Descriptions des arts et métiers
-
-
- 1
- \
- (
- \
- )
- k '
- <
- , t
- fl
- *
- ' : J
- *C
- r
- *•
- i
- I'
- , r
- i
- * ~*<xi \ .
- p.n.n. - vue 1/108
-
-
-
- *u
- V
- V
- ,-vm
- zjÈgxgp====smmmmmmm93B?
- SECONDE SECTION.
- <•
- r'.
- r.
- <*
- *
- A
- 4,
- V"
- «
- *
- Page de titre n.n. - vue 2/108
-
-
-
- -1
- 'i
- : \:..y
- &
- V
- *’
- . O
- t
- «
- *
- • $•
- 4
- *
- :M
- ''M*. ,Jf- ••,...
- •
- WV
- t
- SÊ
- 4.
- .-) ' ‘ 'A'*
- î
- p.n.n. - vue 3/108
-
-
-
- TRAITÉ
- DES PÊCHES,
- E T
- HISTOIRE DES POISSONS.
- o v
- DES ANIMAUX QUI VIVENT DANS L’EAU-
- SECONDE SECTION.
- Des Filets ; & des differentes façons de les employer pouf
- plujîaurs Jortes trc Pêcfl£S.
- INTRODUCTION.
- On a pu appercevoir dans la Seétion précédente, & on le fentira encore mieux par ce que nous rapporterons dans la fuite, que les Pêcheurs fe li-vrent à des travaux très-pénibles, & qu'ils s'expofent à de grands dangers, pour fournir des aliments à ceux qui, occupés d'autres objets , fe nourriflent en partie des produits de la Pêche, fans avoir prefqu'aucune idée des peines qui! faut fe donner pour prendre les poiflons quon fert fur leurs tables. Mais d'un autre côté ce font les confommateurs qui fubviennent par l'achat des poiflons * à la fubfiftance des Pêcheurs & aux grands frais de la Pêche ; car celles qui fe font aux filets, exigent fur-tout des dépenfes confidérables. Le liixe des gens opulents tourne donc très-efficacement au profit des Pêcheurs , puifque de beaux Turbots > des Poules de mer 5 des Rougets que l'on paye fort cher 9 fe prennent aufîi aifément que des Chiens de mer qui fe vendent un très - vil prix* Nous avons fait voir dans la Première Seétion comment les Pêcheurs ont fïi profiter de la voracité des poiflons pour les engager par des appâts à fàifîr un crochet de fer , dont ils ne pouvoient enfuite fe débarraflèr. La forte de Pêche dont nous allons parler a eu probablement une autre origine*
- Il efl: aflez naturel de croire que ceux qui habitoient les bords des rivîere^ & de la mer, appercevant un nombre de poiflons raflemblés en un endroit, ont P es ch es. IL Secî. A
- p.1 - vue 4/108
-
-
-
- 2 TRAITÉ DES PESCHES.
- eflayé de les couvrir avec des paniers pour les empêcher de le dilperfor ; ou bien ils ont eflayé de pafler ces paniers en-deflous , afin d’enlever les poiflons hors de l’eau ; ou encore ils ont tenté de les renfermer par des toiles, ou d’autres tiflùs équivalents, pour les tirer à terre. Ilparoît allez probable que ces induftries, fort groflleres dans leur origine & qui fe préfontent allez naturellement à l’efprit, ont pu faire naître l’idée des différentes elpeces de filets qu’on emploie pour la Pêche : car on le ferabien-tôt apperçu que l’eau paflânt difficilement par des tiflùs ferrés, il falloit en avoir d’autres plus lâches & dont les fils fuflent plus ou moins écartés. Cette idée a du conduire à celle des filets. Une fois que les rets ont été imaginés, on en a fait de bien des formes différentes. Les uns en maniéré de chauffe font propres à arrêter les poiflons qui foivent le cours de l’eau ; d’autres en nappe retiennent le poiflbn ; de ce genre font les Saines ; d’autres auffi en nappe font formés de mailles tellement proportionnées à la groflèur des Poiflons , qu’une fois engagés par la tête ils ne peuvent s’échapper ; tels font les Manets : d’autres qu’on nommeTramaux, font formés de trois nappes, dont les mailles ont différentes ouvertures ; & ceux-ci prennent tous les Poiflons qui fe préfentent, de quelque groffeur qu’ils foient. On a enfoite imaginé de former avec ces différentes elpeces de filets, de grandes enceintes, lefquelles retiennent le poiflbn qui y eft entré avec l’eau de la mer : c’eft ce qu’on appelle des Parcs. Non content de pratiquer cp? înduftries au bord de l’eau , on a imaginé des moyens d’aller chercher les poiflons avec des rets fort loin de la côte, & même à une grande profondeur.
- Nous n’infifterons pas davantage for toutes les induftries, plus ingénieufos les unes que les autres , qui ont focceflivement été imaginées pour étendre la Pêche avec les filets. Le peu que nous venons d’indiquer offre un vafte tableau & des objets très-intéreflàns, qui doivent faire le fojet de cette fécondé SeéUon, laquelle fera divilee en plufieurs Chapitres.
- Dans le premier nous traiterons de la fabrique des Filets, Nous y détaillerons les différentes efpeces qui font en ufage, & les préparations quon leur donne pour en prolonger la durée.
- On verra décrites dans le fécond toutes les Pêches qui fo font au bord des rivières, des étangs & de la mer , ou à une petite diftance du rivage.
- Dans le troifieme , il s’agira des Pêches en pleine mer, & à une grande profondeur dans l’eau.
- Cette marche nous mettra en état de commencer par les Pêches les plus fimples, qui ferviront en quelque forte d’introduélion aux Pêches plus corn-pofées & plus confidérables.
- p.2 - vue 5/108
-
-
-
- Section 11- Chap. I. Des Filets ; de leur fabriqué , &c.
- 3
- CHAPITRE PREMIER.
- Des Filets J de leur fabrique, de leur entretien, SC leurs différentes
- efpecés.
- Le s Filets qu’on emploie dans nos Mers font faits généralement avec de bori fil retors , du meilleur brin de chanvre ou de lin. Cependant on fait eri Provence quelques gros filets avec de l’auffe , & les Groenlandois avec des barbes de Baleine, ou des nerfs de Daim. Lionel Wafer dit auflî que les Indiens de Flfthme de l’Amérique pêchent avec de grands fikts d’écorce de mahot, &c. Nous aurons occafion de parler ailleurs de ces cas particuliers* Il ne s’agit ici que de ce qui fe pratique le plus communément.
- Quelques Pêcheurs établis dans les Villages fement un champ en chénevis i ils font la récolte du chanvre ; ils le rouillent , le teillent, le férancent eux-mêmes, & fe difpenfent par-là d’en acheter. Mais ces travaux s’af focient difficilement avec les occupations continuelles de la Pêche ; & ils font abfolument impraticables pour les Pêcheurs qui habitent les Villes. Ainfi les Pécheurs fort occupés de leur métier achètent au marché la filaffe toute préparée ; 8c quand ils ont une nombreufe famille , 1 es femmes & les filles s’occupent à la filer, PL V\ Fig. i. Mais comme la fabrique des filets exige beaucoup de main-d’œuvre , & qu’on peut pour un écu de fil faire une étendue de filets qui coûteroit 12 liv. les Pêcheurs, pour peu que leur famille foit nombreufe, travaillent eux-mêmes leurs filets ; les femmes & les filles retordent le fil, & même aident aux hommes à lacer ou mailler les filets, étant ail moins auflî habiles qu’eux à cette forte de travail.
- Ceux qui n’ont point de famille font obligés d’acheter leurs filets, & c’eft pour eux une dépenfe confidérable. Ceux même qui la fupportent, ne font pas difpenfés de favoir mailler, ne fût-ce que pour rétablir les filets qui ont fouffert quelques dommages ; car ils feroient épuifés en frais, s’ils étoient perpétuellement obligés de payer ces fortes de rhabillages, que les Pêcheurs qui fàvent mailler, font, ainfi que leurs femmes, dans les intervalles de temps qui ne font pas propres à la Pêche.
- Quoique nous ayons prouvé dans VArt de la Corderie, que les chanvres du Nord bien choifis font des cordes plus fortes que la plûpart de ceux du Royaume, les Pêcheurs préfèrent ceux de France, & je crois qu’ils ont raifon* parce que nos chanvres font durs & ligneux. Cette qualité, qui eft un défaut pour des cordes, fait qu’en général ils pourriflent moins promptement que ks chanvres doux du Nord qui font des cordes plus fortes.
- p.3 - vue 6/108
-
-
-
- TRAITÉ DES PESCHES.
- Article Premier*
- Idée générale des diverfes efpeces de Filets,
- 3Les Pêcheurs ne font point les cordages qui leur font néceffaires ; ils les achètent des Cordiers, qui les leur vendent au poids.
- La filaffe ôc le fil s’achètent aux Marchés à la livre , différents prix , fuivant la fineffe Ôc la qualité de l’un ôc de l’autre. Il y a des Pêcheurs âgés ou infirmes , qui s’occupent avec leur famille à faire des filets, qu’ils vendent à Faune , ôc dont le prix varie fuivant la nature du fil, la grandeur des mailles Ôc la chute du filet. Par exemple, les Saines pour le Hareng font les plus cheres ,, non-feulement à caufe de leur hauteur, mais encore parce que les mailles font fort ferrées ôc en grand nombre ; ce qui fait qu’un habile Laceur ne peut en faire par jour que 8 à p aunes. Au contraire un bon Ouvrier peut faire 12 à 1 j aunes de Manets qui fervent pour la pêche du Maquereau , dont cependant les pièces ont 42 à 44 mailles de chute.
- Les Rets dont nous venons de parler, & plufieurs dont il fera queftion dans la fuite, font de fimples Nappes, Pi. I, Fig. 1. & 2. mais qui différent allez confidérablement entre elles. Les unes , ayant les mailles fort petites , retiennent le poiffon à-peu-près com-’ me le feroit une toile claire ; d’autres qui font deftinées à prendre fpécialement une efpece de poiffon, doivent avoir leurs mailles tellement proportionnées à la groffeur ordinaire de cette efpece de poiffon, que la tête qui eft plus menue que le corps entre dans les mailles pendant que le corps ny peut paffer ; alors le poiffon qui a engagé fa tête dans une maille ne peut la franchir, à caufe de la groffeur de fon corps ; ôc il ne lui eft pas poffible de fe dégager en reculant, parce que les fils du rets s’engagent dans fes ouies. Si les mailles de ces filets font trop petites , les poiffons rebrouffent chemin avant que d’avoir engagé leur tête jufqu’au delà des ouies; ôc fi elles étoient trop larges, les poiffons les franchiroient Ôc parferaient au travers.
- Il y a des filets plus compofés, qu’011 nomme Tremaüs ou Tramaux , PI. I. Fig. 3. parce qu’ils font formés de trois nappes ou rets pofés les uns fur les autres ; ce qui forme trois mailles qui fe recouvrent.
- Les deux rets A, PL I. Fig. 3, qui renferment le troifieme, B, qu’on voit placé entre deux, font formés de gros fils très-
- Article
- forts, ôc les mailles en font grandes ; on leë appelle volontiers Hamaux ou Aumés. Les mailles des hamaux, de la drege, par exemple , ont de grandeur neuf pouces en quarré. Comme les hamaux qu’on emploie en mer n’ont fouyent que quatre mailles de chûte , un bon Laceur en peut faire 150 aunes par jour.
- Le rets qu’on voit entre les deux Hamaux, PI. I. Fig. 3 , fe nomme la Nappé ou la Toile, ou encore la Flue. Il eft fait avec du fil très-délié , ce qui n’eft fujet à aucun inconvénient , parce que la flue eft foutenue par les fils des hamaux qui, comme nous l’avons dit, font très-forts, ainft qu’on le voit dans les Figures 3. & 4., PL I.
- Les pièces de flue ont les mailles beaucoup plus ferrées que les hamaux, puifqu’au-lieu de quatre mailles de chûte , elles en ont 42 ; ôc pour cette raifon , le meilleur ouvrier n’en peut faire que 12 à 1 > aunes par jour, 11 eft vrai que la flue doit avoir un peu plus d’étendue que les hamaux, pour qu’elle foit toujours flottante entre deux : on en appercevra la raifon, fi l’on fait attention que quand un fc fert de ce filet les poiffons ne s’y maillent point comme quand on emploie les manets ; ceux qui donnent dans la flue lui font faire une bourfe entre les grandes mailles des hamaux; en fe débattant ils tombent dans cette bourfe, ils s’enveloppent du filet, 6c ne peuvent s’échapper. L’avantage de ce filet eft qu’il s’y prend des poiffons de groffeurs fort différentes , ôc qu’ils font également arrêtés de quelque côté qu’ils donnent dans le filet.
- Outre les deux efpeces de filets dont je viens de parier , qui font en nappe, il y en a qui forment un fac conique : on leur donne fur les rivières plufieurs noms, entre autres, celui de V?rveux. Ceux qui fervent à la mer les appellent Sacs ou Caches , Queues, Manches, &c. PL I. Fig. 6. Je donne pour exemple un Verveux : ces filets, à la forme près, font maillés comme les Saines.
- Il y a bien des fortes de filets dans les trois genres dont nous venons de donner une idée; Ôc nous comptons en parler fort en détail, lorfque nous traiterons des Pêches où l’on en fait ufage. Mais il faut préfentement paffer à la fabrique des filets.
- Second.
- De la Fabrication des Filets.
- jamais des fils fimples : pour que ces filets fe foutiennent & qu’ils durent, ils doivent
- * être
- Quoiqu’on faffe certains filets avec des fils très-lins, on n’y emploie prcfque
- p.4 - vue 7/108
-
-
-
- Section II. Chaf. I. Des Filets; de leur fabrique , 6c. y
- 'être faits avec du fil retors. Il faut donc que les fileufes achètent de bonne filaffe, bien fine, bien épurée de chenevottes , qui foit forte, bien mûre, ôc point trop rouie : elles doivent la filer de différentes groffeurs, fui-vant l’efpece de filet qu’on fe propofe de faire. Que la filaffe foit filée au fufeau, ou au rouet, PL V. Fig. i, il n’importe ; pourvu que le fil foit bien uni, ôc fuffifamment tors , fans l’être trop ; car un fil trop tors n’a presque pas de force. Ce font aufïi les femmes qui retordent Ôc doublent le fil qui doit être employé pour le corps du filet. Mais les Pêcheurs ont befoin de lignes, ou petites cordes de 8 pouces, ou d’un pied de longueur au plus, pour lefquelles le fil doit être retors en quatre. Ces petites ficelles , que fur plufieurs côtes les Pêcheurs nomment Ai-nards , leur fervent à attacher la tête du filet fur une corde qui forme une Bordure, ou en terme de marine une Ralingue. Les Saines & les Manets en ont fur-tout befoin.
- Ce font ordinairement les hommes qui font ces Ainards, avec une efpece de rouet, à-peu-près le même, mais plus grand que celui que nous avons repréfenté dans la première Section , PL XLI. Fig. 4. Ce rouet, PL V. Fig. 2, eft formé par une roue A qui eft fixée folidement ôc horizontalement dans un mur . par un fort étrier de fer bb.
- Une petite JS/tani'ziellp r f fert- a fairf1 fnurnpr
- cette roue , dont la circonférence eft enveloppée de deux cordes : chacune fait tourner une molette ; on attache au crochet de chaque molette un fil retors ; ôc les deux fils e s’unifient à un crochet qui tient au plomb f : à mefure qu’on tord les fils e , ils fe roulent f un fur l’autre, ôc le plomb f monte proportionnellement.
- Il n’eft pas hors de propos de faire remarquer qu’il y a une grande différence entre les fils fimplement doublés ôc retors par les femmes , ôc ceux qui font commis par l’homme Fig. 2. Pl. V. Les femmes roulent l’un fur l’autre les deux fils qu’elles ont foin de tenir mouillés, les deux pelottes étant dans un vafe rempli d’eau : ces deux fils venant à fe deffécher dans cette pofition, relient un peu adhérents entre eux, quoiqu’il n y ait point de force expreffe qui les engage à fe rouler l’un fur l’autre.
- Il n’en eft pas de même des fils que commet l’homme, Fig. 2. Comme il imprime un tortillement à chaque fil, e ; ils font effort pour fe détordre , en conféquence ils fe roulent l’un fur l’autre ; ôc il faut une force plus confidérable pour défunir ces fils commis , que ceux qui ont été fimplement retors.
- Le Quarré, repréfenté fur la Planche VFlî. de la première Seêlion, les rouets des Cordiers, Ôc ceux qu’emploient les Ouvrières qui font des cordonnets de foie, fourniffent des moyens bien plus expéditifs de commettre
- P ES CH es. IL Secl.
- enfemble plufieurs fils, que la petite ma* chine que je viens de décrire; mais j’ai cm ne devoir pas négliger d’en parler, d’autant que dans plufieurs Ports elle eft d’un ufage affez commun.
- Les Pêcheurs ont encore befoin de ganfe fine, qu’on nomme fur îa côte de Normandie TFXarretêe^ pour joindre enfemble plufieurs pièces de rets, qui doivent former par leur réunion une piece complette de Saine ou de Manet. Mais ils n’ont pas coutume de les faire ; ils les achètent des Cordiers.
- Il faut donc que ceux qui veulent faire des filets, foient pourvus de fil retors de différentes groffeurs, ainfi que de plufieurs fortes de lignes ou ficelles : il leur faut de plus quelques outils ; nous en parlerons dans un inf-tant.
- §. 1. De la meilleure maniéré de conftater la grandeur des Mailles.
- Les filets ne doivent pas avoir tous une même grandeur de maille. Nos Le&eurs en ont dé^a apperçu quelques raifons dans le peu que nous avons dit des Saines, des Manets, ôc des Tramaux. Mais on a jugé qu’il étoit important à la confervation du poiffon qui peuple la Mer, de fixer l’ouverture des mailles que devoit avoir chaque efpece de fi lot. il n’eft pas aifé de mefurer exactement en pouces Ôc lignes l’ouverture des Mailles : aufïi les Pêcheurs ne fuivent-iis pas cette méthode. Ceux des Ports du Ponant comptent combien il y a de Nœuds au pied, ou à la Braffe ; ôc ceux de la Méditerranée di-fent qu’il y a tant d’Qurdres au Pan ou à la Braffe ; ce qui revient au même. La différence confifte dans la diverfité des mefures Ôc des exprefîions. Dans les Ports de l’Océan le Pied eft de 12 pouces, ôc la Braffe eft de y pieds. Dans les Ports de la Méditerranée le Pan eft de p pouces, ôc la Braffe de 7 \ Pans. Ainfi, par exemple, PL I. Fig. y , un filet de huit ourdes au Pan, eft celui dont huit nœuds font la longueur d’un Pan ou de p pouces.
- Cette façon de mefurer la grandeur des mailles par le nombre des nœuds ou ourdres 9 eft commode ; mais elle n’eft pas sûre : car en fuppofant que la grandeur foit telle qu’on l’exige au fortir des mains de l’ouvrier ; elle change confidérablement lorfque le filet a fervi, ou même quand il fort de la teinture ou du tan; les fils fe détordent, ils fe crii-pent, ils augmentent de groffeur, ôc perdent d’autant de leur longueur ; ce qui diminue confidérablement l’ouverture des mailles. Cette réflexion a fait propofer d’établir la grandeur des mailles fur le diamètre des moules qui fervent à les travailler. On verra dans la fuite, que les moules pour les petites mailles font des morceaux de bois arrondis, ôc qu’il y en a de plats pour les grandes mailles,
- B
- p.5 - vue 8/108
-
-
-
- 6
- P ESCHES.
- TRAITÉ DES
- L’Ordonnance de Ï621 a fixé la grandeur des mailles pour toutes les efpeces de filets, ôc a ordonné qu’il feroit dépofé au Greffe des Amirautés des échantillons de toutes ces efpeces, pour avoir fous les yeux un objet de comparaifon. Mais cette Ordonnance mettroit les Juges en droit de faire brûler tous les filets ; car en fuppofant qu’un filet neuf auroit été conforme a l’Ordonnance , il ne fe feroit plus trouvé tel après avoir fervi, pour les raifons qui ont été rapportées plus haut. Quelques-uns ont cru qu’il eût été mieux de fixer les dimenfions des moules, ôc d’en cbnferver aux Greffes des Amirautés non-feulement des modèles exa&s, mais de plus des étalons, qui feroiént des trous percés dans des plaques de cuivre ; au moyen defquels on connoîtroit exaêlement Ôc facilement fi les inouïes qu’emploient les Mailleurs font conformes à l’Ordonnance. Mais ce moyen ne mettroit en état d’exercer la police que chez les ouvriers Mailleurs ; puifque les mailles changent d’étenduè par le fervice. Ge n’eft pas tout : la diminution des mailles devient encore plus ou moins confidérable, fuivant la groffeur du fil qu’on a employé pour les faire ; d’où l’on peut conclure que , quelques précautions qu’on prenne pour fixer les dimen-fions des moules, les Pêcheurs mal intentionnés auront un moyen d’éluder la Loi. Car fi l’on veut mefurer les mailles d'un filet qui aura fervi, les Pêcheurs crieront avec fondement à l’injuftice, affûtant que leur filet neuf étoit conforme à l’Ordonnance ; Ôc fi l’on fixe la grandeur des mailles par la groffeur des moules, ils parviendront a rendre en peu de tems les mailles plus ferrées, en employant du fil un peu plus gros. D’où il fuit que fi l’on prenoit le parti de fixer la grandeur des mailles par les moules, il faudroit en même-tems fpécifier de quel fil on fe ferviroit ; ce qui n’eft pas alfé à vérifier, d’autant qu’il y a des fils qui fe gonflent plus à l’eau que d’autres.
- On s’eft donc beaucoup attaché dans les différents réglements qu’on a faits relativement aux Pêches , à fixer la grandeur des mailles des diverfes efpeces de filets. Mais entre les inconvénients dont nous venons de parler, je ne fais pas fi l’on a fait attention que quand on traîne le filet obliquement au courant, ou fur le fable, les fils fe rapprochent, les mailles s’alongent, ôc elles diminuent tellement, que celles fur-tout des chauffes fe ferment pref-qu’entiérement : en ce cas l’exa&e dimenfion des mailles ne feroit utile que pour les filets qui feroient bien fendus, & qu’on oppoferoit perpendiculairementaucourant;ôccescirconf-tances font allez rares. Quoi qu’il en foit, en détaillant les divers uftenfiles dont fe fervent les Mailleurs, nous donnerons à peu près les dimenfions des moules qu’on emploie pour les différentes fortes de filets.
- §. 2. Des différents petits Inf rumens qui fervent à lacer ou mailler les Filets.
- Les filets font d’un tiffu trop lâche pour que les fils puiffent fe maintenir dans la fitua-tion réciproque qu’ils doivent avoir par leur feul entrelacement ; il a été néceffaire d’arrêter les fils les uns aux autres en faifant des nœuds dans tous les endroits où ils fe croifent, ôc il faut que toutes les mailles d’un filet foient d’une grandeur déterminée. Voici les outils qui font néceffaires pour ce travail.
- Des Cifeaux de moyenne grandeur. Ordinairement les Pêcheurs les prennent ronds par l’extrémité des lames, afin de pouvoir les porter dans leurs poches fans étui, ôc fans courir rifque de fe bleffer.
- Des Aiguilles de différentes grandeurs, Fl: V. Celle de la Figure 3 a 9 pouces de long fur 2 lignes d’épaiffeur. Quelques-unes font longues de 13 à 14 pouces. Cette aiguille, Fig. 3. fert pour lacer. L’autre, Fig. 4, qui n’a que 6 à 7 pouces de longueur, fert pour réparer ou ramender les filets fins, ôc aufli pour travailler les filets qu’on fait avec du fil très-délié. On fait ordinairement les uns Ôc les autres , d’un bois léger ; tel que le Coudrier , le Fufain, le Saule, le Peuplier. Elles fe terminent en pointe par un bout, g \ où elles fu jumen i. un angle- aigu • il faut que la points foit moufle, ôc que toutes les parties de l’aiguille foient arrondies, pour qu’il n’y ait point d’arrêtés qui endommagent le fil. Ces aiguilles font évuidées à jour en i g, dans une longueur de 2 pouces ôc demi ou 3 pouces, fuivant la grandeur des aiguilles ; Ôc on ménage au milieu de cette partie évuidée une baguette c d9 qui 11e s’étend pas jufqu’au haut; beaucoup de Pêcheurs la nomment Languette ; quelquefois on la forme avec une broche de fer.
- L’extrémité b de l’aiguille, oppofée à la pointe, eft fourchue ou entaillée d’environ un quart de pouce : cette partie b s’appelle la Coche ou le Talon.
- On charge, emplit ou couvre les aiguilles avec du fil : tous ces termes font fynonymes. Pour cela on prend un Peloton, ou en terme de Laceur un Liffeau de fil g9 Fig. j : on met un bout F du fil fur l’aiguille, Fig. 4 ; on pofe le pouce deffus ; ôc tenant le refte du fil h avec la main droite, on le paffe par-deffus la pointe de la languette dans l’efpace C D pour lui faire faire deux tours au pied de la languette ; puis on conduit le fil dans la coche B, on le remonte par derrière l’aiguille ; on le paffe fur la languette, ôc on le ramene dans la fourchette ou coche B du talon ; enfuite on le remonte fur la partie antérieure de l’aiguille ; on le fait paffer autour de la languette, de-là dans l’entaille du talon ; ôc on le remonte le long de la face poftérieure d® l’aiguille ; ce que l’on continue jufqu’à ce
- p.6 - vue 9/108
-
-
-
- Section II. Chap. I. Des Filets ; de leur fabrique , j
- fine Faîguille foit entièrement chargée, comme l’eft celle B Ey Fig. j*. La petite fille C, PL Vy Fig. 18 y eft occupée à charger une aiguille.
- Pour faire pafier aifément le fil autour de la languette, on appuie avec le pouce fur cette languette, afin qu’elle déborde l’aiguille par derrière ; enfuite on appuie avec le doigt index fur la même aiguille pour la faire fortir du côté de la face antérieure : ôc de cette façon, lorfqu’on en a contraélé l’habitude , on charge l’aiguille très-promptement ôc avec facilité.
- Quelques-uns trouvent plus commode de tourner l’aiguille dans la main gauche, plutôt que de remonter le fil tantôt par-devant Ôc tantôt par derrière l’aiguille.
- La Fig ure 6 eft une autre forte d’aiguille, qui fert ordinairement pour r’habiller. On introduit le fil entre les ferres a ôc b ; ôc ces aiguilles fervent comme les autres, qui.cependant font préférables, parce que l’extrê-mité g, Fig. 3, eft moins fujette à s’accrocher dans les fils, que les ferres a b de l’aiguille Fig. 6..
- La Figure 7 eft un morceau de bois qui porte à chacun de fes bouts a ôc b un crochet: on le nomme V%let. Quelques Mailleurs s’en lervent pour tenir le filet tendu. Pour cela on pafte un des crochets dans une maille ; ôc l’autre, ou dans quclu u^auLi-G maille du ftlct: , ou dans quelque crochet ou corde qui fe trouve à portée de celui qui travaille.
- Afin que les mailles foient d’une grandeur uniforme, on les travaille fur un morceau de bois rond ou plat, qu’on appelle Moule.
- Pour faire les mailles qui ont peu d’ouver-* ture on fe fert de Moules cylindriques, Fig, 8 , &c.jufqu’à 14, ou d’une petite réglé de bois, Fig. j y. Si les mailles font grandes, comme celles des hamaux par exemple, les Moules cylindriques feroient trop gros pour être tenus entre les doigts, c’eft pourquoi on les fait avec une petite planche, Fig. 16 ou 17, qui a aux bouts a Ôc b un ou deux petits talons pour empêcher le fil de couler fur le bout de ces Moules: car le fil qui doit faire la maille enveloppe ici le moule fuivant la longueur, îainfi que l’indiquent les lignes ponctuées. Ces fortes de Moules ne doivent avoir que 3 à 4 lignes d’épaiflfeur, ôc être faits d’un bois fort leger ; parce qu’il faut les tenir entre le pouce Ôc le doigt index de la main gauche.
- Les Moules les plus grands , fur les côtes de Normandie ôc de Picardie, font deftinés à faire les hamaux de la Drege ; ils ont p pouces de longueur, non compris les talons <3, b y Fig. 16. On verra dans la fuite qu’il y .en a de beaucoup plus grands. Les Moules pour les Soles ont 7 pouces de longueur totale, Ôc 6 pouces ~ fans comprendre les talons, a y b y Fig. 17. Si l’on a une idée de ces moules Ôc de leur ufage, on concevra que le pourtour du moule donne l’ouverture
- de la maille de ces fortes de filets, qui eft égale à deux fois la longueur du moule.
- Le moule cylindrique, Fig. 8, qui fert pour faire les mailles de la flue de la Drege , a fept ou huit lignes de diamètre ; celui Fig. p, pour les mailles des Manets hors la Manche, dont le fil eft plus gros que dans la Manche, a 12 lignes de diamètre. Celui Fig. 1 o, qui fert pour les Manets dans la Manche, a 11 lignes de diamètre. Celui Fig. 113 qui fixe les mailles pour la Drege de la Vive, qui eft permife en Normandie pendant le Carême, ôc dont le tiflix eft très-délié, a 8 lignes deux tiers de diamètre. Celui Fig. 12, qui fert à faire les mailles pour la pêche du Harang à Yermuth, ôc dont le fil eft plus gros que pour la pêche dans la Manche, a 8 lignes un tiers de diamètre. Celui Fig. 13 , qui fert pour faire les filets deftinés à la même pêche auprès des Côtes, a 8 lignes de diamètre : ôc celui Fig. 14, qui fert pour faire de petites Saines très*legeres dont les mailles font fort petites, ôc qu’on nomme IF'arnettes en Normandie , n’a que 7 lignes ou 7 ôc demie de diamètre.
- Les Bouteux font du nombre des rets les plus ferrés. Leurs mailles font faites fur un moule qui n’a que trois lignes de diamètre , plus ou moins ; car les Bouteux n’ont pas exatlement leurs mailles d’une même grandeur.
- La circonférence des mailles d’un filet eft le tour de fon moule, dont le quart donne la grandeur d’un des côtés de la maille. Pour rendre la chofe plus fenfible, donnons un exemple. On fuppofe que la maille d’une Saine doive être d’un pouce en quarré, c’eft-à - dire que chacun des quatre fils qui en forment le contour, a un pouce de longueur d’ün nœud à un autre. Le moule ayant 16 lignes de diamètre, fa circonférence eft de 48 lignes , dont le quart eft 12, qui eft, fuivant notre fuppofition, la longueur que doit avoir chacun des côtés de la maille de la Saine; bien entendu qu’il ne s’agit pas ici d’une pré-cifion géométrique.
- Pôur fe difpenfer d’employer de gros moules qui font difficiles à manier , Ôc cependant ne pas laiftfer de faire de grandes mailles, on fait quelquefois deux tours de fil fur lé moule pour chaque maille*
- £. 3. Explication de quelques Termes qu'em*
- ploient les Mailleurs, & qui font peu connut
- de ceux qui ne font point de Filets.
- Comme nous ferons obligés d’employer quelques termes qui font propres à l’Art qui nous occupe, il eft bon de commencer par les définir.
- Quand un filet eft tendu verticalement le bord d’en-haut fe nomme la Tête ,* Ôc le bas s’appelle le Pied. Souvent la tête du filet eft bordée d’une corde garnie de morceaux
- p.7 - vue 10/108
-
-
-
- 8 TRAITE DE
- de liege qu’on nomme Flottes ; ôt le pied eft pareillement bordé d’une autre corde garnie de bagues de plomb ; c’eft ce qu’on nomme la Plombée.
- La Levure d’un filet eft le premier rang de mailles ou de demi - mailles par lesquelles on le commence. Ainfi quand on dit : Lever un filet , c’eft le commencer, ou former la levure. Et quand on dit : Pourfuivre un filet , c’eft continuer à former les mailles.
- On nomme Accrues, des boucles qu’ôn fait Servir de mailles pour augmenter l’étendue d’un filet. Comme cet article eft important, nous en traiterons dans un paragraphe particulier.
- Les Mailles doubles & font en mettant fur l’aiguille deux fils au lieu d’un ; ce qui fournit le moyen de détacher un filet d’un autre ; comme quand on veut faire un goulet a, b, F,g ure 6. Planche J, dans un verveux. On ver a dans la fuite que cette pratique a de grands avantages.
- Enlarmer un filet, c’eft le border d’une ef-pece de lifiere formée de grandes mailles qu’on fait avec de la ficelle. Il y a de ces lifieres qui ont affez de largeur, Ôt qui font faites de mailles une fois plus grandes que celles du filet : elles ne fervent que pour fortifier le filet. D’autres lifieres font étroites, Ôt formées de très-grandes mailles ; elles fervent à recevoir une corde qui y étant paffée tient lieu comme d’uiie tringle de rideau ; ôt en ce cas les mailles fervent d’anneaux.
- En Provence on appelle Chappe une efpece de galon dont les mailles font d’un fil plus fort que celui de ce filet, ôt ont 15 lignes en quarré.
- Border un filet, c’èft l’entourer d’une cordé qu’on attache au filet, de 3 en 3 pouces, avec des révolutions d’un bon fil retors. Cette corde, qu’on peut appeller en termes de Marine, une Ralingue, fert à fortifier le filet. Ceux qu’on traîne en ont fur-tout befoin.
- Coudre un filet, c’eft joindre plufieurs filets enfemble pour en faire un grand.
- Nous expliquerons ailleurs comment cela fe fait.
- Article
- S P ES C H Ë S.
- Monter un filet, c’eft le garnir des CordeS Ôt apparaux qui le mettent en état de fer-vir.
- Nous remarquerons en paffant, qu’ort nomme Corde en Auffiere celle qui eft formée de plufieurs faifceaux de fils commis les unà avec les autres ; ôt Corde câblée ou en Grelin, celle qui eft formée de plufieurs auflieres corn-mifes enfemble.
- On appelle Goulet, l’embouchure <2, Fig; 6. PL I, en forme d’entonnoir, des filets en Verveux ; laquelle fait que le poifton y entré aifément , ôt ne peut prefque jamais en fertir.
- Il y a fans doute plufieurs termes qui ne font point expliqués ici ; mais qui le feront, lorfque l’occafion fe préfentera d’en faire nfage.
- §. 4. De la différente forme des Mailles1
- On fait deux fortes de mailles ; les unes font quarrées, PL 1. Fig. 1 ; les autres en lofange, PL I. Fig. 2. Quand les filets à mailles quarrées font tendus, tous les fils qui forment les mailles font parallèles entre eux, ôt encore parallèles à la tête du filet ; de forte que toutes repréfentent comme un Damier. On peut faire les hamauxdes Tra-maux en mailles quarrées, Fig. 4. Il y a cependant des iiamaux en ioiànge, comme on en voit à la Figure 3.
- A l’égard des filets qui font à mailles en lofange, lorfque les filets font tendus, les fils, quoique parallèles entre-eux forment des lignes obliques, eu égard à la tête du filet ; de forte que les angles aigus des mailles font haut ôt bas. Les mailles des flues, des manets, des faines ôt de la plupart des filets, font en lofange.
- Ces deux fortes de filets fe travaillent bien différemment ; ce qui nous obligera d’en traiter dans deux paragraphes particuliers : mais il faut auparavant expliquer les différentes façons de faire les nœuds. C’eft un préliminaire néceffaire pour l’intelligence de ce que nous avons à dire fur la façon de mailler.
- TROISIEME.
- De la maniéré dont fe font les différents Nœuds qui joignent les fils
- les uns avec les autres.
- Il y a deux façons d’exécuter les nœuds. L’une fe nomme Deffus le pouce ; elle fert principalement pour les grandes mailles des hamaux ; ainfi que pour les rhabillages ; ôt dans certaines circonftances, ce nœud eft fort commode.
- L’autre forte de nœud fe nomme Sous le petit doigt. Ce nœud eft d’ufage pour toutes les efpeces de filets. Il a l’avantage d’être expéditif, fort affuré Ôt de
- former des mailles bien régulières.
- Comme il faut varier la grandeur des mailles fuivant l’efpece de filet qu’on fe pro-pofe de faire, il eft néceffaire de choifir un moule proportionné à la grandeur qu’on veut donner aux mailles; ôt avoir une aiguille chargée d’un fil plus ou moins gros, fuivant l’efpece de filet qu’on fe propofe de travailler. Ces préparatifs font néceffaires, de quelque efpece de noeuds qu’on veuille faire ufage.
- §. I.
- p.8 - vue 11/108
-
-
-
- Section II. Chap. I, Des Filets ; de leur fabrique, <§<r.
- ÿ. i. Maniéré de faire le Nœud fur le pouce.
- Pour faire le nœud fur le pouce, PL IIJ* F/g-, j, il faut paffer dans un clou à crochet &}un bout de ficelle, qu’on noue pour en for* mer une anfe Z. On paffe dans cette anfe le fil avec lequel on veut faire le-filet ; on forme avec ce fil un nœud fimple C, qu’on ne ferrç pas jufqu auprès de la corde, mais on s’arrête à une diftance proportionnée à la grandeur qu’on veut donner aux demi-mailles par lefquelles doit commencer le filet.
- Voici une des maniérés dont peut être fait le nœud fimple > Fig. 2. Je fuppofe ici que les fils A ôt B font ceux qui étant rapprochés formeroient l’anfe & de la Fig. 1. On pofe le moule q r fous l’angle qui eft formé par la réunion de ces deux fils ; on ferre le bout du fil qu’on a paffé dans l’anfe entre le doigt index ôt le moule; on entoure le moule par la révolution k, /, m ; puis on le paffe autour de la branche », pour le conduire par-deffus elle en 0, Ôt en m, par-deffous le iii en p ; tirant enfuite le bout /?, le nœud fimple eft fait : mais il n’eft pas capable d’arrêter la maille; il faut, comme difent les Laceurs, Vajfurer par un fécond nœud : ôt voici comme l’on fait celui qu’on nomme Sur le pouce.
- On faifit le nœud fimple entre le pmiee &c l’index de la main gauche , comme on le voit auprès de C, Fig. 1 , on prend de la main droite le refte du fil ou l’aiguille qui en eft chargée, ôt on le jette par-defius le pouce de la main gauche, lui faifant décrire une révolution DEF qui paffe par-deffus l’anfe de corde Z ; on le ramene enfuite vers C, à l’extrémité du pouce de la main gauche ; puis on pafle l’aiguille par-deffous les deux branches C de la demi-maille , Ôt on l’introduit dans l’anfe FFF, de forte que la partie B du fil qui forme cette anfe fe trouve fur l’aiguille. Alors tenant toujours le nœud bien ferme entre le pouce ôt le doigt index de la main gauche , ainfi que la portion D du fil qui y répond, ôt faifant enforte que l’anfe Z ôt les deux branches de la demi-maille C foient tendues, on finit le nœud en tirant l’aiguille vers foi. Pour que le nœud foit bien arrêté, il faut que ce nœud , dit fur le pouce{, s’arrête fur le nœud fimple; car s’il fe formoit au-defîbus, comme cela arrive quand on ne ferre pas fortement le nœud fimple avec le pouce, le nœud ne feroit pas arrêté Ôt ne vaudroit rien.
- On verra dans l’article du raccomodage des filets un autre procédé pour faire le nœud fimple.
- Souvent les Laceurs font les demi-mailles qui forment la tête du filet, comme nous venons de l’expliquer, fans fe fervir de moule, ôt l’habitude qu’ils ont contraêlée par un long ufage fait qu’ils leur donnent une grandeur affez uniforme. Mais le mieux eft de P ES CH ES. ILSecl.
- les faire fur un moule, que nous n’avons paa repréfenté pour éviter de rendre la figure trop confufe, mais dont nous aurons foin de parler amplement dans la fuite. Il fuftira qu’on fâche préfentement qu’011 forme le nœud (impie fur le moule, Fig. 2, ôt qu’on n’abandonne pas le moule en affurant ce nœud fimple par le nœud fur le pouce que nous venons de décrire, Fig. j .
- Eflayons maintenant d’expliquer le plus clairement qu’il nous fera poflible la maniéré de faire le nœud qu’on nomme Sous le petit doigt.
- §. 2. Maniéré de faire le nœud Sous le petit doigt.
- Après ce que nous avons dit, on conçoit que le nœud furie pouce prend en partie cette dénomination , de la grande révolution D, F, B, F, Fig. 1 , qui enveloppe le pouce.
- Pour détailler l’art de faire le nœud fous le petit doigt : fuppofons, Fig. 3 , PL III, qu’il y ait des demi-mailles A A B de faites. On tient le moule CD entre le pouce F, ôt le doigt index F, de forte qu’un des bouts C, du moule s’appuie contre le pli que le pouce fait en s’articulant avec la main, ôt que l’autre bout D du moule excede un peu le doigt index F.
- Qu© le moule foit rond, ou qu’il foit ap-plati, fa longueur doit être placée fort près des nœuds des demi-mailles ou des mailles qu’on a formées en premier lieu.
- Suppofant le moulefaifi comme nous venons de le dire,ôt comme on le voit a la Fig. 3, on paffe d’abord le fil par-deffus le moule; on le rabat fous l’extrémité du pouce, en G ; en-fuite , ayant détaché le quatrième doigt H des autres doigts en le portant un peu en avant, on defeend le fil vers L pour le paffer par-deffous ôc derrière le quatrième doigt H : Ôt continuant la révolution du fil, on le remonte derrière le moule, entre le moule ôt l’index ; puis on le rabat fur le moule pour l’engager entre le moule Ôt le pouce à l’en^ droit G. Après quoi l’on fait décrire à ce fil la ligne circulaire CKF? paffant par-deffus l’anfe de corde Z ou les demi-mailles A A F. Quand le fil eft arrivé en F, on le defeend derrière tous les doigts pour le paffer derrière ôt fous le petit doigt L.
- La Figure 4 eft deftinée à faire concevoir le refte de ce nœud. Nous avons cependant tracé fur la Figure 3 . par une ligne pon£tuée,la rûu* te que le fil doit tenir pour achever le nœud. Comme nous avons omis exprès de repré-fenter l’aiguille dans cette figure 3, on ap-perçoit mieux les différents contours du fil, & on voit que la ligne ponêluée, en remontant, paffe en M fous la branche du fil qui eft près de cette lettre, en N fur f autre branche de ce fil, enfuite par-derriere l’index, Ôt va traverser la demi-maille B. Alors en tirant le
- C
- p.9 - vue 12/108
-
-
-
- IO
- TRAITÉ DES PESCHES.
- bout 0 du fil ^ ôt conduifant le nœud tout près du moule par le petit doigt L fans discontinuer de tirer le bout 0 du fil, on dégage enfin le petit doigt ; on ferre fortement le nœud fur le bord fupérieur du moule 5 ôt l’opération eft ainfi achevée.
- Pour rendre encore plus clair ce que nous venons de dire, nous diftinguons en trois opérations ce qui regarde le nœud fous le petit doigt.
- A la première, qui eft repréfentée par la 'Figure 3, on paffe le fil entre le moule ôt Icxtrêmité du pouce, en G ; Ôt pour le tourner autour du quatrième doigt H, on lui fait faire la révolution GNM : après l’avoir conduit derrière le moule, on le rabat vers G fous le pouce, qui doit le tenir ferme ; de-là on le mene entre le pouce ôt le moule, vers C ; enfuite on lui fait décrire, par-defîus l’anfe de corde Z ou les demi-mailles AA, la grande révolution CKF\ puis il defcend deriiere le moule ôt tous les doigts, pour embralfer le petit doigt Lflaiffant le quatrième doigt H engagé dans l’anfe MN. Mais quand le fil eft arrivé fous le petit doigt L , la première opération eft finie.
