Descriptions des arts et métiers
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- DU SAVONNIER,
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- LA MANIERE DE FAIRE
- DIFFÉRENTES ESPECES DE SAVON-
- Par M. Duhamel du Monceau , de VAcadémie Royale
- des Sciences.
- L e Savon eft une fobftance plus ou moins folide, qui réfolte dé répaiffiffoment d’une huile ou dune graifle par un fol aikaii cauftique. Il y a différentes efpeces de Savon. Celui qui fert communément pour les blanchiflàges 8c les foulons eft fait avec des huiles , foit animales, foit végétales, ou des grailles qui, étant pénétrées par des fols alkalis cauftiques , forment une pâte plus ou moins ferme , ou un corps allez dur qui a des propriétés fingulieres ; car les huiles 8c les grailles qui font immifcibles avec l’eau, s’y unifient intimement quand elles ont été converties en Savon, {ans néanmoins perdre la propriété quelles avoient de dilfoudre les lubftances gralfes ; ce qui rend les Savons très-propres à dégraiflèr les laines, à blanchir le linge , & à enlever quantité de taches.
- M. Machy, dans un Mémoire quîl a lu à l'Académie des Sciences en xj68, fur la caufe immédiate de la foponifîcation, penfe, comme tous les Chymiftes, que les matières elîentielles à la formation des Savons, font un fol alkalî cauftique & une lubftance huileufo, telle que les huiles, les grailles, &c* Mais il s’eft propofé d’examiner quelles font les parties conftituantes de ces fubftances, qui produifont dans la compoûtion du Savon l’effet qu’on en Savqn. A
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- a L'ART DU SA VON NIÉ R.
- attend, & auffi ce qui établit dans l’alkali fixe fa plus grande caufticité.
- Il commence d’abord par examiner ce qui regarde l’alkali cauftique ; & après avoir rapporté plufieurs expériences qui établiflènt que l’alkali fixe combiné par la voie feche avec des terres abforbantes ou métalliques , devient plus cauftique qu’il ne l etoit , de forte néanmoins que le degré de caufticité eft différent fuivant la nature de ces terres , & la violence du feu qu’on a employé pour les unir; M. Machy, d’après fes expériences, ne fait aucune difficulté de conclure que la caufticité des fels alkalis fixes .eft due, au moins en grande partie , à la préfence d’une terre furabondante ; d’où il fuit que le grand effet des lefîîves fortes des Savonniers , réfulte du mélange de la chaux avec un fel alkali : il confirme cette idée en faifànt remarquer que quand , par des folutions répétées , on parvient à décompofer les fels alkalis, ils perdent une partie de leur caufticité, à mefure qu’on leur enleve une portion de la terre qui leur étoit unie ; & c’eft ce qui arrive en effet aux leffives qu’on a confervées fort long-temps : il fe précipite un peu de terre, & la leffive s’affoiblit.
- - Après avoir examiné comment la chaux augmente la caufticité des fels alkalis quon emploie dans les Savonneries, M. Machy paflè à ce qui -regarde les lub-ftances huileufes, qui font le fécond ingrédient du Savon ; il ne penfe pas , comme quelques Chymiftes , que la formation du Savon foit dûe à l’union de l’alkali de la leffive des Savonniers avec l’acide des huiles qu’ils emploient, ce qui formeroit, fuivant eux, une fâturation falinè : il n’adopte pas cette façon de penfer, parce qu’il a remarqué qu’il eft d’autant plus difficile d’épaifïïr les huiles en Savon, quelles font plus acides, mais qu’on rend ces huiles acides propres à faire du Savon , foit en les épaiffiftant par une évaporation lente, foie en les rendant plus muqueufes , en y difîblvant quelque baume qui les épaif* fifle, tel que la térébenthine ; & cette addition de matière vifqueufe fe peut faire dans l’huile, ou en donnant au fel alkali cet état yifqueux, & ne lui ajoutant que très-peu d’eau , ce qui remplit la meme intention ppur toutes les huiles elfentielles, qui ne prennent pas volontiers la confiftance des .Savons, mais qui, comme on le voit dans le Sapo tartareus , ont des propriétés particu^ lieres aux Savons.
- Partant de cette théorie, M. Machy dit avoir fait un vrai corps j&vonney^ avec des fubftances qu’on n’avoit pas foupçonné propres à cette combination, 8ç dans lefquelles on ne connoît pas d’huile développée ; telle eft l’ivoire # la pornp de cerf, 4agomme adragant, la pouffiere du lycoperdon qui , étant triturées avec la leffive des Savonniers, puis digérées foit dans l’eau, foit dans lplprit dp vin ,jdonnent des difïolutions qu’on ne peut pas méconnoître pour .être fàvpn-neufes.
- r M. Machy eonclud de fes expériences & 'de fes obfervations dont nous ne donnons, qu une légère idée , & que nous invitons à lire en entier dans <lp
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- D À Ht Dit SAFONNÏËk. 3
- volume des Savants Etrangers, ou il fera imprimé * il conelud, dis-je, i°* que là caufticité néceffaire aux leffives des Savonniers a pour caufe immédiate 8& palpable la terre de la chaux ; 2°, que la meilleure huile pour faire du Savon * eft celle qui eft la plus vifqueufe ; 30, qu on peut procurer cette vifcofité aux huiles qui ne fauroient pas naturellement par l’addition de fubftances capables de le difloudre dans l’huile, ou en ajoutant aux fels alkalis feulement ce qu’il faut d’eau pour en faire un corps pâteux.
- En partant des mêmes principes , je me fuis propofé de faire du Savon avec de l’huile d’olive & de la pierre à cautere ; pour cela j’ai broyé de l’huile d olive avec de la pierre à cautere un peu humedtée d’eau : je m’apperçus fur le champ que l’huile s’épaiffifîoit : je fus obligé d’abandonner mon expérience pour revenir à Paris ; mais à mon retour, je trouvai dans ma capfole un Savon très-* folide qui s’étoit fait fans feu. Je parlerai dans la fuite de la façon de faire le Savon fans le fecours du feu ; il foffit pour le préfent qu’on lâche que ce foi très-cauftique s’étoit allié avec l’huile, & avoit fait un Savon , à la vérité brun tSc très-vilain , mais c’étoit du Savon, & cela me fiiffit.
- " Sans parler ici des fobftances Savonneufes qu'on peut taire avec les fels alkalis 8c les huiles effentielles, non plus que de l’épaiffiflement des huiles par les chaux métalliques, il y a différentes efpeces de Savon, foivant les fubftances grafles'& vifqueufos qu’ori a employées, & auffi foivant les différents fels alkalis dont on a fait ufage.
- » I* Des SubJlafices avec lefquelles on fait du Savon , particuliérement
- des.: Huiles.
- O N peut faire du Savon avec les huiles tirées par exprefîîon des amandes * des noifettes,des noix, duchenevîs, des graines de lin , de colza, de pavot, 8c auffi avec des fubftances animales , telles que l’huile de poiflbn, ainfi que les grailles des animaux ; mais ces Savons font de qualités fort différentes ; celui qu’on fait avec les fomences huileufes dont je viens de parler , eft affez bon quand ces fomences font bien conditionnées ; & quand on extrait l'huile prefo que fans feu, la plupart font liquides ou plutôt pâteux. .>
- Le Savon qu’on fait avec l’huile de poiflbn, blanchit très-bien le linge mais il lui communique une odeur défâgréable, qu’on peut à la vérité diffipeü en l’étendant .quelques jours for le pré , comme on le fait pour les toiles écrues qu’on veut blanchir ; il en eft de même quand on a mêlé de l’huile de poiflbn avec celle des fomences, ou avec les grailles, dont, comme nous l’avons dit, on peut faire du Savon.
- Ce Savon qu’on fait avec les grailles, a peu de mauvaifo odeur quand elles font fraîches ; & fi étant vieilles & ayant acquis un commencement de corrup^ tion le Savon font mauvais, on fait perdre cette odeur défâgréable au linge en l’étendant fur le pré , ce qui augmente fâ blancheur.
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- 4 L’ART DU SAVONNIER:
- ‘ C'eft avec l'huile d'olive pure quon faic le meilleur Savon , foit celui qu'on nous apporte d'Alicante, loit celui qu'on fait en Provence : il y en a de blanc & de marbré.
- Le Savon blanc eft communément plus tendre que le marbré; néanmoins il devient affez dur lorfqu'on le garde long-temps dans un lieu fec : on le préféré pour le blanchiftàge du linge fin.
- Le Savon marbré eft communément plus dur & plus âcre que le blanc : ori l'emploie pour blanchir le linge de ménage.
- Les huiles très-fines ne fe convertiffent pas auffi aifément en Savon que celles qui font graffes & épaifles ; & l'odeur que ces huiles communes ont contraélée, ne les fait pas rebuter par les Savonniers ; on exige feulement qu'elles foient claires, Sc, comme l'on dit, lampantes ; on met pour cela les lies dans des tonnes , & l'on ne fait entrer dans le Savon que ce qui fumage la lie , qu'on cuit quelquefois à part, pour faire du Savon mou & fort commun.
- - On tire de Flandres les huiles de graines ; mais pour l'huile d'olive les Savonniers en achètent de commune en Languedoc ou en Provence; & comme il s’en faut beaucoup que ces Provinces puiflent en fournir alfez pour la confom-mation de toutes les Savonneries qui font établies en France, un en dre d© Tunis , de Sicile, de Candie, de la Morée , de quelques Ifles de l'Archipel, du Royaume de Naples, des côtes d'Efpagne & de Gênes, &c.
- La plupart de ces huiles n'étant pas propres pour les aliments, font à meilleur marché que les fines, & font de bon Savon.
- Voilà à peu-près ce que nous avions à dire for les huiles; il faut maintenant;
- parler des fels âcres que les Savonniers emploient.
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- II. Des Sels alkalis dont on fe fert pour faire le Savon.
- Les Sels alkalis qu'on emploie pour faire le Savon en pain, font la barille ou lafiude , la bourde & les cendres du Levant, dont on augmente l'âcreté par la chaux ; pour le Savon mou ou en pâte, on emploie volontiers la potafle blanche ou grife , dont on augmente l'aélivité avec de la chaux vive.
- J’ai rafîemblé beaucoup de matériaux pour établir le caraélere de ces différents fels, & détailler comment on les obtient ; mais comme cet article m'engageroic dans de grandes difeufiions qui peuvent faire le fojet d'une differtation particulière , je me reftraindrai à donner une idée de ces différentes fubftances, qui néanmoins fera fuffifante pour l'intelligence de ce que j'aurai à dire for la façon de faire le Savon.
- M. Geoffroy dit dans les Mémoires de l’Académie, année 1739, que la foudd d'Alicante , la barille , la bourde & les cendres du Levant contiennent un fei alkali qui fo cryftallife comme la bafe du fol marin , & que ces fels étant réduits en cryftaux, contiennent la moitié de leur poids d'eau : je le penfo de même ;
- néanmoins
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- VA'RT DU SAUONNÏË& j
- neanmoins ces fels fe retirent de différentes plantes , & les Savonniers prétendent qu'ils ne produifent pas exaélement les mêmes effets pour faire le Savon ; de forte qu’on ne doit pas les employer indifféremment pour le Savon blanc ou le marbré, non plus que celui qui doit être en pain , ou celui qui relie en pâte, apparemment quil fe mêle avec le fel alkali des fels moyens ou des fubftances étrangères qui produifent ces effets.
- Les cendres du Levant fe tirent de Tripoli de Syrie, de Saint-Jean d*Acre ; elles fefont de différentes plantes, principalement d’une , que les Arabes appela lent Roquetta. On récolte cette plante dans différentes fàifbns * prefque comme nous failbns le foin , à melùre quelle parvient à un certain degré de maturité ; quand elle eff un peu defféchée , on la brûle dans des foffes creufées enterre, d’environ quatre pieds de profondeur, ajoutant de cette plante à mefiire que le feu en confume ; 6c de temps en temps on remue ou l'on braiïe ces cendres avec des elpeces de bouloirs : elles prennent une couleur un peu plus foncée que les cendres ordinaires ; mais elles ne fe durciffent pas au fond des foffes , comme on verra que le font les foudes ; on trouve feulement dans ces cendres de petites molécules raboteufes& dures qu’un appd.lt luRoquette. Comme ce font clics qui donnent le plus de fel, les cendres font d’autant plus eftimées quelles en contiennent davantage : on pile ces molécules pour que le fel fe di£ folve mieux, & il eff reconnu pour le plus propre à faire le meilleur Savon blanc , de forte quil feroit avantageux de pouvoir faire une cuite entière avec le fel de Roquette ; mais comme fur dix quintaux de cendres, il n’y a pas plus de cinquante livres de Roquette , on ne s’avife pas de la retirer des cendres, qui,1 par cette fouftraétion, feroient détériorées , quoiqu’on foit certain qu’on feroit de bon Savon blanc avec les deux tiers de la quantité de lefîlve qu’on a coutume d’employer pour faire une bonne cuite de Savon.
- Cette bonne cendre de Tripoli de Syrie , fe diftingue des autres par de petites parcelles ou fétus fejnblables à de la paille , qui fe trouvent mêlées avec beaucoup de Roquette ; elles doivent être piquantes fur la langue, & avoir une faveur lixivielle, mais point celle du fel marin.
- Les cendres de Tripoli de Barbarie, d’Acre, de Conftântînople , de la Mer Noire, de la Morée & d’autres lieux circonvoilîns , font rarement àufîi bonnes : leur couleur eft pâle ; elles font peu chargées de Roquette ; & étant mifes fur la langue, elles ont peu de faveur. On foupçonne que les Turcs les fophifti-quent en y mettant une terre de couleur de cendre : ce qu’il y a de certain > c’eft qu’elles fourniflent peu de bonnes leflîves ; néanmoins les Anglois & les Hoilandois s’en fervent utilement pour dégraifler leur laine.
- Labarilleou foude fe fait avec différentes efpeces de kali, qu’on femé 6c qu’on recueille toutes les années, comme onffait les grains ; on réferve de la graine la quantité dont on prévoit avoir befoin pour femer l’année fîiivante ; au relie , on la coupe le plus près de terre que l’on peut vers le mois d’Août, quand le Savon. g
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- 6 VA RT DU S AFONNIER.
- Soleil Ta bien mûrie. Quand on la coupée, on en forme de petits fagots, qu’on entaffe les uns fur les autres auprès de la folTe qu’on a faite pour les brûler , comme nous avons dit qu’on faifoit la Roquette; mais il y a cette différence quen la braflànt avec un bouloir, la cendré entre dans une forte de fufion qui la fait paroître comme du plomb fondu ; elle tombe en cet état au fond de la folle , ou la laiflant expofée pendant quelques jours à l’air & au foleil, elle fe durcit comme une pierre. On a foin, avant qu’elle fbît entièrement endurcie, de la couper avec une pelle de fer en quatre quartiers, pour quelle foit plus aifée à tranfporter.
- On diftingue deux efpeces de barille , toutes les deux piquantes for la langue ; l’une eft filée, & l’autre a peu de faveur.
- La barille, telle qu’on la vend, eft une matière dure & pelante ; on la tire de plufieurs endroits d’Efpagne ; la meilleure vient d’Alicante; celle de Carthagene eft allez eftimée : on la tranfporte dans des forons d’auffe. Les forons qui viennent d’Alicante pefent 4 à y quintaux , ceux de Carthagene 7 à 8.
- Les Marchands, pour en connoître la qualité, en rompent quelques morceaux ; ils ne doivent pas être trop durs; & on regarde d’un œil de préférence ceux qui ont çà & là de petits trous ronds ; étant portés au nez, ils doivent avoir une légère odeur lixi vielle ; & pofànt la langue defliis, on ne doit pas y trouver une faveur acide, ni femblable au fol marin, mais douce, ou, comme ils difent favonneufe: ils verfent deffos un peu de leffive , & alors elle doit répandre une forte odeur lixivielle que les Fabriquants trouvent agréable. On dit encore que quelques-uns en mettent dans le creux de la main , & qu’en exprimant defliis un jus de citron , la bonne foude doit prendre une couleur rouge ; mais tous conviennent qu’on n eft véritablement certain de fa qualité que dans l’emploi.
- Il y a d’autres matières à peu-près femblabies à la barille & à la foude, qu’on tire de quelques endroits de Catalogne, particuliérement de Lampurda. On en tire auffi d’Efpagne & de plufieurs autres endroits ; on leur donne le nom de Bourde & de Salicoi. Nous allons dire quelque chofe de leur qualité, de leur bonté , de leurs défauts & de l’ufàge qu’on en peut faire.
- La bourde , autant que je l’ai pu apprendre, fo fait avec une plante vivace qui vient fins culture dans des endroits allez humides.
- Lorfqu’elle eft un peu defféchée, on la brûle dans des folles, comme le kali qui fournit la foude, & elle fe durcit de même. La bourde rompue par morceaux reffemble affez à du charbon de pierre ; fur la langue, elle eft filée, âcre & piquante; & quand elle eft mouillée, elle répand une odeur d’hépar fort défigréable.
- On en diftingue de deux efpeces ; celle qui eft très-âcre, piquante & qui a une mauvaifo odeur, ne s’emploie que pour les Savons marbrés, à moins qu’on n’en mêle un peu avec des cendres qui fourniffent peu de fol. En ce cas, la bourde employée en petite quantité, lui communique lacreté nécelfiire pour épaiffir les huiles.
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- HART DV SAVONNIER. 7
- Loutre efpece, qui eft plus douce, & qui ne répandqu’une odeur lixivielle , peut fervir pour le Savon blanc , en la mêlant avec des cendres ou de la barille ; car il eft également dangereux d'avoir des leflîves trop âcres ou trop douces.
- Alexandrie fournit encore une fubftance faline que les Turcs nomment Natron ou Natrum , qu’on a nommé auffi Soude blanche ou Nitre des Anciens. Ce fel le trouve en Egypte tout naturellement Sc fans aucune préparation ; j'en ai reçu de M. Granger, Correfpondant de l’Académie , qui a beaucoup voyagé dans le Levant : il étoit très-blanc , & tout-à-fait femblable au fel de foude bien purifié. Il n’eft pas douteux qu’on pourroit faire ufàge de ce fel dans les Savonneries ; mais comme il n’en vient point par la voie du commerce, & que l’entrée en eft défendue, on ne peut pas dire précifément quel ufage on en pourroit faire dans les fabriques de Savon.
- M. Granger dit en avoir trouvé en grande abondance de tout cryftaliife aux bords de certains lacs : quoi qu’il en foit, j’ai examiné avec attention de ce Natrum ; j’én ai retiré un peu de fel marin , beaucoup de fel alkali , abfolu-ment femblable au fel de foude , mais rien d’approchant du nitre ; ainfi, ou bien le nitre des anciens ne reffembioit pas au nôcre, ou bien on a eu tort de regard der le Natrum comme le nitre des anciens.
- Il fuit de mon anaiyfe que ce fel eft entièrement femblable à la foude ; il contient un peu de fel marin, beaucoup de fel alkali minéral, femblable à la bafe du fel marin. Il eft bien raifonnable, à caufe de fà couleur, de le nommer Soude blanche ; ce fel a fait pendant du temps une branche de commerce afle2 confidérable. J’ignore pour quelle raifbn on en a défendu l’entrée. Seroit-ce à Caufe de la petite quantité de fel marin qu’il contient ; mais il a cela de commun avec toutes les foudes? Seroit-ce parce qu'on, auroit apporté & vendu fous le nom de Soude blanche du fel marin d’Efpagne ou de Portugal? fi cela eft, au lieu d’interrompre une branche de commerce utile, on auroit dû indiquer un moyen de diftinguer ces deux fels, ce qui adroit été très-facile.
- On trouve dans les Pharmacopées un fel qu’on appelle Natrum faclice, ou Anatrum artificiel ; c’eft un fel compofé de dix parties de falpêtre, quatre parties de chaux vive , trois parties de fel marin, deux parties d’alun de roche , & deux parties de vitriol ; on diflout tous ces fels dans l’eau ; on filtre la colature qu’on évapore enfuite jufqu’à ficcité : ce mélange aifez bizarre eft recommandé pour la fonte & la purification des métaux ; mais il n’en peut rien réfulter d’avantageux pour la formation du Savon.
- On apporte de Pologne, d’Allemagne, de Dantzick, de Mofcovie * une fubftance fàline , qu’on nomme Potafie : cette fubftance eft très-chargée de fel âcre ; on dit qu’on la fait en brûlant du bois de toute efpece dans des fours creufés en terre & revêtus de briques : on prétend que comme dans le Nord on emploie à cet ufàge beaucoup de bois réfineux, il y a des opérations où cette potalfe produit un mauvais effet; elle différé principalement de la
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- 8 L’ART DU SAVONNIER.
- fbude j en ce que le fel alkali quelle contient eft de la nature du Tel de tartre , au lieu que celui de la foude eft la bafe du Tel marin ; elle eft fouvent un peu alliée de tartre vitriolé, & quelquefois de fel marin. Les Savonniers ne s’en fervent gueres que pour faire des Savons en pâte.
- AuprèsdeSarrelouis, dans les grandes Forêts qui s’étendent depuis la Mofelle jufqu au Rhin , on fait de bonne potafle, comme je vais l’expliquer. On choifit de gros & vieux arbres : le hêtre eft le meilleur, enfuite le charme ; on les coupe en tronçons de dix à douze pieds de longueur. On les arrange les uns furies autres, & on y met le feu ; on met les cendres dans de l’eau pour en faire une efpece de boue : on prend enfuite des morceaux de ce même bois pourris & fpongieux qu’on fait tremper dans cette boue, & on ne les retire que quand ils en font bien pénétrés ; on en remet d’autres jufqu’à ce que toute la cendre foit épuifée*
- On pratique en terre une fofle de trois pieds en quarré, fur l’ouverture de laquelle on pofe des barres de fer en forme de grille, pour foutenir des morceaux de bois bien fecs , par-deflus lefquels on arrange de ceux qui ont été imbibés de leflive 5 on met le feu au bois fec qui eft fous celui qui a été imbibé , & lorfque le tout eft bien allumé, on voit tomber dans la fofle une pluie de potafle fondue; on a foin de remettre du bois chargé de leflive à mefure que les morceaux qu’on amis fe confument, ce qu’on continue jufqu’à Ce que la fofle foit remplie de potafle ; alors, & avant que la potafle foit réfroidie, on nétoye la liiperficie le mieux qu’il eft poflible, en l’écumant, pour ainfi dire, avec un rateau de fer ; néanmoins il y refte du charbon & d’autres impuretés , ce qui fait qu’on ne fe fert de cette potafle , qu’on appelle en terre , que pour des Savons en pâte, gros & communs. Quand cette fubftance fàlihe eft refroidie, elle forme une feule mafle qu’on brife par morceau* pour la renfermer dans des tonneaux ; car comme elle eft fort avide de l’humidité de l’air, elle tomberoit en deliquium.
- On fait une autre potafle qui eft beaucoup meilleure ; on la commence comme l’autre, on coule les cendres pour en faire une leflive, &on paflè de l’eau deflhs, jufqu’à ce quelle ne foit plus grafle entre les doigts, ou qu’elle n’ait plus de faveur ; on l’évapore enfeite dans des chaudières de fer montées fur un fourneau de brique ; à mefure que la leflive s’évapore , on en met de nouvelle , mais qui doit être chaude , fans quoi elle s’éleveroit au-deflus de la chaudière & fe répandroit. Quand elle eft épaiflîe, & qu’elle s’élève en forme de moufle , on ralentit le feu ; & quand la leflive eft refroidie, on trouve dans la chaudière une mafle faline très-dure , qu’il faut rompre avec un cifeau & un maillet pour en former des morceaux , qu’on porte dans un fourneau difpofé de façon que la flamme du feu qu’on fait des deux côtés, fe répande dans une efpece d’arche, fous laquelle eft le fel qui, étant féché par la flamme , eft vivement calciné. Cette mafle faline eft fufflfàmment calcinée quand elle paroît bien blanche ; cependant elle a différentes couleurs fuivant les efpeces de bois qu’on a brûlés, & le lieu où les arbres ont pris leur accroiflement ; car ceux qui font la
- potafle
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- VJRT r>v SAFONtflER. s»
- pôtaflè , prétendent que les arbres du haut des montagnes font Une pofafle bleu pâle , que ceux qu on tire des terreins marécageux en donnent peu qui eft rougeâtre, Sc quil y en a qui la donnent blanche ; cette potafle calcinée s’appelle PotaJJe en chaudron ou Salin> Toutes fortes de bois fourniffent des fels Jixiviels en grande partie alkalis, alliés de différents fels moyens; ainfi il n’y en a aucun qui ne puifle fournir de la potafle en plus ou en moins grande quantité, tout l’art confifte à brûler le bois, à leflîver & calciner les cendres , Sc à évaporer les fels d’une façon peu embarraflànte & expéditive. Le fourneau dont nous allons donner la defcription paroît propre à remplir ces vues.
- La Figure première de la Planche première repréfente le devant du fourneau fur les proportions à peu-près de fix lignes pour pied. A , eft la porte d’un grand cendrier. B, eft la porte de la fournaife où l’on brûle le bois : cette chambre eft fous la première voûte. C, eft la porte qui répond dans la chambre où l’on met les matières qu’on veut calciner. D, eft une ouverture pratiquée au plus haut du fourneau, par laquelle la fumée doit s’échapper. E , eft une chaudière pour l’évaporation des leffives.
- La Figure 2 reprélente une coupe tranlverfàle Aé ce fourneau. F, eft le grand cendrier, £, barreaux de fer qui fupportent le bois que l’on brûler H y première voûte fous laquelle on brûle le bois. /, fécondé Voûte lous laquelle on met les fels qu’on veut calciner. K , partie d’une chaudière dans laquelle on met les leffives qu’on veut évaporer ; cette partie eft dans le fourneau. L y partie de la même chaudière qui excede le deflus du fourneau.
- La Figure 3 repréfente une coupe du même fourneau fuivant là longueur* A y eft la porte du cendrier par laquelle entre l’air qui anime le feu. F , capacité du cendrier qui eft grand pour contenir beaucoup de cendres* G, la grille de fer qui porte le bois. B, la porte de la fournaife ou de l’endroit où l’on brûle le bois. M, épaifleur de la première voûte qui ne doit pas s’étendre de toute la longueur du fourneau ; il doit refter en N un pied ou environ de diftance afin que l’air chaud, la flamme Sc la fumée paflent dans la chambre I , où font les fels qu’on veut calciner & quelle chauffe en même temps les chaudières K , Z, où eft la leffive qu’on veut évaporer. C, eft une porte de cette chambre, qu’on ouvre quand on veut retirer le fel > mais qui eft exactement fermée tant que le feu eft au fourneau* D9 ouverture par où doit s’échapper la fumée ; il eft bon que cette ouverture aboutiffe dans un tuyau de cheminée D Q y indiqué par des lignes ponctuées. Quand le feu eft bien allumé dans la fournaife H, & qu’on a fermé les ouvertures P , CyB9 l’air qui entre par la bouche A du cendrier, après avoir animé le feu de la fournaife, & produit une grande chaleur dans la chambre/, fort par l’ouverture N, s’échappe par D Q.
