Descriptions des arts et métiers
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- POTIER DE TERRE.
- Par M. Duhamel du Monceau, </e l’Académie
- Royale des Sciences.
- INTRODUCTION.
- La rt ^u Potier ^e terre confifte à faire de la vaiffelie & d’autres ouvrages avec de l’argille qu’on imbibe d’eau pour l’attendrir, qu’on pétrit, à laquelle on donne différentes formes, 8c qu’on fait cuire enfuite pour lui donner de la folidité. Suivant cette définition , le Faifeur de Pipes, le Faïancier , & même ceux qui font de la Porcelaine, font des Potiers de terre, mais qui font des ouvrages beaucoup plus parfaits que ceux dont nous allons parler. Ainfi on entend par Potiers de terre > les Ouvriers qui font des ouvrages communs, & qui, pour cette raifon , peuvent être donnés à bon marché.
- L’argille, qu’on nomme auffi terre glaife ( * ), faifant la bafe des terres qu’emploient les Potiers, il eft à propos de commencer par rapporter les caractères qui lui font particuliers, & qui la diftinguent des autres fortes de terres ; pour cela je vais la confidérer dans fon état de pureté, quoiqu’il foit bien difficile , & peut-être impoffible de l’avoir fans être alliée avec différentes fiibftances étrangères, qui, changeant fa nature, tantôt la rendent plus propre à faire des ouvrages de Poterie, & quelquefois obligent les Potiers à faire des travaux confidérables pour rapprocher l’argille de fon état de pureté * fans quoi elle leur feroit entièrement inutile.
- L’argille pure eft formée de parties très-fines qui adhèrent affez fortement les
- (*) Quelques-uns nomment argilîe, une terre rouge, grade, fort alliée de fable, qu’on emploie pour faire les fours, & qu’on nomme à Paris, pour cette raifon, terre à four : ainfi c’eft une
- Potier de terre,
- glaife fort alliée d’un fable ferrugineux ; mais au vrai l’argille & la glaife font deux termes fyno-nymes.
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- unes aux autres; car, quand étant bien ramaffées en maffe & rapprochées les unes des autres, elles font parvenues à un degré de féchereffe aflez confidérable , elles prennent de la dureté ; de forte qu’une motte d’argille exactement pétrie & bien feche, eft dure comme certaines pierres : en cet état, à caufe de la finefle de les parties, elle eft fofceptible de prendre un certain poli : elle eft douce & comme làvonneufe au toucher ; c’eft pour cette raifon qu on 1 appelle terre grajfe. Elle attire T humidité , ce qui fait qu elle s’attache à la langue lorf qu’on l’appuie deflus : elle s’allie auiïi très-bien avec les fubftances grafles ; c’eft pour cette raifon qu’elle eft propre à ôter certaines taches ( * ).
- Si après l’avoir coupée ou brifée en molécules de médiocre grofleur, on la lailîe quelque temps tremper dans l’eau , elle s’en charge allez abondamment : elle fe gonfle proportionnellement à la quantité d’eau qu’elle a prife, & on peut en délayer une petite quantité dans beaucoup d’eau. Mais lorfqu’on ne lui en fournit pas allez pour la réduire en boue , & qu’on la pétrit comme nous l’expliquerons dans la fuite, ce qu’on appelle corroyer, elle devient gluante & forme une pâte très-ductile qu’on peut beaucoup étendre fans la rompre, enfuite la rétraindre ; de forte qu’un habile Potier parvient à lui faire prendre bien des formes différentes ; & quand on l’emploie en pâte un peu ferme, elle a allez de loutien pour qu’un grand vafo qui a peu d’épaifleur , ne fe déforme pas par fon poids. Quand l’argille eft ainli bien pétrie ou corroyée, en forte qu’elle forme une pâte ferme, elle n’eft pas perméable à l’eau tant qu’elle ne fe delfeche point ; c’eft pourquoi on l’emploie pour former des corrois aux réfervoirs & aux baflins qui font deftinés à retenir l’eau ; c’eft encore pour cette raifon que les bancs d’argille renfermés dans l’intérieur de la terre, & qui ont beaucoup d’étendue, forment des réfervoirs fouterrains d’où naiffent des fources qui font quelquefois allez bonnes : car l’argille qui n’eft expofée ni au foleil, ni à l’air, ni au vent, conferve long-temps fon humidité , fa ductilité, & la propriété de n’être pas perméable à l’eau.
- Les Potiers profitent de la ductilité de l’argille pour la travailler fur le tour Sc dans des moules; mais les argilles éprouvent, en fe féchant* d’autant plus de retraite , quelles font plus pures , c’eft-à-dire, qu’elles diminuent beaucoup de volume à mefure que l’eau s’évapore, & alors elles font fi fujettes à fe fendre, quelles feroient inutiles aux Potiers , s’ils n’avoient pas des moyens de l’empêcher de fe retirer aufli confidérablement, comme nous l’expliquerons dans la fuite.
- L’argille pure & telle que nous la fuppofons préfentement, n’eft point, ou peu attaquable par les acides : je dis peu, parce quon peut démontrer dans plu-fieurs argilles la préfence de l’acide vitriolique. Cet argiile réfifte beaucoup à
- (*) On fera bien, pour prendre une connoiflance exa&e de la nature des terres, de consulter yallérius, M. Pott, & le Dictionnaire de Chymie de M. Macquer.
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- DU POTIER DE TERRE. 3
- Paélion du feu fans fe fondre , & elle acquiert par la cuiftbn une dureté comparable à celle du caillou, au point que certaines argilles bien cuites font du feu avec l’acier. Il fomble que cette propriété indique qu’un feu très - aélif lui fait prendre un commencement de fufion : car, quoique par le limple defféche-ment elle prenne de la dureté, ce n’eft jamais au degré que lui procure la cuiftbn ; & à quelque degré que foit porté le defféchement, la terre ne change point de nature ; elle conferve la propriété d’être pénétrée par l’eau, & de devenir, par Ion moyen , une pâte duélile ; au lieu que par la cuiflbn elle eft totalement changée de nature : ce n’eft plus de l’argille , c’eft du ciment fort dur, ou une elpece de fable impénétrable à l’eau, & qui ne peut, avec ce fluide, acquérir aucune duélilité.
- L’argille eft, en cela, bien différente des bons mortiers qui prennent de la dureté en fe deflechant, mais qui la perdent quand on les expofe à une grande calcination. J’ajoute que la dureté de l’argille cuite eft fort différente de celle des pierres calcaires , même les plus dures, telles que le marbre , puifque ces pierres étant expofées à un grand feu 8c réduites en chaux , perdent leur dureté, qui paroît dépendre en partie de l’humidité, puifqu’elles n’ont plus de fermeté, quand, par la calcination, on a diffipé toute l’humidité , qui, fui-vant les apparences, formoit l’union des parties ;•& quand en en faifant du mortier , on leur a rendu de l’humidité , elle reprend à la longue une dureté afîez confidérable ; au contraire, la dureté de la bonne argille augmente à mefore qu’on lui fait éprouver un plus grand feu. La grande violence du feu la fend, la déforme en la réduifant en une eipece de verre imparfait, mais qui conferve fa dureté. Voilà ce qui me fait penfer que la dureté de l’argille cuite , dépend de ce quevpar la grande aélion du feu, fes parties ont acquis un amol-liffement ou un commencement de fufion qui les unit les unes aux autres ; amoliiflement qui n’empêche pas qu’on ne puiffe dire que les argilles pures {oient réfraéïaires à la vitrification , ou à la fufion parfaite.
- Ces remarques, quelque fuccinétes qu’elles {oient, fuffifont pour caraclé-, rifer l’argille pure ; mais comme il ne s’en trouve point qui ne foient alliées de fubftances étrangères, il eft plus important à l’Art que nous traitons , de parler des argilles alliées, & telles qu’elles fe trouvent dans la terre , puifque c’eft de cette efpece qu’emploient les Potiers ; leurs ouvrages font donnés à trop bas prix , pour qu’il leur foit poflible de tirer leur terre d’endroits éloignés de chez eux , comme on le fait pour des ouvrages précieux, tels que ceux de Porcelaine ; il faut qu’ils emploient les terres qui fe rencontrent à portée de leur établiffement. Heureufoment l’argille fe trouve en quantité d’endroits, à une profondeur en terre plus ou moins grande , fi l’on a égard aux fubftances avec lefquelles elles font alliées. Il y en a de bien des efpeces différentes : on la trouve tantôt en grolles mafîes, d’autres fois par bancs qui ont peu d’épaifleur , relativement à leur étendue ; enfin elle fe diftribue quelquefois dans la terre par
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- veines ou filons qu’il faut fuivre ; & l’efpece d’àrgille n’eft pas toujours la même dans la continuation d’un même filon, ou lorfqu’on la tire de terre à une plus ou moins grande profondeur.. ,
- A l’égard de leurs couleurs au fortir de la terre 5 il y en a de blanches , de grifès, de bleues tirant à la couleur de l’ardoife, de vertes, de rouges, de jaunes, -de marbrées, &c.
- Ces différentes couleurs des argilles ne peuvent fournir que des indices peu certains fur la qualité des Poteries que l’on en fera ; cependant il ne faut pas les négliger ; car ces indices peuvent an moins engager à faire des épreuves pour s’afliirer de leur bonne ou mauvaife qualité ; nous en parlerons dans la fuite.
- En générai, on préféré les argilles blanches & les brunes aux jaunes , aux rouges & aux vertes, & quelquefois à celles qui font mélangées de différentes couleurs. Ces couleurs dépendent d’une teinture métallique , ou fulphureufè , ou bitumineufè ; car, comme nous l’avons dit dans l’Art de faire les Pipes, il y a des argilles qui augmentent de blancheur à la cuiflon, apparemment parce que la fubftance qui altéroit leur blancheur, étoit deftruélible par le feu & l’air ; d’autres deviennent à la cuifîon jaunes, rouges, brunes ou prefque noires. Il paroît que ces couleurs fixes dépendent des différentes fùbflances métalliques qui font difloutes par quelques acides , fur-tout par le vitriolique : car il faut que ces fubftances colorantes foient réduites en parties bien fines , puifque ces argilles de différentes couleurs paroiffent très-douces entre les doigts , & homogènes quand on les coupe. Les fubftances ténues dont nous venons de parler, altèrent rarement la bonté des Poteries communes dont il s’agit préfentement. Je dis rarement, parce que quelques-unes peuvent les rendre plus fufibles, ce qui, dans certains cas , eft un grand défaut ; d’autres produifent des vapeurs qui nuifent aux vernis dont on les couvre. J’aurai occafion d’en parler encore.
- Suivant la qualité de ces terres Sc l’ufàge qu’on en fait, on les nomme Terres à briques, à tuiles , à carreaux , à pots de terre ou de graifferie , à creufets, a pipes , &c.
- Mais fouvent les Potiers ont à employer des argilles qui font alliées de fubftances hétérogènes plus fenfibles, telles que du Mica ( * ), des Pyrites ( ** ) y des Terres calcaires (***), des fables de différente nature, des fragments de différentes fortes de mines, &c.
- Je ne parle pas ici de ces fubftances qui fè trouvent en gros morceaux, Sc que les Potiers ôtent quand ils les trouvent fous leurs pieds ou fous leurs mains en
- ( * ) Le Mica efl une forte de pierre feuillée, brillante , réfraftaire : il y en a de plufieurs efpe-ces. On trouve des fables micacés qui font chargés de quantité de parties bradantes. Les paillettes brillantes du Mica , different peu de celles du Talc.
- ( ** ) Les Pyrites font des minéraux qui reffemblent à des morceaux de mine par leur
- pefanteur , leur couleur éclatante; Sc effectivement elles contiennent quelque chofe de métallique , rarement, à la vérité, Sc peu abondamment ; mais elles font chargées de beaucoup de foufre & d’arfenic.
- (***) On appelle Terres ou Pierres calcaires, celles qui étant expofées à un degré de feu fuffi-fant, acquièrent les caractères de la chaux.vive.
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- corroyant leur terre ; mais de celles qui font en molécules allez grofles pour être fonfibies fous les doigts, & être apperçues for là" coupe d’un morceau de terre, pas allez cependant pour qu’on puiiTe les tirer de la terre à la main : au refte, toutes ces matières , de quelque nature qu elles foîent, préjudicient plus ou moins à la bonté de la Poterie, quand leur volume eft un peu confidé-rable, parce qu’elles empêchent qu’on ne falfo des ouvrâges propres Se dont la forface foit unie. Il eft vrai qu’en délayant cette argille dans beaucoup d’eau Se changeant de vafe, quand les fobftances les plus pelantes fo foroient précî--pitées, on auroit des argilles qui foroient prefque exemptes de toutes ces parties hétérogènes , Se avec lefquellss on pourroit faire de beaux ouvrages J mais cette préparation de la terre qu’on peut employer pour les ouvrages de Faïance , exige trop de main-d’œuvre quand il s’agit de la greffe Poterie : ainfi on n’emploie ces terres graveleufos qu’à faire de la brique , ou au plus de la tuile, Sc l’on choillt pour la Poterie, des veines d’argille plus pures & exemptes d’un alliage groffier, ou de nature à altérer la bonté de la Poterie. Il eft à propos d’entrer à ce fojet dans quelques détails ; car c’eft de la nature de ces alliages que réfolte principalement la différente qualité des glaifos ; & un Potier qui s’établit dans un endroit doit ufor de tous les moyens poffibies pour connoître la nature de la terre qu’il doit employer , {ans quoi il courroit rilque de manquer plufieurs fournées, & de fo ruiner.
- Il en maniera entre fos mains pour connoître fi elle eft douce au toucher ^ Se fi elle eft liante & duétile ; dans le cas ou il y rencontreroit des corps étrangers , il les^ mettra à part, pour après les avoir nettoyés , connoître de quelle nature ils font : il ne s’en tiendra pas-là ; car fi le lavage dont nous avons parlé plus haut exige trop de frais pour les ouvrages de Poterie commune, on peut au moins en faire ufage , pour qu’en délayant dans de l’eau une petite portion de l’argille qu’on veut employer, on parvienne à connoître plus précifément la nature 9 Se à-peu-près la quantité des fobftances qui font mêlées avec l’argille : car comme ces différentes fobftances de différent genre ont des pefanteurs fpécifiques qui leur font particulières, en tranfyafant plufieurs fois l’eau ou l’on a délayé de la terre, comme après cinq minutes, enfuite après dix, puis quinze minutes, on parviendra à féparer les fobftances étrangères , qui, foivant leurs pefanteurs , fe feront précipitées les unes plus promptement que les autres, Se on fora en état d’examiner féparément ces différents précipi- * tés, pour parvenir à les mieux connoître par des épreuves particulières ; car c’eft de ces différents alliages que dépendent en grande partie les qualités des argilles & des Poteries qu’on en fait ; il eft vrai qu elles retiennent malgré le lavage des parties très-fines Se fort divifées qui colorent les argilles, comme nous l’avons dit plus haut ; mais pour les Poteries communes, ces parties hétérogènes très-fines font communément peu nuifibles ; quelquefois même elles font avantageufes. Par exemple, foivant M. Pott, l’argille pure étant mêlée avec des Potier de Terre. B
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- fubftances gypfeufes devient très-dure au feu: il dit encore que les terres vltrifia-bles étant mêlées avec fargille ferme, prennent beaucoup de dureté à la cuilfon ; mais c’eft un grand défaut aux argilles que d'être alliées de pierres calcaires en molécules un peu greffes , qui fe calcinent à la cuiffon ; & quand enfoite elles reffentent de l'humidité , elles gonflent & brifent l'ouvrage, li elles font dans l'épaiffeur de la terre ; li elles font à la foperficie, l'eau les diffout, & il refte un trou à leur place: néanmoins je dis quand les molécules font un peu groffes ; car dans certains cas les fubftances calcaires étant réduites en partie extrêmement fines, elles peuvent, étant mêlées en petite quantité avec des fubftances vitrifiables , contribuer à la bonté de la Poterie. Effectivement il eft d expérience que quelquefois deux fobftances qui chacune féparément ne font point vitrifiables, fe vitrifient quand elles font mêlées enfemble ; & à plus forte raifon les parties de chaux fe vitrifieront quand elles fe trouveront combinées avec des fubftances vitrifiables.
- Les pyrites font encore un très-mauvais alliage ; elles fo brûlent à la cuiflon & fe diffipent prefque entièrement ; il refte un trou à l'endroit où étoit la pyrite, ou tout au moins il s'y forme une tache noire , fomblable à du mâchefer , fur laquelle le vernis ne prend que difficilement. Les Potiers prétendent même que les vapeurs fulphureufes qui s'en exhalent lorfqu'elles brûlent, gâtent le vernis des Poteries qui font aux environs.
- Le fable eft néceflàire pour diminuer la trop grande retraite des argilles trop pures, & faire qu'elles fe deflechent & fe cuifent fans fè rompre ; c'eft à quoi font, fur-tout, propres les fables réfraéhires qui fondent difficilement. Les vafes qu'on en fait foutiennent un très-grand feu, & ne font pas fort fojets à fe rompre par les alternatives fobites du froid & de la chaleur ; mais il faut un grand feu pour les cuire , fans cela fargille ne prend pas beaucoup de dureté. On peut cependant en faire de bonne Poterie, même des creufots, mais qui font perméables aux fels & aux autres fobftances qui deviennent très-fluides dans la fufion, telles que le plomb & les fels ; car leur tiffu étant peu ferré , ne peut les retenir. On pourroit rendre le tiflii de ces Poteries plus forré, en y ajoutant une petite quantité de terre vitrifiable. Si cependant ces fables étoient en trop grande quantité, ilsdiminueroient tellement la duélilité del'argille quelle deviendrait très-difficile à travailler, particuliérement for le Tour. Il eft vrai que par le lavage on pourroit retirer une partie du fable qui fe trouverait trop abondant dans la terre ; mais les Potiers n'ont point recours à ce moyen , qui exige trop de main-d'œuvre ; ils préfèrent de mêler ces argilles qu'on nomme trop maigres , avec d'autres qui étant très-grafles prennent trop de retraite, & fo rompent en fe defféchant ; ainfi par ce mélange qui n'exige pas de grands frais, ils corrigent les défauts de deux terrés, l'une qui étoit trop forte 9 & l'autre trop maigre.
- Les fables fufibles, vitrifiables St métalliques, rendent fargille fufible, St
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- les ouvrages de Poterie ne peuvent fupporter un feu confidérable fans fe déformer; c’eft pourquoi prefque tous les ouvrages qu’on fait avec ces argilles fufibles font légèrement cuits ; leur intérieur eft greffier & fi poreux que les vafes font perméables à l’eau, fur-tout quand , pour prévenir les accidents qui réfultent d’une trop grande retraite, on mêle beaucoup de fable avec l’argille ; 8c dans cet état, on ne peut faire avec cette terre que des pots de jardin , des chaufferettes , des réchauds, &c. & pour les uftenfiles de ménage qui doi« vent retenir l’eau , il faut les couvrir d'un émail qu’on nomme le vernis.
- L’économie engage à faire de ces fortes de Poteries qui fe travaillent aifé-ment, qui ont peu de retraite, qui n’exigent qu’un feu médiocre pour être cuites, 8c qui ont l'avantage de pouvoir être expofées au feu fans fe rompre* Ces Poteries très-communes fe font en grande quantité, parce quelles fe donnent'à bon marché ; mais elles ont peu de folidité, le moindre choc les rompt, ainfi elles font de peu de durée.
- Quand en employant ces fables vitrifiables avec l’argille, on parvient à leur donner une bonne cuiflon fans que les ouvrages fo déforment, les Poteries font fouvent d’un tiffu très-ferré ; elles ne font point diflblubles par les acides , & tiennent en fufion les fels & les métaux ; mais comme elles approchent beaucoup de la nature du verre, les vafes ne peuvent fupporter les alternatives de la chaleur & du froid ; pour qu’ils ne fe rompent point, il faut les chauffer avec beaucoup de ménagement.
- Les terres qu’on emploie à faire les Poteries qu’on nomme de grès, ont communément ce défaut ; étant d’un tiffu fort ferré elles réfiftent à la fufion des fels & du verre de plomb, &c. mais on eft obligé de les ménager beaucoup quand on les fait pafler du froid au chaud. Pour qu’elles n’euiïènt point ce défaut, il faudroit quelles n’approchaffent pas autant de l’état de verre ; il y en a qui font de cette nature, & qu’on pourroit regarder comme une Porcelaine groffiere. Je foupçonne que les terres dont on les fait, font formées d’une argille alliée de fable réfractaire , & d’un peu de fable vitrifiable, d’où réfulte une demi-vitrification. Je n’ai pas été à portée d’examiner ces terres avec affez de foin pour donner ce que je viens de dire comme très-certain; tout ce que je puis affurer , c’eft qu’ayant diifous dans beaucoup d’eau la terre dé Gournay dont on fait les pots à beurre d’Ifigny , & l’ayant tranfvafée après avoir laifle précipiter une partie du fable & des pyrites qu’elle contenoit, j’ai fait faire avec cette argille , privée d’une partie de fon fable, des creufèts qu’on pouvoir faire rougir au feu & enfuite les plonger dans de l’eau fraîche , fans qu’ils fe foient rompus. Si j’avois été à portée de ces Poteries, je fuis perfoadé que je ferois parvenu à faire des vafes, qui , à la vérité n’auroient eu aucun mérite du côté de la beauté , mais qui auroient été auffi bons que la Porcelaine, & qui auroient eu toutes les perfections dont les Poteries communes peuvent être fufceptibles.
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- Les Potiers n’entrent point dans des examens aufli recherchés : s’ils trouvent Fargille douce au maniement, ils en jugent avantageufement; ils la corroyent Sc la travaillent : s’ils la trouvent trop maigre Sc peu duélile , ils eflàyent d’y joindre de TargUle très-graffe ; s’ils s’apperçoivent que l’argille diminue beaucoup de volume en fe féchant, qu’elle fe fende, iis l’amaigriflent en y mêlant quelque terre très-fàblonneufe, ou même du fable en proportion convenable pour qu’elle confèrve allez de duélilité: ils en font cuire; fi elle fond & fe déforme dans le four , ils diminuent la vivacité du feu, ne l’employent qu’à des uftenfiles de ménage, qu’ils couvrent de vernis ; fi un feu ordinaire ne fuffit pas pour la cuire ou lui faire prendre toute la dureté dont elle eft fufceptible , & lorfqu ils s’apperçoivent qu’elle peut fupporter grand feu fans fe déformer, ils la cuifent en grès. Si à ce grand feu ils s’apperçoivent quelle approche trop de la nature du verre pour fupporter le feu , ils en font des uftenfiles qui ne doivent point aller au feu, comme des bouteilles, des pots à beurre , des fàunieres, des terrines , des cruches Sc des pots pour les laiteries , &c. Pour les rendre moins fragiles au feu , ils allient les argilles trop fortes avec des terres déjà cuites, comme des pots de grès pilés ; alors étant bien cuites, elles peuvent faire des vafes qui vont fur le feu, pour peu qu’on ait l’attention de les échauffer doucement ; mais quand il s’agit de faire des creufèts pour les efiais des métaux ou dans iefquels on tienne des fels en fufion , il faut que les terres foient bien exemptes de toute fubftanee métallique qui fe fondroit, Sc laifleroit échapper ce qu’on tiendroit en fufion dans le creufet.
- Quelquefois ces alliages fe trouvent naturellement faits dans la terre, Sc les Potiers remploient telle que la nature la leur préfente ; de-là viennent les différences qu’on remarque dans les Poteries qu’on fabrique en differentes Provinces, comme les grès bruns de Normandie , ceux de Bretagne qui tirent fur le bleu , ceux de Beauvais qui font jaunâtres , tirant un peu au roux, ceux de Saint-Fargeau qui font blanchâtres, Sc enfin ceux de Flandres qui approchent plus que tous les autres de la nature de la Porcelaine.
- On voit par ce que nous venons de dire, que quand un Potier croit avoir acquis les connoiflànces qui lui font nécefïàires fur la nature de la terre qu’il doit employer, il n’eft pas au bout de fes recherches ; car il y a des terres qui ne peuvent fupporter qu’une médiocre cuiffon, d’autres, & ce font les meilleures , exigent d’être cuites à très-grand feu. Pour acquérir ces connoiflànces, le Potier doit faire fes premières fournées avec beaucoup d’attention , Sc examiner comment fè comportent fes ouvrages, afin d’apprendre à bien conduire les fournées fuivantes. Mais quand un Potier s’établit dans un lieu où l’ôn eft dans l’ufàge de travailler certaines terres , il eft difpenfé de faire les épreuves dont nous venons de parler , en profitant des expériences qu’ont fait .ceux qui font dans l’ufàge de travailler ces fortes de terres.
- Sur les rives de la Forêt d’Orléans, à un endroit qu’on nomme Nibelle, où
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- il y â beaucoup de Potiers; ils font les vafes'qui ne doivent point aller für le feu , avec uneargille affez pure , qui-devient brune à la cuiffon; cette Poterie eft dJ un tifiu fort ferré : ainfi pour les uftenfiles de cuifine , ils mêlent avec cette argille une autre terre qui eft blanche & affez maigre ; mais ces dernieres Poteries feroient perméables à beau , fi on ne les couvroit pas avec du vernis*
- Le travail des Potiers, eft à-pemprès le même dans les différentes Provinces ou l’on fait des ouvrages en terre. Ainfi, je vais expliquer en détail les pra*-tiques des Potiers de Paris, & de temps en temps je ferai remarquer en quoi elles différent de ce qui fe fait ailleurs*
- ARTICLE PREMIER.
- Travail de la Poterie fuivant l’ufage de Paris.
- Les Potiers de Paris tirent leur terre de Gentilly ou d’Arcueil ; ceux qui en fouillent fuivent les veines de bonne terre , & la coupent par morceaux à-peu-près cubiques, PL I, Fig. ï , & on la voiture chez les Potiers dans des charrettes , comme on fait les moilons.
- Quand les Potiers la reçoivent , ils la mettent dans leur cave , où elle refte plus ou moins de temps pour s hiverner, ou comme Ton dit en d’autres endroits, pourrir ; de forte que la terre qui a été fouillée l’automne refte l’hiver dans la cave , & elle eft d’autant plus aifée à travailler qu’elle y a refte plus long-temps. En quelques endroits les Potiers lai fient leur terre à l’air, & la remuent à la bêche pendant le courant de l’hiver ; par ce moyen ils lui procurent encore plus de duélilité.
- C’eft la même terre qui fert à faire les carreaux & les ouvrages de Poterie ; cependant fuivant la profondeur d’où on l’a tirée, elle eft ou plus brune où plus blanchâtre: il y en a qui eft mélangée de ces deux couleurs; celle-là eft jugée un peu meilleure que les autres , mais toutes s’emploient fans diftinétioft pour la Poterie ou le Carreau. Je vais commencer par expliquer Ce qui regarde le Carreau*
- ARTICLE SECOND,
- t D es Carreaux > ôC d'abord de la façon de corroyer la terré
- avec laquelle on les fait.
- Quand on a tiré de la cave les greffes mottes de terre , il faut les couper par tranches les plus minces qü’il eft poffible. Pour cela on met une planche A , Fig. %yà la vignette au bas de la planche ^ fiir un baquet : les Potiers appellent ainfi une demi-queue B, défoncée par un bout : on met Potier de Terrb. C
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- dans cette demi-queue environ fix féaux d’eau, puis on pofe une motte de terre C% Fig* i, fur la planche A , que nous avons dit qu’on mettoit fur le bout défoncé de la demi-queue B* Un Potier, Fig 2 , dans la vignette, coupe cette motte de terre par tranches minces avec un couteau à deux manches D , Fig. 2 & 3 ; à mefure que la terre efl: coupée, les tranches tombent dans l’eau de la futaille: la terre qu’on a mife ainfi en trempe le foir , eft affez attendrie le lendemain matin pour être marchée ; car huit heures de trempe fuffifent quand les tranches d’argille font bien minces.
- Les rognures des ouvrages qui n’ont point été au four, rentrent dans la terre neuve ; St cette terre de rognure qui a déjà été alliée de fable, marchée , pétrie St travaillée, fait que la terre vive ou neuve fe travaille mieux.
- La terre dont les Potiers de Paris font ufage , efl: trop grafle pouf être employée feule , foit qu’on la tire d’Arcueil ou de Gentilly ; il faut l’allier avec du fable pour diminuer de fà force, St faire qu’elle fe retire moins. Peut-être feroit-il plus expéditif & plus économique de travailler la terre avec la machine repréfentée dans l’Art de faire les Pipes , PL 7 , Fig* x St 2 ; mais fui-Vant l’ufàge des Potiers, on fait ce mélange en pétrifiant la terre avec les pieds ; c’efl: ce qu’on appelle faire une marchée. Pour cela, luivant l’ufàge des Potiers de Paris, il faut deux demi-queues de terre vive ou neuve , telle qu’on la tire de la cave ; une demi-queue de rognures fi l’on en a, & cinq hottées de fable î fi l’on diminuoit la quantité du fable , les carreaux feroient plus durs , mais auffi plus difficiles à travailler. Quoi qu’il en foit, les Potiers du Fauxbourg Saint-Antoine tirent leur fable de Belle ville , & ceux du Fauxbourg Saint-Marceau , d’Arcueil ; l’un Sc l’autre font fins, peu mêlés de cailloux ; leur couleur tire fur le jaune.
- Pour faire une marchée , on commence par étendre fur le plancher tout le fable, & on en couvre l’efpace qu’occupera la marchée ; on en réferve feulement une hottée pour fufage dont nous parlerons dans la fuite ; ce fable qu’il faut mêler avec l’argille , empêche auffi la terre de s’attacher au plancher. On tire donc des demi-queues la terre des rognures qu’on a rnifes en trempe, comme la neuve ; on l’étend fur le fable au milieu de la marchée ; car comme cette terre efl: bien plus aifée à pétrir que la neuve , on la met à l’endroit où la terre fe corroyé moins bien. Les deux demi-queues de terre neuve font diftribuées à la circonférence, & par-delîus on met un peu de fable dont on réferve feulement une bonne demi-hottée pour l’ufàge que nous dirons dans la fuite.
- Trois demi-queues de terre bien marchées, fuffifent pour faire j'oo Faîtieres qui fourniront deux mille petits Carreaux. La terre étant difpofée à-peu-près comme A , Fig. 4 , dans la vignette , le Marcheur B, ayant les pieds nuds, monte fur le bord de ce tas de terre ; fon attitude efl: d’avoir la main gauche appuyée fur le genou gauche ; St pour ne point tomber étant fur une terre
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- gl filante, il tient de la main droite un bâton fur lequel il s’appuÿé. Alors entamant un peu de la terre par les bords avec fon pied gauche , il en détaj che une petite portion quil pouffe hors le tas ; il avance un petit pas, 8c fait la même opération ; de forte qu’en tournant tout autour du tas, & entamant à chaque pas de quatre à cinq pouces de terre , il gagne peu-à-peu le centre où il relie peu de terre , comme on le voit au bas de la planche en E , Fig. 4 * parce qu’il en a pouffé la plus grande partie vers les bords : cependant comme ce qui relie au milieu eft moins bien marché que les bords, il achevé d’ôter la terre qui y relie ; pour cela, avec un morceau de fer * il coupe cette terre par morceaux qu’il enleve avec les mains, parce qu’au moyen du fable qu’on a mis deffous , elle fe détache affez aifément du terrein, & il dillribue cette terre tout au pourtour du tas, comme vers G, Fig. 4. Quand on a enlevé la terre E , qui elt au milieu de la marchée, il relie une couronne de terre à-peu-près femblable à F ; mais avec le même barreau de fer , il coupe les bords de la marchée H f 8c les jette dans le milieu F, puis il marche cette terre comme il a voit fait la première fois ; <& quand il a fini cette opération , il ne vuide plus le milieu ; mais après avoir coupé la terre des botds avec le barreau de fer, il la ramaffe à la main 8c la met dans le milieu 1 ; puis il la marche de nouveau pour la troifieme &derniere fois, en étendant la terre plus quelle ne l’avoit été par les précédentes tnarchées 9 afin de rendre la couche de terre plus mince ; alors elle eft corroyée 8c en état d’être employée, comme nous allons l’expliquer* /, K , L 9 Fig. 4 9àu bas de la planche, fert à indiquer d’une façon fenfible les trois marchées.
