Descriptions des arts et métiers
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- Nat t? T r En
- ±M il L 1 H xv.
- Par M. Fougeroux de Bondaroÿ.
- M. DCC. LXIII.
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- ART
- DU TONNELIER
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- Par M. F ou g vx de Bon daro
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- T je problème que réfout tous les jours le Tonnelier en confirmant uh tonneau, attireroit toute notre attention , fi cet Art ne faifoit que de naître, & que pour la première fois on nous prélentât une futaille au fortir dés mains de l’Ouvrier. Nous admirerions fans doute quelle induftrie & quel foin a dû exiger la conftruétion d’un vafe formé de plüfieurs planches réunies feulement par des liens de bois, qui contient une certaine quantité de liquide donnée, fous une forme aifée à tranlporter, & la plus propre à fouffrir un alfez grand choc, fans permettre à la liqueur qu’il renferme de fe perdre. Les calculs du Géomètre échoueroient ou l’habitude & prefque une fimple routine de l’Ouvrier réulîilfent alfez bien.
- L’Art du Tonnelier eft fort ancien, & paroît être parvenu promptement au degré de perfeétion auquel nous le voyons aujourd’hui. Cependant il efî encore inconnu dans quelques pays. Dans quelques-uns de ceux-ci où les bois font rares, on tranfporte lès vins dans dés peaux enduites de gaudron ou de poix j & l’ulàge de garder les vins dans des vafes de terre, fe conferve * encore aujourd’hui dans quelques Provinces.
- Pline donne aux Piémontois le mérite devoir les premiers fait ufage dès tonneaux. De fon temps ils les enduifoient de poix (*).
- Dès l’an 70 de l’Ere chrétienne, fous Tibere & Vefpajien, l’on connoilfoit les moyens de fabriquer des vafes de plufieurs piec.es de bois, réunies par des liens. Il y a près de 1900 ans que Varron, Columelle, &c, en nous donnant des préceptes fur l’économie rurale, nous ont parlé dé vafes formés de plufieurs planches alfemblées avec des cercles de bois. L’idée qu’ils nous en ont
- (*) Quelques Auteurs prétendent que le mot Poinçon vient de Piceum, en fous-entendant Vas3 à caufe de la poix dont on les enduifoit en dedans.
- Tonnelier. A
- Livre 14; Chap. 2ai;
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- a ART DÛ TONNELIER.
- laiftee, parôit s’accorder très-bien pour la forme & les dimenfions avec les
- tonneaux que nous conftruifons aujourd’hui.
- Le mot des Latins Dolium, qui fignifie en notre langue Tonneau, s’attri-buoit chez eux à de grands vafes de terre deftinés à mettre du vin (*).
- Le mot Do lare, applanir, unir , d’où eft venu Dolium, convient auflî à nos futailles , dont les douves ou planches qui fervent à les former, ont été dr elfe es & unies avant de les aflembler. L’outil qui fert à les travailler , a con-fervé, comme nous le dirons, le nom de Doloire ; & le mot Tonnelier, en latin, Dolarius, a tiré fonnom des tonnes ou tonneaux qu’il fabrique.
- Les vafes de terre n’ëtoient pas les feuls vaifleaux dont les Romains faifoient ufàge pour conferver leurs vins. Il eft confiant qu’ils conftruifoient des elpe-piin. Liv. ces de tonneaux, & de petites cuves de bois, qu’ils nommoient Culei. Elles ’h contenoient environ deux muids Se demi.
- Les bois autrefois ^rès-communs en France, y ont introduit de bonne heure l’art de la Tonneleric , Si depuis bien du temps, l’ufage auquel on deftine les tonneaux, pour garder les vins & les tranlporter, nous les ont rendu comme néceflàires. Mais peut-être ladilette des bois, quife fait reflentir de plus en plus, nous rendra-t-elle induftrieux , (faut-il le dire) malgré nous, & nous apprendra-t-elle à trouver des moyens de diminuer confidérablement la confommation des tonneaux, en réduifànt leurs ufages au feul tranfport des vins ? Elle nous forcera de conferver ces liqueurs dans des citernes ou vafes de pierre, moins fujets à dépérir, où le vin fe conferve très-bien (b), puifque ces derniers moyens font devenus plus économiques depuis la rareté des bois, Sc la mauvaife qualité de ceux qu’on eft fouvent obligé d’employer à la conftruélion des tonneaux.
- Le vafe formé de plufieurs planches ou douves réunies à côté les unes des autres , fous la forme d’une efpece d’ovale, dont on auroit coupé les deux extrémités ralfemblées , & retenues feulement par des liens de bois, qui les
- (a) Les anciens Romains défignoient par plu-fleurs noms les grands vafes de terre dont ils fe fervoient pour conferver leurs vins ; & ils les conftruifoient , fuivant le rapport de plufieurs Auteurs, de pure craie, (fincerâ cretâ), féchée aufoleil& cuite au four. Baccius, de naturali vinorum hiftoriâ, de vinis ïtalice, Lib. I. Cap. 16). II paroît par ce que dit cet Auteur, & par différents paifages des Latins, qu’ils fabriquoient des vafes de terre de plufieurs grandeurs. Les uns, & c’étoit les plus petits , fervoient à contenir le vin dans le temps qu’on en faifoit ufage. Les autres plus grands ren-fermoient le vin qu’on vouloit garder. Le plus petit vafe fe nommoit Lagena. C’étoit une grande bouteille ou un flacon. Les moyens, Tefta, à tegen-dis vinis. Baccius dit que ce vafe étoit garni de cercles de fer ou de plomb, qua 6r majus vajiprceftent robur, Cf media fub auriculis vajis ferreo circulo vel plumbeo corroboretur, vel tenaci faeniculo ambiatur. Le Cadus, fuivant le rapport de Columelle & de Pline, étoit aufli une forte de grand vafe propre à mettre du vin > de dans lequel on le confervoic.
- Enfin les plus grands vafes de terre, qu’ils nora-moient Dolia , répondoient fans doute à nos tonneaux. Les Anciens mettoient en terre les vafes remplis de vins, pour les y conferver. Depuis ils ont appellé Dolium, un vafe formé par plufieurs -planches retenues par des liens de bois ou cercles, & enduites intérieurement de poix , de réfine & de térébenthine. ^
- Udmphora fervoit plutôt de mefure aux liquides, que pour y dépofer le vin. Celle qui avoit deux anfes, s’appelloit Diota. Horat. Lib. I. Ode ( b ) Plufieurs Provinces, meme du Royaume , font ufage des citernes en ciment ou en pierres, pour conferver les vins. Voyez Scheuchzet, iterAl-pinum fecundum, pag. 71.
- Eft id parallelepipedum merè faxeum 150. circiter amphorarum capax , in tria diftintta conceptacula divi-fum (pro triplici vinorum genere recondendo) , queeJïn-gula 5 pedes funt lata9j longa , totidemque alta ; omnia vinum confervant optimè, nec ullo alieno fapors imbuunt,
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- ART DU TONNELIEÊ. 3
- empêchent de fe féparer, fe nomme Tonne, Tonneau, Fût, Futaille > Piece, Poinçon y Barrique y Sec.
- Outre les tonneaux , pièces, fûts ou futailles, dans lefquels on confervé le vin, ou qui fervent à le tranfporter , ainfî que ceux dont on fait ufage pour renfermer l'eau qu'on embarque dans les Vailfeaux, quon nomme plus communément Piece Se Barique , les Tonneliers conftruifent encore des vafes de différentes grandeurs Se formes.
- Ce font eux qui font les Pipes, Pièces ou Bottes, dans lefquelles on transporte l'huile Se l'eau-de-vie, Se qui contiennent jufqu'à 32 Veltes , oujo à 9 y Septiersy Se par conféquent.720 à j6o pintes: ( 8 pintes font un feptier). Le fucre , divers poiffons de mer falés, comme Hareng , Morue, Thon, Sardines, Anchois, &c, nous parviennent ordinairement dans des Barrils, dont les dimenfions ne font pas réglées. On a donné le nom de Caque à quel-ques-unsdeces barrils. On conferve dans de petits barrils le vinaigre, le verjus; & dans de plus petits encore, la Moutarde, les Olives, Set.
- La poudre à tirer qu'on tranfporte, Se celle qu'on embarque, fe met auffi dans de petits barrils. Le barril plein de poudre eft ordinairement du poids de cent livres.
- Les Tonneliers conftruifent les Cuves pour les Teinturiers. Ceux de bon teint dépofent leurs étoffes dans des cuves de bois, pour les y préparer à recevoir la teinture, & les y mettre au bain. C'eft dans des chaudières qu'ils font prendre enfuite à ces étoffes préparées la couleur convenable.
- Les Tonneliers font les cuves dans lefquelles on dépofele raifin auffi-tôt qu'il eft coupé, & où le vin fe fait & féjourne jufqu'à ce qu'il foit en état d'être tiré ; les cuviers où fe coulent les leflîves pour blanchir le linge; les demi-futailles qui fervent aux Salpétriers à couler les leflîves des platras pour en retirer le nitre ( on les nomme aufîî Cuviers ) ; les Tinettes où l’on dépofè le beurre fàlé & le beurre fondu ; les Saunieres où l'on réferve le fel dont on fait ufage journellement ; les B rocs, Sceaux, Seilles, Barattes, Bidons y Sec; Se généralement tout vafe conftruit de plufieurs planches affemblées Se réunies par des liens de bois , de fer ou de cuivre, reflortit du Tonnelier.
- Ce font encore eux qui, dans certains Ports de mer,font chargés de faire les bouées y quand elles font confinâtes avec des planches jointes enfemble fous la forme d'un cône tronqué, ou d’un barrillet que l'on calfate y Se que l'on gaudronne.
- Sans entrer dans de grands détails fur la fabrique de ces différents ouvrages qui appartiennent au Tonnelier , nous croirons avoir rempli notre *objet, en nous étendant fpécialement fur la conftruétion des tonneaux. Il fera aifé de faire l'application de ce que nous en aurons dit, aux autres vailfeaux que les Tonneliers conftruifent toujours en moindre quantité.
- Les tonneaux, pièces, fûts,-futailles, Sec, contiennent plus ou moins de
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- 4 ART DU TONNE LIER:
- liqueur, fuivant leurs dimenfions ; & le nom devroit indiquer cette quantité >
- de liqueur qui efl: fixée fuivant l’ufàge du pays.
- La barrique, la piece ou le poinçon, doit contenir 240 pintes de Paris : il faut deux pièces pour faire ce qu’on appelle à Orléans le Tonneau.
- La piece remplie de vin pefe joo livres, & le tonneau par conféquent un millier.
- On divife encore la piece en deux parties, quon nomme Quarts.
- Le quart contient 120 pintes.
- Le demi-quart, 60 pintes.
- Et le barril, 20 pintes.
- Il feroit difficile de Ipécifier précifément les différentes dimenfions qu’on donne aux pièces, & la quantité de liquide que chacune doit contenir. Elles, varient fuivant les pays ; & les mêmes noms, dans quelques-uns, lignifient un vafe différent que dans d’autres.
- Proportions des Futailles.
- Voici les dimenfions du tonneau, delà piece ou poinçon, du quart, du demi-quart & du barril, qui font ceux dont on fait le plus d’ufage à Paris. »
- La Piece de 4 Barriques, Longueur. Diamètre du fond. Contient ouïe Tonneau. ..... 4 pieds, 3 pouces. 3 pieds, 2 pouces. 448 Pots.
- de 3. ...... . de 2. ...... . 4- 3 • ... p .... . . 2 . . . . 2 .. . 10 ... . * . 6 336. 224.
- La Barrique ou le Poinçon. . . . 30 ou 31 . . . • 2ê • • • 2 . »... . 112.
- Le Tierçon. ..... 2 . . . .6 . 1... 5{. . . . . . S6.
- Le Barril 1 . , , . 8 . 0.. . 8* 14.
- Le pot contient deux grandes pintes de Paris, & un peu plus de deux pintes ordinaires.
- Le Tonnelier a donné différents noms à chaque partie du tonneau, qu’il faut connoître avant de le fuivre dans fon travail.
- Nous avons cru devoir expliquer dans un Vocabulaire les principaux termes propres à cet Art, pour ne point être obligés de nous interrompre en traitant des différentes parties du tonneau , de leur conftruétion & ufage.1 Nous invitons les Leéteurs à le confulter, avant de faire la leéture de cette Defcription, ou feulement lorfqu’il en aura befoin, pour s’affurer de la vraie lignification d’un mot propre à cet Art.
- Le merrain fert à former les douves que l’on emploie dans la conftruélion des tonneaux , pièces, fûts ou futailles.
- De la figure des Douves dépend celle que prend le tonneau, qui n’eft formé que par leur réunion. Ces douves maintenues par des cercles , forment ce qu’on nomme un Tonneau monté.
- Pour prendre l’idée la plus jufte que nous puiffions donner d’un tonneau *
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- Art du t o n n e l ï é R. %
- '©Il peut le regarder comme formé par deux cônes tronqués ; doftt les bafes feroient réunies dans la partie moyenne du tonneau. Ces cônes font cependant encore irréguliers ; car ils font chacun formés de lignes courbes qui forment une efpece de conoïde. La partie qui , le tonneau coupé, bffriroit un plus grand diamètre, & qui fe trouveroit la plus renflée de la piece , fè nomme le Ventre du Tonneau , ou le Bouge.
- Quand le tonneau eft monté & retenu par quelques cercles, c’eft fur le bouge ou la partie la plus renflée de la piece, que Ton pratique une ouverture à égale diftance de fes extrémités. On la nomme trou du Bondon. Le Bondon efl le bouchon de liege ou de bois , qui fert à tenir fermée cette ouverture , quand on n’en fait aucun ufage.
- Le Traverjin fert à former les fonds du tonneau. Un fond efl: compôfé de plufieurs planches, & chaque partie du fond prend un nom différent, fui’i Tant fà forme & la place qu’elle occupe.
- Ces pièces qui compofent le fond, entrent dans une feuillure qu’on appellé Jable. Les deux extrémités de la piece, depuis le bord des douves ou la circonférence de chaque bout du tonneau jufqu’au fond, portent auflilemêmenonn Les Tonneliers vendent les tonneaux garnis feulement de leur fond 8c de quelques cercles. Quelques mois après que le tonneau efl rempli de liqueur , quand il efl deftiné à être tranfporté, le Tonnelier vient le barrer, le fommagèr, 8c ôter le trop-fond> ou le rentaluen
- Le terme de Barrer fignifie ajouter, pour retenir chaque fond du tonneau, une traverfe placée dans unfcns oppofé à la direétion des planches dufondi On la nomme Barre. Elle efl aflujettie par le moyen de plufieurs Chevilles.
- Le mot Sommager s’entend de.deux cercles doubles qu’on appelle Sommiers , que le Tonnelier ajoute au tonneau pour lui donner plus de force , 8c fouffrir les chocs qu’il peut elfuyer en le tranfportant ou le roulant; Nous entrerons dans un plus grand détail fur ces termes, & les Autres propres à l’Art de la Tonnellerie. Mais nous avons cru devoir aider ici à l’intelligence de ces noms, qui nous auroient arrêtés en décrivant la conftruélion de certaines parties, 8c fur lefquelW d eft bon d avoir des connoifïàncejg générales, avant que nous en donnions de plus particulières;
- Le Tonnelier efl obligé de fe procurer plufieurs outils qui font nécef-faires à fon Art. Les outils font le Rabot, la Colombe , la. Pleine ou Plane * la Seille a tailler ou le Chevalet, la Selle a Rogner, le Charpi ou le Trônchet, la Do loire , la Tire ou le Tirtoir pour les cercles, la Vrille à barrer ou le Barrôir , la Scie ou le Feuillet à tourner, la Scie à main, Y A fe au, Y Ajfette * le Tire-fond > le Cochoir, le Compas, TUtinet pour les tonneaux, celui pour les cuves, la Bondonniere , le Sergent, l’Eianchoir, le Batijfoir, le Jabloir pour les tonneaux, celui pour les cuves, les Maillets, les Chaffoirs, le Contre 8c fa Mailloche, le Foret, le Perçoir 8c la Vrille*
- Tonnelier* B
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- ART DU TO N N E LI E R.
- Avant-dé décrire remploi que fait le Tonnelier de ces outils , nous invi-tons auffi le Leéteur à jetter les yeux fur la defcription des figures, pour y prendre une jufte idée de leur forme, & fe familiarifer avec les outils propres à ce Métier. Nous y fournies entrés dans les détails néceffaires pour les faire connoître, & aider à fuivre ce que nous allons rapporter fur T Art du Tonnelier. Nous avons cru devoir préférer cet ordre, pour ne pas joindre à nos defcriptions des détails d'outils, qui ne feroient que faire perdre de vue notre but principal, qui fe bornera pour lors à expofer l'ufàge que fait de ces outils l'Ouvrier qui conftruit des tonneaux.
- On trouvera peut-être que nous nous fommes trop étendus en décrivant les outils du Tonnelier, Sc que nous avons donné une longue explication des deffeins que nous en avons faits ; mais le Leéteur fe rappellera que nous avons féparé la defcription des outils, de leurs ufages, pour qu'il pût s'épargner l'ennui de les lire, s'il peut s'en paffer, & fi la feule infpeétion de la figure lui fuffit pour deviner l'emploi de chaque outil» Ceux qui auront befoin d'avoir recours à leurs explications , nous feront peut - être un reproche tout différent.
- La plupart des outils du Tonnelier, dont différentes parties font en fer, s’achètent chez les Taillandiers. Les Tonneliers les montent enfuite & les emmanchent comme il leur convient, en leur donnant la forme la plus propre aux ufàges auxquels ils les deftinent.
- Pour traiter l'Art du Tonnelier avec ordre, nous diviferons fon travail, Sc nous le rendrons en plufieurs articles féparés.
- Dans le premier article , nous traiterons de l'achat du merrain & du tra-verfin , & de leurs premières préparations.
- Dans le fécond, de la façon de monter le merrain & les douves qui ont été travaillées pour en faire des tonneaux.
- Dans le troifieme, nous indiquerons les moyens que le Tonnelier met en ufage pour rogner & jabler fon tonneau.
- Dans le quatrième, nous parlerons de la conftruétion des fonds d'un tonneau , & des moyens employés par le Tonnelier pour les mettre en place.
- Dans le cinquième , nous traiterons du reliage des tonneaux, de la façon de placer les cercles qui fervent de liens aux douves, ou de ffibftituer des cercles neufs à quelques-uns qui auroient manqué.
- Dans le fixieme, nous ferons une application de ce que nous avons dit fur la fabrique des tonneaux à tout autre vailfeau, comme cuves, cuviers ,#feilles, &c, auffi du reffort du Maître Tonnelier.
- Enfin, dans le feptieme , nous décrirons certains ouvrages qui font du reffort du Tonnelier, comme la defeente des pièces de vin, d'eau-de-vie, d'huile, &c, dans les caves ; la façon de tirer les tonneaux des bateaux qui les ont amenés, Sç de les mettre fur le Port où on les décharge. Enfin nous
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- Â & T DU TONNELIER* f
- dirons un mot de la conftruétion des boudons, des fojfets , & de la fente dé Tôlier dont fe fervent les Tonneliers pour attacher leurs cercles.
- Nous avons fait tout notre poiîîble pour nous rendre très-concis en irai-tant ces différents objets; &nous prévenons qu’on ne trouvera ici qu’une fimple delcription méchanique de T Art de la Tonnellerie. Nous aurions déliré le voir fufceptible de quelques autres détails : le travail que nous nous fom-mes propofé, en feroit devenu moins fec & plus fàtisfaifànt.
- Quoique les ouvrages du Tonnelier méritent notre admiration pour leurs inventions, nous devons avouer cependant que les différentes opérations de cet Art, une fois connues, l’ouvrier peut les exécuter, conduit feulement par routine. Pour devenir Maître 9 il n’a befoin que d’une habitude qu’il lui feroit difficile dé né pas acquérir en peu de temps.
- On conftruit ordinairement des tonneaux, pièces ou futailles, en plus grande quantité, dans les endroits qui font les plus abondants en vignobles, fi le bois de chêne y eft commun ; cé qui arrive quand ils font proches de quelques forêts, ou que les bois peuvent s’y tranfporter aifément;
- L’attelier du Tonnelier, dans les endroits ou Ton conftruit le plus de tonneaux , confifte ordinairement en un Hangari affez fpacieux pour placer plu* fleurs Ouvriers , &les outils convenables à leur métier ; & dans l’intérieur des villes, comme dans Paris, dans de grandes boutiques. Il faut outré cela à tous les Tonneliers des magafins couverts, pour arranger l’ouvrage fini ; & des cours, pour y dépofer leurs merrains ou les douves préparées : car plus le bois eft fec & vieux fendu , meilleur il eft pour la conftruétion des
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- tonneaux.
- ARTICLE PREMIER.
- De Vachat du Merrain, du Traverfin 9 SC de leur première
- préparation.
- Les Tonneliers font provifion de merrain Sc de traverfin, & Ta-chetent des Marchands de bois qui, dans l’exploitation des forêts dé chêne, réfervent une partie d’une vente pour cet ufage. Nous n’entrerons pas dans un grand détail fur le premier travail du merrain & du traverfin ; ce feroit fortir de notre objet, qui fe borne à décrire l’Art du Tonnelier. Nous dirons feulement que les Marchands de bois deftinent à cet emploi des parties droites de gros arbres, mais qui ont peu de longueur & de largeur. Dans une vente, l’intérêt & le profit du Marchand confifte à ménager le travail de fon bois, & l’emploi qu’il en peut faire. Il eft très-commun daris les forêts de trouver des bois qui ne permettent pas une parfaite divifion. Ceux-là ne peuvent pas être roulés, Sc he peuvent par conféquent fèrvir à faire delà ferche (*) ;
- (*) Bois roulé s’entend de celui qui après avoir été fendu, efl roulé, pour fervir à faire de la ferche, &e.
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- 8 ART DU TONNELIER:
- on leur laifle pour lors plus d’épailfeur*&ron en forme du merrain. Les parties de bois qui font encore plus courtes* font deftinées à former du traverfin.
- Pour faire du merrain > on préféré* Sc l’on emploie ordinairement le lois de fente ( * ) ; quelquefois cependant on fait ulàge de lois refendu, pour en conftruire des pipes 9 Sc même des tonneaux. Les douves faites ainll de bois refendu à la fcie * relient ordinairement plus épailfes Sc plus difficiles à travailler* parce qu'elles ne font pas partagées fuivant les fibres du bois ; & dans les endroits où l'on emploie cette elpece de bois* on a le foin* en le fciant* de le ceintrer * pour avoir moins de difficulté à former , comme nous le dirons par la fuite * ce quon appelle le louge du tonneau.
- Le merrain & le traverfin doivent donc être pris dans du hors St quartierr dont on a fouftrait ïaulour ; autrement les douves qu’on en formeroit, fe-roient fujettes à fe coffiner * Sc celferoient d’être propres à la conftruétion des tonneaux.
- Nous avons dit quon choififfoit ordinairement le bois de chêne, pour en faire du merrain & du traverfin* parce qu’il faut un bois ferré * Sc qui ne pourrilïè pas aifément. Sans doute d’autres bois pourroient auiîî y être employés utilement* en remettant cependant les bois tendres* que l’on nomme B ois lianes, qui fe fendroient * imbiberoient le vin * & pourriroient prompt tement dans des caves humides. U ne faut pas non plus employer des bois qui conferveroient de l’odeur qu’ils pourroient communiquer au vin * en changer le goût * & le rendre délàgréable*
- On fe fert auiîî de châtaignier Sc de hêtre. On prétend même que le vin fe perfeélionne dans cette derniere efpece de bois ; qu’il y prend un goût gracieux : dans les pays méridionaux * le mûrier eft employé par les Tonneliers pour en former des barriques ou pièces à tranlporter le vin * Sc fiir-tout à la conftruélion de petits barrils* fceaux* feilles* Scc. Ils fe fervent du châtaignier pour former des pièces ou barriques à contenir de l’huile : le mûrier eft trop tendre, trop fpongieux, pour pouvoir fervir à. cet ulàge*’ On croit que l’huile durcit le châtaignier * Sc qu’ainfi humeéié * il réfifte plus # long-temps que tout autre à la pourriture ; mais il faut que le châtaignier foie jeune ; le vieux châtaignier eft perméable * & dépenfe beaucoup de liqueur. Enfin * dans d’autres contrées* on fabrique des barrils deftinés à tranlporter des denrées ou marchandifes feches * comme fucre, çlincaillerie * Sc c > avec des planches de pin ou de fapin.
- Les poix graffes Sc feches nous arrivent auffi dans des barrils de lapin. Il nous vient du Nord du merrain prêt à être employé. Ce font les Hollandois qui nous le fourniffient ; Sc nous en faifons fouvent ulàge dans les Ports * pour en conftruire les barriques pour les embarquements.
- (*) On appelle Bois de fente, celui que l’on a fibres du bois ; Sc bois refendu * celui qui a été divifé en planches ou lames minces, à l’aide d’un féparé avec la fcie. outil nommé Coutn f en le partageant fuivant les
- L’Ordonnança
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- art DU TONNELIER» P
- L'Ordonnance qui concerne la fabrique Sc la vente des tonneaux, veut que lemerrain& letraverfin dont le Tonnelier fe fert pour les conftruire, foient de bois fec > fans auhour, non pourri, rongé ou vermoulu > pertuifé 3 vergé , ni artifoné.
- La plûpart de ces termes n'exigent pas d’explication. On fait que 1 ’aubour ou l’aubier eft la couche du bois > qui dans le chêne fe trouve la plus proche de l’écorce, & que l’on peut regarder comme un bois imparfait ; que les 6* bres du bois font moins ferrées dans cette partie de l’arbre ; quelle imbibe les liqueurs, & par confequent qu’elle lailferoit échapper le vin des futailles qu’on formeroit avec ce bois, qui d’ailleurs fe pourriroit promptement*
- Le bois doit être fec. Si on l’employoit encore verd, les vaiiTeaux del’arbre remplis de feve, lui donneroient de la mollelfe ; Sc dans cet état il imbibe-* roit les liqueurs : la preflîon des cercles le refouleroient ; il fe coffineroit : d’ailleurs , le bois fec gonfle beaucoup à l’humidité, Sc le vaiifeau en devient plus étanché.
- Le bois rongé, vermoulu, ou attaqué par les vers, doit être auflirejetté, ainlï que celui qui fe trouveroit pertuijé par toute autre caufo, comme donnant ifliie au vin, & permettant à la liqueur renfermée dans le vafe qu’on en formeroit, de s’échapper & de fe perdre. C’eft un défaut très-commun au chêne, que d’être attaqué par les vers. Les Tonneliers ont grand foin de fermer ces trous avec des épines de prunellier ; car ils font refponlàbles du vin qui fo perdroit par les trous de vers qu’ils auroient laiifé fous les cercles.
- Le bois pourri, ou qui commence à pourrir, ne doit point être employé* On en fent aflez les raifons.
