Descriptions des arts et métiers
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- LE TABAC.
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- Par M. Duhamel du Monceau, de VAcadémie Royale des Sciences.
- M. D C C. L X X I.
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- LA R T
- DE FAIRE LES PIPES
- A FUMER LE TABAC.
- Par M. Duhamel du Monceau , de VAcadémie Royale
- des Sciences (*).
- L’usage cTafpirer la fumée de quelque plante eftfort ancien, & généralement établi, non-feulement chez les Peuples policés , mais même parmi les Nations fauvages. Nous avons dans nos Cabinets des Pipes, des Calumets induftrieufe-ment travaillés par ces peuples, chez qui aflurément les autres Arts ne font pas en honneur, & on nous en apporte de très-belles de la Chine, de la Perfe , du Mogol, &c.
- Les Médecins ont recommandé i’ufàge de la fumée du tabac ou de différents aromates pour guérir certaines maladies ; & les gens défœuvrés de tous états, trouvent dans fufage de la fumée, un moyen de diffiper leur ennui. La fumée du tabac, le thé, le café, le punch, fervent chez les Peuples policés, à remplir les vuides de la convention ou à donner le temps de la réflexion lorfqu’ii s’agit de difcuter des affaires férieufes. L’ufage de fumer ayant paffe en habitude chez des perfonnes aifées, on a rafiné fur le choix du
- (*) Je n’ai trouvé aucun Mémoire dans le dépôt de l’Académie , fur la façon de faire les Pipes ; j’en avois bien vu faire autrefois aux environs de Rouen & à Chichefter en Angleterre ; mais les notes que j’avois confervées étoient fort fuccintes, & plufieurs détails m’étoient échappés de la mémoire ; de forte que ce qui m’étoit refié de plus utile, étoitladifpofition des Fourneaux. Heureufement M. Dubois, Ingénieur des Ponts & Chauffées de Rouen, a bien voulu venir à mon fecours ; il m’a remis des plans très-exaffs du petit fourneau dont on fe fert auprès de Rouen, du moule & de la preffe, avec des Mémoires très-circonflanciés, qui m’ont mis à portée de merappeller des détails que je n’avois pas vus depuis long-temps ; ils me mettent en état de publier la façon de faire les Pipes en Normandie, Mais on fait que les Pipes qu’on fait en
- Pipes.
- Hollande I emportent fur toutes celles des autres pays pour la blancheur, Je poli & de fini.
- M. Rigault, Chymiffe de la Marine , qui ré-fide à Calais, ayant à portée de lui les Fabriques de Pipes de Dunkerque & de Saint-Omer , a bien voulu me faire part des recherches qu’il avoit faites fur la terre propre à faire des Pipes 6c fur la préparation qu’on lui donne.
- M. Allamand, célèbre Profeffeur dePhyfique en l’Univerfité de Leyde, a bien voulu me détailler les manoeuvres qui font en ufage dans les grandes Fabriques de Hollande , Sc avec ces fecours , j’efpere que le Public recevra avec plaifir la defcription d’un petit Art qui offre des chofes bien dignes d’attention. Je trouve une vraie fatis-fadtion à faire connoître au Public l’obligation que j’ai à M. Allamand, à M. Dubois & à M, Rigault.
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- tabac, fur la façon de fumer. Les uns pour éviter la chaleur de la fumée qui leur échauffoit la bouche , font fait paffer par des tuyaux fort longs , tantôt de bois, tantôt de métal & quelquefois de cuir. D’autres ont même voulu, pour la rendre plus douce, quelle paffât au travers de l’eau. Les gens du peuple, qui ayant prefque toute la journée la Pipe à la bouche, font en quelque façon blafés par un ufàge continuel de la fumée, cherchent 1 cette âcreté qui déplaît aux autres, & fument avec des Pipes dont le tuyau eft fort court.
- Il y auroit matière à une longue diflèrtation , fi j’entreprenois de décrire toutes les formes qu’on a données aux Pipes, & toutes les façons de fumer ; mais ce n’eft pas mon objet. Je me borne à expliquer la maniéré de faire les Pipes qui font d’un plus grand ulàge en Europe ; je ne parlerai pas même de ces Pipes très-communes , dont le fourneau eft de terre grife , auquel on ajoute un tuyau de bois, non plus que des Pipes de métal; il ne s’agit pour le préfent que des Pipes de terre blanche, connues fous le nom de Pipes de Hollande : elles ont l’avantage d’être légères , propres à r^fifl-^r long-temps à faction du feu , & d’être d’un prix modique ; cependant comme elles font fragiles, les gens du commun» leur préfèrent les Pipes de métal ou celles de terre grofliere , auxquelles ils ajuftent un tuyau de bois ou de cuir, au moyen de quoi ils peuvent les mettre dans leur poche fans crainte de les caffer. Ces Pipes communes n’empêchent pas qu’il ne fe faffe une confommation confidérable de Pipes blanches, & leur Fabrique occupent un grand nombre d’Ouvriers en France, en Angleterre , & for-tout en Hollande. C’eft la façon de faire ces Pipes que je me propofe de décrire avec exaélitude; & on peut dire qu’entre les ouvrages de terre cuite, fi l’on en excepte la Porcelaine, il y en a peu qui méritent plus d’attention que les Pipes. Mais avant que d’entrer en matière , je vais rapporter ce que M. Rigault m’a écrit for les différentes elpeces de Pipes de ce genre , qui font venues à fa connoiflànce.
- Des différences que M* Rigault a remarquées dans les efpeces de Pipes qui font
- tombées entre Jeu mains.
- Il m’a paru que l’on pouvoir en général diftinguer les Pipes, en Pipes à talon & en Pipes fans talon, connues fous le nom de Cajottes ou Cachottes ; que les unes & les autres pouvoient aufli fe diftinguer en gravées & en unies ; que les Pipes à talon pouvoient être divifées en longues, moyennes ou demi-longues , & en courtes ; que ces trois elpeces, relativement à la groftèur des têtes, pouvoient encore fe diftinguer en groffes, en moyennes & en petites : que ces mêmes Pipes à talon , relativement à l’inclinaifon des têtes for les queues, pouvoient encore fe diftinguer en croches, dont l’axe des têtes fait angle droit avec les queues ; & en demi-croches, dont l’inclinaifon des têtes tient le milieu entre celle des croches & celle des Pipes ordinaires ; que par
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- rapport à la longueur des têtes , on diviloit encore les Pipes courtes à talon groffos ou petites, en ginguettes gravées Sc en ginguettes unies; Sc qu’enfin, relativement à la forme des talons & à la coupe fupérieure de la tête , on pou-voit encore diftinguer les Pipes à talon en Pipes à talon ordinaire, dont fai parlé plus haut, & en Angloifes, ou de façon Angloife qui ont le talon pointu.
- Pour que Ton {bit à portée de remarquer ces différences, Sc pour éviter la defoription de chaque elpece de Pipe ou de chaque moule en particulier , j’ai indiqué par des cotes leur véritable grandeur. On obfervera que les queues des longues Pipes n’ayant pu être tracées dans leur véritabie longueur , j’ai eu l’attention de noter celle qu’elles ont ordinairement. On remarquera encore que les queues des Pipes provenant des Manufactures de Hollande , de quelque efpece qu’elles {oient, font pour l’ordinaire d’un pouce plus longues que celles des Pipes que l’on fabrique en France , où il paroît
- que l’on s’eft appliqué à imiter les Pipes de Hollande , comme étant les plus belles de les plus parfaites de celles que l'on connoît.
- La Figure i, PL I, repréfente la coupe d’une Pipe ancienne trouvée dans des terres de jardins qui n’avoient pas été remuées depuis long-temps. Sa longueur eft de p pouces.
- La Figure % eft celle d’une Pipe longue gravée à talon, ayant les armes du Roi gravées à la tête, & quelques attributs de la Manufacture de Dunkerque , où elle a été fabriquée. Cette forte de Pipe fo débite dans la Flandre maritime , & la groffo qui eft de douze douzaines ou 144 , fo vend 6 liv. 10 f. prife à la Manufacture. La longueur de la queue eft de 21 pouces, la longueur de la tête 24 lignes , le diamètre 10 lignes.
- Les figures 3 & 4, font celles des Pipes longues ordinaires à talon & unies. La première eft fabriquée à Dunkerque , Sc l’autre en Hollande : elles fo vendent y liv. la grofîe. Elles font d’ufoge dans toute la France. Par rapport à la groffeur des têtes, on les diftingue en groffos, moyennes, Sc petites. La longueur de la queue a 21 à 22 pouces.
- Les Pipes repréfentées par les Figures y, 6 & 7, font des moyennes ou demi-longues. La première eft fabriquée à Dunkerque, & les deux autres en Hollande. Elles font d’ufàge dans toute la France, Sc elles fo vendent 3 liv. 10 £ la groffo. On les diftingue aufîi en groffos, en moyennes Sc en petites. La longueur de leur queue eft de 18 à ip pouces.
- Les Pipes des Figures 11,12, 13, 14 <§ 1 y , font celles des courtes gravées & unies, groffos, moyennes & petites, fabriquées à Dunkerque Sc en Hollande. Il s’en confomme dans beaucoup de Provinces du Royaume ; mais celle de la Fig. 15 , qui fo nomme courte a. petit talon , fo débite principalement à Paris. Elles fo vendent 40 f. la grofîe. La longueur de leur queue eft de 8 à p pouces.
- Les Figures 8 , p & 10 , font celles des longues croches Sc longues demi-croches fabriquées à Dunkerque Sc en Hollande. Les queues ont 18 à 1 p pouces de longueur.
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- La Figure 16 eft celle d’une courte croche, appellée auffi crochette à la Manu-faéture de Dunkerque, où elle efl: fabriquée. Sa queue a 8 pouces ou 8 pouces 8c demi de longueur.
- Cette efpece de Pipe fe diftingue comme les autres en groflès, en moyennes 8c en petites. Elles fe conformaient dans tout le Royaume ; mais on tranfporte une très-grande quantité de longues croches 8c demi-croches à la côte de Guinée, pour la traite des Negres. Elles fe vendent 5 à 5 liv. 10 f. la grolfe, & les courtes 40 f.
- Les Figures 17 & 18 repréfèntent des Pipes ginguettes gravées & unies, fabriquées à Dunkerque. Elles portent le nom de ginguettes , parce que les têtes étant petites, elles contiennent peu de tabac. On en fait palfer de grandes quantités à Paris, en Bretagne, & dans les autres Provinces du Royaume, où - le tabac efl cher. Elles fe vendent 40 f la groflè. La longueur de leur queue efl de 8 à 9 pouces.
- Les Pipes repréfcmécs peu les 1?lguiï,3 21, 22,23 , 24 ,2^, 2&
- 27, font Angloifes ou de façon Angioife, fabriquées en Angleterre, en Hollande 8c en France. Ces Pipes différent entr’elles par la longueur des queues & par la grollèur des têtes ; mais le caraétere par lequel on les diftingue des autres efpeces , c’eft quelles nont ordinairement aucune marque à la queue , les talons font à la plupart prefque terminés en pointe , & la coupe fupérieure de la tête efl parallèle aux queues, Taxe de la tête ayant for la queue la même inclinaifon que l’on remarque aux Pipes ordinaires à talon. On obforvera que celle appellée double W, Fig. 19, na pas tout-à-fait ces caraéteres ; c’eft une efpece de Pipe particulière Hollandoife, que Ton m’a alluré devoir être placée parmi les Angloifes. Toutes ces Pipes fe débitent en France , & elles s’y vendent 1 liv. 10 f. la grolfe : la longueur des queues varie depuis 10 pouces jufqu’à 13. ^
- Les Figures 28,29,30 & 31, font celles des Pipes fans talon , appellées cajottes ou cachottes. Ces Pipes font appellées ainlî, parce que n’ayant point de talons, les payfkns les mettent plus facilement, fans étui, dans les poches longues des culottes. Elles fe débitent dans la Flandre 8c dans l’Artois ; les gravées fe vendent 45 f. la grolfe, & celles qui font unies 35 f.
- La Figure 32 eft celle d’une efpece de Pipe particulière à la Manufaéfure de Saint-Omer, à laquelle on a donné le nom de falbala : elle ne fort point du pays d’Artois.
- N’ayant point égard aux petites différences dont nous venons de parler, les Pipes font de longs tuyaux de terre cuite très-fine 8c très-blanche ; à l’un des bouts de ce tuyau qui eft recourbé , on pratique un évafement dans lequel le tabac brûle : on l’appelle le fourneau ou la tète de la Pipe. Ce fourneau a un peu la forme d’un conoïde renverfé , & on pratique à la pointe un petit appendice de terre , qu’on nomme le talon : quelques-unes, qu’on nomme cachottes, n’en ont point. On
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- On allume le tabac dans le fourneau, & on en afpire la fumée en fiiçant Vextrémité du tuyau.
- Il fe fait des Pipes de différentes terres & de différentes formes, les unes courtes , les autres longues.; il y en a d’unies , les autres font façonnées. Nous en avons amplement parlé plus haut, d’après M. Rigault.
- On en fait en France , en Angleterre, & fur-tout en Hollande, où elles font pins parfaites qu’ailleurs.
- Des Terres dont on fait les Pipes.