- Pour marcher ainfi trois demi-queues de terre , il faut au moins quatre heures à un homme vigoureux ; il finit par ramaffer fa terre en tas Fig. y , à la vignette & au bas de la planche : elle eft alors en état d’être moulée.
- Comme il eft important pour tous les ouvrages de Poterie 3 que les terres qu’on mêle les unes avec les autres , ou le fable qu’on mêle avec TargUle fbient diftribués bien également par toute la maffe, 8c que les différents, mélanges faffent un tout uniforme > les Potiers pour s’en affurer en coupent des tranches avec un fil de laiton > & ils examinent fi la couleur de la terre eft uniforme dans toute l’étendue de la coupe ; & s’il n’y à pas des endroits plus brillants que d’autres : l’uniformité prouve que les différentes terres font bien mélan^ gées, & que le tout eft bien corroyé ; les endroits brillants font ceux où l’arj gille eft plus pure.
- §. I. Comment on moule les Carreauôc.
- O N pourroit mouler les Carreaux comme nous avons dit dans l’Art dû Briquetier,. qu’on fait la tuile & la brique ; les Tuiliers ne font pas autrement les carreaux qu’on nomme de Tuilerie, pour les diftinguer des carreaux de Poterie qui font bien meilleurs 9 8c plus proprement travaillés que ceux des
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- Tuiliers. Les Potiers donnent la forme quarrée aux grands carreaux qü on nomme d!Atrcy dans un moule de bois ; ils font auffi dans des moules à pans Fig. 12 , des carreaux pour des greniers ou des chambres , qui exigent peu de recherche ; ils fe difpenfent de les battre Sc de les rogner , comme ceux qu’on deftine pour les appartements ; mais par cette méthode , la furface des carreaux n’eft jamais bien dreflee , les angles font fouvent émouffés, Sc la terre n’eft pas fuffifamment comprimée ; c’eft pourquoi, pour les carreaux d appar-tements, les Potiers s’y prennent tout autrement.
- Ils commencent i il eft vrai, par mettre la terre dans un moule , Fig 9 , 10 ou 11 y ffiivant la grandeur que les carreaux doivent avoir pour faire les pièces de terre qu’on nomme Faîtleres ; mais après que la terre efl: à demi-feche , ils la battent fortement , la compriment beaucoup ; par cette opération les carreaux perdent la forme régulière que le moule leur avoit donnée, ce qui oblige de les couper fur un calibre de fer que les Potiers nomment Moule ; ce calibre ou patron de fer efl taillé très-réguliérement, fuivant la grandeur Sc la forme qu’on veut donner aux carreaux.Tout cela deviendra clair par les détails où nous allons entrer ; mais il convient auparavant de faire remarquer que .quoiqu’on puifle faire des carreaux triangulaires , lofitnges, quarrés„ longs , Sic. on n’en fait guere que de quarrés B , Fig. 9, ou à fix pans Ky Fig. 12 , Sc encore quelques demi-carreaux pour les raccordements auprès des âtres, des murs, ou dans d’autres circonftances. Ces deux formes ont cela d’avantageux , que les carreaux d’une grandeur pareille le joignent exactement les uns aux autres fans lailîer de vuide entr’eux ; s’ils étoient à cinq pans , il refteroit entr’eux des vuides qu’il faudroit remplir, & d’ailleurs , les angles étant fort aigus feroient fujets à le rompre.
- A l’égard des oétogones ou à huit côtés L, N9 Fig. 13, il refte né^ celîàirement entre quatre carreaux , un elpace quarré qu’il faut remplir par un petit carreau ô : on ne fait guere de ces carreaux à huit côtés , que quand le petit carreau O efl d’une couleur différente des grands, tels lont les carreaux noirs & blancs que font les Marbriers. J’en ai auffi vu dans quelques Provinces, qui, étant de terre cuite & couverts de vernis de différentes couleurs , formoient un affez bon effet : on peut, en variant la forme des carreaux , ainfi que les couleurs par le vernis, Sc encore leur polition réciproque, faire une infinité de compartiments : j’en parlerai dans la fuite. Mais comme les carreaux , quelque forme qu’on leur donne , fe font de la même maniéré , je vais indiquer en détail comment les Potiers font les carreaux à fix côtés, ou héxago-nés , / ou K , Fig. 12.
- Le Potier commence par faire dans le moule E, Fig. ir , un grand carreau quarré F , qu’on nomme Faîtiere : ce moule efl un chaffis de bois de chêne qu’on fait plus épais que ne doivent être les carreaux, non-feulement
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- parce que la terre diminue de volume en fe féchant, mais encore parce qü en la frappant avec la batte, on lui fait perdre de fon épaiffeur*
- Pour mouler les faîtieres, le Potier a une table épaifle a b, Fig. 14, bat de la planche , qui eft pofée fur de forts tréteaux e ; il place fut cette table , 8c vers le milieu, une pierre dure 8c unie, ou un bout de madrier de bois g, épais de trois ou quatre pouces, auquel on donne différents noms ; en quelques en--droits on le nomme Urquain: fur le bout d d, de ce morceau de bois , eft pofe un vafe plein d’eau e e , & fur le vafe une barre de bois f f, qu’on nomme la Plaine, 8c au-devant eft le chaffis ou moule g*. A côté & vers la gauche du Mouleur quelques-uns mettent une motte de terre h , deftinée à remplir le moule ; on y met auffi la terre qu’on emporte avec la plaine J f ; d’autres prennent la terre à fur & à mefure qu’ils en ont befoin à un tas de terre H, qui eft fur le plancher auprès d’eux ; vers la droite du Mouleur eft un tas de labié i, 8c on doit ménager fur la table une place i£, pour mettre les faîtieres qu’on a moulées*
- Le Mouleur debout devant la table , comme ôn 1e. voit dans la vignette * Fig. 6, prend de là main gauche un peu de fable, qu’il répand fur la table oïl plutôt fur le madrier g, Fig. 14, bas de la planche ; il pofe delîiis le moule auffi frotté de fable ; puis il prend avec fes mains de la terre dont il remplit le moule en la comprimant le plus qu’il peut ; car cette terre n’eft pas auffi molle que celle que les Tuiliers employent ; elle doit être ferme. Quand le moule eft bien rempli dans toutes fes parties, le Mouleur prend la plaine/" f i Fig. 14 , il la mouille, 8c la fàifîfîant avec les deux mains , comme fait le Mouleur Fig. 6, à la vignette, il l’appuie fortement fur le moule pour emporter là terre qui en excede l’épaiffeur ; puis fàifîfîant le moule par un des angles 8c le tirant à lui, il pafle la main gauche fous la faîti'ere pour la fbutenir, $c la prenant fur fes deux mains , il la pofe fur les autres faîtieres K, Fig. 14: comme cette terre eft corroyée ferme , elle peut être tranfportée fur les mains fans fe déformer. Le peu de fable qui refte attaché au-deftous de la faîtiere, fuffit pour empêcher quelle ne s’attache à celle fur laquelle on la pofe.
- Quand les faîtieres qu’on a tirées du moule fe font un peu raffermies , ôn les porte aux perches Fig. 17, bas de la planche : ce font des efpeces de tablettes à claire-voie, faites avec des perches, pour que l’air les traverfe de toutes parts 8c deffeche les faîtieres ; au-deflus eft un toît de planches qui les tient à couvert de la pluie.
- On les place fur un des côtés, 8c quand elles font à moitié feches, on les retourne, pour que le côté qui eft en bas , & qui n’eft jamais auffi fec que celui qui eft en haut, prenne un égal dégré de féchereiîe.
- Lorfque les faîtieres font encore fouples, on les porte fur un fort banc a b, Fig. IJ , bas de la planche , & les pofant les unes après les autres fur la table de ce banc, on les frappe affez fortement avec le plat de la batte Ci Potier de Terre. D
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- on voie dans la vignette Fig. 7, un Ouvrier occupé à ce travail. On remet les faîtieres ainfi battues fur les perches, où elles relient plus ou moins de temps fuivant que l’air eft plus ou moins hâleux. Quand le Potier juge que les faîtières font foffifemment foches, il les retire des perches ; mais comme l’extérieur eft toujours plus delleché que le dedans , elles courroient rifque .de fe fendre , fi on les rebattoit en cet état ; on prévient cet accident en les mettant, comme l’on dit, en ferre pendant cinq ou fix jours , afin d’attendrir leurs forfa-ces qui étoient trop foches ; pour cela on les arrange par piles dans un cellier ou une chambre baffe un peu humide : outre que l’humidité de l’air de cet endroit aflouplit la foperfide des faîtieres , leur intérieur qui n’eft pas foc, communique de fon humidité à la forface qui i’eft trop ; quand on les trouve aflez aflbuplies, on les retire de la ferre pour les rebattre plus fortement que la première fois fur le même banc Fig. 15, puis fur le champ on les calibre y c’eft-à-dire qu’avec une équerre de fer , ou fimplement à vue , on les coupe en quatre parties d, e, fy g , Fig. 11 ; alors on les met par piles de vingt for des tablettes le long d’un mur à couvert de la pluie : quand la. terre s’eft un peu defféchée, on porte les piles de quartiers for le bout d’un banc Fig. 8, dans la vignette ; un Ouvrier affis fur le banc , jambe deçà , jambe delà, prend un quartier, il le pofo fur le bord du banc, il met deflus un morceau de fer G, Fig. 11, épais de quatre à cinq lignes qui eft taillé à pans précifément de la grandeur, & fuivant la forme que les carreaux, doivent avoir, & avec un couteau courbe Fig. 18, bas delà planché, il coupe toute la terre qui excede le calibre de fer que les Potiers nomment le Moule : un bon Ouvrier peut rogner 1800 petits carreaux dans une journée. Les rognures tombent dans un panier oti on les conferve pour les mêler avec la terre neuve , lorfqu’on fera une nouvelle marchée.
- On voit Fig. 8 , dans la vignette, un Ouvrier occupé à rogner des carreaux, ainfi que nous venons de l’expliquer. En fortant des mains du Rogneur, ’ les carreaux font finis & en état d’être'mis au four, lorfqu’ils fe feront encore defféchés.
- Il ne feroit pas poflîbie de faire des faîtieres affez grandes pour faire quatre grands carreaux , tels que K , Fig. 12 ; on les moule donc chacun féparément dans le chaflîs H , comme on moule les grands carreaux d’âtre B , favoir , dans le grand chaftîs A, Fig. 9, ou D dans le chafïïs C, Fig. 10 ; mais 011 ne bat pas, & on ne rogne point les carreaux d’âtre. Il n’en eft pas de même des grands carreaux d’appartement , qu’on veut être régulièrement faits ; on les bat une ou deux fois, ce qui les étend, & enfuite on les rogne for le calibre ou moule de fer K, Fig. 12 , qui eft d’une grandeur proportionnée aux carreaux qu’on travaille.
- Il faut que les carreaux faits comme nous venons de l’expliquer, foient bien focs avant de les mettre au four ; cependant op ne les expofe pas au foleil, mais
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- bien dans des partages traverfés par le vent, ou encore mieux dans une pièce ^ qui précédé le tettin du four, ( on verra que c’eft l’ouverture par laquelle on charge le four ),ou à portée de l’embouchure où l’on fait le feu, parce quil fait toujours fort chaud dans ces endroits.
- Quand les carreaux {ont faits comme nous venons de l’expliquer , qu’ils font fuffifàmment fecs , & ils ne peuvent jamais l’être trop , il relie à les cuire, ce qui exige encore des précautions , ainfi que nous allons l'expliquer.
- §. IL Du Four , & de la façon d’y arranger les Carreaux , 6 de les cuire.
- On voit dans l’Art du Briquetier & Tuilier , PL III. des fours dont quelques Potiers fe forvent pour cuire des carreaux. Comme on peut confulter dans cet Art ce que nous en avons dit , nous nous bornerons ici à parler de deux elpeces de fours, dont la plupart des Potiers de Paris fe fervent pour cuire non-foulement leurs carreaux, mais encore toutes leurs autres pièces dé Poterie : je parlerai dans la fuite des fours dont les Potiers du Fauxbourg Saint-Antoine fe fervent pour cuire leurs ouvrages , & je ne m’occuperai préfontement que des fours qui font le plus en ulàge dans le Fauxbourg Saint-Marceau ; ilsfont repréfentés PL II , Fig. io, n 12. ; la Figure 10 repréfente le plan du four ; la Figure 11 eft la coupe de ce même four foi-* vant là longueur par la ligne A C9 8c la Figure 12, eft une coupe tranfver-fale par la ligne G H de la Figure 10 : A , eft la bouche du four ou l’entrée du fourneau dans laquelle on met le bois pour chauffer le four , ainfi qu’on le voit depuis A jufqu’en B, Fig. io & 11 ; depuis B jufqu’en C, eft la capacité intérieure du four , où l’on arrange les Carreaux ou la Poterie qu’on veut cuire \ C D 9 Fig. T1, eft un tuyau de cheminée par où fe décharge la fumée. La communication de l’intérieur du four avec ce tuyau pour la décharge de la fumée étant tout en bas près du plancher du four en C , il faut que le courant de l’air qui entre par la bouche A , parte dans le tuyau D , par les créneaux ou les ouvertures C ; ainfi après avoir fuivi la courbe de la voûte jufo ques vers M, Fig. 1 r , l’air chaud defcend le long des parois du tuyau de cheminée qu’on nomme la Languette, pour gagner les ouvertures ou créneaux qui font en C, & fe rendre dans le tuyau C D. Par cette conftruélion qui eft bien entendue , la chaleur fe diftribue très-bien dans toute la longueur du four; feulement comme il eft moins large à fon entrée K /, Fig. 10 , que vers le fond, les côtés vers G H9 ne reçoivent pas autant de chaleur que le milieu ; mais on y remédie en rangeant du bois des deux côtés comme on le voit à la Figuré 10, & comme nous l’expliquerons dans la fuite. F, Fig. 10, eft une porte ou plutôt une baie par laquelle on entre dans le four pour le charger ; on l’appelle le Tettin, & quand le four eft plein, on le ferme par un mur en briques,
- & enfuite on allume le feu.
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- Avant de mettre aucune marchandée dans le four, on éleve avec des briques en I K f Si jufqu’à la voûte, une cloifon qui eft à jour ; car on laide des intervalles entre les briques , ou comme difènt les Ouvriers , des créneaux , afin que la chaleur du fourneau A B, fe communique dans le four. Cette cloifon qui reçoit la plus vive a&ion du feu fe nomme la Faujfe-tire ; on ne la démolit pas à chaque fournée, au contraire, on la répare, & on la fait durer le plus qu’on peut.
- Comme le devant du four eft fermé en I K, par la fauffe-tire, on eft obligé de le charger en entier par le tettin F, & on commence par former les trois premières rangées du côté de la faufte-tire ; pour cela on met en bas un rang de grands carreaux d’âtre qu’on pofe de champ, comme on le voit en
- Fig. ii, entre lefquels on laifte Un jour de quatre pouces & demi, & on ménage ces jours pour établir au bas du fourneau un courant d’air chaud , d’autant qu’à caufe de la légéreté de l’air échauffé, il fe porte toujours plus qu’on ne veut vers la voûte. On arrange fur ces carreaux d’âtre des piles de carreaux d’appartement qu’on pofe à plat, comme on le voit Fig. io , de façon qu’il y ait deux doigts de jour entre chaque carreau , & que le milieu de chaque cajreau du rang lupérieur réponde au vuide qu’on a laiffé entre les carreaux du rang inférieur.
- Quand on a élevé quatre piles de carreaux ordinaires jufqu’à la voûte, on met des bûches entre les murs du four & les piles de carreaux ; enfuite on arrange fur le plancher du four des carreaux d’âtre, comme nous l’avons expliqué ; & par-deiïîis des piles de carreaux d’appartement, on couche des bûches fur les côtés, comme on le voit FL II, Fig, i o , & de plus un rang de bûches pofées debout qui traverfent tout le four , comme on le voit Fig. io, en fuivant la ligne de G à H, & on continue à remplir le four en mettant en bas des carreaux d’âtre fur le champ , & par-defîus des piles de carreaux ordinaires ; lorfqu’on a formé deux ou trois piles de ces carreaux ordinaires , on couche des bûches entre les piles de carreaux & les murs du four, & en outre on pofe un rang de bûches fur le mur du fond du four qu’on nomme la Languette. Il eft bon de remarquer que ces bûches qu’on pofe debout n’étant pas affez longues pour atteindre la voûte du four, afin de ne point perdre de place , on met au-deffus des carreaux d’appartement de plus grand échantillon. On continue comme nous venons de l’expliquer jufqu’à ce qu’on foit parvenu au tettin ou à l’ouverture F, Fig. io ; alors pour former les derniers rangs , on pofe toujours les carreaux d’âtre , les piles de carreaux ordinaires & les bûches, comme nous l’avons expliqué , excepté que pour ne pas fermer l’entrée F , on commce par remplir le côté oppofé au tettin , & on finit par cette ouverture L , qu’on ferme par un mur de briques, comme nous l’avons dit.
- Dans un four pareil à celui que nous avons repréfenté qui a dix pieds de
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- K en L , fept pieds de K en /, on confomme pour cuire les carreaux une voie & demie de bois , tant pour ranger entre les carreaux que pour la trempe , & une voie de bois fendu pour brûler dans le fourneau A B , de faire la cuiflon ; ce que les Potiers nomment la Chajje.
- Si Ton fe rappelle ce que nous avons dit à l’Art du Tuilier , on faura qu’il faut commencer à échauffer le four par un petit feu de gros bois qui fafle plutôt de la fumée que de la flamme ; quelque lèche que paroiffe la terre, il faut qu’il s’en échappe beaucoup d’humidité dans le four : fi l’on précipitoit cette diflî-pation 3 la t'erre fe briferoit, au lieu qu’en commençant par une chaleur très-douce l’humidité le diflipe làns faire de dommage. C’eff ce petit feu que les Potiers appellent tremper 9 peut-être parce que quand la marchandife fent cette chaleur elle devient humide.
- On allume donc un petit feu de gros bois à l’embouchure entre A 8c B , Fig. 10 & 1 r 3 ce que l’on continue pendant trente-fix heures 5 pour que les ouvrages en s’échauffant peu-à-peu perdent l’humidité qui leur refte, quoique les carreaux paroiflent focs lorfqu’on les met dans le four ; pendant les douze dernieres heures , on augmente un peu le feu , & enfùite on fait au même endroit avec du bois fendu & bien fec un grand feu de flamme que l’on continue pendant fept ou huit heures ; le bois qu’on a mis fur les côtés 8c entre les piles de carreaux, fe brûle & contribue à leur parfaite cuiffon ; enfin on celle de mettre du bois dans le fourneau, & l’on en ferme la bouche avec une plaque de fer pour que le refroidiflement fe faffe lentement 3 & on ne yuide le four qu’au bout de fept à huit jours.
- ARTICLE TROISIEME.
- Du Carrelage.
- Comme à Paris 3 le Carrelage fait partie de la Maîtrife des Potiers, il convient d’en parler ici.
- Dans les endroits où le plâtre eft commun, tout le carrelage fe fait avec du plâtre ; mais dans les Provinces où il eft rare , on fait de bon carrelage avec du mortier de chaux & de fable ou de ciment, ou quelquefois avec un mélange de ce mortier & de plâtre ; car je ne parlerai point ici d’un mauvais carrelage qu’on fait chez les payfans 5 en alféyant les carreaux fur de ; l’argille bien corroyée, & qui doit être alliée affez confidérablement avec du fable pour que la terre fe retire moins.
- Il eft eflentiel quand on carrele avec du mortier que le carreau au fortir du four foit bien pénétré d’eau ; fans cette précaution le carreau afpire l’eau du mortier, qui au lieu de prendre corps fe décompofe > & devient prefque comme du fable pur.
- Comme le mortier s’attache moins à la terre que le plâtre 3 il y en a qui Potier de Terre. E
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- jg L'ART
- font faire (ous le carreau des filions ou des trous avec un morceau de bois
- qu’on appuie fur le deflous du carreau après qu il a ete battu \ mais cette prati-
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- que n’eft gueres d’ufâge.
- A Paris, tous les carrelages fe font avec du plâtre ; mais comme le plâtre vif gonfle beaucoup lorfqu’on l’emploie pur, les carrelages font fujets à fè déformer. Il efl pofîible de prévenir cet inconvénient, foit en gâchant le plâtre un peu mou , foit en carrelant par bandes qu’on laide fécher & faire fon effet avant d’en faire d’autres ; au moins doit-on fe garder de pofer le carreau jufques près les murs, & l’on doit laifler tout au pourtour quelques pieds qu’on ne carrele que quand le milieu a fait fon effet : enfin , il y a de bons Carreleurs qui p arviennent par des précautions à carreler avec du plâtre pur 3 & leur ouvrage en efl: meilleur ; mais la plupart des Carreleurs, pour que le plâtre ne gonfle point, le mêlent avec beaucoup de pouflier qu’ils paflent au crible ; plus ils en mettent, moins ils craignent que le plâtre gonfle , plus ils ont auffi de facilité à carreler, parce que le plâtre ne prend pas fi promptement, & moins ils emploient de plâtre} ce qui tourne à leur profit ; parce que c’eft ordinairement eux qui le fourniflent. Toutes ces raifons font qu’ils mettent tant de pouflier avec leur plâtre, qu’il ne prend aucun corps, & qu’il ne s’attache prefque pas au carreau ; au lieu que le plâtre pur & bon adhère fi fort à la terre cuite , qu’on ne peut pas féparer deux carreaux qui ont été joints l’un à l’autre avec de bon plâtre. Il feroit mieux de fubftituer au pouflier de bon fable de rivière qui fait corps avec le plâtre, & néanmoins qui l’empêche de gonfler autant que fi on employoit du plâtre vif.
- J’ai vu un excellent Carreleur qui, au lieu de pouflier, mettoit de la fuie de cheminée avec fon plâtre ; ce mélange faifoit que le plâtre ne prenoit pas fi promptement, ce qui lui donnoit le temps de bien afleoir les carreaux ; il m’afi fûra que ce plâtre gonfloit moins, & il me parut qu’il devenoit fort dur & très-adhérent aux carreaux : ainfi je crois que cette méthode doit être adoptée dans les endroits où le plâtre efl commun , Sc où l’on peut fe procurer aifément de la fuie.
- Lorfque le plâtre efl rare, & quand on a peine à avoir de la fuie, on peut faire un très-bon carrelage en mêlant avec le plâtre, au lieu de pouflier , de bon mortier de chaux Sc fable ou ciment ; cette efpece de mortier bâtard que , nos Ouvriers de Province nomment Gâchis, bourfouffle peu ; avec le temps, il devient aflez dur ; & comme il ne durcit pas promptement le Carreleur peut à l’aife pofer convenablement les carreaux.
- Ce font à Paris les Maçons qui forment l’aire fur laquelle on doit pofer le carreau ; mais en Province les Carreleurs commencent par bien niveler Sc drefler le plancher^, Fig. 3 ,/Y. IV, où ils doivent afleoir leurs carreaux ; ils le font ordinairement avec du pouflier qu’ils répandent, Sc qu’ils dreflent en pofànt deffus en tout fens une réglé fur laquelle ils mettent un niveau B ;
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- quand la place eft bien dreflee * pour donner un peu de confiftance au poufiier, ils verfent defïus une eau de plâtre très-claire.
- Les carrelages font bien plus folides quand on pofe le carreau fur une aire de plâtre pur ou Amplement un peu allié de bon fable ; mais il ne faut pofer le carreau que quand faire eft feche, & qu’elle a fait fon effet ; une aire de mortier de chaux & foble eft fort bonne , & rien n’eft plus mauvais que de pofer du carreau fur du pouffer pur, qui, venant à fe comprimer , ne fournit point une afiiette folide au carreau qui alors s’enfonce & fo dérange très-aifément.
- Dans quelques Provinces on drefle le plancher avec du tuf blanc qu’on pafle à la claie ; on l’humeéle un peu , pour qu’avec une batte dont on le frappe à petits coups , il prenne un peu de fermeté.
- Autrefois on chargeoit beaucoup l'es planchers ; mais maintenant les Charpentiers ayant foin de tenir leurs bois d’égale épaifleur & de niveau , on recom-. mande aux Carreleurs de mettre peu de charge, afin de ne pas fatiguer les poutres.
- - Quand l’aire des chambres ou des greniers qu’on veut carreler eft bien drefi fée , le Carreleur tend un cordeau dans toute la longueur de la piece E F, 8c il pofe fur plâtre , mortier ou gâchis, une rangée de carreaux, vérifiant fréquemment fi elle eft bien d’alignement & exaétement de niveau ; parce que c’eft cette rangée qui doit régler pour tout le refte ; car tous les carreaux qui ont été bien faits , comme nous l’avons expliqué , étant exaétement de même grandeur , ils formeront des rangées pareilles & bien droites , fi le Carreleur les pofe de façon qu’il n’y ait point de joint. Si cependant par la faute du Potier ou celle du Carreleur, les rangées faifoient une petite% courbe , le Carreleur remédieroit à ce défaut en laiflant un peu de joint à la concavité de la courbe : c eft toujours un défaut, mais qui n’eft pas fort fenfible quand la courbe eft peu confidérable, & qu’on la redreffe peu-à-peu. Comme cette première rangée EF, doit diriger toutes les autres , il eft important lorfqu’elle eft bien aflife , dé recommander qu’on ne marche pas delfus , pour qu’elle ne fe dérange pas. On pofeenfuite les autres rangées , de forte qu’un des angles faillants du carreau qu’on pofe , fe loge dans l’angle rentrant des carreaux qui ont été pofés dans la rangée , ce qui forme des lignes obliques G, H.
- Les Carreleurs confervent le niveau dans toute l’étendue^du plancher par un moyen bien fimple & très-expéditif ; ils mettent un filet de plâtre ou de mortier le long des carreaux qui font pofés , ayant foin que ce filet foit par-tout à-peu-près d’une égale épaiffeur ; & s’ils emploient du plâtre * ils n’en mettent que dans une longueur convenable pour placer environ huit carreaux, afin de pouvoir les mettre en place avant que le plâtre foit trop endurci : ils frappent fortement fur les carreaux qu’ils viennent de pofer avec le plat d’une réglé de bois de chêne qui a deux bons pouces d’épailfeur , trois pouces & demi de largeur, comme fait le Carreleur C, Fig. 3 ; cette réglé eft couchée fur les
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- carreaux qui ont été précédemment pofés , & ils la manient avec la main gauche en Télevant, Sc la rabattant avec force jufqu’à ce quelle porte exaélement fur tous les carreaux. Il eft évident que les carreaux qu’on vient de pofer, font bien de niveau avec les autres , quand la réglé les touche tous ; car elle frappe des coups allez forts pour faire enfoncer dans le plâtre ou le mortier les carreaux qu’on vient de pofer. Si quelques-uns fortent de l’alignement ou fe trouvent trop enfoncés n’ayant pas mis alfez de plâtre , le Carreleur les releve avec fà truelle D ; il ôte le plâtre qui étoit delïous, il en met d’autre , Sc pofe un carreau qui ne faffe point de difformité ; enfin étant fàtisfait de la pofe de les carreaux , Il coupe avec le tranchant de fa truelle le mortier ou le plâtre qui excédé les carreaux, Sc il en met un nouveau filet pour pofer huit nouveaux carreaux. Aux approches des murs, ii n’y aura pas d’inconvénient à mettre . beaucoup de pouffer dans le plâtre, pour empêcher qu’il ne gonfle, d’autant qu’à ces endroits les carreaux ne fatiguent pas autant qu’au milieu des pièces.
- Les Carreleurs rempliffent les joints qui pourroient refler entre les carreaux qu’ils ont pofes , quelquefois avec du plâtre gâché aflèz ferme, Sc qu’ils jettent avec force fur les joints des carreaux ; d’autres coulent fur les carreaux une eau de plâtre fort liquide. On emporte le plâtre ou le mortier dont les carreaux font barbouillés , en les frottant avec du fable & des bouchons de paille ; & quand ils font bien nets, on les peint à l’huile, on les cire, Sc on les frotte. A1 l’égard des greniers qu’on carrele avec du carreau de tuilerie, pour empêcher qu’il ne fe creufe aux endroits où l’on marche, Sc même avec les balais qui font ordinairement de bouleau , il eft très-bon de les barbouiller avec du fàng de bœuf, qui engrailîe le deflus du carreau Sc lui donné une folidité allez durable. Dans quelques Provinces, on vernit les carreaux comme les Poteries, on en forme des compartiments qui font allez agréables Sc qu’on varie d’une infinité de façons. Je me bornerai à en donner quelques exemples fur les Planches VI jufqu’à XIV (*) , où l’on verra qu’avec des carreaux quarrés mi-partis de deux couleurs , on peut former quatre-vingtffeize compartiments fort agréables Sc très-différents les uns des autres. Il eft évident qu’en variant la forme des carreaux, la difpofition des couleurs fur chaque carreau , & la pofition réci? proque des carreaux, on peut faire une infinité de compartiments.
- {*) Ces neuf Planches font tirées du dépôt de l’Académie;
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- ARTICLE
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- DU POTIËR DE TËRRË, «
- ARTICLE QUATRIEME.
- Maniéré de faire les différents Uafes & UJlenfiles de ménagé » avec la même terre qui fert à faire les Carreaux.
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- Les Potiers de Paris emploient, pour faire différents ouvrages de leur Compétence, la même terre que pour les carreaux ; ils donnent feulement la préférence à certaines veines où Yargille eft plus blanche , tirant un peu fur le rouge ; les Ouvriers l'appellent Belle terre ; on la tire , comme pour le carreau * d’Arcueil 8c de Vanvres ; on Faille avec le même fable 8c en même quantité que pour faire les carreaux : comme on veut la marcher avOc plus de foin , on ne fait chaque marchée que d'un ou au plus deux tonneaux. v
- Quelques Potiers quand la terre C * Fig. 3 , PI. IV, eft marchée , en mettent une motte fur une table épaifle , & la battent avec un barreau de fer A *
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- Fig. 1, comme nous avons ditqu'on faifoit la terre à Pipes, 8c cette opération eft
- très-bonne ; mais foit qu'elle ait été marchée, ou battue avec le barreau de fer A, il faut toujours la Voguer pour ôter toutes les pyrites & les pierres qui peuvent s'y rencontrer; pour cela ils pétriffent la terre fur la table à mouler Z?, Fig. 2, comme on feroit de là pâte ; ils en raflemblent enfuite une motte àffeZ grôflb * & en paflant alternativement la paume de chaque main fur cette terre, ils en emportent à chaque fois une couche a (fez mince ; s'ils y trouvent quelques corps étrangers, ils les détachent & les rejettent. Quand ils en ont alnfi ramaffé à-peu-près de la grofleur d’une livre de beurre , ils pétrifient cette motte 8c lui donnent la forme d'un cylindre ; ils le rompent en deux, 8c tenant chaque moitié dans une main , ils les rapprochent en les frappant fortement l'une contre l'autre ; puis les pétrifiant de nouveau , & répétant à plufieurs fois cette ma-* nœuvre , ils ôtent toujours les corps étrangers qui fe trouvent fous leurs mains, 8c fïniflènt par en former des mottes plus ou moins grofles, fui van t la grandeur des vafes qu'ils fe propofent de faire. Les Potiers fui vent différentes pratiques pour voguer leur terre; mais elles confiftent toutes à beaucoup manier la terre pour la bien corroyer & en ôter les corps étrangers qui s'y trouvent ; car pour des ouvrages qu'ils font obligés de donner à bon compte, ils ne peuvent pas faire les frais de laver leurs terres & de les paffer au tamis 9 comme le font ceux qui travaillent de belle Faïance. L'opération de voguer eft fatigante ; car pour la plupart des uftenfiles que font les Potiers, la terre doit être pétrie bien plus ferme que pour faire des carreaux, fur-tout quand on fait de grands vafes, tels que Fig. 6 & 7, PL III, qui, fans cela ne pouvant fe Ibutenir ^ fe déformeraient, 8c l'on vogue la terre avec beaucoup plus de foin pour cerj tains ouvrages que pour d'autres*
- Entre les ouvrages de Poterie, les uns fe font entièrement à la main , telles Potier de Terre* F
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- font les chaufferettes quarrées T V, Fig. 8 , PL III ; d’autres fe font entièrement fur la roue, tels font les pots à fleurs, les terrines n n , Fig. 2 , P/. II9 & K Fig. 9 , PL III, qui n’ont point (Tarifes, &c. d’autres fe font partie fur le tour, Sc partie à la main; de ce genre , font les pots à trois pieds o , Fig. 15 , les huguenottes , Fig. 14 , les coquemars, Fig. 16, les cafferoles, Fig. 17, PL II, dont le corps eft fait fur la roue , Sc dont les pieds font rapportés , ainfi que fanfe Sc les oreilles.