- Pour entendre les termes de vergé, vergeté ou bois-rouge, il faut lavoir que dans certaines parties de forêts, les planches de chêne offrent fur leur fuperficie des veines de differentes couleurs. Quand le bois prend une couleur rouge, marbrée, c’eft une preuve de mauvaife qualité. Ge bois employé ne dure pas auflî long-temps qu’un autre. Il fe charge d’humidité, Sc fe pourrit promptement. On croit que ce défaut eft plus commun dans les bois abattus en retour ; Sc l’on lait que le bois acquiert ce terme plus promptement dans certaines forêts que dans d’autres. Mais comme c’eft un commencement de dépériflement, ce bois peut donner une mauvaife qualité au vin , & l’Ordonnance a très-bien fait de le profcrire. On toléré feulement la doelle du bondon*
- Le bois gras eft pris liir des arbres tout-à-fait en retour. Leur couleur Sc leurs fibres non-liées & tendres , les font reconnoître aifément, Sc doivent engager à les rejetter, comme n’étant point propres à en former des futailles.
- Les Tonneliers font aujourd’hui fouvent obligés d’employer des bois gras pour la conftruétion des tonneaux, faute de meilleurs. Quand le bois T eft à un certain point, non-feulement il lailfe perdre le vin ; mais il eft en* Tonnelier% C
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- 10 ART DU TONNELIER.
- core très-fujet à fe coffiner, & à s’épaigner. On éprouve le merrain en le frappant fur le tranchant d’une pierre : s’il rompt par éclats, il eft bon ; s’il cafte net, on le rebute»
- On n employé point , pour faire du merrain , les bois roulis ou roulés. Les cercles concentriques, quon regarde ordinairement dans le bois comme indiquant l’âge des arbres, fe féparent, dans ceux-ci, les uns des autres. On comprend qu’avec ce défaut, ils ne peuvent fervir à faire du merrain.
- Il eft aifé d’appercevoir comment une partie des bois qu’on employé à faire des futailles, peut gâter le vin qu’elles contiennent. Mais il eft certain bois fur lequel on ne voit aucune des marques que nous venons de donner , comme défignant un mauvais bois , & qui néanmoins , employés en fût ou poinçon, gâte en très-peu de temps le vin dont on les emplit. Ce bois communique à la liqueur un goût quon eft convenu d’appel-1er goût de fût, qui lui ôte la vente, & le perd au point de ne pouvoir plus fervir qu’à être brûlé, ou converti en eau-de-vie, ou en vinaigre*
- On ne lait quel eft le caraélere qui peut faire reconnoître ce défaut, qui n eft que trop commun dans nos forêts. Ce feroit rendre un fervice au public , que de donner des moyens fûrs de le diftinguer ; car jufqu’à cette heure ils font totalement inconnus, & le coup d’oeil ne peut les indiquer. Il eft très-commun, entre quantité de pièces que eonftruit le Tonnelier, d’en voir plufieurs où le vin qu’on y a dépofé, prend un goût de fût, & fe gâte en peu de temps, tandis qu’une partie du même vin tiré de la même cuve , dépofé dans le même endroit, & mis dans d’autres futailles, conferve fa qualité, & ne prend aucun goût. L’Ordonnance a cependant rendu refpon-fables les Tonneliers des dommages qui arrivent aux vins dépofés dans les pièces qu’ils ont livrées ; elle les oblige de reprendre toutes celles qui ont ce goût de fût, & de les payer aux propriétaires qui ont acheté d’eux les futailles , fur le prix de la vente commune du vin ; & le Tonnelier ne peut re-fufer de fe foumettre à la loi,quoiqu’il ait pu occafionner ce mal fort innocemment, en employant un mauvais bois, faute de caraéleres fûrs pour le diftinguer d’avec un bon. Il eft confiant que les Tonneliers qui ont habitude de manier les bois qu’ils emploient,ne peuvent prévoir & reconnoître ce défaut ; & j’avoue que j’ai jufqu’ici cherché inutilement des marques qui pulfent me l’indiquer.
- Le fût ou la futaille qui eft reconnue pour avoir cette mauvaife qualité, doit être déchiré & brûlé. On ne connoît point de moyens propres à faire perdre au bois ce goût. Le fût gâteroit tout autre vin dont on le rempliroit. Une feule douve de cette piece, employée dans la conftruétion d’une autre futaille, la mettroit dans le même cas, &perdroit de même le vin qu’on y dépoferoit (*).
- (*) M. Duhamel a fait faire deux futailles avec vin nouveau qui y a bouilli, & qui n’y a pris du merrain que les Tonneliers avoient rebuté, aucun mauvais goût, croyant qu’il gâteroit le vin j il les a emplies de
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- A Orléans, les Tonneliers achètent ordinairement le merrain au millier afforti , qui eft compofé de 1400 de doelles ou douves de long, & 700 de traverfins propres à faire des maîtrejfespièces 8c des chanteaux: ce qui fait lïoo pour l’alfortiment. Quand le bois eft de bonne qualité, il paye le millier aflorti, 200 liv. ce prix diminue quand le bois n’ eft pas aufîi bon, ou quand il n’eft pas de longueur convenable, & encore plus quand les vignes ont gelé.
- Le merrain, ou doelles de long pour les pipes, doit avoir autour de 4 pieds 6 pouces de long ; pour les muids, 3 pieds 2 ou 3 pouces ; pour les demi-queues, 2 pieds 6 à 7 pouces : leur largeur, depuis 4 pouces jufqu à un pied, 8c 6 ou 9 lignes d’épailfeur. Ces dimenfîons doivent excéder un peu les longueurs des pièces qu on doit en former, pour que le Tonnelier puiflè fouftraire une partie des extrémités des planches , fi elles font défeétueufes. On vend du merrain qui porte d autres dimenfions pour en conftruire des cuves, des tonneaux, ou d’autres vaiffeaux qui fontaufli, comme nous lavons dit, dureflort du Tonnelier*
- Le traverfin propre à faire des maîtrejfes pièces, porte 2 pieds de long, '&depuis 8 pouces jufquà 5 de large.
- Celui qui eft deftiné à former des chanteaux, a ordinairement y pouces jufqu à 8 de largeur.
- Nous verrons dans la fuite que Ton fait des pièces ou futailles avec du merrain de peu de largeur ; que pour lors on eft obligé d’employer un plus grand nombre de douves pour les former. Le tonneau en eft mieux joint, 8c plus eftimé que celui pour lequel on auroit employé du merrain plus large qui forme des pans, & qui eft fujet à fe coffiner.
- De la première préparation que le Tonnelier donne au Merrain
- ÔC au Traverfin.
- Le Tonnelier muni des outils propres à fon métier, 8t dubois dont il doit conftruire fes tonneaux , choifit celui qu’il veut employer, & met à part les outils qui doivent fervir au premier travail de fon merrain & de fon traverfin. Ordinairement il deftine le temps de l’hiver pour préparer fon bois, travailler lès douves & fes fonds , & les mettre en état d’être montées. Cet ouvrage étant achevé , la plus grande partie de fon travail eft faite. Il ne lui refte plus, pendant l’été , qu’à joindre lès douves, ou, en terme de Tonnelier, monter fes tonneaux & les relier. Le Tonnelier a befoin, pour fa-* çonner fon merrain 8c fon traverfin, du rabot, de la colombe, de la felle à tailler ou du chevalet, du charpi Ou tronchet, de la cochoire, de la doloire, de la fcie à tourner, du coutre 8c de la mailloche. Ces outils préparés, & fon bois amené, il commence fon travail*
- Pour dégauchir fon merrain, il prend un tas de ces planches qu’il pofe com tre le charpi ou billot ; 8c pour en former les douves de fes tonneaux, il les
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- travaille fëparément. U place une de ces planches fur cette efpece de billot > formé dune grolfe malle de bois ( PL I,fig> 4 )> foutenu & élevé de terre par trois pieds ; ou bien il forme Ion billot (fig. 3 ) avec un moyeu de roue de charrette. L’ouverture qui fervoit de palTage à l’effieu , eft perpendiculaire ; Sc fert à pofer une haujfie a ; & il approche le long de ce moyeu un fécond montant de bois qui,placé ainfi perpendiculairement, forme la fécondé hauffe b, qui eft échancréeà mi-bois. Ilia retient à l’effieu par deux petites traverfes (fig. 3 ). La pefanteur de ces charpis ou billots leur dorme de la folidité. C’efl: for les deux hauffes ou échaffes , que l’Ouvrier place la planche qui eft deftinée à être travaillée la première. Il la diminue d’épaifleur avec la doloire (PLI, fig. 2 ) ; il en ôte les inégalités , & l’unit, en coupant toujours le bois de travers. Cet outil eft large de lame ; il eft pelant. Les juftes proportions de la lame avec le manche , & leurs pefanteurs bien balancées , rendent cet outil aifé à manier. Il demande cependant de l’adrelfe de la part de l’Ouvrier. Le morceau de bois qui fert de manche à la doloire , fait un angle avec la lame, afin qu’elle puilfe plus aifément approcher du merrain, & le réduire à l’é* paifleur convenable, fans que la main de celui qui tient l’outil, le gêne dans fon travail.
- Le Tonnelier dole (PL V Kfig. 1) , en appuyant l’extrémité du manche de la doloire fur fa cuilfe. Il pofe le pouce fur le manche de l’outil. Sa main fert principalement à diriger la doloire ; & le mouvement que le Tonnelier donne à là cuilfe, qui s’accorde avec celui de Ion poignet, facilite beaucoup cette opération. La doloire pefe ordinairement dix à douze livres, & l’outil n’agit prefque que par Ion poids. Doler , eft le travail le plus rude & le plus difficile du Tonnelier. Peu d’Ouvriers dolent bien & promptement. Aulîi dans les grands atteliers où l’ouvrage fe trouve diftribué à chaque Ouvrier, on fait grand cas du Doleur. Cet Ouvrier, quand il eft bon, gagne jufqu’à quatre ou cinq livres par jour.
- Comme la hauteur de la cuilfe du Tonnelier eft une donnée, il faut néce£ làirement le conformer à cette hauteur pour celle du billot deftiné à porter la planche que doit travailler celui qui dole, & faire enforte qu’en opérant 1 il fe trouve le moins gêné qu’il eft polfible.
- L’Ouvrier qui dégauchit le merrain pour en former les douves, diminue de leur épailfeur dans certaines parties ; & dans celles-là, elles fe trouvent réduites à 2 & 3 lignes d’épailfeur, tandis que d’autres endroits de la douve confervent les 6 ou 9 lignes qu’elle devroit avoir fur toute fà longueur.
- Une des furfaces de chaque douve doit nécefîàirement former une portion circulaire. Auffi le Tonnelier s’étudie-t-il à donner cette forme, feulement à celle des furfaces qui doit former l’extérieur du tonneau. A l’égard de l’autre furface de la douve qui fe trouvera dans le tonneau , comme il importe peu que dans cette partie la futaille tienne de la forme d’un polygone ,
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- gone , on fe contente de la drefler Sc de l'unir. Le Tonnelier taille dont en dos-d'âne une des furfaces de fon merrain, en abattant de chaque côté fur toute la longueur de fa douve, un peu de fon épailfeur, Sc lui laiflant du renflement dans le milieu : c'eft cette préparation qu'on appelle tailler en roue b
- (Pl.v,fig. 10).
- La planche étant bien drefîee fiir la furface intérieure du tonneau, & arrondie fur l’extérieure , il s’agit de préparer fes côtés. Il y a deux remarques à faire fur la forme du tonneau, qui prefcrivent le travail du Tonnelier. i<>, On lait que le tonneau eft plus renflé vers fa partie moyenne, ou ce qu'on appelle le ventre de là piece ou le bouge, que vers fes extrémités.
- Pour fè repréfenter la forme d'un tonneau , & pour prendre l'idée la plus jufte qu’il eft poflible d’en donner, nous avons dit qu'on pouvoir le regarder comme fç>rmé par deux cônes tronqués , dont les bafes feroient réunies à l'endroit du plus grand diamètre de la futaille fur le bouge , & au lieu où fe place ordinairement l'ouverture du bondon. Ainfi chaque douve ou doelle c (PL Vyfig. 10), ( car nous nommerons toujours ainfi le merrain travaillé), doit auffi avoir plus de largeur dans cette partie c que vers fes extrémités e>d*
- 2°, Le tonneau étant formé par plufieurs douves arrangées circulairement les unes à côté des autres, pour que les côtés de fes douves fe touchent fans lailTer d'intervalle, il faut que les douves,dans leur épaifleur, faflent une efpece de bifeau, ou ayent une certaine pente, c’eft-à-dire, qu’en regardant la douve comme formée de deux furfaces , celle qui doit être l'intérieure du tonneau , doit être moins large que celle qui doit former la furface extérieure de la piece.
- Pour rendre ceci encore plus fenfible, Sc régler la direélion de ce bifeau, il faut imaginer les douves arrangées circulairement les unes à côté des autres, & le tonneau monté (PL K, Fig. 24). Pour que les douves prennent la forme qu'elles donnent au tonneau, il faudroit que ce bifeau fût taillé fùivanc un rayon qui, de la furface extérieure de la douve „ iroit fe rendre au centre du tonneau a. Cependant ce if eft pas abfolument fur cette direélion que le Tonnelier fe réglé en le formant. Il fait bien enforte que les douves fè touchent par leur furface intérieure; mais il donne au bifeau de chaque douve une obliquité moins confidérable, qui éloigne les deux furfaces extérieures, 8c qui laiffe fur la partie vifible du tonneau un efpace b entre une douve Sc fa voifîne (fig. 2y ). Les Ouvriers appellent cet efpace laferre. Elle eft néceflàire pour engager le bois à fe reflerrer, à fe comprimer ; Sc on l'y oblige enfuite par le moyen des cercles que le Tonnelier ajoute pour retenir fes douves. Pour lors les rayons c, a imaginés , partant de la furface extérieure de la douve deviennent convergents au centre ; Sc nous avons dit qu'il le falloic ainfi, pour que les douves nelaiflàflent aucun intervalle entr'elles. Le Ton-Tonneli ER* D
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- nelier appelle le clain de la douve , le bifieau ou l’inclinaifon dont nous parlons, que l’on pratique fur fon épaiffeur. Pour faire fon fût plus renflé vers fà partie moyenne que vers fes extrémités, il commence donc par diminuer chaque douve de largeur vers fes deux bouts, & laifle le milieu de la planche de toute fa largeur. C’eft l’œil qui lui indique la quantité de cette diminution. D’ailleurs , elle n’eft point fixe. Elle doit être plus ou moins forte , fuivant que le merrain quil travaille, efl plus large. La feule infpeéHon de fà douve pofée de champ, & vue fur fa largeur,lui indique filefommet de l’angle efl: bien pris fur la partie moyenne de fà planche. Il n’a point d’autre réglé plus fûre ni plus exacte. Cependant on voit peu de tonneaux varier par la forme. Ils feTeifemblent tous. Il efl vrai qu’il lui relie une relfource pour rectifier la forme de la futaille ; mais nous ne pouvons en faire mention que dans l’article où nous traiterons des moyens qu’emploie le Tonnelier pour la monter.
- Ces premières opérations que l’on fait aux douves fe commencent, comme nous l’avons dit, fur le charpi, Après avoir drefTé la douve ax, ( Pl. V>fig- r $10) avoir taillé fes furfaces, un peu bombé l’une fur fà largeur b ou, comme ils s’expriment, l’avoir taillée en roue, avoir applani l’autre furface de la douve, l’Ouvrier (fig. 2) donne fur cette planche, qu’il tient prefque perpendiculairement , un coup de doloire , en commençant à emporter du bois vers fà partie moyenne c (fig. 10), & continuant jufqu’à fes extrémités */, e.
- Quand ce côté de la douve efl: préparé, il la retourne dans fàmain, & en fait autant à l’autre côté. Enfuite pour ne point perdre de temps, & fàns quitter l’outil qu’il tient de la main droite, il change fà douve bout pour bout enlajettant en l’air; & la retenant de la même main, il recommence le même travail fur fon autre extrémité.
- Le Tonnelier fe fert encore, pour perfectionner cet ouvrage, de lafielleà tailler. La felle à tailler, quant à fon ufàge, efl: l’étau du Tonnelier (PL /, fig. 7). Un coup d’œil jetté fur les figures, fera concevoir aifément la conf-truélion de cette machine & les moyens de s’en fervir. L’Ouvrier aflis fur la felle à tailler ( PL V, fig. 3 ), comme fur un banc, pofe fà douve fous l’étau a ( PL II) , qu’il ferre , en appuyant fes pieds fur une traverfe b placée en-deflous. La planche ou douve étant ainfi retenue, il prend la plane, & diminue la largeur de la douve, en commençant, comme nous l’avons dit, de fon milieu, & en emportant toujours d’un côté & de l’autre, jufqu’à ce qu’il trouve cette diminution régulière. Il retourne enfuite la douve bout pour bout, l’aflujettit de même fous la ferre ou l’étau de la felle à tailler, & recommence ce même travail, en ôtant du bois toujours du milieu vers fès extrémités.
- Enfin, il achevé & perfectionne les opérations que nous venons de décrire avec la colombe ( PL /, fig. 6 ). C’eft une efpece de rabot qui différé des rabots communs, en ce qu’il refte en place, qu’il efl folide, & qu’au lieu de
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- promener , comme Ton fait ordinairement, le fer du rabot fur la planche qu'on veut diminuer , l’on fait pafler fur le tranchant a de celui-ci la planche ou douve qu'on veut travailler. Le Tonnelier (PL V 9fig. 4) avec cet outil, réglé mieux la diminution quil veut faire à la douve, & il change cette diminution, en appuyant plus ou moins la planche fur la colombe, & l'inclinant un peu, quand il veut former le bifeau ou le clain de la douve. Il continue cette manœuvre jufqu'à ce qu'il trouve là planche régulière. Le coup d'œil lui fuffit ordinairement pour juger de cette régularité. S'il a befoin de meliire, c'eft fon doigt qui lui en lert. Il le place vers les extrémités de la douve, & juge par cette fimple manœuvre de combien eft la diminution qu'il a faite aux extrémités de la douve,& de quelle quantité elle fe trouveplus large dans Ion milieu que vers fes extrémités. Cette diminution eft ordinairement fur une douve qui a trois pieds de long, de lix à huit lignes.
- Quelques Tonneliers ont cependant l'attention d'arranger & de finir une douve avant d'en commencer* une autre ; &ils préfentent fur cette douve qu'ils ont conftruite auffî régulièrement qu'il a été poflîble, les autres douves qu'ils travaillent, & qui doivent fervir à une futaille d'un même modelé.
- Pour pratiquer fur l'épalfleur de la douve la pente dont nous avons parlé, il penche un peu la douve (PL V,fig. 4), en la failànt pafler fur la colombe du côté où il veut former le bifeau ; & appuyant fur elle, il la promene dans toute là longueur fur ce rabot, & en fouftrait une partie de là largeur ; mais plus du côté de la face plate, que de celle qui eft en roue. Cette opération recommencée de l'autre côté de la douve, rend là furface intérieure moins large que fa furface extérieure; ce qui, comme nous l'avons dit plus haut,permet aux douves arrangées circulairement de fe raflemblér parfaitement, de façon que les pièces liées & ferré es ne laiflent aucun efpace par où la liqueur puiife s'échapper.
- Quelques Tonneliers, pour donner aux douves la forme circulaire que doit avoir une de fes furfaces , & pour former fur leur épaifleur le bifeau ou le clain dont nous avons parlé, ont des modèles taillés fur des portions de douves. Ce font des efpeces de patrons, ou des panneaux ou ferches, fur lefquels ils préfentent la douve qu'ils fe propofent de tailler ; & ils font enforte, en l'appuyant le long de cette planche, qu'elle fuive parfaitement le contour de la courbe que l'on a donné au modèle. Les Tonneliers appellent ce bout de planche, le Crochet, ( PL VI ,jig. 11 & 12 ).
- Ces Ouvriers ont differents crochets, & chacun porte une portion de la courbe du tonneau, ou de la piece ou futaille que l'on veut conftruire. Ainfi, pour former, par exemple, le crochet d'un quart ou d'une demi-queue, on aura dû décrire fur une planche, avec un compas ouvert des dimenfions du rayon du quart ou de la demi-queue, une portion de la circonférence de ces pièces ; & à chaque douve que conftruit l'Ouvrier, il la préfente le long de cette courbe pour l'exécuter fur une des furfaces de la douve qui doit être
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- employée à former cette piece. Nous verrons que dans certains vaiffeaux * comme cuviers, baignoires, 8c généralement tous ceux dont les différentes parties réunies ne forment pas des cercles réguliers , les douves ne portent pas toutes une même courbure, 8c que pour lors il faut un double crochet pour aider à former ces différentes douves*
- Sur les crochets dont nous venons deparler, on n’a pas achevé dé décrire la courbe dont nous avons fait mention; maison a terminé une de les extrémités par une échancrure a ou un angle mixtiligne formé par la courbe 8c par une ligne qui vient aboutir à cette partie de la circonférence du tonneau que repréfente le crochet ou patron. Cette ligne à doit fervir à donner fangle au bifeau, ou le clain qui doit fe trouver fur fépaiffeur de la douve, 8c qui doit être tracé , comme nous l’avons dit, de façon que cette ligne ne forme pas tout-à-fait un rayon du tonneau : car les douves taillées fur ce patron, réunies, doivent fe toucher par leur furface interne, 8c laiffer un efpace extérieurement. Cet efpace ne fe trouve rempli, que lorfque les cercles placés ferreront les douves : pour lors le bois fe comprimera , 8c cet intervalle extérieur entre les douves difparoîtra entièrement ; 8c c’eft alors que le bifeau deviendra un rayon de la circonférence du tonneau.
- Pour tracer ce crochet 8c la ligne a b dont nous venons de voir l’ufàge, le Tonnelier prolonge par un trait, fur fà petite planche, la courbe# b (fig.1% ), qui efl déjà tracée , & la mene jufqu’en c ; il prend fon compas qu’il ouvre d’une petite quantité ; la moindre efl le mieux. Il trace un cercle, & ta prolongée de la courbe forme une corde qui coupe le cercle. Il éleve une perpendiculaire fur cette corde qui, à l’endroit où elle coupe la première, donne la pente de la ligne a b dont nous parlons, deflinée à diriger l’obliquité du bifeau de la douve. v
- Les douves préparées, le Tonnelier les met à couvert, & les arrange par pile , lit par lit, les unes à côté des autres, en croifànt le premier rang par le fécond, 8c ainfi de fuite , en plaçant toujours alternativement le fécond rang dans un autre fens que le premier. Il les y laiffe ( PL V, A ), jufqu’au temps ou il compte s’en fervir pour monter fes tonneaux 8c les relier.
- Le Tonnelier prépare enfuite fon traverfln. Nous avons dit qu’on nomme ainfi le bois qui doit lui fervir à conftruire fes fonds. Il le place fur le charpi; 8c avec la doloire il unit une de fes furfaces, & dreffe fà planche. Cette opération, comme toutes celles du Tonnelier, doit être menée promptement*' L’Ouvrier acquiert la facilité de,travailler aifémentle bois avec l’habitude de le manier avec célérité. Elle dépend en partie d’un tour de main pour retourner la planche & la changer de furface, ou en la jettant en l’air, la retenir de la même main pour la changer bout pour bout. Si le traverfin efl trop épais, le Tonnelier fe fert du coutre (PL II ,fig. 3), pour le fendre en deux planches, qui peuvent quelquefois lui fervir toutes deux. Il place pour
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- ïors la lame du coutre fur le milieu de l’épaiffeur de la planche ; & frappant deffus la lame avec la mailloche (PL //, Jig. 4), dans le fens des fibres du bois * il oblige le coutre d’entrer dans la planche. Il appuie enfuite fur le manche de l’outil , & divife ainfî la planche fuivant fon épaiffeur & dans toute fa longueur. C’efl l’adreffe du Tonnelier de bien conduire fon outil pour garder le milieu de la planche. Les fendeurs qui font des ferches , des lattes > des charniers, des cercles , 8cc, fe fervent auffi du coutre ; & il devient dans leurs mains d’autant plus difficile à manier , que la piece que ces Ouvriers fe propofent de fendre > e fl: plus longue.
- Il n’eft nécefîàire ici que d’unir une des furfaces du traverïin , celle qui doit faire la partie extérieure du fond. On laiffe fans aucune préparation la furface qui doit être placée intérieurement. Il faut enfuite dreffer les côtés* du traverfin qui forment fon épaifleur. On pafle chaque planche fur la colombe ; & la tenant droite, on unit fes côtés, pour que les planches placées l’une contre l’autre, ne laiflfent aucun intervalle entr’elles , & fe joignent exaétement. Le Tonnelier, pour s’en alfûrer, avant de quitter la planche qu’il travaille, a toujours foin de la préfenter contre une autre finie, pour voir fi les côtés raffemblés l’un contre l’autre, fe rapportent bien.
- Le Traverfin ainfî dreffé, & fes côtés bien unis, le Tonnelier les met en pile, comme il a fait le merrain, jufqu’à ce qu’après avoir monté fon tonneau, il veuille travailler à faire fes fonds»
- ARTICLE IL
- Des moyens employés pour bâtir ou, monter un Tonneau.
- Vers le printemps, le Tonnelier monte ou bâtit fes tonneaux. L’ouvragé de l’hiver, que nous venons de décrire, a confifté à préparer, à doler , & à dreffer les douves qui doivent former les côtés ainfî que les fonds de fes fût s; cela fait la partie principale de fon travail & la plus difficile. Quand il veut bâtir fes tonneaux, il va chercher fes douves dans l’endroit où il les a placées *
- & où elles ont été arrangées en pile.
- Pour monter un tonneau ; prenons pour exemple une demi-queue ou un poinçon ; il commence par lier quatre cercles qui ont des dimenfions conformes à celles qu’il doit donner à la piece qu’il veut bâtir. Deux de ces cer- -clés doivent être placés à fix pouces environ du bondon, & avoir par confé-quent un diamètre égal à celui du fût auprès du bouge, y compris l’épaiffeur des douves. Les deux autres cercles doivent être placés auprès du jable , & avoir le même diamètre que le tonneau a à cette partie. Le Tonnelier, pour ne le point tromper, a ordinairement plufieurs cercles de fer de différentes grandeurs (PL I, Jig, fuivant la jauge du tonneau qu’il fe propofe de
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- conftruire. C’eft fur un de ces cercles de fer qu’il lie les premiers cerceaux dont nous parlons. Il arrange 18 ou 19 douves ou doelles , à peu-près la quantité quil croit convenable pour former fa futaille. On comprend aifé-ment que lorfque les douves font étroites, il en faut beaucoup davantage. Iiles drefle debout; &lespofant les unes fur les autres , il leur donne une certaine inclinaifon ( PL V, fig- n), pour les retenir toutes avec le fe-cours d’une feule douve , qui placée en arcboutant dans une inclinaifon contraire aux premières , foutient toutes les autres. Quand il peut fe placer le long d’un mur , il n’a pas befoin de ce moyen pour foutenir toutes fes douves : il les appuie le long du mur* àportée de l’endroit ou ilbâtit fon tonneau.