- Pour la fécondé, qui eft défignée dans la même figure par une ligne pon&uée, ôt qu’on a marquée par des traits, ainfi que l’aiguille 'dans la figure 43 fuppofant le -fil paffé fous le petit doigt L , on le remonte par-defibus le fil M pour le pafifer fur l’autre branche N du même fil, ce qui' eft très-fenüble dans la fig. Î3 *, puis derrière l’index, ôt au travers de la demi-maille B qui fe rencontre dire&ement près la pointe de l’aiguille. On conçoit que l’aiguille qui eft repréfentée dans la figure 4 eft nëceffaire pour faire paffer le fil par 19, coûte que nous venons d indiquer ^ Ôt qui eft
- défignée par les mêmes lettres dans les figu-" res 3 ôt 4.
- La troifieme Ôt derniere opération eft repréfentée par la figure y, qui fait appercevoir comment tous les doigts ayant été promptement dégagés de l’anfe MN{Ftg. 3 ^4) aufîi-tôt que l’aiguille a forti tout-à-fait hors de la demi-maille B , ôt le pouce ne fervant plus qu’à contenir le moule ôt à pefer deffus pour bien tendre toute la partie fupérieure; le petit doigt L qui demeure feul entouré du fil, s’élève avec lui peu-à-peu jufqu’au moule, ôt ne fe dégage de ce fil que quand on eft près de ferrer le nœud. Alors fi on tire fortement le bout 0 du fil, Fig. 3 , qu’çn doit toujours fuppofer tenir à l’aiguille, le nœud eft fini.
- Il eft bon de remarquer, à l’occafion de la figure y , qu’on a dégagé tous les doigts des révolutions du fil, excepté le petit doigt L. A l’égard du pouce Ôt de l’index, ils ne fervent plus qu’à tenir le moule en état, ôt à tendre fa demi-maille B ; condition nécef-faire pour que le nœud fe forme bien. On voit en F , le nœud qui commence à fe former fur le bord fupérieur du moule par le rapprochement des parties de l’anfe CKF, Fig, 4 ; Ôt en 0, Fig. y , le fil qui eft rabattu comme il convient pour ferrer le nœud ; enfin en L, Fig. 4 & 5 le petit doigt qui eft prêt à fe dégager du fil.
- Nous ferons encore obferver au fujet de la figure 4, que pour donner la liberté de paffer l’aiguille dans les révolutions du fil, on tient l’anfe P fort longue, comme la repréfente la ligne ponêfuée Q; ôt elle ne joint le deffous du petit doigt que quand l’aiguille eft entièrement paffée, comme on le fuppofe dans la figure y.
- Article quatrième*
- Maniéré de travailler les Filets.
- Il ne fuffit pas de favolr faire les nœuds : cette coimoiflance feroit inutile fi l’on igno-roit comment on forme les mailles. Nous avons déjà dit qu’il y en a de deux fortes ; celles qui forment des lofanges, Ôt celles qui font quarrées. Nous allons expliquer féparé-ment la maniéré de les faire.
- §. 1. Maniéré de travailler les Filets dont les Mailles font en lofange.
- Il faut commencer par faire ce qu’on nomme la levure, qui eft compofée d’un nombre de demi-mailles, qui forment la tête du filet. A cet égard, la pratique des Mailleurs n’eft pas uniforme.
- Les uns ayant fait une anfe de ficelle G Fig. %2 , PL /, la paffent dans un crochet F, ôt y attachent par un nœud fimple le fil dont ils
- doivent faire le filet ; puis plaçant le moule fous le nœud qui eft au-bas de l’anfe G, ils font la maille Ff; ils retirent le moule de cette maille, le pofent deffous, Ôt font la maille /, dont les branches font d’inégale longueur, ainfi que toutes les autres jufqu’au bout de la levure; ils tirent enfuite le moule de la maille I pour le placer deffous, ôt faire la maille K. Ils font de même ôt fucceiïivement les mailles LMNO, &c. Comme le Mailleur doit tirer fortement fur les mailles qu’il a faites,elles font fermées ôt les fils font rapprochés tout près les uns des autres ; cependant nous les avons repréfenté un peu écartés pour qu’on pût fe former une idée de la forme que les mailles prennent : d’ailleurs on ne fait ufage de cette levure qu’en ouvrant les mailles, ôt paffant une ficelle dans celles qui. font cottées HKMO ; ce qui eft repréfenté
- p.10 - vue 13/108
-
-
-
- Sec T. IL Chap. 1. Des Filets; de leur fabrique, êc. it
- par la ligne pon&uée P Q. Mais comme la le-vurequ’on vient de faire,fe racourcitàpeu près de moitié lorfqu’on ouvre les mailles, il faut la faire une fois plus longue que ne doit être la tête du filet ; fi cette tête doit avoir quatre pieds de longueur, il faut que la longueur de îa levure foit de huit pieds.
- C’efl: fur les mailles I L N, &c. qu’on attache les mailles qui doivent former le filet.
- Il y a des Mailleurs qui commencent leurs filets par certaines anfes qu’ils nomment des Pigeons. Cette levure a, dans quelques circonf-tances, des avantages fur les autres.
- Ces Pigeons aaa, &c. PL I, Fig. i'p, font de grandes anfes, arrêtées en b par un nœud fur le pouce. On doit avoir l’attention d’écarter les nœuds b de la valeur d’une demi-maille cb ; parce que, comme on le voit dans la figure, les demi-mailles ee, &c, qu’on fera dans la fuite, s’attacheront en à au milieu des ef-paces c k. On ne fe fert point de moule pour faire les Pigeons, non plus que les demi-mailles : pour les tenir d’une longueur pareille, & que les intervalles c b foient égaux entre-eux, on paffe les doigts de la main gauche entre les Pigeons ; & appuyant delfus, on fait enforte que tous les nœuds foient à une même hauteur.
- Les demi-mailles d étant faîtes , on continue à travailler le filet fur un moule comme nous l’avons expliqué plus haut.
- D’autres Mailleurs font d’abord une anfe de corde AB (Fig. 7, PL 1 ) qui eft formée de branches ; dont deux fervent à arrêter cette anfe dans le crochet C ; & c’efl: fur la troifieme branche D qu’ils font les demi-mailles E en affez grand nombre pour en garnir toute la longueur de la tête du filet. Ainfi, luppofant que la tête du filet doive avoir deux pieds, & que les mailles aient un pouce d’ouverture, îî faudra mettre dans l’anfe de corde AB, 24 demi-mailles.
- C’efl: ainfi que les Mailleurs ont coututtfe de travailler. Mais pour rendre plus fenfible l’opération que nous avons à décrire, nous fuppofons qu’on forme toutes les demi-mailles qui doivent faire la levure, fur une corde AB, Fig. 8 , PL 7, qui eft tendue fur une réglé de bois CD qu’on fufpend en équilibre par les cordes F G au crochet E, afin de pouvoir aifément tourner le filet à toutes les rangées ; ce que nous prouverons être nécef-faire.
- Ayant fait la fauflfe-maille H, dans laquelle paffe une cheville, & qui fert à arrêter les demi-mailles qu’on fera dans la fuite fur toute la longueur de la corde AB, comme font celles numérotées 1, 2,3, ôcc. ; on garnit ces demi-mailles depuis A jufqu’à fi.
- Ces denfi-mailles, qui font faites fur un moule, paroiffent arrondies par en bas ; mais enverra bien-tôt que quand on fera les mailles du premier rang, femblabfes à 13, 14,15’, ôcc., qui s’attachent au milieu des demi-
- mailles 4, 5• ,6; ces demi-mailles quiétoient arrondies, comme celles 1, 2 & 3 •> feront devenues triangulaires, ainfi que toutes les fuivantes depuis 4 jufqu’à 12. De même les mailles 13 , 14, 1 5 qui font arrondies par en-bas, deviendront anguleufes, ôt formeront des lofanges femblables à 16, 17, 18, ôcc* Quand on aura fait le fécond rang de mailles, que nous ne marquons ici que depuis 21 jufqu’à 2 3 , il eft clair qu’en continuant de travailler les autres rangs de mailles, comme nous venons de l’expliquer, 011 fera toute l’étendue du filet en mailles lofangées.
- Mais il eft bon de faire remarquer qu’on fait toujours les filets de mailles, de gauche à droite. Ainfi quand une rangée eft faite dans toute la largeur du filet, 011 doit le retourner pour revenir fur fes pas, & faire la fécondé rangée toujours de gauche à droite, & les fuivantes de même, jufqu’à ce que le filet foit achevée
- Pour exécuter le travail que nous venons d’expofer d’une façon générale , il faut, quand on a fait la levure ou le premier rang de demi-mailles dans toute l’étendue que doit avoir la tête du filet depuis A jufqu’à B ou depuis 1 jufqu’à 12 , il faut, dis-je, retourner le filet, de forte que A foit du côté de la main droite, ôc B du côté delà gauche, pour faire le premier rang de mailles ; commençant ce rang par le bout 1, qui alors eft: du côté de la main gauche, & le finiffant par le bout K, qui lorfque le filet eft retourné fe trouve du côté de la main droite. Quand cette rangée IK fera finie, on retournera le filer our commencer la troifieme rangée par le out L, qui alors fera du côté de la main gauche, & le finir par le bout M qui .répondra à la main droite.
- Les chiffres qu’on voit dans les mailles de la fig. 2 indiquent l’ordre qu’on a fuivi pour les faire. Quand on a fait les mailles depuis le N°^
- 1 jufqu’à p , on retourne le filet, & on fait les mailles depuis 1 o jufqu’à 18 : on retourne encore le filet, ôc on fait les mailles depuis ip jufqu’à 27; puis ayant retourné le filet, on fait les mailles depuis28 jufqu’à 36; ce que l’on continue jufqu’à ce que le filet foie achevé. Nous allons encore rendre ceci plus clair par les figures 14,15, 16 & 17.
- A la figure 14, les demi-mailles qui forment la levure font faites fuivant l’ordre des chiffres 1, 2, 3,4. En a eft le bout du fil qui fendra à faire la fécondé rangée, repréfentée par la fig. 15, ou le filet ayant été retourné, le N°„ 4 eft du côté de la gauche ; avec le fil a de la figure 14, on fait la maille 7 , qui a deux branches inégales ,* enfuite les mailles 6, 7» & 8 ; b indique le fil qui refte pour faire la rangée fuivante; ôc on apperçoit que k^ mailles 1,2, 3 & 4, qui étoient rondes par en bas, font devenues triangulaires.
- La fig. 1 <5 repréfente le filet retourné pour faire la maille p, qui a fes deux branches inégales ; enfuite les paajjles 10, 11 ôt 12 5 c eft
- p.11 - vue 14/108
-
-
-
- TRAITÉ DES P E S C H E S.
- n
- le fil qui refte pour faire la rangée fuivante, quand on aura retourné le filet ; ôc on peut re-marquer que les mailles £,6,7Ôc8, qui étoient arrondies par en bas à la Fig. i ; , font anguleufes dans la Fig. 16, ôc qu’elles forment des lofanges régulières. Quand on a retourné le filet, comme on le voit dans la Fig. 17 , on fait la maille 13, qui a les branches inégales, & enfuite les mailles 14, 13 ôc 16: le fil qui refte eft indiqué par d.
- Nous ne pourfuivrons pas plus long-tems le filet : ce que nous venons de dire., fera comprendre où font les attaches des différentes mailles ; comment les mailles qui font arrondies au fortir du moule, deviennent lofanges ; de comment, à caufe des attaches, il y a au bord du filet des mailles longues , ôc des demi-mailles qui forment une efpece de bordure.
- La plupart des Laceurs arrêtent la première fauffe-maille H, Fig. 8, par un nœud fur le pouce, Ôc ils font toutes les autres avec le nœud fous le petit doigt : cela ne doit point faire une réglé générale ; chacun eft maître d’employer un nœud, ou un autre ; ôc comme nous avons expliqué très en détail la façon de faire ces deux fortes de nœuds, nous devons nous difpenfer d’infifter fur ce point.
- ÿ. 2. Comment on bride un Filet à mailles en
- lofange, pour quil ne puiffe dalonger aux
- dépens de fa largeur.
- Un inconvénient des filets à mailles en lofange, eft qu’ils changent beaucoup déformé, fuivant qu’on les tire dans un fens ou dans un autre : filon tire le filet, Fig. 9,PL 11, fuivant la direction OP, ou fuivant celle Q R, les mailles s’étendront beaucoup dans cette direction, elles deviendront fi étroites que les fils fe toucheront prefque, ôc les mailles perdront prefque toute leur ouverture. Ce feroit en beaucoup de circonftances un inconvénient confidérable.
- On pourroit le prévenir ôc faire enforte que les mailles confervaflent leur forme régulière , en pafîant une corde ST, Fig. 9 dans toutes les mailles, ôc les affujettiffant fur cette corde avec un bon fil retors, aux endroits Wy. C’eft ce qu’on appelle border un filet, Mais les Mailleurs produifent le même
- effet d’une façon plus expéditive, ÔC qui leur coûte moins : pour cela quand on a fait le dernier rang de mailles comme a, b, c, d, A, B, C D, Fig. 9 , on pofe fous les demieres mailles un moule E F qui doit être beaucoup plus menu que celui quia fervi à faire les mailles; 011 fait au milieu du bas de la maille A une petite maille E qui ne fert qu’à affujettir le moule ', enfuite on paffe le fil par-devant le moule, Ôc opérant à l’ordinaire pour mailler fous le petit doigt, on fe trouve obligé de faire une révolution alongée, afin de gagner le milieu de la maille B, où l’on fait un nœud ; puis, fans changer la pofition du moule, ôc y confervant les nouvelles mailles, on fait les révolutions Ôc les nœuds qu’on voit à la Fig, 9, depuis E jufqu’à F : dans cette figure, on a trop écarté le moule des mailles, & l’on a fait les révolutions du fil très-lâches pour laiffet mieux appércevoir les détails de l’opération. Quand on a ôté le moule, il doit refter un fil tel que MLK, qui affujettit les demi-mailles dans l’ouverture qu’elles doivent avoir.
- Si l’on employoit un moule trop gros, ou fienfaifant les nœuds on tenoit les mailles trop ouvertes, comme on l’a fait à deffein dans la partie EF de la Fig. 9 ; les fils MLK , au lieu de former une ligne droite d’un nœud à l’autre, feroient une courbe en dehors : ce feroit un défaut ; les mailles ne feroient pas bien affujetties. Si le moule étroit trop menu, ou qu’en travaillant oh tînt les mailles trop près les unes des autres, les bords du filet feroient froncés, & le filet feroit bourfe. Pour que le filet foit bien bridé, il faut, quand on a ôté le moule, que les fils MLK étant tendus aient la même longueur que la ligne pon&uée JV. Lorfqu’on aura ainfi formé des mailles tout an pourtour du filet, il ne pourra plus changer de forme.
- §* 3* Maniéré de joindre enfemble deux Filets ,
- au moyen des mailles dont nous venons de par-
- 1er dam le paragraphe précédent.
- Il eft évident que fi l’on met l’un fur l’autre deux filets de même grandeur ôc qui aient des mailles pareilles, on pourra, en fuivant exactement ce que nous venons de dire dans le § précédent, réunir très-exa&ement ces deux filets , pourvu que l’on comprenne dans chaque nœud deux fils, un de chaque filet*
- Article cinquièmes
- Ce que c ejl quenlarmer un Filet.
- Nous avons dît plus haut qu enlarmer un 'filet c’eft le border de grandes Ôc fortes mailles faites avec de la ficelle, ou au moins avec un fil retors beaucoup plus fort que celui qui forme le filet. La principale utilité de cette lifiere eft de fortifier le filet, Ôc d’empêcher qu’il ne rompe quand on le traîne.
- Quelquefois, mais cela arrive rarement ; on paffe une corde dans les mailles de l’enlar-mure, ôc cette corde tendue faifant l’office d’une tringle de rideau pendant que les mailles fervent d’anneaux, on peut plier le filet fur lui-même comme l’on fait un rideau : en ce cas nous croirions préférable de garnir les
- bords
- p.12 - vue 15/108
-
-
-
- Section II. Chat. I. Des Filets ; de leur fabrique 3 &cl
- tordis du filet avec des anneaux de métal, ce qu’on appelle des Bouclettes. Mais comme nous lavons déjà dit, il eft bien rare qu’on fafle ufage de filets ainfi montés.
- Pour enlarmer un filet, il faut avoir du fil retors ou de la ficelle deux, 3 ou 4 fois groffe comme le fil qui a fervi à faire le filet ; on en charge une groffe aiguille. Si la ficelle eft affez fine, on peut s’en fervir pour faire deux rangs de mailles au bord du filet, la paffant dans toutes les mailles 1,2,3,4,y, ôcc. (PL II, Fig. î o) & laffujétiffant dans chacune par un nœud. Mais communément la ficelle qui fert pour enlarmer eft groffe, Ôc on fait les mailles fort grandes. Pour cela, on ne prend dans la ficelle les mailles que de deux en deux 1,3, $, 7, 9, 11 ; affez fouvent même on paffe deux mailles, & en ce cas on «l’attache la ficelle qu’aux mailles 1,4, 7,
- 10, &c. On voit qu’à la groffeur près de la ficelle, ces mailles reffemblent affez a celles qui font cotées K, L,M, Fig. 9.
- On forme des anfes ou œillets C, Fig. 10 j aux angles du filet qui fervent à attacher les cordes pour le tendre ou le traîner.
- Pour faire commodément les mailles dé l’enlarmure, ainfi que les brides de la Figure
- 9, on paffe dans les mailles du bord oppofé à celui ou l’on va travailler une corde A B, Fig,
- 10, qu’on attache à deux crochets, ou dont on réunit les bouts par un nœud, pour faire une anfe qu’on paffe dans un crochet ; quand l’enlarmure eft faite, on retire cette corde. SI l’on vouloit border le filet de ce côté-là, on lierait cette corde à toutes les mailles a, h 9 c, à, avec un fil en WV, comme on a fait la corde S T dans la Figure 9%
- Article sixième*
- Des Accrues.
- £ E s Maiïleurs font en plufieurs circonstances des boucles,fauffes mailles, ou mailles .volantes C, Pt. 1, Fig. 9, qu’ils nomment Accrues, parce qu’elles leur fervent à augmenter l’étendue, de leur filet dans un fens ou dans un autre avolon^. Nous croyons devoir expliquer ici la façon de les faire, parce que les accrues font abfolument néceffaires pour faire les filets à mailles quarrées que nous avons promis de décrire.
- Nous choififfons pour expliquer comment 'on fait des accrues, un filet à mailles quarrées, Fig. 9 $ PI. I , parce que la démonftration en Fera plus fenfible. Cependant 011 jette des accrues aux filets à mailles en lofange > comme à ceux à mailles quarrées 5 Ôt nous avertiffons que la Figure 9 eft uniquement deftinée à faire appercevoir comment on fait les accrues, & qu’elle na aucun rapport avec la façon de faire les filets,
- Quandon a fait la levure & le premier rang de mailles N°. I, Fig. 9 5 fi l’on veut faire une accrue A à la rangée N°. II, apres avoir fait le nœud B qui afture la maille C, on continue de mailler, mais en paffant encore le fil dans la maille B, pour former a l’angle de cette maille un fécond nœud. £orfqu’ on aura bien ferré le nœud & retiré le moule, on aura l’anfe ponduée A, qu’on nomme une Accrue»
- Dans le temps qu’on fera la file de mailles N°i III, les mailles fe termineroient en D s’il n’y avoit point d’accrue : mais attendu que 1 on paffera le fil dans l’accrue comme dans une maille, & qu’on fera le nœud en E, la rangée de mailles fera prolongée jufqu’à £ i ôc la file
- NUII
- fera de huit mailles, aù lieu que la file N°. f n’étoit que de fept.
- Si l’on ménage une pareille accrue en F9 la file de mailles N°. V fera de 9 , au lieu que celle N°. I. n’étoit que de 7, & la largeur dii filet fera augmentée de deux mailles.
- On peut maintenant concevoir comment* au moyen des accrues, on peut élargir un filet tant qu’on veut car on peut former plufieurs accrues, comme C, dans une file de mailles ; & augmenter le nombre des maiileè proportionnellement à celui des accrues* Il eft évident que fi, en formant la file de nœuds F H, on avoit paffé l’aiguille dans? l’accrue 4, Ôc qu’on l’eût arrêtée par un nœud, la file de mailles auroit eu 9 mailles an lieu de 8 .
- Il y a une autre façon de faire des accrues *-au moyen de laquelle on augmente le nombre des mailles, & par conféquent la largeur du filet, à la rangée même ou l’on forme l’ac-* crue. Pour cela, on fait à l’ordinaire les mailles a b> Fig. 18 , PI. I ; fi on fuivoit la marche commune, on iroit faire un nœud en d ; au lieu de cela, Ôt pour former l’accrue * on porte le fil qui part de b jufqu’au nœud d’une maille du rang plus haut e ; on n’y fait point de nœud, on paffe feulement le fil dans une des jambes de la maille e ; on le defcend jufqu’en/, où l’on fait un nœud fur le pouce, ôc enfuite le même fil va s’attacher en d : les autres mailles g h fe font à l’ordinaire. On voit que la file de mailles A B eft augmentée d’une maille, ainfi que tous les rangs qui luivront.
- pESCHES. II. Seci.
- D
- p.13 - vue 16/108
-
-
-
- sa TRAITÉ DES PESCHESi
- ' i
- \
- Article septième.
- Comment on diminue la largeur des filets*
- Il eft bien plus aifé de diminuer la largeur des filets que de l’augmenter, puifque le ïétréciffement fe fait, (PL I, Fig. 10) en comprenant deux mailles dans un même nœud ; par exemple, l’angle A de la maille pon&uée, avec l’angle B de la maille fui-vante. La largeur du filet fera ainfi diminuée de la quantité A B, ôc de même en C D. Alors les fils de ces mailles feront doubles ; ce qui ri eft fujet à aucun inconvénient. Mais
- le nombre des mailles de la file N°. IÏI, oùè l’on aura réuni deux mailles^ ne fera plus que de 4, au lieu qu’il y en avoit $ à la file N°. I : ôc au moyen de la réunion CD, la file N°. V ne fera que de trois mailles. II eft clair qu’on parviendra ainfi à diminuée peu-à-peu la largeur d’un filet fans faire de difformité fenfible ; car on peut réunir des mailles au milieu des rangées comme fur les bords.
- Article huitième.
- Façon de travailler les Filets à mailles quarrées!
- Quoiqu’on faffe beaucoup plus de filets a mailles en lofange qu’à mailles quarrées, il y a des ouvriers accoutumés à travailler les mailles quarrées , 'qui prétendent que ces filets coûtent moins, ôc qu’ils font plus aifés à travailler.
- Ces filets ne fe commencent pas comme ceux à mailles en lofange ; on ne fait point une levure qui ait toute la largeur du filet > ainfi qu’on le voit dans la Planche I, Fig. 8 : on commence les filets à mailles quarrées par un angle.
- Ainfi ayant une aiguille chargée de fil, ôc un moule proportionné à la grandeur que doivent avoir les mailles ; on tourne une ou deux fois le fil autour du moule ; on noue enfemble les deux bouts ; ôc ayant retiré le moule, on a une anfe de fil, qui fervira fi l’on veut à faire la première maille A, PL II, Fig. i, 2 ôc 3 , Ôc qu’on paffera dans le clou à crochet ; enfuite on pofera le moule fous cette maille pour en faire une autre B, qui fera la première maille du fécond rang : ôc fans l’ôter du moule , on fera une accrue C, comme nous l’avons expliqué plus haut ; cette accrue tiendra lieu d’une fécondé maille au fécond rang, d, Fig. i , eft le fil qui fervira à faire les mailles du troifieme rang.
- On tire le moule de ces deux mailles, Ôc on retourne le filet pour faire le troifieme rang ; on pofe le moule fous l’accrue C, ôc on forme une maille D qui a deux branches fort inégales (Fig. 2), attendu que, partant du nœud qui eft au-deffus de l’accrue, ôc ayant enveloppé le moule, le fil remonte ôc forme la branche courte qui va s’attacher par un nœud au-deffous de l’accrue C. Sans changer la pofition du moule, on procédé à une autre maille E, qui va s’attacher au-bas de la maille B du fécond rang : ôc le moule reliant toujours dans la même pofition, on fait enfuite une acçrue F. Au-delà on voit en e le bout
- du fil qui doit former les mailles fuivarttes*4
- Ayant retiré le moule de ces mailles, oa retourne le filet ; ôc pour former les mailles du quatrième rang, on pofe le moule fous l’accrue F, Fig. 3 ; on y fait une maille G, à branches inégales, puis une fécondé H, une troifieme 1, Ôc une accrue K : f eft le fil qui fervira pour faire les mailles fuivantes.
- O n. continue cle faire les mailles dans le
- même ordre, terminant toutes les rangées par une accrue fur la droite ; ce qui augmente d’une maille la largeur du filet. Quand on eft parvenu à la moitié de toute la largeuc que le filet doit avoir, au lieu d’augmenter la largeur du filet, il faut la diminuer ; ce qu’oit fait en comprenant à la fin de chaque rangée deux mailles dans un même nœud. Lorfqu’on aura fait en rétréciffant autant de rangées qu’on en avoit fait en élargiffant, le filet fera réduit à une maille, qui fera à un angle oppofé à celui de la première maille par laquelle on avoit commencé le filet, ôc qui eft accrochée dans le clou.
- Jufqu’à préfent cette piece de filet qui doit être quarrée, a une forme lofange; ôc les mailles qui doivent être quarrées,'.ont aufîi cette même forme. Mais quand on le tendra par fes angles, de forte qu’un des côtés foit horifontal, la piece entière, ainfi que fes mailles, auront la forme quarrée qu’on défire.
- Pour rendre plus précifes ôc plus claires les idées générales que nous Venons de pré-fenter, il faut fuivre pied-à-pied la façon de travailler ces fortes de filets.
- On commence par entourer le moule d’une ou deux révolutions du fil dont on veut faire le filet ; ôc ayant arrêté ce fil par un nœud , on a une anfe ou une maille A, qu’on paffe dans un clou a crochet. On pofe le moule fous cette maille A ; on paffe le fil fur le moule Ôc dans la maille A, pour faire une
- p.14 - vue 17/108
-
-
-
- SECTION //. Chap. I. Des Filets \ de leur fabrique ,
- maille B ; on paffe encore le fil dans la même maille A pour faire à la droite une accrue C: elle eft un peu moins longue que la maille B,
- On dégage le moule de ces deux mailles qui forment le fécond rang, ainfi qu’on le Voit dans la Figure i, où d indique le fil qui refte pour faire une autre rangée quand on aura retourné le filet.
- Pour faire le troifieme rang de mailles, on retourne le filet. Alors l’accrue C, qui étoit du côté droit, fe trouve du côté gauche, Fig, 2 : on pofe le moule fous cette accrue C, Ôc avec le fil D, qui part du bas de la première maille A, on fait une maille D qui s’attache au-bas de l’accrue C. Les branches de cette maille D font inégales , puifqu’elle part du deifus de l’accrue C, ôc qu’elle va s’attacher au-delfous de cette même accrue. Tenant le moule dans la même pofition, on fait la maille E qui part du deffous de l’accrue C, & va s’attacher au-deffous de la maille B, Enfin on fait l’accrue F, Le troifieme rang de mailles étant fini, on tire le moule des mailles. La lettre e indique le bout du fil qui doit fervir pour faire le quatrième rang.
- Pour faire la quatrième rangée de mailles, Fig, 3, on retourne le filet, de forte que l’accrue F, qui étoit à droite, fe trouve à gauche. On pofe le moule fous cette accrue F;
- $C avec le fil c on fait la mai!If* CZ sjn i a devise
- branches inégales ; puis, fans changer la jpofition du moule, on fait la maille H qui part de deffous l’accrue F, ôc va s’attacher au deffous de la maille E ; tout de fuite on fait la maille 7, qui part du bas de la maille E,
- va s’attacher au-bas de la maille D. Enfin on forme l’accrue K, & le fil/fervira pour faire la cinquième rangée de mailles. Il feroit inutile de fuivre dans un aufli grand détail toutes les autres rangées. Il en réful-teroit des répétitions ennuyeufes ; il fuffît de dire que jufqu’à ce qu’on foit arrivé à la partie du filet la plus large, A F, Fig, 4-, PL II, on commence toutes les rangées par une maille longue, Ôc on les termine
- Quand on eft parvenu contraire ; car pour achever la portion A D B du filet, il faut le rétrécir ; ainfi, au lieu de faire des accrues au bout de toutes les rangées de mailles, on comprend les deux dernières mailles du rang fupérieur dans un même nœud. Par ce moyen la longueur de chaque rangée eft diminuée d’une maille : & enfin le filet eft terminé en D par une maille, comme il avoit été commencé en C par une maille.
- Enjettantlesyeuxfur les Figures 1,2 Ôc 3 de la Planche II, on apperçoitdes mailles ovales de figures fort irrégulières ôc mal difpofées les unes à l’égard des autres. Les anfes ou mailles D G font très-longues, ôc formées de branches d’inégale longueur ; d’autres, telles que EHI, ont leurs attaches au-bas de deux mailles différentes, pendant que les deux
- par une accrue, a AB, c’eft tout le
- branches des accrues CF K répondent âu-bas d’une maille où aboutit déjà une branche des autres mailles BEI, On aura peine à concevoir que d’un tas de mailles de formes fî irrégulières ôc fi bifarrement arrangées les unes à l’égard des autres, il puiffe réfulter un filet, Fig, 4, compofé de mailles en lofange , d’une forme régulière ôc qui foient régulièrement arrangées.
- A l’égard de la forme ovale des mailles que nous avons repréfentées dans les Figures 1,2,3 de la PI. II, elle dépend de ce que ces mailles ont été defïinées comme elles fe montrent au fortir de deffus le moule. Et de même que les mailles de la Figure 8 , PL 7, ne prennent la forme de lofange qu’elles doivent avoir, que quand on les a affujetties par les mailles qu’on a faites au-deffous ; celles des Figures 1, 2 ôc 3 de la Planche II, prendront aufli naturellement la forme qu’elles ont dans la Fig. 4. Il ne nous a pas même été poflible de les repréfenter d’une façon plus avantageufe ; parce que tant qu’on travaille ce filet, on n’apperçoit aucune maille ; tous les fils rapprochés les uns des autres n’offrent qu’un faifeeau, Fig. 5. Mais afin de donner une idée de la forme ôc de l’attache des mailles,nous les avons repréfenté dans les Figures 1, 2 un peu ouvertes ôc à peu-près comme elles font lorfqu’elles fortent de deffus le moule.
- A l’égard des mailles longues D G , ainfi que des accrues C F K, elles ne paroiffent point dans le filet Fig. 4, elles reftent fermées au bord du filet, où elles forment une bordure, ou une efpece d’enlarmure, qu’on apperçoit en A C ôc en B C, F’ig. 4. Les mailles que l’on réunit à un feul nœud pour, diminuer la largeur du filet, font une bordure à-peu-près pareille, en A D ôc en B D.
- Mais jufqu’à préfent les mailles paroiffent lofanges , ôc nous nous fournies propofé qu’elles fuffent quarrées. Elles le deviendront en effet quand on tendra le filet de façon que les côtés CB bi AD foient parallèles à l’ho-rifon, ôc que les côtés C A Bc BC foient dans une fituation perpendiculaire. Pour concevoir ceci il fuffit de jetter les yeux fur la Figure 6 ; car on apperdevra que les mailles lofanges de la partie du filet A CB D deviendront quarrées, lorfque l’angle aura été porté en E. Alors ces mailles prenant la forme qu’indiquent les lignes ponâuées, elles feront quarrées comme celles de la partie du même filet AC y F G.
- Comment on fait un Filet à mailles quarrées 3 qui foit -plus long que large.
- On eft fouvent dans le cas de faire à mailles quarrées des filets qui ont beaucoup plus de longueur que de largeur. Pour y parvenir, on prend d’abord avec une ficelle la mefure de la longueur ôc de la largeur qu’on fe propofe de donner au hamau qu’on va travailler.
- p.15 - vue 18/108
-
-
-
- T6 TRAITÉ D
- Il eft clair que la partie A B D, Fig. j, PL II, eft égale à la partie A C D, ou que la ligne A B eft égale à la largeur A C du filet; puifque fi Ton plie le filet par la ligne A D , le point C te portera fur B.
- Il faut commencer par former la première maille en A, ôc continuer à former les mailles, comme nous l’avonsdit en parlant de la Figure 4, jettant une accrue du côté de la droite à toutes les rangées jufqu’à ce qu’on foit parvenu à la ligne B D ; alors , pour faire la partie BE DF, on continuera à jetter des accrues à toutes les rangées, du côté de la droite ; mais aulli à toutes ces mêmes rangées, on raffemblera dans un même nœud deux mailles du côté de la gauche , c’eft-à-
- Article
- Manière de faire un Tr émail,
- Noüs avons déjà dit quelque chofe des filets contre-maillés qu’on appelle Trémails ou Tramails , Ôc fouvent parmi les Pêcheurs , Tramaux. Il nous refie à expofer la maniéré de les faire.
- Cette efpece de filet, PL I, Fig. 3 & 4J eft formée de trois rets pofés les uns devant les autres. Les deux rets extérieurs A $ qui font à grandes mailles , fc nomment les Aitmées ou les Hamaux ; Ôc celui B, qui eft renfermé entre deux, s’appelle la Nappe , la Toile ou la Fine.
- On fait les aumées fort fouvent en mailles quarrées, Fig. 4 : cependant on peut fans inconvénient les faire en mailles à lofanges, Fig. J -, ôc beaucoup de Mailleurs fuivent cet ufage. Comme il faut que ces aumées foient fortes, on y emploie de la ficelle faite de quatre fils forts ôc bien travaillés. On doit choifir de la ficelle plus groiïe pour les grands filets, que pour les petits : mais il eft toujours important qu’elle foit faite de bon fil bien fort. Les mailles des aumées font toujours grandes, St on en voit qui ont depuis 6 Douces en quarré jufqu’à prefque un pied. Ir faut qu’elles foient allez grandes pour que les Poiflons qu’on fe pro-pôle de prendre, puiffent palier à travers ; car ce ne font point les aumées qui doivent les arrêter, mais la flue, qui doit prêter à FaCtion du PoilTon, ôc faire une bourfe dans laquelle le PoilTon fe trouve embaraHé. Les aumées fervent à foutenir la flue : Ôc elles le font mieux quand leurs mailles font moins ouvertes , que lorfqu’elles ont beaucoup d’ouverture.
- La Toile, ou la Flue, fe fait toujours en mailles à lofanges, qui ont depuis un pouce jufqu’à deux pouces Ôc demi d’ouverture; avec du fil retors en deux, qu’on choifit plus ou moins fin fuivant l’efpece de pêche qu’on fe propofe de faire.
- ES PESCHES.
- dire qu’au bout de chaque rangée de mailles * du côté DF, on jettera une accrue, ôc à l’autre bout B E on réunira deux mailles dans un même nœud.
- On continuera ainfi jufqu’à ce qu’on foit parvenu à EF: alors, comme il faut terminer le filet en pointe, on ne jettera plus d’accrue,1 mais on continuera à prendre à toutes les rangées deux mailles dans un même nœud^ jufqu’à ce que le filet foit réduit à n’avoir plus qu’une maille en G, ôc cette maille le terminera comme il a été commencé par la maille A.
- Quand ce filet fera tendu, il fera quariéq long, ôc fes mailles quarrées.
- NEUVIEME»
- Tramait ou Eilet contre-maille.
- Ce rets doit avoir deux fois ou deux foïâ ôc demie l’étendue des aumées, afinîqu’il foit toujours flottant entre-elles, ôc qu’il puifîe aifément faire les bourfes où le PoilTon s’en-gage.
- Nous ne dirons rien fur la façon de mailler ces deux fortes de rets, parce que nous n’aurions rien à ajouter à ce que nous avons dit plu a Ixaut. Male ILppofant ces trois rets maillés, il faut expliquer comment on doit les monter pour faire le filet qu’on nomme Tramait.
- On s’établit dans une grande place bied unie, ôc nette de feuilles, de brins de bois ^ de pierres Ôc de grandes herbes. On étend une des aumées, ôc on l’attache bien tendue par les quatre coins au moyen de piquets qu’on paffe dans les boucles C des angles Fig. 4. Enfuite on pafîe dans le dernier rang de mailles de la flue, en fuivant tout fou pourtour, une ficelle bien travaillée Ôc qui n’ait point de nœuds.
- On attache cette ficelle, ainfi que les angles de la flue, aux mêmes piquets où l’on a attaché précédemment Paumée : les ficelles doivent être bien tendues; mais la flue ne l’eft pas, étant beaucoup plus grande que l’aumée. Ainfi en conduifant la corde de la flue avec les bords de l’aumée dans les mains, pour que cette corde ôc le bord fe fuivent exactement, on attache la corde aux mêmes piquets qu’on a paffés dans les anfes qui font au coin de l’aumée.
- Comme la flue eft beaucoup plus étendue en tout fens que l’aumée, il faut lui faire faire des plis fur fa corde; de façon cependant qu’ils foient répartis le plus régulièrement qu’il eft poflible, afin qu’elle fronce Ôc fafle poche aflez uniformément dans toute T'étendue du filet.
- Tout étant ainfi difpofé, on met par-deflùs la flue la fécondé aumée5ôc on la tend comme
- la
- p.16 - vue 19/108
-
-
-
- Section II. Chap. ï, Dès Filets ; de leur fabrique 9 &c. fÿ
- la première par les boucles des angles, qu’on paffe dans les mêmes piquets.
- Les trois rets étant ainfi placés bien régulièrement les uns fur les autres ; pour empêcher qu’ils 11e fe dérangent, on forme quelques révolutions d un fil retors, qui comprend les bords des deux aumées ôc la corde de la flue, Ôc on fait un nœud à chaque endroit où l’on rencontre les mailles des aumées, comme on le voit en DD, &c. Fig. 4. Il faut encore, environ de trois en trois pieds dans toute l’étendue du filet, 'comme aux endroits E, auprès des angles
- ÀRTICLE
- des aumées, lier les deux aumées l’une avec l’autre par. un fil retors ; afin de maintenir la flue en état, ôc empêcher que quand on tendra verticalement le tramail, la flue ne fe porte toute d’un côté. Alors le tramait eft en état de fervir; il ne s’agit plus que de le fortifier, en le bordant avec une corde groffe comme le doigt, ainfi que nous l’avons expliqué à l’occafion des Figures p & \ o, P/.I7, page 12. Cependant il eft encore fréquemment néceffaire de garnir de flottes de liège le tramail, ôc de le plomber j ce que nou# détaillerons dans la fuite;
- D I X I E M il
- Comment on fait les Filets Ronds
- Il s’agit ici de filets qui, étant tendus, ont une forme arrondie fur leur longueur. Dans les uns, cette forme répond à celle du corps d’unbluteau ou d’une barique : NoUs les nommons Cylindriques.Geüx que nous appelions Coniques ont plus de diamètre par un bout que par l’autre : de ce genre eft lé Verveux, Fig. 6, PLU La fuite de cette Se£Hon offrira plufieurs ef-peces de l’un ôc l’autre genre de filets ronds.
- On fe rappellera qu’en faifant Un filet en nappe, il faut à chaque rangée de mailles retourner le filet pour former Une autre rangée en revenant fur fes pas ; tout cela a été clairement expliqué à l’occafion de la Figure 8 , PL I. Pour faire un filet rond, il faut joindre les mailles ï 2 Ôc 1 de la Figure 8 par une maille intermédiaire , qui doit former la première du fécond rang. Il eft évident que cela ne poürroit pas s’exécuter fi on avoit fait la levure fur une corde tendue A B, Fig. 8 : mais la réunion devient pôflible quand on a fait la levure en paquet dans une anfe de corde, Fig. 7. C’eft auffi ce que font les Mailleurs.
- Pour rendre cette opération plus fenfible, nous fuppofons qu’oii ait fait la levure fur la circonférence d un cerceau, Fig. 13, Ôc que la première maille foit b. Quand on aura parcouru toute la circonférencè du cerceaü, la derniere maille de cette rangée fera a. Il s’agira de joindre les deux mailles a ôc b ; cé qu’on fera par une maille intermédiaire , la-
- , foit Cylindriques , foit Coniqüesv
- quelle doit commencer la fécondé rangée^u’ofi pourfuivra en tournant toujours de la gauche vers la droite. Le fil,après a voirformé le nœud qui réunitpar en haut les mailles a b, defcend entre elles pour contourner à l’ordinaire le moule placé fous la maille b, Ôc y faire un nœud en i ; d’où réfulte une maille allongée, qui, tenant à la maille b par le haut ôc par le nœud i, refte pendante en k, jufqu’au moment où la derniere maille du fécond rang ï après s’être attachée au bas de la maille a , laiffera le fil former fur ie moule une nouvelle maille, laquelle aura fon attache en k, & ainfi rendra cet endroit anguleux. Après quoi le fil,, defcendant du nœud h, Ôc allant s’attacher en c, produira une àutre maille qui commencera le troifieme rang. On continuera ainfi de c eûf$g,, &c\ au moyen du fil h. Get embranchement d’une rangée à l’autrenô produit aucune difformité;
- Il eft évident que les fileté cylindriques peuvent être commencés indifféremment par urt bout ou par un autre j puifque les deux bouts font femblables.
- On eft maître auffi de commencer les fileté Coniques par le bout qu’on veut ; car fi l’on commence par le bout étroit, on élargit le filet au moyen des accrues ; ôc fi l’on commence par le bout le plus large, ort étrécit le filet en joignant deux mailles dans un même nœud. Ordinairement On commencé par le bout étroit ; ôc l’on jette des accrues*
- ÂkTICLÉ ONZIEME*
- t
- iManiere de travailler un Filet rond qui ait une ou pluféurs entrées femblables à celle d'un Verveux y St que quelquès-ünS
- nomment des Goulets,
- Je prends pour exemple le Verveux, Fig. 6, PL I, qui a dans fon intérieur une entrée ou goulet f g ai Nous ferons obferver que le P ES CH ES. ILSech
- gouletj qui commence Qtïfg,poürroit ne commencer qu’en i h.
- Il faut commencer le filet en rond comme
- E
- p.17 - vue 20/108
-
-
-
- 18 T R A I T Ê D
- flous l’avons expliqué à l’article précédent, & le pourfuivre de même, jufqua ce qu’on foit parvenu à l’endroit où I on veut commencer le goulet. Alors, comme il faut faire deux filets diftin&s, un pour le corps du filet, l’autre pour le goulet ; ou plutôt, comme il faut à l’endroit où doit commencer le goulet j détacher un filet dans l’intérieur de celui qui forme le corps du verveux : cela fe fait aifément Ôt d’une façon très-ingénieufe au moyen des Mailles Doubles pareilles à celles que nous avons repréfentées au bas du filet , Fig. i i. On travaille donc le filet tout en rond êt en mailles fimples jufqu’à ce qu’on foit parvenu à l’endroit n où doit commencer l’ouverture du goulet. Alors on charge une aiguille avec deux fils qu’on prend fur deux pelottons ; êt l’on fait avec cette aiguille un rang de mailles quL fe trouvent doubles, comme on le voit à la rangée A B, Fig. 11 ; où, pour mieux diftin-guer ces deux mailles , nous en avons repré-fenté une ponéluée. Lorfque cette rangée fera faite , on coupera les deux fils , êc on recommencera à travailler avec une aiguille chargée d’un fil fimple : mais à chaque maille il faudra avoir 1 attention de ne prendre qu’un des deux fils de la maille double ; par exemple. Celui qui eft marqué d’un trait plein, fi c’eft pour le corps du filet, réfervant pour le goulet le fil ou la maille qui eft marquée par des points ; c’eft-à-dite, qu’il faudra à chaque maille double ne prendre qu’un fil pour former le corps du filet, êt réferver l’autre pour la tête du goulet qu’on fera enfuîte.
- Si on veut ménager dans l’intérieur du filet plufieurs goulets les uns au-deffus des autres, comme cela fe pratique quelquefois ; il faudra faire autant de rangées de mailles doubles qu’il y aura de goulets.
- Il y a des Mailleurs qui travaillent différemment les verveux ; ils les commencent par la pointe a du goulet, où ils font des pigeons
- «Article
- ? 5 P E S C H E S.
