Descriptions des arts et métiers
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- L'ART
- D U
- FABRIQUANT
- DÉTOFFES DE SOIE.
- I ’ (
- SEPTIEME SECTION.
- ! .
- SUITE DE LA PREMIERE PARTIE*
- Contenant la Fabrique des Taffetas, & celle de tous les
- genres de Serges.
- Par M. P a vl et y DeJJinateur ÔC Fabriquant en Étoffes de Soie <
- de la Ville de Nîmes.
- M. D C e. L X X VI r.
- s
- a*
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- fabrication des étoffes dé soie.
- SUITE DE LA PREMIERE PARTIE* Article Neuvième.
- De la maniéré de fabriquer les Taffetas 9 Ô de tout ce qui eft héceffaire à celte fabrication : comme les Nœuds qilon fait a la Soie ; les moyens d'employer une Chaîne le plus avant poffible ; celui de retirer l'Etoffe de deffus le Métier ; la maniéré d'ajouter une Chaîne nouvelle a celle qu'on dura f nie 9 fans remettre $ ce qu'on appelle tordre ; & les moyens de Recommencer*
- §. I. De la maniéré de fabriquer4
- -Après qu’on a armé les Métiers , il ne refte qu’à fabriquer fEroffe. Cette opération confifte à 1 anrpr 1.» n^v^rr^ dans la rogue que forme 1 Ouvrier en enfonçant une des marches pour former l’ouverture que doit donner l’armure, ainfi que nous pouvons le remarquer fur la figure 6 9 qui nous fait voir un Ouvrier A, occupé à fabriquer un Taffetas armé à quatre liftes ; cet Ouvrier eft aflis fur la banquette B : il tient dans fa main droite la navette C, tandis qu’avec fa main gauche il pouffe le battant D 9 afin de laifler un efpace affez confidérable entre l’Etoffe fabriquée a 9 8c le peigne b9 pour que la fogue c puiffe recevoir la navette C librement. Dans cet état, l’Ouvrier tient fon pied droit fur la marche E , qu’il enfonce pour faire lever les deux lifles Fy F9 8c pour que celles G9 G, baillent en même temps. Cet effet eft produit par le moyen des eftrh-vieres qui font attachées aux caValetis d d9e e 9 fufpendus aux lifterons HH, 119 par les tirant sff9 g g, Sec. qui les y tiennent.
- i
- On voit ici s’effeétuer ce que nous avons dit ci-devant à l’égard des Armures: alnfi on doit reconnoître que l’Ouvrier changeant de marche, donnera le contre-pas à fà fogue , c’eft-à-dire, qu’il ouvrira un autre pas, afin que la moitié de la chaîne qui eft aéluellement en-deflus, fo trouve en-deffous* chacune de ces moitiés de chaîne prenant alternativement la place l’une de l’autre , ce qui eft procuré par le changement de marche ; car l’Ouvrier quittant la marche E 9 prend celle K % 8c fait monter les liftes G 9 G ,8c celles F y F font forcées de defeendre y parce que les dernieres lifles dépendent de la dérniere marche;
- Il faut néceflàirement que l’Ouvrier aille alternativement d’une marche à l’autre, pour pouvoir former un tiflu tel qu’il le faut pour fon Taffetas; il Étoffes de Soie. FIL Part, Q 4
- Planche 3 F*
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- PtANCHE 3 b
- L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- 5 obfèrve même régulièrement de ne point enfoncer une des marches à contré*
- 'pied , c’eft-à-dire , de ne point enfoncer la marche à gauche , tandis qu’il poulie la navette avec la main droite ; c’eft par cette marque qu’il reconnoît fon pas t îl faut donc qu'il fe renvoie continuellement la navette d’une main à l’autre, 8c qu’à chaque fois il change de marche , en obfervant que lorfqu’il prend la marche du côté droit, il doit avoir la navette dans la main droite; & quand il enfonce la marche du côté gauche , il doit avoir la navette dans la main gauche.
- Toutes les fois que l’Ouvrier a pouffé un coup de navette , il doit frapper avec le battant fur la duite qu’il vient d’incorporer dans la chaîne ; ce coup de battant doit être réglé conformément à la force qu’on veut donner au Taffetas , c’eft-à-dire , que fi c’eft un Taffetas léger 3 il faut ménager le coup ; quoiqu’on ait foin de mettre les battants proportionnés à la force de l’Etoffe qu’on fabrique , on doit encore régler fa main pour le frappage.
- C’eft avec la même main qui a lancé la navette , qu’on doit prendre le bat—; tant pour frapper, de maniéré qu’il n’y ait qu’un temps entre recevoir la navette avec une main, & prendre le battant avec l’autre pour donner le coup ; il faut même que le mouvement qu’on donne pour éloigner la navette du bord de l’Etoffe pour la retirer de la fogue , & pour prendre un élan convenable à la force néceflaire pour que la navette aille fans obftacle d’une des lifîeres à l’autre y il faut y dis-je y que ce meme rnouvemanc *-»<=» fa(Te* qffun feui 8c même temps avec le coup qu’on doit frapper.
- Si le Taffetas eft d’une force qui exige un double coup de battant, on doit s’y conformer ; mais fuivant les expériences que j’ai faites à cet égard , il eft plus à propos de ne frapper qu’un feui coup fur chaque duite, que de redoubler, ce qui peut fe faire en ayant foin d’avoir un battant d’un poids affez confidérable pour fuppléer à la force qu’on doit donner à une Etoffe ; car le coup redoublé laiffe toujours quelqu’inégalité, c’eft-à-dire , qu’il y a toujours des endroits plus ou moins ferrés les uns que les autres, parce que la main , quoique faite au travail, ne fàuroic être réglée comme un poids , qui eft toujours le même , 8c -qu’on fait partir fans ceffe du même point d’appui, 8c dont on doit toujours obtenir la même force.
- Je dis que la main, quoiqu’habituée au même mouvement * n’eft pas fi réglée qu’un poids, parce qu’il y a des polirions qui ne font pas toujours les mêmes pour l’Ouvrier ; d’ailleurs il fe trouve des inégalités dans la foie , foit à la trame , foit à la chaîne, fur lefquelles les changements de frappage font des défauts fenfibles à proportion de leur variété ; au furplus , à ne frapper qu’un feui coup fur chaque duite , on a la moitié moins de frottement pour la chaîne, que lorfqu’on en frappe deux. Cette confidération eft importante pour la beauté de l’Etoffe 3 & même pour la célérité, attendu qu’il eft plus long de donner un fécond coup, & que le frottement ronge la foie & en fait cafter une plus grande quantité ; il eft d’ailleurs plus facile de régler fa main pour
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- Septième Section.!. Part. Manière de fabriquer, ôc. 339
- ton Feul coup que pour deux ; cependant il eft des Taffetas & autres genres 1 d’Etoffes qui! faut abfolument (errer par des coups redoublés, malgré la forcé du battant*
- L’Ouvrier, pour bien lancer fà navette , doit la tenir fur les trois derniers doigts de là main , comme le fait voir la figure 7 ; ces trois doigts (ont écartés les uns des autres au point que le petit doigt porte à peu-près fur le milieu dé la navette, en deffous, alors ie pouce eft en deffus, & répond à peu-près au troifieme doigt ; lé doigt indei porte (on bout recourbé fur la pointe de la navette ; c’eftce même doigt qui doit faire partir la navette dans la fogue: car à part l’élan du bras qu’on eft obligé de prendre pour lancer cette navette, il faut néceffairement que ce doigt faffe le plus grand effort pour la faire partir & pour la guider dans fa courfe ; il faut qu’elle frotte contre le peigne , fans quoi elle n’arriveroit jamais d’une lifiere à l’autre que très-difficilement.
- S’il faut une pofition convenable à la main qui lance la navette, il en faut unë auffi à celle qui la reçoit *, cette navette fortant de la fogue par un côté dé l’Etoffe, ne doit tomber autre part que dans la main de l’Ouvrier oppofée à celle qui la lance. La figure 8 fait voir que le pouce appuie contre la poignée L du battant, & le doigc index contre la maffe M; l’Ouvrier pouffe le battant en arriéré, alors les autres doigts de la main font ouverts dans le fens du doigt index, ce qui luppofe une ^^r^u-i'crmee. elle doit etredans cette pofition lorfque la navette arrive au bord de l’Etoffe , du même côté de cette main ; dès que la navette fe fait fentir à cette main, elle la faifit dans l’inftant pour la retirer tout-à-faic de la fogue, fans attendre qu’elle en forte par fon propre mouvement , & dans le même inftant les doigts doivent fe ranger de maniéré à pouvoir faire repartir cette navette pour le côté d’où elle vient, c’eft-à-dire, que la main doit fe difpofer comme celle iVde la figure 7.
- Quel qu’ait été le foin que je me fuis donné pour pouvoir faire connoître ces deux pofitions par la main de l’Ouvrier A y de la figure 6 9 le point de vue ne me l’a jamais permis. Cette figure n’eft; pas dans la plus exaélc vérité pour le deffin, mais il ne m’a pas été poffible de montrer l’opération que j’y repréfente , avec autant de précifion en y donnant tout autre point de vue ; je n ai prétendu démontrer ici que la maniéré de lancer la navette , de la fàifir, & de tenir le battant éloigné du tiffu, pour laiffer à cette navette un cours libre pour ie mouvement qu’elle doit faire continuellement. J’ai voulu faire voir en même temps comment l’Ouvrier agit à la fois des mains & du pied ; c’eft ce qu’on apperçoic par le pied droit qui pofe fur la marche E, qui eft enfoncée, tandis que le pied gauche eft pofé fur un bloc de bois O, qui lui fert de point d’appui ou de repos : on ne fe fert de ce bloc, qu’autant qu’on n’eff: pas affez grand pour le pofer à terre; d’ailleurs on le trouve afïis plus commodément fur la banquette* ayant le pied un peu élevé , que lorfqu’on le fait pofer à terre , quelque grandi que l’on foit*
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- 340 L'ART DES ÉTOFFES IDE SOIE.
- l Pour repréfenter les objets plus à découvert, j’ai foppofe que l’Ouvrier étoit devant une grande faflure ; mais que cette faflure foit grande ou petite, il a toujours le ventre appuyé contre l’enfuple P 8c fur l’Etoffe roulée : il doit tou-purs être placé au milieu de la largeur du Métier, ce qui fuppofe qu'il l'eft au milieu de celle de l'Etoffe , afin que fes deux bras ayent une aifance égale pouf pouflêr 8c recevoir la navette.
- Cette figure fait voir avec l'aétion de fabriquer, la maniéré dont la chaîne Q efl tendue par fes deux enfuples ; d abord celui P eft arrêté par la cheville R , qui paffe par un bout dans les trous qui lui font deftinés , 8c que j'ai fait remarquer dans la defcription de cet uftenfile ; & par l'autre bout cette cheville efl arrêtée par la corde h , qui tient au clou i, qu’on a planté pour cet ufàge dans le bas du Métier 5*. '
- L'enfuple de derrière T, tient la chaîne tendue au moyen de la cheville k 9 qui pafle par un bout dans un des trous qui font pratiqués à cet enfuple pour cet ufàge, & par l'autre bout elle tient à la corde l, qu’on voit attachée au bout du balancier v , tandis qu’à l'autre bout du même balancier, il y a une corde attachée où pend le contre-poids X.
- Je ne dirai rien de cette maniéré de tendre les chaînes ; on doit fo fouvenir que j'ai dit tout ce qui la concernoit, dans les moyens que j’ai décrits pour les différentes maniérés de tendre toutes rbre^c chaînes : on remarquera feulement ici que celle que nous avons fous les yeux, efl: très-propre pour les Ouvriers qui font des faffures.
- Quand l’Ouvrier a fait une longueur d’Etoffe déterminée * & à laquelle on a donné le nom de fajjiire> telle que nous la voyons, il ceffe de travailler pour rouler cette faffure fur l'enfuple P Jl me paroît fort inutile de donner ici une figure qui repréfente cette opération, qui confifte en ce que l'Ouvrier defoend delà banquette pour lâcher fort Métier. On appelle lâcher le Métier, iorfqu’on détend la chaîne 5 ainfi l'Ouvrier retire la cheville k hors de l’enfuple T 9 8c avec la corde qui porte le contre-poids X, il en forme un tour for le bout de l'enfo-pie , comme on l’a vu par la figure 22 , PL 3. Dès que la chaîne eft lâche ,
- ; l’Ouvrier fe difpofe àpincetter fafalfure, c’efl>à-dire, à l’approprier en arra-! chant les petits bouchons qui fe trouvent à la foie, en coupant fur les bords j des lifieres les bavures de la trame, ou les bouts qui fe trouvent n'avoir pas pu \ être employés dans le tiflàge : tout cela fe fait par le moyen des pincettes & des ' forces dont j’ai parlé. Il doit auffi voir s’il n'y a pas quelques fauffes pajjees ,
- 1 pour les couper avec les forces ; 8c après avoir tout approprié, il prend fon battant avec les deux mains par la poignée, il l’enleve de maniéré à faire avancer les deux lames y 9y, jufqu a peu-près for les premières encoches des accocats, 1 fur lefquelles pofent les noix du porte-battant ; enfoite il prend les deux valets n, n , pour amener à lui le porte-lifle; après cela il défait la corde hs qui tient la cheville R, avec laquelle il tourne l'enfuple P, pour rouler deflus la faflure f
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- Septième Section. I. Part. Maniéré de fab/iqiiery &c. 541;
- ce qui fe fait de maniéré que le battant vienne frapper prefque contré l’Ëtoffé roulée, à trois ou quatre lignes près.
- Quand la faflure eft roulée, l’Ouvrier commence par mettre la cheville J? dans l’état où nous la voyons actuellement, c’efl>à-dire, qu’il l’arrête par là corde h, foit quelle fe trouve plus ou moins élevée * il n’importe : il la fixe au point le plus convenable , conformément à ce que lui a permis de faire la longueur de la faflùre qu’il a tirée devant : de-là il va remettre la cheville k dans fon état actuel, afin d’avoir là chaîne tendue. !
- Si dans le courant de là faflure , il a cafle quelques fils qu’il ait négligé dé raccommoder , il a foin de les repafler avant que de recommencer une autre faflure ; il prend foin aufli de fixer fon porte-lifle & Ion battant au point le plus convenable, 8c fuivant qu’il a l’ufàge de le • tenir en recommençant. Il doit avoir attention, avant de monter fur fon Métier, de reculer fes liffes une à une ^ pour voir s’il n’y a pas quelques fils caffés entr’elles, pour remarquer s’il n’y a pas quelques mailles embroutées ou embrutêes, c’eft-à-dire, fi les bavures de là foie n’ont pas formé une liaifon entre la maille & le fil, ce qui arrive très-communément aux mailles dont les fils font pafles à crochet, 8c rarement aux mailles à coulifles.
- Si le Métier eft fufceptible ^ » U1‘ UU1C les remettre avant de recom-*?
- fnP.ncoj. lt, ntt van, ce qui fait fuppofer qu’on n’a pas pu tirer la faflure fans les ôter, 8c même il en faut néceflàirement pour la perfection de l’Etoffe.
- D’abord que l’Ouvrier a ainfi préparé fon ouvrage, il s*aflïed fur la banquette i & avant de prendre fa navette pour travailler, il doit paffer dans le peigne les fils qu’il a paffés dans le remifle, ce qui fe fait en prenant le fil voifin, & notf avec une paflette , parce que cette opération feroit trop longue à exécuter.
- Pour pafler dans le peigne les fils qu’on a fhabille's, on doit prendre le fil Voifin à droite ou à gauche, pourvu qu’il dépende de la dent dans laquelle ori! doit mettre celui qu’on veut pafler. Si le Taffetas cft à deux liffes feulement y on prend, pour le conduire , celui qui refte dans la dent ; fi, par exempley c’eft le fil de la première lifîe qu’on veut pafler, le fil auquel on doit le joindre! eft à gauche ; fi, au contraire, le fil dépend de la dernîere lifîe, on prendra celui qui eft à droite. Quant aux Taffetas à quatre fils par dent, on n’eft fujet S cet examen qu’autant que le fil fe trouve fur la première ou fur la derniere lifta de celles qui contiennent les fils de la dent ; alors on prend à droite ou à gau* che, fuivant la place du fil : mais fi c’eft un des fils du milieu, il importe fore peu de quel côté l’on prenne ce fil. Les Ouvriers habitués à travailler, paffent les fils fans même y regarder : c’eft au tact qu’ils fentent le fil qu’ils ont à pafler ^ 8c celui qu’ils doivent prendre. ,
- Pour que les fils qu’on prend puiflent conduire dans la dent ceux qu’on veut y pafler , 0n a deux maniérés de s’y prendre. Les figures 9,10,ir,là,13 8C H > vont nous les enfeigner.
- ÉTOFFES de Suie, VIT, Part. K 4
- si.i- i««MÉâte»
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- L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- Après avoir pris le fil qui doit conduire le fil caffé, on paffe le doigt dit milieu de la main gauche en deffous de ce fil ; on prend avec le même doigt la fil quon veut pafler, & fans en quitter le bout, qu on tient dans la main droite * on le retire avec la main gauche, pour lui faire former l’ouverture A, fig. 9 , que forme ici le fil B ; ce n’eft qu’après avoir formé cette ouverture, qu’on cede le bout du fil de la main droite à la main gauche, qui lui fait former l’ef-pece de nœud qu’on apperçoit en a ; alors on tire le bout b de ce fil, & l’on ferre ce nœud comme il eft en C, fig. io : on tient le bout c un peu tendu, en l’amenant fur la poignée du battant où on pofe la main droite, de maniéré que le doigt du milieu porte fur l’angle d que forme le filis , ayant foin de ferrer le fil à paffer fur celui F% & dans le même inftant on pouffe le battant : quand on fent que le peigne touche au nœud C9 on abandonne le fil derrière le battant, pour le prendre devant, où il a dû pafler , comme on le voit en C, Jîg. i r ; alors l’Ouvrier paffe un doigt dans l’ouverture e, attire le fil H à lui, 8c en fait fortir du peigne le bout/*: il a foin tout de fuite de faire approcher le nœud G contre l’Etoffe, ce qu’il exécute en tenant avec le doigt index 8c le pouce de la main gauche, le fil H un peu tendu, de maniéré à faire lever le fil Iy pour le féparer dès autres fils de la chaîne, afin de pouvoir, avec les deux memes doigts uc i«. _ prendre le fil H entre le contour G
- 8c le battant K. Dans tout le temps de cette opération, v-v/ pouffé
- en arriéré, comme on le voi£, parce que fucceffivement il y eft retenu par une: des mains de l’Ouvrier, 8c dans cette derniere circonftance c’eft le dos de la main gauche qui le retient jufqu à ce que le contour G du fil H, foit appro* chédu tiffu^. On doit fentir que le battant s’approche de lui-même parfont propre poids , attendu qu’il doit naturellement chercher la ligne perpendicu-» laire à laquelle les Ouvriers doivent le tenir autant qu’il eft poffible , tel qu onj l’a vu en D , fig. i, PL 12 , où il eft dans fon repos. On doit même obfervec qu’alors le peigne ne touche pas aux duites du tifîu, & qu’il s’en faille au moins d’une encoche des accocats, ou de la longueur d’Etoffe qu’on fabriqua fins tirer devant lorfque la chaînp eft tendue en bafcule derrière, 8c en rou-n lettes- devant, &c. ainfi que nous l’avons vu ailleurs. Cependant il y a de& Ouvriers qui ne fivent travailler qu’avec le battant abouché ou battant^#* ceft-à-dire, que le battant non-feulement touche toujours de lui-même les, dernieres duites de la trame, quand on a fait la valeur d’un efpace à tirer devant , 8cc ; mais en commençant de travailler, il y pofe avec force par feu. propre poids, de ferte que le bout fupérieur des lames eft alors plus en avant que le bout inférieur.
- Cette derniere façon de tenir le battant, eft plus prompte pour le travailr mais elle eft fujette à ne point donner un brillant auffi beau à l’Etoffe, que lorA que le battant eft en arriéré, parce que fuivant la méthode du battant abouché, l’Ouvrier n’a pas la peine de ramener le coup , puifque le battant vient de lui*
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- Septième S e c î r o ^î. I. Part* Maniéré de fabriquer , ôc. 34 J même frapper, & même très-rapidement ; ainfi ii n’eft pas poffible de travailler a pas ouvert ou pied ouvert, on eft forcé de faire fon tiiTu à pas clos (*). On ?LÂKî'CHt appelle travailler a pas ouvert, quand l’Ouvrier a la précaution de donner le ^ coup de battant fur la duite de la trame qu’il vient de pafîèr, avant que la fogue foit entièrement fermée, c’eft-à-dire , tenant encore fon pied fur la marche ; mais le travail à pied clos eft tout le contraire , tellement que non-feulement la fogue qui contient la derniere duite palfée , eft fermée, mais fouvent le coup de battant ne frappe que lorfque la fogue de la duite à palier commence de s’ouvrir. Cette façon de travailler délîgne un Ouvrier prompt à la fabrication j mais rarement l’ouvrage eft-il aufli parfait.
- Les Etoffes fabriquées à pas ouvert, font toujours plus parfaites que celles travaillées à pas clos , parce que dans la première façon la trame a tout le temps de s’étendre , & la chaîne prend la pofition que doivent avoir tous fes fils ; en forte que le peigne étant de la même largeur que celui d’un Ouvrier qui travaille à pas clos, on trouvera une différence de 3 à 4 lignes dans la largeur de l’Etoffe, quoiqu’il y ait dans l’une & dans l’autre la même quantité Nde fils à la chaîne, la même qualité de trame, & c; par cette même raifon on voit les lifieres beaucoup mieux faites, 8c l’on remarque toujours que la trame donne un reflet plus brillant à cette Etoffe» **avaiuees à pied clos; mais
- elle n’eft tz teure.
- Il eft facile de comprendre pourquoi une Etoffe fabriquée à pas clos, eft plus çarteufe que celle travaillée à pas ouvert, fi l’on veut faire attention qu’en donnant le coup de battant fur la duite de la trame, que rien ne gêne, elle doit s’étendre fuivant toute la largeur du peigne, parce que dans ce moment le déroulement de la canette a ceffé de la* tendre ; au lieu que le travail à pas clos ne laiffeaucune liberté à cette trame; car d’abord que la navette eftfortie de la fogue, l’Ouvrier qui eft prompt , ouvre l’autre pas en même temps qu’il frappe^ ou qu’il laiffe frapper le battant; ainfi la tenfion qu’a donnée à la trame la rapH dité de la navette 8c le déroulement de la canette, fe trouve toute confervée par la croifure des pas l’un fur l’autre ; alors la trame refte telle quelle a été in-; corporée, de maniéré que fi elle a ferré la lifiere d’où elle vient, cette lifiere fe trouve rapprochée. Le même inconvénient arrive par le retour de la navette au côté oppofé ; car il faut remarquer que la trame qu’on emploie dans une Etoffe, eft cenfée ne former qu’une feule longueur par les repliments qui fe forment fur les lifieres de l’Etoffe, d’autant que lorfqu’on a fini d’employer la foie d’une canette, on en fubftitue une autre dans la navette, 8c l’on joint le bout de cette nouvelle cannette à celui de celle qui a fini, & ainfi de fuite jufqu’à la fin de la chaîne : il n’y a d’autre retenue fur les lifieres pour la trame , que fon repliement, comme on peut le voir par le bout 0 , qui fort de la navette G-tfig' & » 8c qui tient à la lifiere de la faffure a ; d’ailleurs on peut voir ces
- Ç) Quelques Ouvriers fe fervent de ces deux derniers termes.
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- 344 VA RT DES ÉTOFFES DE SOIE. repliements en B B, 6cc. C C 9 6cc. gg9 &c. A A, &c. K K, 6cc. m m , &C. jr?pp , q q j des figures 1, 2 , 3 & 4 1^ Planche 1 , ou j ai fait connoître le
- tiflu du Taffetas.
- La fécondé maniéré de paffer les fils, eft repréfentée par les figures 12 & 13 : on voit par la première que les contours du fil K font les mêmes que ceux du fil B9 excepté que ce fil n eft pas pris fur la même lifte, & que pour le paffer dans le peigne, on ne ferre pas le contour L comme il l’eft en C3fig. 10. L’Ouvrier n’a d’autre foin , après avoir formé ce contour, que de tenir le fil en A, de maniéré que l’endroit où il fe croife , {bit pris entre le pouce 6c l’index de la main droite ; en même temps il porte le doigt du milieu en i, pour faire approcher le repliement que fait le fil K fur celui M, contre le peigne ,
- & d’abord qu’il lent que ce fil touche les dents, il retire le doigt du milieu, 6C en même temps avec la main gauche , il pouflè le battant en arriéré, ce qui fe fait avec un peu de vivacité.
- A mefure que le battant eft pouffé, on voit paroître devant le fil, comme on peut le remarquer en N, fig* 13, où ce fil tient à celui O, de la même maniéré qu’il tient à celui M de la figure précédente. Dans cet état 1 Ouvrier pafle le doigt du milieu de la main gauche dans l’ouverture k , & retire le fil
- JV hors du peigne 8c de Ion côté ; en même temps
- il en approche le contour m près du tiflu n9 ôc 11 u j ^ qUe nous
- devons fuppofer être en devant du battant ; alors il fè forme fur le fil 0 > un ferrement ou un nœud conforme à celui C de la figure 10, 6c tout contre les / dernieres duites de la trame.
- Cette derniere méthode eft préférée à la première ; par fa célérité : du reftes elle n’a pas une plus grande perfeélion. Si on veut fe donner la peine d’en exa-; îniner l’explication , en la comparant à celle de la première méthode, on trou-vera qu’elle a deux temps de moins que la première , ce qui devient confidé-j rable pour l’avancement du travail, fur-tout pour une chaîne dont la foie eft fufceptible de cafter , ou pour un Ouvrier qui a le travail un peu rude , 6c qui fait cafter plus de fils que ne fauroit faire le défaut de la foie.
- La différence qu’on peut trouver dans le travail parmi les Ouvriers, vient de la maniéré de lancer la navette, de pouffer ou de*tirer le battant, 6c fur-* tout de porter le pied fur les marches ; car on dit en parlant d’un Ouvrier qui cafte des fils, il a le pas lourd ; effeélivement un Ouvrier qui porte le pied fut les marches fans ménagement, fait tranlàuter les liftes, 6c l’on voit fe former entre les mailles de petits repliements qui font des efpeces de nœuds fur lef-quels les fils de la chaîne s’accrochent, ce qui les fait écorcher infenfiblement ,1 & les fait cafter.
- La navette mal lancée fatigue la foie, & la fait cafter ; le battant pouffé out tiré d’un main mal réglée ou trop lourde , chancelle ou brulque trop le coup : s’il chancelle, le peigne ne fuit pas la droite ligne ; l’obliquité fuit les dents
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- Seftïëmë S e e t i o h. I. Part. Maniéré dè fabriquer, &c. 34 j St les angles frottent contre la foie ; au lieu qu’ils ne doivent y toucher en aucune maniéré. Si le battant eft poufîe par une main trop lourde , il brufque la foie * Se le moindre nœud ou le moindre bouchon quil y aitdans la muée ou medée> meudée9 fait cafter le fil. ( On appelle muée , Scc. i’efpace qu’on met entre le remiffe Sc le battant ; comme on appelle fogue , l’efpace qu’on voit 'depuis le peigne b jufqu’à la derniere duite du tiffe a de la figure 6 , lorfque le pas eft ouvert ).
- Il faut donc qu’un bon Ouvrier lance là navette avec un mouvement dégagé , ' qu’il la tienne de maniéré que la pointe foit toujours à la hauteur de l’Etoffe, qu’elle foit dans toute là longueur le plus horizontalement poflîble * & à la hauteur du peigne : il doit prendre garde au mouvement qu’il donne pour la faire partir ; & la pointe étant placée dans la fogue , il doit donner le coup de fouet , c eft-à-dire, l’envoyer à main-morte.
- Le battant doit être pouffé & tiré à poignet pliant, Se non à poignet roide ; il faut même frapper à main-morte, fur-tout quand on fait une Etoffe forte , & qu’on veut qu’elle foit carteufe. On ne làuroit apprécier la différence qu’il y a entre l’une Sc l’autre maniérés de frapper ; mais j’ai examiné que frappant du battant avec le poignet feulement * làns prefque tirer le bras à moi, je fai-fois l’Etoffe bien plus forte & bien plus carteufe, que lorfque j’emmenois le battant en tirant le bras ; d’ailleurs ce**-** 4,1 a v amer aonne beaucoup plus
- .de fàrilifA,
- La bonne façon de marcher, eft de porter le pied en plein fur la marche, afin qu’elle ne chancelle pas ; mais autant qu’il fe peut de ne pas faire venir le pied de haut, de le porter de droite à gauche , Se de gauche à droite le plus horizontalement poffible , c’efl-à-dire, à la hauteur ou font les marches dans leur repos; il s’agit feulement d’accompagner dans là remontée la marche qu’on a enfoncée, & de ne pas monter le pied plus haut qu’elle ne s’arrête, pour pouvoir de fuite palier de l’une à l’autre. Il ne faut pas enfoncer la marche comme fi l’on frappoit avec le pied ; il faut au contraire la defeendre en preffant avec douceur , quoique vite, mais avec mefure.
- Tout ceci eft effentiel pour le bel Ouvrier; & en l’obfervant exactement, on eft sûr de ne caffer de fils que par accident, ou par la faute de la foie.
- Beaucoup d’Ouvriers ont pour habitude de faire tenir les fils, après les avoir paffés dans le peigne , à une épingle/» 9fig. 14, qu’on plante dans la faffure & les fixent par plufieurs tours ; d’autres les font tenir aux boutons des tempias.
- Cette même figure 14 nous fait voir comment on commence de fabriquer une Etoffe : on y remarque les divifionsq9q , / , Scc. de la foie avec lefquelles on a fait les nœuds pour tendre la chaîne après avoir piqué en peigne ; ces nœuds font cenfés renfermés dans la rainure P, qu’on voit fer l’enfeple Q.
- On doit remarquer en outre que l’Ouvrier commence par faire un pouce ot$ Etoffes de Soie. VIL Paru S 4
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- 346 L'ART DES ETOFFES DE SOIE/
- un pouce & demi d’Etoffe qu’on voit en r, & qu’on appelle tirele ; enfuite il a tifiu la baguette s,8c a fait la partie d’Etoffe p, qu’ii n a pu continuer davantage; suais auparavant avec fès forces il prend foin de couper les divifions de la foie à demi-pouce de la tirele : il retire les nœuds & les baguettes qui tiennent cette foie dans la rainure, & avec la baguette s il remet en taque, en y ajoutant une fécondé baguette, ainfi que je l’ai fait remarquer dans les Articles concernant îa maniéré de faire tirantes les chaînes.
- On remarquera qu’après avoir tiffu la baguette s, l’Ouvrier fait environ un pouce d’Etoffe en tramant de la couleur dont doit être tramée toute la piece, & qu après il fait environ 2 ou 3 lignes d’Etoffe d’une couleur la plus oppofée pofîible. Cette façon de faire eft inféparable de l’ordre des tireies, parce que c’eft par-là qu’on juge du commencement ou de la fin d'une piece : illait une femblable raie à travers, pareille à celle t, lorfqu’il finit la longueur à laquelle il doit couper une partie de la chaîne fabriquée, ou lorfqu’il en eft à la fin. Cet ufàge eft pour la sûreté de l’Etoffe , ou, pour mieux dire , pour la sûreté du Maître à qui elle appartient ; car ces deux raies étant formées l’une au commencement 8c l’autre à la fin d’une piece d’Etoffe quelconque, il n’eft pas pofîible qu’on en ôte fans qu’il y paroiffe ; d’ailleurs il eft d’ufàge qu’en vendant une piece , on faffe voir le commencement 8c la fin , 8c qu’il y ait une preuve certaine qu on n en a point w l'Ouvrier qui travaille chez lui , ou le
- Maître qui a plufieurs Métiers & plufieurs Ouvriers, elt anure «<, fauroit
- couper aucune partie de l'Etoffe qu’on fabrique chez lui, fans qu'il s’en apper-çoive, fans quoi on pourroit dérouler l’Etoffe, en couper une certaine longueur,; 8c rouler le refte.
- Après qu’on a fini une Etoffe, ou la longueur qu’on en a déterminée, avant de la féparer de la chaîne ou du refte de la chaîne, on a la précaution de faire une tirele pour commencer une autre coupe. On appelle coupe, la partie qu’on fépare d’une chaîne ; car fouvent d’une chaîne entière, on en fait trois ou quatre coupes , Sz a chacune on fait une raie comme celle t, au commencement 8c à la fin ; on fépare cette raie par un demi-pouce ou environ en Etoffe ordinaire; enfuite on fait un entre-bat pour couper: (on appelle entre-bat 9 une efpece de chaîne de 3 ou 4 lignes, qu’on lailïe fans tifîèr, & c’eft dans cet entre-bas qu'on porte les forces ou les cifeaux pour féparer ce qui eft fabriqué de ce qui ne l’eft pas encore).
- Après qu’on a fait cet entre-bat, on fait la nouvelle tirele ; enfuite on tiflè une verge comme celle 5, & l’on fuit par demi-pouce de fond une petite raie, 8c l’on fait pour tenir, c’eft-à-dire, qu’on fabrique environ un quart d’aune, pour pouvoir facilement remettre en taque & recommencer à travailler. Il faut obferver qu'en générai on fépare la tirele de la coupe , après en avoir tiré la baguette qui la fépare de l’Etoffe ; c’eft la place de cette baguette qui forme un entre-bat pour couper la foie de la chaîne, afin de ne point lailfér tenir la
- tirele au refte de l’Etoffe,
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- Septième Section. I. Part. De V entretien du Métier, &c* 347
- Voilà, en général, en quoi confifte la maniéré de fabriquer les Taffetas ; ï Voyons maintenant comment un Ouvrier intelligent entretient fbn Métier & fa chaîne tant qu’elle dure.
- §. II. De £ entretien du Métier ; du foin quon doit prendre de la Chaîne
- & de tout ce qui en dépend.
- L’entretien du Métier confifte dans le foin qu’on doit avoir du peigne , des liffes & de toutes les cordes qui concourent à la fabrication de l’Etoffe. A cet égard les Ouvriers doivent prévenir, autant qu’il eft en leur pouvoir, la caflure des mailles des remifles, & celle des cordes, quelles qu’elles foient ; & dès qu’ils apperçoivent quelles font écorchées ou en partie ufées , ils doivent auffi-tôt en mettre d’autres.
- Je ne dirai rien ici de la maniéré de refaire les mailles des liftes; on peut voir ce que j’en ai dit dans l’Art du Rémiffêur, dans l’Article De la maniéré d'entretenir les Lijfes pour les conferverplus long-temps dans leur entier.
- Le rhabillage des fils que nous avons vu dans le Paragraphe précédent, eft une partie effentielle de l’entretien d’une chaîne ; mais il en eft d’autres qui ne le font pas moins , qui font indilpen&bles, & qui font une des principales fcien-ces de l’Ouvrier.
- Tous les fil* ^ errent en travaillant, ne doivent pas êtrepajfés devant9 ceft-à-dire, dans les liftes, parce qu’il s’en cafte entre les verges P)P>fig>6 > Sc le remiffe : il s’en caffe auffi entre ces verges & l’enfuple T, & fouvent fur l’en-* fuple même. Il eft néceffaire que l'Ouvrier lâche, dans toutes les circonftances, les moyens de les remettre dans leur état primitif.
- Quand il fe cafte quelque fil entre les verges & le remiffe, l’Ouvrier s’en apperçoit en travaillant, parce que ce fil reboucle aufli-tôt fur l’Etoffe ; alors l’Ouvrier, avec l’ongle du doigt index de l’une ou de l’autre main, fépare l’endroit du fil devant le peigne au raz de l’Etoffe ; il fait une ouverture où il pafle le bout de ce même doigt, & en plaçant fon’ doigt fur la chaîne, il fait lever un côté de cette féparation, & baiffer l’autre en avançant ce doigt du côté du peigne ; il prend avec le doigt de l’autre main la même ouverture derrière le peigne , & la conduit prefqu’au" remiffe, où il voit dans quelle maille eft paffé le fil: dans l’inftant il prend fa navette, Sc en met une pointe dans l’ouverture , tandis que le reliant de la navette fe trouve à plat fur la chaîne dans la meudée , & fait lever un côté de la féparation de la foie, de maniéré à indiquer précifé-ment l’endroit où paffe le fil. Je dois obferver ici que l’Ouvrier fait ordinairement la même opération lorlqu’il apperçoit qu’il y a un fil caffé devant, parce qu’il n’eft pas poffible qu’il manque un fil dans un Taffetas, & même dans toute autre Etoffe unie, fans que l’on s’en apperçoive par une petite voie qui marque
- a 1 endroit de chaque fil manquant, & qui fait une défeéluofité fenfible à l’ouvrage.
- vPlanchë 3 b
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- 34S L'ART DES ETOFFES DE SOIE.
- D’abord que l'Ouvrier a marqué l'endroit du fil avec la navette , il defbend de Flanché f0n Métier, fe place près des liftes, entre les verges Sc le remifle ; il reporte une main dans l'ouverture que la navette défigne, & la forme affez grande pour pouvoir mieux la reconnoître derrière le remifle ; dans le même moment il porte l'autre main dans cette ouverture, derrière les lifles, & quittant cette ouverture du côté de la meudée , il pafle cette main pour la joindre à celle qui efl derrière les lifles, Sc avec toutes les deux il choifit le fil caffé , de maniéré qu’il fbit net, c eft-à-dire, qu’il ne croifb point avec les autres : il le couche à travers la chaîne, Sc fans quitter l'ouverture il le conduit jufqu’aux verges , où il prend à l'envergeure l’autre partie du fil, précifément entre les deux qui croi-fent avec lui * Sc il le couche fur la chaîne à travers, comme il a fait ci-devant de la première partie de ce même fil.
- Il efl: certain que la chaîne étant tendue, il n’eftpas poffible de nouer enfemblô '©es deux bouts de fils 5 & même quand la chaîne feroit lâchée, Sc qu’on noue-l’oit ces deux parties de fil l’une à l’autre, en retendant la chaîne, il fe cafleroit ,y . , parce qu’il ne feroit plus de la même longueur que la chaîne, fur-tout s’il fe
- trouve quelques rebouclements qui aient été tiflus, ou qu’on n ait pas pu les faire couler d'entre les duites de la trame ; il faut donc allonger une partie de ce fil pour le joindre à l'autre , que cela fe fafle à chaîne tendue , Sc que le fil fe trouve lui-mëme uenUu v-uuaus. ia rl-ntnp • c'eft ce qu’on obtient par le moyen 'du nœud-tirant, dont nous allons voir la conflruélion.
- • Tous les fils en général qu’on r’habille, fbit devant, foit derrière , ceffi-à~ dire , dans la meudée, derrière les lifles ou derrière les verges, doivent être appondus; c’eft ce qu’on fait par le moyen des bouts des jointes y, y, r, do notre figure 5.
- Quand dl s’agit des fils que l’on repaflè dans le remifle, ou de ceux qu’on raccommode dans la meudée; toutes les fois qu’on voit un bouchon à un fil dans la meudée, ou une écorchure, ce qui efl produit par les frottements du battant Sc du peigne , on prend tout de fuite la voie de ce fil , on le cafle le plus près poflible de l'Etoffe , & on l'allonge avec de la jointe, ce qu’on exécute par le nœud du moulinier. Ce nœud efl celui que nous repréfente la figure 15. Pour le former, l’Ouvrier prend le fil de la jointe a, avec le bout du fil cafle b : il en appareille à peu-près les deux bouts ; enfuite il prend ces deux bouts à poignée de la main gauche, comme le fait voir la figure 16, de maniéré que les deux extrémités fortent d'environ 2 ou 3 pouces au-delà du doigt index Sc du pouce, comme on le voit enc, c, même figure ; alors l’Ouvrier avec la main droite,' prend ces bouts c, c, contre le pouce, à pleine main encore, en fuppofant que ces bouts ayent aflez de longueur pour toute l’étendue de la main ; il les fait glifler entre le doigt index Sc le pouce de la main droite, fans les déranger ; & quand il s’apperçoit qu’il a reculé la main, de forte que la longueur de ces bouts qui fe trouye entre les deux mains, foit aflèz longue pour faire le tour du bout
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- Septième Section I. Part. De ï entretien da Métier, &c. 349
- 5du doigt index, qu’il paffe dans l’infiant en deflous ; il approche les deux mains
- Tune de l’autre, en relevant le doigt entre les deux mains : il forme l’anneau B> Planché
- 0 34*
- jig. 17, & fans en fortir le doigt, il fait le repliment des fils fur les fils eux-
- rnêmes, tels qu’ils font en/7& fans perdre de temps il place ce repliment entre le doigt index & le pouce de la main gauche, comme il eft en g, fig. 18 ; dans cet état l’Ouvrier replie ce même doigt pour faire venir l’anneau fur le pouce, & fans le quitter il porte le bout du doigt fous la partie h des fils qu’on apperçoit entre le pouce de la main C, & celui de la main D ; alors il releve cette partie des fils, en tendant toujours le doigt, & retournant la main, il attire cette même partie dans Panneau, en recourbant le bout de fon doigt pour l’accrocher '& la faire paffer dans cet anneau comme on le voit en i 9fig. 19, où l’on remarque que le doigt index de la main E tient encore les bouts k, k, des fils qui forment les nœuds en queftion ; après cela on lâche un peu le pouce , & l’on fait . couler les bouts entre les doigts jufqu’à ce que les deux bouts k9k, foient paffés du côté de la main qu^les tire, pour en faire le nœud que nous voyons en F, fig, ij. Dans cet état on le ferre & on rogne les deux bouts / , /, avec les forces Z > fig. 6, comme je l’expliquerai bientôt.
- On ne fait pas toujours le nœud du moulinier foit pour ajouter les fils pour
- les palier dans le remilfe ou dans le peigne « foi*- cm nœud-
- tirant ; o«c f<xu le nœud à l'ongle, qu’on connoît généralement fous le
- nom de nœud du TiJJerand. Ce nœud efl un peu plus lent à faire, mais il efl moins gros que le précédent : en cela il doit être préféré , parce que lorfqu’ori fabrique l’Etoffe , il paffe plus facilement dans le peigne : on fera à portée d’en juger tout à l’heure par la defcription que je vais en faire.
- On commence par prendre le bout de la jointe m9 à le fil cafïe /z, fig, 20 ; on croife les bouts de ces deux fils comme ils le font en G : on forme cette croifure fur le bout du doigt index de la main gauche , & on la retient ferme en polant deffus le pouce de cette même main ; on obferve que les deux bouts o, o , foient à peu-près de 3 ou 4 lignes ou environ, au-deffus de leur jonélion : on les tient entre les doigt index & le pouce , comme ils font vus enp9 p 9fig, 21, ou l’on remarque que la main tient ces deux bouts, de forte que le bout q de la jointe vient du côté du pouce * & celui r, qui efl: cenfé être le fil caffé 9 vient dans la main H elle-même. Dans cette fituation l’on prend le premier de ces fils, on lui fait former un anneau /, fig. 22, de forte que le même fil pafîe derrière fon propre bout s, & devant le bout t du fil v. Pour faire ce nœud avec précifion , c’eft avec la main droite qu’on conduit le fil x ; & quand on veut former l’anneau /, à mefure qu’on leve le pouce de la main gauche pour le placer tel que nous le voyons , on pofe l’angle extérieur de l’ongle du pouce dé la main droite, pour retenir la croifure des deux bouts fur le doigt index de la main gauche ; & lorfque le premier contour efl fait, le pouce de cette mêmé main reprend fa place, tandis que dans le même moment on en paffe le reft^ ÉTOFFES de Soie. Flï.Paru
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- Flanche
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- 350 Z^i?r DES ÉTOFFES DÉ SOIE. encre les deux bouts, comme nous venons de le voir ; alors avec l’angle de l’ongle du pouce droit, on recourbe le bout t fur le fil x, de manière à le faire paffer dans l’anneau /, 8c en l’y accompagnant on porte cette même partie d’ongle fur la croifure des deux bouts, 8c pour cela le pouce gauche cede la place ; mais pour relever l’anneau 13 8c pour pincer le bout recourbé fur la croifiire elle-même , on retire un peu le pouce , & on le replie fur la première jointure : c© bout fe trouve pris dans l’anneau comme on le voit en y , fig. 23 ; il n’y a plus qu’à tirer le bout de jointe £, pour que le nœud foit folidement ferré : à mefure qu’on ferre ce nœud , il prend la forme qu’on voit en K >fig. 24*
- Ce nœud , par fa conftruélion , prend une forme plate qui tient de celle du nœud plat que nous avons vu parmi les nœuds des cordes, & qui le rend moins gros que le nœud du moulinier. On trouve cependant un moyen pour rendre ce dernier nœud moins volumineux que celui que repréfentent les figures I y, I6, 17, i8'& 19. La figure 2y va nous le faire connoître.
- Le nœud L, que repréfente cette figure, s’exécute de même que celui que nous avons vu, excepté que l’on commence par couper à la jointe un bout d’une longueur fuffifante pour donner un peu d’étendue au fil qu’on veut raccommoder ; on joint ces deux fils l’un à l’autre , comme le font ceux c , d, fig. 26 ; enfuite on forme le nœud L, dv^ l«. ^ , ^mme ie l’ai déjà expliqué ; alors la harhe
- du nœud fe trouve formée par le fil e & le bout/', tandis que par le nœud F, Jig. 16, ce font les bouts /, /, qui forment cette barbe. ( On nomme barbe, le bout qu’on fait paffer en formant un nœud quel qu’il foit ). C’eft ordinairement la barbe qu’on rogne à chaque nœud ; mais ici on fort de cette réglé, parce qu’on fe contente de rogner le bout f, 8c celui g au lieu du fil e, qui, dans tout autre cas, feroit rogné. Je fuppofe ici que le fil h eft celui qui tient à la chaîne , 8c que celui e eft le bout qu’on fépare de la jointe.
- Il eft certain que la pofition qu’on fait prendre aux contours de ce nœud , en fe fer van t d’une partie de la barbe pour l’étendue du fil, le rend prefqu’auflî plat que le nœud à l’ongle. Il eft prouvé qu’il paffe aufîi facilement dans le peigne ; il y a même un avantage de plus, c’eft qu’on peut rogner les bouts auffi raz qffon le juge à propos, fans craindre que le nœud fe défaffe , ce qui arrive très-fouvent lorfqu’on rogne trop près les barbes des nœuds du moulinier , & de ceux à l’ongle.
- Les nœuds que nous venons de voir, font propres à allonger les fils , mais le nœud tirant leur rend un tout autre office ; c’eft , comme je l’ai dit plus haut, le moyen de tendre les deux parties d’un fil caffé pour le rendre conforme à la tenfion des autres fils de la chaîne.
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- Après qu’on a appondu par un bout le fil qu’on veut raccommoder, & qu’on lui a procuré une longueur plus grande au moins de 7 à 8 pouces qu’il ne doit avoir étant tendu, on prend les bouts de fil, foit du côté des verges, foie du ' côté du remiffe, Sc on les étend tous les deux dans la main gauche, de maniera
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- Septième Sectiôn. I. Part. De Ventretien du Métier, &c. 3 y r
- que les extrémités des bouts fortent de chaque côté du poignet, du côté du pouce ; les deux fils font tenus entre le doigt index de le pouce, allez fermé pour qu’ils ne puilfent pas glifîèr, &quils foient tendus comme la chaîne; alors avec le doigt index de la main droite , on forme un nœud du-bout qui paffe du côté du pouce fur le fil qui efl tendu de ce côté. Ce nœud fe fait de même què le nœud du moulinier , & fuivant les pofitions des mains M9 N ,fig. 27, eii obfervant qu’il renferme dans lui-même le fil fur lequel on le fait, ÔQ tel que nous allons lé voir par la figure 28, , ^
- Nous remarquerons d’abord que c’eft l’anneau 0 qu’on a formé fur le fil i 9 dont le bout k pafîoit derrière le poignet; avant de quitter prife de la main gauche, on ferre ce nœud , &,l’on en prend le bout l dans la main droite , ou pour le moins entre le pouce, l’index & le fécond doigt : on les joint l’un à l’autre comme ils font en m , n 9fig\ 29. Dans cette difpofition on tient ces fils tendus, tandis qu’avec les deux premiers doigts de la main gauche , on formé le fécond nœud P fur celui 0, ou plutôt fur les fils ni, n ; & quand on ferre ce nœud,, on le fait joindre au-deffus de celui 0 , ou tout contre , & pour cela on tire le boutp fans lâcher celui m9 jufqu’à ce que lé nœud P foit totalement ferré. Pour parvenir à faire ce fécond nœud comme je viens de le dire, il faut Voir la figure 3o , ou la pofi1-*0" mains *3 , L , achèvera de faire connoitre tous les mouvements & les différentes pofitions qu’il faut tenir pour finir ce nœud.
- D’abord la main S tient le fil q & le bout r dans la fituation où font ceux m & n de la figure précédente; mais la main T9 quoique formant un nœud fem-blable à celui P, ne lui donne pas la même pofition , c’eft-à-dire , que le contour né porte pas fur le même endroit ; cependant on peut l’y faire venir en approchant cette main de celle S. Il y a des Ouvriers qui ont pour habitude dé ferrer ce nœud par ce côté , tandis que d’autres lé ferrent comme je l’ai fait remarquer fur la figure 29. On obfèrvera néanmoins que ce font ordinairement les deux mêmes doigts qui en font l’opération , & fuivant que nous Je voyons^
- Il y a cependant plus de sûreté de ferrer fon nœud fuivant la figure 28 9 parce que dans la première on efl certain qu*en ayant ferré le nœud P9 comme je l’ai fait obferver, les deux fils i, s, relieront tendus ; au lieu que fi l’on ferre trop-tôt le nœud Q de la figure 30, il y aura un relâchement, parce que ce nœud fera fermé un peu loin de celui R, & l’un & l’autre formant le coulille , fe rapprocheront, & allongeront d’autant plus les fils y, r, qu’il y aura eu plus de diflance entre les nœuds. v
- Les nœuds ainfi formés , font d’une groffeur qui, fouvént, ne réfîfte pas au frottement du peigne ; c’efl pourquoi l’on a imaginé de les rendre plus minces ou moins ronds. Pour cet effet on finit le nœud en faifant paffer le fécond boue en enlacement devant le premier nœud , comme on le voit en V> fig* 31 * pu Ion reconnoît qu’en tenant ferrés les fils v, x, comme le repréfentent les
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- 352 L’ART DÉS ÉTOFFES DE SOIE.
- rmains JT, Y y delà figure 32. L’entrelacement V delà figure précédente, fie fait de même que le nœud Q de la figure 30 , excepté qu’il ne forme aucun contour ; ainfi en tirant le boutjy de la figure 3 r, on ferrera l’enlacement contre le nœud & ce nœud fe joindra au premier fans le groffir, & néanmoins fera auflî folide* '
- Après qu’on a formé tous les nœuds que nous venons de voir , les feuls dont on fe fert pour la foie, on les ébarbe , c’eft-à-dire, qu’avec les forces on1 rogne les bouts qui excédent ; pour cet effet l’Ouvrier prend avec le pouce & le doigt index de la main gauche, les deux bouts qui forment la barbe du nœud, comme le fait voir la figure 33 , où les deux bouts a, font les barbes du nœud b, que tient la main A : on doit voir qu’il y a un petit intervalle entre le doigt c & le pouce , c’eft là que l’Ouvrier porte les forces e pour couper la barbe du nœud.
- On ne place pas toujours le nœud comme le repréfente la figure 33 ; le plus fouvent, pour rogner les barbes , on prend le fil comme le fait voir la main C\ fig. 34. Cette barbe fe ieve au-deiîus du pouce A, & y tient, parce que le fil g eft roidi par le doigt i, qui le ferre contre le pouce ; dans cet état l’Ouvrier avec des forces rogne cette barbe le plus près polfible du nœud , & en fait tomber les bouts par terre, an»- «« relient pas fur la chaîne D. C’eft
- de cette même maniéré que les Ouvriers remondentlem Métier , c’cfl-à-dire', qu’à chaque longueur de chaîne qu’ils fabriquent, ils coupent toutes les barbes des nœuds qu’ils trouvent dans l’étendue de la longueur de la chaîne, qui vient depuis l’enfuple T, fig. 6 , jufqu’aux lifles.
- J’ai dit plus haut que l’on cherchoit, tant dans les lifïes qu’à l’envergeure de la chaîne , pour trouver la place d’un fil qui fe caffe entre les verges & le remille, afin de le raccommoder par le nœud-tirant. On en fait de même pour ceux qui caffent derrière les verges ; mais il n’eft pas poffible de trouver près l’enfuple un endroit où le fil foie précifément à fa place ; c’eft à l’Ouvrier, en partageant la mufette à laquelle appartient le fil, de juger de l’endroit qui lui paroît être le plus dégagé , fur-tout de ne le pas faire croifer entre les mufet-tes, ou de ne point prendre le fil d’une mufette pour celui d’une autre : c’eft un point elfentiel pour l’entretien d’un Métier, & les Ouvriers qui y manquent font regardés comme des boujlllons , c’eft-à-dire , de très-mauvais Ouvriers.
- L’Ouvrier doit fa voir mettre fon Métier en train : on appelle mettre en train, le remondage, que dans Paris & dans quelques autres Villes de Manufactures, on appelle épelucher, c’eft-à-dire, ôter les barbes des nœuds, & les bouchons des fils de la longueur qu’on apprête pour travailler, & de changer les fils écorchés & les fils côteux ; en outre il faut lavoir mener les verges, c’eft-à-dire, que lorfqu’on les a fait venir près du remiile , à environ 8 à 10 pouces, il faut les faire pafifer près de l’enfuple de derrière ; il faut conféquemment dégager les tenues qui peuvent s’être formées à la foie dans l’ouverture qui contient ces mêmes vQr£QSP>f>,fig' 6. La
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- Septième Section. L Part. De îentretien du Métier , &c, 3^3
- La figure 3 j* repréfente une longueur de chaîne depuis les verges iy k , juf qu’à l’enfuple E : il importe fort peu de quel côté fe met l’Ouvrier ; cependant Planché on préféré en général d’être placé de maniéré à avoir l’enfuple de derrière à fà droite ; c’eft pourquoi j’ai repréfènté deux mains F9 G > pofées dans le fens oit l’Ouvrier doit les porter à la foie. La main F eft celle qui ouvre la féparation de l’envergeure, & qui la rend un peu oblique, pour que l’Ouvrier puiffe voir ce qui s’y paffe ; & la main droite, qui efl: cenfée être plus agile & plus adroite que la gauche, efl: pôur dégager les tenues qui empêcheroient la verge de couler jufqu’à l’enfuple 5 pour cet effet on prend de la chaîne partie par partie , comme on le voit depuis l jufqu’à m , & l’on dégage cette partie jufqu’à l’en-fupie ; enfuite l’on vient en reprendre une autre pour en faire autant. Après qu’on a ainfi parcouru toute la largeur de la chaîne , on conduit la verge i juf-qu’à l’enfuple, comme efl: celle /, fig. 3 6; enfuite on fait la même opération pour la féconde verge k , en dégageant les tenues qui pourroient l’arrêter, pour la conduire près de celle /, afin de les mettre l’une contre l’autre, comme elles font znp, p ,fig- 6 9Sc en i, k, fig. 35.
- On doit faire une femblable opération à toutes les longueurs, & remonder savant & après ; enfuite pour qu’en travaillant % le* la ïbic c/Tuie
- en s’entre-croifànt brin r— tau, ne forment pas de bavures qui occafionnent des tenues capables de faire caffer des fils, & de porter préjudice à l’ouvrage , on met une contre-verge. On appelle ainfi une troifieme verge qu’on paffe entre les Verges ordinaires Sc le remifîè , mais fur un autre pas que fur celui de i’enyer-geure 5 de forte qu’au lieu de faire lever les deux lifïès d’une feule marche, on en prend une de chaque marche, auxquelles on fait ouvrir un pas pour lui faire recevoir cette contre-verge ; alors on eftrigue la longueur depuis le remifîè juf-qu’aux verges c’eft-à-dire, qu’on dégage toutes les tenues qu’on peut rencontrer dans cette nouvelle ouverture , afin que la contre-verge puiffe couler juf; qu’aux verges fans aucun obftaclei
- ‘La propriété de cette troifieme verge , eft d’empêcher de croifer les fils dé la chaîne dans toute fa longueur , parce qu’on la tient ordinairement à 2 pieds ou environ du remiffe, par ce moyen la tenfion de la chaîne dans le moment ^
- de l’ouverture dii pas, eft toujours la même ; fans cette précaution le pas efl: beaucoup plus doux, en commençant de la longueur ; cette douceur fe perd par gradation à mefure que les verges approchent du remifîè, d’où il réfuite une différence dans la: qualité de l’Etoffe : en voici la raifon. Les verges font unè cfpece de point fixe pôur l’étendue comprife entre les verges & le remiffe ; cette étendue diminuant à mefure que l’ouvrage avance , gêne davantage l’ouverture du pas , qui doit être toujours la même > en forte que lorfquon commence là longueur en ouvrant le pas pour former la fogue, à peine s’appe rçqi t-on fi la foie perd de fà ligne horizontale ; au lieu que lorfque les, verges font amenées a fix pouces ou environ du remifîè, l’obliquité que forment les deux divifions d$ Étoffes de Soie, FIL Paru V 4
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- Planche
- H-
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- 3y4 U ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- =£• la foie, donnent autant d’obliquité du côté des verges, que du côté de l’Etoffe; Pour obtenir l’ouverture convenable, il faut donc que la foie prête davantage alors, qu’elle n’a fait en commençant, ou bien qu’elle fe déroule & fe roule fur l’enfuple pour avoir égalité de tenfion , ce qui n’eft jamais d’accord avec le commencement de la longueur J or, il n’y a que la contre-verge qui puiffe régler cette égalité de tenfion fi néceffaire aux chaînes , parce qu’on la ' tient autant qu’il eft poffible à la même diftance du remiffe ; & quand les verges de la chaîne font arrivées à cet endroit, on retire la contre-verge, & on laifie avancer les verges jufqu’à y à 8 pouces du remiffe.
- , Les Ouvriers jaloux de bien fabriquer, ne retirent jamais la contre-verge ; Sc à mefure que les verges arrivent au point où ils ont coutume de mettre la contre-verge en travaillant, ils les reculent de deux pieds ou environ ; ils remondent ce qu’il y a de plus gros entre la contre - verge & les verges : ils ejlriguent le même efpace P afin que la contre-verge puiffe être menée contre les verges fans difficulté.
- Quand ces Ouvriers ont apperçu que la foie de la longueur qui avoit été préparée , eft arrivée près du remifle , ils remettent en trahi une nouvelle longueur , c’efl-à-di^ „ rrmenent les verges a fond : il faut entendre par là
- qu’on pouffe les verges jufqu’à l’enfuple T,Jig. nous Payons déjà
- remarqué fur les autres figures.
- Voilà, en général, tout ce qui concerne l’entretien du Métier : voyons maintenant ce que les Ouvriers font obligés de faire dans la fuite de leur travail.
- Un bon Ouvrier , en travaillant, ne doit point laijfer courir de fils devant ni derrière, c’eft-à-dire , que d’abord qu’il s’apperçoit d’un fil caffé, il doit le raccommoder, & ne point laiffer de tenues dans la fogue ou parmi les liffes : il doit auffi prendre garde de dépaffer la navette dans la fogue , fi par hafàrd elle prenoit en deffus ou en deffous de la fogue , il faudroit tout de fuite couper la trame au bord de l’Etoffe, & repaffer la navette : il faut en faire de même fi la navette a paffé deffus ou deffous une tenue.
- Les Ouvriers doivent fe procurer le plus d’aifance poffible pour le travail, & doivent toujours être régies dans la conduite de leur Etoffe. D’abord il faut changer le tempia'au plus tard à chaque ry lignes d’Etoffe fabriquée, & le mettre le plus près qu’on peut des dernieres duites de la trame, évitant toujours que la poignée du battant ne frappe contre. Les coups de battant doivent être réglés, & on ne doit pas frapper plus dans un endroit de l’Etoffe que dans l’autre.
- On ne doit tenir les chaînes tendues qu’autant que la foie peut le permettre %
- ' fans que le trop 'de poids faffe caffer de fils , & cependant il faut que cette tenfion foit en proportion de la force qu’on veut faire prendre à l’Etofio ; car fou vent fi Ton ne trou voit pas de moyens d’adoucir les mouvements des
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- Septième Section. I. Part, De V entretien du Metter, &c. 35 J cnfuples , on ne pourroic parvenir à employer des chaînes dont la foie fe trouve fi tendre, que pour le peu de tenfion qu’on donne au-delà de ce qu’on donne ordinairement * tous les fils viennent de derrière, c’eft-à-dire , qu’ils fe caftent devant ou derrière les verges; c’eft à cette marque qu’on reconnoît que la chaîne eft trop tendue, parce qu’ordinairement les fils ne fe caftent qu’entre les liffes ou dans la meude'e , ce qui eft fort naturel, puifque c’eft à ces deux endroits que les frottements peuvent ufer la foie.
- Quand on s’apperçoit que la foie d’une chaîne eft tendre, on doit tout difi pofer pour en faciliter l’emploi, fans cependant nuire à la qualité de l’Etoffe ; on favonne l’enfuple de derrière , à l'endroit qui pofe fur les oreillons, Sc s’il touche contre les pieds de Métier ou autre part, on en fait autant avec du favon fec ; on a foin de tenir la contre-verge Sc les vergés toujours éloignées des liffes i afin que la diftance qu’on donne à la chaîne , lui laiile un peu plus de jeu qu’à l’ordinaire : par ce moyen elle a plus d’élafticité , & les brins de foie peuvent mieux réfifter aux chocs du battant, & aux frottements des entre-croifures * tant des liftes que de la foie elle-même. On doit juger que l’enfuple étant £1-vonné fur fes(parties frottantes , fe prête avec plus de facilité aux tiraillements de la foie, occafionnés par les ouvertures du pas , & reprend point de repos à chaque fois que le r~ Acline* spperçoit cet effet fur-tout quand la chaîne eft tendue par des chevilles à balancier, comme nous le repréfente la figure 6, PL 34 , ou quand elle fe trouve tendue à cheville à poulie, comme le fait voir la figure 20 de la Planche 3 ; mais fi une chaîne de foie tendre fe trouve tendue par une cheville arrêtée à l’eftafe du Métier, comme nous i’a* \ vons vu par la figure 21 de la même Planche 3 , il eft très-difficile de l’employer i parce que l’ouverture du pas dépend totalement de l’élafticité de la foie, Sc non de la cheville ; au lieu qu’avec le balancier & la poulie, cette même ouverture fe fait par le déroulement de l’enfuple.
- Si la chaîne eft tendue par une bafculé ou par un valet 9 on doit éviter da favonner au-deffous des cordes qui entourent l’enfuple * mais on peut favonner à tous les autres endroits qui ont des frottements.
- A mefure que l’on avance l’ouvrage , on doit reculer les liffes à proportion de ce qu’on a fabriqué d’Etoffe, Sc on recule le battant aufîi d’une coche aux accocats.
- Cette obfervation eft pour les Ouvriers qui ont l’habitude de faire des faflures, & pour les arrangements des Métiers qui en font fufceptibles ; mais quand on travaille avec les chaînes tendues enbafcuie & valets, on fuppofè qu’on 11e fait pas de faffure ; il faut donc tirer devant toutes les fois qu’on a fait un poucë ou un pouce Sc demi d Etoffe : on n’eft donc pas obligé de reculer ni le remifle ni le battant ,_en forte que le porte-lifte ou le carrette auquel font pendues les liftes, refie toujours à la même place ; car il ne faut pas confondre les liftes avec ce qui les porte , c eft-à-dire , que toutes les fois qu’on a tiré devant* il faut? reculer les liiTes * parce quelles ont avancé avec la foie/
- Planche 3 Z*
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- Sf6 TA R T DES ÉTOFFES DE SOIE.
- HBtwwu* Si lesliffes font faites à mailles , à petit ou à grand couliffe, ou à nœuds>
- Planche l'Ouvrier, pour les reculer , n’a béfoin que de porter la main fur le milieu des différons fupérieurs , & même il doit, en les pouffant, les éloigner autant quii eft poflible, parce qu’au premier mouvement elles reviendront prendre la ligne perpendiculaire qui leur eft néceffaire ; mais quand les mailles des liffes font faites à crochets , & que les fils de la chaîne y font pris deflus & deffous , il faut beaucoup de ménagement pour les reculer, parce qu’on feroît fujet à caffer une grande quantité de fils fi on les pou finit toutes à la fois ; il faut donc ne les poufler qu’une à une , & encore a-t-on la précaution que ce ne foit pas en les prenant par leur lifferon fupérieur : on a foin, pour cet effet, de palier une petite canne ou un petit rofeau dans chaque liffe , comme le font ceux a, a , a, a , qu’on voit aux liffes A 9A , A , A 9fig. i , PL 3 5 ; on fait au bout de chacun de ces rofeaux un petit trou, dans lequel on paffe les petits bouts de ficelle b 9 h, b, b 9 qui tiennent par le haut aux lifferon s B9B9B9B9Sc par le bas aux lifterons C 9 C, C 9 C. Ces ficelles ne doivent pas être aufli tendues que les mailles des liftes, parce que leur ufage n’eft que de contenir les rofeaux a leur place, afin qu’ils ne puiflènt pas s’échapper de l’endroit ou ils font places dans 1 lîflV
- Quand l’Ouvrier veut reculer les iiiie*, n u üne 1 une y comme je l’ai déjà dît, par le moyen des rofeaux ; de forte que prenant le dernier roleau par fes deux bouts, il pouffe la derniere liffe au point où elle doit être , mais il a foin en même temps de tenir levées les marches D9 D9 afin que les eftrivieres c 9 c, c 9 c9 ne tiennent pas les liftes tendues ; car il faut qu’en les reculant les mailles foient lâches , fans quoi les fils feroient ferrés dans les mailles ; & s’il s’y rencontre des nœuds, des bouchons ou des écorchures , il ne peuvent pas paffe r, & les fils ou les mailles fo Caftent, quand elles font un peu ufées : il en fait autant à toutes les autres fucceffivement ; & pour y réuflîr 9 en pouffant le rofoau il le fait pofer légèrement fur la chaîne , & le fait couler deffus jusqu’au point où il juge à propos de laiffer la liffe : il a foin de pouffer de temps en temps les liftes plus loin qu’elles ne doivent être, afin de dégager les tenues qui peuvent fo former entr’elles ; il faut même que quelquefois il defoende du Métier pour les reculer le plus loin poflîble , pour examiner s’il ne fo fait point Sembrutage aux mailles ; c’eft la bavure de la foie qui lie tellement les fils avec les mailles, qu’il faut les caffer pour les rendre libres ; cependant avec le fo-cours des pincettes, on parvient quelquefois à les dégager. Pour prévenir cet inconvénient, il n’eft d’autres moyens que de dégager fouvent les liffes en les reculant comme je viens de le dire , pour voir tout ce qui fo paffe entr’elles ; alors fi l’on apperçoit quelques bouchons, quelques nœuds, quelques écorchures , &c, on les ôte avec facilité.
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- Septième Section. I. Part. Maniéré de mettre les Chaînes en corde , &c. 357
- §. III. De la maniéré de mettre les Chaînes en corde, de dijpofer les lifieres ' des Etoffes, 6 de les relever, ainjî que les Cordelines.
- Planchs
- 3 b
- Les Métiers à fabriquer les Etoffes, étant communément dune longueur de deux aunes au moins, ne permettroient pas d’employer les chaînes affez près de leur fin, fi l’on n avoit trouvé quelque moyen pour en amener les bouts le plus près poffible des liffes : pour cet effet on a imaginé de fubftituer une double corde fur l’enfuple de derrière, à la place de la chaîne ; cette corde eft artiftement jointe au bout de la chaîne , comme nous le fait voir la figure r, pi- 35 , où Ton peut remarquer en E E, cette corde qui tient au crochet F par fes deux bouts, tandis que Ion repliment eft roulé fiir l’enfuple G, où elle tient la place de la chaîne : le crochet F étant pris au compafteur d, femble ne devoir faire qu’une feule partie avec la fin de la chaîne H.
- v Je ne ferai ici aucune delcription du crochet ni de la corde qui y tient ; j’en ai dit affez dans l’Article concernant la maniéré de tendre les chaînes par devant : on a vu auffi par la Planche 30, & par les figures 4, y , & fuivantes, les différents crochets , les cordes à encorder, & les moyens de les égalifer, afin que les deux branches quelles forment ne {oient cas Punc ^ue
- l’autre.
- Nous nous entretiendrons des différentes maniérés qui font en ufàge pour mettre en corde*
- Avant de parler de ces différentes méthodes d’encorder , je crois qu’il fèroît à propos de dire quelque chofe concernant les lifieres ; j’euffe dû en parler dans les arrangements généraux du Métier, mais j’ai attendu Une occafion plus favorable; & comme la figure 1, dont nous nous entretenons, m’a permis d’en faire voir la pofition, j’ai penfé que c’étoit l’endroit d’en parler , & de faire connoître les différents arrangements qu’on leur donne.
- Ici on voit les deux lifieres e , e, féparées de la chaîne, & conféquemmenc de l’enfuple. Il faut fe reflbuvenir que dans le Traité de l’Ourdifîàge des Chaînes , j’ai dit, au fujet des lifieres, que Ton avoit deux maniérés de les ourdir , qu’on les joignoit à la chaîne, ou qu’on les ourdilîbit féparément ; que dans le premier cas on les relevoit fur la cheville avec la chaîne, & que dans le fécond on les relevoit enfemble ou féparées fiir un rochet.
- Quand on a joint les lifieres à une chaîne , il eft évident qu’en pliant cette chaîne , on plie en même temps les lifieres fur le même enfuple : mais quand on les releve fur un rochet, il eft à préfumer qu’elles doivent être pliées féparément , c’eft ce que nous voyons par celles qu’on voit ici roulées fur les roftins ou roftignols 1,1, qui font enfilés par le bâton K, porté par deux oreillons autres que ceux qui portent l’enfuple, comme nous aurons bientôt occafion de le voir ; ce bâton fert d’axe à ces roftins , & on le nomme porte-roftins* Étoffes de Soie. FIL Part. X 4
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- f jgimm.g—wawa
- Planche
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- 358 L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- 5 La forme des roftins qu on emploie pour les Etoffes faites à la marché, eftla même pour celles à la tire, quant aux lifieres; ils font repréfentés par les figures 2 Sc 3, le premier en perüpeélive > & le fécond vu de profil ; ce font deux elpeces de rochets à devider, dont les têtes font à double aile : voici pourquoi.
- L’elpace L, qui fépare les deux têtes M, M9 fig. 2, eft fait pour recevoir les cordons ou lifieres qu’on dévidé deflûs, comme nous le verrons bientôt ; Sc les efpaces qui font entre les petites ailes e9e9e9e9 du roftin i\f, font faits pour recevoir les cordes des contre-poids ; fi ces contre-poids font à corde frottante, on les enveloppe comme le fait voir la figure 4, & pour cela on fixe le bout de la corde 0 à un clou ou à un piton planté par terre, ou à un pied de Métier, de même qu’on fixe une corde de bafcule ; fi au contraire on dilpofe ces contre-poids à corde montante, ce qui eft conforme à la maniéré de tendre les chaînes avec une cheville devant & une derrière, comme nous le fait voir la figure 6 de la Planche précédente , alors on accroche le bout fupé-rieur de la corde qui forme une boucle à une des petites chevilles /, /, /,/, Jlg. 3, dans le fens où on la voit au roftin P9fig. 4: on y remarque que la corde g tient à la petite cheville h ; & pour mieux fentir cette pofition, il fuffit de jetter W ypux fur la figure y, qui repréfente à part cette même corde dans letat ou elle doit etre fur le roitm. !-•«, u—enfilée par la petite cheville k, qui eft une des chevilles/,/,/,/, qui font plantées entre les ailes des roftins. prdinairement on en met quatre à chaque tête de roftin , lorfqu if s’agit de fulpendre les contre-poids comme celui que nous venons de voir ; mais quand on veut placer ces mêmes contre-poids à corde frottante, il faut que la furface fur laquelle glilfe la corde, foit très-unie, & alors cette corde efl entortillée comme le repréfente la figure 6.
- La figure 7 repréfente un fécond moyen pour placer les contre-poids des lifieres à corde frottante; il fuffit de faire une grande boucle au bout de la corde 9fig.%> enfuite faire un ou deux tours de cette boucle comme S de la figure 7, dans lefqueis on met la tête du roftin. Cette maniéré d’arranger les contre-poids vaut toutes les autres.
- On ne met ordinairement les contre-poids des lifieres à corde frottante, qu’au-tant que les enfuples de derrière font placés à bafcules, à valets , à contre-; poids montants , &c. parce que l’Ouvrier n eft pas obligé de fc lever de fon Métier chaque fois qu’il veut tirer devant pour lâcher la chaîne ; au lieu que lorfque la chaîne eft tendue par des chevilles, il faut, à toutes les faffiires ; avoir foin de lâcher cette chaîne & les lifieres. Ainfi l’arrangement du contrepoids T9fig. 4, permet de lâcher facilement la lifiere v, attendu qu’on n’a qu’à décrocher la corde g de la cheville^ h, à laquelle elle tient ; Sc pour n’avoir pas befoin de placer ce contre-poids quelque part, tandis qu’on va tirer la faflure , *>n joint à la corde g 9 un bout de ficelle n ; par un bout, & par l'autre elle tient
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- Septième Section. L Part. Maniéré de mettre les Chaînes en corde, &c. $$$ au porte-roftin X 9 de maniéré que quoiqu’on ait décroché la corde du roftin, le contre-poids refte toujours fùfpendu, puifque la corde fe trouve fixée au roftin par la ficelle n.
- Le porte-roftin X eft porté par les deux oreillons Z, Z, qui font attachés chacun par un clou feulement aux pieds de Métier y 9y, de maniéré qu’ils po*= fent fur l’enfùple ; mais il faut que les roftins fe trouvent affez éloignés de cet enfùple pour qu’ils ne frottent pas contre la foie ; on les tient toujours élevés d’environ un pouce au-deflùs de cette même chaîne, afin que la foie des lifleres ne fo lie pas avec celle de la chaîne.
- L’ufàge des roftins pour les lifieres, eft préférable à plier ces mêmes lifieres avec la chaîne , parce qu’on doit toujours fournir les lifieres d’une plus grande quantité de foie à proportion que l’on ne fournit la chaîne ; fi la chaîne eft ourdie à fil double ou à fil fimple, il faut au moins que les fils de la lifiere qui font proche l’Etoffe, foient ourdis à cinq ou fix, fur-tout quand on n’ajoute pas de cordelines aux lifieres. On nomme cordeline, une forte de lifiere compo-fée de foie de grenade, la même dont on fe fert à coudre & à broder ; on en arme les lifieres par quatre ou fix brins divifés deux à deux dans les dents qui fuivent, en dehors de l’Etoffe, celles des lifieres. Quoiqu’on ne s’en fèrve pas Communément dans les Etoffes unies légères, il faut remarquer aue les lifieres étant plus fournies en foie • ^îouuire a 1 Etoile un tout autre effet que
- l'Etoffe elle-même.
- Quelle que foit l’Etoffe qu’on fabrique, on fe pique de faire faire Taffetas aux lifieres, & c’eft fans contre-dit le plus bel effet qu’on puiffe leur faire rendre ; mais on n’y réufïit pas toujours également : on ne peut y parvenir qu’en le rendant maître de la tenfion qu’on leur donne ; on ne fauroit maîtrifer cette même tenfion que difficilement, lorfque les lifieres font fur l’enfùple de derrière avec la chaîne, parce que la lifiere étant plus fournie en foie que la chaîne , rebute beaucoup plus la trame ; en forte que pour être for la même ligne de l’Etoffe , il faut quelle s’éboive davantage, conféquemment elle doit fe raccourcir : par-là cette foie devient plus tendue que celle de la chaîne ; il faut alors que la foie fe cafte, ou que le tiflu des lifieres change, & c’eft ce qui arrive très-fouvent ; car on s’apperçoit fur des Etoffes où l’on n’a pas porté tout le foin néceflàire pour les lifieres, que dans un endroit c’eft la chaîne qui couvre la trame , & dans d’autres c’eft la trame qui couvre la chaîne. Il y a deux caufès qui produifent cet effet, l’une parce que les lifieres font trop ou pas aftez ten*^ dues, & l’autre provient de ce que les dents de ces mêmes lifieres font trop ou pas aftez écartées les unes des autres en raifon de la trame qu’on emploie ^ & en raifon de la grofleur des brins dont eft compofée la lifiere.
- Il réfulte de ces obfervations, que par le moyen de ce que les lifieres font féparées de la chaîne * on peut les charger à proportion du tiflu qu’on veut en obtenir. Cela eft fi bien reconnu, qu’on voit fouvent des Ouvriers qui travaillent
- Planche
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- Planche
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- 36b L'ART DES ETOFFES DE SOIE;
- ayec des lifieres jointes à leurs chaînes, obligés de trouver quelques moyens
- pour les tendre ou pour les détendre. Voici comment ils font obligés de s’y;
- prendre.
- Lorfque les lifieres deviennent trop tendues , il ne relie à l'Ouvrier aucune reflource que de mouiller la lifiere trop tendue avec de l’eau claire , à proportion de ce qu’il juge néceflàire de donner de tenfion à cette lifiere ; fi au con^ traire les lifieres font trop lâches , on ne peut les tendre qu’en fe fervant d’un contre-poids qui tienne cette lifiere tendue, tel que celui 0 , que nous fait voir la figure 9, ou tel que celuip , que fait voir la figure 10. L’un & l’autre de ces contre-poids ont leurs cordes qyr , attachées à deux grandes épingles s, t ; ces épingles font recourbées en forme de crochet : elles font l’une & l’autre accrochées à la lifiere quelles doivent tendre.
- Le premier de ces deux contre-poids tend la lifiere en deflous de l’enfople de derrière v, en forte que le crochet s tient toute la lifiere fur le dernier contour qu’elle forme for ce même enfople ; ainfî à mefore qu’on tire devant, cette lifiere coule dans le crochet que le contre-poids entraîne toujours au même point en deflous de l’enfople, excepté qu’il peut y être ou plus haut ou plus bas, foi-i vant que la lifiere s’éboit ou quelle fe lâche.
- Le fécond contre-poids eft fofpendu entre l’enfople de derrière x, & les ver-ges \ y de maniéré que loi* à la lifiere#, & la tend autant
- qu’on le juge à propos pour la lourdeur de ce même contre-poids.
- La maniéré de placer le premier contre-poids, doit être préférée à la fécondé, parce qu’en travaillant, ce dernier contre-poids tranfàute par les mouvements des lifles de la tire, &c, & rend irrégulier l’effet du tifiu de la lifiere ; d’ailleurs quand il faut reculer les verges pour mettre la longueur en train c eft-à-dire, pour la préparer à être travaillée, ce contre-poids devient gênant, en ce que l’on ne peut pas mener fes verges a fond, ce qui veut dire au raz de l’enfople de derrière ; au lieu que le premier contre-poids n’a aucun de ces inconvénients , étant toujours placé au point où il doit être.
- Quand, en ourdiflànt les chaînes, on ne joint pas les lifieres à la chaîne d’où elles doivent dépendre , on leve ces mêmes lifieres fur des rochets, ainfi que je l’ai dit dans un des articles de l’Art d’ourdir, où il eft fait mention des lifieres. Il faut donc avoir foin de tranfporter ces mêmes lifieres levées fur des rochets * fur les roftins. J’ai fait remarquer que quelquefois l’Ourdifleur avoit foin de lever ces lifieres l’une après l’autre for un même rochet, ou chacune fur un rochet féparé ; mais que le plus fouvent, pour avoir plus vite fait, il avoit la mal-adreflê de les lever toutes les deux à la fois > & de les rouler en-fomble for le même rochet.
- Quand les lifieres font levées l’une après l’autre , foit fur un même rochet,, ïbît for deux rochets différents , l’Ouvrier, pour les relever for les roftins, fë fert d'un Rouet a dévider, tel que celui fig. 1, PL 2 , de l’Art du Deyidage des
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- Sèptieme Section. I. Part. Maniéré de mettre tes Chaînes en corde, &c. j6t Soies teintes , ou de ¥efcouladon 9 fig. 3 , PL 3, du même Arc du Devidage , ob-fervanc de mettre le roftin fur ie gros côté de la broche de l’efcouladou , tel que Planche nous le voyons en A9jig. 11 de notre Planche 3 y. Dans cet état il met l’ef-couladou fur fes genoux, tandis que quelqu’un a le foin de tenir le rochet B9 fur lequel eft levé le cordon ou la lifiere a: bien entendu que ce rochet eft enfilé par une petite baguette h 9 que Ton tient avec les deux mains , de maniéré à bien ferrer le rochet , afin que ce cordon (oit bien ferme» Pour procurer plus de tenfion à la lifiere , on a foin de porter les pouces fur les ailes c9 c du crochet, 8c on ne le laide tourner qu’avec une roideur égale ; car on doit faire attention que le devidage des lifieres (oit fait bien dur fur le roftin : celui qui fait tourner l’efcouladou , en frappant avec la main droite fur la partie d de la broche C, a foin, avec la main gauche, de conduire la lifiere, pour qu’elle garnifle également toute l’étendue du roftin A, 8c de la taire croifer autant qu’il eft poflible.
- Beaucoup d’Ouvriers trouvent qu’en relevant les lifieres furies roftins avec des rouets ou avec des efcouladous, on les y roule trop rondement, c’eft-à-i dire, que les tours ne fe croifent pas a fiez. Pour prévenir cet inconvénient ils ont jugé à propos de les relever en fai fan t tourner les roftins fur les pouces ,
- Comme le repréfente la figure 12 , de forte qu’on mec le* pouces dans les trous des roftins D. f i, /ont toujours fort grands, puifqu’ils font enfilés par des porte-roftins , qui font ordinairement des bâtons d’envi ton j à 10 lignes de diamètre, & fur lefquels il faut que lés roftins tournent fans être gênés,
- & pour cela ces trous doivent avoir environ un pouce de diamètre.