- Je vais commencer par dire quelque chofe du travail à la roue ou fur le tour ; j’expliquerai enfuite comment on y rapporte différentes pièces ; puis je donnerai quelques exemples des ouvrages qu’on fait entièrement à la main.
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- §. I. Du travail des Vafes fur la Roue. *
- I l y a deux efpeces de roues : l’une eft en fer , & c eft véritablement la roue des Potiers ; l’autre eft en bois, Sc s’appelle le Tour. Prefque tous les Potiers de Paris s’en fervent ; mais ils font pris des Faïanciers.
- §. IL Defcription de la Roue de fer.
- a a , PL II, Fig. 1, eft le moyeu de la roue qui porte le plateau b b9 qu’on nomme en quelques endroits Gimble , fur lequel eft l’ouvrage c c , qu’on travaille. Au moyeu a a , font affemblés les rais d d de la roue qui font de fer : on n’en voit que deux dans cette figure ; mais il y en a fix , comme on l’apperçoit dans les figures 3,4 8c J 2 c es rais aboutiflènt à un cercle de fer ou à une jante , dont on ne voit ici que l’épaiffeur , repréfentée par la ligne e e ; le moyeu a a , diminue de groffeur en f f, Sc encore plus en g ; cette partie qui eft cylindrique Sc ponétuée dans la figure, eft reçue dans un trou, percé dans un gros morceau de bois g, qui eft fermement affujetti par une croix de charpente h h, Sc des liens i i. Il faut donc concevoir i°. que le moyeu a a , la partie f f9 & le cylindre ponétué g, font pris dans un même morceau de bois ; i°. que la partie cylindrique ponétuée eft reçue dans un trou profond qui eft au centre du morceau de bois g-, dans lequel il a la liberté de tourner • que c’eft ce cylindre ponétué qui porte la partie f fy ainfi que ce que nous avons appellé le Moyeu a ay au-deffus duquel eft le plateau b b , fut lequel eft l’ouvrage c c. On voit que les rais d d font obliques, de forte que par leurs révolutions ils forment un cône tronqué en a a ; k , font des tablettes qu’on nomme Vaucour9 établies autour de l’Ouvrier, fur lefquelles il met fes balles de terre qui vont être travaillées, les vafes qu’il a faits , une jatte dans laquelle il y a de l’eau, & une elpece de calibre ordinairement de fer, qu’on nomme Atelle. /, eft une planche inclinée fur laquelle s’aflied l’Ouvrier: auffi l’appelle-t-on le Siégé. Tout ceci deviendra encore plus clair en jettant les yeux fur le plan perfpeétif Fig. 2.
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- DU P O T I E R DE TERRE> 23
- û9 eft le moyeu de la roue : b , le plateau qui fupporte l’ouvrage c , qu’on travaille : d 9 les rais de la roue : ee , la jante de la roue la partie cylindrique du moyeu au-deflous de laquelle eft celle qui eft ponétuée à la Figure r, auprès de g : h, le patin de charpente qui eft ici affermi par un maffif de plâtre : k , les tablettes fur lefquelles on pofe l’ouvrage à mefure qu’il eft fait : 1, la planche inclinée fur laquelle s’affîed l’Ouvrier : m , des planches épaiffes inclinées qui ont des entailles profondes, dans lefquelles- les Ouvriers pofent leurs pieds , comme on le voit Fig. 4 8c 5 ; ces efpeces de marche-pieds fè nomment Payens : n9 font les ouvrages qui viennent d’être travaillés : 0, des balles de terre pour faire d’autres ouvrages : p , les piliers montants qui fou-tiennent les tablettes k , /.
- La Figure 3 , repréfonte la même machine vue en plan, & renverfée pour faire voir le deiïous de la roue : g 9 la partie cylindrique qui entre dans un trou profond fait à la piece g 9 Fig. 1 : f9 partie cylindrique plus grofle : a a9 le moyeu de la roue ou font aflemblés les rais d : e e en eft la jante : p , les mortaifos deftinées à recevoir les montants qui portent les tablettes k , & le fiege /, Fig. 1 8c 2 : m , font les payens ou marche-pieds.
- Dans les campagnes fouvent tout ce qui eft repréfonté ici en fer 9 eft en bois ; en ce cas on tient la jante de la roue fort épaifle , pour qu’étant pelante elle conforve plus long-temps le mouvement que le Potier lui imprime* Conv-we elles font moins parfaites que celles en fer, nous nous dilpenferons d’entrer à leur fujet dans aucun détail.
- Pour travailler fur cette roue , il faut lui imprimer un mouvement circulaire rapide avec un bâton a, Fig. 4, qu’on nomme Tournoir : on voit dans cette Figure 4, un Ouvrier en attitude pour mettre fà roue en mouvement ; il eft aflïs fur le fiege /, fes pieds font dans les entailles des payens m , 8c avec fon tournoir a, dont il engage un bout dans les rais de fa roue, il lui imprime un mouvement circulaire qu’elle conforve aflfez long-temps, pour que l’Ouvrief Fig- s , ait le temps de former un vafo.
- §. III. Du Tour ou delà Roue que les Potiers ont pris des FaïancierSé
- Cette roue a , Fig. x 9 PI. III, eft de bois, pleine & épaiffe cjp trois od quatre pouces, pour qu’ayant plus de poids , elle conforve mieux fon mouvement ; elle eft traverfée par un axe de fer ou de bois b, qui aboutit àu-deffous de la roue à une crapaudine : cet axe paffe au niveau de la table dans un collet, & porte à fon extrémité fupérieure un plateau c, fur lequel eft l’ouvrage d ; l’Ouvrier h, étant aflïs un peu obliquement fur la planche inclinée i , a quelquefois fes deux jambes d’un même côté de la roue, de forte que l’axe b paffe derrière la jambe gauche ; affez fouvent l’axe eft entre les deux jambes , & le pied gauche eft appuyé fur la traverfe g de la table :f , eft une jatte où il y a
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- de l’eau î l’Ouvrier ayant fon pied gauche pofé fur la trayerfe g , appuie le pied droit légèrement fur la roue , & le pouffant en avant, il imprime à cette roue un mouvement circulaire qui fe communique au plateau c, fur lequel eft l’ouvrage d. Comme cette roue ne tourne pas auffi vite que celle de fer , l’Ouvrier peut former fon vafe avec plus de régularité , & il eft le maître d’accélérer ou de retarder le mouvement de fa roue, même de l’arrêter quand il veut, ce qu’on ne peut pas faire avec la roue de-fer.
- Lorfque les deux jambes font d’un même côté, l’Ouvrier peut, lorfque la jambe droite eft fatiguée, taire tourner fa roue avec le pied gauche ; quelquefois pour faire tourner la roue plus vite, il fait agir enfemble le pied droit ÔC le pied gauche.
- îiya quelques Potiers Allemands, qui ayant Taxe b entre leurs jambes, fe fervent de leurs deux pieds ; mais alors il faut qu’ils pouftènt le pied droit comme nous l’avons dit, & qu’ils attirent à eux le pied gauche. On contracte par l’ufage la facilité de faire agir ainfi les deux pieds en fens contraires.
- La roue de fer eft commode pour faire des ouvrages qui n’exigent pas beaucoup de régularité ; quand le Potier lui a imprimé un mouvement avec ton tournoir, elle tourne avec beaucoup de vîteife , & fon mouvement fe ralentit peu-à-peu , ce qui eft affez avantageux ; car quand on commence une pièce, la roue ne peut pas tourner trop vite; mais pour la finir, il eft bon qu’elle tourne avec moins de vîteffe : quelquefois aufli elle perd fon mouvement avant que la piece que le Potier travaille foit achevée , & alors il eft obligé de reprendre fon tournoir pour donner à fa roue un nouveau mouvement.
- Comme on eft maître avec la roue de bois ou le tour d’augmenter le mouvement , de le ralentir , même de l'interrompre entièrement, cet inftrument eft très-avantageux pour faire des ouvrages qui exigent de la précifion , & maintenant les Potiers de Terre de Paris ne font plus guere ufage de la roue de fer.
- §. IV. Travail du Potier fur la Roue.
- Les Potiers mouillent leurs mains non-feulement pour que la terre ne s y attache pas, mais encore pour mieux polir leur ouvrage, qu’ils commencent par former entre leurs deux mains , en ayant une dans le vafe & l’autre au dehors : d’autres fois ils ferrent la terre entre le pouce & l’index de chaque main : il n’eft pas poffible d’indiquer toutes les différentes pofitions que les Potiers donnent à leurs mains ; fouvent même ils les varient, quoiqu’ils faffent un même ouvrage. Ils emploient aùffi pour finir & diminuer l’épaiffeur de la terre un calibre , qu’ils nomment Atelle ; ils en ont plufieurs de différentes formes, fuivant que l’exige le vafe qu’ils travaillent; quelques-unes de ces âtelles portent des moulures, & la plupart fent de fer ; il y en a auffi de bois.
- ; Quand on voit travailler un habile Tourneur, il femble que fon travail foit
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- des plus aifés à exécuter ; cependant il exige beaucoup d’adrefTe : car il n’eft pas facile, ayant une main dans un vafe & une autre en dehors , de réduire toute la terre à une égale épaiffeur. La difficulté augmente encore,& l’habileté de l’Ouvrier fe fait mieux connoître quand il faut qu’un vafe ait plus d’épaftîeur à certains endroits qu à d’autres : il feroit, par exemple , plus aifé de faire le fond d une terrine àfivonner , Fig. 6 , PI. III, plus épais que les côtés ; cependant il eft mieux que le fond foie plus mince que les côtés. A d’autres ouvrages ,il faut que la plus grande épaifîèur fbit à la panfe ; & l’habile Ouvrier parvient à exécuter toutes ces chofes avec allez de précifion fans employer de compas , ni aucune autre forte de mefiire. Ce n’eft pas tout ; fuivant Ion gré , il étend fi terre ou il la retraint, de forte qu’ayant fait un vafe trop large , il le réduit à être étroit ; s’il eft trop haut , il le rend plus bas ; & profitant de la duélilité de fi terre , il en fait tout ce qu’il veut : cependant on remarque que les plats , les affiettes, &c. qui ont été faits fur le tour , fe rompent prefque toujours fuivant des lignes circulaires, ce qui n’arrive pas aux vailfelles qui ont été faites .dans des moules ; apparemment qu’en travaillant la terre fur le tour, il y a des couches qui ne fe joignent pas parfaitement.
- Je repréfenterai dans la fuite plu fi eu rs ouvrages qu’on fait fur le tour 5 mais je choifirai pour donner un exemple de ce que peuvent faire les Potiers , une Tirelire, P LUI, Fig. 10. Je vais expliquer comment on fait cette petite pièce très-commune qui eft d’un feul morceau, fermée de toutes parts & faite entièrement fur le tour, fins aucune foudure ni raccordement, ce qui paroît difficile à exécuter.
- Le Potier tourne le bas de la tirelire, comme s’il vouioit faire un petit pot; enfliite il refoule la terre & en rétrécit l’ouverture , formant comme un petit dôme, ce qui fait une efpece de rétreinte; pour cela il pouffe la terre avec le pouce qu’il a en dehors * & il la foutient en dedans avec le doigt index,ce qu’il continue, tant qu’il peut tenir le doigt index dans l’intérieur de la tirelire ; quand le doigt n’y peut plus tenir qu’à peine , il comprime avec le pouce & l’index une épaiiîeur de terre qu’il a refervée autour du trou , & il forme en cet endroit un bouton qui ferme entièrement la tirelire ; enfuite avec une lame de couteau, il fait la fente par laquelle on met l'argent, & il fe forme en dedans autour de cette fente des bavures qui empêchent que l’argent ne forte quand on fecoue la tirelire; enfin avec un fil de laiton , PL II, Fig. 6 , que les Potiers nomment Scie , il détache la tirelire du plateau.
- Si l’on fait fur le tour une grande terrine à favonner, PL III, Fig. 6 , comme les bords en font épais, & que la terrine eft beaucoup plus large à l’ouver- . ture qu’au fond, on a foin de la faire avec une terre qui fbit ferme , fans quoi le bord ne fe foutiendroit pas. Comme on a coutume de pratiquer à ces terrines un gouleau en forme de gouttière, on le fait avant de détacher la terrine du tour ; pour cela on plie cette partie avec les doigts, ce qui fe peut exécuter Potier de terre. G
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- pendant que la terre a encore toute fa fouplefle. Enfin quand la terrine ou les autres ouvrages font faits , on les détache de defîus le tour avec une lame de couteau lorfque la piece eft petite , ou avec un fil de laiton X , Fig. 6 , PL II,. fi elle eft grande. 1
- Il y a de ces grandes terrines où Ton rapporte des oreilles ; mais cela ne fe fait pas fur le tour ; nous en parlerons dans la fuite, ainfi que de plufieurs autres ouvrages auxquels il faut rapporter des pieds , des anfes, &c.
- Les pots à fleurs communs n, Fig. 2 , PL II, fe font entièrement fur le tour; ils doivent être un peu plus larges par le haut que par le bas, pour qu'on puifle en tirer aifément la terre , 8c lever en motte les plantes qu'on a élevées dedans: on forme en haut 8c à l'ouverture un bourrelet qui les fortifie & les rend plus aifés à tranfporter.
- Les jattes K , Fig. 9 , FL III, fe font aufll entièrement fur le tour, & elles font comme les pots à fleurs terminées en haut par un bourrelet.
- Les aftiettes fe font de même ; 8c pour que les rebords foient terminés régulièrement , on fe fert quelquefois d'une âtelle.
- Les pots pour les defcentes de commodités À , ByD , Fig. 11, PL III, qu'on nomme Boijffeaux, fe font à deux fois; on fait qu'ils font plus larges par un bout a , que par l'autre b, qui forme comme une feuillure au moyen d’un anneau de terre qu'on pofe à quatre doigts de fon bord , & que quelques Potiers appellent le Jonc , d'autres le Viret : on ébauche d'une feule opération tout le boifleau, 8c l'on finit le bout b le moins évafé où l'on forme une feuillure au moyen du viret ; enfuite on le détache de defîus le plateau du tour, on renverfe le boifleau , mettant le petit bout qu’on a fini en bas fur le plateau du tour, où il s’attache à un peu de terre qu’on y a lai fie , & on finit le bout a le plus éyafé , qui doit recevoir le bout b qui eft le moins évafé , & où eft la feuillure dont nous avons parlé ; ainfi ces boifleaux fe font entièrement fur le tour, mais à deux fois : il n’en eft pas de même des pots à deux E C, Fig. 11, ou des boifleaux qui fe diyifent en deux pour répondre à deux fieges. Il eft bon de remarquer à ce ftijet, qu’il y a des tuyaux de commodités qui font plus larges que d’autres ; c'eft pourquoi on fait des boifleaux qui ont un pied de diamètre , & d’autres qui n’ont que huit ou neuf pouces. Or quand on fait un tuyau de Poterie qui doit fe divifer en deux branches, comme E C, la partie A B , &c. qui répond à une fuite de boifleaux qui s’étend depuis la foffe jufqu’àla divifion, eft ordinairement faite avec les boifleaux de grand diamètre, & les branches E C, font faites avec des boifleaux de petit diamètre. Pour faire le pot à deux, ou celui où eft l'embranchement, il faut trois boifleaux , un grand & deux petits; on les met fécher un peu fur les lattiers D D , PL III, Fig. 4 , ou PL II, Fig. 7 , comme nous l'expliquerons dans un inftant ; & ayant pofé le grand pot fur la table à habiller, PL //, Fig. S, & PL III,Fig. 3, le bout qui porte la feuillure en bas, on échancre le bout éyafé qui eft en haut, & on échancre auffi le bout
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- le moins évafédes deux pots de petit moule pour les fouder au grand pot, comme nous allons le dire. Ainfi ces pots à deux fe font partie fur le tour & partie à la main ; mais nous avons cru devoir en parler ici afin de ne pas fëparer ce qui regarde les boifleaux de commodités. Je ferai feulement remarquer qu’on peut faire rembranchement avec des boifleaux auffi larges les uns que les autres, comme on Ta repréfenté en A9 B, C, D, Fig. n 9 PL III. Je reviens aux ouvrages qui fe font entièrement fur le tour.
- Pour, faire les couvercles des pots , des marmites , des coquemars , des huguenottes, &c. comme /, PL II,Fig. 13,15 Ô i(5, on met fur le plateau de la roue une motte de terre dont on fe propofe de tirer plufieurs couvercles; on commence par former le deflous du couvercle , qui, comme Ton fait, creufe un peu vers le milieu ; enfuite en ferrant avec les doigts de l’autre main la terre qui eft au-deflous du couvercle, on en forme le deflus qui doit être un peu bombé ; on ménage au milieu un bouton , & l’on finit par le détacher en le féparamt de la terre avec le doigt ou la lame d’un couteau. Puis , fi l’on veut, on retourne ce couvercle , le polant fur la terre qui eft fur le plateau , & on perfectionne un peu le deflus du couvercle ; mais cela ne fe pratique pas ordinairement ; on leve fucceffivement autant de couvercles que la motte de terre qui eft fur le plateau peut en fournir*
- Les couvercles des huguenottes & des coquemars , Fig. 16 9 PL II, fe font à-peu-près de même, quoiqu’ils foient un peu plus compofés, puifqu’ils doivent avoir une feuillure qu’on fait avec un viret qui entre dans le coquemar.
- §. V. Comment on peut former des ouvrages fur le Tour avec un Calibre.
- La Figure 1, PL III, eft un tour à-peu-près femblable à celui Fig. t ; A eft la roue ; B Ion axe, qui porte le plateau C fur lequel eft l’ouvtage D ; il eft fenfible qu’en ajuftant au-defîus de la table un calibre E , de façon qu’on puifle l’approcher à volonté ou le reculer de l’ouvrage D , Ce calibre, en emportant le trop de terre qu’on auroit mis, formeroit exactement les contours & les moulures que doit avoir le vafe ; mais comme ce calibre ne peut former que l’extérieur , on ne peut en faire ulàge pour des vafes qui doivent être travaillés en dedans comme en dehors ; il fert feulement pour des pieds deftinés à fbutenir des pots ou d’autres chofes d’ornement qu’on évide enfuite à la main & groffiécrément , l’intérieur n’étant d'aucune conféquence ; mais on peut faire ulàge d’un tour à-peu-près femblable pour faire de grands Vafes de jardin , ainfi que nous allons l’expliquer.
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- §. VI. Comment on fait furie Tour de grands Vafes de Jardin,
- L a plupart des grands vafes de Jardin fe font au moule ; cependant on en peut faire aufli fur le tour avec un calibre ou une grande âtelle e e , entaillée aux endroits qui doivent faire faillie fur le vafe , Sc former des faillies aux endroits où les contours du vafe doivent être en creux. Suppofé donc qu’on veuille faire le vafe E, FL III, Fig. 12, on le fait de trois morceaux : un fait le pied, un autre le corps /, & l’autre m le couvercle auquel on ajoute quelques ornements qui fupportent une boule ou une pomme de pin. Je vais expliquer comment on fait le corps qu’on voit en l fur la table B , PL III, Fig. 12. Le calibre tournant eft formé d’un arbre vertical h A, reçu par en bas dans un trou pratiqué au milieu d’une forte table a a, & retenu en haut par un couffinet de bois g, lequel eft attaché à une piece de bois quarrée b b ; ainfi il faut concevoir que 1 arbre vertical h h , tourne librement fur lui-même : cet arbre doit être a fiez fort pour retenir fermement la potence zz, qui doit elle-même porter l’âtelle ou le calibre e e , qui eft quelquefois obligé de fupporter des efforts pour enlever la terre qu’on a mis de trop fur le corps du vafe. On affujettit cependant encore le calibre en le retenant par en bas avec une main qui porte fur la table en o , & en ôtant de la terre avec l’autre main , quand on voit que le calibre en auroit trop à emporter. On conçoit que les pièces de bois quarrées b b , ainfi que la table aa % doivent être folidement affujetties ; mais comme on le fera diverfement fui-vant la place où on conftruira le tour , je me fuis contenté de l’indiquer. Le Potier met fà terre far la table a a > êc ayant une main dans le vafe & une en dehors, il lui fait prendre à-peu-près la forme qu’il projette de donner au vafe ; je dis à-peu-près , car c’eft l’âtelle , ou le calibre e e, qui doit perfectionner la forme de ce vafe. Ce calibre e e, eft une planche peu épaifte dont les bords fe terminent en bifeau , & font taillés de façon que le contour de ces bords rend pour ainfi dire la contre-épreuve du vafe qu’on veut travailler. On doit l’alfujettir bien fermement avec des vis à une piece de bois quarrée z z, qui forme une potence , &z afin de pouvoir avancer ou reculer ce calibre, fuivant la groffeur qu’on veut donner au vafe, la potence l z, eft fendue d’une grande mortaife , de forte qu’en defterrant les vis , le calibre e e peut avancer ou reculer, & on l’aflujettit en ferrant les vis. Quand tout eft ainfi dif-pofé , on fait tourner à la main le calibre e e, qui emporte la terre où il y en a trop, & le Potier en ajoute aux endroits où il y en a trop peu ; en même temps il rend le vafe à-peu-près de même épaifleur par-tout en emportant par dedans avec une âtelle de la terre aux endroits où le vafe a trop d’épaif* Leur. Enfin quand le corps du vafe eft bien formé , on le laifîe une couple de jours fur la table, pour que la terre fe raffermiiïe un peu; puis on le détache avec un fil de. laiton, PL II, Fig, 6, de defilis la table ; on ôte en fuite la
- bride g ;
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- avec les deux mains après avoir retiré l'arbre h h, qui le traverfe dans fô n axe $ Sc on met le vafe fécher au lattier ; on fait enfuite le couvercle avec un autre calibre, & le pied auflî avec un calibre convenable à Ja forme que ce pied doit avoir ; quand ces pièces ont relié quelque temps au lattier, on les ren-verfe fîir la table à habiller pour les évider en dedans avec un tournafin ou tournafoir Y , PL III, Fig. 13 , & y former des feuillures pour le raccordement des différentes pièces. Si on le juge à propos, on ajoute des anfès au corps du vafe, ainfi que nous l'expliquerons dans la fuite : quelquefois on affujettit folidement le calibre qui refie fixe, & c'eft le vafe qui tourne étant fur un plateau qu'on fait mouvoir à la main ; tout cela revient à-peu-près au même;
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- §. VIL Grands Vafes de terre cuite.
- Tout le monde connoît ces grands vafes d*une terre blanchâtre * vernis en dedans , qu'on appelle des Jarres , A , Fig. i , PL XVII ; ils fe font en Provence. Plufieurs perfonnes très* attentives à leur fànté , afin d'éviter les accidents qui pourroient réfulter du cuivre , ont fait venir de ces jarres pour conferver l'eau dont ils font ufàge : il y en a de fort grandes qui font épaif-fes Sc folides ; cependant on les recouvre de nattes de paille ou d'auffe, de avec cette précaution , elles durent fort long-temps fans fe rompre , pourvu qu'on les tienne l'hiver dans un lieu où l'eau qu'elles contiennent ne gele point. On en embarque fùr prefque tous les vaiffeaux , pour conferver l'eau deftinée à la table du Capitaine ; Sc c'eft dans ces jarres qu'on conferve l’huile en Provence.
- Le goût qu'on a pris pour conferver Peau dans ces jarres , a engagé les Potiers qui travaillent en grès , à faire des pots B , Fig. 2, prefque auflî grands que les vafes dont nous venons de parler ; car il y en a qui contiennent un demi-muid. J'en ai dans mon laboratoire de Chymie à la campagne qui ont été faits à Saint-Fargeau : ils font vernis en dedans ; ceux qu'on vend à Paris , Sc auxquels on ajufte un robinet, viennent de Picardie.
- Mais j'ai vu en plufieurs endroits, & j'ai même depuis long-temps de grands vafes C, Fig. 3 , d'une terre rouge, entre lefquels il y en a qui contiennent près d’une demi-queue : ceux qui font bien faits , ne font point perméables à l'eau * quoiqu'ils ne foient point vernis : on s'en fert à quantité d'ufages ; on coule dedans de petites leflîves ; on les emploie en guife de tinettes pour fàler la viande ; Sc j'en ai vu dans des jardins qui, étant entourés de maçonnerie, fer-voient dans les potagers à contenir l'eau pour les arrofements. J'ignorois d'où venoient ces pots : peut-être en fait-on en plufieurs endroits; mais M. Defmarais m'a fait voir dans le Calendrier Limoufin de l'année 1770 , un article que je crois devoir inférer ici.
- A un quart de lieue de Montmoreau , qui eft à fix lieues au Sud d’Angou-Pqtier de Terre. H
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- lême , fe trouve le village de Saint-Eutrope, dont prefque tous les habitants font Potiers. On y compte trente ménages tous adonnés à ce travail : vingt-cinq fours font continuellement occupés à cuire la petite Poterie , affiettes, plats, pots à feu de différentes grandeurs ; mais il y en a trois qui font deftinés pour cuire différents ouvrages, & particuliérement de grands vafes à faire la leffive , à faler le lard, &c. Tous les Potiers qui ont à cuire de ces grands vafes les portent à un de ces trois fours.
- On emploie pour ces Poteries une argille très-duéliie , qui fe trouve auprès du village. La tâche des femmes 8c des enfants eft de pétrir & corroyer cette argille avec un barreau de fer fur un billot, comme on le voit PL IV , Fig. i : elles donnent auffi les dernieres façons aux pots, ce que nous avons appelle Habiller : mais ce n’eft pas tout, elles font encore chargées d’aller couper la brande & autres menus bois avec lefquels on chauffe le four pour cuire ces Poteries.
- Les hommes façonnent les grands vafes fur un tour fort fimple D, PL XVII, Fig. 3 : il eft formé de deux plateaux E9 Fy femblables à ceux d’une lanterne de moulin. Ces plateaux font joints l’un à l’autre par fix fufeaux G : le plateau Fy eft percé d’un trou en H , pour recevoir le pivot /, dont le bas K eft fermement affujetti enterre L ; de forte que cette lanterne forme fur fon pivot comme un dévidoir. L’Ouvrier met la terre furie plateau E, & avec le pied qu’il pofo for le plateau F, il le fait tourner lentement. Quand la première bafo du vafe eft faite , il travaille les côtés , 8c les éleve en ajoutant focceffivement des rouleaux d’argille qu’il foude les uns for les autres , unifiant les forfaces intérieures & extérieures avec les mains : il parvient ainfi par ces additions multipliées à achever les grands vafes qu’il arrondit à faide du tour ; & il a foin de frapper la terre à petits coups avec la paume de la main pour la comprimer. Quand ces vafes font bien fecs , on les fait cuire dans de grands fours à-peu-près femblables à ceux que nous avons repréfontés PL II, Fig. io f n & 12. Ces Poteries fe débitent principalement à Angoulême , à Périgueux, en Saintonge, à Bordeaux, &c. Les Potiers ne peuvent foffire à toutes les demandes qu’on leur en fait.
- Quand les vafes dont nous venons de parler dans ce paragraphe font très-grands, on les fait de plufîeurs pièces : une forme le fond , une autre le corps , 8c une autre le haut, 8c toutes ces pièces fe réunifient avec des feuillures 8c de la terre qui fe cuit avec le vafe, de forte qu’ils font auflî folides que s’ils étoient d’une feule piece.
- On voit for le vafe de grès, Fig. 2 , des parties {aillantes a a ; ce font de ornements ; mais celles qui font marquées b b, fervent à recouvrir & fortifier les foudures qui font en ces endroits.
- La Figure 4 , M, eft un grand vafe de grès auquel on ajufte quelquefois un robinet pour en faire une fontaine qu’on fobftitue à celles de cuivre : il y en
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- a qui ont en dedans des plateaux défignés par des lignes ponéluées ; ces plateaux font percés de trous, & on y met de gros fable pour filtrer l'eau , & en faire des fontaines labiées.
- La Figure 5 , N, repréfente dés pots cylindriques de grès dans lefquels on apporte les beurres d’Ifigny. Quand ils font vuides, les petits ménages s’en fervent pour conferver leur eau : ils les nomment des fontaines fonnantes.
- La Figure 6,0, montre des pots de grès de S. Fargeau, dans lefquels on met du beurre fondu.
- La Figure 7, P, eft une bouteille de grès. Quand on a fait for le tour, la panfe Q Q, & le gouleau R, on le foude à la panfe à l’endroit T,
- Je ne ferai pas une plus grande énumération des différents ouvrages qu’on fait entièrement for le tour ; ce que nous venons de dire fuffira pour faire comprendre comment fe font ceux dont nous ne parlons point : ainfi je vais m’occuper des ouvrages qui fe font partie for le tour , & partie fur la table à habiller,
- ARTICLE CINQUIEME.
- Des ouvrages qui fe font partie fur le Tour, & partie fur la Table
- à habiller.
- Quand on a commencé ces fortes d’ouvrages for le tour , & qu’on leur a donné la forme qu’ils doivent avoir , on les détache du plateau du tour avec le fil de laiton X , PL II, Fig. 6 , & on les tranfporte for des tablettes qu’on nomme Latders D , PL III, Fig. 4, parce qu’elles font à jour de formées avec des lattes ; on y laiife les ouvrages fe deffécher un peu , ou fe raffermir à l’ombre, même à couvert d’un grand courant d'air; car il faut que le defféche-ment foit lent.
- Quand les ouvrages ont pris un peu de fermeté for les lattiers , on les tranfporte les uns après les autres for une table C9 Fig. 3 , PL III , ou Fig. 8 , VL II, pour les perfectionner , ce que les Ouvriers appellent Habiller.
- Cette opération confifte à réparer à la main les défauts qu’on apperçoit ; s’il s’eft attaché de la terre à un endroit , on l’enleve avec un couteau de bois fort mince que l’on mouille ; fi les bords d’un vafe fe font déverfés en quelque endroit, on les redreffe ; s’il s’eft fait à la panfe quelque enfoncement , on paffe la main dans le vafe pour faire revenir cette boffe ; fi les ouvertures qui doivent être rondes paroiffent ovales, on les rétablit en les pref-fant entre les deux mains. Quelquefois il faut évider le defîbus des vafes pour qu’ils aient une affiette plus ferme ; cela fe fait en pofànt l’ouverture du vafe for la table & le fond en en-haut ; puis on emporte de la terre avec un inftru-ment de fer Y, VL III, Fig. 13 , qui eft tranchant, & on en a de différentes formes, les uns droits, les autres courbés : on les nomme Tournafn ou Tournafoir ; car cette opération fe nomme Tournafer,
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- C’eft encore fur la table qu’on ajoute les pieds, les manches & les anfes aux pièces qui en doivent avoir»
- Toutes ces chofes font des pièces de rapport qu’on foude aux endroits où elles doivent être placées , après les avoir faites à la main fur la table. La maniéré de fbuder les manches , les anfes , les pieds , eft la même ; mais ce doit être avec certaines précautions , pour que ces pièces ne fe détachent pas. Quelques exemples fuffiront pour faire comprendre cette petite manœuvre.
