Descriptions des arts et métiers
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- ET DE LA PAUME
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- AVANT-PROPOS.
- I J a P A u M È eft le feul Jeu qui puifîè prendre rang dans le détail des Arts 8c Métiers, dont la defcription a été entreprilè par l’Académie Royale des Sciences, attendu qu’étant lui-même un Art, il s’exécute par le fecours d’un autre Art qui a lès infiruments & fa manufacture particulière. Celui-ci efi la fabrique des Raquettes & des Balles. Il fut érigé en Corps de Maîtrife en iéio. fous le titre de la Communauté dès Maîtres Paumiers-Raquetiers, Faifeurs d’Eteufs, Pelotes & Bàlles *. Ces Maîtres ont feuls le droit de tenir un Jeu de Paume, & de conftruire les raquettes & balles qui fervent à ce Jeu, ou au Jeu du Volant. Après avoir indiqué le lieu du Jeu, 8c décrit la fabrique de la Raquette & celle de la Balle, qui continue tout l’Art du Maître PaUmier, il paroîtroit que l’objet de l’Académie elt entièrement rempli; auffil’eft-il à l’égard du méchanifme, dont le but elt de fervir à l’Art du Jeu même.
- Tous les exercices du corps aflujétis à des régies confiantes, ont acquis à jufle titre le nom Arts par excellence ; l’ame n’a befoin pour les exécuter, que des feuls refforts du corps,aidés de quelques inf-truments ; tels font l’Art de monter à cheval, de tirer des armes, &c. Ainfi ne regardons plus la Paume relativement à fon nom de jeu, ni comme un fimple paflè-temps fans aucune utilité, mais comme un Art qui aidé de peu d’inflruments, devient un exercice très-falutaire, au moyen duquel la Jeuneffe peut acquérir une fanté robufte 8c une agilité fi néceffaire dans le cours de la vie : aufli cet exercice eft-il en telle confédération, qu’il lè bâtit des édifices exprès, comme il s’en confirait d’autres pour apprendre l’Art de monter à cheval. Le Roi a un Jeu de Paume dans chacune de lès Maifons Royales, à Verlàilles, àFontaine-bleau, à S. Germain, à Compiegne ; M. le Duc d’Orléans en a un à Vil-lers*cotterets; 8c M. le Prince de Condé, un à Chantilly.
- On peut comparer l’Art de la Paume pour l’Infanterie à celui du cheval pour la Cavalerie; & l’Officier & le Soldat qui l’auroit pratiqué, lè trouveroit bien lupérieur à celui qui ne fçait que Ion exercice ordinaire, & même celui des Armes : car le premier ne débourre que les bras,
- * Les Eteufs fe pouffent avec la main ; ils font faits de bourre recouverte de peau de mouton* vLes Pelotes font les balles toutes ficelées 2 non encore recouvertes. Les Balles font la pelote ret couverte de drap blanc.
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- iv A VA NT -PROPOS,
- Sc le fécond ne dirige le corps que dans un fens ; au lieu que les indexions* les élans & les courlès qu’on eÜ obligé de faire à ce Jeu, le rendent également fouple, & le rompent, pour ainfi dire, de toutes les façons.
- On croit avoir luffifamment démontré, x°. que la Paume eft un Art, quoiqu’il porte le nom de jeu ; c’eff pourquoi nous allons embraffer tout ce qui le conftitue, en donnant d’abord le plan & les meilleures proportions des bâtimens conftruits exprès, enluite l’Art du Paumier-Raque-tier, & enfin l’Art de la Paume: 2que cet exercice, par la fouplelfe qu’il procure, met l’homme en état de fe ferviravec avantage de tous les refforts de fon corps : on verra à la fin de cet Ecrit un ade authentique qui démontre de quelle utilité il efl à la lanté.
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- ART
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- DU
- PAUMIER-RAQUETIER,
- ET DE LA PAUME.
- DU BATIMENT NOMME
- JEU DE PAUME.
- Ï L fè conftruit deux fortes de Jeux de Paume': l’un quon nomme le Quarté ; l’autre à Dedans : leurs proportions ont quelques différences : on va donner celles du Quarré, tant des gros murs que des conftruétiôns intérieures ; 8c enfuite celles du Jeu à Dedans, ou plutôt les différences qui s’y obferveüt.
- Le Quarré.
- Tout Jeu de Paume efl un quarré long, fermé par quatre murailles : deux jmurs pleins en forment les côtés fur fa longueur * & un pignon à chaque bout la largeur. Le terrein que cette cage doit enfermer, aura p6 pieds en long & 36 pieds en largeur, afin que lorfque toutes les conftruéiions intérieures feront faites, l’aire du Jeu fe trouve avoir 90 pieds de long & 30 pieds de large. Les deux murs des côtés auront 14 à 15 pieds d’élévation ; mais à leur extrémité qui joint les pignons, on les fera de 4 à j pieds plus hauts dans la longueur dé 6 ou 7 pieds, après lefquels on les terminera en pente fur leur épaiffeur, ces quatre furhauffemens fe nomment les joues dten-haut, aaaa : fur ces murs de côté on poferay poteaux de charpente, qu’on efpacera à égale diftance l’un de l’autre bbb, 8c c. ces poteaux auront 14 pieds de haut, & foutiendront le grand toit : c’eft parles intervalles qui fe trouvent entre ces poteaux, que le jour fe répand dans le Jeu ; c’eft pourquoi cet Edifice doit être affez éloigné des mâifons ou des grands arbres , pour n’en être point offufqué 8c avoir une Paumier~Ra QU ET 1ER. A
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- Planche ît Cage
- du Bâtiments
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- I
- La Galerie*
- La Grille,
- Le Trou,
- L’Ais.
- Les Carreaux»
- Planche IL Vignette. La Corde,
- a ART DU P AU MIE R-R A QUETIE R.
- clarté fuffifànte : voilà ce qu'on peut appeller la carcajje de l’édifice. Paflons
- maintenant aux conftruéiions intérieures.
- A 5 pieds en-dedans d’un des murs de côté , on conftruit parallèlement à ce mur d’un bout à l'autre, un petit mur qu'on éleve à différentes hauteurs, c’eft-à-dire> que par les deux bouts il aura 7 pieds de haut'; à gauche, fur la longueur de 18 pieds , & à droite fur celle de 13 pieds le relie du mur aura 3 pieds 4 pouces de haut. Or, comme les deux bouts de ce mur élevés àfept pieds , doivent recevoir une filiere qui régné à cette hauteur d'un bout à l'autre , on afleoit fur le mur bas, pour la lupporter, fept poteaux de bois légers, ronds , taillés en petites colonnes, avec bafe & chapiteau ; fçavoir, deux à 10 pieds de chaque bout de mur de 7 pieds de haut, deux autres à 10 pieds de ceux-ci, au bord de deux ouvertures de 2 pieds & demi, pour entrer dans le Jeu , un autre poteau à l’autre bord de chacune de ces ouvertures,& enfin un feul qui fe trouve à 10 pieds de ces derniers, regarder précifément le mi~ ' lieu de l'aire du Jeu : tous ces poteaux font marqués ggg, &c. & celui du milieu f, les deux murs de chaque bout font cottés ddy & fe nomment les Joues.
- Sur la filiere, dont nous venons de parler, eft pofé le bas d’un appentis incliné de 45 degrés dont le haut s'appuye fur le mur de côté ; le tout forme un corridor long qu’on nomme la Galerie. En retour d’équerre du corridor nommé galerie, qu’on vient de décrire , cotté cccy & à cinq pieds du pignon à gauche en-dedans, il fe conftruit un autre petit mur plein de 7 pieds de haut h, quife termine par une ouverture quarrée /, dont le mur de clôture fait un des côtés ; elle eft élevée de terre de 3 pieds 4 pouces, là largeur eft de 2 pieds 9 pouces ; ce petit mur foutient un appentis pareil au premier, & ils fe joignent tous deux par leur angle : cette jonélion eft marquée par une ligne ponéluée.
- Au pignon de l’autre bout du Jeu, vis-à-vis l'ouverture dont on vient de parler , eft àraze-terre une autre ouverture quarrée /, de 16 pouces en tout fens , pratiquée dans l’épaiffeur du mur & au même pignon : à l'endroit où fe termine la galerie, eft attachée debout une planche m, d’un pied de large 8c de fix pieds de haut, derrière laquelle eft pratiqué un vuide qui fait que ne touchant point au mur, elle fait entendre, quand elle eft frappée, un fon différent de celui de la muraille.
- Tout l’aire du Jeu fera carrelé quarrément de carreaux de pierre de Caen, d'un pied en quarré , ce qui fera po rangées de carreaux , & le plat-fond au niveau du haut des grands poteaux, dont on a parlé d'abord, fera de planches de fàpin.
- Le poteau du milieu marqué/de la galerie, dont nous avons parlé ci-deffus, fera percé à ÿ pieds de terre d’un trou, dans lequel doit paffer une corde moyenne, de laquelle pendra jufqu'à terre, un filet : cette corde traverfe
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- ART DU PÀUMÏER-RAQUET1ÊR, 3
- toute la largeur du Jeu, lefépare en deux parties égales, & eft arrêtée à même hauteur de cinq pieds, à un crampon (celle dans le gros mur ; & afin de pouvoir la tendre plus ou moins, on attache un cric au petit mur, au-delfous idu poteau, & on y fait tenir le bout de la corde i on recouvre cette corde, pour plus de propreté, d'un tiflu de ficelle : cette corde & fon filet bailfent pe-tit-à-petit dans le trajet par leur pefanteur, de façon qu'elle n'a gueres que deux pieds Sc demi d'élévation au milieu de la place ; mais le cric l'éleve plus ou moins, (iiivant l'idée des Joueurs. Voyez pour le cric la Vignette de la FL UL A>
- Sc pour la pente de la corde celle de la FL IL Bs
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- Le Dedans.
- Le Jeu à Dedans doit être dans toutes fes proportions intérieures égal au Jeu Quarré décrit ci-delfus ; mais il fera borné à l'autre pignon par un troifieme appentis, fait fur les mêmes proportions des deux autres : c'eft cet appentis de plus qui fait la différence elfentielle de ce Jeu au Jeu quarré ; d'ailleurs il n'a ni trou, ni planche ; il a un tambour. Tout ceci va être expliqué.
- Comme rien ne doit être pris ni enjambé fur l'intérieur du Jeu , Sc que ce troifieme appentis doit avoir autant de profondeur que les deux autres, il eft ^ nécelfaire que le mur de ce pignon foit reculé de cinq pieds ; ainfî la cage du Jeu à Dedans fera plus allongée que celle du Quarré ; d'ailleurs cet appentis nell foutenu qu'aux deux bouts par deux portions de mur plein de fept pieds de haut : celui qui joint la joue.de la galerie A, aura 4 pieds Sc demi de long, Les Sc celui de l'autre bout D, 3 pieds & demi : l'intervalle entre ces deux bouts eft fermé par un mur d'appui de 3 pieds 4 pouces de haut, ce qui donne un ' vuide B de 22 pieds de long far 3 pieds 8 pouces en hauteur': ce corridor tient la place du trou & de la planche, dont on a parlé dans la conftruétiort du Jeu quarré, Sc fe nomme les Dedans.
- Lorfque l'on bâtit un Jeu de Paume deftiné à être à Dedans, on donne au_ gros mur du côté de la grille, 16 pouces d'épaiffeur de plus qu'il n'en doit avoir par lÿ fuite ; on continue cette épailfeur du haut en bas depuis le pignon . jufqu'à 18 pieds en avant, on la termine en-dedans par un pan coupé qui doit avoir 26 pouces de (ixrface ; on continue enfuite le refte du mur fuivant fon épailfeur générale : c'eft ce pan coupé que les Joueurs appellent le Tambour E.
- Termes du Jeu appliqués aux pièces que Von vient de décrire*
- On appelle tout l'elpàce à gauche depuis la corde jufqu'à l'appentis de retour, * devers le leu, Sc depuis la corde à droite, $ le fond du Jeu.
- La première pièce dans laquelle on fe trouve en entrant dans un Jeu dé Paume, Sc que j'ai dit être un corridor c c c > fe nomme la Galerie, les intervallesi entre les poteaux de la galerie fe nomment les Ouverts $ Sc chacun â fon nom
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- / 4 ART T>U RAUM1ER-RAQUET1ER.
- particulier ; les noms font les mêmes à droite & à gauche de la corde : le plu£ près delà corde fe nomme le premier vv, celui d’enfiute le Jecond,yy , puis la porte, z z, & enfin le dernier, xx : on ne diftingue la gauche ou la droite qu'en difirnt, par exemple , le dernier devers le Jeu, le fécond au fond du Jeu, 8cc. L'appentis qui couvre la galerie fe nomme le toît, & les deux bouts de mur de la galerie les joues, dd; l'appentis en retour d'équerre fe nomme le toît de la grille, h, parce que l'ouverture qui eft à l'extrémité fe nomme la grille, u Le trou qui eft vis-à-vis de la grille au fond du Jeu, fe nomme le petit trou, l, Scia planche de l'autre côté fe nomme tais, m.
- Aux Jeux à Dedans, les murs pleins qui foutiennentle troifieme toît, ayant des longueurs différentes , celui qui eft marqué A, s'appelle le mur du petit de-* dans, parce qu'ayant un pied de plus que l’autre, le vuide n'eft pas fi étendu de ce côté que de d’autre, qui par cette raifon fe nomme le mur du grand dedans, D : tout le vuide R le nomme les dedans.
- On a dit à l’article précédent ce que c’eft que le tambour.
- De la diflrïbution des Filets & Rideaux ; de la Couleur noire des Jeux^ de Paume, & des raies noires tracées fur le plancher.
