Descriptions des arts et métiers
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- TRAITÉ
- GENERAL
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- TRAITÉ GÉNÉRAL
- DES PESCHES,
- ET
- HISTOIRE DES POISSONS
- QUELLES FOURNISSENT,
- TANT POUR LA SUBSISTANCE DES HOMMES,
- QUE POUR PLUSIEURS AUTRES USAGES QUI ONT RAPPORT AUX ARTS ET AU COMMERCE.
- Par M. P UH A ME L DU MONCEAU, de ïAcadémie Royale des Scieéces * de la Société Royale de Londres; des Académies de Petersbourg, de P ale rme , & de VInfiitut de Bologne ; Honoraire de la Société d*Edimbourg 9 & de VAcadémie de Marine ; AJfocié à plujieurs Sociétés à9Agriculture ; Infpecleur général de la Marine : Et M. DE LA MARRE.
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- A P A R I S »
- Saillant & Nyon, Libraires, rue S. Jean-de-Beauvais, Desaint , Libraire, rue du Foin S. Jacques.
- M. D C C. L X I X.
- Avec Approbation et Privilège du Roi.
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- AVIS DES LIBRAIRES
- SUR UN
- TRAITÉ GÉNÉRAL
- DES PESCHES,
- SOIT MARITIMES* SOIT D’EAU DOUCEl
- ET DES POISSONS QU’ELLES FOURNISSENT.
- tant pour la, fubfiftance des Hommes , que pour plufieurs autres ufàges ; qui font différents objets de Commerce.
- Far M* Duhamel du Monceau, de VAcadémie Royale des Sciences, &c>
- A PARIS,
- Chez
- Saillant & Nyon, Libraires, rue S. Jean de Beauvais. De s ain T, Libraire, rue du Foin Saint Jacques.
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- O N n’entreprend ici ni de remonter à .l’origine de la Pêche, ni de revenir fur les pas des Anciens, pour en former une hif-toire. Cette partie qui pourroit être fort eu-rieufe, eft biffée aux recherches des Savants ôc des Gens de Lettres qui voudront s’en occuper.
- La Pêche vraifemblablement n’eft guères moins ancienne que la Chaffe. Ces deux fortes d’exercices introduits d’abord par la feule nécellité, par le preffant befoin de vivre, doivent être à peu près de même date, ôc l’époque en eft fort reculée. Il y a même bien de l’apparence que , dès les premiers temps du monde, lors que la tfcrre a été peuplée , par-tout où il s’eft trouvé des hommes, ils ont été. contraints de chaffer ou de pêcher pour leur fubfiftance ; ôc comme ces occupations nous font jouir beaucoup plus promptement du fruit de nos travaux que la culture de la terre, elles doivent avoir précédé de plufieurs fiécles l’Agriculture.
- Ainfi les Poiffons font depuis long-temps, avec les animaux terreftres, la fécondé fubfiftance des^ hommes. Mais comment eft-on par-v enu a découvrir cette propriété dans une ef-
- pece que la Nature fembloit avoir mife hors de nos atteintes ? Quel homme a pu le pre-mier le réfoudre a chercher de quoi rafïafier £a faim dans un Elément fi peu fait pour nous que nous ne pouvons abfolumen/y vivre ? Les Animaux ont été nos maîtres en beaucoup de chofes, L inftinêi: des Bêtes qui n’attend point la lenteur de l’expérience, a certainement précédé toute induftrie humaine. Les Animaux qui vivent de chair ÔC de fang, attachés fans celle a la pourluite d’autres Animaux plus foibles ou moins rufés qu’eux,nous ont peut-être appris à chaffer ; ôc le Cormoran , le Héron, la Loutre, toifs les Oifeaux ôc les Animaux pêcheurs nous auront au moins indiqué le principal ufage des Poi£ fons dont iis font leur proie. L’utilité reconnue par le befoin a réveillé l’induftrie: de-là les inventions fi multipliées qui font aujourd'hui de.la Pêche un Art varié, compliqué , ôc partagé en un grand nombre de branches ; Art aufli curieux qu’intéreffant.
- L EJJ'ai fur P Hifloire 0^Economique des Mers Occidentales de France, par IVL Tiphai^ne^ Doc* teur en Médecine , Ouvrage qui parut en il6o , fembloit, par l’accueil qu’il reçut du Public , préparer la voie à celui-ci. L’Au-
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- teur en effet , loin d'approfondir la matière, s’eft borné à donner quelques connoiflances peu détaillées fur l’Art de la Pêche, & a beaucoup plus infifté fur les abus qui s’y commettent , que fur les moyens de la perfeêtion-ner. Cet Ouvrage bien fait pourtant dans fon genre, mérite l’eftime qu’on lui accorde ; mais il peut tout au plus être regardé comme une excellente Introduction au Traité Général des Pêches : on en jugera par le plan du Traité que nous annonçons.
- L’objet de M. Duhamel eft ici non-feulement de décrire toutes les fortes de Pêches qui fe font dans les Etangs , dans les Lacs , dans les Rivières & à la Mer, mais d’en fui-vre encore les réfultats , les produits ; de faire connoitre toutes les efpeces de Poif-fons quelles fourniffent pour la fubfiftance des Hommes, ôt d’en détailler tous les autres ufages qui font prefque aufii variés que les Pêches mêmes.
- De ces Pêches différentes, les plus connues font celles qui procurent du poifîon frais , que l’on confomme dans les Provinces maritimes, ou dans celles qui font peu éloignées de la Mer. Mais il en eft de plus in-téreffanfces encore, parce qu’elles forment des branches de Commerce confidérables ; ce font les Pêches des Poiftbns qui, quoique bons à manger frais , peuvent être falés léchés , fumés , boucanes , marinés,ôt par ces diverfes préparations fe conferver affez longtemps pour être tranfportés fort loin. Les Poiffons qui proviennent de celles-ci fontla Morue, le Hareng, le Maquereau , la Sardine , les Anchois , le Saumon, le Thon , l’Efturgeon, &c. ôte.
- Outre ces Pêches qui nous fourniffent des Poiffons comeftibles , il y en a d’autres qui ne laiffent pas d’être avantageufes , quoiqu’on ne faffe guères d’ufâge de la chair des Poiffons qu’elles nous procurent.
- De ces Poiffons exclus de nos tables , les uns donnent de l’huile , les autres des peaux, qui font autant d’objets de Commerce. Delà les pêches de la Baleine, des Marfouins, des Vaches marines , des Loups ôt des Veaux marins , des Chiens de Mer, ôte.
- On auroit pu dans cet Ouvrage fuivre fimplement l’ordre de ces différentes Pêches, tel que l’on vient de l’indiquer : cette divi-fion eût été fondée fur les diverfes propriétés des Poiffons. Mais comme on s’eft principa-» lement propofé de faire connoitre le mécha-nifme ôt les détails les plus curieux des Pêches , il a paru plus convenable de les ranger toutes fous quelques claffes générales qui comprendront les différentes façons de pêcher, Ôt dont chacune formera une Section particulière.
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- La Pêche aux Hameçons ou Hains, qui fe diverfifie d’une infinité de maniérés, fera la matière de la première Seêtion.
- La fécondé comprendra toutes les efpeces de Filets , & la façon de s’en fervir. Les détails de celle-ci font très-étendus, & ne font pas les moins intéreffants.
- Dans la troifieme, on traitera de plufieurs Pêches qu’on ne peut rapporter à celles qui feront décrites dans les deux premières Sections , comme le Harpon, la Fichure , ôte.
- Perfonne ne pouvoit avoir plus de facilités ôt plus de feeours pour un Ouvrage de cette nature, qu’en avoit M. Duhamel. A portée de fatisfaire fa curiofité êc fon goût, en même temps qu’il rempliffoit les fondions de fa place dTnfpeéieur de la Marine , qui l’ont obligé de faire de fréquentes tournées fur nos côtes ; il a non-feulement fçu puifer beaucoup de lumières dans les Mémoires des Officiers des Amirautés ôt des Commiffaires de la Marine , qu’il a eus entre des mains ; mais encore il n’a rien épargné pour fe procurer, par tous les moyens poflibles,les plus exa&es connoif-fances fur les Pêches qui fe pratiquent dans toutes les parties des côtes qu’il a vifttées. Il a même été quelquefois à la Mer avec les Pêcheurs ; Ôt les notions qu’il a prifes ainfi par lui-même fur cet élément , lui ont facilité l’intelligence de plufieurs Mémoires dont il a fait ufage *.
- Après les trois Se&ions dont on vient d’indiquer la matière , il fembleroit qu’on n’auroit rien à défirer fur les Pêches : elles ne feront cependant que la première Partie de l’Ouvrage.
- Cette Partie feule, à la vérité, eft par elle-même infiniment curieufe. On y verra quantité d’induftries ôt d’inventions plus in-génieufes les unes que les autres , pour aller chercher le Poiffon au fond des Mers, ôt dans des retraites où il fembloit être à l’abri de toutes les entreprifes des hommes. On aura fous les yeux tous les inftruments dont les Pêcheurs font ufage ; les Pêcheurs même en a£rion feront auffi repréfentés fur un grand nombre de Planches, dont les deffeins ont été faits par d’habiles Artiftes , ôt feront gravés avec autant de foin que celles du Traité des Arbres-Fruitiers, &c. autre Ouvra-
- * M. Duhamel a bien eu connoiiïànce d’un travail très-confidérable fur les Pêches, qui avoit été entrepris fous la proteélion & par ordre du Gouvernement, par M. le Maffon du Parc , Infpeéteur des Pêches, Mais ce grand Ouvrage qui forme plufieurs volumes in-folio , eft refté en manuferit dan* quelques Bureaux , & jufqu’à préfent M. Duhamel n’a pu en avoir communication : il eft feulement parvenu à retirer des Mémoires dreffés par différents Commiffaires de la Marine , répartis fur les côtes, qui avoient été envoyés à M. du Parc , & dont fà veuve qui en étoit reliée enpolTeftion , s’eft défait, ainfi que d’un nombre de Deffeins,
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- ge de M. Duhamel qui vient de paroître **.
- Après tous les détails de la Pêche, après la defcription des inftruments de l’Art, ôc des différentes méthodes employées par les Pêcheurs , il paroiffoit naturel de faire con-noître les Poiffons qu’on fe procure par les Pêches. On a plufieurs Traités faits par d’habiles Naturaliftes fur l’Hiftoire des Quadrupèdes , des Oifeaux , des Reptiles ôc des Infe&es. Nous avons aufïi quelques Hif-toires des Poiffons : mais celles dont les def-criptions font exaêtes , n’ont què de mau-vaifes figures qui font méconnoître le fujet ; ôc celles dont les figures font paffables, pêchent par l’infidélité ôt la négligence des def-criptions. Ainfi l’on peut dire que nous n’avons point encore à’Ichthyologie complette, ou qui ne laiffe à défirer bien des chofes.
- C’eft donc un Corps d’Ichthyologie que l’on entreprend de donner dans la fécondé Partie de cet Ouvrage. Elle fera par confé-quent encore plus confidérable que la première , ôc elle n’intéreffera pas moins les Naturaliftes que ceux qui veulent connoître à fond toute la matière des Pêches.
- On y trouvera la repréfentation naturelle ôc vraie, la plus exacte defcription, des Poiffons que connoiffent les Pêcheurs Européens ; ainfi que de quelques Poiffons étrangers. Et qui pouvoit encore fur cette partie fi piquante de l’Hiftoire Naturelle , être en état de nous donner des détails plus étendus ôc plus fûrs que M. Duhamel ? On fait que fon goût l’a porté à ne négliger aucune branche de cette partie de la Phyfique ; on connoît la fagacité de cet habile O b fer valeur, Ôc la fidélité finguliere avec laquelle il rend compte de ce qu’il a pu voir ôc approfondir.
- Mais fes occupations en plus d’un genre ôc fes travaux multipliés ne lui biffant pas tout le temps qu’il auroit voulu donner à cet Ouvrage, il s’eft aiïocié M. de la Marre ; Auteur de la derniere édition du Dictionnaire (Economique de Chômel, qui lui fait autant ou plus d’honneur que l’Ouvrage original en a pu faire au Curé de Lyon.
- Quoique dans la première Partie de l’Ouvrage que nous annonçons toute la méchani-que des Pêches foit très-exa&ement détaillée, cette Partie auroit encore été imparfaite, ou du moins éloignée de la perfeâion ou l’on a réfolu de la porter, fi on eût négligé de dé-
- un Traité complet de tous les Fruits comeftibles que produit la France. Il y en a près de zoo qui font de fli-nés & graves avec toute la précifion poflible. Il fe trouve chez les fieurs Saillant & Defaint, Libraires.
- crire dans chaque Article ou il s’agit de telle ou telle autre efpece de Poiffon, les induft-tries qui appartiennent particuliérement à la pêche qui s’en fait. C’eft ce qui demande quelquefois d’affez longs détails, tels qu’on en trouvera aux Articles de la Morue,. du Thon} des Sardines , du Hareng , de la Baleine, ôcc. Car on ne s’en tient pas Amplement à ce qui concerne la Pêche, on donne encore les méthodes ou les procédés qui fe pratiquent pour faler quelques-uns de ces Poiffons , mariner les autres , fumer ceux-ci, ôc tirer l’huile de ceux qui ne foifomifTent guè* res autre c.hofe à notre ufage^
- Au refte, pour ne point trop promettre , on ne s’eft propofé que de parler des Poiffons dont on a pu fe procurer les connoiffances les plus certaines. On n’a pourtant point négligé de profiter des Auteurs qui ont écrit fur cette matière, mais avec beaucoup de précaution , c’eft-àdire, en adoptant ce qu’on a trouvé de conforme à la vérité, Ôc en corrigeant les erreurs que l’examen a fait reconnoître.
- On s’eft encore fait une loi de n’adopter que les Mémoires qui ont paru dignes de confiance ; ôc l’on a eu l’attention de faire
- Ï>affer plufieurs parties de l’Ouvrage fous es yeux des Commiffaires des Gaffes, ôc d’autres Perfonnes inftruites de ce qui regarde les Pêches , qui s’intéreffant à ce travail, ont bien voulu fe donner la peine de vérifier fur les lieux ce que les Auteurs avoient avancé. Aufïi ne manquera-t-on point de faire con-noître au Public ceux à qui l’on eft redevable de quelques Mémoires intéreffants,
- ' Les Libraires, de leur côté, n’ont rien épargné pour la perfeôfion de la Partie Typographique, L’Ouvrage fera imprimé fur le même papier, dans la même forme, Ôc avec les mêmes caractères, qu’on a employés pour le préfent Profpe&us,
- Malgré les frais confidérables qu’exige une pareille entreprife , tant pour les Defïeins que pour la Gravure des Planches , ils ne propofent point de Soufcription. Ils diftribue-ront l’Ouvrage par Cahiers qui fe fuivront de près, ôc dont le premier eft en état de paroître. Aôtuellement ils fe contentent d’inviter les Perfonnes qui voudront fe les procurer , à s’engager Amplement de les prendre à mefure qu’ils paroîtront. Moyennant cet engagement gratuit, auffi-tôt que les Cahiers feront en état d’être délivrés, ceux qui auront fait infcrire leurs noms, feront avertis ;ôc on leur accordera une remife dont on ne pourra point faire jouir ceux qui n’auront pas fait leur fourmilion.
- Lu <& approuvé ce 2. Avril 1769. MARIN,
- Vu l’Approbation. Permis d’imprimer, ce 10 Avril 176p. DE SARTINE*
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- TRAITE DES PÈCHES,
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- HISTOIRE DES POISSONS,
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- DES ANIMAUX QUI VIVENT DANS LEAU.
- INTRODUCTION.
- IL feroit fuperflu de s'étendre beaucoup fur l'utilité du travail que nous entreprenons. Tout le monde fait que la Pêche occupe & fait fubfîfter un grand nombre d’hommes robuftes & utiles à l’État.
- Ce métier pénible forme les bons Matelots ; les Pêcheurs s'accoutument à fupporter les fatigues qu'offre fans ceffe l'élément fur lequel ils paffent la plus grande partie de leur vie. Ils s'enhardiffent jufqu'à la témérité, & au point de braver les vents & les flots.
- Un adulte peut en quelques campagnes devenir bon Soldat : mais pour faire un vrai Matelot il faut qu’il ait fréquenté la mer dès fon enfance , pour former fon tempérament à un élément qui ne lui eft pas naturel ; il faut qu'il acquière une agilité qui dans des circonftances eft fopérieure à celle de ces gens qui gagnent leur vie à faire des tours de force : aufli ne peut-il parvenir à lavoir bien fon métier , que quand il l'a pratiqué la moitié de là vie. L'émulation lui fait furmonter toutes ces difficultés.
- Le fils d'un Pêcheur veut dès fon enfance foivre fon pere ; il s’embarque dans de frêles bateaux , & fe familiarife peu-à-peu avec un élément qui doit lui fournir fa fubfiftance : à mefore que fon tempérament fe fortifie, il quitte des fonélions peu pénibles pour en prendre qui exigent plus de forces ; il les défire même par goût pour fon état. Après avoir bravé les dangers de la mer, les Matelots ne font point effrayés par l'ennemi : de-là vient qu’ils font prefque tous intrépides dans les combats. C'eft ainfi que les Pêcheurs après avoir fait leur premier apprentiflage for des barques , paflent au fervice du P ESCHES. A
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- 2 INTRODUCTION.
- Commerce en qualité de Matelots, & parviennent par degrés à fervir avec honneur fuir les Vaifleaux du Roi.
- Tout ce que nous venons de dire regarde les Grandes Pêches ; car ce feroit envifàger le métier de Pêcheur fous un point de vue qui lui feroit peu avantageux , que de ne prêter attention qu’à celles qui fe pratiquent dans les rivières & aux bords de la mer : il faut pour les grandes pêches, telles que celles du Hareng ', de la Morue , de la Baleine , &c. faire de longues & pénibles navigations ; 8c pour d’autres moins confidérables s’éloigner plus ou moins des côtes, 8c tenir la mer la nuit comme le jour. C’eft ce qui met les Pêcheurs en état de devenir d’excellents Pilotes-côtiers. Entrons à ce fujet dans quelques détails.
- Les bords de la mer préfentent bien des objets différents. Ici ce font des rochers fort élevés 8c efcarpés ; là les rochers ont moins d’élévation, & font quelquefois recouverts par l’eau des hautes marées : ailleurs ce font des dunes ou grandes montagnes de fable : quelques côtes font formées par des terres plus ou moins dures, mêlées de pierres qui tombant à la mer s’arrondiffent par les frottements qu’occafionne le mouvement de l’eau ; en cet état elles forment ce qu’on nomme le Galet. On trouve aufîî des plages très-étendues , formées de fable , de vafe ou de galet, qui étant peu inclinées font recouvertes à une grande diftance par l’eau de la marée. Çà 3c là fe trouvent foit les embouchures des fleuves , foit des crics, des anfes, des ports qui fervent d’afyle aux Pêcheurs quand ils font pris de gros temps. En s’écartant des côtes, on trouve les mêmes variétés , des rochers , des iflots qui s’élevant au-deflus de la furface de la mer, forment comme des archipels , où les Pêcheurs peuvent mettre pied à terre ; d’autres étant à une petite profondeur fous l’eau , occafionnent des brifànts qui annoncent des écueils très-dangereux.
- Les fonds de la mer font de roche, de galet , de gravier, de fable , de fragments de coquilles, d’argille , de vafe , de plantes marines, &c. Il eft très-eflentiel aux Pêcheurs de connoître toutes ces variétés, ainfi que la profondeur de l’eau, pour fàvoir fi l’ancrage y eft bon,. quels font les poilîbns qui s’y trouvent le plus abondamment, quelle efpece de pêche on peut, y pratiquer , 8c quelle route ils peuvent fiiivre la nuit, foit pour faire leur pêche , foit pour gagner la côte.
- Ce font ces connoiflànces, qu’ils doivent à une longue & continuelle pratique , qui les ont mis en état de former des efpeces de Cartes qu’ils n’ont point tracées fur le papier, mais qu’ils ont dans la tête ; chaque endroit porte un nom connu de tous les Pêcheurs d’une côte. Pour en donner une idée, je choifis les fonds & les ridains que les Pêcheurs de Haute Normandie fréquentent entre les côtes de France 8c d’Angleterre par le travers de Dieppe ; ce foui exemple fuffira pour donner une idée de ce qui fe pratique entre les Pêcheurs fur les autres côtes, tant de l’Océan que de la Méditerranée. Au moyen de ces Cartes qu’ils ont toujours préfontes à la mémoire, les Pêcheurs connoilfent dans le
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- INTRODUCTION. 3
- plus grand détail les fonds de leur côte, & ils lavent ceux qui font fréquentés par différentes elpeces de poiflons.
- Le port de Ôieppe à la côte de France dans la Haute Normandie , pays de Caux , eft établi S S E, eu égard à la petite ville d’Hafiings de la côte méridionale d’Angleterre , dans le Comté de Suflex qui lui relie au N N O. Partant de cet établiffement, voici les différents fonds que rencontrent les Pêcheurs qui exercent leur métier par le travers des côtes de France à celles d’Angleterre.
- Le premier fond qu’ils trouvent en traverlant le Canal , le nomme le Blanc Fond d! Erangue : il commence à environ deux lieues de la côte ; il a demi-lieue de large , fond de fable , par douze braffes d’eau. Le terrein qui luit efl de roche, par dix-huit braffes : il peut avoir un quart de lieue de large ; les Pêcheurs le nomment le Larron.
- On rencontre enlùite/<? Heu de Limon fur quatorze braffes ; lequel'a environ un quart de lieue de largeur : puis le fort fond dit UEtellandel, fur quinze braf fes ; celui-ci efb des plus rudes & des plus mauvais ; il eft aufîî étroit que les autres.
- Quand on l’a traverfé, on fe trouve par 13 à 14 brafles fur le fond blanc d3 E-tellande , qui eft un des meilleurs & des plus lains qu’on puiflè rencontrer aux côtes de France ; il a environ une demie-lieue de large. Tous ces fonds ne paf-fent guères au N O les roches d’Ailly ; mais ils s’étendent fort avant à l’Eft vers les côtes de Picardie.
- Après le fond d’Etellande on trouve le Roquet de S. Michel , fond de roche , par 18 brafles , mais fort doux ; il n’a guères qu’un quart de lieue. Enfuit 2 eft le Bonivalblanc , fond de fable fur 18 braffes, qui a environ une demi-lieue de largeur.
- Le Roquet S. Laurent commence environ à cinq lieues de terre ; il eft mêlé de roche , de blanc fond & de gravier, fur 20 à 22 brafles. Puis vient le blanc fond de Caddeville , qui eft un des meilleurs qui fe trouvent à la vue des côtes de France ; ce banc a une lieue de large , fond de fable , liir 22 braffes.
- A trois lieues de diftance de Caddeville, par 30 ou 32 braffes d’eau , on rencontre un fond dur & de roches, qui a une lieue de largeur : enfuite , lur la même profondeur d’eau , le fond qu’on nomme de parmi Mer, qui eft d’abord de làble , & devient enfuite de roche ; il a environ deux lieues & demie de largeur : on y pêchoit autrefois beaucoup de vives ; elles y font maintenant fort rares.
- Par 25 à 27 brafles le trouve un fond de petites roches allez douces, qu’on nomme les Roquets de Feulague, & enfuite le petit Feulague ; qui étoit autrefois très-abondant en vives.
- En fuivant, on le trouve lur les Petits Roquets par 30 braffes ; ce fond n a qu un quart de lieue de large , & eft contigu à un petit blanc fond d’une de-mi-lieue de large lur 24 brafles , fond de làble.
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- Plus loin eft le Roquet d3Eleppe , par 28 jufquà 35 brafiês d’eau , fond de roche affez doux , qui peut avoir deux lieues de large.
- Plus on s’approche enfoite des côtes d’Angleterre , plus le fond s’élève, juf-qu’à n’avoir plus que deux brafles d’eau.
- Ce petit détail , que nous ne donnons que d’après un mémoire de Pêcheur, offre une idée des plans que les Pêcheurs fo forment, du fond de la mer. Ce * n’eft cependant pas tout. Comme fur les fonds de fable & de coquillage , il fe forme des efpeces de buttes que les Pêcheurs nomment Ridainsy Rideaux , quelquefois Ridelles , & où les poiflons fe plaifent plus qu’ailleurs ; on en tient compte : on fçait, par exemple , qu’il y en a un fort grand flir le fond de Caddeville ; trois for le roquet de S. Laurent, nommés Poignants ou Rideaux devers Veau ; for le roquet de S. Michel, deux grands rideaux que les Pêcheurs appellent Bourheaux ; for le fond du Larron , un qu’on nomme de S. Martin ; fur le fond blanc d’Erangue, trois que les Pêcheurs appellent les Majfes ; &c.
- Il eft évident que des Pêcheurs qui connoilîènt dans un auffi grand détail les parages qu’ils fréquentent , & qui de plus ont eu lieu d’étudier la force & la direction des courants, font les meilleurs Pilotes-côtiers. La fonde , dont le deflous frotté de foif leur indique la profondeur & la nature du fond y leur fiiffit pour connoître leur pofition : ils fa vent, par exemple, que par tant de bralTes, fond de roche y de fable , de coquillage , de vafe , &c. ils font à tel endroit ; & au moyen de la bouffole, ils connoilfent encore pendant la nuit la route qu’ils doivent tenir pour gagner le port ou la côte, comme s’ils appërce-voient les balifos, les amers , ou les fîgnaux qui les guident pendant le jour.
- C’eft pour ces raifons qu’à Dunkerque , ainli que dans les autres ports où les grandes pêches font établies , les Chambres du Commerce fournilfent avec la plus grande confiance pour Pilotes aux Vaiifeaux du Roi qui vont dans le Nord, les Doyens des Pêcheurs ; la grande pratique qu’ils ont y leur faifànt connoître tous les bancs & les écueils : au lieu que les Pêcheurs qui ne font pas alfez anciens pour avoir paiïe par les charges qu’on peut regarder comme des preuves de leur capacité y font obligés d’aller toujours en tâtonnant & la fonde à la main.
- Uya, dans les Départements, des Hydrographes nommés & payés parle Roi pour enfeigner la théorie de la Navigation aux Elèves qui , après avoir fiibi un examen, & for l’atteftation de l’Hydrographe , font reçus Pilotes par les Amirautés. Ces Ecoles font de la plus grande utilité, for-tout pour former les Pilotes-hauturiers qu’on emploie dans les grandes navigations. Quelques principes de pilotage font même utiles aux Pilotes-côtiers qu’on prend pour les attérages ; mais c’eff la pratique de la pêche , qui donne à ces derniers une connoiflànce parfaite des fonds , des fondes & des courants.
- Ces confédérations, jointes à la grande utilité de la pêche, ont-engagé à
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- établir fur prefque toutes les côtes une elpece de Jurifdiélion Confiilaire, com-pofée de Pêcheurs qui font choifis & élus par tous leurs Camarades. Ces Juges qu’on a coutume de nommer Prud'hommes, Anciens, ou Jurés-Pêcheurs, font prefque toujours irréprochables dans leurs mœurs & leur conduite, & très-experts dans leur métier.
- Il a paru néceflàire de confier la police des pêches à ces Prudhommes, parce que les jugements lùr le fait des pêches dépendent d’une infinité de combinai-fons, qui ne peuvent être connues que par ceux qui ont long-temps pratiqué toutes les différentes efpeces de pêches. Ces railons ont déterminé nos Rois à conferver les Prudhommes des Pêcheurs dans le droit de donner des réglements de police fur la pêche , ainfi que de juger définitivement & fans appel, toutes les conteftations qui s’éleveroient entre les Pêcheurs relativement à l’exercice de leur métier. C’efl: ce qui efl: expreflement porté dans les Lettres-Patentes qui leur ont été accordées. Leurs loix , ou fi l’on veut, leurs coutumes font religieufement obfervées , quoiqu’elles ne foient point rédigées par écrit, & leurs formes judiciaires font très-fimples. Pour en donner une idée , je vais rapporter celle qui s’obferve à Marfeille.
- Quand quelque Pêcheur croit avoir droit de fe plaindre d’un autre , il donne deux fois à la boëte du luminaire de S. Pierre, 8c il déclare que c’efl: pour ap-peller un tel en jugement ; le fommé efl: obligé de comparoître devant les Prudhommes. Chacun y expofe fes raifons. L’Equipage des deux Patrons efl appellé & interrogé , & fur leur déposition le jugement efl: fur le champ prononcé & exécuté ; car fi le condamné refufe de fe fbumettre à ce qui a été ordonné , on arrête fbn bateau , 8c il ne peut aller à la pêche que quand il a Satisfait au jugement ; tous les frais fe réduifent aux deux fols qu’on a donné pour le luminaire de S. Pierre.
- Quand tout fe paffe en réglé, les Prudhommes n’étant choifis par les Pêcheurs que lorfqu’ils ont donné des preuves de leur intégrité, & que par une conduite irréprochable ils fe font attiré l’eftime des autres Pêcheurs , ils méritent d’être protégés & foutenus contre la mutinerie de quelques particuliers qui veulent s’écarter de la réglé. Il feroit même à fouhaiter qu’on eflàyât de faire déplus en plus refpeéler cette Jurifdiélion fubalterne, qui eft établie entre les Pêcheurs conformément à la fimple Nature , & qu’on les engageât à réprimer les abus qui tendent à la deftruélion du poilîbn. En un mot, il paroît ef* fentiel de conferver aux Prudhommes les petits droits qu’on leur a accordés, & qui font l’unique récompenfe honorable de leurs pénibles travaux. Je vais rapporter un fait qui fera connoître comment la jurifdiélion des Prudhommes peut influer fur la confervation du poiflon.
- Comme les Prudhommes de Marfeille veillent également à ce qui peut rendre la pêche abondante & à la confervation du petit poiflon, ils jugèrent qu’il falloit empêcher que pour certaines pêches on fe fervît de trop petits ains , P ES CH ES* B
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- afin qu’en en employant de plus gros, les petits poiflons ne pulTent pas s y
- Dans cette vue ils rangèrent par clafles, fous divers numéros , tous les ains ou hameçons de différentes grandeurs, en forte que chaque numéro fpéci-fioit la force, la hauteur & Fouverture des ains qui dévoient fervir pour telle ou telle pêche , & ils s’étoient prohibé l’ufàge de ceux qui étoient plus petits , & qui pouvoient prendre des poiffons trop jeunes pour être expofés en vente. Cette loi, quoique non écrite, fut exactement obfervée , jufqu’à ce que des Catalans étant venus pêcher dans les mers de Marfeille avec de trop petits ains , les Prudhommes s’apperçurent du tort que cette dérogation à la réglé produisit fur l’abondance du poiiîon ; ils renouvelèrent la défenfe , & contraignirent tous les Pêcheurs de fè mettre en réglé : ce qui fut exécuté tant par les Pêcheurs Provençaux , que par les étrangers*
- Nous avons prouvé que là pêche à la mer fournit à l’Etat de bons Matelots & d’excellents Pilotes-côtiers : mais la pêche , confidérée en général, préfente encore une utilité bien fenfible, quand on la regarde du côté des aliments qu’elle procure. Combien de bons poiflons s’élèvent dans les étangs 8c les rivières : les Carpes, les Brochets , les Perches, les Truites , les Barbots , les Tanches , les Lottes, les Anguilles, &c ! Plufieurs excellents poiflons fortent de l’eau fàlée, remontent dans les rivières, 8c fourniflent par-là à ceux qui habitent le Continent, une partie des productions de la mer : les Efturgeons , les Saumons, les Aiofes, les Plies, les Éperlans , 8c c. remontent dans les fleuves , quelquefois très-loin de la mer, qui eft fans contredit le réferyoir le plus abondant d’une infinité d’efpeces différentes de poiflons ; fes productions en ce genre font fi variées, que perfonne ne peut efpérer de fàvoir les diftinguer totR tes. Les Pêcheurs les plus anciens & les plus laborieux en prennent de temps en temps qui leur font inconnus , & il y a tout lieu de foupçonner que la mer en nourrit beaucoup d’autres dont on n’a aucune idée.
- On diftingue le produit des pêches en poiflons frais, quon mange tels qu’ils fortent de l’eau ; & en poiflons fàlés, marinés ou boucanés, qu’on peut confer-ver long-temps fans qu’ils fe gâtent.
- Entre les poiflons frais, les uns très-délicats ne peuvent être tranfportés loin de la mer ; il faut les confommer dans les provinces maritimes. D’autres dont la chair eft moins fiijette à fe corrompre, font diftribués par les Chafles-marée à des diftances affez confidérables dans les terres. La délicatefle 8c la rareté de
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- quelques poiflons font qu’ils ne paroiflent que fur les tables des gens riches ; les Pêcheurs les appellent la grande Marée : d’autres qui font de très-bon goût, mais plus abondants , font à portée des gens qui n’ont qu’une fortune médiocre , & ceux-là forment ce qu’on appelle la petite Marée. D’où il fuit que quand une efpece de poiflon fe montre en grande quantité fur une côte, il peut, après avoir été compris dans la grande marée, être rangé dans la petite.
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- Enfin, d’autres très-abondants & peu délicats, ne méritant pas d’être tranfpor-tés font confommés au bord de la mer par les gens peu aifés, & on ne les comprend point dans les marées.
- Pour donner une idée foperficielle des poiflons que la mer fournit, nous les diftinguerons, i°. en poilïons ronds, dont les uns remontent dans les rivières ; & de ce genre font, comme nous l’ayons dit, le Saumon, l’Efturgeon, l’Alofe , la Lamproie, l’Éperlan , &c : les autres ne remontent point dans les rivières ; tels font la Dorée, la Dorade, la Vive , le Merlan , le Colin , le Rouget , le Bar, l’Égrefin, le Célan , le Lieu, les Chiens de mer , les Mar-fouins, l'Anguille, le Mulet, la Sardine , le Maquereau, l’Orphie le Surmulet ; en Provence, la Pélamide , le Thon , la Bonite, & c. Plufieurs de ces poiflons ne font que de paflàge.
- La fécondé claffe eft celle des poiflons plats à arrête , ou cartilagineux, ce qui comprend les Raies de différentes elpeces, la Sole, le Carrelet, la Limande , la Limandelle , la Barbue, la Poule de mer, le Turbot > 8cc ; & la Plie, qui remonte dans les rivières.
- Joignons à cela les cruftacées : lesÉcrevifles dans les ruifleaux ; à la mer , les Crabes de bien des différentes elpeces , les Homards, les Langouftes , les Chevrettes, &c.
- A l’égard des teftacées, on ne tranlporte guères dans les grandes villes que les Huîtres & les Moules ; mais on en trouve au bord de la mer une infinité d’autres , dont les pauvres gens font leur nourriture.
- Ce tableau des productions de la mer, quoique repréfenté fort en raccourci, montre aux Pêcheurs de quoi faire une ample moiflon : mais il faut qu’ils fâchent où ils doivent aller les chercher ; car chaque elpece de poiffon choifit pour fon habitation le lieu qui lui convient le mieux : celui-ci fe retire dans les rochers ; cet autre *fe plaît & s’enfouit dans le fable ; plufieurs cherchent les herbiers 8c les fonds de vafe : fi quelques-uns fe tiennent dans les endroits où l’eau eft peu agitée , d’autres fe plaifent dans les courants occafionnés par les rivières ou l’agitation de la marée. Quand il fait chaud, beaucoup de poiflons s approchent de la côte , a des endroits où il y a peu d’eau , où ils trouvent leur nourriture en abondance, Lorfqu’aux approches de l’hiver le froid fe fait fentir, ils fe retirent dans la grande eau , où fe tenant à une grande profondeur, ils trouvent une eau plus tempérée.
- Un phénomène bien fingulier eft celui des poiflons de paflage qui venant dans des faifons réglées , nous offrent des pêches tout autrement abondantes que celles que peuvent fournir les poiflons qui relient for nos côtes , & qu’on peut regarder en quelque façon comme domiciliés. Quelle richefle en effet que celle que nous fourniflent dans certaines làifons les Maquereaux , les Ha-rengs, les Sardines, les Morues , les Saumons , les Thons, &c. ! Quoique ces poiflons foient excellents à manger frais , ils font fi abondants dansles faifons
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- où ils donnent à certaines côtes , que la plus grande partie feroit perdue, fi on ne fovoit pas les préparer de différentes façons pour les mettre en état d’être confervés & tranfportés fort loin. Ces poiffons foies, marinés , defféchés ou boucanés , mettent les pays les plus éloignés de la mer en état de profiter de fes richefles , & forment des branches de Commerce très-confidérables , qui font que ces pêches font d’une utilité fopérieure à celles des poiffons frais.
- Il faut que les Pêcheurs foient inflruits fort en détail de tout ce que nous venons d’indiquer, pour lavoir dans quelle foifon Sc en quel lieu ils doivent aller chercher le poiffon ; dans quelle circonftance ils peuvent l’attaquer avec avantage , & quelle façon de pêcher ils ont à choifir pour prendre telle ou telle efpece ; car il y a beaucoup de différentes pêches, & un point de notre Ouvrage qui fora bien digne de l’attention des perfonnes qui fo plaifont à réfléchir , eft l’expofé clair & détaillé de toutes les induftries que les hommes ont imaginées pour foifir leur proie , allant la chercher jufqu’au fond des eaux , dans un élément qui leur efl: abfolument étranger : induftries bien au-deflùs de celles de la chafle , où les lacs, les pièges , les filets fo tendent à la main dans un élément qui nous convient effentiellement. En effet, il n’eft pas plus fingulier de voir des poiffons en pourfùivre & en prendre d’autres dans l’eau , que de voir un quadrupède vorace , ou un oifoau de proie lùivre , cbaffe r & fo foifir des animaux dont ils font leur nourriture. Mais il le feroit beaucoup de voir des poiffons qui ne peuvent fortir de l’eau , parvenir à s’approprier des animaux qui habitent les forêts , ou ceux qui fo foutiennent dans l’air fans jamais fo repofor fur l’eau.
- L’homme qui peut tout au plus fùbfifter quelques inftants dans l’eau , a réuflî* par une infinité de moyens ingénieux, à devenir poflefleur des poiffons qui habitent un élément fi oppofé à fo nature : le gibier effàie de fo dérober à la vue du Chaffeur qui le pourfùit, & fo principale reffource efl de fuir fon ennemi ; mais il fomble que les poiffons foient féparés du Pêcheur par une barrière impénétrable , & que retirés au fond des eaux ils foient à l’abri de toute infulte : on verra que l’homme a cependant imaginé une infinité de moyens pour for-monter toutes les difficultés. C’eft le détail de ces différentes induftries que nous nous propofons de décrire le plus clairement qu’il nous fora poflible.
- Les Arts ne parviennent pas tout d’un coup à leur perfeélion ; les chofes les plus fimples fo préfontent d’abord à l’efprit , & elles conduifont aux plus compliquées qui elles-mêmes préparent à de nouvelles découvertes. D’abord fons doute ceux qui habitent les bords de l’Océan, ont été ramaffer fur le fo-ble les poiffons qui y reftoient quand la mer étoit retirée. Les Voyageurs nous apprennent que dans des parages pêu habités, où le poiffon eft fort abondant, on en prend facilement à la main , ou prefque à la main. Nos côtes ne font pas aflez poiffonneufos pour faire ufage de cette façon de pêcher. On la pratique néanmoins dans certains bafllns entre des rochers, où il refte un peu
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- d'eau à la marée bafle ; car les poifions qui n’ont pas fuivi le retour de l’eau , y font très-ailes à prêndre , & on forme artificiellement de ces fortes de réfer-voirs , en pratiquant des enceintes à claire-voie avec des filets, ou des claies , des pieux, &c. c’eft ce qu’on nomme des Parcs. En faifànt ces pêches on s’apperçut que plufieurs efpeces de Poifions s’enfonçoient dans le fable comme pour fe dérober à la vue des Pêcheurs, 8c on n’aura pas tardé à trouver des moyens pour les y aller chercher. D’un autre côté il a paru plus commode, au lieu de prendre les poifions à la main , de les piquer avec des harpons ; 8c ces premières tentatives ont conduit à faire de grandes pêches, qu’on nomme la Fichure ou le Harponage : ou bien on a fàifi les poifions dans une petite poche de filet qu’on ajuftoit entre les branches d’une fourçhe. On fe fert quelquefois de ces filets, qu’on nomme Trahies , pour prendre grande quantité de poi£ fon , lorfque dans certaines faifons ils entrent , pour ainfi dire , en foule dans les rivières. C’eft encore avec la même facilité qu’oii prend le poifion des étangs lorfqu’on en a fait écouler l’eau.
- Ceux qui habitent les bords de l’Océan , obfervant que dans le flux la mer couvre beaucoup de terrein qu’elle abandonne lors du reflux , 8c qu’il y avoit beaucoup de poifions qui montoient avec l’eau de la marée 8c fe reti-roient avec elle , ils ont imaginé une infinité de moyens pour les arrêter à leur retour ; des hameçons garnis d’appas, des chaudes ou manches, des filets verticaux , des tramails , &c.
- Peu-à-peu les Pêcheurs fe font enhardi, & font devenus plus induftrieux ; ils ont abandonné les bords de la mer ; s’étant mis dans des barques, ils fe font porté afiez avant au large , 8c ont imaginé des moyens d’aller chercher le poif-fon à une grande profondeur fous l’eau, tantôt avec des dragues qui labourent le fond de la mer, tantôt avec des filets d’une grandeur énorme pour arrêter les poifions qui nagent entre deux eaux : ils ont encore diftribué dans la mer une multitude immenfe d’hameçons , au moyen defquels on prend les poifions qui font nat îrellement voraces.
- Au refte , ce fyftême fur l’origine & les progrès des differentes maniérés de pêcher , eft purement conjeétural, 8c nous n’avons pas cru devoir le fuivre pour la divifion de notre Ouvrage. Cette marche, commode pour donner une idée générale 8c fuperficielle, ne conviendrait pas à un Traité complet des Pêches. Nous avons jugé à propos de travailler fiir un autre plan, que nous allons expofer.
- Le Poifion eft naturellement très-vorace ; il ne vit prefque que de poifions ; ces animaux font continuellement occupés à fe faire la chafle les uns aux autres ; les gros mangent les petits, & font la proie d’autres plus gras. Accoutumés à vivre de rapine , ils fe jettent avec avidité fiir ce qu’on leur préfente ; & cette voracité a fourni aux Pêcheurs divers moyens d’en prendre beaucoup en les attirant par des appas, foit dans des filets ou des nafles, foit en cachant dans l’appas Pesches. C
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- un crochet fort pointu qui tient à une corde ou à un fil de métal ; ce crochet bien engagé dans le gofier ou le palais du poiflon , permèt de le tirer hors de l’eau 8c de fe l’approprier. Cette pêche, qu’on nomme à l’Hameçon, fe pratique de bien des façons différentes que nous détaillerons dans la fuite.
- Les filets font des efpeces de filtres au travers defquels l’eau paflè aifément, 8c qui retiennent le poiiîon. On emploie quelquefois des appas pour fattirer ; mais le plus communément on fe contente de tendre des filets dans des courants d’eau pour retenir les poiflbns qui en fuivent le cours : ou bien en promenant le filet dans l’eau, on prend ceux qui fe rencontrent à fon paflàge.
- Il y a des filets de bien des efpeces & de bien des formes différentes, foivant les lieux où l’on fe propofç de pêcher , 8c l’efpece de poiflon que l’on chafle : nous eflairons de les décrire tous., 8c de faire connoître les circonftances où il convient d’employer les uns plutôt que les autres.
- -Dans rémunération des filets on doit comprendre les dragues qui fervent pour la pêche des coquillages ; 8c les naffes qui, à proprement parler, font des filets d’ofier ; ainfi que les bourdigues qui font des efpeces d’entonnoirs qu’on fait avec des cannes, 8c qui conduifent le poiflon dans des labyrinthes d’où il ne peut fortir que très-difficilement.
- On prend encore des poiflbns en les attirant avec le feu, ou en les perçant avec des gaffes, des harpons , des fouines, des tridents ; & par ces moyens, qu’on nomme la Fichure ou le Harponage, on parvient à fe rendre maître des plus gros poiflbns.
- Cet expofe fommaire des différentes Pêches préfente ce qui fera l’objet de la première Partie de notre Ouvrage : dans la fécondé , qui fera pour le moins aufli intéreflante , nous donnerons la defcription 8c l’hiftoire des Poiflbns. Ainfi les Naturalises y trouveront une Ichthyologie, que nous eflairons de rendre la plus nomplette qu’il nous fera poffible, tant par l’exaélitude des defcriptions, que par la correétion des figures ; mais que nous bornerons aux efpeces de poiflbns dont nous aurons puavoir une parfaite connoiflànce.
- Ce tableau préfente un travail bien étendu, Voici l’ordre que nous avons fiiivl dans fon exécution.
- Tout l’Ouvrage eft divifé en deux Parties. La première , comme nous venons de le dire , comprend l’hiftoire des Pêches ; la fécondé , celle des Poifo fons qui en font le fruit.
- Nous avons diftingué les Pêches en trois Seétions principales , qui feront di-vifées en plufieurs chapitres & articles.
- La Pêche aux Hameçons forme la premier© Seétion.
- - Nous expofons dans la fécondé les Pêches qu’on fait avec toutes fortes de Filets.
- On trouvera dans la troifieme différentes façons dépêcher, qui n’ont pas pu fe ranger avec celles des deux premières Seétions.
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- U s’agira dans la fécondé Partie de faire connoître les Poifîbns qui font le produit de la pêche. Chaque genre de Poiffon formera un chapitre , & chaque efpece un article. Nous aurons foin de rapporter dans l’article ou il s’agira d’une efpece de Poiffon, la façon de le prendre , lorfqu elle exigera des précautions que nous n’aurons pas foffifàmment détaillées dans la première Partie. Ainfi , par exemple, comme nous nous ferons borné dans la première Partie à dire que la plupart des Morues fe prennent avec des hameçons, & de repréfenter ceux qu’on emploie pour cette pêche ; nous ferons remarquer dans le chapitre particulier de la Morue, qu’il y a plufieurs efpeces de ce genre, & différentes façons de les prendre. Nous indiquerons les parages où l’on fait cette pêche : nous détaillerons auffi la maniéré de filer ou fécher ces poiflons , pour les mettre en état d’être tranfportés dans des lieux fort éloignés fans le corrompre.
- Nous traiterons de même ce qui regarde le Hareng , la Sardine , le Maquereau , le Saumon , &c.
- De femblables détails , qui font nécefîairement très-variés, rempliront la fécondé Partie ; ils ont en eux-mêmes affez d’agrément pour intéreffer les Natu-raliftes , & occuper les Perfonnes curieufes. D’un autre côté l’utilité qui en ré-fulte , eft une raifon de plus pour nous faire efpérer que notre Ouvrage fera reçu favorablement du Public. "
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- TRAITE DES PESCHES.
- PREMIERE SECTION.
- D E LA PESCHE AUX H a me ç o n s. Conjectures
- SUR lIn VEN T ION DE CETTE PESCHE.
- I l eft probable , comme nous lavons déjà dit, que la voracité des poiflbns a fait imaginer cette façon de pêcher : effeélivement fi 1 on jette à beau un morceau , {bit de viande , foit de chair de poiflon , dans un endroit un peu poiflbn-neux , on voit un grand nombre de ces animaux {e jetter deflùs avec avidité , & fe dilputer la proie qu'on leur préfente. Cette remarque a pu donner l'idée d'attacher l'appas au bout d'une corde ; & le poiflon l'ayant avalé goulûment avec une partie de la corde , on eft parvenu en la tirant à foi à en amener quelques-uns à terre.
- Au moins eft-il certain que làns aucun autre appareil on peut prendre ainfi quantité de grenouilles 8c d'écrevifles.
- On dit même que dans des endroits où il y a beaucoup d'anguilles, on en prend avec une baguette de bois tendre, dont on fourre le bout apointi dans un gros ver ; les anguilles s’y attachent fi opiniâtrément qu'on peut les tirer de l'eau {ans quelles lâchent la baguette.
- J'ai lu quelque part qu'à la côte de Valence en Elpagne , on pêche des anguilles depuis le mois de Juin julqu'en Novembre , avec des ficelles au bout delquelles on met un petit morceau de nerf de bœuf ; apparemment que les dents des anguilles s'engagent dans le nerf qui a de la fermeté.
- Sans doute que s'étant apperçu que fouvent le poiflon lâchoit fa proie avant d'être à terre , on a imaginé de mettre dans l'appas un crochet fort pointu , qui entrant dans le palais ou le gofier du poiflbn, empêchoit qu’il ne l'abandonnât.
- Il eft probable que ces premiers crochets étoient des épines d'arbre ; d'autant qu'on s'en fort encore à quelques-unes de nos côtes : & des Voyageurs rapportent que les Naturels du Bréfil fo forvent d'épines quand ils n'ont point de crochets de métal.
- On lit auffi dans ÏHlJloire Naturelle (TI[lande, que les hameçons dont fo forvoient les Iflandois, étoient anciennement faits avec des os. Dans la fifite nous parlerons plus en détail de toutes ces chofos : il fiiffit d'avoir fait appercevoir comment il nous paroît que la pêche aux hameçons s'eft perfeélionnée peu-à-peu#
- CHAPITRE
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- S ec T. /. De la Pêche aux Hameçons.
- CHAPITRE PREMIER.
- Conjidérations générales fur la Pêche aux Hameçons.
- X l nous a paru convenable , avant que d’entrer dans les détails fur la Pêche aux hameçons , de préfonter des idées générales qui forviront en quelque forte cTin-troduélion à ce que nous avons à dire dans cette première Seétion. Ce premier Chapitre ne contiendra donc que des généralités , ou plutôt des connoiflànces préliminaires, que nous difouterons dans autant d’articles féparés.
- Article Premier.
- Des Avantages qui font particuliers a la Pêche aux Hameçons»
- La pêche aux hameçons mérite d’autant plus d'être décrite avec foin, qu'on peut la Faire fur toutes fortes de fonds, même au milieu des roches. Elle eft pratiquable dans toutes les faifons de l'année, ôt prefque par toute forte de temps ; car il faut que la mer foit bien groffe pour être obligé de fulpen-dre cette pêche.
- De plus, elle eft à portée des plus petits Pêcheurs, quoiqu'elle puifle s'étendre iuf-qu'à former une des grandes pêches qu'on faffe à la mer.
- Ajoutons qu'elle eft fans contredit celle qui contribue le moins à la deftruêlion du poiffon ; elle ne bouleverfe ôt ne gâte pas les fonds ôt les herbiers où les poiffons dé-pofent leur frai, ôt où fe retirent les plus petits pour fe tenir à l’abri des courants, ôt à couvert des gros poiffons qui leur donnent la chaffe : ainfi cette pêche ne porte aucun préjudice aux endroits qui facilitent l’empoif-lonnement de la mer ôt des rivières.
- Il eft certain que fi l'on ne pratiquoit que cette pêche, on auroit toujours du poiffon en abondance ; auffi eft-ce prefque la feule façon de pêcher ufitée au Mexique, où la mer eft toujours très-poiffonneufe : & à Cadix , c'eft celle qu'on pratique principalement en été pour la pêche du poiffon frais.
- Quantité d'autres façons de pêcher blef-fent Ôt meurtriffent une infinité de poiffons, qui dans cet état ne peuvent être tranfportés aux lieux où l'on en fait la confommation. Ainfi il en réfulte une deftruêlion énorme qui ne tourne ni au profit des Pêcheurs, ni à l’avantage du Public.
- Au contraire , quand on pêche avec les hameçons , le poiffon qui mord aux appâts eft prefque toujours affez grand pour entrer dans la vente ; il eft très frais, ôt pour ainfi dire, encore vivant, quand on le débarque, parce que fouvent les hameçons ne reftent que quel-
- Pesches.
- ques heures à la mer ; ôt la plupart des Pêcheurs ne fe fervant que de petites barques, s’échouent fréquemment à la côte pour y décharger leur poiffon, ôt recommencer aufli-tôt leur pêche. Les Chaffe-marées qui en font prévenus, s'y rendent ; ils chargent le poiffon * ôt peuvent le tranfporter fort loin dans l'intérieur du Royaume.
- Il n'en eft pas de même de celui qui a été meurtri ôt fatigué par les filets ; il eft fouvent mort Ôt Oyê quand on le retire de la mer ; ôt s'il a refté long-temps dans les filets, il eft prefque gâté avant qu’on puiffe l’expofer en vente.
- Les poiffons les mieux conditionnés font donc ceux que fournit la pêche aux hameçons ; c'eft; pourquoi les Chaffe-marées les payent beaucoup plus cher que ceux qui ont été pris aux filets.
- S’il y a un reproche à faire à cette pêche aux hameçons, c’eft qu'elle confomme une grande quantité de poiffons pour les appâts. Quand on emploie à cet ufage de petits poiffons de toute efpece , comme il en faut quelquefois jufqu’à fix pour un feul hameçon, c’eft un grand préjudice pour l’empoiffonne-ment de la côte : Ôt attendu qu’il arrive fouvent que les Pêcheurs font obligés d’en acheter de gros, ce font des frais confidé-rables, dont quelquefois le produit de la pêche ne les dédommage pas.
- Mais on peut dire à l’avantage de cette pêche, qu'on y prend de prefque toutes les efpeces de poiffon. Dans les eaux douces, outre les Goujons, les Ablettes, les Eperlans de riviere, les Loches, les Gardons, on prend des Brèmes, des Barbeaux, des Lottes, d?s Anguilles, des Perches , des Tanches, des Brochets, des Carpes, des Truites, des Saumons, quelquefois des Efturgeons.
- On prend aulfi à la mer toutes fortes de poiflbns plats, des Soles , Plies, Bar-
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- 14 TRAITÉ DES PESCHES.
- bues, Limandes, Carrelets, Turbots, Raies, encore des cruftacées de plufieurs genres, ôcc. & de prefque toutes les efpeces de poif- Ainfi on peut dire qu’on prend avec les ha-fons ronds, tels que Merlans, Maquereaux, menons des poiffons de tous les genres, ôc des Vives ,Bars, Mulets , Morues , quelquefois efpeces les plus eftimées. des Thons, des Efturgeons, des Marfouins ; ôc
- Article Second.