- Chaque ouvrier qui travaille à faire des Pipes, eflâie de fè procurer dans fes ' environs de la terre propre à cet ouvrage. Il s’en trouve à Fofîày , à Gournay , à la Belliére , Sc plufieurs autres endroits aux environs de Forges, dans le pays de Bray. Mais pour les Pipes qu’on fait à Rouen ou aux environs, on tire la terre de Saint-Aubin & de Beliebœuf, au bord de la rivière de Seine , à deux
- lieues au-deffus de Rouen. Il y a lieu de croire qu’il s’en trouveroit encore en plufieurs autres endroits*
- La terre à Pipe qui vient de Saint-Aubin Sc de Beliebœuf, fe tire de mines profondes de 14 à 1J braffes , où l’on pratique des chambres de 18 à 20 pieds de diamètre, & l’on en tireroit beaucoup plus de terre , fi l’eau n’empêchoit pas les ouvriers d’y fouiller à une certaine profondeur. Lorfqu on eft obligé d’abandonner une mine , on en ouvre une autre à une petite diftance , Sc on y trouve auffi abondamment de la terre à Pipe. La terre qui vient du Pays de Bray, fe tire à ciel ouvert fans aucun danger & avec beaucoup moins de peine. Les Ouvriers fe contentent de faire une tranchée de cinq à fix pieds de profondeur qu’ils pouflent devant eux.
- Il paroît que dans le Pays de Bray , où l’on tire de cette terre fur la furface du terrein, la qualité du terroir tire , généralement parlant, fur une glaife extrêmement arrofee Sc imbibée d’eau.
- A l’égard des mines de Saint-Aubin Sc de Beliebœuf, on trouve au fond la même qualité de terre que dans le Pays de Bray'; mais fur la fiirface extérieure du terrein , il n’y a aucune marque apparence qui puiife indiquer sûrement que l’on trouvera, en creufant dans un endroit plutôt que dans un autre, de cette terre à Pipe.
- La terre du Pays de Bray paffe pour la meilleure ; elle coûte fur le lieu 6 à 7 Üv. d’achat, la quantité de ce qu’en peut contenir un muid, Sc 7 à 8 liv. de voiture du Pays de Bray à Rouen, ce qui Tait en tout de 13 à 15 liv.
- Sous le régné de Louis XIV, on fit défenfe de tranfporter hors du Royaume de ces fortes de terre ; mais comme ces prohibitions ne regardoient proprement que la terre du pays de Bray, elles n’ont pas empêché l’enlèvement de celles de Saint-Aubin Sc de Beliebœuf, qui ont beaucoup augmenté de prix par la. quantité confidérable que les Etrangers & les François en ont enlevée.
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- Comme on exige que les Pipes foient blanches, il faut que l’argile qu’on emploie ne contienne point de fer qui rougiroit à la cuiflon. Au refte , c’eft la finefle de la terre qui en fait le principal mérite ; elle ne doit contenir ni fable ni pyrite, & on n’eft certain de fà vraie qualité, que quand on en a fait quelques fourneaux, principalement pour s’afliirer fi elle blanchit à la cuiflon ; car la couleur n’eft pas exaélement la même, il s’en trouve d’un peu grife , de cendrée, de blanche, de couleur de fàvon, qui font également bonnes.
- Entre les terres qui fe tirent des mines, celle des couches les plus profondes eft la plus fine & la meilleure ; mais elle a befoin de plus de feu pour être bien cuite. Cependant on fait ufàge des couches fupérieures pour d’autres ouvrages.
- La première terre qui fo tire de ces mines, eft deftinée pour les Potiers.
- La féconde, pour les Fayanciers.
- Enfin , la troifieme qui eft la plus fine, eft pour les Pipes, & à quelque profondeur qu’on la tire , elle doit être pure & exempte de fable.
- On deftine encore pour les Fayanciers la terre qui fe trouve trop grafle , quoiqu’elle foit fine, parce quelle pourroit le tendre dans le fourneau, & ne
- pas conferver la forme des moules à Pipes.
- Les Ouvriers de Rouen prétendent, peut-être avec raifon, qu’ils en peuvent faire d’auffi belles qu’en Hollande ; mais il eft certain que communément celles qu’ils font, paroiflent beaucoup moins belles, au moins le coup d’œil eft favorable à celles de Hollande. Cependant on en fait à Rouen de trois fortes, de fort communes, de plus parfaites, & quelques-unes très-fines qui approchent de celles de Hollande : mais les Pipes de Hollande ont toujours la préférence, quoiqu’elles foient un peu plus cheres que celles de Normandie.
- Les Pipes de Hollande viennent la plupart de Leyde, Fleffingue & Roterdam ; il y avoit auffi à Amfterdam une femme qui avoit la réputation de les faire fort belles. ' v
- M. Allamand m’a écrit que la Fabrique des Pipes en Hollande paroît être affeélée à la ville de Gouda, quoiqu’on en fafle ailleurs, mais en petite quantité & de beaucoup moins belles. On compte dans cette ville plus de 280 Maîtres Fabricants de Pipes, dont quelques-uns occupent 60 à 70 Ouvriers.
- Ces Pipes coûtent fur les lieux 16 f. argent de Hollande ; & avec tous les autres frais, elles reviennent en France à environ 36 f. la grofle compofée de douze douzaines, ce qui eft un peu plus que celui des plus fines Pipes de France.
- Ceux qui font grands fumeurs, prétendent que les Pipes de Hollande ont un petit défaut que n’ont point celles de France , qui eft de s’engraifler. Ce n’eft pas un défaut pour les gens de condition qui en changent fréquemment ; d’ailleurs nous dirons dans la fuite comment on peut leur rendre leur blancheur, A l’égard des matelots, ainfi que des autres perfonnes du bas peuple, ils fe plaifent à fo feryh de Pipes enfumées. Cette qualité des Pipes Hoiiandoifes provient, dit-on,
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- de ce que la terre, dont les Hollandois font leurs Pipes, eff: poreufe ; j’ai des raifons d’en douter. On dit qu’ils tirent de proche Anvers de la terre à Pipes, & qu’ils l’eftiment tellement, que dans les temps de guerre où iis ne pouvoient pas en enlever à caufe qu’Anvers étoit entre nos mains, malgré toutes les interdirions de commerce entre la France & fEfpagne, ils obtinrent des Etats Généraux la permiffion de foliiciter des pafle-ports pour en faire venir.
- Mais M. Allamand m’écrit que la terre que les Hollandois emploient pour faire des Pipes, efl une argille fine & graiïè qu’ils font venir des environs de Cologne & du pays de Liège. Cette derniere qu’on eftime la meilleure, fe trouve à 12 ou 1J pieds de profondeur en terre : on la fait fécher fur les lieux, & on l’envoye en Hollande dans des tonneaux qui en contiennent 460 livres : elle fe vend ordinairement y florins. Il y a à Gouda des Marchands qui en fourniflènt aux Fabricants.
- Avant de parler des préparations qu’on donne aux terres qu’on deftine à faire des Pipes. je vais rapporter des Expériences que M. Rigaulr, Pkyficicn de la Marine, a faites pour mieux eonnoître la vraie nature de ces terres.
- Expériences Jiir les Terres à Pipes, par M. R 1 G A u L T.
- Quelques Minéralogiftes ayant rangé les terres à Pipes dans la elafle des Marnes , j’ai cru devoir, dans les recherches que j’ai faites à l’occafion des Manufactures de Pipes , examiner les propriétés de ces terres, afin de eonnoître fi elles étoient effectivement des marnes, & pour découvrir en même temps quelles font les qualités que ces terres doivent avoir pour former les plus belles Pipes.
- Comme les marnes contiennent une aflèz grande quantité de terre calcaire, 8c que les Manufacturiers de Pipes ont la plus grande attention d’éloigner des murs les terres à Pipes qu’ils ont en magafin, de crainte qu’il ne fe mêle parmi de la chaux ou quelqu’autre fiibflance crétacée que l’on a reconnu être en général très-nuifible à la confection des Pipes , il étoit à prélùmer que ces terres n étoient pas des marnes ; mais les expériences dont je vais rendre compte , m’ont prouvé évidemment que c’étoit de véritables argilles, & même que celles dont la pefanteur {pécifique étoit la plus grande , étoient auiïi, toutes chofes égales d’ailleurs , celles avec lefquelles on faifoit les Pipes les plus parfaites.
- Les terres à Pipes dont j’ai fait l’examen, font employées dans une Manufacture de Pipes établie dans la bafle-ville de Dunkerque, & font établies à l’inftar de celles de Hollande, & dans une Manufacture de Pipes communes établie à Saint-Omer.
- Les terres dont on fe fert à Dunkerque viennent d’Andenne, dans le voifi-nage de Namur, d’Autroche, village du Brabant, fitué environ à une lieue de Saint-Guillain, & d’Angleterre.
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- Celle de la Manufacture de Saint-Omer fe tire à Deyres, Bourg du Boulon-nois, à trois lieues environ de Boulogne.
- La terre d’Andenne efl: celle dont les Hollandois fe fervent pour faire la fayance fine & les belles Pipes qu’ils envoient dans toutes les parties du monde. Je n’ai pu avoir aucun renfeignement fur la maniéré dont on la retire de la mine. M. Gallon, Brigadier des Armées du Roi, Ingénieur en chef du Havre & Correfpondant de l’Académie, parle de cette terre à la page 15 de l’Art de convertir le Cuivre rouge en Cuivre jaune , qu’il a donné à l’Académie ; mais il n’entre point dans les détails de l’extra&ion de cette terre. Un homme de Saint-Omer , qui avoit autrefois une Manufacture de Pipes, m’a alluré qu’ayant été lui-même acheter de la terre à Andenne, il avoit vu qu on la tiroit hors de plu-fieurs puits qui avoient environ 20 à 25* pieds de profondeur. Il a fu fur le lieu que les Hollandois en enlevoient de très-grandes quantités pour leurs Manufactures de Pipes. D’ailleurs, les Ouvriers que l’on a fait venir de Hollande pour établir la Manufacture de Dunkerque, ont indiqué la terre d’Andenne aux Propriétaires de la ManulaCture de Dunkerque , qui en ayant fait venir, ont fait fabriquer des Pipes entièrement femblables à celles de Hollande ; ainfî c’eft mal à propos que l’on a imprimé dans un Dictionnaire d’Hiftoire Naturelle, au mot Terre à Fipes y & dans une Minéralogie du même Auteur, à l’article Marné, que les Hollandois tirent leur terre à Pipes de Rouen , à la faveur des vailfeaux de cette Nation, qui s’en chargent fous le prétexte de prendre du left. Je ne nie pas le fait ; mais cette terre n’elt, ni ne peut être employée feule pour faire des Pipes fines. Voici une preuve de cette aifertion.
- M. de la Ruelle , l’un des Propriétaires de la Manufacture de Dunkerque, fit venir de Rouen, fur la foi de l’article du Dictionnaire que je viens de citer, des échantillons de toutes les argilles que l’on trouve aux environs de Rouen , & il n’en trouva qu’une qui pût faire des Pipes communes & de mauvaife qualité.
- Quoique les terres à Pipes que j’ai examinées, eulfent paru feches lorfqu’on me les a procurées , j’ai cru devoir néanmoins les expofer pendant un mois fiir le four d’un Boulanger, afin de les amener toutes, autant qu’il étoit poffible , au même degré de fécherefle.
- La terre d’Andenne ne fait aucune effervefcence avec les acides ; elle ell grïfe, & elle pefe 1 yo livres quatre onces fix gros le pied cube. Quinze pouces cubes de cette terre réduite en poudre & palïee par un tamis de foie, fait un volume de 33 pouces cubes. Cette quantité de terre réduite en poudre mife dans un vafe, imbibe une livre trois onces & demie d’eau. Si l’on y ajoute une grande quantité d’eau & qu’on l’agite, elle fe délaie parfaitement. Les parties de cette terre font fi fines, qu’elles fe tiennent allez long-temps fulpendues dans l’eau. Dès que l’on celfe de l’agiter, les parties qui fe dépofent ont prefque déjà autant de liant & de confiftance que fi elles n’étoient fimplement qu’imbibées d’eau.
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- Si Ton continue de verfer de l’eau & d’agiter le tout au point que toute la terre y foit fufpendue , & qu’en même temps on verfe le mélange par inclinaifon, on trouve au fond du vafe du fable encore embarrafle de parties argilleufos, mais que l’on nettoie par un fécond ou troifieme lavage. Les iy pouces cubes ont produit deux forupules & 4 grains de fable.
- Cette terre eft extrêmement ductile & liante ; lorfqu’elle eft amollie au point d’être mile en œuvre , elle acquiert plus de folidité par la prefîîon du moule , que celles dont je parlerai dans peu. C’eft pour cette raifon que les Pipes que l’on fait avec cette terre , font aifées à travailler tandis qu’elles font encore molles. Comme elles ne fo caflent ordinairement pas dans les différentes manipulations qu’elles éprouvent avant que d’être mifes au four , elles fe poliflent beaucoup mieux & les Ouvriers y gagnent davantage, parce que les accidents qui arrivent aux Pipes molles font à leur charge.
- La terre d’Andenne a une autre qualité qui n’eft pas moins avantageufe aux Propriétaires des ivIanufciCtuicj do Pîpca. La ictraite dont clic cd. fufoeptible a la cuite n eft pas confidérable, & elle fe fait également dans toutes les parties de la Pipe, de forte qu’il eft rare d’en voir qui foient déformées. Leur furface d’ailleurs eft très-unie, ce qui fait que le vernis qu’on y applique après la cuiflon $ les rend prefqu’auffi luifàntes que fi ce vernis étoit produit par lafufîon d’une matière vitrifiable.