- La maniéré de relever les lifieres en faifànt tourner les roftins fur les pouces , eft beaucoup plus longue que de fe fervir des rouets ou des efcouladous ; mais l’Ouvrier peut faire croifer les tours de la lifiere plus facilement fur ces mêmes roftins, parce qu’il avance une main plus que l’autre * alternativement; par ce moyen il fait aller » dans un feul tour de roftin * la lifiere d’un bout à l’autre.
- Cette derniere figure fait voir comment oh fait tourner les roftins fur les pouces ; (car on doit reconnoître que ce font les pouces qui fervent d’axe aux roftins, 8c que ce font les autres doigts reliés libres, dont les bouts, en fe recourbant, portent fur les têtes de ces mêmes roftins pour les faire tourner).
- Cette même figure fait voir en même temps comment on releVe les lifieres quand elles ont été mifes à la fois fur un même rochet ; on apperçoit qu’il faut néceflairement être trois perfonnes pour y parvenir : l’une tient le rochet E de la même maniéré que celui B de la figure 12, 8c les deux autres perfonnes tiennent chacune un des roftins D9 Ü9 8c y roulent une des lifieres qui fe fé-pare de l’autre à mefiire qu’en tirant , le rochet fe déroule.
- On obferve ordinairement de mettre entre le rochet 8c le roftin, une grande diftance , afin que la féparation des deux lifieres fe falfe plus facilement, parce Étoffes de Soie. FII. Part. Y 4
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- 3«a mr DES ÉTOFFES DÉ SOIF.
- quil arrive très-fouvent que les fils d’une lifiere Te prennent avec ceux de l’autre lifiere; de façon que fi on les tiroit de trop près pour les féparer, ils cafferoient ; au lieu que les faifant venir de loin, ils fe féparent prefque toujours d eux-mêmes. On a aufîi la coutume de laiffer fixe le rochet entre les mains de celui qui le tient , c eft-à-dire , qu’il ne le laiffe détourner que par longueurs ; alors il eft forcé d’avancer près de ceux qui dévident les lifieres , ou bien ces derniers font obligés, en tournant leurs roftins , d’avancer fur lui , & de recu-. 1er à chaque fois qu’ils y font arrivés.
- La méthode de dérouler par longueur, eft moins fujette à inconvénient que de faire dérouler les lifieres à mefure qu’on les emploie fur le roftin ; il eft certain qu’on eft beaucoup moins fujet à faire cafler des fils, parce que le tiraillement n’a lieu que pour la tenfion , & non pour le déroulement, attendu qu’on déroule demi-tendue la longueur entière.
- Nous venons de voir la maniéré de difpofer les lifieres ; voyons aéluellemenc celle dont on fe fert pour les cordelines.
- Les cordelines font ordinairement de foie à coudre , comme je l’ai déjà dit, & leur utilité eft de foutenir la lifiere, c’eft à-dire, qu’elles forment une fécondé lifiere. Cen’eft pas qu’on emploie toujours pour une Etoffe des lifieres où l’on mette des cordelines , car fbuvent elles font elles-mêmes les lifieres de l’Etoffe , for-tout pour les grqffes Etoffres brocha façonnées, telles que nous aurons occafion de les voir par la fuite ; mais à de petites Etoffes, foie par goût, foit pour leur donner plus de foutien , on ajoute deux cordelines aux lifieres ; j ofe même dire que fou vent ces cordelines font plus qu’inutiles , car elles deviennent à charge à l’Ouvrier.
- Le nombre des dents & des fils des cordelines n’eft fixé pour aucune Etoffe; cependant on ne pafle guere dix brins , qu’on diyifo dans cinq dents -, ainfi on met des cordelines depuis un brin jufqu’à dix , Sc même on n’en met dix qu’au-tant qu’il n’y a point de lifieres ; au lieu que lorfqu’il y a des lifieres , on en met une ou quatre. Il eft à propos de mettre un brin de cordeline pour terminer une lifiere ; mais au-delà je le crois plutôt incommode qu’avantageux , du moins pour les Etoffes légères, parce que les cordelines étant roulées avec l’Etoffe fur l’enfuple de devant, elles relevent beaucoup plus que l’Etoffe, ce qui en rompt la carte ; d’ailleurs quand on déroule cette Etoffe, on voit les lifieres faire la fraife 9 tandis que le refte de l’Etoffe paroît tendu ; cependant il eft impoflible que les bords de l’Etoffe elle-même , ne fe reffentent de la forme des lifieres : ce que j’avance eft fi bien connu , que fi une lifiere a été travaillée plus tendue que l’autre , en mefurant l’Etoffe par fes deux bords, on trouvera quelquefois for 30 aunes , jufqu’à trpis quarts de plus d’un côté que de l’autre, ce qui eft une preuve fenfible de l’irrégularité qui a régné dans l’Etoffe. On doit comprendre que c’eft la lifiere la moins tendue qui a donné le plus de longueur : il en réfulce que la carte de l’Etoffe ne doit être ni réglée ni parfaite en aucun endroit.
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- Septième Section. I. Part. Maniéré de mettre les Chaînes en corde, &c. 363
- Si une liflere trop tendue donne des irrégularités , ce défaut fera plus con~ fidérable encore, lorfqu’en roulant cette Etoffe , elle formera un diamètre plus grand fur fes bords qu’à fon milieu , parce que rarement ces deux bords feront égaux en hauteur ; & fai éprouvé moi-même qu’avec des lifieres qui portoient à peu-près la hauteur de l’Etoffe fur fon enfuple, on le reconnoiffoic au feul afpeét, en la comparant avec le même genre d’Etoffe où l’on a voit mis de trop fortes lifieres ou dès cordelines.
- Pour prouver plus nettement ce que j’avance , il faut voir feulement le loin qu’ont les Ouvriers qui fabriquent des Etoffes légères , telles que les Taffetas de Florence, les Taffetas noirs pour mantelets, &c, on remarquera qu’en tirant devant pour rouler leurs faflures fur l’enfuple, ils emploient au moins deux bons pouces de chaque côté de l’Etoffe fur cet enfuple, au-delà de ce que l’Etoffe elle-même a de largeur , en forte que jamais un tour de la- liflere n’eftfor l’autre. On les voit, en tournant leur enfople, prendre l’Etoffe par le bord pour la tirer à droite ; & quand ils ont affez écarté de ce côté, ils la tirent à gauche : il eft vrai que ces Etoffes ne font pas fofoeptibles d’être car-* teufes; mais comme elles font peu fournies en chaîne , il faut que les lifieres foient fournies elles-mêmes pour qu’on puiffe les fabriquer, fans quoi à chaque inftant l’Etoffe fo déehireroit en travers: it*ne j^lus fournies
- que la chaîne , L^aucoup plus gros que le relie de l’Etoffe, ff elles
- étoient roulées tour par tour l’un fur l’autre ; mais en en faifànt croifer les tours, on trouve à peu-près cette égalité qui leur convient, & fens laquelle on ne fau-roit parvenir à fabriquer.
- On ne donne point les cordelines toutes ourdies aux Ouvriers, on leur donne la foie en écheveau , ils ont foin de la devider eux-mêmes for deux ou fur quatre rochets ; & après ils ourdiflent eux-mêmes les cordelines. Il y a des Ouvriers qui, pour ourdir ces cordelines, mettent deux rochfïg. 13 , pleins de cette foie , for une baguette g; ils en nouent les deux bouts h, h, tout-à-faità l’extrémité ; enfoite ils accrochent ces deux bouts à un pied de Métier, & marchant tout autour du Métier , ils en enveloppent les quatre pieds d’autant de tours qu’ils jugent avoir befoin de longueur pour leur Etoffe ; enfoite ils reviennent fur leurs pas pour couvrir ces mêmes tours par une même quantité de brins, & ils font ces allées & venues jufqu’à ce qu’ils ayent completté le nombre de fils dont ils veulent compofer leurs cordelines de chaque côté de l’Etoffe ; enfoite * ils les relevent for des roftins.
- Les roftins dont on fe fort ordinairement pour les cordelines ne font pas faits précifément comme ceux des lifieres; ils font en général plus petits, & n’ont qu’une tête à deux ailes : ils font comme ceux qu’on voit fig. 14 & iy , dont l’un eft vu de profil, & l’autre en perfpeélive. On les fait moins grands, parce qu’on les place for des porte-roftins différemment faits que ceux des lifieres, & ailleurs ; c’eft-à-dire, qu’au lieu de les placer en deffus de l’enfuple
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- 364, L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE. ^
- -de derrière , on les place en deflbus, 8c bien bas. On n’y fait aucune enver-geure, auflî ne font-elles pas jointes à l’envergeure de la piece comme le font leslifieres , ainfi que le font celles e, e , de la figure i.
- Quand on ne peut ourdir les cordelines autour d’un Métier, ou qu’on ne veut pas en gêner le tour, on plante plufieurs chevilles, foit contre des cloi-fons de planche, foit contre une muraille, foit à deux des pieds d’un Mé-j tier, ainfi que le repréfente la figure 16, qui fuppofe deux pieds de Métier F, G, contre lefquels font plantées les chevilles i, k , /, /tz, n, o, p, q, r, qui forment une efpece d’ourdifloir long ; l’Ouvrier prend les rochQtsf9f,fig. 13 , tenant dans fa main droite la baguette^: il accroche les bouts h, h, à la cheville i ; il marche en déroulant ces bouts du côté de la cheville A, fur laquelle il pafle les deux brins, 8c les prenant par-delfous, il vient à la cheville / en. faire autant, de-là à celle m9 enfuite à celle n: il en fait de même à celles 0 ,p , q, r ; 8c quand il eft arrivé à cette derniere , il s’en retourne dans le fens contraire jufqu’à la cheville i, en les repaflant l’une après l’autre ; de forte que s’il veut avoir quatre brins à là cordeline, il va & vient une fois ; s’il lui en faut fix, il va deux fois 8c ne revient qu’une ; pour huit, il va deux fois 8c revient autant, 8c pour dix il va trois fois, & ne revient que deux ; ainfi chaque allée & chaque venue augmentent la cordeline de deux brins. Il eft aifé de comprendre que fi l’on veut en ourdir plus ou moins long que ne donne le nombre de chevilles que nous voyons, on l’augmente , ou bien on ne les emploie pas toutes. Du refte on les releve fur le roftin en le failànt tourner fur les pouces, en allant d’une cheville à l’autre, obfervant de tenir les cordelines tendues, afin de faire dur fur le roftin.
- Après avoir levé les cordelines, on place les roftins fur les porte-roftins : il en faut un à chacun fait comme celuifig. 17, qu’on plante derrière un des pieds de Métier de derrière , comme on en voit un en H, fig. 18, fur lequel eft placé le roftin / ;ce porte-roftin eft attaché contre le pied de Métier K par trois clous qui l’y tiennent ; c’eft dans cet état qu’on y met le contre-poids M, dont la corde qui le fufpend eft repréfentée par la figure 7 ; alors on tend les cordelines pour les pafler dans les mailles des liftes: ces mailles font faites exprès avec de la ficelle ; & même pour que les brins coulent plus facilement, on met à l’endroit où ils paflent, de petits anneaux de fil-d’archal, tels que ceux qu’on met aux trous des navettes.
- Avant de pafler les cordelines dans les lifles, on a foin de les pafler dans un petit carton percé de plufieurs trous, ou dans une petite planche femblable à celle N, fig. 19 ; chaque brin pafle dans un trou féparé , & par ordre, comme on peut le voir par les brins dè cordelines qui font pafles dans la planche O, fig. 20 ; 8c pour’ mieux féparer les cordelines de la chaîne , on met un petit contre-poids s pendu à la planche JV ou à celle O, au moyen d’une petite ficelle t. On voit par cette derniere figure que le contre-poids fait un peu fléchir les brins de la cordeline. Certains
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- Septième SïdTirôtf. I. Part. Maniéré de mettre les Chaînes en côrde , &c. w
- Certains Ouvriers, au lieu de planche percée, mettent, pour divifot les cor-* ! tdelines* une lamette, fig. 21, laquelle eft percée à fes deux bouts > d'autant de trous qu'il en faut pour les cordelines ; la longueur de cette lamette eft à-peu^ près celle de la largeur du remiffe, afin que les cordelines partent en droiture des mailles quelles doivent y occuper fur les bords. Ici on ne met point de contre-poids , celui de la lamette eft fuffilànt*
- On met fouvent au lieu d'une lamette, une grofle verge qu’on applatit fu£ les bouts, ou plutôt qu'on amincit, & l’on y fait des trous propres à recevoir les brins de cordelines.
- Quel que foit l'arrangement qu'on donne aux cordelines, on ne le fait que pour former une lifiere ou une partie de la lifiere ; mais il faut obforver que jamais le tiflu qui s’y forme n'eft autre que celui du gallon uni, c’eft-à-dire, que c'eft la chaîne qui fait l'effet de la trame, & la trame celui de la chaîne : auffi on peut régler la longueur d'une Etoffe parcelle qu'on a employée pour les cordelines , parce que les brins n'en font jamais repliés & qu’ils ne s'allongent pas du tout ; c'eft ce qu'on peut facilement reconnoître en examinant les Etoffes ou les lifieres font faites en cordelines, ou auxquelles on a ajouté des cordelines;
- La foie qu'on emploie pour les cordelines, doit être unie * & autant que l'on peut, égale, afin d'obtenir des lifieres bien faites ; c'eft cependant ce que ne font pas tous les Fabriquants : ta ^iwj^aïc ont loin de taire monter de la fiiofelc dans le tord de la foie à coudre, & s'en fervent pour cordeline. J'ai eu lieu de remarquer que ce fil rend les lifieres auffi belles que la foie de Grenade même ; la feule différence que j'y ai remarquée, eft que le fil eft plus fujet à fe cafter en travaillant que la foie. Voilà en quoi la foie doit lui être préférée; car du refte ni l'un ni l'autre n'influent fur la beauté ni fur la bonté de l'Etoffe.
- J'ai cru devoir interrompre Tordre de la defoription de l'encordage des chaînes, pour parler des lifieres , dont je n'avois encore rien dit, parce que par le moyen de quelques petits arrangements dans la maniéré de mettre les chaînes en cordes , les lifieres qui font féparées de ces mêmes chaînes, deviennent de quelqu’utilité.
- On a vu par la figure 1 , PL 3 ÿ, que l'on avoit mis la chaîne H en corde , en employant le crochet F; mais nous n'avons pas dit comment l'Ouvrier s'y prend pour y parvenir , & c'eft de quoi nous allons nous entretenir , ainfi que des autres méthodes qu'on a pour mettre en corde.
- D'abord que l'Ouvrier apperçoit que fon enfiiple de derrière rit, ( on dit quel'enfuple rit y lorfqu'à travers la foie qui refte fur l'enfuple, on apperçoit que le bois fe montre ) il doit faifir le moment du dernier tour, ,& même s'en a durer , afin de ne pas tirer devant avant d'avoir arrêté le compafteur qui eft au bout de la chaîne, de crainte qu'il ne s'échappe de la rainure de l'enfopie*
- Pour prévenir cet inconvénient, à l'inftant où l'on s’apperçoit que le dernier Étoffes de Soie. FIL Part. Z 4
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- 3U L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE„
- X-r-FiujeigpimAaim ~ tour de la chaîne va fe dérouler, on prend trois grofles ficelles , avec 1 et? Planche quelles on üe l’enfuple à trois endroits différents ; lavoir, aux deux bords dé la largeur de la chaîne, de maniéré que les contours portent fur les bouts du compafteur, & la troifieme ficelle fe place au milieu de la largeur de la chaîne. On fait attention feulement que la foie ne foit point prife defîous ces con-' tours ; alors on tire devant jufqu’à ce qu’on ait mis dejjlis : mettre deflus, c’eft
- lorfque la rainure de l’enfuple eft en deffus , quand elle eft toute à découvert.1 Dans cet état l’Ouvrier fait une faflure un peu longue*, 8c après il defcend de fon Métier pour dégager le compafteur de l’enfuple, en le retirant de la rainure ; en même temps il entoure les bouts du compafteur avec les lifieres, qu’il laiffe néanmoins tendues ; enfuite il va tirer un peu devant, pour éloigner le compafteur de l’enfuple. On fent que dans ce moment les lifieres font l’office de corde à encorder; mais bientôt l’Ouvrier place la corde à encorder fur l’enfuple, de la maniéré que je l’ai fait remarquer pour tendre les chaînes devant ; & quand les boucles de la corde font arrivées près de l’enfuple, on les enfile avec le crochet F : on remarque fi les deux bouts font également éloignés de l’enfuple ; quand ils font à ce point, on accroche le compafteur , on finit de tirer la faffure, & on retend la longueur comme auparavant, & telle qu’on la voit fur la figure r ; alors on ôte les lifieres e > ey de defîus le compaQ teur , pour les laifler libres comme elles fonr.
- Tous les Ouvriers ne fuivent pas la même méthode pour mettre en corde * il y en a qui, après avoir fait leur dernieres faflures ^ appellent quelqu’un pout tenir le compafteur : celui-ci^ fe place au bout du Métier, derrière l’enfuple , & tenant le compafteur avec les deux mains, il le laiffe avancer à mefure que l’Ou-i vrier tourne pour tirer devant ; enfuite fi les lifieres font comme celles e, e, iî
- en entoure le compafteur jufqu’à ce qu’il ait mis en corde ; ou fi les lifieres font jointes à la piece, celui qui étoit derrière l’enfuple pafle devant pour tenue le compafteur, afin que la foie ne traîne pas : il refte dans cet état jufqu’à ce que l’on crochette ce compafteur , enfuite on fait tirant.
- ——» On ne fe fert pas toujours d’un crochet comme celui F, pour mettre en
- Planche corde ; fouvent on fe fert de gancettes a9aya9 &c. fig. i , PL 3 6, qu’on croifo entre le compafteur b & la tringle de bois c. Pour mieux fentir l’arrange-î ment de ces gancettes, voyons celle A, fig. a : on y remarque quelle eft faite d’un foui bout de ficelle , dont les bouts font noués enfemble comme ceux que nous avons vus pour tendre les chaînes par devant : ici il s’agit feulement de la maniéré d’arranger cette gancette.
- On commence par paffer le repliement d entre le compafteur & le petie cordon e de la figure 1, qui, enfemble, tiennent l’envergeure des mufettes de la chaîne B. Après qu’on a pafle la gancette comme je viens de le dire , on la plie en deux : on ouvre les deux côtés f9f9 entre lefquels on pafle le repliement dy qu’on amene fur la tringle c; on prend alors le côté du nœud g*
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- Septième Section. ï. Part. Maniéré de mettre les Chaînes en corde , &c. de la gancette9 on le fait pafïer en deffous de la même tringle ; on le ramene en deflus: on ouvre le repliaient d 9 6c on place dedans , le collet du nœud g, en forte que ce nœud fait là l'effet d'un bouton quon a pafte dans une boutonnière , parce quà mefure qu'on tend la chaîne, le repliement d fe ferré , & ne* permet plus au nœud de s'échapper de la gance que forme ce repliement. On doit reconnoîtrefur cette figure que le compafteur h de la figure r, fe trouve* placé dans l'ouverture h, & que la tringle c de la même figure doit être dans celle i , en forte que le tout étant tendu, les nœuds des gancettes doivent tous fe trouver , autant qu'il eft pofîîble, fur l'angle de derrière de la tringle, afin qu’ils foient moins fufceptibles d'échapper.
- On a foin > avant de placer les gancettes, de mettre la tringle c dans les boucles k, k, des cordes c, c 9 que nous devons fuppofer tenir à i'enfuple de derrière. Beaucoup d'Ouvriers préfèrent cette* méthode à celle que nous avons vue par la figure i de la Planche précédente , parce que le crochet eft ordinairement trop lourd ; au lieu que les gancettes 8c la tringle ne peuvent pas trop charger la foie.
- Il eft encore des Ouvriers qui trouvent cet arrangement trop long * & le crochet trop lourd. Ils ont une troifieme méthode que nous allons voir par. les figures 3 & 4. La première confifte à mettre le bout de la chaîne D entre les deux tringles F9 F, en forte que le ^ trouve par derrière ; ces
- deux tringles font extrêmement rapprochées l'une de l'autre, en ce qu'à mefurô qu'on les place > on les lie par les deux bouts avec une ficelle mm, qui les joint prefque l'une à l'autre, excepté l'épaiffeur de la foie D, qui fe trouve entre-deux ; d’ailleurs on met les deux gancettes n 9n > qui embraffent à la fois les deux tringles 8c le compafteur. L'arrangement de ces deux gancettes eft tel que plus on tend les(cordes G 9 G, 8c moins le compafteur / rifque d'échapper d'entre les tringles qui le contiennent.
- On doit appercevoir que les gancettes ne font qu'enlacées dans elles-mêmes * 8c qu'elles font prifes dans les boucles 0,0, des cordes G y G 9 dans lefquelles elles font arrêtées par les nœuds p 9p, qu'on y forme, de forte qu'elles font en cela l'effet d'un bouton dans fà boutonnière. Pour mieux reconnoître cet arram* gement, il faut voir la figure 5 , où l'on remarque que la gancette H eft dans les mêmes repliements que le font celles n, n de la figure 3 , de maniéré qu’après avoir enveloppé les tringles qui doivent être prifes dans l’ouverture q $ on paffe le côté du nœud r dans fefpece de boucle s que forme le repliement t : de-là on le place dans la boucle v de la corde /. Dans cet état il faut que le tout foit tendu , pour être affuré que le nœud r ne fortira pas de la boucle v; cependant il y a des Ouvriers qui forment une petite gance de deux ou trois tours de ficelle for la boucle v, comme il eft en x, jîg. 6. On peut approcher cette gance for la boucle K 9 du côté du nœud y de la gancette ^ ; par ce moyen l'ouverture de la boucle fe trouve fermée au point qu'on n'a pas à craindre que
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- I
- 56% L'ART DES ÉTOFFES DE fiOIE;
- , ....— - le nœud de lagancette puiffefortir, en quelqu’état que foientles cordes, cefc
- Planche à-dire , qu’ elles foient tendues ou lâches.
- Z6* La figure 4 repréfente à peu-près la même maniéré de mettre en corde que
- celle 3 , excepté qu’on ne fe fert ni de gancette ni de ficelle pour lier les tringles L , M, & cependant l’encordage eft auffi folide & plus prompt à exécuter. Ici ces deux tringles font affemblées par des chevilles a, a , a , &c. qui , en les tenant en refpeét l’une - fur fautre , ne permettent pas au compafteur b ,* de paffer entr’elles une fois quil y eft arrêté. Ces chevilles font fixées fur la tringle M, comme on le voit enc.c, c, &c. fur celle N, fig* 7 , qui repréfente cette tringle féparée de celle L ; cette derniere eft percée d’un nombre de trous égal à celui des chevilles ; on les voit end, d, d, &c. fur celle O, fig. 8 , qui eft la même vue féparément ; en mettant cette tringle fur celle fig, 7, les trous d,d ,d, Scc. de l’une, reçoivent fans difficulté les chevilles de l’autre ; & pour mettre en corde on ne les joint l’une à l’autre qu’après avoir placé celle M,fig, 4 , de façon que les chevilles foient entre le cordon & le compafteur , comme le font les gancettes a, d, a , Scc. de la figure 1 ; & dans ce cas le compafteur eft placé derrière les tringles , & retenu par leur épaiffeurA
- On doit remarquer fur cette même figure 4, qu’au lieu de gancette pour tenir les tringles L, M, on fe fert de crochets de fer P, P, qui font formés en S, Pour cet effet on pratique des trous fur les tringles, afin que les bouts e, e% % des crochets, y entrent , Sc qu’ils tiennent en même temps ces deux tringles
- jointes l’une à l’autre foffifamment ferrées, pour que le compafteur b ne puifle point paffer entr’elles. Il faut faire attention que les bouts e ,e, des crochets font prefque pointus , Sc qu’ils doivent être bien unis-, afin qu’en les mettant dans les trous des tringles, ils ne puiffent pas nuire à la foie de la chaîne Q, qui fo trouve prife entr’elles.
- Lorfqu’on veut mettre en corde fuivant les figures 3 & 4, on commence par rouler la corde RR fur l’enfople de derrière S, placé forfes oreillons; en/ fuite on en égalife les boucles/',fi, afin que l’une n’avance pas plus que l’autre • après quoi on place les tringles E, F, ou celles L>M, l’une fur l’autre, comme je l’ai dit. Après avoir lié les tringles comme elles le font en mm, on place les gancettes n, n , dans les boucles p, p; en forte que les nœuds 0,0, font retenus, Sc c. Quant à la figure 4, on place les crochets p,p , dans les trous qui leur font deftinés, aux tringles L, M, qui font les mêmes qu’on voit en g, g* fig* 7*&en h, h, fig, 8 ; enfuite on pafïe les bouts i, i, i, de ces crochets y , dans les boucles fi,f> comme dans une agraffe. On obferve que la foie de la chaîne ne bouche pas les trous des tringles L, M, afin qu’en faifànt paffer ces bouts , on ne caffe aucun des fils.
- On a remarqué que la pofition des crochets laifîbit entr’ouvrir les tringles X , M fur le devant, & que lorfque les chevilles a, a ,a , Sec. n’étoient pas iuffifamment longues, elles étoient en danger de fe féparer, Sc qu’il n’y avoic
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- Septième Section. I. Part. Maniéré de mettre les Chaînes en corde, &c. 369 que celle de defious tenue par les crochets avec le compafteur b9 qui , dans ces circonftances , pût fe caffer par le choc des contre-poids qui tiennent la chaîne tendue. Il eft arrivé aufîî que les nœuds 0,0 , des gancettes n, n, fig. 3 , font échappés des boucles p9p , qui les contiennent, malgré la précaution de la gance x, fig 6, Pour prévenir ces deux inconvénients, des Ouvriers intelligents ont pris le parti de joindre les crochets aux gancettes , ainfi que nous le fait voir la figure 9 , où le crochet T prend dans la gancette k par un côté , & dans la boucle l par f autre. On obforvera dans cet arrangement que les tringles V9 X, font fembiables à celles de la figure 3 ; cependant on doit préférer celles de la figure 4, par rapport aux chevilles a, a , &c, qui les lient en quelque façon Tune à lautre ; alors on n'eft pas obligé de les attacher par les bouts comme elles le font en m , m 9 fig. 4.
- Voilà, en général,, quels font les moyens qu'on emploie pour mettre en corde les chaînes des Etoffes de Soie. Nous remarquerons feulement en pafi fant que Ton en ufe de même pour toutes les chaînes qui font employées pour la compofition d'une Etoffe , c'eft~à~dire , que fi l'on met deux, trois, quatre chaînes, Scc. pour une Etoffe , & que ces chaînes finiffent à la fois, ce qui arrive fou vent quand les longueurs des unes Sc des autres font bien combinées, il faut alors autant de cordes à encorder , Sc de font fuit cette opération ,
- qu'il y a de r,l'inîno mottiv corde.
- Je fais ici cette obfervation, parce qu'ayant à parler dans ce Traité de tous les genres d'Etoffes qui fe fabriquent en foie , je n'aurai plus rien à dire fur la maniéré de les mettre en corde, foit fur les Etoffes façonnées à la marche, foit celles faites a la petite Sc a la grande tire , foit les velours, Scc.
- Dans l'état ou nous venons de voir les chaînes encordées , l'Ouvrier les emploie le plus avant poffible , pour qu'il y ait moins de foie perdue ; car la dilatance qu'il lai fie depuis la derniere tirelle qu'il fait jufqu'au compafteur, eft une foie qui ne fauroit être mife à profit pour l'Etoffe : c’eft ordinairement le bon de l’Ouvrier, qui eft un bien modique avantage pour lui.
- Quand l'Ouvrier a employé la chaîne auffi avant qu'il eft poffible, fins nuire à la fabrication de l'Etoffe, il fait à fi derniere tirelle une verge , comme je l'ai fait remarquer par la figure 14 , PL 34. Il forme les entre-bats néceffiiires , obfervant que les parties d'Etoffe qui font devant Sc après le tiffage de la verge , foient d'environ un pouce , afin que les fils de ce qui relie de la chaîne ne puif fent point s'échapper ; & après ces précautions il coupe l'Etoffe pour mettre au crochet, c'eft-à-dire , pour auner, afin de favoir la quantité d'aunes qu'il a fabriquées ; car ordinairement les Ouvriers en Etoffes de Soie font payés par aune ou par canne, mefure de Nîmes, d’Avignon , de tout le Languedoc Sc de la Provence. Cette mefure eft divifée par pans : elle en contient huit de 9 pouces chaque , ce qui rend précifément la canne égale à la toife de 6 pieds. Cependant fuivant les endroits , cette mefiire, quoique du même nom , différé Etoffes de Soie. VII. Part. A y
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- Planche <5/
- 370 U ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- de quelque chofe dans la longueur, ainfî que Faune ; car Faune de Paris eft plus longue que celle de Nîmes & de bien d’autres endroits, au moins d un pouce.
- Dans les pays où Fon paye par aune, les crochets font faits d’une aune ou de demi-aune, fui van t le genre d’ouvrage qu’on veut auner ; car ces crochets fervent en même temps à régler les plis qu’on a coutume de faire aux Etoffes pour les plier. Mais dans les pays où Fon mefore à canne / on ne fe fert en général que de la demi-canne, à caule du trop d’étendue que la canne a par û longueur.
- Nous allons voir dans le Paragraphe fuivant ce que c’eft que le crochet qui fert à mefurer les Etoffes , comment on y parvient, & quels font les avantages qu’on trouve à fe fervir de cette mefure par préférence à celles dont fe fervent en général tous les Marchands qui vendent les mêmes Etoffes au détail.
- De la maniéré de retirer U Etoffe de deffus Venfuple de devant, & de la mefurer en même temps.
- J’a i dit tout-à-Fheure que lorfqu’on avoit coupé l’Etoffe, on la mettoit au Crochet. Avant de parier de cette opération, je vais faire voir la conftruélion du crochet, & les différentes maniérés dont on le plwoô pour mettre l’Etoffe deflîis.
- La figure 10 de notre Planche 36 9 nous fait voir un crochet tel que celui dont fe fervent ordinairement tous les Ouvriers. Il eft formé d’une tringle de bois A, d’environ 1J lignes d’équarriflage , divifée depuis a jufqu’à b , par des lignes qui marquent la demi-aune, les quarts, les demi-quarts, les tiers & les demi-tiers. Ainfi ce qui indique la demi-aune eft la ligne c ; celles d, d, indiquent les quarts * & celles e, e, e, e, font les demi-quarts : les lignes/,/, font les divifions des tiers, 8c celles g> g>g9 marquent les demi-tiers.
- Quand on met au crochet, on pique une des lifieres de FEtoffe dans les pointes h , h , & Fon va 8c vient d’une de ces pointes à l’autre , en enfonçant à chaque fois la lifiere auffi bas qu’il eft poffible ; ainfi en commençant de mettre a l'aune , on enfonce la lifiere jufques près des talons i , z, des crochets B, B, c’eft-à-dire , jufqu’aux langues de fer qui font plantées dans la piece de bois A , & au bout defquelles fe trouvent placées les deux pointes h, h, & à chaque pli qu’on fait, on a foin que la lifiere nouvellement accrochée, vienne toucher fur celle qui eft déjà en place. Nous verrons encore mieux ce foin dans l’opération elle-même.
- Les crochets B , B, font de [fer, conftruits comme celui fig. n", & font ordinairement d’une feule piece ; la pointe doit être ronde, & la partie qui entre dans le bois eft quarrée , mais plus mince par le bout. Les trous qu’on pratique dans le bois pour les recevoir, font quarrés, & tels que pour faire
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- Septième Section. I. Part. Maniéré de retirer F Etoffe de deffus F enfiuple. yjx entrer les crochets , il faille frapper defîus : on laifle un efpace d’environ p à io lignes entre Ja pointe Sc le bois, pour que l'Etoffe ait de la liberté.
- Il eft à propos de pouvoir ôter ces pointes de leur place : on les ferre avec foin dans une boîte ou dans un tiroir, pour que rien ne puifle les épointer ; & même , pour que rien ne puifle altérer ces pointes, on y met un tuyau de bois de rofeau ou de canne fig. 12 : on donne à ces tuyaux le nom de garde-pointes.
- J'ai dit ci-deflus que le crochet fig. ir , étoit fait d’une feule piece ; mais j’en ai vu qui étoient faits de deux morceaux , en forte qu’on faifoit celui Z?,fig.
- 13, fur lequel on pratiquoit un petit trou n> enfuite on faifoit la pointe E, fig.
- 14, au bas de laquelle on formoit un petit tenon 0, rivé avec force par-deffous, où on le foudoit, de maniéré que les deux pièces paroifloient n’en faire qu’une feule.
- Quand on veut auner une piece d’Etoffe fuivant l’ufàge pratiqué à Nîmes & à Avignon , il faut être trois perfonnes, une pour tenir le crochet à une hauteur convenable, l’autre pour dérouler l’Etoffe de deffus l’enfuple en le faifant détourner , & la troifîeme pour placer l’Etoffe fur les pointes du crochet. Je ferai voir cette opération ; mais voyons auparavant comment on en ufo
- à Lyon Sc dans d’autres Villes de Manufaétures.
- A Lyon, on met Ip. r*rr*/tir un pied F, fig. xj* • par ce moyen deux per-fonnes font fuffifantes pour cette opération ; le crochet G tourne fur ce pied comme fur un pivot, en forte que celui qui met a Faune va d’une pointe à l'autre ; cependant on voit des Fabriquants Sc des Ouvriers qui préfèrent aller & venir, puifqu’on fixe le crochet for un pied H, fig. 16, où il eft tenu par les boulons de fer q9 q 9 qui font plantés au haut du pied j alors on fait deux trous r9 r9 fig. 17 , pour les recevoir.
- Quelquefois au lieu de boulons , on pratique au haut du pied un tenon s, fig. 18 , qu’on place dans la mortaife t du crochet 1, fig. 19.
- A Paris, plusieurs Fabriquants ont l’ufàge de fixer les crochets au comptoir de leur magafîn , de la maniéré que nous allons voir par les figures 20 Sc 21. On plante deux bouts de fer v, v, dans le crochet fig. 20 ; en deflous on pratique deux petites mortaifes x9x9 fur le comptoir fig. 21, prefqu’au bord , Sc à une diftance de l’une à l’autre égale à celle qui eft entre les bouts de fer v , v , de l’autre figure, afin qu’ils entrent facilement dans les mortaifes. Le crochet étant ainfi placé , doit avoir fes pointes £, en dehors du comptoir, de forte que l’angle y foit en droite ligne de celui a du deffus du comptoir, afin que les pointes foient aufli éloignées du comptoir qu’elles le font de la piece de bois K9 qui les contient. Quant à la longueur des pièces v, v, elle doit être telle qu’étant placées dans les mortaifes x, x, du comptoir Z, le poids de l’Etoffe ne puifle pas les faire fortir ni même chanceler. Cette méthode n’eft adoptée à Paris que des Fabriquants d’Etoffe, parce que les Ouvriers dans cette Capitale
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- Planche 3 5.
- 471 FART DES ÉTOFFES DE SOIE. n’ont pas l'ufage d'auner eux-mêmes leurs pièces : ils apportent l'Etoffe toute roulée fur l'enfuple de devant, ou fur un petit enfuple fur lequel ils l'ont tranf mife en retournant leur Etoffe. Retourner T Etoffe 9 c'eft la pinceter à l'envers, Sc voir les petites fautes qu'on peut avoir faites en travaillant , pour les corriger , Sec ; c'eft ce que nous aurons occafion de voir bientôt. Mais à Paris les Ouvriers ne favent précifément l'aunage de leurs Etoffes, que lorfque le Fabriquant l'a aunée lui-même , ce qui fe fait en leur préfonce. C'eft le Fabriquant qui la met au crochet , tandis que l'Ouvrier déroule l'enfuple. Cet ufage eft à peu-près le même à Tours & dans quelques autres Villes où les Fabriques ne font pas bien confidérables ; mais à Lyon, à Nîmes, à Avignon & dans quelques autres Villes de Fabriques , ce font les Maîtres-Ouvriers qui mefu-rent l'Etoffe de leurs Ouvriers, 8c ce font eux aufli qui rendent l'Etoffe au Fabriquant fans que leurs Ouvriers y paroiffent. J'expliquerai la raifon de cet ufàge à la fin de ce Paragraphe ; mais on doit comprendre que le Maître-Ouvrier apporte l'Etoffe toute pliée chez le Fabriquant, qui peut en voir toute l'étendue fans déranger l'économie des plis, ainfi que nous allons le voir tout-à-
- l'heure.
- ____^ Quand on met au crochet, à trois perfonnes, on opère comme le repréfente
- Planche la figure 1 de la Planche 37 : un Ouvrier A , tient le crochet B, tandis 1 37‘ E 9 que le Maître, dont je n'ai reprefenté que Us deux mains CD, tient
- l'Etoffe par une lifiere qu'il accroche fucceffivement aux pointes a b du crochet ; par ce moyen l’Etoffe forme un zig-zag fur ces pointes , Sc chaque fois qu’il va d'un bout à l'autre du crochet, l'Etoffe forme un repliement comme ceux qu'on voit enc, c, c, c, c, c: il fe fait de femblables repliements à l'autre bout du crochet, que le point de vue ne nous permet pas d'appercevoir.
- A mefure que celui qui aune va du côté où nous voyons les plis c, c , l'Ouvrier F, détourne l'enfuple G , affez pour fournir à celui qui l'accroche, Sc'affez peu pour que l’étoffe ne traîne pas.
- On ne peut pas appercevoir fur cette figure de quelle maniéré l’on commence cette opération ; mais nous allons le {avoir par la figure 2 , qui fait voir un enfuple I, garni de fon étoffe K 9 Sc tel que l'Ouvrier le retire du Métier pour faire auner l’étoffe : on voit au bout d, de l'Etoffe, une efpece de petite frange formée par les fils de la chaîne qui ne font pas tiffus,& qui laiffent appercevoir une partie de ce qui formoit l'entre-bat qu'on avoit fait pour couper. On remarque encore au même bout de l'Etoffe un petite raie e, qui fuppofe la tirelle; car , à proprement parler, c’eft cette petite raie qui porte le nom de tirelle, puifque lorfqu'on a oublié d'en faire, l'on dit, le bout de l’Etoffe ejl fans tirelle.
- Dans l'état où nous voyons cet enfuple , on doit le retourner bout pour bout,*afin que l'Etoffe fe déroule comme celle E de la figure ; car il faut
- que
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- Sêpîîëmè SëcîîôH- I. Pârî. Manière de retirer F Étoffé de âejfius 'Fèkjuplè. 475 que l'enfuple tourne toujours de droite à gauche, cela eft plus facile > d'au- -tant mieux que le bout de l’enfuple portant à plat par terre , il ne fàuroit être détourné qu'avec peine.
- U y a cependant des Ouvriers qui préviennent cette difficulté) en faifatlt former aux bouts des enfuples une elpece de bouton f 9 fig. 3 9 par où on l'appuie par terre, de forte que ce bouton fèrt de pivot *, par ce moyen on les fait tourner avec bien plus d'aifance : on fait faire quelquefois les deux bouts de l'enfuple conformes à ce que nous voyons 9 parce qu’il arrive qu'on eft obligé de dérouler l'Etoffe dans un fens contraire à celui que nous avons vu par la figure ï , ce qui arrive entr'autres circonftances, lorfque les Ouvriers font gauchers; alors les deux bouts de l'enfuple font égaux.
- Quand ces enfuples ne font pas faits avec des boutons, & qu'on veut en faciliter le déroulement * on plante à chaque bout, au milieu du diamètre * un gros clou à tête prefque pointue , ou un gros clou à tète , de laiton, tel que celui fig* 4, dont les Tapiffiers fe fervent pour les meubles. Ges cloiis valent en quelque façon le bouton qu'on pratique aux enfuples en les tournant.
- Les zig-zags qui font formés par les plis de l’Etoffe mîfe au crochet, font tels que nous les fait voir la fi^rurp y * T01 noUS fait appercevoir qu on a commencé par le bout g, on a formé le pli, & enfuite on fait celui i, delà on forme celui A, on vient après faire celui/, (Selon continue de même autant que l’Etoffe dure*
- On ne compte ordinairement les aunes qu'on mefure que lorfque toute la coupe eft mife au crochet ; on les compte par les plis c9c9c9c,c9cf de la figure 1, enforte que fi le crochet eft d'une aune de longueur, chaque pli compte pour deux aunes ; & pour ne pas fe tromper, le Maître 8c l'Ouvrier comptent chacun de leur côté.
- Pour que ceux qui comptent les plis foient plus à leur aife, celui qui tient le crochet leve les bras le plus haut poffible, afin qu'on voie mieux les plis, & qu'on reconnoifle, en les pafîànt l'un après l'autre, fi parmi ceux qui fe pré-fentent il n'y en auroit pas de repliés, afin de les mettre en nombre 8c de les ranger avec les autres ; car il faut obferver qu'en comptant ces plis on les range tous, & après qu’on les a comptés, on les preffe un peu entre les deux mains, en les faifant couler depuis les pointes de crochet jufques en bas de ces mêmes plis. Après quoi on étend l'Etoffe fur un comptoir ou fur une table, 'comme nous le verrons bientôt, & l’on finit de la plier pour la tranfporter plus facilement, &c.
- La figure 6 , fait voir comment deux perfonnes peuvent fuffire pour mettre au crochet ; on y remarque le Maître L , qui tient l'Etoffe M avec fes deux mains, en la faifant couler pour parvenir à la piquer dans la pointe m , ce qUÎ Étoffes 1de Soie. FIL Paru B 5
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- 474 L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- foppofe qu’il vient d’accrocher fon dernier pli à la pointe n : quant au dérou-
- Planche lemenc de l’Etoffe, c’eft le même que nous a fait voir la figure I.
- 3 7• A ^
- Ici on voit le crochet P porté fur le pied Q ; ce crochet peut tourner
- for fon pied comme fur un pivot , parce que le boulon de fer o , lui fert d’axe ;
- cependant on remarquera que la pofition de celui qui met au crochet eft telle
- que s’il avoit un crochet fixe : cette pofition eft la même que tient celui qui
- met au crochet fuivant la figure I, & dont on ne voit que les mains C9D9
- excepté qu’il n’eft pas tourné au même côté. i
- Comme la maniéré d’auner les Etoffes fabriquées , eft à-peu-près la même
- pour tous les genres d’Etoffes, on appliquera ce paragraphe à toutes celles
- dont je parlerai par la fuite , afin de n’être pas obligé d’en faire de nouveaux
- articles ; ainfi je dirai à cet égard qu’il faut prendre une différente pofition^
- pour mefurer plus commodément, toutes les fois que l’Etoffe eft fufceptible
- d’un envers.
- Quant aux Taffetas, aux Serges, aux Ras-de-Saint-Cyr , Ras-de-Saint-Maur , Scc. qui n’ont point d’envers , quoique quelques Ouvriers prétendent y en trouver, on peut prendre telle pofition qu’on juge à propos pour mettre au crochet ; mais pour les Etoffes qui ont un envers , il faut fe pofter de maniéré que le côté de fendroit foit toujours en face de celui qui met au crochet i par confequent il faut que le premier pli ait fon envers du côté du crochet ; ainfi la pofition de la première figure elt bonne pour les Etoffes dont l’endroit fe fait par-deffus, & celle de la figure 6 , eft pour celle dont l’endroit fe met par-deflous ; parce que dans l’un comme dans l’autre, le déroulement des enfuples G, O, fe fait dans le même fens ; c’eft ce qu’on doit obferver fur-toute chofo , afin d’avoir plus d’aifànce à âuner, Sc parce que le pliement de l’Etoffe eft plus régulier.
- Il faut faire attention que fuivant notre figure 6, celui qui aune une pièce d’Etoffe fait cette opération fans quitter la place où il a commencé de & fixer; mais il fe place lui-même de façon à avoir celui qui déroule fur là droite , parce qu’il fait aller Sc venir le crochet avec la main gauche ; il fait couler l'Etoffe dans fa main droite qui l’accroche aux pointes du crochet, tandis que la gauche fait aller & venir les pointes de ce même crochet Sc le tient aflùjetti. Cependant ici j’ai repréfenté le Maître L , tenant l’Etoffe avec les deux mains au moment où il va la piquer avec la pointe m, du crochet p, parce que je fuis certain qu’on eft mieux afiùré de la jufteffe de l’aunage.
- ' La bonne méthode de mettre au crochet, eft de piquer l’Etoffe tout-à-faie for le bord intérieur de la lifiere ,ce qu’on appelle piquer entre lifiere & drap9 parce que lorfqu’on pique fur le milieu de la lifiere, comme le pratiquent certains Ouvriers, on ne plie jamais bien une Etoffe ; le plus fouvent la lifiere eft plus lâche que l’Etoffe, il en réfulte qu’en repliant l’Etoffe pour la rendre moins embarraftànte , foit pour l’emballer, foit pour la ranger dans x un magafin, on rencontre des faux plis qui la défèpprécient.
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- Septième Section. I. P art. Maniéré de retirer ïEtoffe de dejffus LËhfupte. 47 y
- Par la maniéré de mettre au crochet les Etoffes qui ont un envers , quand on finit de les plier , fendroit fe trouve tout renfermé , de maniéré que le courant de l’air , la pouffiere ni les frottements ne peuvent leur porter aucun préjudice fenfible.
- Quand on a fini de mettre une coupe au crochet, & qu’on a compté les 5 plis, on la porte fur une table ou fur un comptoir fig. 1 , PL 38 ; on place le crochet A% de maniéré qu’il foit en-dehors de la planche B, qui forme le deffus du comptoir, & que la piece d’Etoffe C , porte en plein fur ce comptoir. On fait attention que le bas des pointes a, <2, du crochet foient appuyées fur le comptoir, & le plus perpendiculairement poffible ; dans cet état on appareille les plis par les coins c d, de l’Etoffe G*, on y paffe les mains deffus pour abattre les plis qui forment encore quelque rondeur , après quoi on retire les pointes, en prenant bien garde de ne point déranger l’ordre des plis; car c’eft de cette attention que dépend le beau pliage des Etoffes ; après cela on range la coupe de maniéré qu’elle fort égale par tous fes côtés $ comme le fait voir la piece D 9 même figure. Enluite on replie cette coupe aux points e fi9 afin de la rendre femblable à celle E ,fig. 1, qu’on replie encore aux points g h% pour la mettre dans l’état où l’on la voit en F : les plis g h de la première, ainfî que ceux i k de la fécondé , doivent être égaux entr’eux , de façon qu’en les portant l’un fur un ti unième replie-
- ment cji^on fait en-» 2 /la la piece F 9 les deux extrémités tn n doivent etre fur une même ligne, comme le font celles 0 p 3 de la piece G, qui eft toute pliée. C’eft dans cet état qu’on la lie avec ce qu’on fépare de la piece elle-même, & que nous avons appellé tirelle , qui eft à proprement parler la petite partie d’Etoffe qu’on fait en commençant de fabriquer une chaîne pour tenir la verge, & qui fert à mettre plus facilement en raque; & dans le cas où la coupe feroit trop volumineufe pour que la longueur de la tirelle pût l’envelopper, on la refend en deux pour avoir «deux fois là longueur, & par ce moyen on noue plus commodément.
- Ce n’eft pas pour économifer des rubans de fil ni de la ficelle qu’on préféré de lier les Etoffes avec la tirelle ; c’eft, plutôt pour que la foie n’en louffre pas ; ainfi étant liée avec de la même foie Sc de la même couleur, on n a à craindre aucun atteinte. > f
- J’ai dit qu’on plioit ces Etoffes conformément à celle G, que nous venons devoir; les Ouvriers pour rendre aux Fabriquants, ne le font pas ordinairement avec toute la précaution convenable parce qu’ils font perfuadés qu’on les aune de nouveau. C’eft pourquoi ils replient feulement en caftant les plis avec les mains ; mais les,Fabriquants ont une aune ronde , & d’une main il la tiennent ferme fur l’endroit où doit fe faire le repliement, tandis que de l’autre main ils relevent les plis, c’eft-à-dire , qu’ils pofent cette aune fur le point de la piece D, fig. 1 , de maniéré qu’elle fe trouve bien d’équerre
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- L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- ^ avec les angles q,q> de cette piece /& avec la main gauche on reîeve les Planche bouts des plis du côté de ces'mêmes angles qu’on fait paflfer fur l’aune ; & quand on les a bien unis avec cette même main, on retire faune, & le pli fe trouve fait comme celui g9 fig. 2 , enfuite on porte faune fur le point F, de la première figure , on releve les plis par les angles r , r, & l’on forme le repli A, de la coupe E, fig. 2; on fait la même opération fur les points g A, de cette" derniere piece , & f on forme les plis i k de la coupe F9 Sc pour la finir comme eft pliée celle G, on pofe faune fur le point l3 qui fe trouve entre le repliement. /
- On ne fait pas toujours un fécond repli pour finir de plier les Etoffes > fouvent on porte le repli g3 fur celui h9 mais on ne le fait que lorfque ce font des Etoffes épaifles ou tramées avec des filofelles , ou bien quand les aunages font un peu confidérables, parce qu’alors on ne fauroit former un fécond repli, & donner au pliage le même agrément ; d’ailleurs il arriveroit qu’à mefure qu’on lâcheroit le lien dont on fe fert pour les contenir, les efforts de l’Etoffe elle-même les feroient ouvrir , & les feroient déranger infenfible-ment.
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- Tous les Fabriquants ne fe fervent pas de faune pour finir de plier leurs pièces d’Etoffes : ceux qui veulent s’aflurer de plier avec toute la régularité poffible 3 ont une laine de fer très-unie, formant une efpece de réglé du poids de cinq à fix livres ; ils pofent cette lame fur r EloiTe y Sc par Ion propre ' poids elle en tient les plis bien aflujettis ; alors avec les deux mains on par-; vient plus facilement & plus promptement à finir de plier : d’ailleurs ayant : , les deux mains libres, on fait cette opération plus proprement.
- Puifque nous en fommes au pliement des Etoffes, il ne fera pas hors de propos de dire qu’on les met à la prefle, afin de conferyer leur qualité. Les Fabriquants ont cette méthode , & les y laiflent autant de temps qu’elles doivent tefter en magafin ; mais auparavant on les enveloppe dans du papier fort.
- Comme on ne met communément en prefle que les Etoffes minces, aux-» quelles la prellè eft plus néceflaire que pour les fortes Etoffes, je crois quon ne me fàura pas mauvais gré de faire voir ici quels font en général les genres de prefles dont fe fervent les Fabriquants, & que tous ont l’ufàge d’avoir dans leur magafin ; cependant j’aurai encore quelque chofe à dire fur l/foin que bien des Ouvriers ont de pinceter leurs Etoffes ayant que de les auner ou après. Je rapporterai ces deux méthodes.
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- Septième Section. I* Part. De la maniéré de retourner les Etoffes, &c. 477
- §. IV. De la maniéré de retourner les Etoffes pour les pinceter , afin de les rendre plus nettes ; des ufages établis pour rendre les Etoffes aux Fabriquants; de quelle maniéré on donne & ton reçoit ce quon confie aux Ouvriers ; & des Preffes dont fe fervent les Fabriquants , pour conferver la qualité des Etoffes fabriquées•
- Les Ouvriers font dans l’ufage de retourner leurs pièces pour les pince-* ter, & pour en ôter ce qu’il peut y avoir de défectueux.
- Les Etoffes minces ne font fufceptibles d'être retournées, qu’autant que les Ouvriers qui les fabriquent négligent de les pinceter en travaillant , & d’ôter lés fils rebouclés, &c ; alors il faut néceffairement les retourner pour les nettoyer. •
- On ne fàuroit en quelque façon fè difpenfer de retourner les Etoffes , dont l’endroit fe fait par-deiîous ; car quelle que foit l’exaélitude de l’Ouvrier, pour ôter tout ce qui peut leur donner quelque défagrément, il n’eft pas poffible qu’il n’échappe quelque choie à fà vigilance ; il faut donc qu’on retourne l’Etoffe pour voir ce qui fe paffe à l’endroit; & quand ce font des Etoffes à double face , c’eft-à-dire, celles qui n’ont point d’envers , en Etoffes façonnées, on les tourne & retourne, ceft-à-dire, qu’on les pincette fuc-ceftivement des deux côtés.
- L’ufage de retourner !**« Ecuffes eft fort bon * mais il rend beaucoup d’Ou-yriers négligents, parce que fe fiant qu’ils pincetteront toute la coupe à la fois , ils ne fe donnent pas la peine de rien ôter en travaillant. Cette négligence eft toujours pernicieufe à l’Etoffe, parce qu’en retournant on ne peut pas pinceter avec le même avantage que fur le Métier, où les Ouvriers ne devroient rien laiffer paifer du tout. A mefure qu’ils voyent quelque chofe , ils doivent l’ôter fans laiffer faire fur l’Etoffe une empreinte qui eft toujours dé {agréable ; d'ailleurs fi l’on arrache un bouchon ou un repliement de trame, que par inattention on aura laifle paffer dans le corps de l’Etoffe, ce qu’on retire iaifle au tiffii un écartement proportionné à la place qu’il y occupoit. Si l’Ouvrier a foin de le retirera mefure qu’il s’en'apperçoit, cet écartement devient moins con-fidérable par la tenlîon de l’Etoffe , qui donne plus d’élafticité à toutes les parties qui la compofent, que lorfqu’on la retourne , parce qu’elle eft néceflàire-ment un.peu lâche. Il eft des circonftances où l’Ouvrier doit lâcher fon Etoffe pour pinceter , autrement il courroit rifque d’y faire quelque déchirure, ou de ne point arracher ce qu’il voudroit enlever ; le mieux eft de le faire à mefure qu’il s’en apperçoit, farts attendre le retournage 5 qui ne doit être que pour ce qui réchappe à fon attention.
- On a mis en ufage parmi les Ouvriers trois moyens differents pour retourner les pièces ; ces trois moyens font repréfentés par les figures 3,4 8c 5 , PL 38, Étoffes de Soie. FIL Pan, C 5
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- 478 L’ART DES ETOFFES DE SOIE.
- _ £a f5gUre 3 fa;c voir un Ouvrier I, qui, placé entre les deux pieds de Me-
- Planche lier de devant K, L, pincette l’Etoffe s. Cette Etoffe avoit été roulée en 3S‘ travaillant fur l’enfuple M, & aéluellement l’Ouvrier la fait paffer fur celui N, qu’il a mis à la même place où étoit ci-devant celui M. On doit reconnoître par la pofition de cet enfuple, qu’il a été feulement changé de place, & que pour faire dérouler l’Etoffe on l’a fait venir par-deffous, ce qui fuppofe une Etoffe dont l’endroit fe fait par-deffous, ou dont on pincette l’envers.
- Les deux enfuples qui fervent à cette opération , font feulement pofés for les banques O , O , & féparés par les oreillons t,t;8c afin qu ils ne s éloignent pas l’un de l’autre , & que néanmoins ils puiffent tourner fans peine , on les contient par le moyen de la corde P , à laquelle eft fufpendu le contrepoids Q. Quelquefois on met deux cordes femblables , une à chaque bout, parce qu’en tournans , l’enfuple M s’écarte par le bout où il n’eft pas contenu , & fi la banque ne fe trouve pas d’une longueur fuffifante , il fort tout-à fait, ce qui peut faire déchirer l’Etoffe.
- On accroche ces cordes par un bout au pied de Métier, quand ce font des cordes à contre-poids ; quelquefois avec la corde à encorder dont nous avons parlé dans le Paragraphe precedent, on lie les deux enfuples a chaque côté de l’Etoffe , & l’on s’en fort ainfi ; car pour faire l’Ouvrage dont nous nous occupons aéluellement, il ne faut pas que l Etoffe foit trop tendue 9 autant pour la facilité Je tirer le bouchon, que pour éviter de faire des trous à l’Etoffe, ce qui arrive quand on ne prend pas toute la précaution néceilâire.
- L’opération de pincetter demande plus de foin pour la préparer que peur l’exécuter, car elle ne confifte qu’à tirer de l’Etoffe tout ce qui peut s’y être tiffu de déiagréable ; ainfi l’Ouvrier tient ordinairement fa pincette ou fes pincettes - y r car on dit également une pincette ou des pincettes ) & à mefure qu’il voit quelque bouchon , il le prend très-proprement & l’arrache avec ménagement ; ,& pour réuffir avec plus de certitude, on appuie les doigts de la main gauche fur l’Etoffe , allez près de la pincette, afin de donner plus de réfiftance ; cependant on cede par degré à la réfiftance que fait dans l’Etoffe ce qu’on veut en arracher, afin de ne point faire de trop grands écartements , Sc pour éviter de faire des ;trous fouvent même on porte les pinces trois à quatre fois fur un même objet plûtôt que de le. tirer au premier coup : ainfi l’appui de la main gauche doit être ménagé à raifon de la réfiftance qu’on font fous la pincette ; •& fi cette réfiftance du bouchon ou de la foie eft confidérable , & qu’on y joigne une tenfion de 1E-toffe , il eft certain que ce qu’on veut tirer étant plus fort que les fils dè la chaîne qui le contiennent, ces fils feront obligés de céder, c’eft-à-dire , de fe cafter, ce qui forme un trou.
- Les pincettes dont on fe fort ne font que mordantes & ne font pas tranchantes , ainfi les bouchons qu’on tire avec ne font jamais tirés fans laifler après eux quelque bavure de la foie qui les çontenoit ; auffi 1 Ouvrier prend-
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- Septième Section. L Part. De la maniéré de retourner VEtoffe , &c. 47p c-il les forces x , qui font pendues au pied de Métier K , 8c rogne-t-il ces bava res le plus près poffibie de l’Etoffe , 8c, pour mieux y parvenir, il paffe la Planche main par-deftous , porte le bout du doigt du milieu précifement fous l’endroit où eft la bavure * 8c ie faifant relever, il donne aux forces qu'il tient de l’autre main toute la prife nécefîàire, enforte que la bavure fe trouve coupée au raz de l’Etoffe.
- Quant à la maniéré de tenir les pincettes, on les tient entre les deux premiers doigts de la main droite & le pouce, à-peu-près comme on tient une plume à écrire ; les deux derniers doigts fervent d’appui, & quand on arrache un bouchon , ils areboutent contre l’Etoffe , afin de l’empêcher de monter ayec le bouchon. La figure 6, fait voir précifément comment l’Ouvrier tient les pincettes dans la main , en même-temps elle rappelle la forme de cet inftruinent ; on voit en y le côté des levres qui prennent , 8c en £ la pointe qui doit être suffi aiguë que celle d’une aiguille à coudre. L’ufage de cette pointe eft de faire forcir un peu les bouchons ou les repliements de la trame qu’on veut arracher, lorfqu’ils ne donnent pas une prife fuffifmte aux pincettes,
- Si en retournant une Etoffe on la trouve fufceptible d’être vergetée, on a une vergette douce qu’on paffe légèrement deffus ce qu’on a pinceté ; mais en général on fe fert d’une groupe , fig. 7 ; c’eft une poignée de bourre de foie de laquelle on fe fert comme d’un torchon. On préféré la groupe à la Vergette, parce que les bouchons ou bavures qui refirent fur FEcofFe après les avoir arrachés, fe lient à 1* £jic dont elle eft compofée plutôt qu’aux poils d une vergette ; d’ailleurs on ne fait pas fortir de bavures en frottant avec la groupe, comme on en fait fortir avec la vergette, qui , pour peu qu’elle ait le poil rude , écharpit la foie , au lieu que la bourre de foie donne du luftre à l’Etoffe, foit en en couchant à propos les bavures , foit en en emportant les parties de pouffiere qui peuvent en éteindre l’éclat. Il y a mieux , c’eft qu’avec cette groupe on peut frotter avec plus de force fur l’Etoffe • fans craindre de l’endommager, au lieu qu’on ne paffe la vergette defîus qu’avec un certain ménagement.
- On fe fert de la groupe non-feulement quand on retourne les pièces, mais encore en fabriquant l’Etoffe , toutes les fois qu’on y apperçok quelque pouffiere, ou qu’on a pinceté quelques bouchons , <Scc.
- La figure 4 fait voir une façon de retourner les pièces qui eft toute differente de celle que repréfente la figure 3 ; cette différence ne conftfte que dans la maniéré de placer les enfuples.
- Suivant la méthode précédente, on fe fert du Métier fur lequel a été fabriquée l’Etoffe ; mais ici c’eft un Métier fait exprès. Il eft compole de quatre montants R, f?, R , R, folidement affemblés deux à deux par deux des traverfes S\S,S, S ; on ne réunit ces deux affembiages que lorfqu’on veut retourner une Etoffe pour la pinceter, alors on les affemble avec les traver-
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- 48a L'ART DES ETOFFES DE SOIE.
- fos T9 T 5 T, T9 à telle diftance qu’on juge nécefïàire , au moyen d’un certain nombre de trous dont elles font percées fur leur longueur, les chevilles 42 9 a 9a 9-a9a9a9 a9 a, a9a9 contiennent deux par deux les montants R9R9Ry R; •mais il faut que fécartement de ces trous foit précifément celui de i’épaif-leur des planches qui forment nos montants R 9 &c.
- Le foin qu’on a pris en conftruifant ce Métier, de lui donner une forme qqi puifle l’aggrandir & le rétrécir, n’eft que pour fe conformer aux différentes longueurs d’enfuples, & aux diverfos largeurs des Etoffes ; fans cela il faudroit autant de différents Métiers qu’on auroit de longueurs d’enfuples différentes, Sc de variétés dans les largeurs des Etoffes. On reconnoît encore par cette conftruéHon que toutes les fois qu’on a fini de retourner une piece d’Etoffe, on peut démonter ce Métier , & le ranger dans un coin, afin qu’il ne tienne pas un auffi grand elpace que lorfqu’il eft monté.
- Les enfourchements K 9 V 9 K9 V, qui font au-haut des montants , ne font faits que pour recevoir les enfuples X Y; on les y aflujettit au moyen des cordes b 9 b'9 & des contre-poids .Z, Z9 qui y font folpendus , de maniéré que ces cordes forment de grandes boucles c9c9 dans lefquelles font pafîés les bouts d e9 des enfoples. Ces boucles en contenant les enfuples dans
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- les enfourchements des montants ne les empêchent pas de tourner ; d’ailleurs on réglé ces contre-poids en raifon de ce qu’on veut donner de tenfion aux enfuples ; on eft libre , fl l’on veut ne point augmenter la lourdeur des contrepoids , de faire des boucles fuffifàmment grandes pour qu’elles faffent un tour de plus fur les enfoples , de la même maniéré qu’on a vu pour tendre les cordelines & les lifieres des Etoffes féparées des chaînes.
- Par la pofition de notre Métier & par l’arrangement des enfoples que nous y voyons, il eft facile de juger de la fuite de cet Ouvrage ; on doit comprendre d’abord, que l’enfuple X, eft celui for lequel l’Etoffe A a été fabriquée, & que celui Y eft celui for lequel on roule cette même Etoffe , à mefure qu’on en a pinceté une longueur du Métier y ce qui eft démontré par la cheville de fer B.
- La pofition aéluelle de la piece A 9 eft celle d’une Etoffe dont en travaillant , l’endroit fe fait par-deffus ; auffi voit-on qu’elle fe déroule dans le même fens dans lequel elle a été fabriquée, {ans quoi l’enfuple X feroit tourné fens deffus deffous5 & l’Etoffe fe dérouleroit dans le fens de celle S 9 fîg. 3.
- Le Métier que nous venons de voir eft plus commode pour retourner les Etoffes 9 que ne l’eft l’arrangement repréfenté par la figure 3 , parce que non-feulement on peut le tranfporter à tel point de jour qu’on le trouve néceffaire, mais parce qu’on peut s’y occuper trois ou quatre perfonnes à la fois ; car on peut fe mettre du côté de l’enfuple X 9 du côté de celui Y 9 & des deux xôtés du Métier.
- Les Ouvriers ont fouyent befoin de fe mettre plufieurs pour retourner
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- Septième Section. I. Par?. De la maniett de TëthütMt les Etoffes , Bù 481 line pièce cTEtoffe quand ils font preïles de la rendre ; car les Fabriquants en général, 8c fur-tout à Lyon , à Paris 8c à Tours, ne reçoivent des Ouvriers qu’avant midi : la plupart des Ouvriers ont befoin de leur falaire , & ne peuvent pas différer de rendre leur ouvrage jufqu au lendemain ; auffi les voit-on fe preflèr pour finir leur coupe ou leur chaîne lesfàmedis ou la veille des fêtes.
- Je n entrerai pas dans un plus grand détail au fujet du Métier à retourner £ ce que j’en ai dit doit être fuffifànt pour en faire connoître futilité > & pour faire fèntir qu’on peut y pinceter une piece avec plus d’exaétitude que dans toute autre pofition. La maniéré de retourner fuivant la figure y , dont nous allons nous occupe/*, n’eft pas, à beaucoup près, fi avantageufe, & cependant elle eft infiniment plus en ufage. )
- Je n’ai pas cru devoir donner d’autre defcription de Métiers à retourner les Etoffes, parce que celui-ci eft fans contredit le plus commode quoique moins ufité.
- Quant à ce qui concerne la maniéré de pinceter fuivant la figure 5, on na pas de peine à reconnoître que ce n’eft qu’après avoir mis au crochet, qu’on retourne la piece C, qui eft étendue fur le comptoir D : on a arrêté cette piece par le moyen d’une barre de fer E, fur un bout des plis qu’on pincette l’un après l’autre, & qu’on r^voîe Je l’aucre côté comme le feuillet d’un livre , ainfi le voit en F s où eft une quantité de plis déjà pin*
- cetés, 8c qu’on a jettés de gauche à droite, enforte qu’ils couvrent la barra de fer E.
- On doit préfumer que ce qui fe préfente en-deffusdu comptoir, eft la côté de l’endroit de l’Etoffe ; & que comme ce pli eft double, ce même endroit fe trouve au deflous de chaque pli ; ce qu’on a cherché à rendre fenfible en relevant le coin du pli G. Il faut donc, après avoir pinceté le premier côté du pli, pinceter le fécond , qui fe trouve étendu de l’autre côté fur le comptoir j ainfi qu’il eft repréfenté en H. En pincetant le côté G , de l’Etoffe , il eft cer* tain qu’on ne court pas grand rifque de la frotter, parce quelle fe trouve étendue & foutenue dans toutes fes parriés ; mais quand on veut pinceter le côté H, il n’eft pas poflible qu’on le faffe fans porter quelqu’atteinte à fa qualité ; car qu’on tâte une Etoffe au fortir de l’enfuple, & qu’on la retâte après avoir été pincetée fuivant la méthode dont nous parlons, on trouvera une différence fenfible dans fa carte, & je fuis bien affuré qu’on ne lui rendra cette première carte que par un apprêt toujours pernicieux à la beauté des Etoffes qui n’en font pas fufceptibles.
- * - Nous voyons donc par la pofition de notre Etoffe G, qu’on la parcoure pli par pli jufqu’au dernier , & qu’enfuite on ramene tous ces plis un à un pour les étendre de nouveau fur le comptoir D , dans le même état où ils étoient au commencement. Il eft certain que lé poids de la barre de fer E $ a Etoffes de Soie. FIL Paru D y
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- contenu tous les plis dans le même ordre où iis étaient ci-devant ; d’ailleurs on a foin de les faire paffer fur cette barre avec tout le ménagement nécef. faire , afin qu’il ne fe dérangent pas. Ici, comme à la figure précédente , on peut pofer les pinces k , & les forces / , fur l'Etoffe.
- Quel que foit le foin qu’on prend à pinceter fuivant la méthode dont il eft ici queftion , il eft certain qu’on ne peut le faire auffi parfaitement ni auffi exactement que fuivant les deux méthodes précédentes, attendu qu’on n’a pas les mêmes moyens pour y parvenir 3 8c qu’au furplus la partie de l’Etoffe qui fe trouve prife entre la barre de fer & le comptoir, ne fauroit être pincetée, puifqu’elle ne fe trouve jamais découverte. Cependant quand ce font les Fabriquants qui pincetent fuivant cette derniere méthode , ils üfe fe fervent d’aucun moyen pour contenir l’Etoffe 5 ils étendent le premier pli proprement fur le comptoir , enforte que fi le pliage de cette Etoffe eft fait à une aune , en ouvrant le premier pli pour l'étendre fur la droite , on découvre à la fois deux aunes d’Etoffe qu’on pincete & qu’on vifite en entier ; & à la fin on trouve feulement l’Etoffe changée de place , & le pli qui étoit deffus fe trouve deflous*’
- Les Fabriquants ou les Commis de magafin qui font au fait de cet ouvrage, le foivent d’un bout à l’autre fans déranger aucunement l’ordre des plis ; 8c quand par quelque événement il s'en dérange quelques-uns , on en eft quitte pour remettre ^u crochet.
- Les Ouvriers ou Maîtres Ouvriers n’ont pas toujours des comptoirs pour retourner les Etoffes deffus ; la plus grande partie fe fervent de leur table à manger ou autres ; fou vent ces tables ne font pas affez grandes pour contenir l’Etoffe dans fon premier pli ; quelquefois ils joignent deux tables l’une à l’autre, & quoiqu’elles ne foient pas. de la même hauteur , ils s’en fervent également ; il eft vrai qu’ils ont une précaution qui ne permet pas à l’Etoffe de s’échapper , ni aux plis de fe déranger ; ils mettent les bouts des plis d’un côté feulement entre deux lifterons A , A, fig, 1 , PL 39 , ou entre deux tringles de bois bien unies, qu’on lie en a , a > 8c qu’on place fur une table B ; alors on pincete pli par pli, comme nous l’avons dit.
- On doit appercevôir ici que la table n’eft pas fuffifamment grande pour qu’on puiffe étendre les plis for la gauche ; mais on a foin de mettre de ce côté des chaifes ou une féconde table pour les fopporter. Du relie on peut auffi bien pinceter , & même avec plus de fureté que lorfqu’on arrête les plis de l’Etoffe avec des poids ou avec la barre de fer, parce qu’on n’a pas à craindre que les plis échappent d’entre les tringles qui les contiennent.
- La figure 2 fait voir encore un arrangement pour retourner les pièces^ qui tient en quelque façon de celui fig. 1 ; il n’en diffère qu’en ce que les tringles C D , en tenant aflujettie l’Etoffe E, font aflujetties elles-mêmes à la table F 9 de forte que la tringle C, paflè fur la table & porte for l’Etoffe, 8t celle 22, paffe deffous. On a foin néanmoins de les mettre exactement l’une for
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- Sëpïîëme Sectioh. I. Part* De la manière de retourner les Etoffes 483 1 autre , afin qu’elles ne fe dérangent pas ; on les lie de façon que le tout tient enfemble : ainfî l’Etoffe ne fauroit changer de place ; au lieu que l’Etoffe G , de la première figure , peut être placée à tel endroit de la table qu’on juge à propos , fans craindre que les plis puiffent fe déranger» Voilà en générai ce qui le pratique pour retourner les Etoffes 5 c’eft apres les avoir ainfi pince-* tées qu’on les plie, comme nous l’avons vu par les fig. 1 & 2 de la Planche précédente , & dans cet état on les rend aux Fabriquants qui ont donné la matière avec laquelle on les a fabriquées.
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- Planché
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- E xpofition abrégée des Réglements reçus dans les Manufactures.
- On ne fera peut-être pas fâché de connoître les différents u figes em* ployés dans nos Manufactures de France , pour tenir en fureté les intérêts des Fabriquants & ceux des Ouvriers : je parle de nos principales Villes de Manufacture, telles que Lyon, Nîmes , Avignon , Paris, Tours & Rouen ; quant aux autres Villes , leurs ufages tiennent à ceux des Villes que je viens de nommer, & qui leur font les plus voifines, ou à des ufages arbitraires , &c*
- La Fabrique de Lyon eft divifée en trois claffes : la première efl compofée des Fabriquants, la fécondé des Maîtres, la troifiemè comprend les Ouvriers, & cependant ce n’eft qu’une feule Communauté. Pour être reçu Fabriquant, il en coûte à-peu-près le double que reçu Maîcre ; pour etre reçu
- Ouvrier, il fuffit d'avoir été enregiftré Apprentif, ou de donner des preuves qu’on a fait apprentiflàge dans quelque Ville de Manufacture en réglé ; l’on paye néanmoins quelques droits pour fe faire enregiftrer , afin d’avoir enfuite droit à la Maîtrife.
- On peut fe faire recevoir Fabriquant fans être Maître ; mais le Fabriquant n’a point le droit de Maître, ni le Maître celui de Fabriquant, à moins que l’un & l’autre ne les ayent achetés , c’eft-à-dire, à moins qu’ils ne fe foient fait recevoir Maître Sc Marchand ; car c’eft cette derniere qualité que prennent les Fabriquants , & c’eft celle qui leur convient le mieux , puifque ce font eux qui font le commerce.
- Les Fabriquants fourniffent la foie aux Maîtres , pour leur fabriquer les Etoffes dont ils ont befoin : la chaîne eft toute ourdie ; la trame eft teinte de la .couleur que le Fabriquant la veut, & c’eft au Maître à la faire dévider à fes frais, fur le prix qu’on lui donne par aune de l’Etoffe dont il fe charge* Le Maître a un livre fur lequel le Fabriquant écrit le poids de la foie qu’il lui confie, & l’argent qu’il lui donne; le Fabriquant de fon côté a un livrelenv blable à celui de l’Ouvrier, & également écrit, c’eft-à*dire, que ces deux livres doivent être d’accord par dépenfe & recette ; & comme le tout eft écrit de la main du Fabriquant ou par quelqu’un de lès Commis , s’il arrive quelque difficulté ou injuftice, c’eft le livre du Maître qui fait foi, & non celui du Fabriquant, en cas d’erreur. •
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- , Le Maître n’eft pas obligé de rendre poids pour poids de la foie qu’on lui CHE confie > Par rapPorC au déchet quon trouve en travaillant ou en dévidant la foie ; on leur accorde demi-once par livre ; ainfi les Maîtres foigneux peuvent en faire leur profit, en faifànt attention d’en perdre le moins poflîbie. Dans ce cas, le livre du Maître fait encore foi ; de forte que , s’il rend fon poids au-deflbus de la demi-once qu’on lui a accordée pour chaque livre , il faut qu’il la remplace en foie ou en argent ; Sc s’il rend au-deflus de ce même poids, le Fabriquant lui paie le furplus en foie ou en argent, fuivant le défir du Maître.
- Les Maîtres de Lyon ne peuvent avoir au-delà de quatre Métiers dans leur boutique, un feul Apprentif, &le rèfte en Ouvriers connus, c’eft-à-dire, reçus , auxquels on a donné le nom de Compagnons ; car on dit fe faire recevoir Compagnon.
- Les Compagnons font logés chez le Maître, autant qu’ils y ont de l’occupation , & le Maître leur fait leur ordinaire , c’eft-à-dire , qu’il fournit le pain , le vin , la viande, & tout ce qu’il faut pour la nourriture ; il fournit auffï l’huile pour la lampe , mais le Compagnon lui en tient compte fur fon Ouvrage : ainfi on tient réciproquement des comptes exaéts qu’on réglé ordinairement toutes les femaines , par rapport au prêt du Dimanche , & qu’on folde à la fin de chaque coupe par crédit ou débit* -
- Les Maîtres fournirent tous les uftenfiles néccflaîres à la fabrication des ^ Etoffes, le Fabriquant ni le Compagnon n’y font pour rien ; en outre le Maître fait devider la trame à fes frais , & fait faire les canettes que les Compagnons employent ; & pour s’indemnifer fur les Etoffes à la marche , c’eft-j à-dire unies, il donne au Compagnon les deux tiers de ce que le Fabriquant lui paie ; quelquefois cependant il donne au-deflbus , fur les Etoffes façonnées à la marche , parce que les frais & les foins font plus confi-dérables ; mais en général, pour les Etoffes à la tire , les Compagnons n’ont que la moitié du prix que le Fabriquant paye au Maître pour la façcn de fon Etoffe ; & même fur certaines Etoffes ,ils font payés au-deflbus de la moitié: cependant le Compagnon doit paier la journée de fon Tireur ou de fa Tireufe ; car on ne fàuroit faire une Etoffe façonnée fans être deux perfonnes au Métier , ainfi que je l’ai fait remarquer dans l’Introduélion de ce Traité , de que nous aurons occafion de le voir plus amplement par la fuite* La journée de ces Tireurs eft fixée à fept fois pour la tire a bouton, & à huit fols pour celle à xernple : nous aurons auffi occafion devoir en quoi confiftent ces differentes tires.1
- Les Tireurs, les Tireufes, les Faifeurs de canettes, lesDevideufes font ordinairement aux gages du Maître , qui les loge, les nourrit, les fait blanchir; & la diftraéüon qu’on fait de fept ou de huit fols par jour fur les Ouvriers qui occupent ces Tireurs , tourne au profit du Maître ,qui ne peut les exiger quautant que l’Ouvrier travaille, ceft-à-dire, autant qu’il peut travailler ; car
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- §£pfiËME Sectïôn. L Part* De Idràdnkfe ie retoùrkët tes Ëïôffèg 9 48 y
- fc*il n’y a point d’ouvrage fur le Métier, l’Oüvrièr demeure fàris occupation J ce qui arrive dans le temps où on a fini une chaîne , pour en remonter Une autre 4 ou dans des occafions inattendues que nous aurons lieu de cûünôître par la fuite. Je n’ai pas cru devoir rapporter les détails de la nourriture des Ouvriers { cet article n’intéreffe qu’eux ,, Sc je ne leur apprendrois rien à cet égard*
- Les Maîtres ne peuvent changer de Fabriquant, fans que celui pour qui ils ont travaillé leur donne un billet d’acquit. Cet acquit eft une efpece de confentement que le Fabriquant donne au Maître, pour qu’il puifFe travailler pour un autre ; mais c’eft toujours aux conditions que fi le Maître eft redevable au Fabriquant , foit d’argent, foit de foie, celui qui Foccupera fera tenu de fatisfaire à qui il efl: dû, non pas tout à la fois , mais en rabattant un huitième du produit des Etoffes que le Maître fabriquera pour ce notr-yeau Fabriquant, ce qu’on appelle un huitième des façons. Ce nouveau Fabriquant n’eft comptable à l’ancien qu’autant qu’il occupe le Maître qui lui doit ; Sc s’il ceffè de l’occuper, c’eft au Fabriquant qui l’oCcupera à répondre de la dette avec le premier Fabriquant, Sc toujours aux mêmes conditions ; de forte qu’il peut arriver qu’un Maître aura travaillé pour quatre ou cinq Fabriquants pour acquitter fa dette avec le premier. Les mêmes ufages font pratiqués entre les Compagnons & les Maîtres ; de forte que, fi un Fabriquant occupait un Maître fans acquit, ou au’un Maicre occupât un Compagnon auffi fans acquît, & quun le prouvât , ce qui eft facile à faire ; non-feule^' ment on condamne ce Fabriquant ou ce Maître à une amende * mais il faut que fur le champ lesdettes foient acquittées aux dépens du contrevenant % fàuf Ton recours contre le Maître ou contre le Compagnon qui doit.
- Quant aux prix des façons des Maîtres, ils font courants ; Sc s’il y en a quëh-qu’un qui foit particulier , Sc pour lequel le Maître & le Fabriquant ne foient pas d’accord ; on le fait fixer par les Jurés Gardes de la Communauté , qui font au nombre de quatre Gardes Marchands, Sc deux Gardes Maîtres à façon* Voilà un abrégé des principaux articles concernant les Réglements dû Corps des Fabriquants de la ville de Lyon ; ceux de Nîmes > & ceux d’A* yignon font à-peu-près les mêmes, excepté que les Fabriquants de l’une & de l’autre Ville ne font aucunement annexés au Corps des Maîtres , qui ont droit de Marchands par leurs maîtrifes j Sc cependant dans ces deux Villes * tout le monde à droit de faire fabriquer, mais non pas d’avoir des maifons avec des Métiers ; il faut qu’ils donnent à travailler aux Maîtres reçus, fans quoi on leur faifiroit leur marchandifo.
- A Nîmes, comme à Lyon , les Fabriquants confient leur marchandée aux Maîtres, Sc ces derniers font en quelque façon obligés de leur rendre poids pour poids, ce qu’il ne feroit pas poflible de faire * non-feülemént à caufo du déchet qui fe fait forcément * mais à caufe de la vivacité de l’air qui féche extrêmement les matières , même en toute fàifon ; mais dans cettë Étoffes de Soie. FIL Paru E 5
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- Ville les Maîtres ont la permiffion de mouiller les chaînes avec de la gomme Planche détrempée, ou autres ingrédiens mucilagineux , que je ne rapporterai pas, pat rapport au tort que fait aux Etoffes un ufàge auffi défeétueux ; je peux dire à cet égard, que la gomme ou colle qui s’attache à la foie , non-feulement la charge , mais fi elle contient quelque peu d’humidité, elle s’y trouve renfermée , de forte que malgré le déchet qu’on ne fàuroit éviter , on peut rendre à-peu-près poids pour poids au Fabriquant ; au lieu que fi l’on ne mouille pas, ' il n’eft pas poffible qu’on n’ait de diminution au-delà de demi-once par livre : ce que je dis ici eft d’après mes expériences ; car j’ai eu de quinze à vingt Métiers dans ma Fabrique à Nîmes, Sc j’ai examiné avec le plus de foin qu’il m’a été poffible , la différence qui fc rencontroit dans le poids d’une Etoffe qu’on ayoit fabriquée fans mouiller, avec celle qu’on avoit mouillée ; j’ai trouvé paffé cinq gros de diminution fur la première, & fur la fécondé deux gros d’augmentation.
- J’ai répété ces expériences dans toutes les faifons ; je n’ai trouvé que l’an* tourne ou j’euffe moins de diminution d’un côté, & plus d’augmentation de l’autre : j’ai attribué cette différence à ce que cette faifbn fe trouve généralement plus humide dans ce climat que toutes les autres faifons ; car le printemps & l’été y font forts chauds , & l’hiver très-venteux.