- Explication de quelques Termes qui font particuliers a la pèche aux hameçons.
- Comme nous ferons obligés d’employer différents termes qui font propres à la forte de pêche qui nous occupe présentement, ôc qui font peu connus de ceux qui n’ont pas fait une étude des pêches, il eft néceffaire , pour nous rendre intelligibles, de les définir, ôc d’entrer dans quelques détails qui forment, pour ainfi dire , les principes fondamentaux de la pêche aux hameçons. Ce que nous aurons a dire dans la fuite en deviendra plus clair.
- Il eft à propos de prévenir qu’on ne doit pas être furpris de voir donner quantité de noms différents aux mêmes objets, fur-tout quand ils appartiennent à la Marine , puif-qu’on parle différentes langues ou différents patois dans plufieurs des provinces de France qui bordent la mer. D’ailleurs il n’y a point de petit port où les Pêcheurs n’ayent adopté des exprefïions qui leur font particulières, ôc qui fouvent ne font que celles des ports voifins défigurées. A notre égard nous avons employé les termes qui nous ont paru être d’un plus commun ufage , fans prétendre qu’ils foient meilleurs que les autres.
- Il eft affez ordinaire de dire indifféremment Pêcher à la ligne, ou à îhameçon : cependant ces termes ne font point fynonymes ; Ôc pour prendre une jufte idée de leur lignification , il faut être prévenu que les Marins appellent Ligne une corde menue : c’eft dans ce fens qu’ils difent une Ligne dépêché, une Ligne de loc, une Ligne de fonde, une Ligne d'amarrage, ôcc. Ainfi, exactement parlant, la ligne eft la corde ou ficelle, à laquelle on attache le crochet qu’on a coutume d’appel-ler Hameçon : ôc c’eft pour cela qu’on dit Pêcher à la ligne , lorfqu’on pêche avec un hameçon ; prenant dans ce cas la ligne pour la partie principale de cette pêche. Mais pour que cette expreflion fût exa&e, il ne faudroit l’employer que quand on tient à la main une corde fimple, au bout de laquelle eft un hameçon.
- Si l’on tient à la main une perche à laquelle eft attachée une ligne garnie d’un hameçon, cette maniéré de pêcher fe nomme à la Canne , ou Cannette, en Italie Canna ou Canaccia, parce que l’on compare la perche à une canne, d’autant que cette perche eft fouvent faite avec un rofeau ; qui s’appelle en Latin Canna,
- Quelquefois, fans fe fervir de perche, on tient à la main une ligne garnie d’un ha-
- meçon : c’eft ce qu’on peut appeller exaéle-ment Pêcher à la ligne. Les Pêcheurs de rivière nomment Bricolle cette même ligne, lorfqu’elle eft amarrée à un pieu dans une riviere.
- Quand on attache plufieurs lignes à un corps pefant qu’on laiffe tomber au fond de l’eau, cette façon de pêcher s’appelle Pêcher par fond ; ôc elle prend différents noms fui-vant qu’on difpofe différemment les hameçons, ou autour d’un cerceau, ou au bord d’un panier qu’on appelle en Provence Coujfe de pa-langre ; ou à une croix de fer que les Provençaux nomment Fourcjuette ; ou à une baguette recourbée ôc chargée d’un plomb,qu’on nomme P Archet ; ou de plufieurs autres façons qui reviennent àpeu-près à la même, ôc dont nous parlerons dans la fuite.
- Des lignes garnies d’hameçons qui font attachées à une pierre au bord de la mer, s’appellent petites Cablieres, dans l’Océan ; parce que les pierres dont on fe fert pour faire caler les cordes , fe nomment aufïï Cablieres.
- A l’égard de la Pêche aux groffes Cablieres, elle confifte en une corde qui répond à deux groffes pierres, ôc qui dans fa longueur eft garnie de cordes menues auxquelles font attachés les hameçons.
- Quand des cordes menues garnies d’hameçons fe trouvent diftribuées en nombre fur une corde principale, cette corde s’ap-v pelle dans l’Océan Bauffe ou Maîtrefje Corde, ôc dans la Méditerranée Maiftre de palangre , parce que ce qu’on nomme dans l’Océan Pêcher aux cordes, s’appelle dans la Méditerranée Palangrer : dans l’Océan on dit un Pêcheur Cordier, ôc dans la Méditerranée un Pêcheur Pdlangrier. Les Génois appellent Pa-ramitte ce que les Provençaux nomment Palangre.
- Affez fouvent au lieu de tendre les bauffes fur le fable avec des cablieres aux bouts, on les attache fur des piquets ; c’eft ce qu’on nomme Tendre fur Pâlots.
- A l’égard des lignes fines qui partent de la maîtreffe corde, on les nomme dans l’Océan Lignes ou Lannes, quelquefois Semelles. C’eft au bout de ces lignes latérales que font attachées celles qui portent les hameçons : ôc celles-ci fe nomment Piles ou Empiles dans l’Océan , Ôc Breffeaux dans la Méditerranée. Il eft affez ordinaire d’attacher les hameçons immédiatement aux lignes qui partent de la maîtreffe corde ; en ce cas elles tiennent lieu
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- S e c r. /. De la Pêche aux Hameçons<
- de piles , ÔC en portent quelquefois le nom.
- Une piece de cordes, garnie d’empiles ôc d'hameçons, fe nomme fouvent dans l’Océan une Piece d'appelet : ôc un nombre de pièces d appelets ajoutés bout-à-bout,forme ce qu’on nomme une Teff'ure. Cette dénomination con-viendroit mieux aux filets ; mais les Pêcheurs-cordiers fe la font approprié. C’eft par un femblable abus de dénomination que les Pê-cheurs-cordiers difent qu’ils tendent leurs Rets, lorfqu’ils mettent une tellure à la mer.
- O/i varie encore de plufïeurs autres ma-nierefs la difpofition des cordes : d’où réful-tent différentes façons de pêcher, auxquelles on donne des noms particuliers, comme quand on dit Pêcher par fond ou à corde flottante , qu’on nomme la Bélêe ou au Libou-ret, ôcc.
- Nous aurons fouvent occafion de parler de ces diverfes pêches ; mais nous nous contenterons préfentement d’en donner une légère idée. Il faut donc favoir que certains poiffons ne quittent guères le fond de l’eau, & qu’on ne peut les pren dre qu’avec une tef-fure étendue fur le fond. Pour cela on la charge de corps pefants ; c’eft ce qu’on nomme Pêcher par fond.
- D’autres poiffons fe tiennent entre deux
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- eaux, & pour les prendre on met quelque* cailloux fur la maîtreffe corde, que Ton empêche d’aller au fond-, en lafoutenant de dif-tance en diftance par des lignes garnies de flottes de liège qui nagent fur l’eau. Il eft fenfible qu’en tenant les lignes plus ou moins longu es on fait enforte que la teffure foit plus ou moins éloignée de la fuperficie. Quelquefois encore on met les flottes de liège fur la maî-treffe corde, Jôc on charge les empiles de petits morceaux de plomb ; c’eft ce qu’on pratique dans les chaleurs de l’été, quand les poiffons s’approchent de la furface de l’eau, y étant attirés par des infeêtes qui s’y trouvent quelquefois en grande quantité : ces pêches fe nomment entre deux eaux, ou la Bélêe.
- Les crochets de métal qu’on attache au bout des lignes ou des piles, fe nomment communément des Hameçons ; mais c’eft improprement : les Pêcheurs de l’Océan les appellent des Hains , & les Provençaux Mouf-c le aux. Nos Pêcheurs réfervent le terme $ Hameçon pour un hain garni de fon appas. Dans ce fens on peut dire exa&ement Pê-~ cher à l'hameçon , puifque pour prendre du poiffonil faut que l’hain ait fon appas. Voilà des généralités : reprenons plus en détail ces différents objets.
- Article Troisième.
- Des Cordes , Bauffes , Lignes , Empiles.
- On fait pour de petites pêches, comme à la canne, des lignes fines avec du crin ou de la foie ; mais pour les grandes pêches, les maîtreffes cordes , de même que les lignes & les empiles , font faites avec de bon chanvre , premier brin, filé plus ou moins fin, fui-vant la groffeur que doivent avoir les lignes. On commet ordinairement ces fils en aufliere Ôc rarement en grelin : les aufïieres font faites de deux ou trois fils, ou trois faifceaux de fils fimplement commis les uns avec les autres , ôc les grelins font faits avec trois auf-fieres commifes enfemble *. Au refte on pro-
- Ï>ortionne la groffeur des cordes ôc celle des ignés à l’efpece de poiffon qu’on fe propofe de prendre.
- Lorfque les piles ou empiles doivent être groffes, on les travaille ordinairement comme la maîtreffe corde, avec la feule différence quelles font plus menues , comme on le voit en G HI, Fig. 1. PL IL Mais quand les hains font petits , on les attache immédiatement à la ligne qui eft faite d’un fil retors , formé de 2 bons brins de fil à coudre, PL IV. Fig. 1 * A B\ alors la ligne fert d’empile; c’eft ce fil double qu’on appelle du Bitord : nous dirons dans la fuite comment on le fait.
- * Voyez le Traite de la Fabrique des manœuvres des Vaif-leaux , ou 1 Art de ta Corderie perfectionné , publié à Paris en 1747* & réimprime en 1765, avec des additions confidé-rables.
- Quand on fe propofe de prendre des poiffons qui couperoient les empiles avec leurs dents , on fait les piles avec du crin, PL Fl. Ftg. 1. & 2. Quelques perfonnes trouvent plus avantageux de tordre les fils de crin pour en former un cordonnet, comme nous l’expliquerons dans la fuite en parlant de la pêche à la canne. Mais il vaut mieux faire ces empiles avec du fil de laiton , tantôt fimple , PL IV. Fig. 2. tantôt double, PL IL Fig. 2. ou encore roulé en forme de cordonnet, PL L Fig. p. Quelquefois aufîi, comme nous le dirons dans la fuite, on fait avec ce fil une efi-pece de chaînette.
- Sur la maîtreffe corde A B, PL IL Fig. 1. font attachées par un nœud qu’on nomme une double Clef, des cordes latérales fembla-bles à CCj que nous avons dit qu’on nommoit Lannes, Semelles, ôc en Provence Breffeaux. C’eft à l’extrémité de ces lannes que font attachées les piles ou empiles G H. On donne aufli le nom de Lanne aux cordes D qui attachent les cailloux £ à la maîtreffe corde.
- C’eft aux piles G H1 que font attachés les ains K.
- Il y a des piles ou empiles (impies, PL III. Fig. 1. G G ; d’autres doubles, même Planche , Fig. 2. & s. B DG ; on les nomme Piles ovales, Ôc quelquefois Ejlroppes.
- Nous avons repréfenté fur la PL IL Fig. 1. un caillou E attaché à la maîtreffe corde A B
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- TRAITÉ DES PESCHES.
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- par une lanne D, au moyen d’un nœud qu’on nomme Demi-clef. •
- La Fig. 4. PL HL Fait voir en grand le nœud F, qu’on nomme une Clef : ôt le caillou E, même Planche, eft amarré à la maî-trelTe corde A B par une Lanne double D.
- Quand la maîtreffe corde n eft pas fort grofTe , les cailloux y font fouvent attachés immédiatement, comme on le voit en D, PI. IV. & PI. V.
- La plupart des lignes ou cordes qui font faites de chanvre, font tannées, quelquefois même gaudronnées : ce n’eft pas feulement pour les faire durer plus long-temps, mais encore pour que le poiffon trompé par la couleur , prenne la ligne pour du varec, ôt en foit moins effarouché. C’eft pareillement dans cette vue qu’on les teint quelquefois en verd. Nous décrirons ces différentes préparations dans la fuite.
- On prétend que les Groenlandois empilent leurs hains avec des lames fines ôt longues , prifes des barbes de baleine , dont ils favent aufïi faire des filets.
- Au Bréfd Ôt dans plufieurs Ifles de l’Amérique , on fait de très-bonnes lignes avec du fil de pitte : on fait que ce font des filaments qu’on retire des feuilles d’une efpece d’a-loës ou aloïdes.
- Les Voyageurs difent qu’en Guinée à la Côte d’Or, on fait les cordes pour la pêche avec des écorces d’arbres.
- Suivant un Mémoire du Canada , on fe fert indiftinôlement pour la pêche, ou de
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- cordes de chanvre tirées d’Europe , ou de celles qu’on fait dans le pays avec de l’écorce d’un bois blanc, qui étant bien préparées font aufïi régulières que celles de chanvre. Ainfi elles reviennent à peu-près aux cordes qu’on fait en France avec l’écorce de tilleul ou celle de mûrier.
- Sur la Méditerranée on fait quelquefois les maiftres de palangre avec une efpece de jonc qui vient du Levant, ôt qu’on nomme dujfoç Aujfe ou Sparte. Cette plante croît abondamment en Efpagne Ôt à Malthe, où on en fait différents ouvrages, comme paniers ou couffes, nattes, cordages, filets : il y en a de deux efpeces ; fçavoir :
- i°. Spartum Herba Plinii, qui eft le Spar-tumprimum Clufii, que M. Von Linné ( Sp. Plant. 116. ) a nommé Stipa tenacijpma , feu Stipa ariflls bafi pilojis, paniculâ fpicatây fo-his filiformibus.
- 2°. Spartum alterum Clufii, que M. Von Linné a nommé (Sp. Plant. 78.)Lygeumy ôt Spartum proprement dit : celui-ci fe trouve en Efpagne dans des champs argilleux.
- En conféquence le numéro 1. qui vient dans le fable , eft plus fin Ôt plus propre à faire de bons ouvrages que le numéro 2. On trouve dans Clufius une énumération exade de toutes les propriétés du Sparte.
- Dans quelques endroits on fait de gros cordages pour la pêche avec des farments de vigne, ou avec deqeunes branches pliantes de différents arbres, comme le faule, le peuplier , l’ofier, Ôte.
- Quatrième,
- De la façon de fabriquer les Cordes, Lignes & Empiles pour la pêche.
- Les principales cordes ou les empiles pour les gros hains font faites par les Cordiers qui choififfent le meilleur chanvre, ôt le travaillent avec tout le foin dont ils font capables ; ainfi nous renvoyons pour ce point à l’Art de la Corderie que nous avons déjà cité. Nous parlerons dans la fuite des petits métiers qui fervent à faire les lignes de foie ôt de crin ; mais il nous a paru convenable de donner ici la connoiffance d’un métier qu’on emploie fur les côtes de Picardie ôt de Normandie , pour faire les lignes ôt empiles fines de chanvre. Nous en fommes redevables à M. de Four-croy, Ingénieur en chef à Calais, qui nous en a envoyé le deffein que nous avons fait graver.
- Les Peilles, Piles ou Peies , auxquelles pendent les hains des Pêcheurs-cordiers, ne font autre chofe que des bouts de bitord. Rien ne feroit plus aifé que de retordre ôt doubler ces bouts de fil à la main, pour en faire du bitord propre à empiler les ains, comme font les Charretiers pour mettre des touches à leurs fouets. Mais à la quantité qu’il en faut aux Pêcheurs-cordiers , cette opération feroit fort longue, au lieu qu’elle
- devient très-courte au moyen d’une machine affez fimple, dont fe fervent quelques femmes qui vendent les peilles toutes faites aux Pêcheurs. Cette machine , qu’elles nomment un Quané 9 peut former 18 à 20 peilles à la fois en 8 ou 10 minutes.
- Le quarré ( PL VIII. ) eft compofé d’une piece de bois A B C D, évidée dans le milieu de fa hauteur depuis B jufqu’en C, ôt fou-tenue plus ou moins haut, fuivant la longueur des peilles que l’on veut faire, par fes Tenons A & D, au moyen des Chevilles mobiles F, F, fur deux pendants évidés de même, qui font fixés à quelque foliveau du plancher. Dans le vuide B C eft un rang de plufieurs Poulies de bois,faites en maniéré de bobines , ôt nommées en Picardie Toulet-tes. Elles font fixées par de l’étoupe, chacune à leur broche verticale qui porte un crochet 1. 2. 3.4. f. ôte. Ces broches peuvent tourner librement dans les trous haut ôt bas, qu’elles enfilent dans la piece de bois ABCD. En F ôt G font deux autres Toulettes qui tournent librement autour de leurs axes fixés ho-rifontalement dans la même piece de bois,
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- Sect. L De la Pêche aux Hameçons.
- & qui font uniquement l’office de poulies de renvoi.
- Si partant de H on paffe un fil fans fin fur ' la poulie F> faifant enfuite faire à ce fil une révolution autour de chaque toulette, toujours d’un même fens, pour revenir par la poulie G en / Ôc H , il eft évident qu’en tirant continuellement ce fil de G I vers H, toutes les toulettes i. 2. 3.4. £. ôte. tourneront continuellement fur leurs centres , d’un même fens ; Ôc avec elles, leurs axes ou broches à crochets. Elles feront ici l’office des molettes des rouets dont fe fervent les Cordiers.
- On donne à ce carré plufieurs autres formes qui ne changent rien à fon ufage. On obferve plufieurs attentions fur le choix du bois des toulettes ; fur la façon de les faire porter pour quelles tournent librement, Ôte. Il faut remarquer que la première toulette vers B n’eft point non plus fixée fur fon axe ; c’eft fon axe qui eft fixé par de l’étoupe dans la piece de fupport. Cette toulette ne fait que l’office de poulie pour maintenir le fil dans la direêlion du milieu des autres qui ont des broches à crochets, ôt qui doivent être en nombre pair.
- a,b,c, d, *?,/, ôte. font des poids de plomb , plus ou moins lourds, fuivant la groffeur du fil à retordre, qui portent chacun une broche à crochet, ôc font rangés à terre fous les toulettes, en nombre qui foit moitié de celui des toulettes.
- K L eft une réglé de bois léger, nommée la Solette, fur Fépaiffeur de laquelle on a ménagé des appendices m, m , m , à rainure en demi-cylindre, c’eft-à-dire , figurées comme des demi-poulies , ôc qui doivent être efi
- Î>acées entre elles proportionnément aux tou-ettes du carré, comme on le voit à la Figure ôc à la coupe ».
- L’Ouvriere ayant fa pelotte de fil ou de ficelle, auprès du carré, dans un petit baquet avec de l’eau, attache le bout de ce fil par un nœud au crochet 1. de la première toulette à broche ; de-là le fait paffer dans le crochet a du premier plomb qui eft à terre, le ramene au crochet 2 de la fécondé tou-
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- lette, où elle le noue ; Ôc tout de fuite le paffe au crochet fuivant 3 ; de là au crochet b du fécond plomb ; le ramene ôc le noue au crochet 4. puis le palfe au crochet c * ôcc. jufqu’au bout du carré. Enfuite avec un couteau elle coupe le fil dans les intervalles des toulettes, de 2. à 3 , de 4. à 5, de 6. à 7. de 8. à 9. ôcc. ôc alors , en termes de Corde-rie, les bitords font ourdis. Le crochet du plomb pendu au pli d’en bas de chaque fil va fervir d’Emerillon ; Ôc le poids en s’élevant de terre à mefure que le fil fe raccourcira, fervira de ce qu’on appelle le Carré dans les Corderies. Mais afin que les deux parties de ce même fil qui doivent former chaque brin de bitord, comme 1 a 2. premier brin, 3 £ 4. fécond brin, ôcc. ne fe réunifient pas trop tôt, il faut mettre un Toupin entre deux ; c’eft à quoi fervira la Solette.
- L’Ouvriere la prend par une de fes oreilles K ou L ; la préfente.auprès des crochets des toulettes en n, 0, pour faire entrer ai-fément chaque appendice m, m , m, dans l’un des intervalles entre les deux parties de chaque brin 1 a 2. 3 b 4. 3 c 6. ôcc ; puis abaiffe en même temps la folette jufqu’à quelques pouces des crochets des plombs en K L.
- Tout étant ainfi difpofé, elle tire le fil fans fin dans le fens de G I en en-bas pour faire tourner les toulettes. Alors les deux portions de chaque brin de fil, comme 1 a ôc 2 a, ou*i<? k ôc 20 k, fe retordant fortement , ôc fe raccourciffant à proportion , commencent à fe doubler au-deffous de la folette, en faifant tourner le plomb dès qu’il perd terre. Il arrive en même temps que chaque appendice m, m, m, de la folette fe trouve par la duplicature du fil plus comprimée dans le bas de fa rainure que dans le haut ; ce qui fait glilfer la folette, ôc la repouffe vers les toulettes fans que l’on y touche. Quand la folette parvient en remontant à quelques pouces des toulettes , vers n 0, l’Ouvriere Fenleve d’entre les fils , ceffe de tirer le fil I H , décroche les plombs, ôc les peilles font faites. Elle les décroche des toulettes, ôc recharge fon carré de nouveau fil pour en faire d’autres.
- Article Cinquième.
- Des differentes maniérés d’Empiler les H ainsi
- On attache de différentes façons les hains aux lignes ou aux piles, fuivant la différente groffeur de ces lignes ou piles.
- En général, fi la ligne eft fine ôc que l’hain foit terminé par un anneau, PL I. Fig. 1.2. 3.4. 6. 7. ïo. & ii. on paffe deux fois dans cet anneau 1 extrémité de la ligne , Ôc on l’ar-tête par un nœud : ou bien fans faire ce nœud, on approche 1 un de l’autre les deux bouts de la ligne, ôc on les joint enfemble par plusieurs révolutions d un fil retors p dont la P ES CH ES.
- groffeur eft proportionnée à celle de la ligne ôc de l’hain.
- Quand l’hain eft terminé par un applatiffe-ment, on tourne autour de l’hain l’extrémité de la li g ne pliée en deux, ôc on paffe les deux bouts dans la boucle que forme la duplicature. Plus on tire la ligne, plus le nœud F fe ferre, PL III. Fig. 1. Ce nœud fuffit pour afi fujettir les petits hains à des lignes fines. Mais quand les lignes font plus groffes ôc les hains plus forts, on affujettit encore le nœud par
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- des révolutions d’un fil retors , PL III. Fig*
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- Quelquefois pour la pêche de la Morue , une ligne affez groffe eft fufîifamment arrêtée par un fimple nœud A, PL Fil. Fig. i.
- On a coutume d’attacher les hains un peu gros à des piles doubles , qu’on nomme aufïi Empilage ovale. Tels font les hains, PL I. Fig. 12. 13. êt 14. Pour les faire , on plie en deux la corde qui doit former la pile ; on en détord les deux bouts , on les éfiloche
- Î>our qu’ils s’appliquent plus exa&ement fur e corps de l’hain , au-deffous de l’évafement qui le termine , & on affujettit ces deux bouts fur le corps de l’hain par des révolutions d’un fil retors, ciré ou poiffé , qui doivent s’étendre non-feulement fur le corps de l’hain depuis E jufqu’en D , PL II. Fig. 1. & autres, mais encore fur les branches de l’empile jufques vers H.
- Les Anglois font leurs empiles en forme de cadenette, PL III. Fig. 2. F B G: elles en font plus fouples, ce qui eft avantageux.
- Comme la partie applatie de l’hain eft fou-vent un peu tranchante, elle pourrait bief-fer les Pêcheurs lorfqu’ils fourrent leur main dans le gofier de certains gros poif-fons pour en retirer l’hain; fur-tout quand on fait la pêche de la Morue , où il faut opérer fort vite : on prévient cet accident en couvrant la partie tranchante avec une bande de cuir ou d’étoffe D, PL LFig. 12. 13. & 14, qu’on retient parles mêmes révolutions de fil qui arrêtent l’empilage. Cette petite bandelette fe nomme Atiche.
- On voit dans la PL Fl. Fig. 3. un empilage a b y fait avec une efpece d’écheveau de fil qui eft lié de diftance en diftance par des fils de travers , comme un bout de tabac. Le mérite de cet empilage eft d’être fort fouple.
- Article
- Nous avons déjà dit que quand on pêche des poiffons qui ont de fortes dents , on fait les empilages en crin A C, PL FI. Fig. 1. On en a encore repréfenté un autre, Fig. 2 : mais à l’extrémité de l’empilage de crin C A il y a un petit bout de fil de laiton B, qui réfifte mieux que le crin aux dents des poiffons : cependant il vaut mieux faire tout l’empilage avec un feul fil de laiton GH, PL IF. Fig. 2 ; ou faire avec le même fil un empilage double fgh, PL II. Fig. 2. Dans l’un & l’autre cas , on attache le bout de l’empilage à l’hain avec des révolutions d’un fil de laiton fin & recuit.
- Pour les poiffons moins gros, comme font les Brochets , on roule l’un fur l’autre deux fils fins de laiton ( PL I. Fig. ÿ. ) d’un pied de longueur, plus ou moins ; ou bien en joignant les uns aux autres plufieurs pareils cordonnets , on en forme une chaîne qui a l’avantage d’être plus fouple que l’empilage qui eft d’un feul morceau.
- Les empiles de corde ou de métal font attachés aux lannes C, PL II. Fig. 1. par un nœud qui forme une demi-clef G : ou fur fa même Planche, à la lanne i, Fig. 2. par le nœud h. Dans la Fig. 1. PL III. l’empilage GG eft fimple ; ce n’eft qu’une lanne attachée en C à la maîtreffe corde A B.
- Au refte on voit affez fenfiblement fur les Planches les différentes maniérés d’attacher les hains aux empiles ou aux lannes, & les empiles aux cordes. Tous ces objets étant re-préfentés dans la groffeur qu’ils ont effeêti-vement, on a coupé les cordes Ôc lignes qui étoient trop longues pour être repréfentées fur les Planches. Les lignes ponctuées marquent les endroits coupés, & on y a mis des chiffres qui indiquent combien on en a retranché.
- Sixième.
- Des Hains dont onfefert pour prendre différentes efpeces de poiffons *.
- Il s’agit ici de crochets qu’on attache à l’extrémité des lignes, & qu’on a coutume d’appeller Hameçons ; quoique, comme nous en avons déjà averti, ce terme foit impro-pre;car les Pêcheurs nomment Hain ces fortes de crochets, terme qui peut venir de Hamas, & ils appellent Hameçon un hain qui eft amorcé ou garni de fon appas.
- Les Pêcheurs de quelques côtes, particuliérement depuis S. Vallery en Somme juf-qu’à Etaples, fe fervent affez communément d’hains de bois, qu’ils font avec des épines , auxquelles ils confervent un peu du bois de la branche ; ce qui a fait nommer la pêche qu’ils font avec ces hains, Pêche à LEpinette.
- Comme ces Pêcheurs s’établiffent fur des fonds de vafe, ils prétendent que les hains de
- métal s’y enfonceroient au point de n’être pas apperçus par le poiffon ; ce qui n’arrive point aux épines qui font plus légères que le volume d’eau qu’elles déplacent. Comme ces épines n’ont pas de barbillon, il doit s’échapper beaucoup de poiffon ; ainfi il paraîtrait préférable de rendre les hains de métal fufîifamment légers, au moyen d’un petit morceau de liège. Mais les hains d’épine coûtent moins que ceux de métal ; & c’eft chez les Pêcheurs une raifon dédiive pour leur donner la préférence.
- Nous avons déjà dit que les Groenlandois fe fervoient anciennement d’hains faits avec des os de poiffon; mais ils n’en font plus d’ufage depuis que les Hollandois & les Danois leur en ont fourni de métal.
- * On dit Hain , Ain, ou Ein , ou Inge : les Pêcheurs Normands & Picards dilênt Acq , Acque ou Eiche : les Bretons, C/<i-veaux : les Provençaux, Moufclean ou Fer à croq ; du côté de l’Italie , Hammo.
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- S e c T* /. De la Pêche aux Hameçons.
- Les hains que nos Pêcheurs emploient, font faits, comme nous l’expliquerons ailleurs, d’un bout de fil de fer ou d’acier, plus ou moins gros, qui a à une de fes extrémités un petit anneau 9 PL J. Fig. i. 2. ôc 3 : ou bien , comme on le pratique ordinairement, ce bout étant applati forme un évafement a, Fig. 8. qui fert, ainfi que l’anneau, à attacher l’hain à la ligne ou à fon empile, il n’y a guères que les petits hains qui aient des anneaux. Les autres ont le bout qui répond à la ligne applati ; cependant l’hain, Fig. 9. qui fert pour la pêche des gros Brochets, a un anneau en a. A l’autre bout b, le fil de métal qui forme l’hain, eft aiguifé en pointe déliée ; ôt à une petite diftance de cette pointe, on a détaché une languette c piquante, qu’on nomme Barbillon ou Dardillon. Sa pointe doit avoir une dire&ion oppofée à celle qui termine le bout de l’hain, afin que quand celle-ci b a piqué dans la chair, l’autre c s’oppofe à ce qu’elle en forte ; tout cela s’apperçoit fenfiblement en jettant les yeux fur les Figures de la Planche I.
- La partie edb du fil de métal qui eft du côté de la pointe, eft recourbée de forte que quand l’hain pend à une ligne , comme dans la Fig. 9. le bout a qui tient à la ligne, ôc celui b ou eft la pointe , foient en en-haut : au contraire la pointe c du barbillon eft tournée en en-bas ; mais l’extrémité bd de la branche pointue ne doit répondre qu’au tiers de la longueur de l’autre branche a e. La forme ôc l’ouverture de ce crochet varient beaucoup fuivant le caprice ou l’idée des Ouvriers ou des Pêcheurs , les uns voulant que les crochets foient fort ouverts, ôc d’autres peu ; plufieurs donnent au pli qui fait le crochet une forme arrondie, Fig. 14. ou 13. d’autres veulent que toute la courbure foit en bas, ôc que l’extrémité où eft la pointe, fe releve parallèlement à la longue branche, Fig. $. 9. & 12.
- Il convient pour certaines pêches, que les hains ayent deux crochets, quelquefois tournés à peu-près d’un même côté, PL II. Fig. a. a a \ ôc d’autre fois dans des fens oppo-fés, PI. I. Fig. 10. & 11. ôc PL yiL Fig. 1 : ce qu’on peut faire foit en liant enfemble deux hains adoffés l’un à l’autre, PL l.Fig. 11. ôc PL If II. Fig. 1 ; foit en fe fervant d’un même morceau de fil de fer appointi par les deux bouts, qui portent chacun un barbillon ôc un crochet : en ployant ce fil de fer par le milieu, de façon que les deux crochets ayent la difpofition qu’on délire, on a un hain à double croc, PU. Fig. 10. ou Pl.II.
- Fis-2-
- Il eft fenfible qu’on doit proportionner la force des hains à la grofl'eur des poiffons qu’on fe propofe de prendre ; c’eft pourquoi, comme on l’apperçoit à l’infpeêlion des Planches, il y a des hains de bien des grandeurs diffé-
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- rentes depuis la grofl'eur d’une aiguille à coudre , ôc qui n’ont que 8 a 10 lignes de longueur , jufqu’à la grofl'eur d’une plume à écrire , ayant quelquefois 8 pouces de longueur. C’eft pour donner une idée plus jufte des hains, que nous les avons fait graver ainfi que les cordes dans leur grandeur effe&ive.
- Nous allons indiquer à peu-près quels font les ufages qu’on fait des différents hains que nous avons repréfentés ; nous réfervant à en parler plus pofitivement quand nous traiterons en particulier des différentes façons de pêcher avec les hains, ôc encore plus lorfqu’il s’agira des pêches propres à chaque efpece de poiffon.
- La PL /. eft prefque toute occupée par les hains dont fe fervent les Pêcheurs dans les eaux douces ; il y en a deux de chaque efpece, qui font repréfentés dans des points de vue différents.
- Les hains Fig. 1. & 1. fervent à prendre les plus petits poiffons ; ils ont des anneaux.
- Ceux des Fig. 3. ôc 4. font deftinés à la pêche des menues blanchailles, ou poiffons blancs qui ne font pas fort gros. Ces hains font toujours à anneaux, parce qu’ils font faits avec du fil de fer trop fin pour être applati par le bout.
- Les hains 5". 6.7. ôc 8, fervent à prendre les gros poiffons blancs ôc des tanches : les uns font à anneaux, ôc les autres applatis par le bout.
- L’hain Fig. 9. eft employé pour de gros Brochets ôc de greffes Anguilles ; l’empile A B eft faite de deux fils de laiton roulés l’un fur l’autre, parce que ces poiffons couperaient avec leurs dents les empiles de crin ou de chanvre.
- La Fig. 1 o. eft un hain double fait d’un feul fil de fer, plié en deux ôc terminé à chaque bout par un croc.
- La Fig. 11. repréfente un hain double, fait de deux hains adoffés,Ôc dont les anneaux font appliqués l’un fur l’autre.
- Les Fig. \2. 13. Ôc 14. repréfentent de gros hains, dont on fe fert fur le Grand Banc pour la pêche de la Morue.
- On fait ufage des plus forts hains furie Grand Banc, parce que c’eft en cet endroit qu’on prend les plus groffes Morues.
- Les empilages ôc les lignes de ces trois hains font, à fort peu de chofe près, fembla-bles ; ôc tous fuivant l’ufage le plus ordinaire des Pêcheurs François.
- Nous avons déjà averti que la courbure des hains eft arbitraire,Ôc que chaque Pêcheur en affeète une qu’il croit la meilleure ; cependant on prend aufli bien les Morues avec les hains des Fig. 13. ôc 14. qu’avec ceux de la Fig. 12.
- Tous les hains dont on fe fert fur le Grand Banc, font de fer étamé ; parce que , comme il y a beaucoup de pierres au fond de la
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- ao TRAITÉ DE
- mer , ceux d’acier feroient fujets à fe rompre. A l’oueft de FIfle de Terre-Neuve , on fe fert volontiers des hains Fig. 13. ôc 14. qui font d’acier ; parce que n’y ayant point de roches, on ne craint pas qu’ils fe rompent.
- Les Lignes C ont environ 8 à p lignes de circonférence, ôc po à pf brades de longueur. Les cordes de l’empilage B ont 6 à 7 lignes de circonférence.
- Quelques Pêcheurs mettent entre l’empilage B & la ligne C, PL I. Fig. 12. 13. Ôc 14. une corde à peu-près de la groffeur de celle qui forme l’empile ; ils la nomment Apec : elle paroît affez inutile.
- On voit fur la PI. JL Fig. 1. une groffe corde A B garnie d’un fort hain IC Ôc d’un caillou E, La ligne CC, qui eft coupée en a, doit avoir une brade de longueur, y compris celle de l’empile Gif, qui eft coupée en b. On les diftribue de brades en brades dans toute l’étendue de la corde A B , qui a environ 3 3 brades de longueur, Ôc 12 à 13 lignes de circonférence : ôc les cordes qui forment les empiles ont 6 à 7 lignes. Une teffure entière porte environ 180 ou 1000 brades de longueur. Comme ces appelets fervent principalement à prendre des Rayes, il faut les établir au fond de l’eau : pour cela on met au bout une cabliere ou groffe pierre qui pefe 40 à 50 livres, ôc on diftribue dans la longueur de la corde des cailloux E , qui font attachés à la maîtreffe corde par des lannes D.
- Les Bâtiments qui vont à Terre-Neuve faire la pêche, embarquent ordinairement quelques hains femblables à celui qu’on voit dans la même Planche , Fig. 2. pour prendre des Thons, quand ils en rencontrent dans leur traverfée ou auprès de FIfle. Cet hain eft fait d’un feul morceau de fer plié en b, ôc recourbé en a a , de façon que les crochets foient tournés d’un même côté. On met entre les deux branches de cet hain un leurre de liège c, Fig. 2. ôc 3. qu’on couvre d’une peau de poiffon, ou d’une toile blanche fur laquelle on fait une raie bleue ou noire : d’autres mettent au lieu de liège une chandelle, oii l’on marque deux yeux avec de petits morceaux d’étoffe rouge. Il faut toujours que le leurre defcende de 3 à 4 pouces plus bas que les crochets des hains. Enfin on accompagne ce leurre de quelques plumes e e.
- Comme le Thon a des dents allez fortes pour couper les empiles qui feroient de corde , on fait l’empilage fg h avec un double fil de laiton, qu’on attache à l’hain par un bout en b, Ôc par l’autre à la ligne i, qui a environ 6 lignes de circonférence. Cette empile a environ 20 pouces de longueur.
- La PI.III. repréfente des hains qui font encore d’ufage pour la pêche des Morues ôc des Rayes.
- Les hains Fig. 2. ôc 3. fervent pour la pêche de la Morue au Petit Nord, Celui de la
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- Fig. 3. eft empilé à la Françoife, & celui de la Fig. 2. à l’Angloife. On y voit bien fenfi-blement les entrelacs ôc cadenettes qui forment les piles à l’Angloife ; les cordes dont font faites ces empiles ont 3 à 4 lignes de circonférence. Quand les Morues font rares , ôc qu’elles fe tiennent enfoncées dans l’eau les Pêcheurs fe fervent de plus petits hains , Fig. 5. parce qu’étant entièrement recouverts par l’appas, la pointe exceptée , Les Morues y mordent plus volontiers. On peut remarquer que cet hain a un empilage Ample F, au lieu que celui des autres eft double.
- La Fig. 1. PL III. repréfente une bauffe^FB employée pour pêcher des Rayes ôc d’autres gros poiffons. La maîtreffe corde a pour chaque piece environ 23 braffes de longueur, Ôc 11 à 12 lignes de circonférence.Ces pièces portent ordinairement 12 hains a , ôc j à 6 cailloux E du poids de 6 à 7 livres. Les lignes latérales ou lannes G ont 6 à 7 lignes de circonférence ôc une grande braffe de longueur. Les hains font attachés immédiatement fur la ligne par un nœud F.
- On a repréfenté en grand, en F, Fig. 4. un nœud pour attacher un caillou.
- L’appelet Fig. 1. fert à prendre des Rayes, des Congres ôc d’autres gros poiffons.
- On voit fur la PL IV. Fig. 1. un appeler dont la maîtreffe corde C a au plus 4 lignes de circonférence, Ôc les lannes ou lignes latérales AB ne font qu’un gros fil retors. Ces appelets qui font chargés de cailloux D, ne different de ceux dont nous avons parlé , que par la groffeur des cordes, des lannes ôc des hains j ils fervent à prendre des Soles, des Limandes, des Carrelets ôc quantité d’autres poiffons.
- Oh voit fur la même PL Fig. 2. un hain avec une empile GH de laiton , tels qu’on en embarque dans les traverfées de l’Amérique, pour prendre des Bonites.
- On a repréfenté fur la PL V. Fig. 1. une portion d’un appelet pour prendre des Congres , des Merlans, des Limandes, Vives , Rougets ôc autres petits poiffons. Chaque pièce eft de 64 braffes ; la maîtreffe corde AB a 6 lignes de circonférence ; elle eft chargée de ^ à 6 cailloux C du poids d’environ une livre. Elle porte 70 hains E , qui tiennent à des lannes F d’environ une braffe de longueur, efpacées fur la maîtreffe corde AB à environ une braffe les unes des autres. Les cailloux C font pofer la maîtreffe corde fur le fond, ôc les lannes F F s’en détachent à caufe des cor-cerons de liège G.
- Cette pêche fe fait quelquefois avec 14 ou 13 hommes, qui fourniffent chacun 10 pièces d’appelets de 30 braffes , qu’on met bout à bout ; ce qui forme une teffure d’une grande longueur. On voit que la maîtreffe corde AB eft coupée en a, de f pieds ; ôc que les. lannes font coupées vers F de 2 ôc demi à 3 pieds,
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- S EC T. /. De la Pêche aux Hameçons. 2t
- La Fig. 2. qui repréfente la dilpofition d’un appeler pour la pêche qu’on nomme à la Balle , n’étant pas deflinée de grandeur naturelle , il faut avoir égard aux cotes. Cet ap-pelet, qui fert à prendre des Maquereaux , des Merlans Ôt d’autres petits poilfons, eft compofé d’une corde a b , qui a au plus trois lignes de circonférence, Ôt dont la longueur eft déterminée par la profondeur de l’eau où l’on fe propofe de pêcher : on attache le long de cette corde des baguettes menues de à. environ deux brafles les unes des autres. Ces baguettes qu’on nomme Baluettes, font faites d’un bois léger appellé en Normandie Her-gandier , qui eft le Rufcus Myrtifolius aculea-tus Inft. : en François, le Houx frelon.
- Ces baluettes ont à peu-près 6 à 7 pouces de longueur ; elles font toutes attachées à la corde a b , d’un même côté. Au bout e de ces baluettes font placées les lignes f , qui ont deux ou trois brafles de longueur, ôc qui n’ont de grofleur que celle d’un fil retors allez menu, mais très -bien travaillé. On attache à l’extrémité de ces lignes un hain g, qu’on tient un peu plus gros quand on fe propofe de prendre le Maquereau, que pour pêcher le Merlan.
- On mec au bout de la maîtreffe corde a b un boulet ou une balle de plomb c, du poids de 7 à 8 livres. On appelle cette pêche Traîner la Balle , parce qu’elle fe fait en bateau fous voile : ôc l’appelet fe nomme Balle. C’eft ourquoi on dit qu’on jette à la mer une aile bas'bord ; une} jlribord. Cette pêche approche beaucoup de celle qu’on nomme au Libouret. Nous allons en parler.
- La Fig. 3. PI. H. repréfente la vraie dif-ofition du Libouret ; qui fert, comme la aile, à prendre des Maquereaux , des Merlans , mais plus communément des Limandes , des Carrelets, ôcc. Leshains h9 Fig. 3. font d’une bonne grandeur pour les Maquereaux ; ôt ceux que l’on voit en g , Fig. 2. conviennent mieux à la pêche des Merlans. Mais la grofleur des hains varie beaucoup fuivant les différents ports.
- Les hains h font attachés aux empiles i, lefquelles font jointes à la lanne k ; ôt celle-ci eft amarrée au bout / d’un morceau de bois Im , qu’on nomme Avalette. Le bout m de cette avalette eft percé d’un trou où paffe librement la maîtreffe corde n 0. Cette corde a environ 40 brafles de longueur, ôt 3 à ^ lignes de circonférence.
- L’avalette / m qui a 7 pouces de longueur, étant traverfée à fon extrémité par la maîtreffe corde, y eft retenue entre 2 nœuds Pp ; qui permettent à l’avalette de tourner, la corde lui fervant d’axe. À l’extrémité de la maîtreffe corde n 0 eft attaché un plomb q, du poids de deux à trois livres.
- Il n’y a qu’une avalette l m au bas de la maîtreffe corde , environ 4 à $ pouces au-
- P ES CH ES.
- deffus du plomb q. Mais au lieu des 3 hains h on en met quelquefois 8 ou 9 ; ayant attention de les attacher à des empiles de différentes longueurs, pour qu’ils ne fe rencontrent point dans la mer vis-à-vis les uns des autres. Quelquefois même on fait la lanne k fort longue , Ôt l’on attache à environ trois pieds les unes des autres 8 à p empiles i, qui peuvent avoir trois pieds de longueur : elles font faites de gros fil retors, ôt chacune porte un hain.
- On conçoit qu’au moyen de l’avalette / m les hains fe dirigent fuivant le cours de l’eau ; qu’ainfi ils ne s’emmêlent point ; ôt que comme ils font à une petite diftance du fond , les poiffons apperçoivent bien les appas.
- Nous avons repréfenté en petit au fond de la Planche une autre efpece de Libouret, Fig. 4. qui fert à prendre les poiffons qui nagent entre deux eaux : on le nomme le Grand Couple fur la côte des Bafques. Voici en quoi il confifte.On prend un fil de fer r r de deux pieds ou deux pieds ôt demi de longueur, ôt d’une ligne de circonférence ; on attache au milieu par plufieurs révolutions d’un fil à voile deux petites jumelles de bois s s, ôt on forme à cet endroit deux anfes de corde : une longue t, au dehors de la courbe ; elle fert à attacher la corde ou ligne qui répond à la chaloupe : au deffous de celle-là, en dedans de la courbe, on forme une petite anfe ronde u, à laquelle on attache un plomb.
- On applatit les deux bouts rr du fil de fer comme on fait la queue des hains, ôt on attache à l’un ôt l’autre bout de ce fil de fer une ligne ou lanne x d’une braffe de longueur , Ôt qui eft de la grofleur d’un fil retors. On amarre à cette ligne une ou plufieurs empiles y , garnies d’hains. Ces empiles font affez déliées ; ôt quand on en met plufieurs , on a foin qu’elles foient de différentes longueurs.
- Nous avons dit que ce Couple étoit attaché par l’anfe t à une ligne menue qui répon-doit à la chaloupe de pêche. Comme on met à la mer un nombre de ces couples', il faut que les lignes qui les foutiennent foient les unes plus longues, les autres plus courtes ; non-feulement pour que les empiles foient moins fujettes à s’entremêler, mais encore pour que les hains étant à différentes profondeurs , ils fe préfentent aux poiffons : qui font les uns plus avant dans l’eau, ôt les autres moins.
- Cette pêche fe fait ordinairement à l’ancre , ou le bâtiment dérivant feulement au gré des courants. On verra que cet appeler qui fe développe comme un éventail, tient dans la mer une étendue confidérable en largeur. Les Bafques en font urn grand ufage ; ôc elle eft aufli pratiquée dans la Manche pendant la nuit, lorfque le poiffon fe tient entre deux eaux.
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- TRAITÉ DES PESCHES.
- Sur la PL VL les Fig. i. ôc 2. repréfen-tent des hains pour pêcher des Anguilles. Comme elles couperoient avec leurs dents les empilages de chanvre, on les fait en crin : & même Ton met quelquefois, comme nous l’avons repréfenté dans la Fig. 2, au bout de l’empile C ^un petit bout de fil de laiton B.
- L’extrémité C de ces empilages eft attachée à une ligne qui a 40 ou 45^ braffes de longueur. On met auprès de A un petit plomb pour faire caler la ligne ; mais point d’avalette.
- Les Navigateurs qui font de grandes tra-verfées jettent à la mer, quand ils rencontrent un banc de poiffon,les hains Fig. 1.2. ôc 3. pour prendre des Pilotins ôc d’autres petits poiffons.
- On embarque aufïi des hains Fig. 6. ôc 7. pour prendre des Bonites ôc des Tazars.
- On fe fert, auprès de Caen , d’hains à-peu-près femblables à celui qui eft repréfenté par la Fig. 3. pour prendre des Rayes, des Congres , des Rougets, Ôcc.
- La Fig. 4. eft une portion d’appelet alfez femb labié à celui qu’on a vu dans la Fig. 1. de la PL V; à cela près qu’il n’y a point de cor-ceron de liège fur les lignes. On s’en fert pour la pêche des poiffons plats : a b eft la maî-treffe corde ; c d les lignes qui fervent d’em-piles aux hains e ; elles font coupées de trois pieds en a ; on peut s’en fervir à l’ancre fur les fonds de fable pour prendre des poiffons plats, Ôc quelquefois fous voile pour pêcher toutes fortes de poiffons, prefque comme avec la balle ; mais les hains font plus expofés à s’emmêler.
- La Fig. 8. repréfente unhain/^,*avec fa ligne B, d’une braffe de longueur. Au bout oppofé à l’hain eft amarré un caillou qu’on enfouit dans le fable au bord de la mer à la marée montante, afin que quand la marée fe retire , le courant de l’eau n’emporte pas l’hain à la mer. Cette pêche s’appelle Petite Cabliere. On met quelquefois un petit corceron de liège auprès de l’hain ; pour qu’il fe détache du fable , ôc qu’il foit mieux ap-perçu par le poiffon.
- Article
- H s’agit dans la PL VIL d?hains qui félon les circonftances fervent à la pêche de la Morue. Pour prendre une jufte idée des figures qui font fur cette Planche, on doit être prévenu qu’il arrive affez fouvent qu’étant rendu au lieu de la pêche, on manque d’appâts : en ce cas , ou lorfque la Morue raffafiée re-fufe de mordre à ceux qu’on lui préfente, on fe fert des hains Fig. 1. ou 4. qui portent un leurre en guife d’appât. Ce leurre eft une ef-pece de poiffon figuré en plomb,ou en étaim : l’hain Fig. 1. eft formé de deux hains a a , adoffés l’un à l’autre, 6c réunis par une maffe de plomb B ; qui eft repréfentée a part, Fig. 2. dans une autre pofition qu’à la Fig. 1. non-feulement pour en mieux faire voir la forme, mais encore pour faire appercevoir le trou par lequel doit paffer la ligne. On a foin de tenir ce leurre brillant ; il en attire mieux le poiffon. Je crois pour cette raifon, qu’on fe-roit bien d’étamer ceux de plomb ; ce qui n’occafionneroit qu’une légère dépenfe.
- L’hain Fig. 4. eft pareillement chargé d’un leurre de plomb, repréfenté féparément Fig. 3. On n’en fait guères ufage que quand la Morue donne en abondance, ôc lorfqu’elle fe trouve tout au plus à iy ou 20 pieds fous l’eau.
- Quand on peut fe fervir de leurre, le fer-vice eft bien plus prompt que quand on eft obligé d’amorcer.
- Tous les hains de métal que nous avons été à portée de voir, étoient d’acier ou de fer étamé ; on nous a cependant affiné qu’il y en avoit de cuivre.
- Voilà une idée générale de toutes les ef-peces d’hains qu’on emploie pour les différentes pêches. Nous aurons beaucoup d’autres chofes à dire fur cette matière, ou quand nous parlerons du détail des pêches , ou lorfque nous traiterons des pêches particulières à chaque efpece de poiffons. Mais ce que nous venons d’expofer, préfente des généralités qui préparent à l’intelligence de ce que nous dirons dans la fuite,
- SEPTIEME.
- De la Fabrication des Hains.
- Il 11’eft pas douteux que ce que nous avons dit des hains faffe délirer de favoir comment on les fait ; ôc n’ayant fur cela que des notions imparfaites que j’avois prifes dans de petits Ports, où on fait fort mal les hains, j’ai eu recours à M. Fourcroyde Ramcour, Correfpondant de l’Académie , Brigadier dans le Corps du Génie, ôc Ingénieur en chef à Calais ; qui a bien voulu me faire part des Mémoires que je vais rapporter.
- Les Uftenfiles pour la fabrication des hains codifient en un Etabli pour chaque Ouvrier ; trois différents Blocs, qui peuvent fuffire à
- plufieurs Ouvriers ; chacune de ces pièces garnie de fes outils : ôc d’autres uftenfiles pour l’étamage.
- U Etabli eft une table épaiffe, baffe Ôc fort folide, arrangée de façon que l’on peut y travailler des deux côtés : la Fig. 1. en repréfente l’élévation ; la Figure 2. le plan. Près de l’un des bords eft le Barbelet A, ôc fon chevalet B. Le milieu de l’établi eft occupé par un Quarré F, formé par quatre tringles de bois qui font clouées fur la table ; elles ont un pouce de hauteur. Près de l’autre bord eft ce qu’on appelle YEtau C. Chaque côté de
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- Sec T. I. De la Pêche aux Hameçons.
- l’établi eft garni d’un Tablier de cuir G, cloué contre le bord, ôc que l’Ouvrier attache devant lui quand il travaille. Je vais repréfen-ter ces différentes pièces pour les faire mieux connoître.
- Le Barbelet eft une piece de fer, Fig. 3. qui entre dans l’établi par fes deux pointes p p , ôc y eft arrêtée ferme. Le deffus du barbelet eft à deux étages. La partie baffe ab, que j’appelle le plat, eft entaillée d’une petite rainure a b , qui aboutit en b , ôc fe prolonge par un trou de foret b c , qui entre de quelques lignes dans l’épaiffeur du fer. La partie fupérieure bd, ou la tête du barbelet, fert de tas, fur lequel on redreffe au marteau les fils de fer qui en ont befoin. Cette tête du barbelet qui fert d’enclume, eft couverte d’une table d’acier. Il faut que la rainure a b ôt le trou b c foient proportionnés à la grof-feur des hains qu’on fe propofe de faire. On a donc plufieurs barbelets de rechange, comme A , Fig. 3 ; ôt B , Fig. 4.
- Le Chevalet, Fig. y. que l’on nomme aufïi le. Rencontre du Barbelet, eft une autre piece, de fer C, fixée de même fur la table par fes deux pointes d d à 4 pouces à gauche du barbelet. On voit aufïi ce chevalet en B, Fig. 1.
- Le barbelet eft accompagné de plufieurs Planes, Fig. 6. La plane eft une efpece de couteau de 22 pouces de longueur totale, dont la lame eft toute plate par le deffous, ôc taillée en bifeau par le deffus D du tranchant. Elle a 8 à p lignes de largeur au tranchant ; feulement 4 lignes dans le refte de fa longueur m ; Sc 3 lignes d’épaifîeur : fon manche E a 11 pouces de longueur , ôt eft rond.
- U Etau, Fig. 7. dont il s’agit ici, n’eft qu’un morceau brut de bois dur, ou une bûche de hêtre ; qui fert à fupporter les fils de fer que l’on travaille à la lime. Il eft planté debout & bien affujetti contre la table, comme on le voit en C, Fig. 1. ôc 2. Sa tête eft entaillée de plufieurs crans ou étages, dont le fupérieur porte en f une pointe de fer fans tête, contre laquelle on appuie latéralement le fil de fer que l’on façonne. Il faut outre cet étau une Tenaille à boucle , ou Pince à coulant , Fig. 16 ; & plufieurs limes plates ordinaires, Fig-. 20. folidement affujetties dans des manches de bois de 13 pouces de longueur.
- Chez les ouvriers bien outillés le barbelet ôt l’étau ont un peu plus de façon que je n’en décris ici ; mais la plûpart n’y regardent pas de fi près. On fe fert aufïi pour les gros hains à Morue, d’un médiocre étau de fer, à mâchoires , femblable à celui des Serruriers : il eft fixé fur l’établi.
- Il faut encore fur l’établi plufieurs Flèteux à main, Fig. 8. ou Fourchettes. Cet outil a une poignée ou manche de bois H, dans lequel on chaffe un morceau de fer l qui ex-cede le manche d’environ un pouce,& refendu d’une profondeur Ôc largeur convenables pour
- courber les petits Ôc moyens hains. Pour les gros hains on fe fert d’un autre pleteu tout de fer L ; j’en parlerai dans la fuite.