- Cette terre prend une petite nuance roufsâtre à la cuiifon ; mais la dureté des Pipes & la confervation de leur forme dédommage bien de cet inconvénient f , fi c en eft un.
- La terre d’Autrache fe tire à 20 pieds de profondeur ; & pour cela , on fait des puits d’environ 6 pieds de diamètre. Le banc d’argille a environ 10 pieds d’épailfeur ; il eft divifé par lits de qualités différentes. L’argille la plus fine eft mife à part pour les Manufactures de Pipes & de faïance ; la plus groffiere fort pour les Poteries de terre & de grès établies dans le village & dans les environs.
- Cette terre eft brune ; elle ne fait pas effervefcence avec les acides : elle pefo 143 Üv. 4 onces 3 gros le pied cube. Dix-fept pouces cubes réduits en poudre fine & tamifée comme la précédente, ont occupé 42 pouces cubes qui ont imbibé 15 onces d’eau. Cette quantité contenoit 81 grains de fable.
- Cette terre n’a pas tout-à-fait autant de liant que celle d’Andenne ; elle fe précipite plus vite lorfqu’elle eft délayée dans une grande quantité d’eau ; elle cuit un peu plus blanc, mais elle a un peu plus de retraite ; d’ailleurs elle fo travaille bien. Elle a l’inconvénient de contenir quelquefois beaucoup de petites pyrites qui l’ont fait abandonner par la Manufacture de Dunkerque. On avoit coutume pour la dépouiller de ces pyrites, de la réduire en petits morceaux avant de la détremper pour la mettre en œuvre : on retiroit par ce moyen toutes celles que l’on pouvoit appercevoir; mais il en reftoit que l’on ne pouvoir Pipes. C
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- voir, foie parce qu elles étoient trop petites, ou parce qu’elles reûoient cachées dans l’épaiffeur des morceaux.
- Ces pyrites détérioroient les moules par leur dureté, &lorfqu’elles fe trou-voient cachées dans l’épaiffeur des Pipes, elles perçoient, en fe décompofànt à la chaleur du four, les Pipes d’outre en outre à l’endroit où elles étoient engagées, Sc elles communiquoient outre cela une couleur d’ochre aux environs des trous.
- Cette terre coûte environ 40 fols le quintal rendue à Dunkerque, & la terre d’Andenne, que l’on y fait venir par la Hollande pour épargner les frais de tranfport par terre, y revient à trois liv. 10 f. ( * )
- Comme les Pipes que l’on faifoit avec la terre d’Autrache, étoient, à très-peu de chofeprès, auffi parfaites que celles fabriquées avec la terre d’Andenne , il eft probable que l’on eût donné la préférence à la première à caufe de la modicité de fon prix, fens l’inconvénient des pyrites. Il eft certain que l’on peut la débar-raflèr entièrement des pyrites, en la délayant dans une aflez grande quantité d’eau pour les faire précipiter 311 f°n/^ dn envier danc lequel un fait cette opération , ainfi que cela fe pratique dans les Manufactures de Faïance fine & de Porcelaine, où l’on a befoin d’une argille pure. Le Manufacturier de Dunkerque , à qui j’ai donné ce confoil, m’a promis d’en faire ufàge.
- La terre Angloife que l’on emploie à Dunkerque eft très-blanche ; elle eft beaucoup moins liante & moins compacte que les précédentes : elle ne fait point effervefcence avec les acides. Le pied cube pefe 13y liv. 11 onces; 18 pouces cubes & demi réduits en poufliere & paifés par un tamis fin , ont occupé 4 y pouces cubes. Cette quantité a imbibé une livre y onces d’eau. Lorfqu’elle eft délayée dans un grand volume d’eau , elle s’y tient plus long-temps fofpendue que celle d’Andenne. Cette quantité de 18 pouces cubes & demi, a dépofé 76 grains de fable.
- Cette terre fe travaille très-difficilement: elle prend beaucoup moins de foiidité dans le moule que les précédentes ; ainfi les Pipes dans leur état de molleffe , font beaucoup plus fujettes à fe cafler dans les différentes manipulations quelles éprouvent, que celles qui font faites avec des terres plus compactes. Elle eft naturellement blanche, conferve fa blancheur au feu , Sc y devient très-dure; mais fa retraite eft fi grande Sc fi inégale, que for 12 Pipes il ne s’en trouve fouvent pas deux qui confervent leur première forme. Leur forface eft outre cela fi raboteufo, que malgré leur blancheur Sc le vernis qu’on y applique, elles font défitgréables à la vue.
- Je n’ai pu avoir aucun renfeignement for le lieu de l’Angleterre d’où l’on tire cette terre, ni fur la maniéré dont elle eft tirée de la mine. J’ai appris qu’il etoit défendu fous de rigoureufes peines d’en fortir d’Angleterre. Celle que j’ai vue à Dunkerque, provenoit cependant d’un vaifleau qui en étoit chargé, & qui fut pris & amené à Dunkerque par un Corfàire François pendant la derniere guerre.
- (*) Iî y a 20 livres de bon poids par quintal ; ainfi le quintal eft de 120 livres.
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- Comme les Pipes Angloifes refferoblent à tous égards à celles que Ton fabrique à Dunkerque avec la terre Angloifè dont fai parlé, il eft probable quelles font faites avec la même terre.
- La terre de Devres eft une argilie brune, compare & liante ; elle ne fait pas plus d effervefcence avec les acides que celles dont j’ai parlé. Le pied cube pefe 144ÜV. 3 onces 6gros; 16 pouces cubes réduits en poudre,ont occupé 41 pouces cubes , qui ont imbibé 1J onces d’eau, & dépofé 68 grains de fable après avoir été délayés dans une grande quantité d’eau. Elle eft moins liante & moins compacte que celle d’Andenne; mais elle pofîède ces deux qualités eflèntielies aux terres à Pipes à un degré plus éminent que celle d’Autrache. Elle fe travaille très-aifement & fans perte, & elle cuit dur avec peu de retraite , mais elle a l’inconvénient de rougir à la cuite, parce quelle contient des parties ferrugineufès. Quoique cette couleur ait paru jufqu’ici indeftruétible, je crois devoir faire connoître que le fieur Charles-Marie Rouftèl, Manufacturier de Saint-Omer, a trouvé le moyen de la faire cuire aulii blanche que celle d’Andenne. U y a quarante ans que ce Manufacturier a trouvé le fecret de détruire cette couleur ferrugineufè, ou de l’empêcher de fè développer pendant la cuite. Il m’a avoué que f étois le feul à qui il en eût fait part ; il me paroît jufte de lui en faire honneur en le rendant public.
- Ce procédé eft fimple ; il conllfte à boucher, lorfque le feu eft allumé, prefque toutes les ouvertures pratiquées dans la partie fiipérieure du four , dont l’ufàge eft de laifler évacuer la fumée. Il les tient ainfi fermées pendant trois quarts d’heure, de forte que le four eft alors rempli d’une fumée épaifîe qui noircit les Pipes ainfi que l’intérieur du four. Il tient pendant un quart d’heure ces ouvertures débouchées ; alors le feu devient aCtif, & la matière fuligineufe dépofee fur les Pipes fe confomme. Il bouche encore les mêmes ouvertures pour trois quarts-d’heure , & il les ouvre encore pendant un quart-d’heure. Enfin il continue ainfi de fermer & d’ouvrir ces ouvertures pendant 22 à 24 heures que dure l’opération de la cuite ; mais fur la fin il charge le foyer d’une plus grande quantité de bois qu’à l’ordinaire , en tenant les ouvertures débouchées pendant une heure. Il laiffe éteindre le feu de lui-même , ainfi que cela fe pratique dans les autres Manufactures, & les Pipes qu’il fait cuire de cette maniéré, font auffî blanches que celles de Hollande, tandis qu elles feroient rouges s’il eût laifle débouchées, pendant le temps de la cuite, les ifîùes par où la fumée doit s’échapper.
- L’intérieur des Pipes cuites de cette maniéré eft moins blanc que l’extérieur; mais il eft beaucoup moins rouge que ne feroit la même terre qui feroit cuite par un feu clair, ce qui me fait croire que la matière fuligineufe , dont les Pipes fè trouvent empreintes chaque fois que l’on ferme les ouvertures fupérieures du four, procure du phlogiftique à la terre ferrugineufe, ce qui détruit la couleur qu’elle exalteroit fans cela ; ou bien, ce
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- qui eft peut-être plus vraifemblable, que cette terre contenant du fer non-décompofo, le phlogiftique de la fiiie l’empêche de fe calciner au feu & de manifefter fa couleur ; mais de quelque maniéré que cela s’opère , le fait n’en eft pas moins vrai, & il fait certainement honneur au Manufaéturier de Saint-Omer.
- Si l’on fait attention que les terres à Pipes dont je viens de parler, ne font aucune effervefcence avec les acides , & qu’elles ont d’ailleurs toutes les propriétés qui caraélérifent les argilles , on voit que c’eft avec raifon qu’on ne les a pas compris dans la clafle des marnes» Si l’on confidere enfui te que la plus pelante, la plus compacte & la plus liante des argilles dont j’ai parlé , efl: celle qui produit les plus belles Pipes & de la meilleure qualité , telles que les belles Pipes de Hollande, qui font faites avec la terre d’Andenne, il paroîtra raifonnable de conclure que les argilles qui feront tout à la fois les plus pelantes, les plus compactes & les plus liantes, quand d’ailleurs elles ne contien-droient pas une allez grande quantité de fer pour quelles deviennent rouges à la cuite, feroient les plus propres pour faire de belles Pipes.
- J’ai cru devoir faire cet examen des terres à Pipes, principalement pour mettre à portée ceux qui doivent établir des Manufaéfures de Pipes fines, de connoître fans beaucoup de dépenfe, celles qui font les plus propres à remplir leur objet. Nous avons beaucoup de ces argilles en France ; il ne s’agit que d’être en état de connoître les meilleures.
- Comment on prépare la Terre pour faire les Pipes.
- Les préparations de la terre à Pipe , font d’abord de la laifler tremper dans une cuve pleine d’eau pour la rendre fouple & maniable. Il ne faut pas pour cela plus dune demi-journée, pendant lequel temps on la travaille avec un inftru-ment coupant comme une petite bêche , que l’on appelle louchet ; enfoite de quoi on met cette terre fur une table à l’épaiiîeur d’un demi-pied ; & pour la corroyer, on la bat avec une barre de fer plus ou moins de temps, foivant la qualité de la terre. La fine a befoin d’être plus battue, parce quelle eft plus difficile à rendre maniable & liante. En deux heures de temps on bat une cuve de terre d’environ un demi-muid. Si elle fo trouvoit fort fine, il faudroit plus le double du temps.
- Après que cette terre eft ainfi préparée & qu’elle eft devenue comme de la pâte, elle eft en état d’être travaillée.
- Ce que nous venons de dire fur la préparation de la terre eft foffifànt, quand elle eft naturellement de bonne qualité, & qu’on fe contente de faire des Pipes communes. Mais à Dunkerque on apporte bien d’autres précautions pour parvenir à faire des Pipes qui foient affez fines pour le difputer en beauté à celles de Hollande. Les détails que je vais rapporter, font d’après les Mémoires que j’ai reçus de M. Rigault, L’Ouvrier
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- L'Ouvrier qui prépare la terre pour faire les Pipes, Sc qu'on appelle Batteur , eft chargé de recevoir les terres à la Manufacture , de les mettre en magafin, & d'y donner les foins qu'elles exigent.
- Le magafin eft, ou doit être , un grenier difpofé de façon que l'on puiftè , au moyen des fenêtres, y établir un courant d'air lorfqu'il fait fèc, & le tenir clos lorfque le temps eft humide.
- Le Batteur reçoit la terre des Voituriers dans des mandes ou mannes d’ofier, ( Fig. 2 , Pi. V) garnies intérieurement de toile & de la même jauge que celles dont on fe fert pour la mefurer fur la mine. Il en ôte les corps étrangers qu'il y apperçoit ; & s’il rencontre des morceaux de terre où il y ait des graviers ou beaucoup de taches ferrugineufes, il les met de côté pour fervir au raccommodage des pots. Les mandes de bonne terre font portées à bras au magafin , ou elles y font montées à la faveur d'une corde & d'une poulie, quand le magafin eft un grenier. Il pofe la terre fur des planches quand le magafin eft pavé ou carrelé ; mais dans tous les cas il a l'attention de garnir avec des planches ou avec des nattes les murs du magafin , afin que la terre ne contracte ni l'humidité qui peut y régner, ni du fable & de la chaux qui peuvent fe détacher des murs; enfin pour qu'elle feche plus promptement, il place les morceaux à côté & à quelque diftance les uns des autres.
- Comme il eft important que la terre foit très-feche avant que d'être détrempée, le Batteur a l’attention d'ouvrir les portes & les fenêtres du magafin dans les beaux temps, & de les tenir fermées lorfque l’air eft humide. Il a encore la précaution, pour que la terre ne fe mêle point avec d'autres corps hétérogènes que ceux que l'air peut y dépofer, d’ôter fes fàbots ou fes fouliers avant que d'entrer dans le magafin dont il eft le gardien.
