie Sc d’opérations piquantes. Je prie les Leéleurs de m’accorder la bienveillance que mon ardeur infatigable Sc les recherches qui m’ont occupé une fi grande partie de ma vie, m’ont peut-être méritée. Je leur répété ce que j’ai dit dans ma Préface : c’eft le Fabriquant qui écrit ; & fi je ne puis promettre de rendre mon ftyle intérêt Tant, j’ofe du moins affurer que mes defcriptions feront exaéles , & que je
- ne m’en rapporterai jamais quà moi - même pour toutes les opérations que j’aurai à décrire.
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- 'L’ART. DES ÉTOFFES DE SOIE*
- Planche
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- CHAPITRE PREMIER.
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- /a maniéré de fabriquer le Taffetas.
- Article Premier.
- . 1
- Connoiffance du Taffetas.
- L e Taffetas eft une Etoffe de Soie dont le tifîù ne varie jamais : c eft le plus fimple de tous ; & dès qu’on conçut l’idée de renfermer une trame en travers d’autres brins que nous nommons Chaîne , ce ne put être que du Taffetas. Ainfî de quelque nom quon appelle une Etoffe fabriquée comme le Taffetas 9 de quelque pays *qu elle nous vienne , c eft toujours du Taffetas. Celui d’Italie ne différé du Florence, & celui d’Angleterre de celui qu’on fait en France, que par la quantité de Soie dont on fournit la chaîne ou la trame, & par la largeur que chacun de ces pays a coutume de leur donner. Le Taffetas des Indes même ne différé abfolument de tous les autres, que par le plus de Soie qu’on a eu l’adrefle d’y employer.
- Les Gros-de-Tours , les Gros-de-Florence, les Gros-de-Naples, les Gour-gourans, les Pous-de-Soie, les Pekins, les Moëres unies fur foie & fur fil les Bours du Levant, les Papelines & toutes autres Etoffes du même genre i ne font que des Taffetas, & n’ont de différence entr’elles que par le nom qu’on leur donne, & par un peu plus de foie à la chaîne ou à la trame, ou bien à toutes deux.
- Le tiflu de toutes ces Etoffes fe réduit à la fimple croifure d’un fil de la chaîne
- à côté d’un autre ; de forte que fi un Taffetas eft compofé de quatre mille fils à la chaîne , on peut être afluré que deux mille paffeut alternativement deflus Sc deflbus la trame ; & pour cela à chaque coup de trame qu’on incorpore dans la chaîne, on fait lever la moitié du nombre des fils dont elle eft compofée, tandis qu’on fait bailler l’autre, & à la duite de trame fuivante, la moitié qui avoit levé baifle, & l’autre leve ; ainfi il y a autant de croifements dans la longueur d’une piece de Taffetas, qu’il y eft entré de duites de trame.
- La figure i, PL i, repréfente l’entrelaflement qui produit un Taffetas. Pour rendre cet objet très-fenfible, j’aifuppofé l’Etoffe formée avec de très-gros fil^ pour qu’on pût en fuivre les révolutions, ainfi qu’on va en avoir befoin.
- ab9ab y ah , &c. repréfente les fils de la chaîne ; & le fil continu, dont on voit un bout en A , eft la trame. Pour peu qu’on y falïe réflexion, on trouvera que la moitié de la chaîne, les fils pris alternativement} comme tous ceux
- numérotés
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- S tv tïeM-e S e e t ïo n. ' I. Part. Fabrique des TaffetasI $ numérotés b9 b., b > Scc. a dû lever pour recevoir.la première duite d9 & que dans ce moment tous les fils a , a9 a, Sec. étoient baiffés. Maintenant pour placer la fécondé duite c, il a fallu faire lever tous ces fils a9 a , a, Scc. & baiflet ceux b, b 9 b 9 &c. ce qui croife la moitié de la chaîne contre l’autre ; Sc par un retour quil eft inutile de détailler aufli particuliérement 9 mais qu’on peut fuivre des yeux, la même opération a dû fè répéter alternativement.
- On nomme duite, une longueur de la trame déterminée par la largeur de l’Etoffe, & qui fe replie à droite & à gauche fur les lifieres, comme on le
- voit en B C. .
- Les verges ou baguettes Z?, E, féparent les fils de la chaîne de la même maniéré que deux duites de fuite y font placées ; & en fuivant des yeux les fils de la chaîne, on trouvera que la verge D retient les fils dans la pofition où ils font placés fur la première, la troifieme, cinquième, Sec. duite ; Se celle E, ceux de la fécondé, quatrième, fixieme, &c.
- Cette précaution de placer des verges, n’a pas lieu feulement pour les Taffetas , on en ufe de même à toutes les Etoffes ; c’eft pour cela qu’en traitant de l’Ourdiffage vdes Chaînes, Se dans les exemples que j’ai rapportés, j’ai placé les verges dans les envergeures dans l’ordre qu’on voit ici, fans apporter aucune diftinélion fi cette chaîne étoit deflinée à un Satin ou à un Taffetas. On verra ailleurs que la différence de ces Etoffes vient d’une autre caufe.
- Ce que je dis ici de la pofition des fils de la chaîne d’un Taffetas , efl vrai en général ; mais le Leéleur pourroit être embarrafle de connoître d’ou vient la variété qu’on rencontre dans les différentes efpeces de Taffetas; c’eft ce qu’on va voir dans l’Article fuivant.
- Article Second.
- De la différence qu on peut faire entre les Taffetas.
- L a feule différence qu'on puiffe mettre entre les Taffetas, ne vient que du nombre de fils qu’on emploie pour les chaînes, & de la maniéré de les ourdir t c’eft ce que j’ai déjà annoncé dans l’Ourdiffage, en parlant d’ourdir double, triple, &c. Ils different encore par la largeur , par la groffeur de la trame, pat la quantité de fils qu’on fait entrer entre chaque dent du peigne qui fabrique l’Etoffe, & enfin par la fineffe plus ou moins grande des dents de ce peigne.
- La chaîne d’un Taffetas n’eft pas toujours ourdie à un égal nombre de fils ; on en fait en j d’aune de largeur, & dans lefquels entrent 6400 fils ; tandis que pour d’autres Taffetas de même largeur, on n’en met fou vent que 3200 ; quoiqu’on les ourdiffe fimple l’un & l’autre. Le premier eft celui qu’on diftingue fous le nom de Taffetas d'Angleterre, & le fécond fous celui de Taffetas de Florence; quelquefois même on ne met que 6000 fils à l’un, & 3000 à l’autre,1 Étoffes de Soie. VII. Fart. ~ B
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- 6 L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- quoique de la même largeur. Les Taffetas ordinaires de Lyon , ont de largeut fi d’aune, & contiennent ordinairement 4000 fils de chaîne. Ceux de Nîmes , d’Avignon & de Tours, qu’on appelle petits Gros-de-Tours, font compofés de 384° fils, & n’ont que rr de largeur.
- Les Taffetas rayés de Lyon, faits fur demi-aune de largeur , ont 4800 fils à la chaîne ; ceux qui ont -h de large, ont 5600 fils ; néanmoins tous ces Taffetas varient dans leur largeur ou dans le compte de leur chaîne, mais ils font ourdis fimple.
- Les Taffetas noirs dont on fait des Mantelets, font ordinairement traités comme les Taffetas de Florence, c’eft-à-dire, à deux fils par dent ; mais les largeurs, ainfi que les comptes des fils pour la chaîne, varient ; & Ton trouve de ces Taffetas en demi-aune de largeur, & à deux fils par dent, qui, néanmoins ^ y ont beaucoup moins de fils que d’autres. Il nell pas poffible d’établir de réglés fixes fur cet objet, depuis que les comptes des chaînes & les largeurs font devenus arbitraires. Dans le principe de nos Manufactures, on crut que pour établir une belle fabrication, il n’y ayoit d’autre moyen que de fixer les largeurs f & de déterminer la quantité des fils de chaîne que chacune devoit contenir* Dans le Piémont on porta la fpéculation plus loin , & on régla le denier , c eft-à-dire, la grofîèur que ces fils dévoient avoir ; ( j’en parlerai dans fon lieu ) : c’étoit donner des entraves au génie : & quoiqu’on parvint par-là à fabriquer de belles & bonnes Etoffes, l’induftrie des Artiftes étoit circonfcrite ; & tel auroit imaginé une Etoffe nouvelle, qui, ne pouvant s’écarter des réglés qu’on avoit preforites, étoit obligé de fuivre la route tracée. Telle fut la caufe de la' lenteur du progrès de cette partie des Arts ; & d’un autre côté les Etoffes étoient nécefîàirement portées à un prix exorbitant réfultant de la quantité & qualité de foins qu’on étoit obligé d’y employer.
- Les femmes regardoient une robe de Damas ou de Perfiane, comme un objet du plus haut luxe * qu’elles ménageoient avec foin, & qui, après avoir fait rarement leur parure pendant leur vie, alloit fè rajeunir dans la garde-robe de leur fille, à qui elles en faifoient un préfent de conféquence. Quelle différence de nos jours ! Une robe de l’année précédente eft prefque rebutée pour fon goût antique ! Cette légéreté dans nos goûts, a redoublé les efforts des Fabriquants pour lui fournir de l’aliment ; & pour en parler fans prévention $ fi les Poëtes comparent la beauté à l’éclat d’une rofe, ne faut-il pas que tout ce qui l’accompagne refpire un air de fraîcheur \ fànsdépenfer davantage, on fè procure maintenant cette fàtisfaélion : on a deux & trois robes de nos Etoffes galantes & fraîches, pour une des anciennes, même d’un prix moyen. Les Ma-» nufaélures font plus vivantes, plus variées ; les fonds en font moins enfevelis : ils fe renouvellent à chaque faifon, & telle eft l’époque de l’état floriflànt qu elles ont acquis depuis une cinquantaine d’années.
- On fabrique des Taffetas noirs pour mantelets, dont la chaîne contient
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- Septième §£CTtôK> I. Par?» fabrique des Taffetas; 7
- 6400 fils, 8c dont on met quatre dans chaque dent du peigne , fur cinq huitièmes de largeur. On nomme ces Taffetas des huitante : on en fait auffi de même largeur à quatre fils par dent , qu’on nomme nouante y 8c dont la chaîne eft com« pofée de 7200 fils. Ces mots nouante, huitante , cinquante-quatre , s’entendent du nombre de portées qu’on a mis à la chaîne, c eft-à-dire, quun huitanU a 80 portées à fa chaîne ; un nouante en a 90, & ainfi du refte ; car on doit fe fouvenir que les portées font de 80 fils ; ainfi connoiffant le nombre de portées dont une chaîne eft compofée, il fuffit de le multiplier par 80, pour avoir le nombre de fils de la chaîne.
- Les Taffetas noirs pour mantelets ne different des autres , qu’en ce que le tifïii qu’on y emploie eft de Soie organfinée, c eft-à-dire, qu’on trame de la même Soie qu’on a mile à la chaîne, ce qui n’arrive .pas dans les autres Taffetas* Nous rendrons compte de tous ces détails, quand nous en ferons à l’opération*
- On fait encore des Taffetas pour mantelets, qu’on nomme Taffetas a la bonne femme ou fans pareils : ils forment des gros grains à pteu-près comme les Gros-de-Tours, mais ils font plus moëlieux ; leur chaîne eft ourdie double : on en fait en cinq huitièmes 8c en deux tiers de largeur ; ils font tramés d’organ-fin : on met 4800 fils aux premiers, 8c 5200 aux autres. Ces largeurs font prefo qu’univerfellement fuivies ; mais il y a des Fabriquants qui en font fur différents comptes, 8c qui diminuent un peu les largeurs.
- Une autre forte de Taffetas à mantelets, eft celle qu’on nomme Lefe : ils ont communément une aune de largeur, quelquefois trois-quarts 8c demi, & quelquefois une aune demi-quart. On en fait à chaîne double & à chaîne fimple , les premiers ont le grain fomblable à ceux à la bonne femme ; les autres ont le grain de huitante, c eft-à-dire , celui d’un Taffetas ordinaire. Nous verrons ailleurs ce qui produit ces différents grains.
- Tout ce qui eft Gros-de-Tours, Gros-de-Naples, Pou-de-8oie , &c* eft ourdi double, triple ou quadruple. Chaque deux, trois ou quatre fils enfemble ^ ne comptent que pour un , ain£ cpic je fai fait obferver dans mon Traité de rOurdifîàge. Ces fils lèvent enfemble comme s’il n’y en avoit qu’un foui. La
- figure 2 va nous donner une preuve fenfible des révolutions pour les chaînes ourdies doubles ; celle 3 nous donnera les Taffetas à chaîne triple, 8c celle 4 fera pour ceux à chaîne quadruple.
- Les affemblages e, e, ey f9f9f9 fg* 2 * foppofont fix fils d’une chaîne our-: die, pour un Taffetas à chaîne double, ou l’ori peut remarquer que ceux e, e, eâ ont levé à côté des trois derniers pour recevoir les duites g> g9g9 de la trame jF, & que pour recevoir celles h, h, h, ce font les fils f9f9f9 qui ont levé;
- On peut remarquer à cette figure, comme à la précédente , que les fils quî compofent la chaîne font féparés au moyen des verges G, H: ils font ici envers ges doubles, c eft-à-dire, que deux fils croifent contre deux fils ; de forte que les affemblages e, e9e, paffent fur la verge G, & font féparés chacun par un
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- 5 l'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- des affemblages/,/,/, qui paient fur la verge H : on voit auffi que la trame! F eft à deux brins.
- Les fils i9 î y i > de la figure 3 , font par trois : ils ont fait la même révolution* -que ceux e, e, e, de la figure précédente, pour recevoir les duites k, A, k, de ' la trame I; & ceux /, /, l, ont été mus pour recevoir les duites m9m9m9 comme on a fait mouvoir ceux fyf9f II en eft de même des fils n, n 9n , 0,0,0, qui font affemblés par quatre, &*qui reçoivent les duites p9p>p9 q, q, q, de la trame iV.
- Par les quatre figures que je viens de repréfenter , on peut concevoir comment font fabriqués les différents Taffetas ; mais il faut remarquer que les fils des chaînes, quoique doubles, triples ou quadruples, font levés par une feule maille, de la maniéré quon peut le voir par les figures y,69 7 & 8. La première de ces figures eft une maille Q à petit coulijje, dans laquelle eft paffé un £1 rfimple , ce qui a rapport au tiffu du Taffetas repréfenté par la figure r. v
- La figure 6 repréfente la maniéré dont on paffè les fils du Taffetas 9fig* 2 , *où Ton apperçoit deux fils 5* , paffés enfemble dans la maille R ; les trois fils t, qui font paffés dans la maille S, fig. 7, font le tiflii repréfonté par la figure 3 ;
- 6 les quatre fils v, fig. 8 , qu’on voit paffés dans la maille T , repréfentent le moyen de former le Taffetas, fig. 4.
- J’ai repréfenté ces quatre genres de Taffetas, & les moyens dont on fe fort pour réunir les fils enfemble , tant par les envergeures que par les mailles des lifles,’non-feulement pour en faire concevoir parfaitement le tiflu, mais parce* que dans le courant de ce Traité, j’aurai des détails indifpenfables à donner * qui auront un rapport intime avec ces figures, par ce moyen je ne ferai pasj obligé de les répéter.
- On doit remarquer fur ces figures, que non-feulement il y a une différence confidérable dans la conduite de la chaîne, mais qu’il y en a une plus forte en-; core dans celle de la trame. Quant à celle de la chaîne, c eft le plus haut ou l’on ait pu la porter pour le nom^ joints enfomble ; mais la trame que nous
- ne voyons ici que par un, deux, quatre & fix brins à la fois , va quelquefois jufqu’à trente. Il eft donc facile de comprendre jufqu’à quel point on peut varier les Taffetas. C’eft cette même variété qui leur a fait donner tant de différents noms : cela même a été néceflaire ; car s’ils n’avoient chacun une dénomina-i tion qui leur fût propre, on ne fouroit s’entendre dans le Commerce ; cependant quanta la fabrication, ils font tous les mêmes, ainfi que nous le verrons dans les Articles fuivants.
- Article
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- Septième Sectiôh. L Faut. Dès Màiers & ÜflènjiUs, êc, p :s': Article Troisième*
- : . Des Métiers & Ujlenjiles néceffaires a la fabrication des Taffetasê
- §* I. Obfervation fur les Métiers.
- Les Métiers qui fervent à la fabrication des Taffetas, font les mêmes que ceux dont on fo fort pour fabriquer les Serges & les Satins. Ceux qu’on emploie pour les étoffes façonnées à la Marche , à la Tire, grande & petite, & pour les Velours , font conçus de même ; toute la différence confifte dans les uftenfiles qui font particuliers à chaque Etoffe, & dans l’arrangement qu’on eft obligé de donner à ces mêmes uftenfiles.
- On remarquera que dans la fabrication de plufieurs Etoffes, on emploie les mêmes uftenfiles, auxquels on fait faire différents effets & différents mouvements.
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- Je fais cette obfervation, afin qu’on ne foit point ferpris de trouver dans cette première Partie, à proportion des Parties fuivantes, une plus grande quantité de Planches > parce que je me trouve obligé de faire une defcription générale de tous les uftenfiles qui ferviront à la fabrication dés Etoffes que j’y traiterai ; & que ces mêmes uftenfiles , ou la plus grande partie y font employés pour les Etoffes que je traiterai après ; alors je prendrai le foin le plus exaél de renvoyer aux Planches qui repréfenteront ceux dont j’aurai à parler, afin de ne point augmenter le nombre des deffins.
- La conftruélion des Métiers n’eft pas directement la même dans toutes les Villes de Manufactures d’Etoffes de Soie ; cependant la différence qu’on y ren*. contre, donne plus ou moins de perfection aux Etoffes. Je voudrois me borner à ne donner la defeription que du Métier qui, fuivant mes remarques, eft le plus propre à la fabrication de ces Etoffes ; mais la diyerfité des fentimentS parmi les Fabriquants, me force à en repréfenter trois de ceux qui font le plus en ufàge, fur lefquels je ferai remarquer ce qu’ils peuvent avoir de défauts & de perfections ; & en les mettant en parallèle, on jugera de celui qu’on doit préférer. Je dirai néanmoins quelque chofe à l’égard de certaines difpofitions des Métiers qui, dans leur tout, ne paroiflènt pas mériter ni l’attention du Leéteur * ni celle des Ouvriers, mais dont quelques parties peuvent être plus avanta-* geufes que ne le font celles des Métiers que je me propofe de décrire en entier.
- Pour que le nombre des Planches foit moins volumineux, je ne deffînerai pas en entier les trois Métiers que je me borne à décrire, je me renfermerai dans un detail de développements, ou dans quelques profils, de façon cependant à rendre intelligibles toutes les defcriptions que j’en donnerai. Je recommande , Etoffes de Soie. VIL Paru C
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- Planche
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- r* ÉÂRT DES ÉTOFFES DE SOIE.
- feulement qu’on fe donne la peine d’examiner les rapports que j’aurai foin d’în^ diquer, pour mettre en comparaifon les différentes parties que je détaillerai -après le premier Métier que j’aurai repréfenté en entier.
- Je dois prévenir ici que je n’entends parler que de la carcaffe du Métier ; Sc cependant la première figure que je vais mettre fous les yeux du Leéleur, repré-fentera un Métier à faire les Taffetas , tels que ceux dont on fe fert dans les principales Villes de Manufactures 5 comme Lyon, Avignon, Nîmes, &c. & fur lequel on verra les premiers uftenfîles qui font propres à la fabrication de cette Etoffe: par ce moyen je ne forai obligé de répéter cette figure, que dans les opérations où je ferai indifpenfablement forcé de le faire paroître de nouveau»
- §. II. Defcription du premier Métier.
- L a figure I, PL 2 , repréfente un Métier tout garni, & propre à faire les Taffetas. On appelle Métier garni pour ce genre d’Etoffe, lorfque toutes les parties qui concernent la boiferie y font jointes ; car la carcaffe du Métier ne doit être compofée que des pieds A, A, de ceux B9B, des eflafes C , C, & des clefs Dy D ; toutes les autres parties3 autres que celles que je tiens d’indiquer 3 font réputées uftenfîles. Ainfi le battant E, les enfuples F, G, les marches H, H y le porte-lifle 13 les chappes ou clochers K, K, & les valets L, L, font uftenfîles ; cependant ces pièces ne font pas encore fuffifantes pour concourir à la fabrication du Taffetas : nous en verrons une plus grande quantité lorfqu’il s’agira de l’opération ; en attendant examinons l’entiere conftruétion de la car-caîfe, & celle des pièces qui en dépendent.
- D’abord les pieds A9 A, font chacun d’une feule piece 3 qu’on a repréfentée à part 9Jig. 2 ; û partie a en forme la bafe, comme étant plus grofle au moins de fix fois ; cfoft fur l’épaulement b 3 que pofent les banques M, M, de chacun des pieds. Ces banques ne font autre chofo qu’une planche épaiffe d’un pouce & demi, percée en c d, fig. 3 9 d’un trou c, qui reçoit la partie ^ A& chacun des pieds du Métiers, & les oreillons N, N9 font reçus dans le trou d : l’ufàge de ces oreillons eft de retenir l’enfuple F, par devant, afin que la chaîne de l’Etoffe étant tendue, il ne puiffe pas fortir de deffus les banques fur lefquelles il pofe. Ces banques font affujetties fur les épaulements des pieds du Métier 9 fou-vent par les petites chevilles, comme cellejf; & pour que les efforts de la tenfion de la foie ne puiffent ébranler les oreillons ni les faire reculer, on met au bout de chacun, en deftous des banques, une petite traverfo gg9 qui, en confor-vant la diftance qu’on met entre fà partie fupérieure & les pieds du Métier, en deffus de ces mêmes banques, leur fervent en même temps d’arc-boutant. Les efpaces qu’on obferve entre les oreillons & les pieds du Métier, font toujours d’un pouce & demi plus grands que le diamètre de l’enfople qu’ils doivent contenir. Nous en dirons la raifon ailleurs.
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- Septième Section. ï. Part. Des Métiers & Ufienfiles, &c. ï ï
- Les banques ne font pas toujours faites comme cellefig. 3 ; bien des Ouvriers les ont fait conftruire comme on en voit une fig 4; alors on pratique un trou dans le pied du Métier , comme il eft en h , fig. J : ce trou reçoit le tenon i dé la banque que nous venons de voir ; & les rainures qui font à la même hauteur du trou, reçoivent une partie des deux tenons it, K : lorfque cette banque eft aflemblée comme on vient de le faire remarquer, on farrête par derrière avec une cheville qui traverfe les trois tenons, & qui appuie précifément contre le pied du Métier. On obferve que lés trous & les rainures foient exactement faits à la hauteur de l’épaulement du pied fur lequel doit pofer la banque;
- Cette féconde maniéré de conftruire les banques, les rend plus folides par fbn aflemblage avec le pied du Métier, que ne le font les banques M, M 9 fig. 1 ; mais elles affoibliflent ces pieds : d’ailleurs on ne peut pas conftruire derrière ces pieds les caijjetins O 9 même figure, qui fervent d’entrepôt aux cannettes* parce que le bout extérieur de chacune des banques fert de fond à ces caiiïe-tins , fig. ik
- On remarque encore fùr la bafè des pieds de Métier, dans l’intérieur, les fié-ges P fig* 2 * qui fervent à porter la banquette, fig. 6. Ces fiéges, qu’on n’a pas pu repréfenter fur la figure 1 , font conftruits comme on le voit fig. 7, qui en repréfente un à part, & tel qu’on doit les faire: on voit qu’il eft entaillé depuis l jufqu a m , & que le bord n , qui s’élève au-deflus de cette entaille , fert à arrêter le bout de la banquette. Dans l’épaiflèur de ce même bord, eft pratiquée une rainure O, en queue-d’aronde, qui fert de couliife à la piece de bois Q „ fig. 2, qu’on attache fur le pied du Métier. Il faut remarquer que cette dernieré piece eft plus épailfe d’environ 2 lignes, que la rainure du fiége P n’eft profonde : on lui donne cette épaifleur, afin que lorfqu’elle eft fixée fur le pied du Métier le plus fblidement polfible, le fiége puilîé monter & defcendre à la hauteur qui convient à l’Ouvrier qui doit s’en fervîr ; c’eft pour cela qu’on pratique une quantité de trous au milieu de la largeur de cette piece Q , & fur fà hauteur ; par ce moyen , & par le fecours de la cheville p, on fixe le fiége plus haut ou plus bas. Cette même cheville entre dans les trous fans aucune force, & néanmoins elle doit tenir alfez fblidement pour porter un homme. La meilleure précaution qu’on ait à cet égard, eft celle de fe fervir d’une cheville de fer*
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- Le fiége P eft percé de plufieurs trous fur l’épaiffeur du fond de fon entaille q > fig>7î où l’on apperçoit une cheville r, qui en occupe un. On prend ce foin pour pouvoir avancer ou reculer la banquette au point que l’Ouvrier puiflé safîeoir commodément en travaillant. Il eft donc aifé d’appercevoir que la longueur de l’entaille eft plus grande que les bouts s, s , de la banquette , fig. 6, ne font larges.
- direétion qu’on donne aux fiéges fur le Métier, eft'd’être un peu plus élèves par derrière que par devant, parce que la pofition de l’Ouvrier 1 exige. On
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- aura lieu de s’appercevoir dans l'opération , que cette pofîtion eft la plu$ commode , puifque l'Ouvrier eft obligé de travailler à la fois des pieds & des mains. Il eft donc abfolument néceflaire que le fiége qui le porte foit en pente fur le devant, afin que l'angle de la banquette ne l'empêche pas de porter le pied dune marche à lautre, & de defcendre jufqu'à terre.
- La forme de la banquette eft d’être droite fur le devant, & d’avoir les vives-arêtes abattues , afin de ne point bleftèr ni incommoder l'Ouvrier quand il eft affis deflus. Les banquettes doivent être faites comme celle que je viens de faire remarquer ; les bouts font étroits à proportion du milieu , afin qu’on ait plus de facilité à l'ôter & à la mettre ; car je dois faire remarquer que c’eft ici un fiége mobile que l’Ouvrier place en montant fur le Métier, & qu'il déplace en de£ Cendant. Voici comme il faut l'entendre : quand l'Ouvrier veut s'afleoir fur fà banquette, il la prend avec la main droite, 5c en place un bout fur le fiége qui tient au pied du Métier , à fà gauche ; & en fe ferrant vers l’enfuple F, il porte l’autre bout dans le fiége à droite. Quand il s’agit de defcendre du Métier , il fait le contraire de ce que je viens de dire.
- On appelle monter fur le Métier, lorfqu'on s'aflied fur la banquette ; quand on fort de deflus la banquette, c’eft defcendre du Métier. La rondeur qui forme le derrière de la banquette , eft faite pour lui donner plus de largeur dans le milieu, afin que l'Ouvrier y foie plus commodément: par cette précaution il travaille avec beaucoup plus de sûreté.
- Les pieds de Métier B, B 9fig. i ^ font tout unis, & aulïî gros par le haut que par le bas ; à peu-près à moitié de leur hauteur, ils reçoivent les oreillons R, Ry qui portent l’enfuple G. Ces oreillons doivent être placés de maniéré que l’en-fuple qu'ils portent, foit à environ 4 pouces plus haut que celui F9 afin d'avoir plus de facilité à travailler, ainfi qu'on le fera obferver dans l'opération.
- Tous les pieds de Métiers font terminés en-haut par un tenon, dont la longueur excede au moins d'un pouce & demi au-deflùs des eftafes C 9 C 9 avec lef quelles ils font aflemblés. ( Ce mot eftafe n'eft pas reçu rîans tontes les Villes de Manufactures : à Paris , Rouen , &c, on leur donne le nom de chapeau ; mais Lyon, Nîmes, Avignon* &c, lui donnent celui dont je viens de me fervir, & que je continuerai de mettre en ufage. ) On donne cette longueur aux tenons, afin d'appuyer contre cet excédent les ponteaux ou étayes S9 S9 S, S* qu'on eft obligé de mettre nécelfairement à chaque bout des eftafes, pour rendre folide le Métier de tous fèns 8c pour le mettre en quarré, c eft-à-dire , d'équerre. Nous allons voir bientôt comment on procédé à cette opération. L'écartement qu'il y a entre les pieds A, A9 doit être le même que celui qu'on met entre ceux B, B „ en fuppolànt que la grofleur de la bafe des premiers ne prît pas dans l’intérieur de cet efpace. Pour régler ces diftances, on a foin que les clefs D9 Dy foient d’une égale longueur ; alors les écartements font les mêmes.
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- Septiï *É Section. I. Part. Des Métiers ô Üfienjîles, &c.
- Les clefs dont il s’agit ici, doivent être alTemblées avec les deux eftafes à tenons St mortaifes ; leurs tenons doivent traverfer les eftafes G, G, de part éit part ; il eft même à propos qu’ils aient aflez de faillie pour qu’une petite chevillé puifle les retenir elie-mêmes, comme on peut le remarquer en tt ,fig. l. Ces clefs font faites comme celle fig. 8 , ainfî les eftafes appuient contre les épaule-ments v, v* qui forment le bas des tenons ; par ce moyen les ponteaux S, S > S >S, du Métier , qui ferrent avec toute la force poflible * ne peuvent point faire rapprocher les eftafes au-delà de la longueur qu’il y a d’un épaulement à i’autr^de ces clefs.
- Je donne la forme de cés clefs comme la meilleure * & qui eft Cependant la moins en ufage. La première n’a fes tenons que d’une longueur à ne porter que jufqu’au milieu de Iji largeur des eftafes ; d’ailleurs elle n’a fes épaulements x, x+ qu’en defllis : il en réfulte d’abord moins de folidité pour le foutien de là quarrure du Métier, St même pour là-sûreté. Comme ces clefs n’ont point d’é-paulement par-deffus, les pieds du Métier peuvent plus facilement fe rapprocher par le bas , St perdre la ligne perpendiculaire qu’ils doivent néceflàiremenü garder ; d’ailleurs s’il arrive par accident que les ponteaux qui foutiennènt le Métier par le côté , viennent à échapper, St que la néceflité ait occafionné que ceux qui retiennent le Métier par le bout ayent été mis obliquement, les efforts de ces ponteaux peuvent faire féparer les eftafes des clefs , St renverfer le Métier. Au forplus quand il s’agit de monter le Métier, c’eft-à-dire, de le drefler, on eft forcé de prendre des précautions dont on fe difpenfe fort bien en fe fervant des clefs que je préféré, ce qui rend l’opération plus longue & plus difficile à exécuter.
- La troifîeme clef dont je vais faire le parallèle , eft celle fig. iô ; dri l’emploie en la plaçant en deflus des eftafes du Métier, de forte que ces eftafes appuient contre les épaulements y >y > des clefs : on les fixe par-deffus avec un clou feulemenr fur chaque tenon, qu’on place dans les trous £, \ ; ces trous font aflez grands pour que la grofleur des clous ne faffe pas éclater les bouts des clefs. On ne fàuroit éviter que ces clous ne portent quelque dommage aux eftafes des Métiers, parce qu’on les y fait entrer à ’force ; & quand les Métiers font fouvent changés de place ; il faut néceflàirement fe fervir de plus gros clous, ou bien boucher le trou qu’on a fait d’abord,ou enfin porter la clef plus en avant ou plus en arriéré, afin d’éviter la place où elle étoit fixée ci-devant * fans quoi le clou agrandit toujours fon trou, & infènfiblement le deffus des' eftafes fe trouve mutilé au point qu’un clou ne peut pas y être planté folide-* ment. Un inconvénient encore qui n’eft pas moindre, c’eft de ne pouvoir démonter un Métier fans être obligé d’arracher ces clous à grands coups de marteau frappés en deffous des clefs * St enfuite par le fecours des tenailles. Il arrive fort fouvent qu’on cafte les clefs, ou on les fend * fur-tout dans les Villes de Manufactures, où les Métiers font faits de bois dur, tel que le chêne, le Étoffes de Soie. VIL Part. D
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- noyer, &c. Il eft vrai que j’ai vu dans ces endroits des Ouvriers qui avoient le foin de faire mettre des vis affez longues pour traverfer les eftafès du Métier dans toute leur épaiffeur, & excéder de 2 pouces au moins au-deflus des'clefs; alors on ferroit avec un écrou, de maniéré que les clefs étoient encore plus folides que fi elles euflent été clouées ; mais ceux qui emploient le bois de lapin pour les Métiers , & qui font conftruire leurs clefs comme cette derniere, font fujets à n’avoir jamais de Métiers bien folides que la première fois qu’ils font montés.
- Les clefs, quelles qu’elles foient, doivent être placées en dedans des pieds du Métier, comme elles font fur la figure 1. Je fais faire cette obfervation 5 parce que tous les Métiers ne font pas ainfi conçus. Il y en a qui ont leurs clefs en dehors ; ce n’eft pas que cette conftruétion puifle nuire^ la fabrication des Etoffes, mais il eft certain que le Métier doit être moins folide, en ce que la longueur des eftafes eft plus fujette à plier, foit en dedans , foit en dehors du Métier ; & fi l’on faifoit bien, on mettrait une troifieme clef fur le milieu de la longueur, à peu-près en CC: elle aideroit beaucoup au maintien de la quarrure du Métier , qui eft la chofe la plus importante pour la perfeétion de l’Etoffe , & pour l’aifànce de là fabrication.
- La groffeur de la bafe des pieds A, A, fig. r , fert à rendre le Métier plus folide. Ces pieds font tenus en place par la grande affiette de leur bout inférieur , pofée à plomb fur le plancher. Anciennement on ne conffruifoit pas ces pieds comme ceux dont il eft ici queftion , on les faifoit tout unis, comme ceux B, B, 8c on fe fervoit communément de banques femblables à cgIIq fig. 4.: on en voit encore une grande quantité qui font ainfi conftruits. Ceux qui em-ployoient la banque fig. 3 , formoient des* épaulements a, a >fig. ir , avec des taffeaux b cloués contre le pied T ; alors on faifoit pofer la banque fur ces épaulements ; & pour la rendre plus folide , on mettoit une cheville qui tra-verfoit le pied du Métier, & dont l’excédent de chaque côté arrêtoit cette banque de la maniéré qu’on le voit en c9fig. 12. Cette précaution n’étoit pas fuffilànte pour rendre cette banque très-folide ; mais on avoit foin que l’oreillon V lui donnât ce qui lui manquoit de folidité ; pour cet effet on faifoit la queue Xde cet oreillon, affez longue pour quelle defcendît jufqu’à terre, & l’on mettoit entre l’épaulement H, fig. 13 , & la banque fur laquelle cet épaulement pofe , une cheville e9 qui ne permettoit pas à cette banque de defcendre plus bas. On faifoit attention que le trou qui reçoit cette cheville, fut précifé-ment à la hauteur des tafleauxbfb9 fig. ri, fur lefquels pofoit cette même banque, afin qu’étant placée, elle fut toujours de niveau avec fà voifine , 3c quelle reftât horizontalement placée. Pour donner une pofition plus sûre à cette banque, on mettoit deux taflèaux de plus fur le pied du Métier qui la portoit, un fur chaque face , par ce moyen on donnoit plus d’afïîette aux épaulements , ou, pour mieux dire, c étoit un feul épaulement qui entouroit le pied de Métier.
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- Septième Section. I. Part. Des Métiers SC UJlenjiles , ôc. 15*
- On trouve d anciens Métiers dont les banques n'ont pour tout fopport qu'une cheville $ qui traverfe chacun des pieds en deflous, 8c une en delTuS, comme xelle c , fig. 11. On ne prenoit pas même le foin de faire foutenir ces banques par des oreillons dont le bout de la queue posât à terre ; on les mettoit comme ceux N 9 N y fig» 1 > en les faifant foutenir par une petite traverfo comme celle g g) même figure. Il eft vrai que lorfqu’on faifoit ainfi ces fortes de Métiers, on ne connoiflbit pas toutes les Etoffes qu'on fabrique actuellement ; ces Métiers d’ailleurs n étoient employés que pour les petites Etoffes, qui n’exigent pas des efforts bien confidérables pour les travailler ; ce qui me le fait croire ainfi, c eft que l’on fe fert encore de ce* Métiers, quoiqu’anciens & foibles ; mais on v ne fait deffus que nos Etoffes les plus légères : une grande partie même a paffé pour la fabrication des Gazes.
- Dans les Villes de Manufactures où l’on n’a pas le bois de lapin bien commun , on fait les Métiers avec du bois de chêne ; mais on ne peut pas donner aux pieds de devant une groffeur femblabié à celle des pieds A, A , fig* 1, parce qu’on n’a pas communément de pièces de chêne de cette groffeur, & que d’ailleurs ces Métiers deviendroient trop coûteux ; mais en revanche on y a un ufàge très-avantageux à leur conftruction : ils feroient, jufqu’à un certain point, préférables aux gros pieds de fapin. ~
- La Figure 14 fait voir le bas d’un de ces Métiers, qu’on peut comparer avec celui fig. 1. La grandeur du defïïn ne m’a pas permis de le repréfenter en entier, mais on n’en a pas befoin pour entendre ceci. On trouvera que les pieds A9A, & ceux Bf Z?, doivent être plus fixes que ceux de la première, en ce qu’ils font aflemblés à tenons & mortaifes fur les files G, G, en forte que ce Métier étant bien pontelé, on ne fàuroit faire avancer ces pieds, ni les faire reculer, fans frapper avec une force extraordinaire fur un des bouts de ces foies , ce qui prouve qu’une fois que le Métier eft bien monté, on n’a pas à craindre qu’il fo dérange, à moins de quelqu’accident particulier. D’ailleurs il eft probable qu’un Métier conçu de cette maniéré , eft plus facile à monter que l’autre , en ce que les pieds font placés par le bas à une diftance égale à celle du haut, puifque les foies font de la même longueur des eftafes. Les pieds B, Z?, font auflî dans un écartement égal dans toute leur hauteur, parce que la clef D eft de la même longueur que celles qui féparent les eftafes ; il n’y a donc que les pieds A y A, qui peuvent être plus ou moins écartés qu’il ne faut ; mais en prenant la longueur d’une des clefs, il eft facile de leur donner la diftance qui doit régner entr’eux. Il eft difficile, une fois que le Métier eft placé comme il doit être, que les foies puiflent changer de place : elles ont un point d’appui fixe par la preflion des ponteaux ; & la clef E, qui fert de marcher, ne leur permet pas de s’écarter, fur-tout du côté des pieds B9 B.
- On mettoit quelquefois une cinquième clef pour tenir le bas des pieds A, A, a la meme hauteur de- celle D ; mais on n’a pas reçu généralement cette
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- t.4 ÜART DES ÉTOFFES DE SOIË. méthode, parce que fouvent l'Ouvrier , en defcendant du Métier, ou en y mon* tant, fe heurtoit les jambes contre ; mais il n’eft pas moins vrai que les Métiers en font plus folides,
- La façon de conftruire les Métiers conformément à celui fig. 14, a été en ulàge dans les Villes de Manufactures où on les fait communément en bois de lapin , & même je crois que c’eft la forme qu’on donnoit aux premiers Métiers que nous avons connus en France ; car il me fou vient d’en avoir vu à Nîmes, à Avignon & à Lyon , dont la boiferie me paroifloit très-ancienne. J’ai remarqué depuis que tous les Métiers que j’avois vus conformes à celuifig. r , préfentoient une boiferie neuve. Je me fuis même entretenu, dans ce temps-là , avec d’anciens Maîtres Fabriquants, fur ces différentes conftruétions des Métiers; j’ai apperçu que le principal motif qui avoit occafionné ce changement , étoit l’embarras que les foies occalion noient autour du Métier, pour que l’Ouvrier pût y agir librement ; car comme il faut qu’il paffe fort fouvent dans l’étendue du Métier pour préparer chaque longueur de foie quil doit employer en Etoffe il fe heurte les pieds contre ces foies, ou il faut qu'il prenne des polirions gênantes pour agir librement ; au lieu que dans l'intérieur du Métier 9fig. 1, on peut agir avec toute l'aifance poflible.
- C’eft cette raifon, fans doute, qui a fait inventer cette derniere forme ; car j’ai eu occalion d'appercevoir dans plulieurs Fabriques, que les Ouvriers qui avoient voulu réformer les foies des Métiers, comme celui fig. 14, avoient eu la précaution d’y laifler des patins, qui ne font qu’une partie de ces mêmes foies , que l’on avoit coupées du côté des pieds A > A, à environ 2 pouces des queues F, F, des oreillons G, G, afin que ces oreillons fûlîènt toujours dans le même écartement, & que cette partie des foies donnât plus d’affiétte aux pieds. On coupe les foies à environ 6 pouces des pieds B9 B ; par ce moyen quand les Métiers font montés, on n’a pas à craindre qu’ils fe dérangent auffi facilement que les autres 9fig. 11 & 12 , qui n’ont d’alïiette que la grandeur de leurs bouts.
- Ceux qui coupent les foies de leur Métier, font forcés de ranger le marcher £, comme on le voit fig. iy & fig. 1, afin que les marches H 9 H, de l’un & de l’autre Métier, ayent un point d'appui folide. Il efl: cependant indifférent qu’on mette à ces marches des pitons a9 a 9fig. 14, ou des tourillons b, b 9figm j y : l’un vaut l’autre, pourvu que les traverfes E, /, qui les tiennent, foient folidement arrêtées, ce qui efl: facile à faire , en mettant une forte pierre L , fig. iy , fur les traverfes P, P9 qui pofont par un bout fur celle /, Sc par l'autre bout elles pofent à terre.
- •Le Marcher, fig. iy, efl: préférable à celui E 9fig. 14, en ce quôn peut l’avancer & le reculer autant qu’on le defire. Il y a des Ouvriers qui travaillent* plus facilement quand les bouts des marches H, H, font plus avancés ou plus éloignés des pieds de Métiers A, A, ce qui devient très-facile par la méthode
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- Septième Section* ï. Part. Des Métiers SC Uftenfiles, ôc. t~, fig.iy. au lieu que celui du Métier fig. 14, eft regardé comme immobile • cependant j’ai vu quelques Métiers a foies, on le marcher pouvoir être reculé Si. avancé autant qu’il étoit befoin, parce qu’au lieu que les tenons fulTent placés dans des mortaifes, c’étoit une rainure pratiquée dans lepaiffeur de l’intérieur de chaque foie, qui recevoit un des tenons du marcher, 8z chacun des tenons étoit arrêté par une cheville , qui, en traverfant la foie de part en part, palToit dans un trou pratiqué fur le tenon. Afin d’avoir toute la facilité poffible pour fixer ce marcher à l’endroit qü’on trouvoit à propos, il y avoit une quantité de trous pratiqué fur chacune des foies, à des diftances déterminées, en droite ligne les uns des autres, afin que le marcher fût toujours d’équerre avec les clefs du Métier. Cette précaution eft fort néceflàire , parce qu’il faut que les marches fuivent, autant qu’il eft poffible, la direction des eftafes ; par ce moyen l’Ouvrier travaille avec plus de facilité*
- Avant d’entrer dans la defcription des uftenfiles qui fervent à la fabrication des Etoffes de Soie, je crois devoir faire connoître la maniéré de monter les bois de Métiers tels que celui fig. 1 ; enfuite nous pafferons à celui fig. 14 ; car pour ceux dont les pieds font faits comme ceux fig. ir <5 12 , on les monte comme ceux fig. 1 : ainfi on les comprendra dans la même maniéré d’opérer : c’eft ce que nous allons voir dans le Paragraphe foiyant.
- . III» De Ilz maniéré de monter le bois des e'tiers.
- O n diftingue dans la fabrique des Etoffes de Soie, la maniéré de monter le bois d un Metier, d avec celle de monter un IVlétier. On pourroit appeller la première dé ces deux opérations, dre fer un Métier, & la fécondé, ranger un Metier 5 mais 1 ulàge eft de donner, pour ainfi dire, le même nom aux deux opérations : ainfi quand on dreffe la boiferie du Métier, on dit monter un Métier-, Si enfuite quand on y place une chaîne, & qu’on fait tout ce qui en dépend pour parvenir a fabriquer , on fe fort au (fi du terme monter un Métier. Ce n’eft pas de cette derniere opération que j’entends parler ici, nous la connoî-trons quand nous aurons vu la defcription des uftenfiles qui lui feront propres : c’eft donc de la première de ces deux opérations, que nous allons nous occuper.
- Pour monter un Métier avec toute la précaution qu’il eft néceffaire d’y apporter, on commence par déterminer la place ou 1 on veut le fixer : cette place eft ordinairement celle qui peut procurer le plus de clarté à l’Ouvrier qui fabriquera l’Etoffe ; car je ne dois pas oublier de faire remarquer en paffant, que do tous les moyens qu’on doit employer pour faciliter la perfection à la fabrication d’une Etoffe, la clarté eft un des principaux ; ainfi on ne fauroit trop procurer du jour à un Métier, & on a grand foin de le placer le plus près poffible des fenetres, obfervant, fur toute chofè , que le grand jour porte premièrement Etoffes de Soie. Vil. Part« g
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- rART DES ÉTOFFES DE SOIE. les pieds de devant & les chappes K, K, parce que cefl: dans cet efpace que Ton fabrique TEtofFe, & où il fe rencontre plus de difficultés à vaincre \ cependant on fait en forte que l’enfuple G foit bien éclairé, parce que cefl:delà que dépend le bon ou le mauvais entretien d’une chaîne. Nous verrons plus particuliérement cet objet dans la conduite de l’ouvrage ; mais on ne fauroit fo dilpenfor de placer les Métiers de maniéré à être bien éclairés, fans courir le rilque d’avoir des Etoffes mal fabriquées. Ce que j’obferve à cet égard, eft G fort reconnu , que toutes les maifons qu’on deftine pour des Fabriques d’Etoffes de Soie, font percées d’une fi grande quantité de fenêtres, qu’on ne laiffe que ce qu’il faut néceflairement d’intervalle de l’une à l’autre pour foutenir les murailles , & tout le refte efl à jour : on a même la précaution de faire ces fenêtres depuis environ 3 pieds de terre julqu’au haut du plancher, & l’on taille le dehors de ces fenêtres , fur-tout le haut, en talut, afin que le jour entre plus direélement : on met cependant deux Métiers fun à côté de l’autre, de façon que l’un ne borne pas la clarté de l’autre ; cefl ce que je ferai remarquer dans la fuite , ainfi que les moyens qu’on a trouvés pour qu’une Boutique ou Fabrique fût bien éclairée , malgré le nombre de Métiers qu’on y entretient. Voyons auparavant les moyens qu’on prend pour bien dreffer les Métiers.
- Dès qu’on a déterminé la place où l’on veut mettre un Métier, on pofe les eftafes C9 Cy par terre, à peu-près à l’endroit où doivent pofer les quatre pieds for lelquels elles doivent être placées ; on met enfoite ces quatre pieds près les bouts des eftafes qui doivent les recevoir. Ceux A y A, font garnis de leurs banques My M, de leurs oreillons N , N> ayant ordinairement chacun un caiffetin comme en O, & leurs fiéges comme en P Q ,jig. 2 ; & ceux B9 By font garnis de leurs oreillons R 9 R: on prend garde que les premiers foient placés de maniéré que les fiéges foient en face l’un de l’autre , & que les derniers ayent leurs oreillons tournés en dehors du Métier, comme ils font fur la figure 1. On pofe par terre les clefs DyD9 aux bouts des eftafes, dans le même fens où elles doivent être placées ; on fe munit d’un marteau ou d’un maillet de bois un peu fort, d’une foie 6c d’un chevalec fur lequel on puiiîe fcier les ponteaux , pour les mettre à la longueur qu’ils doivent avoir. On prépare huit ponteaux, ou bien huit parties de perches ou de petites folives qui puiffent être employées à cet ufàge.
- Pour monter un Métier commodément, il faut être deux perfonnes : on commence par pofer les deux pieds A, A, à peu-près à la place qu’ils doivent occuper ; enfoite une autre perfonne prend un des pieds By By le place à droite ligne d’un de ceux A, A, à la diftance la plus convenable pour placer une des eftafes C,C 9 deffus : il tient ce pied debout avec la main gauche, tandis qu’avec la droite il prend l’eftafe par le bout de fon côté, fon compagnon la prend par l’autre bout, & de concert ils portent cette eftafe au-deffus des pieds de Métier, & Fy affemblent en faifant entrer les tenons des pieds dans les
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- Seèïïemè Section. I. Part. Des Métiers & Üftenjiles , S£c. tp mortaifes de l’eftafe , on la fait defoendre jufqu’à ce qu'elle pofe en plein fur les épaulements formés au bas des tenons. On commence cette opération pat les pieds qui font le plus proches de la muraille,, afin que comme cet affetm» blage ne peut pas tenir debout par lui-même, on puiffe l'incliner contre le mut pendant quon range la fécondé eftafe avec les deux autres pieds. Après avoir ainfi placé ces fix pièces, un des Ouvriers fe place à un des bouts du Métier , & tient ces deux aftemblages debout, tandis que 1 autre place une des clefs D, D9 à l’autre bout ; enfuite il vient placer la fécondé , & alors les deux Compagnons pouffent chacun une des eftafes pour faire entrer les clefs juf qu’aux épaulements des tenons ; il faut que les mortaifes des eftafes, tant pour les tenons des pieds du Métier, que pour les clefs, foient faites de maniéré que les tenons puiffent y entrer fans être obligé de frapper, mais cependant le plus jufte poffible. Ainfi nos deux Ouvriers jufqu’à préfont, ne doivent point encore s’être forvis de marteau ni de maillet, du moins s’ils ont frappé, c’eft fi légèrement , qu’on ne doit le compter pour rien. Quand les clefs font à leur place , on les y arrête au moyen d’une des chevilles t, 19 qu’on met à chaque bout, & qu’on fait entrer avec une certaine force. Ces clefs étant affujetties, on met le Métier à ïéquerre , à ïa-plomb & au niveau. Pour bien mettre un Métier d’équerre , on tire avec une ficelle une diagonale d’un des angles formés par les clefs Dy D,8c les eftafes C9C9 de forte qu’en croifant ces deux diagonales, fî une eft plus longue que l’autre, on la raccourcit aux dépends de la plus longue 9 c’eft-à-dire, qu’on avance celui des pieds qui eft trop reculé pour que l’efo tafo qu’il porte, forme précifément une équerre avec chacune des clefs. Pour faire cette opération , il faut qu’on foit néceflàirement deux perfonnes, à caufe de la longueur du Métier ; mais des Ouvriers intelligents ont trouvé un moyen fort fimple pour qu’une foule perfonne pût mefurer cette diagonale, & en la croifant, voir lequel des quatre il faut avancer ou reculer. Pour cet effet il met le Métier à peu-près en quarre ; enfuite il place les quatre ponteaux qui le doivent etayer par le cote : ^ nous verrons enfuite quel moyen l’on emploie pour couper les ponteaux à la longueur qu’on doit leur donner) ; après quoi on commence par mettre d’à-plomb un des pieds du Métier A, & un de ceux B ; enfuite on met de niveau l’eftafe que ces pieds portent : fi la différence de hauteur eft beaucoup plus confidérable d’un côté que de l’autre, on met fous le pied le plus bas un bout de planche, dont lepaiffeur donne fuffifam* ment de quoi regagner le niveau de l’autre.
- Si l’on trouve une différence fenfible entre la hauteur des pieds de Métier ; elle ne doit provenir que de l’inégalité du fol où ils pofent ; car tous les Métiers doivent être auffi hauts par un bout que par l’autre, conféquemment les quatre pieds font de la même hauteur, comme les clefs qui féparent les eftafes doivent etre d une égalé longueur. Ainfi un Métier ne doit pas être plus large par un bout que par l’autre. Si la différence de hauteur n’eft pas bien
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- : confidérable, on met quelques cartes ou quelque chofè de mince entre les épaulements des pieds trop courts & les eftafes, c’eft-à-dire , entre les épaulements de celui des pieds qui fe trouve le plus bas , obfervant de caler égale-; ment des deux côtés du pied , afin que l’eftafe porte à-plomb fur toute fa largeur. Après avoir mis cette eftafe à fon niveau, & les pieds bien perpendiculaires , on les étaye par les bouts avec toute la force pofïible ; après quoi on dreffe les pieds de l’autre côté du Métier : on met fautre eftafe de niveau avec la première ; alors celui qui conduit cet ouvrage, fait une petite encoche fur l’angle intérieur & inférieur de chacune des eftafes, à une diftance d’environ % pieds 8c demi de l’angle intérieur de chacun des pieds A, A ; & avec une ficelle qu’il a pris foin de nouer par un bout, & de bien étirer, pour qu’elle ne s’allonge pas davantage, il fe place entre les pieds du Métier : il tient entre le doigt index & le pouce de la main gauche, le bout de la ficelle, de forte quelle fe replie, & que le nœud qu’il a formé fe trouve fur le bout du pouce : il appuie ce nœud précifément fur l’angle du pied de Métier, au raz de l’eftafe , le plus extérieurement pofïible ; il fait couler la ficelle dans fa main droite f fans en déranger le nœud de l’endroit où il la pofe, & tenant cette ficelle tendue autant qu’il fe peut, il la fixe avec le pouce , ou plutôt avec f ongle du pouce, dans la petite encoche qu’il a formée fur l’angle de l’eftafe oppofée à celle contre laquelle il a mis le nœud. Quand il voit que cette ficelle eft tendue fufïifamment, fans la déranger du point où elle fe trouve entre fes mains, il appuie le nœud contre l’autre pied de Métier, 8c porte la main droite fur l’encoche faite fùr l’angle de l’autre eftafe : fi ces deux diagonales font juftes, le Métier eft à l’équerre y alors il l’arrête avec les ponteaux par les deux bouts ; fi, au contraire, une des deux fe trouve plus longue que l’autre, il pouffe l’eftafe par le côté où elle s’écarte le plus, afin de la faire trouver d’équerre avec les clefs.
- Le foin qu’on doit avoir pour mettre un Métier en quatre , eft abfolument indifpenfable ; car il n’eft pas poffible de fabriquer une Etoffe avec facilité ni avec perfeélion , fi le Métier n’eft pas d’équerre.
- La folidité des Métiers 8c de la quarrure qu’on leur donne, dépend des ponteaux qu’on met pour les étayer : il faut nécefïàirement huit ponteaux pour un Métier, à moins qu’on ne l’appuie contre une muraille par un côté ce qui fe pratique rarement. Chaque eftafe d’un Métier eft tenue de côté par deux ponteaux, dont le bout inférieur eft pofé fur l’angle fupérieur de l’eftafe, à peu-près fur le bout des clefs, comme on en voit deux fur la figure i : l’autre bout porte ou contre une muraille, ou contre les folives du plancher. Quand les ponteaux appuient contre un mur , on les coupe comme celui fig. 16, en forte que du côté a, il eft entaillé par deux bifeaux qui faififfent l’angle fupérieur de l’eftafe, & l’autre côté eft un feul bifeau qui appuie en plein du côté du mur ; je dis du côté du mur, parce qu’on a la précaution de ne jamais appuyer le bout
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- Septième S ection. I. Part. Des Métiers & Ufietifiles, 6tc* 2 X d’un ponteau contre le mur : on met toujours entre le bout des ponceaux & le mur, une planche plus large que le diamètre du ponteau, & contre laquelle on le fait defcendre ; on a cette précaution, parce que les murailles qui font enduites de plâtre ou de mortier, ne peuvent pas réfifter aux frottements des ponteaux , qu’on ferre, avec toute la force imaginable, à grands coups de maillet ou de marteau. On a foin même d’arrêter très-fou vent les planches contre lefquelles pofent les ponteaux, de crainte que les contre-efforts ne les faffent relâcher ; & pour plus de sûreté, on met les ponteaux prefqu’horizontalement avec les eftafes, alors on n appréhende plus que leur obliquité leur permette de remonter.
- Quand les ponteaux font appuyés par leurs bouts fiipérieurs contre des foli-yes qui font placées dans le fèns de la longueur des eftafes , on les entaille par les deux bouts, comme il eft en b c, fig. 17; alors on met l’angle fupé-rieur de l’eftafe dans l’entaille inférieure du ponteau , & l’entaille fùpérieure fàifit l’angle de la folive contre laquelle il doit appuyer. Quant aux ponteaux qu’on met fur les bouts du Métier , s’ils forment leur point d’appui en venant obliquement de haut en bas , on coupe le bout inférieur en bifeau , de maniéré qu’il pofe à plat fur l’eftafe ; quant au bout fupérîeur, s’il doit porter fur l’angle d’une folive , on l’entaille ; fi, au contraire , il doit appuyer contre le plat d’une folive, on le coupe en bifeau de même que l’autre bout, mais on en oppofe l’obliquité*
- Quand les chambres où l’on monte des Métiers, font trop grandes pour que les ponteaux puiflènt atteindre contre les murailles, & que les folives ne pré-fentent pas un de leurs angles pour en recevoir les bouts, on cloue des coujjins contre ces folives, c’eft-à-dire, qu’on attache avec de gros clous, des pièces de bois d’un pouce & demi ou 2 pouces d’épaiffeur, qui fe croifent avec les folives : on leur fait préfenter un angle pour retenir le bout des ponteaux qu’on veut placer de ce côté ; néanmoins on n’entaille pas le bout de ces ponteaux par ce côté, on les coupe feulement en bifeau , de forte que ,1e plat du bifeau pofe contre la folive, & le bout eft à tenon dans l’angle formé par le couffin & cette folive ; cependant fi le ponteau devoit être placé entre deux folives, on affujettit le couffin avec plus de précaution, & on s’en fèrt comme d’une folive placée dans le fens du couffin , c eft-à-dire, qu’on entaille les ponteaux, & on porte ces entailles fur l’angle de ces couffins : voilà, en général, la maniéré de dreffer un Métier comme celui fig. r.
- Les Métiers dont les pieds font faits comme celui fig. 12, font montés de même, en fuppofànt que les clefs foient faites comme celle fig. 8 ; mais fi, pour ces Métiers on fe fert de clefs comme la figure 9 , quand on a placé les pieds de Métier , on place ces clefs ; enfuite avec une corde on entoure les deux eftafes fur le milieu de leur longueur, & avec un gros bâton on billonne cette corde de maniéré à attirer les eftafes l’une contre l’autre, afin que les clefs ne Étoffes de Soie. FIL Part. F
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- 22 L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- puiflent pas fortir des mortaifes, dans lefquelles elles ne font nullement retenues . c’eft après cette opération qu’on met les eftafos de niveau , & les pieds des Métiers perpendiculaires ; enfuite on lespontelle.
- Les Métiers étantpontelés & fixés de la maniéré que je l’ai démontré ci-delTus «n regarde encore fi les pieds font bien droits ; & fi l’on veut connoître fi les pieds de devant font fur la même ligne, on poufle l’enfuple F contre les oreillons N, N, & l’on fait frapper le battant E contre cet enfuple ; fi le coup porte en plein dans toute la longueur du battant, c eft une preuve que les pieds font bien alignés, & que le Métier eft en quarrure ; fi, au contraire, le coup chancelle, il y a quelqu’un de ces arrangements qui n eft pas bien, parce que le battant eft fofpendù au porte-battant T, qui pofe par fes deux bouts dans une des encoches des accocats v, fig. i, dont le fécond ne peut etre vu, étant placé dans l’intérieur du Métier, contre 1 eftafo , de meme que celui-ci. Ces deux pièces de bois, dont nous aurons lieu de parler plufieurs fois, font également encochées, placées à la même hauteur & à la même diftance des pieds A, A en forte que les bouts du porte-battant étant pofés dans les encoches parallèles , ne permettent pas au battant de perdre 1 equerre qu il doit avoir avec les eftafes, qu’autant que les clefs l’auroient perdu elles-mêmes ; ainfi fi le battant ne frappe pas jufte dans toute fà largeur for 1 enfople, il y a quelque dérangement £ alors fi ce dérangement provient de la pofition des pieds du Metier ou de la quarrure, il faut y remedier tout de foite, foit en avançant les pieds, ou en forçant les ponteaux dans le fons qu il convient.
- Il faut nécelfairement que les pieds B, B, du Métier, ne foient pas plus écartés du bas que du haut, & qu’ils foient précifément à une égale diftance de ceux A, A. Pour s’en afforer, on prend une corde , ou plutôt deux grandes réglés de Charpentier, qu’on fait couler l’une fur l’autre, pour mefurer avec toute la précifion poffible, fi les diftances qu’il y a entre un des pieds A, avec un de ceux B, B, font égales : dans le cas où elles ne le feraient pas, on approche celui qu’on croit trop éloigné, ou l’on recule celui qu’on voit trop près, en frappant defîus avec un maillet.
- Quand on veut que ces pieds foient inébranlables, indépendamment des ponteaux qu’on a placés par les bouts & par les côtés du Métier, on en met deffos les eftafes qui viennent perpendiculairement fur ces pieds, & qui appuient avec force contre le plancher, de forte qu’ils paroilfent ne faire qu’une feule piece avec eux : alors on eft certain que quelqu’effort qu’on falfe en travaillant, ces pieds ne peuvent ni reculer ni avancer d’aucun côté. Cette méthode eft excellente pour les Métiers qui fervent à faire de fortes Etoffes.
- Quand on monte les Métiers où l’on fe fort de clefs comme celle fig. io, on cloue ces clefs fur les eftafes, après les avoir affemblées avec les pieds de Métier, comme celle du Métier fig. i, & l’on continue à le monter dans l’ordre que j’ai rapporté.
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- Sepîieme Sectïon. I. Part. Des Métiers & Ujlenjiles, &c. 23
- Le montage (*) du Métier ,jig0 14, n’a de différence de celui^zg. I, que pari les foies 7,7, quil faut commencer par mettre en place avant toute chofe : on les met de niveau l’une & l’autre, & très -exaélement à lequerre; ce n’eft qu’après qu’on y affemble les pieds A, A ,8c ceux B, B. Ceux qui conduifent bien ce montage, après avoir afTemblé les pieds du Métier avec leurs eftafos, & qu’on les a liés avec les clefs fupérieures & celle D, portent ces quatre pieds dans les mortaifes des foies, qui doivent avoir été mifes dans un écartement égal à celui des eftafos, puifque la clef E eft pofitivement de la même longueur de celles qui lient les eflafes, & de celle D.
- Quand on veut s’aflurer de l’égalité de l’écartement des loles par un bouc comme par l’autre , on a une faufîe clef qu’on pofe du côté où Ton doit placer les pieds A, A, qu’on arrête avec un petit clou à chaque bout fur les foies, 8c qu’on peut retirer facilement ; bien entendu que la longueur de cette fauffo clef eft égale à celle de la clef JE, de celle D, & des autres qui font néceflàires au Métier : du refte le montage du Métier fe pourfuit avec les mêmes foins & les mêmes arrangements que pour le Métier jig. 1. Je ne crois pas qu’il foit né-ceflâire d’expliquer de quelle maniéré les queues F, F, des oreillons G, G , font aiïemblées avec les foies 1,1: on doit juger que c’eft à tenon & mortaife ; ainfî ces pièces font immuables une fois que le Métier* eft monté. Ces oreillons font le même office de celui E, jig. 12: ils fervent à retenir l’enfuple qu’on place entr’eux & les pieds du Métier, en même temps ils fopportent les banques K, K, avec lelquelles ils font affemblés.
- Je finis ici la defoription générale des Métiers propres à faire les Etoffes de Soie unies ; ce qu’il y a de particulier, fe préfentera à mefore que j’avancerai mon Ouvrage, & je le mettrai fous les yeux du Leéleur. J’ai cru devoir me borner à cette defoription , parce que fi je pouflois plus loin dans ces opérations, on pourroit en oublier quelques-unes, & je me trouverois forcé de les répéter* Je pafle à la defoription des uftenfîles qui fervent à la fabrication des Taffetas ; mais auparavant je ferai remarquer à quoi font néceffaires ceux que j’ai repré-fentés for le Métier jig. 1.
- D’abord le battant E contient le peigne qui fort à fabriquer l’Etoffo, & par fon poids, on frappe avec ce même peigne contre la trame qui forme le tiffo. Nous verrons bientôt la defoription de cette piece, qui eft une des principales. L’enfuple F reçoit l’Etoffe fabriquée à mefore qu’elle eft faite ; celui G contient la chaîne qui eft pliée deffus. Les marches H, H,jig. 1 y , fervent à faire fépa-rer la chaîne en deux parties, afin quelle reçoive les duites de la trame qu’on incorpore pour former un corps d’Etoffe ; c’eft par le moyen des liffes que l’on opéré cette féparation, ainfi que nous aurons lieu de le voir ailleurs. 7, eft un
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- ( *) Je demande grâce à mes Lecteurs pour tous les fubftantifs barbares, forgés, fans doute, par des Ouvriers qui veulent toujours, exprimer leurs
- idées en un feul mot : tels que montage, lifage 9 excarnage, planage, frc. mais je parle une lan7 gue reçue dans les Fabriques.
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- ïporte-Me qu’on place fur les eftafes du Métier, par lequel font enfilées les cordes n, n, qui tiennent fufpendues les chappes K ,K, qui ont chacune deux petites poulies lui lefquelles paflent les cordes qui fiifpendent les lifïes. Les deux valets L , L, ne font autre chofe que deux bâtons qui fervent à pouffer le porte-liffe ou à l’avancer. La corde Offert à tenir tendue la chaîne qu’on travaille, ou plutôt pour retenir l’enfuple F, afin qu’il ne détourne point quand la chaîne eft tendue : c’eft avec la cheville y, qu’on voit par terre, qu’on arrête l’enfuple au moyen de la corde que nous venons de voir. On place cette cheville par fon bout recourbé, dans un des trous h, h, 8c l’on s’en fert comme d’un levier qu’on emploie à tourner un treuil ; & pour fixer l’enfuple, on entoure la corde JTfiir le bout de cette cheville, & on l’y fixe par le moyen de la petite cheville Q , qui traverfe le bout dé la grofle. J’aurai occafion de mieux faire jfèntir la nécef* lîté de cet arrangement, lorfque je ferai voir l’Ouvrier fur le Métier. Le balancier Z, fert à tendre la chaîne ; pour cet effet il eft fufpendu par la corde l au clou m, qu’on voit planté à une des eftafes C, C : on met le boutp de la cheville e, dans un des trous i, i, de l’enfuple G ; on le range de façon que la corde u foit afifez courte pour faire defcendre le bout q du balancier , & que le contre-poids d ne touche pas à terre ; c’eft alors la pefànteur de ce contre-poids qui donne la tenfion à la chaîne.
- Le plus ou moins de pefànteur de ce contre-poids, donne une tenfion plus ou moins confidérable ; mais quoiqu’il foit plus ou moins léger * il n’eft pas befoin de le changer pour tendre la chaîne plus ou moins, parce qu’en rapprochant la corde ldu bout q du levier, la tenfion devient plus forte ; & quand on veut la diminuer, on approche cette même corde du côté du bout r. On donne encore plus ou moins de tenfion aux chaînes, en mettant la cheville e plus ou moins longue, ou en éloignant, ou en rapprochant la corde a du bout de la cheville.
- Il y a encore d’autres moyens de tendre les chaînes, que nous aurons occafion de voir dans le courant de cet Ouvrage ; c’eft ici la première idée que j’ai cru devoir en donner, afin qu’en voyant le Métier en travail, on fàififle d’un coup d’œil le mécanifme qu’on y emploie. Les oreillons R, R, fervent à porter l’enfuple G : ils font faits comme on en voit unfig. 18.
- *
- Article
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- Septième Section. L Part. Des Ènfuplès de devant, à|
- Article Quatrième.
- Defcription des Uftenfiles propres a la fabrication des Taffetas £
- §. I. Defcription des Enfuplès de devant
- Les Enfiiples font des uftenfiles dont on ne fouroit fo pafîer pour ia fabrication des Etoffes de Soie# Pour fabriquer un Taffetas, il n’en faut que deux* tui par devant, comme on Ta vu en F9 fig. i, PL x9 8c un par derrière, placé comme celui G , même figure. Tous les Enfuplès qu’on emploie pour fabriq uer les Etoffes , ne font pas faits de même : ils ont cependant tous une forme cylindrique ; mais iis different en groffeur & par les extrémités. La différence qü’on rencontre parmi les Enfuplès, vient des différents moyens qu’on emploie pour tendre les chaînes, 8c de la maniéré de rouler les Etoffes deffus. Je vais mettre fous les yeux tous les différents Enfuplès qu’on met en u/âge , tant pour la fabrication des Etoffes unies 9 que des Etoffes façonnées 5 j’excepterai feulement les Enfuplès qui font propres à la fabrication des Velours & des Peluches t je ne donnerai leur defcription que lorfque je ferai parvenu à traiter cette partie curieufe de la fabrication des Etoffes de Soie.
- La figure 1 eft un Enfuple pareil à celui F9 fig. 1, de la Piandhe précédente. On lui donne environ 4 pieds 8c demi de longueur , & y pouces de diamètre ; fa forme eft cylindrique : il doit être égal dans toute fà longueur * un! & poli ; ces trois qualités font d’une néceffité abfolue, parce que s’il n’étoit pas égal dans toute fa longueur, l’Etoffe lâcheroit dans un endroit, tandis qu’elle feroit trop tendue dans d’autres, ce qui la rendrait défeétueufe, & l’Ouvrier rencontrerait des difficultés informentables pour la fabriquer. Les Enfuplès doivent auffi être unis dans toute leur longueur, fi l’on en excepte quelques-uns qui ont des rebords aux extrémités, ou à certains endroits où la Soie ni l’Etoffe ne paffent jamais ces rebords, ainfi que nous aurons occafion de le voir par la fuite. La rainure a reçoit les petites verges qu’on met à la tête d’une Etoffe en la commençant, afin d’en affujettir toute la largeur, & la tendre également# Cette rainure doit être profonde de IJ lignes du environ, 8c large d’un demi-pouce tout au plus ; fa longueur feroit bonne fi elle étoit de 2 ou 3 pouces feulement plus large que l’Etoffe qu’on veut fabriquer ; mais comme for un Enfin-pie on peut fabriquer différentes largeurs d’Etoffe, on fait cette rainure de 3 à 4 pouces plus longue que les plus larges Etoffes ; ainfi on lui donne 36 pouces de longueur : par ce moyen on pourroit faire une Etoffe en deux tiers d’aune j par la même raifon on pourroit s’en fervir pour toutes celles qui feroient au-deflbus. Nous verrons des rainures dans le même fens de celle-ci, à tous les En-fuples que nous allons voir • ainfi les raifons de l’emploi feront par-tout les? Etoffes de Soie. Vil. Parti G
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- L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE,
- mêmes , excepté que les Enfuples de derrière ont leur rainure pour recevoir les verges , ou plutôt les cotnpafteurs qui enfilent les bouts des portées d’une chaîne , ainfi que je l’ai fait remarquer dans l’Art du Plieur.
- L’Çnfuple dont il eft ici queftion, eft percé de deux trous quarrés b, b, qui fe croifent au centre : c’eft-là qu’on place la cheville y que nous avons vue dans la Planche précédente, & qui fert à faire tourner l’Enfuple pour rouler l'Etoffe deffus, & à retenir ce même Enfuple, afin que cette Etoffe ne puiffe pas fè dérouler : par-là elle s’oppofè aux efforts que fait la cheville e, qui eft deftinée à procurer aux chaînes la tenfion qu’elles doivent avoir,
- L’Enfuple 9fig. 2, eft fait comme celuifig. 1, excepté que fà tête d eft plus grofle que le corps. On le pratique ainfi , parce que c’eft prefque toujours par la tête que périflent ces uftenfiles , à caufe des efforts qu’ils éprouvent fans cefle.
- Les Enfuples font ordinairement faits d’une feule piece. On choifît, pour les faire* les bois les plus durs & les plus fàins : on emploie ordinairement le chêne* le noyer, le hêtre * le cerifier, &c. Quelques Fabriquants préfèrent des Enfuples tournés; mais il n’eft prefque pas poffible d’éviter des côtes infènfibles que laiftent les reprifes du cifeau au Tour: le meilleur eft de marquer en deux ou trois endroits fur la longueur, leur diamètre , 8c de les finir à l’outil hors du Tour : il en eft néanmoins qu’on ne fàuroit éviter de faire tourner ; ce font ceux, qui reçoivent les chaînes.
- J’ai dit qu’en général on faifoit les Enfuples d’une feule piece* mais on en fait quelques-uns de deux pièces jointes l’une à l’autre , pour former la groffeur du diamètre, fur-tout quand il s’agit d’avoir des Enfuples de 6 à 7 pouces dû diamètre; car il eft rare de trouver des pièces de bois de 7 pouces d’équarriflàge ? fur 4 pieds ou 4 pieds & demi , qui foient faines dans toute la longueur, excepté de choifir dans des troncs d’arbres de toutes groffeurs, cela rendrait cet uften-file trop coûteux.
- Quand on fait un Enfuple de deux pièces , on drefte bien les deux furfaces qui doivent fe toucher ; on fait trois mortaifes fur chacune d’elles , qui fe répondent deux à deux : on met une petite clef à chacune de ces mortaifes, Sc on enduit les furfaces avec de bonne colle-forte ; on ferre ces pièces l’un© contre l’autre avec des valets, ou on les met en preffe. Quand la colle eft bien prife, on arrondit ces deux pièces * foit fur l’établi, foit à la main, foit au Tour ; quand on lui a donné la forme cylindrique, on le frette par les deux bouts avec des cercles de fer, dont la furface affleure le niveau de celle del’Enfu-pie ; on arrête ces cercles avec des clous à tête perdue, ou des vis à bois. En perçant ces Enfuples , on ôbferve que les trous qu’on y fait pour tourner avec les chevilles, ne fuivent pas l’affemblage des deux pièces qui le compofènt ; cepen«| dant on fait en forte que ces trous fè croifent au centre.
- Lorfque je dis qu’il faut que les trous qui reçoivent les bouts des chevilles à
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- Septième Section. î. Part. Des Enfuples de devant. àf
- tourner, fè croifent au centre de l’Enfuple , il faut entendre qu’ils fe communiquent, parce qu on doit les pratiquer fur la même ligne de la circonférence 3 Sc de maniéré quils percent l’Enfuple de part en part ; par ce moyen au lieu de deux trous, on en trouvera quatre fur la circonférence de l’Enfuple ; de forte que fi on mettoit une cheville dans l’un , qui fermât un de ces trous d’un bout à l’autre, la communication de celui qui croife, fe trouveroit fermée auflï.
- On perce quelquefois les Enfuples de maniéré que les trous, en fe croifànt $ ne fe communiquent point, parce qu’ils ne font pas faits fur la même ligne circulaire ; alors on obferve même qu’il y ait un demi-pouce qui les fépare : on pré" tend par-là que l’Enfuple n’eft pas fi fatigué, & qu’il s’ufe moins vite. Si cela eft vrai, il eft aulîî prouvé que l’Ouvrier ne tire pas fon Etoffe devant avec la même facilité : auffi les Enfuples percés comme je viens de les décrire , font-ils le moins en ufage.
- Les Enfuples faits en deux pièces fuivant la conftruélion que je viens d’indiquer , font afiez folides ; mais quand au lieu des trois petites clefs, on en met une à chaque bout, qui forme la double queue-d’aronde, on eft certain que l’aflemblage eft auffi sûr que fi l’Enfuple étoit d’une feule piece ; il eft vrai qu’on a foin de cheviller ces clefs, & de les coller contre les pièces de l’Enfuple aved précaution*
- La longueur & le diamètre de ces Enfuples, ne font pas bornés, ils fuiveni à peu-près la largeur des Métiers pour lefquels on les emploie. Ceci nous fera remarquer que tous les Métiers ne font pas conftruks fur une même largeur: il y en a qui n’ont que 2 pieds & demi en dedans des pieds , tandis que d’autres ont quatre pieds & quatre pieds & demi ; cette différence vient de ce: que les Etoffes varient en largeur, puifqu’on en trouve depuis 16 pouces jufqu’à une aune, & quelquefois une aune & quart: auffi les Fabriquants qui fe piquent de bien faire fabriquer une Etoffe de Soie , ont foin de faire mettre lés Métiers à la largeur qu’il convient leur donner pour l’Etoffe qu’on veut y fabriquer. Il ne faut pas fe perfuader qu’à caufe qu’une Etoffé n’aura que 20 pouces de largeur 3 il faille ne donner que 20 pouces au Métier fur lequel on doit la fabriquer; il faut qu’un Métier foit toujours plus large d’environ un pied , que l’Etoffe qu’on doit y fabriquer, afin que l’Ouvrier qui fe trouve placé dans cette largeurait toute la facilité d’agir fans être gêné en aucune maniéré.
- On peut faire une Etoffe étroite fur un Métier large , mais on eft fuje't â n’y pas travailler avec toute la régularité poflîble, fi la différence de largeur eft corn fidérable ; c’eft pourquoi on a attention de proportionner toujours la largeur du Métier à celle de l’Etoffe.
- Les Manufaétures bien uftenfilées, ont des Métiers montés à proportion des Etoffes qu’on y fabrique , & on a un foin particulier que chacun de ces Métiers ferve aux largeurs qui lui font deftinées.
- D un Metier large, on peut en faire un étroit, & d’un étroit en faire un
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- a'S L’ART DES ETOFFES DE SOIE.
- large ; ce changement dépend des clefs : ainfî c’eft leur longueur qui détermine celle des Métiers.
- On ne change pas fouyent les largeurs des Métiers quand on ne s y fert pa$ des Enfuples faits comme ceuxfig. I & 2 , à moins qu’on ne change d’Enfuplé * parce que ceux qu’on fait comme celui fig. 3 ne fauroïent être employés que fur des Métiers où les oreillons qui tiennent les Enfuples de devant, foient dans un écartement égal à la diftance qu’on voit entre les deux rainures circulaires e 9f: c’eft dans ces rainures que les oreillons fe placent; en forte que l’En-fuple ne peut plus aller ni d’un côté ni de l’autre, quand il eft une fois entaque1 Nous verrons bientôt ce que c’eft cydattaquer un Enfuple. Pourfuivons la def-cription commencée, & enfuite nous verrons les moyens qu’on prend pour les fixer & pour les faire tourner.
- L’Enfuple G, fig. 1, PL 2, eft fait de même que celui fig. 1 * de celle-ci ; la différence confifte feulement dans un moindre diamètre. On fait quelquefois ceux de derrière, comme celui qu’on voit fig. 2, excepté encore qu’on ne les fait pas fi gros ; car , en général, on fait les Enfuples de devant d’un diamètre plus grand que ceux de derrière ; cependant on doit prendre garde dans les uns Sc dans les autres, que plus on lui donne de longueur, & plus on doit lui donner de groffeur de crainte qu’il ne contracte quelque courbure ; car pour prévenir cet inconvénient, indépendamment de la groffeur qu’on y donne, on a la précaution de ne faire aucun Enfuple avec du bois nouvellement coupé : on choifit le bois le plus fec, afin qu’il ne fe déjette pas.
- L’Enfuple, 3 , eft percé de trous ronds g,g, parce que pour le faire
- tourner on fe fert d’une cheville de fer 9fig. 4, dont le bout h entre dans ces trous, 8c s’y arrête par l’épaulement i ; cet Enfuple eft garni par un bout d’une roulette dentée K, en forme de rochet ; cette roulette eft arrêtée fur le bout de l’Enfuple pair quatre clous o.u quatre vis à bois : il faut que fa circonférence qui excede au moins d’un pouce 6c demi celle de l’Enfuple, en foit également écartée dans toute fa rondeur. Pour que cette roulette tienne plus folidement, indépendamment des vis qui l’arrêtent, on l’emmanche fur un tenon quarré/, qu’on pratique au centre de l’Enfuple , comme on le voit en m, fig. y, confé-quemment cette roulette eft percée au milieu de fà circonférence , comme ii eft en n,fig. 6, qui repréfente la même roulette vue en plan.
- On fait encore des roulettes comme celle fig. 7 ; on ajoute au trou quarré une boîte o , qui reçoit le tenon de l’Enfuple ; alors non-feulement on arrête cette roulette contre un des bouts avec des vis ou des clous, comme celle K, fig. 3 mais on en fixe la boîte fur le tenon avec autant de vis ou des clous. On ne fàu-roit rendre cette roulette affez folide, parce que c’eft elle qui empêche l’Enfu^ pie de fe dérouler, & qui s’oppofe aux efforts de la chaîne, qui, par fa tenfion ; porte fur la roulette : elle feule retient l’effort au moyen des chiens, fig. 8, $ & lo p dont je détaillerai bientôt l’arrangement^
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- Septième Section. I. Part. Des Enfuples de devant.
- Les chiens que nous venons de voir, font ordinairement arrêtés par leurs bouts p, q 3 r 9 contre un des pieds du devant du Métier, en dehors ; c’eft ordinairement à celui à droite de TOuvrier, qu'on les fixe avec Une vis , comme cellefig. il * dont le pas eft femblable aux vis à bois, 8c dont la partie unie entre dans les trous s9t9v, de ces mêmes chiens : on ferre cette vis de maniéré que le chien ait fuffifamment de jeu pour pouvoir lever & baiffer quand la roulette tourne. Le bout x du chien, fig. 8, pofe fur la roulette, de maniéré que la petite entaille qu’on y remarque en reçoit l'épaifleur, & fà courbure s’oppofe à celle des dents. Le chien, fig. p , retient le déroulement de l'Enfo-ple d’une maniéré différente ; on le place en deflus de la roulette, dont les dents entrent dans la fente y 9 8c y font arrêtées par l’extrémité de cette fente, du côté oppofé au bout q. Le chien, fig. io, fe place prefqu'en ckflbus de la roulette, de forte que l'entaille £ , qui reçoit l'épaifleur de la roulette, s’oppofe en même temps au mordant des dents ; mais il faut que ce chien fbit fbutenu & repoufle par-deflous ; c eft ce qu’on fait avec un reflbrtfig. i%, qu’on fixe fondement contre le pied du Métier, de maniéré que fon bout a9 porte contre le milieu du chien. Ce reflbrt eft arrêté par le moyen d'une vis, fig, 13 , à tête fendue, qui entre dans le pied du Métier, 8c il eft fixé par un bout dans la fente b, après l’avoir rivé par-dehors , afin qu'il ne forte pas , 8c qu’il ne détourne pas : c’eft l'élafticité de ce reflbrt qui tient ce chien ferré contre la roulette ; & à mefure que l’on fait tourner l'Enfuple , le bifeau de chaque dent repoufle le chien comme pour le faire fortir, mais les efforts du reflbrt l'y font rentrer.
- On fe fort encore de rouletttes Angloifes avec leurs chiens : j’en parlerai après avoir décrit la maniéré de tendre une chaîne fur fes Enfuples.
- La defcription des Enfuples de derrière , eft néceflàire pour faire comprendre quels font les moyens qu’on met en ufage pour tendre les chaînes fuivant l'Etoffe qu’on doit fabriquer, fuivant la quantité de brins dont elles font compo-fées , 8c fuivant la qualité de la Soie qu'on y emploie ; c’eft, fans contre-dit, la différente maniéré'de conftruire ces Enfuples, qui contribue à ces différents arrangements.
- On pourroit, en cas de befoin, fe fervir d'une feule forme d’Enfuple pour toutes fortes d'Etoffes ; mais comme les différentes formes qu'on leur donne , contribuent particuliérement à la perfection des Etoffes, il eft à propos d’en
- §• IL Defiription des Enfuples de derrière*
- Les Enfoples de derrière ont néceflairement une forme différente de ceux de devant ; celui G, qui eft placé for le Métier fig. 1, de la Planche précédente , eft conforme à celui fig. r , de cette Planche, ou à celui fig. 2, comme Étoffes de Soie. FII. Pan. H
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- irriH«. in—i wuhiiuuj.
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- je l’ai fait remarquer dans le Paragraphe précédent ; mais tous les autres font faits différemment, & nous en verrons bientôt la raifbn.
- Les Enfiiples de derrière font ceux fur lefquels on plie la chaîne ; ainfî ils ont été repréfentés dans l’Art du Plieur, je me trouve obligé de les reprendre ici.
- La figure 14 eft un Enfuple tout uni, à tenons de bois £, £, faits de la même piece 8c fur le Tour. L’Enfuple, fig. 1 y , eft aufH fait avec des tenons de bois c, c, 8c dune feule piece ; mais il a deux rebords dd y ddy\ chaque bout, écartés d’environ 4 pouces les uns des autres, & élevés de demi-pouce tout au plus; c es rebords font arrondis à leurs extrémités : fou vent on fait l’entre-deux de ces rebords d’un diamètre plus grand que le corps de l’Enfuple, afin de donner plus de frottement aux cordes dont on les entoure. Je ne vois pas que cet ufàge ait rien d’avantageux pour le travail, attendu qu’on peut augmenter le frotte** ment par des contre-poids plus pefants ; en faifant le corps de l’Enfople moins gros, on diminue non-feulement fà force, mais on ôte le jeu qu’il a de plus quand on travaille, de forte que la Soie s’en trouve d’autant plus fatiguée, ainfî que nous le verrons en fon lieu.
- On fait des Enfuples de la même façon de ceux-ci, mais dont les tenons n’ont qu’un pouce 8c demi de longueur : nous en verrons l’ufàge.
- La forme de l’Enfuple fig. 16, eft femblable à celle de cûmfig. 14 : il différé feulement par la poulie A, qui eft adaptée for un des bouts ; du refte ies tenons font de bois & de la même piece. La poulie A, qu’on voit ici, a fon trou quarré : elle eft placée for une portée quarrée qui forme le commencement du tenon e, ce qui l’empêche de tourner d’un côté ni d’autre : elle n’effi fixée fur ce quarré que par la petite cheville de fer qui la retient, afin quelle ne puifle pas fortir. C’eft for cette poulie quon entoure la corde qui fort à tendre les chaînes qu’on met for cet Enfople : elle fait le même office que les entre-deuxg^g, des rebords dd3 dd, de la figure précédente. L’Enfuple, fig. ij y eft tout uni dans fà longueur. Celui fig. 18 , eft uni comme le précédent , mais on y ajoute deux tenons de fer h, h, qui né font autre chofo que des boulons , auxquels on pratique une pointe quarrée par où on les plante dans le centre de l’Enfuple le plus avant poffible , afin qu’ils ne s’ébranlent pas facilement.
- Voilà, en général, la forme des Enfuples de derrière ; je ne dis rien de leur longueur ni de leur diamètre, parce qu’on doit appercevoir que ceux qui ont des tenons, doivent être placés dans des efpaces où ils aient feulement la liberté de tourner fans pouvoir aller ni d’un côté ni d’autre , c’eft-à-dire , que les oreil-; Ions qui les portent, font dans un écartement égal à la longueur de l’Enfuple;
- Ceux des Enfuples qui font fans tenons, n’ont point de longueur déterminée,’ parce que lorfqu’ils font foffifàmment longs, on peut les employer à toutes
- fortes de Métiers.
- Tous ces Enfuples ont des rainures pour recevoir les compafteurs de la
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- Septième Section. I. Part. .Maniéré de tendre les Chaînes, ôc. 3 r maniéré qu’on la vu dans 1 Art du Plieur, conféquemment je n’en parlerai pas ici 5 je ferai obfèrver feulement cjue les petits trous ronds qu’on voit à chacun Planche près des bords, fervent au pliage , & quelquefois ils fervent à tendre les chaî-nés, ainfi que nous aurons oCcafion de le voir dans l’Article fuivant.
- Article Cinquième.
- Des différentes Maniérés de tendre les Chaînes pour fabriquer les Etoffes de Soie $ par le f cours de Chevilles de bois 9 ou de Roulettes dentées s ou en employant les Bafcules j Valets 9 Contre-poids a frottement 9 ou Contre-poids montants J ou enfin en fie fervant des Roulettes a VAngloife.
- §. I. De la maniéré de tendre les Chaînes avec les Chevilles '
- devant & derrière.
- J’a i déjà fait remarquer qu’on employoit plufieurs moyens, parmi les Fabriquants d'Etoffes de Soie, pour donner aux Chaînes la tenfion qui leur eft nécef-faire ; tous ces moyens peuvent être employés à toutes fortes d’Etoffes : il en eft cependant quelques-uns qui conviennent mieux aux unes qu’aux autres, & auxquelles les Ouvriers intelligents favent les appliquer. A Avignon, à Nîmes, à Lyon, & dans toutes les Manufàétures où l’on fabrique les Taffetas-, les Ouvriers y tendent les Chaînes avec les chevilles , comme il eft repréfenté par les figures 19,20 8c 21.
- La première de ces figures repréfente le côté d’un Métier, fur lequel eft une Chaîne B, roulée fur les enfuples C, D, & tendue par les chevilles E, F; cette partie du Metier eft dépourvue des battants, liftes, Sec, afin qu’on voie toute la Chaînes découvert. On doit y-remarquer que la partie depuis 1 jufques fur l’enfuple C, eft cenfée fabriquée ; & depuis le même i jufqu’à l’enfuple D, c’eft la Chaîne fans être tifliie : on voit que l’envergeure eft confervée par les verges K, Ky auxquelles on a eu foin d’attacher les cordons l, l, afin que fi elles lortoient de leur place , 1 envergeure fut confervée par ces mêmes cordons. Au furplus je dois avertir que ces verges ne font fujettes à fortir de leur place, que lorfqu’on eft obligé de détendre la Chaîne ; car on ne fauroit faire plus d’un tiers d’Etoffe, ou demi-aune tout au plus, fans lâcher la Chaîne pour rouler ce que 1 Ouvrier a tiftu. Ainfi la maniéré de tendre les Chaînes avec les chevilles , comme nous le repréfentent les trois figures que j’ai citées ci-deflùs, ne permet pas de rouler l’Etoffe fabriquée fur l’enfuple C, fans ôter la cheville F du trou de l’Enfuple D ; c’eft pour cette raifon que l’Ouvrier fabrique de fuite autant de longueur qu’il lui eft poffible, pour n’être pas obligé de defeendre fi fouvent de fon Métier ; & lorfqu’il juge néceffaire de tirer fa fafure, ( on appelle FaJJure, chaque longueur d Etoffe qu’un Ouvrier fabrique làns rouler fer
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- 3* L’ART DES ÉTOFFES DF SOIF.
- — i’Enfople, ) il defcend du Métier, il va retirer la cheville .F du trou de l’enfo** Flanche p|e j). il forme un tour de la corde H fur le* bout de l’enfuple, comme il eft en /, fîg. : il laiffe pendre la cheville au bout de la corde K ; enfuite il paflè devant fon Métier: il détache la corde L qui tient à la cheville F , de avec cette même cheville il tourne l’enfuple C9 pour rouler deflus la faffure qu’il a faite , après quoi ii retend comme ci-devant.
- Il faut prendre garde que les chevilles E, F, ne font pas toujours à la même pofition ou on les voit fur la figure : elles font tantôt plus haut, tantôt plus bas ; quelquefois leur courbure efl: en deflous , Sc quelquefois en deffùs , foivant que le permet la pofition des trous où on doit les placer le plus commodément* On obferve , autant qu’il eft poftîble 9 que le balancier Mfoit horizontalement fixé quand la Chaîne efl: tendue ; car c’eft par ce moyen qu’on obtient l’égalité de la tenfion en travaillant; on fixe le balancier au point qu’on deure, en fai-fànt attention de placer la cheville F dans le fons le plus convenable à la pofition que doit lui faire prendre le trou de l’enfuple D, dans lequel on efl obligé de la mettre j c’eft-à-dire 9 qu’en mettant la courbure de cette cheville en deflus ou en deflous, on réglé le balancier & la cheville elle-même ; d’ailleurs la corde K efl entortillée fur cette cheville 9 parce qu’elle a beaucoup plus de longueur ’ qu’elle n’en préfente du point m à celui n ; ce furplus de longueur fe roule for le bout de la cheville plus ou moins, foivant la pofition qu’on lui donne. Il efl des Ouvriers qui, au lieu de rouler le trop de corde for le bout de la cheville F, l’entourent fur le bout du balancier ikf; il efl indifférent pour la tenfion de la Chaîne , que la corde foit roulée ou non ; mais il efl important de confor-ver toujours la même direction , tant pour le balancier que pour la cheville , de forte que le balancier foit horizontal, & que la cheville ait fon bout n horizontalement ou plus bas, mais rarement il doit être au-deflus. Il y a des Ouvriers qui la placent foulent au-deflus, mais c’eft .faute de connoître l’inégalité que cette pofition donne à la tenfion de la Chaîne : tous ceux qui connoiflent la proportion du levier, conviendront qu’il acquiert plus de force lorfqu’il efl fur fon point horizontal, que lorfqu’il efl au-deflus ou au-deflous , puifqu’alors il efl le plus longpoflible.
- Quant à la cheville è, ii importe fort peu quelle efl là pofition qu’on lui donne, pourvu qu’elle foit folidement attachée avec fa cordé L ; & fi on lui donne une courbure égale à celle de la chevillle F, c’eft afin de pouvoir la fixer plus commodément, parce que les trous de l’enfuple C fe préfentent for différentes directions ; alors en tournant la courbure de la cheville, ou deflus, ou deflous , on choifit la pofition la plus avantageufe pour l’arrêter : du refte cette cheville n’a d’autre emploi que d’arrêter l’enfuple, afin qu’il ne fè détourne pas, & de fervir à faire tourner ce même enfople pour rouler deflus l’Etoffe fabriquée.
- La figure 20 repréfente une fécondé maniéré de tendre les Chaînes avec une " cheville ;
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- Septième Section. I. Part. Maniéré de tendre les Chaînes, êc. 33 theville ; mais ici au lieu de balancier, on fe fert d’une chappe N9 dans laquelle roule une poulie 0 ; certe chappe eft fufpendue au clou p , qu’on voit planté dans l’eftafe O, au moyen de la corde q ; la corde P> qui tient par un bout à la cheville Q , 8c par l’autre au contre-poids R, paffe fiir la poulie 0 , de forte quë le contre*poids l’attire autant qu’il a de force ; ainfi on a foin de le régler confort mément à la tenfion qu’on veut donner à la Chaîne ; cependant on ne le changé pas, quoiqu’il faille augmenter cette tenfion : on a foin d’avoir une cheville plus ou moins longue , ou bien de fixer la corde plus ou moins au bout de la chevillé Q9 c’eft-à-dire, que pour tendre davantage une Chaîne, il Faut mettre la corde plus au bout de la cheville que lorfqu’on veut qu’elle foit moins tendue. Avec cette maniéré de tendre les Chaînes par derrière , on oppofe une cheville pour retenir l’enfuple de devant, comme en E > fig. 19. Quant à la courbure qu’on voit à la cheville Q, elle eft au même ufàge que celle de la cheville F, de la figure précédente*
- La maniéré de tendre les Chaînes fuivant la figure 11, différé beaucoup des deux précédentes ; car ici il n’eft queftion ni de balancier, ni de poulie, ni dé contre-poids : on voit feulement la cheville S, qui, par un bout, entre dans un des trous de l’enfuple F, 8c par l’autre bout elle eft attachée à la corde V* laquelle eft arrêtée à l’eftafe du Métier : du refte la courbure de la chevillé facilite la tenfion des Chaînes, comme dans les autres figures. On arrange auffi des chevilles devant le Métier, comme on le voit en FF, fig. 19.
- §. IL Parallèle des trois maniérés précédentes de tendre les Chaînes.
- Des trois manieras de tendre les Chaînés que nous venons de voir j celle quë repréfente la figure 19 doit être préférée aux deux autres, fuivant le fentiment des Fabriquants ; & celle fig. 20 , vaut mieux que celle fig. 21. Ce que je dis ici deviendra plus fenfible, quand on {aura qu’à mefiire qu’on fabrique une Etoffe de Soie , 8c fur-tout le Taffetas ^ la Chaîne seboitz. proportion de la grof» feur de la trame , c’eft-à-dire, que plus la trame eft groffe , 8c plus la Chaîne fe raccourcit, & la cheville qui tient l’enfuple de derrière, defcend & perd de fa force à mefure que cet enfuple fe déroule : il faut néceflàirement que l’Ouvrier quitte fon ouvrage toutes les fois qu’il a fabriqué une certaine longueur d’Etoffe, pour mettre cette cheville dans l’état où elle doit être, parce que lé * raccourciffement de la Chaîne ayant fait perdre la première pofition de cette cheville , il faut la lui redonner pour pouvoir la travailler commodément. Ce relâchement ne vient que par degré ; chaque coup de navette que l’Ouvrier paffe , la Chaîne fe raccourcit infenfiblement, & bientôt la cheville de derrière ne la tend plus fuffilamment, 8c ne donne plus affez de jeu au levier pour qu il fë prete au mouvement de cette Chaîne , qu’on fépare en deux à tout inftant; pour y paffer les duites de trame ; car les liftes qui la font mouvoir ea la Étoffes de Soie, VIL Parti I
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- 34 VART DES ÉTOFFES DE SOIE. partageant par moitiés égales pour les Taffetas, tirent également du haut & du bas ; & à mefure qu’une moitié de la Chaîne monte, l’autre moitié defcend* Il eft donc certain qu’à chaque fois que l’Ouvrier ouvre le pas de la Chaîne , l’enfuple fe détourne de la valeur de ce que l’obliquité des deux moitiés de la Chaîne fait prendre déplus fur la droite ligne qu’elle conferve quand elle efl dans fon repos; & à chaque fois que ces deux moitiés fe rejoignent, l’enfuple revient à fon premier état, déduétion faite de la quantité dont chaque duite raccourcit la Chaîne : ce raccourciiïement eft en raifon de la grolfeur de la trame ; mais étant répété fouvent, il devient fi fenfible, que l’Ouvrier ne fauroit faire un quart d’aune de Taffetas le plus mince, fans être obligé de toucher à là cheville de derrière, à plus forte raifon doit-il le faire quand c’eft un Taffetas fourni de trame & de Chaîne: il faut alors tous les demi-quarts d’aune, & quelquefois tous les demi-fixiemes, changer fa cheville de trou, foit en défaifant un tour de corde de deflus le bout de la cheville ou du balancier, foit en tournant la courbure de la cheville dans un fens contraire. Ce loin eft tellement néceflaire, que fi l’on veut s’en difpenfer quelquefois , on eft certain de trouver une inégalité fenfible dans la fabrication de l’Etoffe ; & l’endroit où on aura négligé cette attention , fera moins carteux & moins réglé.
- Il eft moralement impoffible de donner une égalité de travail dans l’étendue d’une Etoffe : on ne fauroit même la donner dans 4 pouces confécutifs, en tendant les Chaînes le plus parfaitement pofïïble, en y apportant même les foins les plus exaéfs ; & l’imperfeélion qu’on ne fauroit éviter, peut n’être fenfible qu’à l’examen le plus rigoureux, & même qu’au raifonnement phyfique ; mais en tendant les Chaînes avec des chevilles devant & derrière, on rencontrera toujours des inégalités fenfibles dans le rapprochement des duites de la trame : on pourra s’en convaincre en faifànt paffer le jour au travers du Taffetas. Je fais bien qu’on a coutume de les attribuer aux inégalités de la trame ; mais fi l’on y veut bien prendre garde, on trouvera que c’eft plus fbuvent l’inégalité du ferrage , parce qu’il n’eft pas poflible de ferrer également la trame toute les fois que la Chaîne fera tendue inégalement. Ainfi fi la Chaîne fe trouve trop tendue la trame ne pourra pas fe rapprocher autant que fi elle ne l’eft pas aflez : le trop ou trop peu de tenfion dans une Chaîne, produifent chacun un défaut dans le ûffage de la trame. Il eft certain que l’ufàge de tendre les Chaînes avec des che-, villes , comme on le voit dans les figures dont il eft ici queftion, eft d’autant plus fujet à rendre les Taffetas inférieurs, que les Ouvriers, en s’attachant à cet * ufage, font des fajjures de demi-aune de longueur, ou d’un tiers d’aune an moins ; on commence ces faffures au point où le battant frapperait prefque contre l’enfuple de devant, fi l’on ne craignoit d1 entre - battre (c’eft-à-dire, de laiffer un efpace entre les duites de la trame où l’on ne verroit que la Chaîne) ; l’Ouvrier alors afïïs fur fa banquette, comme nous le verrons ailleurs, eft en état de travailler avec beaucoup plus de facilité que lorfqu il avance fa fafTure:
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- Septième Section. L Part. Maniéré de tendre les Chaînes , &c. 3 y d’im demi-quart ; à plus forte raifon eft-il plus à portée de faire bien fouvrage en ne commençant fa faillira que lorfqu’il eft à la fin ; Sc il eft certain que plus un Ouvrier s’obftine à faire les faffures longues , Sc plus il s’expofe à mal fabriquer, quelqu’attention qu’il y apporte. Il n’a pas la même aifance pour travailler ; mais la Chaîne devient plus élaftique en s’éloignant du point d’appui qu’elle a fur l’enfuple de devant, Sc la trame alors n’entre pas avec la même pré-cifion. Pour fe convaincre de ce que je dis ici, on n’a qu’à jetter un coup d’œil fur la faffure d’un Ouvrier qui travaille avec une tenfion à cheville , on recon-noîtra aifément, aux endroits de l’Etoffe où il a commencé chaque nouvelle faffure , une différence d’autant plus fenfible, que la faffure précédente aura été plus longue.
- Je ne crois pas cependant que ce {bit une défeéluofité à faire rejetter les Etoffes qu’on fabrique ainfi ; car il faudrait’ne mettre en vente aucun des Taffetas de Lyon, de Nîmes, d’Avignon, Scc, parce qu’ils font prefque tous fabriqués ainfi ; mais je fuis certain que fi on les travailloit à bafcule, ces Taffetas en feraient beaucoup plus parfaits ^ parce qu’on ne ferait de faffures que d’un pouce Sc demi ou de 2 pouces au plus. Mais voyons pourquoi les chevilles font préférées aux bafcules pour les Taffetas, Sc pourquoi on doit préférer la méthode de la figure ip aux deux autres.
- On préféré les chevilles aux bafcules, ( fuivant les figurés 19 Sc 20 ) , parce que le partage de la Chaîne faifànt dérouler l’enfuple de derrière de ce que la defcente Sc la montée des liflès fait prendre de plus long à la Soie * ne la fatigue pas, puifque le balancier fe prête à faire monter le contre-poids y, qui eft attiré par la cheville F, fig. ip, ou bien fuivant la figure 20 ; par le moyen de la poulie 0, le contre-poids R eft attiré par la éheville Q, tandis que le pas de la Chaîne s’ouvre : il eft certain que lorfque les contre-poids font bien réglés, à proportion de la Soie qu’ils doivent tendre, la Chaîne ne fouffre rien, & l’Ouvrier en travaille plus à fbn aife, parce qu’à mefure qu’il lâche la marche pour réunir les deux parties de la Chaîne qu’elle avoit fait féparer , le contre-poids reprend fa première pofition. On ne fauroit difconvenir que cette façon de travailler ne foit fort avantageufe à la confervation des fils de la Chaîne : il eft même affuré qu’une Soie tendre fouffre beaucoup moins quand elle eft ainfi employée, que fi elle l’étoit fur des Métiers tendus à bafcule. Ainfi il n’y a point de milieu ; fi l’on veut ne point tant fatiguer la Soie des Chaînes, il faut fabriquer le Taffetas en tendant les Chaînes avec la cheville ; & fi l’on veut fabriquer parfaitement, il faut la bafcule.
- On préféré la maniéré de tendre les Chaînes fuivant la figure ip, à celle dë la figure 20, parce que le balancier eft plus doux, & qu’il fe prête mieux aux efforts qu on fait efïuyer à la Soie, que la poulie ; du moins tel eft le fyftêmé reçu parmi les Ouvriers : fuivant les expériences que j’en ai vu faireSc que j’erî ai faites moi-même, je crois que l’un eft égal à l’autre, à moins que la poulîef
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- 3ff VART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- ; n'ait pas fuffifamment de jeu, ou quelle ne foit pas dun diamètre aflez grand * mais fi la poulie eft de 6 à 8 pouces de diamètre, ôc qu'on ait la précaution de la monter fur un axe bien mince , on lui procurera autant de jeu qu'à un balancier de 3 pieds ; mais ft la poulie eft trop petite, la roideur peut être comparée à un balancier très-court.
- La maniéré de tendre les Chaînes fuivant l'ufàge de la figure 2r , ne fàuroit entrer en comparaifon avec les deux précédentes : il eft même furprenant qu'elle ait trouvé quelques partifàns ; cependant elle eft pratiquée principalement dans une des Villes de Manufaétures qui eft très-bien en réputation pour fes Taffetas : Avignon , qui fe pique de bien fabriquer , tient à cet ufage ; il eft vrai qu’on ne le pratique que pour les Taffetas de Florence qu'on y fabrique* Cette méthode peut bien ne pas nuire à ce genre de Taffetas, par la feule raifon que la Chaîne ne fe raccourcit prefque pas , en comparaifon des autres genres de Taffetas. On peut la mettre en ufàge pour les petits Satins, dont la Chaîne doit rendre 5 pour le moins , autant d'Etoffe fabriquée qu’on lui a donné de longueur à l’ourdiftàge. Voyons pourquoi cette façon de tendre les Chaînes peut nuire aux autres Taffetas, &c.
- On doit faire attention que la cheville S eft fixée par la corde v, à une eftafe X9 où elle ne peut avoir aucun jeu pour fe prêter aux mouvements du travail ; ainfi à mefùre que l’Etoffe fe fabrique, le raccourciffement de la Chaîne peut faire caffer une quantité des brins qui la compofent, par le trop de roideur qu'elle acquiert, & les efforts du travail fatiguent cette même Chaîne, en ce que l'enfuple, comme on le voit par cet arrangement, ne fàuroit fe dérouler d’une ligne : il faut que toute la force que lui fait faire la levée & la defcente des liftes, foit prife fur i'élafticité de la Soie elle-même, fans quoi les fils font forcés de fe cafter.
- Cette façon d’arranger un Métier, eft plus pernicieufe à la Soie que les baf-cules les plus chargées, parce qu’au moins il eft des inftants où elles peuvent céder quelque chofe aux efforts que la Soie fait en travaillant, au lieu qu’îci on n'a rien à efpérer. (Cependant l'Auteur de cet Article dans l’Encyclopédie (*) , donne cette façon de tendre les Chaînes comme la meilleure, fur-tout pour le Damas. Il faut que celui qui a donné cet Article aux Editeurs de ce grand Ouvrage , ait voulu les induire en erreur, ou qu'il ignorât lui-même les inconvénients d’un ufàge auffi pernicieux pour les grofles Etoffes, que peu avantageux pour les plus minces. Il ignore, fàns doute, que pour fabriquer les groftes Etoffes à la Tire, il faut que non-feulement la Soie prête , mais que les engen-cements du Métier concourent à fuppléer au manque d'élafticité à la Soie. U ne favoit certainement pas que l'on prend une précaution finguliere de fe fervir des Métiers les plus longs * pour que la Soie n'ait pas tant à fouffrir des fecouftes réitérées de la Tire. Qu'en fabriquant les Etoffes façonnées, on ne doit jamais
- ( *) Lettre S, page i88 , fécondé colonne»
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- Septième Section. I. Part. Maniéré de tendre les Chaînes, 37
- changer le battant de la place où on Ta fixé , c’eft-à-dire, qu’il faut nécefîairemênt rouler l’Etoffe fur l’enfuple de devant toutes les fois qu’ on en a fabriqué un pouce Planché & demi ou 2 pouces tout au plus; & que fi Ion en fait plus long fans tirer **
- devant y on eft finguliérement gêné pour le travail. Il n’a pas pris garde qu’il fàudroit que les Faifeurs de Damas à Gênes , ou dans toute autre partie de i’Ita-lie, où il avance que ce genre d’Etoffe fe fabrique fupérieurement à ceux dé nos Manufactures de France, lâchaffent la cheville S toutes les fois qu’ils auroient fait 2 pouces d’Etoffe, & la remîffent après avoir roulé ces 2 pouces fur l’enfuple de devant. Quel dérangement ne feroit-ce pas pour un Ouvrier qui peut faire trois aunes de Damas ; car c’efi la journée ordinaire des Ouvriers que j’ai vu travailler à Lyon fur ces genres d’ouvrages ? Il fàudroit donc qu’un Ouvrier ôtât foixante-deux fois par jour fa cheville , Sc qu’il la remît autant dé fois l La chofe eft poffible , mais elle n’eft pas pratiquable: il eft certain qu’un Ouvrier perdroit la moitié de la journée à tendre & détendre fe Chaîne. Lé feroit-il foire par fon Tireur ? il n’en feroit pas plus avancé, parce que le Tireur ferait obligé de quitter fon xemple Sc de marquer fon lacs, pour aller détendre & retendre la Chaîne : il feroit plus de temps à le retrouver, quoique marqué,
- Sc à reprendre le train de l’ouvrage, que ne le feroit l’Ouvrier à reprendre fon cours Sc fa navette pour continuer fon travail. Cet Auteur dit que c’eft l’ufage des Génois ; je ne le contefterai point, parce que je n’ai pas pris la peine de m’en informer ; mais s’ils ont cette méthode , c’eft la plus mauvaife qu’ils aient pu adopter ; & je fuis certain qu’au lieu de contribuer à la perfeéHon de fou-yrage, elle doit le rendre moins égal & plus difficile à exécuter ainfi on a tort de vouloir vanter les Damas de Gênes, pour les mettre au-de (Tus de ceux de .
- Lyon Sc de nos autres Manufactures de France : il eft certain que quand nous ne fabriquerons pas auflî parfaitement que les Etrangers, c’eft que nous n’en voudrons pas prendre la peine ; Sc fi l’on prétend que les Damas de Gênes font fupérieurs aux nôtres à caufe de cette maniéré d’en tendre les Chaînes, on eft dans l’erreur; Sc j’ofe avouer que les méthodes dont nous nous fervons en France: pour tendre les Chaînes des Etoffes façonnées, quelles qu’elles foient, font les feules qu’on puiffe & qu’on doive adopter pour la perfection des ouvrages ;
- Sc j’avancerai fans crainte , que toutes les fois qu’on ne permettra pas à la Soie de jouer pour fe prêter aux efforts du travail, on aura une fabrication inférieure ,
- & on rencontrera des difficultés fans nombre : c’eft d’après mes expériences que je parle.
- Je reviens à mon objet. De quelque maniéré qu’on veuille prendre l’ufegé-de la cheville fixe pour tendre les Chaînes > on ne parviendra jamais à me per-* fuader qu il approche feulement de ceux où elle joue & fe prête aux efforts de la:
- Soie ; ainfi je paffe cet ufege à quelques Ouvriers, qui, par une.longue habitude y s en fervent pour les Taffetas ou pour les Satins légers; mais au-delà de ce§
- Etoffes, je dis qu il fout totalement fopprimer cette méthode.
- Étoffes de Soie. FIL Part.
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- 38 VAUT DES ÉTOFFES DE SOIE. .
- On a encore une quatrième maniéré de tendre les Chaînes , que fai repré-fontée par la figure 23 , où Ton apperçoit que la cheville Z eft attirée par le contre-poids s, de maniéré qu’elle s’oppofe au déroulement de la Chaîne r, qui eft pliée fur l’enfuple t. Cette maniéré de tendre les Chaînes eft fort fimple î elle eft auffi bonne que CqIIqs Jîg. 19 & 20 ; toute la difficulté qu’on peut y trouver, c’eft qu’on ne peut pas la mettre en ufage dans toutes fortes de pofi-tions de Métier , parce que fi l’enfople t fe trouve placé trop proche de la muraille , on ne peut pas profiter de la longueur de la cheville Z 9 8c quelquefois les Métiers font rangés de maniéré qu’il eft impoffible de mettre cette méthode en pratique: c’eft fins doute cette raifon qui a fait abandonner ou négliger cet ufage, parce que la longueur des Métiers occupe beaucoup de place , 8c que fouvent pour profiter de l’emplacement de la longueur du Métier , ou de la clarté qui eft néceflaire au travail , on fe prive de l’avantage que cette méthode donne par fa fimpücité.
- Le moyen de régler la tenfion des Chaînes fuivant cette quatrième méthode , eft auffi fimple que la méthode elle-même : il s’agit feulement de rapprocher ou d’éloigner de l’enfople la corde v fur la cheville, de forte qu’en l’éloignant, on donne une tenfion plus confidérable , & en l’approchant on la diminue. Si, par le raccourciflement de la Chaîne, la cheville Z prend une pofition oblique , l’Ouvrier a foin de la placer dans fon premier état, afin de fo procurer toujours une tenfion égale ; la courbure de cette cheville le facilite au point que quoi-; qu’elle ne paroifle pas horizontalement pofée, fon point de force eft toujours horizontal, qu’on ne doit lui faire perdre que par le raccourciflement de la Chaîne en travaillant. Comme il faut néceflairement que la corde v fo prête aux différentes pofitions qu’on fait prendre à la cheville, il faut quelle foit plus Ion-; gue de beaucoup que la diftance qu’on met depuis la hauteur où eft placé l’enfo-ple, julqu’à terre ; & afin que le contre-poids ne pofe pas for le plancher, on roule fur la cheville le trop de longueur de la corde, qui y eft arrêtée par un nœud, & ferrée bien fort, afin qu’elle ne puiffe pas gliflèr d’elle-même.
- Toutes les chevilles dont nous avons parlé, font fixées à leur corde, excepté celle S,fig. 2ï 9 dont la difpofition eft differente des autres : celle-ci eft nouée autour de l’eftafe X du Métier; & quand on veut déranger la cheville S de fi place, on la déroule par fon bout x, & on la retire de deflus la petite cheville y, fur laquelle elle forme un tour.
- Voilà , en général, toutes les maniérés de tendre les Chaînes avec les chevilles : voyons à préfent comment on les tend avec les bafcules , les valets f 8c c.
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- Septième Section. I. Paüt. Manière de tendre les Chaînes ,&c. 39
- §. III. Maniéré de tendre les Chaînes en fe fervant des Roulettes a rocket 9
- & des baficules.
- De la pojition des Chiens , & de l’afliijettijjement des Enfuples de devanti
- Les roulettes dentées ou rochets, font aflujetties le plus fortement poffibié à un des bouts des enfuples fur lefquels on les place, & de la maniéré que je fai expliqué ci-devant. On place toujours cet enfuple fur le Métier, de maniéré que la roulette foit à la droite de l'Ouvrier, & en dehors du Métier, de la façon qu'on le voit fig. 1, PL 4, qui repréfènte la pofition d'une roulette A , du chien 2=2^
- arrêté par un bout contre le pied du Métier C, au moyen de la vis a ; l'autre Planche bout du chien eft recourbé, & faifit les dents de la roulette. Le chien D, fig.. ^
- cl y eft fixé par un bout fur le pied de Métier E, de la même maniéré ; la roulette F, qui eft retenue par ce chien, paffè dans la fente bc 98c c'eft au bout c que les dents de la roulette font arrêtées dans cette fente , pour s'oppofèr au déroule^ ment de l'enfupie G.
- La figure 3 repréfente la pofition d'un chien H y différente des deux précédentes , & le chien lui-même eft différemment conftruit : il prend fur la roulette 19 à peu-près fuivant la tangente d.u cercle de la roulette, & eft repou fie par le reflort K y qui le contient, Sc qui eft lui-même affùjetti contre le pied de Métier L, au moyen de la vis c.
- Le troifieme chien H y fig. 3, eft différemment employé fur la, figure 4, comme on peut le remarquer en M; lavis d, qui le tient, eft plantée dans l'épaifleur de la banque JV, & Ion bout fupérieur pofe contre la roulette O 9 dont l'enfourchement qui eft au bout, reçoit l'épaifleur , & en même temps s'op-pofe au déroulement de l'enfupie, par ce moyen on peut fepafler du reffort K de la figure 3.
- On a pratiqué dçs entailles e9fi>g > fur les banques P9 Q 9R9 des figures r 9
- 2 8c 3, pour laifler pafler une partie des roulettes A 9F9I9 parce que leur cir-conférence eft plus grande que celle des enfuples contre lefquels elles font adaptées. Si l'on ne prenoit cette précaution, les roulettes appuieroient fur les banques, & empêcheroient les enfuples de tourner ; ces entailles fervent auflî à retenir les enfuples, pour qu'ils n'aillent d'un côté ni de l'autre • mais ce n'eft pas-là tout-à-fait encore la raifon déterminante, parce que les enfuples font entaillés eux-mêmes, de maniéré que les oreillons qui font plantés dans les banques , les retiennent, ainfî que je lai fait remarquer en parlant de l'enfupie figé
- 3 & 5, de la Planche précédente. Ici la principale raifon qui fait placer les roulettes dans ces entailles , eft afin que les chiens viennent mordre en droite ligne fur les dents des roulettes. Pour s’en convaincre plus certainement, il faut prendre garde que la roulette O 9 fig. 4, eft placée hors de la banque N> & que
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- 40 L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- pour faire prendre une pofition direéle au chien N* on a fixé le bout inférieur fur le bord de cette même banque, & fur fon épaiffeur. On pourrait employer au même ufàge le chien B de la figure 1 ; on n’aurait qu’à pofer la vis a fur l’épaifteur de la banque, comme eft celle d9 excepté qu’il faudroit qu’elle fût à l’autre bout de cette banque , à caufe de la conftruélion du chien ; alors la roulette feroit également retenue : c’eft; ainfi qu’en ufent certains Ouvriers. Cependant comme les vis rifquent d’endommager les banques , & de ne plus être folides par la fuite, il eft plus à propos d’attacher les chiens contre les pieds de Métier ; & dans le cas où la roulette fe trouveroit placée dehors la banque, comme elle eft fur la figure 4, il vaut mieux recourber le chien de la maniéré qu’on le voit en h9jïg. y ; par le moyen de cette courbure * il eft facile de comprendre que la petite entaille i peut porter fans obftacle fur la circonférence de la roulette, & fans rien perdre de fa force : il en coûte feulement un peu plus de travail pour conftruire ce chien ; du refte il s’oppofe avec la même force au déroulement de l’enfuple.
- Il n’y a pas grande différence entre toutes ces manières de placer les chiens par rapport à la tenfion des Chaînes ; dans le fond l’un vaut l’autre, pourvu que les chiens fbient arrêtés fblidement, que leur façon de mordre foit bien exécutée ; cependant je crois qu’on doit préférer le chien B de la figure r, comme étant le plus fimpler dans fa conftruétion, le plus facile à mettre en place & à retirer quand on veut dérouler l’Etoffe.
- Je me ferois borné à ne repréfenter que le premier chien, fi je n’avois vü dans les différentes Manufactures que j’ai parcourues, une certaine quantité des autres : au furplus je me crois obligé de rapporter tous les ufages rèçus, quand ils n’ont rien qui mérite de les faire rejetter, parce que chacun eft jaloux des méthodes qu’il a adoptées.
- Les chiens & les roulettes ne font propres qu’à retenir les enfuples, afin que l’Etoffe ne fe déroule pas par l’extenfion qu’on donne aux Chaînes ; mais Ces enfuples doivent être afliijettis eux-mêmes, pour qu’ils ne puiffent point avancer ni reculer quand l’Ouvrier trayaille ; c’eft de cet objet dont nous allons nous entretenir.
- Pour bien fabriquer une Etoffe , il faut que l’enfuple de devant foit immobile 5 fans quoi la qualité de l’Etoffe en feroit altérée, parce que cet enfuple ne pouvant fe prêter aux coups réitérés du battant fur la trame, ces coups font fur l’Etoffe tout l’effet qu’on doit en attendre ; au lieu que fi l’enfuple remue fous ces coups, l’Etoffe perd d’autant de la force qu’on veut lui procurer. On a donc toujours foin d’affujettir les enfuples fur les banques de la maniéré qu’on le voie fig. 6, où l’on peut remarquer que l’enfuple S eft placé fur les banques T9 8c tenu entre les oreillons F, V, & les taques X, X. Ces taques font des efpeces de coins de bois faits comme celui jïg. 7, qu’on place en face des oreillons, entre les pieds de Métier y >y 9 & f enfuple lui-même , de façon qu’ils pofent
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- Septième S È c T ï o N. I. Part. Manière de tendre les Chcune's, ôc. 41 dans chacune des rainures circulaires qui font pratiquées à cet enfuple, afin qu’il ne puiffe plus fe déranger de f endroit où on le fixe : f épaiffeur de ces coins eft égale à celle des oreillons, 8c la largeur des rainures eft telle , que les taques & les oreillons entrent jufte dedans fans effort ; le fond 8c le rebord de ces rainures doivent être très-unis, afin que fenfuple puiffe tourner, quoique les taques y foient placés à grands coups de marteau.
- La figure 8 repréfente le côté d’un pied de Métier vu en face par dehors : on remarque que fenfuple A eft pris entre foreillon B 8c le taque C, 8c que ce taque eft placé entre fenfuple 8c le pied de Métier E ; on appercevra facilement que l’oreillon & le taque entrent dans la circonférence de fenfuple, qui pofè précifément fur la banque F: cet enfuple eft ici dépourvu de fa roulette, afin qu’on puilîe mieux appercevoir la maniéré dont il eft placé. En faifànt attention à cet arrangement, on reconnoîtra facilement que fi l’on n’entailloit pas la banque à l’endroit de la roulette * elle poferoit deiîus de la maniéré que je l’ai fait remarquer ci-devant.
- Comme on eft obligé de ferrer les taques à coups de marteau, on excite à fenfuple un grand frottement, qui, joint à la tenfion qu’on donne à la Chaîne , fatigue extrêmement l’Ouvrier quand il s’agit de rouler l’Etoffe fabriquée. La largeur des deux banques fur lefquelles pofe cet enfuple, augmente encore ce frottement ; mais on a trouvé le moyen de le diminuer, en mettant fur chacune des banques un couffin G, fig. p , fur lequel pofè l’enfuple ; ce couffin eft fixé fur la banque if, entre foreillon /, 8c le pied de Métier K ; 8c pour que le frottement foit moindre, on fait ces couffins le plus étroits poflîble. On a foin de les placer de maniéré que les entailles de fenfuple pofent deflus, ce qui eft fort aifé à reconnoître, fi l’on prend garde que c’eft au milieu de f épaiffeur des oreillons que ces couffins font fixés. Leur élévation eft: telle * que les enfin pies étant deffus, malgré la profondeur de leurs entailles, ne puiflent pas frotter fur les banques ; pour cet effet on leur donne environ 4 à y lignes de plus que les entailles des enfuples qu’ils doivent porter, ne foat profondes ; cet arrangement n’empêche pas qu’on n’entaille la banque à l’endroit de la roulette , parce que le diamètre eft toujours d’un pouce & demi, au moins, plus grand que celui de fenfuple. On place les roulettes hors des banques le plus rarement poffible, par les raifons que j’en ai dites ci-deflfus, & afin qu’en portant contre la banque, les dents de cette roulette, ainfi que le chien 8c la vis, n’accrochent pas l’Ouvrier ou ceux qui ont affaire autour du Métier : ainfi on voit fur la banque H de cette figure, une rainure /, propre à recevoir l’excédent du diamètre de la roulette.
- Quelque foin qu’on prenne pour aflujettir les enfùples de devant avec les taques, à mefure qu’on roule l’Etoffe deffus , la rotation fait lâcher ces taques, & petit à petit ils ne ferrent que foiblement, & quelquefois point du tout 5 mais on a trouvé un moyen sûr pour que ces taques foient immobiles : on a Etoffes de Soie. VIL Paru L
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- U A R T DES ETOFFES DE SOIE.
- . placé au-devant du pied de Métier K, fig. 9, deux lames de bois m, m, fblide-ment clouées haut & bas; Tentre-deux de ces deux pièces forme une rainure ou couliffe, dans laquelle on fait gliffer le taque L : on l’enfonce à coups de marteau , autant qu’il peut entrer , entre l’enlùple & le pied de Métier ; & quand il eft defcendu auffi bas qu’il le faut, on pofe un petit boulon de fer n, dans des trous qui font pratiqués à cet effet fur les lames m, m ; ce boulon arrête le taque, qui ne peut plus remonter. On doit comprendre que les lames qui reçoivent ce boulon , font également percées, & que pour arrêter le taque, on choifît les trous qui conviennent le mieux pour ne lui laifîèr aucune liberté ; au forplus , quand il arrive que la defcente du taque ne s’accorde pas avec la hauteur d’un des trous, on met le boulon aux trous les plus près du deffus du taque, & on met entre ce boulon & le taque-, un coin de bois qu’on fait entrer à force , & on ne craint point que les taques fe lâchent.
- Plus les Etoffes qu’on fabrique doivent être fortes , & plus on doit prendre de précaution pour rendre les enfuples immobiles. Cette nécefficé a fait trouver un moyen plus certain pour fixer les taques après les avoir fait entrer à force entre le pied & l’enfuple.
- Le moyen que nous venons de voir, feroit fuffifant pour le retenir, mais on en a mis en ufàge un qui doit lui être préféré: il eft tel que la figure ro le repréfente. On remarque fur cette figure que le taque M eft placé entre deux lames de bois 0,0, qui font moins grandes que celles m, m, de la figure 9 , mais qui forment, de même qu’elles, une coulifîe dans iaqùelle on le fait glif* fer, comme nous l’avons vu plus haut** ici le taque n’eft point arrêté par un boulon de fer, c’eft une vis p qui fait cet office. Cette vis eft placée parallèlement au pied du Métier N9 dans lequel font plantés les deux pitons q , r, qui la contiennent ; le piton q forme un écrou dont le taraudage eft égal au pas de la vis p , & celui r ne fert qu’à contenir cette vis, afin qu’elle ne fe courbe pas en la faifànt tourner, foit pour ferrer, foit pour lâcher le taque ; de forte que le dedans du trou par où paffe la vis, doit être très-uni, & un peu plus grand que la vis n’eft grofle , afin de lui laiffer la liberté de tourner. On doit appercevoir que la tête de cette vis forme un anneau j , qui fert à la faire tourner au moyen d’une broche de fer qu’on paffe dedans.
- Les pitons q, r, ont leurs queues faites en vis pour le bois, comme on en voit un fig. 11, afin qu’on ne foit pas obligé de frapper deffus pour les faire entrer dans les pieds de Métier ; mais il eft à craindre que les deux trous ne s’accordent pas bien quand il s’agit de les mettre perpendiculairement l’un à l’autre. Ce n’eft pas qu’il faille une grande juftefîè pour l’emploi qu’on fait de ces vis, mais la crainte de les faire courber, a fait imaginer plufieurs formes de pitons, & différents arrangements, pour que ces vis rendent facilement l’office qu’on doit en attendre.
- On emploie des pitons comme celui fig. 12 ; on en met deux dans le même
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- Sèptïeme Section. L Part. Maniéré de tendre les Chaînes , êCà, 43 fens de ceux qr de la figure ; mais auparavant on perce le pied du Métier de deux trous aflez grands pour que la queue du piton puifle entrer ; & enfuite on place dans chacun de ces trous un piton, & on les arrête par derrière le pied de Métier avec des écrous, comme celuifig. 13: il eft certain qu’en ayant pris le foin de faire les deux trous bien perpendiculaires l’un à l’autre, & ayant eu la précaution de faire les deux pitons d’une égale longueur, fur-tout dans la partie qui doit contenir les vis, qu on doit comprendre depuis la petite plaque v , jufqu au bout de l’anneau x , fig. 12, on obferve que le piton inférieur foit taraudé, & que celui du deflùs ne le foit pas , par les mêmes raifons que fai expliquées à l’égard des pitons q , r y de la figure 10.
- Une troifieme façon d’arrêter les taques avec une vis, eft celle qui eft repré-fentée par la figure 14 : elle a été imaginée, fans doute, pour ne point percer les pieds de Métier de trop grands trous, puifqu’on a fixé les pitons a , b, fur une plaque de fer O, qui eft adaptée contre le pied de Métier P, avec des petites vis c, c, c, c, à tête fendue * qui la tiennent folidement. Ces pitons a , b , font rivés derrière la plaque O ; mais fouvent ils font faits en vis , comme celui fig. iy ; & les trous d3 d, de la plaque,^*. 163 font taraudés au même pas de la vis, qui forme la queue des pitons.
- Souvent on craint que la pointe de la vis n’endommage le deflus du taque } alors on a foin de faire pofer cette pointe fur une petite plaque de fer e9 qu’on place entre le taque Q & la vi s fi ; cette plaque a un petit trou^*, fig. 17, dans lequel pofe la pointe de la vis , à qui elle fert de grenouille ; pa r ce moyen la plaque ne peut quitter le deflus du taque, où la pointe de la vis la retient»
- On afliijettit encore les taques de deux autres maniérés ; la première , eft de clouer contre le pied de Métier la planche R9fig* 18, qui a for fà hauteur , & au milieu de fa largeur, une rainure k, en queue-d’aronde, dans laquelle glifle le taque S, qui, pour cet effet, a une languette aullî en queue-d’aronde > comme on le voit en K 9fig. 19 ; afin que ce taque ne puifle point remonter*1 on l’arrête par-deiïus avec la petite cheville i, qu’on place dans un des trous qui font pratiqués au fond de la rainure*
- La fécondé maniéré d’arrêter les taques, eft repréfentée par la figure 2ù ; ce n’eft autre chofe qu’une tringle de bois T, qu’on fixe au milieu de la largeur du pied de Métier, & for laquelle glifle le taque V ; cette tringle eft en queue-d’aronde , & le taque qu’elle reçoit a une rainure de la même forme, ainfî qu’on la voit en /, fig. 21, qui repréfente ce taque féparé de fa tringle. On le fixe au moyen d’une petite cheville n , qui le retient par-deflùs.
- Tous les moyens que je viens de mettre fous les yeux pour fixer les taques, & pour affujettir les enfuples, font en ulàge dans nos Manufactures de France, mais on doit préférer ceux qui font repréfentés par les figures io,i2 & 14, comme étant les plus folides : il eft vrai qu’ils font les plus difpendieux. On a à craindre cependant que les efforts que le taque fait pour fortir d’entre l’enfople
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- 44 EÀRT DES ÉTOFFES DE SOIE.
- „ .— & le pied de Métier, ne faflènt un peu détourner la vis qui le contient ; maïs
- Planche pOUr prévenir cet inconvénient, on arrête cette vis avec la broche de fer mj, 14, comme on le voit.
- Il femble , par cette façon d’arrêter les taques, que les enfuples ne doivent plus tourner qu’avec bien de la peine. Il y a des Ouvriers qui, pour diminuer cette réfiftance, ont l’habitude de ne mettre de taques que du côté de la roulette ; auffi arrive- t-il que leur battant ne bat jamais avec la même jufleflê que fi les deux taques arrêtoient l’enfuple ; car le côté où il n’y a point de taque ne peut pas recevoir la trame avec autant de force que l’autre , qui reçoit tout le coup : il en réfulte que le peigne fe couche ou s’ufe plus vite de ce côté que de l’autre, & d’ailleurs beaucoup de difficultés dans la fabrication.
- Cet inconvénient devient confidérable à rai (on de l’Etoffe qu’on fabrique i c eft-à-dire, que fi l’Etoffe doit être forte, le défaut eft plus confidérable que fi elle doit être mince, par la raifon qu’on frappe plus fort fur l’une que fur l’autre , puilqu’il y a des Etoffes où les taques ne font néceflàires que four contenir l’enfuple , afin qu’il n’avance ni ne recule ; du refte s’il n’y en avoit point, cela feroit indifférent. Voilà , en général, toutes les méthodes tenues parmi nos Fabriquants d’Etoffes de Soie , pour affujettir les enfuples ; je les ai toutes rapportées ici, afin de n’être pas obligé d’en parler dans plufieurs endroits de ce Traité»
- Tout ce que je viens de dire à l’égard de la folidité qu’on doit donner aux enfuples & aux taques, regarde non-feulement les Taffetas , mais encore toutes les Etoffes , tant unies que façonnées. Il faut obferver que l’on n’affujettit pas les taques autrement que ceux de la figure 6, fur les Métiers où l’on tend les Chaînes avec les chevilles * parce que toutes les fois qu’on tire une faffure, il faut retirer les taques de leur place ; au lieu que lorfque les Chaînes font tendues avec des bafcules^, on fait quelquefois les pièces entières fans les ôter de place.
- Pour que les enfuples puiffent tourner plus facilement, malgré la force avec laquelle ils font ferrés, on a le foin de fàvonner de temps en temps les endroits où les taques & les oreillons frottent, moyennant quoi on ne rencontre de difficulté à tourner, que celle qu’oppofe le poids des bafcules dont nous allons nous entretenir.
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- Des Oreillons do derrière, SC de Varrangement des Bafcules„
- . L a pofition des chiens & des roulettes, & l’affujettiffement des enfuples de devant que nous venons de voir, ne ferviroient de rien pour la fabrication des Etoffes , fi l’on n’avoit trouvé le moyen de retenir les enfuples de derrière, pour qu’ils ne fe déroulent qu’autant qu’on en a befoin pour remplacer l'Etoffe fabriquée qu’on roule ; il faut néceflàirement que cet arrangement foit tel qu’en
- travaillant,
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- Septième Section. L Part. Maniéré de te:ndre les Chaînes, 3Cc. 4ÿ travaillant, les efforts que produifent les liflès en divilant la Chaîne, ni ceux de la Tire, en en faifant lever certaines parties, n’en puiffent faire dérouler à peu-près que ce que la trame en fait éboire. On en a trouvé différents, qui ont, juf qu’à préfent, rempli cet objet : on a employé les bafcules, les cordes frottantes * les valets & les contre-poids montants ; toutes ces différentes façons de tendre les Chaînes fans les arrêter totalement, font ingénieufement imaginées. Je vais les mettre fous les yeux du Leéleur les unes après les autres ; & en les parcou-rant, nous verrons fi entr*elles il en eft quelqu’une qu’on doive préférer aux autres. Je vais commencer par la tenfion des Chaînes au moyen des bafcules ; enfuite je parlerai des contre-poids ou cordes frottantes , des valets, & je ter-minerai par les contre-poids montants*
- Les bafcules dont on fe fert pour tendre les Chaînes, ne font autre chofe que des efpeces de leviers, fur lefquels on place des contre-poids qui déterminent une force convenable pour procurer aux Chaînes la tenfion quelles doivent avoir. Je crois qu’avant d’entrer dans cette defcription , il eft à propos de faire connoître les différentes conftruétions des oreillons qu’on emploie pour porter les enfuples de derrière ; cette précaution me paroît d’autant plus effentielle, que je ne làuroîs donner la pofition d’un enfiiple, fans faire remarquer par quel moyen il eft porté ; d’ailleurs il y a différentes formes d’oreillons, fuivant les différentes conftruélions des enfuples, & parce que fouvent on eft obligé de mettre à la fois plufieurs enfuples pour la fabrication de certaines Etoffes.
- Quoique ce Chapitre paroiffe par fon titre, n’avoir de rapport qu’aux Taffetas, je crois ne pouvoir me difpenfer d’y donner tous ces différents arrangements , pour n’être pas obligé de revenir fur mes pas quand je traiterai des autres Etoffes ; au furplus on fabrique des Taffetas unis en fe fervant delà méthode de tendre les Chaînes que nous allons voir ; & quant à la multiplicité des enfuples , nous en verrons l’emploi dans les Etoffes façonnées à la marche , & plus
- amplement encore dans celles façonnées à la Tire ; alors j’aurai foin de renvoyer aux Planches qui les repréfenteront.
- La figure i, PL y , repréfente un oreillon de derrière > qui fert à porter les enfuples à tenons dé bois ; & lorfqu’on veut mettre des enfuples tout unis dans leur longueur, on a foin que l’ouverture a foit plus grande. On fait donc les oreillons à proportion des enfuples qu’on veut mettre aux Métiers ; on adapte cet oreillon devant ou derrière le pied de Métier, de la maniéré qu’il eft en A % te- 3- il y a des Ouvriers qui ont i’ufage de faire tenir ces oreillons avec des clous, haut & bas, au lieu des vis b, b ; mais lorfqu’on veut les mettre plus haut ou plus bas qu’ils ne font, il faut les arracher avec beaucoup de force, foit en frappant avec un marteau, foit en les féparant du pied de Métier B, avec un cifeau. Quelque précaution qu’on prenne à cet égard, cela n’empêche pas qu’on ne mutile le pied de Métier, & fouvent on caflè l’oreillon. Il eft cependant très-important pour la facilité de la fabrication t que ces oreillons {oient tenus Étoffes de Soie. VII. Part. M
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- art des étoffes de soif.