- Le Tonnelier prend un des cercles qui doit régler les dimenfions du tonneau fur le jable ; c’efl; pourquoi nous l’appellerons ici Cercle du jable. U place fon tire-fond (PL I >fig. 8 ) dans le cercle by (PL V,fig. 11 ) ; il appuie la première douve contre ce tire-fond , qui reifemble aflez à un piton de fer; Nous le décrirons plus amplement dans la fuite. Il choifit la douve la plus large pour la pofer la première ; il la met en place ; il l’appuie contre le tire-fond, Sc la retient avec la main. Il met ( fig. 7 ), à côté de cette première, une fécondé , une troifieme, une quatrième, jufqu’àce que tout le cercle foit garni. Rarement toutes fes douves fe trouvent-elles juftes de largeur , pour remplir tout le cercle & former le fut. Quand il ne refte plus qu’une petite diftance à remplir, il ôte une petite douve, & la remplace par une plus large ; ou bien il ôte deux étroites, & en met une qui ait plus de'largeur que les deux qu’il a fouftraites ; ou il en ôte une, Sc en met deux. Enfin , comme il fe propofe de remplir avec les douves tout le cercle, quand il refte une petite partie de ce cercle à garnir de douves, il trouve fouvent plus court d’en travailler une nouvelle & la diminuer de largeur. Auparavant il s’aflure encore s’il ne luffiroit pas d’en retourner quelques-unes bout pour bout, qui ne feroient pas d’égale dimenfion fur les deux extrémités. U melure la partie qu’il faut remplir, ou celle qu’il faut fouftraire. Le Tonnelier coupe une paille pour fe rappeller cette quantité.
- Pour s’afliirer fi les douves réunies ne forment pas un elpace plus grand d’un côté du fût que de l’autre, il les retourne toutes bout pour bout, les arrange comme il a fait la première fois ; & c’efl: ce que le Tonnelier appelle batourner. Il melure de nouveau la diftance entre les douves avec la paille, Sc cette paille lui apprend fi les douves font d’égale largeur fur leurs deux extrémités ; & c’eft fiir cette mefure qu’il arrange là nouvelle douve, en lui donnant les dimenfions que lui indique la paille. Cette opération fe fait liir la felle à tailler avec la plane, comme nous l’avons déjà décrit. C’eft avec cet outil qu’il réduit fa douve de largeur convenable. Il la drefle enfiiite fur la colombe , & lui forme la pente dont nous avons parlé, & qui lui eft nécelîàire pour quelle joigne exactement avec les autres douves. Cette douve que
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- travaille ïe Tonnelier; doit fervir encore à donner au tonneau la forme prefcrite ; & c’eft à l’aide de cette derniere opération que Ton pratique en le bâtilîànt, que le Tonnelier corrige la forme irrégulière que pourroit lui avoir donné la diminution que nous avons dit que l’on étoit obligé de faire fur la largeur des douves, depuis leur milieu jufqu’à chacune de leurs extrémités , pour former ce qu’on appelle la partie moyenne & la plus large du tonneau ou le bouge•
- Si cette diminution n’a pas été faite également fur les deux extrémités des douves, le Tonnelier arrange fa nouvelle douve fur l’obfervation qu’il en a faite ; Sc cette douve qui doit finir le tonneau étant achevée, il la met en place.
- Quand Ion cercle eft garni de douves, il les frappe toutes en-delfus, enfuité en dedans pour les faire rentrer l’une dans l’autre, & s’appliquer exaélemenn U met encore un fécond cercle plus large que le premier, & qui delcend au-deilbus de celui qui a fervi de réglé pour donner les dimenfions au tonneau. Ce fécond (P/. J^yfig- la), que nous nommerons Cercle du bouge y fert encore à retenir les douves. U les frappe pour les faire ferrer, & donne auffi quelques coups fur les douves pour les empêcher de revenir.
- Il ne s’agit plus que d’arranger l’autre côté du poinçon. Pour cela , le Tonnelier retourne fon fût, & fe fert, pour reflerrer toutes les douves qui tendent à s’éloigner les unes des autres, d’une machine ou uftenfile, nommé Bâtijfoir , probablement parce quelle fert à bâtir le tonneau, C’eft un petit treuil ( PL I\jig. 16) foutenu dans un chalïls. L’arbre du treuil porte une corde avec laquelle le Tonnelier entoure les douves. Elle revient s'attacher au chaffis du bâtilfoir. On relferre cette corde ( PL V, fig. 8 ) par le moyen d’un petit levier qui fait tourner l’arbre fur lequel elle s’entortille* La corde (P/. V> fig. 13 ) approche & réunit ainfi les douves qu’elle entoure.1
- Le Tonnelier a un cercle de jable tout prêt, déjà retenu par fes liens d’o-fier, &de grandeur convenable, qui porte les mêmes dimenfionà que celui qu’il a placé de l’autre bout du poinçon. U fait palfer les douves dans celui-ci pour alfujettir ce fécond bout de la piece. U remet encore de ce côté un fécond cercle de bouge plus grand que celui du jable, & qui, comme nous l’avons expliqué, porte fur les douves plus près du bondon. Le fût ainfi retenu (P/. V, fig. 14) par quatre cercles, eft en état d’être tranlporté. Il refte cependant encore au Tonnelier quelques opérations à exécuter, que nous allons décrire dans les articles fuivants.
- Quelquefois pour faire revenir les douves plus facilement, & pour empêcher le bois de fe calfer, en lui failànt prendre la courbe que l’on veut donner au tonneau, on brûle des copeaux dans le fût. La chaleur attendrit le bois i il devient plus fouple , & obéit mieux au bâtilfoir.
- Les Tonneliers ont l’attention d’exécuter cette opération dans un endroit éloigné de celui où ils travaillent ordinairement, pour que le feu ne Ce com*
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- ag- ART DU TONNELIER.
- munique point aux copeaux fecs, ou à d’autres bois qui pourroient donner lieu à un incendie.
- On voit maintenant pourquoi le Tonnelier a diminué un peu de l’épailTeur des douves fur leur largeur ; ce qu’ils appellent tailler en roue. La douve b (fg. io ) prend extérieurement la courbe, & donne au tonneau la forme circulaire que Ton demande dans chacune de fes parties.
- On voit encore que chaque douve plus large dans là partie moyenne, que vers fes extrémités reflerrées par les cercles, contribue encore à donner au tonneau une forme régulière, 8c celle qu’on eft convenu de lui donner.
- ARTICLE III.
- Des moyens qu’emploie le Tonnelier pour rogner les Douves * ÔC former ce qu’on appelle le Jable du Tonneau.
- Le Tonnelier; après avoir monté fon tonneau & fa futaille, 8c l’avoir retenue par deux cercles de chaque côté du bouge, réduit chaque douve à une même longueur. Cette opération qui fe nomme rogner les douves, demande beaucoup d’attention de la part du Tonnelier. Elle doit précéder celle où le Tonnelier fera le jable, la perfection de cette fécondé manœuvre dépendant en grande partie du foin qu’on a mis à bien exécuter la première.
- Auparavant de décrire la façon de rogner & de faire le jable, nous devons dire un mot de deux opérations moins elfentielles que celles-ci, 8c moins difficiles à exécuter, mais que le Tonnelier pratique toujours avant celle de rogner 8c de jabler. Ce font celles qu’il appelle faire le parage, & former le pas d’ajje (*) ouït chanfrein.
- Pour entendre ce que les Ouvriers nomment faire le parage 8c le pas d’afé, il faut fe repréfenter la figure intérieure que doit avoir le tonneau. Nous avons dit qu’il formoit un polygone à autant de côtés qu’il y a eu de douves employées à le conftruire, plutôt qu’une fiirface arrondie, parce que l’efi pace compris entre des planches droites, ne pouvoit pas donner une figure cylindrique.
- U faut encore favoir que la petite portion de l’intérieur du tonneau qui doit refier apparente, eft celle comprife depuis chaque extrémité du tonneau , jufqu’à la rainurè du jable. Le parage eft l’opération par laquelle, dans la partie du tonneau qui doit devenir vifible, le Tonnelier change la figure de polygone qu’il avoit auparavant, & lui donne une forme circulaire. Avant de parer fon jable, l’Ouvrier prend Ion fût retenu par quelques cercles, comme nous l’avons dit plus haut, & il le pofe fur une fiirface unie, pour examiner , (en frappant toutes les douves, & les faifànt porter fur ce terrein égal,) celles
- (*) L’Ouvrier a donné le nom de Pas d'ajfe à cette opération , probablement parce qu faite avec l'aflè ou ajjèttu
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- qui fbrït plus longues qu’il ne convient à la dimenfion du tonneau. 11 porté cnfuite fon fût dans la felle à rogner (PLII.fei)•
- Lafelle à rognereft une efpece d’étau deftiné à arrêter & à maintenir le tonneau , tandis que le Tonnelier l’acheve & le perfectionne. Cet étau ( que nous ne nommons ainfi, que parce qu’il retient la partie qu’on veut travailler confifte en deux fortes branches qui, réunies par une de leurs extrémités, forment une eipece de fourche. Pour la rendre folide, le Tonnelier a retenu en terre le côté où les deux branches fe réunilTent. Il a encore arrêté l’unè des deux branches à un poteau auffi enterré, & placé perpendiculairement à l’extrémité de cette branche. De l’autre côté , à l’autre bras de la fourche > environ à un pied de ce bras, l’on a mis encore un troifieme poteau arrêté auffi perpendiculairement. Enfin, au-deflous de la fourche, de l’endroit ou les deux bras fe réunifient, il part une traverfe qui n’a pas tout-à-fait la longueur du poinçon , & qui eft entaillée far fon extrémité la plus éloignée de la fourche. C’efi entre ces deux bras de la fourche, & fur cette traverfe, que porte le poinçon que le Tonnelier doit travailler. Le poteau éloigné de quelque diftance de la fourche, contribue encore à le maintenir fiable.
- Le Tonnelier place donc fa futaille dans la felle à rogner , & la maintient de façon qu’il ne puifie lui faire changer de place dans cette efpece d’étau, que lorfqu’il voudra quitter l’endroit achevé .pour en travailler un autre.
- Pour donner au jable une figure circulaire, au lieu du polygone que les douves forment par leur rencontre , le Tonnelier fouftrait dans l’intérieur du tonneau une partie de l’épaifleur de chaque douve, fur-tout vers leur milieu , & cela feulement dans une hauteur de cinq à fix pouces, mais à chaque bout, afin que la rainure du jable en foit plus régulière, Sc faciliter Pénétrée du fond quand il le mettra dans fon jable. Enfin, cette première opération achevée, le Tonnelier travaille à former intérieurement fur chaque extrémité des douves, auffi à chaque bout du tonneau , un bifeau ou une efpece de chanfrein que l’on peut voir, ou avoir remarqué fur un tonneau achevé.
- Outre que ce chanfrein donne une certaine propreté au tonneau ( fans doute parce que nos yeux y font accoutumés ), ce bifeau facilite encore fon maniement, & le rend plus aifé à foulever, quand on veut le faire porter fur un de fes fonds. Une principale raifon qui engage à le former, & qui rend ce bifeau néceflàire, c’efi que les extrémités des douves ayant moins d’épaifleur, il eft plus aifé d’achever de les rogner , comme nous allons l’expliquer dans un moment. On prétend auffi que les planches ainfi terminées par un chanfrein , font bien moins fujettes à s écaler, en terme de Tonnelier, c’eft-à-dire, que les lames du bois qui forment les douves, fe féparent moins les unes d’avec les autres.
- Pour former cette efpece de chanfrein, la piece reliant toujours aflujettie dans la felle à rogner, le Tonnelier enleve une partie de l’épaiifeur des dou-* Tonnelier. F
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- ves fur leurs extrémités, en amenant l’alfette à lui, & travaillant en face de fon corps & de l’ouverture du tonneau ; au lieu quen formant le parage dont nous avons parlé , il n’a devant lui que la partie de la circonférence du tonneau qu’il travaille. Il retranche & enleve donc le long des bords des douves intérieurement la moitié de leur épaifleur, & forme le bifeau qui fait une partie des jables des tonneaux.
- Venons maintenant aux moyens employés par le Tonnelier pour achever de rogner fon tonneau.
- Le Tonnelier, pour rogner une futaille, la met dans la felle à rogner» Nous verrons qu’il fe palfe de cette efpece d’étau pour rogner les quarts, & nous décrirons ce qu’il lui fubftitue.
- Après donc avoir coupé avec l’aflette les douves qui débordent beaucoup les autres, opération qui a du fe faire avant de former le chanfrein, il prend fon rabot * &le promene fur toute l’épailfeur des douves , en coupant toutes celles qui feroient encore plus longues, julqu’à ce qu’il voie la circonférence du tonneau bien formée & régulière dans toutes fes parties. Il ne faut point qu’il y ait de reflàut fur cette lurface, parce que, comme nous allons le dire, elle doit régler la rainure dans laquelle doit entrer le fond ; & les mêmes inégalités, s’il y en avoit lur cette furface, fe trouveroient répétées dans la rainure du jable.
- Le rabot emporte plus aifément les parties inutiles, & celles qui débordent la longueur que l’on veut lailfer aux douves depuis le chanfrein qu’a formé le Tonnelier fur l’épailfeur des douves : il donne au fer du rabot plus de facilité pour mordre fur le bois. Le Tonnelier d’une main fait tourner fon fat dans la felle à rogner, tandis que de l’autre il travaille la partie de la circonférence qui fe préfente devant lui.
- Le tonneau étant toujours placé dans la felle à rogner, il s’agit pour lors de pratiquer l’elpece de rainure dans laquelle doit entrer le fond, & qu’on nomme Jable. Le Tonnelier a un outil qu’il nomme Jabloire. C’eft une et pece de Icie ou de trufquin (PL II ,fig. 2, <5, 7 & 8 ), deftiné à former une rainure de deux ou trois lignes de profondeur dans l’intérieur des douves, environ à deux pouces & demi liir les poinçons , & un pouce trois quarts fur les quarts.
- Son tonneau étant bien alfujetti, après avoir mis la petite plaque de fer garnie de dents qui doit former la rainure à la diftance convenable, il promene la jabloire (PL V>fig> 9) tout autour de fon tonneau intérieurement; en ne lui faifant changer de pofition dans la felle à rogner, que lorfqu’il voit la rainure bien formée. U fe tient encore de côté pour la pratiquer, Sc appuie fur l’outil en l’amenant à lui. La piece de bois a (PL II, fig. 2), ou eft retenue la traverfe qui tient la petite Icie, porte le long des douves : ainfi; fi elles ont été rognées également, le Tonnelier eftfôr auffi que fon jable fera régulier.
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- ART £>U TONNELÏÊ R, à*
- Dans des atteliers de tonnellerie, où chaque ouvrier a fon diftriél:, c eft une malice du Rogneur de donner à un Apprentif un fût mal rogné , pour lui faire fon jable, qui jamais pour lors ne peut étire parfait ; car, comme nous l'avons vu, la jabloire fuivant le contour delà circonférence du tonneau, les mêmes irrégularités de cette partie fe trouveront fur le contour de la circonférence du jable*
- Cette opération ne demande pas de la part de l'Ouvrier qui forme le jable une grande adrefle ; elle exige feulement de la force & une attention fcru-puleufe, pour qu'il ne donne pas à la rainure plus de profondeur en un endroit qu en un autre. La douve qui auroit été creufée davantage, feroit trop affoiblie dans cette partie, & elle calferoit, comme il n’arrive que trop fréquemment aux tonneaux.
- L’Ouvrier doit plutôt obferver l’épailfeur de fes douves, que le mouvement qu'il donne à fon outil. En confuitant l'explication des figures, on verra que la petite piece de la jabloire, qui eft taillée en dents de fcie, porte dans une petite palette de tôle, & que la fcie ne doit déborder la palette que de la profondeur que Ton veut donner à la rainure du jable. Ainfi quand une fois la fcie a enlevé cette quantité, la palette porte alors fur la douve, & l'outil ne peut plus mordre. Mais quelquefois la douve rentre en dedans, Sc elle a moins d’épaiflèur dans cette partie où l’on forme le jable ; & c’eft dans ce cas où l'Ouvrier ne doit ouvrir là rainure que d'après l’obfervation qu'il a faite de la partie qu'il va travailler.
- Quand, au lieu d'un poinçon, l'Ouvrier forme le jable d'un quart ou d'un quarteau , il n'eft point néceflàire de les porter dans la felle à rogner pour les rogner & pour les jabler. Il le fert d'un autre moyen plus expéditif.
- Il met fon quarteau en long fur une piece ou poinçon qui porte fur un dé fes fonds. C'eftun vieux poinçon défoncé ( le premier qui fe rencontre) qui fert ordinairement à cet ufage. L'Ouvrier pafle une corde par le bondon de cette vieille futaille, & en attache une de fes extrémités, tandis que l’autre côté de la corde pofe fur le quart qu’il veut rogner. A cette fécondé extrémité de la corde , le Tonnelier ajufte une pierre qui, par là pelànteur, fait appuyer la corde fur le quart, & l’aifujettit allez lolidement, pour que le Tonnelier puilfe le travailler. Pour le contenir, il met encore quelquefois le pied fur la pierre dont nous parlons.
- Le Tonnelier palfe encore fon bras gauche par-deflùs le quart, tandis que de la main droite il le rogne, & forme enfuite le jable, comme nous l’avons détaillé pour les poinçons.
- Le jable fait, le Tonnelier peut arranger les fonds qui doivent fermer les deux dernieres parties de fon tonneau, ÿç les mettre en place, comme nous allons le décrire dans l'article fuivant»
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- ARTICLE IV.
- De la conjlruclion des Fonds des Tonneaux , ÔC des moyens quemploie le Tonnelier pour les mettre en place.
- Ou and le tonneau eft monté, rogné Scjablé, le Tonnelier va chercher le traverfin qu’il a drefTé & préparé , comme nous l’avons expliqué, Sc s’en fert pour former les fonds de fon tonneau.
- On peut fe rappeller que nous avons déjà dit qu’un fond eft ordinaire* mentcompofé de plufieurspièces, fouvent de cinq (PL V ,fig. 23 ), d’une plus large a que les autres, qui fait le milieu du fond, & que l’on nomme Maîtrefie piece ; de deux autres b, b, qui font à chacun des côtés de celle-ci, qu’on nomme Âijfelieres ; & de deux dernieres c, c, qui terminent le fond > qu’on appelle Chanteaux. Le Tonnelier qui ménage le bois, fe fert de deux petites planches pour former ces deux dernieres pièces. Il s’en rencontre fouvent qu’il a rebutées, parce qu’ayant ôté les parties défeélueufes, elles font devenues trop courtes. Celles-là font encore bonnes pour en faire des chanteaux. Quelquefois, quand fon traverfin porte de larges dimenfions , au lieu de cinq pièces, il n’emploie que quatre planches (fig. 22 ) : deux a, a, dont la réunion eft au milieu du fond, & les deux chanteaux b, b. Si au contraire fon traverfin porte peu de largeur, il compofe fon fond de fix pièces (fig. 21 ) ; il met deux maîtreffes pièces a, a, deux ailfelieres b> b, Sc deux chanteaux c, c. Ces cinq, c es quatre, ou c es fix planches étant arrangées, le Tonnelier conduit par la routine, plutôt qu’inftruit des réglés de la Géométrie, prend fon compas, & l’ouvre de la fixiemepartie de la circonférence de fon tonneau. En prenant cette mefure dans le jable, il place (PL V,fig* y) une des branches de fon compas dans le centre defes planches vers le milieu de celle qui doit former la maîtreffe piece. Pour retenir le traverfin , il* pofe ces pièces fur le fût : il met fon fergent fur fa piece pour porter les planches qui vont former le fond. Il les embraffe d’une main en les ferrant contre Ion corps, tandis que de l’autre il trace fon cercle. Il porte enfuite chacune de ces planches fur la felle à tailler ; & en l’aiTujettilTant ( RL V, fig, 6) fur le banc avec le genou , il feie les planches avec la ficie ou le feuillet à tourner, en fui-vant le trait marqué par le compas, & laiflànt ce trait franc, c’eft-à-dire, apparent & en dedans. Après cette opération, il forme un bifeau fur l’endroit coupé avec la feie fur tout le contour du fond, pour que c es planches qui doivent fervir à fa conftruélion, puiifent entrer dans la feuillure qu’il a fait au tonneau, & que l’on nomme Jable.
- Pour faire ce bifeau , le Tonnelier met chacune des planches du fond fous la ferre de la felle à tailler. Il la retient, en appuyant fes pieds fur la traverfe
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- A RT D U T O N N E L 1 Ë ÎL i;
- au-defibus du banc; & avec la plane, il commence par bien arrondir fon fond , en fuivant le traie : il finit par ôter en bifeau Fépaifleur des planches à la diftance d’un demi-pouce fur toute la circonférence du fond. Ce bifeau doit avoir à peu-près la même'hauteur que l’on a donnée au chanfrein ou pas-iïajje qui contourne la circonférence des extrémités du tonneau qu’on conf-. truit. C’efl: une réglé entre les Tonneliers dont j’ignore la raiion. Il renverfë enfuite chaque planche, & en pratique autant fur cette derniere furface. Il ne refte plus enfuite qu’à mettre en place Tes fonds ainfi travaillés.Et voici comme le Tonnelier s’y prend pour achever cette opération.
- U commence par lâcher les cercles de la première bande du tonneau, en les faifant remonter. Il met (P/. VI, fig. i) dans la rainure qu’on nomme Jable y la première piece du fond appeliée Chanteau. Il fait entrer enfuite dans le jable & approcher du chanteau la fécondé piece qui fera l’aifleliere. Il place de même de l’autre côté de la circonférence du tonneau , le chanteau , en-fuite la fécondé ailfeliere ; & il frappe fur l’épaiffeur des deux ailfelieres pour les faire entrer dans le jable & s’approcher de la planche voifine, en, retenant les douves avec la tire a barrer y pour faciliter l’entrée de ces pièces dans le jable. Mais pour mettre en place la derniere planche , celle que l’on, appelle la Maîtrejfe-piece, comme le Tonnelier n’a plus la liberté depalfer la main pour foutenir en delfous les planches, il fe lert du tire-fond. C’efl: une. efpece de piton de fer ( PL /, fig. 8 ) ‘dont"la meche ou pointe porte quelques pas de vis fort larges , pour qu’il ne perce pas la planche d’outre en ou--tre, Il enfonce ce tire-fond dans la planche deftinée à former la maîtrefle-piece,.. 8c la foutient, de peur quelle n’entre trop & ne tombe dans la futaille. If appuie cependant allez fur le tire-fond, pour l’obliger d’entrer dans la rai-
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- nure du jable.
- Quand cette planche a palfé le jable , & quelle efl: trop entrée, le Tonnelier , pour la faire revenir, emploie le manche de la tire à barrer, qu’il palfe dans la tête du tire-fond, qui, comme nous l’avons dit, efl: formée en anneau ; & tandis qu’il fe fert de la tire comme de levier, pour retenir la piece trop enfoncée, il frappe fur les planches voifines à petits coups fecs & rèdoublés avec l’utinet ( PL //, fig: 14) , qui efl: un petit maillet à long manche. Il fait ainfi rentrer cette piece du fond dans le jable, & relever là voifine , fi elle en étoit fortie , & fi elle fe trouvoit placée trop bas.
- Le Tonnelier remet enfuite les cercles de la première bande qu’il avoir ôtés , pour avoir la liberté de placer fon fond. Il exécute la même manœuvre-pour placer le fécond fond ; & fon tonneau ainfi garni de fes deux fonds, efl:-; pour lors prêt à être livré.
- Souvent il s’apperçoit en remettant les cercles, que fon tonneau a trop de fond 9 ou qu’il n’en a pas alfez. Quand il a trop de fond, les douves ne ferrent pas les unes contre les autres, 8ç le vin s’échapperoit. Quand fon fond n’a pas Tonnelier. G
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- affez de furface , qu’ il eft trop petit, les douves ne ferrent point aflez les pièces du fond ; & ce dernier ne tient pas dans fon jable.
- Pour remédier au premier défaut,'au trop de fond, le Tonnelier releve le cercle de la première bande. Il fouleve avec le tire-fond la maîtreife-piece, & il la diminue fur les deux côtés qui forment une ligne droite , & fur celles qui portoient contre les pièces les plus proches. Il remet enfuite cette partie de fond en place, comme nous l’avons détaillé pour la première fois.
- Quand le fond nett pas affez grand, le Tonnelier fo contente fouvent de changer la maîtreife-piece, & d’en mettre une plus large à la place de celle-ci ; mais il vaudroit beaucoup mieux refaire un nouveau fond. U remet en place le cercle de la première bande qu’il lui a fallu ôter : il donne de la ferre en frappant les cercles, & fes fonds pour lors font bien foutenus.
- Les Provençaux , pour former les fonds des barils deftinés à contenir de l’huile j & de peur quelle ne s’échappe entre les planches qui forment le fond, les joignent encore avec plus de précaution.
- Ils étendent le long de l’épailfeur du traverfin une feuille de rofeau qui garnit les intervalles qui pourroient être reliés entre l’une & l’autre planche. Ils font encore entrer une pointe de fer, ou une petite cheville de bois qu’on nomme Goujon , dans l’épailîeur d’une des planches du fond, & ils le retiennent moitié dans lune, & moitié dans l’autre des planches. Ce goujbn fort à les alfujettir, & à les empêcher de fe'déjetterpar la chaleur, & conféquemment il rend le fond bien plus folide. On garnit fouvent les fonds de ces pièces, futailles ou barils, d’une couche extérieure de plâtre, pour empêcher l’huile de tranlfuder & de fe perdre.
- Le tonneau garni de fes fonds 8c foutenu par des cercles, eft en état d’être vendu & livré. Ce Tonnelier, fi l’acquéreur le defire, en lui livrant le tonneau, y pratique (PL VI, fig> 7) une ouverture au milieu d’une douve 8c à égale diftance de fes deux extrémités fur le bouge de la piece. On la nomme Xouverture du bondon. Elle eft deftinée à entonner le vin, ou la liqueur dont on doit emplir le tonneau.
- On fe fert, pour former cette ouverture, d’une efpece de vrille ou tariere (PL II,fig. 17), appellée Bondonniere ; & ordinairement celui qui eft chargé de faire le trou du bondon, choifit la douve la plus large & la plus mauvaife. Les deux douves qui accompagnent celle-ci, peuvent même être défeétueufes: pourvu qu’il ne s’y rencontre pas de trou ni de fentes qui pui£ fent permettre au vin de fe perdre en roulant le tonneau, on ne peut faire aucun reproche au Tonnelier.