- Les trois différents Blocs font i°. celui à Couper, Fig. p.C’eft un peloton ou unefouche d’arbre , montée fur 3 ou 4 pieds, fur la fur-face duquel font chaffés à force plufieurs af-fortiments a b, compofés chacun de deux pièces : l’une a , qui fe nomme la Tranche ou le Coupeur, eft d’acier trempé ôt un peu cour-pant par le fommet ; cette tranche a 2 pour ces de largeur, 1 pouce ôc demi de hauteur, Ôc 3 lignes d’épaifîeur par le pied auprès du bloc. L’autre piece b , qui fe nomme le Rencontre , eft de y à 6 lignes d’épaifîeur, 2 pouces de largeur Ôc autant de hauteur. Ces deux pièces font plus ou moins éloignées l’une de l’autre , fuivant la longueur des hains que l’on veut faire. Il faut en outre avoir une petite mafle ou marteau, Fig. 1 o. dont la tête foit de fer doux fans acier.
- L’autre Bloc qu’on nomme à Palleter , Fig* 11. eft de même une fouche d’arbre- qui porte un tas d’acier L de 3 pouces de hauteur au deffus du bloc, autant de large ôc p lignes d’épaifîeur. Ce bloc eft garni d’un tablier de cuir M ,* Ôc d’un marteau ordinaire, à tête acérée.
- Le Bloc aux gros hains n’eft qu’une forte bûche de quartier couchée de plat, que l’ouvrier enfourche ; ôt fur le dos de laquelle il fixe folidement le grand Barbelet B, Fig. 4. ôc le Pleteu de fer L , Fig. 8. lorfqu’il fait de gros hains.
- Les hains pour la mer font prefque tous de fil de fer. On ne le choifit qu’à fa netteté ôc clarté, ôc conforme pour les grofteurs à des jauges que l’ouvrier porte avec lui chez le Marchand. Il faut que ce fil foit ferme ôc élaftique, fans être aigre ou caftant : mais c’eft* ce que l’on ne peut reconnoître qu’en l’employant ; ôc ce défaut occafionne fouvent un grand déchet fur le fil, principalement quand il eft de gros échantillon. Le plus cher n’eft pas toujours de bonne qualité , comme je le dirai dans la fuite.
- La Fabrique des hains confifte en fix opérations fuccefîives, fçavoir ; i°. couper ce fil de longueur; 20. le barbillonner ; 30. l’ap^ pointer; 40. le courber ; y0, palleter les hains, ce qui n’a pas lieu pour les gros ; 6°. les étamer.
- Le fil, tel que l’ouvrier l’achete, gros ou menu , ne reçoit de lui aucune préparation* Il ne faut ni le tirer, ni le recuire, ni le re-dreffer ; ôc c’eft fans doute pour épargner ces manœuvres, que l’ouvrier en hains n’en coupe pas plufieurs enfemble au moule avec des cizailles, comme les Epingliers coupent leurs hanfes. Le faifeur d?hains tient le paquet de fil délié fur lui ; il appuie le bout du fil contre le rencontre b , Fig. p. il le pofe fur le coupeur a ; ôc d’un feu! coup de la maiïe,
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- Fig. 10. il tranche le fil à la longueur déterminée par l’intervalle qui eft entre le coupeur ôc le rencontre.
- Les gros hains étant dun fil de près de 8 lignes de circonférence, ôc 12 pouces de longueur, ils fe coupent avec un cifeau à froid.
- Pour Barbillonner les hains à une diftance convenable de la pointe, l’ouvrier qui les a tous placés dans le quarré F de l’établi, Fig. 1. Ôc 2. en prend dans fa main gauche une poignée bien arrangée en faifceau; Ôc avec le pouce il en fait gliffer un fur le plat du Barbelet A, Fig. 3. dans la rainure a b, à ce deftinée. Ce fil entre de quelques lignes au fond du trou de foret bc , Ôc fe trouve par ce moyen très-bien affujetti, ayant un tiers de fon épaiffeur au deffus du plat du Barbelet. Alors l’ouvrier engage le bout m de la plane Fig. 6. dans le talon n du chevalet, Fig. 5 ; couche de plat le tranchant de la plane fur le fil à façonner ; puis appuyant oblb quement ce tranchant fur le fil, en condui-fant la plane de la main droite, il y fait une entaille dont le bifeau de la plane releve un peu l’ébarbure. C’eft-là la feule opération de tout le métier qui demande de l’habitude Ôc un tour de main pour être bien faite , fans gâter ni le fil ni la plane. Cette entaille ôc fon ébarbure font ce que l’on nomme le Barbillon de l'hain. L’ouvrier laifife alors tomber fon fil dans fon tablier , ôc fur le champ fon pouce en afifujettit un autre fur le barbelet ; manœuvre qui va beaucoup plus vite qu’on ne peut la décrire.
- Lorfque les hains font plus gros que ceux qui fervent aux grolfes Ray es,la plane n’a plus allez de force pour y lever le barbillon. Alors l’ouvrier enfourche le bloc aux gros hains ; il y plante devant lui le grand barbelet, Fig. 12. ( qui eft le même que celui B, Fig. 4 ) ; dans la rainure ôc le trou duquel il couche fon gros fil abc. Il prend un cifeau à froid/, qu’il pofe obliquement fur le fil ; ôc frappe fur cet outil avec un marteau, jufqu’à ce qu’il ait fait lever en barbillon le tiers de l’épailfeur du fil : ôc comme alors ce gros fil fe gauchit, il le redreffe à coups de marteau fur la tête b d du barbelet qui, comme nous l’avons dit, eft acérée ôc fert d’enclume.
- Quand les hains font barbillonnés ôc remis dans le quarré F de l’établi, Fig. 1. l’ouvrier paffe du côté de l’étau C, Fig. 7 ; il prend ces fils l’un après l’autre dans fa pince à coulant, Fig. 16. par le bout oppofé à celui du barbillon ; il les couche fur le cran d’en bas C de fon étau ; il y applatit la pointe à la lime, tenant le barbillon en en-haut ; puis fur le cran fupérieur f de l’étau il l’appointit, l’arrondit, ôc le diminue de grolfeur depuis cette pointe jufqu’au barbillon, auquel il a grand foin de ne point toucher ; la plane le forme toujours afifez aigu. Il faut que la pointe de l’hain foit bien nette, fans qu’il y refte aucunes bavu-
- res ou morfil. Les Epingliers forment la pointe fur une meule ; mais de cette façon elle eft toujours courte : au lieu que pour les hains ainfi que pour les aiguilles, elle doit être amenée de loin, ce qui fait qu’on les forme avec une lime.
- Pour tenir ferme le long manche de la lime Fig. 20. qui a 13 pouces de longueur, l’ouvrier paffe dans fon bras une courroie un peu ferrée, dans laquelle il fait paffer ce manche , Ôc l’affujettit parallèle à l’avant-bras ; ce qui foulage la main du poids de la lime.
- Si ce font de gros hains qu’il veut appoin-tir, il les faifit dans un étau à mâchoires , femblable à celui des Serruriers ; ôc fait agir la lime à deux mains , tant pour la pointe que pour le barbillon, qui eft fort moufle lorfqu’il a été levé à coups de cifeau.
- Il eft à propos de remarquer que quand on forme le barbillon , le coup de plane ou les coups du cifeau à froid élevent aflez con-fidérablement ce barbillon au deffus de la furface du fil ; en forte que ce barbillon a , Fig, 12. PL I. forme un arrêt qui s’oppofe à l'entrée de l’appât jufqu’à^ la courbure c de l’hain, Ôc qui eft très-propre à le déchirer. Quelques Pêcheurs prétendent que c’eft pour diminuer cet arrêt, que l’on jette toujours la pointe de d en b, en la formant le plus en-dehors qu’il eft pofîible.
- Pour courber les petits hains ôc les moyens, l’ouvrier prend d’une main le pleteu à manche H, Fig. 8, il paffe dans l’ouverture du fer I le fil qu’il tient de l’autre main dans fa pince à coulant, Fig. 16. laiffant fortir la pointe ôc le barbillon ; ôc d’un demi tour de main il lui donne fa courbure. Il lâche enfuite le coulant de la pince, ôc laiffe tomber l’hain dans fon tablier pour en appointir un autre. Un feul ouvrier peut en appointir Ôc courber dans fa journée deux mille des plus petits à Limandes ou Merlans ; ou deux cents de ceux à groffes Rayes.
- Les hains plus gros que ces derniers ne peuvent fe courber avec le même pleteu. Alors on fe fert de celui qui eft tout de fer L, Fig. 8. que l’ouvrier enfonce bien ferme dans le bloc aux gros ains ; ôc paffant fon gros fil dans la fente de ce pleteu , il le faifit par la tige, ôc lui donne à plufieurs reprifes la courbure qu’il juge convenable.
- Nous avons déjà dit que cette courbure des hains, ôc fur-tout des gros, varie fuivant les idées ou les préjugés de chaque Pêcheur. Les uns les veulent fermés à deux doigts d’ouverture entre la pointe b ôc la tige f9 Fig. 12. PL I ; les autres à trois ; d’autres à quatre doigts. Il fe trouve auffi des Pêcheurs qui veulent les avoir tantôt plus ôc tantôt moins fermés ; ôc d’autres encore qui achètent de ces gros hains tout droits, c’eft-à-dire, appointis ôc barbillonnés, mais fans courbure ni étamage, pour les courber eux-
- mêqies
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- mêmes à leur gré pendant la pêche. En ce cas , ils plantent dans un bloc plufieurs pointes de clous y décrivant entre elles la ligure qu'ils veulent donner à leurs hains ; & en engageant la pointe de l’hain entre deux clous, ils le contraignent fort aifément à prendre la forme qu'ils ont donnée aux clous. Mais quelques Pêcheurs, plus raifonnables qu'ils ne le font pour la plupart, conviennent que le contour de cette courbure fait très-peu de chofe au fuccès de leur travail, ôc que Ton calfe la plus grande partie des hains que l’on veut courber ainli foi-même.
- Comme je ne voyois pas ce qui pouvoit faire caffer fi facilement ces gros hains entre les mains des Pêcheurs, un Fabriquant d’hains me l’expliqua très-clairement. Il me fit voir que le gros fil de fer ayant été tiré à la tenaille , en eft mordu à tous les 3 ou 4 pouces. Voy. L An de la Tréfil. p. 14. & 19.& PL III, Fig. 8. où l'Auteur remarque que les mâchoires font capables d’endommager le fil fin ; elles détériorent de même celui de gros échantillon. Les ferres ou mâchoires de cette tenaille, foit quelles entament le fil, foit qu'en le comprimant elles le rendent plus aigre , font vifiblement caufe qu'il fe caffe beaucoup plus aifément en ces endroits qu'ail-leurs. C'eft ce qui arrive infailliblement s'il fe trouve une de ces mâchures de la tenaille à l'endroit c, Fig, 12 .PL I. du plus grand pli de la courbure. Le Fabriquant doit donc avoir grand foin d’éviter autant qu'il le peut les mâchures à ce pli, à peine de perdre autant d’hains qu'il en veut courber. Mais quand quelques Pêcheurs veulent avoir des hains tout droits pour les courber eux-mêmes, on a grand foin de leur fournir tous ceux qui ont été mis à part à caufe de ce défaut ; ôc
- c'eft autant de caffés entre leurs mains" Malgré ces précautions du Fabriquant, il en caffe aufïi lui-même ; ôc ces ouvriers fouhaiteroient fort que le fil de fer fût toujours tiré autrement que par les fréquentes reprifes de la tenaille des Tréfileurs.
- On voit des hains dont la tête eft terminée en anneau , ce qui donne beaucoup de facilité à les empiler , c’eft-à-dire, à les attacher aux lignes. Mais cet ufage n'eft point reçu par les Pêcheurs de Flandre, gens très-fermes dans leurs opinions, ôc qui ne fouf-friroient pas tranquillement la moindre nou-veauté. Tous les gros hains de cette côte ont la tête droite Ôc ronde, comme eft le fil de fer. Les moyens ôc les petits font ap-platis par la tête ; c’eft ce que l’on appelle les Palleter. Pour y faire cette Pâlie, Pelle ou Palette ,* après qu’ils ont été barbillonnés, appointis ôc courbés, on les met fur le bloc , Fig, 11. où l’ouvrier les préfente d’une ligne de long l’un après l'autre, fur le tas d’acier L, tenant en en-haut le côté de la pointe ôc du barbillon : puis d’un feul coup de marteau, fï l’hain eft petit, fa palette eft faite ; s'il eft plus gros, il y faut 3,4 ou 3 coups. On les met alors dans des Têtes de chapeau, Fig. 21. C’eft à cette épreuve que l’on reconnoît le mieux la qualité du fer. S’il eft bon, la palette eft unie comme fi c'étoit du plomb : mais le plus fouvent on la voit toute fendue en fibres qui ne tiennent prefque plus enfem-ble, ôc quelquefois au point de rendre l’hain hors de fervice. On préviendrait cet accident en donnant un peu de recuit feulement à l'endroit qu'on veut applatir , ce qui ne feroit fujet à aucun inconvénient.
- A laplûpart des autres côtes où l’on fait des hains, tous font palletés, même les plus gros.
- De l'Etamage des Hains.
- Les hains feroient bientôt détruits parla rouille, fi l'on ne prenoit la précaution de les étamer. Ce n'eft pas que l’étamage puiffe les en défendre abfolument, ni pendant longtemps : mais il prolonge leur durée fuffifam-ment pour qu'il y ait une œconomie certaine à en faire ufage. C’eft pour cette raifon que ceux qu’on fait pour la mer font étamés.
- Il fe rencontre quelquefois dans les Ports de mer des Epingliers coureurs qui étament les hains par le procédé dont on fe fert pour les épingles de fer, ôc que l’on m'a dit être celui décrit dans Y An de l’Epinglier,/?. 48. Mais les ouvriers en hains prétendent que cet étamage n'eft point folide à la mer : ils m'ont dit l’avoir efiayé , ôc que les hains étamés à leur façon durent beaucoup plus longtemps.
- On fait que l’étamage ne peut prendre que fur les métaux avivés; ôc comme les hains ont paffé nombre de fois par les mains fort
- Pesches.
- fales des ouvriers, il faut commencer par les décraffer. On les met donc dans un long fac de toile forte Ôc ferrée avec du fable fin : deux hommes tiennent ce fac chacun par un bout, ôc faffent les hains pendant 10 à 12 minutes, comme on le voit à la PL V. dans Y Art de l’Epinglier. Le fable mord fuffîfam-ment par cette manœuvre fur le fer pour le bien décaper, Ôc le rendre parfaitement clair.
- On met pendant ce temps fur le feu le pot à étamer, Fig. 13. C'eft une marmite de fer coulé, à anfe, montée fur trois pieds, de 12 pouces de diamètre intérieur, ôc d'environ 8 pouces de profondeur ; dans laquelle on entretient toujours environ un pouce de hauteur d’étain le plus fin, couvert d’environ cinq pouces de hauteur de fuif. Ce même pot fert très-long-temps à cet ufage, ôc de pere en fils : ainfi le fuif qu’il contient, à force d’aller fur le feu , eft totalement noir, ôc en partie brûlé, comme celui dont parle M.
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- deReaumur dans fonMémoire fur le Ferblanc, {Mêm. de F Acad. 172$.p. 123.) ôc n’en eft que meilleur pour faciliter rétamage. On entretient un feu de bois clair fous ce pot pendant tout le temps du travail de rétamage, mais en évitant foigneufement que la flamme ne s’en éleve au point d’allumer le fuif qui jette beaucoup de fumée. Si cet accident arrive faute d’attention de la part des ouvriers, il fuffit ordinairement de fouffler fur le pot avec la bouche pour éteindre le feu, couvrir le pot , ôc diminuer le feu. L’excès du feu fait aufli quelquefois monter la graifle comme du lait prêt à bouillir : à quoi il faut apporter le même remede , ou retirer promptement le pot du feu.
- Au bout d’une heure d’un feu médiocre, l’étain du pot eft bien fondu & le fuif affez chaud. On s’en allure au moyen de la fourche à étamer, Fig. 14. Comme cette fourche qui eft de fer, a fes dents étamées à force de fervir ; lorfqu’en la retirant du pot fes dents font luifantes, ôc ne confervent plus le noir de la graifle, c’eft preuve que l’étain eft bien chaud, & rend le fuif trop coulant pour qu’il s’attache à la furface de l’étain.
- Cette fourche eft de 24 pouces de longueur , développée ; elle a pour manche une garniture de ficelle : fes 3 dents qui ont 2 pouces de longueur font recourbées ; elles font enfemble une largeur de 3 pouces.
- Quand la fourche fort brillante du fuif, on verfe doucement dans le pot une portion des hains à étamer , & un peu d’étain neuf. Pour ne point faire rejaillir le fuif, on met les hains fur une efpece de Gouttière de tôle, Fig. 15). d’où on les fait tomber doucement dans le fuif ; ce qu’on nomme Couler. On y tourne ôc retourne ces hains en tout fens avec la fourche, Fig. 14 : on les fait par ce moyen
- Îjafîer de l’étain dans le fuif, ôc du fuif dans ’étain; ce qui leur fait prendre le dégré de chaleur le plus convenable pour fe charger de l’étain. Il faut environ 1 j minutes aux plus petits hains pour être bien étamés : cependant l’ouvrier fait à chaque'potée, deseflais; il tire avec fa fourche 3 ou 4 hains qu’il jette à terre ; il les ramafîe, & en effuie la palette entre fes doigts. Comme cette partie a été comprimée par le marteau, c’eft l’endroit de l’hain où le fer eft le plus dur ôc le plus difficile à étamer. Quand il voit donc les palettes en bon état, il eft temps de jetter les hains, c’eft-à-dire, de les tirer du pot, ôc de les étendre promptement fur le plancher pour que l’étain ne les foude pas enfemble.
- L’Etameur ramaffe alors dans le pot fur fa fourche autant d’hains qu’elle en peut porter ; il les égoutte un inftant fur le bord du pot ; ôc tenant de l’autre main un bâton, il lance les hains contre le mur de la chambre en frappant du bâton le manche de fa
- fourche, afin que ce coup les fafle heurter plus rudement le mur ôt fe féparer davantage fur le plancher. Ceux qui demeurent foudés enfemble malgré cette manœuvre, font ra-maffés Ôt remis dans le pot. Chez les ouvriers bien outillés, ôt où l’on ne veut pas que les murailles ôt le plancher foient enduits de ce fuif noir ôt très-puant, on dreffe exprès une grande table formée de planches bien jointes, avec des joues ou ailes aux deux bouts ; ôtl’on feme fur le plancher entre ces deux ailes une couche de fon d’une-ou deux lignes d’épaiffeur. L’Etameur jette fes hains contre ces planches 5 ôt comme ils ne peuvent rebondir en tombant fur le fon, un autre ouvrier fe tient là tout prêt avec un bâton , ôt dès que les hains arrivent à terre, il les difperfe à droite ôt à gauche en faifant aller ôt venir fon bâton de plat, ôt le plus vite qu’il peut, fur le plancher , ce qui en effet les fépare prefque tous les uns des autres. Pendant ce temps l’Etameur en prend une autre fourchée, ôt recommence la même opération tant que le pot lui fournit des hains : puis il recharge le pot d’une nouvelle quantité d’hains ôod’un peu d’étain.
- Pendant que ceux-ci chauffent, on ra-mafîe les hains jettés de la première potée ; on les balaie en tas avec le fon ; on paffe le tout dans un crible, ou cuvier de bois à fond percé , Fig. 15. pour en féparer le plus gros fon. On étame de iiiite tous les hains faits ; ôt l’ouvrier a eu foin d’en préparer affez pour fournir à l’étamage pendant toute une matinée , afin de ne pas répéter trop fouvent les frais du feu. Quand la matière eft chaude , 18 à 20 minutes fuffifent pour étamer une potée de trois mille à trois mille ôt detqi des plus petits hains, en forte qu’en 4 heures de temps on peut en étamer 28330 mille en 8 potées. Comme il n’y a qu’un pouce de hauteur d’étain dans le pot, plus les hains font gros, moins on peut y en étamer à la fois, parce qu’un plus grand nombre ne trem-peroit pas totalement dans l’étain : en forte que fi les hains font des plus gros, comme celui de la Fig. 12. PL L on ne peut en étamer enfemble que 6 ou 7. Du refte il n’y a aucune différence entre l’étamage des uns ôc des autres.
- Lorfque les hains font étamés, il faut les Dégraiffer. Pour cela on met au feu fur un trépied une marmite de fer, Fig. 17. qui contient du fon. Quand ce fon , que l’on retourne avec un bâton, eft parfaitement fec, au point de ne plus s’attacher à la main en le maniant, on y jette les hains, en volume à peu-près égal à celui du fon ; puis avec une plaque de tôle , Fig. 18. on mêle ôc retourne le tout enfemble pendant quelques minutes. L’Etameur qui fait cette opération eft aflis bas, tout auprès de la marmite : un autre ouvrier lui préfente l’orifice du fac à faffer ;
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- alors il prend la marmite par les deux oreilles , ôc verfe dans le fac les hains ôc le fon tout chauds. Deux ouvriers les faffent pendant quelques minutes, ôc les pafTent au crible, Fig. 15. L’Etameur remet d’autre fon dans la marmite ; on y rejette les mêmes hains ; que l’on chauffe, faffe Ôc crible encore une fois : ôc alors ils font finis. Il ne refte plus qu’à les compter pour mettre les petits par paquets de 100, de £0, ou d’une douzaine, pour les débiter aux Pêcheurs.
- On réferve ce fon gras pour femer fur le plancher quand on veut jetter les hains ; après qu’il a fervi à cet ufage, il n’eft plus bon même à brûler à caufe de fa puanteur. On prétend cependant qu’il fournit le meilleur moyen de préferver le fer de la rouille , à laquelle ce métal eft fi fujet fur les bords de la mer. Les ferrures polies ou autres que l’on y met, fe confervent, dit-011, plufieurs années fans en être attaquées ; au lieu qu’en paquets dans les boutiques elles fontbientôt rongées , quelqu’autre précaution que l’on puiffe y employer.
- Plufieurs Fabriquants d’hains m’ont dit avoir étamé des mords de bride précifément de la même façon que leurs hains ; que ce procédé leur avoit parfaitement réufïi ; ôc que cet étamage étoit beaucoup plus folide que celui des Eperoniers.
- Il arrive quelquefois que les hains qui font 'dans le pot, au lieu de s’étamer Ôc de blanchir , deviennent noirs. Plufieurs de ces Fabriquants m’ont dit qu’alors ils jettoient ces hains comme hors de fervice ôc impoffibles à étamer. Mais il y a grande apparence que cet accident doit venir de quelque paquet de fuie tombé par hafard de la cheminée dans le pot à étamer, fans que les ouvriers s’en apperçoivent. On voit dans le Mémoire déjà cité de M. de Reaumur, que la fuie à une certaine dofe, en s’attachant fur le fer, eft capable d’empêcher l’étain de s’y appliquer : mais qu’en écumant le fuifj on peut en ôter ce trop de fuie qui nuit à l’étamage. J’ai trouvé un bon ouvrier en hains qui m’a en effet avoué qu’en pareil cas il laiffoit refroidir fon pot, féparoit le fuif de l’étain ; ôc
- 2J
- faifant fondre le fuif feul, il le paffoit à travers un gros linge, ôc le rendoit d’aufli bon fervice qu’auparavant. A l’égard des hains manqués à caufe de la fuie, il eft évident qu’en les faffant au fable, on peut les décaper de nouveau , ôc les remettre à l’étamage. Peut-être tous ces ouvriers le font-ils : mais ils font en général très-jaloux du prétendu fecret de leur étamage : ce n’a été que par de petites rufes, que j’ai pu réufïir à en con-noître tous les détails.
- Il n’y a guères de Pêcheurs de Morue à Dunkerque, qui n’embarquent une douzaine d’hains à Leurres ou fauxAppâts de Plomb ou d’étain, PL FIL Rien n’eft plus facile que d’ajouter cette figure de poiffon aux hains , foit étamés ou non ; cette addition fe fait comme les Potiers-d’étain coureurs coulent les cuillers ôc fourchettes dans les villages. Le Moule de fonte porte en creux fur chaque moitié la demi-épaiffeur du poiffon qu’on veut figurer ; l’ouvrier y place la tige de l’hain. Chaque moitié du moule eft emmanchée d’une poignée de bois , dont l’ouvrier fe fert pour appuyer entre fes genoux les deux moitiés l’une contre l’autre , en forte que fes deux mains foient libres. Il bouche d’une main le bas du moule avec de l’étoupe pour empêcher qu’il ne s’écoule un peu d’étain ; il verfe de l’autre main dans le jet du moule l’étain qu’on a fait fondre dans une cuiller; ôc en un inftant la figure eft moulée. Un autre ouvrier prend l’hain encore tout chaud , coupe les bavures formées par le jet ôc l’évent, ôc répare la figure avec un couteau.
- Les prix courants font actuellement à Calais ôc Dunkerque 5 fols le cent des plus petits ; 40 à 50 fols le cent pour ceux qui fervent à la pêche des Raies ; 6 livres la douzaine de gros hains fans étain ni courbure ; p livres la douzaine des mêmes, étamés ôc courbés ; 14 livres les mêmes avec le leurre d’étain.
- Nous avons déjà dit qu’on fe fervoit quelquefois d’Hains d’Acier : on les fait à peu près comme ceux de fer ; mais on ne peut pas les étamer, parce qu’il faut les tremper. En ce cas on les fait revenir au bleu, ôc ils ont ce qu’on appelle la Couleur dé Eau,
- Article Huitième.
- Des différents UJlenJiles dont Je fervent les P êcheurs-Cordiers.
- Ce que nous avons dit jufqu’à préfent relativement à la pêche, fait appercevoir que les Pêcheurs-Cordiers doivent être approvifion-nés de quantité d’hains qui foient de formes ôc de grandeurs différentes. Ils doivent auffi avoir beaucoup de cordes de différentes grandeurs ôc de toutes les groffeurs, depuis 12 à 14 lignes de circonférence jufqu’à celle d’un fil retors affez fin. Tout cela eft fenfi-ble par les détails où nous fommes entrés. Mais pour donner une idée plus jufte de cette
- façon de pêcher, il nous a paru convenable de repréfenter quelques pièces d’appelets entiers , autant qu’il nous a été pofïible de le faire dans l’étendue de nos Planches.
- La Fig. 1. PL X. repréfente cette piece d’appelet qu’on nomme GroJJe Corde. On charge la maîtreffe corde de cailloux a, qui y font attachés de diftance en diftance ; Ôc on la garnit de longues lignes ou piles b, au bout desquelles font des hains de différentes forces fuivant la groffeur des poiffons qu’on
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- *8 TRAITÉ DE
- fe propofe de prendre. Chaque piece d’ap-pelet a ordinairement 3 2 ou 33 brades de longueur ; ôc quand toutes les pièces font mifes bout à bout, il en réfulte une tellure qui a 1000 brades ôt plus de longueur : ce qui nous a obligé, pour donner une idée de fa longueur , d’en lover les deux extrémités à bas en e e, ôc le milieu fur le piquet d. On a coutume de mettre les lignes fur la maîtrede corde à des diftances prefque égales à la longueur des lignes , qui adez fréquemment ed un peu plus d’une brade.
- ta Fig. 2. repréfente une corde un peu moins grode , ôt qu’on ne voit qu’en partie. Les lignes latérales font plus menues ôt moins longues ; elles font plus près-à-près , Ôt portent des hains moins forts : elles fervent à prendre des poidons plus petits que la corde Fig. 1.
- La corde Fig. 3. ed encore plus menue. Les lignes latérales font plus courtes, plus fines , plus près-à-près, ôt portent de très-petits hains. Quelquefois au lieu de cailloux on la garnit de flottes de liège c c. Une partie de cette tefliire ed lovée en ff. Ces fortes de cordes fervent cpmmunément pour pêcher à la bélée ou entre deux eaux.
- Comme plufieurs efpeces de poidons ne quittent guères le fond de la mer, ôt qu’il y en a d’autres qui nagent entre deux eaux, ôt qui fuivant que l’eau ed chaude ou froide, s’approchent plus ou moins de la furface ; les Pêcheurs font obligés de difpofer diffé-remment leurs cordes pour aller chercher le poidon à la profondeur où il fe tient. Et cette feule circondance fait que certains Pêcheurs font des pêches abondantes pendant que d’autres ne prennent prefque rien.
- Les articles précédents ayant donné lieu d’entrer dans des détails concernant les cordes , leur grodeur , la longueur des pièces, la didance qu’on met entre les lignes , leur longueur , le nombre de cailloux qu’on attache aux maîtreffes cordes, la quantité de pièces qu’on joint bout à bout pour former une tef-fure complette ; je n’inflderai pas davantage fur ce qui regarde les cordes. Mais il faut que les Pêcheurs-cordiers ayent pludeurs autres udenfiles,dont il edbon de dire quelque chofe.
- Ils doivent avoir une Ancre, Les bras de celle qui ed repréfentée Fig. 4. fe terminent en pointe. Quelques Pêcheurs s’en contentent , parce qu’elle leur coûte moins, ôc qu’elle tient fuffifamment quand les bateaux font petits. Mais les ancres qui ont des pattes font plus fures, ôc les bons Pêcheurs leur donnent la préférence.
- La Fig. y. repréfente des Caillou# ; qu’on choifit de forme allongée, pour pouvoir les attacher plus fermement à la maîtrede corde.
- La Fig. 6. repréfente deux Bouées ; une ©n baril avec fon cordage, qu’on appelle
- S PESCHES.
- Drofme ou Orin ; l’autre formée de plaques de liège liées les unes aux autres avec du bitord. On en fait d’autres formes , dont nous parlerons quand l’occadon fe préfentera.
- La Fig. 7. ed une grode Pierre percée, avec fon anfe de corde , qu’on nomme Ef-trope. Cette pierre, en terme de Pêcheur, ed une Cabliere. Auprès ed un Plomb, tel qu’on en met au bas du libouret, ou qui fert de fonde.
- La Fig. 8. A B C D E, montre diflërents Crocs Ôc Harpons, dont les Pêcheurs à la corde fe fervent dans certaines circondances, mais qui conviennent mieux à la Fichure dont nous parlerons dans la fuite. Ordinairement ils n’embarquent que celui qui ed marqué A, lequel leur fert à tirer à bord un gros poidon, dont la pefanteur pourroit rompre les lignes au fortir de l’eau. Le Gaffe au B ed encore néceflaire, fur-tout aux attérages. Celui marqué C fe nomme en quelques endroits Halle-croq.
- La Fig. 9. repréfente une fuite de Gra-pins enfilés par une chaîne : cet indrument s’appelle Catenïere ou Catoniere , du Latin Catena. On l’attache au bout d’un cordage, ôc elle fert à retrouver une piece d’appelet qui ed redée au fond de la mer lorfque la tediire a rompu à quelque endroit de fa longueur. En ce cas les Pêcheurs traînent au fond de la mer la cateniere dans une direêlion perpendiculaire à la route qu’ils tenoient lorf> que la tedure a rompu ; ôc quand la cateniere a faifi l’appelet, on le tire à bord.
- Adez fouvent les Pêcheurs fe fervent pour retrouver leurs appelets, d’un indrument, Fig. 11. qu’ils nomment Chat. C’efi une ef-pece de grapin, qui peut avoir 4 à y branches ; mais ordinairement il n’en a que trois.
- La Fig. 12. repréfente un Corceron de liège. On leur donne des formes différentes ; quelquefois rondes , d’autres fois quarrées ; ce qui ed fort indifférent. Quelquefois encore on fubditue au liège des morceaux de quelque bois léger Ôc fort fec.
- La Fig. 13. ed une Manne, femblable à celles dont on fe fert pour ranger ou lover les pièces d’appelets quand on va à la pêche.
- La Fig. 14. ed un Croiffant pareil à ceux dont fe fervent les Jardiniers ; ôc dont les Pêcheurs d’eau douce font ufage pour couper les herbes au bord des étangs.
- Enfin la Fig. ly. repréfente une Serpe ovi Volin, qui fert à appointir les piquets, Ôc à couper les branches d’arbres qui pourroient incommoder.
- Voilà une énumération fommaire des principaux indruments qui fervent à la pêche aux cordes. Sans doute qu’il y manque bien des udenfiles : nous les rapporterons à mefure que l’occafîon s’en préfentera.
- Article
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- S E c T. /. De la Pêche aux Hameçons* 29
- Article Neuvième.
- Des Appâts dont Je fervent les Pêcheurs pour garnir leurs Hains *.
- Ce qui détermine les poiffons à fe pren-, dre aux hains, eft le défîr de dévorer les appâts qu’on leur préfente. Mais toutes fortes d’appâts ne leur font point Indifférents ; il y en a qui leur plaifent beaucoup plus que d’autres, ôc certains appâts conviennent particuliérement à des efpeces particulières de poiffons. Nous ne nous propofons de parler préfente-ment que des appâts confidérés en général ; nous réfervant de traiter de ceux qui font propres à quelques poiffons, dans les articles dont ces poiffons feront fpécialement l’objet.
- Les Pêcheurs d’eau douce amorcent pendant l’été avec du fromage ; quelques-uns donnent la préférence à celui qui eft le plus affiné ; fouvent ils font ufage de celui de Gruyere. Ils emploient auffi la chair de toutes fortes d’animaux , Ôc plufieurs prétendent qu’on doit choifir celle de Chat ôc de Lapin plutôt que toute autre ; ôc que le foie eft préférable à la chair. Les Vers de toute ef-pece font un des meilleurs appâts : on emploie entre autres ceux qui deviennent fca-rabées, Ôc ceux qui fe forment dans la viande pourrie ôc dans les fruits : on eftime beaucoup les vers de terre qu’on nomme fpécialement AÎchêes, terme qui a du rapport avec celui d’Aiche , que beaucoup de Pêcheurs emploient au lieu à'appâts.
- On trouve entre les fibres qui Portent des racines d’iris aquatique, de petites loges dans lefquelles font renfermés des vers blancs ou jaune-pâles , longuets, menus, à tête rouge, les jambes diftribuées le long du corps : fui-vant Walton, c’eft un excellent appât pour plufieurs efpeces de Truites, pour la Tanche , la Brême, la Carpe, ôcc.
- Quelque efpece de vers qu’on emploie pour pêcher, il vaut toujours mieux leur avoir laiffé le temps de fe vuider, que d’en faire ufage fans cela. Dans le cas où on n’en a point qui aient été fuffifamment gardés , on peut faire qu’ils fe Vuident promptement, en les laiffant dans l’eau pendant une nuit, fi ce font des vers de pré ou de terre de jardin; ôc les mettant enfuite avec du fenouil dans le fac qui fert à les tranfporter au lieu de la pêche.
- Quant aux vers, foit de tannée, foit du deffous des tas de fumier, on doit ne les laiffer qu’une heure dans l’eau , puis les mettre dans le fac avec du fenouil pour les employer tout de fuite.
- * Les Pêcheurs Bretons donnent aux appâts le nom de Bouette ou Boue ; les Anglois celui de Bait, d’où eft peut-être venu le terme d'Abaiter. On le fert auftx du terme de Botte fur les cotes de Normandie : on y dit encore Abait, & en confèquence Abaiter ; foit par analogie avec i’expreflion Angloife , foit par corruption d’Abecquer ou Embecquer } ter-çie dont fe fervent beaucoup de Pêcheurs quand ils mettent à
- P ES CH ES.
- Si on a le temps & la volonté de garder davantage les vers , le meilleur moyen pour les Conferver eft de les mettre dans un pot de terre garni de mouffe, qu’il faudra renou-veller tous les trois ou quatre jours en été, ôc toutes les femaines en hiver ; ou du moins il faudra à ces termes retirer la mouffe, la bien laver, la preffer entre les mains jufqu’à ce qu’elle ait rendu fon eau, Ôc la remettre fur les vers. Quand ils commencent à devenir Malades Ôc à Maigrir, fur-tout ceux de l’efpece qui vient dans la tannée ou fous les tas de fumier, on peut les rétablir en ver-fant chaque jour environ une cuillerée de lait ou de crème, goutte à goutte fur la mouffe parmi laquelle ils font : ôc en ajoutant à la crème un œuf battu, qu’on fera bouillir avec elle, on réufîira à les Engraiffer ôc à les conferver long-temps. Lorfque le nœud qui fe rencontre environ à la moitié du ver de tannée commence à fe renfler , c’eft ligne que le ver eft malade Ôc qu’il ne tardera pas à mourir , fi on ne le fecoure comme nous venons de dire.
- La meilleure Mouffe pour cet ufage eft le Lichen qui repréfente exactement une Corne de Dain. On pourrait lui en préférer une autre efpece , blanche ôc mollette, qui vient dans quelques bruyères, mais qu’011 trouve difficilement.
- Un autre excellent moyen pour garder les vers eft de bien laver un morceau de grof-fe toile à facs, ôc l’ayant laiffé fécher, le tremper dans du bouillon où a cuit du bœuf frais ; le bœuf falé ferait mourir les vers : puis on tord cette toile fans la rendre abfolument féche : après quoi on y met les vers, Ôc on les dépofe dans un vaiffeau de terre. Au bout de douze heures, on les en retire pour donner à la toile les mêmes préparations ; ôc de même les jours fuivants. On peut ainfi conferver des vers de terre en parfaite fanté pendant près d’un mois.
- Au refte s’il arrive qu’on ait des vers malades , ou en quelque autre.mauvais état, on peut effayer ce que certaines perfonnes avancent ; que du camphre mis dans le fac où on porte à la pêche la mouffe ôc les vers , leur donne une odeur forte ôc fi attrayante, que les poiffons deviennent avides des plus mauvais vers.
- Quand on veut fe procurer des vers de terre, on les cherche fous les pots de jar-
- la pointe d’un hain quelque appât friand. Quelques-uns emploient le terme d’Aiche ou Echs , & difènt Echer. Les Provençaux nomment l’appât Efca. Ailleurs on dit Acqut ; d’où vient Acquer. On dit encore Attrait, Amorce, Toutes ces dénominations font ufité-es dans différentes Provinces. Nous emploirons par préférence les termes à'Appât 8c Amorce, fins nous interdire abfolument l'ufàge de quelques autres,
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- TRAITE DES PESCHES.
- din où il y a de l’humidité ; ou bien on fe tranfporte dans un pré un peu frais, & ayant } enfoncé un piquet en terre, on le remue de forte que l’on faffe décrire un cercle au bout qui eft en haut Ôc qu’on tient dans la main ; la prefïion qu’on occafionne à la terre, engage les vers à en fortir. Pour la même raifon ils fortent quand on foule la terre avec les pieds, ou quand on la frappe avec une batte. On réuffit encore à faire fortir les vers allez promptement , en répandant fur la terre foit de l’eaufalée, foit une forte déco&ion de feuilles de noyer , principalement aux endroits où de petits trous indiquent que les vers ont coutume de fortir pendant la nuit.
- Pour fe procurer des Vers de Viande on prend du foie de quelque quadrupède, ôc on le fufpend avec un bâton en croix au-delfus d’un pot ou d’un baril à demi plein d’ar-gille féche. A mefure que les vers groffif-fent dans le foie, ils tombent fur la terre ; ôc il s’en produit de la forte fuccefTivement pendant allez long-temps.
- Pour avoir des vers toute l’année il faut prendre un chat ou un oifeau de proie qui foit mort, le lailfer fe gâter étant expofé aux mouches ; ôc quand les vers y font bien vivants Ôc en bonne quantité , on enfouit le tout dans de la terre humide autant à l’abri de la gelée qu’il eft poffible. On les en retire à mefure qu’on en a befoin. Comme ces vers fe métamorphofent en mouches au mois de Mars , il faut alors avoir recours à d’autres animaux pareils.
- Une grande partie de ce que nous venons de dire fur les Vers, eft tirée de IValton , Auteur Anglois qui a fait fur la Pêche à la canne un Ouvrage très-eftimé.
- On fait beaucoup de cas d’un appât qu’on nomme allez fouvent Chatouille ; efpece de .petite Lamproie, grolfe feulement comme un tuyau de plume à écrire, ôc qui fe trouve dans la vaze.
- Les Moules de riviere, tirées de leurs écailles ; les Limas, les Sauterelles, différentes efpeces de Scarabées, les Fourmis ailées , plufieurs Mouches ôc Papillons , les Grenouilles , les petits poilfons de toutes ef-eces qu’on nomme Blanchaille, même les erchettes quand on leur a coupé l’aileron de delfus le dos ; font de bons appâts. Les poilfons les plus eftimés en ce genre font la Loche ôc le Carpeau ; mais la Tanche eft réputée un appât fort médiocre.
- Les Pêcheurs prennent eux-mêmes ces appâts ; ôc fouvent pendant que le pere pêche de gros poilfons, les enfants s’occupent à en prendre de’petits pour faire des appâts.
- On amorce aulïi quelquefois avec de grof-fes fèves , qu’on nomme à Paris Fèves de marais : nous dirons ailleurs comment on les prépare pour cet ufage.
- On peut dire en général que VAjfafœtida
- ôc les autres drogues dont l’odeur eft forte , rendent plus fur l’appât qu’on préfente aux Brochets ôc autres poilfons d’eau douce.
- Nous voyons dans un Mémoire d’Alicante , qu’à cette côte les Pêcheurs à la canne amorcent leurs hains avec des Boulettes de Son pour prendre des Oblades.
- Walton dit que pour prendre le Chabot, on fait une Pâte compofée de fromage bien fort, que l’on pile dans un mortier avec un peu de beurre ôc de faffran, jufqu’à ce que le tout forme une malfe de couleur citronnée. Il ajoute que pour l’hiver quelques-uns préparent une pâte de fromage Ôc de térébenthine.
- Pour les grandes pêches à la mer, quoF que les femmes ôc les enfants fe donnent bien de la peine pour prendre des appâts, les Pê^ cheurs ne peuvent fe difpenfer d’en acheter; ôc c’eft ordinairement pour eux un objet de dépenfe confidérable : chaque fois que ceux de Calais ôc de Dunkerque fortent pour aller à la pêche des Merlans ôc des Rayes , il leur en coûte 40 à £0 livres pour amorcer leurs hains ; ôc nous ferons voir ailleurs que pour d’autres pêches la dépenfe eft encore plus confidérable.
- Les Pêcheurs de Baffe-Normandie prétendent que la Chair de toutes fortes de poif-fons eft bonne pour amorcer les hains, ôc ils s’en fervent indiftinêtement, pourvu qu’elle foit fraîche. A l’égard des Bretons, fouvent ils coupent un petit morceau au bas du dos des poilfons qu’ils ont pris, ôc ils s’en fervent pour amorcer. Ces poiffons ainfi mutilés n’en font pas moins de vente dans les Poiffonneries de la Province ; mais les Chaf-fe-marées qui vont dans les grandes villes, ne s’en chargent pas volontiers.
- Les Pêcheurs de Flandre, de Picardie Ôc de Haute-Normandie font plus de choix dans leurs appâts ; ils prétendent qu’il en faut de différents fuivant les faifons ôc l’efpece de poiffon qu’ils fe propofent de prendre.
- Ils eftiment que l’appât qui mérite la préférence fur tous les autres eft le Hareng frais, de toutes les efpeces ; ôc les Provençaux pen-fent aufïi avantageufement des Sardines.
- Ils mettent après ces appâts les Blanches, qu’on nomme auffi Blanquettes, (Billets, Oeillets , ou Mêlis ; en Normandie, S aumône lie ; Ôc en Provence, Nonnat. Tous ces termes font fynonymes ; ôc fignifîent de petits poiffons du premier âge ôc de toute efpece, qui fe rencontrent au pied des parcs dans les manches , Ôc au bas des filets quand la mer eft retirée.
- Les poiffons qu’on emploie communément pour amorcer, font les Harengs bla-quets ; les Sardines ; les Lanfons, Lançons ou Alançons; les Eguilles ou Aiguilles, qu’on nomme en Normandie Quilles , Equilles ou Equilettes ; les Çrados ou Grados, qu’on ap-
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- pelle Prêtres en Normandie, Ôc Pretras ou Eperlans bâtards en Bretagne ; enfin toutes les efpeces de petits poiffons ronds.
- Sur le Grand-Banc , les Entrailles des Morues qu’on a prifes , fervent au défaut de meilleurs appâts pour en prendre d’autres. Nous traiterons cet article fort en détail lorf-qu’il s’agira exprelfément de la pêche de la Morue.
- Enfin les vers marins qu’on trouve dans le fable ôc les rochers à la laiffe de baffe mer, les Seches, les Pitots ou vers à coquilles, (auiïi nommés Folades , Pétorides ou grandes Palourdes) les Cornets ou Calamars , divers petits Cruftacés , la chair des poiffons falés, la viande de différents animaux, fraîche ou fa-lée : voilà en gros toutes les fübftances dont on fait des appâts, ôt qui fervent à amorcer les hains. Nous allons les reprendre plus en détail pour mieux expliquer l’ufage qu’on en doit faire.
- Nous avons déjà dit que les Harengs frais doivent être mis au nombre des meilleurs ap-
- Î)âts. .Quelquefois en pêchant les Harengs à a fin d’Avril ôt durant le mois de Mai, on prend des C élans, ôt des Sardines qu’on nomme Galice s en Gafcogne. Ces poiffons font des appâts prefque aulli bons que les Harengs même.
- Les Pêcheurs-Palangriers de Provence ef-timent autant pour cet ufage la Sardine, que les Ponentois eftiment le Hareng.
- On ne peut amorcer avec un Hareng que 4 à $ hains pour la Raye, & 8 à 10 pour le Merlan ôt les autres poiffons de même grof-feur.
- Quand on aura l’idée des grandes pêches aux cordes , on concevra quelle consommation elles doivent faire de Harengs. Car il eft de fait que chacun des Pêcheurs de la côte de Dieppe a befoin à chaque démarrage de 7 ou 800 Harengs pour garnir fa teffure ; ôt tous ces Pêcheurs font plufieurs démarrages par femaine lorfque le temps y eft propre.
- Il faut fe rappeller ce que nous avons dit plus haut, de ce qu’il en coûte aux Calai-fiens ôt Dunkerquois pour leurs appâts.
- Comme le Hareng eft un bon poiffon , foit frais , foit faié , on auroit défiré d’empêcher cette confommation : mais ayant eu de bonnes preuves qu’on ne pouvoit s’en paffer pour la pêche du poiffon frais, le Gouvernement s’eft déterminé à ne point gêner fur cela les Pêcheurs.
- Vers la fin de la pêche du Hareng, ce poiffon n’étant plus bon ni à manger frais, ni a en faire des falaifons, la Police a défendu d’en pêcher alors. Cependant, vu l’avantage de fe procurer du poiffon frais pour Paris, on a permis aux Pêcheurs de la côte de Normandie de mettre à la mer quelques bateaux pour prendre telle quantité de Hareng qui feroit néceffaire pour faire leur pêche.
- Il eft vrai qu’autorifés par ce prétexte, ils en pêchent plus qu’il ne leur en faut, ôt qu’ils en falent Ôt en vendent aux ChalTe-marées* Mais comme le Hareng eft un poiffon de paffage, qui commence à difparoître à la fin de Mars, ôc qui ne fe trouve prefque plus fur les côtes de France à la fin d’Avril, il faut toujours fe pourvoir d’autres appâts qui fuppléent à fon défaut. D’ailleurs la Solle ne paroît jamais être bien friande de ce poiffon.
- La petite Blanche ou Blanquette , que nous avons dit être un amas de toutes fortes de petits poiffons pris au fond des parcs ôt au bas des filets, dans les mois de Mai, Juin Ôc Juillet, eft un fort bon appât ; pourvu qu’elle foit bien fraîche, ôt qu’on en garniffe fufîi-famment les hains proportionnellement à leur grandeur ; car il en faut quelquefois 8 à 1 o pour un hain. On les broque par les yeux ou les ouies : ôt je foupçonne que c’eft pour cela qu’on les a nommés CÈillets ou Orillets ; ôc Me lis, parce que c’eft un mélange de toutes fortes de poiffons.
- Il eft vrai que ces poiffons groftiffant à me-fure que la faifon avance, deux ou trois peuvent alors fuffire pour amorcer un hain ; mais on conçoit quelle énorme confommation cette pêche fait de petits poiffons qui devien-droient gros fi on les laiffoit fubfifter ; une douzaine eft facrifiée à la prife d’un poiffon qui n’eft quelquefois pas fort gros : tant de poiffons qui devroient peupler les côtes font fans doute une perte confidérable. Au refte il faut avouer que cet appât eft très-bon, ôt bien capable de fuppléer au défaut du Hareng.
- Les Vers Marins fourniffent un très-bon appât, Ôt en quelque façon le meilleur de tous pour les Solles. Mais'il y en a de plu-. fieurs efpeces, Ôt les uns font plus eftimés que les autres.
- Les Vers Noirs, qu’on nomme Francs, font très-eftimés fur la côte de Haute-Normandie ôt de Picardie. On affûre que la Solle en eft finguliérement friande. Il faut qu’un de ces vers foit gros pour pouvoir amorcer deux hains. On les pêche dans le fable quand la marée s’eft entièrement retirée. On connoît les endroits ou font ces vers, à des traces qu’ils forment fur le fable.
- Les Vers Rouges , qu’on nomme Bâtards ou Vérotis , fe tiennent dans de petits rochers qui s’étendant le long du rivage ne s’élèvent guères au-deffus du fable : on les y découvre en détachant avec un picq les pierres dont l’affemblage forme le rocher. Ces vers fe trouvent dans les délits, au milieu d’une vaze noire qui s’y rencontre ordinairement : ils parcourent ces délits, Ôt laiffent après eux une trace rougeâtre : les Pêcheurs la fuivent, ôt trouvent enfin le ver.
- Le ver rouge ne différé pas du ver noir
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- feulement par la couleur ; fa forme eft aufïi différente : le ver noir eft rond , ôt le rouge applati. Les Pêcheurs de Grandville eftiment beaucoup ces vers rouges ,prétendant qu’ils luifent davantage dans l’eau-, ôc que pour cette raifon ils font mieux apperçus par le poiffon.
- Les Vers Blancs, qu’on nomme Bourlottes en Bretagne, font les moins eftimés.
- Les Vers de Terre fervent pour pêcher des Anguilles.
- C’eft depuis Pâques jufqu’à la S. Michel qu’on fait principalement ufage de ces fortes d’appâts, qui ne détruifent pas le poiffon comme fait la blanchaille. Malheureufement les vers marins font chers Ôc rares aux côtes va-zeufes ôc de galet, ou il n’y a ni fable, ni roches. Car, comme nous l’avons dit, les noirs fe trouvent dans le fable, Ôt les rouges dans les roches.
- Les Pêcheurs de S. Valéry en fournirent beaucoup aux Poletais ôt aux Pêcheurs du Bourg d’Ault, parce que leurs grèves fableu-fes en font abondamment pourvues. Comme les Solles ne mordent aux vers que quand ils font frais ôt même vivants, les enfants ôt les jeunes gens en apportent de S. Valéry à Dieppe dans des gamelles de bois avec de l’eau de mer, courant toujours dans le chemin, en forte qu’ils font, à ce qu’on prétend , deux lieues par heure. La longue habitude les rend d’excellents coureurs.
- Quand les Pêcheurs manquent de bons appâts , ils fe fervent de coquillages, comme de Moules , de Brelins ( Bredins, Bemi clés, Cuvettes , Lampottes ) qu’on appelle aufïi Yeux de Bouc. On leur apporte ces coquillages vivants ; ils en ôtent l’écaille, ôt fe fervent de la chair pour embecquer les hains qu’ils ont auparavant garnis de Hareng falé. Mais ils ne prennent guères avec ces appâts que des Merlans Ôt des Limandes. Quelquefois aufïi les Pêcheurs amorcent avec des brelins feuls : Ôt alors il en faut trois ou quatre pour un hain, fuivant fa groffeur. C’eft communément au mois de Décembre qu’on fe fert de cet appât.
- On amorce encore avec le Pitot, qui eft ordinairement affez gros pour garnir un hain ; mais cet appât n’eft guères eftimé.
- Les Seches, ( qu’on nomme Marquettes en Bretagne, Sepie en Gafcogne , Seppie à Naples ) ainfi que les Cornets ou Calamars, ( Sépia loligo magna ) Ôt les petites Seches qu’on nomme CaJJerons en Saintonge ôt Aunis ; font des appâts très-médiocres , dont néanmoins on fait ufage dans les chaleurs quand les autres manquent. On ne fe fert que du corps de ces' poiffons ; ôt quelquefois , mais rarement , des pieds des Cornets.
- On ne prend guères avec ces fortes d’appâts que des Rayes Ôt un peu de Merlan ; de forte que ce n’eft que la difette des autres
- appâts qui engage à s’en fervlr ; fur-tout de la Seche, qui eft le moindre de tous ceux que nous venons de nommer.
- Les Cornets entiers font beaucoup meilleurs ; ils conviennent à toutes fortes de poiffons , excepté à ceux du genre des Plats ; on prétend que les Morues en font très-friandes, de forte que fi l’on en avoit beaucoup fur le Grand Banc, on auroit bientôt fait une excellente pêche.
- On amorce encore depuis le mois de Mars jufqu’en Septembre avec quelques cruftacés, comme font, i°. les grojfes Chevrettes, ( qu’on nomme Salicots en Haute-Normandie , Barbeaux ou San&és en Saintonge ôc Aunis , groffes Crevïches en Guyenne ôc Gafcogne ) ; 20. la petite Chevrette, appellée Crevette ôt Grenade à Dunkerque , Sauterelle de mer en Picardie, petite Creviche en Guyenne , Efquine en Gafcogne , Chevron , Ma-niguette en Bretagne. On prend avec ces appâts des Maquereaux Ôt des Rayes de toutes les efpeces.
- 30. A l’égard des Chevrettes de la plus petite efpece , qu’on nomme Sauterelles ou Ca-ranates ,5' \ 6 fufïifent à peine pour un hain ; ôt il ne s’y prend guères que des Rayes grifes.
- 40. On peut mettre encore au nombre des appâts que fourniffent les cruftacés, les Crabes de toutes les efpeces ; fur-tout lorf qu’ils font près de quitter leur robe ( alors on les nomme Poltrons ) ; ou quand l’ayant quittée, leur envelope eft encore tendre ôc membraneufe, état dans lequel on les nomme Craquelins ou Craquelots. On coupe ou l’on déchire ces crabes par morceaux pour en amorcer plufieurs hains. Le Congre eft: le poiffon qu’on prend le plus ordinairement avec ces appâts ; ôc les Pêcheurs au libouret prennent ainfi des Merlans Ôt des Limandes.