- Quand on a filtré la leffive, avant de la mettre dans les chaudières, on retire une belle potaffe , qu’on calcine dans la chambre /; mais quand on le propofe Sapon. q
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- iO L’ART DU SAVONNIER.
- de n’avoir que des cendres gravelées, on tire celles qui font dans le cendrier pour les mettre dans la chambre /, où elles achèvent de fe cuire.
- Si Ton veut que les cendres qu’on tire de la chambre /, foient plus chargées de fels, on peut les mettre dans une cuve avec de l’eau, pour en faire une elpece de pâte claire,& y mettre tremper des bûches de bois pourri, qu’on brûle enfuite , comme nous l’avons dit plus haut.
- U faut conferver les leflives foibles pour les pafler fur de nouvelles cendres.
- Il eft bon de remarquer que fi la fabrique de Savon étoit dans le même endroit où l’on fait la potafle, il feroit inutile d’ëvaporer les leflives jufqu’à ficcité , parce qu’on pourroit les mettre tout de fuite dans les chaudières de la Savonnerie , lorfqu’elles auroient été aflez concentrées, & rendues âcres par l’addition de la chaux.
- Quelques-uns fophiftiquent la potafle , en y mêlant de la chaux fufée à l?air ; non-feulement cette addition rend cette potafle peu propre pour certains ufàges ; mais les Savonniers qui mêlent de la chaux dans les leflives , défirent qu’il n’y en ait point dans leur potafle , ils préfèrent d’en mettre eux-mêmes une quantité fuffifitnte, parce qu’elle eft moins chere que les cendres.
- On fait encore une efpece de foude avec les plantes qui croiflent dans le lit même de la mer, on la nomme Soude de V^arech. Pour faire cette foude, on coupe ou plutôt on arrache à mer bafle le varech & différentes efpeces de fucus , & on les étend pour les faire fécher fur des roches ou des places nettes que la mer ne recouvre pas : quelques-uns y mettent le varech que la mer jette fur fes bords ; mais c’eft mal à propos, parce qu’il eft chargé d’immondices qui altèrent la foude.
- Quand ces plantes font en partie Iccfies, on les brûle dans des fofles plus larges par le haut que par le fond qui eft creufé en calotte , & le tout eft revêtu de pierre ; on brûle donc ces plantes comme nous avons dit qù’on fait là foude. Il y a de ces fofles plus grandes les unes que les autres , quelques-unes font creufées dans le rocher : comme elles font aflez près les unes des autres, un même homme peut fournir du varech à plufieurs , à mefure que celui qu’il a mis eft brûlé j Sc aufli-tôt qu’on voit paroître de la flamme, on jette deflus un peu de varech.
- Lorfque la fofle eft remplie de foude fondue, & bien cuite, on ôte prompte*^ ment avec un rateau, les charbons &la cendre qui nagent deflus, & fur le champ des Ouvriers munis de perches de 8 à io pieds de longueur , boulent , remuent & agitent la foude qui eft en une efpece de fonte. Alors la foude doit paroître comme du verre fondu ; & quand elle eft refroidie, elle doit être brune , mais un peu tranfparente & caflànte comme du verre.
- On commence à faire la foude en Avril, 8c on continue jufqu’en Oétobre , lorfque le temps eft beau ; car la pluie y eft contraire. Dans un petit fourneau de capacité à contenir deux cents livres de foude , on entretient le feu au moins douze heures, & à proportion dan^ les plus grands ; car on doit le continuer
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- )ufqu*à ce que le Fourneau foit rempli de cendres. Cette foude contient beaucoup de fel marin & peu de fel alkali ; (*) ainfi elle n’eft pas à beaucoup près auffi propre à faire du Savon que les autres fbudes.
- Il eft certain que les fubftances fàlines dont nous venons de parler, font tantôt plus & tantôt moins cheres , comme toutes les autres efpeces de marchant difes ; néanmoins pour faire appercevoir à peu-près la proportion qu il y a entre le prix des unes & celui des autres, je dirai que fi les cendres du Levant qu on prend à la côte de Syrie, & qu’on embarque comme left dans les vailfeaux qui vont charger dans lesEchelles, coûtent douze livres le quintal poids de marc* les barilles qui fe tirent de la côte d’Efpagne , coûtent de fèpt à neuf livres, & la bourde de cinq à fept : mais comme je lai dit, tous ces prix font fujets à beaucoup varier ; ainfi ce que je viens de rapporter ne fèrt qu’à faire appercevoir à peu-près la proportion qu’il y a communément entre le prix des unes &des autres*
- III, De la Chaux,
- Tous les Fabriquants de Savon conviennent qu’il faut de la chaux pour faire une bonne leffive; mais plufieurs fe font imaginé quelle ne 1er voit qu’à empêcher que les molécules de foude, de bourde, &c, fe joignaient allez intimement pour que l’eau ne pût s’introduire entr’elles , ce qui eft néceffaire pour la dilfolution des parties fàlines ; quoiqu’il paroiffe que la chaux foit plus propre à fermer ces interftices qu’à les tenir ouverts, quelques-uns, remplis de cette idée dénuée de toute vraifemblance , crurent fuppléer à la chaux en mêlant avec leurs fubftances fàlines de la paille hachée, & ceux-là ne purent parvenir à faire une bonne leflîve. On n’en fera pas furpris quand on fera attention qu’il faut une fubftance très-âcre pour épaiffir l’huile & la convertir en Savon , & que la chaux procure cette âcreté aux fels alkabs ; la chaux entre donc dans la leffive comme une fubftance très-aélive. Cette vérité a été bien établie au commencement de ce Mémoire , & les Fabriquants ont lieu de s’en convaincre par leur propre expérience , puifqu’ils voyent, lorfqu’ils coulent leur leffive, qu’elle n’a plus de force quand la chaux eft épuifée ; & il y a grande apparence que leur troifieme leffive feroit meilleure, s’ils pafloient fur leur cendre de l’eau de chaux, au lieu d’eau commune ; il fuit delà que pour avoir une bonne leffive, il faut employer de bonne chaux, & que celle qui eft nouvelle eft préférable à la yieille qui a fuie à l’air, quoiqu’il foit néceflàire que la chaux foit fufee pour être employée dans les Savonneries,
- (*) M. Cadet a donné une analyfe de cette foude ( Mémoires de l’Académie de 1767 , page 487). Depuis cette analyfe MM. Guettard, Tillet & Fougeroux , ont donné à l’Académie une fuite d’pbfervatipns des plus curieufes & des plus
- utiles fur les différentes efpeces de Fucus dont on retire cette foude : on ne tardera pas à jouir de leurs travaux dans les premiers Volumes de 1*A* cadémie qui paraîtront.
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- IV. Des Ufienjîles dont on fait ufàge dans les Fabriques de Savons
- Après avoir rapporté les matières qui entrent dans la compofition du Savon , les différents noms qu'on leur donne, d'où on les tire , ce qui indique leur bonne qualité , leurs défauts, la fùpériorité des unes fur les autres, ces prélimi-naires étant connus, il convient de donner le détail des uftenfiles qu'on emploie dans les fabriques.
- A, PL i ifig* 4> eft une barre de fer , longue d'environ douze pieds, dont un des bouts terminé en pointe forme un crochet ; on le nomme fourgon : fon ufàge eft d'arranger les bûches qu’on met dans le fourneau ; c'eft encore avec ce fourgon qu'on remue la braife pour rendre le feu plus aétif, quand on le juge néceffaire.
- On a encore une barre de fer crochue par le bout, de la même longueur & épaifîeur que le fourgon ; on l'appelle rouable ou redable : elle fert à tirer le feu ou la cendre du fourneau , lorfqu’on veut diminuer l'aélion du feu ou l’éteindre.
- Il faut avoir une réglé de bois B, qu'on pofe fur les pains de Savon qui font aux mifes, lorfqu'ils font fuffifàmment raffermis pour tracer avec un couteau tranchant les endroits où on doit les couper ; c'eft ce qu'on nomme régler les pains.
- On a encore un barreau de fer C, qu’on nommé matras ; il eft un peu courbe," & a environ un pouce de diamètre au milieu & fept pieds de longueur. A un de fes bouts, il y a une tête de fer à peu-près conique, qu'on entortille de linge ou de chanvre pour former un tampon qui fert à boucher un canal qui répond à la chaudière , ÔL qu'on nomme Vépine, par lequel on laiffe écouler les leffives ufées , comme je l'expliquerai dans la fuite. Il eft clair qu'en tirant à foi le matras, on ferme îépine, & qu’on l'ouvre en le pouffant en dedans de la cuve. D, eft un inftrument de bois qu'on nomme encore rouable ou redable ; il eft formé d'un morceau de planche quarré ,de neuf pouces de côté, dont les angles font abbatus, & emmanché au bout d'une perche de neuf pieds de longueur. Gn verra dans la fuite qu’il fert à remuer la pâte dans la chaudière , lorf-' qu'on fait du Savon marbré. E, pelle creufè de fer ; elle eft emmanchée de bois : elle fert à différents ufages. F, pelle de fer emmanchée de bois, qui fert à mêler enfemble la chaux avec les fubftances falines qui ont été pilées, & à ranger ces fubftances dans les cuviers pour en retirer la lefîlve. G, eft une mafîè de fer emmanchée de bois, pour rompre la barille & la bourde. H, eft encore une mafle de fer ; mais elle eft platte, & fon ufàge eft d'écrafer les mêmes fubftances qui ont d'abord été rompues avec la ma/fe G. I, crible fin pour paffer la chaux. K , truelle femblable à celle des Maçons : on s'en fert pour réparer les ruptures, les écorchures & les trous qui fe font aux pains de Savon. A, plane de bois, d'un pied de long, pour applanir le Savon blanc fur les mifes. M9
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- pelle de fer avec un manche, auffi de fer , qui n’a que 3 pieds de long ; elle fert à lever les pains de Savon de deflus les mifes. iV, peigne de bois à dents de fer pour tracer fur les pains de Savon P , les endroits où il faut les couper , foit en gros pains ou par tables, comme on le voit en O, ou par petits cubes , comme en P. Q , poêlon de cuivre de neuf pouces de diamètre , fur une pareille hauteur , avec Ion manche de bois de neuf pieds de longueur ; il fert à tirer les Ieffives 8c les huiles des réfervoirs. R , petit poêlon de cuivre de fix pouces de hauteur 3 fur neuf de diamètre : la longueur du manche eft de trois pieds ; communément on le nomme cajfe ; il fert à puifer le Savon dans la chaudière , ou de l’eau pour arrofer la chaux. S , couteau , dont le manche eft de fer , ainfi que la lame ; il a trois pieds de longueur ; il fert à couper le Savon dans les mifes ; un valet le gouverne par la poignée , pendant qu’un autre le tire, au moyen de la corde 5. T 9 broc de bois ou feau de huit pouces de hauteur 9 d’un pied de diamètre : on le nomme cornuie ; il fert à porter les Ieffives, l’huile ou l’eau. V y fil de laiton, qui a à un bout une manille , & à l’autre un bouton ; il fert à couper les petits pains de Savon, Y y chauderon de cuivre à oreille, que les Provençaux nomment Jervidou : fon ufàge le plus ordinaire eft de porter le Savon cuit 8c en pâte aux mifes. Z, jarre ; ce font des vafes de terre verniffés, de différentes grandeurs, dans lefquels on dépofe l’huile.
- V. Des UJîenJiles pour faire les Lejfives*
- Dans les petites Fabriques on a un ou plufieurs cuviers 9 qu’on établit fur des tréteaux, affez élevés au - deffiis du terrein pour qu’on puifie mettre deftbus des vafes pour recevoir la leffive ; il y a au fond de ces cuviers un ou plufieurs trous , fermés avec des robinets de bois, pour empêcher l’écoulement, quand on le juge à propos, 8c on y fubftitue un tampon de paille pour que la leffive coule peu à peu, quand on a mis dans les cuviers les fubftances fàlines & la chaux, ainfi que nous l’expliquerons dans la fuite. Je ne m’arrêterai pas plus long-tems à détailler cette opération , parce qu’elle eft la même que ce qu’on voit chez les leffiveufes quand elles coulent leurs Ieffives.
- Dans les grandes Fabriques de Marfeille la difpofition eft différente ; nous l’avons repréfentée PL ir , fi g. r.
- A 9 font des compartiments folidement établis, dans lefquels on met le mélange de fubftances falines & de chaux dont on veut tirer la leffive : on les nomme en Provence bugadieres, ailleurs cuviers\ chacune a à peu près y pieds en quarré , & 4 pieds & demi de hauteur, & elles font conftruites à chaux 8c à ciment avec des briques de plat. B B, font des efpeces de citernes , conftruites en terre, le niveau du terrein' étant indiqué par les lettres C Ci ces efpeces de citernes ou réfervoirs fe nomment en Provence recibidou ; il faut donc concevoir que la leffive qui s’écoule des bugadieres A , par les robinets D, tombe Savon. d
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- dans les recibidous B, par les ouvertures E> qui fervent auffi à retirer la leffive ; mais la capacité totale du recibidou eft divifée en plufieurs petites citernes par des cloifons ; de forte que la leffive qui coule par chaque robinet tombe dans un récibidou particulier : on verra dans la fuite que cette précaution eft néceflaire pour paryenir à diftinguer les leffives fuîvant leur force.
- On voit au-defîus une gouttière F F ; elle reçoit, comme on le verra dans les plans généraux, l'eau qu'on tire d'un puits avec une pompe, & Ion fait couler cette eau en plus ou moins grande quantité dans les bugadieres A, par les robinets G G.
- On voit encore quelques Fabriques où les bugadieres {ont formées en dedans par cinq ardoifes épaiffes , dont une fait le fond & les quatre autres les côtés ; on met aux jointures un maftic, fait avec de la chaux en poudre & des blancs-d'œufs, que l'âcreté de la leffive fait durcir.
- On ne fe fert plus ni de blancs-d'œufs ni d'ardoifes ; on fait les cloifons avec des briques , pofées de plat & à liaifon , & on emploie le même mortier que pour la partie de la campane qui efl: au-deffus du chauderon: quand les petits murs de féparation du recibidou font à une hauteur convenable , on les cintre pour former des voûtes , fur lefquelles font établies les bugadieres ; le tout efl crépi comme la campane : quelques-uns fe fervent de pozzolane , & l'ouvrage en efl plus folide. Tout cela deviendra plus clair quand nous expliquerons la maniéré de faire les leffives ; nous ne nous fommes propofés maintenant que de faire comprendre ce qu’on entend par bugadieres & recibidou , dont nous aurons occaflon de parler alfez fréquemment.
- VI. Des Chaudières pour cuire le Savon, & de leur établifementfur le fourneaux
- La grandeur des chaudières eft proportionnée à la force de la Fabrique ; on en voit qui ont 8 pieds & demi de largeur, & 8 pieds de profondeur ; on éco-nomiferoit le bois fi elles étoient entièrement de métal, & que l'air chaud & la flamme pût les chauffer dans toute leur étendue ; mais à prefque toutes il n'y a que le fond qui foit aux unes de tôle de Suede , & aux autres de cuivre , de 4 lignes d’épaiffeur : cette partie , qu'on nomme le chaudron, forme une courbe qui n'a qu'un demi-pied , ou au plus 10 pouces de profondeur ; ainfi elle a la figure d'une efpece de jatte ou d'une calotte , qui a fon embouchure de 5 à fix pieds de diamètre : les bords , qu'on appelle anfes, font renverfés en dehors , 8c applatis comme le bord d'un chapeau : cette partie eft noyée dans la mâçonnerie qui fait le haut du fourneau , & recouverte par celle qui achevé la capacité de la chaudière; enforte que les bords du chauderon qui font tout plats, portent d'un bon demi-pied fur les murs de briques qui font le fourneau , 8c ces bords font recouverts par les briques, qui font partie de la chaudière. Ces briques fe nomment en Provence malons ; elles ont 9 pouces de largeur, 12 de longueur, un
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- & demi d’épaiflèur ; on les pofe fur le champ pour mieux former le contour de la chaudière. Voici comme eft conftruit ce fourneau.
- Le bas du fourneau a a, fig. 2, qui eft de briques, pofés à mortier de chaux & ciment , forme une portion circulaire , dont le diamètre eft plus grand que le fond de la chaudière ou le chauderon , à l’endroit où les bords fe renverfent en forme de bords de chapeau. Quand cette tour de mâçonnerie eft élevée jufqu’à c e, fig. 2 , on pofe une grille de fer c , fig. 3 , fur laquelle on met le bois qui doit chauffer la chaudière ; le deflous de cette grille eft le cendrier.
- Un peu plus haut que cette grille , à la partie oppofée à l’entrée du fourneau d d, eft la naiflance du tuyau de cheminée e e , fig. 2,3 Sc 4, pour la dé^ charge de la fumée : fouvent il n’y a qu’un tuyau de cheminée pour deux chaudières. On imagine bien que ces tuyaux doivent s’élever au-deflus du toit, à la naiflance du tuyau de cheminée , la bâtifle en brique du fourneau fe rétrécit * comme la naiflance d’une voûte pour embrafler le fond de la chaudière ou le chauderon , dont les bords font pofés à bain de mortier, for ce qu’on a bâti en brique, & on éleve for les mêmes bords la partie de la chaudière h , fig. 2 , qui doit être en mâçonnerie ; ainfi les côtés de la chaudière font élevés for les murs du fourneau qui lui fervent de fondation. Le tout eft noyé dans un mafllf de mâçonnerie b b , fig. 4.
- On conçoit qu’une pareille chaudière ne peut être chauffée que par fon fond, & que les côtés ne font qu’une muraille de briques , bâtie en mortier de chaux & de ciment ; il faut néanmoins que cette bâtifle , & le chaudron de métal qui y eft attaché, foient très-bien travaillés , pour que la lefllve & l’huile qu’on mec dedans ne puiflent s’écouler : cette partie de chaudière , faite en ciment, a 4 ou y pieds, Sc même plus, de hauteur ; quelques-uns la font plus étroite à fon embouchure que vers le milieu de fa hauteur : on éleve ainfi en brique 3 Sc à chaux & ciment la partie de la chaudière , comprife depuis le bord plat du chauderon , jufqu’à un pied au-deflbus du bord fopérieur de la chaudière ; à cet endroit, Sc par-deflus la bâtifle de brique , on forme avec des pierres de taille blanches Sc dures, qu’on nomme en Provence cairon, les bords de la chaudière ou campane hh>fig. y & 6. Quand elle eft ainfi bâtie, on y applique un crépi ou chemife de ciment, d’environ un quart de pouce d’épaiffeur, qu’on fouette avec force dans les joints; on en met à differentes reprifes trois couches l’une for l’autre coupant chaque couche avec le tranchant de la truelle : à l’égard de la derniere, on la cire pendant long-tems, c’eft-à-dire , qu’on la polit avec le dos de la truelle; la plupart font ces crépis avec un mortier de ciment bien fec Sc paflfé au tamis de crin , Sc de bonne chaux éteinte à l’ordinaire dans l’eau.
- D’autres mêlent le ciment fin avec de la chaux fufée à l’air , qu’ils gâchent avec de l’huile claire, qu’on boule long-tems à force de bras, Sc ce mortier fert à faire la derniere couche du crépi, à laquelle on donne un quart ou un demi-pouce d’épaiffeur. On eftime la chaux la plus vieille Sc le ciment le plus nou-
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- velletnent pilé , parce que ce maftic efl: moins fujet à fe fendre.
- Les chaudières font pofées fur une même ligne ; à trois pieds de leur bord, il y a une plate-forme pp , hh, PL II, fig. y , qui fe prolonge entre les chaudières. A certaines Fabriques cette plate-forme efl: foutenue par une voûte 5 fur laquelle on monte pour forvir les chaudières ; à d’autres cette plate-forme efl: échancrée en m , jfig, 5 , pour faciliter le fervice des chaudières.
- On voit aux figures 2 8c 3 un tuyau i de 2 pouces & demi de diamètre , fervant à faire écouler les leffives épuifées de fel qui relient fous le Savon cuit : ce tuyau fe nomme Pepine ; on l’ouvre ou on le ferme en pouflànt ou retirant un barreau de fer un peu courbe C , PL I, qu’on nomme matras : l’endroit où entre le matras efl: fortifié par un cercle de fer.
- La bouche du fourneau efl précédée par une arcade K K 9fig. y ; au fond de cette voûte, & un peu en avant de la bouche, font des elpeces de chenets b , Jig. 2 , 3 & y. Nous parlerons dans la fuite de leur ulàge ; le tout efl: dans une elpece de cave ou foûterrein , qu’on nomme la grande voûte , O , fig. 2^3. On voit en m >fig. y , au-devant de la chaudière , un endroit où la mâçonnerie efl: moins épaille qu’ailleurs ; cette partie fe nomme le parapet : elle fort à pouvoir approcher de la chaudière quand on efl: fur la plate-forme n n.
- Quelquefois on établit les citernes ou piles à l’huile P p, fig. 3 & 4, entre les chaudières ; alors les ouvertures, par lelquelles on tire l’huile, font en QQ, fig* 4, y & 6 ; d’autres fois on les place ailleurs, comme on le verra aux plans généraux.
- Après avoir parlé en détail des bugadieres, des récibidous, des chaudières ou campanes, 8c de leur établiffement fur le fourneau, il faut donner une idée d’une grande Fabrique de Savon.
- VIL Défiription dûune grande Fabrique de Savon. *
- A A A A , efl: un mur d’enceinte qui renferme toute la Fabrique : r, la porte ; 2 , la cour, 3 , deux corps de bâtiments, formant des magafins , pour mettre la barille, la bourde & les cendres : dans plufieurs Fabriques, c’efl: dans ces bâtiments qu’on les brifo avec des mafles ,'8c pour cette raifon on les nomme picadou : dans d’autres cette opération fe lait dans la Fabrique même. Le picadou doit être au rez-de-chaulfée , dans un lieu peu aéré & reculé ; on y établit une longue pierre dure & épaifle , qu’on appelle morefique, parce qu’elle efl: noire 9 dure , Sc point fragile ; c’efl fur cette pierre qu’un Ouvrier robufle réduit à la groffeur de fable les matières falines qui fervent à faire la leflïve.
- „ Cet Ouvrier , qu’on nomme Piqueur , brifo d’abord ces fubftances avec une grofle mafle de fer pelante G 7, qui efl repréfentée fur la Planche première, fig. 4 ; puis il emploie, pour les rendre à la grolfour d’un grain de fable, une jnaflfe platte H.
- Tous
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- ËA RT D U SA VO $ NI ER, ïf
- Tous les autres établifTemènts de là Fabriqué font renfermés par üné fécondé enceinte de murs JB, B9 B, B, PL III : en 4, eft la porte pour y entrer ; en y 9 y 9 font des portes pour communiquer des magafins ou picadous à la Fabrique ; 6, 6, défigne les endroits où Ton fait le mélange des fubftances fàünes avec là chaux avant de les mettre dans les cuviers ou bugadieres ; 7 , 7 > &c. dix-huit bugadieres conftruites, comme nous Tavons dit, de bonnes briques pofées dé champ avec du mortier de chaux & de ciment. Aux endroits marqués 8 , font des trous qui répondent dans les récibidous , 8c par lefquels on retire la leffîve : on les verra difpofés un peu différemment fur d’autres Planches. Il faut nécefc fàirement un puits 19 , auprès des bugadieres 9 pour leur fournir jour 8c nuit de l’eau au moyen d’une goutiere, dont nous avons repréfenté un bout PL II, jîg. 1, Il y en a qui prétendent que certaines eaux font plus propres que d’autres à faire de bon Savon ; &ceux qui ne réuffiffent pas, s’en prennent à la qualité de l’eau ; c’eft affez fouvent une reflource pour couvrir leur négligence ou leur ignorance. Je foupçonne que fi l’on employoit de l’eau de chaux foible, au lieu d’eau fimple, on retireroit plus de leffive ; mais c’eft une chofe à éprouver*
- 9, font quatre marches pour monter aux chaudières, aux mifes & aux piles*
- 10, fix chaudières ; ordinairement pour le Savon blanc il n’y en a que deux : il y en a, comme nous l’avons dit, qui ont 8 pieds & demi de diamètre , & unè pareille profondeur, 11, indique la pofition de plufieurs piliers de pierre de taille, qui fervent à fupporter les poutres de l’étage fupérieur 8c toute la charpente. 12, t 2, deux grilles de fer pour donner du jour à la voûte des four-neaux qui font fous terre. 13, vingt mifes, chacune de 7 pieds 8c demi de long, y pieds de large , un pied 4 pouces de hauteur ; c’eft dans ces mifes qu’on met la pâte de Savon au fortir de la chaudière pour qu’elle fe refroidifte. 14 , quatre ouvertures des piles ou citernes à huile ; c’eft par ces ouvertures qu’on tire l’huile : elles ont 2 pieds de longueur, fur 18 pouces de largeur. Ces piles à l’huile ont 14 pieds de long, 6 pieds de large , & 1 r pieds de profondeur* Dans beaucoup de Fabriques les piles à huile font entre les chaudières, comme nous l’avons repréfenté PL IL 1 y , degrés pour defcendre fous la grande voûte des fourneaux : il y a fous cette grande voûte fix bouches de fourneaux de 2 pieds 3 pouces de largeur, & de 4 pieds 9 pouces de hauteur ; elles abou-tiffent aux fourneaux, qui ont 3 pieds 6 pouces de diamètre , & y pieds de hauteur , ayant une grille dans le milieu. La partie cintrée qui forme l’entrée des fourneaux doit être en pierre de taille.
- Nous avons dit qu’à chaque chaudière il y avoit un tuyau 20, nommé Y épine, pour laiffer écouler les leffives épuifées de fèls : ce tuyau a environ 2 pouces de diamètre. 21 , auges de pierre pour recevoir le Savon qui s’écoule avec la mau-vaife leffive. 22, canal par lequel s’écoulent les leffives des auges 21 dans l’auge 23. 24 & 25, aqueduc par lequel ces mauvaifes leffives fe rendent à la mer: il a 2 pieds de largeur, 8c 4 pieds 8c demi de hauteur. La pâte du Savon qui Savon. E
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- pourroit s’être écoulée avec la leffive, paffo dans le réfervoir où elle fo fige ; lorfqu’elle eft refroidie à la fuperficie, on l’emporte ; puis on ouvre le réfervoir pour que la mauvaife leffive s’écoule dehors par l’aqueduc 24 & 2 y. Comme tous ces objets font fous terre, ons’eft contenté de les indiquer par des points. On voit en Z, PL I, une jarre ou millerolle , grand vafe de terre vernifle, dans lequel on met l’huile qui n’eft pas dans les piles.