- Je prends pour exemple une marmite H> P/. II, Fig. 14; on forme la panfe, la gorge & le rebord fur le tour : après avoir laifle ce corps de marmite un temps fùffifànt fer le lattier , on le pofe fur la table pour Y habiller ^ & y ajouter les anfes : les Potiers^ s’y prennent de deux maniérés différentes : les uns forment l’anfe lur la table ; ils lui donnent le contour qui lui convient ; puis pour fattacher au corps de la marmite , comme fait fOuvriere C, PL III , Fig. 3 > ils grattent & égratignent un peu les deux endroits où Yanfe doit tenir au corps de la marmite ; ils frottent ces endroits avec un peu de terre neuve , & attachent Fanfe en la comprimant fortement avec le pouce contre le corps de la marmite ou de la huguenotte, &c. D’autres après avoir gratté ou égratigné le corps de la marmite H, en a , Fig. 14, PL II, y attachent un morceau de terre neuve qu’ils façonnent à la main , pour lui faire prendre la forme de l’anfe ; & après l’avoir contourné , ils grattent un endroit b où elle doit aboutir , y mettent un peu de terre neuve , & prefîànt bien l’endroit de l’attache avec les doigts, l’anfe eft ainfi attachée, de façon qu’elle ne le détache pas. On eftime cette méthode plus lolide que la précédente»
- Les oreilles a a des huguenottes, FL III, Fig. 7, à la forme près, fe fondent comme les anfes de marmites.
- En général pour que deux pièces fe joignent bien enfemble, il faut que les deux terres fbient à-peu-près à un même degré de fécherefle , fans quoi une piece fe retirant plus que l’autre, elles fe fepareroient où elles rom-proient. Cependant fi le corps de la marmite s’étoit trop defféchéau lattier, on lui procureroit de la fouplefle en couvrant la partie où l’on veut fonder l’anfe avec un linge humide ; une nuit feffit pour lui donner la fouplefle qu’elle doit avoir.
- Le corps des pots à trois pieds O, jFig. ïj1 , FL II, fè fait fur le tour , enfuite on y rapporte les pieds a , & l’anfe b, comme nous l’avons dit à l’occa-fîon de la marmite, & pour cela on les met fur la table dans une fituation renverfée ; le couvercle C, ne doit point avoir de feuillure.
- Le corps des coquemars , Fig. 16, PL II, fe fait fur le tour ; on forme la panfe a en rond, puis on retraint la terre pour faire la partie cylindrique b y on fortifie le bord par un bourrelet, on y fait un petit bec ; & quand ils font fuffifamment raffermis au lattier, on les porte fur la table à habiller pour les finir, & y ajouter une anfe C, comme nous l’avons dit à l’occafion de la marmite, Le
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- Le corps b des poêlons où cafleroles N, Fig. 17, PI. II9 fe fait fur le tour ; il y a même des Ouvriers qui y font auffi le manche a ; d’autres les travaillent à la main fur un mandrin de bois. Tous les attachent au corps de la caflerole, comme nous l’avons expliqué.
- Les manches qu’on fait fer le tour , font bien plus propres que ceux qu’on fait à la main fur un mandrin ; mais il eft bon d’expliquer comment on peut faire lur le tour *ün tuyau creux dans lequel on peut à peine pafler le doigt. On le fait d’abord allez bas, & feffilàmment large pour former le tuyau entre le pouce & les doigts. Ce tuyau a peu de hauteur, & doit être épais , parce qu’il faudra l’allonger ; pour cela, en comprimant foiblement le tuyau entre les deux mains , on l’allonge en élevant les mains, & il diminue de grolfeur proportionnellement à Ion augmentation de longueur ; on finit en le bordant dun petit ourlet C ; enfin on le détache du plateau ; & après avoir un peu com- ' primé le bout qui doit s’attacher au corps de la caflerole, on le met fécher pendant quelque temps au lattier, puis on le foude au corps de la caflerole * comme les anfes des coquemars, & c.
- Les pafloires F, PL III, Fig. 17 , fe font comme les cafleroles N9 excepté quon y fait, quand elles font à moitié feches, des trous avec une efpece de gouge.
- S9 PL III, Fig. 15 , eft une petite terrine dans laquelle on met de la braife pour les chaufferettes de bois; on la fait lùr le tour, 8c avant de l’ôter du plateau, on applatit le côté a a qui eft formé en partie du fond ; on ôte la terre qui excede le refte des bords de la terrine ; on forme à la main le côté b b , & on ajufte au milieu de cette face un bouton ; ainfi cette petite piece eft prefque entièrement faite à la main, quoiqu’elle fe commence & qu’elle fe perfectionne fur le plateau du tour, fens la tranfporter fer la table à habiller.
- R , PL III, Fig• 14 9 eft une lampe qui eft prefque entièrement faite fur lé tour ; on ajoute feulement un peu de terre en a, & en b , avec une anfe en c.
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- Q, Fig. 16 9 PL III eft un arrofbîr ; le corps a eft entièrement fait fer le tour , ainfi que le tuyau b qu’on fait comme le manche des cafleroles ; on l’é-yafe un peu au bout e, qu’on ferme par une plaque de terre percée d’un nombre de trous ; on rapporte en d un peu de terre pour fermer la moitié de l’embouchure; on attache le tuyau b au corps de l’arrofoir ; on lefoutient par la traverfe e qui n eft pas creufe ; enfin on ajoute l’anfe f, & l’arrofoir eft fini.
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- Potier de Terre,
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- L’ART
- ARTICLE SIXIEME.
- De quelques Ouvrages qu'on fait entièrement à la main.
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- N o u s avons die que les Potiers faifoient quelques-uns de leurs ouvrages entièrement à la main. Pour donner une idée de ce travail, je vais expliquer comment on fait les chaufferettes quarrées T V, FL III, Fig. 8.
- Les chaufferettes & les réchauds qui ont à fupporter le feu, fe font avec la même terre que les carreaux, excepté qu’au lieu de mêler du fable avec l’ar-gille , les Potiers amaigriffent la terre avec du mâche-fer pilé & paffé au tamis de crin , à la dofe de dix boifîeaux de cette poudre fur une demi-queue de terre. On marche ce mélange , comme nous favons expliqué en parlant des carreaux. Pour une chaufferette, on moule cette pâte dans un chafïïs de bois, & f on en forme deux faîtieres qu’on met aux perches & quon bat une lois comme les carreaux ; puis lorfqu’elle eft encore tendre , on prend ces deux faîtieres qui doivent fuffire pour faire une chaufferette. On pofe une de ces faîtieres fur la table à habiller ; on en rogne les bords fur un calibre de bois pour féquarrir ; on en divife la largeur en trois parties , dont celle du milieu fait le fond de la chaufferette a, Sc les deux autres en font les deux grands côtés b b 9 b b, en les relevant à-peu-près perpendiculairement, & les tenant un peu inclinées vers le dehors ; bien entendu qu’avec les doigts on forme en bas un angle à-peu-près à vive-arête. On leve dans l’autre faîtiere deux morceaux c c, pour faire les bouts de la chaufferette; on les foude aux grands côtés b b, en fè conformant à ce que nous avons dit à l’occafion des anfes & des oreilles ; enfin la même fécondé faîtiere fuffit pour faire le delîus d d9m milieu duquel on forme avec un couteau mouillé une ouverture quarrée qui fournit le couvercle C : on ne fait point de feuillure pour recevoir ce couvercle ; mais en l’emportant on tranche la terre obliquement, pour tenir lieu d’une feuillure , afin que le couvercle étant pofé fur l’ouverture n’entre point dans la chaufferette : on ragrée toutes les foudures , & on finit par faire des trous, tant au-deflus de la chaufferette qu’aux côtés, avec une efpece de gouge, qui fait l’office d’une tarriere. Gn ajufte aufli fur la table les mfesfj, & le bouton du couvercle e»
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- DU POTIER DE TERRÉ.
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- ARTICLE SEPTIEME.
- Des ouvrages qu’on fait avec des Moules.
- En parlant des ouvrages qu’on fait à la main, il (èmbleroit convenable d expliquer comment on en fait dans des moules ; mais comme ce travail eft plus du diftriél des Faïanciers que des Potiers , je me contenterai d’en donner un feul exemple, en décrivant comment on peut faire un vafe de jardin. On moule avec du plâtre un creux fur un vafe qui a une belle forme , & qu’on a fait réparer par un Sculpteur : on divife en trois parties fuivant fa longueur , le creux de plâtre qu’on a moulé fur celui qu’on veut imiter, bien entendu qu’on fait féparément le creux qui doit faire le corps du vafe , celui qui eft deftiné à faire le pied, & celui qui doit faire le couvercle.
- On réunit les trois morceaux qui doivent faire le corps ; on les aflujettit en les liant très-fermement avec des cordes, Sc ayant frotté de quelque graiffe l’intérieur du moule, pour que la terre ne s’y attache pas, on enduit à la main l’intérieur de ce moule, avec une couche de terre allez épaiflè , que l’on comprime fortement pour quelle en prenne bien la forme ; on laifïe un peu la terre fe raffermir dans le moule : comme en fe deflechant elle fie retire & diminue de volume, elle fe détache un peu du moule ; mais avant qu’elle foit tout à fait feche, on délie les cordes, on fépare les trois pièces qui font la totalité du moule , & on retire le vafe de terre qu’on met au lattier ; on le répare enfuite avec un petit morceau de bois nommé Ebauchoir, & il ne faut pas être Sculpteur pour cela.
- On emporte avec un tournafin ce qu’il y a de trop de terre en dedans, & on forme les feuillures , pour affembler avec le corps du vafe fon pied & fon couvercle, lorfqu’on les aura moulés : quelques-uns font des moules particuliers pour former des anfes & des feuillages ; mais , comme je l’ai dit , je ne me fuis propofé que de parler fuperficiellement des Ouvrages qu’on moule , parce que les détails fe trouveront dans l’Art du Faïancier, qui fait avec des moules des plats à contour, des affiettes gaudronnées & des jattes, même des figures d’hommes & d’animaux.
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- VA R T
- ARTICLE HUITIEME.
- Maniéré d'enfourner les ouvrages de Poterie 9 & de les cuire.
- Nous avons donné, en parlant des carreaux, la defoription des fours, dont les Potiers de Paris font plus ordinairement ufage , avertiflant qu’on pourroit cuire ces ouvrages dans les fours à tuiles , que nous avons repréfontés dans l’Art du Tuilier. Nous ne parlerons ici que des fours des Potiers de Paris, qui font très-bien imaginés , & d’un fervice commode : on fe rappellera ce que nous en avons dit au commencement de ce Mémoire à l’occafion des carreaux ; moyennant quoi il ne reliera guere qu’à rapporter ici comment on arrange les différents ouvrages dans ces fortes de fours.
- Du côté de la bouche , derrière la fauflè-tire, on arrange les uns for les autres les vafes qui doivent être très-cuits, & qui courent moins de rifque de Te rompre, tels font les pots à fleurs Sc les boilfeaux pour les commodités, &c# On en met aufli auprès du fond du four, L M> Fig. 11, PL II, qu’on nomme laLanguette, où il y a beaucoup de chaleur, parce que l’air chaud doit defoendre en cet endroit pour arriver aux ouvertures ou carneaux qui font tout-à-fait en-bas pour la décharge de la fumée.
- Le premier lit d’en-bas fe fait avec des carreaux d’âtre, pofés for le champ ou des boifïèaux de commodités qu’on met au lieu de ces carreaux ; ces boifi* feaux ayant affez de force pour fopporter les différentes Poteries qu’on mec deflùs, on en forme fou vent le premier lit. On a foin de mettre tout d’une même file les vafes d’une même grandeur , obforvant, comme aux carreaux , que le rang de deflùs porte for le milieu des vafes qui forment le rang de deflous, ainfi qu’on le voit P/. II, Fig. 12 ; mais comme une des principales attentions des Potiers, eft de remplir exactement leur four, & d’y faire tenir le plus de marchandife qu’il leur eft poflible , pour tirer le meilleur parti du bois qu’ils font obligés d’employer, on met de petites pièces dans les grands vafes ; les couvercles des chaufferettes fe mettent dans les chaufferettes auxquelles ils font deftinés, & on interpofe entre les grands vafos , de petits f pour remplir le plus exactement qu’il eft poflible tous les vuides. On met du bois comme pour les carreaux for les côtés , & on en diftribue de diftance en diftance par le travers du four entre l’ouvrage. De plus , on fend du bois par éclats qu’on fourre entre la voûte du four & les ouvrages, & l’on finit par murer leTettin. Aurefte, on conduit la trempe avec encore plus de ménagement que pour le carreau, & le feu fe continue à-peu-près le même temps , fi ce font des Poteries communes , & beaucoup plus s’il s’agifloit de cuire en grès.
- ARTICLE
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- DU POTIER de terre* ARTICLE NEUVIEME.
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- Defcription (Tune autre efpece de Four, dont fe fervent les Potiers du Fauxbourg $. Antoine, pour cuire leurs ouvrages.
- Presque tous les Potiers du Fauxbourg Saint-Marceau , Fe fervent du four que nous avons décrit en parlant des carreaux, & qui eft repréfcnté Fl. II, Fig. 10 , ri & 12, tant pour cuire les carreaux que les ouvrages de Poterie; & effectivement ces fours qui occupent peu de place, font très-ingénieufement imaginés & fort propres à économifer le bois. Cependant la plupart des Potiers du Fauxbourg Saint-Antoine ne font ufàge de ce four que pour les carreaux, & ils fe fervent pour cuire les autres Poteries , d’un four qui approche de celui des Faïanciers : je vais en donner la defcription.
- La Figure i, FL V, repréfente féléyation du four, vu en dehors du côté de la bouche du foyer, ou fur la ligne CD, du plan Fig. 2 , qui eft prife au rez-de-chauflee. A , eft donc le foyer qui eft en terre , précédé d’une foffe ; on le voit indiqué par la même lettre aux Figures i, 2 , 3 & 14. Celui qui conduit le feu defcend dans cette folle, & il fourre le bois par la bouche du foyer fous le corps du four où l’on met les pots qu’on veut cuire. D’abord pour tremper, il fait un petit feu à l’entrée du foyer en A , Fig. 3 qui repréfcnte toute l’étendue du foyer, & la fondation de tout le four ; enfuite pour faire le grand feu, il le porte julqu’en E, & le diftribue dans toute l’étendue du foyer ; mais alors il arrange du bois debout devant la bouche du foyer, pour diminuer le courant d’air qui porterait la chaleur vers le fond du four, pendant que la partie du devant en recevroit peu ; cependant il faut qu’elle fe diftribue à-peu-près également dans toute l’étendue du four : c’eft une attention que doit avoir l’Attifeur.
- La voûte F, Fig. 4, qui couvre le defliis du foyer, eft percée d’ouvertures a a a , &c. qu’on nomme Créneaux ; c’eft par ces ouvertures qu’on voit auflî en F, Fig. 2 , qui repréfente le plancher au-deffus de la voûte qui couvre le foyer : c’eft, dis-je, par ces ouvertures a a a, que paffe l’air chaud du foyer A , Fig. 4 , dans la chambre G , qui eft au~deflùs, & dans laquelle on arrange l’ouvrage qu’il faut cuire en vernis. Cette chambre eft fermée en-deflus par une voûte H, Fig. 4, qui eft , ainfi que la voûte F, percée de créneaux bbb9 qu’on voit aufli à la Figure ÿ en H; 8c c’eft par ces créneaux que l’air chaud paffe de la chambre G , Fig. 4 , dans la chambre /* où l’on met les Poteries qu’on veut cuire en blanc. Quand le four eft bien échauffé, comme l’air chaud monte toujours, la chaleur eft plus vive dans cette chambre /, que dans la chambre G, qui au commencement avoit plus de chaleur que celle qui eft plus élevée.
- U y a au plus haut de la voûte qui couvre cette chambre fupérieure , une ouverture K , Fig. 4 , de fix ou huit pouces en quarré, & de plus, quatre Potier de Terre. K
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- 3g LàA R T
- créneaux, ouvertures ou ventoufes K, Fig. I & y. Ces cinq ouvertures fervent à donner une iflue à l’air qui entre par la bouche du foyer, pour déterminer la chaleur à fe porter jufqu’au haut dii four*
- On remplit la chambre G, Fig.4, par une porte Z, Fig. 1 <3c 4, qu on ferme d’un mur de briques ou de teftons de pots, lorfque cette chambre eft pleine, Sc avant d’allumer le feu : on lai lie feulement une petite ouverture en M, Fig. 1, pour donner une iiîlie à une partie de la fumée qui pourrait ralentir le courant d’air chaud néceflaire pour cuire l’ouvrage. Au-deflus de cette petite ouverture M, \ 1 y a une hotte comme à une cheminée de cuifine, & un tuyau de cheminée N N, Fig. I pour empêcher que la fumée ne fe répande dans l’attelier.
- A l’égard de la chambre fupérieure /, Fig. 4, on la remplit de Poterie qu’on veut cuire en blanc, par une porte qui eft en O , & qu on ferme quand la chambre eft pleine, ménageant au haut de cette porte une petite ouverture femblable à celle qui eft marquée M, Fig. 1 ; Sc comme à caufe que cette ouverture eft fort élevée, on ne craint point d’être incommodé par la fumée, on n’y fait ni manteau ni tuyau de cheminée : on monte à cette chambre I, par un petit efcalier P 3 Fig. 1.
- - Au refte , on conduit le feu comme nous l’avons dit plus haut, commençant par un fort petit feu pour tremper l’ouvrage, Sc on finit par un feu très-aétif de bois fendu.
- ARTICLE DIXIEME.
- Du vernis quon met fur les Poteries.
- L a plupart des ouvrages de Poterie commune laiflent tranfpirer l’eau par leurs pores, fur-tout quand on a mêlé beaucoup de fable avec l’argille : fi on a mêlé peu de fable , les vafes retiennent affez bien l’eau ; mais ils ne peuvent fupporter le feu : or, comme la plupart des Poteries pour les ménages doivent aller fur le feu , les Potiers n y épargnent pas le fable ; mais en leur procurant la faculté de fupporter le feu , on les rend perméables à l’eau , comme nous venons de dire. Prefque tous ces uftenfiles doivent cependant en contenir ; on leur procure cette propriété en les couvrant d’une couche de vernis, qui étant vitrifié, empêche que l’eau ne pénétré la terre. Ainfi pour les terrines & les pots à l’ufàge des laiteries, les Potiers emploient une argille prefque pure, qui prend corps, & ne laiflè point tranfpirer l’eau ; mais ces pots fe briferoient fi on les mettoit fur le feu: pour cette raifon , ils mettent beaucoup de fable dans l’ar-gille qu’ils deftinent à faire de la vailfelle ; Sc ils la couvrent de vernis pour qu’elle puifte retenir l’eau.
- Nous ne parlerons que fort en abrégé du vernis des Potiers qui eft très-groffier, parce que le vrai lieu de traiter cette matière à fond, eft lorfqu’il s’agira de la faïance,
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- Les Potiers emploient pour vernir leurs ouvrages, ou du minerai dont on retire le plomb ; c eft ce qu'on nomme Alqmfoux dans le commerce, &que les Potiers appellent Vernis : ou bien ils emploient le minium qu'on nomme Plamb rouge 3 ou allez mal à propos, Mine de plomb, qui eft une chaux de, plomb d'un rouge allez vif. Feu M. Jars adonné dans les Mémoires de l'Académie la façon de lui faire prendre cette couleur par la calcination, On fe fert encore de la 11-tharge, c'eft-à-dire , du plomb calciné qui a perdu une partie de Ion phlogifti-que par l'aétion du feu , & qui eft dans un état de vitrification imparfaite. Ils ont deux maniérés d'employer ces fubftances, ainfi que nous allons l'expliquer,
- §. I. Première méthode,
- O n cafte l'Alquifoux fur un billot qu'on borde de planches D9 PL IV 9 Fig-4, pour que rien ne fe perde ; on le pafle par un tamis de crin E , Fig. ÿ , & on pile dans un mortier de fer ce qui refte jufqu'à ce que tout ait paffé par le tamis.
- Quelques Potiers achètent le plomb en fàumons, & le réduifent eux-mêmes en chaux ; je crois qu'il leur feroit plus avantageux d'employer la litharge ou le plomb rouge.
- On prépare la litharge comme i'alquifoux ; elle le réduit plus aifément en poudre , & le minium encore plus ; on ajoute à l'une ou à l'autre de ces poudres autant de mefures de fable qu'on en a de litharge , de minium ou d'al-quifoux ; Sc à cetre occafion nous ferons remarquer que toutes les préparations du plomb facilitent beaucoup , en fe vitrifiant, la vitrification des fubftances terreufes. Le fable fait une partie confidérable du vernis, au moyen du plomb qui fert de fondant : comme le plomb eft cher 8c que le fable ne coûte rien , les Potiers font une épargne confidérable en mêlant le fable avec le plomb , Sc je crois que cet alliage du fable n'altere pas la bonté du vernis. Le plomb feul fur la terre fait une couleur jaune : fi l'on veut que cet émail ou vernis ait une couleur verte , on ajoute fur 200 livres de litharge ou d'alquifoux fept à huit livres de limaille de cuivre ; fi l'on veut que l'émail ait une couleur brune comme bronzée , on y mêle de la Manganeje, qui eft une mine de fer pauvre 8c réfraétaire ; elle eft d'un bleu noirâtre, grenée ou ftriée ; on en emploie dans les Verreries ; mais quand on en met trop, elle rend le verre violet : on en trouve en Piémont, en Tofcane, en Bohême , en Angleterre , &c. La pierre qu'on vend fous le nom de Périgueux, en différé peu ou point. Ces poudres étant pulvérifées forment véritablement le vernis des Potiers 9 qu'il ne *s’agit plus que d’appliquer fur les vafes de terre qui n’ont point été au four , mais qui font très-fecs 8c prêts à être cuits. Pour que la poudre s'attache aux vafes , on les trempe dans ce qu'on appelle une Eau grajje 9 qui eft de l'eau où l'on a difi-fous un peu d'argille ; puis avant que cette eau foit feche, on répand deftus la
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- poudre dont nous venons de parler, retournant la pîece dans tous les fens , pour que tous les endroits qu'on veut vernir en fbient couverts ; car il y a beaucoup de pièces qu'on ne vernit qu'en dedans , & en ce cas on ne met point de poudre fur le dehors.
- On laide un peu les pièces fe deftecher , puis on les arrange dans le four, comme nous l'avons expliqué ; de forte que par une feule opération on cuit la terre , & l'on fond le vernis qui fe vitrifie à la furface. Par cette méthode , on économifc du bois, mais on confbmme beaucoup de plomb; d'ailleurs la poudre ne pouvant être répandue également, il s’en trouve trop en des endroits 9 & à mefiire que le vernis fond, il s'en répand fur les autres pots. Ce neft pas le feui inconvénient ; comme il faut faire adez de feu pour cuire les ouvrages, on eft obligé de mettre du bois en plufieurs endroits ; ce bois en fe brûlant, produit de la cendre , qui en fe répandant fur le vernis en fufion , 1 endommage confidérablement.
- L'autre méthode confifte à mettre le vernis fur les pots qui ont déjà été cuits ; on confbmme plus de bois , puifque les ouvrages font mis au four, & cuits deux fois ; mais on évite alors les inconvénients dont je viens de parler : de plus, comme les Potiers ne connoident la perfection de leurs ouvrages que quand ils ont été cuits, il réfùlte plufieurs avantages de mettre le vernis fur la Poterie cuite ; car comme il n'y a point de fournée où il n'y ait quelques pièces qui fe rompent ou qui fe déforment, on les rebute, & l’on ne met en vernis que les pièces qui fortent faines & entières du four ; ainfi les pièces qui rompent à cette première cuidon n'étant point vernies, il en réfulte déjà une diminution fur la confommation du plomb ; mais ce qui contribue encore plus à économifer le plomb , c'eft que ceux qui fuivent cette méthode broyent la litharge & l'ai-quifoux à l'eau fous une meule F, PL IV, Fig. 6 : cette meule eft repréfentée féparément au bas de la Planche enüT, Fig. 4 , & une coupe verticaleen G. Ils broyent ces differentes fubftaneesféparément & avec de l'eau , deforte quelles coulent en forme de bouillie dans le vafe b, Fig. 6. Ils mettent le vernis liquide fur la Poterie qui eft déjà cuite, en verfànt cette efpece de bouillie claire fur les pots qui ont déjà été cuits, ou bien en mettant dedans les petites pièces qu'on veut qui foient couvertes de vernis par-tout ; ou , ce qui eft encore mieux & plus économique , on applique le vernis avec un pinceau qui l'étend plus uniment 5 & qui n'en met qu'aux endroits où l'on juge qu'il convient. Enfin ces fubftanees bien broyées s'appliquent aufll mince qu'on le juge à propos.
- On laide les pièces fe fécher, ce qui fe fait en peu de temps ; car la terre qui fort du four afpire promptement l’humidité.
- On les remet au four où on leur donne un feu à-peu-près pareil à celui qu’on a employé pour cuire la terre ; mais on doit s'abftenir de mettre du bois entre les pièces & fur l'ouvrage, pour éviter que la cendre ne fe répande fur le vernis qui eft attendri par l’aélion du feu. Il n'y a pas d'inconvénient à mettre du
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- bois fur les côtés, lur-tout quand on a l'attention de mettre auprès quelques vafes qui ne foient pas chargés de vernis , ou qu'on cuit pour la première fois , & il vaut mieux continuer le feu plus long-temps à l'embouchure du four que de mettre du bois entre l'ouvrage. Un des avantages du four qui reiîèmble à celui des Faïanciers, eft de 11'être pas expofé à l'inconvénient de la cendre.
- Tous les Potiers ne font point d'accord fur la préférence qu'on doit donner à l'une de ces méthodes fur l’autre; chacun tient pour celle qu’il pratique. Ceux qui appliquent le vernis en poudre fur la terre crue, conviennent qu'ils conformaient plus de plomb ; mais ils prétendent que leur vernis pénétré mieux dans la terre, & qu'il s'y attache plus intimement ; les autres foutiennent que le vernis adhéré très-bien à la terre cuite , & iis allèguent en faveur de leur méthode , la moindre confommation du plomb, & la propreté dé leur ouvrage, le vernis y étant diftribué à une épaiffeur plus uniforme ; mais ceux qui fuivent cette méthode ne font point encore de même fentiment fur un point qui me paroît allez important ; les uns prétendent qu'il ne faut cuire que médiocrement l'ouvrage avant de le mettre en vernis, afin que le vernis puiiîe mieux s'introduire dans les pores de la terre , & qu'enfuite il faut donner un grand feu à la cuiiîbn des ouvrages couverts de vernis.
- D! autres prétendent qu’il faut à la première cuilfon faire un grand feu , & à la féconde , feulement ce qu'il en faut pour bien fondre le vernis : ils peuvent dire en faveur de cette pratique que comme le plomb vitrifie le fable il produit cet effet fur celui qui eft à la fuperfîcie des pots cuits , ce qui le rend très-adhérent à ces fortes d'ouvrages ; en fécond lieu que n'ayant qu'un feu modéré à donner à cette fécondé cuiflon, on peut fe dilpenfer de mettre du bois entre les ouvrages, & deffus , ce qui fait qu'on ne craint point les mauvais effets de la cendre.
- , J'inclinerois pour la première pratique, d'autant qu'il faut un feu violent pour bien fondre l'émail, & ce feu achevé la cuiiîbn de la terre : il faut que le vernis foit bien fondu , pour que le plomb puiffe vitrifier le fable qui eft à la fiiperficie des Poteries. Ce fentiment eft conforme à l'ufàge de presque tous les Potiers ; néanmoins je me garderai de décider quelle méthode eft la meilleure, n'ayant pas été à portée de faire fur cela des expériences décifives.
- Il me paroît que l’article du vernis pourroit être perfectionné^ fins engager les Potiers à des frais considérables ; je crois, par exemple, qu'ils devroient mêler avec leur plomb , un fable ou un quartz fufible (*), qui fe vitrifiant afferment avec le plomb, pourroit leur fournir un moyen d'économifèr ce métal ; peut-être même trouveroient-ils un avantage à fritter leur fable avant de le mêler avec le plomb ; & du verre pilé pourroit être plus avantageux que le
- (*) Le quartz eft une pierre dure, laiteufe, demi-tranfparente & vitrifiabîe, qui fe trouve en placeurs endroits, & particuliérement dans les mines.
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- fable : ce lônt-là des idées qu’on doit regarder comme de fimples conjectures, jufq u’à ce qu’on les ait éprouvées & combinées de différentes façons.
- A toutes les cuites, quand on ceile le feu, on ferme exactement le four pour quil conferve fa chaleur , Sc que l’ouvrage fe réfroidiflè par degrés : une partie des ouvrages fe fendroient, fi au fortir du four, on les expofoit à l’air froid. Lorfque le four eft allez refroidi, Sc qu’on veut le vuider , on ouvre le tettin pour en tirer les ouvrages qui ont reçu leur cuiflbn ; mais il arrive aflez fouvent que le vernis en fondant a coulé d’un vafe fur un autre , & que plu-fleurs vaifleaux font collés les uns aux autres. Quand l’adhérence eft peu confi-dérable , on les fépare aifément ; mais quelquefois on rompt les pots en les féparant, Sc cet inconvénient arrive plus fréquemment à ceux qui mettent le vernis en poudre, qu’à ceux qui l’emploient délayé dans de l’eau, parce que la couche de vernis eft plus mince, Sc pour cette raifon moins fujette à couler.
- Nous avons dit que le vernis ne prenoit pas fur les taches noires femblables à du mâche-fer, qui font produites par des pyrites qui fe font brûlées dans la cuifîon ; quand les pièces en valent la peine , les Potiers réparent en partie ces défauts en mettant beaucoup de vernis fur ces taches noires : mais il faut remettre ces pièces au four , & c’eft une perte pour le Potier,
- Quand les pièces font tirées du four, des femmes avec de gros couteaux emportent des morceaux de terre qui fe font attachés aux pots.
- §. IL Sur les Poteries du Lyonnois.
- Ayant vu des ouvrages de Poterie Sc des creufèts fabriqués dans les Provinces voifines de Lyon, j’ai défiré d’en dire ici quelque chofe , Sc pour cela, je me fuis adreffé à M. de la Tourrette, de l’Académie de Lyon , & Cor-refpondant de l’Académie des Sciences de Paris, qui fe porte avec un zèle étonnant à aider de fes lumières ceux qui entreprennent des recherches utiles.
- Les Mémoires que M. de la Tourrette m’a procurés, regardent trois efpeces de Poterie ; lavoir, celle de la Pra en Forez, celle de Francheville en Lyonnois, Sc celle de Saint-Vallier en Dauphiné. Je ne ferai point ufàge pour le préfent de très-bons Mémoires que j’ai reçus fur la Poterie de Saint-Vallier, parce que les ouvrages qu’on y fait étant de Faïance, il eft à propos de les réferver pour l’Art du Faïancier, qui fera publié dans la fuite.
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- §. III. De la Poterie de la Pra en Fore
- La Pra eft un hameau fitué dans la Paroiffe & Juftice de Saint-Bonnet-les-Oules en Forez , éloigné de deux grandes lieues de Saint-Etienne, 8c d'une de Saint-Galmier.
- On fait remonter l’établiflement de cette Poterie à près de 400 ans : il y avoit autrefois 40 Poteries établies en cet endroit, 8c chacune avoit fon four ; il n’y en a plus maintenant que cinq, à caufe de quantité de Poteries qui fe font établies dans la même Province.