- Les petits Pêcheurs à la côte amorcent aufïi, faute d’autre chofe, avec des Loches de mer, quoique ce foit un très-mauvais appât.
- Les Voyageurs difent qu’à la côte de Guinée les Naturels garniffent leurs hains avec des morceaux de Canne à fucre, pour prendre le poiffon qu’ils nomment Korcofado.
- On eft quelquefois réduit à fe fervir Y Appâts [aies, tels que les Harengs ôt le foie de Bœuf, ayant attention qu’ils ne foient pas corrompus. En ce cas on embecque ou on garnit l’extrémité de l’hain avec un petit morceau d’un des meilleurs appâts qu’on peut fe procurer. Un peu de viande fraîche \ Bœuf, Vache, Cheval, Afne, Chien, ôte. vaut encore mieux : mais il ne faut pas que ces chairs ayent contra&é de mauvaife odeur; ôt les foies, ainfi que les poumons de ces animaux , font préférables à leur chair.
- On ne prend guères que des Merlans avec ces appâts , dont l’ufage eft borné aux petites pêches qu’on fait à l’entrée des Ports.
- Au refte, outre les cas de difette , il y en
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- .a encore où la chair Talée devient, pour ainfi dire , néceffaire : ayant remarqué , par exemple , aux côtes de Flandre, que vers le Carême le Merlan eft dégoûté , en forte qu’il re-fufe de mordre à différents appâts qu’on lui préfente, on a réuffi à l’attirer en amorçant les hains avec du foie de Cochon, même Talé. Cet appât réufïit encore quand le froid fait retirer le poiffon au fond de l’eau. En confé-quence le foie de Cochon frais eft très-recherché par les Pêcheurs-Cordiers de Dunkerque ôc des environs : ce qui fait qu’ils l’achetent communément 40 fols la piece, ôc que les femmes vont en chercher jufqu’à 7 ôc 8 lieues dans les terres , &les Chaffe-ma-rées en apportent de 20 à 2$ lieues. Outre cela les Pêcheurs un peu aifés en font des fa-•laifons vers la S. Michel , pour s’en fervir dans les circonftances que nous avons indiquées.
- Quand nous difons que les chairs dont on fait des appâts, doivent être exemptes de mauvaife odeur, nous n’entendons parler que des pêches dont il eft ici queftion ; car tous les poiffons ne fuient pas ces odeurs qui nous déplaifent. Indépendamment du goût que témoignent plufieurs poiffons d’eau douce pour les chairs qui ont quelque degré de corruption , les Ruffes nous affurent que l’odeur de charogne eft un appât fort attrayant pour le Bélouga, le Cétera , quelques Chiens ma-rins, Ôc autres.
- La Réfure, dont nous parlerons dans peu, eft dans le même cas pour les Sardines.
- Il femble qu’en général les poiffons foient plus friands de ceux de leur efpece que de tout autre. Car les Pêcheurs prétendent que quand on amorce avec de la blanque où il y a des poiffons de toutes les efpeces, on trouve ordinairement prifes aux hains les mêmes efpeces de poiffons qui ont fervi d’appât ; ôc il eft certain que les Morues fe prennent à des hains amorcés avec les inteftins ou autres parties des Morues : il en eft de même du Bélouga , du Loup marin ôc d’autres poiffons.
- Il pourroit cependant fe faire que cette réglé ne fût pas générale. Car dans les quadrupèdes il y a des animaux carnaciers qui ne mangent point la chair de leurs femblables, pendant que d’autres s’accommodent de tout : de même les oifeaux de proie ne fe dévorent point les uns les autres ; au lieu que les Canards mangent très-bien la chair des autres Canards.
- Quand on amorce avec des poiffons un peu gros, il faut les couper en biais, afin de ménager l’appât : car l’hain doit en être entièrement couvert, excepté à fa pointe ôc à celle du barbillon : fi ces pointes étoient entièrement couvertes, le poiffon rejetteroit fouvent l’appât dès qu’il fentiroit que la pointe de l’hain lui chatouilleroit le gofier.
- P ESCHES.
- On doit encore mettre au nombre des appâts la Réfure, Rave ou Rogue, que les Pê^ cheurs de Sardines emploient pour bouetter, affaner ou affamer, c’eft-à-dire,pour engager les Sardines à s’élever du fond de la mer Ôc à donner dans les filets qui dérivent à fleur d’eau. Cette réfure eft faite d’œufs de Morues ôc de Maquereaux qu’on fale ; ceux de Morue le font fur le Banc de Terre-Neuve , ou ailleurs, ôc il en vient plufieurs cargai-fons de Norwege. A l’égard de la réfure des Maquereaux, elle vient fur-tout de l’Ifle de Bas ", ôc quand les Maquereaux donnent abondamment à quelques côtes, des Marchands en font faler. Les Pêcheurs Bretons font même quelquefois une efpece de réfure en émiank de la chair de Maquereau cuite.
- Il eft défendu de fe fervir en guife de réfure pour la pêche des Sardines, de ces petF tes Chevrettes qu’on nomme Sauterelles de mer. Cette prohibition eft fondée fur ce qu’on détruit beaucoup de frai de poiffon en pêchant les Sauterelles avec des facs ; ôc de plus parce qu’on prétend que les Sardines qui ont mangé de ces Chevrettes, ne font pas propres à être falées, ôc qu’elles fe cor» rompent très-promptement.
- . Ce qu’on nomme en Bretagne Gueld^e, Guïldille, Guildive , ou encore Guïlàre, fe fait avec des Chevrettes, des Cancres ôc de menu fretin de toute forte de poiffon , qu’on pile pour en former une pâte. Les Obferva-tions de la Société d’Agriculture ôc de Commerce de Bretagne (année 175*7 ) attellent que cet appât corrompt les Sardines en moins de trois heures, ôc qu’il les fait tellement fermenter qu’elles s’entr’ouvrent par le ventre. Cette Société fl zélée pour le bien public , infifte en outre fur le préjudice que fait au poiffon de toute efpece un appât dont la compofition eft fi deftruéfive. Elle obferve même que dans quelques endroits on prépare un appât femblable, nommé Menue-, où il n’entre que des poiffons affez jeunes pour avoir feulement la groffeur d’une lentille : quoique ce dernier appât coûte fort cher , on en confomme cependant affez pour que dans les feuls environs du Port-Louis on em-plifïè tous les ans pour cette deftination plus de 400 barils d’un fi petit frai de poiffon ; d’où il réfulte une dcftru&ion énorme.
- Quelques Navigateurs mettent à leurs hains un morceau de Lard, qui attire par fa blancheur les Requiens Ôc d’autres gros poiffons.
- Il nous refte à parler des Leurres ôc Appâts FaBices, dont on fait ufage pour prendre différents poiffons.
- On attire des Crabes dans des naffes avec des Pierres blanches taillées en forme de poiffons.
- Nous avons déjà dit qu’on prend des Morues avec des morceaux de plomb auxquels
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- on donne îa forme de poiffons. Nous les avons ïepréfenté PL VU. Nous parlerons ailleurs d’une femblable rufe pour la pêche des Harengs.
- Les gros poiffons fe laiffent encore tromper par un morceau de Liège taillé en forme de poiffon,qu’on couvre d’une peau de poiffon, ou( d’une toile blanche à laquelle on fait une raie bleue fur le dos. Les Bafques y ajoutent quelques plumes pour prendre des Thons. Ce leurre eft repréfenté fur la PL IL Nous avons dit qu’on fubftituoit quelquefois une Chandelle au morceau de liège.
- Tout le monde fait qu’on prend des Grenouilles avec un petit morceau de Drap rouge. Ce morceau d’étoffe fournit un leurre excellent pour prendre des Maquereaux pendant le jour ; lorfque les Matelots de Calais ôt de Dunkerque traverfent la Manche durant la faifon de ce poiffon, ils en prennent beaucoup avec des hains leurrés de cette maniéré. En jettant ces hains dans le remou du vaiffeau qui fille, non-feulement ils prennent affez de Maquereaux pour fe nourrir, mais encore fouvent pour en vendre de frais, ôt même en faler.
- Les Pêcheurs de Grandville fe fervent suffi d’un morceau de drap rouge pour prendre du Maquereau ; mais ce n’eft que faute d’autres appâts ; car ils favent que la chair de poiffon a un effet encore plus fur.
- Les Voyageurs difent que dans l’Ifle de Ternate les Pêcheurs lient en paquet une Mouffe dont on fe fert pour calfater les coutures des bateaux ÿ & que mettant ce paquet
- au bout d’une corde affez longue, ils le jettent le plus loin qu’ils peuvent à la mer. Les poiffons faififfent ce leurre, Ôt leurs dents s’embarraffent dans la mouffe, de façon que les Pêcheurs qui font fort habiles à le retirer , ne leur laiffent pas le temps de s’en dégager. Ceux qui parlent de cette pêche , au-roient dû dire quel poiffon l’on prend ainfi : ôt peut-être n’ont-ils pas remarqué qu’on met dans la mouffe quelque appât ; car nous dirons dans la fuite qu’on prend des Ecreviffes avec un petit fagot de menues branches ou un paquet de filaffe, dans lequel on a mis des entrailles de quelques animaux.
- Nous expliquerons ailleurs comment les Anglois font des Infe&es faêlices-, avec lef-quels ils prennent différents poiffons, particuliérement des Truites.
- > Nous ne parlerons point des appâts dangereux qui enivrent ou tuent les poiffons , tels que la Coque du Levant, la Noix Vomique , ôte. Il feroit avantageux que ces moyens qui détruifent les poiffons, fuffent ignorés : les Ordonnances les défendent fous des peines rigoureufes. Heureufement les Po-nentais n’en font pas ufage. Mais on s’en fert trop fréquemment dans les étangs foit d’eau douce , foit d’eau falée.
- Ce que nous venons de dire fuffit pour cet article, ou il ne s’agit que de généralités. Nous aurons plufieurs chofes à y ajouter lorfque nous parlerons des poiffons en particulier , quelques-uns exigeant des appâts qu’ils affeêlent plus que d’autres.
- Article Dixième.
- Des Saifons les plus favorables pour la Pèche aux Hains ; de celles qui font particulières a quelques efpeces de Poijjons ; & des Temps les plus propres
- pour faire une bonne Pêche.
- Toutes les faifons , tous les temps ne font pas également favorables à la pêche aux hains. Les Pêcheurs des rivières l’abandonnent prefque entièrement pendant l’hiver, pour ne plus pêcher qu’aux filets. Et quand les fraîcheurs de l’automne commencent à fe faire fentir, ils font obligés d’amorcer leurs hains avec des poiffons frais ou même de vivants ; au lieu que durant l’été, les poiffons mordant plus volontiers , les Pêcheurs fe contentent d’amorcer avec de la viande , ou même du fromage.
- A la mer, ainfi que dans les rivières, la pêche eft rarement abondante quand le ciel eft clair ôt ferein.
- Lorfqu’il neige ôt qu’il fait un vent froid de Nord , les poiffons de riviere fe retirent dans les crônes ; ôt ceux de mer gagnent la grande eau, où la fraîcheur de l’air pénétré difficilement.
- La pêche n’eft prefque jamais auffi bonne
- quand les eaux font claires ôt pures, que lorfqu’elles font troubles ; comme cela arrive quand le temps eft difpofé à l’orage par les vents de Sud-Eft, ou à la mer après une petite moture. Dans ces circonftances les poiffons qui font agités , rencontrent les appâts , ôt ils fe jettent deffus. Pour ces mêmes rai-fons, les temps fombres ôt les petites pluies douces font très-avantageufes, fur-tout pour la pêche en mer.
- Le froid engage d’abord les petits poiffons à quitter le rivage de la mer : bientôt les gros font obligés de fe porter au large pour y trouver leur fubfiftance. Ces remarques indiquent aux Pêcheurs où ils doivent aller chercher leurs proies ; de forte que quand il fait froid, les petits Pêcheurs font obligés de dérader , ôt de prendre des bateaux affez forts pour pouvoir tenir le large ôt pêcher dans les grands fonds. *
- On remarque encore que les poiffons ftior-
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- dent peu quand ils frayent ; ôt dans cette cir-conftance leur chair étant molle ôt de mauvais goût, il feroit à propos de n’en prendre aucun. Mais après .que les poiffons ont jet té leur frai , ils font affamés , ôt courent avec avidité aux appâts qu’on leur préfente.
- Il eft naturel qu’il y ait des faifons affectées pour prendre les poiffons de paffage , puifqu’ilsne paroiffent fur certaines côtes que dans des faifons déterminées ; nous les indiquerons dans la fuite. Mais il y a aufli des temps affeêtés pour la pêche des Poiffons Domiciliés : j’entends par ce nom ceux qui fe trouvent à peu près toute l’année fur les mêmes côtes. La vraie faifon, par exemple, pour prendre les Vives avec les hains, eft: en Août , Septembre ôt O&obre ; jufqu’à ce que le froid fe faffe fentir à une certaine profondeur dans l’eau. On n’en prend plus alors avec les hains, ôt les Pêcheurs croient qu’elles" fe retirent dans la grande eau, ôt qu’elles s’y enfablent pour tout l’hiver ; ce qui paroît juftifié parce qu’on ne prend les Vives avec les hains que pendant l’été, au lieu que durant l’hiver on en pêche avec les filets qui draguent le fond de la mer.
- On prend des Merlans fur nos côtes durant toute l’année : cependant la vraie faifon de cette pêche eft depuis le mois de Septembre jufqu’en Février ; non-feulement eu égard à l’abondance de ce poiffon , mais encore à caufe de fa qualité : car comme il commence à frayer à la fin de Février , fa chair eft molle, fade Ôt d’un goût défagréa-ble. Le Merlan devient un peu meilleur vers ja fin de Mars. Il prend plus de qualité dans les mois de Mai ôt Juin. Néanmoins il n eft jamais aufli bon que dans ceux de Septembre y Oâobre ôt Novembre. Sa chair eft encore de bon goût en Décembre ôt Janvier : mais ce poiffon eft alors ordinairement fi rempli de foie ôt d’œufs y que fon ventre en devient extrêmement gros ; ce qui a fait croire que les Merlans étoient Hermaphrodites y prenant le foie pour de la laite. On fe défabufera aifément de ce préjugé en ob-fervant que le foie du Merlan y ainfi que celui des Morues ôt des autres poiffons , rend de l’huile , au lieu que les laites font feches ôt fans onêtuofité ni graille ; ce qui fait qu’on la rejette de tous les poiffons dont on retire l’huile. Cette remarque peut fervir à diftin-guer dans tous les poiffons le foie d’avec la laite.
- A l’égard des Morues y des Linguets, des Aigrefins , des Merlus, ainfi que des poiffons plats, comme Plies , Carrelets ôt fur-tout aes Solles y on en pêche dans prefque toutes les faifons ; obfervant ce que nous avons dit du froid ôt de la faifon du frai. Ajoutons que la nuit eft plus favorable que le jour pour rendre leur pêche abondante, à moins que le ciel ne foit couvert, ou l’eau
- troublée par quelque moturê.
- Les Pêcheurs travaillent avec plus de fuc-1 cès pendant les vives eaux que lors des petites marées ; parce que les courants y alors plus rapides , font faire plus de chemin au poiffon y qui rencontrant les appâts y mord y ôt fe prend.
- Les gros vents empêchent moins les Pê* cheurs de tendre leur tellure que de la relever. Et la circonftance la plus fâcheufe pour les grands Pêcheurs-Cordiers, eft lorfque le vent change fubitement de direction ; par exemple, s’ils ont tendu d’un vent de Sud, ôt qu’il faute tout d’un coup au Nord y les Pêcheurs courent rifque de perdre leurs ap-pelets, parce qu’ils ne peuvent appareiller pour relever leur teffure.
- Les Pêcheurs redoutent encore les Poiffons voraces y tels que les Chiens de mer , les Seches, ôte. qui attaquent les poiffons pris aux hains , les fatiguent y fes bleffent > Ôt, ( pour me fervir de l’expreffion des Pêcheurs , ) les rendent Hoyés : pour lors ces poiffons ne font plus de vente. C’eft donc un grand malheur pour les Pêcheurs aux cordes que de fe trouver dans un banc de poiffons voraces.
- Comme il y a toujours pendant le cours de l’année quelque poiffon à prendre , les grands Pêcheurs n’interrompent la pêche aux hains que pour faire celle du Maquereau, ôt les Pêcheurs Picards pour aller à celle du Hareng.
- A Dunkerque, où l’on s’occupe beaucoup de la pêche des Merlans en Décembre ôc Janvier , les grands Pêcheurs la quittent au commencement de Février, pour aller à 40 lieues vers le Nord prendre des Cabilleaux ôt des Rayes, jufqu’au de Mai. Quelques-uns même s’occupent de la pêche des Rayes pendant les mois de Juin ôt Juillet. La plupart fe tiennent à pêcher à l’entrée du port pendant le mois d’Août. Quelques-uns vont au Nord pour la pêche du Hareng ôt de la Morue, jufques vers le 6 de Septembre , que commence ordinairement la grande pêche du Hareng.
- Au Havre, fans exclure plufieurs autres pêches, on fait pendant toute l’année celle où l’on fe fert du Libouret.
- Nous ne répéterons pas ici ce que nous difons ailleurs des Pêches au Libouret ôt au grand Couple, qui occupent quelques-uns de nos Pêcheurs de la Manche ôt ceux de Bayonne. La même raifon d’œconomie nous difpenfe de prévenir les détails où nous entrerons concernant la pêche qui fe fait des différemes efpeces de Morue en Amérique 9 une ou plufieurs fois chaque année, par les Dieppois, Grandvillois , Malouins, Olon* nois ôt Éayonnois. On verra encore dans l’Article dès Morues, les côtes où ces poiffons ôt d’autres de leur genre fe pêchent 9
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- TRAITÉ DES PESCHES.
- foit toute l’année , foit feulement en certains temps. Ces faits dont Fexpofé pourroit moins intéreffer en cet endroit, plairont davantage au Leâeur dans les Articles particuliers à chaque Poiffon , où nous nous propofons de les placer. Ainfi nous allons paffer fuccin-tement en revue les côtes étrangères qui appartiennent à l’Océan , ôt enfuite nous donnerons un coup-d’œil fur la Méditerranée.
- Dans le Royaume de Valence , la pêche au Palangre commence en Septembre, ôt finit en Mai.
- Les Pêeheurs-Palangriers du Royaume de Grenade font ce métier toute l’année.
- Suivant les Voyageurs, on pêche auffi pendant toute l’année à Malaga avec les hains ; ôt on y prend de bon poiffon, particuliérement des Bonites.
- A Cette , la pêche au palangre fe fait depuis le mois d’Avril jufqu’à la fin d’Oètobre.
- A la Ciotat, on pêche pendant toute l’année aux hains , lorfque le temps le permet, Ôt on y prend de gros ou de petits poiffons, fuivant les hains dont on fe fert ôt les appâts
- dont on les amorce.
- Les Palangriers de S. Tropez ôt de Fréjus commencent leur pêche en Octobre , Ôt la finiffent en Mars, travaillant de nuit ôt de jour.
- En général on pêche en Provence dans les étangs avec de petits palangres durant tout l’hiver jufqu’au Carême, lorfque le temps eft beau.
- Cette énumération qu’il ne nous étoit guères poffible d’abréger davantage,ne comprend pas, a beaucoup près, tous les endroits où l’on pêche avec les hains. Ce que nous venons de dire ne regarde prefque que les grands Pêcheurs ; car il y en a beaucoup de petits qui font continuellement occupés de cette pêche.
- Voilà une idée fommaire des faifons où l’on pêche aux cordes dans les différents parages ; ainfi que des temps les plus favorables à cette pêche, Ôt des attentions qu’il faut avoir pour aller , fuivant les circonftances que nous avons indiquées , chercher les poiffons dans les endroits qu’ils fréquentent. Nous rendrons ailleurs ces idées plus précifes.
- ONZIEME.
- emploie pour la Pêche aux ippelle Palangriers fur la
- Article
- Des Barques , Bateaux, Chaloupes, &c. quon Cordes & aux Hains ; & de ceux qu on c
- Méditerranée.
- Nous avons déjà fait appercevoir, ôt on le verra encore mieux par ce que nous dirons dans la fuite , qu’on fait au bord des eaux, avec des hains ôt des lignes , des pêches qui n’exigent aucune efpece de bateau. Mais il y a des pêches aux hains qui fe font fur les rivières ôt à la mer, quelquefois affez loin des côtes. En ce cas on ne peut fe paffer de bateaux ou de chaloupes, en un mot, de quelque efpece de bâtiment qui puiffe tenir la mer : ôt il en faut de plus ou moins grands, fuivant i’efpece de pêche qu’on fe propofe. Il nous a paru convenable, pour rendre plus complets les préliminaires dont nous nous occupons préfentement , d’en donner une idée. Je dis Amplement une idée ; car s’il s’a-giffoit d’en faire une hiftoire complette, nous ferions obligés de faire graver ôt de décrire prefque tous les bâtiments de mer, excepté les Vaiffeaux de guerre ôt les gros Navires marchands ; puifque les Heux, les Griban-nes, les Pinques, les Dogres, les Caravelles ou Crevelles, Ôte. fervent pour les grandes pêches. Je conviens qu’en parlant de ces pêches nous pourrons être obligés de dire quelque chofe de ces diverfes efpeces de Navires. Mais pour le préfent nous nous renfermerons à traiter des petits Bâtiments qui font principalement deftinés aux pêches qu’on nomme dans l’Océan aux Cordes, ôt dans la Méditerranée aux Palangres,
- Ce n’eft pas que quelques-uns de ceux dont nous allons parler , ne foient employés pour certaines pêches aux Blets. Mais quand nous aurons à traiter de ces fortes de pêches, nous renverrons aux deferiptions ôt aux gravures que nous aurons données à l’occalion des pêches aux cordes. Ainfi, quoiqu’on puiffe dire en général que tous les bâtiments qui peuvent tenir la mer font propres pour la pêche , il ne s’agira ici que de ceux qui font particuliérement deftinés à la pêche aux cordes. Encore, pour ne point multiplier les gravures, Ôt dans la vue de nous reftreindre au pur néceffaire , nous nous abftiendrons d’inftfter fur des différences peu confidéra-bles qui fe rencontrent entre les bateaux conftruits dans les différents Ports d’une même côte ; car il n’y a point de Port qui n’ait fes Charpentiers ; ôt chaque Charpentier adopte pour les bâtiments qu’il conftruit, des formes qui lui font particulières, ôt qui ne font pas toujours aufll effentielles ou auiïl avantageufes que ces ouvriers fe l’imaginent.
- Quoique notre intention ne foit point de faire des deferiptions très-détaillées des bâtiments de mer, telles qu’on les trouve dans le Traité d’Architecture Navale , que nous avons publié en 17 $ 8 ; nous ne croyons pas pouvoir nous difpenfer d’indiquer les noms des principales pièces qui forment les barques dont noms nous propofons de parler ;
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- afin d’être entendus de ceux qui n’ont point été à portée de fréquenter les Ports de mer. Et nous choififfons pour indiquer les parties du Bâtiment que nous voulons faire connoî-tre , uft petit Bateau pêcheur dont on fe fert fur les côtes de Picardie , PL X, Fig. 16.
- La partie du Bateau qui eft comprife depuis i jufqu’à i , eft ce qu’on appelle le Corps, ou en terme de Pêcheur, la Coffe du Bateau ; les parties comprifes depuis 4 jufqu’à 1 Ôc 1 , font prefque femblables ou fym-métriques ; l’avant ôc l’arriere fe relfemblent en ces endroits. On peut appeller les Couples de balancement ceux qui répondent aux numéros 1 Ôc 1 : Ôc les Façons , tant de l’avant que de l’arriere, commencent à ces couples. La Quille s’étend depuis le pied de l’E-tambot f à l’arriere , jufqu’à la naiffance de l’Etrave 6 à l’avant.
- Le Tirant d'eau de ce Bateau chargé eft défigné par l’extrémité des lignes 3 , 3. Si l’on fuppofe donc une ligne tirée par l’extrémité de ces deux lignes, on aura ce qu’on appelle la Ligne d’eau en charge. Ainft la partie fubmergée qu’on nomme l'Œuvre vive ou la Carenne , s’étend depuis cette ligne d’eau jufqu’au-deffous de la quille.
- L/extrémité des lignes n, 2,2 ôc 4,indique ce qu’on nomme le Vibord ou le Plat-bord : c’eft véritablement le bord du Bateau : ôc toute la partie comprife depuis la ligne d’eau en charge jufqu’au plat-bord, ou la partie qui eft hors de l’eau , fe nomme l’Œuvre morte.
- L’œuvre vive ôc l’oeuvre morte étant couvertes de planches qu’on appelle Bordages, les Pêcheurs nomment toute cette partie la Bordée.
- Entre la ligne d’eau en charge Ôc le plat-bord, fur l’œuvre morte on met ordinairement une Virure ou une ceinture de borda-ges plus épais que les autres ; c’eft ce qu’on appelle la Préceinte , Ôc parmi les Pêcheurs, la Ceinte : elle eft indiquée par l’extrémité des lignes 5*, 6 ; Ôc elle forme une courbe parallèle à celle du plat-bord. L’extrémité de la ligne 5 indique encore le Gouvernail, Ôc VE-tambot fur lequel il eft attaché.
- La partie arrondie qu’on voit au bout de la ligne 6 eft 1 ’Etrave.
- Les portions de la carenne qui fe relèvent , ôc qui forment avec la quille un angle curviligne, tant du côté de l’avant que du côté de l’arriere, fe nomment les Façons ; celles de l3 avant s’étendent depuis 1 jufqu’à 6 , ou jufqu’à l’étrave ; ôc les façons de l’arriere s’étendent depuis 1 jufqu’à 5, ou jufqu’à l’é-tambot.
- On voit que l’étrave fe porte en avant par une portion arrondie ; c’eft ce qu’on appelle fon Elancement : l’étambot qui termine l’arriere eft droit, mais incliné à la quille ; c’eft ce qu’on nomme fa Quête. Pour avoir
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- la longueur totale, du Bateau , il faut ajouter à la longueur de la quille la quantité de la quête ôc de l’élancement.
- On voit dans cette Figure l’intérieur du Bateau qui n’eft pas ponté. Le Pont s’établit à différentes hauteurs , fuivant l’efpece de pêche qu’on fe propofe de faire.
- La plupart des bateaux deftinés pour la pêche aux cordes ne font pas entièrement pontés : mais prefque tous ont à l’avant ôc à l’arriere un coffre ou foutte, dont la longueur eft tout au plus le quart de celle du bateau. Les Pêcheurs nomment ces coffres Tilles , comme qui diroit un petit Tillac.
- Le chiffre 7 indique le pied du grand Mât qui fe prolonge dans l’intérieur du bâtiment jufques fur la quille. Ce mât eft quelquefois affez long pour porter, en 8, une petite voile ; ou bien il eft furmonté d’un petit JVJât qu’on nomme de Hune.
- Souvent il y a encore vers l’avant un petit Mât qui repréfente celui de Mifaine. On ajoute aufli quelquefois à l’avant un Bout-dehors qui excede l’étrave, ôc qui étant prefque horifontal repréfente le Mât de Beaupré. D’autresfois, mais rarement,on met à l’arriere une efpece de bâton de pavillon qui tient lieu d’un petit Artimon.
- Le chiffre p dénote la grande Voile, qui eft quarrée : elle eft quelquefois furmontée d’une petite, qu’on nomme la Voile de Hune. Des bâteaux , même ceux qui n’ont point cette voile au-deffus de la grande , ont fouvent à l’avant une voile quarrée plus petite que la grande.
- On verra dans la fuite, des bateaux qui portent des voiles d’Etais ou des Foques; d’autres qui ont une efpece de Civadiere que les Pêcheurs nomment Diablot. Nous ferons remarquer toutes ces fmgularités,quand l’oc-cafion s’en préfentera : c’eft pourquoi nous ne nous étendrons pas ici.fur ces détails ; le peu que nous venons de dire, nous paroiffant fuffifant pour l’intelligence de ce que nous rapporterons au fujet des Bâtiments Pêcheurs.
- On voit au-deffus du chiffre 1 o un Bateau qui amene fa vergue ôc fa voile ; ôc dans le lointain au-deffus de 11, de femblables bateaux à la voile.
- Les bateaux qu’on emploie dans les Ports de l’Océan pour la pêche font, comme nous l’avons dit, de différentes conftruélions fuivant les différents Ports où les Pêcheurs font leur rélidence. Les plus grands Bateaux-cor-diers font les Barques longues de Dunkerque , les grands Poletais, les gros Cordiers de Dieppe, les Clinquards de S. Valéry ôc du Boulonois. Et entre ceux-là il n’y en a point qui paffent pour mieux tenir la mer que les Dunkerquois Ôc les Poletais. Ces Pêcheurs font leur métier par toute forte de temps, ôc ils tiennent la mer quand les autres n’ofent quitter le Port : fi la foibleffe de leur équipage ne leur permet pas d’amener leur grand
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- mât, ils amènent les vergues & le mâtreau ; alors ils ne craignent rien, tant que leur ancre Ôt leur cable tiennent bon : ainft ils fuppor-tent les gros temps fur leur ancre, comme les gros bâtiments le font à la cappe.
- §, i. Des Barques longues de Dunkerque,
- II y en a de différentes grandeurs. Je vais donner les dimenfions d’une des plus grandes. Celles-là fervent à beaucoup d’autres ufages qu’à pêcher , ôt on les emploie pour les plus grandes pêches. Autrefois elles étoient à cul quarré ; maintenant on les fait toutes à cul rond.
- Elles ont 4 5 à 50 pieds de quille. L’étam-bot a 3 pieds de quête, ôt l’étrave 4 pieds d’élancement : ainfi leur longueur totale eft de 5:2 à pieds.
- Elles ont 16 à 18 pieds de bau, 8 à p pieds de plate varangue , 11 à 12 pieds de bordée ; l’élévation des façons à l’arriere eft de 5 à 6 pieds, Ôt celle de l’avant eft de 2 pieds Ôt demi à 3 pieds. La préceinte eft placée aux deux tiers du creux, qui eft de 7 à 8 pieds fous le maître bau.
- Elles ont un demi-pont qui s’étend jufqu’au pied du grand mât. Quand on les deftine pour le Commerce , elles font entièrement pontées ; en ce cas on leur donne trois mâts : mais pour l’ordinaire elles n’ont point d’artimon. Leur mât de hune eft d’une même piece que le grand mât. Quand elles font appareilléeè^n Brigantin , leur voile eft beaucoup plus large par le bas que parle haut, où elles ont une corne de dix pieds de long , ôt par le bas une baume qui eft accrochée au grand mât ,f,ôt dépaffe de deux pieds l’ar-caffe du bâtiment.
- §. 2. Des Bateaux-Pêcheurs de Boulogne,
- Les Boulonois pêchent avec des bateaux affez femblables à ceux du Tréport : ils font moins alongés ôt plus ronds que les crevel-les des côtes de Haute Normandie : ils font à cul rond fous la liffe d’hourdy, Ôt à cul quarré au-deffus. Ces bateaux ne peuvent porter au plus que dix tonneaux. Ils n’ont que 27 pieds de quille. Leur longueur totale eft de 32 pieds. Ils font mâtés comme les Cordiers du Tréport, ôt portent trois voiles , mais la mâture eft plus haute ; le grand mât ôt le hunier font d’une piece, au lieu qu’au Tréport le hunier eft enté fur le grand mât.
- f. 3. Des Bateaux des Pêcheur s-Cor dier s de la Riviere de Somme.
- Les Pêcheurs-Cordiers de la Somme ont de fort petits bateaux, PU XII. Fig. 3 ; les uns de 15, les autres de 18 pieds de lon-
- S PESCHES.
- gueur totale. Tous n’ont qu’un petit mât Ôc une feule voile. Mais ces bateaux ne fortent guères de la riviere.
- §. 4. Des Bateaux-Cordiers dê Abbeville.
- Ces bateaux font montés par 8 hommes , au moyen de quoi ils fe rendent au lieu de la pêche en voguant quand le vent leur manque : ôt pour vendre leur poiffon plus frais , ils échouent à la côte , la mer montante. Quand ils ont renouvellé leurs appelets ôt déchargé leur poiffon, ils recommencent la pêche fans attendre que la marée foit affez haute pour mettre leurs bateaux à flot : pour cela ils les pouffent à l’eau fur des rouleaux ; ce qui fe pratique de même à d’autres côtes de l’Océan.
- §. 5*. Des Bateaux-Pêcheurs de Cayeux. 1
- On fe fert à ce petit Port de bateaux, PL XII. Fig. 1. qui font d’une fabrique particulière , ayant un grand plat de varangue. Ils font encore plus taillés de l’avant que les Cordiers du Tréport, dont nous parlerons bientôt. Leur arriéré a quelque reffemblance avec les gr?ndes Quenouilles du Polet ; cependant ils ne font à cul rond qu’au-deffous de la préceinte qui aboutit fur l’étambot : au-deffus de cette préceinte, ils fe terminent quarrément à l’arriere.
- Ils ont 32 pieds de quille, 3 pieds de creux fous le maître bau, Ôt 2 pieds 5 pouces de vibord. Ils n’ont qu’un pied 6 pouces de quête, ôt autant d’élancement : l’étrave étant prefque droite, ils ont 4 pieds 1 o pouces de plate varangue ; ôt les genoux de fond fi tords, qu’une de leurs extrémités forme une partie des varangues, ôt l’autre une portion des alonges. Ils ont p pieds de bau ôt peu de rentrée , au contraire des Cordiers du Tréport , de forte qu’il y a dans la partie la plus large d’un plat bord à l’autre 8 pieds 5 pouces. La préceinte eft placée entre la ligne d’eau en charge ôt le vibord.
- La hauteur perpendiculaire de l’étrave ôc celle de l’étambot font de 8 pieds ; la liffe d’hourdi a 4 pieds 11 pouces de longueur. La longueur totale de ces bateaux eft de 35’ pieds; leur port, de 8 tonneaux. Comme ces bateaux vont fréquemment à la rame, leur équipage eft de 1 o à 11 hommes.
- Ils ont deux mâts, ôt deux voiles quarrées ; le grand mât a 3 5 ou 3 6 pieds de longueur ; le petit, 20 à 22.
- On donne beaucoup de plate varangue à ces bateaux, non-feulement pour qu’ils tirent moins d’eau, à caufe des bancs qui fe trouvent au débouché de la Somme; mais encore afin qu’ils échouent plus aifément, y étant fréquemment expofés.
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- §* 6* Des Bateaux-Cordiers , dits Grands Clin-quarts^ de S. Valeri,
- A S. Valeri en Caux,onfe fert de Bateaux-Cordiers , qu’on peut comparer aux Quenouilles du Polet ; on les nomme Clin-quarts , PL XL Fig. f.
- Ces bateaux font à cul rond, au moins fous la préceinte ; car quelques-uns ont le cul quarré au-deffus.
- Ils ont 27 pieds de quille , 7 à 8 pieds de bau hors les membres , & autant de creux. Comme ces bateaux font fort courts, ils ne peuvent porter que 8 à 10 tonneaux. Ils ont une petite tille à l’avant, & une à l’arriere. Leur longueur totale eft de 30 pieds ou environ.
- Ils portent deux mâts : le grand a, du pied au chouquet ,33 pieds ; il eft furmonté d’un etit mât de hune , de 10 pieds , qui s’affem-le avec le grand au moyen de colets & de tenons de fer.
- Le mâtereau a 24 pieds de longueur, & il porte un bourfet. Outre les trois voiles principales, on met quelquefois à l’arriere une voile triangulaire fort étroite, qu’on nomme Coutelas ; dont la pointe eft frappée fur le bout de la vergue, & le bas fur une efpece de bout-dehors. Ce bâtiment porte encore en avant une efpece de Beaupré fur lequel on établit une forte de civadiere, qu’ils nomment Diablot,
- Ces bateaux cordiers vont à la pêche du Hareng quand il s’approche de la côte.
- Les Gondoles de S. Valéry reffemblent af-fez aux Batelets du Polet.
- §. 7. Des Bateaux du Trépon & du Bourg d'Ault.
- On fe fert dans ces petits Ports, de Bateaux cordiers allez femblables aux petits Por letais : quelques-uns cependant ont une forme un peu différente ; ils font à cul rond au-def-fous de la préceinte, & à cul quarré au-delfus, & fort taillés de l’avant: ils ont 27 pieds de quille, 8 pieds 4 pouces de b'au hors les membres ; $ pieds 5 pouces de bordée , fa-voir, 2 pieds 11 pouces fous le maître bau, & 2 pieds 6 pouces de vibord ; 4 pieds 2 pouces de plate varangue,beaucoup de rentrée : & ils font tellement ferrés par le haut, que leur plus grande-largeur au plat-bord n’eft que de 4 pieds 1 o pouces. Ils ont une tille à l’avant, & une à l’arriere.
- L’étambot a 2 pieds de quête, & l’étrave 2 pieds 6 pouces d’élancement. L’élévation des façons eft de 2 pieds 2 pouces à l’arriere, & la moitié à l’avant. La longueur de la lilfe dhourdi eft de 4 pieds 4 pouces. La longueur totale eft de 32 pieds, ils portent deux mâts : le grand a 33 pieds de longueur, & eft fur-
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- monté d’un mât de hune de 10 pieds, qui s’alfemble avec le grand mât au moyen de colets & de tenons de fer. Le tirant d’eau chargé eft de 3 pieds. Le port de ces bateaux eft de j à 6 tonneaux. Ils vont à la mer avec fix Matelots & un Moulfe.
- §. 8. Les Dogres.
- Les Dogres qui fervent pour les grandes pêches, & qu’il ne faut pas confondre avec les grands qui fervent pour le Commerce , different des Barques dont nous venons de parler, en ce qu’ils font fort plats par-de£ fous, ce qui les rend très-propres à remonter les rivières. On en conftruit de bien des grandeurs différentes. Ceux dont il s’agit , ont 7 à 8 pieds de plate varangue ,30 à 3 ç pieds de quille, 14 a \6 pieds de bau, 10 à 11 pieds de bordée ; la préceinte eft à 2 pieds du vibord. Leur longueur totale eft de 3 ÿ à 40 pieds. Ils font entièrement pontés. On établit même une chambre fur le pont quand on va à la pêche de la Morue. Quelques-uns portent une grande voile quarrée : d’autres font appareillés en Brigantin avec des voiles latines. Il y en a qui portent jufqu’à 100 tonneaux ; le port des petits dont il s’agit, eft de 20 à 23 tonneaux.
- §• 9. Des Gondoles ou Grands Drogueurs.
- Ce font les plus grands bâtiments qui foient employés aux pêches de la Morue au Nord, du Hareng à Jermuth , & des Maquereaux à l’Ifle de Bas & aux côtes d’Irlande.
- Elles ont 43 à 46 pieds de quille, 15* à 16 pieds de bau hors les membres , 7 à 8 pieds de plate varangue, 11 à 12 pieds de bordée, fo à 32 pieds de longueur totale. La préceinte eft quelquefois placée plus bas que les deux tiers du creux. Elles ont vis-à-vis du maître bau 7< à 8 pieds de cale, & environ 4 pieds de vibord. Elles font entièrement pontées ; & ont au pied du mât une petite cabane, où les Matelots fe retirent quand ils font la pêche au Nord. Elles ont un grand mât qui porte une grande voile, & au-deffus une petite de hune : à l’avant eft un petit mât & une voile de mifaine ; quelquefois à l’ar-riere , au-deffus du gouvernail, un bât on qui porte une petite voile d’artimon.
- Le grand mât a $6 à 60 pieds de long; le petit ,38 à 40 ; Ôt le bâton de l’arriere, 17 a 18. Leur port eft de 75 à 80 tonneaux.
- §• 10. Des Crevelles ou Caravelles.
- Ces bâtiments qu’on peut véritablement regarder comme de vrais Bateaux-Pêcheurs , font employés fur la côte de Haute-Normandie durant toute l’année pour faire la pêche. Ils ont 34 à 3 6 pieds de quille, 12a 13 pieds
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- TRAITÉ DES PESCHES.
- de bau hors les membres, 6 à 7 pieds de plate varangue, p à 10 pieds de bordée, j à 6 pieds de creux fous le maître bau. Leur lon-gueur totale eft de 3 <; à 40 pieds. Ces cre-velles font pontées fort bas ; elles n’ont que deux mâts : le grand porte la ^grande voile quarrée ôt un hunier ; fa hauteur eft de yo à $$ pieds : le mât de l’avant a 30 ou 32 pieds de hauteur ; ôt il porte la petite voile qu’on nomme, Borfet ou Bourfet. Quelquefois on met à l’avant ou à l’arriere un bout-dehors qui fert à amarrer les voiles d’étais. Leur port eft de 25" à 30 tonneaux. Ces bateaux font les grandes pêches dans les faifons convenables. Il y a de petites crevelles qui ont feulement un grand mât ôt un mât de mifaine ; ôt d’autres beaucoup plus grandes, qui fervent pour le Commerce, Ôt quelquefois pour les grandes pêches.
- §. 11. Des Bateaux-Pêcheurs du Polet, de Dieppe & des environs.
- Nous infifterons particuliérement fur les Bateaux Poletais, parce que les Pêcheurs de ce Port fe font occupés de la pêche aux cordes de temps immémorial. Ils n’ont ceffé de la faire pendant toute l’année que depuis que quelques grands Pêcheurs ont trouvé un avantage à la pêche du Maquereau ôt du Hareng, qu’ils font avec leurs bateaux cordiers , auxquels iis ajoutent ce qu’ils nomment un Gibet, qui eft une efpece de chandelier qu’on établit à pouppe pour recevoir leur mât quand ils l’abattent, comme on le voit dans le lointain de la PL XL Fig. 7.
- La defcription allez exaéte que nous allons faire des Bateaux-cordiers du Polet, mettra en état de prendre une idée fuffifante de plu-lieurs autres bateaux que nous ne préfente-rons que fort fommairement.
- Ces Pêcheurs Snt principalement quatre efpeces de bateaux ; fçavoir , les grands Culs Ronds , les Grandes Quenouilles, les Petites Quenouilles, & les Batelets.
- §. 12. Des grands Bateaux-Pêcheurs du Polet
- nommés Culs Ronds ou à Queue d’Oifon.
- Les grands Culs ronds, PL XL Fig. 1. qui fervent pendant toute l’année à faire la pêche aux cordes, ôt dans la faifon à faire celle du Hareng Ôt du Maquereau , forment des Gondoles dont les façons de l’avant ôt de l’arriere fe relfemblent allez ; Ôt leur forme fymmétrique ne change conlidérablement qu’aux extrémités, où l’étrave prend fon ar-rondilfement, ôt l’étambot fa quête.
- Ces bateaux ont depuis 32 jufqu’à 34 ieds de quille, 12 pieds de bau hors les mcm-res, où eft la plus grande largeur ; 5; à 6 pieds de plate varangue, 8 à p pieds de bordée , S pieds de cale , étant pontés fort bas
- pour avoir un grand coffre fur le pont ; 3 à 3 pieds ôt demi de quête & d’élancement. Leur longueur totale eft de 3 6 à 38 pieds. La préceinte eft placée à 4 pieds du vibord. Leur port eft au plus de 20 à 25 tonneaux, parce qu’ils ont beaucoup de façons. Leur tirant d’eau Lege eft de 6 à 6 pieds ôt demi ; Ôt étant Chargé , de 8 à 8 pieds ôt demi.
- Ils portent deux mâts ôt deux voiles quar-rées : la grande eft furmontée d’une petite voile de hune. Pour faire la grande , il faut 36 à 37 aunes de toile , Ôt 8 pour la petite.
- Le grand mât a 4^ pieds de longueur; fça-voir, 43 pour la chute de la grande voile, ôt 11 pieds pour la voile de hune.
- La grande vergue a 21 pieds de longueur ; celle du hunier ,13 pieds. Le petit mât de mifaine a 26 pieds de longueur, ôt fa vergue 17 pieds ôt demi. Ces bateaux vont à la pêche du Hareng.
- Il y a des Culs ronds de différentes grandeurs. Ceux qu’ils nomment Petits Culs ronds, n’ont que 22 à 24 pieds de quille, 34 ou 3 y pieds de longueur totale : ils ne peuvent porter que 12 a 14 tonneaux. A la grandeur près, ils relfemblent aux grands Culs ronds.
- §. 13. Des Grandes Quenouilles ou Bateaux Bâtards du Polet. x
- La fécondé efpece de Bateaux Poletais, qui tient le milieu entre les grands ôt les petits Culs ronds , fe nomme Bateau bâtard, ou grande Quenouille , PL XI. Fig. 2. On s’en fert toute l’année pour faire la pêche aux cordes. Ces bateaux font à cul rond, ôt n’ont point de voûte.
- Ils ont depuis 24 jufqu’à 26 pieds de quille, 28 à 30 pieds de longueur totale ; 9 à 9 pieds ôt demi de largeur au maître bau ; 18 pouces de façons à l’arriere, ôt p pouces à l’avant ; 4 pieds de creux fous le maître bau. Les uns font entièrement pontés , ôt d’autres n’ont qu’une foute en forme de tille à barrière , ôt une petite à l’avant. La préceinte eft; au milieu , a 3 pieds Ôt demi du vibord. Le grand mât 334 pieds de longueur pour la chute de la grande voile, ôt de plus 8 pieds ôc demi pour la voile de hune. La grande vergue a 17 pieds de longueur , ôt la vergue de hune iq pieds. Le petit mât a 20 pieds de hauteur au-deffus du pont ; fa vergue eft longue de 11 pieds. Leur port eft de 8 à 1 o tonneaux. Ils vont à la pêche avec 7 à 8 hommes.
- Il y a de ces Quenouilles plus petites, qui ont 2# pieds de longueur totale. Leur port eft de 7 à 8 tonneaux. Leur tirant d’eau en charge eft au plus de d à 7 pieds. A la grandeur près, elles relfemblent aux grandes Quenouilles.
- On donne encore le nom de Petites Que~ nouilles à des Batelets qui font la troilieme efpece de ceux du Polet, Pl. XL Fig. 3. On
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- les emploie à quantité d’ufages : on s’en fert dans les beaux temps pour faire la pêche aux cordes, ainfi que celle du libouret : dans les grandes pêches , elles font le batelage ; alors elles font comme les chaloupes des grands bateaux. Elles leur portent à la mer des ap-pelets ; Ôc quand la marée n’eft pas allez haute pour permettre aux grands bateaux d’entrer dans les Ports, ces batelets prennent le poif-fon, ôc le portent à la vente pendant que les Pêcheurs continuent leur métier.
- Ces batelets ont 15: à 16 pieds de longueur totale, 4 à 5 pieds de largeur, autant de creux. La préceinte eft à un pied du vibord. Ils ne peuvent guères porter qu’un tonneau. Ils n’ont que deux petites voiles , quelquefois une feule, PL XII. Fig. 2. Ils ont 4 ou 6 avirons, ôc quelquefois un à l’ar-riere pour tenir lieu de gouvernail. Quatre à cinq hommes fuffifent à ces batelets, qui ont cependant une petite tille à l’avant.
- §. 14. Des Warneteurs du petit Veulle.
- Les Bateaux qu’on nomme au petit Veulle ( fauxbourg de Dieppe ) W^arneteurs, PL XI, Fig. 4. font à cul quarré, ôc matés comme les grandes Quenouilles du Polet. Ils fervent pour la pêche des grottes cordes, à la côte d’Angleterre ; Ôc à prendre du Hareng lorf-que ce poiffon s’apprpche de nos côtes.
- §. 15. Des Yolles ou Bifcayennes.
- Ces petits bâtiments font proprement les chaloupes lamaneufes qui fervent dans les Ports à faire entrer Ôc fortir les Vaiffeaux, PI. XL Fig. 6. Elles font confinâtes en Gondoles , fort légères de membres , fans pont, n’ayant que des bancs ou tires pour les Rameurs. Elles ont 18 à 20 pieds de long ; ôc 5 à 6 pieds de large. On s’en fert pour faire le batelage par les beaux temps , ôc aulïi pour pêcher au libouret près de la côte. Ces chaloupes vont plus fréquemment à rames qu’à voiles : cependant on leur met quelquefois un petit mât ôc une petite voile.
- §. 16. Des Bateaux-Pêcheurs du Havre,
- Au Havre , ainfi que dans la plupart des Ports que je viens de nommer, on fait durant l’été la pêche au libouret avec de très-petits bateaux, où fe mettent 2 ou 3 hommes : ôc en hiver 6 à 7 hommes font cette pêche avec des chaloupes lamaneufes, que les Habitants du Havre, comme à Dieppe, nomment Yolles ou Bifcayennes , PL XL Fig. 6. On les emploie autti pour faire le batelage : mais leur vraie deftination eft d’aller au-devant des Bâtiments pour les entrer dans les Ports.
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- §. 17. Des Bateaux-Pêcheurs de la Hougue.
- La plupart des Bateaux-Pêcheurs de la Hougue font ronds par-derriere , ôc point pontés. Ils portent deux voiles quarrées , point de hunier. Leur port eft depuis 4 juf-qu’à 3 o tonneaux, ôc au-deffus. Les grands font employés à la pêche du Maquereau entre Oueffant ôc les Sorlingues, ôc à celle des Huitres dans la Baye de Cancale. Ceux au-deffous de 30 tonneaux jufqu’à 18 font, outre les deux pêches dont nous venons de parler, celle du poilfon frais. Les plus petits ne fervent qu’à faire cette pêche à une petite diftance de la côte. L’équipage eft, fui-vant la grandeur des bateaux, depuis 4 juf* qu’à 8 hommes.
- §. 18. De la Pêche à Dinan.
- Les Ouvriers qui manquent d’ouvrage, aidés de quelques Invalides, fe mettent au nombre de 4 ou 3 hommes dans des chaloupes de deux à trois tonneaux, à peu près comme dans la PL XII. Fig. 2. Mais ils ne vont gueres plus loin que S. Malo.
- §. 15). De la Pêche à Fanion»
- La plupart des Pêcheurs ont chacun un petit bateau du port d’un tonneau, dont ils fe fervent pour pêcher à la ligne avec leurs enfants. Ce bateau eft prefque comme celui de la PL XIV. Fig. 3 : qui y eft repréfenté fur une grande Echelle.
- §. 20. De la Pêche fur la Garonne.
- Il y a fur la Garonne des Bateaux qu’on nomme Filadieres, Cour aux ou Gaharets, af-fez femblables à celui qui eft repréfenté dans la PL XII. Fig. 2. Il y en a de différentes grandeurs : ceux qui portent 20 pieds de l’étrave à l’étambot, ont ordinairement 15 à 16 pieds dç quille, 6 pieds de largeur au milieu , 2 pieds Ôc demi ou 3 pieds de creux : ils n’ont que 3 varangues, ôc 6 bordages placés à clin, qui font le corps du bâtiment. L’étrave ôc l’étambot ont beaucoup d’élévation. Ainfi ces bâtiments font très-gondolés ; ôc comme ils font fort pincés de l’avant ôc de l’arriere , ils ont affez la forme d’une navette. Le grand mât eft placé un peu vers l’avant ; ôc on le met au tiers, quand on veut ajouter en arriéré un mâtereau en forme d’artimon. Les principales voiles font quarrées. Ces bâtiments ne fortent guères de la riviere. Quelquefois cependant par les beaux temps ils vont jufqu’à la Tour de Cordouan : en ce cas il faut que les Matelots foient toujours fur leurs gardes pour ne point couler bas ; Ôc ils ôtent le gouvernail afin de décharger l’arriere.
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- TRAITÉ DES PÉSCHES.
- Les petits bâteâux qui fervent pour la pêche dans le Baiïin d'Arcaffon* formé par les Paroiffes du Médoc ôt de la Tête de Buch* fe nomment PinaJJes, ôt reffemblent beaucoup aux Filadieres ; ils ont la forme d une Gondole* mais font pointus par les deux bouts* ayant 18 pieds de long ôt 4 pieds de large * un petit mât de 14 pieds de hauteur, ôt une voile de 12 pieds en quarré * point de gouvernail. L'équipage de ce s bateaux eft ordinairement de deux hommes * ainfi que pour les Filadieres.
- §. 21. Des Bâtiments dont on fe fert fur la Méditerranée.
- Ces Bâtiments different beaucoup de ceux de l'Océan par leur grément Ôt leur forme. Nous nous bornerons à ce qui eft abfolu-ment néceffaire pour en préfenter une jufte idée. Ainfi nous ne parlerons que des petits Bateaux Palangriers. La defcription des Tartanes ôt des autres grands bâtiments fera ré-lervée pour les endroits où il s'agira de plus grandes pêches.
- On fe fouviendra que les Provençaux appellent Pêche aux Palangres ce que les Po-nentais nomment Pêche aux Cordes. D'où il fuit que les Bateaux qui font deftinés pour cette pêche s’appellent Palangriers. Les Pêcheurs prennent aufli le nom de Palangriers* Ôt appellent l’aôtion de pêcher Palangrer.
- La Fig. 4. PI. XII. repréfente un Bateau-Pêcheur Provençal. Comme on s'en fert fou-vent à la rame * ces bateaux font longs ôt pin-cés de l'avant.On les tient auffi fort ras.Et afin d'empêcher l'eau d’y entrer * on met au-deffus du plat-bord des planches* lefquelles entrent à couliffe dans des rainures que portent les extrémités de quelques membres qui s’élèvent plus haut que le plat-bord. On ôte ces planches pour ramer * comme on le voit en a, lorfqu’il y a de la lame ; ôt quand on va à la voile * on les met en place * comme on le voit en b. Ces bateaux n'ont qu'un mât ou arbre c, ôt une grande vergue ou antenne J. Au bâtiment qui eft fur le devant de la vignette* la voile e eft frêlée fur l’antenne : dans celui qui eft éloigné, on la voit déployée.Ces voiles triangulaires font dites Latines. A l’arriere du bateau qui eft fur le devant * on voit une tente f pour mettre les Matelots à couvert.
- Nous avons repréfenté fur la PL XIII. Fig. 2. une Gondole qui* outre fa grande voile* porte un foque à l’avant.