- Au-deffiis de cette Fabrique, il y a un étage & plufieurs chambres ; une eft deftinée à loger le Commis de la Manufacture ; dans une autre, loge le principal Ouvrier, qu’on nomme le Maître-valet. Les autres pièces qui font plus grandes, & doivent être fort aérées, fe nomment cyçagans : elles fervent à dépofer les pains de Savon pour les deffécher & les mettre en caifle.
- Après avoir détaillé quelles font les différentes matières qu’on emploie pour faire le Savon ; après avoir rapporté les différents endroits d’où on les tire ; fait connoître ce qui indique qu’elles font de bonne ou mauvaife qualité ; décrit les uftenfiles dont on fait ufage dans les Savonneries ; donné la defcription d’une grande Fabrique , il convient d’expliquer avec ordre la façon défaire le Savon} & comme les matières qu’on emploie pour faire de bon Savon, font l’huile claire , qu’on appelle lampante , & une leffive qu’on retire de différentes fubftances falines , & qu’on rend âcre en y mêlant de la chaux vive, je vais commencer par expliquer comment on fait la leffive : je parlerai enfuite de là cuiiîbn avec l’huile
- VIII. Maniéré de faire la Leffive.
- Nous prenons pour exemple la façon de faire la leffive pour une cuite, dans laquelle il entre quarante barils d’huile , ( chacun eft évalué pefer 75 livres ) , qui doit, en été, produire yo quintaux de Savon.
- Je fpécifie en été, parce qu’en hiver on emploie plus de cendre & moins de barrille ; mais toujours une égale quantité de chaux vive : & dans l’une & dans l’autre faifon, le poids total des matières doit être à peu-près le même.
- Il y a des Fabriquants qui ayant pilé féparément la foude ou barille , la bourde & la roquette des cendres , les leffivent féparément Sc les conforment à part, pour employer les unes ou les autres foivant les Savons qu’ils veulent faire, & l’efpece d’huile dont ils fo fervent. Je remarquerai à cette occafion qu’il eft utile dans une grande Fabrique d’avoir des leffives en réferve ; mais pour cela il faut les conformer dans des citernes qui ferment exaélement : car, comme nous l’avons dit plus haut, quand elles s’évaporent, il fe précipite de la terre, & elles perdent de leur force. Je ne parle point ici de la façon de tirer les leffives dans les petites Fabriques , où l’on fe fort d’un cuvier pofé fur des tréteaux , & fous lequel on met un baquet pour recevoir la lefo five : il eft plus à propos de détailler les opérations des grandes & belles
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- Fabriques. Pour donc faire une bonne leflive, & ce qu’il en faut pour cuire cinquante quintaux de Savon, il faut environ trois cents livres de chaux en pierre , ou , à Ion défaut, en fleurs, c eft-à-dire, qui ait fufé à 1 air, quoique cette chaux ne foit pas aufli aétive que celle qui fort du four.
- On étend la chaux en pierre fur le plancher de la Fabrique, dans un encaiF fement de planche ou de brique, qui a environ une toife & demie en quarré , & un pied de profondeur ; on la remue avec une pelle de fer , & on l’arrofo de temps en temps avec un peu d’eau , ce qu’il en faut feulement pour qu’elle fufe 8c fe réduife en pouflîere ; Car enfuite on la paffe dans un crible fin ; ainfi elle ne doit pas former une pâte.
- On répand for cette couche de chaux environ douze quintaux de bonnes cendres de Tripoli de Syrie, ou d’ailleurs. Nous avons dit les lieux d’où on les tire , & nous avons expliqué quelle doit être leur qualité/On étend enfuite par-deflus 600 livres ou environ de bonne barille ou foude d’Alicante : on en tire de bonne de Carthagène. Ces trois matières ainfi étendues l’une for l’autre , un Serviteur verfo encore par-defliis quelques cafleroles d’eau claire, pour empêcher que ces poudres ne fe diflipent. Enfoite avec une pelle de fer on remué le tout enfemble, en forte que les trois matières foient bien mêlées. Quand le Maître-Fabriquant le juge à propos, on apporte des couffins d’auffe ou des paniers, qu’on emplit de ces fobftances alkalines, & on jette ce mélange dans une des bugadieres, au fond de laquelle on met quelques tuileaux pour faciliter l’écoulement de la leflive. On arrange avec foin dans la bugadiere les matières alkalines, & on met delfos ce qu’on nomme un fanon, qui eft une natte qui a fervi d’enveloppe à la barille. Tout étant ainfi dflpofé , on verfe de l’eau dans la bugadiere pour difloudre les Tels âcres 8c former une leflive qui s’écoule dans le récibidou par un des robinets qui eft en-bas.
- On tire de chaque bugadiere, comme nous l’avons déjà dit, trois fortes de leflive, qu’on diftingue par première,féconde 8c troifeme.
- Il faut fe fouvenir que chaque bugadiere a , au-defîous d’elle, deux récibi-dous , autrement dit, deux piles ; 8c chacun des robinets qui font au bas de la bugadiere, répond à un de ces récibidous. Comme on n’ouvre à la fois qu’un robinet, celui qu’on ouvre le premier répand la première leflive, qui eft la plus forte: elle s’amaffe dans le récibidou auquel le robinet répond. Cette première leflive eft celle qui produit le plus grand effet, étant, à caufe de là grande âcreté, très-propre à épaiflir l’huile; c’eft pourquoi le Maître la regarde comme une liqueur aufli précieufe que du Savon , & il la conferve avec foin. Quand la leflive eft trop affoiblie pour être reçue comme premiefe, on ferme le robinet par lequel elle s’écouloit, & on ouvre l’autre robinet par où coule la fécondé leflive qui vient de la même bugadiere, 8c fo rend dans un autre récibidou attenant le premier. Quoique cette leflive ne foit pas aufli aétive que la première, elle fert au befoin à abreuver la cuite de Savon, comme nous le
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- dirons, La troifieme 8c derniere leffive découle auffi de cette bugadiere dans le même récibidou où Ton a reçu la fécondé ; mais c’eft après qu’on en a retiré cette fécondé, pour recevoir la troifieme ; de forte que quand le Maître-Fabri-quant juge que la première lelîive a afléz perdu de fa force * il fait fermer le robinet ou dégorgeoir qui répond au premier récibidou deftiné à recevoir la première leffive* 8c il fait ouvrir le robinet qui répond à fautre récibidou qui eft deftiné à recevoir la fécondé lelfive.
- Quand la fécondé lefîive eft ainfi écoulée , il ferme le dégorgeoir qui répond au fécond récibidou, 8c il attend que cette féconde leflive foit confommée pour* par le même dégorgeoir, 8c de la même bugadiere > tirer la troifieme leffive dans le même récibidou où étoit la fécondé.
- On conçoit qu’il eft important de lavoir diftinguer la force des leffives , pour faire fermer à propos les dégorgeoirs. Comme les bugadieres contiennent toujours une même quantité de fubftances falines, il y a aux récibidous des marques qui indiquent à peu-près quand on a tiré une quantité convenable de chaque leffive ; mais les matières n’étant pas toujours de la même qualité, un Fabriquant expérimenté juge de la bonté , force 8c vertu de la première , fe-i conde 8c troifieme leffive par la couleur : celle de la première eft à peu-près femblable à celle d’un vin d’Efpagne foncé en couleur ; la couleur de la fécondé eft moins jaune, 8c la troifieme n’en a prefque pas. On connoît encore leur force en en mettant fur la langue : mais la première leffive étant très-forte, elle fait enfler 8c peler la langue ; c’eft pourquoi le Maître-Fabriquant fe ferc d’un œuf de poule frais, pour juger de la force de cette leffive : il attache l’œuf à un fil , 8c le jette fur la leffive ; s’il flotte de/Tus, elle a une force convenable; s’il entre dans la leffive plus que de la moitié de fon volume , il ferme le robinet de la première leffive, & ouvre celui de la féconde ; quand il entre pref-qu’entiérement dans la leffive * on ne peut obtenir que de la troifieme leffive,* dont on reconnoît la force en en mettant fur la langue ; car la fécondé leffive doit avoir une faveur piquante ; quand cette faveur eft très-foible, on ferme le dégorgeoir qui répond au fécond récibidou, 8c on ne Fouvre pour l^iflér couler la troifieme leffive, Jque quand on a vuidé toute la fécondé leffive qui eft dans le fécond récibidou. Le Fabriquant fait tirer de cette troifieme leffive , qui eft très-foible, tant qu’il juge en avoir befoin pour achever fa cuite ; s’il en avoit trop, il en verferoit fur les bugadieres remplies de nouvelles matières : elle vau-droit mieux que de l’eau pure.
- Après que ces leffives ont été extraites, un Domeftique prend des fàbots & entre dans la bugadiere avec une bêche ou une pelle de fer, pour en tirer la matière épuifée de fels, ou, en quelque façon, édulcorée, qu’il jette à la rue, d’où on la fait porter enfuite par des beftiaux aux lieux deftinés à recevoir les immondices qui font abfolument inutiles ; car quoique les terres ayent été lavées, elles confervent une telle âcreté qu’on ne peut les employer pour
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- EART DU SAVONNIER. engrais ni dans les vignes ni fur les prés (*): elle brûle tout ce qtf elle touche par la grande âcreté qu’elle conferve , à ce qu’on prétend, durant des fiecles entiers* « Cette âcreté des vieilles cendres me fait penfer que fi on les confervoit longtemps fous un hangard, comme les Salpêtriers font leurs plâtras, 8c quenfuitô on les fît calciner, comme nous avons dit qu’on fait la potaflè, on pourroit § après les avoir pilées & mêlées avec un peu de chaux nouvelle , en retirer une affez bonne leffive : il refte à favoir [fi elle indemniferoit des frais de la calcination. Il y a des Fabriquants qui repaffent fur les bugadieres épuifées de fels , les leffives greffes : c’eft ainfi qu’ils nomment celles qui s’écoulent du Savon qu’on a mis aux mifes. Il y a quelque apparence qu’on rendroit la troifieme lefo five meilleure, fi, au lieu d’eau fimple, on y verfoit de l’eau de chaux ou de la leffive ufée qu’on laifie écouler par l’épine. Des Fabriquants intelligents devroient faire fur cela des épreuves ; câr nous ne donnons pas ces idées comme des chofes certaines.
- Il eft bon de fo rellbuvenir qu’en hiver, il entre dans la compofition de la leffive la même quantité de chaux qu en été ; mais on y met cinq à fix quintaux de cendre de moins, qu’on fupplée par cinq à fix quintaux de barille qu’on y emploie de 'plus que ce que nous avons marqué. Ce n’eft pas qu’on ne pût employer les mêmes dofes de matière toute l’année ; mais comme la cendre eft plus chere que la barille, & que cette derniere matière produit une auffi bonne leffive, tant en hiver qu’en été, avec cette différence que le Savon eft plutôt fec l’hiver que l’été , les Fabriquants font ordinairement la petite épargne de fubftituer l’hiver de la barille à la cendre. Ils feroient néanmoins du Savon plus blanc & de meilleure qualité, fi en toutes faifons ils employoient de bonnes cendres, & ne faifoient entrer dans leur leffive que peu de barille. Il y a , il eft vrai, des barilles de fi bonne qualité, qu’elles opèrent le même effet que la cendre ; mais elles font fi rares & fi difficiles à connoître, qu’on ne doit pas efpérer de s’en procurer.
- IX. De la Cuite du Savotu
- O N fait, après ce que nous avons dit plus haut, que les fels alkalîs rendus âcres par la chaux , ont la propriété de s’unir avec les huiles & les corps gras au point de faire une maffe affez folide, qu’on nomme Savon. L’affinité entre les fels alkalis âcres & les corps gras eft fi grande , que les fels alkalis abandonnent une grande partie de l’eau qui les tenoit en diflolution pour s’unir aux corps gras , & que cette combinaifon peut fe faire à froid ; nous le prouverons dans la fuite : mais l’union fe fait plus aifément par la cui/îon ; c’eft auffi le moyen qu’on emploie dans les Fabriques, comme nous allons l’expliquer.
- Quand un Fabriquant eft équipé de tous les uftenfiles dont nous venons da
- ( * ) On verra, lorfque nous parlerons du Savon en pâte qu’on fabrique en Flandres * le grand ufage qu’on y fait de ces fubftances pour fertilifer les terres; ainfi c’eft à tort qu’on les rejette en Provence comme inutiles.
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- donner le détail , particuliérement de chaudières de grandeur proportionnée au travail qu’ilfe propofe de faire, Sc quil eftapprovifionné d’huile 8c de bonne leffive, il eft en état de faire une cuite. Pour donner une idée de cette opération , je vais rapporter fom maire ment ce qu’on fait dans les petites Fabriques, mais il ne faut regarder ce que nous en dirons que comme un préliminaire ; car nous comptons expofèr en détail ce qu’on fait dans les grandes Savonneries de Marfeille. Nous nous propofons de parler d’abord du Savon blanc, qui exige plus ‘d’attention que le marbré , & pour lequel les Fabriquants choififfent ce qu’ils ont de plus parfait ; 8c quand ils rencontrent des matières défeétueufes, ils les réfervent pour faire le Savon marbré.
- X. Expofè fommâire de la façon de cuire le Savon dans une petite Fabrique*
- Sur deux ceftts livres d’huile on met quatre ou cinq féaux de la plus foible leffive y comme de* celle qui ne pourroit foutenir un œuf entièrement fubmergé, afin , difent les Fabriquants , de nourrir l’huile peu à peu , & de ne la pas fur— prendre. Je crois qu’il eft très-bien, quand on a des huiles très-coulantes, de les cuire d’abord un temps allez confidérable avec de la leffive très-foible , prefque avec de l’eau pure , Amplement pour les mettre dans l’état des huiles grafles , qui, comme nous l’avons dit, font les plus difpofées à s’unir avec les fels. Il y a à craindre quand on emploie d’abord de la leffive forte , de grener l’huile, & il faut de l’habileté Sc du travail pour les réduire en pâte uniforme ; cependant il y a des Fabriquants qui commencent par employer de la leffive forte ; peut-être que la différente qualité des huiles exige ces différences dans leur cuilîon.
- On fait bouillir ce mélange, 8c comme les matières s’élèvent quand elles commencent à s’échauffer, il eft bon que la chaudière ne foit pleine qu’aux deux tiers : à meffire que le fel s’unit à l’huile il s’échappe beaucoup d’humidité delà leffive, ce qui forme une fumée épaiffe ; & pour réparer ce qui fe diffipe par cette évaporation, on jette de temps en temps dans la chaudière quelques féaux de leffive : au bout de quelques heures d ébullition la matière fe lie ; elle devient blanche & forme comme une bouillie très-liquide : on foutient l’ébullition pendant 8 heures, ajoutant de temps en temps de la leffive foible ; enfuite, durant 4 ou 5 heures , on met de la leffive plus forte , que nous avons appellée la fécondé , dans laquelle l’œuf n’entre qu’aux deux tiers de fon volume : le Savon fe lie 8c prend la confiftance d’une bouillie épaiffe; alors on jette prômptementdeux ou trois féaux de la plus forte leffive ; en entretenant le feu à la même force * le Savon fe fait, 8c il faut de temps en temps éprouver s’il eft fuffifamment cuit. Pour cela on trempe dans le Savon une fpatule; on fait tomber un peu de Savon fur un carreau de verre : fi la matière ne fe coagule pas promptement ^ & quelle refte comme du caillé, fi le Savon ne fe détache pas net de la fpatule, il faut ver-fer deffus quelques féaux de forte leffive ; ce qu’on répété jufqu’à ce que le
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- Savon qu’on met fur le verre fafte corps & s’en décache net. On reconnoît à cette marque que le Savon eft fait 3c raffafié de leffive : on ceffe le feu , la leffive fe fépare du Savon, qui nage deffus quand on la laiile un peu refroidir. On tire le Savon avec une cuillier de fer percée , 3c on le porte aux mifes , ainfi que nous l’expliquerons dans la fuite.
- Comme on ne fuit pas par-tout la même méthode , je vais encore décrire ce qui fe pratique dans d’autres petites Fabriques , ce détail ne pouvant qu’être utile à ceux qui voudroient faire du Savon*
- XL Autre façon de cuire le Savon blanc*
- Pour faire une cuvée de Savon blanc , on prend environ une trentaine dë cornudes de la fécondé leffive, des cendres du Levant, & environ trente milles rolles d’huile dolive i on fait bouillir le tout enfemble jufqu’à ce que la matière foit liée & réduite en pâte, ce qui fe fait ordinairement en 24 heures, lorfque les matières font de bonne qualité 5 car quand elles ne le font pas, il faut plus de temps, & on y ajoute plus ou moins de nouvelles leffivesde cendres du Levant, fuivant que le Maître-valet le juge convenable ; car il n’y a point for cela de réglés certaines : feulement quand on trouve la matière trop épaiffe, on y met de la leffive foibie ; & quand elle eft trop liquide, on en emploie de forte. On fait bouillir le tout pendant huit ou neuf jours fans difcontinuer, excepté les Fêtes & les Dimanches , qu’on laifte amortir le feu de lui-même , pour le rallumer le lendemain matin.
- On connoit à l’odeur de la fumée quand le Savon eft cuit ; Car quand elle exhale une odeur de Savon, on le juge cuit ; alors on difcontinue le feu, 3c on laifte repofer la matière dans la chaudière pendant 24 heures ; enfuke on la tire avec des poêlons qu’on vuide dans des cornudes, pour la porter dans des mifes moins profondes & moins larges que celles pour le Savon marbré ; car leS grands pains de Savon blanc n’ont que 3 ou 4 pouces d’épaiffeur ; & l’on obferve de mettre au fond des mifes un peu de farine de chaux pour empêcher que le Savon ne s’y attache. Quand il a refté dans les mifes y à 6 jours l’été, ou deux jours l’hiver , on le coupe en pain.
- Comme il doit être avantageux de faire connoître les différentes pratiques qui s’obfervent dans les différentes Fabriques, je dirai encore, avant de parler des grandes Fabriques de Marfeille, une maniéré d’avoir un Savon très-ferme. Lorfque la leffive monte avec la pâte , on diminue le feu , & on laifte refroidir la matière ; enfuite on tire la pâte qui eft deffus, on la met dans une autre chaudière , & on la cuit à grand feu avec de la leffive forte , jufqu’à ce que la pâte foit bien ferme ; alors on prend une grande palette comme une efpece d’aviron, on la fourre dans la pâte , & on verfe le long de cette palette, peu-à-peu, de la fécondé leffive , ce qu’on répété trois ou quatre fois 5 puis on laifte bouillir
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- la matière environ deux heures : cette leffive moins forte donne à la pâte unev
- confiftance de miel : alors on retire le feu ; & après avoir laifle refroidir le Savon
- pendant un jour, il eft en état d’être porté aux mifes, comme nous le dirons
- dans la fuite , plus en détail que nous ne l’avons fait*
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- XII. Detail des opérations qui fe font dans les grandes Fabriques de Marfeille
- pour cuire le Savon blanc.
- J e puis me difpenfor d’entrer dans de grands détails fur la difpofition de ces Fabriques, en ayant fuffifàmment parlé au commencement de ce Mémoire. Ainfi ce que je vais dire fera très-abrégé , & feulement pour rappeller ce qui a été dit plus haut.
- L’entrée du fourneau de ces chaudières, eft faite de pierre de taille blanche , qui réGfte mieux au feu que la noire , quoique celle-ci foit plus dure; l’embouchure de ces fourneaux K , K, PL II, jîg. 5 , efl: cintrée par le haut pour qu’il réfifte mieux à la flamme qui, quelquefois, fort avec force du foyer. Quand ces ouvrages font bien faits, le fourneau & la bâtilîe de la chaudière durent quelquefois deux à trois années fans avoir befoin de réparation ; au lieu que fouvent ils n’en durent pas deux fans en exiger de confidérables.
- A cette entrée , attenant les paremens de pierre de taille qui la forment, il y a deux fourches de fer ou landiers b9 b, PL l\9fg. y , fermement fcellées dans le terrain ; ces barres de fer ont environ 1 pouces en quarré, & leur hauteur efl: de y pieds, y compris la partie qui entre dans le terrain : elles font po-fées aux deux côtés de la bouche du fourneau , un peu en avant ; on met dans leur enfourchement ou dans les œillets qui font au haut, une piece de bois, ronde de 4 à y pieds de long , & de 3 à 4 pouces de diamètre : on choifit pour cela un bois dur ; car cette piece fournit un point d’appui au fourgon A, que nous avons décrit & repréfenté PL 19fig. 4. L’ufàge de ce fourgon eft d’arranger dans le fourneau les bûches que le Maître-valet de la Fabrique y jette tant la nuit que le jour, jufquà ce que la cuite foit finie , & à remuer labraife pour rendre le feu plus aétif lorfqu’il le juge néceflaire.
- La cuite du Savon n’eft pas une opération aulîi fimple qu’on pourroit fe l’imaginer ; il arrive aux Fabriquants les plus expérimentés d’y être embarraffés. Quelquefois ils parviennent à rétablir une cuite qui commence mal ; mais d’autres fois ils n’y peuvent réuflîr, & alors, ils font obligés d’éteindre le feu, &,• après que la cuve eft refroidie, de tranfporter l’huile dans une autre chaudière pour recommencer leur opération.
- Pour faire une cuite de cinquante quintaux de Savon blanc, il faut, en été, quarante barils & demi d’huile, au lieu qu’en hiver quarante barils fuffifent. Cette plus grande quantité d’huile qui entre en été dans une cuite qui produit cinquante quintaux de Savon, vient de ce qu’il faut en hiver plus de leffive pour
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- achever une cuite de Savon, que les huiles font plus épaiiïes lorfqü’il fait Froid que par les chaleurs , & qu’en cet état elle prend plus de leffive que lorfqu il fait chaud.
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- D autres expliquent le fait plus Amplement ; ils prétendent que Thüile étant condenfée l’hiver, occupe moins de place qu’en été : de forte que quaranre barils d’huile condenfée par le froid, feroient quarante barils & demi fi elle écoit raréfiée par la chaleur. Effectivement on a remarqué quune jarre de huit -à dix barils qu’on a remplie d’huile en hiver , à laquelle on aura laifle un vuide de 4 pouces, fera pleine à renverfèr par-deflus l’été. Mais pour que ce raifônne-ment fut vrai, il faudroit mefurer l’huile, & non pas la pefer ; c’eft pourquoi il eft probable que la première raifon peut prévaloir.
- Pendant que la leffive des bugadieres s'écoule, le Maître-Fabriquant fait met-, tre dans une chaudière quarante barils d’huile qu’on a dépofee dans une pile P , PL //, fig. 3 & 4, qui eft entre les deux chaudières. Quand même cette huile feroit claire & lampante , pour purger encore les quarante barils d'huile qu’il a mis dans la chaudière, il fait deflous un petit feu Sc la fait bouillir à fec ou fans leffive , fi elle y a été mife claire Sc lampante ; mais fi elle étoit trouble , il fau-* droit verfet fur cette huile deux barils de leffive, Sc faire deflous un feu plus actif. Si elle étoit encore plus épaifle, ce qu’on appelle en Provence huile, grojfan, qui eft fi épaifle Sc crafleufe, qu’à peine peut - elle fortir du baril, il faudroit faire encore un plus grand feu , la faire bouillir plus longtemps Sc à gros bouillons avec la leffive qu’on y a ajoutée, qui, par fon acrimonie , fe précipite au fond de la chaudière, Sc l’huile fe trouve alors claire & lampante , flottant fur la lie ; ce qui fait qu’un Garçon de la Fabrique , avec une longue cafle ou une efpece de petit chauderon , puife l’huile claire, Sc la remet dans la même pile dont on l’avoit tirée pour la purifier. Quand elle eft toute puifée, il emporté la craffe, autant qu’il le peut, avec la même cafle longue qui lui a fervi à tranfva-ferl’huile; après quoi, avec une échelle, il defcend dans la chaudière qu’il nettoie Sc purge de toutes les immondices ; Sc ayant relevé cette échelle * il fait couler dans la chaudière moitié des quarante barils d’huile par le tuyau qui eft au bas de la pile ; de forte que quand il juge qu’il y a aflez d’huile, il fait rallumer le feu dans le fourneau, & fetvir la cuite de huit Ghauderons de leffive forte , fi mieux il n’aime la fervir moitié par moitié, ceft-à-dire , quatre chau^ derons de la première & forte leffive, Sc quatre chauderons de la fécondé, ce que l’on fait foivant que le Maître juge que les leffives font fortes ou foibles. Mais on ne fo fert jamais que des deux premières leffives. L’huile cependant bouillonne avec le peu de leffive qu’on y a verfé, & le Maître-Fabriquant eft attentif auprès de fa cuite pour obfèrver exactement les mouvements ; car c’eft fur les remarques qu’il fait au commencement de la cuite, qu’il décide dé ce qu’il conviendra faire dans la fuite. Cependant il fait verfor là refte des quarante barils d’huile dans la chaudière»
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- Il femble fingulier que toutes les cuites de Savon qui font conduites par un même Fabriquant, ne le foient pas uniformément ; à plus forte raifon différentielles chez différents Fabriquants; mais outre que fouvent elles different dans des points importants, mille circonftances obligent de varier les pratiquas.
- A mefure que la cuite s’avance 8c qu’elle fe met en pâte , elle jette des bouillies ou des ondes de pâte, en forte qu’à force d’en jetter elles couvrent l’huile : ceft une marque qu’elle a foif, c’eft-à-dire, que les huit chauderons de leffive dont on l’a fervie, font confommés. On juge encore qu’il faut lui donner de la leffive , quand il fort de la fumée épaifîe au travers du bouillonnement de la bouillie , ou que la pâte qui eft fur l’huile refte affaiffée & prefque fans mouvement ; alors le Maître-valet la fert de quatre chauderons de la même leffive forte dont il l’a fervie d’abord ; mais il faut qu’il la répande en arrofànt la fuperficie de la pâte ; car s’il la verfoit en un feul endroit, 8c , comme on dit, en pointe , la leffive froide fo précipitant au fond de la chaudière raréfieroifr & fourniroit des vapeurs qui feroient répandre la pâte par-deifus les bords ; au lieu qu’en la répandant comme par afperfion, elle s’échauffe 8c fe raréfie avant d’être au fond , fans produire aucun dommage.
- Ces quatre chauderons de leffive forte étant fucceffivementjettés dans la chaudière , le Maître-Fabriquant eft de nouveau attentif aux mouvements de fà cuite ; & lorfqu elle commence à indiquer par les mêmes fignes que nous avons rapportés, qu’elle a foif, il la fait abreuver de quatre chauderons de la même leffive forte : il continue de fournir peu-à-peu de cette leffive, jufqu’à ce que toute l’huile foit réduite en pâte.