- On emploie dans ces Poteries de deux fortes de terre , qu’on mêle enfom-ble , f une rouge 8c l’autre brune : l’une & l’autre fe trouvent allez abondamment à peu de diftance de la Pra for les confins de la Paroifîe de Saint-Bonnet , 8c fur ceux des Paroiffes de Bautheon & de Vanche.
- Elles fe trouvent en terre par bancs plus ou moins étendus ; ceux de la terre brune ont environ dix pouces d’épaiffeur ; ceux de la terre rouge font plus épais : la terre brune eft plus graffe que la rouge.
- Les Poteries de la Pra fopportent mieux le feu que beaucoup d’autres.
- On pétrit 8c on corroyé ces terres avec un barreau de fer for un billot ou forte table, FL IV, Fig. 1,8c on la travaille for la roue , FL II, Fig. y.
- Les fours font ronds, ayant cinq à fix pieds de diamètre for fept à huit de hauteur fans couverture j ils font faits de grofîes briques ajointoyées avec de la terre greffe, 8c fortifiées par un contre-mur qui efl: fait avec de la pierre à bâtir & du mortier de chaux 8c de làblc.
- Ces fours qui reflemblent allez à ceux des Tuiliers , font chauffés avec du bois pendant douze heures 8c plus , foivant la fàifon : les quatre ou cinq premières heures, on ne fait qu’un petit feu ; enfoite on l’augmente , 8c on le rend’très-aérif. v
- Le vernis eftc fait avec du minerai de plomb ou de l’alquifoux qu’on tire en pierre des mines voifines : on les pile, on les pâlie par un tamis, 8c on les broyé for des meules de pierre fort dures, P/. IV, Fig. 4, G //, au bas de la planche.
- Le vernis ainfi préparé s’emploie liquide ; on le verfe dans les pots que l’on tourne en tout fens, comme fi l’on vouloir les rincer. Quand le vernis eft pris par-tout, on vuide le refte dans un baquet pour s’en fervir à vernir d’autres pots.
- On applique le vernis for les vafes crus, mais très-focs, 8c quand le vernis eft foc, on met les Poteries dans le four.
- Si l’on veut que le vernis foit verd , on mêle avec le plomb de la limaille de cuivre , comme nous l’avons dit plus haut.
- Les vafos de cette Poterie réfiftent très-bien au feu , ainfi que les creufots
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- pour la fonte des métaux ; on en a fait de fréquentes épreuves à Saint-Etienne : au refte, ils font faits avec les deux terres mélangées & corroyées enfemble , comme nous favons dit.
- On fait principalement dans ces Poteries des écuelles,de$ plats , des alliettes.
- §. IV. Poterie de JErancheville en Lyonnois.
- On prétend dans le Lyonnois que cette Poterie exiftoit du temps des Romains.
- On y emploie de deux fortes de terre , fune jaune 8c l’autre grife , & il y en a qui font mêlées de ces deux couleurs. La jaune fo trouve ordinairement fous un terrain maigre 8c graveleux , fur des lieux fort élevés ; la grife dans des vallons, par bancs plus ou moins étendus 8c plus ou moins épais ; mais ces terres font allez abondantes, puifqu’on fabrique dans cet endroit beaucoup de Poterie, & depuis un temps immémorial.
- La terre jaune eft plus rude au toucher & plus groffiere que la grife, qui eft très-douce , 8c dans laquelle on ne fent point de fable.
- La jaune èft plus propre que la grife à fopporter le feu:
- On fait à Francheville de deux fortes de Poterie , ce qui dépend de l’elpece de terre qu’on emploie.
- La jaune foutient parfaitement le feu ; la grifo , qu’on nomme Gaubine 9 étant une argille plus pure, fait une Poterie ferrée qui ne peut foutenir le feu ; mais la Poterie faite avec la terre jaune , s’éfeuille à l’air ; la grife en fupporte beau-; coup mieux les influences.
- On prétend que les plantes qu’on met dans des pots faits entièrement de cette terre , n’y réuflîflent pas.
- On mêle donc fouvent ces deux fortes de terre, pour corriger les défauts de l’une par l’autre.
- On fait dans ces Poteries des vafes fur la roue , & d’autres dans des mou* les , lorfque les formes l’exigent.
- Au refte, on corroyé ces terres en les battant avec une barre de fer, comme on le fait à la Pra.
- Les fours, allez femblables à ceux des Tuiliers, font tantôt ronds, tantôt quarrés.
- On fait le feu fous une voûte, ou il y a des ouvertures quarrées de trois à quatre pouces de diamètre, éloignées de fix à fept pouces les unes des autres,' pour que Pair chaud fe communique dans l’intérieur du four , ou l’on arrange les ouvrages ; ils doivent être bien fecs avant de les expofer au feu : il faut environ 140 petits fagots pour une cuite.
- Pour vernir ces Poteries, G Ton veut que l’émail foie verd, on emploie de la gaube ou blanc de plomb , 8c de la mine de plomb que l’on broyé fous
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- là meule avec de Peau , comme nous Pavons dit. Pour que le vernis foit blanchâtre , on n’emploie point de limaille de cuivre, & quand on fe fert de lai-quifoux foui fur la terre jaune, la Poterie eft rougeâtre : ce vernis s’emploie fur la terre crue. Je me borne à ces indications générales 9 parce que les détails ont été rapportés ailleurs.
- ARTICLE ONZIEME.
- Des Poteries qu’on nomme de Grès.
- D’aprè $ ce que nous avons dit au commencement de ce petit Traité , fargille eft la baie des terres quon emploie pour faire des ouvrages de Poterie ; mais fuivant les fubftances qui fe trouvent mêlées avec Fargille, il y en a qui font des ouvrages bien plus fblides les uns que les autres. Quand ces fubftances rendent fargille fufible, on les cuit avec peu de feu , & pour cette rai-ion les ouvrages peuvent être donnés à bon marché ; ce font de ceux-là dont nous venons de parler. L’argille pure ayant trop de retraite y fe fend ou en fo féchant, ou à la cuilfon ; mais quand fargille eft alliée avec un fable réfraéhire ou très-difficile à fondre , il en réfulte une terre qui peut fe deffécher & fe cuire fans fo fendre, & qui fait des Poteries très-dures lorfqu’elles ont éprou-yé un grand feu. C’eft-là en général ce qu’on appelle du Grès : il y en a de ‘qualités très-différentes ; les vafes de grès couleur de marron , dans lef-quels on apporte les beurres d’Ifigny , font très-durs &fonores; ils réfiftent très-bien au grand feu 9 & ne font point attaquables par les acides ; c’eft une excellente Poterie ; elle eft fonore prefque comme de la Porcelaine ; quand on la cafte, fon grain eft très-fin & un peu brillant, ainfi elle approche de la nature du verre ; auffi a-t-elle le défaut de fe rompre quand on la fait pafter fubite-ment du chaud au froid , ou le contraire. Comme je foupçonnois que ce défaut venoit de ce que fargille étoit alliée de trop de fable, qui , par le grand feu s’étoit vitrifié , j’en ai fait laver ; & après avoir laiffé précipiter un peu du fable le plus pelant & le plus greffier, & de petites pyrites qui s’y trouvent en affez grande quantité, j’ai fait faire des creufets avec la terre fine qui s’eft en-fuite précipitée ; ces creufets 11’ont pas rompu en les plongeant dans F eau froi*-de 5 au fortir d’un feu où je les avois fait rougir. Si j’avois été à portée de ces Poteries , je préfume que je ferois parvenu à faire des vafes , qui n’au-roient pas à la vérité approché de la beauté de la Faïance la plus commune, mais qui auroient été auffi bons pour le fervice que la meilleure Porcelaine. J’ai fait venir de Gournay en Normandie de cette terre ; mais comme ce ne pouvoit être qu’en petite quantité , ma provifion a été bien-tôt épuifée , & elle n’a pu fuffire qu’à peu d’eflais faits, en petit. J’invite les Phyfi-ciens qui feront à portée des Poteries de grès, à faire des expériences Potier de Terre. M
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- plus décifives que celles que nous venons de rapporter ; car cette elpece de terre me paroît digne de leur attention.
- Commec’eft Beauvais qui fournit prefque toutes les Poteries de grès quon, yen d à Paris, 6c qu’il n y a guere d’endroits dans le Royaume ou l’on travaille plus de ces fortes de Poteries , qui paffent même jufques chez l’Etranger, j’ai fouhaité avoir des éclairciflements fur la pofition des veines de terre propres à ces Poteries, fur la maniéré de préparer la terre, en un mot fur tout ce qui concerne ces fortes d’ouvrages.
- On dit que les Poteries étoient établies autrefois dans une Paroiffe qui s’appelle encore Saint-Germain de la Poterie ; mais elles ont été abandonnées : on ne fait maintenant en cet endroit que des briques, des tuiles & des carreaux. Dans la Paroiffe de Savignier , où il y a quatorze Potiers qui travaillent en grès, ils y trouvent une terre très-propre à ces fortes d’ouvrages , 8c les Ouvriers excellent dans la façon de la travailler. Il y a à la Chapelle-au-Pot, à une lieue de Savignier, fix Potiers ; mais il s’en faut beaucoup qu’ils travaillent auffî bien la terre qu’à Savignier, quoiqu’elle foit à peu de chofe près de même nature.
- Les uns & les autres ont quelquefois beaucoup de peine à trouver des veines de terre de bonne qualité ; quand on a enlevé deux ou trois pieds de la terre de la fuperficie , on commence d’appercevoir les veines des terres que l’on cherche ; mais elles ne font bonnes qu’à vingt pieds de profondeur, & on en tire encore plus avant en terre ; & alors les Ouvriers ont à craindre les éboulements ; il y a des veines plus épaiffes & plus larges les unes que les autres que l’on fuit tant que la terre fe trouve de bonne qualité : on en diftingue de deux efo peces , celle qu’on nomme de Grès, eft fouvent fort dure, & difficile à tirer. On fait avec ces deux fortes de terres, de deux efpeces de Poteries, l’une avec la terre qu’on nomme Grès , 6c l’autre avec une terre un peu différente; avec celle-ci , on fait des vafos qui peuvent aller for le feu ; l’autre fo rompt, fi on ne l’échauffe pas avec beaucoup de ménagement, moins cependant que les grès bruns de Normandie. On n’y fait des creufets que quand on les commande : l’Ouvrier qui a la réputation de faire les meilleurs, pafle fa terre au tamis, 6c il lepluche & la corroyé avec plus de foin que les autres : au refte , la préparation de cette terre eft à-peu-près femblable à celle que les Po^ tiers de Paris donnent à la leur.
- J’interromps ce que j’ai à dire fur les Poteries de Beauvais, afin de faire remarquer que les meilleurs creufets que les Fondeurs puiffont trouver , font ceux qui fo fabriquent avec une terre blanchâtre qui fo trouve à Saint-Samfon à environ fix lieues de Beauvais ; ces creufets font blanchâtres, bien cuits, très-fonores ; ils réfiftent au plus grand feu fans fo fendre 8c fans être pénétrés par les fols ; ils ont encore l’avantage de ne pas exiger autant de ménagement que les creufets de grès , lorfqu’on les met au feu , ou lorfqu’on les en retire.
- Je reviens au travail des Poteries de Beauvais,
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- Quand l’argille eft tirée de la terre, on la porte chez l’Ouvrier, on l’écrafe pour la mettre en petits morceaux qu’on jette dans une foflè avec de l’eau, pour quelle s’en pénétré, & devienne duélile ; on l’y laide jufqu’au lendemain qu’on la tire en maffè ; un Ouvrier la coupe & la remet par lits dans la même foflê d’ ou on l’a tirée pour la marcher 8c la mêler avec un peu de fable, légèrement faupoudré de chaux : au refte on la corroyé comme le font les Potiers de Paris ; quand on la marchée à quatre reprifes, on en forme des pains qu'on porte fur une table B , PL IV , Fig. % , pour la corroyer & la voguer , comme nous l’avons amplement expliqué ; enfin on la travaille fur une roue de fer PL II, Fig. 4 & y , ou une roue de bois qu’on fait mouvoir par le pied Fig. r, Pl. III ; car les Potiers de Savignier fè fervent des unes 8c des autres fuivant lès ouvrages qu’ils ont à travailler ; en un mot, le travail des Potiers de Picardie ne différé point eflenrieliement de ce que nous avons dit plus haut, tant pour former les ouvrages que pour les vernir.
- On cuit à grand feu les Poteries de grès ; les fours font placés en plein air fur une petite élévation de terre ; ils différent peu de ceux des Potiers du Fauxbourg S. Marceau, PL II, Fig. io, n 8c 12, excepté qu’étant conf-truits fur une butte , ils vont beaucoup en montant depuis l’entrée jufqu’au fond du four , ce qui facilite la diftribution de l’air chaud : au bout oppofé à la fournaifè, il n’y a point de tuyau de cheminée CD, Fig. 11 , PL II ; mais au bas C, on forme de petites arcades pour la diflipation de la fumée ; c’eft par cet endroit qu’on met l’ouvrage dans le four, enfiiite on le ferme avec une cloifon de briques. Ces fours ont ordinairement quarante-cinq à cinquante pieds de long fur dix à douze pieds de large au milieu, 8c une pareille hauteur fous la voûte ; mais à leur embouchure, ils n’ont qu’environ fix pieds de haut.
- Le feu fe fait devant l’embouchure du four, dans une fournaifè voûtée qui a environ quatre pieds de large fur cinq de long, 8c autant de haut.
- On commence par un petit feu, enfidte on l’augmente , & on finit par un feu de menu bois qui flambe beaucoup, & que l’on continue huit jours & huit nuits fans interruption.
- On ne donne pas un feu aufli violent aux Poteries qui doivent aller fur le feu, ni à celles qu’on deftine à être vernies : on les travaille , à peu de chofè près , comme les Poteries de Paris ; mais pour la cuiflon en grès , on confond me feize à dix-huit cordes de bois, & quatre cents de fagots pour le dernier feu.
- On apporte le beurre de la Prévalais dans de petits pots d’un grès bleuâtre qui eft fort bon ; mais je ne connois pas aflez exactement la façon de travailler cette petite Poterie pour entrer à ce fujet dans de grands détails.
- On fait encore à Zimtneren9 à quatre lieues de Treves, 8c en plufieurs endroits dans la province de Luxembourg, une efpece de Poterie qui eft fort
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- bonne ; c'eft Un grès très-fin 8c blanchâtre , dont le deffus efl; luifant fans être couvert de vernis ; ce brillant efl; formé par la terre même qui a éprouvé une vitrification fuperficielle ; je foupçonne qu'elle efl: occafionnée par la vapeur du fel marin quon jette dans le four , comme aux ouvrages de terres blanches qu'on a fait à Montereau.
- Des gens qui viennent de la province de Luxembourg , apportent tous les ans de ces Poteries à Paris au Bureau de la Faïancerie, où les Faïanciers vont s’en fournir. Je n'ai pas pu me procurer des éclairciffements fur la façon de travailler ces Poteries.
- Je crois que les terres qui font de très-bonnes Grèfferies font formées d ar-giile , d’un peu de fable vitrifiable , & de fable très-réfraélaire ; car dans toutes les Fabriques où l’on fait de bonnes Poteries , même dans celles de Porcelaine , on fait entrer avec fuccès dans la compofition des teflons de Poteries qui font reconnus capables de fupporter un grand feu , après les avoir réduits en poudre.
- §. I. Des Poteries de Saint-Fargeau,
- Outre les Poteries de grès qu’on fait en Bretagne, en Normandie & en Picardie , on en fait de très-bonnes à Saint-Fargeau ; comme cette Ville, une des plus anciennes de France , n'eft qu'à quatre lieues de Briare, la Loire fert à tranfporter ces Poteries en quantité d’endroits ; on en porte , par exemple , à Châteauneuf-fur-Loire, d'où on les diftribue par terre en beaucoup d'endroits ; comme il en vient à Pithiviers, ville très-voifine de nos terres , j'ai été à portée d'en acheter, & de connoître la bonté de cette Poterie ; je fuis même parvenu à me procurer des vaiffeaux de Chymie , que j'ai fait faire à Saint-Fargeau fur des modèles que j'y avois envoyés ; il y a de ces Poteries qui font couvertes d’un yernis brun, très-dur , & qui réfiftent très-bien à l'aélion des acides les plus concentrés ; j'ai des cucurbites & des chapiteaux d'alambics, auxquels j'ai ajufté de grands réfrigérants de cuivre ; ces vaiffeaux font auffi impénétrables aux vapeurs les plus fubtiles que le meilleur verre , & ils réfiftent beaucoup mieux à l'aélion du feu.
- Comme je defirois acquérir des connoiffànces fur la nature de cette Poterie i je me fuis adrefle avec confiance à M. le Préfident le Péletier de Saint-Fargeau , connoiflànt fbn zèle pour tout ce qui a quelque rapport aux progrès des Arts , & qui peut être avantageux au bien public. Il a bien voulu faire lui-même les ré-ponfes à un Mémoire de queftions qu'il a trouvé bon que je lui adrelîàfle, ce qui me met en état de donner une idée affèz exaéle des méthodes que fuivent les Potiers de ce canton. Quoique ces Poteries foient connues fous le nom de Grès de Saint-Fargeau , elles ne fe font1 pas en cette Ville, mais dans un petit village qui en efl: éloigné d'une ou deux lieues,
- En général l'argille qu'on emploie pour la Poterie qui nous occupe, eft de
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- Couleur cendrée ; mais on en diftingue de deux fortes ; Tune plus blanchâtre que l’autre contient un fable fin : on fait avec cette terre des vafes d’un grès plus ferré & plus fin qu’avec l’autre , & on la cuit plus fort. Ils ne vont point fur le feu ; c’eft pourquoi on en fait des cruches , des pots à beurre , des bouteilles , 8cc ; cette terre prend à la cuiftbn une couleur jaune-clair ; ce-» pendant quand on lui fait éprouver un grand feu , fa couleur devient cendrée. On en fait des vafes qui font vernis, & d’autres qui ne le font pas : pour diftinguer cette terre de l’autre , je l’appellerai terre blanche.
- L autre efpece de terre eft auffi d’un gris de cendre , mais plus brune que la précédente ; c’eft pourquoi je l’appellerai terre brune. Les Potiers la trouvent plus forte ou plus pure argiile que la blanche :xc’eft avec cette terre qu’ils font les uftenfiles de ménage qui doivent aller fur le feu ; ils ne la cuifent pas auffi fort que l’autre , & ils couvrent quelques vafes avec du vernis , & d’autres point. Ces deux terres prennent à la cuiflon à-peu-près la même couleur, 8c les vafes faits avec l’une ou l’autre terre , deviennent brillants à la furface , aux endroits qui font les plus expofés à l’aétion du feu, comme s’ils étoient vernis.
- Ils font plufieurs ouvrages avec chacune de ces terres pures & fans mélange : ils en font auffi avec les deux terres ; fàvoir, la blanche 8c la grife mêlées en-femble ; & ils ne font aucun autre mélange ni avec des terres ni avec du fable.1
- On trouve ces deux efpeces de terres à des profondeurs tantôt plus & tantôt moins grandes , 8c par lits qui ont depuis deux pieds jufqu’à fix d’épailTeur.: On attaque aifément ces bancs d’argille avec la pioche ou même la bêche.
- Ces terres font aflez fines & douces entre les doigts ; néanmoins il s’y rencontre des cailloux 8c des pierres , qu’on ôte à mefore qu’on les rencontre fous les pieds ou à la main.
- On réduit cette terre en petits morceaux avec une faucille ou quelqu’autre inftrument tranchant ; puis l’ayant humeétée avec de l’eau , on la marche juf* qu’à trois fois, & on la corroyé avec les mains, comme font nos Potiers de Paris.
- Souvent on la corroyé auffi-tôt qu’elle eft tirée ; néanmoins les Potiers conviennent quelle fe travaille mieux & plus aifément quand elle a paffé un hiver à l’air ; ce fentiment eft uniforme dans toutes les Poterîes.
- Nous avons dit qu’on l’humeéloit pour la mettre en état d’être pétrie & corroyée ; mais ils ne la mettent pas dans de l’eau comme le font les Potiers de Paris ; ils- en jettent douze à quinze féaux fur un tombereau de terre.
- Les pocs fe travaillent for une roue qu’on fait tourner avec un bâton * 1 comme on le voit repréfenté fur la Planche II, Fig. 1,2, 3,4 & y.
- On rapporte les anfes , & on répare l’ouvrage, comme nous avons dit que le faifoient les Potiers de Paris.
- Le four des Potiers de Saint-Fargeau reflèmble à peu-près à celui quieftrepré? Potier de terre. N
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- fente for la Planche II ; mais il eft un peu enfoncé en terre ; de forte que , pour mettre le bois, il faut defoendre dans une fofle qui a environ neuf pieds de largeur, quatre pieds de profondeur, 8c quatre pieds de creux. La place du four où Ton arrange* les pots a dix-neuf pieds de long fur dix pieds de large à Fendroit où eft fa plus grande largeur, 8c fix pieds de hauteur.
- On confomme pour une fournée vingt cordes de menu bois , ou neuf cordes de bois de moule : ainfi on voit que ces fours font tout autrement chauffés que ceux de Paris.
- Le feu dure quatre jours & troi§ nuits fans difcontinuer, dont douze heures pour le petit feu, & le refte pour la cuiflon parfaite ; quand on cefle le feu ^ on ferme le four, & on le laiffe en cet état pendant trois jours 8c trois nuits , de forte qu’on ne tire la marchandife du four que quand elle eft en partie refroidie ; fi on tiroit trop tôt les vafos , une partie caflèroit fur le champ , 8c le refte feroit très-fragile; de forte que le temps qu’on laifîe les pots dans le four, après qu’on a cefle le feu, équivaut au recuit que les Verriers donnent à leur ouvrage , fois lequel ils romproient aifément, fur-tout quand on les feroit pafïèr du chaud au froid.
- On met dans le même four les pots de terre blanche qui ne font point de£ tinés à aller, au feu , ceux de terre grife qui doivent fopporter le feu , 8c ceux de ces deux terres mêlées enfomble. Toute la différence qu’on obferve pour la cuiflon , eft de mettre les vafos de terre blanche près de l’entrée du four,1 à l’endroit où eft la plus grande chaleur, ceux qui font de terres mêlées au milieu du four , 8c ceux qui font de terre grife tout au bout où il y a le moins de chaleur.
- Le vernis des Potiers de Saint-Fargeau eft fait avec deux matières plus ou moins vitrifiées , qu’ils nomment Latier ; c’eft le laitier quLprovient des fourneaux où l’on travailioit la mine de fer. L’une eft brune 8c en partie vitrifiée ; l’autre eft verte , 8c eft un vrai verre fort dur.
- On trouve ces fubftances répandues fur la terre, quoiqu’il n’y ait point de Fourneau à fer auprès de Saint-Fargeau ; apparemment qu’il y en a eu anciennement. On les réduit en poudre en les bocardant avec un Moulin à deux pilons qu’on fait mouvoir à bras, à l’aide d’une manivelle 8c d’une roue ; ces pilons font garnis de fer par le bas, comme ceux des Moulins à tan. Quand on n’a befoin que d’une petite quantité de vernis , on pulvérife les matières dont nous venons de parler dans un mortier avec un pilon de fer ; on les pâlie par un tamis de crin ; alors cette poudre eft de couleur de cendre, & les Po~; tiers la nomment Latier en laquet.
- On applique ce vernis fur la terre crue , mais bien feche ; pour que la poudre s’y attache, on trempe chaque vafe dans l’eau , & on le faupoudre bien 'exa&ement de cette pouffiere , qui y devient très-adhérente, quand, par Faction d’un grand feu p elle eft fondue & incorporée avec la fuperfîcie de la £erre*
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- Comme on l’applique far les vafes cruds9 le même feu cuit la terre , & fait fondre le vernis qui devient brun couleur de marron, & extrêmement dur.
- Aux pots de terre blanche les plus expofés à l’aélion du feu , on mêle avec le laitier un peu de cendre de bois neuf paÜee au tamis. Les Ouvriers difant que fans cela le vernis feroit brûlé. Au milieu de la longueur du four on met le laitier pur, & au bout où il y a le moins de chaleur , on mêle avec le laitier un peu de chaux de plomb, pour aider à la fufion.
- Ce vernis , comme nous l’avons dit , prend une couleur de marron très-unie & brillante , & eft tout autrement bon que celui des Potiers de Paris ; mais il faut un grand feu pour le faire fondre ; ce qui convient aux Poteries qu’on cuit en grès, & toutes celles de Saint-Fargeau font de ce genre.
- §. IL Maniéré de procurer*aux Poteries une couleur noire qui tient
- en quelque façon lieu de vernis.
- Nous avons rapporté d’après le Calendrier Limoufin , quelques détails fur les Poteries de Saint-Eutrope en Angoumois, particuliérement far celles qu’on appelle Ponnes Sc Ouïes , entre lefquelles il y en a de verniffées , SC d’autres qui ne le fant pas ; celles-ci ne vont qu’une fois au four , les autres y paffent deux fois , & relient trois jours dans le four avant que la cuilTon fait parfaite ; leur vernis n’a rien de particulier : mais il ell bon de rapporter une induflrie par laquelle les Potiers fappléent en quelque façon au vernis , en faifant noircir les pots, qui, par cette opération, fant préférés dans plu-Ceurs ménages aux pots plombés : voici en quoi conlifte cette induflrie.
- A mefare qu’on place les pots dans le four 9 'on jette défais de la cendre de brandes ou grande bruyere, & on les en couvre autant qu’on peut ; on met en-faite fix à fept fagots de brandes dans le foyer ; lorfque les fagots fant bien enflammés , on bouche exaélement les ouvertures fapérieures du four, & l’on étouffe le feu : la Poterie reçoit par-là toute l’impreffion de la fumée qui la "pénétré lorfqu’elle ell encore humide & dans le temps de la trempe. Cette fumée , jointe à la cendre , procure aux Poteries une couleur noire très-falide; Après cette fumigation on ouvre les regiftres du haut du four& on achevé à l’ordinaire la cuilfon delà Poterie,
- ' §. III, Poterie cE Angleterre.
- M. J a R s , Correfpondant de l’Académie , ayant appris que je m’occupois rde faire l’Art du Potier de Terre, s’elt fait un plaifir de me communiquer quelques Mémoires far la Poterie d’Angleterre, qu’il avoit trouvés dans les papiers de feu M* fon Frere, de l’Académie des Sciences. Il n’eft pas douteux
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- que fi M. Jars les avoir publiés, il y auroit ajouté plufieurs détails qui les au-roient rendus plus clairs ; mais j'ai cru devoir les donner dans 1 état où on me les a remis, perfuadé que ceux qui font déjà inftruits du travail des Potiers , y trouveront quelques pratiques qui pourront contribuer à la perfection de cet Art.
- O b s e r va t i o n $ fur les Fabriques de Poteries à!Angleterre-
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- Année 1765.
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- ' Comté de Northumberland.
- O N a établi aux environs de la ville de Neuwcaftle différentes Fabriques de Poteries ; on y en fait de toutes efpeces , à l'exception de la blanche * que nous nommons en France Terre T Angleterre,
- Newcaftle eft fi tué le plus avantageufement pour ce commerce, le charbon de terre y eft très-abondant Sc à très-bon marché , puifqu'il ne paie au-; cun droit pour la confommation du pays.
- Quant aux matières propres à former la Poterie , elles font apportées à très-bon compte par le retour des Vaifteaux qui conduifent & tranfportent du charbon à Londres ; ces Vaiffeaux font obligés d'y prendre un left. La matière efîentielle pour faire la Poterie eft du filex ou pierre à fufil : on fait qu'il eft très-abondant dans la partie méridionale de l'Angleterre ; car depuis Douvres jufqu’à Londres, prefque tout le terrein eft un mélange de craie & de filex.
- C'eft avec ces matières qu'on lefte la plupart des Vaifteaux qui très-fouvent font obligés de revenir à vuide de Londres : on doit juger que rendues à Newcaftle , elles fo vendent à très-bon marché; elles font achetées par des Entrepreneurs de Fours à Chaux , dont il y a une grande quantité le long de la rivière ; ils font un mélange de craie, de filex & de pierre à chaux fans aucune diftinétion , & cuifent le tout Jlratum fuper Jlratum. Il eft fort aifé , après la calcination, de diftinguer le filex, quoique devenu très-blanc de brun qu'il étoit auparavant ; on met ce filex à part pour être vendu aux différentes Fabriques de Poterie , à raifon de huit à neuf fohellings la tonne ; chaque tonne eft de vingt quintaux de cent douze livres poids d'Angleterre.
- Les fourneaux en général dont on fe fert pour cuire la Poterie, font tous femblabiés ; ils ne différent dans les Fabriques que par le plus ou moins de grandeur.
- La Poterie ordinaire qu'on nomme Poteriefiney pour la diftinguer d’une plus commune dont il fera parlé , fe fait d’une pâte compofée d'une argille gris blanc , & de filex calciné qui entre dans la compofition de prefque foutes les Poteries 5 avant que de les mêler, on les prépare comme il fuit.
- Chaque
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- D U P O T I E R DETERRE. 53
- Chaque Fabrique a une efpece de Moulin pour broyer le fîlex , lequel efl mû, ou par l’eau ou à l’aide d’un cheval ; il y a de ces Moulins dont le Propriétaire acheté le filex, & le vend tout broyé aux Potiers; ce Moulin confiflè en une efpece de cuve de bois de cinq à fix pieds de diamètre, dont le fond ou fol efl fait avec de grofîes pierres de filex non calcinées , rangées les unes à côté des autres , de maniéré quelles laiffent entr’elles des vuides affezconff dérables ; au milieu du fol il y a une crapaudine pour fupporter'le pivot d’un arbre vertical armé d’un bras de levier auquel on attele un cheval ; autour de cet arbre & joignant le fol , il y a plufîeurs groffes pièces de filex enchâf-fées dans du bois où elles font affujetties avec des liens de fer ; elles fervent de meules. M. Jars a vu de ces Moulins, où, au lieu de filex, on fe fert d’un granité très-dur , dont efl conftruite la partie fupérieure par quatre grofîes pierres arrêtées avec des liens de fer à l’arbre vertical.
- C’eft dans ces Moulins Se entre ces pierres, qu’on broyé le filex calciné , en obfervant toujours d’y mettre de l’eau ; ainfi le filex fe réduit en poudre & fe broyé fous l’eau ; quand l’eau en efl affez chargée on ôte une cheville de bois qui efl à la cuve pour la recevoir dans un tamis de crin, d’où elle tombe dans un feau : on remet de la nouvelle eau dans le Moulin, & l’on procédé comme il vient d’être dit, en remettant toujours ce qui n’a pu pafler au travers du tamis ; après quoi on le paffe à travers d’un tamis de foie extrêmement fin , lorfque l’on veut en faire le mélange avec l’argille, qu’on prépare comme il fuit.
- L’argille que l’on emploie pour faire la Poterie , fe tire du Comté de De-vonshire, d’où elle vient par mer, & fert ainfi que le filex , à lefter les Vaifi-feaux à leur retour ; on s’en fert auffi pour faire les Pipes ; elle coûte rendue à Newcaftle, fept à huit fchellings la tonne. Sa couleur efl d’un gris blanc, Ion grain efl très-fin ; on la délaye avec de l’eau dans de grandes caife fes, en l’agitant beaucoup pour la mieux divifer ; enfuite on paffe cette eau chargée de terre dans un tamis de crin de la même finefle que celui où l’on a paffe le filex , & de fuite dans un tamis de foie femblable à celui dont on s’eft fervi pour le filex : c’eft le moment où l’on fait le mélange.
- On prend dix parties de l’eau chargée d’argille, auxquelles on ajoute une partie de celle chargée de filex ; le tout étant bien mêlé, il efl queflion de faire évaporer l’humidité , & de réduire le tout à confiflance de pâte le plus promptement qu’il efl: poflible, afin que le filex n’ait pas le temps de fe féparer de l’argille Se de fe précipiter, ce qui rendroit le mélange inégal ; on a eflayé la chaleur du foleil, mais fans fuccès; on efl obligé defe fervir d’efpece de fours pour cette opération.