- Par les expériences que fai faites au fiijet des chaînes mouillées , & de celles fans mouiller , j’ai eu lieu de me convaincre cjvie c’efl une erreur bien groffiere de dire qu’à Nîmes on ne peut pas fabriquer une Etoffe fans le fecours de la gomme : j’ai vu la faufleté de ce raifonnement de toutes les façons ; & j’ofe dire que j’ai eu des Métiers qui ont travaillé pendant cinq à fix ans de fuite fans qu’on ait mouillé feulement une fois ; cependant c étoiens des genres d’Etoffes bien délicats, & des comptes de Peignes bien fins ; je conviens néanmoins que la qualité de foie que j’exigeois qu’on y mit, contri-buoit beaucoup à pouvoir fe paffer de la gomme ; mais auffi l’attention que j’avois pour les montages des Métiers, 8c pour la conftruélion des uflenfiles qui concouroient à la fabrication de ces Etoffes, aidoient considérablement à remplir mes vues.
- 1 Les Etoffes fur lefquelles j’ai commencé de faire fabriquer fans mouiller, étoient des Taffetas façonnés, genre d’Ouvrage où les fleurs fe font à l’aide d’un poil fimpleté & doubleté, qui forme une fécondé chaîne. Ces Taffetas avoient leurs peignes compofés de cinquante-trois dents par pouce, & fouvent ils contenoient douze fils par dent dans certaines parties du deffein, ce qui, fans contredit , fait une forte gêne pour la foie.
- J’ai fait fabriquer des Prufliennes , des Satins liférés, des Florentines, des Damas , Scc. fans que jamais on ait mouillé ; les Ouvriers que je tenois ne pouvoient me duper à cet égard ; je ne quittois jamais ma Fabrique ; d’ailleurs il auroit fallu qu’ils euffent eux - mêmes fait la dépenfe de la gomme, & pour
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- Septième Section. L Part, Dë la màniere dé retourner les Êiàffes , êà 487
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- ia préparer il faut un peu de temps ; on fait que dans les grandes Fabriques * fi l’on ne fait pas ce qui fe paffe par l’un , on le fait par un autre $ & rien n’échappe à un Maître un peu vigilant : quand même on auroit pu me tromper quelquefois, ce n’auroit été que quelques longueurs qu’on auroit mouillées ; je les aurois reconnues en mettant au crochet, ainfi j’ai toujours été affiné de mes expériences*
- Les ufages d’Avignon font encore ceux de Nîmes, excepté', comme je l’ai déjà dit dans le Traité de l’Ourdiffage & autre part, que les Maîtres font chargés de l’ourdifïàge des chaînes, & cela fur le prix de leurs façons*
- A Lyon, à Nîmes, à Avignon, les Compagnons du plein payent les Frais du pliage de leur chaîne & celui du tordage , que nous verrons bientôt; mais les Compagnons de la tire ne font aucunement chargés de ces frais; Les Compagnons du plein, font non-feulement chargés de ces frais du pliage , mais .ils font obligés eux-mêmes d’aller chez les Plieurs , pour tourner les machines & les enfuples * tandis que le Plieur conduit la chaîne & lé rateau , & s’ils s’en difpenfent ils payent.
- Les ufàges de Paris, de Tours & de Lyon, font à-peu-près les mêmes : dans ces deux premières Villes > les Fabriquants font Maîtres & Marchands, & peuvent avoir des Métiers chez eux 3 en telle quantité qu’ils jugent à propos * & en outre ils peuvent donner à travailler à des Ouvriers hleurs Manufactures. A Paris. ces Ouvriers ae peuvent fo loger, que dans des endroits privilégiés, tels que le fauxbourg Saint Antoine, & une partie du faux-* bourg Saint Marcel ; mais depuis environ deux mois, on a permis à ces Ouvriers de fe répandre ailleurs, de forte qu’a&ueliement ils peuvent s’étendre dans prefque tout le fauxbourg Saint Marcel, & dans une partie du fauxbourg Saint Viétor ; en outre , ils peuvent fe placer dans une partie du fauxbourg Saint Denis, & dans une partie du fauxbourg Saint Martin : c’eft à caufe de la grande augmentation qui s’eft faite dans le commerce de la Gaze, que les Fabriquants ont été forcés de folliciter une Ordonnance de Police , qui permît à ces Ouvriers de fe loger dans ces endroits.
- Les Fabriquants de Paris, & ceux de Tours, fourniflent aux Ouvriers* non-feulement la foie qui doit fervir à la fabrication de leurs Etoffes, mais il faut qu’ils leur fourniffent les peignes, les remifles, & les cordages qui font néceffaires aux armures des Métiers ; les Fabriquants font tenus de payer le remettage , de forte qu’il faut qu’ils donnent aux Ouvriers les, chaînes prêtes à être fabriquées ; ils ne font difpenfés que du tordage & du pliage : les Ouvriers de leur côté font tenus de fournir le bois des Métiers 9 ce qui confifte dans la carcafle du Métier, les marches, enfuples, battants , tempias, navettes > efpolins, &c. & quand c’eft un Métier à la tire , le Fabriquant eft obligé de fournir tout ce qui dépend de la tire, & de faire lire les de£ feins à fes dépens ; l’Ouvrier n’a à payer que le faifage de lacs. Nous ver*
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- 488 L'ART DES ÉTOFFES DÉ SOIE.
- , — rons dans les Etoffes façonnées en quoi confifte Tune & l’autre de Ces deux
- Planche opérations.
- 32* Les Ouvriers dans Tune Sc dans l’autre de ces deux Villes, n ont d’autres droits que d’avoir fait apprentiflàge , Sc d’être reçus Compagnons , même ils n’y font obligés qu’autant qu’ils veulent parvenir à la Maîtrife ; parce que fuivant les Réglements des Fabriquants tant de Paris que de Tours, il eft défendu de recevoir Maître aucun Ouvrier, s’il ne donne des Certificats d’Ap-prentifîàge, Sc des Lettres de Compagnonage de quelqu’une de nos principales Villes de Manufacture. Si les prétendants aux Maîtrifes font Compagnons & Apprentifs des Villes où ils veulent être reçus Maîtres , il leur en coûte moins pour les droits qu’ils ontà payer, que s’ils étoientCompagnons ou Apprentifs forains, c’eft-à-dire, que ceux qui fo préfentent avec des titres de Compagnon & d’Apprentif'd’une autre Ville.
- Comme les Ouvriers de Tours Sc de Paris, n’ont que le droit de Compagnon Sc d’Apprentif, ils peuvent bien avoir des Métiers chez-eux , mais ils ne peuvent travailler que pour les Fabriquants , c’eft-à-dire , pour ceux quî font reçus Maîtres.
- Les Ouvriers font quelquefois fept à huit enfemble , mais ordinairement il y en a un qu’on regarde comme contre-Maître , à qui les bois de Métier appartiennent $ il eft en quelque façon garant de la marchandife que les Fabriquants confient aux Ouvriers qui travail! ent cbea lui , parce qu’à proprement parler, ces Ouvriers dépendent prefque plus du contre-Maître que du Fabriquant ; cependant leurs comptes font féparés, Sc le bénéfice que fait le contre-Maître fur les Ouvriers, confifte au loyer du bois de Métier, Sc à celui de la place qu’il occupe dans la boutique ; d’ailleurs les Ouvriers font obligés de fe faire leurs canettes où de payer ceux qui les leur font, de fe fournir le coucher Sc la nourriture.
- Les Ouvriers ont cette fojétion, même en travaillant chez des Maîtres Fabriquants , ce qui leur caufo un dérangement confidérable, qui, en nuifant à l’Ouvrier , nuit au Maître Sc au contre-Maître, par le retard qu’il caufo à la fabrication de l’Etoffe, Sc parce qu’ils fe dérangent les uns les autres ; ce qui n’arrive pas à Nîmes, à Avignon , Sc encore moins à Lyon , où en général les Ouvriers entrent chez les Maîtres le Dimanche au foir , Sc n’en Portent que le Dimanche foivant ; auffi voit-on dans ces Villes beaucoup plus d’ordre parmi les Ouvriers, & conféquemment les Manufactures plus confidérables, parce que les Ouvriers s’y trouvent plus commodément.
- Les Manufactures de Rouen foivent l’ufàge de celles de Paris Sc de Tours excepté que ce font en générai les Maîtres qui ont beaucoup de Métiers chez eux.
- Je ne fuis entré dans un détail un peu confidérable à l’égard des ufàges de nos Manufactures de France que pour inftruire mes LeC^purs de cette
- partie
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- Sèftieme Section*!. Part* De la màniert de retourner les Etoffes, &c. 4S9 partie intéreflante des Fabriques , & pouf donner à ceux qui voudront âug* îhenter leurs Manufaéiures des moyens propres pour la conduite des Ouvriers.
- J’ai dit plus haut que I on mettoit une grande partie des Étoffes à lâ prefle s il ne faut pas confondre les preffes de nos Fabriquants avec les preffes publiques qui font établies prefque dans toutes les Villes du Royaume , pouf apprêter certaines Etoffes de laine 8c autres , foit en neuf , foit en vieux*
- J’ai cru qu’il étoit à propos de faire connoître les prefles dont fe fervent la plupart de nos Fabriquants; j’euffe cependant porté cet article de mon Art à la fin de la defcription des Etoffes dont je me fuis engagé de parler ; mais j’ai préféré d’en parler ici, comme ayant un rapport plus direél à la defcription qui nous occupe.
- La figure 3 , PL 39, fait voir une des preffes dont on fe fort ordinairement chez les Fabriquants ; elle eft compofée de deux grandes vis H, Hf de deux plateaux /, K , & de deux écrous L , L ; le plateau /, eft fixé fut les deux morceaux de bois M> M> N> qui fervent en même-temps de pied à la prefle.
- Le bas de chacune des vis H y H, traverfe le plateau /, fe plante dans une des pièces de bois M, M, où il eft retenu folidement, & le morceau de bois N> eft placé au milieu du plateau . pow* cfïbrts de la preffion
- ne le faflent pas plier- *xiorceaux de bois contiennent en meme*temps le plateau de maniéré qu’il ne peut pas fe fendre ; on a foin de faire ces plateaux d’une feule piece, à moins qu’on ne les faffe bien épais, & d’un a£ lèmblage très-folide. Les pièces de bois 0,0, fervent à empêcher le pla-; teau K de fe fendre ; les trous par où paflènt les vis dans celui de deffus > font unis & un peu plus grands que la groflèur des vis, de forte qu’on peut monter & defoendre les plateaux fans que les vis en gênent le mouvement, parce qu’il faut que celui de deffus foit retenu en haut quand on veut mettre des Etoffes en prefle.
- Le défaut de cette prefle eft de ne pouvoir contenir à une certaine élévation le plateau K, pour laiflèr la liberté de mettre en prefle les Etoffes qu’on deftina a l’apprêt, ou dont on veut conferver la qualité ; on eft obligé de mettre des fupports le long des vis H, H, qui puiffent retenir le plateau K, à une hauteur convenable * quand on eft occupé à placer les Etoffes entre deux. Cet inconvénient a mis des Fabriquants dans le cas d’en avoir de plus commodes. La figure 4 nous en fait voir une ; cette prefle eft plus grande que l’autre, ou, pour mieux dire, elle en compofe quatre à la fois ; chacune d’elles éft formée d’une des quatre vis P , Q , i? ,S, qui paflènt dans la traverfe T, qui leur fort d’écrou à toutes ; cette traverfe eft portée par les montant^ F" y X y Y y Z y plantés dans la planche A , qui forme la bafe des quatre preffes, que nous appellerons le plateau inférieur : cette planche eft portée Etoffes de Soie. VIL Paru t $
- PrAftCHfe
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- Planche
- ;.9.
- 490 L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- :par les cinq couffins de bois B9B 9 C, C 9 C, dans chacun defquels eft planté un des montants V, V 9 X , Y 9 Z ; c’eft par le moyen de ces cou£ fins que les montants font tenus foiides, parce qu’ils font clavettes en-defo fous de la planche A , avec des boulons de fer, qui, en les traverfant* tra-verfent en même-temps les tenons des montants , de maniéré qu’ils ne peuvent fortir fans qu’on retire^ ces boulons ; ces mêmes montants font tenus en-deilus de la traverfe T7, au moyen des clefs a9 b, c, d 3 e, qui en confondant les montants, retiennent en même-temps la traverfo, de forte qu’elle ne peut pas remonter ; fans cette précaution les efforts des vis dans la preffion la feroient remonter, & la preffion ne fe feroit pas fi Purement.
- Par la conftruétion de cette preffe, on voit que les plateaux D9E9F9G9 tiennent chacun à une des vis P > Q9 R9 S, de forte qu’à mefùre qu’on tourne une vis , le plateau qui en dépend defcend, & quand on le détourne il remonte ; par ce moyen on n’a pas befoin de faire foutenir le plateau par aucun fupport. On doit appercevoir que les plateaux dont il eft ici quef-tion ne peuvent que fuivre une ligne droite, foit en montant, foit en def Cendant , puifqu’ils font entaillés & qu’ils gliffent le long de deux des montants V 9 X9 &c. les entailles qui font aux plateaux, fervent à conferver droites les vis, dont la direélion eft toujours la même. C’eft pour prévenir la courbure des vis qffon a fixe les plateaux, & même on a fait des preffe s où les plateaux étoient féparés des vis ; on a reconnu par l’expérience que les vis fe déjettoient, & que d’ailleurs il falloir à chaque fois qu’on met-toit en preffe, ou qu’on en retiroit les Etoffes, enlever les plateaux & les remettre ; au lieu que par l’arrangement aéluel, chacune des vis attire à elle un des plateaux.
- On doit juger que l’aflemblage des vis avec les plateaux, eft fait de maniéré que les vis peuvent tourner fans être gênées ; pour cela elles tiennent aux plateaux par des boulons de fer qui tournent dans des plaques de fer attachées aux plateaux. La figure 5 repréfente un plateau vu par-deflus ; on y remarque les entailles f9 f9 dans lefquelies paflent les montants de la preffe ; on voit en g un trou quarré dans lequel on place la plaque de fer jîg. 6 ; ce trou eft au milieu de la planche, & la plaque qu’on y met affleure la furface du plateau ; elle eft retenue par le moyen de quatre vis à bois, à tête perdue : mais avant de fixer cette plaque dans le trou g 9 on palîe dans le trou k de la plaque , le boulon fig. 7, dont la tête / eft en-deflous de cette plaque & dans le trou h du plateau qu’on apperçoit au milieu du grand trou g; ce trou h, ne perce cependant pas le plateau à fond, il ne forr qu’à contenir la tête du boulon, & l’on conferve toute l’épaiffeur poffible à cet endroit du plateau , parce que s’il étoit percé il feroit une empreinte défagréable fur les Etoffes.
- Quand on veut faire l’affemblage du plateau avec la vis , après qu’on a
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- Spetiemë SectïoH* I. PâRî. De la maniéré âe retourner les Etoffes 9 491
- mis la plaque, & qu’on la affujettie au plateau par les trous m 9 m> m , m > qui font pratiqués aux coins de cette plaque , Sc qui répondent à ceux i > i, /, i $ du plateau , on enfile le trou n9 de la vis fig. 8 , par le boulon fig, 7 » &on arrête ce boulon dans la vis 9 par le moyen du bout de fer fig, 9 9 qu’on place dans le trou o de la vis, & qui vient répondre au trou p > du boulon
- fig' 7*
- On obferve dé laifîer un petit elpace entre le gros de la vis & la plaqué de fer, afin que la vis puifle tourner plus facilement.
- On doit fentir par cet arrangement qu’à mefure que la vis tourne ? le bou^ Ion qu’elle contient tourne avec elle , & dans le trou de la plaque ; ainfi en tournant la vis le plateau doit le lùivre à foit dans là montée * loit dans là delcente.
- Il' faut fe repréfenter tous les plateaux de notre prelfe aflemblés avec les vis, conformément à ce que nous venons d’expliquer pour ferrer les vis ; orf comménce de les faire tourner avec les mains * & on finit de ferrer en portant le bout d’une forte cheville de bois ou de fer dans un des trous q,q9 q9 q9 q, q9q>q $ qui font pratiqués fur la tête quarrée réfervée à chaque vis, & qu’on laiffe de la groffeur que repréfentent les proportions de la figure 4, afin de donner plus de prife à la cheville dont on le fert pour ferrer les vis , & afin de né les pas ulèr fi vite ; on a même louvent la précaution firetter le haut le bas de tes vie avpp des bnnJcs de fer qui les entourent 9 Sc qui Confequem,—• ment les empêchent d’éclatter ; néanmoins il feroit plus à propos de faire ces têtes de vis rondes fur le Tour, elles éprouveroient moins de frottement.
- Les plateaux doivent être faits d’un bois bien dur, ils doivent être très-unis & polis , afin qu’ils ne faffent aucune empreinte fur l’Etoffe*
- On peut reconnoître, par la conftruélion de cette preflê , les moyens qu’on emploie pour s’en fervir ; on a fait cette machine à quatre divifions , non-feulement pour les différentes Etoffes, mais pour les arranger plus commo-* dément. »
- On arrange plus commodément les Etoffes dans cette prefïè que dans celle fig, 3 > parce que le nombre des pièces qu’on y met neft pas auffi confi-dérable ; d’ailleurs ces mêmes Etoffes font foutenues par les côtés au moyen des montants V, /^,&c. qui contiennent les plateaux*
- On ne met jamais les Etoffes à la preffe làns qu elles foient enfermées dans du papier très-fort Sc très-uni; on les met louvent pliées comme nous avons Vu qu’on les difpoloit en lortant du crochet à auner ; d’autres fois on les plié en deux feulement , & on les met entre deux fortes feuilles de papier*
- ' On ne fe contente pas de mettre fous la prefîe une feule pièce à la fiofe * on en met louvent autant qu’elle en peut contenir 9 en les rangeant les unes a côté des autres 9 & les unes fur les autres obfervant exaélement que les piles qu on en fait foient toujours égaies en hauteur ; car làns cette précaution
- PLÂNtÜË
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- Planche
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- 4pi VART DES ETOFFES DE SOIE.
- une pile fe reflentiroit des efforts de la prefle , tandis que les autres n’en feraient pas feulement atteintes : il faut pour un tel arrangement prendre beaucoup de précautions en combinant les épaiffeurs des pièces d’Etoffes , afin d’accordei enfèmble les différentes piles qu’on eft obligé de faire pour en égalifèr les hauteurs ; cependant quand il y a quelque différence dans la hauteur de ces piles, on peut y remédier avec des bandes de carte ou des faux-plateaux qui font de la largeur du pliage des Etoffes.
- On n’a pas le même fouci quand on met les Etoffés fous preffe pliées par demi - aune, parce qu’on ne fait qu’une feule pile, pourvu qu’on la faffe bien droite en tous fens , 8c qu’on fépare toutes les pièces avec du papier.
- On fo fort encore d’une forte de prefle fins vis, & telle que nous le fait voir la figure i, de la Planche 40, elle eft compofoe de deux plateaux A yB , à chacun defquels font adaptées deux des tringles de bois £7, £7, D , D, qui ont environ huit pouces de faillie à chaque côté; les plateaux font faits d’une feule piece de bois, ils font très-unis, & polis du côté qui pofe for les Etoffes ; ils font tous les deux égaux en largeur , longueur Sc épaifo feur ; les tringles fervent à les empêcher en même-temps de fo fendre ; on doit reconnoître à la feule infpeéHon de cette figure, que c’eft for les parties Paillantes des tringles que paflènt les cordes ay a, b, b , qui font ici l’office des vis : on commence par placer le plateau A fur une banque ou for un comptoir de magafin ; on arrange deffus les pièces d’Etoffes c, c,c, que la pofition de la figure nous permet de voir ; & quand on en a mis une quantité fuffifante, & qu’on a égalifé la hauteur de ces pièces, on pofe deflusle plateau B3 qu’on met parallèlement, à celui A ; enfoite on commence par placer les cordes a, a, avec lefquelles on ferre à-peu-près à la hauteur fixée par l’épaifleur de l’Etoffe fans finir de les arrêter ; enfoite on ferre avec force l’autre côté avec les cordes b* b \ après quoi on reflerre le premier côté avec les cordes a , a, cê qu’on fait fucceflivement de l’une à l’autre fans en défaire les tours.
- On ne fie fert pas toujours de tringles pour ferrer les plateaux ; j’ai vu des preffes dont les plateaux font faits comme celui E 9fig. 2, fur lequel on voie des chevilles à tête dyd, e,e9 de bois ou dé fer, qui contiennent les cordes avec lefquelles on ferre la prefle ; ces cordes font rangées à-peu-près de même fur l’une & for l’autre dès deux prefles ; & pour que les cordes foient mieux aflujetties , on les prépare comme celle fig. 3 , à laquelle on voit une boucle F , dans laquelle on paflè , foit les bouts des tringles C9C yD yD, de la figure 1, foit les chevilles d, d9 ey e y de la figure 2 ; du refte on fait for ces tringles ou for ces chevilles autant de tours que la corde peut en faire ; Sc on l’arrête en environnant l’enfemble de ces tours ; & pour tenir lieu de noeud, on fait tenir la corde entre les mêmes tours & la tringle, comme on
- peut
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- Septième Section. I. Part. De la maniéré de retourner les Etoffes , ôc. 493
- peut le reconnoître par les bouts f9 f \ f9 f9 des cordes qui ferrent la tr*3"*'"'------
- Planche 40.
- §. V# De Vopération de Tordre les Chaînes , & de la maniéré de recommencer '
- a travailler une Chaîne quon a tordue.
- L e Tordage des Chaînes eft un des moyens les plus importants dans la fabrique des Etoffes, pour pouvoir promptement fubftituer une Chaîne à une autre ; fans ce moyen on feroit forcé de repaifer toutes les Chaînes dans le
- remilfe , c’eft-à-dire, de remettre , ou bien il faudroit nouer chaque fil de la
- #
- nouvelle Chaîne avec ceux de ce qui refte de Tancienne, comme le font encore les TifTerands & autres Tifleurs.
- Le remettage & le nouage font des opérations bien plus longues que celle du Tordage ; c’eft pourquoi on préféré cette derniere aux deux autres, puif-qu’on peut retravailler dans quatre heures de temps -, tandis qu'il faudroit au moins un jour'& demi fi Ton remettoit, 8c deux fi Ton nouoit : j’ai eu occafion de remarquer, fans cependant l’avoir exercé, que le nouage eft encore plus long que le remettage, avec cette différence qu’une feule perfonne fuffit pour nouer,
- & qu’il faut néceflairement être deux pour remettre. Voy. VArt du Drapier.
- Le Tordage demande quel<iU0 préparation pour les Chaînes qu on doit joindre l’une à l’autre , c eft-à-dire , pour le bout de celle qu’on a finie, 8c pour celui de celle qu’on veut y joindre.
- Nous avons vu par la maniéré de mettre en corde, que l’on employé une Chaîne fort près de fii fin ; on peut, dans les Etoffes unies , les employer à demi-aune près ; mais dans les Etoffes façonnées , le moins qu’on puifle en laiffer ceft une aune , à caufe des corps a maillons, que nous aurons occafion de connoître par la fuite.
- La première préparation qui doit être faite pour faciliter le Tordage, c’eft celle de mettre en taque le Peigne qui refte de la Chaîne ; (on a donné le
- nom de Peigne à la partie de la Chaîne qu’on a finie , à laquelle on joint la
- Chaîne à recommencer ) ; on met exactement en taque cette foie , comme fi elle étoit tifîue, parce qu’on a pris la précaution d’y tifler une verge de même qu’à l’Etoffe, en faifànt les tirelles néceflàires ; on approche les liffes & le battant le plus près poflible de l’enfuple. La figure 4 de notre Planche va nous donner une idée de cet arrangement : nous y remarquerons que la foie G 9 qui eft ce qu’on nomme Peigne , eft entaquée for l’enfuple H, que nous devons fuppofer être en place for le Métier, que je n’ai pas defliné, pour que l’on vît cet arrangement à découvert ; car la longueur qu’on en a lailfée
- n’eft pas fuffifànte pour faire le tour de cet enfuple , & pour avoir
- une longueur convenable au Tordage : ainfi on fe fort à-peu-près de la difi-tance quon voit depuis l’enfuple üf, jufqu’au compafteur g, bien entendu Etoffes de Soie. VIL Part. G y
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- ^o.
- 494 L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- que le remiffe & le battant occupent un efpace entre les verges h , h Sc l’en-* fuple; les lignes i, i, iy i, fuppofent la place qu’occupent les lifles, & celle, ky eftla place du Peigne, & conféquemment du battant.
- Quand on met en taque le bout d’une Chaîne, tel que nous le fait voir celui G9 on en fait l’arrangement avant que d’en retirer ni le crochet I ni la corde K y K , qu’on laifle entourée fur l’enfuplede derrière L9 parce qu’il faut que le tout foit tendu jufqu’à ce qu’on fafle les berlins ou nœuds, ainfi que nous allons le voir ; & même en faifant ces nœuds on laifle toujours les cordes tendues jufquaux derniers.
- Pour faire les nœuds fur un bout de Chaîne , on commence par divifer ce même bout de Chaîne en plufieurs parties, Sc enfuite on coupe chacune de ces parties l’une après l’autre fur le contour que fait la foie fur le compaf-teur, comme on en voit une en M9 jig. y ; on.tord le bout de chaque di-vifion de maniéré qu’aucun fil ne foit lâche, Sc on le noue fur une partie des mailles de la lifle qui fe trouve du côté des verges l9 m9 de forte que la première de ces deux .verges s’approche tout-à-fait des lifles ; voyez eniV, fig. 6 , où l’on apperçoit que la foie O , o, efl; une partie de la Chaîne qu’on a divifée, tordue & nouée à la partie des mailles P ; ce nœud ne forme qu’une efpece de boucle n, qu’on peut tirer facilement par le bout 0, quand il s’agit de défaire le nœud p.
- Pour bien connoître la forme de ce nœud, examinons pour un moment la figure 7, Sc nous verrons ce même nœud féparé des lifles, afin d’en pouvoir remarquer tous les contours ; ce n’eft qu’un nœud ordinaire gancé,dans lequel font prifes les mailles du remiffe qui le retiennent; car c’eft dans le contour y, que les mailles font prifes, & lorfqu’elles y font, on ferre de nœud deP fus , fans etf fortir le bout r9 qu’on laiffè pour tirer la gance qu’on y forme; cette gance ne relie jamais ouverte, parce qu’ayant tordu enfemble toute la partie de la foie, à mefore que cette gance eft formée elle fe corde ; par ce moyen il y a moins de danger pour la foie quand on agit autour du Métier , foit pour tordre, foit pour préparer le tordage. On fait autant de ces nœuds qu’on fait de divifions de la foie , & on les arrête tous également , & de maniéré que les verges foient contenues le plus près poflible du remifle &bien horifontalement, afin qu’elles ne s’échappent pas de l’envergeure, qu’on doit conferver avec un très-grand foin ; & même on a la précaution avant de faire les nœuds, ou plutôt avant que de couper l’Etoffe derniere fabriquée , de réenverger la Chaîne , ce qui fe fait par le moyen des lifles , après avoir examiné fur l’Etoffe s il n’y a pas de fils manquants ; on le reconnoît facilement, foit par les marques que l’on apperçoit fur l’Etoffe , foit en faifant lever une lifle après l’autre ; en parcourant auffi des yeux toute la largeur de l’Etoffe devant le Peigne près du tiflu, & par les écartements extraordinaires qil’on apperçoit d’un fil à l’autre, on juge facilement
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- Septième Section. I. Part. De t operation de Tordre les Chaînes, &c. 49 y des fils qui manquent. Il faut placer les fils manquants avec tout le foin poiîi-ble, afin qu'en tordant une nouvelle Chaîne fur celle qui a été finie, on ne trouve pas de fils de plus ni de moins à l’une qu’à l’autre.
- Quant au réenvergeage , il eft très-nécefiaire de le faire , parce que fouvent dans le courant de la fabrication de la Chaîne, il arrive qu’on aura mal placé les fils qu’on a raccommodés, en les ôtant de leur place entre les verges , en formant des feuleres à l’envergeure ,& autres défauts que les Ouvriers don^ nent à leur Chaînes , foit par faute d’attention, foît par négligence ; le réen-vergeage raccommode toutes ces fautes , & prépare un moyen plus fur pour n’en point faire en tordant, 8c pour tordre avec plus de fureté.
- Quand on entaque le Peigne d’une Chaîne, on doit prendre garde que les verges qu’on met dans la rainure de l’enfuple foient folidement arrêtées, afin que la Chaîne étant lâche rien ne les fafiè échapper ; pour prévenir cet inconvénient , on aflujétit ces verges avec des petits coins dé bois, quand on a à craindre qu’elles ne fortent de la rainure.
- J’ai dit qu’on faifoit autant de nœuds qu’on avoit formé de divifions de la Chaîne finie : le réunifié Q , de la figure 8 , nous fait voir cet arrangement par fes nœuds s , s > s, s9 qui font formés fur la derniere des liffes ; par cette figure on voit dans quel état on met un Métier après avoir £ni une Chaîne : on peut remarquer que marches R9 R 3 font retirées de defîus les fiibots t9 t3 qui font aux bouts des éftrivieres T; on a cette précaution afin que le remiflerefte lâche, pour pouvoir mieux le joindre au battant, &pour qu’en tordant, les mailles ne fe trouvent point tendues ; par ce moyen les fils s’écartent davantage les uns des autres, & le Tordeur agit plus librement.
- Après qu’on a fait les nœuds on retire le crochet V, des boucles v, v , de la corde X3 X, on plie cette corde à braffée * 8c on en fait un paquet pour la ranger plus commodément : pour cet effet l’on retire la cheville Y3 de l’enfùple Z 3 afin de pouvoir le faire dérouler.
- Tous les Ouvriers n’ont pas l’ufàge de faire les nœuds à corde tendue, fouvent ils commencent par défaire le crochet 8c fe dégager de tout ce qui peut embarraffer auprès des lifîès, 8c ils font les nœuds à foie lâche ; même beaucoup d’Ouvriers ne fe donnent pas la peine de couper le bout de la Chaîne fur le compafteur, ils fe contentent de dépafler le cordon qui tient envergées les mufettes par le bout de la Chaîne , & tout de fuite ils divifènt ce bout de Chaîne par parties à-peu-près égales, & à mefure qu’ils veulent former un nœud, ils font glifler le compafteur pour en retirer la partie de la foie qu’ils veulent nouer, & de l’une à l’autre de ces parties ils retirent tout-à-fait le compafteur hors de la foie, Sc le jettent par terre, comme nous l’y voyons en A , en laillant tenir par un bout le cordon x : il eft à propos alors qu on foit deux perfonnes pour faire les nœuds , la première pour tenir la foie 8c le compafteur , afin que l’une ne s’embrouille pas , 8c que l’autre n’échappe
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- \96 L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE. ï pas; fans quoi on rifque de ne rien faire de bien dans cec arrangement.
- On efl: toujours plus certain de bien faire les nœuds à corde tendue, & en coupant la foie fur le compafteur, parce quon tient ferme dans la main gauche la partie de foie quon veut couper , & de laquelle on doit former un nœud, tandis que de la main droite on coupe la foie avec les forces ; on a par ce moyen la foie plus égale dans fon étendue, & en la tordant fur elle-même aucun brin ne reboucle & ne fauroit s’embrouiller. Voilà Tétât dans lequel doit être le Métier quand on fe difpofe à tordre.
- D’abord que le Métier efl: préparé comme nous venons de le voir, on va plier la nouvelle Chaîne, & Ton fait avertir le Tordeur ; car la plus grande partie des Ouvriers ne lavent pas tordre , ou ne veulent pas s’en donner la peine, par la raifon qu’il leur revient à meilleur compte de faire tordre par des gens qui font leur état du Tordage que de le faire eux-mêmes, parce que les Ouvriers qui ne font le Tordage qu’à chaque fin de leur Chaîne, ce qui n’arrive guere que d’un mois à l’autre , & quelquefois plus tard , ne {ont pas a fiez prompts à cet ouvrage , pour lequels ils mettent deux jours, tandis qu’un Tordeur ne met que cinq à fix heures, & que d’ailleurs il le fait toujours avec plus de précifion que l’Ouvrier & avec plus de perfeétion ; ainfi, à moins d’être très-prompt à cet ouvrage, l’Ouvrier gagne davantage en le faifimt faire , qu’en le faifimt lui-même.
- J’ai' fait remarquer plus haut qu’on fbrtoit les marches des eftrivieres , afin de laifler les lifles lâches tout le temps du tordage ; mais fouvent on les fuf-pend avec la corde B, qu’on laifle traîner par terre tant qu’on travaille, & qu’on retire par la boucle a, qui efl: au-deflus de la banque D , & qu’on accroche au clou b 3 qui efl: planté au pied du Métier E ; par ce moyen on leve & Ton haufîe les marches autant qu’on le veut.
- Quand on veut tordre une Chaîne , on la prépare comme celle A , fig. r , PL 41 ; on la retire de l’enluple de maniéré que le bout vienne joindre celui de l’ancienne Chaîne. Nous verrons bientôt tout le détail de cette préparation , que cette figure ne peut pas nous faire connoître en entier. La Chaîne A efl: foutenue par les cannes B, B, qu’on appelle cannes a tordre ( elles font les mêmes que celles dont on fe fert pour le remettage) ; ces cannes {ont portées par la corde C9 qui fait tout le tour du Métier, & qui y efl: attachée par fes deux bouts aux pieds D , D* On voit qu’on a divifé la Chaîne en deux parties ; celle a, qu’on voit tendue & jointe à la première Chaîne où Ton apperçoit une certaine quantité de fils tordus, & celle f \ qu*on voit lâche , & dont le bout efl: entouré en c fur les cannes B, B, à côté du Tordeur E , qui efl: aflis entre les cannes & le remilTe G , de façon à pouvoir agir librement de fes deux bras, pour que la main-droite prenne tous les fils de l’ancienne Chaîne un par un à l’envergeure qu’on a confervée par les verges d, d,8c que la main gauche prenne les fils de la nouvelle Chaîne
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- Septième Section. I. Part. De £ opération de Tordre les Chaînes, ôc, 497 auffi un à un à l’envergeure que les cannes confervent.
- Je ne dirai rien à l’égard de l'arrangement des cannes, parce que c’eft le même que nous avons vu au remectage ; il fuffit que je fafle remarquer que le Tordeur prend un fil de l'ancienne Chaîne Sc un de la nouvelle , Sc qu’en joignant les deux extrémités de ces deux fils entre le doigt index Sc le pou* ce de la main-droite , il les tient ferme, & les tord l’un fur l'autre en les repliant lur le côté de la nouvelle Chaîne, le long du fil qui y appartient.
- Quand j’aurai fait voir toutes les dilpofitions nécefïàires au Tordage , on fera plus à portée de connoître par quel moyen on peut réuffir à joindre ces fils r un à l’autre, & à les faire tenir fuffifàmment pour que le tors puifle les tenir liés jufqu’à ce qu’ils foient arrivés au-devant du Peigne ; c’eft ce que nous remarquerons par la defcription des figures , qui font analogues à ces dilpofitions.
- La figure 2 9 nous met fous les yeux la première préparation de la foie , après que les cannes B, B , font placées. On ne fera pas furpris fi toutes les figures qui doivent achever de nous mettre au /fait du Tordage , ne font que par fragment: je l’ai pratiqué ainfi, afin déviter la grande quantité de defleins qu’il auroit fallu pour la démontrer, Sc dont j’ai reconnu l’inutilité; ainfi nous regarderons chacune des parties que j’ai pris foin de delfiner comme des objets entiers ; nous regnr<^cr°fts la partie JT de la figure 2 , comme une partie de l'ancienne Chaîne , & celle I fera une partie de la Chaîne qu’on veut joindre à la première. Nous ferons attention qu’à l’une Sc à l’autre de ces deux parties, on a fait un nœud à environ deux pouces de leurs extrémités que nous voyons en e , f: pour faire le nœud e , le Tordeur commence par égalifer les brins de la foie le mieux qu’il lui eft pofîîble ; Sc après y avoir apporté toute l’attention nécefïàire, il prend une vergette à grand poil & la plus douce qu’il puilfe rencontrer , Sc il la paffe deffus & deflous , de la maniéré que je l’ai dit, quand il s’agit de faire les nœuds devant le Peigne après l’avoir piqué , mais avec un peu plus de ménagement, afin de ne point écorcher la foie ; après qu’il a bien égalifé les fils avec la vergette ; il les prend tous dans une de fes mains , il les tient fermes, Sc il les tord comme s’il vouloit refaire le nœud que nous avons appellé berlin ; Sc après avoir ainfi tordus tous ces brins enfemble il en forme le nœud e, qui eft un nœud fimple ? mais qu’il ferre bien fort. Pour faire le nœud r * il en ufe de même , excepté qu’on ne doit point fe fervir de la vergette ; car il n y a que les Tordeurs peu intelligents qui paflent la vergette fur la nouvelle Chaîne. On doit fe contenter d’en égalifer les brins avec les mains ; mais pour former le nœud on doit les tordre enfemble, afin que le nœud fe fafle plus net ; car fi l’on s’avife de vouloir nouer enfemble une partie de foie fans que les brins foient tordus les uns fur les autres , il eft prefque impoflîble qu il régné une égalité de longueur entre ces brins , Sc quand il Étoffes de Soie. VIL Part,. H y
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- 498 L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE, t s’agit de les tendre il y en a toujours de lâches & de tirants , de maniéré que le Tordage ne peut s’exécuter qu’imparfaitement : il faut encore que le Tordeür prenne garde en faifant ce fécond nœud, de le faire à la proximité de celui e, c’eft-à~dire , qu?en approchant ces deux nœuds on puiiïè les joindre l’un à l’autre, de forte que les deux parties des Chaînes foient tendues; car il eft bon de remarquer que l’onj ne fauroit tordre s’il ne régnoit une tenfion convenable aux parties des Chaînes dont les fils font préparés pour être tordus les uns avec les autres : on connoîtra bientôt la nécefîité de cette tenfion. La cheville K, fig. r , eft placée dans l’enftiple L 9 de façon à tenir tendue la partie de la Chaîne qu'on eft prêt à tordre ; mais le contre-poids M, eft placé de maniéré à ne pas tendre cette partie de Chaîne au-delà du point où on la fixe, parce que la corde N, à laquelle eft attaché le contrepoids , eft entourée fur l’enfuple de maniéré qu’elle ne peut gliffer qu’autant qu’on éieve le bout de la cheville K , qui par fa correfpondance avec la corde O , à laquelle elle tient, Sc au balancier P , auquel font attachées les deux cordes dont il eft ici queftion, tend ou détend fuivant qu’on en leve le bout g9 ou qu’on le baifle : ce mouvement eft le guide du Tordeur; mais il ne peut pas bailler le bout de la cheville fans élever le contre-poids avec la main , afin de faire gliffer le tour de la corde qui eft ftir l’enfuple, au lieu qu’en levant le bout de la cheville , la lourdeur du contre-poids foffit pour faire gliffer la corde.
- Il eft ailé de fentir que fi l’on ne fixoit pas la tenfion de la Chaîne à un point invariable il ne feroit pas poffible de tordre , attendu qu’on tord fil par fil, parce qu’il faudroit que le premier fil foutint tout le poids qu’on voudroit donner à toute une Chaîne, ce qui n’eft pas praticable ; c’eft pour cette raifon qu’on fixe avec exaélitude le poids qui doit tendre la Chaîne , ou plutôt qui doit contenir la longueur de la Chaîne à un point déterminé, fans qu’elle puîfle avancer ni reculer qu’autant que le Tordeur le trouve néceft* foire pour l’avancement de fon ouvrage. On prend le même foin quand on tord une Chaîne à un Métier où l’on eft obligé de tendre avec des bafcules ou des valets, &c. on met alors ces bafcules ou ces valets à un point fixe , Sc tel qu’il le faut félon la longueur de la Chaîne, c’eft-à-direque lorfqu’on voit que la longueur déroulée fuffit pour fo joindre au bout de l’ancienne Chaîne, on en arrête l’enfuple de maniéré qu’il ne puiifo plus fe dérouler qu en l’y forçant avec les mains ou avec les chevilles qui font en ufoge au Métier.
- Après que le Tordeur a fait les nœuds e, f de la figure 2 , il pafle le nœud f y dans l’ouverture h, de l’envergeure où eft paffée la verge Q , ou bien on paffe le nœud e, dans l’ouverture i, de l’envergeure où eft palfée la canne R, & de maniéré que le nœud qu’on pafte dans l’une ou dans l’autre ouverture forte par derrière * & que les deux nœuds fe joignent comme le
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- Septième Section. I. Part. De Vopération de Tordre les Chaînes , &c. 499 ïont ceux k , / de la figure 3 9 où Ton voie que l'ouverture retient le nœud k, comme une boutonnière retient un bouton : pour que le nœud foit mieux retenu, ona toujours la précaution de paffer le plus gros nœud dans la plus petite partie, afin qu’il tienne plus folidement ; cependant on ne fo contente pas de joindre ainfi ces deux parties de Chaînes, on les lie avec un cordon de foie fig. 4 , auquel on a pratiqué une grande boucle n 9 dont on fait le nœud coulant 09 fig. 5 9 & l'on paffe les barbesp 9p, des nœuds k l 9 figure 3 , dans l'ouverture q du nœud coulant que nous venons de voir jufques en-delà des nœuds 9 de forte que l'on attache les deux parties de foie S9 T 9 au point qu'elles ne puiffent fe féparer ? & pour cela on ferre ce nœud coulant entre les nœuds k, l & les parties de foie de qui ils dépendent. On forme même un fécond nœud fur le nœud coulant, de crainte que le premier ne fe lâche, & pour que les barbes des nœuds k 9l 9 ne portent aucun obftacle au tordage, on les enveloppe avec une partie du même cordon par deux ou trois enlacements diftants de demi-pouce les uns des autres ; par cet arrangement on en fait une efpece de queue Y9 fig. 6, qui éloigne fuffifamment la barbe r des nœuds de l’endroit s 9 ou fe joignent les deux parties des Chaînes, & auquel on eft obligé de cafter les fils à mefure qu’on les joint l’un à l’autre pour les tordre*
- On doit faire attention que non-fon^emcnc cordon X qui forme cette queue de la barbe des nœuds eft commode à ce à quoi nous l’avons employé jufqu’ici, mais qu’il eft très-utile pour retenir les deux parties de foie Y 9Z 9 pour qu’elles ne s’avancent pointa mefure que le Tordeur cafte les deux fils qu’il cherche à tordre enfemble. Pour cet effet, on met un petit contre-poids de fer ou de plomb au bout du cordon, comme on le voit en 19v des fig. 4 <5 y. Ces contre-poids ne font pas aflèz lourds pour s’oppofor aux divers mouvements qu’on eft obligé de faire faire à la foie ; mais ils fervent à en fixer le point où le Tordeur a déterminé delà mettre: ainfi quand le Tordeur a lié les nœuds avec le cordon, il paffe ce cordon derrière lui, il en fait un ou deux tours fur la corde qui porte les cannes, ou fur quelque partie de la Chai-fe où il s’affied ; en entourant ce cordon , il obferve que la jonétion des nœuds rentre en-dedans en formant deux lignes obliques à la Chaîne, dont les points portent des verges A, B, de droit & de gauche 9 & fe réunifient en s 9 ou plutôt cette obliquité vient des deux enfuples ; mais on l’obforve avec toute i’exaéUtude poffible par deux raifons efiêntielles ; la première eft que par cette obliquité les fils étant caftes au point s 9 fe trouvent avoir plus de longueur à mefure qu’on leur fait prendre la ligne direéle * car le coup de tors fe finit à-peu-près quand le fil eft en droite ligne, ainfi que nous allons l’ob-ferver tout-à-l’heure ; fecondement cette obliquité eft nécefïàire pour laiffer
- un efpace affez confidérable entre les fils à tordre & les fils tordus. Repre-
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- nons pour un moment la figure 1 , & l’on verra qu’il faut bien l’efpace a 9
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- . pour que la main droite du Tordeur puifte agir librement, d’autant que les fils tordus *, font en droite ligne & tendus, au lieu que ceux y font dans l'obliquité que repréfentie la figure 6 ; on remarquera encore fur la même figure 1 , que le cordon £, paflè fous le bras droit du Tordeur , & qu’il eft tendu au point qu’il tient en arriéré la jonéfion des deux parties de foie à tordre.
- J’ai dit plus haut que le Tordeur avec fa main droite choififlbit les fils de l’ancienne Chaîne , & qu’avec la main gauche il choififlbit ceux de la Chaîne à tordre ; quand ces deux fils font féparés avec le doigt index de la main droite il conduit celui qui appartient à l’ancienne Chaîné jufqu’à la jonélion des noeuds ; dans le même inftant il fépare celui de la nouvelle Chaîne autant qu’il lui eft poflible , & fans quitter le premier de ces fils qu’il a choifi, il porte le pouce de la même main dans la féparation qu’il a faite du fil de la nouvelle Chaîne, & il rapproche fon pouce contre le doigt index : les fils par leur élafticité fe prêtent à cet effort fans fe cafter & fans être arrachés , ils font joints l’un g, l’autre comme on les voit en C ,fig. 7 , où nous foppofe-rons que les courbures a,b, font celles que les doigts forment avant que d’en féparer les filsc, d du nœud D; il faut abfolument que ces filsfoient joints l’un à l’autre avant que de les cafler ; il faut même qu’ils foient un peu tordus l’un fur l’autre quand on les cafte, afin qu’ils foient caftes tous les deux ( à la fois ; car fi un des fils eft cafté avant l’autre , il échappe d’entre les doigts du Tordeur : quand on font que les deux fils font caffés, on continue de les tordre l’un fur l’autré » comme ils le font en E,jig. 8,8c fans quitter la même aétion, on les replie fur le fil de la nouvelle Chaîne , fur lequel les deux bouts fe cordent en les tordant contre : c’eft quand on font que ce dernier effet a eu lieu que l’on abandonne les fils ; alors on les voit dans l’état où nous les montre la figure 9 , fur laquelle nous fuppoferons que le fil F , appartient à l’ancienne Chaîne , que celui G , appartient à la nouvelle, & que la tordure H, eft faite avec les bouts de ces deux fils qu’on a repliés fur celui G , avec lequel ils fe cordent, & néanmoins on voit les extrémités de ces deux bouts en e, qui ne fe tiennent jamais force fil, quoiqu’on fe ferve de la gomme ou d’autre chofe de collant , ainfi que nous aurons occafion de le voir bientôt.
- Quand le Tordeur veut tordre les deux bouts des fils qu’il a joints l’un à l’autre , il doit prendre garde que le premier doigt & le pouce de fa main droite I, fig. 10 , fe croifent l’un for l’autre , & qu’en arrachant les bouts/’, cette croifore doit être arrivée au.x deux premières phalanges de ces deux doigts ; ce qui fe fait en faifimt glifter un doigt contre l’autre , de maniéré que les deux bouts des fils foit frifés entre ces doigts ; il faut cependant que ce mouvement ne foit point arrêté en caftant les fils , c’eft-à-dire, que les ayant pris avec le bout des doigts, on faffe glifter ces doigts au point que
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- SèpTieme SêcïiôH. L Parï. De topération de Tordre les ’Chàmês 5 ôc* ÿoi ïe bout dû doigt index fe trouve porté fur la fecôftde phalange du pouce t ainfi il faut que les bouts des fis qu’on tord foient frifés dans toute la Ion* gueur du pouce avant qu on les abandonne. Ce mouvement eft fuffifànt pour tordre les deux bouts l’un contre l’autre, Sc pour les tordre enfemble fur lê fil de la nouvelle Chaîne»
- On voit par la même figure 10 * que la main gauche K > avec le fécond doigt poufle le fil g du côté de ceux h, i 9 qui font cenfes être tordus , Sc qu’en même-temps avec le doigt index Sc le pouce , on cherche à prendre le fil k, qui eft le premier de ceux qui relient à tordre ; ces deux aélions doivent fe faire fans interrif^tion , en forte que l’habile Tordeur pafle de l’un© à l’autre avec rapidité , fans quoi le tordage languit ; ainfi à mefure qu’il tord un fil. avec la main droite , il doit en tenir un tout prêt à tordre par la dextérité de la main gauche , parce qu’alors la main droite n’a qu’à fe procurer le fil de l’ancienne Chaîne , qu’il joint à celui de la nouvelle que lui fournit la main gauche.
- On peut voir encore par notre figure que les fils rife doivent pas changer de pas 9 c’eft-à-dire , qu’ils doivent s’accorder toujours dans leur marche, de forte que fi les premiers fils tordus à une Chaîne viennent de deflous la première verge Sc de deflous la première canne , il faut que tous les fils impairs foient placés de même , & que par la même raîfon les f&conds fils viennent du deflus de la verge Sc dctfus de la canne : ainfi tous les fils pairs vien-: dront de deflus. Cette obfervation eft d’autant plus elîèntielle, qu’elle doit fervir de guide aux Tordeurs, & que ce n’eft que par-là que l’on peut re-connoître les fautes qu’on fait en tordant : ici nous avons fix fils qui appartiennent à l’ancienne Chaîne * & fix qui appartiennent à la Chaîne nouvelle ; ces deux nombres étant égaux, nous donneront une idée d’une Chaîne de quatre mille 9 plus ou moins, qu’on veut joindre à une autre Chaîne d’un nombre égal: alors en fuivant fil par fil, on verra que les fils i >g ,m 9 qui appartiennent à la nouvelle Chaîne paflent fous la canne L, & que ceux h , A, /, paflent fur cette canne ; que les fils o9p, s 9 qui font de l’ancienne Chaîne, paflent fous la verge M 9 Sc que ceux n, q9r 9 paflent par-deflus cette verge ; ce qui démontre que ces deux Chaînés font bien envergées, Sc que leurs enyergeures fe répondent de maniéré à procurer au tordage un pas ouvert; c’eft-à-dire, que les fils ne fe croifent pas entre la canne L, & la verge M, ainfi qu’on le voit par les deux fils qui font tordus : on doit juger par ces deux fils de la route que tiendront les autres ; ainfi les fils q, r , de l’ancienne Chaîne feront tordus avec ceux k, l, de la fécondé ; ils fe trouveront conféquemment au-deflus comme le font ceux n9 A, & les autres fe trouveront par«deflous, à moins qu’en tordant on ne prenne un fil pour un autre ; mais dans ce cas on s’en apperçoit en ce que les fils fè croiferdient, comme nous le verrons par la difpofition des fils de la figure xi.
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- $oi VA R T DES ÉTOFFES DE SOIE.
- La figure 12, qui préfente quatre fils tordus, fuppofè une Chaîne de tel nombre de fils quon voudra imaginer , qui a été tordue à pas ouvert, & telle qu’on devroit les tordres toutes ; mais bien fouvent il arrive qu’en r’envergeanc la fin d’une Chaîne, on prend un pas pour l’autre, & qu’alors ce pas n’étant pas d’accord avec celui de la Chaîne nouvelle , le pas au lieu de fe trouver ouvert, eft croifé. Cet inconvénient n’eft cependant pas d’une grande confé-quence pour que nous nous y arrêtions, il eft feulement moins propre à la vue, car du refte, pourvu qu’on ne corrompe pas le pas fuivant qu’on la commencé., il devient indifférent pour le tordage ; mais quand le pas eft corrompu , c’eft une faute que le Tordeur a faite* ou qui provient de l’Ouvrier qui a fini la Chaîne, ou de celui qui a ourdi la nouvelle Chaîne.
- Le pas peut, changer au tordage dans bien des circonftances que je vais faire connoître, & qui font un des objets principaux du Tordage : fi l’Ouvrier a laiffé un fil manquant à la Chaîne qu’il a finie, ou que ce fil fe foie cafte en faifànt les noeuds , Sc que le Tordeur prenne les deux fils qui formeront néceffairement un feulere l’un après l’autre, & qu’il les torde à deux fils de la nouvelle Chaîne, fans en laiflfer entr’eux un pour remplacer celui qui manque à l’ancienne Chaîne, il eft certain que le pas fera changé en ce que de ces deux fils il y en aura un qui viendra de deflus la première canne, Sc l’autre de deffous , tandis que ceux qui y font joints appartenant à l’ancienne Chaîne, feront tous deux deflus ou deflous la première verge. La même faute exiftera fi l’on divife un feulere à la nouvelle Chaîne, provenant de la faute de l’Ourdifleufe, ou de quelque fil cafte par accident; il faut donc pour prévenir ces inconvénients qu’on faflè attention de ne point partager les feuleres fans laiffer un fil pour les remplir, ou bien s’il ne faut point de fil ; ôn doit tordre le feulere comme un fil double ; bien entendu que ce n’eft que les fils de la nouvelle Chaîne qu’on peut doubler ; car pour ceux de l’ancienne Chaîne , on ne peut tordre un feulere comme un fil double fans former un mariage : on appelle mariage en terme de Tordage , lorf-qu’on joint un fil de la nouvelle Chaîne à un feulere de l’ancienne, ce qui devient une faute d’autant plus confidérable , que tout d’un coup au lieu d’un fil qui manquoit à l’ancienne Chaîne, il en manque deux à la nouvelle , parce que lorfqu’on pajje grouppe, ainfi que nous le verrons bientôt, il faut des deux fils qu’on a joints enfemble en caflèr un, Sc laiffer fà maille vuide au remifle. Voyons l’effet que produifent les feuleres féparés’ en tordant, & pour lefquels on ne laifle point de fils pour les remplir. La figure 11, nous fera connoître toutes ces différentes pofitions ; nous remarquerons que les fil s t9 r,v,v, font tordus à pas ouvert * & conformes à ce que je viens de faire connoître dans les deux figures précédentes; fi les fils je, x, yy yp étoient joints l’un à l’autre, ils fe croiferoient comme le font ceux a y a y qui les fuivent & qui font rapprochés l’un de l’autre.
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- Le changement que nous voyons ici dans l’ordre des fix premiers nïs de B»'iïn Cette figure, provient de ce que les fils v , X, de la nouvelle Chaîne for- îPiAfttHfc ment un feulere fur les cannes N 9 O 9 Sc que ce feulerè a été partagé Sc *** tordu fucceflîvement fans qu’on ait laiffé un fil de l’ancienne Chaîne pour le remplir ; car fi l’on eût laiffe le fil x de l’ancienne Chaîné fans tordre, & qu’on eût toïdu à fa place le fil y de la même Chaîne ? le changement de pas n’exifteroit pas.
- En fîiivant les fils de notre figure , nous trouverons que le fil h, b9 avec celui c9 c 5 ne fe croifent plus l’un & l’autre ; parce que le premier de ces deux fils forme un feulere fur les mêmes cannes N9 O , avec le fil a, de forte qu’ils gaffent tous les deux fur la première de ces cannes, au lieu que ceux v9 x 3 qui forment le premier feulere paflent par-deiîous, par la même raifbn de n’avoir point laifle de fils pour remplir le feulere : on voit ici que le pas a changé,
- Ce n’efl pas feulement en partageant les feuleres qui font aux cannes qu’on fait changer le pas en tordant, il change tout de même quand on partage ceux qui font fur les verges P, Q: ainfi les fils c9 e, forment un feulere fur ces verges, de forte que ces deux fils paflent defîus la verge Q , Sc deflbus celle P, auflî voit-on le dernier de ces fils fe croifer en R, avec le fil/»/*
- Par tout ce que mous venons de dire fur les portions des fils qui font fut cette figure , on peut juger de f effet de tout ce qui eft produit par les feu*; leres , Sc il n’efl: pas poflible qu’un Tordeur intelligent puiflè s y méprendre | d’ailleurs ces différents effets doivent être fon guide i ainfi toutes les fois qu’il voit un croifement ou un décroifement de fil , il n’a qu’à regarder à l’en*; droit où cet effet commence , & il fe convaincra dans l’inftaht des feuleres qui les ont produits.
- Les feuleres peuvent provenir d’autres caufès que des fils manquants ; un cours corrompu dans les mailles des liffes en produit inévitablement quand on r’enverge la Chaîne: on doit fe fouvenir que nous avons appellé cours corrompu , un cours de maille dans lequel en paflànt on avoit pris une maille pour l’autre : ainfi cet ordre n’étant pas fuivi conformément aux autres cours ; il eft certain qu’au renvergeage de la Chaîne les fils fuivent une toute autre route ; car fi les fils de quatre liflès fo croifent l’un à côté de l’autre en fai* fant lever la première Sc la troifieme , ce n’efl qu’autant qu’ils font paffés pat ordre dans ces liffes, en commençant depuis une jufquà quatre, ou depuis quatre jufqu’à une , fuivant le côté par où l’on voudra l’examiner ; mais fi ces fils font pris fur une, trois, deux Sc quatre, il eft fûr qu’en faifànt lever la première & la troifieme liffe, les deux fils qui lèveront dans ce cours feront préci* fément l’un à côté de l’autre, Sc que les deux qui baiflèront en feront de meme ; fi enfùite on fait bailler les premiers & lever les derniers 9 il en ré^ fultera encore le même inconvénient ; il s’enfùiyra delà qu’on aura deux fou* *
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- 504 VAUT DES ÉTOFFES DE SOIE. leres l’un à côté de l’autre , de forte que l’un fe trouvera fur une verge Sc l’autre fur l’autre ; il faut dans cette circonftance que le Tordeur remédie à la faute qu’a faite l’Ouvrier , & qu’au lieu de laiflèr un fil entre chaque feulere, il tranfporte les deux fils du milieu l’un devant l’autre , en contrariant leur croifures à l’envergeure , c’eft-à-dire , en détruifànt les deux feuleres, Sc remettant le cours des mailles dans l’état où il doit être. Ce font deux feuleres fuivis qui décident d’un cours corrompu ; car un feui fil paffé devant l’autre , produit fans contredit deux feuleres en r’enver-géant ; il faut donc que le Tordeur à tous les feuleres qu’il trouve, regarde dans lé remiflè, pour voir s’ils laiffent quelques mailles vuides , afin de laiflèr des fils de la nouvelle Chaîne pour les remplir lui même.
- Lorfqu’on trouve des feuleres aux Chaînes qu’on tord ; car quand on dit j’ai une Chaîne ou une piece à tordre , on n’entend parler que de celle qu’on met nouvellement * regardant l’ancienne feulement comme un moyen de tordre la nouvelle ; lors donc qu’on trouve des feuleres à cette nouvelle Chaîne , il ne faut laiflèr des fils pour les remplir qu’autant que l’on eft pleinement convaincu que le feulere vient d’un fil manquant ; car s’il vient de la faute de l’ourdiflàge, il faut le raccommoder, parce que, comme je l’ai fait obferver dans l’article du Remettage , on ne fàuroit faire un feulere en envergeant fans qu’à la jonétion de la mufette, foit devant, fbit derrière , il y en ait un fécond ; d’ailleurs en comptant les fils d’une mufette entière , on voit dans l’inf-^ tant fi le feulere a été fait lorfqu’on a envergé en ourdiflànt, s’il eft occa-fionné par un fil manquant, ou fi c’eft un fil doublé au devidage : on obferye à l’égard de ces feuleres tout ce que j’en ai dit pour le remettage, parce que les inconvénients qui en réfultent font les mêmes.
- On doit être très-exaéi fur la deftruélion des feuleres, foit fur l’ancienne, foit fur la nouvelle Chaîne, non-feulement pour les Chaînes unies, mais em, core plus pour celles qui font rayées ; car un fil de plus ou de moins dans certaines rayeures devient fenfible, Sc le tranfport d’une demi-dent dérange fbuvent l’ordre d’une raie entière.
- Il faut abfolument apporter le foin le plus extraordinaire pour le Tordage des Chaînes des Etoffes où il y a un ou plufieurs poils ; car fouvent pour le dérangement d’unfeul fil, il faut retordre une Chaîne entière, Sc quelquefois les recommencer toutes. A l’égard de ces Chaînes , le Tordage fe fait ordinairement par un ordre établi, & auquel les meilleurs Tordeurs font attachés; car il ne faut pas imaginer que fi l’on a une Chaîne Sc deux ou ^trois poils à tordre, on les torde toutes à la fois, cela feroit impraticable; mais on les tord l’une après l’autre en commençant toujours par celle qu’on place leplus bas, Sc fuivant ainfi de l’une à l’autre, ayant foin à chaque fois qu’on a tordu une Chaîne ou un poil, de rouler fur l’enfuple de derrière la longueur qu’on en ayoit d’abord étendue, ce qui fe fait en tranfportant l’enfuple
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- Septième Section. I. Part. De Vopération de Tordre les Chaînes, &c. ye>$ contre le corps a maillons ou contre les lifTes. Si c’eft un ouvrage qui foit : fait à la lifîe , on aura lieu de reconnoître ce que je dis quand je ferai aux ar-ticles des Etoffes façonnées; je dirai feulement ici que lorfqu’ort a roulé la longueur, & que l’enfuple s’eft approché des corps ou remiffes , on les yfuf-pend jufqu’à ce que les autres Chaînes foient tordues ; on n’excepte de cettb fufpenfion que la derniere , parce que tout étant tordu , elle ne dok point embarraffer. Je ferai remarquer en pafîànt qu’en tordant plufieurs Chaînes St poils pour une feule Etoffe, le Tordeur doit prendre garde que les torfu-res. de l’une foient en droite ligne de celles de l’autre , afin qu’elles paffent à-peu-près toutes enfemble dans les corps, dans les remiffes & dans le peigne ; Sc lorfqu’on a tordu toutes les Chaînes qui dépendent d’une Etoffe , on étend celles qu’on a roulées en en rapportant les enfuples à leur place.
- Il arrive des cas où l’on eft obligé de tordre les Chaînes de deffus, les premières , alors on roule l’enfuple, on le porte vers le remiffe, & on le place fur les eftafes du Métier, de façon que la Chaîne ne puifle pas empêcher de voir ce qui fe pafle dans le remiffe, 8tc. Quand il s’agit de tordre les autres Chaînes ou poils dont on a befbin, fi l’on ne veut pas déplacer l’enfuple $ on prend la Chaîne en-defïus avec une forte canne à tordre , on la leve jusqu’au point que les bouts de la canne foient placés fur les eftafes du Métier , ce qu’on exécute en déroulant la Chaîne autant qu’il en eft be/bin ; dans cet état le Tordeur le place deflkua , ôc tord les autres Chaînes ou poils nécef faites à l’Etoffe.
- J’ai dit plus haut que les Tordeurs fe fervoient de quelques matières gom-meufes pour mieux tordre.& pour mieux fai-re tenir leurs torfùres ; on fe fert communément de gomme Arabique , mais de plufieurs maniérés ; les uns ont de cette gomme fondue dans l’eau pure, Sc ils en mouillent une petite éponge qu’ils pendent avec un fil en-deffous des premiers fils tordus , & de temps en temps ils s’humeélent le bout des doigts de la main droite, Sc tordent avec cela. Il y a des Tordeurs qui ont un petit vaiffeau de fer-blanc ou d’étain dans lequel il mettent du vin pur ; ils pendent ce vaiffeau par une petite anfe faite comme celle d’un chaudron, avec un fil au-deifous des premiers fils tordus, & en même-temps ils pendent un morceau de gomme Arabique à côté, ils trempent les doigts dans le vin , enfuite ils pincent la gomme , 8c tordent avec cela ; d’autres Tordeurs fe contentent de mettre de la gomme diffoute dans ce même petit vaiffeau, Sc y trempent les bouts des doigts qui tordent : quelques-uns fe fervent de colle-forte fondue ; il y en a qui n’emploient que leur falivc „ en portant de temps en temps les doigts à la bouche ; d’autres enfin fè fervent du fucre-candi humeélé.
- Il eft des circon^ances où il faut abfolument donner aux torfùres une loli-dité femblable à celle des nœuds ; c’eft ce qui arrive lorfque pour obtenir 1 aunage d’une pièce, il faut l’employer en entier , parce qu’on aura manqué Étoffes de Soie. FIL Part. K 5
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- 506 L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- en ourdiflànt de donner à la Chaîne toute la longueur néceflaire : il faut qu’on Planche f^{fe [QSl torfures folides au point qu’elles ne fe détordent pas en travaillant ;
- alors j’ai vu employer des gouifes d’ail écrafées ; on fait que l’ail forme une colle d’autant plus forte quelle eft plus puante : j’ai vu avec ce foin fabriquer une Chaîne jufqu’à ce que les torfures vinffent joindre le peigne.
- Voilà en général ce qui regarde le Tordage : voyons ce que l’Ouvrier doit faire quand il a tordu ou fait tordre fa Chaîne.
- Après qu’une Chaîne eft tordue , l’Ouvrier doit pafler grouppe ; il y a cependant des Tordeurs qui s’en donnent la peine eux-mêmes. Pafler grouppe eft le foin qu’on a de pafler les fils que le Tordeur a laifles pour remplacer les fils manquant de devant , & de raccommoder ceux qui appartiennent à la nouvelle Chaîne par-derriere, enfuite de pafler dans le peigne tous les fils qui ont été pafles au remiflè ; après il faut faire pafler toutes les torfures dans le remif-fe , enfuite dans le peigne. La figure 13 de notre Planche va nous faire comprendre en quoi confifte le paflage des grouppes.
- D’abord qu’on a tordu, l’Ouvrier regarde fi les fils qui font a rabilkr dépendent de l’ancienne ou de la nouvelle Chaîne ; il commence par raccommoder ceux de l’ancienne Chaîne, & après qu’il ne lui en refte plus il tire les verges comme n’ayant plus befbin de l’envergeure qu’elles confervoient : il y a des Ouvriers qui -, d’abord qu’ils ont tiré ces verges , raccommodent les fils qui dépendent de la nouvelle Chaîne , 8c c’eft la bonne méthode, parce qu’on pafle les tords bien plus facilement ; on r’abiile les fils avant ou après avoir pafle les tords , on fubftitue les verges s 9 s, aux cannes v&l’on y met les cordons de foie g, g*, enfuite on tourne l’enfuple T3 jufqu’à ce que les torfures h , foient proche du remifle qui eft ici fuppofé par les lignes i, i, 1, L Quand les torfures font arrivées près de la première lifte , l’Ouvrier prend cette lifle fe tenant à côté du Métier, & avec la main droite il la tire fur les torfures par fon lifleron fupérieur , tandis qu’avec la main gauche il foule ve le lifleron inférieur, afin que les crochets des mailles ne puif-fent point l’arrêter : dans cet état il ne lui refte qu’à dégager les torfures qui fe font un peu entre-mêlées, & de faire pafler cette lifle en entier au-delà des torfures ; delà il prend la fécondé lifle avec laquelle il fait de même qu’avec la première , & infenfiblement il les pafle toutes de l’une à l’autre ; quand les torfures font paflees dans toutes les liftes , on tourne encore l’enfuple T, jufqu’à ce qu’elles foient arrivées près du peigne, qui eft ici défigné par la ligne k , 8c lorfqu’on apperçoit qu’elles touchent le peigne , d’une main on poufle le battant en arriéré , & de l’autre on fait jouer la foie , afin que les tords paflent fans en endommager les dents, & infenfiblement on les fent s’avancer , & enfuite tout d’un coup le battant fe trouve dégagé , parce que les torfures quittent le peigne toutes à la fois.
- Après qu’on a pafle les torfures , l’Ouvrier fait les tirelles néceflàires*
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- Septième Section. I. Part. De U opération de Tordre les Chaînes, &c. <joj comme nous Pavons vu d’après le remettage ; il obferve feulement de tifîer : trois à quatre lignes d’Etoffe à deux pouces des torfures , afin que le peigne , c’eft-à-dire , ce bout de l’ancienne Chaîne, foit contenu par la trame; enfuite on fait un petit entre-bat auquel fuccede un tilîu de 8 à 9 lignes, fur lequel on tifîe une verge qu’on arrête par le commencement de l’Etoffe ; 8c lorf-qu’on a fait environ un quart-d’aune, on met l’Etoffe en taque, ce qui s’exécute après avoir féparé du bout de l’Etoffe celui de l’ancienne Chaîne , bien entendu qu’en commençant de fabriquer la nouvelle, on a eu foin de nelaif-fer exifter aucune des fautes qui étoient à l’ancienne Chaîne , 8c qu’on a non-feulement rempli les fils manquants, mais qu’on a rempli les mariages que le Tordeur peut avoir faits.
- On doit fe fouvenir que j’ai dit ci-deffus que lorfque le Tordeur joignoit les deux fils d’un feulere à celui de la nouvelle Chaîne , on appelle cette faute faire un mariage ; cette faute , au lieu de ne lai (Ter qu’une maille vuide , en donne deux, parce qu’en pafiant grouppe , il a fallu calfer un des fils du feulere, afin que le fil de la nouvelle Chaîne pût entrer dans une des maiL les ; ce feulere qui contenoit déjà une maille vuide fe trouve en avoir deux, parce que des deux fils qui le compofoient, il a fallu en fupprimer un & adopter celui qu’on a jugé à propos, il faut donc remplir ces deux mailles ; mais comment y parvenir ? La nouvelle Chaîne ne nous offre aucun fil, à moins de les aller rechercher /ur le bord par ou 1 on a fini de tordre , ce qui n’eft pas praticable ; il eft certain que f on doit avoir autant de fils de refte qu’on a laiffé d’endroits à remplir, bien entendu qu’on doit avoir ourdi la nouvelle Chaîne dans un nombre de fils égal à celui de l’ancienne ; c’eft une réglé dont on ne s’écarte jamais : ainfi fi l’ancienne Chaîne 'étoit com-pofée de 4000 fils, on a dû ourdir 4000 fils pour la nouvelle ; il eCf donc certain que fi l’on à laiffé des mailles vuides provenant des fils qui manquent à l’ancienne Chaîne , on doit les trouver fur le bord de la Chaîne nouvelle ou dans les endroits où on les a laiffés. Si l’on ne peut pas fo fervir de§ fils qui font fur le bord de la nouvelle Chaîne , à caufo de leur éloignement pour remplir les mailles qui fe trouvent vuides , foit par les fils manquants, foit par les mariages, on fo fer vira des guidanes ou des commandes : on doit fe fouvenir que la commande eft une épingle recourbée qu’on joint à une mu-fette de la Chaîne derrière les verges , & à laquelle on lie les fils de foie qu’on a paffés dans les mailles du remiffe , & dont on ne trouve pas les pareils : j’obferverai à cet égard qu’on eft obligé chaque fois qu’on met en train , d’allonger ces fils de la longueur du Métier. Cette opération ne laifîe pas de prendre du temps, & fi un Ouvrier fe trouve avoir une vingtaine de fils à mener en commande, il perd au moins une demi-Ueure à chaque longueur qu’il met en train , rien que pour l’arrangement de ces fils. Pour prévenir cette perte de temps, on a trouvé le moyen d’employer les guidanes,
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- 508 VART DES ETOFFES DE SOIE. qui ne font autre chofe en général que des tuyaux dont on fe 1ère pou if faire les canettes, fur lefquels on met une quantité de brins de foie égale à celle des fils qui manquent à la Chaîne. Le nombre des brins qu’on met aux guidanes doit être égal à celui des fils qu’on veut remplacer , non pas qu’une feule guidane puiffe fervir à tous les fils qui peuvent manquer à une Chaîne , parce qu’il fau~ droit trop les écarter ; mais une guidane peut-être employée pour les fils qui manquent à cinq ou fix parties de fuite : ainfi à mefure que les fils manquants s’écartent trop les uns des autres , on met de différentes guidanes pour les remplacer, Sc l’on en met autant qu’il en faut pour qu’il ne refte aucun fil à mener en commande, à moins que ce ne foient des fils qu’on cafte en travaillant , Sc dont on eft alluré de trouver les pareils à la première longueur qu’on doit mettre en train.
- Les guidanes doivent être placées en-delîous de l’enfuple de derrière, Sc les tuyaux enfilés par une ficelle un peu forte Sc bien tendue d’un pied de Métier de derrière à l’autre ; enfùite on enfile une ficelle un peu fine à chaque tuyau, on la noue par fes deux bouts , ou on y ajoute un contre-poids , enfor-te que la foie ne fe déroule qu’autant qu’il le faut pour fe prêter au tillage & au roulage de l’Etoffe ; il refte toujours tendu en raifon de la lourdeur du contre-poids qu’on a dû régler fuivant la tenfion de la Chaîne , parce qu’il faut établir une égalité de tenfion entre les brins des guidanes Sc ceux de la Chaîne, fans quoi on verroit une marque fenfibie à chaque endroit de l’Etoffe par où paffe un des fils des guidanes, ce qui r en droit l’Etoffe défec-tueufe. Il y a des Ouvriers qui ne pouvant atteindre l’égalité ‘de tenfion qui convient aux fils des guidanes , pour être conformes à ceux de la Chaîne , jow gnent la commande aux guidanes ; ils ne mettent point de contre-poids , & à chaque fois qu’ils mettent une longueur en train , iis entourent la foie des guidanes aux commandes , comme fi les guidanes n’exiftoient pas ; alors ils n’ont d’avantage que de ne point être obligés d'apondre les fils à chaque longueur ; cette méthode eft toujours plus fûre pour la fabrication de l’Etoffe, parce qu’on n’a pas à craindre que les fils foient plus lâches dans un moment que dans un autre, puifqu’ils font forcés de fuivre l’emploi de ceux contre lefquels ils font attachés.
- On emploie encore une forte de guidane qu’on met fur un roftin fembla-ble à ceux des lifîeres, dont nous avons parlé dans un des paragraphes précédents ; mais* cette forte de guidane n’a lieu qu’autant qu’en ourdiflànt la nouvelle Chaîne on n’en aura pas ourdi le nombre des portées néceffaires : ainfi fi l’on a mis une ou deux portées de moins., & qu’on ne s’en foit point apperçu en pliant la Chaîne , ce qui arrive très-fouvent, on ne fauroit en-fùite le reconnoître *qu’à la fin du tordage ou du remettage ; alors on n’eft plus à temps de replier, parce qu’il faudroit couper aux endroits où l’on a tordu, ce qui prend beaucoup de temps, Sc peut nuire au bon ordre d’une
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- Septième Section, I. Paîlt. De Vopération de Totdrt les ‘Chaînes , ôc, foÿ Chaîne ; car autant qu’il eft poffible , on doit éviter de déplacer la foie , ainfi que de la tranfporter d’une enfuple à l’autre : auffi le parti de la gui- Planche dane eft celui qui convient le mieux, & c’eft celui de tous qui eft le plus en ufage.
- On doit placer cette derniere guidane à la hauteur des roftins des lifie-res, prendre garde que la foie dont elle eft compofée ne frotte pas fur la foie de fenfuple , parce que fouvent cette derniere foie s’éboule fur Fenfu-pie ; alors elle fe trouve tantôt tcop tendue tantôt trop lâche , ce qui fait faire des grippures à l’Etoffe ; quelquefois même elle s’embrouille au point qu’il faut caffer fouvent la portée du bord, & la renouer fil par fil , ce qui fait toujours fort mal, quelque foin qu’on prenne en cherchant les fils de l’une pour les joindre à ceux de l’autre ; il faut donc prévenir cet inconvénient dans lequel tombent beaucoup d’Ouvriers*
- Il arrive quelquefois qu’on met un petit enfuple pour guidane ; mais ce il eft qu’autant qu’on veut groftîr les fils d’une Chaîne , c’eft-à-dire , lorfqu’en ourdiflànt on n’aura pas doublé les fils qui auroient dû l’être ; alors la Chaîne ne couvre pas allez ; on en ajoute une fécondé de laquelle on double les fils qui font a doubler ; comme il eft certain que ces fils doivent être également difperfés dans toute la largeur de la Chaîne , on doit plier la foie de la guidane dans la même logeur de celle de la Chaîne, & placer lenfix-pie en-deffus de cette Chaîne, derrière Fenfuple qui lui appartient ; mais de façon que la foie vienne de niveau avec celle de la Chaîne : on doit éviter de mettre Fenfuple de la guidane par-deffous, foit pour en faire paflèr la foie foi: celle de la Chaîne, foit pour la faire venir en-defîous, ce qu’on doit éviter, autant qu’il eft poffible ; parce que les fils de cette guidane étant ainfi placés , n ont jamais une tenfion égale à celle de la Chaîne.
- Voilà en général en quoi confifte le Tordage , & le moyen de recom-, mencer le travail d’une nouvelle .Chaîne ; on peut l’appliquer à toutes les Etoffes : mais comme nous en fommes aux Taffetas, je dois finir cet article par les détails qui leur font néceflàires.
- J’ai fait remarquer au commencement de cette Partie, les différents comptes de fils & de peigne qu’on pou voit employer aux Taffetas ; mais je n’ai pas fait prendre garde qu’on faifcit des genres de Moëres , dont le tiffu eft le même que celui des Taffetas, & dont la Chaîne n’eftpas également fournie dans toute fà largeur, de forte qu’il y a des parties qui font ourdies doubles * triples & quelquefois quadruples, tandis que les autres font fimples. Je découvre ici le fecret des Fabriquants, & je donne à connoître une petite fourberie , dont le Public eft dupe ; voici en quoi elle confifte ; il eft très-peu de gens qui ne connoiffent les Moëres rayées, tramées ordinairement de fil, dont on fe fert pour meubles ; la plus grande partie de ces Moëres fo traite à grande raie , de forte que le fond eft auffi grand. Le fil qu’on y trame eft Étoffes de Soie. VII. Paru L y
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- $ ro VA RT DES ÉTOFFES DE SOIE; de la couleur du fond ; la foie du fond étant de la couleur du fil, on la met ordinairement fimple , tandis que celle des raies eft double & triple , &c. parce que la Moëre rayée n'eft belle qu’autant que la trame ne paroît pas dans les raies : ainfi on ne peut éviter de mettre la foie affez fournie en brin ou en groffeur dans ces raies, Sc on multiplie le nombre des brins en raifbn de la grofîeur de la foie, de forte que fi la foie eft fine on mettra quatre brins , au lieu que fi elle eft grofïè on nen mettra que deux : on fait encore une autre combinaifon fur la groffeur de la trame ; fi Ton trame la Moëre à deux bouts de fil, on n’a pas befbin de mettre autant de brins à la Chaîne, que fi onia trame à trois Sc à quatre bouts, parce qu’il eft certain que plus on trame fin 3 Sc mieux la Chaîne couvre la trame ,. Sc plus on trame gros Sc plus on doit fournir la Chaîne , quand c’eft la Chaîne qui doit rendre l'effet principal de l'Etoffe: ainfi toutes les Etoffes rayées, fur-tout en Taffetas, feront fufceptibles de rendre des effets proportionnés à la quantité ou à la qualité de foie qu’on aura employée à la Chaîne. Il eft vrai que cet effet fera en proportion de la groffeur de la trame ou de celle de la Chaîne, Sc ce Taffetas ne fera beau qu’autant que les oppofitions feront bien ménagées, ce qui peut s’exécuter fans altérer la valeur de l’Etoffe ; c’eft ce qui n'arrive pas aux Moëres dont je veux parler , parce que cet endroit du fond ou la Chaîne fe trouve fim-pie, n'eft pas allez confidérable pour réfifter aux efforts de la trame* Si l’on veut faire attention à l'ufée de toutes les Etoffes, on reconnoîtra aifément qu’elles périffent toujours par la Chaîne qui fe ronge par les frottements % par les repliements Sc par les chocs qu*elle efïuie ; tandis que la trame renfermée dans cette Chaîne ne fouffre aucune atteinte , que lorfque la Chaîne qui la couvroit eft ufee. Ce que je dis eft bien facile à concevoir , il ne faut que faire attention que la fuperficie des Etoffes ne montre que la Chaîne ; j’entends dans ce qui fait corps d’Etoffe, fans parler des deffins qu’on y voit , qui font produits par la trame, Sc quelquefois par un poil ; mais il eft conftamment vrai que la trame qui fait corps avec la Chaîne, eft toujours renfermée par cette Chaîne qui en forme l'extérieur tant à l'endroit qu’à l'envers, fur-tout *aux Taffetas & aux Serges que nous verrons bien-tôt.
- Il réfulte de ce que je viens de dire, que fi une Etoffe n'eft pas fournie également en Chaîne dans toute fà largeur, elle devient très-inférieure, fur-tout quand les endroits foibles ne font pas proportionnés à la groffeur de la trame ; car on trouve des Etoffes où il régne une inégalité très-fenfible dans la quantité des brins dont elles font compofées ; on y voit des endroits où la Chaîne domine vifiblement fur les autres; mais l'Etoffe n’en vaudra pas moins , parce que les endroits qui font les moins fournis en Chaîne, font cependant proportionnés à la groffeur de la trame ; or les endroits qui font les plus fournis ne le font que pour embellir l’Etoffe, qui en même-temps reçoit le double avantage d'être d'un meilleur ufer, parce que ces endroits
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- §EFTïEtàE Section. I. Pàrt. De Vopération de Tordre les Chaînes * fit qui font plus Forts que les autres > communiquent un peu de leur force aux endroits moins fournis, 8c qu ayant plus de relief , ils fe reffentent les Thrncm premiers des frottements que l’Etoffe reçoit dans l’ufage qu’on en fait.
- Les Moëres dont j’ai parlé ci-deffus font de nature à ne pas faire l’ufagé auffi long qu’on pourroit l’attendre à l’apparence qu’on leur donne, par la raifon de la foibleffo qu’on donne à la partie de la Chaîne qui forme le fond. Je ne prétends pas cependant dire que les Fabriquants trompent en quelque façon le Public ; quant au prix de leur vente , j’en ai yu qui fo bornoient à un modique profit fur cet article ; mais j’ai reconnu qu’on les exécutoit ainfï pour en faciliter la vente ; car il y a des Moëres qui étant triples, & mêmes feulement doubles dans toute leur largeur, reviens droientau Fabriquant au moins à trente fous déplus par aune, & cette différence eft prefque d’un quart fur le total ; ainfi une Moëre qu’on vend cent fous * vaudroit fix livres dix fols : ce n’eft donc pas le Fabriquant qui trompe l’acheteur ; c’eft l’acheteur qui cherche à fe tromper lui-même, en ne voulant pas mettre le prix à la marchandée qu’il achette.
- Il y a de petits Taffetas 8c même des Gros-de-Naples, des Pékins, où l’on fournit la Chaîne davantage dans des endroits que dans d’autres for là largeur ; c’eff auffi pour faire refîbrtir les raies, mais on le fait fans altéret le fond. Il eft même de l’intelligence du Fabriquant de le faire exécuter a propos, pour rendre Ion Etoffe plus belle ; il lui refte feulement à en fou* tenir le prix à la vente : du refte en prenant le foin de conformer la força de la trame à celle de la Chaîne , on peut faire une belle 8c bonne Etoffe.