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- - folidement ; auffi a-t-on pris le foin de les fixer avec deux vis ; par ce moyen on peut les changer de place fans frapper & fans rien gâter*
- On place un oreillon à chaque pied de Métier de derrière, & à la même hauteur. Ces deux oreillons ne font pas toujours conftruits de même ; fouvenc on en met un comme celui qu’on vient de voir, Sc l’autre comme celui jig, 3* Ce dernier eft feulement percé d’un trou C9 dans lequel on place le tenon de l’enfuple * ou l’enfuple tout en entier, fi ce trou eft fuffifàmtnent grand ; au lieu que dans le précédent, on met le tenon de l’enfuple , ou l’enfupie lui-même dans l’ouverture C: on a foin que le fond de cette ouverture foit bien arrondi Sc bien uni, fans quoi les frottements feroient trop confidérables, afin que rien n’arrête le jeu de l’enfuple, & même on prend foin de le favonner avec du fàvon fec , pour qu’il y tourne plus facilement. On fe fort de c es deux oreillons pour un enfuple, quoiqu’ils foient différemment conftruits ; celui qui a un trou retient le bout de l’enfople, qui ne peut s’enlever par ce côté ; alors on fo contente de mettre la corde de tenfion fur l’enfuple , du côté de l’oreillon ouvert. S’il étoit poffible que les deux oreillons fulfent à trous, les enfuples en feroient mieux placés ; mais voulant mettre ou ôter les enfuples , il faudroit déplacer un des oreillons, fur-tout quand les enfuples font à tenons. Pour les enfuples qui font fons tenons, Sc dont la grofïeur eft égale dans toute leur longueur , il eft facile de les placer dans les trous des oreillons : il fuffit de les faire glifler par un bout, Sc enfuite les faire revenir dans l’autre. Il ne faut pas croire qu’on doive faire entrer un bout de l’enfuple dans un des oreillons, Sc le pouflèr jufqu’à ce qu’il parvienne à l’autre, la Chaîne qui eft roulée deffiis, en empêcheroit infailliblement ; mais on fait entrer un des bouts dans l’oreillon ou il doit refter , jufqu’à ce que l’autre bout puiffe fe trouver vis-à-vis le trou de l’autre oreillon 9 à la face intérieure, & alors on le pouffe en fens contraire de ce qu’on vient de faire. Quand les deux oreillons font ouverts, on eft obligé de mettre d’un côté la corde de tenfion, & de l’autre la corde d’oppofition de la maniéré que nous le verrons bientôt.
- On fe fort auffi des oreillons jig. 4 & y ; le premier eft entaillé en d9 & le fécond eft percé en e. Le fond de l’entaille du premier eft terminé en rond ; cette rondeur répond à la grandeur du trou e du fécond. Ces deux oreillons font conftruits de maniéré à être adaptés à plat contre les pieds des Métiers de la maniéré qu’on le voit en D ,jig. 6. Les trous f9f9f9f9 qui font à chacun de ces oreillons, reçoivent les clous ou les vis g 9 g9 g9 g9 qui retiennent l’oreillon D9jig.69 contre le pied de Métier E. Ces oreillons font toujours placés en dedans des pieds, en face les uns des autres, & à la même hauteur, afin que l’enfuple qu’ils doivent porter foit de niveau. La longueur de cet enfuple doit être jufte à l’écartement des pieds du Métier ; & en les y plaçant, on commence par pofer le premier tenon dans l’oreillon 9jig. 5 , & on fait entrer le fécond pat l’entaille d9jig. 4. On ne fo fort de cette forme d’oreillon que lorfqu’on a
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- Septième Section. I. Part. Maniéré de tendre les Chaînes, ôâ. 47 befoin de placer plufieurs enfùples, ou qu’on ne fe trouve d’enfùples libres que ceux qui font laits pour etre places entre les pieds de Métier que nous appel» Ions petits enfùples ou enfùples courts.
- Je dis qu’on ne fe fert ordinairement de ces oreillons que lorfqu’on eft obligé d’employer plufieurs enfùples pour une Etoffe, parce qu’on fabrique des Etoffes où il en faut communément trois, & quelquefois quatre; on en a fabriqué même où on en a mis jufqu a 15 & 16; cependant le plus qu’on met d'enfin pies ordinairement, eft fix, & même ce n’eft que dans des Etoffes particulières, & pour certains genres de Velours, que nous aurons occafion de voir dans le courant de ce Traité.
- Quoiqu’on mette plufieurs enfùples à la fois, on ne fe fert pas toujours des oreillons que nous venons de voir: on en a imaginé dont la conftruétion eft bien différente, & auxquels quelques Ouvriers ont donné le nom de porte-enfùples. La figure 7 en fait voir un qui, feul, peut fournir à quatre différents enfùples à la fois, ce qu’on peut reconnoître facilement par les entailles h, h, h, h, qui font propres a contenir chacune un des tenons d un enfiiple. L’ouverture de ces entailles doit être fuffifamment grande, pour que les tenons des enfùples puiftent y entrer. Le fond de chacune eft arrondi ; mais on doit remarquer que chacune de ces entailles ne communique pas au trou où refte le tenon , à angles droits ; ces entailles font obliques, & forment une efpece de crochet qui s’op-pofe à la tenfion des Chaînes, & qui contient l’enfuple au point de ne pouvoir s’échapper, même quand il n’y auroit point de cordes de tenfion.
- Quand on eft obligé de mettre plufieurs Chaînes pour la fabrication d’une Etoffe, on a grand foin de les placer les unes au-deflùs des autres : je ne dirai pas ici lefquelles de ces Chaînes doivent être placées plus haut ou plus bas 1 parce que ce n eft pas ici 1 endroit d en parler, cette explication feroit déplacée ; je dirai feulement que c eft par 1 arrangement des enfùples que ces Chaînes font chacune à la place qu’elles doivent occuper ; ainfi le porte-enfuple F., dont nous nous entretenons aauellement, doit être placé dans l’intérieur du Métier de maniéré que fon couliffeau G foit adapté le plus folidement pofïïble le long du pied de Métier, comme on le voit en H ,fig. 8.
- Par la figure 7, on voit le porte-enfuple fur une ligne horizontale, & tel que le Menuifier le fait avant qu’on le place fur le Métier ; mais il eft facile de comprendre que le couliffeau étant placé perpendiculairement au pied de Métier I fig. 8 , comme il y eft en H, le porte-enfuple K, doit fe trouver dans une po-fition oblique, puifque le couliffeau eft lui-même placé obliquement ; ainfi toutes les fois qu’on aura placé ce couliffeau en ligne perpendiculaire con’tre un pied de Métier ou ailleurs, le porte-enfuple aura fa direétion oblique. L’obliquité qu’a le couliffeau par fon affemblage avec le porte-enfuple, vient de ce que a rainure qui lui fert de coulifle 9 eft faite obliquement fur le porte-enfiiple lui-meme, comme on peut l’apperceyoir par la direétion du couliffeau fur la
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- figure 7, & par celle de la rainure L> fig. 9, qui repréfente une forte de porte-enfuple qui doit faire le pendant de celui dont nous nous entretenons , comme nous aurons lieu de fappercevoir tout à l'heure.
- J’ai fait remarquer ci-deffus que les enfuples ne dévoient pas être placés à la même hauteur ; il faut donc que les oreillons qui les portent foient pofés plus haut ou plus bas les uns que les autres ; ceft ce quôn obtient en fe fèrvant du porte-enfuple qui fait l'objet aCtuel de cette defcription : on voit par la figure 8 que le bout ï du porte-enfuple K, eft plus bas de beaucoup que fon bout l ; ainfî par cette pofition on eft certain que fenfuple qui fera porté par l'entaille fera plus bas que celui qui pofera dans celle n : par la même raifon celui qu'on mettra dans l'entaille 0, fera moins élevé qüe celui qui fera pofé dans celle p.
- Ces porte-enfuples procurent encore un avantage confidérable pour l'arraa* gement d’un Métier : ceft de pouvoir être baillés & élevés fans être fbrtis de deffus le couliffeau ; ainfi par le moyen de la cheville de fer y, qu'on met & qu'on peut retirer facilement des trous r9 r, ry r, qui font pratiqués fur la hauteur du couliffeau , 8c au milieu de fa largeur, on fixe le porte-enfiiple à la hauteur dont on a befoin. La pente que nous voyons âu porte-enfiiple, eft à raifon de 5 pouces & demi par pied ; Ce n'eft pas qu’on doive fe reftraindre rigou-reufement à cette réglé ; car il vaudroit mieux pour la fabrication d'une Etoffe, que les Chaînes fuffent tout au plus diftantes d'un pouce & demi les unes des autres du côté des enfuples de derrière, puifqu'il faut qu'à l'Etoffe elles fe réunifient toutes à un feul point ; mais certains Ouvriers, & je ne craindrai pas de dire le plus grand nombre, fans faire attention que cette trop grande diftance fatigue extrêmement la Soie, à caufe des différentes directions & des frottements plus confîdérables, préfèrent à avoir un peu plus d'aifance pour l'arrangement de la foie des Chaînes, à une plus longue, plus pénible & plus dé fa-gréable occupation ; car il n'eft rien de plus rebutant pour un Ouvrier que d'être obligé de r habiller des fils, c eft-à-dire 3 remettre au premier état les fils de la Chaîne que le travail fait cafter. Il eft prouvé que les pofitions gênantes des enfuples, contribuent beaucoup plus à cette rupture de fils que le défaut de la Soie même, en la fuppofànt convenable aux Etoffes qu'on fabrique. Il eft aufli pfouvé que les enfuples trop bas, abforbent l'élafticicé de la Soie ; & nous avons des Ouvriers en Etoffes de Soie brochées, qui ont foin de mettre leurs enfuples de derrière, à un pied plus haut que celui de devant. Nous aurons occa-fion de voir le bon effet que cela produit, quand je ferai à cet endroit de mon Ouvrage. Je dirai feulement ici que la Soie étant tendue en droite ligne, fè fatigue plus que lorfqu'étant horizontalement tendue, on la fait fléchir fur fà longueur comme une corde d'arbalète ; & que fi cette Soie croife directement contre celle qui l'avoifine, foit d'une Chaîne, foit d'une autre, elle ne-peut le faire qu’en donnant un frottement pareil à celui d'une fcie, qui ronge la Soie , & la fait cafter infenfiblement.
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- Il faut donc convenir que l’ufàge de donner une trop grande pente aux pôrte-enfuples eft pernicieux ; Sc Ton en fera encore plus convaincu , quand j’expliquerai les divers mouvements qu on fait faire à la Soie dans la fabrication des Etoffes compliquées ; car on doit préfumer que les Etoffes où il faut de quatre à fix Chaînes pour les former, exigent des arrangements particuliers & précis , & pour lefquels on ne fauroit apporter trop de foins. *
- J’ai vu des Ouvriers , dans la Fabrique que’ j’avois à Nîmes , faire deux aunes par jour de plus que d’autres Ouvriers, fur de femblables Etoffes, dans d’autres Fabriques. J’euffe d’abord imputé cet avancement à i’adreffe de l’Ouvrier, fi je né m’en étois pleinement convaincu par un moyen qui ne laîfTe aucun doute. On a mis le même deffîn, les mêmes Soies, le même Ouvrier, le même Tireur fur un Métier monté comme celui for lequel les Ouvriers ne pouyoient pas avancer l’ouvrage ; j’ai eu lieu de m’appercevoir que la différence de cet avancement, confiftoit dans celle de l’arrangement du Métier*
- Ceux qui connoiffent la maniéré de fabriquer nos Etoffes, feront peut-être forpris d’une différence de deux aunes par jour ; mais c’étoit un ouvrage peu compliqué , dans lequel il n’y avoit que le corps de maillons fans liffe, comme on fait les Prufîîennes à corps. Cet ouvrage étoit de mon invention ; je le ferai conneutre dans l’endroit des Pruffîennes. L’Ouvrier que j’avois en faifoit cinq aunes par jour. Si quelqu’un contredit ce que j’avance, ce ne feront pas les Ouvriers de Lyon en général, parce que j’ai vu à Lyon, où j’ai travaillé en qualité d’Ou^ vrier , que fi, chez les Maîtres où j’étois , je n’euffe pas fait, en droguets ordi-^ naires, ou en Taffetas façonnés, au moins quatre aunes par jour, j’aurois pafie pour un foible Ouvrier : il falloir faire des autres ouvrages, des journées proportionnées à celles que je cite.
- Si on trouve de grandes difficultés à vaincre dans la fabrication des Etoffes fimples, à caufe de l’arrangement des Métiers, que ne doit-ce pas être pouf celles qui font compliquées ? Peut-on négliger quelque chofe pour en faciliter la fabrication ?
- Je reviens à la defcriptîon de nos porte-eqfuples & oreillons ; le refte fera expliqué entièrement en fon lieu.
- Il en eft de même des porte-enfuples que des oreillons ; c’eft-â-dire , qu’il en faut un à chaque côté du Métier, afin que les deux bouts des enfuples foient portés également & de niveau ; pour cet effet on pofe un porte.~enfuple fur chaque pied de Métier de derrière, l’un devant l’autre : on prend foin que les cou^ liffeaux foient placés à la même hauteur , & dans le même endroit de la largeur des pieds de Metier , afin que les deux porte-enfuples puifîent être mis toujours a une égalé hauteur 1 un de 1 autre. Les couliflèaux font égaux en largeur , hauteur & epaiffeur ; cette epailfeur doit être plus confidérable d’environ 2 ou 5 lignes, -que la profondeur de l’entaille des porte-enfuples, afin qu’elle puiffo exceder, comme on le voit en s9 Jîg7, On prend cette précaution, pouf ÉTOFFES DE SoiE. FIL Paru N
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- que les porte-enfuples ne foient point gênés contre les pieds de Métier quand il s’agit de les faire monter ou defcendre pour régler leur hauteur.
- Pour que les couliiîeaux foient pareils, on les perce l’un for l’autre ; alors en plaçant les chevilles de fer au même endroit de l’un & de l’autre, les porte-» enfuples ne peuvent manquer d’être à la même hauteur.
- Quan3 les deux porte-enfuples qu’on emploie, font femblables à ceux F>K9 fié* 7 <& 8, on les fait l’un fur l’autre , afin que les entailles foient précifement à une égale diftance, à une égale profondeur, & que le fond en foit également arrondi.
- Quant à la rainure qui doit fervir de couliffe , quoique là direction foit oblique , il eft facile de la placer fur l’un & fur l’autre porte-enfuples, à une.même diftance de leurs extrémités, parce que ce n’eft qu’une affaire de compas.
- On prend la précaution de faire un porte-enfuple fur l’autre, pour les avoir tous les deux égaux pour un Métier , quand ils font faits , ou qu’ils doivent être faits l’un comme l’autre ; mais comme le plus fouvent on en fait un comme ceux que nous venons de voir, & l’autre comme celuïfig. 9, on ne peut pas les faire l’un fur l’autre ; on les perce feulement l’un fur l’autre, comme en t 91, r enfuite on forme les entailles fur une , en les coupant en bifeau, & de maniera qu’elles ne gâtent rien aux trous : elles fervent feulement de voie pour introduire dedans les tenons des enfuples. Il fuit de-là que le fond des entailles du porte-enfuple, fig. 7 > font égaux aux trous t, t3t , t, de celui fig. 9, de forte que ces deux pièces étant pofées fur le pied de Métier de la maniéré que je l’ai démontré plus haut, les enfuples qu’on y mettra feront placés de niveau.
- On a l’ufage de clouer contre le pied. de Métier les couliiîeaux fur lefquels gliffent les porte-enfuples, avec quatre clous v, v, v , v, fig. 9 ; il vaut mieux les arrêter avec fix vis à bois à tête perdue, deux for le milieu dë la hauteur du couliifeau , dans les trous x9x9fig.7 ; les deux vis que j’ai ajoutées pour attacher plus folidement les coulifleaux , font d’autant plus importantes, que le poids des enfuples, ceux des contre-poids qu’on eft obligé d’y mettre pour tendre les Chaînes, 8c les efforts du travail font fouvent plier ces couliffeaux , quoiqu’ils foient faits avec du bois très-dur, comme du chêne ou du noyer ; mais étant arrêtés par le milieu 8c par leurs bouts, ils paroiffent ne former qu’une feule piece avec les pieds de Métier.
- On ne met pas toujours les portes-enfoples fur des couliffeaux ; quelquefois on les affemble avec les pieds de Métier M, fig. ro : il eft vrai qu’ici l’entaille qui fert de couliffe, n’eft pas faite en queue-d’aronde, comme l’eft celle Lf fig. 9 ; mais en revanche on arrête le porte-enfople avec cinq vis a, a, a f a, b'z cette derniere eft ordinairement plus grofle que les autres. On remarque dans ce porte-enfuple que l’entaille du couliffeau ne laiffe devant que la place d’un enfu-pie § 8c qu’il y en a trois derrière.
- Il eft fort indifférent que les enfuples foient placés devant ou derrière, pourvu
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- SeItïeMe Section. ï. Part. Maniéré de tendre les Chaînes , ôc. J i qu ils foient à la hauteur où iis doivent être ; St dans le cas où la charge des enfuples St des contre-poids pourroit les faire chanceler, on étaye le bout avec une piece de bois qu’on y adapte, St qui vient jufqu’à terre.
- Cette maniéré de faire les porte-enfuples , donne quelqu’avantage à certains Métiers, en ce quils ajoutent à leur longueur; car il eft très-important que les Métiers où l’on eft obligé de fe fervir des porte-enfuples au lieu des oreillons Amples , ayent une longueur plus confidérable que les Métiers ordinaires^ Ce que je dis à cet égard a été A bien reconnu 9 qu’on a exécuté une forte de porte* enfuple en allongeait, tel que celui O ri ; ce porte-enfupie tient par un dé
- fes bouts dans l’épaifleur du pied de Métier P9 à tenons St mortaife, & l’autre bout eft foutenu par le montant Q ; & afin que le montant ne s’écarte pas de la ligne perpendiculaire , on l’aflemble par le bas avec la traverfe R, qui le lie au pied de Métier par un bout, & au montant lui-même par l’autre bout : indépendamment des tenons St mortaifes dont ces aflemblages font faits , on a foin dé les cheviller, afin de les rendre plus folides.
- On doit appercevoir par cette figure, qué*fautre côté du Métier doit être parallèle à celui que nous voyons ; auffi pour que les deux porte-enfuples né puiffent pas fe féparer ou s’écarter du point où on les fixe, on les lie par le bout au moyen de la traverfe S, St par en-bas on lie le montant Q avec fon pareil, avec la traverfo T. Ces deux traverfes font ici brifées , afin de n’êtrc pas obligé de repréfenter la figure en entier, ce qui multip.lieroit trop les définis*
- Le porte-enfupie qui doit être à l’autre côté du Métier, eft femblable à celui-ci , où il a des trous à la même diftance & hauteur du fond des entailles y, y , y >y : on les fait de même que les porte-enfuples que nous avons vus ci-deflus, c’eft-à-dire , les uns fur les autres*
- La pente qu’on donne aux porte-enfuples, fuivant Cette figure, eft d’envirort 22 lignes par pied ; de forte que fur l’enfuple le plus près du pied de Métier Py les Chaînes ne font diftantes que d’environ i J lignes, ce qui fait à peu-près 4 pouces de la plus haute à la plus baflè, ce qui fait qu’en venant du côté dé l’enfuple de devant, les pièces fe réunifient' infenfiblement à un feul pointé
- Tous les allongeaux ne font pas aflèmblés avec les pieds de Métier, comme lé font ceux que je repréfente ici ; ils ne font pas même tous foutenuspar derrières il eft vrai’qu’il y en a de beaucoup moins longs ; je le ferai remarquer tout-à-l’heure. Quelquefois on fait ces aflemblages à mi-bois ; d’autres fois on ne tiens à mi-bois que le bout des porte-enfuples St de la traverfe R, qu’on cloue contré les pieds du Métier, en dedans ou en dehors, St fuivant la longueur des enfuples.
- Tous les porte-enfuples que nous venons de voir, ne font pas ordinairement faits pour de gros enfuples, c’eft-à-dire, pour des enfuples fins tenons, parce qu il faudroit des entailles trop confidérables ; d’ailleurs il faut que les Ouvriers foient totalement dépourvus d’enfoples Ôt de facultés pour employer de gros
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- enfuples fans tenons, lorfqu’il s’agit d’en mettre plufieurs pour fabriquer une Etoffe, parce q-uil n’eft pas poffible que ces enfuples ayent aflez de jeu pour fe prêter aux efforts du travail»
- Le petit allongeau T7, ou porte-enfuple 12 , fait voir encore une forte d’oreillon différent de tous ceux que nous avons vus ; il s’aflemble avec le pied de Métier à mi-bois, comme on le voit en G, où il eft entaillé pour être joint à un pied de Métier, qu’on entaille aufli quelquefois, ou que l’on cloue par deflus , ou plutôt qu’on attache avec des vis dans le$ trous d9 d >d9d9 d.
- Il y a des Ouvriers qui préfèrent cette maniéré d’affembler les allongeaux aux Métiers, à celle des tenons & mortaifes, non pour plus de folidité aux enfuples, mais parce qu'on peut les placer à telle hauteur qu’on le juge à propos. L’entaille e de l’oreillon dont nous parlons, eft propre à recevoir un gros enfuple, Sc même ordinairement ces fortes de porte-enfuples font faits pour des enfuples fans tenons, parce qu’on ne fe fert que d’un feul ; alors on ne craint pas tant le trop de frottement, parce qu’il n’y a point de Chaînes qui puiflent nuire à celle que cet enfuple contient. * %
- La maniéré de fixer cet allongeau par le bout, eft un petit arcboutantjy, qui vient s’affembler par le bas avec le pied de Métier contre lequel l’allongeau efï fixé.
- Ce n’eft pas une réglé générale que l’allongeau dont je parle ici foit toujours adapté au pied de Métier à mi-bois , ou plaqué deffus ; fouvent il y eft affemblé de même que celui 0, de la figure précédente. Quant à fà longueur, il n’y a point de réglés qui la déterminent : c’eft à proportion de la longueur du Métier , ou fuivant l’idée de celui qui les fait faire. Quand on craint que les arcs-boutants qui les fupportent ne puiflent pas les tenir aflez fblidement, on ajoute une traverfe comme celle S9 de la figure 11, alors on eft certain que l’allongeau eft afluré en tous fens.
- Il faut remarquer que toutes les fois qu’on a befoin d’employer plufieurs enfuples pour former une Etoffe, on n’eft pas obligé de fe fervir des porte-enfuples que je viens de décrire; on devroit cependant les préférer, à caufe du peu d’embarras & du plus de régularité qu’ils procurent à l’arrangement d’un Métier ; mais fouvent on propofe à un Ouvrier de monter un genre d’Etoffe autre que celui qu’il fort de faire ;* l’Etoffe propofée exige plufieurs enfuples : l’Ouvrier n’aura que des oreillons à mettre ; il trouve moyen de les arranger comme il convient, & il fe paffe des porte-enfuples : aînfi s’il lui faut trois enfuples, il forme fon arrangement d’oreillons comme on le voit fur le pied de Métier X, jfïg. 13, où l’on voit les deux oreillons A9B9 l’un devant, l’autre derrière le pied de Métier, & celui C eft placé en dedans. On voit par cet arrangement qu’il eft facile de mettre trois enfuples en travail. Le fécond pied de Métier eflN garni de même, pour répondre à ceux-ci, & pour tenir les bouts ou les tenons des enfuples, afin qu’ils foient de niveau,
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- Par l'arrangement d'oreillons que nous voyons ici, il éft lôifible à l'Ouvrier de fe fervir des enfuples tels quil le jugé à propos pour les faire portekpr les oreillons A, B , tn foppofant que les ouvertures e9f9 foient affez grandes ; mais pour ce qui concerne l'oreillon C, il faut quil ait néceflàirement un enfra pie à tenon, afin de pouvoir le placer dans lé trou g de l'oreillon ; il faut encore que l'enfuple ne foit pas plus long que la diftance des pieds du Métier. Cependant fi on vouloit fe forvir d'un enfuple fans tenons 9 il foroit facile d'avoir des oreillons de la même forme , & dont le trou fut plus grand , ou bien d'avoir des oreillons tout ouverts par deflus > & dont l'ouverture formât un fer à che-^ yal ; alors pourvu que l'enfuple qu'on emploierait fût jufte à la longueur, ôri ferait certain du fuccès de l'arrangement 8c du travail,
- Les oreillons que repréfenteda figure 6 9 font attachés contré le pied de Métier au moyen de quatre vis ou de quatre clous. Lorfqu'on les fixe avec des clous, on abat les angles qui font autour de l'oreillon ; dé forte que depuis là trou ou l'entaille d, fig. 4, jufqu'aux bords, on voit fe former un taiut for les quatre côtés , afin de rendre l'épaiffèur moindre fur les endroits où l’on place les clous, & de les faire entrer plus avant dans les pieds.de Métier: on prend cette précaution pour rendre plus folides ces oreillons. Quelquefois on entaillé lé pied de Métier de maniéré que l'oreillon entre jufte dans cette entaille , où on le cloue après.
- Il y a encore quelques-autres moyens pour porter les enfuples. Ôn doit fo fou-
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- Venir que parmi les enfoples que j'ai reptéfentés dans la Planche 3 * il y en a un dont les tenons font de fer ; ces fortes d’enfoples ne font ordinairement erra ployés que pour les poils de Velours, ou pour les poils qui fervent à lier là dorure ou la foie fur les Etoffes façonnées : ën rie s’én fort que rarement pour les Chaînes principales. Ces enfuples ne font prefqüe jamais placés for les oreil-^ Ions ni for les porte-enfoples que nous avons vus, on les fait porter par des bandes de fer h 9 fig* 14 & 1J , qu'on adapte contre un des pieds de Métier ; ces bandes de fer font recourbées de maniéré à contenir les tenons de’l'enfople. On met ordinairement une pareille bande aü fécond pied de Métier, 8c à la même hauteur que celle-ci, pour que l'enfuple foit placé de niveau;
- On fe fort encore dé deux crochets comme Celui i, thèmefiguie ; quelquefois au lieu de deux crochets, on n'en met qu'un for un pied de Métier, 8c on met fur l'autre un piton comme celui K, qui eft à la même hauteur. On emploie enfemble le crochet i & le piton K : l'un éft fur un pied de Métier 9 l'autre fur l'autre ; alors on ne met qu'un léger contre-poids, qu on placé du côté du cro* chet, & non du côté du piton , parce que par lés efforts du travail, ou par les différents mouvements, foit du déroulement 9 foit des focouflés de la montée ou de la defcente du poil, il y aurait à craindre que le tenon rie fortît du cro-* chet, comme étant ouvert, 8c que l'enfuple rie tombât par terre;
- La bande de fer h, eft arrêtée for le pied de Métier par le moyen de cinq I Étoffes de Soie. FIL Pan, O
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- 6.
- 54 ^ U ART DES ÉTOFFES DE SOIE. fix clous ; mais on prend foin de percer l’endroit où Ion doit mettre ces clous avant de recourber la bande, & enfuite de la bien drefler fur l’endroit par où elle doit appuyer contre le pied de Métier : on la forme telle qu’on la voit
- fig* IJ-
- Les crochets Se les pitons font ordinairement faits en vis, afin de pouvoir les , placer dans le pied de Métier fans frapper : ils font faits tels qu’on les voit figé 16 Se 17. Les épaulements /, m, qui font au bas des queues n, 0, pofent contre les pieds de Métier, & ne permettent pas facilement la courbure que le poids qu’on eft obligé quelquefois de donner aux enfuples, pour roidir les Chaînes ou les poils qui font deffus, peuvent occafionner ; par le moyen de ces queues en vis, on peut facilement changer ces pitons Se crochets de place, pour les porter à telle hauteur que le cas l’exige ; auffi ces pitons font préférés à ceux qu’on conftruit comme ctim fig. 18, qu’on ne fàuroit placer qu’à grands coups de marteau, & n’arracher qu’avec de fortes tenailles,, ce qui mutile les pieds de Métier ,
- Se quon doit éviter autant qu’il eft poflible.
- Voilà, en général, tout ce qui concerne l’arrangement des enfuples, & la conftruétion des oreillons §c des porte «enfuples ; ce qu’il peut y avoir de partie culier, fera expliqué à mefure que l’occafion s’en préfentera. Il s’agit actuellement de favoir comment on range les bafcules pour tendre les Chaînes : c eft de quoi nous allons nous occuper.
- De Varrangement des Bafcules pour tendre les Chaînes pour les Etoffes de Soie.
- Savoir bien tendre les Chaînes pour fabriquer les Etoffes de Soie , eft une foience fi importante pour les Ouvriers, Se pour la perfection de la fabrication , qu’on ne fàuroit trop la recommander aux Fabriquants. Cette foience s’étend non-feulement fur la maniéré de ranger les cordes, les bafcules, Sec. mais elle embraffè la connoiffànce des qualités de Soies for lefquelles on va travailler ; il faut auffi que l’Ouvrier prenne garde que la quantité des brins de Soie dont une Chaîne eft compofée, eft une détermination pour le poids qu’on doit donner aux bafcules. Une autre attention encore eft de régler la tenfion des Chaînes à proportion de la groffeur de la trame qu’on doit employer, for-tout dans les gros Taffetas, c’eft-à-dire, dans les Gros-de-Naples, Pous-de-Soie, Sec. Il eft: facile de comprendre que pour une Etoffe dont la trame fera groffe, il faut tenir la Chaîne moins tendue que pour celle qu’on tramera fin, parce que la première raccourcit plus vîte que la féconde. Il faut donc qu’il fâche conduire la tenfion .de la Soie, pour donner aux bafcules ou aux autres maniérés de charger, le poids qui leur convient.
- Les bafcules dont on fe fort pour tendre les Chaînes, ne font autre chofe que des leviers ,fig. i, PL 6, ou comme ceuxfig. 2 & 3. Le premier de ces leviers
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- Septième Section, I. Part. Manierefle tendre les Chaînes 9ôc» y J eftfait d’une branche de bois la plus unie qu’on trouve, dont on ne prend pas la peine d’ôter l’écorce ; on choifit du bois fort 8c dur, afin qu’il ne plie pas fous la pelànteur des contre-poids qu on leur fait porter. On pratique des petites entailles aya9b 9b 9c 9 c > c9 c >c 3c ur la longueur du levier, à peu-prèsaux endroits où il eft marqué fur la figure. On obferve régulièrement que celles axa9 fbient fur la même ligne de celles c9 c9 8c que celles b, b y leur foient diamétralement oppofées. Ces entailles font néceffaires pouf retenir les cordes de tenfion 8c celles des contre-poids, que nous verrons bientôt dans l’endroit du levier où elles doivent être. Le nombre de ces entailles eft indéterminé, les uns en mettent plus, 8c les autres moins ; quelques-uns ont i’ufoge de les rapprocher davantage les unes des autres, tandis que d’autres les écartent davantage. Il eft fi difficile d’établir une réglé à cet égard * que je fois certain que dans les Manufaélures mêmes où les Direéteurs ou Maîtres fo font piqués de donner à leurs Métiers l’ordre le plus régulier, on n’a jamais imaginé d’établir des proportions dans l’ordre des bafcules 8c des leviers. Il eft aifé de fentir les caufes de cette négligence; la première eft que la plus grande partie des Ouvriers, même parmi les plus habiles, favent que le contre-poids étant plus ou moins éloigné des entailles a , a , procure une plus grande ou une moindre tenfion à la Soie ; ils lavent auffi qu’en rapprochant la corde de tenfion qui pofe dans une des entailles b 9b 9 de celle d’appui qu’on place dans une des entailles a, a, on procure beaucoup plus de poids, fans augmenter le volume du contre-poids. Ainfi quand ils ont une fois un contre-poids qui, étant placé fur la troifieme des entailles c9cyc 9c9 c9c 9 donne la tenfion qu’on defire, on ne recherche plus rien à cet égard, parce qu’on a la liberté d’avancer & de reculer ce contrepoids. Nous verrons bientôt, par l’arrangement qu’on donne aux bafcules, que les moyens de tenfion dépendent des points où l’on place le contre-poids, autant que de la pefanteur de ce même contre-poids.
- Le levier, fig. 1, eft fait d’une piece de bois équarrie, dont on fe fort quelquefois comme du levier 9fig- I ; on fait en forte que cette piece de bois foie plus large qu’épaiffe : on y forme les entailles d9 e9 e, e , e y e fur leur
- épaiffeur. Ce levier eft employé de même que celui que nous venons de voir. ♦
- La figure 5 eft un autre levier fait d’une branche de bois, commexelui fig* 1: il différé de ce dernier par les pitons g, g9 h, qui font plantés deffos & deffous ceux g9g, du côté oppofé à celui h. L’emploi des premiers eft de recevoir le crochèt de fer i, qu’on voit attaché à la corde de tenfion, fig. 4, & celui h reçoit celui iC, de la corde d’appui 9fig. y.
- Les cordes d’appui & de tenfion n’ont pas toutes de crochets, ni même de tire-fond 9 comme on en voit un à la corde fig. y. Ces cordes font toutes unies, comme celle fig. 6, c’eft-à-dire, qu’elle n a ni crochet ni tire-fond, 8c que les deux bouts m, font Amplement noués enfomble, d’une maniéré cependant à ne pouvoir échapper.
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- fô VA R T DES ÉTOFFES DE SOIE.
- Pour fixer le crochet i à la corde, fig. 4, on commence par en enfiler Tan^ neau n avec la corde A ; on fait un nœud à chacun des bouts o 9p : on replie ce dernier bout d’environ 9 à 10 pouces ; enfuice avec une ficelle un peu forte, on ferre ce bout le long de la corde elle-même avec toute la force poffible , afin que les efforts du poids que cette corde doit fupporter, ne puiffent pas faire glifler ce bout, Orna fouvent la précaution de cirer la ficelle, alors on a moins à craindre que la corde puiffe fortir du point de repliement où Ton fixe le crochet. Cette précaution eft très-effentielle pour que ce crochet ne fe dérange jamais du point où Ton a replié la corde.
- Toutes les cordes de tenfion ne font pas fufoeptibles de crochets : on emploie différentes maniérés pour fupporter les leviers ; auffi Ton peut yoir que les leviers fig. 1 & 2 , n ont point de pitons pour recevoir ni le crochet i de la figure 4, ni celui K de la figure Le tire-fond / de cette derniere figure, n’eft lié avec la corde B, que par un fimple enlacement qui eft retenu par le nœud q. Quelquefois on enfile la corde dans l’anneau r, comme elle eft dans celui s du crochet ; mais d’autres fois on arrête cette corde par une cheviller,^. 7, qui la retient par le côté du nœud v , tandis qu’elle eft attirée avec force pat celuix.
- Je dirai encore, à l’égard des cordes d’appui, fig. 5 , 6 & 7, que toutes ne font pas également arrêtées par le bas ; celle fig. y, eft arrêtée par les tire-fond^ byy, qu’on plante dans le plancher par leurs bouts faits en forme de yis;*& celle fig. 6 y eft arrêtée contre un des pieds de Métier 9 ainfi que nous allons le voir par la figure 8. Cette figure met fous les yeux le derrière d’un Métier , où l’on peut remarquer l’arrangement d’une bafcule C9 qui fort à tendre une Chaîne E, pliée fur un enfuple F. La corde de tenfion G, forme environ cinq tours fur l’enfupie , 3c ne peut pas s’écarter d’un côté ni d’autre, parce qu’elle eft contenue entre deux rebords a, b, qui, d’un côté, empêchent la corde d’aller frotter contre la foie de la Chaîne, & l’autre l’empêche de tomber entre l’oreil-lon H 8c l’enfupie ; cet enfuple eft porte par les deux oreillons H, I, adaptés aux pieds de Métier K ,L 5 qui les tiennent dans un écartement convenable à la longueur de l’enfupie, qui ne peut balotter : il n’a que la liberté de tourner , ce qui dépend de 3 à 4 lignes de jeu qu’on lui laifle entre les oreillons. La corde de tenfion eft arrêtée par un bout à un gros cloue, au moyen d’une boucle dans laquelle entre le ciou, & qui eft faite comme on le voit en £, fig. 4, où eft placé le crochet n : ici on fixe ce bout de la corde de tenfion dans un fens oppofé à celui de la corde dont nous venons de parler ; car quand dn s’en fort, on l’attache par fon bout o de la maniéré qui eft repréfentée en e, fig. 9 3 où l’on voit qu’au lieu d’un clou , on a fixé ce même bout de la corde, par un crochet/, qui eft attaché fur le pied de Métier M. La corde G de la figure 8, eft tendue par le levier C9 quelle porte différemment que celle JV9 de la figure 9, ne foutient fon levier O ; à cette derniere corde eft attaché le crochet comme celui p9
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- Septième Section. I. Part. Manière de tendre les Chaînes f &à* ÿf fig. 4 : ce crochet s’enchaîné avec le piton h, qui eft planté dans lé levier O. Il nen eft pas de même de la corde G de l’autre figure : elle enveloppe le levier € f où plutôt elle forme une grande boucle i, dans laquelle paffe le levier ; cetté boucle eft forméè d’une maniéré qui mérite d’être détaillée : elle eft faite par une efpece de nœud coulant, au moyen duquel on l’allonge & on la raccourcit autant quon en a befoin pour mettre le levier C fur la ligne qu’on doit lui donner: voici comment ce nœud eft, fait. On commence par faire un nœud K à la corde P,fig* io ; enfuite on paffe le bout de cette corde dans ce nœud avant de le ferrer, & on ne le ferre même bien fort que par le poids du levier ; car ee n’eft qu’après qu’on a éprouvé plufieurs fois la force du poids que produit ce levier, qu’on forme la boucle m9 qu’on voit ici n’être pas ferrée , pour pouvoir mieux fuivre les contours de la corde, qu’on ne pourroit pas tout-à-fait bien découvrir fur celle n de la figure 8*
- J’ai dit qu’on ne pouvoir ferrer cette boucle qu’après avoir fait èffuyer à la corde & à la boucle même 9 plufieurs efforts du poids de la balcule ; il eft même très-difficile de parvenir à l’affujettir , fur-tout quand la corde eft neuvê, <& qué la charge qu’on met eft forte, parce que cette corde qui eft dure , ne fe replié pas facilement, d’autant que fa groffeur, qui eft d’environ un pouce & demi dé diamètre, 8c la dureté de fon tors, ne lui donnent point de flexibilité. J’ai éprouvé qu’une corde neuve, dans pareille circonftance , m’a mis dans la néce£ fité de la régler vingt fois au moins avant que de pouvoir travailler avec une ten« fion égale. J’ai eflàyé plufieurs moyens pour la régler plus promptement ; je n’ai trouvé que celui de mouiller la corde à l’endroit du nœud u, où s’arrête la bou^ cle m ; mais je ne l’ai mouillée qu’après que ce nœud a été totalement ferré. On a beaucoup moins de peine à régler la hauteur des bafcules, ‘quand on peut fh fervir de cordes au-deflous d’un pouce de diamètre ; mais ces cordes ne peuvent pas réfifter à de gros fardeaux : elles ne peuvent donc être employées que pour des Etoffes peu fournies en Chaînes*
- Quelles que foient les groffeurs des cordes qffon emploie pour les bafcules j on doit avoir le foin de les faire étirer autant qu’il eft poflible, avant que de s’en fervir > parce que le poids qu’on donne aux bafcules, les allonge jufqu a un certain point ; cette longueur ne fe prend que peu à peu , & on eft obligé de régler vingt fois la tenfion d’une Chaîne avant que d’avoir trouvé le point fixe i ce qui n’arrive pas lorfqu’on a eu le foin de faire gagner à la corde toute la low gueur qu’elle peut avoir en l’étirant.
- Pour bien étirer une corde, il ne faut point lui communiquer de frottement qu après qu elle eft tendue ; on l’attache feulement par un bout à une forte che* ville ou a un fort clou qu on plante dans une folive ou dans une poutre : on met a 1 autre bout un fort contre-poids ; on laifle cette corde deux ou trois fois vingt-quatre heures dans cet état : on a foin de temps en temps de paflèr, fu£ toute fà longueur, un bout de corde qu’on noue par-deffus, & qu’on fait gou1ô| Étoffes de Soie. VIL Pan, p
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- 58 L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE*
- , tout au long, en ferrant autant qu’il eft poflible ; & quand on apperçoit quelle eft étendue autant qu’on peut l’attendre , on la met en ufage.
- Un fécond moyen pour étirer les cordes, & qui m’a paru mieux réufîif que celui que je viens d’indiquer, eft d’avoir une grande poulie fufpendue au plancher ou autre part, mais à une hauteur fuffifante pour pouvoir faire paffer deflus toute la longueur de la corde qu’on veut allonger ; on pafle cette corde fur la poulie : on attache un fort contre-poids à un de fes bouts ; on fixe l’autre bout à une cheville ou à un clou, foit par terre ou ailleurs, mais de maniéré que le contre-poids foit fufpendu , afin que la corde foit tendue dans toute fa longueur* On a foin de temps en temps de monter ce contre-poids jufqu’à la poulie, & de le faire defcendre affez bas pour que le bout oppofé de la corde vienne lui-même à fon tour près de cette poulie, On fait cette opération autant qu’il en eft befoin, ou, pour mieux dire, on la fait le plus fou vent & le plus long-temps poflîble ; alors on eft certain que la corde a acquis toute l’étendue dont elle eft fufcepti-ble ; & dès que les nœuds fe font réduits au point le plus ferré, la tenfion de la Chaîne doit être réglée : c’eft l’effet de deux ou trois heures de preffion par la bafcule.
- Je reviens à mon fujet : les bafcules ne doivent jamais être fi baffes du côté du contre-poids, que du côté de la corde d’appui : elles doivent avoir communément une pente d’un pouce & demi par pied ou environ, cependant plutôt! au-deffous qu’au-deffus ; mais jamais elles ne doivent être horizontales , à moins qu’on ne réglé la tenfion avec une précifion extraordinaire, parce que c’eft à ce point que la plus grande force de la bafcule fe fait fentir au travail : elle ceffè même alors de badiner, quand la Chaîne s’ouvre, ou que la Tire la fépare ; il faut donc que l’obliquité que la foie prend foit aux dépens de fa propre élafticité.
- J’ai fait remarquer dans la defcription des leviers, fig. 1,2 & 3, que les entailles qui font pratiquées fur leur longueur, font néceffaires pour avancer ou reculer les contre-poids qu’on met deflus. Les figures 8 & 9, achèvent de montrer que ces entailles font indifpenfables, parce qu’il faut que les cordes p ,q9 qui portent les contre poids Q , R , des figures 8 Sc 9 , foient abfolument fixes au point où on les place , quand on a déterminé la tenfion d’une Chaîne. Ces entailles font d’autant plus néceffaires, qu’on fe fert communément de leviers ronds, qu’il faut placer dans une pofition oblique. Il eft certain que fi la corde qui porte les contre-poids, n’étoit point retenue par une entaille, elle gliffe-roit infenfiblement du côté de la corde de tenfion, & bientôt la Chaîne ne fèroic pas fuffifamment tendue ; il faudroit donc fouvent revenir à la charge pour régler la roideur qu’on veut donner à la Soie. On peut aifément comprendre combien il feroit facile que le contre-poids changeât de place , fi l’on veut faire attention que les cordes p, q, qui les portent l’un Sc l’autre , ne lient pas du tout les bafcules c, o qui les portent, quelles n’y font que pofer. Il eft vrai que fi ces cordes étoient liées contre les bafcules, on ne craindroit pas qu’elles
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- Septième Section. I. Part. Maniéré de tendre les Chaînes, Sàc. changeaflent de place ; mais on ne les lie pas , 8c même on ne fauroit les fixer autrement que par des entailles : ce feroit de nouvelles difficultés pour défaire & refaire les nœuds chaque fois qu’on voudroit changer de place ces contrepoids. .
- La pofitîon où font les contre-poids actuellement > eft bien plus commode * Où peut les changer d’entaille , 8c les faire courir d’un bout de bafcule à l’autrè* en pratiquant des entailles fur toute la longueur. Cependant quand il doit f avoir une grande différence de tenfion entre les Chaînes qu’on a fabriquées, 8c celles qu’on doit employer, il vaut mieux changer de contre-poids que de trop rapprocher ceux dont on fe fert habituellement avec la corde de tenfion , parcë que quoiqu’on diminue le fardeau , on gêne le travail, en ce que la bafcule ne laifle pas fuffifamment de jeu à la Soie ; 8c plus le contre-poids fe trouve au bout de la bafcule | la tenfion étant réglée , plus le mouvement eft doux.
- J’ai éprouvé en travaillant , qu’à chaque fois qu’on ouvroit le pas de la Chaîne pour tifler ou pour fe joindre à la Tire par un lançage ou brochage > les efforts font lever le bout de la bafcule j 8c à mefure que les parties reviennent à leur repos, la bafcule reprend fà première pofîtion ; ce qui m’a prouvé fenfiblêment que la Soie ne recevoir pas toute la longueur qu’elle prenoit de plus dans fit propre élafticité. J’ai vu au contraire, qu’une Chaîne qui n’étoit pas plus chargée qu’il ne falloir , foit pour la Soie , fbit pour la qualité de l’Etoffe , dont le contre-poids étoit trop près de la corde de tenfion, la Soie recevait tout de fon élafticité ; car le mouvement que la bafcule faifoit étoit fi peu de chofe , qu’on avoir peine à l’appercevoir. J’ai voulu, dans ces circonftances, me convaincra de la caufe de cette inaélion dans la bafcule ; j’ai même été quelquefois forcé de faire cette expérience : j’ai changé le Contre-poids contre un plus léger, qud j’ai placé prefqu’au bout de la bafcule ; j’ai eu la fatisfaétion d’obtenir le même point de tenfion, & en même temps celui qui aidoit à la Soie dans fà féparation , tant des lifles que de la tire*
- Une obfervation qu’on doit faire encore à l’égard dé la pofitîon desbafcules^ c’eft de fàvoir mettre une diftance convenable entre la corde de tenfion & celle d’appui; cette corde eft appellée par beaucoup de Fabriquants & d’Oir-vriers, le tirant de la bafcule, comme quelques-uns lui donnent celui de cordé d’appui, que j’ai cru être plus analogue à fon emploi. Je n’ai pas craint de me fervir de ce nom par préférence. Celles S, T, des figures 8 8c <?, font à peu-près dans un écartement convenable, ayant depuis 3 jufqu’à 4 pouces de di£ tance : il vaut mieux donner quelque chofe de plus que de moins ; par le plus j on feroit forcé feulement de mettre des poids plus forts pour bien tendre ; mais par le moins, on tombe dans le défaut du contre-poids trop rapproché de là corde de tenfion, 8c on laifle la bafcule fans jeu. Il eft donc à propos de con-feryerune réglé convenable à la tenfion des Chaînes, fbit par les contre-poids ^ {bit par les cordes d’appui*
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- Il faut auffi faire en forte que la corde de tenfion defcende le plus perpendi* culairement poffible, pour fe joindre au levier, Sc que fbn autre bout foit de même pour être fixé foit au pied de Métier , foit ailleurs. Je dis foit au pied de Métier, foit ailleurs, parce que bien des Ouvriers, & fur-tout ceux qui onÊ reconnu la néceffité de mettre ces cordes à droite ligne de l’endroit de I’enfuple fur lequel elles font entourées , ont eu la précaution de les attacher à un tire-» fond par terre, ou bien ils placent une traverfe d’un pied de Métier à l’autre , & attachent les bouts des cordes des bafcules à cette traverfe $ en ligne direéle.
- Il n’eft guere poffible de faire venir perpendiculairement la corde de tenfion' pour fe joindre à la bafeule, toutes les fois qu’on attachera celle d’appui à un clou planté dans le pied de Métier, comme il eft en r 9fig* 8, à moins que le Métier ne foit bien large, & que i’enfuple ne (bit tout uni, comme celui V, fig. 9 > en fuppofent que la Chaîne pliée lailTe un affez grand efpace à cet enfu-pie pour pouvoir placer la corde un peu en avant, du côté de cette même Chaîne, & qu’on ait d’ailleurs eu la précaution de placer les oreillons qui portent I’enfuple , comme eft celui X, même figure, c’eft-à-dire, tout-à-fait au bord de la largeur du pied de Métier M, du côté de l’extérieur du Métier ; alors on peut, dans un cas de néceffité , arrêter la corde d’appui comme nous ïavons vue fur la figure 8 ; mais autant qu’on pourra l’éviter , on ne fera que mieux; car fi l’on confidere que quoique la corde vienne perpendiculairement dans le fens du pied de Métier, elle fe trouve oblique dans le fens contraire, parce que la corde d’appui rapproche la bafeule près de ce même pied de Métier * Sc la fait frotter contre , ce qui n’arrive pas quand cette corde eft retenue par un tire-fond j ,fig. p , qu’on a foin de planter au point qu’on juge le plus convenable , foit en arriéré, foit à côté du pied de Métier. /
- Quand les cordes d’appui font trop éloignées ou trop rapprochées de celles de tenfion , on change l’une ou l’autre d’entaille ou de piton , afin de les mettre à la diftance néceflàire. Quant aux contre-poids, on les approche & on les recule en les fupportant, ou en les prenant par la corde qui les fufpend. Ceux qui connoiflent la difficulté & la peine que donnent les contre-poids pour les changer de place, fur-tout quand ils font bien lourds, ont foin de joindre à la corde qui les fupporte, une fécondé corde comme celle 19fig. 8 , qui fert de poignée, au moyen de laquelle on tranlporte le contre-poids à tel endroit de la bafeule qu’on juge à propos , fans courir le rifque de fe blefler les doigts : on nomme cette fécondé corde de tranfporu
- Quand on veut changer un contre-poids de place, il faut avoir la précautiori de pofer le genou fur le bout de la bafeule, afin que I’enfuple ne fe déroule point, & qu’il n’attire pas avec lui la corde de tenfion , ce qui fait lâcher la foie de la Chaîne, & cela arrive indubitablement fi l’on ne retient, ou fi l’on ne fait retenir la bafeule, & le dérangement du Métier eft une perte de temps de plus de deux heures, pour retrouver le premier point* Tous
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- Septième Section. ï. Part. Maniéré de tendre les Chaînes, 3Cc. 6t
- Tous les contre-poids ne font pas fufpendus comme ceux Q > R> fig- 8 & y i il feroit cependant a propos qu ils le fufïent ; mais les Ouvriers ne prennent pas la peine de fe les procurer : pourvu quils ayent des pièces allez fortes * ils né s’embarraffent point de la régularité qu’on devroit obferver dans tout ce qui concerne l’arrangement d’un Métier. La plupart n’obfervent cette régularité qu’autant que la force les y contraint : auffi voit-on fouvent des contre-poids qui penchent d’un côté plus que de l’autre ; on en voit qui , à chaque mouvement du travail, touchent à terre, & d’autres mauvais arrangements qui font totalement nuifibles au travail ; car j’ai vu employer fix contre-poids à une feulé bafcule* tandis qu’avec trois des mêmes, on auroit pu procurer à la Chaîné toute la tenfion dont elle étoit fufceptible*
- On n’eft pas toujours obligé d’avoir des pierres percées pour y placer des pitons ou tire fonds pour recevoir les cordes de fulpenfion ; d’ailleurs on ne peut pas s’en procurer toutes les fois qu’on le voudroit ; mais on a des moyens sûrs pour placer des cordes autour des contre-poids, auxquelles on peut joindre facilement celles de fulpenfion & de tranfport : la figure 11 en fait voir uni On l’enveloppe avec des cordes, & on le réglé auffi exaélement que fi l’on avoit percé la pierre ; car fouvent même on fe lèrt d’un contre-poids percé, auquel on n’a mis ni pitons ni tire-fonds, mais feulement une corde comme celle fig^ 6, c’eft'à-dire, dont les deux bouts noués enfèmble comme en m, enfilent lé
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- trou de la pierre qui traverlè de part en part, & le nœud arrêté en defifous ; alors ce nœud n*eft pas en dehors de la pierre , parce que les bouts pourroient traîner à terre ; mais on a la précaution de faire le trou plus grand en deiîous qu’en defïus, fans cependant être conique, ou le nœud puiffè être caché en entier, Sc retenu par un épaulement pratiqué à une certaine diftance dans l’épaifieur de la pierre, de maniéré à pouvoir l’en retirer fans aucune difficulté* Revenons à la figure iï.
- On voit que la pierre A e£t enveloppée de deux tours de corde a, a , fur û longueur, de celui b fur fon épaififêur, & d’un quatrième c fur fa largeur. On voit que les cordes a,a>c9 font retenues fur la. pierre au moyen de celle b * qui forme un nœud lùr chacune, afin qu’elles ne puiflent pas aller d’un côté ni d’autre : on apperçoit en même temps que la corde e rend auffi le mêmé office à celles a, a, par-deffus la pierre , de forte que tout cet arrangement concourt à donner un point déterminé à la pofition de la corde de fufpenfion d% cette derniere corde eft formée des deux qui font attachées en e e >ffï fur les cordes a ya, & qui fe réunifient aux points g 9 g, par le moyen d’une ficelle qui les lie l’une contre l’autre, pour de deux n’en faire qu’une :on y joint la corde de tranfport h. Quand on craint que les nœuds e e, ff, ne fe rapprochent trop les uns des autres en giiflant fur les cordes a, a, on les coud avec du gros fil* ou on les attache fermement avec une ficelle, & néanmoins on pafle de la cire fur les cordes, afin que les nœuds ne puiflent pas glifler. On obferve de ne pas Etoffes de Soie, FIL Part< Q
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- ’ rJRT DES ÉTOFF ES DE SOÎÊ.
- - - - -- faite la corde de fufpenfion trop longue, parce qu’il faut empêcher que la pierre ^Planche ^
- 6 ne touche à terre ; cependant on ne doit placer la corde de tenfion que pouf
- porter la bafcule au plus bas à io pouces de terre , & au plus haut à un pied : par-là on prévient certains accidents qui peuvent arriver, tels que ceux où la corde ne gliflèroit pas fur l’enfuple, ce qui, en tirant avec force , feroit remonter la corde , & feroit frapper le bout du levier contre la Soie > qui s’en trou-veroit fenfiblement endommagée. Un autre accident qui peut arriver, eft lorfque la corde de fufpenfion caffe tout-à-coup en travaillant ; alors fi la bafcule eft placée trop haut, elle porte un coup violent contre la Soie & la cafîe. On peut cependant prévenir cet inconvénient, fi Ton veut attacher le bout de la bafcule avec une corde, qu’on fait tenir à un clou planté dans le plancher; cette corde, en même temps, fort à fixer le bout du levier à un endroit convenable ; car on eft obligé fort fouvent de fe fervir de ce moyen pour que le bout de la bafcule ne puilfe pas s’écarter ni balancer, ce qui arrive prefque toujours quand, on n’a pas eu ce foin.
- Quand on eft obligé de mettre plufieurs bafcules à un Métier, ce qui arrive quand on met plufieurs Chaînes pour une Etoffe, il faut indifpenfablement arrêter le bout des bafcules, afin que dans les balancements excités par le travail , les leviers ne paflent pas les uns fur les autres, car il en réfulteroit qu’une Chaîne feroit trop chargée, tandis que l’autre ne le feroit pas affèz : on ne fauroit prévenir cet inconvénient qu’en fixant le bout des bafcules au moyen des cordes ou autrement.
- Tous les planchers ne font pas commodes pour pouvoir y faire tenir un tire4 fond ou quelque gros clou , pour y fixer les cordes d’appui ; alors on eft forcé de recourir à quelque arrangement particulier pour fuppléer à ce défaut. Quelquefois on met une traverfe à un pouce de terre, qu’on cloue contre les pieds de Métier, & à laquelle on arrête la corde d’appui. Ce moyen eft gênant, quoiqu’on en fafle palier les bouts en dehors du Métier; tout ce qu’on peut faire de mieux en pareille circonftance* eft de clouer fortement une traverfe un peu forte contre le pied de Métier, du côté où on veut mettre la corde de tenfion, en dehors du pied, & à côté du Métier, de forte que cette traverfe forte d’en-* viron 4 à 5 pouces de chaque côté ; c’eft fur le fàiilant de cette traverfe qu’on place la corde d’appui. Pour que cette traverfe foit plus folide, on l’aiïemble avec le pied de Métier de la maniéré qui eft repréfentée par la figure 12 , qui fait voir un bout de pied de Métier B, au bas duquel eft une traverfe entaillée par-deffous en i, i, k, k: elle eft placée dans le fons de la longueur du Me-> tier; on fait fortir cette traverfe des deux côtés du Métier, parce qu’il faut plufieurs bafcules quand on a plufieurs Chaînes à la fois, & qu’on peut en même temps mettre une corde d’appui devant, & une derrière. Quand il faut tendre quatre Chaînes, on met une traverfe femblable à chacun des pieds de Métier ; on obferve même que la longueur de chacune ne foit pas la même, afin de
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- Septième Section. ï. Part. Manière de tendre les Chaînes, èc, pouvoir placer chaque bafcule de maniéré qu’elles ne s’embarraffent point entre elles. Les entailles qu on a remarquées en deflous de la traverfe, font propres à retenir la corde dappui qu’on met à chacune dés bafcules. Si Ion en fait plu-fleurs fur chaque bout de la travérfe , c eft pour regler le point d appui avec plus de précifiom
- On ne place pas toujours les cordés dé tenfion dé la maniéré qu’elles font en G 9 N>fig' 8 •<& 9 ; on peut entourer les enfuples avec ces cordes, de façon que les bouts qui viennent répondre aux bafcules 5 foient du côté oppofé aîné oreillons ; pour cet effet, on choifît le point le plus convenable à la direction dé la corde > non-feulement pour la ligne perpendiculaire , mais pour éviter que la corde ne s’écarte du côté de la Soie, quand l’enfuple n’a point de rebords pour la contenir.
- Si des deux maniérés dé placer les cordes de tenfion, on doit en préférer une, c’eft celle qui eft oppofée à la pofîtion des cordes qui font ici repréfentées $ parce qu’il eft plus naturel que les bouts des cordes qui font arrêtés au clou c, fig. 8, ou au crochet f, fig. , tiennent leur direction du côté du pied de Mé* tier contre lequel elles doivent être fixées, qu’au côté oppofé Cependant il eft des circonftances où on les place par préférence comme je les ai repréfentées! 4 lùr-tout quand on craint que les tours de la corde ne s’écartent du côté de la Soie , ou qu’ils ne tombent fur quelques défauts de l’enfuple.
- Si je n’ai pas repréfenté ces cordes dans cette derniere pofîtion , c’eft que j’ai cru qu’il étoit plus important de fairé voir les moyens dont on fe fért pour arra^i-5 ger les cordes de tenfion par leurs deux bouts, que dé n’en faire voir qu’uni Dans toute autre pofition * je n euffe fait voir que difficilement les cordes en entier ; ainfî j’ai cru même que fans multiplier les figures, je pourvois rendre fenfibles celle? dont je ne fais que parler * en les comparant les unes aut autres*
- Quand, pour une Etoffe , il faut employer plufîeurs Chaînés * il doit y avoir de l’ordre parmi les bafcules, afin qu’elles ne s’entrechoquent pas , ainfi que jé l’ai fait obferver plus haut ; cet ordre dépend de la pofition des enfuples qu’on emploie. Il faut toujours obferver la ligné perpendiculaire à toutes les cordes * autant qu’il eft poffible, ou du moins la ligne direéle, quoiqu’obliqüe. Là figure 13 nous mettra au fait de cet arrangement ; & par celui-là il fera facile de concevoir tous ceux qui pourront fe préfenter.
- D’abord on voit quatre enfuples D, E 9F,G9 portés par lés porte-enfuples H9I9 qui font adaptés aux pieds de Métier Ki L • le premier de ces pieds efi
- brifé au-deflùs du porte-enfuple, mais il laifle voir affez de hauteur pour Ta-rran^
- • *
- gement que je recommande ; & le fécond eft brifé à environ un pied & demi en deffous du porte-enfuple I, d’une maniéré qui nous laifle voir tout Tordre qu’on doit donner aux bafcules* .Ce dernier porte-enfuple eft au même point de hauteur que 1 autre : il faut le eonfidérer comme s’il étoit porté par fodt pied de
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- Planche
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- £4 L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- : Métier. Cette figure eft vue par devant ; les quatre enfuples qui y font placés $ font rangés par gradation , de forte que celui D eft le plus élevé, & celui G eft le plus bas. On voit ici l’effet de ce que j’ai expliqué dans l’article des oreillons 8c porte-enfuples ; mais on aura foin de remarquer en même temps , que dans les porte-enfuples que j’ai mis fous les yeux dans la Planche , il n’en eft point de femblables à ceux-ci. On ne fera pas furpris que quelques objets puiflènt m’échapper dans les Articles que je traiterai, mais ils feront toujours de peu de conféquence , & je me corrigerai à mefure que je m’en appercevrai*
- La différence qu’il y a entre ces porte-enfuples & ceux que nous avons vus dans la Planche précédente , eft que ceux-ci ne font entaillés qu’en a a,b b 9 & que les autres le font dans toutes les places des enfuples * c’eft-à-dire, que fur chaque porte-enfuple on voit alternativement un trou & une entaille*' comme on le voit en c, c9 d9 d. Il faut remarquer que les entailles a, û9 qui font au porte-enfuple /, font oppofées aux trous d, d9 du porte-enfuple K * & que les entailles de ce porte-enfuple font oppofées aux trous c, c, de celui I ; c’eft une forte de perfeétion de plus qu’on a donnée à ces porte-enfùples parce que i’onÇeut oppofer les bafoules l’une à l’autre, fans craindre que les bouts des enfuples puiftent s’élever 8c fortir dehors des entailles : c’eft ce que je vais expliquer.
- Quand on met la corde de tenfiort fur un côté de l’enfuple, 8C que l’autrd n’eft pas retenu par une corde à contre-poids frottant * comme on le verra dans la Planche fuivante, il faut abfolument que l’endroit où pofe l’autre bout, foit ferme , & ne laiffe que le jeu néceffaire pour que l’enfuple puiffe tourner ; fans cette précaution, à mefure qu’on tire devant, c’eft-à-dire, à mefure qu’on roule l’ouvrage fabriqué fur l’enfuple de devant, celui-ci, en fe déroulant * s’élève par le bout, puifque rien ne s’y oppofe ; fouvent ce bout s’échapperoit de fa place , 8c entraîneroit l’autre, ou * pour mieux dire , l’enfuple tomberoit par terre. Il faut donc prévenir cet inconvénient par un trou oppofé à l’entaille , ou par un contre-poids frottant ; il faut même avoir foin de placer la corde de tenfion du côté de l’entaille, 8c non du côté du trou ; c’eft pourquoi on remarque fur la figure 13 , que les cordes de tenfion Af, O9 P9 font toutes placées fur les bouts des enfuples, du côté où les tenons pofont dans les entailles a9a9b >b ,8c que les autres tenons font placés dans les trous c9c9d9d.lï s’agit de favoir fi cet ufàge prévaut fur celui de la corde à contre-poids frottant ; c’eft ce que nous allons examiner.
- Je me fuis un peu étendu fur la méthode qui, jufqu’à préfentr, a paru préfé* rable, parce qu’elle eft adoptée par la plus grande partie des Fabriquants, du moins l’étoit-elle du temps que je travaillois en qualité d’Ou vrier ; mais je penfe qu’elle vaut beaucoup moins que l’autre : voici pourquoi. Il n’eft pas poftibîe qu’on place un enfuple ou un tenon d’enfupl'e dans un trou qui lui donnera un frottement auffi dur qu’une corde qui l’entourera d’un ou deux tours : il y aura
- donc
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- ^EtîiEME Secï iDKi ï. Païli1. Manière de tendre les Chaînes, <§c. 6$ yionc une inégalité de tenfion dans la largeur d’une Chaîne, parce que pour peu que le trou où pofera cet enfuple * fe trouve plus grand que l’enfuple ou que lè tenon n’eft gros, il balottera dedans : il fera tantôt haut, tantôt bas , & jamais , ou rarement, on ne verra cet enfuple de niveau; -au lieu que fi l’on oppofe uné corde à contre-poids frottant à l’antre bout de l’enfüplè où l’on a mis la corde de tenfion , cette corde contiendra l’enfuple toujours à la même hauteur, & le v balottement n’aura plus lieu»
- On trouvera même dans cet arrangement un moyen de tendre les Chaînes avec plus de précifion, & l’on ne fera pas obligé de mettre aux bafcules un contre-poids fi pefant que celui qu’on eft/orcé de mettre quand on place un des bouts de l’enfuple tout fimplement dans un trou. L’expérience m’a prouvé que pour bien faire une Etoffe , il falloit charger les enluples également par les deux bouts ; je faifois en forte même que les contre-poids fuffent à peu-près de la même groffeur, Sc placés , autant qu’il fe pouvoir, à une diftance égale de leur corde de tenfion.
- Il ne ferait guere poffible de mettre deux bafcules à chaque enfuple , lorfc qu’on en emploie quatre pour une Etoffe ; cependant fi l’on vouloit bien combiner l’arrangement, on en viendrait à bout, même {ans beaucoup de difficultés t îi s’agiroit feulement de les bien oppofer les unes aux autres, & de les placet fur differents fens. Je ne donnerai point d’exemple à cet égard ; je me contenu terai de dire que pour éviter cette quantité de bafcules, on peut, fans rien déranger à l’ordre déterminé pour tendre trois, quatre, cinq & fix Chaînes % fe contenter de joindre à chaque enfuple une corde à contre-poids frottant, de laquelle on fait un nombre de tours égal à celui de la corde de tenfion; alors ces deux cordes tendent également, ou à peu de chofe près ; mais on eft certain que le travail en vaut beaucoup mieux* )
- Il femble cependant, en jettant les yeux fur la figure 13 , que l’on ne finirait placer un plus grand nombre de bafcules ni de contre-poids ; fi l’on veut y prendre garde , on trouvera qu’on pourrait fort bien faire defeendre des cordes entro les bafcules 5 en les faifant partir des bords e9f^g^h9 des enluples D*>E * F, G, parce que les bafeules qui répondent à ces enfuples, lailfent entr’elles affez d’efpace pour qu’une corde puifle y être mife ; quant au contre-poids 9 pourvu qu’il foit à un pouce de terre, cela fuffit.
- L’arrangement qu’on a donné aux bafcules de cette figure, eft le meilleur i elles font toutes rangées de maniéré qu’une ne .(aurait nuire à l’autre. On remar* quera que la bafcule Q eft plus en dedans du Métier que celle R ; que cette derniere a fon bout à un pouce du pied de Métier L : ces deux bafcules font toutes les deux en dedans du Métier, mais la première eft avancée au moins de y pouces de plus que la fécondé : la direction de l’une ne peut nuire à l’autre, parce que la diftance qui eft entr’elles, eft fuffilànte pour que les contre-poids S, T9 ne puiflent pas frotter l’un contre l’autre, ni même contre les bafcules^
- Étoffes de Soie. FIL Paru R
- PtANCKÉ
- &
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- ^Planche
- 6,
- Planche
- 1*
- m VA RT DES ÉTOFFES DE SOIE.
- Le levier V8c celui JT, font placés en dehors du Métier, & le premier des deux laifle autant de diftance entre lui 8c le fécond, que celui Q en laifte entre lui 8c celui R* Les deux dernieres bafcules ou leviers ne peuvent pas fe nuire , Sc encore moins avec les deux premiers, puifqu’ils ont entr’eux TépaiHèur des pieds de Métier K9 L, indépendamment de la petite diftanôe qui les fépare de ces mêmes pieds : par la diftance que les deux dernieres bafcules laiflent entre elles, on eft afluré que les contre-poidsy, ^, ont toute la liberté poflible pouf fe mouvoir, fans craindre qu’ils s’entrechoquent ni qu’ils frottent contre les bafcules voifines > néanmoins on prend la précaution de les affujettir avec de la grofle ficelle, en les attachant par le bout, 8c en fixant l’autre bout de la ficelle à un clou planté dans le plancher, ainfi que je l’ai déjà fait obferver : on prend cette précaution à caufe du balottement que le mouvement du travail excite à ces bafcules.
- Il faut encore remarquer fur cette figure , que les bouts des cordes de tenfîon M, Nf O 9 P, autres que ceux qui fupportent les bafcules , font fixes ; {avoir, ceux k9 /, au pied de Métier it, & ceux m , /z, à celui L, au moyen de crochets comme ceux o,p : les deux autres font cenfés derrière le pied du Métier*
- Les cordes d’appui q, r 9s9ty qui tiennent aux bouts des bafcules par le haut,' font fixées par le bas, ou enfilées par les traverfcs A 9B; ces traverfes font fuffifemment longues pour procurer à ces cordes un écartement convenable à la diftance qu’on doit obferver entre les bafcules : elles font entaillées dans le même fens que je l’ai fait remarquer en z, i, k, k 9fig> 12 , & au même ufege ; elles font auffi dans le fens de la longueur du Métier.
- Ceux qui ont inventé l’ufage de ces traverfes , ont rendu à la Fabrique un fervice important, qui facilite bien les Ouvriers pour ranger les bafcules ; maïs on n’a pas tout prévu dans cette invention : il falloir , au lieu des entailles, joindre des crochets à ces traverfes, comme ceux o,p, fig. 13 * afin que les cordes d’appui préfentaflent leur ouverture dans le fens qu’on voit en a, fig. 1, PL 7 ; alors on peut fort bien fe paffèr de fixer les bouts des bafcules avec de la ficelle , parce que la corde ne cherche pas à prendre une autre pofition que celle qu’on lui a donnée, & qui lui eft naturelle ; au lieu que les cordes d’appui q,r, s9t, forment un demi-tour contre la pofition naturelle qu’elles doivent avoir ; auffi les bafcules font fujettes à perdre la ligne droite quelles doivent garder avec leur point de fixation, c’eft à-dire , qu’au lieu de refter dans le fens de la largeur du Métier, qu’on voudroit qu’elles confervaflent, elles prennent une direétion toute oppofée. Cette pofition ne nuit pas précifcment à l’ouvrage , fi elle fe trouve toujours libre ; mais il arrive que les bafcules s’engagent les unes entre les autres, ou qu’elles vont s’appuyer contre la muraille ou autre part, & que leur jeu eft gêné , fi on ne prend la peine de les attacher comme je l’ai indiqué.
- La figure 1 de cette Planche, fait voir que les cordes d’appui peuvent tenir
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- Septième Section. I. Part. Maniéré de tendre Les Chaînes, êf ïes bafcules fans perdre la pofition qu’on leur aura donnée ; mais quoique le crochet b procure une bonne pofition à la corde d’appui a , celle de la corde c vaut encore mieux, parce quelle eft paflee dans les trous d, dde la traverfeB9 qui lailfent entr’eux un écartement fuffîfant pour que la corde ne puifle pas fe tordre fur elle-même , ce qui peut fort bieh arriver en fe fervaiit du crochet a, à caufe que fa groflêür n’eft pas afifez confidérable ; d’ailleurs on a l’avantage , par cette derniere, de pouvoir raccourcir la corde, en mettant entre le nœud £ 8c la traverfe D, une calcf9 qui, fuivant fa grolfeur, rend la corde g plus ou moins longue ; 8c îans l’avantage de pouvoir fixer cette corde à la longueur qu’on juge à propos, on lui donneroit une pofition plus commode , en en plaçant les deux bouts dans les trous h, h , où on les arrêterait par deflbus, alors la corde feroit exactement perpendiculaire & l’on n’auroit pas à craindre que les repliements attiraient la bafcule par des mouvements irréguliers.
- Je fais faire cette obfervatton fur l’arrangement des cordes d’appui, parce que j’ai vu certains Ouvriers qui , au lieu de corde, mettoient une efpece de chaîne qui tenoit à un piton , fuivant l’arrangement qui eft repréfenté par la figure 2 ; cette chaîne étoit formée de deux chaînons ou S, J , K ; le premier s’accroche au piton /, qui tient à la bafcule E, & le fécond fe lie avec le piton m , qui eft planté dans la traverfe F; & quand on a adopté cet arrangement, on met un fécond piton n en deflus de la bafcule , où pend le crochet 0, qu’on attache au bout de la corde de tenfion.
- Cette maniéré de fixer les bafcules, eft encore préférable à tout ce que nous avons vu jufqu’à préfent ; je fiiis perfuadé même que fi l’on pouvoir monter une chaîne jufqu’auprès de l’enfuple* on n’en feroit que mieux , parce que moins on auroit de corde, 8c moins on craindroit de dérangement par la variation des temps 8c des faifons ; car l’humidité fait raccourcir les cordes, & la féchereflb les fait allonger* On eft donc obligé de régler les bafcules toutes les fols qu’il y a quelque changement confidérable dans la température de l’air * & fi on lé néglige * on eft certain de trouver une différence fenfible dans la fabrication & dans l’Etoffe; & fi avec des chaînes de fer on éprouve quelque différence, le moyen de les remettre dans leur premier état , feroit beaucoup plus facile que de les régler avec des cordes. On n’auroit qu’à faire la queue du piton m en vis* & affez longue pour qu’elle pafsât en deflbus de la traverfe F9 8c où l’on met-troit un écrou quarré pour le retenir ; alors on pourroit attirer ou lâcher cette vis pour faire defcendre ou monter le bout de la bafcule que la chaîne gouverne : il ne feroit pas néceffaire de rien déranger du tout à la première difpofition.
- On fàifira mieux ce que je dis à l’égard des chaînes de fer, quand j’aurai lieu de faire voir des arrangements que j’ai faits en fii-de-fer pour les armures des Métiers : on fentira combien il feroit avantageux de fupprimer les cordes * au moins autant qu’oji peut les fuppléer par les chaînes ou le fil-de-fer pour les
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- Planche
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- «8 L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- ïarrangements des Métiers en général. Ce n’eft pas icifendroit d’entrer dans urï plus grand détail à ce fujet ; revenons à nos bafcules.
- On arrange encore les bafcules de la maniéré qui eft repréfentée par la figure 3 , où la corde de tenfion G, paffe à travers la bafcuie H, au-deflous de laquelle elle eft arrêtée par le nœud p ; la corde d’appui q, enfile auffi la bafcuie , & s’arrête en deffus par le nœud r; cette corde enfile en même temps le crochet; qui fe lie avec le piton v, qui eft planté dans la traverfe L
- Cette derniere maniéré de ranger les bafcules , eft en quelque forte préfet râble à celles que nous avons vues, quant aux cordes, parce qu’on a un moyen très-fimple pour les régler quand la variété des temps en altéré les premiers arrangements : d’abord il eft facile de décrocher la corde d’appui ; on la fait couler en deffus ; & fans fe donner la peine de défaire le nœud r, on a une corde fine qu’on entoure entre le nœud & la bafcuie H% d’un nombre de tours fuffifont pour la groffir, afin de la raccourcir.
- Si par la fuite il faut rendre la première longueur à cette Corde, on retire celle qui l’a couverte, & l’on en fait repofor le nœud fur la bafcuie, comme il eft dans l’état aéiuel. Si l’on trouve que cette corde foit trop courte , je veux dire qu’on ne puiffe plus la raccourcir dans certaines circonftaoces, au lieu de l’envelopper, on enveloppe la corde de tenfion entre le nœud p Sc la bafcuie ; qu’on tient par-là au point de hauteur qu’on fe propofe.
- Quand on détermine l’arrangement de cette bafcuie , il eft à propos d’étirer la corde de la maniéré que je l’ai indiqué ci-deffus , après quoi on fait attention au temps qu’il fait dans le moment, fec ou humide ; dans le cas où le temps eft bien fec , on l’arrête à hauteur qu’on le voit ici, c’eft-à-dire, fans rien inter-pofer entre au-deffus du nœud p ; & fi au contraire le temps eft humide * on met la ficelle entre un des nœuds & la bafcuie , n’importe lequel.
- Il y a un moyen infaillible, autant qu’il puifte l’être, pour s’afliirer du point quon doit déterminer pour la fixation de cette bafcuie, fans avoir égard au temps ; c’eft de faire fécher la corde près du feu ou au foleîl, & de l’employer tout de fuite : alors on l’arrange comme dans un temps fec.
- Il ne faut pas s’attendre de voir tant de foins chez tous les Ouvriers ni chez tous les Fabriquants ; il n’y a que ceux qui connoiffent l’importance de la régu« larité qu’il faut donner aux montages des Métiers, pour obtenir une parfaite fabrication , qui prennent cette peine : le nombre de ces Curieux eft le plus petit ; auffi voit-on que le nombre des Etoffes fupérieurement fabriquées eft rare. ^
- Je reviens à la figure r. L’enfuple K eft entouré d’un bout par la corde de" tenfion Z, & de l’autre côté par la corde M à contre-poids frottant ; cette derniere corde fait un tour & demi fur l’enfuple, quelquefois elle ne fait que pofer deffus : d’autres fois on lui fait faire trois, quatre, & même jufqu’à cinq tours ; mais cela n’eft pas ordinaire.
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- Septième Section. I. Part. Maniéré de tendre les Chaînes, &c. 6$
- On ne fait plufîeurs tours de cette corde fur l’enfople, lorfqu’il y a une bafo feule qui charge fon côté oppofé, qu’autant que cette charge eft infoffifànte pour la tenfîon que doit donner cette bafcule ; car dans tout autre cas on ne met cê contre-poids que pour affojettir le bout de l’enfople fur lequel on le fait pofer $ afin qu’il ne leve pas.
- Cette figure eft vue du côté de fOuvrier : on y voie cômnient le bout de la corde M eft arrêté au clou x , en dedans du pied de Métier, ce qui 9 néari^ moins, n’a rien de différent de la maniéré d’arrêter les bouts des cordes dë tenfîon qu’on met aux bafcules ; ainfî on reconnoîtra que l’une fe fixe comme l’autre;
- , , • i. .. .
- §. IV. De la maniéré de tendre lès Chaînes avec les Valets*
- • _ • ! J*
- Les valets dont on fe fort pbur tendre les Chaînes , font une forte de Bafo feules différemment conftruites & différemment pofées que celles que nou3 venons de voir , & néanmoins elles procurent aux Chaînes une tenfîon convenable;
- On n’emploîé ordinairement les valets que pour les Etoffes où il ne faut qu’un enfuple de derrière ; on trouveroit trop de difficulté à en placer plufieurs à là fois, parce que la maniéré de les pofer ne permet pas de s’en fervir comme des bafcules. On fera convaincu de ce que j’avance 9 quand on connoîtra la forme des valets , & la maniéré de les arranger.
- La figure 4 > même Planche, eft un valet tel qu’on s’en fort communément i il eft retenu par la corde B , qui fort à entourer les enfoplesj à peu-près de la maniéré dont on les entoure avec la corde dë tenfîon qu’on emploie pour les bafcules ; cette corde eft nouée en à, afin quelle né puifle pas fortir du trou h \ fon bout c eft terminé en boucle, pour pouvoir être arrête à quelques crochets ou clous, comme nous le verrons bientôt. L’entaille en demi-cercle d9 qu’on apperçoit for le valet, reçoit l’enfople C, fig. y , dans le même fons qu’on voit les deux valets D, E. Pour former cet arrangement, d’abord qu’on a placé l’enfople, on y pofe les valets ; on entoure l’enfople avec la corde E F9 par quatre ou cinq tours : on vient arrêter les bouts de cette corde contre les pieds de Métier G, H3 à un crochet ou à un clou e, planté dans un de ces pieds ; aptès cela on place les contre-poids /, K, auxquels font fixées les cordes/', g $ au moyen dfefquelles on peut les porter en avant ou en arriéré for les valets, qui font entaillés depuis h h jufqu’à i i ; c’eft par la liberté qu’on a d’avancer ou dë reculer les contre-poids, qu’on peut tendre une Chaîne plus ou moins.
- En plaçant les valets, on a foin que la corde foit arrêtée dé maniéré que leur queue ne foit ni trop haut ni trop bas ; cependant on la fixe plutôt de quel* que chofe au-deflbus du niveau, qu’au-deffus, afin que les efforts du travail ne la faflent pas monter ; car plus la queue de ces valets fo trouve élevée , & moinÿ Étoffes de Soie. VIL Part; S
- Planché
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- 'ft. ANCHE 7»
- jù ÏÎÀR T DES ÉTOFFES DE SÔÎË.
- en donné de tenlion aux Chaînes ; il en eft de même quand elles font trop baiftees»
- Pour régler la longueur des cordés de tenfion, quand otl en a environné l’en* fuple par quatre à cinq tours, on retient avec force le bout qu’on doit accrocher fur le pied de Métier , Sc on prelfe la queue du valet, afin d’étendre cette corde autant qu’il eft néceflàire pour qu’elle ne fe rallonge plus ; alors on la fixe fur le clou e, ou , pour mieux dire * on plante ce clou fuivant la longueuf de la corde. Cette méthode fouffre quelques difficultés par rapport aux temps humides Sc aux temps fecs, c’eft-à-dire , qu’il faut ou rallonger la corde * ou la raccourcir, comme je l’ai dit en parlant des bafcules $ voici les précautions qu’on prend à cet égard : au lieu de former une boucle comme Celle c, fig. 4 , on fait un nœud coulant comme celui y, qu’on voit fur la corde M 9 fig; r , au moyen duquel on peut allonger & raccourcir la boucle à fà volonté : par-là on peut tenir les valets à la même hauteur. Il y a des Ouvriers qui ont l’ufitge de mettre plufieurs gros clous fur le pied de Métier à quelque diftance les uns des autres j Sc on n’a qu’à choifir celui qui convient le mieux, fuivant que le cas l’exige. On arrête encore le bout de cette corde par un nœud K 9 fig. 6, lequel formé une boucle qu’on peut tirer facilement , Sc refaire le nœud fur le clou ni 9 qui eft cenfé planté dans un pied de Métier, comme eft celui é, de la figure $.
- La figure 7 fait voir une troifieme façon d’arrêter les Cordes de tenfion qui peuvent être allongées Sc raccourcies autant qu’on en a befoin. On pôle la corde n dans la boucle o de la corde L, Sc fur le clou p ; on obfèrve une difà tance de 5 à 6 pouces entre le bout de la boucle Sc le clou : on forme deux tours avec cette petite corde, qu’on met moins groffe de plus de la moitié que celle L, afin qu’elle foit plus fbuple.
- Quand 011 veut régler la corde de tenfion , on dénoue la corde n9 qui n’eft arrêtée que par un nœud coulant très-facile à défaire ; après lavoir dénouée, on la ferre ou on la lâche pour la fixer au point qu’on defire, & on la renoue
- comme auparavant.
- La figure 8 eft la quatrième maniéré ufitée pour régler les cordes de tenfion fuivant la température de l’air. Cette derniere maniéré eft fort fimple, Sc bientôt exécutée. On paffe la corde q dans la boucle r de celle de tenfion M; cette corde eft auffi beaucoup plus mince que celle de tenfion: on en fait quatre à cinq tours fur le clou s : on laiffe entre le clou Sc labafcule r une diftance d’un pied ou environ, en forte que lorlqu on veut régler la corde de tenfion , on déroule la corde q d’un ou deux tours, plus ou moins, fuivant qu’il en eft befoin pour l’allonger , ou bien on en forme quelques tours de plus fur le clou fi l’on veut la raccourcir.
- Si l’on compare cette méthode avec celle fig. p, ou la corde t entoure le boulon de fer v par fes deux bouts à la fois, & dont le repliement s’enchaîne
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- Septième SecîîôhT t. Part. Manière de tendre les Chaînes, c5c 7t avec la bafcule x de la corde de tenfion N 9 on trouvera que cette derniere méthode ne fàuroit régler les cordes de tenfion avec autant de précifiûn que là précédenté ; parce qu’ici fi la circonférence du clou ou boulon eft’ d’un pouce ; èn déroulant un tour de la corde t, on donne 6 pouces, & on ne pourroit pas en moins donner ; mais avec la Corde précédente, fi on déroule un tour de là corde, on ne donne de longueur à la corde de tenfion ; que la demi-valeur de îa circonférence du clou s, fur lequel elle eft placée. Il eft donc certain quori peut mieux régler une longueur, en donnant ce qui lui faut par gradation| que Idrfqu’oit eft obligé de trop donner * ou dé ne donner pas allez;
- Les moyens que je viens de mettre fous les yeux pour allongea du rac-~ courcir les cordes de tenfion , peuvent être mis en ufage pour les bafcules qüës nous avons vues ci-devant * comme pour les valets dont nous nous entretenons : il eft même des Ouvriers qui en font ufage.
- Je reviens à la figure y, pour faire remarquer que pour régler la tenfion d’une Chaîne , il fuffit d’écarter les contre-poids I, K, à la diftance qu’il doit y avoir entre lés cordes f> g9 Sc l’enfuple C\ cette diftance n’eft déterminée qu’enl railon de la tenfion que peut exiger la Chaîne, Sc par la lourdeur des contrepoids ; ainfi cette lourdeur étant une fois déterminée, fi l’on veut tendre avec force y on recule les cordes f $ g, jufqu aux encoches des valets D> E, les plus Voifines de /, i -, Sc pour leur donner la tenfion moindre, on les approche des encoches vers k9 h; ainfi de l’une à l’autre de ces encoches9 en allant de i, i en hyh 9 on diminue la tenfion d’une Chaîne * Sc en rétrogradant on l’augmente.
- On n’emploie pas toujours deux valets pour la tenfion d’une Chaîne , le plus fouvent on n’en met qu’un feul : il eft vrai qu’alors on met un contre-poids frottant comme celui A %figi i ; cependant avec deux valets ori eft plus a même de régler la tenfion d’une Chaîne, qu’avec un, parce que fi l’on met les cordes des Contre-poids dans la troifieme ou quatrième encoche, Scc, & que l’on n’ait pas alfez dé tenfion > ou qu’on en ait trop, on peut les reculer toutes lés deux, ou les avancer ; Sc fi les. ayant reculées ou avancées , on trouve que par toutes les deux on ait donné trop de poids ou qu’on en ait trop ôté * il eft loiftble d’en remettre une à fon premiér point, & de changer f autre en avant ou en arriéré, fuivant l’exigence des cas* ainfi qu’on peut le voir fur la figure, en faifinc attention que la corde/, qui porte le contre-poids /, eft plus avancée vers l’em fuple C9 que ne l’eft celle g\ d’ailleurs les contre-poids peuvent être plus pefants les uns que les autres; cependant on doit* autant qu’il eft poflible , non-feulement placer les contre-poids à égale diftance de l’enfuple, mais on doit obferver que ées contre-poids foient d’une pefanteur égale, afin que l’en-fuple foit également retenu par fes deux bouts. Un feul valet peut, par la pofi-' fion qu’on lui donne, procurer trop ou trop peu de tenfion ; on a alors la' re(Tource d augmenter de( force le contre-poids , mais ce n’eft jamais avec le même avantage.*
- P làn crié
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- PLANCHE
- ï*
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- y* DA RT DÈS ÉTOFFÉS DE SOIE.
- La figure y fait voir le Métier par derrière : on peut remarquer que les valetâ ont environ 2 pieds & demi de longueur, ce qui demande un efpaCe plus con-lidérable pour remplacement du Métier ; mais on a trouvé un moyen pour fè feryir de ces mêmes valets, fins pour cela être obligé d'avoir un plus long emplacement*
- Les figures 10 8c 11 repréfentent cet arrangement; en commençant par celle ïo, on voit que le valet O eft renverfé fens-deffus-deflous ; mais auffi au lieu d etrè en dehors du Métier, il eft en dedans , de forte qu’il fè trouve en tout dans un fens contraire à ceux de la figure dont nous nous fommes entretenus. Lé moyen dont on s’eft fèrvi pour le contre-poids, eft ingénieufement trouvé : il eft vrai quil eft plus compliqué, mais il n’eft pas plus difficile de régler la ten-! fion des Chaînes ici, qu’il ne 1 eft à la figure y ; d’abord la corde de tenfion P * eft également placée fur l'enfuple Q, que le font celles E, F, dé la figure y ; la feule différence confifte dans un demi-tour de plus ou de moins à l’une qu’à l'autre* Cette corde eft arrêtée par un bout noué au valet O , comme celle B Feft à celui A >fig. 4, & l’autre bout eft arrêté à un clou a, de même que nous l’avons vu fur celui e, de la figure y : on peut auffi l’arrêter par les mêmes moyens que repréfentent les figures 6,7,8 &9 ; il s’agit feulement d’en tiret les avantages que j’ai rapportés. Ici au lieu que le contre-poids R foit fùfpendu directement au valet, comme le font ceux 1 > K 9 il eft attaché au bout de la corde S , qui eft fixée au bout b du levier T, qui, lui-même , eft ’fufpendu au plancher par la corde C, au bout de laquelle eft une boucle enfilée par le clou d, qui eft cenfé planté à une poutre ou à une folive. A l’autre bout de ce levier, eft attachée la corde V$ dont le bout inférieur eft terminé par une boucle e, qu’enfile le bout du valet O ; ainfi c’eft de ce contre-poids que la Chaîne reçoit toute la tenfion qu’on peut lui procurer ; & je ferai remarquer de plus que par cet arrangement, on a un double moyen d'augmenter ou de diminuer la force du contre-poids ; premièrement en avançant la boucle e de la corde E le long du valet, du côté f, on diminuera le poids à proportion de ce qu’ort l'avancera ; mais on ne fiuroit l’augmenter par ce moyen, qu’en le reculant du côté g. Le fécond moyen eft de faire gliflèr le balancier T, dans le nœud de la corde C : pour peu qu’on connoiffe les proportions du levier, on verra qu’en approchant cette corde fur le balancier du côté b, on alégira le poids ; au lieti que fi on l’approche du côté h, on l’augmentera. On a encore l'avantage que ce valet n’occupe pas plus de place qu’une bafcule ordinaire.
- On ne met ordinairement à un Métier qu’un valet, quand on fe fert de cet arrangement ; je n’en fiis pas la raifon, mais je penfè qu’il vau droit mieux en mettre deux , pour régler également la tenfion d’une Chaîne.
- On prendra garde que, lorfqu’on place les valets de la maniéré que1 nous venons de voir, on ne fe fert que des oreillons fermés, c’eft-à-dire, percés feulement, afin que la pofition du valet ne faffe pas fortir l’enfuple de fi place*
- La
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- Septième Section. I. Part. Maniéré de tendre les Chaînes, 73
- La figure 11 repréfente une troifîeme méthode propre à régler la tenflon d’une Chaîne par les valets : elle ne différé de celle que nous venons de voir, Plan qu’en ce qu’au lieu d’un balancier, la corde X, qui attire le valet y , parte fur ^ une poulie i, qui roule dans la chappe k, fixée au plancher par la corde /, qui eft accrochée au clou m. Le feul avantage de cet arrangement, eft que les valets ne tiennent pas plus d’emplacement que le Métier ; du refte le plus ou moins de tenflon dépend d’avancer la boucle n de la corde Xy fur le valet y, plus ou moins du côté de l’enfuple Z ; 8c la groffeur du contre-poids une fois déterminée, ainfî que la grandeur de la poulie i, rien ne peut augmenter ni diminuer la tenfion que ce que je viens de dire.
- La corde de tenfion O, eft rangée de même que celle P de la figure précédente , conféquemment elle produit les mêmes effets, 8c elle eft fufceptible d’être réglée de même.
- Jufqu’à préfent je n’ai point expliqué quelle forte d’enfuple on emploie lorf-qu’on fe fert des valets : ce font ordinairement des enfuples fans tenons & tout unis ; cependant on en emploie quelquefois qui font à tenons, ainfi que je l’ai repréfenté par la figure , où, pour mieux faire appercevoir l’arrangement de la corde Fy j’ai repréfenté le pied de Métier G, brifé dans l’endroit où pofe l’oreillon qui porte l’enfuple de ce côté-là.
- On doit fe fervir indifpenfablement d’enfuples tout unis 8c fans tenons, lorf-qu’on met les valets en dehors des Métiers ; il faut même que ces enfuples foient au moins d’un pied plus longs que le Métier n eft large, afin que cet excédent puiffe contenir l’épaiffeur du valet & les contours de la corde de tenfion tout à la fois. On ne met les valets en dehors du Métier, qu autant que la largeur de ce Métier ne feroit pas fuffifànte pour contenir à la fois la largeur dei la Chaîne, & celle que le valet 8c la corde de tenfion doivent occuper.
- Par les figures y, 10 & 11, on voit les valets placés dans l’intérieur du Métier ; mais il faut avoir foin qu’ils foient éloignés des Chaînes au moins de 3 pouces, 8c que les cordes de tenfion foient toujours pofées entre les valets & 1
- les pieds de Métier ; d’ailleurs il feroit très-difficile de les pofer autrement à moins qu’on n’arrêtât les cordes de tenfion à terre, à-plomb de l’endroit de l’enfuple où elles devraient pofer.
- Les deux parties de la corde X^fig. r r, pafïènt en dedans du Métier fiiivant que la figure les repréfente ; mais fouvent on en fait paffer la moitié d’un côté de l’eftafe, & l’autre moitié de l’autre, c’eft-à-dire , un côté en dedans du Métier, & l’autre en dehors, ce qui ne fait cependant aucun changement dans le travail ni dans la tenfion ; mais je me fuis apperçu que c’étoit ou par idée, ou pour éviter les frottements.
- Pour éviter la dureté du frottement que peut occafîonner l’entaille des valets mordants fur les enfuples, on a foin de les faire très-ronds, très-unis 8c polis ,
- 8c dont 1 ouverture foit allez grande pour que l’enfuple y tourne fans gêne : en ÉTOFFES DE SoiE. FIL Parc. T
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- 74 L’ART DES ETOFFES DE SOIE.
- _______ outre on a grand foin de la favonner dans toute fon étendue, obfervant de ne
- Planche point pofer le valet nouvellement làvonné, fur 1 endroit ou doivent pofer les
- cordes de tenfion , Car elles glifleroient trop.
- Si par hafard, ou par manque d’attention, on avoir favonné l’endroit des cordes de tenfion, le feul remede qu’on ait à porter, eft celui de laver l’enfuple pour enlever le favon , le fécher avec un linge, enfuite le couvrir de cendre feche tout autour, & le relîuyer ; & pour enlever le favon qui pourroit relier aux cordes, on les frotte avec un linge rude, ou bien avec une corde lôuple, dont on entoure celles qui ont du favon, & qu’on fait courir delTus avec force ; après on y met de la cendre feche, qu’on fecoue enfuite. U eft des Ouvriers qui mouillent la corde pour enlever le favon : ils y réuffiffent ; mais tant que la corde eft humide, on ne peut pas travailler commodément : au lieu qu’ayant enlevé le favon comme je viens de l’indiquer , on peut travailler tout de fuite comme li rien n y avoit touche.
- Tels font, en général, les moyens de tendre les Chaînes avec des valets. Voyons ce que c’eft que de les tendre à contre-poids frottant.
- §. V. De la maniéré de tendre les Chaînes a Contre-poids frottant.
- ' On tend les Chaînes à contre-poids frottant, ou corde frottante, quand on Planche " ne veut ni bafcule, ni cheville, ni valet. On a vu quelque chofe de cet ufage 8* dans la première figure de la Planche précédente, où l’on a repréfenté un de ces contre-poids qui failbit pendant avec la bafcule.
- La figure i de la Planche 8 , fait voir deux de ces contre-poids dans l’état on on les emploie pour tendre les Chaînes. Les cordes de tenfion A, A, entourent l’enfuple B de la même façon que nous avons vu que celles des bafcules entouraient les leurs ; la feule différence ici confifte en ce que ces cordes répondent précifément aux contre-poids, en forte qu’une feule corde fuffit pour chaque côté de l’enfuple, puifque les contre-poids C,C, y font attachés. Cette figure fait voir que les cordes AtA, font arrêtées par leurs bouts aux clous a, a, qui font plantés aux pieds de Métier D, D; que ces cordes font rangées de maniéré que les derniers des tours qu’elles font toutes deux du côté de la Chaîne, font les bouts qui répondent aux contre-poids ; & que ceux qui font du côté des oreillons E, E, font ceux qu’on attache aux pieds de Métier. Par la pofition de ces cordes, on doit concevoir que cette figure eft vue par le devant du Métier : la pofition des oreillons l’indique aufli ; mais on ne fe trompera jamais pour reconnoître de quel côté une figure repréfente un Métier, quand on faura que la Chaîne fe déroule toujours en delîùs, & dans le même fens qu’il a été repréfenté par la figure ip de la Planche 3, qui fait voir la maniéré de tendre les Chaînes avec les chevilles, en fe fervant du balancier.
- La figure a repréfente un Métier fur lequel la Chaîne eft tendue à corde
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- Septième Section. I. Part. Manière de tendre les Chaînes, ôc. 7 y frottante, vu par derrière : ici les contre-poids F, F, G, G> font différemment fufpendus que ne le font ceux: Cy C> de la ligure précédente ; ils ont leurs cordes de fupport enfilées à une barre de bois H, fulpendue par les cordes de tenfion /,/; ces cordes environnent l’enfùple K aux extrémités : leur bout oppofé à celui qui porte les contre-poids, eft arrêté aux clous bb, plantés dans la largeur des pieds de Métier L, Z.
- Cette maniéré de tendre les Chaînes , n’eft pas, à beaucoup près , auffi avantageufe qte celle que nous avons vue par les bafoules & par les valets, parce qu’on ne fàuroit augmenter ou diminuer la tenfion des Chaînes, quen diminuant ou en augmentant la force des contre-poids, ou en faifànt plus ou moins de tours de cordes.
- Si l’on a adopté cet ufàge, c’eft qu’on a trouvé beaucoup moins de difficultés dans l’arrangement^ mais on a plus de peine à entretenir une tenfion égale ; cependant elle eft reçue par beaucoup d’Ouvriers qui s’en fervent, & qui la mettent au-deflus de toutes autres. Comparons les maniérés de régler les contrepoids , repréfentées par les figures 1 & % , & nous verrons quels foins on doit y apporter.
- La figure 1 n’a que les deux contre-poids C, C; la Chaîne leve gros dans fon commencement, c’eft-à-dire, qu’elle augmente le diamètre de l’enfuple ; alors il faut que la charge foit plus forte que lorfque cette Chaîne eft aux trois quarts, à moitié ou au quart : il faut donc à mefure alégir cette charge ; il en réfulte que l’Etoffe eftinégale, qu’il fe caffe une quantité de fils, & qu’on y a une perte de temps proportionnée à ce dérangement. On a l’habitude d’employer cette méthode dans quelques Villes de Manufactures, & particuliérement à Paris : on s’en fert même pour des Etoffes qui exigent des charges extraordinaires ; fouvent les contre-poids font d’une telle pefànteur, qu’il faut être deux ou trois perfonnes pour les placer. La groflèur de ces contre-poids devient d’autant plus incommode, quon ne fauroit les employer fans qu’ils frottent contre les pieds de Métier, & alors on n’eft jamais sûr d’avoir une tenfion réglée. L’embarras que donnent les gros contre-poids pour les placer & pour les ranger , a fait trouver le moyen d’en employer plufieurs à la fois d’une groffeur médiocre : c’eft en faifant fupporter la barre Hyfig. 2 , par les cordes de tenfion /, /; on enfile les cordes de fupport c9c> d >d3 avec cette barre, SC enfuite on enfile avec la même barre les boucles e, e, des cordes de tenfion : cette barre n’eft ici que pour recevoir ou pour fupporter les contre-poids ; du refte elle n’a aucune propriété pour régler la tenfion des Chaînes, c’eft-à-dire y que de quelque maniéré qu’on y mette les contre-poids, on n’obtient ni plus ni moins de tenfion. On peut cependant tirer quelqu’avantage de cette barre pour régler la tenfion des Chaînes : il s’agit feulement d’avoir de petits contrepoids pour joindre aux gros ; mais il faut obferver qu’en commençant une Chaîne, il y ait de ces petits contre-poids, pour pouvoir ôter de la charge
- Planche
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- 76 L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE, r à mefure qu’on apperçoit que la roideur devient plus forte. Il faut faire attention que non-feulement la diminution de la Chaîne fur l’enfuple, la rend elle-même plus tendue, mais l’humidité y contribue aulîi, fuivant que je l’ai fait remarquer à l’endroit des bafcules & des valets.
- Pour placer ou déplacer les petits contre-poids fur la barre H, il n’eft pas befoin de la déranger ; on fe contente d’en attacher la corde de fupport delfus , par un noeud coulant qu’on défait facilement. J’ai vu dans un Atelier un arrangement fort ingénieux : on fe lervoit d’une barre placée comme celle-ci ; St au lieu de contre-poids, on y avoit fufpendu une caillé qui tenoit prefque toute la longueur du Métier : elle étoit pleine de pierres grolîès & petites, qui équi-valoient enfemble au poids qu’on vouloit donner pour tendre de la Chaîne: à mefure que cette tenfion foufFroit quelqu’altération, on mettoit ou on ôtoit des pierres, & parce moyen on régloit très-bien la tenlion de la Chaîne.
- Ceux qui ne fe fervent pas de la barre, ne làuroient régler cette tenlion avec autant de facilité que ce que nous venons de dire ; mais s’ils font attachés à leur ulage, ils peuvent joindre de petits contre-poids aux gros, pour pouvoir en ôter ou en remettre quand le cas l’exige ; cependant on doit préférer les bafcules & les valets aux cordes à contre-poids frottant. Voyons actuellement les avantages des contre-poids montants.
- §, VL Des Moyens de tendre les Chaînes avec des Contre-poids montants.
- D e toutes les maniérés dont on fe fert pour tendre les Chaînes, il n’en eft point qui puilfent procurer une aulfi parfaite égalité dans la tenfion, que les contre-poids montants ; mais on ne fauroit les employer à toutes fortes d’Etoffes, à caufë de la grolfeur des contre-poids qu’il faudroit employer : aufîl efl-ce la méthode la moins en ulage, excepté pour la fabrication des Gazes ; car pour les autres tilîiis elle eft prefqu’abandonnée. Cependant on devroit s’en feryir pour les Etoffes légères par préférence à toute autre, & l’on feroit alluré de la plus grande égalité dans la tenlion. On aura lieu de reconnoître ce que j’avance , dans le parallèle que j’en ferai avec les autres méthodes : arrêtons-nous auparavant à la defoription.
- La ligure 3 repréfente un enfople M 9 fur lequel les cordes de tenlion iVV N, fe roulent a mefure qu’on tire devant l’Etoffe fabriquée. Le Métier eft vu par derrière : on ne fauroit faire dérouler la Chaîne O, làns attirer les contrepoids Py Py par l’enroulement des cordes de tenfion auxquelles ils font attachés; Ici ces cordes ne font aucun frottement fur l’enfuple M, parce qu’elles font accrochées aux petites cheviiiesjf, qui font plantées dans l’enfuple ; ces petites chevilles ne font point à demeure : on a même fouvent befoin de les ôter, pour des raifons que j’expliquerai ailleurs. Il fuffit de remarquer que les cordes de
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- Septième S e g t i o n. L Part. Maniéré de tendre les Chaînes, &c. ff tenfion font actuellement environ un tour fur l’enfuple , & quelles font accrochées aux petites chevilles/’,/’, par leurs boucles g , g.
- J’ai dit que les cordes de tenfion N, N, fe roulent fur i’enfuplé M, à mè^ fure que la Chaîne O fe déroule , jufqu à ce que les nœuds k9 h, foientmon^ tés à environ 2 pouces près de l’enfuple ; alors l’Ouvrier eft obligé de quitter Ton ouvrage , & de venir faire defcendre ces contre-poids jufqu à un pouce dé terre : c’eft une fujétion qui a rebuté plufieurs Ouvriers , non pas à caufe du dérangement que cette méthode occafionne , mais parce que fi l’Ouvrier ne fait attention que les contre-poids font montés près de l’enfuple, & qu’il veuille tirer , il eft dans le cas d'arracher une partie de la Chaîne ; d’ailleurs fi l’on tra« vaille lorfque les contre-poids touchent l’enfople, on cafte des fils plus qu’à l’ordinaire i il Faut donc qu’un Ouvrier foit très-exaét à faire defcendre les contre-poids avant qu*ils foient contre l’enfuple. C’eft firns doute cet incon-^ vénient qui a Fait imagiiïer à certains Ouvriers le moyen de fe fervir des contrepoids montants, {ans être obligé de les faire defcendre que toutes les fois qu’ils avoient fabriqué d’Etoffe la longueur du Métier; car ici on ne peut faire tout ail plus, fans Fe déranger, qu’une longueur d’Etoffe égale à la diftance des contrepoids , ou plutôt des nœuds h 9 h9 à l’enfuple Mf à 2 pouces près 9 en y comprenant ce dont la Chaîne s’éboit, ce qui peut faire environ de demi-aun® feulement. Cette longueur n’eft pas bien confidérable : auffi a-t-on trouvé lé moyen dont nous allons nous occupen
- La figure 4 fait voir que la corde de tenfion Q9 peut fournir au roulement dé l’enfuple , une longueur bien plus confidérable que celles N9 iV/de la figuré précédente, puifqffelle peut être roulée d’une longueur égale à celle qui fo trouve entre le contré-poids R & la poulie S ; plus on éleve la chappe T9 & plus la corde de tenfion petit être longue * plus auffi on peut tirer d’Etoffe devant j avant de faire defcendre le contre-poids à terres
- Les Ouvriers qui favént mettre de l’ordre dans leur ouvrage, déterminent la longueur de la corde de tenfion telle qu’il la faut pour fournir à l’Etoffe qu’on fabrique pour employer la Chaîne qui forme la longueur d’un Métier ; & après que cette longueur eft tiflue, ils defcendent le contre-poids à fon premier points parce qu’à chaque longueur f Ouvrier eft obligé de faire un arrangement à la foie, d’où dépend néceflairement le moyen de l’employer ; c’eft pourquoi il attend à ce moment pour mettre en ordre là corde de tenfiom
- Je dois faire remarquer ici que cette corde fe roule fur l’enfuple P9 dans lé même fens que les cordes de tenfion fc roulent fur celui M9 de la figure précédente , qui fait voir le Métier par derrière : ici nous le voyons en partie par devant, & on voit qüe la corde de tenfion eft accrochée à la cheville i 9 qui eft fur l’enfuple P9 par là boucle K, dans le même fens que lé font celles^, g, dé la figure précédente , avec laquelle celle-ci ne différé que par la pofition de la corde de tenfion, qui, pour fe rouler fur l’enfuple * vient d’en-haut par 1© Étoffes de Soie. FIL Part Y
- ?1 jysÉaife Planché fc
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- 78 l’ART des étoffes de soie.
- moyen de la chappe T> qui eft pendue au plancher par la corde m, qu on Volt accrochée au clou n, Il y a cependant encore une différence entre ces deux figures * qu’on ne fouroit appercevoir, à caufe de leur différent point de vue ; t’ett que les oreillons de fer qui portent les enfuples fur la figure 3 , font ouverts par-deffus, Sc l’enfuple M néanmoins ne fauroit fortir, parce que les contre-poids tendent à le retenir continuellement. Il n’en eft pas de même de l’enfuple V de la figure 4 : il faut néceffoirement que ce qui lui fort d’oreillons foit fermé en tous fons ; ainfi on en place les tenons dans deux pitons qui font plantés dans les pieds de Métier de la même façon que je l’ai démontré fur la fin de l’Article concernant les oreillons. Les tenons de cetenfuple font de fer , de même que ceux 0, 0, de la figure précédente; Sc les oreillonsp, font auffi de fer , Sc adaptés aux pieds de Métier y 9y, avec des clous ou des vis à bois j mais les pitons qui portent l’enfuple V de l’autre figure, font plantés eux-»4 mêmes dans le pied de Metier Z.
- Lorfqu’à l’une & à l’autre de ces deux figures, on veut arranger les cordes de tenfion , on le fait de maniéré que ces cordes fo roulent fur l’enfuple fans qu’un tour chevauche fur l’autre, ce qu’on obtient facilement en plaçant la boucle de la corde un tant foit peu obliquement, on eft certain auffi que la corde fo roulera du côté de l’obliquité; ainfi fi l’on veut que les tours des cordes couvrent l’enfuple entre les chevilles t, t, qui les tiennent & les pieds de Métier , on donne cette obliquité du côté des pieds de Métier ; fi, au contraire , on veut faire rouler les cordes entre ces mêmes chevilles & la Chaîne, on range la corde dans un fons oppofé. Ce que je dis à cet égard , réuffit fort bien dans l’un Sc l’autre cas ; mais il faut que la corde de la figure 4 foit placée dé maniéré que la poulie S , fur laquelle elle pafle , foit pofée en ligne direéte fur la petite cheville i, fons quoi elle prendroit fon roulement du côté où û ligne la dirigeroit. On préféré toujours de faire rouler les cordes du côté des pieds de Métier, de peur que quelqu’accident ne la ramene fur la Soie. On doit auffi laiffer entre la cheville Sc les pieds de Métier, un efpace affoz confidérable pour contenir tous les tours que la corde doit faire fur l’enfuple avant de defoen-dre le contre-poids, afin qu’elle ne tombe pas fur les tenons de cet enfuple.
- J’ai dit plus haut que les chevilles auxquelles on accroche les cordes de tenfion , ne font pas fixées aux enfuples, qu’elles y font feulement placées dans des trous faits exprès ; la raifon de cette mobilité vient de ce que , lorfqu’on a à defoendre les contre-poids , on commence par tirer la cheville du contrepoids qu’on veut defoendre 5 d’abord que cette cheville ne retient plus, la corde eft entraînée par le contre-poids qui la fait dérouler, ou plutôt la fait glifler fur l’enfuple , de maniéré que fi celui qui s’occupe de ce foin, n’y tenoit la main , (sette corde fo fépareroit de l’enfuple avec d’autant plus de rapidité, que le contre-poids à qui elle tient foroit plus lourd ; mais l’Ouvrier a foin , en tirant la cheville, de retenir d’une main la corde fur l’enfuple ; & quand la cheville
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- Septième Section. î. Part. Maniéré de tendre tes Chaînes \ Stc. y$ eft tirée, il retient cette corde avec les deux mains, il la laide couler tout dou-cernent jufqu a ce que le contre-poids foit defeendu à la hauteur où il doit êtrè pour recommencer à travailler, & le plus bas poflible, fans toucher a terre ; alors il en arrête la corde avec la même cheville qu’il avoit ôtée, qu’il replace dans le trou le plus à portée de fendroit où doit être arrêté le bout de là corde t on a même la précaution de faire cinq à fix trous autour de l’enfuple fur la même ligne circulaire, pour mieux régler la hauteur à laquelle on doit mettre lé contre-poids. On n’a rien de déterminé pour placer cette cheville à demi-tour * ou à trois-quarts de tour , &c. de l’enfuple ; c’eft la diftance qu’il y a entre le contre-poids & le fol qui le détermine, en préférant toujours le plus de longueur poflible pour la cordé, fur-tout quand on en a auffi peu qu’en donne la figure 3*
- Quand on veut être sûr de cet arrangement, ôn fé fer t, à chaque contré-* poids , d’une corde dont la longueur foit telle, que lorfque lé contre-poids eft à la hauteur où il doit être, il en refte au moins un tour, & quelque chofo dé plus, afin qu’on ne foit pas dans le cas de faire prendre à la corde une route pour l’autre , par exemple , du côté de la Soie, tandis qu’il doit être dirigé du côté du pied de Métier.
- Par la figure 4 on né voit qu’une cordé de ténfion ; j’eüffé pii repréfentér iâ fécondé y mais elle devient inutile à ma defeription : d’ailleurs il eût fallu répré-fenter un Métier tout entier , ce qui auroit fait plus de la moitié d’un deffin , & qui, pour cela, n’eût pas donné plus de clarté à mon fujet*
- J’ai vu mettre en ufage, pour les contre-poids montants, une troifieme méthode qui procure une fuffifante longueur aux cordes de tenfion, & de laquelle la figure y va nous entretenir.
- D’abord les cordes A, A, font arrêtées fur l’enfuple B de la même façon que le font celles N, N, Q , des figures 3 & 4, aux enfuples M, V ; les contrepoids C y C > font pendus au-defious de l’enfuple , comme le font ceux Py P>fig* 3 ; niais ils ont chacun une petite chappe q, q , renverfée y qui cdn^ tiennent chacune une poulie r , r, fur lefquelles paflenc les cordes de tenfiori AyAy qui font arrêtées par un bout aux chevilles t, t, & par l’autre à la barré Dy qui eft portée par lès deux efpeces d’oreillons E, E, attachés au-deflus de l’enfiiple , contre les pieds de Métier F y F : par cet arrangement ces cordés fo trouvent moufflées ; de forte qu’à mefure que l’enfuple les attire, elles né fo# raccourciflent que de la moitié de ce que l’enfuple en reçoit, c’eft-à-dire , que ft l’enfiiple attire un pied de cette corde, les contrepoids ne montent que dé 6 pouces ; & fi l’on a> demi-aune de diftance depuis les poulies des contré-poids jufqu’à l’enfuple, on n’a befoin dé défcendre ces contre-poids que toutes les fois qu’on aura fait une aune d’Etoffe.
- Comme c’eft un principe de mécanique, qu’on perd en force ce qu’on gagné en vîtefle, & réciproquement ; on eft obligé f avec cet arrangement, de mettrë
- PlanchI
- Mi
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- Planche 3. i
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- Sô L’JRt DES ÉTOFFES DE SOIE.
- s un poids plus du double plus lourd que pour l’autre ; je dis plus du doublé $ parce qu’à caufe des frottements, le double ne fuffiroit pas pour obtenir le même effet ; cependant plus l’enfuple fera gros, plus on trouvera d’avantage, parce que le levier eft alors plus long.
- En formant l'arrangement que nous venons de voir, on prend garde que la partie de la corde qui tient à la barre, foit placée de maniéré à guider celle qui fe roule fur l’enfuple, afin qu’elle fe place dans le fens qu’on a déterminé > foifc du côté de la Chaîne, ou du côté des pieds de Métier*
- Je ne crois pas qu’on doive préférer cette derniere méthode aux deux précédentes , à caufe de la grofleur des Contres-poids quelle exige. Je n’ai jamais éprouvé l’effet que cet arrangement procure au travail ; mais je le crois plus doux pour la Soie, parce que la chute des contre-poids, en fe remettant du tiraillement que fait la marche qui ouvre le pas pouf recevoir les duites de la trame , cette chûte ne doit par conféquent pas être fi rude qu’avec les contrepoids précédents, qui font abandonnés à leur fèul mouvement, & qui retombent fur eux-mêmes* * *
- Il eft facile de régler les cordes de tenfion à contre-poids montant, tant dans les unes que dans les autres méthodes que nous venons de voir ; mais il n’efi pas facile de régler les contre poids, parce qu’on n’a aucun moyen pour diminuer ou pour augmenter cette tenfion , que d’augmenter ou de diminuer les contrepoids eux-mêms : il eft vrai qu’une fois qu’on en a fàifi le point, on n’a pas beaucoup à craindre le changement de temps, parce que le fec & l’humide n’influent guere fur la tenfion de ces contre-poids, d’autant qu’il n’y a que le frottement des tenons, qui font de fer, & qui pofent dans de petits oreillons de la même matière * fur qui l’humide ni le fec ne portent pas beaucoup d’atteinte , fur-tout quand on a eu la précaution d’y mettre un peu d’huile d’olive. On a cependant à craindre quelque changement dans la tenfion des Chaînes, quand la Soie diminue de fbn volume fur l’enfuple, alors on eft obligé de diminuer la force des contre-poids.
- VII.Parallèle entre l’ufdge des Contre-poids montants & des Bafculess
- Valets SC Contre-poids frottants.
- J’a i dit au commencement de l’Article concernant la tenfion des Chaînes â contre-poids montant, que de toutes les méthodes, c’étoit celle qu’on devoif préférer, à caufe de la perfeélion qu elle procure aux Etoffes, & à caufe de la facilité qui en réfulte.
- Il eft certain qu’on ne fàuroit fabriquer aucune Etoffe fans partager la Chaîne en deux parties, égales ou non, mais il faut néceffairement qu’elle fè dîvife, fans quoi on ne fàuroit y introduire la trame. Cette divifion ne fàuroit fe faire fans faire former aux deux parties de la Chaîne qui fe féparent une ligne oblique *
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- Septième Section. I. Part. .Manière de tendre les Chaînes, SCc, 8r ainfi que je 1 ai déjà fait remarquer 5 de cette obliquité ne peut fe faire qu’aux dépens defélafticité de la Soie, ou par le fecours de la flexibilité des contre-poids qui la tiennent tendue. Suivant la méthode des bafcules, des valets SC des contrepoids montants , on eft sûr qu’ils fe prêtent un peu ; mais quand la trame a ébà une certaine longueur de la Chaîne, la force de la tenfion fait céder auxfrotte^ ments des cordes, & l’on entend un effort qui fait craquer l’enfuple, qui eft obligé de tourner par la feuie tenfion de la Soie en fe déroulant ; comme ce déroulement n’a point de réglé , il fe fait à raifon des oppositions qu’il rencontre , c eft-à-dire, que fi les cordes de tenfion laiflent un peu de liberté à ce déroulement, cette Soie qui étoit tout-à-l’heure trop tendue, devient trop lâche dans le même inftant ; ainfi en fuivant tous ces mouvements par degrés 4 on trouvera que chaque coup de navette peut former un changement dans le tiflu d’une Etoffe. Il n’en eft pas de même avec les contre-poids montants, parcë qu’à quelque hauteur qu’ils foient, ils impriment la même force fur la Chaîné qu’ils tendent ; non-feulement les contre-poids montent quand on roule fui l’enfuple de devant l’Etoffe fabriquée, mais ils montent à chaque coup dé navette de tout ce que ia trame fait éboire la Chaîne. Il eft donc certain qu’à quelque point qu’on foit de l’ouvrage, la tenfion eft toujours la même ; & que s’il fe trouve quelques inégalités dans les Etoffes ainfi fabriquées, elles ne peuvent être attribuées qu’à la faute de l’Ouvrier, & à la différence indifpen-; fable qu’il y a du point où commence de frapper le battant quand on a tiré devant , & celui quon a fabriqué quand on veut retirer. Cette différence entre les mains d’un bon Ouvrier, eft de fi peu de conféquence, qu’on peut la compter' pour rien.
- — . * •>
- Il feroit à fouhaiter pour la fabrication des groffes Etoffes, qu’on pût fe fer-*’
- vir des contre-poids montants ; mais cela n’eft prefque pas poflible , à caufe dé la grofleur des contre-poids qu’il faudroit employer ; car fi pour une bafcule où
- un valet, on met un contre-poids de trente livrés, il en faudra un de cent où environ à contre-poids montant. Ce que j’avance ici eft facile à concevoir, fi l’on veut faire attention que les bafcules & les valets, indépendamment des contre-poids, oppofent au déroulement de la Chaîne le frottement de la corde de tenfion , à raifon du nombre de tours quelle forme fur l’enfuple -, tellement: que fi l’on emploie un contre-poids de quinze livres, & qu’on falîè cinq tours fur l’enfuple avec la corde de tenfion, il en faudra un de plus de vingt livres 4 fi l’on ne veut mettre que quatre tours de corde ; & fi l’on diminue d’un tour encore, on aura toutes les peines imaginables à tendre la Chaîne * en y met? tant même un poids de quarante livres ; & pour peu qu’une Chaîne foit forte 4 ôn ne fàuroit la faire avec deux tours de cordes fur l’enfuple, quand même on y mettroit deux cents pefant. J’ai voulu éprouver jufqu’à quel point je pourrois charger une bafcule en ne faifànt que deux tours entiers avec la corde de tenfion * j’ai chargé jufqu’à faire cafter cette corde fans pouvoir faire fabriquer; Etoffes de Soie. VII. Parti X
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- PlANCîlé
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- j?LANCHE
- Si L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- quatre pouces d’Etoffe : cela vient de ce qu’il n’y a que le frottement de îa corde de tenfion qui retienne le déroulement de la Chaîne ; & pour peu que ce frottement cede, rien ne peut y fùppléer.
- On fait plus ou moins de tours fur un enfuple, à raifonde la grolTeur des cordes ; fi une corde eft mince, il faut en faire plus de tours : il ne faut cependant pas employer des cordes trop minces , parce que la force des contre-poids les fait bien vite caflèr, à moins que ce foit pour une Etoffe mince ; car pour toutes greffes Etoffes, une corde d’un pouce de diamètre n’eft pas trop groffe, & même ne l’eft pas affez, fur-tout quand on ne met qu’une bafcule ou qu’un valet ; fi l’on en met deux à un enfuple, on peut mettre les cordes plus minces , les contre-poids moins pefants, & faire moins de tours fur l’enfuple, & cependant on obtiendra une tenfion plus sûre, plus régulière, & plus facile à régler.
- On doitauffi régler le nombre des tours fur les enfuples, à raifon de la valeur des cordes de tenfion, c’eft-à-dire , que fi une corde eft neuve, elle a un frottement plus dur & plus mordant qu’une corde déjà ufée ; aïnfi on doit faire moins de tours avec la corde neuve qu avec la corde vieille , & neanmoins on obtiendra une tenfion auffi forte.
- Les contre-poids montants ne font lufceptibles que de la force qu on doit leur donner, mais il vaut mieux les ranger avec des cordes déjà ulèes, qu avec des cordes neuves, pourvu cependant quelles portent les contre-poids, parce qu elles font plus fouples , & quelles fe plient mieux fur les enfuples.
- Si l’on n’étoit pas obligé de faire les enfuples qu’on emploie pour les contrepoids montants avec des tenons de fer, on pourroit leur faire lupporter de plus forts contre-poids : on feroit affuré d’une plus belle fabrication. On pourroit cependant employer les enfiiples a tenons de bois, 5c meme les enfuples lan9 tenons, mais les frottements que ces derniers enfuples auront à effuyer, feront beaucoup plus confidérables que ceux des tenons de fer qui pofent fur le fer même, & qu’on peut adoucir par le moyen de l’huile. J’ai voulu elfayer de faire monter des contre-poids avec des enfuples à tenons de bois ; & pour leur procurer un jeu qui approchât de celui des tenons de fer, j’ai employé le favon. Je n’ai pas obtenu la même facilité dans le travail, que celle que m’ont donnée les enfuples à tenons de fer, mais j’ai apperçu que la fabrication étok plus aifée & plus belle qu’avec les bafcules, &c : tout ce que j’ai apperçu qu’on avoit à craindre pour les groffes Etoffes, c’étoit que la forte charge qu’on étoit obligé d’y mettre, ne fît caffer les tenons: il faudroit qu’on pût mettre des tenons de fer auffi gros qu’on fait'ceux de bois, d’environ un pouce & demi de diamètre ; qu’on plaçât les oreillons ou pitons dans lelquels on les feroit mouvoir, le plus près poffibie de l’enfuple : il eft certain que fi ces tenons étoient emmanchés folide-ment aux enfuples, & qu’on eût foin de fretter les enfuples avec un cercle de fer, on leur feroit porter tel poids qu’on jugeroit à propos ; il s’agiroit feulement de deux autres précautions qui me paroilïènt indilpenfables en pareil
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- Septième Section. ï. Part. Maniéré de tenàre les Chaînes, <Sr. cas : la première eft de donner aux oreillons St aux pitons dont ôn fe ferviroit pour porter les enfuples, toute la force St toute la folidité nécefiàires 5 c’eft ce qu’on peut faire aifément en donnant un point d’appui qui, de terre, vienrië soppofer en delfous des oreillons, de maniéré à laiffef entr’eux St le pied dé Métier, la feule place du tenon ; ou, fi on le juge à propos , ce point d’appui pourrait prendre toute l’étendue des oreillons, alors on n’auroit pas à craindre que la force du poids, quelle quelle fût, fît plier ni caffer ces oreillons. Là fécondé précaution eft de trouver un moyen pour faciliter l'arrangement des contre-poids, à caufe de leür grofleur ; pour cet effet on pourrait placer unë corde , attachée à chaque contre-poids, au même endroit des cordes de tenfion ; cette corde poferoit fur une poulie pendue au plancher, comme celle S 4 i on mettrait un contre-poids à l’autre bout de cette corde, dont la force ferait feulement pour l’attirer, afin qu’elle reftât tendue à mefure que le contre-poids de l’enfuple monterait : l’emploi de cette fécondé corde ferait de fufpendre lé contre-poids de l’enfùple quand ôn voudrait lâcher la corde de tenfion, âfîrt qu’il n’arrivât aucun accident ; St quand on aurait mis la cordé de tenfion âü point où elle doit être, on lâcherait celle dé fufpenfion pour defcendre lé contre-poids à la hauteur ou il convient qu’il foit. On pourrait fe fervir dé cei expédient pour toutes les maniérés de tendre les Chaînes à contre-poids montant , que j’ai mifes fous les yeux ; mais on pourrait lé faire plus facilement à celle repréfentée par la figure 4, parce que la même füfpenfîon dés poulies fer— Virait pouf les deux cordes à la fois : on mettrait feulement deux poulies à là même chappe * une pour la corde de fufpenfion, l’autre pour la corde dë tenfion, bien entendu que ces poulies feraient fépafées l’une de l’autre par là conftruétion de la chappe double, afin que les poulies fuflént â côté l’utle de l’autre avec un feul axe : on rangerait les deux cordes de façon qu’à mefiirë qu’un contre-poids monterait, celui de la cordé de fufpenfion defcendroit.
- Si j’entre ici dans le détail d’une méthode qui n’a jamais été mife en üfàgé * ceft parce que je la crois nécefîàire, & que je l’affuré bonne , par les expériences que j’en ai faites. A l’égard de la fabrication des Etoffes à contre- poids montant, j’ai trouvé cette méthode fi fupérieure aux autres * que fi j’avois unë Fabrique à ma direétion , ou à moi appartenante, j’émploierois tous les moyens imaginables pour mettre en pratique les arrangements que je propofé, & pouf l’appliquer à toutes les Etoffes pour lefquelles on pourrait la mettre en ufàgé*
- Voilà, en général, tout ce qui concerne la manière dé tendre les Chaînes dont nous nous fervons en France, tant pour les enfuples de derrière, que pouf ceux de devant. Pour ces derniers, lés Angiois ont une méthode qui s’eft introduite en France depuis environ vingt ans : elle fert plutôt à faciliter le roulement de l’Etoffe fabriquée f que pour oppofer l’enfuple de devant à la tenfioiï des Chaînes, ainfi que nous allons le voir*
- , -, raassasga^
- Planché
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- L’ART .DES ÉTOFFES DE SOIË.
- Flanche VIII* Des Roulettes a TAngloife, ou de la maniéré de tendre les Chaînes
- ujïtee en Angleterre.
- L a manière de tendre les Chaînes en fe fervant des roulettes Angloiies, n’a de particulier que d’allégir le poids qu’on a à vaincre en roulant les fortes Etoffes fur l’enfuple de devant, en fe fervant d’une cheville ; fuivant la méthode Ân-gloife, on ne fe fert point de cheville pour tirer devant i ce n eft qu’un leviez qu’on tire par le moyen du balancier que nous verrons bientôt. Ce levier rend l’enfuple de devant plus facile à tourner ? & fait en même temps tirer avec beaucoup plus de célérité.
- Je ne fais fi cette méthode a appartenu aux Anglois avant que nous l’ayons connue dans nos Manufactures en France > ou fi quelqu’un, pour la faire valoir, ne l’a pas attribuée à cette Nation > car nous avons aflez la foiblefïe d’attribuer nos inventions à quelques Nations étrangères, quand nous voulons leur donner quelque mérite. Y a-t-il donc fi peu de génie dans ce que nous entreprenons , puifque pour faire valoir ce qui nous réuffit, nous n’ofons pas l’attribuer à nous-t mêmes 1
- La roulette , fig. 7, eft celle dont ont fe fert pour tendre les enfuples de devant, & pour tirer fuivant la méthode Angloife. Cette roulette eft précifé-ment conftruite comme celle que j’ai décrite pour nos ufàges François, excepté qu’elle eft de beaucoup plus grande ; ce furplus de grandeur eft abfolument néceflaire pour remplir l’emploi qu’on en fait. Le trou quarré a, qui eft au centre * n’eft pas percé à fond, mais le petit trou rond h 9 perce le fond de celui a 3 ce trou quarré s’emmanche fur un petit tenon e, fig. 7, qui fait voir le bout d’un enfuple de devant propre à recevoir la grande roulette : on arrête cette roulette fur le bout de cet enfuple * avec quatre vis à bois à tête perdue , 8c d’une groffeur un peu confidérable, qu’on place dans les trous dy d%, d9 d9 8c le trou b reçoit une vis comme celle fig. 8, qui fert plutôt à devenir l’axe des leviers,^. 9 & 10, qu’à retenir la roulette ; c’eft par le moyen d’un de ces leviers qu’on fait tourner l’enfuple. On emploie encore les leviers^, ri & celui fig. 1 de la Planche 9. Voyons maintenant comment on range ces leviers.
- La figure 2 de la Planche 9, fait voir comment le levier 9fig. 9, de celle 8 % Planche eft placé pour faire tourner la roulette A, qui ne fàuroit mouvoir fans entraîne^ l’enfuple B dans là rotation ; cette roulette n’eft queponéluée, afin qu’on puilîe mieux appercevoir que le levier C eft arrêté par fbn bout a, précifement au centre de l’enfuple, au moyen de la vis b qui entre dedans ; & afin que cette branche du levier ne frotte pas contre la roulette , on y interpolé la virole c9 qui eft femblable à celle fig. n de la Planche précédente. Le bout d du levier , qui forme un demi-cercle, pofe contre l’enfuple B, afin qu’en tirant devant, le
- point
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- Septième Section. I. Part. Maniéré de iendrè les Chaînes, &c. Sÿ point d’appui fe trouve plus folide. Le côté e & celui/du levier C, forment deux branches, entre lefquelles eft placée la roulette A ; ces branches forment i>LANCHE unenfou rchement, dont lè fond pofe contre lés dents de la roulette , & à me-fure qu’on tire la corde D, on fait tourner la roulette & l’enfuple, contre lequel elle eft fortement attachée. Gette corde eft enfilée dans le trou qui eft pratiqué au bout g du levier C.
- T ous les leviers qu’on emploie pour ce tirage , font ainfi attachés par un dé leurs bouts.
- La figure 3 fait voir par quel mouvement on parvient à faire tourner la roulette & l’enfuple tout à la fois. Cette figure repréfente un arrangement où on le fort du levier E, qui eft le même que celui que nous voyons par la figure 11 ce levier n’eft ici vu qu’en partie, mais je ferai remarquer fa pofition en explih quant une figure par l’autre*
- D’abord on commence par enfiler l’anneau F du levier 9fig r , fur l’enfuple G 9 fig. 3 , de maniéré que la broche h fbit en dehors 9 comme elle eft en i fur cette figure ; cette broche forme un enfourchement avec Celle K, dans lequel on met la roulette Hy avant de la fixer fur l’enfuple. Quand on place l’enfuple fur le Métier, on a foin qu’il y ait des couffins qui le mettent au moins à un pouce au-deflus de la banque , afin que l’épaifleur de l’anneau ne foit pas prife entré l’enfuple & la banque , parce qu’il faut néeeffitirement qu’il joue pour fe prêter aux différents mouvements qu’on fait faire au levier pour tirer devant; L’anneau de ce levier eft enfilé par l’enfuple G 9 de même que l’eft celui l du levier 4, qui eft le même que celui fig. 10 de la Planche précédente, & dont nous parlerons après avoir parcouru toits les détails de la figure 3. Nous obfervefons qu’au-deffus du levier E, eft fixé un talon de fer m 9 qui tient par le fecours dé deux vis à tête fendue , & qui forme le bout de l’enfourchement du levier t il eft penché obliquement fur le devant, du côté de la roulette, & terminé pre£ qu’en tranchant par le haut ; ceft ce tranchant qui entre dans les dents de la roulette ; & à mefure qu’on attire le bout n du levier , ce talon pouffe Contré ces dents 9 & force la roulette à marcher. Le bout de ce levier eft fufpendu, ou , pour mieux dire, eft attaché à la corde K, dont un bout tient fortement au bout du balancier L, qu’on a fufpendu au plancher à un gros clou o, fur lequel pâlie la corde de fufpenfion p, qui le tient à peu-près aux deux tiers de fa longueur. A l’autre bout du même balancier $ eft attachée la corde Mf à laquelle eft enfilé le bouton de bois q9 arrêté au bout de cette corde par un gros nœud , qui ne permet pas à la corde de fortir du trou qui perce le bouton dans fa longueur. L’arrangement de ce lëvier n’eft fait que pour procurer à l’Ouvrier la facilité de faire tourner l’enfuple fans y employer une cheville de fer comme celle dont on fe fert pour les enfuples que nous avons vus pour nos ufàges François ; auffi les enfuples qu’on emploie fùivant la méthode dons nous nous entretenons, n’ont pas befoin d’être percés. Ici* quand l’Ouvrier a fait Étoffes de Soie. FIL Paru Y
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- m fart des étoffes de soit.
- environ a pouces d’Ëtoffe, il eft obligé de la rouler fur l’enfuple G : il n’a qua porter la main au bouton q, tirer avec une certaine force , Sc il fait tourner l'enfbple , après quoi il laifle aller le bouton ; & le levier, dont le bout n étoît monté, redefcend Sc fe repofe fur la banque iV, comme ci-devant.
- La roulette eft toujours placée à la droite de l’Ouvrier, afin qu’il foit plus à portée de prendre le bouton q avec là main droite. On n’apperçoit pas fur cette figure l’entiere pofîtion du balancier L ; mais on la comprendra en fâchant qu’il fe croife obliquement avec l’eftafe du Métier, que je n’ai pas repréfenté § pour ne rien cacher de plus important; ainfi la corde K pafle en dehors de l’eftafe du Métier , & répond néanmoins obliquement au trou du levier E, ou elle eft placée, pour des raifons que je dirai ci-après. La corde M pafle en dedans du Métier, derrière la clef, qui, de ce côté, aflemble les deux eftafès, & répond à peu-près fur fangle intérieur du pied de Métier O. Quand l’Ou-vrier craint que cette corde ne balance trop, à caufe des petites fecoufles de la fabrication, il plante un piton dans le pied de Métier, & paffe la corde M dans l’anneau.
- J’ai dit que la corde K répondoit obliquement au trou du levier quelle fait mouvoir, parce qu’en tirant il faut qu’elle ramene le levier contre la roulette , afin que le talon m morde en plein entre les dents ; Sc à mefure qu’on laifîè aller le bouton, il faut que le levier fe retire un peu de la roulette, afin de la laiffer libre, ou plutôt pour ne pas gêner l’Ouvrier qui travaille ; pour cet effet on a foin que l’anneau du levier foit plus grand de demi-pouce au moins, que l’enfuple qui l’enfile n’eft gros ; de forte qu’en prenant le levier pour le faire tourner autour de la roulette, le talon qui fèrt à pouffer les dents, doit agir fans s’arrêter à aucune ; mais auflî il ne doit y avoir qu’une bien petite diftance , fans quoi on auroit à craindre bien fouvent qu’en tirant le bouton, le talon ne mordît pas. Le levier 19fig> 4, Sc celui C 9fig. 1, font fufceptibles du même foin ; dans ce dernier on prend garde que le trou qui reçoit la vis b, foit beau^ coup plus grand que le corps de la vis lui-même, & que le demi-cercle d n’ap** puie contre l’enfuple B, qu’au moment où on tire devant : il faut donc qu’il y ait entre lui Sc l’enfuple , la diftance néceflaire à l’éloignement & au rapproche* ment du levier contre la roulette , afin que les dents fbient prifes par le bout de l’enfourchement r, & qu’elles foient aufîi-tôt quittées quand on lâche la corde qui l’attire. Le bout de cet enfourchement eft fait en bifeau aigu par-deflus, afin que rien ne puifle arrêter fà communication entre les dents de la roulette ; fans cette précaution, on ne peut pas faire entrer cette partie du levier entre les dents, Sc à mefure qu’on tire la corde, on fait fauter le levier Sc on le voit tourner fur la roulette fans s’arrêter entre les dents : il faut donc que cet endroit du levier rempliffe la fonélion du talon m de la figure 4 ; par la même raifon il doit entrer dans les efpaces qui féparent les dents, Sc s y arrêter aflez avant pour ne point glifler deflus. En comparant la figure % avec la figure
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- Septième Section. ï. Part. Maniéré de tendre les Chaînes , <èc.
- 3 , on doit reconnoître que Panneau du levier E de cette derniete, eft indifpen-fablement placé entre loreillon & la roulette, de même qu’on voit le bout d PuncM du levier C entre loreillon P 3c le bout de l’enfuple ; il faut même que cet ^ anneau ait tout le jeu néceffaire ; c’eft ce qu’on obtient Facilement , d’autant que la roulette eft toujours placée en dehors de la banque N»
- Le levier 1 de la figure 4, doit être placé de même que celui Ë dé la figuré 3, excepté qu’il a fon bout s qui tourne fur la vis t y 8c que l’autre n’en à point : du refte ce levier feroit conforme à celui de la figure 3 , à la courbure ÿ près ; mais là fonétion doit être la même, c’eft-à-dire, que le fond de l’enfouiM chement x doit entrer entre les dents dé la roulette , comme celui r de la figuré % y 3c pour rendre le même office à l’enfuple.
- Le levier Q, fig. 5, eft le même que celui fig. 12 de la Planche précédente : il eft ici repréfenté placé fur le pied de Métier R. La conftruétion de ce levier eft bien différente de celle des leviers dont nous nous fbmmes entretenus juf* qu’à préfent ; il eft même placé différemment que les autres, puifqué celui-ci eft fixé contre le gros du pied de Métier, en dellous de là banque S % 3c quë les autres tiennent à l’enfùple. Ce levier forme prefqu’uné S depuis fon bout d jufqu’au fond b de la fente c3 qui régné prefque tout le long de cet efpace ^ ainfi qu’on peut le remarquer fur la figure 12 de la Planche 8, qui le repré** lente, où l’on trouve les mêmes lettres d’indication ; c’eft dans cette fente qu’on place en entier toute la roulette, de maniéré que les dents peuvent être prifes par le fond b de là fente , comme on peut l’appercevoir par la trace ponétuée, qui indique la circonférence de cette roulette. La partie du levier depuis b jufr qu’à d9 eft ce qu’ôn appelle le manche y ainfi qu’aux leviers précédents: on appelle manche ce qui vient depuis la roulette jufqu’à la corde qui le fait mou-
- voir ; tous ces manches font attachés ou enfilés par une cordé.