- La préparation des terres confifte à les mêler, à les écrafer, enfuite à détremper le mélange , à l'étamper & à le battre. Mais avant que d'entrer dans le détail de ces opérations, je crois devoir, pour en rendre l'explication plus intelligible , faire le détail de l'attelier & des uftenfiles du Batteur.
- L'attelier du Batteur eft un emplacement clos de murs Sc couvert, ayant à peu-près 15 pieds en quarré. Dans les Manufactures bien montées, cet atteiier eft toujours placé à côté de celui des Rouleurs & Mouleurs. Il contient trois cuves ( Fig. 12, 13 6 14, PI. cerclées en fer, ayant deux pieds de diamètre & environ 20 pouces de profondeur : elles font placées à côté les unes des autres , contre le mur , fur la même ligne & fur des madriers. A côté de ces cuves, & dans un des retours d’équerre de l'attelier, eft un établi, Fig. 1 $, qui forme un quarré long de 4 pieds 8 pouces de longueur, fur un pied 10 pouces de largeur, ayant environ deux pouces d'épaifteur. Pour lui donner plus de folidité, il eft engagé par un grand & par un petit côté dans l'angle du mur. Il eft élevé de deux pieds & demi, & fupporté par quatre pieds foiides joints enfemble par des traverfes, & pofés librement fur des madriers. Ces madriers Pipes. D
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- ne font placés fous les cuves & fous l’établi, que pour empêcher la terre détrempée qui s'échappe quelquefois dans les différentes manipulations qu'elle éprouve dans cet attelier, de tomber fur le carreau & d’y contracter des fàletés ; auflî le Batteur entretient-il ces madriers très-propres. Il a encore l'attention de garnir de nattes ou de planches les murs au-delfus des cuves & ceux au-deflus de l’établi, afin qu'il puiffe retirer pure la terre qui fou vent y eft jettée , & s'y attache. '
- Les autres uftenfiles du Batteur font, un Maillet de bois, des Mandes ou Mannes d'ofier, le Barreau , l'Etampe, la Palette , le Battoir, la Razette 9 l’Ecur mette, une Brofle de crin & un Piqueron.
- Le Maillet ( Fig. i 9 PL V s ) efl: un maillet de bois très-ordinaire. Il fert à écrafer les morceaux de terre trop gros avant que de les mettre à détremper.
- La Mande d'ofier, ( Fig. 2 ) eft un panier à deux petites anfes très-fort : il efl: garni intérieurement de toile , & il fert pour porter la terre au magafin, & la tranfporter de-là à l'attelier du Batteur.
- Le Barreau (Fig.3,) efl: une barre de fer triangulaire, ayant le côté R de plus de moitié plus étroit que les deux autres C. A efl: la poignée. Le petit côté air lignes de largeur, & les deux côtés plus larges ont deux pouces. On en voit la coupe à la Figure 4. Cet putil fert à battre la terre fur l'établi.
- L'Etampe ( Fig. 5 , ) efl: une pile de bois fervant à battre & à comprimer la terre dans une des cuves : c efl: ce qu'on appelle en Architeélure une dame.
- La Palette ( Fig. 6, ) efl: un louchet dont l'ufàge efl: de fervir à remuer la terre lorfqu'elle efl: détrempée , & pour la tranfporter d'une cuve dans l'autre , & de-là fur l'établi.
- Le Battoir ( Fig. 7, ) eft de bois, & il efl: tout-à-fait femblable à ceux dont fe fervent les Blanchifleufes pour battre le linge. Il fert pour battre la terre dans la troifiéme cuve, & pour donner la forme cubique aux pièces de terre battues#
- La Razette ( Fig. 8, ) dont la coupe eft repréfentée par la Figure 9 , eft une ratifloire de fer : elle fert pour ôter la terre qui refte collée fur l'établi après qu’elle a été battue.
- L'Ecumette (Fig. 10,) eft formée d'un cercle de fer percé de plufieurs trous, fur lequel on ajufte une étamine de crin ou un treillis ferré de fil de laiton. Elle fert pour enlever les ordures légères qui étoient engagées dans la terre, 8c qui viennent nager à la furface de l'eau lorfqu'elle eft détrempée.
- La Brofle ( Fig. 11, ) eft de crin : elle fert pour nettoyer l'établi quand le Batteur fe difpofe à battre la terre.
- - Enfin le Piqueron (Fig. 16) 9 eft une forte de bout de chevron arrondi, 8c dont les extrémités font prefque terminées en pointes. On s'en fert dans les Manufactures de Tournay pour battre ou fcraabter la terre dans la troifteme cuve.
- Les Manufacturiers de la Flandre Françoifé & de l'Artois, font dans l'ufàge de mêler quelques terres communes avec celles d’Andenne ou d'Autrache dont
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- j’ai parlé, parce que ces dernieres payent des droits aflez confidérables à leur {ortie des Pays-bas Autrichiens, ce qui fait qu’elles reviennent, en y comprenant les frais de tranfport, à un fi grand prix rendues aux Manufactures , qu’il ne feroit plus poffible d’établir de concurrence entre les Pipes étrangères Sc les nôtres, fi Ton ne mélangeoit ces terres avec d’autres plus communes.
- Ces mélanges fe font dans des proportions differentes, félon que les Pipes doivent être plus ou moins fines ; mais les Manufacturiers ont toujours grand foin de cacher ces proportions. J’ai fu cependant qu’à Dunkerque on mêloit deux parties de terre d’Andenne avec une partie de terre Angloife pour faire les Pipes fines façon de Hollande ; que pour faire les Pipes de façon Angloife, on s’y fervoit de la terre Angloife pure ; qu’à Saint-Omer on rnêloit parties égales de terre d’Autrache & de celle de Devres, pour y faire des Pipes fines ; que pour faire les Pipes communes , on employoit la terre de Devres pure ; Sc qu’enfin à Valenciennes, on fe fervoit de parties égales de terre d’Autrache Sc de celle de Pau.
- Lorfque le Batteur a fait au magafin le choix de la terre qu’il veut employer , il l’écrafe en morceaux à peu-près de la grofleur d’un œuf de poule , au moyen du maillet, Fig 1. Il eft par ce moyen plus en état de la bien éplucher ; d’ailleurs, elle eft beaucoup plus vite Sc mieux détrempée que fi elle reftoit en morceaux plus gros. Il met à part, pour fervir au raccommodage des pots, les morceaux où il apperçoit des corps étrangers ou des taches ferrugineufes. Il remplit la Mande Fig. 2, qu’il porte à fon attelier, & il met la terre dans la cuve A , Fig. 12 , qu’il remplit jufqu’à environ fix travers de doigt du bord fupérieur. Il verfe enfuite de l’eau pour la détremper jufqu ace que la cuve foie pleine. Cette opération fe fait ordinairement vers le foir, Sc l’ufàge eft de laifler la terre s’imbiber Sc fe détremper jufqu’au lendemain au matin. Alors le Batteur écume la terre, c’eft-à-dire, qu’avec l’écumette Fig. 10 , il enleve les ordures légères, comme pailles, bois, Sec , que la terre a abandonnées Sc qui nagent à la furface de l’eau dont elle eft recouverte ; enfuite il enfonce le fer de la palette Fig. 6, jufqüe fur le fond de la cuve, & il amene au-deflus la terre qui étoit au-deflous , en faifant attention fi le tout eft parfaitement détrempé. Il écume encore la terre, parce qu’il a déterminé les corps légers qui étoient en deffous à venir furnager. Il pratique enfuite une rigole à la furface de la terre, il la dirige vers le point E de la cuve Fig. 12 , qui eft un trou rond bouché par un fauflet, dont l’ufage eft de laiffer écouler l’eau que la terre n’a pu imbiber ; mais il ne la laifie s’écouler que lorfque la terre , dont l’eau furabondante avoit été troublée par les manœuvres que'je viens de décrire , eft tout-à-fait dépofée.
- 1 La terre dans cette opération n’eft point délayée, elle n’a pris précifément que la quantité d’eau qu’elle a pu abforber. La pratique a prouvé que les eaux crues ou les eaux pluviales étoient également bonnes pour détremper les terres à Pipes, & que ces terres étoient d’autant plus vite & mieux détrempées, quelles
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- étoient plus féches. C'eft pourquoi le Batteur a l'attention d'en mettre fécher dans le voifinage du four lorfque celle du magafin ne l'eft pas aflèz. C'eft enfin la raifon pour laquelle il efl fi attentif à fermer & à ouvrir les fenêtres du magafin, ainfi que je Fai dit , felon que le temps eft fec ou humide. 7
- La terre étant ainfi détrempée, ne peut être employée par les Rouleurs 8c Mouleurs, qu'elle n'ait acquis une certaine confiftance, (bit par l'év iporation de l’humidité, ce qui demande beaucoup de temps, foit en la mêlant avec des terres féches qui partagent l'humidité qui la rendroit trop molle ; mais comme le dernier de ces moyens efl: le plus prompt, on la mêle avec des fcraabes ou rognures de Pipes molles , ou même des Pipes molles caflees , que les Mouleurs & les Trameufes ramaflfent avec autant de foin que de propreté, & que l'on met fécher dans un grenier.
- Lorfque l'eau efl écoulée de la première cuve , le Batteur prend la terre détrempée avec la palette , & il en fait un lit d'environ trois pouces d’épailfeur dans la cuve Fig. 13 ; il en égalife la furface , puis il fait par-defîus un lit de fcraabes très-féches, d'environ deux pouces d'épaifleur, dont il égalife auflî la furface. Enluite avec le tranchant du fer de la palette qu'il enfonce jufqu'au fond de la cuve , il coupe les fcraabes trop grofles, & les fait pénétrer avec les plus petites dans l'argilie détrempée. Les coups de palette font toujours donnés dans un fens oppofé , c'eft-à-dire, que la ligne que décrit le fer de la palette dans le premier coup , efl coupée à angle droit ou à peu~près par le coup luivant. Cette opération étant faite, il arrange un fécond lit de terre détrempée (ur ceux-ci, & un autre de fcraabes, qu'il travaille comme les précédents avec la palette; alors il étampe.
- Cette opération confifte à comprimer avec la Dame ou l'Etampe Fig. £ ces quatre lits, jufqu'à ce qu’il juge par la diminution de leur volume , que les fcraabes ont imbibé l’eau furabondante de la terre détrempée , & qu'elles (oient en quelque (orte incorporées avec elle. Cette terre étant étampée ou pilée, il met par-deflus deux lits de terre détrempée comme ci-deffus, & deux lits de fcraabes qu’il mêle avec la palette & qu’il étampe. Enfin il ajoute encore fur ceux»ci deux lits de terre 8c deux de fcraabes qu’il mêle, mais qu’il étampe beaucoup plus long-temps que les précédents, parce que les premiers éprouvent l'effet qu'il exerce fur les derniers. Cette opération très-pénible à caufe de l’adhérence de l'étampe à la terre, ce qui la rend très-difficile à relever , dure environ un quart-d'heure. 11 nettoie alors l’étampe avec la razette Fig. 8, & il fcraabte la terre.
- Cette opération confifte à transférer la terre étampée de la cuve Fig* 13 dans celle Fig, 14, au moyen de la palette, & à la battre un inflant avec le battoir Fig. 7, à mefure qu’il en a transféré trois ou quatre peilerées. Il continue ainfi jufqu'à ce que la cuve en queftion contienne toute la terre étampée. Comme cette opération ferait (ur de petites quantités de terre à la fois , les fcraabes font
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- mieux affimilées avec la terre détrempée, qu’elles ne l’avoient d’abord été par l’étampe ; 8c le Batteur eft d’autant plus intérefle à la bien faire , qu’il évite parla la peine de battre long-temps la même terre fur l’établi, opération qui eft, fans contredit, la plus pénible de la Manufaélure, A Tournay on fcraabte la terre avec le piqueron Fig. 1 <5, & l’on m’a affiné qu’elle l’étoit beaucoup mieux qu’avec le battoir.
- La terre arrivée à ce degré de préparation pourroit être travaillée ; mais elle ne formeroit pas des Pipes d’une couleur uniforme : car les fcraabes qui proviennent d’une terre très-exaélement mêlée , ne font pas encore affimilées avec celle-ci autant quelles doivent l’être. Pour lui donner ce dernier point de perfection , le Batteur prend en plufieurs pellerées avec la palette, à peu-près cenc livres de la terre fcraabtée dans la cuve Fig. 14 ; il la pofe fur l’établi Fig. r f , qu’il a eu foin de nettoyer auparavant avec la brofle Fig. 11. Il en fait un lit. long & étroit qu’il difpofe félon la longueur de l’établi, ainfî qu’on peut le voir en B. Il prend enfuite à deux mains le barreau Fig. 3 , par la poignée A , 8c il frappe plufieurs coups du plat C ffir ce lit , afin d’en égalifer la furface , 8c. de réduire fon épaiffeur à environ deux pouces. Il frappe enfuite avec le dos B du barreau , par le travers du lit de terre , commençant par un bout & Unifiant par l’autre, ayant l’attention à chaque coup , qu’il n’y ait que les trois quarts de l’épaiffeur du dos du barreau qui porte fur la terre non battue. Le lit s’élargit par l’effet du barreau, ainfi qu’on peut ie voir en C ; mais dès qu’il eft entièrement battu, il le raffembie tant avec les mains qu’avec la razette Fig. 8 , & il la difpofe encore félon la longueur de l’établi, mais dans un fens oppofé à la première difpofition , de façon que les coups de barreau doivent cette fois couper en travers les premiers ; enfin il la ramaffe après l’avoir battue , il la difpofe de la même maniéré qu’elle étoit la première fois, & il la bat encore ; & fi à cette troifieme reprife. il s’apperçoit, après l’avoir ramaffée & en avoir coupé une tranche avec un fil de laiton, que la couleur n’en eft pas uniforme-, ce qui annonce que le mélange eft encore imparfait, il la bat une quatrième fois.