- Dans le Traité de l’Ourdifïage , fai fait voir la maniéré d’ourdir les Chaînes rayées, tant en Taffetas, en Serge qu’en Satin. Ces raies n’ont rien de commun avec la fabrication de l’Etoffe ; mais les raies qu’on fait en travers dépendent de cette fabrication.
- On ne fait guere de raies en travers de l’Etoffe, que for les Taffetas 8é fur les Batavias, efpece de Serge dont il fera parlé dans le fchapitre foivant ; les raies qu’on fait à travers l’Etoffe, font traitées par un nombre de navettes égal à celui des couleurs qu’on emploie pour les raies : ainfi fi les raies ne ^ font que d’une feule' couleur, on ajoute une navette à celle du fond ; & lorP que l’Ouvrier a fait du fond l’efpace déterminé, il quitte la navette pour prendre celle qui forme la raie , avec laquelle il poulie autant de coups qu’il en faut pour la largeur qu’il veut donner à la raie, & enfuite il reprend la navette du fond ; fi la raie eft de deux couleurs ou de trois , il faut deux ou trois navettes qu’on fait aller fucceffivement & par ordre , foivant les couleurs qui doivent être employées ; c’eft à l’intelligence de l’Ouvrier à conduire le cours de fes navettes conformément aux échantillons dont on
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- 511 VA R T DES ÉTOFFES DE SOIE.
- tire les raies qu’on veut faire, conformément aux deffins qu’on lui donne , eu fuivant les idées qu’en donne le Fabriquant.
- Quand les Fabriquants donnent des idées de rayures à leurs Ouvriers, ils leur marquent par écrit Sc la grandeur des fonds Sc celle des raies ; & ceux qui veulent les donner avec plus de précifion, écrivent une ordonnance dans laquelle font marqués les coups de navette qu’on doit pouffer de chacune , fuivant l’ordre que les couleurs doivent tenir ; alors fi l’Ouvrier eft fidele obfervateur de l’ordonnance qu’on lui confie , il eft certain que toute fon Etoffe fera plus égale que lorfqu’on mefure , parce qu’on a plus de précifion par le nombre des coups de navette, que par la mefure qu’on ne fuit pas toujours avec précifion ; cependant quand il s’agit de grands efpaces, ii faut le fervir d’une mefure déterminée, parce que l’Ouvrier auroit trop de fujétion à compter les coups de navette qu’il faut y employer , d’autant plus qu’il doit s’occuper du foin de ne rien laiflèr pafler contre le bon ordre de la fabrication : ainfi l’Ouvrier ne compte guere que les petites raies, pour qu’elles foient bien égales, Sc a foin d’en mefurer les grandes, Sc les parties de fond qui font les plus confidérables.
- ‘ C’eft peu de chofe pour un Fabriquant de connoître tons les moyens que nous venons de voir pour la fabrication des Taffetas , il faut qu’il joigne à cette connoiffànce celle des foies qui leur font propres , tant pour les Chaînes que pour les trames ; dans ces deux articles il eft forcé de joindre l’utile a l’agréable ; ii faut donc qu’il fâche concilier fes intérêts avec la bonté Sc la beauté de l’Etoffe qu’il fait fabriquer ; ces objets font pour lui de la demie-; re importance ; s’il met une Chaîne & une trame trop lourde pour fabriquer uri Taffetas d’un cours ordinaire, ii ne pourra pas le vendre en concurrence avec le Fabriquant fon voifin, fans y perdre réellement , ou avec le gain qu’il y cherche , Sc tel que le font les autres : fi au contraire il emploie une Chaîne trop légère & une trame inférieure, fon Etoffe ne fera point belle, il y perdra & fera forcé de la donner à vil prix, ou de la garder dans fon ma-; gafin. C’eft donc une affaire de combinaifon qui ne fe fait ordinairement que par expérience, fur-tout dans l’état aéluel de nos Manufactures de France , vu la liberté qui y régné de pouvoir faire les Etoffes for tel compte qu’on juge à propos ; car avant cette liberté , les Réglements des Communautés des Fabriquants étoient un livre ouvert ou l’on pouvoit prendre toutes les lumières nécefïàires pour les Ouvrages connus & permis, parce que ces Ré-glements fixoient les largeurs des Etoffes , en même-temps le nombre des brins de foie y étoit déterminé, au lieu qu’aéluellement on varie tant fur ces largeurs & fur le nombre des fils qu’on met à une Chaîne, qu’il faut ab-folument que le Fabriquant trouve dans fon efprit les moyens d’aller de pair avec fes confrères, Sc il faut qu’il travaille d’autant plus s’il veut l’emporter fur eux.
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- Septième Section. L Part. De toperâtiôa de Tofdre les Chaînes , ôu 413 Les foies qu’on emploie pour les Chaînes des Taffetas doivent être bien moulinées : on donne le nom à’OrganJîn à cette foie ; c’eft une foie montée à deux bouts ; voyez ce que j’en ai dit dans l’Introduélion qu’on trouve avant le De vidage des foies teintes , où il eft fait mention de la foie organfîn ; avec un petit abrégé de la maniéré de la mouliner.
- , Tous les Fabriquants préfèrent les organfins de Piémont à nos orgarn fins de pays pour les Taffetas, & ce n’eft pas fans raifon , parce qu’en général les organfins de Piémont font beaucoup mieux montés que les nôtres * & d’ailleurs les foies de ce pays-là font beaucoup plus nerveufes ; on trouve toujours une grande différence entre les Taffetas fabriqués avec les organfins de pays , 6c ceux fabriqués avec la foie de Piémont, l’ufer même de ces derniers eft meilleur que celui de nos foies ; non pas que nous ne puiffions mouliner auffi bien que les Piémontois ; car dans cette partie de la manu*
- > tentions des foies nous pourrions leur être fupérieurs, fi nous voulions y ap« porter un peu de foin': mais il eft certain qu’en générai les cocons du Piémont ont plus de corps que ceux que nous recueillons en France ; ce n’eft que par un choix particulier que nous atteignpns en quelque façon la bonté des foies de cette petite partie de l’Europe. Pour prouver que la foie de Piémont eft plus nerveufo que celle de France , je n’ai qu’à faire remarquer quelle eft plus lourde de plus d’une once par livre : j’e» al vu qui alloit prefqu’à deux onces , c’eft-à-dî^ * 4ue* grofleur de brin égalé , quatorze onces de nos foies ont rendu une Chaîne auffi longue que feize onces de foie de Piémont ; on a même obferyé que ce fût de foie également moulinée afin qu’on ne prît pas pour nerfs de foie le tord qu’il y auroit dans celle de Piémont , au-delfus de celle de France; car il eft certain que plus une foie eft torfe, & plus elle fe raccourcit, parce quelle ne peut être tordue qu’au dépens de là longueur.
- On compte les organfins par denier pour en connoître la groffeur ; de forte qu’on fixe ceux qu’on employé pour les Etoffes depuis vingt-quatre deniers jufqu à 60 : on eft convenu que les organfins de vingt-quatre deniers font les plus fins ; ainfi pour défigner une grofleur plus forte , on augmente le nombre des deniers ; c’eft-à-dire, que les trente deniers défignent une gro£ four audefïus de celle de vingt-quatre, ainfi que le foixante eft une grofleur au-deflus du quarante, &c. il refte feulement à favoir par quel moyen on peut parvenir à connoître ces différentes groffeurs, pour les diftinguer les unes des autres , Sc pour pouvoir fe fervir à propos de la grofleur de forganfiri qui convient pour telle ou telle Etoffe.
- Les Négociants qui font le commerce de la foie, vendent aux Fabriquants les organfins pour tel ou tel denier ; mais comme il fe glifîe bien fouvent des abus fur la qualité de ces foies, il a fallu trouver un expédient pour fo ponvaincre de la vérité ; nous avons fuivi en France un ufage que les Piémon--ÉTOFFES DE Soie. FIL Paru M <
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- m L'ART DES :ETOFFES DE SOIE. tois ont établi depuis long-temps dans leur commerce , Toit pour ceux qui font tirer la foie., foit pour les Mouliniers , foit pour les Fabriquants : cet ufage eft tout fimple ; c’eft un afple ou guindre à quatre ailes, à-peu-près comme celui jîg. 8 , PL XI * dont fe fervent les Peigners pour tirer deffus leur ligneul, ou plutôt comme celui fig. ç , PL 16, fut lequel fe roule le fil qu’on tord pour faire les ligneuls: il eft vrai que l'arrangement eft différent, parce qu’on y adapte une roue dentée qui détermine la quantité de tours qu'on doit mettre de foie fur cet afple, de forte que par un nombre de tours déterminé qu'on fait fur l'afple , 'Sc defquels on fait un écheveau qu'on pefe, on fait précifément à quel denier eft l'organfin* On éprouve toutes les parties de foie organfinée de cette maniéré ; après en avoir fait le choix, un bon connoifîeur de foie rapproche le plus qu’il lui eft poffible les brins d'une partie de foie, Sc il fait l'épreuve fur trois ou quatre écheveaux différents , & l’on décide, à quatre ou cinq deniers de différence ; c’eft-à-dire, que fi un des écheveaux donne un or-ganfin de 24 deniers, Sc que le plus gros foit porté à 30 , on partagera la différence qui fe trouvera entre les deux extrêmes , & l'on appellera cet or-ganfin un brin de 27 deniers : ainfi quand l'on achette un ballot d'organfin déterminé à 27 deniers , on doit toujours s'attendre qu’on en trouvera depuis 24 deniers jufqu'à 30: on nefe trompera jamais d’eftimer un ballot d'or* ganfin à 3 deniers au-deflus Sc z 3 au-deflbus du point nommé. Heureux encore fi la différence ne fe trouve pas plus considérable ; car je prétends parier des ballots les plus épurés, c’eft-à-dire, de ceux dont les brins ont été les mieux afibrtis.
- Ce que j'avance eft fi connu , que dans nos Fabriques de Lyon, de Nlmeâ Sc d’Avignon , on a pour principe de trier un ballot d'organfin écheveau pat, écheveau, Sc les confrontant tous les uns aux autres, de maniéré que l'on en fait toujours au moins quatre différentes qualités qu’on défigne par pre* miere , fécondé, troifieme Sc quatrième qualité, ou numéro du ballot, &c. il y a même des perfonnes à Lyon qui ne font d'autre métier que d'aller chez les Fabriquants pour leur choifir leur foie, Sc auxquelles on paye tant par balloç ou tant par livre, &c.
- On ne fàuroit croire combien il eft avantageux pour la beauté des Etoffes d’y employer des foies égales ; cela eft fi bien reconnu que nomfeule-ment on trie les organfins comme je viens de l’expliquer, mais on en fait de même à la foie qu’on emploie pour la trame -, Sc tous ceux qui ont cette précaution, & qui ont le bonheur d'avoir des bons Trieurs, font aflurés de faire de belles Etoffes ; au lieu que ceux qui ne chdififîènt pas du tout, comme on le voit dans quelques villes de Manufactures, Sc chez quelques Fabriquants ignorants, ou négligents, on voit toujours des Etoffes inférieures, & fou-yent plus coûteufes que celles qui font traitées avec une foie choifie à propos.1
- On ne doit pas avoir de difficulté à fentir la caufe qui rend les Etoffes
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- Sepîieme SeCTiok. î. Part, De î opération de Tordre les Chaînes, &c. 41 j Inférieures, quand les foies ne font pas choifies comme il Faut; on jugé bien que fi Ton met une foie groffe à côté d’une plus fine , fans aucune précaution , Ion verra une différence dautant plus fonfible .qu’on jugeroit tout de fuit© que les foies ne font pas d'une teinte égale, parce, que l’une paroît plus fombre que l'autre , & c’eft toujours la partie fine qui paroît plus Foncée , parce qu'étant employée elle reflort moins que la grofle , conféquemment elle prend moins de lumière.
- Quand les Fabriquants ont fait le choix de leur foie , ils deftinent chaque groffeur pour un genre de Taffetas, ou bien s’ils les-empioyent toutes au même genre, ils joignent la partie la plus fine à la plus grofle, & mettent enfemble la deuxieme & la troifieme groffeur ; obfervant de les faire teindre féparément autant les uns que les autres ; ils ont l'attention aufii qu'en lés fai-font devider on ne les mêle pas ; ce n’eft qu’en ourdiflànt qu’on les joint l’une à l’autre, mais d'une maniéré à ne point nuire à l'Etoffe ; on a la précaution en encantmnt, de mettre un pas d'un, un pas d’autre ; enforte qu’en fabriquant le Taffetas, il fo trouve qu’un fil fin eft toujours à côté d'un fil gros. Si les Taffetas qu’on veut faire font à chaîne double, alors on encantre de maniéré qu'il y ait un rochet de foie fine à côté d'un rochet de foie grofle : par ce moyen le fil double fe trouve compofé d’un fil gros & d'un fil fin : alors on eft certain que toute la chaîne fe trouve égale. On prend les mêmes pré-, cautions pour les chaînes triples Sc quadruples ; il eft vrai que pour ces dernières on emploie fouvent les quatre qualités de foie qu’on a triées en met« tant un brin de chacune pour former le fil quadruple.
- Ce que je viens de dire à l’égard de l’emploi & du triage des foies eft dô néceffité abfolue ; fi un Fabriquant veut faire de belles Etoffes, il faut encore qu’il joigne à cela du difcernement fur les différentes groffeurs à raifon des Taffetas qu’il veut faire fabriquer ; car fi pour un Taffetas d’Angleterre , il veut employer les mêmes qualités d’organfin que pour un Gros-de-Tours, il ne réuflira jamais à en faire de beaux ; il faut donc qu'il ait fes groffeurs déterminées pour les uns & pour les autres ; il faut auffi qu'il ait des groffeurs différentes pour les différents comptes de peigne ; car fi l’on veut faire un Gros-de-Tours fur un 800 de peigne avec la même foie qu’on emploie pour un Gros-de-Tours qu’on fait for un 1000, il eft certain que le 8©o fora trop maigre, parce que la foie qu’on met à la chaîne d’un Gros-de-Tours en 1000 ÿ doit être plus fine que celle qu’on met à la chaîne d’un 800 : ainfi fi l’on met un organfin de 30 derniers pour faire la chaîne d'un Gros-de-Tours en 1000 dents, on doit mettre un organfin de 36 deniers à la chaîne d'un 800.
- 3 e ne finirois pas fi j’entrois dans un détail plus circonftancié for les qualités des foies à employer pour les Etoffes ; mais je crois qu’à l'égard des or-ganfins, on peut par ce que je viens d'en dire, combiner une groffeur pat l’autre, & les employer toutes en raifon des peignes dont on doit fe fervir. Ces
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- 416 L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- comparaifons doivent être combinées fur la largeur de ces mêmes peignes > & fur le nombre de dents qu'on met dans ces mêmes largeurs.
- Ce que je dis ici doit s'entendre pour toute fortes d’Etoffes de foie,ainfi je ne le répéterai pas ailleurs ; je me contenterai d'indiquer la qualité de foie qui convient*à chacune en particulier , &c.
- On vient de voir qu’il eft à propos de choifir les organfins ; on en fait de même des trames de des poils qu'on emploie pour le tiffu des Etoffes : la même raifon d’égalité qui convient à la chaîne, convient à la trame & encore mieux ; car on voit beaucoup plus d’Etoffes, fur-tout des Taffetas à chaîne fimple, qui font défeétueux plutôt par rapport à la trame que par rapport à la chaîne ; cela vient de ce qu'on trouve moins* de régularité dans la filature des trames & des poils que dans celle des organfins ; d'ailleurs le défaut des •Etoffes provenant des trames eft plus ordinaire, en ce que l'Ouvrier bien fom vent donne fon coup de battant avec autant de force fur une veine de trame fine que fur une veine groffe; il eft vrai que quand même il frapperoit moins fort fur le fin que fur le gros, il n'y auroit pas moins pour cela une différence dans le tiffu ; mais cette différence ne feroit pas fi fenfible : il faut nécessairement employer les qualités des trames dont on a fait choix , en triant les unes après les autres, ou fi l’on en emploie deux enfemble, on doit avoir grand foin de mettre un bout d'une & un bout d’autre en faifant les cannettes, afin que le tiffu foit toujours égal. Toutes les fois qu’on négligera de choifir les foies / on verra à travers l’Etoffe des bandes défeétueufes.
- Ce que je viens de dire regarde la foie ; mais pour ce qui concerne les filofelles qu’on emploie dans les Papelines, qui eft un genre de Taffetas/ celles qu’on emploie dans les Moëres , dans les Raz-de-Saint-Cyr , dans les Raz-de-Saint-Maur, &c. on ne les choifit qu’après quelles font teintes/ parce que la teinture en fait mieux diftinguer les groffeurs , d’autant qu’elle prend plus vîte dans les filofelles fines que dans celles qui font groffes. A Lyon & à Paris, c’eft l’ouvrage des Plieurs defoie : ' à Nîmes & à Avignon / ceft celui des Chevilleurs, qui eft à-peu-près le même Art ^ des Plieurs de foie $ car ces derniers chevillent les foies & les filofelles, galettes, fleurets, &c. cet art tient plus des foies à coudre que des foies ou filofelles qui fervent de tiffu pour les Etoffes ; cependant depuis une quinzaine d’années, à Lyon on emploie les Plieurs de foie a lujlrer les trames : on a donné le nom de Luflrage, à une forte d’opération qui étire les écheveaux , & qui en même-; temps énerve la foie à untei point que bien fouvent on ne^eut pas en tirer parti ni en dévidant ni en failànt les canettes ; on a même de la difficulté à les employer au tiiîàge des Etoffes. Du moment que j’ai connu cette invention j’ai été furpris que des Fabriquants d’une ville auflî éclairée dans l’emploi des foies aient donné dans un- ufàge auflî ridicule que celui de luftrer les foies / attendu qu’ils y ont une perte réelle par le déchet que le luftrage leur * occafionnej
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- Septième Section. L Part. De F opération de Tordre les Chaînes^ ôe* üccafionne : on a prétendu que cela allonge la foie , parce qu’effe&îvement le but de cette opération eft de chercher à allonger les écheveaux, ce qui le fait avec une force extraordinaire ; 8c j’ofo dire que quelque foin qu on y apporte , on ne fauroit éviter de cafter une partie des brins qui forment ce$ écheveaux : les tours de foie qui compofent un écheveau font fenfiblement inégaux en longueur ; il réfulte delà que ceux qui font moins longs doivent fe cafter à mefure qu’une trop grande force tend à les allonger, & fi lfon gagne un demi-pouce fur la longueur d’un écheveau, ce ne peut être qu’aux dépens de la grofleur de la foie. Il doit donc entrer plus de duites dans une aune ; il fe fait un déchet inévitable au devidage, il s’en fait un aux canettes, & il s’en fait encore un à la fabrication. Si les Fabriquants qui ont adopté cette méthode veulent bien y prendre garde, ils trouveront que le demi-pouce qu’ils gagnent dans la longueur d’un écheveau, leur fait perdre au moins un quart de pouce fur fà longueur première , fans compter la peine qu’on donne de plus à la Devideufe, au Faifeur de canettes , & à l’Ouvrier qui fabrique l’Etoffe.
- On a répondu à ces remarques qui ont été faites par bien d’autres perfon-nés y qu’on avoit de plus belles Etoffes, comme fi une foie énervée pouvoir donner une perfeétion aux Etoffes, quelles qu’elles puiffent être. On a prétendu que dans les Etoffes dont les fleurs font faites par la trame, elles avoient plus de brillant, parce que le luftrage donnoit à la foie une forte d’éclat qu’elle n’a pas en fortant d’entre les mains du Teinturier. Il eft vrai qu’on peut obtenir cet effet en quelque façon ; mais fi on avoit pris garde que cet éclat n’eft, pour ainfi dire, que l’affaire du moment, on ne s’y attaeheroit pas , parce que la foie étant énervée, les filaments qui la composent font caffés & ne tiennent ou ne font contenus que par- le tord du moulinage ; mais bientôt ces filaments échappent de leurs tords, forment un duvet qui au moindre frottement fe raffemble 8c fe cotonne, de maniéré que cette foie qui étoic il y a un inftant toute brillante devient opaque : voilà les effets que produit le luflroir , effets qui nuifent confidérablement à l’Etoffe, 8c en même-temps au Fabriquant lui-même par le diforédit qui s’enfuit néceflàirement ; & j’ofe avancer que les Fabriquants qui employent les foies qui n’ont reçu que le chevillage du Teinturier intelligent l’emporteront toujours fiir ceux qui les font luftrer.
- Cette obferyation m’a paru eflèntielle pour les Fabriquants, & conféquem-ment pour le commerce des Etoffes : je reviens à l’emploi des filofelles, fleurets , galettes , crifentins & autres fileries provenant des foies : non-feulement on les trie en grofleur & en teinte , mais on a foin en dévidant de réparer tous les écheveaux, & en faifànt les canettes on fépare aufli cellej qui proviennent d’un écheveau d’avec celles qui proviennent d’un autre ; afin qu’en les employant à l’Etoffe on ne fafle pas des barres ; car on a remarqué que Étoffes de Soie. VII. Part,. N y
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- 4i8 VART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- chaque écheveau de filerie a quelque chofede différent, ou dans la teinte,ou dans la groffeur: ainfi en les tiffant les uns après les autres, on eft fur de ne pas multiplier ces barres, qui ne font autre chofe que l’oppofition d’une teinte à l’autre ou d’une groffeur à l’autre $ qui cependant donnent une défec-tuofité à l’Etoffe ; mais par le moyen du choix qu’on en fait, ces barres font & moins fenfibles & moins multipliées*
- On a les mêmes précautions pour les laines, pour les fils , pour les poils de chevre , Sc pour les cotons qu’on emploie dans des chaînes de foie , parce que tous font fufceptibles des mêmes défauts plus ou moins.
- Les obfervations que je viens de faire for les fileries, feront appliquées à toutes les Etoffes pour lefquelles elles fervent de tiflu : ainfi je ne dirai plus rien à ce fojet.
- Nous avons vu tout ce qui concerne les Taffetas , Gros-de-Tours , Gour-gourans, Sec. Nous allons voir tout ce qui concerne les Serges ; ce fera le fojet du Chapitre fuiyant.
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- Septième Section. I. Part, De la fabrication des Serges* 415»
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- CHAPITRE SECOND.
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- JDe tout ce qui concerne la fabrication des Serges unies.
- La Serge efi un tiflu différent de celui du Taffetas; il y a même de différents tiflus parmi les Serges. C’eft ce que je vais tâcher de faire connoître dans ce Chapitre.
- J’ai mis le Traité des Serges après celui du Taffetas, parce que j’ai toujours penfé que le tiflu des Serges n’avoit été connu qu’après celui des Taffetas , puifque fa compofition efl: plus compliquée, 8c que d’ailleurs on a beaucoup varié dans ce tiflii, ainfi que nous aurons occafion de le voir par les différents genres de Serges que je vais décrire.
- Je dis que la compofition du tiflu des Serges efl plus compliquée que celle idu Taffetas; pour s’en convaincre il faut favoir que pour la Serge la plus facile à armer, il faut quatre marches 8c feize eftrivieres, tandis que pour le Taf* fêtas à huit liffes, on a vu que deux marches fuffifoient, 8c qu’on n’employoie que huit eflrivieres, à moins que ce ne fût une armure faite au carrette.
- Je crois que les Tifferands en toile font plus anciens dans le tiflu des Ser* g es j que ceux en laine > & encore plus que ceux en foie ; je crois même que ce font eux qui ont inventé ce tiflu ; on le reconnoît dans un genre de toile dont on fe fert dans nos Provinces pour linge de table , au lieu des toiles ordinaires dont on fe fért à Paris : les toiles fergées dont je veux parler font formées par un tiflu pareil à celui des Raz-de-Saint-Cyr, des Raz-de-Saint-Maur, &c. dont je ferai la defcription dans ce Chapitre ; dans le Languedoc , dans la Provence, 8c dans quelques autres de nos Provinces Méridionales > oti appelle ces toiles toiles de corda , pour les diftinguer des toiles ordinaires faites par l’armure de nos Taffetas. Ce genre de toile ne préfente jamais la beauté des premières ; mais je penfe que ce qui les a fait adopter , c’eft qu’elles font d’un plus long ufer , 8c dans quelques unes de nos Provinces elles tiennent lieu des ferviettes 8c des napes ouvrées qui font en ufàge à Paris, &c.
- Si l’ufèr des toiles fergées efl meilleur que celui des toiles ordinaires, il en efl de même de toutes les Etoffes de foie qui tiennent de ce tiflu, à la beauté près, elles doivent être préférées aux Taffetas.
- Parmi les Fabriquants en Etoffes de foie, on a varié le tiflu fergé ; au lieu que chez les Tifferands, ils fe font arrêtés au premier tiflu, c’eft-à-dire , à celui qui tient de nos Raz-de-Saint-Cyr , &c. Il efl vrai qu’ils ont ouvragé leurs toiles de plufieurs maniérés, 8c iis en ont pouffé la beauté fi loin, que j’en ai vu en grain d!orge , toile façonnée à la marche , qui s’eft vendue jufqu à
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- .420 VART DES ETOFFES DE SOIE.
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- s8 livres Faune quarrée , 8c dans la même beauté on a fait des toilesdamaf-
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- fées qui fe font vendues jufqu’à 24 livres.
- 3’ai toujours imaginé que ce font les Tifferands qui ont eu les premiers ridée d'ajouter des deffeins à leur tiflu, 8c que ce n’eft que d'après eux que nous avons perfectionné nos Etoffes de foie, tant pour leur beauté que par leur variété ; cependant qu’on ne s’y trompe pas ; fi la fabrique des Etoffes eft portée à un degré fi éminent de beauté, elle n’a point de bornes pour la variété, dont elle eft fufceptible à l’infini ; 8c c eft ce qu’on reconnoîtra par la diverfité qui fè rencontre à chacun des genres que j’ai à décrire; on le reconnoîtra encore mieux dans les affemblages des différents genres eux-mêmes.
- Nous avons dans le genre des Serges les Raz-de-Saint-Cyr, les Raz-de-Saint-Maur, 8c les Batavias, qui font fous la même armure ; les Serges à fix liffes qu’on appelle communément Serges a trente-Jix eflrivieres, on fait des Serges à huit liftes , ainfi que des Serges farinées , des draps de Soie , & des Hollan-doifes ; ce font tous ces genres de Serges qui feront traités dans ce Chapitre : je joindrai la double Serge, Etoffe peu connue encore que j’ai inventée moi-même , & dont l’ufàge eft plus folide que celui des draps de Soie.
- Je démontrerai le tiffu de chacune des Etoffes que je traiterai ; je commencerai ici par celui des Raz-de-Saint-Cyr ; enfuite j’en ferai voir l’armure , & je ferai connoître la différence qu’il y a entre les Raz-de-Saint-Cyr eux-mêmes ; en quoi le Raz-de-Saint-Maur différé du Raz-de-Saint-Cyr, ayant leur tiffu égal; & pourquoi le Batavia différé de l’un & de l’autre, malgré l’égalité de fon tiffu avec le leur \
- Quand on fabrique le Raz-de-Saint-Cyr, pour y incorporer la trame qui en forme le tiflu. * il faut que la chaîne foit partagée moitié par moitié à l’ouverture du pas qui reçoit la navette ; mais cette moitié différé de celle des Taffetas que nous avons vus, en ce que les fils ici fe croifent deux par deux fuivant l’ordre que je vais faire remarquer, & qu’on finira de connoître parles révolutions qu’on fait faire au moyen de l’armure.
- î La figure 1 de la Planche 42, fait voir le tiflu du Raz-de-Saint-Cyr ; la chaîne eft repréfontée par les fils a> a 9a, a 9a, b, b,b , b9b , c, c, c, c, ci d9d9d9d 9d9 ainfi que les révolutions différentes que font les fils quicom* pofent le tiflu : en fuivant tous ces fils les uns après les autres, on trouvera que tous les fils a 9 a, 8c c. font également difpofés ; que ceux b , b, 8c c. le font de même, ainfi que ceux c, c , & c. & ceux d9 d98cc. Pour bien com-; prendre l’effet de ces révolutions , il faut lavoir que l’on emploie quatre liffes feulement pour faire lever & defcendre tous ces fils ; & fi l’on veut y. prendre garde, on appercevra que lorfqu’on ouvre le pas pour incorporer les duites e>f*g, h ,&c. les fils a, a9 a9 a, a, lèvent enfemble avec ceux b 9b 9b9b 9 b, 8c que lorfque ces derniers lèvent un foconde fois , ils levenc avec les fils c9c9c9c9c; enfuite c es fils c, c, &c. levant une féconde
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- Septième Section. I. Part. De la fabrication des Serges. 421 fois font niûs avec les fils d9 d , , d9 d9 par la même conduite \ ces derniers fils levant une fécondé fois , montent avec les fil sa ,a , a , a, a: par là on peut reconnoître que chacun des fiJs qui compofent une chaîne de Raz-de-Saint-Cyr, leve deux fois confécutives , & que chaque fois illeve avec un de fes voifins ; la première fois ils lèvent avec leurs voifins à gauche , & la fécondé fois c’eft avec les fils à droite, enforte que pour former ce tiffu , on voit toujours lever enfemble deux fils voifins, & Ton voit en même-temps defcen-dre les autres deux fils qui compofont le même cours. La figure dont nous nous occupons eft compofée de vingt fils qui fuppofent cinq cours de quatre fils chacun. Ces cours font défignés par "les lettres a , b9 c , d; nous remarquerons auffi que les duites de la trame font aufli défignées par cours ; car dans la révolution des fils de la chaîne, on appercevra que tous les fils a, a %a , a9a9 paflént fur les duites e9 h, &c. & fous celles/', g9 &c. tous les fils by b y &c. paflent fur les duites e f 9 &C. & fous celles g, h , &c. les fils CyCyCyCyCy pafîent fur les duites/', g9 &c. & fous celles e , h, &c. & enfin les fils d9 dfd9d9 d, partent furies duites g, h9 g9 h, &c. & fous celles e9f, Scc. En confidérant Tordre des fils, on reconnoîtra facilement que ce tiffu n’a point d’envers * parce que les fils partant fucceffivement fur deux des duites défignées , ils paflent fucceffivement auffi fous les deux duites fuivantes. Il faut remarquer auffi que les duites font couvertes par deux fils de fuite , & que les deux fils voifins paflent deffous ; que cet ordre eft obfervé dans toute l’étendue d’une piece de Raz-de-Saint-Cyr fabriquée, fans quoi il y aurok des fautes irréparables.
- Les effets de la chaîne & de la trame , font de former une petite côte qui va obliquement d’une lifîere à l’autre dans le même fens defïus comme deflous; c’eft l’effet générai des Raz-de-Saint-Maur , Si des Batavias ; mais il n’eft produit que par l’armure ; c^r fi Ton emploie quatre lifles , & que le cours des mailles foit exaélement fuivi de la maniéré que nous l’ayons vu dans le remettage des Taffetas , il eft certain qu’avec ces quatres lifles , on pourroit faire du Taffetas, & fi le Raz-de-Saint-Cyr différé de cette première Etoffe, ce n’eft que par la maniéré de faire mouvoir les lifles.
- Le mouvement qu’on donne aux lifles eft toujours produit par le moyen des marches , des carquerons , des chappes, ou des carrettes, &c. mais ce que nous appelions faire mouvoir différemment les lifles d’une Etoffe que celles d’une autre, eft feulement produit par Tordre du mouvement qu’on leur fait tenir.’ Nous venons de remarquer que les fils de la chaîne font toujours levés deux par deux l’un à côté de l’autre, & qu’en même-temps les deux fils voifins baîffent pour que la chaîne foit également partagée : en ceci les Raz-de-Saint-Cyr ont une différence fenfible par leur tiiîu avec celui du Taffetas ; car le tiffu de cette derniere Etoffe eft beaucoup plus fimple , comme on peut le reconnoître fur la figure 1 elle-même ; il faut feulement regarder les verges Étoffes DE Soie. FIL Part. O y
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- 422 L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- ^™sszs£~ A, A9 & prendre garde à la direction que les fils a y b , c 9 d, &c. tiennent Planche entre ces deux verges , & comparer cette même direction avec celle des mêmes fils , entre les duites f9 h) de la trame B , & Ton fera forcé de convenir que la différence qui fe trouve dans Tordre que tiennent ces fils eft bien grande de Tune à l’autre, Sc que pour y parvenir, il faut des arrangements dans les liffes qui font mouvoir les fils, différents de ceux qu’on a employés pour les Taffetas.
- On prendra garde cependant que quel que fbitle mouvement qu’on donne aux fils d’une chaîne pour en former le tiflu , on conferve toujours la même croifurê entre les fils des chaînes , comme on le voit entre les verges A , A; c eft la même qu’on a faite par l’envergeure de l’ourdiffage ; ce qui fait connoître que l’on enverge en ourdiflànt d’une maniéré égale pour les Raz-de-Saint-Cyr s Sc pour les Taffetas ; Sc pour mieux dire * on envergera de la même maniéré les fils de toute forte de chaînes , pour toutes les Etoffes, ainfî * que nous l’avons vu dans le Traité de POurdiflage ; & l’on a toujours foin de confèrver cette envergeure, comme étant le principal guide de tous les fils dont une chaîne eft compofée.
- cJe ne dirai rien actuellement du remettage des Raz-de-Saint-Cyr, Sec. parce que tous ceux dont je parlerai fucceffivement n’ont rien de particulier dans cette partie de leur préparation, Sc que c’eft le remettage des Taffetas dont on fait ufâge ; cependant je ferai obligé d’en dire quelque chofe par la fuite, àmefure que j’en ferai voir les armures : je commencerai par les deux principales qui font les plus en ufage ; après quoi je ferai voir qu’on peut changer l’armure en changeant Tordre du remettage , ce qui fe pratique quelquefois , & qu’on deyroit pratiquer toujours pour y avoir moins d’embarras 9 & plus d’aifance dans la fabrication.
- La première des armures pour le Raz-de-Saint-Cyr, eft repréfentée par la figure a, Planche 42 ; elle eft faite fuivant la méthode des Fabriquants de Paris, c’eft-à-dire, que pour faire mouvoir les quatre liffes C, D ,E9 F> on emploie les carquerons G , H, I, K, les tire-liffes a , b, c, d > & les ailerons e g, h , qui font au carrette , ou plutôt à ce que nous avons appelle Châtelet dans la defeription de cette forte d’uftenfile : j’ai déjà prévenu qu’on ne pouvoit pas éviter d’employer quatre marches ; elles doivent être rangées comme le font celles L, M, N, O.
- J’ai repréfenté cette figure de maniéré que le Métier ne nous empêchât pas de voir fon arrangement ; puifque j’ai feulement deffiné le pied de Métier P , ou tiennent les talons des carquerons & ceux des tires-liffes dont je viens de parler tout-à-l’heure ; ils font enfilés par la broche de fer i, qui eft paffée par un bout dans le montant Q, & par l’autre dans la queue k de l’oreillon R , qui tient à la banque S.
- Les liffes C, D F, font fufpendues chacune par une des arcades /,
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- Septième Section. I. Part. De la fabrication des Serges. 423 qui font paffées chacune dans un des bouts des ailerons par le haut ; <& par le bas elles font attachées aux üfferons fupérieurs des lifîes par les deux bouts de la maniéré que nous l’avons dit dans les articles des fufpenfions des liftés ; à l’autre bout des ailerons font fixées les cordes des carquerons my n , 0 , p , qui font paffées par leurs bouts inférieurs, chacune dans un des carquerons eux-mêmes.
- A chacun des carquerons font attachées deux des eftrivieres q 3 q 3 r, r, s 3sy tyt\ & celles v , v , x 3 x,y 5y % £, ç , font attachées aux tires-Üftés, deux à chacun.
- En fuivant l’ordre de ces eftrivieres, on voit que leur correfpondance eft de huit pour les carquerons , <£ huit pour les tires-Üftés ; on remarque en même temps que les huit eftrivieres qui tiennent aux quatre carquerons font deftinées à faire lever les liftes, tandis que les autres huit eftrivieres qui appartiennent aux tires-Üftés font placées pour faire baiffer ces mêmes liftes ; car elles ne pourroient faire les deux a étions à la* fois toutes enfemble , mais bien par divisons , ainfi que nous allons le voir dans i’inftant.
- On doit fe fouvenir que chacune des marches doit faire lever deux des quatre üffes, & faire defoendre en même-temps les deux autres ; ainfi la première marche eft armée de maniéré à faire monter les deux liftes C, D , & à faire defoendre celles E > F ; la marche M fait monter les deux liftes Dy F, & fait defoendre celles F, C; la marche N fait monter les deux liftés E , F , & fait defoendre celles C, D ; & enfin la marche O fait monter les deux üffes £7, F > & fait defoendre celles E) y E : voilà toutes les combinaifons qu’on peut faire avec quatre liftés en les faifant mouvoir deux par deux * ce fondes mêmes combinaifons qui déterminent le tiffu du Raz-de-Saint-Cyr, des Raz-de-Saint-Maur, & des Batavias.
- Nous venons d’expliquer le mouvement que les marches font faire aux Üffes ; il s’agit de fovoir par quels moyens ces mouvements leur font communiqués : les deux eftrivieres q , q, étant attachées aux deux carquerons G , H y à mefore qu’on enfonce la marche L, à laquelle ces deux mêmes eftrivieres font attachées par le bas , on attire ces deux carquerons , lefquels par la communication qu’ils ont avec les ailerons e, f, au moyen des cordes m, n9 font lever les deux premières Üffes qui font fufpendues aux deux mêmes ailerons par deux des premières arcades /, / ; le même enfoncement de la marche fait dans I’inftant defoendre les deuxèdernieres Üffes , parce que les eftrivieres v, v tiennent aux deux tire-Üffes a, b , lefquels correfpondent avec les deux dernieres üflés par les deux tirants T , F, qui tiennent à leurs üftérons inférieurs : par un femblable arrangement , la marche M fait monter les liftés D, F, 8c fait defoendre celles C3 F , parce que les deux eftrivieres r 9 r, font attachées l’une au carqueron H , & l’autre à celui /. Les cordes n , o , qui font attachées par le bas à ces carquerons, &par le haut aux ailerons f >g y
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- zzüzzzïattirent la fécondé & la troifieme lifles qu’on voit fufpendues aux arcades Z,Z, Planche qui tiennent aux deux ailerons du milieu ; par la même marche on fait defo ^2* cendre la première & la derniere lifle * parce que les eflrivieres x9 x , tiennent aux deux tires-liflcs a ,d 9 dont les tirants T , X, font attachés aux liflerons inférieurs des lilîès C > F ; en enfonçant la marche N 9 on fera lever les liftes E, F, par la correfpondance qu’elles ont avec les carquerons /, K , au moyen des cordes o , p qui y font attachées , ainfi qu’aux aîlerons g 3 h 3 à un des bouts defquels font attachées les deux dernieres arcades Z, l , auxquelles font fufpendues nos deux lifles ; & parce que les deux eflrivieres s , s , font attachées aux deux mêmes carquerons & à cette marche , les deux autres lifîes font forcées de defcendre par le même enfoncement, d’autant que les eflrivieres y 9y, tiennent aux tires-lifles c> d9 dont les tirants X 9 Y, tiennent aux deux liftes qu’on fait defoendre. La marche O, qui eft la quatrième & derniere du cours , fait lever la lifle C , ôc celle F, au moyen de ce que, les eflrivieres t, t9 font attachées aux carquerons G , K, dont les cordes m 9 p 9y font attachées , & tiennent en même-temps aux bouts des aîlerons e, h, à l’autre bout defquels font fufpendues nos deux lifles aux bouts de la première Sc derniere des arcades Z, Z : les tirants V, Y, étant liés aux tire-lifles b, c 9 auxquels tiennent les eflrivieres , qui corref-pondent à la marche O > dont nous nous entretenons, font defcendre par le même mouvement de cette marche les deux lifîes D , E.
- Voilà une explication fuffifante des différents mouvements qu’on doit faire faire aux lifles ; mais je crois devoir les faire connoître par des figures fimples: je fens que ces defcriptions quoique courtes font toujours faftidieufos ; mais comme la partie des armures des Etoffes eft la plus difficile pour l’exécution , je crois qu’on ne me faura pas mauvais gré de faire voir les quatre différentes montées , & les quatre différentes defcentes des lifîes , fuivant les com-1 binaifons que je viens de détailler ; c’eft ce qu’on va voir par les première , fécondé & troifieme figures de la Planche 43,
- Si je ne connoiflois les difficultés qu’on rencontre à mettre les Ouvriers en état d’armer eux-mêmes leur Métier ; je ne croirois peut-être pas cette partie de mon Art aufli fufceptible d’explication ; mais quand on faura que des Ouvriers qui travaillent depuis vingt ans, & même qui ont travaillé toute leur vie , ne font fou vent pas en état d’armer un Métier pour la plus fimple des Etoffes, on ne fora pas furpris du foin que je prends d’entrer dans le détail le plus exaéî, d’autant mieux que j’efpere de mettre l’homme le moins intelligent en état d’armer un Métier, ou de le faire armer par un autre. Nous allons commencer par la figure 3 , de la Planche 42 9 elle eft vue de profil ; elle repréfonte le mouvement que la marche L de la figure 2 , fait faire aux lifles : nous la voyons ici enfoncée en A, & telle que l’Ouvrier la contient en lançant fa navette dans la fogue a : c’eft par cet enfoncement que les lifles fc
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- réparent pour ouvrir le pas 5 ainfi en parcourant les lilïès St les cordages cjui concourent à les faire mouvoir , on trouvera que les eftriviefes b, b , font les mêmes que celles q, q , de la figure précédente , que celles c, c , font suffi les mêmes que les eftrivieres v , v,que nous ayons vues. Enfuivanc la direction des unes & des autres de ces eftrivieres, nous verrons que les deux
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- premières de la figure dont nous nous occupons, tiennent aux deux carque-rons B, C, dont les cordes d9 e , font cenfées appartenir aux deux premiers ailerons du carrette que nous ne voyons pas, mais que nous devons fop* pofer être celui Z, de la figure 2 ; les deux fécondés eftrivieres tiennent aux deux tire-lifles D , Zs , dont les tirants/’, g9 tiennent aux lifîes F, Gp qu’elles font defcendre , tandis que celles H, /, montent par la correlpondance des ailerons avec les cordes d9 c, 8c avec les arcades h , i, qui font attachées à leurs lifterons fupérieurs. Quant aux mouvements des autres parties de cette figure , nous allons les reconnoître dans les trois premières figures de la Planche fuivante ; & fi nous voyons ici la marche K élevée, c’eft qu’elle eft attirée par la montée des liftes H, /, qui font monter avec elle les tirants
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- k, /, les tire-liffes L, M, 8c les eftrivieres n, n; la defcente des deux liftes F, G, fait monter les carquerons N y O, par la correfpondance qu’elles onc avec les ailerons auxquels tiennent les cordes p , q ; & par la même raifon, ces cordes contribuent aufli à faire monter la marche K 9 parce que les eftrivieres r, r, y font attachées. Cette marche fuppofo la fécondé marche de l’armure ^ ou pour mieux dire elle fiuppofe les trois autres , c’eft-à-dire , celles M, iV, 01 de la figure 2 ; car il faut remarquer que fuivant l’armure que nous venons de voir , toutes les fois qu’on enfonce une des ma'rches , les autres trois font forcées de monter , & cependant 011 ne pourroit pas en enfoncer trois à la fois ni même deux ,, parce qu’il y auroit contrariété ; c’eft ce que je ferai bientôt connoître par des raifons effentielles pour toutes fortes d’armures. Paflbns auparavant à la figure 1, de la Planche 43 : on reconnoîtra que la marche A 9 qui y paroît enfoncée eft la fécondé marche de l’armure, c’eft-à-dire , la Planche marche M, de la figure 2 , de la Planche précédente : en comparant i’arran- £3* gement que nous fait voir cette marche avec la defoription que j’en ai faite fur la Planche précédente , on verra qu’elle fait defoendre les liftes B , C j qui font les première & derniere de notre figure 2 de l’autre Planche , 8c qu’en même-temps elle fait monter les deux liftes D, E , qui font les deux liftes du milieu. Suivons notre figure, & nous allons voir que cet effet efl produit par l’ordre que j’ai fait remarquer qui régné dans les cordages , dans la pofition des tire-lilfes, des carquerons, & dans celle du carrette que nous ne voyons pas, & que je n’ai pas cru devoir deffiner pour ne pas multiplies les figures ; d’autant qu’en joignant ces figures à celle 2 de la Planche pré-; cédente, on ne doit avoir rien à délirer de plus à ce fujet. Ainfi notre marche A, attire avec elle les eftrivieres a , a, b , l : les deux premières de cç$ Étoffes de Soie. VIL Part. Pj*
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- *deux eftrivieres attirent les carquerons F, G, & par les cordes ci c qui y font attachées font monter les liftes D, E : par les mêmes raifons que nous avons expliquées fur la figure précédente , la marche H, eft forcée de monter , c’eft-à-dire , que les eftrivieres d, d9 font attirées par les deux liftes qui montent, par la correfpondance qu'elles ont avec les tirants c, c : au moyen des tire-lifles /, /, auxquels ces eftrivieres/', f9 qui tiennent aux carquerons K y K j répondent, elles contribuent ainfi à faire monter la marche H, parce que les eftrivieres b , b , étant attachées aux tire-lifles L, L , & attirant les deux liftes auxquelles elles correfpondent, attirent en même-temps les cprdes des carquerons g, g* Nous obferverons dans cette figure , qu’on n’y a repréfenté que les deux marches du milieu, & nous fuppoferons qu’on a retiré la première pour qu’on apperçût en entier l’arrangement de ces deux-ci.
- La figure 2. de la même Planche repréfente en M, la troifieme marche de notre armure ; elle eft enfoncée comme celles A, A des deux figures précédentes ; elle fait defcendre les deux liftes N, N, & fait monter celles O y O. Il eft inutile de répéter ici tout ce qui a été dit dans les deux figures dont nous venons de nous entretenir ; il fuffit d’obferver que les eftrivieres h y h 9 i, z, kykylyly contribuent à tous ces mouvements au moyen de leur correfpondance avec les carquerons P, P, P , P, avec les tire-liffès m 3 m y m % m, avec les tirans n, n, n, /z, avec les cordes p9p9p9p9Sc avec les arcades q, q, q9 q ; ainfi les arrangements de toutes ces parties étant les mêmes, on ne voit de différence ici qu’en ce que ce font les deux premières liftes qui defeendent, & que dans la figure précédente ce font la première Sc la derniere qui ont defcendu : comme il faut néceflàirement pour notre armure faire monter les liftes qu’on ne fait pas defcendre , par celles qu’on fait monter on fait lefquelles il faut faire defcendre. Nous remarquerons de plus fur; cette figure que la marche M y & celle Q que nous y voyons, font les deux dernieres marches de l’armure.
- Les marches R, S de la figure 3, fiippofent la première & la derniere marche de l’armure dont nous nous occupons ; la première par fon enfoncement fait monter & defcendre les liftes T 9 T, E, V\ les mouvements font encore procurés par des arrangements conformes à ceux qui font représentés Sc décrits fuivant les trois figures précédentes , avec la feule différence qu’ici ce font les première & derniere liftes qui montent, au lieu que dans les autres figures ce ne font pas les mêmes, attendu qu’à chaque figure il y a une différence dans la combinaifon, qui eft cependant facile à connoître, & qui eft même remarquable , en ce qu’une des deux liftes qui montent fe trouve en haut dans deux des figures fucceflivement ; ainfi la première Sc la fécondé lifte lèvent dans la première de nos quatre figures 5 la fécondé la troifieme lèvent dans la fécondé figure ; la troifieme & la quatrième lifte lèvent dans la troifieme figure, & la quatrième Sc la première lifte lèvent dans
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- ’ Septïeme Section. I. Part. De la fabrication des Serges* 427 ta quatrième ; conféquemment la première liflè leye dans la derniere , & dans -la première figure; la fécondé liflè leve fucceffivement dans la première 8c dans la fécondé figure ; la troifieme liflè leve tout de fuite dans la fécondé &dans la troifieme , & la quatrième liflè leve dans la troifieme 8c dans la quatrième : par une raifon inverfe la defcente de ces mêmes liftes eft deux par deux, 8c chacune defcend fucceffivement deux fois ; mais ce ne font jamais les deux mêmes qui defcendent à la fois, ainfi qu’à leur montée ; car à chaque marche qu’on arme ,ona foin de prendre celle des lifles qui n’a pas encore monté , pour la fubftituer à la place de celle qui a déjà monté deux fois : ainfi à chaque marche on fait monter une des lifles qu’on vient de faire defeendre*' comme auflï on en fait defeendre une de celles qu’on a fait monter.
- Quelle que foit la combinaifon, de celles que nous venons de voir, qu’on mette en mouvement, on ouvre toujours également le pas , c’eft-à-dire , qu’on forme toujours une fogue égale, comme le font celles a,r> s, t de nos quatre figures: il faut obferver que ces fogues ne forment qu’une feule ou ver*: ture du côté de l’Etoffe que j’ai fuppofée être du côté de la fogue de chacune de ces figures ; & pour y parvenir on prend les mêmes précautions que j’ai recommandées à ce fujet fur les différentes armures ‘du Taffetas*
- Suivant ce que nous venons de voir, il eft facile d’armer un Métier a faire les Raz-de-Saint-Cyr, de Saint-Maur, & les Batavias, on n’a qu’à fifivre les quatre dernieres figures, 8c en affeéter une à i armure de chaque marche; 8c fi par hazard ou faïfbît quelque contrariété dans l’une ou l’autre armure , on s’en appercevroit autant par la levée des lifles qui ne feroient pas conformes à ce que j’ai repréfenté* que par un mouvement qui pourroit ne pas permet* tre aux lifles de monter ni de defeendre ; car fi on attache les eftrivieres d’un tire-liflè à la marche où eft attachée celle du carqueron qui doit faire monter la liflè, & à laquelle eft attaché le tirant qui répond à ce tire-liflè , il eft certain qu’il y aura une contrariété dans le mouvement ; de forte qu’il ne fèroic pas poflible que la liflè pût ni monter ni defeendre, attendu qu elle feroic attirée par le haut 8c par le bas.
- Pour bien entendre ce que je veux dire, il fuffit de jetter les yeux fur la figure 4, qui peut être appliquée aux armures d’une quantité d’autres Etoffes que nous avons à voir, & qui font fufceptibles de la plus grande exaélitude: ainfi par cette figure nous voyons une marche A, armée à faux , c’eft-à-dire,' que les eftrivieres a, a, ou celles b , b qui y font attachées, devroient ré* pondre à d’autres carquerons ou à d’autres tire-liflès que je n’ai pas repréfentés, mais qu on peut voir par la figure 2 de la Planche précédente, ou par celle de cette Planche-ci. Si on veut laiflèr fubfifter les deux premières eftrivieres fut les deux tire-liflès B , B , il faut porter les eftrivieres b, b 9 fur deux autres carquerons , tels que ceux C, C de la figure 5, qui font les deux derniers du cours ; & fi l’on vouloit laiflèr fubfifter ces deux dernieres eftrivieres fur les
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- r deux carquerons D, D , il faudroit alors que les eftrivieres a , a , appartint fent à deux autres tire-1 ifles que ceux auxquels elles font attachées ; il faudroit donc les tranfporter furies deux derniers tire-lifles du cours, tels que ceux E> E% *de la figure 5. Par la première de ces deux combinaifons, on auroit l’armure de la première marche du cours, telle que nous la fait voir la marche enfoncée de la figure 3 de la Planche précédente ; & par la fécondé de ces combinaifons nous verrions larmure de la marche R , fig. 3 , de notre Planche43. Pour bien entendre en quoi pèche cet arrangement * il fuffit de faire attention que par les deux eftrivieres a , a, la marche A , tend à faire defcendre les deux liftes, parce que les deux tirants e, e, qui tiennent chacun à un des lifterons inférieurs de ces liftes, font attachés aux mêmes tire-lifles auxquels font liées les deux eftrivieres Æ, b, & tendent à faire monter les deux liftes qui font attachées aux carquerons D,D, & que par conféquent elles doivent faire defcendre. Ces deux carquerons font placés de maniéré à faire monter nos deux liftes ; mais d’un côté ces carquerons peuvent les faire lever , les. deux tire-lifles peuvent les faire defcendre ; donc il y a contrariété, attendu que les liftes font attirées par-deffus & par-deflous : pour remédier au faux de cette armure, il faut comme je fai déjà dit, changer les eftrivieres de carque-' rons, de tire-lifle ou de marche.
- Ce qui me détermine à entrer dans un détail fi exaél, c’eft que fort fou-, vent j’ai vu des Ouvriers qui failant des fautes de cette nature dans leurs; armures, ne trouvoient plus le moyen d’en revenir ; *il falloic qu’ils euflènt recours à d’autres Ouvriers, Sec. Souvent j’ai vu cafter des eftrivieres en vou-! lant enfoncer une marche, lorfqu’ily avoit contrariété dans l’armure ; ce n’effi pas précifément aux Raz-de-Saint-Cyr que j’ai vu ces difficultés, mais dans Far*; mure des Damas, dans celle des Florentines à Liage, & dans une quantité d’autres Etoffes qui exigent le même foin ; c’eft ce qui peut arriver dans l’ar-H mure de toutes les Etoffes où l’on a des liftes de rabat, ou des liftes de fond à faire rabattre : cet inconvénient arrive ou peut arriver aux Taffetas que nous avons vus, foit qu’on les arme au carrette, foit qu’on les arme aux chappes ; 8c pour le dire en un mot, on doit le prévenir dans toutes les armures où l’on a des liftes à faire monter 8c d’autres à faire defcendre.
- La figure 5 dont nous allons nous entretenir 3 nous fait voir la partie d’une armure où il y a une erreur d’une autre efpece , & qu’on doit éviter encore plus foigneufement que la contrariété qui ne fàuroit nuire à l’Etoffe, puifo; qu’il eft impoflible de faire ouvrir le pas ; au lieu que dans ce que nous allons voir, il eft poffible de faire l’Etoffe, mais fous une faufîe armure. La marche K, eft armée de maniéré à faire voir que les deux eftrivieres/', f9 font attachées chacune à un des carquerons L , Z, &que celles g9g, dépendent des tire-lifles E f E ; enforte qu’en enfonçant cette marche , on verra monter les liftes M> iV, & celles O} P defeendront. Je ne donnerai pas
- d’autre
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- Septième Section. L Part. De la fabrication des Serges. 429 'd'autre explication à ceflijet, fi ce n'eft que c’eft précifément ici 1 armure jses^ss^rsA de la première marche que nous avons vue & décrite par la figure 2 de la Planche précédente ; ce.qui fuppofè que cette marche eft bien armée; mais
- reftriviere h , qu'on voit à la marche Q , eft le commencement d'une fauflè1
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- armure; car cette eftriviere n'eft bien placée qu'autant qu'on voudroit armée à contré-fens de ce que j'ai fait voir ci-devant par les figures 2 Sc 3 de la Planche précédente, & par celles 1,2 & 3 , de celle que nous avons fous les yeux : il faudroit donc pour que l'armure ne fut pas fauflè , que l'on attachât I la fécondé eftriviere pour faire defeendre le dernier des carquerons C, C, Sc que pour finir d'armer ce-ttô marche, on fît defeendre le premier des tiredif-fes E , E , avec celui R ; du refte il faudroit fifivre l'armure des autres deux marches en rétrogradant de celle que j'ai décrite, Sc l'on obtiendroit le même effet pour les Raz-de-Saint-Cyr ; excepté que fur l'Etoffe les côtes que la chaîne forme obliquement de droite à gauche, feraient de gauche à droite , ce qui ne fauroit lui nuire en aucune façon, mais feroit contre l'ufage généralement reçu. Si au contraire au lieu de faire defeendre par notre marche Q le premier des carquerons L , L , & le dernier des carquerons (7, C, on ajoute 1® premier C, à celui L , auquel tient l'eftriviere h , on feroit forcé alors de faire defeendre avec eux le dernier des tire-liffes E , E , Sc celui R, ce qui feroit une ouverture en pas de Taffetas ; car fi l'on vouloit faire defeendre tout autre des tire—lifîes que ceux que je viens de dire, non-feulement on aurait une faufle-armure , mais on auroit contrariété : il faut donc éviter l'un Sc l'autre pour obtenir l'armure qu'on veut faire, fans quoi l'Etoffe qu'on vou«; r dra fabriquer aura des défeétuofités , & ne fera jamais la même.
- J'ai vu faire des pièces entières de Raz-de-Saint-Cyr Sc autres, avec des fauflès-armures, fans pouvoir reconnoître d'où provenoient les défeéluofités ; j’ai vu un Ouvrier vouloir armer un Satin a liage, & fi je ne m'en fufle ap-perçu, il eût fait toute une piece avec un huitième de la foie qui ne fe lioic pas au tilfu de la trame ; le hazard me le fit appercevoir; je ne meferois pas avifé de regarder en-deffous de l'Etoffe où la faute paroiflbit, fi je n’a vois ap» perçu des brins de foie plus lâches les uns que les autres : heureufement il n’y eut qu'environ une aune d'ouvrage de perdu. Voilà ce qui me fait faire toutes les obfervations que j’ai rapportées ; je crois qu'on ne m'en fàura pas mauvais gré, ainfi que d’un moyen fur pour parvenir à armer les Serges fans craindre de fe tromper, du moins autant qu'on voudra l'exécuter de la maniéré que je vais le décrire , & qui, fans contredit, eft la maniéré d'opérer la plus fimple dont on fe foit avifé ; la voici.
- Pour armer un Métier pour telle Etoffe que ce puiffe être à laquelle on emploie des liftes qu’on doit faire monter & defeendre, ou pour lefquelles on fe fert de liftes de rabat ou de liftes de liage, il faut feulement armer la montée des liftes, telle que chaque marche doit les faire monter fans avoir Etoffes de Soie. FIL Pan. Q $
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- égard à leur defcente ; après quoi on reprend fon armure pour faire descendre Flanche jes j^es doivent defcendre ou rabattre : fi l’Etoffe doit avoir fa chaîne
- fôm 1
- partagée moitié par moitié, conformément à celles dont nous nous occupons } il eft facile de faire defcendre les lifles qui ne montent pas, d’autant qu’en enfonçant la marche * on voit celles qui relient en fond, c’eft-à-dire, celles qui ne fuivent pas les mouvements de la marche qu’on arme ; alors on les joint chacune fucceflîvement ai^x marches de qui elles doivent dépendre ; par ce moyen on eft allure que pourvu qu’on ait armé des lifles de montée , on n’aura pu fe tromper à celles de defcente.
- Si l’armure qu’on veut faire eft pour des Etoffes qui outre les liftes de fond ayent des lifles de liage ou des liftes de rabat, ou les deux enfembie , ainfi que nous aurons occafion d’en voir par la fuite, il faut toujours commencer par armer les marches par les lifles de fond , enfuite on y joint celles de rabat , & l’on termine par celles de liage.
- Je fais cette obfervation, parce que la plus grande partie des Ouvriers qui arment leurs Métiers ont le défaut de vouloir armer à la fois une marche par tout ce quelle doit faire mouvoir ; c’eft delà que viennent les erreurs , & jamais ces armures ne font réglées avec autant de précifion qu’elles doivent l’être ; car il eft certain que toutes les fois qu’on n’a qu’un feul objet à remplir, on y parvient plus facilement que fi l’on eft occupé à la fois de deux ou trois: je connois les armures de toutes les Etoffes * j’en ai exécuté la plus grande partie, Sc toutes les fois que j’ai voulu fuivre une route différente , ou j’étois beaucoup plus long, ou je n’étois pas auffi correét.
- Ce que j’avance à l’égard des armures, eft fi certain que de quelque façori qu’on les exécute , il faut toujours y revenir pour en régler les cordes tant des cftrivieres que des autres, qui concourent au mouvement des lifles & à tout ce qui en dépend.
- Je donnerai cependant quelque moyen pour que l’on puiffè faire les armu» res * fans y retoucher qu’à mefure que l’enfuple de devant aura groflî fenfible-j ment par l’Etoffe qu’on aura roulée de deflus , & même ce qu’on aura à faire dans ce cas, prendra fi peu de temps qu’on pourra le compter pour rien : je ré-• ferve ces détails pour un article dans lequel je rendrai compte de tout ce que l’expérience m’a appris de partiçulier.
- §. I. De la fécondé Armure des Ra^-de-Saint-Cyr , 3c,
- » i . L’armure dont nous allons nous occuper ne change rien dans l’ordre de
- Flanche la révolution des fils de la chaîne ; conféquemment l’Etoffe eft toujours la ^ même , la différence n’eft donc que dans le moyen de faire mouvoir le$ liftes dans lefquelles font pafîes les fils.
- La figure i, Planche 44, va nous mettre au fait de la différence , qui
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- Septième SÉéTtôtfh|jfc Part. De la Jeconde arrtvnre des Ra^-deSalnt^Cyr* 431 exifte entre l’armure précédente & celle-ci; ici les lifTes font fiiïpendues à Un double carrette que nous avons nommé carrette à double batterie : pour s’en fervir il faut néceflàirement avoir des Carquerons volants, c’eft-à-dire* tels que celui que repréfente la figure 14 , Planche 13 , de qu’on voit ici en A 9 B 9 C9D.
- Les eftrivieres a , à 9 b ,b, c, c, i y d9e }e9f, /, g9g9 h, h9 fuivent le même ordre que celles qui font à la figure 2 , de la Planche 42 , excepté que celles c, e , f9 f9 g, g9 h , h y font* dune feule longueur depuis les lifte-* rons inférieurs des liiTes E , F 9 G ,H auxquels elles font attachées jufques aux marches I, K, L , M 9 auxquelles elles font armées ‘ de forte que dans cette armure il n’y a point de tire-liiïe, comme dans celles qu’on a vues Planche 42 ; la feule inlpeétion de notre figure fait fentir que l’on ne pourroît pas y placer de tire-liflés avec le même avantage que fur la première armure ; ainfi après qu'on a armé les eftrivieres a9 a 9 b 9b3 c, c, d3 d 9 on fait paffer les autres avec foin entre les carquerons, & on les y place pat ordre , ôc de façon à ne point fe croifer ; ainfi les deux eftrivieres e9 e$ font placées entre les deux carquerons A, B, celles f9 f9 paifent entre les deux carquerons B 3 C; celles g-, g 3 font placées entre les carquerons C9D * & celles h , h9 font derrière le carqueron D en liberté ; quant aux huit autres , elles tiennent deux à deux à un dec carquerons: par cet arrangement chaque marche fait lever deux liftes conformément à ce qui a été expliqué par l’armure faite au carrette fimple ; mais ici le carrette N eft à double bat# terie ; on n’en voit qu’une partie, afin d’avoir à découvert les arcades i, k * i 9m9Se les cordes n9 n , 0, o9 p 9 p >q , q9 qui font attachées par le haut aux ailerons (9,0 , P 9 P , Q, Q 3 R9 R3Sc par le bas des cordes attachées aux carquerons. En fe rappellant ce que j’ai dit de la fufpenfion des lifles au dou-ble carrette , 011 fe fouviendra que pour faire mouvoir une lifte, il faut mettre à la fois deux ailerons en mouvement, & qu’ils répondent enfemble au même carqueron : ainfi en parcourant cette figure, on reconnoîtra facilement que par la correlpondance que les carquerons ont avec les ailerons ^ chaque paire d’ailerons fait mouvoir une lifte feulement ; ainfi les deux ailerons O, O, attirés par le carqueron A , font monter la lifte H ; les deux ailerons P , P , par l’enfoncement du carqueron B , font lever la lifte G ; les deux ailerons Q, Q, attirent la lifte F, par le moyen du carqueron C, & par celui D, les deux ailerons R9 R9 font lever la lifte E : fi donc on compare la préfonte armure avec celle que j’ai déjà repréfentée, on verra que chaque marche fait defeendre deux carquerons qui font mouvoir deux ailerons de chaque batterie , & que néanmoins il n’y a que deux lifles qui puiflent monter : quant aux liftes qui doivent defeendre, on obtient cette defeente par les grandes eftrb vieres e > e > f, f9 g, g 3h9 h 9 que nous avons dit être attachées aux lifte-ions inférieurs des lifles. Il faut remarquer que fouvent on mec des arbalet*
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- 432 VAUT DES ÉTOFFES DE SOIE. tes aux lifterons, comme nous lavons vu par les figures 5 & 6, de la Planche i(5 , du refte on doit fe fouvenir de ce que fai dit à ce fujet pour ce qu'on doit préférer, foit d’attacher les eftrivieres ou les tirants aux lifterons , foit de fe fervir des arbalettes.
- La figure dont nous nous occupons n’eft pas repréfentée dans les réglés de la perfpeétive, je fuis fouvent obligé d'en ufer ainfi, pour faire appercevoir tout ce qui dépend de l'armure. Si dans cette armure j’avois voulu m’aftrein-dre aux réglés, je n’aurois jamais pu faire paroître les feize eftrivieres qui en dépendent, parce que l'une doit naturellement mafquer l'autre*
- Les arcades que j'ai repréfentées fur cette figure font fimples , quoique dépendantes chacune de deux des ailerons ; ce n'eft pas qu'on ne puilfe les mettre doubles conformément à la fufpenfion des liftes que nous avons vue par la figure 1 de la Planche 18- ; mais pour faire voir cet arrangement plus à découvert, j’ai cru devoir me fervir des arcades du petit carrette fig. 18, PL* 20 , afin qu’on apperçût plus facilement l'ordre qu’on leur fait tenir.
- Le carrette N 9 que nous fait voir notre figure, ne donne point de repos aux ailerons ni du côté des cordes de carquerons ni de celui des arcades , Sc même pour l'armure dont nous nous occupons, il faut abfolument ôter les chevalets qu'on met ordinairement aux carrettes doubles pour fervir de point de repos; voyez ceux dy dyfy f, fig. 6, PL 14, fur lefquels paftènt les ailerons du double carrette que cette figure reprélente.
- Nous obferverons encore ici que le carrette de notre armure , quoique' double, n’eft pas fait comme celui de la Planche 14 : il eft fèmblable à celui de la figure 1, Planche 18, dont nous venons de parler ci-deffus, avec la différence que les deux chevalets G, G, que nous avons vus fur ce carrette font fupprimés par des raifons que nous allons voir bientôt.
- Il y a beaucoup d'Ouvriers qui préfèrent cette maniéré d’armer les Métiers à celle que nous avons vue ci-devant par la figure 2, de la Planche 42 J parce que le pas eft beaucoup plus doux. L’effet de ces deux ailerons pour faire monter une lifte, eft celui de deux leviers fimples qui exigent la moitié moins de force : en cela cette armure doit être préférée ; mais fi l'on obferve qu’en travaillant on eft fujet à un balancement continuel des carquerons des marches , & quelquefois même des liftes, quelque précaution qu’on prenne pour les aflujettir, on préférera la première armure à celle-ci, fur-tout en faifànt attention que pour travailler, il n'eft pas befoin d'employer une grande •force pour enfoncer les marches de la première armure.
- L'armure dont nous nous occupons actuellement , eft encore ftftceptible d’un inconvénient qui rend la première préférable ; c’eft qu’à proportion de la longueur des ailerons * il faut quelquefois enfoncer la marche du double de ce qu'on l'enfonceroit à la première armure , enlorte qu'en partageant les •ailerons par le milieu de leur longueur pour leurs points d’appui ; il faut de£
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- Septième Section. ï. Part. Seconde Armure des Rca^de-Saînt-Cyr. 433 cendre la marche bien plus bas que l’efpace que parcourent les lifles en montant & en defcendant ne femble l’exiger ; il nen eft pas de même des car-querons à talon, tels que ceux de notre première armure, que Ton peut vpir féparément fig. 13, PL 13 , il s’agit feulement déplacer les eftrivieres le plus près poffible de leur point d’appui; alors en enfonçant la marche, leurs bouts décrivent une plus grande portion de cercle. Il en réfulte donc que les lifles font forcées de parcourir un plus grand elpace dans leur montée. Ce que je dis des carquerons doit être entendu des tire-liffes ; car s’ils décrivent une plus grande portion de cercle, ainfi que les carquerons, il eft inévitable que les lifles defeencfent plus bas. Conféquemment le pas fe trouve plus ouvert, 8c la fogue reçoit la navette avec plus de facilité.
- Si avec notre armure aéluelle on veut prévenir le trop d’enfoncement qu’on eft forcé de faire faire aux marches , il faut que le point d’appui des ailerons /bit plus reculé du côté des cordes de carquerons, que de celui des arcades ; mais alors la marchure devient plus rude à proportion de ce que le point d’appui fe trouve éloigné du centre, fur-tout quand la grande diftance fe trouve du côté qui leve. Je n’entrerai pas ici dans une differtation particuliers fur la proportion qu’il faut obferver pour le plus ou le moins de force qu*on perd, par la différence du point d’appui ; j’en ai dit- quelque chofe dans la deferipdon que j’en ai faite ; d’ailleurs ce font ici des leviers , on Iait que plus leur point d’appui eft proche du point de force 9> plus on trouve d’oppofi-tion au point de réfiftance : ainfi fi l’on veut rendre la marchure douce, il faut approcher le point d’appui des ailerons du côté des arcades; mais il faudra enfoncer la marche un peu davantage.
- Ce que je fais remarquer ici eft d’autant plus efïentiel, que nous aurons occafion de voir d’autres Etoffes armées dans le même ordre que celle-ci, quant à la fufpenfion &”au mouvement des lifles , 8c auxquelles il faut régler le point de force 8c celui de réfiftance proportionnellement à la quantité de chaîne qu’on fera monter , & à la tenfion qu’on fera obligé de donner à ces mêmes chaînes ; c’eft pour cela que dans la defcription des uftenfiles, j’ai fait voit fig% 1 , PL 14 , qu’on avoit la précaution de percer les aîlerons de plufieurs trous > tels qu’on les y voit en a, b , c, afin d’avancer & de reculer le point d’appui à volonté : ainfi on peut fe fervir de ce moyen dans toutes les armures, mais non pas également avec toute forte de carrette ; car pour reculer ou avancer le point d’appui en fe fervant du carrette à double batterie, foit de celui à fimple montant, tel que ceux S, S de notre figure I , foit de celui à fourche , tel que ceux C, C, fig. 6 , PL 14 , il faut ou reculer ou avancer les montants ou les fourches, parce qu’il eft abfolument néceflàire que les pointes des aîlerons des deux batteries ne foient éloignées les unes des autres qu’au-tant qu’il le faut pour qu’ils ne puiflènt fe toucher en montant ni en defeem Étoffes de Soie. FIL Paru R /
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- 434 L'ART DES ÉTOFFES DÉ SOIE. dant, puifque ce font toujours celles qui font en ligne droite les unes des autres qui lèvent enfemble.
- Pour pouvoir donc changer le point d’appui des ailerons en fe forvant des doubles carrettes , il faut qu’on puifle faire giilîer les montants ou les fourches de droite & de gauche fur la longueur du carrette, ou qu’il y ait des mor* taifès pratiquées à proportion de la diftance qu’on a obfervée entre les trous qui font aux aîlerons pour leur fervîr de point d’appui.
- Quant aux carrettes flmples, on n’a pas befoin de cette précaution, il fuffit en éloignant le point d’appui des aîlerons, foit du côté du point de force , foit du côté du point de réfiftance, de placer ce carrette fur les eftafes du Métier, de forte que le bout de ces aîlerons auxquels font attachées les arcades , fe trouve précifement en droite ligne du milieu de la largeur du Métier. Tout le foin relatif à la différence du point d’appui des aîlerons, c’efï de faire le brancard du carrette fuffifamment long, pour qu’il porte toujours en plein fur les deux eftafes du Métier , foit qu’on le mette un peu plus à droite ou un peu plus à gauche.
- Il eft tellement important de bien placer les carrettes fur le Métier, que fî les aîlerons ne tirent pas exaélement fur le milieu de la largeur du Métier, jamais on n’y travaille avec aifànce, & la fabrication de l’Etoffe en fouffre ; en effet, comme la chaîne eft au milieu de la largeur du Métier, fi les lifles tirent plus à droite ou à gauche , la foie éprouve un frottement confidérable, & le coup de battant ne porte pas avec la même fureté for l’Etoffe ; on le voit chanceler, comme fî le Métier n’étoit pas à l’équerre ; d’ailleurs on eft par là fujet à cafter beaucoup de fils.
- Je ne dois pas oublier de faire remarquer qu’il n’eft pas poflîble avec notre armure que les carquerons foient tirés par le milieu de la longueur, ce qui eft encore un inconvénient pour la régularité de la montée des lifles ; car fî un carqueron a fon eftriviere placée plus à droite qu’à gauche, ainfi que le font celles a, a , for le carqueron A , de notre figure i , il eft certain que lorfqu’on enfoncera la marche/, la lifte //, qui dépend de ce carqueron, montera plus du côté droit que du côté gauche , parce que le carqueron defcendra d’avantage du côté gauche, ce qui forcera l’aîleron qui lui eft attaché de ce même côté, de lever fà pointe plus haut que celui du côté droit qui monte avec lui par la defcente du même carqueron : ainfi la lifte qui de-voit monter fans perdre de fà pofition horizontale , eft forcée de monter obliquement , puifqu’elie eft attirée plus d’un côté que de l’autre 5 & le pas de la fogue s’ouvre plus d’un côté que de l’autre. Le même défaut arrive lorf-qufon enfonce la marche M, mais c’eft du côté oppofé que le pas s’ouvre davantage.
- On ne fauroit prévenir en entier cet inconvénient dans cette forte d’ar-
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- Septième Section. I. Part. Seconde Armure des Rœ{-deSaint~Cyr. 43 y mure; on peut le diminuer en rapprochant les eftrivieres le plus poflible du milieu des carquerons. Quant à ce qui concerne les eftrivieres qui tiennent aux liftes, on les réunit toutes au même point du lifleron, enforte qu’elles defcendent obliquement fur les marches auxquelles on les attache ; mais il faut le faire avec loin au milieu de la longueur des lifterons ou des arbalètes qu’on joint aux lifterons, &c. en prenant ces précautions on a moins de balan* cernent dans toute l’armure ; & pour les éviter totalement, il faudroit que l’on mît des planches percées pour fervir de guides tant aux eftrivieres des liftes qu’à celles des carquerons & aux arcades.
- Pour faire l’armure telle que celle qui eft repréfontée par la figure 2 de la Planche 42, après avoir placé d’un côté les cordes de carquerons, & de l’autre les arcades, on aftujettit les aîlerons par les deux bouts, comme on le voit en A, B , fig. 2 , PL 44 : cette figure nous fait voir une partie d’un carrette fimple que nous devons fuppofor être fur le Métier. On obferve toujours que le bout a des aîlerons , qui eft celui où doivent être les arcades , foie plus bas de deux ou trois pouces que celui b, auquel {ont attachées les cordes de carquerons ; on doit faire attention que les cordes c , d, foient exaélement de la même longueur, afin que les aîlerons (7, C, C, C, foienc tous de niveau ; par la même raifbnles cordes e9 f, doivent auflî être égales l’une à l’autre. Pour réufiîr comme il faut à donner cette égalité aux cordes , on les coupe de la longueur la plus jufte poflible l’une à l’autre, on en noue les deux bouts enfomble, pour former de chacune une efpece de grand anneau D, fig, 3 ; enfuite on attache ces cordes fur le brancard du carrette par un nœud coulant fimple, ou double , comme on les voit en gigyh 9k\ on a foin que ces cordes foient aflez grandes pour pouvoir en former quelques tours fur les petites tringles de bois A , qui contiennent les aîlerons, & qui par ce moyen font mieux contenues elles-mêmes ; d’ailleurs on lie ces aîlerons contre les tringles par une corde i , qui s’étend en deflous, Sc qui en même-temps joint les aîlerons les uns contre les autres : il y a des Ouvriers qui, pour être plus certains de l’égalité des aîlerons,les ferrent entre deux tringles E , F, fig. 4 , par le bout du côté des arcades A, k 9 A, A; & par celui des cordes /, /,/,/, les aîlerons font contenus entre les deux tringles G, H ; dans cet état ils arrêtent ces tringles , comme celles Ay B , fig. 2 , par des cordes c, d, e9fi9 même figure 2 , & ils les attachent de même au brancard du carrette.
- Par cette derniere méthode, on eft certain que les aîlerons font tous au niveau les uns des autres. Après cela on commence d’attacher les liftes aux arcades par un des nœuds que j’ai décrits dans la fufpenfion des liftes ; on commence par la première ou par la derniere , fuivant le côté par où l’on fo met; car on n’arme jamais un Métier que la chaîne ne foit tendue ; conféquemment on eft obligé de fe mettre à côté des liftes pour les fofoendre , on ne fiu-
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- roit le faire allez commodément en fe plaçant devant le Métier ; il y a trop Flanche de diftance depuis l’enfuple de devant jufqu’aux lifles. On doit porter tout *** le foin imaginable pour bien établir la hauteur de la première li/Te , car c’eft elle qui doit fervir de guide à toutes les autres ; auffi quelques Ouvriers fe fervent d’un niveau, la fixent à la hauteur ou elle doit refter, & ils mettent toutes les autres exaftement à la même hauteur ; on peut encore réuffir à placer les lifles de niveau par une méthode généralement reçue , qui confifte à me forer l’intervalle qu’on laifîe entre le brancard du carrette & les lifferons fopé-rieurs, ce qui s’exécute avec une grande verge I, jîg. y ; on appuie cette verge par le haut contre une travèrfe K du carrette, & on marque avec l'ongle du pouce le point oùfe rencontre le lifferon /. Il faut avoir attention de tenir la verge bien perpendiculaire ; il faut foppofer auffi que la liffe eft alors par le côté où on la mefore à la hauteur où elle doit être : ainfi les nœuds de fufpenfion font formés, parce qu’en prenant le moyen que je rapporte pour bien fufpendre les lifles, on les folpend auparavant toutes au -ffiazard, c’eft-à-dire, au coup d’œil ; on ne mefore pour régler leur hauteur , que lorlqu’elles font à~ peu-près au point où elles doivent être. Quand on s’eft alluré de la diftance du brancard au lifferon, fans déranger la main du point où elle fe trouve for la verge, on pafle de l’autre côté du Métier, pour voir fi la diftance eft la même : cette méthode eft affiez jufte & affez prompte : tel eft en général l’ordre qu’on établit dans les mouvements des liftes qui conftituent ce genre d’Etoffe ; or nous avons vu que fur un Métier difpofé pour un genre , en changeant l’armure on fait un tout autre genre d’Etoffe.
- Lorfqu’on a fu{pendu les lifles comme je viens de le faire voir, on place les carquerons en les arrêtant par le talon avec la broche de fer qui les tient ; & lorfque les tire-liffes font for la- même broche, on met alternativement un carqueron & un tire-lifle jufqu’au nombre qu’il en faut, enfoite on attache les cordes des carquerons qu’on a dû placer aux ailerons auparavant ; on réglé la haüteur des bouts de ces mêmes carquerons; on obferve que la pointe foit au moins de deux bons pouces plus élevée que la broche qui les enfile par les talons ; après quoi on attache les tirants aux lifferons inférieurs des lifles ou aux arbalètes qu’on place ou qu’on a déjà placées à ces lifferons ; enfin on réglé la hauteur des tire-liflès en les joignant aux tirants dont il s’agit, obfor-yant que le bout des tire-liflès monte de trois à quatre lignes au-deffus des carquerons, on eft plus à portée par-là d’en régler la marchure ; autrement ils feroient confondus entre les carquerons , & l’on auroit de la peine à les faire mouvoir avec précifion. On a foin que tous les carquerons foient à la même hauteur les uns des autres, ainfi,que les tire-liflès entr’eux , & pour y réuffir on arrête les bouts des carquerons entre deux tringles A , B , fig. i, PL 4J ; on fulpend ces mêmes tringles à l’eftafe du Métier, par les deux cordes a, a> à la hauteur où les bouts des carquerons doivent être portés, pour
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- Septième Section. L Part. Seconde Armure des Raç-de-Saint-Cyr. 437 qu’en attachant les cordes b, b, b, b, que nous devons fuppofer être celles des carquerons qu’on a déjà placées aux ailerons , on ne fafle pas monter ces mêmes bouts de carquerons au-delà du point déterminé : onattache la tringle B, par les deux cordes c> c, qu’on affujettit fur le plancher par des clous auxquels on les lie, ou à quelque grolfe pierre dont le poids ne permette pas en faifànt les noeuds des cordes b^b9b9b9 fur les gouflets d9d9d9d9 qui font au bout des carquerons C 9 C, C9 (7, que les bouts de ces mêmes carquerons puifTent monter trop haut.
- Après cette préparation, on pafle les cordes b9b9b9b9 chacune dans un des . gouflets d >d ydy d, fur lefquels on les arrête par une gance fîmple , comme ceile 0 , fig. 3 , PL 17, ou par le nœud que j’ai repréfènté dans les figures 8 &<?, delà même Planche, & qu’on voit fur les cordes des carquerons t9t9tyt9 de la figure 1 , Planche 18 , ou par les nœuds en cremaillere, dont les contours font repréfentés par les figures 1, 2, 3,4 & 5 de la Planche 22.
- Quel que foit le nœud dont on fe ferve dans la fufpenfion de ces aîlerons, on obferve toujours de tendre également toutes les cordes, afin que tous les aîlerons & les carquerons refient à la même hauteur. Après qu’on a fait la fufpenfion des carquerons , on fait celle des tire-liffes D, D, D yD , qu’on attache aux tirants e\ e 9 e 9 e9 que nous fuppoferons tenir aux lilferons des lifles ou aux arbalètes des lilferons. Quelquefois on entoure les tirants fur 1er tire-liffes ; mais on ne parvient jamais à les bien régler dans leur hauteur, quelque précaution qu'on y prenne ; auffi les Ouvriers intelligents fè donnent la peine de mettre des gouïïbts f, f9f, f, un à chaque tire-lifîè 9 & de palfer les tirants dans la boucle de ces gouffets : alors ils forment une fimple gance fur cette boucle, c’eft-à-dire ^ un nœud feulement gance, comme celui o , fig. 3 , de la Planche 17, dont je viens de parler tout-àfl’heure. On ne pourroit pas y faire un nœud comme celui que jPai recommandé de faire aux carquerons, parce que la diftance qui doit régner entre les lilferons & les tire-liffes n’eft pas aflez confidérable pour former une fécondé boucle avec les tirants ; encore moins pourroit-on y pratiquer le nœud en cremaillere.