- qui ferviront à attacher cette pointe au bout e du verveux, au moyen de plufieurs lignes déliées. Quand ils ont fait les pigeons êc la levure, ils augmentent continuellement le diamètre du filet en jettant des accrues, & ils donnent à la partie qui doit faire le goulet la forme d’un entonnoir, qui doit ne s’étendre que jufqu’aux bords du goulet n B m : il faut que le refie aille un peu en récréciffant , pour faire le corps du filet zl m n. Quand on a pourfuivi ce travail jufqu’à la longueur du corps du verveux / n, on replie en dedans la partie m n a, ce qui forme le goulet ; êt la partie z Im n fait le corps du verveux, qu’on ferme par une pointe lez: & on forme en e une anfe de corde, laquelle tient tendues des lignes affez fines qui communiquent avec la pointe a. Dans l’endroit du pli n m, on pafle entre les mailles une baguette menue êc pliante, dont on fait un cerceau n m b qu’on nomme Troue lie. Elle fert à tenir le verveux ouvert. Quelquefois *on en met une petite, h i, dans le goulet; & il y en a d’autres d c> p l z, en différens endroits de la longueur du verveux.
- Comme les endroits où font les trotielles fatiguent plus que le refte du filet, on y fait deux rangs de mailles doubles, entre leA quelles on paffe les baguettes qui doivent former les trouelles.
- V oilà le verveux fini. Cependant pour en* gager le Poiffon à entrer dans le goulet, on fait en grandes mailles, au-devant de fon embouchure, un évafement rst, qu’on nomme la Coeffe, Ôt que l’on foutient par une portion de cercle que les Pêcheurs appellent VArchet* Ses deux bouts s t font tenus écartés pour faire une ouverture convenable, par une corde tendue de s en ?, laquelle eft lacée dans les mailles du bord d’en bas de la coeffe, depuis le bord du verveux m> jufqu’à Par** chet s t.
- OUZlEMi'
- Raccommodage des Filets.
- Bien des gens qui favent faire des filets, Ignorent la maniéré de les raccommoder. Cependant , comme nous l’avons dit, il eft plus important aux Pêcheurs de raccommoder, radouber ou ramender par eux-mêmes leurs filets, que de favoir en faire de neufs, puifque l’entretien des filets en prolonge la durée de plus de moitié. Un filet qui a quelques mailles rompues, aura bientôt un grand trou fi on ne le raccommode pas au plutôt.
- Pour expliquer le plus clairement qu’il nous fera poffible comment on doit raccommoder un filet, nous fuppofons que le filet,
- PL IFj Fig. i, â un trou au milieu de f efpâdê où les mailles font marquées par des points* Il faut commencer, comme dilent lesR’ha-billeurs, par Couper le filet ; c’eft-à-dire, qu’il faut augmenter le trou, non-feulèment en coupant ou retranchant tout ce qui eft en* dommage, mais de plus en entamant fut ce qui ne l’eft pas; de façon que toute la circonférence du trou foit terminée par des angles de mailles, à la pointe defquels on ménage le nœud qui retient la maille du vieux filet. Tout cela eft repréfenté dans la Figure 1, PL IV* Les endroits qu’on doit
- p.18 - vue 21/108
-
-
-
- Section IL Chap. I. Des
- couper font indiqués par de petites lignes tranfverfales, au-deffus defquelles on voit le nœud du vieux filet, qu’il eft important de ménager. On y conferve tant foit peu des branches qui en fortoient, pour former une autre maille : c’eft pourquoi la barre & la lettre a font à quelque diftance du nœud.
- Aux endroits marqués a, les deux jambes des mailles font coupées, & on n'a coupé qu’une jambe en deux endroits marqués b: la fuite du difcours fera voir la raifon de cette différence.
- Il faut donc concevoir que, quand on a coupé le filet, toutes les mailles ponêtuées n’exiftent pas ; elles indiquent feulement les mailles qui ont été détruites, & qu’il faut remplacer par de neuves.
- Il eft évident que cet endroit ne peut être bien rétabli, fans que les mailles’ qu’on formera,reffemblent le plus parfaitement qu’il fera pofiible, à celles qui font repréfentées par les lignes ponctuées.
- Pour comprendre l’ordre qu’il fautfuivre en formant ces mailles, il fuffit de jetter les yeux fur la Fig. 2, PL If. Suppofons que l’on commence à droite, on arrête d’abord le fil à l’endroit //,au-deffus du nœud de l’une des mailles qu’on a coupées. En fui te on fait la maille »A B ; puis la maille B C, <ôt la maille CD.
- A tous les angles ABC D, il y a pour lors deux nœuds, dont l’un eft celui qui for-moit la maille du vieux filet'; Ôt par-deffus, eft celui qu’orfa fait pour la nouvelle maille. Cela doi t être de même à tous les angles de celles qui aboutiffent à la circonférence dû trou. Il n’en fera pas ainfi pour les mailles qu’on formera au milieu ; celles-ci n’auront qu’un nœud* comme les mailles ordinaires de tous lés filets*
- Toutes les mailles qu’on vient de faire A B, B C, CD, font rondes dans la Figure a. Mais après Ce que nous avons dit dans les Articles 3 & 4, on doit concevoir que quand on aura fait au-deffous un autre rang de mailles, ces premières deviendront angu-leufes, comme l’indiquent les lignes ponctuées AHB,BGC, CFD. C’eft pourquoi > en parlant du fécond rang de mailles, nous ne les ferons pas aboutir en hgf, qui font les points où répondra le nœud, mais en HGF, à caufe que les mailles prendront cette forme : ayant prévenu de ceci, reprenons la fuite des mailles.
- Nous fommes reftés en D; il faut def-cendre en E, pour gagner le niveau du fécond rang de mailles.
- Pour cela on fait la fimple Jambe qui s’étend de D en E. Enfuite, revenant fui: fes pas, ou de la gauche à la droite, parce qu’on ne peut pas retourner le filet, ort fait la maille JE P F, puis la maille F N G ; la maille G LH', enfin la jambe HI, comme on a fait à gauche la jambe D E. Si le trou avoit plus
- Filets ; de leur fabrique, &c* 19
- de largeur que celui qui eft repréfenté fur les Figures 1 & 2, on feroit un troifieme rang de mailles de droite à gauche , puis une jambe, un quatrième rang de mailles de la gauche à la droite, & ainfi toujours alternativement jufqu’à ce que toute l’étendue du trou fût remplie de mailles. Dans l’un ôc l’autre cas, il s’agit de fermer enfuite le trou par en bas , êt y joindre les nouvelles mailles qu’on vient de faire, avec celles du vieux filet. Pour cela on fait une jambe ÏK en defcendant ; puis une autre K L, en montant, qui s’attache au milieu l de la maille H LG 5 Ôt on continue à joindre les nouvelles mailles aux anciennes, par des jambes femblables à LM, M N, NO, 0 P êt P£, Où fé termine le fil;
- Le trou qui étoît au filet & que nous avonj marqué par des lignes pon&uées, fe trouvé ainfi fermé par des mailles régulières, comme l’indiquent les lignes ponêhiées.
- Il eft fenfîble que s’il ne manquoit à Un filet qu’un brin R S (Fig. 2) qui fût rompu, on le rétablirait eii remplaçant le fil par une jambe qui s’étendroit de R en S. S'il y avoit deux fils rompus , comme HT, VX, on rétabliroit ce petit accident en faifant une jambe de T en H,Su une autre de X en H. Ges exemples fuffifent pour faire âppercevoir qu’il n’eft pas toujours né-ceffaire de couper le filet êt d’augmenter lè trou , comme nous Pavons dit plus haut*
- Quelques Mailleurs , "qui trouvent de la difficulté à bien couper d’abord le filet, com* menceût par former'des mailles ; êt à mefure qu’ils fentent avoir befoin d’un nœud pour former les autres mailles, ils coupent du filet ce qui les embarraffe.
- Comme 011 ne fe fert point de Moule pour t’habiller, on fait tous les nœuds fur lé pouce ; Ôt afin que les mailles foient d’une égale grandeur, On pafîe deux doigts de là main gauche dans les mâilies qui font faites * & le doigt du milieu dans celle qu’on fait aêhiellement, appuyant avec les doigts dans l’intérieur des mailles: celle qu’on fait devient de la grandeur des autres, quand les trois^ doigts forment une ligne droite êt horifon-taie; êt pour peu qu’on foit habitué à ce travail, toutes les mailles font régulières.
- Voilà en gros la marche qu’on doit fuivré pour r’habiller les filets. Mais ces idées générales ne fuffifent pas ; nous devons entrer dans quelques détails fur la pratique ufitéé dans l’art de faire les nœuds, tant pour les mailles que pour les jambes : c’eft à quoi nous allons eflayer de fatisfaire; On appelle Jambe un fil qui, étant feül Ôt dans une direction oblique, fuffit pour établir la liaifon que doivent avoir réciproquement deux nœuds qui ne font pas fur une même ligne, tel que LD ôt I K dans la troifieme figure.
- Nous avons dit qu’il falloir commencer
- p.19 - vue 22/108
-
-
-
- ao TRAITÉ DÈS
- par arrêüër le fil en A 9 Fig. 2. Quelques-uns y font un nœudfimple, & enfuite celui qui forme la maille ; mais d’autres (Fig. 3) paffent l’extrémité de la ficelle ou du fil entre les deux branches c d, par-deffus le nœud A du vieux filet. Cetce extrémité de la ficelle ou du fil fe voit en b. On faifit entre le pouce ôc l’index les deux branches à c ôc le nœud A ; puis on fait avec le fil e un nœud fur le pouce > comme nous l’avons expliqué dans le 3e. Article. L’extrémité du fil ou de la ficelle eft alors arrêtée en A, ainfi qu’on le voit dans les Fig. 2 ôc 3. Pour former la maille A HB, Fig. 2,011 porte le fil e (Fig. 3) au nœud F; on le paffe par~deffbus le fil /, ôc par-deffus le fil g : ôc comme on n’emploie point de moule pour régler l’ouverture des mailles, on'paiïe les deux derniers doigts de la main gauche dans les anciennes mailles, Ôc le doigt du milieu dans l’anfe h ; on l’appuie fuffifamment pour donner à la maille une ouverture convenable^ Alors > fans déplacer le doigt du milieu, on pince avec le pouce êc l’index de la même main le nœud du vieux filet Ôc l’extrémité des branches f g ; on fait le nœud fur le pouce : ôc afin qu’il fe place immédiatement au-deffus du nœud du vieux filet, il faut toujours tenir bien ferme le nœud ôc l’extrémité des deux branches f g, jufqu’à ce que le nouveau nœud foit entièrement ferré. Les nœuds C ôc D9 Fig. 3 , fe font précifé-ment de même»
- Il s’agit enfuite de faire la Jambe D E, &c •c’eft le nœud E qui mérite quelqu’attention. Le fil qui doit faire cette jambe, part de D ; il paffe fous la branche h, puis fur la branche i, ôc contourne le nœud : on met l’index def-fous ce nœud, ôc le pouce deffus, pour ferrer entre eux le fil D E 3 l’extrémité des branches h i, ôc le nœud du vieux filet ; Ôc on tient le tout bien ferme jufqu’à ce que le nœud fur le pouce foit ferré. Mais, à caufe de la pofition de la maille * il faudra conduire de i en h par-deffous les deux branches i h, l’aiguille qui doit entrer dans la grande anfe qu’on aura projettée fur la main gauche.
- On conçoit que, pour faire régulièrement la maille, il faut que la jambe D E ne foit ni trop longue ni trop courte : ôc cela s’exécute aifément en portant d’abord le nœud E du vieux filet à la hauteur ou il doit être pour répondre à l’angle F de la maille C F D.
- On procédé enfuite au travail des mailles P, N, L. Gette rangée de mailles fe fait à l’ordinaire ; excepté que, quand il faut les travailler de droite à gauche, il eft néceffaire de changer la pofition de la main gauche. Pour le rang des mailles qu’on fait de gauche à droite, le deffus de la main doit être en haut ; les deux derniers doigts font paffés au côté gauche, dans deux anciennes mailles ; ôc le doigt du milieu dans celle qu’on fait;
- P ESCHES.
- ce qui réglé la grandeur de celle-ci, commè il a été dit plus haut. Au contraire pour les mailles qu’on fait de droite à gauche dans le fécond rang Ôc dans les fuivants, le dehors de la main gauche étant tourné vers le bas , il faut paffer les doigts fous le filet, mettre les deux derniers doigts dans les mailles qui font faites, ôc le doigt du milieu dans celle qu’on fait aêluellement, fermant un peu les doigts pour tendre les mailles ôc égaler la maille que l’on fait, avec les autres. Alors on pince entre le pouce ôc l’index le nœud ôc les fils de la maille fupérieüre, par le côté, de forte qu’il faut que le pouce ôc l’index foient pofés comme horifontalement ; ôc on fait le nœud fuï le pouce, précifément de même qu’011 a fait pour le rang de mailles qui alloit de gauche à droite ; c’eft-à-dire, que la projeêlion de l’anfe ôc la marche de l’aiguille pour former le nœud, fe portent toujours au côté gauche. L’habitude fait qu’on exécute fans aucune gêne ces divers mouvements , que l’on croiroit volontiers occafionner de la contrainte.
- Nous voilà arrivés au nœud FI: ôc il s’agic de faire la jambe HI, pour defcendre art rang inférieur d’anciennes mailles. On paffe d’abord le fil qui part du nœud FF, fous lé fil m ôc fur le fil n ; on introduit le doigt index renverfé , dans la maille, entre le fil m ôc le fil n ; on le pofe fous le nœud 15 ôc le pouce en-deffus , afin de ferrer entre ces deux doigts le fil dé la jambe HJ, ces deux fils m ôc n, Ôc le nœud du vieux filet. Pour finir le nœud qui doit arrêter cette jambe, on mene l’aiguille fous le fil H1 ; enfuite feulement fous le fil m ; puis dans la grande anfe deftinée à former le nœud fur le pouce.
- Pour faire la jambe J FC, le fil tjui part de I, paffe fous la branche 0; enfuite oa faifit entre le pouce ôc l’index le fil de la branche en IC, obfervant de lui donner la Ion* gueur convenable pour former régulièrement la maille IK L t car, comme le nœud K n’eft foutenu par rien , il faut le fupporter en l’ait parle pouce ôc l’index en même-temps que la fil 1 K, pour que le nouveau nœud fe trouvé dans une pofition relative à celle des branche,» qui forment les mailles voifines. Confervant donc cette attitude, au lieu de projetter la grande anfe fur le pouce, on la forme en devant de foi ; c’eft-à-dire, qu’on la porte en en-bas vers le dedans du bras gauche, comme on le voit en q : on remonte enfuite le fil vers f p ; on contourne l’ancien nœud K ôc la branche 0; ôc tenant l’aiguille dans un fens contraire à celui de la pofition ou elle étoit pour les autres mailles, on la paffe fou» le fil r, pour entrer dans l’anfe q, Ôc fortir par-deffus le fil s : alors tenant toujours le nœud élevé ôc bien ferré entre le pouce Ôc
- lindex,
- p.20 - vue 23/108
-
-
-
- f- . /•' '
- Sec t. II. Chap. I. D es Filets; de leur fabrique > &c. %ï
- l’index, on tire vers la droite le fil t, Ôc le nœud eft fini.
- Pour faire enfuite une jambe qui s’étende de K en L, ayant paffé le fil dans la maille L, on pince entre le pouce 6c l’index l’angle de cette maille, ainfi que le fil qui forme cette jambe ; 6c on fait le nœud furie pouce.
- Nous avons déjà dit que la maniéré de former le bas de la reprife des mailles, con-
- Article t
- fifte à joindre les mailles qu’on vient de faire avec celles du vieux filet, au moyen des jambes K L,L M, M N, iV 0 y 0 P & P Q. Or, les nœuds M O Q fe font comme nous l’avons expliqué pour le nœud K Ôt les nœuds N P, comme le nœud L. Ainfi nous pouvons nous difpenfer de répéter ce que nous avons expliqué relativement à ces deux nœuds.
- R E I Z I E M E.
- Comment on garnit de F fies & de Flottes les bords des Filets.
- Nous avons expliqué comment on borde 6c on enlarme les filets ; mais dans quantité d’occafions , il faut faire en forte que les filets fe tiennent verticalement dans l’eau. On produit cet effet en attachant des corps légers au bord du filet qu’on veut fixer en enhaut > 6c des corps pelants au bord qui doit être en en-bas. Les corps plus légers que le volume d’eau qu’ils déplacent , tirant le filet vers la furface de l’eau, tandis que les corpspefants ou le leftles tirent vers le fond^ on fe procure deux forces antagoniftes qui agiffent pour maintenir le plan du filet dans une pofition verticale;
- §. I. Comment on garnit de Corp5 légers ou de Flottes le bord du Filet qui doit tendre vers la furface de Peau .
- Quand les filets font imbibés d’eau , ils tombent en paquet au fond. Pour qu’ils .fe tiennent dans l’eau verticalement, il faut garnir le bord qui doit tendre vers la furface de l’eau avec des corps fpécifiquement plus légers que ce fluide : c’eft ce qu’on appelle des Flottes.
- Quand il s’agit de foutenir des filets très-pefants, on fe fert de barils exa&ement fermés pour que l’eau n’y puilfe entrer. Quelquefois des raifons d’économie engagent les Pêcheurs à former leurs flottes avec de petits faifeeaux de rofeaux bien fecs ; mais communément on les emploie pour former des bouées ou des fignaux.
- Affez fouvent les Pêcheurs forment leurs flottes avec de petites planches de bois ' fort légers ôc très - fecs , du Sapin , du Tremble, du Tilleul, ôcc.
- Mais le mieux eft de former les flottes avec du liege. Cette fubftance a l’avantage d’être beaucoup plus légère que le volume d’eau qu’elle déplace } fur-tout quand le liege eft de bonne qualité, fouple fous les doigts, 6c qu’il n’a point de grands pores comme font les mauvais lièges durs 6c ligneux.
- Un autre avantage du liège eft de fe pénétrer bien plus difficilement d’eau que toutes
- P ES CH ES. IL Seat
- fortes d’efpeces de bois, ce qui fait qu9it conferve. très-long-tems fa légèreté étant fubmergé. Ces propriétés font qû’on l’emploie préférablement à toute autre matière pour former ce qu’on nomme les flottes
- On fuit différentes méthodes pour attacher les corps légers à la corde, Fig. 8 PL II, qui repréfente la corde qui borde le haut du filet, telle que A B 5 Fig. io. Quelquefois on perce les petites planches ou les tables de liege, tantôt comme en D, le plus fouvent comme en C; ôc réunifiant les deux bouts de la petite corde qui traverfe le liege, on la lie à la corde du filet : Ou bien, ayant taillé les lieges en rond, comme A, ou en uarré, comme B, on les perce d’un trou ans lequel on fait palier la corde ; ôc on aflujettit ces flottes entre deux nœuds. .
- , Mais le mieux eft d’embraffer la corde par deux morceaux de liege qui, étant réunis par un enlacement de bitord, forment confine des boutons en olive, ainfi qu’on le voit enE. .
- . De quelque façon qu’on attache les flottes à la corde qui bbrde le haut du filet, il convient de proportionner le volume ôc le nombre des flottes à l’étendue Ôc à la pefanteut du filet ; car il faut beaucoup plus de flottes pour foutenir un grand filet à mailles ferrées ôc fait de ficelle, que celui qui feroit fait d’uri fil fort délié dont les mailles feroient grandes } 6c qui auroit peu de chûte;
- ÿ'. a. Comment on garnit de Lefl le Ford inférieur d’un Filer.
- Il eft évident que fi l’on ne chargeoit pas dé quelques corps pefants le bas d’un filet dont le haut feroit garni de flottes,les flottes entrai-neroient tout le filet vers la furface de l’eau j ôc la moindre agitation du fluide empêcheroit que le filet ne fe tînt dans une pofition verticale. Il faut donc, pour que le filet foie bien tendu, enlefter le bas, ou le charger de quelques poids qui tendent à l’entraîner vers le fond de l’eau. On forme quelquefois c4
- F *
- p.21 - vue 24/108
-
-
-
- 22
- TRAITÉ DES P ES CH ES.
- left avec des cailloux, qu’on amarre comme nous l’avons fuffifamment expliqué dans la première Section, en parlant des cordes. Mais communément le left qu’on met au-bas des filets fe fait avec du plomb : c’eft ce qu’on appelle la Plombée. Les Pêcheurs fuivent différentes méthodes pour former cette plombée.
- Pour de petits filets légers , des balles de plomb, percées comme des grains de chapelet ,. font fuffifantes. Mais pour de grands filets qu’il faut beaucoup charger de left, on a un moule formé de deux pierres qui s«juftent exactement l’une fur l’autre. Chacune de ces pierres eft creufée d’une gouttière; Ôc étant jointes l’une à l’autre, elles forment un cylindre , dans l’axe duquel on place une broche de fer qui eft un peu plus groffe d’un bout que de l’autre, pour qu’on puiffe la retirer plus aifément du cylindre de plomb qu’on aura fondu. On coule du plomb fondu dans ce moule ainfi ajufté ; ôc quand on a retiré là broche de plomb, on a un petit tuyau femblable à la figure 20, PL I. En enfilant une corde dans ces*tuyaux, on forme la plombée.
- Plus communément on a de petites plaques de plomb, PL /, Fig. 21, qu’on creufe en gouttière b b dans le milieu, pour y loger
- la corde fur laquelle on roule le plomb à petits coups de marteau; ôc pour affujettir encore mieux les plaques de plomb, on rabat fur la corde les languettes a a. Enfin, on peut fe contenter, Fig. 22, d’envelopper la corde avec une bande de plomb , Ôc l'affujettir à petits coups de marteau, comme on fait un ferret au bout d’un lacet.
- Quelque méthode qu’on fuive pour attacher Je plomb à la corde, il faut proportionner le poids du left à la grandeur du filet ôc à l’ufage qu’on en veut faire : quelquefois, par exemple, il convient que le filet fe tienne entre deux eaux ; alors il ne faut que peu de left, Ôc feulement ce qui convient pour tenir le filet tendu. Si l’on mettoit trop de left, il entraîneroit le filet au fond de l’eau, ou bien il faudroit augmenter beaucoup la flottée. Au contraire fi Ton veut que le filet fe porte aù fond de l’eau, il faut fortifier la plombée, Ôc ne mettre de flottes que ce qu’il en faut pour fûutenir verticalement le filet.
- Nous aurions bien d’autres chofes à dirè fur la proportion qu’il faut obferver, fuivant différentes circonftances, entre le left Ôc les flottes. Mais il fera mieux de n’en parler que quand l’occafion s’enpréfentera, relativement aux différentes Pêches.
- Article quatorzième.
- Du Tanage 6 de la Confervadon des Filets.
- I l eft probable que le Tan n’agit pas fur les filaments des végétaux, comme fur les fibres de toutes efpeces qui compofent la peau des animaux. Cependant c’eft une chôfe reconnue,que les cordes,les filets ôc les toiles, qui font expofés à l’eau, durent plus longtemps quand ils ont été tannés, que ceux qui n’ont pas eu cette préparation, Ai l’expérience journalière des Pêcheurs ne les en avoit pas perfuadés, iis s’épargneroient une opération qui eft pénible ôc qui leur occafionne une dé-penfe confidérablei Mais pour qu’elle pro-duife le bon effet qu’on en attend, il faut la faire avec des foins ôc des attentions qui font indifpenfablement néceffaires, ôc que nous nous propofôns de détailler dans cet articlei
- Le Tan eft fait avec dés écorces de jeunes branches d’arbres, defféchées ôc réduites ert poudre. La Bruyere {Erica) ; le Fuftet (Connus Coriaria)\ les Sumacs (Khus) de plufieürs efpeces ; l’Aune (AInus) ; le Noyer (Afux) ; le Saule (S lix) ; font employés à cet ufage : mais aucune écorce n’eft autant eftimée que celle du jeune Chêne. Pour faire le meilleur Tan, on enleve durant la faifon de la feve, vers la fin d’Avril ou au commencement de
- Mai, l’écorce claire ôc vive des jeunes Chêiieé qui font vigoureux ; car les écorces brunes , gerfées ôc chargées de lichen, ne fourniffent qu’un tan de médiocre qualité *.
- Quand ces arbres font en pleine feve, ôc que leur écorce fe détache aifément du bois, on fait avec une ferpe , au bas du tronc, ôc immédiatement fous les branches, une entaille circulaire qui coupe l’écorce, Ôc qui s’étend jufqu’au bois. On joint enfuite les deux entailles par une autre coupe longitudinale qui s’étend depuis l’entaille du haut jufqu’à celle du bas ; Ôc en introduifant entre l’écorce ôc le bois, un coin fait de quelque bois dur, ou d’un gros os, on enleve toute l’écorce ; qui, à mefure qu’elle fe deffeche, fe roule fur elle même, ôc teffemble affez à des bâtons de cotterets. On abat fur le champ les arbres écorcés,pour en faire cet efpece de bois qu’on nomme Pelard. Et quand les écorces fe font defféchées à un certain point, on en forme des bottes, qu’on peut conferver long-tems à couvert de la pluie fans crainte que le tan perde de fa qualité.
- * Les Naturalises reconnoiflent pour Lichen , ces plantes parafites qui fubfiftent aux dépéris de l’écorce, & que l’on nomme vulgairement Moufles , &c.
- p.22 - vue 25/108
-
-
-
- Section IL Chap. I. Des
- Pour difpofer ces écorces à être employées en tan, il faut les réduire en poudre allez fine. Quelques Pêcheurs qui tannent eux-mêmes leurs filets,fe contentent de battre ces écorces avec des fléaux ; mais ils n’en tirent qu’un parti médiocre : ils perdent ainfl beaucoup de pouf-fiere fine qui s’évapore, ôc le relie efl pulvérifé trop grolïiérement ; le mieux efl de les porter à des Moulins. Il y en a de deux fortes. Les uns font de grolfes meules verticales, comme celles dont on fe fert pour faire le cidre ôc pour broyer les graines ôc amandes qui four-niffent de l’huile ; après avoir rompu groflïé-renient les écorces fur une piece de bois qui forme comme un tranchant, on les met fous la meule qu’on fait tourner, & qui écrafe affez bien l’écorce fans qu’il s’évapore beaucoup de poufliere.
- L’autre moulin, qui efl:le meilleur, quoiqu’il caufe un peu plus d’évaporation, efl: formé d’un nombre de pilons qui retombent dans une grande auge, où l’on met les écorces grolïiérement rompues. Quand les écorces , ont été afifez bien pulvérifées, on les pafle par une efpece de crible , qui efl: fai: avvC du fil d’archal, ôc qu’on établit fur un grand “cuvier. Ce qui pafle par le crible eft mis flans des tonnes, & vendu aux Tanneurs: ce qui efl: refié fur le crible repalfe au moulin.
- Le tan des autres écorces dont nous avons parlé,imprime aux filets une couleur quelquefois plus fatisfaifante que celle du tan de Chêne. Ces tans produifent en général un bon effet, mais jamais aufli avantageux que le tan du jeune chêne ; au moins eft-ce le fentiment des Pêcheurs. Cependant il con-viendroit peut-être d’en faire des épreuves avec foin ; car j’ai vu des cuirs qui paroiffoient affez bien préparés, quoiqu’on eût fubftitué fie la bruyere réduite en poudre au tan de chêne.
- Nous avons dit qu’il y a des Pêcheurs qui tannent eux-mêmes leurs filets; mais comme aucuns n ont de chaudières affez grandes pour cette opération ils en louent pour deux fois 24 heures ou plus de tems, de ceux qui ont des tanneries en réglé, dont nous allons parler.
- Les Tanneries font ordinairement voûtées Ôc établies au raiz de chauffée, PL TlyFig. 11, où font montées trois grandes chaudières A B C, fur des maflïfs de maçonnerie qui excédent la hauteur, des chaudières, comme on le voit en ABC, de même qu * le font icelles des Braffeurs. Les fourneaux font fous les chaudières, ôc ils s’allument par des bouches qui répondent à un caveau confinât derrière ôc plus bas que les chaudierex Les Tanneurs ont des chaudières de différentes grandeurs, pour fe fervir des unes ou des autres, fuivant la quantité de filets qu’ils ont à préparer;»
- Filets; de leur fabrique, &c. 23
- Pour faire une bonne Tannée, on met ordinairement deux parties ôc demie d’eau fur une de tan, ou cinq parties d’eau fur deux de tan ; c’eft-à-dire , deux barils ÔC demi d’eau fur un de tan ; ôc les barils de tan fe mefurent comble. Ainfl dans une chaudière qui tient 30 barils d’eau, on met douze barils de tan.
- Quand on a jetté l’eau Ôc le tan dans la chaudière, on allume le feu du fourneau qui eft deffous. Comme il faut beaucoup d’eau, on la tire avec une pompe D, Ôc on la conduit dans les chaudières par des dalles en gouttières E,
- Les chaudières font ordinairement cinq à fix heures, depuis que le feu eft allumé, fans commencer à bouillir, quoique l’on ait foin de les couvrir avec des planches pour augmenter la chaleur.
- , Quand le bouillon commence à fe former, le tan fe gonfle ôc s’élève avec tant de force , qu’un feul bouillon pourroit en faire perdre un ou deux Barils^qui contiennent chacun environ 130 pintes,, mefure de Paris. Pour prévenir cet accident, les Tanneurs tirent avec des efpeces de cuillers , Fig, 6r une partie delà liqueur , qu’ils, mettent dans des tonnes, Fig. 3 ; ôc ils foutiennent le bouillon pendant qu torze , feize ou dix-huit heures. A mefure que la tannée diminue, ils remettent dans la chaudière Celle qu’ils
- ont dépofée dans* les tonnes. , . ... * ,,
- Après que l’eau a bien tiré la fu b fiance du tan, ôc que le Tanneur juge que fa tannée eft bien faite, il retire avec un lanet, Fig, 3 tout le tan qui eft dans la chaudière., L’ouvrier , A, Fig. 11, qui eft occupé à ce travail, met ce tan dans une manne , F Fig, 11 ,( ou au bas de la planche J Fig. 4 ). Quand elle eft pleine, il la tranfporte fur la tonne G, Fig, 11, pour ne pas,perdre la liqueur , qui eft la partie précieufe. Pendant cette opération, l’on continue toujours le feu fous la chaudière, afin d’entretenir la tannée bouillante jufqu’à ce qu’on y plonge les filets : ce qu’on juge néceffaire pour qu ils fe pénettent bien de cette tannée.
- On place dans le fond les filets neufs, ôc les autres par-deffus, jufqu’à enfaiter les filets les uns fur les autres, comme on le voit dans la chaudière B y Fig, 11. Mais le Tanneur a foin de former fur le devant fle la chaidiere une eloifon de planches, pour, pouvoir puifer continuellement de là tannée, qu’il verfe fur les filets, comme le fait l’ouvrier B ; ce qu’il continue jufqu’à ce que toute la tannée foit confommée.
- On tanne différemment les Cordages: Quand la tannée a bouilli quelques heures on met avec une gaffe, hg, 7, les pièces de cordage roulées, dans la chaudière, ou
- p.23 - vue 26/108
-
-
-
- RAITÉ DES PESCHES.
- on les "tient une couple d’heures dans la tannée bouillante. On les tire enfuite avec la gaffe, pour en mettre d’autres à leur place ; ce que l’on continue jufqu’à ce que la tannée foit épuifée. On pâlie auffi les cordages dans le gaudron; ôt cela peut fe faire de differentes maniérés : mais nous renvoyons pour cela , à ce que nous en avons dit vdans le Traité de la Corderie, réimprimé en 1769,
- On peut faire bouillir dans de nouvelle eau le tan qu’on a retiré de la chaudière, qu’on a mis égoutter dans des mannes fur des futailles. Cette fécondé tannée peut fervir à donner une petite - impreffion de tan aux filets ôt aux cordages neufs qu’on fe propofe de tanner, ce qu’on nomme Débouillir. On fe fert encore de cette foible tannée pour redonner une im-preifion de tan aux filets précédemment tannés, ôt qui ont blanchi par le fervice. Enfin ces foibles tannées , qu’on fortifie quelquefois avec du tan neuf, fervent à tanner de la toile pour les voiles.
- On étend ôt on fait fécher les filets, les cordes ôt les toiles qui ont été tannés, PI. Fl, Fig. 12. Et il eft important de les garantir de la pluie jufqu’à ce qu’ils foient fecs ; ôt encore plus de la gelée , qui les endommageroit beaucoup. Mais heureu-fement on peut les conferver long - temps en tas, lorsqu’ils font imbibés de tan, fans craindre qu’ils s’échauffent; & qu’ils fe corrompent. On aïïure même que des filets bien tannés ont refté des temps confidérables, comme fix mois, au fond de la mer fans avoir été confidérablement endommagés.
- Les Infiniment s dont fe fervent les Tanneurs, font des Cuves de cuivre, Fig. 1 ; des Barils pour contenir le tan en poudre, Fig. 2 , lefquels doivent contenir environ ii28 ou 130 pintes, mefure de Paris; des Tonnes, qu’ils nomment Gonnes, Fig. 3 , pour y mettre l’eau qu’on retire des chaudières; les Mannes, Fig. 4, pour égoutter le tan qu’on tire des chaudières ; des Lanets, Fig.
- 5, qui font des filets de ficelle montés fur un cercle de fer, où eft foudée une douille qui reçoit un manche de bois ; un Fâcheux ou Puifeux, Fig. 6, qui tient ; à 6 pintes d’eau ; une Gaffe ou Crochet, Fig. 7, pour mettre dans la chaudière les pièces de cordage, Ôt pour les en retirer ; des Fourgons de différentes formes, Fig. 8, 9 ôt 10, pour attifer le feu ou pour changer la fituation des filets dans la chaudière ; ils font de fer avec des manches de bois reçus dans des douilles.
- Les Pêcheurs H, Fig. 11, portent leurs filets à la tannerie, Ôt ils aident aux Tanneurs à les étendre pour les faire fécher, comme on le voit dans la Fig. 12. Les uns a , les portent à dos fur le fable ; d’autres, b, les chargent fur des brouettes : ôt on les
- étend fur le fable c, ou bien on les tend fur des perches d.
- Les Catalans , Pêcheurs de Sardines > achettent leurs filets de la couleur du fil, qui eft de lin; ôt ils les teignent d’une couleur tannée ou rougeâtre, en ié& faifant bouillir dans de grandes chaudières avec de l’écorce de Pin Sauvage(PinusMaritima altéra Matth.): on ne fe fert point de l’écorce du Pin Cultivé (P inus Saliva C.B.P.). On réduit donc en poudre l’écorce de Pin fauvage : fur une partie d’écorce , on met 6 parties d’eau, qu’on fait bouillir jufqu’à la réduêiion de moitié ; enfuite on ôte le marc, ôt on verfe la décoêfion dans une tonne. Quand elle eft refroidie au point de pouvoir y tenir la main, on met les filets dans cette teinture , en les faifant entrer par un bout, ôt les tirant par l’autre, comme font les Teinturiers : on les arrange tout de fuite en rond dans une futaille qui eft percée de quelques trous. Au bout de ï 5' jours, ils font encore chauds ; ôt quoiqu’on les y laifle long-temps, ils n’y fouffrent aucune altération ; de forte que quelquefois on ne les en retire que lorfqu’on veut s’en fervir. Alors on les lave dans de l’eau douce, Ôt on les fait fécher à l’air, ou au foleil. On pafle tous les mois les Sardïnales dans cette teinture, Ôt comme la couleur devient à chaque fois de plus en plus brune , à la fin ces filets femblent teints en nom Moyennant ces attentions,ils durent plufieur» années.
- Si l’on vouloit teindre les filets en couleur d'eau, on pourroit fuivre le procédé que nous avons indiqué dans la première feêlioii pour teindre les lignes; mais on n’en fait point d’ufage pour les filets.
- Dans les pays où on ne peut pas fe procurer du tan de Chêrte, on prend de l’écorce verte Ôt fraîche de racine de Noyer; on la coupe par morceaux qui peuvent avoir un pouce en quarré ; on les met dans une cuve ; ôt fur deux boifleaux de cette écorce, on verfe deux féaux d’eau, qu’on fait bouillir pendant une heure* On retire enfuite l’écorce; on met les filets au fond de la cuve ; ôt on les recouvre avec l’écorce qu’on avoit tirée de la cuve : les ayant laiffé tremper pendant 24 heures dans cette teinture, on les en retire, on les tord, ôt on les étend pour les faire fécher*
- Comme les filets font un objet cortfidé-rable de dépenfe , les Pêcheurs prennent une finguliere attention à les Conferver. Pour cela ils les lavent autant qu’ils peuvent dans de l’eau douce toutes les fois qu’ils reviennent de la mer; enfuite ils les étendent ou fur la greve ou fur des perches, pour les faire fécher ; ôt avant de s’en fervir, ils les vifitent pour rétablir les trous qui pourraient s’y trouver : article très-important ; puifque,
- comme
- p.24 - vue 27/108
-
-
-
- r
- t
- Section1 IL Chap.I. Des Filets ; de leur fabrique , êc.
- comme nous avons déjà, eu occafion de le dire , quelques mailles rompues, deviennent bien-tôt un grand trou, fi on néglige de les rétablir. Enfin quand on s’apperçoit quun filet perd fa teinture, on le repaffe dans la tannée. Avec de pareilles attentions les Pêcheurs font quelquefois durer très-long-temps leurs filets.
- RÉCAPITULATION.
- Nous ne nous fommes pas propofé de décrire complettement l’art du Mailleur: mais ne connoilfant aucun ouvrage, ou cet art eût été bien décrit, nous avons effayé d’en donner les principes généraux. Ainfi, après avoir expofé quels font les différentes efpeces de filets qui font d’ufage pour la pêche, nous avons expliqué le plus clairement qu’il nous étoit poffible la maniéré de faire les Nœuds qui font en ufage pour mailler ; nous aidant de figures, fans lefquelles les plus longs difcours feroient inintelligibles.
- Ayant repréfenté ôt décrit avec foin les divers inftruments dont fe fervent les Mail-îeurs, nous avons expliqué affez en détail la façon de lever unfi let ou de faire les Levures qui en forment la tête. Nous avons enfuite détaillé la maniéré de faire les filets dont les Mailles font en Lofange ; la pratique de Brider
- ces mailles pour qu’elles confervent leur ouverture ; ainfi que de les Border ôt les Enlarmer. Après quoi nous avons montré comment on parvient à augmenter l’étendue des filets , au moyen des Accrues ; ôc les diminuer de largeur, en prenant plufieurs mailles dans un même nœud. Nous avons expliqué la fabrique des filets kMailles Quarrées ; la façon de monter les Filets Contrémaillés?de travailler les Filets Cylindriques ou Conique s, en chauffe, en verveux, ôte. Nous avons pris un foin particulier pour traiter un article important aux Pêcheurs, ôc que beaucoup d’excellents Mailleurs ignorent ; la façon de Réparer ou radouber les filets qui ont été endommagés* Enfin, comme les Pêcheurs ont grand intérêt de prolonger la durée de leurs filets,' nous leur indiquons toutes les précautions qu’ils peuvent prendre pour y parvenir ; la maniéré de les Teindre ôc de les Tanner ; combien il eft important de les laver Ôc de les faire bien fécher. Et nous efpérons que ce petit Traité de la fabrique des filets , qui n’avoitpas encore été donné avec exactitude , fera utile aux Pêcheurs. Il étoit néceffaire de le mettre avant ce que nous avons à dire de la pêche aux filets ; oh nous aurons foin de bien repréfenter la forme ôc l’ufage de tous les filets qu’on emploie pour les diffé'î rentes efpeces de pêches.
- Pesches. IL Secl.
- G
- »
- O
- p.25 - vue 28/108
-
-
-
- 2Ô
- TRAITE DES PESCHES.
- CHAPITRE IL
- De plujîeur s Pêches au Filet, qui fe font furie rivage > ou dans un batteau à une petite dijlance du bord de Veau.
- Les meilleures idées ne le préfentent pas tout-d’un-coup aux elprits, même les plus inventifs : & les Arts ne parviennent que par degrés à leur état de perfeétion ; femblables en cela à une étincelle qui peu-à-peu occafionne un grand incendie. L’idée groflîere d’un panier dont on couvrit d’abord le Poiflon qu’on appercevoit au fond de l’eau, a pu faire inventer l’Epervier ; un panier qu’on pafloit fous le Poiflon qui nageoit entre deux .eaux, aura donné lieu d’imaginer le Carrelet , Sec. Voyant plufieurs efpeces de Poiflotis fifivre le cours de l’eau, on s’efl: propofé de les arrêter avec des Filets en Nappe, qu’on nomme Etentes &. Tramaux ; ou avec des Filets qui fe terminent en Pointe, & qu’on nomme Verveux, Chauffe, 8cc. Enfin, ayant trouvé du Poiflon dans des mares où. il refte de l’eau de bafle-mer, on a imaginé de former des enceintes à claire-voie, qui empêche le Poiflon de fiiivre le cours de la marée : on a ainfi formé ce qu’on appelle les Parcs. C’eft de ces différentes Pêches que nous nous propofons de parler.
- Article Premier.
- De /’Epervier, nommé auff Furet, Rifleau, Sec.
- î /Epervier eft un filet de forme conique, ou en entonnoir, ABC, PI. VU > Fig. i. Il a donc une embouchure fort large, A B: laquelle, dans les grands éperviers, porte jufqu’à ii ou 12 braffes de circonférence ; ôt diminuant peu-à-peu d’étendue, ce filet fe termine en pointe au fommet du cône C, où eft attachée une corde E, qu’on tient plus ou moins longue fuivant fendroit où l’on fe propofe de pêcher. Il a de chute, ou de C en H, environ 4 à j braffes : mais, comme je lai déjà dit, il y en a de très-grands, Ôt d’autres fort petits.
- Ce filet, qui eft d’un bon fil retors en trois *, eft bordé en AB d’une corde groffe comme le doigt, qu’on garnit de bagues de plomb qui peuvent pefer chacune une once. Elles font faites quelquefois avec des balles percées, qu’on enfile dans la corde comme des grains de chapelet, ôt qu’on affujétit par des nœuds faits entre deux balles ; le plus fou vent les bagues font de petites plaques
- * Suivant Anderfon, Hijloîre du Groëniande, -page 104 , les naturels du pays font des éperviers à pentes mailles, avec des nerfs de daim.
- de plomb qu’on roule fur la corde à petits coups de marteau,comme le ferret d’un lacet. Toute cette plombée pefe environ 40 ou 50 livres. Le bord du filet excede de 12 à 18 pouces la corde plombée : mais cette partie eft retrouffée en-dedans du cône ; ôt comme elle eft foutenue de diftance en diftance par des lignes D, cette portion du filet forme tout autour de l’embouchure de l’Epervier des bourfes dans lefquelles le poifTon s’engage.
- A B Figure 2 repréfente une coupe de ce filet. A eft un plomb, ou la coupe de la corde plombée. B eft la portion du filet relevée en dedans, ôt qui étant retenue par les ficelles BD, qui font allez éloignées les unes des autres, comme on le voit en D 9 Fig. 1 , forme des bourfes E, dans lefquelles le poiffon,qui voudroit s’échapper par-defïbus le filet, s’engage de façon à être néceffaire-ment en la pofTeffion du Pêcheur.
- Comme on augmenteroit inutilement le travail, le prix , & le poids du filet, fi on faifoit dans toute l’étendue d’un épervier les mailles aufïi ferrées qu’elles le doivent être en-bas, on a coutume de donner auprès de
- p.26 - vue 29/108
-
-
-
- Section IL Chap. IL De
- îa cuîafTe deux pouces d’ouverture aux mailles, pendant que vers l’embouchure on peut quelquefois à peine y palier le doigt ; a moins qu’on ne fe propofe de prendre feulement de gros poilfons. Au bord de la mer, les mailles ont allez communément 11 lignes en quarré.