- * ,
- J’ai déjà fait remarquer que le levier dont il eft queftion, eft fixé contre lé gros du pied de Métier R : voyons comment il y eft attaché*
- D’abord on a foin de percer le pied de Métier de part en part : dn place dans ce trou le bout e de la vis, fig. 13 , PL 8, jufqu’à l’épauiement/' que forme lé rebord g; & quand cette vis eft placée, on l’arrête de l’autre coté du pied de Métier avec un écrou comme celui fig. 14 ; enluite on pofe le levier deflüs $ comme on le voit en à, fig. $ 9 PL 9, & on l’arrête avec la vis h, qui eft la même que celle fig. 15 , de l’autre Planche. La partie taraudée de cette vis entré dans le trou i, qui eft au bout K de la vis , fig. 14 : c’eft fur ce même bout qu’eft placé le levier dont il eft ici queftion y Sc qui lui fert d’axe, où il eft arrêté d’un côté contre l’épaulement /, & de l’autre par le rebord m de la petite
- v'lsfig- *5-
- La courbure n du levier, eft faite pour qu’il pafie fur l’enfuple T fans le gêner, & làns être retenu lui-même ; 3c la courbure 0 eft pour donner le biais , afin que le fond b de la fente puiffe mordre vivement entre les dents de la roulette*
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- S8 VART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- - Le trou p de ce levier doit être fuffifàmment grand pour que , lorfque le levier baiffe, il puiffe s’éloigner de la roulette, & que lorfqu’il eft attiré il ’ puiffe s’en approcher ; cet effet eft naturel à la conftruéiion du levier & à fi pofition, ayant le trou grand de 7 à 8 lignes de plus que l’axe n’eft gros, parce qu’à mefure que le poids de fon bout d l’entraîne, l’autre bout a doit remonter du côté de la banque S ; & lorfqu’on l’attire, ce même bout doit defcendre Sc prendre fon point d’appui fur le bout de la groffe vis qui lui fert d’axe.
- Tous les leviers que nous venons de voir font mus par une corde & un balancier * comme le repréfente la figure 3 ; mais tous ne font pas rangés pour tirer avec la main : car il y en a qu’on fait aller avec le pied par une marche à laquelle répond la corde qui tient la poignée q ; alors cette corde répond directement au bout de la marche. Quelques Ouvriers difpofent ce tirage de forte que la corde tire derrière eux ; d’autres la font tirer du côté oppofé au levier > c’eft-à-dire, qu’alors le balancier croifè directement les eftafes du Métier, & la corde qui tire fè trouve être à gauche de l’Ouvrier.
- La maniéré de tirer avec la main eft prompte, mais celle de tirer avec le pied l’eft davantage , parce que l’Ouvrier ne fait que fauter des marches qui fervent au tiffu de l’Etoffe, à celle qui doit tirer , qui eft placée de maniéré à ne caufer aucun intervalle entre quitter les unes ôc prendre l’autre ; au lieu qu’en tirant avec la main, on eft forcé de fe détourner le corps, de quitter la navette & de la reprendre enfùite pour reprendre le train du travail comme auparavant.
- Ce n’eft pas tant la célérité du tirage qui a fait adopter les roulettes & leviers à l’Angloife, que la force qu’il falloit employer pour tirer devant les greffes Etoffes, telles que les Droguets fatinés, les Droguets-luftrinés , les Moires à doubles fonds, Sec ; ces Etoffes qui ont trois ou quatre Chaînes 3 étoient fï lourdes à tirer devant, que j’ai vu beaucoup d’Ouvriers qui, ayant la force de les fabriquer, n’avoïent pas celle de tirer devant* fur-tout quand il y avoit une quantité d’Etoffe de fabriquée ; car à mefure que la groffeur de J’enfuple augmente par celle de l’Etoffe, la difficulté de rouler augmente auffi, parce que le levier de la réfiftance * qui eft le diamètre de l’enfuple, augmentant, Se celui de la puiflànce, qui eft celui qui le fait mouvoir, reliant le même, la force diminue ; de forte que les Ouvriers qui ne font pas forts Se robuftes, ne peuvent faire tourner un enfiiple avec la cheville, lorfqu’il y a une vingtaine d’aunes d’Etoffe fabriquée Se roulée fur l’enfuple : il faut être deux pour y parvenir ; il faut donc que le Tireur quitte fa planche ou fon xemple pour aider l’Ouvrier à tirer fon Etoffe. Si l’Ouvrier eft d’une force médiocre, il tournera fon enfuple, mais il faut qu’il defeende du Métier toutes les fois qu’il aura fait 2 pouces d’Etoffe ; au lieu qu’aux Etoffes ordinaires, il tire devant étant affis fut fà banquette, fans avoir beaucoup de peine : on en a encore moins avec les roulettes à l’Angloife , où il ne faut que la force d’un enfant de douze ans.
- Il faut remarquer que les leviers, quels qu’ils foient, ne s’oppofent point au
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- Sentie Me Section. ï. Part, Maniéré de tendre les Chaînes , &c. 8p déroulement de l’Etoffe, qu’il faut toujours un chien F,fig. 3 > qui mOrde dans les dents de la roulette H, afin que l’enfuple G ne fe détourne pas.
- Je ne dirai rien fur la différence qui fè trouve entre les différents leviers qu’on vient de voir ; je n’ai pas eu le temps de l’examiner dé près, pour m’àflii-Ter fi Ton droit plus commodément avec les uns qu’avec lés autres : tout ce que l’ai remarqué > c’eft qu’on n’a point de peine à tirer ; j’y ai même eflàyé, & je me fuis apperçu qù’ii y avoit unè différence très-confidérable entre lés leviers An^ glois Sc les chevilles Françoifes : du refte, je ne m’en luis jamais fèrvi, quoique j’aie fabriqué moi^même des Etoffes ou on les emploie ; je n’ai pas eu lieu même de m’appercevoir du trop de force qu’on y employoit, parce que naturellement fort & robufte, je tournois mon enfuple fans m’en appercevoir ; d’ailleurs j’étoii jeune alors , & je tournois en dérifion ceux qui y trouvoient trop de peine,
- MriQBSÉÉÉVatiwBP
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- §. IX, Demiere méthode de tendre les Chaînes par les Énfuples de devant * qui conjijle feulement en un Contrepoids«
- Nous avons encore en France une méthode pour arrêter lësenfuples dé devant, afin qu’ils ne fe déroulent pas : on ne fe fert ni de roulettes ni de èhe-villes ; mais feulement d’un contre-poids à corde frottante , comme nous l’allons voir par la figure 6* L’enfuple A eft ici placé comme à l’ordinaire, niais dépourvu de roulette & de chien ; la corde de tenfion B y fùpplée, au moyen du contre-poids C ; cette corde fait un tour & demi fur l’enfùplé, & eft arrêtée par fbn bout oppofé au contre-poids, au clou a, qui eft planté fur le piëd dé Métier D1 il faut ici que ce clou foit fort , & planté folîdement , parce qu’il réfifte feul à la tenfion qu’on a donnée à la Chaîne* Il eft vrai que le frottement de la corde arrête le déroulement de l’enfùple ; mais fi le bout de cette corde n’étoit folidement arrêté à un point fixe, ce frottement ne feroit pas fuffifànt pour le retenir.
- Il paroît que cette méthode devroit être préférée aux roulettes & aux chevilles ; mais qu’on ne s’y trompe pas : car dans les expériences que j’en ai faites $ j’ai eu lieu de m’appercevoir que de toutes les maniérés qu’on avoit pour retenir le déroulement des enfuples de devant, celle-ci eft la moins bonne * <& on ne fàuroit l’employer que pour éviter la dépenfe d’une roulette, à moins de s’en fervir lorfqu’on tend la Chaîne de l’Etoffe qu’on fabrique , à contre-poids montant.
- Gette méthode eft inférieure aux autres ^ parce qu’à mefure qu’on roule l’Etoffe, l’enfuple fait monter le contre-poids, & la corde de tenfion devient lâche du côté du clou a ; de forte que lorfqu’on a quitté îa cheville avec laquelle on tourne l’enfuple, cette corde ne fè retend qu’aux dépens du déroulement de cet enfuple ; la corde devient lâche, Sc on n’a d’autre moyen pour prévenir cet inconvénient, que de retenir l’enfuple avec la cheville, & d’attendre que la Étoffes de S oie. FIL Paru Z
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- foANCHE
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- - corde fe foie retendue ; on y aide même en portant la main gauche fur la corde, pour la faire couler plus vite ; mais cela prend un temps qui fèroit employé à pouffer la navette, & retarde conféquemment l’ouvrage.
- On peut arrêter de cette maniéré le déroulement des enfuples de devant i quand les Chaînes font tendues à contre-poids montant, parce quon n’a pas la peine d’examiner fi la corde qui environne l’enfuple fe lâche ou non, puifqu’oiï eft affuré que le mouvement de l’enfuple de derrière eft d attirer celui de «levant ; ainfi dans l’inftant le contre-poids de l’enfuple de derrière fait tendre la corde de devant, par ce moyen la tenfion eft toujours égale.
- Les roulettes font fufceptibles de donner quelques inégalités à la tenfion des Chaînes, dans le moment qu’on vient de tirer devant, fi l’Ouvrier ne prend pas garde d’arrêter dans l’inftant que le chien peut entrer dans l’entre-deux des dents de la roulette fur laquelle il doit mordre ; de forte que fi on arrête le rou* lement de l’enfuple tandis que le chien pofè fur le bout du bifeau d’une dent % le déroulement de l’enfuple eft certain pour l’elpace qui fe trouve entre la der-niere dent fur laquelle il a paffé, & l’endroit de celle fur laquelle il étoit pofê lorfqu on a ceffé de tirer , la Chaîne alors fè détend d’autant. Cet inconvénient eft plus ou moins confidérable, fuivant que la diftance qui fépare les dents eft grande ; car on n’a rien déterminé fur la grandeur des dents * ni fur les efpaces qui les féparent ; cependant les Ouvriers intelligents ont bien fenti qu’en for-i mant les dents les plus rapprochées les unes des autres, ou, ce qui eft la même chofe, en en faifànt faire un plus grand nombre fur une circonférence, on avoit un plus, grand avantage pour le travail. Cet avantage évite un trop grand déroulement , & contribue à mieux régler la longueur qu’on veut rouler chaque fois qu’on tire : car fi on veut ne rouler que 2 pouces d’Etoffe * & qu’on ait des dents à la roulette, dont la diftance fournira pour le roulement de cinq ou de fèpt lignes, on ne pourra parvenir à tirer la longueur qu’on defire , puifqu’on fera forcé d’en donner plus ou moins : il eft donc certain que plus cette diftance des dents fera grande , & plus on trouvera de difficulté à régler la longueur qu’on voudra tirer à chaque fois fur l’enfuple.
- Il eft facile de fentir la néceffité où on s’eft trouvé de former une grande quantité de dents fur la circonférence d’une roulette , fi l’on fait attention qu’à mefure que l’Ouvrier avance fon ouvrage, la circonférence de l’enfuple augmente par l’Etoffe qu’on roule deffus ; il faut donc alors faire pafler moins de dents pour tirer 2 pouces d’Etoffe, qu’il n’en falloit au commencement de la Chaîne: il eft donc plus facile de fupprimer une dent qui alors ne droit que 3 lignes, que d’en fupprimer une de fept, qui formeroit une différence trop fenfible au travail.
- Quoiqu’on faffe les dents des roulettes fort petites, l’Ouvrier doit avoir la précaution de porter la main gauche fur le chien , tandis qu’avec la droite il ' fait tourner l’enfuple. Cette précaution eft d’autant plus effentielle, qu’avec
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- Septième Section. î. Part. Manière de tendre les Chaînes, &c, 91 îa main gauche il faic tomber le chien dans la féparation des dents , pour l’y arrêter, & que d’ailleurs il a la précaution de tirer ce chien du côté de la roulette , afin que fi le trou par où il tient fur là vis qui le fixe contre le pied de Métier fe trouve fenfiblement plus grand que la vis neft greffe, on foit certain d’avoir toute fon étendue , 3c que la Chaîne eft toujours à la même tenfiom
- Ce que j’avance à cet égard a été fi bien reconnu, que plufieurs Ouvriers ont cru devoir placer la roulette à leur gauche, afin de porter plus facilement la main fur le chien ; il eft vrai qu’ils ne le fçmt pas fi commodément que lorP quelle eft fur la droite , parce qu’alors on na qu’à faire croifer le bras gauche fur le bras droit qui tire , Sc l’on fe trouve tout le corps du même côté ; autrement fi le Métier fe trouve plus large qu’à l’ordinaire, on fe fatigue fingulié-rement quand la roulette n’eft pas du côté de la cheville, parce que la force du corps fe trouve féparée.
- Tous ces détails ne paraîtront peut-être pas d’une grande conféquènee ; maiè j’ofe dire que Ce n’eft que par ces attentions que nous aurons des Etoffes fupé^ rieures» J’ai toujours vu une différence fènfible entre les Etoffes fabriquées pat un bel Ouvrier, 3c celles fabriquées par un Ouvrier médiocre. On nomme bel Ouvrier 9 celui qui prend foin de régler tous les mouvements de lon Métier * 3c non pas celui qui ne cherche qu’à faire une grande quantité d’ouvrage*
- Voilà, en général, tous les arrangements des enfuples, tant de devant que de derrière, & toutes les maniérés de tendre les Chaînes, foit en bafcules 9 valets, 3cc i nous allons voir ci-après la defeription & l’arrangement des autres Uftenfiles ; je vais commencer par les Battants*
- Article Sixième.
- Defeription des Battants, des Porte-Batiants , & de la maniéré de Us Jufpendrè
- dans les Métiers.
- §. L Première eonftruclion des Battants*
- On ne fauroit fabriquer une Etoffe fans y employer l’uftenfilë quë nous ap« pelions Battant ; la propriété de cet uftenfile eft de contenir le peigne, Sc de donner à l’Etoffe la force quelle doit avoir ; c eft du plus ou du moins de là pelanteur, que dépend la force de l’Etoffe ; auffi ne peut-on pas employer pour toutes celles qu’on fabrique, des Battants d’une même grofleur, ou plutôt d’une égale lourdeur ; car {buvent quoique ces Battants foient gros 9 ils doivent être plus légers que des petits : c’eft ce que nous aurons lieu de voir dans cet Article ; mais pour les Etoffes légères ou minces, on fe lèrt de Battants légers * & pour des Etoffes fortes, on emploie des Battants pefants* On en trouvé
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- depuis quatre livres pelant, julquà cent-trente à cent-quarante livres : ce qui Planche <jq|£ par0jtre forprenant, c eft que tous ces Battants font d’une largeur & d’une hauteur à peu-près égales, puisqu’on peut s’en fervir fiir le même Métier, ce qui doit faire appercevoir que cet uftenfile eft mobile, ainfi que tous ceux qui coopèrent à la fabrication des Etoffes»
- On trouvera quelque différence dans la conftruétion des Battants, mais cette différence n’a pour objet que de les rendre lourds ou légers ; car quant à leur conftruétion, cette différence eft fort peu de choie : nous allons les pafîer eni Tevue.
- La figure 7 eft un Battant tel que ceux qu’on emploie à Lyon, à Nîmes, à (Avignon pour les fortes Etoffes. Il eft compofé de deux lames E9 E, qui s’afe femblent par le bas à la majfje Fy mais auparavant elles paffent dans la poignée G, dont les mortaifes qui les reçoivent font fuffifàmment grandes pour qu’elle puiffe defcendre & monter au gré de l’Ouvrier ; ces mortaifes doivent être plus longues d’environ un demi-pouce que les lames rie font larges, parce qu’il faut qu’elles puiffent s’écarter Sc le rapprocher jufqu’à un certain point, comme on peut le voir en b E
- L’affemblage de ces lames avec la maffe, eft fait à mortaifes feulement, c’eft-à-dire, que ces lames font égales en largeur Sc en épaiffeur dans toute leur Ion* gueur, de forte que les mortaifes qui les reçoivent dans la maffe, font exaâe-ment à la groffeur des lames, qui doivent y entrer avec force. Ces mortaifes traverfent la maffe ; Sc pour y retenir les lames, on les cheville en c, c : la forme de cette maffe eft plus large pat-deffous que par-defïus, Sc arrondie dans fon épaiffeur, néanmoins applatie deffus & deffeus : le bout e de cette maffe en fait voir le profil. L’angle g eft un peu arrondi, & celui k forme une petite rainure dont le fond eft arrondi, & qu’en terme de Menuiferie on nomme congé ; on place dans cette rainure une baguette de fer i, qui eft attachée près de fes deux bords K $K, d’environ deux tours de fil-de-fer très-fin Sc recuit ; Sc de crainte que cette baguette ne puiffe couler d’un côté ou d’autre * on l’arrête par fes deux bouts au moyen de deux clous-d’épingle / , /, qu’on plante dans le fond de la rainure, & qu’on laiffe forcir d’environ 2 lignes. La baguette de fer dont il eft ici queftion, eft d’environ 4 lignes de diamètre : elle doit être très-droite, très-unie & bien polie ; ces trois qualités font effentielles, parce que fon emploi eft de frotter continuellement contre la foie, par les mouvements réitérés qu’on fait faire au Battant qui la contient : elle eft toujours placée derrière le Battant, de forte que par fà pofition elle rend le côté de la maffe ou elle pofe, plus élevé que celui du devant d’environ 3 lignes, Sc elle empêche la foie de pofer fur le bord m de la maffe, qui doit être cependant arrondi, bien uni Sc poli; entre ce bord Sc la baguette, régné une rainure n> profonde de p à 10 lignes, & large de 7 à 8 : cette rainure reçoit les jumelles inférieures du peigne qui fort à fabriquer l’Etoffe ; il faut quelle foie affez profonde pour que ces
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- Septième Section. I. Part. Defcnption des Battants. jumelles ne reflbrtent point en deflus de la baguette, qu'elles foient même ^
- cachées de 2 lignes, afin que la foie ne puiflè pas y toucher. On fait attention PeancIîe que les côtés de cette rainure foient bien dreffés, autant en longueur qu’en hau~ teur, de maniéré quelles ne forment ni bifeau ni queue-d’aronde ; le fond fuivant le fentiment de beaucoup d’Ouvriers, doit être plat , mais très-uni. Je ne contredirai pas tout-à-fait cette façon de penfer, l’ufige en eft généralement reçu ; mais je penfe que fi ce fond étoit un peu arrondi, il en vaudroit mieux.
- Voici pourquoi on fait la rainure plus large d’environ 3 à 4 lignes que les jumelles du peigne qu’on y place ne font épaifîès ; cette précaution eft d’abfolue néceffité, parce qu’il faut néceflàirement que le peigne joue dans fi place, nom» feulement pour fo prêter aux mouvements de la foie, mais pour ne pas trop brufquer les nœuds Sc les bouchons des fils qui font obligés de paflèr entre les dents de ce peigne ; ainfi le badinage qu’on lui fait faire, en laiflànt cette rainure telle que je viens de la faire voir i devient très-favorable à la foie, Sc facilite la fabrication ; Sc même fi un peigne n’a pas à peu«-près le jeu que je viens d’indiquer , on ne fabrique qu’avec bien des difficultés , & très-imparfaitement.
- Les fils de la chaîne ne paflènt librement dans le peigne, qu’autant que ce même peigne a la liberté d’avancer Sc de reculer dans fa rainure ; ce mouvement efl prefque toujours horizontal, c’eft-à-dire* que c’eft prefque toujours au même point du peigne que cette foie agit, fiuf la courbe que lui fait décrire le Battant en allant Sc venant* lorfqu’il eft fofpendu à fon porte-Battant, qui lui fert d’axe. J’ai cru m’appercevoir que lorfque le fond de la rainure étoiê arrondi près des angles, le mouvement des Battants faifoît agir le peigne en avant ou en arriéré, pour fo prêter aux efforts de la foie, & qu’il montoit Sc defcendoit deux fois à chaque coup de Battant, ce qui arrivoit en s’éloignant de l’Etoffe, Sc en s’en rapprochant. Ce mouvement de montée Sc de defoente, donne encore plus de facilité à la foie pour paflèr dans le peigne, que lorfi qu elle y vient direélement. Je m’en rapporte à ce fujet à tous les Ouvriers, s’ils veulent faire attention que lorfqu’on a tordu une pièce, on ne peut faire paflèr les tordures dans le peigne, qu’en faifant monter Sc defoendre la foie, à moins de caffer une grande quantité de fils, ou d’en détordre confidérablementi On remarquera encore à cet égard , que lorfque le fond de la rainure eft plat * le peigne ne s’y arrête jamais au milieu que par hafird : il peut même s’y trouver obliquement for fa longueur ; cette obliquité peut nuire à la foie , mais fi le fond de la rainure eft arrondi, le peigne en cherchera toujours le milieu, Sc s’y arrêtera par fon propre poids.
- Ce qui me fait faire cette remarque, c’eft qu’il m’eft arrivé, en donnant utt coup de Battant contre l’Etoffe, fons avoir donné aucun mouvement à la foie * de caffer une quantité de fils fins en pouvoir deviner la caufe ; ce n’a été qu’après bien des recherches & des raifonnements, que j’ai cru l’avoir trouvée.
- Je reviens au Battant : la poignée a en deflous une rainure de la même largeur Sc Étoffes de Soie. VIL Part, As
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- Flanche
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- 54 L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE. de la même profondeur que celle n de la maffe ; ces rainures doivent fe répondre perpendiculairement Tune à l'autre , parce que les jumelles fupérieures du peigne doivent être placées dans la rainure de la poignée, comme celles inférieures doivent être dans la rainure de la malle. Il n’eft pas néceffaire que le fond de la rainure de la poignée foit arrondi, il faut même qu'il foit plat, fans quoi l'arrondiffement de celle de la malle ne produiroit aucun des effets que j'ai fait remarquer.
- La rainure de la mafle & celle de la poignée, communiquent avec les mor-taifes qui reçoivent les lames E, E, ainli qu'on peut le remarquer fur la ligure 8,0ù l'on voit la rainure o, qui forme une même ouverture avec les mortaifes p,p'> le fond de la rainure de la poignée doit être comme celui q, fig. 9 , qui fait voir une coupe de la poignée dans une double proportion de groffeur, Sc celui de la rainure de la mafle doit être comme celui r de la figure 3 , qui eft auffi une coupe de la mafle vue dans la même proportion.
- J'ai dit plus haut que les Battants varient en pefanteur, quoique fbuvent de la même groffeur dans toutes les parties dont ils font compofés; cette différence dans le poids vient de ce qu’on verfe du plomb dans les maffes & dans les poignées, comme on peut le remarquer fur la poignée G , fig. 7, où la rainure qui régné au-deffus depuis s jufqu'à r, eft remplie de plomb qu'on y a coulé pour la rendre plus lourde ; c'eft donc en mefurant la quantité de plomb qu'on veut ajouter , foit à la poignée, foit à la mafle, qu'on détermine le poids d'un Battant. Il faut donc qu'on creufe ces pièces de bois pour pouvoir y introduire la quantité de plomb qu'on a décidé d'y joindre; pour cet effet on fait ou des mortaifes ou des rainures, dont la grandeur foit telle qui la faut pour contenir le plomb qu'on veut verfer dedans ; ces rainures ou mortaifes font faites comme celles v, x, des figures 9 8c 1 o , c’eft-à-dire, qu'elles ayent leur fond en queue-d'aronde ; fans cette précaution le plomb s'ébranleroit, tomberoit ou balotteroit. Il eft important d'éviter le balottage : il faut que ce Battant foit auffi sûr que s'il étoit fait d'une feule piece, fans quoi le coup ne porte jamais en plein contre l'Etoffe. On a fi bien reconnu la néceffité de lier le plomb au bois des ma fies & des poignées, que malgré que les rainures foient en queue-d’aronde, on plante des clous au fond ou aux côtés, avant d'y verfer le plomb , dans un fens oblique , de forte que les têtes de ces clous fe lient elles-mêmes avec le plomb, & le rendent totalement immobile.
- Quand on fait des rainures pour contenir le plomb, on obfèrve qu’elles foient précifément au milieu de la longueur & de l'épaiffeur de la mafle, comme elle eft en y, fig. 11 ; mais on prend garde que les mortaifes Q, Q, foient fépa-rées de la rainure par une épaiffeur de bois a a, au moins d'un pouce, afin que le plomb ne puiffe point communiquer avec les lames. Quand, au lieu de rainures , on fait des mortaifes pour verfer le plomb dedans, on les fait également diftantes des bouts de la poignée ou de la maffe ; fi, fur la longueur, on en fait
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- Septième Section. I. Part. Defcrlption des Battants. 9 y
- trois, on en place une au milieu , à laquelle on donne la longueur Sc la profonj deur qu on juge a propos ; mais les deux autres doivent être exactement égales , & on a grand foin de ne pas verfer plus de plomb dans lune que dans l’autre, parce qu il eft important que le Battant frappe un coup égal dans toute fà longueur: s’il eft plus chargé de plomb par un bout que par lautre, il eft certain qu’on ne pourra pas travailler commodément, & que le l’Etoffe fera plus avancée du côté où le Battant frappe le moins ; alors on aura un tremblement dans le Battant à chaque coup de navette ; une quantité de fils le cafteront, & bientôt on ne pourra plus fe fervir du peigne, qui fè couchera ou qui fe crèvera ; enfin l’Etoffe fera par-tout défeétueufe.
- Quand on veut divifer le plomb en deux parties, foit fur la maflè, foit fur la poignée du Battant, on les difpofe comme en b , b,fig. 12 ; & quand on veut les divifer en trois, on le fait comme en c, c,d 9fig. 13.
- On doit régler la profondeur, la longueur & la largeur des mortaifes, à proportion de la quantité de plomb qu’on doit verfer dedans, afin que le plomb les remplifle autant qu’il eft pofîïbie pour la propreté de cet uftenfile, ftir-touc pour la poignée, où il faut que l’Ouvrier porte toujours la main; il faut donc pour que les mains ne trouvent rien qui les gêne ni qui les arrête, que le plomb foit de niveau avec le bois : c’eft pour cela que quand le plomb ne remplit pas la mortaife, on rapporte une piece de bois très-jufte au-deffus du plomb p de forte qu’il ne paroifle point y en avoir du-tout. Quelques Ouvriers emploient un autre moyen* tant pour les poignées que pour les mafles ; c’eft de ne faire qu’une feule rainure pour recevoir le plomb, & pour y placer le peigne de la façon qu’on le voit en e, fig. 14, qui repréfente la coupe d’une malle dont on a creufé l’intérieur f en queue-d’aronde, afin de mieux contenir le plomb : on laifle l’ouverture de la rainure c, exactement quarrée, pour la liberté du peigne. On doit fentir qu’il eft bien difficile de donner une égalité de fur-; face au plomb pour y faire pofer le peigne deflus : aufli prend-on la précaution de ne faire monter le plomb qu’à environ demi-pouce au-deflous de ce fond , Sc enfuite on ferme par - deflus avec une tringle de bois qui vient au niveau du refte de la rainure, pour en former le fond en entier. Je ne vois pas qu’il y ait de néceflité de remplir le fond de la rainure ; car pourvu que le peigne pofe exactement par fes deux bouts fur le fond de la rainure, il n’en eft que mieux, parce qu’il eflùie moins de frottement , & que la foie qui pafle au travers en eft moins fatiguée.
- J’ai éprouvé moi-même qu’on peut bien aifément fabriquer une Etoffe, quoique le peigne ne porte dans le fond de la rainure que par fes deux bouts ; le hafard m’a fait faire cette expérience en cherchant les moyens d’élever un peigne dont les jumelles étoient plus étroites qu’à l’ordinaire, Sc pour lequel la rainure du Battant étoit trop profonde. J’ai profité de cette découverte dans plufieurs occafions.
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- Quand on n’eft pas forcé de charger la malle & la poignée, on doit préférer de mettre le plomb à la mâiTe, & n’en point mettre à la poignée, parce que Ton obtient plus de force en chargeant le deffous du Battant, que le delîus} d’ailleurs on ne fauroit trop éviter de rendre la poignée pelante , non pas que l'Etoffe puiffe en fouffrir , mais c’eft qu’il faut un plus grand foin pour retenir cette poignée, & empêcher quelle ne defcende fur le peigne ; car ordinairement la poignée n’eft tenue au point de hauteur où elle doit être quand le peigne eft placé, que par la preflion quon fait lùr elle en rapprochant les lames par une corde de bandage que nous aurons occafion de voir bientôt. Ainfi quand onconnoîtra par quels moyens on fait mouvoir le battant, on fera convaincu de l’avantage qu’il y a de jetter le poids plutôt en-bas qu’en-haut, parce que c’eft la partie qui s’éloigne le plus de Ion axe, qui eft le porte-Battant ; Sc qu’un même poids adapté au bout d’un rayon de % pieds, acquiert plus de force que file rayon n’avoit que 18 pouces ou moins.
- On ne fauroit cependant faire tous les Battants fuivant la méthode que je viens d’établir, parce qu’il faudrait faire les mafles d’une grofleur incommode pour les porter au poids de cent-vingt à cent-quarante livres ; alors on eft obligé de mettre du plomb dans la poignée, fauf à en mettre un peu plus pour le porter au poids néceflaire.
- Il faut bien fe garder de faire les Battants comme certains Ouvriers de quel-Villes de Manufactures, & tels que ceux dont on fe fert communément parmi les Fabriquants à Paris. Ces Battants d’abord font d’une mauvaife forme : ils le contentent de ehoifir le bois le plus dur & le plus lourd pour la maflè & la poignée ; mais ils ignorent, pour la plupart, le moyen de les appeifàntir avec du plomb. Je crois que les Manufactures de Tours font dans le même ufàge, fi je dois m’en rapporter à quelques Ouvriers que j’ai interrogés à cet égard , & à ce que la Fabrique de Paris n’eft prefqu’exercée que par des Ouvriers de Tours. Quoi qu’il en fbit, leurs Battants font très-mal entendus, & la conduite de i’ou-s vrage s’enfuit : ils ne craignent pas de fe fervir d’un Battant de dix livres, pour fabriquer une Etoffe qui en exige un de quarante, & de donner la force à l’Etoffe aux dépens de leurs bras, c’eft-à-dire, qu’au lieu d’un coup de Battant qu’on pourrait donner fur l’Etoffe avec une certaine modération fi le Battant étoit fuffifàmment chargé, ils en donnent trois ou quatre de fuite- Cette maniéré de travailler eft nuifible à la fabrication de toutes les façons, foit pour la beauté, fbit pour la bonté , fbit enfin pour la célérité ; d’abord la beauté de l’Etoffe eft altérée, en ce que l’Ouvrier ne peut pas avoir la main réglée quand il faut qu’il frappe deux ou trois' coups de fuite fur la même duite d’une trame : il s’en fuit un frottement double de ce qu’il devrait être fur la foie ; ce frottement fatigue la foie, la ronge 3c fait caffer beaucoup de fils, ce qui nuit à la fois à la bonté & à la beauté de l’Etoffe : de-là il réfulte un retardement confidérable dans le travail 3 premièrement le nombre multiplié des coups de Battant qu’on eft obligé
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- Siptieme Section. I. Part. Defcrîption des Battants. £7
- de donner fur la trame, pour procurer à l'Etoffe la qualité & la force qu’elle doit avoir, prend plus de temps que fi Ton ne frappoit qu’un foui coup ; en outre les fils quon caflè , 8c qu’on eft obligé de rhabiller.
- Quelques Ouvriers cependant, dans ces Manufaétures, ont reconnu la nécef-fité d’avoir des Battants pelants pour les Etoffes qui les exigent ; ils ont eu recours aux pierres, aux barres de fer ou de plomb, qu’ils ont jointes aux ma (Tes de Battants pour les rèndre plus lourdes : par ce moyen ils font parvenus à fabri-quer un peu mieux 8c un peu plus commodément ; mais les engencements qu’ils font obligés de faire, font fi ridicules & fi peu folides, qu’il faut toujours y revenir : voici comment ils s’y prennent. Si c’eft avec des pierres qu’ils veulent charger leurs Battants , ils s’en procurent deux d’un poids autant égal qu’ils peuvent le décider à la vue, 8c d’une même forme ou à peu-près : ils attachent ces pierres par le milieu de leur longueur avec une greffe ficelle , contre le plat des lames , entre la poignée 8c la maffe, le plus foiidement poffible.
- Quand on veut fo fervir d’une barre de fer, on la fait forger à peu-près de la largeur & de la longueur de la maffe du Battant, en foppofont qu’on veuille la mettre deffous ; car comme on les met quelquefois par derrière 9 alors on déter-mine la largeur de cette barre fuivant la hauteur de la maffe, de forte que la foie ne vienne pas frotter contre : on lie ces barres avec de la groffe ficelle autant qu’il eft poffible pour quelles ne balottent pas. Les Ouvriers les plus intelligents font percer les barres fur le milieu de leur largeur, 8c avec des clous faits exprès ils les fixent contre la maffe du Battant, foit en deffous, foie pat derrière. Ceux qui font le mieux, font ceux qui fo foryent de vis à bois, avec lefquelles ils adaptent les barres contre le Battant. J’ai vu quelques Ouvriers qui, pour donner plus de sûreté à ces barres, avoient le foin de les faire forger d’environ 3 pouces plus longues que la maffe du Battant, 8c enfuite ils les fai-foient replier for chaque bout, de telle maniéré que la maffe entroit jufte dans ce repliement ; la barre étoit percée à plufieurs endroits de fo longueur, & particuliérement for les deux parties repliées ; 8c quand la malle étoit une fois placée dans cet entre-deux, on la clouoit ou on la viffoit par fos deux bouts.
- On en fait de même avec des barres ou dès lingots de plomb, en les faifont fondre dans le fable ou la cendre, fuivant la longueur & la largeur du Battant.’
- Tous ces ufoges font bons quand on ne foit pas mieux faire ; mais il y a bien de la différence entre un Battant fait pour recevoir du plomb, & celui for lequel on eft obligé d’attacher des pierres 9 des barres de fer ou des bandes de plomb. Quelle dépenfo, fi, pour avoir des barres de fer d’égale largeur & épaiffeur, on eft obligé de les dreffer à la lime !*
- On pourroit mieux être fervi par celles de plomb, en les fondant dans une efpece de moule bien fait • mais quant à l’arrangement des piejrres, c’eft le moyen le plus pitoyable qu’on puifle employer.
- La maffe F, fig. 17, n’a point de longueur déterminée, elle foit la largeur Etoffes de Soie. VII. Part. B %
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- VA RT DES ÉTOFFES DE SOIE. des Etoffes quon veut fabriquer. ( En terme de Fabrique, on donne le nom de largeur à ce qui forme la longueur d’un Battant, à caufe qu’elle fe préfente * foivant la largeur de l’Etoffe : on die communément il faut un Battant large pour une Etoffe large, & un Battant étroit pour une Etoffe étroite ; ainfi je me fervirai de cette expreffion dans le courant de ce Traité, puilqu’il eft plus ufité que celui longueur. ) Ce n’eft pas qu’avec un Battant large , on ne puilïe faire une Etoffe étroite, mais autant qu’il eft poffible, il faut employer des Battants qui foient analogues aux Etoffes, de même qu’à la largeur du Métier $ il ne faut pas cependant croire que les Battants ne doivent avoir que la largeur de l’Etoffe, on doit leur donner quelques pouces de plus, parce que le peigne emporte au moins 2 pouces de plus que l’Etoffe , foit par fes gardes, foit par l’excédent de fes jumelles : auffi faut-il qu’il y ait au moins un pouce de liberté à chacun de fes bouts, pour prévenir certains petits accidents qui arrivent en travaillant, & qui rifquent de gâter le peigne s’il n’a pas autant de liberté qu’il lui en faut.
- Tous les Battants ne font pas faits de maniéré à placer des baguettes de fer comme en i de cette figure ; fouvent on en fait, fur-tout pour les Etoffes unies , où les deux côtés de la rainure de la mafle, ainfi que ceux de la rainure de la poignée, font arrondis comme ceux de la rainure q, fig. 9. Cette con£ truélion ne vaut pas, à beaucoup près, celle de la baguette de fer ; non pas que cela influe fur la beauté de la fabrication , mais cela exige un foin dont on ne fauroit fe dilpenfer fans nuire à la foie de la chaîne : ce foin confifte à coller for le bord de la rainure, derrière & devant, du papier qui fe replie dans la rainure elle-même. Il y a des Ouvriers qui collent ce papier de forte qu’une feule bande couvre en même temps les bords, le fond & les côtés de la rainure. On en ufe ainfi , parce que le frottement continuel de la foie for les bords des rainures for-tout for le bord poftérieur de la mafle, y forme des filions qui deviennent profonds , & infenfiblement les fils de la foie s’y prennent & fe caffent ou s’é-’ corchent; c’eft alors que l’ouvrage eft retardé, & l’Etoffe moins belle: on prévient donc cet inconvénient en collant du papier fort & uni for les bords des rainures du Battant. On ne fe fert jamais de colle-forte pour ce collage; on n’emploie ordinairement que la gomme arabique, ou la gomme adragant, parce que ni l’une ni l’autre ne mordent aflèz pour retenir le papier trop longtemps. Cet ufàge eft d’autant meilleur, qu’on eft obligé de le changer de temps en temps , quand les frottements de la foie l’ont rongé.
- Quand on ne fait pas les mafles de Battants pour y mettre une baguette de fer, on fait le côté de la rainure ou la baguette devroit être 3 plus élevé de deux lignes au moins que l’autre côté ; alors on peut fort bien fe diïpenfer de mettre du papier fur l’autre bord de la rainure, parce qu’il n’eft plus poffible que la foie y touche.
- La hauteur des lames E x E, doit être telle, que la maffe pofènt deffus les
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- Septième Section. I. Part. Defcription des Battants. 99
- banques du Métier , elles doivent pafier de trois ou quatre pouces au-deffus des eftafes j nous aurons occafion de voir à quoi peut fervir cette hauteur. On adapte fur chacune de ces lames, à peu-près au milieu de leur largeur, une crémaillère de bois H, H, qu’on appelle autrement accocat > à une hauteur telle que le Battant étant pofé encore fur les banques du Métier, le bout fopérieur foie au droit de l’angle inférieur des eftafes : elles font adaptées contre les lames par deux clous chacune, un à chaque bout. Les encoches de ces crémaillères doivent être faites l’une for l’autre, ou plutôt toutes les deux d’une feule piece, & enfoite refendues ; cette égalité eft fi néceflàire, qu’il faut qu’elles fervent à régler la hauteur où on doit placer le Battant : c’eft dans ces encoches qu’on place les cordes de fofpenfion, ainfi que nous le verrons autre part.
- Ces crémaillères font ordinairement placées devant le Battant ; mais foivant l’ufàge que j’en ai fait, j’ai trouvé qu’elles valoient mieux étant placées derrière/ c’eft pourquoi je les y ai repréfentées ; mais je prouverai ailleurs que dans cette pofition le Battant eft plus dégagé, & prend plus de force pour la qualité de l’Etoffe.
- Les mortaifes de la poignée G, doivent être à la même diftance que celles de la maffe F, de forte que les lames E > E, fe trouvent dans un même écarte* ment dans les unes que dans les autres.
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- §. II. Seconde Conflruclion des Battants*
- La figure 13 fait voir un Battant différemment conftruit que le précédente Nous ne dirons rien de la maffe I : elle eft pareille à celle F, de la figure précé*; dente ; la poignée K eft plombée en c, c9 d> comme nous l’avons déjà remarqué > mais les lames F, L9 font contenues dans les entaillesfif^fig* 12, qui repréfente une poignée femblable à celle K ; cette poignée ne tient for les lames qu’au moyen des vis g-, g9 qui traverfent la poignée & les lames. Il efl bon d’obferver que dans toutes les Villes de Manufactures, on ne donne pas le nom de lames aux pièces L, L : â Paris, à Tours, &c. on les appelle épées de Battant ; mais comme le nom de lame *eft celui qu’on leur donne dans toutes les principales Villes, je m’en fervirai par-tout. ) Ces vis font comme ctWtfig. ry / & font arrêtées par derrière avec l’écrou fig. 16. L’endroit des lames où font placées les vis * font des fentes. h9 h9 dont la largeur eft à peu-près celle de leur diamètre, de forte qu’on peut les faire monter & defeendre autant qu’il en eft befoin pour fixer la poignée fuivant la hauteur du peigne qu’on met dans les rainures de la maflè ou de la poignée. Les entailles de la poignée doivent être allez juftes pour que les lames ne balottent pas dedans ; alors pour peu qu’on ferre l’écrou de la vis , on eft certain que la poignée tient à l’endroit où on la fixe.
- Les fentes h, h, dans lefquelles coulent les vis g9 g9 defeendent jufqu’aü niveau de la mafle / : on peut voir une de ces fentes i, fig. 17 * qui repréfente
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- xoo F ART DES ÉTOFFES DE SOIÊ.
- ' 1 - une lame féparée du Battant s la longueur de cette fente eft déterminée par îà
- Planche jjauteur pon doit fajre monter la poignée pour placer le peigne le plus commodément poffible , ou plutôt pour pouvoir, dans certains cas, paffer l’enfuple entre la malfe & la poignée, fans fortir les vis de placé. Ce que je dis ici n eft pas abfolument indifpenfable, puifqu’on peut féparer la poignée des lames en ôtant les vis, mais on doit le pratiquer ainfi pour n être pas obligé de démonter le Battant. On ne voit point ici de crémaillères pour fufpendre le Battant, on ne fe fert que du trou K , dans lequel on paffe la corde de fufpenfion. Nous verrons ailleurs fi cette méthode de fufpendre le Battant, vaut celle des crémaillères : en attendant, examinons fi la conftruétion de ce Battant vaut celle de celui fig. 7. Ce dernier Battant eft reçu dans les principales Villes de Manufactures ; car Lyon, Avignon & Nîmes, ne connoiffent pas celui fig. 13 : je ne lai connu moi-même qu’à Paris ; & fi j’y ai fait remarquer les parties plombées c, cy d9 c’eft plutôt pour faire voir ce qui devroit être, que ce qui eft, parc© que, comme je l’ai déjà fait obferver, on n’y connoît prefque point les Battants plombés. Je dois cependant rendre juftice à ce Battant ; car au plombage près, il vaut mieux que celui fig. 7, à caufe de la poignée , car tout le refte n’eft pas d’une grande conféquence par la différence qu’il y a.
- Ce Battant vaut mieux à caufe de la poignée, parce qu’il eft plus facile de la fixer à la hauteur qu’on juge à propos ; en effet la poignée G de la figure 7 9 ne fauroit être fixée que par la preffion qu’on fait deffus les mortaifes en rappro-chant les lames avec une corde de bandage ; au lieu qu’au Battant fig. 13, indépendamment de la preffion des lames contre le fond des entailles de la poignée , on a la preffion des vis, de forte que cette poignée fe trouve retenue en tous fens^
- Il eft important, pour l’arrangement d’un peigned’avoir un moyen sûr pour que la poignée ne puiffe jamais appuyer defîus ; car fi cette poignée le gêne 9 on ne peut pas travailler fans cafter une quantité de fils ; & fi l’on n’apperçoit pas affez tôt que le peigne ne joue pas dans les rainures du Battant, ce peigne fe couche ou fe creve. Les Ouvriers qui fe fervent du Battant9 fig. 7, ne peuvent prévenir cet inconvénient, qu’en fufpendant la poignée avec une forte ficelle qu’ils paffènt dans les trous o, o, qui font pratiqués fur les bords des lames E ,2?, au-deflus de la poignée G, & en mettant une cale entre la maffe & la poignée, en dehors des lames ; il faut même que ces cales foient très-égales en hauteur, afin que l’intervalle qui fépare la maffe de la poignée, ne fbit pas plus grand par un bout que par l’autre. Si, avec ce Battant, on ne prenoit la précaution de fufpendre la poignée & de la caler, au moindre relâchement qu’il y ait dans le bandage des lames, cette poignée defeendroit fur le peigne : au lieu qu’on eft sûr que lorfqu’ils font calés, elle ne fauroit defeendre ; il faut auffi avoir foin de fixer ces cales contre les lames, foit avec un cl ou-d’épingle , foit avec une ficelle qui enveloppe la lame entre la maffe & la poignée, fbit qu’on faffe un trou fur les bords de la lame.
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- Sëpîïemë S ê é T i ô tf. L Part* Defcriptïon des Battants. iot
- La méthode de caler les poignées pour les empêcher de defcendre fur les i peignes, ferait préférable à tout autre ufage, par la sûreté qu’aiors elles ne PLANCHê làuroient defcendre plus bas ; mais les différentes hauteurs des peignes détruifent en quelque maniéré la bonté de cet arrangement: car fi aujourd'hui on met un peigne de a pouces de haut pour la fabrication d’une chaîne, & que pour- celle dune autre chaîne, le peigne ait deux ou trois lignes de différence, il faut changer les cales, pour en fubftituer qui foient de la hauteur convenable à celle du nouveau peigne*
- Si la hauteur des peignes ne varioit pas 9 rien ne feroit fi facile que de faire les Battants de maniéré que la poignée ne pût defcendre qu’au point déterminé , parce qu’on feroit le bas des lames plus large que le haut, pat un talon qui avancerait fur l’extérieur du Battant9 ou dans l’intérieur, de forte que la poi* gnée pafferoit en plein fur les talons des deux lames; mais on fait qu’il n’eft pas pofîible de faire tous les peignes à la même hauteur, par les raifons qui font déduites dans l’Art du Peigner ; ainfi il eft plus facile de régler ces hauteurs avec les vis qu’avec les cales, quoique les cales foient plus sûres, & qu’une fois placées , on n’ait pas à craindre que la poignée puiffe defcendre plus bas : toute la difficulté confifte à les faire bien juftes* Nous verrons la polition de ces cales & celle des cordes de foutien, à l’endroit de la fufpenlion des Battants*
- §. IIL Troifieme conjlruciion des Battants* ' '
- L a conftruétion des Battants qué repréfente la figuré i, PL ÏO l île différé ....
- de celle fig. 13 de la Planche précédente, que quant à la poignée* Cette poi- Planché gnée A, eft tenue contre les lames B 9B, par les deux vis de fer a 9 a, qui font placées dans les fentes b 9b, de ces lames, qui font ici les mêmes que celles qu’on a déjà vues fur le dernier Battant* Souvent au lieu de fentes, on met les vis dans des trous faits aux lames, comme on en voit un en C, fig. 2 : cetté derniere méthode eft moins bonne que la précédente, parce qu’il n’eft pas poifible que toutes fortes de peignes puiffent être contenus dans un Battant ainfi conftruit, puifque la poignée ne peut être montée ni defeendue : il faut donc alors fe fervir toujours de la même hauteur de peigne, ou courir le rifque qu’ils foient ou trop ferrés ou trop lâches. On en trouvera même qui feront hors d'état d’y être placés, puifque fuivant la conftruétion de cette poignée , an né fait jamais la rainure qui reçoit le peigne , de plus de 3 lignes de profondeur, quelquefois même on ne la fait que de 1 lignes ,* de forte qu’il n’y a que la fuperfïcie des jumelles fupérieures qui foit retenue, parce que le peigne doit être placé dans un Battant de maniéré à n’y être pas gêné, & une ligne de jeu n eft pas fuffifante, il eii faut deux au moins ; ainfi quand une rainure n’a que 2 lignes de profondeur, il n’eft pas pofîible qu’elle procure au.peigne tout le jeu dont il a befoin.
- Étoffes de Soie. VIL Paru C 2
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- —'JIU —
- Planche
- roi UART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- La poignée qu’on voiticinepourroit pas être employée, fi Ton n’y avoit ajouté les deux tenons d9d> qui defcendent par-devant d’environ trois-quarts de pouce, & même quelquefois d’un pouce ; ces tenons tiennent lieu de l’autre joue de la rainure, c’efl à-dire , que le bord poftérieur de la poignée, defcend de deux ou trois lignes plus que le bord antérieur, comme on le voit en ef; fig* 3 y qui repréfente une coupe de la poignée ; ceft donc la partie des tenons d, d, qui defcend plus bas que le bord de la poignée , & qui retient le peigne par devant. Ces tenons font placés de maniéré que quoiqu’on puiflè les retirer aifément, ils ne peuvent pas, d’eux-mêmes , fortir de leur place, & pour cet effet la poignée efl: entaillée en queue-d’aronde, ainfi qu’on peut le voir en g* g > fig' 4• On Y remarque en même temps qu indépendamment de l’entrée de ces entailles en queue-d’aronde, le bas va en rétréclflànt , de façon que ces tenons tiennent dedans par leur propre poids, bien entendu que les deux côtés de chacun font faits en bifoau, comme on le voit en h ,fig. y, & le de (Tus i efl: en arrondiflànt, pour prendre la forme du deflùs de la poignée.
- On a imaginé cette maniéré de conftruire les poignées des Battants, pour n’être pas obligé de deiferrer ces vis toutes les fois qu’on veut retirer le peigne de la rainure , afin d’avoir plutôt fait quand il y a quelque choie à y voir, foie pour ranger le peigne lui-même , foie pour nétoyer des bourres que la foie y. laiflè haut & bas, foit pour nétoyer la rainure dans laquelle il efl: placé ; d’ailleurs on a toujours le devant du peigne à découvert par le haut, & l’on peut voir tout ce qui s’y palfe. Cette méthode efl bonne; le feul inconvénient que j’y trouve, c’efl: de laiffer ce peigne prefqu’à découvert par derrière , par le peu de profondeur qu’on donne à la rainure: on font bien que c’eftla même raifon du devant, en partie, qui fait laiffer le haut du peigne prefque hors de la rainure ; mais cette raifon n’efl: pas foffifimte pour balancer l’inconvénient de ne pouvoir pas travailler aufli commodément que fi le peigne écoiç totalement couvert par les bords de la rainure, fur-tout par derrière ; car ayant la liberté de pouvoir, dans un inftant, retirer le peigne de fa. place, on doit fe contenter de le voir par devant, fons fe mettre en peine de le voir par derrière ; & le véritable arrangement d’un peigne dans le Battant, c’efl: d’avoir haut Sc bas fos jumelles couvertes, de forte qu’il s’en faille au moins d’une ligne que la foie en montant & en defcendant puiflè toucher contre , quel que foit le peigne dont on fe fort, comme canne ou acier.
- On évite que la foie touche les jumelles, & même quelle en approche, parce qu’ordinairement les peignes font fufceptibles de quelques défauts à ces endroits. Aux peignes de canne, c’efl l’excarnage ou le planage qui n’efl pas G bien fini près des jumelles que fur le milieu. Aux peignes d’acier, Sec. c’efl: la rouille, qui attaque plutôt les extrémités que le milieu, qui efliiie des frottements continuels, tant par la foie de la chaîne que par la navette qui paflè contre, & par les coups qu’on frappe avec contre la trame. C’efl donc cette
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- Septième Section. I. Part. Defcrlptioti des Battants* to^ partie du peigne qu’il faut garantir, ou plutôt c’eft de cette même partie du peigne qu’il faut garantir la foie.
- On ne fàuroit parvenir à cette perfeétion fans faire les rainures, tarit de la mafle que de la poignée * affez profondes pour contenir toute la largeur des jumelles, de maniéré que le peigne ait tout le jeu néceflàire ; & comme le peigne repofe dans le fond de la rainure de la mafle, on na jamais à craindre de faire cette derniete trop profonde , fans cependant qu’en remontant le peigne il puiflê fortir de là place.
- C’eft pour éviter que la foie ne porte contre les jumelles inférieures, que tous les Ouvriers ont coutume de les couvrir au moins de deux lignes, fans quoi on cafleroit une très-grande quantité de fils, & on en écorcheroit le refte. On n’a pas toujours la même chofe à craindre des jumelles fupérieures, quoique découvertes , parce qu’on peut éviter que la foie ne monte au point de frotter contre, mais c’eft une précaution qu’il eft plus sûr de prendre ; ainfi pour ne courir aucun rifque, il faut enfermer dans les rainures du Battant toutes les jumelles du peigne : d’ailleurs les Ouvriers qui ont coutume de travailler avec des Battants tels que ceux fig. 7 & 13 de la Planche 9 , qui voudront travailler avec celui dont nous nous occupons actuellement, feront obligés de faire un fécond apprentiflage pour s’y accoutumer. Quelques-uns ne fauxoient travailler qu’avec ce Battant extrêmement bas, c’eft-à-dire, qu’au lieu que la foie de la chaîne foit au milieu de la hauteur du peigne, iis la mettent aux deux tiers, aux trois-quarts, & quelquefois plus haut. Si ces Ouvriers fe férvoient de Battants qui laifTaffent les jumelles fupérieures à découvert, ils ne pourroient faire un pouce d’Etoffe.
- Je dis que la foie doit être au milieu de la hauteur du peigne , c’eft une régla ordinaire pour les Ouvriers qui fabriquent les Etoffes unies » telles que les Taffetas & les Serges 5 mais pour les Satins & les Etoffes façonnées, on met la foie, pour le plus haut, à trois lignes au^deflùs de la mafle du Battant : nous en verrons la raifon en fon lieu. Je dirai feulement que plus on met la foie bas , Sc plus la fabrication eft belle, fur-tout dans les Etoffes façonnées.
- Je reviens à la conftruétion de la poignée : elle feroit parfaite fi l’on donnoif à la rainure la profondeur que j’ai obfervée, & fur-tout fi dans le befoin on pou-voît y ajouter une fonte de plomb, pour procurer au Battant tout le poids dont on a fouvent befoin.
- On ne fait pas toujours la poignée de ce Battant à deux tenons ; j’en ai vu où on n’en mettoit qu’un, mais alors on lui donne au moins les trois-quarts de l’entre-deux des lames* L’entaille C de la figure 6, fait voir l’ouverture qui peut recevoir ce tenon ou plaque , fig. y. Cette entaille doit être précifément de la longueur de la plaque ; fès bords font faits en queue-d’aronde, & les bords de la plaque font faits en bifeau, ainfi qu’on en voit un K ; le haut de cette plaque eft plus large que le bas, ainfi l’entaille C de la poignée eft |plus large depuis l
- Pjlanche
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- Planche
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- HART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- ' jufqu’à m, que depuis n jufqu’à o, parce moyen la plaque étant à fà place , y tient par fon propre poids, & la partie inférieure defcend de demi-pouce au -moins au-defîbus des bords n, o, de la poignée, pour faire le même effet que Ses tenons d9 d de la poignée A ffg. I.
- Les boutsp >p* de cette poignée font feulement entaillés, & ne forment pas ides enfourchements comme ceux de la figure ia de la Planche précédente ; -néanmoins quand on bande le Battant, les lames appuient avec force contre les ëpaulements ; cependant on ne bande pas fouvent ces Battants, parce que les Wis a, a yfig. i, font fitffifantes pour retenir les poignées afin qu’elles ne def-•cendent point fur le peigne : refte à lavoir fi la méthode de bander les Battants eft plus avantageufe que celle de les laiffer libres, c’eft ce que nous expliquerons quand nous ferons à l’endroit de la fufpenfion des Battants. Paffons auparavant à la quatrième & derniere conftruétion des Battants.
- £ ;§• IV. Q uatrietne conftruclion des Battants.
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- La quatrième efpece de Battants, eft de ceux qu’on emploie pour la fkbrica^ fcion des Etoffes les plus légères , & fur-tout pour les Gazes. Je ne lais s’ils ont été inventés pour cette forte d’Etoffe, mais on les emploie avec fuccès pour les petits Taffetas noirs qu’on appelle Taffetas luflrés : on les emploie auffi avec avantage pour les petits Satins unis, pour les petites Florentines, &c.
- La figure 8 fait voir ce Battant ; la maffè D eft plus petite que toutes celles que nous avons vues jufqu’à préfent : elle eft faite d’un bois folide, mais dont on ne cherche pas la lourdeur ; il fuffit ici quelle puiffe contenir le peigne : du refte on n’a befoin d’aucun moyen pour le charger 5 au contraire , nous allons voir qu’on l’évite. Les lames E 9E , peuvent être comme à l’ordinaire, Sc même on ne fo pique de leur donner la même force qu’à celles que nous avons vues , pour rendre folide l’affemblage du Battant. La poignée F eft portée par deux petites lamettes r, r, qui font clouées par le haut à peu-près au milieu de la largeur des lames E, E, & par le bas elles font affemblées à la poignée , ainfi qu’on le voit en s y si cet affemblage eft tel qu’on le voit féparé par la figure 9 , qui préfente la poignée F par-devant, tandis que fur celle 8 nous la voyons par derrière ; ces deux différentes figures feront fuffifàntes pour faire connoître la conftruétion de ce Battant : par cette derniere figure on voit que la poignée eft entaillée en r, r, & que ces entailles déterminent la diftance qu’il doit y avoir entre les lames E, E, fig. 8 ; & lorfque ce Battant eft bandé, ces lames pofent contre les épaulements v, v, de la poignée: on n’y fait aucune ' rainure pour contenir les jumelles du peigne, on laifîe feulement une languette qui couvre les jumelles fitpérieures, qu’on fait retenir par devant au moyen de deux petites chevilles de fer qu’on place dans les trous y 9y y & qui font Taillantes par-deflbus d’environ 9 lignes.
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- s
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- Septième Section. î. Part. Defcription des Porte-Bâttants. îoy Les lamettes r9 r, qui portent Sc retiennent en même temps la poignée , font reflort, Sc c eft par elles qu’on parvient à régler le ferrage dés duites de trames qu'on emploie dans une chaîne ; ainfi plus ces lamettes font roides , & plus on peut rapprocher les coups de trame : conféquemment fi elles font affoi-blies, ces mêmes coups font à proportion plus éloignés.
- Si l'on fe contentoit de fixer ces lamettes contre les lames du Battant , cômmé elles le font en fig- 8 , on ne fauroit obtenir aucune différence fènfiblë entré le rapprochement des duites dans une Etoffe ; mais par le moyén des ficelles à , a , on donne plus ou moins d’élafticité à ces refforts ; de maniéré que fil’ on veut que les duites fbient plus rapprochées, on defcend ces ficelles en les faifant gliffer vers le bas ; & fi l’on veut que l’Etoffe foit plus légère, on les remonte, de forte que le reffort prend fa force de l’endroit où eft placée la ficelle, qui forme environ trois tours fur la lame. Ôn n a pas encore fu trouver un moyen plus ingénieux pour faciliter la fabrication des Etoffes légères ; il faut que tout ce qui les réglé foit un effet du Battant ; car fur cent Ouvriers qui veulent fe fervir de Battants faits à l'ordinaire, quoique fans plomb & de la plus grande légéreté , le plus grand nombre ne peut réuffîr. Il s’agit feulement de régler ces lamettes à la force qu’elles doivent avoir proportionnellement au poids du Battant, & à la force qu’on veut procurer à l’Etoffe;
- je crois que les quatre Battants que j’ai décrits, fuffifent pour ce qui con-* cerne la fabrication des Etoffes de Soie en général ; il refte feulement à mettre fous les yeux du Leéleur ^ les Battants brifés pour la fabrication des Velours ; mais je me vois encore fi éloigné de cette partie, que je crois qu’il feroit hors He propos de les donner ici. Ainfî on ne trouvera pas mauvais que j’en renvoyé la defcription à la Partie où je traiterai des Velours. Je vais m’attacher actuellement à faire connoître quels font les moyens qu’on a employés pour faire mouvoir ces Battants, & de-là pafler à leur iufpenfioni
- §. V. Des Porte - B atteints 4 *
- Les Battants font des efpeCes de leviers aux bouts defquels on fixe les peignes pour frapper contre les duites de la trame qu’on emploie à la fabricatiod des Etoffes ; ces leviers ne peuvent recevoir leur mouvement fans être fixés à un point déterminé : l’efpece d’axe ou de fufpenfîon, qui , tenant le Battant en l’air, permet à l’Ouvrier qui le met en ufage, de le faire aller & venir à fou gré , s’appelle P or te-Battant ; Ion nom défigne précifément fan emploi ; nous allons voir ce que c’eft, & comment on doit s’en fervir.
- La figure 10 en repréfente un ; fa conftruétiori eft fort fîmplé, pùijfqu’elle ne forme qu’une pièce de bois longue d’environ 3 pieds & demi, d’une forme cylindrique, & terminée par un tenon byb > à chaque bout ; ces deux tenons reçoivent chacun une noix fig. 11 > qui eft de quelque chofe plus large que fë Étoffes e>e Soie.> FIL Paru D %
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- Planche
- ,10.
- ïoS VA RT DES ÉTOFFES DE SOIE, tenon n’eft long : elle eft percée en c d’un trou plus grand que ne font gros les tenons/',/', du Porte-Battant ; de forte que lorfqu’ils y font placés * ils onc toute la liberté pofïible pour tourner dedans*
- La figure 12 nous fait voir un Porte-Battant garni de deux noix d, d: on peut appercevoir en e, que ces tenons ne font pas fi longs que les noix ; on a ce? foin, parce que les Portes-Battants doivent être placés entre les deux eftafes d’un Métier, de forte qu’ils peuvent avancer & reculer fuivant la pofition qu’on veut donner au Battant. Il convient donc que ce Porte-Battant ne foit pas gêné par fes bouts, & qu’il n’appuie pas contre les eftafes* Les noix auxquelles il fert d’axe, font placées de forte que l’on peut, par leur moyen, avancer Sc reculer le Porte-Battant fur les accocats qui leur fervent de fupport ; il faut aufll qu’elles ayent au moins 2 lignes de jeu de chaque côté, pour pouvoir être plus facilement menées*
- On fait des Porte-Battants qüarrés, d’autres hexagones ou oélogones ; mais de toutes les formes, je crois que les ronds font les meilleurs i nous aurons ©ccafion d’en donner la raifon ailleurs.
- La figure 13 offre une fécondé forme de Porte-Battant, dont la conftruéHon différé de celle que nous venons de voir ; d’abord celui-ci a environ 2 pouces Sc demi de largeur, & un pouce & demi d’épaiffeùr : il eft afïemblé par fes deux bouts avec deux lames de fer/',/', qui lui tiennent lieu de tenons. Ces lames fontprefque tranchantes en g9gy & forment en/',/', un dos plat, qui eft de niveau avec l’épaiffèur fopérieure du Porte-Battant. Ces lames font emmanchées dans i’épaifleur du Porte-Battant, & retenues chacune par les deux goupilles h h, h h ; le tranchant ne va que depuis leurs extrémités extérieures, jufqu’aux bouts du Porte-Battant : elles font telles qu’on en voit une fig. 14.
- §. VI. Parallèle entre les Porte-Battants^ & defeription des ÀccocàtSé
- L e Porte-Battant fig. 10, eft différemment confiruit que celui fig. 13, parce que l’un eft porté par un genre d’Accocats, & l’autre par un autre. Je vais mettre fous les yeux les trois fortes d’Accocats qu’on emploie le plus communément.
- Les figures iy, 16 & 17, les repréfentent tous trois. Quels que foïent les Accocats dont on fe fert pour un Métier, il en faut deux femblables ; quant à la forme & à la grandeur, elles font arbitraires.
- L’Accocat fig. 15, eft une efpece de crémaillère de bois qu’on attache aux eftafes d’un Métier, de maniéré que la partie inférieure foit de niveau avec la partie inférieure de l’eftafe : on a foin ordinairement que le tout foit au droit de l’angle intérieur du pied de Métier de devant ; on en met un fur chaque eftafe, & le plus folidement pofïible. On les cloue contre l’eftafe d’abord par tes deux bouts avec des clous d’une certaine groffeur ; enfuite on les cloue for le milieu
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- Septième Section. I. Part. Dèfcription des Poric-Batteints, loj Bc fur l/entre-deux de ces trois premiers clous , en forte qu’urt Accocat tel que celui qu on voit ici, qui eft d environ 3 3 pouces * doit être arrêté au hioins à cinq endroits * afin que le poids du Battant ne le fafle pas fléchir: il ne feroic même que de 2 pieds , qu'on le cloueroit avec autant d'attention. On rie craint pas de rendre ces pièces folides, parce quelles font à demeure. Les encoches qui compofent cette crémaillère , font égales, & à un pouce de diftance les Unes des autres ; ces encoches font entaillées en bifeau , & l'extrémité fupé-rieure de chacune forme un angle aigu * ainfi que le fond des entailles. Il faut obferver que les deux pendants doivent être exactement égaux en longueur * en épaifleur, en largeur & en nombre d'encoches : ils doivent être faits d'uné feule pièce, & enfuite refendus avec égale épaifleur. Les encoches doivent êtrè également diftantes les unes des autres ; c eft dans ces encoches que pofent les noix d 3 d^ du Porte-Battant ^/zg-. 12: on doit fentir que le bifeau qu'offrent ces encoches en tous fons, facilite fînguliérement les différentes pofitioris qu'ori peut donner au Porte-Battant qu'on pofo deflus , parce qu'au moyen des noix on peut l'avancer & le reculer fans aucune peine. S'il faut que ces Accocats foient pofés exactement en face l'un de l'autre, & que leurs encoches foient 'égales fur l'un comme fur l'autre, c'eft qu'il faut rton-foulement que le Métier foit d'équerre, comme je l’ai fait remarquer, mais il faut auflî que le Porte-Battant y foit, à quelque point de la longueur du Métier du l'on puiffe 1© placer ; ainfi fl les Accocats font égaux, & qu'en plaçant deflus le Porte-Battant^ on laiffe en avant ou en arriéré le même nombre d'encoches, on fora certain! que le Porte-Battant fora d'équerte avec le refte du Métier § qui doit néceflài~ rement y être*
- Il n'eft pas de néceflîté abfolüe que les ericoches des Accocats foient à uri pouce de diftance les unes des autres ; au contraire, quand on les fait de demi-pouce , elles en valent mieux, parce qu'on peut plus facilement déterminer la diftance où l'on doit placer le Battant pour travailler ; car fouvent un demi-pouce peut faire une différence dans l'avancement ou dans le reculement de cec üftenfile : d'ailleurs avec des encoches de demi-pouce , on peut reculer ou avancer le Battant d'un pouce ; au lieu qu'avec des encoches d'un pouce, oh ne peut l'avancer ni reculer d’un demi-pouce.
- La figure 16 nous fait voir une autre efpece d'Accocats, dont le fond des entailles eft arrondi. On place ces Accocats de même que les précédents y mais on ne met pas de noix aux bouts du Porte-Battant, pour faire courir le Battant le long du Métier : ici le fond des entailles fort de noix, quant au repos ; mais pour faire avancer ou reculer le Battant $ il faut le tranfporter * ce qui prend beaucoup plus de temps & devient plus pénible que de faire marcher les noix, qui font des efpeces de roulettes qu’on fait aller d'une encoche à l'aUtre, en pouffant feulement. Quand un Battant eft lourd, & qu'il faut le tranfporter, o eft fouvent plus qu'un Ouvrier ne peut faire. On ne fc fort de ce dernier
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- ïo8 L* ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- Accocat, que dans quelques Villes de Ma nu factures, & je ne les ai connus qu'à Paris, où, fuivant leur méthode, il eft indifférent quelle en foie la conftruélion, parce quils nont pas fufàge de faire des faffures, ni d’employer les Battants trop lourds, ainfi ils peuvent facilement les tranfporter d’une encoche à l’autre quand le befoin l’exige ; c’eft fans doute la difficulté de transporter un Battant très-lourd, qui leur a fait inventer les noix & les Accocats forts longs ; car pour les Etoffes où l’on ne fait point de faffures, les Accocats de 7 à 8 pouces de largeur font plus que fuffifants; c’eft ce qui a fait adopter encore aux Fabriquants de Paris, l’ufage des Accocatsfig. 17, qui font de fer, Sc qu’on plante au-deffus des eftafes du Métier le plus régulièrement poffible. Avec cette forte d’Accocats on emploie le Porte-Battant fig. 13 : c’eft dans leurs encoches que pofe le tranchant g-g-des tenonsf9f, de ce Porte-Battant. Le fond de ces encoches eft un peu arrondi, en forte que le tranchant des tenons ne fàuroit y être gêné en aucune maniéré : auffi eft-ce la plus avantageufe des méthodes pour le balancement d’un Battant, car il n’effuie aucun frottement. Cette méthode a encore un avantage , c’eft qu’au moyen de ce que ces Accocats font placés fur les eftafes du Métier, on eft obligé de faire les lames du Battant plus longues : il s’enfuit que ce plus de longueur procure une force plus confidérable au Battant, & que par ce moyen l’Etoffe peut en recevoir plus de qualité ; d’ailleurs on travaille avec beaucoup plus de facilité. On doit donc préférer cet arrangement à celui de faire courir le Battant à fon gré fur les Accocats , furtout quand on ne fait point de faffures, qu’on devroit totalement abolir, pour la plus grande perfeétion des Etoffes, ainfi que je l’ai déjà fait obfèrver.
- Il y a cependant une différence marquée dans la forme des Portes-Battants, pour la facilité de la fufpenfion des Battants. J’ai déjà fait remarquer que l’Etoffe doit être placée dans le milieu de la largeur du Métier, tant devant que derrière. il fuit de-là que le Battant doit être auffi au milieu de cette largeur, afin que le poids porte également fur toute la largeur de l’Etoffe.
- J’ai dit dans mon Traité du Pliage , que le Plieur promenoit le rateau pour donner à la foie de la chaîne un efpace d’environ 3 pouces plus large que la, chaîne ne devoir avoir à fon Etoffe. Ces variétés forment un petit déplacement à la foie ; quelquefois il devient fenfible : alors le Battant qui frappoit au milieu a perdu demi-pouce ou un pouce, fuivant que la faffure eft grande : il faut p pour le faire bien frapper, le ramener au milieu. Si le Porte-Battant eft quarré ou hexagone, il faut le pouffer avec force , & d’une main faire couler les cordes de fufpenfion, ce qui exige un certain foin ; au lieu que fi le Porte-Battant eft rond, on n’a qu’à le faire tourner fur lui-même, & pouffer en même temps le Battant pour le faire couler fur le Porte-Battant : on parvient ainfi à le faire changer de place , ainfi que les cordes de fufpenfion. Il eft donc loifible de faire tous les Porte-Battants ronds, mais non pas celui à tenon de fer tranchant^
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- Septième Section. I. Part. Maniéré de fufpendre les Èattants*. tàg parce qu’il n’eft pas poflîble de le faire tourner fur lui-même ; cependant ce porte-Battant doit être préféré , fauf à avoir un peu plus de peine pour ranger le Battant quand il fe dérange. Voyons comment on fe fert des Porte-Battântsi
- §. VII. Des différentes maniérés de fufpendre les Battants;
- Première Manierez
- - _ »
- r L à figure iS repréfente la première des maniérés que j’aye connues p8ur là
- îiifpenfion des Battants : elle eft en ufage à Lyon, à Nîmes, â Avignon, Scc ; e’eft, fuivant le plus grand nombre de Fabriquants,, celle qui vaut le mieux. Après avoir éprouvé la fécondé , 8c fait remarquer les différents avantages que celle-ci a fur fautre, je crois qu’on ne pourra fe refufer à lui donner là préférence^
- Ici le Battant eft fufpertdu au porte-Battant À f au rrioyen de deux cdrdes dê fufpenfion fans fin a , a9 qui paffent deflus 8c défions le porte-Battant, de ma^ niere à contenir entr’elles & lui les lames B> B , du Battant , qui eft ici le mêmé que nous avons vu fig. 7, dans la Planche précédente ; les cdrdes a 9 a9 paffent dans les encoches des crémaillères b 9b > ce qui tient le Battant fufpeiidu. Cette fufpenfion pourroit être fuffifànte , mais le Battant ne feroit jamais sûr $ & aU moindre choc il perdroit le milieu du Métier ; d’ailleurs, comme je l’ai déjà fait remarquer ; la poignée C ne feroit pas affez aflujettiè ; c’eft pour cela qu’on bande les lames avec une corde fans fin D , qu’on place aü haut des lames 3 & dans laquelle on paffe une cheville E, pour bilionnet avec force. Cet arrangement ne feroit pas fuffifànt, puifqu’il laifferoit encore le Battant libre fur le porte-Battant ; ' d’abord la cheville à billonner eft fuffilamment longue pour être retenue par le porteJBattant 3 pour éviter le détordement de la corde : en outre on lie cette cheville au porte-Battant avec une ficelle c, dont on forme plüfleurs tours fur la cheville même, en la faifànt pafter fur la corde de bandage 8c fous le porte-Battant : on ferre avec toute la force poflîble j afin de rapprocher davantage les lames, & de rendre le tout très-folide. On apperçoit qu’à l’endroit de la cheville, la corde de bandage eft attirée par les efforts de la ficelle. Après qu’on a formé les tours que cette ficelle peut faire par fà longueur, on en pafle le bout entre le porte-Battant & la ficelle elle-même, qui, par fâ roideür j retient ce bout aufli fortement qu’un nœud ; d’ailleurs on a l’avantage de pouvoir la défaire fans aucune difficulté. Quelquefois on fait plufieurs tours de la ficelle fur elle-même, de maniéré qu’on rapproche les deux côtés des tours entre la corde de bandage 8c le porte-Battant : c’eft un moyen qui rend encore pW folîde le porte-Battant avec le Battant.
- On ne fàuroit trouver un arrangement plus folide pour le Battant, à moins dé le clouer contre le porte-Battant, ou de l’y aflembler à mi-bois. Cette Étoffes de Soie. VIL Fart. E 2
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- lïù DART DES ETOFFES DE SOIE.
- méthode eft très-bonne pour ceux qui font accoutumés à avoir toujours les Battants à la même hauteur ; mais elle ne vaut rien pour ceux qui doivent fuivre la progreffion de l’Etoffe : c’eft ce que nous allons expliquer.
- Je dis que ceux qui doivent toujours avoir le Battant a. la meme hauteur > peuvent & doivent même, par préférence , fe fervir d’un Battant affemblé ati porte-Battant : tels font ceux qui ont i’ufage d’avoir deux enfuples devant, un defTus pour tenir la chaîne à la hauteur où elle doit être pour fabriquer l’Etoffe, Sc un par-deflous pour recevoir 1 Etoffe roulee. Cette méthode n eft mile en pratique qu’en Angleterre & à Gênes ; j’aurai occafion de la détailler, & d’en faire appercevoir tous les avantages. Suivant nos ufages de France, nous ne faurions allez trouver de moyens pour régler la hauteur de nos Battants, à proportion que l’Etoffe augmente le volume de l’enfiiple ; car dans ce cas il faut abfolument remonter le Battant ; & quand on a retire toute 1 Etoffe fabriquée de defluSj on eft obligé de le remettre a Ion premier point. Je connois une maniéré certaine pour ne pas être oblige de déranger le Battant de place, qui n a e^e mile en ufage que dans un feul endroit* Je penfe quelle ne fauroit cependant etre préférée à celle des Anglois ! c eft de quoi je ferai part aux Leéleurs dans un des Articles fuivants. Quant à préfent, il faut remarquer que les crémaillères a 9 a 9 font une reffource avantageufe pour porter le Battant a la hauteur qu on defire , puifqu’on peut mettre les cordes de fufpenfion dans telle des encoches qu’on juge à propos i ici je n ai fait voir qu une feule corde de fufpenfion Ù chaque lame, ou, pour mieux dire, on ne voit qu’une corde de fufpenfion fimple, tandis que fou vent on la met double 3 Sc quelquefois triple. Il faut entendre que le double ou le triple de ces cordes ne font faits que par le repliement qu on en fait, ceftà-dire, que l’on forme deux ou trois tours avec une corde fans fin qu on a nouee comme celle 1 eft en d, par un nœud plat,
- dont les deux bouts c , c> parodient s eloigner 1 un de 1 autre, ou bien on la lie avec un fil, foit en la coulant ou autrement, comme eft celle jftg, 20 , ou 1 on apperçoit en /l’affemblage des deux bouts ; ces deux cordes font telles qu’on les difpofe pour le bandage du Battant, en prenant à peu-près la mefure à l’écartement des lames ; je dis à peu-près, parce que l’on donne toujours plus de longueur que ne porte cet écartement, afin de pouvoir placer facilement la corde , & de pouvoir la tordre fur elle-même fans être trop gêné. Quant aùx cordes de fufpenfion, ce ne font que des ficelles : on prend la mefure comme fi l’on vouloit les placer fimples ; enfuite fi l’on veut les mettre doubles , on les met doublement longues & pour les mettre triples * on leur donne trois fois la première longueur ; enfuite on les replie en trois, ou en deux, fi c’eft pour une corde double , & on les range de maniéré à former un feul tour de la grandeur de la corde fimple , & on la pofe de même ; mais quand il s’agit de monter ou de defcendre le Battant, on prend ou les trois tours à la fois, ou les deux ou un feul, qu’on fait gliffer fur le porte-Battant, de maniéré que les autres
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- • S ep t i È ivî e Section. ï. Part. Manière defufpendre les Boitants, ir t tours qui ne font p’as pris , s’étendent : ceci Fait l’effet d’üîié corde mouffiée; 'gssg"™*g ainfi fi à corde fimple une encoche de la crémaillère monte le Battant de 3 Planche lignes, à corde double nous né le monterons , avec les mêmes crémaillères, que d’une ligne & demie, & à corde triple nous n aurons qu’une ligne de montée ou de defeente. Il eft donc plus facile de régler la hauteur d’un Battant en fe fervant de la corde de fufpenfion triple, qu’en employant cellé qu’on met dou&e , & par la même raifon la corde fimple fert moins bien à cet arrange» ment que la corde double.
- On doit remarquer que la corde fimple defeend ou monte le Battant à chaque encoche qu on lui fait quitter ou prendre, de la moitié de la valeur d’une en** coche; de forte que fi l’on compte demi-pouce d’une encoche à l’autre* & qu’on faffe paffer un des repliements de cette corde d’une encoche feulement * on aura defeendu ou monté le Battant de 3 lignes ; ainfi la corde de fufpenfion étant employée fimple, produit l’effet d’une corde double au moufflage* là corde double produit l’effet d une quadruple, & la triple d’unç moufflée en fiXi
- Je n’infifté fur tous ces détails, que parce qu’il y a des Ouvriers qui rejettent les cordes double & triple fans connoître leurs avantages , & fe contentent dé faire les crémaillères avec des encoches très-rapprochées , fans fairë attention qu’étant trop amincies * elles font fujettes à fe caffer , & qu’aiors le Battant n’eft plus de niveau.
- J’ai fait remarquer dans le montage du Métier, que les eftafes F\ Ff dévoient être aü niveau l’une de l’autre ; alors lé porte-Battant A pofànt fur les accocats g) g, doit être lui-même de niveau ; les lames de Battant B , étant d*une égale longueur * Sc les crémaillères b, b * étant placées à la même hauteur fur ces lames, né fàuroierit que concourir au même but ; de forte que la maffe G & là poignée C * font auflî de niveau : tout dépend à cet égard des cordes de fufpenfion a, a9 qui doivent être d’une égale longueur. Voici comment ori y parvient : d’abord on les étiré * ënfuite dn les coupe d’une égaie longueur * en les mettant l’uné fur l’autre ; mais pour les nouer par leurs deux bouts, ou pour les coudre, on le fait à corde tendue > en les plaçant fur deux chevilles du fiir deux clous, & en les arrêtant à la même tenfion l’üne à côté de l’autre. Toutes ces précautions font àffe^ bonnes; mais quelquefois les nœuds fe lâchent $ quelques inégalités dans la corde la font prêter davantage dans un endroit que dans l’autre, & il arrive que lorfque ces cordes font placées, le Battant n’eft pas de niveau, quoiqu’on les ait mifes dans les encoches correfpondantes; il faut donc alors ou baiflèr un côté, ou monter l’autre fuivant l'exigence du cas. Si l’épaif? feur d’une encoche donne trop ou trop peu, le Battant refte néceffairement hors du niveau, & plus ce défaut éft grand, plus on a de difficulté à travailler ; car quand le Battant n’eft pas de niveau , l’Ouvrier ne peut fe garantir dé biffer tomber fa navette quand il la pouffe du côté où il eft le plus élevé > parce
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- Blanche
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- ïïi l'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- ‘ que là main étant conduite naturellement par Tentre-deux de la mafle Sc de Iâ poignée, l’obliquité de cette direction Fait que la pointe de la navette pafle à travers la foie , autre part qu’à Y ouverture du pas, Sc qu’elle tombe à terre : il arrive même le contraire quand on pouffe la navette du côté oppofé ; car au lieu que la navette pafle deflous, elle vient au-deflus; c’eft un dérangement pour le travail, Sc Ton rifque même d’épointer la navette & de caflèr beaucoup de fils. On prévient cet accident en mettant les cordes triples , parce qu’off peut alors régler jufqu’à une ligne de différence.
- En traitant ici de la fufpenfion d’un Battant, il faut fuppofer que la chaîné eft pofée dans le peigne H: voici la marche qu’on tient à cet égard. D’abord que la foie eft paflee dans le peigne , de la façon que je le dirai ailleurs , on fuf-pend le Battant purement Sc fimplement avec les cordes de fufpenfion ; on éleve la poignée C ju(qu’au point où l’on peut placer facilement le peigne dans la rainure de la mafle G* Quand ce peigne eft en place * on defcend la poignée de maniéré que J.es jumelles fupérieures entrent dans leur rainure : la précaution qu’on prend, c’eft que le bord inférieur de la poignée, tant devant que derrière, foit à environ une ligne ou trois quarts de ligne plus bas que le bord des jumelles ; enfuite on fufpend la poignée avec les ficelles i, A, qui font aux lames Z?, B, puis on fait deux cales /, l, qu’on met entre la mafle Sc la poignée, & que, pour plus de. sûreté, on adapte fur l’épaiflèur des lames avec de petits clous-d’épingle feulement, afin de les en retirer plus facilement dans le befbin : on a (oin que le peigne joue dans le Battant de forte que rien ne le gêne en tous fens. Quand le peigne eft ainfi placé, on cherche à tendre la chaîne ; on fixe l’enfuple fur fon niveau , & on y arrête les parties de la chaîne comme nous le dirons plus bas. L’enfuple étant de niveau, la chaîne qu’on roule deflus doit l’être : par-là on s’affiire fi le Battant y eft lubmême ; fi l’on craint de fè tromper , on pofe un niveau fur la poignée du Battant, Sc on remédie à ce qui s’en manque ; après quoi on pofe la corde de bandage telle que je l’ai déjà expliqué , Sc l’on arrête la cheville E avec la ficelle c ; mais auparavant on fait à un de fes bouts une grande boucle, comme celle m , fig. ai : on forme un nœud n à l’autre bout * Sc dans cet état on enfile cette boucle avec la cheville E * comme on le voit en J3 fig» 22, & enfin on arrête cette cheville comme je l’ai dit plus haut, en prenant garde que le peigne foit placé bien au milieu du Battant ; c’eft ce qu’on obtient en tenant les gardes^?,p , également éloignées des deux lames B , B»
- La figure 18 qui vient de nous occuper, repréfente un Métier vu par-devant,1 dépourvu de clefs & d’enfiiples afin qu’on apperçoive plus facilement tout l’ordre de cet arrangement. Il refte à obferver que les cordes de fufpenfion /, K , ne font pas ici également tournées : voici pourquoi. La corde i eft tenJ due fimplement par le poids de la poignée , Sc la corde K eft tendue au-deffus de la poignée ; il faut fuppofer que la première de ces deux cordes n’étoit pas
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- Septième Section. L Part. Marâtre de fufpendre les Battants, x 13 plus longue qu’il ne faut , au lieu que la fécondé l’étoit trop, & que c’efl: pour la raccourcir qu’on Ta tordue ; c’efl: ainfi qu’on en ufe toutes les fois qu’une corde de fufpenfion pour les poignées fe trouve trop longue, en la croifànt ou en la tordant, on la ramene au point de longueur dont on a befoin.
- §. VIII. Seconde maniéré dé fufpendre les Battants*
- Cette maniéré de fùfpendre les Battants efl plus fimple que la précédentê mais auflî elle n’eft pas fi folide : les figures i8e%9PLn^ vont nous mettre au ^LA^m fait de cet arrangement.
- D’abord les Battants qu’on y voit ont leurs lamés À,A>È % B, dépourvues de crémaillères. Le Battant de la première figure, efl; placé derrière le porte-Battant C, 8c les lames A, A, font retenues par-devant par les cordes de fufpenfion a, a3 qui l’enveloppent en paifant derrière, & dont les deux bouts font pafles dans les trous b, h, & noués par derrière, comme on le voit en c3c, fig. %. Les nœuds qu’on fait à ces deux bouts de ficelle , feroient peut être affe£ gros pour fupporter le Battant ; mais comme il efl: à propos que la féparatiort de ces deux bouts reçoive une petite cheville d, d} on l’y place pour s’en fervit comme nous allons le voir. La propriété de ces chevilles efl: de faire monter & defeendre le Battant à la hauteur néceflàire : on obtient cette fixation en tournant les chevilles pour tordre les cordes fur elles-mêmes, c’eft-à-dire, qu’en tournant ces chevilles > les deux parties des cordes de fufpenfion qui font fépa-rées par elles, fe tordent l’une fur l’autre 8c fe raccourciffent, par ce moyen le Battant monte au point qu’on defire ; 8c quand on veut le faire defeendre $ on n’a qu’à détordre les cordes, & le Battant defeend. D’abord qu’on a paffé la foie dans le peigne , on tend la chaîne, que je n’ai pas repréfentée ici, pouf plus de clarté ; enfuite pour placer le Battant dépourvu de fa poignée D, oit le fait palier en deflous de la chaîne , entre le remiffe que nous ne voyons pas ,
- 8c les bouts des banques E 3E: on éleve le Battant jufqu’à ce que la raaffe JE. repofe fur les banques ; alors on enfile les deux cordes de fufpenfion a, ai on entoure chacune des lames A $ A 3 de la façon qu’on le voit par la corde e >figi j ; on aflemble les bouts de cette corde : on les pafle dans le trou f ; on les fait fortir par l’autre côté de la lame, de la maniéré qu’on le fait voir en g , fig. 4; puis prenant deux bouts, on y forme un nœud comme ceux e,c9 fig. 2: alors on met les chevilles d9 d, pour en faire l’ufàge que j’ai dit. Quand ces chevilles font placées, on fait former une ouverture à ces cardes devant les lames, à peu-près comme celle h, fig,. 3 ; on pâlie le porte-Battant dans ces ouvertures,’
- 8c ôn le place fur les accocats, par ce moyen le Battant fe trouve fufpendu ; alors on cherche à mettre le peigne G dans la rainure de la malle F; 8e après l’y avoir placé, on met la poignée D entre les lames A, A, ce qui efl: très^ facile , puifqu’elle eft entaillée par fes deux bouts, 8c dépourvue des vis i 3 i 1 Étoffes de Soie. KIL Part» F %
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- SART DES ETOFFES DE SOIE.
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- ^on n’a qu’à la mettre obliquement entre ces lames, faire entrer la lame à droite par le haut, dans une des entailles de la poignée, 8c à gauche par le bas; ’enfuite on la fait couler en la montant par un côté, 8c en la defcendant par l’autre, jufqu’à ce qu’elle {bit à peu-près de niveau : on la fait defcendre jufqueS fur le peigne , dont les jumelles fupérieures doivent être dans la rainure de la poignée; alors on met les vis z, z, dans les trous de la poignée qui répondent aux fentes k, k, qui font au milieu de la largeur des lames A , A, au-deflus de la maffe F: les vis une fois placées , on les ferre avec les écrous'/, / ,fig. 2, qui Tepréfente par derrière le même Battant fufpendu 5 il ne faut pas les ferrer tout à fait, parce qu’il faut régler la hauteur de la poignée, afin que le peigne ne {bit pas gêné : du refte on fait attention que ce peigne ait autant de jeu qu’il lui en faut, fans cependant que fes jumelles fupérieures foient découvertes ; & enfin on achevé de ferrer les écrous, 8c l’on arrête entièrement la poignée D \ la hauteur qu’elle doit avoir : on fait attention que le peigne G foit bien au milieu du Battant, 8c l’on travaille.
- Ici nous ne voyons point de bandage au Battant, il eft Amplement fufpendu au porte-Battant ; je le repréfente ainfi , parce que j’ai vu à Paris beaucoup d’Ouvriers qui ne formoient pas d’autre arrangement : ils prétendent que la poignée étant arrêtée, ils ne dévoient plus rien appréhender pour le travail : tel eft le préjugé reçu ; mais fi ces Ouvriers faifoient attention que ce Battant étant aufli peu arrêté, change de place à chaque inftant, 8c que d’ailleurs les coups qu’il frappe ne font jamais auffi certains que s’il étoit aflùjetti, ils verroient combien il y a de différence entre l’ouvrage fabriqué avec un Battant folide, & un qui ne l’eft pas. Les Ouvriers qui ont réfléchi fur les moyens de perfeétion-ner leur Art, conviendront avec moi qu’il faut n’avoir pas de quoi faire la dé-* penfe d’une corde de bandage pour n’en point mettre, ou qu’il ne faut pas avoir connu d’autre ulàge que celui d’avoir ainfi le Battant en toute liberté.
- Quant au moyen qu’on a trouvé de faire monter 8c defcendre le Battant en tordant les cordes de fulpenfion, je le trouve aflez fimple 8c aflez ingénieux ; j’ai même remarqué qu’on pouvoit mettre le Battant au niveau le plus précis : tout ce que l’on a à craindre, quand on ne met point de bandage, c’eft qu’en l’avançant ou en le reculant on ne faffe lâcher les cordes de fulpenfion , & qu’elles ne fe détordent ; car lorlqu’elles font tendues, & que le poids du Battant porte deflus, on n’a pas à craindre qu’elles fo détordent. Cette méthode doit être préférée aux crémaillères, fi l’on veut y ajouter le bandage ; c’eft une expérience faite par des Ouvriers intelligents , 8c je l’ai éprouvée moi-même: je me fuis apperçu que l’on pouvoit donner plus de jufteffe au niveau du Battant, 8ç avec plus de facilité, qu’en fe fervant des crémaillères. Ici il fuffit de tourner ou de détourner les chevilles d9d, pour faire monter & defcendre le Battant; mais avec les crémaillères, il faut l’élever du côté où l’on veut le faire defcendre ou monter, 8c tirer avec force les cordes de fulpenfion pour les
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- Septième Section. I. Part. Mamcre de fufpendre les Battants. i r y rfaire tendre, fur-tout quand on les a mifes à double ou à triple tours ; & fi le Battant fe trouve être lourd, il faut être deux perfonnes pour le régler , une Plan€HE
- pour le foutenir, & l’autre pour changer les cordes d’une encoche à l’autre, & encore n’eft-on afluré du niveau que quand on a travaillé un peu de temps, à caufe du déplacement des cordes, qui ne prennent leur point de tenfion que par le poids du Battant, 8c par les mouvements qu’on fait en travaillant.
- Je crois fort inutile de repréfenter les fufpenfions des Battants , futvant les différents accocats ; j’ai préféré de faire voir ce qui eft le plus intéreftànt pour la fabrication : au furplus, j’ai fait remarquer dans la defcription des accocats * ceux qu’on devoit préférer, & j’ai donné les rai(ons qui leur faifoient mériter ; cette préférence. U feroit inutile de donner la fufpenfion des autres Battants ; ils n’ont rien de particulier : on prendra feulement garde que dans l’une dans l’autre des deux fufpenllons que je viens de décrire, on peut mettre lé porter Battant derrière ou devant les lames ; cependant en les mettant devant, on rend le Battant plus dégagé, & en même temps on lui procure plus de force, Jé crois que cette pofition donne au point d’appui un éloignement qui augmenté la force du battant lors de fà chute contre l’Etoffe 5 ce qui m’a fait le penfer, c’eft que j’ai éprouvé de fabriquer de l’Etoffe avec le même Battant dans les deux diffé^ rentes pofitions i j’ai eu lieu de m’affurer que dans cette derniere pofition le Bat^ tant frappoitplus fort fur la trame. J’avois eu foin de faire enforte que rien n’en augmentât la force que fa pofition même : ordinairement, & même il le faut pour la qualité de l’Etoffe, l’Ouvrier pofe une main fur la poignée du Battant ^ pour en augmenter la force, afin que le coup frappe plus fort & plus sûr ; mais dans mon expérience j’avois abandonné le Battant à fon propre poids * de forte que pour paffer la navette, je me contentais de le faire reculer ; 8c quand là duite étoit reçue pat la chaîne , je laiffois venir le Battant pour frapper fans lé conduire de la main, 8C j’ai eu lieu de me convaincre que la derniere pofition ferroit fenfiblement plus que la première. Je ne pouvois me tromper dans mon expérience, j’avois d’abord eu foin d’employer la même trame dans l’une & dan! l’autre ; je les ai faites fur le même Métier, avec le même Battant, fur la même Etoffe ; cette Etoffe étoit façonnée en Droguet liféré, c’eft auffi fur le. même deflîn que j’ai fait cette épreuve ; j’ai trouvé que pour le même deflîn il y avoit une différence dans fà hauteur d’environ une ligne & demie par pouce , en forte que le deflîn fabriqué avec la première maniéré de fufpendre les Battants i allongeoit, tandis que l’autre étoit dans fà rondeur ; d’après cette remarque, je n’ai pu douter de l’effet de ces différentes fulpenfions, c’eft pourquoi je fais faire attention à l’avantage qu’on tire de l’une fur l’autre.
- Quoi qu’il en foit de la différence de fufpenfion des Battants, on ne fauroic nier l’avantage de travailler fans les déranger de la hauteur où on les aura placés pour fabriquer commodément, c’eft-à-dire , lorfqu’on fe mettra dans le cas où l’Etoffe fabriquée n’augmentera pas le volume de l’enfuple, ou qu’on pourra 9
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- II.
- ïïS VA RT DES ÉTOFFES DE SOIE.
- : au lieu de faire monter le Battant, defcendre l’enfuple de devant, afin que fEtoffe foit toujours à portée de recevoir le coup du Battant par le même endroit du peigne.
- Les Anglois & les Génois ont une maniéré de cônftruire leurs Métiers où ils emploient deux enfuples de devant : on donne à l’un le nom d'enfuple ou de porte-Etojfe, on appelle l’autre le déchargeoir ; par le moyen de ce fécond enfuple, on peut faire une pièce de cent-vingt à cent-trente aunes de longueur * pour les plus fortes Etoffes ; tandis que par l’ufage de notre enfuple feul, nous ne pouvons palier au-delà de trente à trente-cinq aunes pour les grofles Etoffes ^ & foixante-dix pour les Etoffes minces.
- L-’ufage que j’ai vu dans quelques-unes de nos Manufactures, pour faire def cendre l’enfuple à mefure qu’il groffilfoit, ne vaut pas, à beaucoup près, celui du déchargeoir ; je vais mettre fous les yeux l’un & l’autre, & l’on fera à portée de juger lequel doit être préféré.
- Article Septième.
- Dè la manière de faire defcendre l’Enfuple de devant pour que VEtoffe foit toujours à la même hauteur ; & de la maniéré d'arranger les Déchargeoirs Anglois ou Génois.
- §. I. Defcription de /’Arrangement propre a faire defcendre & monter )
- les Enfuples de devant.
- On a imaginé en France plufîeurs moyens pour parvenir à faire defcendre Sc monter les enfuples de devant, afin de n’être pas obligé de changer le Battant de la hauteur où on l’avoit d’abord pofé. Le premier que j’ai Connu étoit fort fimple : il confiftoit feulement à avoir plufîeurs couffins de bois pour mettre fous l’enfuple l’un fur l’autre ; ces couffins étoient entre- les pieds de Métier & l’oreiiion, de forte qu’ils pofoient fur la banque. Pour mieux s’aflurer de là folidité de ces couffins , on pratiquoit une rainure devant l’oreiiion, dans fon épaiffeur, & l’autre dans le pied de Métier, de maniéré quelles étoient en face les unes des autres ; ces rainures recevoient les bouts des couffins, qui ne font autre chofe que des petits morceaux de bois dont la largeur efi; affez jufte pour que leurs deux bouts pofent dans les rainures dont je viens de parler, & la largeur eft d’un pouce ou environ ; quant à l’épaifleur, on lui donne une ou deux lignes. On avoic une quantité de ces couffins, qu’on plaçoit à la fois au nombre de dix à douze fous chaque bout d’un enfuple, & à mefore qu’on avan-çoit l’ouvrage, l’Ouvrier avoit la précaution d’en retirer un de chaque côté, Sc l’enfople defcendoit de fon épaifleur : on prenoit ce foin jufqu’à ce qu’on retirât l’Etoffe fabriquée de deffus l’enfuple, en obfervant de fe conformer toujours
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- Septième Section.!. Part. Du montage des Enfiuples 9 tij
- su point de hauteur ou Ton avoit mis le Battant en commençant. J’ai vu un i Ouvrier qui, au lieu d avoir des couffins auffi minces , en avoit de différentes épaifleurs, pour fubftituer les uns à la place des autres. Comme ces moyens font faciles à comprendre, j’ai cru ne devoir pas prendre le loin d’en donner des figures ; mais le fécond moyen que j’ai à traiter , mérite d’en avoir, parce qu’il eft meilleur 9 auffi eft-il plus compliqué : la figure y. va fervir à nous le faire connoître.
- On doit appercevoir par cette figure que le pied de Métier A, la banque B, & l’oreillon C9 n ont rien de different de ceux des devants de Métier qu’on a déjà vus ; on y a feulement ajouté le fupport D , les vis a , a9 & les écrous b9b% ce font ces pièces qui contribuent à élever & àabaiffer l’enfuple. Commençons par connoître ce petit arrangement, & après nous concevrons plus facilement futilité de fon emploi.
- D’abord la banque B eft percée de deux trous quarrés propres à recevoir les écrous b %b , faits comme celui fig. 6 ; il faut donc que les trous foient plus grands dans leurs ouvertures que par le bas : ils doivent même laiffer un épaulement, fur lequel doit pofer le rebord c de l’écrou , & le refte du trou doit en recevoir la partie d : on remarque fur l’écrou quatre petits trous, un à chaque angle, qui fervent à les affujettir en les clouant ou en les viflant fblidement ; le fupport D eft garni de deux pièces de fer femblables à celle fig. j \ ces pièces font faites comme l’écrou fig. 6, excepté qu’elles font moins grandes, & que le trou e n’eft pas taraudé : du refte on les arrête dans les trous/', fi* fig* 8 , qui nous font voir le fupport D de la figure y ; ces trous ne percent point la piece de bois , ils font feulement affez profonds pour contenir les pièces de fer qu’on doit y placer,’ & qu’on a foin d’y clouer de la même maniéré qu’on voit les écrous/',/', fur la banque B. Le trou e de la piece de fer, fig. 7, reçoit le petit tenon g de la vis fig. 9 ; ce trou perce cette piece de part en part, en forte que la piece étant enfilée par le tenon de la vis, repofe fur fbn épaulement h -, mais il faut remarquer que ce tenon tourne facilement dans ce trou*
- Par ce que je viens de faire connoître, il eft facile de juger du moyen qu’on emploie pour monter & defcendre l’enfuple, puifqu’il ne confifte qu’à tourner ou détourner les vis a3 a, fig. 3, fur le bout defquelles pofè le flipport D9 bien entendu que l’enfuple pofe par un bout fur ce fupport, & que par l’autre bout il doit pofer fur un arrangement fembîable à celui-ci, qui eft cenfé être à l’autre pied de Métier. Il eft évident que l’enfuple étant ainfi porté, ne peut que fuivre le point de hauteur qu’on communique à fbn fupport ; ainfi quand on ferre les vis, l’enfuple monte, & quand on les lâche il defcend. Il faut, pour le bien régler, que les vis foient au même pas, & que celui qui les tourne les fafle marcher également, afin que les deux fupports fur lefquels on a placé l’enfuple, foient toujours à la même hauteur. On fait tourner les vis en fe fervant d’une Etoffes de Soie. VIL Paru G 2
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- ï ï 8 U ART DES ÉTOFFES VE SOIE.
- broche 3e fer qu*on paffe dans les anneaux, & avec laquelle on force dans le fens qu’on veut, pour que la vis aille du côté dont on a befoin.
- On doit ferrer les vis dès en commençant une chaîne, afin de faire monter le fupport à la hauteur où il doit être pour commencer la fabrication ; & à mefiire que l’Etoffe avance , & que ce qu’on a roulé fur l’enfuple augmente fon diamètre , on lâche les vis jufqu’à ce que l’enfuple foit au premier point de hauteur où on l’avoit mis en commençant, ce qu’on continue de faire jufqu’à ce qu’on ait fini de fabriquer l’ouvrage qu’on a déterminé.
- On doit prendre garde, en commençant à fabriquer, d’éiever allez l’enfuple pour qu’on ait fuffifamment de longueur de vis pour le defcendre, de crainte que le fupport ne pofe trop tôt fur la banque, ce qui jetterait l’Ouvrier dans le cas de ne pouvoir continuer Ion ouvrage fans déranger fon Battant.
- Cette méthode que nous venons de voir eft fort bonne, & doit être préférée à celle de defcendre le Battant & de le monter ; mais malgré cela il y a toujours quelque choie à defirer, parce qu’il faut attendre qu’on ait fait quelques aunes d’Etoffe pour s’appercevoir du dérangement que peut caufer la gtoffeur de l’en-fuple ; ce dérangement ne vient que par gradation , il augmente à chaque tour d’Etoffe qu’on roule fur l’enfuple, & ne fe fait fentir qu’à railon de l’épaillèur de cette Etoffe ; mais néanmoins il exifte, & infenliblement l’Ouvrier éprouve quelque changement dans fon travail, & finit par y être gêné au point qu’il faut rechercher cette première pofition. U n’en eft pas de même des ufàges Anglois ou Génois ; car une fois qu’ils ont établi un point de hauteur à leur Battant, ils font ou peuvent faire un grandnombre d’aunes fans rien changer, à moins que la fufpenfion étant faite avec des cordes, elles ne fe foient étirées; mais cela eft de fi peu de conféquence, qu’on doit avoir peine à s’en appercevoir ; & ceux qui craignent quelque variation à cet égard, ont la précaution de fufpen-dre le Battant avec du fil de fer ; & même on a pouffe le foin fi avant, qu’on aflemble les lames de Battant avec le porte-Battant à mi-bois, fur-tout chez les Anglois, où les Ouvriers ont pour principe de ne s’adonner qu’à un feul genre d’Etoffe , c’eft-à-dire, que ceux qui font du Satin , ne fe piquent pas d’entreprendre le Taffetas , & ceux qui font le Taffetas, ne cherchent jamais à faire de la Moëre, &c ; ainfi quand ils ont leur Métier fixé à un point déterminé, ils n’y changent jamais rien, ou le moins qu’il eft poffible. Nous allons voir en quoi confident ces méthodes.
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- SÉfcTïÊtâË Section. I. Part. Ùës Déchargeoirs Anglais ou Génois. 119
- §. IL De h maniéré etarranger les Déchargeoirs Anglois ou Génois ;
- & des avantages de cette me'thode.
- Le Déchargeoir Génois, eft un fécond enfuple quon ajoute à celui dë devant, pour recevoir l’Etoffe fabriquée ; cet énfiiple exige un arrangement particulier pouf qu’on puifîè l’employer fans être gêné dans la Fabrication : c’eli de cet arrangement que nous allons nous occuper.
- La figure 10 repréfente une difpofition d’enfuplés de devant que rlousn’a^ Vons^pas encore vue: d’abord les deux pieds de Métier E 9F9 font à peu-près faits comme ceux que j’ai déjà repréfëntés plus haut ; mais ici les banques G 9G9 font dépourvues d’oreillons^: en lés comparant à celle B , jîg. j , on verra qu’au lieu de l’oreillon C 9 on a fubftitué les porte-enfuples H 9 H 9 qui contiennent les enfuples /, K 9 par leurs deux bouts ; l’enfuple / eft placé plus proche du Métier que l’autre, qui efl: en même-temps plus bas d’un pouce ou deux au-deflbus de fon diamètre ; le premier eft fait Amplement avec un tenon à chaque bout qui pafledans les trous i9 i9 des porte-enfuples , où il tourne aflez librement. Le fécond enfuple éft différent, ainfi que nous le pouvons voir par la figure î 1 qui le repréfente hors des porte-enfuples : on remarque que les tenons K 9K, font plus gros que les tenons ordinaires que nous avons vus, afin qu’étant placés dans les trous des porte-enfuples, ils ne puiflent pas balotter ; pour cet effet les trous qui les reçoivent font jufles à leur grofleur> & ne leur laiflent que la liberté de tourner. L’enfuple I eft appelléporte* Etoffe, & celui K le nom dé Déchargeoir : on appelle le premier porte-Etoffe, parce que l’Etoffe pofe feulement defïùs ; &le fécond eft le Déchargeoir, parce que c’efl fur lui qu’on roule l’Etoffe ; ce nom ne paroît pas d’abord avoir aucune analogie avec fon emploi ; mais quand on fàura qu’on fait des genres d’Etoffe où , après l’avoir roulée for un enfuple 9 8c qu’il fe trouve trop chargé, on la déroule, & l’on en met une partie fur un fécond énfiiple 9 qui fert dé décharge au premier, on connoîtra que l’on a prétendu donner à celui-ci le même nom, quoiqu’il n’y ait rien qui y reffemble, puifque le premier n’eft jamais couvert d’un tour feulement, & que l’Etoffe ne fait que paffer deffus* puis de-là vient par-deflbus {q rouler fiir le déchargeoir, ou plutôt on tourne le déchargeoir pour rouler deffus l’Etoffe fabriquée, & lé porte-Etoffe tourné feulement par les efforts du frottement de l’Etoffe.
- On a foin que les porte-enfuples fbient folidement fixés contre les pieds dé Métier & fur les banques ; pour cet effet on les y arrête avec de grandes vis l yl 9 qui traverfent les pieds de Métier E, F9 de part en part, 8c qui font arrê^ tées par derrière au moyen d’un écrou chacune 5 & fur les banques G , G9 ils font retenus par les vis m, m, qui traverfent l’épaiffeur de ces banques, & font aufli arrêtées par-deflbus avec des écrous à oreilles ou quarrés. On ne cloue
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- *1* VART DES ÉTOFFES VE SOIE.
- - jamais ces porte-enfuples, parce qu’on eft obligé de les démonter toutes les fois qu’on a fini un aunage déterminé, ou qu’on a employé toute la longueur d’une chaîne.
- Le déchargeoir eft garni d’une roulette à rochet L, comme le font en général tous les enfuples de devant que nous avons vus : elle eft retenue par le chien M * qui s’oppofe au déroulement de l’enfuple. Cette roulette eft fixée fur le tenon n, & de plus retenue contre l’enfuple par quatre petites vis à tête Fendues On ne cloue jamais cette roulette contre l’enfuple, parce que lorfqu’on veut le retirer du porte-enfuple , il faut néceftàirement fortir la roulette de là place ; conféquemment on doit fe fervir de vis. Ici la roulette eft placée au bout de l’enfuple, de forte quelle eft en dehors du porte-enfuple ; ceft pourquoi on eft obligé de la démancher quand on veut fortir l’enfuple de fa place : on n’eft pas fujet à cela quand on met la roulette en dedans du porte-enfuple ; il eft vrai qu’il faut alors fe fervir dVn enfiiple de conftruétion différente, comme celui fig. 12. Cet enfiiple a deux tenons o , 0, qu’on pofe dans les trous inférieurs ' des porte-enfuples, qui font faits à proportion de leur groffeur. Le porte-enfuple fig. 13 * a fes trous p^, difpofés pour les enfuples 7, K, de la figure 10, dont les tenons font de différentes groffeurs.
- Il faut, pour employer l’enfuple fig. 12 , que le trou q foit bien plus petit. Quant à la forme du porte-enfuple , elle doit être la même. Quand on veut fb fervir de ce dernier enfiiple, on place la roulette fur. fa poulie quarrée r % on l’y affujettit folidement ; alors on a la précaution de placer le chien en dedans du pied de Métier E, afin qu’il vienne mordre en droite ligne fur la roulette; moyennant cela on peut fortir l’enfuple des trous des porte-enfuples fins démancher la roulette.
- Les banques G, G, qui fervent aux Métiers dont nous nous entretenons, font faites comme celles des autres Métiers, excepté qu’on les cloue fur les épaulements des pieds de Métier, & qu’on les fait fupporter par le bout avec des montants Ny N9 qui vont jufqu’à terre.
- Quand on fe fert de l’arrangement que nous venons de voir, l’Ouvrier fait paffer fon Etoffe fur le porte-Etoffe, & en fixe le bout fur le déchargeoir comme fur un enfiiple ordinaire, & à mefure qu’il avance fon ouvrage , il tire devant avec une cheviile de fer, dont il place le bout dans un des trous s , s, êc fait tourner i'enfuple de la même maniéré qu’avec un levier on fait tourner un treuil ; alors l’Etoffe en fe roulant fait tourner le porte-Etoffe, & ne fouffre aucun frottement dangereux : car fi par accident le porte-Etoffe ne tournoit pas, les frottements feraient infailliblement déchirer l’Etoffe , à caufe de l’oppofi-tion du poids des bafcuies.
- On ne tire pas toujours devant avec la cheville, fur-tout chez les Anglois : ils fe fervent des moyens dont j’ai parlé dans l’Article précédent, concernant la maniéré de tirg: devant avec les leviers & les roulettes à i’Angloife.
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- Septième Section. I. Part. Des Déckargeoirs Ànglois oü Génois. lit
- On ne porte pas toujours la cheville pour tourner dans lé déchargeoir > fl eft des moyens pour faire rouler 1 Etoffe en faifant tourner le porte-Ètoffe. Là ^LA^C^Ê figure 14 va aider à nous faire connoître ce fécond moyen.
- Il faut prendre garde que le porte-Etoffe O , eft prefqü’auflî gros qüe lê déchargeoir P ; que ces deux fortes d’enfuples fe communiquent par les roues dentées R, & que les bouts de ces enfuples font placés dans le porte-énfuplè T, qui les contient de maniéré à ne pouvoir balottér. Les autres bouts de ces enfuples font portés par un porte-enfuple femblable à celui que la figure nous met fous les yeux. On ne fàuroit faire tourner le porte-Etoffé fans faire tourner le déchargeoir, dont la roue S engrene dans celle R, de maniéré que l’une ne peut tourner (ans mettre l’autre en mouvement ; toute la différence confifte en fcé qu’au lieu que l’Etoffe, fur le déchargeoir K de la figure io3 fe roulé en deffous^ ici elle fe roule en deffus fur le déchargeoir P. La roulette qui s’ôppofe aü dé* roulement de l’Etoffe, pourroit être au porte-Etoffe : mais il eft plus à propos qu’elle foit aü déchargeoir , comme étant la partie qui éprouve plus d’efforts;
- Je n’ai jamais vu mettre en ufage ces deux maniérés de recevoir l’Etoffe ; mais fur les éclaircilîements que j’en ai pris par des Ouvriers qui s’en font fervis, j’ai pu me hazarder à les décrire , Sc même je crois les connoître affez pour dire que la# première de ces deux méthodes eft préférable à tous égards à la fécondé j. premièrement elle eft plus fimple ; fécôndement il n’eft guere poiîîblé d’accorder la rotation des deux enfuples de la fécondé, de quelqu’expédient qu’on fe ferve, parce que jamais on ne trouvera le moyen d’accorder la marche du roulage de l’Etoffe avec les révolutions des enfuples. Il femble d’abord qu’étant de la même groffeur, & que les roues dentées étant égales en nombre de dents * il eft très-poffible d’en accorder la marche ; mais on s’y trompe, Sc l’erreur paroit en faifant attention qu’à* mefure que le déchargeoir fe groflît de l’Etoffe qui le couvre, le porte-Etoffe n’eft plus d’accord avec lui par fon diamètre, àinfi l’Etoffe ne peut pafïèr fur le déchargeoir fans efîuyer des frottements qui croiftent à mefure que le volume du déchargeoir augmenté : ce frottement devient per-^ nicîeux à l’Etoffe; il eft certain que fi elle ne fe déchire pas, là foie qui forme les fleurs des deffins ( car c eft principalement pour les Etoffes façonnées , qu’on emploie ces mécaniques ) doit s’écorcher ; ainfi je penfe qu’on doit rejet* ter l’une pour s’attacher uniquement àTautre^
- Quand on veut employer le déchargeoir pour les Etoffes légères, on emploie le porte-Etoffe Jig. 1 ^ ; on îe fixe par fès deux bouts t, t, contre les pieds de devant du Métier * au-deflus des banques , à peu-près à la hauteur ou eft le porte-Etoffe l9fig* 10 : on l’affujetât avec des vis qu’on place dans les trous v > v , & on place le déchargeoir en avant, à peu-près comme eft celui K de la même figure 10. Ce déchargeoir n’eft point placé dans des porté-enfuples comme ceux que nous avons vus, on emploie feulement deux oreillons comme celui V9 fig• 16, qu’on a fixé fur labanque X avec deux vis x, x ; un bout de cet Étoffes de Soie. VIL Paru H 2
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- î2* HART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- oreillon pofe contrô le pied de Métier y , & l’autre bout eft fur la banque.
- Quand on place le déchargeoir & le porte-Etoffe , on fait palfer l’Etoffe dans la fente Z 9fig. x J, dont le bord y eft arrondi de maniéré à ne la point endommager, & de-là on la porte fur le déchargeoir de la maniéré qu’on le fait fur un enfuple ordinaire. Ce déchargeoir eft garni d’une roulette à rochet , comme les autres ; mais on le garde bien de tirer devant fans avoir lâché l’en-4 fuple de derrière ; car ici ce déchargeoir accompagne la tenfion des chaînes à la cheville, & pour rouler l’Etoffe il faut néceffairement quelle foit lâche : on ne fàuroit y parvenir autrement fans rifquer de la déchirer.
- De quelque maniéré qu’on conftruife les déchargeoirs, on ne fàuroit éviter de faire des Métiers plus larges qu’à l’ordinaire, à moins de faire les porte-enfuples très-longs, afin que le porte-Etoffe fe trouve en avant du Métier, fur l’étendue des banques ; mais on a plus de facilité à fabriquer quand le porte-Etoffe eft au point ou on le voit fur la figure io ; & fi, dans cette pofition, on eft obligé d’avoir plus de largeur au Métier, c eft pour fe procurer la facilité de palier librement la navette, fans quoi l’on fe heurteroit les coudes contre les pieds de Métier , & d’ailleurs il arriveroit que les pointes de la navette iroient toucher contre les porte-enfuples.
- Il eft étonnant que dans nos Manufactures de France, nous n’ayons pas reçu ces méthodes de rouler l’Etoffe : elles font fi avantageufes pour la fabrication , qu’on auroit du obliger les Ouvriers à s’en fërvir pour toutes fortes d’Etoffes. Il n’eft aucune perfbnne qui ne convienne que l’on ne fàuroit trop chercher de moyens pour ne point déranger l’ordre d’un Métier quand on en a atteint le point de perfection * fur-tout dans les Métiers à la tire ; cette perfection con-fifte dans la hauteur où l’on place la chaîne, & celle où l’on met le battant. Pour mieux entendre ce que je veux dire, il eft à propos de mettre fous les yeux la figure x de la Planche 12 : en fuivant la direction de la chaîne A 9 on verra qu’elle part de l’enfuple B, qu’elle vient palier dans les maillons a du corps C; que de4à elle paffe dans les mailles des Mes b 9b9b ,b9 qu’enfuite elle vient palier dans le peigne qui eft placé dans le battant D. Lorfqu’on en a formé un tilïù par le moyen de la trame, on le roule devant fur le déchargeoir E, en le faifànt palier auparavant fur le porte-Etoffe F. L’arrangement de ces deux dernieres pièces eft le même que nous avons vu par la figure 10 de la Planche précédente, excepté qu’ici il eft vu de profil,, ainfi que toute la longueur du Métier, & toutes les parties qui concourent à nous prouver l’utilité des déchargeoirs.
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- Septïeme Section. I. Part. Parallèle des Enfuples Ô des Déchargeoirs.
- §. IV. Parallèle entre la Maniéré de fe fervir des Enfuples pour rouler les Etoffes deffus fuivant t’ufage des Manufactures de France 3 & les Déchargeoirs Anglais ou Génois•
- IE ne fuffit pas d'avoir décrit l'effet des enfuples & déchargeoirs repréfentés1 fur la figure lt il faut en faire comprendre les avantages, en la mettant en comparaifon avec notre maniéré de rouler les Etoffes fur nos enfuples ; cette même figure nous fournira l'effet de deux, en fuppofànt pour un moment que 1^ porte-Etoffe F foit un enfuple tel que ceux dont nous nous fervons poür rece-; voir l'Etoffe fabriquée dans fà même pofition , & fans avoir encore égard au déchargeoir E : il efl inconteftable qu'à mefure que l'Etoffe d fera roulée fur cet enfuple, elle en augmentera le diamètre ; cette augmentation ne fauroit avoir lieu fans donner une plus forte obliquité à la ligne d que forme l'Etoffe ; alors elle fe rapprochera d'autant plus de la poignée e du battant D, & par la même raifon elle s’éloignera de la ma(Tef Si les fils de la chaîne A, pofent fur, le bas des mailles des lifïes b, b, b 9 b , cette même augmentation de diamètre leur fera perdre leur point d'appui, & les liffes fe trouveront trop bafïès, ou la chaîne trop élevée dans cet endroit; les maillons a du corps C, par la même raifon , feront trop bas, eu égard à ce qu'ils font dans leur pofition aétuelle ; il faudra donc, poür obvier à tout ce dérangement, monter le battant plus haut qu'il n'eft, les liffes & le corps de même, ou bien bailler l'enfuple, & néanmoins on n'aura pas encore trouvé le même avantage que fi l’on avoit fabriqué avec le déchargeoir, parce que la différence de hauteur n'efi: venue que par gradation, ôc qu'en montant les lifïes, le battant & le corps, on ne trouve jamais le même point de hauteur qu'on a eu d'abord en commençant ; d'ailleurs pour les Etoffes façonnées, on ne fàuroit trop éviter de déranger le Corps du point où on l'a fixé lorfqu'on a déterminé la hauteur des maillons* Ce n'efi pas ici l'en* droit d'expliquer les inconvénients qui en réfultent ; il fuffira d'obferver aéluel* lement que ces inconvénients font de la plus grande confequence, & qu'il importe beaucoup de les prévenir. Or 9 on ne fauroit y apporter un plus grand foin que d'éviter la groffeur de l'enfuple provenant de la quantité d'Etoffe qu'on met defius ; alors on n'aura à régler le corps & les lifïes , que pour les change* ments occafionnés par l'intempérie de l'air, ou par la variété des fàifons ; ce changement eft moins fréquent que ne l'eft celui de la groffeur de l'enfuple : d'ail-, leurs c eft un dérangement de moins pour la fabrication, quand on peut prévenir ce dernier, qui entraîne par lui-même des foins extraordinaires, & des pertes de temps confidérables ; car toutes les fois qu’on eft obligé de defcendre ou de monter les liffes, il faut néceffairement toucher à tous les cordages qui correspondent à leur mouvement & à leur fufpenfion, ce qui devient d'autant plus confidérable que le nombre des liffes eft plus grand, & que les armures font
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- Planche
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- Planche
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- 124 rART DES ÉTOFFES DE SOIE: compliquées. Il arrive quelquefois qu’on eft obligé de rajufter jufqu’à quatre-^ vingt cordes toutes les fois qu’on a defcendu ou monté un remijje, c’eft-à* dire , la totalité des lilïès , ce qui ne fe fait qu’en prenant un temps qui eft tou-jours précieux à l’Ouvrier. Il réfulte encore de la groflèur accidentelle de l’en-fuple, que l’Ouvrier n’eft pas dans la même pofition en finiflànt une chaîne qu’en la commençant ; ia grolîeur de l’enfuple l’éloigne du battant : il faut donc le rapproche*, ou que l’Ouvrier gêné perde la pofition qu’il avoit prife en pre-jnier. Il arrive aufïi que le point de hauteur qu’on a réglé entre la différence de l’enfuple de devant avec celui de derrière n’eft plus le même, attendu que l’un diminue de fon diamètre, & que l’autre augmente : il fe trouve alors que fi l’on a augmenté d’un pouce, & que 1 autre diminue de demi-pouce, on a un pouce & demi de différence dans la hauteur qu’on avoit réglée, de forte que fi l’enfuple de derrière doit être à 4 pouces au-deftus de celui de devant, il fe -trouve n’être alors qu’à 2 pouces & demi» J’ai entendu beaucoup d’Ouvriers fe plaindre du dérangement qu’ils rencontroient à leur Métier ; mais j’en ai vu très-peu qui connuffent la caufe de ce dérangement : suffi au lieu de trouver le moyen d’y remédier, ils le rendoient fou vent plus grand qu’auparavant ; & j’ofè dire que quand iis parvenaient à remettre leur Métier à peu-près au point de travailler avec aifance , c’étoit plutôt par hazard que par fcience. Il n’eft pas étonnant que parmi les Ouvriers il y en ait une quantité qui ne connoiffent pas la caufe du dérangement de leurs Métiers, puifque la plupart de ceux qui dirigent des Manufaélures , ne la connoifîènt pas eux-mêmes. Je conviens que ce n’eft que par le nombre d’expériences que j’ai faites , que je fuis parvenu à le connoître moi-même, & cependant je n’ai jamais mis en ufàge le déchargeoir ; je fuis néanmoins parvenu à faire fabriquer Sc à fabriquer moi-même jufqu’à un certain point de perfeéHon ; mais j’ai reconnu que fi j’avois mis cette méthode en pratique , j’euflè mieux fait fans comparaifon.
- Ceux qui ont mis cette méthode en ufàge, ont fend avant moi fon avantage * car indépendamment même de la facilité avec laquelle on peut fabriquer, on a celui de le faire plus parfaitement, & de pouvoir faire les longueurs des pièces à tel aunage qu’on le defire , puifque le déchargeoir E fe trouve au-deffoüs du porte-Etoffe par la hauteur «St par la diftance qui le féparent en avant*
- On obferve que le déchargeoir foie fufïifamment bas pour que la maffe f du battant D, ne puiffe toucher fur l’Etoffe roulée: par précaution on a foin de faire prendre la direétion de l’Etoffe de maniéré quepofant fur le porte-enfuple, elle vient fe rouler fur le déchargeoir , en de (Tous , comme on peut le remarquer en g, qui fait voir la ligne qui fuppofe l’Etoffe vue entre le porte-Etoffe F Sc l’enfuple E. Le porte-enfuple n’eft ici que ponétué, afin qtf on apperçoiÿe mieux la route que tient l’Etoffe.
- Il eft facile de concevoir par cette figure, qu’au moyen de ce que l’Etofïè’V ne fait que pofer fur le porte-Etoffe F, il n’eft pas poffible qu’il y ait là moindre
- variété
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- Septième Section. ï. Fart. Parallèle des Enfhples & des Déchargeoits ïl J Variété dans ià pofition, puifque le porte-Etoffe ne fert que de point d’appui, & qu’à mefure quon tourne le déchargeoir, le porte-Etoffe tourne lui-même par le frottement que fait l’Etoffe fur lui : il n’eft donc pas befoîn de déranger aucilnô *Jes polirions de tout ce qui concerne le Métier , on ne fauroit alors avoir de différence que par l’intempérie de l’air , êc par la diminution du diamètre dé l’enfuple R , qui fe fait à mefure que l’on en retire la foie. Ce dernier dérange^ ment eft de fi peu de conféquence, qu’on le compte pour rien. Quant à celui occafionné par rhumidité ou la féchereffe , à moins qu’il n’y ait une différence confidérabie, on ne fait aucun dérangement aux cordages pour y remédier, parce que d’un moment à l’autre il peut le faire un changement; d’ailleurs cette différence ne fe trouve pas toujours allez fenfible pour occafionner des difficultés capables d’arrêter dans la fabrication. Comme ce changement fe fait plus fouvenè fentir en hiver qu’en été , dans les Manufactures bien réglées on a des poêles allumés, qui tiennent prefque toujours le même degré de fécherelfe dans là Fabrique où font les Métiers, ainfi on n’a pas lieu de s’appercevoir d’aucun dérangement*
- J’ai repréfenté ici cette figure qui fuppofe la dixième de la Flanche précédente , par préférence à celles 14 , 1 j* & 16 de la même Planche, parce que je trouve ces dernieres moins bannes que celle-ci ; cependant en les mettant en ufege , on aura les mêmes avantages quant au point fixe de la fabrication, mais non pas quant à la facilité de rouler l’Etoffe , ainfi que je l’ai fait remarquer j Sc néanmoins les unes Sc les autres font préférables à notre méthode Françoife 3 même à celle que j’ai décrite par la figure 5 , qui eft, fens contre-dit , cé que nous avons de mieux parmi nous.
- S’il paroît, par ce que je viens d’expliquer, que je décide fur ces différentes méthodes , c’eft non-feulement d’après des remarques & des épreuves que j’ai faites, mais encore d’après le fentimént de plufieürs habiles Fabriquants & habiles Ouvriers que j’ai confultés à cet égard, Sc qui m’ont fait faire des remarques que je n’aurdis peut-être pas faites.
- Quoi qu’il en foit, je ne cherche que le bien Sc l’avantage de nos Manufactures , ainfi que la perfection de nos Etoffes ; jaloux de voir à tous moments préférer des Etoffes étrangères aux nôtres, fur-tout dans cette Capitale du Monde, pour le bon goût, & d’entendre dire à chaque inftant qu’on ne fabriquera jamais en France comme dans l’Inde , je cherche tous les moyens imaginables pour procurer à nos Manufactures la fupériorité , ou pour le moins l’égalité avec les Manufactures Etrangères, qui ne l’emportent julqu’à préfent ^ fur nous, que par la beauté de leur fabrication, Sc qui font infiniment éloignées de notre goût.
- Étoffes De Soie. Vïl. Part,
- I *
- Planché
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- i/ART des étoffes de soie,
- Planche
- 12.
- Article Huitième.
- Des Ufienfiles & Machines quon emploie pour faire mouvoir les Liffes, comme Chappes, Carrettes, Châtelets, Arbolettes , Marches, Tire-Lifle , Ailerons, Carquerons, Valets , LilTerons & Porte-Lifies,
- §. I. Des Chappes , de leur arrangement, de leut fujpenfipn ; des Porte-Lijfes SC des Valets.
- Jusqu’à préfent on a employé beaucoup de moyens pouf faire mouvoir les Liffes dont on fo fert pour la fabrication des Etoffes : on reconnoîtra par la fuite que tous font utiles, à caufe des différentes Etoffes auxquelles on les èm-ploie, & des différents mouvements qu’on eft obligé de procurer aux Liffes.
- Les Chappes par lefquelles je commence, font propres à la fabrication des Taffetas, des Raz~ de-Saint - Cyr , des Raz-de-Saint-Maur, & de toutes les Etoffes où la chaîne fe divife par moitié pour recevoir les duites de la trame. On fait ces chaînes à proportion du nombre de Liffes qu on doit mettre pour fabriquer l’Etoffe ; fi l’on n’emploie que deux Liffes, on fe fort de deux Chappes comme celle fig. i, dans chacune defquelles on met une poulie, fig. 3, qui roule fur la cheville >fig. 4, qui lui fert d’axe , & qui paffe dans les trous a , a, de la Chappe ; & comme elle eft terminée par une tête b, elle s’arrête de ce côté 5 mais on a la précaution de l’arrêter par l’autre bout, au moyen d’une petite goupille qu’on met dans le trou c de la cheville , qui fe trouve en dehors de la Chappe : on prend ce foin, afin qu’en travaillant, la cheville ne puiffepas fortir defontrou. On ne fauroit employer moins de deux Chappes, parce qu’il eft difficile de faire aller les Liffes avec une feule ; cependant il y a des Ouvriers qui en ont la méthode ; mais on verra plus bas combien cette méthode eft défeétueufe.
- La figure y eft une Chappe double, dont on fe fert pour les Etoffes à quatre liffes; on place dans cette Chappe deux poulies, une dans l’entaille d9 Sc l’autre dans celle e, & on les fixe de la même façon qu’on l’a vu pour la Chappe fig. 2. L’entaille g qui fépare les tenons deux par deux, eft pratiquée , afin de pouvoir plus facilement ranger les ficelles qui paffent fur les poulies. Les poulies quon place dans ces fortes de Chappes, doivent avoir leur diamètre de telle grandeur^ que lorfqu’elles font dans la Chappe, elles laiflent entr’elles environ demi-pouce d’écartement entre les points de leur circonférence qui
- s’approchent le plus.
- La figure 6 eft ,une Chappe triple , c eft-à-dire, qu elle a trois poulies, Sc quelle fert pour employer fix liffes à la fois : ici nous appercevQns fix tenons h9 h, h, h, h, h, qui recevront de deux à deux une poulie dans ies entailles
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- Septième Section. I. Part. Des Chappes , des Porte-L0es, èc. 127 z,i, z, qui les féparenti Les entailles if, K> qui féparent les tenons deux par deux fur la largeur de la Chappe , fervent,, comme celle ^de la figüre précé- PtANfcHE dente, à faciliter l'arrangement des ficelles dont nous parlerons tout à l'heure;
- La figure 7 eft une Chappe quadruple , faite pour fabriquer une Etoffe a huit liffes , de forte quelle peut recevoir quatre poulies entré fes huit tenons*
- Toutes les Chappes ne font pas divifées fur la largeur, elles ne le font que fur i’épaiffeur, comme l’eft celle en m, figm 8, qui eft une Chappe double feulement ; car fi on en faifoit de cette maniéré de triples ou de quadruples, on auroié beaucoup de peine d'y placer les poulies, & encore plus à y placer lés ficelles qui fufpendent les liffes.
- La figure 9 fait voir une Chappe firnple , d’une forme à peü:près quarrêe i elle eft au même ufage que celle fig> 2 : ici on la voit garnie de fà poulie n , an lieu que la première en eft dépourvue;
- Il faut remarquer que les figures 2, y > 6,7 > 8 & 9 , font vués dans une proportion de deux pouces pour pied , ou environ , parce que leur grandeur n eft déterminée que par celle des poulies 'qu’on doit y employer , fuivané l’aifànce qu’on veut donner aux liffes.
- Toutes lés Chappes doivent être enfilées par des cordes , contnië celles G, H, /, if, des figures 2 , y , 6 & 7 * afin de pouvoir être fufpéndues aux Porte-liffes de la maniéré que le repréfente la figure 10. Les cordes des trois premières Chappes font paffées à travers dans de& trous pratiqués fur leur épaifo feur 5 comme Ceux 0 yp > des figures 8 & 9 ; mais la Corde K de la figure yj paffe dans des trous pratiqués aux arêtes q, q, de la Chappe, & y eft retenue par-deftbus aü moyen des noeuds r, r, faits aux bouts de la corde ; au lieu que les cordes G, H, /, ont leurs deux bouts noués enfemble. Ces deux maniérés de paffer les cordes dans les Chappes & de les nouer, n’ont rien de particulier % c’eft pour n’avoir pas un fi grand efpacé à percer, qu’on en ufe de la maniéré qu’on voit fur la figure 7 : du refte cela ne change rién à la füfpenfion des Chappes ni des liftes;
- Quelle que foit la forme des Chappes qu’on emploie * on doit toujours en mettre deux fur le Porte-lijje L, fig. 10. Ce porte-lifïè n’eft autre chofo qu’unë piece de bois d’environ 2 pouces & demi de largeur, & d’un pouce & demi d’épaiffeur, qui pofe par fes bouts fur les eftafes du Métier fans y être -arrêté ^ au contraire , on le laiffe libre, pour pouvoir l’avancer & le reculer fuivant lé befoin ; fa longueur eft telle * qu’il doit excéder la largeur du Métier au moins de 3 pouces en dehors à chaque côté, par des raifons qui feront déduites autre part. Ce porte-liife enfile les cordes s > s, qui portent les Chappes M, Af, qui font quadruples. J’ai cru devoir faire voir tout de fuite que les huit liffes t, t, t, t ^ v, v , v, v, font fufpendues elles-mêmes aux Chappes par l’arrangement des cordes x , x , y ^ ^ 5 ^ a,a 3 qui font attachées par leurs bouts aux lifterons b9b ,b )b, c, c, c 9c, auxquels répondent perpendiculairement* les autres fauif *
- lifterons d}d>d9d,d,d>d,d*
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- Planche
- ;ia.
- Tftg VART DES ÉTOFFES DE SOIE*
- * Il faut faire attention que les cordes qui (ufpendent les lifFes aux Chappes 9 paflent toutes fur les poulies è 9 e 9 e9 e 9 e 9 e 9 e 9 e 9 de maniéré qu’on ne fauroit faire lever une lifte , fans que fa voifine , c’eft-à-dire , celle qui eft attachée à la même corde defcende *, car il faut remarquer que les cordes a , a , paffent fur la première poulie c de chaque Chappe ; elles ont leurs bouts attachés à deux des ÜfTerons b 9 c 9 Sec ; en forte que lorfqu’on voudra faire lever la lifte v qui ell fur le lilferon c, on n’aura qu’à faire bailler le lifleron b ; & quand on voudra obtenir l’effet contraire, ce fera le lifferon c qu’on fera bailler. Il eft facile de comprendre que quand on fera bailler à la fois les quatre lifferons b 9b 9 b 9b 3 on verra lever les quatre lilfes v , v, v , v ; & que lorfque ce fera le tour des quatre lifterons c, c9 c9 c à defeendre, les liftes t9t9t,t monteront : ce mouvement eft alternatif pour ce qui concerne les Etoffes, ainfi que nous l’expliquerons plus amplement ailleurs. Les liftes font fufpendues également de chaque bout, Se les lifterons doivent être précifément à la même hauteur , & bien de niveau.
- Si j’ai repréfenté ici la difpoficion d’un Métier ou l’on met huit lilfes pour un Taffetas, ce n’eft pas qu’il faille ce nombre à tous; mais comme on emploie communément ce nombre pour les gros Taffetas, j’ai cru devoir le préférer^ parce que par l’arrangement de huit liftes, on rend fenfible celui de fix, de quatre & de deux, conformément à l’ufage qu’on fait des Chappes que j’ai décrites ci-deflus ; ainfi cette figure peut inftruire de tous les moyens qu’on met en ufage quant aux Chappes mifes deux à deux, comme font celles M 9 M.
- Comme chaque poulie fait ici l’effet d’une Chappe fimple, on apperçoit faci* lement que toutes les fois que nous en fupprimerons une à chaque Chappe, nous ôterons la valeur d’une Chappe fimple, nous diminuerons conféquemment deux lilfes, puifque chaque paire de liftes répond feulement à l’effet de deux Chappes féparées , & qu’on n’en met une quantité à la fois , que parce que le nombre des fils dont on compofe une chaîne pour les gros Taffetas , eft fi grand , qu’un moindre nombre de liftes ne fauroit contenir une quantité fuffilante de mailles pour recevoir tous ces fils féparément, & dans l’ordre qu’ils doivent garder ; car , comme je l’ai fait remarquer dans l’Art du Remiffeur, on ne multiplie les liftes pour les Etoffes au-delà du nombre qui leur feroit pofitivement néceflaire, que parce qu’une trop grande quantité*de mailles fur une lifte, for-meroit une confufion & un ferrement fi fort, que les brins de foie ne pourroient en aucune maniéré fe mouvoir entr’elles. U y a même plus , c’eft que quelque foie de coufi qu’on y employât pour certains genres de Taffetas, il ne feroit pas poffible d’en placer, fur une longueur déterminée , le nombre qui y convien-droit. C’eft donc ce qui a fait prendre néceftàirement le parti de multiplier les lilfes en les faifant d’un nombre de mailles moindre ; car pour unTaffçtas on n’auroit abfoiument befoin que de deux lilfes , & cependant on eft forcé d’en mettre, comme je l’ai dit, jufqu’à huit ; & augmentant le nombre des liftes, on eft aufli forcé à mettre des Chappes en même proportion.
- On
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- Septième Section, I. Part. Des Chappes, dés Porte-LiJJes, SCc. 129
- On a cependant trouvé le moyen de faire aller quatre lifles avec deux Chap- ; pes fimples, & d en faire aller fix & huit avec deux Ghappes doubles. Quoique cette méthode ne vaille pas, à beaucoup près , celle que nous venons de voir * je crois cependant que je ne puis me dilpenfer d'en dire un mot, pour qu'on puifle faire la différence des unes aux autres, & que dans certains moments où Ton n'auroit que des Chappes Amples ou doubles, &c. on ne foit pas embarrafle» Ces moyens ne font pas connus dans toutes les Villes de Fabrique* La figure 11 fuffira pour en donner une idée, en la comparant avec la figure 10.