- On ne fait pas les gouflets des tires lifles comme ceux des carquerons, afin qu’ils puiflent glifler tout le long , pour faire prendre aux tirants la ligne perpendiculaire qu’ils doivent tenir dans l’armure ; il feroit cependant poflîble de déterminer un point où l’on pourroit fixer les gouflets fur les tire-lifles, mais parmi les Ouvriers on a l’habitude de faire faire les uRenfiles fur des me-fures à-peu-près ; on ne porte de précifion que fur ceux fur lefquels on ne fàuroit fe difpenfer , tels que font les peignes & les remifles, & encore dans ces derniers donne-t-on des largeurs à-peu-près. Si l’on prenoit fes dimenfions pour les tire-liflès, en partant de leur point d’appui, on les perceroit à une diftance qui répondît au milieu de la largeur du Métier , où il eft à préfumer que doit répondre le milieu de la longueur des lilferons ; mais beaucoup Étoffes de Soie, FIL Part. S 5
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- Planche d’Ouvriers ne prennent pas la peine de placer leur Etoffe au milieu de la 44» largeur du Métier, iis la mettent à deux ou trois pouces près ; cela feul eft capable de rendre inutiles tous les foins qu'on fe donne fur la conftruélion d'un Métier, & de la plus grande quantité des uftenfiles qui lui font néceffaires.
- Pour fixer les tire-lifles à la hauteur où ils doivent être , on met une tringle de bois E, fur les carquerons C, C, &c. entre les gouflets 8c les talons de ces mêmes tire-liffes. Cette tringle eft arrêtée par le moyen des deux cordes g, g* qu’on a foin d'attacher au plancher ou plutôt à une des marches qu'on deftine pour l'armure , 8c pour cela cette marche doit être immobile.
- J’ai dit plus haut que les bouts des tire-liffes dévoient être élevés d'environ quatre lignes au-deffus des carquerons, auffi Ton a foin de mettre entre la tringle E & les premiers & les derniers carquerons , un petite lame de bois de l’épaifleur requife ; après quoi on fixe les tireffiflès en tendant les tirants le mieux poffible. Quand on a fufpendu les tire liftes, on retire les tringles A9 B ,E , & l'on place deux eftrivieres à chaque carqueron_, & deux à chaque tire-iifle ; çnfuite on arme les marches fùivant les réglés que j'ai données pour la combinaîfon des mouvements qu’on doit faire faire aux fils de la chaîne ; quand les eftrivieres font placées, on ôte les tringles qui affujettiffent les ailerons , foit celles A, B, fig. 2, de la Planche précédente 9 foie celles E y F y Gy H y fig. 4 , de la même Planche ; alors on réglé la marchure : ainfi ce n'eft que lorfqu'on a placé les eftrivieres, 8c ôté tout ce qui peut nuire au mouvement des liftes, qu'on détermine la tenfion des eftrivieres.
- On doit fe fouvenir que j'ai dit dans la defeription des figures 1,2,3,4 & 5 , de la Planche 19 , qu'il falloit néceffairement qu'il y eût des eftrivieres \ plus lâches les unes que les autres, pour que les premières liftes ne defeen-
- diffent ni ne montaffent pas autant que les dernieres , afin d'obtenir une feule fogue par l'ouverture du pas : il faut appliquer ce principe quand les eftrivieres font toutes placées ; il faut parcourir toutes les marches en les enfonçant les unes après les autres, & voir quelles font les eftrivieres qui font trop lâches , 8c celles qui font trop tendues. On s’en apperçoit facilement par le trop de montée & de defeente des liftes, ou par ce qu'elles ne montent ou ne defoendent pas affez. On doit prendre garde en réglant la tenfion des eftrivieres de les faire tirer le plus perpendiculairement qu'il eft poflïble, fans quoi les marches ne font jamais rangées comme elles doivent être ; car fi une eftriviere defcend obliquement à la marche, l'effort qu'on fait pour la faire defeendre tend à la ligne perpendiculaire ; les autres marches] en font écartées, & lorfqu'on abandonne cette marche, toutes tendent à reprendre leur place ; il fe fait alors un balancement, qui.fouvent empêche l’Ouvrier de prendre la marche fuivante auffi vite qu'il le faut ; l'Ouvrier fe blefle la cheville du pied, 8c fouvent les marches fe chevauchent.
- Ce que je dis ici que les Ouvriers fe bleflènt la cheville du pied qui en-
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- Septième Section. I. Part. Seconde Armure des Rcq-de-Saint-Cyr. 439 fonce la marche eft fi bien reconnu que tous ceux qui ont plufieurs marches à mener ou à battre ( on appelle mener ou battre la marche toutes les fois qu on en met au-delà de deux pour une Etoffe ) ont la précaution de mettre une bottine faite avec de forte peau qui leur garantit la cheville & i’ufure du bas. Il y a même beaucoup d’Ouvriers , fur-tout à des ouvrages dont le nombre des marches eft confidérable Sc rude à marcher , qui, au lieu de bottines, mettent à chaque côté de la jambe qui travaille une lamette .de bois, dont un bout pofe dans le foulier * Sc le refte eft contenu avec de petites bandes de peau ou de ficelle au haut de la jambe Sc dans trois ou quatre endroits dans la hauteur, de maniéré que les lamettes ne peuvent point fe déranger de deilus les chevilles qu’elles garantiffent des frottements Sc des chocs des marches. Il y a des ouvrages où les Ouvriers font obligés de prendre cette précaution pour les deux jambes, parce qu’ils font forcés de travailler des deux pieds à la fois fuccelfiveinent : il y a même certaines Etoffes où quoiqu’on ne travaille qu’avec un pied pour l’enfoncement des marches, on eft obligé de garantir la jambe qui refte immobile , à caufe de la quantité des marches qu’on y emploie, & parce que l’elpace qu’elles contiennent porte forcément contre cette jambe qu’on ne peut pas tenir écartée autant qu’il le faudroit.
- Le balancement qui eft occafionné parmi les marches , provient le plus fou-vent del’inexaéHtude qu’on a eue , en armant le Métier, de faire toutes les eftri-vieres en ligne direéte.
- Je paflè à la féconde armure du Raz-de- Saint-Cyr, repréfontée par la figure de la Planche 4^.
- Comme dans cette opération il entre beaucoup des moyens que nous avons vus dans la première armure, nous n’aurons pas tant de détails à donner .
- D’abord on affujettit les deux batteries des ailerons du carrette , comme celle de la figure 2 , ou comme celle de là figure 3 ; après avoir fixé les cordes de carquerons Sc les arcades, comme je l’ai décrit en parlant des figures S , 9 , 10 , 11 , 12 Sc 13 de la Planche 20, on fufpend les liffes à la hauteur où elles doivent travailler, en les mettant bien de niveau 5 après quoi on fufpend les carquerons : on les place d’abord à-peu-près à la hauteur où ils doivent être , enfuite on les met entre deux tringles à chaque bout, comme celles A , B , de la figure 1 ; on les fufpend aux deux eftafes du Métier par quatre cordes femblables à celles a , a, Sc on les affujettit par en-bas par deux cordes à chaque côté, comme celles c, c ; on obferve que les carquerons foienc placés au niveau les uns des autres Sc bien horizontalement ; on fe fort du niveau comme pour les liffes. On peut fe forvir encore du moyen qui eft repré-fenté par la figure y de la Planche précédente.
- Après avoir fufpendu les carquerons , on ôte les tringles qui les contiennent , & de fuite on pofe deux eftrivieres fur chacun ; fucceffivement on place les eftrivieres des liffes, qu’on fait paflèi; en même-temps entre les carquerons
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- 440 . L'ART DES ETOFFES DE SOIE. fuivant l'ordre que j’en ai donné lors de l’explication de cette armure. Quand toutes les eftrivieres font pofées, on arme les marches en plaçant quatre eftrivie-res à chacune, dont deux des carquerons & deux des lifles, dans l’ordre qu’elles doivent y tenir. On ne réglé pas alors la hauteur où doivent être les marches, on fe borne à mettre les eftrivieres à la place qu’elles doivent occuper. C’eft après avoir dégagé les batteries des ailerons du carrette qu’on éprouve l’armure, tant pour voir fi l’on a bien armé, que pour régler la montée & la defcente des lifles , & de fuite on réglé la* hauteur des marches , qu’on a foin de tenir toutes au même niveau, & de forte que la pointe foit toujours plus élevée que le talon ; quant à ce qu’elles doivent avoir de plus haut d’un bout que de l’autre , on ne fauroit le déterminer, par la raifon que j’en ai donnée dans le traité des Taffetas, où j’ai fait remarquer qu’un Ouvrier devoit mettre les marches à fa portée, & de maniéré à y atteindre le plus commodément poffi-ble avec le pied.
- On trouve fort peu d’Ouvriers qui fuivent la méthode que je viens de rapporter ; ils aiment mieux y revenir cent fois, & tâtonner fans ceffe.
- Je pafle à la troifieme armure des Raz-de-Saint-Cyr, pour laquelle il faut changer quelque choie dans l’ordre du remettage : je penfe que cette méthode doit être préférée, tant pour la facilité, du travail que pour le peu d’embarras qu’elle entraîne avec elle, & duquel on ne fauroit jamais trop fe dégager.
- §. II. De la troifieme Armure des Ra^de-Saint-Cyr y Ru^-de-Saint-Maur,
- & des Batavias•
- L’armure dont nous allons nous occuper ne prend pas plus de quatre lifles quoiqu’il y ait quelque chofe de différent dans le remettage ; il ne faut non plus que quatre marches. Toute la différence confifte dans leur difpofîtion , ainfi que dans l’ordre qu’on fait tenir aux mailles qui compofènt chaque cours. Nous avons vu dans l’article du Remettage pour les Taffetas , que l’on prenoit pour commencer chaque cours la première maille fur la derniere lifle, de-là fur la fécondé , enfuite fur la troifieme, Sc qu’on le finifloit par la quatrième ; voyez la figure 4, PL 27.
- La façon de remettre les Raz-de-Saint-Cyr, &c. pour l’armure que je vais décrire eft différente des précédentes, en ce qu’on remet a la croifee : on appelle remettre à la croifée , une maniéré de former le cours des lifles, en commençant par la derniere. La figure 2 , PL 45 , doit rendre fenfible la marche qu’on fait tenir aux fils A, i, k , / : d’abord le fil A, eft pafle dans la maille E , qui fuppofe la derniere lifle; le fil i, eft dans la maille G, qui appartient à la troifieme Tîfle ; le fil k , eft dans la maille H de la fécondé lifle , & enfin le fil / ^ eft pafle dans la maille I, qui répond à la première lifle. Il faut né-ceflairement que tous les cours des fils dont une chaîne eft compofée, /oient
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- Septième Section I. Part. Troijieme Armure des Rü^de-Saint*Cyr. 441 paiTés conformément à celui que nous avons {bus les yeux.
- On fo convaincra de la vérité de ce que j’avance en jettant les yeux fur l’armure repréfentée par la figure 3 , où les révolutions des lifies peuvent être comparées aux lifterons K , L, M, N de la figure 2 , qui fuppofent les quatre lifles O , P, Q , R de la figure 3 , & que nous allons mettre en mouvement pour faire produire aux fils de la chaîne les effets néceflaires pour former le tiffu repréfenté par la figure 1 de la Planche 42 „ qui eft encore le même que celui que nous avons fait produire par les deux armures précédentes.
- Il faut quatre marches pour cette armure , mais il ne faut que huit eftrivie-res, comme je l’ai dit plus haut ; la fufpenfion des lifles eft la même que nous avons vue pour les Taffetas , & qu’on voit repréfentée par la figure 2 , PL 31 : elle n’en différé qu’en ce que celle-ci a quatre marches, & que l’autre n’en a que deux. C’eft le nombre de ces marches qui produit l’effet de notre Etoffe ; mais on ne fauroit l’obtenir par farrangement que nous avons fous les yeux, fi les fils de la chaîne S, n’étolent palfés comme ceux h , i9 k, l de la figure 2 ; d’ailleurs il faut que la fuite du mouvement des lifles foit différente de celle que nous avons remarquée dans les deux premières armures : en foivant les marches T, V y Xy Y, on y reconnaîtra les différentes combinaifons qu’il faut faire , pour que cette armure produife les effets qu’on en attend.
- D’abord la marche T fait defoendre les lifïes O , Q, par les eflrivieres m , n , qui font attachées aux cavalétis A , B ; ces deux lifles ne peuvent pas defoendre fans faire monter celles P , R, par la correfpondance quelles ont enfemble au moyen des cordes de fufpenfion C, C, D, D , qui paffent fur les poulies 0, 0 , p , p9 qui font aux chappes E , E ; les lifïes qui defcendent tirent à elles les côtés q, q, r, r, de ces cordes ; les côtés s 9 s , t, t9 de ces mêmes cordes font obligés de monter , 8c d’attirer les lifïes qui y font fofpen-dues. La marche E fait defoendre les lifïes P , Q , par les eflrivieres y, jç 9 qui font attachées aux cavalétis E, G : il faut prendre garde que les cavalétis font fufpendus aux lifferons inférieurs des lifles par les tirants y , y , ^^ y a y et y b, b y de maniéré que chacun de ces cavalétis tient à un des liflerons par deux des tirants défignés fous la même lettre. Il eft donc vifible qu’en enfonçant les marches une aune, on fera defoendre les lifïes qui leur font cor-refpondantes : ainfi comme les tirants y , y , b , b, tiennent aux deux liftes du milieu, à mefure quelles defcendent, les côtés r yr3 s, s des cordes de fuC-penfion font monter ceux q, q , t, t ; alors les lifïes qui font fufpendu'es à ces mêmes côtés font obligés de monter.
- La marche X fait defoendre les lifles P , J?, & par les mêmes raifons de correfpondance qu’elles ont les unes aux autres, les liftes O, Q, font forcées de monter , puifque les eflrivieres c, dy tiennent aux cavalétis F, C, qui font fufpendus aux lifferons inférieurs de nos deux lifïes de defoente.
- Étoffes ve Soie. FIL Part. T y
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- * La marche y 9 tient aux deux eftrivieres e, fi 9 qui font attachées aux cavalé-tis A9 G ? lefquels par leurs tirants \9\9 a9 a, répondent aux lifferons inférieurs des lifles O9 R ; de forte qu’en enfonçant cette quatrième marche, ces deux lifles font forcées de defoendre, 8c celles P9 Q9 montent en même-temps par la correfpondance qu’elles ont au moyen des cordes D , D ,
- c9c.
- On doit reconnoître par cet arrangement qu’il n’eft pas pofîîble qu’une lifle defoende fans qu’elle en faflê monter une autre, puifque les lifles font fu Ipendu es deux à deux aux deux mêmes poulies ; mais il faut remarquer que les combinaifons de montée & de defcente ne font pas les mêmes que celles que nous avons vues par les figures 3 de la Planche 42 , & par celles 1 , 2 & 3 de celle 43 ; dans ces quatre figures nous n’en reconnoîtrons que deux dont la combinaifon foit égale à deux de celles qui dépendent de notre nouvelle armure : ainfi la figure 4 & celle 6 9 de notre Planche 45 % nous donnent deux combinaifons qui ne fe rencontrent pas dans celles que j’ai fait voir pour les armures précédentes , de même que les deux combinaifons repréfentées par les figures 3 de la Planche 42, & par la figure 2 de la Planche 43 * ne font femblables à aucune de celles 4>5>6&7>de cette Planche-ci ; il n’y a donc que les figures 1 , & celle 3, de la Planche 43 * qui foient conformes à celles 5 8c 7 de la nouvelle armure. Pour faire ouvrir le pas g9 fig. 4 , il faut enfoncer la marche T de la figure 3 , & l’on obtiendra la defcente des deux liffes H 9 /, & la montée de celles K9L9 qui foppofent les quatre lifles fig. 3 : la defcente & la montée de ces quatre liffes doit être conforme à ce que j’ai expliqué for le mouvement de la première marche,
- La figure 5 donne la combinaifon prife for la fécondé marche ; elle fait defoendre les lifles K, I, qui foppofent celles P , Q de la figure 3 , & elle fait monter celles Hy L, que nous foppoferons être les mêmes que celles O y Ri c’eft cette combinaifon qui fait ouvrir le pas h.
- Par la troifieme marche on obtient l’ouverture du pas i, fig. 6, parce qu’en enfonçant cette marche , on donne le mouvement aux lifles que j’ai indiquées par la troifieme combinaifon ; c’eft elle qui fait defoendre les lifles K 9L , qui foppofent celles P$ i?, de notre figure 3 , & en même-temps elle fait monter celles H 91, que nous foppoferons être celles O 9 Q.
- Par la figure 7, on a la quatrième combinaifon de notre derniere armure, exécutée par l’enfoncement de la marche y de la figure 3 ; elle fait lever les liffes K, I, qui font celles O 9 R: elle fait defoendre en même-temps les deux liffes H 9L9 qui font les mêmes que celles P 9 Q 9 de la figure 3.
- S’il fe trouve quelque différence dans la maniéré de faire mouvoir les lifles entre notre derniere armure 8c les deux premières, ce n’eft que pour que les combinaifons & les différentes révolutions puiflent produire la même Etoffe, Or ici l’ordre qu’on fait tenir aux cours des fils dont eft compofée la
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- Septième Section. I. Part. Troifieme Armure des Ra^-de-Saint-Cyr. 443 chaîne, nous force à changer la combinaifon , ou plutôc la maniéré d’armer le Métier, à caufe de la différence qu'il y a entre la fufpenfion de nos biles avec celle des armures précédentes.
- Il faut fo fouvenir que dans la defoription que fai faite du tiftu des Etoffes qui nous occupent préfentement, fai fait remarquer que les fils de la chaîne levoient toujours deux à deux à côté l’un de l’autre, & qu’ils defoendoient de même pour ouvrir le pas qui forme la fogue. Il eft facile de comprendre que les fils étant paffés de fuite fur chacune des lilïès , il faut feulement faire lever les deux Mes qui s’avoifînent pour que chaque cours produifo deux fils de montée & deux fils de defcente l’un à côté l’autre ; mais fi les cours font interrompus, comme celui que nous repréfente la figure 2 , il eft certain qu’en faifànt lever à chaque combinaifon deux des lifles qui font à côté les unes des autres , on aura deux fois deux fils levés à côté l’un de l’autre dans le cours, & deux fois les fils fe fépareronc pour former la fqgue d’un Taffetas à quatre lilfes. Pour mieux concevoir l’elfet de cette armure, il fùffit de jetter les yeux fur la figure 8, où nous luppoferons que le petit anneau M eft la premiers maille du cours ; N la fécondé, O la troifieme, enfin P eft la quatrième. Il faut nécefiàirement dans cette armure que le mouvement qu’on donne aux lifles foit tel qu’il y ait deux fils qui montent enfemble , tandis que les deux autres defcendent ; de forte que dans les quatre combinaifbns, il faut que tous ayent monté & defcendu, & de plus quils montent & defcendent toujours à côté l’un de l’autre. Regardons le fil a. comme le premier du cours, celui b fera le fécond , c le troifieme , & celui d le quatrième ; comparons aéluellement les figures 4,5, 6 & 7, à celle 8 , & fuivons les mouvements que nous avons remarqués. La figure 4 fait baiffer les lifles H , /, que repréfèntent les anneaux M9 N; ce font les fils a9 b , qui defcendent, donc ils font à côté l’un de l’autre ; il en eft: de même des deux fils c, d9 qui doivent être mus par les anneaux O 9 P , qui fuppofent les lifles K 9 L de notre figure : ces deux fils font aufli l’un à côté de l’autre.
- Voilà ce qui forme la première combinaifon.
- La figure y, comparée avec la figure 8 , nous donnera la féconds combinaifon où les lifles H 9 L font levées ; ces lifles font fuivant la figure 8, les anneaux M9 P, qui font monter les fils a9 d: ces fils nous paroiflent éloignés l’un de l’autre, parce qu’ils forment les extrémités de ce cours ; mais en fuppofànt un pareil cours à chaque côté de celui-ci, on verra qu’ils font l’un à côté de lautre, auffi bien que ceux b , c , qui font au milieu, & que fuivant notre figure y , ils font baifles par les lifles K, /, qui fuppofent nos deux anneaux N y O.
- C’eft ici le mouvement de la féconde combinaifon.
- La troifieme combinaifon eft: exécutée par la figure 6. Pour fentir h *evée des lifles H, /, il faut s’imaginer qu’on fait monter les anneaux M 9 N de
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- *la figure 8 , oc la defcente des liffes K, Z, eft comme fi Ton faifoit baiffer les anneaux O, P : on voit encore par cette combinaifon que les fils a, b, montent enfemble & que ceux c y d , descendent de même.
- Voilà en quoi confifte la troifieme combinaifon.
- La Figure 7 nous donne les effets de la quatrième 8c derniere combinaifon de notre armure: en la comparant à la figure 8, ainfi que nous l’avons fait des troisfi-gures précédentes, nous verrons que ce font les fils b, c, qui montent enfemble, &que les fils ay d\ defcendent l’un avec l’autre. Ce que j’ai dit à4a fécondé combinaifon, peut s’appliquer à ces deux fils qui font les extrémités du cours; du refte, les liffes i7, L de notre figure 7, fuppofènt les anneaux M9 P, & celles K, /, fuppofènt ceux N, O, dont la levée & la defcente des fils h, c, a, d 9 de la figure 8 , eft telle que je viens de le dire.
- On doit actuellement juger que le cours des fils a, b, c, d, de notre figure 8,’ n’étant pas paffé comme ceux a, <2 , Z>, c, c, d, d9 qui forment les deux
- cours repréfentés par la figure 4 de la Planche 27, ne peuvent pas être mus par les mêmes combinaifons des liffes, fur-tout en confidérant que les fils doivent toujours marcher deux à deux, l’un à côté de l’autre.
- Il faut actuellement connoître pourquoi l’on paffe les cours des fils d’une chaîne, dont les liffes font fufpendues aux chappes, différemment de ceux où la fulpenfion de ces mêmes liffes eft faite au carrette. Dans ce dernier cas aucune de ces liffes n’eft dépendante de l’autre, au lieu qu’aux chappes ‘ les liffes de deux à deux dépendent l’une de l’autre. Voyez la figure 3 où les liffes O , P , 8c Q, R, dépendent l’une de l’autre deux par deux : ici. on ne peut faire décendre une de ces lifles, fans que l’autre monte, au lieu qu’aux carrettes, quels qu’ils foient , on peut faire defcendre ou monter les liffes une par une^ deux par deux ou toutes enfemble, fans qu’aucune s’y oppofe. C’eft cette raifon qui a fait chercher une façon de paffer les fils en remettant, qui pût s’accorder avec notre fufpenfion aéteelle , fans quoi , on n’auroit jamais pû exécuter l’armure telle que nous l’avons vue ; parce qu’à deux des quatre combinaifons , les liffes O, P, auroient du defcendre enfemble, 8c celles Q, R, auroient dû monter en même temps, ce qui n’eft pas praticable, ainfi qu’on peut le voir , puifque les deux premières font fufpendues enfemble aux mêmes cordes D ,D , 8c que les deux dernieres font fufpendues de même à celles (7, C.
- J’ai toujours préféré la maniéré d’armer les Raz-de-Saint-Cyr , fuivant notre figure 3 , à toutes celles que nous avons vues ci-devant, & même à celle que nous allons voir, qui cependant, tient beaucoup à celle-ci ; nous allons la faire connoître dans le Paragraphe fuivant.
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- Septième Section. I. Part. Quatrième Armure des Rap-de-S.-Cyr. 44 f
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- §. III. De la quatrième & derniere Armure des Raq-de-Saint-Cyr , Ra^-de^ Saint-Maur, & des Batavias ; & des moyens quon emploie
- pour armer ces Etoffes.
- L a quatrième armure des Raz-de-Saint-Cyr, &c. que j’entreprends de décrire, efl: la plus en ufage à Nîmes, à Lyon Sc à Avignon ; la fufpenfion des lilTes de cette armure efl: la même que celle que nous venons de voir, excepté que les cordes A, A, B, JB, auxquelles tiennent les lilies , fe croifent en a, a> b, h ; par ce moyen on ne change rien au remettageparce que la croifure de ces deux côtés de cordes dans la fufpenfion des lifîes , tient lieu du remettage a la croifée ; alors la montée éfc la defeente des lifîes devient la même que celle que nous avons vue dans la première Sc dans la fécondé armure; & fi ce n’étoit le rapprochement des deux lifîes C, Dy qui fe frottent dans leur mouvement, Sc qui gênent la foie, cette armure feroic aufîi parfaite que celle que nous venons de voir dans la Planche précédente -d’autant mieux que pour l’entretien des fils de la chaîne , l’Ouvrier ne feroit pas fujet à fe tromper quand il faut pafler un fil dans le Peigne. Il efl: bon de faire remarquer que fuivant le remettage à la croifée que j’ai démontré pour l’armure précédente , quand un Ouvrier pafle dans le Peigne un des fils qui fe font caffés en travaillant, il ne peut prendre le fil qui doit conduire celui qui efl: cafle , qu’en fuivant l’ordre du cours. Ce n’efl: pas qu’il y ait une grande difficulté à le faire, mais c’eftà caufe de l’habitude qu’ont les Ouvriers devoir en général fur toutes les autres Etoffes un cours fuiyi, comme celui que nous avons vu dans le remettage des Taffetas ; du refte notre armure aéluelle n’efl: fufceptible d’aucun défaut effentiel. La combinaifon de la montée & de la defeente des lifîes efl: conçue de maniéré que la marche G, fait defeendre les lifîes D, F, lefquelles font monter "celles C, E ; on remarque ici que c’efl: la liffe F, qui fait monter celle C, & que c’eft celle D , qui fait monter celle E , par la correfpondance qu’elles ont l’une à l’au-tre au moyen des cordes de fufpenfion A , A, B ,B ; de forte que les lifîes C,F, étant fufpendues toutes deux aux cordes B, B, & ces cordes paflânt toutes deux fur les poulies cyc> des chappes H, H, ï\ n’efl: pas pofïible de faire defeendre la liffe C, fans faire monter celle F ; Sc réciproquement il en efl: de même des lifîes D, E, elles font fufpendues toutes deux aux cordes A y A j comme les deux autres lifîes ; ainfi on ne fàuroit faire monter l’une fans faire defeendre l’autre, puifque cette corde paffe for les poulies d, d9 des mêmes chappes.
- On doit remarquer encore que fi les cordes de fufpenfion ne fe croifoient en cl y ciyb y b y il ne feroit pas poffible de faire monter les deux dernieres par la defeente des deux premières, ainfi que je l’ai démontré dans l’armure Etoffes de Soie. VIL Part. V y
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- l""1 ' Planche
- 446 L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE. précédente ; il n’y auroit de reflource que de remettre à la croifée, du moins pour obtenir le tiflu dont nous nous occupons.
- Les côtés e, e i f9 f, des cordes de fufpenfion doivent être tels que nous les voyons fur la figure, afin d’obtenir toutes les révolutions qu’on doit faire faire aux fils de la chaîne pour en conftituer le tiflu ; on va s’en convaincre plus particuliérement.
- La marche 1 fait defcendre les lifles C, D, & fait monter celles E9 F.
- La marche K fait defcendre les lifles E, C, & fait monter celles D, F.
- Enfin la marche L fait defcendre les lifles E, F , & fait monter celles
- C, D.
- Pour bien connoître la caufe de ces mouvements, il faut obferver que la première marche tient aux eftrivieres g, g, qui font attachées aux cavalétis M, N, dont les tirants h, h , i, i répondent aux liflerons inférieurs des lifles F , D.
- La fécondé marche tient aux eftrivieres k, k, qui font attachées aux cava-létis N9 O , dont les tirants/, /, /, /, font joints aux liflerons inférieurs des lifles D 9 C.
- La troifieme eft fufpendue par les eftrivieres m9 m, qui font attachées aux cavalétis O, P, dont les tirants l} l,n3n y tiennent aux liflerons inférieurs des lifles C, E.
- La derniere marche tient aux eftrivieres 0,0, qui répondent aux cavalétis My P y dont les tirants h, h, n, n, font attachés aux liflerons inférieurs des lifles E, F.
- En fuivant la correfpondance de toutes ces cordes , foit aux marches , Voit aux lifles, foit aux cavalétis, foit enfin aux chappes, on verra qu’en enfonçant chacune des marches tour à tour, on obtiendra la montée & la defcente de deux lifles ; de forte qu’à chaque marche toutes les lifles feront en mouvement fuivant la combinaifon qu’on en a faite > & que j’ai expliquée ci-deflus ; on pourra en même-temps reconnoître les quatre combinaifcns qui font repréfon. tées par la figure 3 de la Planche 42, & par les figures 1,2 & 3 de la Planche 43.
- En comparant cette armure avec la précédente, je penfe qu’elie lui eft inférieure par les raifons que j’en ai déjà données ; mais elle doit être préférée aux deux premières armures , ainfi que l’armure précédente , non-feulement en ce qu’elles font l’une & l’autre moins embrouillées par la quantité des cordes, & c. qu’on doit y employer, mais en ce quelles procurent plus de l’égéreté au travail.
- , On pouroit rendre cette armure aufli aifée au travail que celle que nous avons vue par la figure 3 , de la Planche précédente ; comme la difficulté principale confifte dans le frottement des deux lifles du milieu , occafionné par la croifure des deux cordes qui les fupportent, on éviteroit le frottement
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- Septième Section. I. Part. Quatrième Armure desRa^de S.-Cyr. 447 en mettant une petite planche percée à chaque côté , qui fervît de guide aux cordes; parce moyen on tiendroit les lifles dans un écartement égal à celui que leur donneroit les cordes elles-mêmes, fi leur fufpenfion étoit pareille à celle des lifles de notre précédente armure ; alors je lui préférerois celle-ci * parce que les cours des fils feroient moins fufceptibles d'être corrompus.
- Dans les deux figures qui repréfentent les deux dernieres armures , j’ai forti des régies de l'armure dans la maniéré de placer les eftrivieres fur les cava-lécis> c'eft-à-dire, qu'au lieu de les placer au milieu de leur longueur, je les ai mifes à l'endroit qui m'a paru le plus propre pour que toutes fulfent à découvert, afin qu'on pût en fuivre la direélion & reconnoître à quelle marche chacune d'elles appartenoit; fans cela il y auroit eu une confufion de cordes qui fe fèroient entrecroifées à caufe du point de vue , Sc l'on n'auroit jamais pu découvrir la place que chacune doit occuper : mais on obfervera que les deux eftrivieres qui font à chaque cavaléti foient jointes l'une contre l’autre fur le milieu de l'elpace compris entre les deux tirants p , p , jig. 2 , de forte que# les nœuds q , q, des eftrivieres r 9r9 qu'on voit fur le cavalé-tis Q doivent fe toucher ; & même comme ordinairement on fait le nœud du laboureur, qui forme deux tours fur le cavaléti, ces deux nœuds écartent les deux eftrivieres du point du milieu ; on met fur un cavaléti R, fig. 3 , un gouffet S 9 qui forme une boucle s9 dans laquelle on fait paffer les eftrivieres r, r, afin que toutes les deux tirent du même point dû cavaléti ; on a même fouvent la précaution de percer le cavaléti au milieu comme celui T9 fig. 4, & l'on y pafle le gouflet v , qui eft arrêté par-deffûs au moyen du nœud x ; alors on n'a pas à craindre, que la corde glifîè, Sc on eft alluré 'que les eftrivieres tirent toutes deux du même point.
- Cette précaution eft néceflàire, parce qu'il faut que le point d'où tirent les eftrivieres réponde précifément à celui du milieu de chaque liife , afin que les lifterons montent & defeendent fans perdre la ligne horizontale ; fans cela on voit fe former plufieurs fogues ou gorges à l'ouverture dupas ; & quoique la principale de ces gorges foit confidérablement plus ouverte que les autres, il eft certain que l'Ouvrier ne peut pas lancer fa navette avec la •même aifance , que lorfque le pas eft bien réglé ; d'ailleurs la navette chancelle dans fa courfe, Sc fouvent elle pafle à travers la foie , Sc tombe à terre. Cet inconvénient eft nuifible à l’Etoffe, foit par les fils qui s'y caflent, foit par le retard qu'il occafionne à l'Ouvrier.
- Les Fabriquants qui font faire les Etoffes dont nous nous entretenons, donnent l'armure à leurs Ouvriers delà maniéré que nous avons vu dans les Taffetas, en formant des raies dans le goût de celles qui font repréfentées par celles fig. 1,2, 3,4$$, de la Planche 33 ; & pour que ces raies répondent à la combinaifon des lifles pour faire l'armure, comme la première, la •fécondé la quatrième que nous avons vue, ils tracent des lignes comme
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- 448 VART DES ÉTOFFES DE SOIE. celles a9b , c 9dy figure 5 , de la Planche 46; ils font croifer ces mêmes lignes par celles eyfyg9 h ; les quatre premières lignes fuppofent les marches né-ceflairesaux Raz-de-Saint-Cyr, & les quatre dernieres fuppofent les quatre lif-fes ; enforte que pour indiquer les lifîes que chaque marche doit faire mouvoir; on a formé les zéros i, k, /, m > n , 0 , p, q , fur les angles des carreaux que forment ces lignes en fe croifànt; ainfi on doit voir que les zéros i, k3 indiquent que la marche a , doit faire defcendre les Mes e 9 f ; les zéros /, m 9 défignent que. la marche f9 doit attirer les lifies/', g; on voit auflî que la marche c eft jointe aux lilfes g, h , ce qui eft indiqué par les zéros n , o ; & enfin les zéros p 9 q9 nous montrent que la marche d9 doit faire defcendre les liffes g9h\ fi Ton compare aéluellement la defcente de ces Mes, on verra qu’elle eft en tout conforme à celle des quatre figures qui font repréfentées en mouvement à cet égard, c’eft-à-dire , celle 3 de la Planche42 , & celles i; 2 & 3 de la Planche 43.
- Par cette figure, nous voyons bien la defcente des liftes, maïs on ne connoît pas celles qui doivent monter , du moins la figure ne nous l’indique pas ; il eft certain que fi Ton n’avertifloit les Ouvriers de l’oppofition qu’ils doivent avoir de la montée à la defcente des liffes , ils ne fàuroient le plus fouvent à quoi fe déterminer ; mais par cette oppofition , on leur fait entendre que fi l’on fait defcendre les deux premières liffes, on doit faire monter les deux dernieres, & que toutes les marches doivent faire monter les liffes qu’elles ne font pas defcendre, au moyen de cela les Ouvriers les moins intelligents exécutent les armures comme elles doivent être.
- La méthode que j’ai établie pour donner les armures aux Ouvriers , eft telle que je l’ai fait voir dans les Taffetas, & qu’on peut voit page 336, de cette Partie 5 là elle eft pour le Taffetas ; mais je vais bientôt la mettre fous les yeux pour les Etoffes dont nous nous occupons aéluellement ; auparavant , il faut faire connoître les moyens qu’on donne aux Ouvriers pour faire la troifieme armure dont nous avons vu la defcription. Ce font encore des lignes a 9 b 9 c, d, figure 6, qui repréfentent les marches; ces lignes font croifées par celles e, g, A, & les zéros i, k , l9m9 n , o9 p9 q y qui font pofés fur les angles des carreaux que forment le croifement de ces lignes, indiquent la correfpondance que chacune des marches doit avoir avec les liffes : ainfi les zéros i, k , font voir que la marche a9 doit faire defcendre la première Sc la troifieme lifte, qui font celles e9 g; ceux l, m , indiquent que la marche A, doit faire defcendre les liffes f,g9 qui font cenfées les deux liffes du milieu ; on voit par les zéros n9 0 , que la marche c, doit faire defcendre les liflesy, A, qui font la fécondé & la quatrième liffe ; & enfin nous voyons par les zéros p , q , que la marche d doit attirer les liffes e9 h, qui font la première 3c la demiere des liffes.
- Tout cet arrangement eft conforme au quatre combinaifons repréfentées par
- les
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- Septième Section. L Part, 'Quatrième ÂrftiûrzMï Rà^dc^'ülnï-Cyh 449 lés figures 4,5,6 & 7 , de la Planche précédente ; on n’a qu’à les y Côm-parer, & On les reconnoîtra fans peine.
- Je dois faire obferver que pour les deux dernierès armures , on n’a pas befoift d’indiquer la montée des liffes , parce qu’on efl: affuré que pourvu qu’on les faffe defcendre conformément à ce qu’exige l’armure , celles qui doivent monter monteront, puilqu’elles y font forcées par la maniéré dont elles font fufpendues.
- Voici à l’égard des Raz-de-Saint-Cÿr, de Saint>Maür, &c. comment je don-* nois les armures pour les exécuter conformément aux deux premières que nous avons vues*
- Première Marche 0000
- * 1
- Seconde Marche 0000
- 22
- Troifieme Marche o o o ù
- _____3 *
- Quatrième Marche 0060
- Les quatre zéros appartenants à la première marche, indiquent les quatre lifîes * les chiffres 1, 1 qui font par-deflous fignifient que ces deux liffes doivent être attirées par la marche , Sc ceux qui font fur les derniers zéros, font voit que ces deux lifîes doivent monter. Les quatre zéros qui font à chacune des autres marches , font toujours fuppofés repréfonter les quatre lifîes ; quand les chiffres font fur les zéros , il faut qu’on faffe monter les liffes , & quand ils font au-defîbus , e’eft pour marquer qu’on doit les faire defoendre : ainfi nous voyons que ces marques fuivent en tout notre armure ; d’ailleurs l'indication faite par l’écriture , qui donne les marches fuivant l’ordre quelles doivent tenir, a beaucoup plus de précifion que les lignes Amplement liées avec les zéros.
- On vient de voir que pour les deux premières armures, j’ai mis des chif* fres deflùs & deffous ; mais pour celles faites aux chappes , je n’en mets que deffous ; cependant je marque toujours chaque marche par quatre zéros, comme, ci-après.
- Première Marche o o o ô
- 1 1
- Seconde Marche o o o o
- * 2 2
- Troifieme Marche 0000
- _____3 3
- Quatrième Marche 0000
- ^ 44
- En fuivant les combinaifons de ces zéros, pour les comparer aux armures que nous avons vues, on reconnoîtra que l’exécution de celle-ci, comme elle eft marquée, la rendra conforme à tout ce que nous avons vu.
- Étoffes de Soie. FIL Part.
- X $
- . PtANGHE
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- Planche
- *<5.
- U
- 4P
- l'ART DES ÉTOFFES DE SOIE•
- Armure pour un
- Ra^de-Saint-Cyr, &c. remis a
- Première Marche o o o o Seconde Marche ° 9 ? ° Troifieme Marche o o o o Quatrième Marche °4 ° ° ^
- Malgré la mal-adreffe ou la mauvaife volonté de beaucoup d’Ouvriers , j’ai toujours eu la fatisfaélion de voir que jamais aucun n’a commis d’erreur en fuivant les ordonnances d’Armures, telles que je viens de les repréfenter.
- §. IV. Du paffage des Lijieres pour les Rcq-de-Saint-Cyr , les Rœ^de-Saint*
- Maur, & les Batavias.
- Quelles que foient les Etoffes qu’on fabrique , on doit chercher à donner aux lilieres toute la confiftance poffible, pour que ces Etoffes en foient plus folides & plus belles : pour les Raz-de-Saint-Cyr, les lifieres forment un fond Taffetas ; on ne fàuroit leur faire produire ce fond, fi elles étoient remifes comme le refte de la chaîne ; il faut donc trouver un moyen de pafler les fils des lifieres dans un ordre qui, fans rien changer aux combinaifons de l’armure, tandis que le fond de l’Etoffe forme le tiflu du Raz-de-Saint-Cyr, fafle celui du Taffetas ; on na jamais pu réuflir à fe procurer ce fond auflï parfait qu’on le doit attendre. On en a feulement approché , en remettant les fils des lifieres à la croifée, lorfque le fond eff; pafle à cours fuivi, tel que nous l’avons vu pour le Taffetas ; Sc fi le fond de la chaîne eff pafle à la croifée, on pafle les lifieres à fond Taffetas.
- Le fond Taffetas que l’on obtient par la maniéré de pafler les fils, eff toujours imparfait; mais pour que ce fond fût tel que les Etoffes l’exigeraient, il faudrait ajouter aux quatre lifles du fond deux faufles-lifïès, qui ne prendraient que les fils des lifieres ; on ferait mouvoir ces deux fauffes-lifles en Taffetas, tandis que les quatre lifles de fond formeraient le fergé du tiflu ; alors on feraitaffuré que les lifieres feraient belles, fortes , Sc quelles donneraient tout l’éclat Sc tout le foutien qu’il faut pour une Etoffe.
- Je crois qu’il n’efl pas befoin de donner des figures pour faire comprendre ce que je veux exprimer, il fuffit d’obfèrver que chacune de ces-faufles-lifles aura un nombre de mailles égal à la moitié des fils dont les lifieres doivent être compofées;ce nombre de mailles fera divifé en deux parties égales', Sç placées fur deuxliflerons à une diftance égale à la largeur de l’Etoffe , de forte que chaque moitié de mailles forme le bord des lifles du fond, Sc l’une & l’autre de ces faufles-lifles, contiennent à chaque côté la moitié des fils de la lifiere.
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- SîmEtëË Secîion. I. PàRî. Amure pour uft Batavia > êCe> 45*1 Quant à l’armure de ces liffes, on la fait conformément à l’ordonnancé ci-après»
- Armure pour un Batavia, pour un Ra^-de-Saint-Ma ur , &ۥ
- avec des liffes de lifiere•
- ÉjlwVg^Égl
- Planché
- Première Marche Seconde Marche
- a\
- Troifieme Marche o o
- Quatrième Marche o o
- I X 1
- 0 0 0000
- I 1 i
- 2 2 2
- O O 0000
- 2 i 2
- 3 3 3
- O O OOOO
- 3 3 3
- 4 4 4
- 0 0 OOOO
- 4 4 4 ,
- On doit voir par cette ordonnance, que les fix zéros qui font à chaque marche défignent & les liffes de fond Sc celles des lifieres ; elles font féparées les unes des autres par la ligne a, enforte que chaque première couple de zéros fuppofe les liffes des lifieres qu’on doit placer les premières , & les au* très zéros font les lifles de fond.
- On prendra garde que les liffes de fond font armées ici conformément à celles de la première des trois armures que nous avons vues ci-devant page 449, & qu’il n’y a que les lifles des lifieres qui en faflent la différence. Ces liffes fuivant cette dernierearmure, doivent monter &defcendre alternativement, parce que les fils doivent fe croifer à toutes les marches conformément à un Taffetas fait à deux liffes, & dans ce cas les fils font paffés de même que fur ces Taffetas, c eft-à-dire, un fur une lifle & un fur l’autre, de la même maniéré que nous le repréfonte la figure de la Planche ap.
- Il faut prendre garde auflî que fuivant les deux premières armures que j’ai décrites, il faudroit deux carquerons & deux ailerons de plus à chaque batterie des carrettes auxquels on fufpendroit les lifles , de même que celles du fond, &c ; fuivant les deux dernieres armures , on doit mettre les chappes à trois poulies, par cet arrangement on trouvera fuivant les deux premières armures , vingt-quatre eftrivieres , & pour les deux armures à chappes, il nous en faudra douze.
- Il y a des Ouvriers qui trouvent cette difpofition un peu embarraflànte ; mais en la comparant à des Etoffes que nous aurons occafion devoir, on verra que cet embarras fe réduit à rien ; d’ailleurs il s’agit ici de la perfection de l’Etoffe , pour laquelle il n’eft rien qu’on ne doive entreprendre, fur-tout quand ce même embarras ne caufe aucun retard dans la fabrication.
- Quant à la maniéré de faire les lifieres que je viens de propofer , je m’en fuis affuré pour l’avoir mife en ufàge, & j’ai éprouvé que non-feulement les lifieres étoient infiniment plus belles que celles qu’on fait en paflànt les fils à
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- Planche
- ±6.
- 4P VART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- . la croifée ou autrement, mais que la fabrication de l'Etoffe fe fait beaucoup mieux 3c avec beaucoup plus de facilité.
- Voilà en général par quels moyen on conftitue les trois Etoffes que j’ai annoncées: il refie à connoître la maniéré de les fabriquer, & comment elles différent les unes des autres*
- Article Premier.
- De la différence quil y a entre les Ra^de-Saint-Cyr & les Ra^-de-Sainti
- ' Maur , ainji qu entre ces deux Etoffes & les Batavias• De la maniéré
- de fabriquer ces trois genres d!Etoffes,
- §. L Différence quil y a entre ces trois genres d1 Etoffes , &c.
- Les Raz-de-Saint-Cyr, les Raz-de-Saînt-Maur 8c les Batavias, ne different pas feulement les uns des autres, mais chacun de ces genres en particulier différé de lui-même ; de forte que nous avons plufieurs genres de Raz* de-Saint-Cyr, plufieurs en Raz« de-Saint-Maur, 8c même on trouve de la différence parmi les Batavias: je vais détailler en particulier chacun des trois genres, après quoi je les comparerai les uns aux autres , afin de pouvoir les diftinguer Sc de ne les pas confondre.
- Parmi nos Fabriquants, on diftingue trois fortes deRaz-de-Saînt-Cyr, qu’on défigne parles Raz-de-Saint-Cyr pour doublures, les Raz-de-Saint-Cyr pour habits,ou trois fils , & les Raz-de-Saint-Cyr pour culottes.
- Le tiffu de ces trois genres de Raz-de-Saint-Cyr eft toujours le même ; la différence ne confifte que dans le plus ou le moins de foie quon met à la chaîne.
- Les Raz-de-Saint-Cyr pour doublures font ordinairement faits for dix-neuf ou vingt pouces de largeur, ainfi que tous les autres en général ; les Peignes dont on fe fert font des 2 y , c'eft-à-dire, compofés de mille dents ; on met deux fils fimples par dent, ce qui fait en tout -deux mille fils pour la chaîne.
- Les chaînes des Raz-de-Saint-Cyr pour habits, communément appellése/2 trois fils, font faits fur le même compte de Peigne que ceux que nous venons de ,yoir , & l'on y met trois fils par dent, dont un ourdi double , & l'autre fim-ple ; quelquefois, quand la foie eft fine, on met les deux fils doubles • mais c'eft le plus rarement poffible, parce que le Fabriquant n’y trouveroit pas fon compte.
- Les Raz-de-Saint-Cyr pour culottes , ne different des autres qu’en ce qu’ils
- • ont
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- Septième Section. I. Part. Différence des Rca^de-S.-Cyr, de-S-Maar, SCc. 4^3
- ont leur chaîne ourdie moitié double moitié triple ; quelquefois même on
- ourdit la chaîne toute triple ; d’autres fois triple 8c quadruple, & même on en Planche
- ourdit de toutes quadruples ; mais on ne met jamais que deux fils par dent 9
- bien entendu que chaque fil double , triple ou quadruple , ne compte que
- pour un feul, comme je Fai déjà fait remarquer dans le Traité de FOurdiflàge
- & ailleurs.
- Je dis qu’on fe fert de Peignes de mille dents pour les Raz-de-Saint-Cyr ; cependant on déroge quelquefois à ce compte en plus ou en moins , comme on déroge auffi fur les largeurs ; il eft vrai que quant au compte de Peigne on s’en écarte plutôt en moins qu’en plus , parce que moins on met de chaîne à un Raz-de-Saint-Cyr, 8c moins il devient coûteux ; auffi eft-il d’une moindre valeur : quant aux largeurs , on peut les établir entre dix-huit 8c vingt pouces.
- Les Raz-de-Saint-Cyr font tramés de fleuret, de chrifantin ou de galette; ce font trois fortes de filofelles qui fortent de la foie, qu’on peut reconnoître par la defcription que j’en ai faite dans i’Xntroduélion qui fuit la Préface, dans la première Seélion , pages xj , xij & xiij.
- On doit préfumer que la beauté de cette Etoffe dépend beaucoup de la fupériorité de la matière qu’on emploie pour trame, & que la bonté vient de la force qu’on donne à la chaîne ; par cette raifon on doit faire les Raz-de-Saint-Cyr plus ou moins beaux 8c plus ou moins bons.
- Les Fabriquants qui fe piquent d’avoir de beaux Raz-de-Saint-Cyr, n’y employent que des foies organfin de Piémont pour la chaîne , & de belle galette pour la trame ; ce n’eft pas que la foie de la chaîne ait grande apparence dans ce genre d’Etoffe ^ car fon éclat eft ordinairement éteint par le duvet que produit la trame qu’on y met ; mais la foie étant plus facile à travailler , l’Etoffe eft plus fufceptible de perfeétion. Cependant dans les beaux Raz-de-Saint-Cyr pour les culottes , on apperçoit beaucoup plus d’éclat que dans les autres, parce que la chaîne étant plus fournie de foie domine davantage ; car il eft bon de remarquer que l’on ne met pas une trame plus groffe pour les Raz-de-Saint-Cyr à doublures que pour ceux à culottes ; il eft vrai que pour ces derniers , comme on les apprécie beaucoup au-defîus des autres, on a foin de-choifir dans la trame ce qu’il y a de plus beau , parce qu’on peut mettre' à la . chaîne une foie de pays qui eft ordinairement moins bien montée que celle de Piémont.
- Il eft à propos de remarquer que pour les chaînes fimples dont on 11e met que deux fils en dent, on doit avoir la précaution d’employer un brin de foie jflus fort que pour les chaînes qu’on ourdit doubles, triples ou quadruples ; on a toujours reconnu qu’une foie bien, moulinée étoit plus forte qu’une foie qui ne l’eft pas affez ; cette raifon eft affez déterminante pour faire faire un choix en raifon de l’Etoffe qu’on veut fabriquer.
- Étoffes de Soie. VIL Pan. Y $
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- 7
- m- ni .. -
- Planche
- C454 U A RT DES ÉTOFFES DE SOIE.
- * Pour les Raz-de-Saint-Cyr pour doublure, on employera un organfin de 36 deniers ; pour les trois fils on mettra fouvent le même organfin , & je me fuis apperçu que le trois fils efl fufceptible d’une chaîne plus forte que le deux fils, parce que l’inégalité des deux fils qu’on met dans une dent, dérange finguliérement la tenfion des uns & des autres, en ce que le fil double réfiftant davantage que le fil fîmple, il efl: à propos de procurer à ce dernier une confiftance proportionnée aux efforts qu’on lui fait éprouver.
- Quant aux chaînes des Raz-de-Saint-Cyr à culottes, on peut fort bien fe paffer de mettre de l’organfîn de Piémont, parce que falfemblage de plufieurs brins donne une confiftance & un dégagement à la foie, qui vaut à tous égards un fort apprêt ; d’ailleurs une foie moins bien moulinée leur procure un plus grand éclat.
- On ne fàuroit donner avec précifion la qualité des Raz-de-Saint Cyr dans les trois genres particuliers que nous en diftinguons ; mais on peut dire que leur fupériorité eft prifè dans la beauté de la matière qu’on y emploie , tant dans la chaîne que dans la trame ; c’eft pourquoi l’on voit tant de variété dans le prix de chaque genre.
- Des Rcq-de-Saint-Maur.
- X
- L e sr Raz-de-Saint-Maur font ordinairement faits fur demi-aune de largeur ; le compte de leur Peigne eft depuis neuf cens jufqu’à mille dents ; on met quatre fils fimples ou quatre fils doubles dans chaque dent, fuivant la force qu’on veut leur donner : quand on ourdit les chaînes fimples, on doit mettre un organfin de Piémont d’environ 36 à 40 deniers; pour les chaînes doubles y on met un organfin de 28 deniers.
- On peut cependant dans les unes & dans les autres chaînes, mettre un or-gafin de pays bien monté & du même denier ; on préféré néanmoins la foie de pays pour les chaînes doubles.
- On fait des Raz-de-Saint-Maur tramés de belle galette ou de fantaifie ; on en fait aufli tramés de foie ; cette Etoffe ne fe fait qu’en noir; elle eft deftinée pour les deuils; les lifieres doivent être en Taffetas, mais en belles lifieres, c’eft-à-dire, quelles font rayées de forte qu’elles jouent le ruban ; on les appelle autrement lifieres à chaînette. v
- Que l’on trame avec de la foie ou avec de la filofelle , on ne doit rien changer dans l’ordre des chaînes, qu’autant qu’on veut faire la différence du fimpie au double ; on ne fauroit ici comme dans les Raz-de-Saint-Cyr , mettre du double & du fimple dans la même chaîne, parce que cette différence doq-neroit à l’Etoffe une irrégularité qui la défapprécieroit, d’autant que c’eft la chaîne qui eft la partie dominante ; au lieu qu’aux Raz-de-Saint-Cyr, en général , on apperçoit plus de trame que de chaîne.
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- Septième Section. I. Part. Différence desRa^-deS'sCyr% de~S.~Maur% ôc. 45y Les Manufactures où Ton fabrique le plus les R a z - d e - S a i n î> M a 11 r , font^^^™-Tours Sc Lyon ; on n’en fait ni à Nîmes „ ni à Avignon, Sc très-peu à Paris : au Planche lieu qu’on fait des Raz-de-Saint-Cyr prefque dans toutes les villes de Manufactures ; mais la plus grande quantité fe fait à Paris & à Tours.
- Ce n’eft pas qu’il y ait plus de difficultés à les fabriquer dans un pays que dans l’autre ; mais fouyent une ville adopte la fabrication d’un genre d’Etoffe par préférence à une autre ; auffi voit-on que Paris excelle dans les Raz-de-Saint-Cyr ; qu’on ne fouroit lui en difputer la beauté, ainfi que des Raz-de-Saint-Maur qui s’y font. Tours excelle dans ce dernier genre , comme Avignon dans les Taffetas de Florence, Sc comme Nîmes dans les petites robbes de Taffetas des Indes Sc dans les petits Gros-de-Tours : quant à Lyon, nous n’y mettrons point de bornes ; car il s’y fait des prodiges dans tout ce qui s’y fabrique.
- Des Batavias.
- Les Batavias en plein, ( car je n’entends pas parler ici des Batavias brochés , dont le tiifu eft bien différent de celui que nous avons vu ) font ordinairement fabriqués for des Peignes de feize cents dents: leur largeur eft de { d’aune , ce qui équivaut à vingt-fept pouces Sc demi ou environ : on en fabrique de trois fortes ; les uns à deux fils par dent, chaîne double , d’autres à deux fils chaîne fimple , Sc d’autres à quatre fils chaîne fimple.
- Cette Etoffe eft deftinée pour les robbes de femmes ; on en fait de toutes fortes de couleurs ; elles font tramées de foie : on fait des Batavias rayés en long Sc en travers ; les raies en long font exécutées par l’ourdifiige ; mais pour celles en travers on les exécute en fabriquant l’Etoffe , de forte qu’on fait aller fucceffivement autant de navettes qu’on veut placer de couleurs en travers ; cependant ordinairement on n’ajoute qu’une couleur à celle du fond , pour faire une petite raie avec la trame , qui ordinairement eft en blanc ou couleur d’or.
- Je crois qu’on doit appercevoir de l’infériorité entre les Batavias à fimple chaîne de deux fils par dent eu égard à ceux à chaîne double ; quant à ceux à chaîne fimple qui ont quatre fils par dent, ce font des Batavias d’une toute autre efpece ; on pourroit établir entre ceux-ci Sc les autres la mêîne différence qu’on met entre les Raz-de-Saint-Cyr fimples & doubles avec les Raz-de-Sainc Maur.
- Les Batavias à deux fils doubles par dent font préférables à tous les autres, tant pour l’ufer que pour le grain de Serge qui s’y diftingue ; ceux à deux fils fimples par dent forment le même grain que les autres ; mais comme les fils de la chaîne font fimples , ce grain eft confondu avec la trame , ou plutôt on voit dominer la trame for la chaîne : l’ufer de ce dernier Batavia eft de peu de durée.
- -'Sbcnam
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- Planche
- 46.
- 4j(î VAUT DES ETOFFES DE SOIE.
- Les Batavias à quatre fils {impies par dent forment un grain fi fin quon at peine à le diflinguer à une très-petite diflance ; on confond cette Etoffe avec les petits Taffetas ; cependant l’ufèr en efl fort bon, mais il ne joue pas affez fon genre d’Etoffe.
- Pour faire un bon Batavia à chaîne double, il faut un organfîn de 30 deniers de pays bien monté ; mais pour ceux à chaîne fimple, on doit employer un organfin de Piémont d’environ 40 deniers ; & pour ceux à fimple chaîne 8c à quatre fils en dent , il faut un organfin de Piémont de 30 à 36 deniers.
- Le Batavia efl un genre d’Etoffe qui ne prend jamais affez de confiftance pour fe prêter au mouvement , quoiqu’on Je frappe aflez fort en le fabriquant ; c’efl ce qui a déterminé les Fabriquants à joindre dans la trame un brin de foie teinte en cru , pour leur procurer, fi ce n’efl une carte , du moins une petite roideur qui les rend moins chiffons qu’ils ne font par eux-mêmes. Les Lyonnois ajoutent ce brin de foie crue à leur trame, quoique par leurs réglements il leur foit défendu, & cela efl utile pour le débit ; fans quoi 5 cette Etoffe efl fi mollafle par fon tiflu , que le feul maniement efl capable d’en faire perdre la vente. Je fuis bien éloigné de dire que ce brin de foie crue rende l’Etoffe meilleure ; au contraire, il en abforbe l’éclat quand il riyj efl pas bien ménagé, & il fait plus vîte ufer l’Etoffe.
- Les Fabriquants qui ont plus d’intelligence que les autres , mettent ce brin de foie crue le plus fin poflible , ils le prennent dans les organfins les mieux montés, parce que le tors de l’organfin donne beaucoup de roideur de plus au brin qu’il n’en a par fa gomme naturelle.
- On doit obferver que la couleur de la foie crue fe rapporte le mieux poflible avec celle de la foie cuite avec laquelle'on la joint ; pour y réuflîr avec plus de foccès , on choifit de la foie naturellement blanche pour faire teindre en crui alors la teinture prend plus facilement, & fo rapproche beaucoup plus du ton qu’on donne à la foie cuite ; & fi les Fabriquants faifoient bien , ils auroient de belle foie de Nankin montée , & la feroient teindre pour cet ufàge ; car j’ai eu lieu de remarquer en teignant moi-même cette forte de foie , qu’elle prend la couleur & en rend les effets prefque aufli éclattants que la foie cuite ; il efl vrai qu’elle ne la prend qu’à la fuperficie , car au frottement cette couleur difparoît ; mais comme ici cette foie ne feroit pas fujette au frottement, puifqu’elle foroit incorporée dans l’Etoffe, il efl certain qu’elle tiendroit plus long-temps fon éclat.
- Il ne faut pas croire que les autres foies teintes en cru confervent plus longtemps les couleurs qu’on leur fait prendre, au contraire , puiiqu’elles commencent d’abord par ne les pas prendre aufli parfaitement ; car nos foies blanches de pays ou d’Italie , prennent la couleur fort opaque , à plus forte raifon les foies qui font naturellement jaunes ; les foies jaunes qu’on teint en cm ne peuvent pas être teintes en bleu, parce que leur fond étant jaune, en les
- trempant
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- Septième Section. I. Part. Différence des Rar-de-S.-Cyr, de~$.-Mmr,'&c. 4 y? trempant dans le bleu , on n’a qu’un verd fort mauvais : fi on veut les teindre en rôle , on n obtient qu un mordoré, a proprement parler avec la foie qui eft jaune naturellement, on ne peut avoir que des couleurs faufles , dont le manque d’éclat abforbe celui de l’Etoffe où on l’emploie ; ainfi on ne fauroîc afièz prendre de précaution pour rendre parfaites les Etoffes qu’on fabrique ; & dans celle qui nous occupe, fi l’on veut y mettre de la foie crue, on doit fuivre ce que je viens de dire, puifque les expériences en font fûres , & d’ailleurs le feul raifonnement doit être fuffifant pour prouver ce que j’avance.
- Voilà quels fondes genres d’Etoffes dont nous avons vu les armures ; on doit actuellement connoître que , quoique ce foit le même tiffu qui les confti-tue les unes & les autres, elles font néanmoins bien faciles à diflinguer par la différence qu’on a mile dans la matière qu’on y emploie , & dans les proportions des chaînes qui les forment ; il nous refte à voir comment on les fabrique.
- §. IL De la maniéré de fabriquer les Ra^-de-Saint-Cyr , les Ra^-de-Saint~Maur 1
- & les Batavias.
- Suivant les armures que nous avons vues, il eft fenfible que la fabrication des trois genres d’Etoffes qui nous occupent actuellement, eft à-peu-près la même pour les unes que pour les autres.
- Je ne repréfenteraî point de figure à~cet égard ; la première de la Planche 34, où l’on voit l’Ouvrier A , qui fabrique du Taffetas , & toutes celles qui y ont rapportfont fuffifantes pour nous mettre au fait de la fabrication des genres fur lefquels nous en lommes ; ajoutons feulement à cette première figure deux marches, & fuppofons que l’Ouvrier parcourt les marches l’une après l’autre en les faifant mouvoir régulièrement , en allant toujours de droite à gauche ou de gauche à droite ; c’eft-à-dire , que fi l’Ouvrier a adopté d’aller de gauche à droite , comme le font en général tous les Ouvriers, il ne doit jamais changer fa méthode , & toutes les fois qu’il' a enfoncé les quatre marches dont eft compofé le cours , il doit recommencer toujours par la même. Ainfi reprenons pour un moment la figure 1 de la Planche 46, & nous ob-ferverons que l’Ouvrier en travaillant doit commencer par enfoncer la marche G, de-là celle /, enfuite celle K, & finir fon cours par celle L ; après il revient fur celle G, & continue tous les cours conformément au premier ; du refte la navette doit être lancée avec la même attention que pour le Taffetas, & reçue de même, conféquemment elle doit être tenue de même ; le battant doit être tiré & pouffé de même que je l’ai dit pour les Taffetas.
- Les Raz-de-Saint-Cyr doivent être travaillés à pied ouvert , & frappés avec force, fur-tout les Raz-de-Saint-Cyr pour culottes, lur les duites defquels il faut frapper à coups redoublés , fans quoi on ne fauroit leur donner un Etoffes de Soie. VIL Part. Z y
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- r4^ L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- maniement convenable. Il faut suffi qu’on ait foin d’avoir de bons battants » & de ne point faire comme la plus grande partie des Ouvriers de Paris, qui fe fervent de battants de vingt livres , tandis qu’il faudroit qu’ils fuflent de cinquante à foixante livres, encore leur battant n’acquiert le poids de vingt livres ou environ , que par des barres de fer qu’on y joint au-deflous ou par-,derriere.
- Pour faire des Etoffes fortes , il faut des battants plombés, forts & folide-ment conftruits , fans quoi les Etoffes ne^font jamais telles qu’elles doivent être , ainfi que je l’ai fait remarquer dans la defcrïption des uftenfiles de Métier.
- Les Raz-de-Saint-Maur doivent être bien frappés ; mais comme ils font fournis de chaîne, c’eft-à-dire , que la chaîne eft plus divifée qu’aux Raz-de-Saint-Cyr, on n’a pas befoin de frapper avec la même force pour donner de la confiftance ; cependant il faut les faire carteux : quant à la force de cette Etoffe , on doit la régler comme toutes les autres fuivant la volonté du Fabriquant, & c’eft le Fabriquant lui-même qui doit faire faire aux Ouvriers les Etoffes félon qu’elles doivent être , en leur fourniflant les matières telles qu’il le faut, afin que l’Ouvrier ne puifle pas fe défendre d’une mauvaifè fabrication * fous le prétexte de n’avoir pas les matiefes convenables.
- Il faut néceffairement que les Raz-de-Saint-Maur (oient fabriqués à pas ouvert, & les Batavias de même, avec la différence que les Batavias ne fbnç pas battus fi fort que les deux autres Etoffes ; mais comme on met la trame plus fine , on doit être plus exaél à les travailler à pas ouvert, parce que plus la trame eft fine & plus l’Etoffe tend à fe rétrécir , par les mêmes raifons que j’ai déduites à cet égard dans un des articles de l’Art du Peigner : voyez depuis le dernier alinea de la page qr]6 , jufques à-peu-près à la fin de la page 478 , où il eft parlé de la néceffité de fabriquer certaines Etoffes à pas ouvert, & ce qui en réfulte quand on ne s’y conforme pas.
- Cette obfervation eût été néceflàire ici, mais je l’ai portée dans l’Art du Peigner , pour prouver qu’il falloir abfolument que les dents des lifieres fuffent plus fortes que celles du corps du Peigne * afin que les Faifeurs de Peignes connuffent la caufe de cette différence , & pourquoi les Peignes s’u-fent plus vite fur les bords que fur le milieu : il eft cependant important que les Fabriquants ne l’ignorent pas, & encore plus les Ouvriers ; car nous en avons qui réparent parfaitement les inconvénients qui réfultent de la fabrica* tion fur les uftenfiles , mais qui ne connoiftent pas la caufe qui les produit. 11 eft certain que fi un Ouvrier adroit , connoiffoit à fortd la caufe qui produit quelque inconvénient à un uftenfile de Métier, il fèroit auffi adroit pour le prévenir ou du moins pour le pallier ; de forte que par fa maniéré de travailler, tel uftenfile qui s’ufè dans un an entre les mains d’un Ouvrier ignorant fur la caufe de fon ufure, peut travailler deux Sc trois ans même en bon état : ce que je dis à ce fujet eft d’après mes expériences & celles de
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- Septième'Section. I.Part. Fabrique des Ra^de-S^Cyr, de-S.-Maur , &c. 459
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- plufîeurs autres Fabriquants & Ouvriers. C’eft pourquoi j'invite de voir cet endroit de l’Art du Peigner, que je ne crois pas devoir répéter ici, attendu que j’ai dit alors à-peu-pres tout ce qui eft nécefiaire pour engager les Ou* vriers à travailler certaines Etoffes à pas ouvert , & que j’ai fait voir que les défauts qui en réfultoient étoient pernicieux aux Peignes : ils ne font pas moins pernicieux à l’Etoffe ces mêmes défauts ; car fi un Peigne n eft pas parfait , l’Etoffe s’en reffeht à tous les endroits où les défauts du Peigne portent.
- Les Raz-de-Saint-Cyr , les Raz-de-Saint-Maur , &les Batavias, font non* feulement füfceptibles d’être travaillés à pied ouvert le plus exactement pof* fible , mais il faut fe fervir du tempîa pour tenir les Etoffes en largeur autant qu’on le peut, car quelque foin qu’on y porte, on a bien fabriqué, quand avec toutes les précautions que je recommande , ces Etoffes n’ont que demi-pouce de moins de largeur que le Peigne qui a fervi à leur fabrication.
- Tous les genres de Serge & de Satin quelque forts qu’on les faffe, fent fujets au travail a pied ouvert ou a pas ouvert, & le tempia eft employé pour toutes les Etoffes.
- Moins 4une Etoffe eft fournie en chaîne, plus la trame en eft fine , Sc plus iLfaut avoir foin de frapper le coup de battant fur la duite , fins laifîer fermer la fogue ; ce n’eft qu’une affaire d’habitude pour les Ouvriers ; il s’agit d’aller un peu moins vite , & fûrement l’on avance beaucoup plus;car une fois qu’on a contracté l’habitude de travailler les Etoffes à pas ouvert, on eft certain de bien fabriquer toutes fortes d’Etoffes , & d’avancer plus que les Ouvriers qui travaillent à pied clos ; cela eft fi certain qae par le travail à pied ouvert l’Etoffe tient fa largeur , & le frottement *du Peigne fur la foie n’eft pas fi fort que lorfqu’en travaillant une Etoffe à pied clos , cette Etoffe fe rétrécit & vfait caffer une quantité de fils fur les bords de l’Etoffe ou de la lifiere , ce qui retarde confidérablement l’ouvrage , & le rend imparfait ; d’ailleurs l’Etoffe fabriquée à pas ouvert eft toujours plus éclatante Æ? d’un meilleur ufer que celle travaillée à pas clos, parce que la trame ne lutte pas avec autant de force contre la chaîne qui la contient, que la trame d’une Etoffe travaillée à pas fermé ; la preuve de ce que je dis eft qu’on voit l’Etoffe travaillée à pas ouvert moins carteufe que celle travaillée à pas fermé ; ce carte ne provient que du plus ou du moins de gêne que la trame éprouve entre les fils de la chaîne qui la contiennent. *
- Il femble au premier alpeél que les Etoffes carteufes n’aquierent cette qualité que par le coup de battant donné plus ou moins fort : je conviens que cela y contribue ; mais nous femmes certains que toutes chofes égales d’ailleurs , l’Etoffe fabriquée à pas ouvert, quoique du même genre exactement, eft moins carteufe que celle fabriquée à pas clos. Tout ce qui a été décidé à l’égard de cette différence dans la qualité de ces deux Etoffes, c’eft que dans
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- Igmwmniiiiiiii l >m»i i
- PXANCHE
- 46.
- VAUT DES ÉTOFFES DE SOIE.
- celle fabriquée à pas ouvert,'la carte qu’elle prend n’eft que par le coup du battant, au lieu que dans les Etoffes fabriquées à pas clos , la carte dépend non-feulement du coup du battant , mais du plus de tenfion que chaque duite de la trame a de plus qu’à l’autre Etoffe ; ce qui eft prouvé par ce que l’Etoffe fabriquée à pas ouvert eft toujours plus large de quelque chofe que celle travaillée à pas clos : il y a encore une obfervation qui appuie ce fentiment ; c’eft; que l’Etoffe fabriquée à pas ouvert eft toujours plus roide que celle travaillée à pied clos, & cependant autmaniement elle paroît moins forte ; par cette rai-fon elle eft d’un meilleur ufer.
- On doit fe fervir de tempia pour les Serges & les Satins , '& même pour toutes fortes d’Etoffes de Soie; par cet uftenfile on tient l’Etoffe dans fo largeur , & l’on travaille bien plus facilement.
- Plus une Etoffe doit être légère, & plus fou vent on doit changer le tempia pour le rapprocher des dernieres duites de la trame qu’on emploie.
- Il y a des Ouvriers qui ont pour méthode de ne changer le tempia pour quelque Etoffe que ce foit, que lorfqu’ils en ont fait à-péu-près de la largeur du tempia même, ce qui fuppofo environ un pouce & demi ; la raifon qu’ils en donnent eft qu’ils veulent éviter de piquer deux fois les dents du tempia dans les mêmes trous ; ce qui arrive fort fouvent lorfqu’on le change de place chaque trois quarts de pouce ou un peu plus ; ils prétendent que cela fait du tort aux lifieres dont iis font jaloui. Cette obfervation & ce foin ne compenfent pas le défaut qu’en reçoit l’Etoffe, ou plutôt la qualité qu'elle en acquier-roit de plus ; on peut, en faifànt attention , ne point reporter les dents d’un tempia dans les trous qu’elles ont déjà faits, & quand même on les y repor-teroit, on doit préférer de le changer plus fouvent à ce foible défaut ; d’ailleurs on doit régler le changement du tempia à raifon de la force de l’Etoffe ; on doit cependant toujours préférer à le changer plus fouyent que pas affez.
- Voilà les précautions qu’on doit avoir pour/ la fabrication des Raz-de-Saint-Cyr, des Raz-de-Saint-Maur, & pour les Batavias ; paffons à la fabriqua des Serges pour doublures d’habits. <
- Article
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- Septième Section* L Part, De la fabrication des Serges ou Crolfés, ôc. q£t
- Article Second.
- De la fabrication des Serges ou Croifes, dont on fe fert pour les doublures des habits , quon appelle parmi les Ouvriers Serges à trente-fix eftrivieres.
- §. I. T-
- Combinaifons du mouvement des Ujfes;
- Le tifïu de la Serge dont nous allons nous occuper eft différent de celui des Raz-de-Saint-Cyr * &c ; cependant pour le former, il faut que la chaîne L^CHÊ foit féparée moitié par moitié pour recevoir la trame ; il faut encore néceflaire-xnent employer fix lilîes pour obtenir le tifîu qui conftitue ces Serges : c’eft la maniéré différente de faire mouvoir ces liftes qui procure les effets qu’on doit en attendre. Avant que d’entrer dans les diverfes combinaifons du mouvement des liffes , fai cru qu’il étoit à propos de connoître les révolutions qu’on fait faire à chaque fil de la chaîne ; ces révolutions font repréfentées par la figure 7 , PL 46, fur laquelle nous examinerons les fils dont eft corr„ pofé un cours.
- Je préviens que le remettage de nos Serges eft le même que celui des Taffetas à fix liffes, que nous avons vus dans un des articles précédents , de forte que chacun des cours eft compofé de fix fils qu’on divifè ordinairement dans deux dents ; quoique ces fils foient quelquefois divifés par demi-cours > un chaque dent, néanmoins chacun d’eux eft mû de maniéré que tous en-fèmble à chaque mutation produifent un effet différent, & conforme à la combinaifon déterminée, fuivant les révolutions de chacun de nos fils; & en-fuite par l’armure nous reconnoîtrons quels font les mouvements qu’on a im-- primés aux liffes, pour que les fils dans le tiffu foient placés conformément à la pofition qu’ils ont fur la figure 7.
- Pour faire fentir que tous les cours des mailles doivent avoir une égale révolution, fai marqué dans cette figure quatre cours, qui font indiqués par les fils a9a9a>a9b9b9b9b9 c 9c 9c 9 c >d9 d 9d9 d9e9e9 c,e ,f 9f 9f 9f en forte que chacun de ces fils doit être remarqué par l’égalité de la lettre qui le défigne, ainfi les quatre fils qui font fous la lettre a, commencent les cours ou les finiflent ; ceux qui font fous la lettre b y font les féconds fils de ces cours ; ceux c, font les troifiemes ; ceux d9 font les quatrièmes; ceux e, les cinquièmes , & ceux f, font les fixiemes. Qu’on compare aélueilement tous ces fils entr’eux, & l’on verra , cours par cours , que chacun de ceux qui font défignés fous la même lettre , paffent également deffus & deflous les duites de trame : ici on voit trois cours qui font marqués par les lettres g9 g, g* h, A, h, i, i, i 9k9 k, k>l,l,> l^m }m , m\ de façon qu$
- Étoffes de Soie. FIL Part% A 6
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- Planche
- 462 L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- » chacune des duites eft incorporée également dans la chaîne ; ainfi, par exem-pie , toutes les duites g, g, g9 paflent deflus & deflbus les mêmes fils ; fi Ton veut le donner le loin de les foivre dans leur révolution, on verra que les duites paflent toutes deflbus tous les fils a, c9 d, & conféquemment deflus les fils b9 e > f; en foivant la direction des autres fils, on verra que chacun de ceux qui répondent direétement à l’endroit du cours des autres , font tous pafles deflbus & deflus les mêmes. L’égalité de ces révolutions entre les fils vient de ce que tous font pafles fur une même lifle : ainfi tous les fils a, appartiennent à la première lifle ; ceux b 3 font de la fécondé ; les fils c, font de la troifieme ; les fils d 9 font pafles dans les mailles de la quatrième ; les fils e, le font fur celles de la cinquième lifle , & les fils f, font ceux qui paflent dans les mailles de la fixieme & derniere lifle : il réfulte de cet arrangement que tous les fils qui font à une foule lifle, doivent exactement foi-vre les mêmes révolutions, puifqu ils lèvent tous en même-temps.
- Le tiflu de la Serge forme deux grains différents, un petit qui eft produit parce que dans cet endroit il n’y a qu’une feule duîte deflus & deflbus chacun des fils qui le forment , & le focond grain a deux duites ; fi Ton prend la peine de fuivre chacun des fils , on verra que focceflivement ils paflent deflus deux duites & deflbus deux autres, & que quittant ces quatre duites, ils paflent deflus la cinquième duite & deflbus la fixieme ; le cours des duites eft compofé de fix, parce que le cours des marches qui concourent à faire incorporer les duites dans la chaîne eft aufli de fix , & chacune fait à la fois lever 8c defcendre trois des lifles, enforte qu’à chaque marche on trouve que toutes les lifles font mifes en mouvement. Les deux grains que forme la Serge fe reconnoiflent en ce qu’ils traverfont obliquement l’Etoffe d’une lifiere à l’autre ; 8c fi l’on veut prendre un nombre de cours des duites égal à celui des fils de la chaîne , on comptera dans la largeur de l’Etoffe autant de petits 8c autant de gros grains qu’il y a de cours de fils dans cette chaîne ; c’eft ce qu’on peut faire avec un microfcope. Ce font ces deux grains qui font diftinguer les Serges des Batavias & des Raz-de-Saînt-Maur ; d’ailleurs l’oppofition qu’il y a entre ces deux grains, fait qu’on diftingua facilement l’un par l’autre , 8c donne à l’Etoffe un agrément que l’on ne voit pas aux Raz-de-Saint-Cy r, 8cc ; au furplus lorfque cette Etoffe eft bien conduite par les proportions de la chaîne avec la trame , elle eft d’un bon ufor.
- Pour bien faire fabriquer les Serges, il faut mettre les chaînes doubles £ & les faire avec un Peigne de 800 dents fur fi de largeur : on met trois fils par dent, ce qui fait le demi-cours ; ainfi chaque cours eft partagé pour remplir deux dents.
- Je n’ai pas démontré ici, ni dans le tiflu des Raz-de-Saint-Cyr , l’effet de la chaîne double , triple, 8cc y j’ai cru que pour la reçonnoître les quatre
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- Septième Section. I. Part. De la fabrication des Serges ou Croifés > &c. 463 premières figures de la première Planche, qui nous font voir cet effet des chaînes pour les Taffetas, depuis les fimples jufques aux quadruples, pouvoit fuffire pour faire concevoir celui que de fomblables chaînes doit produire dans le tiffu de toutes fortes d’Etoffes: la tra me qui eft employée dans ces mêmes quatre figures * doit aufîi fuffire pour donner une entière connoifo fonce de l’aflemblage des différents brins qu’on réunit pour procurer aux Etoffes plus ou moins d’épaiffeur, & leur donner une qualité telle qu’on le délire; aufîi dorénavant je repréfenterai tous les tiffus à brins fimples, tans dans la chaîne que dans la trame; je me contenterai d’indiquer ce qui doit être fimple, double, &c. à moins que je n’y fois forcé par quelque effet extraordinaire.
- La différence qui fè trouve entre les Batavias & les Serges, provient du nombre des liffes qu’on met de plus à celles-ci qu’aux autres, & de ce que les Batavias font faits à quatre liffes ; pour nos Serges il en faut fix, ainfi que je fai déjà fait remarquer : c’eft donc par les différents mouvements des liffes qu’on parvient à obtenir les différents effets que produifent les fils de la chaîne, pour conftituer notre Etoffe ; ces différents mouvements font produits par l’impulfion des marches, & réglés par l’armure.
- L’armure de nos Serges efl: tellement compliquée, que j’ai vu il y a plus de trente ans des Ouvriers qui paffoient dans la Fabrique de Lyon & de Nîmes pour très - habiles , parce qu’ils étoient en état d’exécuter l’armure de nos Serges ; il efl: vrai qu’alors on ne connoifloit pas autant de différentes armures qu’on en connoît aujourd’hui ; d’ailleurs ce genre d’Etoffè s’efl; multiplié confidérablement, puifqu’à préfent cette Etoffe devient une doublure ordinaire d’un habit un peu propre.
- §. IL De VArmure des Serges à doubluresi
- L a figure I de la Planche 47 nous repréfonte la partie la plus effentielle de l’armure des croifés ; ce que je n’ai pû y faire voir, fera démontré parles figures fuivantes.
- La fufpenfion des liffes pour les Croifés ne fàuroit être faite qu’aux carret-: tes à aîlerons, on les fait même en général au carrette double ; cette fufpenfion efl: la même que nous avons vue par la figure 1, Planche 18; c’eft cette fufpenfion qui efl: fort en ufage à Lyon, Nîmes, Avignon, Sec ; je ne l’ai vue différente que parmi les Ouvriers de Tours & de Paris, qui la font conforme à celle que nous avons vue par la première des Raz-de-S.-Cyr.
- On n’a jamais pu trouver le moyen d’armtr les Serges dont nous nous occupons avec les chappes, on a fait pour y parvenir toutes les combinai-fons imaginables, foit dans l’ordre du mouvement des liffes , foit dans celui qu’on donne aux fils en remettant, mais toujours inutilement ; je n’ai moi?
- Planche
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- I
- Planche
- 47.
- 4*4 -L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE;
- même pù parvenir à armer cette forte d’Etoffe qu’avec le carrette à poulie' 4 repréfenté par la figure io , Planche 15 9 dont on voit la fufpenfion des
- ïiflès par les figures 7 & 8 de la Planche 22.
- U neft pas difficile d’armer notre Etoffe avec le carrette à poulie^-. 8 i meme PL 1 y, parce que ce carrette nous donne les mêmes effets du carrette à double batterie, tels que ceux que nous avons vus dans la defcription des carrettes, & que nous voyons actuellement par la figure x de notre Planche 47 ; on y voit les fix lifles^f, B , C9 D 9 E, F, fofpendues par les deux corps d’arcades G, H, qui tiennent aux ailerons a, a , b %b9 c ,c . d y d y e 9 e y fy fx on fe fouviendra que ces deux corps d’arcades font dif-jpofés de telle forte que chacun fournit deux branches à chacune des fix Ïiflès j ainfi chacune de ces Ïiflès ëft levée par quatre branches d’arcades. Je ne dirai rien ici à l’égard de cette maniéré de fufpendre les Ïiflès ; je me référé à ce que j’en ai dit dans la defcription que j’ai faite de la fufpenfion des Ïiflès , Sc notamment à l’article du double carrette ; je me bornerai ici à faire con-noitre l’ordre qu’on doit donner aux mouvements de ces lifles, pour obtenir le tiîîu qui conffîtue les Serges dont nous nous occupons ; du refie , on verra que ces mouvements ne fâuroient être exécutés comme il faut que par cette fu£ penfion , du moins on l’a toujours préférée à toute autre,parce qu’on a la facilité de les armer au carrette fimple ; c’eft ainfi qu’on en ufc à Paris ; mais à Lyon, Sc dans les villes que j’ai citées tout-àd’heure , on ne les arme que
- pomme nous le voyons par la figure 1. . •
- Je n’ai repréfenté ici qu’une partie du carrette, afin que l’autre partie ne
- nous empêchât pas de voir en entier les objets qui doivent nous occuper
- dans cette figure.