- Ces fours confiflent en une caille longue ou efpece de baffin formé en briques , foutenu par-deffous avec des barres de fer : il y a une grille de fer pour y faire un feu de charbon de terre , & à l’extrémité de la caiffe une cheminée Potier de Terrm% O
- Préparation du Silex*
- Préparation de PArgiile*
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- Si VA R T
- pour recevoir la fumée ; ce mélange chargé d'eau le met dans ces cailles pouf ♦en évaporer l’humidité jufqu’à une confiftance foffifante pour être pétri ; après quoi on retire cette terre pour la mettre for une place unie faite en pierres plates, ou avec des planches : il ne s’agit plus que de pétrir le tout pour mettre la pâte au point d’être travaillée.
- On forme d’abord les ouvrages à la main fur le tour horizontal ; lorfqu’ils font un peu focs, on les achevé au tour vertical avec des outils ; enfin , d’autres fo forment dans des moules de plâtre.: pour préparer ces moules on préféré la maniéré fuivante de brûler le plâtre.
- Préparer le Celui dont on fait ufàge & qu’on nomme Albaflre, paroît être un Gyps iîïouIes.°UrIeS blanc fomblable à celui que l’on tire aux environs de Salins en Franche-Comté;
- on le réduit en poudre , qu’on paffe par un tamis très-fin ; enfuite on le met dans un pot qu’on place for le ieu ; on le remue bien de temps en temps avec un bâton , & comme il, eft agité par les globules d’air qui en fortent , on nomme cela, lc faire bouillir : on continue cette manœuvre jufqu’à ce qu’on le juge allez calciné, après quoi on l’humeéte avec de l’eau pour en faire des moules tels qu’on les délire.
- 3VL Jars a vu travailler des pots à The', dont le corps a été formé avec les deux différents tours ; mais l’anfo & le bec fo font dans des moules de plâtre ; on tient ces moules devant le feu pour qu’ils foient toujours focs ; lorfqu’on veut former l’anfo d’un pot à thé qui eft ordinairement façonnée, on a un moule qui confifte en deux pièces de plâtre qu’on applique l’une for l’autre, & qui font creufées de la forme que l’anfo doit avoir ; on fait un rouleau de pâte qu’on étend dans le moule de façon qu’il le remplit parfaitement ; on applique l’autre moitié du moule par-deffus, puis on met le tout un peu de temps devant le feu ; on retire la piece du moule Sc on l’ajufte au corps du pot à thé avec de la pâte détrempée dans de l’eau.
- Quant aux becs , on les forme un peu différemment ; on a des moules pareils aux précédents , bien focs Sc appliqués l’un contre l’autre ; à l’une des extrémités qui communique dans la capacité intérieure , il y a un trou par lequel on verfe de la pâte extrêmement claire , mais de façon qu’il refte une ouverture dans l’intérieur de la piece formée qui eft pour lors le bec d’un pot à thé; ce qui favorifo ce vuide, c’eft fans doute le moule de plâtre bien foc , qui, par fà porofité imbibe l’eau de la pâte à me fore qu’elle touche les parois ; ce moule fo met un peu devant le feu, ainfi que le précédent avant que d’en retirer la piece formée que l’on fixe au pot à thé, comme on y a fixé l’anfo.
- M. Jars a vu dans différents Atteliers plufieurs moules de plâtre ou gyps ; deftinés à former des plats Sc affiettes façonnées , avantage confidérable pour diminuer le prix de la main-d’œuvre. Toute la Poterie fabriquée de cette maniéré eft mife for des planches fous des hangars pour y fécher ; on a enfoite fies caiffes rondes faites avec de i’argille ordinaire tamifée groffiérement ,
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- DU POTIER D È TERRE.
- tn'ais pétrie avec beaucoup de foin ; elles ont communément deux pouces d’é* paifleur, quatre à cinq pouces de profondeur, & un pied de diamètre ; c’eft dans ces caiffes qu’on arrange à l’ordinaire la Poterie ; on les met l’une fut l’autre dans le fourneau ; on en fait plufieurs rangs dans le fond, ce qui forme différentes piles foivant la grandeur du fourneau*
- Lorfqu’on l’a prefque rempli, on ferme la porte ou le Tettin avec des brh* ques 8c de la terre, & l’on met du charbon dans cinq fourneaux à vent diftri-bués autour du grand fourneau ; quand il eft allumé la flamme entre non-feulement par les cinq cheminées , mais encore par les petites ouvertures qui font ménagées à chacune d’elles ; ainfi la chaleur s’introduit également dans toutes les parties de l’intérieur du fourneau : cette chaleur doit être continuée pendant trente heures, après quoi on celle le feu ; & lorfque le fourneau eft froid , on en retire la Poterie pour la couvrir d’un vernis.
- Tous les vernis dont on fait ufàge, ont pour fondement le plomb ; on em- 1^™^^ ploie le minerai,'le minium & la cérufe , fui van t la qualité de la Poterie ; on gJoife* ajoute quelquautre matière pour varier la couleur; afin de diminuer le prix du vernis , on ajoute une certaine quantité de filex calciné , 8c de la même argilld dont la Poterie eft formée ; aulîi-tôt que le vernis dont la Poterie a été recom verte eft foc, on la met de nouveau dans les cailles, & enfuite dans le fourneau comme on a fait précédemment, 6c auffi pendant trente heures ; elle eft alors en état d’être vendue.
- Toute qualité de charbon peut être employée pour cette cuillbn.
- La Poterie préparée 8c cuite comme il a .été dit, n’eft fujette à aucun danger de calïer } foit par la chaleur de l’eau bouillante, foit par le feu, pourvu qu’elle ne foit pas mife tout d’un coup à un feu trop ardent. On emploie cette Poterie à cuire dans les fours toute forte de pâtifferies, mais principalement la Poterie blanche qu’on fabrique dans le Comté de Stafford-Shire ; on en donnera le détail.
- L’intérieur de la Poterie cuite eft très-blanc , 8c d’un grain très-forré ; quoiqu’on n’y apperçoive aucune apparence de vitrification , on peut dire qu’elle en approche beaucoup.
- On fabrique une autre efpece de Poterie dans le même emplacement & Poterie btffs fourneau ; elle fo fait avec une argille brune préparée comme la précédente ; il n’y entre point de filex , mais for foixante parties de cette terre , on ajoute une partie de Manganêfo réduite en poudre très-fine : après le mélange on évapore le trop d’humidité for un fourneau pareil au précédent ; on la re-* couvre d’un vernis noir dans la compofition duquel il entre aufll de la Manga-^ nêfo ; elle fobit les mêmes opérations que la première , & foutient également la chaleur.
- Fortfouvent on applique des deffeins en or for cette Poterie noire ; on a pour cet effet une liqueur qu’on nomme Gotd-Si^e ou Mordant, que Ton tire de Londres;;
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- cell une efpece de vernis compofé de différentes façons ; avec ce vernis un Ouvrier peint fur la Poterie un peu chaude tous les defleins qu'il délire J après quoi il applique fur le pot des feuilles d’or battu , & avec une patte de lievre il fait tomber l’or des endroits qui n’ont pas été vernis ; on met enfuite cette Poterie dans un petit fourneau qui eft à côté , garni d’une grille & de fa cheminée ; le fol eft une plaque fous laquelle on met du charbon dont la furnée
- 6 la flamme retournent dans la cheminée.
- Il y a à peu de diftance de cette Fabrique un emplacement où l’on fait de la Poterie grofliere, & qui ne va qu’une feule fois au feu, mais un feu continué pendant quarante heures ; le fourneau eft femblabié au précédent , mais beaucoup plus grand ; il a fept fourneaux à vent , & fept cheminées au lieu de cinq. Ces fourneaux à vent font à environ cinq pieds de diftance d un centre à 1 autre.
- L’argille grifo dont on fo fert pour la Poterie ci-deffus eft ablolument fom-blable â la vue à celle qu'on emploie dans le Stafford-Sdire pour la Poterie blanche ; cependant les expériences que Ton en a faites, ont prouvé qu’elle n é-» toit pas fufceptible de la même impreflîon du fol pour la couvrir d’un beau yernis.
- Poteries du Comté de Stafford.
- Les Mines de Charbon ont donné lieu à un établîflement confidérable de v Fabriques de Poteries en tout genre aux environs de la ville de Newcaftle • celles de Poterie blanche font pourtant les plus nombreufos ; on prétend qu’il y a à dix milles à la ronde quinze mille âmes employées, foit aux Mines de
- Charbon, foit aux Fabriques de Poteries ; mais fans contredit le plus grand
- «
- nombre à ces dernieres : on ne voit que de petits Villages habités par des Potiers & des Fabriques de ce genre dans toute cette partie du Comté de Stafford , & une quantité prodigieufo de fourneaux , for-tout dans les endroits où l’on a exploité, & où l’on exploite des Mines de Charbon.
- JPoterieblan- L’argille que l’on emploie pour la Poterie blanche eft de deux efpeces à-!
- peu-près fomblables, on n’en fait de différence qu’à l’ufoge , comme on le dira ci-après ; on la tire du Comté de Devonshire , & l’on dit que cette Province la fournit à toutes les Poteries de l’Angleterre. Le Alex dont on fait auflî un grand ufàge fe tire de Gravefande , ou plutôt des bords de la Tamifo.
- Préparation Le point principal de cette Poterie; ç’eft-à-dire , pour l’avoir bien blanche 8c de 1 Argüie. exempte taches , confifte dans la préparation de l’argille & dans fon mélange avec le Alex ; on met l’argille dans une caiffe avec de l’eau pour la faire détremper ; on l’y délaye bien en l’agitant avec un morceau de planche ; on pafle l’eau qui s’en eft chargée à travers un gros tamis , afln d’en féparer ce qui n’a pas été délayé ; il s’arrête fur le tamis , & on le remet dans la première caiffe. Quant à l’argille qui a paffé au travers , on attend qu’il y en ait une certaine quantité ; pqur lors on l’agite vivement avec l’eau dans laquelle elle eft > & on la pafle
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- par un tamis plus fin ; pour èn faire le mélange avec le filex, on le prépare comme on le fait à Newcaftle dans le Nqrthumberland ; le filex s’y calcine de même dans un four à chaux , & enfoîte on le pulvérifo & on le broyé dans un moulin qui agit ordinairement par feau ; le filex en cet état eft tranfporté dans la Fabrique i pour bien faire le mélange, il eft eflentiel qu’il fait délayé dans de r eau à même confiftance que fargille.
- La proportion eft d’ajouter fur fix parties dune de ces argilles , une partie Mélange de de filex , & for cinq parties de l’autre efpece d’argilleune partie de filex. Lorfi- Silex» que fargille a été tamifée deux fois comme il a été dit, on prend un tamis encore plus fin pour la paifer une troifieme fois ; c eft alors qu on en mefure les proportions.
- On a un petit baquet que l’on remplit fix fois d’argllle palfée au tamis ; enliiite on emplit un de ces petits baquets de filex pafle dans un tamis de même finefle, & on continué ainfi jufqu’à ce qu’on ait la quantité de pâte qu’on defire : & pour que le mélange loit plus exaél f il faut que les deux pâtes aient une égale confiftance , & on les remue bien enfemble ; on finit par les pafler une quatrième , puis une cinquième fois au tamis , & on les coule dans la caiffe de briques fous laquelle il y a du feu.
- Les tamis font faits avec de la toile de batifte plus ou moins fine ; les caillés quoi font
- 1 faits J es Ta-
- faites en briques où l’on met fécher la matière , font femblables à'"celles dont mis.
- on fait ufege dans les Fabriques dont il a été parlé ci-devant ; le mélange de
- terre & de filex s’y feche lentement ; on l’agite de temps en temps avec une
- pelle pour qu’il puiffe fe fécher plus également ; on le laiffe dans cette caille
- jufqua ce qu’il ait acquis la confiftance néceflâire pour être travaillé ; alors on
- tranfporté cette pâte for une efpece de plancher bien propre , où un homme
- ayec les pieds la travaille & la pétrit, jufqu’à ce qu’il la juge propre à faire la
- Poterie.
- Toutes les pièces qui ne doivent pas être façonnées , fe forment for un Comment on « , r. . ; forme les Pic*
- tour vertical qu un petit garçon rait mouvoir en tournant une roue ; mais ce ces.
- qui eft façonné fe forme avec des moules en plâtre ; ces moules confident en une piece de plâtre qui a la forme que doit avoir intérieurement un plat ou uneaffiette for lequel on a gravé le delfein que l’on veut donner à la Poterie.
- On prend de la pâte, on la bat bien, enfuite on la travaille & on l’étend avec un rouleau ; lorfqu’elle a été amincie autant qu’on le délire , on l’applique for le moule, où on la prelïe bien avec les mains qu’on a trempées dans l’eau, afin que la pâte ne s’y tienne pas adhérente , & pour rendre unie la partie extérieure du plat ou de falfiette.
- Ce travail fe fait dans une chambre où il y a du feu pour que les moules Potier de Terre. P
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- FART
- {oient toujours bien fecs, & qu’au bout de quelques heures on puifle en détacher les pièces qui y ont été formées.
- Comme il eft néceflâire * pour que les Poteries prennent mieux le vernis ; qu’elles foient polies dans les endroits qui ne font pas façonnés ; lorfque les pièces qui ont été formées fur le tour vertical, ont été un peuféchées à l’ombre , on les tourne pour les rendre plus égales, après quoi on les polit au même tour , en appliquant une lame d’acier par-deflus les endroits qui doivent être polis ; on fait de même des pièces rondes qui ont été moulées ; quant aux pièces ovales qui ne peuvent être polies au tour, on les lave bien avec une éponge & de l’eau ; après quoi on a un morceau de la même terre, qui a été cuite & polie, avec laquelle on polit toutes les parties qui doivent l’être ; cette Poterie fe range à l’ordinaire fur des planches & à l’ombre pour y fécher entièrement avant qu’on la mette au fourneau.
- Les Caïffes On a, dans les environs de Newcaftle , l’argille propre à faire des caifles pour £
- îne^Ia^ote- 7 renfermer la Poterie ; ces caifles font rondes , ony fait tout autour cinq à fix trous de deux pouces à deux pouces & demi de diamètre ; leur grandeur eft proportionnée à celle des pièces qu’on veut y mettre.
- Comment on Quand on veut arranger la Poterie dans ces caifles, des petits enfants prépa-
- foutientlaPo- ^ „ 6 . t , A v,
- terie dans les rent ce qui doit la foutenir ; ce font des petits morceaux de la meme argiile
- k al es* dont on compofe les caifles, coupés en parallélipipedes ; & étant encore très-humides on les applique fur du grès pilé grofliérement qui s’attache fur toute leur furface ; on garnit de ces grès le fond des caifles, & l’on fe fort de ces parallélipipedes pour le foutien de chacune des pièces ; on fait qu’il ne faut pas quelles fe touchent ; ce grès ne s’attache pas du tout à la Poterie , il n’y fait pas même la moindre marque, feulement à certaines pièces, qui pour lors font de rebut.
- Les fourneaux où l’on fait cuire cette Poterie , font à-peu-près fomblables a ceux dont il a été parlé ; il y a quelques différences qui confiftent d’abord en ce qu’ils ont communément huit feux, & par conféquent huit cheminées intérieures ; mais ces cheminées n’ont point d’autres ouvertures que la fupérieure. on prétend que ces petites ouvertures pratiquées aux autres pour la Poterie verniflee, nuiroient beaucoup à la Poterie blanche, parce que la flamme qui en fortiroit, feroit dirigée fur les caifles & jauniroit la Poterie qui y eft renfermée. Autre différence, toute la calotte de la voûte eft garnie de trous qui ne font pas néceflàires pour les autres Poteries ; on en a d’abord pratiqué huit tout autour du fourneau à la naiflànce de la voûte & placés entre chaque cheminée,1 enfoite feize autres au-deflus, & enfin fix tout autour du trou principal qui eft au milieu de la voûte & qui fort de cheminée ; ces trous ont trois à quatre pouces de diamètre ; on les bouche pendant l’opération : on dira leur ufage ci-après*
- Fourneaux;
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- Toutes les caiflès qui renferment la Poterie fè rangent les unes fur les au- Comment très & forment différentes piles ; 011 les place dans le fourneau, de façon qu'il CailTes^ ^ y ait une pile de ces cailles fous chacun des trous dont on vient de parler ; comme il y a trente-un trous, y compris l'ouverture du milieu ou cheminée principale , on y met trente-une piles ; la derniere caiffe qui fait l'extrémité de la pile eft recouverte d’un couvercle fait en terre , ayant la forme d’un cône.
- La Poterie blanche ne va qu’une feule fois au feu, mais à un feu continué Temps pour
- . î.i cuire ia Pote-
- pendant quarante-huit heures. rie.
- Le temps de lui donner le vernis à l’aide du fèl marin, efl: environ quatre comment on ou cinq heures avant la fin de la cuiflbn ; lors donc que la Poterie a éprouvé ^ *ri^°nne ie un feu de quarante-trois à quarante-quatre heures , on apporte dans l’emplacement huit Bushels de fel marin ( c’eft la quantité qu’il en faut pour un fourneau de la capacité de celui dont on vient de parler ) ; il y a un échaffaud autour de la calotte du fourneau, fur lequel montent deux Ouvriers, qui à l’aide d’ une cuiller de fer verfènt par les trous du fèl marin fur chacun des couvercles de chaque pile ; aufll-tôt qu’ils ont jetté le fel, ils rebouchent les trous qu’ils avoient ouverts pour introduire leur cuiller & continuent ainfi en tournant tout autour du fourneau, & en verlànt dans chaque trou à-peu-près-la même quantité de fel; ils opèrent de la même maniéré pendant quatre ou cinq heures, & ne laiflènt d’autre intervalle que celui qui efl néceflàire pour laiflèr palfer la trop grande fumée que le fel donne ; la forme du couvercle des piles efl telle que le fel verfé par-deflus enveloppe entièrement la pile dans fa chute ; alors l’acîde du fel s’introduit dans l’intérieur des caiffes , frappe la furface de la Poterie, Sc accéléré la vitrification du filex qui entre dans la compofition de la Poterie ; cette vitrification extérieure efl le feul vernis qu’on donne à cette Poterie.
- Le fel qu’on emploie pour la fumigation qui donne la couverte, efl un fèl très-blanc & à gros grains, pareil à-peu-près à celui que L’on fait à Lons-le-Saunier pour la confommation des Suiflès.
- Le prix de cette Poterie efl depuis un demi-fchelling jufqu à deux fchellings la douzaine d’affiettes ; ce dernier prix efl celui de la plus belle Poterie colorée ; le premier prix efl celui de la Poterie de rebut.
- La qualité du charbon neft pas eflèntielle pour rendre la Poterie plus ou moins belle.
- «F***
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- ARTICLE DOUZIEME.
- Du Potier Fournalijle.
- Qcjgiquî les Potiers qui font les fourneaux & les creufèts pour les Chimifles, qu’on nomme Fournalijles , falîent un même corps avec ceux qui font les carreaux , les uftenlîles de ménage , & les autres ouvrages dont nous avons parlé , il nous a paru convenable de traiter féparément des ouvrages des ïournaliftes, parce que leur façon de travailler eft très-différente des pratiques des autres Potiers.
- Ceux de Paris fe fervent, comme les autres Potiers, de fargille qu’ils tirent de Gentilly ; pour l’attendrir , Sc la rendre duétile & propre à être travaillée, ils la coupent comme les autres Potiers par tranches fur une planche A , PL I, Fig. 2, & ces tranches tombent dans des futailles Z?, où il y a de l’eau: quand elle en eft fufïifamment pénétrée , ils la retirent pour la marcher , comme on le voit PL I, Fig. 4. Cette ar gille étant trop forte , il faut l’amaigrir comme le font les autres Potiers ; mais ils Remploient point pour cela du fable : lorlqu’iis fe propofent de faire des ouvrages communs, comme les réchauds pour les petits ménages , Fig. 1, A , PL XVI, ou les fourneaux B, pour faire chauffer les fers des Blanchifleules, & d’autres ouvrages qui fe donnent à bon marché : dans ces cas , ils allient leur terre avec du mâche-fer pilé & pâlie au crible , mettant autant de hottées de cette cendre que de terre ; mais pour les fourneaux deftinés aux opérations de Chimie , comme ils ont à fupporter un feu violent & continu , il convenoit de fubftituer au fable une fubftance ca-pable de rélifter à la plus grande aétion du feu, & ils n’ont rien trouvé de mieux que d’allier leur argille avec du ciment de ces pots de grès bruns , dans lefquels on apporte les beurres d’Iligny ; ils prétendent, je ne fai pas li c’eft avec fondement, que le grès de Picardie n’eft pas, à beaucoup près, auffi bon que celui de Normandie.
- Quoi qu’il en foit , ils achètent des Epiciers ces teffons de grés de Normandie à la poinçonnée ; ils les pulvérifent avec une maffe de fer ou de bois garnie de clous fur une pierre fort dure ou un caillou qu’on met fur un gros bloc de bois, à-peu-près comme on le voit PL IV , Fig. 4 , D ; enfuite ils pailent ce ciment par un crible Fig. 5 , même planche , allez fin pour que les molécules de grès foient réduites au plus à la groffeur d’un grain de millet : ils mêlenc à-peu-près autant de ce ciment que d’argille , ou cinq parties de ciment avec quatre parties d’argille, augmentant plutôt la dofe de ciment que celle de l’argille ; car ils prétendent avec raifon que les fourneaux font d’autant meilleurs qu’ils emploient plus de ciment, & qu’il fiiffit qu’il y ait allez d’argille pour le lier ; enfin ils emploient le ciment pilé plus fin pour les creu-fets que pour les fourneaux. Les
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- Les Fournalifles préparent l’argille comme les autres Potiers ; ils ôtent à la main les corps étrangers qu'ils rencontrent en la coupant & en la marchant ; mais ils épluchent avec plus de foin celle quils deftinent à faire des creu-fets; ils la voguent & la pétrifient fur une table, comme fait l’Ouvrier i?, PL IV, Fig. 2 , & ils ôtent loigneulement tous les cailloux, pyrites ou fragments de pierre calcaire qu’ils rencontrent fous leurs mains. Quelques-uns, pour rendre les creulets plus parfaits, après avoir fait fécher l’argille , la pul-yérifent & la paffent au tamis ; s’ils trouvent une veine de terre qui contienne beaucoup de ces corps étrangers, ils la mettent à part pour en faire des fourneaux , & ils réfervent la terre la plus pure pour les creufets.
- Ils marchent leur terre comme les Potiers , mettant le ciment fur le plancher , l’argille par-deflus ; quand ils ont fait la première marchée , ils ôtent la terre du milieu pour la mettre au bord , & ils tranfportent celle des bords au milieu. Quelques-uns corroyent leur terre en la battant fur une table avec une barre de fer, comme fait l’Ouvrier A , PL IV, Fig. I, & ils achèvent de la corroyer en la maniant dans les mains B , PL IV, Fig. 2.
- On voit que jufqu’à préfent le travail des Fournalifles différé peu de celui des autres Potiers : mais ils ne fe fervent ni de tour ni de moules en creux pour former leurs ouvrages ; ils les font entièrement à la main, comme nous l’expliquerons.
- Les fourneaux portatifs que font les Fournalifles, ne fuffifent pas aux Chy-miftes ; il leur faut pour certaines opérations des fourneaux de forme particulière ; ils les font eux-mêmes avec des briques qu’ils ajointoyent au moyen de la terre à four , ou avec du mortier de chaux 8c de ciment, ou avec un lut compofé d’une partie d’argille, d’autant de fiente de cheval féchée , & de deux parties de fable.
- Quelques-uns font leur lut avec un peu de terre à four 8c beaucoup de cendre de leffive, ou Charrie paffee au tamis & détrempée avec de l’eau. Mais comme les briques communes étant aifées à vitrifier , ne réfifteroient pas à certaines opérations , on fait ces fourneaux fixes avec des briques de terre à creufet que font les Fournalifles.
- La terre de ces briques eft la même que celle qu’on emploie pour faire les fourneaux portatifs : ils forment ces briques dans des moules de bois qu’ils em* pliflent de cette terre. Quand les briques tirées des moules ont pris un peu de confiftance , ils les battent fur le plat & fur le champ pour comprimer la terre ; mais ils ont l’attention de ne les pas déformer.
- Les Fournalifles font des ces briques quarrées à-peu-près lemblables aux briques ordinaires, & des demi-briques auflï quarrées pour faire les raccordements.
- Pour donner aux fourneaux différentes formes, les Fournalifles font des briques cintrées fur le champ, PL XVI , Fig. ^, E, Les Chymiftes s’en fervent Potier de terre, Q
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- pour faire des fourneaux en tour, de force que quelquefois quatre briques font la circonférence d'un petit fourneau , 8c il en faut beaucoup plus pour les grands. Quoiqu'on change la courbure de ces briques foivant la forme qu’on veut donner au fourneau, on a toujours des demi-briques qui font très-commodes pour faire les raccordements. Ces briques fe font dans des chaflis, Fig. 6, G, PL XVI, comme les briques ordinaires : celui a9 eft pour faire des fupports de creufets, & celui b, des briques quarrées.
- | Ici ce font les Fournaliftes qui font les matériaux,& les Chymiftes qui les mettent en œuvre, en joignant les briques avec de la terre à four ou avec les luts dont nous avons parlé. On met entre le cendrier & la fournaifo une grille de fer ; quelques-uns revêtilfent les portes avec une embrafure de fer plat & mince;
- I d'autres fe contentent de mettre au-deflus des portes, en forme de linteau, un morceau de fer plat. On met dans le laboratoire qui eft au-deflus du foyer quelques barreaux de fer pour fupporter un bain de fable, ou les cucurbites.,' ou les cornues, ou des creufets ; enfin on augmente la force de ces fourneaux f par des bandes de fer minces qui en entournent toutes les faces : mais rien n'eft I mieux pour empêcher que la force du feu ne fafle déjoindre les briques , que de I noyer dans le lut qui les unit, des bandes de vieilles grilles de râpes à tabac;
- | elles ne forment point d'épaifleur ; & à caufe des trous & des inégalités de ces grilles, elles forment dans le lut une excellente liaifon. Nous n'entrerons pas dans de plus grands détails for ces fourneaux fixes qui ne font point une partie eflfentielle du travail des Potiers Fournaliftes ; ce font des fourneaux portatifs à l’ulage des Chymiftes qui forment véritablement leur Art, 8c c eft de ces fortes de fourneaux dont nous allons parler un peu en détail.
- Les Fournaliftes font des fourneaux quarrés ; tels font les fourneaux de coupelle A, Fig. i , PL XV, 8c quelques fourneaux de fufion C, Fig. % 8c 3 ; mais les fourneaux de digeftion D, Fig. 4, ceux de réverbere E, Fig. 5, ou F, Fig. 6 y en un mot prefque tous les fourneaux portatifs font Tonds en forme de tour. Les uns font d'une foule piece , je veux dire le cendrier cl9 le foyer b, & le laboratoire c ; il n'y a que le dôme d qui fe pofo deflus Fig* 6: d'autres font formés de plufieurs couronnes a b c, Fig. 5 , qui fo pofonc les unes fur les autres ; quelques-uns, Fig. 6, fo pofont for un trépied de fer, 8c ceux-là n'ont point de cendrier; la cendre tombe à terre : mais la plupart ont un cendrier a9 un foyer b9 Fig. 4, 5 & 6, où l'on met le charbon for une grille qui laifle tomber la cendre , & donne un partage à l'air qui anime le feu. Les Fournaliftes font quelquefois ces grilles en terre E ou e, Fig. 5 ; ce n’eft alors qu'une plaque ronde de terre E e , qu'on perce de quantité de trous avec une gouge ; d'autres fe fervent de grilles de fer e, Fig. 6. Au-deflus du foyer b , Fig. <5, eft un elpace cy qu'on nomme le Laboratoire, parce que c'eft dans cet endroit qu'on met un bain marie , ou un bain de fable , ou une cornue : il y a en une ouverture pour en pafler le col ;ou une cucurbite, ou des
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- creufots , 8c toutes ces chofos font foutenues par quelques barres de fer f * Fig. 5 & 6, & affez fouvent le tout eft terminé par une calotte ou un dôme d, qui fort à réverbérer la chaleur fur la cornue, ou les creufets qui font dans le laboratoire. Il y a toujours au haut du dôme une ouverture g, de trois ou quatre pouces de diamètre , fuivant la grandeur des fourneaux ; & à cette ouverture il y a quelquefois un bout de tuyau h, Fig. 3, afin de pouvoir y ajufter des tuyaux plus longs lorfqu'on veut augmenter l’aélivité du feu ; car pour que le charbon brûle avec vivacité 8c produife beaucoup de chaleur, il faut établir idans le fourneau un courant d’air qui entre par le cendrier , 8c qui forte par le haut du fourneau. Or ce courant d’air dépend de la légéreté de l’air chaud , par comparaifon au poids de l’air froid , 8c cette légéreté de l’air augmente à proportion qu'il eft plus échauffé, & encore à proportion qu’il y a une plus grande colomne d’air échauffée au haut du fourneau % ainfi , pour augmenter l’aélivité du feu dans le fourneau , il faut qu’il puilfe entrer par le bas foffifâm-ment d’air frais, & ajouter au haut du fourneau une longueur de tuyaux h, pour fe procurer la colonne d’air chaud qui forme une efpece de pompe plus confidérable ; il faut auflî que le diamètre de ce tuyau foit proportionné à la grandeur du fourneau : mais je m’abftiendrai d’infifter fur ces proportions , parce qu’elles ne regardent point le Fournalifte ; il doit fc conformer à celles que lui preferit le Chimiftequi les varie fuivant les opérations qu’il fe propofe de faire.
- Il y a de plus plufîeurs ouvertures tant au dôme qu*au corps du fourneau , qu’on ouvre ou qu’on ferme pour garder la chaleur, ou , fuivant qu’on le veut, en porter plus dans une partie du fourneau que dans les autres ; pour cela, on laifle ces trous ouverts , ou on les ferme , quand on le juge à propos , avec des bouchons de terre m, Fig. y ; c’eft ce qu’on nomme des Regiflres.
- Le fourneau F9 Fig. 6 9 différé peu de celui que nous venons de décrire: a, eft le cendrier ; b , le foyer ; c , le laboratoire ; d 9 le dôme. Le fourneau F % Fig. 6, eft ovale pour qu’on puifle y mettre deux cornues dont on voit lest becs en i ; les corps des cornues font repréfentés dans l’intérieur du fourneau par des points : la coupe du cendrier E , fait voir la forme ovale du fourneau.
- Il eft toujours utile de tenir les parois des fourneaux fort épaiffes , pour que la chaleur ne s’échappe pas dans le laboratoire où elle incommoderoit l’Artifte f Sc feroit perdue pour l’opération.
- J’ai dit que les Fournaliftes faifoient des fourneaux quarrés, & j’ai donné pour exemple les fourneaux de coupelle A, Fig. 1 ; ils ont un cendrier a qui a une porte au-deffus de laquelle eft le laboratoire b, & une ouverture qui ne communique pas au dedans du fourneau, mais dans une efpece de four, Fig. 3 , PI XVI, fait de terre à creufet mince, qu’on nomme la Moufle ; noua en parlerons lorfqu’il s’agira des creufets ; elle eft foutenue par des barreaux
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- «de fer , qui trayerfent F intérieur du fourneau, & elle eft de toutes parts entourée par les charbons ardents : c’eft dans cette moufle qu’on met les coupelles pour faire les eflais des métaux, des pièces émaillées & des creufets pour certaines opérations. Le fourneau eft couvert par un dôme quarré, au haut duquel eft une allez grande ouverture A qu’on peut fermer avec un couvercle f ou à laquelle on ajoute un tuyau lorfqu’on délire que le feu ait une grande aélivité. Au moyen de cette moufle on peut expofer à une grande chaleur des matières qui ne reçoivent aucune impreffion de fumée , ni même les vapeurs du charbon.