- On travaille les éperviers en rond : ôc pour faire la diminution des mailles, comme nous venons de le dire, quand on a fait dix rangs de mailles ou dix ourdres en defcendant à compter de la culalfe ou de la levure, on forme les mailles fuivantes fur un moule plus menu ; ôc on continue de dix en dix rangs de mailles à changer de moule pour en prendre de plus menus, jufqu’à ce qu’on foit arrivé au bas du filet. Quand on fe propofe de tenir les mailles d’en-bas moins ferrées, on ne e de moule que de i f en 15 rangs de mailles.
- Comme il faut que le filet s’éiargilfe peu-à-peu à mefure qu’on approche de l’embouchure, on fait alternativement un rang de mailles fans accrues , Ôc un avec des accrues ; formant une accrue , de 6 en 6 mailles. Il eft fenfible que quand on fera un rang de mailles au-delfous des accrues, le nombre des mailles de ce rang fera augmenté proportionellement au nombre des accrues qu’on aura formées, ôc la circonférence du filet fera plus grande qu’elle n’étoit : en continuant à former ainfi des accrues julqu’au tac du filpt- J on lui pro cure un évafement convenable.
- Enfuite on retrouffe en-dedans les bords du filet, ôc on les attache de pied en pied, comme nous l’avons expliqué , pour former des bourfes au-bas ôc autour de l’épervier. Enfin on doit avoir attaché avec de bon fil retors la corde plombée à la partie du filet deftinée à former l’embouchure. C’eft ainfi que font faits la plupart des éperviers. Cependant il y en a de Petits qu’on monte différemment ; c’eft ce qui nous refie à expliquer.
- Ces éperviers , Fig. 3 , font ordinairement moins grands que les autres : Ôc n’ayant point de bourfes à l’embouchure, tout le rets fe termine à la corde plombée. De plus, au lieu de lier une corde à la pointe du cône par où le filet a été commencé, on arrête cette partie du filet fur un anneau de cuivre ou de corne, épais de 6 à 9 lignes. Ainfi les 12 premières mailles qui font la levure du filet, font fermement arrêtées fur cet anneau.
- On lie de pied en pied de fortes ficelles à la corde plombée : elles doivent s’étendre de toute la hauteur du filet de 1 en L ; l’extrémité de toutes les ficelles eft nouée en L à la corde M qui paffe dans l’anneau.
- Pour concevoir l’ufage de ces ficelles, imaginons le filet déployé en rond au fond de l’eau. Il eft fenfible qu’en tirant la corde M , toutes les cordes verticales tendront
- plujîeurs Pêches au Filet, 27
- a fe rapprocher de l’axe du cône, ôc elles fermeront l’embouchure du filet à peu près comme une bourfe ; le filet fe froncera comme les rideaux qui fe relevent vers le ciel d’un lit ; Ôc tous les poilfons qui fe trouveront fous le filet, feront pris, à moins qu’ils ne foient alfez petits pour s’échapper au travers des mailles. On ne fait guere ufage de cet épervier, dont le fervice eft incommode.
- En général les éperviers font de différentes grandeurs fuivant l’étendue de la nappe d’eau où l’on fe propofe de pêcher.
- Il y a deux façons de pêcher avec l’éper-vier : l’une en le traînant ; l’autre en le jettant. Je vais parler de l’une ôc de l’autre.
- §. 1. Fafon de Tramer F Epervier, ufitêe dans de petites Rivières.
- Pour pêcher avec l’épervier en le traînant, on attache deux cordes à celle qui entoure l’embouchure du filet, ôc qui porte les plombs ; par exemple, en F Ôc G', Fig. 1 ôc 4 ; faifant enforte que l’efpace F G occupe à peu près la largeur de la riviere ou du courant d’eau où l’on pêche.
- Deux hommes traînent le filet en hâlant fur les cordes KL, Fig. 1, de maniéré que la portion du filet, qui eft comprife entre F ôc G , fe tienne prefque droite à la fur-face de l’eau. Le refte de l’embouchure du filet tombe au fond de l’eau, à caufe des plombs. Cette embouchure porte fur le fond en décrivant une efpece d’ovale : la queue ou culalfe du filet flotte entre deux eaux. Un homme M} Fig. 4, fuit les Pêcheurs ; il tient la corde qui répond à la pointe du filet ; ôc quoiqu’il la laine lâche,il s’apperçoit cependant s’il y a des poilfons pris, par les fecoulfes qu’ils impriment au filet Ôc qui fe communiquent à la corde.
- Deux Pêcheurs KL, Fig. 4 fe placent donc des deux côtés du cours d’eau. Celui qui eft du côté K, jette au Pêcheur L le bout d’une corde, ôc il attache l’autre bout de cette corde à la corde plombée qui borde l’embouchure du filet, comme en F. Le Pêcheur K attache enfuite fa corde en G, Fig. 4; puis il jette le filet à l’eau, retenant feulement fa corde G. Alors les deux Pêcheurs K & L, marchant fur la rive de l’eau chacun de leur côté, traînent le filet, ôc l’homme M les fuit en tenant la corde de la culalfe. Quand on manque de ce troifieme homme, le Pêcheur K attache à un de fes bras la corde de la culalfe, ôc il la tient alfez longue pour ne pas gêner la pointe du filet.
- Lorfqu’on s’apperçoit, aux fecoulfqs de la corde de la culalfe, qu’il y a du poilfon pris, il eft à propos de relever le filet. Pour cela, le Pêcheur K cherche un endroit* où la berge ne foit point trop élevée, où il
- p.27 - vue 30/108
-
-
-
- a8
- TRAITÉ DES P E S C H E S.
- n’y ait pas beaucoup d’herbes, en un mot qui foit commode pour tirer le filet à terre. Alors les deux Pêcheurs lâchent leur corde pour que toute la circonférence du filet porte fur le fond ; le Pêcheur K prend la corde de la culaffe , il la tire doucement à lui, non pas directement, mais en fe portant d’une enjambée vers la droite, puis vers la gauche ; ce qu’il répété à plufieurs fois, pour faire enforte que les plombs, qui portent fur le fond, fe rapprochent les uns des autres, Ôc ferment l’embouchure du filet, comme on le voit en c, Fig. 7.
- Quand il tient la culaffe même du filet, il continue à tirer le filet en fe balançant encore vers la droite Ôc vers la gauche, mais fans changer de place. Auiïi-tôt qu’il apper-çoit que tous les plombs font bien réunis ôc qu’ils quittent le fond, il tire de toutes fes forces pour mettre promptement le filet fur l’herbe. Alors faififfant la corde qui porte les plombs, il la fuit tout autour du filet, vuidant les poches ou bourfes, qui font ordinairement remplies de vafe, d’herbes, de coquilles , ôc de très-petits Poiffons qu’il doit rejetter à l’eau. Mais à mefure qu’il s’en préfente qui méritent d’être confervés, il les met dans un panier couvert , au fond duquel il y a de l’herbe fraîche. Le filet ayant été vifité dans toute fa circonférence, le Pêcheur L tire fa corde à lui ; le Pêcheur R jette le filet à l’eau, ôc ils recommencent à traîner l’épervier comme nous l’avons expliqué.
- Quand les rivières font bordées d’herbiers ou de crones ou fourives, en un mot quand la partie F G du filet ne peut pas embrafler toute la largeur de la riviere, on prend des Bouleurs : ce font des hommes armés de perches, qui marchent d’un côté Ôc de l’autre du cours d’eau, immédiatement derrière ceux qui halent le filet ; Ôc avec leurs 4 perches, ils bâtent les herbiers, ils fourgonent dans les crones, pour engager le poiffon à donner dans le filet.
- C’eft une queftion qui partage les Pêcheurs , que de favoir lequel eft le plus à propos , de traîner l’épervier contre le courant, ou en fuivant le cours de l’eau. Dans l’un ôc l’autre cas, une partie du poiffon effarouché par les Pêcheurs, les Bouleurs -ôc le filet, nage devant pour l’éviter. Auffi eft-ce pour arrêter ces fuyards, qu’on tend de diftance en diftance, comme de cent en cent toifes, un tremail N 0, Fig. 4, qui traverfe la riviere : ôc c’eft ordinairement aux approches de ce filet qu’on prend beaucoup de poiffon.
- Quand la pêche eft finie, les Pêcheurs portent leur filet à un endroit où l’eau foit fort claire pour le laver. Enfuite ils le pendent par la culaffe, ôc ils en étendent les côtés ,
- comme dans la Fig. 1 , pour le faire fécher. Sans ces attentions, il feroit bien-tôt pourri*
- Quelquefois pour fortifier les éperviers que l’on traîne, on met de diftance en diftance des ficelles Ny Fig. 1, qui s’étendent depuis la culaffe jufqu’à la corde plombée, Ôc qui font enlacées entre les mailles.
- Lorfque les bords des rivières ne font point praticables pour traîner le filet, deux Pêcheurs mettent par le travers de l’eau un petit bateau , à l’un des bords duquel ils attachent une partie de la corde plombée qui occupe la longueur du batteau : un Pêcheur étant à l’avant, l’autre à l’arriere, ils conduifent avec des gaffes le bateau en le faifant aller toujours de travers au courant. Par ce moyen, on traîne le filet comme fi l’onétoit à terre. Mais attendu que le batteau ôc les perches des Pêcheurs effarouchent le poiffon, une partie fe retire dans les crones, ôc communément on prend moins de poiffons que quand ceux qui traînent font fur les deux rives.
- On voit dans d’anciens titres que des Seigneurs ont droit de pêcher à la Gourde : nous allons donner une idée de cette façon de pêcher. Il arrive affez fouvent que deux Seigneuries font féparées par une riviere, Ôc que les deux Seigneurs ont un droit pareil d’y pêcher. Mais les Pêcheurs doivent fe tenir chacun fur le bord qui leur appartient. Le Pêcheur K, Fig. 4, ne pouvant point paffer du côté de L, il attache le bord fupérieur du filet F G fur une perche qui traverfe la riviere ; Ôc pour faire flotter cette perche , afin de foutenir le bord du filet à fleur d’eau, il attache le long de la perche des gourdes ou callebaffes vuides ; ôc a chaque bout de la perche, deux cordes, une longue ôc l’autre plus courte , avec lefquelles il traîne le filet le plus exactement qu’il peut au milieu de la riviere. Il n’eft guere poffible de l’embraffer entièrement ; mais enfin on profite de ce moyen le mieux qu’il eft pof* fible.
- §. 2. De la maniéré de Jetter ïEpervïer.
- On ne peut pêcher en traînant l’épervier, comme nous venons de l’expliquer dans le paragraphe précédent, que dans des courants d’eau qui ont peu de largeur, où l’eau n’eft point fort profonde, ôc fur les fonds où il ne fe trouve pas de roches ou même de pierres d’une groffeur un peu confidérable. La façon de pêcher dont II s’agit préfente-ment, peut fe pratiquer dans les grandes rivières, dans les étangs, entre les roches, même à quelque diftance du rivage, pourvu qu’il s’y trouve beaucoup de Poiffon, ôc que la nappe d’eau ne foit pas fort épaiffe.
- Poux cette pêche, on ne traîne point le
- filet,
- p.28 - vue 31/108
-
-
-
- Section II. Chap. II, De plufîeurs Pêches au Tilet. ig
- filet ; mais on le jette aux endroits auxquels on voit ou au moins on juge qu’il y a du
- poiiïbn raffemblé.
- Quand on a jetté Fépervier , les plombs font entrer les bords du filet au fond de l’eau ; ôc le corps de ce filet couvre le poiffon, de maniéré qu’il échappe bien difficilement quand on tire le filet hors de l’eau. Mais la façon de jetter convenablement ce filet n’eft pas aifée, ôt elle ne peut être bien exécutée que par un homme grand ôt fort.
- Celui qui veut jetter le filet commence par lier à fon poignet gauche la corde qui répond à la culaffe , ôc de la même main il empoigne tout fépervier environ à deux pieds au-deffus de la corde plombée. Enfuite tenant cette portion du filet pendante, de forte néanmoins que les plombs portent un peu à terre, il prend environ le tiers de la circonférence de l’embouchure du filet;ôc ren-verfant le filet en entier, il jette cette partie fur fon épaule gauche, fe formant avec elle comme un manteau à l’Efpagnole. Après quoi il en empoigne de fa main droite environ un autre tiers : le relie du filet pend devant lui.
- Ayant ainfi tout difpofé, Ôc étant au bord de l’eau, il tourne fon corps vers la gauche pour prendre un élan ; ôt le rappellant avec vivacité vers la droite, il jette le plus fortement qu’il peut tout le filet a l’eau , fie façon
- qu’en fe déployant il forme une roue, Fig, $ : la corde plombée tombe incontinent au fond de l’eau , ôt enferme les poiffons qui fe trouvent fous le corps du filet.
- On releve Fépervier comme nous l’avons expliqué dans le paragraphe précédent, fort lentement, & fe balançant de droite ôt de gauche pour raffembler les plombs ; enfuite on tire tout le filet le plus vite qu’on peut, fur-tout lorfqu il fort de l’eau.
- Il eft fenfible qu’on doit jetter le filet à un endroit où le fond foit uni, fans fortes herbes, fans groffes pierres ni bois : faute de cette attention l’on courroit rifque de déchirer le filet ôt de perdre beaucoup de poiffon qui s’échapperoit par les endroits où la plombée ne porteroit pas fur le fond.
- Une autre attention bien importante, eft que celui qui jette le filet n’ait ni boutons ni agraffes à fes habits ; ils doivent être retenus par des lacets , des rubans ou des aiguillettes : car fi une maille du filet s’accro-choit dans un bouton ou autre chofe fem-blable, le Pêcheur, qui a pris un élan vers l’avant, feroit infailliblement entraîné dans l’eau.
- Comme on jette plufieurs fois de fuite Fépervier , les Pêcheurs font néceffairement expofés à recevoir une grande quantité d’eau qui fort du filet. Pour s’en garantir, au moins en.partie, la plupart ont coutume de mettre P ES CH ES. ILSeci.
- par-deffus leurs habits comme une chemife de femme, faite avec une toile très-ferrée, ôt en outre ils attachent fur leur épaule gauche une peau de chevre ou de mouton, le poil en-deffus.
- Les éperviers que Fon jette ne font ni auffi grands ni auffi lourds que ceux qu’on traîne. Il y a même des façons de pêcher, pour lefquelles les éperviers doivent être petits ôt légers, comme on va le voir dans le paragraphe fuivant.
- §. 3. Expofé de quelques autres façons de pêcher avec lEpervier.
- En Ponant, on ne pratique gueres cette pêche qu’aux bords des rivières ; le flux Ôt le reflux des marées fourniffent des moyens moins pénibles de prendre quantité de poiffon à la mer.
- Mais les Pêcheurs de la Méditerranée font un ufage affez fréquent de petits éperviers , qu’ils nomment Riffeaux ; quand ils apper-çoivent des poiffons attroupés entre les roches ou dans les étangs qui communiquent à la mer.
- On prend quelquefois à Agde, dans la riviere, plus de 30 Alofes d’un feul coup de ce filet; ce qui fe répété plufieurs fois dans une journée. Nous aurons ailleurs occa-fion d’obferver qu’on fait cette même pêche dans la Loire à la montée des Alofes.
- Dans les étangs falés, particuliérement auprès de Narbonne, on fait une pêche particulière avec des éperviers qui n’ont point d’embourfement, ôt qui ne font pas fort chargés de plomb : durant l’été, quand les poifions remontent de la mer dans les étangs, quantité de gens portent ces petits éperviers fur l’épaule gauche & le bras droit, ils entrent dans l’eau jufqu’au genou, ôt quand ils apperçoivent un Poiffon ils le pourfuivent à la courfe, Ôt jettent leur filet deffus : ce qu’ils exécutent fort adroitement.
- A la côte de Saint-Tropez Ôc de Fréjus , ainfi qu’à plufieurs autres endroits de la Provence , on fe fert d’éperviers ou riffeaux qui ont environ deux braffes de hauteur ôc dix braffes de circonférence. Les Pêcheurs s’en vont, étant chargés de leur filet comme nous l’avons expliqué, fe promener doucement le long du rivage ; quand ils apperçoivent quelque troupe de poiffons près de terre, ils jettent leur filet deffus , Ôc prefque tous les poiffons qui fe trouvent dans l’enceinte de la plombée font pris.
- Sur la Dordogne, deux ou trois Pêcheurs3 Fig. 6 & 7, fe mettent avec un épervier dans de petits bateaux du port de deux à trois barriques, ôc prennent ainfi durant toute l’année , des Carpes, des Barbeaux, Ôcc.
- A Libourne, fur la riviere d’Ifle, on prend de même des poiffons blancs, des Carpes, des Barbeaux, des Brochets ; ôc dans les
- H
- p.29 - vue 32/108
-
-
-
- r
- TRAITÉ DES PESCHES.
- 3°
- faifons convenables , des Alofes ôc des Surmulets.
- A Fécamp, dans la partie la plus étroite de la riviere de Paluet, on prend des Truites avec l’épervier.
- Suivant quelques Mémoires de la Guadeloupe , la pêche à l’épervier fait vivre beaucoup de pauvres familles, ôt d’efclaves; qui, outre les Poiffons blancs, prennent des Mulets , des Sardes , des Sardines ôt de petits poiffons très-délicats.
- On peut dire en général que la pêche à l’épervier n’eft pas avantageufe pour prendre les poiffons qui s’enfoncent dans la vafe ou le fable : cependant ces poiffons effarouchés par les plombs nagent quelquefois pour s’en-
- fuir ; ôt fou vent alors donnant dans le filet, ils font pris.
- Les Pêcheurs qui s’adonnent particuliérement à cette pêche, mettent volontiers aux endroits ou ils fe propofent de pêcher , des apâts de fond dont nous avons parlé dans la première Seâïon,page j8. Comme il faut dans cette occafion employer des apâts qui coûtent peu, ils les font affez fouvent avec du Son, des feuilles de Menthe fauvage, du Millet ôt d’autres graines germées. Au refte,on prétend que cet apât n’attire point le Saumon ni l’Alofe,
- Cette pêche n’eft pas deftruêtive, fur-tout quand les Pêcheurs ont l’attention de rejetter à l’eau les petits poiffons.
- Article Second.
- De la pêche qu on fait avec le Carreau, le Carrelet ou Carré, le Calen
- ou Venturon , & VEchiquier ou Hunier.
- Le filet qui fert pour cette pêche eft une nappe fimple ôt quarrée, laquelle a 6,7 ou 8 pieds de côté. Elle eft toujours bordée d’une corde, qui n’eft pas groffe, mais qui doit être forte ôt bien travaillée. On fait ordinairement les mailles du milieu plus ferrées que celles des bords, pour prendre des Ablc», ainfi que pour la Menuife qui fert à amorcer les hains. On fait ces mailles du milieu très-ferrées pour que les petits poiffons ne paffent pas au travers. Mais quand on veut prendre des poiffons un peu gros, il convient de faire les mailles plus larges ; car il eft important pour cette pêche de pouvoir tirer promptement le filet hors de l’eau; Ôt plus les mailles font larges ôt le filet délié, moins on éprouve de réfiftance de la part de l’eau.
- Autrefois on tenoit la nappe prefque platte : mais comme on s’eft apperçu que les poiffons un peu gros qui fautoient fur cette nappe, en gagnoient affez fréquemment le bord, ôt retomboient à l’eau, on a fait les nappes un peu en poche ; ôt on augmente la profondeur de cette poche quand on prévoit qu’on ne fera pas maître de tirer promptement le filet hors de l’eau.
- On forme à chaque coin de la nappe, avec la corde qui la borde, un œillet pour recevoir le bout des perches courbes dont nous allons parler.
- On a deux perches légères Ôt pliantes a b , PL FUI, Fig. 1 , plus longues que la diagonale du filet ; on les plie en portion de cercle, pour en paffer les bouts dans les œillets qu’on a formés aux angles de la nappe. On lie enfuite ces perches courbes à l’endroit c, où elles fe croifent ; ôt la même corde fert auffi à attacher le carrelet à l’extrémité d’une
- autre perche, qui eft faite d’un bois léger , ôt plus ou moins longue, fuivant la profondeur de l’eau où l’on veut pêcher, ôt la diftance qu’il y a depuis le bord où l’on s’établit jufqu’à l’endroit où l’on fe propofe de tendre le filet.
- Quelquefoic encore, fuivant différentes circonftances, on attache le carrelet prefque immédiatement à la perche, comme dans la Figure 2 : ou bien on le fufpend à une corde plus ou moins longue, Fig. 1.
- Les poiffons fe raffemblent ordinairement dans une anfe où il y a peu de courant, où l’eau eft échauffée par le foleil, ou bien dans des endroits où quelques infe&es nagent , foit fur l’eau, foit dans l’eau. Appercevant donc des poiffons ainfi raffemblés, on plonge le carrelet dans l’eau, de maniéré qu’il s’étende fur le fond. Si l’on voit des poiffons qui nagent au-deffus du filet, il faut le relever promptement : car quand les poiffons apperçoivent le mouvement des perches a b, ils veulent plonger dans le fond, ôc ils fe précipitent ainfi fur le filet ; mais auffi-tôt que le filet quitte le fond, ils fautent, font des efforts pour s’échapper, ôt ils s’échappent en effet fi l’on ne releve pas promptement le carrelet. C’eft pour cela qu’on fait ordinairement cette pêche dans les endroits où la nappe d’eau a peu d’épaiffeur. Le Poiffon trouve d’autant plus de facilité à s’échapper, qu’il faut plus de temps pour faire fortir le filet de l’eau. C’eft aufïi pour cette raifon que les Pêcheurs ont différentes maniérés de tenir la perche du carrelet.
- Comme ceux qui pêchent au bord de la mer font fréquemment obligés d’avoir la perche fort longue , ils en appuyent
- p.30 - vue 33/108
-
-
-
- Section //. Chap. II. De plufieurs Pêche au Filet 31
- le gros bout contre leur pied gauche , ôc faififfant la perche avec les deux mains, ils ont ainfi beaucoup de force pour relever le carrelet, qui efl ordinairement plus grand que ceux dont on fe fert dans les rivières. On voit dans la Figure première Fattitude de ces Pêcheurs.
- La plupart de ceux qui pêchent avec le v carrelet au bord des rivières ôc des étangs tiennent le gros bout de la perche dans la main gauche , ôc le pofent contre la cuiffe ; puis faififfant la perche trois pieds plus loin avec la main droite, ils font en force pour relever le filet
- D’autres pofent la perche comme en balance fur le bras gauche, qui alors forme un point d’appui ; ôc ils employent la main droite pour relever le filet , en appuyant cette main fur le gros bout de la perche pendant qu’ils élevent le bras gauche.
- Mais il paroît mieux, pour avoir plus de force, de mettre le gros bout de la perche entre les deux cuiffes ; de l’appuyer fur une feffe ; ôc de tenir la perche en cet état avec les deux mains. Lorfqu’on apperçoit des coiffons fur le filet qui efl: étendu au fond de l’eau ; pour le relever promptement, on porte les mains à deux pieds plus loin ; ôc pliant les cuiffes,en même temps qu’on fait agir les bras, on tire le carrelet très-vîte de l’eau. Cette façon de pêcher fe voit à la figure 2.
- On ne pratique guere cette pêche au bord de la mer que dans la Méditerranée, particuliérement à la côte de Gênes, pour prendre de petits poiffons. Mais dans l’Océan, quand la marée monte, les Pêcheurs s’établiffent à l’entrée des gorges ôc des baffes, ou à l’embouchure des rivières : au lieu de coucher le filet aplat fur le fond, ils l’oppofent au courant pour arrêter les.poiffons qui le fuivent, fur tout ceux du genre des plats qui §’em-preffent de monter avec le flot.
- Cette pêche étant plus avantageufe quand l’eau efl trouble, que lorfqu’elle efl claire, les Pêcheurs ne peuvent pas toujours appercevoir les poiffons qui donnent dans leur filet : alors ils relevent de tems-en-tems le carrelet, pour en tirer le poiffon.
- Comme on oppofe pour cette pêche le filet au courant, on attache le carrelet à une corde c, Fig. 1, plus longue que quand on pêche dans les eaux dormantes ; ôc attendu qu’il faut plus de force aux Pêcheurs pour relever le filet, ils faififfent la perche avec les deux mains, comme on le voit dans la Figure première. Aufli-tôt qu’ils ont pris les poiffons qui fe trouvent dans leur filet, ils le remettent à l’eau, ôc recommencent les mêmes manoeuvres.
- §. 1. De la Pêche au Carrelet, quon nomme Calen ou Venturon.
- Quelques Pêcheurs font une pêche à-peu-près femblable, avec de petits bateaux Fig. 5, foit dans les étangs, foit à la mer à portée de la côte. Ils élevent à barrière du bateau un Chandelier A y ou un montant de bois, qui fe termine au bout d’en-haut par un enfourchement, ou qui porte une groffe boucle ou un boulon de fer B ; ce qui efl néceffaire, afin d’avoir un point d’appui qui leur procure de la force pour tirer de l’eau un grand carrelet qu’on nomme Calen, On met dans l’enfourchement, ou bien on paffe dans la boucle, un Efpar qui a ï y. ou 18 pieds de long. Enfin on attache au bout de cet efpar les arcs qui portent le filet, ôc qui font ordinairement de fer ; ce filet a 1 o à 11 pieds en quarré. Comme tout cela fait un poids confidérable, on charge avec un billot de bois ou des pierres le bout de l’efpar qui répond au dedans du bateau ; afin de le mettre en équilibre avec le filet.
- Le Pêcheur fait plonger le filet dans l’eau pendant que fes camarades rament mollement; de temps à autre, il fait fortir le filet de l’eau, ce qui s’exécute facilement à caufe du contrepoids ; ôc quand il y a du poiffon
- prie7 un des Pêcheurs tire à lui le filet au
- moyen d’une corde qui tient à la bordure, pour prendre plus aifément le poiffon.
- Dans le Port de Marfeille, 011 pêche au calen autour des bâtiments qui y font amarrés.
- Auprès de Fréjus, dans un étang qui communique à la mer par un canal, on pêche des Muges Ôc des Anguilles avec le calen, que l’on y nomme aufïi Vmturon.
- §. 2. De la Pêche à l’Echiquier, dit Hunier.
- Nous venons d’expliquer comment on fait ufage des carrelets au bord des eaux, ainfl que l’établiffement de ce filet dans de petits batelets : maintenant il faut faire voir comment on fupprime quelquefois la perche pour pêcher dans des eaux plus profondes Ôc avec de plus grands filets.
- Pour cela, Fig, 3, on attache la croifée du filet à un cordage qui paffe dans une poulie, frappée à l’extrémité d’une corne ou demi-vergue ; ôc quand on veut relever le carrelet, on hafle ,fur le cordage : mais comme on ne peut pas tirer fort vite le filet hors de l’eau ;afin que le poiffon ne s’échappe pas, on fait le filet grand Ôc profond , enforte qu’il for^ne comme une efpece de fac. Dans la Figure^, l’appareil efl autrement difpofé ; mais la différence efl peu confidérable.
- Les Maîtres des gribannes d’Abbeville qui
- p.31 - vue 34/108
-
-
-
- 32 T R A I T Ê D E
- navigent dans la Somme depuis Abbeville jufqu a Amiens font la pêche au carreau , comme elle eft repréfentée , Fig» 3 , PL VIII9 ôc ils la pratiquent dans les eaux falées ôc les eaux douces de la rivière ; les filets dont ils fe fervent ont une braffe Ôc demie en quatre, ôc les mailles ont environ 6 lignes d’ouverture.
- On fait encore dans l’Amirauté de Calais la pêche au carreau dans de petits batelets qu’ils nomment Ilambarts , du port d’un demi-tonneau au plus ; ils ne s’écartent guere de la Citadelle. Ces bateaux, Fig. 11, font à fond plat,ôc ont un petit mât ou plutôt une perche de 7 à 8 pieds de longueur qui s’incline pour que le bout excede le bateau. Au bout de cette perche eft frappée une poulie qui reçoit un cordage menu qui porte le carreau. Quand on a hiffé le carreau plus haut que le bord du bateau , le Pêcheur l’amene à lui au moyen d’une petite ligne qui eft frappée au bord du carreau.
- On ne prend guere à cette pêche que des Fle-ts ôc des Anguilles.
- Cette pêche , qui commence' à la fin d’A-vril, finit au commencement de Septembre.
- On pêche au carreau en plufieurs autres endroits;mais ce que nous venons de rapporter fuffit pour donner une idée des différentes difp offrions qu’on donne à ce filet.
- §. 3. Des cir confiances ou F on emploie des slpâts pour attirer le Poiffon,
- O N voit par ce que nous venons de dire qu’il y a des carrelets qu’on tient féden-taires dans des eaux dormantes ; ôc que dans d’autres circonftances,le carrelet eft établi fur un bateau ôc en mouvement, ou dans un endroit où il y a du courant.
- Dans le premier cas,il faut que les Pêcheurs attendent qu’il s’arrête des poiffons fur le filet pour les faifir en enlevant promptement le carrelet. Dans les rivières où les Pêcheurs
- Article
- 5 P E S C H E S.
- fe propofent de prendre , foit des Ables, foit de petits poiffons pour amorcer les hains , ils fe placent à des endroits où il y a peu de courant, Ôc ils mettent dans le courant, au-deffus de l’endrok où ils plongent le filet, des tripailles Ôc du fang caillé dans un panier ; les petits poiffons aléchés par cet apât, fe raffemblent au-deflus de la nappe du carrelet, Ôc on en prend quelquefois un bon nombre. Mais pour attirer les gros poiffons, on prend une bonne poignée de vers de terre, qu’on nomme /.ichées ou Léchés; après les avoir enfilés tous en travers ôc par le milieu du corps avec un bon fil retors, on noue l’un à l’autre les deux bouts de ce fil, ôc on attache ce paquet de vers à l’endroit c de la croifée (Fig. 1 ), enforte que les vers foient un peu au-deffous des bords de l’échiquier. Ces vers s’agitent, Ôc bien-tôt on voit un nombre de petits poiffons s’attrouper pour les manager : mais il ne faut pas encore relever le filet; car peu de temps après il vient de gros poiffons qui chaffent les petits, ôc en relevant le carrelet on les prend.
- Il y en a qui mettent Tapât de fang caillé, ou autre, au fond du carreau, où ils coufent un morceau de toile, qu’ils fendent pour introduire Tapât entr’elle ôc le filet. «
- Ceux qui pêchent au carrelet dans les eaux courantes, ne fe fervent point d’apâts. Comme ils fe propofent de prendre les poiffons qui fuivent le cours de l’eau, ils les arrêtent au paffage : ôc dans ce cas, au lieu de defcendre la nappe fur le fond, ils la foutiennent entre deux eaux, afin qu’étant entraînée par le courant , elle prenne une pofition à-peu-près verticale, ôc que l’eau courante traverfant le filet, les poiffons fe prennent dans le fond qui fait une poche. Mais on a trouvé plus avantageux de fe fervir, pour remplir cette intention, de filets autrement difpofés, dont nous parlerons dans la fuite.
- ROISIEME.
- De plufieurs petites Pêches qui fe font au bord des eaux avec différents inflruments, tels que le Truble ou Lanet, le Tamis, la Caudrette, la Bouraque.
- Quoique prefque tous les poiffons foient des animaux voraces, qui fe font continuellement la chaffe pour fe nourrir de la chair de ceux qu’ils peuvent attrapper, leur multiplication eft fi confidéra-ble, que dans le voifi-nage des côtes peu ou point habitées, il s’en trouve une quantité prodigieufe , en forte que quelques Voyageurs nous affûrent qu’on y en prend à la main. Le poiffon n’eft pas affez abondant, ôc eft trop effarouché, auprès
- de nos côtes, pour qu’on puiffe efpérer d’y faire ainfi une pêche avantageufe.Cependant le poiffon fe prend encore à la main, ou prefque à lamain, dans des marres ou petits baflins où il refteunpeu d’eau de baffe-mer: ôc c’eftle cas où les poiffons,qui n’onc pas fuivi le cours de l’eau quand la mer s’eft retirée , peuvent être aifé-mentpris avec divers inflruments,comme nous allons l’expliquer dans les paragraphes fui-vants ; où nous ferons remarquer qu’on emploie
- p.32 - vue 35/108
-
-
-
- Section IL Chap. II. De plujîeurs Pêches au Filet;
- ploie les mêmes moyens pour prendre le poiffon au fond des parcs qui n’affechent point à la mer-baffe, comme cela arrive fréquemment dans les mortes eaux, C’eft encore de cette façon qu’on prend différentes efpeces de petits poiffons qui remontent quelquefois en grand nombre dans les rivières ; ainfi que ceux qu’on force de fe raffembler auprès de la bonde des étangs que Ion pêche.
- §. i. Du Truble^.
- L e terme de Truble eft en quelque façon générique : il lignifie un filet en poche, dont l’embouchure eft attachée à un cercle de bois ou de fer qui porte un manche. Mais il y en a de différentes grandeurs, ôc leur forme varie plus ou moins ; ce qui peut avoir engagé à leur donner différents noms, comme Manïolle,Lanet, &c.Quoique ces noms foient, à proprement parler, fynonymes, je les em-ploirai pour faire mieux connoître les différentes fortes de trubies.
- En général c’eft, comme nous venons de le dire, un filet en poche, ôc monté fur un cercle ou fur une ovale.
- Les grands trubies {PL VIII, Fig. i o) que quelques-uns nomment Maniolles, font formés d’un cercle de bois a a qui eft traverfé par une perche b c, laquelle en forme le manche.
- On fait des trubies moins grands, PL IX, Fig. i, dont le cercle en de fer, en ce cas il y a à la circonférence du cercle une douille qui reçoit un manche de bois.
- La plupart des trubies font ronds. Cependant on en fait de quarrés qui font plus commodes pour prendre le poiffon qu’on a renfermé dans des huches , boutiques , baf-culles, ôte ; parce qu’à caufe de leur forme quarrée ils s’appliquent mieux fur les planches qui forment le fond de ces fortes de réfervoirs.
- A l’égard du filet ; on fait la poche d d, PL VIII, Fig. 10, plus ou moins grande, ôt les mailles de différentes ouvertures, fuivant l’ufage qu’on fe propofe d’en faire. Si c’eft pour prendre des Crabes ôc des Homars dans les roches, les mailles peuvent être affez larges ; mais quand on fe propofe de prendre des Chevrettes, il eft néceffaire de tenir les mailles plus ferrées. On voit dans la PL IX, Fig. 2,6 èc 7, des hommes ôc des femmes occupés à cette pêche.
- A Lille de Ré, les femmes Ôc les filles pêchent entre les roches Ôc dans les herbiers, de groffes Chevrettes avec une efpece de truble qu’elles nomment Treuille ou Tru-- lot. Cet infiniment PL XII J, Fig. 3 , eft formé d’une longue perche, au bout de laquelle eft affemblée à tenon une traverfe de bois, ôc à environ un pied de diftance une autre traverfe qui lui eft parallèle. On attache un bout de filet à ces traverfes, qui pour cela P ES CH ES. IL Secl.
- 33
- font percées de trous. Les mailles n’ont que 2 ou 3 lignes d’ouverture, ôc font faites avec de la ficelle. Les femmes pouffent cette efpece de truble devant elles, dans les roches ôc le gouémon lorfque la mer eft baffe.
- Dans l’Adour près Bayonne, deux Pêcheurs fe mettent dans un petit bateau , PL IX, Fig. 8 ; l’un rame, ôc conduit le bateau fort près du bord ; l’autre plonge dans l’eau un grand truble, PL VIII, Fig. 10, qu’ils nomment Maniolle ; il le pouffe devant lui, ôclereleve: de cette façon, il écume tous les petits poiffons qui fe font retirés au bord de l’eau.
- Cette pêche réuffit quand les eaux font troubles ôc blanches, parce qu’alors les poiffons s’approchent des bords , ou le courant eft moins rapide qu’au milieu de la riviere , ôc ils font moins effarouchés par le truble. Mais il faudroit que les mailles de ce filet euffent au moins un pouce ea quarré, pour ne pas prendre les poiffons du premier âge.
- Dans la Baye, ôc même le Port de Breft; on pêche des Prétrots ou Eperlans bâtards, t qui fe tiennent autour des vaiffeaux. Pour cette pêche, on fe met dans une chaloupe avec des efpeces de grands trubies, dont les uns , qu’on peut nommer Maniolles, font emmanchés d’une perche; ôc d’autres, qui n ont point de manche , fe hiffent au moyen d'un cordage qui paffe dans une poulie frappée au mât de la chalouppe ; ils les nomment pour cette raifon Huniers.
- Il y a de petits trubies, PL VIII, Fig* 6 ôc 7, qu’on nomme volontiers Lanets aux Sauterelles', au lieu d’avoir leur filet monté fur un cercle rond, ils l’ont fur un morceau de bois contourné comme celui des raquettes à jouer à la paume, Les uns ont un manche affez long, Fig. 6, ôc les autres feulement une poignée, Fig. 7. L’ufage de ces lanets eft pour prendre des Chevrettes ôc des Sauterelles dans les algues.
- Dans la Garonne, on pêche en bateau avec un filet qu’ils nomment Coulette, efpece de lanet dont la monture eft comme celle d’une raquette de paume, ôc a environ trois braffes de diamètre. Le filet forme un fac qui peut avoir quatre ou cinq braffes de profondeur. Le poiffon qui y entre fe fait fentir par la fecouffe qu’il donne au filet; d’autant plus qu’il y a une corde attachée au fond du filet, ôc dont le Pêcheur tient le bout. On prend avec ce filet de toutes fortes de poiffons, mais rarement des Saumons ôc des T mites, Ôc jamais de Creacs.
- Les Provençaux nomment Salabre deux efpeces de filets , dont un reffemble au truble , Planche VIII, Figure 10 , excepté que la perche b c ne traverfe point le cercle, mais y tient feulement par un
- •V
- p.33 - vue 36/108
-
-
-
- 34 TRAITÉ D
- endroit, comme on le voit au truble de la PL IXj Fig. i. Le cercle eft cependant de bois ; on le fortifie, à l’endroit où s’attache le manche, avec deux petites courbes. Ce filet fert principalement a prendre de petits poiffons appellés Melets, qu’on fale pour la nourriture du peuple.
- L’autre efpece qu’on nomme Salabre de Tond , n’a point de manche ; fon cercle eft foutenu comme le plateau d’une balance, par trois cordes qui fe réunifient en une. C’eft donc une efpece de Caudrette, dont nous traiterons dans la fuite.
- Je reviens au falabre dont nous avons parlé en premier lieu.
- Les Pêcheurs appercevant du poiffon à une petite profondeur d’eau , paffent le falabre par-deffous, au moyen de fon long manche ; lorfqu’ils relevent le filet, le poiffon fe trouve pris dans la poche. Mais cette pêche ne réuffit qu’entre les rochers, dans les canaux ôc auprès des piles des ponts après que la mer a été agitée, ou lorfqu’on pêche au feu ; ainfi nous aurons occafion d’en parler encore dans la fuite.
- On fe fert du falabre à Narbonne pour tirer le poiffon des bourdigues.
- Il y a des falabres armés de fer ; mais il eft à propos de remettre à en parler lorfqu’il s’agira des Dragues.
- Les divers trubles fervent utilement en bien des occafions. Nous avons dit dans la première Se&ion, qu’on les emploie pour s’approprier les gros poiffons qui ont été pris à l’hameçon & qui pourroient rompre les lignes. On fait encore ufage d’un petit truble qu’on nomme Trubleau, ou Trouble-eau, pour prendre des Ecreviffes.
- Les Voyageurs rapportent que les Pêcheurs des Açores fe fervent d’un filet qu’ils nomment Chanchalavar. Ils fe contentent de dire que c’eft un petit filet en forme de poche, fait avec des fils fort déliés, monté fur un ou plufieurs cercles qui le tiennent ouvert. D’après cette courte defeription nous fommes incertains fi le chanchalavar eft un falabre, un verveux, ou un bouteux à fond de verveux, tel que celui qui eft repréfenté dans la Planche XI, Figure 11.
- §. 2. Du Tamis,
- En plufieurs endroits les femmes fe fervent de Tamis de crin (PL X > Fig. i) ajuftés au bout d’une perche qui y fert de manche : ces tamis font l’office de trubles. Pour donner une idée de leurs ufages, nous allons décrire une petite pêche qui fe fait à l’entrée de la riviere d’Orne ôc en d’autres endroits, pour prendre de fort petit poiffon qu’on nomme à Gaen, la Montée.
- Vers la pleine Lune de Mars ôc jufqu’à
- ES PESCHES.
- fon déclin, la marée amene tous les ans dans la riviere d’Orne une multitude de petits poiffons longs de trois à quatre pouces ôc gros comme un tuyau de plume à écrire.
- Leur pêche occupe pendant cette faifon beaucoup d’hommes, de femmes ôc d’enfants, fur-tout dans un Fauxbourg de Caen nommé le Vaucelle, où la riviere fe partage en deux bras. Il n’eft pas douteux qu’on pourroit la faire dans toute l’étendue de la riviere depuis Caen jufqu’à la mer: mais les Pêcheurs ôc les Matelots n’en font aucun cas ; il n’y a que le peuple qui fe faffe un plaifir de prendre ce petit poiffon.
- La montée paroît tous les ans affez abondante ; cependant en plus grand nombre dans certaines années que dans d’autres.
- Ceux qui s’occupent de cette pêche,portent chacun au bord de la riviere un feilleau, une lanterne ; ôc un tamis de crin, ajufté , comme nous l’avons dit, au bout d’une perche qui a huit ou dix pieds de longueur.
- Etant établi au bord de l’eau, ainfi qu’on le voit PL X9 Fig, p, la nuit ou de grand matin, on plonge le tamis dans l’eau jufqu’au tiers de fon diamètre comme fi on vouloit écumer l’eau que la marée fait remonter dans la riviere; Ôc chaque fois qu’on releve le tamis, on rapporte beaucoup de petits poiffons, qu’on verfe dans le feilleau qui eft à portée.
- La <juantit4 <îe perfonnes qui fe raffemblent pour cette pêche, jointe k la lumière que répandent les lanternes, forme un fpec-tacle affez agréable, fur-tout quand les nuits font obfcures.
- Comme on ne prend ces petits poiffons qu’à la marée montante, on leur a donné à Caen le nom de Montée, On trouvera dans la fécondé partie de cet Ouvrage leur defeription ôc l’ufage qu’on en fait; M. Viger, Lieutenant-Général de l’Amirauté de Caen, nous ayant mis en état d’en faire deffiner d’après un nombre de ces poiffons qu’il nous a envoyés, ôc qui nous font parvenus bien conditionnés.
- §, 3. De la Chaudière ou Caudrette.
- L’instrument qu’on nomme Chaudière > Chaudrettey Caudrette, Caudelettey Savonceauy &c y tous noms adoptés dans différents Ports ; eft, à proprement parler, un Truble fans manche , qui eft fufpendu par des cordes ôc qui a peu de fond. Il fert principalement à prendre des Crabes , des Homars, des Langouftes, ôcc. On diftingue de petites Chaudrettes ÔC dq grandes.
- Les Petites chaudrettes, dont on fe fert à Saint-Valéry en Caux Ôc en plufieurs autres endroits, font formées, Fig, 3, PL IXy d’un cercle de fer qui a douze ou quinze pouces
- p.34 - vue 37/108
-
-
-
- Section IL Chap. IL De plufieurs Fiches au Filet. 35
- dà diamètre : les mailles du filet ont quatre lignes en quarré. On met au fond , pour apât, quelques crabes attachés au filet. On fufpend le filet comme le plateau d'une balance par trois cordons c qui fe réunifient à un en d, environ dix-huit pouces au-deffus du cercle. Au point de réunion d eft attachée une ligne qui n'a que deux pieds de longueur. A fon extrémité eft une flotte de liege a, qui fert à foutenir les lignes c , ôc empêcher qu'elles ne retombent fur la caudrette. Au même point d, eft amarrée une baguette d'environ 18 pouces de longueur, à laquelle on attache une ligne e , qui eft terminée par une flotte/. La ligne e doit être affez longue pour quelle gagne la furface de l’eau & qu'on apperçoive la flotte f9 qui indique où eft la caudrette. Les Pêcheurs jettent ces inftruments à mer baffe entre les rochers ; ôc de temps en temps ils les retirent, en paffant une Fourche, Fig. $, fous la flotte de liège a 9 ou à la réunion des lignes c, comme font les Pêcheurs, Fig. 9 & 10: ce qu’ils continuent tant que la baffe eau le leur permet. On prend beaucoup de Chevrettes à cette pêche, qui fe pratique depuis le printemps jufqu’à l'automne.