- On connoît à la forme & à la grofïèur des bouillons quand la cuite eft toute empâtée. De plus, on remarque quil ne fe montre plus d’huile en aucun endroit ; & pour cela il faut employer toute une journée 8c la moitié de la nuit, quand les matières dont on a fait la leffive, font bonnes ; mais quand elles font défeétueufes , & que les leffives font foibles, on eft un jour 8c une nuit fins pouvoir empâter. Il faut fournir beaucoup plus de leffive, & la chaudière bout en huile quelquefois vingt-quatre heures : elle s’empâte à la fin ; mais ceft après y avoir pafle bien du tems, 8c confommé beaucoup de bois & de leffive.
- Pour connoître frla pâte eft bonne, bien liée 8c à fà perfeélion, le Maître-Fabriquant prend une efpece de fpatule d’un pouce 8c demi de largeur, de trois pieds ou environ de longueur, épaiffe à proportion, qu’il enfonce dans la pâte : il la releve & la laiffe refroidir ; puis il examine fi fà pâte eft bien liée, blanche 8c fans défauts, 8c s’il ne refte pas d’huile qui ne foit pas liée. Il ordonne alors qu’on force le feu pour la tenir en bouillon pendant toute une journée.
- L’huile étant réduite en pâte, comme nous venons de le dire, le Savon neft pas encore fait. Lorfque le Maître-Fabriquant connoît au bouillon ferré de la cuite que la leffive forte qu’il lui a fournie s’eft confommée, il lui fait donner encore dix autres chauderoas de leffive, & toujours de la forte : la pâte
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- qui étolt épaiIfe devient molle , ce qu’on appelle varie ; pouf lofs un Valet de la Fabrique va ranimer le feu dans le fourneau, pendant qu’un autre -Fournit à la chaudière de la leffive forte , lui en donnant d’heure en heure la quantité de dix chauderons ; il confomme ainfi toute la leffive forte qui fe trouve au récibidou, n’en réfervant que huit chauderons qui lui font néeellaires pour la liquidation de la cuite, ainfi que nous l’expliquerons.
- Les uns prétendent que le Savon en eft plus beau, Sc qu’on trouve mieux fon compte en commençant par faire prendre à l’huile toute la leffive forte. Les fentiments des Fabriquants font néanmoins partagés fur ce point : chacun fuit une pratique qu’il a adoptée.Tous conviennent qu’on peut faire de bon Savon eri fuivant telle ou telle méthode; mais chacun prétend que la fienne eft préférable.
- Quand la cuite a confomme toute la leffive du premier récibidou , qui eft là forte , ce qui dure un jour Sc demi ou deux jours, fuivant la qualité des matières qui ont fervi'à faire la leffive ; alors elle flaque y en terme de Fabrique, c’eft-à-dire, qu’elle s’affàifie , qifelie s’afîoupic Sc refte comme immobile dans la chaudière , ce qui fait connoître qu’elle prend fà nourriture ; Sc quoiquImmobile , elle bout de cette forte trois ou ] atre heures*
- Quand une cuite eft foible à fon flaquier , elle jette par fois de gros crachats de trois à quatre onces de pâte aux parois de la chaudière ; alors on modéré un peu le feu. Quand la cuite he marque point de foibleflè , elle eft bien ouverte & nette au bouillir.
- Quelquefois une cuite de Savon ouverte ne peut bouillir ; alors le Maître fait jetter cinq à fix chauderons de leffive recuite : on appelle ainfi la leffive qu’on tire de la chaudière , après qu’on en a levé le Savon pour le mettre aux mifes^ On en conferve dans des jarres ou piles pour s’en fervir au befoin ; mais, comme on voit, elle n’eft pas toujours néceflàire.
- Quand la cuite, avec ce petit feu, a bien bouilli l’efpace de deux à trois heures, Sc que le Maître s’apperçoit qu’elle fe reffèrre, ilia fait fervir de quinze chauderons de la féconde leffive : c’eft ce qu’on appelle Y humecter. Alors elle fé met en fonte, & fe convertit en pâte roulfe, fi elle fait fon devoir ; mais cette roulfeur change demi-heure après, Sc devient blanche : par-là on connoît que le Savon n’a pas fa nourriture ; on continue de redoubler le feu du fourneau pour lui faire confommer la leffive, Sc lui en faire prendre la fubftance ; Sc quand le Maître juge que l’humidité quelle avoit s’eft diffipée , ce qu’il conçoit parfaitement bien, en prenant un peu de cette pâte dans le creux de la main, qu’il contourne fouvent avec le bout du pouce pour en examiner fhumi-dité , la cuite Sc la beauté ; s’il n’y trouve pas les qualités requifès, il fait verfet deflus trois chauderons de la leffive la plus forte, qu’il s’eft réfèrvée pour s’en fervir au befoin. Il fait rebouillir trois à quatre heures fà cuite avec un feu rai-fonnablementfort, puis la fait encore fervir de quinze chauderons de la fécondé
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- leflîve. La pâte commence alors à redevenir ronfle ; & comme la cuite eft mïeuît nourrie au moyen de cet abreuvage , il fait redoubler le feu , & la fait bouillit aflez fortement pour que la matière monte julqu’aux bords de la chaudière ou campane , 8c on eft obligé de lui donner de 1 air en faifant remuer la pâte avec une longue perche qu’un Valet plonge dans la chaudière. Quand ce gros bouillonnement eft pafle, la cuite eft ordinairement en état d'être liquidée ; mais auparavant on la fait grener, ainfi que nous allons l’expliquer.
- Quand la pâte eft bien fondue , quelle a bouilli une demi-heure, elle devient blanche, ouverte ; en continuant le feu, elle fe defleche, & devient comme des grains de fel. Quand le Maître s’apperçoit qu’à caufe de la foibleflè dès matières , la continuation du feu ne la fait point grener, on lui fournit trois chauderons de leflîve forte, qui ne manque guere de la mettre en cet état. Si, en continuant le feu, on apperçoit que la pâte fe fend, quelle fe crevafle partout , même autour de la campane, le Maître en prend dans la main pour examiner fi elle eft bien cuite ; il goûte aufiî de la ieflive de la chaudière qui vient for la pâte ; (I elle a peu de laveur , il abreuve là pâte pour la liquidation , avec de la forte leflîve qu’il a confervée. Si , au contraire, elle eft forte & piquante, il arrofe la pâte avec de l’eau pure.
- C’eft à la fin de l’opération que le Maître doit redoubler d attention, pour que, fuivant les oblèrvations qu’il fait fur un peu de pâte qu’il pétrit dans fes mains, il décuife là pâte avec de la leflîve plus ou moins forte, il fafle augmenter ou diminuer le feu ; & il répété ces opérations quatre ou cinq fois, jufqu’à ce qu’il voye que toutes les parties de l’huile ayent été liées par le fel, 8c que l’eau des leflives eft fuffilàmment évaporée. Quand il lort de grofles fumées épaifles, il juge qu’il relie peu d’eau lous la pâte, & il fait fournir de la leflîve pour quelle ne le prenne pas au fond. Si Ion intention neft que de fondre là pâte pour continuer à la cuire, il emploie de la leflîve foible ; car la forte la feroit grener de nouveau. Lorfqu’en employant de la leflîve foible , la pâte devient trop molle , il fait augmenter le feu.
- Ce font ces différentes cuites 8c décuites qu’on donne à la pâte, qui s’appellent la liquidation ; le Maître-Fabriquant les conduit fuivant les obfervations qu’il fait fur là pâte , 8c il n’eft guere poffible de les décrire exaélement ; on ne peut qu’en donner une idée générale. Enfin quand le Maître trouve que la pâte fe lepare convenablement de la leflîve, 8c qu’elle eft bien liée, il la laifle re-pofer dans la chaudière un jour & demi ou deux jours ; après quelle eft fuffilàmment refroidie, on la porte for les miles, comme nous allons l’expliquer.
- Je remarquerai feulement que fuivant la façon de conduire la liquidation , bn retire plus ou moins de Savon, ce qui augmente ou diminue le profit de l’Entrepreneur. En travaillant nuit & jour, on peut, dans une Fabrique bien conduite, faire avec deux chaudières, trois cuites de Savon par fomaine. Nous avons fuppofé qu’on faifoit une cuite de quarante barils d’huile j mais il eft
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- fenfible qu'on en fait de moindres & aufli de plus fortes. Les quarante barils, comme nous favons dit , doivent fournir cinquante quintaux de Savon , en employant dix-fept à dix-huit quintaux de matières pour faire les leffives, & on confomme environ foixante-dix quintaux de bois.
- La qualité de fhuile eft fort indifférente pour faire de bon Savon ; il fufEt qu’elle foit claire , lampante & bien épurée.
- Dans certaines Fabriques on parvient, par différentes fraudes , à augmenter le poids du Savon 5 nous allons en dire un mot.
- XIII. Fraudes de quelques Fabriquantst
- Celle qui eft la plus difficile à appercevoir, eft , lorfque le Savon eft cuit & entièrement liquidé dans la chaudière, de faire boire à la pâte plufleurs chau-derons d’eau claire, quon remue bien & qu’on incorpore avec la pâte, en forte que cette eau ne paroiffe pas : elle rend même le Savon plus blanc ; & ce n’eft qu’à la fuite du temps qu’on s’apperçoit de la fraude : car un quintal de Savon acheté & pefé à là Fabrique , & repefé huit jours après, aura perdu vingt ou vingt-cinq pour cent de fon poids par l’évaporation de cette eau étrangère; au lieu que s’il n’avoit pas été ainfi humeété, on pourroit le laiffer des mois entiers au fec fans qu’il diminuât de plus de trois ou quatre pour cent : d’où il fuit que cette fraude ne peut être utile au Fabriquant, que quand il peut vendre promptement fon Savon.
- D’autres augmentent le poids du Savon en mêlant à ia pâte de la poudre de chaux bien blanche & paflee au tamis. Il y en a qui fubftituent à la chaux de l’amidon ou de la farine. Ces additions n’occafionnent aucun déchet ; mais on s’en apperçoit en blanchiftant le linge. Pour reconnoître cette fraude, on fait fondre dans un petit chauderon fur le feu, deux ou trois pains de Savon qu’on a coupés par petits morceaux, 8c on verfe deffus de la lefîive forte. Quand le Savon eft refroidi, on le tire du chauderon, 8c on prouve au fond les fubftancesi étrangères qu’on a introduites dans la pâte pour en augmenter le poids. De plus y ü le Savon a été fait loyalement, après l’épreuve dont nous venons de parler , on trouve une augmentation de poids produite par les fels de la leffive ; au lieu que fî on y avoit introduit de l’eau , on trouveroit vingt ou vingt-cinq pour cent de déchet.
- Enfin d’autres fophiftiquent encore le Savon en y introduifimt du fel marin; Nous aurons occafion d’en parler dans la fuite.
- Je vais expliquer ce que c’eft que les mifes, Sc comment on y met la pâte de Savon,
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- XIV. Des Mifes ; (ÿ* comment on y met la Pâte de Savon♦
- (Quand la pâte s’eft un peu refroidie dans les chaudières, & quelle s eft leparée de la leffive, on la tire avec des cuilliers de fer percées ; on la met dans des féaux, Se. on la porte dans de grandes & fortes cailles faites de planches ajuftées dans des membrures alïujetties par des clefs de bbis. Ces cailfes font placées fur de fortes plates-formes, de maniéré que la leffive qui s’en écoule puifle être recueillie dans un réfervoir. Les Savonniers nomment ces cailfes des Mijes : ils y placent fouvent une cuite entière de Savon, qui peut être de deux milliers. D’autres préfèrent de mettre leur Savon dans un nombre de petites cailles. Au bout de deux ou trois jours, quand la leffive eft écoulée & que le Savon eft endurci, on défait les clefs qui retiennent les planches des mifes, &,fic’eft du Savon blanc , on le coupe par tables de trois ou quatre pouces d’épailîeur avec un fil de laiton , comme on fait le beurre aux marchés : on en fait des tables telles qu’on les voit dans les cailles chez les Epiciers. Avant d’encaifler ces tables, on les pôle fur un plancher par la tranche , pour les lailîer s’affermir pendant quelques jours. L’hiver eft la faifon la plus favorable pour travailler le Savon. Cette opération fe fait différemment dans les différentes Fabriques , ainfi que nous allons l’expliquer.
- La planche du devant des mifes étant à coulifie, peut fortir. Ces cailles ont ^ à io pieds de longueur, fur y à 6 de large , & 13 à 14 pouces de hauteur, fi elles font deftinées pour le Savon marbré ; fi l’on doit y mettre du Savon blanc , elles ont feulement 6 pouces de profondeur.
- Il faut que le fond foit incliné, pour que la lelfive que le Savon rend, s’écoule par des trous qui répondent à une gouttière aboutiflant dans un réfervoir ; car cette lelfive , qui ne laiife pas d’être forte , rentre dans la bugadiere.
- Dans les Fabriques de Marfeille, on drelfe vis-à-vis les bugadieres, fi la grandeur de la Fabrique le permet linon au premier étage, des elpeces de cailles qu’on nomme Mifes, 13 , PL III, ou N O, PL IV. On les fait de 3 pieds de largeur , & les plus longues qu’il eft polîîble : elles fervent pour y étendre la pâte ou le Savon cuit, quand il a pris fon droit a la chaudière, c’eft-à-dire, quand il eft en état d’y être étendu, & que la cuite étant achevée, il s’y eft un peu refroidi. On eft quelquefois deux jours fans pouvoir l’étendre dans les miles, fur-tout l’été. /
- Le Maître-Fabriquant, avant d’étendre le Savon aux mifes, y fait un plancher de quelques lignes d’épaiffieur avec de la poudre de chaux blanche, qu’on a paffée dans un tamis à demi-fin ; on unit cette couche avec une batte , qui eft un bout de planche au milieu de laquelle il y a un long manche, pour pouvoir la manier commodément. On applanit donc avec cette batte la poudre de chaux au fond des mifes, & on étend deffus la pâte de Savoft, comme nous allons l’expliquer.
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- Les Serviteurs de la Fabrique apportent cette pâte dans des chauderons de cuivre Y9 Pi» I > ou des baquets de bois T; Sc à mefore que le Fabriquant a fait couler tout doucement fur les mifes deux ou trois chauderonnées de pâte ,
- ' il les applanit Sc unit avec une plane de bois L , PL I.
- La pâte ou le Savon relie un jour Sc demi ou deux jours aux mifes avant d’être fec Sc en état d’être levé , lorfqu’il Fait froid ; & en été il faut trois à quatre jours y parce que la chaleur de l’air ramollit la pâte, Sc la tient, comme l’on dit, lâche ; c’eft aufli pour cette railon qu’on eft plus de temps en été à finir la cuite % Sc qu’il faut faire plus cuire la pâte qu’en hiver.
- On doit obferver ici que le Fabriquant, en étendant fà pâte aux mifes, peut faire fon Savon aufli épais & auflî mince qu’il veut ; & pour régler fon épaiffeur , il tient à la main une jauge de cuivre, qu’il enfonce dans fà pâte jufqu’à touchée les planches du fond de la mife ; Sc foivant que fà couche de Savon eft trop mince ou trop épailfe , il y fait ajouter de la pâte , ou il repouffe avec la plane celle qui y eft de trop ; en forte qu’il eft dans une continuelle agitation pour mefurer l’épai fleur & applanir la pâte au moyen de cette jauge , qu’ils nomment bûche d’airain. Il fait ainfi des pains de Savon de 18, 30 Sc 40 livres chacun , qui ne different pas l’un de l’autre d’une demi-livre.
- Le Savon étant fec Sc en état d’être levé des mifes, ce que le Maître-Fabri-quant connoît en appliquant tout doucement le doigt deiïus, Sc fe faifànt aider d’un Domeftique pour couper les pains égaux, il les marque avec une efpece de lateau N, qui a des dents de fer, PL 19fig. 4 ; ces dents font éloignées les unes des autres d’une diftance pareille à l’épaifleur que doivent avoir les pains.
- Dans la plupart des Fabriques de Marfeilie, on pofe au milieu de la mife une longue réglé de bois B 3 PL I, fig. 4 , Sc avec un petit couteau tranchant on marque un trait fur le Savon dans toute fà longueur & au milieu de la mife : ce trait indique la largeur que les pains de Savon doivent avoir ; enfuite avec une réglé courte qu’il pofe perpendiculairement fur le trait dont nous venons de parler, il marque la longueur des pains ; en forte que dans la largeur de la mife il n’y a jamais que deux largeurs de pains de Savon , & dans la longueur il y aura quelquefois cinquante & cent pains, félon quelle eft plus ou moins longue ; alors le Maître-Fabriquant prend un couteau de fabrique qui eft fort mince Sc tranchant, & qui a un long manche de bois ; il s’affied fur le Savon tracé, comme on le voit aux mifes O, N9 PL IV ; il enfonce fon couteau dans le trait qu’il y a fait, & appuyant le manche du couteau fur fon front, fi le Savon eft épais, Sc faififlànt le manche des deux mains près de la lame , il fuit & coupe le Savon d’un bout de la trace à l’autre : il en fait de même en travers ; après quoi il tire un petit bout de chevron qui eft à l’extrémité de la mife, appelle fauque, Sc avec une truelle de Maçon, ou une pelle de fer M, Pi» 15 il 1 enfonce entre le plancher & la fleur de chaux qu’il a étendue for la mife. Il releve les pains de Savon dans leur entier, Sc à mefore un Domeftique de Fabrique
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- les met en pile l’un fur l’autre jufqu’à io ou 12 pieds de hauteur , ce qui peut contenir trente à quarante pains de Savon, fuivant qu ils font plus ou moins épais. Il eft fenfible que plus la couche de Savon eft épaiffe , plus elle refte de temps aux mifes pour y prendre fon droit. Or, on doit faire les pains de différentes grandeurs, fuivant les lieux où on les envoie. Pour la Provence, on n’envoie pour lordinaire que des pains de l’épaiffeur de 5 pouces ou environ , qui pefent plus de cinquante livres chaque. Il y a eu un temps où l’on n’en-yoyoit à Lyon que des pains de 3 pouces ou environ , qui pefoient depuis trente-trois jufqu’à trente-fix livres chacun ; maintenant on en envoie qui pefent cinquante à cinquante-cinq livres. Ceux qu*on deftine pour le Languedoc , n’ont que 2 pouces 8c même moins , & ne pefent que dix-huit, vingt & vingt-cinq jufqu’à trente-cinq livres.
- On n’envoie à Bordeaux que de petits pains de Savon coupés, qu’on appelle façon de Gayette : iis font d’environ 8 pouces de long, 3 pouces & demi de large , & 2 pouces 8c demi d’épaiffeur. Les Savons blancs viennent ordinairement à Pa ns par tables ou par morceaux presque quarrés-longs , qu’on appelle petits pains. Les tables ont 3 pouces d’épaiffeur, fur un pied & demi de long , 8c rj pouces de large: elles pefent vingt à vingt - cinq livres. Les Marchands détailleurs les coupent en plufieurs morceaux longs & étroits, pour en faciliter le débit.
- Les petits pains pefent depuis une livre 8c demie jufqu’à deux livres.
- Les tables 8c les petits pains font une même efpece de Savon fous différentes formes.
- Les Savons en tables s’envoient dans des caifles de fapîn du poids de 3 à 400 livres. Les Savons en petits pains viennent par caillés, auffi de bois de lapin,' appellées tierçons, Sc par demi-caiffes du même bois. Les tierçons pefent envi* ron 300livres : la demi-caiffe pefe 180 livres.
- Les Savons marbrés font en petits pains quarrés-longs d’une livre & demie à 3 livres , 8c fe mettent dans des caiffes comme les Savons blancs.
- On parvient à couper aifément ces pains au moyen de ce qu’on appelle un modelé de fabrique. Pour s’en former une idée, il faut imaginer une table P, TL IV, folidement établie fur quatre pieds. Elle eft d’environ 12 pieds de longueur : elle a à fon extrémité un caiftbn égal à la dimenfion d’un pain de Savon * dans lequel on enferme trois à quatre pains. Ce caiftbn eft attaché fermement à cette table par des équerres de fer. Ses deux grands côtés font refendus de traits de feie , en forte que de quatre en quatre pouces on puiffe y paffer un gros fil d’archal, avec lequel on coupe les pains de Savon dans toute rétendue du caif* fon; & quand ils font coupés en long de l’épaiffeur de 4pouces , jufqffau bout de la table 9/on ouvre le caiftbn, on en tire le Savon coupé en long ; 8c fi Ton veut avoir des pains façon de Gayette , on les coupe de travers avec un couteau mince7; de forte que d’une bande on en fait plufieurs parallélépipèdes.
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- Quand le Savon efl; coupé, un Serviteur enleve les morceaux de deflus la table & les met en tour, c eft-à-dire, fur le plancher, mettant les morceaux de Savon les uns à côté des autres pour former le rond qu’on nomme tour ; on laiiîe un peu de jour à chaque extrémité des pains, pour qu’ils puiffent être plutôt fecs, ce qui exige quelquefois un jour & demi ou deux jours. Enfuite on applique la marque du Fabriquant fiir les quatre faces : quelquefois cette marque porte le nom du Fabriquant ; alors le Savon refte à la place ou on Ta mis juf qu'à ce qu'on l'encaifle.
- Il efl: à propos de remarquer que les pains de Savon quon a levé des mifès , font auffi marqués de la même marque du Fabriquant aux endroits qui ont été coupés, & cela dès qu'ils ont été mis en pile ; & afin que la fleur de chaux qui efl: encore attachée à chaque pain de Savon , ne s'enfonce pas dans la pâte , ce qui arriveroit fi on les mettoit ainfi poudrés en pile , un Serviteur , avant de les y mettre, a le foin, dès qu’on les a levé des mifes, de les épouflèter l'un après l'autre avec un balai de palme fort doux & fouple, en forte qu'ils font auffi unis deflbus que defliis ; les pains entiers font portés dans les magafins de la Fabrique. Voilà ce que nous avions à dire du Sayon blanc: il faut maintenant parlée du Savon marbré.
- XV. Maniéré de faire le Savon marbré.
- L e Savon marbré efl:, comme l'on fût, veiné de taches bleuâtres & rouges : il efl: auffi plus dur que le blanc ; pour cette raifon on le préféré pour le tranfi-porter dans les pays chauds ; de parce qu'il efl plus chargé de fei , il efl: eftimé meilleur que le blanc pour les groflès leffives.
- Pour faire ce Savon, on prend, par fuppofition, 20 Cornudes de la fécondé leffive de barille, que l'on jette dans la chaudière avec jo jufqu'à 70 milleroles de bonne huile d'olive. On conçoit bien que qes quantités dépendent de la grandeur de la chaudière.
- On met enfuite le feu au Fourneau pour faire bouillir la matière, qui, aprè# cinq ou fix heures de temps, commence à pouffer au-deffus des flots de leffive. Lorfqu’elle a bouilli ainfi pendant vingt-quatre heures, & que la matière commence de fe lier, on y jette dix autres cornudes de la même leffive, &, en foute* nant toujours l'ébullition, on continue d'y ajouter par intervalle tantôt cinq, tantôt dix cornudes de leffive, fuivant qu'on voit que la matière efl: plus ou moins liquide, & cela jufqu'à ce qu’on voye quelle ne pouffe plus au dehors des flots de leffive, ce qui marque que l'huile efl: incorporée avec la leffive, & que ces deux fubftances ne font plus qu'un même corps. Après cette manœuvre, qui fe fait ordinairement en deux jours, on jette dans la chaudière 40 livres de cou-perofe, qu'on a délayé avec cinq ou fix cornudes de la fécondé leffive de bourde : pour que la couperofe pénétré dans toute la maffe de Savon, on l'entretient toujours bouillante jufqu'à ce quelle devienne noire ; alors on difcontinue le Savon. I
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- feu, 8c oft laifïe itepofer la matière pendant deux heures; puis on fait écouleï par l'épine toute la leffive qui ne s'eft point incorporée avec l'huile ; & ayant refermé ce canal, on remet le feu au fourneau comme auparavant, Sc Ton jette en même temps dans la chaudière environ 60 cornudes de leffive de diverfes ‘ qualités, dont la pâte prend la fubftance en bouillant pendant environ vingt-quatre heures, au bout defqueffes on tire encore la leffive qui refte au fond de la chaudière ; ce que l'on continue toutes les vingt-quatre heures, en obfer-vant d’ôter chaque fois le feu du fourneau, pour laiffer repofer la matière avant que d'ouvrir le trou de l’épine, pour que le Savon fe divife Sc fe fépare de la leffive, fans quoi il fordroit avec la leffive, Lorfque la matière a bouilli pendant 9 ou ro jours, Sc que l'on fent, par une odeur de Savon, qu elle eft fuffi-fitnment cuite, on ôte le feu du fourneau, Sc l'on fait écouler comme auparavant , par le trou de l'épine, la mauvaife leffive ; on prend enffiite environ io ou ia livres de brun rouge, ( quelques-uns prétendent qu'on y mêle de l'orpiment ,) on détrempe ce brun dans une cornude avec de l'eau commune; on jettè cette couleur fur la matière ; & après avoir mis une planche en travers fur le milieu de la chaudière , il fe met deffus deux Ouvriers, qui ont chacun une grande perche à fextrémité de laquelle eft attaché un bout de planche de io pouces en quarré : ils mêlent la matière avec cet infiniment D, PI. ï, fig. 4^ pendant environ une heure, tandis que d'autres Ouvriers jettent dans la chaudière , d'intervalle à autre , jufqu’à cent cornudes de différentes leffives des qua* lités que le maître-Vaiet juge à propos d'y mettre ; & cela pour rendre la matière marbrée ; ce qui fe fait en pouffant cette perche jufqu'au fond de la chaudière , Sc la retirant brufquement, pour que la leffive puiffe pénétrer par-tout, Sc faire une marbrure égaie. Comme l'huile eft raffafiée de leffive, celle qu'on ajoute ne fert prefque qu'à rendre la pâte liquide.
- Après cette manœuvre , on tire la matière avec des féaux de cuivre ou poêlons , & on la jette dans les mifes pendant qu'elle eft encore chaude, pour former les pains de Savon, qui durcit dans les mifes à mefure que la matière fe refroidit ; c’eft pour cela qu'on eft obligé de l'y laiffer dix ou douze jours en été, au lieu qu'en hiver trois ou quatre jours fuffifènt pour qu'il foit en état d'être coupé en grands pains, ce qui fe fait avec le grand couteau de fabrique S, PL 19fîg. 4 ; il eft gouverné par un Ouvrier qui le tient par le manche, tandis qu'un autre le tire par l'autre bout avec une corde. Ces grands pains, qui font des parallélépipèdes de 16 pouces de largeur, fur 7 d'épaiflèur, font recoupés en-fuite en 24 petits pains avec l’inftrument V.
- Il eft à obferyer que pendant que le Savon fè refroidit dans les mifes, il en fort beaucoup de la leffive qui n’a été mife que pour le rendre marbré: elle s'écoule par des petits trous qu’on laiffe exprès au bas des mifes; cette leffive n’ayant pas perdu toute fa force, peut fervir encore à faire d'autre Savon ; & cela prouve que l’huile eft chargée de fel autant qu’elle le peut être, ce qui fait que ce Savon eft très-folide.