- Je ne parlerai pas ici de la correfpondance que les cordes des carquerons gy g, g y Se c. ont avec les deux batteries /, K , d’aîlerons, avec les carque-rons'z, Ly Sec. il fuffira que je rappelle que c’eft le même arrangement de l’armure des Raz-de-Saint-Cyr faite au carrette double, excepté qu’ici nous avons fix Ïiflès, ou plutôt qu’il n’y en a que deux de plus qu’à ce premier genre de Serge : il faut donc néceffairement deux carquerons de plus Sc deux ailerons à chaque Batterie du carrette , en fus de ceux qui font occupés par l’armure des Batavias, Raz-de-Saint-Maur, Sec. Partant de cette difpofition^ jg jf ai qu’à expliquer 1 ordre qu on fait tenir aux lifles dans les differents mouvements qu’on leur fait faire. Ces mouvements font obtenus par l’armure qui eft la correfpondance qu on établit entre les marches M, N y O, P, Ç) y i?,' les carquerons L, L, Sec. Se les liffès A, B , C , D y E y F \ cette correfpondance eft telle qu’il faut que des eftrivieres qu’on y emploie, une partie tienne des marches aux lifles, & l’autre partie appartient aux marches & aux carquerons : il faut néceffairement trente-fix eftrivieres pour completter cette armure, & c’eft delà que notre Etoffe à pris le nom de Serge à trente-fix
- eftrivieres,
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- Septième Section. I. Part. De la fabrication des Serges ou Croifes, SCc. ^6$
- eftrivieres. De ce nombre cTeftrivieres, il y en a trois à chaque lifle'qui vier»« 1 ..
- nent fe diftribuer à trois des marches ; il y en a auflî trois à chaque carque- Pianchë ron qui fe diftribuent de même aux marches , & qui font placées dans un ^ ordre convenable pour imprimer aux Mes les mouvements néceflaires au tilîu ‘ qu’on veut en obtenir. Il ne feroit pas poflible de faire diftinguer fur la figure qui nous occupe, la correfpondance diredfte que les eftrivieres ont avec les carquerons ou avec les lifles ; nous pourrons feulement remarquer que le corps d’eftrivieres S 9 qui paiTe au-deflus des carquerons , eft celui qui fe dlftribue des lifles aux marches , & que celles que nous voyons attachées aux carquerons , ont aulîî leur correfpondance avec les mêmes marches*
- Il faut obferver fur cet arrangement que ces deux corps d’eftrivieres pro^* duifent chacun un effet oppofé dans le mouvement qu’on fait faire aux lifies, de forte que tandis qu’une partie des eftrivieres du corps S fait defeendre trois des lifles, celles qui font attachées aux carquerons doivent néce (faire-ment faire monter les trois autres ; il faut donc que chacune de nos marches foit armée de fix eftrivieres , puifque c’eft une feule marche qui fait à la fois monter & defeendre toutes les lifles , & que chaque fois que l’on enfonce une marche, toutes les lifles feront mifes en mouvement , mais de maniéré qu’il y en aura toujours trois qui monteront & trois qui defeendront , fans quoi il y auroit un faux dans l’armure, ou une contrariété. Je reviens à l’ordre des différents mouvements qu’on doit donner aux lifles pour conftituer le tiflu de notre Serge ; on peut diftinguer fix eftrivieres à chacune de nos marches, ainfi que trois à chacun de nos fix carquerons : quant au corps des eftrivieres S9 nous devons y en compter dix-huit, dont trois pour chacune des lifles, qu’on a ordinairement foin d’attacher à une arbalète , comme le font les trois premières à l’arbalete k , & trois autres à l’arbalete i, que la figure nous permet de voir ; on doit fùppofer que les autres douze eftrivieres de ce même • corps, font attachées trois par trois à des arbalètes appartenant aux quatre dernieres lifles, ainfi que les deux que nous voyons appartiennent aux deux premières ; c’eft-à-dire , que celle h , appartient à la lifle A, & celle i, appartient à la lifle B ; par cet arrangement les arbalètes que nous ne pouvons voir , font affeétées une à une pour chaque lifle : je dois faire obferver encore que chaque trois des eftrivieres qui dépendent des lifles paflent enfemble entre deux des carquerons, de forte que les eftrivieres qui font attachées à la première lifle , paflent entre le premier & le fécond carquerons ; celles qui font attachées à la fécondé lifle paflent entre le fécond & le troifieme ,
- Sc fucceffivement toutes les autres font paffées fuivant cet ordre , au point que les eftrivieres qui font de la derniere lifle paflent derrière le dernier des carquerons»
- Il faut que l’arrangement des eftrivieres ne puifle pas gêner le mouvement des carquerons ni la defeente des lifles ; il faut encore que la diftribution de Étoffes de Soie. VIL Part* B 6
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- 466 If ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- £======, ces eflrivieres foie telle qu’en enfonçant tour à tour chacune des marches ^
- Planche on fa(fè monter & defeendre les lifles ^ conformément aux combinaifons qu’on doit en avoir faites pour notre tilTu 5 ces combinaifons font au nombre de fix f que nous allons voir par les figures i,2,3&4^e^a Planche 48 : ces figures noys font voir les fix différentes montées & defcentes des liffes, conformément à l’armure de chacune des marches qu’on y emploie ; elles font repré-" Tentées de profil, afin qu’on y puiffe mieux reconnoître quelles font les lifles
- qu’on fait monter & celles qu’on fait defeendre. Je n’entrerai dans aucun détail fur la correlpondance qu’il y a entre les marches, les carquerons , les ailerons , &c. on pourra la reconnoître fur la figure 1 de notre Planche 47 , foit fur ce que j’en ai dit ci-deffus, (bit en fuivant l'intimité qu’il y a entre les parties qui compofent cette figure,
- La figure 2 , fait voir qu’en enfonçant la marche T 9 on fait monter la première , la fécondé & la cinquième lifle de notre armure, & en même-temps on fait delcendre les troifieme, quatrième & fixieme ; en comparant cette , figure avec la figure i, on reconnoîtra que ce font les lifles Ay B , E, qu’on
- fait monter , & que celles qu’on fait delcendre font celles C, D, F ; la marche J7, de la figure 2 , fuppofo la marche M de la figure r, que nous regardons comme la première marche du cours ; la marche V, qu’on voit levée , fuppofe les cinq autres marches de la figure 1 : j’ai cru devoir repréfenter une marche montante à toutes les figures que nous avons à voir pour notre armure % parce qu’on ne làuroit en enfoncer une fans que les cinq autres montent en-femble : je fais ici cette remarque , afin de n’être pas obligé de parle* de la marche qu’on verra lever dans les cinq autres figures qui doivent nous donner les cinq combinaifons que nous avons à voir.
- La figure 3 nous donne la montée & la defcente des lifles rangées pa* l’armure faite fur la marche N de la figure 1 ; ainfi en enfonçant la marche X 9 on fait monter les fécondé , troifieme & fixieme lifles , qui font les mê-* mes que celles B , C, F de la figure 1, & on fait defeendre les pre-* miere , quatrième & cinquième . qui font celles A , D , E , de la même figure x.
- 'WBLIW î* La figure 1 de la Planche 48, repréfente l’armure faite fur la marche 09fig. X Planche planche précédente ; en enfonçant la marche A, on fait monter les pre-,
- miere, troifieme & quatrième lifles, & on fait defeendre en même-temps les fécondé , cinquième & fixieme : les lifles qui montent fur cette figure, font les mêmes que celles A , C, D de la figure I, PI, 47 , & celles qui defcen-dent font celles B yE, F.
- Par la figure 2 , on voit l’effet de l’armure de la marche P de la figure x de la Planche précédente, de forte qu’en enfonçant la marche B , on voit monter les lifles fécondé , quatrième & cinquième, & par le même mouvement les liffes première, troifieme & fixieme defeendent ; ainfi les trois lifles
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- Septième Section. I. Part. De la fabrication des Serges ou Croifès, Stc. 467 que cette marche faic monter , font les mêmes que celles B , D , E, toujours . «nm-..., de notre figure I , Planche précédente, & celles quelle fait defcendre font Planche les liffes , C ,F, de la même figure. ^
- La figure 3 , par renfoncement de la marche C, nous fait, voir l'effet que produit l’armure faite fur la marche Q 5, fig. I , Planche précédente ; par renfoncement de cette marche, on voit monter les troifieme * cinquième & fixieme lifïes , defcendre les première, féconde 8c quatrième : les liifes que nous voyons monter ici font les mêmes que celles C, E , F9 de notre figure 1, & celles que nous voyons defcendues font celles A 9 B,D.
- Par la figure 4, nous avons l’effet de l’armure de la derniere marche de la figure 1 ; ainfi en enfonçant la marche D, on voit ce que produit l’armure faite fur la marche R , on voit monter les première, quatrième & fixieme liffes, & defcendre les deuxieme , troifieme & cinquième: les liffes que cette marche fait monter font celles A , , F, de la première figure 1, elle
- fait defcendre celles B, C, E.
- Voilà les fix combinaifons que j’ai employées dans l’armure que je viens de décrire ; elles font telles qu’il le faut pour former le tifîu. de la Serge donc nous nous occupons. J’ai fait remarquer avec exaétitude tous les mouvements que l’on doit faire faire aux liffes, parce que fi l’on s’en écartoit, il y auroit un faux dans l’armure , & le tiffu n’auroit pas la même régularité : il eft fi facile de confondre les combinaifons que je viens de repréfenter avec fix autres combinaifons qu’on pourroit faire encore par le même nombre de liffes, qu’on ne fauroit y apporter trop d’attention pour éviter d’entre-mêler une des combinaifons faites avec une de celles à faire. Je m’explique , & je dis que par le moyen des fix liffes que la figure 1 de la Planche 47 nous repréfente % on peut faire douze, ou pour mieux dire, deux fois fix combinaifons ; de forte que chaque fix combinaifons nous donneroit précifément le même tiffu : mais fi l’on prend une des fix premières combinaifons, & qu’on la mette à la place d’une des fix autres , on ne fauroit éviter une irrégularité dans le tiffu de l’Etoffe ; c’eft ce que je vais prouver pour rendre plus fenfibles les fautes qu’on peut commettre. Il y a peu de Fabriquants qui connoiffent au-delà de fix combinaifons , peu ont obfervé que les liflès d’une Serge donnent deux fois fix combinaifons ; parce que depuis que je connois ce genre d’Etoffe , j’ai vu plufieursFabriquants qui enfaifoient faire, & beaucoup d’Ouvriers qui en fa-briquoient ; j’en ai remarqué qui fe picquoient de connoître à fond cette armure, mais je n’en ai vu aucun qui fè foit flatté de la connoître fous douze combinaifons. J’ai cru moi-même fort long-temps qu’on ne pouvoit en admettre que fix ; & fi j’ai fait la découverte de douze, je le dois au hazard ; ce qui n’eft pas furprenant ; car perfuadé que l’on ne pouvoit faire mouvoir c es liffes que par fix combinaifons, j’avois refté dans l’inaélion à ce fujet ; je n’ai même fait depuis des recherches exaétes que par quelques défeéluofités que j’avois
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- ^68 L’ART DES ETOFFES DE SOIE.
- —-----^appercues par l’irrégularitc du petit grain ou plutôt de la petite côte que
- Planche forîîîe la Serge à côté de la groffe ; cette défeéiuofité confiftoit à rompre la ligne oblique que cette petite côte doit fuivre, ce qui arrive à tous les cours , fi l'on a tranfporté une des fix combinaifons qu’on n’a pas exécutée, à la place d’une de celles qu’on a mifes en mouvement. Voulant m’éclaircir fur cette irrégularité ; je fis à-peu-près fix figures conformes à celles que viennent de nous indiquer notre armu re ; je n’avois pris la peine d’établir mon fond ord£* dinaire d’armure qu’après mes fix figures marquées : je ne fus pas peu furpris quand je trouvai que mes fix combinaifons pouvoient être exécutées, & que cependant il y en avoit une qui ne s’accordoit pas avec le fond d’armure qui me fort de guide ; ce fut en cherchant la caufe de ce méfàccord que je parvins à découvrir qu’il y avoit fix combinaifons inconnues ou plutôt négligées J car en partant de deux points différents, on trouve toujours fix Combinaifons qui s’accordent entr’eiles, fans prendre garde fi l’on peut les avoir de deux
- façons,
- >
- Pour bien éclaircir ce que je prétends faire connoître comme une choie _ eiTentielle pour la beauté de notre Etoffe , je vais mettre fous les yeux les moyens que j’ai employés pour m’atturer de la vérité de mon fyftême ; ces moyens font du même genre de ceux que j’ai fait connoître fuivant ma méthode , foit aux Taffetas, foit aux Raz de-Cyr, &c ; ^voici quelle en efi l’exécution, qu’il faut comparer avec les' figures 2 & 3 de la Planche 47, & avec celles 1,2, 3 & 4 , de la Planche 485 on le louviendra que les zéros fur lefquels j’ai mis des chiffres indiquent les lifles qui doivent monter , & ceux où les chiffres feront deflous font celles qu’on doit faire de|p cendre.
- Armure de la Serge ; les Jix premières combinaifons*
- Première Marche ô 6 o o Ô o
- 1 1 »
- Seconde Marche 000006
- X________X X__
- Troifieme Marche 6 o o 6 o o
- ___i______1 3
- Quatrième Marche 000660
- 4.___4________4
- Cinquième Marche 006006
- x s s s
- Sixième Marche 600606
- ' I 4 6___<t
- En comparant les révolutions que les fix combinaîlons cî-deflus doivent faire faire aux liffes avec celles que j’ai rapportées ci-dettus, on trouvera qu’elles ont un rapport immédiat les unes aux autres, en leur faifànt tenir le même ordre qu’elles ont ici 8c fur les deux Planches où je les ai repréfentées ; &fî l’on veut comparer les fix combinaifons fuivantes avec celles que je viens de » tracer ci-deffus, on reconnoîtra qu’il n’en eft aucune qui leur foie entièrement reflemblante. Première,
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- Septième Section. I. Part. De la. fabrication des Serges bu Croife's,&c. 4% Première Marche Seconde Marche
- Sixième Marche
- X 0 I O O I I 0 O O I X
- 0 2 -2 O 2 O 0 2 2 O O 2
- O 3 O 3 * O 3 O O O 3
- 4 O O 4 O . 4 4 O O O 4
- O y y O O y O y y y O O
- s O O é 6 0 O s 6 O O 6
- PtANCHS
- à®*
- Je viens de faire voir que les fix dernieres combinaifons ne font pas entré, 'rement conformes aux fix combinaifons précédentes ; elles n’ont de rapport entr’elles que par les deux premières liffes de montée, ou plutôt par les deux liifes qu’on doit néceffairement faire monter l’une à côté de l’autre : ainfi dans les deux premières marches de nos combinaifons, on ne trouve de différence qu’en ce que par l’une on fait monter la première, la fécondé & la cinquième lilîès, au lieu que dans l’autre , c’eft la quatrième liffe qui monte avec les deux premières : & C l’on veut comparer toutes les marches l’une avec l’autre , on verra que dans la première combinaifon la liffe qui monte feule eftféparéedes deux qui montent enfemble par deux liffes, au lieu que dans la fécondé combinaifon, cette même liffe n eft féparée des deux qui montent enfemble que par une feule : ainfi fi l’on mettoit à exécution la combinaifon d’une des marches de la première armure à la place d’une de celles de la fécondé, il y auroit une interruption dans l’ordre quelles doivent tenir ; cette interruption marquerait l’irrégularité dont j’ai parlé plus haut, puifque l’ordre de la montée Sc de la defcente des liffes changerait dans cet endroit la révolution des fils de la chaîne. On peut commettre cette erreur en armant un Métier fans s’en appercevoir, fur-tout ne connoiflànt pas le nombre des combinaifons qui réfultent de la fufpenfion de nos liffes, propres à donner le tiffu de notre
- Serge.
- Une remarque fort fimple me fit connoître plus particuliérement qu’il devoir y avoir plus de fix combinaifons ; c’eft en cherchant l’inverfité de l’une d’elles, car je croyois que chacune des fix combinaifons mifes en ufage avoit fon inverfité, comme dans les combinaifons des armures des Raz-de-Saint-Cyr ; mais je n’en trouvai point : ( on entend par inverfité d’armure, l’oppofé d’une combinaifon à l’autre , comme de voir une des fix marches faire defcen-dre les trois mêmes liffes qu’une autre aura fait monter) ; cette remarque tombe fous les fens, fi l’on confidere que chacune des fix liffes defoend trois fois & monte trois fois dans le cours des fix combinaifons ; cependant on ne trouve aucune inverfité dans les fix combinaifons fuivies comme elles doivent l’être & fi l’on en trouvoit une en armant une de nos Serges, ce ferait une preuve qu’on auroit armé une marche fuivant une des fix combinaifons à la place d’une des fix autres ; pour fe convaincre de ce que j’ayance , il ne faut que Etoffes de Soie. FII. Part, c c»
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- Planche
- 470 VART DES ÉTOFFES DE SOIE. jetter les yeux fur deux plans d’armures fuivant ma méthode ; on reconnoî-tra que la troifieme marche du fécond plan d’armure donne l’inverfité de la première marche du premier plan, & en partant de cette troifieme marche comme fi c’étoit la première du cours * & les comparant toutes une à une avec celles du premier plan d’armure , on trouvera que toutes font l’inverfité réciproquement l’une de l’autre ; je crois même que fi l’on formoit une armure dont on prît alternativement une combinaifon dans les deux fonds d’armure, on obtiendroit un genre de Serge régulier ; je n’ai pas eu le temps encore d’en faire l’expérience ; mais je me propofe de la faire au premier moment , & d’en faire part dans l’endroit de cet ouvrage où je rendrai compte de mes recherches particulières.
- Ce que je dis ici des armures de notre Serge doit fervir de guide , tant aux Ouvriers qu’aux Fabriquants ; & pour prouver que le fyflême que j’établis efl vrai, je vais le démontrer par leur propre méthode. La figure y , PL 48 , efl: le plan‘de l’armure repréfentée par les fix figures qui nous font voir la montée & la defcente des fix lifles, & la fèptieme efl le plan d’une différente armure dont le fond efl néanmoins le même , c’eft-à-dire, qu’il doit donner le même tiflu. Ce raifonnement paroît d’abord fè contrarier par lui-même ; mais en faifant attention que la différence de ces deux plans ne fè trouve que dans un rapprochement ou dans un éloignement plus ou moins confidérable entre les deux liffes qui lèvent enfemble & celle qui doit lever feule, on verra que fi la lifîe qui leve feule le trouve dans la première figure être féparée par deux liffes qui defcendent dans la fécondé , elle ne fe trouve ou du moins paroît ne fe trouver féparée que par une. Nous verrons tout-à-l’heure que quoique les combinaijfons de ces deux plans foient exactement différentes, elles doivent cependant produire le même tiffu , mais qu’il faut pour cet effet qu’elles foient fuivies l’une 8c l’autre avec toute la régularité
- Les lignes a 9 b 9c9 d9 e 9f9 fig. y, fuppofent les fix lifîes de la Serge en queftion ; 8c les lignes g,h9i9k9l9m9 font les fix marches ; les zéros n,n9n9 o9o,09 p,p,p, q ,q ,q, r9 r9 r, s 9 s 9 s , indiquent la liaijfon qu’il doit y avoir entre les marches & les lifîes ^ de forte que par la ligne^, qui fuppofe la première marche, on voit qu’elle doit faire lever les lignes a , b, c 9 qui fuppofent les deux premières & la cinquième lifîes : en parcou-* rant d’une marche à l’autre & d’une lifîe à l’autre, on verra que la montée des liffes efl conforme dans les fix combinaifons à tout ce que nous avons vu par nos fix figures précédentes ; mais il faut actuellement comparer ce plan avec celui fig. 6 , pour reconnoître en quoi ils different l’un de l’autre* Je préviens ici que les plans d’armures fuivant la méthode générale, 8c tels que les deux que nous avons fous les yeux, ne nous indiquent que la montée des liffes ; il faut donc fuppofer que les angles qui ne portent point
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- Septième Section. I. Part. De lafabrication des Serges ou Croifés, &c. igjx de zéros, font les lilfes qui doivent defcendre ou celles qui doivent relier immobiles , tandis que les autres lèvent ; ce qui fait qu’un Ouvrier à qui on n’expliqueroit pas que ces lifles doivent delcendre, relierait indécis fur le mouvement qu’il doit leur donner. Je fuis furpris qu’on n’ait pas ajouté à cette méthode quelque marque qui indique fx les lilfes doivent defcendre ou relier dans l’inaélion dans le temps que les autres montent ; on pourrait, par exem» pie, mettre une petite ligne oblique fur un angle, comme celle t, fig. j f pour marquer que les lilfes doivent defcendre ; & quand il n’y aurait aucune marque on fauroit que les lilfes doivent relier immobiles : ainfx l’on fauroit que le zéro v eft pour faire monter la lilfe a , que la ligne t doit faire defcendre la lilfe b, & que la lilfe c, où il n’y a rien fur l’angle, doit relier immobile.
- Je reviens au parallèle des deux plans d’armures dont nous avons commencé de nous occuper : la figure 6, quoique femblable à la figure y , ne paraît pas donner aux lilfes les mêmes combinaifons que la figure y ; fuiyons-la, & nous verrons par où l’on peut reconnoître cette différence : les lignes d, e, f,g,b,i, nous indiquent les fix lilfes ; celles k, l, m, n,o,pt font les marches; les zéros q, q tq, r, r, r, s , s , s , v,v, v, x, x, x,
- indiquent les mouvements que chaque marche doit imprimer aux lilfes par la correlpondance qu’elles ont les unes aux autres, de forte que la marche k, doit faire lever les lifles d, e, g, 8c que ce font celles f, h, i, qui doivent delcendre. En parcourant toutes les marches de l’une à l’autre, on trouvera un corps d’armure régulier ; mais on ne trouvera pas de conformité avec aucune des combinaifons de la figure y , on y remarquera que l’on a mis une lilîè d’intervalle entre les deux lilfes qui lèvent à la fois l’une contre l’autre puilqu’entre les lilfes d, e, on fait delcendre celley, la même régularité foie les autres marches : ainfx il faut nécelîàirement qu’en armant une Serge, on fuive en entier le plan d’une des figures y & 6, ou qu’on s’expofe à avoir une défeéluofité dans l’armure.
- J’ai dit plus haut que malgré la différence des combinaifons que ces deux plans d’armure nous donnent, on obtenoit le même tilfu par l’exécution de l’un ou de l’autre ; & pour s’en convaincre il foffit de remarquer que l’un de ces plans eft pris dans le fens contraire de l’autre : pour rendre fonfible l’ordre des armures, en général, on peut regarder leurs révolutions comme étant décrites autour d’un cercle , & examiner la maniéré dont elles s’y font.
- Planche
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- Planche
- 48.
- L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE;
- 47a
- O B
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- X
- O
- 6 A ? C
- Les fix zéros que j’ai pofes ici en cercle repréfèntent les fix Mes qui font employées à notre Serge ; nous obfèryerons que les zéros marqués par les chiffres I, I-, I, indiquent les lifîès qui doivent monter, & que ceux qui font défignés par les chiffres 2,2,2, font celles qui doivent defcendre : cette figure nous préfente à la fois les douze combinaifons qu’on peut employer pour notre tiffu ; il s’agit de la fuivre félon l’ordre qu’on doit lui faire tenir : en partant du point A allant en B , nous verrons que la combinaifon indiquée par les chiffres défignés.., eft la même que celle qui eft repréfentée par la figure 2 de la Planche 47 ; elle eft encore la même que la première du premier plan d’armure que j’ai donné fuivant ma méthode ; elle eft enfin la même que nous voyons par la marche 8, figure 5 de notre Planche 48 : fi l’on part du même point A, & qu’on aille en C > on trouvera que la combinaifon indiquée par les chiffres devient femblable à la première qu’on a vue dans le fécond plan , fuivant ma méthode, & la première qui eft défignée par la marche k, figure 6 y de notre même Planche 48 : ainfi on voit par ces zéros en cercle que notre armure fe prend en deux fens, & que néanmoins les deux premières combinaifons prifes à rebours l’une de l’autre ne peuvent que produire le même effet dans le tifiu 5 quoique ce ne foient pas les mêmes lifîès qui foient mifes en mouvement.
- J’ai dit que les fix zéros mis en cercle nous donnoient à la fois les douze combinaifons ; il s’agit feulement en partant du point A d’aller en 5,& changer à chaque combinaifon le premier zéro de montée pour le mettre en def~ cente, alors on aura nécefîàirement les fix premières combinaifbns, quand on aura parcouru tous les zéros ; & en partant du point B, pour revenir en A C9 8c changeant à toutes les combinaifons le premier zéro de montée pour le mettre en defcente , quand on fera arrivé au dernier zéro, on aura trouvé les fix autres combinaifons. '
- La Serge dont nous nous occupons actuellement peut encore être armée d’une maniéré différente ; on peut fe contenter de ne faire que monter les lifîès qui font déterminées par une combinaifon, 8c laifler les autres en repos, on a feulement la précaution de mettre des contre-poids aux lifîès conformément à ce que j’en ai dit dans les articles de la fufpenfion des lifîès , notamment dans la defcription des figures 2 & 3 de la Planche 17 ^ & de celle figure I, Planche l8,8c de celle figure 13 , Planche 19, 8cc. en armant
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- Septième Section. I. Part. De la fabrication des Serges ou Croifés, &c. 473 les lifles des Serges, de maniéré qu'on ne fafle mouvoir que celles qui mon- ; tent, on n’a befbin que des eftrivieres qui font attachées aux carquerons ; alors dix-huit eftrivieres font fuflHàntes, & la fabrication de l'Etoffe en eft aufli parfaite ; il s'agit feulement de bien régler les contre-poids , afin qu'ils ne foient ni trop lourds ni trop légers ; cependant on doit préférer à leur donner plutôt trop de poids que pas allez, parce qu'on évite par-là que les lilfes qui font attirées avec force par la marche , n'entraînent avec elles celles qui ne feroient pas aflez chargées.
- Quand on arme les Serges au carrette fimple, on peut aulïî fe fervir de contre-poids ; mais je préviens que la marchure devient très-péfante : fi l'on fait defeendre par des tire-lifîes celles qui ne doivent pas monter, on met auftî trente-fix eftrivieres & fix tirants, pour faire correspondre les tire-lifTès avec les liftes , conformément à ce qu’on a vu pour les armures des Raz-de-Saint-Cyr 8c du Taffetas , &c. Du refte les combinaifons des lifles font les mêmes pour les v mouvements qu’on doit leur donner, que celles que nous avons vues par les plans d'armiures que j'ai repréfentés, &c.
- La Serge dont nous nous occupons fe fait ordinairement fur vingt pouces de largeur ; les comptes de peigne qu’on y emploie font communément des 800 dents ; les chaînes font alors compofées de 2400 fils , parce qu'ojn ne met que trois fils par dent, de forte que tous les cours des mailles font partagés en deux , & l'on met une des divifions dans chaque dent.
- On fait des Serges ourdies Amples , on en fait dont l’ourdiflàge eft double , on en fait aufli où l’on met moitié fimple moitié double. Il n'eft pas befoin de prouver que les Serges faites à chaîne double font les meilleures, on doit fentir même quelles joignent la beauté à la bonté , mais elles doivent coûter plus cher ; c’eft pour pouvoir les donner à plus bas prix,-que bien des Fabriquants les font faire à chaîne fimple : quant à ceux qui mettent du double & du fimple dans les chaînes , on pourroit préfumer qu'ils veulent les -faire pafler pour doubles, afin de bénéficier davantage.
- ^ Notre Serge eft une Etoffe qui ne prend pas beaucoup de qualité ; fon tiflù ne le permet pas , & fi par hazard on en trouve qui foient carteufes , il faut quelles foient frappées extraordinairement, ou qu'on leur ait donné un apprêt.
- On ne peut pas décider pofitivement fur la qualité de la foie qu’on doit employer pour nos Serges, vu la variété que les Fabriquants donnent à la valeur de cette Etoffe; caron en voit depuis quatre livres l’aune jufqu’àfix: livres dix fols 8c même à fept livres ; cette différence va par y ou 10 fols ; il faut donc qu’elle fe trouve fur la quantité ou fur la qualité de la foie qu’on y emploie : on peut dire cependant que pour faire une Serge telle qu'elle doit être fabriquée, il faut une chaîne double d’un organfin de pays de 36 deniers , tramée à deux bouts de trame S Avignon ou du beau poil d’Alais ; Étoffes de Soie. VII. Paru D 6
- Planche
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- 474 VA RT DES ÉTOFFES DE SOIE. quand on veut faire une Serge à chaîne fimple , il faut non-feulement un Flanche organfin d’environ 50 deniers , mais on doit mettre un peigne au moins de neuf cents dents; parce moyen on approchera en quelque forte de la belle Serge à chaîne double. Toutes les-fois qu'on fera nos Serges Amples avec une foie plus fine & for un huit cents de peigne 9 elle ne fora que fort ordinaire 9 ou pour mieux dire y une Serge d’un mauvais ufor , quoiqu’on y emploie de belle foie.
- On a fait de ces Serges tramées de filofolle ; on en fait en noir qu’on fait paffer pour des Raz-de-Saint-Cyr ; mais les Fabriquants qui fo mêlent de faire cette fabrication en font la dupe , parce que jamais ce tiflu ne procure à l’Etoffe le corps cartëux comme le Raz-de-Saint-Cyr.
- Voilà en quoi confiftent les Serges , & les différentes façons de les armer : quant aux exécutions de ces armures pour donner aux mouvements des lifles, ceux des aîlerons, ceux des carquerons & ceux des marches , toute la précifion dont ils font fufceptibles, on prendra les mêmes précautions que j’ai indiquées pour les armures des Raz-de-Saint-Cyr 9 &c ; c’eft-à-dire, que pour donner une pofition déterminée aux lifles, aux carquerons, &c. on les arrêtera avec des tringles 3 on les fixera au niveau, &c ; on fuivra enfin toute l’armure comme celle des Raz-de-Saint-Cyr faite au carrette à double batterie.
- Article Trois i e m e.
- Des Etoffes quon appelle Hollandoifos.
- §. I. De la première Hollandoife.
- s
- Ôn connoît plufieurs genres de Hollandoifos, mais toutes tiennent au genre de Serge ; c’eft pourquoi je. les ai mifes ici, afin qu’on puifle comparer leur effet avec celui des Serges que nous avons déjà vues, 8c celles que nous avons à voir.
- La Hollandoife dont nous allons nous occuper n’eft autre chofe qu’une Serge. comme celle que nous venons de décrire, elle n’en différé que par le remettage, dont je vais parler ; du refte le travail eft le même; on a foin de mettre une chaîne un peu forte , parce que cette Etoffe eft deftinée pour faire des culottes & des veftes ; on doit même fo forvir d’un peigne de mille dents, afin que le tiffu foit plus forré.
- Le nom de Hollandoife qu’on donne à l’Etoffe dont nous allons nous occu-; per ,na rien de commun avec fon origine; il eft d’ufoge que lorfque les Fabriquants ont trouvé quelque nouveau genre d’Etoffe , ils leur donnent quelque nom étranger, plutôt que celui de l’Inventeur ; il leur fomble que cette Etoffe acquiert plus de mérite, comme fi le génie de nos Manufactures
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- Septième Section. I. Pàk.t. Des Etoffes quon appelleHollandoifes. 47^ n avoit pû créer que des Etoffes ordinaires de peu de goût ou d’un mauvais ufèr : il me fomble cependant qu on n’auroit pas befoin d’emprunter des titres chez les Etrangers, fur-tout chez ceux qui prennent toutes les peines imaginables pour nous imiter, & qui ne font que des à-peu-près: tel eft le fort de toutes les Manufactures du Nord de l’Europe, excepté les Anglois , qui fabriquent de très-belles Etoffes, mais fans goût ; le Midi n’y réuffit pas mieux , auffi ne peuvent-ils pas parvenir à confommer les foies qu’ils recueillent : n’importe , il faut donner à nos Etoffes des noms de ces mêmes pays , c’eft l’ufàge ; aufîi tous nos Fabriquants s’y conforment au point qu’ils donnent à des Etoffes des noms de pays où l’on n’a jamais connu la foie.
- Pour fabriquer la Hollandoife* on fe fert d’un battant de 30 à 36 livres ; l’Ouvrier doit travailler à pas ouvert, tendre la chaîne avec des bafoules plutôt qu’au balancier , fi l’on veut rendre l’Etoffe un peu carteufe, parce que le balancier prête trop au partage de la chaîne; cependant l’Etoffe n’en vaut pas moins , elle eft meme plus éclatante : ainfl fi l’on préféré la beauté à la qualité carteufe * on employera le balancier plutôt que toute autre forte de tenfion, excepté le contre-poids montant.
- L’Ouvrier doit fuivre le cours des marches en les enfonçant l’une après l’autre fuivant la méthode qu’il aura adoptée ; c’eft-à-dire, que s’il a l’habitude d’aller de droite à gauche , il faut qu’il revienne commencer fon cours de marches toutes les fois qu’il aura fini, par la même marche où il a commencé; ’& fi fon ufàge eft d’aller de gauche à droite , il doit en faire de même tout le long de la chaîne, fins quoi l’Etoffe feroit défeétueufc.
- J'ai dit tout-à-l’heure que le remettage rendoit l’Etoffe appellée Hollan-doife différente de la Serge ; cela vient de la maniéré de pafTer les fils dans le remiffe ; cette Etoffe qui forme de petites raies chevronnées à-peu-près comme on voit fur le coutil, ( forte de toile de fil dont on fe fert ordinairement pour faire les oreillers, les lits de plume, &c. ) ; ces raies font plus ou moins grandes fuivant qu’on a voulu les déterminer par le remettage. La figure S de la Planche 48 , va nous mettre au fait du tifîu de cette Etoffe.
- On voit que les cours du remettage déterminent les petites raies dont je a viens de parler , fans qu’il foit befoin de rien changer à l’armure qui forme le tifîu de la Serge ; ces cours font paffés en pointe ou en V ; fi l’on fait les petites raies d’un cours feulement, le grain ou la côte eft ordinairement oblique d’une lifiere de l’Etoffe à l’autre, au lieu qu’ici cette côte forme un zigzag tout à travers, dont les pointes font répétées autant de fois qu’il y a de cours de paffés , & même ces cours font plus multipliés ici qu a la Serge , quoique le nombre des fils & celui des mailles du remiffe foient égaux. quant aux remiffes des Hollandoifes , ils n ont rien de différent de ceux des Serges , excepté que fi la chaîne eft plus confidérable , les liftes doivent avoir un plus grand nombre de mailles. On èoic fe fouyenir que les fix liftes qu’on
- Planché
- 48.
- r
- Planche
- 49s
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- Planche
- 47$ VART DES ÉTOFFES DÉ SOIE. !
- - emploie à un remifle ordinaire de Serge , prennent chacune un nombre de mailles égal au fixieme du nombre des fils dont la chaîne eft compofée,
- -8c que cette méthode a lieu pour toutes les Etoffes unies, ainfi que je l’ai ob-fervé dans quelqu’un des articles de l’Art du Remiffeur.'
- Le reme'ttage rend la Holiandoifè différente de la Serge par fon paflàge à pointe ; c’eft-à-dire, qu’en remettant la chaîne, au lieu de commencer par la derniere lifte à chaque cours ; on eft revenu fur fès pas lorfqu’on a paffé fix fils , un fur une maille de chaque lifte , ce qui fbppofe que le Remetteur a finj le cours par la lifte qui lui eft la plus prochaine, que nous appelions la première lifte ; alors il prend la fécondé, & fuit le refte du cours dans un fèns oppofé à celui qu’il vient de pafler ; & quand il eft au bout, il revient dans le même fens du premier cours ; mais il ne prend jamais deux fois de fuite fur la première ni fur la derniere lifte : je ferai bien-tôt connoître la route que le Remetteur eft obligé de tenir en conféquence ; mais auparavant il faut examiner de plus près l’ordre que tiennent les fils a 9b9c 9d 9e , /y a9 b 9 Sec. fur notre figure 8,
- On remarquera fiir notre figure que tous les fils a 9 a, a , font paftes également ; que ceux b, b, &c. le font de même entr’eux , ainfi des autres, c eft-à*dire, également mus , & produifent le même tiftu ; il n’y a que i’enfèmble qui le fait fortir de la reffemblance que ce tiftu auroit avec le Croifé. Cet cnfemble produit cette différence, parce que les fils font diamétralement op-pofés , & qu’il régné entre deux de ces fils une fymmétrie qui produit le zig-zagdont j’ai parlé ci-deftus ; de forte qu’en partant de deux des fils a, on voit fè rapprocher dans l’efpace qui les fépare deux fils b , b 9 deux autres c , c > Sec* jufqu’à un fil /, qui indique le milieu de onze fils; & en allant d’un fil/, à un fil/, ce fera le fil a qui défignera celui du milieu des onze fils qui
- font entre deux/: on fent parfaitement que fi l’ordre qu’on fait tenir à ces
- fils dans le remettage eft en zig-zag, de quelque maniéré qu’on fafte mou-
- * *
- voir les liftes, le tiftu fera conforme au paflàge qu’on en fait ; alors l’Etoffe formera autant de zig-zags fur fa largeur qu’elle aura de fils a , Se de fils f ; car fi dans le tiftu d’un côté les fils a forment chacun une des pointes des zig-zags , de l’autre côté ce font les fils / qui forment les pointes oppofées. 31 fuffic de fuivre ces mêmes-fils fur la figure 1, Planche 49 , où ils fontdéfi-gnés fous les mêmes lettres, afin qu’on puifle y reconnoître l’effet du tiftu que la figure 8 de la Planche précédente ne peut pas faire voir, à caufe du point de vue. Je dois prévenir cependant que fi l’on fuppofe les fils tendus Se vus en face, «cette figure auroit plus de vérité que celle figure x de la Planche 49, par laquelle je n’ai prétendu faire connoître que l’effet des fils de la chaîne, l’égalité que produifent dans cet effet chacun des fils défignés fous unç même lettre, & le rapport que ce tiftu a avec la Serge dont j’ai fait la defeription daçs l’Article précédent, par les effets des fils de la chaîne.
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- Septième Section. I. Part. Des Etùffes qd on appelle Hollahdoifes. 477 Si l’on veut fe donner la peine de les examiner, on appercevra que ce tiffu. produit deux grains fucceflivement, l’un pafle fur deux duites de tramé , & fous une feulement : les duites des trames font ici repréfehtées par les dou-blés lignes tranfverfales, telles que celles qu'on voit for le côté droit de la figure en gf g9 h, A, i ; on doit connoître par la double longueur qu’ont les parties, d’un fil de plus que les autres, que ce font les grandes parties qui paffent for deux duites, & que les petites paflént for une feuiémént. Tou i, les fils produifent féparément leur effet, c’eft-à-dire , qu’ils font coupés une fois par deux duites de la trame, & une fois par une feule duite ; on peut le remarquer par le premier fil a, qu’on voit au côté gauche de notre figure , on y reconnoîtra que les parties k, A, font paflées for deux duites de trame, tandis que celles /, /, ne font paffées que for une feule. U faut prendre garde que for cette figure on apperçoit l’effet de la révolution de deux cours de marches déjà tifliis, qui font indiqués par la première partie k, en foppofant que le tout commence à la ligne m; & par la féconde partie /, en regardant la fin par la ligne n , on doit appercevoir que toutes les groffes parties de nos fils forment un zig-zag plus large que les petites parties, & que les pointés des uns & des autres fe trouvent coupées par la même duite de trame , c eft-à-dire, que la même duite de trame coupe toutes les pointes du deffus du zig-zag , & qu’un autre même duite coupe toutes celles du deftous ; c eft ce que donne la régularité du cours des marches.
- Quant à l’effet qui réfulte des fils coupés par une & par deux duites âé trame , on doit le reconnoître par la defcription de l’armure de la Serge, fî l’on veut fe fouvenir que chaque marche fait defcendre deux liftés à la fois l’une à côté de l’autre, & que la troîfieme lifté eft fëparée des deux par une ou par deux qui montent en même-temps : aiüfi fi la féparation des lilfes montantes & defcendantes eft entre elles d’une lifté , le fil ne fera coupé que par une duite ; fi au contraire cette féparation eft de deux liftés , le fil fera coupé par deux duites. On doit fe rappeller que fur les marques que j’ai fait faire for les douze combinaifons des deux différentes armures, j’ai fait voir que néceA fàirement chacun des fils avoit fà grande partie en-deflus ou en-deflbus cou* pée par deux duites, & qu’à l’oppofé elle étoît coupée par une feulement ; en fuivant le premier fil a, on verra qu’en deflous la première partie k eft coupée par deux duites, & qu’au deffus de la fécondé partie A, qui eft la même que la première dont elle eft feulement une répétition , cette même partie eft féparée de la première partie /, par une duite feulement : on aura ce même réfultat quel que foit le plan d’armure que l’on fuive de ceux des figures J & 6 de la Planche precedente.
- En comparant notre figure avec le tiflu de la Sefge, on recortnoîtra quà c eft la même Etoffe, au zig-zag près ; on n aura qu’à prendre du premier fil a, jufqu’au premier fil /, fans avoir égard au retour de ces mêmes fils ; au Étoffes de Soie. Vll% Part. E 6
- qiirifcrtqnfiir iiiiiw;
- Planche
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- Planche
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- 478 VART DÈS ÉTOFFÉS DE SOIE. contraire on prolongera l’effet des fîx premiers par autant de cours que peut en contenir une chaîne; on aura néceffairement une côte oblique dans la lar* geur de l’Etoffe : chaque cours produit l’effet de quatre différentes côtes qui fuivent la même direétion ; de ces différentes côtes, il y en a deux grandes 8c deux petites ; des deux grandes une eft produite par la trame , & l’autre par la chaîne, ainfi que les deux petites : on doit l’appercevoir par notre figure, 8cc.
- §. IL De la fécondé Hollandoife dont te tijfu eft encore le même que celui de la Serge qu on a vue dans Varticle précédent ; mais dont le remettage différé de celui de là Hollandoife qu on vient de voir• -
- L’Etoffe Hollandoife que je vais décrire ne différé de celle que nous venons de voir dans le paragraphe précédent que par l’ordre du remettage. Nous avons vû que l’on obfervoit dans le remettage précédent de revenir fur fes pas à chaque cours ; dans celle que nous allons voir, on ne retourne que tous les deux cours ; c eft ce qui rend le zig-zag plus grand & plus étendu. La figure 2, Planche 49, nous mettra au fait de ce tiflu, fans que je fois obligé de le repréfimter fuivant l’ordre de la figure 8 de la Planche précédente ; on remarquera que depuis les fils a, a, de la figure 2 , jufques au fil m , nous' avons quatre cours * qui cependant n’occupent que 23 fils, & fuivant for-* dre de la Serge à qui notre Etoffe reflemble, nous devrions en avoir 24 ; mais comme on eft arrivé d’un des a9 a 3 en m ,de quelque côté qu’on feretourne, il faut que ce fil m partage le nombre de ceux qui font entre ceux a9 a9 ce qui ne fàuroit être exécuté qu’avec un nombre impair , à moins qu’on ne mit de fuite deux fils qui produififfent un même effet l’un à côté de l’autre y mais comme c es deux fils fe rejoindroient l’un à l’autre infailliblement , & que par leur double groffeur ils produiroient un mauvais effet, quand on eft arrivé à la première liffe, 011 l’on ne paffe qu’un fil 9 on retourne par la fécondé , 8c l’on fuit inverfement le cours. [On le recommence cependant deux fois de fuite de la maniéré ordinaire , 8c deux fois de fuite dans un ordre inverfe ; de forte que pour remettre fuivant l’ordre qu’on fait tenir aux fils a9 b> c, dy e 9 8cc. de cette figurele Remetteur commence fon remettage comme à l’ordinaire; quand il a fini le premier cours,qui eft de fixmailles, il en recommence un fécond ; mais quand il eft arrivé à la dernière maille de ce fécond cours, il paffè deux cours de fuite dans un ordre oppofé aux deux qu’il vient de palier : ainfi en fuivant nos fils d’un des a , a, 772 , m, nous verrons que l’on a paffé de fuite deux cours dans un fens, & en allant de m à l’autre <z, on reconnoîtra que les fils qui remplilîent ce fécond efpace font paffés dans des mailles prifes dans un fens contraire.
- On doit fentir par cette figure que l’on peut rendre les chevrons que
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- Septième Section. I. Part. De la fécondé ïtoUandoife 3 ôc. qjg produifent ces fils plus ou moins grands par le remettage ; car fi Ton vouloir
- 'ajouter entre le premier fil a de celui m, un nombre de fix fils * & un PLANCHÊ
- 7
- pareil nombre entre celui m & le fécond fil a 9 on agrandiroit le chevron de deux cours ; ainfi plus on étend de cours uniformément, plus on donne de grandeur aux zig-zags. On pourroit imaginer plus de 40 combinaifons qui donneraient des différentes grandeurs dans les effets, & qui conftituent les Etoffes qui portent le nom de Hollandoife ; mais je me bornerai à .ce que je viens d’en dire. Je dois cependant faire remarquer qu’on fait de ces Etoffes dont les zig-zags font inégaux : ces effets font arbitraires; il s’agit feulement de fayoir combiner le* remettage pour les rendre ; les combinaifons du remettage à cet égard, font de pafler plus ou moins de fils dans un fons que dans l’autre ; par exemple, fi l’on a paffé douze fils, tels que ceux que nous voyons du premier fil à, de notre figure 10 jufqu’au fil m, & qu’enfuite on ne paffe qu’un nombre de fils tel que celui qu’on voit de m en g 9 en allant vers le fécond fil a *, & qu’aprè$ l’on en repaffe encore douze du (A. g y Comme ceux que nous avons vus du premier fil a yjufqu’à celui m, pour, après en repafler un nombre femblable à Celui qu’on a paffé de m au fécond g; il eft certain que les chevrons auront une toute autre forme que ceux qui fe préfentent fur notre figure 2. ; alors ces effets feront à-peu-près tels que nous le repréfente la figure 3 de notre Planche , ou nous voyons que les fils a , b, c , &c. jufqu’à m, fuivent la même âU reélion que ceux a , b9 c9 &c. de la figure 2 : ici les fils /z,? o9 p9 q9 r, rendent bien le même effet de ceux g9 h 9i9 k 9l; mais de r , & en defoen-dant, cet effet change fenfiblement , d’autant que les fils s 9t9 v 9x 9 doivent être fuivi$ d’un nombre de fix , afin que cette partie foit égale en nombre de fils à celle qu’on voit depuis le fil a jufqu’à celui m ; de forte que le zig-zag par lui-même fuit une ligne tranfverfale d’une Üfiere à l’autre. Je n’ai pas cru devoir donner une plus grande étendue à cette figure , d’autant que*fi l’on veut en fehtir l’effet avec plus de précifion ; on n’aura qu’à ajouter à la place des fils r9 s 9t9 & c. une partie égale à celle qui va depuis a 9 jufqu’à r, & ajouter autant de parties femblables l’une après l’autre, que la chaîne par fon nombre de fils permettra de les multiplier , alors on verra tout l’effet que l’Etoffe doit produire. . . '
- Il faut remarquer que les vuides A*, B, C, D 9 E 9 qu’on voit fur la figure 1 , ceux F, G 9 H9 / , qui font fur la figure 2., &ceux iC, L , Mf qui font fur la figure 3 , doivent être remplis par la fuite des fils delà chaîne & ceux de la trame: je ne les ai point remplis * afin de mieux faire fentir en particulier les effets que j’avois à décrire fur ces différents tiffus,
- J’ai defîinéces figures fans aucune proportion , afin qu’on pût mieux découvrir les combinaifons qui y entrent, & celles qu’on peut en tirer ; car il eft très-facile , d’après elles & d’après ce que j’ai obfervé, de varier les effets de cette Etoffe prefqu’à l'infini, parce qu’on n’eft pas borné aux cours ; de force
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- 4«ô L'ART DES ETOFFES DE SOIE,
- —y11' , qu'on peut faire former les pointes des chevrons par tel fil du cours quon Planche jUge à propos ; il s’agit feulement d’oppofer une inverfité de remettage de U ** pointe quon veut former à celle qui doit s’y oppofer. Paflons à une autre forte de Hollandoife,
- §. III» De la troijîeme Etoffe nommée Hollandoife , dont te tiffu fe fait fous la meme armure que les Ra^de-Saint-Cyra &c*
- On fabrique l'Etoffe appeliée Hollandoife fous l'armure des Raz-de-Saint-Cyr; c’eft encore par le remettage que l’on obtient l’effet du chevronné qui conftitue cette Etoffe, La figure 4 de notre Planche 49 , va nous donner l’effet du tiffu & en faire fentir le remettage : je préviens ici que Ton peut varier ce même remettage autant qu’on le juge à propos, afin d’étendre plus ou moins les zig-zags qui s’y forment: l’ordre du remettage repréfenté par-là figure 4, eftfait par deux cours renverfés, c’eft-à-dire_, deux fuivant la méthode ordinaire, & deux pâlies inverfement, de forte que chacun des deux cours prendra l’alternative en fens contraire de l’un à l’autre ; on en fait par un feul cours renverfé, ainfi que nous le verrons par la figure y ; on en fait encore par plufieurs cours paffés dans un fens , & par un nombre moindre paflS dans l’autre, fuivant l’ordre que nous avons indiqué figure 3. Examinons de plus près notre figure 4 , pour reconnoître l’effet du Raz-de-Saint-Cyr dans le fens naturel & dans le fens oppofé ; car quoique les cours foient inverfement paffés, on doit toujours y reconnoître l’effet que produit l’armure des Raz-de-Saint-Cyr ; il faut luppofer les deux oppofitions produites par nos inverfités , comme un effet de la marchure renverfée , c eft-à-dire , comme lï on voyoit une partie de Raz-de-Saint-Cyr fabriquée, l’Ouvrier marchant de de droite à gauche pour fuivre le cours des marches , & l’autre partie comme ^ fi l’Ouvrier avoit été de gauche à droite : pour le bien reconnoître , on com-»
- parera ce tiffu avec celui figure 1, Planche 42, où j’ai repréfenté ce même tiflîi tel qu’il doit être ; on verra que l’on a toujours fait lever les lilfes deux par deux; & toujours l’une à côté de l’autre, ce qui a produit quatre combinaifons qui forment les différentes révolutions qu’on fait faire aux fils : ainfi les iy premiers fil s a9 b 9c 9 d, 0 9f9g9h9 g 9f9e 9d, c 9b9 a , &c. forment quatre cours dans quelque fens qu’on les prenne {ur la figure ; en confidérant les brins 1 , i± k, k y qu’on voit aux deux extrémités de ce tiffu, on reconnoîtra l’effet de la trame, & Ton appercevra que les fils de la chaîne font toujours coupés ou plutôt ils font couverts par deux duites ; de forte qu’eux-mêmes à leur tour couvrent deux de ces mêmes duites ; c’eft une alternative qui eft de rigueur dans les Raz-de-Saint-Cyr, mais qui celle dans nos Hollandoifes fous les fils qui déterminent la pointe des chevrons ; de maniéré qu’il eft indilpenlable que la fécondé duite qui lie les fils qui forment c es pointes paffe deffus ou
- deftous
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- Septième Section. I. Part. De la fécondé Hollandoife, &c. 4$î
- deflous trois fils de la chaîne , ce qu’on peut aifément appercevoir fous les t fils a 9a , h ,b , de notre figure ; on peut reconnoître le même effet fur les figures i & 2 de cette même Planche ; car quoi qu’il y ait quelque différence dans le tiffu de ces deux genres de Hollandoife , il n’eft pas moins vrai qu’à cet endroit des pointes les effets font les mêmes.
- J’ai dit tout-à-l’heure que l'on faifoit des Hollandoifés en Raz-de-Saint-Cyr à un feul cours renverfé , c’eft ce que la figure y nous fait voir ; car par les fils /, m, n , o , on compte un cours ; par ceux o,p , q > r, on en compte un autre, Sc par ceux r, s9t, v , on en compte un troifieme: en comparant les quatre premiers fils aux quatre féconds, on voit que leurs effets font oppofésj & en comparant les quatre derniers des mêmes fils, on trouvera qu’ils produis fentle même effet que les quatre premiers: ainfi fi l’on ajoute une inverfité à ces quatre derniers , on ne pourra le faire que dans le fèns des fils y?, q, r, aux* quels cette inverfité deviendra femblable; on ne pourra, dis-je, le faire que fuivanc les fils p , q, r, en fuppofànt qu’on veuille les affimiler ; car dans tout autre " cas on pourroit y déroger , & étendre une partie du chevronnage plus que les autres, afin de faire produire àl’enfemble des effets tous différents que ceux que nous venons de voir, & tels que nous en verrons par la figure ri, qui va nous préfenter un autre genre de Hollandoife.
- Quoique je préfente quelque différence entre les chevronnés de nos tifîus , le goût des uns peut s’exécuter pour les autres indiftinétement*
- §. IV. De la manière de fabriquer les Hollandoifés fatinees.
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- O N connoît plufieurs fortes de Hollandoifés farinées ; je vais faire foule-ment la defeription de deux, qui donneront une connoifîance fuffifànte pour toutes les autres de cette efpece, parce* qu’elles ne tiennent leur différence que de la quantité des liftés qui leâ conftituent , & des différents points de chevrons qu’on leur fait décrire ; les figures ri & 7 fufliront pour nous mettre au fait du tifîii des deux différentes Etoffes dont nous allons nous oc-^ cuper.
- On appelle Hollandoifés fatine'es celles qui ont un envers, & qui néanmoins font conftituées par une feule chaîne; car nous' en verrons dans le Paragraphe fuivant qui ont un fond de Taffetas, & dont l’effet qui leur donne le nom, ou pour mieux dire qui les met au rang de notre Etoffe, eft produit par un poil.
- Nous reconnoîtrons dans nos Hollandoifés la caufe qui leur donne un envers , parce que celles que nous venons de voir dans les Paragraphes précédents n’en ont point, de forte qu’on peut les ufer des deux côtés.
- La première des deux Etoffes dont j’ai à parler , eft fabriquée à quatre liftés ; l’endroit fe fait deffous, & cependant c’eft le côté que je repréfonte. Je ne Etoffes de Soie. FIL Paru F ri
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- VAR T DES ÉTOFFES DE SOIE.
- donnerai pas ici l'armure , je la ferai voir dans l'article foivant, ou je traiterai des Serges farinées , dont les armures appartiennent aux Etoffes que nous allons voir ; nous n'en examinerons ici que le tiffu, ou plutôt l'effet du renie tt âge, D'abord les fils qui compofent notre Etoffe, ne font lies que par une feule duite de trame , ainfi qu'on l'apperçoit en a, a 9b , b, qui fuppo-fent l'endroit des duites de la trame qui lie les fils c 9 c , Sec. qu'on voit aux deux extrémités de la figure : chacun des fils eft lié feulement par la quatrième duite qu'on incorpore dans le tiffu ; de forte que y nonobftant l'inverfité des cours des fils de la chaîne, on ne change rien aux cours des marches, comme on 4e verra par la fuite. Ce cours des marches eft de quatre, dont chacune fait lever feulement une liffe : ainfi quand la première marche eft enfoncée , elle fait lever la première liffe ; & de l'une à l'autre fuccefllvement, les liffes font levées jufqu'à la quatrième qui eft cenfée être mue par la derniere marche.
- On doit fèntir que fi la foie de la chaîne eft répartie fur quatre liffes, il faut néceffairement que chacun des fils que chaque liffe fait mouvoir ait attendu le mouvement de ceux des trois autres liffes, pour que fon tour foit venu % donc ils ne fe meuvent qu'à la quatrième révolution ; c'eft précifément ce qui eonftitue l'effet du Satin, parce que les fils étant liés par une feule duite de trame, Se tramant fous trois duites, il eft certain qu'à l’envers de l'Etoffe ces fils ne doivent être fenfibles qu’au microfoope, au lieu qu'il font très-apparents à l'endroit qui devient extrêmement foyeux. Nous aurons occafion de nous étendre un peu plus fur cet objet dans les articles des Serges fàtinées & encore plus dans les Satins eux-mêmes; voyons en attendant ce qui conf titue notre Etoffe.
- En partant des ïîls c , à 9 jufqu'à ceux A, k , nous avons deux cours à chaque‘côté. de notre figure: ils font compofés des fils défignés Se de ceux i, d9 e, e, fy f, g, g, h , h, i, i : ces deux côtés font parallèles ; ce parallélifme régné jufqu'au fil v, qui indique le milieu de la figure , parce que les fils /, m, m , n 9n9 o , o , qui fuivent ceux A, k, en rentrant dans la figure , produi-fent des effets femblables entr'eux en ce qu'ils font également mus : il en eft de même des fils u, o , p 9p, q, y 9 r, r % s > s 919 13 ils produifent auffi des effets égaux entr'eux , bien entendu que c es effets font produits par chaque fil en particulier, c'eft-à-dire, que les fils u, u, étant mis en mouvement par la même liffe, font également liés par la même duite de trame ; il en eft de même de tous les autres fils défignés fous la même lettre : il y a plus ; c'eft que les fils c,c, g)g9k9k9ny n9 font tous liés par la même duite de trame quoiqu'à l'œil ils ne rendent pas des effets femblables, ce qui provient de l'ordre du remettage : d'ailleurs comme nptre figure ne nous donne pas en entier les effets de l'Etoffe, en ce que je n'y ai repréfonté que ce qui eonftitue la Hollandoife, il n'eft pas poffible qu’on y découvre tout ce qu’on pourroit y appercevoir fi j'avois deffiné cette figure dans une double
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- Septïeme Section. I.Part. Manière de fabriquer les Hollcmdoifes fatïnées. 483 grandeur. Je donnerai en particulier letiflu de la Serge fatinée, qui a rapport à celui-ci ; alors on pourra les comparer l’un à l’autre.
- La fécondé de nos Hollandoifes eft repréfentée par la figure 7 ; elle différé de la précédente par le tiflu & par le goût du chevronnage; par le tiflii,en ce qu’il doit être fait par fix lifïès ; par le chevronnage , en ce que les poin-tes ne fuivent pas le même ordre que celles de la figure précédente. Il fèroit fort inutile de faire remarquer ici la différence quil y a entre l’effet quepro-duifont ces pointes ; ce n’efl: qu’une affaire de goût : tout ce qu’on y remarquera , c’eft que du fil a , au fil m , on a mis deux cours ; que du fil m, à celui r premier, il y a un cours ; que de ce premier r à y, c’eft encore un cours, de ç au fécond r un autre cours , & de ce dernier on iroit à un fécond y , pour remonter comme de m en a , enfuite redefoendre inverfemenc de a en m, &c. 8c continuer. Le fatinage de cette figure, eft à l’égard de celui de la figure précédente, comme cinq eft à trois, de forte que le premier eft moindre en longueur de deux cinquièmes que ce dernier, ce qui provient de ce que fous l’un il ne pafle que trois duites de trame, & fous le dernier il en pafle cinq: ainfi le cours des liftes étant de fix, on emploie fix marches qui font chacune lever une des liffes, en commençant par la première & finiflànt par la derniere , fans interruption de l’une à l’autre ; en, forte que le cours étant fini, on recommence toujours.
- On doit appercevoir que chacun des fils eft ici lié à une égale longueur, & quefuivant notre figure, les duites de la trame les lient deux fois; c’eft ce qu’on peut reconnoître fur le fil a , par les duites j, £ , de la trame, qui indiquent les endroits où ce fil eft lié ; toutes les autres duites divifont ces fils également ; ainfi en les prolongeant chacun à la longueur de foixante ou quatre-vingt aunes , on verra dans une Etoffe de cette efpece que toutes les révolutions des cours produifent un même effet. Il femble cependant par, l’infpeéiion de notre figure, qu’il n’efl pas poffible qu’un foui cours puifle fuffirepour rendre à la fois les zig-zags de notre chaîne ; il eft vrai que fî l’on n’accumuloit plufieurs cours à la fois, on ne pourroit pas reconnoître cet effet entier, parce qu’il faut qu’ils foient répétés au moins autant de fois qu’il eft néceflaire , pour que le chevronnage paroiffe deux ou trois fois, fî l’on veut en diftinguer quelque chofo.
- Ce que je dis à ce fujet eft prouvé, mais on peut le fentir par notre figure même ; fi l’on veut compter les duites qui doivent y être employées, depuis le bout fupérieur du fil a, jufqu’aux bouts inférieurs de ceux m , y, on trouvera que des duites marquées x , 1 , qui font cenfées être la même , à remonter jufqu’à celle 2 , qui paroît faire le commencement de notre tiflu , il y a vingt-quatre duites , dont dix-neuf paroiflent diftinélement, & les cinq autres font cenfées être couvertes par la partie fupérieure du fil depuis la duite ç fupérieure jufqu’à 2. „
- ——g—iatt—
- Planche
- ±9*
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-
- Planche
- 4P*
- 484 L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- Si je fais remarquer ces effets avec autant de précifion ; c’eft qu’il faut que le Fabriquant foit éclairé pour cette opération, non-feulement pour la connoître au moment qu’on l’exécute , mais pour qu’il puifle en varier les effets autant qu’il lui eft avantageux pour Ion commerce. Ces variétés tiennent à des combinaifons dépendantes d’un calcul qui eft inféparable des mouvements qu’il faut faire faire aux liftes , & de l’ordre qu’il faut donner aux fils.
- Si l’on eft furpris que la valeur d’un cours des marches ne produife pas à la fois les effets de notre Etoffe, on n’a qu’à fe r’appeller que les Serges forment une côte qui traverfè obliquement d’une lifîere de l’Etoffe à l’autre ; il eft certain que fi la chaîne d’une Serge eft compofée de 2400 fils , on n’aura atteint la côte d’une lifiere à l’autre que lorfqu’on aura tiffu 2400 duites de trame : il en arriveroit de même à nos Hollandoifes , fi le remettage ne fai-foit pas brifer cette côte par l’inverfité des cours : ainfi fi dans une partie on a pafle douze fils de fuite au cours ordinaire, il faudra paffer douze duites de trame pour que la côte ait atteint à fa fin , & fi ces douze fils font fuivis par fix feulement paffés inverfement, il faudroitfix des mêmes duites pour en terminer la petite côte, afin qu’elle vint fe brifer contre la grande. Il faut donc regarder tous les points où commencent les inverfités des cours, comme fi c’étoit la lifiere de l’Etoffe ; par cette comparaifon on verra que les pointes des chevrons fe forment précifément à l’endroit où fe joignent les inverfités du remettage ; ce que je dis eft fi vrai, que fi l’on paffoit un remifîe à moitié fuivant l’ordre du remettage ordinaire , & que l’on pafsât l’autre moitié inverfement, on verrait les côtes de Serge fe brifer précifément au milieu de l’Etoffe ; en forte que de 2400 duites qu’il faudrait pour rendre cette côte tranfyerfale, on n’en mettrait "que douze cents pour la conduire au milieu, d’autant qu’une moitié viendrait de droite, Sc que l’autre viendrait de gauche pour fe joindre au milieu.
- Voilà en général ce qui conftitue les Hollandoifes que nous venons de voir : quant aux deux dernieres, on peut les faire à cinq , à fept, à huit, liftes fi on le juge à propos ; on en fait même à trois.
- On doit obferver de tramer ces fortes d’Etoffes à proportion de la quantité de liftes qu’on y emploie ; c’eft-à-dire, qu’on doit donner à la trame une groffeur convenable pour que V eftance du Satin ne foit pas trop longue , ( on appelle eftance la longueur qui régné d’un fil entre les deux duites de la trame qui les tient, comme eft la partie fupérieure du fil a, entre les duites 2 & £ fùpérieur, ou entre les deux £ : on appelle encore eftance la partie de la trame qui fè trouve entre deux fils qu’elle lie ; on appelle encore ces parties brides , de forte qu’on dit communément : il faut obferver que les brides du Satin ou de la trame ou du broché ne fient pas trop longues ) ; comme j’aurai occafion de parler fouyent de ces différentes parties, je me
- feryirai
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- Septième Section. î. Part, Manière de fabriquer les Hollandoifes farinées. 48; fer virai indifféremment de l’un ou de l’autre terme , mais je préviens que tous deux font fynonymes.
- Je viens de dire qu’on doit régler la trame , pour que les eftances ne foient pas trop longues ou trop courtes, parce que dans les deux cas , on fortiroit de la beauté de l'Etoffe qu’on veut faire ; il faut donc tramer plus fin pour les Hollandoifes fatinées faites à fix liffes , que pour celles faites à trois ou quatre , npn pas qu’il faille précifément donner la même longueur aux unes & aux autres, mais afin que chacune de ces Etoffes ait une confiftance proportionnée à fa conflitution ; il faut auflî faire attention que pour rendre foyeux l’endroit d’une Hoilandoife faite à quatre lifles , on doit fournir la chaîne d’une plus grande quantité de fils que pour celles à fix à fept, &c* parce que les eflances étant plus courtes, elles n’ont pas la même apparence.
- Les Hollandoifes faites à quatre lifles étant égales en quantité de foie à celles faites à fix ou plus, font d’un meilleur ufer que celles faites à fix * Sec 9 parce que la foie fe trouve plus divifée dans les unes que dans les autres ; c’eft-à-dire, que l’une porte un quart de fa chaîne à fon envers, &que l’autre ne porte qu’un fixieme. Il efl; donc évident que ce fixieme ne peut pas procurer autant de réfiftance contre les chocs de la trame, Se contre les frottements , qu’un quart ; à moins qu’on n’ait pris la précaution de fournir une chaîne d’une Hoilandoife à fix liffes, de maniéré qu’elle porte à fon envers une même quantité de fils que celle faite à quatre ; pour cela il faudroit que tandis qu’on forme une chaîne de 3:200 fils, pour une Hoilandoife à quatre liffes, on en mît 4800, pour une Hoilandoife à fix liffes , ce qui fait un tiers en fus ; alors les liffes de l’une & de l’autre lèveraient à raifon de 800 fils chacune -cependant on ne les exécute pas ainfi.
- Ce que je dis ici des Hollandoifes doit être appliqué aux Serges fatinées 8ç aux Satins même, cependant j’aurai occafion dans ces dernières Etoffes de faire de plus amples obfèrvations à cet égard.
- Pour fabriquer les Hollandoifes fatinées à quatre marches, on met ordinairement quatre fils par dent fur un peigne de mille dents, quelquefois on met le même compte de chaîne pour celles faites à fix lifles , Se un peigne du même compte ; on fe fert auflM’un peigne de 8co dents pour les dernieres ; alors on met fix fils par dent 5 on met un organfin de pays de 36 à 40 deniers ; Se fi l’on met les comptes des chaînes moindres que je ne viens de dire, on emploie une foie plus groffe : fi donc on employait un 800 de peigne à quatre fils par dent, on doit alors mettre une foie de yo deniers au moins.
- Les Etoffes dont nous venons de nous occuper font ordinairement tramées à deux bons bouts de foie, Se fabriquées avec un battant pefànt 45 livres au moins.
- On en fait quelquefois de bien plus légères, mais elles font fufceptibles d’être apprêtées , ce qui en fait une Etoffe bien inférieure.
- Étoffes de Soie. KIL Paru G 6
- Planche
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- 486 L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- Planche V. De la manière de difpofer les Hollandoifes faites avec un poil ;
- êC de leur armure.
- Les Hollandoifes faites avec un poil tiennent en quelque forte aux Etoffes façonnées a la marche ; je les eulfe portées dans le Chapitre qui doit traiter de tous ces genres d'Etoffes, mais l'analogie qu'elles ont avec les Hoi“ landoifes fàtinées, m'a déterminé à les placer ici à la fuite des autres, afin qu'on les voye fe foccéder dans ce Traité. Cette efpece de Hollandoife a pour bafe un fond Taffetas, c’eft-à-dire ,^que ce qui forme le corps de cette Etoffe, eft précifément un Taffetas for lequel on adapte un poil qui forme le chevronnage ; ce cheyronnage peut fe varier à l'infini par les différentes com-binaifons qu'on peut en faire, ainfi que celles que nous avons vues. Je n'ajouterai rien à ce que j’ai déjà fait remarquer dans le Paragraphe précédent ; je me bornerai à faire connoître le tiflu qui conflitue cette Etoffe, & le moyen par lequel le poil peut s’adapter au Taffetas , & rendre en même-temps les effets qu'on s'en promet. La figure 8 de notre Planche 45) , va faire connoître comment ces deux corps fe réuniffent en un feul.
- Les fils a , b, c, d; a9b 3 c, d ; a, b, Scc. compofènt la chaîne du Taffetas, & ceux c, f9g9 A, g>f> e>f> &c. conftituent la Hollandoife ; les premiers font exaélement paffés comme les chaînes des Taffetas, & les derniers font paffés comme ceux l, m, n > 0, &c, de la figure 6 ; on doit appercevoir à chaque endroit où nos fils e9 ff &c. font liés, qu'ils le font par la même duite de la trame A, qui en même-temps lie les fils de la chaîne du Taffetas ; les premiers fils compofont la chaîne , & les autres font le poil; car en fuiyant la direction des uns Sc des autres, on appercevra que les fils de chaîne font envergés par les baguettes B, Cf & que ceux de poil le font par celles D , E ; il faut en même-temps prendre garde que le poil eft placé fous la chaîne ; les fils de poil font féparés chacun par deux fils de la chaîne ; cependant ces deux mêmes fils ne doivent pas paroître à l'endroit de l'Etoffe, parce que les fils de poil doivent les couvrir ; auffi prend-on le foin d'ourdir doubles ces mêmes fils de poil, afin que fe difperfant fur le tiflu du Taffetas, ce même tiffu ne puiflê pas paroître ; & fi le poil ne couvre pas aflez étant ourdi double , on doit l'ourdir triple, car c'eft une défeéluofité pour toutes les Etoffes dont l'effet eft produit par un poil, fi ce poil n'eft pas affez fourni pour en couvrir le tiflu principal. On doit toujours regarder comme tiflu principal celui qui forme le corps de l’Etoffe, ainfi qu’on peut le reconnoî-tre par celui du Taffetas qui forme la bafe de notre Hollandoife , puifque les fils font liés par toutes les duites de la trame , foit en-deflùs, foit en-deffous, & que les fils du poil ne font liés que par toutes les quatrièmes duites, en les prenant un à un ; fi on les voyoit tous enfemble ,on trouveroit
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- Septième Section. I. Part. Des Hollandoifes faites avec un poil, 487
- que chaque duite lie en particulier quelques-uns de ces fils ; s'ils étoient pâlies dans le même fens de ceux du Taffetas , on n’auroit pas de peine à ap~ percevoir que chaque duite lie régulièrement un quart des fils du poil : mais ici ce retour n’eft pas tout-à-fait fi régulier, parce que le renverfement des cours dans le remettage produit quelque changement en ce que lorfque les fils ont formé la pointe d’un chevron en s’en éloignant , la lifte en leve davantage , &c. On trouvera donc que fur la quantité des fils dont un poil eft compofé , une duite en lie davantage que l'autre, & cependant en les comparant toutes entr’elles, on verra que le'réfultat fè réduit au quart, les unes dans les autres. Ceci eft d autant plus facile à comprendre , que chacun des fils eft lié de quatre en quatre duites ; c’eft par cette diftance que l'on met entre les duites, qu’on donne aux parties des fils les eftances qui font reflor-tir les effets du poil, fuivant qu’on Veut les faire paroître, & ces eftances étant d’une longueur convenable couvrent le tiffu du fond de l’Etoffe , & font diftinguer les fils du poil de ceux de la chaîne, d’autant mieux qu’on doit éviter que les effets de ces derniers paroiffent.
- Notre genre de Hollandoife doit être fabriqué fur quatre liftes * de Taffetas , & quatre liftes pour le poil ; on doit prendre garde que fi dans le tiffu de l’Etoffe les fils de poil font féparés chacun par deux fils de chaîne , dans le remettage on doit avoir paffé deux fils de chaîne pour un fil de poil, 3c ainfi fuccefîîvement : voici comme on s’y prend pour faire ce remettage.
- On commence par arranger les quatre liftes de poil, comme nous avons vu qu’on prépare celles pour remettre un Taffetas, ( voye^ les figures 1 & 2 de la Planche 26, & tout ce qui fuit pour le remettage ) ; on pafle le poil à cours renverfé, c’eft-à-dire, qu’on prend la première maille de la quatrième lifte, on vient vers la première dans l’ordre fuivant 4,3, 2 & r, enfuite on retourne par 2, 3 & 4, de là on revient 3 , 2 & 1, & l’on continue ainfi ce remettage jufqu’à l’emploi de tous les fils. Ce remettage étant ainfi fini, on joint les quatre liffes de fond à celles du poil. Voyons pour cet effet la figure 1 de la Planche j'o.
- Les quatre liftes A > B, C, D, fiippofent celles dans lefquelles le poil E a eft paffé ; quand on a remis ce poil, on s’eft fervi des cannes, comme celles F y G , qui tiennent l’envergeure de la chaîne H, qu’on voit pliée fur l’en-fuple Iy qu’on place au-deflus de celui K, fur lequel eft plié le poil E . nous devons fuppofer ces deux enfuples placés fur deux oreillons tenant aux pieds de derrière d’un Métier , que je n’ai pas cru devoir repréfenter , afin de voir tout à découvert : après avoir remis le poil on a retiré les cannes , & on a mis à leur place le cordon L , pour conferver l’envergeure ; c’eft après cela qu’on place les liffes M9 N, O , P , fur les petites tringles de bois R , S $ fur lefquelles font fixés les lifterons fupérieurs des quatre liftes du poil. Dans l’état où font actuellement toutes les liffes, on difpofe la chaîne à être paflee g
- Plancha
- Planche
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- HKMW
- 488 VART DES ÉTOFFES DÉ SOIE.
- & pour cela les lifles font fufpendues au moyen des cordes a, a9 a, a,
- Planche auxquelles font attachées les tringles R, S.
- *°* Je dois obfervor que le poil eft arrêté devant ces lifles par des noeuds faits à quatre ou cinq divifions, fombiablcs à celles Q , qu’on voit entre les deux remifles ; car on doit confidérer ces huit lifles comme faifint deux remifles , dont un appartient au poil, & l’autre à la chaîne.
- Le Remetteur arrange la chaîne comme pour les remettages ordinaires , Sc pour cela il la divifeen plufieurs parties qu’il enveloppe fur les cannes, excepté une partie T, qu’il diJpofe à être paflee; il fait pafler cette même partie toute en entier à travers les deux remifles , Sc la reploye pour un moment fur les liflerons fupérieurs des lifles, comme on les voit en b , lailfant d’un côté du remifle une partie de mailles c, fuffifimte pour tenir dans la main à mefure qu’il pafle les fils, fuivant les régies du remettage : alors étant aflîs devant le remifle, il di/pofe une partie du poil pour entrelarder les fils à mefure qu’il pafle ceux de piece ; cette partie eft contenue dans du papier comme en d9 avec un cordon e9 qui la lie comme je l’ai dit dans l’article du Remettage ; voyez la defcription des figures 12,13,14, 15, 16 Sc 17 de la Planche 26: dans cet état le Porgeur fe place comme à l’ordinaire, prend dans fà main gauche la partie b de la chaîne , Sc avec la main droite il donne les fils au Remetteur un à un.
- On doit toujours commencer cette partie du remettage par un fil de poil,* le faire fuivre par deux fils de chaîne, Sc enfiiite un fil de poil qu’on recouvre de deux fils de chaîne, & fuivant le cours, maille par maille , des lifles M, IV, O9 P9 de forte que tous les cours doivent être ouverts par un fil de poil, & dos par deux fils de chaîne, afin qu’en piquant le peigne, les mailles de la lifle P , amènent chacune avec elles tout ce qui doit être placé dans une dent. Pour bien connoître l’ordre de ce remettage , jettons les yeux fur la figure 2 , Sc nous verrons avec beaucoup plus de clarté la route que tiennent entr’eux les fils de la chaîne & ceux du poil ; les mailles/', g9 fuppofent les deux premières lifles du poil, Sc les mailles k9i9k9l9 fuppofent les quatre lifles de la chaîne ; par ces fix mailles on voit tout ce qui fo pafle dans le remettage d’une Hollandoifo : le fil m , eft le premier du poil que l’on a lardé; les fils n, 0 , font les deux premiers de la chaîne qui couvrent le premier fil de poil ; le fil p , eft le fécond fil de poil, & les fils q, r, font les deux fils de chaîne qui en couvrant le fécond fil de poil finiflent le premier cours : on voit fuivant l’indication des lettres qui défignent les fils de la chaîne, que fi l’on fupprime les lifles/^ g9 on aura un cours ordinaire de Taffetas, Sc que ce n’eft que les fils du poil qui en changent le genre.
- On ne voit ici que deux fils de poil, parce qu’il n’y a qu’un cours; mais en ajoutant un fécond cours de Taffetas, nous foppoferons qu’il fera accompagné de deux autres fils de poil qui finiront le premier cours des lifles du
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- Septième Section. I. Part# Des Holhmdoifes fuites âvccun poil, &c, 489 poil, de forte que pour un cours du poil, il faudra deux cours de chaîne.
- J’eufTe étendu cette figure au point de faire voir ce double cours ; mais Planche fai jugé qu’elle foffiroit, & que pour prouver la conftitution entière de notre Etoffe , il faudroit quatre cours entiers du poil feulement , & encore verroit-on que fur le dernier de ces fils, il faut retourner inverletnent for le remettage ; d’ailleurs pour montrer ces quatre cours des fils du poil, il faudroit en repréfenter huit de la chaîne, ce qu’il foroit impofîîble d’exécuter d’une maniéré affez diftinéte.
- On a encore la précaution dans le remettage d’envelopper la foie avec un linge propre & doux , ou avec une grande feuille de^papier entre le cordon L9fig. 1, & le remiffe , afin que le Porgeur par les différents mouvements qu’il eft obligé de faire n écharpijfe pas la foie avec fes genoux contre lefquels elle touche continuellement ; cette précaution eft efïèntielle, fans quoi tout le bord de la foie du côté ou s’affied le Porgeur eft rongée au point de ne pouvoir l’employer, fans compter le temps qu’on eft obligé d’y mettre pour la débrouiller.
- Le Remetteur n’a d’autre foin pour larder les fils du poil, que de prendre celui qui fe préfente par la première maille ; la foie de la chaîne n’empêche' pas les mailles du poil d’être pafiées les unes après les autres ; pour cet effet pn a foin de placer la partie de foie qu’on met entre les mains du Porgeur entre les dernieres mailles qui contiennent la partie Vdu poil, Sc celles du* refte des liftes.
- Après qu’on a fini de remettre la chaîne, on pique le peigne de la même maniéré qui a été expliquée dans l’article du Remettage ; celui qui donne n’a d’autre foin que de reprendre fur la lifte P, une maille qui lui amene tout ce qu’on doit mettre dans la dent ; auffi il doit porter dans la paffette que lui préfente le Piqueur, tous les fils que cette même maille lui a détachés de ceux qu’il tient dans fa main droite : après que le peigne eft piqué , on tend la chaîne & le poil tout enfemble, c’eft-à-dire, qu’en faifant les nœuds de- 1 yant le peigne , comme il eft repréfenté par la figure 9 , Planche 19 , ou par la figure 1, Planche 30 , on doit prendre à la fois & la foie du poil Sc celle de la chaîne , pour qu’un feul & même nœud contienne chacune des parties qu’on eft obligé de former for l’étendue du peigne. Dans cet état la même baguette dont on fe fort pour tendre & pour mettre en taque , fèrt en même-temps pour contenir & la chaîne & le poil ; on a foin feulement, pour plus de perfection, que cette baguette foit placée devant le peigne, entre la chaîne Sc le poil, ce qui s’exécute en tenant un des remiffe s plus haut que l’autre * c’eft la chaîne qui doit être par-deflus , puifque l’on prend la précaution de tenir le poil par-deflbus, ainfi que nous le montre la figure 1.
- La figure 3 , foppofe le Métier for lequel on fabrique la Hollandoife ;
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- Planche
- fo.
- 490 L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- a, faut fuppofer ce Métier que je n ai pas deffiné , afin de faire voir à découvert tout ce qu’il eft important de rendre fenfible.
- Par rapport à la fufpenfion des lifles, on remarquera qu’on a à la fois em-i ployé le carrette fimple & les chappes ; les lilTes de poil font fufpendues aux ailerons a, b , c, d, & les lifles de chaîne font fufpendues aux chappes AyA9 les lifles de poil moins élevées qu^celles de la chaîne /, d’environ trois pouces ; on voit auflî que l’enfuple de la chaîne eft beaucoup plus élevé que. celui du poil, on met environ un pied entre l’un & l’autre , quelquefois davantage fuivant que l’Ouvrier y eft habitué, pour pouvoir plus facilement entretenir l’un & l’autre, c’eft-à-dire , pour raccommoder plus facilement, & mettre en train les longueurs de ces chaînes. Il n’eft pas cependant égal de tenir indifféremment un enfuple de poil plus bas ou plus haut ; la meilleure méthode eft de le tenir à-peu-près à la hauteur du milieu des Mes, de forte que la longueur foit horizontale, & même fi , fans gêner l’ouvrage, on peut porter l’enfuple au-deflus , il n’en eft que mieux, parce que la foie fe fatigue moins, ainfi que nous aurons lieu de l’obferver bien-tôt.
- Les Mes B, C9 D 9 E9 font fufpendues aux aîlerons par le moyen des arcades e, f, g, h , & les lifles F, G9 H, /, font fufpendues aux chappes au moyen des cordes de fufpenfion /, /, K 5 K, qui paflent fur les poulies i, i > i, i ; on voit quatre carquerons L9 M 9 N 9 O , & quatre marches P,Q,R,S.