- On voit par cette figure comment les quatre lifles/^ g, h, i, peuvent fe mouvoir avec les feules Chappes N >N, qui font fimples. Les cordes k , k, 1,1) qui répondent aux lifles g, h, font jointes à celles m,m, qui paffent fur les poulies n , n, des Chappes, & ne peuvent monter ni defoendre fans entraîner avec elles les lïffes f, i, qui font attachées à leurs bouts ; ainfi en failànt mouvoir
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- une des deux , on entraînera l'autre , & en même temps les lifles g, h, monteront ou defcendront, parce que les cordes k, k, /, l, qui les fulpendent, font adaptées à celles m >m y Tune par un côté des poulies, & l'autre par l’autre , de maniéré que ces cordes fe croifent enoo: cette croifure indique qu'on ne fait prefque jamais monter les lifles prifes de fuite, c'eft-à-dire, qu'on en prend une, & on en laifle une, comme on peut le reconnoître en failànt attention ici que les lifles/", h, montent ou defcendent enfemble, tandis que celles g, i, en font de même. On pourroic faire mouvoir les fils de la chaîne en confé-quence; ceft ce que j’expliquerai dans l’Article du Remettage.
- On voit, par l'arrangement des cordes de fulpenfion des lifles de cette figure , que deux Chappes fimples font foffilàntes pour quatre lifles ; ainfi en fe fervant de deux Chappes doubles, on pourroit employer huit lifles : on peut auffi, avec deux Chappes triples, faire mouvoir les mêmes huit lifles, & néanmoins employer toutes les poulies, parce qu'on met quatre lifles comme celles que nous venons de voir, & on dilpofe les quatre autres comme les quatre premières , ou comme les quatre dernieres de la figure 10 ; cependant, autant qu'on le peut, on doit éviter cet arrangement, parce que ces lifles ne font jamais aflez dégagées pour travailler commodément. Onfent, à la feule inlpeétion de la figure II,que les lifles^, h , font gênées entre celles/’, i, parce que lapofition des cordes qui les fulpendent toutes quatre, tend à les rapprocher, ce qui occa-fionne des frottements qui ôtent toute la liberté au travail.
- Si cette méthode étoit fupportable , on pourroit, avec deux Chappes fimples, faire mouvoir huit lifles, puifqu'il ne s’agiroit que de faire croifer les cordes de trois for trois, & les réunir à un feul point, comme le font en P>P*P*P 9 ce^es de cette figure ; de forte qu'au lieu qu'ici cette réunion eft de deux cordes feulement, celles que je propofe feroient de quatre cordes ; mais le frottement feroit encore plus confidérable, à moins qu'on ne fît paffer les cordes, en deflous de leur réunion, dans une petite planche percée de huit Étoffes de Soie. VIL Part. K 2
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- 130 L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE. trous, qu on fufpendroit au-deffus des liffes, en leur lailîànt libre l’efpace qu il leur faut pour monter 8c defeendre : il faudroit cependant alors que l’efpace qu'il y auroit entre les liffes & les Chappes, fût confidérable, afin que les cordes ne fuffent pas gênées.
- Tout ce que j'avance efl: mis en ufege , & même cette derniere méthode prévaut fur celle de la figure 10, quoiqu'elle ne foie pas autant ufitée, à caufe des difficultés qu’on trouve de placer les Chappes à 3 pieds au-deffus des Métiers : il efl: vrai que l’on 11e s'en fert que pour les Etoffes façonnées, ou pour les gros Taffetas, lorfqu’on ne fait point de longues fafîures ; car ce que nous venons de voir fur les figures 10 & x 1, efl: pour les Métiers à faffures, puifqu’on fe réferve la liberté de pouvoir faire avancer & reculer le Portê-lifle , qui, étant placé comme je l'ai déjà dit, fur les eftafes du Métier, fe trouve trop élevé pour qu’on puiffe, avec la main, y atteindre quand on efl: afïîs ; alors on fe fert des Valets o , 0 yfig. 11, quon fofpend l'un & l'autre au Porte-liffe P par une corde y, y, qui paffe à travers. Ces valets ne font autre chofe que des bâtons de bois entaillés en r, r, ou des pièces de bois quarrées, comme celles QyQ, fig* 12, qui font entaillées en s 9 s. La forme de ces valets ne fait rien à leur fonélion, pourvu qu'ils ayent les bouts entaillés, afin que lorfqu’on veut pouffer le Porte-liffe pour le reculer, on porte ces entailles contre l'angle inférieur de ce Porte-liffe , & l'on ne craint pas en pouffant, que les valets échappent de la pofition qu'on leur donne. Quand on pouffe le Porte-liffe, on prend un valet de chaque main, & l'on pouffe aufli également qu'il efl: poffible, afin de conferver l'équerre qu’on doit lui faire garder avec les eftafes du Métier ; cependant il n’eft pas de néceflité abfolue que les liffes foient, à la rigueur, à l'équerre comme le Battant ; mais, autant qu’on le peut, on doit les y maintenir : ainfï avec les valets on a la liberté de pouffer le Porte-liffe, ce qui entraîne indifpen-feblement les liffes , quoique petit à petit, & même en y aidant avec la main , comme nous aurons lieu de le voir ailleurs ; mais ici fi l'on recule trop le Porte-liffe , il efl: facile de le retirer en tirant à foi les valets, de maniéré qu'à vue d’œil on range les liffes pour qu’elles foient d'équerre avec le peigne.
- Jufqu'à préfent nous avons vu qu’on employoit deux Chappes à un Métier : voyons comment une feule peut fuffire.
- La figure 12 fait voir deux liffes t, v, fofpendues à la Chappe R, qui efl; fufpendue elle-même au milieu de la longueur du Porte-liffe S par fe corde x ; les deux liffes font portées par deux cordes y>y y qui forment deux arcades y dont les pointes font attachée! aux deux bouts de la corde qui paffe fur la poulie a : on obferve que cette derniere corde foit affez longue pour que la montée & la defcente des liffes ne faffe pas parvenir les nœuds b yb, for la poulie, mais aufîî il ne faut pas quelle foit trop longue, afin de conferver toute la grandeur poffible aux cordes y,y, que nous nommons arcades, 3c que bien des Ouvriers appellentfourches.
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- Septième Section. I. Part. Des Chappes , des Porte-Lijfes , &c. 13 r On voie, par 1 arrangement que préfentent ces deux lifles* que ces arcades font attachées de maniéré que la diftance de chacune étant égale de cc en b b, comme de b b tndd, les liflerons e9 e> doivent être précifément de niveau* Cette figure préfente d'abord un arrangement plus fimple que les autres, mais il n’eft pas auffi folide ; parce qu’en travaillant, les lifles font dans un balancement continuel ; d'ailleurs elles ne font jamais d'équerre avec le peigne, parce quelles ne font jamais contenues comme il faut, à moins de les faire monter & defeendre entre deux lattes ou deux cordes extrêmement tendues ; mais puifqu’ii faut ajouter encore à cet arrangement pour le rendre paflàble, il vaut mieux fe fervir de celuifig. 10, qui, par là pofition naturelle, porte les lifles à prendre une Situation conforme à celle du Porte-liffè ; ainfi il ne peut y avoir de défaut produit par ces lifles, qu autant que les Ouvriers font prendre au Porte-lifle une direétion contraire à celle quil faut qu’il ait.
- On doit juger par cette figure, qu’il eft poflible de placer quatre, fix ou huit lifles avec une feule Chappe , qui foit à proportion du nombre des lifles, c’eft-à-dire, double , triple ou quadruple , en mettant à chaque poulie deux lifles*, comme font celles t, v, de cette figure : il eft même plus avantageux pour le travail, d'en mettre quatre, fix ou huit, que de n’en mettre que deux, parce que le balancement eft moindre quand le nombre des lifles eft plus grand , par la raifon qu’une contient l’autre.
- Peut-être s’étonnera-t-on de ce qu’en décrivant la fofpenfion des Chappes, j’ai donné en partie celle des lifles 5 mais je ne pouvois mieux faire connoître leur ufàge qu’en le démontrant : au furplus, j'eufle été obligé de traiter par la fuite la fofpenfion des lifles, & de donner de nouvelles figures pour les faire entendre ; au lieu qu’en cet endroit j’ai décrit à la fois la fofpenfion des Chappes ÔC celle des Lifles, par ce moyen je forai exempt de la donner autre part*
- Planche
- 12.
- §. II. De la forme des Lijferons.
- Pour faire mouvoir les lifles, il faut auparavant les étendre fur des Lifierons , comme elles font repréfontées dans la flanche* précédente ; chaque lifle eft enfilée par deux Liflerons*, un en-haut & l’àutre en bas, & on l’étend deflus des deux côtés au moypn des criftels , conirne nous le verrons ailleurs. La forme de ces Liffèrons n'eft pas toujours la même : c’eft de quoi nous allons nous occuper.
- La figure 1 eft un Lifleron ordinaire , dont on ne détermine la longueur qu'à y raifon de l’étendue des lifles qu’il doit porter. On lui donne environ 3 pouces Planche de plus par chaque bout, que la largeur de la lifle, afin de pouvoir placer plus commodément les bouts des criftels, &; que les mailles ne puiflent pas fo défenfiler : il faut aufli pouvoir placer les cordes de fofpenfion, quoiqu’on ne les mette pas toujours en dehors des lifles ; car quand elles font larges, comme depuis demi-aune > on place ces cordes entre les mailles, de crainte qu'en les écartant
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- ij.
- 132 U ART DES ÉTOFFES DE SOIE. trop Tune de l’autre, le Lifleron ne foiblifle par le milieu : on prend aufli cette précaution, afin de ne pas donner trop d’écartement au bas de l’arcade, quand on folpend les lifles de la maniéré que le font les deux de la figure r 1 de la Planche précédente , & de celles que nous aurons occafion de voir par la fuite.
- Les Liflerons ne font que des lames de bois plus ou moins larges. Celui dont nous avons commencé de nous entretenir, eft foppofé de 5 lignes d’épaifleur, & d’un pouce de largeur. Les entailles a, a, qu’on voit à chaque bout, font pratiquées pour recevoir les tours qu’on fait for le Lifleron avec la corde du criftel, afin de les y arrêter, de maniéré que la lifle foit foffilàmment tendue pour que les mailles ayent l’écartement qui leur convient pour répondre perpendiculairement chacune au fil de la chaîne qu’elles doivent faire mouvoir. On obferve que le deflus du Lifleron foit bien arrondi, bien poli, & for-tout bien droit 6c bien -égal, de forte que les mailles foient également tendues dans toute l’étendue de la lifle que dans aucun cas elles ne puiflent s’accrocher au Lifleron ; le deflus doit être arrondi, du moins le Lifleron fopérieur ; car il faut au contraire que l’arron-diflement foit en deflous pour le Lifleron inférieur, de crainte que les angles trop aigus ne faflent trop vite cafler les mailles ; d’ailleurs dans le cas de montée & de defcente parmi les lifles,, les angles inférieurs des uns ne s’entre-choquent point avec les angles fopérieurs des autres : il eft même aflez à propos d’arrondir les Liflerons de tous côtés, fans cependant leur faire perdre la forme plate qu’on doit leur conforver autant qu’il eft poflible.
- La figure 2 eft une elpece de Lifleron qu’on appelle lamette ; on le fait ordinairement d’une ligne & demie d’épaifleur, for un pouce ou 1 y lignes de largeur. Ces lamettes fervent pour les ligatures ou lifles à jour , parce qu’ordinaire-; ment ces lifles ne font pas beaucoup chargées de mailles, 8c que d’ailleurs elles font fort multipliées pour certaines Etoffes, comme pour les Pruffiennes où j’en ai employé jufqu’à deux cents à la fois, cent pour le haut, & cent pour le bas ; mais communément on y en emploie quatre-vingt en tout. Onfent parfaitement que fi on employoit à la fois quarante Liflerons de 9 lignes d’épaif-feur, on occuperait 30 pouces de diftance pour la feule épaiffèur des lifles fans compter les intervalles qu’il faut néceflàirement obferver pour les laifler jouer, ce qui feroit au moins 6 pouces de plus; c’eft pourquoi on emploie les lamettes, dont cent, quoique d’une ligne Sc demie d’épaifleur, peuvent être placées dans un efpace de 8 pouces. Ce n’eft pas ici l’endroit de faire connoître cet arrangement ; ilfoffit d’obferver que les lamettes, ainfi que les Liflerons,' doivent être faits avec le moins d’épaifleur poflible : on en verra la raifon dans les Articles des différentes fabrications d’Etoffes. Cette lamette eft entaillée en b, b9 à fes deux bouts, pour la même raifon des entailles a , a, de la figure r.
- Le Lifleron -, fig. 3, eft fait à peu-près comme celui jfg; 1, excepté qu’il eft garni de deux talons c, c, percés de trous dans toute leur hauteur ; ces talons
- font
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- Septième Section I. Part. De la forme des Différons. 133
- font plantés dans la largeur du Lifleron , Sc chevillés par les côtés , pour les *= rendre folides. Lufàge de ces talons eft de recevoir les bouts des criftels des liftes ; Sc lorfqu’on retourne les liftes , ainfi que je l’ai enfeigné dans la maniéré d’entretenir les remiflès, à la fin de l’Arc du Remiffèur, on place les bouts de ces criftels dans les trous qu'on voie fur ces talons ; & chaque fois qu’on retourne la lifte-, on change le criftel de trous , afin que cette corde fcit toujours également tendue, Sc par-tout également diftante du Lifferon* Chaque lifte a deux Lifterons femblables à celui-ci, de maniéré que les bouts des talons paroifîent fe rechercher ; & afin qu’aucun mouvement ne les fa fie renverfer , on les fait tenir l’un à l’autre avec un bout de ficelle, qu’on tend à proportion des mailles de la lifte , bien entendu que ce bout de ficelle eft pafle dans le trou fupérieur du talon inférieur, & dans le trou inférieur du talon fupérieur ; par ce moyen ces deux talons font toujours dans une même verticale , Sc également des deux côtés de chaque lifte. Cette forte de Lifferon n’eft pas toujours aflèmblée avec les talons de la maniéré qu’on le voit ici, for-tout quand les Lifterons font minces ; alors on les aflemble à mi-bois, & on les cloue ou on les cheville le plus folidement poftible. Les trous d, d, qu’on voit ici, fervent pour recevoir le criftel des liftes : il fe trouve au-deflfous du Lifferon; Sc ceux e9e9 reçoivent ces mêmes bouts de corde du criftel, lorfqu’on l’a amené fur le milieu de la largeur du Lifferon,
- Nous voyons dans la figure 4, un Lifleron large d’environ 3 pouces, épais de 'a lignes, arrondi par-deflous , Sc coupé quarrément par-deffus. Ce Lifferon eft tel qu’on devroit les faire tous ; il eft vrai que l’on eft obligé alors de les faire d’un bois dur, qui les rend conféquemment plus lourds que ne le font ceux de bois de lapin. Ceuxfig. 1 & 3 , font ordinairement de ce bois, c’eft pourquoi on les fait épais ; mais les lamettes Sc les Lifterons larges fe font de chêne, de noyer ou de frêne. Ce n’eft jamais un défaut aux Lifterons d’être lourds ; très-fouvent c’eft une qualité qu’on y recherche : nous aurons occafion de le com noître dans la defoription de la figure y ; mais je ferai remarquer auparavant que les trous qui font faits fur les bouts du Lifferon qui nous occupe actuellement, rendent le même fervice aux lifles, que les trous des talons c9 e de la figure 3 , c eft-à-dire, qu’on pafle dedans les bouts des criftels ; Sc on aura foin de remarquer que ces bouts après avoir paffé dans un de ces trous , viennent entourer le bout du Lifleron dans les petites entailles/',/, qui y font pratiquées à cet effet, & qu on les change de trous à mefore qu’on retourne les lifles. Ce Lifferon eft nommé platine ; mais on donne plus communément ce nom à celui fig. 5 , qui a cependant la même forme, à peu-près, mais qu’on fait plus épais de quelque chofe, Sc qu’on plombe pour le rendre plus lourd. Pour plomber ces platines, on pratique des rainures for leur épaifleur, comme celles^, g, auxquelles on donne une longueur, une largeur Sc une profondeur convenables à la quantité de plomb qu’on veut y mettre : du refte on forme ces rainures dans Étoffes de Soie. Fil. Part. L %
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- *34 VAUT DES ETOFFES DE SOIE.
- le même fens de celles des battants plombés, afin que le plomb ne puifîè pas
- Planche remuer,
- On ne fait pas toujours des rainures à ces platines pour y placer le plomb dont on veut les charger, fou vent on les perce comme en h, h, hy tout le long de l’épaiflèur de la platine, autant qu’on juge en avoir befoin pour Tappefàntir. On obferve cependant de la charger également des deux côtés, afin qu’elle ne pefe pas plus fur un côté de la lifife que fur l’autre : ce défaut feroit pernicieux à la fabrication de l’Etoffe ; c’eft pourquoi on doit l’éviter.
- Je ne vois pas pourquoi on fait des trous pour plomber, par préférence aux rainures ; je fuis certain cependant que cette derniere méthode vaut mieux que l’autre, parce qu’on peut donner aux rainures une forme qui contienne le plomb d’une maniéré folide , au lieu que les trous font toujours coniques ou droits, étant faits avec des meches de vilbrequins ; de forte que fouvent ce plomb non-feulement remue, mais il arrive que, lorfque les Lifferons plombés font mis au haut des liflès , le plomb tombe, ce qui peut endommager la foie , & porter préjudice à la fuite de la fabrication.
- On fait ces fortes de platines de la maniéré que je viens de l’expliquer, afin qu’elles tiennent lieu de contre-poids pour les liflfes : nous verrons autre part combien cette conftruélion eft avantageufe à la fabrication des Etoffes, parce-que par le moyen du plomb qu’on met dans ces Lifferons, on peut fort bien fe paffer de contre-poids aux liflès pour les ramener au point de hauteur où elles ^ doivent être fixées.
- Les Lifferons 9fig. t & 3 , font ordinairement aflèz épais pour être percés d’un trou capable de recevoir les gancettes i, i, k9 k, qui font faites de ficelles qu’on noue par les deux bouts, & dont le nœud s’arrête for l’épaiflèur, comme on le voit en /, l>fig> 3« U faut néceflairement que ces nœuds tiennent contre les Lifferons, foit ceux du haut, foit ceux du bas de la liflè, parce que ce font ces gances auxquelles on joint les cordes de fo/penfion ou celles qui tirent les liflès par en-bas, ainfi que nous le verrons ailleurs; on prend garde feulement que ces nœuds ne foient pas trop gros pour déborder la largeur des Liflè-rons, afin que les mailles ne s’y accrochent pas, & qu’elles ne foient pas tenues, dans cet endroit, un peu trop écartées : d’ailleurs la propreté de l’arrangement l’exige; mais il eft facile de s’y conformer, en fe fervant de ficelles d’une grofe feur proportionnée à la largeur des Lifferons. Les gances mymy fig. J, traver-fent l’épaiflèur de la platine , & font arrêtées par leurs nœuds n , n. Quand ces platines ne font placées qu’au bas des liflès pour fervir de Lifferon inférieur j on n’a pas befoin d’y mettre de gances ; mais lorfqu’on les met pour Liflèron fupérieur , il faut néceflairement que les gances y foient.
- Quand les Lifferons font trop minces, comme le font ceuxjïg. 2 & 4, on ne peut les percer dans leur épaiflèur que difficilement : aufli les perce-t-on comme ils le font en a, 0, p, p> & Ton y pafîe les bouts de ficelle q>q>r>r, qu’on noue
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- Septième Section. ï. £arï. Des Marches & des Marchers. i 3 j* par les bouts cîe même qu’en s, s , ou bien on les laiffe libres comme elles le font en t, r, de maniéré que Ton joint ces dernieres à d’autres gatices, que nous Verrons autre part.
- On doit préférer de percer les Lifterons fur leur épaifleur pour placer les gances, parce que leur fiifpenfion devient plus régulière ; mais cet avantage ne balance pas celui de travailler avec des Liffèrons minces , ainfî que j’aurai foin îde le faire remarquer dans les Articles de fabrication.
- §. III. Des Marches & des Marchers*
- Lès Marches font des efpeces de leviers qui fervent à faire mouvoir les liffes ; c’eft par elles qu’on les fait monter 8c defeendre, fuivant l’ordre de la, fabrication de l’Etoffe où on les emploie. Le nombre des Marches nefi déterminé que fuivant le tiffu de l’Etoffe qu’on veut fabriquer, & fuivant les parties qui y font acceffoires, ou qui doivent contribuer à la beauté ou à la bonté de chaque Etoffe.
- La forme de ces Marches eft fort fimplé : la figure 6 en met une fous les yeux ; ce n’eft qu’une piece de bois large d’environ 2 pouces fur fon bout v , 8c qui fe termine en diminuant par l’autre bout, de maniéré à n’avoir qu’enviroii
- ou 18 lignes. L’épaiffeur ordinaire des Marches eft d’un pouce ou iy lignes au plus fort ; quelquefois on les fait plus épaiffes de quelque chofo par un bout que par l’autre, 8c cette précaution n’eft pas dépourvue de prévoyance ; car comme ordinairement les Marches font foutenues par de groffès ficelles, à environ 18 pouces de leur bout oppofé à celui que nous voyons, l’épaiffeur de ces ficelles les maintient dans un écartement qui, de ce côté , devient égal à peu-près à celui de leur affèmblage par l’autre bout ; & en même temps le pied de l’Ouvrier, qui doit aller fiicceflîvement d’une Marche à l’autre * y parvient avec beaucoup plus de facilité. La longueur des Marches eft indéterminée : elles font à raifon de la longueur des Métiers, du moins on les fait ainfi ; cependant il ne faut pas leur donner trop de longueur 2 une Marche de 5* pieds 6 pouces eft d’une fort belle longueur ; fi on les fait plus longues f elles chargent trop les liffes : c eft même cette raifon qui a déterminé beaucoup d’Ouvriers à les faire de 4 pieds un ou deux pouces feulement. U fera facile de comprendre que les Marches peuvent trop charger les liffes , fi l’on fait attention que ces Marches ne font foutenues d’un côté qu’à 16 ou 18 pouces de leur bout, 8c que de l’autre bout elles font enfilées par une verge de fer qui, en leur fervant d’axe, for-* me un point d’appui qui réfifte aux efforts quon leur fait faire par l’autre bout; ainfi plus une marche eft longue, 8c plus elle s’appefàntit fur les cordes qui la fupportent, fe trouvant en cet endroit plus éloignée de fon point d’appui, que lorfqu’elle eft courte.
- Quel que foit le nombre des Marches qu’on emploie pour une Etoffe 9
- Planche
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- ï36 VART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- Planche
- I
- l
- ~ on doit faire en forte qu’elles foient toutes égales en longueur, largeur 5c épaif* feur, fur-tout quand on les affemble au même Marcher ; mais s’il faut qu’on employé différents Marchers, on peut employer des Marches de différentes proportions. Quand on affemble un cours de Marches, (car on appelle cours de Marches le nombre qu’on en met à un feul Marcher, & qui doivent concourir aux mêmes effets de la fabrication ), on les enfile par le talon les unes à côté des autres en les mettant dans les Marchers : ôn nomme talon d’une Mar-^ che, le bout v par où on l’enfile à côté des autres, 5c qui eft percé en x.
- Les figures 7,8, 9, ïo 5c ir, repréfentent différents Marchers tous eri uïàge dans nos Manufaétures de France ; c’eft pourquoi je les mets tous fous les yeux du Leéteur. Celuifig. 7, par lequel je vais commencer, eft celui que j’ai connu le premier dans nos Manufaétures de Nîmes & d’Avignon , & particuliérement dans une Fabrique qui appartenoit à mon pere, 5c qui était compofée de 15 à 16 Métiers. Ce Marcher eft formé de deux poupées A, A> affemblées à tenons & mortaifes fur la traverfe B, de la maniéré la plus folide, tenant avec une cheville de fer chacune qui perce la traverfe de part en part, Sc dont on voit le bout en y 9y : ce Marcher eft le même que celui que j’ai repréfenté au Métier fig, 1, PL 2, 5c qui eft coté fig. iy ; comme alors j’ai fait voir de quelle manière on l’affujettiffoit, 5c que même on y voit les Marches H, je ne dirai rien de .plus, finon que quelquefois les Ouvriers trouvant que les poupées por-î tent trop haut le point d’appui de ces Marches, ils le renverfont à terre, Sc pofent une groffe pierre for l’autre côté pour le contenir, ou bien ils fe fervent des mêmes moyens que ceux que l’on a vus à la figure iy de la même Planche 2, Les poupées de ce Marcher doivent être égales en hauteur, & les trous doivent être faits bien horizontalement l’un à l’autre, afin que la broche de fer c, foit bien de niveau par fes deux bouts.
- La figure 8 eft un Marcher d’une conftruélion toute différente de celui que nous venons de voir ; c’eft feulement une planche D, d’environ 20 pouces de longueur, de 1 y de largeur, 5c d’environ 1 y ou 18 lignes d’épaiffeur, for un des côtés de laquelle font plantés deux pitons E, E, d’une égale grandeur Sc groffeur, faits en pointe bu en vis, 5c placés dans un écartement capable de contenir deux Marches à l’aife ; ces deux pitons doivent être placés de maniéré que le trou de l’un foit en face de celui de l’autre, afin que la broche de fer# puiffe les enfiler horizontalement. On ne place pas toujours ces pitons au-defîus de la Planche ; quelquefois ils font plantés dans répaiffeur de cette planche, à peu-près où font les trous a, a, 5c plus écartés fil l’on a befoin d’y mettre un plus grand nombre de Marches.
- Quel que foit l’écartement qu’on donne à ces pitons, 5c quel que foit l’endroit où on les place , cela eft indifférent pour le travail : c’eft foivant l’habitude des Ouvriers ; mais on fixe ce Marcher en mettant deffus une groffe pierre qu’on place derrière les pitons, 5c affez forte pour que la planche ne puiffo remuer ,
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- Septième Section. I. Part. Des Marches Sù des Marcher^ tyf Malgré les focouffes que le travail peut lui donner : fi Ton ne Veut pas avoir la peine d’y mettre une pierre, on la fixe avec trois pattes de fer * une à chaque côté, & lautre derrière ; il faut pour cet effet que le plancher lé permette * afin qu’elles puiffent bien tenir.
- Cette maniéré d’arrêter les Marchers, n eft jamais fi Commode que de leS fixer avec un fardeau, parce qu’on peut au moins les changer de placé quand on le defire, ou quand on en abefoin ; car, Comme je l’ai déjà obfervé quelque part, il y a des Ouvriers qui travaillent plus commodément avec les Marches reculées, que lorfqu’elles font trop avancées. La bonne façon eft de les mettre* autant qu’il eft poffible , au milieu du Métier, & néanmoins on voit des Ouvriers qui les placent plutôt fur la gauche que fur la droite ; d’autres qui les placent au contraire, par préférence , fur la droite : il faut donc que les Mar-chers foient mobiles, afin que fi l’on change d’Ouvrier, cet Ouvrier puiflô mettre les Marches aü point qui lui eft le plus commode félon là maniéré dé travailler.
- Le Marcher, Jîg. 9, eft celui dont on fe fert communément à Lyon ; il eft compofé de quatre planches G, G> H> /, dont i’affemblage forme une efpece dé caille ouverte par-deflous & par-devant. Les deux planches G, G,.forment un avancement qui laiffe une réparation entr’elles pour recevoir le talon des Mar-* ches qu’on enfile avec la broche de fer K ; cet avancement fe termine en arron-diflant jufqu’à terre, & s’écarte de la planche H d’environ 9 pouces, pour laitier toute la liberté à l’Ouvrier de placer & de déplacer les Marches à fort gré.
- A la feule infpeélion de cette figure , dn reconnôît que là planche H eft attachée par-deffus à celles G, G, qui forment les deux côtés du Marcher * & ces deux côtés font contenus par derrière par la planche /, qui eft elle-même contenue par le haut, au moyen de ce que la planche H eft clouée fut fcn épaiffeur : cet affemblage n’eft fait qu’avec des clous. Lorfqu’on veut mettre ce Marcher en travail, on le place, comme les autres, à la diftance la plus convenable pour l’emploi des Marches, & on l’y afîujettit en le chargeant d’une groffe pierre.
- Je n’ai jamais trouvé la conftruélion de ce Marcher folide ni avântàgeufe î elle eft embarraffante ; & de tous les Marchers que j’ai vus, celui jigi 10 m’a paru le mieux entendu. Sa conftruétion eft fort fimple & fort ingénieufe : il èft compofé d’une grande planche L, propre à recevoir le fardeau qu’on doit mettre deflus pour la contenir ; à cette planche fe joignent les deux oreillons M, Mj qui reçoivent la broche de fer N: ces oreillons font retenus Amplement par les chevilles c, c, qui les arrêtent fur le bord d de la rainure O ; cette rainure eft aflez profonde pour que les bords des enfourchements des oreillons aillent jufe quau fond. Ces oreillons font faits comme celui fig. 11, où l’on remarque que l’enfourchement e eft fait pour recevoir lé bord d de la planche L, SC que le Étoffes de Soie. FIL Partr M %
- Planchb
- U*
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- Flanche
- ï38 vart des étoffes de.soie.
- trou/peut recevoir une des chevilles c,c, ainfi que le trou g peut recevoir k broche N; la rainure O reçoit un des côtés de l’enfourchement de chacun des oreillons, en forte qu’on peut les placer & les déplacer avec toute la facilité poflîble en tirant les chevilles c, c.
- La conftruaion de ce Marcher eft d autant plus avantageufe, quon peut le faire fervir à toutes fortes de nombres de Marches, parce qu’on peut écarter & fapprocher les oreillons, & les aflujettir par-tout également au moyen de la Rangée de trous qui font pratiqués fur le bord de devant de la planche L ; ils font tous fur la même ligne , de la même grandeur, & tous propres à recevoir les chevilles c9c, qui tiennent en place les oreillons M, M.
- Aucun des Marchers que nous venons de voir , ne préfente le même avantage : il faut qu’on les faflfe pour un nombre de Marches déterminé ; & fi enfuite on veut y en placer un plus grand nombre , on fe trouve arrêté, parce qu’ils ne le peuvent contenir ; & fi l’on y en met un nombre moindre , il faut mettre quelque chofe pour remplir le vuide de la broche qui leur fert d’axe, afin qu’en travaillant les Marches ne s’écartent point ; car ordinairement elles ne doivent avoir d’écartement entr’elies que pour la liberté d’être mues : aulfi quand on trouve trop d’aifànce entre les Marches, on eft forcé de les rapprocher fur la broche , £c de les ferrer avec une corde, afin de les y contenir les unes contre les autres ; fans cette précaution les Marches s’écartent & fe rapprochent par l’autre bout; & comme avec le pied on appuie deflfus l’une après Tautre pour faire mouvoir les liftes , l’Ouvrier eft non-feulement gêné à les parcourir, mais elles fe chevauchent & arrêtent-le cours de l’ouvrage.
- On forme encore un Marcher avec deux grands pitons A, h , fig. 12, qu’on plante dans le plancher. Il eft certain que de tous , celui-ci feroit le plus commode , fi le plancher permettait par-tout qu’on plantât des pitons avec aifànce , Sc qu’ils y fuflent affujettis. On eft dilpenfé d’y mettre un fardeau pour le rendre ftable ; mais du refte il ne vaut pas celui que nous a préfenté la figure 10 ; il eft cependant vrai qu’on pourrait tranfporter les pitons en avant ou en arriéré , à droite ou à gauche, mais ce forait toujours un travail, & même infenfiblement l’endroit du plancher fe dégraderait, à moins qu’il ne fût en bois. Dans tout autre cas on peut lui préférer le Marcher fig. 8 , en ce que les pitons E9 E , étant en vis, peuvent être écartés au point qu’on veut pour un nombre de Marches déterminé.
- Quels que foient les Marchers qu’on emploie , on y enfile les Marches avec les broches de fer autant qu’il eft poflible ; car lorlqu’on y met des broches de bois, elles font bien vite caflees, fur-tout quand il y a un grand nombre de Marches. On arrange les Marches les unes à côté des autres, comme le font celles i9i, i, / de cette figure ; quant à leur pofition for l’autre bout, elles doivent toujours être de quelque chofe plus élevées qu’à leur point d’appui. On fait ordinairement les Marches en bois de fapin > afin qu’elles ne foient pas trop
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- Septième Section. I. Part. Des Carquerons, des Tire-Lijjes, &c. 139 lourdes ; 8c fi l’on craint qu elles ne caftent par le poids qu’on leur fait lever > on les fait de bois plus fort ; mais ce ne peut être que dans le cas de fortes Etoffes.
- Quand on a enfilé les Marches, on approche les têtes des broches C, F * K y N > P y des figures 7*8,9, 10&12, le plus près poffible des poupées , pitons, planches ou oreillons dans lefquels elles font paffées, & avec de la corde fine ou de la ficelle, on arrête ces broches de l’autre côté. On pourroit* cependant percer la broche c de la figure 7, 8c celle K de la figure 9, ert dehors des poupées A , A, ou des planches G, G, pour les arrêter avec une petite cheville , en laiflant entre les trous 8c les têtes des broches, un efpace jufte à celui qui fépare les poupées ou les planches défignées, afin que les broches ne lortent pas de leur place par les fecoufles qu’elles e(fuient pendant le travail ; alors on feroit difpenfé de les retenir avec de la corde ; car il faut nécef* fairement que ces broches foient arrêtées, afin qu’on ait plus de précifion fous le coup de la Marche , (ans quoi la Marche balotte , les liiTes chancellent * & la navette n’eft pas affurée dans là courfe ; 8c c’eft, fur tout, ce qu’on doit prévenir.
- §. III. Des C arquerons, des Tire-Lijjes ; de leur pojîdon
- & de leur emploi.
- Les Carquerons font des efpeces de leviers qui correfpondent aux Marches $ pour faire lever & baifler les lifles : on les nomme Contre*Marches dans quel-*: qu es Villes de Fabrique. On emploie deux fortes de Carquerons ; celui jîg* 13 * qui, à la grandeur près, eft fait comme une marche, & celui jîg. 14, qui s’em-* ploie fu(pendu par fes deux bouts* Quand on veut fe fervir du premier, on l’enfile par le trou à, de la même façon qu’on enfile les marches 5 & on le fufpend par l’autre bout en paflant une grofte ficelle dans la boucle b , faite avec un autre bout de ficelle, & arrêtée par deflous au moyen d’un nœud. On emploie cette forte de Carqueron pour former le tiffu d’une Etoffe , & fou vent aufîi pour former les petits deffins qu’on y fait parla marche. Soit qu’on fe ferve de c es Car qu errons pour le fond d’une Etoffe, foie qu’on les fa fie fervir pour les deffins , il en faut toujours au moins deux ; cependant ils ne fuivent pas le nombre des marches, car on met quelquefois un plus grand nombre de Carquerons que de marchés. Souvent on n’emploiera que deux marches à un Métier, 8c l’on met-» ira quatre , fix ou huit Carquerons ; ce n’eft pas qu’on y foit contraint abfblu-ment, mais bien des Ouvriers prétendent que le travail en devient plus aifé* Quant à moi, il m’a paru qu’un grand nombre de Carquerons caufoit un grand embarras , & que l’on pouvoir s’en palier fans gêner le travail ni la fabrication ; & en effet , plus les arrangements de Fabrique font fiinples , & mieux on peut travailler. Tout ce que j’ai remarqué à cet égard, c’eft
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- >ART des étoffes de soie.
- ~ .s «que le nombre de Carquerons diyife la force qu oppofe la féparation de là Planche chaîne, fur-tout quand elle efl bien fournie en foie, & qu’elle eft bien tendue ; alors cette force divifée , ne procure de douceur qu’aux Carquè-rons eux-mêmes, mais non pas au travail j ainfi en le forvant de Carquerons d’une bonne force, quand au lieu de huit, on peut fabriquer une Etoffe avec deux feulement, on n’en fait que mieux, & il efl: plus facile de régler deux cordes de correfpondance -, que d’en régler huit. On fera convaincu de ce que j’avance, quand je mettrai fous les yeux la maniéré d’armer les Métiers : on reconnoîtra que bien des Ouvriers multiplient les objets faute de connoif lances.
- Les Carquerons doivent être d’une bonne force, pour qu’un fafle la fonction de quatre ; s’ils font trop minces, ou d’un bois trop tendre, les efforts du travail les font caflèr ; alors on efl: forcé de les multiplier pour divifer la réfiftance qu’oppofe la chaîne au Carqueron, ou bien il faut mettre deux Carquerons d’un pouce d’épaifleur, de 20 lignes de largeur au moins r & faits d’un bois fort dur , tel que le chêne ou le hêtre, Sc qu’il {bit bien fàin dans fà longueur.
- Le Carqueron fig. 14, n’eft pas employé fi communément que le premier J ion ne l’emploie guere que pour le tiffu des Etoffes ; rarement ferc-il aux deflîns* excepté pour les liages & les guillochages des Etoffes en dorures : on les emploie même rarement pour les Etoffes unies , auxquelles ils pourroient cependant lervir ; mais je crois qu’on ne s’en fert pas aufli communément que de l’autre ^ parce que fon arrangement efl plus difficile, qu’il faut beaucoup plus de cor-: dage pour le faire , & que d’ailleurs en travaillant on a {ans ceffe un balancer ment auquel il faut qu’un Ouvrier {oit accoutumé : du refte le travail en efl beaucoup plus doux pour la diÿifion d’une chaîne ; mais il faut que l’Ouvrier en revanche monte le pied bien haut pour prendre la marche , & qu’il le defcende bien bas pour ouvrir le pas de la chaîne, afin que la navette puifle y pafler librement. On emploie ces Carquerons avantageufement à la fabrication des groflès Etoffes brochées à fond d’or ou à fond tiffu , parce qu’il faut un travail lent, & beaucoup de force pour faire ouvrir le pas de la chaîne : nous aurons occafion de ie voir quand nous ferons à cet Article 5 mais en attendant je ferai obferver qu’à Avignon, à Nîmes 8c à Lyon, on s’en fert communément pour la fabrication des Serges à trente-Jîx eftrivieres , 8c pour les Raz-de-Saint-Cyr & de Saint-Mau r ; tandis qu’à Paris 8c à Tours, pour ces fortes d’ouvrages, ils emploient avantageufement le premier Carqueron; ils l’emploient même à toutes fortes d’Etoffes unies & façonnées, mais ils l’accompagnent du Tire-lijje, fig, ly. C’efl encore une efpece de levier qui concourt avec les marches pour faire lever, ou plutôt pour faire baiffer les lifles ; car fon nom efl très-analogue à fon emploi ,* qui efl d’attirer toujours les lifles, ou pour le moins de les retenir à un point’ fixe, pour quelles ne montent pas quand il n’en efl pas befoin.
- La forme du Tire-lifle efl à peu-près celle du premier Carqueron, excepté
- qu’il
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- Septième SêcTiôk. ï. Part. Des Carquerons > des fïfe*Lij[fes, iqf qu il eft plus mince Sc plus court : il eft percé en c 9 afin qu’on puîfle l’enfiler de même que le Carqueron 9 Sc il eft entaille en d , d > d, dy par-deflus , Sc eii e , e y e , e, par-deflous, afin que les cordes des eftrivieres qu’on y place „ Sc celles qu’on nomme tirants, ne puiflent pas glifler lorfqu’on les y a arrêtées à un point fixe*
- Le fcrvice que le Tire-lifle rend à la fabrication des Etoffes 3 tant unies quë façonnées, eft très-important ; j’ai été même furpris de ne favoir jamais vu dans aucune de nos Manufaétures de Nîmes , de Lyon ni d’Avignon , ce n’eft qu’à Paris que je l’ai vu employer: j’avoue même que je n’ai connu fà valeur qu’en le mettant en ulàge moi-même ; Sc je fuis certain que tous les Ouvriers intelligents , à la première épreuve qu’ils en feront , s'emprefleront de l’adopter pour leurs Métiers*
- Les Ouvriers à Paris ne fe fervent de Tire-lifle qu’avec les Carquerons, qu’ils enfilent le plus fouvent à une feule & même broche , comme on le voit en A ^ fîg. 16 , oui cette broche contient quatre Carquerons/*/,/,/, & quatre Tire-5 liflesg' y g y g y g-, cette broche eft pofée horizontalement, Sc portée d’un bout par la queue de l’oreillon B , & de l’autre bout par le montant C, qui eft joint à la traverfe D, qu’on a clouée en deflbus de la banque E, Ces Carquerons Sc ces Tire-lifles font toujours placés de maniéré à être fous les liftes * Sc leur arrangement eft tel y qu’on met un Carqueron Sc un Tire-lifte alternativement* Leur propriété eft de faire monter la lifte à laquelle chacun d’eux répond par fa corde de correfpondance , que nous verrons autre part fo joindre à un aileron de Carettê ou de Châtelet* L’emploi des Tire-lifles eft de faire defcendre les liftes aux-* quelles ils font attachés par les tirants. Les Tire-liflès & les Carquerons font mis en mouvement par les marches qu’on place deflbus , comme le font celles hyiykyly que j’ai repréfontées ici plutôt pour faire voir la poficion qu’on leur donne , que pour repréfonter les mouvements quelles doivent communiquer aux Carquerons & aux Tire-lifles. Cependant je ferai remarquer que la marché h doit être fofpendue au premier Carqueron , en fuppofànt un genre d’Etoffé en Serge farinée, que je ne repréfente ici que pour mieux faire connoitre lé mouvement des Carquerons Sc des Tire-lifles : cette même marche correfpon-dra aux fécond, troifiemé & quatrième Tire-lifles ; de forte que lorfque l'Ouvrier l’enfoncera, le Carqueron, en defoendant, fera monter la lifte qui lui fera deftinée , & les Tire-lifles feront defcendre les trois autres ; car il faut auflï fuppofer m y n y 0 y p y de la figure 17 : ainfi la, premiers marche dont nous venons de fuppofer l’armure, feroit lever la lifte m, tandis que les Tire-lifles feraient defcendre celles ny09py par fuite, la marche i feroit fufpëndue au deuxieme Carqueron, & aux premier, troifieme & quatrième Tire-lifles ; cette marche alors feroit monter la fécondé lifte, qui fuppofe celle n de l’autre figure, & feroit defcendre celles rUyO 9p : la marche k fera fufpendue au troifieme Carqueron, de aux premier, fécond Sc quatrième Tire-lifles : il fera donc Etoffes de Soie. FIL Paru N 2
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- •r4a L’ART DES ETOFFES DE SOIE.
- lever la iiflê o, & en même temps celles nt, n y p, delcendront, enfin la quatrième marche fera fulpendue au quatrième Carqueron, Sc aux premier, fécond Sc troifieme Tire-lifles, & elle fera monter la lifley>, & celles m,n ,o, def-tendront. Voilà, pour une telle Etoffe, tous les mouvements qu’on doit faire faire aux cours des Marches, des Carquerons Sc des Tire-lifTes ; mais fi avec ces trois uftenfiles on veut armer un Taffetas à quatre lifles» on n aura beloin que xle deux marches, & on pourra employer tout le refte, fans cependant y être forcé : car avec deux Carquerons on pourroit le faire ; mais je le démontrerai ailleurs. Je me borne ici à décrire cette armure en fuppofant deux marches
- feulement.
- D’abord on fufpendra la marche h au premier Sc au troifieme Carquerons, 8c on y joindra le fécond & le quatrième Tire-lifTes, par ce moyen on aura la montée des lifles m,o,8th defcente de celles n,p; après on fufpendra la marche i aux fécond Sc quatrième Carquerons, Sc aux premier Sc troifieme Tire-lifles ; alors on fera monter les lifles n,p> Sc on feradefcendre celles m, o: par cet arrangement on aura fait l’armure d un Taffetas a quatre lifles, Sc 1 on aura lùp-primé les deux marches k, l, comme étant très-inutiles à cette armure.
- Je n’ai ici repréfenté les quatre marches, que pour prouver le mouvement des autres pièces, Sc leur correlpondance entr elles j Sc en meme temps j ai mis fous les yeux le marcher F, qui eft le même que nous avons vu fous la figure io, Sc la maniéré de 1 aflùjettir avec la pierre G qu on met deflus, ainfi fi à ce marcher on veut retrancher deux des marches qui y font, on retire la broche de fer q, on rapproche les deux oreillons H au point que l’efpace qu’on laiflera entr’eux, foit jufte pour 1 epaiffeur des deux marches, ce qu’il eft effen-tiel de faire, comme je l’ai déjà remarqué, foit en fupprimant, foit en augmen-i
- tant le nombre des marches. I i
- Après avoir fait remarquer les mouvements des Carquerons & ceux des Tire-lifTes , je crois qu’il eft à propos de démontrer en quoi ce dernier uftenfile donne une perfection aux mouvements des lifles.
- Ceux qui n’emploient point les Tire-lifles aux armures de leurs Métiers, font forcés d’attacher les eftrivieres, qui font deftinéesà les faire defcendre, aux lifterons ou à quelque corde qui s’y joint en forme d’arbalête, de forte que l’eftri-viere qui fert à tirer chacune des lifles, répond direétement à la marche en paf-fant entre les Carquerons, comme on le voit en r,r,r, r,fig. 17 : l’écartement des marches ne permet pas que. ces cordes tirent perpendiculairement; de forte que lorfque l’Ouvrier enfonce une des marches s, s, la lifle, que cette marche fait defcendre, prend fa direétion à droite ou à gauche, & même l’effort de cette defcente fait vaciller le pied, Sc le coup n’eft jamais sûr, d’autant plus que les marches t,r, ont defcendu prefque perpendiculairement elles-mêmes , & qu’en les quittant on fent une différence dans le mouvement de celles-ci: il en réfulte que la liffe tirant plus d’un côté que de l’autre, fait
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- SeptiemeSecïion. t. Part. Des Carquerons , des Tire-Lijjes, &c. 143 ÎTial féparer la foie de la chaîne , 6c le pas n’étant pas ouvert comme il le faut 9 la navette s’arrête fouvent au milieu de fa courfe, ou bien aü lieu de la fuivre d’un bout à Tautre , pafle à travers, tombe à terre ou paffe deflus : il s’enfuit un défaut de fabrication , le fil fe cafle , & l’Ouvrier eft retardé. Il n’en eft pas dé même des Tire-lifles ; on a foin premièrement de les faire d’une longueur fuffi-fante pour porter leur point de fufpenfion aux trois quarts de la longueur dune lifle, en partant de leur point d’appui , par ce moyen il eft facile que le tirant qu’on met au milieu de la largeur de la lifte, prenne' à tel point du Tire-liflb qu’il convient pour être bien perpendiculairement; en forte que fi l’on a quatre $ fix ou huit lifles à faire rabattre, on met autant de Tire-lifles , & tous les tirants font fur une même ligne, de façon que tous étant attachés au milieu des lifle-rpns inférieurs , ou au milieu des arbalètes, on eft afluré que les Tiré-lifles, qui font invariables à caufe de leur point d’appui, ne fauroient defcendre fans tirer en droite ligne * fàufla courbe qu’ils décrivent, 8c qui eft encore adoucie par le fdin qu’on a de fixer les Tire-Mes au moins à 2 pouces plus haut par ce bouc que par leur point d’appui, en forte que paflànt du fort au foible, quand ils font au plus bas de leur defcente, Us n’ont pas perdu deux lignes de leur direct tîon perpendiculaire ; on a de plus la liberté de faire venir en droite ligne les eftriyieres, qui répondent des Tire-lifles aux marches qui les font mouvoir J alors les marches n’éprouvent plus de balancement, non plus que les liflesj» & conféquemment plus de dérangement pour la courfe de la navette *
- - L’ufàge des Tire-liflfes 9 fuivant le fentiment de plufieurs habiles Fabriquante & Ouvriers, pourroit être admis dans prefque toutes les armures, particulière-' ment à celles faites aux lifles fufpendues avec les chappes, en fuppofàrit qu’oiï ne faflfe point de faflures ; car les Carquerons que nous avons ici joints aux Tire^ lifles y ne permettent pas qu’on faflè de faflures au-delà de 2 ou 3 pouces de longueur * & toutes les fois qu’on voudra fe borner là, on mettra les Tire^ lifles en ufage avec fuccès;
- Les Carquerons comme celui jlg. 14, s’emploient comme on en voit quatre VjV,v,v,%. 17 ; ils font fufpendus par les cordes &c. quatre à cha-
- que côté, de forte que chacun eft porté par deux de ces cordes, qui font cen-i fées attachées chacune à un aileron d’un carette, qui, eri même temps, fufjaen-* dent les lifles par leurs cordes y yy,y9 & c* de maniéré que les
- unes & les autres foient de niveau ; ainfi les Carquerons doivent être de niveau entr’eux, & les lifles de même. Pour faire mouvoir les Carquerons, on attache au milieu les eftri vieres {, \, "{% {,. qui viennent répondre aux marches s9s9t> tq le plus perpendiculairement poflîble. Quelque foin qu’on prenne de mettre ces eftrivieres au milieu des Carquerons, on ne fauroit les faire tirer en droite ligne ^ parce que Fécartement des marches la leur fait perdre, & caufe en même temps le balancement que j’ai fait remarquer plus haut. Plus le nombre des marches eft grand, 8c plus on doit craindre pour ce balancement, qui entraîne avec lui
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- x44 VART DES ÉTOFFES DE SOIE. celui des liftes ; ce mouvement n’eft rien pour les Etoffes brochées, parce qulü chaque^ coup * ou deux coups au plus, elles prennent leur repos ; mais il eft plus nuifible aux Etoffes courantes, où Ton fait quelquefois 2 pouces d’Etoffe {ans s’arrêter3 ou, pour mieux dire, où on eft fouvent forcé de s’arrêter , à caufe du balancement lui-même.
- Si l’on a à préférer un genre de Carquerons , les premiers dont j’ai parlé } doivent l’emporter fur les autres à tous égards, fur-tout étant accompagnés des Tire-lifles ; car fi l’on s’avife de les employer fans Tire-lifles, lorfqu’on doit faire defcendre les liftes qui ne montent pas, on tombe dans des inconvénients infinis ; d’abord on eft obligé de faire pafter entre ces Carquerons les eftrivieres de rabat ; ces Carquerons étant prefque joints les uns contre les autres, ne laif-fent pas un paflage libre à ces cordes : ils les rongent ; & pour peu que la ligne perpendiculaire que ces cordes doivent avoir en mettant le pied fur la marche, loit perdue, ces cordes , qui font fouvent trop lâches pour s’accorder avec la montée des autres liftes , ou pour ne pas faire defcendre trop bas cellfes quelles attirent, donnent un coup àe fouet qui fait reflàuter les Carquerons en les écartant, & fouvent par contre-coup les cordes caftent, & il faut toujours être à les raccommoder ou à en mettre de nouvelles. J’ai fi bien éprouvé ce dérangement, qu’avant que je connufle les Tire-lifles, j’avois pris le parti de mettre en fil~de»fer toute la partie des eftrivieres de rabat qui devoit pafter entre les Carquerons.
- Voilà, jufqu’à préfent, ce qu’on peut faire remarquer fur les différents Car-i querons & fur les Tire-lifles : il nous refte à voir par quel moyen ils font mou-' voir les liftes.
- §. V. Des Ailerons, des Châtelets, des Carrettes & des Arbalettes.
- Les Aileronsy qu’on appelle Iricoteaux dans quelques Villes de Manufactures , telles que Paris, Rouen, Lyon, Sec, font des efpeces de leviers dont on garnit les Châtelets ôc les Carrettes \ c’eft par eux qu’on procure prefque tout le mouvement qu’on donne aux liftes, quand on fe fort de Carrette ou de Châtelet. Nous verrons bientôt que c’eft aux Ailerons que font fulpendues les liftes & les carquerons dont nous nous fommes entretenus dans le Paragraphe précédente
- * ...... La forme des Ailerons eft fort fimple : la figure I, PL 14 , nous en fait voir
- Planche un féparé des châtelets Si des carettes; ce n’eft qu’une tringle de bois de hêtrey 1de chêne, de noyer ou de lapin , fuivanc la force qu’on veut leur donner ; fc longueur eft indéterminée : elle eft relative à la conftruétion des châtelets ou des carrettes où on les emploie. On en fait depuis environ 30 pouces de longueur , "comme celui que nous voyons, jufqu’à ÿ pieds : il eft vrai que c$ ne font pas toujours les châtelets & les carrettes qui décident de cette différence , fouvent on les fait longs par rapport aux genres d’Etoffes où on veut les employer ; de
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- Septième Section* I. Part* Des Aileronsi des Châtelets, &c. forte que fi les Etoffes {ont extraordinairement fournies en chaîne, on fe fert d Ailerons de toutes grandeurs y afin de diminuer le poids qui s,oppolè à leur divifion 9 car il faut , dans ces circonftances y profiter des avantages que les leviers nous offrent, Sc qu’on trouve dans les longueurs des Ailerons ; il s’agit feulement de les employer à propos, & de {avoir les placer pour profiter de toute la légéreté qu’elles peuvent procurer à l’Ouvrier qui travaille, afin qu’il ne fe fatigue pas en travaillant.
- En remarquant que l’Aileron eft percé en a, b, e, fur fa longueur, on recoin noîtra que ces trous font pratiqués 9 afin de pouvoir les avancer ou reculer, en changeant de trous une broche de fer E, fig. a , qui leur fert d’axe. La lifle doit être fufpendue au bout e, & fa corde de fufpenfion fera paflee dans le trou fy la corde de lulpenfion du carqueron , fera paflee dans le trou g y à l’autre bout dy où s’applique lapuiflànce , le bout oppofé fera le point de réfiftance ; Sc celui des trous ayb9cy qu’on voudra choifir, fera le point d’appui. Il eft certain que fi l’on choifit le trou a y il faudra employer beaucoup plus de force pour faire lever la lifle 9 que fi l’on met l’axe dans celui b ; & fi l’on préféré celui cy ort fera encore lever le poids avec bien plus de facilité.
- Il feroit dépi acé de donner ici un calcul des effets des differents leviers ; mais je fais, par expérience , que pour certaines Etoffes, la différence du trou a à celui cy eft comme la force d’un homme à celle d’un enfant pour le travail ; il eft vrai qu’il faut parcourir un plus grand efpace avec le pied , pour que la marche qu’on enfonce, fafle monter les lifles au point de hauteur ou elles doivent être pour paffer la navette ; mais auffi l’aifànce avec laquelle on le fait, ne met aucun obftacle au travail: telle eft la propriété des Ailerons. U s’agit feulement de les ranger avec allez d’intelligence pour en tirer un bon parti*
- La figure 2 repréfente un Châtelet. Je donne ici le nom de Châtelet à une machine que nous appelions Carrette ; mais comme à Paris Sc dans d’autres Villes , on met une différence entre cette forte de Carrette Sc ceux que nous verrons ci-après, à caufe de leur conftruélion, j’ai cru devoir m’y conformer moi-même y pour que l’on puilfe m’entendre par-tout.
- Ce Châtelet eft bâti fur un brancard compofé de deux grandes traverfes^, Ay Sc de deux autres petites B y B, qui, par leur aflèmblage, forment une efpece de chaflîs de 4 pieds de longueur 9 fur environ 18 pouces de largeur. A environ un tiers de la longueur des premières traverfes, s’élèvent les montants C9 Cy lefquels, avec la traverfe D y forment un quarré dans lequel font fufpendus les Ailerons h9hyhy hy hy h y qui font enfilés par la broche de fer E , qui, en même temps, enfile les deux montants C, C9 à une égale hauteur, de forte que cette broche fe trouve, par ce moyen, placée horizontalement. On pratique plufieurs trous fur la hauteur de ces montants, afin de pouvoir porter les Ailerons ou plus bas ou plus haut, fui van t que l’exige la pofition du Métier fur lequel on place le Châtelet ; car il faut obferver que cette machine eft faite pour Étoffes de Soie. VIL Part. O 2
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- 145 ÜÂRT DES ÉTOFFES DE SOIE. être placée fur les ellafes d’un Métier, de façon que le bout F des Ailerons porte tout-à-fait en dehors des ellafes, & que celui G tombe précifément au milieu de la largeur du Métier, perpendiculairement au & lifles qui y communiquent ; alors on fufpend le bout des carquerons aux bouts des Ailerons, en dehors du Métier. On doit fe rappeller que les carquerons, quels quils foient, doivent être d’une longueur fuffifante pour fortir en dehors des largeurs des Métiers où on les emploie : ainfi pour coopérer au mouvement des lifles avec ce Châtelet, on ne fauroit employer d'autres carquerons que ceux qui font repré-fentés par la figure 16 de la Planche précédente, parce qu’ils ont un point d’appui qui les fufpend par un bout, de forte qu’avec ces carquerons on n’emploiè point d’autres Châtelets ou Carrettes que ceux-ci, qui n’ont qu’une batterie d’Ailerons.
- On remarquera ici que la broche E pourroit tenir un plus grand nombre d’Ailerons, mais fouvent une Etoffe n’en exige pas davantage ; alors on les place du côté de celui des deux montants C, C 9 qui convient le mieux ; mais lorfque les Ailerons font fi éloignés, on les contient avec une groffe ficelle , ou avec une corde fine les uns à côté des autres, afin qu’en travaillant ils ne s’écartent pas fur la broche qui leur fort d’axe, ce qui dérangeroit les lifles, les carquerons & les Ailerons eux-mêmes ; car alors ils fe chevauchent, & l’Ouvrier eft obligé de fe déranger à tous moments pour dégager les cordes, tant des lifles que des carquerons, qui montent for les Ailerons: il ne faut cependant pas qu’ils foient trop rapprochés, parce qu’ils ne s’en retournent pas aflez promptement, & même quelquefois ils relient à moitié chemin. On a pris le parti de mettre quelque chofe entre chaque Aileron, pour les efpacer également. Quelques Ouvriers font avec une grofTe ficelle, un tour ou deux for l’axe des Ailerons^ entre chacun d’eux, & font revenir la corde en deffos, de maniéré qu’elle paflè entre tous & fur tous, & qu’en même temps elle les contient dans un efpace déterminé. J’ai vu employer cette méthode avec fuccès ; je l’ai mife en ufage moi-même , & elle m’a réufli. On a encore une méthode pour donner un écartement égal entre chaque Aileron : elle confifte à enfiler entre chacun d’eux , une poulie de 2 ou 3 lignes d’épaifleur, & faute de poulie on met des petits morceaux de bois quarrés & percés par le milieu, comme l’eft celui Jig. 3 , & néanmoins on joint le tout enfomble avec une corde qu’on arrête de côté & d’autre fur l’axe, en dehors de chacun des deux Ailerons extrêmes. On ne fo fort cependant de cette corde, qu’autant que les Ailerons , les poulies ou les morceaux de bois ne font pas fuffifànts pour remplir l’entre-deux des montants qui les portent. Il y a des Ouvriers qui, ayant des poulies ou des morceaux de bois en aflez grande quantité, après en avoir mis un entre chaque Aileron, en rem-piiflent tout ce qui refte de la broche, pour n’être pas obligé d’arranger une corde ; on a mieux fait encore, on a inventé une forte de brancard 9fig. 4, qu’on peut élargir & rétrécir autant quon en a befoin pour contenir les Ailerons dans iun efpace déterminé.
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- Septième Section. I. Part. Des Ailerons, des Châtelets, ôc. 147
- Ce brancard eft compofé de deux grandes traverfes i/, /, & de deux petites dont on n’a repréfenté qu une K : la feule infpeélion de cette traverfe K, doit fuffire pour reconnoître la façon de rapprocher les grandes traverfes. La petite cheville i retient la traverfe K à demeure dans celle H \ l’autre cheville / eft mobile, & fixe la traverfe 1 fur celle K, lorfqu’on la mife au point d’écartement convenable à la quantité des Ailerons qu’on aura placés entre les mon» tants L, L ; on a foin auffi que la broche de fer M, qui doit fervir d’axe aux Ailerons , foit d’une longueur convenable à tous les plus grands écartements.
- Quand on fait courir la traverfe I fur celle K, on a foin de placer les deux chevilles dans les trous qui fè correfpondent, pour que l’écartement foit égal par les deux bouts : du relie on place ce Châtelet fur le Métier comme l’autre 9 obfervant cependant que le côté de la traverfe /, foit oppofé au côté de l’Ouvrier ; & en cas que la pofition des montants ne le permît pas, on retourneroit la traverfe K & fà femblable, bout pour bout ; & alors au lieu de faire courir defliis la traverfe / , on feroit mouvoir celle H. Cette précaution eft néceflaire, de crainte que l’excédent de ces traverfes ne nuife au mouvement du battant.
- Ce Châtelet ne peut fervir qu’avec les Carquerons fufpendus par un bout , comme celui fig. 2 ; & d’ailleurs ni l’un ni l’autre ne fauroient être employés qu’autant qu’on emploie les tire-liflès, car autrement il leur faudroit des chevalets qui ferviflent d’appui aux bouts des Ailerons, comme nous le verrons ci-après. Ici les Ailerons font toujours ou doivent être horizontalement pofés quand le Métier eft armé, de forte qu’il faut que la tenfion de la chaîne , le poids des marches, & celui des tire-lifïes & des carquerons , forment, par leur arrangement , une balance qui contienne également les Ailerons par chaque bout. Nous aurons occafion de voir cet arrangement, mais ce ne pourra être que dans l’endroit des armures qui y auront rapport.
- Quand on fabrique quelqu’Etoffe où l’on ne fe fèrt point de tire-lifîes, on emploie le Carrette fig. 5 : celui-ci eft fait pour n’avoir qu’une feule batterie d’Ailerons ; en cela il répond aux Châtelets que nous venons de voir , & dans tous les cas il peut être employé pour les mêmes Etoffes au lieu que les autres ne pourroient pas fervir à toutes celles où celui-ci ferviroit, fans y ajouter les chevalets que nous allons voir.
- La conftruélion de ce Carrette eft femblable à celle du Châtelet, fig. 2 9 c’eft-à-dire, quefon brancard, qui eft compofé des traverfes Nf Nf ôc de celles O y O y eft femblable à celui du Châtelet, ainfi que le quarré qui eft formé par les deux montants P, P9 & par la traverfe Q, de forte que cette machine ne différé de l’autre que par les deux chevalets R9S9 dont l’un eft compofé de deux montants m, m, de la traverfe n, & l’autre eft compofé des deux montants o9o9 & de la traverfe p ; l’une & l’autre de ces deux dernieres traverfes, fervent de repos aux Ailerons q9r9 qui fuppofènt une batterie montante Ôc def« cendante, qu’on emploie ordinairement quand, pour une Etoffe, il faut faire
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- 148 L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- » defcendre 8c monter des liftes, c’eft-à-dire , qu’il y a deux corps de remijjes ;
- Planche 9 fUn à être monté , tandis que lautre fert à rabattre $ par cet
- arrangement, on ne feroit pas monter 8c defcendre les mêmes liflès en les tenant de niveau les unes 8c les autres : c’eft ce que nous verrons avec plus d’étendue dans les armures de ce genre ; il fuffit de dire que quand on a befbin de deux chevalets à la fois à un Carrette, celui R fert de repos aux queues des Ailerons qui tiennent les liftes en Pair, & celui S fert de repos à ceux qui font attirés par les lifïes du côte de la tête; (car il eft à propos d’obferver que la partie des Ailerons qui fe porte en dehors du Métier, eft appellée communément la queue y 8c celle qui fe porte en dedans eft nommée la tête : on dit ordinairement charger la queue ou la tête des Ailerons ; & dans d’autres cas on dit donner de la queue ou de la tête aux Ailerons, c’eft-à-dire, les avancer en dedans ou en dehors , en changeant leur axe de trous ) : les premiers font donc attirés en dehors du côté du premier chevalet, par des contre-poids qui y font fufpen-dus, & les autres le font en dedans , foît par la tenfion de la chaîne, foit par le poids des marches , foit enfin par des contre-poids dont on eft obligé de charger les liftes, afin que le poids des carquerons ne puiffè pas les entraîner, ni même les mettre en équilibre ; car il faut néceflàirement que les Ailerons fbient entraînés de part 8c d’autre : ceux qui font attirés du côté des liflès, doivent pofer fur le chevalet intérieur, comme le fait l’Aileron q fur le chevalet S ; & ceux qui font attirés par le contre-poids en deflbus du Métier, doivent pofer sûrement fur le chevalet extérieur , comme l’Aileron r fur le chevalet R, 8c néanmoins ces deux Ailerons font portés par la même broche de fer T, qui fert en même? temps d’axe à tous deux.
- Ces deux Ailerons fuffifent pour faire fentir l’effet d’un plus grand nombre s’il le faut ; car fi pour une Etoffe on emploie, comme nous aurons occafion de le voir, feize liftes en deux corps de remiflès, dont un formera le corps de l’Etoffe, 8c l’autre un rabat en tiftu ou en liage, il faut alors feize Ailerons pour une feule batterie : il y en aura huit pour le rabat, qui feront toujours en l’air ^ comme celui r, & qui feront tous à côté l’un de l’autre , devant ou derrière, fuivant que l’armure l’exigera ; 8c les huit autres qui porteront les liftes de fond , feront bas, comme celui q, 8c feront, par la même raifon, tous les uns à côté des autres, 8c néanmoins tous les feize portés par le même axe.
- Ce genre de Carrette n’eft jamais bien doux au travail, qu’autant qu’il eft employé pour une Etoffe légère, telle que les Satins ou les Batavia , à moins qu’on ne fe ferve d’Ailerons de 3 pieds & demi, 8c qu’on ne conftruife le Carrette de la maniéré que nous verrons enfuite ; mais tant qu’on voudra employer ce Carrete à de fortes Etoffes, l’Ouvrier fera extrêmement fatigué en travaillant. Le Carrette, fig. 6, vaut beaucoup mieux pour les fortes Etoffes ; c’eft prefque le feui qu’on emploie généralement à Lyon , fur-tout pour la grande tire : car nous aurons occafion d’en voir qui facilitent le travail aux Etoffes même les plus rudes : fuivons auparavant la defcription de celui-ci* Ce
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- Septième Section. I. Fart. Dès Ailerons, des Vhàtelets, &c. 14^
- Ce Carretce efl: compofé dun brancard qui lui fort de bafe, & qui efl: formé £ par les deux traverfes A , A , aflemblees 1 une à faucre au moyen de celles By B, qui en déterminent la largeur ; au-deflus de ces deux dernieres traverfes j s’élèvent les deux fourches C, C, qui contiennent les feize Ailerons a9a9a^ Scc. huit de chaque côté ; chacun de ces Ailerons efl: féparé par les languettes b y byb, Stc. qui font au nombre de dix-huit, & qui tiennent ici lieu des pou^ lies dont j’ai parlé plus haut:, ou des morceaux de bois comme celui fig. 3 ; Il n’y a cependant pas de comparaifon entre ce moyen-ci & les autres, pour lafoli-dité & pour la perfeétion : ici tout efl: toujours folide ; Sc une fois qu’on a enfilé les languettes & les Ailerons avec les broches de bois on n’a plus rien à craindre pour leur dérangement, à quelqu’ouvrage qu’on les emploie. Les fourches C, C 9 contribuent à la folidité du brancard , comme nous le verrons par les développements. Le Carrette précédent a deux chevalets , celui-ci en a quatre, parce qu’il a deux batteries d’Ailerons, une à droite, & l’autre à gau^ che ; ce n’efl: pas que pour cela on puilfe faire mouvoir un plus grand nombre de Mes : car huit Ailerons à un Carrette firnple , feront mouvoir autant de lifles que les feize qui font ici ; mais avec cette double batterie le mouvement qu’on donne aux lilfes efl: bien plus sûr : on en fera convaincu quand je ferai yoir la maniéré de les y fufpendre.
- Les deux chevalets qui font ici aux extrémités du brancard du Carrette, font au même ufage que celui R de la figure précédente ; & les deux chevalets du milieu font la même fonction que celui S ; ainfi je ne répéterai rien à cet égard 2 je dirai feulement que les deux premiers font compofés de deux montants dia-t cun femblables à ceux d9d, que nous voyons, & ils fupportent enfomble les deux traverfes e, e, fur lefquelles pofent les Ailerons à droite & à gauche. Les deux chevalets du milieu font portés de même chacun par deux des montants f9fj joignant enfemble les traverfes gf g, fur lefquelles doivent pofet les têtes des Ailerons, fuivant les fonctions qu’on leur fera faire , ou fuivant les mouvements qu’on voudra leur donner.
- J’ai dit que le développement de cette machine ferviroit à nous faire mieux comprendre là conftruétion & fon aflTemblage : commençons par la figure 7, qui efl: une des traverfes^* A ; nous y remarquerons que les traverfes B 3 B du Car* rette , doivent être aflemblées dans les mortaifes h9hy de la maniéré qui fuit. Il faut d’abord fe feuvenir que les fourches C, C9 font placées au-defliis de ces traverfes ; joignons à la figure 7, que nous avons déjà vue, celle 8, qui eû la fourche que j’ai repréfentée à part, tant pour faire connoître comment les Ailerons <2, a, a, &c. peuvent être placés entre les languettes b 9b 9b, &c. que pour faire voir que fes tenons i, /, k, s’emmanchent dans les mortaifes lyl9m9 de la figure 9, qui efl: une des traverfes B y B 9 féparée de la figure 6. Quand on fait cec aflTemblage, on commence par former le brancard du Carrette , qui efl: compofé des traverfes A, A, & de celles B 9 B. Après qu’on a placé les tenons nfrt$ Étoffes de Soie. VIL Part. F 2
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- sp L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- t de la figure 9, dans les mortaifes h, h9 de la traverfe jig. 7, & d’une pareille de
- Planche loutre côté, on place la fourche, jig. 8 ; alors le tenon k entre dans la mor* 1taife m, fig. 9 , & les tenons i> i entrent dans les mortaifes
- ïépondent directement à celles /, /, jig. 9 ; les tenons /z, /*, étant placés dans les mortaifes h9h9 les deux tenons z, / , leur fervent de chevilles pour retenir la traverfe, jig. 9, dans celle 7, & le tenon A eft arrêté par des chevilles qu’on met dans les trousp,p, p 9jig. 9, qui répondent à ceux q9 q9 q, du tenon iC jjig. 8. Il eft aifé de concevoir, à la feule infpeétion de la figure 69 qui! entre dans fa compofition deux fourches comme celle fig. 8, une fur chaque traverfe 9jig. 9. J’infifte un peu fur tous ces détails d’aflemblage, parce qu’il eft très-important qu’il foit fait avec toute la précifion poffible 9 & avec toute la foli-dité qu’on peut procurer à une machine qui efluie des efforts multipliés, afin que les lifîes , dont le mouvement en dépend, ne foient pas chancelantes dans leur montée & leur defcente.
- Après qu’on a formé rafîèmblage des traverfes A 9A 9 B 9B, Sc des fourches C 9C, on place les quatre chevalets, dont les montants d9d, font plantés dans les mortaifes r9rf de la figure 8 , & ceuxf9f9 dans celles s, s ; ce n eft que lorfqu’on a placé ces montants, qu’on les affemble par le haut avec les traverfes e, e9 g9 g, pour en faire les fupports des Ailerons , qu’on place enfuite dans les entailles t9t9t9 &c 9jig. 8, en obfèrvant que leurs bouts a 9a9a9 &c.f foient fur une même ligne, ce qui demande quelque attention, puifque le trou de leur fufpenfion n’eft pas au milieu de leur longueur. Le côté de la queue eft toujours plus long que le côté de la tête, parce qu’on donne plus fouvent le mouvement en tirant par la queue, que par la tête ; cependant il eft beaucoup d’Etoffes ou une partie des Ailerons ,fuivant l’armure, refte la queue en-haut, & à une autre partie c’eft la tête, alors cela eft égal for les deux batteries, de forte qu’on voit bien fouvent les quatre premiers Ailerons, dont le bout inférieur eft, comme je l’ai déjà fait remarquer, le côté de la tête, pofés fur les chevalets du milieu, tandis que les derniers ont leurs queues dans la pofition aétuelle de toute la figure.
- L’emploi des chevalets eft de foutenir devant & derrière les Ailerons, afin de leur fervir de point d’appui, fans cette précaution ces Ailerons refteroient plus haut, ou defcendroient plus bas qu’il ne faut ; aufîi on a foin de les charger d’un côté plus que de l’autre, comme nous le verrons dans l’endroit de la fufpenfion des lifîes aux Châtelets, Carrettes & Arbalettes.
- J’ai dit que les Ailerons étoient toujours plus longs depuis l’endroit on ils font placés dans les fourches jufqu’à l’extérieur du Carrette, que depuis ce même endroit jufqu’à l’intérieur ; la raifon de cette pratique eft toute naturelle , parce que ce bout étant celui par où l’on fait lever plus communément les liftes, il a fallu oppofer un levier plus long aux contre-poids & à la roideur de la chaîne.
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- SêpTïeme Secîion. I. Part. Des Ailerons, des Châtelets, ôc. i
- Les Ailerons font enfilés par une broche de fer comme celle^. 10, dont lé bout v eft recourbé, pour donner autant de prife qu’il en faut pour l'en retirer j mais on doit préférer de mettre à la place une baguette de bois bien unie j entr autre on doit fe fervir d’une baguette de fanguin foc , après en avôif retiré l’écorce , & l’avoir polie au verre & à la peau .de chien ; plus ori met ces baguettes petites , Sc mieux les Ailerons jouent : pour cela il faut avoir foin de faire les Ailerons de maniéré qu’ils emplilfent les entailles, afin que la largeur du trou porte fur toute l’étendue de la baguette, qui fe trouvé d’une languette à l’autre , finon on rifque que la baguette fe cafte, fi elle eft trop petite*
- Il n’eft pas poffible ici de le fervir d’Ailerons qui ayent piufieurs trous for là longueur, parce que ces trous feroient inutiles, puifqu’on ne fàuroit les avancer ni reculer fans leur faire perdre leur point d’appui, ou fans faire choquer ou croifer les têtes, ce qui empêcheroit abfolument le travail.
- J’ai cependant vu des Carrettes où l’on pouvoit faire ce changement ; ils étoient tels que les fourches & les chevalets pou voient être avancés ou reculés à volonté : alors on avoir eu foin de rendre folide le brancard du Carrette par deux traverfes de plus, afin de rendre immobiles celles des deux bords , c’eft-à-* dire, Celles A, A; & celles B > B a voient leurs mortaifes faites eii rai-4 nures , où elles pouvoient glifîêr de droite à gauche, & de gauche à droite* On les fixoit au point déterminé avec une cheville qu’on plaçoit dans le trou correlpondant, afin de les arrêter où il falloit. Cette forte de Carrette n'a pas aflez de folidité : elle eft dangereufo pour la fabrication ; c’eft pourquoi je n’ai pas cm qu'elle méritât la peine de la deiïïner ni d’en donner une plus ample defcription.
- Le Carrette que j’ai fait repréfonter, n'eft compofé que de feize Ailerons * huit à chaque batterie ; il ne peut conféquemment être employé que pour la fufpenfîon de huit lifîès, foit en liftes àt fond, ou en liftes de rabat Sc de liage ; Tous les Carrettes ne font pas bornés à Ce même nombre d’Ailerons , il y en à qui en portent jufqu'â vingt à chaque batterie ; mais ils font conftruits de même que celui-ci : toute la différence confifte dans le plus de largeur, Sc dans une moindre épaifîeur, tant des Ailerons que des languettes des fourches, Sc alors les entailles qui contiennent les Ailerons, font moins larges, afin de contenu? jufte chaque Aileron, fans Cependant être gêné ; on doit prendre garde que les entailles ayent les côtés bien unis, ainfi que les Ailerons : ort a même la précaution de les favonner les uns Sc les autres, ainfi que la baguette qui leur fort d’axe * au moins quand elle eft de bois \ Sc quand c'eft une broche de fer, on la graiffo avec de l’huile d’olive, mais le plus légèrement poffible, de peur que l’huile ne coule Sc ne tombe for la foîe , qui en foroit tachée.
- Tous les Carrettes & Châtelets que nous avons vus, font faits pour être pla^ cés au-deftus des eftafos des Métiers, derrière les lames du battant, pour tenir lieu de chappes ; car en général on ne fe fort pas de Carrettes Sc de chappes à la
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- ryi Ï/JRT DES ÉTOFFES DE SOIE. fois, ce n’eft que dans quelques cas particuliers, que ces deux machines font employées enfemble pour une même Etoffe» Nous en allons voir d’une autre efpece> qui fe placent différemment.
- [ .§. VI. Des Carrettes volants.
- I l y a des Carrettes qu’on attache au plancher, au lieu de les mettre for le^ eftafes des Métiers : on les appelle Carrettes volants ; ils ont quelque reffem^ blance avec ceux que nous venons de voir, excepté qu’en général ils ont leurs ailerons beaucoup plus longs, & qu en les plaçant ils font renverfés fens deffus defïous, c’eft-à-dire, que Ce qui leur fert de brancard eft attaché contre les folives du plancher, tandis que les fourches ou les montants qui portent les ailerons, tournent du côté du Métier. On obferve exactement de les placer bien perpendiculairement aux lifîes qu ils doivent faire mouvoir ; on les fixe avec des vis ou des clous, pour pouvoir les retirer & les changer de place s’ils n’étoient pas bien.
- II paroîtra fingulier que Ton ne fè borne pas aux Carrettes que je viens de décrire, puifqu’étant pofés for les eftafes des Métiers , on eft toujours libre de les faire avancer ou reculer , Sc de les tranfporter de droite à gauche fans aucun embarras, & fans courir le rifque de manquer la direction des cordes de fufpen-flon Sc des mouvements : il eft vrai que fi Ton n avoir pas de fortes Etoffes I faire, ce premier ufàge feroit fopérieur à tout le refte, mais les Carrettes volants font propres à allégir le tiraillement des lifîes de la chaîne & des contre-poids^ On a généralement reconnu que plus on donne de longueur aux cordes qui communiquent le mouvement aux lifîes & aux ailerons, plus on trouvait de facilité & de légéreté. Voilà le cas où l’on doit fe fervir principalement des Carrettes volants, fur-tout de ceux faits comme celui fig. 11 ; il eft à double batterie : on voit que la longueur des ailerons a, a , b9 b, eft d’un tiers au moins de plus que ceux a> a, a> &c. de la figure 6 ; ils doivent être plus longs du point de fofpenfion cc> au bout où eft la puifîànce, comme aaybb, que du même point à celui de la réfiftance ddy auquel on attache les lifîes. Ces ailerons font fi longs, qu’on les voit fe croifer entre les montants JD, Z?, D% D, qui les por-r tent. Cette croifure eft néceffaire, parce qu’ils doivent être fuffifàmment longs pour que leurs bouts, en levant, ne fe décroifent point. On fait defcendre per-; pendiculairement une des deux cordes, qu’on met à chaque aileron, dans un des trous ey £, ou dans un de ceux/’,/', & g 9g, fof l’endroit du lifïèron où on Tattache pour fufpendre la lifte ; je dis une des deux cordes , parce que l’on place au bout de chaque carqueron deux cordes ou une corde double, dont un bout doit defcendre en ligne direéle , Sc l’autre en ligne oblique fur le même ÜfTeron , comme nous aurons lieu de le voir dans la fofpenfion des lifîes.
- Je n’ai repréfenté ce Carrette qu’avec deux ailerons à chaque batterie ; mais on peut en mettre tel nombre quon juge néceffaire, parce que fi dans l’Etoffe
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- Septième Section. I* Part. Ùes Garnîtes volants. qùon veut fabriquer, on a un nombre de liffes conlîdérable * comme il arrive •toujours aux genres d Etoffe où l’on emploie ce Carrette, que je n’ai repréiènté PLA^CHE fi Amplement, que pour mieux le faire entendre ; bailleurs pour augmenter lé nombre des ailerôns , il s’agit feulement de tenir les montants ï)9 D$ D, Df plus écartés, pour qu’ils puiffent contenir le nombre d’ailerons qu on veut y mettre : du refie, il faut que les broches de fer c , c, foient affèz fortes Sc affez longues pour traverfèr d’un montant à l’autre. On a foin d’arrêter ces broches, afin que les mouvements réitérés des ailerons ne les chaffent pas de leurs trous.'
- Pour que les montants D, D, D, D> puiffent être plus écartés qu’ils ne font fur la figure, il faut que la planche E qui les foutient, foit elle-même plus large, puifqu’on les place tout-à-fait fur le bord de cette même planche. Ici ces montants font placés dans des entailles pratiquées fur le bord de la planche 9 comme en h, h, figé 12 ; mais on ne les affemble pas toujours ainfi, car cefl lé moyen le moins folide, aufïi on les fait comme celui fig. 13, 8c on en place le tenon i dans une des mortaifes K, K, de la figure 12; on l’y arrête avec une cheville qu’on fait entrer de force dans un des trous /, /, auxquels doit répom dre celui m du montant ; on a de plus foin d’ajouter à ces montants des traverfes qui répondent intérieurement de l’une à l’autre à chaque paire, qui contiennent une des batteries des ailerons, & en outre on met deux traverfes prefqu’au bout des montants, un peu en deiîus dés trous qui contiennent les broches dé fer c, c, de forte que chacune de ces deux traverfes fixe un dés montants de chaque batterie, 8c pour cela les montants font mortaifes ou entaillés en conféquence.
- Je n’ai pas mis fou$ les yeux cét arrangement, afin dé né point multiplier les figures, perfuadé que par la feule defeription dn peut le concevoir ; d’ailleurs ce n’éfi ici qu’un furdroît d’agencemènt qui n’a rien de commun avec lé mécanifme principal de la machine que je fais voir toute fimple, afin qu’on apperçoive les effets du mouvement des ailerons*
- A cette forte de Carrette il faut > autant qu’il eft polîîble, fépàrer les aile*^ rons fur la broche avec des poulies ou avec des morceaux de bois comme celui jlg, 3 , qu’on enfile avec la broche, à moins qu’on ne préféré de fe fervir des fourches, comme cellesfig. 8, ou comme celles que nous verrons plus bas.
- Tous les Carrettes volants ne font pas faits comme celui que nous venons dé Voir ; ils ne font pas toujours à double batteries, 8c même ces batteries ne font pas affemblées comme celles de la figure 11 : elles ne tiennent pas à la même planche ou au même brancard ; on en fait avec des brancards comme ceux des Châtelets & des Carrettes que nous avons vus ci-deffus, auxquels on petit mettre deux batteries à la fois. Ces Carrettes font faits comme celui^g*. 14 , ou comme celui fig* iy, qui font deux Carrettes volants fimples, dont l’un a tes montants .F, Fy comme ceux D, D> Dy Dy de la figuré 11 ; 8c l’autre, au lieu de montants, contient fes ailerons n , n, dans une fourche G , faite fuivarit la difpofition de celle fig. 8 , où les ailerons fe trouvent féparés par le$ languettes Étoffés î>e Soiê, VIL Paru Q i
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- Ï54 rART DES ETOFFES DE SOIE.
- i o9o9 o9o, o : on peut mettre deux batteries femblables à la fois, parce qu’il arrive fort fouvent que de deux Carrettes volants fimples, on en forme un à double batterie, en les plaçant au plancher, de forte que leurs ailerons puiflent fo croifer.
- On a plus de facilité à placer deux Carrettes volants fimples, qu un double,* à caufe du poids & de l'embarras : il eft vrai que les deux ne font jamais fi juftes} mais, à quelque chofe près, on parvient à leur donner le point de précifion qu'exige le travail. Ce que je fais remarquer ici, n'eft qu'en cas qu'on veuille placer deux Carrettes fimples pour obtenir l'effet d’un Carrette double ; car fouvent on fe fort d’un Carrette volant fimple , qu’on difpofo de la maniéré que nous le verrons ailleurs, pour les cordages & pour la fufpenfion des lifles.
- Le Carrette9fig. 14 , eft fait comme la moitié de celui fig. ir, duquel il ne différé ici que parce qu’il a quatre aileronsp9 p 9p ,p9 à une feule batterie» tandis que l’autre n’en a que deux à chaque batterie : du refte la planche H qui contient les montants, eft faite pour être fixée au plancher, de meme que celle /de la figure 15. Ces deux planches, ainfi que celle E, fig. 11, font percées de plufieurs trous, où l’on place les vis. On doit préférer les vis aux clous, afin de pouvoir plus facilement les changer de place.
- On peut faire des Carrettes volants doubles, en fe forvant de fourches comme celle fig. 8, ou comme celle fig. 16 , qui eft femblable à celle G de la figure 15 , il s’agit feulement de les bien aflèmbler ayec les brancards ou avec la planche : celle de ce dernier Carrette eft ordinairement aflemblée à la planche par deux tenons comme ceux q , q9fig* 16, qui entrent dans deux mor-taifos r, ry fig. 12; on les y fait tenir folidement avec des chevilles de fer ou de bois, qu'on place avec force dans les trous s, s, qui doivent répondre à ceux t yt9 qui font pratiqués dans l’épaiffèur des tenons de la fourche fig. 16.
- Quand on emploie les Carrettes volants fimples * on fulpend les lifles à un des bouts des ailerons, & les cordes des carquerons font fulpendues à l'autre. Les bouts où l’on fulpend les lifles, doivent être perpendiculaires au milieu de la largeur de ces mêmes lifles ; quant au bout qui répond aux Carquerons, il importe fort peu qu’il s’écarte plus ou moins de fa ligne direéle.
- Le Carrette 9fig. 15, ne contient que deux ailerons ; cependant la fourche G pourroit en contenir quatre : on peut juger par cette figure, de la liberté ¥ on a en employant un Carrette qui peut contenir un grand nombre d'ailerons, de pouvoir en diminuer le nombre autant qu’on le veut, & de pouvoir l’augmenter. Ici ce ne font que les entailles vuides qui l'indiquent* & ces entailles ne contiendroient que deux ailerons de plus ; mais fi la fourche étoit â vingt entailles y on pourroit l’augmenter de dix-huit ailerons.
- J'ai dit que l'on pou voit mettre deux Carrettes volants fimples, pour en former un à double batterie, & qu'on avoit plus d'aiiànce à les placer ; cette
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- Septième Section. î. Part. Des Garnîtes volants. iyy
- méthode, en effet , eft fort bonne quand on emploië deux Carrettes à fourche ; ! mais pour les Carrettes à montants, tel que celuifig. n , je voudrois quon les fît à brancard ^ ou plutôt qu’on joignît les deux montants qui forment uit côté du Carrette fur la longueur, à une traverfe comme celle/zV. 7, en les y affujettifïànt autant qu’il en eft befoin , & que lés deux autres montants fuffent auffi à une femblable traverfe, fans que ces deux traverfes fuffent affemblées l’une à l’autre; alors on place une de ces traverfês dé maniéré que les montants tombent perpendiculairement à l’endroit du Métier où ils doivent avoir leur direction , & la fécondé, de maniéré que fes montants foient en face de ceux de la première traverfe , 8c dans un écartement convenable à la quantité des ailerons qu’on veut y placer.
- . Cette façon de difpofer cés Carrettés, eft avantagëufe non-feulement pour être placés, mais pour ne laiffer aux ailerons que l’efpace qu’ils doivent remplir entre les montants qui en forment les batteries. Cé qui m’a fait imaginer cé Carrette, c’eft que dans quelques circonftancés j’ai eu occafion de placer des Carrettes volants , quoique fimples , faits en deux parties , afi n de les rappro-* cher ou de les éloigner l’une de l’autre autant que le befoin l’exige, & la place où on veut les mettre lé permet ; car il y a des planchers où l’on a bien de la peine à pouvoir fe férvir de ces Carrettes , à caufe de la pofîtion des fbüves. >
- J’ai vu des Carrettes à coulifleaux faits dé maniéré que lés montants qui por-; tent l’axe des ailerons, poüvoient être rapprochés & éloignés à volonté ; j’en ai vu à double & à fimple batterie : comme on ne les emploie que fort rarement je n’ai pas pris le foin de les repréfenter ; je ferai remarquer feulement; que pour les doubles on avoit formé une efpece de brancard comme celui de la figure 4 , dont on commençoit à fixer au plancher la traverfe M; enfuitë on faifdit glifîer celle I fur une traverfe comme celle K , mais faite en queue-d’aronde , dé maniéré qu’elle pofoit précifément contre le plancher, & laifïoit à la travérfe tout lé jeu néceflàire pour pouvoir être avancée 8c reculée autant qu’on en avoit befoin pour l’efpace que poüvoient occuper les ailerons ; enfuitë on la fîxoit avec une vis * au lieu d’uné cheville, parce que la pofîtion n’auroii pas permis à une cheville de refter en place, au lieu que la vis entre dans le taraudage d’un écrou, du bien dans celui qu’elle forme dans lé bois ; dans cé cas, on a deux traverfes égales, 8c chacune doit avoir une vis, pour fixera deux endroits égaux la traverfe qui fe met deffus.
- Je n’aurois jamais fini fi je rapportais tous les différents Carrettes qu’on à inventés dans la fabrique des Etoffes de Soie ; comme tous ont à peu-près lë même but, 8c qu’ils procurent à peu-près le même effet, je me bornerai à la defeription de ceux qui font les plus connus , 8c dont i’ufage eft le plus avantageux.
- Planché 14..
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- VA RT
- DES ÉTOFFES DE SOIE.
- §* VIL Des Canettes a batillofts•
- Planche
- H*
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- On fe fort, dans quelques Manufactures, d’une forte de Carrette à qui on donne le nom de Carrette a badllons, à caufe que les ailerons font beaucoup plus larges par un bout que par l’autre* La figure I de la Planche 15 > va nous .faire connoître là forme & fon utilité*
- Cette forme de Carrette, ou plutôt la forme des ailerons d9â9à9 Sec* différé de ceux b 9b9b9 Sec. qui font au même Carrette, & faits comme ceux fig. x ^ de la Planche précédente, au lieu que les autres font faits comme celui fig: 2 de cette Planche 15 : on voit que la partie qui régné depuis cjufqu’à d9 eft égale aux autres ailerons , & même le trou e , pàr lequel il doit être enfilé par la broche qui lui forvira d’axe eft dans cette même partie ; le relie de Cet aileron eft une efpëce de triangle qui reflèmble à peu-près à la crofîe d’un fufil, de forte que depuis c jufquà e, H va en augmentant, & le côté kf vient gagner la bafe dfz. angle droit. Ces ailerons a, a 9a> &c. font placés dans les fourches A9 A, du Carrette, qui pofent fur les traverfes^,^, & qui en forment les chevalets extérieurs : ce n’efl donc que quant aux ailerons, que ce Carrette efl différent de celui fig. 6 de la Planche précédente.
- J’ai fait remarquer dans la defoription du Carrette fig* 5, de la Planche t/£s que l’on faifoit tirer les carquerons par les bouts extérieurs, lorfqu’il s’agiffoit de faire monter les liftes ; qu’au contraire lorfqu’il falloit les faire defcendre, on étoit obligé d’oppofor des contre-poids aux mêmes bouts de ces ailerons, afin de faire remonter les lifîes. Ces contre-poids exigent des attentions multipliées , & des embarras qui ne laiffent point de liberté autour du Métier, fur-tout près des lifîes ; c eft pour fimplifier les Métiers, Sc encore plus pour fo procurer la liberté d’agir autour, qu’on a mis ce Carrette en ufàge, parce que la pefànteur de la queue de ces ailerons , fort elle-même de contre-poids, Sc ramene les liftes au point de hauteur où elles doivent être. Pour fo procurer cet avantage, on a foin de faire ces ailerons de bois dur & pefont ; fi la lourdeur du bois ne foffît pas, on plombe c es ailerons en faifànt dans leur épaiffour des trous comme en voit enh9h9h9 h 9fig. 2 , Sc dans lefquels on yerfo du plomb fondu ± autant qu’on croit en avoir befoin. Quand on ne veut pas faire de trous, foit for l’épaiffeur ou for la longueur , on en fait obliquement for la largeur, de forte qu’ils ne la percent point en entier, & qu’on multiplie autant qu’il le faut en les mettant en oppofition les uns aux autres , afin que l’aileron tienne fon équilibre. Quelquefois au lieu de trous, on fait des entailles pour recevoir le plomb, Sc ces entailles doivent être faites comme celles des lifterons plombés.
- Le Carrette dont nous nous entretenons, eft fait pour douze liftes, dont quatre montantes, Sc huit defcendantes ; les huit ailerons b9b9b9 Sec. font pour les quatre liftes montantes, & les autres font pour l£s liftes defcendantes. Ces
- huit
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- Septième Section ï. Part. Des Canettes a batillons. r ÿj huit ailerons pofent fur les traverfes i9i9 qui forment le defîus des deux chevalets extérieurs ; ils n ont befoin pour cela que du feul poids de leur queue : d’ailleurs le point de fufpeniion n’eft pas au milieu de leur longueur > ainfique la figure 2 le repréfente.
- Nous aurons occafion de voir par la fuite * que pour beaucoup d’Etoffes, on eft obligé de mettre aux liffes des contre-poids fouvent fort lourds pour les faire defoendre, fans quoi le poids des marches & des earquerons qu’on, emploie pour les faire mouvoir, les retiendroit élevées. Ges contre-poids font fou-vent nuifibles au travail par leur groffeur, en ce quils caufènt de l’embarras, foie au-defîbus des lifîes, entre les marches , foit au-deffous des earquerons ; d’ailleurs la pefànteur de ces contre-poids tend fouvent trop les lifîes, & eh fait ufer les mailles bien plus vite. On a imaginé les Carrettes à batillons, pour éviter de mettre de trop gros contre-poids ; pour cet effet on s’eft fervi des ailerons à batillons, au lieu de ceux tout unis ; on les a retournés de forte que les bouts larges, au lieu de pofer fur les chevalets extérieurs du Carrette 9 pofaflènt fur les chevalets intérieurs ; alors on efl: certain que la pefànteur de ces ailerons efl à peu-près fuffifànte pour ramener les marches à leur premiers hauteur; & dans ce cas, il ne faut de contre-poids que pour tenir les liffes fuffifàmment tendues pour empêcher que le rebouclement des mailles ne fe mêle avec la foie, par ce moyen on obtient plus de facilité dans le travail, plus de sûreté dans le retour des lifîes, moins d’embarras entre les marches & les calquerons , & plus de durée dans les lifîes ; alors le Carrette efl garni tout en ailerons à batillons, de maniéré que ceux qui fervent pour les liffes de rabat * font placés toujours comme ceux que nous voyons en a9 a 9a9 &c. fur cette figure, & les autres font rangés dans un ordre inverfe : il faut pour cela que les batillons foient percés dans leur épaiffeur de part en part, comme l’eft en k celui fig. 2 , ou bien on les perce fur l’angle inférieur & obliquement, comme on le voit en Z, fig. 3 , qui repréfènte l’angle inférieur d’un aileron, avec un trou qui traverfe du bout de l’épaifïeur au-defîbus, en fens oblique , & c efl dû côté de / qu’on arrête, par un nœud, les cordes qui font mouvoir les lifîes. On pratique ainfi ces trous, non-feulement pour éviter un fi grand efpace à percer, mais pour n’avoir pas la difficulté d’enfiler ce même efpace avec une ficelle double , toujours difficile à faire pafîer. On perce quelquefois ces ailerons comme l’eft en m celuifig. 2 ; alors on arrête les ficelles qui fufpendent les liffes * par un nœud fait en deflous, ou par un fimple enlacement que nous aurons occa-* fion de voir ailleurs.
- Tous les batillons qu’on emploie aux Carrettes de cé nom, ne font pas faits comme ceux du Carrette que nous venons de voir ; iis font comme celui fig. 4 9 dont la forme efl à peu«près celle d’un battoir de Blanchiffeüfe* Cés deux fortes d’ailerons ont été inventés depuis environ vingt ans à Lyon, & c’eft sûrement-la forme de celui fig. 4, qui a donné le nom aux Carrettes , parce que dans Étoffes de Soie. VII. P art 4 R 2
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- Flanche
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- cette ville on donne communément le nom de batillons aux battoirs des Blan-chifleufes. Je ne fais cette remarque que pour donner une époque sûre de l'invention de cette machine ingénieufè & utile, afin qu’aucune autre Ville de Manufaétures ne fe l'attribue pas.
- Avec le dernier de ces batillons on peut fupprimer les chevalets des Carret-tes, parce qu'on leur fait prendre le point d'appui contre les fourches qui les contiennent, ou contre une planche qu'on fixe contre les montants qui reçoî-* vent leur axe, comme on le voit en A, fig, j1, où les ailerons n 9n, n9n% appuient contre une traverfe portée par les montants B, B, qu'elle contient en même temps dans un écartement égal à celui que leur donne la planche C, qui
- leur fert de bafe.
- Cette figure 5 eftun Carrette à marches: fon emploi ePc différent de ceux à lifles que nous venons de voir ; cependant il concourt aux memes mouvements, comme nous le verrons. Les ailerons qu’on voit, peuvent fervir aux Carrettes comme celui fig. 1, en y fupprimant les chevalets D, D ; on peut cependant les laiffer fubfifter , & même , félon les remarques que l’on a faites à cet égard, on doit préférer les chevalets aux points d’appui contre les fourches E,E, parce que les chocs les ébranlent infenfiblement, fàuf alors a donner un elpace plus confidérable entre le trou o,fig. 4, & le bord p ic la palette F, quifforme le tatillon, & détenir les chevalets plus bas: on lent parfaitement quen éloignant cette palette de l’axe de l’aileron, on trouvera à la fois plus de dégagement au Carrette, & plus de poids a la palette, a caule de la longueur du
- levier.
- J’ai dit que le Carrette, fig. y » concourait au mouvement des liffes, & en effet en faifant monter les marches au point où elles doivent être, les liffes ont moins d’obftacles à vaincre pour prendre leurs pofitions déterminées ; il faut même alors moins de poids pour les ramener a leur hauteur de repos.
- Les Carrettes à marches font, fans contredit, d’un fecours admirable pour l’aifance du travail, fur-tout ceux à batillons ; car auparavant on fe fervoit d’un Carrette à poulie, que nous verrons bientôt, & qui ne valoit pas celui dont nous parlons , à caufe de la maniéré dont on étoit obligé de le placer ; mais ceux à batillons font ordinairement mis à des endroits du Métier où ils ne gênent en aucune façon le jeu des autres machines, ni la liberté d agir autour.
- Quand on a une quantité de marches pour fabriquer une Etoffe façonnée courante, foit à la marche, foit à la tire, on a bien de la peine à trouver un moyen pour que ces marches foient toujours toutes à la même hauteur, à moins de charger de contre-poids très-lourds les liffes qui doivent les ramener au point où on les a d’abord fixées. Ces contre-poids, comme je l’ai déjà fait remarquer, fatiguent les liffes, les ufent & embarraffent l’Ouvrier; mais on pl ace les Car-rettes à batillon à terre, entre les eflrivieres qui font mouvoir les liffes St le marcher : & la planche C, qui fert de bafe au Carrette, fe trouvant au-deffous
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- SiEÊfiÈMÉ Sëcïiôn. ï. ?ARf. Des Carrettes a batillon. ïÿÿ des marches, 8c les marches elles-mêmes étant placées entre les montants B , B, qui portent la broche G > qui fert d’axe aux ailerons , au-deffous de la traverfe Planche A\ elles paffent en même temps entre les montants HyHy qui forment les ***
- côtés du chevalet, dont la traverfe / eft le deffus ; la hauteur du chevalet doit être fuffifante pour laiiTer aux marches autant d’efpace qu’il leur faut pour def-cendre fans toucher à la bafe du Carrette. Le chevalet doit être, dans ce cas, tourné du côté de l’Ouvrier , & le plus près poffibie des eftriyieres qui font attachées au marches pour faire mouvoir les lifles ; dans cet érat on attache les marches aux cordes y, qyq,q9 qui font paffées dans les bouts des ailerons n9 n , n y n , au-deffus defquels elles font arrêtées par un nœud à chacune, 8c enfuite paffent au travers de la planche L On a coutume d’arrêter ces mêmes cordes en deffous de la planche /, par un gros nœud , 8c avec le refte de la corde on attache les marches : on a foin de ne laiffer entre la planche / & le bout des ailerons, que ce qu’il faut de longueur de corde pour que les nœuds qui font en deflous de cette planche , foient toujours ramenés contre elle : on prétend par-là adoucir le choc que produit chaque chute des ailerons contre là planche A y afin de ne point ébranler les montants J9, B* Cette méthode ne me paroîtpas la meilleure ; j’ai trouvé que les Ouvriers qui mettoient des chevalets pour le point de repos des ailerons , faifoient beaucoup mieux, parce qu’indé-pendamment de ces chevalets, ils avoient le foin de faire un trou à chaque marche, au droit de ceux qui font à la planche /, & dans lefquels paffent les cordes q9q> \ alors ils ne faifoient point de nœuds aux cordes au-deflous de cette planche, ils les faifoient au contraire en deflous des marches, de maniéré qu’en travaillant, toutes les marches venoient s’arrêter contre la planche I; pat ce moyen ils étoient afïiirés que les marches ne pouvoient pas monter plus haut, ni relier plus bas les unes que les autres. J’ai trouvé cependant que cet arrangement étoit fufceptible d’une attention extraordinaire pour accorder les longueurs des cordes avec le point d’appui des batillons ; suffi j’ai connu des Ouvriers qui ne donnoient à leurs ailerons pour tout point de repos, que les cordes tendues $ lorfque les marches étoient arrêtées contre la planche / ; les ailerons reftoient au point où ils fe trouvoient ; alors le chevalet de fupport deve-noit inutile, 8c néanmoins on le laiffoit fubfifler, pour prévenir les grands chocs qui arrivent lorfqu’une des cordes y,y,y,y,fe caffe*
- On ne fauroit difconvenir que cette méthode ne vaille mieux que celles que nous avons vues ci-deffus., fur-tout fî l’on confidere que l’égalité de hauteur des marches , eft effentielle à la fabrication. Lorfqu’ellesfont à différentes hauteurs, l’Ouvrier eft arrêté pour trouver avec le pied celle qui lui convient. Lorfqu’il vient de prendre deux ou trois marches de fuite, placées à 4 pouces de hauteur, pour prendre la quatrième il porte le pied à la même hauteur, où il s’attend de trouver cette marche qui fe trouve à demi-pouce plus haut, le pied lui gliffe ,
- & fui vaut le fens du travail, il tombe fur la même marche qu’il vient de
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- i£ô VAUT DES ETOFFES DE SOIE.
- Planche
- quitter, la renfonce en partie, fon mouvement eft déterminé , la navette parc de fos mains, St repaftè en partie dans le même pas d’où elle vient de fortir ; il peut bien s’appercevodr de la faute que lui a fait faire cette erreur : il faut caffer la trame pour la réparer, détilîer ce qui en refte dans ie pas, & toujours dépalfor
- 4e coup qui a précédé celui fur lequel on a manqué la marche» Si une des marches efl trop bafle, l’Ouvrier en portant le pied à la même hauteur des autres, cherche jufqu’à ce qu’il fente que quelque chofe lui réfifte fous le pied ; 4ouvent il le porte en partie fur la fixieme marche , tandis que c’eft fur la cinquième qu’il devrait feulement pofor, St par la vivacité du travail les deux marches font enfoncées à la fois, St fuivant le genre d’Etoffe, c’eft un double pas qui s’ouvre, ou bien un qui ferme l’autre en partie ; & fi dans l’un ou dans l’autre on a lancé la navette , il faut défaire St revenir for fos pas~pour recon-noître la marche qui a reçu la derniere duite. Le travail des pieds ne pouvant fo conduire qu’à tâton, ou par une grande routine, on ne fauroit trop prendre de précautions pour le rendre facile. On ne fauroit y parvenir, qu’en donnant aux marches l’ordre St l’arrangement les plus exaéts, St en les plaçant parfaitement égaies en hauteur ; c’eft donc à cela qu’il faut s’attacher par préférence, St à les rendre invariables autant qu’il eft poffible»
- ^ Il eft certain que la méthode qu’on vient de voir eft la meilleure ; tout ce quon peut y oppofer , c’eft que la chute des ailerons doit ufer promptement les cordes q, q, q, q, par les chocs qu’elles elfuient» Cette obfervation eft jufte , puifqu’il faut tout de foite remplacer ces cordes, ce qui occafionne un dérangement confidérable St fréquent; c’eft à quoi cependant il eft facile de remédier: il faut , au lieu de corde, employer un fil-d’archal d’environ deux tiers de ligne de diamètre, St le mettre en deux chaînons, comme le font ceux r is >fig* 6-9 dont premier fera placé dans le trou de l’aileron, & fora retenu par-deftous au moyen de l’entortillement t, qui forme une efpece de nœud dont la grolfeur n’excede pas la largeur de l’aileron; l’autre chaînon pafle dans la planche / du Carrette , de-là dans la marche qu’il doit ramener, & en deflbus il fera retenu par une partie du nœud v, qu’on forme avant que d’enfiler foit la marche , foit la planche ; c’eft après avoir placé ces deux pièces, qu’on forme les anneaux qui fe lient l’un à l’autre en forme de chaîne. On pourroit encore , pour garantir la planche /, garnir les trous avec de petites viroles de fer ou de cuivre ; d’ailleurs on n’aura pas à appréhender que les fils-d’archal s’allongent St fe raccourciffent alfez fonfiblement pour caufer quelque dérangement au travail ; St quand même ils en feroient fofoeptibles, cela ne forviroic qu’à faire defoendre plus bas ou retenir plus haut la queue des ailerons du côté des batillons. Si l’on appréhende que la grandeur du chaînon n’occafionne quelque roideur, on pourra la divifor en deux, & alors au lieu de deux chaînons, on en mettra trois, dont les deux anneaux qui s’enchaîneront en-bas, feront retenus au-delfous de la planche / ; mais il faut que tous les chaînons, pour chaque
- marche %
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- Septîemê Section. I. Part. Des Canettes a hatillons. r6t
- marche, fbient faits également 8cde longueur égale, on fera affiné d’avoir tou- j jours les marches à la même hauteur.
- On fait encore des Garrottes à batillons comme celui^. j ; il différé du pré* cèdent tant dans fà conftruétion que dans la forme de fes ailerons a > a> a , a, qui font faits comme celui fig. 2,8c dont nous avons vu l’emploi dans le Carrette fig. x. On place ce Carrette au même endroit des marches, où j’ai fait remarquer qu’on place celui que nous venons de quitter ; la planche if, qui forme la bafe de cette machine, eft placée au-deffous des marches qui paffent au-deflous de la traverfeZ ; celle-ci eft portée parle montant My 8c par un autre femblable, que lapofition de la figure ne laifle pas appercevoir, &avec lequel elles forment le chevalet qui fupporte les queues des ailerons ; il faut auffi que ces marches paffent entre les montants N, N, au-deffous de la broche de fer 0 , qui fert d’axe aux ailerons. Après avoir ainfi placé le Carrette, on attache une marche à chacune des cordes hyb , £, h, qu’on paffe dans des trous faits exprès aux marches, ou dans des anneaux de pitons qu’on met à cet ufàge à chacune, ou enfin on entoure ces cordes fur chaque marche par deux ou trois tours , ou plutôt en faifànt le nœud de Laboureur, qu’on arrête par-deflus par un nœud Cm-pie. En attachant, ou plutôt en fufpendant ainfi les marches , on obferve quelles foient à la même hauteur les unes &les au très ; 8c quand on les réglé, on prend garde que les queues des ailerons repofent fur la planche L du chevalet , dans le même fens où on les voit. Quand on craint qu’elles ne fe déram gent, on les y affujettit avec une corde qu’on ôte quand on a fini de les régler.
- Cet arrangement fait voir que les marches font réglées par le point d’appui, des ailerons, de forte qu’elles ne peuvent pas monter plus haut que le point où elles ont été fixées. On pourroit cependant, avec ce Carrette , leur donner un point plus jufte, en faifant monter les marches jufqu’au-deffous de la planche L, qui pourroit les retenir, 8c alors elles feroient bien plus au niveau l’une de l’autre : on n’auroit pas à craindre que les angles des queues des ailerons puffent les retenir & s’oppofer à leur montée, parce que lorfqu’on fe fert de ces Car-rettes, on met le talon des marches le plus près de terre poffible , de forte qu’elles viennent en fens oblique depuis le marcher qui les contient, jufqu’à leurs bouts du côté de l’Ouvrier , qui font au moins élevés de 6 pouces ; cette hauteur eft cependant indéterminée: c’eft fuivant le genre d’ouvrage, ou plutôt fuivant la taille de l’Ouvrier qui y travaille ; car s’il n’a pas les jambes bien longues , il a le foin d’élever les marches afin de les faire defcendre fuflîfàmment fans fe fatiguer ; au lieu qu’un Ouvrier qui a la jambe longue, difpofe fès marches de maniéré qu’il ne laiffe entre leur hauteur & le fol, que ce dont il eft befoin pour la defcente des marches, fans néanmoins qu’elles viennent toucher à terre.
- Je n’ai repréfenté ces deux Carrettes qu’avec quatre ailerons chacun , pour Etoffes de Soie. FIL Part. S 2
- ^ssssssss^s.
- Planche
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- 162 L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- les faire mieux comprendre ; mais on en fait jufqu’à feize , & communément
- on les fait a huit.
- Je n’ai mis fous les yeux qu’un feul Carrette à batillons pour l’armure des liffes ; mais ceux à marches peuvent nous faire voir qu’on en fait, & qu’on peut en faire à montants & avec les deux fortes de batillons, non pas qu’on puifle employer de l’une & de l’autre forme à la fois, parce que l’un nuiroit à l’autre > mais on peut faire des Carrettes pour les liffes à montants , avec les ailerons, fig, 2 , & l’on peut en faire avec ceux fig. 4 ; & fi avec ces derniers ailerons on veut les faire à fourche, comme celui fig. 1, on peut fupprimer les chevalets D9 D9 par les mêmes raifons que j’ai données plus haut, qui font que la fourche elle-même fert de repos aux ailerons, comme la planche A, fig. 5 , fert de repos aux ailerons de ce Carrette,
- Que les Carrettes foient faits fuivant la forme du premier aileron, ou avec ceux de la féconde forme, quand on les place entre deux montants, on eft libre de les faire mouvoir les uns contre les autres, ou de les féparer avec des poulies, ou avec des morceaux de bpis comme celui fig. 3 de la Planche précédente ; il faut convenir qu’étant les uns contre les autres,, ils ont un peu plus de roideur, à caufe du frottement, mais du moins on n’a pas à craindre qu’ils fe chevauchent l’un l’autre , parce que la largeur de leur queue en empêche ; cependant on doit faire attention qu’ils ne s’écartent les uns des autres qu’autant qu’il le faut pour qu’ils puiffent mouvoir librement ; pour cet effet fi les montants font trop éloignés l’un de l’autre, on fixe l’efpace que les ailerons doivent tenir, avec une corde fine , ou avec une grofîe ficelle, comme je l’ai indiqué pour les ailerons des Châtelets,^*. 2 & 4, de la Planche précédente, defquels ceux-ci ne different, dans cette partie, que par la forme des ailerons , & non par leur arrangement.
- §. VIII. Des Carrettes a Poulies.
- J e ne fais pas lefquels des Carrettes font plus anciens, des Carrettes à ailerons ou Châtelets, & de ceux à poulies ; mais je connois les uns & les autres à peu-près du même temps, ( excepté les Carrettes à batillons, qui font d’in-Vention plus récente, eu égard aux autres ). Je n’ai jamais éprouvé les Carrettes à poulies fur de fortes Etoffes, je les ai mis en ufàge feulement pour les Serges à trente-fix eftrivieres , & pour quelques légers Taffetas liférés ; j’ai eu lieu de m’appervevoir qu’ils étoient fort doux & plus faciles à régler que les Carrettes à ailerons, & même moins fufceptibles de fe déranger quand ils font conftruits comme il faut.
- On fait des Carrettes fimples à poulies, & l’on en fait de doubles, de même qu’on en fait des uns & des autres à ailerons, ainfi que nous l’avons vu dans les Paragraphes précédents. Les Carrettes à poulies produifent à peu-près les
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- Sêp’tiëmë Section. I. Part. Des Camttes h poulies 163 mêmes effets que ceux à ailerons, c’eft-à-dire , que les Carrettes (Impies font plus durs aux travaux que les doubles.
- La figure 8 repréfente un Carrette double, Sc par lui on connoîtra la forme des (Impies; ce Carrette ne préfente que feize poulies c9 c, c, Scc. d >d,d9 Scc. qui, par leur arrangement, ne peuvent faire mouvoir que quatre lifles feulement : il en eft de même à tous les Carrettes doubles à poulies conftruits comme celui-ci : il faut abfolument quatre poulies par liffes ; ainfi fi un Carrette eft fait pour huit liffes, on emploiera trente-deux poulies, Sc ainfi des autres nombres : elles fuivront toujours le même arrangement qu’on voit ici, c’eft-à~ dire, que fi Ton mettoit quarante-huit poulies, on les placeroit fur quatre rangées de douze chacune, comme le font ceux-ci de quatre ; ces poulies font portées quatre à quatre Sc tournent fur le même axe, de forte que les feize font fur quatre axes e9 e >f9f9 qui entrent dans les traverfes PyP9 les grilles Q, Q » & celle R, de maniéré que les deux premières de ces grilles font traverfées par les broches de fer e, e, & celle R eft traverfée par les broches f9 f ; ces grilles font des planches de l’épaifleur des grandes traverfes, avec lefquelles elles font affemblées à languettes & rainures ; & comme le fil du bois ne donneroit pas affez de force à cet alfemblage, on fait foutenir ces grilles par-deffous au moyen des traverfes g9g9 h9h9 qu’on met en delfous, & fur lefquelles on fixe autant les grilles que les traverfes P9 P, en les clouant folidement. On doit comprendre que les grilles Q , Q > R* font faites de la même largeur, Sc que les fentes i,i9 Scc. des deux premières, répondent en droite ligne à celles k, k , k, k, de la grille du milieu, de façon que les poulies qui font placées dans ces fentes, doivent avoir précifément leurs rainures circulaires en droite ligne , afin que les cordes l ,19l9 Sc c, étant en mouvement, ne fortent point de leurs rainures.
- On doit remarquer ici que chaque corde porte fur deux poulies c, d9 Sc que fi les rainures de ces deux poulies n étoient pas bien fur la même ligne, on auroit à craindre que dans le mouvement elles ne fortifient de leurs rainures : on craint fi fort cet inconvénient, qu’on ajoute à cette direélion les guides T9 T9 qui font deux planches percées de quatre trous chacune, Sc dans chacun défi-quels paffe une des cordes /, /. Ces planches font fixées fur les bouts de la grille R, Sc leurs trous font à une hauteur & à une diftance convenables, pour répondre en droite ligne aux rainures des poulies d, d9 Scc. Sc de celles c yc9 Scc ; cette précaution prévient YencavaUment de ces cordes : ( on entend par encavalement, lorfque dans les mouvements les cordes fautent des poulies fur leurs axes, & l’on dit, en terme de Fabrique , une corde encavale'e, Yencava* lementdes cordes, Sc défencavaler une corde« Je préviens fur ce terme, parce que j’aurai occafion d’en parler en d’autres endroits de ce Traité ). Je n’ai repréfenté ici que deux guides ; mais j’ai vu des Carrettes où l’on en mettoit quatre, les deux autres étoient fixées aux grilles Q, Q, en face des deux guides T9 T9 de
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- ..~- - forte que les trous des uns étoient en face de ceux des autres, alors on eft
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- cette même direétion en deflous des poulies , fans quoi on tomberoit dans le même inconvénient ; pour cet effet la planche S ferc de guide aux bouts des cordes qui defcendent du côté des poulies d,dfd, Sec. Sc cette planche en même temps foutient la grille R par le milieu , Se fert d aflemblage a cet endroit aux traverfes P, P * cette planche eft percée perpendiculairement aux rainures des poulies, de maniéré que les cordes peuvent être mues fans fortir des rainures des poulies. Les planches Z7, Z7, font les guides inférieurs de la defo cente des cordes fur les bouts des Carrettes : elles font portées chacune par deux des montants X> X9 X3 X, qui font affemblés aux traverfes P, P : on voit un de ces guides à part fig. ç , où la planche V eft percée en/7z,/rc,/7z,tfz,& ce font ces trous dans lefquels paflent les cordes /, /, /, Sec. Sc qui font pratiqués à droite ligne des rainures des poulies c 3 c, c 3 Sec.
- Ce Carrette ainfi conftruit * fo place for les eftafes d'un Métier, pour faire mouvoir les liftes qu’on folpend aux cordes, du côté des poulies d9 dtd, &c. c’eft-à-dire, for le milieu ; il faut que ces mêmes cordes portent les carquerons qu’on folpend par les deux bouts f Se dont nous avons fait la defcription dans un des Articles précédents. On place ce Carrette for le Métier, de maniéré que les poulies qui font for ces bouts foient tout-à-fait en dehors des eftafes, Se que les traverfes g y g> puiffent pofer deflus : du refte on fait les armures des liftes comme avec les Carrettes doubles ordinaires, Se de la maniéré que nous le verrons bientôt.
- Les poulies de ce Carrette font d’environ 4 pouces de diamètre : on les met quelquefois de 6 pouces, afin de rendre plus doux les efforts du travail ; car comme les poulies font des efpeces de leviers, plus elles font grandes, & plus elles rendent léger le fardeau qu’on veut enlever avec. Quant à l’épaiffeur, il fuffit de pouvoir y faire une rainure allez grande pour contenir une ficelle d’environ deux lignes de diamètre ; ainfi une poulie de 4 lignes d’épaifleur eft foffilànte.
- On peut voir fur la figure qui repréfente ce Carrette , que les poulies font dans la proportion d’un pouce d’épaifleur, Se que les parties des grilles qui les féparent ^ en ont au moins autant. Je me fois vu forcé de donner ces proportions , afin de rendre fenfibles toutes ces parties ; auffi ai-je été obligé de donner 15 pouces de largeur à ce Carrette, qui ne contient que quatre poulies par rangée, Se qui, dans la largeur de 9 pouces que les grilles occupent, devroit contenir au moins feize poulies, en les eftimant à 4 lignes d’épaifleur, Se comptant les languettes des grilles qui les féparent de 2 lignes, ce qui, avec une demi-ligne de jeu entre chaque partie, fait à peu-près 9 pouces 3 ou 4 lignes.1 Les proportions que je rapporte, font fuffilàntes quand il s’agit de placer autant de poulies que je viens de dire j mais fi Ton fe borne à douze ou à huit poulies,
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- on peut donner quelque chofe de plus à toutes les poulies d’un Carrette ; car £ une poulie de demi-pouce, & même de 9 lignes d’épaiffeur, eft plus folide qu une de 4 lignes : on peut aufli donner plus de largeur à fa rainure, & on eft plus afluré de la folidité du mouvement des cordes, ou du moins il ne faut pas y apporter autant de foin que pour des poulies minces.
- J’ai dit plus haut que j’avois vu des Carrettes Amples à poulies , & que celui dont nous venons de nous entretenir, fuffiroit pour nous le faire connoître: voyons-en quelque chofo.
- La différence que j’ai apperçue entre un Carrette double à poulies, & un Carrette Ample du même genre ,, conAfte en ce qu’il contient la moitié moins de poulies ; ainA au lieu de quatre rangées , on n’en met que deux, de maniéré qu’en {opprimant les quatre poulies c, c, c9 c> 8c les quatre autres d, d, d9d, à droite ou à gauche , on aura un Carrette Ample ; mais lafulpenAon de ces poulies doit être faite du même côté pour toutes , alors au lieu des deux grilles Q , il n’en faudra qu’une feule : une grille de la moitié de celle R, fera fufEfante , & un foui des guides T> T, & de ceux Vy V, feront tout ce qu’il faut ; on réfer-vera cependant celui S, qui n’aura néanmoins befoin que d’une feule rangée de trous ; alors au lieu de huit cordes /,/,/, &c. il n’en faudra que quatre , qu’on placera du même côté 5 enHn A l’on compare ce Carrette avec ceux à ailerons, on le verra comme à double batterie, au lieu que le Carrette Ample doit être regardé comme un Carrette à Ample batterie.
- Le Carrette 9fig. 8, dont je viens de faire la defcription* eft fort commode & bien imaginé ; mais on lui préféré cthxljig. 10 : il eft beaucoup moins compliqué , & d’ailleurs il ne caufo pas plus d’embarras autour des Métiers , que les chappes dont nous avons parlé dans un des Articles précédents.
- Ce Carrette eft nouvellement inventé ; il y a tout au plus douze ans qu’on s’en fert : je n’ai pu en connoître le véritable Auteur ; deux ou trois Particuliers à Lyon, s’en font difputés l’invention. Quel qu’en foit l’auteur, il mérite quelqu’éloge. Avec un Carrette tel que celui-ci, on n’a befoin que de la moitié des poulies qu’on emploie au Carrette précédent ; ces poulies, au lieu d’être dans des grilles, font placées dans des entailles pratiquées aux deux fourches A, ou elles font enftlées par les broches de fer n , n, qui leur fervent d’axe ; ces broches font d’une longueur fuffiftmte pour traverfer toute la longueur de ces fourches. Les poulies font féparées par des languettes de bois , comme le font les ailerons des Carrettes à fourche ; & pour appercevoir cet arrangement, on n’a qu’à jetter les yeux fur la Agure 11, qui repréfente une des fourches A, A> féparée du Carrette, & vue en face : on reconnoîtra que les poulies 0,0, 0,0, font placées dans les entailles p ,p, p, p, & féparées les unes des autres par les languettes q, q, q, & celles r, r, qui les contiennent en dehors ; mais revenons à la Agure 10. Les cordes s9 s, s 9 Scc. qui paflent fur les poulies 0,0,0, &c. peuvent en même temps faire monter ou defcendre Étoffes de Soie. VIL Paru T 2
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- les lifles. Le moyen de les arranger pour cela eft fort .fimple ; mais ce n’eft pas ici le temps de le faire connoître : j’en parlerai à fendroit de la fufpenfion des lifles avec le Carrette que nous verrons bientôt.
- Lorfqu’ii s’agit de faire monter les liffes, les cordes s 9 s,s 9 &c. font arrêtées par un nœud au-deflùs des traverfes B9 B9 ou au-deffous de celles C 9 C; & quand il faut les faire defcendre, on les arrête au-deflous de ces premières traverfes, ou au-deflus de celles C, C, c’eft-à-dire, que l’arrangement de ces cordes eft inverfè. Les traverfes dans lefquelles paflent ces cordes, par leur aflemblage avec celles D5 D9 forment un brancard qui fert de bafe au Carrette, & en même temps de guide à ces mêmes cordes , parce que leurs trous répondent perpendiculairement aux rainures des poulies, & par ce moyen ces cordes ne peuvent plus s’encavaler que par quelqu’accident extraordinaire. L’efpace qui régné entre les traverfes B9 B, eft à pemprès celui de la largeur des liftes ; aufli les cordes s9 s9 s, &c. defcendent de ce côté à droite ligne de Fendroit où elles doivent être attachées aux lifterons ; & les bouts qui defcendent par l’autre côté, & qui paflent par les traverfes C, C, traverfent les lifterons, & vont fe joindre en deflbus à un contre-poids chacune : voyez la figure xol , en attendant que nous les voyions ailleurs.
- Cette figure repréfente la moitié du Carrette de profil: on y apperçoit que les bouts de la corde s , paflent en deflbus de la traverfe D : cette corde eft placée fur la poulie o9 qui eft dans la fourche A ; le bout t de celui qui fufpend le lifleron, & le bout v eft celui qui pafle de fuite dans les deux lifterons d’une même lifte.
- Je n’ai repréfenté que quatre poulies à chaque fourche A 9 A, de ce Carrette J cependant on peut en mettre autant que d’ailerons à chaque batterie, c’eft-à-dire, jufqu’à vingt, fi on le juge néceflàire ; il s’agit feulement de faire c es poulies plus minces qu’elles ne font ici, & les languettes qui les féparent de même : [on peut prendre à cet égard à peu-près les mêmes dimenfions que j’ai données pour le Carrette précédent. Quant au diamètre des poulies, plus grand il fera, mieux on travaillera.
- Le Carrette dont nous nous entretenons, eft double, & même on ne fàuroic en faire un de ce genre qui fût fimple, c’eft-à-dîre, où il n’y eût qu’une feule fourche , & conféquemment qu’un rang de poulies. Il faut néceflàire ment que les liflerons foient fufpendus par deux cordes différentes. On n’emploie point de carquerons pour ce Carrette ; on n’emploie même des contre-poids qu’autant qu’il y a des lifles de rabat à faire defcendre : on ne fè fert ordinairement que de liflerons plombés, qui, en même temps, fervent de contre-poids aux liffes. Ce Carrette ne peut fervir que pour quatre liffes dans l’état où il eft, parce qu’il faut deux poulies pour chaque liflè, une de chaque fourche.
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- Septième Section. L Part. Des Garnîtes a poulies. i6j
- §. IX. Des Carrettes a poulies pour ramener les Marches.
- Nous avons vu plus haut qu’on fe fert de Carrettes à batillons pour ramener les marches ; il eft à propos de connoître ceux à poulies pour le même ufàge.
- La figure 13 eft un de ces Carrettes : il eft compofé de deux grandes traver-Tes E yE , jointes à deux fortes planches F, F3 qui forment le fond d’une efpece de grande rainure qui régné tout le long de ce Carrette, & dans lequel paflent les cordes qui communiquent des quatre poulies a, à celles h, & de celles c à celles d; ces poulies tournent quatre par quatre fur le même axe, en forte que pour les feize qu’on voit ici , les quatre broches de fer e, e , e, e , font fuffifantes : elles ne font féparées par rien , & néanmoins les cordes ne s’enca-valent pas facilement, parce que les planches G 3 G 3 H y qui fervent de guides aux cordes, font extrêmement rapprochées des poulies, & ne leur laiffent que la liberté de tourner.
- Les feize poulies que nous voyons ici,fervent pour huit marches ; & lorfque ce Carrette eft placé fous les banques d’un Métier, on met quatre cordes à droite, qui viennent chacune d’une des poulies a, fur une de celles h, & à gauche on en met quatre autres , qui vont chacune d’une des poulies c, à une de celles d \ chacune de c es cordes fait mouvoir ou eft mue par une marche, Sc eft en même temps attirée par un contre-poids, de maniéré que le bout de chacune de ces cordes qui pafie dans la planche U & fur les poulies h , c, eft attaché par ce côté à une des marches, & eft retenue deftous par un gros nœud qui ne lui permet pas de fortir des trous où elle eft paflee ; & à l’autre, bout ces mêmes cordes ont chacune un contre-poids fufEfiimment pefant pour ramener la marche qui appartient à la corde où ils font attachés, à la hauteur où on l’a fixée en armant le Métier.
- C’eft fous les banques du Métier qu’on fixe ce Carrette, c’eft même ordinairement aux banques elles-mêmes qu’on les fait tenir; & quand on craint que les poulies des extrémités ne foient gênées par les banques,, on place un petit couffin de bois entre le Carrette & les banques, afin de l’en éloigner un peu ; mais on obfèrve que les poulies b, c, foient précifément au-deffus des marches, afin quelles foient ramenées le plus perpendiculairement poffible. Il eft vrai qu’avec ce Carrette, il n’eft pas poffible de ramener toutes les marches perpendiculairement, parce que les poulies b étant fur une même ligne, ainfi que celles c, elles ne peuvent attirer les marches que dans un fens oblique , qui gêneroit fans doute, fi les eftrivieres qui répondent aux carquerons , ne les contenoient en partie ; malgré toutes ces précautions, je fuis certain qu’au travail elles ne montent pas fi bien que lorfqu’on fè fert du Carrette fig* I de la Planche 16, où l’on a eu foin que les poulies a, b? c, d, e3f3
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- ï68 L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE. t g9 h y fuiîènt toutes féparées les unes des autres, Sc qu’elles n’euffent entr’elles <aucun axe commun ; ainfi chaque poulie à fon axe. On a la précaution de placer ces poulies de maniéré que i’efpace qui régné entre la poulie a Sc celle h , foit à peu-près égal à celui que peuvent occuper huit marches les unes contre les autres, dans Tétât où elles font ordinairement quand un Métier eft armé. On [prend le même [foin pour les écartements des poulies i>k3l9myn> oy p y q; ces dernieres cependant n’exigent pas la même régularité, parce qu'elles répondent aux contre-poids quon emploie pour attirer les marches à leur hauteur. On a foin qu’elles ne foient pas fur le même axe Tune de l’autre , parce que par ce moyen on leur fait tenir un plus grand efpace, qui laifle une grande liberté à la montée & à la defcente des contre-poids, ainfi les marches remontent le plus perpendiculairement poffible, & les contre-poids defoendent fans s’entre-choquer, & fans eflîiyer aucun frottement préjudiciable.
- Four bien connoître ici l’arrangement qui unit ce Carrette aux marches, il faut remarquer que la corde qui pafle fur la poulie a, paiïera auffi fur la poulie i y Sc fera monter la première marche de fon côté ; celle qu’on mettra pour faire monter la féconde marche, paffera fur la poulie h Sc fur celle k ; celle qui fera monter la troifieme marche, fera placée fur la poulie c Sc fur celle /; la corde de la quatrième marche viendra pafler for la poulie d Sc for celle m ; la cinquième corde fera monter la cinquième marche, en paflànt for la poulie e Sc for celle n ; la corde qui ramènera la fixieme marche, fera placée for la poulie f Sc for celle o ; pour faire monter la feptieme marche, on fera pafler la corde fur la poulie gSc for cellep \ Sc la derniere corde qui fera monter la huitième marche, fora mifo for la poulie h Sc fur celle q. Toutes ces cordes s’arrêteront par un nœud contre la planche A, qui eft portée par celle B y Sc par une fécondé qui lui eft femblable,, Sc que la figure ne nous permet pas de voir. Cette planche eft percée en droite ligne des poulies, Sc fort de guide aux cordes, afin qu’elles ne s’encavalent pas. Les planches C > C y en font de même , excepté quelles ne retiennent les cordes par aucun nœud ni autrement. Les trous qu’on y pratique, Sc par où les cordes paflent, font foulement faits afin que ces cordes ayent toujours la même direétion fur les poulies. Ces planches font portées par celles Dy Dy D, & par une femblable qu’on ne peut pas voir. Les deux planches qui portent celle A, & les quatre qui portent celles C y C y font aflemblées fur les bords inférieurs du Carrette-E , qui eft fait d’une feule piece de bois, où Ton a pratiqué un fond ou ravalement Fy afin de garantir les poulies & les cordes de quelques dérangements occafionnés par les mouvements de la fabrication. Les rebords G, G, font alfez hauts pour être au-deflus du diamètre des poulies, Sc le fond doit être foffifamment épais pour être percé & contenir les axes de ces mêmes poulies. Quant à la pofition de ce Carrette , on le place dans les banques du Métier, de la maniéré que je Tai indiqué pour le Carrette fig. 13 de la Flanche précédente, auquel celui-ci eft préférable, .
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- Septième Section» L Part» Des Carrettes apoulies* par la dilpofition des poulies : celui-ci eft en proportion de 6 pouces de largeur, mais il peut être bien plus étroit ; car j’en ai vu de 4 pouces, & même au-deffous ; alors les bords G , G , font plus étroits, les poulies plus rapprochées , & le fond F eft moins large : en cela le Carrette eft encore plus parfait, parce quii tient moins d’efpace, & qu’il eft plus facile à placer.
- La figure 2 eft encore un Carrette à poulies, différemment conftruit que ceux que nous avons vus, & cependant au même ulàge : on le place à peu-près au même endroit que les deux précédents, en devant des banques, fur l’épaifi-feur defquelles on le fixe par les entailles a, a, qui font aux deux bouts de la grande traverfe Hy à laquelle font aflemblés les deux montants /, /, qui portent 4a petite planche K , laquelle fert de guide aux cordes b , b 9b , &c. qui paffent fur les poulies c , c, c , Sec. On peut remarquer que ce guide eft percé for les deux bords, 8c que chacune des cordes paflè dans deux de ces trous , qui doivent être bien perpendiculaires aux rainures des poulies. A chacun des bouts de ces cordes, eft folpendue une marche, & à l’autre un contre-poids ; & afin que ces contre-poids n’attirent pas les marches plus haut qu’il ne le faut, on fait à chaque corde un gros nœud qui vient s’arrêter au-deflbus de la planche JC. Ce Carrette eft fojet à un inconvénient, c’eft que les contre-poids defeen-dent for les marches, & fe trouvent trop proches des cordes qui les foutiennent, 8c fi Ton n’y apportoît attention , les contre-poids s’enlaceroient infenfiblement avec leurs propres cordes & celles des marches, 8c bientôt on ne pourroit plus travailler ; pour prévenir cet inconvénient, on place deflous le Carrette, entre les cordes de fufpenfidn des marches, 8c celles des.eftrivieres, des lilfes & des carquerons, la planche K, fig. 3 ; & alors on fe fert de contre-poids de plomb longs 8c ronds, d’environ demi-pouce de diamètre„ & de 8 à 9 pouces de longueur ; on fufpend la planche dont je viens de parler, par les cordes d.9 au moyen defquelles on peut la mettre bien de niveau ; alors on fait pafler les contre-poids dans les trous e, e, e y 8cc, de maniéré qu’ils n’en fortent pas tout-à-fait ni en montant ni en defcendant, & cependant ils doivent y être à l’aifo 9 afin que rien ne les puillè gêner. Par cet arrangement, les contre-poids ne fàu-roient balancer ni même fe heurter les uns les autres ; 8c pour que leur direéUon foit précifément fur la marche qu’ils attirent, on a la précaution de régler leur hauteur de telle forte qu’ils ne defeehdent jamais affez bas, & que les marches ne montent point affez haut pour fe rencontrer & s’entre-arrêter.
- Le Carrette que repréfente la figure 4, rend aux marches le même fervîce que ceux dont nous venons de parler ; mais il eft placé autre part que les autres : on le fixe en deffous des eftafes du Métier, foit d’un côté ou de l’autre, par les entailles/',/', qui font aux deux montants M, M: on le place perpendiculairement aux carquerons qui font mouvoir les liffes ; fi ces carquerons font fuf-pendus par leurs deux bouts , il faut deux Carrettes fembiables à celui-ci, un à chaque eftafe du Métier, & placés également fur les carquerons ; quelquefois Étoffes de Soie. VIL Paru V 2
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- 170 L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE. on les fixe en dedans du Métier , quelquefois en dehors : c eft foivant U longueur des carquerons, ou fuivant la largeur du Métier. Quand ces Carrettes font ainfi placés, on pafle des cordes fur les poulies g>g,g> &c. & de là dans les deux rangées de trous qui font pratiqués fur la planche N > de la même façon que font placées les cordes b 9 b yb , &c. fur les poulies c, c, c9 Scc. dans la planche K9 fig. 2. On met à chaque bout de ces cordes un contre-poids de plomb, fait comme je fai dit plus haut, & qu’on nomme contre-poids en aiguille ; & afin qu’ils ne s’entrelaflent pas entr’eux, ni avec les cordes des carquerons , on leur met pour guide une planche pareille à celle fig. 3. Ici au lieu d’attacher les bouts des cordes oppofés à ceux des contre-poids, aux marches, c’eft aux carquerons, de forte que les contre-poids pour ramener les marches, ramènent les carquerons, auxquels les marches tiennent par les eftrivieres qui font attachées aux uns & aux autres ; ainfi c’efl: par le moyen des eftrivieres que les marches attirent en-bas les carquerons, & par conféquent ce font les carquerons à leur tour qui attirent les marches en-haut au point où on les a voulu fixer en armant le Métier. Ici, comme dans les Carrettes précédents, on prend foin que le côté des cordes qui font attachées aux carquerons, ayent un gros nœud qui les arrête fous la planche N, afin que les contre-poids ne faflentpas monter trop haut les marches ni les carquerons.
- Comme les cordes des carquerons répondent aux ailerons des Carrettes à lifles qu’on place en deflus des Métiers, on trouve le moyen de fixer ces Carrettes aux bouts des brancards ; cette difpofition eft d’autant plus avantageufo que fi par quelques nouveaux arrangements on eft obligé de faire avancer ou reculer le Carpette fupérieur, on ne peut le faire fans entraîner en même temps ceux qui font adaptés à fon brancard ; car il faut remarquer qu’avec ce dernier Carrette on doit prendre toute la précaution poflible pour que les cordes qui attirent les carquerons, les ramènent dans la même direétion que celles qui les attirent par les ailerons.
- De tous les Carrettes à poulies que nous avons vus pour ramener les marches, ce dernier eft celui que j’ai toujours regardé comme le mieux imaginé, fur-tout quand on peut le joindre au Carrette à lifles : il femble que l’un foit fait pour être joint à l’autre, d’autant mieux que les Carrettes à marches font fait; pour fuppléer à ce que ne peuvent faire ceux à ïifles. Cela eft fi bien reconnu de tous les habiles Ouvriers, qu’il y en a qui ont ajouté des contre-poids aux ailerons en dedans des Carrettes à* lifles, afin de ramener les marches avec plus de sûreté fans trop charger les lifles. Cet ufàge feroit fort bon, fi l’on n’avoit éprouvé quelquefois que les contre-poids fo détachent, ou les cordes fo caflènt,^ & en tombant fur la chaîne, ces contre-poids font un dégât confidérable à la foie,1
- Quand ce Carrette eft joint au brancard du Carrette fupérieur, on a la facilité de joindre les cordes qui paflènt dans la planche TV, avec celles qui- communi-* quent depuis les carquerons jufqu’aux ailerons; tout ce qu’on peut trouver à
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- Septième Section. I. Part. Parallèle des différents Canettes. 17 rv redire à cet arrangement , c eft que ce Càrrette peut gêner un peu l’Ouvrier quand il a affaire près des liftes pour raccommoder quelque fil, ou pour faire quelqu’autre chofe ; mais ce n’eft pas une raiJbn affez forte pour les rejetter * fur-tout parce qu’on peut trouver un moyen qui leve tout de fuite l’inconvénient que je viens de faire remarquer ; on peut, fans peine , faire un petit Càrrette à poulies, des bouts mêmes du brancard du grand Càrrette : on peut fixer l’axe h, qui fert à toutes les poulies g> g9 g, &c. fur le bout de ce brancard , y joindre deux montants beaucoup plus petits que ceux M, M, & faire porter la planche N de maniéré quelle ne defcende pas plus bas que la partie inférieure de l’eftafe du Métier ; alors on fupprime la planche 0, qui n’eft ici que pour Contenir les deux montants M, M, par le milieu, afin de donner quelque folidité à cet affemblage.