- La Figure % , C, repréfente un fourneau de fulion dans lequel le feu doit être animé par le vent des foufflets ; c’eft pourquoi il n’y a point de grille au cendrier a , point d’ouverture en bas à la partie a d9 ni de tuyau en haut pour établir dans le fourneau un grand courant d’air ; c’eft le foufflet qui tient lieu de ces évents.
- La partie a a , &c. B, eft une piece de terre qui forme le bas du cendrier.1 On y peut remarquer une ouverture b , où répond le tuyau du foufflet, & le vent fort par l’ouverture c ; le corps du fourneau dd9 fe met fur le fond a a Il faut remarquer dans l’intérieur de ce fourneau une faillie de terre e e, qui régné tout autour du fourneau ; elle eft deftinée à fupporter la partie//, qui forme le bas du foyer à la hauteur dd; mais il y a aux angles quatre ouvertures gg 9 par lefquelles le vent du foufflet entre dans le corps du fourneau , qui eft en même-temps le foyer & le laboratoire, & anime le feu dans toutes les parties de cette chambre , & tout autour du creufet qui eft pofé au milieu du fond//, comme on le voit indiqué par des points en d d; il eft ainfi entouré par une chaleur très-vive, fans qu’il reçoive immédiatement le vent du foufflet, qui, étant frais, le refroidiroit, & fouvent le feroit rompre. A l’égard du couvercle C, on ne le met que quand on a retiré le creufet pour étouffer le charbon , & faire que le fourneau fe refroidiffe lentement. On voit que ce fourneau, qu’on nomme de fufîon , eft très-bien imaginé : en voici un pour lequel il ne faut point de foufflet.
- La Figure 3 , C, eft un fourneau à vent de l’invention de M. Macquer ,• qui produit une très-grande chaleur, & qui vitrifie prefque toutes les fubftances qu’on y expofe. Ce fourneau n’a point de cendrier ; il fe pofe fur un trépied ; au bas aa9 eft une grille au travers de laquelle la cendre tombe , & qui donne un libre paflàge à l’air. La porte b, ne fert que pour avoir la facilité de dégorger la grille avec un fourgon fi elle étoit encraflee ; la porte c, eft deftinée à ajufter derrière une mouffle pour quelques opérations où l’on redoute-roit la fumée ou les vapeurs du charbon ; la partie d e9 eft, comme on le voit,' inclinée vers le derrière du fourneau, & la grande porte /, fert à mettre du charbon dans le fourneau ; il faut qu’elle foit grande, parce que ce fourneau çn confomme beaucoup ; cette partie dy e, g, tient lieu du dôme d9 de la Figure y*
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- Ily a au milieu h , un commencement de tuyau pour recevoir les autres tuyaux i k y qu on ajufte les uns au-deflus des autres , 8c plus on en met , plus on a de chaleur. On voit que ce fourneau doit avoir beaucoup d’aélivité, puifqu’il s’établit dans l’intérieur un grand courant d’air, le fond étant tout ouvert, & la colonne d’air chaud étant fort élevée. Au refte, on met dans l’intérieur quelques barreaux de fer pour foutenir la mouffle, quand on en met une , ou les creufets & capfules qui contiennent les matières qu’on tient en expériences.
- La Figure 4 , D, eft un petit athanor bu un fourneau de digeftion , deftiné à entretenir dans une chaleur douce certaines fubftances pendant un temps confi-dérable.
- Celui qui eft ici repréfenté, eft de tôle , revêtu en dedans d’une couche épaifle de terre à creufèt ; a, eft le cendrier ; b , l’endroit on l’on met le feu ; en c, eft une cloifon qui couvre tout le fourneau ; d 9 eft une tour dans laquelle on met une provifion de charbon pour n’être pas obligé d’en fournir fréquemment par la porte e: on remplit de fable la capacité c 9f98c c’eftdans ce fable qu’on met les matras ou les capfules qui contiennent les matières qu’on veut tenir en digeftion : ce fourneau, au contraire de ceux dont nous avons parlé plus haut, eft deftiné à entretenir pendant long-temps une chaleur douce & égale ; pour cela , il faut que le courant d’air qui doit traverfèr ce fourneau , foit lent 8c bien ménagé. Il eft évident que fi l’on fermoit exactement les portes g9 e , 8c les trous qui font au couvercle h 9 de la tour d 9 le feu s’éteindroit, 8c que fi l’on ouvroit toutes ces ouvertures, le charbon fè confond meroit très-vîte, 8c produiroit beaucoup de chaleur ; ainfi, pour obtenir un milieu convenable , il n’y a qu’à ouvrir quelques-unes des ouvertures qui font aux portes g 9 & , 8c aufli quelques-unes de celles qui font au couvercle h de la tour : au moyen de cela , le charbon qu’on a mis dans la tour d, ne s’allume point, mais il tombe peu-à-peu à la partie b, à mefure que celui qui y eft fe confume ; 8c quand la tour eft grande, le feu s’entretient très-long-temps ' dans le fourneau, fans qu’on fbit obligé d’y apporter aucun foin.
- Je pourois faire une énumération bien plus grande des fourneaux que font les Fournaliftes ; mais quelques exemples fuffiront pour faire comprendre leur façon de travailler.
- Tous les fourneaux font faits à la main avec l’argille alliée de pot à beurre pilé & bien corroyé, comme nous l’avons expliqué.
- On trace fur une table avec un compas la largeur que le fourneau doit avoir par le pied ; enfuite le Potier ayant mis un peu de cendre fine fur la table pour que la terre ne s’y attache pas, il roule , comme le feroit un Pâtiflîer , un plateau de terre rond qu’il place dans le trait de compas qu’il a fait; c’eft le fond m, du fourneau Fig. y : enfuite il fait avec cette même terre des rouleaux qu’il pofe en rond for le plateau n 9 qui forme le fond, ayant foin de les Potier de Terre. R
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- bien comprimer avec les doigts, & de donner plus d’épaifteur que fie doivent avoir les parois du fourneau , non-foulement à caufe de la retraite de la terre} mais encore parce que la battant avec une palette A B, Fig. i, PL XVI, on diminue de fon épailïèur. Il ajoute de pareils rouleaux les uns fur les autres,' St il a foin de les bien comprimer St de pétrir la terre avec les pouces, pour que le tout ne fafle qu’un même corps, St qu’il ne refte point d’air interpolé entre les couches de terre ; car cet air feroit immanquablement crever le fourneau lorfqu’il viendroit à fe dilater par la chaleur. Quand le fourneau eft élevé à la hauteur ou l’on doit mettre la grille e, au-defîùs du cendrier, il forme une petite faillie de terre pour fupporter cette grille»
- On imagine bien que les rouleaux de terre que l’on comprime avec les pou* ces font des inégalités ; de temps en temps, quand le fourneau a pris une certaine hauteur , le Fournalifte unit fon ouvrage en pafîànt le tranchant de la main de haut en bas & de travers ; cette opération unit l’ouvrage , détruit les inégalités, & ferme les petits vuides qui pouroient être reliés ; en-fuite il continue à pofer des rouleaux de terre pour élever fon fourneau , St former la partie b9 qu’on nomme la Fournaife ou le Foyer ; puis le laboratoire c9 jufqu’à l’endroit où l’on doit pofer le dôme d ; St de temps en temps il polit Ion ouvrage , comme nous l’avons expliqué.
- On fait que les fourneaux font un peu plus larges par en haut que par en bas. L’habitude des bons Fournaliftes fait qu’ils obier vent très-réguliérement cette dégradation ,-qu’ils donnent aux patois de leurs fourneaux l’épailïèur quel-les doivent avoir ; ils obfervent des contours très-réguliers , & tout cela fans employer ni la réglé , ni le compas , & feulement à vue , n’employant d’autres inftruments que leurs mains & la batte.
- Lorlqu’on veut former des petites cheminées pour donner une iflue aux vapeurs du charbon , on fait au corps du fourneau des arrachements auxquels on rapporte de la terre qu’on travaille à la main 5 ou qu’on adilpofée for des moules pour la mettre à la place qui convient, à-peu-près comme nous avons dit qu’on attache les anfes aux ouvrages de Poterie. A l’égard des poignées n , Fig. 5 ^ qui fervent pour tranfporter les fourneaux , & des efpeces de faillies o , qu’on fait au-delfous des portes, on les commence en formant le corps du fourneau, St on les perfeélionne lorfqu’on vient à le battre. Quand les fourneaux font faits, comme nous venons de l’expliquer, & qu’avec les doigts on a uni leur foperficie , on les laifïe un peu fe fécher, puis on les finit; pour cela, avec une palette -on les bat à l’extérieur & même intérieurement, quand le diamètre le permet ; on ouvre les portes /?,ayec un couteau mouillé; enfin pendant que la terre eft encore un peu molle & düélile, on perfeélionne toutes les parties du fourneau , St les habiles Ouvriers y réulfiflent fi bien, qu’ils fontauffi unis, d’une forme auffi régulière, que fi on les ayoit faits dans un moule, ou fur le tour.
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- On fait à part des bouchons m , pour les regiftres , 8c des portes /, pour fermer l'ouverture p , Fig. $ ; on choifit dans un nombre qui font de différentes grandeurs les pièces qui y conviennent ; ce qui n'eft pas difficile , parce que les faifànt en coin, ils entrent plus ou moins dans les ouvertures qu'on a faites au fourneau.
- On fait les grands fourneaux de plufieurs pièces ; le cendrier a , la fournaife h9 & le laboratoire c, étant formés de différentes couronnes qu'il faut réunir, on les ajufte les unes fur les autres avec des feuillures. Comme il eft important que toutes ces pièces foient de dimenfions pareilles , pour qu'elles s'ajuftent bien les unes avec les autres , quand les Potiers ont fait le cendrier a, ils prennent exactement fon diamètre en haut avec un compas, pour tranfporter cette me-fure fur une table, 8c former deffus la piece c, qui doit s’ajufter par-deflus ; de cette façon , la retraite de la terre étant la même, les pièces s'ajuflent aftèz bien , 8c quand la terre a pris un peu de confiftance , on répare les feuillures , & on met les unes fur les autres les différentes pièces qu’on bat avec la palette , de forte que le fourneau paraît être d'une feule piece.
- Une fois qu'un fourneau eft commencé, il faut le finir tout de fuite ; car la terre fraîche ne peut pas fe lier avec de la terre un peu féchée, 8c qui aurait déjà pris une partie de la retraite ; ainfî quand on eft obligé de quitter l'ouvrage, il faut le couvrir avec des linges mouillés, pour qu'il ne feche pas.
- On a foin, en finiflànt un fourneau , de faire à différentes hauteurs, & tout autour, des traits comme b 9 c9n , Fig. y, qui foient a fiez profonds pour y loger un gros fil de fer de Chauderonnier : quand ces liens font bien ajuftés, ils contribuent beaucoup à faire durer les fourneaux.
- Le dôme d, qu'on doit mettre for le fourneau dont nous venons de parler , fe fait aufli à la main 8c fans moules, en ajuftant les uns fur les autres des rouleaux de terre moins gros que ceux qu'on emploie pour faire le corps des fourneaux ; on les commence for un trait de compas qui indique la largeur du haut du fourneau à l'endroit où doit être placé le dôme 8c afin que la terre fe foutienne, on en prend qui foit pétrie ferme ; 8c en général , la terre que travaillent les Fournaliftes , eft plus ferme que celle qu'emploient les autres Potiers.
- Quelquefois , avant que la terre foit trop durcie, on imprime defliis avec des moules de cuivre des empreintes de fleurs-de-lys ou d'autres ornements.
- Les fourneaux de coupelle fe travaillent comme ceux dont nous venons de parler, entièrement à la main ; &fans employer ni réglé ni compas, les Potiers leur donnent des formes très-régulieres ; il n'y a que la mouffle qui doit être travaillée différemment : nous en parlerons lorfqu il s'agira des creufèts.
- Ils font des tuyaux h, ou k, 'Fig. 5, pour la décharge de la fumée avec la même terre des fourneaux, & ils les forment fur un cylindre de bois qui eft plus
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- gros d’un bout que de l’autre, afin de pouvoir retirer ce moule lorfque le tuyau eft fait ; & afin que la terre ne s’attache pas au bois , ils le frottent avec de la cendre très-fine; auffi-tôt que la terre du tuyau a pris un peu de fermeté , ils la battent avec une palette pour l’unir, & la rendre plus ferrée.
- A l’égard des creufets , les Potiers les font fur le tour, & les Fournaliftes à la main fur un mandrin de bois qu’ils nomment Moule, a b c dy Fig, 2 , PL XVI.
- J’ai dit que les Potiers de Picardie faifoient de bons creufets avec leur terre à grès, qui cependant éclatent au feu , fi on les chauffe trop précipitamment ; mais en les chauffant doucement, ils fupportent un feu violent fens fe déformer , & ils réfiftent à l’aétion des fels & des métaux fondus.
- La terre de Gournay en Normandie eft très-bonne ; elle fùpporte un très-grand feu fans fe déformer ; mais elle a le défaut 3e contenir beaucoup de petites pyrites , & des fragments de mine de fer. J’ai dit que j’étois parvenu à remédier, au moins en partie, à ces défauts, en la diflolvant dans beaucoup d’eau , & laifîànt précipiter ce qui étoit de plus pefant Sc de plus groffier, poux n’employer que la terre fine qui fe précipitoit enfuite.
- Pour faire les pots de Verrerie dans lefquels on tient le verre en fufion pendant trois femaines fens interruption , on choifit de bonne argille la plus pure qu’on puiffe trouver ; on la lie avec de cette même argille bien cuite qu’on met en poudre ; on fait cet alliage à différente dofe , fuivant que l’argille eft plus liante, plus ou moins duélile, & plus difpofée àfe cuire ferrée ; de forte qu’avec certaines argilles crues, on ne peut mettre que partie égale d’argille cuite, au lieu que d’autres argilles très-liantes peuvent fupporter cinq & même fix parties • d’argille cuite avec quatre parties d’argille crue.
- Il y a des Verriers qui font leurs grands creufets, qu’ils nomment Pots", avec des rouleaux de terre , comme nos Fournaliftes ; d’autres les font dans des moules.
- Les Fournaliftes de Paris font leurs creufets avec l’argille grife de Gentilly ; ils la choifilfent feulement & l’épluchent avec plus de foin que pour les fourneaux ; puis ils l’allient avec un peu plus que partie égale de pots de grès qu’ils paffent à un crible un peu plus fin que pour les fourneaux. Quand ils ont prépare leur terre, ils l’étendent peu-à-peu fur un moule de bois a b cdy Fig. 2, qui a la forme que doit avoir l’intérieur du creufet, l’ayant frotté de fable fin, pour que la terre ne s’y attache pas ; ils commencent par le fond du creufet , & ils couvrent le moule d’une couche de terre qui a environ trois à quatre lignes d’épaiffeur, l’étendant peu-à-peu en la battant à petits coups, ce qu’ils exécutent avec beaucoup de propreté & de régularité. Ces creufets font bons pour quantité d’opérations, quoiqu’ils ne puiffent pas fupporter un très-grand feu ni tenir les fels en fufion , comme le font les creufets de grès , & ceux d’Allemagne.
- Voici comme j’en ai fait pour de petits effais de mine. J’ai diffous de l’argille
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- de GetitiUy dans beaucoup d’eau ; j’ai laide précipiter les corps les plus pelants fenfuite j’ai fait lecher l’argille épurée qui s’eft précipitée en dernier lieu ; puis je 1’ ai pilée & paflee au tamis fin. Par ces préparations , j’avois retranché de l’argille tous les corps étrangers, excepté les fubftances qui étoient en parties très-déliées : j’alliai cette argille avec du ciment de pot à beurre pafle à un tamis fin 5 & je formai mes Creufets dans un moule de cuivre que je mettois fous une prefle, comme on fait le fourneau des pipes : ces creufets étoient bons ; Cependant ils ne pou voient fupporter un très-grand feu, & je me fuis mieux trouvé de l’argille blanche dont on fait les pipes en Normandie , parce que cette argille eft communément plus exempte de fubftances métalliques que les argiiles colorées. Je dis communément ; car il y a des argiiles blanches qui font très.-fufi-blés & chargées de parties métalliques : le plus fur eft donc de les éprouver avant d’en faire ufage ; car on peut dire en général qu’il faut choifir une argille qui ne foit point fufible, & fur-tout point alliée de pyrites, de fubftances métalliques , ni de fable vitrifiable, parce que les fels ou les fubftâîjees métalliques qu’on met dans ces creufets, vitrifiant ces fubftances étrangères à l’argille , les creufets fc fendent ou au moins fe percent. Quand on a une argille pure & réfraélaire qui donne de la duélilité à la pâte , il faut, comme nous l’avons dit , l’allier avec quelque ciment qui empêche que fargille prenant trop de retraite, ne fe fende à la cuiflon. Il eft important que ces ciments foient réfraélaires ; c’eft pourquoi les Verriers emploient l’argille qu’ils ont fait cuire, & pour de petits creufets on pourroit employer des pipes bien cuites réduites en poudre. Les Fournaliftes font ufage de ciment de pot à beurre de Normandie : mal-heureufëment leur argille n’eft pas telle qu’on pourroit le délirer ; ils le fàvent bien , & pour rendre leurs creufets un peu meilleurs ? ils mêlent beaucoup de ciment de grès avec l’argille ; mais alors la terre des creufets n’eft pas aflez ferrée, & elle laillè palfer par leurs pores les matières quon tient en fufion lorfqu’elles lont très-fluides. Les creufets de grefferie n’ont pas ce défaut ; ainfi, il faut dans ces alliages obferver une jufte proportion ; car fi l’on met trop d’argiiie crue, il eft bien difficile d’empêcher que les creufets ne fe fendent en fe fé-chant ou à la cuiflon ; & fl l’on met trop de ciment, les creufets n’ayant pas allez de foutien, ne peuvent fupporter le poids du métal, <5c ayant leurs pores très-ouverts , le métal, & fur-tout les fels, les pénétrent ; c’eft pourquoi quelques-uns prétendent qu’il faut y mêler un peu de fable vitrifiable. M. de Reaumur s’eft, par exemple, allez bien trouvé de faire des creufets avec partie égale de terre à pipe , de craie & de fable.
- Voici quelques alliages qu’on dit être très-bons ; mais je ne les ai point éprouvés.
- Deux parties de bonne argille pure & bien feche , deux parties de pots de grès réduits en poudre 9 une partie de fablon ; quelques-uns y ajoutent un peu de limaille de fer & de l’eau fàlée.
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- Autre, fix parties d’argille feche , deux parties de la tête-morte de F eau-forte, deux parties de pots de grès pilés , une partie de mâche-fer, & une de verre pilé avec un peu de poudre de chaux fufée à l'air.
- Autre , parties égales d'argille feche, d'amiante & de faux-talc ou pierre gla* ciale , ou du mica.
- On fait des creufets en forme de godets a b9 Fig. 2, P/. XVI; on leur fait quelquefois un petit gouleau, tel quefg ; on en fait aufîi de triangulaires , tels que € e , pour verfer plus commodément le métal : enfin on en fait pour eflayer des mines qui contiennent des métaux précieux ; ceux-ci fe terminent en pointe dj afin que le culot fe raiïèmble mieux au fond du creufet ; alors on leur fait un petit pied pour quils fe foutiennent mieux dedans & hors du fourneau.
- A l'égard des capfules & têts , tels que h , ils ne différent des creufets que par la forme , ainfi que les tûtes Fig. 4, D , qui font de vrais creufets foute-nus par un pied.
- Pour ce qui eft des moijfles pour les fourneaux de coupelle Fig. 3 , C, on les fait avec la même terre qu'on a préparée pour les creufots ; on la roule a fiez mince for une table , comme les Pâtiflîers font leur pâte ; on coupe un morceau de ce gâteau d'une grandeur convenable pour faire le defliis de la moufle j on met ce morceau de terre for un moule a , fait exprès , pour lui faire prendre une courbure convenable ; & fo fervant du même moule , on ajufte deflbus le fond de la moufle & derrière un autre morceau pour fermer un des bouts de la moufle. Ces différents morceaux étant bien ajuftés, on laifïè la terre prendre un peu de corps; alors la moufle c , eft faite: mais avant qu’elle foit feche, on ouvre avec un couteau mouillé Fig. 11, les petites lucarnes b, des côtés, Sc elles font en état d'être cuites.
- Pour faire une cornue Fig. 7, H, le Fournalifte fait le corps a for un mandrin , comme les creufets, & le bec b for un autre mandrin qui n'eft autre chofe qu'une cheville un peu courbe ; il perfeétionne à la main la partie éva-fée de ce bec, enfin il foude & réunit les deux pièces enfemble.
- De la cuijjon des Fourneaux & des Creufets. '
- I l y a eu des Chymiftes qui ont prétendu qu'il ne falloit point cuire les fourneaux , & qu'ils acquéroient en fervant le degré de cuiffon qui leur convient : je ne fois pas de cet avis. Les fourneaux qui ne font que focs fans être cuits, courent rifque de fo rompre quand il faut les tranfporter pour les changer de place ; d'ailleurs , pour peu qu'il tombe d'eau deflus , la terre fo détrempe & s'en va par morceaux : il eft donc à propos de cuire les fourneaux & les creufets ; mais les Fournaliftes ne leur donnent qu'une demi-cuiflbn.
- On voit par le plan Fig. 8 , que le four des Fournaliftes eft à-peu-près quarré & de niveau avec le rez-de-chauflee ; ils font faits en brique, voûtés de a en
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- d, ou de e en b ; à environ un pied 8c demi du terrein , on établit une grillâ de fer avec des barreaux e e ; on met Fouvrage dans le four en entrant fous là Voûte par la porte f. Quand on a de petits ouvrages qui pafleroient entre les barreaux , on interpofe quelques barreaux menus entre les principaux.
- La Figure 9, K, eft la coupe de ce four par la ligne / À, du plan e e ; les barreaux qui forment la grille, font établis environ un pied 8c demi au-deiïus du plancher du four ; / /, la coupe de la voûte par le travers des briques qui en forment la clef, 8c m eft une hotte & un tuyau de cheminée pour la diffi-pationde la fumée. s
- Quand le fourneau eft rempli de différents ouvrages , on éleve fur le bar* reau gk, Fig. 8, une cloifon de brique s , qu’on voit en«, Fig* 10; cette cloifon étant établie fur le barreau g h, Fig. 8 , il refte en-deflbus un efpace o , par lequel on pafle fous la grille le bois néceflàire pour la cuiflbn : la cloifon n, ne s’étend pas non plus jufqu’à toucher la voûte. Il refte en Figi 10* un efpace par où s’échappe la fumée qui n’a point d’autre ifîue ; elle eft reçue par la hotte 8c le tuyau de cheminée m.
- On allume de grand matin un petit feu pour tremper ; on l’augmente peu-* à-peu, & Fouvrage eft cuit dans la journée, ayant confbmmé un peu moins n d’une voie de bois flotté ; car on préféré ce bois bien fec pour qu’il fafle plus de flamme. On laifle un jour ou deux le four fe refroidir, puis on en tire l’ou-* vrage qui eft en état d’être livré aux Chimiftes.
- La Figure 12, PL XVI, eft un plateau de terre à creufet ; on en fait de différente grandeur : ils fervent ordinairement de fupport en les mettant fous les creufets & les cornues ; quelquefois on s’en fert pour couvrir les creufets*
- Voici encore quelques notes que M. Dejmarets , de tAcadémie des Sciences, ma communiquées lorjque l'Art du Potier étoit prefque imprimé.
- On fabrique à Sauxillanges 8c à Marzac, deux petites villes d’Auvergne , la première voifine d’Ifloire , la fécondé éloignée d’Ambert d’environ deux lieues & demie , des creufets pour l’ufage des Orfèvres ; leur forme eft conique ; il y en a de toutes grandeurs : le principal débit s’en fait à Lyon.
- Les Potiers de Sauxillanges tirent leur terre près des Monges dans le Domaine de Moye ; leurs fouilles ne fe font pas plus bas que trois à quatre pieds de profondeur : c’eft une efpece de ka-olin mêlé de mica & de gros fable quartzeux, en aflez grande proportion. On lave cette terre pour en dégager le fable; on délaye le ka-olin dans l’eau, on décante l’eau chargée du kaolin feul, & le fable quartzeux refte au fond des vaifleaux. Le ka-olin fe dé-pofè enfuite dans des baquets où on laifle repofer l’eau qui en eft chargée.
- La terre qu’on emploie à Marzac, eft de la même nature 8c fe travaille de même que celle de Sauxillanges ; on la tire à trente ou quarante pieds de profondeur proche le village de l’Efpinafle, dépendant de la Paroifle de Marzac*
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- Quelquefois on y mêle le ka-olin avec une autre terre argiileufe aflez courte , qu’on tire de Champêtrieres & du Caftellet proche Ambert. Il réfiilte de ce mélange des creufets plus propres à réfifter au feu que les premiers ; & c’eft dans ces vues quon foigne davantage leurcuiflon. La terre de Sauxillanges & celle de Marzac employées feules cuifent aflez blanc.
- On fabrique auffi à Saint-Junien , petite ville du Limoufin , de femblables creufets deftinés aux mêmes ufàges & faits d’une terre de la même nature ; on la tire de la Malaife proche la grande route de Limoges à Saint-Junien , & à deux lieues de cette derniere ville. Cette terre eft la bafè de toute la Poterie qu’on fait à S. Junien pour d’autres ufàges ; quoiqu’elle foit fort blanche, elle eft ordinairement d’une mauvaife cuiflon & fujette à éclater au feu.
- Il y a encore plufieurs Poteries établies dans les villages de Duris , de Gan-dalounie & Chavagnac , en Limoufin. La terre que les Potiers, que dans ce pays-là on nomme Toupiniers , emploient, eft une efpece de ka-olin qui eft peu duélile ; mais ce qui mérite le plus d’attention , eft la compofition de leur vernis. Ils emploient pour le faire, du minerai de plomb de Glanges qu’ils calcinent , y ajoutant pour fondant du quartz blanc au lieu du fable dont fè fervent nos Potiers. Pour réduire promptement & aifément ce quartz en poudre, ils commencent par le faire rougir au feu , de en cet état ils le jettent dans de l’eau froide ; le,pafïàge fubit du chaud au froid réduit cette pierre en poudre ; alors ils la mêlent avec la chaux de plomb, & broyent ces deux fubf-j tances enfemble fous la meule.
- EXPLICATION
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- EXPLICATION DES FIGURES.
- PLANCHE I.
- F IGURE r, dans la Vignette, Terre glaife par mottes, telles qu*on les apporte chez le Potier.
- Fig. a. , dans la Vignette, Des Ouvriers qui coupent la terre fur une planche A y par tranches minces qui tombent dans les futailles B y où il y a de l’eau. Cy une motte de terre prête à être mile fur la planche A, pour être coupée#
- Fig- 3 > bas de la Flanche 9 D 9 le Couteau qui fert à couper la terre.
- La Figure 2, bas de la Flanche y repréfente la futaille B où il y a de l’eau , la planche A, la terre C qu’on coupe, le couteau D qui fert à couper cette terre.
- Fig- 4 , dans la Vignette , B , Ouvrier qui marche la glaife A , pour la corroyer, & la mêler avec une fuffîfante quantité de fable.
- Fig.^y au bas de la Planche , 1, F , E , reprélente la terre dans les dif-. férents états à la première , fécondé & troifieme marchée.
- Fig. 5 , dans la Vignette , tas de terre corroyée, marchée & prête à être travaillée.
- Fig. $ y au bas de la Planche, /, tas de terre marchée & prête à être travaillée.
- Fig. 6 y dans la Vignette , Ouvrier qui fait des faîtieres dans un moule : au bas de la planche , Fig. 14, eft la table à mouler, a b, qui eft portée par les tréteaux , e e ; i’urquain , g, qui efl: une pierre dure fur laquelle on pofe le moule ou chaflis de bois d d ; derrière eft un vafe e e, rempli d’eau, & lu r ce vafe la plane/y7; à côté font des faîtieres k, pofées les unes lùr les autres, & la terre h ou H préparée pour'remplir le moule; i tas de fable pour répandre fur I’urquain.
- Les Figures 9,10 , il, 12 & 13 , au bas de la Planche , repréfentent des chaflis ou moules ; favoir, celui A, Fig. 9 , pour mouler le carreau d atre B ; celui Cy Fig. 10, pour mouler le grand carreau D ; celui E pour mouler des faîtieres i7, Fig. 11, qu’on coupe en quatre d9 e9f9 g, pour former quatre carreaux hexagones 3 en les rognant fur le moule de fer G. Le moule H, Fig. 12 , fert à faire de grands carreaux à fix pans /, qu’on rogne quand ils ont été battus fur le moule de fer K. Le chaflis L, Fig. 13 , fert à faire des carreaux oélogones N y qu’on rogne enfuite fur le moule de fer Al ; mais quand on fe fert de ces carreaux, il faut rapporter entr’eux de petits carreaux quarrés O , qu’on fait ordinairement d’une autre couleur.
- Potier de Terre, T
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- 74 Explication des Flanches.
- Fig. 7 , dans la Vignette, Ouvrier qui bat des faîtieres quand la terre eft uiï 4>eu raffermie, pour en refferrer les pores.
- Fig. 8 , dans la Vignette ,, Ouvrier qui rogne les'carreaux fur un moule de fer avec un couteau courbe Fig. 18 , au bas de la Planche.
- La Figure lÿ y au bas de la Flanche, eft le banc qui fert pour battre Sc rogner les carreaux. On voit du côté de k.9 des faîtieres prêtes à être battues 9 Sc du côté de a 9 un tas de faîtieres divifées en quatre pour faire autant de carreaux d'appartements ; une pile de ces carreaux coupée en quatre , Sc une pile de carreaux à fix pans prêts à être mis au four quand ils feront fuffifàm-ment focs. j
- La Figure 17, au bas de la Flanche , repréfente un lattier où Ton met fé^ cher les faîtieres.
- PLANCHE IL
- Les Figures r 9 2 Sc 3, au bas de la Flanchey repréfentent la roue des Potiers vue en plan Fig. 3 , de profil à la Figure 2 , Sc en coupe à la Figure 1 ; a a, le moyeu de la roue ; ff> arbre de la roue qui tourne dans une piece de bois qui efl: au-deflus de g , laquelle eft retenue fermement par la croifée h h, Sc les liens i i. Au-deflùs du moyeu a a, eft le plateau b b, qui porte l’ouvrage c c y qu’on travaille : les rais de la roue font marqués dd9 Sc les jantes e e * k les tablettes , fur lefquelles on met les Poteries n, qu’on vient de travailler ,1 * foutenues, ainfi que le fiege /, qui eft incliné , par les montants y?y?. Onap-perçoit en dedans les payens qui font entaillés, & fervent de marche-pied à l’Ouvrier.
- Fig. 4, dans la Vignette, eft un Ouvrier qui imprime un mouvement circu-* laire à la roue avec un bâton a , qu’on nomme Tournoire. Cet Ouvrier eft aflis fur le fiege incliné /, & il a les pieds dans les entailles des payens m.
- Fig. 5 , Ouvrier qui , ayant imprimé beaucoup de vîtefle à fa. roue , forma entre fes mains une jatte.
- On voit dans le lointain, Fig. 7 , des Poteries qui féchent au lattier.
- Fig. 8 , Ouvrier qui perfeéHonne des pots fur la table à habiller. Fig. p $ tas de terre préparée & prête à être travaillée.
- Les Figures 10, 11 Sc 12 , repréfentent le four dont fe fervent prefque tous les Potiers , fur-tout pour cuire les carreaux.