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- , XVI. Notes fur la proportion des fubjlances qui entrent dans le Savon»
- Une millerolle d’huile d'olive eft une jarre ou un vafè de terre vernifle Z j PL 4 » qui contient communément foixante pintes mefure de Paris, ou 113 à 118 livres d’huile poids de marc, plus ou moins, fuivant qu elle efl pure Sc claire ou chargée de lie.
- Chaque millerolle d'huile de cette capacité, doit produire Ï20 livres, poids de marc , de Savon blanc ou marbré ; par conféquent dans une cuvée de Savon marbré, où il entre 70 millerolles d’huile, on doit obtenir 126 quintaux de Savon, pendant qu’une cuvée de Savon blanc, où il n’entre que trente mille-ïolles d’huile, n’en produit que y 4 quintaux. La railbn efl:, à ce qu’on prétend , parce que dans celle-ci on n’ouvre point l’épine pour laiffer couler la leflîve ufée, que toute la leffive qu’on y met doit entrer dans le Savon ; & que fi l’on mettoit autant d’huile que pour le Savon marbré , les matières venant à fe gon* fier en bouillant, elles fe répandraient par-deflùs les bords de la chaudière , Sc on fait pour cette raifon moins cuire l’huile pour le Savon blanc que pour le marbré.
- U faut pour le Savon blanc 100 livres, poids de marc , dé cendre ffAlicante par chaque millerolle d’huile ; Sc pour le Savon marbré, on emploie pour chaque millerolle d’huile 100livres de barille & 100 livres de bourde. Voilà l’ufage de quelques Fabriques ; mais pour avoir quelque chofe de précis, il faudrait employer pour une épreuve, le fel qu’on peut retirer de la cendre , & celui qu’on peut obtenir de la barille Sc de la bourde ; c’eft auffi ce qu’a fût M* Geoffroy, dans les expériences que nous allons rapporter.
- Suivant M. Geoffroy, 115 livres d’huile étant combinées avec fuffifànte quan-tiré de leffive, fourniffent 180 livres de Savon: d’où il fuit que dans cette quantité de Savon il y a 65 livres de fel de fou de, de chaux & d’eau; Sc il com clud de plufieurs expériences, qu’une livre de Savon d’une bonne confiftance, contient à peu-près 10 onces un gros 54 grains d’huile, 4 onces 3 gros40 grains de fel, Sc une once 2 gros 48 grains d’eau.
- Mais pour avoir quelque chofe de plus exaét, M. Geoffroy a calciné deux onces de bon Savon, Sc il lui efl refté 96 grains de fel très-fec ; il y a ajoute $6 grains d’eau, Sc il a eu 2 gros 48 grains de fel cryftalliJe, ce qui établit la quantité de fel contenue dans deux onces de Savon.
- Pour connoître combien cette même quantité de Savon contient d’huile , il a fait difloudre deux onces de ce Savon dans trais demi-feptiers d’eau ; & pour ravir à l’huile fon alkali, il a verfé de l’huile de vitriol fur cette diffolution ; & ayant étendu ce mélange dans de l’eau chaude , il a retiré une once 3 gros 20 grains d’huile.
- Ainfi M, Geoffroy a trouvé par cette analyfe, que deux onces de Savon
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- d'Alicante contiennent deux gros 48 grains de fel de fbude, une once 3 gros
- 20 grains d'huile d'olive, & 2 gros 4 grains d’eau.
- Quand M. Geoffroy a fait ces expériences avec du Savon fait avec du fel de fbude, l’acide vitriolique lui a donné du fel de glauber ; quand il a employé du Savon fait avec de la potaffe , l’acide vitriolique lui a donné du tartre vitriolé*
- Dans l’un & l’autre cas, l’acide vitriolique a fait avec la chaux un fel pierreux.
- En conféquence de ces principes, M* Geoffroy s’eft propofe de recompofer du Savon ; & ayant fait fondre dans deux onces d’eau de chaux, trois gros de cryftaux de fbude , Se une once 4 gros 49 grains d’huile d’olive , après quelques jours de digeftion , il a eu du Savon en pâte, mais d’une odeur beaucoup moins défàgréable que le Savon ordinaire»
- XVII. Manière de faire du Savon a froid ; & quelques moy ens qui tendent cl économifer les fubjlances dont on retire les Lefjives»
- Une perfonne s’étant propofé d’établir une Savonnerie dans laquelle elle feroît du Savon à froid, fans lui donner aucune cuiflon, j’acceptai la propofîtion qu’elle me fit d’en faire de cette façon dans mon laboratoire. Je pris pour cela huit jarres ou grands pots de grais, au fond defquels je fis un petit trou ; j’emplis tous ces vafes de fonde Se de chaux vive pulvérifées & mêlées enfemble à la dofe qui eft en ufage dans les Savonneries ; je verfài de l’eau fur le premier pot, & je confervai la leffive qui couloit par le trou qui étoit au bas du pot, tant que par l’épreuve de l’œuf je reconnoiffois quelle étoit forte ; mais quand elle de-venoit foible , je la yerfois fur le fécond pot : je confervois la leffive du fécond pot tant quelle étoit très-forte, puis ce qui en venoit étoit mis fur le troifleme pot, Se ainfi fucceffivement fur les huit pots, faifant paffèr toujours la leffive de l’un dans l’autre ; mais j’avois grand foin de ne conferver que la leffive qui étoit très-forte , Se toutes les foibles leffives qui venoient des différents pots,1 étoient confervées à part pour les verfer fur les pots lorfqu on les auroit remplis de nouvelles matières.
- L’Entrepreneur vint, & fit le mélange de cette leffive qui étoit fort âcre avec de l’huile fort claire, mais un peu grafle, obfervant une dofe convenable ; au bout de deux ou trois jours, il s’étoit formé fur un peu de leffive qui étoit au fond, une pâte de Savon ; & ayant retiré la petite quantité de leffive qui étoit deffous , j’ai eu, après une huitaine de jours, un Savon affez ferme, à la vérité un peu gras, mais fort bon. Il refte à favoir s’il y a de l’économie à fuivre cette méthode ; il eft vrai qu’on n’emploie pas de bois ; mais je crois qu’on ne retire pas des matières falines tout ce quelles contiennent de fel ; & il eft important , pour réuffir, de n’employer qu’une leffive très-forte. Ainfi je crois qu’on perd plus fur les matières fàiines, qu’on n’économife fur le bois. Je fais
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- le même reproche à la méthode des Savonniers qui retirent leur leflive dahs les bugadieres : ils n’emploient que de l’eau froide, qui ne peut pas extraire tout le fel; aufïl eft-il certain que les matières qu’on rejette en font encore très-chargée$, puifqu’elles font âcres ; d’un autre côté les leflives qu’on fait couler des chaudières & qu’on rejette , ont auffi de l’âcreté. C’eft pourquoi * comme je l’ai déjà dit, je crois que les Fabriquants pourroient retirer une bonne leffive des matières qu’ils rejettent, en confervant pendant long-temps ce qu’ils tirent des bugadieres , fous des halles fort aérées, puis les mêlant avec de nouvelle chaux f 8c les faifant calciner comme nous avons dit qu’on faifoit la po-taile, les pilant de nouveau fi on le jugeoit néceflàire, & les arrofant dans les bugadieres avec les lelfives qu’on retire par l’épine du fond des chaudières. Ces leflives, qui ont encore del’aélivité, difloudroient les fols fi on les verfoit chaudes dans les bugadieres. Toutes ces opérations pourroient fe faire avec allez d’économie , fi l’on fo forvoit du fourneau repréfonté PL I i , 2 & 3 ; le feu qu’on feroit fur la grille G, calcineroit les matières qu’on mettroit dans la chambre I, fië% 3 5 m^me feu chaufferoit les vieilles leflives qu’on mettroit dans les chaudières LyZ; & les cendres qui tomberoient dans le cendrier F9 pourroient être mêlées avec de la chaux, puis calcinées avec les autres matières dans la chambre /, 8c être employées utilement en les mettant dans les bugadieres.
- Dans quelques endroits les Savonniers vendent leurs leflives grafles aux Blan-chifleufes. Je crois qu’ils auroient plus de profit en les employant eux-mêmes.
- Ce que nous venons de dire s’accorde à merveille avec une épreuve qu’a faite M. Geoffroy, 8c que nous allons rapporter.
- XVIII. Procédé de M. Geoffroy pour faire, à froid du Savon folide.
- Pour faire la leflive , M. Geoffroy a pris cinq livres de chaux vive fortane du four, dix livres de bonne foude d’Alicante pulvérifée 8c paflëe au tamis de crin.
- Ayant partagé la foude 8c la chaux en deux parties égales, il mit la chau* concaflee dans des terrines de grès , 8c la couvrit avec la foude pulvérifée.
- Il verfa fur ce mélange de l’eau chaude pour faire fufor la chaux ; enfuite il agita ce mélange avec une fpatule de bois blanc : il employa pour chaque terrine environ huit pintes d eau.
- Il laiflà les terrines en cet état pendant 12 ou 15 heures ; puis il filtra la leflive par un papier gris.
- Il mit enfuite le marc dans une marmite de fer bien nette, avec dix pintes d’eau, qu’il fit bouillir une heure, puis la filtra comme l’autre leflive > par la papier gris, & conforva à part cette foconde leflive.
- Comme ces leflives n’étoient pas allez fortes pour faire du Savon à froid, il mit cette foconde leflive, qui étoit déjà aflez forte, dans une marmite de fer, Savon. K
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- bien nette, pour la concentrer par l'ébullition , & à mefure quelle s’évaporoit il la faifoit remplir avec la première leffive qui avoit été tirée à froid ; ce que Ton continua jufqu'à ce qu'il fe fût formé une pellicule faline fur la liqueur.
- Cette leffive devint noire à caufe qu’elle avoit attaqué le fer de la marmite ; mais ce n'eft pas un inconvénient ; fl en cet état de concentration on en verfoic une goutte fur un morceau de verre, elle fe congeloit fur le champ.
- On trouva au fond du vafe un fel cryftallifé par lames , qui étant fondu dans un creufet, donna une bonne pierre à cautere.
- Quand la leffive fut à ce degré de concentration, on la laifîà un peu refroidir , puis on fentonna dans des bouteilles qu’on tint bien bouchées, pour que cette leffive , qui eft avide d'eau, n'afpirât pas de l'humidité de l'air, ce qui l'auroit affoiblie.
- Voilà ce qui regarde la préparation de la leffive ; & l'on doit remarquer que par l’ébullition on a retiré des fels qui ne s'étoient pas diflous dans l'eau froides Comme cette leffive étoit deftinée à faire du Savon fans feu , il étoit important qu'elle fût très-concentrée , 8c elle l’eft quand il fe cryftallifé du fel au fond des vafes , où on la laiffe perdre une partie de fa chaleur. Ayant fait cette opération dans des terrines de grès, M. Geoffroy eut une leffive couleur de paille , quoi-qu'autant concentrée que celle qui avoit été évaporée dans la marmite de fer ; & en cet état, elle eft propre à faire du Savon blanc.
- Pour faire le Savon, M. Geoffroy verfà de cette leffive dans une jatte de faïance , & y ajouta deux parties de bonne huile d'olive; en l'agitant avec une Ipatule de bois blanc, il vit fur le champ le mélange prendre une confiftance femblable à du beurre ; il tint ce vafe dans un lieu fec 8c un peu chaud, ayant foin de remuer de temps en temps le mélange : au bout de cinq à fix jours le Savon prit fa conflftance, & il étoit en état d'être mis aux miles pour achever de le deffécher, ce qui fe fit en quinze jours.
- Comme dans les Fabriques il faut vifer à l’économie , je penfe en général, que le Savon qu'on fait làns feu doit coûter plus que l'autre, & que les moyens que M. Geoffroy a employés pour faire là leffive n'y feroient pas praticables ; mais on produira à peu-près le même effet, làns augmenter beaucoup les dé-* penfes, en employant les moyens que j'ai propofé plus haut.
- Pour les Savons dont nous avons parlé , nous avons dit que l'huile graffe avoit plus de difpofition à fe lier avec les fels alkalis, que celles qui étoient très-cou-* lantes ; mais quil falloit qu'elles fuffent claires, 8c, comme difent les Savonniers , lampantes. Nous avons dit comment on paffoit à la chaudière celles qui étoient fales ; mais pour tirer parti des lies dans les Fabriques où l’on fait de beau Savon, on les raffemble dans une cuve ou une pile, dans un lieu affez chaud pour que l'huile ne fe fige pas ; la lie épaifle fe précipite au fond , & on ramaffe l'huile claire qui fumage pour la faire entrer dans le bon Savon ; mais pour des Savons de moindre qualité, on cuit le tout en Savon, principalement
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- quand on fait des Savons en pâte, qu’on appelle noirs. Il y en a qui vont dans les villages acheter des lies pour en faire des Savons communs, qui communément fe vendent en pâte.
- M. Geoffroy, qui, comme nous venons de le dire, a fait des recherches for le Savon, penfe, comme tout le monde, que toutes les huiles graffes quon unit par digeftion ou par ébullition à une lefîîve de fels alkalis, concentrée Sc rendue cauftique, fait du Savon ; mais il ajoute que toute huile grafte ne le donne pas en forme feche comme celui qu’on fait à Alicante Sc à Marfeiile ; il prétend qu’on ne fera jamais que du Savon en pâte avec l’huile de lin, quoiqu’on emploie une lefïîve très-concentrée ; cette huile fe grumele, dit-il, & ne fe congelé point par le froid, comme le font les huiles d’olive Sc de lin. Or, fuivanc lui , les huiles qui fe gelent aifément, font propres à faire les Savons folides. On a vu que dans les Fabriques, il arrive quelquefois que le Savon fe grumele dans les chaudières, Sc que les bons Fabriquants parviennent à le réduire en pâte. J’ai fait du Savon en pain & affez dur, avec des huiles de graines ; néanmoins je me garderai de nier ce que M. Geoffroy avance ici, n’ayant pas fait afïez d’expériences pour éclaircir ce fait, Sc n’ayant jamais employé de l'huile de lin pour faire du Savon. Quoi qu’il en foit, après avoir fuffifamment détaillé la façon de faire les Savons en pain, je vais rapporter Gomment on fait le Savon en pâte qu’on nomme communément le Savon noir ou liquide.
- XIX, Du Savon tendre & en pâte.
- Ces Savons fe font comme ceux en pain, avec des huiles, des fels alkalis Sc de la chaux.
- On fait beaucoup de ces Savons en Flandres Sc en Picardie, probablement parce qu’on recueille dans ces Provinces quantité de graines dont on retire l’huile.
- Il y en a de grandes Fabriques à Lille ; on en fait auffi à Abbeville, à Amiens Sc à Saint-Quentin ; entre ces trois différents endroits, c’eft celui de Saint-Quentin qu’on eftime le plus, puifqu’il fe vend 17 livres , pendant que celui d’Amiens ne fe vend que 1 y livres, Sc celui d’Abbeville encore moins : on en fait encore en plufieurs autres endroits ; mais j’ignore quelle eft leur qualité.
- XX, Des huiles qii on emploie pour faire le Savon en pâte.
- Les Fabriquants conviennent unanimement qu’ils peuvent faire de leur Savon avec toutes fortes d’huiles ; mais celle d’olive eft trop chere ; celle de poiffon fait un Savon d’une odeur très-défagréable. J’en ai fait pour expérience avec des graiffes : il étoit affez beau, & avoit peu d’odeur ; mais pour cela il
- faut employer de belles graiffes, & elles font très - cheres ; les petits fuifsr Sc
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- les vieilles graiffes font de vilain Savon, qui refte toujours tendre > Sc fent
- mauvais.
- Comme les huiles de noix, de pavot, de lin, s’emploient pour les peintures, elles font communément trop cheres pour être converties en Savon. Ainfi dans les Fabriques dont il s’agit, on n’emploie guere que les huiles de Colza , deche-ne vis & de navette, &c. Je répéterai encore ici que les huiles grades Sc épaiffes s’incorporent plus aifément avec les fels, que celles qui font fort coulantes,
- XXI. Des S e/s qu on emploie pour faire le Savon en pâte.
- Les Fabriquants redoutent les febftances qui contiennent beaucoup de fels moyens ; c eft pourquoi ils ne font point ufage de la Soude de Varech, dans laquelle il y a beaucoup de fel marin.
- Quelques-uns prétendent que la foude de kali ne leur convient pas, parce qu elle rendroit leur pâte trop ferme ; outre que je ne regarderois pas cela comme un défaut, il me paroît qu’en cuifànt moins le Savon , on parviendroit à avoir une pâte qui ne feroit point trop ferme ; mais la vraie raifon qui empêche les Savonniers d’employer les Soudes d’Alicante ou de Carthagene, eft quelles font trop cheres. Ainfi le feulfel qu’on emploie dans ces Savonneries, eft la potaffe qu’on tire de Dantzick : il y en a, comme nous l’ayons dit plus haut, de grife, de blanche Sc d’autres couleurs. Au refte, on choifit la potafle qui a une odeur lixivielle , Sc une faveur âcre Sc piquante.
- XXII. De quoi ejl compofée la Leffive.
- Cette potaffe Sc de la chaux vive, qui en augmente la caufticité , font les feules fubftances dont on fe fert pour faire la leffive ; mais dans la Flandres on fait la chaux avec de la pierre dure, ou avec une pierre tendre qui différé peu de la craie. On préféré pour les bâtiments la chaux de pierre dure ; mais celle de pierre tendre eft choifiepar les Savonniers, non-feulement parce quelle eft à meilleur marché , mais encore parce qu elle fe réduit plus aifément en poudre^
- XXIII. Comment on fait la Leffive.
- O n étend par terre en O, PL V ,fig« * > une certaine quantité de potaffe $ que l’on concaffe, s’il en eft befoin , pour que les plus gros morceaux fbient au plus comme des noix ; on en forme ainfi un lit que l’on couvre de chaux vive à peu-près en égale quantité que de potaffe, Sc quelques-uns y ajoutent une troifieme couche de cendre de fougere ; puis avec de la leffive très-foible qu’on a puifée dans des arrofbirs , on en verfe feulement ce qu’il en faut pour humeéter la couche de chaux , afin qu’elle fufe Sc fe réduife en poudre*
- Quand,
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- Quand quelque temps après la chaux eft réduite en poudre, on remue avec une pelle de fer la chaux Sc le fel, pour que ces deux fubftances foient bien mêlées enfemble, & qu’elles fe pénètrent mutuellement ; c’eft ce que les Savonniers nomment le levain, qu’on laifle fe rafleoir jufqu’à ce que la potafle qui a pris l’humidité de l’air , & qui s’eft auflï un peu chargée de la leffive dont on a arrofé le mélange , commence à fondre, Sc que le tout devienne pâteux.
- Quand le levain eft en cet état, on le tranfporte dans le premier bac, qui eft quelquefois bâti en briques avec mortier de chaux Sc ciment, comme font les bugadieres de Provence dont nous avons parlé ; ou bien c’efl: une futaille A, fig. 1,2 §3, faite de planches de chêne d’un pouce d’épaifleur , Sc cerclée de fer. On les établit fur une citerne H, qui eft auflï un baquet de bois, mais fcellé dans un maflif de brique. Dans les Fabriques ordinaires, il y en a quatre A, B, (7, D, PL Vyfîg* i, 2 & 3 , Sc un pareil nombre de citernes JE, F, G, H. Dans d’autres, il y en a un plus grand nombre ; mais il en faut au moins quatre ; & il eft à propos de remarquer qu’il n’y a que la leffive de la première citerne H, qui ferve à faire le Savon ; les autres font deftinées à épuifer le fel qui eft refté dans le levain.
- Lorlqu’on a encuvé le levain, c’eft-à-dire, quand on en a mis dans le premier bac ou la première tonne A, on verfe deflus de la leffive foible qu’on a tirée de la tonne B, Sc puifée dans la citerne G >fig. i & %, où on la laifle en trempe affez de temps pour que la foible leffive puifle fe charger des fels âcres du levain. On leve alors une broche de fer a, qui ferme un trou pratiqué au milieu du fond de cette première futaille A, pour que la leffive s’écoule dans la citerne H, qui eft deflous. Lorfque cette première charge s’eft écoulée , on abaifle la barre de fer a , pour fermer le trou qui eft au fond de la tonne A, & on remet une fécond e charge de la même leffive foible, ce qu’on répété deux , trois Sc quatre fois, jufqu’à ce qu’on ait emporté au levain la plus grande partie de ces fels; ce qu’on reconnoît en recevant dans une grande cuiller de la leffive de la derniere charge, Sc au moyen d’un œuf frais on connoît là force, comme nous Payons dit en parlant du Savon blanc.
- Quand ce qui s’écoule du levain a perdu la force qui lui convient, on retire le levain de la première tonne A , on le met dans la tonne B, Sc on verfe deflus de la leffive foible , pour en retirer ce que le levain, déjà lavé , peut encore contenir de fel. On met dans la tonne A du levain neuf, & on le charge de la leffive qu’on tire de la citerne G, qui eft fous la tonne B ; quand on a chargé une ou deux fois de leffive foible cette tonne B, on en tire le levain, on le met dans la tonne C, & on le charge avec la leffive qu’on dre de la citerne F; enfin on met ce même levain dans la tonne D , qu’on charge avec de l’eau pure ; Sc quand on a reçu la foible leffive qui en coule dans la citerne E, on regarde ce levain comme entièrement épuifé de fels, & on le jette. Ainfi on faif pafler le même levain fucceffivement dans les quatre tonnes A> B> C> DfSc la tonne D eft S J von. h
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- chargée avec de l’eau douce ; la tonne C eft chargée avec la leflive qu’on tire de la citerne E ; la tonne B avec celle qu’on tire de la citerne F; enfin la tonne A , où le levain eft neuf, eft chargée par la leflive qu’on tire de la citerne G ; & la leflive que contient la citerne H, qu’on fait ordinairement plus grande que les autres, eft la feule qui ferve à mettre dans la cuve. Les Savonniers ont plus ou moins de tonnes, fuivant la quantité de Savon qu’ils fabriquent ; mais on eftime que quatre bacs font fuffifants pour extraire le fel d’un levain. Je crois néanmoins qu’on en retireroit encore plus fi l’on pouvoit charger les tonnes C 8c D, avec de l’eau de chaux qui fût chaude ; 8c peut-être le feroit-elle aflez , fi on employoit cette eau aulfitôt que la chaux eft éteinte, 8c avant quelle fût refroidie.
- , XXIV. Comment on charge la Chaudière.
- Dans cette Fabrique, la chaudière a un fond de fer battu, 8c le refte eft en maçonnerie, comme celles des Fabriques de Savon blanc : elles font de différentes grandeurs, fuivant la force des Fabriques ; les plus grandes cuifent à la fois 12 à i y milliers de Savon.
- U eft indifférent de les chauffer avec de la tourbe , de la houille ou du bois ainfi on choifit les matières combuftibles qui coûtent le moins.
- On met d’abord l’huile dans la chaudière, & enfuite la leflive dans la proportion à peu-près du produit de I2y livres de bonne potafle pour 200 livres d’huile , ce qui doit fournir à peu-près 325 livres de Savon; ainfi l’eau 8c la chaux qui relient dans le Savon, compenfent le déchet des parties terreufes de la
- On commence par un petit feu, & l’augmentant un peu, on le continue jufqu’à ce que fhuile 8c la leflive bouillent ; alors le Fabriquant doit examiner fi la leflive s’unit à l’huile, ou, comme difent les Ouvriers, fi ces deux fobftan-ces prennent liaifon & forment collage.
- L’union étant faite , il s’agit de la conferver; c’eft un point eflentiel, & le prétendu fecret des Fabriquants, chacun difant avoir une pratique préférable aux autres.
- Effeélivement cette liaifon fe fait quelquefois trop forte; d’autres fois trop foible , 8c auflî quelquefois elle ne fe fait point du tout.
- Le talent du Fabriquant confifte à favoir, par la force du feu & celle des leflives, diminuer le collage quand il eft trop fort, le fortifier quand il eft trop foible, & aider à la liaifon quand elle ne fe fait pas.
- U eft quelquefois arrivé que des Fabriquants ne pouvant y réufllr, ont été obligés devuider leur chaudière, & de recommencer avec de nouvelles matières. Ces accidents me font arrivés dans des expériences que je faifois en petit dans mon laboratoire, fans que j’aye pu favoir d’où cela dépendoit ; & fi je croyois pouvoir conclure quelque chofe de mes petites épreuves, je dirois qu’il faut
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- commencer la culte avec de la leflîve médiocrement forte, pour épaiffir l’huile par une cuiflon un peu longue, enfuite nourrir le braffin avec de forte leflîve , augmentant le feu à propos, comme il eft dit à l’occafion du Savon quon fait en pain.
- Mais ce qui embarrafle le plus le Fabriquant, eft quand le braffin , qui a pris d’abord une liaifon convenable , perd tout d’un coup fa liaifon. Je foupçonne que dans ce cas , il faudroit laiflfer refroidir le braffin , retirer l’huile fi elle fe féparoit de la ieffive, puis la remettre dans la chaudière , Sc recommencer l’opération comme fi Ton n’avoit rien fait. Mais c’eft-là une pure conjeéture.
- Quand le Savon confierve fa liaifon * on le nourrit avec de la Ieffive forte, Sc on augmente le feu pour diffiper l’humidité furabondante qui empêche l’union du Savon , pendant que la leflîve devenant plus forte par la diffipation de l’humidité , elle s’unit à l’huile, Sc alors on donne au Savon la cuiflon qui lui convient : c’eft le point qu’il n’eft pas aifé de faifir, d’où dépend néanmoins la bonne ou la mauvaife qualité du Savon. Mais connoît-on ce point important par i’é-paiffiflement de la pâte, ou par la forme des bouillons l C’eft ce que je ne fais pas pofitivement : il faut un grand ufàge pour ne fe point tromper fer ce, degré de cuiflon.
- On peut demander pourquoi ce Savon ne prend pas de la confiftance comme celui qu’on fait en pain ; M. Geoffroy, comme nous l’avons dit, en attribue la Caufe à la différence des huiles, prétendant que plus les huiles ont de difpofî* tion à fie congeler par le froid , & plus elles font propres à faire du Savon en pain. Je crois que la nature des fois y contribue beaucoup ; car on fait que la potaffe eft un alkali végétal fort avide d’humidité ; au lieu que les fiels qu’emploient ceux qui font du Savon en pain, la barille, la bourde, les cendres du Levant, contiennent un alkali de la nature de la bafe du fel marin, qui tombe en farine à l’air ; mais je me garderai d’afliirer que ce foit en ce feul point que confifte la différence qu’on remarque en ces différents Savons ; je n’ai pas for cela des connoiflànces affez pofitives pour me décider.
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- XXV. Sur la différente qualité des Savons en pâté.