- Les grandes barques qu’on nomme Leyts, ont deux mâts * l’arbre de maître ôt la trin-quette , deux antennes Ôt deux voiles latines. Il y a des Tartanes qui en ont trois. Nous aurons occafion de parler ailleurs plus en détail de ces différents bâtiments.
- Quand les Provençaux font pris de mauvais temps * ils carguent leurs voiles latines *
- amènent leurs antennes fur le bord* ôt parent fur l’arbre de maître une petite voile quar-rée pour fe foutenir contre la lame, à peu près comme on le voit PL XIII. Fig. 1.
- Dans les quartiers de S. Tropez ôt de Fréjus * les Pêcheurs Palangriers fe fervent de petits bateaux qu'ils nomment Frégatons ; qui ont environ 24 pieds de longueur * 8 de largeur * une tille à l’avant ôc une à l’arriere : 3 ou 4 hommes pêchent ainfi nuit ôc jour.
- A Narbonne les bateaux palangriers font les mêmes que ceux qui fervent pour une pêche au filet qu’on nomme Gangui : ce qui a fait donner le même nom à ces petites barques qu'on voit dans la PL XIX. Ôt dont nous parlerons dans peu.
- Les Pêcheurs Palangriers d’Agde font leur métier avec des bateaux qu'ils nomment Sar-dinayes, appellés ailleurs Aijfaugues : qui ont 22 pieds de long fur 6 de large ; j à 6 hommes y vont à rames ou à voiles , chercher les baffes propres à leur pêche * jufqu’à 8 lieues au large. On peut en avoir une idée* en con-fultant les Figg. 2. & 3. delà PL XIX. Enfin chacun fefert pour palangrer, indifféremment des bateaux qui lui appartiennent. Ainfi quelques-uns font cette pêche avec de petites barques * telles que celles qu’on voit dans la PL XIII. Fig. 3. qu’ils nomment Cor allier es, parce qu’elles fervent aufïi à la pêche du corail.
- §. 22. Différents petits Bateaux qui fervent à la Pêche.
- On appelle Tillotte ou Tillolle une efpece de petit Bateau pour la pêche * qui eft d’une conftruêtion finguliere. Il n’a ni quille, ni gouvernail, Ôt cependant il eft fi folide qu’on s'en fert de chaloupe lamaneufe pour faire entrer les bâtiments dans le Port de Bayonne. Il n’y a point de meilleures chaloupes pour naviguer dans l'Adour * où les courants font fort rapides, Ôt elles vont ainfi quelquefois affez avant en mer quand elle n'eft pas très-groffe.
- Il y en a de différentes grandeurs ; mais voici les dimenfions les plus ordinaires.
- Longueur totale de 14 à 16 pieds ; au milieu , la largeur au plat-bord eft de 4 pieds ; fur le fond 5 pieds ; creux 2 pieds j pouces :1a grande voile ne s'élève qu'aux deux tiers du mât. Les grandes chaloupes tillotieres * outre la grande voile * en portent quelquefois une triangulaire à l’avant.
- Il y à encore dans la riviere de l’Adour de petits Bateaux qu’on nomme Chalands, qui reffemblent affez aux Pirogues de la Martinique ; ils n’ont que deux antennes , font fort gondolés ôt pointus par l’avant ; l’ar-riere eft un peu quarré. Il y en a de ip pieds de longueur fur un peu moins de 3 pieds de largeur. Ces bateaux font montés de deux hommes.
- Les Barges de la Loire font de fort petits
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- bateaux , du port de 6 à S banques, dont le fond eft plat,ôc qui portent un mât ôc une voile.
- Les Canadiens font des Canots très légers avec de l’écorce de Bouleau, appliquée fur des lattes minces ôc courbes qui tiennent lieu de membres : PI. XL Fig. 8. On en met quelques unes de plates qui font aulfi minces, entre cesefpeces de membres & l’écorce, pour empêcher que les pieds ne crevent l’écorce. Ces canots fe terminent en pointe par les deux bouts ; Ôc la partie la plus large eft au milieu. Le franc-bord eft formé par deux perches de bois léger, qui fe réunifiant par les bouts ont la forme d’une navette. C’eft fur ce franc-bord que font coufues les lattes qui forment les membres, & aufli les morceaux d’écorce qui tiennent lieu de bordage. Il y a de diftance en diftance des morceaux de bois minces ôc légers, qui traverfent le canot, ôc font coufus par les deux bouts aux perches dont eft formé le vibord. Ces efpeces de baus fervent à maintenir l’ouverture du canot dans la forme qu’il doit avoir.
- Quoiqu’on leve l’écorce fur une efpece de Bouleau que nous cultivons dans nos jardins , qui eft plus grand Ôc plus gros que nos bouleaux de France, on ne trouve point de morceaux d’écorce qui foient allez grands pour couvrir entièrement un canot ; il en faut coudre plufieurs les uns avec les autres. Toutes ces coutures, qui font très-propres, font faites, à ce qu’on prétend, avec des racines fibreufes du Sapin ou del’Epicia, qu’on a dépouillées de leur écorce. Enfin, pour fermer entièrement le paffage à l’eau, on calfate toutes les coutures avec de la réfine tirée des épicias ou fapins. Les Canadiens con-duifent ces canots en nageant avec des Pagayes, petits avirons très-légers qu’ils tiennent à deux mains, ôc qu’ils manient comme on fait un balai, fans les appuyer fur les bords du canot. Deux hommes nagent, un de chaque bord ; ôc un troifieme qui eft à l’arriere, gouverne avec une pagaye plus grande que les autres. Quoique ces canots foient toujours prêts à chavirer ) les Sauvages , ainfi que les Canadiens , s’en fervent dans des endroits où il y a des courants , ôc même de la lame. Les Sauvages réufTifTent mieux que les Canadiens à faire ces canots ; mais les Canadiens les conduifent au moins aufli bien que les Sauvages.
- Les Groenlandois fe fervent pour différents ufages , particuliérement pour leur pêche à la Baleine, de canots qui font formés de membres très-légers, liés avec des barbes de Baleine, Ôc couverts de peaux de poiffons coufues avec des nerfs au lieu de fil ; ôc les coutures font recouvertes de graiffe de poil-fon , ou de marc d’huile qui durcit ôc réfifte bien à l’eau. Il y en a de deux efpeces ; les petits, PL XL Fig. 9. qUi ont la forme d’une
- navette, ont 20 pieds 6 pouces de longueur,
- 1 pied p pouces de largeur, le creux au milieu eft de 1 f pouces ; ils font couverts de peaux par-deffus comme par-deffous ; il y a au milieu un trou dont le diamètre égale la largeur du canot, à un pouce ou 2 près : le Groenlandois paffant fes jambes dans ce trou, s’af-fied fur le fond, ôc ferme l’ouverture avec une peau qu’il lie autour de fon corps : il nage avec une pagaye de 4 pieds 6 pouces de longueur, qui a une pâlie à chaque bout.
- Les Efquimaux fe fervent de canots à peu près fembîables : ces canots ne peuvent tenir qu’un homme.
- Les Groenlandois en font dans lefquels ils embarquent leurs femmes ôc toute leur famille. Ils ont affez la forme de nos bateaux de rivière ; mais leurs membres font pareillement des perches liées enfemble avec des barbes de Baleine : les peaux de poiffons coufues leur tiennent fieu de bordage; mais ils ne font point pontés : leur longueur eft de 60 pieds , leur largeur eft de $ pieds 6 pouces, leur creux eft de 30 pouces : ils portent à l’avant un petit mât Ôc une voile faite de boyaux de Baleine fendus ôc féchés, qui font coufus les uns avec les autres avec des nerfs ou boyaux de Daim : cette voile n’a que 6" à 8 pieds de largeur ; ôc comme ces canots n’ont point de fiabilité, ils ne peuvent aller à la voile que vent arriéré. Ceci eft tiré de l’Hiftoire Naturelle deGroenlande d'Anderfon.
- Des Voyageurs rapportent qu’en Egypte on pêche dans les lacs avec des bateaux plats en*deffous, pointus par les deux bouts, ôc qui ont tout au plus 20 pieds de long fur $ de large. Ainfi ils rcffemblent beaucoup aux bateaux-pêcheurs de la riviere de Seine.
- En Angleterre , fur une riviere qu’on appelle la [Pye , on fe fert fréquemment d’une petite Corbeille à peu près figurée comme une coquille de noix ; qui eft revêtue par-dehors de cuir de cheval. Il y a au milieu un banc, ôc cette corbeille ne peut tenir qu’une feule perfonne. Cette corbeille eft fi légère , que les Payfans la fufpendent à leur tête comme un chaperon, ôc ils voyagent ainfi , tenant à la main en guife de canne un petit aviron. Quand ils font au bord de la riviere, ils mettent leur corbeille à l’eau. Mais on ne s’y embarque pas fans difficulté; car elle s’éloigne dès qu’on y touche avec le pied, Ôc lorfqu’on eft dedans, elle culbute fi on ne conferve pas bien l’équilibre. Il eft divertiffant de voir un homme adroit dans ces corbeilles, ôc fur-tout de remarquer les précautions qu’il prend pour jetter à l’eau une pierre qui lui fert d’ancre ; Ôc il n’en faut pas moins pour tirer à bord cette pierre quand il veut changer de place.
- Il y a auffi des endroits où l’on pêche avec de petits Radeaux ; quelquefois même fur une fimple piece de bois. Les différents Ar-
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- 44 TRAITÉ DES PESC II ES.
- ticlesde la Pêche particulière à chaque efpece fur plufieurs autres qui leur font , pour ainfi de poiffon, nous donneront occafion d’en- dire, fpécialement affe&és. trer dans quelques détails fur ces bateaux, ôt
- Article Douzième.
- Des Conventions que les Pêcheurs font
- A l’égard des petites pêches qui fe font au bord de l’eau , il n’eft pas befoin d’affocia-tion ; les peres , les meres Ôt les enfants ont leurs hains différemment ajuftés, ôt ils les tendent pour leur compte ; la famille fait tout le travail, Ôt elle recueille tout le profit qui en revient.
- Si deux familles fe réuniffent, elles partagent entre elles le fruit de leurs travaux. Mais il n’en eft pas de même pour les pêches qui exigent des bateaux, ôt qui ne peuvent être faites que par des gens exercés à la manœuvre ôt à la pêche.
- Prefque par-tout les Matelots qui montent un bateau font à la part ; Ôt voici ce qui s’y pratique le plus ordinairement, fuivant une coutume établie entre eux, qui a force de Loi fans avoir befoin d’être écrite , ni revêtue des formalités j udiciaires.
- Tous les Matelots qui pêchent à la Part, fourniffent plufieurs pièces d’appelets. Si ce font de grandes pêches, chacun en fburnit 4, 6 pièces, plus ou moins ; Ôt le Maître, le double des autres ; bien entendu que les hains font garnis de bons appâts.
- Toutes les pièces d’appelets jointes bout à bout, font quelquefois une teffure de plufieurs mille braffes, plus ou moins, fuivant la grandeur des bateaux ôt le nombre des Matelots qui les montent ; de forte qu’il y a des teffures pour de grands bateaux, qui occupent près de deux lieues de longueur dans la mer : les teffures pour les petits bateaux font beaucoup moindres ; 3 ou 4 hommes ne pouvant pas fournir autant d’appelets que 8, ÏO, 1$.
- Quand des Matelots fourniffent de vieux appelets, on les jette à la mer avant tous les autres. Si on faifoit autrement, Ôt qu’une de ces vieilles pièces vînt à rompre, toutes celles qui l’auroient devancée, courroient rif-que d’être perdues. D’ailleurs les cordes qui font près du bateau fatiguent toujours plus que les autres.
- Lorfque les Pêcheurs font arrivés fur le lieu où ils fe propofent de faire leur pêche, ils féparent les vieux appelets, Ôt tirent au fort le Rumb des autres, c’eft-à-dire, l’ordre dans lequel ils doivent être jettés à la mer : attendu que c’eft un avantage d’avoir fes appelets près du bateau, fur-tout quand il fur-vient du gros temps. Car quoiqu’il foit vrai que l’équipage paye en commun les pièces d’appelets qui font perdues, celui à qui elles appartiennent eft toujours le plus léfé ; ces pièces étant pour l’ordinaire eftimées au-def-ïous de leur valeur.
- entre eux lorfquils pêchent en commun.
- Quand un Matelot eft propriétaire du bateau , qu’il le fournit en état avec tous les agrès ôt appareaux , ôt qu’il fait la vente du poiffon, il retient un lot double.
- Affez fouvent les Pêcheurs ne font pas . fuffifamment en fonds pour fe fournir de tout ce qui eft néceffaire pour leur pêche. En ce cas ils ont recours à des Bourgeois qu’ils nomment leurs Hôtes, qui font toutes les avances. Cet Hôte, au retour, fait conjointement avec le Maître la vente du poiffon , ôt il fe rem-bourfe peu-à-peu, en retirant le fol pour livre du produit de la pêche. De plus il a à chaque vente un poiffon qu’il choifit le plus beau après celui qu’on nomme de la Coutume. Cette redevance fera expliquée ailleurs.
- Quand les Pêcheurs font la pêche des Solles, comme les pièces d’appelets ne font pas alors fort longues, chaque Matelot en fournit un plus grand nombre, tel que 7 ou 8, quand ils peuvent s’approvifionner d’affez de vers pour amorcer cette quantité d’hains.
- Si un Pêcheur n’a pu fournir que 4 pièces d’appelets , pendant que les autres en auront fourni 8, il n’a lors delà vente qu’une demi-part.
- Chaque Pêcheur ne peut fe difpenfer d’avoir trois garnitures d’appelets , parce qu’à chaque démarrage il faut laver les appelets qui viennent de fervir, les étendre pour les faire fécher , ( PL XIV. Fig. 1,) remettre des lignes ôt des hains où il en manque , ôt regarnir les hains de nouveaux appâts. Pendant que les Pêcheurs fe fervent de la fécondé garniture , les femmes , PL XIH. Fig. 2. préparent la troifieme, pour la remettre aux Pêcheurs à leur arrivée , afin qu’ils puiffent pêcher fans interruption. De cette maniéré, quand le temps eft propre à la pêche, tandis que les hommes font à la mer, les femmes PL XIH. Fig. 2. qu’011 nomme Aquerejfes , travaillent jour ôt nuit, foit pour chercher des vers ôt des poiflbns dans les fables ôt les rochers , comme nous l’expliquerons dans la fuite ; foit à nettoyer, faire fécher ôt raccommoder les appelets ; foit enfin à amorcer les hains : ce qui leur fournit un travail continuel, prefque auffi pénible que celui des hommes.
- On a vu dans l’Article où nous avons parlé des appâts, qu’on en emploie de falés, ou des viandes fraîches , ou des poiffons frais, que les Cordiers achètent des autres Pêcheurs. L’approvifionnement de ces différents appâts ne regarde point les femmes ; mais ce font elles qui pêchent les petites Chevrettes , qui
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- Sect. I. De la Pêche aux Hameçons.
- fouillent le fable pour en tirer des vers Ôc différents infe&es; en un mot, qui fourniffent de bons appâts. Et quand nous parlerons de cette efpece de pêche, on verra qu’elle eft très-pénible.
- D’ailleurs le foin de laver les appelets, de les étendre pour fécher, de les vifiter pour remplacer les lignes ôc les hains qui leur manquent , ôc d’amorcer les hains , fait un travail qui donne beaucoup d’occupation aux Aque-reffes, lorfque le temps permet aux hommes de faire leur pêche fans interruption.
- Chaque Pêcheur devant fournir fes appelets bien amorcés, ceux qui ont une nom-
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- breufe famille ont pour cela un grand avantage fur les autres.
- Les Pêcheurs portent aufïi chacun leurs vivres , ainfi que les boiffons dont ils ont be-foin j en forte que rien n’eft commun entre eux que certaines avances qui fe prélèvent fur le produit de la pêche.
- Les conventions dont nous venons de parler font, à quelques différences près , adoptées par tous les Pêcheurs. Cependant on conçoit bien qu’ils font les maîtres d’y faire les changements qu’ils eftiment convenables : il y en a, par exemple , qui embarquent le pain à frais communs.
- Article treizième.
- Récapitulation de ce qui a été traité dans ce premier Chapitre.
- Nous avons fait connoître dans ce Chapitre les avantages qui font propres à la pêche aux hains, ôc indiqué la vraie fignification de plufieurs termes qui appartiennent à cette façon de pêcher.
- Il nous a paru néceffaire d’infifter particuliérement fur les différentes efpeces de cordes ôc de lignes dont les Pêcheurs Cordiers, Palangriers , ôc autres , font ufage ; ôc encore plus fur le nombre confidérable d’efpeces d’hains qu’on emploie pour prendre toutes fortes de poiffons ; ainfi que fur leurs empilages de chanvre, de crin, de foie, ou de métal, fimples, ou doubles, ôcc. Ôc nous avons expliqué la fabrique des lignes ôc des hains de toutes groffeurs.
- En donnant l’énumération des différentes
- fortes d’appâts dont on garnit les hains, nous avons fait remarquer les avantages que les uns ont fur les autres.
- Il ne nous a pas paru fuperflu de dire quelque chofe des circonflances météoriques quî font avantageufes ou contraires aux pêches qu’on fait avec les hains , ôc de donner une defcription fommaire des bâtiments qu’on emploie pour ces fortes de pêches.
- Enfin, nous avons parlé des conventions que les Pêcheurs font entre eux pour partager équitablement le profit de leurs travaux.
- Mais toutes ces chofes ont été traitées d’une façon bien générale. Ce ne font, qu’on me permette cette expreflion, que les Prolégo-menes de la Pêche aux hains. Les détails fe trouveront dans le Chapitre fuivant.
- P ES CH ES.
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- TRAITÉ DES PESCHES.
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- CHAPITRE SECOND.
- Détail des différentes efpeces de Pêches qu'on fait avec les Hains♦
- Les notions générales que nous ayons données dans le premier Chapitre , ne peuvent forvir qu à faciliter l’intelligence des différentes Pêches qui fe font avec les hains , & dont nous allons traiter dans celui-ci. Telles font les Pêches à la Perche ou à la Canne , celles à la Ligne ou aux Cordes fimples, celles aux Cordes chargées de piles ; les unes fédentaires au fond de l’eau , & les autres flottantes entre deux eaux ou tout près de la forface, ainfi que les Pêches au Li-bouret, à la Balle, au grand Couple , &c. Nous allons foivre ces différentes façons de pêcher dans autant d’Articles particuliers.
- ARTICLI
- De la Pêche à la
- La méthode 1a. plus lumineufe dans la def-cription de tous les Arts, eft de/commencer par les chofes les plus fimples avant de palier a celles qui font plus compofées. Ayant donc à décrire les différentes façons de pêcher avec les hains, nous donnerons d’abord celle qu’on nomme à la Canne ou à la Perche, non-feulement parce qu’elle eft la plus fimple, mais encore parce qu’il eft commun de la voir pratiquer au bord des rivières, des foliés , des étangs, Ôt même de la mer.
- En général, cette pêche confifte à attacher au bout d’une perche une ligne garnie d’un hain ; Ôt quand le poillon a mordu a l’appât , on le tire promptement de l’eau en fou-levant la perche.
- On donne différents noms à cette façon de pêcher. Les uns la nomment à la Perche, parce qu’ils attachent leurs lignes à l’extrémité d’une perche légère Ôt pliante. D’autres la nomment à la Canne, parce qu’au lieu de perche, ils ajuftent des rofeaux les uns au bout des autres ; ôt ces rofeaux fe nomment Canna en Latin. Le terme Canne peut venir encore de ce qu’on difpofe quelquefois les gaules ou perches , de façon que lorfqu’on ne pêche pas, elles forment des cannes pour la promenade. Je vais entrer à ce fujet dans quelques détails.
- §• i. Des différentes maniérés de faire les Perches pour cette pêche.
- Les Pêcheurs ont coutume de faire leurs perches avec un bois léger ôt élaftique. Pour cela ils choififfent une gaule de Coudrier , de Saule , de Peuplier ou de Sapin. Le bois de Celtis ou Micocoulier , qu’on tire de Perpignan ( où on l’appelle Ladonier ), pour
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- Perche ou à la Canne.
- en faire des baguettes de fufil, des manches de fouet Ôt des bâtons pour la promenade , feroit très-propre à cet ufage, parce qu’il eft léger Ôt qu’il ploie beaucoup fans fe rompre.
- Il faut que ces perches, PL XV. Fig. 3. ah9 aient 435; pouces de circonférence au bout a qu’on tient dans la main, Ôt pas tout à-fait un pouce à l’autre extrémité h.Leur longueur doit être de 10 à 12 pieds , plus ou moins, fuivant l’étendue de la nape d’eau où l’on fe propofe de pêcher.
- On a foin qu’il ne fe rencontre pas de nœuds, qui trancheroient le bois de la perche ; Ôt quelle foit bien droite. On a même l’attention, pour qu’elle ne fe courbe pas en fe defféchant, de la lier fur une forte régie de bois bien drefîêe à la varlope. On peut encore les rendre plus propres , en les colorant, comme nous l’expliquerons dans la fuite.
- Voici , fuivant Walton, les précautions qu’il faut prendre pour fe procurer de bonnes perches. On doit couper , entre la S. Michel Ôt la Chandeleur, un beau brin de Saule, de Coudrier, ou de Tremble, qui ait p pieds de longueur , ôt à peu près 4 pouces de circonférence ; le coucher à plat dans un four chaud , ôt l’y laifler jufqu’à ce qu’il foit refroidi , le tenir enfuite dans un lieu fec pendant un mois ; puis le lier bien ferme fur une forte pièce de bois quarré. Après quoi, pour le percer dans toute fa longueur, on prend un gros fil de fer de Chaudronnier, qu’on appointit par un bout ; on fait chauffer ce bout dans un feu de charbon jufqu’à ce qu’il foit rougbau blanc , ôt on s’en fert pour percer la gaule en l’enfonçant dans l’axe, le tenant toujours droit, perçant tantôt par un bout, ôt tantôt par l’autre , jufqu’à ce que les deux trous fe rencontrent. Pour augmen^
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- S £ c T. /. De la Pèche aux Hamecotis•
- tei ce trou on fe fert de broches de fer de plus en plus groffes , qu'on fait, ainfi que le fil de métal, rougir jufqu’au blanc : mais il faut faire en forte que le diamètre du trou aille par degrés en diminuant, & qu’il foit plus étroit à l’extrémité menue de la perche qu’à fon gros bout.
- Cette première canne étant ainfi préparée , mife de grofieur par le dehors , & travaillée proprement , on la fait tremper dans l’eau pendant deux jours, puis on la transporte dans un lieu couvert , l’expofant à la fumée jufqu’à ce qu’elle foit parfaitement fé~ che. Cette canne doit faire environ la moitié de la longueur de la perche ; & le trou dont nous venons de parler, fert à recevoir deux baguettes. Car la perche entière eft formée de trois morceaux qui s’ajuftent les uns au bout des autres.
- Pour faire la baguette qu’on doit ajouter au bout de la canne creufe, on cueille dans la même faifon que la canne un beau jet de Coudrier, Ôc on le fait fécher comme la canne ; enfuite on dreffe cette baguette ; on la réduit à une grofieur convenable pour qu’elle entre dans le trou qu’on a fait à la canne ; ôc en l’introduifant du côté du- gros bout, elle doit entrer dans l’axe de la canne jufques vers la moitié de fa longueur.
- Pour compléter la perche, on choifit des bourgeons ou nouvelles pouffes , droites Ôc déliées , d’Epine noire , de Pommier fauva-ge, de Néflier ou de Genévrier ; on dépouille ces houflines de leur écorce ; on les fait fécher , en ayant raffemblé un nombre en faiS ceau qu’on lie bien ferré avec une forte ficelle , 6c on diminue affez de leur grofieur pour qu’elles puiffent entrer dans le trou formé dans l’axe de la canne, du côté de fon bout qui eft le moins gros. On joint les unes au bout des autres ces trois pièces , au moyen d’écrous ôc de vis, de forte que les trois morceaux ne faffent qu’une perche. De cette façon les deux alonges , quand on ne pêche pas, peuvent être renfermées dans la canne creufe, qui alors eft en état de fervir pour la promenade comme une canne ordinaire.
- Ces perches font encore meilleures quand au lieu de Coudrier on fe fert, pour faire la canne, de Jet ou Rofeau des Indes : ÔC on s’épargne bien de la peine lorfqu’on renonce à mettre les alonges dans la première canne ; alors on ne perce point la canne ; on met les trois parties qui doivent compofer la perche, dans un fac , d’où on les tire quand on veut pêcher ; Ôc on les joint les unes au bout des autres, fans employer de vis de métal, fe contentant de faire entrer l’extrémité des unes dans un trou qu’on a fait au bout de celle à laquelle elles doivent s’ajufter : enfuite on les arrête avec des goupilles, pour qu’elles ne fe féparent pas lorfqu’un gros poiffon tire fortement la ligne.
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- On fait encore des perches très-propres ôc très-commodes, de 3,4 ou 6 morceaux, qui s’affemblent les uns au bout des autres à mi-bois. Pour cela on taille en flûte les deux bouts qui doivent fe joindre , & on ménage à une des perches une petite dent qui entre dans une coche qui eft à l’autre ; il faut que ces deux parties taillées en flûte fe touchent exa&ement dans une longueur de 4 à y pouces. On frotte les faces qui doivent s’appliquer l’une fur l’autre avec de la cire graffe de Cordonnier , Ôc on les lie par des révolutions d’un bon fil retors ciré ou enduit de poix graffe : lorfqu’on veut que la perche îbit propre,1’on fe fert, au lieu de fil, d’un cordonnet de foie verte, frotté d’un peu de cire blanche.
- Dans la vue d’avoir des perches très-propres, on peut faire le premier morceau qu’on tient dans la main, avec quelque bois des Ifles, n’étant pas important que cette partie foit légère : les autres peuvent être faites avec du Bambou, du Cedre, du Cyprès, du Micocoulier, ou d’autres bois légers ôc pliants ; qu’on Colore, fi l’on veut, en les frottant avec de l’eau-forte foible, dans laquelle on a fait diffoudre de la limaille de fer, ôe qu’on polit enfuite avec de la prêle. Il faut mettre plufieurs couches de cet acide 5 ôe polir à chaque fois.
- Lorfqu’on fe propofe de pêcher avec des lignes amorcées a infeôtes vrais ou faêtices , comme il faut que les perches foient très-lé-geres, on les fait avec des cannes ou ro-feaux de Provence , qu’on termine par une baguette de baleine ; ou pour le mieux avec des houflines d’Epine noire , de Néflier , de Coudrier, de Genévrier, de Cyprès , &c. qu’on fait fécher, comme nous l’avons dit plus haut , en les liant en faifeeau, pour quelles foient toujours bien droites.
- Il eft évident qu’on doit proportionner la force des perches à la grofieur des poiffons qu’on veut prendre. Mais quand on pêche avec des infeêles, il faut fur-tout que les perches foient très-légeres , afin de pouvoir faire fautiller l’hain à fleur d’eau, comme nous l’expliquerons lorfque nous parlerons des Truites.
- Pour bien affujétir les unes avec les autres les pièces entaillées à mi-bois, au moyen d’un cordonnet de foie ou d’un fil retors ciré, ôc arrêter l’extrémité du fil ; il faut, quand il ne refte plus que cinq ou fix révolutions à faire, PL XF^l. Fig. 1. coucher le bout du fil fur la perche, mettre par-deffus le doigt étendu, Ôc faire les fix dernieres révolutions en enveloppant le fil ôc le doigt : ces révolutions étant faites, on retire le doigt, Ôc on ferre le plus que l’on peut ces dernieres révolutions les unes après les autres, comme on le voit dans la Fig. 2. On finit par tirer le bout du fil qui excede. De cette façon il eft très-bien ar-
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- 48 TRAITE DES P ESCHES.
- rété, ôc on le coupe avec des cifeaux tout près des révolutions du fil.
- Quelques-uns forment une anfe de huit à dix brins de crin, qu’ils affujétiffent au bout le plus menu des perches par des révolutions de fil ciré, femblables a celles dont nous venons de parler. Mais cette pratique n’eft point généralement approuvée. Nous en parlerons dans la fuite.
- §. 2. Des Lignes.
- Apre’s avoir fuffifamment parlé des Perches ou Cannes, il faut dire quelque chofe des Lignes qu’on attache au bout des perches , ôc qui portent à leur extrémité un hain. On peut ici d’abord fe rappeller ce que nous avons rapporté dans le premier Chapitre, où nous avons traité des Lignes ôc des Empiles, quoique nous ayons dit fort peu de chofe fur les Lignes très-fines.
- Beaucoup de Pêcheurs qui n’y prennent pas garde de fort près , font ces lignes avec un fil retors bien travaillé , formé de trois ou quatre bons fils à coudre. Quelques-uns un peu plus attentifs mettent au bout de cette ligne un empilage de crin. Mais les lignes font meilleures ôc plus propres, fi on les fait dans toute leur longueur avec un cordonnet de foie ou de crin.
- On a vu y PL VI. Fig. i. & 2. qu’il y a des Pêcheurs qui font des empilages de crin en arrangeant les brins fimplement les uns à côté des autres en maniéré de faifceau , fans les commettre. Mais cela ne fe pratique guè-res que pour les pêches à la mer , fur-tout lorfqu on fe propoîe de prendre de gros poif-fons.
- Les Pêcheurs de riviere font pour leur ufage des lignes avec des crins, qu’ils commettent ou tordent les uns avec les autres : pour cela ils choififfent les crins les plus longs de la queue d’un cheval. Ces crins doivent être ronds, clairs, exempts de lendes, galles ôc autres femblables maladies. Car un feui crin bien choifi eft aufïi fort que le fe -roient trois qui auroient les défauts que nous venons d’indiquer. Les crins blancs font plus fujets que les noirs à avoir ces défauts. Cependant plufieurs leur donnent la préférence, prétendant qu’ils paroiffent moins dans l’eau. Il faut encore faire tout fon poflible pour les afïortir d’égale groffeur, afin qu’ils fe roulent plus régulièrement les uns fur les autres, Ôc qu’ils réfiftent de concert , ce qui ne feroit pas s’ils différoient fenfiblement de groffeur.
- Certains Pêcheurs prétendent, comme nous venons de le dire,que les crins blancs paroiffent moins dans l’eau : d’autres foutiennent que les noirs n’y paroiffent pas plus que les blancs. Quoi qu’il en foit, cette raifon fait qu’on en Teint quelquefois ; ôc voici ce que"Walton dit à ce fujet.
- Il faut prendre une chopine de bonne bier-re, mefure de Paris, une demi-livre de fuie , une petite quantité de jus de feuilles de noyer ôc un peu d’alun. On met le tout en-femble dans un pot de terre, Ôc on le fait bouillir pendant une demi-heure ; enfuite on retire le pot du feu ; ôc quand il eft refroidi, on y met le crin, qu’on laiffe dans cette liqueur jufqu’à ce qu’il ait acquis une couleur verte. Plus il refte dans la teinture, plus il verdit : ôc il faut éviter qu’il ne devienne trop verd.
- Quelques-uns cependant défirent que le crin foit fort verd, pour qu’il imite la couleur de l’herbe. En ce cas , il faut prendre une pinte, mefure de Paris, de petite bierre, ôc une demi-livre d’alun ; mettre l’un ôc l’autre avec les crins dans un pot de terre, qu’on fera bouillir doucement pendant une demi-heure ; après quoi on retirera le crin pour le laiffer fécher. On mettra enfuite deux poignées de fleurs de Souci dans deux pintes d’eau, on couvrira le pot, ôc on le fera bouillir doucement pendant une demi-heure : il s’y formera une écume jaune, ôc alors on ajoutera une demi-livre de Couperofe concaffée, avec le crin qu’on veut teindre : on entretiendra la liqueur bouillante doucement jufqu’à ce qu’elle foit réduite à moitié. Enfin on ôtera le pot du feu , ôc 3 à 4 heures après on en retirera le crin ; que l’on trouvera bien verd. Plus on met de Couperofe , plus la teinture eft forte ; mais le verd-pâle eft préférable.
- Quelques-uns pouffent l’attention jufqu’à vouloir que le crin foit jaune, dans la fai-fon où les herbes des eaux douces fe fanent ôc fe defféchent. Pour lui donner cette couleur, on augmentera la dofe du Souci, Ôc l’on diminuera considérablement celle de la Couperofe.
- On apporte des Ifles de l’Amérique des filaments qu’on retire d’une efpece d’Aloës ou Aloïdes , rapportée par M. Von Linné au genre qu’il nomme Agave. On appelle ces filaments Fils de Pite. Il y a de ces fils qui font longs Ôc très-fins. Quand ceux-là font bien préparés, comme nous allons l’expliquer , ils font préférables aux crins, ôc on s’en fert principalement pour empiler les hains.
- On choifit ces fils très-fins. Etant pliés par pièces, on les met dans un pot, ôc on verfe deffus de l’écume d’un pot où l’on a fait bouillir de la viande fraîche,ôc non pas falée : au bout de trois ou quatre heures,on tire les pièces de pite les unes après les autres, ôc on les parfe entre le pouce ôc l’index pour ôter la graiffe qui pourroit y être reftée adhérente. Mais on ne les effuie point autrement. Enfuite 011 étend chaque pièce de toute fa longueur ; ôc quand ces fils font fecs , on en forme de petits écheveaux, Par cette préparation
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- paration,ils deviennent prefque auffi fins, auffi ronds & plus forts que les crins les mieux choifis. Pour les conferver fouples on les roule dans un morceau de velfie huilé ; & avant d’en faire des lignes il faut, ainfi que les crins, les mettre tremper dans de l’eau environ une demi-heure.
- La groffeur des lignes doit être proportionnée à celle du poiffon que l’on pêche ; mais il eft toujours avantageux qu’elles foient fines, fur-tout au bout qui tient à l’hain. C’eft pourquoi ceux qui pêchent avec des infe&es Ôt des hains très-déliés, font l’empilage avec un feul crin. Mais en ce cas il faut être bien adroit Pêcheur pour ne le* pas rompre. Ainfi il eft mieux de faire de deux crins cette partie de la ligne : ôt Cotton, Auteur Anglois, dit que celui qui ne peut pas prendre avec deux crins une Truite de 20 pouces de longueur dans une riviere ou il n’y a ni bois ni herbes , ne mérite point le nom de Pêcheur. Ainfi il y a beaucoup d’adreffe à ménager fa ligne , lorfqu’on a pris un poiffon d’une grof-feur un peu confidérable.
- Il eft fenfible qu’on ne peut pas trouver de crins allez longs pour faire une ligne qui doit quelquefois avoir y ou 6 braffes de longueur. Il faut donc faire des 'pièces fépa-rées qu’on noue les unes au bout des autres, pour en former une ligne fuffifamment longue. Pour cela on met deux de ces pièces de façon qu’elles entament un peu l’une fur l’autre, comme on le voit en de, Fig. 3. PL XV. On les unit par un nœud /, enfai-fant faire deux révolutions aux bouts des crins, PL XVI. Fig, 3. Quand on a ferré le nœud, les crins ne peuvent plus fe féparer : Ôt l’on coupe alors avec des cifeaux ce qui ex-cede le nœud. On en réunit ainfi un nombre fuffifant pour faire une ligne de la longueur qu’on défire.
- Il y a des Pêcheurs qui prétendent que pour la piece qui fait le bout de la ligne du côté de l’hain , il ne faut pas commettre les crins ; qu’il yaut mieux fe contenter de les tendre à côté l’un de l’autre : difant qu’a-lors les crins paroiffent moins dans l’eau , ôt qu’ils n’effarouchent pas les poiffons. Mais l’ufage le plus commun eft de les tordre l’un fur l’autre, comme ^nous l’expliquerons dans un inftant.
- Les lignes doivent toujours diminuer de groffeur depuis l’extrémité de la perche juf-qu’à l’hain ; Ôt pour certaines pêches, les dernières pièces font feulement formées par un crin , ou un fil de pite très-délié , ou même un fimple fil de foie.
- Pour les pêches ordinaires, il faut que les deux pièces les plus près de l’hain foient faites feulement de deux crins ; les trois pièces au-deffus, de trois crins : on en met quatre aux trois fuivantes ; ôt ainfi y , 6,7 , & même 8 , jufqu’au bout de la ligne qui tient à la
- Pesches.
- perche ; de forte que la ligne diminue uniformément de groffeur depuis la perche jufqu’à l’hain.
- Quand on veut alonger une ligne, il faut que ce foit par le gros bout qui tient à la perche. Cependant lorfqu’on pêche avec des infe&es, on peut ajouter une ou deux pièces fines au-deffus -de celle qui porte l’hain. Car il eft important que la ligne foit fine auprès de l’hain, d’autant qu’un Pêcheur adroit peut avec une ligne bien faite faire tomber l’hain jufte à l’endroit qu’il défire, fans former fur l’eau de petites vagues circulaires qui éfa-roucheroient le poiffon.
- Les Pêcheurs qui font des lignes pour leur ufage , choififfent lés brins de crin les plus longs, pour que leurs pièces aient plus d’étendue, Ôt qu’il en faille moins pour faire la longueur entière de la ligne. Ils les met* tent tremper quelques heures dans de l’eau puis en en tenant deux, quatre, ou fix raf-femblés en faifceau, ils les lient d’un fimple nœud auprès d’un des bouts g , Fig. 3. PL XV : puis les féparant un à un, deux à deux, ou trois à trois , ils placent une pointe h entre ces fils, tout auprès du nœud. Enfuite tenant chaque deux ou chaque trois crins entre le pouce ôt le doigt index, de chaque main , ils les tordent fur eux - mêmes : ces crins ainfi tortillés étant rapprochés, ils fe roulent les uns fur les autres, & forment une petite ficelle. On noue bout à bout ces petites pièces jufqu’à ce qu’il y en ait affez pour faire la longueur de la ligne. Puis on met la ligne entière tremper pendant quelques heures dans de l’eau chaude ; & on la tend en, la tirant par les deux bouts, pour qu’elle ne faffe point.de plis, ôt qu’elle refte droite quand elle fera lèche.
- Ceux qui font des lignes pour les vendre aux Pêcheurs, fe fervent d’une Machine dont nous allons donner la defcription, PL XVI„ Fig. q. Elle confifte en une Poulie horifon-tale X, ôt trois Molettes traverféespar une broche de fer qui porte à un de fes bouts un crochet E. Cette broche , ou axe, eft reçue par deux platines de cuivre, écartées l’une de l’autre d’environ un demi-pouce. Les crochets qui terminent les broches des molettes , excédent de quelque chofe la platine de deffous.
- On fait tourner la grande poulie par une Manivelle C, placée au-deffus de la platine fupérieure ; ôt cette poulie communique fon mouvement aux molettes, ou par un engrenage , ou au moyen d’une courroie , comme dans les rouets des Fileufes.
- Pour faire le cordonnet, on prend le nombre de crins qui doivent le former ; on les partage en deux ou en trois faif-ceaux ; on Lie chaque faifceau à un bout de fil retors D, plié en deux, long d’environ fix pouces. On paffe les crochets dans la du-
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- plicature de ces fils ; enfuite on réunit par en-bas, au moyen d’un, nœud, les faifceaux de crin , ôc on les attache à un morceau de plomb E, qui pefe environ deux livres, & qui eh terminé par un crochet. On fait, avec un bouchon de liège > un petit Toupin F, qui a autant de rainures qu’il doit y avoir de faifceaux au cordon ; ôt on place ce toupin entre les faifceaux, de façon que chaque fai-fceau entre dans une rainure du toupin. Quand on tourne la manivelle, les crochets tordent les faifceaux ; Ôc ceux-ci faifant effort pour fe détordre , font tourner le plomb, ôt fe roulent les uns fur les autres aurdeffous du liège. Lorfqu’on juge cjue le cordon eft fuffi-famment tors , *on remonte le toupin : lorfqu’il eft arrivé auprès des crochets , la pièce eft commife, ôt on la termine par un nœud. Il dépend de l’adreffe de l’Ouvrier que tous les brins de crin foient également tendus, ôt que le cordonnet foit tors régulièrement dans toute fa longueur. Gette piece étant finie, on en fait une autre ; ôt on a foin de retrancher des brins à mefure qu’on veut qu’elles foient moins groffes.
- On voit que cette machine eft en petit celle que nous avons repréfentée , PL VIH. pour faire les empiles de chanvre. Quand les pièces font treffées, on les met tremper dans l’eau , ôt on les tend jufqu’à ce qu’elles foient feches. Sans cette précaution, il y au* xoit des crins qui fe retireroient plus que les autres ; ôt la ligne en feroit afFoiblie d’autant.
- Il eft fenfible qu’on peut faire de pareils cordonnets avec de la foie Ôt du fil. Mais on peut fe difpenfer de prendre cette peine, parce qu’on trouve chez les Marchands des fils retors Ôt de petits cordonnets de foie.
- La ligne étant faite, il faut l’attacher au bout de la perche. Pour cela quelques-uns font une entaille à l’extrémité de la perche, ôt ils y amarent un bout de ligne compofé de 6 crins , qu’on double pour former une anfe qui s’attache au bout de la perche par des révolutions de foie cirée. Cette anfe eft defti-née à recevoir l’extrémité de la ligne.
- Mais par cette entaille on affoiblit le bout de la perche qui doit être menu. C’eft pourquoi nous penfons que ce n’eft pas à l’extrémité la plus menue b, Fig. 3. PL XV. qu’il convient de l’attacher, mais quelque part vers i. Enfuite en la roulant en hélice autour de la perche depuis i jufqu’à b, on lui fait ainfi gagner l’extrémité de la perche, où on l’arrête par un nœud coulant.
- On trouve deux avantages à attacher ainfi la ligne : le premier eft qu’on peut l’alonger ou la raccourcir à volonté , en lui faifant faire plus ou moins de révolutions autour de la perche : le fécond eft que par cette difpofi-tion de la ligne non-feulement le bout de la perche eft moins expofé à fe rompre, mais encore les révolutions de la ligne fortifient
- la partie menue de cette perche.
- Il y a des Pêcheurs qui veulent avoir des lignes fort longues ; d’autres prétendent qu’il ne faut pas qu’elles excédent la longueur de la perche, fur-tout pour pêcher avec des Infectes : ôc enfin il y en a qui, fuivant diffé* rentes circonftances, tiennent les lignes tan* tôt plus longues , ôc tantôt plus courtes.
- Quoi qu’il en foit, avant d’attacher la ligne à la perche, on la fait paffer dans un petit morceau de plomb. Les uns prennent tout fimplement une chevrotine k fendue , dans laquelle ils paffent la ligne , Ôc refferrent la fente pour que le plomb refte à l’endroit où on l’a placé ; d’autres paffent la ligne dans une balle de plomb percée ; ôc d’autres, au lieu d’une balle allez grolfe, en mettent plu-fieurs petites qui font arrêtées fur la ligne à un pouce les unes des autres. Tout cela eft allez indifférent. Mais il faut que le plomb k foit attaché à la ligne à environ fix pouces au-deffus de l’hain ; ôc il eft important que ce poids foit affez précifément ce qu’il faut pour que la ligne gagne le fond de l’eau, afin que la moindre force l’en détache ; mais il doit être plus confidérable dans les eaux courantes que dans les dormantes.
- Quelques Pêcheurs attachent à la ligne un tuyau de plume couvert de foie cirée, ôc bouché par les deux bouts. Mais plus ordinairement on paffe la ligne dans un morceau de liège : quelques-uns fe fervent tout fimplement d’un bouchon de bouteille /, Fig. 3. PL XV: d’autres donnent à ce liège une figure conique ; Ôc d’autres, ce qui eft un peu mieux , font ce liège fphérique. De quelque forme que foit le liège, on le perce pour recevoir la ligne. Et comme il faut le fixer à la ligne plus près ou plus loin de l’hain, fuivant la profondeur de l’eau où l’on pêche , on fourre dans le même trou où paffe la ligne, un petit morceau de bois appointi ; ou encore mieux un tuyau de plume, qu’on peut retirer aifément, Ôc qui fait l’office d’un coin pour empêcher que la ligne ne coule dans le trou , afin que le liège refte à l’endroit qu’on juge convenable. Il importe que le liège n’ait que la groffeur néceffaire pour fe foutenir fur l’eau : car un morceau de liège trop gros effaroucheroit le poiffon. Pour les pêches où l’on fait familier l’hain à la furface de l’eau , il ne faut ni plomb, ni liège. Quand on pêche certains poiffons , comme la Carpe, l’hain doit traîner fur le fond : pour d’autres poiffons , il faut que l’hain foit entre deux eaux ; ôc généralement parlant, il convient qu’il foit plus près de la furface de l’eau durant les chaleurs que par le froid. On doit régler fur ces confidérations la diftance qu’il faut mettre entre le liège, le plomb ôc l’hain.
- Il ne refte plus qu’à attacher l’hain m à l’extrémité de la ligne : ce qui fe peut faire de différentes façons. Pour les fort petits
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- hains qui font terminés par un anneau, on paffe deux, fois le bout de la ligne dans 1 anneau ; on le couche fur le corps de l’hain, auquel on le joint par plulieurs tours d’une foie cirée : enfuite on releve le bout de la ligne vers l’anneau > ôt on continué les révolutions du fil de foie : pour en arrêter le bout, on fait 4 ou $ révolutions de foie fur une aiguille un peu groflfe, PL XVI. Fig. 2. dans l’œil de laquelle on a enfilé la foie ; on retire cette aiguille vers le crochet de l’hain, ôc ainfi la foie fe trouve engagée dans les, révolutions qu’on a faites en dernier lieu ; on ferre l’une après l’autre ces révolutions ; & enfin on tire le bout de foie , qui fe trouve engagé entre l’hain 6c les révolutions qu’on a faites fur l’aiguille. De cette façon l’extrémité de la foie eil arrêtée fort proprement 6c folidement.
- Quand les hains font termifiés par un appla-tiffement, 6c qu’ils ne font pas très-fins, on peut les arrêter par le nœud n, PL XV, Fig, 3. Pour éviter les répétitions nous renvoyons à ce que nous avons dit au Chapitre premier fur les differentes façons d’empiler les hains.
- $* 3. Différentes maniérés d’amorcer les Hains * pour la Pêche à la Ligne.
- Quand on amorce avec de petits ïnfe&es, il faut les traverfer jufqu’à ce qu’ils ayentpaf-fé le barbillon : quelquefois un feul enfilé fuivant fa longueur fuffit ; car les hains qu’on emploie pour cette pêche font fort déliés. Lorfque les infeêles font bien petits, on les pique par le travers , 6c on en met plulieurs enfemble.
- Pour pêcher durant la nuit, comme il faut que l’appât foit plus apparent, on pique prefi que toujours deux vers de terre par le travers du corps : ils s’agitent alors beaucoup , ôc la moindre clarté fuffit pour les faire apperce-voir par les poiffons.
- Il y a une infinité de Vers qui peuvent fer-vir d’appâts, principalement ceux qui fe trouvent dans les fumiers de vache 6c de cochon, ou dans la tanée. En général on eftime pour la pêche ceux qui vivent long-temps dans l’eau. A l’égard des gros vers de fumier, on fait entrer la pointe de l’hain du côté de la queue, 6c on la fait fortir auprès de la tête.
- Pour expliquer les differentes façons d’amorcer quand on fe fert de petits poiffons, je fuppofe qu’un des poiffons de la PL XV, Fig. 3. doive fervir d’appât : on les a repré-fenté plus grands qu’il ne conviendroit relativement aux autres objets, afin de rendre la démonftration plus fenfible.
- Si l’on pêche dans un endroit où il y ait de gros poiffons, ôc que pour cette raifon on emploie de forts hains, il faut que le poiffon qui doit fervir d’appât, ait deux travers de doigt de largeur.
- Lorfque l’hain a deux crochets A, PL XV, Fig, 3. on fait paffer la tête de l’hain dans la
- bouche du poiffon , 6c on la fait fortir par-deffous une des ouies : on lie enfuite la queue du poiffon fur la ligne, ayant foin que les deux crochets de l’hain foient tout près de la bouche du poiffon : enfin on attache l’hain à la ligne.
- L’hain B à fimple crochet, s’amorce de même que l’autre, excepté qu’on peut y employer de petits poiffons ; 6c cela fe pratique quand on pêche dans des endroits où il n’y en a pas de gros : en ce cas on fait paffer l’hain par la bouche , ôc on le fait fortir par-deffous l’ouie ; ou bien, comme en C, on fait paffer la queue de l’hain par-deffous l’ouie, 6c on le fait fortir par la bouche ; ou bien on fe contente, comme en D, de faire entrer l’hain par la bouche, 6c le faire fortir par l’anus ; alors on eft difpenfé de lier le poiffon fur la ligne : mais comme on le bleffe davantage , ilne vit que 4 ou j heures ; ce qui eff un grand inconvénient : car la plupart des poiffons ne mordent point aux appâts corrompus ; 6c même ils ne fe jettent jamais avec autant d’avidité fur les poiffons morts que fur ceux qui font vivants.
- Quand on a paffé l’hain par les ouies , comme le poiffon vit 12 à 1 f heures, on en retire un grand avantage , fur-tout pour pêcher à la ligne dormante ; vu que quand les poiffons n’ont pas mordu le foir, il y a lieu d’efpérer qu’ils mordront le lendemain matin.
- Quelques Pêcheurs font une petite ouverture entre la tête du poiffon & le premier aileron du dos ; au moyen de cette incifion, ils paffent un fil de métal entre la peau Ôc l’épine du dos du poiffon, ôc ils le font fortir un peu au-deffus de la queue; puis ayant attaché l’hain à ce fil de métal qui doit fervir d’aiguille , ils retirent le fil pour que la tige de l’hain fe trouve fous la peau ; & de crainte que la peau du poiffon ne fe déchire, ils affû-rent l’hain par une couple de liens de foie ou de fil : de cette maniéré le poiffon vit long-temps.
- Waiton, dans la même intention de con-ferver long-temps les poiffons en vie, confeil-le de mettre entre les deux crochets d’un hain double un fil de laiton qui porte un petit morceau de plomb de forme ovale , PL XVI. Fig. 5. Il veut qu’on mette ce plomb dans la bouche du poiffon qui doit fervir d’appât, Ôc qu’on la coufe , pour qu’il ne puiffe rejetter le plomb. Le poiffon qui n’eft pas bleffé, vit ainfi long-temps, ôc il nage prefque comme s’il étoit libre, ce qui engage les autres poiffons à mordre l’appât 6c l’hain.
- Pour faire que le poiffon frétillé davantage, cet Auteur confeille encore de couper une nageoire tout près des ouies ; alors ne pouvant nager que d’un côté, ce poiffon ne fera que pirouetter, ôc ce mouvement attirera les poiffons,
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- ja TRAITÉ DE
- Ce què nous venons de dire, prouve combien il eft important de fe ménager un réfer-voir ou Fon puifle conferver de petits poif-fons en vie , pour en avoir fous la main quand on veut pêcher.
- Pour amorcer avec une Grenouille, on peut piquer la Grenouille au col, Ôc conduire la tige de l’hain entre la peau ôc la chair le long de l’épine du dos , puis le faire fortir vers la moitié du dos : en mettant une brade de distance entre la flotte de liège ôc l’hain , cette Grenouille nagera librement, ôc elle vivra long-temps. Mais cette amorce ne convient que pour les gros poiflons voraces.
- Quelques-uns prétendent qu’on engage les poiflons à mordre beaucoup mieux, fi Fon met auprès des appâts un fort petit morceau d’Ecarlate qu’on ait frotté d’huile de pétrole.
- D’autres afliirent que quand on a mis les vers, ou autres appâts vivants dans une boîte frottée de miel, les poiflons y mordent plus fûrement.
- On veut encore que toute efpece d’appât qu’on a frotté de moelle tirée de l’os de la cuifle d’un Héron , attire puiflamment les poiflons. Nous n’avons pas eu occafion d’éprouver l’effet de cette moelle , non plus que de ce que les Pêcheurs appellent FHuile de Héron : mais comme ils en font un cas fingu-lier pour attirer toutes fortes de poiflons , nous n’avons pas cru devoir nous difpenfer de dire comment elle fe fait ; quoiqu’il y ait lieu de foupçonner que comme le héron en vie fait un grand dégât de poifîbn , Fon aura imaginé que par repréfailles les poiflons cherchent à fe nourrir de fa chair, lorfqu’étant mort il ne peut plus leur faire de mal. Quoi qu’il en foit, voici comment Fon fait cette prétendue huile. On hache menu, on pile même dans un mortier, de la chair d’un Héron mâle ; on entonne cette chair hachée dans une bouteille à large col, que Fon bouche exactement, ôc qu’on tient pendant i f jours ou 3 femaines dans un lieu chaud. La chair en fe pourriflant fe réduit en une fubftance qui approche de l’huile ; qu’on mêle avec un tourteau de chenevi ou de la mie de pain , du miel ôc un peu de mufc. On prétend que la plupart des poiflons, & particuliérement les Carpes , font très-friands de cet appât.
- Nous nous garderons bien de rapporter ici toutes les fortes de Pâtes qu’on dit être propres pour amorcer les hains ; nous nous bornerons à en décrire quelques -unes dont [Walton fait grand cas.
- Il faut, dit-il, hacher menu de la chair de Lapin ou de Chat, la piler dans un mortier avec de la farine de fèves, ou autres, y ajouter du fucre ou du miel, & en la pêtrif-fant bien dans tous les fens, y mêler un peu de laine blanche hachée , ce qu’il en faut pour former des boules aflez folides pour tenir aux hains.
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- Walton confeille encore de mettre fur un plateau de bois du fang de Mouton, jufqu’à ce qu’il foit à demi deflèché ; Ôc quand il fera aflez durci, le couper par morceaux d’une grandeur proportionnée à celle de l’hain, oit on l’attachera pour appât. Il ajoute qu’un peu de fel empêche le fang de fe noircir, ôc fait que l’appât n’en eft que meilleur.
- Walton vante de plus l’appât fuivant comme convenant à toutes fortes de poiflons. 11 faut prendre une ou deux poignées du plus beau Ôc du plus gros froment, le faire bouillir dans du lait jufqu’à ce que ce ^rain foit bien attendri : alors on le fricaflera a petit feu avec du miel ôc un peu de fafran délayé dan$ du lait. On fe fervira de ces grains pour amorcer de petits hains : ôc on peut en faire ufage pour les appâts de fond, dont nous parlerons bientôt.