- Le cercle des grandes chaudières, Fig. 4, a jufqu’à deux pieds de diamètre. Il eft garni d’un filet délié , qui fait fac , Ôc qui eft proportionné à la grandeur du cercle. On y ajufte aufli les cordes ^ 7 la petite ligne ôt la flotte cl , la baguette b. Mais on couvre la caudrette avec plufieurs ficelles qui font tendues d’un bord du cercle à l’autre, formant comme un filet à larges mailles, auxquelles on attache des apâts de poiffons frais* comme Orphies, Crabes, ôte. Deux ou trois hommes, Fig. 11, fe mettent dans un bateau avec fept ou huit caudrettes , qu’ils calent jufqu’à cinq ou fix brades de profondeur, ôc ils les relevent de temps en temps pour prendre les Crabes , les Araignées, les Homars , les Langouftes qui ont mordu aux apâts ; car on ne prend guere à cette pêche que des Cruf-tacés.
- Quelquefois on s’établit pour faire cette pêche fur un rocher. Si les bords du rocher étoient inclinés comme dans la Figure 12, on ne pourroit pas faire entrer la caudrette dans l'eau; en ce cas on établit fur le haut du rocher une perche qui fe termine par une fourche à peu près comme celle qu'on voit Fig. 5. La corde, qui foutient la caudrette, eft portée en dehors au moyen de cette fourche : le Pêcheur établi eni, halle fur la corde pour tirer la caudrette hors de l’eau, ôc il l'approche de lui avec un crochet.
- Pour que la pêche à la caudrette foit avan-tageufe, il faut que les eaux foient chaudes, parce qu’alors les Cruftacés s'approchent
- de la Côte en plus grande abondance.
- Ce qu'on nomme dans la Méditerranée Salabrë de Fond reffemble beaucoup à la caudrette que nous venons de décrire.
- On fait au petit Port de Saint - Palais , qui eft dans l’Amirauté de Marennes, un établiffement fingulier, ôc qui mérite d’être décrit, pour la pêche des Salicots ou Chevrettes. A portée de ce Port, il y a beaucoup de rochers qui ne découvrent pas affez de baffe mer pour y faire la pêche des Chevrettes à pied, telle que nous l’avons décrite plus haut. Cependant il fe retire beaucoup de belles Chevrettes entre ces roches. Pour les prendre, les Pêcheurs de ce petit lieu ont imaginé de faire un Echafaudage fur ces rochers, Fig. 13, PI. IX, d’où ils peuvent mettre à la mer des chaudrettes, dans lesquelles ils prennent beaucoup de chevrettes.
- Pour faire cet échafaud, iis plantent fur les roches quatre petits fapins tels que a a, qui ont feulement vingt-deux à vingt quatre pieds de hauteur. Ces fapins piqués dans le fond d’environ deux pieds, forment un quarré b b b b. Ils les rapprochent les uns des autres ôc les inclinent , afin que l’échafaudage ayant plus de pied, il en foit plus folide.
- Environ à cinq pieds du haut des perches, vers?, un peu au-deffus de l’eau, ils attachent des traverfes qui communiquent d’un montant à un autre, pour former une efpece de
- plannlier, qu’on rnuvrc de ©Layonages. Deux
- pieds ôc demi ou trois pieds au-deffus de ce plancher, ils mettent encore des traverfes g qui s’étendent d'une perche à l’autre pour former comme un garde-fou ou un parapet, qui empêche qu’on ne tombe à la mer.
- On établit de file quatre, cinq ou fix de ces cages : ôc comme elles font éloignées de la côte d’environ dix b rafles à la pleine mer ; les Pêcheurs forment pour y arriver une efpece de pont, ou comme ils difent une galerie, qui eft d’une conftruêtion bien fimple : ils plantent depuis le rivage jufqu’à une des cages une file de fapins ou de perches h, qu ils enfoncent le mieux qu’ils peuvent dans le fond ; ils y attachent deux rangs de traverfes i k qui répondent du rivage jufqu’à une des cages ; la file la plus baffe leur fert de marche-pied ; ils fe tiennent avec les mains à celle qui eft plus élevée, ôc ils parviennent ainfi de la Côte aux cages. Pour éviter les frais, ils ne font qu’une communication i k ; mais ils en pratiquent de moindres entre les cages, ôc ils communiquent ainfi des unes aux autres.
- Ils defeendent du haut de ces cages avec des cordes affez menues jufqu’au fond de la mer, des efpeces de caudrettes qu’ils nomment Trouillottes , dont le filet a des mailles de quatre lignes en quarré. Communément ces trouillotes font faites d’une croix de bois,
- p.35 - vue 38/108
-
-
-
- 3 6 TRAITE DES- P ES CH ES.
- qui foutient le filet, ôc qu’on charge de quelques pierres pour la faire caller. On met dans le filet des crabes déchirés par morceaux, pour fervir d’apât. Cette pêche ne fe fait que de haute-mer, ôc feulement depuis les mois de Mars & d’Avril jufqu’à la fin de Juillet. Il n’y a guere que les femmes ôc les filles qui s’en occupent. Chacune calle 4 ou f trouillottes, ôc elles les relevent de temps en temps pour prendre les Chevrettes qui ont été attirées par Tapât.
- Il faut du beau temps ôc du calme pour faire cette pêche avec fuccès. L’échafaudage étant fait allez à la legere, il eft fujet à être endommagé ou détruit par les ouragans : & quoique les Pêcheufes ne fe fervent point de bateaux, elles font quelquefois expoféesàdes accidents lorfqu’elles vont relever leurs trouillottes,foit qu’un coup de vent renverfe la cage ou elles font, foit que les perches qui leur fervent de marche - pied viennent à rompre : ôc c’eft beaucoup fi cet établiflfement dure toute une faifon fans avoir befoin de réparations con-fidérables.
- 5. 4. De la Bouraque.
- L’instrument qu’on nomme en différents endroits Bouraque, Bourache , Bourague , Panier , Cage , Claie , Cazier , &c. peut être regardé comme une forte de naffe qui
- ne différé de lit clraudrette dont-, «il o. Até
- queftion dans le paragraphe précédent, qu’en ce que la bouraque eft faite avec de l’ofier. Elle a communément la forme de ces paniers qu’on nomme Mues dans les baffe-cours, ôc fous lefqueis on éleve la jeune volaille : avec cette différence que la bouraque a un fond de claie, que n’ont point les mues, ôc au-deffus une entrée en goulet formée par des ofiers qui font un entonnoir dont la pointe eft en dedans de la bouraque, æ, Fig. 2 PI. X. Les ofiers qui forment ce goulet, fè terminent en pointe. Ainfi on peut comparer les bouraques à certaines fouricieres de fil de fer; ôc on voit que le goulet permet aux poiffons d’entrer facilement, mais qu’il s’oppofe à ce qu’ils en fortent.
- Il y a des bouraques fie différentes grandeurs. Les grandes ont un pied ôc demi de hauteur fur quatre pieds de diamètre : elles ont deux, & fouvent trois anfes d’ofier b, où l’on attache des cordes c c qui fe réunifient à une à, laquelle eft plus ou moins longue, fuivant la profondeur de l’eau où Ton pêche. Cette corde eft terminée par une flotte e qui indique où eft callée la bouraque lorfqu’on veut la tirer de l’eau ; Ôc on amene la corde à bord comme on fait les caudrettes, avec une fourche qu’on paffe fous la flotte de liège.
- On attache au fond ou aux côtés des bouraques quelques cailloux h7 Fig. 4, pour
- les faire aller au fond de l’eau ; Ôc dans Tinté-' rieur quelques apâts,tels que de petits Crabes ou des morceaux de viande ôc de poiffon, ou même une pierre blanche qui ait une forme un peu alongée telle que g, Fig. 2.
- Les grandes bouraques ont chacune leur ligne d, Ôc on les calle une à une. Mais quand on fe fert des petites, on en attache plufieurs le long d’une corde qu’on tend en long, comme nous l’expliquerons en parlant des Naffes.
- On pêche aux bouraques tantôt à pied^ tantôt avec fie très-petits bateaux , tels que ceux qu’on appelle fur la Côte fie Normandie des Picot eux.
- On ne fait ufage des bouraques qu’entre les rochers. Comme il s’en trouve fur les Côtes de Normandie depuis Bayeux jufque par le travers fie la Hague ; cette forte de pêche y eft ordinaire.
- Pour pêcher à pied, on va de baffe-mer entre les rochers, dans les endroits où il refte peu ou point d’eau, placer les bouraques, comme on le voit PL X, Fig. 6, 7, &c« Ôc on va les relever à la marée fuivante.
- Si on veut placer des bouraques fur des roches qui reftent couvertes, à baffe-mer, de fix , huit , dix brades d’eau , deux ou trois hommes fe mettent dans un petit bateau Fig. 8 , avec7un nombre de bouraques qu’ils callent jufque fur le fond : chaque bande de Pêcheurs a foin de marquer les bouraques qui lui appartiennent, pour ne s’approprier que le poiflon qui s’eft pris dans fes bouraques.
- Quand les bouraques font placées ahïfl qu’on le voit au-defîbus de la Figure 8, les Pêcheurs vont à terre; mais ils reviennent les vifiter à toutes les marées, pour prendre les poiffons qui, étant attirés par les apâts, font entrés dans les bouraques par le goulet ; ôc on les en retire au moyen d’une porte qu’on a ménagée furies côtés.
- Pour ne point multiplier les planches, nous avons repréfenté fur la même, la pêche à pied qui fe fait quand la mer eft retirée , ôc celle qui fe fait en bateau: il auroit été plus exaêt de les repréfenter fur deux planches féparées.
- Cette pêche eft plus avantageufe après les motures, ôc lorfque l’air eft chaud, que quand il eft frais ôc le ciel ferein. Communément on 11e trouve dans les bouraques que des Crüftacés , tels que des Homars, des Langouftes, des Araignées, des Crabes , quelquefois aufli des Congres ôc des Anguilles.
- Au retour de la pêche K on a coutume de mettre les Crüftacés dans des efpeces de ré-fervoirs formés de claies, où on les conferve en vie dans l’eau de mer, jufqu’à ce que les Pêcheurs trouvent à les vendre.
- Il
- p.36 - vue 39/108
-
-
-
- /
- Section IL Chap. IL De plufeurs Pêches au Filet; ’ÿf
- Il vient quelquefois aux cotes de France des Anglois avec de petits Heux du port de trois à quatre tonneaux au plus , ôc qui ont un réfervoir plein d'eau, au moyen duquel ils tranfportent chez eux ces cruftacés en vie : ce qui rend quelquefois cette pêche avantageufe.
- La bouraque , ainfi que la caudrette, bien loin de faire tort à la multiplication du poiffon diminue le nombre des Cruf-tacés, qui font fort voraces, ôc qui mangent beaucoup de petits poiffons.
- Quelques Pêcheurs fe contentent de faire
- en ofier la charpente ôc le goulet de leur bouraque, comme on le voit à la Fig. a , ôc ils envelopent cette charpente avec des morceaux de vieux filets , ce qui fait à-peu-près le même effet. On ne prend point de Chevrettes avec les bouraques, parce qu'il y a affez d’efpace entre les ofiers Ôc les mailles des filets, pour laiffer échaper les plus groffes Chevrettes.
- A Saint Malo, ôn nomme Cafter des ef-peces de bouraques longues, qui fervent à prendre des Congres Ôc des Anguilles. Nous en parlerons lorfqu'il s’agira des Naffes.
- Article Quatrième.
- Suite des Pêches qui fe font au bord de Veau ou a une petite diflance du bord avec des filets un peu plus grands que ceux dont il a été quefiiôn dam V Article précédent; tels font les Bouteux, &c.
- Entre les petites pêches qui fe font au bord de la mer avec des filets, foit petits, foit de médiocre grandeur , il n’y en a point qui foient d’un ufage plus général ôc qui produifent une pêche plus avantageufe que celui qu on nomme le JHonteux, On verra dans la fuite qu’il y en a de grandeurs Ôc de formes affez différentes, ôc auxquels on donne différents noms.
- §. i. Dit Bouteux.
- Ce filet eft à proprement parler une forte de grand truble, puifqu’il eft formé d’un filet en poche, dont l’ouverture eft tenue ouverte par une monture de plufieurs morceaux de bois, ôc qu’il a un manche avec lequel on le manie.
- La monture de ce filet eft donc formée par une perche a b, PI. XI, Fig. $, de fept à huit pieds de longueur, plus ou moins, fuivant la grandeur du bouteux. A fon extrémité b eft fermement affemblée une traverfe c d, qui forme avec la perche a b comme un T; la piece c d eft taillée en champ-frain , ôc fait une efpece de taillant pour mieux gratter le fable. Aux deux bouts c d de cette traverfe font attachées deux gaules menues ôc pliantes qu’on nomme Volets ; on les plie ôc lie l’une à l’autre pour former par leur réunion une portion d’ellipfe c e d $ qui eft attachée en e fur la perche a b. Les bords du filet, qui forme un fac f, font arrêtés , tant à la piece c d, qu’aux volets ce, de.
- Les mailles du fond de ce filet ont au plus quatre à cinq lignes en quarré; mais celles des bords font plus grandes. La profondeur de la poche f eft plus ou moins grande; elle eft fouvent de quatre ou cinq pieds : mais il faut tenir la perche a b d’autant plus P ES CH ES, ILSecl,
- longue, que la pôche a plus de profondeur ; afin que le Pêcheur ne marche pas deffus^ Les chauffes profondes ont l’avantage de mieux retenir le poiffon; mais elles font fujettes à fe tordre dans l’eau, ôc alors elles font prefque dans le même cas que fi elles étoient fort courtes, ôc il eft difficile d’en tirer le poiffon. Quand elles ont peu de profondeur. on y prend le poiffon en y Fourant le bras comme le fait le Pêcheur, Fig. 4; mais lorfquelles font longues, il faut eii jetter une partie fur le bras gauche,Ôc prendre le poiffon avec la main droite^
- Le Pêcheur ayant fufpendu à fon côté uûô gline g y Fig. 4, ou un fac h, Fig. 6, pour mettre le poiflon qu’il prendra ; il faifit l’extrémité de la perche a b avec fes deux mains ; puis entrant dans l’eau jufqu’au deffus de la ceinture, il pofe la traverfe c d fur le fond* ôc il court de toutes fes forces, pouffant devant lui le bouteux. C’eft ce que font les Pêcheurs , Fig. 1 & 2, précifément de même qu’un Jardinier pouffe fa ratiffoire fur une allée de jardin. Il fuit de-là que la pêche aux bouteux ne fe peut faire que fur les fonds de fable unis, Ôc lorfque la mer eft affez retirée pour que les Pêcheurs puiffent marcher fur le fond.
- On conçoit qffil eft très-fatiguant de courir étant dans l’eau jufqu’au deffus de la ceinture, ôc pouffant devant foi un bouteux qui eft quelquefois affez grand. Cependant cette pêche eft pratiquée par des femmes Ôcmême des enfants, comme par les hommes; mais chacun prend un bouteux de grandeur
- Ïuoportionnée à fa force, ôc ordinairement es femmes quittent leurs jupons pour mettre des efpeces de culottes à grands canons.
- Nous avons comparé le bouteux à une ratiffoire* avec d’autant plus de raifon que
- p.37 - vue 40/108
-
-
-
- 3S TRAITÉ DE
- la traverfe c d, Fig. y, laboure le fable; elle en fait fortir les poifTons qui s’y font fourés ; mais aufli elle, écrafe le frai ôc beaucoup de petits poifTons ; de plus , le poiffon qui entre dans la chauffe étant fouvent traîné affez loin fur le fable, eft meurtri, ôc jamais aufli fain que celui qu’on prend à la ligne ou avec les filets fédentaires.;
- Cette pêche eft donc deftruélive, quoique, pour diminuer le dommage qu’elle caufe, Ôc ménager les petits poifTons, l’Ordonnance en interdife l’ufage depuis le mois de Mars jufqu’à celui d’Aout. Cependant les = chaleurs de l’été font très-favorables pour cette pêche.
- Dans les faifons où il efb permis dp pêcher avec le bouteux, aufti-tôt que la mer eft-fuffifamment retirée, chacun court ch.erchpr fon bouteux; car il n’y a perfonne, même dans les plus nombreufes familles, qui n’ait le Tien, grand ou petit: Ôc bientôt toute la plage fe trouve couverte d’hommes, de femmes ôc d’enfans qui pouffent leur bouteux le plus vite qu’il leur eft poiïible ; ce qui offre un fpeâacle affez fingulier.
- Si les Pêcheurs Tentent les. fecouffes d’un gros poiffon qui foit entré dans la, chauffe, ils relevent aufîi-tôt leur filet ; mais quand ils ne Tentent point de fecouffes, ils. pouffent leur bouteux quelquefois affez loin fans le relever ; ôc après cette courfe, ils trouvent dans le filet de petits poifTons , mêlés tantôt avec du gouémon, ôc tantôt avec de la vafe, Ôc pour l’ordinaire en affez mauvais état; de forte que les plus petits, qu’on rejette comme inutiles, font trop endommagés pour fubfifter,ôc font prefque toujours perdus.
- On prend à cette pêche non-feulement des poifTons ronds qui nagent entre deux eaux, mais encore des plats, que la traverfe du bouteux oblige de quitter le fable où ils s’é-toient enfouis à la mer baillante. On y prend aufli quelques groffes Chevrettes. Mais nous parlerons, dans un inftant, de bouteux qui font prefque uniquement deftinés à cette pêche. Au refte la pêche au bouteux fe pratique la nuit comme le jour.
- On donne différentes formes aux bouteux. Quelques-uns, pour que la traverfe foit aflu-jettie plus folidement au bout de la perche, la terminent par une petite fourche e, Fig. 7, ôc chaque branche de la fourche entre dans la traverfe b c.
- Il y a des bouteux, Fig. 11, dont la fourche h e, a des bras affez longs pour s’affem-bler aux extrémités fg de la traverfe, ôc les gaulettes ou volets s’attachent en e à l’origine des branches delà fourche. Le feul avantage qu’on apperçoive à cet ajuftement, eft qu’au milieu de la traverfe, il n’y a point de morceau de bois qui puiffe arrêter les herbes lefquelles fermeroient en partie l’entrée du filet. A d’autres bouteux, Fig. 10, il n’y a point
- s PESCHES.
- de cercle formé par les gaulettes, ôc le filet eft monté fur les bras de la fourche abc à. Ordinairement ces bouteux font moins grands que ceux dont nous avons parlé d’abord, Fig« y ôc 7 : leur filet forme un fac affez profond, ôc ils fervent principalement à prendre des Chevrettes.
- Le petit bouteux, Fig. 8 , qu’on nomme volontiers Bouquetout dans l’Amirauté de Cou-tances, ôc Buhotier dans celle de Bayeux, fert aufli pour prendre des Chevrettes , à de jeunes gens qui n’auroient pas la force de manier les grands bouteux.
- On en fait encore de plus petits, Fig. g, qu’en certains endroits on nomme Buchots ; Ôc quelques-uns, au lieu de chauffe de filet, en ont de ferpilliere : ils fervent à prendre de petites Chevrettes ou Sauterelles, ôc du poiffon au fond des Parcs qui n’affechent point dans les mortes eaux.
- Nous avons dit que quand la chauffe des bouteux étoit fort longue, elle étoit fuiette à fe replier ou à fe tordre fur elle-même: c’eft çe qui a engagé quelques Pêcheurs à mettre dans cette poche de petits cercles de bois a by Fig. 1 i,pour foutenirle filet ôc l’empêcher de s’afiaiffer fur lui-même. Ces bouteux qu’on appelle à queue de Verveux, donnent beaucoup de facilité au poiffon pour entrer dans la chauffe ; mais ils ne font guere propres à être traînés fur le fable , 1 es pcil ûcj <jwi répondent aux cerceaux
- a b étant bientôt ufées parle frottement. Ces fortes de bouteux ont ordinairement un cercle c c qui eft attaché aux extrémités de la traverfe en fg.
- Dans l’Amirauté de Vannes, on fe fert d’un bouteux qu’on y nomme Petit Avenau. Cet inftrument différé des bouteux de Normandie en ce que le demi-cercle eft quelquefois de fer , ôc que le bout du manche eft attaché au milieu de la circonférence du demi-cercle; Ôc pour le fortifier,il y a au bas du demi-cercle des deux côtés un morceau de bois long de dix-huit à vingt pouces qui s’étend du cercle au manche : les Pêcheurs s’en fervent comme ceux de Normandie, en les pouffant devant eux fur le fable lorfqu’il eft encore un peu couvert d’eau : ils prennent des Chevrettes ôc d’autres petits poifTons.
- Dans l’Amirauté d’Oiftréhan, on fait avec de petits bouteux qu’ils nomment Boulets, la pêche de ce qu’ils nomment Mignon, qui eft la même chofe que le MeJILs ou le Nonnat ; la chauffe a trois ou quatre pieds de longueur, ôc les mailles ont à peine deux lignes d’ouverture. Ceux qui s’en fervent à l’embouchure de l’Orne, le pouftent devant eux de marée montante, ôc ils écument à la fuperficie de l’eau tout le frai Ôc la menuife que la marée y apporte en abondance dans les temps de cha* leur.
- p.38 - vue 41/108
-
-
-
- Section II. Ghap. IL De
- §. 2. De la Grenadiere.
- La Grenadiere eft une efpece de bouteux, que les Flamands ont nommé âinfi parce qu’il fert principalement à prendre des chevrettes qu’onnomme en Flandre Grenades. C’eft donc un bouteux peu différent de l’àutre , que les Picards nomment Buchot.
- La grenadiere, Fig. 6,a comme le bouteux un manche ab} ôt une traverfe cd que les Pêcheurs nomment le Seuil, qui eft taillé en bifeau, Ôt qui a jufqu’à fept ou huit pieds de longueur. Les Pêcheurs y attachent un filet à mailles très-ferrées. Ce filet forme une poche, dont les côtés font attachés à deux cordes/'/'qui fe tendent d’une extrémité du feuil à une petite traverfe de bois e , laquelle n’a qu’un ou deux pieds de longueur, ôt eft attachée au manche parallèlement au feuil.
- Il n’y a point ici de cercle : ôt c’eft ce qui établit la principale différence de cet inftru* ment au bouteux. Les Pêcheurs fe mettent dans l’eau la mer baiffant ; ils pouffent devant eux la grenadiere comme le Douteux, ôt ils prennent les mêmes poiffons : auffi ce filet eft-il aufïi contraire à la multiplication du poiffon que le bouteux.
- Dans l’Amirauté de Boulogne, on fe fert, pour prendre des Chevrettes, de petites grenadieres dont la perche n’a que fept à huit pieds de longueur, ôc lo f©vUi trdo piodo ôt demi ; la petite traverfe s eft attachée au manche à deux pieds ôt demi ou trois pieds du bout a.
- Il y a une efpece de Drague, ôt encore une Seinette, qu’on nomme Grenadieres : nous en parlerons ailleurs.
- §. 3. De T efpece de Bouteux nommée Savre.
- On pêche encore avec une efpece de bouteux, Fig. s>, PI. XII, nommé Savre dans l’Amirauté de Coutance. Il y en a de différentes grandeurs. Les uns ont fix ou fept pieds de diamètre. On les monte d’un côté fur une perche a a qui a aufïi fix ou fept pieds de longueur. On attache folidement cette perche fur une autre b c, laquelle eft longue de douze à quatorze pieds, ôt fert de manche : mais la perche a a, n’eft pas attachée au bout de la perche b c ; on l’affujétit à huit ou dix pouces de fon extrémité. Pour fortifier la perche a a qui eft plus foible que la traverfe des bouteux, on attache à un de fes bouts a une ligne qui va faire un tour mort à l’extrémité c de la perche ; ôt on l’amarre fermement à l’autre extrémité de la traverfe a a ; enfin, au bout de la perche b c eft atta çhée une corne c.
- Un des côtés du filet eft, comme on le voit Fig. ,9, attaché à la traverfe a a yàt le
- plufleups Pêches au Filet. 39
- refte, comme aux bouteux, à une portion de cercle a d a_9 qui par fon milieu eft fermement amarrée à la perche b c vers l’endroit d„
- Pour pêcher avec ce filet, les Pêcheurs fe mettent dans un batelet qu’ils conduifent aux bords de la rivière, où le poiffon fréquente plus qu’au milieu ; ils appuient la perche b c fur un morceau de bois qui porte une entaille à fon extrémité, ôt qu’on a établi pour cela à l’avant du batelet deftiné pour cette pêche.
- Le Pêcheur qui manie le favre , l’enfonce dans l’eau le plus avant qu’il lui eft pofïible ; ôt au bout d’un court efpace de temps il le releve promptement ôt avec force, en pefant fur le boùt b de la perche b c qui eft dans le batelet ; puis il tire à lui deux lignes qui font attachées au fond du filet ; ce qui le plie en partie, ôt donne la facilité de retire* le poiffon «qui s’y trouve.
- Le Savre ou Savrean qu’on emploie pour pêcher les Lançons, eft femblable à celui que nous venons de décrire : mais on s’en fert différemment, comme nous allons l’expliquer.
- Les mailles du bord du filet font ouvertes de douze à quinze lignes en quarré ; le refte de la poche où fe prennent les Lançons eft quelquefois fait d’une toile claire , Ôt le plus fou vent d’un filet délié, dont les mailles n’ont que trois ou quatre lignes d’ouverture ; le ni dom on le fait eft fi fin, que des poiffons plus forts que les Lançons le romproient.
- F11 confidérant la façon dont le filet eft attaché à la perche a a, à: l’excédent c de la perche b c ; on conçoit que ce filet ne peut être pouffé fur le fable comme le bouteux. Cependant cette pêche fe fait à pied ; Ôt elle fe pratique avec fuccès aux embouchures des rivières, qui ont un fond de fable. Les Pêcheurs s’y mettent à l’eau jufqu’au deffus de la ceinture, tenant leur favre bien plus droit que ceux qui pouffent le bouteux devant eux : la corne coule feulement fur la fuperficie du fable ; ce qui eft d’autant plus facile que fa courbure l’empêche de s’y enfoncer.
- Ceux qui pêchent, vont s’établir a val de la marée montante, Ôc ils fe retirent à mefure qu’elle s’élève, foulant Ôc émouvant le fable avec leurs pieds pour faire faillir les Lançons du fable où ils fe tiennent : alors les Lançons entrent dans le filet, ôc font pris.
- Cette pêche commence vers la Saint-Jean, ôc finit avec le mois de Novembre, lorfque les fraîcheurs fe font fentir : elle eft pratiquée par les hommes , les femmes ôc les filles.
- On ne prend guere de Lançons pendant le jour, l’éclat de la lumière les fait s’enfabler: on la fait donc ainfi feulement de nuit, à moins que le temps ne foit couvert ôc fombre.
- p.39 - vue 42/108
-
-
-
- \
- 40 TRAITÉ DES P E S Ç H E S.
- Article Cinquième,
- Suite des Pêches qui Je font au bord de Peau ou à une petite difiance du bord avec des filets un peu différents de ceux dont il a été que filon dans t Article précédent ; tels font le Havenet 9 la Bichette 9 le Saveneau9 le Bout de Quievre, &c.
- Quoique les filets dont nous allons parler ne fervent encore que pour de petites pêches, ils font cependant plus confidérables que la plupart de ceux dont nous avons donné la defcription dans l’article 4.
- 1. Du grand Haveneau ou Havenet fédentaire.
- Nous commençons par ce filet, parce qu’il eft plus grand que ceux dont nous aurons à parler, qui femblent dériver de celui-ci.
- La pêche du grand haveneau , qui eft fur-tout en ufags fur les Côtes de Haute-Normandie,ne fe pratique guere que fur les grèves plates: ôt pour en tirer quelque avantage, il faut s’établir dans un courant formé par le retour de la marée, ainfi qu’à l’embouchure d’une riviere ou la marée entre ; tels font les Vais le long de la Côte du Cotentin, ou la Baye du Mont Saint-Michel. Comme ces plages font plates, il s’y icntonuo uumbro de courants entre les embouchures de plu-fieurs petites rivières qui augmentent la vîteffe des courants que produit le retour de la marée. Les Pêcheurs de ces plages, foit qu’elles foient de galet, ou fabloneufes ou vafeufes, fe fervent des haveneaux féden-taires repréfentés PL XII, Fig. 7, dont l’effet eft d’arrêter le poiflon qui fuit le cours de l’eau.
- Ce filet eft monté fur deux perches aby qui ont douze à quinze pieds de longueur. Elles fe croifent en d : à quatre ou cinq pieds du bout a, elles font jointes l’une à l’autre au point du contaêt à, par un lien, ou, plus fréquemment ôt mieux, par un clou rivé, qui les traverfe ôt leur permet un mouvement femblable à celui des lames d’une paire de cifeaux. Un peu au-deffus de cet endroit d, il y a en e e des entailles où s’emboîte une traverfe c qui, tenant les perches écartées l’une de l’autre d’une quantité convenable, fert auffi à conferver la même ouverture de l’angle b d h ; ordinairement les deux extrémités b b des perches font éloignées l’une de l’autre de quinze pieds.
- Le fond de ce filet forme une poche/ qui eft plus du côté de la traverfe c que vers l’extrémité b b des perches.
- Le bord du filet qui eft du côté de la poche, s’attache donc à la traverfe c : les deux
- côtés s’amarrent aux parties e b des perches, ôt le refte à une corde qui borde le filet, ôc qui s’étend de b en b. Ordinairement on met à cette corde un peu de plomb, mais au plus trois ou quatre onces par braffes ; car un poids plus confidérable empêcheroit qu’on ne pût relever promptement le filet. Voilà le Haveneau décrit : parlons de fes ufages.
- Pour fe fervir du grand haveneau, qu’on nomme auffi Havenet Ôc Havenat Sédentaire, le Pêcheur (PL XII, Fig. 1 & 2) le préfente au courant, pofant fur le fond les deux bouts b b âts perches, ainfi que la corde qui s’étend de l’un à l’autre. Les deux extrémités pofté-rieures a a des perches paffent fous fes aiffelles; ôt l’angle d qu’elles forment, s’appuie contre fon corps. Il tient ferme les deux perches, plaçant les mains au-deffus àe e e} comme le repréfentent les Fig. 1, 2, 3,4. Aux Figures 1 ôt 2 les filets font enfoncés dans l’eau , ôt ceux des Figures 3 ôt 4 font relevés.
- poîfTcm qui fe préfente Ôt qui donne dans ie filet fe fait fentir au Pêcheur, lequel releve aufïi-tôt le haveneau pour faire tomber le poiffon dans la poche f> Fig. 7. que nous avons dit etre du coté de la traverfe c. L’ayant t;ré de la poche, il le met dans fa G lin? 9 qui eft un panier couvert, qu’il porte attaché fur fon dos. Il replonge immédiatement après fon filet, ôt continue la même pêche jufqu’à ce que la marée trop haute l’oblige de fe retirer. Pour le faire aifément ôt très-promptement, parce que dans les endroits que nous venons d’indiquer comme les plusjfavorables à cette pêche, la marée monte très-vîte, il ôte la traverfe c, Fig. 7 ; il rapproche les deux perches l’une de l’autre ; il les entoure du filet ôt forme du tout un paquet, Fig. 10, qu’il met fur fon épaulé pour gagner promptement le bord. Au refte, on fait cette pêche tant de flot que de jufan , oppofant toujours le filet au cours de l’eau, ôt l’on y prend de toute forte de poiffons ; mais plus fréquemment des poiffons plats, qui fe laiffent entraîner par le courant, que des ronds qui nagent entre deux eaux.
- Pour ne point faire tort à la multiplication du poiffon en retenant le fray ôt les plus petits poiffons , il faudrait que l’ouverture des mailles fût de quinze lignes en quarré : cependant quand il s’agit de prendre des Chevrettes, on eft obligé de fe fervir
- t
- p.40 - vue 43/108
-
-
-
- Section IL Chap. IL D
- de filets dont les mailles foient beaucoup plus petites : 6c en conséquence le filet doit être petit ; parce que s’il étoit grand on auroit trop de peine à le relever, à caufe de la petiteffe des mailles.
- L
- Grande Pêche au Haveneau*
- Les Pêcheurs au Haveneau ne peuvent pouiTer leur filet devant eux i les bâtons, qui entreroientdans le fable, les en empêchent: ainfi ils font obligés de fe placer dans un courant qui amene le poiffon dans leur filet. Qelquefois , quand ils veulent embraffer toute la largeur d’un courant qui a de rétendue , ils fe placent douze , quinze , vingt, fur une même ligne, ôc affez près les uns des autres pour que les filets fe touchent ; ainfi qu’on le voit dans la PL XII, Fig. y ; oppofant toujours l’embouchure de leurs filets au courant : de forte qu’ils prennent au retour de la marée ce qui leur a échappé à la marée montante.
- Quand il fe rencontre quelque route que les poiffons pourroient prendre pour éviter les filets, plufieurs aides (Fig. 6) fe mettent dans l’eau , qu’ils frappent avec des perches pour déterminer le poiffon à donner dans les Haveneaux.
- §. 3. Pêche au Haveneau dam de pénis Bateaux.
- On fe fert dans la Garonne de bateaux pour pêcher avec le haveneau ; mais les Pêcheurs fe difpofent différemment quand ils ont intention de prendre des Chevrettes, que lorfqu’ils veulent pêcher des poiffons.
- Pour la pêche des Chevrettes, qu’on fait dans les mois de Juillet, Août ôc Septembre, ils prennent des filets entièrement femblables à celui qui eft repréfenté dans la PL XII, Fig.
- 7, mais plus grands, les perches ou barres de leur haveneau ayant vingt pieds de longueur. Pour établir ces grands haveneaux fur de petits bateaux, qu’ils nomment Fila-âieres, & que nous avons repréfentés fans leur grément dans la première Seêlion , PI. XIIy Fig. 2, ils amarent bas-bord 6c tribord de la fiiadiere deux efpars qui foutiennent à l’arriere de la fiiadiere une traverfe de bois d’environ vingt pieds de longueur, qu’ils nomment Bariope : elle fert à fupporter les deux bras /du haveneau.
- Les mailles de ce filet font affez larges du coté de b b y Fig. 7 ; mais elles fe rétreciffent beaucoup vers la poche.
- Comme le haveneau eft prefque en équilibre fur la bariofte, un feul homme peut faire cette pêche dans fa fiiadiere. Quand donc il eft rendu au lieu où il veut établir fa pêche, il mouille à tribord un petit grapin
- Pèse h ES. IL Secï.
- e plufieurs Pêches au Filet. 41
- dont le cableau, qui eft amarré à la fiiadiere , peut avoir vingt ou vingt-cinq braffes de longueur. A dix braffes de la fiiadiere,il frappe fur le cableau un petit grelin, qui a de même dix braffes de longueur : ôc cette manoeuvre, qu’ils nomment Traverfiere, eft à bas-bord de la fiiadiere. De cette façon , ce petit bateau eft comme enfourché fur fon ancre, l’étam-bot à la marée.
- Le Pêcheur éleve le gros bout des barres a a, Fig. 7, qui eft dans la fiiadiere ; Ôc plonge ainfi la partie b b dans l’eau, au plus de quatre pieds. Le courant fait entrer les Chevrettes dans la poche ; elles y reftent, 6c ne cherchent point à en fortir : c’eft pourquoi le Pêcheur ne releve fon filet pour les prendre que deux fois ou au plus trois pendant une marée y lors même qu’il pêche de flot 6c de jufan.
- Il eft fenfible que quand, après avoir pêché de flot, on veut pêcher de jufan, il faut que la fiiadiere tourne fur fes amares pour fe mettre au courant. Mais après cette évolution , elle eft afourchée par fon cableau 6c fa traverfiere comme elle l’étoit dans fa première fituation.
- Pour relever le filet 6c prendre les Chevrettes , le Pêcheur pefe fur la partie aay Fig. 7 , des barres, qui eft dans la fiiadiere : 6c afin de tenir fon filet élevé, il tourne autour des barres a a un petit cordage qui eft amaré au dedans de la fiiadiere.
- Le filet étant ainfi foutenu hors de l’eau,
- le Pêcheur raffemble toutes les Chevrettes dans un coin de la poche pour les ramaffer avec une febille, 6c les mettre dans fa glinne ou dans un fac.
- A cette pêche, les Pêcheurs fe mettent toujours plufieurs de front, à dix pieds les -uns des autres pour fe prêter la main dan* le befoin ; de crainte fur-tout que quelqu’un ne s’endorme ; car la moindre chofe peut faire chavirer ces petites filadieres.
- Quand les Pêcheurs fe propofent de pren-* dre des Mulets ou Muges, 6c d’autres poiffons de moyenne taille, ils emploient des filadieres plus fortes que pour la pêche des Chevrettes: ôc les mailles du filet étant plus grandes, il éprouve moins d’effort de la part du courant qui tend à faire plonger l’arriere du bateau, non-feulement en raifon du poids du filet, mais encore à caufe des amarres qui répondent au grapin.
- La pêche des Mulets dans la Garonne commence quand on finit celle des Chevrettes, environ au mois de Septembre ; 6c on la continue jufqu’à Pâques, à moins qu’on ne l’interrompe pour faire la pêche des Alofes avec de grands filets.
- Ôn fait la pêche des Mulets , de jour 6c de nuit; 6c un vent frais y eft favorable, pourvu que la fiiadiere puiffe tenir la mer.
- On ne plonge le haveneau que d’un pied
- p.41 - vue 44/108
-
-
-
- 42 TRAITÉ DE
- dans l’eau : ôc comme les Mulets font effort pour s’échapper, il faut relever fréquemment le filet. Pour cela deux Pêcheurs ont toujours les mains fur les barres, afin de relever auffi-tôt qu’ils Tentent qu’un poiffon a donné dans le filet.
- §. 4. Pêche du Haveneau dans l'Amirauté de la Rochelle.
- On fe fert d’une chaloupe fans voile, qu’on afourche fur deux ancres , côté en travers à la marée, PJ. XIII, Fig. 1. Le haveneau eft placé paf le travers du mât, à tribord : le furplus de la manœuvre eft femblable à ce que nous venons de dire des Pêcheurs de a Garonne.
- On pêche encore au haveneau dans cette Amirauté avec de petits bateaux à cul quarré, PL XIII y Fig. 2, qu’on nomme A cons, La grande largeur de l’arriere des acons eft très-propre à fournir un point d’appui au Haveneau. Trois hommes fe mettent dans l’acon: un rame pour refouler la marée, ôc les deux autres gouvernent le filet.
- On fait dans bien d’autres Ports des pêches avec des haveneaux de différentes grandeurs, ôc qui ont des mailles plus ou moins larges, fuivant les poiffons qu’on fe propofe de prendre. Mais ce que nous venons de dire fuffit pour donner une idée affez jufte de ces pêches , qui different peu entr’elles, Ôc qu’il feroit auffi inutile qu’ennuyeux de détailler.
- §. 5. De la Bichette y ou Savenelle à deux arcs croifés.
- La Bichette eft un haveneau qui fert à plufieurs petites pêches au bord de la mer. Cet inftrument, PL VIII, Fig, 9, eft com-pofé de deux bâtons a h courbés en arc : ils le croifent en d comme les perches des haveneaux, ôc y font arrêtés par un clou rivé. Mais à caufe de leur courbure les bouts h h y qui terminent la bichette, fe rapprochent; ôc ceux a a y que les Pêcheurs tiennent dans leurs mains, s’écartent. Il y a, comme aux haveneaux, une traverfe en c, ôc une corde bboçài borde le bout du filet; on la charge d’un peu de plomb. Le fond du filet fait un fac proportionellement plus profond que celui du haveneau.
- On fe fert de la bichette pour prendre au fond des pêcheries les petits poiffons qui y reftent, ainfi que dans les marres qui n’af-fechent point au retour de la marée. Mais cet ufage lui eft commun avec plufieurs autres petits filets.
- S PESCHES.
- §, 6, Savenelle, Saveneau, Savonceau ; quon nomme encore Coller et à main, & en Provençal Saufayron,
- Cet inftrument , Pl, VIII y Fig. 8, eft encore un diminutif du haveneau ; excepté que le filet qui eft une fimple nappe d’une braffe ôc demie ou au plus deux braffes de longueur , eft monté fur deux perches ou quenouilles a b, qui ne fe croifent pas. Le filet eft bordé en b b ôc c c y d’une corde qui s’étend d’une quenouille à s l’autre. La corde b b eft garnie d’un peu de plomb.
- Quand les faveneaux font petits, les Pêcheurs prennent une quenouille de chaque main, ôc préfentent à l’eau le filet tout ouvert. Lorfqu’ils Tentent qu’un poiffon donne dedans, ils le plient en rapprochant précipitamment l’une de l’autre les deux quenouilles.
- Quand les faveneaux font grands , les Pêcheurs fe mettent deux, chacun tenant une des quenouilles: c’eft ce que font,par exemple, quelquefois les Pêcheurs du Bourg d’Ault.
- Ce filet fert , ainfi que la bichette , à prendre le poiffon qui refte au fond des parcs. De plus, les femmes ôc les jeunes gens s’en fervent pour prendre des Chevrettes.
- $. 7. JDu Bout de Quievre.
- Le filet, dit Bout de Quievre, PL XIIy Fig. 8, eft formé comme le grand haveneau, de deux perches a b ; mais elles n’ont que fix à fept pieds de longueur, ôc elles ne s’ouvrent que de cinq à fix pieds. Cette ouverture étant fixée par la corde qui borde le filet, ôc qui s’étend de b en b ; il n’y a point comme au havenet ôc à la bichette, de traverfe de bois en d : ainfi le Pêcheur eft obligé de tenir continuellement Ton filet ouvert lorfqu’il le pouffe devant lui; car cette pêche n’eft pas ordinairement fédentaire comme celle du grand haveneau: ôc c’eft pour cette raifon qu’on ajufte aux bouts b b des cornes de Chevre , qui les empêchent d’entrer dans le terrein ôc les font couler deffus. Ce font ces cornes qui ont fait appeller ce filet Bout de Quievre ; par corruption de Bout de Chevre.
- La façon de s’en fervir eft de le pouffer devant foi comme un bouteux, mais beaucoup plus lentement.
- Ce filet n’ayant point de traverfe en b b , il ne laboure pas le fond, comme fait le bouteux. Ainfi il ne détruit pas de même les petits poiffons. Quand on le releve, on le plie en deux, en rapprochant les bâtons.
- Ce filet eft fort en ufage du côté de Caen , ôc quelquefois les Pêcheurs fe mettent de file, hommes Ôc femmes, au nombre d’une douzaine ôc plus, faifant leur pêche comme
- p.42 - vue 45/108
-
-
-
- Section II* Chap. IL De plujieurs Pêches au Filet* 43
- nous l’avons expliqué en parlant du grand haveneau.
- §• 8. D'une autre efpece de petit Haveneau quon pouffe comme le Bouteux.
- Les Pêcheurs du Vivier dans l’Amirauté de Saint-Malo, pêchent des poiffons plats avec des haveneaux un peu différents de ceux que nous avons décrits. Ils ont deux perches de douze pieds de longueur, comme les grands haveneaux ; mais ils les gliffent fur le fable, où elles ne peuvent enfoncer, parce que le bout de chaque perche eft garni d’un morceau de bois plat, dont le milieu eft large d’environ trois pouces, Ôc qui fait le même effet que les cornes des bouts de quievre. Les perches font croifées à environ dix - huit ouces de leur gros bout, ôc la corde qui orde le filet par en-haut peut avoir treize ou quatorze pieds de longueur ; elle n’eft point plombée.