- Ce que l'on va dire en commençant cet article, dépend encore de la coftf* truélion du Jeu de Paume ; c'eft les corridors extérieurs nnnn , conftruits totalement en bois , qui régnent à hauteur d'appui du haut des murs des côtés : on les fait de trois pieds de large ; de leur appui extérieur s’élèvent de légers poteaux qqqql &c. efpacés de façon qu'ils le trouvent vis-à-vis les grands poteaux de clôture , & fous la couverture prolongée : ces corridors fe nom-Les Auges» ment les auges ou les galeries des filets , parce qu'on bouche toute leur étendue avec des filets , qui du toît vont s'arrêter à leur appui extérieur ; leur defti-natiôn eft d'arrêter les balles qui donnent dedans , de peur qu'elles ne feper-
- Les Rideaux* dent ; on attache aufïï de poteau en poteau des rideaux de toile, qu'on tire quand il fait foleil, pour en empêcher la réverbération dans le Jeu.
- Planche II. B* On a parlé du filet attaché à la corde qui partage le Jeu en deux. Les autres Les^Filets. ^ets ^onC ceux ^ bouchent toute la galerie 8c les dedans : ceux-ci font de nouvelle création , ce n'eft que depuis quelques années qu’on s'en eft avifé* pour mettre en pleine sûreté les Ipeéfateurs, qui précédemment n’ofoienc s’arrêter dans la galerie, de peur de recevoir des coups de balles, dont quelques-uns ont été dangereufement bleffés ; au lieu que maintenant dans les Jeux à Dedans on voit jouer à fon aife, Sc les Dames peuvent s’y placer fans courir aucun rifque.
- Planche m. B. Un autre filet eft celui qu'on nomme le rabat : on ne place celui-ci qu'au-Vigmtte. des t0}ts jes pignons , tels que celui de la grille & celui des dedans :
- pour affeoir ce filet, on fcelle quelques tringles de fer à io ou u pieds au-
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- ART DÜ TAUMlËR.^R A QUETIËÊJ y
- delîus du toit, de diftance en diftance dans le pignon : ces tringles ont 3 ou 4 pieds de faillie ; on y étend & arrête le filet ; il a deux ufages : l’un, de rabattre dans le Jeu la balle > qui bondiflant fur le toit va frapper deflous ; l’autre eft de retenir celle qui jouée trop haut va tomber deflfus ; on garnit ordinairement de nattes tout le pignon au-deflus du rabat, pour amortir le coup de la balle * afin quelle ne retombe pas dans le Jeu.
- Tout l’intérieur de quelque Jeu de Paume que ce foit, eft peint èn noir : les Maîtres Paumiers compofent eux-mêmes ce noir : en voici la recette pouf un Jeu de Paume ordinaire.
- Prenez un demî-muid de fàng de bœuf, 14 boifleaux de noir de fumée , If Peinturé Xo amers de bœuf pour délayer le noir de fumée, & un feau d’ürine pouf donner le luftre à la compofition ; mêlez le tout à froid.
- Quand le Jeu eft bien fréquenté, on renouvelle le noir deux fois l’an : on lailfe le plancher & le plat-fond dans leur couleur naturelle : on fent bien que ce noir eft mis afin que les Joueurs puiiTent diftinguer la balle qui eft blanche , & la fuivre de l’œil.
- On enduit aufli de noir les murs extérieurs de la maifôn autour de la porté d’entrée ; cette couleur fert d’enfeigne au Jeu.
- En Efpagne,les Jeux de Paume font blancs, 8c les balles noires.
- Outre ce noir général qui enduit toutes les murailles, poteaux, &c. ori en emploie encore pour tirer fur le plancher plufieurs raies tant en long qu’en £es large , toutes ont deux pouces de large ; les raies en long iie font qu’au nom- n0lteSl brê de deux ; fçaVôir, une 000> qui partage l’aire du Jeu en deux dans fa longueur d’un bout à Pautre, & une de 13 pieds , ou environ, devers la grillé p, diftante de fept pieds du mur de côté ; toutes les autres fe tirent en large, & ne fervent qu’à connoître les chalfes ; on ne peut expliquer ceci que lorfqu’on fera la defcription du Jeu, à laquelle on renvoie,
- Paumier-Raquetier<
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- ART DU P AU MÏE R-R Â QU ET J ER.
- Planche V.
- 6r A. PL III.
- DE E A. R T
- DU PAUMIER-RAQUETIER,
- L e s Raquettes & les Balles font les véritables inftruments du Jeu. On a d’abord joué avec la paume de la main, d’où efl: venu le nom de Paume, qu’on donne encore à cet exercice ; on fe renvoyoit ainfi les pelotes. * En 1427. arriva à Paris une jeune femme de Haynaut, âgée de 28 ans, nommée Margot, qui jouoit fupérieurement à cette paume, furpaflànt les plus habiles : elle avoit choifi un Tripot, rue Grenier S. Lazare , qu’on nommoit le petit Temple, & là elle tenoit tête aux plus forts Joueurs : on alloit la voir par curiofïté, comme chofe extrêmement rare. On jouoit alors à main/ découverte : quelques-uns pour fe faire moins de mal, mettoient de gros gants ; ceux-ci imaginèrent d’ajufter à ces gants des cordes & des tendons, qui par leur élafticité ren-voyoient la pelote bien plus haut & plus loin : c’étoit un acheminement à l’invention de la Raquette, qui enfin a été trouvée 3c a prévalu. Effectivement elle efl: fi eflentielle à ce jeu, qu’il n’arrive que rarement, ou par fantaifie , qu’on fe ferve des inftruments : c’eft ainfi qu’on nomme en général ces palettes de bois, ou plus larges, ou plus étroites , dont on va donner les noms & les dimenfions. Les Paumiers ne prennent pas la peine de faire ces iîiftruments; ils les achètent des gens de campagne qui les leur apportent.
- Proportions des Raquettes & des Inftruments.
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- Les Paumiers fabriquent de deux ou trois fortes de Raquettes ; la Raquette ordinaire pour la Paume , la demi-Paume, la Raquette en battoir.
- La raquette ordinaire, fig. A, a la tête de 8 pouces de long, de y pouces de large vers fon milieu ; le manche, y compris fon étançon, iy pouces de long; le bois de toute la raquette a un demi-pouce d’épais fur un pouce.
- La demi-paume n’eft autre chofe qu’une raquette, dont le bois eft moins épais , ce qui la rend plus légère.
- La raquette en battoir efl: une raquette toute droite , imitant le battoir, & plus étroite que la raquette ordinaire.
- Les inftruments font entièrement de bois de làule, collés, nervés, recou-? verts de parchemin : ils font au nombre de quatre ; le Battoir, le demi-Battoir, le Triquet, le demi-Triquet.
- Le battoir B, efl: compofé de trois pièces qui forment fa tête ; çelle du mi-î
- * Recherches de Pafquier.
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- ART DU P AU M1ER-RAQUET1ER: 7
- lieu prolongée fait le manche : la tête a 8 pouces de long, y pouces de large ; le manche a un pied de long.
- Le demi-battoir C eft de trois pièces arrangées comme au battoir ; la tête a 9 pouces de long* 4 pouces de large; le manche a 13 pouces & demi de long.
- Le triquet D n’eft que d’une pièce ; il a 8 pouces & demi de tête , laquelle a 2 pouces trois quarts de large ; le manche a 14 pouces de long.
- Le demi-triquet E n’eft auffi que d’une pièce ; fa tête n’a que 2 pouces & demi de large , le refte des proportions comme au triquet.
- Les meilleurs de tous ces inftrumens de bois fe font à Liancourt, près de Clermont en Baflîgny.
- De la Raquette & de fa conjlruïïion.
- Les matériaux qui entrent dans la conftruétion de la Raquette, font les fuivans.
- Le bois de frêne.
- Le bois de tilleul, ou autres bois blancs.
- La corde ou ficelle de boyau.
- Les nerfs de la jambe de derrière du bœuf, réduits en fïlafïè.
- Le parchemin.
- La colle-forte.
- La bazane blanche.
- La fciure de bois de chêne tamifée.
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- Injlruments & Outils.
- Planche IL Le chevalet A.
- La chaudière B.
- Le chevalet à étançon F.
- Le moule à raquettes C.
- La poltriniere de liège D.
- Le billot G.
- L’enclume & cizeau I.
- La preffe K.
- Le banc à percer Z.
- La poitriniere de buis H.
- Planche III.
- Les cabillets de fer 8c de bois I, u La chevrette Z, & fes coins M. Les trois compas JV ,N, IV.
- Le vilbrequin avec l’égravoir G.
- Le vilbrequin avec la mèche H.
- La gouge Q.
- Les clous à raquette K, K.
- Le poinçon fimple r, double B.
- Les grattoirs P.
- Les brides de fil de fer T.
- Les billards S.
- Planche V\
- La Mette,Tfe’. D.
- Un gros étau de bois à mâchoire ferrée, pareil à celui des Ebéniftes.
- A , Planche V.
- Le four à colorer. Voyez la Vignette. Les râpes à bois.
- Le truffequin,
- La peau de chien.
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- ART. DU P AU MIE R-R A QU ET 1ER.
- , Le Travail de la Raquette.
- Former la Raquette.
- Le frêne, en latin fraxinuf excelfior, efl: le feul bois avec lequel Qn puifTe faire de bonnes raquettes : les billes du tronc de cet arbre qu’on y deftine, doivent être les premières coupes fur la racine de frênes âgés de dix ans, & avoir cinq pieds de long : celles d’au-deffus de cette première coupe n’y valent rien; elles font caffantes. On les refend en échalas, qu’on met en bottes pour les vendre ; mais parmi les Maîtres, ceux qui s’adonnent aux raquettes, font toujours mieux de choifirla bille entière 8c bien faine, de la refendre eux-mêmes avec le coutre de bûcheron, les échalas avec la hachette, pour enfuite les planer fur leur chevalet : c’eft à cette derniere façon que commence le métier.
- Le bois de tilleul, ou autre bois blanc , ne fert que pour l’étançon dont on parlera bientôt.
- Planche IL Quand i’échalas efl: taillé groffîérement, comme il vient d’être dit, il s’agit ie Chevalet A je rendre égal d’un bout à l’autre : pour cet effet, le Paumier s’afleoit fur le banc du chevalet A, 8c pouffant en avant avec fon pied la pièce mobile, il en amene la tête contre la planchette : cette tête garnie en-defîous de quelques pointes, ferre I’échalas, & l’empêche de glifler ; alors il le plane fuccefllve-ment 8c quarrément d’un bout à l’autre , à l’épaifleur d’un pouce fur un demi-pouce.
- Les échalas étant planés, on prend le milieu de chacun, que l’on marque d’un trait de crayon rouge; on prend enfuite le milieu de chaque moitié qu’on marque de même ; ces traits divifent I’échalas en quatre parties égales : on porte ces échalas ainfi marqués à la chaudière qu’on remplit d’eau.
- La chaudière efl: de cuivre rouge , de forme quarrée ; elle a cinq pieds de long, neuf pouces de large &un pied de profondeur , pofée fur fes pieds dans une cheminée ; on met une pierre par-deffus les échalas, de peur qu’ils ne fur-nagent, 8c on les iaiffe tremper ainfi à froid pendant plufieurs jours.
- Lorfqu’on veut commencer le travail delà raquette,on fait grand feu fous la chaudière , pour faire bouillir les échalas pendant une bonne heure, & lorfqu’on les juge fufHfamment pénétrés 8c amollis, on les prend l’un après l’autre pour les façonner.
- On porte d’abord I’échalas tout chaud fur le moule à raquettes. Le moule à à Raquettes C. ra(juettes efl- un morceau de planche de chêne , épais d’un pouce 8c demi, taillé en tête de raquette affez groffîérement, pofé fur un établi, auquel il efl: fermement attaché par une grofle vis de fer à tête platte 8c quarrée, qui le traverfe ainfi que l’établi, 8c fe ferre en-deflous avec un écrou : ce moule eft accompagné de trois grofles chevilles de bois rondes, qu’on fait entrer 8c
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- Chaudière B.
- Le Moule
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- ART DU P AU MIE R-R A QU ET 1ER. 9
- ïbrtir le bas* comme fi c’étoit des bouchons, dans autant de trous faits à l’établi ; la première , a, entre environ à un demi-pouce du haut du moule ; les deux autres, h>c, font placées à un bon pouce du bas du moule. Vis-à-vis de l'intervalle qui eft entre ces deux dernieres chevilles : à trois ou quatre pouces en avant, efl: une cheville de fer debout, d. /
- On commence par lever la première cheville a, on applique le milieu de l’échalas marqué de crayon rouge fur fbn côté large, contre le milieu du haut de la tête du moule : on renfonce tout de fuite la cheville, qui le ferrant contre le moule , l’empêche de fe déranger : alors on le ploie le long des côtés du moule , Sc on examine fi les deux autres traces de crayon rouge fe rencontrent au bas du moule, vis-à-vis l’une de l’autre : cela étant, on leve chaque cheville, b ,c, l’une après l’autre ; Sc quand chaque côté a été amené en-dedans, on les renfonce , ce qui contraint les parties baffes de l’échalas de s’appuyer contre la cheville de fer, d; les chevilles remifes en leur place, ferrent Sc rapprochent l’une de l’autre les deux portions qui doivent devenir par la fuite le manche de la raquette ; on entoure cet étranglement entre les chevilles & le bas du moule, avec plufieurs tours de ficelle que l’on ferre bien : alors la raquette efl moulée : le haut, a, fe nomme la tête ; les deux côtés, b, b, les jambes ; le bas à l’endroit ficelé, c, le collet ; Sc les bouts reflans, d, d, le manche.