- On peut aufli faire de bons appâts avec des (Eufs de toutes fortes de poiflons, pour pêcher en eau douce. On donne cependant la préférence à ceux des Saumons Ôc des grofles Truites. La façon de les préparer eft de les faire un peu durcir fur une tuile chaude : quand on veut s’en fervir, on en coupe des morceaux d’une grofîeur convenable.
- Quelques-uns, au lieu de les faire durcir comme nous venons de le dire, en mettent gros comme une noifette à un petit hain. Cet appât peut refter huit jours à un hain : quand on veut s’en fervir plus long-temps, on le fufpend pour qu’il fe deflféche ; Ôc on le trempe un peu dans l’eau pour l’attendrir,lorfqu’on veut en faire ufage.
- Il y en a qui ,pour conferver long-temps ces œufs, mettent un lit de laine au fond d’un pot, les œufs defîus , faupoudrés d’un peu de fel, ôc continuent à mettre un lit de laine, une couche d’œufs ôc du fel, jufqu’à ce que le pot foit plein.
- Nous rapportons ces différents appâts d’après Walton, Auteur Anglois d’une grande célébrité pour la Pêche à l’hameçon. Et nous avertiflbns que nous ne parlons point d’après nos propres obfervations.
- Suite du §. 3. Des Infeëles naturels ou artificiels
- qidon emploie en Angleterre pour la Pêche à la Canne.
- Les Anglois prenant un fingulier plaifir à pêcher à la canne, le grand ufage qu’ils ont fait de cette pêche, les a mis à portée d’efi fayer quels étoient les Infeëles qui pouvoient leur fournir les meilleurs appâts : ôc comme ces infeëles ne paroiflfent qu’en certains mois de l’année, .ils fe font attaché à imiter la forme ôc la couleur de ceux qu’ils ont reconnus être les plus propres à attirer le poifîbn.
- Ces infeëles Faëlices que nous avons tirés d’Angleterre, font exécutés avec une adrefle admirable ; cependant nous ne voudrions
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- pas répondre quils imitaffent parfaitement les naturels : ôc peut-être cette condition n’eft-elle pas nécelfaire , puifqu’on a déjà vu qu’il y a des coiffons qui mordent à des leurres qui font bien éloignés d’imiter les poif-fons qu’on croit propres à attirer les autres. On peut même fe rappelier qu’on prend quelques efpeces de poiffons avec un petit morceau de drap rouge. Quoi qu’il en foit, comme Walton Ôc Cotton qui paffent en Angleterre pour d’excellents Pêcheurs à la canne, ont décrit fort en détail l’art d’imiter différentes efpeces d’infe&es, nous croyons devoir faire part à nos Leâeurs de leurs principaux procédés : je dis des principaux ; car il y a apparence qu’on nous faura gré d’abréger beaucoup les détails minutieux qui fe trouvent dans les Ouvrages des Auteurs que nous venons de nommer.
- Les Fig. 6. 7. 8. p. ôc 10. de la PL XVI. repréfentent des hains garnis de leurs empilages Ôt de leurs appâts faêfices , tels qu’ils nous ont été envoyés d’Angleterre. Il paroît qu’on a voulu imiter par les Fig. 7. ôt p. des Chenilles velues, ôc par les Fig. 6. 8. 1 o. des Infe&es ailés j mais que nous avons peine à rapporter r à aucun des Infectes que nous connoiffons , quoiqu’ils foient tous induf-trieufement travaillés.
- “Walton dit que les Infe&es ailés , naturels ou faêtices, font très-avantageux pour la pêche des Truites , de l’Ombre, des Perches , des Saumons , ôte 5 ôt que les plus petits font ordinairement préférables aux gros : il ajoute que par les temps fombres, il eft à propos de faire ufage des Infeêtes qui font d’une couleur claire ; ôt que par les temps freins, lorf-que le foleil luit ? il vaut mieuxHfe fervir de ceux qui font de couleur obfcure ; d’où il conclut qu’il ' faut avoir des uns ôt des autres , pour s’en fervir fuivant les circonftan-ces que nous venons d’indiquer.
- Contre le fentiment de ce célébré Pêcheur à la canne , d’autres qui fe plaifent à mettre de la complication dans tout ce qu’ils font * prétendent qu’il faut employer des Infeêtes différents dans tous les mo’is de l’année : fans faire attention que fuivant que les faifons font chaudes ou froides , les mêmes infe&es naturels paroiffent trois femaines ou un mois plutôt dans des années que dans d’autres.
- Walton qui évite de multiplier les difficultés , dit expreffément que trois ou quatre infectes bien faits ôt d’une groffeur moyenne, fufîifent pour pêcher pendant toute l’année dans la plupart des rivières, excepté pendant les grands froids de l’hiver. Cotton prétend qu’avec les infectes qu’il indique y on peut prendre des Truites dans le mois de Janvier, à plus forte raifon dans celui de Février , lorfque la température de l’air eft douce : au moyen de cette condition il fe rapproche du fentiment de Walton 5
- Pesches.
- mais Cotton prétend qu’il faut une grande variété d’infeêtes , ôc il veut qu’on prenne beaucoup de précautions pour en faire d’artificiels. La grande réputation que les An-glois fe font faite à l’égard de la pêche à la canne, nous engage donc à ne pas priver ceux qui ont un goût particulier pour cette pêche , d’une partie des détails qu’on trouve dans les Ouvrages Anglois, tant fur le choix des infeêtes, que fur la façon de les imiter. Mais nous croyons qu’on nous faura gré de nous borner aux objets principaux ;la multiplicité des détails où font entrés les Anglois, nous ayant paru, ainfi qu’à Walton, fort inutile.
- Cotton confeille, à ce qui nous paroît, très-judicieufement de choifir pour appâts les infeêtes qui fréquentent les rivières où l’on fe propofe de pêcher ; difant que les poiff fons de ces rivières font toujours plus dif-pofés à s’en faifir, que de ceux qui leur font, pour ainfi dire, étrangers*
- Il penfe en général que certaines chenilles ôc les papillons qui en viennent, ainfi ' que les teignes aquatiques ôc les infectes ailés qui font le terme de leur métamorphofe, font des appâts qui méritent la préférence fur beaucoup d’autres ; Ôc que c’eft ceux-là qu’il faut principalement imiter pour s’en fervir dans les faifons où les infeêtes naturels ne fe trouvent pas. Comme il y a bien des endroits où l’on ne trouve point d’ouvriers qui s’adonnent à faire des infectes artificiels, nous avons cru que nos Leêteurs nous fauroient gré de leur mettre fous les yeux une partie des inftruêtions qu’on trouve dans les Ouvrages Anglois, nous bornant à ce qui nous a paru de plus intéreffant.
- Voici d’abord les différentes fubftances qu’emploient ceux qui prétendent qu’il faut beaucoup varier la forme ôc la couleur des infeêtes.
- Pour les Empiles, de la foie, du crin , du fil de pitte, des boyaux de vers à foie qu’on tire de la Chine , ôc à leur défaut des boyaux de chat.On peut, en outre, confùlter ce que nous avons dit à l’article des Empiles.
- Pour le Corps des Infeêles, du camelot, de la moire, Ôc d’autres étoffes fines de différentes couleurs. Nous en difons autant de la laine filée ôt de la foie torfe ou plate, qu’on frotte affez fouvent de cire de différentes couleurs , enfin des fils d’or ôc d’argent.
- Pour former le Velu dont certains infeâes font couverts,ou lesAntennes ; on prend quelquefois de la laine qu’efh tire des vieux tapis de Turquie , les poils pris à différents endroits fur différentes efpeces d’animaux , tels qu’Ecureuils, Chiens, Chats, Renards, Lièvres, Ours , Veaux marins, même des Cochons qui ont des poils fins fous la gorge ou à une tache noire auprès des yeux, Ôcc.
- A l’égard des Ailes, on en fait quelquefois avec des membranes minces, mais le plus
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- fouvent avec des plumes étroites qui garnif-fent le col ôc le deffüs de la tête des Chapons ôc des Coqs ; les Canards, les Faifans, les Pluviers, les Paons, Ôc beaucoup d’autres oifeaux fournifTent aulli des plumes propres à ces ufages : on leur donne avec des cifeaux la forme qu’elles doivent avoir. Cependant Walton qui, comme nous l’avons dit, réduit les infeêles factices à un fort petit nombre , dit qu’on peut faire de très-bons infectes pour la Truite ôc d’autres poilfons, avec du poil d’Ours mélangé de poils bruns pris fur différents animaux. Il avertit feulement que pour bien juger de la couleur des poils ou d’une plume , il les faut placer entre l’œil ôc le foleil.
- Le talent de ceux qui s’adonnent à ces fortes de petits ouvrages , confifle à choifir entre toutes les matières que nous venons d’indiquer, Ôc beaucoup d’autres, celles qui font les plus propres par leur couleur, leur force ôc leur tiffu, à imiter les infeêtes naturels : mais Walt on remarque qu’il faut effayer de mêler avec des poils fins ceux de Veau marin , qu’on peut teindre ; ceux d’Ours, ôc cer-tains poils qu’on trouve fous la gorge des Cochons : parce que ces poils qui ont de la roideur, foutiennent les autres qui fe couchent Ôc s’affaiffent fur eux-mêmes quand ils font mouillés.
- Waiton remarque encore que comme il faut proportionner la groffeur des infeâes factices à celle des naturels qu’on veut imiter , on peut fe conformer à peu près à la Fig. i pour la groffeur des Chenilles Velues ; à la Fig. 13. pour un Ephémère ; à la Fig. 16. pour les Infe&es qu’on ne dit pas expreffé-ment devoir être gros ; ôc que quand on avertit qu’ils doivent être petits , on peut fe conformer à la Fig. 17. On voit par-là que Walt on juge que des à peu près font fuffifants.
- Pour Former un Infeêle artificiel, on tient la tige de l’hain entre le pouce Ôc le doigt index, la pointe dé l’hain en en bas, l’anneau en-dehors, ôc la courbure du côté de la paume de la main : puis fi l’infeête a le corps un peu gros, on le forme avec une petite bandelette d’une étoffe mince, qu’on affujettit avec des révolutions d’un fil de foie; lorfque le corps doit être menu, on le forme uniquement par des révolutions d’une foie torfe ou plate, qu’on choifit d’une couleur convenable : ôc on y mêle un fil d’or ou d’argent , quand l’infeête a la couleur ôc le brillant d’un de ces métâux.
- Si l’infe&e doit être velu, on fe fert de ces mêmes fils pour affujétir les poils ou le duvet ; que l’on coupe enfuite avec des cifeaux , ou on en brûle l’extrémité à la flamme d’une bougie , pour les réduire à une longueur convenable.
- Si l’infeête doit être Aîlé, on forme ces parties avec des plumes qui foient fer-;
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- mes ôc étroites ; qu’on taille avec des cifeaux , pour leur donner la grandeur ôc la fors me des ailes de l’infeête qu’on fe propofe d’imiter. Afin qu’elles foient aflujéties fermement au corps, on fait auprès de l’articulation ou de l’attache des ailes au corps , plufieurs révolutions de foie ; pour leur faire prendre la pofition qu’elles doivent avoir, on eft fouvent obligé de faire plufieurs révolutions qui fe croifent. On continue en-fuite à former la partie poftérieure, tantôt ra-fe, tantôt velue , ayant eu foin auparavant d’ajouter plufieurs grands poils s’il eft nécef-faire, comme on le voit à la Fig. 13. Mais il faut avoir attention que le corps de l’infe&e ne garniffe pas toute la longueur de l’hain. Il convient même qu’il ne s’étende pas jufqu’au barbillon , ainfi qu’on le voit dans les Figures.
- Nous avons déjà dit qu’il ne nous avoit pas été poffible de connoître exaôtement à quels infeêtes naturels fe dévoient rapporter les infeôtes faêiices que nous avions tirés d’Angleterre. Nous avons été à peu près dans le même embarras pour les infeêtes qui font deffinés dans les Ouvrages de WaltonÔc de Cotton. Ce n’eft pas tout, il ne nous a pas été poffible de découvrir les noms François ou Latin des Infe&es qui font nommés en An-glois dans ces Ouvrages ; on y emploie des noms populaires , comme qui diroit YInfeëie à fétUy le Tournoyant^ &z c. qui n’ont aucun rapport avec ceux que les Naturaliftes emploient, ôc qui n’indiquent aucune marque véritablement cara&ériftique ; Ôc les détails où ils entrent pour imiter artificiellement ces infectes , n’indiquent les formes que d’une façon vague qui n’imprime à l’efprit rien de précis. 'Puis donc que ces infeêtes parodient avoir des noms ôc des figures affez arbitraires, ce feroit inutilement que nous nous attacherions à rapporter fort en détail ce qu’en difent les Ecrivains Anglois. Il paraît que ceux qui s’occupent d’imiter plufieurs infeêtes naturels , fuivent chacun leur goût, Ôc réuffiffent d’autant mieux qu’ils ont plus d’adreffe ôc de patience. Car nous avons fait venir d^Angle-terre de ces infèôtes factices qui font travaillés avec tant d’art ôc d’adreffe, qu’on ne peut s’empêcher de les admirer ; ôc on fera bien de les examiner avec attention pour effayer de les imiter : c’eft ce qui nous a engagé à en faire graver quelques-uns fur la PL XFI: ôc pour donner à nos Lecteurs la fatisfa&ion de prendre une idée des inftruêtions qu’on trouve dans les Livres Anglois, nous en i*-férerons ici quelques-unes.
- On voit repréfenté par la Fig. 18. ce^qu’ils nomment Ant-Fïy, c’eft-à-dire , Fourmi At^ lèe ; une telle fourmi, fuivant nos Naturaliftes, devrait avoir deux antennes, une tête large, un col étroit, fix jambes ôc quatre aî* les ; ce qui ne reffemble point à l’infe&e de la Fig, 18, Cependant Swammerdam dit, com-
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- frie Walton, qu’en général les fourmis allées ont le ventre gros ôc arrondi comme une bouteille. Walton prétend qu’au mois de Juin le corps de ces infeétes doit être formé par un camelot brun Ôc rouge, avec des ailes gris-clair ; mais qu’il faut que ceux du mois d’Août aient leurs ailes de couleur obfcure,ôcle corps fait avec du poil d’une Vache bien noire, nué d’un peu de rouge, fur-tout à l’extrémité du ventre.il en fait beaucoup de cas pour lapêche.
- Nous ne connoiffons point de fourmis dont le ventre foit terminé par du rouge, mais il peut y en avoir en Angleterre : d’autant que Ray dit en avoir obfervé dans ce Royaume deux petites efpeces , l’une d’un roux noir, Ôc l’autre rougeâtre ; Ôc deux de grof-feur moyenne , qui brilloient l’une par du rouge, ôc l’autre par un beau noir.
- On donne en Anglois le nom de Haw-thorn-Fly, ce quifignifie Mouche d3Aubépin, à l’Infeâe , Fig. 17. difant qu’on le rencontre fur tous les buiffons d’Aubépin après la pouffe des feuilles. On fe contente d’ajouter qu’il eft fort petit, entièrement noir, ôc que plus il eft petit, meilleur il eft pour prendre des Truites. Les inftruétions qu’on donne pour l’imiter, font aufli peu circonftanciées ; elles fe bornent à dire qu’on y emploie de la plume noire, prife fur le col d’un Coq , ou bien le poil roux d’un Cochon.
- Il plaît aux Anglois d’appeller Dun-Cat, c’eft peut-être à dire , Poil de couleur Tannée <& Rogné, l’Infeéte, Fig. 16. C’eft un de ceux qu’on' dit pouvoir fervir dans toutes fortes d’eaux pour pêcher des Truites. On le recommande principalement pendant le mois de Mai. Les uns en forment le corps avec du poil d’Ours, qui foit court ôc de couleur tannée, y mêlant un peu de lilas ôc de jaune. Ils lui donnent de larges ailes , faites avec le même poil que le corps , mais de couleur tannée, ôc fans mélange. A l’égard des antennes, elles font faites de poils qu’on prend à la queue d’un Ecureuil. D’autres forment le corps de cet Infeéte avec du poil d’un jeune Ours Ôc un peu de laine filée, jaune ôc verte ; ôc ils font fur le tout un lizéré verd ou jaune, ÔC forment les ailes avec des plumes d’un Râle de terre.
- Suivant nos Naturalises, l’infeéte, % i?-devroit être un Ephémère ; comme étant le feul genre qu’on connoifïe avoir l’extrémité poftérieure terminée par trois poils : les douze appendices cm nageoires, que l’infeéte agite perpétuellement avec beaucoup de vivacité, ôc qui font vers le haut du ventre , font encore un caraétere de cet infeéte. Nous ne lui connoiffons pas d’étui formé à la maniéré de ceux des Teignes Aquatiques, comme le prétendent Cotton Ôc quelques autres Anglois : Les Vers ou Larves de nos Ephémères fe logent dans des trous pratiqués à fleur d’eau.
- Comme l’infeéte, Fig. 13. eft jaune, nué
- de verd, plus ou moins apparent, les Anglois en établirent deux variétés, l’une verte ôc l’autre grife ; ils les nomment Green-Dra-ke ôc Grey-Drake. Ces deux variétés font également eftimées pour la pêche de la Truite ; aufli eft-ce un des principaux infeétes que les Pêcheurs Anglois décorent du nom de May* Fly, ou Mouche de Mai. .
- Ne pouvant les rapporter exactement à aucun des Infectes que nous connoiffonsj nous allons en donner la defcription ângloife. Le corps eft d’un jaune , tantôt pâle, tantôt foncé, rayé de verd, alongé, menu, ôc fe terminé en pointe vers la queue, à l’extrémité de laquelle font trois longues foies fines Ôc pref-que noires ; la queue fe releve fouvent en en* haut. Cet infeâe s’élève ordinairement dans l’air à une hauteur affez confldérable. On le trouve principalement au bord de l’eau dans le mois de Mai, fur-tout quand le temps eft difpofé à la pluie ; ôc il y eft quelquefois en fi grande quantité, qu’on en feroit effrayé, fi l’on ne favoit pas qu’il n’eft point mal-faifant» Par un temps calme , lorfque les eaux font tranquilles , on les voit couvertes de petites vagues en forme de cercle, qui font produites par les poiffons qui s’élèvent pour fe rafi fafier de ces infeétes , ôc ils s’en gorgent quelquefois au point de les rendre par la bouche 5 ce qui arrive de même à nos Ephémères que les Pêcheurs nomment la Manne des PoiJJbns* Cotton dit que cet infeéte paroît vers la mi-Mai, qu’il difparoît dans le courant du mois de Juin, ôc que la vraie faifon pour s’en fervir utilement à la pêche, eft la fin de Mai ôc le commencement de Juin*
- Il y a, comme nous l’avons dit, une variété du même Infeéte qui eft d’un jaune livide tirant fur le verd , Ôc rayé de noir dans toute la longueur de fon corps. Ses ailes font d’un noir vif, prefque aufli délicates qu’une toile d’araignée,ôc bien diaphanes ; ce qui fait que cet Infeéte naturel ne peut fervir à pêcher avec la ligne à la furface de l’eau. Mais on l’imite bien, ôc en cet état il eft fort utile, fur-tout lorfque les naturels ne paroiffent plus. Pour les imiter, on en forme le corps avec la racine des poils de Cochon Ôc du poil noir d’Epagneul : puis on fait les raies avec de la foie noire, ôc les grands filets de la queue avec les poils de la barbe d’un Chat noir. A l’égard des aîles, qui font d’un gris noir, elles font prifes dans des plumes de Canard*
- La variété du même Infeéte que les An-> glois nomment Green-Drake , fert, étant vivant, à faire de bonnes pêches : pour cela les Pêcheurs en ramaffent une provifion, qu’ils mettent dans une boîte dont le couvercle foit percé de plufieurs trous ; avec cette précau^ tion, ils peuvent fe conferver vivants tout® une nuit. Quand on veut s’en fervir pour appât, on les tire en les prenant par les ailes , Ôc comme l’ufage eft d’en mettre deu£
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- fur un hain, on en pique un audeffous de l’aîle avec la pointe de Fliain, qui le traverfe à l’endroit le plus gros de fon corps ; on pique de même le fécond, obfervant de mettre la tête de celui-ci en fens contraire de celle du premier. Ils vivent ôc battent des ailes pendant un bon quart-d’heure : mais il eft important d’avoir foin que leurs ailes foient bien féches , en forte que non-feulement on prévient qu’elles ne trempent dans l’eau ; ôc qu’on a de plus l’attention de n’avoir pas les doigts humides quand on prend l’infeête pour amorcer l’hain.
- Les Anglois regardent cet Infe&e comme propre à pêcher dans les eaux courantes ainfi que dans les dormantes, ôc à toute heure de la journée. Ils l’imitent allez parfaitement pour s’en fervir, fur-tout lorfque par les mauvais temps ces Infeôtes vivants ne fe montrent point fur l’eau, ni auprès de fes bords.
- Comme nous avons promis de dire quelque chofe des manœuvres des Anglois pour imiter les Infeêles naturels, nous croyons devoir encore rapporter ici que Walton veut qu’on falfe le corps avec de la laine filée, verdâtre ou couleur de Saule, qu’on brunira en lufieurs endroits avec de la foie cirée, ou ien on y formera des raies avec du crin noir , mêlé de quelques fils d’argent.
- La pratique de Cotton eft plus compliquée. Il dit qu’il faut former le corps de Finie £te fur un gros hain, avec du poil de Chameau , du poil luifant d’Ours, Ôc du duvet mollet qu’on aura levé fur les poils d’un Cochon, On les mélangera fur du camelot jaune; puis on palfera fur toute la longueur du corps de la foie jaune frottée de cire verte ; ôc on fera les longs poils de la queue avec ceux de Martre ou de Fouine; enfin, on formera les ailes avec des plumes de couleur gris-blanc , qu’on trouve fur les Canards , lef-quelles on!aura foin de teindre en jaune.
- On voit que ceux qui palfent pour les plus habiles en ce genre, fuivent des procédés très-différents : d’où l’on peut conclure qu’il ne s’agit que de chercher à imiter à peu près les Infeâes. Il importe peu par quel moyen on y parvienne. Il eft vrai que les uns réuflif-fent mieux que d’autres à cette imitation.
- La Fig. 15. repréfente une Chenille Velue , que les Anglois nomment Palmer ou Great-Hackle.Suivant Ray, c’eff une longue Chenille de couleur-fauve , très-velue, qui dévore les feuilles de la Ronce commune, ôc qui paffant tout l’hiver dans l’état de chenille fans manger, fe fabrique au printemps une coque, où elle fe transforme en nymphe ; puis au commencement de l’été elle devient une grande phalène , dont la forme ôc les couleurs ne font pas bien confiantes, mais elle tire fur un verd-cendré ôc fale, qu’on ne peut guères définir. Les ailes extérieures de la phalène font de cette même couleur par
- en-haut, ôc en approchant du corps elles deviennent d’un cendré rougeâtre, qui eft tra-verfé par deux lignes fort rouges ; ôcc.
- On fe fert de cette Chenille pour pêcher des Truites dans le mois de Février, quand il n’y a pas trop de glace ou de neige.
- Nous omettons plufieurs autres Infeêtes que Cotton rapporte fous la dénomination générique de Hackle : terme qui vient de ce que pour les imiter on emploie des plumes longues ôc étroites, qu’on trouve fur la tête ôc le col des Coqs Ôt des Chapons , ôc qui fe nomment Hackle en Anglois.
- On trouve dans Cotton un Infeète qu’il nomme Harry-Long-Legs , qu’on pourroit traduire par Henri - Grandes - Jambes, Il nous paroît être de ces efpeces de Punaifes qui courent légèrement avec leurs longues jambes fur des eaux dormantes, comme fi c’é-toit fur un corps folide : on les trouve même fouvent accouplées fur les eaux. M. Geoffroy en décrit deux qui font noires ou brunes , avec un foible mélange de blanc ; celle des Anglois eft de couleur tannée, légèrement nuée de bleu. On s’en fert particuliérement dans le mois d’Août ; ôc quelquefois on pêche avec fuccès en attachant feulement la tête de l’Infe&e au bout d’une longue ligne.
- Les Fig, 19. 20, 21. 22. font copiées fur celles de M. de Réaumur, Hïft, des Injeâles , Tome I1J, PL 12. Elles repréfentent des four reaux d’Infeétes aquatiques , qui deviennent ailés. M. de Réaumur les nomme Teignes. D’autres Naturaliftes les mettent dans le genre des Phryganea y Ôc leur nom Anglois eft Cadews. Leurs foureaux font intérieurement de foie, ôc recouverts à l’extérieur de différentes fubftances , telles que de petits morceaux de bois, ou de rofeau , des lentilles d’eau, des brins de paille, des fragmens de coquilles, du gravier , du fable, Fig. 25* ôcc. La plupart de ces matériaux très-légers donnent de la folidité aux tuyaux, fans rendre leur poids fupérieur au volume d’eau qu’ils déplacent ; en forte que l’Infe&e qui y eft renfermé, fe traîne facilement fur le fond, ôc grimpe aux herbes aquatiques.
- Il arrive quelquefois que la Teigne attache à fon foureau des coquillages entiers , dans lefquels font des animaux vivants qu’elle tranfporte avec elle.
- Parmi les Infeêles de ce genre,on en trouve encore qui font feulement logés entre deux morceaux de bois, Fig. 24*: d’autres, entre des feuilles roulées, Fig. 23. La Fig, 14. repréfente l’Infe&e fans fon foureau, tel qu’on le rencontre le plus ordinairement ; car nous ne diffimulons pas qu’il y en a de plufieurs efpeces , mais dont il nous paroît affez inutile de parler ici en détail.
- Ces Teignes aquatiques , après s’être mé-tamorphofées en Chryfalides, deviennent des Infe&es volants, Fig, 11, & 12. queM.de
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- Reaumur nomme Mouches Papillonnacéssjpzt-ce quau premier coup-d’œil cetlnfe&e reffem-ble à un Papillon ; maisfes quatre ailes ne font point couvertes de pouffiere comme celles des Papillons , Ôc elles font membraneufes comme celles des Mouches.
- Suivant nos Auteurs Anglois, on fe fert pour appât, non feulement de l’Infeéte volant, mais encore de lâ Teigne, fur-tout de celles qui font d’une groffeur un peu confi-dérable.
- Nous avons dit comment on piquoit avec l’hain l’Infe&e volant pour en faire un appât. A l’égard de la Teigne, nos Auteurs recommandent de la tenir pendant quelques jours dans un fac de laine, au fond duquel il y ait du fable ; d’humecter ce fac une fois par jour, Ôt avant de garnir l’hain, arracher la tête de la Teigne avec un boyau qui y refte attaché ; puis enfiler le corps fuivant fa longueur dans un très-petit hain, en ménageant l’Infeéle le plus qu'il eft poffible. Une cir-conftance que nous ne devons pas omettre, eft qu’il faut attacher un petit morceau de plomb fur la tige de l’hain, pour qu’il entraîne l’Infeéle dans i’eau ; car il eft important qu’il y entre avant la ligne.
- Il ne fera peut-être pas inutile pour ceux qui voudroient conferver de ces Infeétes en vie , de les avertir, d’après M. de Reaumur, qu’ils périffent plus promptement dans de l’eau corrompue, que s’ils étoient dans l’air ; mais qu’ils vivent allez bien dans de l’eau claire Ôt pure.
- Cotton parie encore d’un Infecte de la claffe des Scarabés , dont les ailes font recouvertes d’étuis écailleux, qu’on voit courir ôt tourner rapidement à la furface de l’eau, ou il décrit des cercles. Cette propriété lui a fait donner par quelques Naturaliftes le nom latin de Gyrinus, auquel répond la dénomination angloife U^hirling-Dun. M. Geoffroy en a rapporté un au genre des Altifis ; & un autre aux Gyrinus, qu’il nomme en François Tourniquet,
- Cotton dit qu’il y en a un fort petit qui paroit en Mars, & qui fert alors pour la pêche des Truites. Un fécond, qu’il prétend être celui auquel ce nom convient proprement, commence à paraître fur l’eau vers le douze d’Avril.’ Tous deux font bruns , ôt ont leurs étuis mélangés de gris. On en emploie de naturels Ôt d’artificiels, parce qu’on en fait beaucoup de cas pour la pêche des Truites depuis la mi-Avrii jufqu’à la fin de Juin.
- La troifîeme efpece eft plus groffe que les précédentes , auxquelles elle reffemble d’ailleurs ; fes étuis font de couleur orangé-pâle. On voit ce Scarabé durant prefque tout l’été fortir d’entre les Joncs, dans la plupart des rivières qui abondent en Truites, ôc cela prefque toujours le loir affez tard , rarement avant le coucher dufoleil. On en faitprin-
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- eipalement ufage depuis la mi-Mai jufquà là fin de Juillet.
- De plus, les Anglois emploient dans les mois de Juin ôc Juillet plufieurs efpeces de Cigales faétices.
- Ils ont aufli pour le même ufage des 77-pules artificielles, que les Anglois appellent ainfi que les Coufins Gnats ; ôc ils font fur-tout ufage dans le mois de Janvier, lorfqu’il fait un beau foleil ôc affez chaud pour la fai-fon , d’une fort petite efpece qui eft de couleur tannée, mais brillante. D’autres Tipu-les fervent d appats dans les mois de Mars , Mai ôc Juin.
- Les Anglois font encore ufage de beaucoup d’autres Infeêles ; mais nous croyons devoir nous abftenir d’entrer dans de plus grands détails. La célébrité des Ouvrages Anglois qui ont été cités, nous a engagé dans une di^reffion qu’il eft temps de terminer pour paffer a d’autres objets qui font plus intéref-fants.
- §, Choix du Lieu pour la Pêche*
- Voila les perches préparées ôc les hains amorcés , il s’agit maintenant de choifir un lieu propre pour cette pêche. Il eft bon qu’il ait une profondeur d’eau affez confidéra-e ; que le fond foit uni, fans pierres , bois , ni herbiers, ôt point vazeux, non-feulement pour que le poiffon puiffe appercevoir l’appât , mais encore pour que fe fentant piqué il ne fe retire point dans des endroits d’où on $uroit bien de la peine à le tirer.
- Il eft encore néceffaire que l’eau foit abordable, ôc les bords point trop efcarpés. Le mieux feroit que la terre ôc l’eau fuffent de même hauteur, ou en pente douce, comme feroit un abreuvoir. Car comme le poiffon raffemble toutes fes forces ôc fait les plus grands efforts pour s’échapper , quand on le tire hors de l’eau, il faut être habile pêcheur pour ne pas perdre fa proie ; ôc les gros s’é-chapperoient toujours , fi oh négligeoit de prendre les précautions dont nous allons parler , fur-tout fi la berge étoit efcarpée ôc com fidérablement élevée au-deffus de l’eau.
- Comme il eft rare de trouver l’eau de niveau avec la terre , on peut y fuppléer au moyen d’une grande Table, qui eft encore utile dans plufieurs autres circonftances. On couvre la table de l’épaiffeur d’un pouce ôc demi ou deux pouces, de terre à Potier ; on enfonce un bout de cette table dans l’eau , ôc on retient l’autre bout fur le bord du terrein ; ce qui forme un plan incliné, fur lequel on conduit le poiffon pour le tirer dou-' cernent hors de l’eau*
- Cette même table peut fervir encore dans les terreins vazeux , pour fe procurer un endroit où l’on puiffe pofer l’hameçon^ Mais pour que le poiffon ne s’en effarouche pas, on la mettra en place quelques jours à
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- l’avance , & on pofera défiais quelque appât qui attire le poiffon. En général , c’eft une très-bonne précaution que d’attirer les poif-fons dans les endroits où l’on fe propofe de pêcher, par des appâts qui font venir le poiffon , ainft que nous allons l’expliquer.
- §. y. Des Appâts de Fond•
- Pour déterminer les poiffons à fréquenter les endroits où Ton fe propofe de pêcher, on leur préfente des aliments dont ils font friands. Pour cela on mêle quelquefois avec de la vaze différentes efpeces de grains, dont on remplit un panier ou un baril qui foit ouvert par les deux bouts, Ôc on le coule au fond de l’eau. Différentes efpeces de poif-fons , ôc particuliérement les Carpes, fe plai-fent à chercher les grains dans cette vaze.
- Pour faire un autre appât de fond , qu’on eftime très-bon, on met tremper pendant une nuit des Fèves groffes Ôc moëlleuies ; en-fuite on les fait cuire à demi dans de l’eau , où l’on fait que les légumes cuifent bien. Quand elles font à ce point de cuififon, fi l’on a employé un quart de boiflfeau de fèves , on y met un quarteron de miel avec une couple de grains de mufc, ôc on retire le pot du feu avant que les fèves foient entièrement cuites. Pour faire ufage de cet appât, on en met de petits tas fur la terre qui couvre la table, ôc on les appuie avec la main, afin que les fèves s’y attachent ; ou bien on en forme des mottes qu’on ferre entre les mains, & qu’on jette fur le fond s’il n’eft pas vazeux.
- On peut conferver quelques-unes des plus groffes fèves pour amorcer des hains.
- La Mie de pain mâchée fait un affez bon appât de fond. On peut encore fe fervir d’une pâte faite avec de la chair de Chat ôc de Lapin, dont nous avons parlé ci-deffus ; pour l’employer à cet ufage , on la pétrit avec de la cire vierge ôc du miel, Ôc on en fait des boules qu’on jette dans l’eau.
- L’appât de fond le plus aifé à faire eft une pâte faite avec de la mie de pain, du miel ôc un peu d'AJJa-fœtida.
- On attire encore le poiffon, fur-tout les Carpes , à l’endroit où l’on veut pêcher, en y jettant du Fumier de Vache ; ou du fon mêlé avec du fang, de l’aveine germée, des entrailles d’animaux, Ôcc.-
- On fait aufli un bon appât de fond avec un ou deux picotins d’orge germée ôc grof-fiérement moulue ; on lui fait jetter un ou deux bouillons dans une chaudière, ôc en-fuite on le paffe par une chauffe. On peut donner aux Chevaux la liqueur qui paffe par la chauffe. Quand le marc qui eft dans la chauffe, eft refroidi, on le porte au bord de l’eau fur les 8 à p heures du foir ; on le prefife entre les mains , on en forme des mottes
- qu’on jette dans l’eau. A moins que le courant ne foit rapide, ces mottes tombent au fond, ôc y reftent. On peut aller pêcher le lendemain à la pointe du jour. Cet appât convient particuliérement pour les Brèmes.
- Quelques Pêcheurs encore plus attentifs lèvent dans l’eau des touffes de Glayeul, ôc coufent fur les feuilles quantité de vers de toutes les efpeces. Léfc poififons ne manquent pas d’aller s’en repaître, Ôc par-là ils font engagés à mordre à l’appât qu’on leur préfente enfuite avec un hain.
- Quand on a mis à un endroit quelqu’un de ces appâts, on va examiner foir ôc matin s’il eft mangé. S’il l’eft effectivement, on eft certain qu’il y a du poiffon, ôc on peut ef-pérer de faire une bonne pêche. Mais fi l’appât n’a point été attaqué, on perdroit fon temps à pêcher en cet endroit.
- §. 6, Précautions que les Pêcheurs doivent prendre pour engager les poijfons à mordre aux
- hains, & pour les tirer à terre quand Us ont
- mordu.
- Comme prefque tous les poiffons vivent de rapine , ils font naturellement curieux d’examiner les objets qui leur paroiffent nouveaux ; ôc cette inclination tourne à l’avantage des Pêcheurs quand ils favent en profiter : car les poiffons fe portanç d’eux-mêmes à examiner les appâts qu’on leur offre, ils font ainft engagés à s’en faifir. Mais le bruit les effraie, ainfi que les mouvements que fe donneroit le Pêcheur. C’eft pourquoi quand on a jetté la ligne, il faut refter immobile, comme le Pêcheur F, PL Fig. 1. ayant toujours l’oeil fixé fur le liège ; car ce font les mouvements de ce liège qui indiquent que le poiffon a mordu. Quand on s’en apperçoit, il ne faut pas fe preffer de tirer la ligne, on doit donner au poiffon le temps d’avaler l’appât. Mais quand on voit qu’il traîne le liège, on peut juger qu’il cherche à fe retirer dans un crofhe, une foufrive , ou quelques herbiers : alors il faut donner une fecouffe à la ligne pour piquer le poiffon , ôc faire entrer la pointe de l’hain dans fon gofier. C’eft le moment où les gros poiffons fe tourmentent beaucoup : Ôc bien loin de tirer la ligne, il faut la leur lâcher peu-à-peu , pour les laif-fer fe promener de côté ôc d’autre , jufqu’à ce que , appercevant qu’ils font fatigués ôc que les forces leur manquent , on les tire doucement à bord.
- Quand ce font de petits poiffons , la force de la ligne eft fuffifante pour réfifter à leurs mouvements. Mais il faut beaucoup de précautions ôc d’adreffe, pour ne pas perdre les gros poiffons qui ont mordu aux appâts.
- Quelques Pêcheurs qui emploient de gros hains ôc des lignes très-fortes, faififfent la ligne avec la main 3 ôc tenant la tête du poif-
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- fon foulevée, ils perd ainfi peu-à-peu fes me nous lavons dit plus haut , les forts hains ôc les groffes lignes effarouchent le poiffon ; il n y a que ceux qui font très-affamés qui y mordent.
- Afin de ne point perdre fa proie en pêchant avec une ligne fine , lorfqu’on a pris de gros poiffons qui font de violents efforts quand ils fe Tentent piqués , ôc encore plus lorfqu’on les tire de l’eau, il faut avoir une ligne de 3 à 6 toifes de longueur, ôc la rouler pour la plus grande partie fur un petit morceau de bois léger 0 , Fig. 3. PL XV. On dévidé donc ôc on roule une partie de la ligne fur ce morceau de bois jufqu’à ce qu’il n’en refie que la longueur qu’il faut pour pêcher commodément, Ôc on arrête la ligne en Tenfonçant dans une fente qu’on a eu foin de faire au fond de l’échancrure qui termine ce morceau de bois. Cette ligne ne fe déroulera point jufqu’à ce que le poiffon foit piqué : mais quand Tentant la pointe de l’hain il fera effort pour s’enfuir, la ligne fe dégagera de Fentaille, elle fe déroulera de def-fus le morceau de bois , ôc devenant fort longue , elle laiffera au poiffon la liberté de fe débattre Ôc fe tourmenter ; il avalera de Beau, qu’il ne pourra pas rendre par les ouies, il fe fatiguera, il s’affoiblira peu-à-peu : alors en tirant la ligne avec ménagement, on l’amènera au bord de l’eau.
- Un autre ajuftement qui revient au même , eft de mettre au bout menu b, Fig. 3. de là canne un petit anneau de cuivre, dans lequel on parfera la ligne, qui viendra fe rouler en partie fur/me bobine, affujétie à la perche vers fon gros bout à peu près en t. Quand le poiffon fait effort, on permet à la bobine de tourner, ôc la ligne devient ainfi fort longue.
- Comme il faut laiffer long-temps le poiffon s’agiter, on peut fe difpenfer de tenir continuellement la perche, foit en l’enfonçant dans une douille qu’on a fourée en terre , foit en fichant dans le terrein une pointe de fer qui s’ajulte à vis au gros bout de la perche'; par ce moyen on peut, quand le poiffon eft fatigué, le faifir de fes deux mains pour le prendre.
- Le poiffon étant amené au bord de l’eau, il y a d’habiles Pêcheurs qui couchés fur le ventre, le faififfent par les yeux ou les ouies. Et même fi ce font des Carpes , ils ont l’a-dreffe de leur fourer le doigt index dans la bouche, & de s’en rendre maîtres.Mais comme les poiffons raffemblent toutes leurs forces pour s’échapper lorfqu’ils fe fentent tirer de l’eau, le plus fur eft d’avoir un Trubleau, petit filet en forme de poche, tendu comme îur la monture d’une jaquette p, Fig. 3. ôc le faire paffer deffous les poiffons quand ils
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- commencent à fortir de l’eau, comme on le voit, PL XVI. Fig. 26.
- Plufieurs poiffons s’écartent beaucoup quand ils fe fentent piqués, ôc quelquefois ils fe retirent dans des herbiers dont on a bien de la peine à les débarraffer. En ce cas il faut fe donner de garde de tirer la ligne , il vaut mieux laiffer long-temps les poiffons fe mouvoir ôc s’affoiblir : alors en tirant la ligne fuivant différentes directions, ôc toujours fort doucement, on parvient quelquefois à les dégager des herbiers ou des crô-nes. Mais fi la chofe ne paroît pas poffible * on peut paffer la ligne dans un anneau de fer, un peu pefant, PL XVI. Fig. 27. & qui foit fermement attaché à une forte ligne. En foulevant la ligne qui porte l’hain, on fait couler l’anneau tout auprès de la tête du poiffon qui a mordu ; quelquefois même l’anneau faifit fa tête : alors on tire fur la forte ligne qui tient l’anneau, en différents fens , mais jamais dans la direction de la ligne de pêche. Ce moyen réuffit affez ordinairement, ôc on parvient à dégager un poiffon qui fans cela auroit été perdu.
- Dans certains cas, on peut fe porter avec un batelet fur les herbiers , ou à l’embouchure des crônes. Nous aurons occafion d’en parler dans la fuite.
- §. 7. Maniéré de pêcher en fe promenant.
- Les pêches que nous venons de décrire 3 exigent beaucoup de patience ; il faut garder un filence profond, ôc refter immobile en attendant le poiffon , qui eft quelquefois longtemps avant de fe jetter fur l’appât qu’on lui préfente. Nous allons , en faveur des perfon-nes vives ôc impatientes , rapporter quelques façons de pêcher qui permettent de fe promener. Il faut avoir une perche ab, Fig. 3+
- PL XV, légère, longue de 12 à x 3 pieds, plus ou moins, fuivant l’étendue de la nappe d’eau où l’on doit pêcher. On y attache , comme nous l’avons fuffifarnment expliqué, une ligne ^ qui pend d’environ trois toifes, ôc au bout de laquelle eft ajufté un hain garni d’un appât léger ; comme peuvent être une Sauterelle a qui on a arraché une articulation de fes grandes pattes ; un Limas noir dont on ouvre le ventre pour laiffer appercevoir la partie blanche des inteftins qui attire le poiffon ; différentes efpeces de Vers, ou de Mouches , des Bourdons, des Cerfs volants, ou autres Scarabés à qui on a coupé les cornes, les pattes ôc les ailes écailleufes , ôcc. Tous ces appâts font fort bons. En Automne, on peut amorcer avec une pâte jaune , eompofée de fromage bien fort qu’on pile dans un mortier avec un peu de beurre & affez de faffran pour la rendre de couleur de citron. Et on peut ^ durant l’Hiver, amorcer avec du fromage ôc
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- lui font avaler de l’eau ; il forces. Mais, com-
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- un .peu de térébenthine, mêlés enfemble en confiftance de pâte.
- Il y a de l’adreffe à placer l’hain dans l’eau d’une façon convenable. Quand il fait chaud, on doit le tenir vers la furface ou à la moitié de la profondeur de l’eau ; mais durant le froid, il faut le tenir près du fond. Indépendamment de la température de l’air, il y a des efpeces de poiffons qui occupent toujours le fond de l’eau, & d’autres qui fe tiennent plus près de la furface.
- Mais de plus il y a des Pêcheurs qui manient la perche avec affez d’adreffe pour imprimer aux appâts morts des mouvements qui imitent ceux des poiffons vivants.
- Lors même qu’on pêche avec de petits infe&es ou des infe&es fa&ices, il y a certains poiffons qu’on attire en tenant l’hain à une petite diftance au-deffus de la furface de l’eau, de forte que ces poiffons s’élancent hors de l’eau pour faifir l’hain. Nous avons parlé de la façon de faire ces infeêtes faêlices, ôt nous expliquerons en détail la maniéré de s’en fervir, dans le Chapitre où il s’agira de la Truite.
- Quoi qu’il en foit, tout étant difpofé , comme nous venons de l’expliquer, on prend la perche à deux mains , & fe promenant le long de l’eau, G, PLXF. Fig. i. on jette la ligne le plus loin qu’il eft poftible , faifant faire une vive révolution à la perche. L’hameçon tombe dans l’eau à certaine profondeur ; ôt prenant la perche d’une main, on lui donne de petites fecouffes pour faire fautiller l’appât dans l’eau , de forte qu’il femble fuir le poiffon qui le pourfuit ; ce qui l’engage à s’élancer ôt à avaler l’appât Ôt l’hain.
- Quand le poiffon a mordu, il ne faut pas, comme nous l’avons déjà dit, tirer la ligne trop tôt ; il convient de donner au poiffon le temps d’avaler l’appât. Alors on donne une fecouffe à la perche pour enfoncer la pointe de l’hain dans le gofier du poiffon ; ce qu’on appelle le piquer. Si le poiffon eft petit, on le fait fauter à terre ; mais s’il eft gros , on le tire au bord de l’eau avec plus ou moins de précaution , ainfi que nous l’avons expliqué plus haut.
- Quoiqu’on puiffe faire cette pêche toute la journée , les heures les plus favorables font deux heures après le foleil levé, êc deux heures avant fon coucher.
- §. 8. Maniéré de pêcher à la Canne avec des Lignes Dormantes tendues au bord de F eau.
- On peut rendre la pêche à la perche plus întéreffante, fi on y emploie en même temps 3,4, ou un plus grand nombre de perches , FL XF. Fig. i. F. Mais il faut qu’elles foient affez proche les unes des autres, ôt affez près du bord de l’eau, pour que le Pêcheur puiffe,
- fans fortir de fa place, les appercevoir toutes.
- Quand on veut pêcher de cette façon, on pique en terre le gros bout de chaque perche , non pas perpendiculairement, mais afi-fez incliné pour qu’il n’y ait que deux à trois pieds de diftance entre la furface de l’eau ôc le bout menu de la perche. Quand on a tendu ainfi toutes fes perches, on fe tient tranquille , ôt affez éloigné de l’eau pour n’être point apperçu du poiffon ; mais de façon cependant qu’on voie les lièges de toutes les cannes, afin de favoir quand il y a un poiffon de pris.
- S’il fe prenoit un gros poiffon, il pour-roit en fe débattant entraîner à l’eau la ligne ôt la perche. Pour prévenir cet accident, on attache à la perche vers fon gros bout une petite fourchette de bois, qui eft enfoncée dans le terrein, Ôt qui étant un peu inclinée forme relativement à la perche un petit arc-boutant, lequel entre d’autant plus dans le terrein, que le poiffon tire la perche avec plus de force.
- §. p. Pêche à peu près femblable à la précédente,
- & quon pratique au bord des Etangs falés.
- A Cette en Languedoc, on met au bout d’une canne une ligne avec un hain amorcé ; ôt à un pied ôt demi ou deux pieds de l’hain, on attache à la ligne une pierre ou un plomb. On tend le foir ces cannes au bord des étangs falés, à un endroit où il n’y ait que deux pieds ôt demi ou trois pieds d’eau , à peu près comme on le voit PL XF. Fig. i. F. Le lendemain matin, on va les relever.
- On fait aufli cette pêche dans les canaux qui communiquent des étangs à la mer, lorf-que les Loups ôt les Dorades veulent retourner dans la grande eau ; ôt on y prend quelquefois jufqu’à 2oo livres de poiffon en une nuit. Mais aufli les Pêcheurs tendent des cen? taines de ces lignes à côté les unes des autres.
- §. i o. De la Pêche à la Perche au bord de la Mer.
- On pêche à la perche au bord de la mer entre les rochers, à peu prè§ comme nous venons de l’expliquer, excepté que les perches Ôt les lignes font plus longues ôt plus fortes. Pour cette raifon, les Pêcheurs les tiennent ordinairement comme nous l’avons repréfenté PI. XF. Fig. 2 : ôt l’indication de cette Planche peut nous difpenfer d’entrer ici dans de plus grands détails. Nous ferons feulement remarquer qu’on la pratique plus volontiers aux bords de la Méditerranée où il n’y a pas de marée, que dans l’Océan.
- §. 11. Pêche à la Perche dans des Bateaux.
- Pour pêcher en mer avec la canne ou une
- petite
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- Sect. I. De la Pèche aux Hameçons. 6ï
- petite perché, trois ou quatre Matelots fe mettent dans une fort petite Yolle, PL XIV. Fig. 3. ôt quand ils rencontrent un banc de' poifïons , ils font des pêches avantageufes. Leurs perches font petites. On prend ainfi dans la Manche beaucoup de Merlans & de Maquereaux.
- Dans les quartiers de S. Tropez ôt de Fréjus,on pêche des Maquereaux avec des lignes menues , mais faites d’excellent fil, qui ont ordinairemen ttrois braffes de longueur. On ajufte au bout de ces lignes trois empiles de crin qui ont feulement un pied de long ; chacune de ces empiles porte un hain amorcé ; ôc on met un petit morceau de plomb au nœud qui attache les empiles avec la ligne, afin que les hains defcendent dans l’eau. L’autre extrémité de la ligne eft attachée à une perche légère qui a environ 1 y ou 18 pieds de longueur. On jette les lignes à la mer, en tenant la canne dans la main ; ôt prefque toujours aufïi-tôt que l’hain eft entré dans la mer, il eft faifi par un Maquereau. Le Pêcheur s’en apperçoit par un petit mouvement que le poif-fon fait faire à la canne. Alors il releve promptement la ligne par le moyen de la perche, ôt il prend les poiffons qui y reftent attachés.
- Article
- Il y a des Pêcheurs fi adroits que tenant une perche de chaque main, ils les retirent fouvent toutes les deux à la fois avec 2 ou 3 Maquereaux qui y font pris.
- Cette pêche attire fréquemment 2$ à 36 bateaux de toutes efpeces au fond du Golfe de Naples , dans la faifon des Maquereaux * dont ils prennent abondamment.
- §. 12. Pêche fur la Cote de Guinée.
- Les Voyageurs difent qu’à la Côte dè Guinée on pêche des Sardines avec une ligne longue, dont l’extrémité eft chargée d’un petit morceau de plomb pour pouvoir la lancer plus facilement. Au-deffus du plomb cette ligne eft garnie de plufieurs piles qui portent des hains. Quand les Pêcheurs, qui font dans un petit bateau, apperçoivent du poif* fon, ils jettent la ligne à la mer , ôc les Sardines mordent bientôt aux appâts. Car ces poiffons font voraces, Ôt vont enfemble en grand nombre. Lorfque ces Pêcheurs vont chercher un banc de poiflons, ils tiennent leurs perches fur l’épaule , pour être toujours prêts à jetter leurs lignes lorfqu’ils en apper-i çoivent.
- Second.
- Des différentes Pêches qu on fait avec des Lignes fimples Sédentaires , tant dans
- les Rivières & les Etangs , quà la Mer.
- * Il faut fe fouvenir qu’on ne doit point confondre la pêche à la ligne fimple avec celle à la perche.
- La ligne fimple ne s’attache point au bout d’une perche, mais à des corps fixes, ou qui en font l’effet. Ou bien on tient la ligne immédiatement dans la main ; Ôt c’eft mal-à-propos que certains Pêcheurs nomment Cari attes ou Canettes, quelques-unes de ces façons de pêcher.
- Il y en a qu’on nomme Sédentaires ; ôt d’autres qu’on appelle Flottantes, parce que les hains font attachés à des corps flottants. Nous nous propofons de parler des unes ôt des autres : ôt nous allons commencer par les pêches qu’on nomme Sédentaires.
- §. 1. Des Bricoles tendues aux bords des Rivières & des Etangs.
- Les Bricoles font de longues lignes terminées par un hain amorcé ; & qui au lieu d’être attachées à une perche, le font au bord de f eau à une branche d’arbre, ou à un pieu qu’on enfonce à portée des endroits ou l’on juge que le poiffon fréquente.
- Quand on veut tendre des bricoles, PI. XV. Fig. i. H. on évite de les placer trop près des forts herbiers , ainfi que des arbres dont les branches tombent dans l’eau. Carie poiffon qui fe fent piqué s’agite ; Ôt tournant de côté ôt d’autre, il pourroit s’y engager de PESCHES4
- telle forte qu’on romproit la corde Ôt l’hain plutôt que de l’en retirer ; ainfi on perdroit la ligne ôt le poiffon, fur-tout fi c’étoit une Anguille.
- On amorce les hains pour cette pêche comme pour celle à la perche.
- Lorfqu’on a reconnu l’endroit où l’on veut tendre, on attache un liège à la ligne H, à 3 ou 4 pieds de l’hain, plus ou moins, fui-vant la profondeur de l’eâu ; ôc ayant ployé la ligne en entrelas q, Fig. 3. autour du pouce ôt du petit doigt, on la pofe ainfi ployée fur le plat de la main droite, Ôt on met par-deffus le liège Ôt l’hain garni de fon appât ; puis retenant avec la main gauche le bout de la ligne oppofé à l’hain, on jette de toute fa force l’hain ôt la ligne, pour que l’appât fe trouve à l’endroit qu’on juge être le plus favorable. Alors on attache le bout de la ligne qu’on avoit retenu dans la main gauche, à quelque branche d’arbre , ou à un piquet q qui fe rencontre au bord de l’eau.
- J’ai déjà averti qu’on peut en beaucoup d’occafions fe fervir au lieu de liège d’un morceau de bois bien fec, oü d’un petit fagot dé rofeaux pliés en plufieurs doubles, PL XVi Fig. 3. r: ôc des raifons d’économie engagent fouvent les Pêcheurs à fubftitùer ces chofes communes à du liégè, qui forme urf objet de dépenfe quand on en fait un grand ufage*
- Q
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- TRAITÉ DES P ESCHES.
- On tend quelquefois le long d’une riviere ou au bord d’un étang, 20 ou 30 bricoles femblables à celle dont nous venons de parler ; & on tient les lignes de différentes longueurs , pour que les hains ne fe raffemblent pas en un même endroit.
- L’heure la plus convenable pour tendre les bricoles varie fuivant les différentes faifons ; en été , c’eft entre 3 ou 4 heures après-midi ; ôc durant l’hiver, entre 2 ou 3 heures. On les releve le lendèmain matin fur les 8 à 9 heures. Car plufieurs poiffons mordent auffi bien le matin que le foir.