- L’ufiige a permis au Tonnelier d’employer ces trois douves défeélueufes , parce qu’elles font toujours deftinées à former la partie fupérieure du tonneau lorfqu’il eft en place dans une cave. Ainfi les douves, ou ne porteront pas contre le vin, ou quand elles y porteroient, le vin nagiffant point fur
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- elles par fon propre poids comme fur les autres, le bois de ces douves moins parfait, ne laiflerapas perdre la liqueur. Tout bois de chêne, même celui que Ton nomme Bols rouge ou vergeté, pourvu qu'il ne puiffe pas communiquer de mauvais goût au vin, peut être employé pour en former ces trois douves ; & le Tonnelier peut livrer ainfi fon tonneau.
- Souvent ce n’eft pas le Tonnelier qui forme le trou du bondon. Quand les tonneaux font deftinés à être vendus à des Vignerons, ils fe chargent eux-mêmes de faire cette derniere opération , pour laquelle il eft nlceflàire feulement d'avoir une bondonniere. Il n eft pas difficile enfuite d’en faire fumigé qui convient. Quelquefois dans un village il n’y a qu’une bondonniere que l’on fe prête mutuellement.
- Le Tonnelier prétexte, pour ne point former l’Ouverture du bondon > quelle donneroit une entrée aux ordures dans les pièces ou tonneaux, qui pourroient leur communiquer un goût de fût ; que les rats 8c les fouris pour-roient s’y établir : mais la principale raifon qui les engage à ne la pas pratiquer, c’eft qu’elle faciliteroit au particulier le moyen d’examiner l’intérieur de la futaille. Le Marchand donne encore à l’acquéreur d’autres raifons ; mais c’eft là prefque toujours celle qui le conduit.
- La bondonniere eft une tariere emmanchée dans une travérfe de bois. Lé fer en eft court. La meche eft conique : le bout eft terminé en pointe, & eft tourné en vis. L’autre extrémité du cône ou de la mèche vers fa bafo, eft fort ouverte, parce que l’ouverture quelle doit former, doit être aflez grande pour quelle donne toute facilité à entonner le vin dont on doit emplir le futaille. La façon de fe fervir de la bondonniere eft trop aifée à imaginer, pour exiger de plus amples détails. Il faut feulement opérer doucement, afin de ne point fendre la planche que l’on veut percer. Le vin entonné, on ferme cette ouverture avec un bouchon de bois du même diamètre, appellé bondôn.
- Le Tonnelier a eu l’attention, en plaçant fon fond, d’examiner les douves défeélueufes, celles qui font les plus mauvaifos du tonneau ; 8c il place fon fond perpendiculairement à ces douves. C’eft à celui qui fait le trou du bon-don à reconnoître les douves défeélueufes qui font deftinées à faire les parties fupérieures du tonneau, pour y percer la bonde, ainfi que nous l’avons dit*
- Le particulier qui acheté des tonneaux, met, comme nous l’avons dit, dans fes conventions , que quelques mois après les avoir emplis de liqueur * quand il le requerra, le Tonnelier viendra 1 zs barrer 8c les fômmagêr.
- En expliquant quelques termes propres à l’art du Tonnelier, nous avons dit que barrer s’entendoit d’une barre ou planche que l’on plaçoit dans un fens oppofé à celui des planches qui formoient le fond, 8c que l’ôn foutenoit-cette barre par plufieurs chevilles* Ainfi on appelle barrer line pièce, y mettre les barres qui doivent foutenir les fonds. On le dit auflî des ouvertures qu’on fait pour pofer les chevilles qui doivent retenir les barres. Nous avons en*
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- *8 ART DU TONNELIER.
- core ajouté que fommager, c’étoit placer les doubles cercles qu’on nomme Sommiers. Nous parlerons de cette fécondé opération, en traitant de la façon de relier les tonneaux. •
- Quand le tonneau eft plein de liqueur, que le vin a travaillé , qu’il a eu le temps d’imbiber les fonds, chaque piece du fond fe renfle & s’alonge au point de jetter les douves & de cafler les cercles. Pour prévenir ces accidents, on a deux moyens quon met en ufage. Le premier confifte à retoucher les fonds ; le fécond à les barrer.
- Pour remédier à l’inconvénient d’un fond qui s’efl: gonflé , ou qui a du trop-fond, en terme d’ouvrier, le Tonnelier çte un cercle ou deux defon tonneau vers les extrémités, & leve avec le tire-fond feulement la maîtreile-piece qu’il diminue de largeur fur la colombe fur les deux côtés qui avoifi-noient les deux aiflelieres ; & il la remet en place, comme nous l’avons dé-? cric en parlant de fa première conflruétion.
- Quand les Tonneliers veulent épargner fur le temps, & ménager le bois qu’ils emploient, au lieu de travailler la maîtreffe-piece , ils foulevent le chanteau qu’ils diminuent fur le côté qui touchoit l’aifleliere la plus proche. Ils ont fur-tout cette pareflfe, quand il s’agit de fubftituer une piece à un fond qui n’a pas alfez de dimenfion. Ils épargnent quelque chofe fur la planche qu’ils emploient ; & ils font un mauvais ouvrage , & qui n eft pas régulier. On ne peut retoucher ou changer que la maîtrelfe-piece, celle du milieu, quand on veut qu’on ne s’apperçoive pas de la mal-adrelfe & du peu de probité de l’Ouvrier.
- Pour foutenir chaque planche & les empêcher de fe coffiner, on doit donc encore barrer les fonds.
- La barre (P/. V,fig. 19) dont on fe fert ordinairement pour foutenir les fonds , efl compofée d’une piece de bois a de la longueur du diamètre du fond. Ainfi fa longueur doit varier fuivant les dimenlions de la piece dont elle doit foutenir les fonds. Elle a environ 4 pouces de largeur fur un pouce d’épaifleur. Cette barre efl fouvent faite de bois de chêne, garni de fon au-bour, &l’on s’inquiète peu de fa qualité. Comme c’eft un ouvrage qui fe fait dans la forêt, nous ne le détaillerons point ici.
- Le Tonnelier drelfe feulement cette barre avec la doloire Sc la plaine, 8c pratique ,fur chacune de fes extrémités un bifeau b de cinq à fix pouces, qui fe termine à l’endroit où ceflent de porter les chevilles c, (fig. 18) dont nous allons parler ,& qui doivent la retenir. Ils achètent les barres au cent,' ainfi que ces chevilles.
- Il commence par former dans les douves les ouvertures où doivent fe pofer les chevilles qui font deftinées à retenir la barre. Il fe fert pour cela du barroir, ou de la vrille à barrer ( PL II, fig. 16). C’eft une tariere dont le fer efl fort long, & la meche fort étroite. Nous allons en dire la raifon.
- Le
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- À HT D U T O N N Ë L I Ê & *'$
- Le Tônnelier (PL VI, fig. 6) fait premièrement avec cettè tariere leS tfous qui doivent porter les chevilles du côté de la circonférence du jable > qui eftla plus éloignée de lui. La tige qui porte la vrille eft fort longue > pour quelle puiffe traverfer la futaille. Il a l’attention de former ces ouvertures à deux pouces au-deflus du fond, pour laiffer l’épaifleur de la barre. Il place une extrémité de la barre fous les chevilles qu’il a enfoncées dans les trous faits au jable , & au-deiïus d’un dés fonds. Mais pour bailler la barre, & affujettir l’autre côté par les chevilles, fur-tout lorfque les planches du fond font bouges, & faire porter cette fécondé partie de la barre fur le fond, il faut que le Tonnelier ait recours à la tire à barrer, ou tiretoir (PL II, fig. il ). Il faifit avec le crochet de fer a de cet outil, un cercle qui luifert de point d’appui ; & plaçant l’extrémité b de la tire à barrer fur la barre il leve le manche, 8c s’en fert comme de levier pour faire baiflfer la barre , jufqu’àce quelle porte fur le fond. Il l’y retient par des chevilles pareilles aux premières.
- Les chevilles des Tonneliers avec lefquelles ils retiennent les barres & af-fujettiffent les pièces des fonds d’un fût ou d’une futaille, font ordinairement de chêne. Dans quelques endroits on les forme cependant de peuplier, de faule ou de bouleau. Nous ne parlerons point encore des moyens employés pour les fendre. C’eft l’ouvrage des Ouvriers fiendeurs. Nous dirons feulement qu’elles font équarries, 8c qu’elles portent 4 à y pouces de longueur. Le Tonnelier les pofe & les frappe dans les trous qu’il a faits aux douves au-deflus de la barre.
- L’ufage de quelques Provinces eft de garnir la barre de 4 à y chevilles/ur chacune de fes extrémités ; 8c dans d’autres, on n’en met que deux fort petites {fig. iy). En Bourgogne, les Tonneliers en mettent beaucoup plus : ils en garnifïent prelque toute la circonférence des fonds d une futaille { fig. 17 Il leur faut pour lors donner beaucoup plus de longueur ; 8c elles ont 7 à 8 pouces. Nous ferons remarquer dans un moment, que les chevilles ont d’autant plus de force, quelles portent fur les cercles doubles appelles
- Sommiers.
- Il paroîtroit que l’on pourroit prévenir un des inconvénients que nous venons de détailler du trop-fond, 8c des bois qui renflent quelque temps après que l’on a rempli le tonneau de liqueur. Si l’on commençoit par placer la barre avant d’y mettre le vin, cette barre retiendroit le bois qui,en renflant, demande à s’écarter. Mais le Tonnelier a de bonnes raifons pour ne la placer que quand les bois imbibés ont fait leur effet.
- i°. Il eft plus avantageux que le bois loit humide 8c gonfle, pour former fur l’extrémité des douves les trous qui doivent porter les chevilles. Si le bois étoit fec , il fendroit, & la douve deviendroit défeétueufe.
- 2,0. Le Tonnelier formeroit les trous trop bas J 8c le bois venant à Tonnelier. H
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- 3o ART DU TONNELIER.
- fe gonfler 8c à s’alonger, on ne pourroit plus retoucher le fond ; & les trous des chevilles fe trouvant pour lors mal placés, nuiroient au changement quon auroit été maître de faire au fond de la piece , dont toutes les parties auroient augmenté de volume.
- Enfin , c’efl: un ouvrage que le Tonnelier remet à l’hyver ; 8c c’eft un temps où il eft plus tranquille 8c moins furchargé d’autres befognes qui fe trou^ vent réunies dans celui où l’on tire les vins.
- ARTICLE V.
- Du Reliage des Tonneaux; des moyens employés pour placer les Cercles à une Futaille neuve, ou en remettre de neuf s à une vieille dont quelques Cercles viendraient à manquer.
- Comme les Tonneliers conftruifent des pièces * fûts ou futailles, cuves, poinçons, &c, de différentes grandeurs, & que les cercles deviennent les liens des douves qui fervent à les former , ils doivent faire provifion de cercles ou cerceaux de différentes dimenfîons, force , longueur 8c largeur. Il ne feroit plus temps d’en faire l’acquifition quand on viendroit chercher le Tonnelier pour relier une piece dont plufieurs cercles auroient déjà manqué.
- On eft convenu d’appeller Cercles plus communément ceux des grands vaiffeaux, comme cuves, cuviers, baignoires, &c : Cerceaux, de plus petits qui ^fervent pour les barils, fûts, futailles, &c.
- Le Tonnelier doit fe munir de cercles pour les cuves, les baignoires, cuviers ; 8c de cerceaux pour les futailles, tonneaux , quarts, &c.
- Différents bois fervent à former des cercles. Les meilleurs font ceux de chêne, de châtaignier, de noyer, d’orme, merifier, laurier-cerife, épine, &c. On en fait encore avec du coudrier, & avec de jeunes branches de mûrier. Ce bois eft très-tendre & pliant ; ce qui engage à l’employer ^particuliérement en cerceaux pour les petits barils. On en forme auflî avec le frêne ; 8c de moindre qualité, avec le bouleau, le fàule, le peuplier 8c autres bois blancs. Ces derniers fe fendent aifément ; mais ils pourriffent très-promptement.
- Nous n’entrerons pas dans des détails fur la fabrique des cercles. Ce feroit fortir de notre objet, puifque le Tonnelier les acheté tout faits. Nous dirons feulement que l’on fe fert de jeunes taillis, dont les pouffes font coupées tous les io à 12 ans ; qu’on les fend, & qu’on les façonne en cercles.
- Le Tonnelier acheté fes cercles en rouelle , meule ou botte, compofees de plus ou moins de cercles ou cerceaux, fuivant l’ufàge du pays d’où il les tire, 8c la groffeur du cercle. Les plus grands cercles que l’on prépare
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- dans la forêt d'Orléans , ont 39 à 40 pieds de long.
- Les plus petits cercles de cuves ont 18 pieds de long. v
- Les cercles de cuves s'arrangent fix à fix , & fe vendent ainfi au Jîxain.
- Les cercles de tonneau ou demi-piece font liés quatre par quatre l'un dans l'autre , & forment une rangée.
- Six rangées compofent ce qu’on appelle une Rouelle. Ainfi la rouelle com tient 24 cercles qui font retenus & liés enfemble ( PL IV9jïg. 10 ).
- Six rouelles font une pile, & fept piles paflent pour un millier ^ quoiqu'il contienne 1008 cercles. Les 42 rouelles forment ce que le Tonnelier acheté pour un millier.
- Les cercles pour les pièces de 4 font nommés Cercles de plein pied, La rouelle de^ces cercles n'eft compofée que de douze cercles, fix rouelles à la pile, & fept piles au millier. Ils fe livrent au même prix que les premiers dont nous avons parlé. Mais comme ils ont de plus grandes dimenfions, on les vend moitié moins en nombre.
- Le cerceau doit être garni de fon écorce, point ver-moulu, ni trop caftant* On eft obligé dans la forêt, pour le conferver fouple, & de peur qu'il ne feche trop étant mis en meule , de le couvrir de brouflailles ou de copeaux* Quand une fois il eft vendu au Tonnelier, c'eft à lui à le tenir dans un lieu frais pour le conferver fouple.
- Nous avons lailfé le tonneau garni feulement de 4 cercles, pour retenir les douves & fes deux fonds. Les Tonneliers qui vendent les tonneaux neufs , & qui en font trafic en gros, ou qui en envoient dans les Illes, fouvent les démontent, en numérotent les pièces, & les envoient ainfi en planches; ce qu'ils appellent en botte. Une feule piece en renferme plufieurs démontées. Les pièces tiennent moins de place ; le tranlport en devient bien plus aifé. Ils envoient les fonds à part, & les cerceaux en mottes ou bottes. C'eft l'ouvrage du Tonnelier auquel ils les adreftent, de retrouver les planches de chaque piece numérotées , & de les relier, lorfqu'elles font arrivées à leur deftination.
- A Orléans, le tonneau ou poinçon neuf n'a que dix cercles quand le Tonnelier le livre. Quelques mois après qu'il a été vendu, le Tonnelier vient le garnir de 8 autres cercles. Il ajoute 4 cercles de chaque côté du bondon lur ce qu'on appelle le Bouge , ou le ventre du tonneau a a ( PL VI9fig, 21 ). Il ôte auflî les deux derniers cercles le plus près des extrémités du tonneau, & en remet deux doubles qu'on appelle Sommiers b. On donne le nom de Sommier (fig. 22) , à deux cercles pofés l'un dans l'autre, liés chacun comme tous les cercles avec l'ofier ; & qui, après avoir été doublés, font encore liés enfemble. Les fommiers ont plus de force ; & étant plus épais, ils portent à terré quand on roule la futaille, & épargnent aux jables le choc & les frotements qui pourroient les endommager. Les fommiers font encore deftinés à fervir
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- 3î ART DU TONNELIER.
- de point d’appui aux chevilles de la barre. Sommager , c’eft donc placer les fommiers.
- Chaque pays a fà façon de placer les cercles. Nous avons dit qu’à Orléans on en met 18 , cinq contre le jable, & quatre contre le bondon ou fur le bouge. Quelquefois, au lieu de féparer les cercles, les Tonneliers les ferrent l’un contre l’autre, & ne lailfent point d’elpace entr’eux ; ce que l’on appelle relier en plein , ( fig. 20).
- ' A Paris, les Tonneliers ne garniflent les tonneaux ou poinçons que de 14 cercles, quatre fur le jable, qu’ils nomment le Talus, le Sommier, le Collet & le Sous-Collet, ou le premier & le deuxieme collet; 8c trois autres, dont le dernier,’ le plus près du bondon, eft le feul qui porte un nom. Ils le nomment le premier en bouge, ou fur le bouge. Cette quantité de cercles varie encore, fuivant qu’ils font plus ou moins larges & forts. Le plus dont on garnilfe un tonneau, eft de quatorze, vingt-deux, vingt-quatre.
- Un tonneau, fût ou futaille dans ce dernier état, loriqu’il a fes cerceaux , fes fonds & fes barres garnies de chevilles, fe nomme Futaille montée.
- Nous allons expliquer la façon de placer un de ces cercles ; ce qui fuffira, puifque c’eft la même manœuvre qui fe répété pour les autres.
- Le Tonnelier, pour relier un tonneau, prend un cercle, & Je préfente fur le tonneau , à l’endroit ou il veut le placer. Voici comme il donne au cercle la longueur qu’il doit avoir pour ferrer la partie où il fera mis. Il tient d’une main une extrémité de fon cercle, & de l’autre main l’autre extrémité du cercle, mais environ aux trois quarts de fà longueur.
- La première main appuie l’extrémité du cercle contre une douve à un endroit que le Tonnelier remarque. Dans ce temps, la partie moyenne du cercle eft élevée en l’air. Il fait avec fon autre main porter fucceflîvement chaque partie du cercle contre fon tonneau, fans faire quitter de place à là première main. Seulement quand la moyenne partie du cercle porte contre le tonneau, cette main éleve la première portion du cercle, & la porte un peu en haut ; & il promene ainfi chaque partie du cercle fur chaque partie du tonneau à l’endroit où il doit être mis. Il remarque l’endroit du cercle qui répond à la première partie où a été placée l’extrémité de fon cercle, & il fait rejoindre avec fes deux mains cette extrémité à l’endroit marqué. Il lailïe une portion du cercle pour déborder cette première, & il retranche le refte du cercle qui deviendroit inutile (fg. 3 ). Il eft fur avec ces précautions de donner au cercle le diamètre de la partie du tonneau fur laquelle il a deffein de le pofer. Pour lui donner ce qu’ils appellent de la ferre, il fait rentrer un peu l’extrémité du cercle en dedans, & retient d’une main les deux parties du cercle
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- qui fe recouvrent l’une fur l’autre , & qui tendroient par leur relfort à s’approcher de la ligne droite, tandis que de l’autre main, il fait fur le tranchant du cercle deux entailles avec la cochoire, à une certaine diftance des extrémités
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- mités du cercle. En enlevant le bois qui fe trouve entre chaque entaillé * Sc formant ce qu’on appelle une Coche, il le retient toujours dans cette pofitioh* ' & Ty aflujettit avec l’ofier.
- L’ofier eft fait de jeunes branches de certaines efpeces de fàule (*). Ôn les coupe tous les ans pour être employées à cet ufàge. La branche doit être fendue , c’eft-à-dire, que chaque brin doit être pris dans une branche féparéej Sc à Orléans , quand on les deftine à lier Sc retenir les cercles, on la partage en trois ou en quatre fuivant la direétion des fibres du bois. Le Tonnelier à Paris Tacheté tout fendu en botte, en molle ou torché, compofée de iyo brins de trois à quatre pieds de long (PLIV^fig. n). Les Tonneliers dans les Provinces , achètent fouvent Tôlier des Vignerons qui le cultivent Sc le fendent eux-mêmes. Nous donnerons à la fin de la defcription de cet Art les moyens employés pour partager Tôlier. Le Tonnelier conferve dans là cave Tôlier fendu; Sc avant de s’en fervir, il a la précaution de le mettre tremper pendant quelques heures dans Teau, pour quil devienne plus fouple^
- Le Tonnelier, après avoir réuni les deux extrémités du cerclé, & aprèsJ avoir placées Tune fur l’autre les deux entailles qu’il a faites, pour que Tou« verture du cercle ait la dimenfion du tonneau à l’endroit où il delîre le placer* il approche Tune fur l’autre les deux entailles dont nous avons parlé ; Sc retenant le cercle d’une main, il prend de l’autre deux brins d’olîèr. Il en caffe lé bois vers une de leurs extrémités, Sc né laifle que Técorce pour diminuer l’épaififeur, feulement dans cette partie de l’ofier. Il palfe ces extrémités moins épaiffes entre les parties du cercle qui fe recouvrent. Il fait plufieurs tours fur le cercle pour lesbien affujettir. Il continue ainfi d’entourer d’ofier & de lier enfemble les deux extrémités'du cercle. Il garnit d’ofier les entailles, " Sc finit par paffer les bouts de l’ofier fous le dernier tour qu’il vient de faire : il ferre les brins , Sc par cette efpece de nœud arrête forl ofier. Il éoupé ce qui déborde , en le failànt porter fur le jable de fon tonneau & frappant deffus avec la cochoire, ou , il le coupe avec une ferpette. Il arrive fouvent qu’un des brins de Ion ofier eft plus court que Tautre : pour lors il fup-plée à celui qui manque de longueur, par un nouveau brin qu’il main^ tient par un nœud femblable à celui que nous venons de décrire*
- Le Tonnelier lie encore fon cercle avec de l’ofier à deux autres endroits différents. Lun très-près des extrémités du cercle ; Sc Tautre entre ce dernier lien Sc le premier, fous lequel fe trouvent les entailles ou les coches dont
- ( * ) Chaque Province donne fouvent un nom différent aux efpeces de failles que Ton y cultive, & dont les Vanniers emploient les branches entières 8c dépouillées de leurs écorces , ou que fon vend aux Tonneliers pour relier les tonneaux, quand on a fendu chaque branche avec fon écorce.
- Voici les efpeces qu’on cultive le plus communément pour les employer à cet ufage.
- Salix vulgaris rubens, C. JB. Ofier rouge des
- Tonnelier.
- vignes, le feüî qui puifTe être employé par les Tonneliers.
- Salix fativa lutta , folio crenato ; c’efl-à-dire , Ôfier jaune.
- Salix vulgarh nigricans, folio non ferrato ; c’efl-à-dire : ofier blanc. Il efl connu fous ce nom par les Vignerons.
- Salix oblongo incano acutoque folio $ c’eft-à-dire j Ofier-moulardè
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- nous venons de parler. Il ne s'agit plus que de mettre en place ce cercle lié en trois endroits, ainli que nous venons de le dire.
- Le Tonnelier a l'attention de pofer fon cercle, de façon que les coches ou entailles qu'il y a faites, foient en-deffus, & la ligature principale du côté où doit être le bondon. U fe fert, pour mettre les derniers cercles en place, de la tire à cercle ou du tiretoir ( Pl. VI ,fig./±)>
- Après avoir placé la moitié de la circonférence du cercle fur les douves, il faifit avec le crochet de fer que porte le tiretoir, l'autre partie du cercle op-pofée à cette première ; & appuyant fur le dehors de la piece le bout applati du tiretoir, en pelant fur le levier qui fert de manche à l'outil, il amene à lui le cerceau , & fait prêter le cercle au contour du tonneau. Il appuie en même temps le genou fur fon cercle pour l’empêcher de revenir. U engage encore les douves à le prêter à l'entrée du cercle, par quelques coups de maillet qu'il leur donne à différents endroits ; enfin il enfonce le cercle & le chafle avec le maillet.
- Pour faire entrer les cercles plus aifément, & pouvoir les frapper finsrifquer de les endommager, il fe fert du chajjoir, qui eft un coin de bois dont les deux extrémités font coupées : il le tient dans la main (fig,. y ), & le pofe lur le cercle qu'il veut faire entrer. Il frappe à coups redoublés fur le chalîbir ; il contourne ainfi le cercle, en faifant toujours fuivre le chaffoir , & contraint ainfi le cercle de defcendre jufqu'à l'endroit du tonneau où il veut le pofer. U a encore l'attention, pour rendre le bois moins coulant, ou plutôt pour imbiber l'humidité, & pour que le cercle une fois enfoncé d'un côté , ne revienne pas en le frappant fur l'autre, de le frotter avec de la craie, ainfi que l'endroit du tonneau où il doit le placer.
- On retient les petits cerceaux qu'on deftine pour de petits barils, fins fe fervir de brins d’ofier. Cette manœuvre plus courte confifte à pratiquer fur la largeur de ces cercles deux petites entailles (fig. 23 ) à chacune de leurs extrémités : la première, fur une épaiffeur du cercle ; la fécondé fur l'autre. En faifint entrer les deux entailles l'une dans l'autre, & plaçant les deux extrémités du cerceau en dedans, on forme une efpece de nœud qui acquiert d'autant plus de folidité, que l'on a eu plus de peine à faire entrer le cerceau fur les douves qui forment le baril.
- Quelquefois, quand il s’agit de retenir des douves pour former un vaiffeau auquel on ne veut pas prêter grande attention & mettre beaucoup de propreté , on fe contente de palfer les deux extrémités du cercle l'une fur l'autre , fans pratiquer d'entaille ; la preffion feule empêche que les deux extrémités ne fe féparent, quand on vient à les mettre en place (fig. 24 ).
- Les cercles pourriifent plus promptement dans les caves & les celliers où l'on dépofeles tonneaux , que les douves. Auffi eft-on obligé de veiller à l'entretien des cercles, pour ne point perdre le vin que renferment les ton-
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- neaux ; Sc on les fait relier fouvent. Les pièces dans quelques caves humides qui ont peu d'air , pourriflenc & fe perdent plus promptement que dans d'autres. Celles-là exigent plus d'attention. Regarnir le tonneau de nouveaux cercles, ou ce qu'oii appelle le relier, eft du relfort du Tonnelier.
- Si l'on craint encore, qu'en remuant une piece qui renferme du vin , ou tirant le vin quelle contient, les derniers cercles de la piece ne viennent à manquer, au rifque de perdre la liqueur, on en prévient le Tonnelier qui répond de la perte s'il en arrive. Il fe charge pour lors de plufieurs cercles de fer (PL IV, fîg. 1 ). Ces cercles font formés de plufieurs bandes de fer ap-platies & circulaires (Jig. 2 # 3 ), qui fe joignent les unes avec les autres par le moyen d'un crochet que porte une de ces bandes ( fig,, 3 ) , qui entre dans l’une & l’autre des ouvertures que l'on a faites fiir la fécondé bande de fer, & qui laifle ainfi la liberté de ferrer plus ou moins le cercle , Sc de le rendre ou plus grand, ou plus petit, fuivant la grofleur de la piece à laquelle on veut l'adapter. On refferre ce cercle de fer fur la piece à l'aide d'un écrou a que l’on tourne avec la clef b, (fig. 4). Le Tonnelier garnit la piece de deux de ces cercles, & il la met ainfi en état d'être remuée , ou d'en tirer le vin. Le propriétaire devient enfiiite le maître, fi les douves font encore bonnes, de faire relier là piece, & d’y remettre de nouveau vin, ou le même, fi fon deifein n’étoit pas de le mettre en bouteille.
- Dans les Provinces, où fouvent les Tonneliers n'ont pas de cercles de fer, ils fe fervent d'une corde dont ils entourent le poinçon, & ils la ferrent avec un Garreau.