- Une des pièces les plus néceflaires aux Raquetiers lorfqu’ils travaillent la raquette, efl ce qu’ils nomment la poitriniere de liège, parce que, foit qu’ils foient debout ou affis, ils ont très-fouvent quelque partie de la raquette appuyée contre i’eftomac : cette poitriniere efl une petite planche d’environ fix pouces en quarré , fur laquelle efl collé un morceau de liège de la même étendue ; on y attache des courroies qui fe bouclent fur les reins.
- Auffi-tôt donc que la ligature efl faite, l’échalas étant encore chaud , on l’enleve de defliis le moule, & on porte fans tarder cette raquette ébauchée au banc à dreffer, E ; Sc là à force de pefées, & en la contraignant de différentes maniérés entre les fers, le marteau, les crochets Sc crampons, dont le banc efl garni, onia dreffe , c’eft-à-dire , on parvient à lui donner le biais qu’il faut que la tête ait pour être bien à main, telle qu’on la voit, PL V. On conçoit bien qu’il efl impoffible de décrire tous les mouvements Sc les coups de lévier que l’Ouvrier exécute dans cette occafion ; c’eft une affaire de pratique.
- Après que la raquette efl à fon point, Sc de peur qu’en refroidiffant les jambes ne fe rapprochent, fur-tout vers le collet, on les maintient dans leur écartement par le moyen de deux régies , l’une de fer, l’autre de bois , qu’on fait entrer vers le bas des jambes, on les nomme des Cabillets, PL III. i9I. On pofe â’abord celui de fer, i, Sc au-defliis celui de bois, I, qui efl un peu plus long : çn laiffe en cet £tat la raquette fe refroidir.
- P A U MI E R-Ra QU ET 1ER.
- PL IV. J%. i ; Noms des parties de la Raquette.
- Planche 11. La Poitriniere de liege D.
- Le Banc à dreffer E.
- Planche III. Les Cabillets de fer & dô bois , i, L & Planche IV*
- fig' !•*>/
- ç
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- Planche III. L’Elançon O,
- Planche IL Le Chevalet à étançon F,
- Le Billot G.
- la Cheville g,
- l’Etau de bois.
- la Poitriniere de buis H*
- Planche III. l'Egtavoix G%
- 10 ART DU P AU MIE jR-R A Q UE T IER. -,
- Tout manche de raquette eft garni de fon étançon ; ce qu’on appelle étançon eft une tringle platte de bois de tilleul, ou de quelque autre bois blanc : on la plane d’un pouce fur un fens , & d’un demi-pouce de l’autre ; mais comme un des bouts doit être évafé en éventail, l’Ouvrier fe fert d’une efpece de chevalet fait exprès, au moyen duquel en pofànt & ferrant fà tringle dans les entailles & taffaux , il la travaille fur tout fens pour la figurer comme il vient d’être dit : cet étançon fe pofe entre les deux bouts de la raquette deftinés à en faire le manche , & il en remplit le collet ; on lui donne ordinairement quinze pouces de long.
- Pour continuer le travail de la raquette qu’on a laiffé refroidir, on la reprend dans l’état où on l’a quittée , c’eft-à-dire, ficelée au collet & appuyée en-dedans par les deux cabillets ; on la porte au billot, vis-à-vis duquel on s’afleoit : le billot eft une efpece d’établi quarré, bas & malîîf * dont la table a fix pouces d’épais, les quatre pieds à l’avenant font folidement arrêtés au plancher avec des pattes, & même à la muraille quand on le peut : il eft garni fur fa table de piufieurs crochets St crampons ; St fur fon épaifleur, de plufîeurs enfoncements en rond St en long; le tout pour affeoir folidement la raquette en la travaillant : le crampon le plus proche du bord fert à retenir ce qui fe nomme la cheville, g ; elle eft de bois : le Raquetier fait lui-même fes chevilles de différentes formes, fuivant quelles lui conviennent; elles fervent à appuyer la raquette ; tout cet appareil fert à en planer le contour. L’Ouvrier étant donc afîîs vis-à-vis du billot & armé de fa poitriniere, appuie fa raquette contre l’entaille de la cheville, tantôt par la tête, puis par le manche, Stc. St la plané en l’air , abattant & adouciffànt les vives arrêtes extérieures dans tout le pourtour; il en redrefle aulîî les portions qui auroient pris un peu de cambre en yefroidiflànt ; les crochets St crampons lui aident à forcer un peu à droite ou à gauche : enfin, il la tourmente jufqu’à ce qu’elle foit devenue également à plat d’un bout à l’autre : le contour de la tête en-dedans ne fe plane pas , on fe fert d’un gros étau de bois à mâchoires ferrées, femblable à celui des Ebé-niftes, dans lequel on arrête la raquette, & on l’arrondit avec une râpe à bois. -
- Tout cela étant fait, l’Ouvrier met l’étançon en place, c’eft-à-dire, qu’il le fait entrer entre les deux côtes du manche, & l’ajufte avec la râpe, de maniéré qu’il joigne par-tout, & qu’il remplifle exaélement le collet de la raquette ; alors il s’arme de la poitriniere de buis : cette féconde poitriniere eft compofée d’une petite planche quarrée avec fa ceinture, femblable à celle de liège ci-defliis ; mais au lieu de liège eft cloué un morceau de buis rond St élevé en forme de mammelle, au centre de laquelle eft un petit creux fait pour recevoir le bout d’un vilbrequin, à l’autre bout duquel il place d’abord l'égr avoir, outil de fer terminé par une pointe qui s’élève entre deux coupants,
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- t
- Planche IV.
- fa* 4- il*
- ART DU P AUM1ER-RAQUETIER* ir
- reflèmblant en petit à un pareil inftrument dont les Tonneliers fe fervent pour percer les tonneaux, qu’ils appellent un perpoir:il remet & ferre la ficelle au collet, puis appuyant la raquette contre le billot, il commence avec cet outil quil pointe au-defïous de la ficelle, un trou qui doit recevoir en cet endroit la tête d'un clou à raquette p ; puis febftituant une mèche de fer à ce premier outil, il achevé de percer d’outre en outre :1e clou qu’il enfonce enluite, doit La Mèche if. avoir un pouce & demi de long ; mais avant de l’enfoncer, il prend la gouge, à raquette K; avec laquelle il fait une rainure au-deflous, 8c qui communique au trou, par lequel la queue du clou doit fortir ; cette rainure fert à la loger , de peur quelle ne dépafle : le clou étant entré, 8c fa tête noyée dans le trou de l’é* gravoir, il porte la raquette lur l’enclume I ; cette enclume eft attachée de- Planche IL
- _ i» o > n , • l'Enclume ôc
- bout au milieu d un billot rond, & n eft autre chofe quune pointe de fer allez le Cizeau, J, i, grofîe & haute de trois à quatre pouces, à quelque diftance de laquelle eft une lame de fer *, aufîî debout, large de deux pouces,haute de deux à trois f
- pouces, de trois lignes d'épais, terminée quarrément par un double bizau , nommée le cizeau : ce cizeau ne lui lert que pour cafter le bout de la queue du clou, quand il la juge trop longue : il recourbe fer l’enclume cette queue, pour la faire entrer 8c la river dans la rainure , de façon qu’elle y Ibit perdue ; enfuite il fait couler la ficelle le long du manche jufqu’au bas, ou il la reflbrre, 8c il enfonce de la même maniéré de diftance en diftance le long du manche , deux autres clous en fens contraire du premier ; ceux-ci ne doivent avoir qu’un pouce de long ; il ôte la ficelle comme inutile, & le manche a fa derniere façon ; il remet les cabillets en place, pour entretenir toujours l’évafement des jambes vers le collet.
- Une raquette pour être bien faite, doit être applatie fer lé haut de la tête & le long des jambes ; il s’agit maintenant de lui donner ce pli en repouflànt ces parties pour les fedrefler; on en vient à bout en fe fervant de la chevrette avec {q9 coins 8c de la prefle.
- La chevrette L, eft un inftrument de fer, compofé à un de fes bouts d’une Planche IIL fclpece de crampon large,fait de façon à pouvoir embrafler le collet de lara- &fescoinsm. quette ; le refte eft une tringle de fer quarrée, tqjrminée par un crochet ; tout 2*
- l’inftrument a onze pouces de long : on le pface d’abord au collet, 8c fa tringle qui fe couche le long du milieu de la tête de la raquette , la dépafle d’en-’ yiron trois pouces ; c’eft dans cet intervalle qu’on chafle deux coins de bois à l’oppolite l’un de l’autre, & qu’on les ferre à coups de marteau , entre le crochet du bout de la chevrette & le defliis de la tête delà raquette, que cette preffion contraint à rentrer ; mais comme cette force occafionne l’évafement des jambes, on y remédie en même temps par la preffè K, dans les entailles étanche IL de laquelle on place la raquette horifontalement ; cet inftrument au moyen La Preffe K* 4e fa vis, ferre fortement fes jambes, 8c les rédrefle ; on laiffe quelque temps
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- Planche III. La Bride T. & Planche IV. F‘g-z-S>S'
- Percer la Raquette.
- Pl.îV.fg.^
- )
- Planche IIL les 3 Compas 2\T,IV,i\L
- Planche IV.
- Marquer les Trous.
- 12 ART DU P AU MIE R-R A QU ET 1ER
- en prefTe la raquette ainfi ferrée de toutes parts, Sc lorfqu’on l'en ôte, on de-* fait la chevrette , & on maintient les jambes par une bride de fil de fer quon fait couler par le milieu. *
- Percer la Raquette.
- Il s’agit maintenant démarquer les places des trous qu’il faudra faire pour y lacer la corde à boyau, qui doit garnir comme un treillage le vuide de la tête de la raquette : ces trous doivent former deux rangs fur tout fon pourtour extérieur , Sc y être elpacés de maniéré qu’ils ne fe trouvent jamais parallèles f un à l’autre, m; mais que chaque trou d’une rangée réponde à l’intervalle entre deux trous de l’autre , Sc que lorfqu'ils feront percés fuivant l’Art, ils ne forment qu'une rangée n, au milieu de la lurface intérieure du tour de la raquette : voici comme cette opération s’exécute. On commence par alligner de deux traits de truflequin les deux rangées extérieures, un trait le long de chaque bord ; on prend enfuite une laniere de cuir a fiez longue, pour quelle puifle faire par-dehors le tour de la raquette, oblervant que fes deux bouts fe rencontrent jufte vis-à-vis l’un de l’autre au commencement du manche : alors on la ploie en deux, on fait avec le poinçon un trou à cette laniere, à l'endroit du pli, on la rapporte autour de la raquette ; le trou qu’on vient défaire, indiquera jufte le milieu du haut de la tête ; on y fera une marque avec le poinçon ; la laniere ôtée, on fe fervira des trois compas l’un après l’autre.
- La forme de ces compas eft platte : ce font de petites planchettes de bois percées en oval dans leur milieu, pour pouvoir y pafler les doigts afin de les tenir ; ils ont trois à quatre lignes d’épais : fur l'épailfeur d’un de leurs bords coupé en ligne droite, eft un rang de pointes de fer différemment diftribuées fur chacun : celui dont on fe fert le premier, a dix pointes longues de 3 lignes, diftantes de £ lignes, excepté les deux premières pointes de l’un des bouts , dont l’intervalle n’eft que de deux lignes ; le fécond a 18 pointes de fix lignes de long, efpacées également à trois lignes l'une de l'autre ; le troifieme a neuf pointes,dont huit font efpacées comme celles du fécond,& laneuvieme eft à un pouce de fon avant-derniere ; elle a fix lignes de long, Sc chacune des autres va en diminuant de longueur petit-à-petit, de forte que la première n'a que $ lignes de long.
- On commence par appliquer la fécondé pointe du premier compas qu’on vient de dire être à deux lignes de la première dans la marque précédemment faite au milieu de la tête, & appuyant les autres pointes le long d’une des rainures tracée avec le truflequin, elles marqueront des points aux endroits où doivent être les trous : on continue avec le fécond, puis avec le troifieme compas ; on reporte le premier compas au milieu pour marquer l’autre côté : en fuivant la même méthode, on marque enfuite l’autre trait de truflequin de
- la même
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- ART DU PAUM1ER-RAQUETIER. x%
- la même façon , obfervant cependant, comme il vient d'être dit, que ces manques fe rencontrent vis-à-vis des intervalles entre deux marques de la première rangée faite, de cette façon \ Voyez puv.fig.4. <
- Les places de tous les trous étant indiquées, l'Ouvrier s'afleoit* jambe deçà jambe delà, fur le banc à percer L, vis-à-vis un petit coffret quarré d'environ un pied de haut, qui y efl; attaché, fur le deffus duquel, à deux pouces du bord qui regarde l'Ouvrier, font plantés deux bouts de fer, enveloppés de peau liée aufour ; ils ont deux pouces & demi de haut, & font diftants l'un de l'autre de trois à quatre pouces : il prend fa raquette de la main gauche, puis armé de fa poitriniere de buis, & pofànt, de marque en marque des compas, la mèche qu'il a mife au bout de fon vilbrequin , il fe met à percer î il doit percer dix-huit trous à la tête, autant au bas des jambes & au colet, avep une meche de diamètre à faire un trou d'environ une ligne, & le furplus avec une plus fine de la moitié ; les quatre derniers gros trous du colet de chaque côté, doivent percer au-travers de l'étançon, fortir & fe trouver rangés fur le milieu de fon épaiffeur en-dedans de la raquette : on gouge enfuite lès deux rangs de tous les gros trous de la tête, c'eft-à-dire, qu'on fait avec la gouge une rainure dans le bois d'un trou d'une rangée au trou de l'autre ; les fix trous qui font au tournant fur le côté élevé, fe gougent en zigzag ; tous les gros trous font pour les montants, & les petits pour les travers : ce qui fera expliqué ci-après, Voy ez l'efpece de ruban faétice qui entoure la raquette, PL V. où tous les trous font marqués. Quand la raquette efl; percée & gougée, comme il vient d'être dit, on fe remet au billot pour la polir, d'abord avec le grattoir P, qui commence à l'unir : cet inftrument fe fait avec des portions de lames d'épée , à chaque bout defquelles on met des manches de bois : on achevé le poli avec la peau de chien, on lui remet la bride de fil de fer ; alors elle efl: en état d'aller, au four pour lui faire prendre la couleur de marron.