- Ce que nous venons de dire convient pour tendre les bricoles dans les eaux dormantes, ou dans celles qui ont peu de courant : mais dans les rivières un peu rapides , il faut d’autres précautions, parce que le courant rapprochant les hains le long du bord, ils fe trouveroient dans un endroit où le poiffon ne fréquente guères, fur-tout quand il y a peu d’eau. En ce cas on attache à la ligne, à 7 ou 8 pieds de l’hain , une pierre groffe comme un œuf de Dinde, en forte que le liège foit entre l’hain ôc la pierre. Il eft fenfible que cette pierre qui tombe au fond de l’eau, empêche la ligne de s’approcher du bord, Ôc que le liège qui s’élève, fondent l’hain entre deux eaux.
- Au refte on trouve un grand avantage à fe fervir d’un bateau pour tendre les bricoles dans les eaux courantes. Car il feroit difficile, en jettant la ligne, de placer convenablement l’appât , le liège ôc la pierre. On doit néanmoins compter que s’il y avoit beaucoup d’eau auprès des bords d’une riviere, on pourra très-bien placer des bricoles à portée des crônes ôc des herbiers : car plufieurs poiffons fréquentent ces endroits. En ce cas on ne tient pas les lignes fort longues. Mais pour que les poiffons puiffenc s’éloigner des herbiers quand ils fe fentent piqués, il faut avoir autant de petites Fourchettes de bois Fig. 3. PL XV. qu’on a de bricoles à tendre. Il fuffit que les branches de ces fourchettes aient 4 à 5 pouces de longueur ; ôc la partie d’où elles partent ,334. On entrelace une grande partie de la ligne autour des branches de la fourchette ; après la derniere révolution on paffe la ligne dans une fente qui eft au bout d’une des branches ; enfin on arrête cette fourchette à quelque pieu. Quand un poiffon qui fe fent piqué veut s’enfuir, il fait effort fur la ligne, il la dégage de la fente , les entrelas de la ligne fe défont, ôc le poiffon pouvant faire bien du chemin, s’écarte ordinairement des crônes ôc des herbiers. Si cependant il s’v engageoit de forte que l’on crut ne pouvoir pas le tirer à terre, il fau-droit effayer de lever la ligne avec un bate-let ; ôc en fuivant au travers des herbiers la direction de la ligne , on tâcheroit de prendre le poiffon avec une Fouine DE , PL X»
- Fig. 8 ; ou avec unTrubleau^, Fig. 3. PL XV.
- Mais il faut avoir eu foin de bien attacher la ligne à la fourchette ; ôc la fourchette au pieu, qu’on fuppofe au bord de l’eau : fans quoi on courroit rifque de perdre le poiffon ôc les bricoles.
- Dans la Méditerranée, où il n’y a point de Marée, quelques Pêcheurs pofent des bricoles au bord de la mer. Mais fur l’Océan le flux Ôc le reflux mettent en état d’employer d’autres moyens : nous en parlerons dans la fuite.
- §. 2. Des Lignes fimples & dormantes attachées à la circonférence d’un Cerceau.
- On varie beaucoup la façon de tendre des hains ôc des lignes dormantes.
- Les Pêcheurs dans les eaux douces attachent quelquefois autour d’un cerceau, Fig. 6. PL XVII. un nombre de lignes ou de piles , qui portent des hains amorcés ; ils mettent fur ces lignes, à une petite diftance des hains, de petits morceaux de plomb pour les faire entrer dans l’eau ; Ôc ils attachent au cerceau des flottes de liège b, pour qu’il fe tienne fur l’eau. On place aulfi à la circonférence de ce cercle trois cordes c, qui fe réunifient en d, comme les cordons qui foutiennent un plateau de balance. Il y a encore à ce point de réunion une flotte de liège. Enfin on met quelque part à la circonférence du cerceau une corde e, qu’on attache au bord de l’eau à un piquet g, pour que le cerceau refte à la place où on l’a pofé , à portée des herbiers ou des crônes \ en un mot, dans les endroits où l’on fait que le poiffon fréquente.
- Les Pêcheurs tendent leur cerceau le foir, ôc ils le vifitent le lendemain un peu après le foleil levé. S’ils apperçoivent du poiffon qui foit pris, ils approchent le cerceau du bord , en tirant la corde e qui eft attachée au piquet g : Ôc avec une Gaffe f, ils le foulevent par les cordes d, pour le porter tout-à-fait a terre. Ils détachent enfuite le poiffon ; obfervant , félon fa groffeur, les précautions que nous. avons rapportées en parlant de la pêche à la perche. Enfin ils remplacent les appâts qui manquent, ôc ils remettent le cerceau à l’eau pour continuer leur pêche.
- §. 3. Des Lignes dormantes attachées à un Plomb.
- Ces lignes fédentaires, au lieu d’être attachées à un corps flottant, font amarrées à un corps pefant qui tombe au fond de l’eau.
- Les Pêcheurs ont un plomb , Fig. 7. PI. XVII. qui eft percé à fa pointe, ou qui a en cet endroit un anneau, auquel on attache une ligne b qui porte au bout oppofé au plomb une flotte de liège c, ou un petit fagot de ro-
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- S E c T. î. De ta Pèche aux Hameçons.
- féaux fecs. Ce fignal fert à trouver la corde, au moyen de laquelle on retire le plomb. Autour de ce plomb font des lignes de crin ou des empiles e, qui portent des hains d ; ôc Ton ajufte à chaque ligne un petit morceau de liège, pour que les hains n’entrent pas dans la vaze. Il eft bon que les lignes foient de différentes longueurs.
- Le foir, deux heures avant le foleil couché , on cale le plomb au fond de l’eau ; ôc on le retire le lendemain deux heures après le foleil levé.
- On voit que le plomb fournit un point fixe qui réfifte au courant, ôc qui retient toutes les lignes : qu’il ne faut pas mettre en aulïi grand nombre qu’elles font repréfen-tées dans la Fig. 7. fur-tout quand on tend dans une eau courante, afin que les hains ne s’emmêlent point les uns avec les autres.
- §. 4. D'une Fiche avec des Lignes dormantes , qui Je pratique en Bretagne ,* & de celle que les Provençaux appellent à la Fourquette.
- On fait à la mer des pêches allez approchantes de celle dont nous venons de parler.
- Sur les côtes de Bretagne, quelques Pêcheurs attachent au bout aune corde A B , , Fig. 12. PL XVII. un morceau de plomb C, qui a une forme alongée ôc un trou à chaque bout. Un de ces trous fert à attacher le plomb à l’extrémité de la ligne A 4» , qui a 20 ou 30 braffes de longueur, plus ou moins, fuivant la profondeur de l’eau. En D, environ une braffe au-deffus du plomb, eft attachée quelquefois une pile E, longue à peu rès d’une braffe ; ôc au trou qui eft à l’autre out du plomb C, on amarre deux ou un plus grand nombre de piles F, qui font de différentes longueurs. On pêche avec ce plomb entre les roches ; ôc les poiffons qu’on prend le plus communément,font des Congres, des Crabes, des Homards, ôc d’autres poiffons faxatiles.
- La ligne qu’on appelle dans la Méditerranée à Fourquette, Fig, 9. PL XVII. eft une croix de fer, ou de cuivre a, qu’on attache au bout d’une longue ligne ou corde b 9 à l’extrémité de laquelle eft une bouée c ; ôc aux bouts de chaque bras de la croix font attachées nombre de piles d, garnies d’hains. On defcend cette croix au fond de la mer. La bouée c qui eft au bout de la corde op-pofé à celui qui tient à la croix, fert à recon-noître où elle eft, quand on veut la retirer de l’eau pour prendre les poiffons qui ont mordu aux appâts. Ce font ordinairement des poiffons plats.
- 63
- §. 3. Pêche peu différente des précédentes,
- que les Provençaux nomment Couffe de Palangre.
- Dans le fond delà Provence, du côté de Nice, il y a des Pêcheurs qui ajuftent des hains ôc lignes A au bord d’un panier a, qu’ils nomment Couffe, Fig. 8. PL XVII. Ils fuf-pendent ce panier comme un plateau de balance par trois cordes h, qui fe réunifient à une feule c, laquelle a 2f ou 30 braffes de longueur, ôc qui eft terminée par une bouée. Ils rempliffent de pierres ce panier, ôc le defcendent à une grande profondeur en mer. Ils le retirent de temps en temps pour prendre le poiffon , qui eft des mêmes efpeces que celles qu’on prend avec la Fourquette.
- §. 6. De la Pêche avec l'Archet.
- On fait entre les roches, fur les côtes de Poitou, une pêche que l’on nomme Y Archet , ôc qui eft peu différente de celles dont nous venons de parler. Ces Pêcheurs prennent, Fig. 13. PL XVII. une baleine ou un rotin , qu’ils plient comme GI H. La ligne MN dépaffe la partie circulaire , ôc porte à fon extrémité un plomb /, qui pefe deux ou trois livres. A chaque bout GH de l’Archet font frappées une ou deux piles KL , dont chacune porte un hain.
- On attache au bout N de la ligne un fignal fait avec un fagot de rofeaux, qui fert à la trouver quand on veut tirer de l’eau l’archet.
- §. 7. De la Pêche dite Potera.
- A la-côte de Valence, depuis le mois de Septembre jufqu’à Janvier, on pêche les Calamars avec une ligne qui eft finguliére-ment ajuftée , ôc qu’on nomme Potera. Deux ou trois hommes vont avec un bateau à demi-quart de lieue en mer, fe portant à un endroit où il y ait au moins 6 ou 7 braffes d’eau. Ils ont une ligne, Fig. 1 o. PL XVII. d’environ 20 braffes de longueur, au bout de laquelle eft une baguette longue de 8 à 10 • pouces. Ces Pêcheurs enfilent dans la baguette un petit poiffon qu’on nomme Bogue ; ou un Leurre d’étain. Au deffous eft un morceau de plomb pour faire caler la ligne ; ôc ils attachent* à la baguette , au-deffus du poiffon, des piles de différentes longueurs , où tiennent de petits hains fans appât. Les Calamars qui viennent pour manger l’appât, s’embarraffent les jambes dans les hains, ôc aufli-tôt que le Pêcheur qui tient la ligne , s’apperçoit qu’il y a quelque chofe de pris , il retire la ligne, détache le Calamar, Ôc remet la ligne à l’eau* Cette pêche fe fait la nuit.
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- TRAITÉ DES PESCHES.
- Article Troisième.
- Des Pêches quon fait au bord de la Mer fur les grèves ou le fable > avec des
- Lignes fédentaires.
- Les pêches dont nous venons de parler , ne font guères d’ufage que dans les endroits où il n’y a point de marée. On ne les pratique fur les côtes de l’Océan qu’entre les roches. Les Pêcheurs de ces côtes préfèrent de tendre des lignes fur les fables ôc les grèves dans les endroits où ils favent que la marée montera. Ainfi au lieu de porter les lignes dans l’eau, on les tend à fec au bord de la mer ; & c’eft l’eau qui vient les chercher , ôc qui y amene le poiffon.
- Avant d’entrer dans le détail des différentes façons de pêcher fur les grèves ou le fable , nous ferons remarquer qu’à certaines côtes vafeufes les Pêcheurs fe fervent d’épines au lieu d’hains de métal ; prétendant que le poids du métal les feroit entrer dans la vafe , au lieu que la légèreté des épines fait que les appâts reftent expofés à la vue du poiffon. Nous avons déjà fait remarquer qu’un petit corceron de liège rendroit les hains de métal affez légers pour les foutenir au-deffus de la vafe. La vraie faifon de cueillir les épines eft l’Automne , lorfqu’il a fait quelques petites gelées : fi on les prend plutôt y le bois n’étant pas mûr, elles font trop molles ; après les grandes gelées,elles font fé-ches ôc caffantes. Au refte, comme la pêche aux épines, qu’on appelle Epinette, fe pratique de même que celle avec les hains de métal , j’entre en matière.
- §. 1. De la Pêche fur les fables & grèves, nommée Petite Cabliere.
- Nous commençons par la pêche qu’on nomme Etente à la petite Cabliere, parce qu’elle eft des plus fimples.
- Lès femmes ôc les enfans, après s’être approvisionné d’appâts, ajuftent un hain au bout d’une ligne qui a environ une braffe de longueur y ôc quelquefois ils mettent, à 6 pouces de cet hain, un petit corceron de liège. Ils ajoutent encore à l’autre extrémité de la ligne un caillou gros comme un œuf de Dinde , ainfi qu’on le voit à la main de la Fig. 1. PI. XJXÎ1. Ils amorcent les hains avec des Vers marins, ou des Loches, ou des Crabes poltrons qu’ils déchirent en plufieurs morceaux pour en faire une moindre confomma-tion. Les peres, les meres ôc les enfants portent fur la grève ou le fable , un grand nombre de lignes ainfi difpofées , qu’on nomme Petites Cabliere sy parce que les Pêcheurs appellent Cabheres les pierres qu’ils emploient pour faire caler leurs cordes ou leurs filets.
- A mefure qu’on apporte les lignes au bord de la mer, les femmes âgées ôc foibles, Fig. y.
- mettent des cailloux aux hains qui en manquent ; Ôc les hommes, Fig. 1. ainfi que les femmes robuftes, font avec des louchets ou des pellots de fer , de petits trous dans le fable pour recevoir les cailloux qu’on a mis à un des bouts des lignes. Celui qui tient le louchet, les recouvre de fable, qu’il affermit avec fon pied, de forte que la ligne ôc l’appât reftent couchés fur le fable.
- On en tend ainfi une grande quantité le plus près que l’on peut de la laifîe de baffe mer.
- A mefure que la marée monte, l’eau couvre toute la grève ; quantité de poiffons fui-vent fon courant , étant attirés par une grande quantité de petits poiffons ôc d’in-feêles qui fe trouvent à ces endroits. Les poiffons qui rencontrent les appâts qu’on leur a préparés en abondance, fe jettent deffus, fe prennent aux hains ; ôc la mer étant retirée , on les trouve fur le fable, Fîg. 4.
- Cette pêche fe fait toute l’année fur les grèves ôc les fables fort étendus : mais elle ne fe pratique point fur les vazes molles.
- Les demi-vives eaux font plus favorables pour les pêches qu’on fait fur les grèves , que les grandes vives eaux ÿ parce qu’alors l’eau de la marée ayant un courant fort rapide , le poiffon qui eft venu à la côte , n’y peut tenir : au lieu que quand les marées font
- Ï>lus foibles, le poiffon qui attêrit, ( pour parer comme les Pêcheurs, ) ayant monté avec le flot, féjourne quelque temps fur les grèves , & ne retourne à la grande eau qu’à la fin du Jufant, ce qui lui donne le temps de mordre aux appâts.
- §. 2. Des Cordes dormantes & fêdentairesychar-gées de Lignes ou de Piles, & tendues fur le fable ou la grève au bord de la Mer.
- Nous avons héfité fi nous mettrions ici cette façon de pêcher, parce qu’étant faite avec une maîtreffe corde chargée de lignes , il femble qu’il auroit été à propos de la renvoyer à l’endroit où nous parlerons des grandes pêches à la mer : mais comme cette pêche fe fait aux bords de la mer fur les fables ôc fans bateaux, nous avons pris le parti d’en parler ici, d’autant qu’elle diffère très-peu de la Petite Cabliere ; car ce n’eft que pour multiplier les hains , ôc abréger le temps de les tendre fur les fables ôc grèves, qu’on a imaginé d’attacher les lignes de diftance en diftance, fur des cordes plus ou moins groff-fes ôc plus ou moins longues, fuivant l’efpece de poiffon qu’on fe propofe de prendre.
- La principale corde AB y Fig. 11.Pl. XFII.
- fe nomme
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- S e c T. /. De la Pêche aux Hameçons.
- le nomme dans FOcéan Maîtreffe Corde, ôc dans la Méditerranée le Meftre de Palangre. Dans FOcéan , les cordes latérales CD fe nomment Lignes ou Lanes ; & quelquefois Piles ou Empiles, quand les hains y font immédiatement attachés , comme E. Car les termes de Piles ou Empiles conviennent particuliérement à la ligne qui attache Fhain , & qui comme E eft différente de la ligne qui tient à la maîtreffe corde. Mais les hains font fou-vent immédiatement attachés aux lignes latérales C, qui alors font F office d’empiles, & en prennent fouvent le nom. Les empiles font doubles ou ovales , & quelquefois Amples. Les lignes latérales fe nomment Bref-féaux dans la Méditerranée. Une maîtreffe corde, garnie de lignes latérales, fe nomme en quelques endroits Bauffe ; ailleurs y Appe-let y en Provence , Palangre.
- Pour certaines pêches, on charge la maîtreffe corde de cailloux F, Fig. n. PI, Xyîl. qu’on met de diftance en diftance. Pour d’autres pêches, on met fur cette corde des flottes de liège b. Enfin on attache quelquefois au bout de la maîtreffe corde AB de groffes pierres percées H, qu’on nomme Cablieres. Nous rappelions ces différents noms que nous avons déjà définis ailleurs, pour que ces différentes dénominations ne caufent aucun embarras. Je vais maintenant en faire ufage,
- §. 3. Des Pêches quon fait fur les grives avec des Baujfes Enfouies dans le fable.
- La pêche dont nous parlons, différé peu de celle qui eft dite à la petite Cabliere. Au lieu d’amarer au bout de chaque ligne un caillou qu’on enfonce dans le fable, les Pêcheurs attachent à environ une brade les unes des autres, des lignes ou des piles fur une maî-treffe corde , comme on le voit, Fig, 2. PL Xj/11, Iis portent au bord de la mer ces bauf-fes avec les hains amorcés ; puis avec un louchet ou pellot de fer, ils font dans le fable ou la grève un fillon feulement de 3 ou 4 pouces de profondeur, dans lequel ils couchent & étendent la maîtreffe qorde en rempliffant le fillon avec le fable qu’ils en ont tiré ; de forte qu’il n’y a que les lignes & les hains amorcés qui reftent couchés fur le fable.
- Pour cette façon de pêcher,il en coûte aux Pêcheurs la maîtreffe corde, qui eft ordinairement mauvaife. Mais la tente des lignes fe fait plus promptement ; c’eft le feul avantage quelle ait fur la petite Cabliere.
- §. 4. De la Pêche à la Bauffe Sédentaire qu on tend au bord de la Mer avec de groffes Cablieres,
- Quelques Pêcheurs tendent encore plus promptement leurs cordes chargées d’empi-?
- les, qu’en fuivant la méthode dont nous venons de parler dans le paragraphe précédent* Pour cela, au lieu d’enfouir la maîtreffe corde dans le fable, ils attachent à chaque bout de cette corde une groffe pierre ou cabliere $ femblable à H, Fig, 11 .PL XJSII. & iis étendent fur la grève cette corde chargée de lignes , comme on le voit Fig. 3. PL X^llï les cablieres Fl fuffifent pour empêcher que le courant de la marée n’entraîne la corde y fur-tout quand la grève eft peu inclinée.
- §. y. Pêche appellèe Àrondelle, ou Harouelle $ aux environs de S. Brieuc.
- Cette pêche fe fait avec une corde pas tout-à'-fait groffe comme le petit doigt, 6c d’environ 24 braffes de longueur ; à laquelle on attache de deux en deux braffes un fil à voile ou gros fil retors, qui excédant également la maîtreffe corde des deux côtés , produit une efpece de croix; dont les bras qui font formés par les lignes, ont à peu près une braffe de longueur. A chaque extrémité de ces lignes fines, font attachés de petits hains.
- Les Pêcheurs tendent ces cordes fur le fable ; Ôt au fieu de les arrêter par des cablie-res , ils amarent les deux bouts de la principale corde à deux piquets qu’ils enfoncent dans le fable.
- Toutes ces façons de pêcher reviennent au même. Lorfque la mer eft retirée, on trouve fur le fable le poiffon qui a mordu aux appâts , Fig. 4.
- §. 6. De la Pêche quon nomme T ente fur Pâlots ou Piquets , & quon fait au bord de ta
- Mer fur les fables & grives,
- Par toutes les façons de pêcher dont nous avons parlé dans les paragraphes précédents, ainfi que par toutes celles où l’on affujétit les hains au fond de la mer, on ne prend guères que des poiffons plats & des cruftacés, qui ne quittent prefque pas le fond. Lorfque les Pêcheurs veulent prendre les poiffons ronds qui nagent entre deux eaux, au fieu d’aflii-jétir leur corde au fond de l’eau, ils la tendent fur des piquets ou pâlots. Pour cela y (PL XV11D) les Pêcheurs portent au bord de la mer, ou peu à peu fur leur dos, Fig. 8. ou avec des chevaux, Fig. 9. de longues cordes garnies de piles & d’hains, avec des piquets de 3,4 ou 5 pieds de longueur, Fig. 1. & 2* Les cordes font repréfentées dans la Fig. 3 : à coups de maillet , Fig. y. ou de maffe , Fig. 4. ils enfoncent, Fig. 1 o. les piquets dans le fable ou le tuf même , entre de petites roches, feulement à la profondeur néceffairè pour qu’ils foi en t bien affujétis. Gar ils doivent s’élever de 18 à 20 pouces fur le fable y & quelquefois de 3 à 4 pieds, fuivant l’épaif-feur de la nape d’eau que la marée rapporte»
- Pesches.
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- Lorfqüe ie fond eft dur, on prépare les trous avec un barreau de fer pointu, Fig. 6. que Ton appelle Pince. Quelquefois , pour mieux afîujétir les piquets , on enfonce à leur pied des chevilles , Fig. 7 ; ou quand les fables font mouvants , on garnit la pointe des piquets avec de petites torches de paille ou d’herbe féche , qu’on entortille autour de la partie pointue, ôc qu’on arrête avec de la ficelle : alors il faut préparer le trou dans le fable avec un louchet ; ôc lorfqu’on a comprimé le fable au pied des pâlots, ils font fuf-fifamment aflujétis.
- Les piquets ou pâlots étant fermement af-fujétis dans le terrein , les Pêcheurs tendent leur corde en faifant une demi-clef fur la tête des pâlots, de façon que les hains pendent en-bas , Fig. 11. jufqu’à ce que la mer ait af-fez monté pour les faire flotter.
- On fait donc cette tente, de mer baffe ; ôc on détache le poiflbn à mefure que la mer fe retire. On fe met pour cela dans l’eau jufqu’au genou , afin de prévenir que les Crabes , les Homards ôc autres poiflons voraces ne dérobent le fruit de la'pêche. Cette précaution eft fur-tout importante pour les pêches qu’on fait en Eté , parce qu’alors les cruftacés s’approchent beaucoup de la terre.
- Dans les fonds de roche ou de tuf dur, on fait ordinairement les piquets plus forts, on les enfonce avec une maffe, ôc on les affermit avec des chevilles. Au moyen de ces précautions,l,e Propriétaire jouit plufieurs années de fes pâlots , fi on ne les vole pas. Quand on tend les cordes fur des pâlots élevés , on craint moins la rapine des cruftacés.
- Aux côtes de Valence, les Pêcheurs font
- obligés de tendre leurs cordes fur des piquets affez longs ; i°. parce qu’ils ne peuvent pas les tendre fur les vazes ; 20. parce que les poiflons qui refteroient fur les vazes, feroient bientôt dévorés par les Crabes , les Araignées, ôcc.
- L’Eté eft la faifon la plus favorable pour faire les pêches au bord de la mer, attendu qu’en Hiver, lorfque l’eau devient froide , les poiflons fe retirent dans la grande eau. Mais aufli c’eft pendant l’Eté que les Pêcheurs redoutent le plus les poiflons voraces.
- §. 7. Cordes quon nomme de Pied, dans le Boulonois.
- Ce font des Bauffes chargées de lignes femblables à celles dont nous avons parlé. On les tend fur le fable au pied des falai-fes. Chaque pièce a y ou 6 brafles de longueur, ôc les lignes latérales font à une brafle les unes des autres. On enfouit la maîtreffe corde dans le fable à la profondeur de 3 ou 4 pouces. Comme les piles portent un petit corceron de liège , l’eau de la marée fouleve les piles ôc les fait voltiger de côté ôc d’autre. Quoiqu’il foit à préfumer que l’on prendroit à cette pêche plus de poiflbn dans les temps de chaleur, que par le froid, on ne la pratique point durant l’Eté, parce que tout le poiflbn qu’on auroit pris, feroit dévoré par les Crabes, les Araignées, les Bourbes, qui dans cette faifon fe portent en grande quantité à la côte. On voit que cette pêche différé très-peu de celle dont nous avons parlé au paragraphe fécond.
- Article Quatrième.
- Des Pêches quon fait avec des Lignes fimples qui ne font pas fédentaires.
- Les pêches dont nous venons de parler dans l’Article précédent, ne conviennent véritablement que fur les fables ôc les grèves ; ôc on ne peut les pratiquer que dans les ports de l’Océan, ou la marée monte. Il faut dans la Méditerranée ôc dans les étangs qui communiquent avec elle, fe fervir de bateaux pour tendre les lignes dans l’eau. C’eft de ces différentes façons de pêcher que nous allons parler maintenant.
- Les pêches qu’on nomme à la Couffe de P alangre , à P Archet, à la Fourquette, la Po-tera, ôcc. dont nous avons traité plus haut, font à peu près du genre de celles dont il s’agit ici. On pourra donc confulter ce que nous en avons dit dans l’Article fécond.
- §. 1. De la Pêche qidon appelle en quelques endroits au Doigt, & qui Je fait avec me Ligne fimple & fans canne.
- Il eft bon de remarquer que la principale
- différence qu’il y a entre cette façon de pêcher ôc celle qu’on fait avec des perches dans un petit bateau, confifte en ce que quand la ligne eft attachée à une canne, elle ne peut avoir çy^’une longueur médiocre, au lieu que la ligne qu’on tient à la main, peut avoir 12, 1 y ou 20 brafles de longueur.
- Il y a des ports de mer, ôc notamment à la côte de Valence , où l’on pêche avec une ligne fimple fans employer de canne : pour cela deux hommes s’embarquent dans un petit bateau la nuit au clair de la lune, tenant chacun à la main une ligne, au bout de laquelle font des hains amorcés. Ils tirent la ligne à bord quand ils tentent qu’il y a quelque chofe de pris. Cette pêche fe fait de-uis le mois d’Avril jufqu’à celui de Septenf-re, lorfque la mer eft calme. Ils y prennént particuliérement des Oblades. Ces bateaux s’écartent peu de la côte.
- • On fait à la côte de Guinée une pêche à peu près femblable. Sa principale différence
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- S e c T. 1. De la Pêche aux Hameçons*
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- confifte en ce qu'au lieu de tenir là ligne à la main, les Pêcheurs en entourent leur front ; àu moyen de quoi ils s’apperçoivent bientôt lorfqu'il y a du poiffon pris, & ils ont les deux mains libres pour s'en fervir à conduire leurs bateaux.
- §. 2, Pêche nommée Bolantin à la cote de Valence.
- Trois ou quatre hommes fe mettent dans un petit bateau, ôt vont jufqu’à 4 lieues au large chercher 40 braffes d'eau , tenant chacun à la main une ligne de 30 braffes de longueur , au bout de laquelle font attachés avec des empiles 3 ou 4 hains amorcés de Chevrettes , avec un plomb pour faire caler la ligne. Ils font cette pêche toute l’année, par toutes fortes de temps, pourvu qu'ils puif-fent tenir la mer. Elle fe fait de jour : ôc les poiffons qu'ils prennent le plus communément font des Pajets. Cette pêche différé peu du Libouret dont nous parlerons dans la fuite*
- §. 3. De la Pêche du Germon avec une Ligne Jimple.
- On fait à l'Ifle-Dieu la pêche du Germon avec des lignes fimples de 23 à 30 braffes de longueur, ôc de 6 lignes de circonférence, faites de bon fil fin : au bout de cette ligne , on attache avec une empile un hain de fer étamé , prefque de la même groffeur que la ligne.
- On va à cette pêche dans des bateaux.
- §, 4. Pêche de la Morue avec des Lignes jimple s,
- La pêche de la Morue eft une des plus grandes ôc des plus intéreffantes qui fe faf-fent à la mer. C’eft pourquoi nous nous pro-pofons de la traiter fort en détail dans un Article particulier. Mais comme elle fe fait avec des hains ôc des lignes fimples, Fig. 1. PL XX. nous avons cru ne pouvoir pas nous difpenfer d’en dire un mot préfentement.
- Quand un vaiffeau eft rendu au lieu où le Capitaine fe propofe de s'établir pour la pêche de la Morue deftinée à être Séchée, on mouille l'ancre dans une anfe qui forme , autant qu’il eft poffible, un bon abri. On établit à terre l'échafaud pour la préparation du poiffon; puis on arme des chaloupes, dont le nombre eft proportionné à la force de l’équipage. Toutes partent le matin pour leur pêche, qui fe fait avec une ligne fimple qu'on tient à la main. Cette ligne eft chargée d’un plomb ; ôc elle porte au bout un hain amorcé.
- Quelques chaloupes armées auffi de 4 ou 6 hommes, ne pêchent point : elles font def-tinées à faire le Batelage, c'eft-à-dire, à
- prendre le poiffon des chaloupes pêcheufes pour le porter à l’échafaud , & à fournir des hains Ôt des appâts aux Pêcheurs qui en man-quent.
- La pêche de la Morue qu'on nomme V?r-te , fe fait auffi avec des lignes fimples, mais prefque toujours hors la vue de terre : ôt les Pêcheurs font dans leur navire qu’ils ont dégréé , ne confervant qu'un petit mât ôt une feule voile pour fe foutenir contre la lame* Nous avons déjà prévenu que nous parlerions ailleurs de toutes ces chofes fort en détail.
- §. y. De la Pêche du Thon à la Ligne fimpki,
- Les Pêcheurs de Biarritz Ôt de Bidor, entre Bayonne ôt Andaye, vont jufqu’à dix lieues en mer, avec des hains de forme particulière Ôt des empiles de métal, PL ILFig.2* Au refte leurs lignes font fimples, ôt à peu près difpofées comme celles qu’on emploie pour la pêche de la Morue.
- §. 6, De la Pêche à la Ligne fimple dans de fort petits Batelets.
- Sur les marais falés de Cette en Languedoc , tandis qu'un homme entre dans un petit bateau qu’ils nomment Barquette, fon compagnon, Ou fes compagnons, s’il y en a plufieurs, tiennent à la main une ligne garnie de plufieurs hains ; ils la retirent quand ils fentent que quelque poiffon a mordu.
- De même à la Guadeloupe , trois hommes fe mettent dans un petit canot fort court i deux nagent, le troifieme gouverne, Ôt tient en même temps une ligne qui a 40 ou 30 braffes de longueur, au bout de laquelle font plufieurs hains empilés avec du fil d’archah Cette pêche fe fait depuis la pointe du jour jufqu’à dix heures du matin. Ils prennent communément des Tazars, des Bonites, ôte.
- La même pêche fe fait encore dans la Baye de Kola. Deux ou trois Ruffes vont dans un petit bateau à la pêche du Cabillot, avec des lignes fimples de la groffeur d’un tuyau de plume à écrire , au bout de chacune defquel-les eft un hain garni de fon appât.
- Comme cette façon de pêcher eft fort fimple , il ne faut pas être furpris de la voir pratiquée en beaucoup de différents endroits.
- §. 7. Pêche aux Lignes fimples avec de petits Radeaux.
- Les Voyageurs rapportent qu’en Chypre les Payfans voifins de la mer raffemblent des brins de fenouil bien fecs, de 3 à 6 pieds de longueur, qu'ils lient les uns aux autres pour en former des efpeees de petits Radeaux qu’un homme feul conduit le long de là côte, ayant attaché des lignes autour de ce radeau ; fit qu’ils prennent ainfi quantité de petits poiffons.
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- §, 8. Pêche dite au Catimaran, avec des Lignes /impies.
- Noûs lifonsdans des Livres de Voyages que depuis Mafulipatan jufqu’à Madras les Pêcheurs prennent des Rayes, des Mulets Ôc cT autres poiffons, avec des lignes fimples qu’ils attachent à un Catimaran, qui eft une efpece de radeau fait avec trois pièces de bois léger, qui font affemblées en triangle. Deux hommes nuds les conduifent avec des pagayes. Pour peu que la mer foit groffe, ces Pêcheurs font prefque toujours dans Feau.
- Nos mers font trop agitées ôc Fair trop froid , pour qu’on puiffe s’y fervir de pareils radeaux. On y fupplée par de fort petits bateaux.
- §, 9. Pêche fur des Etangs avec des Corps Flottants.
- Quand on pêche dans un étang où il y a1 beaucoup de poilfon, ôc fur-tout du Brochet, on peut, lorfqu’il fait du vent, attacher à une
- vefïïe remplie d’air, ou à un fagot de rofeaux fecs, ou à une bouée de liège, une ligne garnie d’hains amorcés. On attache de plus une ficelle, ou corde menue, à ces corps flottants; on les met fur Feau ; le vent les porte au large avec les lignes qui y font attachées , ôc on file la corde. Quand on s’apperçoit que les poiffons font pris , ce qu’on reconnoît aux mouvements de la veflie, ou des autres corps légers nommés ci-deffus, on tire la ficelle , ôc on amene les poiffons à terre»
- §. 10. Pêche de même genre, qu on fait pourfe divertir.
- On attache des hains amorcés aux pattes d’un Canard ou d’une Oie, qui nageant fur l’étang les préfente aux poiffons : ôc s’il fe rencontre un gros Brochet qui morde aux appâts , on voit un combat amufant entre l’oi-îeau ôc le poiffon. Mais pour ne pas perdre l’un ôc l’autre , il faut avoir paffé fous les ailes du Canard une ficelle dont on conferve le bout à terre.
- CHAPITRE TROISIEME.
- Des grandes Pêches aux Cordes garnies de Lignes ÔC d9Hains ? qiion fait dans les Rivières , les Etangs ÔC à la Mer.
- N ous avons déjà parlé, dans le Chapitre fécond, des Bauffes ou Cordes garnies de Lignes, à l’occafîon des Pêches qu’on fait au bord de la Mer fur les fables & grèves; & ces Cordes font repréfentées, PL XVI/. Fig. ir.
- Nos Leéleurs le rappelleront que pour tendre à la fois une grande quantité d’hains , on a imaginé d’attacher à une longue 8c principale Corde un nombre de lignes qui portent chacune un hain. Mais jufqu’à préfent on n’a vu faire ufàge de ces bauffes que pour de petites pêches qu’on fait prefque fans bateaux fur les fables au bord de la Mer. Nous nous propofons maintenant d’expliquer comment on eft parvenu à faire avec ces bauffes des pêches plus confî-dérables , foit dans les eaux douces, foit en Mer. Et pour mettre en état de mieux comprendre les détails où nous allons entrer dans les Articles fuivants , nous commencerons par prévenir qu’il y a en général trois façons de tendre ces cordes : favoir ; en les établiflànt fur le fond de la Mer, ce qu’on nomme Tendre par Fond : en faifànt en forte que les bauffes flottent entre deux eaux , plus ou moins près de la fuperficie de la Mer : enfin, en les établiflànt de façon quelles décrivent une ligne oblique depuis le fond de la Mer jufqu’à la forface.
- Pour la première méthode , PL XX, Fig. 2. qu’on nomme Pêcher par Fondy on met à la corde une fufîifànte quantité de pierres pour la faire caler. Et on
- prend
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- prend à cette pêche particuliérement des Poiflons plats, & différentes efpeces de Cruftacés qui ne quittent guères le fond de l’eau.
- Pour les Poiflons ronds qui nagent entre deux eaux , on emploie la féconde méthode , qu’oa nomme dans quelques Provinces la Sellée y PL XX. Fig. 3. Afin defoutenir la corde entre deux eaux, on attache de diftance en distance à la maîtreffe corde, des flottes de liège ; & en ce cas les hains n’entrent dans l’eau que dépendamment de la longueur des lignes ou piles qui les portent. Si l’on veut que les piles enfoncent davantage , on attache les flottes à des lignes ou lanes , dont l’autre bout eft amarré à la maîtrefle corde ; & l’on tient ces lanes plus ou moins longues , fuivant qu’on veut que la corde entre plus ou moins dans l’eau.
- Quelquefois aufli, pour que les lanes fbient bien tendues, on attache à la maîtrefle corde quelques petits cailloux qui augmentent un peu fon poids, mais pas aflez pour faire entrer les flottes dans l’eau.
- Les induftries dont nous parlons y font importantes. Car y comme nous l’avons déjà dit, non-fèulement il y a des efpeces de Poiflons quife tiennent plus ou moins profondément dans l’eau que d’autres ; mais de plus , fuivant différentes circonftances , les mêmes Poiflons fe trouvent tantôt plus près , 8c tantôt plus éloignés de la furface : par exemple y quand il fait froid, ils s’enfoncent dans l’eau pour y chercher une température plus douce ; & durant le chaud ils font déterminés à s’approcher de la furface pour y attraper des infeétes & de petits poiflons qui font alors en grande abondance à fleur d’eau.
- Les Pêcheurs les plus expérimentés font fouvent embarrafles pour lavoir à quelle profondeur ils doivent aller chercher leur proie. C’eft le cas où il convient de tendre la tellure obliquement y afin quelle fè prolonge depuis lafùr-face de l’eau jufqu’au fond. De cette maniéré les appâts fe préfentent aux Poif-fons qui font diftribués dans cette grande épaifleur d’eau ; & quand on eft aflez heureux pour rencontrer un banc de poiflons , on fait une pêche très-abondante. C’eft un des principaux avantages de l’efpece de peche , qu’on nomme Traîner la Balle y PL XXL Fig. I.
- Nous nous propofons d’expliquer fort en détail ces différentes façons de pêcher j dans les Articles fuivants.
- Article Premier.
- De la Pêche aux Cordes y qui fe fait dans les Eaux douces & en Mer y
- à une petite diflance de la Côte.
- Pour les pêches dont nous allons maintenant parler , on ne peut fe paffer de bateaux. Mais afin de ne point interrompre Tordre que nous avons fuivi jufqu’à prëfent, il faut y après avoir parlé des pêches qu’on fait fui le fable , traiter de celles qui fe font dans les eaux douces ôc à la mer P aflez près du rivage.
- P ESCHES.
- §. 1. Des Cordes chargées de Lignes, quon tend dans les Rivières ou les Etangs, & qu’on nomme Lignes dormantes.
- •Sur une maîtrefle corde qu’on tient plus ou moins longue > fuivant l’étendue de la nape d’eau où Ton fe propofe de pêcher P on
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- attache des lignes d’environ deux ou trois pieds de longueur, ôt qui font diftribuées dans toute l’étendue de la corde de trois en trois pieds. Ces lignes portent des hains qu’on amorce comme ceux des bricoles. Autant qu’on le peut, on emploie pour appâts des Vers de terre , ôt des Chatouilles que nous avons dit ailleurs être des efpeces de petites Lamproies.
- On prend dans un petit bateau cette corde garnie de lignes & d’hains amorcés ; ôt on va en attacher un bout à un pieu qu’on a enfoncé dans le fond, à un endroit où l’on juge que le poifîbn fréquente , foit dans les rivières , foit dans les étangs.
- On s’éloigne du pieu par dégrés, en jettant fucceffiyement à l’eau toute la longueur de la corde. Quand on eft au bout, on y attache une pierre du poids de 5 à 6 livres, $t on la jette à l’eau.
- On tend ces cordes, PL XIX. Fig. 4. le foir, deux heures avant le foleil couché , ôc 011 les releve le lendemain matin deux heures après le foleil levé ; mais il faut tendre ces lignes dormantes dans des endroits qui ne foient point embarraffés de pierres, d’arbres , ni de forts herbiers , pour qu’on puiffe relever ôt prendre le poiffon avec plus de facilité.
- On voit que cette façon de pêcher ne différé des Bricoles, dont nous avons parlé dans la p. 61, qu’en ce qu’il y a un nombre d’empi-les & d’hains diftribués le long de la corde ; au lieu que les Bricoles ne portent qu’un ou au plus deux hains à l’extrémité de la corde.
- On prend à cette pêche des Barbeaux, des Chevannes, des Perches, Ôte. Si on tendoit ces cordes dans un endroit où il y eût beaucoup d’Anguilles , il faudroit faire les empilages avec du crin : ôc li on fe propo-foit de prendre des Brochets , il conviendroit de les faire avec du laiton, PL L Fig. p.
- Auprès de Ploufac en Bretagne, on prend ainfi dans la riviere deTréguier, des Flans, des Guilleaumes , ôte ; Ôt dans d’autres endroits les différentes efpeces de poiffons qui s’y rencontrent.
- §. 2. Des Pêches par fond , que l'on pratique à une petite diftance des Cotes.
- On fait à une petite diftance des Cotes, tant de la Méditerranée que de l’Océan , des pêches prelque femblables à celle dont nous venons de parler. Pour cela on prend une corde femblable à celle de la PL XFîl. Fig. 11. de 25 à 30 braffes de longueur,plus ou moins, qui eft garnie de lignes longues de quatre à cinq pieds, ôt diftribuées fur la maîtreffe corde à des intervalles à peu près pareils.
- De diftance en diftance ôt dans toute fa longueur, on attache à cette maîtreffe corde des cailloux F, Fig. 11 .PL X/^II. Ôc à un de ces bouts une groffe cabliere H%
- Les Pêcheurs qui font dans urt petit bateau A, PL XX. Fig. 2. commencent par jet-ter la groffe cabliere à la mer ; puis ils nagent doucement, ôt à mefure qu’ils s’éloignent de la cabliere, ils jettent peu à peu la corde , jufqu’à ce qu’ils foient au bout : alors ils y amarent une petite cabliere B avec un Orin, ou une corde qui eft plus ou moins longue, fuivant la profondeur de l’eau : cette corde aboutit à une bouée C, qui fert de lignai pour trouver la bauffe quand on la veut retirer. Lorfque cette bauffe a refté quelques heures à la mer, on va chercher la bouée, ôt faififfant la corde qui y aboutit , ou l’orin, on la tire à bord ; puis fuccef* fivement toute la longueur de la bauffe, finif* fant par la groffe cabliere. On détache les poiffons à mefure qu’ils fe préfentent ; on remet des appâts où il en manque ; ôc on recommence la pêche.
- On prend à cette pêche différentes efpeces de poiffons, fuivant la groffeur des hains, l’efpece d’appât qu’on a employé, Ôt la nature du fond où l’on s’eft établi. Mais ce font plus communément des poiffons plats ôt des cruftacés , ce qui eft commun à toutes les pêches par fond.
- §. 3. De la Pêche aux cordes & par fond entre les Rochers.
- Quand on pratique entre des roches la pêche dont il s’eft agi dans le paragraphe # récédent, les Pêcheurs étant munis d’une auffe femblable à celle dont nous venons de parler, Ôt qui n’eft pas ordinairement fort longue , pour qu’elle s’ajufte mieux aux replis que font les rochers , fe mettent dans de très-petits bateaux, ôt vont chercher une route entre les roches. Ils. jettent à la mer une cabliere ; puis revenant par la même route qu’ils , ont tenue en allant, ils jettent à l’eau leur bauffe , ôt finiffent par attacher à fon extrémité un menu cordage dont ils confer-vent le bout dans leur batteau : ils s’en fervent pour retirer la bauffe Ôt le poiffon à bord.
- §. 4. Diverfes maniérés de pratiquer dans différents pays les Pêches dont nous venons de parler.
- A Lifbonne, les Pêcheurs attachent à une maîtreffe corde fort près à près quantité de petites lignes, qui ont feulement un pied de longueur , de forte que, dans une étendue de 16 à 18 braffes, il y ait 50 à 60 lignes, ôt autant de petits hains. Une cabliere qu’ils mettent ù un bout, ôt des cailloux qu’ils diftri-buent dans la longueur , font que cette corde tombe au fond. Quand elle a refté quelque temps dans l’eau , orr la retire garnie de beaucoup d’Anguilles.
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- SE ct, I. De la Pèche âux Hameçons.
- On pratique durant toute Farinée dans la tiviere de S. Brieuc, autour de Fille de Brehat, la pêche dont nous venons de parler. Ceux de Brehat ne s’éloignent de la côte que d’une portée de fulil, ôc ils ne prennent guères que des Lieux Ôc des Vielles. Dans le quartier de Peinpol, outre les Vielles ôc les Lieux, on prend des Congres , des Mulets Ôc d’autres poiffons.
- A Fille de Noirmoutier, on pêche avec des bauffes de 30 bralTes de longueur, chargées de cablieres ôc de cailloux, ôc garnies de lignes d’une brafie de longueur, qui font dif-tribuées de brades en brades dans toute la longueur de la maîtrede corde ; on y prend des Raies , des Congres , ôcc. Et pour cela on tient les lignes plus grodes ôc les hains plus forts , que quand on fe propofe de prendre de petits poidbns.
- Article
- Des grandes Pêches aux Cordes
- Comme les pêches dont il s’agidoit dans l’Article précédent, n’exigent pas de grands frais , ôc qu’elles peuvent fe faire avec peu de monde , on les pratique dans une infinité d’endroits avec quelques différences fur la groffeur des cordes ôc des lignes , ou fur la force des hains. Celles dont nous allons parler, n’en different pas elfentiellement; on emploie feulement des cordes beaucoup lus étendues. Il faut pour les pratiquer des ateaux plus grands , des équipages plus nombreux ; ainfi elles forment de très-grandes pêches difpendieufes, qui pour cette rai-fon ne peuvent être pratiquées que par certains ordres de Pêcheurs.
- Elles deviennent fur-tout néceffaires en Hiver, quand les eaux font froides , parce qu’alors les poidbns s’écartent des côtes pour chercher la grande eau. On pêche avec ces grandes cordes, ou par fond , ou entre deux eaux, comme on le verra par les détails où nous allons entrer.
- §. 1. Des grandes Pêches par Fond.
- Ceux qui pratiquent ces pêches ont leur maîtreffe corde de 6 à p lignes de circonférence, Ôc chaque pièce porte environ 70 brades de longueur. Elle eft garnie de 5 à 6 cailloux du poids d’une livre , ôc de 70 lignes qui font attachées de brades en brades , ôc qui ont une brade de longueur.
- Pour porter à la mer ces pièces, qu’on voit lovées en E Ôc F, PL XlP. Fig. 1. on les roule ou love dans une manne ou panier G, Fig. 1. comme le fait l’Aquerede B, Fig. 2. qui déroule une piece H, afin de la mettre dans le panier c qu’elle a à côté d’elle. On Toit encore une partie des lignes pendre autour du panier.
- C’eft encore avec des cordes garnies de lignes de fil de pite Ôc d’hains, qu’on prend à la Guadeloupe des Rouges , des Capitaines, ôcc : mais on y eft expofé à voir fouvent fa proie enlevée par de gros Requiens au mo* ment qu’on la tire dans la chaloupe.
- Les Italiens, pour faire une pêche à peu près pareille , fe mettent trois dans une petite pirogue , avec une bauffe ou palangre de 100 à 200 brades de longueur, garnie de 2 à 300 hains* Ils amarent un bout de la palangre à un pieu ; ôc nageant doucement pour fè porter au large , ils mettent peu à peu leur corde à la mer. Ils relevent de temps en temps leur corde pour prendre le poidon qui a mordu, ôc fur le champ ils recommencent la même manœuvre. On peut prendre une idée de cette pêche en confultant la PL XIX* Fig. 4.
- Second.
- ou Palangres y quon fait au Large*
- En Provence, ce panier qu’ils nomment Canefleau, eft bordé par en-haut d’un liftel de liège qu’ils appellent Garlande, ôc dans lequel ils piquent la pointe des hains ou Claveaux, qui tiennent aux lignes ou Brejjeaux.
- Les Pêcheurs fe mettent 7 à 8 dans un bateau, PL XIX. Fig. 2. & 3. Chacun four-* nit deux ou un plus grand nombre de corbeilles ou pièces de corde, garnies d’appâts. Ils fe rendent au lieu de la pêche, à voile ou à rame ; ÔC à mefure qu’ils ont mis à la mer une pièce, ils y en ajoutent une autre. Quand les 14 ou 16 pièces, ôcc. font ainfiajoutées bout à bout, la tellure eft complette.
- Comme les cordes ne font pas toutes auül neuves les unes que les âutres, on commence par mettre à l’eau les plus ufées , non-feulement parce que dans cette pofition eh les ne fatiguent pas autant que les autres, mais encore parce que fi elles venoient à rompre , on ne perdroit pas une aufli grande portion de la tellure.
- Il eft vrai que les pièces qui font perdues doivent être payées en commun par l’équipage ; mais c’eft fuivant l’eftimation que les Pêcheurs en font, ôc le Propriétaire fouffre toujours une plus grande perte que les autres.
- Pour tendre la teffure,on commence, comme nou6 l’avons dit en parlant des petites pêches qui fe font à peu de diftance des côtes, par attacher une cabliere ou Baude) c’eft le terme Provençal) au bout de la pièce qui doit être mife à l’eau la première.
- On prend, dans l’Océan,le temps de la met montante pour jetter la tellure à l’eau contre le vent, afin que le bateau fillant doucement à petite voile, ou à la rame, on puifle fournir aifément de la corde, comme on le voit PL XIX. Fig. 1. ôc encore pour qu’il foit plus aifé de la relever.
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- 7i TRAITÉ DE
- La corde étant chargée d’une grode ca-bliere ôt de cailloux, tombe au fond de l’eau; ôt quand on a filé la première pièce, on y at-tache une fécondé pièce qui eft dans un autre panier. On la met a l’eau comme la première , puis on en ajoute une troifieme, une quatrième ; ce qh’on continue jufqu’à ce que toutes les pièces foient mifes à la mer : & on finit par attacher au bout de la derniere pièce une petite cabliere B , PL XX. Fig. 2. Ôt un orin qui porte une bouée C , ordinairement furmontée d’un petit pavillon pour qu’on puiffe l’appercevoir plus aifément. Quand nous avons dit qu’on jettoit les 16 pièces à la mer , c’eft parce que nous avons îiippofé qu’il y avoit huit hommes dans le bateau , ôt que chacun fourniffoit deux pièces ; en fuppofant encore que chaque pièce fût de 60 brades de longueur, celle de la teffure entière feroit de 960 brades. Elle eft quelquefois plus confidéral?le, foit que les pièces aient plus de longueur, foit que les Matelots en fournident trois ou quatre au lieu de deux, ou que l’équipage foit plus nombreux ; d’ou il réfulte que certaines tedures ont plus d’une lieue de longueur.
- Le temps le plus favorable pour cette pêche eft un demi-calme.
- La plupart des Pêcheurs de la Méditerranée mettent une bouée fur chaque pièce pour retrouver ces pièces, quand quelqu’une vient à rompre. C’eft une très-bonne précaution. Ceux qui ne la prennent pas, perdent quelquefois bien du temps à chercher leur tedure au fond de la mer avec une ca-teniere, FL X. Fig. 9. ou un grapin, Fig. 11. Nous avons expliqué plus haut cette manœuvre.
- Ces Pêcheurs à la grode corde par fond vont quelquefois chercher le fond de la mer jufqu’à cent brades de profondeur.
- On conçoit bien qu’il faut des précautions pour mettre à la mer une auffi grande étendue de cordes chargées de lignes & d’hains, de façon que rien ne fe mêle. Pour les comprendre, il faut fe rappeller qu’une tedure eft formée par un nombre de pièces qui font ajoutées bout à bout. Les lignes, Fl. XX. Fig. 2. fe difperfent de côté ôt d’autre fur le fond BD, & on voit en E des poidons qui font pris. Car AC Ôc B D repréfentent l’é-paideur de l’eau de la mer, ou une coupe de cette eau dans laquelle nagent des poif-fons.
- Comme on n’a pas pu repréfenter toute la longueur de la tedure dans la Planche XX, ôt qu’elle eft coupée en D, on ne voit point la grode cabliere qui a été jettée d’abord à la mer ; mais on l’a repréfentée en H, Fig. 11. PL XVII.
- Quand toutes les pièces qui forment une tedure font mifes à l’eau , on attache au bout, .comme nous l’avons déjà dit, une petite ca-
- S PESCHES.
- bliere B, PL XX. Fig. 2 ; ÔC une corde ou orin BC, qu’on tient plus ou moins longue, fuivant que la mer a plus ou moins de profondeur. Au bout de ce cordage eft attachée une bouée C, qui fert à indiquer où eft le bout de la tedure.
- Il eft certain que tous les Pêcheurs ne fuivent pas des régies uniformes pour la grof feur de leur maîtrede corde , non plus que fur leur longueur, le nombre de piles dont elles font chargées , ôte. Mais pour donner une idée adez précife de cette façon de pêcher , nous dirons qu’aux environs du Havre les cordes font communément aplettées de 500 piles, qu’on met à deux brades de distance les unes des autres ; Ôt on proportionne la grodeur de la maîtrede corde,ainfi que celle des piles ôt des hains, à l’efpece de poidon qu’on fe propofe de prendre , en forte qu’il y a quelquefois des hains fort petits ; ôt pour ' d’autres pêches,ils font prefque auffi gros que pour la Morue.
- Edayons d’expliquer plus en détail que nous ne l’avons fait ci-devant, comment on s’y prend pour embarquer les pièces de corde , comment on les jette à la mer , Ôt comment on les en tire fans qu’il fe faffe de con-fufion dans ces grandes cordes Ôt dans le grand nombre de lignes dont elles font chargées. Nous infiftons volontiers fur ce point, au rifque de faire quelques répétitions , parce que les détails où nous allons entrer à l’oc-cafion des grodes cordes, auront leur application aux autres efpeces de tedures dont nous parlerons dans la fuite.
- On a déjà vu que les Aquéredes, PL XIV. roulent ou lovent dans des paniers ou corbeilles, chaque pièce qu’elles ont préparée, de telle forte que la maîtrede corde décrive dans le panier des révolutions circulaires. Les empiles avec les hains ôt leurs appâts font arrangées à côté les unes des autres, de façon que la pointe des hains foit en en-haut, Ôc le dos appuyé contre les parois intérieures des corbeilles : enfin les piles font lovées dans le milieu. En Provence,la plupart des piles pendent en-dehors, ôt les hains font piqués dans le bourlet de liège qui borde l’ouverture de la corbeille.