- §. X. Parallèle des différents Canettes propres a remonter les Marches*
- Des Carrettes à batillons dont on a vu la defcrîption en expliquant les figures jf & 6, PL iy , celui fig. y vaut mieux que celui fig. 6, en l’employant de la maniéré que je l’ai fait obferver, & tous les deux valent mieux que ceux à poulies fig. 13 de la même Planche , & que ceux fig. 1 & 2 de la Planche 16 $ non pas qu’ils donnent plus de précifion à la montée des marches, mais parce que la maniéré de les placer eft moins embarraflànte : car ces trois derniers Carret-* tes font fouvent dans le cas de gêner l’Ouvrier; & quand il s’y dérange quelque chofe, on a beaucoup de difficulté pour y remédier : au lieu qu’avec les Carrettes à batillons, on voit tout de fuite le moyen de remettre en place une corde caflee ; d’ailleurs ceux-ci ne font pa$ fi fufoeptibles de dérangement que les autres ; cependant ayec toute leur perfection, je leur préférerois le Càrrette fig. 4 de la Planche 16, lorfqu’on peut le fixer au brancard • mais comme il n’eft pas toujours pofîible de joindre un femblable Càrrette au brancard d’un autre ; il me femble que tous trois ont le même avantage, parce que quand il s’agira d’employer un Càrrette volant pour les lifles, on fe trouvera bien d’employer un Càrrette à batillons pour les marches : on en fentira la fupériorité dans l’en-: droit où on les verra employer les uns & les autres.
- On trouvera peut-être étrange que j’entre dans d’auffî grands détails pour par-t venir à la fabrication des Etoffes ; mais lorfqu’on connoîtra les obftacles qu’il y a à vaincre pour faire aller un Métier comme il faut, on trouvera peut-être que je ne fais pas faire affez de remarques. Souvent un Métier, après avoir commencé d’y fabriquer l’Etoffe, eft un mois entier pour parvenir à un arrangement parfait : il n y a pas un Artifte, dans cette partie, qui n’ait été obligé plus d’une fois de défaire tout l’arrangement d’un Métier pour le refaire d’une autre façon , n’ayant pu réufîir à la première fois. Je l’ai éprouvé moi-même, & j’ai fait plu-fieurs fois la trifte expérience de remonter un Métier de fond en comble pour
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- 17a L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE: failîr le point de perfeétion. Je conviens que ces obftacles fe préfentent plug fréquemment quand on veut donner quelque chofe de nouveau , que lorfqu'on fait des routes toutes tracées ; mais fi pour faire un petit changement à une Etoffe, il faut en faire un grand dans l'arrangement d'un Métier, on ne le prévoit jamais que lorfqu'on l'exécute ; car il ne s'agit pas ici de travailler fur un plan donné, les proportions ne font ici que générales ; il s’agit d en avoir de particulières pour les effets particuliers : & j'ofè dire que quelque habile que foit l'Artifte Monteur de Métier, il n’ofera s'affurer d'une parfaite réuflite. Je l'aï éprouvé moi-même après avoir monté un Métier prêt à travailler, où il ne falloir que l'armure des liffes ; 8c pour leur donner un jufte mouvement, j'ai employé trois fèmaines entières à vaincre les difficultés qui fe multiplioient fans cefle : ce n'a été qu'en éprouvant les différents mouvements 8c les différents arrangements, que j'en fuis venu à bout. Il eft des mouvements des liffes & des autres parties qui concourent à un même but, tant pour la fabrication des Etoffes unies, que pour les Etoffes façonnées, qu'on ne fait apprécier qu’en les mettant en ufage.
- Les différentes armures que nous aurons à parcourir dans ce Traité, fuffironc pour prouver ce que j’avance ; & j'en ai rencontré de fi difficiles à monter, que je ne fuis pas furpris que bien des Ouvriers les ayent abandonnées au moment même où ils ont cru fabriquer l’Etoffe ; puifqu'il eft arrivé à moi- même & à d'habiles Artiftes, de défaire en entier un Métier, fans trouver aucun moyen pour faire accorder la tire à l'armure. J'ai même été obligé , dans une circonftance où ne pouvant venir à bout de faire aller un Métier fuivant les combinaifons que favois cru les plus précifes, d'abandonner l’ouvrage , comme n’ayant aucune refïource pour le faire travailler ; & fix mois après , par un accord de mouvement encore plus fimple que ceux que j’avois employés, venir à bout de remonter ce même Métier, exécuter 8c réuffir au premier coup. On pourroit cependant avoir plus de précifion qu'on n’en a, fi l’on avoit i’ufàge de faire les Métiers 8c uftenfiles dont on le fert pour la fabrication, dans les mêmes proportions , foie pour les longueurs, largeurs & hauteurs, 8cc. mais je fuis certain que fi l'on voit mille Métiers, on n'en trouvera pas quatre qui foient aflbrtis proportionnellement,; 8c l'on trouvera à tous quelques différences dans tout ce qui les compofe. On efl donc obligé de régler le mouvement des armures non-feulement fuivant l’Etoffe qu’on veut fabriquer, mais fuivant les uftenfiles qu’on y emploie; car il n’efi pas poffible que le même accord fe trouve entre un carqueron de 4 pieds, qui eft fufpendu par un bout à un aileron dont la queue eft de 18 pouces 8c la tête de 14, avec un autre carqueron de 4 pieds 8c demi, & un aileron de 20 pouces de queue 8c de 14 pouces de tête. Il femble cependant du premier coup d'œil que l'on pourroit trouver le moyen de pofer les cordes de correfpondance dans les mêmes proportions ; mais on fera arrêté en ce que le Métier fera trop large , en ce que la chaîne de l'Etoffe fe trouvant plus ou moins fournie, oppofera plus
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- Septième Section.!. Part. Des Arbalettes, & de leur emploi. 173 ou moins de roideur dans (à tendon > ce feront des marches plus ou moins lourdes. Si c eft un Metier pour des Etoffes façonnées 3 on aura trop reculé ou trop avancé le cajjin ; la longueur du Métier, à caufe de la tendon de la chaîne * caufora quelqu’autre contre - temps, & le plus ou le moins de hauteur à ce même Métier, rompra toutes les dimendons qu’on aura prifes. D après toutes ces remarques, je ne fuis pas furpris de rencontrer des Ouvriers qui outrent les arrangements d’un Métier, Sc qui, au lieu de mettre des contre-poids d’une livre * en mettent de deux livres Sc demie, & quelquefois de trois. Il eft certain que pour la sûreté des mouvements de renvoi ou de ceux de retour, ils les obtiennent aifément, mais auffi ils fatiguent extrêmement la foie & les uftendles qui com courent à ces mouvements , Sc ils fe fatiguent auffi eux-mêmes. Avec de tels arrangements 3 on n’eft afluré que de l’effet des mouvements , mais on ne l’eft jamais du fuccès de la belle ni de la prompte fabrication.
- J’ai dû, ce me femble * juftifier les détails dans lefquels je me fuis vu forcé d’entrer, Sc qui peuvent contribuer à l’arrangement d’un Métier pour telle ou telle Etoffe, de même que pour la bonne conftruétion des uftenfiles, machin nés & outils dont on peut fe fèrvir pour y contribuer.
- Quoique je puifle me flatter de connoître généralement tout ce qui dépend de la fabrique, fon immenfité pourroit bien me faire confondre quelques objets ; Sc avide de tout ce qui peut contribuer à la perfeétion de ce Traité , je reçois Sc je recevrai avec plaifîr les avis que des perfonnes éclairées voudront bien me faire paffer, ainfi que les corrections qu’on voudra faire d’après mes obferva-1 lions, autant qu’elles feront fenfiblement connues devoir être préférées 5 car je .cherche autant à m’inftruire qu’à inftruire les autres.
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- Planche
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- §. XI. Des Arbalettes, & de leur emploi*
- Les Arbalettes dont je vais parler, ne font pas ceux dont j’ai déjà dit quel*» ques mots dans un des Articles précédents * Sc qui ne font autre chofe que de greffes ficelles qu’on étend au-deffous des lifferons inférieurs, comme eft celui a>jîg. 5 , qui tient au lifferon O, & auquel eft attachée l’eftriviere P9 qui répond à une marche ; ou celui b, fig. 6, qui tient au lifferon Q, Sc auquel eft fixé le tirant R, qu’on attache à un tire-liffe. Les Arbalettes dont nous allons nous entretenir font différents, Sc leur ufage tient à celui des carrettes, c’eft-à-dire, qu’on y fufpend quelques efpeces de liffes, comme les liffes de rabat : il ne feroit même pas pofîible qu’on employât un Arbalette à faire monter aucune liffè.
- Je préviens qu a fégard de ces Arbalettes, je n’en connois l’arrangement que pour l’avoir vu travailler ; je n’en ai jamais fait ufage. Je ne fai fi c’eft prévenu' tion ou difcernement, mais je les ai toujours regardés comme un mécanifme bien inférieur aux carrettes ; cependant j’ai connu de bons Ouvriers qui s’en fer-* voient. Au furplus j’ai cru devoir les rapporter: ainfi le Leéleur éclairé jugera Étoffes de Soie. VIL Part. X a
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- 174 L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- de la préférence que peuvent avoir les carrettes fur les Arbalettes, en les mettant en comparaifon les uns avec les autres.
- La figure 7 fait voir un de ces Arbalettes féparé du Métier & de fon arrangement ordinaire ; là forme eft affez analogue à fon nom : il eft compofé d’une barre R , d’un bois élaftique ; on lui fait décrire une portion de cercle avant que de le mettre en ufàge, afin qu’il ait une pofition déterminée pour qu’on puifle en mettre plufieurs à côté les uns des autres. Cet Arbaiette eft compofé d’une barre & de fa corde $, à laquelle on fufpend une lifte , comme nous aurons occafion de le voir tout-à-l’heure ; mais en attendant, examinons comment on arrête cette corde. Ici elle eft enfilée dans la barre par fes deux bouts, & on l’y arrête par un nœud à chaque bout, dont on en voit un c défait, & le bout d de la corde n eft pas encore noué, pour faire appereevoir qu’on le laiîTe plus long qu’il ne faut pour la longueur de l’Arbaiette, afin de pouvoir, en la nouant, la tendre autant qu’il le faut pour mettre l’Arbaiette en place.
- On ne fixe pas toujours la corde d’un Arbaiette par des nœuds, fbuvent on l’entoure aux bouts de la barre, où on a pris foin de former des encoches, comme en e 9fig. 8, afin que la corde ne puifle pas glifler le long de l’Arbalette* Quelquefois, en fuivant cette méthode, on fixe fur chaque bout une corde double ; on laifle fortir une boucle/’, fig. 9, à laquelle on attache un des bouts de la corde qui eft arrêtée par fès deux bouts à une femblable boucle. Cette maniéré de tendre les cordes, feroit plus convenable que les autres, fi l’on fupprimoit l’entaille e de la figure 8 , qu’on paflat cette double corde comme celle g, fig. io, & qu’au ^eu d’en arrêter le nœud h contre le trou i, on fît former un couple de tours de cette corde en la croifànt à fimple fur le bout k de la barre jT, afin que les efforts qu’on leur fait éprouver ne pûflent pas faire fendre cette barre ; car on doit craindre cet inconvénient & le prévenir.
- On peut encore arrêter la corde par les deux bouts fur ceux de l’Arbalecte ^ en les fixant par des petites pointes ou des petits clous , dont on laiflè fortir les têtes de 3 ou 4 lignes, afin que les cordes ne puiflfent pas glifler ; alors on con-ferve la fuperfïcie de l’Arbalette en fon entier.
- On ne fixe jamais la corde d’un Arbaiette par fes deux bouts , que lorfqu’on l’a placée dans la planche A, fig. 11, parce qu’il faut néceflairement que les cordes C9 C9 C 3 C, foient en dehors. On attache cette planche au plancher avec quelques clous ou vis, par les tenons a9 a9 dans le fens de la longueur du Métier, 8c en droite ligne du milieu des liftes qui doivent être fufpendues aux cordes de ces Arbalettes.
- Quand il s’agit de mettre les Arbalettes en œuvre, on attache les tirants d, d9 dyd9 aux cordes/T, C3C, (7, un à chacune, précifément au milieu de fà longueur , de manière quelles répondent au milieu de l’épaiffeur de la planche A9 les Arbalettes B9 B9B9B9 font arrêtés à cette planche par le milieu de leur longueur, des deux côtés, & dont on ne peut voir qu’une partie. Les trous
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- Septième Section. L Part. Des Arbalettes, & de leur emploi. xy$ qu’enfilent les Arbalettes., font pratiqués à égale diftancé les uns des autres* & tels qu on les voit en e 9e 9 e 9 e9 fig. 12 ; leur grandeur éft à peu-près celle de la groflèur des Arbalettes, qui y entrent le plus jufte poflîble, afin qu’ils ne fë détournent pas par les fecouffes du travail * quand ils y font une fois placés.
- Les tirants d9 d9 d9 d9 font attachés aux boucles des arcades/’,/',/^/', par un nœud comme celui g, fig- 13 9 qu’on voit n’être pas tout-à-fait fermé * 6c dans lequel on peut remarquer les contours que le tirant h fait fur la boucle i ; chaque arcade compofe deux branches k9kyk9 Scc.fîg. ii * & chaque deux branches portent une des lifles m, m, m, m, par les liflerons n, n9 n9 n, fur lefquels elles font arrêtées en dehors de ces mêmes lifles ; ces liflerons font placés de niveaü & à la hauteur convenable à la fabrication de l'Etoffe. Aux liflerons inférieurs o9 09o9o9 font attachées des cordes comme celles a9b 9 des figures y & 6 , qu’on nomme auflî Arbalettes , comme je l’ai dit plus haut ; à ces cordes font attachées les eftrivieres p , p, p, p , dans lefquelles on place les marches qui doivent faire mouvoir les lifles. On ne met pas toujours une marche dans chacune de ces eftrivieres , quelquefois une feule fert pour deux, en forte que pour les quatre eftrivieres que nous voyons ici, deux marches peuvent fuffire, fuivant le genre d’Etoffe pour lequel on les emploie.
- Il feroit fort inutile d’entrer ici dans un plus grand détail à cet égard, parce qu on aura lieu de le voir à chaque Etoffe que je traiterai en particulier ; il fuffit actuellement d’en connoître les mouvements. Ils font faciles à comprendre, fi l’on veut faire attention à l’arrangement que je viens de décrire, parce qu’en lé fuivant depuis le haut jufqu’au bas * on verra que chaque lifle répond par une dô fes arcades t à un Arbalette, & qu’en foppolant qu’il y ait une marche dans chaque eftriviere, en mettant le pied fur une de fes marches pour la faire defoen-dre, ce qu’on appelle enfoncer, la lifle qui répondra à cette marche defcendra* & l’Arbalette de cette lifle fléchira autant qu’on enfoncera la marche ; c’eft donc en fo pliant que ces Arbalettes fe prêtent au mouvement des lifles ; & lorfqu’on quitte la marche , l’Arbalette retourne à là première pofition, & retire à lui la lifle qu’on vient de faire defcendre : par-là elle fe trouve à la même hauteur des autres. Il peut cependant arriver que parmi les Arbalettes il y en ait de plus
- ou moins élaftiques les uns que les autres ; cette différence de reflort nuit à l’ar-
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- rangement des lifles; mais on peut y obvier en failànt pafler les tirants d9d9 d9d9 dans une planche percée d’autant de trous qu’on emploie de tirants, & plaçant*cette planche entre les cordes des Arbalettes & les bouts des arcades, de maniéré qu’elle foit immobile à peu-près comme celle N9fig. 4, entre les deux montants M9 M\ enfoite on fixe ces deux montants aux bouts des tenons b 9b y de la planche A> fig. 11, de forte que les nœuds qui font formés entre les tirants 6c les boucles des arcades, foient affez gros pour être retenus par* deflous cette planche, afin de ne pas monter plus haut qu’il ne faut. Il eft cer*; tain que fi après avoir arrêté les nœuds contre la planche, on détermine la haute
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- ï76 UART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- -..-— teur des lîiîês, on eft afîùré quelles ne monteront pas plus haut ; Sc fi pap
- ^L^CHE hafàrd il arrive qu’un des Arbalettes n’ait pas affez de reflort pour faire monter la liflè à la hauteur des autres, on lui en donne en l’embraflànt des deux côtés du point de fufpenfion A, par deux bouts de corde également éloignés de ce point, & attachés au plancher, par ce moyen on raccourcit l’Arbalette , & on lui donne du reflort.
- * Je mettrai au rang des Arbalettes, l’arrangement des liflès que préfente la figure 14 , parce que l’un tient à peu-près à l’autre. Cet arrangement confifte en quatre perches D, D9 D3 D> placées l’une à côté de l’autre, à peu-près comme la perche d’un Tourneur ; au bout de chacune de ces perches, eft un tirant q 9q, q , q, qui eft enlacé avec la boucle d’une des cordes d’arcades r> r, r y r, qui, par fes branches s 3 s, s, &c. porte les liflès E, E 9E, E, enfilées dans les lilferons t9t9t9t9 qui paffent dans la partie fupérieure des lifles. Les lif-ferons v,v,v9v9 qui enfilent les liflès dans leurs parties inférieures, font ici le même office de ceux o,o,o,o,dela figure 1 r , c’eft-à-dire , qu’ils tiennent aux cordes d’Arbalettes , auxquelles font attachées les eftrivieres x 9 x9x9 x, qui doivent fupporter les marches qui procurent les mouvements aux liflès. Ici on peut comparer les mouvements avec ceux des Arbalettes de la figure 11, c’eft-à-dire, que la montée & la defcente des liflès s’obtient par l’élafticité des perches, comme dans l’autre figure par celle des Arbalettes.
- Les perches paflènt dans des trous pratiqués dans deux planches, comme celle fig. 12 y dont nous ne voyons qu’une en F9 jig. 14 ; on les fixe au plancher de la même façon que celle A 9fig. 11, mais on cherche le point où elles auront aflèz de reflort pour ramener les liflès à la hauteur où elles doivent être. Ces perches font placées de forte que leurs bouts font fur une même ligne, & les trous qui reçoivent les tirants q, q, q9 q, font en droite ligne du milieu de la largeur des liflès qui y font folpendues , iis font tous exactement fur la même ligne, foiyant la longueur du Métier, au-deflùs duquel font placées les perches , afin que toutes les liflès montent & defcendent perpendiculairement les unes devant les autres.
- Je viens de faire remarquer que les perches D> D9 Dy D9 enfilent deux plan* ches ; la première fort à donner à leurs bouts qui portent les liflès, autant d elaf-ticité qu’il faut à chacune pour procurer aux liflès tout le mouvement qui leur eft néceflàire pour revenir à la hauteur où elles doivent être. Si l’étendue de ce Deffin m’eût permis de faire voir les perches en entier, je les euflè repréfentées > mais la figure 15 fuppléera au défaut de cette étendue. Cette figure nous fait voir les perches D9 D9 D3 D9 par leurs bouts oppofés à ceux où font attachés les tirants q>q*q>q\ ta feconde contient les perches à la hauteur où elles doivent être par le côté, & les empêche d’avancer ou de reculer lorfqu’elles font un.e fois placées ; pour cet effet on les arrête devant & derrière la planche G 9 au moyen de deux chevilles à chacune, comme celles
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- Septième Section. I. Part. Des Arbalettes \ & de leur emploi. 177
- Les tirants ÿ, <j, y, y, font ici places comme celui g de la figure 10, & ils font entourés fur les perches de la façon que je fai indiqué à ce fujet, & qu’on peut le remarquer tant fur le bout des perches Z>, Z), D, Z>, que fur celui de la perche H, fig. 16, où Ton apperçoit que le nœud ç eft en delfus ; on remarque en même temps la maniéré dont le tirant a s’enlace avec la boucle de l’arcade b9 qui fe fait en pafiànt le bout du tirant dans la boucle, & enfuite on fait paffer le nœud de l’arcade dans l’ouverture du tirant, ainfi que les deux branches c , c ; par ce moyen il fe forme un enlacement qui vaut bien mieux que quelque nœud qu’on puiffè faire, parce qu’on n’a pas à craindre qu’ils fe féparent l’un de l’autre d’eux-mêmes, ce qui eft très-ordinaire.
- Je n’ai pas plus mis en ufage l’une de ces méthodes que l’autre , pour la fabrication des Etoffes ; je les ai vues employer l’une & l’autre dans différentes occafions , mais je n’y ai jamais apporté une attention particulière pour en con-noître à fond le bon & le mauvais. Il me femble cependant qu’il eft plus facile de régler les perches, que les Arbalettes ; d’ailleurs j’en crois les mouvements , plus doux, quoique j’aye remarqué que l’un & l’autre remontent les liffes avec plus de rapidité que les ailerons à contre-poids.
- On emploie les Arbalettes & les perches comme je l’ai déjà dit pour les liffes de rabat ; on les emploie encore quand il s’agit de faire une bande de fatin ou de cannelé fur une Etoffe, & qu’il faut qu’en travaillant l’Endroit de l’Etoffe foit en deffus ; alors on eft obligé de faire defcendre les liftes de latin ou de cannelé en forme de rabat ; ce n’eft pas qu’on ne puiffe bien obtenir cette defeente avec les carrettes que nous avons vus , mais quelquefois on n’a pas d’aflëz grands carrettes ; d’autre part on évite bien de l’embarras autour des Métiers, tels que ceux des cordes des contre-poids & des carquerons ; cependant je ne crois pas que cela vaille les moindres carrettes, encore moins ceux à batillons : on en jugera bientôt par le détail de la^fulpenfion des liffes aux différents carrettes que nous avons vus.
- Il faut d’abord remarquer que le point effentiel de l’armure d’un Métier, eft de favoir bien fulpendre les liffes, les marches, les carquerons, &c ; il ne ref tera à favoir que l’ordre qu’il faut leur donner pour chaque genre d’Etoffe : c’eft ce qu’on apprendra enfuite dans la defeription ou dans l’armure de chacun en particulier.
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- Y 2
- Étoffes de Soie. VH. Part.
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- Planche J 7.
- ï78 U ART DES ETOFFES DE SOIE.
- Article Neuvième,
- De la Sufpenjion des Liffes & des Marches , en employant les differents Carrettes & Châtelets quon a vus ci-deffus ; & des differents Nœuds & Boucles en iifage pour tout ce qui concerne ces Sufpenjions , & tout ce qui y a rapport.
- On vient dé voir la maniéré de fufpendre les Liftes aux arbalettes & aux poulies ; voyons maintenant comment on les fufpend aux carrettes que nous avons décrits dans les Paragraphes précédents. Je préfume que c’eft ici fendroit de les faire connoître par préférence, parce que lorfque j’en ferai aux Armures, je ne ferai pas obligé de multiplier les figures pour faire comprendre la maniéré de faire mouvoir les Liftes & de les fufpendre : on verra plus aifément toutes les fufpenfions repréfentées à découvert, au lieu qu’à l’endroit des Armures ces fufpenfions feront confondues dans le Métier, & le grand nombre d’objets qui les environnent ne permettront pas de les voir en entier : il faudroit alors les faire connoître par des développements, qui, étant multipliés , rendroient le fujet faftidieux, & peut-être qu’un objet en feroit échapper un autre.
- La figure i de la Planche 17, repréfente une partie du châtelet yfig. 2, de la Planche 14; ce qui y manque fert à nous faire voir comment les LifTes a, a9 ayay font fufpendues aux ailerons b ,b 9 b yb , & par quel moyen elles peuvent fè mouvoir. D’abord chacune de ces Liftes tient à une des arcades c, c y c, c, qui eft enlacée avec les boucles didyd>d9 que nous nommerons dorénavant gouffets : c’eft un terme de fabrique que nous emploierons fouvent : chacun de c es gouffets eft paffé dans un trou pratiqué dans l’épaiffeur de fon aileron , de la maniéré que nous aurons bientôt occafion de le voir, & il eft enlacé avec la boucle de l’arcade, de la même maniéré que l’eft celle b avec le tirant a , jigm 16 de la Planche précédente ; chacune de ces arcades porte une des Liftes a, a9 a 3xl , par lès deux branches e, e, e, &c. qu’on voit ici paffées à travers les lifterons/’, f, f,f9 > & que nous verrons ailleurs différemment rangées.
- On remarquera que les ailerons b, b9 b, by font ici prefqu’horizontalement placés ; je dis prefque, parce qu’on leur donne toujours un peu de pente du côté des Liffes, pour que leur montée foit plus sûre Sc plus directe 5 mais on obferve le plus exaélement pofîible que tous foient précifément fur la même ligne , tant du côté de la tête que du côté de la queue, afin que le mouvement des Liffes qui y font fufpendues, foit toujours égal. Au bout des ailerons oppo-fés à ceux où font fufpendues les Liffes, font paffées les cordes g-, g* g9 g 9 qui correfpondent aux carquerons h, h, h , h, & qu’on appelle, par cette raifon , cordes de carquerons. On doit appercevoir que ces cordes ne viennent pas perpendiculairement aux trous des carquerons, mais obliquement, & en rentrant du côté des carquerons : on doit encore éviter que cette obliquité foit en dehors;
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- Septième Section. I. Part. De la fufpénjion des Liffes, ôc. 179 on fait en forte meme que ces cordes ne (oient pas perpendiculaires , afin de conferver toute la force des leviers ; car comme l'emploi des carquerons eft d'attirer à eux en faifant defcendre les ailerons par le côté de leur correspondance , fi les cordes écoient en ligne direéte , il eft certain qu’à mefure que les carquerons baiflèroient, on verroit ces mêmes cordes décrire une ligne oblique en dehors s parce que la defcente des carquerons eft beaucoup moindre que celle des ailerons, à caufe du plus grand efpace qu’ils ont à parcourir par la différence des leviers, de maniéré que les carquerons décrivant une portion d’un grand cercle, s’écartent moins de la ligne perpendiculaire dans l’efpace quils ont à parcourir, que les ailerons, qui, pour faire monter les Liffes à la hauteur où elles doivent être quand l’Ouvrier pafle (à navette, ont décrit une courbe double de celle des carquerons , eu égard à la proportion du cercle ; d'ailleurs quand même cette defcente feroit égale de toute part * il eft certain que les carquerons tirent plus sûrement & plus long-temps, c’eft-à-dire, ur* plus long efpace, quand ils tirent intérieurement, puifque leur defcente fui^ vroit en quelque façon la ligne circulaire qu’ils font décrire aux ailerons. De cet arrangement dépend la précifion du travail, & la légéreté de la marchure ; car fi l’on perd la ligne que je fais remarquer, on éprouvera une raideur fatiguante.
- J'ai fait obfèrver dans la defcription du châtelet que nous employons aéluel* lementdans le commencement de l’Article des Carrettes, qu’on ne fauroit fe fervir de cette machine fans le fecours du tire-lifle : auffi en voit-on ici quatre i, i, i y i y qui font fufpendus aux lifterons A,A,A, A, au moyen des tirants ly ly l, ly qui font chacun attachés à un arbalette comme celui m 9 qui tiennent aux lifterons de la même maniéré que ceux a*by des figures y & 6 de la Planche précédente : on a toujours la précaution que ces tire—liftes s’élèvent au-» deflus des carquerons, même dans le repos du Métier ; c’eft ce qu’on obfervo en armant le Métier.
- La pofition de cette figure fait (iippofer que le châtelet eft fur le Métier ; & pour qu’on vît la fulpenfion des Liftes en entier, on n a defliné aucune partie du Métier : on n’a même fait voir que la grande traverfe extérieure A, avec la moitié des deux traverfes d'aflemblage B y B y Se. le montant (7, où eft paflee la broche de fer n , qui fert d’axe aux ailerons.
- J’eufle joint des marches à cette figure, mais elle n’a pas été dans une pofition convenable pour les faire voir avantageufement ; d’ailleurs comme ce n’eft pas ici une armure, je n’ai pas recherché à les faire voir : j’ai cru qu’une figure féparée feroit plus à propos ; pour cet effet j’ai defliné celle 2, qui, en faifant voiries marches 0, 0, 0, o , offre aux yeux le deffous des carquerons p 9p 9p9p * où Ton peut remarquer l’arrangement des eftrivieres q, q, q, q, des Liffes r9 r , r y r y qu’on voit par-deflous , & des contre-poids s 9s > s 9 s : d’abord les marches font portées chacune par une eftriviere feulement ; ce n’eft pas qu’elles
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- Planche
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- îSo • JL’ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
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- i foient ainfi ordinairement, car quelquefois elles en ont jufqu’à dix : c’eft ce que nous ne verrons que dans les armures en réglé. Ici nous voyons que chaque eftriviere répond à un des carquerons p>p>p>p:> ces carquerons font aulîî fujets à porter plufieurs eftrivieres , de forte qu’à toutes les armures, excepté aux latins ordinaires , chaque carqueron répond à plufieurs marches par un nom-nombre déterminé d’eftriyieres, & chaque marche fait mouvoir plufieurs carquerons.
- On doit appercevoir par cette figure, qu’en enfonçant une des marches o, o y o 9o 9 on fait defoendre un des carquerons, qui entraîne avec lui une des cordes t, 1, t9 t% qui eft cenfée répondre à un des bouts des ailerons qui, par Tautre, tiennent les liffes r,r, fufpenduesde la maniéré que le font celles a9 a, a9a^ aux ailerons b 9b 9b 9b9 de la figure r. En comparant cette derniere figure à celle dont nous nous occupons , nous appercevrons facilement que les deux enfemble ne feront prefque qu’une feule difpofition de Métier mile en deux parties, & fous deux points de vue différents, afin de les mieux reconnoître ; il n’y a de différence que dans le point de vue , & dans ce que, à la figure i, les Liftes font ramenées à leur hauteur par les tire-iilïes i, i, i, i , qui doivent correfpondre aux marches, de même que les carquerons ; & qu’à la figure 2 les lifîes font ramenées par les contre-poids s9s 9 s 9s9 fofpendus aux lifterons v 3 v * v > v9 par les cordes OC ^ oc ^ oc ^ oc ^ qui paffent entre les carquerons : il eft vrai qu’avec cet arrangement il faut que les ailerons ayent un point d’appui du côté des Lifîes, afin qu’elles ayent une hauteur déterminée. On doit comprendre que l’autre bout des lifferons v, v,v , v, eft également chargé de contre-poids, afin de les tenir de niveau, Sc de faire defoendre également les Liftes par leurs deux côtés , fans quoi il y auroit quelque rebouclement de mailles qui fo mêlerait avec la foie de la chaîne , & le travail en fouffriroit confidérablement ; ainfî les deux contre-poids qu’on met à chaque Lille, doivent être d’un poids égal, & placés à une même diftance des bouts de la Lilfe fur le lifîeron. Ici les cordes x9 x9x3x, font placées un peu loin des Liffes; je l’ai exécuté ainfi, afin de mieux faire connoître leur pofition ; mais dans la bonne méthode, les cordes des contre-poids ne doivent être éloignées des Liffes tout au plus que de demi-pouce , par la raifon que fi un lilferon fe trouve un peu foible, foit dans fà largeur , foit dans fon épaifleur, en éloignant trop les contre-poids l’un de l’autre , on fait courber le lilferon par le milieu , & dans quelque fens qu’il fe courbe , c eft toujours un défaut, tant pour la lilîe que pour le travail. Ce que je dis eft facile à concevoir, fi l’on veut faire attention que les contre-poids étant ordinal rement placés en dehors des Lilfes * leur véritable point d’appui fe fait for les mailles les plus prochaines de l’endroit où les cordes font fixées, à moins que le lilferon ne foit très-fort, mais pour peu qu’il ait de foiblefle, le milieu de là longueur ne pofe jamais avec autant de force for lès mailles que for les bords : auffi nous avons des Ouvriers qui, pour prévenir cet inconvénient, placent les
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- Septième Section. I. Part. De la Jufpenjion des Lijfes , &c. 181
- cordes des contre-poids en dedans des LifTes, c’eft-à-dire, qu'ils anticipent £ environ d un po.uce 3c demi fur les mailles par chaque bout, 3c par ce moyen ils préviennent tous les inconvénients ; car alors, que le lifleron foit fort ou foible > il ne peut plus fe refleurir de la pofition des contre-poids, puifqu ils font forcés de donner un poids égal dans toute la largeur de la Liffo : il y a même un avantage aflez confidérable, c'eft que lorfqu'une corde de contre-poids fo cafle en travaillant, le lifleron n'eft pas fi fujet à fo déranger que quand les contre-poids font placés hors de la Lille ; au lieu que fi la corde de l'un vient à caffor , fon contre-poids tombe à terre, & le lifleron s'élève de ce côté avec d'autant plus do rapidité , que le contre-poids refiant a de force ; fouvent il vient frapper contre le bord de la chaîne ,, & en cafle des fils : d'ailleurs il fo forme à l'inftant un rebouclement général qui peut nuire au relie de la chaîne. Cette remarque n'eft pas déplacée ; car il arrive fort fouvent que ces cordes fo caflent, for-tout quand elles font pafTées entre les carquerons, comme elles le font ici ; les frottements qui réfoltent des mouvements des carquerons & des Lifïes, contribuent beaucoup à ronger ces cordes, & à les faire promptement ufor. Il n'en eft pas de même lorfqu'au lieu de cordes, on ne fait pafler entre les carquerons que des fils de fer ou des lamettes, comme nous le verrons ailleurs.
- Les cordes y, y, y, yne font ici arrêtées qu'avec des boucles, de forte qu’elles ne peuvent être allongées ni raccourcies qu’en les ôtant tout-à-fait de defliis les carqueronsp 9p 3p>p, où elles font attachées par le nœud du laboureur , dont nous verrons tout-à-l'heure la conflruélion ; mais ceux qui ne prennent pas d'autres précautions pour agencer leur Métier, réufîilTent toujours mal. U faut que ces eflrivieres foient faites dans le goût de celle qui efl attachée à l'arbaiette a, fig. y , PL 16, Sc dont nous verrons bientôt les avantages par la defcription que j’en donnerai, ainfi que des autres nœuds dont on fait ufàge pour les arrangements des Métiers ; car il y en a de beaucoup d'efpeces, & chacune a fos avantages particuliers.
- La figure 3 repréfonte un carrettefimple, & dont on a ôté un côté en entier, pour qu'on y apperçoive plus facilement la fofpenfîon des Lifïes a ,b> qui font attachées aux têtes des ailerons c, d, de même que celles de la figure r. On remarque ici que ces deux Lifïes font placées une haut, 3c l'autre bas : on pour-roit croire, à l’infpeélion de cette figure, que j'ai voulu les repréfonter en mouvement ; mais fi l'on veut prendre la peine d'en parcourir l'arrangement, on trouvera que ce doit être leur pofition ordinaire dans le repos. On peut remarquer que la Lifle a eft fofpendue à l'aileron c ; que cet aileron a la tête en l'air, parce que le contre-poids e l'attire de l'autre côté, 3c lui donne un point de hauteur fixe , en le faiïànt pofor for la planche/*du chevalet, qui eft feulement ponétuée, 3c qui l'empêche de defcendre plus bas par ce côté : c'eft ainfi qu’on range ordinairement les LifTes de rabat, de maniéré que fi l'on avoit huit LifTes de ce genre à placer à un carrette fimple tel que celui qui nous occupe, Étoffes de Soie. VIL Pare. Z 2
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- HART DES ÉTOFFES DE SOIE. on les rangerait toutes de la maniéré dont celle-ci eft pofée, & les unes à côté cbe des autres, toutes de fuite.
- La Lifté b eft plus baffe que celle a, d’envirôn 3 pouces : elle eft néanmoins à ion point de repos, Sc même elle ne finirait defcendre plus bas > à moins d’allonger les branches g ,g > de Tarcade h, qui la apporte , parce que la tête de laileron d, auquel elle eft fufpendue, pofe fur la planche i, qui forme le deflus du chevalet intérieur, & qu’on a feulement ponéïuée , afin de laiflér à découvert toute la pofition de cet aileron. En parcourant l’arrangement de cette Lifté, nous reconnoîtrons quelle eft attirée par le contre-poids ky qui doit être afléz pefant pour, avec fon femblable, qui eft à l’autre bout du même lifléron, & que nous ne faurions voir, attirer le carqueron D Sc les marches qui doivent le faire mouvoir, ainfi que l’aileron d9 qui doit toujours être pofé fur le chevalet tant que le Métier ne travaille point ; Sc même quand il travaille, cet aileron doit venir toujours fe pofer au point où il eft à chaque fois qu’il a levé, & que l’Ouvrier change de marche ; car jamais une Lifte n’eft feule dans cet état, au moins pour ce qui concerne les Etoffes de Soie, en forte qu’il peut y avoir quatre , fix & huit liftes, &c. fous ce même arrangement ; il eft vrai qu’il faudrait alors un nombre de carquerons égal à celui des Liftés ; il faudrait auffi une même quantité d’ailerons & de cordes de carquerons comme celle m ; on mettrait auffi a chaque Lifté deux contre-poids comme celui k> afin de les ramener également.
- L’arrangement de ces deux Liftes eft tel, qu on peut, avec une feule marche , faire lever l’une Sc de (cendre l’autre tout à la fois : on n’a qu’à placer les eftrivieres n> o, à une même marche & l’enfoncer, on verra tout de fuite que la Lifté a defcendra, & que celle b montera, ce qui eft facile à concevoir, quoique les deux eftrivieres prennent la même direction. Pour le bien entendre , on doit faire attention qu’en tirant par en-bas l’eftriviere 0, on attirera le car-queron D, auquel elle eft attachée ; que ce carqueron, par la corde m 9 fera defcendre la queue de l’aileron d, auquel elle eft attachée; que cet aileron, qui balance fur l’axey>, en defcendant du côté de la queue, montera du côté de la tête, Sc entraînera néceflàirement l’arcade h, laquelle, par fes branches gygy qui portent les deux bouts du lifferon q, fera monter la Lifté b avec elle? cette Lifté reftera néanmoins tendue dans tout ce mouvement , parce que le contre-poids k Sc fon pendant l’attirent en en-bas.
- Pour connoître comment la lifté a pourra defcendre, il fuffit de remarquer que l’eftriviere n tient au milieu de l’arbaiette s, qui eft attaché au liflèron t, qu’en defcendant elle tire la Lifté a, qui fait defcendre en même temps avec elle le lifferon v , auquel les deux branches x, x, de l’arcade y font attachées* Cette corde étant jointe au gouflét de l’aileron c, entraîne la tête de cet aileron , en fait monter la queue à mouvement égal, parce que cette queue eft retenue par la corde qui porte le contre-poids c,
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- Septième Sèctïôn.I. Païit. De la fafpenfion des Liftes y Ôc. 183
- Après avoir parcouru la fuite de cet arrangement , il eft facile de concevoir qu ayant lâché la marche qui doit attirer en en-bas les eftrivieres n, o, les LiffeS reprennent âufli-tôt leur première pofition, parce que Tune Se lautre y font entraînées par les contre-poids qui fervent d’oppofition à la force que le pied de TOuvrier avoit imprimée.
- Si Ton avoit plufieurs Liifes > on mettroit plufieurs marches, & toutes pour-roîent avoir le même mouvement & faire marcher également les Lilîes deux par deux, quatre par quatre , Sec. fuivant le genre d’Etoffe où on les emploie J car fouvent on aura huit Liifes de fond qui doivent être rangées comme celle h y Se quatre Liffes de rabat, qu’on place comme celle a : deux marches fuffi-ront pour faire aller les huit Liffes de fond, tandis qu’il en faudra quatre pour celles de rabat, en forte que chacune des premières deux marches fait lever quatre Liffes à la fois, Se que chacune de celles de rabat n’en fait bailler qu’une. Pour d’autres Etoffes, nous verrons que de huit Liifes de fond * une feule marche en fait lever quatre, & cette même marche fait defcendre une
- Lilfe de rabat feulement: d’autres fois on obtient tout le contraire ; ainfi on ne
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- doit pas être furpris de tant de variétés dans les arrangements de Métier : je crois qu’il n’efl: pas un Art qui en offre davantage.
- La figure dont nous venons de nous occuper, ne préfente que la grande traverfe E du Carrette; on a fupprimé fa femblable pour découvrir tout ce qui concerne l’arrangement des Lifîès Se des cordes correfpondantes, ainfi que les montants femblables à ceux F, G Se H; par ce moyen, en fuppofànt le carrette fur le Métier, on peut connoître tout ce qui y eft nécelfaire, fans être obligé de mettre un grand nombre de Liffes ni d’ailerons, Sec.
- Jufqu’à préfent je n’ai prefque rien dit des moyens par lefquels les cordes peuvent procurer des arrangements affez juftes pour les armures des Métiers $ tout ce qu’on a vu ne font que des cordes arrêtées à la hâte au point où elles doivent être, fans fuppofer aucun arrangement fubféquent ; mais il faut avoir la précaution de leur donner la longueur qu’elles doivent avoir, Se de leur faire les nœuds convenables pour qu’on puiffe régler les hauteurs, tant des Liffes que des carquerons, marches, tire-liffes, Sec 5 c’eft de quoi nous allons nous entretenir avant de paffer à d’autres fufpenfions.
- On voit fur la LifTc^fig. 4 5 que la corde a a été arrêtée avec précaution , de même que la corde de carqueron m y de la figure 3 : l’une & l’autre font arrêtées par le même nœud, qu’on appelle nmd coulant : avec ce nœud on peut de£ cendre & monter l’objet qu’on fufpend autant qu’on en a befoin.
- La corde avec laquelle on fait les gouffets, forme des efpeces de gances qu’oni peut voir en b, b ,jîg. 4 , en /, fig. 3 , à tous les enchaînements d’arcades, Sec ; mais pour mieux les reconnoître , la figure y en repréfente un à part formé par une corde doublée & nouée par fes deux bouts, comme on le voit en c. Pouf faire les gouffets, on doit faire attention s’ils doivent être grands ou petits ; on
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- 184 VA R T DES ÉTOFFES DE SOIE. ’
- mefiire ce qu’il faut mettre de longueur à la corde qui doit les former: on coupe autant de longueurs de corde à peu-près égales, qu’on fe propofe de faire de gouflets, obfervant de donner à chacun la longueur qui lui eft néceflàire fuivant fon emploi.
- Quand les cordes font coupées à la longueur déterminée, on égaiife les deux bouts en les joignant l’un contre l’autre, & on y forme un nœud comme celui %dy fig. 69 qu’on approche autant qu’il eft poflible des extrémités, & qu’on ferre avec force pour le rendre comme celui c de la figure y , que nous avons
- déjà vu.
- Après avoir formé le nombre de gouflets qu’on doit employer, on les place dans les trous, fbit des lifterons , foit des carquerons, foit des ailerons , Scc , obfervant que le nœud foit toujours oppofé au côté que doivent embraff^ les autres cordes.
- Comme il arrive prefque toujours que les trous où on place ces gouflets, ne font pas afîez grands pour qu’ils y entrent facilement ; pour y parvenir avec plus de célérité & de facilité , on enfile le gouflet g, fig. 7, avec une ficelle h9 beaucoup plus mince que celle du gouflet : on tient le nœud i en-bas ; enfuite on aflêmble les deux bouts k de la ficelle le mieux qu’il eft poflible, & comme fi l’on vouloir enfiler une aiguille ; on pafle ces deux bouts enfemble dans le trou l du carqueron K, & l’on tire de l’autre côté, jufqu’à ce que le gouflet fbit entré dans fa place , & que le nœud i foit contre le bois. On en fait autant à toutes les autres pièces.
- On fe difpofe à fufpendre les Lifles ou lès carquerons, fuivant l’ordre qu’on doit faire tenir aux pièces du Métier dans cet arrangement ; fi c’eft une Lifle ou un carqueron qu’on veuille fufpendre, on commence par former un nœud m à la corde de fufpenfion n,fig. 8, qui eft arrêtée par un bout à l’aileron L; l’autre bout o paflè dans le gouflet p qui tient dans le carqueron M\ de-là on la pafle dans le nœud m , comme on le voit en q, fig. 9 : on prend garde de faire le nœud m à une hauteur convenable, afin de pouvoir placer les carquerons , les Lifles, &c. à toutes les hauteurs qu’ils peuvent occuper dans les différents changements qu’on leur fait éprouver, pour fuivre les différentes pofitions qu’on donne à un Métier dans le courant de la fabrication ; c’eft en ferrant ce nœud qu’on l’arrête à la hauteur qu’il doit être, & qu’on le fixe comme celui r, qu’on voit à la branche d’arcade t9 fig. 4, où l’on apperçoic que quoique le nœud foit ferré, le bout s de la corde n’eft pas encore arrêté. C’eft dans l’état où eft actuellement cette corde , qu’on réglé la hauteur de la partie qu’on fufpend ; ici c’eft la Lifle : fi elle eft trop élevée du côté où l’on fait le nœud , on retire en v, pour allonger l’efpece de boucle qui fe forme depuis le gouflet b jufqu’au nœud r , & la Lifle defcendra ; au contraire fi ce côté de la Lifle eft trop bas, on tire le bout s de la corde, en le faifànc glifler dans le nœud r, Sc par ce moyen on raccourcit cette même boucle ; & avant
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- S e p T i e 'jï fe S K c f i o n. ï. Part. De ia fufpenjion des Lijjes , &c. i8f de finir cette opération* on retient ferme le bout de la corde dans le nœud r 9 en le repliant 8c en ferrant fort avec le pouce 8c l’index; on pofo la main droite fur le lifleron , afin d:'étendret la corde t9 & afin que le gouflet b fafle plier la boucle qui eft entre lui 8c le nœud r9 fur fon extrémité; 8c quand on apperçoit que les deux côtés de cette boucle font d’égale longueur, on arrête le bout s de la corde en formant au-deflus du nœud r9 un ganceage tel quon le voit en a:, à la corde a de cette figure, & tel quil eft en o, fig. 3. On pourroit y au lieu d’une gance, former un nœud Amplement ; mais comme on eft fujet à toucher fouvent au Métier, on doit laifler fubfifter la gance, 8c même obforvec d’en faire par-tout y afin que pour les défaire on n’ait qu’à retirer le bout y, & remonter la Lifte ou la defcendre autant qu’il en eft befoin , 8c enfuite refaire cette gance , qu’on a foin de bien ferrer , afin que la charge des contre-poids , la force du travail , 8c les differentes focoufles des chûtes que font les Liftes à chaque inftant, ne puiflent pas allonger les boucles qui s’enchaînent avec les gouflets.
- On ne fàuroit prendre trop de précaution à cet égard, pour régler la hauteur des Liftes, des carquerons, des marches, & c. ce qui, non-feulement, fait perdre du temps , mais caufe des défauts dans la fabrication.
- Les Ouvriers qui fe piquent de bien régler toutes les hauteurs des pièces qui entrent dans l’armure d’un Métier, après avoir déterminé la hauteur des Liftes f des carquerons 8c autres, les arrêtent folidement tout le temps qu’ils font après à régler les cordes de fufpenfion'; ils fe fervent pour cela de cordes & de tringles de bois, & par ce moyen ils tendent également les cordes par-tout, & empêchent que les gouflets, ou les boucles qui fe forment dans leur enchaîne^ ment, foient plus longs d’un côté que de l’autre.
- Les contre-poids sys9 s9s9 fig. 2, font fufpendus aux cordés x9 x9xyxi 8c y font arrêtés au bout par un fimple nœud, comme celui ^, fig. 10, qu’on appelle communément gance fimple ; mais cette forte de gance eft fujette à fo défaire, c’eft pourquoi on commence par un nœud fimple auparavant y 8c enfuite on forme celui que nous voyons.
- •Le contre-poids e 9fig. 3 , eft attaché comme le tirant g, 8c l’arcade h , fig* 13 de la Planche précédente, excepté qu’au lieu de pafler le bout tout en entier , on a formé ici une boucle N 9 afin qu’en retirant le bout P9 on puifle facilement défaire la boucle quand il s’agit de déranger un Métier. Il faut, pour tout ce qui concerne les nœuds, les faire de maniéré qu’on puifle les défaire fans prefqu’aucune difficulté * & néanmoins qu’ils ne puiflent pas fe lâcher d’eux-mêmes, malgré les focoufles qu’on leur fait efluyer. Cette méthode eft fi géné* raie, que nous verrons tous les nœuds qui n’ont point de frottements à efluyer faits en gance, 8c de maniéré qu’on peut les dénouer fans difficulté*
- Les eftrivieres q, q , q y q, de la figure 2, font attachées aux carqueronsp>p 9 p 9p 9 p.ar une efpece de nœud coulant, que nous appelions nœud de rame ou, Etoffes de Soie. VIL Paru A 3
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- *86 VART DES ÉTOFFES DE SOIE, nœud de bâton ou du bâton. Ce nœud fa fait iimple ou double ; quand on le fait fimple comme celui fig. 11, on palTe la partie double a dans elle-même, après avoir noué les deux bouts de la corde comme un gouflet, par le nœud qu’on voit en d9 fig.6, & quon peut appercevoir en b far la figure elle-même ; on forme avec les deux parties de cette corde un double anneau cc98c l’on enfile le carqueron , le tire-lifle, la marche, Sec. dans l’ouverture d9 & en tirant du côté de la boucle a, on ferre les contours du nœud far la partie qu’ils enveloppent.
- Il n’eft pas poffible d’enfiler les anneaux qu’on forme avec la corde quand on fait cet enlacement pour les carquerons , parce que les cordes de correfpon-dance aux ailerons, font cenfées être placées lorfqu’on veut mettre les eftri-vieres pour les marches, à moins de le prévenir d’avance 9 & c’eft ce qu’on ne fait pas ordinairement 9 de crainte que ces cordes n’embarraflent pour placer les carquerons & pour les e'galifer 9 c’eft-à-dire , pour les mettre tous à la même hauteur ; alors on met cette corde nouée par les deux bouts, comme on la voit far le carqueron Q 9fig. 12 : on palfe le bout e dans l’ouverture t, & l’on tire avec force pour ferrer autant qu’il en eft befoin, obfervant que le nœud g fe trouve 8c puilTe relier en deflous du carqueron 9 afin qu’il n’accroche pas les autres carquerons, fes voifins.
- Cette maniéré d’arranger les ellrivieres eft vicieufa, non-faulement en ce que le nœud g* nuit infenfiblement au travail en arrêtant le mouvement des carquerons , & que le nœud de la corde elle-même n’eft pas allez folide * non pas qu’il puifte fe dénouer, mais comme il fe lâche à mefure , la corde celle d’être tendue & change de place ; cependant bien des Ouvriers la mettent en ufage.
- La figure 13 repréfonte le même nœud 5 mais il eft un peu plus commode $ en ce qu’on faille libres les deux bouts h, h9 de la corde, & qu’on forme l’enlacement par le côté redoublé i : du refte il s’y forme un double anneau kk, dans l’ouverture duquel on forre fortement ce qu’on y embralfo. Ce nœud eft plus propre que celui que nous venons de voir, parce que la partie i ne formant point de grolfeur, ne fauroit nuire aux mouvements du Métier, ni rien accrocher.
- Les Ouvriers qui entendent bien l’arrangement de leur Métier, font ces nœuds doubles , c eft-à-dire, qu’après avoir formé le double anneau ce9fig. 11, ou celui k ky fig. 13 , ils repalfont le bout a dans l’ouverture d9 pour former une autre ouverture comme celle /, fig. 14, ou bien ils paffent les bouts h9h9 dans l’ouverture m, fig. 13, ce qui en forme une fomblable à celle n9fig. 15 ; c’eft dans ces ouvertures qu’on place les carquerons, tire - lifles, &c« & pour ferrer avec le premier de ces nœuds, on tire la boucle o avec force , obfervant que le nœud a fe trouve rangé comme celui q,fig• i5, qui repréfente le bout d’un tire-lilîe R, fur lequel la gance ou boucle r ell arrêtée : c’eft dans cette même boucle qu’on doit paffer les tirants qui font aux arbalettes des
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- Septième Section. I. Part. De la fufpenfion des Lijjes, &c. 187 Lifles, pour les joindre aux tire-lifles, plutôt que de les former d’une feule piece , comme le font ceux l yl, l, l > fig% 19 parce qu’il n’eft prefque pas poffi-ble de les ranger comme ils doivent être, & d’ailleurs on ne peut jamais obtenir que les tirê-liffes foient appareillés à la même hauteur,, ce qui eft d’une fi grande conféquence, que lorfqu’il fe trouve une différence fenfible entre la hauteur d’un tire-liffe à l’autre, ou entre deux carquerons , il faut fe déranger à tout moment. Quand on a pafïé un tire-liflè, un carqueron ou autre uftenfile dans l’ouverture n> fig. 15, il fuffit de tirer à foi les deux bouts a, a, & on voie la piece fo ferrer très-fortement * ce qui n’empêche pas de pouvoir l’ôter très-aifément de place quand on a befoin.
- On attache encore les eftrivieres aux carquerons ou aux arbalettes, ainfi que les tirants, en failànt le nœud du laboureur ; ce nœud eft repréfenté par les figures 17 & 18 : il eft même connu fous le nom de nœud de la charrue , ce qui a, du moins à peu-près, la même lignification. Ici il eft mis en ufàge fur la corde S yfig. ip, & fur le carqueron T, fig. 20. Pour bien connoître ce nœud , il faut en fu'ivre tous les contours ; d’abord la figure 17 fait voir que la corde s forme deux anneaux t91, au milieu defquels fe croifent les bouts v , x : c’eft dans l’ouverture y , qu’on place l’objet qu#on veut attacher. A ce nœud-ci on fe contente de tirer le bout v quand on veut ferrer le carqueron, & on lailfe tout proche le bout x, parce que le nœud ^ qui fe trouve à ce bout, eft affez gros pour que ce bout ne puiffe pas échapper lorfque les deux coulants t, t, font rapprochés, & qu’ils tiennent ferme fur une piece de bois ou fur une corde , quelle quelle foit.
- La figure 18 nous fait voir le même nœud fait de maniéré qu’on peut employer les deux bouts d9d9 lorfqu’il eft fait fur quelque corde, comme fur celle S, fig. 19, ou fur une piece de bois T 9 fig. 20 : on voit qu’il eft facile de ferrer les deux anneaux e, e, en tirant les bouts de cette corde ; ainfi l’endroit du nœud où fe croifent les deux parties de la corde, eft fàifî par le grand contour qui forme les deux anneaux, & plus on ferre, plus on eft aifuré que le nœud ne gliffe pas facilement.
- Quand on peut enfiler le nœud du laboureur par ce qu’on veut lui faire contenir , on le forme comme nous venons de le voir par les figures 17 & 18 ; mais quand on eft obligé de le faire fur l’objet qu’il doit ferrer, on s’y prend différemment. Sans entrer dans un long détail, on peut fuivre les contours qu’il forme fur la figure ip, où on l’a repréfenté exprès fort lâche.
- J’ai dit que l’on employoit les deux bouts de la corde qui pafloient hors du nœud, à autre choie qu’à forrer ; nous avons vu qu’on en formoit des tirants ou des eftrivieres, &c. Je ne dirai rien de plus à cet égard ; je ferai remarquer feulement que fouvent on ne fe contente pas du ferrement du nœud lui-même * 8c qu’on forme defïus un fécond nœud, comme on le voit par la figure 20, qui repréfente un carqueron, fur lequel font les deux anneaux / 91, formés
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- î88 HART DES ETOFFES DE SOI È>
- . , par une corde qui y eft attachée par le nœud du laboureur : on apperçoit que ce
- Planche nœud eft ferré, 8c que les deux cotés de la corde qui le forment , font croifés f7# en deflous du carqueron T y 8c retenus par le contour m, qui les ferre fortement ; 8c indépendamment de cela, on prend foin de former un noeud comme celui n , avec les deux bouts o , o, qu'on ferre bien fort fur le contour m ; alors on n a plus à craindre que les deux contours /, 1, fe lâchent, ni que les bouts de la corde fe dérangent. Nous verrons dans la Planche fuivante les différents moyens dont on fe fert pour faire les eftrivieres, & pour les fixer aux marches* Voyons encore ici une troifieme efpece de nœud coulant, dont on fe fert dans l'armure des Métiers, entr autres pour les contre-poids.
- Le nœud /^qui tient le contre-poids K 9fig. 3 , eft un nœud coulant 'que je vais faire connoître : je ne faurois faire remarquer deflùs les contours que fait la corde r pour le former ; mais en examinant la figure 21, on reconnaîtra que la corde p eft paffee dans le trou q du contre-poids X ; après avoir fait le nœud r au bout de cette corde, on forme l'anneau s comme fi l'on vouloiç faire un autre nœud femblable à celui r ; 8c quand cet anneau eft formé, on paffe dédans le bout de la corde-/?, & Ton ferre deffus cet anneau s, de forte que le bout r fe trouve tout contre ; après quoi on fait defcendre ce nœud le long de la corde, jufqu'à ce qu'il joigne le deffus du contre-poids, comme il eft en k 9
- fig-3-
- Cette maniéré de fofpendre & d’attacher les contre-poids, doit être préférée à celle que nous avons vue pour les contre-poids s9s 9s ,s ,fig. 2, parce qu'on n’a pas befoin de fe baiffer ni de s'affeoir par terre pour les régler ; d'ailleurs ort n’eft pas obligé, en changeant une des cordes de fuipenfion, comme celle r , jig, 3 y de la paffer dans le lifferon où elle eft fufpendue elle-même, parce qu'on la paffe dans le gouffetjy, & on l'arrête par le nœud qui eft le même quq nous avons vu au tirant & à l'arcade fig. 13 , de la Planche précédente.
- A mefure que nous avancerons, nous aurons occafion de voir d’autres nœuds ; j’aurai foin d’en faire remarquer la conftruétion 8c l'utilité : en attendant, voyons la fufpenfion des Liffes au carrette à double batterie, g*-—La figure 1, PL 18, repréfènte un carrette à double batterie, fur lequel Planche nous allons fuivre les mouvements qu'il procure aux Liffes a ,a9 b9b, qui font fufpendues aux ailerons c 9c9d ,d9e, e 9f9f ; chacune de ces Liftes eft fuppor-tée par une double arcade 8c par deux ailerons à la fois, de forte que chacun de ces ailerons a une arcade ; & comme on emploie deux ailerons pour pç>rter une Lifte, leurs arcades font employées à leur tour à la fu/penfion de la Lifte qu'ils doivent faire mouvoir. Afin qu’on comprenne mieux ce mécanifme, il faut remarquer que les branches g>g*g3g9 forment les deux arcades qui font attaK chées aux ailerons c, c, & par le bas au lifleron / , de la première des Liffes aa ; & les branches A, Ji9 h, h, forment les arcades des ailerons d9d, & font attachées par le bas au lifleron m de la fécondé des Liftes a, a \ les branches i,
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- Septième Section. I. Part. De fa fufpenjion des LiJJes, &c> 189 i y i y forment les arcades des ailerons e , e, Sc à leurs bouts eft fufpendu le lifte-ron n de la première des LifTes A, b; enfin les branches A, A, A, A, font les arcades des ailerons/,/, Sc portent par leur bout le lifléron o de la fécondé des Liftes A, A. Il eft facile de connoître, par cet arrangement, que Ton emploie quatre branches d’arcades pour chaque Lifte, & que ces quatre branches forment les deux arcades des deux aiierons, qui ont leurs têtes en face Tune de l’autre , c’eft-à-dire , qu’on fe fert d’un aileron de chaque batterie pour une feule Lifte. Comme la quantité des arcades qui font fur cette figure , ne permet pas qu’on découvre a fiez facilement la direction qu’elles o$t pour venir du haut des ailerons fe joindre aux lifterons, on peut confolter la figure 2 y Sc y remarquer comment les arcadesp y q, qui font attachées aux ailerons Ay B , diftribuent leurs branches pour venir fe joindre au lifleron (7, ou plutôt aux gouftets rys9 qui font pafles dans ce lifteron : on verra que chacune de ces arcades porte une de fes branches à droite , & l’autre à gauche * qu’on a réuni une des branches de l’arcadep , avec une de celles de l’autre q9 pour les pafler dans le gouffet r, & que les deux autres branches de ces mêmes arcades font attachées au gouflet s. Il faut avoir foin de les tendre également de droite & de gauche avant de former les boucles Dy Dy dont on a enfeigné ci-deflus la conftruéUon.
- On voit fur cette figure comment ces nœuds fon t formés ; mais je ne les ai point repréfontés fur la figure 1 , afin d’éviter la trop grande confufion que toutes ces boucles Sc tous les bouts des cordes auroient produit. Je me fois ref-traint à faire appercevoir comment les cordes des arcades viennent deux par deux pafler à chaque bout des lifterons, au lieu de pafler dans des gouftets ; ce n’eft pas qu’on ait univerfellement adopté cette méthode, mais j’en ai profité pour mieux faire voir les branches d’arcades dans toute leur hauteur.
- Nous aurons occafion de voir for cette même Planche, une maniéré différente d’attacher ces branches d’arcades ; mais auparavant occupons-nous de voir comment les Liftes a y a, A, by font mues.
- D’abord les Liftes a, ay font fofpendues aux ailerons c9c9 d9 dy qui ont leurs têtes beaucoup plus baffes que leurs queues, Sc qui, néanmoins, ne peuvent pas defcendre plus bas, parce quelles font pofées for les chevalets F, E. A la queue de ces ailerons, font fofpendus les carquerons F, F, au moyen des cordes tyt9tyt9 qui y correfpondent, & auxquelles on donne le nom de cordes de carquerons. Pour que les queues des ailerons foient plus élevées que leurs têtes, il faut qu’elles y foient amenées par une force majeure, d’autant que ces queues font plus longues, Sc qu’elles fopportent les carquerons ; ce font les contre-poids v, v, v, v, qui rendent cet office : il faut donc qu’ils foient plus lourds qu’il ne faudroit pour tenir ces ailerons en équilibre, parce que leurs têtes qui portent les Liftes ay a, auxquelles font pendus les contre-poids v , v, v y v y pofent for les chevalets E, E, qui leur fervent de point d’appui. Ces contre-poids font ordinairement de plomb ; & fi on les met de fer, il faut qu’ils Étoffes de Soie, FIL Part. B 3
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- rpo rART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- foient ou plus longs ou plus gros, pour qu’ils ayent le même poids; quelquefois on les fait d’une forme différente, tels que nous en avons vu ci-devant, & que nous aurons occafion d’en voir encore.
- Les queues des ailerons ey e ,f font ici plus balles que leurs têtes, confé-quemment les Liflès b, b , qui font fofpendues à leurs arcades, font plus élevées que celles a, a. La force qui retient ces Liffes au point d’élévation ou elles font, efl: dans lés contre-poids x , x, x, x, qui font fufpendus aux queues des ailerons par les cordes y ,y 9y 9y: ces contre-poids attirent les queues des ailerons jufqu’à les faire repofer fur les chevalets G, G, qui font les points d’appui déterminés pour une armure où il doit y avoir des Liffes de rabat ; car ici il faut fuppofer que les Liffes a, a, font des Liffes de fond , & que celles b, bfont des Liffes de rabat. <
- Les arcades qui font aux ailerons de cette figure, ne tiennent à aucun goufo fet, comme celles des figures i 6c 3 de la Planche précédente : elles font paffées dans les ailerons mêmes de la maniéré qu’on le voit en ^ , fig. 3 , où la corde a été paffée double dans le trou de l’aileron H; & lorfqu’on a fuffifàm-ment fait fortir de cette corde , on forme au bout un nœud qu’on rapproche contre l’aileron, comme il efl: en <2 , fig. 4, bien entendu que les branches font fuffifamment grandes pour atteindre du haut des ailerons aux liiferons : on doit même éviter y autant qu’il efl: poffible , qu’elles foient appondues, c’eft-à-dire , quelles foient nouées fur leur longueur par quelques bouts ajoutés pour les agrandir. Quand les cordes d’arcades font groffes au point de ne pouvoir entrer doubles dans les trous des ailerons qu’avec peine, on fe fert du moyen que j’ai indiqué ci-deffus pour paffer les gouffets dans les carquerons, les liiferons , <3cc.' & qu’on voit repréfenté par la figure 7 de la Planche précédente.
- On n’arrête pas toujours les cordes d’arcades par des nœuds au-defïus des ailerons , on les fixe fou vent en palîant dans la boucle £ , fig. 3, l’aileron lui-même , comme il efl: en b, fig. 5, où l’on peut remarquer qu’en tirant la corde en c , c, on ferrera la boucle b fur l’aileron /, de maniéré à ne pouvoir plus fortir ; d’ailleurs on a foin que la boucle foit <par derrière le trou , & non pas près du bout d. On prend quelquefois le foin de faire une petite encoche en deffous de l’aileron , tout proche du trou, & la boucle b s’y place en ferrant.
- Quand on craint que les ailerons ne fe fendent en les perçant, ce qui arrive lorfqu’ils font trop minces, au lieu de trous, on fait deffus & defîbus de petites encoches, en leur faifant le nœud du laboureur/*,^. 6, qu’on ferre fortement fur l’aileron K, & on y ajoute un fécond nœud qu’on forme avec les deux bouts g, g , de l’arcade, de la même façon qu’on l’a vu par la figure 20 de la Planche précédente. On prend garde, en ferrant le nœud du laboureur fur l’aileron, que ce foit de maniéré que les branches de l’arcade foient confervées également longues , afin de n’être pas obligé d’en allonger une , ou de relâcher le nœud.
- Quand on ne fait pas le nœud du laboureur, on fait le nœud coulant double,
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- Septième Section. I. Part. De la fufpenflon des Lijjes, &c. jçr qui eft repréfenté par la figure r y de la Planche précédente, & Ton en place les contours dans les encoches e , e, de notre figure 6.
- Nous avons déjà vu la maniéré de fufpendre les Liftes à ces arcades ; mais 011 ne fe contente pas toujours de les gancer Amplement, comme nous Pavons vu en D, D3fig. 2 , parce qu'il eft difficile', en formant ces nœuds, que les branches qu’on joint enfemble, relient également tendues ; & lorfqu’elies ne le font pas, il n’eft pas pofîible que les mouvements de montée & de defeente foienc réguliers & fixes au point où ils doivent être. Pour prévenir cet inconvénient ,* on a la précaution de bien tendre les deux cordes, en leur faiîànt prendre la direction qu elles doivent avoir , & de les joindre Tune à l’autre par un nœud h , fig> 7 ; après quoi on pafle les deux bouts i, i9 dans le gouffet K , fig. 8, & 011 les y arrête par le nœud / ; par ce moyen on eft alluré que ces Liftes ont un mouvement plus précis, 8c que d’ailleurs fi une des cordes qui partent dans le gouf-fet k, n’eft pas aflez tendue , l’autre fuffit pour conferver le niveau de la Lifte, parce qu’alors le coup de force prend au nœud n 9 ou , pour mieux dire, par ce nœud les deux cordes , à cet endroit 9 n’en font plus qu’une.
- On ne difpofè pas toujours les cordes d’arcades de la maniéré que nous venons de voir ; il y a encore une forte d’arrangement que je n’ai pas cru devoir repré** fenter ici, parce que j’aurai occafion de le mettre fous les yeux à la Planche lui-vante. Revenons à la figure 1, pour connoître en entier le moyen qui procure le mouvement aux Lilfes de fond a9a9 8c à celles de rabat b9 b,
- On peut avoir déjà fenti, par les fufpenfions des Liftes repréfèntées dans la Planche précédente , que la caufe motrice de ces mêmes Liftes, font les mar* ches ; ainfi nous fuppoferons encore que les marches font placées à cette figure y 8c qu’elles font au nombre de deux ; nous obferverons que la première marche pafte dans les eftrivieresp , q , & la fécondé dans celles r, s ; nous remarquerons en même temps que les eftrivieres p, s9 font attachées aux carquerons F9 F, & que celles q9 r, le font aux arbalettes qui tiennent aux lifterons inférieurs L, L9 des Liftes de rabat. En parcourant tout cet arrangement, on doit faifir la corref-pondance qu’il y a entre les pièces d’un Métier par le moyen des cordes, 8c appercevoir qu’en faifànt defeendre la première marche, on attire les eftrivieres p , q, dont la première fera defeendre le premier des carquerons F, F, qui, par les cordes 1, t9 qui y font attachées, feront baifter à la fois les queues des ailerons c9c9 8c la premiers des Liftes a9a9 montera, tandis que le même mouvement de la marche fera defeendre la première des Liftes b 9b 9 au moyen de ce quelle fera attirée par l’eftriviere q ; alors la queue des ailerons e9e 3 montera , tandis que la tête defeendra ; 8c quand on lâchera la marche, tout reviendra au point ou on le voit, parce que les deux premiers contre-poids v, v, ramèneront la Lifte a à fa hauteur : les deux premiers contre-poids x, x, en font de même à l’égard de la première des Liftes b, b, en ramenant les ailerons e, e, fur leur point d’appui.
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- rpi L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- .La fécondé marche fera faire le même mouvement à la deuxieme des Liftes a y af & à la fécondé de celles b >b9 parce qu en tirant le fécond des carquerons F9 F y elle fait defcendre la queue des ailerons d9 d9p ar les. cordes t, t, qui y correfpondent ; en même temps feftriyiere r attirer^ le fécond des lifterons L, L9 & la fécondé des Liftes b 9b9 fera forcée de descendre 8c d'entraîner avec elle la tête des ailerons/,/; 8c quand on abandonnera cette marche, tout reprendra fa première pofttion par l’effet des féconds contre-poids v, v, & des deux derniers x, x.
- Cet effet eft d’autant plus facile à concevoir, qu’on apperçoit que les contrepoids OC y OC y «X y OC y font attachés aux cordes y, y , y 9 y > dont deux font fufpen-dues une à chaque aileron e3 e , & les autres le font une à chaque aileron/,/, comme je l’ai fait remarquer dans la defcription. Quant aux contre-poids v , v * v , v, ils font fufpendus deux par deux aux lifterons M9 M, par les cordes N 9 N9 qui paflent devant le premier des carquerons F9F9 & par celles 0,0, qui paflent entre ces deux mêmes carquerons.
- J’ai déjà fait remarquer que les carquerons rongeaient ordinairement les cordes des contre-poids, 8c les ufoient bien vice ; mais il y a un moyen sûr pour prévenir cet inconvénient : j’en parlerai en expliquant la Planche fui vante ; je joindrai à cela un arrangement certain pour que les carquerons ne fe chevauchent pas, & pour éviter en même temps le balancement continuel qu’ils éprouvent en travaillant, & qu’on ne fauroit trop prévenir.
- Les eftrivieres p , q , r9 s, de la figure i, font formées de maniéré à ne pré-fenter aucune reftburce pour les allonger 8c pour les raccourcir fans les défaire totalement, pour les rogner dans un cas , & leur ajouter un bout de corde dans un autre. Il n’en eft: pas ainfi de l’arrangement que préfente la figure p : on y voit que i’eftriviere a eft conftruite de maniéré à pouvoir être allongée & raccourcie autant qu’on en a befoin pour régler la hauteur des marches, 8c la montée ou la defcente des Liftes ; car nous aurons occafion de voir fouvent que toutes les eftrivieres ne font pas deftinées à foutenir les marches, & que leur feul& unique emploi eft de faire defcendre & monter les Liftes auxquelles elles correfpondent.
- D’abord pour former une eftriviere comme celle a y fig, p, il faut couper une corde de longueur convenable ; 8c je dois faire prendre garde ici que toutes les fois qu’on arme un Métier^à neuf, il faut couper les eftrivieres toutes d’une même longueur, 8c enfuite on les difpofe comme celle fig. io , c’eft-à-dire , qu’on pratique un nœud b c à chaque bout ; enfuite on forme la boucle d, qui eft très-néceflaire. Après avoir formé les nœuds b, c, qui font un à chaque bout de la corde, on fait celui e dans l’état ou il eft fig. 11 ; on pafle dedans le bout c de la corde, 8c après on ferre ce nœud, de forte que le bout qu’il contient ne puiftê pas en fortir du côté de fon nœud ; car du refte il eft fort aifé de comprendre qu’en retirant ce même bout du côté du nœud c, la boucle/ ne
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- S e p T i Èfli é Sectiôn. I. Part. De la JfiiJpehjîon des LiJJes , SCc. fubfiftera bientôt plus. On fait cette boucle ainfi , pour pouvoir en diminuer la grandeur dans certaines occafioris qui fe préfenteront. On fait enfiiite fur la Ion- Planche gueur de la corde le nœud du laboureur ou le nœud coulant double f de maniéré que le carqueron P ,fig. 9, y trouve place * comme dn l’y voit : on obferve que la boucle d foit le plus près poffible du carqueron ; alors on paflè la corde fods la marche Q, on en ramene le bout e, qu’on paflè dans la boucle d : on fait couler ce bout dans cette boucle autaht qu’il le faut pour fixer la marche à la hauteur où elle doit être, fi c eft Teflriviere qui doit régler la hauteur de cette marche ; car dans le cas où cette hauteur n’auroit rien de commun avec la Ion-, gueur de l’eftriviere, on fait gliflèr le bout dans la boucle autant qu’il le faüt pour amener l’eftriviere à la longueur qu elle doit avoir ; 8c quand on eft àfluré de cette longueur , on arrête ce bout en formant la boucle g: on doit, pat-là,
- (èntir qu’en tirant plus ou moins le bout c de la corde , on parviendra à donner à l’eftriviere telle longueur qu’on defire. Ainfi quand il arrive qu’une eftriviere s’allonge, on peut facilement la raccourcir 5 de même que quand il faut qu’elle foit plus longue, on peut la rallonger.
- On ne met pas toujours les eftrivieres en delîous des marches, comme celle que nous venons de voir , fou vent on les pafle dans les gouflèts i , z, i , fig. X2> ou dans les trous des pitons k, k, k ,fig. 13*
- On fixe ainfi ces gouflèts 8c ces pitons fur les marches R, S, afin que les eftdk vieres (oient toujours à la même diftanee les unes des autres ; car fi elles ne font paflees qu’en deflous des marches, tantôt elles (e rapprochent, & tantôt elles s’éloignent : il en réfulte une inégalité dans la montée 8c dans la delcente des Liflès»
- On doit préférer les goüfîèts aux pitons ^ pàrcé que quand ori fe fert des pitons, on fent (ous les pieds la marche vaciller, (ur-tout fi le trou par où pafle l’axe eft un peu trop grand ; d’ailleurs les pitons ufènt trop vite les cordes , 8& néanmoins ni les gouflèts ni les pitons ne valent pas la folidité que procurent les eftrivieres rangées comme celle a de la figure Çi
- On peut voir par la figure 14 ^ que les eftrivieres /, /, (ont placées chacune dans un des gouflèts m, qu’en même temps elles font attachées
- à un des carquerons T, T> K, V^ 8c qu’elles fupportent de deux à deux une des marches JT, X; on apperçoit en'même temps fur cette figure, qu’üné feule marche, peut avoir plufieur eftrivieres, & conféquemmerit faire mouvoir plu-fieurs carquerons & plufieurs Liflès s’il le faut.
- Quand on fe fert de gouflèts , on en met fur une marche autant qü’ellè doit tirer d’eftrivieres ; on peut en faire de même fi l’on fe fert de pitons, mais il faut rejetter la méthode de certains Ouvriers, qui eft de mettre à là fois plufieurs eftrivieres dans un même gouflèt* Cett-e méthode eft pernieieulè, en ce qu’elle gêne les carquerons, qu’elle ufe beaucoup plus vite les eftrivieres, Sc qué lé tirage ne fe fait pas direélement.' On voit auflï qu’il eft poffible d’allonger 3c dé Étoffes de Soie. KIL Part* C 3
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- 194 ÜA R T DES ÉTOFFES DE SOIE.
- . raccourcir les eftrivieres, puifqu’elles font faites comme celle de la figure 9.
- L’eftriviere n^fig. 1 £, eft encore femblable à celle que nous venons de voir ; excepté qu’elle pafle dans le piton 0, quheft plainte dans la marche Y, & dans celui p du carqueron Z. Ces pitons ,de même que ceux que nous avons vus fur la figure 13 , ont leur queue faite en vis, & leurs anneaux arrondis, afin que les vives-arêtes ne puiflent pas ufer les cordes trop promptement. On remarquera fur cette figure, que l’eflriviere n pafle Amplement dans fanneau du piton 0, Sc quelle eft arrêtée dans celui du piton p : elle y eft paflee double, & enluite repaflee dans elle-même par le nœud coulant fimple, tel que celui qui eft repré-fenté fîg. 12 de la Planche précédente. ,1
- On arrête ainfi les eftrivieres fui van t cette méthode, afin que la corde ne puifle pas changer de place, parce qu’infenfiblement en travaillant, le nœud^ defeendroit jufques fur le piton 0, & le bout de la corde, avec la gance qui fe forme fous ce nœud, empêcheroient le libre mouvement des marches.
- La même figure 1J fert à faire connoître que les eftrivieres ne font pas toutes femblables à celles que nous venons de voir, & que cependant on peut les allonger & les raccourcir ; celle Y eft double : elle eft fixée fur la marche r, de même qu’un des gouflets que nous venons de voir plus haut : elle pafle dans le gouflets , qui eft fixé par-deflus au carqueron A ; elle eft arrêtée dans cegouflèt au moyen du nœud t fait en gance, afin de pouvoir le défaire & refaire quand on veut monter ou defcendre la marche pour la régler avec fes voifines, ou pour lâcher ou tendre l’eftriviere fui van t qu’oti en a befoin.
- L’eftriviere v eft la même que celle que nous venons de voir, il n’y a de différence qu’en ce que celle-ci tient au carqueron B, tandis que l’autre eft attachée à la marche Y : aufli cette derniere a fon gouflet x fixé à la marche.
- Quand on met les gouflets aux marches pour y joindre des eftrivieres comme Celle qu’on vient de voir, on a foin de les tenir longs, afin que les bouts des cordes ni la grofleur du nœud y, ne puiflent pas nuire au travail.
- Quand on fait bien régler ces eftrivieres, elles font plus folides que celles que nous avons vues dans les figures 9 & 14 ; mais fi l’on manque de bien tendre les deux bouts des cordes qui les compofent, elles fe dérangent facilement: on eft toujours plus afluré de l’arrangement des premières, & d’ailleurs elles font plus aifées à régler.
- J'ai obfervé plus hauf que l’on fixe les gouflets i, z, r, de la figure 12, & les pitons k)k>k, de celle 13 , afin de donner une direétion déterminée au tirage des eftrivieres ; mais j’ai vu chez quelques Ouvriers intelligents , un ufage qui doit être préféré à cet arrangement. On pafle les eftrivieres dans les trous a,a,a, du fabot C9jlg. 16, comme font celles b, b , b, fig. 17, & alors on eft certain que ces fabots tiennent les eftrivieres dans un écartement toujours égal ; il fuffit de faire pofer les marches fur ces fabots dans les ouvertures c, c, c9, & on a la liberté de les avancer plus ou moins, félon le befoin.
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- Septième Section. I. Part. De tafujpenjîondes LiJJes, c5c. ïpf
- On ne difpofe pas toujours les eftrivieres de cette façon , en fe fervant de ........"""
- fabots > quelquefois on y pafte des gouflets d9d9d9 fig. 18, & alors on pafle les eftrivieres e9 e, e9 dans les gouffèts, de la même maniéré que nous avons VU celles /,/,/,/, de la figure 14. Ici on place la marche fur le fabot E 9 dans les ouvertures fifjf, qui font beaucoup plus grandes que les marches ne font greffes,
- Les fàbots doivent être d'une largeur à peu-près égale à celle des marches *
- Sc plutôt moins que plus, afin qu*ils ne débordent pas ; cependant au travail ils fe déplacent Sc fe mettent à côté des marches, Sc quelquefois ils montent au* , deflus ; alors la marche fe trouve plus bafle , & l'Ouvrier ne travaille pas avec la même aifànce 5 mais on prévient cet inconvénient en arrêtant une des cordes dans un des trous avec une cheville, & prenant garde que cette corde foit également tendue des deux côtés.
- La figure 1, PL 19 9 repréfente une marche k pofée fur le fabot B, Sc paflee entre les eftrivieres a , a , a. - Planché
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- Tous les fàbots ne font pas bornés à trois eftrivieres, comme ceux que fai repréfentés, on les fait auffi grands qu'il le faut pour contenir le nombre d'eftri-vieres qu'on deftine à mettre à une feule marche ; en forte que fi l’on mettoit fix eftrivieres à une marche, le fabot doit avoir fix trous, & être long en confié-quence.
- On emploie avantageufement les fabots dans toutes fortes d'armures où il faut une quantité d'eftrivieres ; mais ils deviennent encore plus avantageux pour les Métiers où les Ouvriers ont l'ufàge de faire des faffures, parce que comme on eft forcé de reculer les Liftes, il faut pour cela reculer les chappes ou le carrette où elles font fufpendues ; alors il faut que les eftrivieres fuivent néceftairement les Liftes ou les carquerons auxquelles elles font attachées, & qu'elles prennent en même temps la ligne perpendiculaire qui leur eft nécefîaire pour faire monter les Liftes directement: or , il n'eft pas poflible de trouver un moyen plus sûr, que d'employer les fàbots, parce qu'à mefure qu'on éleve un peu les marches pour que les eftrivieres prennent la place qu'elles doivent occuper quand on recule les Liftes , &c. le poids des fabots les y entraîne tout de fuitè, & les fait trouver au même point où elles étoient au commencement de la faffure.
- Quand on arme les Métiers fans fe fervir de fabots, les eftrivieres fe croi-fent fur une même marche, en forte que celle qui doit tirer le plus, ne tire prefque pas, Sc la divifion de la chaîne forme autant d’ouvertures qu'il y a de Liftes, de façon que l'Ouvrier ne fait plus qu’elle eft celle où il doit pafler fà navette.
- Pour rendre ce que je veux dire plus intelligible, j'ai représenté par la figure 2 , le mouvement qu’on doit faire faire aux Liftes a9a 9b9b9Sc combien.il eft à propos que les eftrivieres c9c9d9d9 fbient toujours en même direction, Sc pourquoi il en faut de plus lâches les unes que les autres* Cette figure nous
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- Elanche
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- x96 VART DES ETOFFES DE SOIE.
- - préfente de profil quatre Liftes fufpendues à une chappe : on apperçoît qùê la chaîne B eft tendue, & qu’elle eft paftee dans les Lilfes ; de forte qu’en fuppo-* fant les mailles des Liftes parfaitement égales, & les Lilfes elles-mêmes à un niveau parfait, la chaîne ne doit pas être plus épaifte quand tout eft en repos, qu’un feul fil ; mais quand il s’agit de faire pafler la navette, on doit faire partager la chaîne en deux parties. Sur la difpofîtion de cette figure, les deux parties doivent être égales, parce que je fuppofe un Taffetas à quatre Liftes» Si l’on met le pied fur la marche C, les cordes d’eftrivieres C, c 9 feront defcendre les Liffes a , a ; alors on verra monter les Lilfes b, h, par la cofref* pondance qu’elles ont entr’elles au moyen des cordes de fufpenfion e, e9f9ff qui paffent fur les poulie$^,g*, montées dans leur chappe D ; la marche E montera autant que celle C defcendra, parce qu’elle eft attirée par les mêmes cordes de fufpenfion* à caufe de leur communication avec les Liftes b9 b , & les eftrivieres, On obtiendra un mouvement inverfe en mettant le pied fur la marche E, parce qu’elle attirera les eftrivieres d9 d9 qui feront defcendre les Liftes b} h ; alors les cordes de fufpenfion f9f9 attireront leur côté ee , & les Liftes a, a, monteront & emmèneront avec elles la marche C, qui montera autant que celle E defcendra.
- On doit remarquer ici que lés fàbots F, F, font de très-grande utilité * Sc qu’on doit les employer autant qu’il eft pofîible, parce qu’à quelque point qu’on place les Liftes, on ne fait que foulever un peu les marches avec le pied ; & comme les cordes tendent naturellement à prendre une ligne perpendiculaire , elles la prennent d’autant mieux, qu’elles font un peu chargées par les fàbots qui les entraînent Sc les confervent à une égale diftance l’une de fautre. Il n’en eft pas de même quand les eftrivieres font ifolées, leur propre poids n’eft jamais fuffifànt pour leur faire prendre cette ligne aufli parfaitement ; d’ailleurs leur élafticité les fait rapprocher des marches, & les frottements qu’elles y éprouvent ne leur permettent jamais de prendre une direction décidée, tant pour la ligne perpendiculaire, que pour leur écartement refpeétif ; ainfi plus on emploie d’eftrivieres fur une marche , & plus on doit s’empreffèr à fe forvir des fàbots.
- Je fuis forti dans cette figure, des réglés de la perfpeélive par rapport aux marches £7, E, mais voulant rendre fenfible l’effet de ces deux marches , je les ai repréfentées l’une au-deflus de l’autre.
- Ce n’eft pas feulement pour faire connaître l’utilité des fàbots, que j’ai repré-fenté cette figure , ainfi que celles dont nous allons nous entretenir , elles ont un objet plus eflentiel encore qui doit nous occuper : c’eft de bien régler les longueurs des eftrivieres pour faire ouvrir le pas d’une chaîne, afin de pouvoir lancer la navette en toute sûreté. En effet, les eftrivieres c, c ,d9 d, étant tendues comme elles font * ne fauroient faire ouvrir le pas de la chaîne fans former trois ouvertures au lieu d’une feule : on reconnoîtra facilement pourquoi ces trois ouvertures fe forment à la fois par le même mouvement des marches,
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- Septième Section. I. Part. De là fufpenjîon des Lîjffes, êe. 197 lorfqu on fera attention que leur defeente eft oblique, à caufe de leur point 1 inillil>*ÉM d'appui qui eftenC,G, ou Ton doit fuppofer le marcher que je n'ai point répré- Planché fente , à caufe de l'irrégularité que donnent les deux marches* L’obliquité de cette defcente, fait defcendre plus bas la première des eftrivieres que la fécondé i il en réfulte que la première Lifte defeend plus bas que la fécondé, 8c que les deux autres , qui leur communiquent par le moyen des cordes de fufpenfion, montent inégalement par la même raifon ; car il eft bon de remarquer en paftant, que les cordes de fufpenfion e, f, e, f% font quatre branches qui appartiennent à deux cordes feulement, qui font redoublées for les poulies g )gi de forte qu’on ne fàuroit faire defoendre les côtés e, e, fans faire monter ceux fif* il fuit de-là que tout ce qui eft attaché à ces branches, fe trouve entraîné par le même mouvement, d’autant mieux que l’effet des poulies eft de tourner en tous fens, & de fuivre l’impulfion des cordes.
- U faut remarquer encore que les fils de la chaîne B font divifés également dans v les mailles des LifTes, & que chacune en contient une même quantité. Nous obferverons auffi que l’ouverture du pas fe forme par la montée 8c par la defe cente des Liftes,, & qu'on peut la prendre depuis la derniere Lifte b$ jufqu'au point h, où je fuppofe que la derniere duite de la trame paffée a été ferrée;
- Regardant tout ce qui eft depuis ce même point jufques for l’enfiiple H> comme Etoffe fabriquée, tout ce qui eft depuis ce même pqint jufques fur l'enfuple /,eft la chaîne à tifler.
- Si les fils de la chaîne font difperfés dans les quatre Liftes, 8c que l'ouverture du pas vienne depuis le point h iufqu’à la derniere Lifte , il eft fenfible qu'à1 ce point il doit fe former un angle très-aigu * ainfi que près de la première des verges z, z, qui tiennent là chaîne envergée ; par ce moyen il doit fe former un angle obtus à chaque Lifte, au point où les fils de la chaîne font attirés pouf lever ; il eft certain que fi les deux premières Liftes lèvent & baillent trop, nous aurons trois gorges * telles que nous les voyons en A, k9 /, jîg. 3 , parce que la Lifte m baifîe davantage que celle /z, 8c que la Lifte 0 leve davantage que celle pm Nous voyons en même temps par cette figure, que la caufe de ces trois ouvertures vient de l'obliquité de la defcente de la marche K, & de ce que l’eftriviere q defeend plus bas que celle r ; car fi l’on veut faire attention à l'ou-» verture s , qui fe forme derrière les Liftes, on verra qu’elle eft feule & telle qu'il la faut pour palier la navette ; mais elle ne fe forme pas du bon côté, parce que c'eft le côté de la chaîne ; au lieu que l’Ouvrier étant devant l'enfuple L, il eft obligé de palier la navette dans l’ouverture /, qui fe forme depuis la Liftep jufqu’au point t, qui fuppofe le dernier coup de navette pafle, 8c ce qui eft entre lui 8c l’enfuple doit être regardé comme Etoffe fabriquée. Il faut donc , pour faire une ouverture convenable, que la première eftriviere tire beaucoup moins que la fécondé ; pour cet effet il faut la tenir lâche , 8c que ce foit la derniere qui fopporte la marche, ainfi qu'on peut le remarquer en v, x 9fig* 4 9 ou l'on Étoffes de Soie. VIL Part. D 3
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- 19S L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- - appercevra que la première eftriviere eft lâche , 8c que la fécondé eft tendue* En faifànt attention à cet arrangement, on reconnoîtra facilement qu’en faifant defcendre la marche M, l’eftriviere x fera defcendue avec elle de fon furplus de longueur, avant que la Lille y, à laquelle elle eft attachée, commence a def* cendre ; en forte que fi cette eftriviere eft plus longue d’un pouce que celle x , la Lifte ^ fera defcendue d’un pouce avant que celle y commence à defcendre % mais quand elle commencera à defcendre, elle gagnera quelque chofe fur 1 autre, parce que la portion de cercle que la marche décrit à l’endroit où porte cette eftriviere, eft plus grande que celle où eft portée l’eftriviere x; il faut donc, pour obtenir une ouverture telle qu’il convient, & qu’on peut voir en a , jig. J, que les deux Liftes b, c, ne montent ni ne defcendent pas fi bas que celles d 9 e; alors nous verrons que les Blsf,g, & ceux h, i, fe réuniront de maniéré à n’en former que les deux A, /, qui forment l’angle aigu m, au bout de l'Etoffe fabriquée N9 qui part de l’enfuple O : c’eft donc l’effet des eftrivieres qui donne cette perfection à l’armure.
- En comparant cette ouverture avec celle / de la figure 3 , on fera à portée de juger de la différence qu’il y a entre l’une & l’autre, & combien on doit apporter de foins pour obtenir la derniere. Les Ouvriers qui l’exécutent fans principes , font fort longs à la trouver, & fou vent ils la làiflent imparfaite ; mais ceux qui font intelligents prennent une route sûre , & l’exécutent facilement.
- Le moyen le plus sûr pour donner aux eftrivieres la différence de longueur qui leur eft néceflàire, félon la montée ou b defcente des Liftes, pour régler l’ouverture du pas de b chaîne, eft de commencer par placer les dernieres eftrivieres, afin de porter les marches à la hauteur où elles doivent être; enfuite on fait de£ cendre chaque marche à fon tour au point où elle doit être quand l’Ouvrier doit paffer fa navette, comme on voit celle K de 1a figure 3 ; alors on prend la féconde eftriviere, & on 1a réglé fur cette marche enfoncée, de forte qu’on fait defcendre 1a Liffe à laquelle elle tient, jufqu’à ce qu’on voye que les fils de la chaîne qu’elle fait mouvoir, foient defcendus au même point que ceux de la première Liffe : on l’arrête fans avoir égard à ce que cette opération donne plus de longueur à l’eftriviere, parce que c’eft l’obliquité de 1a marche qui 1a lui donnera telle qui 1a faut.
- Après qu’on a réglé b première marche, on enfonce 1a féconde-, de forte qu’elle vienne à 1amême hauteur oùétoit 1a précédente, comme fi l’on enfonçoit la marche P, figt 3 , pour 1a fixer au point où eft actuellement celle K ; alors on réglé 1a fécondé eftriviere de 1a même maniéré qu’on vient de voir. On en fait autant pour toutes les eftrivieres qu’on met à une marche après 1a première, c’eft-à-dire, que fi, pour une Etoffe, on eft obligé d’employer fix ou huit eftrivieres à chaque marche, on doit les régler l’une après l’autre de b maniéré que je viens de le faire remarquer ; ainfi l’on fait defcendre une Lifte après l’autre, pour que 1a foie fe trouve à la même hauteur, & on ne fait remonter la marche que
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- Septième S ê c f î o n. L Part. Dé ta füfpenjion des Lijjes , Ï99
- lorfque toutes les eftrivieres font regiees , Sc 1 on s appercevra que de toutes les -eftrivieres qui font à une marche, il n'y en aura qu'une qui (bit tendue, les autres fe trouveront plus lâches les unes que les autres * par gradation * de forte que fi l'on avoit réglé huit eftrivieres fur la marche K9 dont la première fût au point i, la fécondé à celui 2 , les autres aux points 3,4,y,6i7&8,ileft certain que lorfqu’on auroit ramené la marche à fon point de repos, la Corde qui répondroit à fendroit coté 1 , feroit tendue, au lieu que les autres feroient de plus en plus lâches ; & qu’enfin quand la marche feroit abaiffée, toutes ces eftrivieres auroient un égal degré de tenfion, & tiendroient la moitié de la chaîne à un même point d’abaiftement.
- Cette méthode peut fervir autant aux Étoffes dont les Liffes font mûes par des carrettes , qu'à celles qui le font par les chappes ; cependant pour les armures à carrettes, quand les Liftes ne doivent point defoendre, on emploie une méthode qui procure aux Liffes à peu*près la même montée : elle confifte à fufpen-dre les Liffes de maniéré que la dernierefoit plus élevée que les autres , & que de 1’ une à f autre il y ait une différence de hauteur * & par gradation. J’ai éprouvé à cet égard qu’il falloir de plus donner une gradation aux longueurs des eftrivieres, parce qu’il n’eft pas poffible de les faire monter autrement, à moins que la différence de hauteur entre les Liffes ne fût très-fenfible, ce qui en rend l’arrangement défàgréable à la vue. Ce que je dis des armures à car* rette, doit s’entendre de celles où les Liftes ne font que monter ; mais quand , dans les armures, il faut faire defoendre une partie des Liffes, & en faire mon-* ter l’autre partie pour ouvrir le pas de la chaîne, il faut néceffairement en régler la montée & la defoente, comme pour les Liftes fofpendues aux chappes, parce que c’eft le même effet qu’on doit en attendre.
- je ne dis rien fur la différence qu’on trouve entre ces armures, parce qu’il y en a qu’on fait au carrette., qu’on ne fauroit exécuter avec les chappes ; ainfl chaque genre d’Etoffe a fa façon d’être armé.
- On peut encore, avec les chappes * éviter de rendre les premières eftrivîerel plus lâches que les autres ; il fuffit de fufpendre les deux dernieres Liffes, plus élevées que les premières , & les mettre au point; de hauteur que l’on a éprouvé pour former l’accord du pas ; alors on eft certain de la marchure, & l’Ouvrier n’eft plus fujet à prendre des précautions pour régler les eftrivieres * puifqu elles doivent être toutes néceffairement tendues.
- Ce que je dis eft facile à comprendre ; on n a qu’à fuppofer que les deux defj nieres Liffes a s b9 de la figure 2, font plus élevées d’un pouce que les pre-* mieres * & on fendra aifément que les marches les feront monter & defoendre l’une par l’autre autant qu’il le faut pour ne former qu’une feule gorge , parce que la Lifte qui montera étant déjà plus élevée par elle-même, ne perd rien de fa hauteur, & l’autre .eft forcée de defoendre plus bas par la pofition de fon
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- aoo VART DES ÉTOFFES DE SOIE. eftriviere. Cette méthode eft reçue de tous les Ouvriers, parce quelle eftplus facile à mettre eri ufàge.
- Quelque foin qu’on prenne pour armer les Métiers, on trouvera toujours des différences dans l’armure toutes les fois qu’on voudra faire des faffures, parce quen éloignant les Liffes de l’enfuple de devant, les eftrivieres fe portent davantage du côté des talons des marches, & leur obliquité n’eft pas fi confidé-rable dans leur enfoncement, que lorfque les eftrivieres font fur le bout : il luit de-là que le tirage n’eft plus fi fort, Sc conféquemment les Liffes n’ont plus la montée Sc la defcente comme auparavant, parce que le pas s’ouvre moins; Toutes les fois qu’on aura réglé les Lifles pour une ouverture de pas de * pouces, on verra que chaque Liffe formera fon ouverture. Il en arrivera de même G l’on ouvre trop le pas ; car l’union des fils haut & bas, à l’ouverture du pas, ne fe fait parfaitement qu’au point où l’on a déterminé la montée Sc la defcente des Lifles. Ce qu’il y a de finguüer, c’eft que tel Ouvrier qui a réglé l’armure de lès Lifles, y travaille très-aifément, tandis qu’un autre Ouvrier ne fàuroit yi travailler qu’avec peine, & quelquefois point du tout 5 cela provient de ce que certains Ouvriers ont pour principe de bien faire ouvrir le pas pour palier la navette, tandis que d’autres ne l’ouvrent qu’autant qu’il le faut; pour qu’elle puifle y palier, & même ces Ouvriers ont ordinairement le foin de fe fervir d’une navette très-mince , afin de moins ouvrir le pas.
- Cette derniere habitude eft préférable à la première en ce qu’elle ne fatigue pas autant la foie ; mais il faut, pour la mettre en pratique, que la foie ne foit pas fujette à former de tenues, fans quoi elle occafionne des défauts à l’Etoffe.
- L’ufàge qu’on a de faire trop ouvrir le pas , fatigue extrêmement la foie en en faifant caflfer des brins, & par-là l’Etoffe eft remplie de défauts : il faut garder un jufte milieu, Sc ne faire ouvrir le pas ni trop ni trop peu. Je ferai con-noître plus en détail tous ces objets , quand j’en ferai à la fabrication.
- Puifque nous avons fous les yeux des figures qui nous repréfentent en partie la fufpenfion des Liffes aux chappes, on peut remarquer qu’on ne met pas toujours des cordes en arbalettes aux lifterons inférieurs des Lifles , pour y attacher les eftrivieres : on les attache fouvent aux cavalletis a,b y jig. 6, comme on les y apperçoit enc, d; ces cavalletis font fofpendus aux lifferons e ,/*, par les tirants g, g9 h 9 h. On voit ici les lifterons par-deffous, & paffés dans les Lifles : il faut prendre garde que le cavalleti a eft plus élevé que celui b, parce que par-là on évite les frottements qui peuvent avoir lieu entr’eux; ainfi fi l’on emploie quatre Liffes pour une Etoffe , on mettra nécefîàirement un cavalleti à chaque, deux haut Sc deux bas, alternativement. On fait encore attention que la différence de hauteur de ces cavalletis foit telle qu’en defcendant ou en montant ils ne fo rencontrent jamais ; il faut donc que cette différence foit plus grande que fefi-pace qu’ils parcourent dans leurs mouvements ; & comme les cavalletis ne doivent pas être à la même hauteur, on eft obligé de faire les eftrivieres plus
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- Septième Section. I. Part. De la fufpenfion des Liffes, <Sc. 20 r longues les unes que les autres : on met même fouvent à un même cavalleti plufieurs eftrivieres.
- Les cavalletis doivent être fiifpendus par leurs deux bouts à égale diftance des liflerons qui les portent ; c'eft en formant le nœud qui les attache , qu'on doit prendre ce foin, pour que la marchure foit régulière; fans cela les Lifles ouvri-roient trois gorges d'un côté, tandis que de l'autre il n'y en auroit qu'une, & quelquefois deux. Il faut aufll que les eftrivieres foient placées précifément au milieu de l'efpace compris entre les deux tirants qui portent le cavalleti, afin que le tirage fe fafle également: du refte ces eftrivieres doivent être fixées fur les cavalletis par le nœud du laboureur ou par le double nœud coulant à corde double , que nous avons vu dans la Planche 17.
- On ne fait aucune encoche fur les cavalletis pour arrêter les eftrivieres ; au contraire, ils doivent être fort unis & égaux en grofleur dans toute leur étendue , de maniéré que les eftrivieres ne doivent y être fixées que par le ferrement de leur nœud, parce qu'il faut qu'en cas de dérangement, l'Ouvrier puifle faire gliflèr le nœud fans être obligé de le lâcher.
- On doit aufli prendre garde de placer les tirants le plus près poflible du bord des Lifles, & que de l'un & de l'autre côté ils foient au même écartement, afin de ne point courber les liflerons, & de faire tirer ces liflerons également dans toute l'étendue des Lifles ; & pour y mieux réuflir, beaucoup d'Ouvriers attachent les tirants en dedans des Lifles, fur-tout quand elles paflTent 18 ou 20 pouces de largeur.
- On attache les cavalletis aux tirants par un nœud femblable à celui i, fig. 7 ; on commence par pafler la corde qui forme ce nœud dans le lifferon Q ; enfuite on forme l'anneau k fur le cavalleti lui-même, en le tenant à la hauteur où il doit être : on le (erre par 1^ contour / • Sa comme ce contour ne feroit pas aflez folide , on forme deflus celui m, qu'on ferre autant qu'il eft poflible, ce qui forme un nœud coulant dans le nœud du laboureur, qui eft formé par les contours l y tïi y fur la corde n, elle-même.
- On attache encore les cavalletis par le nœud du laboureur fait au bout du tirant 0, fig. 8 ; on fait ce nœud fur le cavalleti lui-même : on commence par l'anneau p ; enfuite, fans ferrer le premier, on forme l'anneau q, en paflant en même temps le bout de la corde fous le contour r, qui eft le principe des deux anneaux. Quand ce fécond anneau eft fait, on ferre à force, obfervant néanmoins que le cavalleti foit à la hauteur quil convient ; & après avoir ainfi ferré le nœud, on l'arrête par le nœud fimple, qu'on ferre aufli avec force fur le nœud du laboureur , afin que l'un ni l'autre ne puiflent échapper ni glifler.
- Le nœud du laboureur t^fig. 9, eft celui qui convient le mieux aux caval-*letis , parce qu'une fois ferré , on n'a pas à craindre qu'il fb lâche. Ici eft formé au bout d'une corde, un gouflet paffe dans le liflèron R, & dont les bouts ne peuvent échapper, à moins qu'ils ne caftent : on forme ce nœud avant de paflèr Étoffes de Soie. Fil. Part. E 3
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- L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE. le cavalleti, 8c ce n’eft qu’après l’avoir formé, qu’on y place le bout dans les anneaux v , après quoi on ferre le plus fortement poflible, obfervant néanmoins que les côtés x, x, du tirant, fe confervent également tendus, fans quoi le cavalleti ne tireroit jamais allez bien, 8c d’ailleurs le nœud couleroit tout d’un côté, & feroit envelopper la corde fur l’autre bout.
- On fufpend encore les cavalletis>tirants à corde fimple, en formant le nœud coulant 3 fig. 21 de la Planche 17 ; mais il y a à craindre que le nœud qu’on eft forcé de pratiquer au bout de la corde, afin que le nœud coulant ne fe défafle pas, ne nuife au mouvement des cavalletis; cependant en le rangeant bien contre la corde, au-deflus du cavalleti lui-même, on prévient les accroche-ments qui peuvent fe faire dans les mouvements.
- Cette maniéré de fufpendre les cavalletis aux Liftes, & celle que nous venons de voir par la figure p, font, fans contre-dit, les meilleures pour les tenir à la même hauteur par leurs deux bouts, parce qu’on peut couper les cordes à une égaie longueur; former, pour la première méthode, des gouflees égaux, 8c pour la fécondé ne mettre pas plus de diftance à l’un qu’à l'autre, entre le nœud qui eft du côté du cavalleti, & celui qui doit retenir le tirant au-deflus du lifleron : par ces foin son fera affiiré que les cavalletis feront autant de niveau entr’eux, que le feront les Liftes elles-mêmes.
- Les cavalletis font faits ordinairement de bâtons fort droits & unis, dont on a ôté l'écorce, & qu’on rend, autant qu’il eft poflible, égaux en grofleur dans toute leur longueur. On pratique fur chaque bout une encoche qui les environne, comme celle y 9 fig» 10, dans laquelle on place les nœuds qu’on fait avec les tirants pour les contenir ; par ce moyen les cordes ne peuvent pas glifler 8c fortir de leur place. (
- On ne fait pas toujours retenir les cordes fur les cavalletis par des encoches J fouvent on les perce fur les deux bouts, comme on le voit en ^ 9jig. 11, & l’on pafle les tirants dans ces trous, de même qu’eft celui fig. 12, qui eft paffe dans le cavalleti S ; celui-ci eft quarré , comme on en fait quelquefois. Souvent faute de bâtons aflez unis, on fe fert de lifterons, fur lefquels on fait des trous pour y pafle r les tirants , comme celui que nous venons de voir, & auxquels on ne fait d’autre arrangement que le nœud b, qui s’arrête en deflous, & qui le retient autant qu’il le faut pour la sûreté du travail. Cette méthode vaut encore mieux que celles que nous avons vues ci-deflus, parce qu’il eft plus facile de régler les hauteurs par un nœud comme celui b, que de toute autre maniéré.
- ’ On ne pafle pas toujours les tirants à travers les cavalletis quarrés ; quelquefois on les noue deflus, 8c l’on prend foin de les encocher tout autour fur les deux bouts, comme il eft en e, fur cette figure.
- Il y a des Ouvriers qui préfèrent les arbaiettes aux cavalletis, d’autres qui font plus partions de ces derniers que des arbaiettes ; mais je préférerois les cavalletis, fi ce n’eft le temps qu’il faut mettre de plus en les rangeant : ils
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- Septième Section. I. Part. De la fufpenjion des LiJJes, &c. 203 m’ont toujours paru tirer les Liftes avec plus de sûreté. Il y a encore une raifon qui les fait négliger, c’eft que lorfqu’on eft obligé de mettre des carquerons dans l’armure d’un Métier , on ne fauroit fe fervir de cavalletis , parce que l’un ne cadre pas avec l’autre ; il faut nécessairement en éviter l’embarras, puifqu’on ne fauroit les faire pafter entre les carquerons.
- La préférence que je donne aux cavalletis, ne peut être que pour la sûreté du tirage ; car du refte j’ai remarqué que l’arbalette tendoit plutôt à la perfeéHon de ce tirage que le cavalletis, parce qu’il eft plus naturel que la corde des eftrivie-res s’arrête fur le milieu de la longueur de l’arbalette par elle-même, que fur le milieu du cavalleti, où il faut nécellàirement la placer loi-même, parce qu’en tirant elle fait décrire deux lignes obliques qui partent des points du liflèron où la corde d’arbalette eft fixée par fes deux bouts. Si en la mettant deffus la corde d’eftriviere, on la fixée par fon nœud, foit coulant, foit du laboureur, à un ou deux pouces loin du milieu de l’arbalette ^ là partie la plus longue lui offrira une pente naturelle, ou elle defcendra infenfiblement, ou tendra à defcendre, à moins que quelque obftacle ne s’y oppofe ; ainfi l’eftriviere qu’on met aux arba-lettes, tend au milieu par les efforts du travail ; cependant il faut que l'Ouvrier qui arme le Métier 3 ait foin de placer toujours les eftrivieres fur le milieu de la longueur des arbalettes.
- Il y a cependant une raifon qui fait préférer, par des Ouvriers, dans tout autre cas, les cavalletis aux arbalettes ; c’eft qu’étant obligés de placer la corde qui les forme, tout proche du bord des Liftes, ils prétendent que cette corde en ronge les mailles dans cet endroit, & que d’ailleurs quand il faut en changer^ elles ne laiffent pas la liberté de le faire auffi commodément qu’on le fait lorf-qu’on a des cayalletis, parce que la diftance que laiflènt les arbalettes entr’eux & le liflèron, n'eft tout au plue que d'environ 2 pouces, même à l’endroit où tirent les eftrivieres ; car il ne refte qu’un très-petit efpace fur le bord des Liftés.
- C’eft fans doute cette raifon qui a déterminé certains Ouvriers à faire les arbalettes fort longs, en forte que lorfque les eftrivieres tirent, on voit un efpace de 6 à 7 pouces : il eft vrai qu’alors ils obtiennent plus de liberté pour raccommo-; der les mailles des Liftes qui fe caftent en travaillant, Scc ; mais aufli je fuis certain qu’on n’a pas la même facilité pour régler la marchure, parce que la corde de l’arbalette étant plus lâche par elle-même, ne permet pas au nœud de l’eftri-viere de rechercher fon milieu avec autant de précifion que lorfqu’elle eft pref que tendue ; d’ailleurs le ferrement du nœud de cette eftriyiere, fait recourber la corde de l’arbalette dans fes contours, de forte qu’on ne fauroit plus la faire gliftèr dedans qu’en la tirant avec une certaine force par le côté contraire à celui où on veut fixer l’eftriviere.
- On doit, à tous égards, préférer les cavalletis & les arbalettes, à la perni-cieufe méthode qu’ont une quantité d’Ouyriers, d’attacher les eftrivieres droit
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- ao4 l'ART DES ÉTOFFES DE SOIE. aux lifterons, quoiqu’ils les placent dans le milieu de la largeur de la Lifte. Cette méthode eft d’autant plus défeéiueufe , quelle a toujours nui au bon ordre de l’armure du Metier, & à la perfeélion de la marchure. Si par hafard on réuflit à la rendre paftable , ce n’eft ordinairement qu’aux dépens des Liftes ; car on ne fauroit attacher un gouflet ou un tirant à un lifleron, fans l’en envelopper , & que par-là on eft forcé d’écarter les mailles à l’endroit où eft placé le tirant; cet écartement roidit ces mailles, & infenfiblement les fait cafter : d’ailleurs quand il faut régler la marchure, on eft obligé de faire couler ces nœuds fur ,hs lifterons , pour les placer plus d’un côté que de l’autre , afin de parvenir à faire monter ou defcendre la Lifte également des deux côtés ; alors on écarte d’autant plus ces mailles, & on les perd bien vite.
- Quand même cet arrangement n uferoit pas plus vite les mailles, l’écartement qu’on leur donne nuit à la fabrication ; aufli quelques Ouvriers ont l’habitude de percer le liftèron au milieu pour y pafter le tirant : ils remédient quant au danger des mailles , & au défaut qu’en reçoit l’Etoffe dans cet endroit, mais non pas quant au moyen de régler la marchure, parce qu’ils ne font plus les maîtres de tranfporter les tirants au point où il faudroit les placer.
- J’aieftàyé de travailler fur des Etoffes où les armures étoient faites de la maniéré que je viens de le dire. Indépendamment des défauts que j’y ai remarqués i j’ai apperçu qu’il y avoit un balancement, ou plutôt un tournoyement entre les Liftes, qui fe faifoit tantôt à droite, tantôt à gauche ; en forte qu’elles faifoient un mouvement comme fi elles euflent pofé for un pivot ; il en réfoltoit un dérangement qui gênoit le travail, parce que dans un moment il y avoit un plus grand efpace entre le peigne & le remifîè, for la droite que for la gauche ; dans un autre inftant c étoit le contraire , en forte que le pas s’ouvroit plus d’un côté que de l’autre , comme levant plus près do TEtoffo par un côté que par l’autre.
- 6i je fois entré dans un détail aufli circonftancié , c’eftque j’ai toujours reconnu que le premier point de perfection qu’on devoit donner aux Etoffes, dépendoit principalement des moyens faciles qu’on pouvoit donner à leur fabrication. Ces moyens confiftent dans l’arrangement le plus parfait des Métiers, & dans l’ordre le plus régulier des armures. Si dans le montage d’un Métier on manque à l’un ou à l’autre, on verra fe détruire l’un par l’autre ; & je fuis certain que l’Our vrier le plus exaét fera des fautes dans la fabrication, s’il ne prend la peine de donner à fon Métier l’arrangement le plus parfait. C’eft par ces confidérations „ que j’ai cru devoir faire remarquer combien il eft eflentiel de prévenir tous les arrangements vicieux d’un*Métier ou d’une armure, afin qu’on puifle les éviter.
- Les arrangements que nous venons de voir pour les armures, m’ont un peu écarté des fofpenfions des Liftes aux carrettes ; mais je vais les reprendre & les fuivre dans les carrettes à poulies, que nous verrons en entier dans le Paragraphe fuivant.
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- Septième Section. I, Part. De la fufpenfion des Lljps, &c. 20$ l §• I* De la JuJpenJion des LiJJes aux Carrettes a poulies.
- I* a première fufpenfion des Liffes, que nous allons examiner, fur un carrette à poulies , tient beaucoup de celle que nous avons vue au carrette à ailerons à double batterie, repréfontée par la figure I de la Planche précédente. La figure 13 , PL 19, va nous faire reconnoître en quoi cette fufpenfion a rapport à l’autre ; 3c par la defeription que j’en ferai, nous faurons apprécier en quoi Tune peut être plus ou moins avantageufe que l’autre.
- En général, les Ouvriers ont la méthode de placer ce carrette fur les eflafes ïdu Métier, de maniéré que les poulies a ya >a, & c. fe trouvent en dehors, où elles doivent être nécefîàirement ; cependant il y a des carrettes de cette efpece où les poulies fe trouvent en dedans ; il n’y a cependant de différence entre ce carrette & celui que nous avons fous les yeux, que le rapprochement des poulies; c’eft-à-dire, que celles a, a3 a , & c. font beaucoup plus près de celles b, b, b , &c. de forte qu’elles fe trouvent en dedans du Métier. Je ne fais fi l’un a quelque avantage fur l’autre ; mais je crois que celui qui porte toutes fes poulies en dedans, ne donne aucun embarras pour agir autour du Métier, mais qu’on a moins de liberté près des Lüîes, parce que les cordes c, c, c , c, des calquerons A, A y & celles d, d, d9 d9 des contre-poids e, e, e, e, s’en trouvent trop rapprochées : du refie je fuis certain qu’il ne fàuroic y avoir aucune différence dans les mouvements : on a feulement la précaution de tenir les carque-rons A 9 A y moins longs.
- Quel que foit le carrette qu’on mette en ufàge de celui que nous voyons f & celui que nous lui comparons, on y fufpend les Liffes de la même façon que le font ici celles/', g % h» c’efl-à-dire * que celle/' efl fufpendue par les quatre branches des dedx arcades, qui tiennent chacune à une des cordes k, k ; celle g efl portée par les quatre branches des arcades, qui font attachées aux cordes /, l ; celle h efl fufpendue aux branches des deux arcades qui font aux bouts des cordes m, m\ & <j?elle i efl attachée aux quatre branches des arcades qui font aux deux cordes n9h. C es huit cordes qui fufpendent les arcades, font paffées dans la planche B, qui leur fert de guide, & les trous qui font pratiqués à cette planche , répondent perpendiculairement aux rainures des poulies b >b, $, &c. tant; à droite qu’à gauche. Ces cordes font les mêmes que nous voyons eno,o,o, 0,0,0, 0,0, entre les deux traverfes C, C, qui forment le brancard du carrette, & elles font encore les mêmes que celles d9d9 d,d9 qui portent les calquerons A, A9 Sc que celles 0, 0, c9c , au bout defquelles font attachés les contre-poids e,e9e9e;en forte qu’en prenant les quatre cordes k, /, m, n , à droite, on verra que les deux premières feront celles c, c, qui font attachées aux carquerons du même côté, & que celles m, n, tiennent aux contre-poids du même côté ; il en fera de même fur la gauche pour les quatre autres cordes ÉTOFFES DE Sqze. VIL Paru F \
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- Ml* A RT DE S ETOFFES DE SOIE* k 9Em9n9 ainfi huit cordes fuffifent pour parvenir des carquerons A9A 9 8c ^Planches ïdes contre-poids e9 e, e,-e, aux huit arcades qui fufpendent les LifTes. Je n indi*» *qu« ici aucune des arcades par aucune lettre , elles fui-vent le même ordre dans Heur arrangement, que celles qui fufpendent les Lifles a 9 a 9b 9 b, fur la figure /X de la Planche précédente , & la fufpenfion de chaque Lifle ici, eft faite de même que celle de la LifTe qui eft repréfentée par la figure 2 de la même Planche ; ainfi on ne trouvera à cet égard que la différence des ailerons aux
- Par l'arrangement que nous venons de voir, on remarquera que les Liffes ^reçoivent leur mouvement par les mêmes împulfions que pour le carrette à double batterie d’ailerons ; car puifque les cordes e 9c9 d,d9 c9c9 d 9d^ font les mêmes que celles 0,0, o 9 &c» il eft certain qu’en enfonçant les eftrivieresp> y, r, s, enfembie ou feparément, on fera mouvoir les Lilfe^, g9 h9 i. D’abord la première de ces eftrivieres eft attachée au premier des carquerons A9 A ; fi on l’enfonce, on fera defcendre ce carqueron, Sc l’on verra monter la Lifle t9 parce que les premières des cordes c 9c 9cyc > font les mêmes que celles A, k9 auxquelles font attachées les arcades qui portent cette Lifle ; quand on lâchera cette eftriviere, la LifTe defcendra Sc s’arrêtera au point de fufpenfion où elle eft, parce quelle y fera ramenée par les contre-poids r, t9 qui font attachés au lifle-' xon U de cette Lifle. Ces contre-poids ne fàuroient faire defcendre cette Lifle plus bas, parce que les deux cordes c, c, qui répondent au carqueron qui la fait mouvoir* s’arrêtent par les nœuds v 9 v, contre les planches E9E9 qui fervent de guides à ces cordes, afin quelles ne s’encayalent pas hors des poulies a > a9a9 &c. Le fécond carqueron A, fera attiré par l’eftriviere s ; il fera lever la Lifle g 3 parce que les cordes c, c, qui répondent à ce carqueron, font les mêmes que celles /, /, qui paflent dans la piancke S9 <3ont les arcades qui y font attachées, portent la LifTe g; St quand on laiflera retourner ce carqueron, il reviendra au point de hauteur où il eft actuellement, Sc la Lifle g en fera de même , parce que le tout fera ramené à fon premier point par les contre-poids y9 y9 qui font fufpendus au HfTeron F. Ces contre-poids ne feront pas defcendre la Lifle plus bas, parce que les nœuds x9 x 7 qui font faits aux deux cordes c9 qui portent le dernier carqueron, ne la laifferont pas defcendre davantage attendu qu elles fo trouvent arrêtées elles-mêmes.
- L’eftriviere q doit faire defcendre la Lifle h, confëquemment les deux premiers contre-poids e, e , monteront, parce que les cordes d9d, auxquelles ils font fufpendus 3 font les mêmes que celles m9 m9 auxquelles font jointes les arcades qui fufpendent cette Lifle h ; & lorfqu’on lâchera cette eftriviere, ces mêmes contre-poids ramèneront le tout à la même hauteur où nous le voyons^ Sc rien ne pourra monter plus haut, parce que ces cordes ont chacune un nœud 2? f > qui les arrête contre la planche B9 qui leur fort de guide.
- L’eftriviere v fera faire à la Lifle i le même mouvement, Sc Ton verra lever
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- Septième Section, I. Part, De lafîijpefijîon des Lîjjes, &c. 207 les deux derniers contre-poids e 9 e9 parce qu’ils tiennent aux deux dernieres cordes d, d9 qui font les mêmes que celles /z, n, attachées aux arcades qui Tuf- ^A^C|H£S pendent notre Lifle i , & en quittant l’eftriviere, la Liflè retournera à fa hau- 1 teur, où elle fera arrêtée par les nœuds G 9 G, qui font aux cordes n , n.
- On voit par ce détail que les marches qui enfilent les eftrivieres , donnent le mouvement à toutes les pièces, Sc que les contre-poids e9e9e9e9 t919y 9y% s’oppofent au mouvement: il faut donc employer, pour faire defoendre monter ces Lifles , une force fupérieure à celle qu’oppofent les contre-poids , qu’il faut rendre le plus légers poffible, pourvu qu'ils fafïent leur effet, Sc que chaque fois qu on a pafle un coup de navette, les Lifles reviennent au point de repos où on les a fixées en armant le Métier ; c’eft tout ce qu’on doit attendre*»
- Il y a cependant certains arrangements de Métier où Ion n'emploie aucun contre, poids , Sc néanmoins les Lifles retournent à leur premier point à chaque coup de navette pafle : telle eft la fiïfpenfion des quatre Lifles faite au châtelet 9fig. 1,
- PL 17 : telle eft auffi la fufpenfion des quatre Lifles a 9b9 a 9b 9 fig* cl de cette Planche, Dans la première de ces figures, ce font les carquerons, les tire-l'iflès Sc les marches qui cherchent le point de repos , Sc qui y ramènent les Lifles,
- Dans la fécondé, ce font feulement celles C9 E, qui cherchent à fe mettre tou* jours au niveau l’une de l’autre, autant qu’en armant le Métier, on a pris foin de ïes y mettre.
- On peut remarquer fur la figure 13 , PL xp 9 qu’il eft poffible à la fois de faire baifler une des Lifles h , i , & en faire monter une de celles f9 g ; on n’a, pour cet effet, qu’à placer les deux eftrivieresp , q 9 à une même marche, & en l’enfonçant on verra lever la Lifle/, Sc defoendre celle h , parce que l’eftriviere q eft attachée au lifleron H9 qui eft le lifleron inférieur de cette Lifle , & que celle p fait defoendre le premier car^ucron A 9 qui, comme nous l’avons déjà remarqué , fait monter la Lifle : il arrivera la même chofe pour les Liffesg, i ; fi l'on met une marche qui fafle defoendre à la fois les eftrivieres r 9 s 9 la Lifle g mon» tera, & celle i defcendra , parce que la fécondé de c es deux eftrivieres eft attachée au fécond des carquerons A, qui eft placé pour faire mouvoir la Lifle g9 comme nous l’avons' déjà expliqué, & que la première eft attachée au lifleron inférieur / de la Lifle i.
- On voit par-là que ces mouvements font les mêmes que ceux que j’ai fait remarquer au carrette à double batterie d’ailerons, dont la fufpenfion eft auffi de quatre Lifles, repréfentées par la figure 1 de la Planche précédente, parmi lesquelles on en a vu deux de fond * comme celles/, de cette figure , & deux de rabat, comme celles h, u
- Nous obferverons cependant que les cordes de carquerons qui font attachées aux ailerons des carrectes que je mets en comparaifon avec celui-ci, font oblir ques, mais que leur obliquicé tire en dedans , au lieu qu’ici elle va en dehors.
- Dans l’une & dans l’autre de ces deux figures, on a raifon de former cet arrangement.
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- Planches
- & *9*
- feo8 VA R T DES ÉTOFFES DE SOIE.
- 5 J’ai dit, pour ce qui concerne le tirage des carquerons, qu’iLfalloir qu’ils tiraflent en dedans du Métier lorfqu’ils correfpondent à des ailerons, & j’en ai démontré , je crois, la raifon : il me refie à rendre compte d’une efpece de con-Crafte avec la figure i de l’autre Planche.
- On a remarqué que le tirage aux carrettes à poulies, étoit plus doux lorfque la corde tire en dehors , que lorfqu’elle tire en dedans ; c’eft ce qui a déterminé ceux qui en font ufage, de le ranger ainfi. Ayant fait moi-même réflexion à ce mouvement, j’ai cru en trouver une raifon plaufible: c’eft que plus la corde s’écarte de la poulie en tirant, moins elle appuie deflus, conféquemment il y a moins de frottement ; mais ici ^arrangement du carrette qui nous occupe, parole tout de fuite détruire mon rationnement, fi l’on fait attention que les guides E, E y dans lefquels paflent les cordes c, c, c, c, ont leurs trous perpendiculaires ; mais il ne doit y avoir de perpendiculaires que les trous de la planche B9 les autres ne le font point, & néanmoins ils font en ligne direéte des rainures circulaires des poulies, auxquelles ils répondent-, en forte que les cordes prennent une voie oblique depuis les trous des planches E, E, ju(qu’au-deflus des poulies, & que cette obliquité eft à peu-près la même que les cordes confervenc depuis les nœuds v 9v 9 x 3 x 9 jufqu’aux carquerons A9 A; par ce moyen il fo fait beaucoup moins de frottement dans les trous, &, pour le dire en paflànt, quand on veut que ces cordes ne foient pas ufées fi vite en paflànt dans ces trous , on a foin de les cirer de temps en temps : du refte on peut reconnoître que le carrette que je repréfente ici eft le même que j’ai repréfenté par la figure
- On apperçoit encore ici que les contre-poids e9e, e 9e9t, t9y 9y, font feulement fojfpendus, 8c qu’ils peuvent s’enlacer, fur-tout ceux e, e9 e, e, qui font fujets à un grand balancement ; quant aux autres, on n’a a craindre que de changer fouvent les cordes de fufpenfion K> K9 X, L, à caufe des frottements con-; tinuels qu’ils efluient entre les carquerons où l’on eft forcé de les faire paflerj Cependant on a un sûr moyen pour prévenir tous ces mouvements, ainfi que nous allons le voir.
- Afin que les cordes ne puiflènt pas s’ufer entre les carquerons , on a pris le parti de leur fubftituer un fil-d’archal d’une ligne de diamètre, de la maniéré qu’on peut le remarquer en a 9Jigt 14, où l’on voit un fil-de-fer formant deux anneaux b , c, dont l’un tient au gouflet d9 qui eft pafle dans le lifleron M 3 8c l’autre tient à l’anneau e 3 qui eft fixé au contre-poids N\ dans cet état on n’a pas à appréhender que ce fii*de~fer foie rongé par le bois, au contraire, c’eft le bois qui eft rongé lui-même; & pour le prévenir, beaucoup d’Ouvriers ont l’attention de mettre une lamette de bois f, fig. 15 , au lieu du fil-de-fer que nous venons de voir ; cette lamette eft fufpendue au lifleron o par le gouflet gi Ôc elle tient au contre-poids P par le gouflet h : on place cette lamette entre les carquerons, fans craindre qu’ils s’entre-rongent ; d’ailleurs cette lamette eft
- crèss
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- Septtemë SectioK. ï. î* art» De ta fufpenjlort des Lifts, ôc. très-mince : elle a tout au plus une ligne d’épaifïeur, & un pouce de largeur.
- On doit préférer les lametces au fil-de-fer, parce que le fil-de-fer peut fô Planches courber, & ne pas laifler la même liberté aux carquetons que les lamettes, qui, 1 ^
- d’ailleurs , étant plates, ne permettent pas aux contre-poids de tourner ni de balancer; quant à l’ufer, à moins d’accidents extraordinaires , elles durent autant que le fil-de-fer. L’ufàge des lamettes eft bon pour les contre-poids qu’on eft obligé de pendre aux LifTes ; mais ceux qu'on pend aux ailerons ou aux poulies des carrettes, font fufceptibles d’un arrangement conforme à celui fig. i6>
- Cet arrangement confifte en une petite planche Q, percée fur fà longueur d’autant de trous qu’il en faut pour le nombre de contre-poids qu’on a à contenir , afin d’éviter leur balancement, leur entrelacement f & de les faire monter ou defcendre en ligne direéte des parties où ils font fufpendus ; on paffe dans chacun de ces trous une corde i9iyiyi9i9i9 à laquelle eft attaché un des contrepoids R9R9R y Sec. On voit par l’ordre quils tiennent, qu’il n’eft pas poflible qu’ils s’entrelacent, ni même qu’ils fe détournent,, parce que par leur largeur l’un eft contenu par l’autre ; & s’il arrive quelque balancement, il fe réduit à très-peu de chofe. Cependant on prévient tout ce qui pourroit arriver, en fuf-pendant la planche Q par fes trous kyk9 & en l’arrêtant avec des ficelles, afin qu’elle n’ait aucun balancement ; ainfî quand l’Ouvrier travaille, il ne fe trouve arrêté que par les événements qu’on ne fàuroit éviter.
- Avant de paffer plus loin , à l’égard des contre-poids, il eft bon de remarquer un arrangement particulier aux carquerons, qui eft pour lè moins aufîi eflen-tiel pour la folidité d’une armure , que celui des contre-poids. Cet arrangement eft repréfenté par la figure 17, où l’on apperçoit les bouts de huit carquerons /,/,/, Sec. qui font contenus dans un écartement égal les uns par rapport aux autres, au moyen de la planche S, qui eft percée d’autant de trous qu’il en faut pour recevoir les cordes m , m9 Sec. qui forment les gouffets propres à jfufpen— dre les carquerons ; cette planche S eft affujettie de maniéré à ne pouvoir monter plus haut que les cordes n9n9 qui la contiennent, n’ont de longueur, & non-feulement elleconferve les carquerons dans la diftance qu’ils doivent avoir, mais encore elle fert à les arrêter pour qu’ils ne remontent pas davantage ; d’ailleurs s’il faut qu’il y ait entr’eux quelques lamettes ou cordes de contre-poids, elles ne doivent pas être gênées par eux, parce que la planche les tient fuffifam-ment écartés.
- Ici les gouffets ne font pas formés comme ceux que nous avons vus jufqu’à préfent, la corde eft palfée fimple , tant dans les carquerons /,/,/, Sec, que dans la planche S ; mais au haut, où il forme une boucle 0,0,0, Sec. à chacune, on obferve que du nœud qui eft à chacune de ces boucles à la planche S 9 il y ait affez d’efpace pour, qu’en travaillant, le carqueron pùifle defcendre aufïî bas qu’il eft befoin. Quelquefois on forme ces boucles avant de les placer aux carquerons, & avant de les paffer dans la planche S9 d’autres fois on forme Étoffes de Soie. FIL Part. G 3
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- 1C*r*. w
- ±xo U ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- =? feulement un nœud au bout de la corde de chaque gouflet, & on la pafte dans ^es carcluerons > ^ tout ^u^te dans planche i enfuite on forme la gance, après quoi on pafle dedans les cordes des carquerons p ,p, &c. qu’on arrête comme fur les gouflets des carquerons de la figure I, PL 18 , afin de pouvoir fixer les carquerons à la hauteur qu’on juge la plus convenable. Ici j’ai fuppofé les cordesp,p ,p> &c. en leur entier, quoiqu’il n’y en ait qu’une petite partie dans chacune des boucles o, o, &c. Ces boucles font faites d’une maniéré que je n’ai pas encore fait connoître ; c eft pourquoi j’en vais dire quelque choie.
- En confidérant la figure 18 , on appercevra les contours qu’on fait faire au gouflet pour former cette boucle. On commence par faire le nœud q à un des bouts de la corde, ce qui la fùppofe paflee dans le carqueron qu’elle doit occuper; enfuite on forme la boucle r, ce qui fe fait tout d’un temps avec le nœud s, qu’on ferre tout de fuite ; après cela on conflruit l’anneau t, qui eft un fécond nœud formé lur la corde elle-même, 8c l’on tire le bout v , fi la boucle eft fiiffi-ment grande ; fi au contraire elle eft trop petite * on ferre ce même nœud par le côté x de la boucle r > quoique le nœud s foit ferré, parce que ce nœud ne forme fur le bout v de la corde, qu’un nœud coulant qui ne pourroit s’arrêter fans le nœud t.
- Voilà la maniéré dont on forme ces gouflets & l’arrangement des carquerons j on eft certain par-là de n’avoir aucun balancement dans le travail. Nous allons nous occuper de différents contre-poids dont on fe fert, avant de pafler à la fuf-penfion des Liftes’, au nouveau carrette à poulies.
- Plufieurs Ouvriers ont trouvé , avec raifon , que les contre-poids qu’on étoit obligé de fufpendre aux Liftes , caufent un embarras confidérable , qui, favori-fànt d’un côté la fabrication , la gênoient de l’autre, parce que les cordes de fufpenfion , le fil-d’archal ou les lamettes, paflant entre les carquerons, ne laif-foient plus la liberté aux Liftes de reculer au gré de l’Ouvrier, lorfqu’ilen avoit befoin pour renouer entre les Liftes la foie qui peut être caffée 8c rebouclée pour refaire les mailles qui fe caftent à ces Liftes, & pour une infinité d’événements qui, dans le courant du travail, exigent qu’on fépare les Liftes les unes des autres,
- La pofition des carquerons que nous avons vus jufqu a préfent, & l’arrangement des contre-poids qui concourent au mouvement des Liftes, nous prouvent aflez que c’eft avec quelque difficulté qu’on peut les écarter les unes des autres fans rien déranger à leur fufpenfion* puifque les contre-poids qui y font fufpen-dus, les retiennent enfemble avec les carquerons, entre lefquels les cordes de ces contre-poids font placées. Certains Ouvriers fe font avifés de fufpendre les contre-poids hors des carquerons, foit en avant, foit en arriéré, afin d’avoir la liberté des Liftes ; mais ils tombent dans des inconvénients encore plus confidé-rables. D’abord les Liftes font par-là trop ou trop peu éloignées ; & s’ils paryien-nent à les placer à la diftance qui leur eft néceflàire, ce n’eft jamais qu’au moyen
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- Septième Section. I. Part. Delàfufpenjion des Lijjes , <§c. lit d’un plus mauvais arrangement ; de forte qu’ils font forcés de tranfporter les carquerons plus proches d eux, ou plus loin , mais toujours de l’efpace que peuvent occuper les contre-poids ; ajoutons à cela qu ils ne fauroient changer
- Planches lâ âc ip»
- de place le carrette où font fufpendues les Liftes, parce qu’il faut que ces Liftes fe meuvent perpendiculairement, autant qu’il eft poffible : il faut donc que les carquerons tirent obliquement ; alors on eft fujet à forcer les ailerons du carrette , & l’on voit fouvent les arcades Sc les cordes de carquerons fe chevaucher ; il faut à chaque inftant monter fur le Métier pour les remettre à leur place. On a trouvé cependant un moyen pour prévenir cechevauchage ; mais ilneft pas allez parfait pour quil mérite d’être repréfenté : il confifte en une planche percée qu’on met à chaque bout du carrette , comme font celles E3 E ,fig. 13 de la Planche précédente, & percée d’autant de trous qu’on en a befoin pour fervir de guides aux cordes de carquerons. Cette méthode feroit excellente pour confor-ver la direction des ailerons, quand les carquerons tirent en droite-ligne ; mais ceux qui s’en fervent pour faire tirer obliquement , font bien sûrs alors des mouvements des ailerons; mais ceux des carquerons font fi gênés, qu’à tout moment ils font échapper les marches de deflous le pied ; d’ailleurs les frottements font fort durs, & les cordes de carquerons s’ufent très-vîte. On met cependant une fécondé planche percée comme celle $ 9fig. 17 de la même Planche, par laquelle on fait contenir les carquerons non-feulement pour qu’ils ne montent pas plus haut, mais pour que les eftrivieres ne perdent pas la ligne perpendiculaire qu elles ont avec les marches : c’eft le feul moyen qu’on ait trouvé pour que les marches ne puiflènt point fortir de deflous le pied, mais il relie toujours la gêne du travail.
- L’ufàge des lifterons plombés eft fi avantageux, qu’on ne devrok jamais s’en départir ; il n’offre aucun embarras pour les Liffès , encore moins pour les car-
- querons , qui fe trouvent toujours libres : mais à leur défaut quelques Ouvriers emploient une forte de contre-poids qu’on nomme platine, du même nom qu’on donne à une forte de lifterons dont j’ai parlé dans un des Articles précédents.
- Ces platines font faites comme celle fig. 1, PI20 : ce neft autre chofe qu’une planche de la longueur à peu-près d’un iiflèron, large d’environ 6 pouces , ^ANCHE épaifle d’un pouce tout au plus par le bas, & terminée par le haut par deux plans inclinés qui fe joignent en arrondiffant. Les côtés de ces platines font polis & unis, afin qu’étant obligé d’en mettre une à chacune des Liftes de fond, on n’ait pas à craindre qu’elles foient arrêtées les unes par ies autres.
- On fait ces platines de bois dur 9 afin qu’elles foient plus lourdes ; & quand elles ne le font pas fuffifamment, on les plombe, afin de leur ^donner le poids Su’ on veut mettre à une Liflè.
- Quand on veut plomber les platines, on pratique en deflous des rainures d) a, a y faites intérieurement en queue-d’aronde , comme celles dont on fe fort pour plomber ies battants, &c, & par ces rainures on réglé le poids qu’on veut
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- Planche
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- 212 ÜART DES ÉTOFFES DÉ SOIE.
- x «tanner à chaque platine. Quand on veut employer les platines à un Métier * on les fufpend aux liflerons inférieurs par les goulfets b9b, qui font pafles au travers de la platine dans des trous faits à demi-pouce de leur bord fupérieur ; cependant la bonne méthode eft d'enfiler la platine par fes trous c, c , avec des .gouflets fimples ou doubles , mais dont le nœud qu'on fait à un des bouts foie aflez gros pour s’arrêter au bord du trou, en deflous de la platine ; c’eft par le bout qui pafle au - deifus, qu’on le fixe dans un trou du lilferon, ou dans un autre gouffet placé au lilferon tout exprès.