- Quelquefois on s'apperçoit qu'une des douves d'une futaille laifle échapper le vin ; pour lors on le fert du même moyen : on tranfvuide le vin dans une autre piece, & le Tonnelier fubftitue une nouvelle douve pour remplacer celle qui eft défeéhieufe.
- Quelques Tonneliers fe font propofé, comme chef-d'œuvre, de changer une douve d’une piece pleine de vin, fans qu'il s'en perdît. On font que le mérite de ce problème ne réfide que dans la difficulté de l'exécution , puif-qu'il eft toujours plus aifé de foûtirer le vin dans une autre piece, & que l'on fe rend par-là le maître de raccommoder aifément la partie défeétueufo de celle que l'on a vuidée.
- Dans l'exécution de ce chef-d'œuvre ou de cette preuve d'adrefle , il fe perd toujours un peu de liqueur, quand la piece eft bien pleine ; mais le peu de temps que l'on emploie pour mettre en place la douve que l'on a apprêtée , le coup d'œil précis de celui qui l'ajufte, contribue à remplir plus ou moins bien les conditions & les difficultés du problème.
- Nous ne parlons pas ici de certaines adrelïes que les Tonneliers em* ploient pour cacher leurs fraudes ; comme de mettre à une douve une piece, alfez adroitement, pour que l'œil ne puiffie la diftinguer ; celle de boucher
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- art du tonnelier.
- les fentes , ou d’empêcher qu’on n’apperçoive les défauts d’une douve , avec le maftic, &c ; de boucher des trous de vers avec des épines de pommiers ou pruniers fauvages. Si ces trous fe trouvent avoir été cachés fous des cercles , & que le vin fè perde par cette ouverture, le propriétaire peut intenter un procès au Tonnelier, qui eft condamné à payer les dommages quil a occafionnés par une négligence qu’il eft impoiïible de reconnoître. Si le Tonnelier a négligé de boucher les artuifons à d’autres endroits vifibles, c’eft à l’acquéreur à y remédier.
- Le Tonnelier ajufte fouvent , & retient une partie d’une douve fous les cercles, pour rétablir une douve épeignée, c’eft-à-dire, rompue dans le jable. La partie que l’on ajoute à cette douve pour la rétablir, fe nomme Peigne.
- Comme le jable eft toujours la partie la plus foible dans une futaille, la rainure que l’on a pratiquée dans cette partie, étant prife fur la moitié de l’é-paiffeur des douves, & étant d’ailleurs fouvent expofée à de très-grands chocs, une douve fe rompt très-fréquemment dans cet endroit : auflî eft-il permis au Tonnelier d’y remédier. Nous allons rapporter les moyens qu’on a coutume d’employer pour réparer ce dommage.
- Pour mettre un peigne à une douve rompue dans le jable, le Tonnelier enleve les cercles qui portent fur le jable. Il choifit une partie d’une bonne douve de la même largeur que celle qu’il veut rétablir. Si cette partie eft plus large, il la réduit à une largeur convenable fur la felle à tailler 8c fur la colombe. Il faut que cette portion de douve n’ait que la hauteur de la partie du jable que l’on veut rétablir, & de plus environ deux ou trois pouces, qui doivent fervir, comme on va le voir, de recouvrement. Le Tonnelier coupe uniment la douve rompue dans le jable. Il fe fert, pour la couper, de la petite fcie à main ( PL II,Jig. io ). Il doit en avoir de différentes grandeurs. Les petites fe nomment Egoine. Il l’unit, & enleve enfuite dans l’étendue de deux ou trois pouces une partie de l’épaiffeur de la douve y formant un talus9 de façon que la portion la plus mince de ce qu’il enleve, foit à l’extrémité de la douve rompue, qui fe termine au jable.
- *
- Il préfente fur cette douve la partie de celle qu’il veut y fiibftituer, pour s’affurer fi elle eft de même largeur que celle qui eft rompue. Il ne laifïe auflî à celle-ci que 2 ou 3 pouces de plus que la hauteur du jable. Il forme le bi-feau qui doit fe trouver en dedans à l’extrémité de la douve, & qui doit fe rapporter avec celui qui eft déjà formé fur la circonférence intérieure du jable. Enfin il diminue Tépaiffeur de cette partie de douve formant un bifeau, de façon que la portion de cette douve la plus mince fe trouve, à fon extrémité, oppofée au jable, & que la partie de la douve caffée, foit auflî diminuée d’é-paifleur , de forte que le peigne & la douve épeignée étant placées l’une fur l’autre, ne forment pas plus d’épaiffeur, dans la partie du recouvrement, que fur tout le refte de leur longueur. L’extrémité delà douve rompue, coupée
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- Uniment à l'endroit où commence à paroître le peigne qu'on y a fubftitué, for* me le jable ou la rainure dans laquelle entre le fond.
- On peut aifément mettre un peigne à une douve fans défoncer la piece , & même fans la vuider, quand cet accident arrive , lorfque la piece eft remplie de liqueur. Les cercles que l'on pofe fur la partie du recouvrement retiennent le peigne en place , & une douve épeignée devient prefqu'auffi bonne qu’une entière.
- Si la douve fe caffoit plus bas que le jable , il faudroit néceffairement lui en fubftituer une entière, car il eft défendu d'y mettre un peigne pour réparer ce défaut.
- Souvent il faut encore avoir recours à des expédients pour arrêter la liqueur qui tranflude d'une piece de vin; ce qui arrive quand les douves ou les pièces du fond ne joignent pas exactement. Le Tonnelier fe fert pour lors de toile éfilée, & d'un petit couteau qu'il nomme Etanchoir ( PL II,fig- iy) ; & il fait entrer cette charpie dans la fente. Il l'enduit enfuite de grailfe , de cambouis, ou de fuif, qui arrête la liqueur (*).
- Selon les ftatuts des Tonneliers , une piece faite de bon bois, fec, non pourri, rongé, vergé ni artuifonè, & fans aubour> doit être marquée. Les Maîtres Tonneliers, pour marquer leurs pièces & les reconnoître , fe fervent d'un petit compas que l'on appelle Rouane, dont une branche eft pointue, l'autre eft plus courte & tranchante. C'eft avec cet outil (P/. VI, fig. 2 y ), qu'ils tracent différentes figures : par exemple, des cercles coupés par des lignes> ou des demi-cercles. Ce font autant de caraéteres particuliers qui fervent à faire reconnoître l'ouvrage de cet Artifan. Les Commis aux Aides & les Marchands de vin fe fervent aufii de la rouane. Les Tonneliers tracent leurs marques for le fond du tonneau ; & l'on appelle rouané tout ouvrage ou marchandife marquée avec la rouane.
- ARTICLE VI.
- Application de ce qui a été dit fur la conjlruclion des Futailles à celle de tous autres Vaijfeaux qui font du rejfort du Tonnelier.
- Les Tonneliers ne fe bornent pas à faire des tonnes, tonneaux, pipes, &c. les cuves, cuviers , baignoires, baquets, &c, font aufll de fon reffort. Mais comme il y employé à peu près les mêmes moyens que nous avons fuffifàm-ment détaillés, nous laifferons au Leéteur à en faire l'application aux différents ouvrages que font les Tonneliers, & qui font tous formés par des planches réunies, par des liens de bois ou de fer. U nous fuffira, je crois, de faire
- (*) Les Tonneliers emploient quelquefois, pour garnir les intervalles qui fe rencontrent entre deux douves par où s’échapperoit la liqueur,
- Tonnelier.
- d’une efpece de maflic formé avec des feuilles d’orme & de la graiffe de mouton pilés enfemble.
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- remarquer que la forme de ces vafes dépend toujours de celle que le Tonnelier donne à chaque douve, & quelle tient à la façon de les tailler. Le vaiffeau variera plus ou moins déformé; i°. fuivant que le Tonnelier diminuera la largeur des extrémités du merrain, en confervant celle du milieu ; 2°, s’il diminue lune de fes extrémités, en ne diminuant point la largeur de l’autre : 30, s’il bombe plus ou moins une des furfaces de fon merrain ; 40, fuivant la pente que donne le Tonnelier au chanfrein qu’il forme fur fon épaiffeur. La figure des vaifleaux, tels que brocs, fceaux, feilles, baignoires, petits cuviers pro-près à tirer le vin , dépend de cette différente taille qu’il donne au merrain ; &ces vafes changeront toujours de forme & de nom, fuivant la figure que l’Ouvrier aura donnée aux douves dont il fe fera fervi pour les former.
- Pour bâtir les petites cuves, le Tonnelier prend du merrain de différentes dimenfions fuivant la grandeur des cuves qu’il veut en confttruire. Il le dreffe comme nous l’avons décrit. Mais comme la figure de la cuve approche un peu de la forme d’un grand tonneau coupé vers le bondon, le Tonnelier diminue la douve de largeur, feulement fur une de fes extrémités , fur celle qui doit former la partie inférieure de la cuve. Il travaille aufîî l’épaiffeur de la douve en bifeau ; il creufe un peu la planche dans la furface qui doit être placée intérieurement dans la cuve, & rend l’autre un peu convexe (PL VI,fig. 28 ).
- Lorfque les cuves font grandes , au lieu de merrain > on emploie du bois de fciage, que l’on appelle dans la forêt d’Orléans du Gobillard. On le débite en planches de 4 à 6 pouces de large fur 18 lignes & deux pouces d’épaiffeur. Ce bois fert pour faire des cuves qui contiennent depuis 4 poinçons jufqu’à 40.
- Au lieu qu’aux tonneaux & barriques , la partie la plus étroite efl: du côté du jable * on fait à certaines cuves la partie du jable plus large que le haut de la cuve; ce qui s’appelle une Cuve en tinette (PL III y fig. 19), d’où il réfulte deux avantages. Le bois de la cuve venant à fécher, les cercles ne coulent point ; & l’on peut les rebattre , la cuve reftant en place , fans être obligé de la renverfer pour les ferrer.
- La pratique pour faire les cuves, efl la même que pour bâtir les poinçons.’ Le Tonnelier prend la mefixre des cercles fur la circonférence de la cuve avec des ofîers, qu’il lie les uns au bout des autres, & ilia rapporte fur le cercle. Mais comme il ne peut l’affujettir avec la main pour le cocher, il pafle les deux extrémités du cercle dans une coche de bois, & il les lie avec de l’o-fier, comme ceux des poinçons.
- Souvent les Tonneliers goujonnent les planches qui fervent à former les cuves , c’eft-à-dire, qu’ils placent entre les planches des chevilles de fer ou de bois appellées Goujon, qui entrent moitié dans une planche, moitié dans celle qui l’approche ; ces goujons fervent à donner plus de folidité à toutes les planches qui forment la cuve.
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- A RT D U T O N N E L 1 E R. 39
- Il y a des provinces où Ton fait les cuves quarrées ( PL III, fig. 22 ), alors on fe fert de moifes avec des coins pour ferrer les planches. Cette pratique eft moins fujette à réparation que celle des cuves rondes reliées avec des cer* clés & de l'ofier. Mais comme ceci eft du fait du Menuifier, nous n'en-* trerons pas ici dans un plus grand détail fur leur conftruétion. Quelquefois on retient les cuves, quoique rondes , avec des traverfes & des moifes , au lieu de cercles ; & pour lors on ceintre intérieurement les traverfes, de façon quelles embraflent & ferrent toutes les planches (PL III,jig. 23 ), qui compofent la cuve. Ces planches font taillées , comme nous allons l'expliquer pour la conftruélion des cuves ordinaires.
- Quand les cuves forment une portion régulière de cercle , le Tonnelier arrange les douves , & frappe la derniere pour faire ferrer les autres, & les retenir toutes.
- Il eft quelquefois befoin du bâtifîoir pour faire revenir les douves du côté où la cuve eft plus étroite. Ce bâtifîoir (PL I,fig, iy) relfemble à celui dont nous avons donné la defcription & l'ufage : il eft feulement plus fort que celui qui eft employé pour les tonneaux.
- Pour former le jable qui doit retenir le fond de la cuve, le Tonnelier eft obligé d'affujettir fa cuve fur le côté. Il prend la jabloire à cuve (PL II, fig, y ), qui eft plus forte que celle pour les tonneaux. Cet outil doit former une rainure qui ait de la profondeur, & trois à quatre lignes de largeur. Auffi le fer c produit-il ici le même effet que le rabot ou bouvet que le Menuifier employé pour pouffer des rainures. L'outil différé en ce qu'il tient à une pièce de bois a par le moyen de deux tringles f f fur lefquelles le rabot peut avancer ou reculer. C'eft ce qui réglé, comme fait le trufiquin du Menuifier, la diftance où l'on veut placer la rainure. La jabloire forme une rainure dont le fond (PL III, fig, 20) n'eft pas égal à l'ouverture, parce qu'on donnera auffi la même forme aux planches qui entreront dans cette efpece de rainure. Le Tonnelier la forme en faifànt changer de place à fon outil, à mefure que la rainure eft pratiquée, & en faifant paffei: plufieurs fois la jabloire dans la partie où il doit former le jable.
- L'Ouvrier forme enfuite le fond de fa cuve. Il choifit de bonnes planches qu'il dreiïe , & dont il unit les épaiffeurs, de façon que chacune porte dans toute fa longueur fur celle qui l'avoifine. Il arrange toutes fes planches fur un terrein uni : il les y retient avec des piquets qu'il enfonce en terre ; & il trace le fond de fa cuve fur ces planches qui doivent le former.
- Pour tracer cette circonférence , il mefure celle de la cuve avec le grand compas dont nous parlerons dans un moment. Il prend fa mefure dans le jable, & la fixieme partie de fa circonférence forme le rayon de fon fond qu'il trace avec ce compas ( PL II, fig. 21 ) , fur des planches dreffées & placées les unes contre les autres. Le compas à cuve eft fait de deux tringles de bois
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- qui font applaties d’un côté. L’une des extrémités de ces tringles eft fendue & partagée fuivant fon épaiifeur , & permet à l’extrémité de la fécondé d’entrer dans cette ouverture. Elles font toutes deux traverfées par une vis qui leur permet un mouvement de charnière , & forment la tête du compas.
- Les deux autres extrémités de ces tringles font pointues & garnies dune pointe de fer. Environ au quart de leur longueur du côté de la tête du compas , eft ajuftée à l’une des branches une troifieme tringle de bois , formée en portion de cercle qui y eft retenue par deux chevilles, & qui pafle dans une entaille faite à une des branches du compas. Cette partie circulaire eft deftinée à aflujettir le compas félon l’ouverture que l’on juge convenable. Ainfi lorfque le Tonnelier l’ouvre pour tracer fon fond, il le maintient à l’aide d’une vis qui, par là feule preflion liir cette portion circulaire ; retient le compas quand il lui a donné l’ouverture du rayon de la cuve qu’il a mefuré.
- Le Tonnelier fe réglé fur ce trait pour fcier les planches. Il forme fur tout le contour de fon fond un bifeau qui doit entrer dans la rainure faite à la cuve, ou dans le jable , & il le met en place.
- Pour le faire entrer dans la feillure du jable, le Tonnelier fe fert de la tire à barrer, ou tiretoir , pour les cuves (Z5/. //, jig. 12). Cette tire eft plus forte que celle pour les tonneaux. Avec le fecours de cet outil, il pofe les planches de fond comme nous l’avons dit en parlant des tonneaux.
- Le Tonnelier a l’attention de pratiquer intérieurement fur le bout des planches qui doivent former le haut de la cuve une feillure, ou entaille à mi-bois d’environ un demi-pouce de profondeur, pour pouvoir ( fi l’on veut) enfoncer la cuve y c’eft-à-dire, y mettre un fécond fond. On difpofe ce fécond fond tout prêt à pouvoir être placé quand on le jqgera à propos. Il eft formé de plufieurs planches drelfées, principalement fur leur champ : il les taille fiir les dimenfions de la furface fupérieure de la cuve, & les conferve pour pouvoir enfoncer la cuve, ou y mettre ce fécond fond, quand on veut con-ferver du vin à clair pendant quelque temps dans la cuve. On fait pour lors entrer à force de la moufle entre les * jointures des planches , & on les recouvre de terre grafle qu’on couvre de fable à la hauteur de deux , trois ou quatre pouces.
- Les grandes cuves, ( on en fait qui tiennent jufqu’à 40 pièces de vin avec leurs marcs ), font ordinairement ^cerclées de bandes de fer qui fe reflerrent avec des écroux ou des clavettes. Ceux-là durent plus long-temps, mais ils rompent quelquefois; & comme il y en a peu fur une cuve, la rupture d’un feul cercle fufEt pour que tout le vin fe perde.
- Pour former les jâles & les baignoires (PL 1119Jig. 21), les Tonneliers tracent ordinairement fur le terrein la forme qu’ils veulent donner à ces vaif-faux. Les baignoires ont fouvent la figure d’une ellipfe ; & pour tracer cette courbe, ils prennent trois centres. ( Celui du milieu donne la forme aux
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- deux côtés de la baignoire qui règlent (a longueur : les deux autres centres établiffent fa largeur ). Pour tailler les douves de la baignoire, ils font ufage du crochet , ou de l’efpece de paneau ou Jerche dont nous avons déjà parlé (PL VI ,jig. 11 j 12, 13. Ce crochet porte deux courbes (fig, 11 ) : Tune doit fervir à donner la forme aux douves qui feront peu bombées fur leur furface extérieure , & qui font deftinées à être pofées fur la longueur de la baignoire. L’autre côté du crochet préfente une courbe très-bombée , & prefcrira celle propre aux douves que l’on placera fur fa largeur. Le Tonnelier, quand il a taillé fes douves différemment, comme nous venons de le voir , fuivant la place qu’elles doivent occuper, lie deux cercles. Il commence par leur donner un peu la forme de la baignoire , en les y contraignant avec la main. Il pofe dans fon cercle chaque douve, en les faifànt porter fur le trait qu’il a fait fur le terrein ; Sc la différente taille des douves ne tarde pas à faire prendre la même figure au cercle qui doit enfuite la faire conferver aux douves une fois arrangées.
- Les Tonneliers ont divifé les ouvrages de leur relfort ; Sc quoique dépendant tous de la même Communauté, les uns embraffent une partie , tandis que les autres s’attachent à une autre. A Paris * il y a des Tonneliers qui fabriquent uniquement les vaiffeaux dont les pièces font retenues par des liens de tôle , les brocs , féaux , &c. On les nomme Tonneliers ferreurs.
- Comme le broc eft de toutes les pièces que conftruit le Tonnelier, celle qui par fa forme exige le plus de foin, nous parlerons de fa çonftruétion $ après avoir dit un mot fur fon ufàge»
- Le broc fert le plus jfbuvent à tranfporter des liquides d’un lieu dans un autre, lorfqu’on a deffein de mettre la liqueur dans un autre vafe plus propre à la conferver. On l’emploie auffî dans quelques endroits comme mefure. On vend les liqueurs au broc* & cette mefure contient plufieurs pintes. (Delà efl: venu le proverbe ufité vulgairement, boire à plein broc, ) A Paris, on en fait de différentes grandeurs , Sc on emploie dans leur conftruélion les différents moyens que nous allons détailler*
- Tout le monde fait que la partie la plus renflée d’un broc ( PL III, fig, 11), efl vers fa bafe ; que depuis cet endroit jufqu’àTon ouverture, le broc diminue de largeur ; Sc qu’enfin il s’élargit un peu pour prendre une forme propre à verfer commodément la liqueur qu’il contient.
- Le broc efl compofé > comme les tonneaux, de plufieurs petites planches ^ (PL III,fig, 10 ). Moins on leur donne de largeur, & plus la courbe du broc Sc fa forme efl régulière. Le bas de chaque douve doit donc être plus; large que fon extrémité fupérieure ; Sc cet angle que nous avons dit que l’on remarquoit en examinant l’épaiffeur de ces efpeces de douves taillées, au lieu de fe trouver à la partie moyenne de la douve comme fur le tonneau, doit Tonnelier. t*
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- ici être placé vers la bafe de la planche ; parce que , comme nous venons de le dire, le broc doit être plus renflé vers cette partie. Pour former cet angle , les Tonneliers n’ont aucune mefure. Le coup d’œil leur fuffit ; & ils le tracent cependant alfez régulièrement, ainfi que le bifeau qui doit fe trouver fur lepaiiïeur des douves, pour quelles puiffent toutes fe toucher , Sc prendre la courbe qu elles doivent donner au broc. Elles font toutes bombées fur leur furface extérieure ; Sc intérieurement le Tonnelier a enlevé une partie de leur épaifleur dans la portion qui doit faire la partie plus renflée du broc , pour lui donner plus de capacité, & pour faciliter la courbe que chaque douve doit prendre , lorfqu’elle fera maintenue par les cercles.
- Pour retenir les douves & monter le broc , les Tonneliers les arrangent Sc les pofent à côté les unes des autres, de façon que leurs extrémités inférieures , celles qui étant plus larges doivent devenir la bafe du broc, fe touchent. Il les maintient toutes avec un ou deux cercles. Quand une douve eft trop large , ou qu’au contraire il la croit trop étroite, il lai diminue , ou il la change & la remplace par une plus large. Les extrémités de ces douves oppo-fées à celles-ci qui font ainfi afliijetties , tendent à s’écarter les unes des autres» Pour les faire revenir , il les place dans un chaudron rempli d’eau , Sc les y laiffe bouillir pendant quelque temps pour attendrir le bois. Alors il fe fert du bâtiflbir pour réunir ces extrémités ainfi écartées ; & il les maintient par un fécond cercle qu’il a lié comme le premier avec de l’ofier, Sc qui eft d’une grandeur convenable.
- Pour refferrer encore les cercles, il fe fert de petits coins de bois (PL ///, fg. 9 ) entrer à force entre les douves Sc le cercle ; & il le laiflfe ainfi
- pendant quelques jours.
- Il ne s’agit plus enluite que de former le jable qui doit retenir le fond du troc, & de fubftituer aux cercles de bois des cercles de tôle maintenus par des clous. On ajoute encore à l’ouverture du broc une plaque forte de cuivre, ou de tôle pour former cet évafement dont nous avons parlé, dont un côté comprimé fert de gouttière &de conduite à la liqueur, quand on veut verfer dans un autre vafe celle que contenoit le broc. On ajoute encore une anfe que Ton retient avec des clous. Nous ne parlerons pas de ces dernieres opérations ; leur perfeétion dépend de l’adrelfe de l’Ouvrier ; Sc il n’eft pas polfible de décrire ce qu’elle feule peut donner.
- Il faut au Tonnelier qui fait les brocs, plufieurs outils dont nous n’avons pas encore parlé : de grands cifeaux, ou forces pour couper la tôle, une petite enclume pour ferrer, Sc river les clous qui maintiennent les pièces de tôle qu’il emploie.
- Le Bidon que nous avons déjà cité en parlant des vaifleaux dont la conftru-t£Uon appartient auTonnelier,eft encore une efpece de broc maintenu par plu-
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- fleurs bandes de fer. Il fert auffide mefure aux liquides. On l'emploie principal lement pour diftribuer le vin qu'on donne à chaque Matelot dans les équipages de la Marine.
- Les Tonneliers réparent auffi les cuves. Ils achètent de vieilles cuves pour en faire des cuviers, baignoires, & c, en diminuant les douves, &lestra-vaillant fur la grandeur quils veulent donner au nouveau vailfeau qu’ils fe pro-* pofent de conftruire. Ils font des poinçons avec les douves des vieux tonneaux , & avec celles qu'ils ne peuvent employer à faire des poinçons. Us conftruifent des quarts ou des barrils. Les futailles coupées fervent à différents ufages. On les nomme communément B acquêts : les Marins les connoiffent fous le nom de Bailles.
- Les Tonneliers emploient ordinairement de vieilles douves à faire deà féaux, feilles, brocs, & c, dont nous venons de parler ; mais dans certaines Provinces, ils en font auffi des tables, des fontaines, ( FL III, fîg. 13 ), qui s’adoffent le long des murs, &c.
- Autrefois les environs de Paris , moins plantés en vignes , n'occafîonnoient pas la confommation des vieilles futailles; & beaucoup plus de tonneaux étoient dépecés & vendus à différents Ouvriers, comme Laitiers, &c, qui les employoient à faire des boîtes, pulpitres, cailles à mettre des arbuftes ou des fleurs, & c. Aéluellement on ne les dépece que lorfque les douves font abfolument hors d'état de fervir à contenir du vin, après même avoir été diminuées de longueur, & converties en un vaiffeau plus petit que celui qu'elles formoient étant neuves.
- Nous avons dit que les Tonneliers dans les Villes maritimes faifoient les bouées dont onfe fert pour reconnoître en rade l'endroit où un Vaiffeau a jette fbn ancre. Ces bouées dotantes fur l'eau , lui indiquent l'endroit ou il doit envoyer fa chaloupe pour lever l'ancre, ou bien l’endroit où l'ancre a pris dans le terrein , pour qu'un autre Bâtiment évite de donner fur la patte qui pourroit l'endommager. Nous croyons devoir dire deux mots de leur conftruétion.
- On en fait de deux efpeces. Les premières font formées en cône ( PL 111, Jig 27). Le côté le plus large de ces bouées, 8c celui qui fert de bafe au cône * efl fermé par le premier fond qui entre dans une feillure, ou dans un jable pratiqué dans chacune des planches qui forment la bouée, à peu-près à trois pouces de leur extrémité. On met encore dans l'efpace du bouge, c'eft-à-dire, depuis ce fond jufqu'à l'extrémité des planches qui fervent à le former, de Vé* toupe & du bray , que l'on recouvre de groffe toile ; 8c l'on attache fur l'extrémité de ces douves, un fécond fond de fàpin, ou de tout autre bois léger* Ce fécond fond fert à parer les bouées des abordages qui pourroient endommager le premier fond , faire prendre eau, & enfoncer la bouée.
- L'autre extrémité de la bouée eft terminée par une pointe auffi aiguë qu'il
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- eft pofiible. Elle eft cependant garnie d'un fond placé dans une rainure, fem* blable à celle de l'autre fond, 8c faite de la même maniéré. Ce fond efl: placé au tiers de la bouée, à compter de la pointe du cône.
- Les bouées ainfi conftruites, font liées par plufieurs cercles de fer qui en maintiennent les planches. Les plus grofles en ont fept ou neuf. La bouée bien ferrée 8c retenue efl: outre cela brayée 8c recouverte de goudron.
- Au haut delà bouée du côté du grand diamètre, on pratique une efpece d'ouverture de bondon, large d'un demi-pouce , 8c qui fert à cambuger la bouée, à vuider l'eau qui pourroit y entrer à la longue, ou par le défaut d'e-xaélitude dans la réunion de fes pièces. La bouée fortie des mains du Tonnelier, eft garnie à bord des cordages qui fervent à l'attacher à ïaurin qui eft un cordage dont un bout eft amaréaux pattes de l'ancre ; l'autre, à la bouée; il fert à indiquer, comme nous l'avons dit, la perpendiculaire de l’ancre.