- Chaque corbeille porte une marque qui indique à qui elle appartient ; ôt chaque Matelot marque fes pièces par un certain nombre de nœuds : ce qui eft nécedaire pour prévenir toute conteftation, fur-tout dans les cas d’avaries.
- On porte à la barque les pièces ainfi dif-pofées ; Ôt quand elle eft rendue au lieu de la pêche, on attache au bout de la maîtrede corde la grode cabliere dont nous avons parlé , qui pefe 40 à jo livres ; on y amarre auffi un orin lequel répond à une bouée qui porte ordinairement un petit pavillon.
- Le Maître de la barque a, PL XIX. Fig. 2*
- fe place
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- S E CT. /. De ta Pèche aux Hameçons.
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- fe place à Tarriere, ayant auprès de lui un panier ôc un Matelot b.
- Ce Maître (a) jette à la mer la cabliere , Torin ôc la bouée, comme s’il vouloit mouiller une ancre. Son fécond (b) tire de la corbeille avec précaution la maîtreffe corde ainfi que les piles ; ôc il préfente cette corde au Maître, qui là coule doucement à la mer. Pendant tout Ce temps l’équipage nage doucement. A nlefure qu’on met ainfi à la mer la première pièce, on y attache de temps en temps quelques cailloux. Ayant apporté une autre corbeille, on lie le bout de la corde qu’elle contient au bout de celle qu’on vient de jetter à la mer ; on en ajoute de même une troifieme, une quatrième, ôte. jufqu’à ce que toute la tellure foit à l’eau : ôc quand on eft à la fin de la derniere pièce, on y attache une petite cabliere Ôc un orin qui porte une bouée. Alors l’équipage fe repofe, ref-tant fur cette bouée une couple d’heures ; puis il travaille à relever la tellure ; en ha-îant d’abord fur l’orin , puis fur la maî-trelfe corde. C’eft le Maître qui eft chargé de ce Toin ; fon fécond détache le poif-îon Ôc les cailloux à mefure qu’ils fe préfen-tent. Quelquefois un troifieme Matelot remet chaque pièce dans la corbeille d’où on l’a tirée ; ôc cette opération fe fait à peu près dans un ordre renverfé de celui qu’on avoit fuivi pour mettre la tellure à la mer, c’eft-à-dire , que l’équipage nage lentement, en fuivant à peu près la direction que la tellure a prife au fond de la mer.
- Quand on a tiré à bord toute la tellure, on rentre dans le port avec le poiffon qu’on a pris. C’eft communément des Raies, des Grondins , des Chiens , ôcc. Cependant li les grands Pêcheurs font fuivis par un bâte-let, ils lui donnent les pièces qui ont fervi ; pour les rendre aux Aquereffes, qui fur le champ les lavent, les étendent pour les fé-cher, reftituent des lignes ôc des hains où il en manque, ôc les garnilfent de nouveaux appâts. Tout cela fe voit fur la PL XW.
- Le batelet remet aux Pêcheurs une nouvelle telfure , pour qu’ils continuent leur travail lorfque le temps le permet. Enfin ce batelet prend le poilfon pour le porter à la vente , quand il aura regagné la côte ou le port.
- Il fuit de ce que nous venons de dire, que pour bien faire cette pêche, il faut que chaque Matelot ait trois alïortiments d’appelets ; afin que tandis qu’il y en a un à la mer, le fécond foit prêt à être fourni aux Pêcheurs, ôc que le troifieme foit entre les mains des Aque-relies.
- Dans certains parages, on ajufte aux lignes des cornerons de liège GG, PL V. Fig. i. pour que les hains fe détachent du fond de la mer : ôc cetajuftementeft fur-tout nécefîaire quand on pêche fur des fonds un peu vazeux ; alors outre les poillons plats, on prend quelques poiffons ronds.
- §. 2. Pêche à peu près femblable, quon fait fur
- les Côtes de P Etat Eccléftaflique , & qui eft mmmée Piélago.
- Dans la Méditerranée, ôc particuliérement fur les côtes d’Italie , on fait avec des tartanes une pêche confidérable, peu différente de celle que nous venons de décrire r on l’y nomme Piélago.
- La tellure eft formée par une longue corde appeîlée Pamfina. C’eft une Palangre ou corde chargée de piles ôt d’hains. On commence à la jetter quand on eft éloigné de la côte d’au moins 3 o braffes ; elle s’étend jufqu’à vingt milles en mer, ôc elle porte 1 o à 12 mille hains. On amarre une cabliere au bout de la corde qui doit être jetté le premier à la mer. On attache de diftance en diftance des fignaux de liège qui tiennent à des lignes allez longues pour ne point empêcher la corde de gagner le fond.
- Pendant qu’on la tend, la tartane dérive doucement au gré du vent ou des courants. On laiffe la parafina quelques heures à la mer, puis on la releve. La grande longueur de cette tellure fait qu’il faut au moins vingt-quatre heures pour la tendre Ôc la relever.
- Ils prennent avec la parafina quantité de Raies, de Chiens Ôc d’autres poillons, dont quelques-uns pefent plus de mille livres. Pour tirer ceux-ci à bord, on les harpone avec un croc de fer qui eft au bout d’une perche ; Ôc même on les affomme à mefure qu’ils fortent de l’eau , comme on le verra repréfenté à la pêche de l’Efturgeon.
- Article Troisième.
- De la Pêche aux Cordes flottantes dérivantes à la Marée : qu on nomme en
- quelques endroits Bellée.
- On ne prend guères avec les groffes cordes tendues par fond que des poiffons plats. On fe fert pour prendre les poiffons qui nagent entre deux eaux , ou qui s’approchent de la furface , de cordes flottantes, PL XIX. ôc XX. Ces cordes font moins groffes que celles qui fervent à pêcher par fond ; ôc elles en different principalement en ce qu’au lieu de la P ES CH ES.
- cabliere ôc des cailloux dont on charge les groffes cordes , on met de deux en deux braf-les fur celles de la bellée des corcerons de liège qui la font flotter quelquefois entièrement à la furface de l’eau, PL XIX. Fig. 1 : ôc alors il n’y a que les lignes ôc les hains qui entrent dans l’eau. D’autres fois quand les Pêcheurs foupconnent que le poiffon eft à
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- 74 TRAITÉ DES
- deux ou trois braffes fous Feau, ils établirent îa corde à cette profondeur. Pour cela , au lieu d’amarrer les flottes de liège immédiatement fur la maîtreffe corde, ils les attachent à des lignes qui répondent à cette corde , PL XX. Fig. 3 ; qu’ils tiennent plus ou moins longues , fuivant qu’ils jugent à propos que les bains foient à une plus grande , ou à une moindre profondeur dans l’eau : quelquefois ils mettent ça ôc là de petits cailloux, afin que les lignes qui répondent aux flottes foient tendues ; mais ces cailloux doivent être affez légers pour ne point faire entrer les flottes dans l’eau. Quoi qu’il en foit, on met une groffe flotte aux deux bouts de chaque pièce de bellée, Ôc une bouée avec un flgnal de rofeau fec aux deux extrémités de la teffure ; enfin on attache une corde à l’es& trémité de la teflure, ôc on en retient le bout dans la barque où font les Pêcheurs.
- Cette teffure, ainfi que celles qui font def-tinées à pêcher par fond, eft compofée d’un nombre de pièces qu’on met les unes au bout des autres ; ôc toutes enfemble font une longueur de 5 à 6oo braffes, & plus.
- Pour mettre la teffure à 4a mer , les Pêcheurs prennent un peu de voile ; ou ils parent quelques avirons : mais quand ils ont tendu, ils carguent leurs voiles, ôcfe laiffent dériver traînant lentement la teffure pendant une ou deux heures. Lorfqu’ils veulent relever, ils emploient quelques avirons pour maintenir le bateau contre l’effort que font les Matelots en tirant la teffure à bord. Du relie on manœuyre comme quand on pêche par fond.
- On prend à cette pêche, des Merlans, des Maquereaux ôc d’autres poiffons ronds ; rarement des poiffons plats.
- §. i. De la Pêche quon fait entre les Roches avec des Cordes Flottantes.
- Cette façon de pêcher ne différé de cel-
- PESCHES.
- les que nous venons de décrire, que parce que les cordes font beaucoup plus courtes. Au relie nous avons dit comment on parvient à tendre des cordes de fond entre les roches ; ôc on voit fur la PI. XX. Fig. 3. comment les Pêcheurs tendent les cordes flottantes A B dans les mêmes fonds. C font les flottes de liège ; D les lignes qui répondent à ces flottes ; E de petits plombs qu’on met quelquefois fur les cordes pour faire caler les lignes qui répondent aux hains ; G le bateau où font les Pêcheurs. Après ce que nous avons dit de la Bellée, il feroit inutile de nous étendre fur cette façon de pêcher, puifqu’elle n’en eft qu’un diminutif.
- ; On n’emploie pour cette pêche ni cablie-re, ni bouée ; les Pêcheurs retiennent dans leur bateau une corde qui répond au bout de la teffure ; ôc ils nagent mollement, pour faire que le poiffon courre à l’appât, ôc pour dégager les lignes d’entre les rochers fans rien rompre.
- §. 2. De la Pêche que les Napolitains appellent / Paranchufo.
- Cette pêche approche autant de la Bellée que le Pielago des pêches par fond.
- Les Napolitains vont à cette pêche dans de petites felouques qu’ils mènent à la rame. Ils les nomment Tartanelles. Elles font montées de fix hommes.
- La circonférence de la maîtreffe corde eft d’environ un quart de pouce. Cette corde eft fort longue, garnie de quantité de lignes très-fines ôc d’un nombre fuffifant de cornerons de liège pour la faire flotter. Les Pêcheurs la laiffent dériver au gré des courants ; ôc de temps en temps ils la relevent pour prendre le poiffon qui a mordu aux appâts. Cette pêche différé donc peu de la Bellée.
- Article Quatrième,
- Des Pêches où les Cordes détendent depuis la Jùperficie de ïéaurjwfqti'au fond de la Mer, en décrivant une diagonale dans le fluide.
- On peut remarquer que dans les pêches dont nous venons de parler, les cordes font fort longues pour multiplier le nombre des hains. Car on ne jette à la fois qu’une corde à la mer ; d’ailleurs on met au moins autant d’intervalle entre les lignes qu’elles ont de longueur. Cette condition eft néceffaire afin que les hains ne s’embarraffent pas les uns avec les autres. Pour les pêches dont nous allons parler, les lignes même ne font point attachées fur une maîtreffe corde ; elles font détachées les unes des autres, tantôt par de petites baguettes qu’on nomme Rainettes, tantôt par un morceau de bois qui s’appelle
- Avalette, Ôc quelquefois elles tiennent aux extrémités d’un bout de fil de fer.
- Un des avantages de quelques-unes de ces pêches eft de diftribuer les hains dans toute l’épaiffeur de l’eau ; ôc de les mettre à portée d’être apperçus par les différentes fortes de poiffons à quelque dillance qu’ils foient de la furface. Une de ces pêches fe nomme Tramer la Balle ; une autre , le Libouret ; ÔC une troifieme, le Grand Couple. Nous allons en parler dans les paragraphes fuivants.
- §. 1 .De la Pêche qu'on nomme Traîner la Balle.
- Pour cette pêche, la maîtreffe corde a b,
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- S e c T. 1. De la Pêche aux Hameçons.
- PL F. Fig. 2. île doit pas être tout-à-fait aufli longue que la profondeur de l’eau où l’on fe propofe de pêcher. On amarre à l’extrémité b un boulet, ou quelque autre poids, qui doit être éloigné du fond d’environ une bralfe. On attache à une bralfe les unes des autres , fur toute la longueur de cette corde ab , de petites baguettes de houx-frelon , qu’on nomme en Normandie Fergandier. Ces baguet-, tes d e , appellées Batuettes, ont feulement 4 à $ pouces de longueur ; ôc c’eft à leur extrémité qu’on attache des lignes fort déliées qui font longues d’environ deux bralfes.
- Il eft fenfible que les lignes étant écartées de la corde par les baluettes , où elles font attachées, les hains font moins expofés à s’em-barralfer les uns dans les autres.
- Un des avantages de cette façon de pêcher eft qu’au lieu de faire les maîtrelfes cordes d’une grande longueur, on met à la mer plu-fieurs de ces cordes : qui préfentent aux poif-fons un allez grand nombre d’hains , quoique chacune ne foit pas fort longue.
- Si on jette les yeux fur la Fig. 2. de la PLFI on concevra que le poids ou la balle qui eft au bout de la maîtreife corde , tend à la tenir dans une pofition verticale : ôc elle l’eft effectivement quand la barque eft immobile, ôc qu’il n’y a pas de courant. Mais elle prend une pofition oblique lorfque la barque avance ; ôc l’obliquité augmente proportionnellement à la vîteffe du fillage. Au refte tous les hains flottent entre deux eaux fans confufion, comme on le voit dans la PL XXL Fig. 1. où ABCiont trois de ces cordes, Ôc D les balles qui font amarrées au bout. Il eft vrai que ces cordes ne portent pas une grande quantité d’hains : niais on y fupplée en mouillant trois cordes ordinairement d’un même bord. Cependant cette pêche n’eft jamais aufli fatiguante ni aufli difpendieufè que les pêches à la groffe corde ou à labellée : ôc pour cette raifon, elle n’exige pas autant de monde ; ôc elle peut être pratiquée par des Pêcheurs qui ne feroient pas en état de fournir aux dépen-fes des grandes pêches. On ne laifle pas cependant que d’y prendre beaucoup de Merlans , de Maquereaux, ôc d’autres poiffons, tant de ceux qui ne s’écartent pas beaucoup du fond de la mer , que de ceux qui s’approchent de la furface de l’eau ; parce qu’il fe préfente des hains à toutes ces profondeurs, il eft évident d’après ce que nous venons de dire , que quand le bateau eft en repos, les hains font diftribués depuis la furface de l’eau jufqu’au fond ; ôc quand il fait route , la corde décrit une diagonale qui, a la vérité, eft beaucoup moidl confidérable que la Figure ne la repréfente, mais qui ne laifle pas de faire que les hains font diftribués dans toute l’épaiffeur de l’eau.
- On pêche ordinairement fous voile quand on fè fert de la balle ôc d’une corde garnie
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- de baluettes. On a feulement l’attention de proportionner la groffeur du poids à la vîteffe du bateau : on l’augmente quand il vente bon frais ; ôc on le diminue quand le vent eft foi-ble. C’eft pour cette raifon qu’on nomme cette pêche Tramer la Balle.
- Pour mettre dehors, ou jetter à la mer les balles, trois Pêcheurs , PL XXL Fig. 1. font arrangés fur le bord de leur barque , chacun ayant à côté de lui un banc de la chaloupe ; ils donnent à ce banc le nom de Tire. Ils lovent fur ce banc par petites glanes la corde qui porte les baluettes. Le Matelot qui eft le plus vers l’arriere, jette le premier fa balle à l’eau le plus loin qu’il peut, ôc toujours vers l’arriéré de la barque : il y en a d’affez forts pour la jetter à y ou 6 brades d’eux. Il laifle aller au gré du courant la corde Ôc les piles qui font garnies d’hains ôc d’appâts.
- Le fécond Pêcheur, placé vers le milieu de la barque, jette fa balle devant lui moins loin , ôc il ne file pas une aufli grande longueur de corde ; pour que les hains ne fe mêlent pas avec ceux de la première balle.
- Le troifieme Pêcheur laifle aller fon plomb à pic, ôc il file encore moins de corde que le fécond.
- Ce n’eft pas tout ; on doit avoir attention que le poids du premier Matelot foit moins lourd que celui du Matelot qui eft au milieu ; ôc que celui de l’avant foit le plus pefant de tous : toujours pour éviter que les hains ne fe mêlent les uns avec les autres.
- Quand on tient en main la maîtreffe corde, on fent, malgré le poids de la balle , les fe-couffes que les poiffons font fur les piles lorf-qu’il y en a de pris. Chaque homme tire fa corde à petites braffes , il la love fur le banc qui eft à fa portée ; Ôc à mefure qu’il fe préfente des hains , il en détache le poiffon, qu’il jette dans une corbeille. Quand la balle eft à bord, on remet des appâts où il en manque , ôc on recommence la pêche, comme nous l’avons expliqué.
- §. 2. De la Pêche au vrai Libouret.
- La Balle dont nous venons de parler, eft une efpece de Libouret : mais l’appelet qui porte particuliérement ce nom , confifte en une maîtreffe corde æ m 0, Fig. 3. PL F. qui a 4 lignes Ôc demie ou 3 lignes de circonférence* On attache au bout de cette corde un plomb y, du poids d’environ deux livres. A 4 ou y pouces au-deffus,on ajufte fur la corde un morceau de bois , long de 6 à 7 pouces, qu’on nomme Avalette. Une de fes extrémités m, a un trou dans lequel paffe librement la corde n 0 ; Ôc les deux nœuds p tiennent l’avalette à une diftance convenable du plomb q, fans cependant empêcher qu’il ne tourne autour de la corde, laquelle dans ce cas forme un axe. A l’autre bout / de l’avalette, eft amar-
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- TRAITÉ DES PESCHES.
- pour attirer le poiffon , fur-tout quand oii fait une pêche fédentaire comme l’eft celle-ci.
- Pour relever le libouret, chaque homme tire fa maîtrefle corde à petite brafle ; ôc quand l’avalette eft à fleur d’eau, le Matelot qui eft auprès de lui , tire le plus promptement qu’il peut la ligne, les empiles ôc le poifTon, tandis que l’autre continue à amener la maîtrefle corde. Quand on a mis dans une corbeille le poifTon qui eft pris, chaque Matelot remet des appâts à fon avalette ; ôc il tend de nouveau , avec les précautions que nous avons, rapportées* - .
- §, 3. De la Pêche au Grand Couple.
- On fait encore Une pêche qui approche du libouret, ôc que les Bafques qui la pratiquent en grand, ont nommée le Grand Couple , PL XXL Fig, 2. Pour faire cet appelet, on attache au bout d’une ligne fine un morceau de fil d’archal, qui peut avoir une ligne de diamètre, ôc deux pieds ou deux pieds ôc demi de longueur. Ce fil eft un peu courbé en arc. Son milieu eft fortifié par deux petites jumelles de bois , qu’on y affujettit avec des révolutions d’un fil retors. Au milieu de l’intérieur de la courbe, on forme une petite anfe ronde, de corde ; à laquelle s’attache un poids d’une demi-livre : ôc au même point dans la partie convexe, 011 forme une autre anfe ovale qui fert à attacher la ligne qui porte le couple.
- du libouret : le poids doit porter fur le fond. Les deux bouts de ce fil d’archal font ap-Ainfi c’eft une pêche fédentaire. Ce font les pîatis comme l’extrémité du corps des hains , poifîbns plats qui s’y prennent le plus ordi- ôc on y attache plufieurs piles qui font de dif-nairement. férentes longueurs ; mais les plus courtes ont
- Pour mettre à la mer ce libouret, les trois prefque une brafle.
- Pêcheurs fe rangent fur un bord, comme Sur la côte de Normandie., les Pêcheurs nous l’avons dit en parlant de la balle. Une qui fe fervent de cet appelet,fe mettent dans'' partie de îa maîtrefle corde eft lovée auprès une chaloupe. Mais les Bafques qui font plus d*eux fur un banc , où elle eft enroulée fur en grand la pêche dont nous parlons, fe met-une efpece de chaflis que les Pêcheurs nom- tent huit ou dix hommes dans une barque ; ment Traillet. chacun jette fon couple à la mer , ôc le retire
- Ils ne jettent point le plomb à la mer, quand il juge qu’il y a quelque chofe de pris, comme font ceux qui pêchent à la balle ; ils Comme on tient les lignes qui répondent mettent d’abord les piles à la mer efi les po- aux couples les unes plus longues que les au-fant doucement avec les mains : on met aufli très, les hains occupent une grande étendue tout doucement le plomb ôc l’avalette $ Ôc dans la mer, où ces lipnes fe développent on file la corde jufqu’à ce qu’on fente que le comme un éventail, de forte qu’il fe préfente plomb repofe fur le fond. toujours des hains aux poiffons qui font à diffé-
- Si l’on vouloit faire cette pêche du bord rentes profondeurs dans l’eau: PL XXLfig. 2, d’un bateau qui fût fort élevé au-deffus de Cette pêche fe fait tantôt à l’ancre, Ôc tan-
- rée une ligne K, qui n’a que deux lignes de circonférence : elle a environ une brafle de longueur ; ôc elle porte les empiles i qui font fort fines, auxquelles font attachés les hains h. L’ajuftement de ces empiles varie fuivant le goût des Pêcheurs ; car quelques-uns font la ligne k affez longue pour y attacher 8 ou 9 empiles à trois pieds les unes des autres. De quelque façon qu’on les ajufte, il faut que les hains ne foient pas à égales distances du bout / de l’avalette.
- A l’égârd des hains, ils ne font jamais fort gros} mais ils le font plus ou moins, fuivant l’efpece de poiffon qu’on fe propofe de prendre , comme Merlans, Carrelets, Limandes, Solles , petits Grondins. Ceux que nous avons cottés h dans la Fig, 3. feroient de bonne groffeuf pour les Merlans ; Ôc communément on en prend d’un peu plus forts pour la pêche du Maquereau.
- On conçoit que quand la maîtrefle corde n 0 eft tendue par le plomb q , l’avalette /ma la liberté de fe mouvoir librement autour de cette corde ; ôc les piles i, où font attachés les hains h, fe dirigent fans confufion fuivant le cours de l’eau. Il fe peut donc prendre autant de poiffons qu’il y a d’hains ; parce que les piles étant de différentes longueurs, les hains ne fe rencontrent point les uns vis-à-vis des autres.
- Avec cette efpece de libouret, la pêche fe fait à l’ancre, PL XXL Fig, 2. £ eft la barque dégréée ; F le cable de l’ancre ; G la corde
- l’eau, on courroit rifque que la maîtrefle corde venant à fe détordre, les lignes fe mêlaf-
- tôt en portant peu de voile.
- Pour prendre des Vives, ij ou itfhom-
- fent les unes avec les autres ; ôc on ne feroit mes fe réunifient dans un grand bateau, ôc ils qu’une mauvaife pêche. * calent leur couple très-près du fond.
- En amorçant les hains du libouret, on a II eft à propos de jetter les yeux fur la PL V, foin que les appâts pendent aux hains, afin Fig, 4; & de fe rappeller ce que nous avons qu’ils frétillent dans l’eau : ce qui eft avantageux dit de cet appelet dans le premier Chapitre.
- RÉCAPITULATION
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- S E C T. I. De la Pêche aux Hameçons.
- 77,
- récapitulation de ce qui a été dit dam cette première Secîion
- dont Vobjet ejl la Pêche aux Hameçons.
- A p rés un court expofé de ce qui doit faire l’objet du Traité Général des Pêches , nous entrons en matière : ôc le Chapitre I. page i 3. eft deftiné à donner des connoiffan-ces générales fur la Pêche aux Hameçons; ôc des conje&ures fur l’origine de cette pêche.
- On fait quelle confifte à préfenter aux poiffons un appât, dans lequel eft caché un crochet de fer très-pointu qui tient à une corde. Le poiffon ayant faifi l’appât, la pointe du crochet entre dans fa bouche ; ôc le Pêcheur tirant à lui la corde, il fe rend maître du poiffon.
- Après avoir donné une idée générale de Cette pêche, nous faifons voir dans le I. Article , page 13. les avantages qui lui font propres. Les principaux font que les poiffons qu’on prend de cette maniéré, ne font pas fatigués ; ils font en quelque façon tout vivants, ôc peuvent fe conferver très-longtemps : un autre avantage auffi précieux, eft que cette pêche détruit beaucoup moins de poiffon que la plupart des autres. Tous ceux qu’on y prend, font propres pour la vente ; au lieu que par quantité d’autres pêches 011 bouleverfe les herbiers oii eft le frai, ôc on prend une quantité prodigieufe de petits poiffons qui ne font bons à rien ; les Pêcheurs n’en tirent aucun profit, ôc il en ré-fulte une énorme deftruêlion de poiffons qui peupleroient la mer.
- Dans le II. Article , page 14. nous donnons l’explication de quelques termes qui font propres à cette pêche *, ôc nous déterminons ce qu’on doit entendre par Ligne , par Hain ôc par Hameçon : l’on verra que très-fou vent on abufe de ces termes. Nous commençons aufti en cet endroit à donner une idée générale de plufieurs difpofitions qu’on donne aux lignes ôc aux hains pour faire différentes pêches.
- Enfuite reprenant ces mêmes cliofes plus en détail, nous parcourons dans le III. Article , page 13. toutes les différentes efpe-ces de Lignes , Cordes ôc Empiles : car il y en a de foie , de crin , de chanvre ; d’autres d’écorce de bois , même de métal ; ôc on fait ufage des unes ou des autres, fuivant que les circonftances l’exigent.
- Dans I’Article IV. page 16. nous expliquons comment on fait les cordes , lignes ôc empiles pour la pêche. Nous traitons expref-fément dans I’Article V. page 17. des différentes maniérés d’Empiler les hains.
- Dans I’Article VI, page 18. nous entrons dans de fort grands détails au fujet deshains.
- Pesches.
- Il eft fenfible qu’il en faut de bien des efpe-ces différentes, fuivant les poiffons qu’on fe propofe de prendre ; ôc qu’on doit les empiler de différentes façons.
- Dans I’Article VII-page 22. nous traitons de la fabrication des hains, depuis les plus petits jufqu’aux plus gros ; ôc de la façon de les étamer. Nous en fommes redevables à M. Fourcrois, Ingénieur en chef à Calais.
- Dans I’Article VIII. page 27. nous donnons une idée des di|férents Uftenfiles dont le fervent les Pêcheur -Cordiers. Ils ne font pas en grand nombre, fi l’on en excepte les lignes ôc les hains ; mais enfin il eft bon de les con-noître.
- Un objet très-important, font les appâts : c’eft ce dont il s’agit dans I’Article IX. page 29. Ces appâts ocoafionnent de grands frais aux Pêcheurs, ôc confomment beaucoup de poiffons ; aufti eft-ce la feule chofe fur laquelle on puiffe faire un reproche légitime à la pêche aux cordes : car effectivement les Pêcheurs emploient à cet ufage prefque la fixie-me partie du poiffon qu’ils peuvent vendre. Ce n’eft cependant pas le plus grand inconvénient ; il confifte en ce qu’ils font une énorme confommation de petits poiffons qui fe trouvent aux pieds des çarcs, ôc que les Pêcheurs au filet cherchent a prendre pour les vendre aux Cordiers. Il y a des appâts bien meilleurs les uns que les autres, ôc nous avons eu foin d’en faire la diftinêtion.
- Il eft bon d’être prévenu que ce que nous difons dans I’Article X. page 34. fur les faifons Ôc les temps les plus favorables pour la pêche, ne doit être regardé, ainfi que tout ce qui eft rapporté dans tout le I. Chap. que comme des idées générales ; qui feront étendues , particularifées, ôc même quelquefois modifiées, dans les endroits où nous traiterons des 'Pêches particulières aux différents poiffons.
- Nous prévenons dans le XL Article , page 3 6. que nous ne nous fommes pas pro-pofés de faire une énumération exaêle de tous les Bâtiments qui fervent pour la pêche ; mais il nous a paru convenable d’en repréfenter un certain nombre, principalement de ceux qu’emploient plus communément les Pêcheurs Cordiers. Malgré les omiflions que nous avons faites à deffein, cet article eft conft-dérable.
- Nous devons encore faire l’aveu que nous avons fouvent été obligés de nous en rapporter à des Charpentiers , même à des Pêcheurs , pour les dimenfions des Bâtiments,
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- Barques ôc Bateaux qui fervent pour la pêche. Ainfi quelques foins que nous ayons pris pour ne donner que des chofes exa&es * nous pourrions bien avoir commis quelques erreurs ; mais nous pouvons aflùrer qu'elles ne porteront point fur des chofes importantes.
- Il s’agit dans I’Article XII. page 44. des Convention^ que les Pêcheurs font entre eux. Il fe fait de petites pêches où chacun travaille pour fon compte : mais quand il s’agit des grandes pêches * il faut que plufieurs Pêcheurs fe réunifient, ôc que chacun fournifle une partie des uftenfiles* ainfi que les bateaux ; prefque toujours ces Pêcheurs font à la part , c’efl-à-dire * qu’entrant dans les frais ils partagent le profit fuivant certaines conventions. Nous ^vons rapporté dans cet Article celles qui font l.eg plus ordinaires.
- Voilà ce que nous allons à dire dans le I. Chapitre * où nous nous étions propofés de donner une idée générale de la Pêche aux hains : on a déjà vu qu’elle fe pratique de bien des façons différentes. Notre intention a été de les confidérer en détail dans le II. Chapitre qui commencç page 46.
- L’ordre le plus naturel que nous pouvions fuivre dans ces détails étoit de commencer par les maniérés de pêcher les plus communes. C’eft pourquoi nous avons traité dans le I. Article * page 46. de la Pêche à la ligne volante* qu’on appelle à la Canne * parce qu’on attache la ligne au bout d’un bâton ou d’une perche, qui fouvent eft faite d’un ro-feau qu’on nomme en Latin Canna ; ôc aufli parce que quelquefois on ajufte cette perche de forte qu’on peut s’en fervir comme de canne pour la promenade.
- Nous avons expliqué fort en détail comment cette pêche fe pratique dans les étangs* les rivières * au bord de la mer* Ôt même en mer dans de petits bateaux. Nous avons aufli expliqué comment on tend au bord de l’eau ces fortes de cannes, en piquant en terre le bout de la perche au lieu de la tenir à la main.
- Dans le 1. §,page 46. nous expliquons fort en détail comment on fait les Perches ôt les Cannes qui font deflinées pour cette pêche. Quoique nous ayons déjà dit beaucoup de chofes fur les lignes dans le I. Chap. on trouvera dans le §. 2. page 48. des détails intéref-fants fur les Lignes qu’on fait pour la pêche à la canne. Après ce que nous avons dit dans le I. Chap. fur les appâts ôt la façon d’amorcer les hains * il fembleroit que la matière feroit épuifée ; cependant on trouvera dans le §. 3. page 51. beaucoup de chofes qui ont un rapport direêt à la pêche à la canne * entre autres fur les Infe&es Faêlices dont les Anglois font un grand ufage.
- Tout étant ainfi. difpofé pour la pêche, il faut choifir un lieu commode, ou fe le procurer ; c’eft ce dont il s’agit dans le §. 4. page 57. Il eft bon d’engager par des appâts
- S PESCHES.
- qu’on nomme Appâts de Fond * les poiffons à fréquenter les lieux où l’on fe propofe de pêcher. Nous en traitons dans le §. p. f 8.
- Il s’agit dans le §. 6. page f 8. d’indiquer les précautions que les Pêcheurs peuvent prendre pour engager les poiffons à mordre aux hains , ôc pour les tirer à terre quand ils ont mordu. Nous indiquons dans le §. 7. page fp* comment on peut pêcher en fe promenant.
- Dans les §. 8. ôt p.page 60. nous indiquons la maniéré de pêcher à la canne avec des Lignes Dormantes tendues au bord de l’eau. On pratique aufli la pêche à la perche au bord de la mer * comme nous l’indiquons §. 1 o. page 60. Et dans le §. 11. page 60. il s’agit de la pêche à la canne dans des bateaux.
- Nous avons indiqué dans I’Article II. les différentes façons de pêcher avec des lignes Amples * fédentaires * ou dormantes* tant dans les rivières ôt les étangs * qu’à la mer ; ôc cela a donné lieu à fept paragraphes. Dans le 1. $. page 61. il s’agit des Bricoles. Ce font des lignes Amples * plus ou moins longues, dont on attache un des bouts à un pieu * ôc l’autre porte un hain garni de fon appât.
- Dans le 2.§.page 62. nous difons comment on attache un nombre de petites lignes à la circonférence d’un Cerceau.
- Dans le 3. §.page 62. ces lignes font attachées à un Plomb qui refte fixe au fond de l’eau.
- Dans le 4. §. page 63. ces lignes font attachées aux branches d’une Croix de fer qu’on defcend au fond de la mer ; les Provençaux nomment cette pêche la Fourquette.
- Dans le 5. §. page 63. ces mêmes lignes font attachées au bord d’un Panier qu’on remplit de pierres, ôc qu’on defcend à une grande profondeur en mer.
- Dans le §. 6. nous avons décrit la pêche à l’Archet ; ôc dans le §. 7. page 63. une pêche finguliere*qu’on nomme Potera fur les côtes de Valence ; elle fert à prendre des Calamars avec des hains qui entourent un appât ; les poiffons qui veulent mordre à l’appât, fe prennent aux hains qui n’en ont point.
- On fait en Provence cette même pêche pour les Sèches , avec quelque différence,' Le bas d’un cylindre de plomb A, PI. XF'lL Fig. 21. eft entouré d’hains B * fur un ou deux rangs ; Ôc il y a une ligne C au haut du cylindre. L’ayant rendu bien clair, on le frotte de quelque graiffe * ôc on le jette dans un endroit que l’on préfume être abondant en Sèches. Attirées par la graiffe , peut-être aufli par le leurre qui brille comme un poiffon, elles vont fucer l’appât. Et comme les Pêcheurs tirent la ligne continuellement en en-haut ôc par fecouffes, les hains entrent dans les jambes ou dans le corps des Sèches * dont on devient ainfi maître fans beaucoup de peine.
- Suivant toutes ces façons de pêcher qui
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- ont beaucoup de reffemblance entre elles , 011 fait caler les hains au moyen d’un poids, ôc on les établit fur le fond. La pêche dont il s’agit dans FArt. IIÏ. p. 64. a cela de différent qu’on tend les hains à terre furie fable, ôc on attend que l’eau de la marée les recouvre , Ôc y conduife les poiffons. Il y a dans cet Article 7 paragraphes.
- Dans le premier,on explique la maniéré de pêcher à la Petite Cablïere , qui confifte en une ligne (impie, dont un bout porte un hain amorcé , ôc à l’autre eft un caillou qu’on enfouit dans le fable.
- Dans le §. 2. page 64. il s’agit des Cordes Dormantes & fédentaires , chargées de lignes ou de piles,ôc tendues fur le fable ou la greve.
- Dans le 3. î. page 6 <3. la maîtreffe corde eft enfouie dans le fable à la baffe mer, ôc les lignes latérales font feules apparentes ; ainfi cette façon de pêcher produit le même effet que la Petite Cablïere.
- Dans le §. 4. on n’enfouit point la maîtreffe corde dans le fable; mais on attache à fes deux bouts deux groffes pierres : c’eft pourquoi on la nomme Pêche à la Grojfe Cablïere.
- Dans le §. ç. il s’agit d’une pêche qui ne différé de la précédente, qu’en ce que la maîtreffe corde eft arrêtée fur la grève par de petits Piquets , qui font le même effet que les groffes cablieres. .
- A toutes ces pêches, les hains font pofés fur le fond; ôc ce font principalement les poiffons plats que l’on y prend. Pour pêcher des poiffons ronds , qui s’élèvent davantage dans l’eau, on tend les cordes fur des piquets, comme nous l’expliquons dans le §. 6. p. 65. Les Pêcheurs nomment cette façon de pêcher, la Tente fur Pâlots.
- Nous parlons dans le §. J. page 66. d’une pêche ufitéedans leBoulonois, ôc qu’on nomme Corde de pied ; elle différé peu des précédentes.
- Jufques-là nous n’avons parlé que des Lignes Sédentaires qu’011 pofe fur le rivage , ou qu’on tient fixes au fond de l’eau au moyen de plombs ou de cablieres. Dans FArticle Tl. page 66. il s’agit des pêches qu’on fait avec des lignes qui font chargées d’un plomb pour les faire entrer dans l’eau , mais qui ne reftent point fixes en un endroit. Ces pêches fe peuvent pratiquer également dans la Méditerranée ôc dans l’Océan. Cet Article eft divifé en dix paragraphes.
- Dans le 1. il s’agit de la pêche qui fe fait avec une ligne fimple, qu’on tient immédiatement à la main, ôc que pour cette raifon l’on appelle en quelques endroits Pêche au Doigt.
- Nous décrivons dans le 2. §.page 67. la pêche qu’on nomme Bolantin, à la côte de Valence. Elle différé peu de la précédente.
- Il s’agit dans le §. 3. de la pêche du Germon , près de l’Ifle-Dieu. Cette pêche dif-
- # fere peu de celle de la Morue, dont nous di-fons quelque chofe dans le §. 4»
- Dans le §. 5*. nous parlons d’une pêche à peu près femblable , qu’on pratique en plu-fieurs endroits , ôc particuliérement auprès de Bayonne, pour prendre des Thons.
- Nous rapportons dans le §. 6. des pêches peu différentes , 'qui font d’ufage à Cette en Languedoc, à la Guadeloupe, Ôc en RufFie.
- L’objet du §. 7. eft une pêche que font les Payfans voifins de la mer, en Chypre, avec de petits Radeaux formés de tiges féches de fenouil, autour defquels ils attachent des lignes fimples ôc des hains.
- Nous donnons dans le $.8. page 6%. une pêche peu différente , qu’on pratique depuis Mafulipatan jufqu’à Madras , avec des efpe-ces de ratz qu’on y nomme Catimarans.
- Il s’agit dans le §. 9. de différentes petites pêches ufitées dans les étangs de Cette en Languedoc, avec des corps flottants que le vent ou le courant portent au large.
- Dans les endroits où il y a beaucoup de Brochets, certains Pêcheurs mettent un hain à l’extrémité d’une ligne K, PI. Xyil. Fig* 22 ; ôc à l’autre bout, un morceau de bois B, qui flotte fur l’eau , ôc qu’ils nomment Quille , parce qu’il eft effeôlivement en cône comme une quille. On jette dans le lac de Joux, fitué en Franche-Comté au bord de la Suiffe, ôc qui eft très fpacieux, quelquefois une cinquantaine de ces hains, que l’on laiffe flotter au gré du vent ôc du courant. Après quoi l’on va avec un batelet chercher les quilles qui fervent alors de lignai ; ôc on tire à bord celles dont la fituation, plus ou moins perpendiculaire , dénote qu’il y a un poiffon pris a l’appât ; au lieu que les autres quilles flottent horifontalement. •
- Enfin, nous difons un mot dans le §. 1 o. d’une pêche qu’on fait quelquefois pour fe divertir, en occafionnant une efpece de combat entre des Canards Ôc des Brochets.
- Dans le Chapitre III, page 62. il eft quef-tion des grandes pêches qu’on fait dans les rivières, les étangs, ôc à la mer, avec des cordes garnies de lignes Ôc d’hains.
- Nous commençons par y donner une idée de la différence dont ces pêches font fufcep-tibles relativement à la profondeur où l’on établit les hains. Car il y en a qu’on deftine à prendre les poiffons qui parcourent le fond de la mer ; d’autres fe tiennent conftamment près de la fuperfîcie ; enfin beaucoup plus nagent à divers degrés de profondeur. C’eft une partie de notre Art que de régler la Pêche fuivant les circonftances que nous détaillons en cet endroit. Attendu que l’on s’y conforme foit le long des côtes, foit au large, ôc dans les eaux douces comme à la mer, nous diftribuons cette matière en plufieurs Articles.
- Le I. Art.;vage 6$. concerne la Pêche aux
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- ®o TRAITE DE
- cordes , tant dans les eaux douces qu’en mer, à une petite diftance des côtes. Nous le divifons en quatre paragraphes ; dont le premier ,page 6$. traite de cette pêche, telle qu’on la fait avec des lignes dormantes dans les Etangs ou dans les Rivières.
- Les § §. 2. ôc 3. page 70. regardent ces mêmes pêches par rapport à la Mer ; foit à une petite diftance des côtes, foit entre les rochers.
- On voit dans le 4. §. la maniéré dont elle fe pratique dans quelques parages particuliers.
- Nous confidérons dans le II. Art. p. 71. les grandes pêches que l’on fait au large avec des cordes 5 tendues ou par fond ou entre deux eaux. C’eft pourquoi l’objet du §. i.eft la pêche où les cordes font calées au fond de la mer. Outre les détails qui appartiennent à la diftribution des cablieres ôc des bouées , on y trouve la maniéré d’arranger les cordes dans des paniers pour les porter à la mer ; ôc les attentions avec lefquelies les Matelots tendent leurs cordes, ôc les relevent.
- Dans le §. 2. page 73. nous décrivons une grande pêche qu’on fait fur les côtes de l’Etat Eccléfiaftique, ôc que l’on y nomme Piélago. Elle différé peu "de la pêche qu’on appelle aux Palangres en Provence, ôc Pêche aux cordes dans l’Océan ; fur-tout de celle qu’on appelle Petite Corde.
- Dans toutes les pêches dont nous venons de parler, la maîtreffe corde eft chargée de cailloux pour la faire caler à fond. Mais quand on veut prendre les poiflons qui quittent le fond ôc qui s’approchent quelquefois de la furface de l’eau , on fait flotter les cordes , en y attachant au lieu de cailloux ôc de cablieres ,* des corcerons de liège. Cette pêche fe nomme dans l’Océan, la Bellée. Nous l’avons décrite dans I’Art. IïI.page 73.
- Attendu que , quand on pêche ainfi entre des roches, on doit le faire avec certaines précautions. Nous en avons traité expreffé-ment dans la page 74. §. 1.
- L’objet du §. 2. eft une pêche Napolitaine nommée Paranchufo, qui a du rapport à la Bellée, à peu près comme le Piélago en a aux pêches par foad.
- S P ES CHES.
- Le IV. Art. page 74. concerne les pêches dans lefquelies on fe fert de cordes qui s’étendent comme en diagonale depuis la furface de la mer jufqu’à fon fond. Les empiles, au lieu de tenir à la maîtreffe corde, n’ont de liaifon avec elle que par le moyen foit de morceaux de bois , foit de cercles de fil d’ar-chal, auxquels elles font attachées. C’eft ce que nous détaillons dans trois paragraphes,' Le premier eft occupé par la pêche qu’on nomme Traîner la Balle. On y voit des morceaux de bois appellés Baluettes, diftribués à plufieurs diftances fur une maîtreffe corde f ôc à l’extrémité de chacun defquels eft une empile. Tout au bas de la maîtreffe corde eft un corps pefant, tel qu’un boulet, deftiné à la tenir toujours tendue. Cette pêche fe fait fous voile : c’eft pourquoi on la défigne par le terme de Traîner la Balle.
- Le Libouret eft décrit dans le §. 2. page 7y.’ Dans cette pêche la corde eft terminée par un plomb qui porte fur le fond. Il n’y a qu’un morceau de bois qu’on nomme Avalette, ÔC qui eft placé 4 à 3 pouces au-delfus du plomb. On attache à fon extrémité plufieurs empiles. Cette pêche fe fait à l’ancre.
- Dans le §. page 76. nous parlons d’une pêche que les Bafques appellent le Grand Cou-pie. Ils attachent à l’extrémité de leur corde un morceau de fil de fer courbé en arc, qui porte un plomb : ôc aux deux bouts de ce fil de fer ils mettent plufieurs lignes fines où font attachés des hains. Comme on jette à la mer beaucoup de ces lignes qui font de différente longueur , il en réfulte, de même que quand on pêche avec la balle , qu’il fe préfente des appâts aux poiflons qui fe trouvent à diffé-; rentes profondeurs dans l’eau.
- Tel eft l’Expofé fommaire de ce qui eft traité dans le I. Chapitre , où nous nous étions propofé de rapporter ce qui regarde la Pêche aux hains. On voudra bien fe rappel-ler que nous avons réfervé pour l’hiftoire particulière des poiflons nombre de détails qui appartiennent aux divetfes maniérés dont on les pêche.
- EXPLICATION
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- S E c T. I. De la Pêche aux Hameçons. 8 l
- EXPLICATION DES FIGURES
- DE LA .P REM 1ERE SECTION DU TRAITE GÉNÉRAL
- DES PESCHES*
- Cli omme nous nous fommes fort appliqués à rendre compte dans le corps de l'Ouvrage de ce que repréfentent les Figures , nous nous bornerons ici à de Amples indications ; pour ne point faire des répétitions inutiles.
- PLANCHE PREMIERE:
- Cette Planche repréfente des Hains de differentes grandeurs. Ceux depuis la Fig. i. jufqu’à la Fig. 8. font pour pêcher differentes elpeces de Poiff-fons dans les rivières. La Fig-, 9. repréfente un hain pour prendre de gros Brochets, lequel a un empilage de laiton. La Fig. 10. eft une piece de fil de fer, qui étant pliée forme deux hains. On voit dans la Fig. 11. deux hains adoffes fun à l’autre , 8c dont f union donne une forme femblabie à celle du Num. 10. La Fig. 12. eft un gros hain dont on fe fort fur le Grand Banc pour la pêche de la Morue : on y à joint fon empilage & une portion de û ligne. Les Fig. 13. & 14. font deux hains ufités pour la pêche de la Morue à l’Ifle de Terre-Neuve i iis font moins gros que le précédent ; leurs empilages font à la Françoife*
- P L A NC HE IL
- La Figure r, repréfente une portion de Baufife ou Corde, garnie d’un caillou qui la fait caler, pour la pêche des groflês Raies. La Fig. 2. eft un hain à deux crocs, avec un empilage de cuivre 8c un leurre , pour la pêche du Thon, lor/qu’on en rencontre dans les traverfées en allant à Terre-Neuve.
- PLANCHE III.
- Les Hains, Fig. 2. & 3. fervent pour la pêche de la Morue au Petit Nord. Celui, Fig. 3. eft empilé à la Françoife; celui, Fig. 2. à l’Angloife. Quand les Morues font rares 8c fort enfoncées dans l’eau, on fe fert quelquefois des petits hains, Fig.5,
- La Fig. I. repréfente une Bauffe pour la pêche des Raies 8c d’autres gros poiflons.
- La Fig. 4, montre en grand un Nœud pour attacher les. cailloux à la mafoeffe corde.
- PLANCHE IV.
- La Figure r. repréfente un Appelet chargé de cailloux. Son uffige eft de prendre des Soles, des Limandes, '8cc. La Fig. 2. eft un hain avec un empilage Pesches. X
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- 82 TRAITÉ DES PESCHES.
- de laiton, tel c[u’on en embarque pour prendre des Bonites dans la trayerfec de
- l’Amérique^
- PLANCHE V.
- L a Figure i. fait voir une portion d’Appelet dont les empiles font garnies <3e Corcerons de liège : on s’en fert dans les terreins vafeux pour prendre des Merlans , des Limandes, des Vives , Sec.
- La Fig. 2. repréfente en petit la difpofitîon d’un Appeler pour pêcher a la Balle. La Fig. 3. repréfènte le vrai Libouret qui fert, comme la Balle, à prendre des Maquereaux, des Merlans, Sec. On voit dans le fond en petit, Fig. 4. la difpofition de ce qu’on appelle le Grand Couple , où les lignes font attachées aux extrémités d’un fil de fer courbe.
- PLANCHE VL
- • Les Figures r .Se 2. font des Hains avec des empilages de crin , pour prendre des Anguilles. La Fig. 3. eft unhain empilé avec une efpece d’écheveau de fil, & qui fert à prendre des Raies.
- Les Navigateurs qui font de grandes traverses, prennent des Pilotins Se d’autres poilïons avec les hains, Fig. 2. Se y. Les hains % Fig. 6. Se 7. fervent à prendre des Bonites &‘des Tazards. La Fig. 4. eft une portion d’Appelet aflez femblable à celui delà PL V. Fig. 1. à l’exception quil n’a point de corcerons de liège. La Fig. S. eft un hain avec fà ligne, au bout de laquelle eft un caillou : on s’en fert fur les grèves pour faire la pêche qu’on appelle Petite Cabliere*
- PLANCHE VIL
- O n voit fur cette Planche, de gros Hains qui fervent pour la pêche de la .Morue, avec des leurres de plomb qui tiennent lieu d’appâts.
- PLANCHE VIII.
- Elle repréfente un petit Métier nommé Quarré, qui fert à commettre des lignes fines ou piles, pour empiler les petits hains.
- PLANCHE IX.
- O n voit fur cette Planche tout ce qui a rapport à la Fabrique Se à l’Etamage
- des Hains. >
- PLANCHE X.
- Les Fig. 1. 2. Se 3. font des pièces de cordes ou Appelets de différentes groflèurs, garnis de lignes, empiles , hains, cailloux Se corcerons de liège,
- Fig. 4. Une Ancre.
- Fig. y. Des Cailloux pour attacher aux cordes.
- ' Fig. 6. Des Bouées de liège faites enBarique, avec leur corde.
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- S E c T. I. De la Pêche aux Hameçons. 83
- Fig. 7. Une Cabliere, & un Plomb de-Sonde. Dans la Fig. 8. AyByCyD%Ey font différents Crocs 8c Harpons pour prendre les poifïons.On voit àlai'ïg’. 9. une Cateniere, que 1 on traîne pour trouver au fond de l’eau un appeler qui y eftrefté-Fig. 11 : Un Grapin pour le même ufàge. Fig. 12 : Une Flotte de liège. 13: Une Corbeille pour porter les appelets à la mer. Fig.' 14: Un Croiflant qui fert à couper les longues herbes qui pourroient incommoder. Fig. 1J : Une Serpe pour couper les branches d’arbres, le long des étangs Sc rivières, & pour appoin-tir les piquets. Fig. 16 : Un Bateau Picard , mis ici pour faire connokre le nom des différentes parties de ces petits Bâtiments*
- P L A N C HE \X I.
- Figure ï. Bateau Pêcheur du Pollet, fauxbourg de Dieppe. Fig. 2: Bateau Bâtard du Pollet. Fig. 3 : Petite Quenouille du Pollet. Fig. 4 : Warneteur du petit Veulle , autre quartier de Dieppe. Fig. J : Clinquart de S. Valéry. Fig. 6 : Yolle eu Bifcayenne. Fig. 7 : Bateau* dans le lointain , qui a fon mât abattu. Fig, 8 : Canot d’écorce, des Canadiens. Fig. p : Pirogue couverte de cuir, ulitée parmi les Groenlandois.
- P LA NX HE XIl.
- Figure r. Bateaux - Pêcheurs de Cayeux*. Fig. 2 : Petit Bateau - Pêcheur» Fig* 3 : Petits Bateaux de la Somme. Fig. 4 : Bateaux-Pêcheurs de Provence.
- PLANCHE XII L
- Figure i. Bâtiment Provençal, qui étant pris de mauvais temps appareille une voile quarrée. Fig. 2: Gondole avec une grande voile & un foque à lavant. Fig. 2 : Une Coralliere.
- P LA NC HE XIV.
- Figure ï. Des Appelets qu’on a mis fécher; d’autres qui fbnt roués , & d’autres lovés dans une corbeili Q.Fig. 2 : Àcquereffes qui amorcent des hains & réparent des appelets. Fig. 3 : Un petit Bateau avec des hommes qui pêchent des Maquereaux à la canne.
- PLANCHE XV.
- Figure 1. E, Pêcheurs à la canne. Le Pêcheur G fait fautiller fà ligne à la furface de l’eau : & celui F a tendu un nombre de cannes au bord de l’eau, Sc va examiner s’il y a quelque chofe de pris. On voit en H des poillbns pris à des lignes fimples.
- La Fig. 2. repréfente des Pêcheurs à la perche entre les rochers au bord de la mer. On voit dans la Fig. 3. des détails qui ont rapport à la Pêche à la canne.
- PLANCHE XVI.
- On a repréfenté fur cette Planche des Lignes Àngioifes avec des Appâts
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- 84 TRAITÉ DES P ESCHES.
- Faétices. On voit au bas de la Planche un Pêcheur qui a pris un gros poiiTon ; & un jeune garçon qui fe tient tout prêt pour le recevoir dans un petit filet quand il fortira de Peau : précaution fans laquelle ce gros poiffan pourroit échapper dans ce moment.
- PLANCHE X VIL
- On voit dans la Vignette au haut de la Planche , des Pêcheurs qui tendent rde baffe mer fur le fable, des petites Cablieres & des Bauffes chargées d’hains;’ fAu bas de la Planche font différentes maniérés d’ajufter des hains à la circonférence d’un Cercle ; à un Plomb ; à un Panier; à une Croix ; le* long d’une Corde , &c.
- La Figure 21.. eft un Cylindre de plomb, fimple leurre, dont les crochets prôduifent lé même effet que les Hains de la Fig. 10. Voyez ce que nous en difons dans la page 78.
- On voit dans la Fig. 22. une Quille de bois deftinée à flotter fur l’eau , dans>‘ laquelle elle entraîne plus ou moins loin la ligne. Cette Pêche eft expliquée dans la page 79.
- PLANCHE XVIII. .
- O n voit dans la Vignette,, des Pêcheurs occupés à tendre fur des piquets ou pâlots, des cordes garnies d’hains. Au bas de la Planche font les différents Ufz tenfiles néceflaires pour cette pêche.
- PLANCHE XIX.
- La Figure r. repréfente une coupe de la mer, pour faire voir comment les hains fe diftribuent dans l’eau, lorfqu’on pêche avec une corde flottante qu’on nomme la Reliée. On voit dans la Fig. 2. des Pêcheurs qui mettent à l’eau leurs appelets, cordes ou palangres. Fig. 3 : Les Pêcheurs retirent leurs appelets de la mer, & ils les arrangent dans des paniers. Fig. 4 ; Pêcheurs qui mettent à Peau ; une corde chargée de cailloux pour pêcher par fond.
- PLANCHE XX.
- * "Lx. figure 1. eft une coupe de la mer , 011 des Morues fè prennent aux appâts qu’on leur préfente. La Fig. 2. eft pareillement une coupe de la mer, dans laquelle on voit une corde ou bauffe établie fur le fond où fe prennent des poiflons. Fig. 3 : Des Pêcheurs qui font leur métier entre les rochers avec une corde flottante*
- PLANCHE XXL
- Figure i. Des Pêcheurs qui traînent la Balle , ou qui pêchent avec la Balle. La Fig. 2. repréfente la pêche au Grand Couple ; & l’on voit dans l’é-paiffeur de l’eau comment les appelets s’y diftribuent.
- Fin de la première Section•
- DE L’IMPRIMERIE DE L, F. DELATQUR. ,7^.
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