- Ainfi qu’aux autres haveneaux, il y a une traverfe de bois placée au-deffus du croife-ment des perches, ôc qui en limite l’ouverture. Elle a à un de fes bouts un tenon qui entre dans une mortaife qui eft pratiquée à l’une des perches, ôc ce morceau de bois eft terminé à fon autre bout par un enfourche-ment, qui embraffe l’autre perche ; on force ce morceau de bois entre les perches pour tendre la corde qui horde le filet. Cette tra-verfe eft environ à deux pieds ôc demi au-deffus du clou. Le filet eft amarré comme aux autres haveneaux.Le Pêcheur le pouffe devant lui, comme font ceux qui pêchent avec le bout de quievre.
- §. p. Sac de toile en forme de poche.
- Aux environs de Morlaix Ôc ailleurs, il y a des hommes ôc des femmes qui ont une manche
- de toile claire affez longue, dont l’embouchure eft montée fur un cercle. Deux Pêcheurs fe mettent à l’eau ; ôc en remontant le courant, ils lui préfentent l’embouchure de leur chauffe: ils prennent à cette pêche, qui eft très - deftru&ive, beaucoup de poiffons du premier âge & de frai.
- §. 1 o. De la pêche à la Faux.
- Ce filet fait à peu près le même effet que le haveneau, quoiqu’il foitdifpofébien différemment : dans un petit Port de l’Amirauté de Breft , on le nomme Guideau de piedy parce qu’il a une manche fort longue.
- Ce filet forme donc un fac qui a fix ou huit pieds de profondeur ; fon embouchure eft montée fur pluüeurs morceaux de cerceaux qu’on joint les uns aux autres pour former une portion de cercle très-furbaiffée. Une corde s’étend d’une extrémité de l’arc à l’autre ; ôt l’ouverture du filet, qui eft de dix à douze pieds, eft attachée en partie aux cerceaux ôc en partie à la corde. La fléché de cet arc au milieu eft de cinq pieds.
- Pour fe fervir de cet infiniment, deux hommes prennent la faux chacun par un bout, la marée montante ou baillante ; ils préfentent l’ouverture du filet au courant. Lorfqu’ils fentent qu’un poiffon a donné dans le filet, ils en élevent l’embouchute pour faire tomber
- le poiffon dans la mailChe , ÔC fur le champ
- ils le replongent pour attendre un autre poiffon. Les mouvements que les Pêcheurs fe donnent pour entrer le filet dans l’eau ôc l’en retirer, ont paru approcher de ceux des Faucheurs ; ce qui a peut-être engagé à donner le nom de Faux à cet infiniment : qui d’ailleurs, en ne confidérant que fon arc, a affez la courbure des faux. Les mailles de ce filet ont ordinairement un pouce en quarré ; ainfi il ne retient point les très-petits poiffons.
- p.43 - vue 46/108
-
-
-
- 44
- TRAITÉ DES PÉSCHES.
- CHAPITRE III.
- Des Pêches qu’on fait fur le Rivage , ou à une petite dijlance du Rivage, avec des Filets fédentaires, en forme démanché , quon nomme Guideaux, Verveux, <5Gc.
- JSIO u s avons décrit dans le Chapitre précédent plufieurs pêches qui fe font au bord de leau ou près du rivage. Mais tous les filets dont nous avons parlé, tels que l’Epervier, le Carreau, le Bouteux, le Haveneau, &c, fe tiennent à la main. Ceux que nous nous propofons de décrire, fe tendent Sc s’arrêtent fixement dans un endroit où l’on va de temps en temps prendre le poiflon qui a donné dans les pièges quon lui a tendus. .
- On a eu lieu de remarquer que pour faire ulàge des filets dont nous avons parlé, il falloir être fort prompt à les tirer hors de l’eau, fans quoi on perdoit une partie du poiflon qui avoit donné dans les filets. Il eft vrai que pour parer à cet inconvénient, on a eflàyé d’alonger le plus qu’on a pu la poche qui efl: au bout, comme on le voit dans la Fig. il, PL XL Mais plufieurs raifons ont empêché de faire ces poches fort longues : par exemple, on marcherait alors fur celle d’un bouteux, à moins qu’on n’étendît beaucoup la longueur de la perche qui 1ère de mancke • ce qui rendrait le filet très-difficile à relever. Ainfi en réfléchiflànt lur ce que nous avons dit des pêches dont nous avons parlé dans les articles précédents, on appercevra l’impoflibilité qu’il y auroit à étendre beaucoup le fond ou la poche des filets , à moins que deux Pêcheurs ne fe réunifient pour manier le filet, ainfi qu’on le fait pour la Manche de toile, §. p, ou la Faux, §. io. Ces inconvénients n’exiftent plus quand on tend les filets au bord de l’eau, ou dans l’eau, où ils reftent fédentaires. Alors on peut fe fervir de poches fort longues. C’eft de ces fortes de filets , & de la façon de s’en fervir , que nous allons nous occuper dans ce troifieme Chapitre. On a varié leurs formes Sc leurs dimenfîons ; ce qui a engagé à leur donner différents noms, tels que ceux de Guideaux, Manches, Sacs, Poches, Verveux, Lafinsy Varvouftes, B ertoulens, &c. Pour mettre de l’ordre , Sc jetter de la clarté dans ce que nous avons à dire de ces différentes façons de pêcher, nous les diviferons en plufieurs claffes. Nous parlerons d’abord des Chaufles fimples qui ne font qu’un lac de filet, qu’on nomme Guideaux. Nous traiterons enfiiite de ceux dans lelquels on met des diafragmes Sc des goulets ; ce qui nous conduira aux Verveux. Les uns & les autres font ou fimples, ou accompagnés d’aîles qui engagent le poiflon à y entrer. Ces féconds Guideaux ou Verveux , qu’on peut nommer Çompofés, feront confidérés à part : ce qui formera autant d’Articles diftinéts.
- Article
- p.44 - vue 47/108
-
-
-
- Section IL Chap. III. Des Pêches fur le Rivage> &c. ^
- Article Premier.
- Des Guideaux fmples.
- T f E filet qu’on nomme Guideau , a la forme dune chauffe, PI. XIV, Fg. i ; qui fait un tuyau plus ou moins long. Il eft large à fon embouchure A, Ôt va toujours en diminuant jufqu’à fon extrémité B, qui eft fermée de différentes façons*
- Gomme ces chauffes ont quelquefois fix ou fept braffes de longueur, on ne pourrait pas les retourner pour en tirer le poiffon. On laiffe donc ouverte l’extrémité de la chauffe, & on la lie avec une corde F, PL XIV, Fig* 2, qu’on dénoue pour fecouer le poiffon fur le fable ; ou bien on ajufte au bout de la chaulfe un pannier d’ofier G, dans lequel fe ramaffe le poiffon, d’oii on le tire aifément en ouvrant une porte qui eft au bout*
- Dans tous les guideaux, les mailles de F em bouchure font affez larges ; elles ont au moins deux pouces d’ouverture en quarré. Leur grandeur diminue à mefure qu’on approche du fond. Elles devraient avoir à cet endroit deux pouces, pour laiffer au petit poiffon la liberté de s’échapper; mais fouvent on les réduit à trois ou quatre lignes : ainfi elles retiennent le frai <x l es jpwixïLuib du premier âge, qui s’y accumulent avec la vafe, ôt font entièrement perdus.
- Les Pêcheurs de Trouville, Amirauté de Touque ôt de Dive, qui tendent leurs guideaux depuis Noël jufqu’à Pâques, tiennent les mailles très- ferrées pour prendre des Grados & d’autre Menuife : ainfi ils retiennent tout ce qui fuit le cours de l’eau, & font un grand tort à la multiplication du poiffon.
- On verra dans la fuite qu’on tend toujours les guideaux, de façon qu’ils préfentent leur bouche à un courant qui traverfe toute la longueur du filet. Or il eft fenfible que le poiffon qui entre par l’ouverture A, PL XîV, Fig. i, s’enfonce dans le filet jufqu’au fond B ; qui étant fermé, l’arrête. Le courant continuant à le comprimer , ceux qui font petits ôt mois font prefque réduits en bouillie, & les gros meurent bien-tôt. Il eft rare qu’on tire du poiffon en vie des longs guideaux qui font tendus dans un courant rapide ; les petits poiffons y font abfolument perdus ; ôt les gros étant fatigués, on ne peut pas les tranfporter fort loin. Voilà le défaut des grands guideaux. Ce n’eft cependant pas fans raifon qu’on les fait longs : fi le filet étoit large ôt court , le poiffon rencontrant les mailles, il pourroit rebrouffer chemin en refoulant le courant ; ôt il feroit perdu pour le Pêcheur. C’eft pour obvier à cet
- Pesches. IL Secl.
- inconvénient, qu’on fait ces chauffes trè^ longues. Et les Pêcheurs, qui ne cherchent qu’à avoir beaucoup de poiffon fans s’em-barraffer de la deftruêfion de l’efpece, prétendent qu’au moyen de ces longues chauffes , le poiffon oublie la route qu’il a fuivie en y entrant ; qu’il nage au hafard Ôt retourne fouvent vers le fond qui eft fermé. Ils ajoutent que quand le poiffon fe trouve renfermé dans un filet, il s’effraye, s’agite ; ôt qu’âprès avoir fait des efforts pouf vaincre l’obftacle , il tombe dans un état de langueur ôt d’épuifement qui le rend comme mort: ce que les Pêcheurs prétendent exprimer en difant que le poiffon s'enivre dans les filets. Quoi qu’il en foit de ces idées, il eft certain que les poiffons, qui font preffés au fond d’une manche par un courant un peu violent,enfortent morts,ouprefquemorts.C’eft pourquoi ceux qu’on prend dans les guideaux font toujours meurtris, ôt d’une qualité bien inférieure à ceux qu’on prend avec l’épervier* le carreau, le haveneau , ôte. Nous rapporterons dans la fuite, des pêches peu différentes des guideaux ; au mny^y les poif-
- ions fe confervent en vie.
- §, i. Idées générales fur la Tente des Guideaux*
- Si F on tendoit des guideaux dans une eau dormante, comme rien ne déterminerait le poiffon à entrer dans la manche, on n’y prendrait rien : c’eft pourquoi on tend toujours ces filets dans un courant auquel on oppofe la bouche du filet, afin d’arrêter au paffage le poiffon qui fuit ou qui eft entraîné par là force de l’eau. Il faut donc que la bouche du filet foit difpofée à recevoir le courant ; ôt Fon fait ordinairement cette embouchure fort évafée, pour qu’elle admette une plus grande maffe d’eau. On conçoit qu’il eft né-ceffaire que cette embouchure foit tenue ouverte. Pour cela, on la tend quelquefois fur un chaffis d’affemblage C D E F, PL XI % Fig. i .* d’autres fois on l’attache fur des piquets qu’on a enfoncés dans le fable à la baffe-mer, Ôt auxquels on ajufte une traverfe haut Ôt bas ; ce qui forme un chaffis moins folide, mais qui fait à-peu-près le même effet que l’affemblage de charpente qui eft représenté dans la figure première.
- Dans l’Amirauté de Marennes,les Pêcheurs tendent l’embouchure de leurs guideaux fur des perches qui ont depuis quatre jufqu’à fix braffes de hauteur; la manche eft longue de quatre à cinq braffes, ôt elle a autant d*ou-
- M
- p.45 - vue 48/108
-
-
-
- TRAITÉ DES PESCHES.
- 4 6
- verture: ils divifent cette ouverture eu quatre ; ôc attachent à la corde qui la borde , quatre anneaux de bois dans lefquels ils enfilent les perches. Comme ils tendent quelquefois leurs guideaux dans des endroits où il y a certaine épaiffeur d’eau, ils font defcen-dre jufque fur le terrein les deux anneaux d’en-bas, au moyen d une perche terminée par une petite fourche ; ôc ils amarrent les deux anneaux du haut aux perches , un pied ôc demi ou deux pieds au-defïùs de la furface de l’eau.
- On prend avec les guideaux tous les poif-fons qui fuivent le courant.
- Une façon de les tendre qui eft très-ufitée eft celle qu’on nomme à hauts , & à bas Eta-liers. Nous allons les décrire dans les paragraphes fuivants.
- §, 2. La Tente des Guideaux , dite à Hauts Etaiiers.
- Les guidaux dont nous allons parler , qu’on nomme en différents endroits, Didaux, jQuidiatSyTiriats, &c}&ont des chauffes qui ont trois braffes ôc demie ou quatre braffes de longueur. Ils s’évafent à leur embouchure jufqu’à avoir fept ou huit pieds de diamètre ; ôc cette embouchure eft bordée d’une corde affez forte : les mailles auprès de l’embouchure ont un pouce ou dix-huit lignes en quarré ; au tiers de la longueur* elles ont feulement neuf lignes ; ôc on continue aies faire de plus en plus étroites, de forte que dans la derniere demi-braffe, elles ont fouvent moins de trois lignes. Pour tendre les guideaux, comme on le voit dans la PL , Fig. 4, on plante dans le terrein , vis-à-vis de quelque courant ou de l’embouchure d’une riviere,le plus près qu’il eft pofîible de la laiffe de baffe-mer , des pieux ou forts piquets, aaay qu’on nomme Chevres , qui ont neuf à dix pieds de longueur. Ils font enfoncés de deux pieds dans le terrein ce; ôc ils doivent l’excéder au moins de fept à huit pieds. On met tous ces pieux fur une même file, au nombre quelquefois de vingt-cinq ou trente : c’eft ce que les Pêcheurs appellent Etaiiers. Pour les affermir contre l’effort de la marée, chaque pieu eft retenu par une corde b e qui forme un étai ; frappée d’un bout b à la tête des pieux, ôc de l’autre e, aux piquets qui font enfoncés dans le terrein à une petite diftance des pieux c c, du côté par où l’eau vient avec rapidité. Il n’y a point à craindre que les pieux fe couchent du côté de e e : outre que le cours de l’eau les en empêche, ils font trop bien retenus par le poids de tous les guideaux ; mais on affermit encore les deux pieux qui terminent les files de chevres, par un étai b d, qui eft à-peu-près dans l’alignement des pieux ; ôc cette corde à b fe prolonge dans toute la longueur de l’étalier ;
- étant bien tendue ôc attachée par une boucle à la tête de chaque pieu. Cette manœuvre affermit les pieux , ôc elle en affujettit les têtes à des diftances proportionnées à la largeur de l’embouchure des guidaux. On tend à dix-huit pouces au-deffus du terrein en g, un pareil cordage, qui affujettit les pieux par le bas.
- L’embouchure des guideaux eft bordée d’une corde affez forte, à laquelle on pratique des œillets pour pouvoir les attacher bien tendus à des anneaux de fer qui font amarrés aux pieux. En tendant des guidaux au bord de la mer, lesPêcheurs mettent toujours l’ouverture du côté de la terre, afin de recevoir l’eau lorfque la marée baiffe : Ôc on conçoit que ces étaliers doivent être folidement établis , pour réfifter à l’effort que l’eau fait fur une rangée de filets qui s’oppofe à fon cours.
- L’embouchure des guideaux eft fort grande; Ôc comme ils fe joignent tous les uns aux autres, ils forment par leur réunion une file de manches toujours prêtes à recevoir les poiffons qui fuivent le courant, gros ôc petits : mais on les y trouve toujours .morts, quand même on les tireroit du filet peu de tems après.qu’ils font pris.
- Les Pêcheurs préparent leurs guideaux, de baffe-mer. C’eft aufïi de baffe-mer qu’ils vont en retirer le poiffon. Pour cela, comme il n’y a point de panier au bout des guideaux , il» vieil ©ut vm© ligne c[ui ferme le bout du fac, Ôc fecouent la manche fur le fable pour en faire fortir le poiffon.
- La pêche des guideaux à hauts étaliers eft une des plus confidérables qu’on faffe à pied fur plufieurs côtes. Elle eft en ufage vers le Havre, Caen, ôc particuliérement fur les côtes de Touque Ôc Dive ; de forte qu’en certains endroits toute la plage eft traverfée de chevres àguideaux.
- Le fort de cette pêche eft depuis le commencement d’O&obre jufque vers la fin du mois de Mars : on eft obligé de la difeon-tinuer quand les chaleurs fe font fentir ; à caufe de la quantité d’orties de mer ôc de cruftacés voraces, qui fe portent à la côte. Il conviendroit, pour ménager le frai, de la finir en Avril. Il faudroit aufïi que les mailles du bout du filet euffent dix-huit lignes ou deux pouces d’ouverture.
- Suivant l’Ordonnance, les chevres pour les grands étaliers doivent être établies à deux cent braffes du paffage des vaiffeaux Ôc barques ; plufieurs ayant été endommagés par ces pieux, qui font affez gros Ôc folidement établis.
- §. 3. De la tente des Guideaux à Bas Etaiiers*
- Les Pêcheurs Etaiiers riverains du Mont Saint-Michel tendent des guideaux avec trois
- p.46 - vue 49/108
-
-
-
- S e C T. IL Chap. III. Des Pèches fur le Rivage , &c. qgf
- piquets : dont deux fervent à tenir l’embouchure ouverte, au moyen d’anneaux d’ofier qui font de chaque côté , ôc dans lefquels on paffe les piquets; la queue du guideau eft amarrée fur un troifieme piquet ; Ôc ils tiennent le guideau le plus tendu qu’il leur eft poftible. Par ce moyen , ils ferment les mailles qui font déjà fort étroites. On nomme ces Guideaux à Petits Et allers ; mais ce nom convient encore à d’autres, dont nous allons parler.
- Ceux qu’on appelle en Normandie Bâches Vliantes, ou Guideaux à Petits Etaliers , font ainli nommés parce que les piquets fur lefquels ces filets font tendus (PL XIV, Fig, 4 , i k l) ne s’élèvent que de trois ou au plus quatre pieds au-deffus du terrein. On les appelle auffi Volants parce que les Pêcheurs les changent fouvent de place ôc de difpofi-tion, d’une marée à l’autre, fuivant l’état des bancs de fable, qui affez fréquemment font mouvants.
- Ces piquets ne font point retenus par des cordes, comme le font les pieux des grands étaliers. Les chauffes de ces guideaux n’ont que deux ou deux braffes ôc demie de longueur ; au lieu que celles des grands en ont quelquefois fix ou fept. Enfin les petits étaliers fe placent fur les grèves fableufes Ôc vazeufes , ainfi que dans toutes les plages où il fe forme des courants#
- Sur la Planche XIV, Figure 4,. les des chauffes font repréfentées libres. Cependant on les tient affez fouvent tendues éc arrêtées en K par un piquet, au moyen d’une ligne.
- On peut, avec ces guidaux, ainfi qu’avec ceux à hauts étaliers , pêcher de flot ôc de jufan, en préfentant au courant l’embouchure des chauffes ; mais pour l’ordinaire les Pêcheurs préfèrent de les diriger vers le retour de la marée.
- L’ouverture des mailles eft la même que celle des chauffes des hauts étaliers. Pour que cette pêche ne détruisît point le frai, il faudroit fe conformer à ce que nous avons marqué relativement aux guidaux à hauts étaliers. Les Pêcheurs qui font très-intéreffés à la confervation du poiffon, devroient s’y porter d’eux-mêmes : cependant les Officiers des Amirautés ont bien de la peine à les y contraindre.
- §. 4. Comment on a perfeâionné les Guideaux,
- Il eft fenfible que fi l’on ne prenoit pas des précautions pour tenir l’entrée des guidaux ouverte, le filet s’aftaifferoit fur lui-même, ôc le poiffon ne pourroit y entrer. Pour faciliter l’entrée du poiffon, on fe
- contente , comme nous l’avons dit, de tendre l’embouchure du filet fur un chaffis fem-biable Fig. 1, Pi, XIV; ou fur des
- perches qui font le même effet.
- Comme on s’eft apperçu que ces longues chauffes s’affaiffoient fur elles-mêmes ; qu’elles fe rouloient ou fe repiioient, principalement dans les endroits où la régularité du courant étoit dérangée par le vent , par quelque roche, ôcc : dans la vue d’affujédr ces manches de façon qu’elles fe préfentaffent mieux à l’entrée du poiffon, on s’eft d’abord contenté de tendre la chauffe en amarrant l’ex-trêmité du filet à un piquet, K, Fig. 4, PL XIV, Mais cette tenfion rétreciffant beaucoup le diamètre du filet, ce moyen n a pas paru produire entièrement l’effet qu’on defi-roit ; ôc on a imaginé de mettre dans la chauffe à différentes diftances , de petits cerceaux de bois, d’abord en petit nombre, Ôc qu’on a enfuite multipliés, comme on le voit en E, Fig. 2, PL XIV. Ces cerceaux produifoient un bon effet. Cependant le poiffon s’accumu-loit toujours au fond des grandes chauffes ; où il étoit meurtri, comme nous l’avons dit. On a donc jugé que rien ne feroit plus propre à prévenir cet inconvénient, que de diminuer la longueur des chauffes, ôc d’en augmenter la largeur.Mais en les tenant larges ôc courtes, les poiffons auroient pu s’échapper, comme nous l’avons déjà dit : c’eft ce qui a fait ima-gmûjr vm moyon crèo-ingenieux d'empêcher les poiffons de fortir du filet, fans former aucun obftacle à leur entrée. On a rempli cette intention en plaçant un goulet avec un cerceau qui tient ouverte l’embouchure du filet.
- Ce Goulet eft un filet a a h, Fig. 1, PL XV, figuré comme un entonnoir; dont l’ouverture du pavillon eft attachée au cerceau a a. La pointe de ce filet fe termine vers h, ôc eft foutenue dans l’axe du filet principal par quelques fils déliés: ôc pour que le poiffon entre aifément dans le filet a a ee par des fentes qu’on pratique à la pointe b du goulet, ces fils font tendus mollement. Il eft fenfible que le poiffon entre fans effort dans le corps du filet par les fentes qui font en b. Alors il fe trouve à l’aife dans l’intérieur du filet, ôc ne s’avife point de chercher à s’échapper par les fentes qui lui ont permis d’entrer.
- On met quelquefois un petit goulet a l’entrée des guidaux proprement dits , comme on le voit à celui qui eft cotté E, PL XIV, Fig. 3. Mais cela n’empêche pas que les herbes, la vafe ôc tout ce que l’eau charrie,ne s’entaffent avec le poiffon au fond de ces longues manches. Ainfi ils n’ont pas l’avantage des vrais Veryeux dont nous allons parler.
- p.47 - vue 50/108
-
-
-
- 4S
- TRAITÉ DES PE S C H E S.
- Article Second.
- Des Verveux ou Verviers, quart nomme aujjî Renards, &c.
- Le Verveux le plus {impie, PL XV y Fig. i, eft un filet en forme de cloche, & un peu conique ; d’une ou deux braffes de longueur : dont l’entrée a a porte trois ou quatre pieds de diamètre. Le corps de ce filet va un peu en fe rétreciflfant depuis a jufqu’à e : & depuis e jufqu’à d, il prend une forme conique. A la jointe de ce cône on fait un œillet, qui fert a fixer le verveux dans l’endroit ou on le tend.
- Le corps du filet a a e e eft foutenu par quatre , cinq, fix cerceaux menus ôt légers , qu’on met en dedans, comme nous l’avons expliqué dans le premier Chapitre de cette Se&ion.
- Dans l’Amirauté de Nantes, où l’on fait ufage du verveux qu’ils nomment Loup ; pour joindre l’une à l’autre les gaulettes qui forment les cerceaux, ils en paffent les bouts dans des tuyaux de fureau. Ailleurs on fait cet ajufte-ment plus proprement avec des révolutions d’un fil retors.
- Le cerceau de l’entrée a a eft plus grand que tous les autres, dont les diamètres vont toujours en diminuant jufqu’à celui qui eft enee.
- On ajoute prcCq[TAâ tonjonro rïpvjmt* ]p.
- cerceau a a ce qu’on nomme la Coeffe. On la voit en d, Fig. 3 , PL XV: & nous l’avons déjà repréfentée en r s t, Fig. 6 de la PL I. Cette partie, qui s’évafe beaucoup, eft fou-tenue par une portion de cercle dont les extrémités ee, PL XV^ Fig. 3, font alfujéties par une corde ou une barre de bois c qui s’étend de l’une à l’autre. Au moyen de cette traverfe, le côté de la coeffe , qui eft en bas, ayant une forme platte, il s’applique plus exactement fur le terrein.
- Le verveux, non compris la coeffe, eft attaché à toute la circonférence du premier cerceau a a, Fig. 1 : & comme le corps de ce filet eft large, affez court, ôt foutenu en plufieurs endroits par des cerceaux, le poiffon en fortiroit aifément fi l’on ne mettoit pas en-dedans un goulet a ab, dans lequel on ajoute fouvent un petit cerceau f pour que l’entrée en foit plus acceflible au poiffon.
- C’eft ce goulet qui caraétérife le verveux, & qui établit fa différence d’avec le guideau. Si quelques Pêcheurs mettent un petit goulet à l’embouchure des guideaux, comme nous l’avons dit, c’eft une perfe&ion qui eft empruntée des verveux.
- On conçoit que le poiffon qui s’engage dans le goulet, paffe fans difficulté dans le corps du verveux par les fentes qui font vers b, Fig. 1, à la pointe du goulet ; il en écarte
- les fils, comme il fait les herbes qui fe pré-fentent à fon paffage. Une fois qu’il eft dans le verveux, il fe trouve à l’aife 8t nage de tous côtés fans jamais reprendre , pour en fortir , la route qu’il a fuivie en y entrant.Onle trouve immanquablement entre le corps du verveux & le goulet. Et comme il n’eft pas gêné, on le retire fain & en vie : ce qui donne aux verveux un grand avantage fur les guideaux.
- Le verveux que nous venons de décrire, eft le plus fimple de tous. On en voit dans la PL XVy Fig. 2 & 3 , de fort longs qui ont un petit goulet à chaque cerceau. Je ne vois pas que cette multiplicité de goulets foit fort avantageufe ; & il paroît que deux à la tête du filet feroient fuffifants.
- §. i. Des Verveux à plufieurs entrées.
- Comme les poiffons nagent en tous fens dans les eaux dormantes pour chercher leur nourriture, & que rien ne les détermine à fuivre plutôt une route qu’une autre , on fait des verveux qui ont plufieurs entrées, quelquefois jufqu’à quatre, pour que le poiffon y entre plus facilement- Nous nous contenterons d’en repréfenter un, PL XV, Fig. 7, qui a deux entrées. Ce verveux , qui eft cylindrique, fe nomme Louve ou Verveux à Tambour. Le corps du filet, qui eft d’une égale largeur dans toute fon étendue, eft monté fur trois ou un plus grand nombre de cerceaux AC, EM y BD. Ces cerceaux font fermement attachés aux quatre perches A B y FGy C D y H /. A chaque bout de ce tambour, il y a un goulet A K C, BLD ; de fotte que les poiffons ont une égale facilité à entrer dans le verveux par un bout ou par l’autre.
- On en fait de cubiques qui ont cinq entrées, & qu’on nomme, pour cette raifon, Quinqueportes.
- Dans tous ces verveux, qui font montés fur un bâti dé bois, il faut ménager une porte pour en retirer le poiffon,
- §. 2. De la façon de tendre les Verveux dont nous venons de donner la defeription.
- Dans les rivières & les étangs, on fe fert ordinairement de verveux femblables à celui de la PL XV, Fig. 1, mais garnis de la coeffe. On cherche à les placer auprès des crônes ou dans des herbiers. Dans ce dernier cas, les Pêcheurs coupent l’herbe dans l’endroit où ils fe proposent de placer le verveux: ôc
- comme
- p.48 - vue 51/108
-
-
-
- Section //. Chap. III. Des Pêches fur le Rivage, &c. 49
- comme les poiffons qui fe retirent dans les herbiers aiment à trouver une place nette d’herbes , il eft avantageux d’y faire de petites routes qui aboutifîent à l’endroit où l’on place le verveux.
- Les Pêcheurs ayant attaché une pierre en a , Fig» S 9 & une à chaque extrémité e e de la coëffe, ils jettent le verveux à l’endroit qu’ils ont préparé ; ils l’arrangent avec une perche ; puis ils raffemblent deffus les herbes qu’ils ont coupées. Elles flottent fur l’eau. Le poiflon y étant à couvert, il nage volontiers deffous , parce qu’il fe trouve en liberté. Les Pêcheurs tendent ainfi une trentaine de verveux ; Ôt fuivant différentes circonftances, ils vont les relever après les avoir laiflés à l’eau plus ou moins de temps.
- Quand il fait frais, on peut les y laiffer une couple de nuits fans les relever. Mais s’il faifoit chaud, il faudroit ne les y laiffer qu’une nuit, fans quoi ils feroient bientôt pourris.
- Lorfqu’on pêche dans une eau dormante , il eft affez indifférent de quel côté on tourne la bouche du verveux ; & c’eft le cas où il eft avantageux de tendre des verveux à plufieurs entrées. Mais les Pêcheurs ne font point d’accord lequel eft préférable d’oppofer la bouche du filet à un courant, ou de la placer en fens contraire. Cette derniere fituation femble être la meilleure quand le courant a peu de rapidité, parce que les poiffons refoulent ordinairement le courant quand ils font effrayés. Mais il n’en eft pas de même lorfque le courant eft rapide : car en ce cas il entraîne plufieurs efpeces de poiffons comme malgré eux.
- Lorfqu’on tend des verveux au bord des rivières, l’ufage le plus commun eft de les placer dans des endroits où il y a peu de courant ; & la plupart des Pêcheurs oppofent au courant le fond du verveux. Mais au bord de la mer, fur les grèves, on préfente toujours la bouche du filet au courant. Quand on veut tendre ainfi les verveux, PL XV, Fig. 3, on attache une cabliere à la pointe a du filet, & on amarre au demi-cercle qui foutient la coëffe du filet une perche b qui eft pointue par le bout ; après avoir jet té la pierre a à l’eau, & avoir étendu le verveux fur le fond, on y fait entrer l’extrémité de la perche b : le filet eft alors tendu affez ferme pour réfifter au courant. Quelques-uns cependant attachent outre cela une pierre à chaque bout de la traverfe ee.
- Quand on oppofe le fond du filet au courant de l’eau, on met une pierre c, Fig. 2, à chaque bout du demi-cercle qui foutient la coëffe ; & on paffe la perche dans l’œillet d qui eft au bout du filet, pour enfoncer le bout pointu dans le fond, ainfi que le font P ES CH ES. Il.Seâ.
- les Pêcheurs, Fig. 6. Comme le verveux va toujours en s’évafant, le courant contribue à porter la bouche du filet vers le bas de la riviere, ce qui aide à le tendre.
- §. 3, Maniéré de tendre les V°,rveux Doubles.
- Pour tendre le verveux double & cylindrique ou en tambour, que quelques-uns nomme Louve, PL XV, Fig. 7, on le porte auprès de l’endroit où on veut le placer : c’eft ordinairement dans des herbiers, comme ceux que l’on voit repréfentés dans la Fig. 8. On y coupe les herbes avec un croiffant, pour faire une route , une coulée ou une paffée, A A, précifément de la largeur du tambour : & cette paffée fera d’autant meilleure qu’elle fera plus longue. Enfuite on attache des pierres le long d’un des bâtons du tambour ; ce fera, fi l’on veut, celui CD , Fig. 7, afin que le filet aille au fond de l’eau. On attache de plus une corde en E au milieu du bâton A B oppofé à celui C D, qui eft chargé de pierres. Si l’on place le tambour auprès du bord de l’eau, la corde doit être affez longue pour qu’on puiffe s’en fervir à relever le filet. Mais quand on tend le tambour avec un bateau, il faut mettre au bout de la corde une flotte de liege 0 , ou un fignai de rofeaux fecs, qui indique l’endroit où le
- tamhonr É'fl' ro U.
- > Pour mettre le tambour à l’eau, on le prend avec les deux mains par les bouts, Ôc on met fur fa tête le bâton A B, qui- eft oppofé à celui C D , qu’on a chargé de pierres. Etant à portée de la paffée qu’on a faite entre les herbes, on jette le tambour à l’eau, en retenant le bout 0 de la corde ; puis, avec une perche fourchue, on place le tambour exa&ement au milieu de la paffée, de façon que s’il y a du courant l’eau traverfe le tambour dans toute fon étendue.
- On peut tendre ce filet le jour & la nuit ; mais fi on l’a mis à l’eau deux heures avant le Soleil couché , on va le relever deux heures après le Soleil levé.
- Quand la paffée eft large, on ajoute au tambour des ailes e t des coëffes c d, Fig,
- 8 : nous parlerons ailleurs de ces ailes.
- §. 4. Des-petits Verveux nommés Bertoulens en Languedoc.
- À Cette en Languedoc, les Pêcheurs font un grand ufage de petits verveux qui n’ont guere que vingt-huit ou trente pouces de longueur, qu’ils nomment Bertoulens ou Ber-toulettes ; probablement parce que c’eft un diminutif de Bertaule, nom qu’on donne aux verveux dans quelques Provinces.
- Ces Pêcheurs forment de petites routes dans les herbes qui rempliffent les étangs aux
- N
- /
- »
- p.49 - vue 52/108
-
-
-
- TRAITÉ DES PESCHES.
- 5°
- endroits où il y a peu d’eau; ôc ils placent un bertoulen à l’entrée de ces routes ou canaux. Les poiffons trouvant un chemin libre dans ces canaux, ils le fuivent, Ôc entrent dans le bertoulen. On tient le filet en état avec trois bouts de rofeau, que l’on pique dans le fond, ôc dont un affujétit la pointe, tandis que les deux autres maintiennent en état l’entrée du bertoulen. Un feul homme en tend cinquante ou foixante en différents endroits, Ôc il peut feul fuffire à cette pêche ; qu’on pratique toute l’année, ôc à laquelle on prend des Muges, des Dorades, des Anguilles, ôcc.
- Les Officiers de l’Amirauté défendent feulement de placer des bertoulens à l’embouchure des graux ôc des rivières, pendant les mois de Mars, Avril ôc Mai, parce que c’eft dans ce temps que les petits poiffons remontent de la mer dans les eaux douces Ôcfau-mâtres. Mais on peut placer des bertoulens dans le refte des étangs durant toute l’année fans interruption.
- Les mailles des bertoulens font fort ferrées.
- §. y. Des Verveux 'quon tend fur les grèves au bord de la mer & entre les rochers.
- Tl y a deux façons d’arrêter les verveux au bord de la mer. Les uns font retenus par des pierres ; les autres, par des piquets.
- Pour pêcher avec le \avtux au L ouf cl la mer Ôc entre les roches, où il refte de l’eau de baffe-mer , on fixe ces filets avec des pierres; ôc en conféquence on les nomme Verveux Pierres, PL A/7, Fig. 4* Pour cela on attache a la pointe du verveux une groffe pierre A ; on met à tous les cercles, des lignes auxquelles on attache des pierres B ; ôc on amarre au milieu du demi-cercle qui foutient la coëffe, une corde C, à l’extrémité de laquelle eft une groffe pierre D, qui tient cette corde tendue. Ces amarres fuffifent pour affujétir les verveux contre les courants ; il n’y a que les ouragans qui les emportent quelquefois Ôc les jettent à la côte.
- Sur certaines côtes, on les affermit encore mieux, au moyen de piquets qu’on enfonce
- le fable : Fig. 1 o. On en fourre un dans l’œillet qui eft a la pointe du verveux, deux vis-à-vis de chaque cerceau, un à la droite, l’autre à la gaifche, ôc untroifieme à l’avant de la coëffe. On amarre avec une ligne chaque cerceau aux pieux qui font auprès ; ôc, avec une ligne plus longue, le haut du demi-cercle du goulet au piquet qui eft à l’avant. De cette façon il n’y a guere de tourmente qui puiffe emporter les verveux.
- On ajoute quelquefois des ailes aux guideaux ôc aux verveux : nous allons en parler dans l’article fuivant.
- §. 6. Des Apat s quon met dans les Verveux
- Jimples, pour engager les Poiffons à y entrer.
- Quoiqu’on ait grande attention de placer les verveux dans des endroits que le poiffon fréquente, auprès des herbiers Ôc des fou-rives , aux lieux où il y a peu de courant ; quand il fait froid, on choifit ceux qui font expofés au Soleil,ôc dans les grandes chaleurs, ceux où il y a de l’ombre. Malgré toutes ces attentions, il eft toujours utile, pour engager les poiffons à entrer dans le filet, d’y mettre entre le corps du verveux Ôc le goulet quelques poiffons vivants, fur-tout de la même efpece que*ceux qu’on fe propofe de prendre, rien n’étant plus propre à engager les poiffons ^ y entrer. On attache auffi aux cerceaux dans l’intérieur du filet, quelques apâts, tels que des os de porc falé, du tourteau de chenevi ; Ôc on eftime que pour fe procurer un excellent apât, il faut faire cuire à demi à la broche un Lievre qui commence à fe gâter, ôc l’arrofer avec du miel : la chair de ce Lievre , ainfi que des rôties imbibées du jus qui en eft tombé dans la lichefrite, attirent beaucoup les poiffons.
- Ces différents apâts conviennent à tous les filets dormants.
- Quelques Pêcheurs prétendent qu’il eft ^encore bon de mettre dans le verveux des fleurs qui ayent des couleurs * vives. Mais ce que nous difons de ces apâts, n’exclud point les vers de terre, ôc les autres dont nous avons parlé en différentes occafions.
- Article Troisième.
- Des Guideaux & Verveux, précédés d9Ailes qui déterminent les Poific
- à entrer dans les filets.
- ons
- Quand on tend des verveux fimples, foit dans les étangs, foit dans les herbiers où il y a beaucoup de poiffons, on peut efpérer une pêche avantageufe au moyen des apâts dont nous venons de parler. Mais lorfqu’il s’agit d’eaux courantes, il eft tout autrement utile d’augmenter la vîteffe du courant;ôc dans
- de déterminer le poiffon à entrer dans les manches, en pratiquant des efpeces de cloi-fons en forme d’entonnoirs, qui y aboutiffent. Il eft évident que fi l’on tendoit un guideau ou un verveux au milieu d’un courant fort large on ne pourroit pas efpérer de faire une pêche avantageufe; parce que rien ne déterminerait
- p.50 - vue 53/108
-
-
-
- Section IL Chap. III. Des Pèches fur le Rivage, &c. 51
- le poifTon à entrer dans le filet : fa bouche ayant peu de largeur , tout le poiflon qui pafferoit à droite Ôc à gauche, feroit perdu pour le Pêcheur.C’eft ce qui a déterminé a faire précéder le filet par des Ailes qui, formant une efpece d’entonnoir, raffemblent les poif-fons à l’embouchure des chauffes.
- D’un autre côté, comme on a reconnu que plufîeurs efpeces de poiffons fe laifibient entraîner par la force du courant. On s’eft propofé d’augmenter la vîtefTe de l’eau par des cloifons qui obligent une grande maffe d’eau à pafTer par une ouverture affez étroite : c’eft ce qu’on nomme des Gors, Nous allons détailler toutes ces induftries dans les paragraphes fuivants.
- §, 1. Façon d'ajufler des ailes aux verveux doubles quyon nomme Louves.
- Nous avons déjà dit qu’avant de tendre une louve dans les herbiers , il falloit couper l’herbe, pour faire au travers une pafTée ou coulée A A, Fig. 8, PL XV, En ce cas les herbes qui bordent la pafTée, forment en quelque forte des ailes pour conduire le poifTon dans la louve. Mais quand on veut placer le filet dans un endroit où il n’y a point d’herbes, Ôc où la nappe d’eau eft large, on ajufte aux deux extrémités du corps de la loUVe a b, Fig. 8 y doux gnnrlfP s- a y -Ov
- outre cela des ailes qui font des bandes du filet ee,ff} qu’on foutient verticalement par des piquets, Ôc qui s’étendent depuis la coëffe du filet jufqu’aux rives de l’eau.
- Lorfque ce filet, ainfi ajufté, eft dans une riviere où la marée remonte, on prend le poifTon qui entre avec le flot, ôc celui qui veut retourner à la mer lors du jufan. C’eft pour cette raifon que quelques-uns ont donné le nom de Rafle à cette efpece de filet, où fe trouvent arrêtés les poiflons qui montent contre le courant, comme ceux qui fuivent le fil de l’eau.
- filet, des pierres qui le faffent porter fur le fond, ôc au bout en E une grofife cabliere; puis on attache des flottes de liege à la corde qui borde le filet par en-haut. Ces ailes , qui fe tiennent à-peu-près droites, ôc qu’on a foin de fuffifamment écarter l’une de l’autre , forment un entonnoir qui dirige le poifTon vers le verbeux.
- On tend aufïi de ces verveux fur des fables à pied fec. En ce cas on arrête les ailes plus régulièrement, ou avec des pieux, ou en les attachant à quelque roche, ou enfin en les amarrant à de grofTes cablieres ; dirigeant toujours la bouche du filet, de façon quelle reçoive l’eau de quelque courant. On fait maintenant peu d’ufage de cette efpece de filet.
- §. 5. Maniéré de tendre des Guideaux ou des Va.rveux dans des flaques d'eau où il y a peu de courant.
- Dans les mares ôc les étangs où il y a peu de courant, on emploie quelquefois des pieux ôc des filets pour former des palifTades en zig-zag, PI, XV, Fig, p , a b, bc,cd,de9 qui couvrent toute l’étendue du terrein ; ôc on place des guideaux ou des verveux aux angles faillants b d, quelquefois même aux angles rentrants c. Ces grandes ailes ou pa-liOaücî» fervent à conduire le poifTon dans les filets. Il eft fenfible qu’on peut ajufter ces ailes en bien des façons différentes, pour les rendre convenables aux terreins fur lef-quels on les tend ; ôc fouvent on a foin de diriger l’embouchure des guideaux ou des verveux en plufieurs fens, pour qu’ils reçoivent les poiflons qui nagent fuivant différentes directions.
- §, 4. Des moyens qu on emploie pour rendre la Pêche aux Guideaux & aux Verveux plus abondante , en augmentant la vîtejje du courant.
- §, 2, Des Verveux Pierres & Flottés, tendus dans des flaques d'eau & des marres.
- Nous avons déjà dit qu’on fait au bord de la mer entre les rochers, principalement aux endroits où il refte de l’eau à mer-bafle, une pêche avec des verveux qu’on nomme Pierres, parce qu’ils font affujétis avec des pierres, PL XV, Fig, 4. On voit, à la bouche de ce verveux, des ailes K, dont nous n’avons point parlé,~ ôc que l’on ajoute quand on tend ces filets, foit fur des grèves, foit dans des endroits où la nappe d’eau eft large. Suppofé qu’on établiffe le verveux dans un endroit où il refte de l’eau de baffe-mer, on n’arrête point ces ailes avec des pieux ; on fe contente mettre à la ralingue qui borde le bas du
- Noüs avons déjà dit qu’il étoit avantageux de tendre les guideaux Ôc les verveux dans des courants, ôc que cette pêche devenoit plus utile à proportion que l’eau avoit plus de rapidité. Il eft fenfible que c’eft pour arrêter au paffage les poiffons qui fuivent le courant qu’on y place ces filets ; Ôc on fait l’embouchure des filets fort large, pour qu’une plus grande maffe d’eau en traverfe la manche.
- Les Meuniers qui ont plus d’eau qu’il ne leur en faut pour faire tourner leur moulin , parviennent à élargir l’embouchure de leurs filets, ôc à augmenter la vîteffe du courant, en plantant des files de pieux qui s’entretouchent, AA, Fig, 2, PL XIV, Ces files* rétreciffent le cours de l’eau , ôc l’obligent de traverfer les manches que l’on a ajuftées
- p.51 - vue 54/108
-
-
-
- ya T R A I T É D E
- en Côc en D. Le bout F de la manche C eft fermé par un lien ; ôc celui de la manche D aboutit à un panier G, dans lequel fe raf-femble le poilTon. Les Meuniers font aufïi des ouvertures B B dans la chauffée qui conduit l’eau vers leur moulin, pour y ajufter un verveux F. Par ces induftries, qu’on peut varier de plufieurs maniérés, toute l’eau d’une petite riviere traverfe les filets ; où fe trouvent arrêtés tous les poiffons qui en fuivent le cours.