- L e Savon qu’on fait avec l’huile de chenevis, eft verd; celui qu’on fait avec les huiles de colza & de navette, eft brun tirant au noir. Quelques-uns , je ne fais pour quelle raifon, eftiment cette couleur. Il y a des Fabriquants qui mêlent dans leur compofition une teinture qu’ils font avec la couperofe Sc la noix de galles : c’eft une efpece d’encre qui ne paroît pas devoir augmenter la bonté du Savon.
- Le Savon non fophiftiqué, qui, dans le quart & en mafle, paroît noir, fie montre verd de pré quand on l’expofe au jour en lames minces.
- Le Savon qu’on nomme mal-à-propos liquide, Sc qu’il eft plus convenable de
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- nommer en pâte, ne doit point être trop mou ; on defire quil foit à peu-près comme de la glu : il doit être ferme , clair, tranfparent quand on en place une lame entre l’œil & la lumière ; fur la langue , il doit avoir de la faveur. Il faut qu’il fonde promptement dans l’eau, qu’il forme à la furface beaucoup de moufle blanche & légère. Si l’on s'en fert pour dégraiffer la laine , il faut qu’au fortir du bain elle foit dégraiflee dans l’intérieur auffi parfaitement qu’à l’extérieur : le bon Savon la rend blanche, bouffante , légère & douce au toucher.
- C’eft un grand défaut à ces Savons que d’être trop mous ; il eft vrai que par les temps froids ils prennent de la fermeté ; mais alors on connoît leur défaut en plongeant dedans une fpatule 5 car ce Savon trop mou forme de grands filets comme le vermichel ; au lieu que celui qui n’a pas ce défaut, rompt. Dans les temps de chaleur, ces Savons trop mous deviennent coulants, & quelquefois ils fe corrompent. On remarque auffi, quand il fait chaud, que les Savons mai fabriqués ont une couleur terne : ils font fades fur la langue, ils mouffent peu ; & fi l’on s’en fert pour dégraifler la laine , ils n'enlevent que la graifle qui eft à l’extérieur ; & en écharpifïànt les floccons pour les faire fécher, on apperçoit que l’intérieur eft gras.
- Il n’y a que les Fabriquants qui ont fait dégraifler la laine pour leur ufage , .qui remarquent ce défaut. Ceux qui vendent des laines filées, ne font pas fâches qu’il y refte du gras dans l’intérieur, parce que le poids en eft augmenté ; mais cette graifle que le foulon doit emporter , rend les étoffes creufès & molles. On voit par-là combien il eft important d’employer de bon Savon, puifque ces Savons, qui devroient avoir plus d aélivité que les Savons en pain , en ont beaucoup moins.
- On doit encore éviter que les Savons en pâte ayent une mauvaife odeur ; en générai, ils en ont toujours plus que les Savons blancs ; mais quand elle eft confidérable, on peut être sûr qu’on y a fait entrer de l’huile de poiffon , ce qui eft très-expreflement défendu.
- Voilà ce que je favois fur la fabrique des Savons en pâte ; mais ayant appris qu’il y en avoit de grandes Fabriques à Lille en Flandres, j’engageai M. Fou-gerouxdeBlaveau, mon neveu, Capitaine d’infanterie, & Ingénieur ordinaire du Roi, qui étoit alors en réfidence à Lille , de me faire part de ce qu’on fai-foit dans ces Fabriques, qui font plus confidérables, que celles que je viens de décrire ; il a répondu à mon invitation, en m’envoyant un Mémoire très-détaillé, que je crois devoir faire imprimer en entier avec les figures qui y étoient jointes.
- La différente difpofition de ces Fabriques, contribue à la perfeélion de, notre Art,
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- XXVI. Fabrique de Savon en pâte, établie à Lille en Flandres , décrite par M. Fougeroux de Blaveau.
- Le Savon en pâte eft, comme toutes les efpeces de Savons, un compofé d'huile rendue mifoible à l'eau par l'intermède d'un alkali. Il différé du Savon blanc , i°. par fa couleur, qui eft brune ou verd foncé ; 2°. par fa confiftance qui n'eft jamais folide, mais en pâte molle Sc gralfe : du relie il a les mêmes propriétés que les Savons blancs ; fon effet efl: même plus aélif, ce qui fait qu'on le préféré pour dégrailler les laines dans les Manufaétures de Draps, de Couvertures, Sec.
- On fabrique beaucoup de Savon mou en Flandres, en Picardie, en Hollande ; en général, celui de Picardie eft le plus eftimé Sc le plus cher, enfuite celui de Flandres , Sc en particulier de Lille. En Hollande, on en fabrique de différentes qualités, dont plulieurs ont une très-mauvaife odeur , à caufe des efpeces d'huile qu'on y emploie.
- Les huiles dont on fait le Savon en Flandres, fe divifont en huiles chaudes Sc huiles froides : ce font-là des termes de Fabrique. En Picardie, on nomme huile jaune, celle que les Flamands nomment chaude \ Sc huile verte, celle que les Flamands nomment froide.
- Les huiles qu 'on nomme chaudes, font celles de lin, de chenevis 8c Sœilleu.
- Les huiles froides, font celles de col^a 8c de navette.
- En général, les huiles dites chaudes font plus cheres que les huiles froides, fur-tout à Lille, celle de colza fe recueillant dans les environs de cette ville*
- On pourroit auffi fabriquer du Savon avec de l’huile de poiffon ; mais fon odeur eft infupportable, ce qui fait qu'elle eft proferite par tous les Statuts des Savonniers ", & qu'il leur eft défendu d'en employer , fous peine d'une amende très-confidérable. En Brabant, ils jurent même à leur réception de ne jamais en faire ufage, foit en total ou en l’alliant avec d'autres huiles : on n’en emploie qu'en Hollande , & cela a décrié leur Fabrique.
- Les matières dont on tire l'alkali pour en former les leffives , font les potaffes mêlées avec de la chaux , fur lefquelles on fait paffer de l'eau pour en difloudre les fels.
- On diftingue plufieurs efpeces de potaffes , qui prennent leur nom de l'endroit d'où on les tire. La plus grande partie dites de Dant^ick , viennent de Pologne : elles font blanches. On en tire de Hambourg qui font plus fortes que celles de Dantzick , mais très-difficiles à employer. Il en vient aufli en grande quantité de Liège Sc de Luxembourg : elle eft en poudre, & renfermée dans des facs. La plus eftimée eft celle de Hongrie, qui vient de Triefte par merw Toutes ces potaffes fo vendent au cent pefant.
- En général, toutes les potalfos, foie du même pays, foit de différents Savon* M
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- endroits, varient beaucoup par leur force & leurs qualités, ce qui provient, je crois, de l'alliage du fel alkali avec différents fels moyens, tels que le fel marin ou les fels vitrioliques que produifent les différents bois dont on fait la foude, ou des terreins où ils ont cru, fuivant leur éloignement ou leur proximité de la mer.
- C’eft cette variété dans la force & qualité des potaffes, qui fait le grand art des Savonniers, chacune demandant à être traitée différemment, d’abord pour en extraire les lefTiyes, enfuite les leffives qui en proviennent exigeant des manutentions particulières dans les Fabriques du Savon.
- On n’emploie jamais pour le Savon dont il s’agit, de foude d’Alicante, ni de cendres du Levant, encore moins de celles qu’on fabrique en Normandie avec le varech.
- La chaux dont on fe fert eft la même qu’on emploie pour la bâtifle : il faut l’avoir vive, c’eft-à-dire , telle qu’elle fort du four. Celle qu’on emploie ordinairement en Flandres, eft faite avec de la pierre tendre : elle eft la plus commune dans le pays. Je ne fais pas fi pour le Savon elle eft préférable à celle de pierre dure.
- Nous avons dit que les leffives étoient un mélange de potaffie & de chaux, fur lequel on faifoit paffer de l’eau. Quoiqu’on n’obferve pas des proportions bien exaétes, & que même ce mélange doive varier fuivant les différentes qualités des deux matières qu’on emploie, néanmoins voici ce qui eft le plus ufité. En été on met fur xyoopefant de potaffie , 12 à 13 cents de chaux, un peu plus en hiver.
- Pour faire le mélange, on étend la potaiîe ffir le pavé, Sc on la brife avec des battes ; on fait à part un monceau de chaux vive , qu’on fait fufer en jettant un peu d’eau deffus, puis on la laiffie repofer environ une demi-journée, plus ou moins, fuivant la qualité de la chaux ; c’eft de cette préparation de la chaux & de fa quantité, que dépend ( fuivant les Savonniers ) la bonté des leffives. La chaux étant bien fufée, on la mêle le mieux qu’il eft poffible avec la potafte ; on jette un peu de pouffiere de charbon de terre ffir les outils , pour que la chaux ne s’y attache point, & même on en mêle un peu avec la matière, pour quelle ne faffie pas trop mafîè, & que l’eau ait plus de facilité à palier au travers. Ce mélange bien fait, on en emplit le bac, n°. J , PL VI, fig. 1 & 2.
- Ces bacs 1,2,3,4,53 font, comme on voit PL VI, au plan jzg,, r, & à la coupe fig. 2 , des efpeces d’auges en maçonnerie , formant à peu-près intérieurement un cube de 5 pieds de coté. Il y en a cinq d’accollés les uns aux autres, fous chacun defquels eft une citerne particulière d. Ces citernes ont une même largeur que les bacs; mais elles font plus longues, afin qu’il puifie y avoir en avant, comme l’on voit dans la figure x , une trape pour puifer la leffive qui s’y rend. On a fuppofé fous le hangard dont on donne ici le plan , deux rangées de bacs ou cuves, & les citernes occupent la moitié de la largeur
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- du bâtiment. La profondeur de ces citernes eft affez indifférente , plus elles en ont , & plus elles contiennent de leflive ; mais il faut qu’elles ayent au moins 6 pieds au-defîous du fond des bacs , pour que la lefîive ne vienne Jamais à cette hauteur. Celle du cinquième bac cottée d e, doit être beaucoup plus grande que les autres , parce quelle doit fervir de réfervoir aux lelfives fortes , telles qu’elles doivent être employées pour le Savon ; c’eft pourquoi cette citerne eft double. Pour la commodité du travail, elle doit être très-* près de la chaudière; cette difpofition a cependant l’inconvénient qu’on eft obligé de faire le mélange du levain lur i’elpace qui refte entre le dernier bac n°. y* & la chaudière, pour le jetter tout de fuite dans ce bac n°. 5 ; ou fi on fait le mélange dans le magafin des potafles, il faut l’apporter dans des brouettes, d’où on le jette d. ns le bac.
- Les citernes ainfi que les bacs, font ordinairement en briques, crépies en dedans d’un bon mortier de cendrée de Tournay , ou de Pozzolane ; ce n’eft que par la bonté du mortier qui forme le crépi intérieur, fa qualité, & la maniéré dont il eft employé , qu’on peut efpérer d’avoir les bacs & les citernes étanches ; car pour peu que la brique fût découverte, la liqueur des leffiyes qui eft mordante & corrofiye , la rongeroit , 8c ne tarderoit pas à fe faire jour au travers. A Lille on emploie la cendrée de Tournay, qu’on lifîe pendant plus de fix fe mai nés. Comme malgré toutes les attentions dans la conftruélion, il leur arrive fouvent des dégradations, quelques Savonniers ont préféré de les revêtir intérieurement en dalles de pierre de taille, jointes avec du maftic.
- Le bac n°. y, ainfi rempli du mélange préparé comme nous l’avons dit, on l’arrofe avec de l’eau qu’on tire de la citerne m. 4. On fe fert à cet effet d’une petite pompe portative, qui fe monte le long d’un poteau de bois k , établi auprès de l’ouverture de chaque citerne ; cette pompe puife l’eau dans la citerne n°. 4 > 8c par le moyen d’une petite gouttière on la verfe fur le bac n°. y. On voit dans les figures, au plan & à la coupe, l’établiflement d’une de ces pompes , qui eft fuppofée puifer l’eau dans la citerne n°. 3, pour la verfer fur le bac n°. 4.
- La quantité d’eau qu’on tire de la citerne n6. 4, pour la verfer fur le bac n°, y , doit être proportionnée à la grandeur des bacs , & auffi à la quantité & à la qualité des matières qu’on emploie. Sur iy à 16 cents de potafife, on peut verfer 16 à 17 tonnes d’eau (*). Cette eau ne doit pas être jettée toute à la fois, mais à plufieurs reprîfes, c’eft>à-dire , en 24 heures de temps, environ trois à quatre tonnes à chaque reprife. Chaque fois qu’on veut mettre de nouvelle eau, on levé auparavant le pifton qui répond au trou du fond du bac. Ce pifton b, qu’on voit au milieu des bacs 4 8c y , figure 10, eft enfermé dans un tuyau de bois ,
- de 4 à y pouces en quarré ; il y a de chaque côté de ce tuyau 8c à la partie d’en-
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- 1 (* ) La tonne eft de 50 pots; le pot pefe quatre livres, & contient io£ pouces cubes.
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- bas, des échancrures ; enforte que les eaux , après avoir filtré au travers des terres, & difîbus en grande partie les fels qu’elles contiennent, fe rendent par ces ouvertures, lorfque le pifton eft levé, dans la citerne qui efi au deflous.
- Pour empêcher les terres de fuivre l’eau, & de boucher les échancrures faites au bas du tuyau, lorfque ce tuyau eft pofé à là-plomb du trou qui efl au fond du bac, on arrange autour de fbn pied des brins de balai en allez grande quantité ; par-deffus on forme un cône de fcories de charbon , en forte que l’eau des leiîî-ves fe filtre au travers des fcories, traverfe les brins de balai, 8c entre dans le tuyau par les échancrures dont nous avons parlé, d’où elle coule , lorfqu’on leve le pifton , dans les citernes : par ce moyen les tuyaux ne s’engorgent point , 8c l’eau des bacs, ou les lefîives, font comme filtrées.
- Cette eau de la citerne n°. 4, déjà chargée de fels, lorfqu’elle a paffé fur les nouvelles terres du bac n°. 5, 8c qu’elle eft rendue dans la citerne qui eft deflous, doit avoir toute la force nécefiaire pour fabriquer le Savon ; fi elle étoit trop foible , c’eft que le Savonnier auroit fait palier trop d’eau fur le bac, proportionnellement à la force de fes matières ; l’expérience feule peut donc régler cette quantité.
- On connoît la force des lefîives, en en tirant dans un vafe, & y plongeant un œuf; lorfqu’elles font alfez fortes, il doit revenir à la fuperficie 8c y relier comme fufpendu; d’autres fe fervent d’une boule de Savon , & on connoît la force de là leiîîve par la quantité dont elle enfonce. On pourroit y employer un pefe-liqueur, 8c ob fer ver le degré convenable, attendu que plus les lefîives font fortes, c’eft-à-dire, plus elles font chargées de fels, plus elles font pelantes ; mais l’œuf ou la boule de Savon étant fuffifants, il eft inutile d’avoir recours à un autre moyen qui feroit plus coûteux.
- Quoique l’eau qu’on verfe fur le bac n°. y , diftblve la plus grande partie des fels que contiennent les matières , néanmoins il en relie encore beaucoup ; pour les en tirer, lorfque toute l’eau eft écoulée dans la citerne, on jette à la pelle les terres dans le bac joignant n°. 4, qu’on arrofe de nouveau avec même quantité d’eau que la première fois, mais qu’on puife dans la citerne n°. 3.
- O n recommence la même opération jufqu’à ce que les terres foient parvenues 'dans le bac n°. 1 ; alors comme il n’y a point de citerne précédente, on les arrofo avec de l’eau ordinaire.
- Le choix de cette eau n’eft pas indifférent ; celles dites crues, ou qui ne peu* vent diflbudre le Savon, ne valent rien, les plus douces font les meilleures ; celles de citernes ou de pluie font préférables aux autres: on l’a foppofée, dans la figure, provenir d’une pompe qui eft placée en dehors du bâtiment.
- Lorfque la nouvelle eau qu’on a verfée fur le bac n°. 1 , eft écoulée dans la citerne du même numéro, les terres fe trouvent avoir été lavées à cinq fois différentes , en forte qu’on les regarde comme ne contenant plus de fels, 8c on les jette dehors. On ménage à cet effet, pour éviter la main-d’œuvre, une fenêtre
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- ou une ouverture vis-à-vis le bac n°. i. (Voye^fig,. 19.) Ces terres s’emploient cependant encore avec fuccès à fumer les terres froides & fablonneufes, & fe vendent à Lille allez cher. On les tranfporte par eau dans la Flandre-Autrichienne , où on en fait ufàge.
- La marche de l'eau eft contraire à celle des terres, c'eft-à-dîre , que les nouvelles terres fe jettent toujours dans le bac n°. y , tandis quela nouvelle eau fe jette toujours fur le bac n°. 1.
- On voit par cette marche que les terres font lavées & remuées à cinq fois différentes , avant d'être regardées comme ne contenant plus de fels, & récipro* quement que l'eau avant d’arriver dans la citerne n°. y, ou d'être une leffive affez forte pour fabriquer du Savon, a pâlie cinq fois fùcceffivement fur ces terres ; en forte que la force des leffives va toujours en augmentant de la citerne n°. x à celle n°. y.
- Pour que le travail foit continu, à mefure qu'on vuide le bac n°. y, on le remplit de nouvelles matières préparées comme nous l'avons indiqué ci-deffus*
- Voilà comme on prépare les leffives qui doivent entrer dans la compofition du Savon en pâte. .
- A l'égard des huiles, on ne leur donne aucune préparation ; on les emploie telles qu'on les acheté ou qu'elles viennent du moulin-.
- Nous avons dit qu'on faifbit ufàge en Flandres des huiles, les unes qu'on nomme chaudes, & les autres froides ; que les froides dont on fait la plus grande confbmmation, font celles de colza ; que les huiles chaudes mêlées avec les froides, donnoient plus de qualité au Savon. Comme ces huiles chaudes font plus cheres que les froides, les Savonniers n'en emploient que le moins qu'ils peuvent. En hiver, ils font cependant obligés d’en employer, quelquefois meme jufqu'àmoitié; en été, ils bradent fouvent avec l’huile de colza pure. En Picardie, Ils mêlent toujours environ un tiers d’huile chaude : auffi leur Savon paffe-t-il pour plus fin , & de qualité fupérieure ; & pour cette raifon ils le vendent plus cher, Sc n'en ont pas tant de débit, ce qui revient au même pour le Fabriquant. A Lille ils en bradent auffi avec un tiers d'huile chaude ; mais ce n'efl: que lorsqu'ils en ont de commande pour les Manufactures qui exigent du Savon de la première qualité , Sc meilleurs que ceux qui entrent dans le commerce.
- Ce Savon fe cuit comme celui en pain , dans des chaudières : les plus grandes font les meilleures , y ayant toujours de l'économie à faire de grands brafi-flns ; mais pour être bien proportionnées , leur diamètre doit toujours être plus grand que leur profondeur. Comme le Savon, en bouillant , monte beaucoup , toutes les matières qui doivent former le braffin, ne doiyent jamais emplir la chaudière qu'à moitié de fà profondeur, afin qu'il y ait affez de place pour le levage. Une chaudière de 13 pieds de diamètre, fur 11 de profondeur, brafle environ 25 à 30 tonnes d'huile , Sc rend net un peu plus du double de Savon, Saton. N
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- c’eft-à-dire* 55 à 65 tonnes. Les chaudières ordinaires font cependant plus
- petites, & ne bradent que 15 à 16 tonnes d’huile.
- Ces chaudières font faites de plaques de fer battu, rivées les unes aux autres ; dans les grandes, la partie du fond a jufqu’à 2 pouces d’épaifîèur, le refte en proportion. On voit dans la Planche VI, fig. 1 & 2 -9 le plan & la coupe d’une chaudière , & la maniéré dont elle eft pofée fur fon fourneau qui s’allume par un fouterrain. Il faut, pour la commodité de la manœuvre-, que les bords de la chaudière ne fbient élevés qu a 2 pieds & demi 3 pieds au-deffus du niveau du pavé du hangard. Comme il s’en échappe beaucoup de vapeurs ou fumée , fi le hangard eft couvert d’un plancher, il faut ménager une lanterne au-deffus ; quand il n’y a pas de plancher, les vapeurs s’échappent au travers des tuiles.
- Cette chaudière doit être, autant qu’il eft poffible, à portée de la citerne n°. 5 y où eft la leffive forte.
- La quantité du braffin doit donc être, comme nous l’avons dit, proportionnée à la grandeur de la chaudière, & à celle de la citerne n°. 5.
- Lorfqu’on veut faire un braffin, ayant des huiles en magafin, ainfi que de la leffive forte dans la citerne n°. 5, on commence par mettre dans la chaudière à peu-près la moitié de ce qui doit entrer d’huile dans le braffin,plufieurs même y verfent prefque tout ; enfuite on allume le feu dans le fourneau (*). Quand l’huile commence à chauffer, on y verfe deux tonnes de leffive ; & auffi-tot que ce premier mélange bout, on y en verfe encore deux autres. On refte enfuite un quart-d’heure , environ , fans y rien mettre, pour que la leffive commence à s’incorporer avec l’huile, ce qu’ils appellent faire la liaifon : à mefure que la liaifon fè fait, on continue de jetter de la leffive, & on ajoute les tonnes d’huile qui relient. * ♦
- La quantité de leffive par rapport à celle d’huile, n’eft pas abfolument réglée : elle varie fuivant leur force ; néanmoins, en générai, on peut la compter comme de 4 à 3, c’eft-à-dire, que fur 30 tonnes d’huile, on en met environ 40 de leffive ; de ces 40, il s’en évapore environ cinq, puifqu’on retire toujours d’un braffin un dixième en fus du double de l’huile qu’on y a mis.
- On ne doit jamais verfer la leffive qu’en petite quantité à la fois , Sc la répandre ffir toute la fuperficie de la chaudière: à mefure que ces deux liqueurs claires & fluides féparément, s’unifient enfemble, elles s’épaiffiffent: quelquefois elles bouillent paifiblement ; d’autres fois elles montent en écume : alors on les bat pour abattre les bouillons, 8c on y verfe quelques mefures de leffive pour les amortir, & empêcher la matière de fe perdre ; enfin un braffin , tant qu’il eft fur le feu, demande à être veillé & travaillé: c’eft l’Art du Savonnier de le lavoir bien conduire ; & tout expérimenté qu’il foit, il ne peut pas répon-
- (* ) On fe fert en Flandres, pour le chauffage des chaudières, de charbon de terre, parce qu’ii eft à beaucoup meilleur marché que le bois.
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- dre qu’il ne lui arrivera quelques événements par des caufes qu’il n’aura pas pu prévoir.
- Si Ton a commence par mettre trop de leffive, la liaifon ne fo fait pas ; fi les leffives font très-fortes , elles faififfent trop rapidement Y huile , & au lieu de l’épaiffir, elle forme des grumeaux. On y remédie en verfant delfus quelques mefures de leiîive des premières citernes qui font plus foibles : au contraire, fi les leffives font trop foibles, la liaifon eft un temps infini à fe faire, jufqu’à ce qu une partie de l’eau furabondante des leffives foit évaporée , & les fols aflez rapprochés pour produire leur effet de liaifon fur fliuile : dans ce cas le déchet eft bien plus confidérable.
- La vivacité des bouillons ou le levage, provient fouvent de la gradation du feu, & ( à ce que prétendent les Savonniers, ) de la qualité des leffives, fuivant les fols qu’elles contiennent.
- On ne peut donc donner de réglés bien précifos for la conduite du braffin. Quand la liaifon efl: bien faite, que les grands bouillons font paffés , alors la matière doit s’éclaircir , c’eft-à-dire, que les parties de l’huile étant bien divi-fées par les fols, il ne doit point refter de grumeaux ; on s’apperçoit de cet éclairciffement, en prenant de la matière avec la petite cuiller nommée éprouvette , & la faifant couler au travers du jour. Pour que le braffin réuffiffe bien , cet éclairciflement efl abfolument néceflàire. Lorfqu’il efl à fon point, il ne refte plus quà donner à la matière la cuifîbn convenable, ce qui efl bien efîèntiel à la bonne qualité du Savon. Les Savonniers connoiffent cette cuiffon en examinant de la matière refroidie: pour cela, de temps en temps, ils en prennent avec l’éprouvette, 8c en font couler en bande for une tuile verniffée (*) qu’ils, portent àd’air. A chaque fois qu’ils plongent l’éprouvette dans la matière, ils ont foin d’agiter la foperficie pour en écarter la moufle , ce qui leur feroit mal juger de l’épreuve. A l’épaiffiflèment, la couleur, la nature du grain, le temps qu’elle efl à fe figer, ils jugent de cette cuiflon ; ils P éprouvent auffi en prenant de cette matière un peu refroidie entre les doigts, 8c les féparant enfoite : fi elle file, c’eft une marque que la cuiffon n’eft pas parfaite ; mais fi elle fe fépare , que fon grain foit fin, là couleur brune , alors elle efl: à fon degré, & on retire le feu du fourneau. • ,
- Pour amortir les bouillons, & mettre la matière en état d’être entonnée fous lui faire perdre de fa cuite ni de fa qualité, on vuîde dans la cuve une tonne environ de Savon déjà fait: ce Savon en fondant refroidit l’autre ; & dès que les bouillons font appaifés, on procédé à vuider la chaudière. Si le Maître Savonnier ^uge que cette cuiflon efl exactement à fon point, il fait vuider la chaudière tout de fuite, & mettre le Savon dans lesbarrils. Si, au contraire, il croit qu’un peu plus de cuiflon lui foit nécefîàire, il le laifle un certain temps dans
- (*) Les Savonniers nomment cette tuile ou teffon de poterie verniffée * Vécaille.
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- la chaudière, le feu étanc amorti : tout cela doit dépendre de différentes circonf tances. Mais en général pour la qualité du Savon, il y a moins d’inconvénient à donner plus que moins de cuifîbn. Le Savon pas alfez cuit, tourne, fe gâte ; le trop de cuifTon diminue feulement la quantité, ce qui n’eft pas au profit du Fabriquant.
- Le temps ordinaire pour faire un braffin , eft de fix à fept heures ; mais cela varie fuivant la force des leffives, la température de l’air, & les différents accidents qui arrivent.
- A l'égard de la qualité du Savon, je ne lais pour quelle railon le plus recherché par les Marchands , eft du très-brun tirant au noir ; & celui qu’on fait avec l’huile de colza, eft toujours un peu bleuâtre. Les Fabriquants de Lille , une demi-heure avant que la cuifîbn foit finie, y yerfent une teinture noire pour y donner la couleur (*) qu’on defire.