- De quelque maniéré qu’on fufpende les platines aux liflerons, on doit obfer-ver de laiflèr entr’elles & le lilferon un efpace de 3 pouces, s’il eft poffible, afin que quand on eft obligé de refaire quelques mailles au bas des Lilfes, on ne foit pas gêné, ce qui retarde cette opération , 8c empêche de la faire avec toute la précifion poflîble ; d’ailleurs on doit éviter que les platines montent bien avant entre les Lilfes ; 8c même fi l’on pouvoit trouver un moyen pour qu’elles n’y parvinflent pas du tout, il n’en feroit que mieux pour la liberté du travail, & pour la confervation des Lilfes. Il faut cependant éviter que les platines ne portent au-delfus des carquerons , n’importe l’efpace qu’on biffera entr’eux & les platines ; mais il en faut un, ne fût-il que de demi-pouce.
- On doit reconnoître par cette derniere obfervation , que les platines doivent être fufpendues entre les lifterons 8c les carquerons, ce qui permet à l’Ouvrier d’avancer & de reculer fes Lilfes autant qu’il en a befoin pour voir ce qui fe paffe entr’elles , & pour ranger la foie qui pourroit nuire à la perfeélion de la fabrication , de forte qu’on peut les reculer toutes enfetnble ou féparément félon que le cas paroît l’exiger. Je n’ai pas cru devoir en donner une figure ; mais on doit juger, en comparant cette méthode à celle des contre-poids placés entre les carquerons , combien celle-ci efï pn^rieiTLis de l’autre, que je n’ai repré-fentée que parce qu’elle eft généralement reçue , 8c que d’ailleurs il eft des cas où l’on ne fàuroit fe fervir des platines. On doit* en général, employer les platines au lieu d’autres contre-poids : on doit même préférer à ces platines les liflerons plombés, qui ne tiennent aucun efpace de plus que les liflerons ordi-; naires, & qui tiennent en même temps lieu de platine & de contre-poids.
- Après avoir vu l’arrangement des contre-poids à lifles, il faut dire un mot des contre-poids à ailerons, mais auparavant il faut connoître quels font les contre-poids qu’on emploie tant aux Lifles qu’aux ailerons.
- On a de tous temps fait les contre-poids de fer, de bois & de plomb ; les uns & les autres ont été faits plats ou en aiguille : nous avons vu des uns & des autres dans les Planches précédentes ; nous en voyons encore un en A, fig. 2 f 8c un autre en B, fig. 3 : on fent aifément que ceux de fer, foit plats, foit en aiguille , font faits à la forge ; mais on doit avoir foin pour les plats, que le trou par où on les fufpend, foit bien au bord fupérieur; ceux en aiguille font forgés auflt applatis par le haut, & égaux en grofleur dans tout le refte de leur
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- longueur ; cependant j’en ai vu qui font un peu plus minces par le bas què par îiSrüs. le haut, fans doute pour qu’ils coulent plus facilement entr’eux. Je fuis furpris Planche qu’on n ait pas fongé à s’en procurer de fer fondu ; ils coûteroient beaucoup moins, & feroient très-égaux en poids & en volume.
- Les contre-poids de plomb font jettes en moule pour leur donner la fotme convenable; ce font ordinairement les Ouvriers eux-mêmes qui prennent cette peine. Quand il s’agifloit de contre-poids plats, je faifois les moules avec de la cendre ou avec du fable que je mettois dans une caille de i y pouces de hauteur ou environ ; quand je me féryois de la cendre, j’avois foin de la palier au tamis & de la pétrir avec un peu d’eau ; j’en emplillois ma caillé ; puis prenant un modèle de bois très-uni, que malgré cela j’avois foin de frotter de favon, je l’enfonçois bien droit dans la cendre qui étoit en pâte ; je formois autant de trous que j’avois befbin de contrepoids, ou autant qu’en pouvoit contenir la caillé , en taillant entr’eux un efpace de 2 pouces en tous féns 5 après quoi je fai-fois fondre le plomb dans une cuiller de fer; je jettois le plomb dans les moules : ayant attention que la cendre ne fût ni trop humide ni trop féche. Quand mes contre-poids étoîent refroidis, je les perçois avec une pointe de fer à l’endroit de la fufpenfion. J’en ulois à peu-près de même avec le fable : mais j’ai éprouve que le fable fin ne me réuffilîbit pas fi bien que la cendre, ce qui me le fit abandonner.
- Quand je voulois faire des contre-poids en aiguille, je faifois des trous dans la cendre avec un bâton bien uni, & auquel j’avois donné la forme du contrepoids que je voulois faire , bien entendu qu’il en avoit la longueur & la grofr feur ; mais par la fuite je préférai de jetter les contre-poids dans des moules de papier, & qui me permettoient d’ajouter au bout un anneau de fil-de-fer , dans lequel je pouvois pafïér la corde de fufpenfion ou le gouflêt.
- Pour parvenir à faire mes moules en papier, je roulois feulement trois oü quatre tours de papier fur un bâton de la groifeur convenable ; j’avois la précau* tion que leur forme fût toujours un peu conique, afin de retirer plus facilement le bâton & les contre-poids. J’entourois ce moule avec du gros fil dans toute fit longueur ; enfuite je faifois replier le papier fur le bout du bâton, qui fe ter* mine en arrondifïànt, & qui avoit cependant un petit trou , dans lequel je fai* fois entrer un bout de fil-de-fer, que je recourbois enfuite pour contenir i’anneàu de fil-de-fer que je voulois adapter au contre-poids. Avant de retirer le bâton du moule que je venois de former, j’en fermois le bout avec le fil, en ferrant entre le bout du bâton 6c l’anneau lui - même, de forte que le manche de l’anneau fé trouvoit retenu au bout, après quoi je retirois le bâton du moule. Quand j’avois formé une certaine quantité de ces moules, je les enterrois dans ma caiflè pleine de cendre * & j’y coulois du plomb : par ce moyen je n’avois pas befbin de les percer pour les attacher, puifque l’anneau fervoit à les fufpendre.
- Ces moules m’ont fervi jufqu’à quatre fois ; mais infénfibîement la chaleur les Etoffes de Soie. VIL Paru H 3
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- rouflïffoit ; j’ignorois alors le degré de chaleur qu’il convient de donner au plomb : le voici. Quand il efl: fondu, ony plonge un peu de papier blanc ; s'il le rouffit, il eft trop chaud, Sc dès quil ne le tache plus, on peut le couler.
- Les contre-poids en bois font faits auffi comme ceux A, B, des figures 2 8c 3 ; on choillt le bois le plus lourd, tel que le plane , le noyer , le chêne verd , Sec; Sc quand on veut les rendre plus pefants, on les plombe. Il y a même des Ouvriers qui ont l’ufage de ne fe fervir que de contre-poids plombés par préférence à ceux de plomb , parce qu’ils les font plus hauts & plus larges : ils prétendent par-là qu’ils fe tiennent mieux dans la place où on les met. Cette obfer-vation n’eft pas fans fondement ; mais je préféré ceux de plomb , parce qu’ils tiennent moins de place.
- Quand on veut plomber les contre-poids de bois, on les perce par des trous quarrés d , d, fig. 2 , ou par des trous ronds e, e, e , qu’on fait un peu obliquement , & en pareil nombre de chaque côté du contre-poids, afin qu’il foit également lourd. On voit for ce contre-poids deux gouflètsf9f, pour qu’il porte plus à plç>mb.
- Les Ouvriers intelligents font en forte de diminuer les embarras de leurs Métiers, en diminuant les objets qui les accompagnent. Les figures 3,4 & y , vont nous faire connoître des arrangements pour les contre-poids, qui en diminuent le nombre fans nuire aux marchures.
- D’abord, par la figure 3, on voit que fi l’on efl: obligé de pendre deux contre-^ poids à un côté d’un carrette, fuivant les arrangements que nous avons vus, ici il n en faudra qu’un , parce que les cordes g9 g, font chacune attachées à un des ailerons du carrette, §c que malgré que l’une tire d’un côté, l’autre refte toujours tendue, parce que la poulie C qui courue dans la chappe D, appuie toujours également for cette corde, & les tient fans cefle tendues par le moyen du contre-poids B , qui efl: fofpendu à cette chappe par fon gouffet h.
- On voit par cette figure, que fi l’on étoit obligé d’employer huit contre-poids d’un côté du carrette, fuivant les ufàges que nous avons vus ; avec quatre, comme celui B9 on en aura autant qu’il en faut foivant cette méthode ; il efl: vrai qu’on fera obligé de les mettre un peu plus forts.
- On aura encore moins de contre-poids à employer, fi l’on veut fo fervir de la méthode que préfente la figure 4 , puifqu’au lieu de huit contre-poids qu’on emploie fuivant la première méthode , Sc quatre fuivant la féconde , foivant celle-ci il n’en faudra que deux. On comprendra ceci en faifànt attention que chacune des deux cordes i, i, & de celles A, A, font attachées à des différents ailerons, & qu’en foppofant que l'une de celles i9 i, tire, la chappe E montera , & néanmoins les cordes relieront toujours tendues, parce que la poulie F, appuiera toujours également deffus, & cependant les cordes A, A, relieront immobiles, quoique le contre-poids G monte; mais il faut remarquer que ce
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- Septième Section L Part. De la fufpenjion des Liffcs, <5c. âiy contre-poids tient par fon gouffet l à la chappe H, qui eft portée par la corde i mm9 fur laquelle pofe la poulie I. On obtiendra le même effet fifon fait lever une des cordes A, k, alors la chappe K montera, Ôc celle E reliera immobile , parce que la cordem9 à droite en montant, renverra toujours la poulie 1 fur la corde m, à gauche, Sc néanmoins elles relieront toujours tendues fune & lautre par l'effet du contre-poids G > qui leur efl: commun, & par la même rai~ Ion, les cordes i,i>k>k9 relieront tendues de même.
- La figure y fait voir un arrangement au moyen duquel, au lieu de huit contre* poids, il n'en faut qu'un feul comme L. Il faut fuppofer qu'on voit les cordes
- attachées chacune à un aileron d'un feul côté d'un car-rette , foit à double, {bit à fimple batterie ; & en comparant la marche que tiennent dans leur mouvement les deux figures précédentes, on reconnoîtra facilement que l'une de ces cordes eft tirée par l'autre.
- Nous avons vu ci-devant qu'il falloir autant de contre-poids que l'on em-ployoit d'ailerons, en forte que fi un Métier a huit Liffes de rabat, on fe ferC d'un carrette à double batterie, comme étant le plus en ulàge & le plus doux ; il faut feize ailerons, & par conféquent feize contre-poids : dans le travail, ces contre-poids montent de 4 à 5 pouces, à moins qu'ils ne foient rangés de la maniéré qu’on l'a vu par la figure 16 de la Planche précédente ; ils acquièrent un balancement confidérable, & font fujets à s'entrelacer. Suivant cette même figure 16 que je viens de citer, les cordes qui paflent dans la planche Q qui les contient, fe rongent bientôt, à moins qu'on n'y mette du fil-de-fer au lieu de cordes ; d'ailleurs le foin & la dépenfe de foize contre-poids dp fer ou de plomb , ne laiffe pas de faire un objet pour les Ouvriers, fins compter l'embarras.1 Il n'en eft pas de même des contre-poids G, L ; la hauteur où le travail les fait monter, ne leur permet pas de conuatSlcr un grand balancement, fur-tout au dernier. La plus grande difficulté cotififte dans l'arrangement des chappes, fi l’on veut les placer à peu-près avec la régularité qu’on voit fur le deffin ; mais cette exaélitude n’eft utile qu'au coup d'œil : il importe fort peu qu'elles foient plus baffes les unes que les autres, pourvu quelles foient allez longues pour que les poulies inférieures en montant, ,ne foient pas forcées de toucher les chappes auxquelles elles font fulpendues ; mais il faut très-peu de longueur de corde à chaque fufpenfion, excepté celles qui tiennent aux ailerons; Sc encore, 6 pouces au-deffus du brancard du carrette, font autant qu'il en faut, Sc les autres à proportion 5 de forte qu'on peut régler un arrangement tel que celui fig. 5 , dans un efpace de 3 pieds, à compter depuis le deflous du brancard du carrette, jusqu'au bout de la chappe Z ; alors on fait le gouffet y plus long: on fait même en forte que le contre-poids L vienne à peu-près à un pouce de terre, pour éviter qu’il ne faffe aucun tort, fi par quelque accident, il tomboit par terre.
- Quoique ce contre-poids feul foit auffi lourd que tous les autres enfemble , il n'y a point dè comparai fon de la douceur de cette marchure, à celle des
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- * contre-poids féparés ; il efl: vrai que pour la bien exécuter , il faut que les poulies des chappes foient proportionnées aux écartements qui doivent régner entre les cordes: il faut donc que les poulies N 9P> T, X’, n'ayent pas un plus grand diamètre que l'elpace d'un aileron à l'autre du carrette qu'on emploie , afin que les cordes defcendent perpendiculairement ; alors on obferve que le diamètre des poulies R9v 9 foit égal à l'elpace qu'on voit entre les bouts des chappes M> O 9 ou entre celles S9 par la'même raifon le diamètre de la poulie JT, fera égal à l'efpace qui efi: entre les bouts des chappes Q9 x* On fent parfaitement que lî ces poulies.étoient trop grandes ou trop petites en diamètre, les cordes fe trouveroient ou trop écartées ou trop rapprochées ; alors les ailerons feroient forcés de fe mouvoir obliquement ; & fi les cordes étoient trop écartées* les ailerons fe rapprocheroient trop du côté de la tête, & du fens contraire dans le cas oppofé.
- Les contre-poids G9L9 font de pierre , à peu-près comme ceux qu'on met communément aux tourne-broches ; quelquefois on fe fert d’une pierre brute * pourvu qu'elle foit aflez lourde, & qu'on puifle l'attacher folidement. Ils ne fàuroient être coûteux , & on les emploie ordinairement ainfi, quand on veut employer les difpofitions que repréfentent les figures 4 & y ; mais pour celle fig. 3 , on fe fert de contre-poids faits comme ceux que nous avons vus ci-devant , c eft-à-dire , de plomb.
- On fe fert fbuvent de contre-poids de brique, fur-tout à Nîmes ; mais on ai reconnu qu’ils rongent les cordes très-promptement ; 6c fi l’on n’a pas le foin de les fufpendre avec des fils-de-fer, on efi: obligé de renouveller ces cordes très-' Ibuvent. Il ne faut pas croire que ces contre-poids foient faits exprès, ce font des carreaux à carreler qu’on perce 5 & s’ils fent trop grands, d'un on en fait deux , & quelquefois davantage , fer tout quand ce fent des carreaux à cou-l vrir ; car dans tout le Languedoc, la Provence, le Comtat Venaiffin, &c, on a l'ulàge de couvrir les maifons avec des carreaux de brique, qu'on pofe fur les folives, & enfuite on met les tuiles par-deflus: ces carreaux tiennent lieu de planches. Ces contre-poids font fragiles, mais ils ne font pas dilpendieux : car pour douze fols on en a autant qu'il en faut pour le Métier qui en exige le plus. Toute la difficulté qu’on a à cet égard, efi de les percer & de les feier pour les mettre à la grofleur dont on a befcin ; cependant ils font fujets à s’entre-ronger quand ils frottent les uns contre les autres, & infenfiblement leur poids diminue ; d'ailleurs la pouffiere qui en tombe, falit le Métier tout autour 5 mais les Ouvriers qui font curieux d'avoir leur Métier toujours propre 8c bien en ordre, quand ils ont réglé leurs contre-poids à la grofleur qu’ils doivent avoir j les couvrent de vieux papier qu'ils collent deflus.
- On préféré ces contre-poids à ceux de fer, à caufe du bruit que font ceux-ci en travaillant ; car dans une Fabrique où il y a cinq à fix Métiers armés avec des contre-poids de fer, on entend fans ceflê un tintement qui étourdit : auffi voit-
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- on que les contre-poids de bois 6c ceux de plomb leur font préférés , & que Ion n’emploie plus guere ceux de fer que pour éviter de faire de la dépenfo quand on les a.
- J’aŸbis promis de repréfenter dans la Planche précédente , un arrangement d’arcades pour les carrettes à double batterie , différemment fait que celui fig4 2 9 de la Planche 18 j mais les objets que j’ai eu à y mettre , ne m’ont pas permis d’y repréfenter cette figure : d’ailleurs il y en a d’autres qui doivent néceflaire-
- s
- ment la fuivre 6c lui être comparées ; ainfi j’en vais faire un Paragraphe particulier , afin de ne pas confondre les objets.
- . §. II. Arrangement particulier à Végard des fùfpenjîons des LiJJes aux Canettes a Jimple & a double batterie, concernant les Arcades.
- L a figure 6 repréfente un arrangement particulier pour les carrettes à dou-* ble batterie: on y voit une maniéré de fufpendre les Liftes, ou plutôt de difpo-! for les arcades , différente de celle que nous avons vue par la figure 2 de la Planche 18, & par les cordes d’arcades qui font attachées enfemble, & repréfentées par les figures 7 & 8 de la même Planche. Ici les branches a y a y byby des arcades c3dy font diftribuées fur le lifferon g de la Lifté h9 de maniéré à la fopporter à quatre endroits différents, de forte que chacune des branches paffe dans un des pitons i9i, A, A, qui tiennent.ici lieu de goufo fets.
- On ne faurôît difoonvenir que cette méthode de fufpendre les Liffes arcades, ne foit plus folide, & en même temps plus propre que celle que nous avons vüe par la figure 2 de la Planche 18, parce que l’Ouvrier eft maître de régler chacune des branches des arcades à caufe de leur féparation ; les li(ferons en font beaucoup mieux fupportés y puifque les pitons qui y font adaptés , font placés de maniéré à ne pas permettre au lifferon de plier fur le milieu ; & cependant on obferve que les pitons du milieu laiffènt entr’eux un efpace allez confidérable pour que l’Ouvrier, en cas de befoin, puifîe y paffer la tête, & iVoir ce qui fe paffe derrière les Liffes , afin d’y remédier s’il y a quelque dé- * rangement à la foie ou autrement, fuivant le genre d’Etoffe qu’il fabrique.
- Quant à l’ufàge des pitons au lieu de gouffets, il n’a rien de particulier pouf la perfeétion de l’ouvrage : il eft préféré par certains Ouvriers plutôt par habitude que par raifonnement ; je n’y trouve qu’une certaine propreté que cela préfente à la vue : il eft vrai cependant que quand il s’agit de lifterons minces & larges, comme ceux que j’ai nommés platines dans l’Article de la defcription des lifterons, on pourroit préférer les pitons aux gouftéts, tant à caufe de l’efpaca qu’il faut percer, que par la crainte de cafter le lifferon ; d’ailleurs les nœuds qu’on eft obligé de faire aux gouffets , débordent en deflous des lifterons quand ils font trop minces, & gênent les mailles dans l’endroit où ils pofent, fur-tout Étoffes de Soie. FIL Pan* ï 3
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- ? quand on les place au milieu de la Lifle, comme le font les pitons k, k.
- Ces pitons ont leur queue faite en vis à bois, 8c leurs anneaux arrondis 8c bien polis , afin qu’ils ne rongent pas les cordes, & qu’elles puiffent y glifler facilement quand on veut monter ou defcendre les Liflès : on pourroit craindre qu’en les faifant entrer dans les liflerons, ils ne les fîflent fendre, mais on choifit des pitons dont la queue ne foit groffe qu’à proportion des liflerons qu’on veut fufpendre, & cependant on prépare le trou en le formant un peu plus petit que la queue des pitons, avec une vrille convenable. On obferye encore que la queue des pitons ne foit pas fort longue, pour n’avoir pas beaucoup d’efpace à remplir. Je penfe cependant qu’il faudroit qu’elles entraflent dans les liflerons le plus avant poflible, afin qu’en tirant les liflerons pour les faire monter ou defcendre, ils ne puflent pas vaciller. Quand on a l’ufage de mettre des pitons, on en met aux liflerons fupérieurs pour y attacher les arcades, 8c aux inférieurs pour y attacher les arbalettes à eftrivieres , ou les cavalletis. J’ai remarqué que le gouflèt étoit plus sûr pour la montée du lifferon, fur-tout quand il l’enveloppe par un nœud, foit coulant, foit celui du laboureur, ou qu’il pafle à travers , 8c qu’il eft arrêté par-deflous au moyen d’un nœud. J’ai jugé que cette différence venoit de ce que l’un & l’autre prenoit le lifferon dans toute fa largeur, 8c que le piton ne le tenoir qu’en partie.
- La figure 7 nous met fous les yeux un arrangement de Liflès qui eft fort avantageux pour la sûreté du travail : on ne s’en fèrt ordinairement que pour la füfpenfion des Liffes au carrette fimple ou au châtelet. Cet arrangement confifte à paflèr les cordes /,/,/* &c. dans les planches percées m> m : on prend cette précaution, parce que fbuvent avec ces fortes de carrettes on voit balotter les Lifles de droite à gauche, & s’éloigner plus d’un côté que de l’autre, en forte que lorfqu’êlles lèvent, on voit toujours le Pas ne s’ouvrir pas affez, ou inégalement, tantôt trop , tantôt formant plufieurs gorges, ce qui interrompt la fuite du travail. Cet inconvénient n’a pas lieu quand les cordes d’arcade font paffées dans des planches , comme nous venons de le voir » parce que ces planches contiennent en même temps les Liffes, qui ne fauroient s’écarter l’une de l’autre ; & fi par hazard il y a quelque écartement, elles l’éprouveront toutes enfemble fur la droite ou fur la gauche, parce que les planches m^m, font feulement fufpendues au brancard du carrette par les cordes n, n9 n, n. Lorfque la force des mouvements occafionne un dérangement foit fur la droite, foit fiuç la gauche, on met une fécondé corde dans chacun des trous qui contiennent celles n, n, n, n, & on les attache horizontalement, foit aux pieds de Métier^ foit aux planches d’arcades, comme nous aurons lieu de le remarquer dans les Etoffes façonnées à la tire ; 8c fi l’on ne peut les arrêter de cette maniéré, on attache ces cordes aux eftafes du Métier ; & pour que les planches ne montent pas par l’obliquité des cordes, on met au bout de chacune un fort contrepoids # qui les attire en bas.
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- J ai vu des Ouvriers qui, pour éviter tout cet embarras de cordages, aflujet- ' tifloient les planches m , m9 au moyen de deux tringles de bois au carrette , comme nous enverrons ailleurs , & qui faifoient porter au haut de ces deux tringles les planches , en les y attachant folidement.
- On doit avoir foin de placer les planches m, m , à une hauteur convenable pour que les Lifles ayent la liberté qu’il leur faut, mais non pas trop, afin de profiter, autant qu’on le peut, de la longueur des arcades, qui gênent par le frottement qu’elles .éprouvent dans les trous de la planche ; quelquefois on fait ces trous longs, fuivant la longueur des liflerons o, o, o > &c. de forte que le trou ufe moins vite la corde, & on a la précaution de mettre les planches dans un fens oblique, afin qu’elles préfentent en quelque maniéré leur ouverture , fui-; Vant la direélion des cordes d’arcades.
- On peut employer ces planches pour les fufpenfionâ des Lifles à carrette à double batterie , mais non pas comme celles que nous avons vues précédemment, parce que la double arcade eft prefque fuffifimte pour prévenir le balotte-ment des Lifles ; d’ailleurs comme il faudroit pafler deux cordes à la fois dans un même trou, cela feroit fort gênant. J’ai vu qu’on s’en fervoit cependant pour les fufpenfions faîtes comme celle fig, 6 ; 8c quoiqu’il y eût quatre branches d’arcade à une feule Lifle, on ne fe fervoit que de deux planches, dans lefo quelles on ne pafloit que les branches a, a, qui fe trouvoient tout-à-fait au bord des Lifles ; on pourroit même n’en pas mettre du tout, parce que le croifo-ment qui fe forme par les branches b > b, eft fuffifànt pour éviter le balancement des Lifles, ou du moins ce balancement eft de fi peu de conféquence, qu’au lieu de nuire il fert à dégager les Lifles.
- Quelle que foit l’efpece de fulpenfion de Lifles à laquelle on emploie des planches percées comme celles m pour leur fervir de guides, on doit les difpofer de façon que les nœuds des arcades qui fe joignent aux gouflets, fe trouvent en deflîis des planches de la même façon qu’ils font rangés au-deflus de la planche perccc de la figure 17, PL 19 , qui repréfente huit carquertms folpendus & féparés par cette planche.
- Si les planches percées font inutiles aux (ulpenfions des Lifles faites aux car-rettes à double batterie, comme celles que nous avons vues jufqu’à préfont, elles s’emploieront prefqu’aufli avantageufoment qu’aux carrettes Amples, dans une fufpenfion qu’on fait aux doubles carrettes, & qui, néanmoins , n’eft qu’à (Impie arcade , ainfi qu’on le voit par la figure 8. Suivant l’ufoge reçu de faire les (ulpenfions des Lifles conformément à cette figure * on voit que les arcades p>p > ne font formées que d’une foule branche, comme celle fig. 9, que cependant, on ne laifle pas tirer féparément, c’eft-à-dire , qu’on les joint l’une à l’autre par un nœud q9 qui, des deux arcades, n’en forme qu’une, qu’on peut attacher par la boucle de chacune, à un des gouflets r, r, qui font aux ailerons A, A. La réunion de ces deux arcades eft faite comme le repréfonte la
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- t-_~— - ; figure io, ou Ton voit les anneaux s, s, qui forment le contour du nœud B ;
- Blanche entrelacés de maniéré qu’en ferrant le nœud, les deux arcades ne peuvent plus 20é fe définir. En formant ce nœud, on prend foin de conferver les deux boucles t, t y également éloignées du nœud B, afin de pouvoir mieux régler la fufpen-fion aux ailerons. Pour bien y réuflir, on enfile ces deux boucles par une cheville fixée quelque part ; on tend les arcades autant qu’il eft poffible, & en les tenant tendues , on forme & on ferre le nœud B ; il faut aufli que la grandeur de ces boucles foit égale autant qu’on peut, pour la propreté ; & d’ailleurs il femble qu’il eft plus facile de les régler à la hauteur qu’elles doivent occuper* Ces boucles font formées par une efpece de nœud coulant C, fig. xi, qu’on fait en commençant par l’anneau v, dans lequel on parte le bout x de la corde , qu’on entoure enfuitefur la partie D delà même corde, comme on l’y voit en y. En parcourant les contours que fait cette corde pour former le nœud , on appercevra qu’en {errant le nœud C, & en tirant enfuite fur lui le bout x, la boucle i fe trouvera formée comme celle E de la figure 9, & comme celle H de la figure io.
- On ne noue pas toujours enfemble les deux arcades hors du carrette, comme le repréfente cette derniere figure, fouvent on les place féparées chacune à fon aileron ; & quand elles y font, on fait le nœud pour les unir l’une à l’autre * comme il eft en a yjig. 12 , où l’on voit les boucles b, b, des arcades c y c , en-; lacées avec les gouffets d y d, qui tiennent aux ailerons Fy F: ces gouffets fonts faits en boucles, Sc fe joignent avec les arcades comme on l’a vu par la figure i6>Pl. 15.
- Tous les Ouvriers qui arment les Métiers à firnple arcade fur un carrette double, ne fe fervent pas de deux arcades fimples, ils en mettent une double, qui,' par la maniéré de la ranger, produit l’effet des deux arcades fimples. La figure I3 va achever de nous inftruire de ce dernier arrangement. Il faut feulement remarquer que l’arcade e eft double, telle que celles qu’on avoit vues jufqu’à préfent, & que les deux gouflets jf,y", qui font aux ailerons G > G , font paffés dans la boucle g de l’arcade, & noués par-defîus de maniéré à tenir folidement;
- Pour parvenir à fufpendre ces fortes d’arcades aux deux gouifets à la fois, on a feulement attention que, lorlqu’ils font partes dans la boucle de l’arcade, le point qui les unit foit précifément fur la ligne du milieu de la féparation des deux têtes des ailerons G, G, & on forme le nœud h avec toute la précaution poffible, afin de ne pbint déranger le point d’union des gouffets ; par ce moyen! on eft certain que la levée des ailerons fera toujours monter les arcades égaler ment par leurs deux branches i, i.
- Des deux arrangements d’arcades que nous venons de voir, celui à arcades doubles eft préférable aux fimples, en ce qu’il eft plus facile de les arranger, Sc qu’on eft certain de les mieux placer au milieu de l’entre-deux des gouffets auxquels on les attache; dailleurs l’arrangement eft plus prompt & plus propre,
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- Septième Section.!. Part. De la fufpenjion des Liffes, êc. 2±t fi 1 on veut ne point laifler lubfifter les boucles k , qui font formées par le nœud h. Entre la fufpenfion des arcades faite à la figure 8, & celle faite à la figure n, on doit préférer la derniere pour ce qui concerne le nœud a, après avoir fuf-perçlu les arcades , parce qu’on eft plus afluré d avoir pris le point du milieu, qu’en attachant un gouflet après l’autre à chacune des arcades.
- On doit appercevoir par l’arrangement de ces arcades, qu’il eft pofllble d’y employer les planches m, ni, de la figure 7 ; cependant les Liftes ne font pas ici autantfufceptibles de tourner, qu’aux carrettes fimples, mais en revanche elles ne font pas aufli fixes que par les fufpenfions à doubles arcades.
- J’ai fait remarquer tous les moyens qu’on pouvoit employer pour éviter que les cordes d’arcades n’efluyaflent de trop grands frottements dans les planches m , m 9fig. 7 ; mais il n’eft pas pofllble qu’elles ne fe reflentent de quelques-uns , quelle que foit la pofition qu’on leur donne. C’eft fans doute cette confidéra-tion qui a fait imaginer la planche Hf fig. 14, qui fert de guide aux quatre liftes /,/,/,/. Les branches d’arcades m, m, n9 n 9 0 9 0 % p 9p, paftent dans les fentes q , q, q, q\ elles font toutes d’une feule longueur, plus longues qu’il n’y a d’intervalle d’une des branches d’arcades m, à fa pareille ; par ce moyen on peut tenir la planche H à telle hauteur que l’on defire, (ans craindre que les frottements que les arcades éprouvent dans ces fentes, puiftent nuire au travail. D’abord on prend la précaution de tenir ces fentes un peu plus larges que les cordes ne font grofles, & que l’intérieur foit bien uni ; & pour éviter que les angles ne puiftent ronger les cordes, on les arrondit. Quand on a ainfi préparé cette planche, on la fufpend au brancard du carrette par les cordes x > x 9x , x 9 à la hauteur la plus convenable. Ici cette planche paroît être fort au-deftus des Liftes; je n’ai eu deflein que de faire voir l’arrangement des cordes, afin qu’on vît que les branches m, m , font celles qui appartiennent à l’arcade qui dépend de l’aileron r s que celles n9n9 font de l’arcade qui tient à l'aileron s ; celles 0,0, font à l’arcade de l’aileron t; 8c cellesp yp , forment l’arcade de l’aileron v ; en forte que chaque paire de branches pafle enfomble dans une des fentes q, q, q, q ; mais il faut que ce foient néceflàirement les deux branches d’une même arcade.
- On doit fentir, par l’arrangement qu’on apperçoit ici, qu’il eft facile d’employer cette planche à quelque nombre de Liftes qu’on ait à travailler, attendu qu’on eft libre d’augmenter le nombre des fentes, pourvu que la largeur de ces mêmes fentes, & la partie de bois qui les fépare les unes des autres, foient à peu près conformes à l’épaiffèur des lifterons y 9y 9y 9 y, & de l’elpace qu’on veut leur faire garder entr’eux ; car cette planche devient le guide des Lifles, èc en même temps doit les contenir dans leur écartement refpeétif.
- Il y a des Ouvriers qui mettent cette planche à une hauteur qui permet feulement aux Liftes de monter ; alors ils font obligés de faire les noeuds des arcades en les joignant aux gouflets des Liftes, de maniéré qu’ils foient au-deflus de la JÉtoffes de Soie. FIL Part. K 3
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- planche ; mais les Ouvriers qui la montent plus haut, peuvent faire les noeuds au-deflbus , obfervant qu’ils foient afîez bas pour ne pas entrer dans les fentes.
- Il vaut mieux placer cette planche haut que bas , parce qu’on a la liberté dé regarder derrière les Lifles ; Sc même quand on travaille la nuit, on y accroché la lampe : il faut donc que la lampe foit fufpendue entr’elle & les LilTes, fans gêner leur mouvement , ce qui fùppofe de 18 à 20 pouces de diftance, parce quil en faut au moins 13 ou 14 pour la lampe, Sc 3 pouces Sc demi où environ pour la montée des LifTes, fuivant le genre d’Etoffe ; ainfl on doit pren-? dre garde que ces Lifles, en montant, ne viennent toucher la lampe.
- Il n’y a pas d’inconvénient à tenir cette planche à la hauteur que je recommande, parce que la diftance qui doit relier entr’elle Sc les ailerons, eft allez confidérable pour que l’écartement des arcades contienne les Lifles Sc en empêche le balancement. Au (urplus on arrête cette planche en tous fens fur les angles, par les cordes % , \\\ , qu’on attache aux pieds de Métier ou aux ellafes.
- On a encore une autre raifon pour placer cette planche un peu élevée ; c eft pour pouvoir faire avancer Sc reculer les Lifles autant qu’on en a befoin pour dégager la foie, Sc pour voir ce qui fe pafle entr’elles.
- Il ne faut pas s’arrêter ici aux dimenfions des figures pour l’intervalle qu’on voit entre les Lifles Sc les ailerons 5 elles ne font pas, à beaucoup près, ce qu’elles devroient être , tant pour la vue que pour la facilité du travail. On ob-ferve de mettre entre les Lifles & les ailerons, 5 pieds de diftance Sc plus, s’il eft poflible ; car plus les cordes d'arcades ont de longueur, Sc plus le Métier eft dégagé. Il ne m’a pas été poflible de garder ces proportions, les figures tien-s droient trop d’efpace, & les deflîns en feraient trop multipliés.
- Parmi toutes les fufpenfions des Lifles & des carquerons que nous avons vues jufqu’à préfent, je n’avois pas encore trouvé l’occafion de faire voir le nœud à l’Angloife , au moyen duquel on monte Sc defcend les Lifles avec plus de facilité qu’avec les nœuds coulants que nous avons vus, Sc même avec moins d’embarras.
- Ce nœud eft très-peu connu des Ouvriers François • je ne Tai jamais connu
- qu’à Paris.
- La figure 15 nous fait voir la fbfpenfion d’une Lifle où ce nœud eft exécuté en a9a \ il faut que les deux branches b9 b> de l’arcade c qui tient à l’aileron /, foient doubles, & que les gouflets d>d> foient faits en boucles. On fait le nœud coulant Ample avec ces gouflets, fur les deux cordes qui forment la branche d’arcade ; on ferre ce nœud coulant qu’on fait glifler fur ces cordes , pour le fixer au point de hauteur où il doit être ; Sc quand la Lifle eft à l’endroit où l’on juge à propos de la mettre , on noue Amplement les bouts e * e, e, e , de l’arcade l’un avec l’autre aux deux côtés, & la grofleur du nœud que ces deux bouts forment, eft fuffifante pour retenir les gouflets à la hauteur qu’on aura déterminée.
- Pour mieux connoître la conftruétion de ce nœud, la figure x6 fait voir que
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- les deux Cordes/’,/', paffent dans les deux anneaux g, g , que Formé lè goùflefc h, qui eft pafle dans le lifferon K : on apperçoit que les deux bouts i, î, cjul paffent dans ces anneaux, Forment ün nœud fîmple ën k ; àinfi il ëft facile de concevoir qu’en ferrant ces deux anneaux fur les deux cordes/,/^ c5n les réunira l’un contre l’autre, & que le poids ou le tirage de la LifFe fera tenir ce ferrement toujours au point où il faut qu’il foit : alors on ri’a qù’à ferrer le riœud k contre celui que formé le gouffet h\ mais quoiqu’il puiflé remonter le long dé la corde , il ne fàuroit defcendre * parce que la groflèur du nœud k eft aflèz forte pour retenir le nœud coulant*
- On doit reconnoître par cet arrangeaient , qu il eft facile de faire frîôntër êé defcendre lés Lifles ; car il fuffit de défaire le nœud k, & de le lâcher du de lé
- ferrer davantage • ainfi quand on veut faire monter les Lifles, on fait griffer lè nœud coulant fur les deux cordes/,/, en le remontant* & Ton fcrré ou l’on ouvre le nœud k jufqu’à ce qu’on ait defcendu la Liffe au point de hauteur où dn veut la fixer.
- On emploie ce même nœud pour la fulpenfion des ailerons * ainfi que polir les eftrivieres , fans cependant être obligé que les cordes qui paffent dans le nœud coulant, foient doubles dans toute leur longueur, parce qu’on peut en doubler une partie, comme on le voit en l9fig. 17, où l’on remarque que les deux bouts m, m , font une feule corde nouée folidement avec celle n. Il faut fuppo-* fer ici que c’eft la corde n qui tient aux ailerons quand il s’agit de la fufpenfion des Lifles, ou de celle des carquerons, Se qu’elle tient aux carquerons* aux ârbalettes, aux cavalletis, &c ; quand il eft queftion des eftrivieres , ce font les cordes m^m9 qu’on pafle dans les nœuds coulants : elles font fuffifàntes * fans être obligé de doubler toute la longueur des cordes qu’on emploie pour ce nœud-là; il faut feulement que les cordes foient elles-mêmes allez Ion-*
- gués pour qu’en montant les Lifles, Sec. le nœud coulant ne fe porte pas contre le nœud de jonérion l * Se qu’en defeendant elles ne viennent pas tbut-à-fait jufqu’au bout ; cependant je penfè que l’ufàge de la corde double dans toute fa’ longueur , eft préférable, fauf à fe fervir de cordes plus fines que lorfqu’on les met en partie fimples dans leur longueur, comme ce que nous venons dë voir en n. On ne doit rien craindre pour la force, on eft toujours affiné que deux cordes fines bien ménagées , font plus d’ufage quune groffë.
- On doit appercevoir combien les nœuds a , a , de la figure 1^ , font peu volumineux en comparaifon de ceux L * L, L * L, de la figure 6 : ils ont, fur les autres, l’avantage d’être plutôt faits, plus commodes Se beaucoup moins embar-raflants*
- ? .
- Je me fuis vu forcé d’infifter fur les différents nœuds Se fur les différentes pofitions des cordes : tous les mouvements des uftenfiles d’un Métier dépendent des cordes ; car nous avons des Métiers fur lefquels on fabrique des Etoffes à fleurs, pour lefquelles on emploie jufqu’à deux cents livres de corde, même
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- très-fine ; ainfi cette partie étant auffi effentielle , j ai du, ce me femble , m’y
- appefàntir.
- Nous avons encore plufieurs noeuds & quelques fufpenfions de Liffes à voir. Entre les nœuds, nous remarquerons celui en crémaillère, qui eft fort bien in~ venté pour la fofpenfion ; mais auparavant il faut que je fafle connoître un petit carrette dont on fe fert depuis peu , & qui m’a paru mériter quelque préférence fur bien d’autres. Ce carrette eft à double batterie , fait comme celui jîg. 6 de la Planche 14, excepté qu’il eft plus court, quant aux ailerons.
- La figure 18 nous fait voir une coupe de ce carrette en place ; il eft porté fur les deux eftafes M9 M 9 ou plutôt fur des chevalets qu’on place au-delîus des eftafes pour l’exhauflfer; car les Ouvriers qui fe piquent de bien difpofer leurs Métiers, élevent les carrettes autant qu’il leur eft polTible, afin de rendre les mouvements plus doux. Ici nous voyons que la grande traverfe N pofo fur ces eftafes ou fur le haut de ces chevalets , ainfi que fa femblable, que je n’ai pas repréfentée pour rendre fenfible l’arrangement des cordes qu’on y emploie. Ici comme à l’autre carrette, les ailerons n3n9 0 3o, font portés par les fourches O 9 O 9 qui font placées fur les traverfes P9 P9 qu’on met pour rendre folide le brancard du carrette. Nous avons vu au grand carrette, que les chevalets fur lef-quels repofent les ailerons, font plantés dans les grandes traverfes du brancard , comme fi on les fixoit ici fur la traverfe JSf. Les fupports des ailerons à ce carrette , ne font pas de même, ce n’eft qu’un chaflis formé de deux grandes tra-Verfos , comme celle Q 9 qu’on fixe à chaque côté des fourches O, O, à la hauteur qu’on juge convenable, & les petites traverfes R9R9 S3S9 font affemblées par leurs bouts aux deux premières, & fervent en même temps de chevalets aux ailerons, comme on voit que les ailerons n9n9 pofènt chacun fur une des traverfes R, R9 & que ceux o3 o9 ont leur point d’appui fur les traverfes
- On voit, par le rapport que ce carrette a avec celui que je lui ai comparé , que les ailerons font beaucoup plus courts, fur-tout fi l’on remarque que ce carrette eft fait fur les mêmes proportions que l’autre. Ces ailerons font à un pouce près aufli longs du côté de la tête que de la queue : on y fufpend également les Liftes, les contre-poids & les carquerons ; cependant je n’ai fait voir ici qu’une fufpen-fion de Lilfes à arcade fimple, mais dont l’arrangement différé de ceux repréfon-tés par les figures 8 , 12 & 13 , ainfi que nous le remarquerons tout-à-l’heure. D’abord on voit que les Liftes de fond font fufpendues aux branches des arcades telle que celle p, & que les Liffes de rabat font fufpendues aux branches d’arcades telles que celle q, non pas qu’il y ait quelque différence entre ces deux arcades ; car elles font les mêmes, & attachées de la même maniéré : tout ce qu’on peut y remarquer pour les faire diftinguer l’une de l’autre, c’eft que l’arcade p tient aux ailerons n3 n9 qui font baiffés du côté de leur tête, parce que les contre-poids font fufpendus à la Liffe que nous devons fuppofer tenir aux
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- Septième Section. I. Part. De la fujpehfioii dis Lijfes, &c. 12J branches r^r, de cette arcade, 8c contiennent ces ailerons au point où nous les voyons ; ainfi le carqueron qui doit être fulpendu aux cordes s , s, eft entraîné par le même contre-poids : par une raifon inverfe, la Lifte que nous devons foppofer être attachée aux branches t, t de l’arcade q, fera attirée en-haut, parce que les queues des ailerons o, o , font attirées par les contre-poids que l’on met aux bouts des cordes v, v. Il eft certain que fi l’on compare cet arrangement avec celui de la figure i , PL 18, on trouvera que c’eft le même, à la double arcade près ; mais on verra auffi que toutes les cordes font renfermées dans l’in-térieur des eftafes : il en eft de même que pour les carrettes à poulies dont j’ai parlé plus haut.
- Quant au petit carrette dont nous venons de parler, quelques Ouvriers m’ont aifuré que le travail étoit plus doux qu’avec le grand. Je n’en crois rien , 8c je penfe que l’avantage de ce petit carrette fe réduit à laifler le Métier libre tout autour, Les cordes qui correlpondent aux carquerons, approchent trop les Liftes; cependant comme on peut y travailler avec facilité certains genres d’Etoffe, un carrette de cette forme préfente un arrangement plus agréable à la vue que le grand carrette ; 8c je crois que fi l’on. faifoit ce carrette à batillons, on s’en ferviroit avec plus d’avantage, attendu qu’on pourroit en régler le poids à proportion de la force qu’il faut mettre aux grands carrettes de cette nature ou autrement, foit pour les renvois, foit pour les oppositions.
- Je reviens à la füfpenfion des Liftes à arcades fimples , femblables à celles p9 qy de cette figure ; ces arcades font toutes d’une feule corde, c'eft-à-dire , que chacune des branches r9r9t9t9 eft paffee dans les ailerons n9 n >o, o, 8c nouée enp 9 q, comme le font en a celles b, b, de la figure m, ou bien on les unit par un nœud comme celui a 9fig. i, PL 21, qu’on appelle nœudplat% ce nœud eft compofé des deux nœuds fimples b, b, qu'on ferre l'un contre l’autre , & qui font conftruits comme on les voit fur la figure. La branche d, qui eft la même que celle e, pafle fo** le demi-anneau/', que forme le nœud a, de-là elle forme elle-même le demi-anneau^, & paflè dans la branche h9 qui eft la même que celle i, & revient paflèr par-deflus le demi-anneau/', qui, par ce moyen, s’écarte de l’autre branche. En fuivant les contours de ces deux cordes, on verra que l’arcade y, qui entre au bout de l’aileron A , après le premier nœud, fe trouve en g 9 8c de-là revient en e.
- Ce nœud n’eft pas difficile à conftruire , mais il eft difficile à régler, c’eft-à-dire, que lorfqu’il faut le fixer à une hauteur déterminée, on ne peut y parvenir qu’avec une attention particulière, parce qu’en formant le nœud b, celui c fe ferre ou fe lâche. La meilleure façon de s’y prendre, eft de tenir ce premier nœud fait entre l’index & le pouce de la main droite, tandis qu’avec la gauche 8c les autres doigts de la droite, on forme le nœud b, qu’on forre tout de fuite fur celui c, fans l’abandonner. Ce nœud, quoiqu’un peu plus long Étoffes de Soie, FIL Part. L 3
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- 216 U ART DES ÉTOFFES ÙE SOIE. à faire que les autres, a cela de commode, qu’il ne s’accroche jamais avec fes voifins, ni avec aucune des cordes qui les approchent. Il n’en eft pas de même du nœud^zg; 12, PL 20 ; car fouvent il le prend dans les enfourchements des cordes voifines, & même il s accroche avec les nœuds fes voifins, pour peu quils fe touchent. Nous aurons occafion de voir à plufieurs endroits qu’on fe fert du nœud plat par préférence à tout autre.
- Je ne dois pas oublier de prévenir que lorfqu’on forme ce nœud pour faire une fimple arcade, on doit laiflèr entre le nœud & les ailerons un efpace allez grand pour que quand les ailerons montent 6c qu ils s’écartent l’un de l’autre , ils ne foient pas gênés ; on doit auffi faire attention que les gouflèts qu’on y met foient fufHfàmment longs, afin de prévenir le même inconvénient.
- On a vu par le petit carrette, fig. 18 de la Planche précédente., combien on a de liberté autour du Métier; mais il en eft unqui a la commodité de plus de laiflèr les Liflès libres tout autour. Il eft ordinairement fait en carrette volant 9 cependant je l’ai vu employer en carrette a repos. Je vais le repréfènter en carrette volant, afin de mieux faire remarquer la maniéré d’y fufpendre les Lifles.
- Ce carrette n’eft mis en ufàge que pour la fabrication des Etoffes pour lefquelles le nombre de Lifles de rabat eft égal à celui des Lifles d« fond.
- La figure 2 repréfente une fufpenfion de huit Lifles, dont quatre de rabat a, b 9c 9d , & quatre de fond, e ,f9 g y h. Ces huit Lifles font fufpendues aux ailerons i,k9l ,m9 portés par les deux montants C 9C9 d’un carrette volant attaché au plancher, de forte que chaque aileron porte à la fois une Liflè de rabat 6c l’autre de fond, placées l’une à un bout, 6c l’autre à l’autre. Par cette maniéré de fufpendre les Lifles, on doit connoître qu’à mefure qu’on fait defr. cendre une de celles de rabat, on en voit monter une de celles de fond : ainfî quand une des marches du Métier tirera la Liflè e par fbn eftriviere de correfpon-; dance, ( car dans cette maniéré de fufpendre les Liflès, on n’a befbin d’eftri-vieres que pour les Liflès de rabat , parce que celles de fond font ramenées par les contre-poids n9n9n9 & c. qui font fùfpendus deux à deux à chacun des liflè-ions 0, o, o,o9 & les eftri vieres que la figure ne nous permet pas d’apperce-* voir, doivent être attachées aux arbalettes qu’on a du mettre aux liflèrons p 9p9 p, /? ) ; quand donc on fera defeendre cette Liflè e , on verra monter celle d9 parce que la première tient à un bout de l’aileron m par les deux branches d’ar-i cades q, q, qui forment l’arcade entière qui fufpend la Liflè , 6c la Liflè d tient elle-même à l’autre bout du même aileron par fes branches d’arcades r, r. U en eft de même des autres Liflès, dont à chaque couple l’une ne fauroit monter que l’autre ne defeende.
- On voit même par cet arrangement, qu’on peut faire defeendre à la fois deux & même trois Liflès de rabat ; mais auflï on ne pourra éviter de faire monte*
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- Septième Section. I. Part. De la fujpenfion des LiJJes > &c. 227 celles de fond , qui leur font correfpondantes. Quel que foie le nombre de Lifles qu’on faflè defcendre de celles de rabat, on en verra monter un pareil nombre parmi celles de fond , &on les verra s’en retourner par l’impulfion des contre-poids n, n, &c.
- On obferve , dans l’arrangement de toutes ces Lifles, de donner un point d’appui aux ailerons, afin de conferver aux Lifles un point de repos toujours uniforme. Le point d’appui qu’on donne à ces ailerons, eft ordinairement un chevalet renverfé , compofé de deux montants * comme on en voit un en D, au bout defquels eft fixée une planche, contre laquelle les ailerons vont s’appuyer à mefure que les contre-poids des Lifles de fond les ramènent à leur point de repos.
- Il eft abfblument néceflàire que les ailerons foient fixés par un bout du côté des Lifles de rabat, parce que les Lifles ne montent jamais par ce côté-là ; d ailleurs on tient toujours les ailerons plus élevés par ce bout au moins d’un pouce & demi ou 2 pouces que par l’autre, afin de procurer aux Lifles de fond toute la montée dont on a befbin pour bien lancer la navette, parce que les ailerons étant tout au plus de 8 pouces de longueur du point d’une arcade à l’autre, fi ces ailerons étoient placés horizontalement , il ne fèroit pas poflîble que les Lifles de rabat defcendîflent affèz bas pour donner aflez d’ouverture au pas de la chaîne , à caufe du peu de longueur des ailerons ; cependant on paffè les branches d’arcades dans les planches percées comme celles /^, myfig. 7 de la Planche précédente, de forte qu’au moyen de ces planches les Lifles font également diftantes les unes des autres, autant celles de rabat que celles de fond, parce qu’on a foin que les unes &les autres foient contenues par les mêmes planches; alors les arcades ne tirent pas perpendiculairement aux Lifles, parce que la grandeur des ailerons eft plus confidérable que l’efpace que peuvent contenir les Lifles entr’elles étant l’une contre l’autre; d’ailleurs les arcades font fur une même ligne, de maniéré que, tant celles qui portent les Lifles de rabat, que celles qui portent celles de fond , elles s’entre-croifènt les unes avec les autres ; ainfi l’obliquité qu’on voit entre les arcades ^,^,^,^,eft beaucoup plus grande que celle qui doit être entre celles r, r, & celles y9y9 qui, eu égard aux premières, font en ligne perpendiculaire.
- Cette obliquité eft même , en quelque façon, avantageufe au mouvement des Lifles, parce que le tirage en eft plus doux. On peut comparer cet avantage à celui qu’on recherche dans les armures des carrettes à double batterie pour la fufpenfion des carquerons, pour lefquels on prend foin de faire venir le plus obliquement poflible leurs cordes de correfpondance avec les ailerons dans l’intérieur du Métier, comme je l’ai fait remarquer.
- Il faut que la fufpenfion de ces Lifles foit bien réglée, âc que l’armure fbit exaéle dans fbn effet de montée & de defcente , autrement les Lifles de rabat s’ufent très-vîte. J’en ai fait l’expérience, & j’ai reconnu qu’il falloit que les
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- z LiiTes ne montaient jamais plus quilne faut pour que l’ouverture du pas fuffîe pour lancer la navette. J’ai même remarqué que c’eft l’obliquité des arcades qui contribue à l’ufure des Liffes, quoiqu’on y mette des planches de guide , parce qu’on ne peut prévenir le coup de fouet que la marche donne aux Liffes quand on les fait defcendre. Ce coup de fouet eftun contre-coup auquel les mailles ne peuvent réftfter,, parce qu’ici la foie n’eft paffée que fur les mailles de fond St fous celles de rabat ; conféquemment ces mailles badinent , & la foie ne les fàuroit contenir, comme quand elle eft paffée à crochet ou à petit - coulifîe; Pour prévenir ce défaut dans mes Métiers, j’ai fubftitué^ à ce carrette celui à poulies,^. 3 , compofé de cinq poulies a, a, a,a , a, contenues entre les montants b, b, & tournantes fur l’axe c. Ce carrette étoit attaché au plancher f ainfi que celui que nous venons de voir ; mais j’avois ajouté la planche E pour forvir de guide aux cordes qui pafïoient fur les poulies , & dedà dans deux des trous e} e 9 e 9 e, f9 fiftf • c eft aux bouts de ces cordes qu’étoient attachées les arcades qui portoîent les Lifîes dans l’ordre fuivant. Les bouts de corde qui paffoient dans les trous e9 e9 ey Sc c. fe joignoient aüx arcades qui portoîent les Liftes de fond ; Sc les autres bouts de ces mêmes cordes, qu’on faifoit paffer dans les trousfyfyfy Scc. étoient attachés aux arcades qui portoîent les Lifîes de rabat ; ces derniers bouts venoient toujours s’arrêter en deffous de la planche E par le même nœud qui les fixoit à l’arcade ; mais l’autre bout fe trouvoit plus bas que la planche, d’environ 6 à J pouces , ce qui formoit une efpece de collet pour faire monter la Lifte autant qu’il en étoit befoin.
- On doit reconnoître par-là que les Lifîes de fond font miles en mouvement par celles de rabat, de même qu’au carrette précédent, parce que les poulies a9 a y a , &c. tiennent lieu des ailerons i , k, /, m, de la figure 2.
- Les trous e , e , c, Stc.fyf3f9 Sc c. qu’on voit à la planche E 9 ne font pas faits fur la même ligne ; on les pratique ainfi, afin de les faire répondre chacun au droit de la Liffe qu’ils doivent contenir, en forte que l’efpace qu’il y a entre le trou e Sc celuiy", qui font les plus éloignes Tun de fantre, eft pareil à fefr pace qu’on veut mettre entre les Liffes; ainfi chacun des trous e, e, e9 &c. qui font pratiqués en droite ligne d’un de ceuxf9fyfy Scc. font ceux qu’on def« tine aux deux Lifîes de correfpondance, les premières ou les dernieres 9 de fond Sc de rabat, ou de rabat & de fond.
- Rien de plus fimple & de moins embarraflant que l’arrangement d’un pareil carrette ; il n’a pas befoin , non plus que le précédent, ni de carqueron ni de tire-liffe : on n’emploie que les eftrivieres qui font propres à faire defcendre les Liftes de rabat, puifque par elles on obtient la montée de celles de fond ; cepen* dant il n’y a pas de comparaifon entre ce carrette & le précédent, pour la pré^ cifîon & pour la confervation des Liffes. Pour la précifion, il eft libre à l’Ouvrier de le régler à tel point qu’il veut par fon travail lui-même, c’eft-à-dire, que s’il a la méthode de faire beaucoup monter les Liffes pour ouvrir le pas de la
- chaîne
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- Septième Section. Ï.PàHt. Delà fufpenjîon \de$LiJJisf ôc. 229
- chaîne , rien ne borne la defcente de la marche ; conféquemment, plus il l’en- »..
- fonce , & plus il ouvre ce pas; & pouvant faire monter ces Liftes autant qu ou Planche
- * <2 1 j
- le defire , on peut encore les régler à un point convenable avec plus de facilité.
- Quant à Fufer des mailles, la fatigue n’eft pas ici plus confidérableque l’armure des LilTes fufpendues aux chappes.
- Dès que j’eus imaginé ce carrette, j’en fis Feflai fur deux Métiers à faire du Damas ordinaire ; ceft pourquoi il n’eftcompofé que de cinq poulies d’environ 8 pouces de diamètre : je l’employai enfuite avec fuccès à la fabrication des grandes Florentines, forte de Satin qui imite le Damas, & auquel même on a donné le nom de petit Damas, On emploie feize LilTes à là fabrication, huit de fond & huit de liage ou de rabat ; alors j’eus belbin de huit poulies à mon carrette»
- J’eflayai à ces Florentines le carrette de la figure 2 ; j’y rencontrai le même dé-fagrément que j’avois éprouvé pour le Damas : ce fut de-là que je me déterminai à l’abandonner totalement, pour ne me fervir que du carrette à poulies, fig. 3 , que j’imaginai de réformer encore, à caufé du frottement des cordes, que j’étois forcé de faire pafler dans la planche E, J’eus lieu de m’applaudir d’un changement que je fis : il confiftoit à mettre une petite poulie à chacun des trous de la planche, afin que les cordes qui pafloient dans ces trous, ne fulfent pas fi vîte rongées. Cela n’eft pas étonnant ; car comme les cordes de correfpondance aux arcades, ne tiroient pas perpendiculairement aux poulies, elles frottoient contre l’angle des trous, & fe rongeoient trop vîte.
- L’idée de Amplifier ce carrette, eft venue à d’autres quà moi. J'en ai vu deux à peu-près femblables repréfentés par les figures 4 & y ; d’abord le premier eft à peu-près le même que celui fig. 2, qui n’eft compofé que des deux poupées F, F, folidement aflemblées à la grande traverfe G : il eft fait à peu-près comme çelui fig. 14, PL 14, mais on n’y place pas les ailerons de la même maniéré.
- On doit fe fouvenir que les ailerons du carrette repréfénté par la figure 14 de la Planche 14, doivent fe croifer avec Feftafe du Métier, au-deflùs de laquelle il eft placé. Il n’en eft pas de même de celui-ci : les ailerons ifk%l>m> font dans le fens de la longueur du Métier; mais, comme je Fai fait remarquer, leurs bouts ne communiquent point avec les marches. Les autres carrettes dont nous allons nous occuper, ont leurs ailerons dans le féns de la longueur du Metier, & les marches répondent directement aux queues de ces ailerons, ainfi que nous le verrons par la figure 6 ; mais auparavant voyons la conftruétion du carrette
- h• j-
- Nous avons vu que le carrette fig, 4, eft un carrette volant qu’on attache au plancher comme toutes fortes de carrettes volants ; celui-ci doit y être arrêté par des vis ou des clous qu’on place dans les trous g, g, g ; quant à ceux h9 h 9 h,
- &c. qu’on voit fur les poupées F, F, ils font deftinés à recevoir la broche de fer i, qui fert d’axe aux ailerons. Ces trous font pratiqués fur la hauteur de ces poupées , afin de pouvoir fixer les ailerons plus haut ou plus bas , fuivant qu’il en Étoffes de Soie. FIL Part. M 3
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- Planche
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- 230 L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- eft bcfoin. Il n’en eft pas de même du carrettefig. y : celui-ci au lieu d etre fixé au plancher, fe place fur les eftafes du Métier ; les ailerons doivent y être placés fuivant le fèns de la longueur du Métier : on en peut juger par la maniéré dont les montants H, H, font plantés dans les traverfes Iy 7, qui, avec celles K y K9 tiennent les grandes traverfes M> M, dans un écartement égal dans toute leur longueur, & toutes ^nfemble forment un brancard allez long pour pofèr fur les eftafes d’un Métier, & allez large pour donner au carrette une alfiette convenable,
- La pofition des deux montants qui portent la broche de fer L, tient les ailerons dans le fens de la longueur des traverfes 7, 7, confequemment ils feront fuivant la longueur du Métier ; & comme la queue de ces ailerons pafle fur la tête de l’Ouvrier, leur tête répondra perpendiculairement aux Lilfes ; alors il ne fera pas befoin d’employer des carquerons : on fe contentera- de tire-lilfes ou de contre-poids pour ramener les Liftes à leur point de repos, ce qui fe fait en attirant la tête des ailerons fur la traverfe N, qui eft portée par les deux montants 0,0, avec lefquels elles forment un chevalet dont on fe fert quand on n’a pas à la fois à faire monter & defcendre des Liftes ; mais quand on n a que des Liftes à faire monter, on fupprime le chevalet Sc les trous kykyk9k9 qui font fur les montants H 9 H, qui fervent à mettre plus bas les ailerons fi l’on en a befoin.
- Quand on emploie un de ces deux derniers carrettes, fi l’on ne fe fert pas de carquerons , comme je fai déjà fait obfèrver, il faut, en revanche, avoir des marches fortes & longues, qui paflent au moins à un pied en dehors du Métier , /derrière l’Ouvrier. La figure 6 va nous faire connoître cet arrangement.
- D’abord les ailerons l9l9l,l9 portent chacun à un de leurs bouts une des liftes m9m 9m9m , & par l’autre bout ils foutiennent une des marches n, a f n , n, au moyen des cordes 0,0,0,0, qui répondent aux marches. Ici les Liftes font fufpendues à arcades fimplesp 9p3p,p, dont chacune porte une Lifte par deux de fes branches q, q> q9 &c. que j’ai repréfentées fans planches percées pour leur fervir de guide , quoiqu’on ait la méthode d’y en mettre ; mais je ne les y ai pas deflinées , afin qu’on vît mieux la fufpenfion des Liftes, & la direction de ces mêmes branches.
- On voit les quatre Liftes m9m9m >m, ne tenant à rien qu’aux arcades, Sc portant à leurs lifterons r, r, r, r : les contre-poids sy s, s, &c. qui y font fuf pendus, Sc les font revenir a leur repos.
- Les ailerons dont il eft ici mention, font cenfés portés par un carrette fem-blable à celui fig. y , & dont nous ne voyons qu’un des montants H, fixé fur fa traverfe 7, laquelle tient aux deux traverfes M,M, que j’ai repréfentées bri-fées, pour rendre fenfible la fufpenfion des Liftes Sc des marches, & les mouye-' ments que cet arrangement doit procurer à toutes les pièces qui y concourent.
- On voit que quelle que foit la marche que l’Ouvrier enfonce, il fera monter
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- une des Lifles, Sc qu’en quittant la marche, cette Lille s’en retournera par la s force des contre-poids qui font pendus à fon lifleron inférieur.
- L’arrangement que nous préfente cette figure, ne fauroit déterminer quune armure en Serge fàtinée , parce que chacune des marches ne fait lever qu’une LifTe , & que néanmoins elles font prifes de fuite, c’ell-à-dire , que la premiers des marches fait mouvoir la derniere Lille , la fécondé fait mouvoir la troifieme LifTe, la fécondé LifTe eft tirée par la troifieme marche, & la derniere marche doit faire lever la première Lille, c’eft tout ce qu’il faut pour cette Etoffe ; mais s’il faut faire un Taffetas«à quatre Lifles, on ne le fèrvira que de deux marches au lieu de quatre, & chacune fera attachée à deux des cordes o, o, o, o, de maniéré que la première de ces deux marches fera fufpendue par la première & la troifieme, & la fécondé marche tiendra à la fécondé & à la quatrième corde ; ainfi la derniere & fécondé LilTe monteront par cette marche , & l’autre fera lever la première & la troifieme Lille.
- Je n’ai pas delïèin de parler ici des armures, ce n’eft pas encore l’objet qui doit nous occuper ; mais il me fuffit d’obfèrver que fouvent une feule marche fait lever à la fois plufieurs Lifles, ainfi que le repréfènte cette figure. Nous devons connoître que non-feulement on ne met pas toujours une quantité de marches égale à celle des ailerons & des Lifles , ifiais qu’il faut ajouter à cet arrangement fuivant l’exigence des cas ; de forte que fi l’on fe trouve avoir fix ou huit Lifles pour lefquelles on emploie un pareil nombre d’ailerons, & qu’il ne faille que deux marches pour faire mouvoir toutes ces Lifles, il faudra au moins mettre fous la queue des ailerons une planche percée, pour fervir de guide aux cordes de correfpondance avec les marches , afin qu’elles ne gênent pas le mouvement des ailerons, & qu'elles ne les falTent point chevaucher les uns fur les autres.
- Cette maniéré d’arranger les Métiers , laifle libre les alentours du remifle, ce qui eft très-avantageux ; mais j’y trouve un défaut que je ne crois pas devoir paflèr fous fiience ; ceft que il les ailerons s’écartent un peu du côté de leur tête, les Lifles ne montent pas de niveau dans leur largeur ; car s’ils s’écartent à droite, la LifTe qui tient à l’aileron écarté, montera davantage du côté gauche : il s’enfuivra que le pas ne s’ouvrira pas également, & que la navette n’aura pas un paflàge libre. On doit d’autant plus prendre garde à cet inconvénient, qu’il s’y en trouve par l’arrangement lui-même, qu’on ne peut prévenir qu’en partie,’ en évitant la trop grande quantité d’ailerons : car fi nous admettons huit Lifles pour une Etoffe , & que nous mettions huit ailerons, il n’eft pas poflible que ces Lifles montent perpendiculairement, puifque l’efpace que ces ailerons corn-
- Plancks»
- 3 I.
- prennent, ne fût-il que de 4 pouces, ceux qui font aux bords s’écartent de 2 pouces de la ligne perpendiculaire, & forcent les Lifles à monter davantage d’un côté que de l’autre. Cette obfervation eft d’autant plus importante, que, fuivant la bonne méthode d’armer les Métiers, oa doit chercher à faire tirer
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- L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- • toutes les Lifles fur une même ligne en tous fens : or, avec les ailerons placés de la maniéré que notre figuré nous le repréfente , on ne feuroit obtenir cette pré-cifion qu’en admettant le moyen très-fimple que je vais propofer. II confifte à placer les ailerons auffi haut qu’il eft poffible, c’eft-à-dire, à mettre les ailerons tout près du plancher, & en ce cas on fe fervira du carrette volant ; alors l’obliquité du tirage eft moins fenfible , parce que la ligne devenant plus longue, n’eft plus fi oblique que quand les ailerons font bas. Cette précaution eft bonne , mais pour la rendre meilleure , il faut y ajouter ce qui fuit. Il confifte à mettre en deffous de la tête des ailerons, entreux Sc les arcades, une planche percée, dans les trous de laquelle on fera paffer des tirants ou gouffets, après l’avoir fixée folidement à la hauteur qu’on defire. Il faut que les trous de cette planche foient tous for une même ligne, qu’ils répondent directement fur le milieu de la largeur des Liftes, & qu’ils occupent un efpace égal à celui des Lifles ; Sc pour éviter le trop grand frottement que l’obliquité des Lifles leur feroit éprouver, on doit tenir les ailerons bien élevés, comme je l’ai dit tout-à-l’heure, les arcades un peu courtes, les gouflèts bien grands, & la planche le plus éloignée poffible des ailerons.
- Les précautions que je recommande, font néceflàires pour les Etoffes ou l’on eft obligé de mettre autant de marches que de Lifles, ou à peu-près ; mais fi on ne met que deux marches pour faire mouvoir quatre, fix, huit ou dix Lifles , il n’eft pas néceflàire de prendre tant de précautions ; il faut fe borner à mettre au carrette, foit volant, fok fixe, deux forts ailerons, à chacun defquels on peut attacher la moitié des arcades qui doit être menée par une des deux marches * alors une feule corde de correfpondance entre la queue de chaque aileron & une des marches doit fufKre : il fuffit alors de fo fervir de planche de guide pour les arcades, comme on le voit jig. 7 de la Planche précédente ; par ce moyen les Lifles feront mûes en droite ligne.
- Ce carrette n’eft pas le foui avealequel j’aye fait l’expérience de mettre plusieurs Lifles à un aileron ; j’en ai toujours ufé ainfi avec foccès, 6c j’ai reconnu même qu’un Métier eft plus vite arrangé, Sc moins fofceptible de dérangement, foite néceflàire de la diminution du nombre des cordes, puifqu’il n’y en a qu’une à chaque marche : il eft vrai qu’alors la force du tirage des Lifles fe trouvant réunie en un feul point, donne un poids plus confidérable au travail ; mais la précaution de fe fervir d’un fort aileron, prévient cet inconvénient ; Sc fi l’on a foin que cet aileron foit plus long que lorlqu’on en met plufieurs, on éprouvera la même douceur dans le travail.
- Tous les Ouvriers ne font pas habitués à travailler à un Métier où l’on emploie le carrette que nous venons de voir, parce qu’ordinairement on pofe le pied prefque fur le bout des marches, Sc ici c’eft fur le milieu : il eft vrai que la fépa-ration entr’elles ne fe dégage pas auffi facilement que dans les Métiers ordinaires , mais on y remédie en tenant les marches un peu écartées les unes des autres. Jufqu’à
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- Septième SéctîoK. I. Part, Delàfufpenjion des Lifjes9 ôc. 233
- Jufqu’à préfont nous avons vu des fulpenfions de Lifles allez enufoge & très- =
- commodes ; malgré cela elles font affeélées à quelques genres d’Etoffes parti- Planche culiers „ mais c’eft fons difcernement, ou faute de pouvoir mieux faire. Il nous relie encore deux fulpenfions à voir , Tune au grand carrette , & l’autre au nouveau carrette à poulies , repréfenté par la figure ro, PL ip
- §. III, De la fufpenjion des Lijfes au grand Carrette volant, a double batterie , à ailerons croifés ; de celle au nouveau Carrette a poulies : defcription êC propriétés du Nœud en crémaillère.
- L a fufpenfion des Lilfes faite au grand carrette volant à double batterie, eft autre chofe que celle faite aux carrettes à double batterie ordinaires, parce que comme les ailerons fo croifent au milieu de la longueur du carrette , les arcades qui y font attachées prennent une autre direétion, qu’on peut voir fur la figure 3. Je préviens que je n’ai formé aucun nœud aux arcades , pour n’en point offulquer l’arrangement ; ainfi on voit que les ailerons a, b, fe croifent avec ceux c9 d ; que les arcades e, e9 & celles/',/’, portent les Lifles g 9h y par leurs branches i 9i 9i9 i 9k y k 9kyk. Les deux premières de ces arcades font attachées chacune à un des ailerons a, c ; c eft à elles qu’appartiennent les branches iyi 9 i, i , qu’on voit attachées au lifleron l, qui pâlie dans la Lille g9 & les fécondés arcades tiennent aux ailerons b 9 d; les branches k9 k 9k9 k , qui leur appartiennent , portent le lifleron m , qui pafle dans la Lille h.
- On doit reconnoître par cet arrangement, que les ailerons a9c9 doivent tirer enfemble pour faire monter la Lifte g9 & que ceux b 9 d9 font lever celle h ; l’une & l’autre de ces Lifles font ramenées au point de repos qu’on leur détermine^ en les armant, & qui dépend du point d’appui qu’on donne à chaque batterie d’aileron. Ces points d’appui font deux couffins de bois qu’on attache au plancher, contre lefquels viennent pofer les queues des ailerons. Lorfque la hauteur des montants du carrette qui portent les ailerons, eft trop grande pour que les queues des ailerons aillent frapper contre les couffins, on forme des chevalets au carrette, comme font ceux P; Py en forte que les ailerons ne peuvent pas monter plus haut ni defcendre plus bas du côté des Lifles. C’eft pour éviter le trop d’obliquité des ailerons , qu’on joint aux carrettes des chevalets par pré* férence aux couffins ; d’ailleurs c es chevalets fuivent en tout & par-tout le carrette, au lieu que les couffins font des pièces de bois ifolées qu’il faut changer de place pour peu qu’on dérange un carrette, au lieu que les chevalets fe trouvent toujours placés au même point, quand ils font adaptés au carrette ; d’ailleurs lorfque les ailerons font trop bas ou trop haut fur leur axe, on profite des différents trous qu’on a foin de pratiquer fur la hauteur des montants, comme en h 9h9h9 &c. for les montants F, F9 fig* 4, par ce moyen on a réglé la hauteur autant qu’il en eft befoin.
- Étoffes de Soie. VII. Part, N 3
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- *34 L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- Les Lifles font donc ramenées à leur point de repos par des contre-poids fuffifàmtnent lourds, pour procurer à ces Lifles le retour qui leur eft néceffaire. Ces contre-poids font attachés aux bouts des cordes n, n9 o , o, qui tiennent aux
- liflerons p , q.
- La pofition de notre figure ne nous permet pas de voir les contre-poids dont on vient de parler, non plus que les carquerons , qui font cenfés attachés aux gances r, r, s, s, dans lefquelles font paflees les cordes t, r, v, v. L’ufitge de. ces carquerons eft le même que celui de ceux que nous avons vus à la fulpenfion des Lifles au carrette à double batterie repréfonté par la figure I , PL 18 ; de forte que par leur correlpondance aux marches, au moyen des eftrivieres qui doivent y être attachées * ils font lever les Lifles ; ainfi le carqueron qui tient aux gances r, r, fait lever la Lifle par la correlpondance que fos cordes de fulpen-lion t, t, ont avec les ailerons a, c; Sc celui qui tient aux gances s, s , par la même raifon, doit faire lever la Lifle A, dont les cordes de fulpenfion v, v, tien-! nent aux ailerons b 9d9 qui portent cette Lifle.
- Rarement on fie fert de ce carrette lorfqu’ii faut mettre des Lifles de rabat, à caufo du croifement des ailerons ; cependant il n’eft rien de plus aile que d’en former l’arrangement : il ne s’agit que de mettre des ailerons courts pour les Lifles qu’on veut faire rabattre , & les ranger de même qu’à un double carrette ordinaire, c’eft-à-dire, donner un point d’appui à chaque batterie d’ailerons à rabat, afin que les Lifles qui y font fufpendues ne puiflent pas monter trop haut : du relie on pend un contre-poids à la queue de chacun des ailerons , qui tiennent levées les Lifles de rabat.
- Nous avons vu dans les autres figures de fulpenfions, foit aux Lifles, Ibit aux carquerons, qu’on prenoit la précaution d’y former des nœuds dont la conftruc-tion eft aifée à défaire, pour pouvoir facilement defcendre ou monter l’objet fùlpendu au point ou on le juge néçeflàire. Ici c’eft autre chofe, le nœud dont on fe fert * n’a pas befoin d’être défait pour faire monter les carquerons ni pour les faire defcendre, il fuffit de faire couler les cordes t9t 9v9v » dans les gances r, r, s,s, dans celles Q9 Q'f R, R9Sc dans celles S9S9 T, T9 alors on obtiens dra la hauteur defirée , parce qu’il ne s’agira que de faire glifler ces cordes.
- Avant d’entrer dans une plus grande explication, je crois qu’il eft à propos de faire connoître la maniéré de former ce nœud, alors on en comprendra mieux les contours.
- On lui donne communément le nom de nœud en crémaillère ; c’eft, fans contredit, le nœud le plus compliqué de tous ceux dont on fo fort dans l’armure des Métiers.
- La figure r, PL 22, fait voir la maniéré dont on forme la boucle c9 après avoir paflfé la corde au bout de l’aileron b, ce qui fe fait en doublant la corde à' la hauteur à peu-près où l’on veut que cette boucle foit portée. Cette boucle eft ici la même que celles SyT9Ty fig% 7, de la Planche précédente ; on forme
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- Septième Section. I. Part. De la fufpenfion des LiJJes9SCc. 23 J cette gance en faifant un fimple nœud , qui produit les deux anneaux d 9 d9 dans s lefquels on pafle la partie doublée de la corde , & en ferrant ces anneaux, la boucle devient très-lolide; alors on pafle le bout e de la cotAefig. 2 y dans la boucle /que nous venons de former fur la corde a de la figure précédente, & l’on y fait faire le redoublement B , qui eft une elpece de grande boucle ; en-fuite on pafle ce même bout dans le gouflet g-, fig. 3 , qui eft dans le carqueron A, & on forme le nœud h : on repafle ce même bout dans de redoublement / de la corde : on le ramene dans Panneau k que forme le nœud h ; après qu on a pafle ce bout * on ferre cet anneau , & on l'entoure dur la corde /, fig. 4, par deux tours, & l'on tire le bout m jufqu’à ce que les deux tours {oient tout-à-fait joints contre le nœud n; c’effi dans cet état qu’on le voit en o9fig. y, qui le repréfènte totalement fini * & comme il eft fur les cordes t, t, v 9 v , fig. 7 de la Planche précédente.
- Il s’agit actuellement de connoître par quel effet on peut allonger ou raccourcir ce nœud, que, depuis le point de repliement p jufqu a l’enchaînement q, avec le gouflet r, on appelle nœud en crémaillère.
- C’eft en raccourciflànt ou en allongeant le repliement des cordes qui fe fait depuis p julqu’à s, qu’on allonge le nœud lui-même ou qu’on le raccourcit, ce qui s'obtient en faifant monter ou defcendre la boucle t ; lorfqu’elle monte, la partie v de la corde qui fe trouve entre la boucle x & celle r, & placée entre la partie de corde y Sc celle £, s’accourcira , & celle y s’allongera : par-là le nœud prendra une grande étendue ; & fi l’qn defcend Cette boucle du côté du carqueron c 9 on verra s’allonger cette même partie de corde v, & le nœud fe raccourcira , de maniéré que {ans rien défaire , on peut faire monter ou defcendre ce carqueron au point où on defire qu’il foit.
- Il faut regarder le gouflet r, la boucle t & celle x, comme trois points du moufHage où l’on voit faire l’effet de trois poulies.
- L’invention de ce nœud eft fort bonne ; & quand on l’emploie, la hauteur des objets qu’on y fulpend eft bientôt réglée. Quand il arrive quelque changement à faire, on ne compte pour rien le temps qu’on y met ; car on a plutôt réglé vingt cordes avec le nœud à crémaillère,qu’on n’en régleroit quatre avec les nœuds coulants. Celui-ci a quelque chofe de plus prompt quand il s’agit de régler les hauteurs des carquerons, des Liftes, &c. que le nœud à l’Angloilê ; mais ce dernier eft plus prompt à l’exécution : on peut même l’employer par-tout ; au lieu que celui en crémaillère n’a de luccès qu’aux fulpenfions des Liftes à fimple arcade,’ à la fulpenfîon des ailerons & à l’arrangement des corps de rame. On l’emploie cependant pour les eftrivieres , mais il n’y réuflit que difficilement, fur-tout s’il faut que les eftrivieres {oient lâches dans le repos du Métier ; car ce nœud eft plus Iblide tendu que lâche , par la railbn que ce n eft que par les frottements qui fe font dans les boucles t, x9 & dans le gouflet r, que ce nœud ne s’allonge pas de lui-même, de maniéré que plus il eft tendu, & mieux il fe contient.
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- ^3 6 VA RT DES ÉTOFFES DE SOIE.
- Quand on forme le nœud en crémaillère , on ne doic point prodiguer les toï* des, mais lui donner le moins d’étendue poffible, afin d’éviter les frottements & les accrochements. On doit aufli mettre entre le gouflet r Sc la boucle t, un efpace proportionné aux différentes hauteurs des objets fulpendus. Cette attention confifte à remarquer combien il y a de pouces de différence de la hauteur aéluelle, à celle qu’il faudra donner par la fuite, fans quoi on eft obligé de refaire tous les nœuds qui concourent à fa conftruétion.
- On ne fouroit employer ce nœud que difficilement à des fofpenfions d’arcades doubles, à caufe de celles qui fe croifent, dont le frottement ne permettroit pas aux repliements de gliffer. On peut s’en fervir pour les arcades fimples , quand même elles auroient des planches de guide, parce qu’on fait paffer les gouffets au-deflus des planches : on peut aufli les faire au-deffus des planches de guide qu’on met aux carquerons. f
- Quelques Ouvriers fe font avifés de réformer quelque chofe à ce nœud ; quelques-uns, au lieu de former la boucle x que nous voyons fur notre figure , ont coufu une fauflè boucle très-proprement au-deffus de la corde. Cet arrangement prévient un accrochement qui fe fait quand on ne replie pas à propos le recourbementp, qui eft au-deflus du nœud de la boucle x ; d’ailleurs il fe forme à cet endroit une groffeur qui gêne fbuvent : c’eft fans doute cette raifon qui a fait imaginer la boucle poftiche dont je viens de parler.
- Il y a des Ouvriers qui, voulant retrancher la boucle r,« ont été obligés d’arrêter le bout de la corde par un nœud fur le repliement s ,• fait comme on le voit en D 9fig. 6, au moyen duquel ils arrêtent le bout de la corde fans rien changer à fes repliements.
- De toutes les fofpenfions des Lifles que nous avons vues jufqu’à préfont, il n’en eft aucune qui préfente à la vue un arrangement plus régulier que celle dont nous allons nous entretenir. Comme ce carrette eft propre en même temps pour les Liffes de fond & pour celles de rabat, j’ai été obligé de le repréfonter fous deux points de vue, l’un pour rendre fonfible le mouvement qu’on en obtient pour les Liffes de rabat, & l’autre pour les Liffes de fond.
- Le carrette for lequel font faites les folpenfions qui vont nous occuper, eft repréfonté par la figure io de la Planche ip, dont j’ai fait la defoription. Je me crois obligé d’en prévenir le Leéleur , parce qu’ici je ne repréfente fur les figures 7 & 8, qu’une coupe de ce carrette, ou plutôt on ne verra que deux poulies à chaque figure , qui foppofer<pnt le carrette en entier ; j’ai mis ces poulies à découvert, afin qu’on apperçût l’arrangement qu’on donne aux cordes de fufpenfîon, qui, après le carrette., font l’objet le plus intéreffant.
- La figure 7 fait voir comment, au nouveau carrette à poulies, on fufpend une Liffe de rabat A : on y apperçoit cette Liffe fulpendue par les cordes By By qui font paffées dans les pitons a9 æ, & qui forment chacune une des boucles b 9 b 9 au-deffus de ce piton, où elles font arrêtées par les noeuds coulants c9c9au
- moyen
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- Septième Section. I. Part. Dè la fufpenfion des Lijfes, &c. £37 moyen defquels on peut monter ou defcendre la LifTe à volonté. Ces cordes paflent fur les poulies C 9 C 9 8c defoendent Tune à droite & l’autre à gauche en d9d, en dehors de la Lifte , & après avoir pafte dans les trous e > e 9f9f9 des lifterons D9 E, elles portent chacune un contre-poids F9 F. Il faut fe reftouve-nir qu’en deflbus des poulies C, C, il y a deux traverfes percées qui fervent de guides aux cordes : voyez la figure 10 , PL iy. Ici je n’ai pas repréfonté ces tra-yerfos, quoiqu’elles tiennent au brancard du carrette, dont la traverfo G tient lieu. Les montants H, H3 fuppofent les fourches qui, dans la figure 10 delà Planche ry , contiennent les poulies. Il faut donc fuppofèr que ces cordes font arrêtées par les nœuds g9 g, au-deffus, afin que les contre-poids ne defcendent pas plus bas.
- La LifTe A n’effi ici armée que pour defcendre : on ne la fait jamais monter plus haut que l’endroit où on l’a fixée, à moins qu’on ne la remonte par les nœuds c, c9 en raccourciflànt les boucles b y b.
- Pour faire mouvoir cette LifTe , il faut placer une marche dans Teftrîviere h 9 qui eft attachée à l’arbalette i ; alors en pelant for la marche, on fera defcendre la LifTe ; & quand on lâchera la marche, la LifTe remontera à fà place.
- On fait palier les cordes d9 d, dans les trous des lifterons D, E, afin d’éviter tout balancement ; ces trous font un peu longs, afin que les cordes n’y foient pas gênées.
- La difpofition de la figuré 8, repréfente la fufpenfion d’une Lille de fond Ii faite au nouveau carrette à poulie. Cette fofpenfion eft différente de la précédente, en ce que quand on a baîfle l’eftriviere x, la LifTe monte, au lieu quà la figure 7 elle defcend. L’arrangement des cordes K9K 9 eft le même jufqu’aux bouts q 9 q, où * au lieu de contre-poids, on attache le carqueron O ; & pour peu qu’on fuive des yeux cette fofpenfion, on en fendra l’effet. Au lifleron inférieur font percés deux trous v, v, dans lefquels paffent les cordes s$ s, auxquelles font fofpendus les contre-poids R9IL
- On voit par ces deux figures, qu’on peut à la fois faire monter & defcendre plufieurs Liftes dont la fufpenfion eft la même.
- Suppofons-en quatre de cette maniéré 8c deux marches, on aura quatre car-querons femblables à celui O, & quatre eftrivieres comme celle x; fi l’on place deux eftrivieres à chaque marche elles feront lever deux Liftes chacune : ajoutons quatre Liftes de rabat aux quatre Liftes de fond que nous venons de fop-pofor, elles feront placées derrière ; on pourra alors faire lever deux Liftes de fond, & en faire defcendre deux de rabat ou une foule , par une-foule marche, fi on le juge à propos, foivant l’Etoffoi
- De tous les carrettes, je n’en trouve pas qui offre à la fois autant de fimplicité , autant de précifion & moins d’embarras que celui-ci : il eft propre à la fabrica-. tion de toutes fortes d’Etoffes, tant unies que façonnées : ôn n’eft même pas obligé d’y employer des contre-poids aufli lourds ; d’ailleurs en mettant des Etoffes de Soie. VIL Part, O 3
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- 238 FART DES ETOFFES DE SOIE. poulies un peu grandes, on eft afluré d’avoir une marchure très-douce.
- U n'eft aucun carrette où l’on puifle employer plus avantageufement les üfl ferons plombés ; il efl: vrai qu’il faut qu’ils foient faits exprès pour ce carrette , à caufe des trous par où paflent les cordes : dans ce cas on n’a pas befoin de percer les carquerons , comme l’eft celui O, pour donner paflàge aux cordes s, s , qui portent les contre-poids R9 R.
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- Le feul défaut que je trouve au carrette à poulies , efl: d’ufèr un peu trop vite les cordes de fufpenfion, à caufe des frottements qu’elles effuient en paflànc dans les trous des guides & dans ceux des lilïèrons ; mais ce défaut n’eft pas fans remede : on n’a qu’à employer du fil-d’archal de demi-ligne ou de trois quarts de ligne de groflfeur, & le fubftituer aux cordes dans tous les endroits où il y a des frottements.
- Pour employer le fil-d’archal à ce carrette, il en faut à chaque Lifte deux chaînes formées de trois chaînons, depuis les pitons q, q / jufqu’aux points Q, Q ; alors on fupprimeroit les nœuds r, r, & on les feroit en y, y, ou plutôt on mettroit un fil-de-fer depuis y 9y9 jufqu’en kyky en deux chaînons, Sc les anneaux .qui feroient en y ^ y, ferviroient de nœuds pour retenir au-deflus des traverfes percées, afin que la Lifte ne defeendît pas plus bas. ‘Pour bien entendre ceci, on peut jetter les yeux fur la figure 9. La partie de corde arrondie s, pâlie fur la poulie, & tient par un bout à l’anneau b, qui doit être dans fon repos au-deflus de la traverfe T, & par l’autre bout cette corde tient à l’anneau d, du chaînon e , qui pafte dans la traverfe v ; cet anneau , dans fon repos , pofe au-deflus de cette traverfe , & fon chaînon fè joint à celui/*, qui efl: lié avec le piton g, planté dans le lifleron X. On voit que le fil-d’archal produit le même effet des cordes, par la correfpondance qu'ont les chaînons c, h, i, avec le carqueronjy, puifque le dernier de ces chaînons pafle dans les liflerons X9 Z, d’où il va fe lier avec le piton k y qui tient au bout du carqueron. Si l’anneau b eft de 6 pouces au-deflus de la traverfe T9 c’eft afin de laifler un elpace aflez confidérable entre lui & la traverfe, pour faire monter la Lifte, parce que le tirage eft de ce côté : l’anneau d efl: aflez grand pour s’arrêter fur la traverfe v. On doit aufli faire attention qu’ici l’anneau d eft pofé au -deflus de la traverfe , tandis que ceux r, r, font au-deflous ; mais on reconnoîtra que fi l’on avoit mis cet anneau aiPdeflbus de la traverfe, il eût fallu le faire au chaînon c, & alors la corde a pafleroit néceflàirement dans la traverfe jT, ce qui rendroit la précau-, tion du fil-d’archal inutile en partie.
- La figure 10 repréfente du fil-d’archal difpofé pour un des côtés d’une Lille de rabat, conformément à celui que nous repréfente la figure 7, au lieu que ce que nous venons de voir par la figure 9, eft pour une Lifte de fond.
- Sans entrer dans une defeription faftidieufe, il fùffit de fùivre des yeux les effets de cette fùfpenfion pour la bien comprendre.
- Dans les deux figures que nous venons de voir, le fil-d’archal eft formé de
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- Septième Section. I. Part. De la fufpenjion des Lijfes, &c. ijp plufieurs pièces, c’eft pour éviter le trop de roideur qu’il a lorfqu’on le met d une feule.
- L’arrangement que je préfente n eft pas bien difficile à exécuter,une pince à becs ronds fuffit pour le former.
- Quand on fait ces anneaux en fil-de-fer, on n’en excepte pas la fufpenfion des contre-poids, fur-tout quand les cordes paffent dans quelques trous, comme celles s, s, de la figure 8 ; alors pour éviter l’ufure de ces cordes, on fufpend les contre-poids, comme celui F9fig. 12, où Ton apperçoit que le chaînon v eft joint au piton x, qui tient en deflous du lilïeron G, & que ce chaînon pâlie en même temps dans le carqueron H, & fe joint au chaînon y, qui tient au piton l, qu’on voit au contre-poids F.
- . Ce que je dis à l’égard des trous, doit s’entendre des trous des carquerons & de ceux des Lifferons, & non pas de ceux des traverfes qui fervent de guides aux cordes qui paffent fur les poulies ; cependant fi on faifoit la longueur de ces trous dans le fens du diamètre des poulies, je crois que le fil-d’archai fe prêteroit plus aifément au balancement que font toujours les Lilîes dans ce fèns.
- Il fembiera peut-être, par l’arrangement que je propofe, qu’on ne fàuroie monter ou defcendre les Lilîes, quand il faut les régler à différents points de hauteur dans le courant d’une chaîne , à caufe du changement de diamètre de l’enfuple de devant à mefure que l’Etoffe fe fabrique ; mais en faifànt tous les chaînons d’une Lille égaux à ceux d’un autre , on fera alluré que ces Lilîes, au premier coup, fè trouveront à la même hauteur ; & comme on eft obligé de tenir ordinairement le carrette plus élevé que les eftafes du Métier , on fait des haujjes propres à bailler le carrette de 3 ou 4 lignes, par ce moyen on procure aux Lilîes la hauteur à laquelle elles doivent être : on a même l’avantage de les bailler toutes également & enfemble.
- Cette méthode de haulïèr & bailler le carrette avec des tringles de bois d’é-: gale épailîeur, eft très-commode, puifque quand il eft une fois bien réglé, on n’a plus à craindre de rien déranger : il n’eft plus befoin alors que de monter ou defcendre les marches, ce qui eft fort aifé.
- Il faut obferver ici que l’on ne met pas toujours deux contre-poids à une Lille, quelle que foit la fufpenfion qu’on en ait faite. Quelques Ouvriers n’en mettent qu’un feul, qu’ils pendent à un arbalette attaché au lifferon, de même que celles qu’on y emploie pour les eftrivieres, de forte qu’au lieu de l’eftriviere h ,fîg. 7, on attacheroit un contre-poids à l’arbalette i, obfervant qu’il ne de£ cendît pas allez bas pour toucher aux marches. Cette méthode ne vaut pas l’autre , parce qu’elle eft fufceptible de balancement, & de tirer la Liffe plus d’un côté que de l’autre, d’ailleurs on ne fàuroit placer ces contre-poids entre les carquerons, parce que leurs cordes étant courtes, ne laifferoient pas allez de jeu ; il faut donc qu’on les falîe agir ou devant ou derrière, ce qui tombe dans
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- 240. UART DES ÉTOFFES DE SOIE* l’inconvénient que nous avons remarqué dans un des Paragraphes précédents.'
- Voilà, en général, en quoi confifte la fufpenfion des Liftes & des contre-, poids. Il me relie feulement, avant d’entrer dans la matière la plus intéreflànte , celle de mettre les Liftes en travail, de faire connoître l’emploi des carrettes à marches, & de décrire quelques uftenfiles qui font indifpenlàbles pour la fabrication.
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- §. IV. De la manière d’employer les Carrettes d marches, qui ont été repréfentés
- dans les Planches 15 & 16.
- Les Carrettes à marches qui ont été repréfentés dans les Planches Sc 16 9 & dont a vu la defcription, font employés fuivant les figures repréfentées dans la Planche 2 3 , dont nous allons nous occuper.
- Nous avons vu dans la defcription de ces Carrettes, que leur emploi eft de ramener les marches à un point de hauteur déterminé, & de les tenir toutes de' niveau les unes aux autres autant quil eft polïible, pour que l’Ouvrier ne foit pas arrêté dans le cours de fon travail par des marches trop baffes ou trop élevées. J’ai fait même remarquer alors que l’avantage de ces Carrettes étoit > entr autres, de fuppléer à la diminution de la charge qu’on devoit mettre aux liftes : j’ai tâché d’en donner une idée fuffifante ; mais comme cette mécanique eft très-compliquée, je crois devoir la préfenter fous un nouveau point de vue,1 pour ne rien laifler à defirer fur une matière très-difficile. D’ailleurs comme il eft certaines Etoffes qu’on ne fabrique que très-difficilement, fi l’on n y emploie quelqu’un de ces Carrettes, j’ai cru devoir en faire connoître les mouvements les plus importants.
- La figure 1 fa/voir quatre marches A, A, A9 A, armées pour quatre liftes a , a, a, a, qui font attirées chacune par une des eftrivieres A, h, h , b : on voie que ces quatre marches font placées dans leur marcher entre les poupées c3 c9 dont a vu ailleurs la defcription. Entre ce marcher & les eftrivieres, eft placé le Carrette à marches , de maniéré à ne point embarrafler l’Ouvrier autour du Métier, pour renouer les fils qui fe caftent en travaillant.'
- Ce Carrette eft compofé de deux chevalets D, E, dont un eft fait de deux montants d9 d9 plantés dans la grande planche F, qui forme la bafe du Carrette, & de la traverfe e, qui tient folidement au-deflus de ces montants ; l’autre chevalet eft fait aufîi de deux montants/,/, plus élevés de la moitié que ceux d, d & qui tiennent également à la bafe du Carrette : ils font contenus au-deflus par la traverfe on voit que les marches paflent au-deflous de ces deux traver-fes, entr’elles St la planche F, & entre les montants d,d9 & ceux/,/: elles fe trouvent par cette pofition, entre les deux montants A, A, qui portent la verge de fer i, qui fert d’axe aux ailerons G 9G9 G, G. Sur ces deux montants eft la traverfe k : on voit que le chevalet D fert à retenir les marches, afin
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- qu’elles ne montent pas trop haut. A chacune des cordes /, /,/,/, qui tiennent giiL, aux têtes des ailerons G, G, G, G, eft attachée une des marches A9A$AfA: Flanche elles font ramenées contre la planche e par le poids de la queue des ailerons. ^
- Par la maniéré dont il paroît que les marches approchent de la planche e, il faut que les cordes/, /,/,/, foit pafFées à travers les marches : c’eft la meilleure méthode, cependant c’eft la moins ufitée ; car fou vent on y met des pitons, ou on les attache comme des eftrivieres fimples, c’eft-à-dire, que la corde étant fimple, on en entoure la marche , & on y fait un nœud coulant qui tient au-deflus. Je dis que cette maniéré d’attacher les cordes eft la plus convenable ; mais je préféré le fil-de-fer, ainfi que je l’ai dit plus haut.
- Le chevalet E fert à fbutenir la queue des ailerons, quoiqu’il paroilTe ne fer-vir à rien; premièrement il fert à régler les cordes / & fècondôment
- fi, par accident, ou par la fuite du temps , une de ces cordes vient à s’ufer Sc à fe cafter , on n’a pas à craindre que la chute de l’aileron, par là rapidité, ébranle le Carrette & dérange les marches. Quand on réglé les cordes, on met une fécondé planche fur celle g9 Sc l’on retient les ailerons de maniéré qu’ils ne puiflent monter ni defcendre ; alors on fixe les cordes /, /: on les tend le plus qu’il eft poflîble par le nœud qu’on fait au-delïus ; Sc quand toutes font réglées , on ôte la planche qui étoit entre les ailerons 8c celle g ; alors les ailerons fe trouvent fufpendus par ce côté, Sc retenus feulement chacun par la corde qui le tient à la marche.
- Quand on craint que la planche F, qui fert de bafe au Carrette, ne Toit pas aflez folide par elle-même ou par le poids du carrette, on l’aflujettit fur le plan-; cher avec des clous dont les têtes prennent fur les bords de la planche, ou avec des pattes de fer recourbées.
- ' Il eft évident que ce Carrette s’oppofe à l’abaiflement des marches ; de forte que fi l’on enfonce la première marche, on verra bailler le premier aileron ; Sc quand on abandonnera cette marche , l’aileron la ramènera à fon point de repos.
- Les marches doivent peu varier dans leur hauteur ; car à moins de quelque inconvénient imprévu , portant toutes contre la planche e, elles doivent tou-*; jours être à la même hauteur les unes Sc les autres, quand même elles ne feroient pas d’une égale épaifleur.
- De tous les Carrettes à marches, celui-ci me paroît le plus parfait ; néan-; moins nous allons voir ceux à poulies.
- La figure % nous repréfente le Carrette à poulies dont on s’eft fervi fort longtemps , & dont on fe fert encore pour ramener les marches. Ce Carrette eft' fixé au bout des banques FT, H, qui tiennent aux pieds de Métier /, /: comme il y a plufieurs moyens d’adapter ce Carrette aux banques d’un Métier, j’ai choifi pour cette figure celui qui m’a paru le plus convenable ; cependant je me Étoffes de Soie. FIL Part. P 3
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- 242 L'ART DES ETOFFES DE SOIE.
- > fuis trouvé obligé de fupprimer la plus grande partie du Métier, pour faire voit; à découvert ce Carrette.
- Le Carrette dont il eft ici queflion, eft celui, à peu-près, qui a été repré-; fenté par la figure 13 , PL 15 , ou celui jig* 1, PL 16. Celui-ci n a que huit poulies , dont quatre de montée & quatre de defcente, ou plutôt quatre pour les marches , & quatre pour les contre - poids. Les cordes m9 m9 m9 m9 qui paffent fur les poulies n 9 n, n 9n, 0,0, 0,0, font les mêmes que celles P’P’P’P > Portent ^es contre-poids k,k9k9k9 que celles q, q, q 9 q, qui fupportent les marches L9L9L9L9 en forte que chacune de ces cordes tient à une de ces marches par un bout, & par l’autre elle tient à un des contre-poids ; ainfi chacune d’elles paffe fur une des poulies n9n>n>n9 & fur une de celles o ,0 9o 9o: ce font les contre-poids qui tiennent les marches fulpendues au point ou elles doivent être.
- On ne fauroit fixer ici la montée de ces marches, fi elles étoient abandonnées à leurs contre-poids ; mais pour qu’elles relient à la hauteur qu’on juge à propos 9 on forme à chacune des cordes, du côté des bouts q^q^q^q* un nœud qui vient s’arrêter en deffous de la planche N9 qui leur fert de guide : il eft vrai qu’il eft difficile de régler ces nœuds à une égale hauteur ; c’eft pourquoi ayant nus ce Carrette en ufàge, j’avois eu foin d’y ajouter un chevalet O 9fig« 3 , placé derrière les eftrivieres ry r9 r3 ry fixé fur le plancher avec de gros clousj ou avec des pattes ; & alors je fopprimois le nœud aux cordes q, q , &c.
- Je ne dirai rien du Carrette jig. 2 de la Planche 16 ; celui dont nous venons de parier a quelque rapport avec lui.
- La figure 4 fait voir l’emploi du petit Carrette qu’on a repréfenté jig. 4, Ptm 16. Ce Carrette, comme je l’ai fait remarquer alors, fe place à plufieurs endroits ; ainfi les figures y , 6 Sc 7, nous développeront ces différentes pofitions.
- Cette figure 4 nous fait voir qu’on emploie deux Carrettes A, A, à la fois ; quand on fe fert d’un double Carrette à ailerons pour les Liffes , & qu’on les fixe ordinairement aux eftafos de Métier B, B. Je ne répéterai rien de ce que j’ai dit de leuir conftruélion.
- On doit remarquer ici que ces Carrettes font placés dans l’intérieur du Mé-J tier, en forte que les cordes de carquerons /9mm > attachées aux pitons n9n >n9n9 qui tiennent aux carquerons, fe meuvent comme à l’ordinaire en dehors du Métier, étant par le haut attachées aux ailerons du Carrette à iiflè ,1 où font fofpendues celles o9p. Je ne dirai rien de cette fufpenfion : elle eft conforme à quelqu’une de celles que nous avons vues ci-devant ; mais j’obforyeraî qu’en enfonçant le carqueron C, par une marche qui tiendra à l’eftriviere q ; on verra monter les deux contre-poids i, i, avec la lifte 0; & quand on lâchera la marche, ces mêmes contre-poids ramèneront le carqueron à fa hauteur ordinaire , aidés par les contre-poids qui font attachés aux cordes r9r9 qui tiennent au lifferon G.
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- Septième Section, I. Part. Des Canettes a marches, &c. 243
- On eût peut-être mieux compris le mouvement des lifles , fi le Carrette eût été repréfenté en entier, parce qu’on auroit vu que les branches d’arcades v, v , Planche v, v, qui portent la lifTe 0 , forment deux arcades , dont l’une eft attachée à deux ailerons, l’un à droite , & l’autre à gauche’, auxquels tiennent les cordes de carquerôns /, L On auroit vu auflî que les branches d’arcades x,x, x y x 9 forment deux arcades attachées à deux ailerons, comme les deux précédentes ^ mais dont les queues répondent aux cordes de carquerôns m9m; mais la place ne m’a pas permis de faire voir le Carrette en entier ; d’ailleurs comme mon objet neft que de faire connoître les effets des Carrettes A9A9 je ne me fuis aftreint qu’à cela.
- Il réfulte un inconvénient des Carrettes à poulies fixés aux eflafes des Mé-* tiers, parce que fi l’on veut avancer ou reculer le Carrette à lifle, on fait perdre la direétion des cordes à ceux à marches , & alors la montée des carquerôns fait balancer les liffes, & dérange la marchure. Pour prévenir cet inconvénient, /
- on a foin de fixer ces Carrettes au bout des brancards des Carrettes à lifles, comme on en voit un en 19fig. y , dont les montants a9 a, font aflemblés avec les tra~ verfes K yK , qui forment le brancard du Carrette. Les montants a, a9 portent la planche b, qui fort de guide aux cordes c y d9 qui tiennent par un bout aux pitons e, e, avec celles f9 g. Ces pitons font plantés dans les carquerôns L , M9 comme on l’a vu ailleurs. Je n’entrerai pas dans le détail des mouvements, parce qu’ils font les mêmes que ceux de la figure précédente. J’obferverai feulement que le contre-poids i ramene le carqueron M à fà hauteur, ainfi que celui k pour le carqueron L ; & que la raifon qui les empêche de monter plus haut f c’eft que les cordes c, d de cette figure , ont chacune un nœud en /, /, qui s’arrête contre la planche b : il n’y a donc de différence entre ces deux figures , que la place qu’on leur donne.
- Pour avoir moins d’embarras, Sc pouvoir placer le Carrette à lifles à tel endroit qu’on juge à propos * cette méthode doit être préférée à la précédente , parce que quoique les cordes tirent obliquement, elles tirent néanmoins en ligne direéte , & les carquerôns montent toujours perpendiculairement, & ne fau-roient nuire aux mouvements des lifles. Mais pour éviter l’un & l’autre de ces inconvénients, on doit fo fervir de la méthode que préfonte la figure 6.
- Ainfi pour faire tirer toujours perpendiculairement les carquerôns, quels qu’ils foient, on n’a qu’à placer les poulies comme font cellesm9m9>nym9 m9m9 entre les traverfes 0,0, qui tiennent la broche de fer n, qui leur fort d’axe ; alors on trouvera à la fois le véritable point de fufpenfion , & le moyen de le tranfporter fans crainte à tel endroit du Métier qu’on jugera néceflaire ; néanmoins le carqueron P fera toujours ramené à fon point de hauteur.
- Les trois figures dont nous venons de nous entretenir , ont fait appercevoir quelqu’embarras, à caufo de la fofpenfion des contre-poids, & de l’enlacement qu’ils peuvent contraéler avec leurs cordes ; c’eft cette raifon qui a fait prendre
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- 144 L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE. ~
- ^ le parti à quelques Ouvriers de placer le Carrette à marches au-deflus de celui
- Plancîte > & d attacher aux ailerons les cordes qui répondent aux carquerons ,
- comme nous le fait voir la figure 7 , où Y on apperçoit que la corde t tient par le haut à l’aileron Q, & par le bas au carqueron R ; & que pour le ramener à fon point de hauteur, on attache à l’aileron la corde v, qui pafle dans la planche S, fur la poulie x, & repofe dans la même planche , qui lui fert deux fois de guide, & qui, par l’autre bout, fè joint au contre-poids T, de forte que ce contre-poids ramene l’aileron à fon point de hauteur, & ne peut le faire monter plus haut, parce que du côté de fa tête il eft retenu par un chevalet, conféquem-ment on n’a pas befoin de faire aucun nœud à la corde v pour régler cette hauteur.
- J’ai toujours trouvé de grandes reflources dans ce Carrette , & je l’ai toujours préféré à celui M, de la figure 1 ; premièrement il eft moins embarralfant > Sq plus facile à régler ; fècondement, il ramene les marches 6c les carquerons à leur hauteur ; & fi l’on veut, avec ce Carrette, joindre aux marches un chevalet comme celui O, de la figure 3 , on n’aura rien à defirer.
- Je dis que ce Carrette ramene les carquerons avec les marches, par cette raifon on n’eft pas obligé de donner autant de poids aux liftes, que lorfque le Carrette ne fait que ramener les marches, parce qu’il faut une force de plus pour; ramener les carquerons : il faut donc que cette force fe trouve dans les contrepoids des liflfes ; au lieu que quand les carquerons font attirés par les contre-, poids des Carrettes à marches > on n’a befoin de mettre aux liftes que le poids qui leur eft néceflàire pour les ramener au point de repos.
- Voilà, en général, tout ce qui concerne la fufpenfion des Liftes, des Mar-3 çhes & des Carquerons ; nous aurons cependant encore occafion d’en parler $ mefure qu’elles fe préfenteront.
- Je m’apperçois que cet Article de la fufpenfion des Liftes ^ eft devenu plus long que je n’aurois penfé ; mais je n’ai pu traiter plus brièvement cet objet auflî eflèntielà la fabrication, foit en Plein, foit en Tire, Je pafle à la defcription de§ uftenfiles particuliers aux opérations manuelles de la fabrication,
- Article
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- Septième Section. LPart. Defcriptïon des Navettes* 245 Article Septième.
- Defcriptïon de. quelques Ufienfiles nécejfaires a la fabrication des Etoffes unies & façonnées a la Marche 3 tels que les Navettes , les Tempias ou Tempes * les Forces, les Pincettes & les Palettes.
- §. I. Des Navettes*
- Indépendamment des Uftenfiles qui concourent à l’armure d’un Métier , il en m*j*~***!?* eft de particuliers communs à la fabrication de toutes fortes d’Etoffes , je pour- Planché rois même dire de toutes fortes de tlflîis. Je vais commencer par la defcriptïon 2^ des Navettes 8c de leurs ufages; j’y joindrai celle des Boîtes à Efpolins , qui font des efpeces de Navettes dont on fo fort pour brocher les Etoffes, au lieu que les principales Navettes fervent pour le tillage.
- J’ai eu occafion de parler d’une Navette & d’une Boîte d’efpolin, dans l’Art 1 de faire les Canettes ; j’ai même repréfenté cette Navette fig, 28 , PL 8, 8c la Boîte 9fig. 30 ; mais je n’ai parlé de l’ufàge de l’une 8c de l’autre , que relativement aux canettes & aux efpolins ; d'ailleurs on fo fort de différentes Navettes 8c de différentes Boîtes dont la conftruétion varie fonfiblement.
- La Navette repréfontée'par la figure r, PL 24, eft d’environ 10 pouces de longueur, d’un pouce de largeur, & de demi-pouce d’épaifleur : ici elle n’eft repréfontée qu’à moitié de fa grandeur. Toutes les Navettes de tiflàge font a peu-près dans les mêmes propDrtions, mais elles n’ont pas tout-à-fait la même forme : elles font , en général, armées d’un fer A A à chaque bout ; le corps de la navette eft toujours d’un bois très-dur, comme de buis ; mais on en fait auffi de chêne verd très-foc, & de quelques autres bois durs dont les fibres ne font pas longues. J’en ai fait faire avec du bois de campêche, qui ont été très-bonnes 8c de longue durée. Le bois d’une Navette eft d’une foule piece, qu’on prépare avant de l’armer de fer, comme le repréfonte la figure 2, après quoi on y pratique les entailles B, B , deiïus & deflous, pour y placer les queues a, b, du fer 9 fig' 3* Ces rainures doivent être allez larges & affez profondes pour contenir très-jufte ces queues. Le fond des entailles de chaque bout, forme des bifoaux qui viennent fo terminer en tranchant fur les bouts c> c. Les trous e 9e, qui font pratiqués au fond des rainures B , B de la piece de bois, doivent répondre néceflàirement à ceux f>f, qui font faits aux queues a, b du fer, & même on ne perce le bois qu’après avoir placé le fer, & après s’être affuré que l’armure eft jufte, fur-tout pour la longueur 8c pour la largeur, parce qu’on eft ' . maître de laiffer les bords des rainures un peu plus élevés que les queues ne font épaifles, 8c en finiflant laNavette , on fait affleurer parfaitement le tout.
- Quand les fers vont bien à leur place, on les y fixe avec une goupille, qu’on Étoffes de Soie. VIL Part. Q 3
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- 246 L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- * rive deflus & deflous, après quoi on lime le tout de maniéré que la rîvure ne paroifle plus ; mais il faut avoir eu foin d’ébi^eler les trous avec quelque inftru-ment tranchant, pour y loger la rebarbe de la rivure.
- Les bouts g, g, h , h9 de la piece de bois, font terminés en bifeaux; c’eft contre ces bifeaux que viennent pofer les épaulements i , i du fer. Je préviens le Leéteur de ne point prendre garde au rapport de proportion qu’il y a entre le fer & la piece de bois , parce que ce fer eft à peu-près dans la grandeur où on les fait, & que la Navette n’eft qu’en demi-grandeur. Les bifeaux dont je parle ^ font indifpenfables pour que le fer puifle s’affembler proprement & sûrement avec le bois. Il faut encore faire une obfervation qui n*eft pas moins importante 5 c’eft que les extrémités k9k, des épaulements i9 i du fer, fe terminent un peu en arrondifîànt, & font tranchantes, de maniéré que les angles, tant fupérieurs qu’inférieurs, font émouffés : on les fait de-cette forte, afin que leurs tranchants fe joignant avec les angles l9l9m9m> de la Navette,^. 1, ne puiffent en aucune maniéré s’accrocher avec les fils de la chaîne. Ces précautions font d’autant plus néceffaires, qu’il faut abfblument 5 pour faire une bonne Navette, que le bois & le fer ne paroiflent former qu’une feule & même piece ; • il faut donc qu’on évite avec foin , non-feulement qu’une piece releve au-deflus de l’autre, mais qu’il n’y ait aucun intervalle entr’elles en aucun fens.
- Quand les fers font adaptés au bois de la maniéré que nous venons de le voir," on forme la caifle C ,fig. 1, en creufant la piece de bois 3fig. 2 , à l’endroit oti eft marquée la trace de points n3 n$of o; auparavant on forme le troup : ce trou perce l’épaifleur du côté D de la caille , qu’on regarde comme le derrière de la Navette, & il faut qu’il foit au milieu de la longueur Sc .de l’épaifleur de la Navette : il a à peu-près une ligne de diamètre, Sc l’on forme par dehors une feuillure tout autour, d’environ une demi-ligne , ce qui reflemble à un plus petit trou qu’on auroit percé au centre d’un plus grand qui auroit été commencé*1 On place dans ce trou un petit anneau de verre, comme celui fig. y ; cet anneau eft retenu dans la feuillure, où il entre allez jufte, & du refte on le fixe avec de la colle-forte, avec de la cire d’Efpagne, avec de la cire blanche, ou avec de l’ail. Cet anneau eft à peu-près de la grandeur du fécond trou, mais fon propre trou doit être moins grand de quelque chofè, que celui qui perce l’é-paifleur de la Navette, parce qu’on ne met cet anneau de verre que pour empêcher la foie de la trame , qui vient de la canette qu’on place dans la Navette , ainfi que je l’ai fait remarquer dans l’Art de faire les Canettes, & dont on fait paflfer les bouts dans le trou de cet anneau, de toucher contre le bois de la Navette , qui l’accrocheroit infenfiblement ; au lieu que le verre ne fe relient jamais des frottements de cette foie. L’anneau dont je parle, eft connu fous le nom S œil de perdrix, Sannelet, & la plupart des Ouvriers de Lyon lui donnent le nom Salinet ; mais j’ai remarqué que c’eft par corruption de langage, Sc je penfe qu’on devroit le défigner fous le nom d’annelet, diminutif d’anneau.'
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- Septième Section*. ï. Part. Defcriptioh âes Navettes. 247 Quant au nom dW/ de perdrix, on pourront le confondre avec de petits anneaux -de fer qu’on emploie aux cordes de rame, dont nous parlerons dans la fabrication des Etoffes façonnées, & auxquels on attache les cordes de Xemples, desquels nous aurons auffi occafion de parler ; alors ces yeux de perdrix ou anneaux font à peu-près de la même grandeur de ceux-ci, & même quelquefois on s’en fert pour garnir les trous des Navettes à la place de ceux de verre : ils y fervent de même, avec la différence qu’ils y font plus vite ufés*
- Après qu’on a creufé la Navette pour en former la caille comme on la voit eti C>fig* r j on fait les trous y, q9 à chaque extrémité de cette caille : ces trous font deftinés à recevoir les bouts de la pointv^elle , forte de broche qui fort d’axe aux canettes, & dont nous aurons occafion de parler tout-à-l’heure.
- Il s’agit maintenant de favoir pourquoi on donne à la Navette cette forme tortuée, par préférence à une forme droite. D’abord il faut obftrver que pour bien fabriquer les Etoffes de Soie, on éyite, autant qu’il eft poffible, les frottements que les uftenfiles peuvent faire contre la foie ; la Navette étant un de ceux qui frottent le plus fur la foie, on fait en forte quelle porte fur cette foie le moins qu’il eft poffible.
- La Navette, dans fà courfe à travers l’Etoffe, a deux frottements indifpen-fables à faire, l’un contre le peigne, Sc l’autre fur la foie ; & même quand le pas n’eft pas allez ouvert, elle fait un frottement par-deffus, contre la partie de la foie qui la couvre : ce font ces frottements qu’on tâche de prévenir, ou au moins de diminuer, par la conftruétion de la Navette. La concavité qu’on voit au-devant de la Navette, fig. 1 , qui régné depuis le point r jufqu’au point s , eft pratiquée afin qu’il n’y ait que la convexité qui fe trouve à ces mêmes points, qui touche contre le peigne ; car je dois faire remarquer que fi la Navette nétoit pas lancée avec une certaine force contre le peigne, elle ne feroit jamais le chemin d’une lifiere de l’Etoffe à l’autre : il faut nécelfairement que , pour quelle y arrive , elle appuie contre le peigne d’un bout à l’autre ; c’eft par cette raifon qu’on
- voit que les fers A, A, s’écartent en arriéré, parce que quand l’Ouvrier lance la Navette, il la tient de maniéré que fi les fers étoient placés droits, la pointe porteroit précifément contre les dents du peigne, & le creveroit au premier choc ; mais la courbure qui régné depuis r %s9 jufqu aux pointes des fers A> A, permet à l’Ouvrier de pouffer la Navette avec force, fans craindre que les pointes endommagent le peigne : auffi voit-on toujours que c’eft par la convexité du bois que cette Navette frappe contre le peigne ; & fi par hazard la pointe porte quelquefois contre les dents, c’eft fouvent parce que les fers ne font pas alfez recourbés, ou par quelque mal-adreffe de l’Ouvrier*
- On apperçoit auffi que les fers de la Navette font pointus dans le fons de fa largeur, & dans celui de fon épaiifeur ; & que dans un fens comme dans l’autre , ils vont en augmentant jufqu’à leur jonétion avec le bois, ce qui leur donne une libre entrée dans la fogue de la chaîne ; ( fogue & ouverture de pas font
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- fynonymes ; mais le termQ figue eft plus généralement connu) ; d’ailleurs le bois fuit la gradation du fer jufqu aux points t, t de la figure 6, qui repréfente une Navette vue de profil, dont le defius eft plus en ligne droite que le deftous, & dont le bois fuit la ligne oblique des fers jufqu’aux points v, v : fouvent même la ligne droite comprife entre v 9 v, n’eft qu’un point > celui de la rencontre des deux courbes venant des deux bouts. On prend encore la précaution d en faire le delfous concave fur la largeur tout au long, de forte que la Navette ne pofe que par fos deux bords x, x, jig. 7, qui repréfente une coupe de Navette vue en face: on y apperçoit une concavité en y9 & une autre en £ ; ces concavités régnent tout au long de la Navette jufqu’aux épaulements des fers ; car les queues font totalement dans ces concavités, tant defius que deffous : par ce moyen on n’a pas à craindre que les frottements de la foie portent fur ces parties des fers qui, quelquefois, ne font pas allez mis de niveau avec le bois, & qui ,, par ce défaut, peuvent s’y accrocher. *
- Il femble d’abord qu’on pourroit éviter cette précaution pour ce qui concerne le defius de la Navette ; mais il faut obforver que bien des Ouvriers, en travaillant , ne forment pas une grande fogue pour lui donner paflâge , & que la plupart travaillent avec tant de rapidité, qu’ils ne donnent pas le temps à la Navette d’en être tout-à-fait dehors, foit à droite , foit à gauche, pour laiffer aller leur marche ; alors le pas fe ferme fur la Navette, qui n’eft fouvent qu’à demi fortie de la fogue, conféquemment la foie frotte contre la Navette defius Sc deffous. C’eft cette raifon qui a déterminé les Fabriquants à faire faire les Na-J vettes concaves autant d’un côté que de l’autre ; c’eft pourquoi les bords a, b ; de cette derniere figure, relèvent au-defius de £. Le devant de la Navette eft droit dans fa hauteur de as nx ; mais cette ligne droite n’a lieu que dans une partie de l’efpace qui régné entre les convexités ry s yfig. 1 ; car aux convexités mêmes, fur le milieu de l’épaiflèur de la Navette , on laiflè un petit arrondifo fement qui forme une fécondé convexité qui va fe perdre infenfiblement tuf*, qu’aux fers A, A ; c’eft encore un moyen qui allégit le frottement que la Na-yette peut éprouver contre le peigne.
- J’ai vu des Navettes dont le côté de l’annelet étoit convexe, comme on le voit de b en x, fig*7 9 Sc cette convexité fe perdoit quelquefois au droit des bouts de la caille ; quelquefois on la faifoit continuer jufqu’aux fers. Je n’ai jamais pénétré quelle pouvoit être la raifon de cet ulàge, à moins que ce ne fût pour donner une certaine confiftance à la caillé 3 ou qu’on ne voulût la creufer un peu dans l’intérieur, pour la rendre concave par ce côté 9 ou pour rendre les angles ou les bords moins vifs.
- Il eft important pour la conftruélion d’une Navette , que le bois foit égal des deux côtés, c’eft-à-dire, qu’en partant du trou de l’annelet pour aller joindre les fers, les dimenfions de ce bois doivent être les mêmes, en forte que la largeur f épaiflTeur & la longueur doivent être égales ; il faut même que les deux fers
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- Septième Section. I. Part. Defcription des Navettes. 249 foient égaux en tout. On prend cette précaution , parce qu’on ne îauroit tra-vailler avec une Navette qui feroit plus pefante par un bout que par l’autre, fans î*la^chê: quoi lorfqu’on pouiïèroit la Navette en tenant dans la main le côté le plus lourd , **
- elle pafleroit à travers la foie , en defîus de la partie fopérieure de la fogue ; SC quand on la poufferoit du côté oppofé , elle pafleroit en de flous.
- Les fers dont on arme une Navette , doivent être très-unis & polis ; la pointé doit être extrêmement dure : auffi la fait-on ordinairement en acier, & mêmè on la trempe très-dure ; on l’émouflè un tant foit peu, pour pouvoir la rendre fupportable aux doigts qu’on appuie contre pour lancer la Navette : c’eft ordinairement le bout du doigt index de chaque main qui la chafle ; malgré cette précaution , quand on fabrique des Etoffes un peu fortes, l’Ouvrier a toujours leS doigts écorchés, parce qu’on fo contente d’émoufler ces pointes de maniéré qu’elles ne puiffent pas s’arrêter contre les fils de la chaîne.
- Les fers de Navettes font très-difficiles à forger : il eft très-peu de Serruriers qui y réufîifïênt ; aufîi en eft-il très-peu qui s’en occupent : ce n’eft, à propre-^ ment parler, qu’à Lyon, qu’on a l’art de les bien faire : c’eft aufîi de cette villé que toutes nos Manufaélures de France les tirent ; on en tire même une grande partie des Navettes qu’on emploie, parce qu’aéluellement c’eft le feul endroit ou on les conftrpife parfaitement, & que d’ailleurs ils ont plus de commodités pour fe procurer le buis que dans toute autre Ville, excepté Nîmes ÔC Avignon,» où cette forte de bois eft aufîi abondante.
- Autrefois on étoit dans l’habitude de faire les Navettes toutes unies , autant deffus que deflbus; & le devant de la Navette, depuis le point r jufqu’au point s, fig. 1, prefque tout droit* C’eft pour remédier aux inconvénients qui et! réfultoient, qu’on en a changé la conftruétion ; car même on ne donnoit prêt que point de chaffe aux fers, ce qui ufoit les peignes en peu de temps fur les bords ; mais depuis qu’on a placé les fers de la maniéré qu’on vient de le voir , on les ménage beaucoup plus.
- Les Ouvriers qui s’occupent à faire les Navettes, font obligés d’acheter les fers ; & quoiqu’on les leur vende bien faits, ils font toujours bruts : il faut qu’on les polifïè ; c’eft ce qu’on fait avec une meule ou avec de grandes pierres à aiguifer : jamais on ne fo fert de la lime pour cela ; il faut même., pour les bien finir, qu’après les avoir pafîes à la meule ordinaire , on finiflè de les polir avec une pierre à aiguifer très-fine : on fe fert même des pierres à finir les rafoirs.
- Je ne penfe pas qu’il foit nécefîàire de décrire la manière de faire les Navettes.
- Quand on vend les Navettes, elles font ordinairement garnies dé leurspoiri* tqelles, qui font, comme je l’ai déjà dit, les axes des canettes : elles font faites le plus fouvent de baleine ; quelquefois on les fait de corne : on en fait avec dii jonc refendu, quelquefois avec des bois un peu élaftiques , tels que la tige de la vigne fauvage, qu’on refend, & les petits jets les plus droits des bruyères $ Etoffes de Soiet FIL Part* R 3
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- on les arrondit fur toute la longueur , en les raclant avec du verre , pour ne leur biffer que la groffeur qu'elles doivent avoir, & pour les rendre unies; leur Ion* gueur doit prendre depuis le fond du trou b , qui eft formé à un des bouts & dans l'intérieur de la caille £7, fig. i, jufqu'à une demi-ligne près du trou d, qui eft à l'autre bout. Le trou b n'eft profond que d'une ligne, mais celui d l’eft d'environ 3 lignes : ce dernier eft traverfé à environ demi-ligne de fes bords, d'une petite goupille formée de la pointe d’une épingle, qui le divifo en deux parties égaies ; le bout de cette goupille eft rivé en e, au-deffus de la Navette» Nous allons voir tout-à-l'heure à quoi fert ce trou.
- D'abord qu'on a coupé les pointizelles à la longueur quelles doivent avoir , on en termine un bout un peu en pointe c9fig. 8, & on applatit l'autre bout, en en ôtant des deux côtés également, comme on le voit en/', même figure, de la longueur de 8 à 10 lignes ; enfuite on choifit deux morceaux de fil-de-fer bien écrouis EyF> qu’on voit au-deffous delà figure, Sc qu'on nomme archets ; on les replie fur leurs bouts g, h : on place ces deux fils-de-fer fur le bout/'de la figure 8 , un de chaque côté, & de maniéré qu'ils excédent le bout foffilàmment pour qu’en les mettant dans le trou e de la figure 1, & plaçant en même temps le bouc c de la pointizelle , fig. 8 , dans le trou b, la longueur de ces archets avec le refte de la pointizelle, faffent exactement la longueur qu'il y a du fond du trou j à celui du trou d : on éprouve cette longueur en liant les archets avec un ligneul fait de quelques brins de foie , Sc ciré avec de la cire blanche ou jaune , dont on fait quelques tours fur les fils-d'archal, pour les faire tenir. On avance ou on recule les bouts des archets, pour les mettre à la longueur qu'ils doivent avoir ; Sc quand ils font dans une place déterminée, on finit de les arrêter avec le même ligneul avec lequel on couvre tout l'elpace qu'on voit plat fur la poin-tizeiiefig. 8 ; après avoir couvert Sc recouvert l'endroit où on le place , on l'arrête par un nœud d'enlacement, Sc non autrement, pour ne point grofîir la pointizelle: c'eft dans l'entre-deux des bouts i9 i3 des archets, que paffe la goupille e ; par ce moyen la pointizelle étant placée dans la Navette, ne fàuroit tourner avec la canette à laquelle elle doit fervir d'axe; les bouts A, A, font des refforts, afin que lorfqu'on travaille , la trame foit toujours tendue. On écarte plus ou moins ces refïorts, foi van t la tenfion qu'on veut donner à la trame.
- Quelques Ouvriers ne mettent point de reiïort à leur pointizelle, aulïï voit-on rarement les lifieres des Etoffes qu'ils fabriquent, être bien parfaites, car c’eft précifément ce qui défigne 1a belle fabrication.
- Si l’on avoit l'ulâge de ne point mettre d'archets aux pointizelles, comme le font certains Ouvriers qui rejettent les reflbrts, il fuffiroit de les applatir for un bout ; Sc au lieu de faire le trou d de la figure 1 rond, on le feroit long 3 alors on éviterait que dans le déroulement de la trame, la canette ne fît tourner la pointizelle avec elle ; mais les bons Ouvriers au lieu de deux, en mettent juf-qu'à quatre, en les croifant par leur oppofition de l'un à l'autre , ce qui n'eft
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- Septième Section. I. Part. Defcription des Navettes: jpas fort néceflàire. On doit augmenter le nombre des relîorts ou leur force, en raifon de la grolfeur de la trame qu’on emploie. Si Ton fait les canettes à deux brins de trame fine, il faudra moins de réfiftance que fi on en mettoit quatre * fix y huit brins de plus. Si Ton tilfe du filet argent ou de frife , ou qu’on le lance feulement entre deux liages , comme nous le verrons, ainfi que du cordonnet il faut mettre des reflorts confidérables, parce qu’il faut que tout ce qu’on tiffè foie tendu bien également.
- On ne met point d’archets aux pointizelles quand on emploie des lames en or ou en argent, parce qu’elles font toujours fufceptibles de caflèr : on a même la précaution de fe fervir de tuyaux de rofèau, afin qu’ils foient plus légers , Sc même on a foin de ne pas faire les canettes bien groiïès, & de ne point y porter la lame fur un long efpace.
- Quoiqu’on vende ordinairement les Navettes garnies de leurs pointizelles , comme celles-ci s’ufent très- vite à force de les déplacer & remettre en place , il faut alors néceflàirement changer de pointizeile , oq refaire celle qui eft ufée. Certains Ouvriers en ont plufieurs à la mefure de leurs Navettes ; d’autres en vont acheter chez les Navettiers ; mais les Ouvriers un peu adroits & un peu intelligents , fe donnent la peine de les faire eux-mêmes.
- Ordinairement les Ouvriers qui font leurs pointizelles conformes à celles fzge 9, ne les coupent à la longueur qu’elles doivent avoir, que lorfque les archets font pofés, & pour cela ils ont la précaution de les tenir d’abord plus longues qu’elles ne devroient être.
- Si les pointizelles font faites de corne ou de baleine, on en brûle le bout qui doit être placé dans le trou b, fig. i, l’appuyant fur un charbon ardent juf-qu’à ce qu’il foit réduit à la longueur qu’elle doit avoir. On en ufe ainfi, parce que la baleine eft fujette à fe fendre fur fa longueur ; par ce moyen ce bout, par la chaleur du feu, fe durcit, de maniéré que l’ufage de la pointizeile eft fix fois plus long.
- Il eft aifé de juger, par la defcription que j’ai faite de la Navette fig. i, que l’on n’a aucun moyen pour y placer & déplacer les pointizelles, que de les courber fur le bout /, fig. 9 ; c’eft ce qu’on fait en la prenant prefqu’en k k avec le doigt index & le pouce : on met le fécond doigt en dellous, & avec le troi-Cerne doigt on la courbe, & on en introduit le bout dans le trou b de la Navette ; mais auparavant on a placé les bouts i, i, des archets dans le trou d ; & quand il s’agit de l’ôter, on en ufe de même. On pourroit faire cette derniere aâion fans tant de précaution , maïs on rifqueroit de faire fauter la canette,, & d’ailleurs on fatigueroit davantage la pointizeile.
- La Navette , fig. 10, fe conftruit avec les mêmes précautions que celle fig:
- 1 : elle n’a de différence, qu’en ce qu’elle eft plus longue d’environ 4 pouces, & quelle a deux caiifes G, H, tandis que l’autre n’en a qu’une C. Cette Navette ne fert pas précifément au même ufage que celle dont nous avons vu la
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- 251 DART DES ÉTOFFES DE SOIE. defcription ;fon emploi eft double ,c’eft-à-dire,quau lieu d’une canette, onën met une dans chaque caiffe ; mais ces deux canettes ne font fouvent pas de la même matière ; l’une eft en filet ou en lames or ou argent, & l’autre eft ordinairement en foie ; cependant on met quelquefois deux canettes de la même matière.
- Quand on met une canette de foie & une canette de dorure dans cette Navette , c’eft pour que la foie forme un accômpagnage à la dorure, c eft-à* dire, que fi c’eft de l’or qu’on emploie, on met la canette de foie en couleur d’or , afin que l’Etoffe en paroilfe plus riche, du moins telle a été l’erreur dans laquelle nos Fabriquants ont refté prefque jufquà préfent c’eft ce que j’aurai occafion de démontrer. Il y a cependant une raifon qui a donné lieu à cette erreur ; c’eft qu’on a cru, en économifant la dorure, en faire paroître le double en y ajoutant la foie de la même couleur ; ainfi pour faire un accômpagnage à l’argent, on met la canette de foie en trame blanche.
- Quand on met deux canettes de la même dorure dans la Navette , on le fait avec luccès, & même il y a de l’intelligence à s’en fervir à propos, parce que lorfqu’on emploie de la dorure à deux brins mis enfemble fur une canette, il arrive toujours que ces deux brins fe furmontent l’un l’autre ; au lieu qu’en fai-fant deux canettes à brins fimples, un dans chaque caiffe, on a l’avantage que l’ün fe place toujours à côté de l’autre, & que l’Etoffe montre effectivement toute la richeffe qu’on veut lui donner.
- Ce n’eft pas ici l’endroit de m’étendre à cet égard ; quand je ferai à la fabrication des genres d’Etoffes qui font fufceptibles de cette richeffe, je ferai mieux connoitre l’avantage d’employer cette Navette. Je ferai remarquer feulement ici que chacune des deux caifles qui la compofent, ont deux trousmn, op, qui reçoivent les bouts des pointizelles qui fervent d’axes aux canettes qu’on met dans ces caiffes , Sc qu’en outre les bouts de la foie Sc de la dorure fortent par les trous q, r, qui font pratiqués précifément au milieu de la longueur de ces caiffes, de même que la trame doit fortir du trou p>fig. 1 : les trous mt o9 défi tinés à recevoir les bouts des pointizelles, ont une goupille qui les partage , & dont on voit les bouts rivés en s, t. Ces goupilles font au même ufàge que celle e yfig. r : du refte on prend pour la conftruélion de cette Navette, le même foin que pour la première, Sc fes fers /, I, font faits de même que ceux A, A p de la première figure, & que celui fig. 3.
- J’ai dit au commencement de ce Paragraphe, que je parlerois d’une Navette extraordinaire, que la néceflité m’avoit mis dans le cas d’inventer. J’ai vu des Etoffes fabriquées à Lyon, ou l’on avoit employé une lame d’argent ou d’or aufli forte que celle que j’ai été obligé de faire employer à Paris il y a environ quatre ans, pour une Etoffe très-riche. Je n’ai jamais fu la maniéré avec laquelle on avoit employé cette lame : peut-être cette maniéré eft-elle lupérieure à la mienne ; mais comme j’ai très-bien réuffi dans cette opération, je dois compte au Leéleur du détail de mon procédé.
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- ta Navette dont il eft queftion, eft repréfentée par la figure 11, à un tiers 3e fi grandeur naturelle: elle fut faite d’environ aoàai pouces de longueur ^ de forte qu’elle avoit environ un pouce & demi de plus que l’Etoffe n étoit large: on en verra bientôt la raifon. Elle eft pointue par fon bout K, & quarrée par celui / ; par ce dernier bout elle eft épaiffe d’environ un pouce , même depuis les points a, a , jufqu’à ceux è, by 8c de-là jufqu’à la pointe , elle diminue infenfiblement ; les angles, tant fupérieurs qu’inférieurs , font émou fies , comme on peut le remarquer en cc9 dd yfig. 12 , 8c néanmoins le deffus & le deflbus de la Navette font concaves dans toute fi longueur, comme on i’apper-çoit en e, jf, de la même figure 12 , qui repréfonte une coupe du grand bout de la Navette. Le bout L de la Navette que cette figure repréfente, eft à-peu-près ici dans fa grandeur naturelle, quant à la largeur; je l’ai deffinée ainfi pour qu’on la comprît mieux. La caifle de cette Navette eft prefque quarrée, & fi largeur doit être d’un pouce, pour contenir une petite bobine,^*. 13 , fur laquelle les Tireurs d’or dévident l’or 8c l’argent en lames.
- Pour les Navettes que nous avons vues, on fait les canettes comme celle fig 24; & quand on veut les mettre en place, on les enfile avec la pointizelle cv Ces canettes font couvertes de foie, de filet en or ou en argent, 8cc ; mais quand on emploie la lame avec ces Navettes, on la tranlporte des bobines comme celle jpg. 13, ou de plus grofles, fur des tuyaux de rofeau ; avec ce foin, on emploie la lame étroite 8c mince fins beaucoup de difficulté; mais la lame large d’environ trois quarts de ligne 8c plus, ne peut pas être jointe à une Etoffe fins prendre des précautions plus particulières. J’ai moi-même éprouvé ce que j’avance , en voulant employer cette lame avec une Navette comme celle fig. x, & je n’y a! pas réufil, parce qu’en retournant la Navette pour la dilpofer à un fécond coup , la lame fo tord ou fo replie fur elle-même, de maniéré que pour la détordre ou pour la redreffor, on rifque de la faire caffer. J’eflayai inutilement des Navettes de toutes les longueurs. Je fis travailler trois ou quatre Ouvriers des plus intelligents & des plus adroits, ils n’eurent pas un meilleur fuccès que moi. Le Fabriquant qui m’ayoit chargé de ce foin, étoit prêt à abandonner la commiffton qu’il s’étoit engagé de remplir. Je fis faire une Navette pareille à celle que je décris ici, 8c je vins à bout de mon entreprife. Je fis coller au-deflous de la fente d de la Navette, le morceau de peau M, 8c je l’y attachai avec deux petits clous d’épingle ; cette peau aide finguliérement la lame à fo tenir ftir fon plat lorfqu’on l’emploie dans les Etoffes : nous allons voir tout-à-l’heure par quel moyen.
- J’avois fait attention qu’en tranfportant cette groffe lame de deflus les bobines fur les canettes, elle contraéloit des défauts en fe, repliant 8c en fe tordant ; alors je pris foin de faire choifir les plus petites bobines dont les Tireurs d’or fo fervent pour mettre la lame deflus 5 j’en trouvai une-quantité qui n’étoient que d’environ 10 lignes de longueur, 8c d’autant de diamètre ; en conféquence je fis faire fi caifle N de la Navette, d’une grandeur proportionnée aux bobines : car Étoffes de Soie. FIL Paru S 3
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- UART DES ÉTOFFES DE SOIE. je me déterminai à faire employer la lame fans la mettre fur les canettes ni fur autre chofe. Je mis les bobines elles-mêmes dans la caille N de ma Navette , que j’avois fait faire exprès pour cela. Comme je m’étois apperçu que les bords des bobines montoient de quelque chofe au-delfus de la caifle, en voulant ne pas y donner toute la hauteur néceffaire, afin de ne pas la rendre tout-à-fait fi lourde & fi matérielle, je fis ajouter fur les bords latéraux de la caifle, les deux ponts e , e, en fil-de-fer, afin qu’en paflant cette Navette dans la fogue qui lui étoit deftinée, les rebords des bobines ne puflent pas s’accrocher à la foie.