- Les quatre lifles du poil font tendues par les contre-poids T T 9 V Y j X Xy Y Y y qui font fufpendus aux lifterons inférieurs deux par deux » un à chaque extrémité de chacune des lifles, au moyen des ficelles kky Il 9 mm y n n; les eftrivieres 0 9p , q , r, répondent des marches aux*carquerons, 8c celles s s, 119 vv 9 x x , répondent aux lifferons inférieurs des liftes F y G 3 H y L Je dois faire prendre garde que les aîlerons a y b9c 9d, po-fent fur le chevalet £ , parce qu’ils font attirés par les contre-poids qui font fufpendus aux lifles, en forte que ce chevalet devient un point d’appui ab-foîument néçeflàire à la fufpenfion des lifles du poil, que les contre-poids tendent à attirer en-bas, & que fi les aîlerons n’étoient pas retenus eux-mêmes , les lifles defeendroient jufqu’à ce que les contre-poids pofàflènt par terre, ce qui ne leur donneroit aucun point fixe : on doit toujours placer les contre-poids, de forte qu’il s’en faille au moins de deux pouces qu’ils touchent à terre.
- On commence par placer les arcades e e , f f9 g gy h henfùite on y fufpend les lifles B 9 C 9 D 9 E y à chacune defquelles on met deux contrepoids pour tenir les aîlerons baifles & appuyés fur le chevalet £ ; ces contrepoids doivent être aflez lourds pour tenir haute la queue des aîlerons , & pour ramener les carquerons dont un bout tient aux cordes y 9 y 9 y9 y : il faut
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- Septième Section. ï. Part. Des Hollandoifcs faites avec un poil, &c. 49 f même que cette force des contre-poids aide à ramener les marches à la hau-teur où on les fixe ; ainfi quand les Mes font (ufpendues on les appareille 9 Planchb c'eft-à-dire, qu'on les met toutes à la hauteur où elles doivent relier ; enfuite on place les cordes des carquerons au bout des ailerons ; on attache les car-querons de maniéré qu'ils foient tous à une même hauteur, ainfi que pour les armures des Raz-de*Saint-Cyr. Après avoir déterminé l'arrangement des lilles du poil, on fufpend celles de la chaîne comme pour armer un Taffetas à quatre liflès ; ( voyez le Paragraphe où il eft traité de l'armure du Taffetas à quatre liffes ) toute la différence confifte en ce qu'ici on a deux fois l’armure du Taffetas à faire à caufe des quatre marches, & que dans le Taffetas ordinaire on ne doit la faire qu’une feule fois, puifqu’il n’y faut que deux marches : cette double armure du Taffetas doit s’accorder avec le cours des marches , par rapport à celui des liffes de poil, de forte que chacune des marches faffe lever une des liffes du poil fucceffivement : les deux premières marches font le cours du Taffetas ; il faut donc que les deux dernieres en faflènt un fécond cours : par ce moyen le cours de la Hollandoife devient égal à deux
- ** "
- cours de Taffetas. Après avoir fufpendu les liflès de Taffetas , on détermine l’armure des eftrivieres ; on place premièrement les eflrivieres 0, p, q9 r, dans l’ordre où on les voit, une à chaque carqueron , qui réponde chacune à une des marches ; enfuite on pofe les eftrivieres s s > 119 v v 9 x x 9 do forte qu’elles répondent deux à chacune des liffes F9 G9 H, /, & confié-quemment deux à chacune des marches P, Q, R, S , & que les deux eftrivieres s 9 s, tiennent à la marche P, & aux liffes I, G: les deux eftrivieres t > t, tiennent l’une à la liffe H 9 l’autre à celle F , & toutes deux {ont jointes à la marche Q ; les eftrivieres v, v , font toutes deux à la marche R , l’une tient à la lilfe /, & l'autre à celle G, & les deux eftrivieres x 9 x 9 dépendent l’une de la liffe H , & l'autre tient à celle F , & toutes deux à la marche S.
- Quoique j’aye dit que les huit dernieres eftrivieres tiennent aux liffes , il ne faut pas prendre cela à la lettre, parce qu’ordinairement on les joint aux ' arbalètes ou aux cavaletis, que nous ne faurions voir que très-imparfaitement, à caufe du point de vue ; mais on doit les y fuppofer, comme on a vu dans les armures des Taffetas, &c. Il refte à parler des mouvements que les marches doivent imprimer aux liflès ; nous allons les fuivre une à une ; & par les quatre premières figures de la Planche yr , on reconnoîtra les quatre com-binaifons que nous avons à faire exécuter par notre armure : chacune des" pLANCHE^ marches contient une des combinaifions ; ainfi la marche P fait lever la der: 51,
- niere liffe du poil, & la derniere & la fécondé liffe de la chaîne ; voyez la figure i,P/.yi, où la marche A , fait monter les Mes B, C9D, &def-cendre celles E , F ; les liflès G , H, /, reftent en fond , c'eft-à-dire , qu’elles ne montent ni ne delcendent : on peut reconnoître la caufè de ce
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- 4ÿ2 L'ART DES ETOFFES DE SOIE.
- mouvement, enfaifànt attention qu’en enfonçant la marche , on attire les eftri-
- Planche yiçres a, b, c9 dont les deux premières attirent les Mes E > F, Sc font y I •
- monter celles B , C, dont la fufpenfion eft faite aux chappes , ainfi que nous l’avons vu par la figure 3 de la Planche précédente : quand à l’eftriviere c, qui fait monter la lifîe D , c’eft par la corre/pondance quelle a avec l’aîleron auquel eft attachée la corde e, qui tient au carqueron K. Je ne m’étendrai pas davantage fur l’effet de cette combinaifon qui a déjà été expliquée dans les armures concernant les Taffetas, Raz-de-Saint~Cyr, Sec, je me bornerai à parcourir les trois figures qui nous montrent les trois autres combinaisons : par la même impulfion la marche Z, fig. 2 , étant enfoncée , on voit lever les liftes M, N 9 O , & defeendre celles P , Q ; ici les liftes R, R, R , reftent en fond ; c’eft par les eftrivieres/, g9 h , qu’on obtient tout le mouvement qui dépend de cette combinaifon,
- La figure 3 , nous fait voir que la marche S fait monter les mêmes liftes de Taffetas que fait monter celle A , de la figure î ; toute la différence entre la figure 3 & celle I , c’eft que dans cette derniere figure , c’eft la derniere lifte de poil qui leve, & que dans notre figure 3 , c’eft la fécondé j ce font ici les eftrivieres z, k , /, qui prpduifent ce mouvement.
- Entre la figure 4 & la figure % que nous avons déjà vue , il n’y a de différence qu’en ce que dans l’une on fait lever la troifieme lifte de poil, & que dans l’autre c’eft la première ; du refte çe font les mêmes liftes de Taffetas qui montent & qui defeendent ; c’eft l’effet des eftriyieres m, n , 0 , qui rend l’effet de cette combinaifon à notre figure 4 , par l’enfoncement de la marche T.
- Les marches qui font enfoncées fur nos quatre figures répondent à celles P 9 Q, R, S, de la figure 3 de la Planche précédente : en les comparant les unes aux autres, on appercevra qu’elles fuivent le même ordre ; on doit fuppofer que la marche A, de la figure r , eft celle P, de la figure 3, Planche précédente ; que celle L, eft la marche Q , celle S , eft celle R, 8ç que celle T, eft celle S : en comparant les mouvements de chacune des quatre marches de la figure 3 de la Planche précédente , avec ceux des marches enfoncées à chacune des quatre figures de notre Planche aéluelle, on recon-aoîtra l’uniformité des mouvements.
- Si l’on voit ici les marches V 9 JT, T y Z, montées, c’eft l’effet des eftrivieres du Taffetas , qui, en faifimt monter les liftes, font monter en même-temps les marches qui en dépendent : j’ai fait faire cette remarque dans les armures du Taffetas faites aux chappes, autrement les eftrivieres des liftes ne produiroient pas cet effet ; je n’en donnerai pas ici la raifon , nous aurons oc-cafion de la connoître plus amplement ailleurs ; je remarquerai feulement ici qu’à mefure qu’une marche enfpnce, & que l’autre eft obligée de lever, U
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- Septième Section. I. Part. Des Hollandoifes faites avec an poil, &c. 493 y a deux eftrivieres des lifles du poil qui fe lâchent, parce qu’à mefure qu’on enfonce une marche , il y en a deux qui lèvent néceflàirement.
- A chaque marche qu’on enfonce, il y a trois des lifles du poil qui relient immobiles, ce font les contre-poids qui les contiennent ; & lorfqu’elles ont été attirées elles reviennent à leur centre par l’impulfion des mêmes contrepoids : on fera attention que chacune des marches tient à trois eftrivieres ; ainli pour notre armure , telle que je viens de la repréfenter, on n’employe que douze eftrivieres en tout. Si on armoit autrement cette Etoffe , elle en occuperoit trente-deux. Suivant la méthode de Paris, on fait rabattre toutes les lifles qui ne montent pas ; alors on fufpend toutes les lifles au carrette , & au lieu de quatre ailerons, il en faut huit ; il faut auflî huit carquerons. Comme cette armure ne vaut pas à beaucoup près celle que nous avons vue, je me bornerai à en décrire l’arrangement, ûns en donner de figures.
- D’abord on fufpend les lifles de poil à la même hauteur de celles du Taffetas , on fupprime les contre-poids , & l’on met huit tire-liflès. Il faut placer huit eftrivieres à chaque marche ; par ce moyen en enfonçant chacune de ces marches, on fait monter trois lifles dans l’ordre des quatre figures de la Planche 51, & on en fait defcendre cinq : on voit par-là que toutes les lifles font mifes en mouvement. Pour bien juger de l’arrangement & des mouvements qu’on imprime aux lifles fuivant notre nouvelle armure , il faut en comparer la montée & la defcente à celles repréfentées par les quatre premières figures de la Planche ^ 1 , & ajouter à la defcente des lifles celles que nous voyons ici, qui relient en fond ; par-là nous connoîtrons à chaque figure quelles font les lifles qui doivent nlonter & celles qui doivent defcendre j on obfervera feulement qu’au lieu des cavaietis r,r,r,r, &c. qui font à chacune de nos figures, on fe fert de tire-liffes.
- Le carrette qu’on emploie pour cette fécondé armure ne doit point avoir de chevalet pour point d’appui, il faut néceflàirement armer à ailerons volants, comme, ceux que nous avons vus dans l’armure du Taffetas à huit lifles; voyez figure 1, Planche 32, & dans une des armures des Raz-de-Saint-Cyr, d£c.
- On fera en état de juger de l’infériorité de cette derniere armure , comparée avec la première que nous avons vue , fi l’on fait attention à la difficulté de régler la longueur des eftrivieres ; il eft certain qu’on a moins d’embarras à régler trois eftrivieres fur une marche, que huit , fur-tout lorfqu’il doit y en avoir de tendues & de lâches, & que même parmi les eftrivieres lâches, il y en a qui doivent l’être plus les unes que les autres : voyez ce que j’ai dit à ce fujet dans la defcription des eftrivieres , & notamment à l’égard de L’eftriviere v, fig. 2 , PL 19, & ce qui concerne les figures 3,4 gç ^ de la même Planche.
- Je fais ici cette remarque, parce qu’il y a des Ouvriers qui, fans diftinguei; ‘ Etoffes de Soie. VIL Paru I6
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- Ifi5====!=
- Flanche
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- 494 VART DES ÉTOFFES DE SOIE. l'avantage ou le préjudice que peut caufer à une Etoffe la différente maniéré d’en arranger le montage , ou d’en exécuter l’armure , s’attachent obftinément à celle qu’on leur a enfeignée ; cependant la différence de vingt eftrivieres f de quatre carquerons, de huit tire-liffes, & de quatre ailerons de plus, fans compter la facilité & la célérité de l’armure & du travail, devroient bien déterminer pour le parti le plus fur, le moins difpendieux, & qui concourt à la plus parfaite fabrication de l’Etoffe.
- J’entre ici dans une difcuffion un peu détaillée, parce qu’il y a plufîeurs genres d’Etofifes qu’on peut armer fuivant la méthode que je préféré , & fui' vaut celle que je rejette, & que néanmoins l’une & l’autre font mifes en ufage. On reconnoîtra plus particuliérement la vérité de ce que je viens d’expliquer dans le Chapitre des Etoffes façonnées à la marche.
- On n’eft pas obligé de fuivre l’armure de notre Etoffe, fuivant les com~ binaifons que je viens de repréfenter & de décrire ; il importe fort peu que l’on commence par faire lever la première ou la derniere des lifles du poil, il s’agit feulement de les faire marcher l’une après l’autre, foit en allant de la première Me à la derniere , ou de la derniere à la première : ainfi quelle que foit la lifle de poil par où l’on commence l’armure , cela eft indifférent , pourvu que dans les quatre révolutions des marches , elles montent fucceffi-vement l’une après l’autre dans un fens direél ou dans un fens inverfè. Les deux plans d’armures qui font repréfentés par les figures y & 6 de notre Planche, feront connoître que l’on peut indifféremment prendre telle liffe qu’on voudra dans le poil pour la faire monter, fans même rien déranger à l’ordre de l’Etoffe. Quant à la montée 8c à la defeente des liffes de Taffetas , il eft indifférent encore qu’on commence par faire monter la première & la troifieme, ou la fécondé & la quatrième. Ces figures font les plans d’armures qu’on donne aux Ouvriers, pour en exécuter l’arrangement fuivant le fyftê-me général ; on ne trouvera pas mauvais, j’efpére , que je le donne enfuite fuivant mon fyftême particulier. La figure 5, eft le plan de l’armure que nous voyons exécutée par les quatre premières figures de notre Planche. Les lignes a yb y c y dy indiquent les quatre liffes du poil; celles e>f,g9 h9 défignent les quatre liffes de fond ; les lignes i9k3 l9m y font les quatre marches; les zéros n9 p, q , r 9 prouvent la liaifon que les liffes de poil ont avec les mar* ches ; ceux s s, tt9 v v9 x x9 font voir la correfpondance que les liffes du Taffetas ont avec ces mêmes marches ; les zéros qui indiquent l’union qu’il y a entre les liffes & les marches, marquent que ces mêmes liffes doivent lever quand la marche où elles font unies eft enfoncée ; au lieu que les petites lignes y9y9 y9 &c. qui coupent une partie des angles formés parle croifement des lignes qui repréfentent les liflès , avec les lignes des marches à l’endroit du Taffetas, indiquent que ces liffes doivent defeendre ; ainfi on voit que le corps des liffes du poil n’a aucune indication femblable, parce que ces liffes ne font que monter.
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- Septième Section. I. Part. Des Hollandoifes faites avec un poil, 49 j
- Comparons actuellement cette figure avec les quatre premières, & nous verrons que la marché i, qui fuppofe celle A de la figure I, fait lever la lifle h, Sc celle f, qui tuppolent celles B , C de notre première figure ; on voit en même-temps que cette même marche fait lever la ii(Te a de poil, qui eft la même que celle D de l’autre figure.
- La marche k fuppofe celle L de la figure 2 ; elle fait lever les liflês e , g9 qui font les mêmes que celles P, Q, de fautre figure, & que celle h efl aufli la même que celle O du poil.
- La marche / fait ici le même effet que la marche S de la figure 3, elle fait lever les mêmes liffes de Taffetas que fait lever la marche i , & elle fait de même lever la fécondé lifle de poil, c’eft~à~dire la lifle C.
- La marche ‘m fait lever la fécondé & la quatrième liflês de Taffetas, avec la première lifle de poil, que nous avons défignée par la ligne d ; cette marche rend le même effet que la marche T, fig, 4 ; on remarquera qu’en même-temps que deux liffes de Taffetas montent, les deux autres font forcées de defcendre ; on en connoît le moyen.
- La figure 6 9 en offrant un autre ordre d’armure, ne changera rien à l’effet de l’Etoffe, que de rendre à gauche ce qui feroit à droite ; ce qui fait une inverfité qui ne Tau roi t jamais nuire à l’Etoffe , d’autant mieux qu’il y a des Ouvriers qui donnent eux-même cette inverfité fans le favoir ; ce qui arrive à ceux qui ont coutume de mener les marches de droite à gauche, ou de gauche à droite : je m’explique. Un Ouvrier qui mene le cours des marches en commençant à la droite, quitte un Métier qui efl: repris par un autre Ouvrier qui efl habitué de mener ces mêmes marches en commençant à gauche ; ces deux Ouvriers par leur différentes façons d’exécuter l’ouvrage , opèrent l’inverfité dont je veux parler : ainfi nos deux plans d’armures font ici - dif-pofés à donner cette inverfité, en fuppofànt deux Ouvriers qui aillent dans le même fens l’un & l’autre. Si l’on veut comparer le plan d’armure figure 6, aux quatre figures premières, on reconnoîtra que, tant pour le poil que* pour la chaîne, il y a un renverfement total dans l’ordre qu’elle nous préfente. Ce renverfement efl le même entre notre figure & la figure y, ainfi que nous allons le voir en le parcourant dans toutes fes parties.
- D’abord les lignes E, F, G , //, repréfentent les quatre liflês du poil ; les lignes/, K 9 L,M9 celles de fond; les lignes N9 O , P, Q9 font les quatre marches. En fuivant la liaifon marquée entre les marches & les liffes, par la jonéiion que nous indiquent les zéros a , h yc 9d9 fur les liffes de poil, & ceux e e , f f9 g g , h h , fur celles de la chaîne , nous devons reconnoîcre que la marche N fait lever la première lifle de poil , qui efl celle H 9 & les deux liflês /, L9 qui font les fécondé & quatrième liffes du Taffetas.
- Lamarche O fait lever les liffes M9 K9 àu Taffetas, & celle G9 du
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- 49S L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- ts^s^ss! p0j[ . jans un des deux corps ce font la première & la troifïeme lifles , 8c 51. dans l’autre c’eft la fécondé.
- La marche P, fait lever les mêmes lifles de Taffetas que celle N; mais parmi les lifles de poil, c’eft la lifle F, ou la troifieme.
- Par la marche Q , on fera lever la première & troifieme lifles de Taffetas, & la derniere lifle de poil qui eft celle E.
- En fuivant Tordre de cette armure , on reconnoîtra qu’il eft l’oppofé de T autre. C’eft ainfi qu’on doit donner les plans d’armure pour indiquer la montée 8c la defcente des lifles , parce que les petites lignes z, z, z, z, &c. qui font fur le corps des lifles de poil, indiquent celles 'qui doivent defcendre , ainfi que k , k, k, &c. qui font fur le corps des lifles de fond ; fi donc on armoit au carrette avec trente-deux eftrivieres, il faudroit donner un’ plan d’armure comme celui que nous venons de voir.
- Suivant ma méthode > je donnerai un plan d’armure pour l’exécution de cette Etoffe, conforme à celle de nos quatre premières figures , telle que celle ci-après*
- Armure d'une Hollandoife, &c.
- A
- Première Marche Seconde Marche
- 0060 1 % OOOO
- 2 2 OOOO 2 2 OOOO
- i î 3
- OOOO OOOO
- i ï
- 4 4 4
- OOOO OOOO
- 4 4
- On doit fe fouvenir que les zéros indiquent les lifles, & que les chiffres qui font fur les zéros défignent celles qu’on devoit faire monter, tandis que ceux qui font fous les autres zéros indiquent les lifles qu’on doit faire defcendre.
- Les quatre premiers zéros qui font à chacune des marches, fiippofent les quatre lifles de Taffetas 5 & ceux qui font en delà de la ligne A , font pour indiquer les quatre lifles du poil : en fuivant l’effet de ces quatre marches, & les comparant avec les quatre figures premières de notre Planche , on recon-noîtra fans peine quelles font exaélement femblables dans leur combinaifon; on doit reconnoître aufli que mon plan d’armure, ou plutôt mon ordonnance eft encore conforme au plan d’armure fig. j1. Si je voulois donner l’armure fuivant le plan fig* 6 ; je le mettrois dans l’ordre ci-après.
- I 1 Z
- 0 0 0 O O O O O
- I I 1 I 1
- 2 2 2
- 0 0 O O O O O O
- 2 2 2 2 2
- 3 3 3
- 0 0 O O O O O O
- 3 3 3 3 3
- 4 4 4
- 0 0 O O O O O 0
- 4 4 4 -4 4
- Par
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- Septième Section. I. Part. Armure d'une Hollandoife, &c. 497
- Par cette armure j’indique que non-feulement les lifles de Taffetas doi- -vent defcendre , mais auffi que les lifles de poil ne montent pas : on reconnoît auffi les lifles de Taffetas par les quatre premiers zéros qui font à chacune des marches, 8c celles du poil font après la ligne B ; du refte cette armure eft en tout conforme aux combinaifons du plan fig. 6.
- Voilà en quoi confifte notre Hollandoife, & prefque tout ce qui concerne ce genre , excepté une dont j’aurai à parler encore ; mais elle eft dans l’ordre des Etoffes façonnées à la marche ; ainfi j’en parlerai dans le Chapitre concernant ce genre d’Etoffe : je n’ai qu’à faire remarquer actuellement que les Hollandoifes faites avec un poil peuvent fe varier , foit par le chevronnage 3 foit par le nombre des lifles qu’on peut employer au poil ; car on peut mettre fix , & même jufqu’à huit lifles ; on peut alors former deux chevrons, un qui découpe toutes les quatre duites, & l’autre toutes lés deux duites.
- Je n’aurois jamais fait fi j’entrois dans un détail plus circonftancié fur ce genre d’Etoffe, d’autant qu’il y a des combinaifons prefqu’à l’infini ; c’eft l’affaire du goût: ainfi un Fabriquant intelligent peut varier les effets de fon Etoffe à finfini, 8c s’arrêter à ceux qui font les plus féduifants à la vue. On peut alors déterminer le montage du Métier & l’armure fur la combinaifon des nouveaux effets à produire. Ce n’eft pas ici l’endroit de traiter du moyen de compofor de nouveaux goûts ; il feroit déplacé : il me refte à décrire des Etoffes auxquelles ce traité doit appartenir par préférence ; il s’agît feulement ici de connoître la quantité des liffes qu’on doit employer, l’ordre qu’on doit faire tenir aux fils dans le remettage , afin de pouvoir en déterminer les armures ; car je dois faire obferver que l’armure change toutes les fois qu’on augmente ou qu’on diminue les liffes du poil ou de la chaîne. On aura lieu de connoître la néceflîté de ce changement relatif aux armures, dans le Traité des Etoffes façonnées à la marche : comme dans cet endroit les armures font beaucoup plus compliquées , elles inftruiront davantage ; alors connoilïant le plus, on connoîtra le moins.
- Il y a encore un autre genre de Hollandoife, dont je ne donnerai aucun tifïit ni aucune armure , que celle des Serges dites Croifé de foie , que nous avons vues, & des Raz-de-Saint-Cyr. Les effets de cette Hollandoife ou plutôt de ces Hollandoifes, font produits fur la longueur de l’Etoffe , au lieu que ceux que nous venons de voir font produits tranfverfalement ; on les obtient fous le remettage des Etoffes que je viens de citer ; il faut feulement que l’Ouvrier en travaillant aille a retour, c’eft-à-dire , qu’il aille & qu’il vienne for le cours des marches, de forte que lorfqu’il eft ( en foppofant fix marches) à la derniere marche du cours , il reprend l’avant derniere, Sc retourne jufqu’à la première ; il fuit cette route alternativement en allant de droite à gauche, & de gauche à droite ;par ce moyen le chevronnage fe trouve jÉtoffes de Soie. FIL Paru K 6
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- 498 L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- ——n—égal, & de fix fils feulement ; fi Ton veut étendre davantage le chevron-Pi anche né , on fait deux cours de fuite , en allant de droite à gauche , & deux cours en venant de gauche à droite ; fi l’on veut former ce qu’on appelle les traits de Jupiter, on fait deux cours en allant de droite à gauche, & un en venant de gauche à droite , &c.
- On doit fentir qu’en changeant l’ordre du travail, on peut varier les effets à l’infini, puifqu’on peut faire autant de cours quon juge à propos dans cha-que fens : c eft encore une affaire de goût ; car on peut faire deux cours de fuite , en allant de droite à gauche , & enfuite trois ou quatre, &c. en venant de gauche à droite.
- En variant les cours des marches, on peut obtenir des effets fingulîers fur les armures des Hollandoifes ; on trouveroit des chevrons fur la longueur de l’Etoffe interrompus par des iolànges qui font plus petits ou plus grands fui-: vant la difpofition du remettage. Ainfi, fi en remettant on n a renyerfé qu’un cours fur l’autre, ces lofànges feront plus petits que fi l’on en a renverfé deux ; 8c fi l’on a voulu faire le chevronnage en trait de Jupiter , on aura de petits & de grands lofànges qui fe fuccéderont, &c.
- Je n’entrerai pas dans un plus grand détail, fur les effets de la variété des cours de Serge & de Hollandoife ; ce que j’en viens de dire doit fuffire pour les exécuter : d’ailleurs en combinant l’ordre du remettage par la variation qu’on peut donner aux marches, on pourra trouver tous les effets pofll-bles, parce qu’il eft loifible dans les unes 8c dans les autres de nos Etoffes de multiplier autant qu’on veut la marchure des cours en tous fens, 8c de l’abréger de même ; on peut ne faire qu’un demi-cours ou ne pajjer que deux marches dans un fens, contre un, deux, trois, &c, cours en fens oppofe.
- J’ai cru qu’il étoit à propos de faire toutes ces obfèrvations , afin de prouver combien les effets de nos Etoffes peuvent être variés.
- Article Quatrième.
- Du Croifi a cinq lijjes.
- Le Croifé à cinq liflès offre un genre de tiflu à-peu-près comme celui à fix, avec cette différence que celui-ci eft plus régulier , & l’Etoffe beaucoup plus confiftante & folide.
- La régularité du tiffu vient de ce que dans la levée des liflès, on n’a que cinq combinaifons pour armer en quelque fens qu’on le prenne , du moins en ne fe fervant que de cinq marches ; il eft vrai que les deux côtés de cette Etoffe ne font pas exactement égaux, ainfi que nous aurons occafion de le voir par la fuite. Le tiflu de cette Etoffe eft repréfenté par la figure 7, PL
- : les fils ay a, a9 a , tb , b, b, £, c, c, c, c , dy d> d% d9 e , e, ep e9 qui
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- Septième Section. I. Part. Du Croifé a cinq lijffes. 499
- le compolènt, paflènt chacun for deux duites de trame, fous une , puis fur une autre, & enfin fous une quatrième ; c'eft-à-dire , quà chaque cours de trame les fils font révolus, comme je viens de le faire remarquer. Tous les fils a , a, &c. paflènt fur toutes les duites f9f9 g, g, &c. fous celles h, fur celles i 9 Sc fous celles k : ainfi tous fils a, défignent les premiers fils des cours des liffès ; il font conféquemment tous également révolus. Tous les fils b, paflènt fous les duites f, fur celles g, A, fous celles 1, fur celles k : ainfi tous les fils c, paflent deflus Sc deflbus les mêmes duites. Tous les fils d9 Sc ceux e , en font de même ; de forte que chacun dans là révolution eft égal à fon femblable. On failîra mieux ceci en faifant attention que fi les fils a font les premiers des cours, ceux h font les féconds, ceux c font les troi-fiemes , ceux d les quatrièmes , Sc enfin ceux e en font les derniers ; de forte que tous les fils qui appartiennent à la même dénomination font pafles dans les mailles dune même iiflè : il eft donc aifé de concevoir qu’ils doivent être également révolus dans toute la largeur de l'Etoffe quelle que foit l'armure qu'on y exécute, à moins que ce ne fût pour des Etoffes façonnées où l'on emprunteroit un liage fur les fils de la chaîne ; dans ce cas on eft forcé d'in-» terrompre les révolutions d’une partie des fils, quoique pafles dans les mailles d'une même lifle ; c'eft ce que nous verrons dans fon lieu ; mais ici rien rie fouroit changer cet ordre , attendu que c'eft précifément l'égalité de ces mêmes révolutions qui doit conftituer le fond de notre Etoffe.
- En fui van t fil par fil dans un cours , on trouvera que chacun rend for l’Etoffe un effet femblable à celui de l'autre cours ; toute la différence eft que les effets produits par la révolution d'un fil, ne commencent que d'une duite à l'autre ; aufli en foppofànt que les effets des fils a, a, &c. commencent for la première des duites f9 f9 Sc c. on verra que pour les fils b , b , &c. c'eft fur la première des duites g ; que pour les fils c, c9 c'eft à la première des duites A, A; que pour les fils d, d9 c'eft fur la première des duites k9 k : il faut prendre garde que c'eft la révolution de chaque marche qui donne à chacun des fils du cours le commencement des effets que chacun doit produire ; ainfi la première marche eft pour les premiers fils , la fécondé eft pour les féconds, Sc fucceflivement jufqu'à la fin. On voit cependant que chacune des marches fait lever trois liffes, Sc en fait baiflèr deux, ou elle en fait lever deux & en fait baiflèr trois. C'eft cette différence entre la montée Sc la defcente des liffes, qui rend inégaux les deux côtés de l'Etoffe ; en forte qu'on la regarde comme ayant un envers Sc un endroit. Je ne crois pas devoir donner une figure qui nous faflè voir l’effet de notre Etoffe à l'envers , fuivant l'ordre que tiennent les fils fur les duites ; on doit reconnoître celui que les duites doivent tenir elles-mêmes ; d'ailleurs en comparant les fils de la chaîne avec la trame, on verra que l'effet de la trame rend du côté de l'envers de l'Etoffe, en confidérant à travers de l'Etoffe, le même effet des fils
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- S00 L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- de la chaîne, en les confidérant fur la longueur de la même Etoffe ; de forte Planche que fi Ton tramoit une de nos Etoffes avec la même foie dont e fl compofée la chaîne, Sc que 1’ on en coupât un échantillon dont on auroit féparé les li-fieres, on auroit bien de la peine à découvrir le fens dans lequel TEtoffe auroit été fabriquée, parce qu’on verroit des deux côtés une petite Sc une grofle côte également faites, Sc allant obliquement en travers. C’eft cette même égalité qui rend indécis fur la préférence qu’on doit donner au bon côté de notre Etoffe; il y a des perfonnes qui préfèrent le côté fur lequel la trame domine , parce qu’il eft plus brillant; mais en mettant l’Etoffe du côté de la trame , elle ne fait pas un fi bon ufage.
- J’ai dit plus haut que notre Etoffe étoit plus régulière que les Croifés faits à fix liffes ; cette régularité vient de ce qu’entre les deux fois de fuite que leve un fil , il eft baille par une feule duite ; de forte qu’entre ces deux levées, il y en a une d’une feule fois : ainfi les petites Sc les grolfes côtes qui > fe forment à travers l’Etoffe , font féparées par un fil feulement, en quelque fens qu’on les prenne ; au lieu que dans le Croifé à fix Mes, d’un côté la greffe côte eft féparée de la petite par deux fils, Sc de l’autre elle ne l’eft que par un.
- Tous les effets que je viens de remarquer à l’égard de notre Serge à cinq liffes, font produits par l’armure ; c’eft elle qui va donner toutes les connoif fances néceflàires pour fon entière exécution.
- L’armure dont nous allons nous occuper ne fàuroit être faite qu’au carrette double , fuivant la méthode de Lyon , de Nîmes , d’Avignon , &c. ou avec le carrette fimple, fuivant la méthode de Paris. Comme j’ai déjà repréfènté la fufpenfion des liffes fuivant l’une Sc l’autre de ces méthodes , Sc qu’on les a vues mifes à exécution , tant fur les Taffetas que fur les Raz-de-Saint-Cyr, Croifés Sc Hollandoifes, je crois que la feule infpeélion des liffes Sc des mouvements qu’on doit leur imprimer, fera fuffifànte pour nous mettre en état d’armer notre Etoffe. On fuppofera donc les cinq liffes repréfèntées par la figure i , PI y 2, fous telle des deux fufpenfions que l’on jugera à propos^
- ’ Sc nous ferons connoître par les cinq figures fuivantes, quelles font les liffes que chacune des marches doit faire lever ; par ce moyen l’on reconnoîtra diftinélement les cinq combinaifons qui déterminent le tiflu de notre Etoffe.
- Pour imprimer les mouvements convenables à nos liffes, il faut néceflâi-* rement cinq effrivieres à chaque marche , dont trois pour faire lever les liffes,
- Sc deux pour les faire defeendre. Ici comme aux autres Serges que nous avons vues, toutes les liffes font mifes en mouvement par chacune des marches : ainfi il faut vingt-cinq effrivieres pour armer toutes les marches fuivant l’ordre quelles doivent tenir, afin de faire faire aux liffes les révolutions qu’elles doivent fuiyre.
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- Septième Section. I. Part. Dit Croifé a cinq liftes. jfof
- La première marche fera monter les lifles A 9 B , D,jîg. i, 8c elle fera defcendre celles C, E.
- La fécondé marche fera monter les lifles B, C, E, & celles ^4 , D defcendront ; en enfonçant la troifieme marche, on verra monter les lijfes C , D , A , & celles B , E' defcendront.
- La quatrième marche fera armée pour que les lifles D, E, B, puiflent monter, & que celles A > C defcendent.
- Enfin l’armure de la cinquième marche fera monter les lifles A, C 9 E ; & celles B y D defcendront.
- Comme notre figure n’a point de marches , nous fuppoferons que celles F 9 Gy H, 13 K, des cinq figures fui van tes , font les cinq marches que nous venons devoir; nous n’aurons égard à cet effet qu’aux marches qui font enfoncées : quant à celles qui montent, nous, les confidérerons comme étant attirées par fimpulfion de celles qu’on a baiffees ; ainfi par la figure a, on voit l’effet de la première marche ; par celle 3 , on voit l’effet de la fécondé ; la figure 4 eft la combinaifbn de la troifieme marche; la figure 5 repréfente celle de la quatrième marche , & par la figure 6 on a la combinaifon de la cinquième Sc derniere marche.
- En parcourant ces cinq figures, & les comparant les unes & les autres à la figure r , on reconnoîtra que les cinq combinaifcns que j’ai décrites fur cette figure, font fuîvies exactement par les cinq figures fur lefquelles on yoit les lifles en mouvement ; pour bien l’appercevoir, il faut feulement examiner que chaque marche enfoncée tient cinq eftrivieres, dont trois font defcendre chacune un carqueron , & les deux autres font defcendre chacune une lifle ; voyez la figure 2.
- La marche E tient aux eftrivieres a %b 9c9 d 9 e 9 dont les deux premières font defcendre les carquerons L, M, qui font monter les lifles N9 O, fuf-pendues aux deux ailerons qui correfpondent à ces deux carquerons ; l’eftri-viere fuiyante fait defcendre la lifle P, à laquelle elle eft attachée ; i’eftri-viere dy fait defcendre le carqueron Q , qui fait monter la lifle R ; l’eftriyiere e y fait defcendre la lifle S, à laquelle elle eft attachée. On doit voir que l’efïèc de chaque marche eft de mettre en mouvement tout ce qui compofe cette armure ; ainfi fi elle fait defcendre une partie des lifles, elle fait monter les carquerons qui leur font correfpondants ; & fi elle fait defcendre des carquerons , elle fait monter les lifles qui en dépendent : tel eft l’effet des armures de ce genre.
- D’après ce que nous venons d’obferver fur cette figure , fi l’on parcourt toutes celles qui ont été citées pour completter nos combinaifcns , on reconnoîtra fur chacune la caufe de la montée & de la defcente, tant des lifles que des carquerons, & les différentes combinaifcns qui conviennent à notre armure.
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- 502 UART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- Quoique j’aye die plus haut que Ton ne connoifloit que cinq combinaifons qui conftituent notre Croifé, il n’en efl: pas moins vrai qu’on pourroit dire qu’il y en a cinq autres qui paroiffent même affez fenfibles ; mais fi on y veut faire attention, on verra que les combinaifons apparentes ne font qu’un effet de Tinverfité de celles qui font exécutées , c eft-à-dire, qu’au lieu des liflês que nous voyons monter, on pourroit fubfiituer à leur place celles que nous voyons defeendre à chaque marche ; alors au lieu de trois liffes que chaque marche fait monter, elle n’en feroit monter que deux & en feroit defeendre trois. Cette façon d’armer les marches ne changeroit rien au tiffu de l’Etoffe ; il réfuiteroit feulement que l’endroit prétendu fe feroit deflous, tandis que par l’armure repréfentée il fe fait par-defîus.
- Je ne connois pas de raifon de préférence de l’une de ces deux armures,' cela efl; indifférent pour l’Etoffe, Sc d’ailleurs on n’a befoin ni de plus de cordages ni d’un plus grand nombre de carquerons, &c._Il fuffit dans ce cas d’arranger les eftrivieres de maniéré à ne faire monter que deux lifïès par chaque marche, Sc d’en faire defeendre trois. Voyons à cet effet les deux plans d’armures repréfentés par les figures 7 & 8. Je n’ai pas cru devoir repré-fenter autrement cette fécondé maniéré d’armer notre Croifé, attendu que nos deux plans, Sc l’arrangement de la première armure exécutée par nos cinq figures, peuvent fervir de guide.
- La figure 7 , efl: le plan de l’armure exécutée ; les lignes a, Z>9 c, d9 e 9 repréfentent les liffes ; celles f9 g, h9i9 kf font les marches : les zéros qui font fur les angles des carreaux indiquent les liffes que chaque marche doit faire monter, Sc les lignes qui croifent les autres angles déterminent les liffes quelles doivent faire defeendre. En confidérant la liaifon que chacune des marches a avec les liffes, foit parjjles zéros, foit par les petites lignes qui coupent les angles, on reconnoîtra l’exécution de notre armure: pour ne point s’y tromper , on n’a qu’à fuivre marche par marche Sc lifle par lifle, Sc les comparer chacune à une des figures 2., 3,4, 5 ou 6, & en fuivant par ordre,' on trouvera les mêmes combinaifons qui font exécutées par ces cinq figures.
- Le plan d’armure fig. 8, efl oppofé en tout à celui fig. 7 ; c’eft celui qu’il faut fuivre fi l’on veut ne faire monter que deux liffes par chaque marche. Les lignes /, m, n , o7p, défignent les cinq liffes, Sc celles q 9r9s, t, v, indiquent les marches. On reconnoîtra par la pofition des zéros , & par les petites lignes qui coupent les angles, que les liffes qui au premier plan indiquent la montée, ici en marquent la defeente ; Sc par un effet contraire , celles qui ici font défignées pour faire monter, font celles qui dans le premier plan font marquées pour defeendre. Si l’on veut armer un Croifé in-verfement à celui que nous venons de décrire, on fuivra le plan d’armure
- fig• 8.
- On a trouvé moyen de faire un genre de Serge bien différent de celui
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- Septième Section. I. Part. Du Croifé a cinq üjjes. 503 que nous venons de voir, avec le même nombre de Mes, mais avec une marche de plus ; de forte que pour cinq liffes on fait le cours de lîx marches.
- Je n’ai pas cru devoir montrer le tilîu de cette Etoffe $ je n'en ai repréfenté que le plan d’armure : cette Etoffe, quoique jolie & bonne, n’a pas été beaucoup mifo en ufoge, parce qu’on n’en a pas connu la valeur.
- L’armure de cette Etoffe efi: telle , que de lîx marches, il y en a trois qui font lever trois lifles chacune , & les trois autres n’en font lever que deux , & alternativement il y en a une qui fait lever trois Mes, & l’autre en fait lever deux feulement: les lignes a, b, c> d9 e9 font les cinq lifles; celles f)g>h9i9 k9l y font les lîx marches ; la première, la troifieme & la cinquième font lever chacune trois lifles ; de la fécondé, la quatrième Sc la iîxieme n’en font lever que deux chaque : ainfi la marche /, fait lever les Mes efd9b; celles g , fait lever les lifles d9 a ; les liffes a , c9 b 9 font levées par la marche h ; on voit que la marche i, fait monter les* lifles d, b ; que celle k fait lever les liffes e , c, a , & qu’enfin la marche / fait monter les liffes d, b.
- Il réfulte de notre plan d’armure que f Etoffe ne fait point d’envers , puif* que la chaîne fe trouve également partagée deffus & deffous par les fix combinaifons ; car fi dans un cours de fix marches on fait monter quinze liffes, on en faitdefeendre un pareil nombre, ce qu’on peut reconnoître par les quinze zéros de liaifon pour indiquer la montée des lifles : il y a auflï quinze petites lignes de liaifon pour en défigner la defoente.
- Comme l’on pourroit ne pas bien làifir nos armures fur les plans que je viens de donner ; je vais les prefonter foivant ma méthode, qu’on pourra comparer avec l’autre.
- Plancha
- 5.2%
- Plan d3armure a comparer a celui figure 7.
- Première Marche 6 d o 6 o
- ___1____»
- Seconde Marche 00006
- 2______*
- Troifieme Marche 60660
- i______1
- Quatrième Marche o o o o o
- Cinquième Marche 6 o 6 o 6
- O N voit que ce plan fe rapporte avec celui fig. 7, & à la defcription que j’ai faite des fix premières figures : on peut comparer la première marche ?de ce plan avec la figure 2, & avec la marche/,delà figure7; la fécondé de nos marches eft conforme à la figure 3 , & à la marche g; la troifieme* rend le même effet que la figure 4, & de la marche l ; la quatrième marche cft la même combinaifon que celle fig* 5 , & que celle de la marche i ; S§
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- ‘ffwnwmw—I——ni
- Planche S 2.
- (
- 504 L'ART DES ETOFFES DE SOIE.
- 5 enfin notre marche cinquième eft conforme à l’arrangement fait par la figurd 6 p & par celui combiné fur la marche L
- Second plan d!armure a comparer a celui figure 8*
- Première Marche 00000
- 1 1___a___
- Seconde Marche 6 o o 6 o
- _____i a__J»
- Troifieme Marche o o o o o
- ? 3 3
- Quatrième Marche o o o o o
- Cinquième Marche 06060
- * s_____i___s
- L e pian que nous venons de voir eft inverfe de celui que j’ai tracé çk deffiis ; comme celui fig. 8 , auquel nous devons le comparer, donne l’in-verfité de celui fig. 7, la premier© marche doit être comparée à celle q 9figé 8 ; la fécondé eft femblable à celle r ; la troifieme eft dans la même combi-naifon de celle y ; la quatrième fera armée de même que celle t ; & lai
- cinquième eft conforme à la marche v.
- Ces deux plans font propres à rendre notre Etoffe telle quon l’a vue paf le tiflu formé par la derniere figure de la Planche précédente.’
- Troifieme plan d’armure a comparer a celui figure ÿ,
- 1
- Première Marche 66060
- _____X____X
- Seconde Marche 06006
- * 22 *
- Troifieme Marche 60660
- 3______3_
- Quatrième Marche 06060
- 4___4____
- Cinquième Marche 60000
- Sixième Marche 06060 >
- &&<
- C e troifieme plan doit rendre les mêmes effets de celui fig. 9, il faut feulement en comparer les marches une à une , en commençant par la première de ce plan, & par celle f9 du plan fig., 9 ; en fuivant celui-ci julqu’à la fixieme marche, & l’autre jufqu’à la marche /, qui eft la fixieme de ce plan , on trouvera un rapport direél entre chacune des marches : ainfi je n’en-; trerai dans aucun autre détail fur cette comparaifon ; j’obferverai feulement que fi l’on veut armer les cinq lilîes fuivant le plan dont nous venons de nous entretenir , il faut employer trente eftrivieres 9 cinq à chaque marche *
- &c.
- Notre Croifé doit être fabriqué dans la largeur de fr d’aune, ce qui eft à-peu-près 20 pouces ; le peigne en mille dents, & la chaîne ourdie double ;
- P%
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- Septième Section. I. Part. Plan d’armure a comparera, celui figuré 7* on peut mettre trois fils par dents ; cependant en la fabrique quelquefois en £? mettant une dent de deux & une dent de trois, afin qu’entre deux dents le cours des mailles foie totalement employé : on doit juger que celle fabriquée à trois fils par dent eft la meilleure, d’autant que dans la première il faut 3000 fils, & dans la fécondé on n’en met que% syoo. Le Croifé à cinq Mes fait à trois fils par dent, eft plus beau que l’autre par la quantité de la foie qu’on met de plus, & par l’interruption des cours ; car fi ce n’étoit la lujé* tion d’entretenir le peigne également garni en fils, l’Etoffe fèroit plus belle fi l’on pouvoit interrompre les cours des liftes ; de forte qu’en y ajoutant la divifion que forme néceflairement la dent dans laquelle ces fils font pafles* il fe forme un efpace fenfible , ce qui n’arrive pas lorfqu’on peut évitée d’employer un cours fuivi dans une ou deux dents. On peut aufîi fabriquée notre Etoffe à chaîne fimple ; mais au lieu d’un organfin de trente deniers, fi elle étoit double, on le met de cinquante, ou du moins on doit le mettre-
- Notre Etoffe prend beaucoup plus de corps que le Croifé à fix liftes, elle devient plus carteufe , & la chaîne domine beaucoup plus du côté où lèvent les trois liftes qu’aux autres Croifés.
- Paflons à une autre genre de Serge, qu’on nomme Serges fatinées.
- PtÀNc&Ê
- Article Cinquième.
- De la maniéré de monter & de fabriquer les Serges fatinées *
- <5 le Drap de Soie,
- §, L Des Serges fatinées a fix liffes.
- Les Serges fatinées forment un genre d’Etoffe qui eft varié par le nombre des liftes qu’on y emploie ; on en fait depuis trois liftés jufqu a huit , mais plus communément à quatre, à cinq & à fix liffes : je ne m’arrêterois qu’à celle à fix liftes , fi je n’avois à parler des moyens qu’on emploie pour obtenir deux différents grains dans une autre efpece de Serge.
- La figure 1, PL 53 , fait voir le tiflu d’une Serge fatinée à fix liffes. Ce.—. ....
- tiffu eft tel que chaque eftance des fils fe trouve cou vrir cinq des duites de Planche la trame, & le fixieme le découpe , enforte que fur le nombre de vingt* quatre duites, chaque fil eft découpé quatre fois, & que néanmoins chacune des duites découpe quatre fils fur le nombre de vingt-quatre qu’il y en a.
- Le tiflu que nous voyons doit être fabriqué à fix marches ; conféquem-, ment le cours des marches eft égal à celui des liffes. Nous aurons occafion de voir qu’avec le même nombre de liftés on peut faire plufieurs tiflus que je décrirai après avoir parcouru notre figure. Tous les fils quoi quégalemenfc Etoffes de Soie. FIL Paru M 6
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- PLANCHE
- Sh
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- 306 L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE. révolus ne font pas liés par les mêmes duites de trame , il n’y a que les fils défignés fous une même lettre qui foient liés par les mêmes duites : ainfi tous les fils a, a, a, a, font lié* par les duites b, b y b , b ; ceux c9c9c9c9 font liés par les duites d9d9d9d; les duites e9e9e9 e9 lient les fils/,/,/,/; de même que les fils g9 g, g9 g, font liés par les duites h 9 h9h9h \ les fils iy i 9 i 9 i 9 font découpés par les duites k 9 k , k 9 k 9 enfin les fils / ,/,/, /, par les duites m9 m 9m, : on na qu’à prolonger les fils autant qu’on le
- jugera à propos, on verra quà chaque révolution de cours la fixieme marche les fait lier tous à l’endroit où la révolution commence pour chacun des fils ; c eft-à^dire, que pour le premier fil du cours , ceft la première marche qui commence fa révolution ; pour le fécond, c’eft la fécondé marche, & ainfi des autres. Ce qui prouve ce que je viens de dire 9 ceft que le premier fil n’eft lié que par la fixieme duite * & que le fécond eft lié par la première ; là révolution commence donc par la fécondé, eu égard à celle par laquelle a commencé le premier fil: on voit par-là que chaque duite commence la révolution d’un des fils du cours, parce que le nombre des marches eft égal à celui des fils dont font compofés tous les cours de la chaîne.
- Le côté que nous préfente notre figure, eft l’endroit de l’Etoffe ; cet endroit fe fait néceffairement par-deffous, parce que dans l’armure on ne fait jamais lever qu’une lifte après l’autre, de forte que les fix marches ne correfpondent chacune qu’à une feule lifte : on fent qu’il eft plus facile de faire monter une feule lifte que d’en faire monter cinq à la fois 9 comme on y feroit obligé fî l’on vouloit faire l’endroit deflùs , à moins qu’on ne fît rabattre les liftes ; alors il faudroit les tenir toutes à la hauteur où elles viennent quand elles montent £ Sc en travaillant, chaque marche en feroit defcendre une dans le même ordre qu’on les fait monter ordinairement ; mais ce n’eft pas l’ufàge d’armer ainfi ces fortes d’Etoffes : d’ailleurs il eft plus facile de travailler en faifànt monter les liftes une à une, qu’en les faifant defcendre ; l’on n’emploie la méthode de faire rabattre les liftes que lorfqu’on y eft obligé par néceffité ou par économie. Nous aurons occafion de voir ces deux méthodes dans les genres d’Etoffes où l’on ne fauroit fe difpenfer de fe fervir des moyens dont je viens de parler; je me bornerai à faire voir comment on arme notre Etoffe.
- U feroit inutile de faire voir encore la fufpenfion des liftes , celle faite carrette fimple fuffit ; on y en fuppofera fix comme celles qui ont fervî pour la Serge à trente-fix eftrivieres , avec cette différence , qu’on met à nos fix liftes aétuelles , à chaque bout du lifferon inférieur , deux contrepoids chaque, affez pefants pour ramener la marche & le carqueron dont la lifte dépend au point de hauteur où on l’a fixé.
- La figure 2. repréfente en profil la chaîne A, telle qu’elle doit être quand on travaille. Le .battant B , eft fuppofé en mouvement ; la fogue a eft ouverte comme pour recevoir la navette ; l’ouverture en eft produite par la
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- Septième Section. Part, ï. Fabrique des Serges farinées SC Draps de Soie* 507 îmarche C, qui étant enfoncée fait monter la lifte D , tandis que Celles -, — 1
- F, F, G 9 H, /, font en repos Sc retenues par les contre-poids K , L9M, Plânche JV, O i au lieu ,que le contre-poids P, eft monté avec la liiTe qui! ra-mene à fon point de repos, lorfque l’Ouvrier laifle aller la marche C.
- Cette même figure fait voir feulement deux marches ; mais il faut fuppo-ièr que celle Q nous cache les quatre que nous ne voyons pas ; & comme nous appercevons que l’eftriviere b tient à la marche enfoncée , que celle c '
- tient à la marche Q , nous fuppoferons que l’eftriviere d9 appartient à la troilieme marche 9 que celle e eft la quatrième marche, que la cinquième marche tient à celle f9Sc qu’enfîn l’eftriviere g 9 appartient à la lixieme Sc derniere marche*
- Dans tout cet arrangement on n’a befoin que de fix eftrivieres, une pour chaque marche ; chacune de ces eftrivieres tient à un des carquerons R 9 S *
- T, F 9 ainfi que les deux eftrivieres b 9d 9 appartiennent lune à la marche C 9 Sc l’autre à celle Q , comme on l’a vu tout-à*l’heure ; Sc ces deux mêmes eftrivieres tiennent aux carquerons X9 Y: il réfulte delà que lorfqu’on enfonce la marche C, la lifte D leve 9 ainfi que la figure le repréfente , Sc qu’en fuivant le cours des marches, la marche Q fera lever la lifte E, la troilieme marche fera monter la lifte F, la lifte G fera levée par la quatrième marche , celle H montera en enfonçant la cinquième marche, & la derniere marche fera monter la lifte /•
- Les mouvements des liftes leur font communiqués par la Correlpondancé que chacune des marches a avec un des carquerons R 9 S > T, V 9X9 Y$
- Sc par celle que ces mêmes carquerons ont avec les ailerons auxquels font fufpendues chacune de nos liftes, au moyen des cordes h9i9k9l9m9n9 que nous devons fuppofer appartenir chacune à un des bouts des ailerons qu’on ne fauroit voir, Sc au moyen des cordes 0 9p 9 q, r9 s,t9 qui font cenfées tenir chacune à un des autres bouts des mêmes ailerons.
- Le remettage de notre Etoffe n’a rien de particulier, le Cours en eft fuivi lifte par lifte : ainfi en fuivant le fil a, a, Sc c. fig. 1, jufqu’aux fil si,/, quî terminent tous les cours qui font contenus dans notre figure * Sc auxquels conféquemment tous les cours contenus dans la largeur de notre Etoffe doivent être conformes, on verra que la levée des liftes fuivant l’ordre que je viens de décrire eft analogue à ce tiflu : qu’on fe fbuvienne fur-tout que l’endroit de l’Etoffe que notre fig. I nous repréfente eft fait par-delfous ,* fans quoi non-feulement on trouveroit l’armure oppofée aux effets du tiflu , mais il fembleroit que les premiers fils défignés par chacun des cours font devenus les derniers.
- Cette remarque eft néceflàire, afin qu’on ne confonde pas les effets direélâ :de notre tiflu avec les effets contraires ; car c’eft ce qui arrive fort fouvent même aux plus habiles Ouvriers, quand il s’agit de décompofer un échantillon.
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- Planche
- $b
- *o8 L’ART DES ÉTOFFES DE SOIE:
- J’ai dît plus haut qu’on faifoit des Serges farinées depuis trois liflès juf-qu a huit ; les tiflùs de ce genre n’ont rien de différent entr’eux que le plus ou le moins de longueur dans les eftances ; enlbrte qu’une Serge à trois liflès aura fes eftances fur deux duites, une Serge à quatre liflès les aura fur trois, une Serge à cinq liflès doit les avoir fur quatre, une Serge à fix liflès, a lès eftances déterminées comme nous le voyons par notre tiflù ,fig. i ; la Serge à fept liflès a fes eftances for fix duites , & celle à huit les a furfept.
- On doit appercevoir que les eftances des fils qui compofènt nos Serges farinées , font toujours d’une duite au-deffous du nombre des liflès dont elles fon: compofées; cependant nous en avons à fix & à huit liflès qui Ibrtent de ce genre : je ne parlerai de celles à huit liflès que dans le paragraphe fuivant ; mais je ferai voir en profil le tiflù de celles jufqu’à fept liflès, & par la figure a je ferai connoître leurs armures : je vais commencer par celles à fix liffes, dont le tiflù eft différent de celui que nous fait voir la figure r.
- Chaque fil de ce nouveau tiflù eft coupé par deux eftances différentes ; l’une porte fur trois duites, & l’autre fur une feulement ; voyez fig, 3 ; en fuivant les révolutions du fil A, deflùs & deflous les duites a a a a, b b b b c ccc' dddd,e e e e, ffff, on verra les effets de tous ceux d’un cours ; confé-quemment de tous ceux qui compofènt une chaîne, avec cette différence qu’on ne verra pas les autres fils du cours fous les différentes duites où ils paflènt ; car les fix fils d un cours ne paflènt pas deflous ni deflùs les mêmes duites. Je vais ajouter cinq petites figures qui mettront au fait de toutes les révolutions des fils du cours : toutes ces figures font vues de profil , & telles qu'on les verroit au microfoope s’il étoit poffible de couper lùr la longueur de la chaîne fil par fil, & leur laiffer de la trame la longueur que ce même fil en couvre. C’eft de cette maniéré qu’on aura foin de regarder ces figures : ainfi les points indiqués par a, b, c} d f e ,f, font au nombre de quatre fous la même dénomination. Il y a fur la figure 3 fix dénominations répétées qua* tre fois, qui fuppofent quatre cours de trame : en comparant cette figure avec la figure 2, & regardant le fil A, comme le premier du cours, on reconnoi-' tra que dans la révolution des fix liffes il eft lié deux fois , comme on le voit en ffff, ddd d, ce qui fuppofe la première & la troifieme duite du cours ; on doit juger par-là que ce fil étant le premier du cours, il a été mû par la première & par la troifieme marche : ce fil a été mis fous quatre* cours pour rendre fenfible l’effet de la révolution.
- Le fil E, fig* 4 > oft lié aufti en deux endroits, comme on le voit en g 8c en h ; c’eft le fécond fil du cours.
- On doit regarder le fil C, fig. 5, comme le troifieme fil du cours ; il eft lié en deux endroits qu’on voit en i & en k.
- La figure 6 repréfente le quatrième fil du cours, qui eft lié en l 8i en m. >
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- Septième Section. I. Part. Fabrique des SergesJatinees & Draps de Soie. y 09
- Le fil E y fig. 7, efl le cinquième fil du cours ; il eft lié en n9 o.
- Enfin le dernier fil du cours efl: celui F , fig* 8 ; il efl: lié en p Sc en q.
- Après avoir remarqué que chacun de ces fils efl: lié deux fois dans un cours démarché , il nous refte à fàvoir par quel moyen Sc comment ils font liés : en fuppofimt tous ces fils également longs, c’eft-à-dire , repréfentés fur la grandeur de celui A, fig. i, & les plaçant Tun à côté de Tautre fuivant Tordre que nous venons de leur faire tenir par les numéros des figures , on recon-noîtra les différents effets des révolutions, en confidérant que la duite f9 de la figure 3 , au bout du fil A , du côté dy e , eft la même duite que celle r , fig* 4 y <lue ceH-e k 9 fig• 5 y °lue ce^e s 9 fig• 6, que celle t , fig. 7, & enfin la même que celle v, fig. 8. Si Ton füppofe, comme je viens de le dire , ces duites Tune à côté de l’autre , on verra que les fix 9 dont les cinq dernieres figures font compofées, s’accorderont parfaitement avec les fix premières de la figure 3 ; par cet arrangement on reconnoîtra que chacune des marches fait lever deux liffes, & que néanmoins il faut fix marches pour completter le tiffu ; il faut auffi douze eftrivieres, deux pour chaque marche ; ainfi en armant notre Métier pour fuivre les révolutions telles que les fix figures nous les indiquent, la première marche fera lever la lifte /, Sc celle G y fig. 2 ; la fécondé fera lever les liftes H y F. Les liftes G, Ey feront levées par la troifieme ; celle F y Sc celle D , par la quatrième ; par la cinquième marche ce feront celles E y I ; Sc par la fixieme marche , on fera monter les liftes D 3 jH. Telles font les fix révolutions de liftes qui conviennent à notre tiflu , qui eft bien différent de celui fig. 1 , auquel nous allons le comparer par les deux plans d’armures qui font analogues à l’un Sc à l’autre.
- Le plan fig. 9 , repréfente Tordre qu’on fait tenir aux marches pour former le tiffu fig. 1, & celui fig. 10 , pour obtenir le tiffu. décrit par les figures depuis 3 jufqu’à 8.
- Sur le plan fig. 9 , les lignes a 9 h, c, d, e y fi9 défignent les liftes , Sc celles gyhyi y k,lytny font les marches ; en fuivant la liaifon indiquée entre les marches & les liffes par les zéros n y riy n9 n9 /z, /z, on trouvera un parfait rapport avec le tiflu fig. 1, & avec les mouvements que j’ai décrits fur la figure 2.
- Le plan fig. 10, indique l’armure du fécond tiflu que j’ai décrit fur les figures depuis 3 jufqu’à 8 ; les lignes 0 , p9 q, r, s , r, font les liftes ; celles v y x y y y £ , a y b, fuppofent les fix marches ; les zéros c, c,c3 c, c, c, Sc ceux dydyd^dyd y dy indiquent la liaifon que doivent avoir entr’elles les marches Sc les liffes.
- Par c es deux plans on reconnoît que les liftes ne doivent que monter feulement, puifque rien n’en indique ladefcente; au furplus, c’eft la maniéré reçue de fabriquer c es Etoffes.
- La première de ces armures donnée fuivant ma méthode eft fort abrégée, Étoffes de Soie. VIL Paru N 6
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- Planche
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- Planche
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- 510 L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- : parce que moyennant fix zéros , je comprends les fix lifles & les fix marches à la fois, ainfi qu’on peut le voir par les fix zéros fuivans o o o o o o : il fuffit de faire attention aux chiffres qui font fur les zéros , dont chacun défi-gne la liffe à laquelle il répond , & la marche qu’on doit faire mouvoir ; ainfi par I, on entend que c’cft la première lifte qui doit mouvoir par la première marche ; par 2 , c’eft la fécondé lifïè qui doit être levée par la fécondé marche , 8c ainfi des autres. Je pourrois rendre, fi je voulois, le fécond plan d'armure aufîî par fix zéros, mais il ne feroit pas allez intelligible ; c eft pourquoi je ne crains pas de le donner par trente-fix zéros divifés par fix , comme on a déjà vu dans quelques-uns des articles précédents , & que 1 on peut voir par le plan fuivant.
- Première Marche o o o o o o
- Seconde Marche o o o o o o
- Troifieme Marche o o o o o o Quatrième Marche o o o o o o
- Cinquième Marche q o o o o o__
- Sixième Marche o o o o o o
- Je n’entrerai pas dans une plus ample explication de ce plan , on n’a qu’à le comparer avec celui fig. io, pour reconnoître quils ont entr’eux un rapport direét ; & fi l’on veut auffi le comparer avec le tiffu compris par les fix figures, depuis celle 3 jufqu’à celle 8 , & le rapporter à la defcription qui a été faite de ces figures, on trouvera que ce plan d’armure doit rendre préci-fément tous les effets de ce tiffu.
- Quoiqu’on voye une différence entre les tiflus qui conftituent nos deux Etoffes, elle font néanmoins toutes deux dans le genre des Serges fatinées à fix liffes ; la différence qui eft entre ces deux Etoffes , confifte dans la divifion des fils par les duites de la trame. Nous avons remarqué que les eftances des fils du tiffu fig. 1, étoient fous cinq duites, & que dans celui fig. 3 , les eftances font divifées de; façon que dans la valeur d’un feul cours, on voit des eftances fous trois duites & fous une ; celles à trois duites font toutes celles qu’on voit fous les duites a a % h b , c c, &c. & celles à une feule font celles qu’on voit fous les duites e> e , e, e : à proprement parler, on ne doit pas regarder ces dernieres comme des eftances, parce qu’elles ne font que lier les fils, afin de faire mieux diftinguer ce que nous venons d’appeller eftances à trois duites ; néanmoins elles forment de petites côtes qui féparent celles qui font formées par les eftances à trois duites, & donnent un peu plus d’agrément à l’Etoffe en la rendant plus folide que celle du tiffu fig. 1, de maniéré qu’on confondroît facilement cette Serge avec les Serges à trente-fix eftrivieres que nous avons nommées Croifé de foie, &c.
- Ces Serges font ordinairement fabriquées fur des peignes de fj- de largeur ven 800dents, & fix fils par dent , ce quî fait 4800 fils pour U chaîne:
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- Septième Section. I. Part. Fabrique des Serges farinées SC Draps de Sole, ÿit quelquefois on les fait fur des peignes de mille ^ents ; alors on ne met que ; quatre fils par dent ; alors la chaîne n’eft que dé quatre mille fils : fur quelque compte qu’on les fafîe, on emploie un organfin de pays d’environ 40 deniers ; cependant lorfqu’on fupprime 800 fils, on peut fe feryir d’un organfin de 4 y deniers.
- On fait fouvent ces Etoffes à chaîne double ; alors on doit fe fervir d’un organfin de 30 deniers. Quand à l’apprêt de ces organfins, on doit toujours le choifir bien monté, fi l’on veut avoir une belle Etoffe : quand à la trame , on doit en proportionner la groflèur luivant la force qu’on veut donner à l’Etoffe ; mais on peut fe difpenfer de mettre des premières qualités , parce que le fond le trouve couvert par la chaîne, de maniéré que la trame ne paroît prefque pas ; ce font ces Etoffes 8c les Satins qui doivent confommer nos trames inférieures , foit les poils d’Alais , ou plutôt les trames de Naples , & autres de ces fortes de qualités ; car les poils d’Alais bien filés donnent une trame fort belle ; & fi je nomme les poils d’Alais, c’eft que beaucoup de Filatures du Languedoc ont voulu imiter cette forte de trame, & très-peu ont réuffi ; d’ailleurs on a l’habitude de les mal mouliner : car j’ai vu étant Moulinier moi-même pendant près de douze ans, donner un apprêt moindre de moitié de ce qu’il falloit ; j’ai vu mettre des étoiles de dix dents, forte de roue dentée dont fe fervent les Mouliniers pour régler l’apprêt qu’on doit donner à la foie , fur des étoiles de vingt-quatre ; tandis que pour les mêmes qualités de foie , je voyois mettre des feize dents fur les mêmes vingt-quatre, ce qui fait une différence de fîxpoints , c’efLjï-dire de fix dents , en courant ou en retard. Cela s’appelle en courant ou en retard 9 parce que l’étoile de vingt-quatre dents eft la motrice ; ainfi lorfqu’elle fait tourner une étoile de dix dents, il eft certain qu’elle lui fait faire plus de tours qu’à celle de feize ; il réfulte delà que le guindre que chacune de ces étoiles ,fait tourner va plus ou moins vite , conféquemment la foie qui enveloppe le guindre qui eft tourné par l’étoile à dix dents eft moins tordue que celle montée fur celui qui eft tourné par l’étoile à feize dents. Cette petite remarque m’écarte de mon fujet ; mais j’ai cru devoir la faire pour qu’on fentît en quoi confifte la différence des apprêts de la trame: on attribue fouvent le mauvais apprêt de la foie aux Mouliniers ; il eft certain qu’au premier afpeél, il paroît qu’on doit leur en imputer la faute ; mais quand on faura que les cinq fixiemes des Mouliniers font des mercenaires à qui on donne les foies à mouliner , auxquels on paye Vouvraifon à tant par livre, & qu’on leur en donne un prix fi modique, qu’à moins de la plus grande promptitude ils ne pourroient pas vivre, on ne fera pas furpris que ces Mouliniers mettent des points courants à toutes les foies qu’ils ouvrent, c’eft à-dire, qu’ils moulinent ; ce qui prouve encore plus que les Mouliniers font mal payés des ouvraifons de la foie qu’on leur donne à mouliner, c’eft que pour pouvoir faire quelque bénéfice, ils font obligés
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- $X2 VART DES ÉTOFFES DÉ SOIE.
- > de travailler au moins dix-fept heures par jour, & même à Avignon la réglé Planche eft établie pour dix-huit heures. Les foies de Piémont font ordinairement mieux ouvrées, parce que les Ouvriers y font un peu plus de bénéfice.
- Je reviens aux Serges fatinées à cinq Mes, les figures 11,12, 13 , 14 & 1 y , en repréfentent le tiflu, vu de profil, fil par fil pour un cours entier ; le fil H 9 fig. il, fuppofe le premier fil du cours ; on voit par les duites e ,/*, gf h9 la longueur de Teftance que doivent avoir chacun des fils par la divifion que fait la duite i ; il faut fùppofer que cette duite eft la première du cours 9 parce qu’il eft à préfumer qu'on doit toujours commencer l’armure par la lifte qui commence tous les cours des fils dont une chaîne eft compofée ; ce n’eft pas que cette réglé influe en aucune maniéré fur la beauté de l’Etoffe , ni qu’elle change la moindre chofe dans aucun des effets produits par la révolution des combinaifons ; mais cette méthode eft plus conforme à l’ordre général qu’on fait tenir aux armures des Métiers : ainfî la duite i9 a lié le fil, parce que la derniere lifte du cours a été levée par la première marche ; car il faut fe fou-yenir qu’ici nous n’avons pas plus de marches que de liftes.
- Le fil /, fig. 12 , eft lié par la duite k, ce qui fuppofe que ce fil a été levé par la quatrième lifte du cours.
- La duite l, lie le fil K, fig. 13 , qui a été levée par la troifieme lifte.
- La duite m 9 fig. 14* lie le fil L , que la fécondé lifte du cours a fait lever, & enfin le fil M, a été levé par la première lifté du cours, & il eft lié par la duite n.
- Je ne donnerai point d’autres^gures pour faire connoicre ce tiflu; en fupprL mant la lifté D, fig. 2, il n en reftera que cinq ; on fuppofera que pour notre armure à cinq liftés, on a commencé par faire monter la lifté /, enfuite celle H 9 après cela celle G, puis celle F , Sc l’on a fini le cours par celle E 9 ce qui s’eft exécuté en fuivant le cours des marches l’une après l’autre fùcceflîve-ment & fans interruption.
- Si l’on veut connoître les effets de notre tiflu avec plus de précifion, on naura qu’à fupprimer tous' les fils /, /, l919 du tiflu fig. 1, & toutes les duites m9m9m9m9 qui les lient, on en trouvera le côté de l’endroit.
- Quant au plan d’armure, on doit fupprimer la ligne f du plan fig. 9 , qui indique la fixieme liffe, & ôter en même-temps la ligne g 9 qui indique la première marche ; alors on aura le plan d’armure tel qu’il le faut , excépté qu’on fera une tranfpofition des marches , enforte que celle m , devienne la première, 8c celle h, fera la derniere ; fans rien changer à la liaifon qu’indiquent les zéros n , nfnf n9 n9 pour faire correfpondre les liftés avec les marches auxquelles elles appartiennent ; ainfi en fuivant la defcription faite fur les cinq dernieres figures de notre Planche , la première marche doit faire lever la derniere liffe: or ici fuivant notre plan d’armure à exécuter, la ligne
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- Septième Section. I.Part. Fabrique des Serges fatinées & Draps de Sole, y 13 a doit fe lier avec la ligne h , qui repréfente la première marche, & les-autres doivent fuivre le renverfement des liaifons indiquées.
- Pour ce qui concerne le plan d’armure fuivant ma méthode , je vais le donner fous cinq zéros qui indiqueront à la fois les lifîes & les marches ; les chiffres marqués fur les zéros indiqueront l’armure : o o o ô o : voilà ce qui conftitue les Serges fatinées à cinq liffes ; je vais dire un mot de celles à quatre liffes.
- Les Serges fatinées à quatre liffes font du genre des Hollandoifes à quatre liffes , que j’ai décrites dans l’article précédent, elles n’en différent que par l’ordre du remettage; en fuppofant ici ce remettage tel que celui que j’ai traité pour toutes les Etoffes en général, il fuffira d’armer les quatre lifîes conformément à la Hollandoife que je lui compare, & l’on obtiendra la Serge fatinée à quatre liffes : quant aux effets du tiflu, fi l’on veut le reconnoître , on fupprimera tous les fils ii i i, 1111, de la figure 1, ainfi que les duîtes kkk k , m m m m. La figure 3 en repréfente le tiffu : de profil fi on en fu p„ prime toutes les duites ddddfeeee9 on verra que de quatre duites dont le cours des marches eft compofé, l’eftance pafle fous trois, & le quatrième lie le fil. Quant au plan d’armure , voyez celui qui fert à l’armure de la Hollandoife à quatre liffes.
- Cette Serge fe fait ordinairement à cinq fils par dents fur un peigne de S00 , ce qui fait 4000 fils pour la chaîne, d’un organfin de 45; deniers ourdie fimple, & de trente-deux deniers pour l’ourdffîâge double ; cependant cette Etoffe efl plus belle à 4 fils par dent fur un peigne de 1000 dents, ce qui ne change rien au nombre des fils de la chaîne, le changement fe trouve feulement dans l’intérruption des cours.
- Les Serges fatinées à trois liffes peuvent fe combiner fur celles à fix , mieux qu’aucune de celles que nous avons vues, à caufe du rapport qu’il y a entre ces deux nombres : ainfi fans rien changer au montage d’une Serge à fix liffes, que l’armure , on peut obtenir de deux façons la Serge fatinée à trois liffes. J’obferverai même que les Raz-de-Saint-Maur pour veuve , ne font autre chofe qu’une Serge fatinée à trois liffes difpofée fur fix.
- Pour comprendre le tiffu d’une Serge fatinée à trois liffes , ii fuffit de fup-primer fur la figure 1, la moitié de chaque cours des fils, & la moitié de chaque cours des duites ; c’eff: à-dire , qu’en ôtant tous les fils gggg9 Hi i 11 ll9 8c toutes les duites d d d d, e e e .e, hhhh > on réduira ce tiffu à la moitié de ce qu’il eft, & néanmoins on trouvera quatre cours, qui à la vérité ne feront que de trois fils de chaîne chacun , & ‘ceux de la trame ne feront compofés chacun que de trois duites , puifqu’on ne laiffera fubfifter que les fils aaaa9 ccc c9 ffff, avec les duites b b bb, kk k k9 mmm m , ainfi trois liffes doivent fuffire pour le former.
- Les trois lifîès qu’on emploie pour notre Serge, feront fufpendues de même Étoffes de Soie. VH% Pan. O 6
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- 514 VART DÈS ÉTOFFES DE SOIE. 3
- que celles qui font à la figure 2 , c'eft-à-dire, à un carrette fimple , ainfi qu'il a été dit au fujet de ces lilîes : on prendra les lifles G, H, I, Sc Ton fera monter celle I par la première marche, celle H par la fécondé, Sc celle Gy par la troifieme ; on aura completté l'armure.
- Voilà la première maniéré ; voyons-en une fécondé.
- On obtient l'effet des Serges à trois lifles par un nombre de fix , ainfi que je l'ai déjà fait remarquer ; cela dépend de l'armure. Prenons pour exemple les lîx liffes fig. 2 ; il faut alors les faire monter deux par deux, non pas fuccef-fivement, mais de maniéré que ces fix lifles forment deux cours. On fera lever la lifiTe F avec celle I, pour la première marche ; celle E avec celle H y pour la fécondé marche ; Sc pour la derniere marche on fait lever les lifîes D y G. On fent parfaitement que les cours des fils de la chaîne étant divifés par le milieu au moyen des lifles , c'efl: comme fi l'on avoit une double quan. tité de mailles fur trois lifles, ou plutôt comme fi trois lifles étant trop chargées de mailles, on avoit fait deux lifles pour une ; en cela on fuit ce que j'ai fait remarquer fur la différence des Taffetas à deux, à quatre , à fix & à huit lifles, où fouvent on ne met plus de deux lifles aux Taffetas, que parce que les lifles feroient trop chargées de mailles : c'efl: ainfi qu'il faut confi-dérer notre Serge à trois lifles faite par fix. Cela eft fi vrai , qu'à Tours on ne fabrique les Raz-de-Saint-Maur, pour veuve, qu'à fix lifles, mais de maniéré à en faire lever deux , comme je viens de l'expliquer.
- On fera peut-être furpris que dans l'article des Raz - de - Saint - Cyr je n'aye pas fait mention des Raz-de-Saint-Maur de cette efpece, puifque j’ai compris le genre de Raz-de-Saint-Maur dans les Raz-de-Saint-Cyr ; mais je me propofois d'en parler dans l'article des Serges fàtinées , attendu l'analogie qu'il y a entre l’un & l'autre , Sc le peu de rapport d'une Etoffe qui a un envers avec celle qui n’en a point ; il eft même furprenant qu'on ait mis dans le genre de Raz-de-Saint-Maur cette forte de Serge , puifque la différence entre les deux armures qui conftituent l'une Sc l'autre de ces Etoffes, auxquelles on fait porter le même nom, eft fi confidérable.
- Pour faire la Serge farinée à trois lifles, on donnerait un plan d'armure tel, que celui fig. 9 en feroit deux ; c'eft-à-dire, qu'en fupprimant les ligneg a y b y c y pour les trois lifles , & celles k, /, m , pour les trois marches , on auroit un plan d'armure convenable ; comme aufli par les lignes d, e , fi y de la même figure , on auroit encore les trois lifles , Sc par celles g9 h y i , on auroit les trois marches, ce qui formeroit un autre plan d'armure pour notre Etoffe ; mais chacun de ces plans ne vaut rien en particulier pour armer une Serge à fix lifles fur laquelle on veut obtenir les effets d'une Serge à trois lifles feulement ; il faut alors donner un nouveau plan d'armure, tel que celui qui eft repré fente par la figure 1, PL 54.
- Il eft fort inutile de répéter ici que les lignes horizontales indiqueront
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- Septième Section. I. Part. Fabrique des Serges fatinées & Draps de Soie, toujours les lifîes, que les lignes perpendiculaires défignent les marches, que; les zéros qui feront pofés fur lignes indiquent les rapports que les marches 8c les lifîes ont entr’elles pour la montée : ainfi fi Ton voit deux zéros fur une ligne perpendiculaire, on reconnoîtra que cette ligne qui eft un© marche , doit faire lever les deux lifîes fur lefquelles pofent les zéros ; les lignes qui coupent les angles formés par les lignes lifîes , & les lignes marches, indiqueront la defcente des lifîes.
- Il faut remarquer encore que lorfqu’il entre plufieurs corps de remiffes dans la fabrication d’une Etoffe , la quantité des lignes qui indiqueront les lifîes de chaque corps de remiffes, feront non feulement féparées des autres par une plus grande diftance , mais elles feront renfermées dans deux accolades , comme le font les deux plans que je viens de faire voir.
- Je me difpenferat donc par la fuite de rien dire des plans d’armure que je propoferai, à moins qu’il n’y ait quelque chofe de particulier à faire remarquer.
- Quant au plan fig. I, je l’ai fait conforme à la defcription que j’ai faite de
- l’armure à fix lifîes pour trois ; il fuffit de jetter les yeux defîîis pour la
- reconnoître.
- La maniéré de diîpofer les Serges de trois lifîes fur fix, offre encore un moyen d’exécuter notre Etoffe différemment que nous ne l’avons vu : on peut faire cette forte d’Etoffe à chaîne double ou à chaîne fimple : les uns en employant la chaîne double mettent un nombre de fils moitié moins confi-dérable qu’en la mettant fimple ; d autres en mettent la même quantité en double qu’en fimple ; c’eft-à-dire , que s’ils employent 3 200 fils fimples, ils la font auffi avec 3200 fils doubles.
- Si je choifis le nombre de 3200 , c’eft que je fuppofe qu’on fait cette Etoffe fur un peigne de 800 dents , à quatre fils par dent ; car quand on la fait fur
- un mille de peigne à trois fils par dent, il ne faut que trois mille fils; au
- lieu qu’en la faifant à quatre fils par dent, fur ce même peigne, il faut quatre mille fils fimples ou doubles.
- On fait quelquefois cette Etoffe à fix fils fimples par dent ; alors on met tout le cours entier dans une dent ; elle eft beaucoup plus belle ainfi fabriquée, & vaut mieux que fi on la faifoit à trois fils doubles par dent ; il eft vrai que c’eft un tout autre effet : on peut voir la différence de ces deux effets en armant les fix lifîes conformément à la figure r , 8c ehfuite fui-yant la figure 2 , qui nous fournit la derniere maniéré d’armer à fix lifîes pour trois j on pourra voir que par le premier de nos deux plans on a une Serge à fils fimples par deux cours à chaque dent, 8c que par le fécond on aura une Serge comme fi elle étoit ourdie double à trois fils par dent.
- On fendra comment on obtient 1 effet d’une chaîne double par l’armure faite fur le plan fig. 2, fi l’on veut prendre garde que chacune des marches
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- 516 L'ART DES ETOFFES DE SOIE.
- -fait monter deux liffes à côté Tune de Tautre ; comme fi fur la figure 2 de la Planche précédente on faifoit monter par la première marche les deux liffes /, H, par la fécondé celles G , F , & par la troifieme celles E, D ; par ce moyen on fait monter à la fois deux fils du cours , qui, fui-vant Tordre du remettage , fe trouvent à côté T un de Tautre. Ces deux fils mouvant enfemble doivent néceffairement produire Teffet d'un fil double ; par cette raifon ces deux liffes ayant chacune une maille appartenante à chaque cours , donnent entre elles deux fils fimples à chaque dent qui les contiennent, de la valeur d'un fil double ; alors le cours de fix fils fimples devient inévitablement un cours de trois fils doubles.
- Cette méthode eft bien facile à exécuter , mais elle n’eft pas avanta-geufe pour le travail, elle ne Teft que pour TEtoflFe ; les deux fils qu'on fait monter à côté Tun de Tautre à chaque cours ne font pas affez divifés dans leurs mouvements 8c fe tiennent enfemble , enforte qu'infenfiblement on voit fe former derrière les liffes , entre ces deux fils, de petites tenues qu'il faut bien fou vent cafler pour les dégager ; il arrive même communément que l’un des deux fils fe cafle & pafle dans la maille de Tautre; on ne prévient cet inconvénient qu'en dégageant fouvent les liffes, à moins qu'on n'ait eu la précaution de mettre une liflè de guide , qu'on place derrière les liffes qui fervent au tiffu, qu'on tient fufpendue à quatre ou cinq pouces éloignée d'elles. Cette lifle a un nombre de mailles fuffifànt pour féparer tous les fils l'un de Tautre, & fi elle fe trouvoit trop toufeufe on en mettroit deux, afin que la foie pût facilement couler entre fes mailles ; car les fils de la chaîne ne font paffés que deflus les mailles & à côté, de forte qu'une maille divifo deux fils à la fois. Par cette raifon on n'a befoin que d'une quantité de mailles égale à la moitié du nombre que les liffes du remifle en contiennent entre elles. Par cette lifle de guide les fils ne peuvent pas fe joindre affez intimement Tun à Tautre, pour que les bavures détachées par le frottement puif lent marier tun avec l autre.
- On dit que deux fils fe marient lorfque Tun fe joint fi fort à Tautre qu'en travaillant Tun fe caflfe , & que Tautre l'entraîne dans fà maille , & fouvent le conduit jufque dans le tiffu, fans que l'Ouvrier s'en apperçoive. Cet inconvénient ne fàuroit avoir lieu que par la maniéré de faire lever les fils, comme nous venons de le voir, lorfqu'ils ne font pas divifés par une féconde lifle.
- J'ai dit ci-deflus que la maniéré de faire monter enfemble deux fils à côté l'un de Tautre étoit avantageufe pour l'Etoffe, qui en devient plus belle , en ce que ces deux fils ne fe placent contre les duites de la trame que Tun à côté de Tautre , au lieu que lorfque ces deux mêmes fils font paffés enfomble dans une même maille, les frottements qu’ils efluyent par les fils & par les mailles voifines les fait tordre Tun fur Tautre, de maniéré que bien fouvent
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- Septième Section. I. Part- Des Serges fatinées a fept ôC a huit liffes. y 17 deux fils ne rendent l’effèt que d’un feul, & encore ne préfente-t-il pas une , furfaceauffi régulière par le cordonnage qu’ils font l’un avec l’autre.
- Je ne dirai rien de plus fur notre Serge àfix liflès pour trois, fi ce neft que pour les armer fuivant ma méthode, on fuiyra l’ordre des fix zéros ci-après au planfig. I> de notre Planche ; p p p o b o « Ces fix zéros indiquent les fix liflès , Sc les chiffres qui font au-defliis indiquent les trois jnarches. - i.