- Si le Savon eft fait avec grande partie d huile chaude, & que par conlequent le Fabriquant veuille le vendre comme Savon de la première qualité, au lieu d’y mettre de la couleur noire, il en met une bleue, pour que le Savon devienne
- verdâtre ( ** ),
- On vuide la chaudière par le moyen d’un feaude cuivre E, PL VI,fig. 2, placé au bout d’une grande perche qui répond à un balancier ; l’Ouvrier avec ce feau, puife la matière qui eft encore fondue, & la verfe dans une efpece d’auge, ( dont on voit la pofition dans le plan e, fig. 1, & en profil à la figure 3 E, qui en reprefente le détail en grand ). Cette auge eft fermée des quatre côtés ; vers le tiers de fa longueur, elle eft féparée dans toute fa largeur par une plaque de cuivre a b, percée de trous ; en forte que la matière, avant d’arriver dans la troifieme partie, eft obligée de paffer par cette efpece de crible : s’il fs rencontre quelques corps étrangers, ils font arrêtés, & le Savon paffe feul. Cette plaque eft mobile : ( on la voit en a l ,fg. 3 , de face & féparée de l’auge ). De cette efpece de retranchement ou troifieme partie de l’auge, le Savon coule pat un trou rond qui eft au fond, & tombe dans le barril h qui eft au-delfous. Lorf-que le barril eft plein, on bouche ce trou par le moyen d’un tampon qui a une tête f en deffus de la caille , & on remet un autre barril en place.
- Le barril qu’on veut emplir, fe pofe fur une efpece de couronne de bois percée , & dont les bords font en pente, au-delîbus de laquelle eft, dans une foflè un autre baril i ; en forte que s’il fe renverfe un peu de Savon, ou ce qui dégoutte pendant qu’on change de baril, tombe dans celui de deffous, & il n’y a rien de perdu*
- Quand on met le Savon en demi-tonnes > comme elles feroient trop lourdes
- Pour faire cette teinture, on prend une livre de couperofe verte, une demi-livre de noix de galles, une demidivre de bois rouge ; on fait bouillir le tout dans un chauderon avec de Peau de leffive , & on paffe la liqueur par un tamis :
- c’eft cette liqueur qu’on jette dans la chaudière.
- (*¥) La teinture verte fe fait avec de l’indigo fondu dans de la leffive, & paffé enfuite au tamis : Tufage réglé lesdofes. Cette couleur bleue, avec le jaune du Savon, produit la couleur verte.
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- àtranfporter, on les arrange dans le magafin, & on emplit de petits barrils qu’on va vuider dedans.
- Cette manœuvre fe répété jufqu’à ce que toute la chaudière foie vuide. Il faut que cette opération fe faffe un peu promptement, fans quoi le Savon du fond feroit trop cuit, ce qui feroit toujours a la perte du Savonnier. Lorfque le braf-fin a été bien conduit, il ne refte rien au fond de la chaudière.
- On n’emplit pas les barrils ou tonnes par le bondon, mais par un des fonds, qu’on ne ferme que lorfque le Savon eft refroidi.
- A mefure que les barrils font emplis, on les arrange debout les uns à côté des autres pour les laiffer refroidir ; quelquefois il leur faut 24 heures, plus ou moins fuivant qu’il fait froid ou chaud. Quand la matière eft entièrement figée, on pefe les barrils: s’ils font trop pleins, on en ôte avec une truelle, finon oa en ajoute pour leur donner le poids requis ; enfuite le Tonnelier leur met le fond, la marque du Fabriquant, & les empile dans le magafin. 1
- A Lille, les barrils font d’une demie tonne ou d’un quart de tonne : (on en voit lesdimenfions à la figure 13, MN O.) La tonne pefe 300 livres de Lille, dont 40 liv. pour le fût, ce qui fait 260 livres de Savon , ou 227 livres & demie , poids de marc , la livre de Lille n’étant que de 14 onces : la demi-tonne & le quart de tonne a proportion.
- On vuide les tonnes d’huile dire&ement dans la chaudière, par le moyen d’un moulinet ou treuil f,fîg. 1, qui eft placé au-deffus , & qui eft repréfenté en grand en H & en G,fig. 3. Après avoir pofé les crochets dans les tables aux deux extrémités de la tonne c, en pefant fur la corde et qui fe roule fur le tambour d, un feul homme enleve cette tonne , ou plutôt la fait gliffer fur deux barres de fer inclinées/; lorfqu’elle eft à la hauteur du bord de la chaudière Z, il la poufTe avec une main en dedans, où elle fe place toute feule en prenant fon à-plomb : il lâche fa corde , & elle fe foutient fur deux potences de fer g, qui font en faillie dans la chaudière ; il ne lui refte plus qu’à la tourner le bon-don en deflous , & elle fe vuide.
- On voit dans le plan, fig. 1, la pofition de ce moulinet/, pondué ; & à h figure 3 , fon détail en grand vu de face & de profil : on le place de maniéré qu’il puiffe fe manœuvrer du dehors du hangard. Le magafin aux huiles doit auffi
- être le plus près qu’il eft poflible, comme en D,fig. 2.
- A l’égard des leffives , on les tire de la grande citerne qui eft au-deflous du bac n°. J ,fig- 1 <5 2, par le moyen de la pompe portative dont nous avons parlé ; & avec une gouttière, on la conduit dans un grand cuvier h jfig. 1» qu on place à côté de la chaudière : c’eft dans ce cuvier que l’Ouvrier la puife pour la jetter partie par partie dans la chaudière ; pour cela il fe fert d’un vafe rond, de cuivre, de II pouces de diamètre & 6 de profondeur, qu’il appelle jet, K, fig. 3 ; il le prend par un manche de fer qui y eft joint : ce jet eft la mefure dont il fe fert ; caries 14 font la tonne : en forte que par le nombre qu’il en verfe , il fait celui
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- des tonnes qu'il met dans Ton braffin. On voit ce jet K, & le cuvier H, def-fines à la figure 3.
- Lorfqu'on veut tirer quelque partie d'eau des citernes, on fe fert d'une grande cuiller emmanchée au bout d'un long bâton : on en voit auffi le deffin fur la même fîguer, en P,
- Le Savon dont nous venons de donner la fabrique , refte toujours en pâte molle, & ne peut jamais fe durcir comme les Savons blancs ordinaires ; ce qui provient, je crois, de l'elpece d'huile & d'alkali qu'on emploie ; celui tiré des potaffes, vraifemblablement, ne fe cryftallifimt pas fiaifément que celui tiré des foudes. Si on faifoit plus cuire le Savon, il fe brûleroit, fe deffécheroit, mais ne pourroit jamais devenir folide ; au moins c'eft ce que m’ont alluré les Savonniers.
- On peut encore remarquer que par la façon de cuire les Savons en pâte comparée à la cuilîon des Savons en pain, il refte beaucoup d'eau dansle Savon «n pâte, & l'union des feis avec l'huile ne peut pas être auffi intime.
- On voit que ces Savons, qui ne prennent jamais allez de dureté pour être mis en pains & renfermés dans des califes, font néceflàirement mis dans des barrils pour être tranfportés aux endroits où l'on en fait ulàge.
- Après avoir rapporté la façon de faillies différentes elpeces de Savons qui font en ulàge pour blanchir le linge, dégraîffer les laines, fouler les étoffes &c ; je vais, pour terminer l'Art du Savonnier, rapporter quelques préparations du Savon qui ont des propriétés particulières ; mais je m'abftiendrai de m'étendre liir les ulàges qu'on en fait : ces détails fe trouveront dans différents Arts.
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- XXVII. Du Savon propre à enlever les taches•
- Nous avons dit qu'une des propriétés du Savon eft de dillbudre les corps gras, ce qui fait qu'il cnleve beaucoup de taches. Quand il eft tombé de l'huile ou de la graiffe fur une étoffe de foie, il fuffit fouvent d'y mettre une poudre abforbante qui fe faifit de cette graille & l'enleve à la foie ; mais fi la tache eft faite fur une étoffe de laine & avec une fubftance tenace, la poudre abforbante ne fuffit pas : il faut dillbudre ce qui forme la tache ; c'eft alors que le Savon eft utile , principalement le bon Savon en pâte ; ou fi l'on redoute fon odeur , on emploie du Savon en pain : mais les Dégrailleurs attribuent plus d'efficacité au Savon dont nous allons parler.
- On coupe en tranches très-minces trois livres de bon Savon ; on prend uh demi-fiel de bœuf, un ou deux blancs - d’œufs , on met le tout dans un mortier avec une livre d'alun calciné & réduit en poudre : ayant bien mêlé & pilé le tout enlèmble, on tient cette malle environ 24 heures dans un lieu un peu humide. Si en maniant cette pâte le mélange paroît parfait, on en fait des mottes ordinairement rondes, qu'on conferye pour l'ulàge ; mais fi les matierei
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- ne font pas exactement mêlées, on tient la pâte dans un lieu fec jufqu’à ce qu’elle ait pris un peu de confiflance , puis on la coupe de nouveau par tranches minces, & on la remet au mortier pour la piler de nouveau avant d’en faire des mottes.
- Pour enlever une tache, on favonne à froid l’étoffe ; on la frotte entre les mains pour que le Savon pénétré dans l’intérieur, St puiffe bien diflbudre tout ce qu’il y a de gras : puis, pour ôter le Savon , on lave l'étoffe dans de l’eau claire, jufqu’à ce quelle ne la faillie plus ; ordinairement la tache dilparoîc.
- XXVIII. Savon au miel pour la toilette«
- O H coupe par tranches bien minces quatre onces du meilleur Savon blanc; on les met dans un mortier de marbre avec quatre onces de miel, une demi-once d’huile de tartre par défaillance , St quelques cuillerées d’eau de fleur-d’orange , de rofe, ou d’autre qui ait une bonne odeur: on remue ce mélange avec une Ipatule pour que toutes ces matières foient bien mêlées ; puis on pile fortement cette pâte pour en former une malle qu’on conferve dans des pots. Ce Savoa décraffe bien la peau : il la blanchit St l’adoucit.
- XXIX*. Savonnettes pour la barbe.
- L E Savon a la propriété d’attendrir les poils, & pour cette raifon il efl: très-" avantageux pour faciliter l’opération du rafoir. Le bon Savon tout pur efl; peut-être , à cet égard , préférable à ces boules de Savon qu’on nomme Savonnettes ; mais on lui reproche d’avoir une odeur peu agréable.
- XXX. Des Savonnettes communes*
- !es Savonnettes communes fe font avec du Savon de Marfeille , St de la poudre à poudrer les cheveux, ou de l’amidon paflé au tamis très fin. La proportion de ces matières efl; de trois livres de poudre fur cinq livres de Savon : on le coupe par tranches bien minces ; & après qu’on l’a fait fondre feul dans un chaudron foc le feu, en y ajoutant un demi feptier d’eau pour empêcher qu’il ne brûle , on y met d’abord les deux tiers de la poudre, ayant foin de bien mêler le tout en le remuant fouvent, pour empêcher qu’il ne s’attache au chauderon.* 'Après que ce mélange efl; achevé , St que la matière a été réduite en confjftance de pâte, on la verfe for une planche , où , après avoir ajouté le tiers de la poudre qu’on a réfervée, on la pétrit long-temps avec les mains 9 comme les Boulangers ont coutume de pétrir leur pâte ; en cet état on la tourne dans les mains : on donne aux Savonnettes une forme ronde , St on applique la marque du Marchand avec un cachet de bois ; quelques-uns mettent à cec endroit une
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- s6 L’A R f DU S AV O N N l E R.
- petite feuille d’étain. Il faut avoir auprès de foi de la poudre à cheveux très-line , dont on fe frotte les mains de temps en temps, pour que cette pâte, qui eft très-tenace, ne s’y attache pas.
- Il eft certain que le bon Savon tout pur eft meilleur pour attendrir la barbe que ces Savonnettes , qui font les plus communes, puifque la poudre qu’on y met ne petit pas contribuer à attendrir les poils ; ce quelle peut faire, c’eft de blanchir la moufle du Savon, effet qui n’eft d’aucune utilité ; mais il en réfulte un avantage pour le Parfumeur, parce que la poudre ne lui coûte que cinq, ou au plus fix lois la livre, pendant que le Savon en coûte environ quinze : elle ne remédie pas même au défaut qu’on reproche au Savon pur, qui confifte à avoir une odeur défàgréable ; mais on en trouve le débit parce qu’elles font à quelque choie de meilleur marché que le Savon en pain.
- Pour donner aux Savonnettes une forme plus régulière, on les met, avant qu’elles Ibient lèches & dures, entre deux calottes de bois qu’on frotte de quelque graille pour empêcher que la pâte ne s’y attache.
- On trouve aufli agréable de leur donner differentes couleurs ; pour cela on mêle des poudres broyées très-lin dans des tafîes avec un peu de pâte de Sa-* yon, & en mêlant un peu de ce Savon chargé de différentes couleurs, avec la pâte, on obtient les veines qu’on defire ; mais il faut de l’habitude pour bien faire ce mélange j Sc ces couleurs n’ajoutent rien à la bonté du Savon.
- XXXI. Savon en pâte pour la barbe.
- 'On nous apporte de Naples, pour cet ulàge, du Savon en pâte, dans des pots ' bien fermés, qui a une odeur douce très-gracieufe : je n’en fais pas la compofi-tion ; mais j’ai fait, comme M. Geoffroy , avec des cryftaux de fel de foude , d’excellente huile d’olive & de l’eau de chaux, du Savon liquide dont l’odeur n’étoit pas déplaçante ; & y ayant mêlé de l’huile effèntielle de cédrat, j’ai eu une pâte de Savon qui fentoit très-bon.
- XXXII. Savonnettes pajjées a Veau-de-vie.
- O n peut s’épargner la peine de faire le Savon , en employant de très-bon Savon blanc de Marfeille, auquel on fait pafler l’odeur qui déplaît. Pour cela on coupe par tranches très-minces une livre de Savon ; on met ces tranches dans une jatte de faïance^ on verfe deflus environ un poiflon d’eau-de-vie ; vingt-quatre heures après on met ce mélange dans un mortier de marbre, & on pile le Savon pour en faire une mafle d’une forme platte, qu’on met fur plufîeurs feuilles de papier gris pour qu’elle fe defleche. Quand elle a pris une certaine confiftance, on en forme des boules dont l’odeur n’a rien de difgracieux , & fi l’on veut quelle en ait une agréable , il n’y a qu’à mettre dans le
- mortier ,
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- VA RT DU SAVONNIER. 57
- mortier quelques aromates, qui peuvent être des poudres d’iris de Florence , du cala mus aromadcus, des fleurs de benjoin, du ftorax, du fàntal-citrin, des clous de gérofle, de la cannelle, de la fleur de mufcade , Scc ; mais il faut que ces fubftances foient réduites en poudre impalpable , fans quoi les Savonnettes font rudes fur le vifage, & l’égratignent ; ceft pourquoi je préféré les huiles aro* matifées par les fleurs de tubéreufes, de jafmin, Scc ; les eaux de fleur-d’orange, de rofe&de thym,&c; ou les huiles effentielles de cédrat, de bergamote, de citron, d’orange, &c. On peut y ajouter quelques gouttes de teinture de civette, d'ambre ou de mufc ; mais je préviens qu’il faut choifir quelques-unes de ces fubftances aromatiques, & n’en pas mêler enfemble beaucoup d’efpeces différentes ; il en réfulteroit quelque chofe de défàgréable: ceft, fuivant moi, le défaut des Savonnettes qu’on .nomme du SerraiL Nous en parlerons dans un inftant. *
- XXXIII. Excellentes Savonnettes aifées h faire & de bonne odeur.
- Quelques-uns , pour former les Savonnettes, mêlent les aromates avec du mucilage de gomme adragante & des blancs-d’œufs. Je ne l’ai pas éprouvé ; mais j’ai fait de très - bonnes Savonnettes tout Amplement en coupant le Savon par tranches très-minces, les arrofànt avec un peu d’eiîence de citron, pilant bien ces tranches dans un mortier, retirant la mafle le lendemain, la coupant encore par tranches, & l’arrofànt de nouveau avec un peu d’effence; & après avoir répété cette opération une troifîeme fois , j’en ai formé des Savonnettes qui fo font trouvées très-bonnes. On m’a donné la compofition fuivante, fous le nom de Savonnettes du SerraiL
- XXXIV. Savonnettes dites du SerraiL
- O N prend de l’iris de Florence, une livre ; benjoin, 4 onces ; ftorax, 2 onces ; fàntal-citrin, 2 onces ; clous de gérofle, demi-once ; cannelle, un gros ; un peu d’écorce de citron, une noix mufcade ; le tout étant réduit en poudre très-fine, on le met avec deux livres de Savon blanc bien fec & râpé. Quand ces matières ont trempé pendant trois ou quatre jours dans trois chopines d’eau-de-vie , on pétrit le tout avec une pinte d’eau de fleur-d’orange ; enfin on mêle avec le Savon affez de poudre à poudrer, pour lui donner une confiftance de pâte : on y ajoute de la gomme adragante Sc des blancs-d’œufs, pour en faire des Savonnettes.
- Savon.
- P
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- L’A RT DU SA V O N NI E R.
- XXXV, Savonnettes dites à la Franchipane.
- O n commence par faire une teinture pour donner une bonne odeur à ces Savonnettes ; pour cela on prend mahalep, y gros ; calamus aromaticus & iris deJFlorence, cannelle , gérofle , fouchet, de chacun une once ; on met le tout concaffé dans un matras fur un bain de fable avec 20 onces d’efjarit-de-vin ; & quand la teinture eft fuffifàmment forte, on la filtre & on la verfe dans un matras, où Ton a mis benjoin, 6 gros ; labdanum , 4 gros & demi ; ftorax calamite, 3 gros : on tient le tout en digeftion jufqu’à ce que tout ce qui peut être diflous le foit.
- Pour faire ufage de cette teinture, on prend 7 livres de Savon blanc bien fec, que l’on râpe : on y ajoute , fi Ton veut, 2 livres de Savon léger. Le tout étant dans une baffine d’étain, on verfera defliis 4 ou y onces d’eau de rofe ou de fleur-d’orange, avec la teinture aromatique ; on couvrira la baffine 9 & on la mettra au bain-marie pour que le Savon foit bien pénétré des aromates. Quand le Savon aura pris un peu de confiftance., on le mettra dans un mortier de marbre quon aura fait chauffer , y ajoutant peu à peu une huile effentielle de lavande , ou de thym, ou de bergamote, ou de cédrat, de limette, ou du néroli, & quelques gouttes d’eflcnce d’ambre , & du tout on formera des boules qui auront une fort bonne odeur.
- Il y a eu un temps où l’on recherchoit des Savonnettes très-légeres, qui fèm-
- bloient être de la moufle de Savon : on les annonçolt pour être de la pure crème
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- de Savon,
- ^ XXXVI. Savonnettes légères.
- On prend, pour faire ces Savonnettes, trois livres dix onces de Savon blanc, deux livres huit onces d’eau, dans laquelle on a fait diftoudre une once 6 gros de fel marin ; après avoir filtré cette diffolution , on fait fondre le Savon dans Cette eau à une chaleur douce : on bat ce Savon avec une fpatule ou avec les mains, pour qu’il s’introduire de l’air dans la pâte, ce qu’on continue pendant une heure & demie ou deux heures, battant continuellement avec la main, jufc qu’à ce qu’en le pétrifiant légèrement, il ne s’attache plus aux mains ni au vafe qui le contient ; alors en frottant fes mains de poudre à poudrer , on en forme des Savonnettes ou des petits pains de Savon.
- On peut mêler à cette pâte, en la battant, un peu de mucilage de gomme adragante avec quelqu’aromate. Mais les Parfumeurs y ajoutent louvent une bonne quantité de poudre à poudrer, ce qui diminue l’aélivité du Savon. Nous avons dit qu’en mêlant de l’eau avec le Savon, on augmentoit fa blancheur; effectivement le Savon préparé comme nous venons de le dire , eft d’une blancheur à éblouir ; mais je lui préféré les Savonnettes fimples dont j’ai parlé plus haut#
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- FART DU SAVONNIER. $9
- XXXVII. De l’Effence de Savon.
- Pour faire ce qu’on appelle YEjfencë de Savon , que plufieurs recherchent pour fe faire la barbe, il fuffit de diffoudre quelques-unes des Savonnettes dont nous avons parlé , avec Le double de leur poids de bonne eau-de-vie, qu’on con-ferve dans une bouteille bien bouchée.
- Si l’on fait diffoudre un gros de cryftaux de foude dans trois onces de bonne eau-de-vie,! elle tiendra en diffoludon lympide une once deux gros de Savon blanc. Il convient de confulter ce que M. Geoffroy dit à ce fujet, dans le volume de f Académie des Sciences, année 1741.
- FIN
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- L’ART DU SAVONNIER.
- Ko
- EXPLICATION DES FIGURES.
- PLANCHE PREMIERE.
- Les Figures i, 2 & 3, repréfentent un fourneau pour brûler le bois qui fert à faire la potafle, à en calciner les cendres 9 & à évaporer les leffives qu’on en a fait.
- Figure 1, le fourneau vu par dehors. A, la porte du cendrier. B9 la porte qui Répond à la fournaife, ou à l’endroit où l’on brûle le bois fur une grille de fer. C9 porte qui répond à une chambre où l’on met les cendres qu’on veut calciner ; c’eft par cette porte qu’on les met dans le fourneau, & qu’on les retire quand elles font calcinées : on la ferme quand on allume le fourneau. D9 ouverture qui répond à un tuyau de cheminée, & par laquelle s’échappe la fumée. E, partie d’une des chaudières dans lefquelles on évapore les leffives.
- Figure 2, coupe tranfverfàle du même fourneau1. F, la capacité du cendrier. H, le bois qui brûle dans la fournaife : on voit au-deflous de la grille les cendres qui tombent comme par gouttes dans le cendrier. / , le laboratoire où l’on met,1 fur la voûte les cendres qu’on veut calciner. K 9 la partie d’une chaudière à évaporer qui répond dans le laboratoire. L, partie de la même chaudière qui eft au-deflus§du fourneau : elle eft cottée E à la première figure.
- Figure 3 , coupe longitudinale du même fourneau. A9 la porte du cendrier.1 jF, la capacité de ce cendrier. B 9 la porte de la fournaife. G 9 grille fur laquelle on met le bois que l’on brûle. H9 capacité de la fournaife. M9 voûte fous laquelle on brûle le bois. P9 petite ouverture qu’on tient ouverte pendant qu’on allume le feu, & qu’on ferme quand le feu eft allumé. N9 ouverture par laquelle la flamme , la fumée & l’air chaud paflent de la fournaife H dans le laboratoire /, où font les cendres qu’on veut calciner. C 9 ouverture qu’on ouvre pour mettre dans le laboratoire les cendres qu’on veut calciner, & par laquelle on les retire : on la ferme quand le feu eft allumé. D, ouverture par laquelle s’échappe la fumée Q: elle répond à un tuyau de cheminée. K, le fond des chaudières dans lefquelles on met la leffive qu’on veut évaporer. Ainfi il faut concevoir que le bois brûle for la grille G ; que les cendres de ce bois tombent dans le cendrier F ; que la flamme, l’air chaud & la fumée, paflent par l’ouverture N9 dans la capacité /; quelle y calcine les cendres & quelle chauffe les chaudières K 9 K 9 puis s’échappe dans un tuyau de cheminée qui eft en D Q ; & plus ce tuyau a de hauteur, plus le feu a d’aélivité.
- A la Figure 4, on a repréfenté les inftruments qui fervent dans une Fabrique
- où
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- Explication des Eigtirès. éi
- où Ÿon fait du Savon en pain. A, fourgon de fer qui fert à attifer lé bois dani? le fourneau & à remuer la braife* B, réglé de bois pour tracer fur le Savon qu! eft aux mifes9 lés endroits où il faut le couper. C 9 matras ; c’eft un barreau de fer qui porte à un de les bouts une tête de fer qu’on garnit de linge ou d’étou^ pes, pour fermer le tuyau qu’on nomme l’épine. D , rouable ou redable qui fert à brafler la pâte du Savon, quand on en fait de marbré. E, pelle creufe qui fert à raflembler les fubftances qui doivent fournir la leffive. F, pelle de fer aveë laquelle on mêle la chaux avec les fubftances fàlines qui doivent fournir la leffive. G9 grofle mafle pour rompre la barille, la bourde & la chaux* K, truellë pour parer les pains de Savon* L , planchette pour unir la pâte de Savon, quand on la met aux mifes* M, pelle de fer pour lever les pains de Savon qui font fur les mifes. N 9 forte de rateau à dents de fer, pour tracer fur les gros pains de Savon les endroits où il faut les couper. O, gros pain de Savon où l’on à tracé, fur une de fes faces, les endroits où il faut le couper. P, autre gros pain de Savon qui eft tracé fur deux de fes faces, pour former de petits pains façon de Gayette. Q9 vafe de cuivre qu’on nomme pot et eau, qui fert à puifer de l’eau ou des leffives. R9 autre vafe à peu-près pareil, qu’on nommepoidou, Sc qui fert à puifer la pâte dè Savon. S 9 couteau pour couper le Savon. T, vafe de bois nommé cornude9 qui fert à bien des ufàges. V> fil de laiton qui a à un bout un manche de bois , à l’autre un bouton , pour couper les tables de Savon en petits pains. Lorfque les pains font fort petits, on fe fert ordinairement du fil de laiton X. Y, vafe de cuivre qu’on nommeJervidou : fbn ufàge le plus ordinaire eft de porter la pâte de Savon ftir les mifes. Z, jarre ou millerolle, vafe de terre dans lequel on dépofe l’huile quand on ne la met pas dans les piles.
- PLANCHE IL
- O n y a reprêfenté féparément, & allez en grand, plufieurs établiflemetltS qui font néceflàires pour la Fabrique du Savon. La Figure première eft deftiné© à filtrer les leffives.
- A, des compartiments quarrés, quon nomme en Provence hugadieres 9 dans lefquels on met les fubftances làlines & la chaux dont on veut extraire la leffive. FF 9 eft une gouttière qui eft deftinée à diftribuer aux bugadieres l’eau quon tire d’un puits; pour cela on ouvre ou l’on ferme des robinets de bois G, fuivanc qu’on veut arrofer une bugadiere ou une autre. Quand cette eau a traverfé les fubftances qui font dans la bugadiere, & qu’elle en a diflous les fels 9 on ouvre un des robinets D D 9 pour que la leffive tombe dans le récibidou ou la cîtern© B B 9 qui eft en terre, le niveau du pavé étant indiqué par la ligne c c ; la lefïïv® tombe donc dans le réfervoir par les ouvertures Ë9 Ë9 Sc c’eft auffi par ces ouvertures qu’on la retire avec le poêlon Q , PL 19 fig. 4 ; mais chaque robinet répond à une citerne particulière pour recevoir féparément les leffives fortes Sc les foibles.
- Savon. Q
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- 62 Explication des Figures.
- La Figure 6 repréfente en plan l’embouchure d’une chaudière hh9 qui eft formée par un rang de pierres de taille, e > eft la place du tuyau de cheminée. QQ>v embouchure de deux réfervoirs à huile, ou piles, qui font établis en* tre les chaudières.