- Planche IL Le Banc à percer JL.
- Percer îa Raquette*
- Planche HL les Gratoirs P*
- Brunir la Raquette.
- Le Four efl; de maçonnerie, de trois pieds ou plus en quarré, de cinq à fix Planche tir, pieds de haut, ayant une ouverture à quatre pieds & demi de terre,qu'on fer- ^"foutÎ* me avec un volet : à raze-terre efl une petite arcade qu'on ferme de même : on fcelle dedans, à quatre pieds ou environ de terre, plufieurs tringles de fer d'équerre avec le mur : on enfile les raquettes fur ces tringles, elles y pendent le manche en-bas, on obferve qu'elles ne fe touchent point : on ferme
- le volet d’en-haut, & on fait entrer par l'ouverture d’en-bas de la fciûre de iafcîûrêde
- cliônC'
- bois de chêne tamifée avec foin, de peur qu'il ne s'y trouve quelque petit ^ éclat de bois dont la fumée gâteroit l'opération : on allume cette fciûre, on ferme le volet d’en-bas ; on a foin de remettre de la fciûre à mefure que la précédente fe confume ; on ne retire les raquettes du four qu’au bout de deux PAUMI ER-RA Ql/ETIER. D
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- Planche III.
- Tranchet-gouge Q.
- Le Nerf.
- Planche IV. La Liffette A.
- le Parchemin.
- ».
- Montants & Travers,
- i
- 14 ART DU P AU MlER-RAQUETIER.
- jours & deux nuits, & meme un peu plus en temps humide : la fumée de cette fciûre colore très-bien le bois : à mefure qu on retire les raquettes du four, on reflerre les clous du manche , & on ne les reprend plus que pour nerver l’étançon , & enfuite les corder.
- L’étançon après avoir été pofé en là place, a dû être râpé au niveau des .deux côtés du manche ; il s’agit maintenant de le nerver par en-haut jufqu’au tiers de fa longueur, & de coler enfuite du parchemin par-defliis la nervure y le tout afin de fortifier fon bois qui eft tendre : cette opération, qui lui donne de l’épaifleur, Féleveroit au-de {fus de fon niveau ; c’eft pourquoi il eft nécef faire, avant de la faire, d ôter du bois : pour cet effet, on prend un court tranchet quon nomme Gouge , avec lequel on coupera une bonne ligne d’épais du bois de l’étançon de chaque côté , depuis le haut jufqu’au tiers de fa longueur ; on a du nerf pris entre le jarret & le pied de derrière du bœuf, & réduit en filafle, ( le meilleur fe prépare à Poitiers') ; on l’étend à égale épaiflèur, on lenduit tout de fuite de colle-forte, & on paffe deffus le tout la liffette A, petit outil d’os mince , plat 8c arroiidi par les bouts : on laifle fecher : quand le nerf eft fec, on prend , pour ainfi dire , la mefure de l’étançon, en taillant deffus du papier , pour enfuite fur ce papier couper le parchemin, au bout large duquel on laiffera une longueur de demi-pouce de plus * qui fe rabattra fur l’épaifleur de l’étançon en dedans de la raquette quand on collera : il faut tailler ainfi deux pièces de parchemin pour un étançon, une de chaque côté ; ces pièces collées ne pafferont pas la nervure.
- Quand on veut pofèr le parchemin, on commence par étendre de la colle-forte, on appliqué tout de fuite le parchemin, que l’on unit bien par-tout avec la liffette ; quand il eft bien collé, on découpe avec des cizeaux la longueur de demi-pouce qui dépafle , dont nous venons de parler, de la façon dont fe découpe le bout d’un ruban pour l’empêcher de s’éfiloquer ; on enduit de colle l’épaifleur du deffus de l’étançon , on y applique ce furplus découpé qu’on unit de même avec la liffette ; on fait les mêmes opérations de l’autre côté, alors l’étançon a fa derniere façon ; il ne s’agit plus que de corder la raquette.
- Corder la Raquette.
- *
- Corder une Raquette, c’eft remplir de mailles quarrées tout le vuide de fà tête ; on n’y emploie que de la corde à boyau de deux grofleurs différentes : celle qu’on emploie pour les montants*, ( on appelle ainfi les rangs qui vont de haut en bas )9 fera de la groffeur d’une ficelle ordinaire, & celle qui doit faire les travers, ( c’eft ainfi qu’on nomme les rangs qui croifent les montants )9 doit être de la moitié moins groffe : il faut pour corder une raquette de Paume
- * Pour mieux comprendre ce qui va fuivre, lifez l'Explication des Figures BB CC de la Planche V* à la fin de cet Art.
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- Corder les montants»
- ART DU PAU MIER-RAQUETÏE& i$
- ordinaire quatre aunes 8c demie de grofle corde, & neuf aunes de petite ; tous les .trous faits autour de la raquette fervent à paffer ces cordes, d'abord les montants, enfuite les travers ; les montants feront au nombre de 18,8c les travers 32 ou 3 3.
- Pour fe préparer à corder, on commence par enfoncer en tournant un Planche lit poinçon rond 8c poli r , dans tous les trous,pour les adoucir 8c les rendre plus ï>oin^on r* coulants : il faut fe fervir de deux poinçons , un plus gros pour les gros trous ; enfuite on prend la corde deftinée aux montants, on la plie en deux, on fait paflèr le pli dans un crochet attaché à la muraille ; on la tire avec force pour Fallonger 8c l'égalifer, on la frotte en même temps de favon afin de la rendre plus coulante lorfqu elle palfera dans les trous ; enfin on commence à corder par les montants : pour cet effet, on paffe de dehors en dedans les deux bouts de la corde dans les deux trous du milieu du haut de la tête , d'où on les conduit de dedans en-dehors dans les deux trous du milieu de l'étançon Pl.iv.fig. 3» qui fortent au bas du collet ; on les enfile enfuite dans les trous voifins tant en- quette cordée bas qu'en-haut, tendant toujours le plus qu'on peut, jufqu'à ce que les dix- £cs mon^ huit montants foient paffés ; & pour les faire roidir davantage , on paffe aux
- feize trous d’en-bas B B, fous le montant extérieurement contre le bois, quand Planche V.
- ^ B}B.&C,Cé
- on le fait fortir d'un trou pour entrer dans l’autre, deux petits bouts de corde à boyau, qu'on place fous le montant même, au milieu de l'intervalle qu'il parcourt entre le trou dont il fort & celui où il entre. Voyez Planche V*jig. CC.
- Quant aux trous d'en-haut, on loge la corde à mefiire dans les rainures de communication d'un trou à l’autre, qu'on a précédemment faites avec la gouge, comme il a été dit ci-deffus*: quand tout eft paffé, on fait un nœud pour arrêter : s'étant enfuite aflîs, on pofe le manche de la raquette dans quelque enfoncement à une muraille, ou ailleurs; & appuyant la tête debout contre fon Lventre, on tire d'une main par le milieu 8c en élevant, 8c le plus fort qu'on peut, le montant qui dans cette fituation fe trouve le plus bas, celui d'enfuite de l'autre main , & tous fucceflîvement l'un après l'autre ; cette force allonge 8c tend la corde de plus en plus : on recommence cette manœuvre à plufieurs reprifes, jufqu'à ce qu'on fente que tous les montants font tendus bien ferme;
- 8c comme cette forte tenfion tire à elle le haut &le bas, elle fait écarter les
- côtés, 8c rend la raquette plus courte 8c plus large quelle ne doit être : on la
- met dans la Preffe K, PL IL dont l'effet eft de rapprocher les jambes ; & afin *
- d'empêcher, que la raquette étant hors de preffe ne reprenne le même pli, on
- fait entrer à force un ou deux billards qui roidiffent fur la longueur : le billard Planche îw
- eft une tringle de fer de 11 pouces de long, terminée en crochet par un bout, pianehe lh
- 8c par l'autre en une vis ; l'écrou qui tourne deffus a deux branches, dont cha- **
- cune fait l'effet d’un autre crochet, qu'on peut avancer ou reculer plus ou
- moins.
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- Corder les Travers.
- Planche V. IL
- Fig. A.
- Le Poinçon double. Planche III. R.
- Le
- Doublement-.
- PlancheV.IIL
- 16 ART DU PAU Ml E R-R A QU ET 1ER*
- Le billard étant pofé, on ôte la raquette de la preffe* & on fe prépare à corder les travers ; pour cet effet* après avoir tiré Sc favoné la corde des travers comme il a été fait à celle des montants* on en paffe un bout dans le premier petit trou du haut d’une des jambes, on tire par-dedans la corde jufqu’à la moitié ; Sc pour la paffer de montants en montants * on lui fait faire un tour de deffus en deffous autour du premier , du fécond & de tous les autres ; on parvient ain fi jufqu'au premier petit trou de l’autre jambe* on paffe au-travers & on rentre au trou de deffous pour faire un fécond rang, &c. Cette moitié de corde doit faire huit travers ; on prend enfuite l’autre moitié qui eft reftée en-dehors* & on la defcend dans le neuvième trou * elle doit faire fept autres rangs de travers * une autre corde en fera douze au-deffous des lept derniers : voici déjà nj travers ; fur quoi il eft à remarquer que tous les travers qu’on vient de faire* fe commencent par le haut Sc finiffent en-bas * Sc qu’au contraire on commence a les tirer pour les tendre par le bas , Sc on finit par le haut * où il refte encore un vuide fans travers : on va expliquer tout ceci. Tirer les travers* c’eft les tendre : pour cet effet,on prend un poinçon qu’on pafîefous chaque maille* on la faifit entre le poinçon Sc le pouce ; & tirant à foi ,1a corde ferre le montant & s’allonge : on tire ainfi par trois fois maille à maille tous les travers * commençant par le dernier rang* c’eft-à-dire,,leplus proche del’étançon* Sc finiffant en-haut au premier rang par lequel on a commencé ; cette forte ten-fion allonge affez les bouts de corde pour fournir à faire les cinq ou fix travers qui doivent achever de remplir le haut de la raquette : ces cinq travers paffés , tirés & arrêtés par un nœud, complettent le nombre de 31 travers qui doivent barrer toute la raquette : il ne s’agit plus que d’égalifer les mailles quarrément * Sc de doubler enfuite dix ou douze montants de la tête à leur origine pour les affûrer* en les empêchant de vaciller dans leurs trous : la première de ces' deux opérations qui confifte à égalifer les mailles en rangeant les travers en lignes droites * de façon qu’avec les montants ils repréfèntent des mailles régulières, s’exécute ainfi : on prend le poinçon double jR, c’eft-à-dire * qui fait la fourche ; avec cette fourche on embraffe un montant quelconque * Sc en pouffant en-avant ou en-arriere le nœud du travers qu’on veut alligner * on le fait couler à l’endroit où il doit refter, A l’égard du doublement des dix ou douze montants, on fe fert de bouts de corde à travers : on commence par faire un nœud à une extrémité , dans lequel on enferme une petite portion de corde de montants, on paffe l’autre extrémité dans le trou du montant qu’on va doubler; le nœud qui contient la portion de corde* forme une groffeur qui s’arrête dans le trou 0 ; alors ayant la raquette du côté des nœuds* IL Sc prenant l’extrémité qu’on a paffée, onia plonge de deffus en-deffous* III. dans la première maille à droite du montant i, on la ramene de deffous en deffus par la première maille à gauche / * on la replonge dans la
- fécondé
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- ÂRT DU PÂÜMl ÊR.-R Â QU ETÏÊÈ; if
- fécondé maille du même côté ky & on. la ramene par la première maille à droite i, dans laquelle on l’avoit fait entrer en commençant ; on tire à foi le bout m ; tous ces tours fe ferrent, & font une efpece de noeud joignant celui du travers : on repart de ce nœud pour en faire un pareil au travers du de£ fous b , de-là un autre c, 8cc. jufqu’à ce qu’on en ait fait cinq ou fix au même montant ; après quoi on coupeie reliant du bout : c’efl ainfi qu’on double les io ou 12 montants le long de la tête, & la raquette elt entièrement cordée.
- On finit par envelopper le manche aux deux tiers de là longueur par plu-fieurs tours de peau de mouton blanche VV, qu’on arrête en-haut & en-bas avec des broquettes : onia remet un moment dans la prelfe pour y pofer un billard ou deux y afin qu’elle fe maintienne dans la forme ; puis ayant ôté les billards, on la lie du haut en-bas en bandoulière de gauche à droite avec une corde à boyaux:pour la mêmeraifonon la laifle ainfibridee jufqu’à ce qu’on
- Planée 1V.S Fig. s- F , Ri
- Planche IIL À*
- veuille s’en fervir.
- D Ë LA B A L LË.
- Les matériaux qüi fervent à la confflruélion de la Balle font les luîvans ï
- Des chiffons ou recoupes d’étoffes de laine , comme drap , ferge , &c.
- De la ficelle faite exprès très-peu torfe > que les Cordiers nomment Ficelle à balles,
- Du gros drap blanc neuf
- Inji rument s é
- La Boëte à balles x.
- Le Bilboquetjy.
- Le Moule à balles.