- Les Anglois font ulàge de bouées (jP/. III, fig. 28) autrement construites. Elles ont la forme de deux cônes réunis par leur bafe vers le milieu. On a fait de ces bouées en France, & on a cru s'appercevoir qu'elles étoient par un gros temps moins apparentes que les autres.
- Les Vailfeaux marchands, au lieu de bouées, font ufàge d’un morceau de bois léger qui flotte fur l'eau.
- Les dimenfions des bouées font proportionnées 3c réglées fur la force des ancres. Une ancre de fept milliers porte une bouée de trois pieds neuf pouces de longueur, fur une bafe de trois pieds de diamètre.
- Les dimenfions des autres bouées font auffi fixées ; & les Tonneliers ont des réglés auxquelles ils doivent fe conformer.
- ARTICLE VIL
- O u vra ges du rejfort du Tonnelier; comme la defcente des Pièces de vin dans les caves , la fortie des Tonneaux de dedans les Bateaux pour les débarquer Jur les Parts où Us doivent arriver 9 êC la maniéré de faire les fojfets > les bondons , ôC de fendre U0fier qui fert à attacher les cercles*
- A Paris , & dans les Villes où les caves font profondes, les Tonneliers font chargés par les Propriétaires 8c les Marchands de Vin de defcendre & de placer dans les caves les tonneaux de vin, de cidre, &c. Ce font eux auflï qui font pour les Epiciers la defcente de l'eau-de-vie , des huiles, &c. Cette manœuvre demande quelques précautions, 8c des expédients que nous croyons à propos de décrire.
- La defcente d'une piece de vin dans une cave, exige au moins deux garçons
- Tonneliers, fouvent trois. U faut éviter les trop fortes fecouffes qui pour-
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- ART DU TONNELIER;
- f oient faire rompre les cercles , & occafionner la perte de la liqueur. Voici les moyens qu'ils emploient pour prévenir cet inconvénient. Ils établiflent en travers de la porte de la cave une longue piece de bois , à laquelle ils ont arrêté un ou deux forts cordages par le moyen de deux boucles dans lesquelles entre la piece de bois. Deux garçons roulent le tonneau : & lorfqu’il eft parvenu à la porte de la cave , un garçon fe met devant la piece pour la retenir. L'emploi de celui-là eft de diriger le tonneau le long de l'efcalier, tandis que deux autres prennent la corde qu'ils ont fait paifer par* deftiis le tonneau, & qui l'entoure; & ils occafionnent un frottement, en la faifànt couler dans leur tablier, qu'ils retiennent encore avec leur main , on en la tournant autour d'un poteau , & en faifànt porter le cordage contre le mur. Celui qui defcend avec le tonneau, le foutient toujours, en s'appuyant fin? le tonneau ; & à l'aide de fes genoux ( PL VI >fig. 9 ), il le conduit jufqu'à ce qu'il foit parvenu au bas de l'efcalier. Pour lors le garçon Tonnelier roule le tonneau dans la cave jufqu'à l'endroit qui lui eft deftiné, & le met fur le chantier.
- Quand les Tonneliers fe propofcnt de defcendre dans une cave des tonnes d'huile , ou des pipes d'eau-de-vie, comme les pièces font fort groffes, il faut qu'ils prennent d'autres précautions. Ils font ufàge de deux machines peu compofées qu'ils nomment Poulains.
- L'une eft conftruite avec deux fortes pièces de bois, dont les extrémités font abattues. Elles font longues de 12 à iy pieds, affemblées & jointes enfemble par quatre traverfes, deux en haut, & deux en bas. Les deux montants font arrondis (PL IV, fig. 17). Une extrémité de ce bâtis doit porter fur le terrein ; l'autre taillé en bifeau, doit s'appuyer le long de la muraille devant la porte ou l’entrée de la cave. ( PL VI ,jïg* 10 ).
- Le petit poulain eft une elpece de traîneau, compofé de deux pièces de bois équarries, de quatre pieds de long (PI IV, fig. 18), dont les extrémités font relevées, pour que le poulain puiffe mieux couler fur les marches.
- Les Tonneliers donnent du pied au grand poulain , & l'appuient , comme nous venons de le dire , le long de la muraille devant la trappe ou la porte de la cave. Ils arrêtent le cable au traîneau, & retiennent la piece qu'on veut defcendre fur le traîneau .* ils tournent la corde deux ou trois fois autour d'un des montants du grand poulain, Sc ils lâchent doucement la corde qui eft attachée au traîneau, tandis qu'un autre qui précédé la piece , la dirige & la conduit jufqu’en bas de la cave, ou plufieurs la roulent jufqu'au lieu où elle doit être placée.
- Il va de l'intérêt des Tonneliers, & particuliérement de celui qui précédé le tonneau, de vifiter le cable avant de s’en fervir, pour qu'il ne vienne pas à rompre en defcendant le tonneau.
- Pour remonter des pièces d'huile, d'eau-de-vie, c, de dedans les caves > Tonnelier, M
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- les Tonneliers emploient encore un bâtis àpeu-près femblable au grand pou* lain que nous venons de décrire, excepté que les montants de celui-ci ( PL i$>) font équarris (fg. 21 ), & qu ils portent au quart de leur hauteur, du côté qui doit appuyer fur le terrein, un treuil, ou moulinet (fig. 20) qui eft retenu par Tune & l’autre de fes extrémités dans les coches ou échancrures faites à chacun des deux montants du bâtis. On l’appelle le Moulinet. Le Chable , par corruption fans doute du mot Cable, s’entortille fur le treuil ; & plufieurs Ouvriers appuyant fur les leviers, parviennent ainfi à monter par les trappes les pipes ou tonnes d’huile que l’on a alfujetti fur un petit poulain auquel on attache l’autre extrémité du cable.
- On fe fert encore, pour monter les pipes d’eau-de-vie ou d’huile par la trappe des caves des Epiciers, de deux poulies moufflées, ( PL IV, jig. 12 ) > chaque mouffle porte deux rouets. L’un des mouilles eft attaché au plancher par le crochet Çjig» 14) ; une extrémité de la corde eft attachée au bas du premier mouffle. Elle va paffer fur un rouet du fécond mouffle ; delà elle revient s’entortiller fur le premier rouet du premier mouffle ; elle roule iur le deuxieme du fécond mouffle ; enfin elle retourne au fécond rouet du premier mouffle ; & cette extrémité de la corde ou du cable defcend jufqu’à l’endroit ou un ou plufieurs hommes tirent deffus, pour faire monter le fécond mouffle auquel eft attaché le tonneau, & le faire approcher jufqu’auprès du premier mouffle.
- Cette extrémité delà corde tient au tonneau par le moyen de deux crochets. 0%’ La corde retient l’un & l’autre de ces crochets, en pallànt dans une
- ouverture qui eft à l’extrémité oppofée au crochet (jïg.iô'). Cette extrémité de la corde forme une porte, & la corde paffe dans cette porte ; & par cet arrangement, elle peut former un triangle plus ou moins grand, fuivant la longueur de la piece qu’on veut monter. Et comme la corde forme un nœud coulant, la pefanteur du tonneau oblige les deux crochets à ferrer la futaille qu’ils tiennent par les jables, tandis que des hommes tirent fur l’autre extrémité de la corde quand ils veulent l’éle ve(/Y. VI, jig. 8) , ainfi que nous l’avons décrit.
- C’eft un ancien privilège des Maîtres Tonneliers de Paris, qui leur a été accordé fous Louis XI, en 1467 , confirmé par François I en ifij, & depuis par Louis XIV en 16 j 2 , d’être feuls en droit de décharger les vins dededansle s bateaux qui les ont amenés. Ils doivent les fortir des bateaux, les placer fur le Port ; & ils en répondent jufqu’à leur {ortie.
- On imagine bien les moyens qu’ils emploient pour les remonter des bat-teaux. Ils font quelquefois ulàge d’un ou de deux cables qui embraflent les tonneaux, & que deux garçons Tonneliers tirent, tandis que deux autres foutiennent le tonneau , & aident à le monter fur des madriers placés en plan incliné jufqu’auh a ut du bateau, & delà ils le conduifent fur d’autres madriers, & le roulent fur le Port.
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- ART DU TONNÊL 1ERh
- Quelques Tonneliers s’adonnent à cette partie, tandis que d’autres ne s’occupent que de la fabrique des tonneaux, ou de leur réparation.
- Enfin fouvent dans les Villes , on charge encore les Tonneliers de tirer le vin, & de le mettre en bouteilles»
- Ils percent le fût qu’on veut tirer. Ils fe fervent pour cela d’une efpece de villebrequin ( PL II, fig. 196 20 ) appelle Perçoir. Ils placent l’ouverture pour mettre la canelle dans une planche dans la partie inférieure d’un de fes fonds à deux pouces du jable, au-deffus de la lie.
- Souvent les Tonneliers fe fervent , pour tranfvuider ou tirer le vin, ou ne point perdre celui qui s’échappe des bouteilles qu’on emplit, d’un petit Vafe ou baquet dont le fond eft plat, qui eft circulaire d’un côté, & qui fe termine en pointe de l’autre. Gé dernier côté efl: deftiné à fervir de gouttière au vin que contient ce vafe, quand on veut l’entonner dans un autre propre à le conferver. Nous n’avons point parlé de fà conftruélion, parce que nous avons cru n’avoir rien de particulier à en dire, & que là figure dépendoit, comme celle des brocs, des différentes formes qu’on donne aux petites douves qui fervent à le former. Ces vafes n’ont qu’un fond, & les douves en font retenues parplufieurs cercles (P/. III, fig. 5).
- Pour vuider une piece de vin, & tranfporter ce vin dans un autre tonneau, on fe fert fouvent d’un fiphon, compofé de deux branches parallèles ou tuyaux de fer-blanc ( PL IV, fig,. 8 ) joints à un troifieme tuyau qui réunit ces deux-ci. On doit avoir attention qu’une des deux branches du fiphon foit plus longue que l’autre ; fans quoi l’effet en feroit nul. Sur là troifieme partie de ce fiphon, celle qui doit être placée fùpérieurement & horizontalement , on a établi un petit tuyau, par lequel, quand une des branches eft pofée dans la liqueur qu’on veut pomper, & l’autre dans le vafe que l’on veut remplir, on attire l’air que renferme une des branches du fiphon : la liqueur le remplace ; elle monte, & continue à couler jufqu’à ce qu’il ne refte plus rien dans le vaiffeau que l’on veut vuider.
- Par ce moyen, on eft difpenfé du foin de tirer le vin, de le tranfporter^ & fans prefque aucune attention ; Sc on tranfvafe ou on foudre les liqueurs fans les brouiller, ni les mêler avec la lie qui pourroit fe trouver dans l’ancien tonneau où elle s’eft dépofée. Ce fiphon eft connu fous le nom de Pompe.
- On eft fouvent obligé, pour goûter le vin, ou pour donner de l’air à la piece dont le vin travailleroit, ou encore pour pouvoir le tirer, de faire plufieurs ouvertures à la futaille qui le renferme. Pour cela, on a une efpece de vrille , nommée Foret ( PL II , fig. 18), dont les pas font très-peu relevés, avec lequel les Tonneliers percent le tonneau au-deffus du vin, afin de donner une entrée à l’air, pour remplacer dans le poinçon le vin qui fort par la canelle. Quand on veut tirer par une pareille ouverture une petite quantité
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- de vin pour l’examiner ou le goûter , on fait le trou plus bas ; & enfuite le vin étant tiré , on ferme cette ouverture avec un petit cône de bois, (P/ IV >fig- 23 ) qu’on nomme Fojjet.
- Les Tonneliers font dans l’ulàge de faire les foffets. Leur conftruétion n’exige pour outil qu’un couteau, & ne demande pas une grande adreffe. Ils les font en fe promenant. Ils coupent en pointe une petite baguette , ordinairement de coudre, ou d’autre bois tendre ; iis l’arrondiffent, abattent la pointe , Sc coupent le foifet à la longueur d’un pouce ou un pouce & demi. Ce foffet remplit l’ouverture qu’on a faite avec la vrille : on frappe defliis, affez pour l’y retenir. Quand on goûte le vin d’un tonneau dépofé dans une cave, on le perce dans la partie fupérieure, & l’on n’enfonce pas le foffet trop avant, pour pouvoir le retirer une autre fois, s’il étoit à propos de donner de l’air à la piece.
- Nous avons dit que le tonneau étoit percé d’un trou dans le bouge, & que cette ouverture formoit ce qu’on appelle le Trou du Bondon. C’eft par-là qu’on entonne le vin. Le tonneau rempli de liqueur, on ferme cette ouverture avec un bouchon de bois, que Fon nomme Bondon. Ce font fouvent les Tonneliers qui font les bondons : nous allons décrire leur pratique.
- Dans certaines Villes où Fon fait beaucoup de futailles , les Tonneliers font faire leurs bondons par des Tourneurs ; & par conféquent ce travail fait fur le tour, ne demande de nous aucune explication. Mais les Tonneliers dans les campagnes font eux-mêmes leurs bondons par une méthode fimple , aifée & affez précife.
- Le bondon eft un coin ou un cône tronqué de bois quia la même forme que l’ouverture pratiquée à la futaille. Quoiqu’il ait peu de hauteur , il faut cependant qu’une de fes bafes foit plus large que l’autre , afin qu’il faffe ^ quelque réfiftance à mefure qu’on le frappe & qu’on le force à entrer dans cette ouverture.
- L’ouverture du bondon d’une pipe eft plus grande , & porte plus de diamètre que celle d’un poinçon. Aufîi les dimenfions des bondons doivent-elles être différentes.
- Le Tonnelier qui fait lui-même fes bondons, a plufieurs morceaux de bois d’un pied de long, amincis par une de leurs extrémités, de façon qu’on puifle les manier. L’autre extrémité eft applatie, & le diamètre de cette bafe eft égal à celui du bondon que le Tonnelier veut former. Cette bafe eft garnie de trois ou cinq pointes de fer, qui débordent le bois de trois à quatre lignes. On appelle ces elpeces de bâtons ainfi arrangés, des Mandrins. ( PL IV, fig-6')*
- Quand le Tonnelier veut faire un bondon, par exemple, pour un quart, il prend le mandrin qui convient pour cette petite futaille. Il a de petits morceaux quarrés d’une douve un peu épaiffe a ou un bondon b b
- d’une plus groffe piece qu’il veut diminuer > pour le rendre propre à un
- quart
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- quart. Il enfonce les pointes du mandrin dans la planche ou le vieux bondon; Il i’aflujettit ainfi ; & en retenant le mandrin perpendiculairement, il le pofé lur le charpi , & taille le bondon en fuivant le contour du mandrin. Il l’unit & l’arrondit. Quand cette opération eft faite , il retire fon mandrin de defliis fon bondon.
- Il conftruit de la même façon les bondôns pour des futailles, en choifif fant le mandrin dont la furface intérieure garnie de pointes, a un plus grand diamètre que celui qui fert pour les quarts. En ne tenant pas fa cochoire perpendiculaire, mais inclinée & appuyée contre le mandrin qui eft conique , il donne au bondon la forme d’une tranche de cône, & en forme une elpece de bouchon, c’eft-à-dire, qu’il en forme un coin circu* laire propre à fermer l’ouverture dont nous avons parlé. *
- S’il arrive qu’un bondon fe trouve trop petit pour l’ouverture de la piece ; pour lors, au lieu d’en faire un autre , ôn prend des chiffons de toile* quelquefois garnis de glaife ou de graifle, & l’on en entoure ce bondon pour augmenter fon diamètre, 8c le faire tenir dans l’ouverture, fans qu’il laifle perdre la liqueur. 1
- Nous avons dit que fouvent, fur-tout dans les Provinces, les Tonneliers fendoient eux-mêmes Tôlier dont ils fe fervent pour attacher leurs cercles ; & nous avons promis, en parlant des cercles & de l’ufage que l’on-y fait dé l’ofîer , de donner les moyens qu’ils emploient pour le fendre. Nous ne l’avons pas placé à l’article du reliage des tonneaux, afin de ne point interrompre ce que nous y traitions.
- Les Tonneliers aehettent l’ofier. Les Vignerons le cultivent fouvent dans les filions de leurs vignes. Nous avons dit qu’on employoit pour faire l’ofier, Telpece de faule dont l’écorce eft rouge. On coupe tous les ans dans l’hiver les jeunes pouffes de ces arbres, quand la feve commence à y monter. Les Vignerons vendent cet ofier, partie aux Vanniers, pour être dégarni de fon écorce , partie aux Tonneliers, pour conferver fon écorce, mais être fendu ;, & devenir propre à lier leurs cercles.
- Les Tonneliers des environs d’Orléans prétendent qu’il faut quë leur ofier foit fendu en trois ou en quatre , 8c que les petites branches feulement partagées en deux , ne feroient pas auflî bonnes. J’augure que par l’obferva-tion ils fe font afliirés que ces branches féparées feulement en deux dans leur diamètre, en fe féchant, travaillent , 8c peuvent encore fe refendre, fe partager & perdre de leur force (*). Quoi qu’il en foit, pour les partager en trois ou en quatre, voici comme s’y prend le Tonnelier, ou le Vigneron fendeur.
- Il prend une branche d’ofier, & la tient par fon bout menu, qui termine
- ( * ) Dans la Bretagne au contraire où Ton nomme l’ofîer, de la Prete, on efîime davantage ces dernieres.
- Tonnelier, N
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- là pouffe de la derniere année. Il la partage avec un petit couteau à côurïé lame, & un peu recourbé, en quatre parties, d'abord en deux, enfuite en trois ou en quatre feulement dans la longueur de quelques pouces , de façon que la branche foit divifée en portions égales quife réuniffent toutes au centre ; enfuite avec fes doigts, il oblige chaque brin de commencer à fe quitter ;
- & quand il les a ainfi féparés dans une partie , il fe fert du fendoir , (PL VI, fg. 27), qui eft un petit bâton arrondi, aifé à manier, & dont l'extrémité eft partagée en trois ou en quatre quarts par des filions qui les féparent. Ces filions font formés pour recevoir les trois ou les quatre parties de la branche; & les angles que forment ces filions étant un peu tranchants, fervent à divifer la branche.
- Le Tonnelier ayant une fois placé les extrémités de la branche fur le bâton ou fendoir, ne fait plus que les appuyer fur les angles, en poufîànt de l'autre main le fendoir. Il parvient ainfi à divifer les branches en trois ou en quatre parties jufqu'à l'extrémité la plus menue & la plus pointue de la branche. Il arrange fon ofier fendu par bottes de 100 ou iyo brins, & enfuite il le met dans un lieu frais pour qu'il s'y conferve fouple. Quand il veut s’en fervir, il le met encore, comme nous l'avons dit, tremper dans l’eau. Si la branche eft petite, on n'emploie que la lame du couteau pour faire la première divifion , qu'on conduit à la main jufqu'à fon autre extrémité.
- Quand le Tonnelier l'achete du Vigneron tout fendu, il le paye deux fols & demi ou trois fols le cent, fiiivant les années.
- Les Tonneliers fourniffent encore quelquefois les râpés. Ce font des copeaux de bois de hêtre ( PL IV, fig. 9) bien fecs , que l'on imbibe dans de bon vin très-coloré , & qui a ce qu'on appelle du corps. Les Tonne-liers les font, & les fourniffent aux Marchands de vin qui les vendent aux Particuliers qui en ont befoin, ou qui s’en fervent eux-mêmes pour donner de la couleur & de la force aux vins foibles, ou éclaircir ceux qui font x louches. On fait paffer les vins qu'il faut rétablir, une ou deux fois fur ces copeaux , & on prétend que le bois de hêtre dont ils font faits 3 communique au vin une faveur agréable.
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- EXPLICATION DES FIGURES.
- PLANCHE /.
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- La Fi gu UE i repréfente une Cochoire. Cet outil eft deftiné à couper le merrain quand le Tonnelier commence à le dégauchir : il fert auffi à former les coches ou entailles fur les cercles avant de les lier avec Tôlier* Il eft compofé d’une lame de fer acérée & tranchante fur une de fes fur-faces : cette lame eft emmanchée dans une piece cylindrique de bois, ce qui rend Toutil aifé à manier.
- La Figure 2. eft une Doloire. Cet outil fert à tailler les planches qui forment le tonneau , ou * en terme d’Ouvrier , à doler le merrain : la lamé de cet outil, ainfi que celle de la cochoire n’a qu’un bifeau ; elle eft foutenue par un manche de fer vers la partie moyenne 8c fupérieure de la lame. Dans ce manche de fer qui forme une douille, entre un morceau dé bois arrondi & pelant qui forme un contrepoids à Toutil , que ce deuxieme manche rend maniable. On donne une certaine inclinaifon à ce manche dé bois > pour qu’il ne tombe pas perpendiculairement au-deffus de la lame de fer, & qu’il rentre au contraire en dedans du côté de l’Ouvrier, ainiî que le manche de fer auquel il eft attaché : par ce moyen le Tonnelier peut approcher Toutil de la planche qu’il dole 9 fans que fa main puiife nuire à fon travail.
- On voit dans les Figures 3 & 4 le Tronchet, Charpi ou Billot. On a donné ces différents noms à un même uftenfile deftiné à recevoir & à foutenir les planches ou le merrain qu’on veut travailler ; le billot Figure 4, en fait la principale partie , ou bien on emploie un moyeu de charrette Figure 3 : le charpi ou billot doit porter deux hauffes A> B> fur lefquelles on place les planches qu’on veut doler : une de ces hauffes b eft entaillée à moitié bois, pour fervir d’appui à la planche qu'on veut travailler.
- La Figure y eft un rabot ordinaire, tel que le petit rabot à main des Menuifiers.
- •L
- La Figure 6 eft la Colombe, efpece de grande varlope de Menuifîer , mais renverfée ; elle fert particuliérement aux Tonneliers & aux Layetiers, pour former leurs joints. La varlope ordinaire fe conduit fur la planche dont on veut diminuer ou enlever quelques parties pour l’unir ; fur celle-* ci, c’eft la planche qu’on veut travailler que Ton paffe fur la colombe, pour la diminuer de largeur.
- La table de la colombe a 4 pieds de long & 4 pouces de large : elle eft foutenue fur trois forts pieds de bois. Vers le quart de la longueur de la table eft une ouverture appellée Lumière, dans laquelle entre le fer a, femblable
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- m fer de la varlope ordinaire : celui de la colombe a 3 pouces de lafgê t le tranchant du fer eft pofé en deffus , Se excede un peu la furface fupé-rieuse de la table ou du fût de la colombe, & il eft maintenu à la diftaiice convenable , ainfi que dans tous les autres rabots & varlopes, à laide du coin de bois b.
- La Figure 7 repréfente le Chevalet ou Selle à tailler. C’eft un banc qui feit aux Tonneliers, ainfi qu'aux Layetiers, à maintenir Se arrêter la planche qu'ils veulent planer.
- Il eft compofé d'une planche de bois épaifle foutenue par 4 pieds. Vers un des bouts, on a ajufté une tête de bois qui a une queue, laquelle tra-verfe le banc, Se eft arrêtée vers les trois quarts de fa longueur avec une cheville C qui le traverfe, & qui le retient à une planche qui eft inclinée comme un pupitre a f h ; on fait ferrer fur cette planche inclinée la tête e qui appuie fur la planche inclinée, feulement lorfque le Tonnelier pofe fes pieds fur une traverfe de bois b, qui eft placée à la partie inférieure de la piece e g,
- La Figure 8 eft un tire-fond, elpece de piton de fer dont la tête eft formée en anneau. La pointe porte quelques pas de vis un peu profonds % pour que ce tire-fond tienne ferme dans la planche, {ans la traverfer d'outre en outre.
- La Figure p eft un cercle de fer qui donne la dimenfion d'une futaille. Les Tonneliers ont de pareils cercles de fer de différentes grandeurs pour faire des futailles de toutes fortes de jauges : favoir , pipes, tonneaux , quarts, demi-quarts , Sec.
- La Figure 10 repréfente un Ajjau, EJJaitte, Ajjette * , ou Hachette. Cet outil porte d’un côté un marteau, & de l’autre un fer tranchant à un bifeau qui eft large Se court. La courbe revient chercher le manche de l'outil : cette partie de l'outil fert à couper le bois , principalement dans l'intérieur du tonneau , pour le creufer en dedans ou arrondir l'ouvrage, Se c. La partie oppofée eft alongée, Se porte une tête applatie, pour pouvoir frapper comme avec un marteau.
- La Figure ir eft le même outil ; mais il n’a point de tête ou marteau : il ne fert qu'à arrondir l'ouvrage. On nomme plus communément le premier Y AJfau, Se celui-ci, 13Effaitte ou 13Ajjette,
- La Figure 12 eft une Plane ou Plaine fervant à applanir le bois. La plane des Tonneliers efteompofée d'une lame de fer acérée, rendue coupante fur une de fes furfaces ; les deux extrémités de la lame font arrondies , & ont peu de largeur : elles entrent dans deux poignées. Pour faire ufage de cet outil, on le tient avec les deux mains.
- La Figure 13 repréfente une plane dont la lame a une courbe particulière,
- * Ces différents noms dérivent. je crois, de celui de hachette*
- Figure
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- Figure 14 , eft une autre plane ronde & contournée en forme de cylindre, de deux pouces de diamètre , de 3 à 4 pouces de hauteur, & de quelques lignes d’épaifleur : un des côtés de cette lame eft extrêmement aiguifé 8c tranchant par fa furface fupérieure. Cet outil porte un manche ou queue de fer, auquel, quand on veut, on peut ajouter un fécond manche de bois pour l’alonger : c’eft avec cette plane quon unit les joints des pièces par dedans, après qu’elles ont été aflemblées.
- La Figure 15 eft un BâtiJJoir pour les cuves: il fert à réunir les douves*: Quand ces douves ont été aflujetties par une de leurs extrémités, l’autre s’écarte, & il eft queftion de les refferrer ; c’eft le bâtifloir à cuves qu’on emploie pour cela, quand le vaifleau que l’on forme eft de la grandeur d’une cuve ou d’un cuvier, &c. A l’égard des tonneaux ordinaires, quarts, &c, on emploie le bâtifloir de la Figure 16*
- On voit dans la Figure iy que le bâtifloir eft compofé d’un chaflîs dont la traverfe liipérieure a a , porte un écrou. La vis b qui pafle au travers de l’écrou tient à une traverfe mobile c : c’eft à cette traverfe qu’eft attaché le bout de la corde e qui doit entourer les douves qu’on veuc réunir ; l’autre extrémité de la corde vient s’attacher à la traverfe d du bâ^ tifloir. A chaque tour de la vis, la traverfe c s’élève & tire en enhaut la corde, laquelle ferre les douves qu’elle entoure.
- La Figure 16 eft un bâtifloir pour les tonneaux, poinçons, &c. Celui-ci eft fermé par un petit treuil afliijetti dans un chaflîs. A ce treuil b eft retenue une corde e qui entoure les douves, & revient s’attacher à une traverfe du bâtifloir d : la corde, en fe roulant fur le treuil, oblige les douves qu’elle entoure à fe refferrer.