- La Figure y repréfonte en élévatiou une chaudière en place, h h, la chaudière établie dans un maffif de maçonnerie pp. On a ménagé entre les chaudières des citernes ou piles à l’huile , dont on voit les ouvertures en Q Q : on voit en n n, une plate-bande fur laquelle on monte pour fervir les chaudières, &enm, une marche pour y arriver. K K, eft la voûte qui précédé la bouche du fourneau b b\ on y voit un travers de bois fupporté par deux fortes barres de fer ou landiers : cette barre de bois fournit un point d’appui au fourgon, lorfo qu’on attife le feu.
- La Figure 3 eft la coupe du fourneau à la hauteur K K de la figure y. c, eft la grille fur laquelle on met le bois, b y la bouche du fourneau avec les landiers. dd, arcade pour mettre le bois fur la grille du fourneau, e e, conduite au tuyau pour la décharge de la fumée, hh9 maffif de maçonnerie dans lequel eft la chaudière, p 9 p, piles à l’huile qui font pratiquées entre les chaudières, i, tuyau de 2 8c demi à 3 pouces , qui répond à la chaudière , & qui fort à faire écouler les leffives qui ont perdu leur force : on le nomme 19épine ; il eft fortifié d’un cercle de fer du coté de la chaudière, & il aboutit à une auge de pierre k, où fo fige le Savon qui s’eft écoulé avec les leffives. O3 eft la grande voûte qui précédé l’embouchure du fourneau : elle eft repréfontée en K K à la figure y.
- La Figure 2 eft la coupe du fourneau par la ligne B B de la figure 3. O , la voûte qui précédé l’entrée du fourneau b : on met le bois par l’arcade dd. c c , grille fur laquelle on met le bois, e e, tuyau de cheminée, h h, la cuve, z, le tuyau qu’on nomme Y épine , pour faire appercevoir où il aboutit dans la chaudière. a a , le fourneau dont on voit l’intérieur par le côté.
- Figure 4, la coupe du plan fig. 3 , par la ligne D , D. e, le tuyau de la cheminée par où fo diffipe la fumée, i i, le fond de la chaudière qui eft en cuivre , & qu’on nomme le chauderon. ih3ih3h. partie de la chaudière qui eft en brique, b b, le fourneau : on voit en a le cendrier, l’ouverture d’en bas de la cheminée , & la grille où l’on met le bois, p, p , les piles à l’huile. Q 3 Q ? leurs ouvertures.
- PLANCHE III.
- O n y voit repréfenté le plan d’une grande Fabrique de Savon ; & après les détails que nous avons donnés, nous comptons que tout y fera intelligible.
- A A A A , eft une première enceinte. BBBB, fécondé enceinte qui renferme véritablement la Fabrique. 1, eft la feule porte de la première enceinte ; il y a une rue qui régné tout au pourtour; & en a,2, une cour qui précédé
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- Explication des Figures* 63
- l'entrée 4 de la Fabrique : aux deux côtés de cette cour, font deux corps de bâtiments 3 Sc 3 , qui fervent de raagafins pour mettre la barille, la bourde & les cendres du Levant. Comme c'eft dans ces endroits qu'on cafîe Sc qu'on pilé les différentes matières qui doivent fournir la leffive, on les nomme en Provence les picadous. Il y a en y, y , des portes pour communiquer des picadous dans la Fabrique ; & 4 indique, comme je l'ai dit, la principale entrée de là Fabrique.
- Les chiffres 7, indiquent 18 bugadieres, Sc 8, les récibidous: il y en à deux pour chaque bugadiere, afin de diftinguer la leffive forte qui coule la première , de la foible qui coule enfuite.
- 9,9,9, font des marches pour monter au niveau des chaudières 10, qui font ici au nombre de fix.
- Les chiffres n , indiquent les endroits ou font des piliers de pierre qui fou-tiennent la charpente Sc les poutres d'un grenier qui eft au-deflus de la Fabrique.
- Les chiffres 12 , indiquent des foupiraux grillés, pour donner du jour aux fouterrains où font les bouches des fourneaux. 13 , font les mifes où l'on étend la pâte du Savon pour qu’elle fe rafermiffe. 14, font des ouvertures qui répondent à des piles à l'huile qui font deffous. iy , des degrés pour defcendre aux fouterrains 5 Sc 18, des degrés pour monter à l’étage qui eft au-deifus de la Fabrique. 19 , puits pour fournir de l'eau aux bugadieres. Les lignes ponctuées 20 , indiquent les tuyaux qu'on nomme épines, Sc qui fervent à l'écoulement des leffives qui font épuifées. Tout ce qui eft ponétué ne fait qu'indiquer des objets qui font en terre ; ces mauvaifes leffives fe rendent par les tuyaux 20 , dans des réfervoirs 21 , où elles féjournent un peu de temps , pour qu'en fe refroi-diflant, le Savon qui a coulé avec la lefîîve fe fige, & qu'on puiffe le retirer avec une cuiller percée : cette leffive paffie du réfer voir 2 r., par le tuyau 22, & fe rend dans un autre réfervoir 23 ; puis enfin s'écoule à la mer par un aqueduc 24 2 —®*y , Scc*
- FLANCHE IV*
- La Planche IV repréfente une Fabrique de Savon en âétion. On voit en élé« yation ce qu'on vient de repréfenter en plan.
- A B , font fept bugadieres : on voit du côté de B, des Ouvriers qui chargent ou rempliffent la première bugadiere* Plus loin, C, eft un homme qui, avec une pelle de fer , vide une bugadiere ; au-deffous font des bêtes de charge qui ont des bachottes, & un homme D, qui les remplit des cendres ufées pour les porter dehors. On voit en E 9 les ouvertures qui répondent aux récibidous ou citernes , Sc un Ouvrier qui, avec un pot d'eau Q , PL I, fig. 4 * Puh"e de la leffive dans un récibidou, Sc la verfe dans un fervidou Y. Même figure 9 en Fy eft un homme qui tire de l'eau d'un puits, Sc la verfe dans une bâche, à
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- Explication des Figures*
- laquelle eft adapté un tuyau qui tranfporte cette eau dans les bugadieres qui en ont befoin, en ouvrant le robinet qui y répond*
- On voit dans le fond cinq chaudières i, 2,3,4 Sc f, & entr’elles quatre piles à fhuile ; de plus, un grand nombre de jarres ou de millerolles remplies d’huile 9 & au -defïous les bouches de deux fourneaux, avec des Ouvriers qui font occupés foit à attifer le feu, foit à prendre l’épreuve du Savon, foit à verfer de la leffive dans une chaudière, foit à tranlporter des barilles. En G, un Ouvrier brife de la chaux. En H, d’autres pefent des pains de Savon. En K, des femmes les tranlportent au magafîn. En L, eft un cheval chargé de cendres du Levant ; & en M, des hommes tranlportent différentes matières aux endroits où l’on en a befoin. Depuis Njufqu’en O, font les miles : on voit des Ouvriers qui verfent la pâte deffus, d’autres qui la mettent d’épaiffeur avec la planchette
- L, PL I, fi g. 4 ; un qui étant affis fur le Savon, le coupe, fuivant là longueur, avec un grand couteau; & d’autres qui, avec des couteaux moins grands, les coupent en travers.
- Sur le devant de la Planche, en p, un Ouvrier coupe les tables de Savon dans un moule que nous avons décrit ailleurs, & un autre applique la marque du Fabriquant. En Q, les uns tirent du bois du bûcher, & d’autres le fendent pour le dilpofer à être mis aux fourneaux. Au-deflus de cette Fabrique eft un grenier oa l’on dépofe des millerolles pleines d’huile, & où quelquefois les Ouvriers fe retirent pour prendre du repos.
- PLANCHE F*
- L a Planche V eft deftinée à repréfenter une petite Fabrique de Savon eft pâte.
- A la Figure r , tous les objets font repréfentés en plan. A, B, C, D, quatre tonnes qui font deftinées à couler la leffive ; en E, F, G, Hf les citernes qui la reçoivent, K K, LL, font les pièces de bois ou les chantiers qui fuppor-; tent les tonnes. M, eft la chaudière. O, eft une couche de potaffe & de chaux pour faire le levain.
- La Figure 2 repréfènte les mêmes objets coupés par la ligne MN du plan;
- A B C D, la coupe des tonnes. E F G H, la coupe des citernes, a, b $ c, d 9 les barres de fer qu’on éleve quand on veut que la leffive des tonnes coule dans les citernes, & qu’on abaiffe quand on veut que le levain refte en trempe;
- M, la coupe de la chaudière. N, celle du fourneau. O, la grille fur laquelle on fait le feu. P , le tuyau pour la décharge de la fumée. Q Q, le pavé ou le niveau du terrein. Tout ce qui eft au-deflous, eft en terre.
- La Figure 3 repréfente les mêmes objets de profil ou en élévation.
- A, B, C9D , Les tonnes établies fur leurs citernes. M, la cuve où l’on fait la cuite. F, Ouvrier qui tire le Savon de la chaudière; il le verfe dans une
- efpece
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- Explication des Figures• 6$
- efpece de gouttière qui la rend dans un poêlon que préfente l'Ouvrier qui la tranfportera dans les barrils. /, barril d'huile ou de Savon. K, homme qui tire de l'eau pour en fournir à la derniere tonne, qui ne peut pas être chargée avec de la leffive foible. L, magafin.
- PLANCHE FL
- A la Figure r , tous les objets font repréfentés en plan. ï, i, 3 , 4, y, bacs où l'on fait les leffives ; deflous font les citernes où coulent les leffives. a, tra-pes qui répondent aux citernes ; leur étendue eft indiquée par des lignes ponctuées d ou a. La trape de la citerne 3 eft ouverte, & on y voit une pompe qui fert à tranfporter l'eau de la citerne 3 , dans le bac 4. b, indique les endroits où font des tringles de fer qui fervent à ouvrir & fermer la foupape du fond des bacs, lorfqu’omveut tenir le levain en trempe, & à les ouvrir lorfqu'on veut que la leffive s'écoule dans les citernes. En A, eft le magafin aux potâfles, & l'endroit où l’on prépare le levain. L, eft la chaudière, e, auge pour tirer le Savon des cuves lorfqu'il eft cuit. Cette auge fera repréfentée à part, & détaillée* f9 moulinet pour tranfporter les barrils d'huile aux chaudières : cette machine fera repréfentée en grand à la figure 3. g, tuyau pour la décharge de la fumée. D, magafin au Savon, k, cuvier où l'on dépofè de la leffive pour en avoir à portée de la chaudière quand on en a befoin. i, pompe qui répond dans un puits qui fort à fournir de l'eau douce au bac n°. r.
- A la Figure 2, les mêmes objets font repréfentés en élévation par une coupe de l'attelier fur la ligne A B 8c CD, du plan, r, 2,3,4 , y , font les citernes qui font placées fous^es bacs. Celle cottée y , contenant la forte leffive qui eft filtrée dans le cinquième bac , eft une fois plus grande que les autres.
- La partie A B , qui eft une coupe fur la ligne A B du plan, repréfente l'élévation de quatre bacs. a, font les trapes qui communiquent aux citernes, & qui font indiquées par les mêmes lettres for le plan. Auprès de B, eft la pompe qui eft repréfentée en plan auprès de B : elle fert à tranfporter la leffive de la citerne 3 , dans le bac 4, & ainfi des autres ; car on tranlporte cette pompe où l'on veut en l'attachant aux poteaux k, qui font établis auprès de chaque bac a* h yb, font des tringles de fer qui enfilent un tuyau : en les élevant on ouvre une foupape, & la leffive paffe des bacs dans les citernes ; en les abaiflànt, on ferme cette communication, & le levain refte en trempe.
- Nota qu'en cet endroit la coupe eft prife for la ligne B C du plan, & que la citerne de, du bac y , eft une fois plus grande que les autres.
- /, indique le niveau du pavé ; ainfi les citernes & une partie des bacs font en terre.
- L, eft la chaudière : nota que fa coupe eft prife for la ligne CD du plan. m, le cendrier, n, le fourneau. 0, foûterrain par lequel on allume le fourneau. Safon. R
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- <é& Explication des Figures.
- p, porte du cendrier pour donner de l’air au fourneau. q9 porte par laquelle on met le bois dans le fourneau, g, tuyau pour la décharge de la fumée. D , magasin au Savon, E, feau de cuivre à balcule pour vuider la chaudière.
- La Figure 3 eft deftinée à faire voir, plus en grand & plus en détail, les uftenfiles dont il a été parlé. G H, moulinet pour vuider les tonnes d’huile dans les chaudières. Il eft repréfenté en plan à la figure 1, & défigné par la lettre/: on le voit de face en G, & de profil en H. a, treuil fur lequel fe roule la corde b, qui fupporte la tonne c. d9 eft un tambour de bien plus grand diamètre que le treuil a, 8c fur ce tambour eft roulée la corde e : il eft clair qu’en halant fur la corde e, on fait tourner le treuil a, fur lequel fe roule la corde b ; & la tonne c eft élevée fur le plan incliné /, & va d’elle-même fe placer fur la confole g, qui eft en faillie dans la cuve L,
- E , coupe de i’aüge cottée e au plan : elle fert à porter le Savon de la chaudière L dans le barril y. c d 9 eft la même auge vue en plan ; le deflus eft couvert depuis a jufqu’en d, En a b, eft une plaque de cuivre percée de trous pour arrêter les faletés qui pourroient fe rencontrer dans le Savon. Cette paiïoire eft repréfentée à part en a b. En e, eft un trou par lequel coule le Savon dans le barril h ; & quand on veut, au moyen du tampon/, on l’empêche de couler.
- On puife le Savon dans la chaudière L : on le verfe dans l’auge c d ; quand il a pafle par la pafloire a b, il s’écoule par un trou qui eft en e, & tombe dans le barril h. Au-deffous eft un autre barril pour recevoir ce qui pourroitfe renverfer.
- //, cuvier qui eft cotté h au plan 9fig. 1 : on y dépofe la leflîve forte avant de la mettre dans la chaudière Z, K, vafe de cuivre qu’on nomme jet : il eft jaugé ayant 11 pouces de diamètre , fur 6 de profondeur : il en faut 14 pour remplir une tonne. On s’en fert pour remplir la chaudière, & favoir combien on y met de leffive.
- M, tonne : elle a xp pouces de hauteur de jable en jable, ig pouces de diamètre au bouge, & 16 pouces aux jables.
- N) barril ou quart de tonne : il a 16 pouces de hauteur de jable en jable, 1% pouces de diamètre au bouge, & 11 pouces au jable.
- O, demi-quart : il a 13 pouces de hauteur, 10 pouces de diamètre au bouge > & 9 pouces au jable.
- P, eft une cuiller pour tirer la leffive des citernes.
- Q, éprouvette pour examiner quand la cuite eft faite.
- R , indique la forme du baffin de cette éprouvette.
- S, tefîon de pot, ou tuile verniflee , ffir laquelle on verfe le Savon qu’on a puifé avec l’éprouvette Q, pour connoître fi la pâte eft bien liée.
- Fin de tExplication des figures,
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- 6j
- EXPLICATION
- DE QUELQUES TERMES
- PROPRES
- A L’ART DU SAVONNIER.
- A.
- lkalï. Le fel alkali eft une fubftance âcre , qui fe diffout dans l’eau, ôc fermente yivement avec les acides, page i •
- Jnfes de la chaudière. On appelle ainfi les bords du chauderon des Savonniers, qui font renverfés ôc applatis comme le bord d’un chapeau, 14.
- B.
- Barille, herbe des Indes, de laquelle on retire la Soude d’Alicante qui fert pour les Manufactures de Verre ôc de Savon , 4,6.
- Bourde , efpece de foude de moins bonne qualité que celle qui provient du kali, 4,^
- Brajfin, On appelle ainfi la quantité de Savon qu’on cuit à la fois , y
- Bûche d'airain. Les Savonniers appellent alnfi une jauge de cuivre , qui leur fert a régler l’épaiffeur des pains de Savon fur les mifes ,31.
- Èugadiere ou cuvier, compartiments dans ïefquels on met le mélange des fubftances fa-fines ôc de chaux, dont on veut tirer la lef-ïive, 13. «
- C. >
- Canon, nom que les Provençaux donnent a une pierre de taille blanche ôc dure, qui ïert à former les bords de la chaudière des Savonniers, 1 y.
- Campane, nom qu’on donne en Provence à la chaudière dont les Savonniers fe fervent pour cuire le Savon, 14.
- Cap j poêlon de cuivre fervant à puifer le Savon ou l’eau pour arrofer la chaux ,13.
- Cendrée de Tournay, mélange de menus morceaux de chaux avec les cendres de la houille, dont on fe fert à Tournay pour cuire fa chaux. Cette fubftance fait d’excellent ciment ,47.
- Cendres du Levant. On appelle ainfi la cendre qui fe fait, pour la plus grande partie, avec une plante appellée roquetta, $.
- Chauderon, potaffe en chauderon. Voyez Salin, p»
- , Chaux, pierre ou marne qu’on a calcinée en la faifant brûler ou cuire à grand feu dan3 un four bâti exprès, page 11.
- Colza , efpece de chou qu’on cultive dans les Pays-Bas, dont la graine rend beaucoup d’huile, 40.
- Cornude, broc ou feau de bois, fervant à porter les leffives, l’huile ou l’eau ,13.
- Crue, eau crue. On donne ce nom aux eaux dures, ôc dans lefquelles le Savon fe diffout mal, 48.
- Cuviers. Voyez Bugadi'eres, 13.
- Cyzagans, grandes pièces fort aérées, dans lefquelles les Manufacturiers de Savon en Provence, dépofent leurs pains de Savon pour qu’ils fe defTéohent, 18.
- D.
- Deliquium. ( tomber en ) On dit qu’une fubftance tombe en deliquiumy quand, après avoir attiré l’humidité de l’air, elle fe fond ,
- 8.
- E.
- Ecaille, teffo'n de pot, ou tuile verniffée 9 fur laquelle on fait couler une bande de matière de Savon , pour s’affurer ft elle eft cuite ,51.
- Epine, tuyau ajufté au chauderon, qu’on ouvre quand on veut laiffer écouler les leffi-ves ufées ,12.
- Eprouvette, cuiller de fer avec laquelle on prend de la pâte de Savon dans la chaudière, pour s’affurer fi elle eft fufïifamment éclair-^ cie, 51.
- F.
- Fauque, petit chevron de bois qui ferme l’extrémité des mifes ,31.
- Flaquer. On dit que la cuite de Savon flaque , quand elle s’affaiffe Ôc refte comme immobile dans la chaudière ,27.
- Fourgon, barre de fer terminée en crochet, qui fert à arranger les bûches dans le fourneau, 12.
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- M
- 'Explication de quelques Termes
- G. J M.
- Gayette, ( façon de ) nom qu’on donne aux petits pains de Savon qu’on envoie à Bordeaux, page 32.
- Grener. On dit que l’huile grene, lorfqu’elle fe congele, ôc forme comme des petits grains, 22.
- K
- Huttes chaudes. On appelle ainfi dans les Savonneries de Flandres, les huiles de lin , de chenevis ôc d’œillet, 43.
- Huile froide. Les Savonniers de Flandres appellent huiles froides, celles qu’ils retirent du colza Ôc de la navette, 43.
- Huile grojfan. On donne ce nom en Provence , à l’huile ? quand elle eft fort fcraffeufe 6c fort épaifle, 25,
- Huile jaune. On appelle ainfi en Picardie , les huiles qu’on retire du lin, du chenevis ôc de l’œillet, 45’.
- Huile verte. Les Picards nomment huile verte, les huiles de colza & de navette, 45”.
- Hume61 er le Savon; c’eft jetter de la fécondé leflive fur la cuite de Savon ,27.
- Malon, terme Provençal qu’on croit être une corruption de moelon. Ce font des briques qui fervent en partie à former la chaudière des Savonniers, page 14.
- Matras, barreau de fer un peu courbe3 qui fert à fermer ou à ouvrir l’épine ,12.
- Millerolle. On appelle ainfi un vafe de terre verniffé, dans lequel on met l’huile d’olive 3
- 35-
- Mifes, fortes de caiffes de bois, dans lesquelles on met le Savon nouvellement cuit, pour qu’il s’y affermiffe, 30.
- Modèle de fabrique, forte de table qui fert à couper les pains de Savon, 32.
- (Morefque, pierre noire, dure ôc point fragile , fur laquelle on brife les matières falines qui doivent fervir à faire la lefiive, 16.
- N.
- Nat mm ÿ Natron ou Anatmm9 fel naturel abfolument femblable au fel alkali de la foude : quelques-uns l’ont appellé fonde blan-che P 7.
- J.
- 'Jarre. Voyez Miller ollel
- Jet, vafe de cuivre de figure ronde, dont on fe fert dans les Savonneries de Lille, pour tranfporter la lefiive dans la chaudière ,52,
- r K.
- K ali 9 plante qu’on cultive particuliérement en Efpagne, ôc qui fournit la meilleure fou-
- de,y.
- L.
- Lampante. On appelle ainfi l’huile d’olive qui eft bien claire ôc bien purifiée, 4.
- Lejfives grajfes. Les Savonniers appellent ainfi les leflives qui s’écoulent du Savon qu’on a mis aux mifes ,21.
- Levage. Les Savonniers fe fervent de ce terme pour exprimer la vivacité des bouillons qui s’élèvent au-deflus de la chaudière, Si-
- Levain ; c’eft le mélange de la chaux avec le fel alkali dont on doit retirer la leflive ,41.
- Levant. ( cendres du ) Voyez Cendres.
- Liaifon ; ( faire la ) c’eft lorfque la leflive commence à s’incorporer avec l’huile , 30
- Liquidation ; c’eft donner différentes cuites ôc décuites à la pâte de Savon, 28.
- Liquide. On a coutume d’appeller Savon IL quide, un Savon mou comme de la glu : on devroit plutôt l’appeller Savon en pâte, 43,
- Orpiment ; c’eft une combinaifon du foufre avec l’arfenic ,34,
- P.
- Pefe-liqueur, inftrument qui fert à mefurer la pefanteur des liqueurs, en s’enfonçant davantage dans celle qui eft la plus légère, 48,
- Picadou. On appelle ainfi en Provence l’endroit , dans une Fabrique de Savon, où l’on brile les bourdes, les foudes ôc les cendres, 1 <5V 1
- Piqueur, Ouvrier qui, dans une Savonnerie , brife les fubftances falines fervant à faire la leflive, 16.
- Potajfe i fel akali qu’on retire de plufieurs bois qu’on brûle, Ôc dont on calcine les cendres , 7.
- Po^gplane, efpece de fable qui vient d’Italie, Ôc fert , avec la chaux, à cimenter les ouvrages de maçonnerie conftruitsdans l’eau, qu’on veut qui durent long-temps ,14.
- R.
- Récibidou. On appelle ainfi en Provence la citerne ou réfervoir dans lequel coule la lef-five au fortir des cuviers, 13.
- Régler les pains ; c’eft marquer les endroits où l’on doit couper les pains de Savon, 12.
- Roquette, plante aflez commune qu’on brûle, ôc dont les cendres contiennent des fels qui fervent pour les leflives des Savonniers. On donne aufli ce nom à de petits grains durs qui
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- propres à VAr<
- fe trouvent dans ces cendres, ôc qu’on eftime plus que le refte , $.
- Rouable ou Redable , barre de fer qui fert à tirer la cendre ou le feu du fourneau des Sa- ' vonniers, 12.
- S.
- Salicot, plante qui croît naturellement âu bord de la mer, ôc qu’on brûle pour en retirer une efpece de foude qu’on nomme aulïï le Salicot , 6.
- Salin , forte de potaiïe qu’on a fait calciner dans un fourneau, p
- Sato tartartus , fubftance favonneufe formée par une huile effentielle ôc de l’huile de tartre, 2.
- Saponification, terme emprunté du latin, par lequel on exprime le réfultat que produit le mélange des fels alkalis avec les fubftances graffes, 1 -
- Sanon. On appelle ainfi en Provence une natte qui fert à emballer Ôc envelopper la barille, ip.
- Savon, pâte qui réfulte du mélange des huiles avec les fels alkalis, & qui fert à blanchir le linge ôc à d’autres ufages , 1.
- Savonnerie, grand bâtiment où l’on a établi les fourneaux, cuves, réfervoirs à huile ôc à foude, ôc généralement tous les uftenfiles ôc atteliers néceffairesà laFabrique duSavon, 16.
- Savonnette, boule de Savon préparée , dont on fe fert pour faire la barbe, ôc laver le vifage Ôc les mains ,55:.
- Servidou , chauderon de cuivre à oreilles, pour porter le Savon cuit en pâte aux mifes, 113.
- Sophiftiquê• ( Savon ) On appelle ainfi du
- du Savonnier. #9
- Savon dans lequel on a fait entrer un mélange de différentes fubftances qui augmentent le poids du Savon, ou qui en altèrent la qua* lité.
- \M. Guefnon a lu à l’Affemblée publique de l’Académie des Sciences de Rouen, tenue à la Saint-Martin 1771, un Mémoire fur une falfification du Savon blanc de Marfeille* Pour mettre les Confommateurs en garde contre cette fupercherie > il indique à quelles marques on peut connoître le Savon fophifti-qué de celui qui ne l’eft pas. Voici la note qu’on trouve à ce fujet dans l’Avant-coureur du 6 Avril 1772.
- i°. Ce Savon fermente vivement avec les acides. N
- 2°, Sa diflolution dans 1’efprit-de-vin reftè louche.
- 30. Il donne fimplement à l’eau une cou*, leur d’opale.
- 4°. La coupe n’eft pas luifante, ôc elle a urt œil mat.
- j°. En le roulant entre les doigts il fe brifê au lieu de fe pétrir.
- M. Guefnon dit, comme l’avoit dit M. Demachy, Ôc comme on en eft perfuadé depuis long-temps, que les huiles les plus vif-, queufes font les plus propres à la faponifica-; tion, 29.
- Soude, fubftance faline dure ôc en forme de pierre, qu’on retire du kali en calcinant fes cendres. Il y a une foude beaucoup moins parfaite qu’on retire du varech, 4.
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- Tierçon, petite caifie de bois de fapîn,’ dans laquelle on envoie le Savon en pains, 32#
- Fin de l’Explication des Termes.
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- Savon.
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- EXTRAIT DES REGIS TRES
- DE L’ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES!.
- Du X 6 Juillet 1774.
- IVleffieurs Fougerôuxôc Cadet, qui avoient été nommés pou» examiner la
- r 1
- Defcription de l'Art du Savonnier, par M. Duhamel, en ayant fait leur rapport,’ l’Académie a jugé cet Ouvrage digne de l’impreflion : en foi dë quoi j’ai figné le préfent Certificat. A Paris le 13 Août 1774. - ,/I - ^ > .
- Signé, GRANDJEAN DE FOUCHY,
- Secrétaire perpétuel de l’Académie Royale des Sciences,
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- DE L’IMPRIMERIE DE L. F. DELATOUR. i774
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