- 'Travail de ta Balte.
- ^ Les Balles de Paume font les inflruments de ce Jeu les plus indilpenfables : voici comme elles fe conflruifent.
- Comme les lanières de chiffons qu’on a du préparer en les taillant à un demi-pouce, ou à trois quarts dé pouce de large, fe rencontrent de longueurs différentes* on commence par en affembler côte à côte un demi-pouce d’épais ^
- fur une longueur d’environ fix pouces : on les tourne d’abord toutes enfembld par un bout entre les deux doigts, de la façon dont on commenceroit une boucle de cheveux pour la mettre en papillote ; on diftribue enfuite le fur-plus dans fos mains en tous fens * de maniéré qu’on parvienne à en faire une petite boule bien ronde, groffe comme une noix ; c’eft ce qu’on appelle le noyau : on continue en tournant autour de ce noyau d’autres lanières * une à Le jSidyâü* une de différents fens * jufqu’à ce qu’on foit arrivé à Pépaiffeur de deux pouces , plus ou moins ; je dis plus ou moins, parce qu’on doit faire les balles en pror Pàumier-Raquetier. E
- > Flanche HL
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- La Boëte à balles.
- Le Moule à balles.
- La ficelle à balles.
- ï8 ART DU P AU MIE R-R J QU ET 1ER.
- portion de la longueur du Jeu de Paume, plus petites lî le Jeu eft plus court, & plus grofles fi le Jeu eft plus long.
- Planche III. Lorfqu’on eft parvenu à la grofleur qu’on défîre , on la porte fur la boëte à balles: cet infiniment eft un morceau de bois arrondi au Tour* de huit pouces de haut, renflé par les deux bouts, terminé d'un côté par une queue du même morceau deftinée à être enfoncée dans un trou fait fiir le deflùs d'un banc, d’un établi ou ailleurs, afin que l’inftrument s y trouve debout. Voyez Planche IL p. La fuperfîcie du bout d’en-haut doit être concave, & c’eftfiir ce creux que l’on tourne & retourne la balle de la main gauche, pendant qu’on la frappe légèrement avec une petite maflè de fer, afin de la condenfèr fur elle-même, & en même temps de laf endre bien ronde ; pour s’aflurer enfuite fi elle a la grofleur qu’on lui demande, on prend un moule à balles.
- Le moule à balles eft une planchette mince, terminée par un petit manche pour pouvoir la tenir quand on fait l’épreuve : cette planchette eft percée d’un trou rond ; on en a de différents diapafons : il faut que la balle paflebien jufte au travers du moule qu’on a choifî ; lorfque la grofleur eft trouvée, il s’agit de la maintenir en liant la balle de plufieurs tours de ficelle.
- La ficelle qui doit fërvir à cet ufage, fe nomme chez les Cordiers Ficelle à halles : elle eft peu torfe afin qu’elle s’applatifle aifément, & ne fafle point de bofles quand elle fera pofée : on la roule d’abord par portions féparées une fur le milieu de la boëte à balles, une autre fur le bilboquet.
- Le Le bilboquet eft un petit morceau de bois réduit au Tour à cinq pouces
- Bilboquet y. jg fong fur un demi-pouce de diamètre, terminé à chaque bout par un renflement en forme de bouton : on peut le comparer aux bobines fur lefquelles on dévide le fil d’or & d’argent.
- Quand on veut ficeler, on commence par joindre avec le nœud de Tifle-rand la ficelle de la boëte à balles avec celle du bilboquet ; puis prenant la balle de la main gauche , on la pofe fous ce nœud ; enfuite paflant la main droite qui tient le bilboquet par-deflbus la balle, & ramenant à foi & par-deflùs, on fait le premier tour de ficelle , on retourne la balle d’équerre pour le fécond tour; le troifieme tour fe fait d’équerre fur le fécond a : on le termine par un nœud, après lequel on dirige la ficelle en biais des premiers tours, faifant toujours chaque tour en équerre du précédent ; on en fait fept h cette fécondé fois , puis un nœud, enfuite fix c fuivant la même méthode, & un dernier nœud, après lequel on coupe la ficelle : alors la balle eft entourée & liée de feize tours de ficelle qui paflent l’un fur l’autre, & doivent être arrangés , comme on le voit, PL V. a. b. c. L’habitude de ce ficelage eft fi difficile à acquérir, que c’eft ordinairement le chef-d’œuvre de celui qui veut paflfer Maître.
- La balle étant ficelée, on la reporte fur la boëte à balle où on la bat pour
- Ficçîer.
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- ART DÜ PAUMIER-RÂQUEttËR ï$
- la fécondé fois avec la maffe de fer, à petits coups, pour la durcir encore davantage , & afin d'applatir le ficelage ; il ne refte plus qu’à la recouvrir de CôüVrit. drap blanc neuf ; c’eft ordinairement Touvrage des femmes : elles taillent le drap en coupons quarrés loilgs, de plus d’un pouce de large, elles entourent la balle , plaçant ces bandes en croix , St les coulant à furget l'une à l'autre avec fil de Bretagne en trois d\ elles ajoutent & coufent de même les petites pié-ces ovales e,e , lefquelles doivent remplir les intervalles qui fe trouvent né-ceflairement aux côtés de la croix, m, tw,m, m : leur office eft auffi de recoudre les balles qui peuvent fervir encore , lorlque quelques coutures ont manqué ; & pour diftinguer plus aifément celles qui ont befoin de réparation,
- St en même temps pour les reblanchir, on les fafle de temps en temps dans un lac, où on a mis de la craie en poudre ; cette craie leur redonne le blanc ; on les voit de plus loin, & on s'apperçoit plus facilement des endroits où les coutures ont lâché.
- ART DE LA PAUME.
- ï L s’agit maintenant de mettre en oeuvre tous les préparatifs dont on vient de faire l’énumération, d’affembler les Athlètes, St de leur donner l’habit de combat, vêtemens légers, aifés St qui laiiTent au corps toute fa liberté.
- Les Joueurs fe préfentent ou pour peloter, autrement balloter , c’eft-à-dire, Peloter* pour fe renvoyer Amplement la balle, fans luivre aucune des régies du Jeu , ou bien pour jouer partie, en obfervant toutes les régies qui font affez nom-breufes.
- La plupart commencent par fe dépouiller de quelque partie de leur habil- L'habille* îement, quelquefois entièrement ; alors le Maître Paumier leur fournit bon-frets , chemifes, caleçons, camifolles, bas St chauffons * ; ce que l’on nommé ici des chauffons, font des fouliers fans talons ou à talons très-bas, faits entièrement de buffle ou de veau fans apprêt, qui fe bouclent ou fe nouent avec des cordons , & dont le deiTous de la femelle a trois coutures apparentes , difpofées comme on voit PL III. F, pour empêcher de gliffer en jouant : on garnit la petite armoire ou crédence, des rafraîchiffements que les Joueurs demandent , comme pain, vin, bierre, &c.
- Le jeu fini,on nîonte dans une chambre, où on trouve bon feu, devant le- La chambré#1 quel on fe fait frotter à nud St effuyer par les Garçons du Jeu ; cela fait, on reprend fes habits : on ne donne plus de lits comme on faifoit ci-devant, à Mus de lits# caufe de plufîeurs accidents funeftes qui font arrivés pour s’y être endormi
- * L'habillement complet fe paye i j fols ; mais par pièce. chacune fe paye 4 fols, excepté les bonnet qui n'eft que de % fols ; on donne auffi des robes de chambre ; le fagot $ fols , &c*
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- ao À R T DU P AU MIE R-R A Q U ET! E R:
- après avoir été frotté 8c même bien foigné , principalement fi on s’étoît ex-£ cédé ; le fommeil glaçoit les fens dénués d'efprits , & plufieurs ne s’en font Jamais relevés : la mention que Ton en fait ici, eft un avertiffement qui doit faire exclure les lits pour toujours.
- Si quelqu'un étant feul a envie de jouer -, il demande un Garçon du Jeu pour jouer contre lui, foit qu'il veuille peloter ou jouer partie ; quelquefois le Maître s’offre lui-même.
- De la Partie.
- On vient de dire ce que c'eft que peloter ; ce n5eft pas, pour ainfi dire, jouer férieufement, mais paffer le temps fans but & fans autre deflein que celui de faire de l’exercice , au lieu que la Partie eft; le jeu même : on y eft astreint à des régies qui demandent de l’adrefle & du raifonnement, un coup-d'œil prompt & beaucoup d’agilité ; on exerce un Art qui a fes difficultés * & dans lequel il faut du talent pour réuffir. ^
- Il eft de régie que ceux qui s’amufènt à peloter, cedent leur place à ceux qui veulent jouer partie , à moins qu’ils ne fe déterminent à la jouer eux-mêmes.
- Nombre Les Part*es f°nt de deux , trois & quatre Joueurs , jamais davantage ; des Joueurs, c'eft-à-dire , feul à feul, ou un contre#deux, ou deux contre deux : chaque partie eft de fix ou huit jeux , fuivant la convention ; chaque jeu eft de foixante points, dont chaque coup vaut quinze points : on peut donc avoir un jeu en quatre coups décidés , en les gagnant tout de fuite ; cependant il eft très-rare qu'un côté gagne toujours fes jeux en quatre coups, à moins que l'autre ne fût fi foible qu’il ne pût parvenir à gagner un feul coup dans la partie ; ce qu'on Les Jeux. Peut dite n’arriver prefque jamais; ces parties feroient bien faftidieufes pour le côté gagnant, quoiqu'elles fuflent bientôt terminées ; mais on tâche de s'af-fortir à-peu-près d'égale force ; alors on jouera bien plus de coups avant de gagner ou de perdre. Je fuppofe qu'un côté a gagné quinze au premier coup, l’autre gagne quinze au fécond coup , on dit quinze à un; le premier côté encore quinze , qui fait trente ; l'autre , trente à un ; le premier encore quinze, qui fait quarante-cinq tle coup d’après gagné par l'autre, fe dit à deux ; le coup d’enfuite qui gagne, fe dit avantage ; l'autre gagne à deux : avantage d'un côté, à deux de l'autre , augmente encore le nombre des coups, jufqu'à ce que le dernier qui a avantage, gagne tout de fuite le coup d'après ; alors il a jeu : quelquefois le jeu n’eft pas encore gagné au bout de quinze coups & davantage ; faire des chafles, les tirer & les défendre , allonge le jeu : encore cette derniere circonftanee demande à être expliquée le plus clairement qu'il fera poffible, & par conféquent c'eft ici qu'il eft temps de parler des raies & demi-raies noires qu'on voit tracées de diiîance en diftance fur le plancher des Jeux de Paume.
- Lorfquon
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- ART DU PAUMIER-RAQUETIER. 2t
- Lorfqu'on a fixé ci-devant rétendue en long d'un Jeu de Paume à po pieds, on a dit qu'il devoit être carrelé avec des carreaux qui euflent chacun un pied en tout fens : donc tout le Jeu carrelé donnera po rangées tranfverfales ; & quand même les rangées ne feroient pas régulières , on les fuppofe toujours égales , lorfqu'il s'agit d'efpacer les raies noires.
- Une des premières loix du Jeu eft de reprendre la balle qui vous eft envoyée, ou de volée, c'eft-à-dire en l'air , avant qu'elle ait touché le carreau , ou quand elle y a fait fon premier bond ; car ceux qu'elle peut faire fur les toits ou contre les murailles, ne font pas comptés ; il n'eft plus temps de la prendre à fon fécond bond, & l'endroit dans le Jeu où elle touche terre pour la fécondé fois , efl fouvent le lieu de ce qu'on appelle une chajfe ; je dis fou-vent , car il y a dans le Jeu des places qui ne font point fujettes aux chaffes.
- Les raies & demi-raies noires tracées tranfverfalement fiir le plancher, ne fervent qu'à fixer l'œil pour connoître précifément l'endroit où la balle tombée du fécond bond a fait une chaffe : pour cet effet, voici comme elles font diftri-buées par tout le Jeu ; commençant à compter de l'angle que fait le pignon au fond du Jeu avec le plancher, on trace une demi-raie au bout de deux rangées de carreaux, une raie au bout de quatre, une demie au bout de fix ; on fait ainfi fucceffivement des raies & demi-raies de deux en deux rangées de carreaux jufqu'à la quatorzième rangée ; toutes font cottées fur le plan, Flanche L Paffé cette derniere , on ne tire plus que des raies entières qui répondent aux milieux de tous les ouverts, qui font le dernier, xx, le fécond,yy, la porte, zz, 8c le premier, vv, tant au fond du Jeu que devers le Jeu : toutes ces raies 8c demi-raies traverfent d’équerre la grande raie qui partage le Jeu par le milieu dans toute fa longueur.
- Une chaffe efl donc faite à la rangée de carreaux fur l’un defquels la balle n'ayant pas été reprifè à fon premier bond, a tombé pour faire fon fécond bond, foit dans tout le fond du Jeu, foit devers le Jeu , depuis la corde jufqu'à la raie du dernier, xx, au-delà de laquelle jufqu'au toit de la grille, il ne s’en fait point ; voilà le feul efpace dans le Jeu qui en foit exempt.
- La chaffe faite ne caufe ni perte, ni gain ; ce n’eft que lorfqu'on la tire , qu'on peut la gagner, ou la perdre ; 8c on ne peut la tirer que quand on eft paffé, & même on ne pafïe que pour tirer 8c défendre les chaffes ; alors les Joueurs qui étoient au fond du Jeu, vont prendre la place de ceux qui étoient devers le Jeu, & réciproquement.