- Les bobines tournoient dans la caille fur une petite poineizelle qui leur fer-voit d’axe comme celle/', fig. 13 , qu’on avoit foin de placer dans les trous g9 g; qui font pratiqués au milieu de la longueur de la caifle, & à peu-près aumulieu de fa hauteur ", 8c de maniéré que la bobine pût y tourner fans être gênée ; ces trous percent l’épaifleur de la Navette de part en part.
- Quand la bobine étoit placée dans la Navette , on pafloit le bout de la lame dans la fente d; de-là on la faufiloit dans les trous A, A, A, &c. de la courroie M9 ainfi qu’on le voit en i, i, i, i, & le bout en A.
- Il eft cenfé que cette lame fe déroulant de deflus la bobine pour fo lier à l’E-toflfe, rien ne pouvoir la faire entordre ni la replier ; & quand on la laiflbit lâche, les trous de la peau la contenoient toujours fuffifamment pour qu’elle ne? fo déroulât pas trop vite, & qu’elle ne perdît pas le fons ou elle fo dérouloit.’
- On ne poufloit jamais cette Navette qu’avec la main gauche , & on la rece-: voit avec la droite, ou plutôt on la droit hors de la fogue avec la main droite ^ parce qu’à mefure qu’on avoit placé cette Navette dans la fogue qu’on lui ou-; vroit, on l’y mettoit de maniéré que la caifle bordât la lifiere à gauche de l’Etoffe ; alors avec le doigt index & le pouce, on prenoit le bout de la lame 9 tandis qu’avec les autres doigts, ou plutôt avec le bord de la main, on rece-noit le battant dans cet état ; en tenant toujours la fogue ouverte avec la main droite , on tiroit la Navette par le bout pointu; & lorfque la peau en étoit totalement retirée, on laiflbit aller la marche, la foie de la fogue pofoit dans l’inf-tant fur la lame & la joignoit à l’Etoffe en la faifant porter fur fon lit, l’y con-duifànt avec le battant; quand cette lame étoit placée fur l’endroit de l’Etolîb qui lui étoit préparé, que je viens d’appeller lit, on coupoit avec des cifeaux cette lame fur le bord de l’Etoffe, du côté droit ; & quand on avoit préparé une fécondé place pour la lame, on repaflbit la Navette tout de même que je viens de le dire : voilà pourquoi cette Navette n’eft pointue que par un bout. Quant à la courbure qui régné depuis b jufqu’à l, elle eft faite pour éviter le trop de frottement ; & la courbe qui forme la convexité /, eft faite pour qu’en paflant la Navette , elle n’endommage pas le peigne.
- Comme je m’apperçus que cette Navette ne devoit pas aller continuellement 'en fabriquant l’Etoffe, j’y fis pratiquer le trou O, afin qu’on pût l’accrocher à une petite cheville de bois plantée dans le pied de Métier, à droite de l’Ou-
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- Septième Section. I. Part. Defcriptlon des Navettesî iyy yrïef , pendant tout l’efpace de temps qu’on refteroit à fabriquer la longueur .. -sa?
- d’Etoffe on la groflè lame n’entreroit pas ; ce qui étoit d’environ 9 à 10 lignes. Planch3 Je pris cette précaution, à caufe que la longueur de cette Navette étoit embar-raflànte, & que d’ailleurs il falloit quatre, & même quelquefois cinq Navettes ordinaires pour forvîr à fabriquer la même Etoffe.
- Voilà en quoi confifte cette Navette. Je fuis certain que jamais on n’a employé la forte de lame dont je viens de parler, auffi facilement que par fon moyen.
- Si quelqu’un étoit curieux de voir cette Navette, elle appartient à Mw Delance, Fabriquant d’Etoffes de Soie, rue Quincampoix à Paris, pour qui j’en ai fait faire deux, & qui certainement ne fo refufera pas à les faire voir.
- Les Boîtes à efpolins font une efpece de petites Navettes dont on fo fort pour brocher les Etoffes. Il y en a de deux fortes, les fimples & les doubles, comme pour les Navettes ; car les fimples font faits à une caiflè, comme on en voit un fig. iy , & les doubles font comme celui fig. 16. Ces deux Boîtes font toutes droites, & terminées par une pointe quarrée à chaque bout, par la rencontre de quatre pians inclinés. On ne prend pas d’autres précautions dans leur confo truélion, parce qu’on ne l’a pas cru néceflàire.
- La caiffe P de la première Boîte, reçoit un efpolin comme celui fig. 17; c eft une efpece de petite canette proportionnée à la grandeur de la Boîte, 3c dont la pointizelle m, qui lui fort d’axe, eft faite d'une plume de l’aîle d’un pigeon, coupée de la longueur de la Boîte, & dont on pofo les bouts dans les trous n y n ; 8c le bout de la foie ou de la dorure qu’on met for l’efpolin, pafïe dans le trou o, qui eft garni d’un petit annelet, comme le font ceux des Navet-* tes par ou fort la trame.
- La Boîte 9fig. 16, eft faite pour recevoir à la fois deux efpolins ; fon ufàge eft à peu-près le même que celui de la Navette fig. 10, c eft-à-dire, quelle fort à la fois pour la foie Sc pour la dorure, ou pour des efpolins d’or ou d’argent, qu’on emploie à la fois pour brocher ; & quand c’eft foie & dorure, la foie , quoique brochée, fort d’accompagnage à la dorure. Nous aurons lieu de voir plus amplement cela dans le Traité des Etoffes brochées en or & argent. Il faut ici fe borner à dire que les deux efpolins qu’on met dans chacune des caifles Q >
- R, de cette Boîte , ont une pointizelle qui leur eft commune. Elle eft toute unie comme celle S ; & pour s’en fervir, on place fos deux bouts dans les trous p9pi &; le milieu fe trouve de lui-même placé dans l’entaille q9 qui eft pratiquée au milieu de la languette T9 qui fépare les deux caiffos l’une de l’autre au milieu de la longueur de la Boîte : on fait fortir les bouts de la foie ou de la dorure des efpolins, par les trous r, r, qui font, ainfi que les autres, garnis chacun d’un petit annelet de verre,*
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- PART des étoffes DE SOIE.
- Planche $. H. J}a Pajfettes , des Forces & des Pincettes dont on fe fert -}
- ^ ; ,dans la Fabrique des Etoffes de Soie.
- Les Pafïèttes font de petits uftenfiles dont on fe fort pour paffer la foie dans les peignes & dans les maillons ; on s’en fert auflî pour palier les fils de foie des «chaînes, dans les lifTes dont les mailles font faites à nœud.
- La Paffette, fig. 18, eft celle dont on fe fert ordinairement pour paffer les fils rde la chaîne dans les peignes ; après les avoir palfés dans le remille, on en pâlie Iç bout V dans les dents du peigne, qu’on place à propos pour cela, ainfi que ( nous aurons occafion de le voir bientôt. On met dans la petite fente s, le nom-
- bre de fils que doit contenir la dent, & on retire la Pallette pour la porter dans la dent fuivante : on fait la même choie à toutes les dents, en les fuivant de l’une à fautte fans interruption.
- On voit que le bout X eft plus étroit que celui dont nous venons de parler ; fa fente t peut rendre le même fervice au peigne, que celle s; mais elle eft par-'îiculiérement deftinée pour recevoir les fils de la chaîne qu’on pafïè dans les grands maillons ou dans les mailles à nœud ., parce que ce bout étant plus étroit que l'autre, peut facilement entrer dans les grands maillons, & en mettant la foie dans la fente , on l’attire à foi. On en fait de même à chaque maillon fuc-i ceffivement & fans interruption, ainfi qu’aux mailles des liftés , comme on le, .Verra dans l’Article du Remettage.
- La Pallette, fig. 19 , efl: un fimple fif-darchal v, planté dans un manche de bojs a:, & recourbé en y; c’eft ce petit crochet qu’on palfe dans les trous des maillons pour accrocher la foie qu’on veut y placer. La grofleur de cette Pallette eft pour des maillons médiocres ; mais pour ce qu’on regarde comme petits maillons, ou maillons à quatre, fix & huit trous,Il faut des Palîettes faites avec les aiguilles des Métiers a faire des bas, & même de celles qu’on emploie pour les Métiers fins, tels que les 25 à 28. On emmanche ces aiguilles de même que la paffette v, dont elles rempliffent la place.
- On fe fort des Pincettes fig- 20, pour tirer les bouchons de foie qui fe trouvent incorporés dans les Etoffes , par le manque d’attention des Ouvriers , ou par la faute de la foie qu’on y emploie. C’eft avec les becs ^, qu’on pince ces ^ bouchons, & qu’on les arrache hors l’Etoffe avec ménagement, afin de ne point former de trous ; car ordinairement les bouchons qu’on dre font adhérents à la trame ; & comme cette partie eft prefque toujours plus forte que la chaîne , tant par elle-même que par fa pofition , on fait cette opéradon avec toute la précaution poflible,
- On ne fàuroit fe paffer de cet outil fur les Etoffes tramées de foie, encore tnoins for celles tramées de filofelie ou gallet, &c. Quand les bouchons font
- peu trop couverts de la chaîne , on fe fert de la pointe a, pour les faire un
- peu
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- Septième Section.!. Part. Des Pajjettes, des Forces, 257
- peu forcir1, afin de donner prife aux Pincettes. Cet outil fert encore à défaire des gf**— tenues à la chaîne, formées par les bavures de la foie , ou par quelques bouchons FlancHE entordus par les frottements, de même que pour la liaifon que fait la bavure de la foie avec les mailles des lifles, qu’on appelle embrutage.
- Pour fe fervir proprement des Pincettes ^ il faut y joindre de bons Cifeaux ; mais on s’en fert rarement parmi les Fabriquants d’Etoffes ; ce font ordinaire-, ment des Forces femblables à celles fig. 21. C’efl; un inftrument d’acier, tranchant par fes deux lames jy, jy, & fait d’une feule piece ; pour le faire couper on tient les deux lames dans la main droite, on les preffe de maniéré à les faire rapprocher 1 une de l’autre, ou plutôt à les faire croifer davantage qu’elles ne font ; & comme les queues de chaque lame ne font qu’un, dès qu’on les lâche la force du relfort les fait r’ouvrir fans ceffè.
- C’efl avec ces Forces qu’on coupe les bouchons qu’on a tirés avec les Pincettes > ainfi que les nœuds qu’on voit à la foie,'quand on veut préparer les longueurs d’une chaîne pour les mettre en état d’être employées. Les Forces font abfolument indifpenfàbles pour un Ouvrier qui fe pique de bien travailler, parce qu’elles font plus promptes à couper 6c plus commodes que les Cifeaux, quels qu’ils puiflent être : nous en reconnoîtrons l’avantage lorfque nous les verrons en ufàge. Cet uftenfiie eft fi commun, que fur mille Ouvriers, à peine en trou-veroit-on deux qui ne les emploient par préférence aux Cifeaux ; & j’qfe même avancer que ceux qui ne s’en fervent pas ordinairement, c’efl plutôt pour éviter d’en faire la dépenfe , que pour ne pas connoître leur utilité.
- On en vend à Lyon au prix de iy fols, autant que je puis m’en fouvenir ;
- & je crois me rappeller encore qu’on préféroit celles qui font à la marque que j’ai mife à la figure, qui eft le tréfilé.
- $.111. Des Tempias. r
- L e Tempia eft une forte d’uftenfile dont on fe fert en fabriquant les Etoffes, pour les tenir dans la largeur du peigne, fans quoi la preflion que fait la chaîne fur la trame, en raccourciroit les duites, & forceroit l’Etoffe à fe rétrécir ; ce rétréciffement gêne le peigne , le couche fur les bords, & infenfiblernent toute fon étendue s’en relfent fi on ne le prévient ; ce n’eft qu’au moyen des Tempias ou Tempes, qu’on parvient à éviter le rétréciffement des Etoffes de Soie en les
- fabriquant.
- La forme ou la conftruélion d’un Tempia , doit être telle qu’on puifle l’allonger & le raccourcir, pour pouvoir l’employer à toutes les differentes largeurs d’Etoffes, c eft-à-dire , qu’ils puiflfent être allongés ou raccourcis d’environ 3 pouces.1
- On fe fert dans la Fabrique, de differents Tempias, c’eft-à-dire , de differentes conftruélions, les unes plus avantageufès pour certaines Etoffes, SC moins bonnes pour d’autres ; c’eft fans doute ce qui en a déterminé les variétés J Etoffes de Soie. FIL Paru T 3 <
- Planche
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- r -ü-'-ir ;
- Flanche
- ay8 L'ART DES ETOFFES DE SOIE.
- cependant leur emploi eft par-tout le même. J’en connois de trois différentes façons, qui forit particuliérement reçues parmi nos Ouvriers, & dans toutes nos Manufactures de France. Je les repréfonterai au tiers de leur grandeur ordi-* naire, afin qu’on puifle mieux en diftinguer les effets & la conftruétion.
- Les Figures 1,2 & 3 , de la Planche 2 y, les repréfentent tous trois ; le premier celui que nous appelions Tempia a corde, le fécond eft le Tempia h cheville, & le troifieme eft celui a vis.
- Le Tempia,/g. 1, eft compofé de deux pièces Ay B, femblables l’une à l’autre , excepté que celle A a fes encoches a9ay af &c. prefqu’au bout de fa longueur , & que les encoches h 9b 9b y &c. font pratiquées à environ 3 pouces de fon bout c. Ces pièces font faites comme celle fig. 4 : elles font feulement jointes l’une à l’autre, Sc retenues par la ficelle C, qui eft en corde fans fin* comme celle fig. y : on en forme trois tours, dont on enveloppe les deux pièces du Tempia, après les avoir jointes l’une à l’autre dans l’état où elles font, Sc alors on fixe chacun des contours de la corde dans une des encoches a9 a9a9 &c. par un côté, & dans une de celles h, b, b, &c. par l’autre , en forte que ces trois tours font fixés for les deux pièces du Tempia y non-feulement pour les joindre l’une à l’autre , mais encore pour donner au Tempia une longueur foffi-fonte pour joindre les deux lifieres de l’Etoffe à laquelle on doit le fixer ; c efi donc par le moyen de cette ficelle C , qu’on peut parvenir à allonger & à raccourcir le Tempia : il s’agit feulement de fovoir les placer dans les encoches, Sc les changer à propos pour mettre le Tempia au point de longueur analogue à fo largeur de l’Etoffe*
- Four réuffir à régler la longueur de ce Tempia, il faut placer les pièces A ^ B, l’une contre l’autre, comme elles font actuellement, en les plaçant for l’Etoffe au-devant du peigne , & de forte que les bouts d ye9 de ces deux pie-’ ces, foient en droiture des premières dents du peigne, au raz de l’Etoffe, Sc même aux fécondés ; alors tenant les deux pièces ferme l’une contre l’autre y on place la corde, en la tendant autant qu’il eft poftible ; après cela on pique les pointes d’aiguilles qui font plantées dans le bout d du Tempia , dans la lifiere à gauche , prefque entr’eiie & l’Etoffe , & dans cet inftant le bouton ou tournis quel D y eft placé for la piece A, dans le fens de fa longueur , comme on le voit en E, fig. 4. Après qu’on a piqué ces pointes dans cette première lifiere , on cherche à piquer celles qui font plantées dans le bout e de la piece A9 for la lifiere à droite; alors le bout c & celui/’des pièces 'A9B 9 font élevés au-' deffos de l’Etoffe , de maniéré que ces deux pièces fo croifont à un point de leur longueur, proportionné à l’écartement que lui donne la largeur de l’Etofïè, c eft-à-dire, que fi l’Etoffe eft un peu large à l’égard de la longueur qu’on peut donner au Tempia, ce croifement fe trouve plus éloigné & moins élevé; au lieu que fi l’Etoffe eft étroite, il fe trouve rapproché, & les bouts e,/, plus élevés; ainfi ce Tempia peut feryir pour plufieurs largeurs d’Etoffe, qui,.
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- Septième Section. I. Part. Des Tempias. 259
- tependant, ne feront pas beaucoup différentes ; car par rapport à la diftance -qu’on mettra entre le tourniquet & les cordes, on bornera rétendue qu’on pourra donner à un Tempia tel que celui-ci. Ainfi 3 pouces de différence dans la largeur des Etoffes, font tout ce qu’on peut defirer; & fi les bouts c des pièces A , B , du Tempia, étoient joints aux épaulementsg, h, de ces mêmes pièces, on pourroit l’employer à une Etoffe de 20 pouces de largeur ; & pour le mener à 23 pouces , il faudroit tranfporter le tourniquet D au trou i, qu’on Voit for la piece A ; au lieu que dans la pofition que je viens de propofer, il faudroit que ce même tourniquet fût placé au trou k : on doit juger par-là que la pofition aétuelle du tourniquet, eft pour tenir le Tempia à 21 pouces d’étendue, & que le changement du tourniquet peut fe faire facilement en changeant de place la vis /, qui lui fort d’axe , & en la mettant aux trous i, k , comme il efl: dans celui qui le contient préfentement.
- J’ai dit tout-à-l’heure que les bouts c,f, étoient élevés à mefure qu’on avoit piqué les pointes du Tempia dans les iifieres ; mais en forçant ces mêmes bouts à venir dans l’état où on les voit, les deux pièces du Tempia tendront parfaitement l’Etoffe ; & faifànt l’effet de deux arcs-boutants dont le point d’appui eft à la corde C, on ne pourra même être affuré d’une égale largeur de l’Etoffe, qu’en tenant le Tempia bien droit.
- On doit fentir que les differentes encoches qu’on voit en a9 a, a, &c. b 9b y bySc c. font faites pour donner plus ou moins de longueur au Tempia, au moyen de la corde C \ comme je l’ai déjà fait obforyer ; il s’agit feulement de bien diriger cette même corde ; cette direéUon confifte à avancer ou à reculer les tours de cette corde d’un côté ou de l’autre : ainfi fi l’on tranfporte le tour m dans la troifieme encoche du côté du tourniquet D, on raccourcira le Tempia, non pas de la valeur d’une encoche, mais feulement d’un tiers ; ainfi pour obtenir une longueur en plus ou en moins, égale à la diftance qu’il y a d’une encoche à l’autre, il faudra à la fois changer tous les tours de la corde dans leurs encoches voifines, d’un côté ou d’autre, fuivant rallongement ou le raccour-ciflèment qu’on voudrait donner ; c’eft pour cette raifon qu’on met une corde à triple tour, & quelquefois on la met à quatre; cependant quand les encoches font rapprochées davantage, on les met de deux tours feulement.
- Quand le Tempia eft fixé for l’Etoffe, il n’y eft contenu que par le bouton D ; Sc pour le changer de place, on ne fait que détourner ce bouton ou tourniquet, &l’on tranfporte le Tempia à l’endroit où l’on doit le fixer de nouveau ; car on a foin de changer de place le Tempia toutes les fois qu’on a fabriqué à peu-près la valeur de la largeur du Tempia : on le place le plus près poflible des dernieres duites de la trame qu’on a employées, obfervâht que le battant ni le peigne ne viennent toucher en aucune maniéré contre : ainfi c’eft plutôt pour éviter que le battant ne frappe contre le devant du Tempia , qu’on a formé les tufeaux qui font devant & derrière, que pour l’allégir, & pour lui donner un
- ggsmmmmÊÊmri mw
- Planche • $5*
- i
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- %6o L*ART DES ETOFFES DE SOIE. coup d'œil plus agréable. Ces bifeaux, qu’on fait quelquefois jufqu'à former un tranchant des bords extérieurs du Tempia, font que l'Ouvrier voit avec plus de facilité ce qui fe pafie fur fon Etoffe à mefure qu'il la fabrique, parce qu'en général ce Tempia eft placé en deftus de l'Etoffe, fur-tout aux Etoffes unies, pour iefquelles on l'emploie ordinairement : on le place toujours de maniéré que le tourniquet foit du côté de l'Ouvrier, afin qu'il ne gêne pas le battant. On ne fait pas toujours ce tourniquet de même que celui D ; fouvent on lui donne la forme de celui fig. 6 > qui n'a cependant rien de plus avantageux que l'autre : le premier peut retenir le Tempia des deux côtés indifféremment, au lieu que ce dernier ne fauroit le retenir que par fon bout n.
- Le Tempia y fig. 2, eft différemment conftruit que le précédent. Il n eft pas en ufàge dans toutes nos Manufactures ; car je ne l'ai jamais connu qu'à Paris : au lieu que le premier eft en ufàge à Nîmes, à Avignon & à Lyon, chez tous les Ouvriers du plein, ce qu'on doit entendre de ceux qui font les Etoffes unies. On s’en fèrt auffi pour les Etoffes demi-façonnées, c'eft-à-dire, façonnées par la marche.
- Le Tempia, fig. 2, eft compofé de deux grandes pièces F, G, a Semblées Tune dans l'autre à couliffe, & contenues dans un écartement déterminé pour la longueur qu'on veut donner au Tempia , au moyen d'une petite broche de fer H, qui fert d'axe à la piece Fy qui tourne dans celle Gy & qu'on fixé par le bouton /, placé dans des rainures qui font pratiquées aux deux joues de l'entaille K y que nous reverrons ailleurs ; ce bouton pofe en même temps fur la languette o9 qui eft pratiquée au bout de la piece F.
- Les deux pièces qui compofent ce Tempia , doivent être vues féparément/ pour en reconnoître la conftruétion : elles font repréfentées par les figures 7 & 8. La première eft la piece F de la figure 2 : elle forme une efpece de palette en L y qui tient au manche My qu'on place dans l'entaille iVde la fiiectfig. 8 j & dont la longueur eft égale à celle du manche, de forte que les deux bouts pypy de cette derniere piece, peuvent fe joindre aux épaulements q9 q, de la première piece ; cependant on ne les laiffe jamais joints les uns aux autres, pour procurer au Tempia affez de jeu pour pouvoir le changer de place auffi facilement qu'on en a befoin.
- Quand on a placé le manche M dans l'entaille JV, on l'arrête à un point fixe, en plaçant la broche de fer fig. 9, dans le trou r y fig. 8, qui perce en droite ligne les deux parties comme le manche M de la figure 7, doit être
- placé entre ces deux parties , ce même fil d'archal paflera dans un des trous s y s y s y Sec. qui font pratiqués tout le long du manche. C'eft en choififiant celui des trous qui convient le mieux à la largeur de l'Etoffe , qu’on peut allonger ou raccourcir le Tempia.
- Avant de placer le manche dans l'entaille N y fig. j, on place dans les ran mires t % t, qui font pratiquées aux joues de l'entaille JV, le bouton fig. 10, en
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- ty faifint entrer par (es languettes v 9v: on voit par-là que ces rainures doivent régner jufqu’en P , qui eft le fond de l'entaille.
- On préféré de faire une ouverture comme celle P, pour mettre en place lè boutonfig ro, à l'ufàge de le faire palier par l'entrée des rainurest, t9 parce qu'on eft libre de le fortir fans démonter le Tempia, une fois quil eft entré ; & ceux qui connoiflent parfaitement ce Tempia, au lieu de faire l’ouverture eti P, la font en Q , où on la voit tracée par des points. On la fait en cet endroit par préférence , parce que lorfqu'on recule le bouton pour fermer ou^pour ouvrir le Tempia, c'eft-à-dire, pour le tendre ou le détendre, ce bouton arrive fom* yent au bout de l'entaille N 9 du côté P, & fort de là place, au lieu que l’ouverture étant en Q, le bouton ne fàuroit fbrtir. Les rainures x, x, de ce bou-ton font un peu plus larges que les languettes y > y du Tempia ne font épaiffes* afin qu'on puifle le faire agir plus librement: du refte il doit y être contenu pat le bas au moyen de ces languettes v 9 v, & par le haut il eft retenu par fa tête qui eft plus large de quelque chofe que ne font les languettes.
- Par le détail que je viens de faire, on reconnoîtra que c'eft par le bouton qu'on arrête le Tempia quand on l'a tendu , <& que pour le détendre* il faut reculer ce bouton, afin de le faire fortir de deffus la languette 0> fur laquelle il pofe* Cependant à ce Tempia on ne le fert pas toujours d un bouton pour lë fermer ; il y a des Ouvriers qui, au lieu de bouton , fo fervent d'une petite cheville fig. ir , qu'ils placent dans un des trous a9 h, c9 fig. 8 , qu'on voit pratiqués fur les bifeaux de cette figure : on y place la cheville de telle forte qu’ellë pofe fur la languette 0. Les pointes d'aiguilles qui font aux bouts R9S9 fervent à tenir les extrémités des lifieres ; & quand on pofe ce Tempia fur une Etoffe s on commence toujours par piquer les pointes qui font au bout R, ce qu'on fait en tenant dans la main droite le manche M9 fans cependant abandonner la pièce G, qu'on fbutient avec les deux derniers doigts de la main, tandis qu'avec les autres on force les pointes à entrer dans la lifiere de l'Etoffe ; enfuite on pique celles qui font du côté S9 dans l'autre lifiere ; on force le manche Mà s’étendre * & l'on avance le bouton / à la place où on le voit.
- La figure 3 repréfente le troifieme Tempia dont j'ai à parler ; celui-ci eft beau* coup plus compofé que les deux précédents : il eft auffi beaucoup plus fblide * & beaucoup plus facile à régler ; on s'en fert ordinairement pour les Etoffes fortes , tant à caufe de fa folidité, qu'à caufe de fa précifion. Il eft compofé dë deux pièces de bois T, V9 dont la forme eft à peu-près la même que celles F $ G , de la figure 2. A la pièce T eft aflèmblée une piece de fer X9 qui fert d’écrou à la vis y qui tient à l'autre piece de fer ou plutôt qui ne fait avec elle qu’une feule & même piece. Il eft facile de reconnoître que la partie £ de cette piece produit ici l'effet du manche M du Tempia , fig. 2, quant à la manière de le fixer ; mais c'eft par la vis y qu'on parvient à allonger & à raccourcir lë Tempia. Comme cette figure ne nous offre que la fùperfïcie de toutes ces pièces * Étoffes de Soie, FIL Part* V 3
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- fi
- VA RT DES ÉTOFFES DÉ SOIE. il eft à propos d'en donner le développement dans les figures 12,13 , 14 &
- If
- Les figures 12 & 13 font les pièces que nous avons vues en T, X9fig. 3 ; la première eft de bois : elle s’aflemble avec la fécondé au moyen de fon entaille A, dont les joues préfentent deux languettes d, d, qui entrent dans les rainures e, e , de la figure 13, de forte que par ce moyen cette piece forme un affem-blage avec celle/g'. 12 , d'autant plus jufte, que l'entaille, fes languettes & fos rebords font conformes aux épaifleurs des bords g, g, de la piece d@
- fer, & que les languettes dydy ont leur épaifleur égale à la largeur des rainures e y e, Sc qu'en outre la longueur de la piece de fer fig. 13 , eft égale à celle do l'entaille A de la figure 12, à la prendre depuis le contour h jufqu'aux bouts iy 1 de la piece. Il faut prendre garde que la piece de fer forme deux lames k , k , qui portent fur l'épaulement m de la piece de bois, tant en defllis qu'en deflous : on les y fixe par une goupille de fer, qui, en traverfant les deux trous n, ny de la piece de fer, pafle dans celui o de celle de bois, & l'on rive cette goupille par les bouts, deflus & deflous, proprement ; & pour plus de folididité, on ébi^elle les trous par dehors, pour y noyer la rivure des goupilles.
- On voit en B, fur la piece de fer yfig. 13 , un trou taraudé au pas de la vis C, fig. iy : il s'étend jufqu'en S ; & comme la vis eft plus longue que cette étendue , on perce la piece de bois , jfig, 12 , afin que le bout de la vis puifle y entrer quand on raccourcit le Tempia.
- La figure 14 eft la piece V du Tempia fig. 3 : elle eft de bois, & faite d’un feul morceau fur Ta longueur ; on fait une entaille D qui va depuis les bouts v, v, jufqu'au point x. L'ouverture de cette entaille eft plus large depuis les bouts v, v , jufqu'aux épaulementsy,y , qui font faits en bifeaux , fuivant l’in-clinaifon qu'on donne à l'épaulement £, fur la partie E du fer, fig. iy ; & le refte de la tige, depuis cette partie jufqu'au bout a, entre dans l'entaille, comme on le voit en Z, fig. 3. Ce bifeau eft ainfi formé, afin que le Tempia puiffe fo plier à cet endroit comme à un point de centre.
- On voit en dy d9 deux languettes de fer qui s'écartent en croix fur le dos de la piece de fer ; par leur moyen quand le Tempia eft tendu, il ne fauroit fe^ plier en aucun fens. L’ouverture F communique à deux rainures e , e, qui doivent contenir les languettes v, v du bouton yfig. 10, comme celles t, t, de la figure 8. Lorfque ce bouton eft placé dans les rainures, on le fait couler du côté de x, pour laifler la liberté à la piece de fer, quand on veut placer ou déplacer le Tempia ; & lorfqu'on l'a tendu, on fixe le bouton fur la languette G, comme on voit que le bouton H pofe for la languette/*, fig. 3.
- Le Tempia, fig. I, peut fo régler avec plus de précifion que celui fig. 2 > parce qu’en notant qu’un des tours de la corde C, on peut ne faire avancer ou reculer les pièces qu elle contient, que d’une demi-ligne. Il n’en eft pas de même du Tempia yfig. 2 ; on ne fauroit jamais avancer plus ou moins que de la
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- c Se^tie^e Sec fi on î. Part. Des Tempîâs, 263
- diftance qui régné encre les trous s, s. On penfera peut-être qu’il foroit poffible de rapprocher ces trous un peu plus les uns des autres ; niais s’ils font trop Voifins , l’efpace qui les féparera cédera aux efforts de l'Etoffe fur le Tempia , & bien-tôt ils fe communiqueront tous*
- Tous ces Tempias font également garnis de pointes d’aiguilles qu'on plante dans les épaiffours des bifeaux qui font à chaque bout : on en ufe ainfi, afin que les Ouvriers, en changeant les Tempias de place, voyent à découvert toute la lifiere même en y piquant les pointes, afin de les placer toutes fur la même ligne , & afin qu’elles prennent toutes ; car s’il arrive qu’il y en ait une ou deux qui n’ayent pas piqué dans la lifiere , elle fo déchire , & fouvent même l’Etoffe fe déchire auffi, J’ai vu dans un pareil cas , à une Etoffe qu’il falloir travailler extrêmement tendue, que la lifiere s’étant déchirée en tempiant, toute la largeur de* l’Etoffe a fuivi cette déchirure en un inftant.
- Il arrive quelquefois , foit en changeant le Tempia, fok pair accident, quâ les pointes fe caffont ou qu’elles fe courbent ; il faut alors en fubftituer d’autres# On ne fàuroit y parvenir fans mutiler un peu les bouts d’un Tempia, parce qu’on doit faire en force de ne placer ces pointes, que plufieurs Ouvriers appellent dents > que le plus bas poffible dans le peud’épaiffeur qui refte : c’eft ce qui a fait prendre le parti de les garnir en deffous d’une plaque de cuivre d’environ un quart de ligne d’épaiffeur, de toute la largeur du Tempia, & d’un pouce ou environ fur la longueur du Tempia, qu’on fait tenir avec des clous-d’épingle. Souvent on garnit les bouts des Tempias à vis, avec des plaques de cuivre qui prennent deffus & deffous, telles que celle fig. 16, de forte qu’on fait porter le bout du Tempia tout Contre la partie g; par ce moyen les trous qui font prati-» qués fur le côté /de la plaque, répondent au milieu de l’épaiffeur du Tempia* On arrête cette plaque par-deffus & par-delfous le Tempia, au moyen des trous h y h , /, i, iy dans lefquels on place des clous-d’épingle pour i’afïujettir*
- On doit juger, par la forme que l’on voit à cette plaque, que fon repliement K forme le bifeau qu’on obferve à tous les bouts des Tempias, afin de faire mieux appercevoir à l’Ouvrier les lifieres de l’Etoffe à mefure qu’il place fon Tempia. Quant à la partie L, on la fixe au-deffous du Tempia , de maniera qu’elle fe trouve de niveau avec le bas, qu’on entaille de l’épaiffour de la pla-. que : on en fait à cet égard de même de celle K, afin que rien n’accroche les mains ni la foie. On appelle cette maniéré de garnir les Tempias, garnir m feuille double.
- On garnit encore les Tempias en caijfe9 ce quiconfifte à armer les bouts aved une plaque de cuivre, jfig. 17, dont les bords font relevés en M> M, & en N * de forte qu’on y emboîte le bout d’un Tempia, de maniéré cependant que le bois fe trouve d’arrafoment avec le cuivre autant par-deffous que par les côtés & par-devant ; le bord iVeft à l’épaiffour qu’on laiffo aux bouts dü Tempia, de maniéré que les trous qui font à ce bord, fervent à recevoir les pointes qu’on y
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- a«4 VART DES ÉTOFFES DE SOIE. met, & qui traverfent le cuivre. On fixe cette plaque contre le bois avec des olous-d'épingle, de même que celles dont nous avons déjà parlé, en fe fervant des trous k ^ k >1 y l, L, m, m, qui font pratiqués tant fur les bords M> M% que fur le fond 0 de la plaque.
- On emploie encore une forte *de plaque comme celle que nous venons de voir , excepté qu'on y fùpprime le repliement des bords M, M, c eft-a-dire , qu'on n'y laiiTe que le fond O & le bord N relevé.
- L'ufage de garnir ainfi les Tempias, ne fert qu'à les conferver eux-mêmes, mais l'Etoffe n y gagne rien; c*eft feulement pour conferver leurs bouts: on trouvera que les pointes font plus fufceptibles de fe caffer , que lorfqu'elles font plantées dans le bois feulement.
- Pour ne pas fe piquer aux pointes du Tempia , on y met une peau aflez épaiffe, afin de ne leur laiffer que la longueur qu'il faut pour qu'elles puiffent tenir aux lifieres de l'Etoffe ; mais cette peau doit être entre le bois & l'Etoffe, & cet arrangement n'eftpas toujours fuffifànt pour prévenir cet accident 5 auffi ai-je vu qu'on mettoit la peau comme on le voit en D 9fig. 18 ; on la releve avec la main , pour planter ces pointes dans la lifiere, fuivant l’ufage ordinaire, & on la laiffe enfuite tomber fur ces mêmes pointes, pour les couvrir de la maniéré qu'on peut le remarquer en R >fig. 19 ; par ce moyen, à moins de frapper deffus avec beaucoup de force, on ne pourroit fe piquer contre : on a même foin de faire prendre un pli à la peau , tel qu'il le faut pour garantir des piquures ; & pour que cette peau foit folidement arrêtée fur le bout de ce Tempia, on la colle contre le bois & en deffous, en la faifànt replier comme il eft pratiqué en n.
- On a encore imaginé un autre moyen pour empêcher que les pointes des Tempias ne puiflent piquer les mains; c'eft celui que nous préfente la figure 2.0 : qui repréfente le deffous du bout d'un Tempia, ou l'on voit que la partie qui couvre les pointes, eft une languette T> qui excede d'une ligne & demie au moins la longueur des pointes qui font plantées fur i'épaulementtfî, qui fe forme au-deffous de cette languette : du refte le Tempia a la |*ême forme que ceux que nous avons vus ; mais quand on le place fur l'Etoffe, on ne fàuroit voir ces pointes , puifqu'elles font couvertes de la languette T, comme on peut auffi le voir en Vy fig* 21, qui eft un bout de Tempia vu de profil : on y voit cette même languette er* p9 qui couvre la pointe y; mais comme cette languette cache les pointes, il faut que l'Ouvrier les plante en tâtonnant avec la main , ce qui ne fait pas une difficulté pour le travail, attendu qu’un Ouvrier habitué à cette forte de Tempia, le change de place auffi vite que ceux dont les pointes font à découvert.
- On a trouvé le même moyen de garantir les mains & les bras, en garniffanc les bouts de ces mêmes Tempias avec du cuivre.
- La figure aa repréfente une caille de cuivre comme celle Jig,. 17, vue de
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- profil ; le rebord Xdifféré de celui N> en ce que Payant fait plus haut, on fa recourbé de telle forte qu’il couvre la pointe r, 8c qu’il paffe de plus de demi-ligne en avant : on a même foin d’arrondir ce rebord, 8c d’en émouffer les angles , afin que lui-même ne porte point obftacle au travail ; du refie cette caiffe eft afîemblée au bout du Tempia comme celle fig. 17.
- Nous avons vu jufqu’à préfènt la conftruétion & l’ufàge des Tempias , mais il n a rien été dit fur la maniéré d’y mettre les pointes. Le moyen qu’on y emploie eft fort ingénieux, & je crois qu’on ne me faura pas mauvais gré de le rapporter ici.
- On divifè la largeur d’un Tempia en fept ou huit parties égales , en commençant le plus près poffible des extrémités fur le bout , & l’on a attention que les deux bouts du Tempia foient également divifés, parce qu’ils doivent être également larges. On forme de petits trous avec un poinçon, à tous les points de divifion ; enfuite on a des pointes d’aiguilles d’une même groffeur & d’une même longueur : on les met dans le trou s, pratiqué au bout y du morceau de fer,fig. 23 * qui doit être d’une profondeur Convenable, pour ne point endommager la pointe, attendu qu’on la met dans ce petit trou ; d’ailleurs la grofleur du trou de cet outil doit être telle que ces pointes n’y entrent que jufqu’à peu-près une ligne du plus fort de leur groffeur ; les angles de ce trou doivent être émouffés : on les y enfonce jufqu’à ce que le bout y touche contre ce bois, ce qui fe fait en frappant fur le morceau de fer avec un petit marteau fur le bout £.
- Quand on fait cette opération, le Tempia eft tenu dans un petit étau, & le bout fe préfente horizontalement, afin que les pointes foient bien droites.
- Ce font ordinairement ceux qui s’occupent à faire les Navettes, qui fe mêlent de faire les Tempias ; cependant ce ne font pas les Navettiers qui font les pièces de krfig. 13 & 1 y , mais ils les affemblent avec le bois, & les poliffent, parce que les Serruriers ou Forgerons qui les font, ne les finiflent pas ordinaire-' ment.
- Je dois avertir ici qu’on fè fert de toutes les formes de Tempias que nous avons vues , pour toutes fortes de largeurs d’Etoffe ; il s’agit feulement de les faire de longueur convenable j quant à la largeur, on n’y change jamais rien > ou bien peu de chofe, car un Tempia fera de iy lignes de largeur pour une Etoffe de demi-aune ; & pour une Etoffe d’une aune , on lui donnera quelquefois jufqu’à dix-fept lignes ; & même j’en ai vu qui n’étoient que de quinze lignes, quoique de trois-quarts & demi de longueur*
- Quand on a caffé une pointe d’un Tempia, on doit en faire mettre une tout de fuite à fa place, fi l’on ne veut pas rifquer de déchirer les lifieres, 6c même il faut retirer ce qui refte de l’ancienne pointe.
- Voilà , en général, tout ce qui concerne les Tempias*
- Nous avons vu tous les uftenfiles qui font employés à des Etoffes de Soie unies Étoffes de Soie. FIL Part. X 3
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- 2*6 L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE, ou à celles façonnées à la marche, il nous refte à connoître les moyens de les employer, & les Etoffes ou ils font utiles. Je commence par la defcription des Taffetas, & je pafle à celle des Serges ; je vais donner d abord la maniéré de monter les Métiers depuis le Remettage jufqu'à la Fabrication, ce qui fera terminé par le Tordage des chaînes, c’eft-à-dire, par le moyen de fubflituer une chaîne nouvelle à celle qu’on a fini d'employer.
- Article Huitième.
- De la maniéré de monter les Métiers propres a faire les Taffetas, & de tout ce qui en dépend ;/avoir, le Remettage, le Pafîàge du Peigne, les Armures,
- la Fabrication, le Tordage, &c.
- §. I. Du Remettage.
- .—..- » J’ai fait voir dans le commencement de cette Partie, que dans la Fabrique
- Planche on appelloit Montage du Métier, la maniéré de dreffer les pieds d'un Métier , 2** 8c de les affembler avec les eftafes. J'ai fait auffi obferver alors, que l'on a£>pel-loit Montage de Métier, la maniéré de mettre fur ce même Métier une chaîne prête à être fabriquée, ce qui doit s’entendre de tous les arrangements nécef-fàires aux uftenfiles pour concourir à la fabrication.
- Le Montage de Métier, tel que nous l'entendrons dans cet Article, embraffo plufieurs objets que nous fuivrons par ordre : tout ce qui fuit ce plan eft intérêt; font à l'Ouvrier, & le Curieux doit y trouver de quoi fe fàtisfaire. Les méca-; nifmes que nous aurons à repréfenter, ne font cependant que dans les mouve-! ments des Liffes, dont nous .avons vu la fufpenfîon, ainfi que les moyens qu’on emploie pour leur procurer ces mouvements. Il nous refte à cet égard, à connoître la maniéré de les faire mouvoir par ordre, 8c foivant les différentes Etoffes que je traiterai.
- L’ordre qu’on donne à ces mouvements, s’appelle l'Armure d’un Métier ; c’efî une partie que bien des Ouvriers ne connoiffent pas, & qui eft fouvent très-difficile à exécuter. Je n’entends pas parler des armures de Taffetas ; car elles font, pour ainfi dire , les plus faciles ; mais bien des armures que nous rencon-i trerons fous nos pas , nous offriront des difficultés que tous les Ouvriers ne font pas en état de vaincre. Je ne ferai pas ici l'analyfo de toutes ces armures, elle feroit déplacée : il foffira que je les donne à mefore que j’aurai à parler des Etoffes auxquelles elles feront analogues.
- Par ce que je viens de dire, on doit comprendre que chaque Etoffe que je traiterai, aura non-feulement fes armures à part & démontrées le plus clairement poffible ; mais que tout ce qui dépendra de l’ordre de leur montage 8c de leur arrangement particulier, y fera décrit avec toute l’exaélitude néceflàire.
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- Quelles que fbient les Etoffes unies ou façonnées à la marche qffon veuille 25=^= monter, on commence toujours par le Remettage. Cette partie du montage de FLANCHE Métier, n’eft autre chofe que la maniéré de paffer les fils dans les mailles des liffes, fuivant l'ordre qu'ils y doivent tenir. Cette opération exige des préparations que je tâcherai de rendre fenfibles, foit par le difoours, foit par les figures.
- D’abord pour le montage d’un Taffetas, nous le foppoferons à quatre liffes,
- & nous verrons comment on prépare ces liffes pour les mettre for les lifferons, puis la maniéré de les affembler pour paffer les fils de la chaîne dans leurs mailles.
- Nous avons vu dans l’Art du Rémiffeur, la maniéré dont les lifles font pliées feparément les unes des autres : les figures 3,4 & y de la Planche 7 de cet Art, les font appercevoir telles à peu-près qu’on les rend aux Fabriquants, & qu’on les donne à l’Ouvrier. Dans cet état cet Ouvrier les prend l’une après l’autre,
- Sc les place fur les lifferons, en commençant par un côté de chaque liffe, comme nous le fait voir la figure I de la Planche %6, ou l’on apperçoit que le lifîeron A eft paffé dans le haut de la liffe B, & qu’on en fixe les criftels par fes deux bouts a 9 b > dans les entailles cf d9 pratiquées à chaque bout du lifferon : on a grand loin que la liffe foit placée au milieu de la longueur du lifîeron, de forte que la diftance qu il y a depuis l’entaille c jufquaux mailles de la rive de la liffe » ne foit pas plus grande que celle qui doit être entre lés mailles de l’autre rive Sc l’entaille d. C’eft dans ces proportions qu’on arrête la liffe fur le lifferon A, en tendant le criftel autant qu’on le peut.
- U faut abfolument que les liffes foient affujetties fur les lifferons haut Sc bas , afin qu’étant fufpendues, elles foient contenues au point de leur fufpenfion par les lifferons, & que les lifferons eux-mêmes foient contenus par les criftels des lifles.
- Une perfonne feule peut placer les liffes fur les lifferons ; mais pour les y mettre avec plus de précifion, on fe met ordinairement deux ; l’un tient le liffe.. ron par un bout, & l’autre par l’autre ; & quand on a décidé le point où l’on doit fixer la liffe, on en arrête le criftel fur le lifferon A, tout à la fois, l’un le bout a, l’autre celui b : on a foin, avant d’arrêter ces deux bouts, de ferrer un peu les premiers nœuds qu’on voit en partie formés , tant à droite qu’à gauche ;
- Sc fans paffer plus avant, on examine fi les diftances font égales à chaque bout du lifferon ; enfin on arrête tout-à-fait les bouts du criftel.
- Après qu’on a placé le lifferon de la maniéré que je viens de le faire remar* quer, on en place un femblable au bas de la liffe, dans l’ouverture £7, qui effl formée par les contours des bouts e , e, du fécond criftel de la liffe ; on paffè le côté D en deffus ; on laiffè le lifferon A fuipendu * tandis qu’on arrête le fécond côté de la liffe fur fbn lifferon.
- On en fait de même à toutes les lifles, Sc on les affemble l’une devant l’autre ,
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- L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- ------ obfervant que les mailles des rives de chacune, foient for la même ligne; car il
- Flanche f^t que les liffes qui fervent à une Etoffe, foient faite^ précifément fur une même largeur.
- Pour ce qui concerne les lifles dont les mailles font faites à crochet, on ne prend d’autre foin que de les aflembler comme je viens de le dire. ïl n’en eft pas de même des liffes dont les mailles font à couliffe ou à nœud ; dans les premières, il faut, en affemblant les liffes, faire attention que le couliffe des mailles foit placé du même côté à toutes les lifles , c eft-à-dire, que fi la première lifle a Ü maille haute du côté gauche, il faut que toutes les autres liffes ayent leur maille haute du même côté ; car c’eft dans ce fens qu’on les fufpend pour le Remettage. Voyez la figure 6, PL i, de l’An de faire les Remijfes, ou l’on voit que la maille a avec celle b, qui ne comptent que pour une feule maille , font dans la pofition que je recommande, c’eft-à-dire , que la maille a fe trouve for le bord , comme étant la plus haute, & elle fo trouve en même temps à gauche ; c’eft; donc ainfi que doivent être préfentées toutes les lifles Tune devant l’autre. Nous aurons occafion dans la fuite de ce Remettage, de favoir pourquoi l’on prend cette précaution 3 ainfi que pour les lifles dont les mailles font à nœuds, de les *r ranger les unes devant les autres, de forte que les nœuds des unes & des autres
- fe trouvent en deffus, & jamais en deflous. Cette attention pour ces deux fortes de liffes à differentes mailles, eft efleritielle autant pour celles à grand couliffe , que pour celles à grands nœuds. On place les Lifles de celles à nœuds, comme on peut le voir par la figure 8 , PL i, du même Art du Rémifleur. Nous aurons auflï occafion de voir pourquoi on place ainfi ces dernieres liffes. Mais obfer-vons for cette figure que du côté d’en-bas , les deux parties des mailles font feulement crochetées, comme on le voit en b y fur la première maille à gauche ; & qu’en haut ces mêmes mailles font nouées, ainfi qu’on le voit en a, for la même maille , ce qui indique que toutes les mailles d’une lifle font de même.
- Ap rès qu’on a affemblé les lifles l’une devant l’autre , quel qu’en foit le nombre , on attache les lifferons fopérieurs l’un contre l’autre, comme le repréfonte la figure 2; & pour que ces lifferons fo trouvent bien de niveau, après les avoir liés tous enfembie par les deux bouts, comme on le voit en f,f9 on les fixe for les deux petites tringles de bois E, E, en les y afîujettiflànt avec les ficelles g9g: ces tringles fervent non-feulement à contenir les'lifferons tous for une même ligne , mais ils font ou deviennent néceflàires à la fofpenfion des liffes pour tout le te#mps du Remettage, du moins c’eft ainfi qu’en ufent les bons Remetteurs ; car dans les Villes de Manufactures un peu confidérables , il y a des gens qui ne font d’autre métier que d’aller chez les Ouvriers Remettre leur Métiery c’eft-à-dire,, paffer les chaînes dans les liffes, Sc dans les maillons quand ce font des Etoffes façonnées à la Tire.
- Les bons Remetteurs ont foin de tenir leurs lifles for une même ligne , parce que fi Tune ou l’autre fe trouve plus ou moins élevée, celui qui remet eft fujet
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- Septiemë SecI'Iôn. ï. PÂRf, Du Rerrieitagè.
- ° . '
- à faire des fautes eflentielles, que nous connoîtrons bientôt. Rarement les fautes
- de Remettage fe raccommodent-elles en plein fans défaire ce qu’on a fait, & y ^HE revenir ; c’eft cette raifon qui fait préférer les gens qui s’occupent uniquement
- de ce talent, parce qu’ils font plus précis dans leur ouvrage , à caufe de la grande habitude , 8c ils font bien plus prompts ; car en général, il eft moins dit pendieux pour un Ouvrier de faire Remettre fespièces, que de le faire luf-même* puifqu’on voit communément qu’un bon Remetteur paffera dans un jour, fans fo gêner, une chaîne pour un Taffetas d’Angleterre compofé de 6400 fils 9 8g piquera le peigne de ce même Taffetas ; tandis qu’un Ouvrier peu habitué à ce travail , mettra trois jours entiers, 8c quelquefois plus» Il eft vrai qu’il y a des Remettages qui ne font pas du reffort des Remetteurs, & dont ils ne fauroient venir à bout, fl celui qui eft l’inventeur de l’Etoffe, ne les conduit lui-même ; ceft pourquoi nous voyons bien des Ouvriers intelligents qui prennent la peine de remettre eux-mêmes, pour ne pas fe donner celle d’enfeigner les Remetteurs , qui cependant auroient, aux lumières près , plus de précifion qu’eux, à caufe de la grande habitude de pafter la foie dans les mailles, 8c de courir d’uné liffe à l’autre, comme nous verrons qu’ils font obligés de faire*
- Après quon a attaché les liffes, comme le repréfente la figure 2, on les foC pend au Métier, comme elles font en F,fig. 3 , au porte-liffe G, qui eft pofé fur les eftafes Hy H, 8c fur lequel les cordes /, /, font paffées ; après quoi elles viennent s’attacher aux tringles h, h, qui portent les liftes : ces tringles font les mêmes que celles E f£, de la figure a. Ici les liffes doivent être fofpendues à la hauteur qu’il faut pour que le Rémetteur étant affis fur un tabouret, fzg. 4* devant les liffes, puiffe paffer les fils commodément de la maniéré que nous le' Verrons par une autre figure»
- On voit par cette figure 3 , comment on difpofe la chaîne pour la préparer à être paffée fil à fil dans les mailles des liftes. Je ne dirai rien à cet égard fur ce ♦qui concerne l’ourdiftàge : on peut voir, dans le Traité que j’en ai donné, comment on ourdit les chaînes pour les Taffetas, 8cc. Je dirai feulement que dans toutes les Villes de Manufactures en général, excepté à Avignon, les Fabriquants , c’eft-à-dire, les Négociants qui font fabriquer, donnent les chaînes toutes ourdies aux Ouvriers ; que ces derniers font chargés du foin de les plier ou de les faire plier, 8c que ceft la première chofo qu’ils doivent faire pour difo pofer la chaîne au Remettage. L’Art du Flieur que j’ai décrit en particulier * 8c qui fait la troifieme Partie de mon Traité général, mettra le Lecteur au fait du pliage des chaînes pour les Etoffes de Soie ; ainfi je ne dirai rien qui le eon-f cerne.
- Lors donc quon a plié une chaîne, on en place Fenfuple for le bout du Mé«' tier, comme on l’y voit en K , porté par les deux oreillons i, i ; après quoi on dreffe les deux marches L, L} qu’on attache aux eftafes des Métiers avec dé Étoffes de Soie, FIL Parti Y 3
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- 270 L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE. ficelle , qu’on encoure autant fùr les marches que fur les eftafès ; enfuite on tire la chaîne, dont on amene le bout k jufqu’à environ 6 pouces au-devant de» liflfes, où quelqu’un le tient avec la main M, qui fuppofè une perfonne tenant ce bout, en paflànt dans la boucle que le nœud y forme, les deux ou trois pre-» miers doigts de la main droite ou de la main gauche, de maniéré que la chaîne foit bien tendue ; Sc pour qu’elle ne puiffe pas fe dérouler davantage,on aflii* jettit l’enfuple K avec la cheville N, qu’on arrête avec la corde /, qui eft atta^ chée à une des eftafes du Métier. Souvent on arrête l’enfuple par un contre-poids placé comme celui O, qui pôle par terre, & dont la corde m vient s’accrocher à la cheville n, qui eft plantée dans l’enfuple. Ce contre-poids eft aflez fort pour s’oppofèr au tirage de la main ; d’ailleurs fi ce contre-poids n’oppofoit pas afïez de force, on fixeroit la corde m au pied de Métier P.
- On tend ainfi la chaîne, parce qu’il eft abfolument néceflaire quelle foît tendue, pour ouvrir les deux côtés de l’envergeure, afin de pouvoir, fans diffi-! culte, y placer les cannes 0,0, qui font liées contre les marches Z, L ; ce n’eft même qu’après que ces cannes font folidement arrêtées à ces marches, qu’on coupe le cordon p, qui tient les féparations de l’envergeure, pour laifler lès fils de la chaîne libres, afin de pouvoir les donner l’un après l’autre au Remet-* teur. Ainfi pour remettre un Métier, on doit être néceftàiremenc deux, le Remetteur Sc le Porgeur. Le Remetteur eft placé devant les liftes, fur le fiégz fig* 4 , & pafle les fils dans les mailles des liftes ; le Porgeur eft affis fur lèf tabouret fig. y, entre les liftes Sc les cannes, Sc donne les fils au Remetteur«| Nous verrons bientôt l’opération ; mais auparavant voyons toutes les préparai tions néceflàires pour pouvoir remettre.
- Après que le Remetteur a rangé la chaîne de la maniéré que nous le fait voir la figure 3 , & qu’il en a ôté le cordonp9 il retire le bout de cette chaîne d’en-] tre les liftes , pour le difpofèr, en tout ou en partie * à être placé d’une maniéré convenable , afin que le Porgeur puifle donner les fils plus commodément. J6 ne dois pas oublier de dire que jamais, à i’ourdiflage des chaînes , on ne laifle, entre le bout k Sc l’envergeure p, une auffi grande diftance que celle que nous voyons ici, & que c’eft une des principales raifbns qui oblige le Remetteur à en faire tenir le bout par quelqu’un, afin que la ibie foit fuffifàmment tendue pour faire glifler l’envergeure à telle diftance qu’on juge néceflaire pour que le Por-i geur foit commodément placé : pour cet effet on obferve, entre les bouts de la chaîne Sc les verges 0,0, un efpace de 28 à 3 2 pouces, ce qui doit mettre 20 ou 22 pouces entre les verges Sc les liftes ; & fi l’on ne donne pas en ourdiflànt, une diftance à peu-près conforme à celle qu’il faut pour le Remettage, c’eft parce •qu’on la donne à peu-près conforme à celle qu’il faut pour le Tordage ; Sc c’eft à caufe qu’on remet plus rarement qu’on ne tord, qu’on fe conforme à cet
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- § e p ï ï e M £ S è c t i 6 n. ï. f ARt. Du Remettâgè> àjt
- Tous les Remecteurs ne préparent pas également la foie d’une chaîne pour la paflèr dans les liftes; les uns féparent la chaîne en deux parties à-peu-près égales f pu en trois, plus ou moins, fuivant qu'elle eft fournie en foie, ou fuivant le dégagement quon prétend lui donner ; alors ils mettent chacune des parties qui doivent être paffées les dernieres, fut les verges Q, Q, fig, 6, après les avoif tordues les unes après les autres, & ils les y entourent comme on le voit en q $ de forte que cette partie eft là placée jufqu'à ce que celle r, qui eft celle qui doit être paffee dans les liftes avant elle, foie employée : on la range de même qué •celle q fur les verges; il n'y a que Celle S qui n'y foit pas mife, parce qqe commê ceft la première qu'on emploie, on la prépare tout de fuite , pour que le Por-geut puiflè en féparer les fils un à un, fuivant l’ordre de l'envergeure ; & pouf qu'il ne foit pas embarrafîe par la partie de foie r, on la met fur les verges comme celle q : on laifte un efpace un peu confidérable entre Ces parties Sc celle S9 afin de ne point échârpiller la foie ; car on verra par la fuite que le Porgeuf en donnant les fils au Remetteur, eft forcé d'appuyer le coude droit fur les verges Qy Q y & qu'il ne fàuroit trop ménager la foie. On doit encore avoir foiri d’envelopper cette foie fur les verges, foit avec un linge propre, foit avec unO grande feuille de papier, & de maniéré que l'un ou l’autre couvre à la fois la vfoie & la partie des verges qui la contient. Après qu'on a paflS tous les fils qui font à la partie de foie S ; on en fait autant à la partie r, que nous fuppoforons pouf un inftant être rangée comme celle q, & on la met à la place de celle Il faut, en faifànt cet arrangement, que le Remetteur ait foin de bien égalifer les fils qui compofent la partie qu'il veut difpofer à être paflee, de maniéré <ju aucun fit ne foit, autant qu'il fe peut, rii plus lâche ni plus tirant que l’autre.* A mefure qu’il égaiife les fils, il obferye que l'ouverture par où pafle la première des verges Q , Q , foit libre depuis la verge elle-même, jufqu’au nœud r, qu'il ne forme qu'après que tous les brins de foie font à cette égalité de longueurs Quand le Remetteur a formé ce nœud, il pafle dans l'ouverture la corde i?, qui eft déjà attachée à un des pieds de Métier de devant, puis il rattache à l'autre pied, de forte que la foie foit tendue ; dans cet état le Porgeur & le Remettent prennent leur place pour travailler, l'un pour donner les fils , l'autre pour les paffer dans les mailles.
- Quand le Remetteur a pafle un fil dans une des mailles des liftes, il lui faut un moyen pour que ce fil ne lui refte pas entre les mains : on fe fert pour cela du .valet S tfig- 3 ; la corde x eft attachée par fes deux bouts au premier lifleron des liftes F i elle enfile le valet comme on le voit en T, fig*J > afin qu'il puifte avancer ou reculer foivant le befoin, à mefure que le Remetteur pafle les fils dans les mailles. Cette figure fait voir par quel moyen les fils y font accrochés. Co valet n'eft autre chofe qu'un bâton S très-uni, pour qu’il n’endommage pas là foie ; on joint à ce bâton le petit morceau de bois y, qu'on prend auflï bien
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- Planche 2 6,
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- = uni ,8c auquel on forme un petit bifeau , pour laiflèr entre lui & le bâton un$ petite ouverture, afin d’y pincer les fils. On doit juger de cet effet par la ficelle
- qui lie le morceau de boisjy fur le bâton, & par les fils v qui font placés entre, & qu'on doit fuppofer déjà paffés dans les mailles des lifïes.
- On ne joint pas toujours un morceau de bois au bâton *5* pour retenir les fils ^ quelquefois c’eft une navette qu'on attache contre par le milieu de fà longueur ; on doit juger que cette navette étant unie & un peu concave, & d’ailleurs ter-? minée en pointe, ne peut que fe prêter aux arrangements du Remetteur; Cependant on doit préférer à toute chofe un papier un peu fort, plié en longueuc en ^ ou 6 doubles, & enfoite ces doubles repliés en deux ou trois, ce qui forme un paquet de 4 lignes de largeur , & de 4 pouces de longueur ou environ, fur 2 lignes d’épaiflèur ; on attache ce papier au bâton, comme on l’a dit du morceau de bois y. On doit préférer ce papier ; & j’ai éprouvé moi-même la différence qu'il y a entre la navette ou le morceau de bois & le papier : jamais les fils ne fe lâchent, parce que le papier étant attaché ferme fur le bâton , en fuit le contour par la preffion de la ficelle, ce qui donne au papier une élafticité capa-1 ble de fe prêter à la tenfion de chaque fil ; car il eft effentiel d'avoir un moyen pour les roidir autant qu'il eft poflible, afin de laiffer entre la main droite du Remetteur, dans laquelle il tient une poignée de mailles, ainfi que nous allon* bientôt le voir, & les mailles employées, une ouverture convenable pour pouvoir en même temps voir les lifterons inférieurs des liftes, les mailles à prendre , & paflèr la main gauche pour choifir ces mêmes mailles. Pour cet effet le Re^ metteur a foin de placer le valet qui retient ces fils, à 3 ou 4 pouces de la droite! iig ne des mailles quil a à paflèr ; alors en mettant au valet les fils paffés , il les roidit autant qu'il le peut, ce qui fait plier les mailles, & offre une ouverture' comme celle X9 fig. 8 , qui repréfonte quatre liftes où l’on voit une bonne partie de la chaîne paffée ; & les fils y, qui font une partie de ceux de la chaîne; qu’on a paffés, font accrochés au valet Z, de maniéré à procurer cette ouvert ture. C’eft dans cet état que le Remetteur doit voir fon remifle, parce qu'il apperçoit en même temps toute la difpofition de fos liftes, & par cette ouver-i ture il eft à portée de foivre les mailles l’une après l’autre & fur chaque lifte % conformément au genre de Remettage auquel il eft occupé.
- Cette même figure nous fait voir que lorfque le Remetteur a paffé une cer* taine quantité de fils d’une chaîne, il les ôte du valet, les tord tous enfomble, & les noue comme ils font en a, b ; c’eft par ce moyen qu’il sallégit de la quam tité des fils qu'il a paffés , fens quoi le valet ne pourroit contenir les fils d’une chaîne entière, tant pour le nombre , que pour la largeur du miflè.
- Le valet Z, qui eft à cette figure 8, n eft pas précifément fait comme celui fig. 7[ il en différé, en ce qu’au lieu du trou dans lequel on doit paflèr la cordes
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- Septxeme'Section. I. Part* Du Remeîtagèi £73 Ti on accroche le valet à cette corde par un crochet qu’on y forme $ en attachant contre le valet le petit morceau de bois c , fïg. 8 , qui eft joint au bâton Z par la ficelle d: on voit en même temps que la corde e, qui eft attachée au lifTeron/*j> fait ici le même office que les cordes x, T9 des figures 3 & j-.
- Les Remetteurs de Nîmes & ceux d’Avignon 9 fe fervent de valets de canne $ ou plutôt chaque Maître a chez lui un de ces valets, pour qu’on puifle s’en fervir au belbin ; car ordinairement les Remetteurs ne portent pas les valets avec eux* On fe fert de ces fortes de valets , parce que la canne eft commune dans ces pays-là, & d’ailleurs on la préféré au bois, parce que la furface de la canne eft unie par elle-même, & fort légère. Quant à la conftruétion du valet, c’eftà peu-près la même que celle que nous venons de voir, excepté que pour l’accrocher, on l’entaille comme on le voit en g9 fig. 9 : du refte la pince h eft faite comme celle du valet que nous avons vu tout-à-l’heure.
- Quelques Remetteurs fe fervent de valets conftruks comme celui fig. 10, qui eft formé d’un gros bâton i, Jpien uni, planté dans une pierre k, qui lui fert dé bafe, & auquel on attache la navette /, pour fervir de pince pour tenir les fils de la foie. Le Remetteur tranfporte ce valet facilement au point de la largeur du remifle qui lui paroît le plus commode.
- Ce valet eft bien folide ; quand on a l’habitude de s’en fervir, on remet avec la même facilité qu’avec ceux que nous avons déjà vus ; mais je préféré les autres , parce que dans le Remettage on fait fbuvent balancer les liftes : fi le Remetteur fait aller les liftes du côté droit, il eft fujet à faire lâcher les fils qui feront pris au valet, parce que le valet eft toujours à la gauche du Remetteur, les fils ayant lâché, l’ouverture qui doit fe former entre les mailles pour donner jour à l’opé-iation, fe ferme, & on eft obligé de les y retendre pour obtenir la même ouverture , qui, comme je l’ai fait remarquer , doit être femblable à celle X de la figure 8. Le même inconvénient arrive, fi le balancement du remifle fe fait du côté gauche ; alors, fans que les fils foient fbrtis de leur place, le valet fe trouve rapproché de l’ouverture , & les fils deviennent lâches ; il s’en fuit que les mailles prenant leur ligne perpendiculaire, couvrent totalement l’ouverture : il faut ou ramener le remifle à fà fufperîfion, changer de place le valet, ou retenu dre les fils.
- Il n’en eft pas de même des autres valets, parce que fi le remifle balance , les valets balancent avec lui ; il n’y a à craindre pour les fils, que par des accidents extraordinaires.
- Les Remetteufes de Lyon, car cette ville n’occupe toujours que des femmes pour cet objet comme pour bien d’autres, ont l’habitude de fe fervir d’une marche qu'elles dreflent contre le porte-lifle, 8c à laquelle elles attachent une navette, comme on peut le voir en m9 fig. ir. Cette marche ne tient au porte-lifle n que par une ficelle 0, au bout de laquelle eft pendu un contre-poidsp , qui, par fa lourdeur, attire le bout de la marche q contre le porte-lifle. Comme Étoffes de Soie. FIL Paru Z 3
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- cette marche n’eft pas afTez unie dans fa longueur , on auroit à craindre que les fils qu’on y porte contre, ne s’écorchafïènt ; mais on prévient cet inconvénient en garniflànt le tour de la marche avec une feuille de papier r, qui eft liée par lé haut & par le bas au moyen de deux ficelles s 9 s > qui la contiennent au-defïous de la navette m, que je fuppofe être à la hauteur nécefîàire pour recevoir les fils?
- de la chaîne.
- On doit appercevoir que cette marche n étant retenue Amplement que par lé haut contre le porte-liffe, il eft facile de la reculer ou de l’avancer à fon gré tout le long de ce porte-lifïè : on n’a pour cet effet qu’à foulever un peu le contrepoids p ; car il faut toutes les fois que la Remetteufe a paffé une quantité de fils de la chaîne, qui peuvent remplir un efpace de 3 ou 4 pouces, tout au plus } qu’elle forme un nœud avec cette {oie paffée comme on le voit en a b ,fig. 8 ; ainfi toutes les fois qu’elle a formé un femblable nœud, foit grand ou petit, elle avance la marche de fon côté.
- Souvent on enveloppe les bâtons * tant des valets qu’on fufpendàune ficelle; que de celui Jig. 10, avec une feuille de papier, pour ménager la foie, L’avan*? tage eft double ; i°. on évite les âpretés que le bois le mieux poli peut contrat ter par la fuite, 8c de plus cette feuille de papier, par fon élafticité , ferre plus doucement les fils, & les retient mieux que lorfqu’ils y font retenus avec trop dé force : malgré ces précautions, il y a toujours des fils plus lâches les uns que le$ autres ; cette différence interrompt le cours du travail, 8c peut faire oublier an1 Remetteur fur quelle liffe il doit prendre fa maille, & lui faire faire un trompagcJ il faut revenir fur fes pas en défaifant ce qu’on a fait jufqu’alors.
- Le talent de Remetteur, pour ce qui concerne les Etoffes ordinaires, u’eftpaS fort difficile, mais il exige une grande exaélitude : la moindre diftraétion peut fairej faire une faute effentielle.
- La conftruétion des bâtons & leur pofition, ont été caufe que j’aï fufpendu ; pour un moment, les différents arrangements que font les Remetteurs de la foie d’une chaîne, pour faciliter le Porgeur à donner les fils avec toute la clarté & la précifion poffibles.
- J’ai trouvé, fuivant la méthode que préfente la figure 6, que le Porgeur n’al^ loit pas affez vîte, quoiqu’il ait fes deux mains libres ; aufïï par une méthode que je rapporterai incefîàmment, on verra qu’il doit aller plus vite avec une feule main , qu’à l’aide de fes deux mains par celle-ci. Je vais en rapporter auparavant une autre, qui paroîtra tout de fuite préférable à toutes celles qu’on peut mettre? en ufàge, & qui cependant eft fufceptible de défauts confidérables^
- Cette méthode confifte à plier le bout de la partie de la foie qu’on a pré-* parée pour paffer, dans un papier, comme on le voit en t, jig. 12, & de lier ce papier avec un cordon de foie ou une ficelle v, qui, en ferrant le papier ; contient les brins de foie, de forte qu’ils ne peuvent s’échapper que par des inconvénients que je ferai voir ; mais il faut remarquer qu’on ne plie pas cette
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- foie tout à la fois dans ce papier , qu’on a foin de la divifer par petïtôs parties d’environ deux cents fils chacune ; il faut pour cela un papier affez: grand pour former autant de tours qu’on a de parties de foie à mettre dedans. On enve-* loppe d’abord la première partie dans le papier , à commencer par là premiers divifion à droite ou à gauche, & on les fait fuivre régulièrement l’une aptèâ l’autre. La figure 13 va repréfenter cet arrangement.
- Il faut prendre garde que la partie de foie x , eft enveloppée par un ou deux tours du papier A ; que celles eft prête à être enveloppée par le même papier * & qu en ramenant encore le papier dans la pofition où il eft après avoir formé un tour fur la partie de foie y , il fe trouvera prêt à envelopper celle & ainfi du refte.
- Après qu’on a enveloppé toutes les divifions qu’on a faîtes d’une partie de foie, on lie ce papier avec la corde v, fig. 12 , comme il eft en t ; enfùite avec des forces on coupe le bout de la foie a, qui pafie en dehors du papier, prêt que tout contre.
- La même figure il nous fait voir une autre maniéré d’arranger la foie pour la préparer à être paffée dans les mailles ; elle ne différé de celle que nous venons de voir, qu’en Ce qu’on ajoute deux morceaux de bois également coupés à plat, entre lelquels on place le papier contenant la foie toute divifoe, & on lie ces deux morceaux de bois comme on le voit en b avec le cordon c. La figure 14 nous donnera une plus jufte idée de ce dernier arrangement. Les deux morceaux de bois B, B y font égaux l’un à l’autre : ils font tous les deux encochés en d>d9dy d ; on voit en D le papier qui contient la partie de foie e, prête à être paffée : ce paquet eft applati deffus & deffous ; c’eft fur chacune de fes furfaces qu’on place les deux morceaux de bois B y B y que l’on y fixe avec le cordon de foie fig. 14 ; mais il ne faut pas ferrer trop fort, pour qu’on puiffe retirer lès brins à mefore qu’on en a befoin.
- Il y a des Remetteurs qui font pincer feulement le papier tout plié qui enve* loppe la foie, par ces deux morceaux de bois fiifiy fig-16, qui tiennent par leur bout Ey le papier g-, dans lequel eft placée la foie h ; mais dans tous les cas on coupe toujours le bout de la foie qui en fort en iyfig. 12.
- Cette même figure nous fait voir en A, que l’on range la foie dans un livre ; qu’on lie avec un cordon / fuffifamment ferré, pour que la foie ne puiftè pas échapper. U en eft de même de ce livre comme du papier fig. 13 } c’eft-à-dire* qu’on ne met pas dedans toute la foie entre deux mêmes pages ; on ladivife également , & on en place les divifions entre les feuillets, de même que le repré^ fente la figure 17, où l’on peut appercevoir que la divifion m n eft. pas placée entre les mêmes feuillets de celle n, de forte que fi l’on avoit dix divifions à placer , on prendroit dix endroits différents du livre , afin que chacune de ces divifions fe trouvât féparée ; & quand toutes font placées dans les endroits du livre qu’on leur a affignés, on ferre ce livre avec le cordon fig. 15 , de la même
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- y... ^ maniéré qu’on ferre les deux pièces de bois ou le papier, Scc, On forme une
- Planche efpece de nœud coulant avec le cordon, au moyen de là grande boucle o : on ferre ce nœud autant qu’on le juge néceifaire pour la facilité du Porgeur, afin qu’en tirant les fils pour les donner , ils ne foient ni trop durs ni trop aifés à venir ; enfuite on fait plufieurs enlacements qui forment chacun un demi-nœud du laboureur, qu’on tient un peu écartés les uns des autres; c’eft alors qu’on tend le cordon en le fixant à un pied de Métier , à une banque , Scc, de façon à ne pas gêner le Remetteur : bien entendu que les trois parties G, H , I de la chaîne, fig. 12, ne font pas tendues à la fois , Sc que lorfqu’on forme les arrangements dont je viens de parler, la foie qu’on prépare eft paffée à travers le remifle, comme on le voit en k 9fig. 3 : on doit préfumer que le Remetteur prend tout le foin poflible, en rangeant cette foie, pour qu’elle ne foit point embrouillée dans le papier ni dans le livre, & qu’elle y foit étendue également Sc de maniéré qu’en tendant le cordon v, c ou /, les parties de foie G,Hou /, n’ayent pas, autant qu’il eft poffible, un fil qui foit plus lâche que les autres.
- Il eft certain que foivant la méthode que je viens de rapporter, on doit regarder les arrangements ty b, k$ Sc celui de la figure 169 comme les mêmes ; ainfi le Porgeur ne doit avoir d’autres foins que de féparer les fils à l’envergeure, entre les verges K, L, de le faire venir un peu à lui , & de le préfenter au Remets teur, qui le prend avec le doigt, comme nous le verrons bientôt. Rien de plus commode que ces arrangements , s’ils n’étoient fofoeptibles d’aucun défaut ; mais en obfervant qu’à mefure que l’on diminue les fils qui font enveloppés, la loge qui tient une des divifions qu’on a formées pour être enveloppées féparément, fe trouve moins fournie, Sc conféquemment les fils s’y, trouvent plus à l’aife à mefure que le nombre en diminue, Sc dans cette circon£ tance pour peu que la foie fe trouve mal tendue dans le papier ou dans le livre ou qu’elle foit un peu bourajjeufe, un fil entraîne l’autre, & au lieu d’en donner un au Remetteur, le Porgeur fouvent en donne trois ou quatre ; quelquefois on voit for tir tout le refte d’une divifion ; alors ou il faut ouvrir le papier pour la renvelopper , ou trouver quelqu’autre moyen pour en donner les fils commodément , ce qui occafionne toujours un retardement à l’ouvrage. Cet inconvénient devient toujours plus fort à mefure que les loges fo vuident, Sc quelquefois au premier fil qu’on tire de la derniere divifion, tous les fils partent enfemble ; c’eft au Remetteur à avoir foin de ferrer de temps en temps les nœuds fur le papier ou fur le livre , Scc.
- L’arrangement de la foie fait dans le livre, eft moins fufceptible d’inconvénients que le papier feul, ou ferré par le bois, pourvu qu’ayant tendu le cordon /, on fufpende le livre à la hauteur ou il eft, pour éviter que fon poids ne fafle lâcher la foie ; à mefure que les entre-deux des feuillets fe vuident, le poids du livre reflferre les enlacements du cordon, rapproche ces feuillets, Sc la foie fe
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- Septième Seôtïôn. I. Part* Du Remettage. ’ tjj crouve toujours contenue également. On doit donc préférer l’ufâge du livre à celui du papier 8c des deux morceaux de bois.
- Je ne dis rien à legard de la figure 16, parce que je la cohnois pour être encore plus fufceptible de défauts que toutes les autres.
- Quant à l’ufàge du livre , il eft plus commode pour contenir les fils de la chaîne, & il eft beaucoup plus aifé de les y ranger que dans le papier ; d'ailleurs fapofition fe prête à contenir les divifions de la foie toujours en droite ligne du fens où elles font féparées aux verges. J'ai employé fouvent jufqu’au dernier fil fans aucun dérangement occalîonné par le livre, au lieu que jamais je n’ai pu réuflîr entièrement avec le papier.
- Ce n eft cependant pas dans cette forte de Remettage qui nous occupe , que
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- je me fuis fèrvi des méthodes dont nous venons de nous entretenir, car j’y ai toujours fait tenir la foie dans la main gauche du Porgeur, comme nous allons le voir tout à Fheure, & je lui faifois donner les fils avec la main droite , ce qui eft, fans contre-dit, plus prompt 8c plus sûr ; il s’agit feulement que le Porgeur foit adroit à cboifir fes fils à l’envergeure, pour en fournir au Remetteur autant qu’il peut en palier. A un bon Remetteur, il faut un adroit Porgeur ; car la sûreté du Remettage dépend beaucoup de fa célérité.
- Comme le Remettage a des parties plus difficiles les unes que les autres, pour donner quelque ordre à mon Ouvrage, je ne décrirai ici que la partie concernant les Taffetas, parce que fi je m’étendois fur l’Art du Remetteur en entier, il faudroit en faire un Traité particulier ; mais comme le Remettage d’une chaîne propre à une Etoffe, fuffit pour donner une notion des arrangements des fils , le refte du méchanifme eft plus facilement entendu ; d’ailleurs les préparations générales étant prefque par-tout les mêmes, j’éviterai les répétitions autant qu’il me fera poffible.
- La maniéré que je préféré pour donner les fils au Remetteur, eft repréfentée par la figure i de la Planche 27, où l’on apperçoit le Porgeur A, qui tient dans. I>LANCHE fa main gauche une partie de la chaîne qui traverfe le remiffe B, laquelle il tient ^ à poignée, & de forte que ce qu’il en a de longueur dans cette main, eft bien étendue 8c bien débrouillée, afin qu’en en tirant les fils les uns après les autres aucun ne puiffe y être retenu. Cette figure fait voir tout ce qui concerne le Remettage pour les pofitions du Porgeur 8c du Remetteur. J’ai pris foin de donner à cet égard le point de vue le plus favorable pour rendre fenfibles l’aélion du Remetteur & celle du Porgeur.
- Le Remetteur C eft afïis fur un tabouret D, devant le remiflê B , tandis que le Porgeur eft afîîs derrière le remifîè , qu’il a à fon côté gauche, & les cannes a9 a9 à fa droite. Le fiégefur lequel eft le Porgeur, eft toujours plus élevé de demi-pied au moins que celui du Remetteur , afin de lui procurer une plus grande aifànce pour donner les fils, d’autant qu’il eft obligé de pafîèr le bras gauche fur le remiffe, & de le recourber en avant, afin de tenir prefque;
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- 278 L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE. au niveau des cannes la partie de foie qu’il a préparée dans fa main. On voit encore que la pofition du Porgeur eft de pouvoir plier fon corps pour voir à choifir les fils les uns après les autres ; cependant un Porgeur intelligent, doit faire féparer les fils au taél feulement, parce que s’il connoît, ou fi on lui a bien fait appervevoir l’ordre que ces fils tiennent par l’envergeure , en portant alternativement le doigt du milieu fur les ouvertures que produifent les cannes a> a , à l’envergeure, il eft certain que chaque fois il fera partir un fil, c’eft-à-dire, que par cette feule aétion , le premier fil fe féparera des autres, St fe trouvera feul entre ce doigt St les fils déjà palfés , parce que la pofition de l’envergeure eft telle , que les fils ne fauroient fe féparer deux à deux ni plufieurs à la fois , tant qu’on retiendra un côté de l’envergeure en defîus ou en deflous : ici j’aî repréfenté le Porgeur prenant les fils en deflus; mais la bonne méthode eft de le prendre en deffous, foit pour la facilité-de l’ouvrage, foit pour n’être pas autant fatigué, St pour éviter que le coude ne frotte lur la foie à mefore qu’on approche la main droite du remifle pour doubler le fil, afin que le Remetteur puiffe le prendre. Je parle ici de la pofition du Porgeur avant de décrire celle du Remetteur, parce que c’eft le Porgeur en quelque façon qui, dans l’opération , fait le premier mouvement.
- Pour faire mieux fentir comment les fils peuvent fe féparer les uns des autres,* j’ai cru devoir le repréfenter par la figure 2, qui nous fait voir cinq fils enyer-gés, dont un b eft en avant, foui & féparé des autres ; il eft aifé de comprendre que ce fil a du fe féparer lorfque le Porgeur a mis le doigt fur le fil c, parce qu’alors ce dernier fil a retenu derrière lui les autres fils d9 e 3f; St pour faire avancer celui b 3 le Porgeur le pouffe avec le doigt, & le prend pour le donner au Remetteur , en le faifent gliffer entre le doigt index St le pouce, comme on peut le reconnoître en g, fig, 1, où l’on apperçoit que le Porgeur tient le premier des fils qui font à paffer. Il en eft ainfi de tous les fils l’un après l’autre.
- Il eft aifé de comprendre que fucceffivement tous les fils font féparés les uns des autres ; ainfi le fil d de la figure 2 , fera féparé en retirant celui e fur celui f9 St celui e fe trouvera prêt à être pris par le Porgeur, en retirant en arriéré celui f9 qui eft cenfé être le dernier fil d’une chaîne. Cette même figure fait voir que le Porgeur tient dans fe main gauche le bout G des fils, qui doivent être bien démêlés.
- Comme la foie eft une matière très-fine St très-filamenteufe, les petites parties qui fe féparent fur les bouts, font fou vent capables d’entre-lier les fils $ c’eft pourquoi on prend foin de couper ces bouts avec des forces bien tram chantes, pour qu’ils ne foient aucunement mêlés.
- Pour que le Porgeur réuffiffe bien à faire partir le fit, c’eft-à-dire, à le fépareç des autres, il doit toujours porter le doigt fur le fil qui croife avec celui qu’il cherche à féparer des autres ; mais il faut que ce doigt qui travaille à féparer ces fils, porte entre les deux cannes H, /, St que iorfqu’il fait partir le fil b y il
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- Septième Section. î. Part. Du Remettage» 279
- pofè néceflairement le doigt du milieu de la main droite fur celui c, Contre la canne I\ 8c lorfqu’ il s’agit de faire partir celui c, il pôle le doigt fur le fil d , près de la canne H : il en eft ainfi des autres ; de forte que pour faire partir ceux qui font fur la canne /, il doit porter le doigt fur ceux qui font for la canne H \ 8c pour ceux qui font for cette derniere, il doit porter le doigt for les fils qui paflent for la canne L
- D’ailleurs le foin du Porgeur eft de ne pas donner deux fils à la fois, de faire attention aux feuleres ou furelles dont j’ai parlé dans l’Art d’ourdir les chaînes, & qui font repréfontés par lés fils 3 8c 4, fig. 10, PL 24 ; pour entendre ceci làns recourir à cette Planche, on n’a qu’à fopprimer le fil c de la figure 2 > on verra que les fils b, */, fe trouvent for la même verge fins être feparés par aucun , de forte qu’en les approchant l’un de l’autre, les deux paroiflent n’en former qu’un ; c’eft à quoi le Porgeur doit faire attention , parce qu’il peut donner les deux fils pour un feul fans y faire attention, & alors il faut que le Porgeur aie le foin de féparer c es deux fils pour les donner féparément, & d’en faire autant lorfqu’il rencontre le fécond foulere. Si au contraire c’eft un feulere qui provienne du devidage, ce qui vient de ce qu’en dévidant on a laifle pafler un fil double ; alors ces doublages venant à l’ourdifloir, préfentent effeéliveraent un feulere, qu’on paflè tel qu’il fe préfente dans la maille qui lui échet. Voici comment on peut diftinguer ce feulere de celui provenant de l’ourdiflàge.
- Je viens de faire remarquer que ce dernier feulere n’eft pas feul ; en comptant les fils de la mufette, on rencontrera l’autre infailliblement ; au lieu que fi c’eft un double venant du devidage, on ne verra plus de feulere. Il pourroie provenir d’un fil cafte foit en pliant la chaîne, foit en la préparant pour le Re-mettage, ou par quelqu’autre accident ; mais il eft facile de fe convaincre d’ou vient ce feulere, en comptant la mufette qu’on a commencé de pafler ; car fi en ourdiflànt la chaîne, on a encantréa 400 rochets, ( voyez!’OurdijJage ) la mufette fera néceflairement de 40 fils ; fi le feulere vient d un fil manquant, on ne trouvera que 39 fils à cette mufette; au lieu que s’il eft formé d’un dou-liage, on en aura 41. C’eft donc par un tel examen, que le Porgeur reconnoîtra fi le feulere doit être donné entier au Remetteur, ou s’il doit le divifer en deux.
- Quand il a reconnu que le feulere provient d’un fil caflé , il doit fe lever de fa place, pour voir fi ce fil paroît derrière les cannes, auprès de l’enfople ; s’il le trouve, il choilît fa place avec adreflè, l’y ramene, & le met entre les deux fils qui forment le feulere. U arrive ordinairement que ce fil eft plus court que les autres, & qu’on ne peut le placer fans Yapondre, c’eft-à-dire , fins y ajouter un bout de foie pour l’allonger. On fe prépare pour ce befoin en tenant un rochet K$ couvert de foie de la même couleur & de la même qualité que celle de la chaîne, enfilé par la corde h, qui eft attachée aux deux pieds de Métier M, M; c’eft ayec la foie de ce rochet qu’on allonge les fils de foie qui font trop courts, &
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- ceux qui fe caffent en remettant. Si ie feulere vient d’un doublage, on le donne
- comme ne devant former qu’un feul fil.
- Ce foin du Porgeur, eft d’une très-grande conféquence pour le Remettage ; car il faut que l’on foit d’accord à l’ourdiflage, fi l’on veut que l’Etoffe n ait point de défaut. Voici comment on doit entendre ceci.
- Si en donnant les fils, le Porgeur avançoit un feulere qu’il ahroit dû partager , & qu’on le pafsât pour un fil fimple, il eft certain que c’eft un fil de moins pour la chaîne ; & fi dans le courant du Remettage, ce défaut fe trouve répété plufieurs fois , ce font autant de fils de moins qu’il aura laiffé pafler du feulere fans les partager. Je n’entends parler ici que des feuleres provenants de l’ourdif fage ; car fi ces feuleres font produits par des fils qui ont été caffés, pour chaque feulere de cette nature qu’on ne remplira pas par fon fil ou par un fil commande ^ on aura deux fils de moins à la chaîne ; ainfi fi cette faute fe trouve répétée quatre, fix fois, plus ou moins, on fe trouvera court de huit, douze fils, plus ou moins , c’eft-à-dire , d’autant de fois deux fils, qu’on aura négligé de fois de remplir cette forte de feulere par un fil pareil à celui qui y manque ; car fi l’on s’apperçoit que.le feulere provient d’un fil manquant, & qu’on ne trouve pas ce même fil derrière les cannes ou fur l’enfuple, il faut l’attendre venir. Pour cet effet on commande un fil, ce qui fe fait en prenant un bout de la jointe, avec lequel on fait un fil poftiche. On entend par jointe , le bout de foie du rochet K, auquel on donne le nom de rochet de jointe ; ainfi pour fuppléer aux fils qui manquent en remettant, on prend une certaine longueur de cette jointe, on en fixe le bout à une épingle N9jîg. 3 , qu’on appelle commande ; on entoure ce bout autour de l’angle que fait cette épingle entre fes bouts i, k, & on ferre la partie / de la foie qui la retient, autant qu’il le faut pour quelle ne glifle pas ; on laiffe le bout n de cette jointe étendu fur le refte de la chaîne, tandis qu’on place celui 0 entre les deux fils qui forment le feulere , & on le pafle dans la maille qui écheoit au fil manquant ; on entretient cette commande jufqu’à ce que le fil manquant ait reparu, alors on lui fait reprendre fa place, & on n’a plus befoin du fecours de la jointe. -K
- Quand le Porgeur & le Remetteur d’intelligence ne veulent pas fe donner la peine de mettre un fil poftiche pour remplacer le fil manquant, le Porgeur avertit le Remetteur qu’il manque un fil, & celui-ci laiffe à cet endroit une maille vuide, qui fe trouve précifément entre les deux fils qui forment le feulere du fil manquant. Cette méthode ne nuit en rien au Remettage ; au contraire il eft plus sûr, puifqu’il n’eft pas interrompu : le Remetteur va de fuite & fe trouve toujours à fon ouvrage.
- Si l’on n’apportoit pas tout le foin que je recommande ici, on ne verroit aucune Etoffe fans défauts fenfibles, fur-tout dans les Etoffes rayées & façon-: nées ; d’abord dans les Etoffes rayées, tous les fils de moins donneraient une corruption à la rayure, & en occafîonneroient de plus petites & de plus grandes
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- lorfqu’elles doivent être égaies, &c ; & dans les Etoffes façonnées par ie fêeours de l’ourdiflàge , c eft-à-dire , des poils > la faute fe trouve encore plus fenfible. Je n expliquerai pas ici en quoi confifte ce défaut par rapport à l’Etoffe ; j’aurai à en parler dans un endroit plus convenable.
- Jufqu’à préfent nous nous fommes occupés du foin du Porgeur ; voyons quelle eft l’occupation du Remetteur; car toutes les fautes du Porgeur ne font pas irrémédiables, au lieu que les fautes de Remettage n’ont de remede qu’en refaifant l’ouvrage.
- Les foins du Remetteur font, après avoir placé fes liffes conformément à ce que nous en avons vu , de les fuivre par ordre félon l’Etoffe pour laquelle la chaîne eft deftinée, & fuivant le nombre de liftes qu’il a à parcourir.
- Le Remettage que repréfente la figure i, eft de quatre liftes ; on prend fuc-ceflivement les mailles de chaque lifte l’une après l’autre, après quoi on revient à la première.
- Pour rendre fénfible l’ordre que le Remetteur tient dans fon opération, & celui qu’il donne aux fils , il faut jetter les yeux fur la figure 4 : on y voit que les fils a b c d9 abc d9 forment deux cours fur les quatres liftes e 9f9 g 9k; que le premier eft pafle dans la première maille de la lifte e9 le fécond eft pafle dans la première maille de la lifte/’, le troifieme eft dans la première maille d*e la liffeg* Sc le quatrième occupe la première maille de la lifte h ; c’eft ce qu’on appelle former un cours de liffes, c’eft-à-dire, qu’entr’eux ils occupent par ordre une maille de chacune des quatre liftes, ce qui fait voir que c’eft la route qu’a tenue le Remetteur, & qu’il doit tenir dans tout le Remettage , de maniéré qu’après avoir fini le premier cours, il en commence un fécond, & ainfi de fuite, comme on le voit par les quatre autres fils Clivants ; car le cinquième fil eft pafle dans la fécondé maille de la lifte e, le fixieme eft dans la féconde maille de la lifte/'> le féptieme eft dans la féconde maille de la lifté g*, & le huitième eft dans la fécondé maille de la lifté L Ces quatre derniers fils forment le fécond cours ; & en fuppofànt que les liftés euflént chacune iyoo mailles, ce feroit ryoo cours que le Remetteur auroit à pafler fucceffivement, & tous dans le même ordre.
- Il faut fuppofer ici que la pofition des liftés que repréfénte cette figure, eft telle que le Remetteur fé place du côté O, & que le Porgeur eft placé du côté jP; cette pofition eft à peu-près celle que nous donne la figure r.
- Pour faire fentir l’effet du Remettage, je fuis forti de toutes les réglés & pro-; portions du deflîn ; d’ailleurs cette figure doit nous indiquer l’ordre qu’on tient pour paffer les peignes : elle n’a de vrai que l’ordre du pajfage des fils, & celui ides mailles ; car je n’ai repréfenté les bouts épars, que parce que dans toute autre pofition on n’eût pas aufli bien fenti le chemin qu’ils tiennent.
- La figure 1 & la figure 4 ne nous préfentent que le Remettage d’un Taffetas à quatre liftés ; cependant on en fait à deux, à fix & à huit ; il faut néceflàirement que le nombre en foit pair. Quant au Remettage pour les autres nombres de liffes Étoffes de Soie. FIL Part. B 4
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- 28a L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE. dont je ne parle pas, il eft le même que celui que nous voyons ; ainfi fi pour les quatre lifîes le cours eft compofé de quatre mailles , pour les Taffetas à deux liftes le cours ne doit être que de deux mailles ; au lieu que pour les Taffetas à fix liftes, le cours doit être de fix mailles , une de chaque liffe ; & pour ceux à huit liftes, il fera de huit mailles, une de chaque lifte. Il eft facile de fe figurer quelle en fera l'opération, par celle que je viens de détailler.
- C’eft en tout une réglé invariable que le Remetteur doit commencer par la derniere des liftes, & venir fucceflivement à la première, contre laquelle il eft aflis, 8c de-là reprendre par la derniere : il faut même quil foit attentif à fuivre les liftes l'une après l'autre, & toujours continuer ainfi jufqu’à la fin ; & s’il luî arrive d'en fauter quelqu’une, il n’y a abfolument d’autre remede que de revenir fur fes pas jufqu’à celle qu’il a oubliée, fur-tout pour les Etoffes rayées & celles qui font façonnées ; car pour celles qui font d’une feule couleur, on n’en prend pas la peine: alors on fe contente de chercher l’endroit où l’on a mal fuivi le cours des liftes, 8c fi c’eft une maille oubliée, on marque cet endroit, on y tranfporte un fil, ou bien on y en met un poftiche attaché à une commande, 8c l’on avertit l'Ouvrier, qui, dans pareille circonftance, ajoute une maille à cet endroit de la lifte, & y pafle le fil tranfporte, ou celui qu’on a commandé ; par cette précaution fon cours fe trouve complet. Quand le Remetteur en prend deux fucceflivement, la faute eft de bien peu de conféquence, fur-tout fi la chaîne eft unie, parce qu’en tranfportant le fil qu’on a paffé de trop, à l'endroit où l’on s’apperçoit du trompâge, la faute n'exifte plus : il refte feulement une maille vuide qui ne fait aucun tort, parce qu’ordinairement on recommande au Remifleur de mettre aux liftes fix ou dix mailles de plus que le nombre des fils de la chaîne. On prend cette précaution autant à caufe des trompages qu’on peut faire en remettant, que par les mailles qu’on fùpprime quelquefois, lorfque le fil en eft noué, ou qu'il aura quelque défaut, que pour celles qui peuvent fe cafter.
- Le Remetteur doit avoir foin de demander de temps en temps au Porgeur d’où vient le fil qu’il lui donne ; favoir, s’il eft deffus ou deffous la premiers canne, parce qu’en commençant de remettre une chaîne, il doit remarquer fi le premier fil vient de deflus la canne ou de deflous ; alors tous les fils qui commencent chaque cours du Remettage, doivent venir du même fens que le premier 1 en forte que fi le fil par où il aura commencé, fe trouve par-deflus la première canne H, comme eft celui b de la figure 2, de quelque nombre de liftes que foit compofé le cours, le premier fil de chaque cours fera toujours fur la même verge, attendu que le nombre des liftes fera pair, 8c que ïenvergeage ne pou» vaut donner par nombre de fils pairs, que la même pofition à chacun , il faut néceflairement que tous les nombres pairs des liftes loient d’accord avec les nombres pairs de l’envergeure : or, le fil b eft impair, ainfi que la premiers maille j il s’enfuit que toutes les premières mailles des cours feront à nombre
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- Septiemè Sectioh. L Paut. Du Remettctgê. ^83
- impair, ainfi que tous les fils qui pafleront fur la canne H ; ainfi b font s
- impairs, & les mailles qui font fur les Mes e9g> foivant l’ordre du Remettage, le font auffi j par cette raifon toutes les fois que le Remetteur aura pâlie un® quantité de fils, foit à la fin du cours, foit au milieu, Scc. il pourra reconnoître s’il y a un trompage , & s’il provient de lui ou du Porgeur ; car fi le Porgeur partage un feulere, le Remetteur ne voit plus commencer fon cours par les fils qui palfent au-deflus de la première canne, & il eft dans l’incertitude fi la faute vient de lui ou du Porgeur ; pour la reconnoître , il faut qu’il prenne dans fa main droite une partie des fils qu’il a paflês, Sc avec là main gauche il prend tous les premiers ou tous les derniers fils des cours > Sc fait oblerver par le Porgeur fi ces fils font deflus ou deflous la première canne ; quand il reconnoît que ces fils au lieu d’être for la canne, font deflous, il les fuit alors un par un dans le cours ; Sc fi cette faute eft aux lifles * il y aura un cours de y ou de 3 mailles, au lieu qu’il doit être de quatre ; mais fi la faute eft aux cannes par un feulere partagé, il ne trouvera point de faute dans le cours des mailles, Sc néanmoins le pas fera changé aux verges, parce que les deux fils du foulere étant pafles fucceflîvement, auront changé l’ordre qui avoit été établi en commençant. Si c’eft à une chaîne rayée que cet accident arrive, il faut recommencer le Remettage à cet endroit ; mais fi la chaîne eft d’une feule couleur, on peut palier outre s’il y a beaucoup à défaire ; mais s’il ne faut que dépaflèr quelques fils, il eft toujours mieux de refaire que de laifler fubfifter une faute, qui, toute fimple quelle eft, tire à confé-quence.
- Il nous refte à faire connoître la maniéré de pafler les fils dans les mailles , & de les prendre : d’abord on voit, fig. 1, que le Remetteur tient une poignée de mailles dans là main droite, & qu’il a les quatre doigts de la main gauche pafles dans la partie inférieure de la maille m f Sc prêt à les dilpofer à prendre le fil g, que le Porgeur va lui approcher.
- Il s’agit ici du paflàge des fils dans les mailles à crochet ; ces mailles font les mêmes que celles qu’on a vues dans l’Art du Remiflèur, repréfentées par les figures 1, $ , 9, & 1, .y, 6 & 7 des Planches 1 Sc 2. Il faut donc que le fil foit pafle comme celui F de la figure 1, PL 2, de maniéré que les parties A, Z?, de la maille que repréfente cette figure, fe trouvent dans la même pofition où on les voit.
- Il y a deux fortes de méthodes pour parvenir à pafler le fil comme l’eft celui F, dont je viens de parler. La première eft de lever laJ.ijfe9 Sc la fécondé de cro* cheter avec le doigt index le fil qu’on donne pour palier les fils. Suivant la première méthode, le Remetteur pafle les deux premiers doigts de la main gauche Q, dans la partie inférieure R de la maille, jfig. y, PL 27 , Sc en foulevant cette partie de maille, il pafle fos doigts for la partie S de la même maille, de maniéré que fos deux doigts fe trouvent pris entre la jonétion de ces deux parties de maille, à l’endroit où eft pris le fil F, PL 2, de ï Art du Remijfeur, Sc ainfi qu’on
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- *g4 L'ART DES ETOFFES DE SOIE: le voit par la figure 6 de notre Planche 2.7, où les deux premiers doigts de la même main gauche, font entre les deux jonétions des deux parties T\ de la
- maille , & prêts à recevoir ou à accrocher un fil comme il eft en X9fig*7 > où Ton peut remarquer que le doigt index fe recourbe pour prendre le fil y, qui eft cenfé être avancé par le Porgeur dans la pofitionoù on le voit, c'eft-à-dire, que la main droite du Porgeur a coulé le long du fil, depuis a, que nous devons fuppofer être l'endroit de l'envergeure, jufqu’en b> qui forme un angle obtus; & avant que le fil eût été pris par le doigt X du Remetteur, depuis cet angle jufqu'à celui c, cette partie étoit droite 8c tendue , & fe préfèntoit à travers le remifle, de maniéré que fans faire beaucoup de mouvement, le Remetteur a pu l’accrocher avec fon doigt pour le tirer à lui, lui faire prendre fa place , & le pafler dans la maille comme il eft en Z, jig. 8 ; après quoi il l'accroche au valet pour le maintenir tendu. L'angle c de la figure précédente, eft obtus , ainfi que celui b : on pourroit même fuppofer le fil dans cet endroit de là longueur , décrivant une courbe , parce que c'eft fur les mailles du remifle qui! fe replie à mefure que le Porgeur avance fà main droite jufqu'en b ; d'ailleurs il doit laifler un peu couler le fil dans là main gauche, ou plutôt rapprocher cette main du remifle , afin de faire prendre à chaque fil la pofition que préfente celui dont nous nous entretenons, qui doit être celle de tous les fils que le Porgeur donne au Remetteur.
- Le Porgeur doit préférer d'avancer un peu la main gauche pour préfenter le fil au Remetteur, plutôt que de le laifler couler dans cette main , parce que pour peu qu'il y glifle, le Porgeur ne peut plus le contenir, & le Remetteur qui eft obligé de prendre les fils làns les voir, ne les fent pas fous fon doigt * & fouvent le fil échappe tout-à-fait de la main du Porgeur, & du doigt du Remetteur ; & fi le Porgeur veut le reprendre, il faut qu'il quitte la foie qu'il a dans fa main gauche.
- il faut que le fil foit un peu roidi, pour que le Remetteur le fente ; la foie eft fi fine & fi douce lorfqu'elle eft teinte, que pour peu que les brins foient lâches/ on ne les fent pas fous la main. Il faut donc qu'on trouve un moyen de les y faire fentir, puifqu'on ne fàuroit les voir fans fe déranger : ce moyen eft de tenir le fil tendu.
- Tout le foin du Remetteur dans une telle circonftance, confifte à bien choific fes mailles ;pour ceteffet il doit ouvrir entre les mailles paflees & celles à palier, le plus grand elpace poflible, afin que la clarté de l'endroit où il travaille , fe porte fur les liflerons ; car c’eft contre les liflerons qu’il doit porter le doigt index de la main gauche , pour y prendre l'ouverture de la partie inférieure de chaque maille. Quand il a pris cette ouverture , il y met les quatre doigts à la fois ; il les remonte jufqu'à la jonélion de la partie inférieure , à la partie fupé-rieure de chaque maille ; ce n'eft même qu'à cette jonétion qu'il fait choix de fà maille $ cat en en prenant la féparation contre le iifleron, il doit enfoncer les
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- Hoigts dans une douzaine ou environ ; Sc quand il eft à cette jonétion des parties des mailles, il courbe le bout de fa main, de forte que les doigts étant prefque tendus, leurs bouts penchent du côté du lifleron inférieur ; alors le Remettent voit toutes les mailles dans lefquelles il a paffé les doigts, rangées à côté Tune de l’autre : dans ce même inftant il avance le pouce fur le doigt index, Sc en laiiîànt échapper toutes les mailles qu’il avoit d’abord prifes, il en retient la première , Sc avec le doigt index Sc le pouce de la main droite, il ouvre la partie fupérieure de la maille retenue pour y porter les doigts, comme nous le fait voir la main B de la figure 6, obfervant néanmoins que de la poignée de mailles qu’il tient dans la main droite > aucune ne lui échappe, que celle dans laquelle il va palier le fil. Ce foin n’eft pas bien difficile, parce qu’à mefiire qu’il prend la maille à la jonélion de fes parties avec fa main gauche, il ouvre les deux derniers doigts de la main droite pour la lailîer fortir d’entre les autres mailles ; Sc dans l’inftant qu’elle en eft féparée, il referme ces deux doigts fur toutes les mailles , & en même temps il ouvre le fécond doigt, l’index Sc le pouce, pour lailîer entièrement libre la maille à palier : par ce moyen on peut très-aifément tenir cinq cents mailles dans la main droite , ( on obferve qu’il y en ait à peu-près une égale quantité de chaque lilfe, ) Sc les lâcher toutes une à une, fans que les autres puilfent les fuiyre qu’autant qu’on le veut, ou que l’on n’y prend pas garde.
- Ce détail pourroit faire croire que ce foin entraîne une grande longueur pour le Remettage j mais c’eft ce même foin qui l’accélere, & fans cette précaution , ce qui fe fait dans un jour, ne fe feroit pas dans quatre.
- J’ai annoncé plus haut deux méthodes pour palier les fils dans les mailles à crochet : on vient de voir la première 5 je palfe à la fécondé.
- Pour crocheter le fil qu’on veut palier dans une maille {ans lever la lifte , on commence par palier les quatre doigts dans la féparation de la partie inférieure de la maille qu'on remonte à la jonétion, comme je l’ai dit tout-à-f heure ; alors ayant fait choix de la maille, le Remetteur prend de la partie inférieure de la maille, la branche d9 fig. p , qui eft [de fon côté dans les trois derniers doigts dp la main gauche C; en même temps avec la main droite D, il tient entre le doigt index Sc le pouce , la branche e de la partie fupérieure de la maille , & lui fait former une grande ouverture , afin que le doigt index de la main gauche C9 y entre librement pour accrocher le fil£, que nous fuppoferons être donné par le Porgeur, ou plutôt dans le moment que le Porgeur le donne : à mefure que ce fil eft accroché , le Remetteur replie le doigt qui le tient, le mieux qu’il lui eft poflible, pour qu’il ne lui échappe pas ; il retire ce doigt de l’entre-deux de la partie fupérieure de la maille, Sc dans l’inftant il drefle le fécond doigt de cette même main, qui eft entre les branches de la partie inférieure de cette même maille, & le porte fur une partie du fil : voyez la figure jo, où le fil F fe trouve accroché par le doigt index de la main G, Sc en même Étoffes de Soie. VIL Part. C 4
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- S85 L’ART DES ÉTOFFES DÉ SOIE.
- - temps pris entre le fécond & le troifieme doigts de cette même main, de maniéré qu’il paffe devant la branche f de la partie inférieure de la maille. En fuiyanc cette pofition, on verra que le Remetteur laifle aller le fil en tendant fon doigt index, & le retire avec les deux autres doigts qui le tiennent entre les deux branches/, g> de cette maille ; enfuite il le tend & l'accroche au valet comme celui Z >fig* 8. Le Remetteur, après avoir tiré le fil avec les deux doigts qui le tiennent, le reprend [avec le pouce & les deux premiers doigts de la main U 9 fig. il, & dans cet état il finit d’en retirer le bout A, & l’accroche au valet comme je viens de le dire a 1 inftant.
- Voilà les deux méthodes dont fe fervent les Remetteurs pour pafler les fils dans les mailles à crochet. Ainfi les Remetteurs qui ont pour principe de lever la lîfle , ne crochètent pas ; & ceux qui crochètent , ne lèvent pas la lilîè.
- De ces deux méthodes, on doit préférer la fécondé, parce qu elle eft plus prompte, Sc que d’ailleurs elle ne fatigue pas les mailles; car la première fait fouvent cafler des mailles, fur-tout quand les liflerons inférieurs font un peu lourds y car pour pafler les doigts dans la jonélion des deux parties d une maille , tels que nous le voyons en i, i, fig. 6, il faut au moins faire monter le lifleron inférieur de 2 pouces ; alors il n eft porte que par la feule maille dans laquelle on pafle les doigts: auflî ceux qui fuivent cette méthode, & qui fe trouvent pafler un vieux remifle, ou un remifle où le fil eft tendre, à tout moment caflent des mailles , au lieu qu’en crochetant le fil fuivant la fécondé méthode que j’ai décrite, on peut, fans craindre de caflèr les mailles, pafler toute forte de remifle.
- Nous venons de voir la maniéré de pafler les fils aux mailles a crochets, voyons comment on s y prend pour les mailles a couliflè.
- On doit fe fou venir que la maille à couliflè eft une double maille, à laquelle la jonélion des parties qui la compofent, font plus bafles Tune que l’autre. J’ai expliqué dans l’Art du Remiffeur, pourquoi l’on fe fervoit de cette maille par préférence à celle à crochet; je n’entrerai plus dans aucun détail à cet égard : je dirai feulement que les mailles à codifiés font tepréfentées dans l’Art du Remi£ feur, par les figures 2,4, 6 & 8 de la Planche r, & par celles 2, 3 & 5 de la Planche 2. Par ces figures on voit le grand & le petit couliflè ; mais comme la maniéré de pafler les fils à l’un ou à l’autre eft la même, il faut les entendre tous les deux à la fois. Ainfi on remarquera que le fil F de la figure 2, PL 2 , eft pafle à codifies : c eft donc de la maniéré de pafler ces fils, que nous allons nous occuper.
- Tous les Remetteurs qui le piquent de bien pafler un remifle à coulifles, placent les lifles de maniéré que la haute maille fe préfente la première, par ce moyen il leur eft très-facile d’avoir la fécondé.
- Les mouvements ordinaires de tous les Remetteurs pour prendre les mailles, font les mêmes que ceux que nous ayons vus pour les mailles à crochets, excepté
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- Septième Section. I. Part. Du Remettage: 287
- qu’au lieu de prendre une feule maille, il faut en prendre deux pour paflèr un feul fil, de forte que ces deux mailles font réputées n en faire quune , pui£ qu’elles ne font mouvoir qu’un fil.
- Dans le Remettage des mailles à couliflè, fur-tout pour le petit coulilîè, on a deux méthodes fomblables à celles que nous venons de voir pour les mailles à crochet. Certains Remetteurs lèvent la lifte , 8c d’autres crochètent : ici. comme aux mailles à crochet, 8c par les mêmes raifons, on doit préférer de crocheter le fil à lever la liife. Cependant je vais mettre fous les yeux Tune 8c l’autre, puifqu’elles font toutes deux en ufàge, même dans nos principales villes de Manufactures.
- La figure 12, PL 27, fait voir une main gauche /, qui a les deux premiers doigts pâlies dans le coulilîè ; le fécond eft replié for les autres, & renferme dans la paume de la main les deux parties inférieures k de la maille, au-delfous de leur jonétion, tandis que le doigt index s’avance pour prendre le fil L, & le palier comme celui F> que nous avons vu à la figure 2 de la Planche 2, de l’Arc du RemilTeur. Il faut fuppofer ici que le bout m du fil Z, eft le côté qui eft aux cannes, 8c que ce fera le bout n que le Remetteur tirera vers lui. Du relie, pour parvenir à porter les deux doigts dans le coulilîè, il pallè la main dans la partie inférieure des mailles, comme on le voit en K>fig. 13 ; & quand les doigts font montés jufqu’à la jonétion 0 de la maille M, avec la main droite le Remetteur tient la partie fopérieure de cette même maille ouverte, & y porte deux premiers doigts de la main gauche, en faifant lever la jonétion p de la maille N’. Il n’en fait pas de même lorfqu’il veut crocheter le fil ; car quand il a choifi là double maille , il commence par féparer celle M de celle N , comme le fait appercevoir la figure 14, où l’on remarque que la main gauche O , tient dans fes trois derniers doigts la branche q de la première maille, tandis que la main droite P tient la branche r de la partie fopérieure de la fécondé maille , fans laiffèr aller la partie Q des mailles qui font dans cette même main. Dans cet état, en fermant tout-à-fait les trois doigts de la main O fur la branche q, il avance le doigt index dans l’ouverture s de la fécondé maille, comme on le voit en r, fig. 1^, où la main R porte ce doigt dans l’ouverture s, pour accrocher le fil T, 8c le retirer dans cette même ouverture fans que la main /^quitte la branche de la fécondé maille qu’elle tient : il foffit, pour attirer ce fil, de recourber le doigt index feulement, comme nous le fait voir la main X, fig. r 6 > 8c en même temps le fécond doigt fe porte for une partie du fil y, pour le pincer entre lui & le troifieme doigt ; 8c quand il eft ainfi pris, le doigt index abandonne ce fil aux deux autres doigts, qui le tiennent, & qui dans l’inftant le font paflèr dans l’ouverture v de la première maille ; alors on eft certain que le fil eft pafle for la jonélion des parties de la féconde maille, & fous celle des parties de la première, ainfi que le repréfente le fil £ de la figure 17. En retirant ce fil de • l’ouverture v , le Remetteur le prend entre le pouce 8c les deux premiers doigts :
- Planche
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- s88 L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE<
- —. » (voyez en x, fig. 11 ), & de-là il l’arrête dans le valet y 17,
- Planche Voilà en quoi confifte la maniéré de paflèr les fils dans les mailles à petit cou-lilîe* Le grand coulifle fe pafle de même fi l’on veut ; mais comme l’efpace qui régné entre les jonélions des parties des deux mailles de ce coulifle, eft fort grand, -voyez la figure 7, PL 1, de l’Art du Remifleur, ou plutôt celle 3 , PL %, on peut remarquer qu’il eft facile de pafler un & même deux doigts à la fois dans cet efpace, de forte qu’on peut prendre le fil que préfente le Por-geur, fans être obligé de lever la lifle , ni de contourner les doigts en aucune maniéré , fans craindre néanmoins de fatiguer les mailles : du refte il n’y a rien de différent entre les mailles à petit coulifle ou à grand coulifle, & celles à Crochet : on en fuit le cours comme nous l’avons vu, 8c comme le repréfente la figure 4, en foppofant que les huit mailles qui font à cette figure, foient ai coulifle.
- Il nous refte à voir la maniéré de pafler les fils dans les mailles à nœud. pi 111 ««y J’ai fait obferver dans l’Art du Remifleur, qu’avant que de retirer les lifles à Planche nœud du Métier , on prenoit la précaution de pafler un fil E, fig. y , PL 10, qui s’étendoit dans toute la lifle , & pafloit en même temps dans tous les nœuds. J’ai dû faire remarquer alors que ce fil de voit refter dans ces nœuds jufqu’à ce qu’on eût paffé les fils d’une chaîne dans le remifle ; cela eft abfolument nécef-fàire, à caufe de la pofition de chacune des mailles, 8c encore plus pour faciliter le paflage de ces mêmes fils ; fans cela les deux côtés de l’ouverture de chacun de ces nœuds, fe rapprochent, & le fil des mailles s’entord à cet endroit plutôt que dans le refte de la longueur de la maille. Quelques Ouvriers , pour plus de précaution , au lieu de pafler un fil ordinaire à cet endroit, y paflent une ficelle très-unie, ou pour le moins un fil très-gros, afin de mieux faire préfenter l’ouverture du nœud au Remetteur. Ce Remettage exige des attentions 8c des , foins particuliers : la Planche 28 nous les fera connoître, & nous donnerons tout ce qui manque pour le Remettage des Etoffes unies, telles que le Taffetas,* &c. \
- Malgré la différence qu’il y a entre le Remettage des liiïès dont les mailles font à nœuds, avec celles que j’ai mifes fous les yeux du Leéteur , je me ref; treindrai à une defcription très-fuccinéle.
- Nous avons vu précédemment qu’on a foin de mettre toutes les lifles qui compofent un remifle, à la même hauteur 8c de niveau ; il faut ici au contraire élever beaucoup plus la derniere que les autres, c’eft-à-dire, qu’elles aillent par gradation fuivant une pente très-fenfible, afin qu’on ne foit pas borné par les fils ou les ficelles qui paflent dans les nœuds, 8c qui, fe trouvant fur la même ligne, gêneroient la paflette dont on fe fert ; car ici il n’eft pas poflible de pafler les doigts dans les nœuds, on rifqueroit de les agrandir ; on ne peut pas non plus les enfiler comme les maillons : il faut donc que la palfecte fopplée au défaut des doigts.
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- Sêptîemï: Section, t. Part. Du Remdtagei 28$
- £»a figure I, PL 28 9 fuppofo une lifle dont les mailles font à nœuds : il eft aifé de reconnoître que fi Ton mettoit piufieurs lifles femblables Tune devant Planche 1 autre, le fil A fo trouvant à la même hauteur à chacune, le premier gêneroit 28“ le fécond, celui-ci le troifieme, & l’un l’autre ils fe couvriroient ; au lieu qu’en élevant de 2 lignes l’un plus que l’autre , le Remetteur trouvera un dégagement pour Ion travail * qui lui fera d’autant plus avantageux, que les fils eux-mêmes lui indiqueront la maille qu’il doit prendre, ou, pour le moins, lui feront apper^ cevoir la lifle où il en eft ; car fi dans le Remettage ’des mailles à crochets 3c à couiifle, le Remetteur eft obligé d’avoir l’œil fur. les liflerons inférieurs des lilïes * ici il faut néceflàirement qu’il porte fon attention fur les fils qui paflent dans les nœuds des mailles, puifqu’il n’eft pas poflible de porter les doigts dans les ouvertures b, b\ b , &c. de ces mêmes mailles formées parle lifleron B s Sc que cela feroit inutile ; il faut au contraire qu’il choififle les mailles avec le bout de la paflette qu’il tient de la main gauche pour la pafler dans le nœud, comme on le voit en C 9fig. 2 ; tandis qu’avec la main droite il écarte les mailles à enfiler , pour ne laifler pafler que celle dans laquelle 011 vient de placer le fil. Cette précaution eft néceflaire pour empêcher que les mailles ne s’entre-fùivent lorfi qu’on tend le fil paflfé pour le mettre au valet D 9 car jamais l’ouverture E , qui fe fait entre les mailles , tant par la tenfion des fils arrêtés au valet, que pat leur propre pofition, ne feroit affez grande pour donner au Remetteur la liberté du choix des mailles , ni pour pouvoir les y diftinguer.
- A mefure que le Remetteur a enfilé la paflette dans les nœuds de la maille y
- 11 j’enfonce de maniéré qu’elle reflorte de l’autre côté du remifle, afin que le Porgeur puiffe accrocher le fil dans la fente qui eft au bout ; le Remetteur , en la retirant, amene le fil à lui, & l’accroche en même temps au valet* Il faut, dans cette opération, que le Remetteur tienne cette paflette horizontalement,
- & que l’ouvertre de la fente foie en deflîis, afin que le Porgeur foit plus à portée d’y mettre le fil, & qu’il le faflè fentir par un peu de roideur, parce que la pofition du Remetteur ne lui permet pas de voir le fil, 8c que cette tenfion fuffit pour l’avertir que ce fil eft accroché, ce qui eft bien plus prompt que de l’avertir par un mot.
- Dans le Remettage dont nous nous occupons içi, le Porgeur doit avoir les deux mains libres , pour mieux faire fentir au Remetteur la roideur du fil qui l’avertit ; pour cet effet on emploie une des méthodes repréfentées par la figure
- 12 de la Planche 26 , fuiyant laquelle on difpofo la foie de maniéré que le bout foit dans un papier plié comme on le voitfig. 13 , même Planche, ou plutôt dans un livre 9fig. 17 ; par ce moyen il prend les fils aux cannes avec la main droite" un à un ; il avance cette main Fyfig• 3, PL 28 9 contre le remifle, en même temps il porte la main gauche G fur le fil pour le tendre & le porter dans la fente d de la paflette U9 ôc par le même mouvement il tire le fil I, pour en faire fortir le bout d’entre les feuillets du livre K% que nous devons confidérer comme
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- Planche
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- spo DA RT DES ÉTOFFES DE SOIE.
- s fufpendu par la ficelle ef & tendu par cellef, quon fait tenir à un pied de Métier ou autre part, comme je l’ai dit ailleurs.
- Quand le Porgeur a ainfi placé le fil dans la paflette , il l’abandonne au Re-metteur , qui le tire à lui, & dans ce temps-là il en prépare un autre, & attend que le Remetteur préfente le bout de fa paflette. C’efl; de cette attention que dépend la célérité du Remettage ; car on doit appercevoir que quelque foin qu’on y apporte, il efl: par lui-même beaucoup plus lent que ceux où l’on pafle les fils avec les doigts : auflfi n’eft-il guere en ufage parmi les Fabriquants en Etoffes de Soie, Je ne connois que Paris qui l’ait particuliérement adopté pour les lifles à mailles à nœud * & même ce ne font que celles à grand nœud, que les Ouvriers de cette Capitale ont mis en ufage pour s’en fervir comme d’un grand coulifle ; plufieurs ont même l’habitude d’y pafler les fils avec les doigts, parce que l’ouverture des nœuds étant de 2 pouces & demi au moins, permet au Remetteur d’y pouvoir pafler le doigt, & de crocheter'les fils à mefore que le Porgeur les avance ; & comme par cette opération bien des nœuds s’agrandiffent, pour les ramener à la hauteur des autres, on fe fort des moyens que j’ai indiqués dans l’Art du Remiflèur : voyez la troifieme Seélion du troifieme Chapitre, à l’article opération, & les figures 4 & y de la Planche 1 o du même Art*
- Les Mes à mailles à nœud font beaucoup plus en ufage chez les Gaziers, que chez les Etoffiers ; aufîi leurs remiffes ne font pas fi embarraflants que ceux des Etoffes ; car ils n’ont jamais que deux lifles, tout au plus, & fou vent ils n’en ont qu’une feule ; néanmoins cette forte deliffe, ou plutôt cette forte de maille ne convient ni à l’un ni à l’autre, & je penfe que ni les uns ni les autres ne de-vroient jamais les mettre en ufage ; cependant la plupart penfent qu’il n’efl pas poffible de fabriquer la Gaze avec des liffes à mailles à petits couliflès : c’efl: une erreur dans laquelle le manque d’expérience les retient. D’ailleurs la ville de Lyon efl: auffi confidérable dans fa fabrique pour les Gazes, que Paris ; & les Métiers que j’y ai connus avoient les mailles de leurs remifles faites à petit coulifle.
- Le Remetteur qui s’occupe à pafler les remifles à mailles à nœud, doit prendre une précaution convenable pour que les fils qui enfilent les nœuds n’échap* pent pas ; il doit auflî prendre garde de les ranger de maniéré qu’ils lui facilitent le Remettage, en les tenant aflez tendus pour qu’ils fe prêtent aux mouvements qu’il efl: obligé de faire, & qu’ils reprennent leur tenfion.
- J’ai vu des Rcmetteurs attacher ces fils aux liflerons inférieurs de la lifle à laquelle ils appartiennent, tandis que d’autres les attachent aux dernieres mailles , pourvu qu’ils foient bien tendus. Ce que j’ai vu de mieux à cet égard, efl ce que nous fait voir la figure I de cette Planche, où le fil A efl attaché par fes deux bouts aux cordes L, L, qui font fufpendues au lifleron M, & auxquelles font attachés deux contre-poids N» N* on voit par-là qu’il efl: impoffible que ce fil ne foit toujours tendu, ou que du moins il ne reprenne fa tenfion j de plus il
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- Septième Section. I. Part. Du Rzmettagè. api
- peut fo prêter a tous les mouvements du Remetteur (ans craindre dé perdre fà ? tenfion, parce que faifant décrire une ligne oblique aux cordes L,L9 depuis le lifleron jufqu’aux points g, g, ou il eft arrêté , la force des contre-poids N, N » qui, naturellement, doit tenir ces cordes tendues, en leur faifant chercher la ligne perpendiculaire, doit néceiîairement roidir ce fil. Tout ce qui peut rebuter dans cet arrangement, c’eft qu’il exige un peu de temps, Sc une certain^ quantité de contre-poids ; mais je crois quon pourroit l’abréger en joignant tous les bouts des cordes qu’on met à un des côtés du remiffe , pour que toutes en-femble ne portent qu’un feul contre poids ; ainfi pour deux, quatre, fix Sc huit lifles deux contrepoids feroient fuffilànts*
- Quoique je ne fois pas partîfm des mailles à nœud, je le fuis encore moins de celles à crochet ; car celles-ci n’ont que l’avantage de pouvoir y paffer les fils avec plus de célérité ; mais pour la fabrication, je fuis furpris qu’il en exifte une dans nos Manufactures ; Sc s’il faut opter, celles à nœud doivent leur être préférées , comme étant moins fufceptibles de défauts pour la beauté & pour la sûreté de la fabrication, parce qu’une fois paffées, elles peuvent tenir lieu des mailles à coulilïe* Les mailles à crochet ne font néceflaires que pour les fils qu’on paffo delfus ou deiïbus leur jonction, qui ont la liberté d’agir dans toute l’étendue où ils font contenus, comme nous aurons c>ccafion de le voir dans ce Traité, lorfque jè parlerai des Etoffes façonnées, pour la fabrication defquelles il faut que les fils de la chaîne foient pafles delîus ou deflous la maille. Cependant toutes nos Manufactures qui ont la facilité de fe fervir des remiffes de foie, ont adopté les mailles à crochet, pour y paffer les fils comme nous avons vu ,^parce que la foie ronge moins la foie que le fil, & néanmoins on a, fans comparaifon, plus de difficulté à fabriquer l’Etoffe, que fi les liffes étoient à mailles à petit codifie , même de celles faites en fil.
- On vient de voir tout ce qui concerne le Remettage pour le Taffetas, qui convient très-bien à toutes les Etoffes unies, c eft-à-dire, qui n’ont qu’une foule chaîne. Je n’entrerai pas I cet égard dans un plus grand détail, quant à la ma-; niere de pafler les fils Sc faire fuivre les cours des lifles ; à melure qu’il fe pré-fentera quelque chofe de different, je le ferai remarquer, foit pour les Etoffes aune chaîne, foit pour celles à plufieurs; mais je dois obforver que tous les Remetteurs ne forment pas les mêmes arrangements pour préparer les chaînes I être remifes, comme de faire tenir les cannes a>h9fig* r , PL 27 ,aux marches Z,£. Plufieurs Remetteurs ont l’ufoge de faire tenir ces cannes par une double corde 0 ,fig. 4, PL 28 ; cette corde eft attachée par un bout au pied de devant P, & par l’autre au pied de derrière Q \ en forte qu’en croifimt cette corde en A, on place dans les ouverturesp ,p , les deux cannes i, i, qu’on -fait tenu pat leur autre bout à la marche R ; mais on ne fixe ces cannes qu après les avoir paffées dans les ouvertures A, A, de la chaîne S i c eft du côté de la marche M que fe place le Porgeur, qui, par ce moyen , a la liberté de forcir facilement
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- î/ART DES ÉTOFFES DE SOIE: r de fa place , afin qu’il puiffè agir autour du Métier quand il le faut ; cependant quelques Remetteurs difpofont les cannes comme le repréfente la figure y, ou elles font fupportées feulement par la corde Tf qui fait tout le tour du Métier, & qui efl: attachée par chacun de fes bouts aux pieds de derrière V3 V; alors on forme un tour de cette corde for chaque canne /, /, à leurs deux bouts ; après cela on difpofo la foie de la chaîne X, à être paffée foivant les méthodes qui ont été décrites ci-devant ; en attendant on la fait tenir au crochet m, qui efl; fixé à la partie n de la corde T, qui fe trouve entre les pieds de Métier de devant^, y:
- A la première de ces deux figures , les cannes i , i, ne font pas affez contenues pour refler dans un écartement égal à celui que lui donne la marche R pat la corde o ; on a quelquefois l’habitude d’entordre cette corde avant que d’y former les deux ouverturesp%p, dans lefquellesfont placées les cannes. Comme la diftance qu’il y a entre la croifore A & le pied de Métier P3 efl beaucoup moindre que celle qui exifte depuis cette même croifure jufqu’au pied Q , il n’eft pas poflible d’entordre cette corde d’une maniéré fuffifante pour procurer un point déterminé à l’écartement de ces cannes ; alors il vaut mieux laiflêr cette corde dans l’état ou la figure nous la repréfonte , & avec un crochet q fait de fil-d’ar-chal, & dont les recourbements des deux bouts font un peu écartés l’un de l’autre, on donne aux cannes l’écartement qu’on fo propofo. Ce crochet contient en même temps ces cannes de maniéré qu’elles font toujours à leur place : faute de ce crochet, on peut les entourer d’une ficelle qui leur rende le même office; Il efl: à propos que les cannes ne foient pas plus écartées par un bout que par l’autre, afin que le Porgeur ne trouve pas de différence lorfqu’il fépare les fils de la chaîne. Les cannes doivent être extrêmement polies 8c unies, fans quoi la foie s’écorcheroit. Ces cannes font faites de bois dur ; quelquefois ce font des bâtons polis ; mais en général on les fait au tour, & même on les polit avec la peau de chien, avec de la corde & du favon foc, en frottant avec du papier dont on enveloppe la canne : ce foin efl: important pour les rendre parfaites.
- Les verges dont on fo fort pour tenir toujours féparées les envergeures d’une chaîne tout le temps qu’on efl à l’employer pour la fabrication de l’Etoffe, font faites de même que les cannes à tordre ou à remettre ; c’eft le nom qu’on leur donne, excepté qu’elles font moins longues Sc moins grofles. Dans les Manufactures du Languedoc & du Comtat Venaiffin, on fe fort fouvent de véritables cannes, telles que celles qu’on emploie pour les dents des peignes : elles font polies par elles-mêmes, excepté aux nœuds, qu’on a foin de polir, en les raclant avec un verre caffé, jufqu’à ce que les arêtes ne puiffont plus accrocher la foie.
- Ordinairement les verges ne doivent avoir qu’environ 6 pouces de plus long que là chaîne n’a de largeur lorfqu’elle eftpliée ; au lieu qu’en général les cannes à remettre doivent avoir au moins 8 pouces de plus que le Métier n’eft large
- extérieurejQient, fans quoi on fe trouve gêné pour donner les fils quand on en
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- Septième Section» L Part. Du Remettage; &p3
- eft prelqu’aux dernieres portées de la chaîne, parce que le coude droit frappe contre la marche II elle n eft pas afTez éloignée du fécond bord de cette même chaîne ; ceft fans doute ce qui a fait imaginer de faire porter les cannes par leurs deux bouts, par la même corde, comme nous le fait voir la figure y ; mais on tombe dans un inconvénient bien plus grand. Ici, fi les cannes ne font pas bien longues, & qu’on ait à paffer la chaîne d’une Etoffe large, qui, par conféquent > remplira un plus grand efpace dans la largeur du Métier, au lieu d’avoir le couds gêné ,on a tout le corps ; & même cette maniéré de difpofor les chaînes à paffer , ne laiffe aucune liberté au Porgeur, ni même au Remetteur, de forte que ni l’un ni l’autre ne peuvent entrer ni fortir de leur place qu’en fe courbant pour paffer fous la corde qui les environne , puifque la place du Remetteur eft ordinairement entre les deux banques du Métier , & celle du Porgeur eft à peu* près en X> Sc qu’il eft obligé de fo reculer à mefure que fouvrage avance ; c’eft pourquoi il fe trouve infenfiblement adoffé contre la corde T, du côté des bouts Z, /, des cannes, & il eft quelquefois obligé d’en fortir, & de mettre entre lui & la chaîne ce côté de la corde. Tout ce qu’on n’a pas à craindre dans cet arrangement , c’eft que. les cannes ne fauroient changer de place par ces différents mouvements que le Porgeur eft obligé de faire : il y a même un avantage , qui confifte en ce qu’on peut les faire avancer & reculer à volonté en les poufîànt ferme fur elles-mêmes, ou en les faifant tourner en avant ou en arriéré.
- De ces trois méthodes d’arranger les cannes, la première, qui confifte à les fixer aux deux marches, telle que nous le repréfente la figure 3 de la Planche 06, & la figure 1 de la Planche 27, eft la plus commode, en ce qu’on peut tourner autour du Métier, foit pour reprendre les fils qui fe caftent en por-geant, foit pour les commander, foit enfin pour que le Remetteur & le Porgeur ayent la liberté de fe lever & de fe remettre à leur place iàns aucune difficulté. La fécondé de ces méthodes, tenant de celle dont je viens de parler, & qui eft celle fig- 4, de notre Planche aéluelle, laiffe plus de commodité que celle fig. y , ainfi qu’on a dû le reconnoître par la defcription que j'en ai faite ; cependant c’eft celle qui eft la plus en ufàge, parce que les Remeeteurs croyent gagner du temps en plaçant cette corde, qui ne demande d’autre préparation que d’être attachée aux pieds de Métier V, Vy au lieu que les marches exigent d’être attachées aux eftafos du Métier, & retenues par une corde attachée fur une partie de leur hauteur, comme celle r,fig. 6, qui eft attachée à la marche de maniéré que les bouts s, s, font fuffifàmment longs pour pouvoir attacher les cannes, & les fixer à la hauteur où elles doivent être. On commence par attacher la corde r à la marche, parce qu’elle facilite beaucoup l’arrangement des cannes, & que les cannes étant à la hauteur où on a voulu les fixer > ne peuvent pas defcendre, quoique le Porgeur s’appuie très-fouvent deflùs ; & fi l’on fe contente de fixer les cannes par une corde volante qui ne foit pas fixée par quelque tour féparément à la marche, on voit infenfiblement les cannes fe Étoffes de Soie. VIL Paru E 4
- Planche
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- 294 VA RT DES ETOFFES DE SOIE; bailler, ce qui caufe du dérangement Sc du retard dans le Remettage.
- J'ai rencontré tous les obftacles poflîbles dans le Remettage ; j'ai été fi fouvent dans le cas de le faire moi-même , que j’ai eu occafion de reconnoître tout ce qui pouvoir être nuifible ou avantageux à cette partie elTentielie du montage d’un Métier : auflî n’eft-il pas de moyen que je n aye cherché pour le rendre sûr, prompt & facile. J’ai trouvé celui de placer les cannes très-folidement & très-proprement , fans me feryir ni de cordes ni de marches. Je fis faire un banc comme celui fig. 7, dont la longueur étoit conforme à la plus grande largeur des Métiers que j’avois dans ma Fabrique, afin quil pût être employé à tous. *
- Ce banc eft compofé d’une planche A , portée for quatre pieds B9 B, B, B 9 élevé d’environ 18 à 20 pouces; les pieds font dans un écartement plus confidé-rable par le bas que par le haut, afin de donner plus d’alîîette & plus de folidité au banc ; d’ailleurs le bas de ces pieds ne pouvoit être alfemblé par aucune tra-verfe, fur-tout dans fa longueur , parce qu'en le plaçant à travers le Métier , foit pour le Remettage , (oit pour le tordage , car il étoit utile à l’un comme à l’autre, l’alfemblage du bas n’auroit pu avoir lieu à caufe des marches qu’on doit fuppofer en long dans le Métier. La planche A du banc a deux grands trous qui reçoivent les montants C , C > dans lefquels palfent les cannes DfD • ces montants font conftruits de maniéré qu’on peut les faire monter & defeendre fans beaucoup de peine, pour placer les cannes à la hauteur qu’on juge à propos ; pour cet effet on retire les chevilles t, t, qui font dans là planche A du banc & qui font cenfées être placées dans un des trous v,v,v,v, &c. pratiqués dans l’épailfeur des montants C> C, pour les placer dans un autre plus haut ou plus bas, fuivant le befoin ; les cannes D> D, font à leur aife dans les trous des mon* tants , en forte qu’on peut les en retirer & les y remettre facilement.
- Quand on veut remettre une chaîne, ou la difpofer pour le Remettage, ori place le banc dans le Métier , à l’endroit où doivent refter les cannes ; enfuit© on tire la chaîne à la longueur convenable au Remettage : à cet inftant les montants Dy D du banc, font dépourvus des cannes, que je n’y ai jointes que pour qu’on vît comme elles doivent être placées lorfqu’elles tiennent l’envergeure ; c’efl: donc quand on a tendu la première longueur de la chaîne, qu’on place les cannes : ainfi en ouvrant la première partie de l’envergeure du côté de l’enfu-ple, on place la première canne ; enfuite on fait couler l’envergeure pour avoir affez de longueur de foie entre l’endroit où le Remetteur doit fe placer, & l’en-» droit qù doit être la fécondé canne ; je les mettois aux montants du banc de la maniéré qu’on les y voit. Quand les cannes font ainfi placées, on les arrête en dehors des montants, au moyen de deux morceaux de fil-d'archal x, x 9 qui enfilent les deux cannes : par cette précaution elles ne peuvent plus fortir ; & afin que ces morceaux de fil-de-fer ne fe perdent point, on les attache avec une petite ficelle y 9y, à chacun, qui tient par l'autre bout aux petites chevilles
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- SepîieMë Seêïïon I. Part, Du Remettàgèl j
- Par Cet arrangement on prévient toutes les difficultés qui pourroient le rem* trer, tant à caufe des marches qu’à caufe des cordes; dailleurs il m’étûic fore libre d’avancer ou de reculer le banc à proportion de ce qu’on pouvoit rouler ou dérouler de la foie. Je pouvois auffi le porter à droite ou à gauche du Métier , fuivant le befoin.
- Si je craignois que le banc ne Fût pas affez folide , for-fcout quand j’avois à faire à un Porgeur ïàns attention, j’avois foin de charger ce banc avec une groffo pierre for la planche A. Les trous a> a , , a, qui font pratiqués aux deux
- montants, font faits pour, dans certains Remettages, pouvoir placer deux cannes de plus pour l’envergeure d'un poil ; mais je ne le faifois que par extraordi* naire ; car en cela je n’ai jamais fuivi l’ufàge de certains Ouvriers 8c Remetteurs , qui, s’ils ont fix chaînes à faire entrer dans une Etoffe, les paffent toutes à la fois. J’aurai occafion de faire connoître combien on doit éviter cette façon de remettre, par les difficultés qu’on y rencontre, & par le rifque qu’on court d’y faire des fautes.
- J’avois encore trouvé un moyen fort fîmple pour préparer la foie d’une chaîne à être remifo, & qui tenoit lieu du banc qu’on vient de voir ; c’étoient deux montants femblables à celui flg. 8, qui eft planté dans un bloc E, qui lui fort de bafe ; les trous bb,cc9ddy ee, Sec. qui font au haut de ce montant, font faits pour recevoir les cannes : du refte elles font placées comme aux montants C, C, de la figure qui vient de nous occuper. Un focond montant pareil à celui que nous ayons fous les yeux, eft placé en face de celui-ci , dans le fons des deux montants de la figure 7 ; la différence qu’il y a entre la hauteur des trous b b, c c, dd> £<?, eft pour pouvoir placer les cannes à différentes hauteurs, parce qu’on n’a pas la faculté de monter ou de defcendre le montant jF’au-deffos de fon bloc, comme on fait aux montants C>C9 dans le banc A*
- Ce n’a été qu’après avoir trouvé quelque difficulté à placer les cannes comme je le voulois fur ce montant, que je pris le parti de faire conftruire le banc que nous avons vu , & que je lui préféré à tous égards, excepté qu’il eft plus facile de le loger & de le tranfporter ; car du refte il lui eft beaucoup inférieur, & je ne m’en forvois après que dans les moments où le banc étoit occupé ailleurs j cependant je préférois ces montants aux cordes & aux marches qu’on emploie pour porter les cannes.