- Il faudroit, pour ne point altérer la qualité du poiffon, employer des verveux, ou foutenir l’intérieur des guideaux ouvert avec des cerceaux, comme on le voit à celui qui eft cotté F. Pour ne point faire de tort à la multiplication du poiffon, on devroit aulli donner deux pouces d’ouverture aux mailles, même au bout des manches : c’eft ce que ne font pas les Meuniers.
- ÿ. $. De la Tente des Guideaux & Verveux dans les Gors.
- Il arrive affez fouvent qu’il fe rencontre des Mes ou Mots GG, PL XlVfFig. 3 dans les rivières navigables : alors on laiffe le grand bras A libre pour la navigation; ôc les Pêcheurs font dans les petits bras B ce qu’ils nomment des Gors. Ce font de grands entonnoirs C ou D , faits avec des pieux jointifs^ hnm- A/afé Aant du côté du haut de la riviere ; ôc ils ajuftent au fommet de l’angle,desguideaux ou des verveux E P. Il eft fenfible qu’au moyen de ces gors,on prend tout le poiffon qui peut paffer par le petit bras B, ôc que le poiffon qui fe trouve en C ou en F), engagé entre les files de pieux, eft déterminé à entrer dans les manches ; quil y eft même, en quelque façon, forcé par la vîteffe du courant, qui eft beaucoup augmentée par le rétréciffement que forment les gors.
- Il y a des gors à quelques lieues au-deffus de Rouen en allant vers Paris. Mais on ne peut en placer plus bas, à caufe de la marée qui remonte dans la Seine avec beaucoup de rapidité.
- §. 6. Tente des Verveux dans les Haïes.
- Les Haies ou Arrêts font des files de pieux a b}a b,PI. XVI, Fig. 3, qu’on met fur les bords des rivières pour diminuer le courant de l’eau : on a donné le nom de Haïe au remou même ou tournoiement d’eau qui eft occafionné par ces pieux. Les Pêcheurs placent des verveux en forte que l’embouchure regarde d’un peu loin l’endroit où fe rapprochent deux files de pieux, afin que les poiffons qui vont s’y ranger pour être à l’abri du courant, entrent dans le filet. Ainfi ces verveux fe placent dans la haie des gors, au lieu que ceux que nous avons re-
- 5 P E S C H E S.
- préfentés, PL XIV, Fig. 3 , fe tendent à la pointe ôc dans le fort du courant. C’eft pourquoi les verveux qu’on met dans les haïes, ne font aucun tort à la multiplication du poiffon;
- 6 les poiffons qui entrent dans ces filets y relient long-temps en vie.
- Quand on tend des verveux à l’embouchure des rivières où la marée monte, on place la bouche des verveux à mont ou à val, fuivant le cours de l’eau.
- On voit dans la Figure 3, que la pointe des verveux eft retenue par des piquets d ; ôc l’ouverture c par des cablieres e <?, qui font aux pointes des cerceaux de la coëffe : cela fufiit quand on n’oppofe pas la bouche du filet au courant. Mais quand on les pofe en fens contraire, il eft bon de mettre des piquets au lieu des cablieres ee.
- §. 7. Des Gors, Verveux ou Guideaux quon établit Jur les grèves,au Bord de la mer.
- Ce que nous venons de dire des gors fert pour en établir au bord des rivières. Mais on en tend aufli au bord de la mer, fur les grèves que la mer recouvre. Leurs paliffades peuvent être formées de pieux ou pâlots, PL XIV, Fig. 3 ; ou avec des clayonnages, PL XVI, Fig. 2, qu’on nomme en quelques endroits des Braye s ÿ ou avec des filets fou-tenus par des piquets, PL XVIy Fig. 1, ôc qu’on nomme volontiers Tonnelles : toutes ces chofes font affez indifférentes, pourvu que l’ouverture du filet foit du côté de terre, ôc fa pointe du côté de la mer. Il faut aufli établir le gor dans un endroit d’où la marée fe retire avec vîteffe. C’eft pourquoi l’embouchure des petites rivières eft favorable, ôc les grandes vives eaux font avantageufes pour cette pêche, ainfi que les chaleurs : parce qu’alors les poiffons donnent à la côte plus abondamment. Mais il arrive quelquefois des tourmentes, qui bouleverfent tous ces filets.
- Comme les verveux Ôc leurs ailes ont peu de hauteur , la marée recouvre tout cet apareil ; ôc lorsqu’elle fe retire, le poiffon qui n’a pas paffé par-deffus les ailes, eft pris : ce qui arrive au plus grand nombre.
- Les ailes des gors, qui font prefque réunies par un de leurs bouts, A, Fig Ï SC 2, PL XVIy s’écartent du côté de CF, de vingt ou trente toifes.
- Sur les côtes où il y a beaucoup de pierres plattes, on forme les ailes des gors ou avec des murs à pierres feches, ou avec des pierres longues ôc minces qu’on plante debout dans le fable: ces divers moyens reviennent au même pour l’effet.
- A l’égard des tonnelles formées avec des filets, il y a des Pêcheurs qui affermiffent le bas des ailes avec des pierres ôc un petit
- clayonnage
- p.52 - vue 55/108
-
-
-
- Section IL Chap. III. Des 'Pèches far le Rivage, &c. 53
- clayonnage. Cela eft défendu, parce que l’intérêt public exige qu'il refte un peu de jour au-deffous des ailes, pour laifïer échapper les petits poiffons.
- Quand les Bars & les Mulets approchent du verveux, & que les ailes font allez rap-
- Ï>rochées l'une de l’autre, ces poiffons ont ’induftrie de fauter par-defïus. Il y à des Pêcheurs qui, pour empêcher qu’ils ne leur échappent, tendent d’une aile à l’autre en cet endroit un filet horifontal : c’eft ce qu’on appelle Vtrveux avec Jambe & ChaJJe couverte.
- §. 8. Conclujion de cet article.
- Les verveux entrent dans la conftruéHon de plufieurs efpeces de Parcs, qu’on nomme pour cette raifon Parcs à fond de verveux. Quoique quelques-uns de ces parcs approchent beaucoup des gors , néanmoins les
- différentes efpeces de parcs devant faire le fujet d’un article conlidérable , nous remettons à traiter fpécialement de cet autre ufage des chauffes, dans l’article où il s’agira des parcs.
- Enfin les chauffes entrent pour une partie confidérable dans l’enfemble de divers filets qui fervent pour les plus grandes pêches , telles que laDreige, le Gangui, la Tartanne, Ôcc. Ces filets étant compofés de filets verticaux qu’on peut regarder comme des Seines , & de Chauffes qui peuvent être rapportées aux Dragues , il nous a paru convenable de n’en traiter que quand nous aurons fait connoître les filets dont ils font compofés.
- Attendu que les Naffes ne different des Verveux qu’en ce qu’elles font faites d’ofier, nous ne croyons pas devoir différer plus long-temps à en parler.
- Article Quatrième.
- Des Najfes.
- Les Naffes font des efpeces de paniers faits d’auffe, de jonc , d’ofier ou d’autre bois flexible ; qui étant à claire-voie, laiffent paffer l’eau fans beaucoup de réfiftance ; mais dont les baguettes font affez ferrées pour retenir le POiffoil. C’eft pourvoi ar> 1f»c fient p1™° moins près les unes des autres, fuivant l’ef-pece de poiffon qu’on fe propofe de prendre.
- Les naffes ne font donc pas un ouvrage de Mailleur, mais de Vannier ; & elles ne different effentiellement de plufieurs efpeces de filets dont nous avons parlé , que par la matière dont les uns & les autres font faits. Au refte, comme on peut le voir en jettant les yeux fur la PL XVÎÏ, on leur donne diverfes formes : &, fuivant les côtes où l’on en fait ufage , on les connoît fous différents noms, comme Naffe , NaJJon, Nanfe , Lance, Pire y Bouteille, Ruche, Panier, Boutterolle, &c.
- Prefque toutes les naffes ont un ou plu-fieiirs goulets, qui permettent aux poifibns d’entrer , mais qui s’oppofent à ce qu’ils fortent.
- Ces goulets font faits avec des bpns déliés & fouples d’auffe, de canne ou d’ofier très-fins & élaftiques, dont les bouts ne font point retenus par des traverfes; ce qui les rend affez flexibles pour ne point former d’obftacle à l’entrée du poiffon dans la naffe. Mais attendu que, par leur reffort, ils fe rapprochent les uns des autres auffi-tôt que le poiffon eft entré, & comme les extrémités de ces menues baguettes font taillées en pointe , le poiffon ne peut fortir par où il eft entré. La conftruc-çion de ces goulets eft repréfentée un peu en
- Pesches. IL Secl.
- grand dans la Fig. 4, au-deffus de A, qui eft une coupe de la naffe B, Les naffes n’étant point pliantes comme le font les filets, on eft obligé de ménager une ouverture pour en retirer le poiffon : c’eft quelquefois au bouc au goulet, comme en a9 Fig. 3 5
- êc d’autres fois vers le milieu, comme en c, Fig. 4, ou en by Fig. 2. Ces ouvertures font fermées avec une petite trappe, tant que la naffe eft à l’eau : on ne l’ouvre que pour retirer le poiffon.
- On met prefque toujours dans ces naffes des leurres ou des apâts, pour déterminer les poiffons à y entrer. Nous avons déjà indiqué a l’occafion des bouraques & des verveux' quels font les différents apâts dont on fe fert fur les différentes côtes ; mais quand ce ne font pas des poiffons vivants, il eft bon de fufpendre les apâts au milieu des naffes, afin que les poiffons foient obligés d’entrer par le goulet pour les manger.
- On verra par les détails où nous entrerons qu’il y a bien des façons de tendre les naffes. Car, quoique leur plus grande utilité foit de pêcher entre les rochers à l’entrée des efpeces de cavernes où les poiffons faxatiles fe retirent , ainfi que dans les endroits où il fe forme de petits courants d’eau qui déterminent les
- Ïioiffons à y paffer plutôt qu’ailleurs ; quoique es naffes foient, dis-je, particuliérement deftinées à ce s fortes de pêches, on ne laiffe pas d’en tendre avec fuccès fur les grèves, & même en pleine mer, comme on le verra par la fuite. On fait des naffes de différentes grandeurs. Les plus grandes fervent à prendre de gros poiffons ; les moyennes font pour des
- O
- p.53 - vue 56/108
-
-
-
- 54 TRAITÉ DES
- Eperlans ; ôc les petites pour des Anguilles*
- §. i. Des Bouraches ou Najfes qu'on tend dans
- les rochers y & deslSanfes des Provençaux.
- Dans l’Article, 5 du Chapitre 2, à l’occafion delà Caudrette, nous avons été engagés à parler de la bouraque, PL X. On n’aura pas de peine à concevoir que quand elle eft entièrement faite d’ofier, c’eft une vraie naffe, reffem-blante à certaines rattieres de fil d’archal, qui ont, comme elle, un ou plufieurs goulets.
- Les Nanfes des Provençaux, PL Xf^II,
- Fig. 2, différent très-peu de ce qu’on appelle Bouraque dans les Ports du Ponant. Elles font d’une forme ovale applatie. Affez fou-vent on ne fait en ofier que la charpente,qu’on enveloppe avec un filet, comme on le voit ici dans la Fig. 2. Ces nanfes, qu’on fait volontiers ovales, ont à chaque bout un goulet en entonnoir c dy par où le poiffon entre danç la nanfe : au-deffus ôc au milieu, en b, eft un trou fermé par une porte, qu’on ouvre pour retirer le poiffon qui eft entré dans la nanfe.
- On met dans la nanfe quelques apâts femblables à ceux dont nous avons parlé à l’occa-fion des bouraques ; on y emploie particuliérement des Ourfins. Au-deffous de la nanfe, en e, font amarrées quelques pierres pour la faire caller ; ôt fur les côtés, en g, font des anfes ou mains pou* attacher des cordes^, qui fe réuniffent à une feule 1, au bout de laquelle eft un fignal ky deftiné à faire retrouver la corde qui répond à la nanfe, ôc qui doit fervir à la retirer de Feau.
- On tend les nanfes comme les bouraques entre les roches ; ôc la pêche eft plus avan-tageufe quand il fait chaud , que par le froid.
- Les Naffes qu’on tend dans l’Occéan entre les rochers ôt fur les grèves, produifent davan-ge dans les grandes vives-eaux que dans les mortes-eaux. Si c’eft fur les grèves*, les Pêcheurs ont le tems de tendre leurs naffes tout près de la baffe-eau, le plus avant qu’il leur eft poffible, ôc ils les relevent au jufan qui fuit. Plus donc les eaux baiffent , plus les Pêcheurs ont lieu d’efpérer une pêche avan-tageufe.
- Il en eft de même quand on tend les naffes entre les roches : car les Pêcheurs peuvent placer leurs naffes dans des fonds d’autant moins fréquentés,que la mer retire davantage. D’ailleurs les poiffons terrifient en plus grand nombre dans les vives-eaux, que par les mortes-eaux.
- Sur la Côte de Grenade, on pêche avec des naffes prefque femblables à celles des Provençaux que nous venons de décrire ; elles font ovales, ayant trente-fix pouces de longueur, fur vingt-fept pouces de largeur. On les calle jufqu’à trente ôt quarante braffes de profondeur , ôt on n’y met point d apâts.
- PESC H ES.
- §. 2. Des Paniers de Bonde.
- A l’occafion des guideaux, PI.XJVy nous n’avons pas pu nous difpenfer de parler d un panier, PL XF'II, Fig. $ , que les Meuniers mettent à leur vanne de décharge, lorfqu’ils la lèvent pour laiffer écouler Feau qui pour-roit endommager les chauffées Ils nomment Panier de Bonde cette naffe, qui eft un vrai guidau d’ofier. Il n’y a pas de goulet ; mais le poiffon n’e nfort point, à caufe de la vîteffe du courant.
- On tend aufïi dans les courants d’eaux rapides , des naffes qu’on tient longues, Ôc dont l’embouchure eft évafée. On les fait longues, pour que le poiffon n’en forte pas ; l’embouchure eft évafée pour qu’elle embraffe une plus grande portion du courant ; quelquefois on y ajoute des ailes de clayonnage,?/. XF'I, Fig. 2,Ôtonen fait des gors. Nous parlerons plus précifément de ces Naffes dans la fuite.
- §. 3. Des naffes en forme de Truble , pour prendre des Anguilles dans la mer•
- On fait,pour prendre des Anguilles à la mer, des naffes qui ne font qu’un panier profond au moins de deux pieds, Fig. 1, PL XKll. Ces naffes ont à l’embouchure un pied de diamètre, <x ai Oo fa *-<£*;x-t=>'oiiïciir de forte que leur diamètre n’eft que de huit à neuf pouces parle bas.On met au fond de ce panier un affez grand morceau de foie de bœuf, pour qu’il en couvre toute l’étendue ; on forme au-deffus du foie un grillage de corde qui le retient, mais dont les mailles font affez larges pour que le foie puifTe être apperçu par les Anguilles. Ce panier , qui fait ici l’office de truble, étant lefté de pierres , on y attache une corde , Ôt on le defeend dans l’eau à telle profondeur qu’on veut; pourvu, toutefois, que le Pêcheur puifTe appercevoir les Anguilles qui vont attaquer l’apât.
- Les Anguilles , attirées par l’odeur du foie, qui n’en eft.que meilleur quand il commence à fe corrompre, fe hâtent d’entrer dans le panier. Quand le Pêcheur les apper-çoit attachées à l’apât, il tire doucement la corde qui répond au panier, ôt il effaye de ne point éfaroucher les Anguilles. Mais quand le panier eft arrivé à la furface de Feau, il le tire précipitamment, pour que les Anguilles n’ayent point le temps de fe fauver. Quand il les a prifes, il replonge fur le champ le panier, pour recommencer fa pêche, ôc le même foie lui fert long-temps.
- Des paniers à peu-près femblables, mais plus petits, fervent quelquefois dans les rivières pour prendre des Ecreviffes.
- p.54 - vue 57/108
-
-
-
- S E CT. II* Chap. III. Des Pêches fur le Rivage, &c. $$
- §. 4, Autres Naffes quon emploie pour prendre des Anguilles , principalement dans les rivières.
- Nous avons dit qu’on devoit proportionner la diftance des ofiers qui forment les naffes, à la groffeur des poiffons qu’on fe propofe de pêcher. Mais il faut que les ofiers foient bien près-à-près, fur-tout quand on a intention de prendre des Anguilles ; car fitôt qu’elles peuvent introduire entre les barreaux leur queue ou leur tête, elles forcent tellement qu’elles font plier les ofiers, ôc elles ne manquent pas de s’échapper. Pour mieux retenir ce poiffon, on fait à l’embouchure des naffes un faux ôc un vrai goulet, b c, Fig, 3. On voit à cette nalfe quatre anfes ; les deux d’en-bas fervent à attacher les pierres qui la font caller, ôc les deux d’en-haut, à attacher les cordes qui fervent à la relever.
- Les apâts qu’on met dans la naffe font des Limaçons, des Moules ouvertes, des Vers de terre, des Grenouilles déchirées, du Foie ôc de la Chair de différents,animaux. Comme l’Anguille eft très-vorace, elle tourne autour de la naffe pour trouver par où atteindre l’apât qui eft fufpendu au milieu ; enfin elle entre dans les goulets, & alors elle eft prife. On tend un grand nombre de naffes, bien fouvent femblables à celles des Fig. 3,6,7, 8,p, 10 ôc ii, dans les iieibiciô, auprès des crônes ôc des fourives : ôc on les reîeve tous les jours, ayant foin de renouvelier les apâts.
- Le temps le plus favorable pour cette pêche eft lorfqu’il fait chaud, ôc que le temps eft difpofé à l’orage.
- 5. 5. Des Naffes pour les Eperlans.
- On prend beaucoup d’Eperlans avec des naffes, Fig. 7. Malgré la petiteffe de ce poiffon, on n’a pas befoin que les ofiers foient auffi ferrés que quand on pêche des Anguilles. On en attache un nombre, comme dix ou douze, par les anfes à une corde A JB, L>. 13, qui eft ordinairement faite avec de l’ofier. Chaque naffe eft chargée en deffous de deux pierres, ôc attachée a la corde par deux petits cordages que les Pêcheurs nomment Cable aux , ôc qui font longs au plus de dix-huit pouces.
- Pour les relever, on faifit avec une Gaffe, la corde Fig. 13, auffi près qu’on le peut d’une des cablieres qui font aux bouts de la corde B. Quand une fois on tient la corde , on releve les naffes les unes après les autres ; on en ouvre le fond, qui eft fermé par une petite porte, pour prendre les Eperlans qui y font, ôc on les remet à l’eau par le travers de la rivière. Cette fuite de naffes interrom-
- pant le cours de l’eau, les Eperlans en approchent pour éviter le courant ; ils nagent autour ; ôc y entrent.
- Comme ces poiffons refoulent la marée pour remonter dans l’eau douce, on met autant qu’on peut le goulet tourné du côté du bas de la riviere. Les naffes ordinaires durent une couple d’années : mais celles des Eperlans ne fervent qu’une faifon, parce qu’on les fait avec des ofiers fins ôc verds On prétend que ces poiffons fuyent les vieilles naffes.
- On pratique cette pêche dans la Seine au-deffus de Rouen; ôc on ne le peut pas au-deffous, attendu que la marée qui s’y fait , fentir avec beaucoup de violence, entraîne-roit les naffes.
- §. 6. Des grandes Naffes.
- On fait de grandes naffes, Fig. p, qu’on tend avec un bateau, Fig. 14, le long des, Mes, aux endroits où l’eau eft dormante, ôc où il y a des herbes. On y prend, outre les Eperlans, des Barbeaux, des Gardons, des Brèmes ôc quelquefois des Carpes ôc des Brochets. Ordinairement on met à ces grandes naffes un vrai ôc un faux goulet. Quand on pêche avec de fort grandes naffes , on eft obligé de frapper une poulie au bout de la chaloupe pour haller fur l’orin, qui tient à la naffe, Fig. 14.
- §* 7. Efpece de Naffe que les Provençaux
- appellent Lance , Gombin & Gembin.
- La Lance eft un panier ou naffe d’ofier de forme cylindrique, Fig. 4. Sa longueur ordinaire eft de cinq pieds : ôc elle a deux pieds ôc demi de diamètre. Les ofiers, fort artiftement entrelacés , forment des lofanges dont les côtés ont à-peu-près fix lignes de longueur. Les deux bouts de ces paniers font renfoncés, ôc terminés par un goulet d’auffe.' Cette nalfe reffemble beaucoup au verveux double, Planche Xy, Fig. 7 , dont nous avons parlé, ôc qu’on appelle communément Louve.
- On lefte cette lance de deux groffes pierres pour la faire caller au fond de la mer, ôc on la retire au moyen d’une corde au bout de laquelle eft une bouée ou un autre lignai.
- On fufpend dans la lance, des Sardines coupées en deux, ou d’autres poiffons ; ôc on la mouille près des rochers ou fur des bancs jufqu’à quarante ou cinquante braffes de profondeur.
- Le vrai temps de faire cette pêche eft pendant les mois de Février, Mars ôc Avril.
- On releve la lance tous les jours, ôc on en tire le poiffon par l’ouverture qui eft en c.
- A eft une coupe longitudinale de cette naffe pour montrer comment font faits les goulets.
- p.55 - vue 58/108
-
-
-
- TRAITÉ DÉS PESCHES.
- $. 8. Araffes avec lefquelles on prend des Lamproies , auprès de Nantes.
- Les naffes ou nances dont fe fervent les Pêcheurs Nantois pour prendre des Lamproies , ont la forme d'un cône, à-peu-près comme dans la Fig. 12. Au bout b eft un goulet, qui fe refferre beaucoup. On les tend dans des endroits où il y a un courant fort rapide : auquel on préfente le goulet.
- §. 9. Des Naffes dont on fait ufage près
- à3Ancône, & que ton y nomme Naffone.
- Cette forte de naffe, Fig. 6 , a à-peu-près la forme d'une Botte. Le'fond b eft comme un panier : on y met pour apâts de la chair de Chien. Ën c eft un goulet. Les Pêcheurs y prennent des cruftacés ; entr'autres des Cancres dits Peureux ou Poltrons.
- On tend ces naffes le foir, le long des côtes, ôt on les leve le matin,
- §. 10. Naffes dont fe fervent les Catalans.
- En Catalogne, on fait des naffes avec une efpece de jonc, appellé en latin J^ncus acutus> capïtulis Sorghi, C. B. P. On leur donne la forme d’un long entonnoir, qui a quatre ou cinq pieds de hauteur, ôt qui eft à-peu-près tel qu'on le voit ici dans lu rv§> 10. Ayant fait, avec ce jonc, des cordonnets circulaires, on les attache avec du fil, pour en former comme un rêt ; ôt on le foutient par quatre bâtons , qu’on attache fur les côtés au bout le plus large, où eft un goulet, que les Catalans appellent F as de la Nance. Au bout pointu , eft une autre ouverture qu’on ferme par un petit filet ; c'eft par cet endroit qu'on retire le poiffon qui eft entré dans la nance.
- On lefte la nance avec une pierre, ôt on y attache une corde ou orin, qui a quelquefois trois ou quatre cent braffes de longueur ; puis au bout oppofé à la nance, on amarre une bouée ou fignal.
- Quatre hommes fe mettent dans une chaloupe , ayant chacun quatre ou cinq nances. Quand ils font arrivés au lieu de la pêche , Ils mouillent les nances ; Ôt pour engager les Langouftes, les Congres , les Pagets, les Mourenes, &c, à .entrer dans les nances, ils y mettent pour apâts des Seches ôt des Sardines, ou fraîches ou pourries, ôcc.
- Quelquefois auffi ils mettent dans leur nance du houx-frelon (Rufcus aculeatus Myrti folius, Inft. R. H.) Alors ils ne mouillent leurs nances qu'à deux ou trois braffes d'eau. Ils y prennent beaucoup de Seches,Ôt quelquefois des poiffons qui entrent pour manger les Seches.
- Qn laiffe durant plufieurs jours les nances
- à la mer. Mais on va tous les jours en retirer le poiffon, ôt chaque Pêcheur prend celui qui fe trouve dans les nances qui lui appartiennent.
- §. 11. Sorte de Pêche à la Naffe , que les Efpagnols nomment Andana.
- Sept à huit hommes fe mettent dans un bateau, ôt vont à quatre lieues au large chercher foixante braffes d'eau : ils y jettent une corde au bout de laquelle eft une cabliere our la faire caller jufqu'au fond ; Ôt à l’autre out de cette même corde, eft une bouée.
- A cinq braffes plus bas que la furface de l'eau, on attache à cette même corde une naffe de jonc ou d’auffe. Les poiffons vont badiner autour de cette naffe pour fe mettre à l'ombre, ou parce qu'ils prennent la naffe pour un refuge où ils trouveront leur proie : ôt fouvent ils entrent dans la naffe fans qu’il foit néceffaire de les y attirer par des apâts.
- On prend avec cette naffe des Pilotes ou Pampols, des Verderots , la Llampuga ou Hippurus, tous poiffons fort eftimés à Alicante.
- La naffe refte à la mer pendant toute la fai-fon,de cette pêche, qui commence en Août, ôt finit en Oêlobre. Mais on les vifite tous les jours pour en retirer le poiffon.
- Le Maître du bateau a le tiers de la pêche ; &r 1PS autres Matelote partagent également les deux autres tiers.
- §. 12. Autre Pêche de la NaJ]e, que les Efpagnols appellent Nanças.
- Cette pêche ne différé de la précédente qu'en ce qu'on met dans la naffe, des Boulettes compofées de Sardines pourries, ôt de farine. On mouille enfemble une vingtaine de ces naffes, qui font moins grandes que les précédentes. Cette pêche commence en Juillet, ôt finit en Septembre.On releve les naffes au point du jour, ôt à midi, pour prendre le poiffon qui s'y trouve : ce font des Pagets , des Bogues, des Homars, des Langouftes , des Seches , Ôte,
- §• 13. De la Pêche nommée par les Efpagnols aux Mornelles ou Morneles.
- Deux hommes dans un batelet vont à demi-lieue au large chercher dix braffes d’eau. Ils amarrent au bout de la corde, à côté de la cabliere , une petite naffe, dans laquelle ils mettent de petits poiffons. Cette pêche commence avec le mois de Novembre, ôt dure jufqu'en Avril. On y prend principalement des Congres, fur-tout quand le vent eft à
- l’Eft,
- §. 14*
- p.56 - vue 59/108
-
-
-
- Section //. Chap. III. Des Pêches fur le Rivage, êc. 57
- §, 14. Pêche avec les Najfes dans la Garonne,
- Les nafles que les Pêcheurs des environs de Marmande appellent Bergot, ont environ cinq pieds de longueur, ôc trois pieds ôc demi de circonférence, prife au milieu ; qui eft la partie la plus renflée. Ils attachent de groffes pierres à ces nafles pour les faire caller, ôc une corde afin de les retirer commodément de l’eau. Ils mettent dans les nafles pour apâts du pain de noix, qu’ils nomment Nogas,
- §, iy. De la Pêche du Bélouga avec une efpece de Cage ou Naffe d’une grandeur prodigieufe.
- Nous trouvons dans un Mémoire d’Aftra-can qu’avant la crue du Volga dans les endroits qui font prefque à fec, ôc cependant fréquentés par le Bélouga , les habitants font des paliffades de gros pieux fur deux lignes qui fe rapprochent pour former à leur
- foint de réunion un angle où l’on amarre fous eau une cage de bois de neuf à dix pieds de longueur fur cinq pieds & demi de large ôc autant de profondeur. Ces cages peuvent être comparées à celles qu’on fait pour tranf-porter des bêtes féroces. Aux quatre angles du dedans de la cage font attachés des apâts qui attirent le Bélouga par leur odeur. Il y entre avec empreü’ement pai une uuver-ture qui a environ trois pieds ôc demi de diamètre. Quand une fois les deux tiers de la longueur de fon corpsy font entrés, il ne peut plus en forcir, parce qu’il n’a pas la liberté de s’y retourner, ôc que les nageoires ôc fa queue s’embarraflent dans les barreaux de la cage. Cependant il fait beaucoup de bruit en fe débattant. Aufli-tôt les Pêcheurs hiffent la cage, aflomment lepoiffon, ôc le tirent par
- Article C
- Des B ourdi gués
- Nous croyons devoir placer les Bourdigues à la fuite des Nafles, parce qu’effe&ivement ce font des nafles d’une grandeur immenfe, puifqu il y en a de cinquante à foixante toifes de longueur fur 25 à trente toifes de largeur.
- On n’en voit point aux environs d’Agde, ni à la Ciotat, ni à Marfeille ; mais il y en a à Cette en Languedoc, ainfi qu’au Martigue en Provence, où font de grands étangs remplis d’eau falée qui communiquent avec la mer par des canaux.Oi\dans des faifons de l’année, le poiffon s’empreffe de paffer de la mer dans les étangs, pour y jetter fon frai; ôc quand les fraîcheurs commencent à fe faire îentir ces mêmes poiflons fortent des étangs pour P ES CH ES. II. Secl.
- un des côtés de la cage qui s’ouvre comme une porte.
- §. 16, Pêche ausc Naffes qui fe fait en différents endroits.
- Il y a peu d’endroits à portée des étangs, des rivières ou de la mer, dans lefquels on ne faffe quelques pêches avec les nafles.
- AGenes,on en fabrique de jonc, qu’on nomme Bertavelles. On met du fromage en dedans pour apâts, ôc on en tend beaucoup à l’embouchure des rivières.
- En Chypre, on fait de petites nafles allez femblables aux Bouraques , qui fervent à prendre de petits poiflons.
- A Gibraltar, les nafles qu’on nomme Naf [elles font faites d’un jonc qui croît dans les Marais. On y met pour apât quelque morceau de poiffon. On les lefte de pierres, ôc on les calle jufqu’à trente ou quarante b rafles de profondeur. On y prend des Cruftacés ou d’autres petits poiflons.
- A Marvelia, fur la Côte de Grenade, outre les nafles ovales, on en fait en forme de dôme, affez femblables aux Bouraques , qui ont environ deux pieds de haut fur un pied ôc demi de diamètre. On les lefte ôc 011 les calle avec une corde de fparte jufqu’à quarante b rafle s. On les y laiffe la nuit, ôc on les releve le matin : on ne met en-dedans aucun apât.
- On attache quelquefois au bout des verveux ôc des guideaux de petites nafles pour recevoir le poiffon, ainfi qu’on le voit PI, XIf "Fig, i o, ou PL XIV, Fîg, 2 & 3,
- De même que nous n’avons parlé que des manches, guideaux ôc verveux fédentaires ; nous ne parlons ici que des Nafles Sédentaires : ôc nous renvoyons aux Dragues ce que nous avons à dire de ces inftruments quand on les traîne.
- INQUtEMl.
- * ou B or digues,
- gagner la mer ôc la grande eau. On ne s’op-pofe point au paffage des poiflons de la mer dans les étangs ; ôc c’eft avec grande raifon, puifque le poiffon entre dans les étangs pour frayer ôc multiplier fon efpece. D’ailleurs on fait que le poiffon eft de mauvaife qualité dans la faifon du frai. Mais quand les poiflons veulent retourner à la mer, on fait avec des cannes des* nafles qui occupent toute la largeur du canal ; dans lequel on forme encore avec des cannes de grands goulets, qui arrêtent le poiffon à fon retour à la mer. Voilà une idée générale des bourdigues : nous allons détailler leur conftrudion ; nous parlerons enfuite de leurs ufages.
- P
- p.57 - vue 60/108
-
-
-
- j8 TRAITE DES PESCHES.
- §. i. De Pétablijfement & de la confiruSHon des Bourdigues.
- Nous avons déjà dit qu’on établifToit les bourdigues dans les canaux A B ,Pl. XVlîï, qui communiquent d’un étang faié A, à la mer B. On commence par dreffer une partie de ce canal CDEFùècHl; mais on perfectionne fur-tout la partie C D L F Cr, parce que c’eft de ce côté qu’on doit établir l’entrée L ôdes autres ouvrages qui forment les bourdigues.
- On revêt ce côté C D E F G, fuivant les matériaux que fournit le pays , avec des pierres, des pieux ôt des planches, ou des fafcinages.
- On creufe cette partie du canal pour que l’eau ait huit à dix pieds de profondeur ; ôt ce qu’on en redre eft employé à régaler les bords CD E F G, ainfi que l’autre côté HI K. On les nomme en Provence Cèdes ; ôt à caufe de l’éboulement des terres, ôt des recrémens qui font charriés par l’eau qui coule de la mer à l’étang , ou de l’étang à la mer, on eft obligé de les curer tous les ans : ce qui fait une dépenfe confidérable.
- On conftruit en R , fur un endroit un peu élevé , le Logement des Pêcheurs: il confifte en une petite maifon ou cabanne, une efpece de halle , qui eft faite avec des poteaux ôt des traverfes menues fur lefquelles on couche de mauvaifes cannes ; ce qui eft fuffifant pour mettre les ouvriers qui forment les claies de cannes, à l’abri du foleil qui eft fort ardent dans ces provinces méridionales.
- Ceux qui vendent les cannes aux propriétaires des bourdigues, les livrent avec leurs feuilles : ôt la première opération, qui fe fait par des femmes, confifte à ôter ces feuilles avec des couteaux, couper les petites branches , enfin les nétoyer comme celle de la Fig. 4, Fl. XIX. A mefure qu’elles les nétoyent, elles les arrangent par faifceaux. Les belles cannes doivent avoir huit ou dix pieds de longueur, plus ou moins, ce qui dépend de la profondeur des canaux où on établit les bourdigues. Car il faut que les cannes entrent d’environ neuf pouces dans le fond, pour réfifter aux efforts de l’eau ôt du vent dans les temps de tourmente. Et elles doivent excéder d’environ cinq pieds la fuperficie de l’eau, pour que les Muges ne puiffent pas fauter par-deffus. Au refte, elles doivent être droites, fortes ôc point filandreufes.
- Il eft de l’économie d’en employer de plus courtes, qu’on entremêle avec les grandes, ce que certains ouvriers font plus adroitement que d’autres. Mais le clayonnage eft toujours alors moins folide.
- Pour monter les cannes ôt en former des
- nattes aflez femblables aux paillaffons que les Jardiniers font avec de la paille longue, les ouvriers tendent fous la halle , trois cordes d’auffe allez groffes , d e, F,g. $ , PL XIX, qui font fermement affujéties à des piquets, de forte que les cordes foient aftez élevées pour que les ouvriers , étant aifis par terre , puiffent paffer leurs jambes deffous ; quatre ou au plus cinq pouces fuffifent. Iis tendent de même entre les groffes cordes d e des cordes menues g h, qui font aufïi d’auffe.
- Les cordes d e ne fervent qu’à foutenir les cannes qu’on pofera deffus ; Ôt c’eft fur les cordes g h qu’on liera les cannes. L’ouvrier ^flis par terre fait avec les ficelles fines; qn nœud fur les cordes g h, fimplemenc pour eh arrêter e bout : il pofe de travers une canne,qomme / m\ il l’entoure avec la ficelle i ; ôt il l’arrête fur lescordes gh par un nœud cou-lant.Cellè\ci étant arrêtée fur les deux cordes,il pofe une aùfcre canne, puis une troifieme, une quatrième Ôte. jufqu’à ce qu’il foit arrivé au bout de la halle oppofé à celui par lequel il a commencé. Il roule enfuite cette natte de cannes pour en faire une botte ; Ôt il en fait une quantité fuffifante pour garnir toutes fes bourdigues : ce fera à l’égard de celle que nous donnons pour exemple , plus de deux cent toifes courantes.
- Pendant que des ouvriers travaillent aux nattes, d’autres préparent ôt appointaient environ trois cent piquet, plus ou moins, fuivant l’étendue delabourdigue. Ces piquets doivent avoir douze ou quinze pieds de longueur fur fix, fept ou huit pouces de circonférence au milieu. Ils font ordinairement de F in. On prépare auffi environ deux cents toifes courantes de perches qui peuvent avoir trois pouces de circonférence.
- Il faut que les piquets foient plus longs que les cannes ; parce qu’à la partie qui excede les cannes, on attache en hyver des cordes qui font amarrées à de gros piquets qu’on enfonce dans le terrein qui borde le canal.
- Ces approvifionements, Ôt d’autres, comme des liens, qui font indifpenfables, étant faits, il faut monter la bourdigue : ôt pour avoir la direction des cloifons qu’on nomme Murailles, on plante un fort pieu en M, un autre en N, Ôt un en 0. Il y a fouvent de M à N cinquante à foixante toifes, ôt cent toifes de M à O. L’ouverture de la pointe du triangle en Q a environ quatre pouces ; celles des pointes X, trois pouces ; ôt les autres, deux pouces ôt demi, ôt même moins dans la faifon des Anguilles ; alors on ajoute à la tour 0 une efpece de naffe * en verveux, pour recevoir les Anguilles, qui y entrent par une très-petite ouverture : on nomme cette nalfe P en-tenne, ôte. Ces efpeces de jalons donnent l’alignement de la file de piquets M U, iÿ O : on en met un en Q, où doit être la grande entrée,
- p.58 - vue 61/108
-
-
-
- Section IL Chap. III D
- puis on en met en X. Ces premières difpofi-tions étant faites , on plante les piquets de fix en fix pieds, fuivant Falignement des premiers jalons, de M on 0, de M en Q, de H en 0, de N en Q.
- Ces pieux étant plantés bien d’alignement, ôt enfoncés d’une couple de pieds dans le terrein, on pofe les perches N O, Fig. i, fl. XIX9 horifontalement à^peu-près vers le milieu de la partie des pieux qui paroît au-deffus de l’eau : enfuite , ayant porté une botte de cannes fur le lieu , on la déploie, on pofe les pièces de cannes le long des perches ; on en enfonce le bas, d’environ fix pouces dans le terrein ; ôt on affermit les cannes en les liant fur les perches. L’été on peut laiffer deux doigts d’intervalle entre les rofeaux;mais l’hyver on en ajoute pour qu’ils foient ferrés au point de ne pas laiffer paffer les plus petits poiffons.
- On fait enfuîte avec des pieux pareils, ôt des claies, les petites féparations en goulets XXX) &c* fl. Xfll . Enfin on forme encore avec des pieux ôt des claies femblables, des réfervoirs circulaires, qu’on nomme des Tours, 0 S l M JŸ* Quelquefois, pour décharger la tour 0, où il fe raffemble plus de poiffon qu’ailieurs, on fait à côté un réfervoir Y , qu’on nomme la Serve, ôt dans laquelle le poiffon de la tour O peut entrer. Quelques - uns en font autant auprès des tours 6’ T,
- Il ne faut pas que les bourdigues interrompent une petite navigation qui fe fait de l’étang à la mer. Pour cela on ne met point de pieux ni de claies à l’endroit Z, mais un fort filet qu’on voit au fil en r, dans la i. Fig. de la PL XIX, qui empêche le poiffon de paffer à côté de la bourdigue : Ôc quand il fe
- Î>réfente un bateau pour entrer ou pour fortir, es gardiens des bourdigues , qui veillent nuit ôt jour dans leur cabane pour ce fervice, laif-fent tomber le filet au fond de l’eau ; ôc auffl-tôt que le bateau eft paffé, ils relevent le filet avec le fecours du virevaux I qui eft établi à terre pour cet ufage.
- Je vais rapporter les Noms Provençaux qu’on donne anx différentes parties des bourdigues.
- La Tour 0 fe nomme Tour de Dehors ; la Naffe qui y répond, la Pentenne ; le Réfervoir Y) la Serve ; le dernier Goulet X, DemFAu-veau ; les Clayonnages qui le forment, le Comelet ; la Chambre qui eft entre les coute-lets X , le petit Baladou ; les Goulets qui font au-deffôus fe nomment Embourigues ; la Chambre comprife entre les embourigues X ôt Q s’appelle grand Baladou ; les retours de côté pour gagner les Tours M ôc A7, fe nomment Recjuincfuette ; en Q eft la grande entrée. Les Goulets X qui font à cette partie, fe nomment Bouques Ôt Contrebouques ; les
- es Pêches fur le Rivage, &c. yp
- Tours M N font dites Reculadou : ôt le pa£* fage Z, qui eft formé d’un filet, fe nomme Gz-
- foutiere. ALcû le canal du côté de l’étang* -a largeur des CapouUeres doit être plus confidérable que celle des plus grands bateaux qui peuvent y paffer.
- Comme les bateaux qui paffent dans ce canal pourroient endommager les tours S O, on y met une garde & & &, qûi eft faite avec de forts pieux ôc des perches fans claies. Les petits bateaux qui vont pour vifiter les bourdigues ôt prendre le poiffon qui eft dans les tours, fuivent la route MSOYTJV.
- §, 2. De TAdminiftration des Bourdigues.
- Nous avons déjà dit que durant l’été les poiffons entrent dans les étangs, Ôt que quand les eaux commencent à devenir froides, iis fortent des étangs pour gagner la grande eau* Si la police ne s’en mêioit pas, l’avidité mal entendue de quelques propriétaires de bourdigues les engageroit à les laifl'er tendues prefque toute l’année. Mais la Police oblige les propriétaires de bourdigues en Languedoc, de les tenir ouvertes au premier Mars: en Provence, en vertu d’une conceffion des' Comtes de cette Province, on n’ouvre les bourdigues que le if de Mars, ôc elles relient ouvertes jufqu’au 24 Juin. Pendant les trois mois qu’elles font ouvertes,les Officiers des Amirautés obligent les propriétaires de déclore, c’eft-à-dire, ôter les rofeaux pour laiffer aux poiffons la liberté de paffer de la mer dans l’étang.
- En jettant les yeux fur les figures, êm voit que les poiffons qui font engagés entre les deux grandes murailles M N Q, faifant des efforts pour gagner la mer, ils traverfent la grande paffée Q, ôt fe trouvent dans les paffes Q X, dites Grand Baladou. Ceux qui veulent rebroufl'er chemin après avoir franchi les bouques ôt contrebouques ou les goulets X X X , entrent dans les coutelets, ôc de-là dans la tour M ou dans celle N, qu’on nomme Reculadou. Ceux qui fuivent leur route, franchiffent les embourigues ou les goulets qui font en XX, ôc ils fe trouvent dans une capacité XXX, qu’on nomme Petit Baladou ; d’où ils paffent dans la tour de dehors 0, ôt la ferve Y. Si ce font des Anguilles, elles paffent dans le verveux ou pentenne, qui communique avec la tour du dehors.
- Les Pêcheurs des bourdigues, qui font ordinairement aux gages du propriétaire, vont de temps en temps dans un petit bateau prendre avec une pêchette /, qu’ils nomment Coupeillon, PL XIX, Fig. 2 , le poiffon qui <ft entré dans les tours. Cômme le poiffon ne fouffre point dans les réfervoirs, ils ne font point aftreints à aller faire cette vifite à certaines heures.
- p.59 - vue 62/108
-
-
-
- 6o
- TRAITÉ DES PESCHES.
- §. 3. Manlguyeres ou Meynadieres.
- Les étangs qui fe trouvent au bord de la Méditerranée, font quelquefois féparés de la mer par une digue naturelle, qui a peu de largeur, ôt à laquelle on ajoute quelquefois des ouvrages pour la fortifier, ou pour la rendre plus régulière. Ces digues À B, PL XIX , Fig. 7 , font traverfées par une coupure C, qu’on nomme Grau. Cette communication eft trop courte Ôt trop étroite pour qu’on puiffe établir en dedans une vraie bourdigue, pareille à celle que nous venons de décrire. Cependant on en profite pour prendre le poiffon qui cherche à paffer de l’étangD à la mer F. Pour cela on fait devant le grau C, ôt du côté de l’étang une enceinte F t, &c. qu’on coupe en différents endroits G G G , pour y placer de petits goulets de bourdigubs , femblabies à celui qui eft repréfenté dans la Figure 6, Planche XIX. Ces petites bourdigues font faites avec des pieux, des cannes Ôt des traverfes 3>conformément à la defcription que nous en avons donnée dans le paragraphe précédent.