- Tirer une chaffe efl effayer de la gagner ; on la gagne en ménageant fon coup de façon que le fécond bond de la balle que l'on envoie, fe faffe, foit en allant, foit en revenant du mur , au-delà du lieu où la chaffe a été faite ; on la perd s'il fe fait en-deçà ; mais s'il tombe fur la ligne de la chaffe, le coup eft à remettre, c'eft-à-dire, à recommencer.
- P AU MI er-Ra quetier, F
- Maniérés de reprendre la balle.
- Des raies noires.
- Les chafles.
- Tirer;
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- 22 ART DU P AU Ml ER-R A QU ET 1ER*
- Défendra. Défendre une chaflè,. c’eft reprendre avant fon fécond bond la balle de \elui qui la tire, quand on juge qu'il peut la gagner; car lorfqu'on prévoit que le fécond bond fe fera en-decà de la chafle , foie en avant, foit en revenant du
- Ù
- mur , le Joueur habile ne s’avife pas de la reprendre ; & fi la- cholè arrive comme il l'a prévu, la chafle eft perdue pour le Tireur, & il gagne quinze fans jouer.
- Palier. Il eft de régie qu’aufli-tôt qu’il y a deux chafles de faites dans un jeu on paflè, en cas qu'aucun des deux Partis n'ait pas quarante-cinq; ; mais que fi l’un ou l'autre a quarante-cinq , on paflè à une chaflè faite.
- Continuation Le fort de celui qui tire une chaflè eft à plaindre ; car il la perd dans tout le des chaffes. jeu paume? depuis la rangée des carreaux fur l'un defquels la chaflè s'eft
- faite jufqu’à lui, & il ne peut la gagner que depuis cette rangée de carreaux jufqu'au bout du Jeu ; auflt les chafles qui luifont les plus avantageufes, font les plus proches de la corde ; & fous la corde même , l’elpace en fa faveur eft plus grand : au contraire il devient plus petit * à mefiire qu'elles approchent du fond du Jeu , ou devers le Jeu ; & il ne peut gagner une chafle au pied , e’eft-à-dire , au pied du mur au fond du Jeu , qu'en plaçant la balle aux Jeux Quarrés dans le petit trou, ou touchant Fais, & aux Jeux à Dedans dans les dedans, de volée , ou de premier bond : malheureufement encore pour lui, les chafles font bien plus fréquentes au fond du Jeu ; c'eft par cette railbn qu'on y multiplie les raies noires, & devers le Jeu les chafles ne commencent que depuis la raie du dernier jufqu'à la corde.
- Si en tirant une chafle qui aura été faite fiir la ligne de quelque ouvert, comme la porte , le fécond , &c. on place la balle de volée , ou de premier bond , dans l'ouvert, le coup eft à remettre , c’eft-à-dire, à recommencer ; il en eft de même , fi elle tombe fur la ligne où elle a été faite, comme on a dit ci-deflus : mais fi la chafle eft faite en-deçà ou en-deîà de la ligne de l’ouvert , quel qu’il foit en-deçà , mettant dans l'ouvert il la gagne, en-delàilla perd : voilà pourquoi le Marqueur l'avertit en difant, par exemple, au dernier , &c. la perd, ou au dernier, Scc. la gagne.
- Comme les Joueurs de part & d'autre fe placent aux deux bouts du Jeu, que le gain ou la perte dépendent des endroits où tombe la balle , & qu’ils font occupés à attaquer, ou à fe défendre, ils auroient de la peine à les remarquer bien jufte, ce qui donneroit lieu à des dilputes fans fin : on eft convenu Le Marqueur, de s’en rapporter à un Garçon du Jeu , qui fe nomme alors le Marqueur : ce es on ions. jyjarqueur fe place à la porte du côté du fond du Jeu , il s'arme d’une raquette pour fe garantir lui-même des coups de balle, car il eft à découvert ; fon office eft de prononcer à haute voix la perte ou le gain ; il doit lever avec fa raquette le milieu de la corde & de fon filet, pour donner paflàge aux Joueurs toutes les fois qu’ils paffent réciproquement d’un côté du Jeu à l’autre ; c’eft
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- ART DU P AUMIE R-RÀ QÜ ETÏER* aufil lui qui marque les parties & les jeux par des traits de craie qu’il fait fut le carreau à fes pieds, comme on voit* Planche L * devant l'ouverture ouïe tient le Marqueur : les grands traits en travers font les parties* le grand trait q.ui les coupe par le milieu, dift.ingue les jeux gagnés de part & d'autre, qu’il marque à mefiire par de petits traits qui coupent la ligne de la partie. Comme on ne ramaffe pas les balles à chaque coup , elles s'accumulent dans le Jeu* le Marqueur les ramafïe de temps en temps dans un panier * d'où il les verfè dans la manne qui eft placée aux Jeux quarrés fur l'appui du dernier* & aux: Jeux à dedans fur le milieu de l'appui des dedans, où celui qui donne le fer^ vice va les prendre *.
- Jouer.
- Lorsque les Joueurs font affemblés dans le Jeu * on commence par tirer le fervice ; ce qui fe fait en jettant une raquette * de façon que tournant en l'air elle retombe à terre au hafard fur un côté ou fur l'autre ; le côté des cordes qui eft plat * c'eft-à-dire * fur lequel il n'y a point de nœuds * fe nomme alors le droit * l'autre côté où les noeuds paroiffent * fe dit le nœud ; le Joueur qui voit tomber la raquette dit droit ou nœud : fi* quand elle eft à terre * & qu’il a pris droit* par exemple* elle fe trouve du côté des nœuds* c'eft celui qui a jetté la raquette qui gagne le fervice * c’eft-à-dire * qui fervira la balle à l'autre* & au contraire : alors le Marqueur prend fa place ainfi que les Joueurs* fçavoir celui qui doit donner le fervice * au fond du Jeu * & celui qui doit le recevoir * devers le Jeu.
- Lorfque l'on eft deux de chaque côté * les Joueurs qui donnent Sc reçoivent le fervice fe difentpnV^r* les deux autres fe nomment les féconds.
- Celui qui doit fervir prend dans la manne une balle de la main gauche*.la jette en l'air & la reprend avec fa raquette ; il faut qu'il la dirige de façon qu a-près avoir paffé au-delà de la corde * elle roule fur le toît de la galerie * ou du moins frappe deffus avant de tomber dans le Jeu ; les loix du fervice font qu'elle doit être ménagée de façon qu'elle tombe dans l'efpace quarré qui eft terminé d'une part par la raie du dernier * Sc de l'autre par la raie en long qui vient du toît de la grille * qu'on nomme la raie de la pajfe : toute autre direction rend le fervice nul* comme de refter en-deçà de la corde* de ne point toucher le toît devers le Jeu * de ne point entrer* c'eft-à-dire * fi la balle tombe en-deçà de l'efpace quarré* dont on vient de parier ; le fervice eft encore nul* fi la balle pouffée avec force paffe en roulant toujours du toît de la galerie au toît de la grille, cç qui s’appelle fervir fur les deux toits * & retombe dans le Jeu au-delà de la raie de la paffe* on ne doit point reprendre ces fervices* Sc le Marqueur
- * Quand on pelote on paye 12 fols par heure : les parties fe payent dans les Jeux à Dedans, fi elles font de 8 jeux, 2y fols 5 & de 6 jeux * 20 fols ; dans les Quarrés, y fols de moins*
- Tirer lë fervieei
- Primer 8c lés féconds*
- Le ferviee*’
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- 24 ART DU P AU MIE R-R A QU ET 1ER.
- dit, faute , il y a faute , Sc on perd quinze quand on fait deux fautes de fuite ; mais fi la balle paflè au-delà de la raie de la paffe , on ne perd rien quand on réitéreroit plufieurs fois : le fervice eft feulement nul,& le Marqueur dit paffey mais pour peu qu'elle tombe en-deçà, le Marqueur fe hâte de dire bonne, bonne, Sc il faut la jouer.
- Comme chaque côte de Joueurs reçoit & fe renvoie la balle réciproquement , ce qui efl; proprement jouer * aufli chacun a-t-il des dangers à courir , dont il ne peut fe tirer qu'en les prévoyant Sc les évitant par fon adrefle Sc fon agilité , les Joueurs devers le Jeu ont deux ouvertures à défendre, le dernier & la grille ; car s’ils y laiffent entrer la balle qui leur efl envoyée de bond ou de volée, ils perdent quinze chaque fois : d'autre part, ceux qui occupent le fond du Jeu , ont aufli deux rifques à courre , le petit trou & l'ais aux Jeux quarrés , & les dedans aux Jeux à dedans, aux mêmes conditions ; à F égard du tambour * il ne fert qu'à embarrafler le Joueur, pour juger fuivant l'endroit de fon glacis que frappera la balle , où elle retournera dans le Jeu ; ainfî quand il peut le défendre, il n'en fait que mieux.
- On perd quinze de quelque côté que l'on foit, quand la balle ne pafle pas par-deflus la corde , Sc s'arrête dans fon filet, ce qui s'appelle mettre dejfous ,, quand elle touche les poteaux d5 en-haut, quand elle donne dans les filets d'en-haut Sc fur le rabat.
- Le Marqueur nomme à chaque coup la perte Sc le gain, c’eft-à-dire, quinze > trente, quarante-cinq, quinze à un , &c. il nomme aufli l'endroit des chafles à mefure quil s’en fait, & indique le lieu des chafles en difant, chajfe à quatre carreaux, à jix carreaux, &c. Sc aufli ce qui doit en réfulter , comme la perd au dernier de quatre carreaux, la gagne au fécond de deux carreaux, au premier à remettre devers le Jeu, &c. Pour les chafles, voyez ce qui en efl dit page 21.
- Quand le Marqueur s'apperçoit que la balle a été reprife fi près de faire fon fécond bond , qu’on pourroit douter fi elle Fa été avant ou après, il fe hâtq de dire bonne, afin qu’on ne néglige pas de la renvoyer , la croyant chaffe ou reprife trop tard.
- Termes du Jeu> & les principaux Coups.
- TL^ fond du Jeu, nom qu’on donne à la moitié du Jeu depuis la corde à droite : dans cette moitié efl le petit trou Sc Fais aux Jeux quarrés, les dedans aux Jeux à dedans ; c’eft aufli du côté de Fais que fe place celui qui donne le fer-vice , le fécond fe tient vers le petit trou aux Jeux quarrés ; Sc aux Jeux à dedans celui qui fert fe met vers le petit dedans, du côté de la galerie, le fécond vers le grand dedans ; les raies noires de ce côté font de deux en deux rangées de carreaux jufqu'à quatorze carreaux ; c'eftàla porte de ce côté que fe tient le Marqueur.
- Devers
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- ART DU F ÀÜ MIE R-RA QUETÎËË.
- Devers le Jeu, expreffion qui défigne la moitié du Jeu depuis la corde à gauche ; c'eft dans cette moitié qu'eft la grille & fou toit, & de plus aux Jeux à Dedans le tambour ; c'eft la place de celui qui reçoit le fervice, il fe tient du côté de la galerie ; fon fécond eft vers la grille , tous deux dans un elpace exempt de chalfes jufqu'à la raie du dernier.
- La raie de la pajfeeü. une raie noire tracée en long lur le carreau vers la grille J on Tappelle ainfi, parce que fi la balle en fervant tombe au-delà , le fervice eft nul & à recommencer ; alors le Marqueur dit pajfe*
- Servir fur les deux toits, expreffion qui fignifie que la balle fervie, après avoir roulé fiir le toit de la galerie , continue fur celui de la grille avant de tomber*
- Donner le fervice , ou fervir, c'eft commencer le coup.
- Reprendre le fervice , c'eft renvoyer la balle qui a été fervie*
- Tirer le fervice , c'eft tirer au fort à qui fervira ; ce qui fe fait avec une ra-* quette jettée en Pair. Voyez ci-devant,
- N’entrer point ,* on dit que la balle ri entre points lorfqu étant fervie, elle tombe en-deçà de la raie du dernier.
- Faute, il y a faute ,* expreffion du Marqueur, torique la balle fervie ne touï che pas fur ie toit de la galerie devers le Jeu.
- Primer, fe dit de celui qui donne le fervice , 8e de celui qui le reçoit.
- Seconds , font ceux qui de part & d'autre ne donnent ni reçoivent le fervice*
- Mettre dejfous, fignifie jouer trop bas, de façon que la balle s'arrête dans le filet fous la corde.
- Prendre de volée, ou fe porter à la volée, c’eft renvoyer la balle avant qu'elle ait touché le carreau. c
- Bonne , expreffion du Marqueur qui fignifie que la balle a été reprife avant fon fécond bond.
- La balle porte, expreffion qui fignifie que la balle après avoir touché le Ga reau , donne contre le mur.
- Juger la balle , c'eft prévoir l'effet qu'elle doit faire.
- Tirer une chajfe le dernier la grille, &c. c'eft tâcher d'y placer fa balle de façoil à gagner le coup.
- Défendre une chajfe le dernier la grille, &c, c'eft tâcher d’empêcher le gain dtl coup.
- Tirer la brèche, c'eft diriger fa balle affez près du bord des Dedans, pour qüë celui qui les défend , foit embarraffé à juger fi elle y entrera ou non.
- Le coup de bricole eft celui auquel la balle ayant touché le mur de côté, qui fe nomme alors le mur de la grande bricole, revient dans le Jeu.
- Le coup qui croife eft Celui où la balle ayant donné contre le mur de la grande bricole, eft renvoyée vers le milieu du Jeu.
- Le coup de bojfe eft celui où l'on dirige la bricole de façon qu'elle aille dti Paumier-Ra quetier. G
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- ART DU P AU MIE R -R AQU ET 1ER. mur dans le grand Dedans : ce nom de bojfe ne lignifie pas qu'il y ait un renflement au mur contre lequel là balle donne d'abord, mais en le conftruifànt on place à huit ou dix pieds du grand Dedans une chaîne de pierre de taille, contre laquelle la balle frappant, eft renvoyée avec plus de rapidité que contre le relie du mur qui eft de moëlon, Sc conféquemment moins dur.