- Après que la terre a été battue 8c ramaffée, il la met en piece ; il en fait une maffe, à laquelle il donne , au moyen du battoir Fig. 7, une forme à-peu-près cubique, ainfi qu’on peut le voir dans la Figure 1, PL 6. C es pièces de terre pefent de 80 a 100 livres : elles font placées à côté de l’établi fur une efpece de banc, où les Rouleurs viennent les prendre pour les mettre en œuvre ; mais comme la beauté des Pipes dépend en partie de la bonne préparation de la terre , elles ne font employées que lorfque le maître Ouvrier les a contrôlées.. Ce contrôle fe fait en en coupant quelques tranches avec un fil, afin de voir fi la couleur eft parfaitement uniforme. Il eft auffi enjoint, fous peine d amende , aux Rouleurs d’avertir le maître-Ouvrier lorfqu’ils ont des parties de pièces ou la couleur eft comme marbrée.
- A Tournay, à Valenciennes ce à Saint-Omer, on fe fert, pour battre la Pipes% E
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- terre, d’une barre de fer d’un pouce d’équarriflage. L’opération eft encore plus pénible avec ce barreau qu’avec celui à couteau, parce qu’il adhéré davantage à la terre; mais elle eft plutôt & plus exactement faite. Le barreau à couteau pelé iy à 16 livres, & le quarré environ 20 livres.
- A Tournay, les Batteurs font dans l’ufàge de donner à la terre ce qu’ils nomment des brouillards, lorfqu’en la battant ils apperçoivent des parties qui font encore feches. Pour cela ils rempliflent d’eau leur bouche, & ils la fouffient avec le plus de force qu’ils peuvent, fur les parties qui leur paroiffent trop peu humectées. Cette eau eft réduite effectivement en parties fi fines, quelles reftemblent à un brouillard.
- Le Batteur eft ordinairement payé au mois dans les Manufactures ; fes gages font de 40 livres par mois. Il eft tenu de préparer tous les jours de la terre pour 16 Mouleurs, de raccommoder les pots, de recevoir la terre & de la foigner tandis quelle eft en magafin, & de donner auffi des foins aux fcraabes, que les Ouvriers portent au magafin qui leur eft deftiné.
- M. Rigault a afliirément bien exactement détaillé la préparation des terres à Pipes, telle qu’on la fait en Flandre ; cependant je ne me crois pas difpenfé de rapporter la méthode de Hollande, dont j’ai l’obligation à M. Allamand, d’autant qu’elle fournit des moyens plus expéditifs que celle de Flandre.
- Pour mettre la terre à Pipe en état d’être employée par les Routeurs & les Mouleurs, on commence par la faire bien fécher; enfuite on la réduit en poudre avec un maillet, puis on la met tremper pendant un ou deux jours, fuivant la quantité de terre qu’on veut préparer. Au bout de ce temps on fait écouler l’eau qui fumage, & on remue la terre avec une pelle de fer jufqu’à ce qu’elle ait acquis la confiftance d’une pâte liée ; alors on la pétrit, & l’on en fait des efpeces de pains longs d’un pied, larges & épais de 6 pouces : on les met dans un moulin pour les mieux pétrir & rendre leur fubftance plus homogène.
- Pour comprendre la conftruétion de ce moulin, il faut imaginer une barre de fer A B9 PL 7, Fig. 1, établie perpendiculairement entre les poutres O A M & N B P ; les deux bouts de cette barre font reçus, lavoir celui A y dans des collets de fonte ; & celui B , dans une crapaudine de même métal, & elle eft mue circulairement au moyen du levier CD, qui lui eft fermement attaché en Cy & qui s’étend jufqu’en D , où l’on ajoute une barre de fer courbée Dg+ à laquelle on attele un cheval, qui, par un mouvement circulaire, fait tourner la barre A B. "
- Cette barre eft dans l’axe d’un cylindre creux, ou d’un tonneau cylindrique ouvert par en-haut en E Gy & fixé par en-bas fiir le plancher R S, qui lui fort de fond. Ses douves font épaiffes d’un pouce & demi, & font exactement jointes-les unes aux autres par quatre cercles de fer E, H y I, F ; fon diamètre eft de deux pieds, & fa hauteur F G de trois pieds & demi. Il eft percé au bas de
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- deux trous quarrés abc d, de 8 pouces : ils font vis-à-vis l’un de l’autre.
- Sa hauteur eft partagée en quatre parties égales ,eaf,c,c,f, Fig. 2 , par autant de lames de fer b c, Fig. 2& 3 , qui ont deux ou trois lignes d’épaif-feur, Sc deux pouces Sc demi de largeur i k, Fig. 3. Ces lames font fixées à la barre de fer verticale , Sc forment comme autant de rayons du cercle formé par le cylindre où elles font placées, Sc de la circonférence duquel elles s’appro„ chent autant quil eft poflible, fans cependant la toucher. Chacune de ces lames horifontales eft chargée de quatre autres de la même largeur Sc épaiftèur, mais qui s’élèvent perpendiculairement à la hauteur de 6 pouces, telles que a,a, a, a, Fig. 2 & 3. Ces lames qui s’élèvent perpendiculairement for la longueur des lames horifontales for lefquelles elies font attachées , divifent celles-ci en quatre parties égales ; celles a b, qui font le plus éloignées du centre , touchent prefque les parois du tonneau , & la plus bafle des lames horifontales rafe le fond, au-delfos duquel elle eft pofée. Les lames perpendiculaires font l’office de couteaux, Sc elles en portent le nom. Lorfque le cheval fait tourner la barre EF, Fig. * , les couteaux coupent, pai leur mouvement circulaire, les pains qu’on a mis dans le tonneau ; & la terre corroyée Sc divifée en morceaux aflèz minces, fort par les trous abcd, Fig.i ; auxquels on adapte en dehors une planche d K a, pour retenir la terre qui en fort ; on remet cette terre une fécondé fois dans le moulin, Sc même une troifieme, fi on ne la trouve pas aflez bien pétrie & corroyée.
- Pour juger fi la terre eft telle qu’il la faut, les Ouvriers en prennent un morceau forti par les trous a b c d, Sc le coupent avec un fil de fer ; s’ils trouvent que la couleur eft uniforme, ils font aflurés que la terre eft bien préparée Sc corroyée comme il faut ; alors ils en forment des pains comme auparavant pour les livrer aux Routeurs : mais fi cette terre n’eft pas toute d’une couleur uniforme, ils la remettent au moulin.
- La Figure première de la Planche 7, repréfonte le moulin tel qu’il eft quand
- le cheval fait tourner la barre A B, garnie de lames Sc de couteaux.
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- La Figure fécondé en repréfente une coupe perpendiculaire, pour qu’on voie comment les lames horifontales font affemblées au bas de la barre verticale,
- La Figure troifieme le repréfente vu perpendiculairement du haut en bas . r, indique la plus haute des lames horifontales, 4, la plus baffe ; 2 Sc 3 , les lames intermédiaires. Les efpaces compris en d d d d, font les trous par où fort la terre. Le grand cercle FF, qui environne le moulin, & dont on ne voit qu’une portion à la Fig. 3 , marque le cercle que décrit le cheval.
- Après que la terre a été préparée comme nous venons de £expliquer, & qu’on l’a mife en pain, comme on le voit Fl. 6, Fig. 1, & en la pétrifo faut for une table bien unie, on fait avec une partie de cette terre des rouleaux Fig. 2 , en leur donnant à peu-près la forme que les Pipes doivent avoir.
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- Les .Ouvriers prétendent que c eft un point des plus délicats de leur Art, que de prendre précifément la quantité de terre qui convient pour emplir le moule ; car il faut que le moule fbit plein , & qu’il n’y en ait pas de trop.
- On afîemble ces rouleaux par poignées de quinze, ce qui fait ce que les Ouvriers appellent une douzaine* On les arrange fur trois couches en forme de pyramide Fig. 3, PL 6. La première couche A eft compofée de fix rouleaux, la féconde B de cinq , & la troifieme C de quatre. Quand on forme ces poignées, la terre eft affez ferme pour que les rouleaux puiiïen: fe foutenir enfemble & être retournés en tous fens, afin de les faire fécfier.
- Ces rouleaux ayant acquis une confiftance fuffifànte, on les détache des poignées pour les percer avec une broche de fer, Fig. y , comme on le voit Fig. 4, Les Ouvriers font cette opération avec beaucoup d’adrefte ; mais elle eft bien difficile pour celui qui n’en a pas contraélé l’habitude. L’Ouvrier fàifit ce qui doit faire le tuyau a b, Fig. 4, entre deux doigts qui fuivent la pointe de la broche à inefuie qu’il la fait avancer en poufiant le manche \ car l’Ouvrier a le taél afifez fin pour fentir au travers de la terre une petite éminence circulaire qui eft au bout de la broche Fig. y, Il faut que cette broche foit exactement de la longueur du moule, & l’Ouvrier doit former le trou, à très-peu de chofe près dans l’axe du rouleau a b, Fig. 4. Quand la broche eft entrée dans le rouleau de toute fa longueur, il donne un coup de pouce à la boule de terre d9 Fig. 4 , qui doit former la tête de la Pipe, pour commencer à lui faire prendre l’inclinaifon qu’elle doit avoir dans le moule.
- On met en fuite la Pipe Sc la broche dans un moule de cuivre Fig. 6, qu’on a eu foin de frotter d’huile pour que la terre ne s’attache point aux parois. Ce moule eft formé de deux pièces, fur chacune defquelles eft très-proprement gravé en creux la moitié de la forme extérieure de la Pipe , ainfi que les ornements qu’on voit fur quelques-unes des Pipes des Planches 1, 2,3,4.
- On pofe l’une fur l’autre les deux pièces du moule Fig. 6 & 7, qui ont des repaires a a a pour qu’elles s’ajuftent bien régulièrement l’une avec l’autre ; & afin que les deux pièces du moule ne fe dérangent pas, on met des chevilles dans les trous a a a.
- On place ce moule dans une petite preffe qui eft fermement afîujettie par des vis & des écrous Fig. 17, fur une petite table Mf Fig. 8. Cette prefle Fig.
- 8 & 9, eft formée d’une gouttière de fer fondu & brut ; le fond A & les deux côtés B C, font d’une feule pièce. Mais il y a dans l’intérieur de cette efpece de gouttière deux planches, une de fer poli D, l’autre de bois G, & la planche D n’eft retenue auprès de la paroi B de la gouttière, que par deux boulons de fer E F E, qui lui fervent de conducteurs lorfque l’Ouvrier prefle la planche D par la vis H, qui entre dans l’écrou /, Fig» 8,9 & 10, qui a une tête qui l’arrête dans le côté B de la gouttière de fonte. Au moyen de cette
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- vis , la planche de fer D eft fermement preffée contre le moule qui s’appuie furN la planche de bois G , qui eft retenue par la joue C de la gouttière de fonte. Il fuffit que la planche G foit de bois, parce qu’elle ne peut être endommagée par la vis comme la planche D , qui feule eft expofée à Ion aCiion.
- On conçoit qu’au moyen de cette prefle & du moule 3 le tuyau de la Pipe eft tout d’un coup formé; mais la tête n’eft qu’ébauchée, comme on le voit Fig. 6. Pour la perfectionner, l’Ouvrier laifïant le moule dans la prefle, commence à former le godet en écartant la terre avec le doigt index , Sc la répandant également tout autour. Il prend enfuite un poinçon de fer nommé Vêtampeux, Fig. n , qu’il fait entrer dans la tête du moule ; & afin que fes parois foient d’une égale épaiffeur, & que le talon de la Pipe ne foit- pas > endommagé , l’Ouvrier attache folidement autour de l’étampeux à l’endroit fixé pour la longueur de la tête , un morceau de cuir 5 , qui lui fert d’arrêt. Il retire enfuite le moule de la prefle , il poulie la broche de fer jufqu’à la poignée pour former la communication du tuyau avec la tête de la Pipe Fig. 12, qu’il retire tout de fuite du moule pour la perfectionner avec un inftrument Fig. 13, qu’on nomme îejîriqueux. Il emporte les bavures pour lui donner la forme Fig. 12 , avec le bout arrondi R ; il coupe l’excédent du tuyau avec une lame de fer ^ ou de cuivre P , qui eft attachée obliquement au manche , & avec la pointe T, il retire adroitement la petite boule de terre que la broche a pouffée dans la tête de la Pipe.
- Les Pipes étant ainfi perfectionnées, il les met fécher fur des planches en les arrangeant comme on les voit Fig. 14.
- Quand elles ont pris une certaine confîftance, l’Ouvrier les reprend pour ôter encore avec un couteau, les bavures de la tête, & en arrondir les arêtes avec un petit bouton de cuivre ou de corne. La Figure iy A, repréfente le bouton, & B fa coupe , pour faire voir qu’on a pratiqué dans l’intérieur une rainure dont l’ufage eft d’arrondir & de perfectionner les arêtes de l’ouverture de la tête ; enfuite il repaffe toutes les Pipes dans le moule pour les redreffer, & à mefttre qu’elles le font, il les arrange fur des planches , comme on le voit Fig. 16 , où l’on apperçoit deux rainures de chaque côté , dans lefquelles on met le talon des Pipes, ce qui fert à les bien arranger, & on les laiffe en cet état jufqu’à ce quelles foient allez raffermies pour fupporter le dernier polf, la marque de l’Ouvrier & la dentelle, ainfi que nous allons l’expliquer.