- Par, les fix zéros fuivants on aura un plan d’armure analogue à celui fig. 2 9 o 6 6 6 b o-Ce plan différemment diftribué, quant aux chiffres,' fournit également deux liffes pour chaque marche ; ces liflès font auffi indiquées par les mêmes chiffres , mais l’ordre en différé en ce que les deux chiffres de chaque nombre font à coté fun de 1 autre , ce qui indique que les liffes montent à côté l’une de l’autre & font menées par la même marche.
- Les qualités de foie qu’on emploie pour cette forte de Serge, font à-peu-près les mêmes que pour les Serges à quatre, cinq, & à fix liffes. Cependant comme les eftances de celles-ci font moins longues, il convient de mettre la foie un peu plus grofle, afin qu’elle couvre mieux : on appelle couvrir, lorsque la foie qui fatine ou qui forme la chaîne d’un tiffu quelconque , ou la foie d’un poil, ne laiffe rien appercevoir de la trame ou du tiffii qui eft par-deflous. \
- §. IL Des Serges fatinées a fept & h huit liffes.
- La Serge farinée à fept liflès , forme un tiflu jfèmblable à celui fig. t , de la Planche précédente qui eft fait à fix liflès ; on y trouvera feulement la différence que les eftances font de fix duites & liées parla feptieme, tandis que dans le tiflu que je cite les eftances ne font que de cinq duites, & liées par la fixieme; quant aufurplusde cette fabrication, on ajoute une marche de plus, & tout ce qüi doit y correfpondre: du refte on les fabrique comme les Serges fatinées que nous venons de voir.
- Je crois qu’il feroit inutile de donner un plan d’armure pour fervir à celle de notre Etoffe ; il fuffira d’ajouter au plan fig. p, de la Planche précédente une ligne horifontale qui y indique une feptieme iiffè, Sc une ligne perpendiculaire qui défigne une feptieme marche ; alors en pofant un zéro de plus qui fuive la diagonale de ceux n9 n, &c. qui y font marqués , on aura le plan d’armure tel qu’il le faut pour cette Etoffe.
- Avec une difpofition de fept liflès, femblable à ce que nous venons de voir, on forme un autre genre de Serge dont le tiflu eft bien différent du précédent ; il eft tel que le cours divifo le fil en deux eftances marquées, dont une fe trouve fous trois duites & l’autre fur deux ; alors la quatrième duite diyife la première eftance , & la feptieme duite diyife la fécondé. La figure 3 , Etoffes t>e Soie. VIL Part. P 6
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- p8, X'^iîr DES ÉTOFFES DE SOIE.
- Pi y 4, en repréfonte le tiftii ; on y reconnoîtra les combinaifons néceflaires pour l’exécuter* *
- Le tiflu repréfenté par cette fig. 3 , comprend trois cours de fils de la chaîne, & trois cours de duites de la trame ; en examinant chacun des fils de la chaîne , on verra qu’ils font également révolus, mais que leur révolution ne commence pas par la même duite : la conformité confifte donc en ce que les fils tiennent le même rang dans le cours ; ainfi nos trois cours étant com-pofés des fils a a a , bhbycccydd d9 e e t9 f f f * g g g ?tous ceux qui font défignés par la même lettre f font liés par les mêmes duites : ainfi les fils <z9 cl y cl y font liés par les duites k > 0, &c. ceux b, b, b9 font liés par les duites h , /, &c. ceux c, c, c, font liés par les duites i, m , &c. ceux d9 d9 dy font liés par celles k, n, êcc. ceux e, e9 e , font liés par les duites l y 0 9 & c. & les duites hymy &c. lient les fils f, f, f; enfin les fils g ygy g> font liés par les duites i, n, &c. Chacun des fils eft lié par deux des duites de chaque cours des marches qui ont formé notre tiflii : il réfùlte de cet arrangement que dans Far mure il faut nécefiairement que chaque marche fafle lever deux liftes, qui doivent être variées dans l’ordre que repréfente la figure 4 , qui indique fept lilfes vues de profil.
- J’ai fupprimé fur cette figure tout ce qui pourroit faire voir les cordes î les carquerons, & les marches ; c’eft ici la même fufpenfion que celle que nous avons vue par la figure 2 de la Planche précédente, il n’y a de différence que d’une lifïe de plus , 8c tout ce qui doit ^uncourir au muuvement de cette lifïe , comme une marche, un carqueron , un aileron , <3c les cordes qui y correfpondent, &c. Les lifies qui font repréfentées par cette figure font dans leur point de repos ; il refte à les faire mouvoir : fi l’on voit à chacune un contre-poids, c’eft pour prouver que dans les armures que je vais faire connoître les lifies ne font que monter.
- Si l’on veut exécuter la première armure pour la Serge â fept lifies, telle que je l’ai décrite ci-deflus, on fera lever les lifies l’une après l’autre, à commencer par celle A, & fucceffivernent de l’une à l’autre jufqu’à celle G ; mais pour l’armure qui doit produire notre tiflu fig. 3 , pour la premier^ marche on fera lever les deux iifles A y B.
- Par la fécondé marche on fera monter les lifies B y E.
- * î
- La troifieme marche fera lever les lifies C, F. ,
- * Les lifies D , G, monteront par la quatrième marche. 1
- On fera monter les lifies E y A, par la cinquième marche.
- La fixieme marche fera mouvoir les lifies F 9 B*
- Et la feptieme marche fera monter les lifies G , C. Par ces fopt combinaifons on obtiendra le tiflu fig. 3 ; cet ordre eft tel que nous le donne le plan
- d'armure J , ou celui qui fuit, fuivant ma méthode.
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- Septième Section. I. Part. Des Serges fatlnies a fept & a huit tijjes. $19 Première Marche p 0 0 p 0 Q p Seconde Marche 0060060 Troifieme Marche p p q p p o p
- Quatrième Marche p p p p o p p
- Cinquième Marche 0 p p p o p o
- Sixième Marche p p p p p o p
- Septième Marche 0000600
- On peut prendre le plan d armure fig. 5, pour fervir au premier tiflu de notre Serge fatinée à fept lifles ; alors on fuivra feulement la liaifon des lifles avec les marches indiquées par les zéros a , b ,c 9d > e 9f3g9fms avoir aucunement égard à ceux h9h9 h9h9h\ ou bien Ion fuivra le plan fuivant 6 6 o 6 6 0 6 • Je paffe aux Ser£es fatinées a huit lifles*
- Le premier tïflu fera du genre de celui fig. 1 de la Planche précédente : la feule différence confifte en ce que les eflances des fils de la chaîne font de fept duites & liées par la huitième , tandis que celle à fix lifles que repréfente le tiflu auquel je compare notre Serge à huit lifles, a fos eflances fous cinq duites feulement : ainfi pour obtenir ce tiflu pour huit lifles, il faut néceflai-rement huit marches, dont chacune en fera lever une, à commencer par celle H y fig- 6 9 Sc finir par celle P.
- On voit que cette figure reflèmble à celle 4 > & quelle a une lifle de plus. J’aurois pu rendre fenfible Tordre qu’on doit faire tenir à huit lifles, en le comparant à celui des fept fulyant la figure 4 ; mais la figure 6 doit nous donner des combinaifons quon ne fauroit accorder avec les fept lifles de la figure 4.
- Quant au plan d’armure qui convient à ce tiflu , on ajoutera une ligne horifontale à la figure 5 , afin de donner une huitième lifle ; on tirera une ligne perpendiculaire de plus, pour marquer une huitième marche ; on prolongera la fuite des zéros * on en ajoutera un diagonalement après celuigy par là on aura le plan d’armure tel qu’il le faut ; & fi Ton veut fo fervir de ma méthode , on ajoutera un zéro au dernier plan que je viens de donner ci-deflus, fur lequel zéro on pofera un 8 , qui indiquera à la fois & la huitième liflè & la huitième marche qui lui eft néceflàire.
- Le fécond tiflu que j’ai à faire voir tient de celui que repréfente la figure 3 de notre Planche. Je ne crois pas devoir donner une figure pour le foire comprendre , il fuffira d’obforver quele cours des duites divife chaque fil en deux eflances, dont une fous quatre duites, & l’autre fous deux ; ainfi on n’a qu’à ajouter une duite aux eflances, qui fur notre figure 3 ne paflent que fous trois, & on aura le tiflu dont je veux parler. Pour obtenir ce tiflu , il faut que la première marche fafle lever les lifles H9L \ la fécondé marche celles /, M; fo troifieme celles K, N; la quatrième celles L3 O ; la cinquième
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- celles N , P ; la fixieme celles N, H ; la feptieme celles 0, /; & la huitième
- marche fera monter les lilfes P, Ké
- Pour armer conformément à ce qu on vient de voir, il faut employer le plan fig. 7 , qui fe rapporte avec celui fig. y ; il n’y a entre l’un & l’autre de différence que d’une lifle & d’une marche ^ de plus, dans l’un & dans l’autre il y a un nombre inégal de Mes qui fépare celles qui font deftinées à lever par une des marches. Sur la figure y , on voit que les deux lilfes qui doivent monter ont entr’elles deux & trois lilfes , & fur la figure 7 elles en ont
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- deux & quatre.
- On reconnoîtra encore cette différence en comparant l’avant-dernier plan
- que j’ai mis ci-delfus, à celui qui fuit.
- Première Marche p Q Q Q p 0 o o Seconde Marche 000000 o o Troifieme Marche qoqooooq Quatrième Marche p p o p o o o o Cinquième Marche 00000000 Sixième Marche pppppppS Septième Marche o_o_o_o_o_o_o o Huitième Marche pppppp8OQ
- Voilà tous les moyens qu’on peut employer pour le fécond tilîîi des
- Serges à huit liftes.
- Avant que de décrire le troifieme tififu, je Joia faire remarquer qu’avec les huit lilfes que nous venons de voir , on peut faire la Serge farinée à quatre lifles , de même que celle à fix lilfes donne la Serge farinée à
- trois.
- Pour obtenir le tilfu de quatre lilfes par huit, il fautnécefîàirementfaire lever deux lilfes à la fois, ce qui peut s’exécuter de deux maniérés $ la première eft de faire lever les lilfes H , M, fig. 6 , par la première marche ; celles 1, N, par la fécondé ; celles O , K , par la troifieme ; & celles L , P, par la quatrième. En voici le plan : 6 6 b 6 6 o 6 b •
- En fuivant cette difpofition , on aura la première maniéré d’armer huit lilfes pour obtenir l’effet de quatre, & par le plan qui fuit on aura la fécondé o 6 o b b o o b • Cto doit voir par ce fécond plan, que pour faire cette fécondé armure il faut faire monter enfemble par la première marche les lifles H, 1 ; par la fécondé celles K ,L; par la troifieme celles M> Sc par la quatrième ce feront les lilfes O, P.
- Cette derniere façon d’armer eft mife en ufàge lorfque d’une chaîne fimple on veut en faire une chaîne double ; c’eft ici ce que j’ai dit à l’égard des Serges à fix lifles armées fùivant le plan 'fig. 2 ; voyez les obfèrvarions que j’ai faites fur les combinailons nécelfaires pour la réduction de fix lilîès pour trois, lorfqu’on les fait monter fuivant le même plan fig. 2. On
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- gâta*
- Septième Section. I.Part. Des Sergesfatuités a fept & à huit liffes* fzz On peut auflî avec les huit liffes dont nous nous entretenons faire le tiflii * du Raz-de-Saint-Cyr ; il fufSt de faire l'armure double , c eft-à-dire > de faire lever quatre liffes par la marche* fuivant l'ordre ci-après.
- Par la première marche faire lever les liffes H 9I9 M 9 N 9fig. 6. Par la féconde , les liffes I,K, N, O. Par la troifieme , celles K9L90 , P. Et par la quatrième , celles P, H9 L , M* /
- Pour avoir un plan d'armure conforme à cette féconde maniéré d'armer les Raz-de-Saint-Cyr & de-Saint-Maur, &c. on n a qu'à doubler le plan qui a été donné pour ce tiflu , en y ajoutant quatre lignes horifontales pour marquer quatre liffes de plus , & placer huit zéros pour indiquer la levée de ces quatre liflès* & huit petites lignes pour en marquer la defcente; bien entendu que ces zéros & ces lignes feront une répétition de ceux qui y font déjà.
- Paflons au dernier tiflu produit par huit liffes , Sc qui eft repréfénté par la figure 8 ; on a voulu mettre ce tiflu au rang des Serges farinées ; mais je né penfe pas qu'il y appartienne, attendu qu'il ne forme aucun envers, & qu'il eft égal des deux côtés , de même que le Croifé dont nous avons parlé après les Raz-de-Saint-Cyr : ce tiflii a tant de rapport au Croifé , que la feule différence qu'il y a de l'un à l'autre , ceft que la partie de Serge formée par la chaîne ou plutôt la grande eftance de chaque fil , foit à l'endroit, foit à l'envers, fe trouve deffus ou deflous trois des duites de la trame, enforte qu'un féul fil pafle dans chaque cours des marches fur trois duites , fous trois, fur une Sc fous une : voyez le fil Qÿ fig. 8, qui fait voir un de ces fils tel qu'il eft dans le tiflu Sc de profil ; on re-connoîtra que ce filpaffe fur les duites a a a9b b b , fous celles c c cy d d d9 e e é9 fffy fur celles ggg% Sc fous celles hhh\tn comparant ce fil avec les fils ii i9kkk9lll9 mm m,nnnyooo9 p p p » qqq, fig. g , on verra que fi l'on fépare ces derniers un par un du corps où ils font cenfés appartenir , ils ont tous une révolution fémblable à celle de notre fil Q 9 excepté que la révolution de chacun ne commence ni ne finit au même point : on ne peut comparer ce fil précifément qu'aux fils i i i, qui font également révolus; car on voit que les duites rrr9sss> ttt 9 paffent deflous ces fils ; celles vvv 9 x x x 9 y y y 9 paffent deflus ; celles m deflous ; Sc qu’enfin celles aaa paffent deffus. Si l'on veut comparer l'ordre que tiennent ces duites à notre tiflu avec celui que tiennent les duites a a, b b* &c. fur la figure 8 , on verra que ce font précifément les mêmes. Ce n'eft pas que les autres fils du tiflu qui nous occupe ayent des révolutions différentes de celles, des fils i i i, fig. g 9 ni de celle du fil Q 9 fig. 8 , mais parce que ces révolutions ne commencent pas par la même duite ; c'eft l'effet des combinaiféns des marches , ainfi que nous allons le reconnoître en mettant en mouvement les liffes qui conftituent notre tiflu.
- Je ne donnerai point de fufpenfîon de liffes pour notre Etoffe ; celles qui
- font repréféntées par la figure 6 , donneront toutes les combinaiféns dont on
- Etoffes de Soie. VIL Part. Q 6
- Planché
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- J22 L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- ____a befoin ; mais on fupprimera les contre-poids b b , parce quon fuppofera
- Planche cette fufpenfionfemblable à celle du Croifé , c’eft-à-dire , faite au carrette à double batterie , conféquemment il y aura huit ailerons à chaque batterie, huit carquerons , & huit marches : on employé néceffairement le double carrette par préférence au carrette fimple, pour donner plus de douceur à la marche ; cependant on pourroit facilement exécuter notre Etoffe fur le carrette à fimple batterie ; je fuis même certain que fi l’on fabriquoit cette Serge à Paris , on ne fe férviroit pas d’un autre carrette que de celui qu’on a de tous temps adopté ; car on auroit bien de la peine à trouver un carrette double parmi les Fabriquants de Paris.
- Quel que foit le carrette dont on fe férye, chaque marche doit faire monter quatre lifîes, 8c faire defcendre les quatre autres ; ainfi il faut néceffairement pour cette armure huit eftrivieres à chaque marche , quatre qui répondent directement aux lifîes, 8c quatre qui dépendent des carquerons t fi l’on arme au carrette fimple , 8c que les eftrivieres tiennent aux lifîes pour le carrette double ; à celui-ci ces mêmes eftrivieres feroient attachées aux tire-liifes, qui font au nombre de huit.
- Par le nombre de huhfeftrivieres à chaque marche , il en faut fbixante-qua-tre pour completter l’armure , ce qui fait une confufion de cordes qu’on a bien de la peine à régler comme il convient ; mais on a l’habitude d’armer ainfi ces fortes d’Etoffes : voyons quelles font les combinaifons propre? à faire ,
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- mouvoir nos lifîes. Ces combinaifons font au nombre de huit , une pour chaque marche, fui van t l’ordre ci-après.
- Par la première marche on fait monter les lifîes Hy I, K, O, & Ton fait defcendre celles Ly M, N> P*
- Les lifîes I, K % L y P y montent par la féconde marche , 8c celles M, N9 ' O, H, defcendent.
- , La troifieme marche fait monter les lifîes K, L , M, H, & fait defcendre celles Ny O, P, I.
- La quatrième fait monter les lifîes Ly My N> I> & fait defcendre celles OyHyP , K.
- En enfonçant la cinquième on fera monter les liftés M, Ny Oy K, 8c l’on fera defcendre celles P y Hy 13 L.
- La fixieme marche doit faire monter les liftés Ny O, P y L ,8c doit faire defcendre celles H 9 Ky Iy M. ‘ /
- La feptieme fait monter les liftés O , P y H , M, & fait defcendre celles/, K 3 LyN.
- Enfin la huitième fera monter les liftés P, Hy IyN y fera defcendre celles K yL , M, O.
- On voit par ces huit combinaifons combien cette armure eft compliquée, & c eft je crois la difficulté qu’on a trouvée à l’exécution, qui a fait que ce genre
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- Septième Section. L Part. Des Serges fatmeesa fept & a huit lijjes, 5*23
- H’Ëtoffe ria pas eu autant de fuccès que le Croifé, non pas que fon emploi foit le même ; car le Croifé fert de doublure , au lieu que cette Serge fert pour des veftes & pour des culottes ; j’en ai vu même des habits.
- L’ufer de cette Etoffe eft fort bon , mais elle devient chere en ce qu’elle eft fort lourde : d’ailleurs elle ne peut prendre que de lepaifleur ; mais fà confiftance eft molle eu égard à fon épaiffeur.
- J’ai préféré de faire fabriquer cette Serge avec les contre-poids aux liftes plutôt que d’en faire defcendre ; tant par la célérité que par la fureté de la fabrication, à caufe de l’embarras des eftrivieres ; car au lieu de foixante-quatre eftrivieres* il ne nous en faut que trente-deux en faifànt agir les contrepoids. .
- JPour bien faire exécuter notre armure telle que je viens de la décrire, il faut donner aux Ouvriers des plans d’armure bien correéls, & même il faut avoir loin de voir après l'exécution fi ce plan a bien été fuivi, autrement on court le rifque de trouver quelque faux dans les combinaifons.
- Les plans d’armure relatifs à cette Etoffe font tels qu’on en voit Un par la figure 1, PL j'j* ; en comparant marche par marche à celles qu’on a vues ci-deflus, on reconnoitra le rapport direét qu’il y a entre l’une & l’autre.
- On peut remarquer dans ce plan que le nombre des huit combinaifons qu’il nous donne eft déterminé , & n’en offre pas d’avantage pour fabriquer l’Etoffe fans envers. On peut fe fouvenir que les Croifés que nous avons vus dans un des articles précédents * au lieu de fix combinaifons en ont donné douze ; j’ai fait voir que les combinaifons n’a voient point d’inverfité ; quoique celui-ci ne nous en offre point, il n eft pas moins vrai qu il ne nous donne pas plus de huit combinaifons, à moins qu’on ne voulût pofer les zéros à a aaaaa a9 à la place des petites lignes b bb b b bbb y alors on pourront trouver deux fois huit combinaifons, fans que ce changement produisît aucun effet différent fur l’Etoffe , à moins qu’on ne le fît pas à toutes les marches ; c eft-à-dire, que fi l’on armoit une marche ou plufieurs fuivant le plan d’armure que nous voyons, & qu’on achevât d’armer en tranfportant quelques-uns des zéros a a a, &c. à la place de quelques-unes des lignes b b b, &c. on auroic néceftaire-ment un faux dans l’armure. Cette confidération pourroit déterminer à compter feize combinaifons données par deux plans d’armures ; car en faifant le tranfport des zéros a a , &c. à la place des petites lignes b b, Scc. le plan ne préfentera pas les mêmes combinaifons, attendu que la marche A, fuivant notre plan aétuel, fera lever les liftes c, d, v, i, & fera defcendre celles f9 g) h9 k: ainfi au lieu de la lifte i % ce feroit celle g qu’on feroit monter. On trouvera le même changement à chacune des autres marches; car il faudroit fubftituer la lifte k à celle h pour la marche B, pour la marche C il fau-» droit changer la lifte c , pour mettre à fa place celle i , la marche D feroit lever la lifte k , au lieu de celle qui lui eft affeétée par notre plan *
- Planche H* *
- Planche
- SS-
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- V
- I
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- /
- Planche
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- 524 VA RT DES ETOFFES DE SOIE.
- - celle E 9 feroit monter la lifle c , à la place de celle e ; par la marche F 9 on feroit monter la lifle d, & celle/’ feroit au nombre de celles qu’on feroit delcendre ;la marche G, au lieu de faire monter la lifle g, feroit monter celle e ; & enfin la marche H, qui fait actuellement monter la lifle h , feroit monter à fa place celle f ; du refte il n’y auroit aucun changement aux autres lifles , tant dans celles de la montée que dans celles de la defcente ; cependant il réfulteroit un inconvénient dans l’armure, fi l’on ne lui voit l’un ou l’autre plan , c’eft-à-dire , le plan/gv I, ou celui qu’on peut faire fuivant la defcrip-tion que je viens de donner ? & que je vais mettre fous les yeux félon ma méthode.
- Première Marche oooooooo
- xi. «
- Seconde Marche oooooooo
- 2_2____2_'___2
- Troifieme Marche oooooooo
- _J__3______l_î_
- Quatrième Marche oooooooo Cinquième Marche oooooooo Sixième Marche oooooooo Septième Marche ° ° ? ° ° ° °
- Huitième Marche °?SC80?00
- En comparant ce plan à celui fîg. i, on reconnoîtra qu’ils ont entre eux la différence que j’ai fait remarquer, & que néanmoins il n’y en aura pas dans le tiflu : ainfi de quelque façon qu’on veuille exécuter notre Etoffe , on fiiivra exactement un de ces plans , fans avoir égard à 1 autre.
- En prenant par la quatrième marche de ce plan-ci, & par la première de celui fig. x , PL y y , on appércevra que chacune de ces marches donne fin-verfité de l’autre ; de forte que celle A , eft précifément l’inverfité de la quatrième marche du plan ci-deffus ; que ce font les lifles que l’une fait monter, que l’autre fait delcendre : ainfi en fuivant toutes les marches depuis la quatrième en defcendant vers la huitième , & recommençant par la première jufqu a la troifieme , & les comparant une à une à celles du plan fig. i, on reconnoîtra en tout qu’elles font inverfes l’une de l’autre.
- Les Ouvriers qui veulent éviter la confufion des eftrivieres , arment leurs lifles à contre-poids * c’eft-à-dire, qu’en laiflànt les contre-poids b h , ôcc.fig. 6, Planche précédente, ils font monter les mêmes lifles que j’ai indiquées par le plan ci-deffus, ou par celui fig. I , PL y y , fans en faire delcendre aucune ; c’eft-à-dire, que chaque marche en fait monter quatre , & que les quatre autres relient en fond par le moyen des contre^poids.
- Cette maniéré d’armer les Serges à huit lifles fupprime trente-deux eftrivieres , ce qui prouve qu’on peut mieux en régler les effets ; il eft vrai que fi l’on fe fert du carrette fimple , la marchure devient un peu plus pelante ;
- mais
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- Septième SecTTOK. L Part* Des Sergés famées h fépt SC, h huit liffes* mais au carrette double, on n’apperçoit prefque pas de différence dans le mou* i Vemenr ni dans la force.
- On fabrique la force de Serge dont je viens de parler, fur un 800 dè peigne en fr de large, à huit fils par dent, ce qui fait 6400 fils pour une chaîne ; quand on ourdit la. chaîne à fils fimples, on emploie un organfin de 45 deniers, & pour une chaîne double , on fè 1ère d’un bel organfin de pays de a 8 à 30 deniers bien monté.
- La trame doit être belle fi Ton veut que l’Etoffe foit ce qu’elle doit être 9 parce que cette trame paraît fur l’Etoffe pour le moins autant que la chaîne.
- Cette Etoffe s’emploie ordinairement pour des veftes , des culottes, Sd même j’en ai vu en habit , Scc„
- Avant de quitter la difpofition des huit liffes, nous avons encore deux gefîres de Serges à faire connoître, qui ne font pas moins importants que ceux que nous avons vus ; l’un & l’autre de ces deux genres n’ont point d’envers, néanmoins il y en a un qui eft compris dans le genre des Serges farinées , avec plus de raifon que celui dont nous venons de nous entretenir , attendu que les deux côtés qui le conflituent ne font pas égaux ; les fig. % & 3 , PL y y > repré-^ Tentent ce tiflii de deux côtés. Je ne donne dans chacune de ces figures qu’unf cours de fils de la chaîne ; de forte que par une des figures nous verrons un côté de notre Etoffe, & par la fécondé nous verrons l’autre côté. La figure 4* repréfente de profil un des fils du cours. Les fils l9m9n9 o9p 9q9r9 s9figj à , qui forment un cours, font tous également révolus , mais non pas enfem-; ble , puifque la révolution de chacun fe trouve marquée par une des duites tt t, vv v, xxx9 yyy, m,àaa9 bbbfccc9 enforte que chacune de Ces duites fert à commencer les révolutions d’un des fils , tandis qu’une d’elles les termine. Le fil l paffe fur les premières duites t, v , *, & refte fous celles y, fur celle a, & fous celles b9c9 qui font cenfées terminer les révolu* tions du fil, puifque ces mêmes révolutions recommencent fur les fécondés duites t9 v, x, SC fur les troifiemes duites défignées fous les mêmes lettres g pour finir à chaque cours fous les duites cc9 Sic. Tous les fils du cours feront également révolus, avec cette différence , que fi le fil / commence fes effets par les duites t t t9 celui m les commence par celles v vv, & ce font celles t tt9 qui les terminent : ainfi en fuivant fil par fil & duite par duite, on verra qu’à mefure qu’on fuit les fils par l’ordre des lettres qui les défi-* gnent, on reculera d’une duite, pour pouvoir comparer le commencement des effets d’un fil avec le commencement de ceux de l’autre fil fbn vôifin, en yenant de gauche à droite ; car le fens des fils doit fuivre l’ordre du remet*, cage , qui commence par le fil l, & finit par celui s : par cet arrangement les duites de la trame font commencées par celles t t t, & finis par celles ç c c*
- Etoffes de Soie. FIL Paru K 6
- Planche
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- p6 VA R T DES ÉTOFFES DE SOIE.
- Pour obtenir le tiffu que cette figure nous préfente, il faut armer le Planche métier avec huit marches fous une armure qui nous donnera huit combinai-fons feulement ; ces combinaifons feront prifes fur un plan d’armure à-peu-près comme celui fig. i, la différence confinera à tranfporter tous les zéros a a a, &c, fur les angles où paffent les lignes n n n9 &c. & de porter ces lignes à la place des zéros, en fuppofànt qu’on veuille faire monter & defcen-dre les liffes; finon on fupprimera toutes les lignes qui coupent les angles,* & l’on ne laiffera fubfifter que les zéros pour indiquer la montée des liffes ; alors on armera le métier , de maniéré que la première marche fafle monter les liffes H 91, K , N, fig. 6 , PL 54.
- La fécondé marche fera monter les liffes I, K , L , O.
- La troifieme marche celles K, L , M, P.
- La quatrième celles L , M , N, H.
- La cinquième celles M, N , O, I.
- La fixieme celles iV, O, P, iC.
- La feptieme celles O 9 P 9 H9 L•
- Et enfin la huitième marche fera monter les Mes P, H, /, ihf.
- On doit fentir que fi l’on veut faire defcendre les liffes pour ne point fo fervir des contre-poids b b, qui font à cette figure, il faudra faire defcendre à chaque marche celles qui ne font pas indiquées pour'monter ; alors on aura l’armure à 64 eflrivieres.
- La figure 3 , PL 55 , fait voir l’envers du tiffu fig. 2 ; on remarquera que les effets n’y font pas fenfibles ; en fuivant fil par fil » & les comparant les uns autres , on verra que les révolutions de chacun donnent les înverfités des autres ; c’eft-à-dire, que fi l’on vouloit fabriquer cette Etoffe de maniéré que le deffus fût tel que nous le préfente notre fig. 3 , il faudroit renverfer l’ordre du plan d’armure, afin que les liffes que nous avons fait monter defcendiffent, & que celles que nous avons fuppofées devoir defcendre montaffent. On peut voir diftinélement ce que j’avance, fi l’on faitr attention que le fil d de la figure 3, eft le même que celui l9fig. 2, que celui e eft le même que celui m, que celui f eft le même que celui n « & de fuite tous les autres jufqu’au fil i de là figure 3, qui eft le même que celui s 9 fig. 2 : ainfi en comparant le fil d, fig. 3 , avec celui b de la figu-, re 2, on trouvera que celui-ci paffe fous les duites de la trame que l’autre couvre , & qu’il paffe deffus les duites fous lefquelles on voit l’autre; par exemple, le fil l paffe fur toutes les duites ttt 9 v vv 9 x x x, & celui d paffe fous les mêmes duites ; le même effet eft produit par les autres fils.
- Le fil 19 fig. 4, eft un de ceux de nos deux tiffus vu de profil, il rend fenfibles tous les effets de la révolution de chacun de ceux qui conftituent notre Serge; il faut remarquer que les duites i, /, rendent les mêmes effets f
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- Septième Section. I. Part. Des Serges fatinies cl fieptô a huit liftes. 527 elles font ici défignées par les mêmes lettres que celles des deux précédentes fig ures ; le fil/, comparé à celui b de la figure 2 , commence fes révolutions par la même duite , & fi Ton veut retourner ce même fil, afin d'en renverfec les effets du deffus au-deftous, on verra qu'il tient l’ordre du fil d de la figure 3. Paflons au dernier tiffii de Serge formé par huit liftes»
- Ce tiffu eft exécuté par le plan d'armure fig. y , qui eft bien différent de celui fig. 1, & de ceux dont nous nous fournies fervis par ce mêhie plan , en y faifànt les changements que j'ai indiqués ; ici chaque marche fait toujours lever quatre liftes, favoir deux de fuite & deux autres interrompues par une, par deux, puis par une: toutes les combinaifons produifont le même effet, de forte que notre Etoffe n'a point d'envers, ainfî qu'on peut le voir par la figure 6, qui eft le tiflii réfultant du plan fig. y ; ce tiflii eft compofé feulement d'un cours fait par les huit fils a, b, c, d, e, f9 g, h 9 ce qui fùppofe huit liftes ; «5c par les effets des révolutions, on doit reconnoître qu'il y a huit marches à l'armure , parce que les duites font au nombre de huit par cours, défignées par les lettres z, k> /, m, n, 0, ^ : chaque duite
- dans un cours termine & commence les effets d'un des fils de la chaîne.
- Pour former le tiffu que nous donne la figure 6 9 & en le comparant à la figure 6, de la Planche précédente, on verra que la première marche doit faire monter les liftes H, /, L , 0.
- La fécondé fera monter celles /, K, M, P.
- La troifieme fera monter celles K , L, N, i/%
- La quatrième celles L, M, O, /,
- La cinquième celles M, i\r, r, K*
- La fixieme celles M, O 9 H, L.
- La feptieme celles O , P , I, M*
- Et la huitième fera monter les liftes P 9 H9 K 3 N. Si Ion veut à cha« <que marche faire defeendre les liftes qui ne montent pas , on fera defcen-Hre celles qui ne font pas indiquées à chacune des marches ; car il faut fe fouvenir que dans tout ce tiflu, ainfî que dans le précédent, & dans celui fig. p de la Planche $4, on partage la chaîne moitié par moitié par chaque marche, & que c'eft cette façon de travailler les Etoffes, qui fait quelles n’ont point d'envers. Il faut donc fuivant notre armure faire defeendre les liftes K , M9 N, P 9 par la première marche , puifqu'elles ne font point indiquées pour monter , & ainfî des autres. Comme la figure 6 ne fournit pas tous les moyens néceflàires pour faire connoître la révolution de chaque fil dans chaque cours des duites, on peut les voir fur le fil K 9 fig• 7> & particuliérement du fil a , qui eft repréfenté féparément ; les autres n’en différent cependant qu’en ce que leurs effets ne commencent pas à la même duite.
- Pn peut encore changer ce tiffu de deux autres maniérés, %is nuire àj
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- Planche
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- 528 L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE. l'Etoffe ; je n en rcpréfenterai pas les effets en particulier , mais je les rapporterai au plan fig. 5, & quelque changement qu’on y faffe, les deux nouveaux tiflus feront toujours fembiables l’un à l’autre ; toute la différence eft qu’au lieu de huit combinaifons il y en a feize encore à exécuter; voici les huit premières : il faut tranfporter tous les zéros i i i i i i i i , à la place des petites croix kkk k kkkky Sc exécuter l’armure fur le nouveau plan que ce changement produira.
- Quant aux huit autres combinaifons, en laiflant fobfifter les zéros i i, Sec. où ils (ont, on tranfportera ceux 11 II l II l \ la place des petites croix mm mm mm mm y Se on obtiendra le fécond tiflu que je viens de propofer.
- Tous ces tiflus ne produifent point d’envers, & tiennent au genre des CroL fés ; ils font même d’un meilleur ufer \ on peut fort bien les féparer des Serges fàtinées, parmi le/quelles on les confond trop indiftinétement,
- §. III, Olfervation fur les genres de Serges contenues dans cet article.
- Les genres de Serges que nous venons devoir, ne font pas tous connut fous le nom de Serges fàtinées, puifqu’il y en a qui portent celui de Raz** de-Saint-Maur, comme je l’ai obfervé ; il y en a qui portent le nom de Drap de Soie , & d’autres ont différents noms qui ne font pas généralement connus, parce que les Fabriquants les leur donnent, & quelquefois on ne les connoît qu’à l’ufege ; il en eft des genres de Serges, pour la variété des noms comme de ceux des Taffetas, avec la différence que les tiflus des Serges font ou peuvent être variés , ainfi qu’on l’a vu ci-deflUs , & que ceux des Taffetas font toujours les mêmes,
- La variété de leurs tiflus vient de ce que les armures qu’on y emploie donnent des mouvements différents aux lifles , même à celles dont le nombre eft égal: on doit fe fouvenir qu’avec un nombre de lifles déterminé, nous avons vu faire différents tiflus ; ce qui prouve que la conftitution d’une Serge différé de celle d’un autre Serge : combien ne trouve-t-on pas de combinaifons fur les Serges à huit lifles !
- Tous les tiflus des Serges farinées que nous avons vus ne font pas également bons à l’ufer, en les fuppofent tous for un même nombre de fils pour les chaînes, à caufe de l’inégalité de la divifion de ces mêmes chaînes ; c’eft-à-dire, que l’envers d’une Serge étant garanti par moins de fils que celui d’un autre, il eft certain qu’on ne fauroit les mettre au rang de celles dont l’envers eft le plus couvert; je m’explique : les Serges fàtinéesà trois lifles doivent être meilleures que celles à quatre ; celles-ci font d’un plus long ufer que les Serges à cinq lifles, comme celles à huit le font moins que celles à fept ; mais en général le côté de l’endroit des Serges le moins couvertes à l’envers, eft plus beau que celui où fe porte à l’envers une plus grande partie des fils de
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- Septième Section. L Part. Des Serges fàtinées à fipt SC à huit üjjes. ÿiÿ la chaîne , parce que dans les combinaifons qui les compofont toutes , on ne -peut faire leur envers bien garanti qu’aux dépens de l’endroit, puifque la partie des fils qui fe portent à l’envers , ne fàuroit à la fois être des deux côtés.
- Par exemple, une Serge à trois liftes eft cenfée avoir fà chaîne divifée en trois parties égales, une fur chaque lifte : il eft certain que par les combinai-fons de fon tiflu, on voit que faifant lever une lifte feulement par chaque marche, cette lifte porte à l’envers de cette Etoffe le tiers de la chaîne ; en faifant la même remarque fur toutes les autres Serges , on verra que dans celles à quatre liftes, chaque lifte porte un quart de la chaîne à l’envers de l’Etoffe ; celles à cinq liftes portent le cinquième à leur envers ; celles à fix y portent le fixieme , & ainfi des autres : il eft évident que plus on augmente le nombre des liftes, moins l’envers des genres de Serges fàtinées eft garanti, à moins que, comme je l’ai déjà dit dans l’article des Hollandoifes, on ne proportionne le nombre des fils de la chaîne , à la force de l’envers qu’on veut donner à l’Etoffe. Mais cela renchériroit trop l’Etoffe ; car fi on vouloir donner un envers à une Serge à fix liftes, qui fut auflî couvert que l’envers d’une Serge à trois liftes, il faudroit néceflàirement avoir à la chaîne un nombre de fils double de celui de la Serge à trois liftes : en fuppofànt 3000 fils à la chaîne d’une Serge à trois liftes, chacune des liftes en portera 1000 à l’envers de l’Etoffe ; fi pour une Serge à fix liftes on veut mettre le même nombre de fils 9 chacune des liftes ne portera à l’envers de la Serge que yco fils : il faudra donc pour rencîr© cet envers égal à celui de notre Serge à trois liftes, mettre 6000 fils ; il faudra auffi que la Serge fe vende prefque le double du1 prix de celle faite à trois liftes.
- Les Serges fàtinées à quatre & à cinq liftes, font celles à qui on donne le nom de Drap de Soie ; elles ne fortent du genre des Serges fàtinées pour prendre le nom de drap , que parce qufon a la précaution d’en bien garantir l’envers ; ce qu’on exécute en mettant un double cours de fils dans chacune des dents du peigne. Ces fortes de Draps ont plus de beauté que de bonté.
- Je n’ai parlé que des Serges depuis trois liftes jufqu’à huit : ce n’eft pas qu’on nepuifle bien les porter à un plus grand nombre ; mais alors les eftances deviendraient confidérables pour les Serges fàtinées, & fi l’on faifoit des Serges à deux endroits , ion aurait trop de combinaifons à faire.
- J’ai porté des Serges en tous genres jufqu’à douze liftes : j’ai trouvé les effets les plus curieux, tant dans les Serges fàtinées que dans celles à deux endroits égaux , ou fur lefquelies je produifois des effets qui les rendoient également belles des deux côtés, quoiqu’elles ne fuflent pas faites de même, de forte qu’on eut cru en les retournant que c’étoit deux Etoffes différentes. Je n’aurois jamais fini fi je donnois les combinaifons qu’on peut faire entrer depuis les Serges en neuf liftes jufqu’à celles à douze ; en les prenant fùccefîivement Étoffes de Soie. FIL Paru S 6
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- Planche
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- no L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- - les unes après les autres, on trouveroit plus de deux cents plans d’armures qui rendroient nos Etoffes intéreffantes.
- Toutes les Serges fatinées dont on vient de parler dans le Paragraphe précédent font plus ou moins bonnes & belles ; il faut qu’elles foient fournies de foie , non-feulement en raifon des comptes de peignes qu’on y emploie , mais encore en raifon du nombre des liffes qui en déterminent le tiffu ; de forte que moins on met de liffes, plus il faut fournir les chaînes en quantité de brins ou en groffeur, parce que les fils de la chaîne étant liés de plus près, ne ^rendent pas les eftances auffi fenfibles que lorfqu’ils font liés de loin en loin,’ alors l’endroit de l’Etoffe ne paroît pas affez foyeux ; il faut cependant prendre garde que la beauté des Serges fatinées ne peut guere s’acquérir qu’aux dépens de fà bonté , parce qu'une Serge dont les eftances font courtes , eft à la vérité moins belle , mais i’ufage en eft meilleur, en ce que les petites eftances donnent moins de prife aux frottements ou plutôt aux accrocs qui déchirent la foie ; il faut donc qu’une plus grande quantité de fils dans une chaîne fuppléa au défaut des grandes eftances.
- Je ne dirai plus rien à l’égard de la qualité des foies qu’on doit employer pour tous les genres de Serges ; il fuffit d’obforver que l’on fait une grande quantité de Serges fatinées pour doubler des rideaux , tant de lit que de fenêtres, fur-tout pour les meubles en brocatdle, genre d’Etoffe à grand deffein & à plufieurs couleurs ; on emploie avantageufement cette Etoffe pour habits d’homme ; on s’en fert auffi pour doublure , comme d’un Croifé.
- On trame les Serges dont nous nuus uttupwis, de loie ou de filofèlle 9 rarement on les fait avec du fil, on y préféré le coton.
- Quelle que foit la trame qu’on emploie dans cette Etoffe, fi l’on veut la rendre belle, il faut que la chaîne foit fournie à proportion de la groffeur de cette trame, afin qu’elle foit bien couverte.
- Article Sixième.
- De la Serge double fatinee ou véritable Drap de Soie.
- J’appelle Serge double làtinée, celle que j’ai compofée, & je lui donne le nom de véritable Drap de Soie , qu’on ne iauroit difputer à un tiffu auffi beau. Si l’on nomme cette Etoffe Drap de Soie, ce n’eft pas que le tiffu en foit femblable au Drap de laine , mais c’eft qu'elle a tout le moelleux des Draps les plus fins.
- Le drap qu’on Fabrique en laine, les draps de coton, nont d’autre tiffu que celui du Taffetas $ le corps que ces deux fortes de draps reçoivent leur eft communiqué par le foulage, en forte que cette opération fait rentrer en elle-même la matière qui les compofe , tellement qu’un piece de drap de quarante
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- Septième Section» I. Part. De la Serge double fatinée ou Drap de foie, yjî aunes de longueur, &de deux aunes 8c demie de largeur Portant de la main ü de TOuvrier, eft réduite par le Foulon à vingt aunes de longueur , & à une aune & un quart de largeur : cette diminution conftitue l’épaifleur du drap , qui fortant d’être fabriqué eft extrêmement mince & clair ; au lieu qu’au foulage il prend une épaifleur telle qu’on la voit en général dans tous les draps.
- Le moelleux 8c l’épaifleur qu’on voit aux draps de foie ne vient que de la quantité de chaîne & de trame qu’on y emploie. Ceux qu’on a faits jufqu’à préfent ont un envers ; il efl: vrai que les draps de coton Sc ceux de laine ont un envers auffi , mais cet envers ne leur eft procuré que par le tondage, 8c par i’apprêt qu’on leur donne , de maniéré qu’en tondant , ou plutôt en tirant le poil du drap , il eft loifible aux Tondeurs de prendre tel côté de l’Etoffe qu’ils jugent à propos ; car on ne tond jamais les draps des deux côtés , & on ne leur donne que d’un côté ce luifant qui défigne l’endroit; on donne cet apprêt du côté où l’on a tiré le poil & où l’on a tondu : l’endroit des draps de foie qu’on a toujours exécutés fe fait en fabriquant l’Etoffe ; c’eft le côté où la chaîne paroît le plus, 8c c’eft, comme je l’ai dit ci-devant, le feul effet d’une Serge fatinée dont les fils font extrêmement multipliés 8c rapprochés par la finejje du peigne , 8c par la quantité qu’on en met dans chaque dent ; de forte qu’on fait ces Etoffes fur un mille de peigne en fi de long où l’on met quelquefois jufqu’à huit fils par dent; mais le tifïu n’eft autre que celui d’une Serge fatinée à quatre liffes.
- Planchs
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- Le Drap de /oie dont noue allotic parler n été eflayé ftlf pluflCUrS COmpteS dépeignes , & fur différents nombres de liftes: j’en ai fait à fix liffes avec des peignes de huit cents fur fï de largeur, à fix fils doubles par dent, ce qui don-noit une chaîne de 4800 fils doubles ; j’en ai fait à huit liffes fur le même compte de peigne 8c fur la même largeur; j’avois mis le même nombre de fils par dent ; donc la chaîne étoit égale à la précédente : j’en ai fait d’autres à dix liffes fur un mille de peigne à chaîne fimple , à fix fils par dent, toujours la même largeur de peigne ; ma chaîne étoit de v>ooo fils : enfin j’en ai fait à douze liffes fur un douze cents de peigne, même largeur & à fix fils par dent ; ma chaîne étoit de 7200 fils. Tous ces Draps étoient beaux & bons , & leur différence étoit cependant fenfible , ainfi qu’on le verra bîen-tôt ; tous ces Draps n’avoient point d’envers ; 8c par la maniéré de les fabriquer , je faifois rendre les deux côtés également fournis de foie de la chaîne» Pour fè repré-fenter les effets de ces Draps , il faut feulement partager le nombre des liftes dont ils font compofés, 8c les regarder des deux côtés comme des Serges fatinées faites au même nombre de liffes que comprend la moitié de notre Drap : ainfi un Drap fait à fix liffes, produit des deux côtés l’effet d’une Serge fatinée à trois liffes ; celui à huit liffes fait le double effet d’une Serge fatinée à quatre liftes ; le drap fait à dix liftes donne une double Serge fatinée
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- 532 VAUT DES ÉTOFFES DÉ SOIE>
- s======i à cinq lifles , & celui fait avec douze liffes eft précifément, de quelque côté
- Flanche qu’on le regarde , une Serge à fix lifles ; la feule différence quon rencontrera S£• dans ces Draps, en les comparant avec la Serge fàtinée décrite dans 1 article précédent, fie trouve dans ce que nos Draps feront tramés plus fin.
- Je n’entrerai pas dans une defcription particulière des quatre fortes de Draps de foie que je viens d’annoncer ; je m’arrêterai à un feul, qui fervira à faire connojtre comment tous les autes font ou doivent être fabriqués.
- Pour que les Draps de foie produifent chacun en particulier le double effet d’une des Serges farinées auxquelles ils ont rapport par le nombre des lifles qu’on y emploie 5 on doit faire monter autant de lifles qu on en fait defcen** dre , de maniéré que la chaîne leve toujours moitié par moitié.
- La figure S , PL SS* repréfente un Drap fait à dix liffes : par ce tiffu nous jugerons des autres.
- J’aurois choifi le Drap de foie à douze liffes, fi je ffavois à faire con~ noître un double effet qui fera rendu fenfible par une autre figure.
- La figure 8 eft compofée de vingt fils, ce qui donne deux cours y la moi*» tié de chacun de ces cours forme le tiffu, Sc l’autre moitié forme le deflous * de façon que les fils font alternativement mus ; c eft-à-dire , que les fils abcde>abcdey rendent les effets d’une Serge fatinée par-deffus, Sc ceux fghihyfghiky produifent les mêmes effets par-deflous ; c’eft par l'armure qu’on obtient ces effets , tant d’un côté que de l’autre : pour mieux connoître les révolutions des fils, fuivons ceux A y B, fig. p , qui fuppofent
- les fils a y fy a y fi y de la figure § • rlwrnn rl’pn» £>rofcjvto toujours du
- même côté, excepté au point des duites ou ils font lies : on voit aufli que la même duite de trame les lie tous les deux à la fois ; de forte que toutes les duites lll l y de la figure 8, lient les fils a k y a k: ces duites font les "mêmes que celles q q q q9 fig. p ; toutes les duites m m m my lient les fils b fi b f y celles ri n n n y lient les fils c g y c g y celles o o o oy lient les fils d h* d h y Sc enfin toutes les duites p p pp, lient les fils e i, c L On doit remarquer que le cours des fils étant de dix ne produit que les révolutions d’un cours de cinq, parce que les eftances de chacun de ces fils ne s’étendent que fur quatre duites, puifqu’ils font tous liés par la cinquième; donc les cours des duites ne font compofés que de cinq, ce qui prouve que pour notre Etoffe il ne faut que cinq marches.
- Il y a plufieurs maniérés d'armer cette Etoffe, qui font toutes affez intérêt fàntes ; j’en démontrerai quatre principales , fans cependant multiplier les figures; mais auparavant je dois prévenir que l’on fait le remettage de deux maniérés.
- Le premier de ces remettages eft fait à l’ordinaire, c’eft-à-dire , celui des Taffetas 9 en commençant par la derniere maille du cours, Sc finiflànt par la
- première $
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- Septième Section. L Pârt. Delà Serge double fathnéebù Drap de Joie.%%% première ; ce remettage eft bon , mais l’armure en efl plus difficile à exécuter * ainfi que nous aurons occafion de le voir bien-tôt.
- - Le fécond remettage fe fait en deux cours entre-lardés, cômme on le toit fig• i) PL $69 où les cinq mailles A, B , C9 D 9 E, forment lé premier cours, 8c celles F 9 G , H 9 /, K, forment le fécond. Par la difpofition de ces dix mailles , on peut connoître la route que doit tenir le Remetteur • q eft de procéder comme s'il avoit deux corps de liffes : ainfi il palîe le fil a , qui eft le premier du premier cours , fur la maille A , 8c le fil b fur celle F du fécond cours , le fil f fur la maille B 9 celui g fur celle G, le fil c eft fur la maille C, celui / fur la maille H 9 le fil d fur la maille D 9 celui i fur la maille /, le fil e fur la maille E, & celui k eft fur la maille K ; par-là on voit qu’il faut paffer alternativement d'un cours à l'antre à chaque fil qu’on remet; mais on doit regarder les fils a , f, c , d9 e9 comme appartenant au corps de remifle fuppofé par les cinq mailles A9 B9 C9 D 9 E % 8c les fils b , g 9l9 i 3 k9 comme devant pafler dans le. remifle repréfenté par les mailles F 9 G 9 H, /, K : il réfulte de cet arrangement que les deux corps de remiflès doivent procurer à l’Etoffe des effets particuliers.
- Je n’entrerai pas ici dans un plus grand détail fur ce remettage, il en fera affez fouvent parlé dans les Etoffes façonnées à la marche ; il fuffit de dire ici que par cette maniéré de remettre * on peut plus facilement fe reconnoî* tre pour armer le métier. On fera en état d’en juger parfaitement par les exé^ cutions des armures dont j’ai à parler pour ce tiffu.
- De la première armure des Draps de Soie4
- i
- La première armure propre au Drap de Soie* eft celle qu’on doit exécuter fur un remettage fait à dix liffes, dont les cours font de dix mailles confécutives 9 c’eft-à-dire, fuivant l’ordre des remettages ordinaires* ce qui doit s’entendre comme fi les dix liffes ne faifoient enfemble qu’un feul corps de remifle. Il faut pour exécuter cette armure trouver dans les mouvements des lifles, un ordre qui quadre avec celui du remettage que je viens de mettre fous les yeux. La figure 2 fait voir les dix liffes néçeflàires. pour notre Etoffe vues de profil : j’ai cru qu’il étoit inutile de répéter ici des liffes vues en per-peétive , & le carrette, auquel ellés font fufpendues ; nous fuppoferons celles-ci fufpendues au carrette fimple, dont les aîlerons. pofent fur un chevalet ; le bout de ces aîlerons doit être attiré par les liflès elles-mêmes à caufè des contre-poids m9n9oypyq9r9s9t9v9x.
- J’ai dit que l’on ne devoit employer que cinq marches polir faire mouvoir nos liffes ; il faut donc que chaque marche faffe lever à la fois cinq de nos liffes. Suivons le plan d’armure qui eft repréfenté par la figure 3, pour le Étoffes de Soie, VIL Part. T 6
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- J34 L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE.
- .comparer aux Mes de notre figure 29 & au tiflu figure 8, de la Planche précédente.
- La marche Â, fig. 3, Fait lever les lifles b, d, f9 h9i $ qui indiquent celles M909 Q > S, T> de la figure 2, ce qui produit la révolution faite pour les duites m >m 9m, m, de la figure 8, Planche précédente.
- La marche B, fait lever les lifles b, d, f9 g9k, qui répondent à celles M 9 O y Q y Ry V y de la figure 2 , ce qui rend l'effet des duites n9 n9 n9 ny de la figure 8.
- La marche C9 fait lever les lifles b y d y e, h9 k, qui font les mêmes que celles MyO y P y S,Vy de la figure 2 ; ce font les effets quon voit fur les duites 0 9 0 9 0 9 0 9 fig. 8.
- La marche D 9 fait lever les lifles b 9c9f> h, k9 quon peut comparer à celles MyNy Qy S9 V\ cette marche reçoit les duites p9 p, p, p, même figure.
- La marche E, fait lever les lifles a9d 9 f 9h 9 k: ce font celles qui répondent aux lifles L , O 9 Q, S 9 F, qui font les révolutions marquées par les duites
- Je ne donne point de figure pour la montée des lifles 9 ce feroit répéter des effets inutiles , attendu que j'en ai déjà donné pour plufieurs Serges dans l'article précédent. Pour exécuter notre armure telle que je viens de la décrire; on doit placer cinq effrivieres à chaque marche , ce qui fait en tout vingt-cinq , bien entendu que l'on ne fait point defcendre des lifles ; car on feroit forcé de mettre cinquante eftriyîcrcs , Sb l n iroit pas ii bien ; ainG
- on doit préférer les contre-poids à la double quantité d effrivieres.
- De la fécondé armure des Draps de Soie.
- L a fécondé armure fera exécutée fuivant le remettage repréüènté par la figure ï de notre Planche ; elle fera traitée en deux corps de remifles. Les lifles repréfentées par la figure 2 , jointes au plan d'armure fig, 4 , fuffiront pour la defeription de notre armure, en la failànt rapporter au tiflu fig. 8, de la Planche précédente.
- Pour l'armure dont nous allons nous occuper, il faut le même nombre de marches & le même nombre d’eftrivieres que dans l'armure précédente ; il ne s’agit plus que du mouvement des lifles; il faut que la marche F 9fig. 4 ? fafle lever les lifles l > m9n 9 0 9v ; que celle G fafle monter les lifles 19m9
- n9 p y t,
- Celle H y fera monter les lifles / 3m y 0 9 p, s.
- Celle Iy les lifles 19n9 0, p, r.
- Et enfin celle K 9 fera lever les lifles m 9 n , 0 9p , q.
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- Septième Section. L Part. De la Serge double fatinee ou Dràp defioie. ^3 j
- On voit fur ce plan que les lifles / 9m, n , o 9p , font celles que nous avons fuppofées par les mailles F, G, H, /, K de la figure 1 ; & que celles q , r , s, t, v, font les mêmes que repréfentent les mailles A 9B , C* D, ii , de la même figure.
- En comparant notre plan d*armure avec celui fig. 3, on verra que les lifles a y c î e 9 g 5 1 9 celles y, r, $ , r, v, de la figure 4, & que lef cinq autres font celles F m 9 n 9 0 9 p; ainfi il n’y a que la différence du remettage qui change la pofition des lifles : par notre nouveau plan la marche F9 fera lever les lifles L9 M9 N9 O, F.
- Celle G, fera monter celles L9 M, N, P 9 T.
- Celle H9 fera lever les lifles L,M9 09 P9 S.
- La marche I fera mouvoir les lifles L 9 N, O 9 P 9 R.
- Et la marche K , fera monter les lifles M, N, O , P, Q.
- Par ces mouvements on obtiendra le tiflu tel qu’on le voit fig. 8 de la Planche précédente. Paflbns à la troifieme armure.
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- Troifieme armure des Draps de Soie*
- L a troifieme maniéré d’armer nos Draps de Soie , eft particulière en et qu’il faut avoir un corps de remifle bas & l’autre haut 9 & que chacune des marches ne fafle mouvoir que deux lifles à la fois, une d’un corps & l’autre de l’autre ; il faut conféquemment une fufpenfion conforme à celle qui eft repréfentée par la ligure ^ 9 zv. 9 ou à celle fig. r , PI. 18.
- Si les deux figures que je viens de citer pouvoient fuffire pour la deforip-tion de notre armure, je n’en donnerois pas d’autres pour la faire concevoir; mais dans la première de ces deux figures nous n’avons que deux lifles, dans la fécondé nous n’en avons que quatre , & il m’en faut dix néceflâirement î ainfi la figure 1, PL 57, déterminera cette armure.
- Par cette figure on voit que le corps de remifle A , eft plus élevé que : celui B ; cet arrangement donne toujours une fogue C ouverte ; les lifles qui compofent le corps de remifle A , font tenues élevées au moyen de ce que les contre-poids a, a , a 9 a 9a9 attirent la queue des ailerons b, b} b9 byb9 & les forcent à prendre leur appui fur le chevalet D, qui les retient ; c’eft dans cet état qu’on fixe la hauteur des lifles qu’on fufpend à ces ailerons $ les ailerons c9c9c9c9 c, pofent par leur bout fur le chevalet E, ils y font attirés par les contre-poids d, d, d 9d9 d9d9d9d9d9 d9 qui font fofpen-dus deux à chacune des lifles du remifle B; par le moyen de ces contre-poids ces lifles font contenues à la hauteur qu’on a déterminée pour la facilité du travail. La figure 2 fait voir de profil la pofition que doivent avoir les deux corps de remifles. Cette figure auroit été fuffifànte, fi j’avois pu faire fontir la 1 double fufpenfion dont la figure r eft compofée ; le corps de remifle A, de
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- ytf L’ART DES ETOFFES DE SOIE.
- -chacune des figures eft élevé, & celui B eft tenu bas, de maniéré que la fogue C, neparoifle former que deux fils, comme on fapperçoit en e 9f9fîg* 2* On ne fouroit parvenir à cet arrangement lans que la première lifle du corps de remifle A foit plus bafle que la derniere, & que toutes, en fuivant cet Ordre , aillent par gradation depuis la première jufqu’à la derniere: les lifles du remifli B vont en pente auffi & par gradation , mais dans un fens con*. traire ; enfcrte que la première eft plus élevée que la derniere. Tel eft l'arrangement quon doit donner aux liftes de chaque corps de remifle , pour que la fogue, quirefte toujours ouverte, ne faflepas plufieurs ouvertures par-devant, fans avoir égard s’il s'en forme plufieurs par-derriere*
- On tient les deux corps de remifles dans la pofition où on les voit, afin de n’avoir 4 chaque marche <^ue deux lifles à faire mouvoir , ce qui s'exécute conformément au plan d’armure jfig, 3 ; de maniéré que chacune des marches qu'on emploie fait defcendre une des lifles du fécond corps de remifle, & en fait monter une du premier.
- Pour armer notre Métier conformément au plan d’armure , il faut que la marche F, fig. 1, fafle monter la première lifle du remifle B , & qu’elle fafle defcendre la première du remifle A, & qu'en fcivant par les marches G, H, /, K, on fafle monter fiicceflivement lifle par lifle celles du remifle B, & qu'on fafle defcendre dans le même ordre celles du remifle A. Il faut pour concilier notre armure fuivant le plan fig. 3 , comparer les marches de* la figure 1, avec celles fuppofées par notre plan, de forte que celle F doit être armée fur celle L du plan , celle G , iui celle ivi ÿ celle U , lur celle JYç celle /, fur celle O ÿ & celle K, fur celle P. On verra que les premières lifles des remifTes A, B , font les mêmes que celles g , m, fuppofées par notre plan, que les fécondés font celles h , n 3 que les troifiemes font celles 2,0, que les quatrièmes font celles k yp, & qu’enfin les cinquièmes font celles /, q.
- Le mouvement eft communiqué aux lifles par les eftrivieres rrrrr,sssss, fig. 1, de maniéré que les cinq premières eftrivieres défignées , tiennent chacune à une des lifles du corps de remifle A, & que les cinq dernieres tiennent aux carquerons QQQQQ ; les cinq eftrivieres r r r r r attirent les lifles du remifle A, & celles ss ss s attirent les carquerons, qui par leur correlpondance avec les ailerons c c c c c, font monter les lifles du remit* fe B.
- On doit appercevoir que chacun de ces remifles acorps d'arcade qui lui eft particulier ; ainii les arcades R R, tiennent aux ailerons bbb b b, &fop-portent chacune une des lifles du remifle A , & celles S S, tiennent aux ailerons c c c c c 9 elles folpendent les lifles du remifle B.
- Pour donner un point de vue favorable à l'arrangement des lifles, je n’ai defliné que ce qui m’a paru devoir être vu ; on fuppofcra que tout cet arrangement eft placé dans un Métier, & que le carrette T, eft en fon entier.
- J’ai
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- Septième Section. L Part. De la Serge double farinéeqm Drap de file.
- J ai dit plus haut que chaque marche faifbit lever une lifle d’un remifle s***?^*^ Sc bailler celle d’un autre ; la figure 4, qui repréfente nos liffes vues de profil * PtÀtfcaâ nous fait voir quelles font celles que la fécondé marche met en mouvement ; ^
- on apperçoit fur cette figure que c’eft la fécondé lifle du remifle A , qui defcend, & que c’eft la fécondé de celui B, qui monte. J’ai jugé inutile de repréfenter l’effet direéi de chacune des marches en particulier ; j'ai cru qm cette figure fuffiroit, attendu que toutes les autres marches impriment le même mouvement aux autres liiîes ; ainfi on n’a qu’à les faire defcendre Sc mon- , ter fuivant l’ordre établi par le plan d’armure : du relie, j’ai donné cet exemple fur la féconde marche par préférence à la première, parce que la première lifle du remifle A, devant defcendre, on n’auroit pu la diftinguer de celles du remille B, qu’avec beaucoup d'attention.
- Il ne faut pas croire qu’il faille exécuter Farm ure , à la rigueur, conformément au plan Sc à la defcription que j’en ai donnée ; on peut y déroger autant qu’on voudra, pourvu qu’on fafle fuivre les liiîes dans leur montée & dans leur defcente fans interruption ; car on peut commencer par la derniere lifle du remifle A , Sc par la première de celui B , indiftinéiement ; il eft vrai qu’alors on aura une différence dans le tiflu : ainfi fuivant l’armure que je viens d’établir, les deux côtés de l’Etoffe font non-feulement égaux f mais lé grain de Serge doit fuivre la même direction, & fe former l’un fur l’autre dans fbn obliquité, quel que foie le fens dans lequel il traverfe l’Etoffe , ceft-, à-dire, de droite à gauche ou de gauche à droite ; mais fi l’on fait l’armure comme je viens de le dire en dernier , on verra que le grain d’un côté dé l’Etoffe croifera celui de 1 autre cote, Sc que fi le defliis prend fa direction de droite a gauche , le deflous ira de gauche à droite. Ce changement ne peut pas être d’une grande conféquence , il ne faut donc pas s'y arrêter j d’ailleurs il eft poffible de l’examiner de plus près.
- £ "
- De la quatrième Armure.
- L a quatrième armure que nous allons voir ne changera rien au tiflu , J moins qu’on ne change quelque chofe dans la montée Sc la defcente des lifles, comme je l’ai dit à la fin de l’armure précédente ; elle pourra être exécutée fur les deux différents remettages qui conftituent notre Etoffe ; ainfi les plans fig, 3 & 4 de la Planche précédente, pourront feryir à leur exécution; par ces deux plans on voit que les lifles font marquées pour monter feulement, au Heu que pour cette quatrième armure, il faut faire defcendre celles qui ne montent point ; ainfi il faut que toutes les liffes foient placées comme on le voit de profil fig. 2 , même Planche. On peut fur ces -lifles combiner l’effet des deux plans, foie celui des liffes fui vies ^ Sc ne formant Étoffes de Soie. FIL Paru Y 6
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- Flanche
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- J38 L'ART DES ÉTOFFES DE SOIE. a qu'un feul corps de remiflè , foie de celui où l'on fépare ce même remîffè en deux corps.
- Je me ferois difpenfé de parler de cette quatrième maniéré d'armer, fi je n'étois certain qu'il y a beaucoup d’Ouvriers qui tiennent à cette méthode , quoique difficile à régler par l'embarras réfultant de la quantité des eftrivieres qu'il faut néceflàirement y employer.
- Suivant les plans fig. 3 & 4, il faut vingt-cinq eftrivieres ; fuivant celui fig- 3 * pi- 57 » & d’ après la defèription faite fur la figure I de la même Planche, il ne faut que dix eftrivieres ; mais pour l'exécution de cette derniere armure il en faut dix à chaque marche, lavoir cinq pour faire defcendre , & cinq pour faire monter ; on fupprime alors les contre-poids.
- Je ne crois pas qu’on doive balancer fur le choix de ces armures ; je penle que l’on doit prétérer celle ou IL ne faut que dix eftrivieres y qui eft plus courte & plus facile à régler.
- Obfervation fur la Draps de Soie.
- J'ai dit au commencement de cet article que l’on faifoit des Draps de Soie à fix, à huit, à dix Sc à douze liftes ; je ne crois pas devoir faire une defeription particulière de chacun , j'efpere les faire connoître fuffifamment par les figures qui nous ont fervi pour celui à dix liftes. Quant aux tiflus dont chacun eft compofé, il faut feulement ajouter ou diminuer fur celui quia été repréfenté dans la Planche j'y, en raifon du nombre des liftes; ainli celui que nous avons vu étoit fait à dix liftes : fi l'on veut connoître le tifïii du Drap à douze liftes, il faut ajouter deux fils par cours , & augmenter celui des duites d’une marche par chaque cours ; ainfl l'on emploie fix marches pour faire mouvoir les douze liftes. Si l'on veut un plan d'armure propre à régler les mouvements des liftes, il s’agit d'ajouter deux liftes & une marche au plan fig. 3 de la Planche $6, & que chaque marche faflè monter fix liftes, comme on l'a vu pat la première armure décrite ci-deflus. Pour bien concevoir cette armure à douze liftes, il faut voir les plans que j'ai rapportés fuivant ma méthode ; le plan ci-après eft pour une armure à douze liftes, dont le remettage eft à l'ordinaire.
- Première Marche Seconde Marche Troifieme Marche Quatrième Marche Cinquième Marche Sixième Marche
- I I 1 1 I 1
- 0 0 O O O O O O O 0 O O
- Z z z z z z
- 0 0 O O O O O O O O O O
- 3 3 3 3 3 3
- 0 O O O O 0 O O O O 0 O
- 4 4 4 4 4 4
- 0 0 O O O O O O O O 0 O
- 5 S S 5 5 S
- 0 O O O O O O O O O 0 O-
- 6 6 6 6 6 6
- 0 O O O O O O O c O O 0
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- Septième Section* ï. Part, De la Serge double fatinee ou Drap de jfblt* 539 Si Ion veut armer les douze liffes paffées en deux corps de remifle * il faut armer fur le plan qui fuit.
- Planche
- $1*
- Première Marche Seconde Marche Troifieme Marche Quatrième Marche Cinquième Marche Sixième Marche
- t # 1 I 1 1 I
- 0 0 0 O O O O O O O O O
- Z Z Z Z z Z
- 0 0 0 O O O O O O 0 O 0
- 3 3 3 . 3 3
- 0. 0 O O O 0 O O O O O ô
- 4 4 4 4 • 4 4
- 0 0 O O O 0 O O O q O O
- * 1 5 5 " 5 y~~
- 0 0 O O O 01 O O O 0 O 0
- 6 6 6 6 6 6 #
- 0 0 O O O O O O G O O 0
- Pour armer notre Etoffe en tenant un remifle haut & 1 autre bas 9 on fera lever les fix premières lifles conformément aux fix premières du dernier plan ; Sc en fupprimant les chiffres qui (ont placés fur les .dernieres , on fera defcendre celles qui font dé%nées par un point au-deffus que fai ainfi marquées pour ne pas faire un troifieme plan* K
- Si dans lun & l'autre remettage , on veut faire monter & defcendre les lifles en fo forvant des deux plans d armures cî-deffus 9 on fera monter celles qui font défignées pour la montée y 8c celles qui font marquées pour le repos defcendront.
- Pour les Draps à huit liffes, on fopprimera deux liffes for les plans d armures de la Planche ÿ6 5 c eft-à-dire, deux de duites for celui fig* 3 ? 8c une for chaque corps de üffe de la figure q. > bien entendu qu a 1 une 8c 1 autre on fopprimera une marche : on fera la même foppreflion au plan d armure fîg. 3 * VL fj*
- Quelle que foit l'armure qu'on veuille exécuter , il faut quatre marches qui* faffent chacune monter quatre liffes ; & fi l'on dent un remifle haut & l'autre bas, chaque marche fera defcendre une liffe du remifle haut, & en fera monter une du remifle bas.
- Si par ces armures on veut fe fervir des plans fuivant ma méthode , on pourra fupprimer dans les deux plans cî-deffus quatre liffes & deux marches; dans le premier plan on fopprimera les quatre dernieres liffes & les deux dernieres marches, & dans le fécond plan on retranchera les deux dernieres lifles de chaque remifle & les deux dernieres marches#
- Il en eft de même pour les Draps faits a fix lifles 9 c eft-a-dire 9 qu on pourra partager les plans ci-deffus , & l'on aura les combinaifons des armures telles quon doit les exécuter. Il eft même poffible* avec les douze lifles de faire les Draps à fix, avec b différence que pour ces derniers on n’emploie que trois marches. Ainfi tous les plans que nous avons vus dans les deux Planches précédentes, contiennent auflî les combinaifons des armures des Draps à fix liffes * fi Ion en fupprime quatre à chacune 8c deux marches , dans ce cas lorfqu’il faudra faire monter toutes les liffes qui doivent conftituer le deffus de l’Etoffe 9 chaque marche en fera lever trois , & fil on tient un remifle bas
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- Flanche
- 57.
- y4o IfART DES ETOFFES DE SOIE;
- -& l'autre haut, on en fera defcendre une du corps haut & monter une du corps bas.
- Mais fi l’on veut avec douze lifles exécuter le drap à fix, il faut néceflaire-ment faire monter fix lifies à la fois, en foppofant que le remettage foit fait à un feul corps de remifle ou que l'on ne tienne pas un corps de lifle bas & l'autre hapt ; dans le premier cas, il faut faire l'armure conformément au plan ci-après, qui eft compofé de trois marches feulement.
- Première Marche oooooooooooo ’ ' Seconde Marche oooooooooooo
- Troifieme Marche °. ? ? ° ? ° ? ° ? °
- Si l’on fépare les lifle:» norps de remifle comme nous l'avons vtf
- pour le drap à dix lifles , & que l'on ne veuille pao tenir un corps haut 6ç l'autre bas, il faut faire l'armure fur le plan fuiyant.
- o o o o o o
- Première Marche Seconde Marche o o o o o o Troifieme Marche o o o o o 1
- ii ii
- o o o o o o
- o o o o o o
- O I o o o o o o
- Quand pour ce drap on veut tenir un corps de lifle bas & l'autre hau 0n doit faire l'armure fur le plan qui fuit.
- Première Marche ° ° ° ? ° 0 O O O O O O I I
- Seconde Marche ° ° ° 0 ° 0 Troifieme Marche o o o5 o o o 0 0 0 0 o o
- O O O 0 o o 3 3
- Il eft abfolument néceflaire de connoître ces trois plans d'armures, pour pouvoir faire un drap de foie de fix lifles avec une difpofition de douze. Il eft même à propos bien fou vent de doubler le nombre des lifles pour pouvoir les faire agir plus librement , à caufe de la confufion des mailles ; cependant fi l'on doit fe tenir à un des plans que nous venons de voir, c'eft au der/ nier, & à la maniéré de fabriquer qui le fuit.
- On voit par cette derniere remarque que quel que foit le nombre des lifles qu’on emploie pour la conftîtution de nos Draps de foie, fi on a le foin ide tenir un corps de lifle haut & l'autre bas, on n'a que deux lifles à mettre ien mouvement.
- C'eft cette raifon qui doit déterminer les Fabriquants & les Ouvriers a ïuivre cette méthode par préférence à toute autre, lur-touc en ce que non-feulement elle facilite la fabrication de l'Etoffe, mais quelle concourt à la gendre plus parfaite.
- Voilà en général en quoi confiftent les armures de ces Etoffes. Quant à la jfuite du travail, on l'exécute comme les Serges que nous avons vues ; c’eft-;
- à-dire |
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- Septième Section. L Part* De la Serge double fatinée ou Drap de foie. £4 r à-dire , que l’Ouvrier conduit le mouvement des marches toujours dans le même fens : ainfi s’il commence à droite , il finit à gauche, & recommence fans retourner fur fes pas, à moins qu’on ne voulût donner au fergé du Drap un effet des Serges que nous avons nommées Hollandoifes.
- On pourroit tirer avantage des difpofitions des armures, & des arrange* ments des liffes que nous avons vus, foit par le remettage, foie par les diffé* rents nombres des liftés dont on peut fé fèrvir pour donner des effets diffé* rents à nos draps, comme de prélénter une forte de drap d’un côté , & de l’autre un tiffu différent ; par exemple, fur un drap à dix lilïes, on pourroit avoir d’un côté l’effet d’une Serge fatinée à cinq liffes, & de l’autre un autre genre de Serge ou un Satin, &c.
- Je ne détaillerai pas ici les moyens de faire eette dernîere Etoilé ; elle appartient à l’article des Satins, que nous verrons bien-tôt ; mais je donnerai l’armure de la première que je viens de citer, qui néanmoins ne prendra que cinq marches, & qui ne caufera aucun dérangement dans le travail, ni aucune difficulté de plus que celles que nous avons vues ci-devant.
- Le plan d’armure que je vais mettre fous les yeux, eft propre à faire la Serge fatinée à cinq liffes par-deffus ; & celle qui forme le croifé à cinq lilïes que nous avons vue dans l’article des Serges, fe fera par-defïous. Les combinaifbns qui conftituent cette Etoffe, font déterminées ; elles font telles, que cette Etoffe vue des deux côtés en fournit deux totalement différentes l’une de l’autre f & cependant aucun des deux côtés n’en eft altéré.
- Première Marche 6 0 0 0 ô 0 ô 0 0 0 1
- Seconde Marche 00000 0 g 0 > 0
- 3 3 Troifieme Marche 00000 00000 3
- Quatrième Marche 00000 00000 4
- Cinquième Marche 0 -0 0 0 0 00000 5
- On voit par ce plan que fur le premier corps des liftés, chaque marche en fait monter deux qui font interrompues par une d’un côté & par deux de l’autre. C’eft ce corps qui doit rendre l’effet du croifé, attendu qu’il fournira à l’Etoffe un grain de Serge formé par un feui fil , & un autre formé par deux, & qui fera en-deffous ; mais chaque marche ne fera defeendre qu’une feule lifté du fécond corps, qu’il faut fuppofer élevé ; ce feront donc ces cinq lifles qui formeront une Serge làdnée en-deflus.
- On doit faire attention que pour l’exécution de telles Etoffes , il convient que les liffes forment deux corps de remiflé par le remettage ; car fi l’on vouloit les exécuter à cours ordinaire, on n’en viendroit à bout que difficilement , attendu que ce qui doit former nos deux corps de remiffe fe trouve interrompu d’une lifte à l’autre; car, comme je l’ai déjà fait voir au commencement Étoffes de Soie. VIL Part% X 6
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- Planche
- 57*
- J42 L'ART DES ÉTOFFES DÉ SOIE.
- - de cet article , il faut alors nécelïàirement féparer cinq lifles de cinq li/Tes, quatre de quatre , trois de trois, ou fix de fix ; pour établir un corps qui rende les effets qu’on doit en attendre.
- On peut avec la difpofition de ces lifles obtenir des effets variés à 1 infini : on peut entre autres , faire Serge d’un côté & Cannelé de l’autre ; on pourroit faire l’effet de la double Serge & du Croifé, l’un d’un côté & l’autre de l’autre.
- Si on vouloit faire la Serge farinée ou le Croife par-deffus , & que le deffous fut Cannelé, il faudroit à la cinquième marche faire monter toutes les liffes du corps de remiflè qui eft bas , & à chaque marche en faire defcendre une ou deux de celles dont le remiffe eft haut, fans que ces marches en fîffenc monter aucune du corps bas ; dw lort£>( <^Vie la foie qui fe trouve paffée dans ce remiffe ne foie mife en mouvement que par une «marche du cours * telle qu’on la détermine, foit la cinquième ou une autre. C’eft delà difpofition à dix liffes que j’entends parler ; quant aux autres difpofitions, on peut faire lever les lifles alternativement, de forte que pour les douze liftes on fait avec un corps l’effet de la Serge, tel qu’on le juge à propos, & avec l’autre corps on peut faire un Cannelé à cinq coups , à trois , & à deux.
- Dans le premier cas, on fait lever toutes les lifles du corps bas feulement par une des marches du cours ; dans le fécond , on fait monter les lifles par la troifieme & par la derniere marche ; dans le troifieme , on fait lever ces même$ lifles, par la fécondé , quatrième & derniere marche.
- On peut tirer les mêmes avantages des autres dilpoiitions des draps , dii moins en raifon du nombre de marches & des liffes qu’on y emploie.
- Je n entrerai pas plus avant dans ces détails ; en voilà, je penfe, aflez pouç que l’on puifle trouver toutes les combinaifons qui en peuvent réfulter.
- La trame qu’on rifle à ces Etoffes ne doit pas être grofle f un bon gro$ brin ou deux fins fùfEfènt ; il importe même fort peu que les brins foient régulièrement égaux, on peut y employer la foie la plus inférieure, parce que ce tiflage ne 1ère qu’à former le corps de l’Etoffe, en réunifiant les deux parties de la chaîne qui en font l’envers Sc l’endroit. Ces mêmes parties de chaîne doivent fe rapprocher avec tant d’intimité, que la trame ne doit aucune*; ment paroître : il faut donc éviter que cette trame ait trop de groffeur, parce que plus elle eft grofle plus elle tend à tenir écartés les brins de foie qu’ëlie contient. Au furplus , l’Etoffe qui fe trouve fournie en chaîne & tiflîie d une trame fine, eft plus belle & d’un meilleur ulër que celle donc la trame efi grofle.
- On doit employer pour la chaîne de nos Draps de foie un organfin bien monté, & d’une grofleur proportionnée au compte de peigne dont on le fert, & au nombre de liffes qu’on y emploie :^un organfin depuis 36 julqu’à 50 deniers, peut être mis en ufage, en en combinant les groffeurs à raifon du
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- Septième Section. I. Part. De la Serge double fatinée cm Drap de foie. 543 nombre de fils qu on veut mettre à la chaîne, & diftinguer les chaînes dou* s blés des chaînes fimples , afin de ne point mettre une foie aufll grolTé pour les chaînes doubles que pour les chaînes fimples.
- Le plus beau de nos Draps feroit celui fait à dix lifles fur un mille de peigne de vingt pouces de longueur , à huit fils par dent, ce qui donneroit une chaîne de 8000 fils, en y mettant un organfin de 40 deniers.
- J'ai éprouvé tous les Draps dont je viens de parler , Sc je les ai trouvés beaucoup fopérieurs à la double Serge de foie ou au Croifé double, qui n’efl: autre chofé que le Croifé qu’on fait pour doublure 5 qu’on ourdit triple ou quadruple, qu’on exécute par fix ou par huit lifles, comme on l’a vu dans un des articles précédents. On obferve de tramer extrêmement gros à proportion des Croifés ordinaires ; on y met quatre gros brins d^ tiamc ék quelquefois cinq, ce qui rend cette ErofiTc épaifle & d’un bon maniment , mais qui fè coupe par le trop de trame ; il eft certain que fi l’on ne tramoit qu’à deux gros bouts , l’Etoffe en feroit meilleure , quoique moins apparente ; mais dans ce genre , les Fabriquants font forcés d’induire en erreur les Confommateurs qui fe laiffent forprendre par l’apparence , Sc qui, fi une Etoffe n’efl: épaifle & carteufe, ne la croyent pas bonne. Il faut donc , pour établir un débit convenable aux peines Sc aux foins d’une Fabrique, donner de l’apparence fans augmenter fon bénéfice ; car cette double Serge prend beaucoup plus de matière que fi elle étoit meilleure.
- On fabrique encore un genre de Serge à qui on a donné le nom de Drap de foie de Cafiudr) on Drap A a riafimîr • c eft une Etoffe extrêmement foyeu* fe, tant par la chaîne que par la trame, raîfcn pour qu’elle foit fort chere 5 & avec toute la matière qu’on y emploie, on n’en fauroit faire une excellente Etoffe. Le coup d’œil flatte, ainfi que le maniement ; mais ce qui prouve que la chaîne Sc la trame n’y font pas dans une jufte proportion, c’eft que cette Etoffe fe roule précipitamment for fon endroit, parce que les efforts de la trame caufent un tiraillement dans les entrelaflements qu’elle forme avec les fils de la chaîne ; que ceux-ci ayant les eftances plus longues de beaucoup que ne fauroit avoir la trame, n’ont pas la même réfiftance, & font forcés de plier for ces mêmes eftances. Ce qui caufe cet effet, c’eft que ce Drap à un envers. Il ré faite de cette inégalité de forface que la trame fatigue les fils de la chaîne du côté de l’envers, & quelle fait bien vite ufer l’Etoffe.
- Il nen eft pas de même des Draps de foie dont je viens de parler , ouïes deux côtés de l’Etoffe font également fournis en chaîne ; de quelque côté que la trame cherche à faire des efforts, elle trouve la même réfiftance ; il faut donc que la chaîne foit ufée par le frottement extérieur pour que l’Etoffe fe perce, d’autant que les efforts de la trame ne fauroient y parvenir.
- Le Drap de Cafimir n eft autre chofe qu’une Serge fatinée faite à fix lifles
- Planché
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- 544 VART DES ÉTOFFES DF SOIE.
- - —» fur un mille de peigne en — de largeur à lix fils doubles par dent , formant
- Planche un petit Sc un gros grain : fon armure eft faite fur le plan ci-après*
- 57. _____________
- Première Marche 600000
- Seconde Marche 000000
- Troifieme Marche 000000
- Quatrième Marche o o o o o o
- Cinquième Marche 000000 • . 6 6 Sixième Marche 000000
- On voit par ce plan d’armure que fi le Drap dont il eft queftion eft fait à lîx liftes, il eft aufli à fix marches, & que chacune des marches fait monter deux liftes feulement qui Uiftent toujours une d’intervalle , ce qui forme le petit grain à côté d’un gros ; le premier forme d’un^ fil feulement, Sc lautre eft compofé de trois.
- Outre toutes les combinaifons que nous avons vues dans le Traité des Serges, il eft poflible d’en trouver encore un grand nombre qui n’ont pas été imaginées ni mifes en ufàge ; je ne finirois pas fi je voulois rapporter toutes celles que j’ai faites moi-même ; mais je me contente de donner ce que j’ai cru mériter l’attention des Fabriquants & des Ouvriers : du refte, cette carrière eft vafte, on peut s’y engager avec fruit. Je pafle à la fabrication des Satins.
- »
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