- Le coup de batterie eft une bricole baffé qui porte contre le petit mur de la galerie, qu'on appelle alors la petite batterie.
- Le coup de pied, ou limplement le pied, eft de faire porter la balle précifé-ment dans l'angle que fait le mur avec le carreau.
- Le coup de plat-fond eft de faire donner la balle contre le plat-fond, & qu'elle retombe bonne dans le Jeu, c'eft-à-dire, de l'autre côte de la corde.
- Le coup coupe' eft de prendre la balle de façon à lui donner deux mouvements, un en-delfous , & un fuivant fa direction : car alors tournant du côté oppofé à celui qu'elle devroit prendre, elle fait peu d'effet lorfqu'elle tombe dans le Jeu.
- Le coup tourne' fe fait quand on coupe la balle de façon qu'elle ne décrit pas une ligné droite.
- » Des Avantages.
- * La partie fe dit être but à but, quand les Joueurs fe (entant d'égale force, ne fe font aucun avantage ; mais lorfque la partie n'eft pas égale, c'eft-à-dire, qu'il s'en trouve de plus ou moins foibles, les plus habiles,pour égalifer la partie, leur accordent des avantages plus ou moins grands.
- Le moindre eft demi-quinze ou demi-trente, c'eft la liberté de prendre quinze ou trente une fois en deux jeux.
- Donner quinze eft le pouvoir de prendre quinze à chaque jeu.
- Donner bifque, c'eft l'avantage de prendre àfon profit un coup que l'on perd, une fois dans la partie.
- Quinze & bifque, eft quinze à chaque jeu, & tel autre coup que l'on jugera à propos de prendre pour foidans la partie.
- Les autres avantages raifonnables font, pour le plus fort, de ne jouer que d'un côté dii Jeu, c’eft-à-dire, que fa balle ne paflè point la raie noire qui le coupe en deux dans fa longueur, fous peine de perdre le coup.
- Un autre eft de ne jamais toucher les murs.
- La partie de la petite corde eft encore un avantage : on tend une petite corde au-deflus de la vraie corde, à la hauteur du bas du toît ; celui qui donne cet avantagé, doit toujours faire paffer fa balle par-deffiis.
- Enfin, de jouer avec quelqu'un des inftruments, comme du battoir, du tri-* quet, &c. pendant que le plus foible joue avec la raquette*
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- ART DU PAUM IER-R A QU ET IER.
- DU VOLANT.
- ï l a été imaginé de fe fervir du Volant au lieu de balle; ce jeu a été principalement en vogue dans le temps de M§r le Duc d’Orléans, Régent du Royaume ; c’étoit fon jeu favori : cependant on n’en fait mention ici , que parce qu’il ne s’exécute que dans un Jeu de Paume en place du véritable Jeu : il eft même fort rare qu’il fe trouve des Joueurs qui le préfèrent à la Paume ; car il fatigue extrêmement, & eft de grande dépenfe.
- Le volant n’a pas , à beaucoup près , tant d’élafticité que la balle ; fes bonds ne fe dirigent pas du même fens, & ne font pas fi hauts : d’ailleurs il faut au moins trois douzaines de volants pour jouer un temps raifonnable ; à vingt fols la pièce , les trois douzaines font trente-fix livres ; ils fe gâtent bien vite, Sc ne peuvent plus reffervir.
- On peut jouer jufqu’à huit perfonnes ; mais le beau jeu eft de quatre ou fix Joueurs : onfe fert de raquettes légères, qu’on nomme demi-Paumes, & de gros volants, dont le cul a deux pouces de diamètre, & les plumes deux pouces & demi de haut : on tire le fer vice avec la raquette comme à la Paume. On tend du côté du fond du Jeu une fécondé corde avec fon filet, àtrôis pieds de la véritable , & qui lui eft parallèle ; c’eft un Garçon du Jeu qui donne le fer-vice ; pour cet effet il fe tient à la porte devers le Jeu : le fervice fe donne de deux maniérés ; ou le Garçon jette en l’air le volant avec la main à celui qui donne le fervice, ou il fe fert de la manivelle , PL J. AA.
- La manivelle eft un bâtis de bois établi fur un chaffis quarré II, qui lui fert de pied, duquel s’élèvent deux montants II, II, joints vers le haut par une traverfe VI, au milieu de laquelle eft attaché un morceau de liège : à fix ou fept pouces au-deffousde cette traverfe, eft une corde double III, tendue comme la corde d’une fcie par une tringle de bois IV, à l’autre bout de laquelle eft un enfoncement en forme de cuilleron ; on y pofe le volant, quand on l’a arrêtée horifontalement dans une hoche faite vers le haut d’une autre tringle mobile V, enfilée dans un bâton rond, attaché au pied de la machine.
- Le Garçon qui doit fervir, place la manivelle dans la porte devers le Jeu, il la dirige vers le Joueur ; puis tirant à lui la tringle mobile, la corde en fe débandant arnene fubitement la tringle du volant contre le morceau de liège ; ce coup fec envoie fur le champ le volant à celui qui donne le fervice.
- Les jeux & les parties fuivent les régies de la Paume, excepté qu’il n’y % point de chafles, ainfi on ne paffe point ; on ne doit point toucher les murs avec le volant, ni refter entre les deux cordes.
- On croit ne pouvoir mieux terminer la defcription de cet exercice quepaç
- Planche IL Volants V.
- Planche L La Manivelle AA.
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- *8 ART DU P AU MIE R-R A QUETI ER,
- celle qui en fut faite dans une Thèfe (laCardinale} que foutint en I74ÿ. M. Bellot, alors Bachelier dans la Faculté de Médecine de Paris, à laquelle pré* fidort M. Bourdelin, ancien Doyen de ladite Faculté, de FÀcadémie Royale des Sciences, Profeffeur de Chimie au Jardin du Roi : la même Thèfe a été foutenue pour la féconde fois le 12 Mars de l’année 17
- L’objet de cette Thèfe eft de prouver que la Paume eft un excellent pré-fervarif contre les rhumatifmes ; elle eft très-élégamment écrite en Latin: on n’en a traduit ici que l’endroit où M. Bourdelin met les Joueurs en aftion, & fa conclulion ; le furplus regarde entièrement la Médecine.
- Après avoir donc foutenu que de tous les exercices du corps aucun n’eft meilleur pour prévenir les rhumatifmes , il dit que ce jeu, à quelques différences près, étoit connu des Anciens , & familier chez les Grecs 8c les Romains ; il pafle enfuite à la façon dont il s’exerce maintenant parmi nous *.
- * « On entre en lice, ( dit-il ) un contre un , à » moins qu’il ne plaife à chacun de prendre un af-focié qui partagera le fort du combat ; on fera » alors deux contre deux. Les Joueurs fe vêtif-sa fent de toile , chemifes, camifolîes , bonnets , s» caleçons, bas de fil ou de coton, 8c de fou-33 liers qui par leur molleffe fe prêtent à tous les 33 mouvements du pied : enfin, ils fe font une 33 large ceinture d’une ferviette qu’ils ferrent fuf-33 fifamment par deux nœuds fur les reins. Le 33 combat fe livre fous cette légère armure , afin » que le corps puiffe aifément répondre à toutes 33 les inflexions qu’il eft obligé de faire : aucun ne 33 doit omettre la ceinture ; cette ligature rend 33 le corps plus ferme, affure les vifcères , fou-33 tient le foie Contre les fréquents élans & fe-33 couifes des Joueurs, 8c l’empêche de tirer par 33 fon propre poids le diaphragme en arriéré, ce 33 qui rendroit la refpiration pénible.
- 33 Cet exercice demande que l’on jouille de a» toutes fes forces : ce n’eft cependant pas d’elles 33 feules que dépend la viftoire ; il faut y joindre 33 encore beaucoup d’adreffe , un coup-d’oêil jufte 33 8c un raifonnement prompt, pour juger fi vous 33 renverrez la balle qui vous eft lancée avec ra-33 pidité, ou fi en ployant le corps, de peur qu’elle 33 ne vous touche, vous la laifferez palfer pour la a» reprendre à fon premier bond. Maintenant 33 quelles variétés de mouvements , quels efforts 3» parmi les Combattants ! Tantôt le bras levé , ils 33 repouffent la balle prête à paffer fur leurs têtes, 33 fans attendre fa chûte ; tantôt ils la reprennent 33 à rafe-terre, 8c doivent la relever par-deffus la 33 corde. Un Joueur lance la balle de toute fa for-33 ce ; l’autre l’attend de pied ferme, & ne fait que 33 lui oppofer fa raquette comme un bouclier : pen-33 dant que l’un raffemble fes forces, l’autre, lans 33 s’ébranler, va les rendre vaines 8c inutiles ; ce-33 pendant l’habileté ne confifte pas tant à pouffer a> la balle avec vigueur, qu’à la diriger de façon 33 à tromper la fagacité de l’ennemi. Le Jeu de 33 Paume eft divifé en deux par une corde tendue, »3 de laquelle pend un filet qui defcend jufqu’à ter-33 re : on joue bien quand on fait paffer fa balle par-*3 deffus, 8c mal fi elle donne dans le filet fous la 33 corde ; mais celui-là joue encore mieux quand » il poulie fa balle, en forte quelle rafe le deffus
- 33 de la corde fans y toucher , 8c qu’il fçait modé-33 rer fon coup de façon qu’au lieu de l’envoyfcr 33 au mur de l’un ou l’autre bout, la balle rouie 33 bientôt 8c n’y parvienne qu’en mourant, afin 33 que faifant fes rebonds près de terre, elle oblige 33 l’adverfaire de fe ployer avec promptitude ; il 33 eft très-difficile alors de la reprendre 8c de la 33 renvoyer.
- 33 Ce Jeu eft rempli d’art 8c de fineffes , comme 33 de feindre du corps 8c des yeux que l’on a def-33 fein de jouer d’un côté, 8c de changer tout-à-33 coup de direction en jouant ailleurs : l’adver-33 faire trompé qui s’étoit avancé avec promptitu-33 de où vous avez paru difpofé à porter votre 33 coup , eft obligé de revenir précipitamment & à 33 perte d’haleine d’où fon erreur i’avoit conduit: 33 il vous rendra bientôt la pareille ; bientôt fe ref-33 fouvenant de la fraude , il enverra la balle à la 3» place que vous venez de quitter, 8c vous ferez 33 contraint à votre tour de courir 8c vous effouf-33 fier pour y revenir. Ce fingulier genre de com-33 bat ne fe donne pas fans plaifir , quoique l’hom-33 me y travaille quafi tout entier : fes yeux font 33 perpétuellement occupés, fes bras dans un mou-33 vement continuel, fes mains fe ferrent, fes 33 poumons font agités par fa voix 8c fa refpiration 33 fréquente ; fon corps 8c fes reins par la multi-33 plicité d’inflexions qu’il eft obligé de faire , fes 33 jambes 8c fes pieds par fa courfe 8c fes pas préci-33 pités ; enfin , fon efprit eft tendu pour cher-33 cher les différentes rufes qu’il emploiera pour 3> enlever la viffoire à fon ennemi.
- 33 Les Joueurs auffi-tôt le combat fini montent 33 dans une chambre préparée pour eux, fe placent 33 auprès d’un bon feu , 8c fur le champ s’étant dé-33 pouillés de leurs vêtemens empruntés, ils fe 33 font frotter avec des linges chauds, de peur « que l’air extérieur ne les faififfe rœes frittions 33 ont encore cela de bon , que fi par le mouve-33 ment violent du fang quelque humeur s’eft ar-» rêtée dans les vaiffeaux de la peau , leur preffion 33 réitérée la chaffera dehors, ouvrira les pores » 33 8c enlevera tous les obftacles qui auroient pu * s’oppofer à fa tranfpiration *.
- Donc Vexercice de la Paume efi le remede préfer-vatif contre les Rhumatifmes.
- EXPLICATION
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- ART DU PAUMIER-RADUET1ER.
- EXPLICATION
- I
- DES TROIS VIGNETTES ET DES CINQ PLANCHES.
- PREMIERE VIGNETTE.
- IL PLANCHE.
- C ette Vignette repréfente un Jeu de Paume à Dedans, vû des dedans même, dans lefquels les Spectateurs font aflîs, & regardent jouer fans courir aucun danger, étant à l'abri des balles par un filet qui garnit toute l'ouverture ; ils font en face du toit de la grille : on voit la galerie & fon toit en perfpec-tive, & la jonélion avec celui de la grille : on voit la grille & le tambour de fon côté: ondiftingue auffila corde Sc Ion filet pendant à terre, qufpartagent le Jeu en deux parties égales dans fa largeur, & deux Joueurs qui fe renvoient la balle.
- *
- SECONDE VIGNETTE.
- III. PLANCHE.