- On donne le poli en les frottant avec deux cailloux, qu’on nomme Pierres de torrents, dans lefquelles on a creufé des carreaux du calibre ou de la groffeur du tuyau & de la tête de la Pipe.
- La marque de la Manufacture s’imprime fur le tuyau à deux ou trois pouces de diftance du talon, avec une efpece de lame de fer où font gravées différentes cifelures & des caraCteres, en faifant paffer plufieurs fois cette marque tout au-Pipes. F
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- tour du tuyau de la Pipe. Elle s’imprime aifément dans la terre qui eft encore cendre.
- La dentelle fe fait à la tête de la Pipe. Pour l’imprimer, l’Ouvrier met le bouton Fig. iy , dans le godet de la Pipe pour lui donner du fbutien, & avec une petite fcie il parcourt le pourtour de la tête & imprime cette dentelle.
- Quelquefois le moule porte lui-même en creux quelques ornements ; en ce cas l’Ouvrier les repare à la main avec un poinçon de fer & il enleve les bavures qui auroient pu fe former.
- Les Pipes ayant ainfi reçu toute leur perfection, on les met fécher pour qu’elles fiaient en état d’être portées dans la chambre du four, & de rélifter à la chaleur qu’on leur fera éprouver pour les cuire.
- Un bon Ouvrier peut faire par lèmaine environ vingt grofles de Pipes à cinq fols la groiïè ; c’eft environ cinq livres qu’il gagne par femaine. On prétend qu’avec un demi-muid de terre à Pipe, on peut faire vingt-lîx à vingt-fèpt grofles de Pipes.
- Quoiqu’il y ait bien des opérations qui foient les mêmes dans les Fabriques de Hollande que dans celles de France que nous venons d’expofèr, je vais rapporter ce que M. Allamand m’a écrit à ce lu jet.
- Après que la terre a été apprêtée comme on l’a dit, un Ouvrier en prend une quantité fuffifante pour faire une Pipe ; 8ç comme il a l’œil & la main exercés à cela , il eft rare qu’il en prenne plus ou moins qu’il n’en faut: il la roule lur une table , en lui donnant à peu-près la figure d’une Pipe AB, Fig. 4,PL VII. Enluite il affèmble ces rouleaux par poignées de 24, & les arrange fur trois couches en forme de pyramides Fig. 5. La première couche aa9 eik compofée de 9 rouleaux ; la féconde b b, de 8 ; la troifieme c c , dej. Ces rouleaux font formés d’une terre aiïèz ferme pour qu’ils puiflènt être retournés , afin qu’ils fe fechent mieux làns perdre leur figure, & fans s’attacher l’un à l’autre.
- On les laifîè ainfi fécher pendant quelques heures, & quand ils ont acquis une confiftance fiiffifànte, on les fépare des poignées pour les percer avec une broche a b, Fig. 6, qui eft terminée en a par une petite éminence circulaire. Pour cela l’Ouvrier place le rouleau a b , dans une efpece de gouttière de bois A B , Fig. 7, inclinée vers A , & fixée fur une table où eft auflî attaché le moule G H, dont on va parler ; enfuite faififlànt le rouleau avec les deux doigts d’une main E, il le perce avec la broche a F, qu’il a foin de frotter d’huile auparavant , en obfervant les précautions décrites ci - deilus , comme en France. Quand cette broche eft entrée à peu-près de toute fa longueur, l’Ouvrier donne à l’extrémité la plus groiïè B , PL VIII9 un coup de pouce , qui commence à lui donner l’inclinaifon qu’elle doit avoir.
- Ce rouleau ainfi percé fe met avec la broche dans un moule de cuivre jaune
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- Fig. P , qu’on a foin 3e Frotter d’huile pour que la terre rie s’y attache point.
- Le moule eft formé de deux pièces A B & C D , fur chacune defquelles eft gravée en creux la moitié de la forme extérieure'de la Pipe , & fur la circonférence du talon on imprime les armes de la Villè. Les deux pièces ont des repaires d-d d & e e e ; & pour qu’elles s’ajuftent régulièrement Tune fur l’autre, les repaires d d d ont des chevilles qui entrent dans des trous correlpondants faits aux repaires e e e. Ces moules font de différentes grandeurs , 8c font gravés plus ou moins profondément, mais toujours leur creux a, vers la tête en b , un diamètre plus grand qu’en A. Celui qui eft repréfentë dans la Figure 9, eft le moule d’une Pipe qui doit avoir 28 pouces de longueur ; le diamètre de la queue en A eft de deux lignes, & en b de 4 lignes ; là tête eft longue de deux pouces, & large de 21 lignes. En c, il y a un petit enfoncement qui fért à marquer exactement la longueur de la Pipe.
- Ce moule fe met dans une preiîè Fig. ro & ir , qui eft précifément la même que celle qui eft décrite plus haut poui les ripes de France, excepté que les Ouvriers de Gouda mettent quelques feuilles de carton entre la planche de bois K 8c le côté H de la gouttière , marquées par des points i, Fig. 10 , apparemment parce que faifant reflort, elles ménagent le moulé.
- Lé tuyau de la Pipe étant formé par l’aétion de la préffe , l’OuVfier y fait auffi la tête; & pour cela il fe fert, comme en France, d’un étampeux Fig. 12, pareil à celui des Ouvriers de France, environné d’un cuir S , retenu par le cercle A.
- Enfuite il retire le moule de la preffe, & il en Ôte la Pipe pour lui donner une nouvelle façon avec un inftrument qui répond à l’eftriqueux des Ouvriers François, 8c qui eft repréfenté de grandeur naturelle Fig. 13. A, eft un manche de bois, à l’extrémité duquel eft un fil de fer recourbé C, avec lequel l’Ouvrier ète les bavures du tuyau de la Pipe ; B , eft une efpece de lame de couteau affermie dans le manche, avec laquelle on coupe l’excédent du tuyau, dont la véritable longueur eft marquée par le petit enfoncement qu’il y a dans le moule en c , Fig. 9.
- Après cela on arrange les Pipes fur des planches qui ont une i*ainurè dé chaque côté , dans laquelle fe placent les talons des Pipes, comme cela fe voit Fig, 15. Les rebords de ces planches s’élèvent allez haut pour qu’on puiiïe mettre plufieurs planches les unes fur les autres , fans que les Pipes en fouffrent.
- On les laiffe ainfi fécher, en obfervant cependant qu’elles hé deviennent pas trop féches ; car il faut qu elles relient un peu fouples.
- Tout ce travail fe fait par des hommes , qui font payés par grolîès. Celui qui fait les rouleaux a quelque chofè de plus que les autres , qui reçoivent depuis 4 jùfqu’à fix fols de Hollande par grolîe. Une grolîe contient quatorze douzaines, ou 168 Pipes. Mais le Maître n’en reçoit que xdo ; il faut qu’il rabatte 8 Pipes
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- par groffe, pour dédommager les Ouvriers de celles qui fe caffent fàfts qu’ il y ait de leur faute.
- Quand les Pipes, en fe féchant , ont pris une certaine confiftance , des Ouvrières les reprennent pour ôter avec un couteau les bavures qui font encore reliées. Pour cela elles commencent par remettre la broche dans le tuyau, afin de pouvoir mieux manier la Pipe qui eft encore fouple.
- Elles ôtent premièrement les bavures de la tête, en coupant les arêtes avec un couteau C B A D, Fig. 14, FL VIII, à environ 8 à 10 pouces de longueur , y compris le manche. Près du manche en B , il y a une échancrure demi-circulaire , de la grandeur qu’elle eft dans la Figure ; elle fert pour ôter les bavures du tuyau , 8c pour cela elle n’eft pas tranchante. Sur le dos du couteau en C y eft une efpece de petite fcie qui fert à faire la dentelle qui environne la tête de la Pipe. Au bout du manche eft un fil de fer recourbé D, avec lequel les Ouvrières ôtent la petite boule de terre qui refte dans la tête , après qu’on a pouffé la broche pour faire, la communication du tuyau avec la tête.
- Quand elles ont coupé les excédents de la tête, elles en arrondiffent les bords avec fin petit bouton de corne Fig. 16. A eft. ce bouton, autour duquel il y a une rainure circulaire a, de même diamètre que l’ouverture de la tête de la Pipe ; cette rainure a fe voit en B , qui repréfente la coupe perpendiculaire de ce même bouton, que l’on voit de côté en C. La rainure fert à arrondir 8c polir les arêtes de l’ouverture de la Pipe.
- Enfuite elles en poliffent 8c arrondirent la tête avec un fil de fer courbe, qui eft plat & poli dans fintérieur de fa courbure. Voye^ FL IX, Fig. 18 , où cet infiniment eft repréfenté dans fa grandeur.
- Lorfqu’elles ont ainfi poli la tête, elles tracent autour de Ion ouverture la dentelle avec le couteau de la Figure 14, PL VIII, 8c elles ôtent la petite _ boule de terre qui eft reftée dans l’intérieur ; après quoi elles enlevent les bavures du tuyau , avec l’échancrure B , qui eft dans le même couteau Fig. 14 ; & en-fuite elles le poliffent avec l’inftrument dont nous allons parler, Fig. 19, PL IX.
- Il eft encore repréfenté ici dans fa vraie grandeur. C’eft une large lame de fer A ou attachée à un manche de bois B ou D. Dans la lame, il y a des rainures de différentes grandeurs a , b, c , qui font bien polies , 8c qui, par-là, donnent le poli au tuyau autour duquel on les promene. A B repréfente cet infiniment vu de .côté ; C D le fait voir de plat.
- Quand toute la Pipe eft ainfi polie, les Ouvrières mettent fur le tuyau, à 3 ôu 4 pouces de diftance du talon, le nom de l’Ouvrier & de la Ville de Gouda. Ces noms font gravés fur les deux côtés d’un petit morceau de fer quarré Fig. 20 ; & pour les imprimer fîir le tuyau de la Pipe, il n'y a qu’à faire rouler ce fer autour du tuyau. On voit ici cet outil de grandeur naturelle Fig. 20 , a b. Ces deux noms font à quelque diftance l’un de l’autre, 8c -l’intervalle quf les fépare eft orné d’une dentelle qui fe fait avec une efpece de fcie ou de
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- lime qui fe voit en b 9 fur un troifieme côté de ce même outil. Après quoi on imprime fur le talon la marque de la Fabrique avec un poinçon b , Fig. 21.
- Lorfque les Pipes font finies à ce point, les Ouvrières en retirent la broche Sc les arrangent fur des planches A, B, C9 D , Fig. 17, PL VIU, femblables à celles dont il a déjà été parlé. Là on les laifle fécher jufqu’à ce qu’elles aient perdu toute leur fouplefîè Sc qu’elles loient fort dures. En été on les expofo pour cela au foleil, Sc en hiver on les met dans des chambres échauffées par des poêles ; mais il faut éviter qu’elles fe fechent trop vite ; car alors elles courent rifque de fe courber.
- Quand elles font bien feches , d’autres filles les reprennent pour en polir de nouveau les tuyaux Sc les têtes avec l’inftrument décrit ci-deflùs Fig. 18? PL IX9 Sc avec un autre outil Fig. 22 9 qui confifte en un caillou bien poli Sc formé en cône , attaché par une virole de cuivre à un manche de bois : la Figure en offre les juftes dimenfîons. Le caillou eft quelquefois une agathe ou une pierre à fufil. Les filles qui font cet ouvrage gagnent 2 à 3 lois par groffe. Il ne refis plus qu’à les cuire.
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- De la Cuijjon des Pipes, & la description des Fours propres à cet ujage.
- L e petit four ou fourneau propre à cuire les Pipes, forme à fon extérieur Fig. 18 ? PL X 9 une efpece de tourelle élevée fur une bafe de 32 pouces de diamètre Fig. 19 ; cette tour a j1 à 6 pieds de hauteur 9 ( je parle préfentement du plus petit four , ) les murs qui ont environ 7 pouces d’épaifleur, forment intérieurement un oélogone tracé for un cercle d’environ 17 pouces de diamètre intérieur. Le dans-œuvre du fourneau, ou le diamètre de ce qu’on nomme la chambre , efl: de 14 pouces Sc demi.
- Pour prendre une jufte idée de ce four, il faut faire attention que comme on exige que les Pipes foient très-blanches, il ne faut pas qu’en cuixànt elles foient expofées à la moindre fumée. C’eft pourquoi le fyftême général de ces fours eft qu’il y ait en bas-une fournaife B , Fig. 20 9 PL XI? où l’on braie le bois, & au-defîùs font les Pipes qui font foigneufoment renfermées ou dans des gaflettes ou boiffeaux exaélement fermés, ou dans une capacité bien clofe. Dans l’un Sc l’autre cas 9 les Pipes ne font point chauffées immédiatement par le feu ; mais la chaleur échauffant ou les parois de la chambre ou les boiffeaux 3 elle cuit l’ouvrage qui y eft renfermé, comme dans un creufot qui n’a aucune communication avec la fumée.