- Les parties / , qui forment l’enceinte de la maniguyere, font faites avec des fagots de tamarifc , retenus par des pieux & des perches. On ne laiflfe de vuide à ces paliflades que ce qu’il faut pour y former les petites bourdigues G G. Les poiflons qui veulent fortir de l’étang D pour retourner à la mer, cotoyent les paliflades F, puis s’engagent dans les petites bourdigues G , qui les arrêtent ôt les empêchent de pénétrer dans la maniguyere H.
- On établit ces maniguieres dans les parties des étangs où il n’y a pas une grande épaiflfeur d’eau. On ne ménage point d’ouverture aux paliflades dans la route ou le viage que pratiquent les bateaux plats qui naviguent dans les étangs: comme les branches du Tamarifc font pliantes, ôt qu’elles ne rompent point, les bateaux paflfent par-deflus, à des endroits où l’on a foin de tenir les fafcines pref-que à fleur d’eau : quand le bateau eft paffé, les branches fe relevent par leur reffort, fans que la maniguyere en foit endommagée.
- Il y a des maniguieres où on ménage à quel-qu’endroit de la paliflade une ouverture, comme celle Z de la bourdigue, PL X/^Jlf ôt qu’on ferme de même avec une corde & un filet, D’autres maniguieres font uniquement deftinées à prendre des Anguilles. Mais en énéral les poiflbns qu’on prend dans les ourdigues Ôt les maniguyeres font des Dorades , des Loups, & fut-tout des Muges , dont les œufs fervent à faire la poutargue, ainfi que nous l’expliquerons dans l’article qui eft particuliérement deftiné à ce poiffon.
- Quand on fe propofe de prendre des Anguilles ôt des Sardines , on refîerre les Clayonnages.
- §. 4. Des Croujtlles•
- L’espece de pêcherie, qu’on nomme en Languedoc Croifille, eft une enceinte qui eut avoir cinquante ou cinquante - cinq rafles d’étendue. Elle eft faite avec de gros pieux, fur lefquels on tend des filets qu’on nomme IJaradieres. Il y a une efpece de Parc qu’on nomme Paradïere : nous en parlerons ailleurs. Pour ce qui eft de l’enceinte dont il s’agit ici, on forme une efpece de labyrinthe aux coins ; ôt au fond on ajufte des guideaux ou verveux, qu on nomme Couves ou Louves. Les mailles de ces manches de filets font très-ferrées, ôt celles des paradieres ont quatorze ou quinze lignes d’ouverture en quarré. La hauteur des paradieres eft d’environ cinq pieds. On tend ces pêcheries au bord des étangs falés.
- On y prend des Loups, des Muges, des Plies , Ôt principalement des Anguilles. On doit les détendre dans le même temps qu’on dépique ou déclôt les bourdigues, pour laiffer aux poiflbns la liberté de remonter dans les étangs.
- §. 3. Difcujfion hlporique fur la faifon de dédore les Bourdigues , les Manlguyeres & les Croufilles.
- Après ce que nous avons dit, on conçoit qu’il eft de la plus grande importance aux propriétaires des bourdigues de laiffer l’entrée des étangs ouverte dans la faifon où les poiflbns quittent la grande eau pour remonter dans les étangs. Et c’eft pour cette raifon que, par des Réglements qui fubfiftent depuis plus de deux fiecles, il eft ordonné de tenir en Provence les bourdigues ouvertes depuis le 1 ; du mois de Mars, jufqu’au 24 Juin.
- Un intérêt mal entendu de quelques propriétaires , pour jouir du bénéfice des bourdigues pendant le Carême, les engagea en 1725* à demander qu’on n’ouvrît les bourdigues que le jour de Pâque, en quelque temps qu’il arrivât. Ils prétendoient que l’ancienne' Ordonnance entendoit le ij de la Lune au lieu du 15- du Mois folaire, Pâque étant fixé au Dimanche qui fuit le 14 de la Lune de Mars. En requérant ce changement, on s’autorifoit encore d’une ancienne Charte latine qui portoit qu’on feroittous les ans le jour de Pâque la publication de l’ordre du Roi, qui enjoint de déclore toutes les bourdigues, fans délai, à peine de 200 liv. d’amende.
- Mais fur ce qu’on prétend avoir obfervé que vers la mi-Mars les poiflbns fe préfentent
- p.60 - vue 63/108
-
-
-
- S e c r. IL Chàp. III. Des Pêches fur le Rivage , &c> 61
- pour entrer dans les étangs, on n’a rien changé à la police établie : vu que, fi l’on faifoit un obftacle à l’entrée du poiffon, les poffef-feurs des bourdigues feroient une perte con-fidérable fur leur pêche l’année fuivante. On trouvera dans l’article des Parcs quelques pêcheries qui ont du rapport avec celles dont nous venons de parler.
- §. 6. Sorte de Bour digue que font les Peter es.
- L’histoire générale des Voyages, in-40, Tome III, page 426 ôc 27, rapporte d’après Loyer, que les Veteres, nation nombreufe qui habite une grande partie de la riviere d’Ifiini, ne font leur pêche que dans les rivières , n’ofant pas s’expofer à la mer qui eft fort orageufe fur cette côte ; ôc que cette nation fait des réfervoirs ou de grands enclos avec des rofeaux foutenus par des pieux, dans les endroits où la riviere a peu de profondeur. Ils n’y forment qu’une ouverture, par laquelle le poifïon entre de lui-même ; ôc il femble fe plaire dans ces enclos. On va l’y pêcher avec de petits rets , qui font faits de fil d’écorce. Ces Pêcheurs font ainfi maîtres de choifir les poiffons qu’ils veulent, comme nous le faifons dans nos réfervoirs.
- Cette nation fait un grand commerce de " poiffon avec les Negres de la Montagne, qui leur fourniflent en échange du pain de millet, du riz ôc d’autres provifions.
- Autre efpseff • T± vtv^Lît
- IfXalther Raleigh , dans la colleâton des
- Grands Poyages de Debry.
- It y eft dit que les naturels de la Virginie
- Article
- enfoncent des baguettes dans l’eau pour fon* mer un clayonnage allez fembiable à celui des bourdigues : deux ailes embraffent toute la largeur d’une riviere, ôc elles aboutiiTent à une efpece de labyrinthe ( Figure 8 , PL XIX ) d’où le poiffon ne pourroit fortir que difficile ment.
- Les Pêcheurs vont dans de petites pirogues prendre avec un truble le poiffon qui v eft entré : pour cela , ils fuivent les révolutions que forment les claies.
- $.8. Pêche Chinoife, quia quelque rapport avec celles dont nous venons de parler.
- On lit dans le Voyage du Tour du Monde de Gemelli Careri, édition de Paris, 1727 j Tome IV , page 66 , que les Chinois forment avec des arbriffeaux comme de petits bois au milieu d’une riviere ; le poiffon s’y raffemble pour fe mettre à l’ombre ; Ôt quand les Pêcheurs jugent qu’il y en a une bonne quantité, ils entourent le bois avec des pa-liflades de cannes , Ôc ils prennent enfuite aifément le poiffon qui y eft renfermé.
- Dans une Lettre du P. Sicard, il eft dit (Mercure de France, Avril 1751 , fuppliment) que dans les lacs d’Egypte les Pêcheurs entourent d’une Saine ou long filet, des enceintes de jonc qu’ils ont plantées dans les lacs pour engager le poiffon à s’y raffembler.
- Cf*s e.nr-pînt-po nommcui Gâtez,. Chaque
- Pêcheur eft propriétaire d’un ou plufieurs de ces gabez.
- SIXIEME.
- Defcription dune Pêcherie qu on établit aux arches des Ponts des grandes
- Rivières.
- Nous aurions dû parler de cette façon de pêcher, à l’article où nous avons traité des guideaux;car les filets qu’on te îd furies ponts de Saint Cloud, de Poiffy, ôte. ôc que les Pêcheurs de ces endroits nomment Diguiaux, font de grands guideaux,ou des manches telles que A, Fig. 1, PI. XX, qui repréfentent le filet relevé ; ôc on le voit étendu dans l’eau depuis E jufqu’en C. Sa longueur ordinaire eft de cinquante-cinq pieds ; ôc la circonférence de fon embouchure, en fuppofant que la largeur ED de l’arche eft de trente-huit pieds, doit être de quatre-vingt pieds.
- Le filer a, Fig. 3. eft fait de très-gros fil retors, ou de bonne ficelle. Toute fon embouchure eft bordée d’une forte corde, h c.
- Pour tenir l’embouchure du filet ouverte, on fcelle au maffif des arches, à côté des éperons, des matreaux F, Fig. 1, qui s’élèvent
- Pesches. IL Secl.
- jufqü’à la hauteur de la nâiffance du parapet. On voit à la Figure 2^ qui eft deffinéè
- Î)lus en grand, comment la corde qui borde e filet eft tendue fur les matreaux f, pour que l’embouchure foit tenue ouverte. Ainfi la portion h, qui doit demeurer tendue au niveau de la furface de l’eau, comme on le voit en E D, Fig. 1, eft arrêtée à un collier de corde d d, Fig. 2, qui embrafle le mât/: ôc la portion de la bordure c, Fig. 2 ôc 3 , laquelle doit être tendue fur le fond de la riviere , eft indiquée par la ligne ponêluée E D, Fig. 1 , ôc tenue en cette fituation par un ajuftement plus compofé que le fimple collier de corde d d, Fig. 2. Nous l’avons repréfenté dans la Figure 3.
- La coupe du matreau F, Figure 1 , eft repréfentée par /, Figure 3 : G , Fgur s 2 ôc 3 â eft un morceau de bois qu’on
- Q
- p.61 - vue 64/108
-
-
-
- TRAITÉ DES P E S C H E S.
- 6 2
- appelle la Courbe, qui eft cintré pour em-brafler une partie de la circonférence du rna-treau/. Aux deux extrémités h de cette courbe font des crochets, auxquels on attache au moyen d'une anfe de corde i, qu'on nomme Harviau , la bordure c du filet ; laiffant en e, Figure 2, une portion de la bordure du filet , plus ou moins grande félon la profondeur de la riviere , pour former l’ouverture ^ ^ de l'embouchure du filet. Car il faut concevoir que la portion b de l’embouchure eft à la furface de l’eau : la portion c repofe fur le fond, ôt la portion e demeure aux deux bouts à peu près verticalement ; ce qui tient l’embouchure du filet plus ou moins ouverte, fuivant que l’eau a plus ou moins de
- Îirofondeur.Le piquet O , qu on enfonce dans e terrein au milieu de l’ouverture de l’arche, comme on le voit Figure 1 , ôt fur lequel font des crochets ou des clous plus ou moins éloignés, fert à tenir l’entrée du filet également ouverte au milieu ôt aux extrémités. Derrière la courbe g eft une bride de fer ky dans l’œil de laquelle paffe une corde ou une cheville de fer qui tient à un bout de chevron //; ôt à l’autre extrémité de ce chevron,eft une grofle corde m qu’on nomme Levier e, Ôt qui fe voit en G , Fig. 1. Ces cordes, qui tiennent aux treuils ou moulinets H, Fig. 1, fervent à relever la bouche du filet quand on le juge a propos.
- Pour tendre un fftet, cm déroule W râbles qui font fur les moulinets H. Le poids du filet de la corde qui en borde l’embouchure, Ôt celui des chevrons /, font gliffer les collets d ôt i, qui embraffent le mât/; ôt les deux cordes b c tombent à l’eau. Mettant le pied fur les chevilles n, on fait enfoncer la courbe g Ôt tout ce qui en dépend , jufqu’au fond de l’eau; puis avec un croc, on place le collier ^,de façon que la corde b foit à trois ou quatre pouces fous l’eau, afin que la paille, les herbes, les copeaux de bois, enfin tous les corps légers qui flottent fur l’eau, paflfent par-deflùs le filet ôt ne s’entonnent point dedans.
- L’embouchure du filet étant ainfi difpofée, avant de mettre la pointe du filet à l’eau, on y a attaché en C la corde K, Fig. 1 ; & cette corde eft roulée fur un moulinet L qui eft établi au-deflùs de la clef de l’arche. On déroule peu-à-peu la corde K. Des Pêcheurs, qui font dans un bateau, ôt qui ont embarqué la Naffe y Bire ou Bure, Fig. 4, reçoivent la pointe du filet ; Ôt fe laiffant aller au courant, ils étendent le filet à l’eau dans toute fa longueur. Alors ils détachent du filet la corde K ; & retenant dans le bateau le bout du filet, qui a environ deux pieds ôt demi d’ouverture, ôt qui peut fe fermer avec des cordons comme une bourfe, ils paffent la partie m de la bure dans le filet ; ils tirent les cordons de la bourfe qui ferrent la bure à l’endroit n, Fig. 4 ; ils
- bouchent l’ouverture 0 avec le tampon q y celle r avec un des tampons iour: enfin ils embraffent 1 QCornionypy Fig. 4avec une corde affez menue, qu’ils attachent aux mailles du filet en P, Fig. 1, à environ trois b rafles de la bure. On ajoute cette corde pour que le cornion fe tienne dans une pofition perpendiculaire au courant. Sans cette corde, le cornion étant frappé par le courant, il fe mettroit dans fa direction, ôt alors il ne produiroit pas l’effet qu’on en attend. Tout étant ainfi difpofé, on jette la bure à l’eau ; ôt prenant l’extrémité de la corde K, qu’on a réfervée dans le bateau, on va l’attacher quelque part vers D ; puis on vifite l’embouchure du filet pour s’aflurer fi elle eft bien difpofée comme nous l’avons dit. Le filet refte en cet état dans la riviere douze ou dix-huit heures, jamais plus de 24 , fur-tout durant l’été, parce qu’un plus long féjour le fatigueroit beaucoup.
- Quand on veut relever le filet, on prend dans le bateau la corde K ; on fe transporte à l’endroit où eft la bure, on la faifit avec un croc , Ôt on la met dans le bateau ; on ouvre l’extrémité du filet pour en dégager la bure, Ôt l’on attache le bout C du filet à l’extrémité de la corde K ; puis on fuit la petite corde qui répond du Cornion au filet, ôt on la détache ; alors on tire le poiffon qui eft dans la bure ainfi que dans le cornion. Sur le champ , en tournant le moulinet L, on haie fur la corde A*, et on releve la pointe Cdu filet, qu’on ramaffe dans le bateau. A mefure que les Pêcheurs l’embarquent, ils le fecouent pour faire tomber les immondices dans la partie évafée du filet. Lorfqu’ils font rendus auprès de l’arche, comme eft le bateau M, en tournant le moulinet L, on éleve la pointe du filet ; ôt quand elle eft à-peu-près à la hauteur de l’arche , pour ôter du filet toutes les immondices qui fe font raffemblées à la partie évafée, on détache un des côtés, par exemple, celui qui eft marqué E. Le courant range alors le filet vers D. La bouche du filet étant lâche y les Pêcheurs en tirent la plus grande partie des immondices, puis ils vont rattacher en E le filet comme il l’étoit. Enfuite fe portant au côté D, ils détachent le filet, qui va de lui-même fe ranger au côté E ; ils en tirent les immondices, ôt viennent le rattacher en D : enfin, au moyen du moulinet L, ils l’é-levent jufqu’à ce que l’embouchure foit au-deflùs de l’eau. Pour cela la pointe du filet fe roule fur le moulinet comme la corde.
- Quand on a amené l’embouchure du filet au-deflùs du niveau de l’eau, ceux qui font au moulinet, en embarrent les leviers avec la Commende ou hillere C, Fig. y ; ôt ayant paflé deux menus cordages, l’un à droite, l’autre à gauche , entre les mailles à environ un tiers de l’épaiffeur du filet, ils lient les cordes Q
- p.62 - vue 65/108
-
-
-
- Section IL Chap. III* Des Pêches Jur le Rivage, &c. 63
- Fig. 1, aux montants des potences du moulinet , comme en D , Fig. Le filet étant ainfï fufpendu par les cordes Q , Fig. 1 , on déroule le moulinet, ôc on laifTe pendre la pointe du filet y comme on le voit en R, Fig. i. Alors le filet eft étendu ôc en état de fe lécher.
- La naffe qu’on appelle la Bure , ailleurs la Bire, eft faite d’olier. Son embouchure m, Fig. 4 9 a deux pieds de diamètre : elle eft bordée d’un allez gros bourrelet, Ôc fe rétrécit en approchant de la partie n n , qu’on nomme le Grand Corps. Le dedans de cette capacité eft terminé par un large goulet. Le grand corps » » fe rétrécit pour former comme le col d’une bouteille , vers 0 $ Ôc on ferme cet endroit par un tampon q. Sur le côté de ce grand corps qui a 6 pieds de longueur, eft ajuftée une petite naffe de quatre pieds Ôc demi de long, qu’ôn appelle le Cor-nion y comme nous l’avons dit ; le grand corps communique avec le cornion par un goulet qui eft aflez étroit. L’ouverture r du cornion eft fermée par un tampon s ou t ; ôc pour prévenir qu’on ne vienne pendant la nuit en tirer le poiffon, le tampon eft traverfé par une cheville de fer, u, qui porte un œil
- pour recevoir un cadenas.
- On met le cornion fur le côté, ôt non pas au bout du grand corps ; afin que les ordures qui s’entonnent dans la bure ne l’empiiilént pas, ôc que les poiffons qui font dans la capacité du grand corps s’entonnent dans le cor* nion : où ils relient pris.
- La Figure $ repréfente en grand un des Moulinets H ou L , Fig. i : A A, Fig. j, repréfente une portion du Parapet : DB , DB, font des Potences appuyées contre le parapet A A ; elles fervent à porter le rouleau du Moulinet ou Treuil hors de Fa-plomb du jpont. EE font les bras ou leviers qui fervent a tourner le treuil. On voit en C une Com-mende que les Bateliers nomment Eillere 5 elle faifit quand on veut un des leviers, ôc fert à arrêter le treuil à volonté pour foutenir le filet à la hauteur qu’on juge convenable.
- Les mailles du filet ont plus de quatre ouces d’ouverture en quarré auprès de l’ern-ouchure : elles fe rétrechTent peu-à-p^u, à mefure qu’on approche de la pointe.
- Les Pêcheurs tannent leurs filets, ôc ils les confervent avec foin ; car chaque filet coûte 40 ou y o écus.
- Additions et Corrections qui ont rapport a F Article V du Chapitre III9 où il ejl traité des B ourdi gués*
- De pu 1 s Fimprelüon de l'article V, M. de la Croix, Commiffaire aux Claffes , dont le département eft au Martigue , ôc qui prend un fingulier intérêt à la perfeêtion de notre Traité des Pêches , m’a envoyé le plan de la Bourdigue du Martigue , dite du Roi y qui eft en Languedoc. Elle ne différé pas beaucoup de celle que nous avons re-préfentée fur la Planche XVIII : ôc quoique nous nous foyons propofés de donner une idée générale des Bourdigues , ôc non pas d’une en particulier, nous avons jugé qu’on ne feroit pas fâché de connoîtreles dimenfions de celle du Roi. D’ailleurs M. de la Croix a employé pour la defcription de cette Bourdigue , tous les termes Provençaux : au lieu que nous avions effayé dans notre defcription , d’y fubftituer autant qu’il nous avoit été poffible , des termes qui puffent être entendus de tout le monde ; regardant corm me avantageux de mettre notre ouvrage en état d’être lu par tous ceux qui défirent con-noître les différentes façons de pêcher. Ainfi, quoiqu’on employé d’autres termes en Languedoc qu’en Provence, pour exprimer les mêmes objets , nous avons cru‘qu’il feroit utile de faire connoître les expreffions qui font en ufage au Martigue, où font établies les plus belles Bourdigues. Enfin M. de la Croix nous fournit des détails fur la conf-
- trudion des Bourdigues, que nous n’avions préfentés que dune façon générale ; ôc nous fommes charmés d’en faire part au Public.
- Nous avons dit que les Bourdigues font des efpeces de grandes naffes formées de cannes , qu’on range les unes à coté des autres ; qu’elles font réunies en forme de paillaffons avec des cordes qui tiennent ôc affujétiifent les cannes en différents endroits de leur longueur. Outre les cannes «, Fig. 1, PL XIK, on emploie pour les foutenir des piquets /?, avec des perches h horifontales, qu’on voit auprès de 0 : ôc tout cela eft lié avec des cordes.
- Il faut fe rappeller que ces pêcheries ne peuvent s’établir que dans les canaux qui communiquent des étangs A, à la mer B , PL XI^III : les Provençaux les nomment Roubines. L’endroit fur lequel on établit la cabane R des Pêcheurs, fe nomme Sédes, du latin Sedere : nous l’avions trouvé ailleurs écrit Cède.
- Comme les cannes qu’on emploie à faire les Bourdigues doivent être longues Ôc fermes , on les plante dans des terres fubilan-tieufes, humides , mais point trop aquatiques. La plupart fe tirent des environs de Fréjus Ôc de Saint-Tropez.
- Les Moyennes, qu’on nomme Mejanos , ont 12 à if pans de longueur : le Pan eft de
- p.63 - vue 66/108
-
-
-
- tf4 additions et
- p pouces, Elles coûtent 13 liv. le mille. Les grandes , qui ont depuis 18 jufqu’à 22 pans de longueur, coûtent le double.
- Nous avons dit que des femmes empor-toient avec un couteau les feuilles ôc les branches latérales. Cette opération fe nomme Plumer ; & coûte 1 o fols le mille. On en taille le gros bout en bec de plume, avec une efpece de ferpe , qu’on nomme CouteL
- Ces opérations étant faites, on affemble les cannes avec des cordes ; ce qu’on appelle Ourdir.
- Prefque toutes les cordes qu’on emploie aux Bourdigues font d’Auffe ou Spart : on les tire d’Alicante & de Garthagène ; & on en emploie ordinairement de trois fortes : fça-voir, i° la Vignette, qu’on appelle aufli le Bru-met', 20 le Baudau ; 30. le filet Prin.
- La Lignette eft faite de quatre cordons ; & chaque cordon compofé de deux fils commis enfemble, ou de deux fils de bitord commis en Grelin ou câblés. Sa grofTeur eft d’environ un pouce.
- Le Baudau ne diffère du filet Prin que par la grofîèur ; le Baudau ayant trois quarts de pouce de grofTeur, & l’autre à peu près un demi-pouce. Mais l’un & l’autre font faits de deux cordons commis enfemble.
- Ces différentes cordes s’achètent par balles. La Balle eft compofée d’un tiers de chaque efpece ; & elle fe divife en deux parties, qu’on nomme Tuix. T F/iîx de I\ignette contient deux; douzaines de pièces , qu’on nomme Ma fie s ; & chacune de ces Maffes a environ 14 cannes ou toifes de longueur. Il en eft de même du Faix de Baudau ; à cela près que la Majfie a 22 cannes de longueur. Le Faix du Fil Prin eft de quatre douzaines •& demie de maffes ; & chaque maffe a 24 cannes de longueur. La Balle coûte 18,20, ou 21 livres.
- Les pieux ou piquets qu’on fait entrer dans le fond du terrein, ôc qui doivent fou-tenir les pièces de cannes, fe nomment Pi-lotins. Ces perches de Pin ont 6 à 8 pouces de gros, fur 16 à 18 pans de longueur au moins : on les acheté depuis foixante jufqu’à cent livres le cent, fuivant leur beauté.
- Les perches horizontales qui font vis-à-vis de 0, PL XIX, Fig. 1. fe nomment Temples : elles n’ont gueres qu’un tiers de la grof-feur des pilotins ; elles font ordinairement de «Saule, & les plus longues coûtent cinq à fix livres la douzaine.
- Pour monter une bourdîgue , il fuffit d’avoir deux filets. L’un, qu’on nomme Panteno, eft une efpece de verveux P, PL XVIII, qu’on place tout-à-fait à l’extrémité de la bourdigue : on n’ajoute ce filet que durant l’hiver ; l’autre, Z, PL XVIII, ou r, Fig. 1, PL XIX, fert pendant toute la faifon de la pêche ; on le nomme Capouliere ; il eft fait
- CORRECTIONS.
- de baudau d’auffe ; fa maille eft de 4 au pan ; il a plus ou moins de hauteur verticale , fuivant la profondeur de l’eau à l’entrée de la bourdigue : on le tient aufli plus ou moins long, fuivant la largeur qu’on juge à propos de donner pour le paffage des bateaux. La corde fur laquelle la tête de ce filet eft montée eft ordinairement un liban d’auffe, de 4 à <; pouces de grofTeur; l’un des bouts de cette corde eft attaché à un fort pieu , nommé le Prioe, qui termine l’enceinte de la bourdigue , comme on le voit en r, Fig. 1, PL XIX. L’autre extrémité eft roulée fur un Treuil I, PL XVIII, qu’on nomme Moulinet ; ôc au Martigue, Moulinot. Quand on lâche le moulinet , le filet fe précipite au fond de l’eau , au moyen d’une pierre ou Baudo , du poids de 1 3 à 20 livres qui eft; attachée au bout de la Capouliere oppofé au moulinet : & après que les bateaux font paffés, on releve le filet en tournant le mou- , linet.
- Le liban ou la corde qui borde le bas du filet, eft chargée de baudes ou pierres qui pé-fent 8 à 1 o livres chacune : elles retiennent le pied du filet au fond de l’eau ; ce qui fuffit pendant l’été : mais en hiver , on prend la précaution de l’attacher au fond de l’eau par des piquets, qui doivent ne point empêcher le paffage des bateaux. Pour cela on attache fermement la corde qui borde le pied du filet à un pied ou 18 pouces de l’extrémité pointue du piiotm, dit ci-devant Prioé, ôc de même à un autre piece que l’on place vis-à-vis, & fous le moulinet. Puis, fuivant la largeur du paffage , on attache encore ce liban à quelques autres piquets. Au deffus de ces amarres, on fait avec une ferpe une entaille qui affoiblit les pilotins en cet endroit.. On enfonce dans le terrein ces pilotins ; & enfuite, en tirant de côté leur tête , on les rompt à l’endroit où l’on a fait l’entaille. De cette façon, qui eft ingénieufe, le pied du filet eft arrêté à des pieux allez courts pour ne point empêcher le paffage des barques , ce qui fe fait d’autant plus aifément que le bois de pin fe rompt fans peine lorfqu’il eft fec.
- En parlant de l’efpece de Halle qu’on conftruit auprès du logement des bourdigues , & qu’on appelle POurdidou, nous avons omis de dire qu’il a environ 72 pans de long fur 30 de large; que les piquets, dont cette efpece de halle eft formée, font diftri-bués à 10 ou f2 pans les uns des autres; & qu’ils excédent d’une pareille hauteur la fu-perficie du terrein : on met par-deffus de vieilles cannes de démolition de bourdigues ; ce qui fait la couverture de cet endroit.
- Le fol ou plancher de l’ourdidou eft battu, & le plus uni qu’il foit pofïible. A fes deux extrémités, on plante de petits piquets, qu’on
- nomme
- p.64 - vue 67/108
-
-
-
- ADDITIONS ET
- nomme Chevilles , qui n’excedent le terrein que d’un pan : ils font écartés les uns des autres de deux pans , ôc forment des files qui ont 15 à 18 pans fuivant la largeur, ôc 5 6 à 6o dans le fens de la longueur.
- Dans l’entre-deux des ces chevilles , on met fur toute la longueur de l’ourdidou, des faifceaux de cannes d’environ 7 à 8 pouces de diamètre : on les nomme Condortes. Comme ces chevilles font correfpondantes la première d’une des extrémités à la première de l’autre, ôc de même à l’égard des fuivan-tes ; on y tend alternativement une corde de l’efpece qu’on nomme Lignettes, Ôc une de celles qu’on appelle Baudaux. C’eft fur ces cordes que doivent être liées les cannes avec des bouts de ficelle ou filet-prin, qu’on nomme Branco , pour former ce qu’on appelle les Orduns.
- En plaçant les cannes fur les cordes ôc fur les condortes, on obferve de mettre d’un même côté tous les bouts appointis, ôc de façon que la partie appointie excède la première cheville.
- L’Ourdiffeur, muni d’une poignée de bouts de ficelle , dite Branco, coupés de la longueur d’environ 3 pans , s’afïied à terre fur un couffin à l’une des extrémités de l’ourdidou, proche la première cheville. Il attache par un nœud à la première corde , qui eft toujours une Lignette > un de ces Branco ; enfuite il cmpuignc de la main gauche la première canne, laiffant en dehors le bout appointi en bec de plume ; ôc de la main droite , il paffe le Branco par-deffus la canne , pour l’arrêter fur la corde qui eft deffous, au moyen d’un nœud coulant : il fait de même pour les cannes fuivantes. Lorf-qu’il en a ourdi un nombre fuffifant pour pouvoir s’affeoir deffus , il fe place plus commodément, travaillant entre fes jambes, qu’il peut étendre , ôc dont il fe fert même pour approcher les cannes les unes après les autres, jufqu’à ce qu’il foit arrivé à la dernière.
- Le premier Ordun étant fini, c’eft-à-dire, quand les cannes font arrêtées fur une corde ; il recommence pour arrêter les mêmes cannes fur une autre corde, de la même maniéré, ôc il fait ce qu’on nomme le fécond Ordun ; puis le troifieme ôc le quatrième.
- Il forme ainfi l’efpece de natte ou de pail-laffon, qu’on nomme Auvel. Le nombre des orduns n’efl pas déterminé : il y a des auvels qui en ont 4, y , Ôc jufqu’à neuf, fuivant la longueur des cannes, la place où on les def-tine, ôc la profondeur de Peau.
- On diftigue trois fortes d'Auvel : favoir Auvels Ségueriê, Auvel Courant, ÔC Au-vel de Canadon. La Séguerié eft, comme l’on dit, plus feche ; c’eft-à dire, plus ferrée : chaque canne s’y touche : ôc quand la profon-Pes ch es. IL Seci.
- CORRECTIONS* éj
- deur de l’eau exige des Cannes de 18 à 22 pans, cet Auvel doit avoir 8 orduns pour les bourdigues d’été ; Ôc 9 pour celles d’hiver. L’Auvel Courant ne diffère de la Séguerié qu’en ce qu’il a un ordun de moins. Il eft prefque auffi ferré pour les b ourdigues d’hiver , n’y* ayant que deux ou trois lignes d’intervalle entre chaque canne : pour les bourdigues d’été, cet intervalle eft d’un pouce.
- Il eft bon de remarquer qu’en ourdiffant l’Auvel Courant pour l’été , l’Oùrdiffeur * après avoir attaché la première canne , fait un nœud avec fa Branco à la diftance d’un pouce fur la corde de deffous ; après ce nœud, il ourdit la fécondé canne, ôc ainfi de fuite ; interpofant un nœud entre chaque canne.
- L’Auvel de Canadon eft le moins fec, ou le moins ferré ; il n’a guere que 6 orduns ; fes cannes font à deux ou trois pouces les unes des autres : on les ourdit comme celles de l’Auvel Gourant.
- Chaque forte d’Auvel a fa deftination particulière, ôc fa place affignée dans la conf-tru&ion de la bourdigue. On n’emploie pas toujours l’Auvel en entier ; on en fait de plus courts de moitié , d’un quart , ôc même au-deffous. A mefure que les auveaux font faits, on les roule ôc on les couche les uns près des autres, les arrangeant de maniéré qu’on puiffe les lever dans l’ordre où ils doivent être placés.
- Lcî> piiotins qui foutlennent les aüveaux dans toute la longueur des bourdigues, font diftribués de cinq en cinq pans , ôc ployés en dehors. Pendant l’été ils font doublés d’un pilotin en dedans, feulement de dix en dix ; mais en hiver, touts les piiotins font doubles , c’eft-à-dire, que l’un eft en dedans de la bourdigue, ôc l’autre en dehors*
- A l’égard des perches horizontales, dites Temples $ qui s’étendent dans toute la longueur de la Bourdigue ; celles qu’on met auprès de la furface de l’eau font, comme nous l’avons dit, de branches de faule. Si l’on juge à propos d’en mettre plus haut, on les fait avec des cannes.
- Nous allons terminer ces additions par une Explication plus détaillée que nous ne l’avons fait, des différentes parties qui forment une bourdigue ; en employant les termes provençaux que nous a fournis. M. de laCroix»
- O, PL XVÎll. eft la Tour de dehors. Son entrée fe nomme Pouchelle.
- P, eft la Pantene ou Pànteno, qu’on ne met qu’en hiver. On lui donne quelquefois des formes différentes, fuivant le goût des bourdiguers.
- Y, la Serve ou la ContreATour, qu’on ne met aufii qu’en hiver. La tour communique avec la ferve par une bouchelle ou goulet.
- Depuis 0 jufqu’en M, Ôc depuis Y jufqu’en N, on voit la Parey ou muraille de cannes ,
- R
- p.65 - vue 68/108
-
-
-
- 66 ADDITIONS ET
- qui forme l’enceinte de la bourdigue : elle eft garnie de pilotins en dehors pendant l’été; ôt on y en ajoute en dedans pour l’hiver, comme nous l’avons expliqué.
- L’efpace qui eft entre les tours 0 ST, fe nomme Entrebouque. Outre les deux parois ou pareys, il eft encore fermé par les deux Traverfes qui vont de S ôt T, vers X X. On apperçoit dans l’intérieur , des ouvertures XXX , qui font formées par deux lignes courbes. Ce font des efpeces de goulets, qu’on nomme Coutelets. Par leur moyen, le poiffon qui eft dans l’entrebouque, lorf-qu’il ne fait pas fa route pour entrer dans la tour du dehors 0, peut paffer par les cçu-telets ôt fe rendre dans les tours S T, qu’on nomme Requinquets.
- Les bouchelles ou.entrées de ces tours font fermées d’un côté par la muraille de la bourdigue , ôt de l’autre par les traverfes, qu’on nomme de Bouque. On voit leurs coutelets en XX.
- On ajoute quelquefois , pendant l’hiver , ’4es Serves à côté des tours de Requinquets ST, qui communiquent avec la tour par des bouchelles ou entrées.
- A la pointe, qui eft formée par les deux traverfes de bouque , il y a quelquefois entre X ôt X une ouverture d’environ S pans de largeur. En ce cas, on conftruit au milieu une efpece de coutelet ifolé Ôt renverfé , qu’on nomme Embourigue. Il diminue la largeur de la paffée formée par les traverfes; ôt laiffe de chaque côté, pour le poiffon, une paffée, qui a au plus un pan d’ouverture.
- L’efpace entre Q ôt les tours ST, s’appelle Grand *Bouladou.
- A la bourdigue dite du Roi, il y a , entre l’entrebouque ôt le grand bouladou, une troifieme chambre intermédiaire , fembla-ble au grand bouladou, mais plus petite. Ses tours fe nomment à*Atrouba.
- Cette chambre n’eft pas repréfentée fur notre PL XFIU, parce qu’elle ne fe voit qu’à la bourdigue qui appartient à M. le Duc de Villars , ôt qu’on nomme Bmrdigue du Roi. \
- CORRECTIONS.
- Les tours de l’entrée 'M N , s’appellent Reculadou ; probablement parce quelles reçoivent le poiffon qui veut revenir vers l’étang.
- Il n’y a qu’une de ces tours à la bourdigue du Roi ; elle eft du côté de M, la fttuation du terreiti n’ayant pas permis d’en établir une fécondé au côté oppofé. Ainfi cette partie , dans laquelle il n’y a point de coutelet, forme un cui-de-fac qu’on appelle effectivement Cul de traverfe.
- Four garantir la tour M d’être endommagée par les bateaux, on a mis du côté de cette tour une contre-garde ou paliffade, qu’on voit en & fur la Planche XVIII. Elle eft élevée d’environ 3 6 pouces au*deffus de l’eau, ôc éloignée d’environ deux toifes de la paroi de la bourdigue, pour la garantir du choc des bateaux qui paffent de l’étang à la mer.
- Au-delà des tours, dites Reculadou , font à droite Ôt à gauche deux bouts de paliffa-des qu’on fait plus ou moins longues ; dont les cannes font beaucoup moins ferrées qu’au corps de la bourdigue : on les nomme Concédons.
- En L eft la grande entrée pour le poiffon: on la nomme grande Vmgude.
- Z eft le filet, dit Capouliere ; qu’on abat pour laiffer paffer les bateaux ou bâtiments qui entrent ôt fortent de l’étang; ôt qu’on releve avec le moulinet I quand ils ont franchi le paffage. On voit en R la Séde où eft le logement des bourdiguers.
- Quelquefois la Capouliere Z s’étend depuis la terre ferme jufqu’au dernier pilotin de la paliffade , qu’on nomme Comédon ; ainfi qu’on le voit en r, PL XIX, Fig. 1. Cela dépend du paffage qu’on juge néceffaire pour les bateaux qui font plus ou moins grands.
- La Bourdigue du Roi a environ 120 toifes de longueur, depuis la tour de reculadou M jufqu’à celle de dehors 0 ; ce qui fuffit pour donner une idée de l’étendue de la plus grande bourdigue du Martigue.
- Nous croyons à propos de faire obferver qu’on dit indiftin&ement une Bourdigue , ôt un Bourdigue.
- Fautes à corriger dans cette Partie de la Seconde Section.
- JP AGE 9* colonne i, ligne 41 .* fè trouve fur l’aiguille \ lifez , fous l’aiguille.
- Fag. 11, col. z, /. 8, Quand on aura fait, eft une fuite de la phrafequi précède. Elle finit dans la ligne 10 , apres les mots julqu’à 2J.
- Pag. 13, col. z , /. 17 .* en VVV, doit être fupprimépour le reporter à la fin de la ligne 18 , après les mots, la Figure 9.
- Pag. 14, col. 1 ,lig. 35 , il faut ajouter &, après à crochet. Pag. ij, col. 1, 13 ; le fil D. Dans la planche ce fl eft mar~
- que £m petit d.
- CHAPITRE IV.
- p.66 - vue 69/108
-
-
-
- «t
- Ject 12. Ûz<zp j . l‘l. 2,
- O
- pl.1 - vue 70/108
-
-
-
- *
- *
- *
- *
- l
- /
- ,1
- * - ' l*
- 0 &
- l
- :i ':
- «
- •v
- .ü
- "1
- '-rV
- ns
- T ’
- U
- . .♦
- -a
- t
- i
- '< -
- -V
- î ;
- a
- I
- *
- Vï
- , %
- -
- /
- 1
- ,1
- 4
- l
- ï
- • j
- \
- . vS ?
- •c
- .14
- <
- /
- O
- f
- (
- \,
- p.n.n. - vue 71/108
-
-
-
- Jecé-H. Chap.i. FL. II.
- \
- pl.2 - vue 72/108
-
-
-
- * «*
- *
- .» k
- *S' j*\
- ;
- V
- . i. .
- «tr-j»- v- -r
- i
- > ..
- • /
- /.. j
- \
- , '.: •.. • * .
- V«r ,<!-<
- - f
- /: '
- v,\rr
- v*
- 'V
- X
- f1
- i
- a
- i
- p.n.n. - vue 73/108
-
-
-
- II. P&ct. C/lclp . X. PI.HL.
- pl.3 - vue 74/108
-
-
-
- \
- 'i
- l
- \
- I
- J- -V ' ... ; -V
- >•;
- r<
- \
- Jt
- *
- ri1r>
- J
- {
- /
- <
- 1
- J»
- /)
- I
- »
- *
- *
- p.n.n. - vue 75/108
-
-
-
- pl.4 - vue 76/108
-
-
-
- 1
- / .£*v
- V. * - •
- J
- 1 '
- '! '.:
- < i vN v
- i
- »>’ v ’ • >
- ••?. ' >
- ; ï. *
- JF
- 4
- r-i
- y*-
- H
- /
- /
- \
- >-
- #
- p.n.n. - vue 77/108
-
-
-
- Il Sect.thap ..I. lJl J7-
- pl.5 - vue 78/108
-
-
-
- \
- i '
- /
- I
- )
- •a
- :1
- \
- • • ^ l .•<••
- ;>S:r0 ^^ - /' ;.v*,, ^ . -;
- M1. ’-'ï?.îêî;‘
- „ *K4* '..
- »
- /
- 4:
- J
- i
- " j:'
- >.. h "
- t V
- i
- I
- <
- O
- p.n.n. - vue 79/108
-
-
-
- pl.6 - vue 80/108
-
-
-
- /
- ♦
- /
- V
- i
- '''"h >&' •*
- /
- , ' t"
- .. ", :
- .f ,::'H
- .A
- -ï
- 1
- /
- *
- 4
- Ç
- >
- V
- p.n.n. - vue 81/108
-
-
-
- 3 . Sect. Chxzp. IT.__________PI, Ï1I.
- H
- - . ---7-^88^
- pl.7 - vue 82/108
-
-
-
- 4 •>
- N
- ''• f-
- V
- ti r-
- { . .. . ; V.' ' . v
- v
- V
- p.n.n. - vue 83/108
-
-
-
- pl.8 - vue 84/108
-
-
-
- p.n.n. - vue 85/108
-
-
-
- pl.9 - vue 86/108
-
-
-
- p.n.n. - vue 87/108
-
-
-
- pl.10 - vue 88/108
-
-
-
- . ^ / . *
- fl
- 1
- J
- r
- A
- •a
- j
- ?
- i
- /<
- «
- si-
- <
- /
- \
- i
- J
- Mi*
- p.n.n. - vue 89/108
-
-
-
- pl.11 - vue 90/108
-
-
-
- p.n.n. - vue 91/108
-
-
-
- pl.12 - vue 92/108
-
-
-
- *
- t«
- •â
- a
- #
- «
- 3sjk,£
- - !
- u -:
- ' ‘"V
- r ,
- 'i
- > .
- ’f.y
- %
- p.n.n. - vue 93/108
-
-
-
- pl.13 - vue 94/108
-
-
-
- \
- \
- ;
- t
- 1. 1
- > *’• '
- [' > v:-
- «
- <•
- • •. : U
- a
- \
- *
- m-
- \
- T-
- p.n.n. - vue 95/108
-
-
-
- pl.14 - vue 96/108
-
-
-
- p.n.n. - vue 97/108
-
-
-
- JI: Section.. Ch. HJ. PL’Xr.
- Festfarrf <. ^culp
- pl.15 - vue 98/108
-
-
-
- T
- m
- i
- (•
- /
- r o
- à
- : vT’
- ;';... '’ A>
- 4 -;••- ;?
- t
- aa v. c-.
- y ;
- i v
- * ~ ; : -r-
- A'. ’
- $•
- (
- - s - -• ' I
- ^ ; • |
- • r- • • - • '
- . A ' -
- i
- /
- I
- ,k&
- p.n.n. - vue 99/108
-
-
-
- Sect-IL. Chap. 3 .Pl. 3CPT.
- ffausj'ard J'cuip.
- pl.16 - vue 100/108
-
-
-
- k * J
- >:
- f'1
- • S*.
- -j
- ï
- i
- '. -r
- ••1 ' -
- '<
- «.
- *
- > i
- 'i »•" < ' i : ' '*
- y
- . i
- *v
- Y*
- >.
- \
- /x.
- p.n.n. - vue 101/108
-
-
-
- Section. Ch.UI . P[. JC]/7]!.
- pl.17 - vue 102/108
-
-
-
- t
- *
- $
- i
- 1
- y
- i
- t
- :
- \
- \
- >
- ;
- ?
- • » y
- *
- i
- .1
- t
- p.n.n. - vue 103/108
-
-
-
- pl.18 - vue 104/108
-
-
-
- »%
- FJi
- .'V. -,
- > .•' »
- y h >
- ‘4<
- r
- 6
- i
- <
- \
- 7
- p.n.n. - vue 105/108
-
-
-
- Scct.ir. cVuzp .3.Pl.xix.
- P.L. (or-
- pl.19 - vue 106/108
-
-
-
- p.n.n. - vue 107/108
-
-
-
- z.6"1* SecÜort, CAaf>.3.ri. XXII
- De+rsute et Oruvef?ar N'. Ransonneite
- pl.22 - vue 108/108
-
-