- Figure 17 , Maillet du Tonnelier : il eft dé bois ; la mafle en eft plate, & d’environ 2 pouces d’épaifleur fur un pied de longueur f on la fait ordinairement de bois de cormier. Ce maillet eft pefant & par conféquent a plus de coup ; fon manche eft pareillement de bois ; il eft placé au milieu de la longueur de la mafle.
- Figures 18 Sc 19 , Chafloirs de différentes grandeurs. Ce font des efpeces de coins que le Tonnelier pofe fur les cercles, & fur lefquels il frappe avec le maillet, pour ferrer les douves fans endommager les cercles.
- Figure 20, Sergent. Différents Ouvriers fe fervent de cet outil qui eft compofé d’une barre de fer quarrée plus ou moins longue x dont l’extrémité a eft recourbée en crochet. Le long de cette barre monte ou defcend un autre crochet mobile de fer b qu’on nomme la main du fer-gent. L’ouverture de ce dernier crochet n’eft pas droite fur la barre , de forte que la main fait un angle avec la barre. Et c’eft par cette diC pofition que le fergent retient les planches que l’on arrange entre l’un & l’autre de c es crochets.
- Tonnelier* O
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- Figure il, Compas. Le compas du Tonnelier eft formé d’une piece pliante de bois qui fait reffort. Les deux extrémités qui fe terminent en pointe, & font garnies d’une virole & d’une pointe de fer , s’approchent ou s’éloignent à l’aide d’un arbre à vis qui les traverfe. Quand on veut ferrer les branches , on tourne l’arbre dans un fens ; & fi l’on veut former un rayon plus grand , on le fait mouvoir d’un autre fens.
- PLANCHE IL
- Figure r, Selle à rogner. Cette felle fert à affujettir une futaille & à la maintenir, tandis que le,Tonnelier la rogne. Elle eft formée par une piece de bois fourchue : la tête de la fourche entre en terre, & y eft retenue folidement. L’ouverture des branches eft placée en enhaut. Près l’une des deux branches c de la fourche , on a placé perpendiculairement un montant dy à quelque diftance on a pofé encore un autre montant e de l’autre côté de la fourche, & ce montant ne touche pas aux bras de la fourche. Enfin on a difpofe vers le milieu de la fourche & à quelque diftance, un montant f placé aufti perpendiculairement, & retenu fo-lidement en terre. De ce dernier montant part une traverfe g qui vient s’arrêter à la réunion ou à la tête de la fourche : cette traverfe eft échan-crée en deifus & près du montant. Par cette difpofition un tonneau placé prefque horizontalement dans la fourche & entre les montants , eft maintenu fiable, en le faifànt enfoncer plus ou moins dans la fourche. La coche ou l’entaille g faite à la traverfe , fert encore à le maintenir & à l’arrêter.
- Figure 2,, Jabloire pour les tonneaux. Cet outil fert à former la rainure ou le jable dans lequel doit entrer le fond. Cette jabloire eft formée de deux pièces principales ; l’une a n’eft deftinée qu’à fervir de foutien à la fécondé b qui feule forme la rainure : celle a eft ouverte vers les trois quarts de fà hauteur ; cette ouverture eft quarrée, & eft deftinée à recevoir la deuxieme piece b qui eft plus large vers une de fes extrémités que vers l’autre , de forte quelle ne peut entrer plus avant dans la première piece, qu’en l’y forçant & en frappant du côté le plus large. La piece b porte une piece d’acier dentelée ou efpece de petite fcie c : en faifànt entrer la piece b dans la piece a, & faifànt porter la piece a horizontalement & de plat fur le bord des futailles, quand elles ont été montées ; & en conduifànt l’outil en dedans, on forme, avec cette efpece de fcie, le jable du tonneau ou la rainure qui doit porter le fond.
- Pour empêcher la fcie d’entrer trop avant, & pour qu’elle ne fafTe pas la rainure trop profonde, on arrange la piece d’acier dentelée dans une palette dy où elle eft foutenue par de petits rebords : on la fait déborder de la quantité & félon la profondeur que l’on veut donner à la
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- rainure. Quand la fcie a formé le jable , cette palette porte fur les douves 5 alors on ne craint point que la rainure devienne plus profonde qu’il ne convient, & quelle ne diminue la force du merrain dans lequel on la fait.
- Figure 3 , Coutre. Outil deftiné à fendre les douves trop épaifles ; le Tonnelier l’emploie quelquefois pour partager fon traverjin quand il eft trop épais. La lame eft plus épaifie fur la furface fupérieure a. Elle efl: acérée & coupante du côté oppofé. On le tient dans la même pofition que repréfente la figure. Les Fendeurs de perches, lattes, charniers, &c ; en font ufage.
- Figure 4, Mailloche avec laquelle on frappe fur le coutre.
- Figure y , Jabloire pour les cuves. Cet outil fert à faire la rainure dans laquelle doit être retenu le fond d'une cuve. Comme les planches de ce fond font fort épaifles, il faut que la rainure ait une profondeur proportionnée , & un outil différent pour la former , que celui quon emploie pour faire celle des tonneaux. Celui-ci efl: .également compofé de deux principales pièces a & b. La piece a fert de fou-tien à celle b qui doit former la rainure, & qui s’avance plus ou moins fur deux petites pièces de bois équarries fy f, ^qui font un peu plus épaifles fur une de leurs extrémités, afin de pouvoir maintenir la piece a à la diftance convenable.
- La partie b porte un fer de rabot c qui forme la rainure ; le long de l'épaifleur de cette partie b, on difpofe encore une lame tranchante d d 9 qui coupe le bois, & aide à former la rainure. La partie e fert de manche pour appuyer fur l'outil quand on en fait ufage , & auffi pour le tranfporter.
- Figure 6y autre Jabloire pour les tonneaux. Cet outil efl: femblable à celui de la figure 2 , excepté que la piece a qui fert de foutien à la piece b, eft formée en portion de cercle ; la partie b porte de même dans une palette d une piece c dentelée, à laquelle elle fert de /outien. Cette palette d efl: def-tinée à maintenir la fcie à une diftance convenable , pour former la rainure, fans lui donner trop de profondeur.
- Figure 7, la même jabloire vue en plan & de côté.
- La Figure 8 fait voir la partie a qui fert de foutien à la partie b , qui eft celle qui forme la rainure.
- Figure y, Scie ou feuillet à tourner. C’eft une vraie icie : on l'emploie principalement à couper les douves du fond, pour les fciet félon le trait que le Tonnelier a tracé fur les planches avec le compas. Elle différé des fcies ordinaires, en ce que le feuillet eft reçu dans des boîtes a, a, qu'on tourne pour incliner le feuillet.
- La Figure io eft une Scie à main, emmanchée tout Amplement dans
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- un manche de bois, & facile à manier: les petites fcies à main fe nomment Egobines.
- Figure rr, Tire à barrer ou Tiretoir. Cet outil fert à faire entrer à force les derniers cerceaux des futailles : il eft compofé dune piece de bois longue de 20 à 22 pouces, arrondie par le bout qui fert de manche; le refte de la piece eft applati & garni de plaques de fer b ; vers le milieu de cette piece, il y aune mortaife dans laquelle entre & eft retenue , par une cheville de fer, l’extrémité d’une barré de fer mobile, longue de io pouces environ, dont le bout oppofé a eft recourbé, & forme un crochet.
- Figure 12, Tire a barrer pour les cuves. Elle eft conftruite à peu près comme le tiretoir pour les tonneaux, Figure n, excepté que celui pour les cuves eft beaucoup plus fort & plus long ; la barre, au lieu d’être d’une feule piece, tient au manche par un ou plufieurs chaînons de fer.
- Figure 13, Udtiet ; petit maillet dont le manche eft très-long : il fert à faire revenir les douves qui font trop enfoncées dans le jable , ou qui en font dehors : celui-ci eft pour les1 cuves; celui de la Figure 14 fert pour les tonneaux.
- Figure 14 , Utinet pour les tonneaux.’
- Figure 15 , Etanchoir ; petit couteau qui fert à placer de Fétoupe entre deux douves, lorfque l’on craint que la liqueur n’échappe : fa forme eft aflez indifférente.
- Figure 16} Vrille à barrer ou Barroir. C’eft une tige de fer de cinq ou fix lignes de diamètre , longue de 3 pieds ou 3 pieds 7, dont une des extrémités eft formée eh vrille dont les pas font fort alongés ; l’autre extrémité porte une traverfe de bois a, pour la tourner : cet outil fert à percer les trous où l’on doit pofer les chevilles qui foutiennént la barre qui fortifie le fond des futailles ; c’eft delà qu’il a pris fon nom.
- Figure ij y BoncLonniere y efpece de tarriere : c’eft avec cet outil que Ton forme l’ouverture propre à placer le bondon d’une piece. La meche faite avec de bon acier eft longue de fix à fept pouces : là figure eft un demi-cône creufé en dedans ou une gouttière tranchante par les bords : fon diamètre vers fa bafe a près de 2 pouces ; l’autre extrémité qui forme la pointe du cône eft tournée en vis, pour mieux mordre fur le bois, & commencer l’ouverture fans rifquer de fendre la planche : on tourne cette bon-donniere jufqu’à ce quelle ne trouve plus à mordre, ou que l’ouverture foit telle qu’on la defire.
- Figure 18, Foret, ou petite vrille qui porte plufieurs pas de vis fort ferrés ; il fert à percer les futailles pour placer un foffet.
- Figure 19, Perçoir ; efpece de vilebrequin qui fert à faire l’ouverture dans une des planches du fond, pour pôfer la canelle, & tirer le vin ou toute
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- I
- Art du tonnelieê.
- autre liqueur que contient une futaille. Sa tarriere eft formée cfune piece plate de fer tranchante par le bout, & qui porte 3 pointes, dont celle du milieu eft plus longue que les deux autreSé
- Figure 20 , autre Perçoir pour pofèr une canelle : celui-ci différé de Tau-tre , en ce que la meche eft plus fine , 8c qu'il fert ordinairement à commencer l'ouverture , que l'on achevé avec celui de la Figure ip.
- Figure 21 y grand compas à cuve. Ce compas fert à tracer les fonds des cuves : il eft formé de deux branches de bois ; la pointe de ces branches eft garnie de fer ; au quart de ce compas , à compter de fa tête ,, eft une portion de cercle arrêtée dans l'une des branches, & dont le contour fuit le mou*
- , s
- vement de l'autre qu'elle traverfe ; à cette fécondé branche eft une vis qui fert à la fixer fur la courbe à telle diftance que l'on veut.
- PLANCHE IIP
- Figure 1, Haquet .des Tonneliers. C'eft une elpece de charrette ridelles, qui fert à tranfporter les tonneaux ou futailles. Il porte à l'avant un treuil ou moulinet a by comme les grands haquets ordinaires , un fimple timon peu long, 8c une traverfe, pour qu'un ou deux hommes puiftent le tirer commodément lorfqu'il eft chargé ; il eft fait de façon * qu'en le démontant $ chaque partie féparée puiffe fe loger aifément dans quelque endroit que ce foit y 8c y être mife à couvert ; les brancards de la voiture ne font retenus fur l'effiéu, que par deux chevilles de fer qui fe pofent en deffus, 8c qui traverfent l'un 8c l'autre : l'eflîeu de ces petites voitures eft quelquefois de bois, mais plus ordinairement de fer : ce haquet différé des grands où l'on attele des chevaux, en ce qu'il n’a qu'un timon & non un limon , 8c qu'il ne peut faire la baicule qu’en abandonnant le timon, en appuyantfur le derrière de la voiture, & élevant le devant, au lieu que le haquet des ports a une brifure en a.
- La Figure 2 repréfente le même haquet démonté* & enlevé de deffus fon effieu; aay font les deux chevilles de fer qui fervent à le maintenir fur l’effieu b b.
- Figure 3 , iimôn du haquet vu de côté ; a, l'entrée du treuil vu du même
- A , r
- cote.
- Figure 4, moulinet ou treuil du haquet > b b , bras ou leviers du moulinet.1
- Figure y, petit bacquet fait en cœur que l'on met fous une piece qui fuit, ou fous la canelle dans le temps qu’on tire une piece , 8c qui par {à forme devient propre à reverfer aifément la liqueur qu'il contient, dans un autre vaifleau.
- Figure 6, petite fontaine telle que les Tonneliers en font pour contenir de l'eau.
- Figure 7, autre petit bacquet fait en cœur, qui fert d'entonnoir, & qui porté
- Tonnelier, P,
- l
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- 5g ART DU TONNELIER.
- à l’extrémité la plus large , un tuyau ou douille de fer blanc ou de cuivre que Ton introduit dans l'ouverture du bondon d’une piece que l’on veut emplir.
- Fig. 8, Seau tel que les Tonneliers-Ferreurs le conftruifent ordinairement.
- Figure9, cercles appliqués autour d’un broc, lorfqu’on le monte, fervant à réunir les planches avec des coins paffés entre les cercles, & les douves.
- La Figure iô fait voir l’affemblage des douves qui forment un broc.
- Figures n & 12 , Brocs de différentes grandeurs, & finis.
- Figure 13 , barril à mettre du vinaigre.
- Figure 14, Tinette à mettre le beurre fondu, ou de la viande falée.
- Figure iy, petit Cuvier à laver le linge : on en fait de bien plus grands pour le même ufàge.
- Fig, 16, Baratte ; vaiffeau fervant à battre le beurre. Il eft plus étroit par le haut que par le bas, 8c formé de plufieurs douves retenues par des cercles de fer.
- Figure 17, Entonnoir ; vaiffeaU qui fert à entonner les liqueurs dans les futailles, ou à les verfer dans les bouteilles : il y a une autre efpece d’entonnoir qui fert à remplir les futailles où il y a du vin, fans le troubler. Cet entonnoir a la douille ou le tuyau fort long ; 8c ce tuyau eft percé de plufieurs trous, pour que le vin qu’on ajoute fe mêle avec celui qui eft dans le tonneau, fans produire une agitation qui pourroit le troubler.
- Figure 18, Cuve ordinaire retenue avec les cercles : on s’en fert ordinairement pour dépofer le raifin dans le temps des vendanges ; 8c c’eft-là où le vin fe fait.
- Figure 19, Cuve en tinette , dont le haut a moins de diamètre que la bafe.
- La Figure 20 fait voir la rainure ou jable dans lequel entrent les planches qui forment le fond d’une cuve : on voit encore ici l’épaiffeur de la planche lorfqu’elle eft coupée.
- Figure 21, Baignoire ; vaîfïèauou cuve dans laquelle on prend le bain;
- Figures 22 & 23,CW?quarrée retenue en plufieurs points avec des traverfes & desmortaifes. On donne encore à ces cuves une forme circulaire, & on les retient avec de pareilles traverfes emmortaifées ; mais alors les traverfes font intérieurement centrées.
- Fig ure 24, Pipe à eau-de-vie ; efpece de tonneau qui contient jufqu’à yoo & 600 pintes plus ou moins : les pièces à peu-près de même grandeur & de même forme fe nomment Tonnes, quand elles font deftinées à renfermer de l'huile.
- Figure 2 J 8c 26, petits barrils de differentes figures : on emploie les uns à contenir des olives, (fig. 2 6 ); 8c les plus petits, (fig. 2y ), à renfermer de la moutarde.
- Figure 27 , Bouée dont on fait ufàge dans les Ports, pour reconnoître en mer l’endroit où a été jettée l’ancre d’un vaiffeau.
- Figure 28, autre efpece de bouée dont on faifoit ufàge en Angleterre, & dont depuis on a reconnu le défaut*
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- ART DU TONNELIER> PLANCHE IV;
- 59.
- Figures X & 2 , cercles de fer dont les Tonneliers fe fervent pour retenir une futaille, lorfque plufieurs cercles viennent à manquer, & pour laffurer dans le tranfport d’une place à une autre : ce cercle eft compofé de plufieurs parties.
- Figure 3 ; b , c , portions d’un cercle de fer pour entourer une futaille ; cl y a y pièces fervant à reflerrer les portions de cercle à l’aide d’un écrou.
- Figures 4 & y , clefs dont on fe fert pour ferrer l’écrou qui raflemble les différentes portions du cercle de fer dont nous venons de parler.
- Figure 6, Mandrins qui fervent à faire des bondons : on voit en deffous les pointes a, a, qui fervent à retenir la piece de bois dont on veut faire un bondon.
- Figure jia> b> b > piece de bois dont on le fert pour tailler les bon-dons , & dans laquelle on fait entrer à force les pointes du mandrin.
- Figure 8, pompe ou fiphon pour foutirer ou tranfvafèr le vin ; elle eft ordinairement faite de fer-blanc.
- Figure .9 y copeau : on fait ordinairement les copeaux de bois de hêtre ; on en met dans un tonneau pour donner du corps & de la couleur à des vins foibles ; on s’en fert aufli pour éclaircir le vin. On appelle Vin râpé y celui qui a paffé fur les copeaux.
- Figure io, rouelle de cercle , ou pile formée de plufieurs rouelles : c’eft ainfi que fe vendent les cercles dans la forêt d’Orléans & ailleurs. Il doit y avoir fix cercles en hauteur & quatre d’épaiffeur.
- Figure 11 y ofier fendu en trois,& arrangé en motte ou botte compofé e de 150 brins avec trois liens; les brins de cette botte font réunis à leurs extrémités , & tortillés enfemble.
- Figure 12 y moufles qu’emploient les Tonneliers pour defcendre ou monter une tonne d’huile ou une pipe d’eau-de-vie , dans les caves qui font fermées par des trapes. .
- Figure 13 , maniéré dont un cable doit être roulé, pour qu’il ne fe mêle point, 8c qu’il tienne moins de place.
- Figure 14, crochet que l’on attache au plancher, pour fiipporter la tonne & la moufle. *
- Figure 15 , quand on n’emploie qu’une poulie pour defcendre une grofle piece , on difpofe un cable avec un nœud coulant & deux crochets, comme on le voit repréfenté ici.
- La Figure 16 repréfente le crochet qui doit être employé pour cette fécondé manœuvre.
- Figure ij y grand poulain fervant à defcendre ou à monter des tonnes d’huile, ou les pipes d’eau-de-vie , & que l’on met en travers de l’ouverture
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- tfo q R T DU TONNELIER.
- de l’efcalier d’une cave , lorfqu’on fait defcendre les pièces par les degrés de l’efcalier, avec des cables que l’on retient par le moyen du poulain , qui eft formé de deux groifes, fortes Su longues pièces de bois, de iû à 12 pieds de longueur, rondes & jointes enfemble par plulieurs traverfes vers le haut & vers le bas.
- Figure 18 , petit poulain ou traîneau fait de deux pièces de bois équarries de 4 pieds de longueur, & dont les extrémités font un peu relevées, afin qu’il puiiTe couler plus aifément fur les marches d’un efcalier de cave ; ces deux pièces font retenues l’une à l’autre par deux traverfes à chaque bout : c’eft fur ce poulain que l’on attache la piece que l’on veut defcendre ou voiturer à une petite diftance.
- Fig ure 19 , treuil compofé de deux pièces de bois équarries : dans l’une des deux pièces on fait entrer l’extrémité d’un moulinet ; l’autre bout entre dans une coche pratiquée fur la fécondé piece : on fe fert ou du petit poulain ou d’une Ample corde , pour defcendre ou monter une piece d’eau-de-vie ou d’huile , en lâchant ou tournant le treuil fur lequel fe roule ou fe déroule la corde qui tient à là piece.
- La Figure 20 repréfente le moulinet.
- Figure 21, les montants du treuil ou moulinet*
- Figure 22 , jauge fur laquelle les Tonneliers conftruifent leurs tonneaux^ Sc au moyen de laquelle ils leur donnent les dimenfions convenables.
- Figure 23 , foffets avec lefquels on bouche l’ouverture faite à une piece * foit pour goûter la liqueur, foit pour donner de l’air au tonneau 5 ou pour, remplacer la liqueur qu’on en tire, & faciliter fon écoulement.
- Figure 24, une des chevilles qui fervent à retenir les barres du fond d’une futaille.
- P L A NCHE V.
- Au haut de la Planche.
- Figure r , Ouvrier qui prépare le merrain avec la coqhoire, fur le charpi ou tronchet. *
- Figure 2, Tonnelier qui dole le merrain fur le charpi avec une doloire*
- Figure 3, maniéré de tailler le merrain fur la felle : l’Ouvrier eft alïis jambe deçà & jambe delà fcr le banc de la felle, Sc taille avec une plane une douve alfujettie fur une traverfc qui ferre la pince de la felle à tailler.
- Figure 4, Ouvrier qui palfe une douve fur la colombe, & qui forme fcr fon épailfeur le Chanfrein ou Clain.
- La Figuré J fait voir les douves préparées pour faire le fond d’une futaille , & fur lefquelles l’Ouvrier trace le fond avec le compas.
- Figure 6, Ouvrier qui fcie Tune après l’autre chaque douve du fond , fuivant le trait qu’il a tracé.
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- ART DU TONNELIER. 6x
- Figure 7 ) Ouvrier qui monte, ou bâtit un tonneau, & qui en arrange les douves autour du cercle auquel il a donné les dimenfions convenables*
- . Figure 8, Quand le tonneau eft retenu par un de fes bouts , avec un ou deux cercles, chaque douve tend par l’extrémité oppofée à s’écarter les unes des autres : pour les relTerrer , le Tonnelier fe fort du bâtiflbir > ou bien il les retient dans cette pofition avec un cercle pareil au premier qu’il a déjà employés. '
- Figure 9 > Le fût étant pofé dans la Telle à rogner , l’Ouvrier forme le jablé en promenant la jabloire dans le pourtour intérieur du tonneau» •
- Bas de la Plancheé
- Figure 10ya> Merrain tel que le Tonnelier l’achete des Marchands de bois : b, douve arrondie pour former la furface extérieure d’un tonneau : dr douve taillée, de façon que le tonneau puifle avoir là partie moyenne plus renflée que fes deux extrémités : il faut que chaque douve foit diminuée de largeur vers fes extrémités ; ainfi fur la largeur de chaque douve, la partie la plus large doit être en c, & la plus étroite en e 8c en c.
- La Figure 11 fait voir lès douves placées comme le Tonnelier les met ordinairement quand il bâtit un tonneau , lorfqu’il n’a rien pour les pouvoir accotter : on voit ces douves foutenues par une feule a , placée dans un fens oppofé à celles-ci : un cercle garni d’un tire-fond , doit fervir à leur donner la forme & la grandeur requife.
- Figure 12* Douves retenues d’un bout par un ou deux cercles, & qui tendent par l'autre bout à s’éloigner les unes des autres.
- Figure 13 , Bâtilfoir dont on le fert pour rapprocher les unes des autres l’extrémité des douves qui tendent à fe féparer.
- Figure 14, Tonneau bâti, & retenu par fes premiers cercles.
- Figure iy, Fond compofé d’une maîtrefle piece, de deux ailTeliéres, de deux chanteaux, & barré avec trois chevilles à chaque bouc.
- Figure 16 , Fond barré & foutenu par cinq chevilles à chaque bout.
- Figure 17 ; Autre fond dont la barre eft garnie d’un plus grand nombre de chevilles : on le pratique ainfi en Bourgogne.
- Figure 18, Chevilles pour tenir la barre d’un fond de tonne.
- La Figure 19 fait voir la forme d’une barre ; a> eft la planche ou barre ; b, la même barre dont les deux extrémités font diminuées d’épaifleur & taillées en bizeau.
- Figure 20, Tonneau retenu par quatre cercles, & garni de fes fonds barrés.
- Tonnelier.
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- ART DU TONNELIER.
- Figure 21, Fond d’une futaille compofé de deux maîtrefles pièces a,a, deux aiflelieres b, b, & deux chanteaux c, c.
- Figure 22, Autre fond compofé feulement de deux maîtrefles pièces a, à, & deux chanteaux b, b.
- Figure 23 , Autre fond compofé d’une maîtreflèpiece a, de deux aiiTelieres b, b, Sc deux chanteaux c, c : cette conftruétion efl: celle que l’on pratique le plus ordinairement.
- Figure 24, Partie des douves qui forment un fût, vues fur leurs épailfeurs, pour faire comprendre que la furface intérieure de ces douves doit être moins large que l’extérieure, & que le chanfrein formé fur l’épaifleur de chaque douve, doit être fuivant un rayon qui part de la circonférence extérieure du tonneau, & vient aboutir au centre.
- Figure 2f , Cette figure fait voir l’efpacë b b, que le Tonnelier doit lait fer extérieurement à chaque douve, pour qu’elles puiffent fe refferrer lort qu elles font réunies par les cercles : on nomme cet efpace la Serre«
- PLANCHE FL
- Au haut de la. Planche.
- Là Figure l fait voir comment le Tonnelier place les douves qui com^ pofent le fond d’une futaille.
- Figure 2, Ouvrier qui, prend plufîeurs cercles pour les approcher de celui qui efl: occupé à relier une futaille.
- Figure 3, Ouvrier qui forme fur le cercle la Coche qui doit être entourée d’oller pour retenir le cercle à la diftance convenable, pour la place de la futaille , fur laquelle il doit être pofé.
- Figure 4 5 Ouvrier qui fe fert de la tire h cercles ou tiretoir, pour placer les derniers cercles. /
- La Figure 5 repréfente un Tonnelier qui enfonce les cercles d’une futaille, à l’aide d’un coin de bois, fur lequel il frappe à grands coups de maillet : ce coin de bois fe nomme Chajfoir.
- Figure 6 , Ouvrier qui forme avec une tarriereles trous dans lefquels doivent entrer les chevilles qui retiendront la barre du fond d’une futaille*
- Figure 7, Ouvrier qui fait l’ouverture du bondon avec la tarriere appellée B ondonniere.
- La Figure 8 fait voir de quelle maniéré on defcend ou en remonte un tonneau à Taide de deux moufles.
- Figure9, Comment on defcend des futailles, parl’eféalier d’une cave, avec le fecours d’un cable.
- Figure 10, Treuil placé à l'ouverture de la defcente d’une cave.
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- ART DU TONNELIER. ^|VN
- Au bas de la Planche.
- Figure il , Patron, modèle , ou, en termes d’Ouvrier , crochet quî fert à tailler les douves, & à leur donner la courbe qu’exige telle futaille ou autre vailfeau qu’un Tonnelier fepropofe de faire. Quand le patron eft deftiné à fervir de modèle aux douves d’une baignoire, il porte deux courbes différentes.
- Figure 12, Crochet à une leule courbe.
- Figure 13, Moyen pour tracer la courbe & le crochet qui doit fervir à former l’angle des douves, & aufïï le chanfrein qui doit fe trouver lut leurs épaiffeurs.
- Figure 14, Planches du fond d’une futaille dreffées, & prêtes à recevoir la trace du compas.
- Figure 15, Les mêmes planches arrangées, & fur léfquelles lé compas trace la ligne félon laquelle on doit les couper.
- Figure 16, Fond coupé & prêt à être mis en place.
- Figure 17 ; a, un cercle ; b, le même cercle dilpofé de melure, $ç prêt à être coché.
- Figure 18, Cercle coché ou entaillé.