- Quelle que foit la maniéré de placer les cannes, on doit toujours rechercher le moyen le plus sûr & le plus aifé pour placer le Porgeur, afin qu’il foit toujours à portée de donner les fils avec toute la précifion & avec toute la célérité poffible ; qu’il ne foit jamais gêné, & que depuis le commencement jufqu’à la fin du Remettage , il foit à portée de préfonter les fils également au Remetteur : du refte il doit faire attention , en donnant les fils, de les préfonter fimples , fi la chaîne a été ourdie fimple, ou doubles, fi elle a été ourdie à fils doubles. Il eft vrai que c eft au Remetteur à lui faire faire cette attention en commençant,
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- %96 L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE. de forte que fi la chaîne eft ourdie fimple & double, il doit donner alternativement un fil fimple & un fil double ; prendre garde, fur toute chofe, de ne point partager les fils doubles. Il en eft de même des fils triples ou quadruples : chacun d'eux, dans l'ourdiflàge, ne compte que pour un , ainfi ils ne doivent pas être féparés au Remettage. Si donc la chaîne eft ourdie fimple, double, triple ou quadruple, on les paffera par deux , par trois ou par quatre dans les mailles j c'eft au Porgeur à prendre garde de ne point les divifer.
- Voilà tout ce qui concerne le Remettage : paflons à l'opération fuivante.
- §, IL Du pujfage des Peignes, ou du Piquage en Peigne.
- Àpre's qu'on a remis une chaîne, on la pafle dans le peigne qui doit fabriquer l'Etoffe ; ce peigne doit avoir la largeur convenable pour cette Etoffe, Sc conforme à celle du remiffè. Quant au nombre des dents, il doit être égal au nombre de parties dans lefquelles on veut divifer la chaîne ; en forte que fi cette chaîne eft compofée de fix mille fils, & qu’on doive mettre quatre fils dans chaque dent, le peigne fera compofé de 1500 dents ; & fi la chaîne fe trouve de trois mille deux cents fils, & qu'on ne doive mettre que deux fils par dent au peigne , il faudra un peigne de 1600 dents ; ainfi toutes les fois qu'on voudra lavoir le compte d'un peigne qu'on doit mettre à une Etoffe , il s’agit de lavoir de combien de fils la chaîne de cette Etoffe eft compofée, & combien on doit mettre de ces fils dans chaque dent du peigne ; de forte que fi l’on doit mettre deux fils dans chaque dent, on divife le nombre de la chaîne par deux ; fi c’eff quatre, on le divife par quatre ; fi c’eft fix , on le divife par fix, &c ; & ce qui refte au quotient eft le nombre des dents que doit avoir le peigne.
- Je ne dirai rien ici à l’égard du peigne ; on confulterale Traité du Peigner, qui précédé celui-ci. J’y ai expliqué les raifons qui doivent déterminer à employer le peigne de canne ou celui d'acier ; comme c eft aux Fabriquants à fe déterminer fur le choix de ces deux genres de peignes, je m'en tiens aux raifons que j'ai données. Je ne vais m’occuper actuellement que de la maniéré de paffer la foie dans le peigne.
- J'ai fuppofé que la chaîne qu'on vient de remettre, étoit pour un Taffetas à quatre liftes ; cet exemple fervira à faire comprendre tous les paflàges de peigne pour les Taffetas ; & à mefure que je me trouverai aux autres Etoffes, j’y expli. querai ce qu'elles ont de particulier.
- D'abord qu'on a remis une chaîne, on commence par élever le remifle à une hauteur convenable pour que le Porgeur puifle piquer, & que le Remetteur puiffe , fans fe fatiguer, voir & donner les fils en même temps ; car ici c'eft ordinairement le Remetteur qui donne les fils au Porgeur, ou plutôt au Piqueur ; par-là il eft à même de voir s’il a fait quelques fautes en les paflant dans le re-miife, <3c de les corriger s'il eft poflible. Ce que je dis de mettre le remiffe à
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- Septième Section.!. 1?art. Du pujfage des Peignés. 29J üne hauteur convenable, fuppofo que le remiffe doit être plus haut pour piquer le peigne , qu’il ne l’eft pour remettre. Cette hauteur na rien de déterminé : elle doit être fixée par le Remetteur Sc le Porgeur qui travaillent, & qui doi-. vent la régler à proportion de leur grandeur , & de maniéré quils puiflent exécuter le plus commodément poflible le paflàge du peigne*
- Quand le remiffe eft fixé à la hauteur propre au paflàge du peigné, ôn commence par préparer ce peigne pour pouvoir le fulpendre devant le remiffe ; cette préparation confifte à mettre à chaque bout du peigne un gros fil à, a , fig-i* PL , qu’on pafle entre les dents de force & les gardes b, b du peigne A J c’eft avec ces fils qu’on enyeloppe les bouts des lifferons c,c,r,cdu remiffe B , fig. 2 , Sc fur lefquels on en fait autant de tours qu’il en faut pouf que les jumelles inférieures du peigne viennent à peu-près à la hauteur de la jonétion des parties des mailles. Si le peigne eft neuf, on doit prendre garde de le placer du côté que le Peigner a fixé devoir être devant, & que les jumelles qu’il a marquées pour être en deflus, foit placées aufli conformément à la marque du Peigner, qui, dans fos dernieres opérations, porte quelqu’attention de plus for un côté que fur l’autre, Sc qui d’ailleurs doit être plus à portée de connoître les foins qu’il y a pris, que l’Ouvrier qui pafle le peigne, puifqu’on n’en peut connoître la valeur que lorfqu’on l’a mis en ufàge, Si le peigne a déjà forvi, on doit encore faire plus d’attention à le placer de maniéré qu’il foit dans le même fens où il a été employé, parce qu’il eft à préfumer que les mouvements qu’on lui a fait faire, ont donné une direétion aux dents qu’on ne làuroit faire changer qu’au préjudice de la foie qu’on va pafler dedans*
- Je n’entrerai pas à cet égard dans une diflertatîon ennuyeufe pour faire cori-noître la caufe qui fait changer la direétion des dents ; j’ai fait moi-même beaucoup d’obfervations ; j’en ai examiné tous les réfoltats, je n’ai pu reconnoître qu’une feule caufe de ce renverfement : celle du balancement du remifle, qui, en fe portant de droite à gauche, Sc de haut en bas, fait changer en quelque façon la polition des dents, ou les courbe d’une maniéré infonfible. Quoi qu’il en foit, il eft certain que fi un peigne a forvi feulement à foixante aunes, fur-tout à une Etoffe mince, Sc qu’on le pafle fur un autre fens * c’eft-à-dire , que ce qui étoit devant on le mette derrière, on aura toutes les peines imaginables pour fabriquer l’Etoffe : on verra la foie s’écorcher, Sc les fils fe cafler à tout inftant, fans en pouvoir deviner la caufe. Il y a plus, Sc c’eft ce qui m’a le plus finguliérement furpris, c’eft qu’en retournant un peigne de haiït-en-bas, on fo refîent bientôt du changement de pofition qu’on lui a donné. Je reviens à mon objet*
- Quand le peigne eft fufpendu, le Remetteur s’aflied devant le rernifle fur une chaife , dont la hauteur lui permette de voir facilement les fils qu’il à à donner au Piqueur : ici celui qui pafle les fils dans le peigne , eft appellé Piqueur, St celui qui les fournit eft le Donneur, Sc c’eft du premier de ces deux Ouvriers,' Étoffes de Soie. VU. Part* F 4
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- 298 HART DES ÉTOFFES DÉ SOIE. que cette opération tient fon nom ; car on dit plus communément piquer en. peigne , que pajjer un peigne. D’abord que le Donneur eft affis , il fait placer le Piqueur à fa gauche ; ce dernier eft debout, & fe place à côté du Donneur de maniéré à ne le point gêner , 8c cependant il doit lui-même prendre une pofition libre, autant qu’il le peut, pour pouvoir piquer le peigne avec toute la sûreté qu’exige Ion opération. Il faut remarquer ici que la pofition du Piqueur Sc celle du Donneur font fort gênantes, attendu que par l’analogie de leurs opérations réciproques , ils font en quelque façon l’un fur l’autre, plutôt qu’à côté l'un de l’autre.
- J’aurois déliré pouvoir, par une figure, repréfenter ces deux Ouvriers en travail ; mais il n’eût pas été poffible de voir à quoi ils s’occupent, ni même de le faire comprendre dans leur pofition refpeélive; J’ai cherché inutilement toutes les pofitions imaginables pour pouvoir rendre plus fenfible l’opération des deux Ouvriers ; je n’ai pu delïiner que les deux mains du Donneur, & la gauche du Piqueur, leurs corps entiers euflènt caché toute l’opération : au furplus la figure 3 fervira à faire comprendre la figure 2.
- Dès que le Piqueur & le Donneur font placés devant le remilfe, le Piqueur prend le peigne d avec û main gauche C9 fig. 2 ; il replie les quatre doigts de cette main, & tient le peigne fur le premier doigt & fous le pouce, qu’il avance prefque for la fécondé jumelle ; de forte qu’il couvre en quelque façon au moins les trois quarts de la longueur des dents : dans cette pofition il doit tenir ce peigne ferme & à plat ; d’ailleurs l’avancement du pouce fur la longueur des dents , eft indifpenfable pour opérer avec célérité, «infî que nous allons le voir.
- Le Donneur de fon côté prépare la foie qu’il doit donner au Piqueur pour qu’il la paffe dans le peigne ; car c’eft le Piqueur qui, tenant dans fa main droite la palfette e, la porte fuccelîivement d’une dent à l’autre , en commençant par la première après la dent de force, en foppolànt que le compte des dents des lifieres fe rapporte avec celui des fils des lifieres de la chaîne ; mais dans le cas où cette quantité de fils de lifiere ne feroit pas allez confidérable pour emplir toutes les dents des lifieres, le Donneur doit les compter, & déterminer le nombre des dents dans lefquelles il doit les diftribuer ; alors il avertit le Piqueur de porter fa palfette dans telle ou telle dent de la lifiere, lui faifimt obferver que les fils de la lifiere ne doivent pas être palfés dans les dents gentilles. ( On appelle dents gentilles, celles qui forment la féparation des dents de lifiere d’avec celles de l’Etoffe ).
- Tout ainfi difpofé , le Piqueur paffe fa palfette dans la première dent que le Donneur a décidée, & de l’une à l’autre il la porte dans toutes les dents fans interruption, 8c à chacune il préfente le bout inférieur de la palfette au Donneur, en le faifant defeendre à environ 3 pouces en deflous du peigne, la petite - fente qui eft formée à ce bout de palfette f tournée du côté du Donneur, qui,
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- , Sèptïémë Section. ï. Part. Du paffage des Peignes* hçÿ
- à chaque fois qu’on la lui préfènte, y porte avec la main gauche D 9 la quantité de fils qu’il faut pour chaque dent ; tout auffi-tôt le Piqueur la retire du peigne , & par ce moyen attire avec elle la foie. Il faut que cette fente foît unie intérieurement : le fond eft beaucoup plus grand que la fente n’eft large , ou plutôt c’eft un trou auquel la fente communique ; ce trou doit être d’environ une ligne de diametrè , Sc la fente qui y communique eft tout au plus d’un quart de ligne, de maniéré que la foie y glilîe facilement , Sc qu’elle forte du trou fans s’y accrocher. On doit juger que le Piqueur, en retirant cette foie dans lé peigne, Sc portant'la paffette en dehors, n’a pas befoin du fecours de fon autre main pour la ranger ; c’eft avec la paffette elle-même qu’il l’étend lé long des dents du peigne , ce qu’il fait en portant cette paflètte à gauche * & en croifànt fa main droite fur la main gauche , pour que le bout de la paffettè porte la foie au-delà du pouce gauche 9 que le Piqueur porte auffi-tôt fur la foie ; Sc pour tenir cette foie tendue 9 il la preffè contre les dents du peigne : fans cette précaution la foie ferait'en danger de fortir des dents ou elle eft paffée, & l’on auroit à craindre que ces mêmes fils déjà paffés, ne vinffent s’accrocher à la paflètte, Sc qu’ils ne fortifient de leur dent pour venir dans une autre. Il faut , dans cette circonftance 5 que le Piqueur tienne tendue la foie paffée au moins la Valeur d’un pouce Sc demi dans l’efpace des dents qu’il a déjà remplies ; il faut auffi qu’il plonge la paffette 9 en la defcendant près du Donneur, pour lui en préfonter le bout, qu’il la faffe aller dans un double fens oblique 9 de forte que ce même bout, pour éviter qu’il né s’accroche avec la foie déjà paffée , quoique fuffifâmment tendue, s’éloigne de cette foie paffée Sc du remiffe en même temps. Pour bien réuffir dans cette opération, le Piqueur tient le peigne un peu éloigné du remiffeafin que la foie paffée approche même de la ligne horizontale ; alors il eft moins fujet à porter parmi les fils paffés, le bout de la paffette. Il doit avoir encore un autre foin ( Sc de tous c’eft le plus sûr ) ; à chaque fois qu’il a paffé une dent, il doit, avec le fécond doigt de la main gauche qui tient le peigne, contenir la foie paffée, ce qui fe fait facilement en allongeant ce doigt en deffous & raz le peigne, jufqu’aux dernieres jumelles, contre lefquelles ce doigt repouffè la foie, de maniéré quo toute la furface inférieure du peigne fe trouve libre ; par ce moyen la paflètte ne fouroit accrocher nulle
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- part.
- Le Piqueur tient la paffette avec la main droite E 9 fig. 3 , entre le poucé & le doigt index replié de forte que les deux premières phalanges s’étendent le long de la paffette : elle eft prife à peu-près dans le milieu de fa longueur ; & pour fuivre les dents une à une, îl pofè les bouts des deux derniers doigts fur la furface du peigne dans un écartement convenable de la dent qu’il a à piquer, afin que ces doigts fervent de point d’appui à la main, pour qu elle ne chancelle pas.
- Le Piqueur a befoin de toute fon adreffe & d’une bonne vue pout ne fai
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- 3*0 L'ART DES ETOFFES DE SOIE. s piquer deux fois dans la même dent, ou pour n’en point fauter, c’eft-à-dirè , pour n en point laifler de vuides ; car les dents d’un peigne font fi fines & fi multipliées , que pour peu que la vue ou la main varient on peut fort bien porter la paffètte dans une autre dent que celle qu’il faut ; & fi par la force avec laquelle le Piqueur tend la foie des dents dernieres paflees,il ne faifoit pas plier la derniere pofitivement, il ne feroit pas poffible qu’aucun Piqueur pût s’aflurer de pafler un peigne en entier fans y faire quelques dents fortes ou quelques dents vuides : on appelle dents fortes, celles dans lefquelles le Piqueur a porté deux fois de fuite la paffètte. On donne encore à cette forte de faute le nom de dents doubles. A l’un ou l’autre de ces défauts, il n’y a de remede que de dépaflèr la foie depuis l’endroit du trompage, jufqu’à celui ou l’on s’en eft apperçu, fût-ce à la fin du peigne ; mais nous verrons tout-à-l’heure qu’il n’eft pas poffible d’aller fi loin fans s’en appercevoîr, à moins de n’y apporter qu’une foible attention.
- Le Piqueur doit enfoncer la paflette allez avant pour que le Donneur puilîe y mettre les fils fans être gêné 9 ni fans être obligé de porter la main gauche trop haut, parce qu’il n’eft déjà pas trop à fon aife , à caufe de la proximité du Piqueur. Pour bien defcendre la paflette , le Piqueur la pouffe avec le pouce & le premier doigt ; & pour la faire defcendre auflî bas qu’il le faut, au lieu [de tenir le fécond doigt étendu le long de la paflette, de maniéré qu’il fe croife avec elle & avec le pouce, il étend en même temps toute la main , comme on le voit en F, fig, 4 : on y remarque la paflette f enfoncée au point ou elle doit être, & la main toute ouverte & étendue fur le peigne G. Alors pour retirer la paflette , le Piqueur doit fe fervir des deux derniers doigts comme d’un point d’appui quand il retire fa main , pour aller plus vite , & pour ne pas tourner la paflette en biais , crainte que la fente g ne s’accroche avec des dents du peigne, ne les arrache ou ne les cafle, ce qui arrive fort fouvent à des peignes de canne.
- Il n’eft pas furprenant qu’un pareil accident puifle arriver, puifque lespaflettes ne font faites que d’une lame de cuivre ou de fer-blanc, qui n’eft guere plus épaiflfe qu’une feuille de papier un peu fort. On en fait aufti d’os & d’ivoire, dont l’épaiflèur eft à peihprès la même qu’aux branches des éventails. On doit fentir que fi la fente qui reçoit la foie eft un peu fauflée , ou qu’on retire la paf-fette, en tournant un peu trop cette derniere, la dent entrera dans la fente , & fera bientôt caffée. Les paffettes d’os ou d’ivoire fe caflent fouvent , parce qû étant fort minces, elles ne peuvent réfifter au moindre effort ; mais on préféré ces paffettes à celles de cuivre & de fer-blanc , à caufe qu’elles ne peuvent point fe courber.
- Voilà, en général, le foin du Piqueur: voyons actuellement quel eft celui du Donneur.
- Le Donneur doit être exact à ne pas prendre au remiflè plus de fils qu’il n’en faut pour fournir à chaque dent, & il doit faire attention de porter dans la
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- S e f T i e m ê Section. I. Part. Dupajffage des Peignes. 301
- £>affette tous les fils qui doivent y être mis. Si par hafard il n a pas accroché tous les fils, foit par quelque faufle pofition de part ou d’autre, foit par mal-adrefle ^ PL^CHE Scc, il avertit le Piqueur de paftér dans la même ; alors il finit par donner la ( féconde fois ce qu’il n’a pas pu faire à la premièreh
- Il y a une réglé sûre pour que le Donneur ne puifle pas fe tromper en prenant les fils aux remiffes : elle dépend du nombre des fils qu’il faut paffer, & du nombre des lifles dont le remifle eft compofé. Si , par exemple, un remifle n’eft compofé que de deux liifes, & qu’on veuille ne mettre dans les dents du peigne que deux fils à chacune, rien de plus facile pour le Donneur. Il prend dans fa main droite la quantité de foie qui eft contenue dans un des nœuds qu’on N
- a fait en remettant pour divifer la foie de la chaîne , comme nous l’avons vu par la figure 8 , PI. 26 ; le Donneur les tient comme nous le fait voir la main fig. a : ( ces nœuds font communément appellés berlins ),, & avec fa main gauche il divife toute cette foie par deux fils ; 8c comme la première maille de la première lifte, en luiféparant le fil qu’elle contient, féparera en même temps celui que la première maille de la fécondé lifte a reçu au remettage allant ainfi de maille en maille fur la première lifte f chaque fois qu’il féparera des autres la première qui fe préfentera à mefure qu’il aura fourni au Piqueur, il eft certain dé prendre deux fils, & non davantage , parce qu’en cela il fuit la route oppofée de fon remettage, de forte que cette maille, qui a été néceflàirement la dernière du cours, devient celle qui doit féparer chaque cours des autres, parce que la foie paflee fe croifant avec les mailles, fi on a commencé par les der-* nieres liifes, les mailles de la première doivent abfolument faire marcher toutes celles qui ont été paftees devant ; ainfi foit deux , foit quatre, foit lix, foie huit liftes pour un remifle', chaque fois qu’on prendra une maille de la premier© lifte pour la faire paffer à gauche, cette maille emmènera avec elle autant de fils qu’il y aura de liftes dans le remiffe ; ainfi fi l’on veut paffer deux fils en dents , on prendra la maille fur la première lifte, en fuppofant le remiffe à deux liftes ; mais fi le remifle eft à quatre lifles , il faudra divifer le cours en deux ^ de maniéré que pour la première dent, on prendra la maille fur la troifieme lifte, & pour la fécondé dent, on prendra la maille fur la première , & d’une dent à l’autre on fuivra cette alternative tant qu’on aura de la foie à paffer. Pour mieux entendre ce que je veux expliquer , voyons \a figure 5 , pour un remifle à deux lifles, 8c nous reconnoîtrons que fi tous les cours font compofés comme celui que repréfentent les deux mailles H, /, on n’aura qu’à prendre celle /, pour la ramener de droite à gauche ,& on fera afluré que non-feulement cette maille avancera le fil i qu’elle contient, mais que ce même fil fera avancer la maille H & le fil k, qui y eft pafle dedans. Ainfi à confidérer ce cours par ceux que nous devons fuppofer être dans l’étendue du réînifte, toutes les mailles qui feront fur la même lifte que celle où l’on fuppofe la maille /, emmèneront cha-;
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- 302 UART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- cune une maille comme celle H 9 & les fils i, k, que l’une & l’autre conrien»
- dront.
- Quant aux cours des remifles à quatre lifles, la figure 6 fait voir que pour divifer ce cours en deux parties égales, il ne faut que prendre la maille K pour la première divifion , & celle L pour la fécondé ; en forte que par la première de ces deux mailles on féparera les fils /, /, de ceux m , m , & par la fécondé ces deux derniers fils marcheront enfemble , parce que le fil /, qui efl; paffé dans la maille K, fépare la maille M de toutes les autres ; de même que celui m, qui efl: paffé dans la maille L 9 fépare la maille IV de toutes celles du remiffe. Il efl: donc évident que pour féparer deux fils d’un cours de quatre mailles, il faut prendre fur la troifieme liffe, & que pour l’autre demi-cours il faut prendre fur la première ; ( il faut entendre par la première liffe , celle qui fe trouve du côté du Remetteur quand il paffé la chaîne , qui efl: toujours celle qui fe trouve du côté du Donneur , quand on pique en peigne ) : or ici comme ces figures font ifolées, il faut fuppofer que la maille K efl: la troifieme liffe, de même que celle L doit être regardée comme la première, puifqu’elle efl: cenfée être du côté du Donneur.
- Si [l’on veut mettre quatre fils en dent avec un cours de quatre mailles , cette derniere ^figure fait voir que l’on n a qu’à prendre la maille Z, & qu’on verra les quatre fils /, l9m fe féparer des autres, & venir tous par le moyen de celui qui fe trouve paffé dans cette maille , parce que fa pofition efl: telle qu’il fe trouve être placé dans les trois autres mailles, qui compofont ce cours 5 mais fi pour un paffage de peigne à quatre fils en dent, on fe trouve avoir huit liffes au remiffe, le cours des mailles fera inévitablement de huit mailles ; il faudra fo comporter à cet égard comme dans un cours à quatre mailles pour un paflage de peigne à deux fils en dent , en commençant par le milieu du cours, c’eft-à-dire, qu’il faudra partager le cours en deux parties égales; alors on commencera par prendre les mailles de la cinquième liffe pour une dent, & celles de la première pour l’autre dent, & on en ufe de même tout le long du remiffe-; par ce moyen on aura les quatre fils qu’il faut pour chaque dent. Pour mieux entendre cette derniere divifion, voyons la figure 7, qui repréfente huit mailles fuppofées prifes d’un cours de huit lifles, fuppofant les huit liffes elles-mêmes: ainfi la maille O., féparée de celles Q 9 R 9 S, fera avancer fur la gauche celles T, K9 X9 & avec elles les quatre filsp 9p9 p9p , ce qui forme le demi-cours qui doit remplir une dent ; enfuite la maille S fera avancer celles R , Q y P9ôc avec elles les fils q9 q , q , q, ce qui doit faire préfumer que les autres cours étant de même , en prenant pour le premier demi-cours la maille 09 & pour le fécond celle ^toutes les mailles qui feront fur les mêmes liffes de ces deux mailles, produiront par-tout le même effet que nous venons de voir.
- Il relie maintenant un moyen fort fimple pour que le Donneur ne falîè point
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- Septième Secïion. I. f art. Du Pajjagè des Peignes, 303
- de Fautes en formant ces divifions ; car s’il ne prenoît quelque précaution pour fe reconnoître , il paurroit fort bien arriver que quelquefois il ne prît que trois mailles , tandis que d’autres fois il en prendroit cinq. Pour prévenir cet inconvénient , toutes les fois que le Donneur eft dans le cas de divifer fon cours pour fournir au peigne un nombre de fils déterminé, & qui ne fe trouve pas égal à là quantité de celui qui compofe le cours, il a foin de mettre une baguette ou un fécond Iifleron dans la lifle fur laquelle il doit former la divifion de fon cours * c’eft-à-dire, fur la troifieme, fi c’eft pour deux fils fiir un cours dé quatre mailles, ou la cinquième fi ceft un cours à huit liiïes ; alors cette baguette ou ce iifleron étant fufpendu dans la Me , à 3 pouces ou environ au-deflus dé fon Iifleron inférieur, fert de guide au Donneur, & lui indique là lifte fans quil foit obligé de compter ni de tâtonner , comme on eft obligé de faire toutes les fois qu’on ne prend pas une pareille précaution,
- Pour parvenir à bien féparer les mailles qui emmènent les fils, le Donneur tient dans la main droite un berlin de foie, qu’il étend le mieux polfible , cé qui produit un écartement entre les mailles du remifle par lequel il voit à découvert tout ce qui s’y pafle , & la maille qu’il a à prendre , ou plutôt il voit la lifîe fur laquelle il doit prendre la maille qui doit lui féparer les fils. Pour réuflît à cette opération, il pafle les quatre doigts de la main gauche dans l’ouver^ ture des mailles, produite par le Iifleron inférieur de la lifle fur laquelle il doit prendre la maille , & en remontant la main jufqu’à la jonétion des mailles * c’eft-à-dire, jufqu’à l’endroit où font paflesles fils, il détache la première maillé pour féparer tous les fils qu’elle doit emmener. Pendant ce temps-là , avec la main droite, il tient la foie tendue ; & lorfque le doigt index eft arrivé aux fils, il lâche un peu la foie pour laifler badiner les mailles , & par ce mouvement il eft plus à portée d’en prendre la première en la féparant avec le premier doigt, puis la pinçant avec le pouce , par le même mouvement on voit les fils fe féparer du berlin ; & pour finir de les détacher, le Donneur abandonne la maille , & pafle le premier doigt de la main gauche entre les fils que la maillé a avancés, & ceux qui relient dans la main droite. Pour réunir ces mêmes fils * il porte le pouce deflus, & les tient entre le premier doigt & le pouce , entre lefquels il les fait glifler en élevant la main,pour les mettre dans la paflette, comme ils le font enr, fig. 2 : il a foin, en les faifant glifler entre fos doigts i de les frifer un peu, comme pour les tordre l’un fur l’autre, afin qu’ils foient mieux réunis. On ne doit jamais abandonner ces fils que lorfquon fent que lé Piqueur retire la paflette, & en les quittant on les fait glifler entre les doigts le plus légèrement poflible , afin de les tordre, pour que le Piqueur n’ait qu’à les porter fous le pouce de la main gauche , ainfi que je l’ai fait remarquer dans l’article qui le concerne.
- Il ne faut pas imaginer * fur le détail que je viens de faire du paflagé du peigne , que ce foit un ouvrage bien long à exécuter, puifque dans deux heures
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- 304 V ART DES ÉTOFFES DE S OI £. ordinairement on pafle un mille de peigne , ce qui doit faire préfumer que tout le foin qu’on a pour le faire, eft un effet de la pratique, & auquel cependant il ne faut pas manquer.
- Chaque fois qu’on a pafle une quantité de dents, ce qu’on peut fixer à la valeur d’un des berlins qu’on avoit en remettant, le Piqueur laifle aller lecpeigne entre les mains du Donneur ; celui-ci prend la foie qui eft paffée, l’égalife avec les doigts le mieux qu’il lui eft. poflible, pour pouvoir la tendre également, & alors le peigne eft fufpendu. Après avoir égalifé la foie, il prend une vergette jpg, 8, dont les poils, quoique longs, doivent être un peu roides, & il paffe deflus & defîous la foie dans le fons de fa longueur : il finit de l’égalifer. Pour yergetter à propos cette foie, il faut qu’elle foit toujours tenue avec la main gauche ou avec la vergette, foit qu’on la paffe deflus ou deflous : quand il voit que la foie eft fuffifàmment égalifée, il prend la paflette ; il l’étend au-deflous , de la foie , qu’il tient tendue avec la main gauche , de forte que le bord de la paflette eft contre le peigne, & fupporte la foie , ce qui fait voir toutes les féparations qu’y forment les dents du peigne ; c’eft par cette précaution qu’il découvre fi le Piqueur a fauté quelques dents, ou s’il a piqué deux fois dans la même. Il lui eft facile de reconnoître une dent vuide ; mais il faut être bon connoifleur pour appercevoir une dent double fur la paflette ; cependant en y portant une attention bien exaéle, on parvient à les découvrir.
- Quand le Donneur a fait cet examen, & qu’il ne voit rien à corriger, il tord tout le berlin enfemble , ou il le divife en deux ou trois parties, qu’il tord cha** cune féparément, Sc qu’il noue fur le bout en formant une gance, comme en s,s,r, v , v *fig* 2,3 & 4 ; Sc dans cet état il recommence à palier la foie d’un nouveau berlin , ce qui doit être entendu fans interruption, ainfi de fun à l’autre berlin il fait la même opération jufqu’à la fin du paffàge du peigne.
- Je dois faire remarquer en paflànt, qu’il y a des Remetteurs qui, pour préparer la foie pour le remettage comme pour le piquage de peigne, fe fervent de la vergette ; mais c’eft de toutes les méthodes la plus pernicieufe pour la foie, parce que la vergette détrille la foie, l’écharpit, Sc les brins les plus légers s’accrochent avec les autres, de forte qu’on a toutes les peines imaginables pour les féparer fans les cafler ; ainfi on ne fournit trop éviter de fe fervir de la vergette pour égalifer la foie, foit avant de la paffèr dans le remiflè, foit avant de la paflèr dans le peigne; mais lorfqu’elle eft arrivée à ce dernier point, il faut néceflàire- -ment s’en fervir ; & nous verrons bientôt qu’on s’en fort encore pour tendre les chaînes : c’eft de quoi nous allons nous occuper dans le Paragraphe fuivant ; mais je dois faire remarquer que fi l’on vergette la foie dans ces deux dernieres circonftances, c’eft que cette foie eft perdue, qu’on 11e fournit l’employer à l’Etoffe, & que d’ailleurs comme elle ne peut pas être mifo en œuvre , on n’a plus à craindre les tenues que la vergette peut occafionner.
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- Septième Section. I. Part. Manière d*égaiiferla Soie9 &c> 50y
- §« III. De la manière d égaiifer la Soie après quon a piqué les Peignes > ce quon appelle faire les Nœuds ; & de celle de tendre les Chaînes, afin de. les préparer a être fabriquées*
- Après qu’on a piqué le peigne, le Piqueur & le Donneur ont fini leur tâche ; c efl à l’Ouvrier qui doit fabriquer l’Etoffe , à fuivre toutes les opérations pour mettre cette chaîne en œuvre. Ces opérations confiftentà égaiifer les brins de foie dont la chaîne eft compofée, afin qu’en tendant cette chaîne, il ne refte pas de fils plus lâches ni plus tendus les uns que les autres, à tendre la chaîne en entier, à placer fon battant , & enfin à*armer le Métier pour pouvoir fabriquer. Telles font les opérations dont nous allons nous occuper dans ce Paragraphe ; enfuite nous verrons en quoi confident les armures des Taffetas.
- Pour égaiifer les brins d’une chaîne, on le fait de deux maniérés, que je mettrai fous les yeux j l’une eft plus sûre que l’autre, ainfi qu’on le verra par leur defeription.
- Pour égaiifer la foie fuivant la première méthode, l’Ouvrier s’affied fur la chaife du Donneur en peigne , tel qu’on le voit en Â,fig. 9 9 placé devant le remifle B : là il commence par divifer les berlins en petites parties à peu-près d’un pouce ou iy lignes de largeur au peigne; à chaque berlin il formé un nœud à chaque divifion, après en avoir tendu & égalifé la foie avec la vergette > fig. 8 , de la même maniéré que je l’ai fait remarquer quand le Donneur fait les berlins. Quand il voit que la foie fe trouve égale, il la tord fur elle-même , Sc forme le nœud a >fig, 10 , qu’il ferre le mieux poffible * & qu’il fait porter à la diftance qu’il juge à propos. Il en fait autant à chacune des divifions qu’il a faites du berlin , obfervant que le nœud de chacune de ces divifions foie également éloigné du peigne C, parce que les brins doivent être arrêtés à une égale longueur à chaque divifion , & que chaque divifion , par fon nœud, ne doit pas être plus longue que l’autre, puifque chaque nœud eft arrête fur la baguette D ,* fig. il, & que toutes les divifions de foie qu’on voit tenir à cette baguette doivent être également tendues. On doit prendre garde auffi que parmi toutes il n’y en ait aucune de lâche. Comme cette opération exige beaucoup d’exaélitude, voici comment l’Ouvrier s’y prend pour y parvenir.
- A la première divifion , il décide l’endroit ou il doit former le nœud, & l’y forme ; enfuite prenant la fécondé* divifion, il la prépare comme la première ; il y forme le nœud qui doit contenir enfemble tous les brins de foie qui la com-pofent : il ne le ferme qu’en le comparant au nœud de la première divifion , obfervant dans ce moment de tenir les deux divifions également tendues, & toutes deux en ligne direéfe de i’enfuple. Pour réuffir à faire cet arrangement * à mefure qu’il a formé le nœud de la fécondé divifion, il le retient dans fa main droite fans le ferrer, tel qu’on le voit en b, fig, $, & avec la main Étoffes de Soie, FIL Part, H 4
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- Planche
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- jo6 VA RT DES ÉTOFFES DE SOIE.
- —..imt— gauche il prend la divifion c, & rapprochant Tune de l’autre ces deux divî-
- Pianche £ons % Ü arrête le nœud b de celle d fur le nœud e de la divifion c, ce qui!
- exécute en joignant fes deux mains Tune contre l’autre, & de maniéré que les ongles des deux pouces, dont le bout appuie contre les nœuds, foient fur une même ligne. Il réglé le nœud de la troifieme divifion fur celui de la fécondé , & toujours ainfi de fuite jufqu’à la fin : par ce moyen tous les nœuds fo trouvent fur la même ligne , & conféquemment également diftants du peigne, ou plutôt de fenfupie de derrière ; car le peigne peut fe trouver plus rapproché de fenfupie par un bout que par lautre : alors fi l’on s’étoit borné au peigne, le premier nœud feroit ou trop éloigné ou trop près de fenfupie , & les autres fuivroient par gradation, en forte qu’infenfiblement on trouveroit du premier au dernier une différence fenfible. Le plus habile Ouvrier eft fùjet à fe tromper dans cette opération -, St comme j’ai reconnu que le moyen qu’on vient de voir eft difficile à exécuter, j’en ai pris un autre qui eft infaillible , & dont je parlerai bientôt ; mais il faut que je fafle voir auparavant un moyen qu’on a voulu fubftituer à celui que je viens de faire remarquer, & les fuites néceffaires de cette opération.
- Prefque tous les Ouvriers font attachés à la méthode que nous venons de voir ; quelques-uns cependant l’ayant reconnue fujette à ne pas remplir aflez parfaitement l’objet qu’on fe propofe, ont cru y fuppléer en fe fervant d’une mefure qu’on fait avec une petite baguette, d’après la diftance qu’on a mifo à la première divifion. Cette méthode eft plus sûre que la précédente , en admettant qu’on a foin , en commençant, de mettre le peigne également diftant de fenfupie de derrière par fes deux bouts, & qu’on ait exactement fait les nœuds à l’écartement jufte de la mefure qu’on a déterminée, il eft certain que tous fe trouveront fur une même ligne.
- Quelle que foit la maniéré avec laquelle on a formé les nœuds, quand l’opération eft finie, on partage chacune de ces divifions en deux parties égales $ autant que la vue peut les apprécier : on forme chaque féparation précifément au peigne, & en ramenant l’ouverture jufqu’aux nœuds : on enfilé ces divifions avec le doigt du milieu de la main gauche , aufent qu’on peut y en mettre fans être gêné ; & quand on y en a mis fuffifamment, on fubftitue une verge à la place du doigt, tandis qu’on enfile les autres, dans lefquelles on met auffi la verge , après quoi on les arrange de maniéré qu’elles y foient également efpa-cées , comme le font celles/', f,f9 St c. fur la baguette D9 fig. 11 ; c’eft alors qu’on s’apperçoit fi les nœuds font bien alignés ; fi l’on voit quelque divifion qui ne foit pas fuffifamment tendue, on tâche de refaire le nœud pour la rendre
- * pareille aux autres ; St après les avoir égalifées autant qu’il eft poffible ,
- on a foin de tendre la chaîne en faifànt tenir la baguette F9 fig. 12, à f enfin pie G 9 au moyen des gancettesg*, g> g , & c. qui tiennent par un bout à la baguette F, & par fautre à celle H 9 qui eft placée dans la cannelure h de fenfupie
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- Septième Section. I. Part. Maniéré ctegalifer la Soie, &c. 507 G : ces gancettes font faites d’une égale longueur, les deux bouts noués enfem-ble , comme on le voit en i$fig- 13 ; en forte que pour attacher ces gancettes à ^LANCHE la verge F, on forme un nœud coulant fur la baguette elle-même , Sc on le ferre comme il eft en g, g, g, Scc. ou comme on le voit en k, fig. 14 , qui repréfente avec plus de précifion la maniéré dont la baguette I eft paifée dans les divisons /, /. Cette figure fait voir auffi que la baguette H de la figure iji, eft paffée dans les gancettes dans le fens de celle K 3 c’eft-à-dire, dans le bout op-pofé à celui qui tient la baguette L II faut ob fer ver que les gancettes £*, g> g i Scc. font également efpacées , ainfi que les divifions de la foie ; que, cependant, on n’en met pas un nombre auffî grand que l’on a de divifions , cela eft inutile 9 attendu qu’on met une baguette un peu groffe pour tenir la foie, & quelquefois même on fe fert d’un lifteron au lieu d’une baguette ; ainfi pourvu que les gancettes foient bien placées Sc d’une égale longueur, en en mettant fept à huit dans une largeur de 20 pouces, il y en a autant qu’il en faut
- On ne fixe pas toujours les gancettes par un nœud coulant ; quelquefois on les place de la maniéré que le repréfènte la figure 15 , où le nœud m, qui lie enfemble les deux bouts de la gancette L, eft placé comme un bouton dans une boutonnière. Il eft à préfumer que ce nœud étant formé des deux bouts de la corde enfemble, il eft fuffifàmment gros pour ne point s’échapper de l’ouverture dans laquelle on le fait pafler , Sc que plus on tend la chaîne, plus il y tient fondement ; ainfi on place à peu-près autant de gancettes comme celle Lf qu’il y en a de celles g 3 g3g> Scc. fur l’enfuple G. Souvent on ne fe fert pas de gan^ cettes pour tendre une chaîne; c’eft une grande ficelle qu’on met fur les baguettes Q,R, fig- 165 comme un lacet, auquel on fait former une douzaine de tours n , n , n, Scc. autant fur l’une que fur l’autre baguette, en les faifànt paffer entre les divifions de foie o9 0,0, Scc. afin de les contenir également par-tout ; on obfèrve auparavant de former les boucles p 3 q , dont on place en premier celle p y qu’on enfile avec la baguette Qy après qu’on a formé tous les contours que nous venons de voir : on a foin, pour ne point mêler cette ficelle, de la pelotter ou de la devider fur un rochet ou fur une bobine, & pour pouvoir la paflfer plus commodément entre les divifions de la foie ; après cela on met en place la boucle q fur le fécond bout de la baguette Q ; mais lorfque cette corde P eft ainfi enlacée, irn’eft pas poffible quelle foit également tendue, & que les contours foient à la même longueur : on parvient à les égalifer en prenant la baguette R par fes deux bouts r, r, & la tirant à foi en la faifant tourner, avec l’attention de régler les contours n,n, Scc. de maniéré qu’ils foient également efpacés fur la baguette , Sc qu’ils foient fur la baguette Q, entre les divifions o,u,o, &c. de la foie. C’eft dans cet état qu’on met la baguette R dans la cannelure h de l’enfuple G, fig. 12, en y paflànt une fécondé baguette , comme nous le verrons à la fécondé méthode de tendre les chaînes & d’en égalifer les fils. Ici il n’y a plus rien à confidérer, fi ce n’eft que lorfque l’Ouvrier forme le
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- 30S ZM/îT ÉTOFFES DE SOIE.
- nœud, comme nous le fait voir la figure p , il a foin de mettre le remiffè à peu-2 près à la hauteur des cannes s9 s, afin de tendre la foie le plus horizontalement poffibie ; & même pour bien exécuter cet ouvrage, il faut que les cannes foient montées à la hauteur de fenfuple : aufli laifle-t-ôn les marches Ty Ty toutes attachées dans l'état où on les a placées pour le remettage.
- Quand on a placé les gancettesg-, g, g9 8cc. pour les ajufter à fenfuple G , fîg. 12, on commence par tendre la chaîneaprès quoi on fépare le peigne S d'avec le remifle 8c à mefure qu'on lent que la foie eft affez tendue pour ne pouvoir échapper on retire les cannes, on fubftitue les verges t, t, à leur place , avec la précaution de mettre à chacune un cordon de foie v , v, qui fert à conferver f envergeure dans le cas d'accident; c'eft dans cet état qu'on place les chevilles de tenfion ou les bafcules, 8c c. ainfi que nous l'avons déjà vu & que nous aurons occafion de le voir encore : c'eft auflî alors qu'on fe difpofè à armer le Métier ; mais avant que de donner les armures des Taffetas, il eft à propos que nous voyions la féconde méthode dont j’ai parlé pour la tenfion des chaînes, 8c pour en égalifer les fils.
- J'ai fait voir dans la maniéré que je viens de décrire de faire les nœuds qui fervent à tendre une chaîne, que l'on étoit fujet à ne les pas faire affez alignés les uns avec les autres ; je crois qu'on adoptera par préférence les moyens que j'ai à propofer, & dont je me fuis fervi depuis que j'ai reconnu que la première méthode étoit vicieufe.
- La fécondé méthode ne différé de celle que nous venons de voir* que dans la maniéré de faire les nœuds pour qu’ils foient aufli juftes qu'il eft poffibie fur leur alignement. Les moyens qu'on y emploie font très-fimples ; la figure r , PL 30, va nous faire voir l'Ouvrier A placé devant le Métier , entre les pieds B 9 C9 appuyé contre fenfuple D y tenant dans fa main droite une divifion de berlin E3 près du nœud ay & dans fa main gauche il tient ferme le bout de la foie de cette même divifion , en forte que le nœud a qu'il vient de former, fe trouve entre fes deux mains ; avec la main gauche il cherche à tendre la foie * tandis qu'avec la main droite il tâche d’approcher le nœud du bord b de la rainure F de fenfuple D, qui lui fert pour les régler tous ; par cette précaution tous les nœuds ne peuvent manquer de fe trouver fur une même ligne, 8c tant que l'Ouvrier eft occupé à cette opération, fenfuple D doit être affujetti de maniéré à ne pouvoir aller ni en avant ni en arriéré , ni même tourner en aucun fens. Il faut obferver fur-tout de conferver la droite ligne ; car ici le peigne eft placé dans le battant G, & fè trouvé de niveau à peu-près avec le haut de l'en-fùple de devant D 9 8c en droite ligne de celui de derrière , c'eft-à-dire, que les deux bords du peigne répondent direélement au droit d une des lifieres ; ainfi en prenant chaque divifion de foie pour y former un nœud, & arrêtant ce nœud fur l'angle de la rainure, l'Ouvrier aura rempli fa tâche , & tous les nœuds feront également éloignés du peigne c, qui eft dans le battant G ; fi donc on pafle
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- Septième Section L Part. Manière d’égaEJer la Sôiè $ èc. 309 nne verge dans chaque nœud, comme nous lavons vu par la figure lï dé la Planche précédente, ils fe trouveront dans lalignement le plus parfait. Il faüt ici PLanchè fuppofer que les nœuds d9 d> dy &c. font appareillés, & qui! ne refte que ^ celui a & la divifion e à nouer*
- Il faut obferver auffi que, pendant que l’Ouvriér fait ces nœuds, lés verges f doivent être fufpendues, parce qu’on a du retirer les cannes du remettage ,
- & qu’on ne fauroit faire ces mêmes nœuds que la chaîne ne foit lâché ; fi dans cet état les verges n’étoient pas fufpendues, à mefure que l’Ouvrier tend uné des divifions pour y faire fon nœud, les verges leveroient pat un bout * & mal-gré les Cordesg-, g 9 qui y font attachées, elles fortiroient des ouvertures dé l’envergeure, & ne laifferoient que ces mêmes cordons à leur place * & par leur poids elles réuniroient toute la chaîne en un foui point,ce qui ne permettrait pas de pourfuivre le Ejffdge des nœuds. On doit juger qui!faut abfolüment que tout foit bien en ordre pour que ces nœuds procurent à la chaîne une égale ten-fion , Sc que fi les verges n’étoient pas fulpendues de niveau, il ne foroit pas pofîible que la tenfion fût égale*
- Comme ces verges ne font pas dune longueur allez confidérable pour les fufi pendre aux eftafes du Métier, on fait traverfer fur ces eftafes une des cannes à remettre, & Ton y attache les cordes h, h, par un bout, & par 1 autre à celles i, i, dont les deux bouts de chacune tiennent aux vçrges/’,/’, & fervent à en régler la hauteur*
- On a encore une façon de régler les nœuds des divifions d’une chaîne, que nous \ allons voir par la figure 2 : elle différé de celle que nous venons de voir, en ce qu’au lieu de régler les nœuds à la rainure d’un enfuple, on les réglé à la tringle de bois H, qu’on fixe pour le moment fur les deux banques /, I, du Métier.
- Je n’ai pas crû qu’il fut néceflaire de faire revoir ici la poficion que l’Ouvrier tient dans la figure précédente, nous le foppoforons en place entre les deux pieds de Métier K > K> Sc dans le moment où il forme le premier noeud k qu’il cherche à fixer üùr le bord antérieur ou fur celui dé derrière la tringle H. Cette figure nous fait voir le peigne Z fufperidu par deux ficelles / , /, au lieu qu’à la figure 1 il eft dans le battant ; cette différence ne fait aucun changement dans l’opération. Je l’ai repréfentée, parce qu’il y a des Ouvriers qui les exécutent de cette maniéré * & que d’ailleurs on voit à découvert les berlins m, dans l’état où les laiffe le Remetteur * après avoir paffé le peigne. Le nœud k que je fais voir dans cette figure, eft pour faire remarquer que l’Ouvrier, en voulant faire les nœuds d’une chaîne, commence toujours par fit gauche ; quant au refte de l’opération, elle eft la même que nous venons de voir par la figure 1 ; Sc les précautions qu’on prend pour la chaîne ou pour la fùfpenfion des verges, doivent être les mêmes, parce qu’elles tendent aux mêmes fins ; cependant il y a des Ouvriers qui veulent faire les nœuds fuivant que nous le fait voir la figure 2,
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- 310 VA R T DES ETOFFES DE SOIE. laifïànt les cannes à remettre jufqu’à ce qu’ils ayent tendu la chaîne ; d’autres * au lieu de cannes & de verges, paffent un eordon de foie à la place des verges, Sc par-là Us font dilpenfés de tout autre arrangement à cet égard. Tous les Ouvriers ne mettent pas une tringle de bois comme celle H, pour fervir de guide aux noeuds qu’ils ont à faire ; j’en ai vu plufieurs qui fe fervoient d’une des can~ nés à remettre, & d’autres qui tendoient une groffe ficelle pour former l’alignement de leurs nœuds: tout cela ne fait aucune différence dans l’opération; il fuffit que la tringle, la ficelle ou la canne foient également éloignées par leurs bouts des pieds de Métier K, K, & que le Métier foit alors bien d’équerre.
- Suivant la figure 1, on a dû tirer de la foie pour que le bout de la chaîne ait pu venir au-deflu$ de l’enfople D 9 afin de pouvoir ajufter les nœuds deffos ; mais fuivant la figure 2 , on a pu faire les nœuds fans tirer de la foie de plus que celle dont la longueur a fourni au pafîàge du peigne. Ceux qui font les nœuds comme le repréfente la figure 1, n’ont pas befoin de gancettes ni d’enlacement des ficelles, tels que ceux fig. 12 & 16 de la Planche précédente ; ils placent tout de fuite la verge qui tient les divifions féparées & partagées , dans la rainure de l’enfople, comme on peut le voir par la figure 3 , où l’on apperçoit que ♦ les divifions 0,0, o, 0, &c, font tendues au moyen de ce qu’elles font contenues dans la rainure p de l’enfople M, par les deux verges qui doivent les y retenir » on forme cet arrangement comme pour tenir le bout des chaînes, en pliant les pièces à peu-près comme le repréfentent les figures J & 6 , PL 8, de l’Art du Plieur. Voyez ce que j’y ai dit dans la quatrième Seéiion du premier Chapitre » page 13 <5.
- Quand on fait les nœuds comme ceux fig. 2 * c eft pour économîfer la foie & pour la tendre au crochet N 9 fig. 4, afin de commencer à fabriquer l’Etoffe le plus près poflible des nœuds : on ne fàuroit trop ménager cette matière, pour fon prix Sc pour fa beauté ; mais je ne puis m’empêcher de faire remarquer en paflànt, que le genre d’économie que nous préfente aélueilement la foie qu’on met à ce crochet, devient fouvent plus funefte qu’avantageux, en ce que pour profiter de y à 6 pouces de la chaîne, on rifque de perdre avec elle toute la trame qu’on y tifle ; car rarement l’Etoffe qu’on fabrique avec cette foie qui a paffé cinq à fix fois par les mains du Porgeur, du Remetteur, du Donneur , du Piqueur, foit enfin de l’Ouvrier en faifant les nœuds, eft-elle pafîable. Tous ces différents attouchements, joints aux frottements qu’on eft indifpenfàblement obligé d’y faire avec la vergette pour bien tendre les brins, Édifient la foie & la détrillent, ce qui y caufe une quantité de tenues qu’il faut nécefîairement dégager pour pouvoir paffer la navette dans la fogue, fans quoi on voit s’y former une grande quantité de crapaudaux & de faujjes pajfiées, qui rendent l’Etoffe défeétueufe , & fouvent oblige de fupprinier cette partie de l’Etoffe, de peur qu’en préfentant la piece entière en vente, la valeur d’un quart d’aune ne donnât une prévention contre toute la piece. D’ailleurs il eft certain que pour
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- Septième Section. I. Part. Maniéré ctégalifer la Sole, &c. 3ir Fabriquer ce quart, TOuvrier met plus de temps qu’il nen mettroit fouvent pour en fabriquer une aune» Planche
- Les crapaudaux & les faufles paffées font des défauts irréparables pour une Etoffe de foie, ainfi que pour toute autre forte de tiffu ; c’eft précifément ce qui arrive quand la navette eft interrompue dans fa courfe, & que la trame ne s’incorpore pas dans la chaîne comme il faut, ceft-à-dire* que la duite de la trame paffera dans la fogue de la chaîne, partie bien & partie mal, parce qu’à l’endroit des tenues le pas ne s’ouvre pas pour le pafîàge de la navette , de façon qu’à cet endroit on apperçoit toutes les duites de la trame au-dèïïus ou au-deffous de 1 Etoffe, tandis que toute la chaîne fo trouve au côté oppofe»
- Ce n’eft pas encore le moment de donner une entière explication des fautes qui font contre la bonne fabrication ; nous aurons occafion de les démontrer plus amplement : fuivons notre objet, & voyons la maniéré de tendre les chaînes avec les crochets, qu’on a mis en ufage pour ne point employer les gan-cettes. Si ces crochets n’avoient pour avantage que d’être employés pour tendre les chaînes après le piquage des peignes, je ne me donnerois pas la peine de les faire connoître avec autant de foin ; mais je dois prévenir qu’il eft des occafions où l’on doit s’en forvir pour économifor la foie, ainfi que nous aurons occafion de le voir, fur-tout pour les Etoffes façonnées, lorfque dans le courant d’une chaîne on eft obligé de couper une longueur d Etoffe faite, & qu’on n’a pas lé temps de faire pour tenir, ou de faire une petite longueur convenable pour mettre en taque. Pour mettre en taque , il faut une longueur d’Etoffe avec laquelle on puiffe faire tirant, c’eft-à-dire , tendre la chaîne fans le fecours ni dé gançettes ni de crochets : c’eft ce que repréfente la figure 4 f où la toile 0 tient lieu de cette petite longueur d’Etoffe. Ainfi, en foppofànt que depuis le crochet N, jufqu’à la rainure q de l’enfopie P9 ce foit un tiers, un quart d’aune d’Etoffé fabriquée, on comprendra qu’alors il ne ferdit pas befoin de crochet ni de la toile pour tendre la chaîne, parce que cette longueur fe trouveroit fufiifanté pour entaquer. En bon terme de Fabrique, on n’appelle entaquer, que lorfqu’on met de l’Etoffe for l’enfupie, le refte n’eft connu que par celui défaire tirant j ainfi quand on ne laifiè-que la tirele à l’Etoffe, on ne peut mettre en taque fans perdre de la foie ; alors on eft forcé de fo forvir ou de crochets ou des gançettes , pour prévenir cette perte , qu’il eft à propos d’éviter. J’expliquerai à la fabrication ce que nous entendons par tirele : en attendant, voyons ce que font les crochets, & la maniéré de les employer.
- Le crochet N9 que nous voyons à la figure 4, eft une lame de fer d’un pouce & 3 ou 4 lignes de largeur , for une bonne ligne d’épaiffeur, Sc d’environ 2t pouces de longueur : il eft repréfonté à part 9fig. y , & féparé de la toile 0, qui x l’enveloppe for la figure 4. On voit que ce font les petits crochets /*, r, r, Sec* qui font adaptés à la lame Q , qui donnent le nom à cet uftenfile. Ces crochets font folidement arrêtés avec une goupille chacun, qu’on rive par fes deux bouts,
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- Iii L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE>
- 8c dont la tête eft perdue par la forme des trous qui la reçoivent ) tant fur ïâ Planche Jame, que fur la palette du crochet. Pour préparer le crochet à être mis
- ^Q# enufage, on le couvre d’une toile comme celle o de la figure 4; on perce
- cette toile en fente dans le fens de fà longueur, & à des diftances égales î celles qui féparent les crochets r9r9r, &c. les uns des autres ; on pafle tous ces crochets chacun dans une des fentes qu’on a faites à la toile, ayant eu attention qu’il refte au-delà de ces fentes une bonne longueur de toile pour recouvrir la lame du crochet, & pour pouvoir, en la repliant par-deffus, la joindre au grandlbout de la toile, afin de les coudre enfemble fuivant la longueur du crochet. On obferve exactement de prendre le droit fil de la toile , afin que la lame du crochet foit d’équerre avec les lifieres ou avec les ourlets qu’on eft obligé de faire fur les bords, pour lui procurer une force plus confidé-
- rable. Après avoir ainfi arrêté la lame du crochet, il tant faire une gaine par
- fautre bout, qu’en terme de couture on nomme un faux ourlet , dans laquelle j ôn puifle mettre une verge s9 fig. 6 ; il faut que cette verge foit bien d’équerre avec le crochet , mais elle n’eft gênée dans la gaine qu’autant qu’on le juge à propos : du refte cela eft fort indifférent pour l’arrangement de la foie , pourvu qu’elle foit bien à droit fil avec la toile : c’eft cette même verge qu’on met dans la rainure q de l’enfuple Pyfig* 4 > & que nous ne pouvons appercevoir, attendu qu’elle y eft couverte par celle t, que nous y voyons : du refte on range ces verges dans la rainure , comme je l’ai expliqué plus haut, en parlant des verges qu’on met en pliant les chaînes, pour en faire tenir le bout dans les rainures des enfuples. '
- Il y a des Ouvriers qui, au lieu d’arrêter les crochets avec une toile, les arrêtent avec de la ficelle, comme le repréfente la figure 7. On coupe toutes les ficelles y, v , v, &c. qui y tiennent, à une même longueur ; enfuite on y forme à un bout une boucle pareille à celle x9fg. 8 : on fait enfuite un nœud coulant fimple avec cette boucle , 8c l’on y pafle le crochet. On en fait autant à chaque ficelle, qu’on place le plus régulièrement poflible au milieu de l’efpace qui fépare les petits croc$y3y9y9 Sec. qui font adaptés à la lame de fer R. Après qu’on a ainfi placé cette ficelle , on la pafle par fon bout dans un des trous de la verge S 9 8c l’on fait un nœud à ce même bout, afin qu’il ne puifle pas fortir de la verge ; enfuite on approche tous ces nœuds contre la verge S, comme on les y voit en a9 a9 a , &c. La régularité qu’on doit conferver pour la longueur des ficelles v, v, v, &c. eft pour que la verge S foit d’équerre avec la lame R du crochet : , du refte on place cette verge dans la rainure de l’enfuple, comme on y place
- celle s de la toile , f g. 6 ; mais il faut faire attention que l’on commence par crocheter la verge T9 fig. 4, avant que de mettre celle de la toile 0 dans la rainure q de l’enfuple P : on fent parfaitement que tous les crochets b 9b 9 b, &c* prennent à la fois la verge, & fe placent entre les divifions de la foie, de forte
- que
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- Septième Section. I. Part. Manière ctégalifer la Sole. ' 313 que leur courbure eft allez tournée pour que la verge ne puiiïe pas échapper n " »—» facilement une fois qu’elle y eft placée. Planche
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- Quoique dans les figures qui ont été repréfentées , 8c fur-tout celle 4, on apperçoive que les crochets é, b9b, &c. font régulièrement féparés parles divifions c, c, c9 8cc. de la foie, il ne faut pas croire que l'Ouvrier foit aftreint de faire les nœuds de ces divifions, ou plutôt de faire de la chaîne un nombre de nœuds égal à celui des crochets ; il doit au contraire les multiplier le plus qu’il lui efl poffible, afin que l’obliquité des fils qui font aux bords de chaque diyifion, ne foit pas fi fenfible ; cette obliquité gêne le peigne, & force les dents à s’écarter, de forte que plus on approche le peigne du côté du crochet,
- & plus on a à craindre de le fatiguer, for-tout fi les divifions ne font pas bien multipliées.
- Quant à la maniéré de placer le crochet, on ny a point d’égard ; qu’il fe trouve deux ou trois divifions entre les petits crochets, ou qu’un de ces petits crochets prenne dans une des divifions, comme il arrive fort fouvent_, on n’y prend pas même garde ; on obferve feulement que ces divifions foient bien en ligne droite dans la tenfion qu’on leur donne, & également écartées les unes des autres.
- Tous les Ouvriers ne fe fervent pas de crochets de devant ; car les crochets dont nous venons de nous entretenir, font faits feulement pour l’ufiige que je viens de faire remarquer. Il y en a beaucoup qui fo fervent des crochets à encorder , tels qu’on en voit un fig. y 1 on y remarque que les petits crochets r y r9r, & c. de cette derniere figure, font fixés fur une lame de fer Q, 8c que ceux d9 d9 d, 8cc. de la figure 9, font plantés dans une piece de bois Vy 8c le bout de chacun eft rivé par derrière très-folidement. On en voit un fig, 10 : la pointe e entre dans la piece de bois Fyfig. 9, & l’épaulement/'s’arrête précifé-ment contre cette même piece de bois ; ainfi la diftance qui! y a de la pointe e à l’épaulcmenc f9 doit faire au moins le double de l’épailîeur du bois où elle 1 entre, afin que la rivure en foit plus folide. v
- J’ai vu de ces crochets dont le bout, au lieu d’être en pointe , étoit en vis à bois , avec un épaulement ; d’autres étoient fins épaulement & en vis ; mais jepenfe qu’il eft plus aifé de régler ceux que nous voyons * que les autres, en les fopppofint tous faits à une égale longueur.
- On fait encore de ces crochets avec de grands clous * comme celui fig. il ; on prend, pour faire ces crochets, une quantité de clous d’une égale longueur & d’une égale grofleur : on fait des trous à la piece de bois qui doit les recevoir a une égale diftance & for une même ligne ; on enfonce ces clous dans cette piece de bois, jufqu’à ce que la tête g touche ; après quoi on les recourbe par la pointe, pour leur faire former le crochet capable de contenir à l’aife une Verge d’environ 6 lignes de diamètre. On emploie ce crochet de la même maniéré que celui fig. y , excepté qu’au lieu de le garnir d'une toile, on le joint à une corde JC9 dont on pafte les deux bouts dans des trous faits exprès dans Étoffes de Soie. FIL Part. K 4
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- 314 VART DÈS ÉTOFFES DÉ SOIE.
- FépailTeur de la piece de bois F, & Ton fait un nœud à chacun de ces bouts , du côté des croches d^ d, d> &c. comme on les y voit en h, h ; cette corde eft d’une feule piece » on l’étend 3 après l’avoir fixée au crochet, de maniéré que les deux côtés i, i , fe trouvent également longs ; & au repliement que fait cette corde du côté oppofé au crochet, on y ajoute un gouflet k, dont on fait un nœud du laboureur fur la corde : on ferre ce nœud très-fortement, afinquil ne coule pas le long de la corde. Pour bien trouver ce milieu de la longueur d# la corde, on l’étend de la maniéré qu’on voit celle fig. 12; & quand on a reconnu que les côtés /, / de cette corde font également longs, on y ajoute le gouflet m, qui eft fait d’une ficelle mince.
- Pour favoir fi les deux côtés de la corde font également longs, on enfile les deux boucles nrn9 avec un lifleron ou avec un bâton bien droit ; on rapproche ces deux boucles l’une de l’autre, de maniéré qu’elles le touchent: alors on fait tenir ce bâton par quelqu’un, ou quelque part où il ne puiffe pas échapper; alors on fait couler les deux côtés de la corde dans les deux mains, en les ferrant l’une contre l’autre , & allant vers le gouflet m ; on tient ces deux côtés de la corde également tendus ; & quand on eft afluré de cette égalité , on fixe le gouflet.
- Cette corde eft au même ufage que celle X, que nous avons vue à la figure 9 , excepté que les boucles n 9n 3 font enfilées par le crochet, comme on peut le reconnoître par la figure 13, ou l’on voit cette même corde en 0 , o9 qui enveloppe l’enfuple par quatre tours environ de chacun des côtés de la corde, & l’on voit en même temps que les gances p 9p9 font enfilées par le crochet 11 faut que ce crochet foit parfaitement d’équerre avec l’enfuple, afin que la chaîne puifîè être également tendue de toute part. On doit juger par-là de la nécefîité qu’il y a de placer le gouflet m au milieu de la longueur de la corde, afin que les deux branches 0,0, qu’on lui fait former au-dehors de l’enfuple , foient d’une égale longueur, & quelles s’y foutiennent ; ce gouflet ayant fon bout placé dans la rainure q de l’enfuple , ainfi qu’on le voit en r, il devient par-là le point principal qui détermine l’arrangement de cette corde fur l’en-fuple, puifque les branches qui portent de droite & de gauche, ont là leur centre.
- Il eft très-important que ces cordes confervent une égalité de longueur par leurs deux côtés, fans quoi ni le commencement ni la fin d’une chaîne ne fau-roient produire un pouce d’Etoffe paffàblement fabriquée ; 8c même il eft impofiible de faire ouvrir le pas d’une chaîne quand la foie fe trouve trop lâche.
- Quand on place la corde qui tient au*crochet fig. 9, fur un enfuple , foit de devant, foit de derrière, on commence par mettre une verge s dans le gouflet k ; quelquefois on met cette verge feule dans la rainure de l’enfuple ; fouvent on y en met une fécondé comme celle v, fig. 14 ; quelquefois on met cette
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- Septième Section, I. Part. Maniéré d'égalifer la Soie. 5 r ^
- fécondé verge de la maniéré qu’on voit celle jc 9fig. 15 ; la différence quil y a entre la maniéré de placer ces deux dernieres verges, confifte à faire faire un demi'tour ou un tour entier fur elles par les gouffetsjy Sc^ ; ainfi par la pofition de la verge v , Jîg. 14 , on doit appercevoir quelle fera en deflùs de celle a9 étant toutes deux placées dans la même rainure ; au lieu que celle b, qui eft paffée dans le gouffet £ de la figure if, fera fur celle x quand toutes deux feront placées dans la rainure : c’eft ainfi qu’on arrange les verges pour tenir les boucs des chaînes. Quand les verges font placées dans la rainure, on tourne l’enfuple jufqu a ce que la corde foit employée auiîî long quil le faut pour la joindre au crochet, ou pour pouvoir* avec le crochet, joindre la verge c, fig. 13. Quand on veut l’accrocher de la maniéré quelle l’eft dans le crochet Z, on fait attention , en faifànt tourner cet enfuple par quelqu’un , de tenir les deux côtés o $ o y de la corde, le plus également & le plus fortement tendus qu’il eft pofîi-ble ; & néanmoins quand elle eft toute for l’enfuple, on le fixe de maniéré # qu’il ne puiffe pas fe détourner ; après quoi, avec les deux mains qu’on pofo à la fois for un des côtés d, e de la corde, on en fait couler les tours * de maniéré qu on allonge alternativement les bouts 0,0, autant qu’on le peut. Si la corde a été divifée en deux parties bien égales, & qu’un bout ait été roulé plus lâche que l’autre, il fe trouvera plus court, parce qu’il fe fera ébit davantage ; alors en forçant les tours à couler du côté du bout court, on tendra les tours for l’en-» fuple, Sc on redonnera à ce bout la longueur de l’autre, par ce moyen le crochet fora d’équerre avec l’enfuple.
- Nous avons vu que la corde X de la figure 9 , eft paflee par fos deux bouts (dans la piece mais je dois faire remarquer qu’on ne dilpofe pas toujours ainfi cette corde, quoiqu’on la fixe au crochet. Souvent au lieu de percer la piece de bois pour pailer les bouts de la corde dedans, on met deux pitons comme ceux s y s y fig. 16 9 dans lelquels on pafle les bouts t9t de la corde, & on les y arrête par le nœud qui eft à chacun de ces bouts. Cette maniéré de ranger le crochet eft plus commode, en ce que la foie ne vient pas fe prendre contre les nœuds de la corde, comme il peut arriver aux nœuds h y h, de la figure 9, qui, même fouvent, gênent l’entrée de la verge qu’on doit placer dans les crochets.
- La même obfervation a été faite à l’égard de la corde fig. 12 , c’eft-à-dire , à caufe des boucles n9n de cette corde, qui deviennent embarraflàntes pour être enfilées par le crochet, & qui, en même temps, gênent pour placer la verge c 3 fig. 13. Pour prévenir cet inconvénient, on a imaginé de placer derrière la piece de bois j , deux crochets v, v 9fig. T7, auxquels on accroche les deux boucles x , x, de la corde à encorder. On voit, .par cet arrangement, que l’on peut accrocher la verge ou Ton met les divifions de la foie, avant que de placer les boucles x, x, aux crochets v, v.
- L’ufage de féparer la corde à encorder du crochet, eft préférable à tous
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- 3i6 L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE. ss=~egards > à celui de laiffér la corde fixe , comme nous le voyons par la figure 9 Planche & Ja figure 16, parce qu'on eft libre de placer la corde comme on le juge nécef^ ^°* faire ; & qu'au furplus quand elle fe dérange pour la longueur de fes côtés , on peut plus facilement la rajufter ; fans compter que lorfqu’on veut mettre en corde une chaîne, ou la faire tendre par devant * le crochet ne fauroit embarraf-fer comme il fait quand il eft adapté à la corde,
- §. IV. Des différentes Armures des Taffetas.
- i=ss=ss=s^ Apr.es qu’on a tendu les chaînes de la maniéré qu’on a vu dans le Paragra-Planche phe précédent, il ne refte plus à l’Ouvrier que S armer le Métier. On appelle Armure d’un Métier, l’ordre fuivant lequel on fait monter & defeendre les lifïes , pour former le tiflu qu’on fè propofe de faire, & conformément au nombre de liftes qu’on emploie pour ce tiftù.
- L’Armure des Taffetas différé de celle des Serges, 3c toutes deux different de celle des Satins. Je ne dirai rien encore des Armures des Etoffes façonnées, foit à la tire, foit à la marche, chacune paroîtra à fon tour; je me bornerai actuellement à faire la defeription des Armures des Taffetas ; & à mefure que je traiterai les autres genres d’Etoffe, je donnerai leurs Armures : car c’eft par elles que les Etoffes font caraétérifées, ou , pour mieux me faire entendre , ce font les Armures qui déterminent le genre d’Etoffe qu’on veut faire ; car il arrive fouvent que par le nombre de liftes qu’on emploie à un Taffetas, on trouverait , fans aucune peine, le moyen d’y faire un Satin ; & fuivant d’autres nombres, on feroît des Serges, des Raz-de-Saint-Cyr, des Raz-de-Saint- Maur , &c. Je ferai remarquer tous ces moyens à mefure qu’ils fe préfenteront. Ces moyens, tout fimples qu’ils font, font inconnus à beaucoup d’Ouvriers ; cette ignorance parmi eux , provient des principes qu’ils ont adoptés : Qu'il me foitpermis d’en citer un exemple. Un Ouvrier ayant quitté fa ville pour aller travailler dans une autre , comme font généralement les Ouvriers de tous états, on lui demande quel eft le genre d’Etoffe auquel il fait s'occuper: fur la réponfe qu’il fit qu’il n’avoit jamais fait que du Damas, on lui procura de l’ouvrage pour ce genre d’Etoffe ; on lui préfenta à faire un Damas bleu ou verd : aufli-tôt qu’il voit le Métier & la couleur de la chaîne, il dit ingénument qu’il ne fait faire que les Damas blancs & les Damas cramoifis, & fe retire tout de fuite. Le hafard ne lui fournit pas aflez tôt un Métier où l'on fît un Damas de la couleur qu'il avoit coutume de fabriquer : il fut obligé de retourner dans fon pays fans avoir pu travailler. Ceci n eft pas une fable ; & fi quelqu’un avoit fuivi les Manufactures de notre genre comme je l'ai fait moi-même, il fauroit qu’on trouve encore des préjugés plus abfurdes dans la tête des Ouvriers : ainfi qu’on ne foit pas étonné fi, dans les Armures, qui font, fans contre-dit, ce qu’il y a de plus difficile à exécuter en général, on en trouve
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- Septième Section.- I. Part. Des Armures des Taffetas. 31 j très*peu qui ayent la facilité de faire des combinaifons qui puiflent rapprocher les genres d’Etoffie , 8c encore moins , qui puiflent, de la difpofition faite pour un genre d’Etoffe, en tirer parti pour un autre , fans autre changement que TArmure.
- Cette partie de l’Art du Fabriquant d’Etoffes de Soie, qui eft en quelque façon la plus difficile, pour ce qui concerne les Ouvriers en générai, eft très-curieufe, les Ouvriers qui font bien en état de l'exécuter ou de la faire exécuter, font par-tout regardés comme d’habiles Ouvriers.
- Pour bien connoître l’ordre qu’on doit donner aux Armures, il faut lavoir celui qu’on donne aux fils d’une chaîne , par la route qu’on leur fait tenir, foie au remettage , foit au piquage des peignes ; fans cette connoiftànce , l’Ouvrier qui fe pique de bien connoître les Armures * n’eft qu’un Ouvrier fort ordinaire, & qui ne lait lès Armures que par routine ; de forte que s’il n’eft pas doué d’une -bonne mémoire , il eft forcé d’avoir fes Armures par écrit ou tracées par des lignes que nous aurons occafion de voir ; & à proprement parler, il eft une Machine montée , qui ne dure que tant que le reflort qui la fait mouvoir eft tendu : il eft obligé de tâtonner ce qui a quelquefois produit des effets fingu-liers aux Etoffes, 8c même nous en devons quelques-unes à ce même hafàrd. Il n’en eft pas de même de l’Ouvrier intelligent ; il lui fuffit de favoir qu’on a dif-pofé le Métier for tel nombre de liftes, for un peigne d’un tel ou d’un tel compte * 8c fur une chaîne compofée d’un tel nombre de fils ; alors cet Ouvrier capable, va donner, faire ou faire faire l’Armure fans craindre de fe tromper , parce que fentant l’arrangement d’un Métier, 8c connoiflànt à fond fon Etoffe >-il fent en même temps tous les mouvements que doivent faire les fils d’une chaîne, l’ordre qu’ils doivent tenir pour le tiflu ; for-tout il connoît toutes les révolutions que les liftes doivent foire ; eu un mot 1 habile Fabriquant & l’habile Ouvrier doivent connoître l’effet de leur Etoffe avant quelle foit commencée ; mais comme tous n’ont pas cette intelligence, il convient qu’il y ait quelques principes établis parmi les Ouvriers, afin qu’ils puiflent s’entendre entr’eux, 8c que l’un puiffe exécuter ce qui lui eft ordonné ou demandé par l’autre. Mais avant de pafler à ces principes, voyons les Armures dont j’ai parlé, enfuite on fera plus à portée de connoître fi ces principes peuvent être appliqués aux exécutions , conformément à ce que nous aurons vu.
- Les figures 1,2,3 8c 4 de la Planche 31:, repréfentent les quatre Armures du Taffetas, que j’ai promifes plus haut, exécutées aux chappes. La première nous fait voir l’Armure du Taffetas à deux liftes ; c’eft, de toutes les Armures , celle qui car acte rife le plus le genre d’Etoffe qui nous occupe actuellement, parce qu’il eft cenfé n’être fait qu’avec deux liftes, ainfi que nous le démontrent les quatre premières figures de la première planche de cette Partie , qui nous fait voir le tiflu du Taffetas , où l’on remarque que chaque fil eft croifé pat fon voifin * ainfi que je l’ai fait remarquer dans la defoription que j’en ai faite; Etoffes de Soie. VIL Part. L 4
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- 318 FART DES ETOFFES DE SOIE. alors ; cependant les quatre, fix & huit lifles que nous verrons armées en Taffetas , produifent le même effet dans le tiffu que les deux de la première figure, excepté que les fils de la chaîne font plus ou moins rapprochés, fuivant que le nombre dont elle eft compofée, eft plus ou moins grand.
- L’Armure des liffes confifte dans la maniéré de les fofpendre pour leur procurer le mouvement quelles doivent avoir pour partager la chaîne en deux parties égales , afin que la trame puiffe s’y incorporer, & former enfemble cette intime liaifon qui produit le tiffu.
- Pour procurer à ces liflès le mouvement capable de former le tiflu, il faut nécefîàirement faire concourir la fufpenfion des marches à celle des liffes ; ainfi par cette première figure nous voyons que les marches A, B, font fufpendues aux lifles C9 D, au moyen des eftrivieres a, b, qui font attachées aux cavaletis E, F, lefquels font fufpendus eux-mêmes aux liflèrons G , G , par leurs tirants c 9 c, c, c j les cordes H, H, auxquelles font fufpendues les liffes (7, D9 paflènt fur les poulies d9d 9 qu’on voit dans les chappes/, /, qui font pendues au porte-liflè K. Je dois faire remarquer ici que pour mieux faire connoître les Armures, j’ai été obligé de faire voir tout l’arrangement qui en dépend , pris hors du Métier, parce qu’on ne fauroit trouver une pofition qui laiflè voir en entier l’ordre qu’il faut faire tenir aux cordages qui compofent ces Armures, Sc aux autres parties d’uftenfiles qui en font inféparables ; d’ailleurs fi j’euflè voulu repréfenter chacune fur un Métier, les quatre Armures que nous allons fuivre* il m’eût fallu au moins trois deflïns de la grandeur de celui que nous avons fous les yeux ; au lieu que dans un feul nous verrons to.ut ce qui en dépend, & avec plus de clarté ; de plus, dans l’inftant on pourra comparer ces Armures les unes aux autres % pour reconnoître le rapport quelles ont entr’elles j ainfi on fuppo-fora que les porte-liflès des quatre premières figurée 7 /hnt portés chacun fur les eftafes du Métier, & que le refte eft placé dans l’intérieur du Métier, qui doit être garni de fon battant, de fos enfoples , & tel que nous le verrons bientôt dans le moment du travail.
- Il eft aifé de comprendre, par la figure que nous avons fous les yeux, que pour divifer la chaîne en deux parties égales, telles qu’il les faut pour recevoir les duîtes de la trame, l’Ouvrier pofe fon pied droit for une des marches A, B9 que nous devons fuppofèr placées dans un marcher, tel qu’un de ceux que nous avons vus par les figures 7,8,9, 10 Sc n,dela Planche 13. Ainfi lorf-que l’Ouvrier enfoncera la marche A , on verra lever la liflè C, & celle D defo, cendra, parce que les côtés e, e, des cordes H, H, feront attirés par la correft pondance qu’ils ont avec la liflè D, qui tient au cavaletis E, par deux des tirants c3cf c; par une raifon analogue , lorfqu’on enfoncera la marche B, on fera lever la liflè D, parce que l’eftriviere b qui eft à cette marche , étant attirée , entraîne avec elle le cavaleti F, qui, par deux des tirants c, c9 c , c, tient au îifleron inférieur de la liflè C \ cette liflè attirant à elle les côtés/*, f9 des cordes
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- H, H, force la lifïe D de monter; ce n’eft que par Ces deux mouvements qu’on obtient une oppofition dans la croifure des fils de la chaîne , parce que ces mouvements l’ouvrent en deux parties , 8c que chacune de ces parties étant compofée d’un même nombre de fils pris alternativement 3 ils ne peuvent que fe croifer un à un, de forte que chaque duite de trame qu’on pafîé dans cette fépaA ration des deux parties de la chaîne, produit entr’elle & celle qui eft paffée auparavant , la même croifure qu’on voit entre les deux verges g 9g98c qu’on peut mieux reconnoître par les duites des trames qui font paffées aux quatre premières figures de la Planche 1, & entre les verges DE, GH, LM, OP, de ces mêmes quatre figures.
- Pour mieux reconnoître l’ouverture du pas que font faire les marches, il faut* pour un moment, confidérer la figure 5 de notre Planche 3 r, & remarquer que les mailles Z, M, de cette figure, tiennent lieu des liftés-Z*, D, de la figure r* 8c que les fils A, i, fuppofont la chaîne N dans la pofition aéiuelle de ces deux mailles : on voit la fogue 0 ouverte par le moyen de ce que la lifté L a été attirée par celle M, que nous fuppoferons à la place de celle D ; par un moyen contraire, on fera defoendre la lilfe M par celle L * que nous fuppoferons être celle C ,8c nous aurons encore le pas ouvert , avec la différence que le fil A fo trouvera à la place de celui i, & que ce dernier prendra la place de celui A. Ainfi fi à chaque fois qu’on ouvrira le pas en fons contraire , on y fait entrer une duite de trame qui prenne toute la largeur de la chaîne ; il eft certain que chacune fe trouvera l’une devant l’autre fans pouvoir fortir, attendu la croifure qui s’y forme entre, & le coup de battant qui les ferre l’une contre, l’autre.
- Il eft à préfumer que lorfqu’ii n’y a que deux liftes à un Métier, il ne doit y* avoir que deux fils par d^nt- au peigne , ce qui foppofo une Etoffe légère ; il faut conclure de-là que plus on met de liftes, 8c plus le Taffetas eft fourni en chaîne ; cependant quelquefois , & même fort fouvent, on met quatre liftes à un Taffetas qui n’eft compofé que de deux fils par dent. On doit fe reftouvenir que dans ce cas on ne met un plus grand nombre de liftes , que pour que la quantité des mailles dont elles font chargées, foit moindre. Ainfi on fe rappellera par-tout que fi l’on met plus de deux liftes, à quelque genre de Taffetas que ce foit, ce n’eft que pour les allégir du nombre de mailles dont on feroit forcé de les charger fi on n’en mettoit que deux ; ainfi nous obferverons actuellement qu’en général les Taffetas montés à quatre liftés, font pour avoir quatre fils en dent, que ceux montés à fix liftes, font fouvent faits à fix fils en dent, & quelquefois à quatre, mais que c’eft le plus rarement poflïble qu’on fait des Taffetas à fix fils, & encore moins à huit * quoiqu’on mette huit liftes fréquemment, foit aux Gros-de-Tours, foit aux Gros-de-Naples, &c. Si donc on voit huit liftés pour faire un Taffetas, il en faut conclure que c’eft à quatre fils par dent, 8c qu’en paffant le peigne, on a divifé tous les cours en deux j
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- mais on peut croire que la chaîne eft ourdie double, triple ou quadruple. Nous aurons occafion de faire quelques autres remarques à cet égard; en attendant fuivons nos Armures 9 Sc voyons en quoi confifte la différence qu’il y a entre celles que j’ai déjà mifes fous les yeux : nous avons vu l’Armure du Taffetas à deux lifles, voyons celle du Taffetas à quatre lifles.
- La figure 2 repréfente cette Armure : d’abord les quatre lifles P 9 P, Q 9Q , font fufpendues deux par deux par les cordes R, R, S, S, qui paffent for les poulies kk , / /, qui font dans les chappes T9 T9 qu’on voit pendues au porte-liffe v : au moyen de ces mêmes poulies , on obtient le mouvement des lifles par le fecours des marches X 9 T, qui y font folpendues par les eftrivieres m9m> ny tiy qui tiennent aux cavaletis Z, Z , A9 A, lefquels, par les tirants 0,0, o y 0 >p >p > p >p > font fofpendus aux lifferons ByByCyC; ainfi par la correspondance que toutes ces piece^ ont les unes aux autres au moyen des cordes 9 la marche X étant enfoncée , attire en-bas les lifles P9 P9 Sc fait monter celles Qy Q y parce que les eftrivieres n, n 9 font attachées aux cavaletis A, A 9 qui dépendent de ces deux lifles ; Sc par une raifon analogue, la marche Y fait descendre les lifles. Q , Q, qui font monter celles P, P à leur tour , puifque les eftrivieres m, m, font attachées aux cavaletis Z, Z 9 qui dépendent des lifles Q y Q. On doit remarquer dans cet arrangement, que ces lifles font prifes de deux en deux par une même marche ; fi on les prenoit de fuite, les cordes R 9 Ry ou celles S9 S y feroient tirées toutes les deux à la fois par les deux côtés; au lieu que foiyant l’Armure qu’on voit ici, quand on enfonce la marche X9 les côtés q 9 q 9 q > q 9 de ces mêmes cordes, defcendent & font monter ceux r 9 r j r y r\ & quand c’eft le tour de la marche JTà être enfoncée, ce font ces derniers côtés des cordes RS 9 RS 9 qui font monter ceux q>q>q>q> & anfli tour à! tour.
- Il ne faut pas croire que ces mouvements produifent quelque différence! entre la fogue qui fe forme ici, & celle qui fe forme par l’Armure à deux lifles que nous avons vue ci-devant ; cette fogue eft la même, & reçoit la navette qui y introduit les duites de la trame ; cette fogue doit être unie dans toute la largeur de l’Etoffe , comme s’il n’y avoit que deux lifles qui concou-ruflent à partager la chaîne en deux.
- Il faut faire attention que les quatre lifles qui compofent cette Armure, étant égales entr’elles, contiennent un nombre de fils égal, en forte que les deux lifles qui lèvent par une marche font lever la moitié de la chaîne , tandis que les deux qui defcendent , font baifler l’autre moitié. La figure 6 nous en donnera une idée plus claire.
- Suppofons que les deux mailles Dy D9 foient les deux lifles P, P, Sc que les deux autres E9E9 foient les deux lifles Q9 Q, toutes vues de profil ; nous foppoferons aufîi que les fils s, t, v, x, compofent la chaîne entîere : on voit que les deux lifles P, P9 font levées, & celles Q9 Q9 font defoendues, ce qui
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- Septième Section. L Part. Des Armures des Taffetas. 3*1 laifle voir la fogue P ouverte, 8c prête à recevoir la navette ; ainfi en faifànt defcendre les mailles D 9 D 3 8c faifant monter celles E, E , on aufa la même fogue ouverte , excepté que les fils s 9t9 qui font en deffus, le trouveront à la place de ceux v, x, & ces deux derniers prendront la place des deux premiers > ce qui arrive alternativement pour former le tiflu du Taffetas. Il ne faut pas cependant que les fils s 91, v , x9 foient féparés du côté de la fogue, chacun de ces deux fils devant ne former qu'une ligne, afin de ne pas former trois gorges : ils doivent être comme la fogue a, fig. 4 , PL ip, par les raifons que j'en ai dites à l'endroit de la defcription de cette figure, 8c de celles qui y ont quelque rapport.
- La figure 3 de cette Planche 31 > fait voir l'Armure du Taffetas à fix liffes. Je dois prévenir que l'on ne fait pas communément des Taffetas à fix liffes, fur-tout en Taffetas, unis , à moins qu’on n’y mette fix fils par dent, parce qu*on n'eri fait jamais à trois fils'feulement. On pourroit, à la vérité, les exécuter ; mais le grain du Taffetas ne fèroit pas beau. On évite de faire les Taffetas à fix liffes 8c à quatre fils par dent, à caufè de l’interruption du cours des mailles pour le peigne ; cette interruption vient de ce que mettant quatre fils en dent, il faut laiffer deux mailles du premier cours, pour en mettre les fils dans la fécondé dent ; on y joint les deux premiers fils du fécond cours des mailles , 8c l'on prend le refte de ce cours pour paffer dans la troifieme dent : par ce moyen l'on eft obligé de divifer deux cours de mailles en trois parties égales pour emplit trois dents. Cette difficulté n’eft pas grande pour le paflàge du peigne , qui, pat lui-même, eft fi prompt, 8c parce qu’une fois qu’il efl: exécuté, on n’a qffà l’entretenir ; mais c’en efl: une pour l’Ouvrier, en ce que pour paffer les fils qui fe caffent, il efl: obligé de chercher de quelle dent dépend le fil caffé * fur-tout lorfqu’il apperçoit que là place eft douteufe. J aurai occafîon de parler de cette attention qu’il faut qu’ait l’Ouvrier pour bien conduire fon travail. Mais reve-
- Tlànoss
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- rions à notre Armure.
- Les liffes G H, G H 9 G H, font ici également fufpendues que celles P Q y P Qy de ’la figure 2, c’eft-à-dire , que les cordes 11, K K, LL 9 auxquelles font attachées ces liffes, paffent de même fur des poulies abc y abc y qui font aux chappes M, My fufpendues au porte-liffe JS. Le mouvement qu'on donne à ces liffes, dépend aufîi de deux marches qui font également placées que celles que "nous avons vues par les figures 1 8c 2, comme on les voit en O , P : elles font fupportées chacune par trois eftrivieres ; favoir , celle O, par les efirivieres d, d y d y 8c celle P, par les eftrivieres e , e , e , fufpendues aux lifferons S Ty S T y S T y au moyen des tirants fg 9 fg if g 9 &c ; ainfi en enfonçant la marche O 9 on verra lever les liffes G, G, G 5 8c par la marche P, ce fera le tour de celles if, if, if, à monter.
- C'eft encore pour obtenir urfe fogue convenable à recevoir la navette & les fuites de la trame qu’on doit incorporer dans la chaîne , que l’on forme Étoffes de Soie. FIL Part, M 4
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- 32a VA R T DES ÉTOFFES DE SOIE. l'arrangement que nous venons de voir ; en forte que Ton peut remarquer par la figure 7 , que pour former cette fogue , on a fait lever les mailles V9 V, V9 tandis que celles X9 X9 X9 font baiffées, de maniéré que les fils k, /, m9 font en deflus , & ceux n 9o 9p , font en deflous, ce qui provient de ce que les trois premiers fils font paffés dans les mailles V9 V9 V9 qui fuppofent les trois lifles H y H y H, de la figure 3 , quand elles font montées, & que les trois fils qui font en deflous font paffés dans les mailles X9 X9 X9 qui foppofent les trois lifles G 9G 9 G9 lorfqu elles font defoendues. Il faut encore fuppofer que les lix fils que nous venons de voir , forment la totalité d'une chaîne vue de profil, mais dont les fils ne font pas réunis à un feul point pour former la fogue Z, qui ne doit préfenter que là feule ouverture ; car ici je ne la repréfonte dans l'état où on la voit, que pour faire reconnoître que chacune des lifles que les mailles V~3V9V9X9X9 X9 repréfentent, font mouvoir chacune un fixieme de la chaîne, & on peut voir en même temps que pour réunir les trois fils k9l,m , en une feule ligne, on n’a qu'à faire moins monter les deux dernieres des mailles V*V9V\& comme leur montée réglé la defoente de celles X9 X9 X9 on trouvera par le même arrangement que les trois fils n, 0 , p , fe réuniront auffi en une feule ligne, parce que les deux dernieres de ces mailles ne feront defoendu es qu'en raifon de la defoente de leurs cordes de fofpenfion : pour mieux entendre ce que je veux dire, retournons à la figure 1 ; on y verra que fi la marche A fait defcendre la lifle D, celle C, qui partira du même point & au même inftantque l'autre, montera auffi haut que celle D fora defoendue, en forte qu’en partant du point de repos où elles font, on trouvera que fi la lifle D eft defoendue d'un pouce, celle C fora montée d'un pouce. Ainfi en réglant la montée d'une lifle 9 on s'aflure en même temps de la defoente de celle qui eft attachée à la même corde de fofpenfion.
- J'ai fait remarquer ailleurs qu'on ne pouvoit obtenir la réunion des fils de là chaîne que par un côté , celui par où l'on devoit faire paffer la navette, & que nous avons appelléfogue ; ainfi toutes les fois que nous voudrons que la fogue ne forme qu'une ligne deflus & deflous, lorfqu'on a quatre , fix ou huit lifles, on ne pourra l'obtenir qu'en faifànt former plusieurs gorges derrière les lifles : on ne fauroit même déterminer cette réunion des fils qu'à une certaine hauteur, de façon que jufqu'à ce que les lifles foient montées à cette hauteur, on voit fo former plufieurs ouvertures ; & fi l'on enfonce la marche plus qu'il ne faut, il fo formera de nouvelles ouvertures; & comme chacun de ces fils ne part pas delà même diftance, il y a néceflàirement une différence dans leur hauteur, qui ne fe perd qu'au tiffu de l'Etoffe : c'eft à quoi doit prendre garde l'Ouvrier, foit en armant fon Métier, foit en fabriquant l'Etoffe. Dans le premier cas, il doit fixer fon Armure de maniéré que fà fogue foit nette au point de hauteur où il eft habitué de faire monter les lifles, & dans le focond il ne doit faire monter les lifles ni plus haut ni plus bas, qu’au point où la fogue‘doit être pour fon travail.
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- Septième Section. I. Part. Des Armures des Taffetas. 323 La figure 4 repréfente la quatrième 8c derniere Armure du Taffetas, faite par le fecours des chappes, Cette Armure tient aux autres par l’ordre qu’on a foin d’y garder; mais elle eft un peu plus compliquée, par le nombre des lifles, & conféquemment parle nombre des cordes de fufpenfion, 8c par celui des eftri-vieres qu’on doit néceflairement y mettre ; mais à toutes ces cordes 8c à ces eftrivieres, on fait tenir l’ordre que nous avons vu aux figures 1,2 8c 3 ; ainfi les liffes AB 9AB, AB9 AB , font fufpendues deux par deux, une à chaque bout, aux cordes C9D, E, F9 C, D, E, F, qui paflent fur les poulies q, r9 s 91y q9r9 s 9t , des chappes G, G, qu’on voit fufpendues au porte-lifle H, Pour faire mouvoir ces lifles, on ne fe fert que de deux marches, ainfi que dans les Armures précédentes , de maniéré que chacune de ces marches fait monter & defcendre toutes les lifles dans le même fens que nous l’avons vu par la defcription des figures r , 2 Sc 3* Ainfi la marche / fait defcendre les quatre lifles A 9 A 9 A 9 A 9 8c en même temps elle fait monter les quatre lifles B 9B9 B 9 B y au lieu que la marche K fait defcendre les quatre dernieres lifles défî-gnées, 8c fait monter les quatre premières. En fuivant l’arrangement que nous avons vu dans les autres Armures, il fera facile de connoître celle-ci. Voyons feulement la correfpondance que les marches ont avec les lifles,
- La marche I eft fupportée par les quatre eftrivieres v,v,v,v,& celle K eft fupportée par les quatre eftrivieres x9x 9x9x, qui font attachées aux cava-letis L9L, L, L 9 qui, par leurs tirantsy,y9y98cc. tiennent auxliflerons M9M y M y M, & les fécondés eftrivieres font attachées aux cavaletis N 9 N N 9 N y qui, par leurs tirants &c. tiennent aux liflerons Q, Q, Ç, Q 2
- en fuivant cet arrangement, il fera facile de reconnoître que les marches /, Kp ne fàuroient être enfoncées l’une après l’autre, fans procurer aux lifles le mouvement que j’ai remarquer tout-à-1 heure, 8c qu il faut neceflairement que ces marches foient enfoncées l’une après l’autre, pour obtenir ces mêmes mouvements ; car on ne fàuroit faire monter ni defcendre aucune liflè, fi l’on met-toit le pied fur les deux marches à la fois, puifque l’une fait monter lautre ; & dans toutes les Armures du genre de celles que nous venons de voir pour les Taffetas, à mefure qu’oji enfonce une marche, l’autre monte, parce qu elle.eft attirée par les lifles qui montent, lefquelles y font attachées par la correfpondance qu’elles ont avec les eftrivieres , les cavaletis & les tirants qui y communiquent. On peut reconnoître cette correfpondance par les lifles m ,n9o>p9 de la figure 3 , PL 19, où l’on voit les deux premières de ces lifles defeen-dues , 8c les deux dernieres montées par l’enfoncement de la marche K ; 8c l’on voit par ce même enfoncement, que les deux dernieres lifles ont entraîné avec elles la marche P : du refte voyez ce que j’en ai dit dans la defcription qui a donné lieu à cette figure. Toutes les fois que la marche I de notre figure 4 fera enfoncée, en attirant à elle les lifles A, A, A, A, elle attire en même temps les côtés a9a9 a9 8cc, des cordes C, D9 E9 F9 C, D9 E9 F, 8c en enfonçant
- p&aÊBÊtmermitvfjà
- Planché
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- Planche
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- 324 FART DES ÉTOFFES DE SOIE. la marche K, elle attirera les lifles B9B9B9B98c avec elles les côtés b , A, b; Scc. des mêmes cordes que je viens de déligner. Pour mieux connoître cette montée 3c cette defcente, cortfidérons la figure 8, qui en même temps nous fera voir que les quatre lifles montantes Sc les quatre defcendantes divifent la chaîne en deux parties égales pour former la fogue qui reçoit la navette, ainlî que nous Pavons vu par les figures précédentes.
- La figure 8 , dont nous allons nous occuper, fuppofe les huit lifles de la figure 4 , vues de côté ; les quatre mailles i?, R, R, R, repr éfentent les quatre* lifles qui dépendent de la marche /, lorfque celle K eft enfoncée, en forte qu’elles font lever la moitié de la chaîne, qui eft foppofée par les quatre fils c9 dy e,f9 & l’autre moitié eft compofée par les quatre autres fils g, h, i, k y qui font paffés dans les mailles S9 S9 S9 S9 qui fuppofont les quatre lifles qui dépendent de la marche K de la figure 4 : ces quatre derniers fils font baiffés j Sc laiffent entr’eux la fogue T9 dans laquelle doit être paffée la navette.
- Nous remarquerons ici que les fils c 9d, e, f9 font levés comme ils doivent l’être pour former la fogue T 9 mais que ceux^, A, i, A, ne defcendenc pas fuivant la montée des autres. J’ai voulu rendre fenfible par cet arrangement j que lorfqu’on n’armoit pas un Métier fuivant les réglés, on n’obtenoit jamais qu’une fogue irrégulière, laquelle laiflfe toujours le paflàge de la navette incer-: tain pour arriver d’un bord de l’Etoffe à l’autre, quand même cette Etoffe ne feroit pas bien large.
- U faut, pour l’armure dun Taffetas à huit lifles, fuivre les réglés que j’ai fait remarquer pour ceux à fix & pour ceux à quatre lifles, c’eft-à-dire , qu’erë divifànt la chaîne en deux parties égales, chacune de ces parties ne forme qu’une ligne, afin que la fogue txWt qu’une leule ouverture. Plus il y a de lifles à un Taffetas, plus on doit veiller à la perfeélion de leur an-angement, parce que l’éloignement qu’il y a de la derniere liffe au poiqt de la chaîne , fo trouvant plus confidérable, eft plus fujet à varier ; ainfi on ne fàuroit trop prendre de précautions pour prévenir le dérangement qui en réfulte,
- Les quatre Armures qui viennent de nous occuper, ont un rapport invaria* ble entr’elles ; toute leur différence confifte au plus ou au moins de lifles qu’il faut y faire mouvoir. Mais en confidérant les chappes /, /, de la figure r, celles T9 T9 de la figure 2, celles M, M9 de la figure 3 , & celles G, G , de la figure 4, on reconnoîtra que les mouvements de chaque liffe dépendent des poulies de ces mêmes chappes, Sc que les cordes qui font pofées fur chacune des poulies, tiennent par un de leurs bouts à une lifle , Sc que chaque corde tient à deux lifles feulement, c eft pourquoi les poulies font multipliées en rai-fon du nombre des lifles. Chaque deux lifles occupe deux chappes Amples, con-féquemment deux poulies ; ainfi pour l’Armure de deux lifles on emploie deux chappes fimples ; pour celle de quatre lifles, il faut deux chappes doubles ; pour celle à fix liffes 9 il faut les chappes triples, Sc pour celle à quatre lifles,
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- Sëp T ï e M ê S jè c T ï ô N. I. Part. Dès Armures des Taffetas b bn fe fett des chappes quadruples : par la différence de ces chappes, on doit Voir qu’au-delà de deux lifles, Tordre des Armures fe répété autant de fois qu’il PiANctîS y a de fois deux lifles ; de forte que dans les Taffetas à quatre liftes , on apperçoit 5 U que TArmure des deux lifles y eft contenue deux fois ; dans ceux à fix liffes , elle y eft contenue trois fois ; & dans ceux à huit lifles, cette Armure eft quatre fois répétée : il n’y a donc de différence entre ces Armures 9 que le nombre des liffes, qui entraîne néceflairement celui des cordes de fufpenfion, des cavaletis & des eftrivieres.
- On doit remarquer dans la figure ï, que Ton n’a employé que deux eftrik vieres , une pour chaque lifle ; que dans la figure 2 on a mis quatre eftrivieres à une auflî pour chaque lifle ; que dans celle 3 il y a fix eftrivieres , & dans la figure 4 il y en a huit, Sc cependant on n’a pas augmenté le nombre des mar-ches, parce que deux marches fuffifent toujours pour former le tiffu du Taffetas ;
- & que fi dans quelque occafion on y en met quatre, ce n’eft point pour former le tiffu, ce n’eft que pour défendre ; c’eft ce que je ferai bientôt con-noître.
- Il refte, pour la perfection des Armures, à les régler conformément à ce que j’en ait dit dans la defcription que j’ai faite fur les figures 19 2 9 3 9 4.8c $ 9 de la Planche 19, qui confifte à tenir les eftrivieres les plus reculées, plus tendues que les autres, en raiübn de la ligne oblique qu’on fait décrire à la marche en l’enfonçant, pour former une fogue nette, ou de tenir plus élevées les lifles de derrière, que les lifles de devant. Cette derniere méthode eft: auffi sure que l’autre, mais elle n’offre pas une fi grande propreté ; ainfi il vaut mieux tenir les lifles toutes de niveau , & régler la fogue de la chaîne par les eftrivieres.
- On remarquera fur les figures vjui reprélentent nos Armures , que je n ai em*> ployé que des cavaletis ; je l’ai fait ainfi, afin qu’on apperçût mieux Tordre qu’on fait tenir aux eftrivieres, ce que je n’aurois pu faire avec les arbalettes dont j’ai parlé dans les Articles précédents, Sc telles qu’on en peut voir deux en a, b9 fig. 5 & 6 9Pl. 16.
- Pour qu’on reconnût mieux les Armures que je viens de décrire , je nai repréfenté que les lifles avec une partie des chaînes. Il faut fuppofer que lorf-qu’on forme ces arrangements, la chaîne eft tendue, le battant eft placé , Sc que tout le refte du Métier eft prêt à travailler.
- Voilà en quoi confiftent les Armures des Taffetas faites avec les chappes t il nous refte à voir celles faites au carrette, ou plutôt au châtelet ; je ffen repréfenterai qu’une à huit lifles & par fragments : je ferai connoître les autres en les comparant avec celles que nous venons de voir.
- Je ne pourrai faire connoître TArmure que je me propofe de décrire, qu’en en deffmant la figure féparée du Métier & dépourvue du battant, ainfi que de tous les autres uftenfiles qui concourent à la fabrication du Taffetas, Sc qui Étoffes de Soie. VIL Paru N 4
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- Planche 3 2.
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- 3 *6 VA R T DES ÉTOFFES DE SOIE. pourraient offufquer le point de vde, & cacheroient toutes les parties qui y font employées , foit cordes, foit carquerons , &c.
- La figure I, Fl. 32 , va nous faire connoltre cette Armure ; Sc fi Ton y découvre quelques pièces de bois brifées ou ponéluées, ce ne fera que pour faire voir à découvert tout ce que cette Armure a d important. D abord 011 y remarque les huit lifles A B, A B, A B, A B, fufpendues à un bout des ailerons C D9 C D, C D9 C Dy par les branches a b, a b, a b 9ab, Scc. des arcades EFyEFyEF. Je préviens que ces branches d’arcades ne préfentent aucun nœud dans cette figure, non plus que les cordes de carquerons G H, G H y G H, GH: c’eft encore pour ne point gêner le point de vue ; mais on peut y en fuppofer comme ceux que j’ai décrits & repréfentés dans la lufpenfion des lifles.
- Les lifles dont il eft ici queftion, tiennent aux arcades par les liflerons 1K y IKylKy IK ; c’eft par ce moyen qu’on peut les faire monter, attendu que les cordes de carquerons font attachées à l’autre bout des ailerons C D, Scc. Sc que ces mêmes cordes tiennent, par leur bout inférieur, aux carquerons LM y L Mf L M y L M; les marches N y O, font fufpendues chacune à quatre de ces carquerons ; favoir, celle N y aux carquerons L, L, L , L y Sc celle O, aux carquerons M y My M y M. La première de ces marches eft fufpendue aux carque-; rons que je viens de défigner, au moyen des eftriyieres CyCyCyCyScl a fécondé eft ftrfpendue aux autres carquerons par les eftriyieres d3 d y d y d 9 de forte que fi l’on enfonce la première marche, on fera defcendre les quatre carquerons My My &c. qui, en attirant à eux la queue des ailerons C, C y C, C$ feront monter les quatre lifles A9A9A9A;Sc la fécondé marche étant enfoncée , attirera la queue des ailerons Dy Dy Dy D9 Sc les lifles B9 B y B y B y monteront. U ne fuffit pas de faire monter ces liiles, il faut, pour rette Armure 9 quelles defcendent tour-à-tour, c’eft-à-dire, qu’en faifimt monter les quatre lifles AyAyAyA.on faflfe en même temps defcendre celles B, By B y B3 Sc qusen faifant monter ces quatre dernieres lifles, on faflè defcendre celles A , A, Scc.
- On ne peut parvenir à faire defcendre ces lifles en même temps que les autres montent * que par le fecours d’une eftriviere qu’on met à chacune, & qui doit répondre direélement ou indireélement à la marche qu’on enfonce, de maniéré que fi la marche iVfait monter les lifles A, A, A, A, elle doit faire defcendre les quatre lifles B y B, B9 B, par la correlpondance que les eftriyieres e9 e, e, e , ont avec ces dernieres, en ce quelles tiennent aux quatre tire-liffès P3 P9P9 P j qui font eux-mêmes fupportés par les tirants/’,/',/’,/', qui font attachés aux liflerons Q9 QyQyQs ainfi fi cette marche A"fait monter les quatre lifles A, Ai Sec. par les carquerons Z», Z, Scc. elle fait defcendre les lifles By B9 Scc. par les iireJifles P, P, &c.
- La marche O doit produire le contraire de celle IV, en ce que les eftriyieres
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- SëpYièmë Section. L Part. Des Ârmures des Taffetas*
- 'g y g y g9 g y qui tiennent aux quatre tire-liffès R, R, R, R, font fufpendues aux liflerons S9 S9 S, S9 par les tirants h9h,h9 h9 de forte qu’en enfonçant cette marche, on fait defcendre les quatre Mes A9 A9 8cc. 8c en même temps on fait monter les quatre lifïès B, B9 B9 B*
- Pour bien exécuter cette Armure, il s’agit de ne point contrarier la montée des lifïes par leur defcente, c’eft-à-dire, qu’on doit prendre garde què la marche qui doit faire monter quatre lifles par les eftrivieres qui font attachées aux quatre earquerons qui y correfpondent, ne doit pas avoir les eftrivieres qui font attachées aux tire-lifles , attachées à ces mêmes lifles ; car fans cette attention , aucune des lifles ne monteroit ni ne defcendroit : ainfi on remarquera que le premier des quatre earquerons L , L , 8cc. fait monter la première des quatre lifles A , A, &c, parce que la première des eftrivieres c9c9c9 c, tient à ce car-queron , 8c que la première des eftrivieres e9e9e9e9 tient au premier des tire-* lifles P9 P9 P9 P9 8c non au premier de ceux R 9 R 9 R, R; car fi cette eftriviere tenoit au premier tire-lifle R 9 elle feroit attachée au premier liflèron S : alors on verroit qu’à mefure que le carqueron feroit des efforts par l’impulfion de la marche N9 pour faire monter la première lifle A 9 le premier tire-lifle R feroit les mêmes efforts pour la retenir 9 parce que l’un la tireroit par-deflus, & l’autre Voudroit la faire venir par-deflous*
- Je fais ici cette remarque, parce qu’il y a beaucoup d’Ouvriers qui entrer prennent d’armer un Métier tel que celui dont nous nous entretenons, & qui tombent dans ce défaut. Cette Armure n’eft pas aufli facile à exécuter que celle à huit lifles que nous avons vue par la figure 4 de la Planche précédente, puifi» qu’on l’exécute avec huit eftrivieres 9 8c qu’à celle-cfil en faut feize > huit pour les tire-lifles, 8c huit pour les earquerons : il faut même une exactitude extraor-» dinaire pour régi pr cAilvieres, afin d obtenir une ouverture de pas qui pro-* cure une fogue nette pour recevoir la navette ; car plus on complique les arran* gements, 8c plus on trouve de difliculté à les rendre parfaits, 8c ion ne connoît cette Armure que parmi les Fabriquants de Paris & ceux de Tours ; mais dans Lyon, Avignon 8c Nîmes, aucun Ouvrier ne connoît le carrette que pour les Etoffes où il le faut indifpenfablement ; de forte qu’on préféré, avec jufte rai-» fon, leschappes, parce qu’elles font plus douces pour le travail, plus faciles à armer, & moins embarraflàntes.
- Les earquerons L, M, & c. de la figure dont nous nous entretenons, font enfilés à leur talon 9 par une broche de fer i, qui paffe par un bout dans la queue de l’oreillon T, qui paflfe dans la banque v du pied de Métier X, 8c par l’autre bout elle paffe dans le montant y ; ce montant tient par un bout à la traverfe £, 8c par l’autre bout il pofe par terre ou dans la folle du Métier. Il faut prendre garde , comme je l’ai fait remarquer par la figure 16, PL 13 , qu’ici l’on voit des tire-lifles & des earquerons enfilés enfemble par la même broche de fer A 9 ainfi en fuivant cet ordre, on verra fur notre figure qu’on a pris foin de mettra
- Planché
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- 5iS VART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- ^ r—p—... un tire-iifle qui fépare chaque carqueron , ce qui fait autant de tire-lifles que .
- Planche de carquerons, & qu’on les a enfilés alternativement. Il n’eft pas douteux que 52* cet arrangement eft trés-embarraflànt, par le grand efpace que tient un auffi grand nombre de carquerons 8c de tire-lifles placés les uns à côté des autres : dans cet état les lifles font forcées de tenir un efpace à peu-près femblable, d’autant mieux que les tirants/*, h, &c. les tiennent écartées en proportion de ce qu’ils le font eux-mêmes ; on n’a jamais autant de facilité, foit à régler la montée des lifles, foit à travailler quand les lifles font trop écartées : c’eft fans doute ce qui a fait prendre le parti à certains Ouvriers, de féparer les tire-lifles des carquerons, en les enfilant les uns fur une broche de fer k 9fig. 2 , & les autres avec une broche /, même figure ; par ce moyen ils ont gagné à peu-près le tiers de l’efpace que tenoient enfemble les tire-lifles & les carquerons, étant placés les uns à côté les autres. Ici les tire-lifles font au-deflus des carquerons , 8c néanmoins les broches qui portent les uns 8c les autres, tiennent par un bout au même montant m , & par l’autre à la queue de l’oreillon, ou bien au pied de Métier , ou enfin à un fécond montant femblable à celui que nous voyons, & tenu par la traverfe n.
- Si en mettant les tire-lifles au*deflus des carquerons, comme le repréfente la figure 2 , on évitoit tous les défauts de cette Armure , on auroit raifon de s’y tenir, mais on ne fàuroit éviter le frottement que les eftrivieres des tire - lifles efluient en paflant entre les carquerons : ces frottements rongent ces eftrivieres ; d’ailleurs il en faut la même quantité , & la plupart des Ouvriers, pour écono-mifer les cordes , mettent ces eftrivieres fimples, telles que je les ai deflinées for la figure 1. Cette économie ne vaut rien, en ce qu’elles font plus vite ufées que fi elles étoient doubles, 8c qu’on perd, avec la corde, le temps néceflàire pour refaire ces eftrivieres lorlqu elles font caffées.
- On doit, autant qu’il eft pofllble, Amplifier les arrangements de Métier j l’ordre qu’on eft forcé d’y établir eft aflez compliqué par lui-même, pour qu’on doive chercher tous les moyens propres à le rendre facile ; & je fois afluré, par expérience, que l’Armure dont il eft ici queftion, peut fe faire avec beaucoup moins de cordages 8c moins d’uftenfiles. Je vais indiquer deux maniérés différentes avec lefquelles je l’ai exécuté.
- J’ai laifle fubfifter les huit ailerons A B,AB,AB,A B, fig. 3 , 8c j’ai fup-primé fix carquerons ; je n’ai laifle à l’Armure que les deux que nous voyons en C, D; j’ai ajouté une planche E, percée d’autant de trous qu’il y a de cordes de carquerons 0p, op, op , 0 p\ j’ai pafle toutes ces cordes dans cette planche, qui leur fort de guide, & j’ai fixé cette planche for les extrémités du brancard du carrette , de maniéré que les trous étoient en droiture des ailerons 8c que dans le repos les cordes de carquerons defcendoient obliquement jufo qu’à la planche, afin qu’en tirant les queues des ailerons au plus bas, les trous qui contiennent les cordes, fuflent perpendiculaires à ceux de cette planche y
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- Septième Section I. Part. Des Armures des Taffetas. g2p autant qu’il étoit poflible ; alors prenant les quatre cordes des carquerons o , o , o 9 o, je les nouois enfemble comme elles le (ont en F; enfuite je formois le nœud G avec les quatre cordes y? 9p 9p9 p9 ayant foin & appareiller ces cordes , de forte qu’en tirant le nœud pour faire monter les lifles , elles montoient avec plus de régularité que fi elles avoient été tirées par quatre carquerons féparés; alors il me reftoit à gancer les bouts des cordes qui formoient l’excédent des noeuds F9 G, dans les gouflets q , r 9 comme ils font en /, II; je n’avois plus qu’à mettre une feule eftriyiere à chaque carqueron 9 au moyen de quoi j’étois alluré de faire monter mes lifles à la hauteur que je défirois 9 Sz toujours avec cette égalité que je leur avois procurée en formant les nœuds.
- Il ne faut pas imaginer qu’en armant ainfi le Métier, j’aie fupprimé les tire-lifles ; ils y font d’une trop grande conféquence pour que j’aie feulement eu l’idée d’en diminuer le nombre : je me contente de les faire mettre ou devant les carquerons ou derrière, comme ils font en KL9KL9KL9KL9 fig. 4, placés derrière les carquerons M9 NDans cet état, j’ai fait mettre un tirant à chacun des tire-lifles ; conféquemment chacun a été déterminé pour la lifle qui pouvoir lui répondre perpendiculairement, & à chaque tire-liffe une eftriyiere ; celles qui étoient aux tire-liffès K, K9 K9JC9 étoient placées à une même marche avec l’eftriviere du carqueron M, & celles qui étoient aux tire-lifles L , L,L 9L9 étoient attachées à la fécondé marche avec l’eftriviere du carqueron iV; par cet arrangement je n’avois befoîn que de cinq eftrivieres à chaque marche ; au lieu que fuivant l’Armure repréfentée par la figure 1 , il en faut huit.
- On doit concevoir auffi que les tire-lifles étant placés les uns à côté des autres fans être interrompus par les carquerons, déterminent l’efpace que les lifles x peuvent occuper: par cet arrangement- lî/Tôs no /àuroient être trop écartées, attendu que les tire-lifles ne font guere que de l’épaiflèur des lifterons : par ce moyen l’Armure eft plus dégagée.
- La fécondé maniéré de monter cette Armure, eft repréfentée en partie par la figure y Telle eft encore moins compofée que celle que nous venons de voir, en ce qu’au lieu de huit ailerons, il n’en faut que deux comme ceux 09 P; à chacun de ces ailerons , font fufpendues quatre des lifles RS9RS9RS, RS ; il faut donc que chaque aileron ait quatre arcades attachées à chacun des gouffets T9 Kl & celles t9t9t9 &c. appartiennent aux arcades y qui font au gouflet Ki toutes ces branches d’arcades fontpaflees dans les planches \9\9 qui font percées non-feulement pour recevoir ces cordes, mais pour contenir les lifles dans un écartement déterminé : aufli font-elles fufpendues au brancard du car-rette par les cordes v, v, v, v. Les branches d’arcade tiennent par un bout aux liflferons xy, xy, xy, xy, de forte que la moitié doit enlever les quatre lifles j?, Rf R9 R9 & l’autre moitié fera monter celles S9 S9 S9 S.
- On doit reconnoître par cette figure, que les deux cordes de carqueron ^^font fuffifantes pour faire mouvoir alternativement ces lifles , attendu Étoffes de Soie, KIL Part. O 4
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- 330 VA RT DES ÉTOFFES DÉ SOIE. qu’on n emploie que deux ailerons, & quà chacun d'eux font fufpendues quatre liffes : il ne faut non plus que deux carquerons, comme ceux C3 D, de la figure 3.
- En comparant cette derniere figure à celle qu’on vient de voir , on trouvera qu’il y a fix cordes de carqueron de moins, 8c que par conféquent on peut fe paflèr de la planche E, qui leur fert de guide ; cependant elle eft plutôt avan-tageufe que nuifible 8c embarraflànte : elle empêche les ailerons de vaciller , ce qui donne beaucoup plus de précifion au mouvement des lilTes, joint à ce que les planches ^ç, les contiennent dans une direction prefqu’invariable. Ces planches font abfolument néceflàires pour tenir les liffes également écartées 9 8c pour leur conferver la direétion qu’elles doivent garder en montant & en defcendant ; 8c comme elles font fufpendues au brancard du carrette, il eft cer* tain qu’elles le fuivent dans toutes fes pofitions ; ainfi qu’on avance le carrette ou qu’on le recule, les lifles font avancées ou reculées avec lui. Tout ce qu’on doit obferver en armant le Métier, c’eft que les gouffets T> doivent répondre perpendiculairement au milieu delà largeur de l’Etoffe 3 parce que s’ils font plus fur un bord que for l’autre, on ne parvient jamais à former une fogue telle qu’il la faut pour travailler commodégient ; & même fi la dilproportion fe trouve un peu grande, il n’eft pas poffible qu’on puifle travàiller. On comprend dra ce que je veux dire., en faifant attention que la chaîne étant fixée for le milieu de la largeur du Métier, 8c ne pouvant être fabriquée que tendue, fi les liffes necmontent pas également par les deux bords, la fogue fera plus-ouverte par un côté que par l’autre ; & fi le carrette eft placé de maniéré que le point d’où partent les branches des arcades, foit plus d’un côté que de l’autre, il en réfultera une inégalité dans Fouyciturc de E fogue , la chaîne en entier lèvera plus du côté où les arcades fe feront raccourcies par le plus d’obliquité, que du côté où les branches approcheront le plus de la ligne perpendiculaire* Cet inconvénient eft connu de tous les Ouvriers^; & je fois certain qu’il n’en eft pas un .qui ait fait de l’Etoffe avec des carrettes à ailerons 8c avec ceux à poulies , auxquels on fofpend les liftes avec des arcades embranchées, qui ne fe foit apperçu du dérangement que caufe au Métier un carrette qui a perdu le milieu de la largeur du Métier : pour prévenir cet inconvénient , les Ouvriers intelligents fixent un des ailerons du carrette, fi c’eft un carrette fimple, à la hauteur où il doit être , & jettent un à-plomb à l’endroit d’où doivent fe diftri-buer les arcades, pour meforer s’il tombe au milieu de la largeur du Métier. Si c’eft un carrette à double batterie, on prend le milieu du carrette lui-même pour jetter l’à-plomb ; ou , fi on l’aime mieux , on mefore avec une corde la largeur du Métier, eft prenant d’une eftafe à l’autre, & en prenant la moitié de cette corde, qu’on fixe contre une des eftafes du Métier, on ramene le milieu du carrette à l’autre bout de cette moitié de corde, par ce moyen on eft affuré que le carrette eft au point où on le defire*
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- Ceci paroîtra peut-être minutieux ; mais pour bien armer un Métier, ce foin eft de la derniere importance *, & fi l’on fait attention que c’eft d’une Armure bien exécutée, que dépend la facilité de la fabrication, on jugera qu’il eft impor* tant d’apporter tous les foins néceflàires pour la rendre parfaite. Bien des Ou*ï vriers arment leurs Métiers à vue d’œil, auffi ils ont toujours quelque chofe à yj retoucher.
- La maniéré d’armer les Métiers fuivant la figure y, eft fufceptible de tire-* liftes , ainfi que celle jîg> 3 , fans quoi l’Armure ne feroit pas auffi parfaite , fi * au lieu de tire-lifles, on y employoit des eftrivieres qui viniîent tout d’un trait de la lifte à la marche. J’ai fait remarquer les inconvénients qui peuvent en réfulter , en faifant la defcription des tire-lifles , & en les comparant avec les arbalettes & les eftrivieres attachées aux lifterons.
- La figure 3 ni la figure y ne font pas repréfentées dans les proportions qu’elles devraient avoir, mais la grandeur du deffin ne me l’a pas permis ; ce-/ pendant on doit y reconnoître tout ce que j’ai voulu qu’elles repréfentaflent : je crois que cela fuffit pour remplir mon objet; ainfi en voyant l’une & l’autre , SC les comparant avec la figure r, on doit appercevoir combien on 'doit gagner da temps pour former des arrangements auffi différents, & combien on économife d’uftenfiles & de cordes. Il eft vrai qu’en coupant les arcades de la figure r avec celle de la figure y , on voit quelque chofe de plus propre ; mais cette derniere figure n’étant pas dans les mêmes proportions de la première, n’offre pas à la vue un afpeél fi flatteur ; d’ailleurs il faut néceflàirement que les cordes foient croifées, pour que les unes puiflent pafler devant les autres, ce qui peut offufi* quer la vue ; mais cela n’influe en rien fur le travail* Il eft cependant à propos de donner à cette Armure, fi on le pwt, plua d’élévation qu à l'autre, afin que la croifure des branches d’arcades ne foit pas fi fenfible 5 par ce foin on obtient un plus grand dégagement entre les ailerons, qui font forcés, par la pofitîon des arcades f à fe rapprocher plus que ne le font ceux de la figure r , avec cette différence qu’ici nous n’en avons que deux, & là on en a huit.
- Je n’ai parlé jufqu’à préfent que des Armures à huit liftes faites au carrette ; je n’ai pas cru cependant devoir repréfenter celles à fix liftes, à quatre, ni celles à deux, parce qu’en faifant attention à celles que nous avons vues faites par les chappes dans la Planche précédente, on peut s’en former une idée qui fera facile à concevoir ; d’ailleurs en faifant attention à celles qui font dans cette Planche, il fera facile d’y fupprimer deux liftes pour en faire une Armure à fix liftes ; on fupprimera en même temps deux carquerons, deux tiredifles, deux ailerons ; mais il nous faudra toujours les deux marches, à chacune defquelles nous n’aurons que fix eftrivieres.
- Si l’on veut voir fur cette même figure première, une .Armure à quatre liftes, fupprimons la moitié de tout ce qui compofe celle que nous préfente la figure ; cependant nous garderons toujours les deux marches qui n’auront que
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- :quatre carquerons, autant de tire-liffès & autant d’ailerons ; ainfi cette figure nous donne une double Armure à quatre liftes, en même temps qu'elle en donne une quadruple à deux liftes : ainfi en fupprimant les trois quarts de tout ce que nous fait voir cette figure, excepté les marches qui n’auront chacune que deux eftrivieres, nous aurons l’Armure du Taffetas à deux lifles.
- On peut appliquer les mêmes remarques aux figures 3 & J * & en y faifànt les mêmes fuppreffions, on aura les Armures que nous avons vues par les figures % , 3 & 4 de la Planche précédente.
- On arme encore les Taffetas au carrette à double batterie ; mais je n’en dirai rien actuellement, pouvant les faire connoître par les Armures des Serges, ou l’on fe fert indifpenfablement de ce carrette ; alors en expliquant une Armure, je ferai connoître l’autre.
- Il me relie à faire connoître par quels moyens on fait entendre aux Ou-
- •vriers comment ils doivent armer leur Métier $ mais auparavant je vais parler
- d’un cas où, pour le Taffetas, on emploie quatre marches. Je n’emploierai
- point de figures pour cela ; je crois que je pourrai le faire connoître par la figure
- 1 de notre Planche 32.
- j *
- On met quatre marches à un Taffetas quand il eft beaucoup fourni en foie, ou quand la foie fe trouve un peu mal montée, & qu’on ne veut pas mouiller la chaîne, afin d’en conferver tout l’éclat. De ces quatre marches, deux font appelées marches de fond, & les deux autres marches de défenfe ; on les place alternativement , c’eft-à-dire , qu’en armant le Métier on commence par l’arrangement d’une marche de défenfe , enfuite une marche de fond, puis une marche de défenfe, & l’on finit l’Armure par une marche de fond. Suppofons pour un moment qu’on veuille ajouter Ucua marckec Ai* défenfe à la figure 1, les deux marches de fond feroient néanmoins armées comme celles iV, O; fans y rien changer, on mettra la première marche de défenfe à côté de celle O, & la fécondé entre celle O & celle N; alors on ajouteroit une eftriviere à chacun des quatre premiers carquerons, & une à chacun des quatre premiers tire-liffes : dans cet état on arme les deux marches de défenfe, comme fi l’on armoit un Taffetas à quatre lifles, obfervant que les eftrivieres qu’on mettra à la marche de défenfe qu’on aura placée à côté de celle de fond 09 fbient les mêmes que celles qui font à la marche O, c’eft-à-dire, quelles prennent à deux des carquerons & à deux des tire-liffes que cette marche O doit faire defcendre : par cet arrangement on trouvera que les eftrivieres qui relieront, feront attachées à deux des tire-liffes & à deux des carquerons qui font enfoncés par la marche N > & l’on met ces eftrivieres à la fécondé marche de défenfe.
- Quoiqu’on mette quatre marches à cette Armure, il ne faut pas croire que le cours de ces marches foit regardé autrement que s’il n’y en avoit que deux , parce qu’en fabriquant l’Etoffe on enfonce les deux marches qui ont rapport l’une à l’autre, pour paffer un feul coup de navette ; mais on ne les enfonce pas
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- toutes deux à la fois : on pofe la pointe du pied fucceffivement de Tune à lau-s tre ; Sc quand on a enfoncé la fécondé, qui eft la première marche de fond, on parte la navette dans la fogue que cette marche fait ouvrir : de-là on enfonce la fécondé marche de défenfe, & fans interruption on enfonce la fécondé marché de fond , pour pafîer le fécond coup de navette, & Ton recommence.
- On doit juger par l’ordre de cette Armure , qu’en enfonçant une des marches de défenfe, on ne fait à la fois que monter deux li(Tes9 Sc l’on n’en defeend que deux , ce qui n’efl que la moitié de ce que fait monter & defeendre une des marches de fond ; auffi eft~on afluré qu’en enfonçant une des marches de défenfe, elle ne fera pas fui vie par la marche de fond : au lieu que lorfqu’on enfoncera la marche de fond, celle de défenfe qui tient à une partie des mêmes carquerons Sc des mêmes tire-lifles qui dépendent de cette marche de fond 9 defeendra avec la marche de fond. Cet effet n’efl: d’aucune conféquence pour le travail; il fuffit que les marches de défenfe commencent de dégager le pas, & que celle de fond finiffe d’ouvrir, pour qu’on obtienne une fogue {ans tenues ; car voilà le motif principal de ces deux marches de défenfe : on doit appercevoir qu’à mefure que la marche de défenfe fait monter Sc defeendre la moitié des lifles qui dépendent de la marche de fond qui doit la fuivre, la moitié de la chaîne commence par fe divifer en deux, les bavures de la foie font forcées de fe féparer des fils voifins qui peuvent les retenir, & en faifent féparer 1 autre moitié de la chaîne, on voit la fogue devenir nette, fens aucune tenue qui puifle porter préjudice à la fabrication*
- De tous les foins qu’on a imaginés pour rendre net le tiflu d’un Taffetas, on n’en a pas trouvé' de plus avantageux que celui des marches de défenfe ; cette méthode n’efl * pour ainfi , cuanue qu à JParis^ Je ne la eonnoiilbis pas lorfque je fuis venu dans cette Capitale, jamais je n’en avois entendu parler ni à Lyon, ni à Avignon, ni à Nîmes ; & quand je l’ai vu pratiquer ,, je n’ai pu m’empêcher d’approuver fon utilité. Il eft vrai que l’ouvrage va avec un peu plus de lenteur, quand il s’agit de pouffer la navette, parce qu’il faut porter fue-ceffivement le pied fur deux marches , tandis que pour le tiflu ordinaire du Taffetas, on ne le porte que fur une à chaque paflee de navette ; mais malgré le retard des deux marches, quand la chaîne d’un Taffetas fe trouve extrêmement fournie, ou que la foie eft un peu bourraffeufe , l’Ouvrier gagne encore du temps.
- On peut ajouter des marches de défenfe aux Taffetas à fix & à ceux à quatre lifles ; il s’agit, aux Taffetas à fix liffes, d’en faire lever une ou deux par chacune des marches de défenfe ; mais pour ceux à quatre liffes, on n’en fait lever qu’une. 1
- Les marches de défenfe peuvent être employées aufîî dans les Armures de' Taffetas faites à chappes , telles que celles que nous avons vues par les figures a, 3 Sc 4 de la Planche précédente , en faifànt lever & bailfer la même quan-tité de lifles qu’on en emploie pour la totalité de l’Armure.
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- On ne fàuroit ajouter de marches de défenfe à la maniéré d’armer le Métier fuivant la figure 5 de notre Planche 32 , parce qu’il ne feroit pas pofîible de divifer les lifles, à moins d’ajouter deux ailerons de plus, 8c que chacun des ailerons n’eût deux arcades qui tînflent aux deux ailerons O, P ; alors chaque aileron aura deux arcades, conféquemment deux lifles fufpendues fuivant l’ordre qui eft obfervé , c’efl>à-dire , que les branches d’arcades doivent fe croifer, afin que les lifles qui font fufpendues à chaque aileron, ne foient pas prifes de fuite : en ajoutant deux ailerons à cette figure, il faudroit auffi y joindre deux carquerons qui répondiffent aux deux nouveaux ailerons ; dans cet état on met les marches de défenfe, & on fait répondre les eftrivieres de ces marches à ces nouveaux carquerons, auxquels on ajoute deux eftrivieres qui s’attachent aux tire-liffes, afin que chacune des marches de défenfe faifant monter deux Mes* en fafle defcendre deux en même temps.
- Quant à la figure 3, il faudroit feulement ajouter deux carquerons ; & au lieu de quatre cordes qui viennent joindre ceux C 9D9 que nous voyons , on n’en mettroit que deux : les deux qu’on ôteroit de chacun des carquerons aétuels, feroient placés aux nouveaux carquerons, qui feroient eux-mêmes tirés par les marches de défenfe, auxquelles on joindroit deux eftrivieres à chacune , qui prendroit à deux des huit tire-liffes qu’il y faut néceflàirement*
- Voilà, en général, tout ce qui concerne les Armures de Taffetas unis : il nous refte à voir par quel moyen on les fait connoître aux Ouvriers.
- Suivant les ufages reçus parmi tous les Fabriquants pour faire une Armure de Taffetas à deux lifles, on trace quatre lignes a9b9 c, d9 fig. 1, PL 33 , les deux lignes a 9 b , fuppofent les lifles , & celles c, dy fuppofent les deux marches ; les zéros e,f9 fuppofent la liailon que doivent aVoîr les marches avec les lifïes : par-là on reconnoît que la marche d doit faire baiffer la liffe a9 8c que celle c fera baiffer la liffe b.
- Pour les Taffetas à quatre lifles, on trace quatre lignes 'g9h9i9k9 fig. 2 , qui les indiquent, 8c celles /, m, fuppofent les deux marches : les zéros n ns font les marques de la liaifon que chacune des marches a avec les lifles ;
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- ainfi l’on voit par ces zéros que la marche / tient aux lifles h3k9Sc que celle m tient à celles g-, i ; ainfi chacune de ces marches peut faire baiffer deux lifles.
- Quand on veut donner l’Armure du Taffetas à fix lifles, on fait fix lignes p,q ,r9s ,t9v 9fig. 3 , pour marquer les lifles ; 8c pour les marches, on trace les lignes x9y: pour indiquer à quelles lifles doivent répondre ces marches, on place les zéros a > a9 a: par ce moyen l’Ouvrier connoît que les
- lifles q9 s , v , doivent être attirées par la marche v, 8c celles p9 r, r , le feront par la marche y. On voit par cette figure que chacune des marches fait mouvoir trois lifles.
- Les Taffetas à huit lifles ont leur Armure tracée conformément à la figure 4, de. forte que les huit lignes b ,c, dye g, h 9 i, fuppofent les huit lifles, 8c
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- Septième Section. L Part. Des Armures des Taffetas. 3 3 f Celles A,/, font les deux marches; les zéros mmmm9 nnnn9 indiquent la liaifon que les marches ont avec les lilîes. On peut remarquer ici que la marché k dépend des quatre Mes b9d9e 9f, Sc que celle / dépend des lilîes c9 è, g9 i ; ainfi chaque marche fait aller quatre des Mes délîgnées dans la figure.
- La figure y nous fait voir comment on trace l’Armure d’un Taffetas à huit lilîes avec les marches de défenfe. Les lignes 0 >p, q9 r, j , t9v, x, nous donnent les huit lilîescellesy9 ç9 nous donnent les marches de défenfe; celles ü9b 9 font les deux marches de fond; les zéros cc, dd d d 9 ee9ffff> marquent la correîpondance que les marches ont avec les lilîes ; ainfi la marche y tient aux lilîes t9 x: celle a tient aux mêmes lilîes t> x9 Sc à celles p>r; la marche \ répond aux deux lilîes s 9v 9 Sc la marche b efl; pour les deux mêmes lilîes s , v, & celles o9q. On doit appercevoir par cette figure 9 que les deux marches de défenfe y 9 ne tiennent qu’à deux lilîes chacune 9 tandis que celles a9b 9 tiennent à quatre; &fi l’on veut faire attention à cet arrangement 9 on reconnoîtra que cette figure a un rapport direét^à ce que j’ai dit à l’égard des lilîes de défenfe: du relie 011 peut reconnoître par les figures 1,2,3 & 4 dé cette Planche, qu’elles indiquent précifément les Armures que j’ai repréfentées parles figures 1,2, 3 & 4 de la Planche 31 ; d’ailleurs tous les Ouvriers ont* en général, la méthode de tracer ou de faire tracer les Armures, non-feulement des Taffetas 9 mais de tous les genres d’Etoffes en générai, par des lignes croifées comme nous venons de le voir, & de marquer fur les angles des carreaux que forment ces lignes, la liaifon que doivent avoir les marches avec les lilîes, par des zéros ou par de gros points noirs , qui font à peu-près de la grarn deur des zéros.
- En fui van t ccttc méthode , on n’a pas befoin de donner ou de mettre les Armures en écrit ; l’Ouvrier même qui ne lait pas lire, a bientôt appris à connoître l’ordre des Armures, & par ce moyen il peut les exécuter ou les faire exécuter la ns craindre de s’y tromper, du moins pouf les Armures des Etoffes ordinaires ; car pour celles qui font un peu trop compliquées , il faut prendre d’autres moyens pour les faire connoître à ceux qui doivent les exécuter , fur-tout quand ce ne font pas de ces Ouvriers fupérieurs dans leur talent.
- Beaucoup d’Ardlîes, dans cette partie du mécanifme du Métier, ont prétendu que par le moyen de ces lignes on pouvoit trouver toutes fortes d’Ar-mures ; j’ofe dire que ceux qui tiennent ce langage, ne connoilfent pas toutes les Armures qu’on efi obligé de faire pour la fabrication de toutes fortes d’Etoffes. Ce n’efl: pas ici l’endroit d’entrer dans ce détail, il nous meneroit trop loin ; mais je fuis certain qu’à meliire que îoccafion fe préfentera dans le courant de cet Ouvrage, on fera convaincu de ce que j’avance 9 parce que dans les Armures où il faudra employer d’autres moyens, je le ferai remarquer, & je les mettrai en oppofition avec la méthode dont nous venons de nous occuper, qui 9 cependant, eft fort bonne, attendu qu’on peut s’en feryir pour tout ce qui concerné
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- les Armures en général ; il n’y a que les cas particuliers, ou il faut néceffaire-^
- ment prendre d’autres moyens.
- Quoique cette méthode de trouver les Armures (oit bonne , je ne m’en fuis jamais fervi qu’autant que les Ouvriers que j’employois, y tenoient irrévocablement , c’eft-à-dire , que, par préjugé , par obftinatîon, ou faure de conception , ils ne pouvoient ou ne vouloient entrer dans une méthode que je m’étois faite , & que je crois plus facile à exécuter, plus générale Sc plus courte que celle qu’on vient de voir.
- Il n’eft pas néceffaire de tracer aucune ligne : voici comment je m’y prenois pour un Taffetas à deux liffes. Je faifois deux zéros comme ceux qui fui vent
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- o o ; j’ajoutais au-deffus de ces zéros un 1 au premier, & un 2 au fécond : ces deux zéros fuppofent les deux liffes, Sc ces deux chiffres fuppofent les deux marches; ainfi on doit voir qu’en connoiflànt la valeur de l’un Sc de l’autre, X lignifie que la premiers marche doit appartenir à la première lifîe , 2 démontre que la féconde marche appartient à la féconde liffe. Quand il s’agiffoit des Taffetas à quatre lilîes , je faifois quatre zéros , comme on les voit ci-après
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- 0000; je mettois un 1 fur le premier, un 2 fur le fécond, un 1 fur le troi-fieme, & un 2 fur le quatrième : j’entendois par les 1, 1 que la première & troifieme liffes qui font repréfentées par le premier Sc le troifieme zéro, appar-tiendroient à la première marche défignée par-tout par le chiffre 1 ; j’entendois par les 2, 2, que la fécondé Sc quatrième iifîès appartenoient à la fécondé marche défignée par ce chiffre. Les Armures à fix & à huit lilîes pour les Taffetas , fui voient le même ordre ; ainfi pour l’une je faifois fix zéros, comme ci-après, 000000, Sc pour 1 autre j en faifuia knir ; 00000000: ainfi dans l’un Sc dans l’autre de ces deux exemples, toutes les liffes qui font fous le chiffre x , appartiennent à la première marche; Sc celles qui font fous le chiffre 2, appartiennent à la fécondé : par-là on voit que fui van t le premier de ces deux exemples ^ chaque marche aura trois liffes, Sc que fuivant le fécond elles en auront quatre.
- Je ne dirai pas autre chofe à l’égard de ma maniéré d’opérer ; je me contenterai de la faire connoître dans toutes les Armures ; ce qu’on pourra oppofer à ce fujet y c’eft pour les Ouvriers qui ne connoiiîènt point les chiffres ; mais ce ne fera pas une raifon affez puiiïànte , puifque le nombre de ceux-là n’eft pas grand» D’ailleurs j’ai eu l’agrément de voir adopter ma méthode par les plus habiles Ouvriers , à qui je l’ai fait connoître. Voilà, en général, tout ce qui concerne les Armures pour les Taffetas, voyons maintenant la maniéré de les fabriquer.
- N. B. Pour entrer dans les vues des Lecteurs, & pour la facilité du Public, les Libraires ont cru devoir couper ici cette Première Partie de la Septième Section : la fuite ne doit pas être féparée a la reliure.
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- EArt de Eæbriquær iæs .Etoffes im S oie . iere'Partie -.
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- Pl.i5.
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- il Art de Fabriquer ees Etoffes de Soie. i^TartE.
- Pl.16
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- lL'Irt de Fabriquer les Etoeœes de Soie, i^RanF.
- Pl.17.
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- Tl. 21.
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