- La Figure 10, repréfente le plan du four au rez-de-chauflee. A9 l’entrée de la fournaife A B, où l’on fait le feu, comme on le voit indiqué par les mêmes lettres Fig. 11 ; K, / ,cloifonsde briques entre lefquelles il y a des efpaces vuides, pour que l’air chaud paffe dans le four. Cette cloifon qui fépare la fournaife de l’intérieur du four, fe nomme la FauJJe-tire. F , une baye de la porte qu’on nomme le Tettin. C’eft par cet endroit qu’on entre dans le four pour y arranger l’ouvrage ; Sc quand il eft rempli, on ferme ce tettin par un
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- Explication des Planches. jÿ
- tnur de briques 8c de terre. On voit, Fig. io, l’intérieur du four rempli de carreaux : le long des murs, il y a des bûches couchées en long, Sc de temps en temps d’autres bûches poïees debout ; le Fond du four eft terminé par un mur de briques, qu’on nomme la Languette, au bas de laquelle il y a des ouvertures L , Fig. 11, qu’on nomme Créneaux, ou, Comme difent les Ouvriers,
- :Carneaux ; c’eft par ces ouvertures que la fumée paffe dans le tuyau de cheminée C D , Fig. il y qui repréfente une coupe longitudinale du four. À B eft la fournaife;S£ , le plancher du four. On voit au-deflus de K ? la faufle-tire. A y E y M y eft la voûte du four ; en L M eft la languette y au-defîous de C, les créneaux , Sc C D le tuyau de cheminée pour la décharge de la fumée. On voit en a y des carreaux d’âtre pofés de champ, pour foutenir les carreaux d’appartement dont le four eft rempli.
- La Figure 12 eft une coupe tranfverfàle du même four, par la ligne GH de la Figure 10 ; au bas, en A B, font des carreaux d’âtre ou des boilfeaux de commodités fur lelquels font arrangées les Poteries dont ce four eft rempli.
- Les Figures 13 , 14, iy, 16 Sc 17, font différents ouvrages de Poterie , favoir, 13 , une jatte; 14, une marmite ; iy, un pot à trois pieds ; 16, ut* Coquemar ; 17, une cafiferole;
- PLANCHE IÏI.
- L a Figure 1 eft un Ouvrier qui forme un vafe fur un tour de Faïan-cier ; il a auprès de lui, Fig. y , des mottes de terre préparées pour faire ces ouvrages. A la Figure 2 , dans la Vignette, un Ouvrier fait un vafe avec un calibre; le calibre eft fixé, & c’eft le vafe qui tourne. A la Figure 12 , au bas de la planche y le vafe eft fixe , Sc c’eft le calibre qui tourne. La Figure 3 , dans la Vignette , indique un lattier fur lequel il y a plufieurs vafes qui fe defféchent, Sc une femme qui ajufte des anfès à des pots fur la table à habiller; on voit derrière elle, Figure 4, des pots quelle a habillés.
- La Figure 6, eft une grande terrine pour favonner. La Figure 7 , une hu-guenotte.
- Les Figures 8 TV y font deftinées à faire concevoir comment on fait à la main & fur la table à habiller des chaulferettes quarrées.
- La Figure 9 K , eft une jatte. La Figure 10 , une tirelire.
- La Figure 11 D9 fert à faire concevoir comment on travaille fur le tour les boilfeaux pour la defcente des commodités, comment c es Poteries s’ajuftent les unes avec les autres par des feuillures , Sc comment on fait les pots à deux*
- La Figure 13 Y y eft un tournafin ou tournaloir pour perfectionner le deflous des pots qu’on a faits fur le tour ; cet inftrument eft de fer ; il y en a de différentes grandeurs , Sc aulîi de différentes formes.
- La Figure 14 R y eft une lampe de terre qui eft prefque entièrement faite fur le tour*
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- ytf Explication des Planches.
- ’ La Figure ry S , eft une petite terrine pour mettre de la braife 8c de la ceri-* cire chaude dans les chaufferettes de bois. Quoique cette petite terrine fe fafle entièrement fur le plateau du tour, elle eft en grande partie formée à la main.
- La Figure 16 Q, eft un arrofoîr; le corps a a , fe fait fur le tour, & on y rapporte for la table à habiller une petite plaque de terre pour fermer en partie l'ouverture d, le tuyau h , une partie c, qui eft percée de trous, la traverfo e qui foutient le tuyau b, 8c l'an le/’, s’ajuftent auflî fur la table à habiller.
- La Figure 17 P, eft une paffoire qui ne différé d'une cafferole que parc^ quelle eft percée de trous.
- PLANCHE IV.
- O N voit au haut de la planche, Fig. x, un homme A, qui corroyé dd l’argille en la frappant avec un barreau de fer , repréfenté féparémenjt au bas de la planche en A.
- La Figure 2 , du haut de la Planche, eft un Ouvrier B , qui vogue de la terre ; ceft-à-dire, qu'il la pétrit avec les mains, comme‘on feroit de la pâte ; & la Figure 3 , C, eft de la terre préparée.
- A la vignette qui eft au-dejfous , on prépare le vernis. L’Ouvrier D $ Fig. 4, rompt l’alquifoux ou le périgueux avec une mafle for un gros billot de bois bordé de planches.
- L’Ouvrier P, Fig. 5 pafle cesfobftances au tamis ou par un crible fin; 8c l’Ouvrier F, Fig. 6, les broyé fous une meule : cette meule eft reprélèntée au bas de la planche en H, & on voit une coupe de ce moulin en G.
- La troifieme vignette eft deftinée à faire voir un Carreleur en travail ; der-| riere lui eft fon manœuvre ; auprès de lui, à là portée, eft là truelle, fort auge & fon niveau.
- PLANCHE V.
- On a repréfenté for cette planche un four dont plufieurs Potiers fo for^ vent, & qui reflemble fort aux fours des Faïanders.
- A la Figure 1, on voit l’extérieur du four. A, la bouche de la fournaifo; il faut defcendre dans une foffe pour y mettre le bois. L M9 le tettin ou l’ou^ verture par laquelle on entre dans la chambre d’en-bas pour y mettre les pots; Le mur qui ferme cette ouverture , quand la chambre eft remplie, ne s’étend pas jufqu’au haut de la baye ; il s’échappe par cet endroit de la fumée qui eft reçue par la hotte & le tuyau N. On monte à la chambre fopérieure par l’ef calier P, & la fumée s’échappe par les ouvertures K. Le tettin, pour mettre l’ouvrage dans cette chambre, eft au haut de l’efcalier P. 1
- La Figure 3 eft la fournaife où l’on met le bois; là bouche eft en A.
- Fig-
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- Explication des Planches• 7?
- Fig. a , Plancher qui eft immédiatement au-deflus de la fburnaife ; la chaleur pafle dans la chambre d’en-bas par les ouvertures a a a.
- Fig. 4 , Coupe du four pour en faire voir l’intérieur. A , eft la foumaife ; F * la voûte qui forme le plancher de la chambre balle au-deffus de la fournai-fe. On voit en a a , les ouvertures par lefquelles la chaleur pafle de la four-naife dans cette chambre. c
- L, eft le tettin par lequel on entre dans cette chambre pour y arranger l’ouvrage. N 9 la cheminée pour la décharge de la fumée qui fort par le haut du tettin.
- H, la fécondé voûte qui forme le plancher de la chambre haute /. b b * ouvertures par où pâlie fair chaud dans cette chambre. O, le tettin pour char* ger cette chambre haute. K , ouverture par où s’échappent la fumée & les vapeurs humides qui forcent des pots qu’on cuit. 1
- Fig. 5 , le deflus de la voûte H, ou le plancher de la chambre li l’air chaud palfe par les ouvertures h b.
- PLANCHES VI, VII, VIII, IX, X,XÏ, XII, XIII & XIV.
- i
- Ces neuf Planches font dellinées à faire âppercevoir combien on peut faire de différents compartiments avec des carreaux quarrés de deux couleurs féparées par une diagonale qui s’étend d’un angle à un autre.
- PLANCHES XV & XVL
- Ces deux Planches , ont rapport au Potier Fournalifte. Sur la Planche XV , la Figure i, eft un fourneau de coupelle. La Figure 2 , eft un fourneau de fulion où le feu doit être animé par des foufflets. Fig. 3 , Fourneau à vent qui produit une très-grande chaleur, 8c qui a été imaginé par M* Macquer , de l’Académie des Sciences. La Figure 4 , eft un fourneau de df geftion, qu’on nomme Athanor ; ce fourneau a en d 9 un réfèrvoir de char^ bon qui fait qu’on peut entretenir long-temps un feu doux, fans être obligé de fournir continuellement du charbon. Fig. y, Fourneau de réverbere portatif ; on peut y ajufter un bain de fable ou un bain-marie ; un de fes prin* cipaux ufàges eft pour les diftillations à la cornue. Fig. 6, fourneau à vent qu’on pofe fur un trépied ; il eft ovale , pour qu’on puifle y mettre deux cornues défignées par des points : à côté eft un petit fourneau F, qui porte fon cendrier , & peut fervir pour les diftillations -avec une feule cornue.
- PL XVI, Fig. 1, A & B, font des battes dont fe fervent les Fournaliftes pour battre leur terre, en rapprocher les parties, & rendreles ouvrages plus folides.
- La Figure 2 9ab c d9 font des creufets de différentes formes, avec les mou< Potier de terre. V
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- y8 Explication des Planches.
- les fur lefquels on les travaille. e,fy g, font encore des creufets de différentes formes & grandeur, h ly font des elpeces de terrines quon nomme Tejl , qui fervent à différents ufages , & particuliérement à réduire les métaux en chaux,
- Fig. 3 , font des mouffles ; æ eft le moule for lequel on les fait.
- Fig. 4, Z> , des Tûtes qui fervent à tenir certaines fobftances à une chaleur douce & long-temps continuée.
- Fig. 5,2?, des briques de terre à creufet gironnées pour faire des fourneaux fixes.
- j
- Fig. 6, G 3c b , des chaflîs pour mouler les briques ; on en fait de différentes grandeurs , de quarrées & de courbes. Celui G, fort à mouler des plateaux ou fopports femblables à celui qui eft repréfonté Fig. 12 ; on en fait de grands & de petits, & on en met fous des creufets ou des cornues pour les garantir de la grande aétion du feu : dans certaines circonftances , ils fervent auffi de couvercles.
- Fig. 7, H , eft une cornue ; la plûpart font faites en greflèrie, celles de terre à creufet étant perméables aux vapeurs. On ajufte quelquefois for un creufet a 9 un couvercle qui porte un gouleau femblable \ b y Fig. 7, Le couvercle s’ajufte au creufet au moyen d’une feuillure. Ces creufets de deux pièces font fort commodes en différentes occafions.
- La Figure 8, repréfente le plan du four, dans lequel les Fournaliftes font cuire leurs ouvrages: e e , font des barreaux de fer fur lefquels on met les ouvrages ; f g h y eft la porte de ce four ou le tettin , qu’on ferme en partie avant d’allumer le feu: tout cela devient très-fenfible en jettant les yeux fur les Figures 9 & 10 \ my eft un tuyau pour la décharge de la fumée qui fort par le haut du tettin p : Fig. 11 ? un couteau qu’on mouille pour «couper la terre & ouvrir la porte des fourneaux.
- Fig. 13, a y réchaud de terre à creufet ; b, fourneau, dont fe fervent les Blanchiffeufes pour repafler leur linge.
- PLANCHE XVII.
- La Figure I, A, repréfente un grand vafe d’une terre très-ferrée, qui n’eft cependant point un vrai grès ; ces vafes font épais , folides, vernis en dedans ; on les nomme Jarres. En Provence, où l’on en fait un grand ufàge pour conferver les huiles, & tant dans les ports du Levant que dans ceux du Ponant, on en embarque fur les vaiffeaux pour conferver l’eau deftinée à l’Etat-Major ; il y en a de très-grands : ordinairement le couvercle qu’on met en A y eft un plateau de bois. Quoique ces jarres foient épaifles & très-folides, on a coutume pour les faire durer plus long-temps de les couvrir avec des nattes d’auffe ou de paille.
- La Figure 4 repréfente un vafe de grès de Picardie qui relîèmble à-peu-
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- Explication des Planches * fÿ
- près aux jarres , mais qui n’eft pas, à beaucoup près, auffi épais ; cependant ceS vafes durent afièz long-temps , quand on les a couverts en dehors avec de Tôlier, Ceux qui craignent que Teau qui a féjourné dans les métaux ne les im commode, font ajouter en bas un robinet, & ils s’en fervent comme d’une
- fontaine de cuivre. Pour les rendre propres à clarifier Teau, on met en dedans des plateaux d’étain qui repofent fur des virets, qui font faillie en dedans , & que le Potier forme aux endroits défignés par les lignes ponétuées a & bé Souvent, & cela eft encore mieux, au lieu de plaques d’étain , on met en dedans des couvercles de grès qui font à-peu-près femblables à celui M , pro^ portionnant leur grandeur au diamètre intérieur du vafe aux endroits a & b % & on met le fable entre ces deux couvercles.
- La Figure a. eft un valè à-peu-près lèmblable ; Comme on les ,fait fur la roue à trois fois , on recouvre quelquefois la réunion b b, avec un peu de terre qui le cuit avec le vafe , qui eft alors aufîi folide que s’il étoit fait d’une piece* La Figure 3, eft un grand valè de terre qu’on nomme Ponnes , dans lef-quels on fale des viandes ; on s’en 1ère auffi pour faire de petites leffives , 8c on en met dans les jardins, au lieu de futailles, pour conlèrver Teau deftinée aux arrofements. On les fait en Angoumois fur un tour EFG, qui reftèm* ble allez à une lanterne de Moulin \ 1 K L, eft Ion axe qui eft folidement aflùjetti en terre ; on fait tourner doucement la lanterne E F ; à mefure on forme le valè en ajoutant des rouleaux de terre les uns au-defliis des autres, 8c on les unit tant en dedans qu’en dehors avec une atelle.
- On voit Fig. y, les pots de grès dans lefquels on apporte les beurres lalés d’Ifigny, & Fig. 6 , des pots auffi de grès , où, dans’ différentes Provinces , on met les beurres fondus ; on en fait de bien des formes différentes.
- La Figure7, eft une bouteille de grès : on fait la panfe fur le tour , le gouleau à part auffi lur le tour, & on le loude à la panfe en T Q. O11 en fait de bien des formes différentes; mais, pour ne point multiplier les Planches, il nous a paru qu’il fuffîfoit de donner quelques exemples.
- Fin de tExplication des Planches.
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- So
- EXPLICATION DES TERMES
- PROPRES A L’ART
- DU POTIER
- A
- lqu i F ou x. C’eft la mine dont on retire le plomb, qui eft brillante, bleuâtre, très-pefante, caffante, & abondante en foufre , page 39.
- Ambert, Ville de France dans la baffe Auvergne, Généralité de Riom, à 11 lieues d’Iffoire.
- Arcueil, Village à une lieue au plus de Paris , où font les fources qui fourninent des eaux à la plupart des fontaines de la ville de Paris, page 9.
- Argille, terre graffe, compare , duâile .quand elle eft pétrie avec de Peau, page 1 éCJuiv,
- À telle, Morceau de bois ou de fer qui eft figuré d une certaine façon, & qu’on peut comparer à ce que les Maçons nomment Calibre pour former des moulures, page 22 , 24, 28.
- Athanor, Fourneau pour tenir diverfes matières en digeftion, auquel eft ajufté une tour qu’on remplit de charbon, qui tombant peu-à-peu dans l’intérieur du fourneau dif-penfe d’en mettre fréquemment, page
- Atre ( carreaux d’) grands carreaux qui font ordinairement quarrés , & qu’on emploie pour faire les âtres des cheminées , page 12, .
- B
- Beauvais, ville Epifcopale de France en Picardie , dans le Gouvernement de l’Ifle de France, Généralité de Paris, à dix-fept lieues au Nord de Paris , page 46. •
- Boiffeau, forte de pot fans fond en forme de tuyau rond, plus large par un bout que par l’autre , qui fert pour les defcentes des lieux d’aifance , page 26,
- Bonnet-les-Oules ( Saint ) Paroiffe du Forez , à quelques lieues de Montbrifon , page 4?.
- Brandes 4 efpece de grande bruyere, page 51.
- Briques ( terre à ), Argille grolïïere mêlée rde différentes fubftances, qui ne fert qu’à faire des ouvrages groffiers, gage 4.
- C
- Calcaire. {Pierre ) Pierre qui par la
- DE TERRE.
- calcination ne fe vitrifie point 9 mais fe convertit en chaux ,page 4.
- Calibre. Voyez A telle,
- Cajlellet, ( le) village de l’Auvergne, pro< che Ambert, page 72.
- Champetrieres , village de l’Auvergne proche Ambert , page 72.
- Chapelle au Bot , ( la ) Paroiffe du Beauvoifis, en Picardie , à une lieue de Sa-vignier, ôt peu éloignée de Beauvais,/?. 46,
- Charrie, cendres qui ont fervi à faire la lefïive, page 61.
- ChaJJe , grand feu de flamme que l’on fait à la fin de la cuiffon, avec des fagots ou du bois fendu, page 17,
- Corroyer, pétrir la terre , ou lorfqu’elîe eft fimple, ou quand il y en a plufieurs mêlées enfemble, page e.
- Coupelle , ( fourneau de ) Fourneau dans lequel on ajufte un petit four qu’on nomme Mouffle, où l’on met les matières qu’on veut expofer à un grand feu étant à l’abri des vapeurs du charbon. Les Effayeurs des Mo-noies, & les Emaiileurs en font un grand ufage, page 62,
- Courte. ( terre) Les Potiers appellentainfl une terre qui n’étant pas fort duétile , ne peut pas beaucoup s’étendre fans fe rompre.
- Créneaux , ouvertures qu’on fait au fourneau , ou pour donner une communication à l’air chaud, ou laiffer échapper la fumée , page 16, 37.
- D
- Devonshire, Province maritime & méridionale d’Angleterre, où il y a plufieurs bons Ports fort fréquentés. Exeter en eft la capitale. ^
- Digeftion. ( fourneau de)page 6$. Voyez Athanor.
- E
- Eau grajfe, Eau avec laquelle on mêle un peu d’argille , elle fert à attacher le vernis en poudre fur les ouvrages de Poterie ; page 39.
- Ebauchoir, petit morceau de bois taillé de différentes façons, dont les Sculpteurs fe fervent pour former leur modèle en terre ou en cire9page 3$.
- VE/pinaJfe, village d’Auvergne dépend
- dant
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- propres à £ Art du Potier de Terre. Si
- dant de la Paroiffe de Marzac.
- Eutrope , (Saint-) village de l’Àngoumois, à un quart de lieue de Montmoreau y page
- Fâîtier e, grande pie ce de terre moulée à plat y qui fert à faire des carreaux, des chaufferettes ôc plufieurs autres ouvrages > page
- 12.
- Fargeau , ( Saint ) ville de France dans le Gâtinois au Diocèfe d’Auxerre , à quatre lieues de Briare , ôc trente-huit de Paris, page 2$ SC 48.
- Faujfe-tire. Cloifon à jour formée en briques qui fépare le foyer du corps du four , pag. 16.
- Fontaine formante. Nom que le peuple donne à de grands vafes de grès , dans lequel ils confervent de l’eau pour leur ufage , page
- 3 *•
- Four y ( terre à ) On donne à Paris ce nom à une argille ou glaife, fort alliée de fable ferrugineux , pag. 1,
- Fournaife. Endroit du fourneau où l’on met le bois ou le charbon , page 66.
- Franchèville , village du Lyonnois 9 à peu de diftance de Lyon ypage 44.
- Fufion. ( fourneau de ) Fourneau principalement deftiné à la fufion des métaux, où le feu eft animé par le vent du foufHet9page 6±.
- G
- Gâchis. Efpece de mortier où l’on mêle une portion déplâtré en poudre avec le mortier de chaux ôc de fable ou ciment, page 18.
- Galmier, ( Saint ) petite ville du Forez , à huit lieues de Lyon.
- Gaubine. On appelle ainfi dans le Lyonnois une argille grife affez pure, qui fait une Poterie très-ferrée, ôc peu propre à foutenir le feu, page 44.
- Gentilly, petit village de rifle de France, à une petite lieue de Paris. On le divife en grand Ôc petit Gentilly; il eft fur la riviere de Bievre , page 9.
- Gimble. On donne en quelques endroits ce nom au plateau du tour qui foutient l’ouvrage 9pâge 22.
- Glaife. Voyez Argille.
- Gournay, ville de Normandie au pays de Bray, remarquable par fes beurres, dont il fe fait un grand débit à Paris, page 7 SC
- Grès. ( Poterie de ) Sorte de Poterie extrêmement dure , fort ferrée , folide ; mais qui communément ne peut pas aller fur le feu. Les ouvrages de grès font ceux qui approchent le plus de la Porcelaine. Ces fortes d’ouvrages s’appellent GreJJerie, page 7. t Gyps. Synonyme de plâtre,/?^. 54,
- Potier de Terre.
- H
- Habiller y réparer à la main les ouvrages qui ont été faits fur le tour, Ôc y ajouter les anfes ôc les pieds y page 30 SC 3 1.
- Hiverner. C’eft biffer une terre , après quelle a été tirée de la terre, dans une cave ou en monceau à l’air ; ce qui fait quelle fe corroyé mieux , page 9.
- I
- lfgny, gros Bourg de baffe Normandie y à fix lieues de Bayeux, avec un petit Port, page 7.
- IJfoirs, ville de France dans la baffe Auvergne, à fept lieues de Clermont,page 71*'
- J
- Jarres y grands vafes de terre, verniffés en dedans, qui fervent à conferver l’huile en Provence, ôc qu’on embarque dans les vaif féaux pour mettre l’eau de la table du Capitaine 9 page 29.
- Jonc, forte d’anneau de terre qui forme faillie. Quelques-uns l’appellent f^iret 9
- page a 6.
- Junien , ( Saint- ) petite ville de la baffe Marche, fur la Vienne, aux confins du Li-moufin , à fept lieues de Limoges ,page 72.
- K
- Ka -olin. C’eft une argille blanche qui conferve fa blancheur à la cuiffon ; cette argille n’eft pas fort du&ile, ôc elle eft fouvent alliée de différentes fubftances, comme du mica , du fpath , du quartz, Ôcq. page 72.
- L
- Laboratoire. On appelle ainfi l’endroit du fourneau où l’on met les creufets, les cornues ou les différentes fubftances qu’on veut expofer au feu , page 62.
- Languette. Cloifon de briques qui termine quelques fours de Potiers , au bas de laquelle font les ouvertures qu’on nomme Créneaux, page 1 y , 16 SC 3 6.
- Latier ou Laitier. Scories de fer qui fe dégagent dans les fourneaux à fer , ôc fert aux Potiers à vernir leurs ouvrages, page yo.
- Latier en laqiret ; c’eft le laitier quand il eft réduit en poudre , page yo.
- Laitiers. Tablettes dont les côtés font bordés par des lattes , pour que l’air les traverfe , ôc deffeche les ouvrages qu’on vient de travailler, page 31,
- M
- Malaife, ( la ) village du Limoufin fut la grande route de Limoges à Saint-Junien,
- X
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- Sa Explication des Thermes
- & à deux lieues de cette derniere ville y page 72.
- Manganèfe. Mine de fer pauvre ôc réfractaire, d’ un bleu noirâtre, grenée ouftriée , page 39.
- Marchée, ( faire une ) pétrir avec les pieds une certaine quantité de terre, pour la corroyer ôc la difpofer à faire différents ouvrages, page 10.
- Marxac. Bourg de l’Auvergne, à deux lieues <SKmbztt y page 71,
- Mica, efpece de fragments talqueux qui fe trouvent mêlés avec de la pierre ou du fable -, page 4.
- Minium. Voyez 'Plomb rouge.
- Montmoreau. Voyez Saint-Eutrope y page 2,9.
- Mouffie, petit Four de terre cuite qu’on met dans les fourneaux de coupelle. Voyez Coupelle , page 63.
- Moule. Les Potiers nomment ainfi un chafïis de bois dans lequel ils forment des carreaux, & aufli des creux en plâtre qui fervent à former avec la terre différents ornements, page 12.
- Moule y page d8.
- Moyeu y partie de la roue du Potier de Terre, page 22.
- N
- Nibelle y petit village du Gâtinois Orléar nois , à peu de diftance de la ville de Boif-commun, fur le bord de la Forêt d’Orléans,
- Ouïes. Grands vafes de terre, plus communément de grés y page 51.
- P
- Payens. Planches épaiffes Ôc inclinées qui ont des entailles profondes, ôc forment des efpeces de marche-pieds qui font partie du tour des Potiers y page 23.
- Périgueux. Mine de fer pauvre, ou efpece de fcorie de fer. Voyez Manganèfe.
- . Plaine. Morceau de bois quarré qui fert à emporter la terre quiexcede le moule lorf-qu’on fait des tuiles Ôc des briques , page 113.
- Plomb. ( mine de ) On donne affez improprement ce nom à une chaux de plomb , qui prend par la calcination une couleur rouge que Ton nomme plomb rouge ou minium, page 59.
- Plomb rouge. Voyez Plomb.
- Ponne. Grand vafe de terre cuite , qui fert à faire les leflives ôcà faler les viandes, page fi.
- Poterie. ( Saint-Germain de la ) Paroiffe 'du Beauvoifis, page 46.
- Pourrir. Voyez Hiverner.
- Pra en P or ex,, ( la ) page 42.
- Prévalais. ( la ) Paroiffe de Bretagne, à quelques lieues de Rennes , page 47.
- Pyrites. Subftance minérale, qui contient un peu de métal ôc beaucoup de foufre ou d’arfenic, page 4.
- Q
- Quanx* Voyez page 41, la note.
- R
- Regiftres» Ouvertures pratiquées à différents endroits du fourneau , qu’on ouvre ou qu'on ferme avec des bouchons pour diminuer ou augmenter le feu, pag. 63.
- S
- Savignier. Petit village de Picardie , à peu de diftance de Beauvais y page 4<5.
- S aux Sillanges , ou Sauxillanges, petite ville d’Auvergne , à quatre lieues de diftance d’Iffoire, page 71,
- Scie. Fil de laiton qui fert à détacher les ouvrages de deffus le plateau , pag. 29.
- Siégé. Planche inclinée qui fait partie du tour des Potiers , Ôc fur laquelle l’ouvrier s’aflied y page 22.
- Silex. Subftance pierreufe qui approche de l’Agate, ôc plus connue fous le nom de pierre à fujîl, page 52.
- T
- T'ettin. Sorte de baie qu’on ménage au four pour le charger, qu’on ferme avec un mur de briques avant d’y mettre le feu, page 1 y, 36*
- Tirelire. Efpece de pot de terre commune entièrement couvert, ôc ouvert feulement d’une fente dans le haut, par laquelle on fait entrer de l’argent pour le conferver. Il faut pour avoir cet argent caffer la tirelire25.
- Toupiniers y page 72.
- Tour. Roue de bois qu’on fait tourner avec le pied, pour former fur le plateau des ouvrages qu’on veut travailler comme fur la roue du Potier y page 2 2.
- Tournafer. Voyez Tournafin.
- Tournafin. Inftrument de fer un peu tranchant , auquel on donne différentes formes y qui fert particuliérement à travailler le def-fous des vafes qu’on a détachés de deffus le plateau , page 31.
- Tournafoir. Voyez Tournafin.
- Tournoir. Bâton qui fert à imprimer un mouvement circulaire à la roue de fer, page 23.
- Tremper. Donner un petit feu aux Poteries , pour achever de les deffécher avant que de leur donner le grand feu de cuiffon, page 17.
- Tûtes y Sorte de creufet fupporté par un
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- propres à f Art du Potier de Terre.
- pied , comme celui d’un verre à boire , pare 70,
- ü
- Urquain. Pierre dure 8c unie , ou madrier de bois fur lequel on pofe le moule , pour former lesfaîtieres 8c grands carreaux,
- Vznvres* Paroiiïe de Fille de France,
- à une lieue 8c demie de Paris, page 21.
- Vaucour. Tablette de bois (iir laquelle pofe la terre qui doit être travaillée, pag. 22.
- ternis. Enduit d’une fubftance vitrifiée , dont on recouvre les ouvrages de terre, pages 7,39,
- Viret. Voyez Jonc.
- Voguer. C’eft manier & pétrir la terre à la main , pour en ôter les corps étrangers 8c la corroyer plus parfaitement 9 page 21*
- Fin de l’Explication des Termes.
- Note pour le bas de la page 41V
- Quoique le Quartz fe vitrifie quand il eft mêlé avec une argille vitri-fiable ou le plomb , c’eft par inadvertence qu’on a indiqué cette fubftance ; il eft à propos d’y fubftituer le Spath fufible , qui fe vitrifie plus aifément.
- Faute a corriger•
- P/S<?E 19 > ajoutez pour première ligne de cette page : bride gi & ayant enlevé l’arbre hh% ainix que le calibre e e , on làilît le va Ce.
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- TABLE
- DES ARTICLES
- I
- DE V ART
- DU POTIER DE TERRE.
- n RTICLE Premier, Travail de la Poterie fuivant Puf âge de Paris. Page 9
- Article II. Des Carreaux, d’abord de la façon de corroyer la terre avec laquelle on les fait, ibid, §. I. Comment on moule les Carreaux. 11 §. II. Du Four, Sc de la façon d’y arranger les Carreaux, Ôc de les cuire. i y
- Article III. Du Carrelage. 17
- Article IV. Maniéré défaire les différents Vafes & Uftenfiles de ménage , avec la même terre quifert à faire les Carreaux. 21
- §• I. Du travail des Vafes fur la Roue. 22 §. IL Defcription de la Roue de fer. ibid* §. III. Du Tour, ou de la Roue que les Potiers ont prife des Fa lanciers. 23
- §. IV. Travail du Potier fur la Roue. 24 §. V. Comment on peut former des ouvrages fur le Tour avec un Calibre. 27
- §. VI. Comment on fait fur le Tour de grands Vafes de Jardin. 28
- §, VII. Grands Vafes de terre cuite. 29
- Article V. Des Ouvrages qui fe font partie fur le Tour, & partie fur la Table à habiller. 3 1
- Article VI. De quelques Ouvrages qu’on fait entièrement à la main. 33.
- Article VII. Des ouvrages qu’on fait avec des Moules. 3 S
- Article VIII. Maniéré d’enfourner les ouvrages dé Poterie, & de les cuire. 36
- Article IX. Defcription dune autre efpece de Four, dont fe fervent les Potiers du Fauxbourg S. Antoine, pour cuire leurs ouvrages. 37
- Article X. Du vernis qu’on met fur les Poteries.
- 38
- §. I. Première méthode. 39
- §. II. Sur les Poteries du Lyonnois. 42 §. III. De la Poterie de la Pra en Forez. -1?
- §. IV. Poterie de Franrheville en Lyonnois.
- Article XI. Des Poteries qu’on nomme de Grès. 49; §. I. Des Poteries de Saint-Fargeau. 48
- §. II. Maniéré de procurer aux Poteries une couleur noire qui tient en quelque façon lieu de vernis. y 1
- §. III. Poterie d’Angleterre. ibid.
- Observations fur les Fabriques de Poteries d’Angleterre. y 2
- Poteries du Comté de Northumberland. ibid.
- Poteries du Comté de Stafford. y S
- Article XII. Du Potier Fournalifte, 60
- De la cuiffon des Fourneaux ôc des Creufets.
- 70
- Explication des Figures. 73
- Explication des Termes. 80
- EXTRAIT DES REGISTRES
- DE L’ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES.
- Du 24 Avril 1773.
- M»». eurs de Jussieu et Desmakest^uî avoient été nommés pour examiner la Defcription de VArt du Potier de Terre, par M. Duhamel, en ayant fait leur rapport, l’Académie a jugé cet Ouvrage digne d’être imprimé à la fuite de la Defcription des Arts publiés par l’Académie : en foi dequoi j’ai ligné le préfent Certificat. A Paris, le 28 Avril 1773.
- GEANDJEAN DE FOUCHY,
- Secrétaire perpétuel de l’Académie Royale des Sciences.
- DE L’IMPRIMERIE DE L. F, DE LATOUR.
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- Deviné eâ Or ave, par 2\0Ravjannetfe.
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