- C ette Vignette reprélènte un Jeu de Paume Quarré, vû par le côté, comme on le voit du dedans de la galerie : on n'a repréfenté la galerie en hauteur que jufqu'à la fîliere appuyée fizr les poteaux d'en-bas , & on n'a pu exprimer (on toit qui pofe deflùs, parce qu'il auroit caché le refte du Jeu qu'on voit au-delà : le toit de la grille paroît en perfpeCtive, ainfî que la grille : on Voit au-deflus le filet nommé le rabat % deftiné à renvoyer dans le Jeu la balle qui frappe deffous : on voit d'un bout à l'autre le gros mur de côté, en face de la galerie avec fes joues d'en-haut, les grands poteaux qui foutiennent la couverture, derrière lefquels font les poteaux de la galerie extérieure de charpente où font les rideaux ( dont quelques-uns font fermés^ & les grands filets, qu'on n’a pu exprimer dans l’eftampe , devenait imperceptibles àcaufe de l’éloignement : on voit quelques maifons dans le lointain ; le Marqueur dans là place ( quand on joue partie) à la porte du fond du Jeu, le cric de la corde pour la tendre plus ou moins, au-deffous du poteau de la corde en-dedans de la galerie ; ce poteau efl: coupé pour pouvoir voir le deffus de la corde ; en face on voit le petit trou au fond du Jeu, vis-à-vis de la grille ; <jn ne peut voir l'ais, la galerie le cache ; on ne voit ici de la galerie que Paumier-Raquetier. H
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- 3o ART DU P AU M 1ER-R A QU ET IE R*,
- les deux premiers, les deux portes ; les deux féconds, les derniers & les
- joues d’en-bas n’ont pu y être exprimés : les raies en long & celles des chaflès
- font marquées en perlpeétive fur le plancher; deux Joueurs fe renvoient la
- balle.
- TROISIEME VIGNETTE.
- IV. PLANCHE.
- ette Vignette repréfente trois Ouvriers, dont deux travaillent à la Raquette , le troilieme à la Balle : le premier à gauche eft aflîs vis-à-vis du billot, armé de fa poitriniere de liège & de fa plane ; il plane fa raquette : celui dü milieu, aflîs fur le banc à percer, muni de la poitriniere de buis, dans le creux dé laquelle ayant pofé le bout de fon vilbrequin armé d’une mèche, & tenant fà raquette de la main gauche, il l’appuie contre les deux broches de fer garnies de peau, pour y percer les trous, dans iefquels doit pafler la corde à boyau quand on corde la raquette : le troilieme tenant une balle de la main gauche, s’occupe à la ficeler, le moule à balles arrêté fur un établi, le bilboquet à fa main droite ; il tourne & retourne fa balle à chaque tour qu’il fait : on voit aufli le four A 9 à colorer, & des Raquettes lùlpendues dedans.
- PLANCHE I.
- Cette Planche contient le plan des deux fortes de Jeux de Paume ; le Jeu Quarré & le Jeu à Dedans : & comme ils fe reflemblent à quelques différences près, les lettres qui défignent les parties du Quarré, ne font pas répétées au plan du Jeu à Dedans , étant les mêmes ; on n’a cotté fur le plan du Jeu à Dedans que les endroits où il diffère du Quarré.
- Elle contient encore le deflein de la Manivelle avec laquelle on lèrt le volant.
- Le Quarré.
- a a a a9 Les joues d'en-haut fàilànt partie des gros murs. b b b 9 &c. Les poteaux d’en-haut, ou grands poteaux qui foutiennent la couverture du Bâtiment aflîs fur les gros murs des côtés.
- C C C, La galerie intérieure*
- R 9 La porte d’entrée par le milieu de la galerie. dd> Les joues d’en-bas aux deux bouts de la galerie, i. 2.3.4. 5. 6.7. Les poteaux de la galerie ; 4. eft celui de la corde. f 9 La corde.
- Les Ouverts; fçavoir,xx9 le dernier & la raie ; yy, le fécond &là raie 4 Z Z, la porte & fa raie ; VV, le premier & fa raie.
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- 3r
- ART DU PA U Ml E R. - JIA QU ET 1ER.
- * te bout du Jeu qu’on nomme devers le Jeu.
- $ Le bout du Jeu qu’on nomme le fond du Jeu.
- h , Le toît de la grille : i 9 là grille.
- hyLe petit trou ; m, Tais.
- nmn> &c. Les auges, autrement les galeries d’en-haut en-dehors.
- q qq, &c. Les poteaux de ces galeries où s’attachent les rideaux & les grands filets.
- s y La crédence pour les rafraîchiflements.
- t y Le conduit par lequel l’ürine coule dehors.
- Les raies & demi-raies cottéçs depuis deux jufqu’à quatorze , fe tirent de deux en deux rangées de carreaux au fmd du Jeu ; on en place auffi une entre la raie du dernier & celle du fécond : quelques-uns en mettent encore une ou deux devers le Jeu, en-deçà de la raie du dernier, le tout pour juger plus aifé-ment où tombent les chalTes. '
- Les différences du Jeu à Dedans;.
- Il eft de cinq pieds plus long que le précéder:; ces cinq pieds font occupés par une galerie avec fon toît que l’on nomme les Dedans, AB JD : A, le petit Dedans : D, le grand Dedans.
- Il n’y a ni petit trou, ni ais.
- E, Le tambour.
- AA, La Manivelle pour fervir le Volant.
- I, 1, Le pied.
- II, IJ, Les montants.
- III, La corde tordue.
- IV, La cuillère.
- V9 Labafcule. ^
- VI) La traverfe d’en-haut, au milieu laquelle eft le morceau de liège.
- PLANCHE IL
- A, Le chevalet à planer l’échalas ; il refTemble beaucoup à celui des Tonneliers.
- By La chaudière de cuivre de cinq pieds de long, dans laquelle on fait bouillir les échal^s b , la pierre qu’on met par-deflùs ces échalas, de peur qu’ils ne furnagent.
- C, Le moule à raquette pour ployer l’échajas tout chaud en fortant de la chaudière.
- D, La poitriniere de liège avec fa,ceinture.
- . JE , Le banc à dreffer, efpece ,de tréteau garni de bouts de fer, du marteau & crampons ; il fert à donner la forme à la raquette encore chaude.
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- 32 ART DU PAUMIER-RAQUETIER.
- F, Le chevalet à étançon ; elpece de chevalet deftiné à travailler l'étançon avec la plane & la râpe pour lui donner fa forme,
- G, Le billot, efpece d'établi bas, épais, arrêté folidement au plancher * garni de crochets, crampons , Sc d'enfoncements dans le bois ; c'eft fur ce billot , à l'aide de chevilles de bois g y que l'Ouvrier plane l'échalas refroidi* & donne à toute la raquette le niveau qu elle doit avoir £iir elle-même.
- H, La poitriniere de buis avec fa ceinture.
- I, L'enclume & cifeau, billot rond fur lequel eft debout une broche de fer, & à côté une courte lame de fer i : la première fert à courber les clous de l'étançon ; la fécondé , à en couper le bout quand ils font trop longs.
- K , La prefle à raquette deftinée à en reflerrer les jambes.
- L y Le banc apercer deftiné à percer tous les trous de la tête de la raquette avec le vilbrequin , une mèche au bout, Sc la poitriniere de buis.
- PLANCHE 1 IL
- À y La Raquette dans fà perfection, bridée d’un fil de fer pour la maintenir dans fa forme, en attendant qu'on s’en ferve.
- B y Le battoir.
- C, Le demi-battoir.
- Les lignes ponctuées qu'on voit fur leurs têtes n’y font que pour indiquer les trois pièces dont elles font compofées ; car étant nervés Sc recouverts de parchemin, ces inftruments paroiflent d’une foule pièce.
- Dy Le triquet.
- E y Le demi-triquet.
- F y Un chaufîbn vu par la femelle, fur laquelle on apperçoit trois grofïès coutures pour empêcher de gliffer.
- O y L'étançon prêt à être mis en place.
- G, Le vilbrequin armé de l’égravoir, dont l’effet eft de fraifer l’endroit ou doit être perdue la tête des clous qui percent l'étançon Sc le manche.
- H, Le vilbrequin avec fà mèche pour percer d’outre en outre la place des clous qui joignent le manche à l'étançon : il fert auffi avec d’autres mèches à percer les trous pour corder la raquette.
- lyiy Les cabillets : ce font deux lames ou régies courtes, l’une de fer, l’aur tre de bois, qu'on place l'une au-deflus de l'autre, pourroidir contre les jambes de la raquette, de peur qu'elles ne rentrent. I, eftle cabillet de fer;i* celui de bois : on les voit en place , FL IV.fig. i.
- Ly La chevrette, efpece de crochet de fer évafé par un bout : elle a onze pouces de long ; le bout évafé fert pour embrafler le collet de la raquette, le crochet de l’autre bout dépaffe la raquette de quelques pouces ; dans cet inter-yalle on chafle à coups de marteau les deux coins M, m, qui forçant contre le
- haut
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- ART DU PAU Ml ER-R A QU ET 1ER. 33
- haut de la tête de la raquette * la contraignent à s’applatir : on voit le tout en place , Fl. IV. fig. 2.
- N,N,N,Les 3 compas avec lefquels on pointe autour de la tête de la raquette la place des trous qu’on doit y faire enfuite pourpafler la corde à boyau.
- P, Le gratoi r on en a plufieurs : ce font des morceaux de lames d’épée em-jmanchés par les deux bouts, deftinés à commencer de polir la raquette.
- jQ, Gouge, efpece de tranchet courbe & court, dont on fe fert pour enlever du bois à l’étançon de chaque côté quand il eft en place , pour le nerver enluite Sc coller le parchemin : on fe fert d’une gouge ordinaire pour faire les rainures d’un trou à l’autre.
- R, r, Poinçons. R, Poinçon double pour arrangerles mailles de la raquette .cordée, r, Poinçon rond & poli deftiné à adoucir les trous avant de corder.
- 5, Le billard : on en a plufieurs : c’eft une tringle de fer a vis & écrou, qu’on fait entrer -avec force dans la tête de la raquette cordée pour la maintenir dans fa longueur : on en voit deux en place, PI. IV.Jîg. j.
- X, Bride de fer dans laquelle on enfile la raquette jufqu’à la moitié de la tête pour maintenir les jambes : on en voit une en place, PL IV. fig. 2.
- Vy Figure du Volant.
- x, La boëte à balles qu’on enfonce, quand on veut s’en fervir, dans quelque corps folide, comme un établi, un banc, &c. onia voit en place fur le banc à percer L, PL IL On roule autour une partie de la ficelle à balles, & on frappe la balle fur le creux rond qui eft à fa tête, avec une petite mafle pour l’arrondir.
- y, Le bilboquçt autour duquel eft roulée une autre partie de la ficelle à balles.
- PLANCHE IV.
- Fig. 1. L’échalas plié tout chaud fiir le moule à raquette & ficelé au collet, e t la tête, a : les jambes , b b : les deux bouts qui feront le manche, dd: e9 le cabillet de fer en place le cabillet de bois au-deffus.
- Fig. 2. La raquette avec fon étançon, deffinée dans la tournure qu’elle doit avoir : elle eft reflèrrée par la bride de fil de fer gg9 & la tête eft applatie par le moyen de la chevrette hh, & des coins ii.
- Fig. 3. La raquette cordée de fes dix-huit montants.
- Fig. 4. La raquette tournée de façon à voir le côté extérieur, avec la difpo-fition des trous formant deux rangées m , & le côté intérieur qui n’a qu’une rangée de trous n : on voit auffila tête du clou du collet p, & les queues rivées des deux autres clous qq.
- Fig. 5. Une raquette entièrement cordée, maintenue par deux billards RR> qui roidilfent contre la tête.
- Paumier-Ra quetier.
- I
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- ART DU P AU M 1ER - RA QU ET IER. FLANCHE F.
- Fig. A y eft une Raquette cordée entièrement de 18 montants & 3 3 travers ; fon étançon nervé & recouvert de parchemin ; les deux tiers de fon manche recouverts d’une bande VV, de peau de mouton blanche.
- Fig. BBy c’eft une elpece de ruban qu’on a imaginé pour faire voir tous les trous extérieurs percés fur les côtés larges de la tête d’une raquette , tant gros que petits; les gros deftinés à pafier les montants, les petits à paflerles travers: on voit les deux traits de truflèquin qui ont guidé la perce des trous, les coups de gouge qui vont d’un gros trou à l’autre fiir le haut de la tête de la raquette, & leur arrangement.
- Fig. CC, la répétition des deux côtés du ruban BBy comme ils paroiflent quand la raquette efl: cordée, les petites portions de corde qu’on place en bas fous, les montants dans leur traverfée d’un trou à l'autre : on n’a pas répété le tour dudeffus de la tête, parce que la corde des montants y efl noyée dans les rainures.
- Fig.Dy la Mette, petit infiniment plat, d’os, quifert à faire prendre le nerf jfiir la colle à l’étancon, en le paffant & appuyant deflïis afin de l’unir, comme aufli fiir le parchemin lorfqu’on le colle fur le nerf.
- I, Dilpofition des mailles de la raquette, vues du côté du droit, c’eft-à-rdire, les nœuds en-deffous.
- II, Difpofition des mailles vues du côté des nœuds ; c’eft ainfi qu’on s’exprime , quoique ces prétendus nœuds ne foient qu’un tour du travers autour du montant.
- IIIy Le nœud du doublement développé; 0, indique le lieu du trou dans le bois de la tête par lequel paflè un montant, à côté duquel entrera , par le même trou, la portion de corde à travers qui fera le doublement. La raquette étant tournée du côté des nœuds, on fait entrer la corde dans la maille i3 revenir par la maille /, rentrer dans la maille k, revenir par la maille i ; alors on tire à foi, & il fe forme un nœud en h ; on continue en b, en e, & on fait ainfi cinq ou fix nœuds, puis on coupe la corde.
- a y Efl une balle commencée à ficeler de trois tours de ficelle , & puis un nœud.
- b y Continuation du ficelage , fept tours, un fécond nœud.
- c y Le ficelage terminé par fix tours & le dernier nœud, ce qui fait en tout feize tours de ficelle.
- dy La balle recouverte de drap blanc & coufue : e e y petites pièces de drap taillées en ovale, deftinées à remplir les intervalles mm mm, que laiffent les bandes de drap ; il en faut quatre.
- Fin de l*Art du Paumier-Raquetier•
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