- Ceci bien entendu , on diftingue dans le four Fig. 18 , PL X, dont on voit la coupe verticale Fig. 20 , PL XI9 Sc la coupe horifontale au-deffous du fourneau Fig. 21 9 même Planche : i°. Les parois extérieures A du four , Fig. 20 , PL Xl 9 qu’on nomme le furtout. 20. Le fourneau B, ou la fournaife dans laquelle eft le feu. 30. La chambre C, ou le pot dans lequel les Pipes font renfermées. Pipes. G
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- 4°. Le chapiteau D du Pot. Le chapiteau E du fur-tout. 6°. Le chandelier ou fufeau F, qui fert à foutenir les Pipes dans une pofition verticale. j°. Le boifleau G, qui fert au même ufàge.
- La chemife ou le fur-tout A, qui forme l’extérieur du four, eft bâtie fur les proportions que nous venons de donner, & conformément aux plans & profils, avec des tuileaux & un mortier de terre à four.
- Le fourneau ou la fournaife B, eft formé par une voûte de 17 pouces de diamètre & 2 pouces d’épaifleur, conftruite avec du tuileau & de la terre à four ; le de flus de cette voûte eft élevé de 14 à 15 pouces au-deflus du fol. Elle eft fermée en plate-bande , bombée environ de deux pouces , & portée par huit petits piliers, qui ont trois pouces de faillie, deux pouces d’épaif-feur, & qui font conftruits, comme le refte, avec du mortier de terre & des tuileaux. Tout cela s’apperçoit en B , Fig. 20, & on met le bois par une porte H> Fig. 18 y PL X.
- Pour que la chaleur du fourneau puifle fe communiquer tout au pourtour de la chambre C, ou du pot, on fait à la voûte du fourneau, & entre les piliers qui la foutiennent, des ouvertures /, Fig. 21 , PL XI, de 18 lignes de largeur , fur f à 6 pouces de longueur, qui fervent à laifiTer échapper la fumée, & à porter la chaleur entre le pot & le fur-tout ; car les Pipes doivent cuire comme dans une elpece de tourtiere. Les piliers qui foutiennent la voûte, font continués jufqu’à la bafe du chapiteau, mais échancrés pour recevoir les tuileaux qui forment la chambre ou le pot, lefquels font bien ajointoyés & crépis avec de la terre , pour que la fumée qui paffe entre tous les piliers, ne pénétré pas dans la partie du pot où font les Pipes, il faut donc imaginer que ce pot C eft entouré par fept tuyaux de cheminée 1, qui le chauffent tout au pourtour.
- La chambre ou le pot Ceft, comme on le voit à la Fig. 20, placée au-deftus du fourneau B , & c’eft l’endroit où l’on arrange les Pipes pour les faire cuire , ce qu’on nomme empoter.
- On y arrange les Pipes circulairement autour d’un petit pilier de terre qu’on nonime chandelier F, Fig. 20. On le place au milieu de la chambre, & il eft foutenu par une broche de fer qui le traverfe dans fà hauteur ou fuivant fon axe; au moyen de cette broche, on pourroit mettre plufieurs chandeliers les uns au-defTus des autres pour foutenir une colonne de Pipes plus élevée, comme on le pratique dans les grands fours.
- Ces chandeliers ont un pouce de diamètre, for 8 à 9 pouces de hauteur 9 & leur tête eft cannelée pour recevoir le tuyau des Pipes.
- Quand on place plufieurs rangs de Pipes autour du chandelier, on met un boifleau pour foutenir le poids des Pipes, qui étant poféesles unes fur les autres, tendroient à couler en s’écartant du chandelier, & on met encore des Pipes en dehors du boifleau pour remplir entièrement la chambre.
- Ce que nous appelions ici boijjeau, eft un pot de terre qui n’a point de fond.
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- Il a dix à douze pouces de diamètre, fur huit à neuf pouces de hauteur, Fé-paiffeur de la terre eft de fix à fept lignes. On verra dans la fuite que dans les grands fours on en met plufieurs les uns fur les autres.
- On arrange les Pipes dans le pot circulairement autour du fufèau, comme on Fa déjà dit, la tête en en-bas, ainfi qu’on le voit dans la Fig. 20; mais quand il y en a cinq à fix rangs de placés les uns fur les autres , on met par-deftus trois ou quatre autres rangs de Pipes la tête en haut, & on obferve cette alternative de pofition pour qu’il en tienne davantage dans le pot. La chambre ou le pot étant ainfi rempli de Pipes, on forme fon chapiteau fur douze à quinze pouces de hauteur, avec des feuilles de gros papier qui font recouvertes d une couche de terre de quatre à fix lignes d’épaifleur , ce qu’on appelle dorure.
- Ces dorures fe font avec de la terre à Pipe ^en poudre , qu’on imbibe d’une fiiffifànte quantité d’eau, pour que l’Ouvrier puifle l’appliquer & Fétendre avec la main fur les feuilles de papier qu’il pofe fur un rang de Pipes déjà cuites, mais de rebut, qui portent d’un bout fur la colonne de Pipes à cuire, & de l’autre fur les pans de l’oélogone qui forme la chambre. Ainfi ces Pipes cuites font comme une efpece de charpente qui foutient les papiers dorés.
- On forme enfuite le chapiteau du fur-tout, à dix-huit lignes de diftance de celui du pot, on le fait avec des tuiles gironnées qu’on joint avec de la terre , & on termine cette efpece de dôme par un pot K, Fig. 18 , PL X. ô 20, P/. XI, qui eft percé au milieu pour laide r échapper la fumée.
- Le four eft chauffé avec du bois blanc, qui fait une chaleur très-vive & peu de fumée lorfqu’il eft bien fec. Dans ces petits fours, fix ou fept heures fùffi-fent'pour cuire les Pipes. Il en faut quatorze ou quinze pour les cuire dans les grands fours.
- Quand les Pipes font cuites, 8c qu’on veut vuider le four, ou, comme Fon dit, dépoter, on démolit les deux chapiteaux qu’il faut refaire toutes les fois, qu’on cuit de nouvelles Pipes, alors le four paroît comme une tour ronde de quatre pieds de hauteur, & qui n’a point de couverture; à la place des chapiteaux, on met fur le four une planche ou une large tuile pour entretenir la chaleur, & que les Pipes fe refroidilfent peu-à-peu. On verra dans un inftant qu’on 11e démolit point le chapiteau des grands fours. Les petits fours dont nous venons de parler, peuvent contenir dix-neuf à vingt grofles de Pipes. Ce font ceux dont on fe fert à Rouen , & dont M. Dubois a bien voulu me donner les plans.
- y
- Des grands Fours pour cuire les Pipes.
- Maintenant qu’on a pris’une idée allez exaéle de la conftruéïion des petits fours , il nous fera aifé d’expliquer clairement la conftruélion des grands fours 9 dont le fervice eft plus facile, & qui mettent en état de beaucoup économie le bois.
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- Ces fours font quarrés, aflez femblables aux fours où l’on cuit les tuiles & les briques. La Figure 22, PL X, en repréfente la fondation. ZZ, L’épaifleur des murs au niveau du terrein. A , L’emplacement du fourneau, ou de fendroit où Ton fait le feu, B, La bouche du fourneau, ou l’endroit par où Ton met le bois.
- La Figure 23 , PL XI, efl l’élévation extérieure de ce four. K K , Retraite qu’on fait pour diminuer l’épaifleur de la maçonnerie, quand elle efl élevée au deflus de la voûte du fourneau. L L, efl le chapeau du fourneau. C, efl une porte qui fert à mettre les Pipes dans les boiffeaux qui font de terre rouge.’ Quand les boiffeaux font pleins, on ferme exaélement cette porte avec une maçonnerie de brique & d’argille. B , efl la bouche du four qui fait faillie fur le vif du mur , comme on le voit au plan Fig, 22 , P/. X,
- La Figure 24 efl une coupe horifontale du four au niveau de la ligne K K , Fig, 23 , .PL XI, ou au-defliis de la voûte de la fournaifè. K K, La retraite de l’épaifleur de la maçonnerie. //, L’épaifleur de la maçonnerie depuis les fondations jufquau-defîus de la voûte de la fournaifè. B, Bouche du fourneau. E E, Des ouvertures qui font à la voûte de la fournaifè, par lefquelles la fumée , la flamme, & la chaleur du bois qui brûle dans la fournaifè, fe communiquent dans toute la capacité du four. D Z?, Endroits où Pon place les boifîeaux, comme nous allons f expliquer.
- La Figure 2 J, PL XI, eft une coupe verticale de ce même four par la ligne aby Fig. 24. PL X. F y L’intérieur du fourneau ou delà fournaifè où l’on met le feu. KK y La retraite de la maçonnerie. E f?, Les ouvertures qui font à la voûte du fourneau pour communiquer la chaleur dans rincérieur du four. ZZ, Le chapiteau , ou la couverture du four qui efl voûté. H H y Les évents , ou les ouvertures qui font à cette voûte d’en-haut pour laiffer le pafîàge à la fumée, & établir un courant d’air dans la capacité du four.
- On conçoit par ce que nous venons de dire, que la fumée fe répand dans toute la capacité du four. Cependant il efl de la plus grande importance que les Pipes que l’on cuit, fbient entièrement à couvert des imprefïions de cette fumée.
- Ces grands fours n’ont point de chambre ou de pot dans lequel on renferme les Pipes à couvert de la fumée ; mais on y fupplée en renfermant les Pipes dans des colonnes de boifîeaux formés de terre cuite, tels que G , Fig,. 2 ÿ. On commence par mettre fur la voûte du fourneau , aux places indiquées par D, Fig. 24, un boifîeau tel que G , Fig. 25. On pofe au milieu un chandelier, on remplit ce boifîeau de Pipes, & à mefure que la pyramide de Pipes s’élève, on ajoute un chandelier qui efl enfilé par une broche de fer. Quand la pyramide furmonte le boifîeau , comme on le voit en G 1, on met un fécond boifîeau , qu’on lute bien avec le premier. Quand on a rempli de Pipes ce fécond boiffeau, on en ajoute un troifieme ,& la colonne efl finie , comme on le voit en G 2, Il ne refie plus qu’à former fur la pyramide de Pipes N , avec
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- des tuiles creufes & gironées, le chapiteau M. On couvre dun bon lut toutes les colonnes ;& quand les neuf colonnes D, Fig. 24 , font chargées, comme on le voit Fig. %5 9 on maçonne la porte C, Fig. 23, & on allume le feu qu’on fait d’abord fort doux , & qu’on augmente peu-à-peu, ce qui dure de quatorze à feize heures. Alors on laiffe éteindre le feu , puis on ouvre la porte C, mais on ne vuide les boifleaux que quand ils font prefque froids, Sc lorfqu’il n’y a plus aucune fumée dans le four.
- L’avantage de ces grands fours eft, i°. d’être très-folides & de durer longtemps , fans exiger beaucoup de réparations.
- 20. De ce qu’on eft difpenféde refaire à chaque fournéeie chapiteau du fourneau.
- 30. De contenir une grande quantité de Pipes qui fè cuifènt toutes à la fois.
- 40. Comme la chaleur prend les boifleaux tout autour, le feu eft employé bien plus utilement.
- Les belles Pipes doivent être droites, d’une terre bien blanche, fines, luf trées ; la tête doit avoir une forme régulière : il faut, avant de les acheter, examiner fi l’air paiîe bien rln fourneau dans toure la longueur du tuyau : elles doivent être bien cuites & fonores. On en fait d’une longueur extraordinaire , mais communément la longueur du tuyau eft comme on le voit aux Planches I, II, III & IV.
- Les fours de Hollande font un peu différents de ceux dont je viens de parler, ainfi je vais en donner la defcription d’après ce que m’a écrit M.’ Allamand.
- Quand les Pipes font bien finies, comme nous l’avons expliqué, & qu’elles font bien feches, il faut les cuire. Pour cela on les met dans des pots fem-blables à celui qui eft repréfenté en B CD E, Fig. 23, PL IX. A B C en repréfente le couvercle. Ces pots ont une figure un peu conique ; leur ouverture B C a un pied de diamètre , & le bas en D E a 9 pouces ; leur hauteur perpendiculaire de B en D eft de deux pieds ; leur épaiflèur eft partout de deux pouces. Ils font pofés fur trois pieds, qui empêchent le fond de toucher fur le fol fur lequel ils repofent ; leur couvercle a, comme leur embouchure, un pied de largeur de B en C, & forme un cône dont la hauteur eft d’un pied & demi. '
- Ces pots fe font à Gouda, d’une terre grade qu’on tire de la Frife ; s’ils font bien entiers, ce qu’on connoît par le fon qu’ils rendent quand on les frappe, ils coûtent 8 fols la piece : ils n’en valent quelquefois qpe 7, & même moins.
- On voit, Fig. 24 Pi. IX , la coupe d’un de ces pots avec fon chandelier A B, qui eft repréfenté plus en grand en A D, Fig. 25.
- Ce chandelier eft un tube d’argille cuite, cylindrique , dont le diamètre a par-tout 2 ou 3 pouces, excepté vers fon extrémité inférieure D, où il s’élargit un peu pour lui donner un peu plus d’afliette , ce qui lui donne la figure d’une trompette, & on le nomme ainfi. La hauteur de A en B, eft de deux pieds : il eft cannelé, pour que les Pipes qu’on appuie contre ne gliflent pas. Pipes. H
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- Il eft percé en CCC de trous. Nous parlerons dans la fuite de leur ufage.