- Figure 19, Cercle coché & lié avec de l’ofier à trois endroits*.
- Figure 20, Futaille reliée en plein.
- Figure 21, Futaille reliée , tant plein qatvuide.
- Figure' 22 , Cercle double que l’on appelle Sommier : il eft compole de deux cercles liés féparément, & enfuite réunis avec de l’ofier.
- Figure 23, Cercle dont une des extrémités eft entaillée fur un lèns , & l’autre. extrémité fur un autre fens : ces deux entailles entrées l’une dans l’autre forment, fans autre attache, le lien d’un cercle.
- Figure 24, Cercle Amplement noué, & qui fait une elpece de nœud : le frottement & la preffion l’empêchent de le dénouer, quand il eft en place fur une futaille.
- Figure 25, Rouane : les deux parties r, b de cet outil font tranchantes, coupent le bois, & fervent à former différentes figures : chaque Maître Tonnelier a fa marque particulière qu’il trace, avec cet outil, fur toutes les futailles qu’il fait.
- Figure 26 , Pince pour tirer les foffets.
- Figure 27, fendoir : c’eft une petite piece de bois dur, dilpofée de façon à pouvoir fendre l’ofier en trois.
- Figure 28 , grand Cuvier.
- Figure 29, Baignoire.
- Voye^ le haut de la Planche.
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- ^4 ART DU TONNELIER*
- EXPLICATION
- Des Termes propres
- A.
- A.ISSËLIÈRE. On donne ce nom à deux pièces qui font partie du fond d’une futaille : ces deux pièces avoifinent la maîtreffe piece. Voyez PU V, fig. 21 > & l’explication de cette figure.
- AmàrreR. Terme de Marine qui fignifie attacher & retenir un Vaiffeau par une ancre ôc avec un ou plufieurs cables ou cordages.
- Artisonné. Voyez Bois.
- Ass au. Voyez AJJette.
- Asse. Voyez AJJette.
- Assette , ou Hachette ; petite hache dont la tête eft plate d’un côté, & de l’autre la lame eft large , tranchante & contournée. Voyez PU I9fig. 10 & 11. On dit aulli EJfette ou AJJdu.
- Attelier. Lieu où plufieurs Ouvriers travaillent enfemble.
- Aubier. Voyez Aubour.
- Aubour, ou Aubier. C’eft dubois imparfait qui fe trouve dans le corps d’un chêne ou de tout autre arbre , entre 1 écorce ôc le bois de bonne qualité, ôc qui ne doit point être employée pour faire des douves. Voyez ce que nous en avons dit au Chapitre du Merrain.
- B.
- B acquêt. Vaiffeau dont les bords font peu élevés , ôc dont l’ouverture eft large : on peut faire deux bacquets d’une futaille coupée en deux*
- Baignoire. Vaiffeau ovale dont on fe fert ordinairement pour prendre les bains. Vyez PU III y fig * I 9.
- Baille. Nom que les Marins donnent à ce que nous appelions bacquet ou cuvier.
- Baratte. Vaiffeau propre à battre le beurre. Voyez PU III, Jig. 26.
- Barre. Piece de bois placée en travers fur les douves qui forment le fond d’une futaille. Voyez Pl. V, fig. ip.
- Barrer. Pofer la barre du fond d’une futaille , ôc faire les trous dans lefquels doivent entrer les chevilles qui doivent la foute-nir. Voyez PU Vyfig-18, & PU VI, fig. <$.
- Barril. Petit vaiffeau en forme de tonneau , propre à mettre du vinaigre, ou du yerjus, ou des olives, Ôcc. Vy. PU III, fig.24.
- Barrillet diminutif du Barril.
- Barrique. La barrique contient plus ou moins, fuivant les Pays.
- Barroir, ou Vrille a barrer ; efpece de taiæiere ayec laquelle on fait les trous qui
- z l'Art du Tonnelier.
- doivent recevoir les chevilles qui foutiennent la barre du fond. Voyez pi. 11, jig. 16.
- Bâtir , ou monter un tonneau, c’eft arranger les douves, les préparer, ôc les difpo-fer de façon qu’étant réunies par des cercles, elles forment le tonneau, ou d’autres vaif-feaux qui dépendent de l’art du Tonnelier. Voyez PU V,fig. 7»
- Batissoir. Uftenfile qui fert à réunir les douves d’un tonneau ou d’une petite cuve. Voyez PU I,fig. 1$ & 16.
- Batourner. Retourner toutes les douves dont on veut former une futaille, pour s’affu-rer fi elles ne font pas plus larges à l’une de leurs extrémités qu’à l’autre.
- Bidon ; efpece de broc fervant à diftri-buer la ration de vin aux équipages des Vaif-feaux.
- Biseau. On dit qu’une piece de bois eft taillée en bifeau, quand un de fes bords forme un coin ; quand le bifeau eft fait des deux côtés fur la même extrémité du bois, on dit qu’elle eft taillée à deux bifeaux.
- Bois de fente. Bois fendu avec le coutre;
- Bois refendu. Bois partagé avec la fcie.
- Bois gras. On donne ce nom à un bois en retour. Voyez au Chapitre I. du Merrain.
- Bois blanc. On appelle ainfi certains bois légers ôc peu folides , comme le Saule, le Peuplier, le Tremble, le Bouleau, Ôcc.
- Bois rouges. Bois fur lefquels on apper-çoit des veines différemment colorées, ôc qui indiquent un dépériffement de qualité.
- Bois vergés , ou vergettés : ce bois eft comme marbré de veines blanches ôc rouges.
- Bois d’enfonçure. Ce font les bois dont on fe fert pour former les fonds des futailles.
- Bois de quartier. C’eft du bois qui eft pris fuivant la dire&ion des fibres du bois, ôc dans le fens où il peut être fendu avec le coutre.
- Bois en retour : bois vieux qui a perdu de fa valeur, parce qu’il commence à fe corrompre.
- Bois taillis. Bois que l’on met en coupe réglée environ tous les dix ans.
- Bois roulé, fe dit d’un bois dont les cercles concentriques fe féparent les uns des autres.
- Bondon. Efpece de bouchon qui fert à fermer l’ouverture faite fur le bouge d’une futaille, ôc par laquelle on entonne la liqueur.
- Bondonniere. Tarriere avec laquelle on forme l’ouyerture du bondon. Voyez PU II,
- h* n.
- Botte,
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- ART DU TONNELIER. 6$.
- Botte. Voyez Muid.
- Bouée , terme de Mâtine. Efpece de pe«-tit barril attaché à un cordage qui par l’autre bout eft amarré à la croifée de l’ancre,fiottant fur l’eau,ôt fervant à indiquer la pofition d’une ancre mouillée dans un port ou dans une rade.
- Bouge : c’eft la partie la plus renflée d’une futaille.
- Brai. Efpece de réfine dont on fe fert ^>our calfater ôt enduire les Vaiffeaux, ôc rendre certaines matières moins fujettes à fe pourrir, lorfqu’elles font expofées dans l’eau.
- Broc. Efpece de vaifleau qui fert à tranf-porter du vin ou toute autre liqueur.
- C.
- Calfater : terme de Marine. C’eft mettre de l’étoupe entre les joints des planches d’un Vaifleau, Ôc les recouvrir de brâi ou de goudron.
- Caque. Petit barril qui contient le quart d’un muid, ôc que l’on deftine particuliérement à renfermer des harengs, fardines, ôte.
- Cerceau. Petit cercle que l’on emploie pour retenir les douves des quarts., barrils, Ôte.
- Cercle : lien de bois ou de fer, deftiné à retenir les différentes planches ou douves d’une futaille, d’une cuve, ôte.
- Cercle du bouge : c’eft celui qui eft le plus près du bouge, ou partie moyenne d’une futaille.
- Cercle du jable : celui qui eft le plus voifin du jable.
- Cercles de plain-pied. On nomme ainfi les cercles qui s’achètent dans les ventes de bois. Ployez Chapitre I.
- Chanfrein. Bifeau que l’on forme en enlevant la moitié de l’épaifleur d’une piece de bois, ôt la taillant en efpece de coin ou en pente (, depuis l’endroit où on la commence jufqu’où fe termine la planche fur laquelle on forme le chanfrein.
- Chanteau : partie du fond d’une futaille ; ce font les deux dernieres planches qui terminent le fond. Ployez PL V>fig. n, 21 &23.
- Chasser un cercle : c’eft le frapper juf-qu’à ce qu’il foit defeendu à la place qu’il doit occuper autour d’une futaille.
- Chassoir. Piece de bois en coin , dont le Tonnelier fe fert pour appuyer fur le cercle qu’il chafle , ôt pour ne point l’endommager par les coups de maillet.
- Cheville de Tonnelier; petite piece de bois équarrie, un peu pointue, qui fert à aflù» jettir la barre,ôt à retenir les pièces qui forment le fond d’une futaille. Voyez .8.
- Clain d’une douve : c’eft une efpece de bifeau, ou chanfrein que l’on forme fur l’é-paiffeur de chaque douve , afin qu’après avoir été arrangées circulairement , elles puiflent fe joindre dans toute leur épaifleur. Foyez PL
- y, fig- 24*
- Coche ; entaille que l’on fait fur l’épaifleur Tonnelier.
- des cercles, pour retenir l’ofief avec lequel on les attache fermement.
- Cochoir : efpece de hache avec laquelle le Tonnelier forme les coches fur les cercles*
- Coffinèr , fe dit d’un aflemblage de planches, dont quelques-unes renflent, augmentent , s’alongent, ôt quittent la forme qu’on leur avoit donnée, ôt quelles dévoient avoir.
- Colombe : rabot ou efpece de varlope ren-verfée en forme de banc, fur laquelle le Tonnelier pafle de champ la douve ou planche dont il veut unir les bords. Voyez PL L fig. 6*
- Combuger : terme de Marine , qui lignifie vuider l’eau qu’on a mis dans une futaille pour la laver, ôt celle qui fe feroit introduite dans une bouée : on laifle à cet effet une ouverture à la bouée que l’on referme enfuite.
- Compas du Tonnelier. Voyez PL I, fig. 21, & PL II, fig. 21.
- Copeaux ; longues lames de bois enlevées d’une piece de bois de hêtre , ôt dont on fe fert pour purifier Ôt pour éclaircir le vin. Voy.
- PL IV, fig. 9-
- Coutre : outil qui fert aux Tonneliers ôc aux Fendeurs de bois, pour faire des ferches, des lattes, des charniers, ôte. Voyez PL II,
- fig• ?•
- Crochet: planche fur laquelle eft tracée la courbe que doivent prendre les douves* Voyez PL VI,fig. 11. & \2.
- Cuve. Grand vaifleau fait de plufieurs planches retenues par des cercles ou liens de bois > dans lequel on dépofe la vendange, ôt où le vin fe fait.
- Cuve en tinette: efpece de cuve dont le haut eft plus étroit que le bas. Voyez PL
- j fig- 19*
- Cuvier. Vaifleau qukeflemble à une cuve, mais qui eft plus petit ; il fert à couler la lef-cive , Ôc à plufieurs autres ufages. On les fait de Sapin ou autre bois blanc, pour ne point donner de couleur à la leflive. Voy. Bacquet.
- D.
- Déchirer une futaille ; c’eft ôter les cercles qui retiennent les douves, Ôt cafler les douves, pour qu’elles ne puiflent plus fervir à former d’aùtres tonneaux.
- Demi-queue. Voyez Poinçon.
- Doloire : outil propre à doler les douves. Voyez PL I, fig. 1.
- Donnée , fe dit, lorfque dans un Problème on pofe certaines quantités, certaines dimenfions, ou conditions dont il ne faut pas s’écarter.
- Douve. Planche formée avec du merraîn, ôt qui étant préparée Ôt travaillée, fert à la conftruêlion des fûts > futailles , tonneaux, ôte.
- Douelle : dans quelques Provinces on appelle ainfi les douves.
- Douve épeignée , fe dit d’une douve caf-fée dans le jable, ôt à laquelle on a fubftitué
- R
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- une piece de bois, pour remplacer la partie rompue.
- E.
- s’Ecaler : on dit qu’une piece de bois s’étale , quand elle fe fépare par lames.
- Ech asses ; ce font les hauffes qui font partie du billot ou du charpi : ces hauffes font formées par deux montants qui portent la douve que î’on veut doler. Vyyez Pl. I, fig. 3 & 4.
- Emmortaiser ; c’eft joindre une piece de bois avec une autre , à laquelle on a fait une mortaife, c’eft*à-dire, une ouverture dans laquelle entre cette piece diminuée d’épaif-feur, ôc retenue avec un coin qui l’y affujet-tit.
- Enfoncer une cuve ou un tonneau , c’eft y mettre des fonds.
- Epeigné. On dit qu’une douve eft épei-gnée 9 quand elle a été rompue dans le jable.
- Essette. Voyez Ajfiette.
- Etanchoir ; petit couteau dont on fe fert pour garnir d’étoupes les fentes d’une futaille.
- Etau , ou Selle a tailler , ou Serre. On donne principalement ce nom à la tête de la felle à tailler, dont fe fert le Tonnelier , ôc fous laquelle il pofe la douve qu’il veut travailler, Ôc qu’il retient en pofant les jambes fur la partie inférieure de cette ferre. Voyez PL I.fig. 7.
- Etoupe : celle dont les Tonneliers fe fervent, eft ordinairement faite avec de la toile déchirée, ôc mife en charpie.
- F.
- Fendoir ; petit outil de bois propre à fendre l’ofier. Voyez PL VI, fig. 2 6.
- Fente. Voyez Bois de fente.
- Feuillet a tourner ; efpece de fcie. Voyez PL II} fig, 9.
- Feuillette. Voyez Muid.
- Fond : il eft compofé de différentes pièces de bois qui forment les deux extrémités d’une futaille. Voyez PL VI, fig. 16.
- Foret ; efpece de vrille dont on fe fert pour percer les tonneaux remplis de liqueur , foit pour la goûter, foit pour y donner de l’air.
- Fossets ; petites pièces de bois arrondies en pointe, dont on fe fert pour boucher l’ouverture faite à une futaille avec le foret. Voyez PL IV,fig. 2.3.
- Fust. Vaiffeau compofé de plufieurs planches réunies par des cercles, deftiné à contenir quelque liqueur que ce foit.
- Futaille , eft la même chofe qu’un fût : on appelle cependant Futaille , une piece qui a déjà fervi à renfermer des liquides.
- G.
- Garrot, fe dit d’une piece de bois avec laquelle on ferre ôc on retient la corde qui entoure les douves d’une piece remplie de liqueur, quand on a lieu de craindre que les
- cercles ne viennent à manquer, Ôc que la liqueur ne fe perde.
- Gobillard. On nomme ainfi certaines planches que l’on débite dans la forêt d’Orléans , ôc que l’on emploie pour faire les cuves, cuviers, ôcc.
- Goudron ou Gaudron. Efpece de poix dont on enduit les Bâtiments de Mer, les cordages, ôc en général tout ce qui doit fé-journer dans l’eau. . tir
- Goudronner : aêlion d’enduire de goudron quelque chofe que ce foit.
- Goujon. Voyez Goujonner.
- Goujonner : c’eft réunir avec des chevilles deux pièces de bois pofées l’une à côté de l’autre ôc qui fe touchent par le plan de leur épaiffeur, afin de les maintenir plus fondement : on nomme ces chevilles Goujons.
- H.
- Hangard. Efpece d’appentis.
- Hart. Branche menue de bois qui peut fe tortiller aifément, ôc avec laquelle on peut lier ôc maintenir plufieurs pièces de bois en-femble.
- Hausses. Voyez Echajfies.
- J.
- Jable : c’eft la rainure d’une futaille dans laquelle entrent ôc font retenues les planches des fonds.
- Jabler un tonneau : c’eft former la rainure ou jable.
- Jabloir. Outil propre & jabler. Voyez PI. II, fig. 2.
- L.
- Lumière: partie du rabot dans laquelle entre le fer ôc le coin qui l’affujettit. Voyez Rabot, PL I?fig• 5.
- M.
- Madrier. Efpece de foliveau, ou piece de bois équarrie, Ôc qui a une certaine force ôc longueur: il faut qu’un madrier ait au moins 5 ou 6 pouces ’d’équarriffage, ôc fouvent davantage.
- Maillet ; marteau de bois du Tonnelier. Voyez PL 13 fig. 17.
- Mailloche : piece de bois qui fert à frapper fur le coutre. Voyez PLU, fig. 4.
- Maîtresse piece : c’eft celle qui occupe la partie moyenne d’un fond. Voyez PL V, fig• if-
- Mandrins : on nomme ainfi des pièces de bois dont la bafe eft arrondie à la groffeur convenable pour en faire des bondons. Voyez PL mfig. 6.
- Meche d’une tarriere ; c’eft l’extrémité du fer, ôc principalement la pointe qui perce ÔC emporte le bois.
- Merrain. Planches ordinairement fendues avec un coutre, ôc qui fervent à former les douves des tonneaux, fûts ou futailles.
- Mole , corruption de Meule:c’eft une certaine quantité de cercles que l’on arrange
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- tn meule dans les ventes de bois, Ôc qui fe livre en cet état aux Marchands.
- Monter un fût : c’eft arranger les douves qui doivent le former ; on les retient avec des cercles.
- Moufle : affemblage de plufieurs poulies qui peuvent fe mouvoir dans une pièce de bois, ôc qui fervent à multiplier les forces. Voyez PL IV, fig. 12.
- Moulinet : uftenfile de Tonnelier, defti-né à monter ou defcendre les grolfes pièces, ou les pipes d’huile ou d’eau-de-vie, des caves des Épiciers. Voyez PL IV, fig. 19.
- Muid : mefure du vin en ufage dans plufieurs Provinces. Le muid de vin de Paris contient 280 pintes fuivant un Réglement de Louis XIII , ôc 300 pintes fuivant les Ordonnances de Henri IV. La jauge de tous les vaiffeaux propres à contenir des liquides , fe rapporte au muid, qui doit contenir 36 fe-tiers de 8 pintes par fetier : en Champagne, le muid fe nommq Q_ueue; en Bourgogne, Feuillette, en Touraine, Poinçon ; en Berry, Tonneau; en Poitou ôt en Anjou, Pipe; en Lyonnois , Botte ,* à Bordeaux, Barrique, dont quatre forment un tonneau.
- P.
- Panneau : c’eft une planche taillée fur laquelle eft tracée Ôc formée, la figure que doit donner un Tailleur de pierre à une pierre qu’il doit tailler, ou pour régler les plinthes ôc corniches qu’un Maçon doit pouf-iêr en plâtre. Les Tonneliers ont aufli des panneaux ou modèles pour régler la taille de leurs douves ; on les nomme aufli Serches, Modèles, Patrons ou Crochet s.
- Parage : faire le parage, c’eft, en terme de Tonnelier, égalifer les douves, leur donner une même longueur, pour pouvoir enfuite y tracer ôc former le jable.
- Pas d’asse ; c’eft le chanfrein intérieur que l’on voit fur l’épaifleur des douves qui forment une futaille ou tonneau, dans la partie du jable.
- Pente : c’eft le bifeau, le chanfrein , le clain que l’on donne à toutes les douves, afin quelles puififent fe rapprocher les unes des autres, fe réunir, ôc prendre la forme que doit avoir un tonneau, fans laiffer le moindre efpace par où la liqueur puiffe fe perdre.
- Perçoir. Efpece de vilebrequin avec lequel on perce les futailles ôc tonneaux, pour y mettre une canelle.
- Pièce : tout vaifleau propre à contenir des liqueurs : fouvent la piece eft une mefure.
- Pipe. La pipe eft une mefure des liquides: elle eft plus ou moins grande fuivant les pays. Ce nom eft connu particuliérement en Anjou & dans le Poitou, où la pipe contient un muid ôc demi.
- Plaine. Voyez Plane.
- Plain-pjed. Voyez Cercles* ,
- Plane. Outil dont fe fervent plufiéUrS Ou* vriers pour planer, c’eft-à-dire, unir le boià qu'ils emploient. Voyez PI, I,fig. 12^13,
- Poinçon : mefure du vin en ufage dans plufieurs Provinces. Le poinçon eft la moitié d’un tonneau d’Orléans ou d’Anjou. En Tou* raine, on appelle ainfi le muid de vin ; à Paris , c’eft la même chofe que la demi-queue t on donne quelquefois ce nom à toute efpece de futaille.
- Polygone. Terme de Géométrie qui s’en* tend d’une figure qui a plufieurs angles.
- Pompe : uftenfile dont fe fervent les Tonneliers ôc les Cabaretiers pour tirer le vin , ôc le tranfvafer d’un vaifleau dans un autre* Voyez PL IV, fig. 8.
- Poulain. Machine dont fe fervent les Tonneliers pour defcendre dans une cave, ou remonter de grofles pièces d’huile ou d’eau-de-vie. Voyez PL IV, fig. 17 & 18.
- Q.
- Queue. Voyez Muid.
- R.
- Rabot. Outil propre à unir le bois, à le raboter. Voyez PI. I, fig. s.
- Raboter : unir avec le rabot.
- Rainure. Efpece de coulifle creufée dans l’épaifleur du bois, pour recevoir d’autres pièces de bois,auxquelles on ne laifle que l’é-paiffeur de la coulifle, pour en former un affemblage.
- Rangée : on nomme ainfi dans les ventes de bois une certaine quantité de cercles, compofée de plufieurs rouelles. 1
- Râpé de copeaux. Voyez Copeaux.
- Rebattre; c’eft frapper fur les cercles, pour les faire entrer Ôc fe placer au point où il convient qu’ils foient pour contenir les douves d’une futaille.
- Refendu. Voyez Bois,
- Reliage. Voyez Relier.
- * Relier ; c’eft mettre des cercles pour retenir les douves d’une futaille neuve , ou en remettre de neufs à une vieille futaille dont les anciens auroient manqué.
- Relier en plein : c’eft garnir les deux extrémités du tonneau, de façon que tous les cercles fe touchent.
- Rouanne. Outil avec lequel un Maître marque les futailles, ou autres ouvrages de Tonnellerie de fa façon.
- Rouanner ; marquer les tonneaux avec la rouanne , ce quifert à reconnoître l’ouvrage d’un Maître.
- Rouelle : certain nombre de rangées de cercles forment une rouelle ; on les vend en cet état dans les forêts.
- Roulé. Voyez Bois.
- S.
- Sauniere. Vaifleau dans lequel on dépofe le fel pour l’ufage ordinaire d’une famille.
- SeiLLE, Vaifleau propre à contenir des li-
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- quides : les feilles fervent ordinairement aux Vendangeurs, pour y dépofer les grappes de raifin, à mefure qu’ils les coupent du cep.
- Selle a tailler : uftenfile^ qui fert aux Tonneliers à retenir la planche qu’ils veulent
- tailler. Voyez PL I3 fig. 7.
- Selle a rogner. Uftenfile fervant à tenir en état une piece dont le Tonnelier veut rogner les bords. Voyez PL I»fig* 2.
- Serche : les ouvrages de ferche font ceux que l’on fait avec du bois réduit en lames minces, Ôc que l’on peut rouler fans cafler. Serche. Voyez Patron.
- Sergent. Infiniment de fer qui fert aux Menuifiers ôc aux Tonneliers , pour tenir fermement enfemble plufieurs planches qu’on veut aflembler. Voyez PL I, fig. 20.
- Serre ; c’eft la partie de la felle à tailler qui retient la douve que le Tonnelier travaille.
- Setier. Mefure d’un liquide ; il eft différent fuivant les lieux : c’eft ordinairement la moitié de la pinte, ôc la même chofe que la cho-pine.
- Sommager : placer fur une futaille les cercles qu’on nomme Sommiers.
- Sommiers : ce font deux cercles dont chacun a été lié féparément, Ôc enfuite liés ôc retenus tous les deux enfemble.
- T
- Tailler en roue : c’eft rendre convexe la furface fupérieure d’une douve, ou la bomber fur fa longueur, pour qu’elle prenne ôc donne à une futaille une forme cylindrique.
- Talut , Pente, Bifeau, Chanfrein : ce font différents noms qu’on a donnés à la partie dune douve qui a été diminuée d’épaifleur, ôc qui a pris la forme d’un coin.
- Tinette: c’eft un vaiffeau plus étroit par le bas que par le haut , ôc qui fert à renfermer du beurre falé.
- Tire ou Tiretoir. Outil dont on fe fert pour placer les cercles fur les tonneaux. Vy. PL IL fig. 12.
- Tire a barre. Outil fervant à placer la barre qui foutient les fonds des futailles.
- T ire-fond. Efpece de piton qui porte à fon extrémité quelques pas de vis : on l’emploie pour placer les planches dufond d’une futaille. Tiretoir. Voyez Tire,
- Tonne ; grand vaiffeau fervant à contenir
- des liqueurs. En Allemagne, on fabrique des tonnes qui contiennent jufqu’à 200 muids : on les nomme Foudres.
- Tonneau. Futaille dans laquelle on renferme les liquides. Le tonneau d’Orléans contient deux muids de Paris ; celui de Bordeaux , quatre barriques qui font trois muids de Paris. Le tonneau de mer eft eftimé pefer trois muids de Paris , ou deux milliers.
- Tonneau monté. On dit qu’un tonneau eft monté, lorfque toutes les douves font réunies Ôc maintenues par quelques cercles.
- Tonneliers-Ferreurs : ce font ceux qui s’occupent à conftruire des uftenfiles de Tonnellerie que l’on fortifie par des liens de tôle ou de cuivre.
- Tonnellerie. Lieu où l’on travaille du métier de Tonnelier.
- Torches ou Bottes. L’ofier fe vend en bottes ou torches compofées de \$o brins.
- Traitoir. Voyez Tiretoir ou Tire pour les cercles.
- Traversin. Piece de bois coupée de longueur , ôc que l’on emploie pour former les fonds des futailles.
- Tronchet , Charpi, Billot : c’eft l’uften-file fur lequel le Tonnelier pofe la douve qu’il veut travailler.
- Trop de fond. Quand les planches du fond fe gonflent, augmentent en dimenfion par excès d’humidité, on dit que le tonneau a trop de fond.
- Trusquin ; outil fervant à marquer fur le bois que l’on travaille, des traits pour ré* gler fon épaiffeur, ôcc.
- V.
- Vergé ôc Vergetté. Voyez Bois.
- Velte : mefure d’un liquide. La velte contient trois pots, ôc le pot deux pintes : les barriques d’eau-de-vie du Poitou contiennent foixante ou foixante-dix veltes.
- Ventre d’un tonneau ; c’eft la partie la plus renflée de la futaille > ou le bouge.
- Vrille. Outil fervant à percer.
- Vrille a barrer. Voyez Barroir,
- Utinet. Petit maillet à long manche , qui fert pour frapper fur les planches du fond d’une futaille, ôc à faire revenir celles qui font entrées trop avant, ôc qui font hors du jable. Voyez PL II» fig* 13 & iq..
- Fin ve l'Art vu Tonnelier•
- De l’Imprimerie de H,L. Guérin ôcDfE* ^euatour* i7^3*
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