- On place ce chandelier au milieu du pot B D E C, Fig. 24 ; on arrange les Pipes autour la tête en en-bas, jufqu'à ce qu elles excédent d'un pied la hauteur du pot ; alors on yerfe par l'ouverture A du chandelier , de la terre à Pipe cuite , réduite en poudre, & pafTée dans un tamis fin $ de crainte que
- de trop gros grains ne paflàffent par les trous du chandelier. Cette efpece de fable fe répandant ainfi dans les cavités que les Pipes peuvent laifler entre elles, & reinplilîànt exactement tout le pot , leur fert de foutien , & les empêche de fe courber durant la cuiilbn.
- Quand les pots font ainfi préparés , on les couvre de leur couvercle A B C, Fig. 23 , & l'on en bouche ou lute foigneufement la jointure avec de l'argil-le, pour empêcher la fumée d'y entrer. On les enduit auffi par-tout en dehors de la même argille avant que de les mettre au four ; & fi on obfèrve cette précaution à chaque cuiflon, le même pot pourra fervir quatre ou cinq fois.
- Il fe fabrique en Hollande une fi grande quantité de Pipes, que l'on n'y trou-veroit pas fbn compte fi l'on employoit ces petits fours » qui font en ufage à Rouen ,Sc qui ont été décrits ci-deflus. Les Hollandois, au moins les habitants de Gouda , ne fe fervent que de grands fours , un peu différents des grands fours de France : je vais les décrire auffi exactement qu'il me fera poffible.
- Ces fours font tous bâtis fur le même modèle dans Gouda ; ainfi pour en faire connoître la conftruction , il fuffit d'en décrire un feul : on en a choifi un de la Fabrique du Moulinet, qui eft la plus confidérable.
- Ce four, dont on voit ici l'élévation, Fig. 30, P/. IX, eft rond ; fbn diamètre extérieur CD > eft de 16 pieds. Il eft bâti de briques faites avec une terre graflb qu'on tire des bords de l'Yilel, riviere qui pafle par Gouda ; & au lieu de chaux, on fe fert de cette même terre pour les joindre enfemble 8c les maçonner. Ces fours ainfi maçonnés durent plufieurs années ; il y en a un dans la Fabrique du Moulinet, qui fert depuis fept ans.
- La Figure 31 repréfènte la coupe de ce four, & il fera aifé de connoître lepaifleur de la maçonnerie , tant du bas que de fes différentes retraites, la longueur de la ligne D C, Fig. 30 , étant de 16 pieds.
- Il eft couvert par une voûte en plein-cintre, au milieu de laquelle eft un trou F y Figures 30 & 31, rond, de deux pieds de diamètre ; c’eft par ce trou que fort la fumée. Il y a encore fix autres trous ou évents quarrés de 6 pouces, d9 dy dydy qui fervent pour faire jouer la flamme jufqu'au haut, & outre cela un feptieme trou encore plus grand O , Fig. 31, qui s'ouvre & fe ferme à volonté par une porte de fer. Ce trou eft deftiné à rendre la flamme plus ou moins vive. Les fix autres trous font toujours ouverts.
- La voûte a par-tout un pied d'épaifleur ; fa plus grande élévation de O en F y Fig. 30, eft de treize pieds & demi. Pour donner plus de fermeté à toute cette maçonnerie , le four eft environné de deux cercles de fer b %b 9 Fig. 30 & 31.
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- Le four n a qu’une feule ouverture A9 Fig. 30 , haute de ^ pieds, êc large de trois ; c’eft par-là qu’on entre pour placer les pots p 9 p 9p, comme on le voit Fig. 31.
- Pour bien entendre cette opération , & la maniéré dont le feu agit dans ce four , il faut jetter les yeux fur les Figures 32 & 33. La première repréfènte une feélion horifontale du four, faite par la ligne ponétuée e9 e9 Fig. 30 ; la Figure 33 eft la coupe de ce même four par la ligne ponétuée ç , de la Figure 31.
- L’endroit où fe placent les pots, eft l’efpace circulaire D E F G, Fig. 33, féparé des murailles du four par un canal auffi circulaire dy g y9 Fig. 31, & par R P Q y Fig. 33. Au milieu de ce même efpace eft un trou a b ce, Fig. 33, long de 5 pieds, & large de deux.
- Le diamètre de cet efpace circulaire eft de huit pieds & demi, le canal qui l’environne a un pied & demi de largeur.
- Ce canal a communication avec deux autres conduits a c9 b d 9 Fig. 32 9 ménagés fous fcfpacc circulaire: on fe moffonf pots ; Sc ccuA-ci , dans 1 endroit où ils fe croifent , fe confondent avec le trou a b c e, Fig. 33 , qui 11’eft proprement que la partie i k , Fig. 3 2, du conduit bd 9 reliée à découvert. Le cercle ponétué qu’on voit dans ce trou en H9 Fig. 3 3 , eft l’efpace qui répond au trou du milieu de la voûte par où fort la fumée ; & les points d9 d 9d9 d9 d9 d, indiquent l’emplacement des fix trous ou évents qu’on ménage dans le corps du* four, marqués par les mêmes lettres dans les Figures 30 & 3 r.
- Le canal circulaire a trois ouvertures B 9 B9 B 9 Fig. 30 & 32, par où on allume le feu , comme nous allons l’expliquer. Il eft, de même que le trou a b ce, Fig. 33 <531, recouvert de tuiles courbes x x 9 mais qui laifîent entre elles des intervalles n 9 n, par lefquels la flamme peut pafler. Ces tuiles fë placent avant qu’on mette les pots dans le four. Ces pots p 9 p 9p9p 9 Fig. 31, font arrangés comme la Figure l’indique ; on en remplit d’abord tout le plan du fourneau, y compris les endroits recouverts de tuiles ; enfuite on les met les uns fur les autres , jufqu à ce que le four fbit plein. Après cela on ferme la porte A 9 Figures 30 <§> 33 , avec des briques & de l’argile ; & pour que cette porte refte bien bouchée, on en affermit la maçonnerie par des barres de fer qu’on aflujétit par des gonds nn , Fig. 30.
- Le four étant ainfi rempli & fermé , il faut le chauffer. Pour cela on met des tourbes dans les conduits a c 9 b d 9 Fig. 32, auffî bien que dans le canal circulaire avec lequel ils communiquent : les ouvertures B 9 B 9 B 9 fervent à cette opération. On allume ces toutbes, & on entretient le feu pendant 50 ou 60 heures ; mais il faut avoir foin que dans le commencement le four s’échauffe lentement , augmentant peu-à-peu fa chaleur , jufqu’à ce qu’enfin il devienne tout rouge. Quand on voit le four dans cet état, fiir-tout à la porte nouvellement maçonnée, il femble être tranfparent. On entretient ce haut
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- degré de chaleur, jufqu’à ce qu on juge que les Pipes foient foffifamment cuites. Alors on laifle éteindre le feu 8c refroidir le four.
- On conçoit aifément par la conftruélion , que la flamme doit avoir pénétré par-tout dans fon intérieur , au moyen des ouvertures que laiflent entr'elles les tuiles dont font couverts les canaux du fond ; la fumée y pénétré auflî, mais elle ne parvient pas jufqu'aux Pipes , qui font enfermées dans leurs pots.
- Il faut obforver que le bois n'eft point propre à chauffer ces fours ; il.les chauffe trop fobitement, 8c les Pipes fe brifent. Toutes les tourbes mêmes ne s'emploient pas pour cet ufàge. On préféré à Gouda les tourbes de Frifo à celles de Hollande, parce qu'elles prennent feu moins vite.
- Après que le four eft refroidi, on ouvre la porte 8c on en ôte les pots. Les Pipes qu'ils renferment n'ont cependant pas encore cet émail ou ce brillant qui en fait la beauté, 8c que les Pipes de Hollande ont par deflus toutes les autres.
- A l'égard des Pipes communes * pour qu’elles ne s'attachent pas aux levres , quand elles font prefque refroidies, on les tire du pot 8c on les trempe dans ne efpece de lait qu'on fait avec une terre fine détrempée dans beaucoup d'eau. Cette terre qu’on ne fait pas cuire 8c qu’on laifle fe féeher d’elle-même, augmente leur blancheur, 8c forme une efpece de vernis , quand on les polit avec un morceau d'étoffe un peu rude ; mais il y a un plus beau vernis que celui-là , dont M. Rigault m’a écrit que les Fabricants faifoient un fecret.
- Dans les différentes recherches qu'il s'eft donné la peine de faire à cette occa-fion, les Manufacturiers, au lieu de lui dire comment iis faifoient leur vernis , cherchoient à le dérouter , en l'aflurant qu'il étoit compofé d'une décoction de noix de galle , dans laquelle on mettoit un peu de blanc de craie. M. Rigault feignit de le croire ; mais ayant pris un peu de leur vernis, il reconnut qu’il étoit compofé d'un peu de favon, de cire, de gomme & d'eau : partant de-là , voici comme il lui a paru qu’on pouvoit faire ce vernis. Un quarteron de favon noir ou blanc , deux onces de cire blanche , une once de gomme arabique ; on fait bouillir enfemble le tout, pendant trois ou quatre minutes , dans quatre pintes d’eau, mefore de Paris , ayant foin , tandis que l'eau fe refroidit, d'agiter le mélange avec quelques brins de balai, afin que la cire, qui ne fe diffout pas dans ce mélange, foit divifée en parties fi fines , qu’elle ne fe raffemble pas à la furface de l'eau ; mais la colle de parchemin lui a paru mériter la préférence for la gomme arabique.
- M. Rigault a encore remarqué, en faifant fes expériences, que les Pipes imbibées d'huile, d'eau de favon, ou de quelque mucilage tiré foit des végétaux , foit des animaux, ne fe colloient plus à la bouche, mais quelles n'étoient pas auffi brillantes que lorfqu’on y joint de la cire.
- "Voici ce que M. A flamand m'a écrit à ce fujet ;
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- Pour donner aux Pipes cet émail ou ce vernis, on les trempe à froid dans une eau préparée ; & enfùite on les frotte avec un morceau de flanelle. Je n ofo pas aflûrer que je connoîflè la compofition de Peau dont on fo fort pour cela ; les Maîtres Fabricants en font un focret. Un d’entr’eux m’a dit qu’elle le préparoit de la maniéré luivante. On jette dans de l’eau bouillante une certaine quantité de fàvon d’Efpagne & de cire blanche ; on laifle cuire ce mélange pendant une demi-heure, & quand il eft refroidi on le verfo dans une cuve , pour s’en fèryir à froid, comme je viens de le dire.
- Quand les Pipes ont ainfî acquis toute leur perfeélion* on les vend par grofles, qui n’en contiennent que 12 douzaines, & qui different par conféquent de celles qui font en ufàge parmi les Ouvriers qui les fabriquent.
- Quand les Pipes font bien droites, d’un bel émail, & de 18 pouces de longueur , ce qui eft leur longueur la plus commune, elles fe vendent environ deux florins ou quarante fols de Hollande ; fi elles ont 28 ou 30 pouces de longueur , elles fe vendent quatre florins. Il faut remarquer qu’à chaque grofle on ajoute une Pipe dont le tuyau & la tête font chargés d’ornements en relief ; les Hollandois la nomment la Pipe du nouveau Marié : on comprend que ces Pipes fe font dans des moules particuliers, où l’on voit en creux ce qui eft relevé fur la Pipe.
- La grande confommation qui fe fait de Pipes en Hollande ? engagent ceux qui vont à l’économie, de faire brûler leurs Pipes après qu’ils s’en font forvis , pour les blanchir. On met les Pipes {aies fur des grilles, au-deflous defquelles il y a un feu de charbons non-fumants ; on les laiffo fur ce feu jufqu’à ce quelles deviennent rouges par-tout : par-là les Pipes reprennent en quelque façon leur première blancheur, & peuvent fervir de nouveau ; mais par-là auflî elles deviennent plus caflàntes, & perdent leur vernis, ce qui fait.quelles s’attachent aux levres. On n’ofè pas préfenter ces Pipes brûlées à ceux qui font un peu délicats dans le choix des Pipes & du tabac. Cependant il y a dans prefque toutes les Villes de la Hollande, des gens qui gagnent leur vie à brûler ainfî les Pipes. ;
- Quelquefois le tuyau de la Pipe fe remplit des fuliginofités du tabac, qui les obftruent par l’opération de les brûler, On confomme cette fuie qui fe réduit en cendre, qu’on emporte aifément avec un fil de fer.
- Quand on achette des Pipes , il faut toujours éprouver fi l’air paflè du fourneau ou de la tête, dans le tuyau ou la queue.
- Un de P Art de faire les Pipes.
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- * EXTRAIT DES REGISTRES
- DE L’ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES.
- Du 6 Juillet 1771*
- ' IVÏOnfieur Bailly qui avoit été nommé pour examiner la Defcription de r Art défaire les Pipes à fumer le Tabac, par M. Duhamel, en ayant fait fon rapport, l’Académie a jugé cet Ouvrage digne de l’impreffion; en foi de quoi j’ai ligné le préfent Certificat. A Paris le 6 Juillet 1771.
- GRANDJEAN DE FOUCHY, Secrétaire perpétuel de l! Académie Royale des Sciences•
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- DE L’IMPRIMERIE DE L. F. DELATQUR. 1771. '
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